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1782, 01-02, n. 1-7 (5, 12, 19, 26 janvier, 2, 9, 16 février)
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MERCURE
DE FRANCE ,
( Nº. 1. )
SAMEDI S JANVIER 1782 .
Collection des Opufcules de l'Histoire Ecclésiastique.
LA jufte estime que le célèbre Claude Fleury s'eſt
acquife par fon excellente Histoire Ecclésiastique , a
fait defirer la Collection des autres Ouvrages de ce
favant Auteur , pour en former uneÉdition complète
& uniforme, avantage qu'on n'avoit pas eu juſqu'ici.
Quelques-uns de ces Ouvrages étoient devenus
très-tares & difficiles à retrouver. On n'a négligé ni
fous ni dépenſe pour ſe procurer tous ceux qui ont
dié imprimés , & ce que l'on en a recueilli forme
quatre Volumes in-8 °. diviſés en cing Tomes.
LeTome I contient unDiſcours ſur la Vie & les
Ouvrages de M. l'Abbé Fleury , les moeurs des
Ifraëlises & des Chrétiens , les devoirs des Maîtres &
des Domestiques , le Soldat Chrétien , & le Caréchifme
historique. On a placé le Portrait de l'Auteur
ala tête de ce premier Volume.
S
Le Tome II : ie Traité du Choix & de la Méthode
les Études , l'Inftitution au Droir Eccléſiaſtique ,
avec les Noros de M. Boucher d'Argis , le Difcours
fur les libertés de l'Egliſe Gallicane, ſelon l'Édition
de 1763 , avec ſes Notes, fuivi de trois autres Difcours
fur l'Ecriture-Sainte , fur la Poéſie des Hébreux
& fur la Prédication ; le Diſcours fur la Poéfie
des Hébreux y eft donné d'abord felon l'Édition de
Dom Calmet , & enfuite felon l'Edition du Père
Defmolets.
LeTome III : la Vie de la vénérableMère d'Arurgogne
,
niques
pbouze
, le Portrait de M. le Duc de
depuis Dauphin, & les trois Diſcour
de M. I Abbé Fleury , c'est-à- dire,
tion , la Réponſe aux Difcours de
&de M. Malet , & celle qu'il a
Maſſillon , Evêque de Clermont ;
de M. l'Abbé Fleury àM. de Santem.
Epîtres en vers Latins à M. de Montn
d'Ormeffon ; différentes Pièces Philoſop
Politiques ; favoir , Difcours fur Platon , ſuiv.
Verſion d'an Fragment de ce Philoſophe , l'Extra
la République de Platon , les Réflexions fur Ma
chiavel, la Lettre ſur la Justice , les Penfées Politiques
tirées de S. Auguſtin ,les autres Penſées Politiques
, le Mémoire pour le Roi d'Eſpagne, les Avis
au Duc de Bourgogne , la Verſion latine du Catéchiſme
hiſtorique , & celle de l'Expoſition de la
Doctrine Catholique : l'une & l'autre forties de la
plume de M. l'AbbéFleury.
Le Tome IV divisé en deux. Première Partie :
l'Histoire du Droit François , le Droit Public de
France,le Difcours ſur les Libertés de l'Eglife Gallicane,
ſuivant l'Edition de 1724 , la Verfion Latine
de deux Pièces d'Origène , c'est-à-dire , de fon
MERCURE
de
S
n
こ
e
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Piècesfugitives nouvelles en
vers & en profe; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spectacles ,
les Causes célebres; les Académies deParis & des
Provinces; laNoticedesÉdits , Arrêts; les Avis
particuliers,&c. &c.
SAMEDIS JANVIER 1782 .
APARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
T
Avec Approbation & Brevet du Roi.
A
TABLE
PIÈCES
Du mois de Décembre 1781.
IECES FUGITIVES .
Vers à Mlle Jourdain ,
Aun Riche Infolens ,
Fragmens d'un Poëme fur
3
l'Affranchissement des Serfs,
222
4
curgue, 6
Vers pour mettre au bas du
PortraitdeLouisXVI, 49 L'Art de Nager ,
Extraitd'un Mémoirefur Ly- Le NouvelAnacreon François,
Air d'Adèlede Ponthieu , 15 Histoire Généraledes Provin-
L'Inconféquence, Epigramme, Second Livre des Métamor-
Aux Mânes de M. de Mau- Traité des Erections des Bené-
232
ces-Unies , 236
239
ibid. phofes en vers François , 271
repas ,
fices, 282
AM.Mayer, ibia L'Antonéide, ou la Naiſſance
AuneJolieFileuse , 158 duDauphin &deMadame ,
AM. l'Abbéde Cournand, ib. 288
TroisièmeLeureàMde... 160
Claudine Cour,
La Linone, Fable,
àla
Le Serin , Conte ,
SPECTACLES .
205 Académie Royale de Musiq. 35
207 Comédie Françoise, 192 , 240
209 Comédie Italienne ,
Vers fur la Mort de M. de Académie des Sciences ,
253 Maurepas ,
L'Optimisme ,Epitre à M. le
Vicomte de T *** , 254
Aun Ami , 261
Extrait du Traité de Plutarque,
262
Enigmes &Logogryphes , 18 ,
50, 169,219,269
NOUVELLES LITTÉR.
Histoire Naturelle des Oi-
Seaux
Herbierde la France ,
SCIENCES ET ARTS .
243
195
Extrait d'une Lettre de l'Auteur
de la Description de
l'Artd'exploiter les Mines
de Charbonde Terre, à M.
de Joubert ,
Découverte ,
244
1297
VARIÉTÉS .
Lettre à l'Auteur du Plutarque
François ,
20 Gravures ,
27
38
43 155,200 ,
247,298
Legsd'unPèreàſes Filles, 31 Annonces Littéraires , 46, 156
EncyclopédieMéthodique , 51
Maximes de laBruyère , 1701
201,249,299
A Paris , de l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT,
ruc de laHarpe, près S. Côme , 1782.
MERCURE
4
DE
FRANCE. 1945,
SAMEDI S JANVIER 1782 .
PIÈCES
FUGITIVES
EN VERS ETEN PROSE.
Les Amours en marche vers le Berceau
du
DAUPHIN.
D
E par Vénus , Déeſſe de Cythère ,
Sous groſſe amende, il fut enjointnaguère
A fes Sujets , Grâces , Jeux , Ris , Amours ,
De ſemanirde leurs plus beaux atours ,
Pour s'en aller tous en pélerinage ,
Comme vaffaux , au DAUPHIN rendre hommager
Point ne faliut les tirerdeleurs nids ;
(Trop zélés ſont pour ſemblable meſſage ,
Trop font ardens à marcher pour Louis ) .
Lejour éclos, chacun de ſa toilette
Sortit pimpant, & de fleurs fit cucillette.
On avoit pris les riches brodequins ,
Les flèches d'or & les brillans patins ,
:
Ail
4
MERCURE
Carquois d'ivoire , écharpes les plus belles ,
Bref, l'attirail des fêtes ſolemnelles.
Les voilà donc le bourdon à la main ,
Papillonnant comine nombreux efſaim ;
Onc on ne vit de ſi bel équipage ;
Tous , deux à deux , rangés ſelon leur âge ,
Lutins ailleurs , ici ſages , poſés ,
Comme il convient , marchoient les yeux baiſſes,
Si qu'on cût dit , à leurs airs chatemites ,
Que las da monde , ils s'alloient faire Hermites.
L'un au Dauphin va remettre ſes traits ,
Comme unhommage à ſes tendres attraits :
L'autre , ingénu , montre avec complaiſance
Jolis bijoux , paſſe-temps de l'enfance.
Tel lui préſente ample moiſſon de coeurs
(Tous les François avoient donné les leurs ) ;
Tel précédé de la chèvre Amalthée ,
Répand les dons de la corne enchantée ,
Et court offrir le breuvage innocent
Qui doit nourrir ce Jupiter naiſſant,
Celui qui file auroit- il de la parque
Subtilement dérobé le fuſeau ?
Entre ſes mains la trame du Monarque
Groffit à l'oeil & brave le ciſeau ;
Qu'il file bien nos plaiſirs & ſa gloire :
Ah! qu'il prometde matière à l'hiſtoire !
La marche enfin par un grouppe charmant
Eſt terminée; on veit un choeur brillant:
Mainte voix tendre & légère , argentine ,
:
DE FRANCE.
$
Du chaſte hymen célèbre les doux noeuds;
Tantôt concerte un triomphe à Lucine ;
Porte tantôtjuſqu'au ciel mille veux;
Chante Louis , père d'un peuple heureux ;
Le rejetton qui vient d'éclore ,
L'Auguſte Reine qu'on adore :
Ce n'eſt ni Junon ni Pallas ;
Ce n'eſt point la morgue éternelle
Deces froides beautés dont l'Olympe eſt ſi las ;
C'eſt la plus tendre mère avec tous les appas
De Flore&du Printems , quand il ſe renouvelle.
Mais au Palais Amours ſont introduits
Par le Reſpect qui fait garde à la porte :
On harangua (dès l'enfance il importe
Qu'on accoutume un Prince à tels ennuis ) :
On vit außi les Dieux & les Déeſſes
D'un air riant accourir au Bercean
Pour faire tous à l'envi leur cadeau ,
Et prodiguer à l'enfant leurs careſſes.
Mars lui fait don d'un baudrier ;
Et pour attacher cette armure ,
Qui préſage un vaillant guerrier ,
Vénus détache ſa ceinture.
Le père, dit Minerve , exemple des bons Rois ,
De unes plus tendres ſoins fut l'objet autrefois ;
Je formerai le fils ſur les vertus du père ;
Je les embellirai de celles de la mère.
Mais comme, auprès de ce cher Nourriſſon ,
Il s'agiffoit d'établir maint office ,
A iij
MERCURE
Amours briguoient d'entrer à ſon ſervice;
On les choiſt pour former la maiſon ;
Pour Grand-Maître d'abord on nommaCupidon :
Sans autre choix aux Grâces, ſes ſuivantes ,
Fut décerné l'emploi de Gouvernantes ;
Plaiſirs & Jeux ſervirent de Menins :
On crut pouvoir vivre ſans Médecins.
Pour le fretin de la race emplumée ,
Petits oiſons de mince renommée ,
Leur titre fut de ſimples Officiers ;
Pourvoir à tout , trotter , faire meſſage,
Monter la garde en petits eſtaffiers ,
Adhonores groffir un équipage ,
Bref , le ſervir , ce fut- là leur partage.
Depuis ce temps , oubliant leur ſéjour ,
Ils ont fixé leur demeure à la Cour.
Vénus eut beau , ſur ſa rive iſolée ,
Revendiquer ſa cohorte envolée;
Fut répondu que plus fage Vénus',
Plus bel amour les avoit retenus. L
( Par M. Fremont , ancien Profeſſeur d'Eloquence
'dans l'Univerſité de Pont- à- Mouſſon ; ilprend chez
lui des Élèves , rue des Foſſes S. Victar , la deuxième
porte-cochère après la rue des Boulangers.)
:
DE FRANCE .
7
LA NEIGE , Conte .
APRÈS pluſieurs annonces trompeuſes de
ſon retour, le Printemps étoit enfin arrivé.
Il ſouffloit un vent doux qui réchauffoit les
airs. On voyoit la neige ſe fondre, les gazons
reverdir , & les fleurs percer la terre. On
n'entendoit que le chant des oiſeaux. La
petite Louiſe étoit déjà allée à la campagne
avec ſon père. Elle avoit entendu les premières
chanfons des pinçons & des merles ,
& elle avoit cueilli les premières violettes.
Mais le temps changea encore une fois. Il
s'éleva tout-à- coup un vent de nord violent
qui fiffloit dans la Forêt & couvroit les
chemins de neige. La petite Louiſe entra
toute tremblante dans ſon lit , en remerciant
Dieu de lui avoir donné un gîte ſi doux
à l'abri des injures de l'air.
Le lendemain matin , lorſqu'elle ſe leva ,
ah! tout , tout étoit blanchi: il étoit tombé
pendant la nuit une fi grande quantité de
neige , que les paſſans en avoient juſques
aux genoux.
Louiſe en fut attriſtée. Les petis oiſeaux
le paroiſſoient bien d'avantage. Comme
toute la terre étoit couverte à une grande
épailleur, ils ne pouvoient trouver aucun
grain , aucun vermiſſeau pour appaiſer
leur faim .
Tous les habitans emplumés des forêts ſe
A iv
MERCURE
réfugioient dans les villes & dans les villages
pour chercher des ſecours auprès des
hommes. Des troupes nombreuſes de moineaux
, de linottes, de pinçons & d'alouettes
, s'abattoient dans les chemins &
dans les cours des maiſons , & furetoient
des pattes &du bec dans les amas de débris,
afin d'y trouver quelque nourriture.
Il vint près d'une cinquantaine de ces
hôtes dans la cour de la maison de Louiſe .
Louiſe les vit ; elle entra toute affligée
dans la chambre de ſon père. Qu'as - tu
donc , ma fille , lui dit- il ? Ah , mon papa ,
Jui répondit- elle, ils ſont tous là dans la cour,
ces pauvies oiſeaux , qui chantoient fi
joyeuſement il n'y a que deux jours ; ils
ſemblent tranſis de froid , & ils demandent
de quoi manger : voulez-vous me permettre
de leur donner un peu de grain ?
Bien volontiers , lui dit ſon père. Louiſe
n'en attendit pas d'avantage. La grange étoit
de l'autre côté du chemin ; elle y court avec
ſa Bonne chercher des poignées de miller
& de chenevis , qu'elle vint enſuite répandre
dans la cour. Les oiſeaux voltigeoient
par troupes autour d'elle , & cherchoient
le moindre petit grain. Louiſe s'occupoit
à les regarder , & elle en étoit toute réjouie.
Elle alla chercher ſon père & ſa mère , pour
venir auſſi les regarder , & ſe réjouir avec
elle.
Mais les poignées de grain furent bientôt
✓ dévorées. Les oiſeaux s'envolèrent ſur les
DE FRANCE.
bords des toits , & ils regardoient Louiſe
d'un air triſte , comme s'ils avoient voulu
lui dire : n'as- tu rien de plus à nous donner ?
Louiſe comprit leur langage. Elle part
comme untrait , & court chercher de nouveau
grain. En traverſant le chemin , elle
rencontra un petit garçon qui n'avoit pas ,
à beaucoup près , un coeur auſſi compatilſant
que le lien. Il portoit à la main une
cage pleine d'oiſeaux , & il la ſecouoit ſi
rudement , que les petites bêtes alloient à
tout moment donner de la tête contre les
barreaux.
Cela fit de la peine à Louiſe. Que veuxtu
faire de ces oiſeaux , demanda-t- elle au
perit Garçon ? Je n'en fais rien encore , répondit-
il ; je vais chercher à les vendre; &
fi perſonne ne veut les acheter j'en régalerai
mon chat.
Ton chat , répliqua Louiſe ? ton chat ?
Ah ! le méchant enfant !
Oh! ce ne ſeroient pas les premiers qu'il
auroit croqué tout vifs , & en balançant sa
cage comme une eſcarpolette , il alloit s'éloigner
à grands pas.
Louiſe l'arrêta , & lui demanda combien
il vouloit de ſes oiſeaux : !
Je les donnerai tous à un liard la pièce :
il y en a dix-huit.
Eh bien , je les prends tous , dit Louiſe :
elle ſe fit ſuivre du petit garçon , & courut
demander à ſon père la permiſſion d'acheter
fes oiſeaux.
Av
MERCURE
Son père y confentit avec plaiſir : il céda
même à ſa fille une chambre vuide pour
y loger ſes hôtes .
"
Jacquot ( ainſi s'appeloit le méchant
garçon) ſe retira fort content de fon marché;
& il alla dire à tous ſes camarades ,
qu'il connoiffoit une petite Demoiſelle qui
achetoit tous les oiſeaux.
Au bout de quelques heures , il ſe préſenta
tant de petits Payſans à la porte de
Louiſe , qu'on eût dit que c'étoit l'entrée
duMarché. Ils ſe preſſoient tous autour d'elle
ſautant l'un au-deſſus de l'autre , & foulevantdes
deux mains leur cage , pour lui
demander la préférence chacun en faveur
de ſes oiſeaux.
Louiſe acheta tous ceux qui lui étoient
préſentés , & les portadans la chambre où
étoient les premiers.
La nuit vint. Il y avoit bien long- temps
que Louiſe ne s'étoit mife au lit avec un
coeur auffi fatisfait. Ne fuis-je pas bien heureufe
, ſe diſoit-elle , d'avoir pu fauver la
vie à tant d'innocentes créatures & de pouvoir
les nourrir ! Lorſque l'Été viendra ,
Firai dans les champs &dans la forêt; tous
mes petits hôtes chanteront leurs plus jolies
chanfons , pour me remercier des ſoins que
j'ai eus pour eux. Elle s'endormit fur cetre
réflexion , & elle rêva qu'elle étoit dans une
forêt de la plus belle verdure. Tous les
arbres étoient couverts d'oifeaux qui voltigeoient
fur les branches , en gazouillant,
DE FRANCE. 11
on qui nourriſſoient leurs petits , & elle
fourioit dans ſon ſommeil.
Elle ſe leva de fort bonne heure , pour
a'ler donner à manger à ſes petits hôtes ,
dans la volière & dans la cour; mais elle
ne fut pas auſſi contente ce jour là qu'elle
l'avoit été la veille. Elle ſavoit le compte
de l'argent qu'elle avoit mis dans ſa bourſe;
&il ne devoit pas lui en reſter beaucoup.
Si ce temps de neige dure encore quelques
jours , dit-elle , que vont devenir les autres
oiſeaux ? Les méchans petits garçons vont
les donner tout vifs à leur chat , & faute
d'unpeud'argentje ne pourrai pas les ſauver.
Dans ces triftes penſées , elle tire lentement
ſa bourſe , pour compter encore fon
petit tréſor.
Mais quel eſt ſon étonnement de la
trouver ſi lourde ! Elle l'ouvre , & la voit
pleinedepiècesde monnoie de toute valeur,
mélées & confondues enſemble. Il y en
avoit juſques aux cordons. Elle court vite
à fon père , & lui raconte , avec des tranfports
de ſurpriſe & de joie , ce qui vient
de lui arriver.
Son père la prit contre ſon ſein , l'embraffa,
& laiſſa couler des larmes,fur les
joues de Louiſe .
Ma chère fille , lui dit-il , tu ne m'as
jamais donné tantde ſatisfaction que dans
ce moment; continae de ſoulager les créatures
qui ſouffrent;à mesure que ta bourſe
s'épuiſera , tu la verras ſe remplir.
Avj
12 MERCURE
Quelle joie pour Louiſe ! Elle courut
dans la volière , ayant ſon tablier pleinde
millet & de chenevis. Tous les oiſeaux voltigeoient
autour d'elle , en regardant leur
dejeûner d'un oeil d'apetit. Elle defcendit
enfuite dans la cour , & offrit un ample
repas aux oiſeaux affamés.
Elle ſe voyoit alorsprès de cent penſionnaires
qu'elle nourrifloit :c'étoit un plaiſir,
un plaiſir ! jamais les poupées ni les joujoux
ne lui en avoient tant donné.
L'après-midi , en mettant la main dans
le fac de chenevis , elle trouva ces paroles
écrites dans un billet. Les habitans de l'air
volent vers toi , Seigneur , & tu leur donnes
la nourriture; tu étends ta main ,& tu raffafies
de tes bienfaits tout ce qui refpire.
Son père l'avoit ſuivie. Elle ſe tourne vers
lui & lui dit : je ſuis donc à préſent comme
Dieu ? Les habitans de l'air volent vers moi;
& lorſque j'étends la main , je les raſſatie
de mes bienfaits.
,
Oui , ma fille , lui dit ſon père ; toutes
les fois que tu fais du bien à quelque créature
tu es comme Dieu. Quand tu ſeras
plus grande , tu pourras fecourir tes femblables
, comme tu ſecours aujourd'hui les
oiſeaux , & tu reſſembleras alors à Dieu
bien davantage. Ah ! quel bonheur pour
l'homme , lorſqu'il peut agir comme Dieu !
Pendant huit jours , Louiſe étendit ſa
main,&raſfaſia tout ce qui avoit faimautour
d'elle. Enfin la neige ſe fondir , les champs
DE FRANCE.
13
reprirent leur verdure , & les oiſeaux qui
n'avoient pas ofé s'écarter de la maiſon ,
tournerent leurs ailes vers la forêt.
Mais ceux qui étoient dans la volière y
reſtoient renfermés; ils voyoient le Soleil ,
voloient contre la fenêtre , becquetoient les
vitrages : c'étoit en vain ; leur priſon étoit
trop forte pour eux. Louiſe n'imaginoit
pas encore leur peine.
Un jour qu'elle leur apportoit leur proviſion,
ſon père entra quelques momens
après elle ; elle fut bien aiſe de voir qu'il
vouloit être témoin de ſes plaiſirs.
Ma chère Louiſe , lui dit- il , pourquoi
ces oiſeaux ont- ils l'air ſi inquiet ? Il ſemble
qu'ils defirentquelque choſe. N'auroient- ils
point laiſſé dans les champs des compagnons
qu'ils ſeroient bien aiſes de revoir ?
Vous avez raiſon , mon papa. Ilsme femblent
triſtes depuis que les beaux jours font
revenus. Je vais ouvrir la fenêtre & les laif-.
fer envoler.
.
Je pense que tu ne ferois pas mal , lui
répondit fon père; tu répandrois la joie dans
tout le pays; tous ces petits prifonniers
iroient retrouver leurs amis, & ils voleroient
au-devant d'eux comme tu cours
au devant de moi lorſque j'ai été quelque
temps abſent de la maiſon.
Il n'avoit pas fini de parler , que déjà
toures les fenêtres étoient ouvertes. Les
oiſeaux s'en apperçurent , & en deux minutes
il n'en reſta pas un ſeul dans la cham14
MERCURE :
bre : on voyoit les uns rafer la terre du
bout de l'aile , les autres s'élever dans les
airs , quelques- uns s'aller percher ſur les
arbres voiſins , & ceux-là paſſer & repaffer
devant la fenêtre avec des chants de
joie.
Louife alloit tous les jours ſe promener
dans la campagne. De tous côtés elle voyoit
on elle entendoit des oiſeaux. Tantôt une
alouette partoit à ſes pieds , & chantoit fa
joyeuſe chanſon en s'elevant dans les nues.
Tantôt c'étoit une fauvette qui frédonnoit
la fienne , en ſe balançant fur la plus haute
branche d'an buiffon.Er lorſqu'elleen entendoit
quelqu'un ſe diftinguer par fon raruage,
Louiſe diſoit : voilà un de mes penſionnaires
: on connoît à ſa voix qu'il a étébien
nourri cet hiver.
Nota. Cette Pièce, de M. Berquin , eſt
tirée d'un Ouvrage intitulél'Ami des Enfans ,
dont il paroît un Volume , chez Piffot &
Barrois le jeune , Libraires , quai des Auguftins.
Explication de l'énigme & du Logogryphe
duMercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt les Graces ; celui
du Logogryphe eſt Ecrin , où se trouvent
crin & cri.
DE FRANCE, 15
&
J
ÉNIGME.
Efuis cher aux tendres amans ;
Combien en me voyant ont répandu de larmes!
Je ſuis privé de ſentimens ;
Cependant à l'Amour je puis prêter des armes.
Qui m'aura pourra tout avoir
S'il me tient d'une anje ſincère ;
J'ai des yeux & ne peux rien voir ;
:
Si je ſavois parler je pourrois ne pas plaire ;
Car alors, cher Lecteur , je ferois tout ſavoir ,
Soit à ma grande foeur , ou bien à mon grand frère.
(ParM. Ifambert du Freney , Secrétaire de
M. le Duc de ..... )
LOGOGRYPH Ε.
PETIT ETIT &grand, je ſuis unique en France;
Onm'y chérit avec raiſon; i
Suivant les goûts , je ſuis chair ou poiffon ;
Maislepalais en ſent la différence.
Dans mes ſept pieds , ſouvent mis en chanson,
Quand avec ſoin on les combine,
On trouveun végétal d'où coule la réſine ;
Une faine liqueur qu'on frekate à Paris ;
Unaliment commun, bien préférable au siz,
Quoiqu'en ait dit un Savant Journaliſte, 1
16 MERCURE
Queles fils deCujas ont rayé de leur liſte;
Chez les Latins une négation
Dont le renverſeinent eſt prépoſition ;
Un adjectif François qui peint l'humeur altière
Du fat imitateur du Comte de Tuffière;
Contre l'épilepfie un bon médicament ;
Etdu chat en courroux l'obſcène jurement.
C'en eſt aſſez , Lecteur , le ſexe medevine ;
Dans les modes du jour ma figure domine.
(ParM. Coutoulý , Médecin de MONSIEUR,
Membre de l'Académied'Angers.)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLÉMENS de la Langue Françoise , par
M. Fauleau. A Paris , chez l'Auteur , rue
du Haſard-Richelieu , au coin de la rue
Traverſière ; Nyon , Libraire , au Collége
des Quatre-Nations ; Colas , Libraire ,
Place de Sorbonne ; Eſprit , Libraire , au
Palais Royal , 1781. in-89. de 285 pag.
Prix , 3 liv. 12 fols.
Le principal mérite qui nous paroît diftinguer
cette nouvelle Grammaire de toures
les précédentes , & la rendre encore utile
après tant d'autres , eſt une méthode ſingulière
, dont M. Fauleau eſt l'inventeur ,&
qui doit être très favorable à l'inſtruction .
Elle conſiſte dans une diviſion toujours uni
DE FRANCE. 17
forme, & par- là même plus propre à ſe
graver dans la mémoire. Ici tout eſt diviſé
par trois ; au lieu des huit parties d'oraiſon
ſi connues chez les Grammairiens ; ſavoir ,
le nom , le pronom , le verbe , le participe ,
l'adverbe , la prépoſition , la conjonction &
l'interjection, on en compte neuf ici , & le
participe n'en eſt pas; ce qui cauſeroit un
grand chagrin à ce Grammairien ſenſible ,
qui diſoit d'un ton ſi pénétré : Les parti
cipesnefontpas connus en France.
Lesneufparties d'Oraiſon , ſelon M. Fauleau,
ſont le nom , l'article , le pronom , le
verbe , la prépoſition , l'adverbe , la conjonction,
la particule , l'interjection.
La prédilection marquée de l'Auteur pour
le nombre trois , peut le faire ſoupçonner
d'avoir introduit cette énumération nouvelle
des parties du diſcours , pour ſeme
nager la facilité de les diviſer par trois.
Numero Deus impare gaudet.
L'Ouvrage entier eſt diviſé en trois Livres,
chaque Livre en trois Chapitres , chaque
Chapitre en trois articles.
Les trois Livres traitent , le premier, des
parties du diſcours; le ſecond, de la conftruction;
le troiſième,de la pureté du langage.
Le premier Chapitre du premier Livre
traite des parties nominales du diſcours ,
c'est-à-dire , de celles qui ſervent à nommer
les objets de nos idées; elles ſont au nom18
MERCURE
bre de trois : 19. Le nom. 2º. L'article. 3 °.
Le pronom.
Le ſecond Chapitre traite des parties verbales
, c'eſt à- dire, de celles qui ſervent à
parler de ces mêmes objets ; elles font encore
au nombre de trois : 19. Le verbe principalement.
2º. Subſidiairement , dit l'Auteur
, la prépoſition. 3º. L'adverbe.
Le troiſième Chapitre comprend lesfuccursales
, ainfi nommées , parce que c'eſt par
leur fecours que nous faiſons de la parole
tous les uſages autres que ceux de nommer
les objets ou d'en parler ; celles- ci ſont toujours
au nombre de trois : 1º. La conjonction.
2 °. La particule. 3 ° . L'interjection .
Même divifion pour les deux autres Livres.
Livre ſecond, de la conſtruction .
Chapitre premier , de la concordance ;
&ſous ce Chapitre , trois articles : 1º. De
la concordance du nom. 2°. De la concordance
du pronom. 3 °. De la concordance
du verbe.
Chapitre ſecond , du régime , & de même
trois articles : 1°. Des différentes fortes de
régime. 2°. Des fonctions reſpectives des
parties du diſcours. 3 °. Des marques diftinctives
des membres de la phrafe.
Chapitre troiſième , de la ſyntaxe , trois
articles encore : 1. Des différentes eſpèces
de membres de la phraſe. 2º. De la ſyntaxe
particulière. 3º. De la ſyntaxe générale.
Livre troiſieme , de la pureté du langage.
Chapitre premier , de la prononciation.
DE FRANCE.
19
Article 1. de l'accent. 2. De l'aſpiration
. 3. De la quantité.
Chapitre ſecond , du ſens figuré. 1º. De
la catachrèſe. 2°. De la metonymie. 3 °. De
la ſynecdoche.
Ces termes Grecs de rhétorique & de
grammaire, n'effrayent plus perſonne depuis
que Boileau s'eſt moqué de l'ignorance de
Pradon , qui les prenoit pour des termes de
Chimie.
Enfin , le dernier Chapitre du troiſième
&dernier Livre traite du galliciſme , & fes
trois articles roulent: le 1er. fur les différentes
eſpèces de gallicifme. Le 2e. ſur le
galliciſme relatif an nom. Le 3º. ſur le galliciſme
relatif au verbe.
Cette recherche du nombre ternaire ,
pourroit ne paroître qu'un badinage &
qu'un jeu d'eſprit , ſi l'Auteur n'avoit pas
eu l'art de lui donner l'air naturel ; ſi les
différens articles ne paroiffoient pas s'at-.
tirer , & pour ainſi dire s'appeler les uns
les autres par le voiſinage & la convenance
fi cette diviſion étoit viſiblement ou inutile
ou incomplette.
Il y a environ quinze ans qu'un de ces
Ecrivains , que le Scribendi Cacoethes a tant
multipliés parmi nous depuis quelquestemps,
fit imprimer à grands frais trois gros
Volumes in-4°. qui n'étoient que le foible
commencement d'un Ouvrage dont on n'auroit
jamais vû la fin , ſi par malheur il eût
réuſſi , c'étoit une Bibliothèque des Artistes
20 MERCURE
& des Amateurs ; l'Auteur prétendoit y
traiter de omni fcibili. Il avoit inventé pour
chaque Science une diviſion qu'il appliquoit
également à toutes. Cette diviſion ,
empruntée des nombres , paroiſſoit tenir ,
dans l'eſprit de l'Auteur, à ces propriétés
mystérieuſes , à ces vertus ſecrettes qu'une
philoſophie chimérique avoit autrefois
attribuées aux nombres. L'Auteur avoit
eru que dans chaque ſcience , dans chaque
art, tous les points de diviſion ſe rapportoient
aux nombres un , deux , trois , quatre ,
ſept & douze ; par-tout il trouvoit l'unité,
le binaire , le ternaire , le quaternaire , le
ſepténaire , le duodénaire.
Dans la grammaire , par exemple , diſoitil
, l'unité, c'eſt l'alphabet ; le binaire , ce
font les voyelles & les conſonnes ; le ternaire,
genres , nombres , cas; le quaternaire
, lettre , fyllabe , mot , diſcours ; le
Septénaire, les ſept caractères proſodiques ;
ſavoir , l'accent aigu , l'accent grave , l'accent
circonflexe , la cédille , l'apostrophe ,
la diérèſe, le tiret; le duodénaire , les neuf
parties d'oraiſon & les trois figures de la
grammaire; ſavoir , pour les parties d'oraifon,
le nom,l'article, le pronom , le verbe,
le participe , l'adverbe , la prépoſition , la
conjonction , l'interjection ; & pour les
figures de la grammaire , le pléonaſime , la
fyllepfe & l'hyperbare; quelquefois il trouvoit
à répéter , pour chaque ſcience , chacun
de ſes nombres , même le duonénaire, &
DE FRANCE. 21
c'étoitalors qu'il triomphoit, Par exemple ,
il trouvoit pour la grammaire un double
duodénaire. Nous avons vu le premier , il
n'eſt pas mal forcé. Voici le ſecond.
Point , virgule , deux points , ( . , :)
Point & virgule , interrogation , ( ; )
Admiration , parenthèſe , trois points ,
( ! ( ) ... )
Guillemets , petitque , longue , brève ,
» atq;-)
Il trouvoit la même choſe dans la Théologie
, dans la Mythologie , dans la Rhétorique,
dans l'Agriculture , par-tour.
Il n'a paru de ce Livre que le ternaire ,
c'est-à-dire , trois volumes ; le Public ne
goûta pas cette numération puérile , dont
l'Auteur étoit cependant bien content :
Sicnosfervavit Apollo.
Il n'en ſera pas de même de la diviſion
de M. Fauleau; elle eſt ſouvent néceſſaire ;
&ſoit par la nature des choſes , ſoit par
l'art de l'Auteur , elle paroît preſque toujoursjuſte.
D'ailleurs , l'Ouvrage eſt plus eſtimable
encore par le fond que par la forme; rien
de plus clair que les principes de l'Auteur ,
rien de plus juſte que leur application ; il
montre ,&dans le texte & dans les notes ,
une profonde connoiffance du méchaniſme
denotre langue.
Il regardedans ſon introduction une langue
quelconque comme une machine dont
22 MERCURE
les hommes ſe ſervent pour ſe communiquer
leurs idées , & il nous ſemble qu'il a
mis quelque recherche d'efprit à ſuivre, jufques
dans les moindres rapports , cette com
paraiſon d'une langue avec une machine.
ÉPITRE à un Anonyme qui a rendu la
Liberté à deux cens Prifonniers pour mois
de Nourrice le jour de la Naiſſance de
Mgr. le Dauphin , par M. Richard. A
Paris , chez les Marchands de Nouveautés.
SOULAGER la claſſe malheureuſe des Citoyens
, donner aux riches l'exemple d'une
forte de bienfaiſance publique , & ſe
dérober à la reconnoiffance , en s'enve
loppant du voile le plus impénétrable de
la modeftie , c'eſt s'élever juſqu'aux fonc
tions de la Providence, c'eſt mériter la gloire
la plus pure & la plus touchante. L'homme
de génie qui a eu le plus de titres à tous les
genres de gloire, Voltaire , a dit :
1
J'ai fait un peu de bien , c'eſt mon meilleur ouvrage.
Si la fortune n'accompagne pas toujours
lestalens , & s'il eſt donné à peu de Gens
de Lettres d'exercer la bienfaiſance , au
moins doit-on les applaudir lorſqu'ils s'efforcent
d'y participer en quelque forte en la
célébrant ; & qu'à l'exemple de Diogène ,
qui remuoit ſon tonneau quand les Athéniens
conftruifoient des flottes , ils cherchent
àrendre leurs talens utiles.
10
DE FRANCE.
23
Nos états ſont divers , nos devoirs ſont communs ;
Aina , la tendre fleur nous donne ſes parfums ,
La campagne ſes blés , les arbres leurs ombrages ,
Les rochers leurs métaux, les prés leurs pâturages.
OEuvres du Philoſophefans Souci.
Nous ne pouvons donc quelouer l'Auteur
de l'Epître à un Anonyme. Il y a des occaſions
où la critique ſeroit indécente.
L'eſprit eſt indulgent quand le coeur eſt ſenſible.
OEuvres de M. le Marquis deSt-Marc.
Voici comment l'Auteur débute :
Toi qui , ſuivant la voix de ton coeur magnanime ,
Sous le voile ſecret d'un modeſte Anonyme ,
Répands ſur l'infortune un déluge de biens ,
Etde deux cens captifs fais tomber les liens ,
Pourquoi te dérober à notre juſte hommage ?
Montre-toi , de Dieu même on croira voir l'image ;
C'eſt ainſi qu'il étend ſur les foibles humains ,
Pour alléger leurs maux , ſes inviſibles mains ;
Et dansl'immenſité des biens qu'il nous diſpenſe ,
C'est ainſi qu'en lui-même il a ſa récompenfe.
Toutes ces idées ſont intéreſſantes , & le
reſte de la Pièce y répond. Il y a même pluſieurs
morceaux pleins de poéſie & bien
travaillés . La deſcription de la joie de la
Nation à la naiſſance de Mgr. le Dauphin
mérite d'être citée.
;
Ah! quema foible main ne peut-elle tracer,
٠٢
24 MERCURE
Par des traits que le temps ne dût point effacer ,
Le tableau qu'à mes yeux cet heureux jour préſente!
Tous les rangs confondus , la jeuneſſe bouillante ,
Oubliant , pour danſer au ſon des chalumeaux ,
Le vin qui fuit la tonne & ruiffelle àgrands flots;
Des vieillards rajeunis les plaiſirs plus tranquilles ;
La bombe qui ſans ceſſe , au milieu de nos villes ,
En ſifflant vole au Ciel , &, ſemblable aux éclairs ,
Illuminant nos jeux, éclatte dans les airs ,
LaFrance toute en feux , la France glorieuſe ,
N'offrant plus , en un mot , qu'une Famille heureuſe ,
Qui n'a qu'un même coeur & le donne au Dauphin.
On peut reprendre quelques taches dans
ces vers; mais l'Auteur , dans un envoi à
Mde *** , follicite l'indulgence d'une manière
ſi agréable , qu'il y auroit de la mauvaiſe
humeur à le juger ſévèrement.
: J'ai célébré la Bienfaiſance ,
Tu la pratiques chaque jour ;
Nous méritons , toi de l'amour ,
Et moi , quelque peu d'indulgence.
Mon coeur ( je le dis ſans détour )
Apayé ſa dette d'avance ;
Puiſſe le tien , aimable Hortence,
S'acquittant de même à ſon tour ,
Combler ma plus douce eſpérance.
L'Epître à un Anonyme eſt ſuivie d'une
Pièce ſur la naiſſance de Madame Royale ,
dont
DE FRANCE.
25
こ
-
dont l'idée est très ingénieuſe. Elle prouve
que M. Richard a de la facilité , ce qui d'ordinaire
est la marque du talent.
ALMANACH LITTÉRAIRE , ou Étrennes
d'Apollon, pour l'année 1782. A Paris ,
chez la Veuve Ducheſne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût ; Eſprit ,
Libraire , au Palais Royal , &c.
CET Almanach , qui paroît depuis fix
ans avec beaucoup d'exactitude , a obtenu le
ſuccès qu'il mérite. Rien de plus varié que
la Collection qu'il renferme. Elle préſente
tour-à-tour des Anecdotes anciennes , dont
la plupart font peu connues; des Anecdotes
plus récentes; des Pièces fugitives de nos
Poëtes modernes qui n'avoient pas encore
été imprimées ; des Lettres de Voltaire à
Mime de Chambonin & à des Littérateurs
diftingués , parmi leſquelles on en trouve
de très-piquantes ; quelques morceaux de
Profe; d'autres mêlés de Proſe & de Vers ;
enfin , une Notice des principaux Ouvrages
mis au jour dans le cours de cette année.
La manière dont chaque article eſt placé,
reſſemble peut être un peu à ce qu'on appelle
du déſordre , mais c'eſt de ce déſordre
même que naît la variété de cet Almanach
, qu'on ne lit pas ſans intérêt.
Les détails que contiennent les Lettres de
Voltaire à Mme de Chambonin, demandent
Nº. 1,5 Janvier 1782 . B
26 MERCURE
àêtre lus en entier ; un Extrait ne ſuffiroit
pas pour les faire connoître , & en ôteroit
le charme. Nous allons pourtant citer un
fragment de la dix neuvième , parce qu'on
y reconnoît & l'eſprit & le caractère de
l'Auteur , parce qu'il contient une maxime
morale qu'on peut rendre publique utilement,
& dont plus d'une perſonne peut
profiter. " Mon cher ami Groschar , vous
> vous divertiſſez à Paris , car vous n'écri-
▸ vez point ; mais pourrai - je , moi , vous
> divertir à mon tour ? On va jouer Zu
» lime , qui pourtant ne vaut pas Mahomet,
>> N'allez donc pas partir de Paris ſans voir
» Zulime. Mais ne pouvez vous donc point
- voir un homme plus tendre , plus aima-
» ble, plus sûr de ſon ſuccès que toutes
" les Tragédies du monde? C'eſt mon ange
>> gardien , c'eſt M. d'Argental ; c'eſt lui qui
• vous dira le ſort de Zulime, car il fait
• bien ce que le Public en doit penſer,
• Comme on a ſon bon ange , on a auſſi
> ſon mauvais ange , & malheureuſement
>> c'eſt Tiriot qui fait cette fonction. Je fais
» qu'il m'a rendu de fort mauvais offices ,
>> mais je les veux ignorer ; il faut ſe reſpec-
>> ter affez foi même pour ne ſe jamais
" brouiller ouvertement avec ſes anciens
» amis , & il faut être affez ſage pour ne
>> point mettre ceux à qui on a rendu ſer-
> vice à portée de nous nuire , &c. »
Parmi les Pièces de Poéſie qu'on lit dans
fet Almanach , on en remarque deux de
DE FRANCE. 27
M. Rochon de Chabannes *, dont l'une , intitulée
le Portrait d'Elvire , eſt écrite avec
beaucoup de goût , d'eſprit & de grâces ;
l'autre eſt une Chanſon de table d'un mari
à ſa femme , dont l'idée eſt piquante &
joyeuſe. Les bornes de cet article ne nous
permettent point de les faire connoître , &
nous donnons la préférence ſur celles- ci &
fur les autres Pièces que nous avons ſous les
yeux, à un Apologue de M. Bret , dont le
fond eſt neuf& très- original. Le voici :
La Fête des Laboureurs.
Des Laboureurs honorant la ſcience ,
Un bon Seigneur délibéra , dit- on ,
De les fêter enhomines d'importancee
Adonc, il fit dans le canton
Publier qu'après la moitſon
Ces diſciples de Triptolême
Pouvoient venir en ſon château
Chanter Cérès , épuiſer ſon caveau
D'un vin exquis réſervé pour lui-même ,
Tant il priſoit l'honneur d'un jour ſi beau.
Cejour venu , nombreuſe eſt l'aſſemblée ;
Il les reçoit poliment à l'entrée;
Leur tend la main , les appelle ſes fils;
Et fur leur front , par le ſoleil noircis ,
*Nous parlerons dans undes Mercures prochains d'une
Comédiede cet Auteur repréſentée àStrasbourg , & qui
your titre , la Tribu :
Bij
28
MERCURE
Aubruit du clairon qui raiſonne ,
Place lui-même une couronne
Où Flore brille à travers les épis.
Certain Ruſtaud vient à la file ,
Baiſſe le chef pour être couronné.
Quel est ton droit , maître imbécille ,
Lui dit le Seigneur étonné ?
- Qui ? moi ? Je ſuis, ne vous déplaiſe,
Membre du corps , je ſuis le voiturier.
-Retire-toi ; le ſimple journalier
N'eſt rien ici ; tu peux à l'aiſe
Avec mes gens t'enivrer i tu veux.
Et le Ruſtaud de s'en aller honteux ,
Tandis qu'avec ſes Laboureurs à table
Notre bon Seigneur du feſtin
Fait les honneurs , d'amitié les accable ,
Et les retient pour l'an prochain.
Or , dites-vous , à quoi bon cette Fable ?
C'eſt un avis à maint farcinateur ,
Qui tous les ans , dans les jardins du Pinde ,
Va recueillir & le fruit & la fleur ,
Les porte au marché , puis ſe guinde
Et s'égale au cultivateur.
Si jamais Phébus au Parnaſſe
Veut vous fêter , Meſſieurs les beaux eſprits .
C'eſt bien juſtice qu'il en chaſſe
Les colporteurs de vos écrits.
Nous ne citerons que deux Anecdotes ,
DEFRANCE .
29
que nous choiſirons parmi la foule de celles
que l'Éditeur a recueillies.
- Une femme de qualité fit un jour cette
» queſtion à J. J. Rouſſeau : Que renfer-
>> ment donc , Monfieur , vos Mémoires fi
>> fameux ? - Madame , répondit le Philos
>> ſophe de Genève, j'y ai dit tout le mal
>> qu'on ne fait pas de moi,& tout le bien
» que je fais des autres. - En ce cas-là , re-
>> prit la Dame , le Livre fera court. »
" Un jour Louis XIV dit le plus férieu-
>> ſement du monde à un Seigneur de ſa
► Cour dont il connoiſſoit l'ambition démé-
>> ſurée :>> Savez- vous l'Eſpagnol ? - Non ,
Sire.- Tant pis. Ce Seigneur crut qu'en
apprenant vite cette Langue, il parviendroit
à être Ambaſſadeur ; il y donna donc tous ſes
foins ,& le fut en très-pen de temps. Se repreſentant
alors devant le Monarque: " Sire,
>> j'ai appris l'Eſpagnol .- Le ſavez- vous au
>> point de le parler avec les Eſpagnols
» même. -Oui , Sire. Je vous en féli-
>> cite : eh bien , vous pourrez lire Dom
>> Quichotte dans l'original. >>
Il y a quelque temps que l'on a imprimé
dans le Journal de Paris quatre vers adreſſés
àMgr. leDauphin. Les lettres initiales du nom
deleurAuteur font G. D. L. B. Voici les vers.
Ah ! Monſeigneur ! que votre ſort eſt doux !
Non d'être né pour gouverner la France ,
Mais de ne pas avoir la moindre connoiſſance
Detousles mauvais vers que nous furgeons pour vous.
Biij
30 MERCURE
On trouva ces vers fort plaifans. Malheu
reuſement pour M. G. D. L. B. on retrouve
dans le Recueil dont nous parlons , quatre
vers que fit Voltaire , après avoir parcouru
un gros Recueil de Poéfies faites fur la naiffance
de Mgr. le Duc de Bourgogne , & qui
contiennent la même Epigramine qui a fait
le ſuccès des premiers que nous avons cités.
Rejetton de cent Rois , eſpoir fragile & tendre
D'un Héros adoré de nous ,
Que vous êtes heureux de ne pouvoir entendre
Les mauvais vers qu'on fait pour vous !
Parmi les notices des principaux Ouvrages
qui ont paru en 1781 , on en diftingue pluſieurs
qui font très-bien faites , quelquesunes
qui font fort négligées , & un affez
grand nombre dont le ton eſt beaucoup trop
louangeur. Nous ſavons que l'honnêteté &
la délicateſſe de l'Editeur lui ont fait un devoir
d'être très- avare de critiques; mais en
ſuivant ſon ſyſtême , que beaucoup de gens
approuveront , il peut éviter auſſi de donner
de trop grands éloges à des Ouvrages qui en
font réellement indignes. Il eſt de ſon intérêt
deſuivre ce conſeil ,& de ſe reſſerrer plutôt
dans les bornes d'une notice toute ſimple ,
que de louer ce qui n'eſt pas louable. Nous
l'engageons encore à ſe montrer un peu plus
ſévère dans le choix des différens morceaux
de poéſie ou de proſe auxquels il fait accueil.
Nous en avons remarqué un affez grand nom
bre qu'il auroit dû refuſer d'adınettre. Parmi
DE FRANCE
des morceaux, ſe trouve une Ode anacreontique
de l'Auteur de cet article , où le mot
charmant eſt répété deux fois à côté du mot
charmes , dans l'eſpace de vingt quatre petits
vers. Cette négligence eſt réellement condamnable,
fur-tout dans un homme qui s'eſt
donné le droit de juger les autres. L'Editeur
en conſequence devoit la profcrire , & plu
tôt écouter la voix du Public qui demande ,
avec raiſon , qu'on lui préſente un choix de
bonnes chofes , que celle de l'amitié ; parce
que les ſacrifices auxquels elle conduit , ſe
font toujours au préjudice du plaiſir des
Lecteurs éclairés ,&, par une ſuitenéceſſaire,
nuiſent au ſuccès des Recueils.
( Cez Article est de M. de Charnois. )
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Romans,
nouvelle Edition , in 4. Tomes I & II.
Prix , & liv. chacun. A Paris , au Bureau
de ce Journal , rue Neuve Ste Catherine.
CETTE Edition , faite avec beaucoup de
foin , ſemble , par le format , appartenir
aux grandes Bibliothèques , & ne devoir
être, pour ainſi dire , d'aucun uſage pour
les gens du monde , & fur- tout pour les
Dames. On en juge autrement quand on
confidère la fineſſe du papier &le nombre
des pages borné à cinq cens , ce qui rend les
Volumes très- légers , alors on voit que l'Éditeur
s'eſt propoſé de rendre la lecture de cer
BIV
32 MERCURE
Ouvrage, plus agréable & plus facile aux
perſonnes qui ſe trouveroient fatiguées par
lapetiteſſe des caractères de l'in- 2 .
On y a fait des changemens & des corrections
qu'on a jugé néceſſaires , & qui doivent
donner un nouveau prix à cette intéreffante
Collection.
Les deux Volumes qui paroiſſent renferment
les huit qui furent publies in - 12 depuis
Juillet 1775 juſqu'en Decembre de la même
année inclufivement. Deformais chaque Livraiſon
ſera d'un ſeul Volume , qui paroîtra
exactement toutes les fix ſemaines.
Pour mettre les Acquereurs à portée de
jouir en même temps du paſſe &du préfent ,
chaque Volume in-4°. contiendra alternativement
quatre des plus anciens Volumes
in- 12. & quatre des plus modernes . Ainfi ,
le troiſième Volume , qui paroîtra à la fin de
Janvier 1782 , renfermera les Volumes
de Novembre & Décembre 1781 , & les
deux du même mois de Janvier 1782. Le
Volume qui paroîtra le 15 Mars ſuivant ,
offrira les quatre premiers de 1776. Celui
qui ſera livré au dernier Avril, contiendra
ceux de Février , de Mars , & les deux du
même mois d'Avril , ainſi de ſuite.
Lorſque les anciens Volumes feront épuifés
, on ne publiera plus que quatre Volumes
par an, leſquels contiendront les ſeize qui
paroiffent in- 12 annuellement .
On a tiré cinquante exemplaires ſur un
papier de la plus grande beauté. Le prix de
DE FRANCE.
33
chacun de ces Volumes brochés eſt de 48 liv.
Pour en faire l'éloge , il ſuffit d'annoncer
qu'ils fortent des preſſes de M. Didot l'aîné,
Imprimeur de M. le Comte d'Artois.
Nous ne doutons pas que le Propriétaire
&les Coopérateurs ne redoublent d'efforts
pour que le mérite de l'Ouvrage réponde
conſtamment à la beauté de cette Edition ;
les premiers Souſcripteurs applaudiront ſans
doute à une entrepriſe qui tend à donner uni
nouveau degré d'intérêt à la Bibliothèque
Univerſelle des Romans.
DICTIONNAIRE de Jurisprudence & des
Arrêts , ou nouvelle édition du Dictionnaire
de Brillon , connu ſous le titre de
Dictionnaire des Arrêts & Jurisprudence
univerſelle des Parlemens de France , &
autres Tribunaux , augmenté des matières
de Police , d'Agriculture , de Commerce ,
de Manufactures , dans le rapport qu'elles
ont avec l'adminiſtration de la Juſtice,
parM. Proſt de Royer , ancien Lieutenant
de Police de Lyon. In 4°. Tome I. 1781 .
A Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , Imprimeur du Gouvernement &
de la Ville; & ſe trouve chez les principaux
Libraires de France.
On doit diftinguer dans la foule des Dictionnaires
, qui ſe multiplient tous les jours
Tous nos yeux fur toutes les ſciences , & fur
toutes les connoiſſances , celui dont M.
Bv
34 MERCURE
Proſt de Royer vient de nous donner lepre
mier volume. Le Dictionnaire de Brillon,dont
il annonce une nouvelle édition , étoit ſanscontredit
un des meilleurs recueils d'Arrêts
qui eût paru juſqu'à préſent ; & M. Proft
de Royer en rend la collection d'autant plus
utile & d'autant plus précieuſe , qu'il s'eſt
appliqué à corriger les défauts de cet Auteur ,
qu'il joint au texte de Brillon ce que la Juriſprudence
a introduit de nouveau depuis
plus de ſoixante ans , & qu'il traite une
multitude de queſtions relatives à la Police ,
à l'Adminiſtration , à l'Agriculture , aux
Arts , au Commerce , à la Marine & à la
Guerre , objets importans ſur leſquels Brillon
n'avoit rien dit , & qui n'ont été éclaircis
que par les écrits lumineux que le ſiècle
préſent a produits.
On trouve, ſous chaque mot particulier ,
une définition exacte tirée des Loix Romaines
, ou des Juriſconſultes les plus renommés
; lorſque le Droit Romain ne peut fervir
de guide à M. P. de R. , cette définition
eſt ſuivie de l'indication des titres du corps
de Droit qui traitent la matière dont il
rapporte les principes généraux , & auxquels
il joint ceux que fourniſſent les Ordonnances
, les Coutumes & les Arrêts de
réglemens. A ce tableau fuccèdent les Arrêts
particuliers , dont l'Auteur détailleles
motifs , & dont il fait voir la connexion
avec les principes qu'il a établis d'abord..
Nos Lecteurs ne s'attendent pas que nous
DE FRANCE.
35
leurdonnions un extrait de ce nouveau Dictionnaire,
qui n'eſt eſſentiellement lui-même
qu'un extrait des principes ſur chaque matière
; cependant , pour les mettre à portée
de juger & d'apprécier le travail de M. P.
de R. , nous allons examiner le met Accident
, & détailler la manière dont il eſt
Haité.
L'Auteur commence par définir l'accident
un événement fâcheux , que n'a pas prévu
celui qui y eſt expoſe : il explique enfuite
les cauſes qui y donnent licu, la force majeure
, l'imprudence, la machination d'un
tiers , la faute de ceux qui auroient dû les
prévenir: il indique les titres du Droit Romain
, où toutes ces queſtions ſont traitées :
il en rapporte les principes généraux , &
donne des exemples pour en faciliter l'intelligence
: il diviſe les accidens par les chofes
qui y donnent lieu , telles que les animaux,
les bâtimens , les voitures, la chaffe ,
&c... Il examine comment & juſqu'où les
maîtres peuvent être tenus des accidens
caufés par leurs domeſtiques & fi les enfans
doivent être pourſuivis à cet égard : il difcute
enfin juſqu'à quel point l'auteur d'une
bleffure ou d'un meurtre involontaire , peut
être tenu des dommages & intérêts. :
Tous ces objets font traités avec beaucoup
de préciſion , &M. P. de R. rapporte fur
chacun d'eux les loix générales & les
Arrêts particuliers, qui doivent guider le Ju
fconfulte dans la déciſion des eſpèces, qui
36 MERCURE
feront foumiſes à ſa déciſion: il a également
ſoin d'indiquer ſur chaque queſtion les Auteurs
qui l'ont traitée avec plus de ſolidité.
Ce nouveau Dictionnaire a un mérite
bien ſupérieur à la compilation de Brillon ,
par le tableau réduit des principes du Droit
&de la Jurisprudence ; l'ordre & la diviſion
des matières ; les vues nouvelles de l'Auteur
& les réformes qu'il indique dans notre
Juriſprudence actuelle ; l'Auteur a été à portée
d'en connoître les abus & les inconvéniens
, dans le Barreau , les Hôpitaux , la
Municipalité , & dans la place importante
de Lieutenant de Police d'une grande Ville
qu'il a remplie avec diſtinction pendant plufieurs
années.
SPECTACLE S. *
RÊVE DE L'OBSERVATEUR.
Un rêve ! eh ! pourquoi pas ? Quel eſt
celui de mes Lecteurs qui ofera croire qu'il
ne rêve point les trois quarts de la journée ?
Ce feroit encore un rêve qu'une pareille
idée. Enfin , je rêvois il y a deux heures ,
& je rêvois que j'étois mort. Chacun rêve
comme il peur. En un clin-d'oeil , mon om-
* No. 51 , 22 Décembre 1781 , page 243 ,
on a oublié d'annoncer que l'article de Jeanne de
Naples n'a pas été rédigé par M. de Charnois.
DE FRANCE. 37
bre parut devant les juges des Enfers. Minos
me regarda , & me dit : N'étois tu point Critique
là-haut ? Oui , lui répondis-je. Eh
bien , reprit - il, les fureurs de l'amourpropre
, la haine , la vengeance , les intrigues
, la calomnie , les perfecutions , tout
s'eſt réuni pour te faire expier tes fautes par
des tourmens anticipés. Vole à l'élifee ,
pars. Aufli prompt que la penſée , je m'élance
&j'arrive à l'entrée d'un boſquer qu'alloient
quitter Boileau & Molière. Avec quel plaifir
je leur offris l'hommage que leur doit tout
homme qui connoît les ſervices qu'ils ont
rendus aux Moeurs & aux Lettres ! L'Auteur
des Satyres m'ecouta d'un air férieux , mais
celuidu Tartufe me fourir.Tuferas des nôtres
aujourd'hui, me dit-il'avecbonté. Nous avons
beaucoup entendu parler de la décadence
de l'Art Dramatique en France , & nous profitons,
pour nous en inſtruite par nous mêmes,
d'un des privileges accordés aux ombres heureuſes.
Elles peuvent aller de temps en temps
dans l'autre monde obſerver la ſituation des
Arts dans lesquels elles ont acquis quelque
renom. Suis-nous, tu peux nous être utile ,
&c'eſt un titre pour te faire partager la faveur
dont nous jouiffons. Auflitor
fûmes tranfportés à l'Opéra. On y donnoit
Iphigénie en Aulide du Chevalier Gluck.
Boileau écoutoit avec l'attention d'un fatyris
que les effets que le Muſicien vouloit produire
& qu'il produiſoit ſur toutes les âmes ſenſibles.
Molière prêtoit l'oreille avec complai
nous
MERCURE
fance il témoignoir ſa ſenſibilité par le jeu
de ſa phyſionomie ſpirituelle & animée. Er
j'admirois Lulli ! s'écria Deſpréaux. Er tu
avois raiſon, lui dit Molière ; mais ce que
j'entends eft plus admirable encore. Il faut
pourtant convenir que les progrès que l'Art
Muſical a faits pendant cent ans ontdoublé
les reſſources d'un Compoſiteur ; & que fi
Gluck mérite ſa réputation pour avoir , en
homme de génie , tiré parti de tous les
moyens que ſon Art lui donnoit dans la fin du
dix-huitième ſiècle, le Florentin n'a pas moins
mérité la fienne pour avoir beaucoup fair
avec peu de choſe, pour avoir créé la muſique
du Théâtre ſans avoir eu de modèle. Ala
bonne-heure , dit Boileau ; mais ceci eſt ſublime
, & me feroit aimer les vers de Quinault.
Alors parut une femme d'une grande
taille, d'une fort belle figure, & cette femme
venoit pour jouer le rôle de Clytemneſtre. *
Je dis à Molière que cette femme debutoit.
- Ah ! ah ! il faut l'obſerver avec ſoin.
Ala fin dela repréſentation, comme il vit que
j'aurois bien voulu lui demander ce qu'il en
penſoit, il meprévint. Ami, me dit- il, quand
j'étois Directeur de Troupe , je formois les
fujets que je voulois faire débuter ; je leur
* Mlle Lonjeau. Cette Actrice , après avoir débuté
à la Comédie Italienne en 1778 , a paru , avec
fuccès , fur le Théâtre de Bordeaux , d'où elle a été
appelée pour venir ici doubler Mile Duplant,dans
Remploi des Mères & des Reines..
DE FRANCE
39
-
fifflois quelques rôles, à l'aide deſquels ils
obtenoient des applaudiſſemens. Réduits enfuite
à ſe ſervirde leur propre intelligence
on ceſſoit de les goûter , & les hommages
fe tournoient en chagrins. A- t'on encore
cette habitude? Oui , lui dis-je. -Tant pis ,
je nejugerai pas ton Actrice. Il y a du déſordre
& de l'abandon dans ſon jeu ; mais j'y
vois quelquefois de la ſéchereffe & de
la prétention. Elle eſt , parbleu , belle
femme; les moyens ne répondent pourtant
pas à l'emploi qu'elle a pris. Sa voix eſt
trop foible pour la grande expreflion. Entends-
tu ce qu'elle chante ? Non , mais
on prétend que la timidité en eſt cauſe en
grande partie. Boileau me regarda d'un
air courroucé ; Molière fit un éclat de rire
&nous nous trouvames , ſans que j'aie pu
favoir comment, au parquet de la Comédie
Italienne. Ony remettoit l'Epouse Suivante,
Comédie en un acte & en profe. Boileau me
demanda le nom de fon Auteur, je lui nommai
Chévrier. Quoi ! s'écria-t- il , on parle
encore de ce frénétique qui abuſa fans ceffe
de l'eſprit qu'il avoit reçu du ciel , de ce
cauſtique impudent qui a deshonoré la
carrière des Arts , & qui feroit regretter
la découverte de l'impreſſion , fi elle n'avoit
pas ſervi à mettre au jour le contre-poifon
de ſes Ouvrages ſcandaleux....Paix , dit Mohère
, on commence. Nous vîmes la fille
d'un Artiſandevenue l'époufe d'un hommede
condition, abandonnée par lui ,& faiſant le
ود
40
MERCURE
rôle d'une Femme- de- chambre auprès de la
perſonne que ſon mari devoit épouſer par
ordre d'une mère impérieuſe. Nous vimes
les époux ſe reconnoître , s'aimer encore , &
nous vîmes, à la fin, la mère devenir flexible,
&, malgré le préjugé qui proſcrit les méſalliances
, approuver le mariage de ſon fils
avec une fille née dans la dernière claſſe des
Citoyens. Deſpréaux alloit parler quand
Molière l'en empêcha. Garde le filence , lui
dit il, tu as de l'humeur : plus tranquille que
toi , je ferai plus juſte. Ily a des chofes agreables
dans cette petite Comédie ; mais , & ce
n'eſt pas la ſeule qui mérite ce reproche , elle
offre un exemple dangereux. Tous les hommes
font nés égaux fans doute, mais dans
un pays policé les conditions doivent être
inégales. Le bien de l'Etat , le bonheur des
familles , l'équilibre de la politique , la faine
Philofophie, tout s'oppoſe ou doit s'oppoſer
aux méfalliances. Les mariages qui en refultent
ſont ſouvent funeſtes aux deux époux ,
&toujours à l'un d'eux. C'eſt dans l'intention
de prouver cette vérité que j'ai compoſé
George-Dandin , dont tout le monde n'a
pas fenti le but moral. Le Théâtre ne doit
jamais offrir de modèles qui puiffent nuire
aux préjugés néceffaires. Qu'un père pardoane
dans le filence à un fils qui a fait une
folie de cette nature , à la bonne heure. *
* On doit fentir que c'eſt à ce titre que le ſévère
Defpréaux revient ſur la terre pour y obſerver la
Stuation de l'Art Dramatique,
こ
DE FRANCE.
41
Non , non , reprit le fougueux Légiflateur
du Parnaffe ; Un père même , un père eſt un
imbécille quand il eſt aſſez foible pour pardonner
de telles extravagances. Eh! morbleu,
dit le bon Molière , tu parles toujours comme
ſi tu n'avois pas ceſſe d'être homme.
Quand cediſcours finit, nousnous trouvames
dans une des couliſſes du Théâtre François.
Aprèsque Boileau eut écouté quelquestirades
d'uneTragédie qu'ony jouoit, il me demanda
ſi l'Impromptu de Versailles ne ſe trouvoit
plus dans les OEuvres de Molière. Je l'aſſurai
du contraire. Je ne l'aurois jamais cru , me
dit- il , à la manière dont cette Tragédie eſt
jouée. Mon cher contemplateur , reprit il en
parlant à Molière , que dis tudu mépris que
l'on fait de tes leçons ? Que l'homme eſt le
même dans tous les fiècles , réperdit l'Auteur
de l'Avare. La petite Pièce commença.
Elle étoit folle, mais jolie. Molière pleura de
joie en la voyant repréſenter ; Boileau ſe
dérida. Veux-tu, lui dit Molière , venir embraffer
l'Acteur qui joue le rôle du Valet:
c'eſt la perfection de l'Art fondue dans tout
ce que la Nature a de vérité. * Tu peux
l'embraffer pour toi & pourmoi, j'y conſens;
Molière faifit l'inſtant où une jolie femme
s'approcha pour parler à l'oreille du Comédien
,& il l'embraſſa , ce qui fut regardé par
ce dernier comme une faveur de la jolie
-
* Il eſt inutile de nommer ce Comédien. Tout
lemonde le reconnoîtra. Rara avis in terris.
MERCURE
femme. Boileau parlade retourner aux enfers;
mais Molière voulut jeter un coup
d'oeil ſur les ſpectacles dont les prétendus gens
degoût ont chaſſe le peuple pour lequel ils
fontfaits. Nous volhames au fond d'un Fauxbourg
afin d'y juger celui de tous cesThéâtres
qui a le plus de vogue. J'obſervois les deux
ombres illuftres; leur étonnement ne ſe pouvoitpeindre;
enfin, après un quart d'heure de
patience , elles partirent, comme de concert ,
d'unéternuement ſi vigoureux, que les voûtesdela
ſalle ſe briſerent: Je m'éveillai à ce
bruit , & je me trouvai au coin de ma cheminée
, le conde appuyé fur une Tragédie
moderne. Puifque tout le monde écrit ſes
rêveries , me dis je , je puis bien rendre mon
fonge public , & je pris la plume & j'écrivis
, & vraiſemblablement beaucoup de perfonnes
qui me liront , ne me conſeilleront
pas de continuer mon rêve.
GRAVURES.
E
XPOSITION Anatomique des organes des sens
jointeà laNévrologie entière du corps humain, avec
des conjectures ſur l'électricité animale , accompagnée
de Planches coloriées , par M. d'Agoty père ,
in -folio , contenant quarante - fix feuilles de Dif
cours & huit Planches coloriées. A Paris , chez
Demonville, Imprimeur- Libraire , rue Chriſtine.
La première de ces Planches , compofée de neuf
figures , repréſente la coupe verticale de la tête , pour
Bien faifir la firmation des ventricules, la moëlle
allongée , la faux , & le cerveler , &c .; une coupe
DE FRANCE.
43
-
du crane & de l'orbite pour démontrer l'oeil en
ituation avec une grande multitude de nerfs &
d'artères; coupe de la face d'un ſquelette pour voir
Torbite de profil & lagouttière lacrymale ; la même
coupe vue en face ; la coupe du nerf optique & des
autres nerfs de l'oeil; coupe du globe de l'oeil &
nerf optique ; coupe du globe de l'oeil entr'ouvere
pour laiſſer voir le bouton médullaire , la partie perlée
qui reçoit les images , & que la rétinetapiſſe
& couvre; la partie antérieure de cette coupe : on
voit àtravers le cryſtallin la pupille. La deuxième
Planche , compoſée de deux figures , repréſente, la
baſe du cerveau & l'origine de tous les nerfs , de la
moëlle allongée & une coupe des ventricules ; la
coupedes ventricules latéraux & leur communication.
Latroiſième repréſente l'anatomie particulière
de l'oreille. La quatrième, compoſée de deux figures,
repréſente la baſe du crâne, la ſortie des nerfs , la
coupe pour voir l'oeil , & celle de l'os pierreux pour
f'oreille interne, en outre la ramification de la
fixième& cinquième paires. La cinquième Planche
contienttoutes les parties du nez , du palais & de la
langue. Les fixième, ſeptième & huitième Planches
compoſent laNévrologie entière du corps humain,
Les deſcriptions anatomiques qui accompagnent ces
Planches& les conjectures de l'Auteur ſur l'électricité
animale , ſont faites pour intéreffer également
lesChirurgiens, les Médecins & toutes les Perſonnes
qui étudient cette partie de la Phyfique.
Les Baigneuſes ſurpriſes , Eſtampe gravée
d'après le Tableau de l'Albane , par J. J. Avril ,
faiſant pendant à Diane qui change Acteon en
cerf, d'après le même Peintre. Prix, 6 livres chacune.
A l'aris, chez Avril , rue de la Huchette ,
porte-cochère en face de la rue Zacharie. On trouve
àla même adreſſe le Croc- en-Jambe , d'après Rubens,
gravé par J. J. Avril . Prix , liv.
44
MERCURE
Portrait de Hyder-Aly. A Paris , au nouveau
Magafin d'Estampes Angloiſes , Place du Palais
Royal , où l'on trouve une Collection très-nombreuſe
d'Estampes Angloiſes au même prix qu'elles
ſevendent à Londres. Il faut s'adreſſer pour la correſpondance
à M. Sellier , & affranchir les lettres.
Plan d'élévation & Coupe du grand escalier de
IArchevêché de Paris , exécuté en quatre Planches
fur les Deffins de M. Deſmaiſons , Architecte du
Roi , avec une cinquième Planche intitulée : Rempliffage
d'entre-colonnes en ftyles. Prix, 2 livres. A
Paris, chez M. Panferon, rue des Maçons.
Plan colorié des positions del'Armée de Cornwallis,
&des attaques des forces combinées de France & des
Etats-Unis , levé ſur les lieux par les Ingénieurs de
P'Armée Françoiſe. Prix , 1 liv. 4ſols. AParis , chez
le Rouge , Ingénieur , rue des Grands Auguſtins.
-On trouve chez le même Ingénieur, le Neuvième
Cahierdes Jardins Anglo- Chinois , contenant Romainville
, Biſi , divers projets pour le Jardin du Préfident
Molé , Ablois, partie de S. Cloud , Caffines
près de Londres , Arc-de- triomphe , en 15 planches.
Prix , 6 liv. Les changemens faits au Clocher du
Portail de S. Sulpice , par M. Chalgrin , Architecte
du Roi. Prix , a liv.
-
Herbier coloriéde l'Europe, premier Cahier in-fol.
gr. pap. Prix , 15 1. A Paris, chez M. Buchoz , Médecin
Botanifte , rue de la Harpe , vis-à-vis la Place
Sorbonne. On fait qu'une partie des Plantes qui ſont
indigènes en France , le font également en Angleterre,
en Allemagne , en Danemarck , & c. L'Auteur
ſepropoſe de réunir toutes les Plantes de l'Europe
enun ſeul Ouvrage, afin d'éviter les répétitions des
mêmes objets qui ſe trouvent épars dans une multitudede
Livres particuliers de Botanique, dont l'acquifition
eſt aujourd'hui fort diſpendicuſe. Ce premier
cahier nous a paru fait avec beaucoup de ſoin ;
DE FRANCE
45
nous rendrons compte des ſuivans à mesure qu'ils
paroîtront.
CONCERTO
:
MUSIQUE.
ONCERTO pour le Clavecin ou Forte- piano ,
avec accompagnement de deux Violons , Alto &
Baffe, deuxHautbois, deux Cors, compolé & exécuté
au Concert de la Reine, par M. l'Abbé Vogler.
Prix,4 liv. 4 ſols. A Paris, chez Sieber , Muſicien ,
rue S. Honoré , vis-à-vis l'Hôtel d'Aligre , No. 92 ,
où l'on trouve plufieurs nouveautés.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ALMANACH
LMANACH des Rendez Vous , pour l'année
1782. Cet Almanach , néceſſaire à tous les Gens
d'Affaires, ſe diftribue chez Lambert & Baudoiüin ,
Imprimeurs- Libraires , rue de la Harpe , près Saint
Côme.- Les Hochets Moraux , ou Contes pour la
premiere enfance , dédiés à L. A. S. Mademoiselle
d'Orléans & Mademoiselle de Chartres , par M.
Monget , chez les mêmes Libraires.
Almanach Bienfaisant
-
,
ou Étrennes aux
Belles, format in- 18. Almanach plaisant, ou
Exrennes aux beaux Esprits , même format. - Almanach
penfant , ou Etrennes aux Philosophes ,
même format. -Almanach chantant , ou Etrennes
auxjolies Voix , même format. A Paris , chez Brunet,
Libraire, rue Mauconſeil , à côté de la Comédie
Italienne ; Deſenne , Libraire , au Palais Royal ;
&la Veuve Ducheſne , Libraire , rue S. Jacques.
Les Etrennes du Goût , ou l'Art d'embellir les
Dames , format in- 24 A Paris , chez Deſvente ,
Libraire , Hôtel de Danemarck , tue Jacob.
46
MERCURE
Almanachpour cette année 1782 , ſupputé par
Mathieu Laensbergh , à Liège ; & à Paris , chez
Lamy , Libraire , quai des Auguſtins.
Recueil de toutes les Prières de l'Écriture Sainte ,
rangées dans le même ordre qu'elles ſe trouvent
dans l'Ancien & le Nouveau Testament, avec des
Prières pour réciter dans les familles le matin & le
foir, aufli compoſées des propres paroles de l'Écriture
Sainte , des Pères & des Offices de l'Égliſe ,
Volume in- 12. Prix, 2 liv. relié, 2 liv. 10 ſols en
papier fin. A Paris , chez Simon , Imprimeur du
< Parlement, rue Mignon-Saint-André-des-Arcs.
La Morte d'Abelle, Poëma , tedeſco del Signor
Geſner, tradotto del Signor Abata Mugnozzi Romano,
Profeſſore di Lingua Italiana in Parigi ,
Volume in- 12 . A Paris , chez l'Auteur , rue Montorgueil
, vis-à-vis le Paſſage du Saumon ; Jombert,
Libraire , rue Dauphine. Le Traducteur de ce
Poëme a eu l'attention de marquer tous les accens
de la Langue Italienne , afin d'en faciliter la lecture
àceux qui l'apprennent.
Lettres fur l'Opéra , par M. C .... Vol. in-12.
A Paris , chez Cellot , Imprimeur - Libraire , rue
Dauphine.
État de la Nobleffe , année 1782 , pour ſervir de
fupplément à tous les Ouvrages hiftoriques , chronologiques
, généalogiques ,& de ſuite à la Collectiondes
Étrennes de la Nobleſſe , 2 Vol. in-12 .
Prix, 4 livres 10 fols brochés. A Paris , chez Lamy,
Libraire , quai des Auguſtins ; Onfroy & Boucher ,
Libraires , quai de Gévres .
On trouve les Livres ſuivans chez Lamy, Libraire,
quai des Auguftins : 1 ° . La Vérité fortant du puits
hermétique, ou la vraie quinteſſence Solaire &
DE FRANCE.
4
Lunaire, Beaume radical de tout être & origine de
zoutevie, Confection de la Médecine universelle ,
Volume in- 12 : 2°. Le grand éclairciſſement de la
Pierre Philofophalepour la transmutation de tous les
métaux, par Nicolas Flamel , Vol. in- 12 : 3º. Hiftoire
des Révolutions de Taïti , avec le Tableau du
Gouvernement , des Moeurs , des Arts & de la Religion
des Habitans de cette Ifle , par Meffire Poutavery,
grand Earée de Taïti , Ouvrage traduit du
Taïtien en François par Mlle B. D. B. D. B. in-12 ,
2Parties. Prix, 2 liv . 8 ſols.
Questions de Droit , de Jurisprudence&d'Usage
desProvinces de Droit Ecrit du reſſort du Parlement
de Paris , miſes en ordre alphabétique par M.
Mallebayde la Mothe , Conſeiller du Roi , quatrième
Édition , revue , corrigée & confidérablement augmentée,
Voluine in- 8 . Prix, s livres broché. A
Paris , chez Froullé, Libraire , Pont Notre-Dame.
Philofophie de l'Univers , ou Théorie Philofophique
de la Nature , par M. Viallon , in - 8 .
Tome premier. A Bruxelles , chez Flon ; & à Paris ,
chez Belin, Libraire , rue S. Jacques.
Avis aux bonnes Ménagères des Villes & des
CampagnesSur la meilleure manière de faire leur
pain,nouvelle Édition , revue & corrigée , par M.
Parmentier , Volume in- 12. A Paris , chez Barrois
l'aîné , Libraire , quai des Auguſtins.
Etrennes Lyriques , Anacreontiques , pour l'année
1782 , Volume in- 12. A Paris, chez l'Auteur ,
rue des Nonaindières, au coin de celle de la Mortellerie.
Manuel d'Épiclete, traduit par M. N. dédié au
Roi, petit format. AParis, chez Didot l'ainé , Im
48 MERCURE
primeur-Libraire , rue Pavée ; Debure l'ainé, Libraire
, quai des Auguſtins.
Géographie comparée , ou Analyse de la Géographie
ancienne & moderne , ſixième Livraiſon , renfermant
la Géographie phyſique & la Géographie
ancienne de l'Eſpagne , Volume in-8°. , par M.
Mentel . A Paris , chez l'Auteur , rue de Seine , à
l'Hôtel de Mayence, près du Notaire ;Nyon l'aîné ,
Libraire , rue du Jardinet ; Nyon le jeune, Libraire,
quai des quatre Nations.
Nota. Le ſecond Livre d'Ovide en vers François
annoncé dans le dernier Numéro , ſe trouve ,
ainſi que le premier , chez Monory , rue des Foffés
Saint-Germain-des- Prés ; la Veuve Ducheſne , rue
SaintJacques ; Eſprit , au Palais Royal ; Hardouin ,
Libraires , rue des Prêtres- Saint-Germain.
TABLE.
ES Amours en marche vers Bibliothèque LES Univerſelle des
le Berceau du Danphin , 3 Romans, 31
La Neige, Conte , 7 Dictionnaire de Jurisprudence
Enigme& Logogryphe , IS &desArrêts, 33
Elémens de la Langue Fran- Rêve de l'Obfervateur , 36
çoise, 16' Gravures , 42
à
AlmanachLittéraire,
unAnonyme, 22Musique, 45
251Annonces Littéraires , ibid.
APPROBATION.
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedes Janvier Je n'y ai
rien trouvé qui puifie en empêcher l'impreſſion. AParis ,
Je 4Janvier 1782. DE SANCY.
TABLEAU
ES
POLITIQUE
DE L'EUROPE , 1781 .
Les évènemens de l'année qui vient de s'écouler ,
ne ſe préſentent pas ſous un aſpect moins impofant
&moins var é que ceux des années précédenres. Les
combinaiſons politiques qui les ont préparés n'ont
point changé. Depuis le commencement de la guerre ,
elles ont tendu au même but. Le génie qui les a
conçues , a ſu les foutenir ; & fa conftance & fa
fermeté y ont ramené ſans ceſſe les Gabinets que
l'intrigue a quelquefois eſſayé d'en écarter. La liberté
générale des mers , celle de commercer fur toutes ,
&de tirer leplus grand parti de ſes productions , tel
eſt le grand intérêt de l'Europe , celui qu'elle eût
dù toujours avoir ſous les yeux , ſi l'ambition &
l'avidité d'une Puiſſance ne l'avoient repouflé pendant
long-tems , mais qui , réveillé de nos jours , eſt enfin
devenu le voeu univerſel , dont rien ne peut plus
l'empêcher de pourſuivre l'accompliſſement.
Ila fallu que la France ait levé l'étendard ; qu'elle
ait àla fois combattu & négocié ; qu'en attaquant la
Nation qui genoit toutes les autres , elle ait éclairé
celles-ci fur leurs droits . C'eſt au milieu d une guerre
qui exige tous ſes efforts , qu'elle doit pouffer également
en Europe &dans les deux Indes , ſur les pints
les plus éloignés du globe , que ſa politique active &
ferme a ouvert ces négociations qui ont ifoté l'Angleterre;
elle a démontré a monde entier que ſans
prendre part à la querelle , il en auroit sûrement aux
avantages qui doivent en réſulter; & qu'il les perdroit
infailliblement en écoutant la politique artificienfe
qui ne vouloit lui en faire partager la charge & les
s Janvier 1782, a
( 2 )
dangers , que pour en profiter ſeule , conſerver la
puiſlance dont elle abuſe,les richeſſes qui la ſoutiennent
, le commerce immenfe qui en eſt la fource &
qu'elle fait à ſes dépens.
Parmi ſes embarras perſonnels , elle a ſu s'occuper
de la tranquilli é de ceux qu'elle vouloit éclairer. Si
l'Orient & le Nord , agités ſucceſſivement , reſpirent ;
ſi l'embra ement qui s'y étoit allumé s'eſt éteint toutà-
coup au moment où l'inquiétude Britannique fongeoit
à l'entretenir , dans l'eſpérance de l'é endre ;
c'eſt un bienfait de la France . En s'aſſurant des droits
à leur reconnoiſſance , elle s'en préparoit à leur
confiance. L'expérience eſt venue appuyer ſes infinuations
; & le Nord , étonné des avantages que lui
offroit le nouveau marché ouvert à ſes productions ,
n'a plus fermé l'oreille à la voix déſintéreſſée qui lui
crioit depuis long-tems : >>>Ne vous joignez ni à
moi ni à mon ennemi ; mais profitez de vos avantages;
portez vos productions dans ſes ports & dans
les miens ; & faites reſpecter vos vaiſſeaux & vos
droits " . A ce cri , s'eſt formée & s'eſt armée la confédération
des Neutres.
Les ufurpateurs de l'empire des mers , accablés du
coup que leur conduite arbitraire & violente avoit
préparé , & que leur orgueil ne leur avoit pas laiſſe
prévoir , ſe ſont épuisés en vains efforts pour en
détourner les effets . Mais le tems de leur ancienne
influence eſt patte ; leurs moyens & leurs reſſources
ne ſont plus dans l'état brillant & paſſager cù on les
avus , lorſqu'on ne leur oppoſoit que des réclamations
impuiſſantes , lorſque leurs flottes , en impofant
à celles de leurs ennemis , ſe montroient fièrement
fur les mers , & n'étoient pas obligées , pour
rentrer , d'aller chercher la route difficile du Nord.
Alors , à la voix de leurs Négociateurs , preſque
peutes les Cours immoloient par habitade leurs
tropres droits à l'honeur de favoriſer leurs prétentions
, & quelques-unes à de petits intérêts ſubor(
3 )
donnés qui verſoient des ſommes dans le tréſor du
Souverain , & appauvriffoient les ſujets dont le
commerce dédommageoit l'Angleterre qui le faiſoit
tout entier. Toutes font inſtruites & convaincues
aujourd'hui qu'elles peuvent ſe paſſer d'elle ; & la
Grande-Bretagne , n'ayant pu empêcher leur confédération
qui , fermée pour abailler ſon orgueil &
réprimer ſes injustices , la prive de tout eſpoir
d'intéreſſer en ſa faveur & de trouver un allie , a
cherché à ladéconcerter , ou du moins à l'affoiblir ;
&elle a cru y réuffir en déclarant la guerre à la
Hollande.
Elle est en effet parvenue à tirer la République de
ſon état de paix , pour la mettre au nombre des
Puiſſances belligérantes. En déterminant par cet
évènement imprévu les Etats neutres à s'intéreſſer
pour leur lente alliée , elle a détourné leur attention
furdes négociations devenues néceſſaires , & a paru
lesdiſtraire des efforts qu'ils préparoient ; mais elle
ne les a que ſuſpendus. Le cri univerſel s'eſt élevé
contreelle; la défiance& les plaintes ſe ſont accrues ;
&le voeu général pour ſon abaiſſement s'eſt fortifié.
Cette confédération redourable eſt reſtée; elle a reçu
même une nouvelle & plus grande conſiſtance du
moyen pris pour l'affoiblir.
Deux des Puiſſances les plus reſpectables ſur
terre , que la poſition de leurs Etats n'a pas mis dans
le cas de le devenir ſur mer , l'Empereur & le Roi
de Pruſſe , ſe ſont empreſſés d'accéder à la neutralité
armée. L'un& l'autre n'ont pas le même intérêt à la
liberté,de la navigation ; mais tous deux ont des
vaiſſeaux & un commerce plus ou moins étendu
qu'ils peuvent accroître. Ottende, Trieste& Livourne
appellent l'Empereur à partager avec les Puiſſances
maritimes le libreuſage des mers . Le tems approcl e
où la confédération du Nord,fi puſſamment forti
, appuyera peut-être ſes réclamations d'une
action vigoureuſe & foutenue. Une combinaiſon
fiée
a 2
( 41
redontable , de grands intérêts divers & réunis ,
prépare à un ſyſteme de droit public - maritime
fondé fur la baſe de la raiſon & de l'équité. L'Angleterre
ne peut ſe diffimuler qu'il ſuffit que toutes
les parties intéreſſées à rendre aux mers la liberté
qu'elles tiennent de la nature , ayent une fois réfléchi
en commun fur ce grand objet , pour qu'elles s'attachent
à faire diſparoître tout deſpotifime & toute
tyrannie. Le moment attendu pour cet effet ne peut
plus être éloigné ; c'eſt celui de la paix ; les opérations
militaires , conçues avec le même génie qui
a donné leur première impulfion aux mouvemens
politiques , & exécutées avec fierté , ſemblent en
rapprocher le grand jour.
Les Anglois, preffés de tous côtés , ont vu l'activité
Françoiſe croiſer avec ſuccès & rendre nuls leurs
efforts dans toutes les parties du théâtre de la guerre.
Letrop célèbre Rodney , dont ils admirent les talens ,
tandis que le reſte de la terre n'en vante que le
bonheur , n'a montré juſqu'à-préſent de l'audace que
lorſqu'il n'a pas eu des ennemis en état de le combattre
, & n'a fait voir qu'une circonſpection timide ,
lorſque l'égalité des forces lui a fait juger le ſuccès
douteux. Envoyé aux Antilles pour reprendre les
conquêtes faites par la France , ou lui enlever quelques-
unes de ſes poffeffions , il avoit paſſé une première
campagne ſans ofer rien tenter en préſence du
Comte de Guichen. On l'avoit vu mettre autant de
foin à l'éviter , que celui-ci en mettoit à le chercher ;
&forcé trois fois au combat , trois fois l'interrompre,
& précipiter ſa retraite, de peur de le rendre déciſif
&d'expoſer ſa réputation. Refté ſeul , maître de ces
parages après ledépart du Commandant François , il
laiſſa écouler pluſieurs mois ſans rien entreprendre.
L'érat de défenſe dans lequel il ſavoit toutes les
poſſeſſions Françoiſes , le contraignoit ſans doute à
cette refpectueuſe inaction. Lorſqu'enfin un ouragan
affreux cut porté la dévaſtation dans toutes les Iles ,
(3)
&qu'il jugea que les ravages n'avoient pas plus
ménagé celies des ennemis que celles de ſa Nation ,
ilcrut l'inſtant favorable pour reprendre St -Vincent ;
& avec 10 vaiſſeaux de ligne & 4000 hommes de
troupes de débarquement , il échoua devant cette
Ifne dont la conquête n'avoit coûté au Comte
d'Estaing que l'envoi de trois frégatres.
Redevenu circonſpect après cette tentative humi
liante , il ne chercha des dédommagemens que dans
des triomphes faciles. La rupture de l'Angleterre
avec laHollande lui en offrit un. L'Ifle de St-Euftache
, ce dépôt des richeſſes des Antilles , ce magatia
élevé par l'active induſtrie , & toujours ouvert aux
beſoins des deux mondes , étoit faite pourtenter la
cupidité d'un Général plus avide d'or que de gloire .
Surpriſe , fans fortifications , fans garniſon , fans
défenſe , elle devoit ſe rendre à la première frégate
envoyée pour lui porter cette ſommation. Cene
conquête qui n'exigeoit preſque ni vailleaux , ni
troupes , ni canons parut mériter la préſence de
l'Amiral Rodney & du Général Vaughan. Tous deux
deſcendirent dans l'Ile qui , foumiſe ſans réiſtance ,
n'enfut pas moins miſe au pillage & traitée comme
une place priſe d'affaut , avec cette ſeule différence ,
que lepillage ſe fit avec ordre , au nom & au profit
desGénéraux qui ſe le réſervèrent.
,
Le ſoinde mettre en sûreté ces riches dépouilles ,
occupa enſuite entièrement l'Amiral. Il ne trouva
plus de tems pour d'autres entrepriſes ; il n'eut pas
même celui d'aller aux attérages de la Martinique ,
attendre le convoi qu'il ſavoit parti de France , &
qu'eſcortoit l'eſcadre du Comte de Graffe. Il ſe
contenta d'envoyer le Contre-Amiral Hood , pour
intercepter , diſoit-il , l'un & l'autre ; & pendant
qu'il préſidoit à la vente des effets pillés à St-Euftache,
les Fran François arrivèrent , battirent & mirent cu
fuite l'eſcadre envoyée contre eux , & maîtres de la
mer , enlevèrent encore l'ifle de Tabago , ſous les
23
( 6 )
yeux même de Rodoey , qui confirma l'opinion
qu'il avoit déja donnée de ſa prudence , lorſqu'il étoit
inférieur. Il ne parut devant l'Iſle que pour la voir
ſe rendie, fans tenter , avec 22 vaiſſeaux de ligne ,
de déranger les projets d'un ennemi qui n'en avoit que
deuxde plus.
La ſaiſon mit fin alors à la campagne des Antilles ;
& tandis que Rodney portoit lui-même en Europe
le fruit de les brigandages , les François , après avoir
aſſuré la tranquillité de leurs Iſles , & mis toutes
leurs poffeflions à l'abri d'une invasion , allèrent
chercher de nouvelles palmes fur le Continent.
Là , depuis un an, les armées réunies fur terre
du Comte de Rochambeau & du Général Washington,
ſecondées ſur mer par l'eſcadre du Comte de
Barras , tenoient le Général Clinton en échec. Renfermé
dans New-Yorck , il n'oſoit en fortir pour s'expoſer
à une action , dont les ſuites , fi elle étoit
déciſive , euffent entraîné la perte de cette place. Il
avoit été contraint de ſe borner à des intrigues
vaines pour diviſer les Américains , & qui n'eurent
d'autre effet quede livrer au ſupplice fon malheureux
Agent le Major de St-André,& de ſéduire le Brigadier-
Général Arnold , qui ne mérita ni les regrets
de l'Amérique en quittant les drapeaux , ni l'eſtime
de l'Angleterre en embraſlant fa caufe. Quelques
détachemens pour ravager & brûler des habitations ;
des excursions paſſagères , des exploits de brigands,
faits pour ajouter encore à l'horreur qu'inſpire dans
ocs contrées le nom Anglois , & pour confolider à
jamais la féparation ; voila à quoi ſe réduit toure ſa
campagne.
Pendant que le Général Washington forçoit
FarméeAngloiſe à l'inaction dans le nord;il portoit
ſes regards vers le ſud , & méditoit en filence le
coup terrible dont il alloit frapper l'Angleterre . Si
jamais un plan d'opérations militaires a été habilement
concerté , prudemment conduit , & heureuſement
exécuté , c'eſt celui d'envelopper & d'enlever
( 7 )
lecorps du Comte de Cornwallis en Virginie ; &
tandis que ce projet dépendoit d'une multitude de
combinaiſons , dont une ſeule manquée eût pu faire
échouer l'entrepriſe , elles ont toutes été remplies à
point nommé.
Le Lord Cornwallis , maître , depuis l'année
précédente , de Charles - Town , où une armée
Américaine avoit capitulé avec tous les honneurs
de la guerre , enté de ce ſuccès , & moins Général
que Soldat, s'étoit imprudemment engagé dans les
deux Carolines & la Virginie qu'il avoit parcourues
d'abord commeun torrent. Mais toujours obligé de
combattre , harcelé ſur ſes flancs , ſur ſes derrières ,
embarraflédans ſes ſubſiſtances , ne pouvant prendre
pofte nulle part, il avoit été acculé à l'extrémité
de la baie de Chéſapeak , où l'infatigable Marquis
de la Fayette le tenoit reſſerré , & d'où il ſollicitoit
des ſecours , que Clinton trompé , ſe croyant menacé
lui-même , n'oſoit lui envoyer , ou bien des vaifleaux
qui lai ouvriffent par mer une retraite devenue
impoſſible par terre.
en
Lemoment de délivrer cette province des armes
Angloiſes étoit arrivé. Le génie qui l'avoit amené
avoit tout préparé pour le rendre infaillible
s'affrant d'avance fur mer des forces ſupérieures ,
dontunepremière tentative inutile, malgré l'avantage
remporté dans ces parages par M. Deſtouches fur
l'Amiral Arbuthnot, avoit indiqué la néceffité. Ce
plan profondà lafois & fublime , concerté à Rhodes-
Ifland , aux environs de New-Yock , à St-Domingue
& en Virginie où il devoit s'exécuter , fut rempli
avce rant de préciſion , que la flotte partie des Ifles
fous-le-Vent , & les armées , du nord de l'Amérique,
ſe trouvèrent arrivées & réunies au ſud à une heure
de différence ; préciſion , dont la modeftie des Généraux
fait honneur au hafard , & qui ne ſe doit
pas moins à lajuſteſſe de leurs combinaiſons , à la
fagcíle& àla célérité de leurs mouvemens.
a 4
( 8 )
Ce ne fut qu'après le départ des armées qui avoient
quitté ſubitement les Plaines-Blanches , en apprenant
qu'elles avoient paſſe la Delaware , que le Comte
de Graffe étoit arrivé dans la Chéíapeak , où le
Comte de Barras ſe rendoit auſſi de Rliodes-Iſland ,
que Clinton , abuſé juſqu'alors , commença enfin à
entrevoir le projet de ſes ennemis. Il n'étoit plus
tems de s'y oppoſer. Une victoire navale , remportée
parM. de Graffe , renvoya l'eſcadre Angloiſe a New-
Yorck ; & pendant qu'elle s'y réparoit , les armées
combinées de France & d'Amérique , affiégeoient
Yorck & Gloceſter , où , le 19 Octobre , le Lord
Cornwallis , forcé de ſe rendre avec toute ſon armée ,
figna une capitulation ſemblable à celle que , quatre
ans auparavant , & à la même époque , le Général
Burgoyne avoit fignée à Saratoga ( 1 ) .
Cet évènement qui fortifie les eſpérances ſi bien
fondées des Américains , peut avoir des ſuites encore
plus funeſtes pour l'Angleterre . Le Comte de Gratle
eſt retourné aux Iſſes , avec des projets dont la ſupériorité
de ſes forces , l'infériorité de celles de Graves
qui a dû le ſuivre , l'incertitude de ſon arrivée , & la
ſituation des établiſſemens Anglois peuvent faciliter
l'exécution. Sur le Continent , la perte de ſon armée
en Virginie , expoſe celle qu'elle a dans la Caroline
où le Général Gréen l'a déja affoiblie par ſa victoire
du 8 Septembre , & qui est trop éloignée de New-
Yorck pour en recevoir facilement des ſecours.
Si la fin de toutes les campagnes a toujours été
preſqu'également déſaſtreuſe pour l'Angleterre , c'eſt
peut-être moins , comme nous l'avons obſervé pluſieurs
fois , la faute de ſes Généraux , que celle de
ſes Miniftres. Leur imprudence a allumé la guerre ,
leur opiniâtreté la continue , & la manière dont elle
ſe fait paroît leur ouvrage. S'il eſt démontré que
politiquement le Cabinet de St - James s'eſt mal
(1) La convention de Saratoga eft du 15 Octobre 1777
( 9 )
conduit vis - à-vis de ſes Colonies & de l'Europe
entière , il l'eſt auſſi que militairement il n'a pas agi
mieux. Les plans qu'il a tracés lui-même & preſcrits
àſes Généraux , ont toujours été vicieux dans tous
leurs points.
Lethéâtrede cetteguerre comprend depuis Québec
juſqu'àla FlorideOcci lentale , c'est-à-dire une étendue
deplusde 1200 lieues de côtes ( 1 ) . L'armée Angloiſe
occupe ſur cet eſpace immenfe , Hallifax , New-
Yorck & Charles-Town. De ces trois points qui ne
peuvent avoir de liaiſons entr'eux , il faut s'avancer
dans un pays couvert de bois & coupé de grandes
rivières , où il eſt ſi aifé d'établir la défenſive la plus
opiniâtre ; mais comment y prendre des poſtes ?
comment s'y réunir ? Le plus grand homme de guerre
de notre fiècle & peut-être de tous les ſiècles , le
Général Rei , qu'on peut appeller aufli le Roi des
Généraux , a appris qu'il falloit la faire en malle.
Toutes les fois qu'on s'est écarté de ce grand principe
on en a été puni. Les Anglois en ont fait l'expérience .
Depuis l'origine des troubles de leurs Colonies en
1774, & le premier coup de fufil qui fut tiré en
1775 , elle leur a prouvé le vice de leur plan fans
qu'ils en ayent changé , l'impoffibilité de conquérir
l'Amérique, fans qu'ils ayent renoncé à cet eſpoir.
Ils n'ont pas voulu voir qu'ils n'étoient réellement
maîtres que des poſtes qu'ils occupoient , & qui
redevenoient indépendans aufli-tôt qu'ils les abandonnoient.
Boſton évacué en 1776 , après avoir été
leur place d'armes pendant un an ; Philadelphie qu'ils
n'ont gardé que pendant quelques mois , leur apprennent
ce que feroient New-Yorck & Charles -Town ,
s'ils ſedécidoient à les quitter avant d'en être chaffés.
C'eſt en s'emparant de la réſidence du Congrès , cử
(1) Ceci n'est point une exagération ; l'eſpace renfermé
entre les deux points cités , eſt de plus de 20 degrés ; & fi
P'on confidère les avancemens , les enfoncemens , les finuo
Atés des côtes , on trouvera notre calcul bien modéré.
as
( 10 )
marchoit le Général Howe en 1777 , pendant que
Clinton remontoit l'Hudſon , & que Burgoyne
deſcendoitdes lacs & des forêts du Canada , qu'ils
reçurent une première & inutile leçon ſur le danger
de diviſer ainſi leurs forces , & qu'ils perdirent une
armée à Saratoga , comme ils viennent d'en perdre
une en Virginie. D'après l'immenſité d'artillerie &
de munitions de toute eſpèce priſes à Yorck & à
Gloceſter , il paroît que leur objet étoit de s'établir
en forces dans la Chesapeak ; & par là leur ſyſtême
de guerre étoit mieux lić ; le Général Washington
l'a jugé ; & fon plan d'attaque le met au rang des
plus grands Capitaines .
Des vues ,des opérations militaires ainſi combinées
& conduites , n'annoncent certainement pas des
hommes de guerre. On ne peut contefter que fur
l'élément où la Grande-Bretagne a voulu établir ſon
principal empire , elle n'ait eu en effet de très-grands
hommes ; mais cette ſupériorité des Anglois dans
Jes manoeuvres navales , annoncée par eux avec tant
de faſte , que l'Europe entière leur attribuoit , & que
la France avouoit elle-même , ne ſeroit-elle qu'un
préjugé ? Au commencement de cette guerre , perfonnenela
leur conteſtoit. Les François que l'étranger
ne croit pas moins vains que frivoles , paroiſſoicat
borner d'abord leurs voeux à ne point ſe laiſſer
entamer , & à voir leurs marins foutenir l'égalité.
L'Angleterre ſe perfuadoit & cherchoit à perfuader
aux autres , que les eſcadres de fes ennemis ne tiendroient
pas devant les ſiennes . L'expérience a prouvé
le contraire; les deux Nations ont ſemblé tout-àcoup
changer de rôle. Keppel , Hardy , Darby , en
Europe , Howe , Byron , & en dernier lieu , Rodney
&Graves ,en Amérique , ont montré plus de confidération
pour la marine Françoiſe dans leur conduite
que dans leurs relations. Jamais ils ne ſe ſont
engagés qu'avec l'avantage du nombre ; & lorſqu'ils
n'ont eu que l'égalité ,ils ont montré le plus profond
( 11 )
reſpect pour l'ennemi qu'ils affectoient de mépriſer.
Toutes les campagnes de cette guerre en fourniſſent
en mêm:-tems l'obſervation & la preuve .
Dans l'Inde , malgré les afferrions du dernier
diſcours du Roi d'Angleterre au Parlement, ſes armes
n'ont pas été plus heureuſes. Le redoutable Hyder-
Aly continue d'y inquiéter ſes établiſſemens ; tantôt
vainqueur , tantôt vaincu , jamais découragé ; on l'a
vu conſtamment reparoître avec de nouvelles armées,
tenter la fortune,occuper toute l'attention& toutes les
forces de laG. B. l'empêcher de les partager & de tien
entreprendre contre les poffeſſions de la France , de
l'Eſpagne &de la Hollande qu'elle dévoroit d'avance.
Le Commodore Johnstone , chargé de conduire un
convoi dans ces mers , &des troupes avec lesquelles
il devoir , chemin faiſant , s'emparer du Cap de
Bonne- Eſpérance , a manqué ce grand but dans
l'eſpoir de s'enrichir , & ne s'eſt point enrichi. Arrêté
dans la baie de Praya , Ile de St- Jago , l'une du Cap
Verd , pour attendre des vaiſſeaux Hollandois de la
Compagnie des Indes , il a donné au Commandeur de
Suffren le tems de le joindre ; il a eu limprudence
de l'attaquer dans un port neutre ; & il en a été puni
par la défaite qui l'a forcé de refter enſuite pendant
cing ſemaines dans cette baie pour s'y réparer.
Cet évènement , dont le Commodore Anglois
ne peut accufer que lui , & qui n'eût pas cu
lieu ſous un Général moins avide & plus actif , a
ſauvé le Cap de Bonne-Eſpérance , où des troupes
Françoiſes ont été débarquées & chargées de ſa
défenſe , tandis que l'eſcadre a continué la route pour
Pinde où elle et arrivée , où M. d'Orves a obtenu
une ſupériorité re'pectable , & où ſes opérations ,
pouffées avec vigueur , que rien ne peut croifer ,
au moins pendant pluſieurs mois , réduiront les
Anglois à la défenſive , lorſque les renforts qu'ils
arrendent& qui , dans ce moment ,ne font pas encore
partis d'Europe , feront arrivés enAfie.
a6
( 12 )
Par-tout cette campagne a été ,pour l'Angleterre ,
une fuite de déſavantages réels, fans aucunecompenſation.
La priſe de St-Eustache n'a procuré des richeſſes
qu'aux Généraux , à qui la juſtice du Ciel en a
enlevé une partie qu'elle a fait tomber entre les mains
deM. de la Mothe-Piquet ; elle n'a rien produit en
faveur de la Nation que cet évènement a rendue plus
odieuſe. Cet e Ifle , dont l'importance étoit attachée
à la veutralité , ne dédommage point les conquérans
de lavantage que leur offroit un marché toujours
ouvert , fermé depuis qu'il eſt entre leurs mains ,
qu'ils peuvent perdre comme ils l'ont acquis ,
qu'ils rendront à la paix. C'eft fur-tout pour la
Hollande , que la perte en eſt ſenſible ; mais elle ne
peut l'imputer qu'à la foibleſſe ,& à ſes diviſions que
l'Angleterre a fait naître ,& qu'elle fait entretenir.
&
Cette fuite de malheurs fondus ſur la République
dans le cours de cette année , eſt l'effet de ſon inaction
, entretenue par la longue habitude de la paix
dont elle a joui depuis 1748, & doit l'en faire fortir.
Sa lenteur a ſe déclarer pour la neutralité , l'a privée
des avantages qu'elle en attendoit. La confédération la
regarde maintenant ſous un autre point de vue que les
autres Nations en guerre ; elle eſt à ſes yeux a la fois
neutre & belligérante , en verte de ſon traité avec
elle , &de la déclaration de guerre de l'Angleterre .
Son intérêt politique & ſa gloire élèvent depuis
long - tems une voix qui doit enfin être entende
: >>> Holland is , déployez cette ancienne ,
cette active énergie qui vous a procuré la liberté ;
foutenez votre ſouveraineté , votre indépendance .
Zoutman a prouvé, ainſi que les braves guerriers
qui ont combattu ſous lui , que vous n'avez point
dégénéré , & que le courage de vos ancêtres revit
en vous. De quelque part que viennent les torts ,
rappellez-en les Auteurs à leurs devoirs , forcez-les à
l'union , empêchez -les de vous deshonorer & de
vous perdre . Voici le moment de rendre la paix
à votre patrie , & peut - être an monde entier.
( 13 )
Joignez-vous décidément à la maiſon de Bourbon ,
& Aleterre ſe prêtera fans doute à des condicions
raisonnables de pacification générale. Mais ſi par
aveuglement , par molleſſe, par eſprit de diſcorde
&de contrariéré , vous laiflez échapper ce moment
favorable , vous ſeuls finitez far être les victimes
de la continuation d'une guerre qu'il étoit peut-être
en vo re pouvoir de terminer « .
,
,
en
Nous touchons enfin au but pour lequel cette
guerre a été entrepriſe; il ſe rapproche depuis que
Cornwallis a fubi le fort de Burgoyre. Encore
quel que-tems d'union, de conſtance & d'activité. Déja
l'Angleterre n'eſt pas moins affoiblie qu'humiliée. Sa
dette énorine , élevée l'année dernière à 4 milliards ,
a été a igmentée pendant le cours de celle-ci de près
de soo millions. Les catastrophes de la dernière
campagne exigent les plus grands efforts ; & ils font
tels qu'elle ne fauroit les foutenir long-tems. Elle
peut offrir encore l'année prochaine cette eſpèce
d'énergie que donne quelquefois le déſeſpoir
aveng'ant ceux qu'il anime , mais dont il eſt difficile
de ſe promettre d'heureuſes ſuites. Qu'on confidère
un inſtant tous les points qui doivent réunir ton
attention , &quels ſont ſes moyens & ſes reilources .
Aux renforts ordinaires , néceſſaires en Amérique ,
elle a à joindre une armée entière qu'il faut remplacer.
Elle a beſoin d'une eſcadre dans ces parages ,
&d'une feconde deſtinée à défendre ſes poſleſſions
des Ifles . L'Inde en demande une dans ce moment ,
où les François y ſont ſupérieurs , & où les naturels ,
combattant fur leurs propres foyers , oppotant la
conſtance à des pertes qui ne ſont que paſſagères ,
& favoriſés par une population immenfe qui remplace
en un inſtant les armes les plus nombreuſes
travaillent à chaffer leurs tyrans de leurs côtes . Il
lai en faut enfin une quatrième en Europe , pour
protéger la rentrée de ſes flottes marchandes . Ses
forces partagées en tant d'cadroits ne peuvent qu'être
( 14 )
foibles par-tout. Dans cet inſtant , Gibraltar &
Minorque demandent les ſecours les plus preſſans , fi
elle veut conſerver ſon pavillon ſur la Méditerranée.
Rodney eſt parti , dit-on , pour entreprendre ces
deux opérations , aujourd'hui plus difficiles, que le
haſard peut cependant favorifer encore , fans garantir
ces poſſeſſions. Mais qu'il les exécute ou qu'il
ne les exécute pas , qu'il ſuſpende pour cet objet
ſondépart pour les Iſſes , ou qu'il l'abandonne pour
y voler , ſa Nation eſt menacée dans ces contrées
d'une perte plus ſenſible. Sept vaiſſeaux de ligne
partis de Breſt avec le Marquis de Vaudreuil , & 6
de Cadix , vont ſe réunir aux 36 qu'y a déja ramenés
le Comte de Graſſe, qui doit être joint encore
par 13 Eſpagnols venus de la Havane , ſous les
ordres de D. Solano.Quelle défenſe peuvent faire les
poſſeſſions Angloiſes , contre 62 vaiſſeaux de ligne ,
24,000 hommes de troupes , & 5 à 6000 volontaires
? La France & l'Eſpagne agiſſent & déploient
l'action la plus vigoureuſe. Que la Hollande ſe
joigne à elles contre l'ennemi commun ; c'eſt par-là
qu'elle acquerra sûrement & glorieuſement la paix
qu'elle n'obtiendroit maintenant que par des facrifices.
Chaque jour rapproche l'aurore de cette paix.
L'Angleterre doit être enfin revenue du fol eſpoir
de reconquérir l'Amérique ; l'orgueil ſeul l'a empêché
de renoncer àdes efforts dont tout lui prouvoit
l'impuiſſance , & qui ne ſeroient pas plus efficaces
quand elle changeroit ſes plans de guerre. Ce
n'est pas à 15oo lieues , comme nous l'avons déja
obſervé pluſieurs fois , qu'on peut entretenir longtems
des fortes , nourrir & recruter des armées , qui
perdent régulièrement dix hommes contre un ; & ce
n'eſt pas non plus à cette diſtance qu'une population
de 7 à 8 millions reut ſe flatter d'en ſubjoguer une
de 3 ou 4. Ces vérités qui lui avoient été annoncées
vainement au moment où elle commença la guerre
( 15 )
ont été démontrées dans tout fon cours. Elle ne
finira pas fans placer les Etats-Unis parmi les Puif
ſances indépendantes , fans rendre les mers libres ,
briſer le ſceptre qui les tyranniſoit , partager le commerce
dont laGrande-Bretagne ufurpoit le privilége
excl fif, & remettre cette derniere à ſa place.
,
ces
Ces avantages prefens & certains , enchaînés à l'indépendance
de l'Amérique , balancent ſans doute les
conféquences au moins éloignées qu'on a paru craindrede
cet évènement pour la population de l'Europe.
Pour raffurer d'avance ſur des terreurs peut- être incertaines
& sûrement encore bien loin de nous , nous
ne dirons pas avec des ſpéculatifs éloquens , que
le fol du Nouveau-Monde eſt mauvais , dans toute
cette prodigieuſe étendue qui en reſte à peupler. Ce
fol vierge , ne ſemble attendre que des bras
forêts immenfes , ne demander qu'à être abattues , &
ces marais , à être deſſéchés pour ſe couvrir de moiffons.
Avec le tems , la population doit lui procurer
tous ces avantages.Nous ne nous occuperons point
ici àfortifier ni à combattre des affertions mal fondées
, peut-être , & qui , quand elles le ſeroient ,
n'arrêtercient pas les hommes inquiets qui aiment à
changer de féjour , & les malheureux qui ſoupirent
après un aſyle où ils eſpèrent être mieux. Ni les uns
ni les autres ne lifent. Ce font les Gouvernemens
qui retiendront leurs ſujets , non par des loix qui ne
les enchaîneront jamais , mais par l'aiſance & le
bonheur qu'ils leur procureront. La Ruffie qui a tant
de déſerts à peupler avoit déja fixé l'attention du
Nord , en lui faiſant voir que ce ſecret infaillible
de prévenir les émigrations étoit en même-tems celui
d'en proficer. Témoin de l'accroiſſement qu'a reçue ,
depuis quelques années , la popularion de ce vaſte
Empire , aux dépens de celle de ſes voiſins , l'Empereurs'eſt
attaché à faire des règlemens qui fixent &
qui attirent les habitans . La poſition deles nombreuſes
poſſciſions dont pluſieurs font éloignées les unes
( 16 )
des autres , dans quelques-unes deſquelles s'eſt intro
duite depuis long-tems la diverſité des opinions
religieuſes , & qu'entourent des Etats où les cultes
fontdifférens , & où celui qui y domine pouvoit appeller
tôt ou tard des ſujets , impotoit la néceflité
de leur offrir, pour les retenir, les avantages & la li
berté de conscience qu ils auroient peut-être cherchés
ailleurs. Ce motif politique a dicté les loix qu'il
a publiées . La ſervitude a été abolie en Bohéme
comme dans tous les lieux de ſa domination. Par- out
il a réprimé l'oppreffion qu'exerçoient le grand & le
riche contre le petit & le pauvre ; il a protégé la foibleiſe
contre la puiſlance , à qui il a appris à reſpecter
ſes égaux devant la nature , & qui n'ont ceflé de
l'étre que par les conventions ſociales .
Pendant que l'ame ſenſible ſe repoſe avec délices
fur le tableau flatteur & touchant de cette bienfaifance
unive felle qui a prévalu par- tout , & qui du
Nord au Midi occupe tous les Souverains de la
félicité publique , les tranſports & l'ivreſſe d'un
peuple , joſtement idolâtre de ſes Rois , nous appellent
à partager ſes réjouiſſances & ſes fères. Elles
termirent heureuſement le précis des évènemens
d'une année qui a préſenté , dans tout fon cours , la
gloire de la politique & des armes Françoiſes . L'accompliſſement
des voeux des ſujets , dans la naiffar
ce d'un héritier du Trône , met le comble à la
proſpétité du dedaus & du dehors , à la fatisfaction
du Monarque & , par elle , au bonheur public. Les
palmes les plus brillantes , celles de la victoire , environ
ent le berceau du Dauphin ; elles font les avantcoureurs
&le gage de la paix . L'époque de ſa naiffance
eſt celle du rétabliſſement de l'ancienne ſplendeur
de la Nation ; elle deviendra pour lui l'engagement
de la perpétuer ; & les François heureux en
reçoivent l'augure avec confiance .
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES .
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 7 Novembre .
LES mouvemens de pluſieurs corps de
troupes qui quittent les Provinces d'Aſie
dans leſquelles ils étoient répartis , pour
ſe rendre dans celles d'Europe , deviennent
plus fréquens depuis quelque tems ; on remarque
aufli beaucoup d'activité dans les
ſoins qu'on ſe donne pour réparer les
fortifications de pluſieurs places élevées de
ces côtés.
On mande de la Boſnie que les Albanois
au nombre de 12,000 hommes , ont fait à
la fin du mois de Septembre dernier , une
defcente dans la Morée ; la plupart des habitans
ſe ſont retirés dans les montagnes ,
& leurs maiſons laiſſées ſans défenſes ont
été pillées par les envahiſſeurs. La Porte
inſtruite de cette entrepriſe , a envoyé une
Hotte au ſecours de la Morée ; mais il eſt
à craindre qu'elle ne trouve les Albanois
partis avant ſon arrivée.
( 18 )
DANEMARCK .
De COPENHAGUE , le 9 Décembre.
Le premier de ce mois le Prince Guillaume
de Wurtemberg eſt arrivé ici ; le lendemain
le Roi l'a nommé Colonel d'un
des régimens qui ſont en garniſon dans
cette Capitale.
Tous les navires marchands Anglois qui
ſe trouvoient à Elſeneur , en ont mis à la
voile hier ſous l'eſcorte de quelques navires
de guerre & de quelques frégates de
leur nation ; le vent étoit ſi favorable qu'ils
ont paffé le Kol le même jour .
Ce matin le feu a pris à la corderie ſituée
hors de la porte occidentale , avec
tant de violence , que deux magaſins ont
été réduits en cendres. Cette perte eſt d'autant
plus ſenſible que les cordages manquent
à préſent pour les bâtimens marchands.
ALLEMAGNE .
De VIENNE , le 12 Décembre.
Le Comte & la Comteſſe du Nord ont
honoré d'une viſire le Chevalier Gluck &
le célèbre Abbé Méraſtaſe. Ce dernier , la
veille , s'étoit préſenté chez ces illuftres
voyageurs au moment où ils fortoient ; ils
lui dirent avec bonté qu'ils l'iroient voir
le lendemain ; & je dois , ajouta la Com.
( 19 )
teſſe du Nord , tout honneur à un Poète
dont les ouvrages ontfiſouvent excité mon
admiration.
Le 2 de ce mois l'Empereur tint chapitre
de l'Ordre de la Toiſon d'or ; & après
avoir aſſiſté au Service divin , il dîna en
public avec les Chevaliers. Le lendemain
S. M. I. donna au Duc Hercule III , de
Modène , l'inveſtiture des Duchés , Principautés
& Comtés qui relèvent de l'Empereur
& de l'Empire. Ce Prince étoit repréſenté
par ſon Envoyé extraordinaire le
Marquis de Frofini , & par M. Mayer ,
Confeiller & Agent au Conſeil Aulique.
Le Comte & la Comteſſe du Nord , & la
Séréniffime Famille de Wurtemberg affif
tèrent à cette cérémonie.
L'Archiduc Maximilien , pendant le
voyage qu'il a fait dans les terres qui appartiennent
à l'Ordre Teutonique dont il
eſtGrand-Maître , a accordé à ſes vaſſaux
la remiſe de ce qu'ils devoient , tant en
argent qu'en bled des années 1756 , 1763 ,
1772 & 1778. Cette remiſe forme un objetde
90 à 100,000 florins.
De HAMBOURG , le 12 Décembre.
Le Conſul d'Eſpagne a fait notifier par
ordre de ſa Cour à tous les Négocians de
prendre de lui ou du Vice- Conful , des
certificats pour toutes les marchandises &
denrées qu'ils enverront dans les ports d'Efpagne
, & cela ſous peine de confiſcation
( 20 )
lorſque cette formalitén'aura pas été remplie
, il y fera fait mention de la qualité
& de la quantité des marchandiſes.
,
>>> Il vient de paroître ici , écrit-on de Berlin , une
brochure dans laquelle M. Frédéric Holſch , Confeiller
des mines & des bâtimens de S. M. , a renda
compte d'un four de fon invention , pour y cuire du
pain avec du charbon de terre. Le feu n'eſt point
allumé fur le foyer qui reçoit le pain mais audeſſous
du four qui par ce moyen n'a pas beſoin d'être
nétoyé , & d'où le pain fort ſans immondices. Le
Roi qui a reconnu l'utilité de cette invention, tant
pour l'économie du feu que pour la promptitude avec
laquelle le pain ſe cuit dans ce four , en a fait conftruire
dans pluſieurs fortereſſes & dans les boulangeries
de camp où l'on s'en fert avec tout le ſuccès
poſſible. Il y a quelque-tems qu'une femme a été
préſentée au Roi avec 9 garçons qu'elle a mis au
monde. S. M. l'a accueillie avec bonté , & lui a fait
remettre une médaille d'or de so ducats .
L'empereur a érigé la ville de Carlſtadt
en Croatie , en ville libre. Le diplôme qu'il
a fait expédier à ce ſujet eſt du 8 Octobre
dernier. Cette ville , au domaine de laquelle
on a ajouté le village de Gaza & la terre
de Dobowaz , jouira des mêmes prérogatives
que les villes libres du Royaume
de Hongrie ; elle aura un Magiftrat Municipal
, percevra les impofitions de la ville ,
nommera fon Curé, & exercera auffi la
Jurifdiction criminelle.
On mande de Leibiz en Hongrie , que
le Curé du lieu y a célébré dernièrement
un nouveau mariage de ſon père , âgé de
73 ans. Cet évènement n'eſt pas rare , mais
( 21 )
ce qui l'eſt , c'eſt que le biſayeul de cet
homme qui ſe remarie à 73 ans , eſt mort
à 114, fon ayeul à 106 , & fon père à 103 .
ITALI Ε.
De LIVOURNE , les Décembre.
On mande de Milan que l'Empereur a
confenti au projet d'admettre dans cette
ville les Juifs , en les obligeant d'habiter le
quartier ci - devant occupé par les fols.
Le Grand-Duc a permis aux habitans du
territoire de Cefa , d'y planter & d'y cultiver
le tabac , à condition que chaque Cultivateur
rapportera à l'Adminiſtration générale
toute la récolte auſſi mûre , aufli
bien deſſéchée & d'une auſſi bonne qualité
que celle de Chétignano,
Dans des excavations faites à Stabia , écrit-on de
Naples , on a trouvé un moulin à faire de l'huile
ſelon l'uſage des anciens Romains , dont on n'avoit
qu'une idée imparfaite. LeMarquis de la Sambucca ,
premier Miniftre , en a fait faire un ſemblable ; D.
François la Véga , Directeur actuel du Museum , a
veillé à l'exécution. Ce moulin opère mieux que les
nôtres ; & il en réſulte qu'Athènes&le Latium l'emportoient
de beaucoup fur l'Italie & les autres pays
de l'Europe où l'on fait de l'huile d'olive.
Selon des lettres de Mogador , l'Empereur
de Maroc a montré du mécontentement
contre M. Chenier , Conſul de France ,
dont il defire le rappel & à qui il a ordonné
de reſter à Tanger juſqu'à ce qu'il
s'embarque. Le 8 Octobre , ſon Miniſtre
( 22 )
Samuel Sumbel , aſſembla les Confuls &
les Négocians Chrétiens auxquels il lut le
manifeſte ſuivant :
Les motifs qui ont indiſpoſé S. M. contre M.
Chenier, Conſul de France , tont qu'elie s'eſt apperçue
que ce Conſul ne cherchoit pas les intérêts de
la Cour de France. S. M. ne lui a jamais fait demander
aucune choſe qui intéreſſe ſon Empire ,
depuis que la paix a été faite avec la France il y a près
de quinze ans. - - Quant au mécontentement que
la Cour de France a témoigué de ce que S. M. n'a
pas donné dans la dernière lettre le titre de Sultan
au Roi de France , c'eſt parce que ce mot Arabe
veut dire juſte & équitable , & qu'on ne peut reconnoître
celui qui a mérité ce titre , qu'au jour de
la Réſurrection , quand les actions de chacun ſeront
vérifiées & jugées . Alors celui qui aura accompli
tout ce que Dieu lui a ordonné , ſera ſeul
couronné de ce titre ; mais dans ce monde , il n'y
a aucune Puiſſance , ſoit Chrétienne , ſoit Mufulmanne
, qui puiſſe ſe croire digne de le prendre.
Et , lorſque les Empereurs de Perſe ou de Turquie
donnent au Roi de France le titre de Sultan dans
les lettres qu'ils lui écrivent , ils ne font que dicter
leſdites lettres , ſans qu'elles leur foient relues , pour
ſavoir ſi leurs Miniſtres ont écrit le titre de Sultan
ou non: & fi le Roi de France defire que S. M.
lui écrive auſſi des titres qui ne lui ſont pas relus
S. M. donnera ordre à ſon Secrétaire de lui donner
auſſi le titre de Sultan ; mais S. M. ne peut le faire
elle-même envers aucun Souverain du monde , parce
que ce ſeroit un menfonge , & que c'eſt un péché
de mentir. L'on peut voir dans toutes les lettres que
S. M. a écrites aux Cours Européennes , qu'Elle
n'a jamais pris le titre de Sultan , mais fimplement
celui d'Eſclave du Seigneur, Mohamed-Ben-Abdallah :
&S. M. defire , que dorénavant les Puiſſances Chré(
23 )
tiennesne lui en donnent pas d'autre : & fi le Roi
de France avoit eſſayé de ne le nommer que Mohamed-
Ben-Abdallah , S. M. n'en auroit témoigné aucun
mécontentement , & le titre de Puffant de
France , que S. M. a donné dans ſes dernières lettres
au Roi de France , eſt le titre le plus relevé.
-Un jour que S. M. regardoit un Religieux de
l'Ordre de Saint-François , vêtu d'une robe fort
groffière , en témoignage de ſon mépris pour les
biens de ce monde , un Maure Saint , qui étoit préſent
, lui dit à haute voix : Seigneur , que remarquez-
vous dans ce Religieux ? Le cilice dont il se
couvre , n'est qu'un vêtement extérieur & non intérieur
, comme devroient le porter les gens qui
font voeu de pauvreté : mais pour vous , Seigneur,
quoique vous portiez des habits propres , Dieu a
mis dans votre coeur un véritable mépris & déſintéreſſement
pour les biens périſſables de ce monde ,
& un defir d'acquérir la gloire céleste , & toutes
les richeſſes de Frante ne font rien aux yeux de
V. M. Le Conſul de France doit paffer par
Salé & aller faire ſa réſidence à Tanger ; mais pendaut
ſon ſéjour dans cet Empire les Négocians
François devront s'adreſſer directement à
S. M. , quand ils ſeront dans le cas de demander
quelque choſe.
-
,
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 25 Décembre.
La Gazette de la Cour du 8 de ce mois ,
contient une longue ſuite de dépêches de
l'Amérique ſeptentrionale , qui étoient déja
arrivées le 9 , mais que le Ministère n'a pas
jugé à propos de publier plutôt , parce qu'en
effetelles necontiennent rien de neuf; elles
( 24 )
roulent toutes fur la malheureuſe affaire
de Virginie. Ce que l'on a fu d'ailleurs des
fuites de la priſe du Lord Cornwallis & de
fon armée ne peut que nous alarmer.
>> Le Général Washingtona , dit-on , détaché de
ſa grande armée quelques milliers d'hommes qui ,
ſous les ordres du Marquis de la Fayette , ont pris
le chemin de la Caroline Méridionale , où ils vont
renforcer celle du Général Gréen. Le Comte de
Graffe a quitté la Chéſapéak le 6 Novembre. On
dit qu'il n'a emmené que 30 vaiffcaux de ligne ;
mais on a des raiſons de croire qu'il n'en a point
laiflé derrière lui ; on cit perfuadé ici que nous ne
diminuons de 6 vaiſſeaux l'eſcadre Françoiſe qui
eft retournée aux Ifles que pour cacher le véritable
motif qui a forcé l'Amiral Digby à en conferver
7 à New-Yorck ; & ce motif ne paroît être autre
que leur état de délabrement qui ne leur a pas permis
de fuivre les autres . Les vaiſſeaux reſtés à
Shandy-Hook font le London de 98 ; la Résolution ,
leMontague,le Bedford , l'Europe de 74 ; le Prince
William &le Lyon de 64. Les autres vaiſſeaux que
nous avions dans ces parages ſe ſont diviſés ainfi.
L'Amiral Graves a mis à la voile le 10 Novembre ſur
la frégate le Solebay pour ſe rendre à la Jamaïque
où il trouvera 2 valleaux , le Sandwich de 98 ,
&le Ramillies de 74, dont le premier a été dématé
en eſcortant la flotte de cette Ifle,&le ſecond eſt prefquehors
d'état de ſervir. L'Amiral Hood n'eſt parti
que le 12 , c'est-à- dire , 6 jours après le Comte de
Graffe , & a emmené les 16 vaiſſeaux ſuivans : le
Prince George de 98 ; le Barfleur de 90 , l'Alfred ,
Ajax , l'Alcide , le Canada , le Centaur , l'Invincible
, le Monarch ,le Royal- Oak ,le Shrewbury
de74; la Princeſſe de 70 ; l'América , le Belliqueux,
le Prudent , VIntrépide de 64 Nous n'avons donc
actuellement dans le nouveau monde que 25 vaiffeaux
( 25 )
ſeaux de ligne , dont 2 au moins peu capables de
rendre des tervices 7 à New -Yorck & 16 aux Ifles .
On peut juger de la ſupériorité actuelle
de nos ennemis ; nos Négocians intéreſſés
au commerce de ces contrées ſont dans les
plus vives alarmes ; ils craignent d'avoir
déja perdu la Barbade ; le bruit de la priſe
de cette ifle , répandu depuis quelques jours ,
ſe ſoutient , & quoiqu'il ne ſoit revêtu
d'aucune authenticité,& qu'il n'aitpeut-être
d'autre fondement que la probabilité & la
crainte, il juſtifie les alarmesde nos Négocians
qui ſe ſont adreſſées aux Miniſtres pour folliciter
les ſecours les plus prompts ; ils les ont
promis. C'eſt l'Amiral Rodney qui doit les
conduire; & il n'eſt pas encore parti , les
vents contraires l'ont retenu à Cauſand près
Plymouth . Pendant ce tems , l'eſcadre Françoiſe
pourſuit ſa route. La rencontre qu'en a
fait l'Amiral Kempenfeld n'a rien changé
aux projets de l'ennemi , & a expoſé 12 de
nos meilleurs vaiſſeaux , que le haſard ſeul a
ſauvés , & qui étoient perdus ſi au lieu de
tomber au milieu du convoi , ils s'étoient
trouvés au milieu de l'eſcadre. Les détails
de cette rencontre ont été donnés ainſi par
l'Amiral Kempenfeld , dans une lettre à
bord du Victory en mer le 14 de ce mois.
>>L>e 12 , au pointdujour,Oueſſant à 53 lieues au
Nord, la frégate qui étoit à la découverte du côté du
vent, ſignala une flotte dans lapartie du S. E le vent
foufflant alorsde ce côté. Je fi fignal aux vaiſſeaux à
2ponts & aux frégates de chaffer , & je chargeai
s Décembre 1782. b
( 26 )
,
le Viſtory , de voiles. A 10 heures & demie ,
nousbfervames pluſieurs vaiſſeaux de ligne , fort
en avant du reſte par notre travers , ſous le vent ,
fe formant en ordre de bataille ; je fis auffi-tôt
fſignal de former la ligne ; mais appercevant alors
la poſſibilité de paſſer entre les vailleaux de gueire
ennemis , & une grande partie de leur convoi , je
forçat de voiles dans la vue de les couper , & j'y
réullis en partie. Pluſieurs amenèrent pavillon ; je
ne puis en dire précisément le nombre ,& je crains
qu'on n'ait pas pris poſſeſſion de ceux qui avoient
amené , vu que le jour tomboit , qu'il ventoit frais
&que le tems étoit nébuleux ; en forçant de voiles
pour exécuter ce projet , pluſieurs de nos vaiſſeaux
étoient conſidérablement reſtés de l'arrière , de
forte qu'il étoit impoſſible , avant l'obscurité , de
former la ligne de bataille; je virai en conféquence
vent devant pour joindre les vaiſſeaux qui reſtoient
le plus de l'arrière , faiſant en même-tems ſignal
pour l'ordre de la marche , afin de raſſembler
l'eſcadre ; enfuite je courus du même bord
que l'ennemi. Le lendemain au point du jour .
nous l'apperçumes ſous le vent; je formai ma ligne
; mais remarquant que ſes forces étoient ſi
confidérablement ſupérieures à celles de mon ef.
cade , je ne crus pas convenable de hazarder
une action . Vous trouverez ci-inclus un état de
ſes forces , dont conviennent tous les Officiers prifonniers
auxquels j'ai parlé. Auſſi -tôt que j'aurai
raiſemblé les priſes , je les enverrai ſous la protection
de quelques vaiſſeaux de l'eſcadre. Lorſque nous
fumes arrivés au milieu des navires du convoi , le
Triomphant de 84 , qui ſe trouvoit avec eux , tandis
quils s'efforçoient de joindre leur efcadre
paſſa près de l'Edgar , vaiſſeau de tête de notre
ligne , & fit for lot un feu très- vif en enfilade , qui
heureusement produifit peu d'effet. La conduire de
l'Edgar en cette occafion fut ſavante ; il évita
l'enfilade directe , en arrivant judicieuſement vent
( 27 )
arrière , tandis que l'ennemi paſſoit devant lui ,
immédiatement après , il tint le vent , & portant
ſa bordée en angles droits ſur l'armée de ſon ennemi
, il fit un feu bien dirigé , dont nous pouvions
diftinguer l'effet. Le lendemain matin , nous
remarquâmes dans la ligne françoiſe , le Triomphant
, ayant fon grand mât de hune & ſa grande
vergue emportés (1) .
On croit ici que l'Edgar n'a pas moins
fouffert de ce combat ; car on apprend qu'il
revient eſcortant une partie des priſes faites
à cette occaſion. Nous ne ſavons point
encore en quoi conſiſtent ces priſes. La
liſte de Lloyds du 21 annonçoit l'arrivée à
Plymouth de la Sophie , du Mercure , de
l'Abondance, de la Victoire, de la Marguerite,
de l'Afrique & du Généreux , chargés de
munitions de guerre. Depuis ce tems on
n'annonce pas qu'il en ſoit arrivé d'autres ;
& on ne voit pas fur quoi eſt fondée l'afſertion
du Lord Sandwich à la Chambre
haute le19.
Je ne vois , dit-il ni disgrace , ni fuite dans
la croiſière de l'Amiral Kempenfeld. Je n'y vois
qu'un ſuccès important , entre 15 & 20 transports
pris , chargés d'artillerie & de munitions , & au
moins 1000 prisonniers acquis ſans eſſuyer la moindre
perte de notre part. Que trouve-t-on de fåcheux
dans cet évènement ? Perſonne n'a pu defirer
plus ardemment que moi que le ſuccès de
l'Amiral répondant à l'habile é dont il a fait preu
ve, cût été plus complet; & fi l'eſcadre Françoiſe
n'eût été ſupérieure à la fiente que d'un ou de
deux vaiſſeaux , je ne doute pas qu'il n'eût tenda
mage.
Il eſt conftant que ce vaiſſeau n'a pas le moindre domb2
( 28 )
bon compte & du convoi & de l'eſcorte. Mais ,
ajouta-t-il , de ce qu'elle s'eſt trouvée le 13 être
forte de 19 vaiſſeaux , il ne faut pas conclure que
Fon ait été mal informé. Jesuis perfuadé que lorfqu'elle
a mis à la voile , elle n'étoit que de 13
à 14 au plus , & que dans la nuit du 13 au 14 ,
elle a été renforcée deses cinq vaiſſeaux les plus
forts.
On ne croit pas , malgré cette déclaration
, que le Lord ait été mieux inſtruit ,
& toutes les letties particulières portent
que depuis le 3 de ce mois que l'eſcadre
de Breſt étoit prête à appareiller , elle étoit
réellement de 19 vaiſſeaux de ligne , qui
tous ſont ſortis en même-tems le 10 , lorfque
le vent le leur a permis.
Cet évènement , quelles qu'en aient été
les circonstances , ne change rien aux projets
des ennemis ; la diviſion deſtinée pour
l'Amérique a continué ſa route ; peut- être
même ſera-t-elle plus conſidérable que nous
ne l'imaginons ; on peut l'évaluer à 7 ou 8
vaiſſeaux au moins qui porteroient tout de
ſuite l'eſcadre de M. de Graſſe à 43 ou à 44.
Nous n'en avons que 16 , & quand Rodney
partiroit avec 18 , comme quelquesuns
de nos papiers le prétendent, nous n'en
aurions que 34 ; & nous ne voyons pas fur
quoi eſt fondée cette prétendue ſupériorité
qu'on prétend que nous aurons la campagne
prochaine , & qu'on défie l'ennemi de
nous ôter. Si nous envoyons en effet 18
vaiſſeaux , que nous reſtera-t- il en Europe ?
Quels font ceux que l'on fera paſſer dans
l'Inde ? L'eſcadre de Cadix ne ſera- elle pas
( 29 )
maitreffe de la mer en Europe , où nous
n'aurons rien à lui oppoſer ? Toutes ces circonſtances
ramènent les réflexions ſur la
guerre d'Amérique qui nous épuiſe , & qui
occupe, pour la ramener ſous un joug qu'elle
ne recevra jamais , des forces que nous
pourrions employer plus utilement contre
nos ennemis. La ſéance des Communes du
12 , a offert pluſieurs obſervations intéreſ--
fantes fur cette guerre Américaine ; à celles
que nous avons déja citées , nous joindrons
celles ci.
Le Lord North , après avoir obtenu la permiſſion
de parler une ſeconde fois , s'exprima ainſi : >> La
nature de notreGouvernement eſt telle , que l'ennemi
doit être mieux inſtruit de nos intentions que ſi ce
Gouvernement étoit plus arbitraire ; je ne puis pas
empêcher qu'il n'ait quelque connoiſſance de nos
ſecrets , mais ce ſeroit le comble de la folie de lui
en apprendre davantage. Devons-nous abandonner
tous nos poſtes en Amérique , & retirer entièrement
nos troupes; ou devons-nous garder ces poſtes ? les
avis ſontpartagés ſur cette queſtion , mais enfin il
faut s'expliquer clairement; veut-on que nous retirions
nos troupes & que nous abandonnions nos
poſtes ?Je ne crois pas que ce ſoit-là l'opinion de la
Chambre ; or , fi nous gardons nos poſtes , il faut
lesdéfendre ſi on les attaque , & certainement cela
doit s'appeller une guerre en Amérique. Eft-ce cette
guerre à laquelle nous devons renoncer ? non aſſurément.
Tantque nous conſerverons nos poſtes , nous
aurons dans notre armée des amis & des ſujets qui
contribueront à faire uſage de nos manufactures , au
lieu que la perte de ces poſtes feroit du tort à notre
commerce. Tant qu'il ſera néceſſaire de garder ces
poſtes , nous ne pourrons nous diſpenſer d'y avoir
b3
( 30 )
des garnisons , &tant que nous y entretiendrons des
garnisons , nous ferons expoſés à être attaqués , &
par conséquent obligés de faire une guerre défenſive
toutes les fois que nous ferous attaqués , car il y
auroit autant de folie que d'abſurdité à empêcher
nos troupes de ſe défendre lorſqu'on les attaquera. Et
que produiroit une telle réſolution par rapport à la
paix & à nos futures opérations ? Qui oſeroit avancer
que le moyen le plus sûr de rendre traitable un
ennemi &de l'amener à des conditions de paix raifonnables
, eſt de déclarer qu'on ne veut plus ſe
battre avec lui . L'arrogance & la préſomption des
Américains augmenteroient en proportion de notre
déſeſpoir. Ainfi , rien au monde ne peut nous éloigner
davantage d'une paix honorable , que d'annoncer que
nous voulons abſolument renoncer à la guerre.-Le
Chevalier Edwards Deering dit que les eſtimations
pour l'année prochaine étoient à-peu-près les mêmes
que celles de l'année dernière , à l'exception d'une
petite augmentation pour l'Inde . Le Général
Burgoyne parla ainſi . La Chambre me permettra-telle
de confidérer la queſtion dont il s'agit ſous un
point de vue militaire. L'objet d'une place d'armes
eſt d'avoir une entrée ou un paffage dans un pays.
On peut auſſi en établir pour aſſurer la navigation
de quelque détroit , comme Calais peut l'avoir été
chez les Anciens , lorſqu'ils le poſſédoient ainſi que
Douvres pour empêcher la communication des autres
Nations entre la Manche & l'Océan Germanique ;
mais à quoi ſert une pareille eſpèce de place d'armes
àdeux mille lieues de l'Angleterre , tandis que nous
femmes ſur le point de perdre Gibraltar , la plus
forte place d'armes du monde. Nous voulons établir
une place d'armes à New-Yorck , & peut-être pouvons-
nous dire avec raiſon , fuit Ilium , Gibraltar
n'eſt plus . Nous laiſſons à la merci de l'ennemi cette
importante fortereiſe pour nous occuper de vains
projets en Amérique. Certes , il fut un tems où les
-
( 31 )
Miniſtres auroient payé de leurs têtes la perte d'une
place aufli intéreſfante pour nous. Mon opinion eft
qu'il nous est impoffible de faire la guerre en Amérique.
Le Colonel Barré fit enſuite un longdifcours
où il embraſſa beaucoup d'objets . Les raifonnemens
des partiſans du Ministère & les eſtima
tions miſes ſur le bureau font , dit-il , également
faux & illuſoires. Les eſtimations pour les Colonies
font pour environ 6000 ſoldats de moins que pour
les quatre années dernières , mais les eſtimations
pour les garaiſons ſont de 10,000 de plus , & de
9000 à-peu-près pour l'Inde. On fait très-bien aujourd'hui
que , quoique ces derniers ayent été votés pour
l'Inde, la Couronne a le droit incontestable de changer
leur deſtination & d'envoyer , ſi elle le juge à
propos , ces 9000 hommes en Amérique. Ainsi ,
d'après cela , il eſt poſſible que la guerre ſe continue
en Amérique avec plus de chaleur que jamais. Pour
moi ,je ne préſume pas qu'il ſoit en notre pouvoir
deconfervernos poſtes en Amérique ſur une échelle
aufli étendue. Charles-Town eſt à 7 ou 800 milles
de New-Yorck. New-Yorck eſt à la même diſtance
à-peu-près d'Hallifax , & Hallifax eſt environ à
onze cents milles de Québec. Ces trois poſtes , ſi
l'on peut donner ce nom aux deux derniers qui font
effectivement des Colonies , font trop éloignés les
uns des autres pour réſiſter aux efforts de toute
l'Amérique. Je ne dis pas pour cela qu'on doive
abandonner New-Yorck dans ce moment-ci , quoique
je ne croie pas que Rhodes-Iſland ſoit plus propre
pour un poſte ,& je ne ſuis pas aſſez dépourvu de
bboonnſens pour avancer que ſi les Miniſtres dirigeoient
Jeurs eſcadres & leurs armées contre cette dernière
Ile , on regarderoit cette opération comme une
tentative pour réduire l'Amérique par la force. -
Le Lord Germaine dit qu'à l'égard de Charles-Town
&des autres poſtes poſſédés actuellement par les
Anglois ſur le Continent Américain , ce n'étoit pas
là le moment de traiter cette affaire.
( 32 )
Les ſéances du 17 & du 20 ne furent
pas moins intéreſſantes.
Le 17 , M. Burke prévint la Chambre d'une
motion qu'il ſe propoſoit de faire après les Fêtes ,
relativement à l'échange des priſonniers entre la
G. B. & l'Amérique. Elle eſt , dit-il , très-importante
pour la Nation , parce qu'elle tend à corriger
un defaut effentiel dans nos loix. Quant à la
manière indigne & cruelle dont M. Laurens a été
traité dans ſa priton , je n'ai différé d'en parler que
parce que j'ai voulu m'aſſurer de la vérité du fait ,
&d'après les informations que j'ai priſes , je
Yuis convaincu que tout ce qui a été avancé à fon
ſujet dans les papiers n'étoit malheureuſement que
trop vrai. M. Laurens a été pris par le Capitaine
Keppel , qui cut pour lui tous les égards poſſibles.
Mais à ſon arrivée ici , au lieu d'être traité comme
prifonnier de guerre , il fut renfermé dans la tour
comme traître , fans avoir , pendant quatre mois ni
plume , ni encre , ni papier. Ni ſes amis , ni ſes
parens ne purent le voir. Son fils même eſſuya
des refus réitérés lorſqu'il demanda à le voir
& lorſqu'enfin il obtint cette permiffion , elle ne lui
fut accordée qu'à condition que l'entrevue ſe feroit
en préſence d'un Garde. Une pareille conduite
bleſſe tous les principes de la justice , de l'humanité
&de la politique. M. Laurens par les places qu'il
a occupées , & par ſes qualités perſonnelles eſt
bien loin de mériter des indignités auſſi atroces .
Je le regarde comme le premier homme de fon
fiècle. Je n'ai vu perſonne qui connut mieux que
lui les facultés , les reſſources & les diſpoſitions
de toutes les Colonies. Il a montré la généroſité
de fon coeur par tout ce qu'il a fait pour empêcher
que l'Amérique ne ſe détachât de la Métropole ,
&depuis cet évènement , il a donné des preuves
de ſon humanité à tous ceux de nos prifonniers
qui ont eu recours à lui. A-t-on oublié qu'il
étoit , il n'y a pas encore long-tems , à la tête des
( 33 )
Etats- Unis d'Amérique ; que c'eſt l'homme devant
qui le Ministère s'eſt humilié pour obtenir une
réconciliation ; que ce même homme a rejetté les
propoſitions du Gouvernement : C'eſt donc à juſte
titre que je le regarde comme le premier homme
du ſiècle , puiſqu'il a été préſident d'un peuple
qui a battu la première Nation du monde.
Depuis que le Lord Cornwallis & ſon armée
fonttombés entre les mains du fils de M. Laurens ,
le Ministère a changé de ſyſtème par rapport au
traitement du père. On a craint les repréſailles ,
mais M. Laurens a dédaigné les faveurs du Gouvernement.
11 les a regardées comme une nouvelle
inſulte à ſa perſonne. Il avoit rejetté les propofitions
des Miniſtres lorſqu'il ſe trouvoit à la tête
du Congrès ; aujourd'hui il dédaigne leurs bons
Offices , même lorſqu'il eſt entre leurs mains.
-
au
M. Burke parla enſuite du Général Burgoyne
, dont il fit l'éloge le plus pompeux. » Ayant
appris , pourſuivit-il , que ce Général étoit toujours
prifoncier des Américains , j'ai écrit
Docteur Francklin , pour ſavoir ſi l'on ne pourroit
pas trouver quelque moyen de l'échanger , M.
Francklin a joint à ſa réponſe la copie d'une réquifition
du Congrès en date du 14 Juin 1781 ,
pour l'échange de M. Laurens contre le Général
Burgoyne. On voit par cette lettre que toutes les
démarches faites auprès du Gouvernement pour
l'échange de M. Burgoyne ont été infructueuſes.
Les Miniſtres diſent pour leur excuſe qu'ils le
regardoient comme déjà échangé ; mais contre qui ?
contre les priſonniers faits aux Cèdres, prifonniers
que le Congrès ne veut pas reconnoître; de manière
que dans le fait, il eſt toujours priſonnier d'Amérique.
En ſuppoſant même que les Miniſtres accèdent
à la propoſition du Congrès , il ſe ſont mis
eux -mêmes dans l'impoſſibilité d'échanger M.
Laurens en le faiſant arrêter comme traître. II
bs
( 34 )
M.
ne peut donc , & il ne veut point étre échangé
comme prifonnier de guerre. Il demande qu'on
lui faſſe ſon procès en règle comme à un traître ,
ou qu'on lui rende ſa liberté ſans condition comme
Préſident des Etats Indépendans d'Amérique. En
conféquence , je me propoſe de faire au premier
jour une motion pour un Bill , au moyen duquel
il ſoit établi pour les échanges des règles qui préviennent
à l'avenir de tels abus d'autorité .
Burgoyne prit lui-même la parole. Il ſe plaignit amèrement
des Miniſtres qui l'avoient dévoué à une
captivité éternelle en ne voulant jamais l'échanger
quecontre des priſonniers que le Congrès nevouloit
point reconnoître ; ilajouta qu'il étoit le feul Officier
qu'on n'eût point échangé , mais qu'il aimeroit cent
fois mieux retourner en Amérique pour y pourrir
dans un donjon , que de demander la moindre grace à
des gens qui l'avoient traité avec une telle indignité.
Il demanda qu'il fût fait des recherches ſur toutes
les circonstances de cette conduite , & fit en conſéquence
la motion d'une adreſſe pour prier le Roi
de faire mettre ſous les yeux de la Chambre , par
le Secrétaire de la guerre , tous les papiers relatifs
à l'échange des prifonniers Américains , à compter
du premier Janvier 1778 . Le Lord George
Germaine relevant ce qui avoit été dit par M. Burke
relativement aux priſonniers des Cèdres dit que
c'étoit pour la première fois qu'il entendoit dire
qu'ils n'euffent point été reçus en échange pour le
Général Burgoyne. Quant à M. Laurens , ce Miniſtre
produifit une lettre , par laquelle celui-ci répondant
à la demande qu'il lui avoit faite s'il avoit quelque
ſujet de plainte de la manière dont il étoit traité
avoue qu'il n'en a aucun , étant traité avec tous les
égards , l'indulgence & l'humanité qu'il peut defirer.
Le parti de l'Oppofition ayant voulu ſavoir la date
de la lettre , le Lord Germaine répondit qu'elle étoit
du mois de Novembre 1780.- Le Lord North dit
-
( 35 )
que le Général Burgoyne étoit très- injuſte dans ſes
plaintes contre les prétendues perſécutions des Miniſtres
, relativement aux priſonniers des Cèdres.
Voici , dit-il , en quoi conſiſte cette affaire & le Général
lui-même peut atteſter la vérité de ce que
j'avance , puiſqu'il étoit en Canada.- Un certain
Capitaine Forſter avoit pris un détachement de
rebelles dans un poſte appellé les Cèdres. Quelques
ſauvages ayant depuis été tués dans une eſcarmouche
, ils demandèrent ces priſonniers pour ſe
venger ſur eux de la mort de leurs compatriotes.
Celui-ci qui n'ignoroit pas le traitement cruel qu'ils
leur préparoient , aima mieux les remettre ſur leur
parole au Général Arnold ; mais comme les ſauvages
en avoient déja maſſacré un , les Américains
ont toujours refuſé depuis de reconnoître comme
prifonniers de guerre ceux de leurs gens qui ont
été pris dans cette occafion . -- La Chambre ayant
agréé le projet d'adreſſe proposé par le Général
Burgoyne , s'ajourna au jeudi 20.
Ce jour , le Chevalier Grey Cooper ouvrit la
ſéance , en propoſant que la Chambre avant de ſe
ſéparer , s'ajournât au 22 Janvier prochain. - М.
Bing s'éleva avec la plus grande force contre un
ajournement ſi précipité & fi long , fur-tout dans
la poſition où ſe trouve la G. B. après le nouveau
déſaſtre qu'elle vient d'éprouver. C'eſt le nom
qu'il donna au malheureux ſuccès de l'expédition
dont l'Amiral Kempenfeld étoit charge. - Il fut
vivement ſoutenu par M. Fox , qui s'étendit beaucoup
fur ce malheureux évènement. » Il n'ya , ditil
, qu'une trahiſon infigne , ou du moins quelque
choſe de bien approchant , qui ait pu attirer ſur
nous une pareille humiliation ; ſi cependant ce n'eſt
que par ignorance ou par incapacité que le Lord
Sandwich a envoyé 12 vaiſſeaux pour en combattre
20 : c'eſt au moins une ignorance & une
incapacité portées àun point , dont l'hiſtoire n'offre
b6
( 36 )
point encore d'exemple. Y avoit-il en effet dans les
trois Royaumes un ſeul homme qui ne fût pas inftruit
de la force & du nombre de l'eſcadie Françoiſe?
Si le Lord Sa dwich lignoroit , à coup- für
il étoit le ſeul. Au ſurplus , je ſuis bien éloigré
d'inculper l'Amiral Kempenfeld ; fa conduite au
contraire me paroît digne des plus grands éloges .
Je dis ſeulement que la G. B. a reçu l'affront de
voir une de ſes eſcadres prendre la fuite devant
l'ennemi. Il est vrai que nous lui avons pris quelques
tranſports , dont quelques-uns font arrivés en
Angleterre. C'eſt un avantage , j'en conviens , mais
enfuite nous nous sommes retirés , nous y avons
été forcés , & voilà une humiliation infigne. A la
première nouvelle de cet évènement , on nous avoit
donné à entendre que les deux eſcadres étoient en
vue & ſur le point d'en venir aux mains avec des
forces à-peu-près égales , l'ennemi n'ayant que 1
ou 14 vaificaux. La fatisfaction de tous les bons
Citoyens étoit inexprimable dans l'attente de l'heureux
évènement qu'ils ſe promettoient : mais quelle
ſurpriſe lorſqu'on a vu ces 13 vaiſſeaux transformés
en une eſcadre de 20 bâtimens de la première
force , & cette prétendue victoire aboutir à une
fuite prudente.... Ainſi donc le Lord Sandwich
a envoyé 12 vaiſſeaux contre 20 , & c'eſt avec des
forces auſſi inférieures qu'il ſe propoſoit , non-fenlement
d'empêcher la réunion des eſcadres combinées
de la Maiſon de Bourbon , mais encore de
détruire celle des François. Et c'eſt l'inſtant même
d'une criſe auſſi affreuſe & qui réclame toute l'attention
de la Chambre , que l'on choiſit pour en ſuſpendre
les délibérations pendant un mois. Il faut en
vérité que la Chambre ait une grande paſſion pour
les ajournemens, lorſqu'on la voit s'y prêter de ſi
bonne grace , après tous les malheurs qui en ont
réſulté pour la Nation. En effet , c'eſt un ajournenient
qui nous a coûté 13 Provinces ; c'eſt ce
( 37 )
au commencement
funeſte ajournement de 6 ſemaines extorqué à la
Chambre par les Miniftres
de 1775 qui a ruiné la G. B , puiſque le Traité
entre l'Amérique & la France a été ſigné pendant
cet intervalle. La Chambre aura-t- elle encore la
même condeſcendance dans la conjoncture actuelle ?
Non , j'eſpère qu'elle connoîtra mieux ce qu'elle ſe
doità elle-même & à la Nation. La manière dont
s'eſt conduir le Lord Sandwich autoriſe la Chambre
à le décréter , ou du moins à faire une informa- .
tion contre lui . Les humiliations récidivées du pavillon
Britannique , les diviſions & les animofités
qui règnent parmi nos marins ; l'exclufion de nos
plus habiles Officiers , que l'on a forcé de quitter
le ſervice à force de mauvais traitemens ; l'infériorité
de nos eſcadres dans toutes les parties du
monde; la perte d'un grand nombre de nos Ifles
de l'Amérique , & le danger imminent où font les
autres ; la détreſſe de la Nation entière , & cette
dernière preuve d'ignorance , d'incapacité ou de
trahifon , toutes ces conſidérations , réclament
la vindicte publique contre le Moiſtse qui l'a fi
ouvertement provoquée. - Le Lord North répondit
que le Lord Sandwich , loin de vouloir ſe ſouftraire
à l'enquête propoſée , étoit l'homme da
Royaume qui la défiroit le plus ; qu'au furplus
M. Fox auroit dû attendre cet évènemmeenntt , avant
de ſe permettre contre le Miniſtre de la Marine
des accufations auſſi indécentes , auſſi injurieuſes ,
&dont il auroit fenti alors toute l'injustice.- Le
Lord Mulgrave prit vivement la défenſe du Lord
Sandwich. Les François , dit-il , ont commencé au
mois de Septembre les préparatifs de leur expédition.
Auffi-rôt que l'Amirauté en fut inſtruite , elle
envoya des ordres à l'Amiral Darby qui croifoit
pour la protection de notre commerce , de rentrer
le plutôt poffible. Il eſt rentré le 6 Novembre ,
après avoir tenu la mer 8 mois à différens inter(
38 )
valles , qui tous réunis ne faisoient pas plus de 60
jours d'interruption. En conféquence , ſes vaifleaux
avoient grand beſoin d'être réparés. On a fait des
efforts extraordinaires , & l'Amiral Kempenfeld a
appareillé avec ſon eſcadre le 2Décembre , 8 jours
avant les François. - M. Bamber Galcoyne , en fa
qualité de Commiſſaire de l'Amirauté , ainſi que le
Lord Mulgrave , ne manqua pas de venir à l'appui
de ce dernier. Il demanda ſi l'on pouvoit raifonnablement
ſe plaindre de l'inactivité de ce déparpartement
, qui depuis l'époque du 6 Novembre ,
a équipé trois grandes eſcadres ; ſavoir , celle de
l'Amiral Kempenfeld , celle du Chevalier Rodney &
celle du Chevalier Richard Bickerſton . >> L'effentiel
, ajouta-t-il , étoit de terminer ces opérations ,
mais il étoit impoſſible de faire partir un plus
grand nombre de vaiſſeaux avec l'Amital Kempenfeld
, car il falloit en réſerver pour protéger les
bâtimens de commerce attendus de Norwège , &
pour les eſcadres que l'on ſe propoſe d'envoyer
dans l'Inde & aux Iſles. Mais eſt.il vrai que l'expédition
de l'Amiral Kempenfeld n'ait produit aucun
avantage ? On apprend par les lettres d'aujourd'hui
( 20 ) , que l'eſcadre Angloiſe a pris &
amariné 18 tranſports , dont 10 font déjà arrivés
en Angleterre. Ces bâtimens avoient à bord des
munitions navales & des troupes . L'Amiral Kempenfeld
a laiſſe à la mer 2 vaiſſeaux pour épier les
mouvemens de l'ennemi , & recueillir de nouveaux
traîneurs . L'Amiral Rodney eſt actuellement dans
la baie de Cauſand avec 10 vaiſſeaux , tous doublés
en cuivre & prêts à mettre en mer. Il eſt probable
qu'il joindra les François , & comme ils doivent ſe
ſéparer , quelques-uns de leurs vaiſſeaux étant deftinés
pour Cadix & d'autres pour l'Inde , il en aura
d'autant plus de facilité pour les détruire.- L'Amiral
Keppel afſura que tous les raiſonnemens des
Commiffaires de l'Amirauté ne prouvoient rien ,
( 39 )
finon que l'on auroit du envoyer un plus grand
nombre de vaiſſeaux pour attaquer &détruire l'eſcadre
Françoiſe. Voilà , continua-t-il , ce qu'il falloit
faire en Europe ; l'Amiral Rodney auroit enſuite
pris ſon tems. D'ailleurs , que n'envoyoit-on , avec
l'eſcadre de l'Amiral Kempenfeld , celle qui reſte
aux Dunes dans l'inaction ? Lorſqu'on a pluſieurs
affaires , c'eſt toujours la plus importante qui doit
avoir la préférence. Paffant enſuite au projet de
l'enquête ſur la conduite du Lord Sandwich , il
dit que ſi l'on mettoit ſous les yeux de la Chambre
tous les papiers qui pourroient être demandés , les
amis de ce Miniſtre n'auroient pas tant ſujet de ſe
féliciter.-M. Burke & le Chevalier George Saville
demandèrent au Lord North fi cette information
feroit ſuivie régulièrement juſqu'à la fin. Celui-ci
répondit qu'il demandoit une enquête régulière ;
mais quant aux papiers , il ne pourroit dire ceux
que l'on mettroit ſous les yeux de la Chambre ,
avant de ſavoir ceux qui ſeroient demandés. –
Enfin , il fut arrêté que la Chambre s'ajourneroit
au 21 Janvier ; & il paroît que le premier objet
dont elle s'occupera à cette époque , ſera l'enquête
fur l'adminiſtration de la Marine.
FRANCE.
DeVERSAILLES , le 1er. Janvier.
LE 23 du mois dernier , le Marqui
de Saint- Aignan , Lieutenant-Général des
armées navales , préſenté au Roi par le
Miniftre de la Marine , a eu l'honneur de
faire ſes remerciemens à S. M. pour la place
de Vice- Amiral , vacante par la mort du
Comte d'Aubigny. Le même jour , la Prin(
40 )
ceffe de Broglie prit le Tabouret. La Comtefle
de Gand ent l'honneur d'être préſentée
à LL. MM. & la Famille Royale , par
la Princeſſe de Croy , & de prendre le
Tabouret. La Marquiſe de la Bourdonnaye
eut auſſi l'honneur de leur être préſentée
par la Marquise de Chauvelin.
De PARIS , le rer. Janvier.
Les premières nouvelles de la rencontre de
l'eſcadre de M. le Comte de Guichen avec
celle de l'Amiral Kempenfeld , nous ont été
apportées par deux bâtimens rentrés l'un à
POrient & l'autre à Breſt. Une lettre de ce
dernier port contient les détails ſuivans :
>> La frégate l'Emeraude , & le longre la Levrette
qu'on avoir envoyés au-devant du convoi de St-
Domingue , font rentrés ici le 19 , amenant avec
eux le navire la Royale-Amitié du convoi de M. de
Guichen , qui ayant perdu ſes mâts dans un abordage,
tâchoit de regagner nos ports. Nous apprenons
par eux que le 12 de ce mois , ce convoi fut
attaqué par une eſcadre Angloiſe qui fit amener pluficurs
tranſports qu'elle n'eut pas le tems d'amariner ,
M. de Guichen étant venu à leur ſecours ; il y a apparence
qu'ils auront été tous délivrés , & que la
Motte Angloiſe aura pris la fuite devant des forces
auſſi ſupérieures.
Cetre lettre a calmé les inquiétudes que
ne laiſſfoient pas de donner les premiers
avis reçus d'Angleterre; elles ont été toutà-
fait diffipées par le bulletin ſuivant :
( 41 )
>>La frégate le Crefcen:, commandée par M. le
Chevalier de Soligny , a apporté le 26 des dépéches
de M. le Comte de Guichen , adreſlées au Minitre
dela Marine , en date du 20. Ce Général mande que
le 12 au matin , une eſcadre Angloiſe de 13 vaiſſeaux
de ligne arriva par un tems brumeux ſur l'artière du
convoi , qui ſe trouvoit plus de 2 lieues au vert de
l'armée, & qu'il n'en eut connoiffance quetorique
l'Amiral Kempenfeld attaqua 1Actif qui en fafoit
l'arrière-garde. Il te porta alors for l'eſcadre Angloiſe
qui tenoit levent ,& ne put la join fre avant la nuit ;
le 13 il ne put la découvrir , il raſſembla fon co voi
&continua fa rome.- Sur 80 tranſports , il paroît
qu'il en manquoit 25 felon un état du 18 Décembre ;
inaisdes bâtimens qui ont rejoint la fl 'te depuis ,
ont rapporté qu'ils avoient vu 15 navites , & qu'ils
les avoient reconnus pour être de leur convoi , faifant
route de conſerve pour leur deftination M. de
Guichen annonce que le 20 au matin , 26 bât mens
du convoi de Bordeaux , eſcortes par la Néréide ,
ont été fignalés& ſe ſont joints a la flotte «.
D'après ce bulletin , il ne manqueir qu'un
très-petit nombre de navires le 20 Décembre.
Des 25 qui n'étoient pas à l'appel le
18 , il y en a quinze qui ont été rencontrés
hors de tout danger; les bâtimens qui
les ont vus & qui ont rejoint la flotte ,
peuvent être portés au moins à 3 ou à 4.
Ce qui reſte doit être peu de choſe , puifqu'il
faut encore défalquer de ceux qui
peuvent avoir été pris , le Comte de Graffe ,
rentré à l'Orient , & la Royale Amitié à
Breſt. La liſte de Lloyd peut en conféquence
n'être pas exacte ; & quand elle le ſeroit ,
Pévènement n'eſt pas bien malheureux ;
l'eſcadre Françoiſe a continué ſa route,& elle
( 42 )
ſerabien avancée & en pleine marche pour
ſa deſtination , avant que l'Amiral Rodney
foit tout à fait forti des ports d'Angleterre ;
il étoit parti le 13 du mois dernier , & le
25 il étoit encore avec 6 vaiſſeaux de ligne
& une frégate dans la baye de Cauland ,
près Plymouth , où il étoit retenu par les
vents contraires. Il auroit pu mettre à la
voile avant l'eſcadre Françoiſe , & précéder
ſon arrivée aux Ifles , qu'il n'y auroit
pas ôté à M. de Graſſe la ſupériorité qu'il
y a , & qui va être augmentée par M. de
Vaudreuil .
L'état de l'eſcadrede M. de Guichen eſt le
ſuivant. Nous marquons d'une aſtériſque *
les vaiſſeaux qui compoſent la diviſion du
Marquis de Vaudreuil qui paſſe aux ifles.
canons. Commandans. Vaisseaux.
La Bretagne 110 , le Comte de Guichen ,
Lieutenant-Général .
Le Majestueux , 110 , M. de Rochechouart ,
Chef-d'Eſcadre.
La Couronne 80 , M. delaMothe-Piquer ,
idem.
Le Royal-Louis , 110 , M. de Beauſſer , idem.
* Le Triomphant * , 80 , M. de Vaudreuil , id.
L'Invincible , 110 , M. de Chériſay , Capitaine
de Vaiſſeau.
:
Le Terrible , IHO , M. de Beaufier , idem.
* Le Brave *
* Le Robuste * ,
74 , M. d'Amblimont , id.
74 , M. de Retz idem .
,
* Le Magnifique * ,
Le Bien-Aimé ,
Le Fendant ,
74 , M. de Mithon , idem .
74 , M. de Cacqneray , id.
74 , M. de Peynier , idem .
( 43 )
* Le Pégase , 74 , M. de Soulange , idem.
Le Dauphin Royal , 70 , M. Montpéroux, idem.
L'Indien 64 , M. de l'Aubepin , idem.
L'Argonaute , 74 , M. de Clavière , idem.
» Le Zodiaque , 74 , M. de Sainneville , id.
* L'Atif , 74 , M. de Macarty Martei
gue, idem.
Le Lion ,
Le Cléopâtre ,
L'Amphitrite ,
64 , M. de Fournoue , id.
32 , M. de la Croix , idem.
32 , M. de Tarade , idem.
* La Friponne , 32 , M. de Blachon , Lieutenant.
Le Crefcent , 32 , M. de Soligny , idem .
La Nayade , 28 , M. Dloup idem.
,
La Cérès , corvette , 26 , M. de Parois , idem .
Le Clairvoyant , 18 , M. de Graffe , idem.
Le Pandoure
, 18 , M. de la Tullaye , id.
L'Eſpiegle ,
Le Hardy , armé en flûte ,
14 , M. de Gaston , Enteig.
M. Martinet , Lieuten .
L'Alexandre , idem , M. Dubucq de Saint-Prix .
Ces deux derniers vaiſſeaux ont leurs
canons dans les cales , afin de pouvoir s'armer
dès qu'i's autont débarqué les marchandiſes
dont ils font chargés.
Cette armée , écrit-on de Brest , commença à
appareiller le 10 , à la pointe du jour , par un
très-bon vent de S. E. S.; à 3 heures après- midi
elle étoit entièrement dehors , ainſi qu'une grande
partie du convoi , formant enſemble environ 150
voiles , fur lesquelles foot embarqués les deux bataillons
du Régiment de la Marck , les deux du
Régiment d'Aquitaine , le ſecond du Régiment
Royal - Rouffillon , deux Compagnies du Corps-
Roval d'Artillerie , & pluſieurs détachemens de
différens Régimens , formant en tout 7974 hommes
, fans compter 1000hommes des colonies , la
(44 )
garniſon ordinaire des vauſeaux, qui monteà 3000.
On a embarqué beaucoup de canons , des mortiers &
des munitions de g erre à proportion . Le même jour,
les frégares du Roi la Néréide & la Terpsicore , qui
attendeient depuis longtemps , au bas de la rivière
de Bordeaux , un vent favorable pour s'éloigner
, firent voile , conduiſant dix à douze bâti .
mens de tranſport deſtinés pour la Martinique.
MM. de Bellecombe , Gouverneur de Saint-Domige
, & de Bongars , Intendant de cette Co.
lonie , font à bord de la Néréide. Un convoi de
Bordeaux , ef orté par l'Hirondelle , fit route en
même tems pour Brest.
Des 19 vaiſſeaux de ligne qui compoſent
l'eſcadre de M. de Guichen , 7 ſe rendront ,
dit-on , aux Ifles avec M. de Vaudreuil , le
reſte ira à Cadix ſe joindre aux Eſpagnols ; on
croit que de là il s'en détachera encore deux
qui , joints à un pareil nombre qui ſe trouvent
déja dans ce port , prendront la route
de l'Inde.
Nos lettres de Cadix ne parlent que de
nouveaux ordres de preſſer l'équipement
des tranſports ; cependant malgré la bonne
volonté du Commandant du port , l'eſcadre&
le convoi n'auront pu mettre à la
voile qu'après les fêtes de Noël. A Mahon ,
on a commencé non à ouvrir , mais à éle
ver la tranchée , qui ne peut être qu'un mur
debrique ſur les rochers qui environnent la
place..!
1
Le grand Appartement qui devoit avoir
lieu le 27 du mois dernier chez le Roi , &
la fête que préparoient les Gardes du Corps
( 45 )
pour le 29 , ont été contremandés par l'évènement
le plus triſte & le plus malheureux.
Madame la Comteſſe d'Artois , frappée
comme d'un coup de foudre , a été
miſe en 24 heures , aux portes du tombeau,
par une fièvre maligne , précédée d'une
fièvre ſcarlatine du plus mauvais caractère.
Le 28 au matin elle fut adminiſtrée , &
quelques heures après on lui appliqua les
véſicatoires. Le ſoir elle étoit très-mal , &
les prières de 40 heures furent ordonnées
dans la capitale par le Doyen & le Chapitre
de Notre Dame. A cette circonſtance
alarmante s'en étoit jointe une autre auffi
beaucoup inquiètante. Madame avant de ſe
coucher ayant voulu ſavoir des nouvelles
de ſa ſoeur , ſe préſenta à la porte de fon
appartement ; on héſita de la laiſſer entrer
pour ne pas l'affecter ; elle s'imagina que
ſa ſoeur étoit morte & tomba évanouie.
Cette chûte , qui a d'abord alarmé pour
cette Princeſſe , paroît ne devoir point avoir
demauvaiſes ſuites. L'état actuel de Madame
la Comteſſe d'Artois fait eſpérer que la
maladie ſe terminera favorablement.
De BRUXELLES , le rer. Janvier.
L'Edit par lequel l'Empereur accorde aux
Proteftans le libre exercice de leur religion ,
& divers autres priviléges dans ſes Etats
héréditaires , a été envoyé dans ce pays pour
y être publié ; il ne l'a point encore éré ;
on dit que le Conſeil Souverain de Bra(
46 )
bant doit faire quelques repréſentations à ce
fujet.
>>>Les douze vaiſſeaux appartenant à la Compagnie
des vins de cette Ville , écrit-on de Lisbonne , &
qu'on attendoit de Pétersbourg , font heureuteſement
arrivés . Le vailleau Portugais la Sainte-
Anne , eſt auſſi entré dans le Port , le Capiame
rapporte qu'il a été vifité par un corfaire Arglois ,
qui ayant trouvé à ton bord des effets de propriété
ennemie , & quelques munitions navales
pour notre marine marchande , l'avoit déclaré de
bonne prife , mais ſur la repréſentation que le Capitaine
Portugais lui fit que tous les effets quoique
de propriété ennemie , méme les monitions de guerre
, étoient libres ſous le pavilion de la Nation ,
le corfaire lui laiſſa continuer ſa route ".
Si ce fait eft vrai , il prouve que les
Anglois commencent à avoir plus de ménagement
pour les neutres , que par le paflé ,
& que fur-tout ils montrent plus de conſidération
pour le pavillon Portugais , qu'ils
n'en ont montré pour celui des Hollandois
; & la République paroît enfin décidée
à venger ſes outrages .
>> Le Mémoire que le Vicomte de Stormont remit
au Miniſtre de l'Im ératrice en acceptant la médiation
de ſa Souveraine , écri -on de la Haye , à foulevé
les eſprits les plus prévenus & les plus attachés
au parti Anglois. Il paroît que les principaux appuis
de ce parti ſont décidés eux-mêmes à refufer tout
accommodement , & à travailler à rendre les forces
de la République aſſez respectables pour qu'elle ne
ſoit pas dans le cas de ſe voir dicter des loix par un
ennemi qu'elle peut écrafer en fai ant cauſe commune
avec la maiſon de Bourbon. On s'arte . d en conféquence
à voirbientôt un traité offenff entre la République
, la France & l'Eſpagne. Il n'est pas encore
( 47 )
,
affez avancé pour qu'on en ſache les conditions ;
mais il paroit sûr que la négociation eſt entamée , &
que les principales Provinces en preffent la conclufion.
Ceux qui traitoient , il y a un an & demi , de
brouillon le Dépuré de la Compagnie des Indes qui
a fait au nom de cette même Compagnie le traité
particulier qui a ſauvé le cap de Bonne-Efpérance ,
changent de langage ; ils ne voyent à préſent , ainſi
que les Colléges de la République , dans les propoſitions
de l'Angleterre , qu'une nouvelle infulte
faite à une Piſſance libre & indépendante , & une
ſemence de diviſion propre à empêcher les Hollandois
de prendre le parti que leur fituation & leur
intérêt doivent leur dicter ; & la réſolution paroît
être décidément priſe de commencer ou de conti
nuer la guerre. On étoit un peu embarraffé , dit on ,
par les égards qu'on doit à la Ruffie & par les
avances f ites à cette Souveraine ; la réponde à fon
Ambaſſadear , qui demandoit qu'on nommat un
Comité ſecret pour conférer avec lui ſur les conditions
de l'accommodement , n'a pas été difficile.
La Conſtitu ion de la République ſe refuſe à ce
qu'un pareil Comité traite en ſecret de ſi grands
objets ſans l'avis des Provinces. Il n'en étoit pas
de même de la propoſition qu'avoit faite la Ruffie
detenir les conférences à Pétersbourg , puiſque les
Anglois l'avoient acceptée. La réponſe qui y a été
faite a été puiſée dans le Mémoire même du Vicomte
de Stormont , & on a répliqué en le patodiant
, que les Anglois ne voulant pas ſe relâcher
des prétentions arbitraires qui ont été le prétexte
de la guerre la plus injuste , les Etats-Généraux
craindroient , en acceptant les conférences de Pétersbourg
, d'expofer la médiation de S. M. I. au
danger d'une négociation infructueuse. Anſi tout
porte à croire que les eſprits réunis dans un feal
objet , qui eſt la défenſe des droits & de la dignité
de la République , la guerre ſera pouffee avec vi.
gueur au printems prochain. Elle pourra mettre
( 48 )
P
en mer , dans ce tems-là 24 vaiſſeaux de ligne; cette
forte eſcadre peut étre augmentée encore au commencement
de l'été de 10 ou 12 autres vaiſſeaux
de guerre.
PRECIS DES GAZETTES ANG , du 26 Décembre.
-
Un bâtiment venant de la Jamaïque , a apporté
à l'Amirauté des dépêches du Général Dalling , en
date du 23 Octobre , par leſquelles on apprend que
les François avoient réuni 1200 hommes à la Martinique
, & qu'ils faifoient courir le bruit qu'avec
Aces forces ils alloient reprendie Demerari &
Effequibo. - La Jamaïque est regardée comme
priſe, ſi les François cherchent à s'en emparer , cette
Ifle n'étant défendue que par 1750 hommes effectifs.
Les Négocians intéreſlés dans le commerce
des Iſles , ont été en corps chez tous les
Miniftres leur demander de ſecourir promptement
les Iſles qu'ils ſavoient être très-mal défendues &
incapables de réſiſter aux forces avec lesquelles M. de
Graffe alloit les attaquer. Le Lord Sandwich leur a ré
pondu que 8 vaiſleaux de ligne devoient inceſſamment
ſe joindre à l'Amiral Rodney. Le Lord Germaine eſt
convenu avec eux que les Iſles n'étoient point affez
défendues, &qu'il approuvoit l'Amiral Digby d'avoir
donné au Chevalier Hood tous les vaiſſea 1x a 3 ponts .
Le Lord Amherft les a aſſurés qu'il mettroit ſous les
yeux du Roi le Mémoire par lequel ils demandoient
àS. M. des troupes de terre pour défendre les Iſles.
On
On dit que l'on approviſionne à lahate pl ſieurs
vaiſleaux de l'Amiral Kempenfeld , pour les envoyer
aux Iſles avec l'Amiral Rodney , qui eſt
toujours à Cauſand-Bay , près de Plymouth .
attend une flotte de Demerary & d'Eſſequibo , ſous
le convoi de la frégate la Hyena , qui a dû mettre
àla voile le 14 Octobre. Les troupes que l'on a
trouvées à bord des tranſports ſont en grande partie
des Suiffes & des Irlandois. Le total des hommes
ſe monte à 1000 , dont 290 matelots. Le brûlot
la Tyſiphone a été dépêché aux Ifles pour donner
avis au Chevalier Hood de l'approche de l'eícadre
Françoiſe.
te
1-
é
1
と
Livre de la Prière & de fon exhortation au Martyre ;
une Lettre de M. l'Abbé Fleury à Dom Calmet , & un
Supplément au Difcours Préliminaire placé a la tête
du Torse premier.
Le Tome IV, ſeconde Partic : la Juſtification des
Difcours de l'Histoire Ecclésiastique de M. l'Abbé
Bleury , par le R. P. Tranquille , de Bayeux ,
Capucin.
Conditions de la Soufcription.
En recevant les cinq Volumes actuellement en
vente , on paiera 10 liv.
On fouferit à Niſimes , chez Pierre Beaume ,
Imprimeur-Libraire , & chez tous les principaux
Libraires de chaque Ville.
Pour fatisfaire les différens Acheteurs , nous on
vend ſéparément 'Histoire Ecclésiastique , en vingtcing
Volumes, compris pris la Table générale des Mapieres
, à ros liv. en feuilles , & à 127 livres reliés
très-proprement en veau.
La ſouſcription ne fera ouverte que juſqu'au 31
Mai 1782. Ceux qui n'auront pas ſouſcrit à cette
époque, paieront chaque Volumes livres en feuilles.
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France, à Paris , chez
PavenOUCKE , Libraire ,
Hotel de Those , rue des Poitevins. Le prix de
Abonnement off de 30 liv. pour Paris , & de 32 liv.
paat la Province.
Vaiſſeaux pris fur lesAnglois.
(PAR LES FRANÇOIS. )LE Chichester , de Poole ,
rançonné pour 200 guinées. - Quatre Bâtimens ,
rançonnés pour 1700 guinées. 1 Le Jofeph, de
Deux Liverpool , pour Gibraltar , conduit à
Bâtimens , envoyés à - Le Fanny, pris
par un Corfaire de Dunkerque , & envoyé à Texel.
-Le Newis-Ranter , de Bristol , pour les Iles ;
envoyé à la Martinique. - Le Two-Sifters , rançonné
pour soo guinées . - Le Willingmind , de
Londres, pour New- Caſtle ; rançonné pour soo gui-
La Charlotte , de Liverpool , pour Berbice;
envoyée à la Grenade,- Le Friendship , envoyé
en Amérique.
nees , -
(PAR LES HOLLANDOIS ). Le Travaller , de
Pétersbourg , pour Londres ; envoyé au Texel.
(PAR LES AMÉRICAINS . ) Un Bâtiment de la
Fløtte de la Jamaïque. - L'Elifabeth , de Tortola
pour Londres ;envoyée a Newbury. - L'Eersten
d'Oftende , pour la Dominique ; envoyé à Boſton
Quatre Bâtimens , envoyés a
merce , de Waterford , pour Halifax ; envoyé à
Bofton.
-Le Com
Vaiſſeaux pris par les Anglois.
Le
( SUR LES HOLLANDOIS ). L'Hercule , d'Amfterdam
; envové à White - Bocth-Road.
Mars , d'Amſterdam ; envoyé à White-Booth-Road.
(SUR LES AMÉRICAINS ). Le Little-Porgey,
de Newbury , pour la France ; envoyé à Guerneley.
-La PrinceffeRoyale , priſe par l'Amazon , Corfaire
de Londres , & envoyée à la Barbade.
Loyalty; envoyé à Weymouth.
- Le
MERCURE
DE FRANCE ,
( N°. 2. )
SAMEDI 12 JANVIER 1782 .
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
DIFFÉRENTES augmentations dont j'ai cru ſafceptible
le Catalogue hebdomadaire que je publie ,
m'obligeant à donner pluſieurs Supplémens dans le
cours de l'année , je me vois dans la néceflité d'en
augmenter aufli le prix , & de le porter à 7 livres
4 fols pour l'année , au lieu de 6 liv. 12 fols qu'on
payoit ci- devant. Ce perit Journal ſera déſormais
abfolument néceſſaire à la Librairie, tant regnicole
qu'étrangère , & à tous les Poſſeſſeurs des grandes
Bibliotheques ; c'eſt ce qui m'a déterminé à l'intituler
: Journal de la Librairie ., ou Catalogue Hebdomadaire.
Ce Recueil existe depuis 1763 , & a été
continué juſqu'à préſent ſans interruption.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur ,
Votre très-humble & trèsobéifiant
Serviteur ,
PIERRES , Imprimeur
ordinaire du Roi.
NOUVEAU Théâtre Allemand , ou Recueil des
Pièces qui ont paru avec ſuccès fur les Théâtres
des Capitales de l'Allemagne ; par M. FRIEDEL,
Profeffeur en furvivance des Pages de la grande
Ecurie du Roi , in-8 ° .
A compter du mois prochain , il paroîtra tous
les trois mois un Volume de cer Ouvrage. Le nombre
des Volumes ſera fixé à douze. Chaque Volume
contiendra 320 pages , & ſe vendra ſéparément
4 liv. 10 fols. Il ne reviendra qu'à 3 liv. aux Soufcripteurs
, en payant d'année en année la ſomme de
12 liv. pour quatre Volumes ; ſavoir , 6 liv. en recevant
le premier Volume de chaque année , &
6 liv. en recevant le ſecond. Le troiſième & le quatrième
feront délivrés aux époques fixées , & il
dépendra enſuite des Souſcripteurs de renouveller
aux mêmes conditions la Souſcription avec le cinquième
Volume , qui fera le premier de la ſeconde
année. On foufcrit , & on peut ſe procurer les Originaux
Allemands à Paris , chez l'Auteur , rue Saint-
Honoré , au coin de la rue de Richelieu , au Cabinet
de Littérature Allemande ; la Veuve Ducheſne , Libraire
, rue Saint Jacques , au Temple du Goût ;
Couturier fils , Libraire , quai des Auguſtins , au
Coq ; & à Versailles , chez Blaizot , Libraire , rue
Satory.
ERRATA. Sur la Couverture du No. 1 de ce
Journal , on lit : Collection des Opufcules de l'Hiftoire
Ecclésiastique ; il faut lire : Collection des
Opufcules de l'Abbé Fleury , Auteur de l'Histoire
Ecclésiastique.
٢.٤
:
MERCURE
DE FRANCE. 840,7
SAMEDI 12 JANVIER 1782.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à M. DES... Histor. de la
Maison de Bourbon.
INTERPRETE d'une Patric
Qui s'honore de tes talens ,
Etplus encore énorgueillie
Detes nobles vertus &de tes ſentimens,
Je viens t'offrir un pur encens ,
Ennemi de la flatteric.
Il eſt des Poëtes adroits
Dont fans cele la Muſe nomine
Les beaux Eſprits réguans,les Artiſtes, les Rois,
Pour partager la gloire d'un grand homme ;
Mais tu diftingueras l'air de la vérité
Et le ſtyle de la tendreſſe
De celui de la vanite ,
Bienperiniſe pourtant alors qu'on tintéreſffe.
No. 2 , 12 Janvier 1782 . C
17
50
MERCURE
Sij'obtins ce bonheur pour des vers qu'Érato
Me fit noter ſans art & ſans étude ,
Quand tu les applaudis je crois ouït Clio
Encourager ſa ſoeur & vanter ſon prélude,
On ne prélude pas toujours ;
Et cette lyre des Amours ,
Montée enfin par Polymnie ,
Enfantera dans ſes tranſports
De fiers accens , de doux accords ,
La plus raviſſante harmonie ,
Lorſqu'à de grands objets volera mon génic .
Alors , peut- être alors , ô Def...
Je chanterai la gloire des Héros ,
Des Condés les foudres de guerre,
Dont la valeur héréditaire
Fut toujours ſi chère au Dieu Mars ;
A Friedberg , comme à Lens , maîtriſant les haſards,
Et ne dépoſant leur tonnerre
Que pour cultiver les Beaux-Arts
Dans leſeindes vertus qui conſolent la terre.
Des Bourbons , dont ta plume a fini les portraits ,
Je dirai les exploits d'éternelle mémoire ;
Je pubîrai leurs auguſtes bienfaits ,
Source d'une plus pure gloire ;
Et Clio , Clio me promet
De n'arracher aucun feuillet
De mes vers ni de ton Hiſtoire.
(ParM. Bérenger , de l'Académie de Marseille,
& Honoraire de celle d'Arras . )
DE FRANCE. 1.5
VERS
Sur la Naiſſance de Mgr. le DAUPHIN.
GRAND Roi, plaignez le fort d'un pauvreChevalier,
Qui , d'une façon bien cruelle ,
Vientde ſe voir humi'ier ;
Et par qui , Sire, encor ? par qui ? par la Gabelle.
Il vous naît un Dauphin ; & c'eſt un Financier
Qui le plus dignement, au bruit de la nouvelle,
De lui même , en ce lieu , fans ordre & le premier ,
Par ſa nobledépense,afait briller fon zèle;
Jeu, Largeffes , Feftins , Bal , Artificier ,
-(Ces Meſſieurs font en fonds, pour ne rien oublier) ,
Touten fat ..Mais qui peut les prendre pourmodèles?
Et moi ! moi ! qu'on a vu fi gaîment déployer
Pour vous dans cent combats l'amour le plus fidèle ;
Moi ! pour vous prêt encore à me facrifier ,
Je n'ai pu, Sire , hélas ! brûler qu'une chandelle !
(Par un vieux Chevalier de S. Louis.)
Note de l'Auteur. Le Financier en queſtion s'eſt vraiment
diftingué , non par un faſte ridicule , mais par le
goût& l'honnéte profuſion qui ont préſidé à ſes fêtes , où
les pauvres n'ont pas été oubliés : quel Militaire n'envieroit
d'être à ſa place pour fe montrer auſſi bon Citoyen
que lui?
Cip
se
MERCURE
1
Pour mettre ſous le Portrait de M. DE
BROSSES , premier Président du Parlement
de Dijon, de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres.
CHEF d'un auguſte Areopage ,
Aubonheur des humains il conſacra ſes ans :
Minerve le ceignit du iaurier des Savans ,
Et Sallufte lui doit hommage.
Par M. Bulle, fon ancien Secrétaire.)
BOUQUET A SOPHIE.
LAfleur des champs moins que vous eſt modeſte,
Et moins que vous la roſe ade fraîcheur.
Le lys ſuperbe, à la tige céleste ,
Amoins que vous de grâce & de blancheur
Oui, chaque fleur eſt par vous effacée.
L'immortelle eſt l'image de mon coeur ,
Et je vous l'offre unie àla penſée.
(Par M. de Saint-Ange.)
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
duMercureprécédent,
Lemot de l'énigme eſt le Portrait ; celui
du Logogryphe eſt Dauphin , où se trouvent
pin ,vin,pain , ni , in vain & phu.
DE FRANCE.
MA
ÉNIGM E.
A tête menace les cieux.
Meurt-t'on ? je fais une gambade.
Quand on veut rendre hommage aux Dieux ,
On medonne la bastonade.
Au Palais Bourbon , le 30 Décembre 1781. )
JAL
LOGOGRYPHE.
At fix pieds &je fuis femelle ;
Mais plaignez -moi , mon cher Lecteur ,
Madeſtinée eft bien cruelle ,
J'en perdsdeuxdès l'inſtant qu'avec moij'ai ma foeur
Je perds en inême-temps mon ſexe & ma figure.
Il eſt vrai toutefois que par ce changement,
Je ſuis de la moitié plus ſolide & plus sûre ;
Ma perte m'enrichit; devinez àpréſent.
J'ai les pronoms de deux perſonnes ;
Un meuble où les Auteurs dépoſent leur eſprir;
Quatre voyelles ; deux conſonnes ;
It ceque tout Lecteur cherche dès-qu'il me lit.
ParM. S. )
"
Cil
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRADUCTION des Odes d'Horace , avec
des Obfervations critiques , & Poésies lyriques
, fuivies d'un Discours fur l'Ode ,
& de quelques autres Pièces de profe , par
M. de Reganhac. 2 Volumes in - 12. A
Paris , de l'Imprimerie de Valade , & fe
trouve chez Laporte , Libraire , rue des
Nayers , 1781 .
HORACI
ORACE a dû trouver &a trouvé parmi
nous en effet des Traducteurs fans nombre.
Ce Poëte Philoſophe , chez qui ces deux
qualités ſe ſoutiennent mutuellement ſans
jamais ſe nuire , a de quoi plaire à tous les
goûts , parce qu'il fait réunir tous les tons.
Mais aucune de ces Traductions n'avoit fatisfait
encore l'homme de goût , qui , nourri
dans les principes de la faine Littérature ,
exige qu'un Traducteur conſerve tout-à-lafois
&le génie de ſa langue & la phyſionomie
de fon original , & qui réprouve avec
la même ſévérité celui qui ne peut faire lire
fon Auteur qu'en le dénaturant , & celui
qui ne fauroit être exact ſans être barbare.
Tous les Traducteurs d'Horace connus ont
encouru l'un ou l'autre anathême. Quant à
M. de Reganhac , la façon dont il s'exprime
DE FRANCE.
55
fur les devoirs d'un Traducteur , pourroit
ſeule nous répondre du mérite de ſa Traduction.
Nous allons citer à cette occafion
deux pages de ſa Préface , parce qu'elles
renferment une excellente leçon juſtifiée par
un exemple.
* Un grand Poëte n'a pas beſoin de ré-
>> flexion , & fon instinct poétique l'éclaire
>> affez pour mettre quelquefois , quandl'oc-
" cafion l'exige , au commencement d'une
>>> phrafe , ce dont il veut que ſon Lecteur
>>> ſoit d'abord frappé, pour placer à la fin
>> ce qu'il deſire d'imprimer plus profondé-
>>> ment dans ſon ame , & pour jeter dans
ود lemilieu ce qu'il y a de moins important.
>> Cet arrangement eſt diſtinctement marqué
→→ dans le quatrain ſuivant , pris de l'Ode
> ſeconde du premier Livre d'Horace :
Audiet cives acuiſſe ferrum ,
Quo graves Perſa melius perirent ;.
Audiet pugnas , vitio parentum
Rara Juventus.
" En voici une Traduction qui ſemble,
>> au premier coup-d'oeil , en exprimer tout
ود le ſens , en rendant la valeur de chaque
>> mot latin , & qui néanmoins eſt très-
>> infidelle.
" La jeuneſſe Romaine , ſi peu nombreuſe
» par le crime de ses pères , apprendra nos
combats impies ; ellefaura que nous avons
véguisé contre nous-mêmes le fer qui eût dû
"
Civ
36 MERCURE
»fervir à exterminer les Perfes,nos ennemis
> implacables.
>>En quoi pèche cette Traduction ? ... J'y
>> applique , li f'oſe emprunter cette exprefſion
des Géomètres , ma règle du rapport
interne , & je vois qu'elle contredit &
>> défigure l'original au lieu d'enêtre l'image.
• Car le principal but du Poëte eſt ici d'ex-
> primer l'égarement , les ravages & l'im-
>>>piété des guerres civiles. Sa ſtrophe com-
> mence par une image touchante : nous
» avons éguisé le fer contre nous- mêmes :
➤ image deſtinée à ébaucher le ſentiment
> pathétique mis à la fin , cettejeuneſſe ſt
» peu nombreuſe par les fureurs defespères.
» Il y a entre eux une réflexion fugitive ,
les Perfes, qu'il eût mieux valu exterminer;
> mais elle eſt étrangère au but principal,
» & diſparoît comme un éclair. C'eſt tour
>> le contraire dans la verſion propofée.
>>Elle met à l'entrée le ſentiment pro-
>> fond qui finit le quatrain; elle continue
>> par l'image qui n'étoit deſtinée qu'à le
- préparer , & qui en paroît moins vive ; &
>>elle place à la fin la réflexion purement
- acceſſoire que le Poëte avoit jetée au mi-
>> lieu, en forte que , contre ſon intention ,
» c'eſt ſur cette réflexion, preſque indiffé-
>>> rente , que ſe réunit dans la phraſe Fran-
> çoiſe toute la lumière d'un tableau bien
> autrement ordonné par la paſſion créatrice.
• Conformons maintenant dans une Tra-
•duction plus régulière , la diſpoſition du
DE FRANCE.
57
• François à celle du Latin ,& nous verrons
>>> auflitôt le vrai but du Poëte rétabli , la
ſource de ſes mouvemens dévoilée , &
leur rapide ſucceſſion repréſentée avec
>> une énergie fort approchante du texte.
"
ود
» La jeuneffe Romaine faura que nous
>> avons éguise contre nous-mêmes le fer qui
» auroit dûfervir à exterminer les Parthes
» nos implacables ennemis : elle apprendra
» nos combats impies, cette jeunelle fi peu
>>>nombreuſe par le crime deſes pères. »,
Il faut en convenir , d'après des principes.
aufli bien raiſonnés , on peut juger que M.
de Reganhac étoit deſtiné à enrichir notre:
langue d'un Horace François. Cependant ,
pour ajouter à cette preuve préliminaire ,
nous allons mettre ſous les yeux de nos Lecteurs
quelques morceaux de ſa Traduction.
Commençons par la belle Ode morale ,
Tyrrhena Regum. Il faut avertir auparavant
que , dans la verſion des Odes en quatrains ,
le nouveau Traducteur , pour conſerver le
plus fidèlement poſſible les formes de l'original
, a figuré , comme on va voir , la féparationprimitive
des quatrains , lors même
qu'ils font liés entre eux par la continuité
du ſens ; attention. bien moins minutieuſe
qu'on n'imagineroit d'abord..
" Rejetton des Rois d'Étrurie , Mécène ,
>> un carteau d'excellent vin qui n'a pas été
>> entammé, une ample moiffon de rofes
"
"
& une caffolette d'effence extraite pour
> vos cheveux, vous attendent depuis long
CW
MERCURE
>> temps chez moi. Qu'aucun obſtacle ne
> vous retarde. Voulez-vous toujours con-
>> templer les rivages de Tibur , la colline
>> d'Éfule , & les ſommets où régna le par-
>> ricide Télégon ? »
Nous croyons pouvoir nous diſpenſer de
tranſcrire le Latin , perfuadés que tous les
Amateurs de l'antiquité ont Horace dans
leur mémoire ou ſous leur main ; mais nous
nous permettrons quelques obfervations critiques,
ou plutôt nous propoſerons quelques
doutes à M. deReganhac. Nous deſirerions ,
par exemple , qu'en traduiſant un Poëte,
on ne fît entrer dans ſa proſe aucun mot
qui ne pût être admis dans la poéfie. D'après
se principe , nous aurions proſcrit entamé
&extraite.
Dérobez- vous à l'abondance , mère du
» dégoût , & à ce palais dont le comble ſe
>> perd dans les nues ; & n'admirez pas fans
>>>ceſſe la vaine pompe , l'opulence & le
>> fracas de Rome.
37
>>Quelquefois la ſimplicité a mis une variété
piquante dans les plaiſits des Grands;
>& fous un toit ruſtique , un repas frugal
>> fans dais& fans lits de pourpre, leur a dé-
>> ridé le front. »
Horace reſpire dans cette Traduction , &
le ſtyle du Traducteur n'y perd rien de fon
élégance. Qu'on nous permette de rapporter
ici la verſion de cette dernière ftrophe par
Sanadon .
*Les Grands aiment à ſe délaffer d'un
DE FRANCE. 59
>> plaifir par unautre. Souvent un repas que
>> la frugalité règle , que la propreté affai-
>> ſonne, dans une maiſon peu accommodée,
ود ſans tapifferie, ſans lits de pourpre , fait
tomber les rides du front & diffipe les
>> plus noirs chagrins. »
"
Combien, malgré ſon faux air d'élégance ,
cette Traduction prête à la critique ! aiment
àse délaſſer d'un plaisir par un autre , n'eſt
point dans Horace. Que la frugalité règle ,
que lapropretéafſaiſonne , tout cela eſt paraphrafe,
d'autant plus que règle n'est pas
heureux. Une maison peu accommodée , n'eſt
ni élégant ni François. Fait tomber les rides
dufront, eſt une expreſſion affez poétique .
mais & diſſipe les plus noirs chagrins , eft
une redondance. D'ailleurs , il falleit dire ,
fait tomber les rides de leur front , du front
des Grands; la penſée d'Horace n'eſt pas
une généralité; il l'applique aux Grands en
particulier , divitibus. Revenons au nouveau
Traducteur, en avouant pourtant que
mundæ n'est pas rendu dans ſa verfion.
« Déjà le père d'Andromède fait briller
ſes feux; la conſtellation qui précède la
- canicule ſe déchaîne ; le lion exerce ſes
>> fureurs , & le ſoleil brûle les campagnes..
« Les Bergers , avec leurs troupeaux lan-
>> guiflans , cherchent les ombrages & less
> eaux; ils s'enfoncent dans l'épaiffeur des
>> forêts , retraite des horribles faunes , &
les zéphirs ne careſſent plus nos rivages. »
M. de Reganhac auroit pu & dû confer-
"
Cvj
60 MERCURE
ver taciturna , qui complette l'image , nos
rivages taciturnes. Sans doute l'amour de la
préciſion lui a fait faire ce facrifice. On ne
fera pas le même reproche à Sanadon. Voici
comment il a traduit ces cinq mots latins,
caretque ripa vagis taciturna ventis: les zéphirs
fufpendent leurs haleines , & ne mêlent
plus leur agréable murmure au gazouillement
des eaux; tout est dans lefilence &
dans le repos. H nous ſemble entendre Covielle,
qui fert de truchement au prétendu
fils du Grand Turc, dans le moment où
celui-ci dit au Bourgeois Gentilhomme
Bel-men , interpréter ainſi ce ſeul mot: ildit
que vous alliez víte avec luivouspréparerpour
la cérémonie afin de voir enſuite votre fille
&de conclure le mariage.
M. de Reganhac avoit déjà donné une
Traduction du premier Livre des Odes d'Horace
en 1751 ; & nous n'avons été nullement
furpris des éloges que lui donne l'AbbéGoujet
, Auteur de la Bibliothèque Françoiſe ,
dans les additions de ſon quinzième Volume.
Nous, allons, rapporter les propres paroles
de ce Bibliographe , qui confirment notre
jugement ſur cette nouvelle Traduction.
Je ne ſais, dit-il , qui eſt l'Auteur d'une
>> Traduction du premier Livre des Odes
>> (d'Horace ) qui a paru àToulouſe en 175 1 .
Elle eſt en proſe ,& elle m'a paru rendre
avec élégance les pensées & même l'élé-
> gance du Poëte Latin ; & j'ai entendu dire
DE FRANCE 61
>>à des Écrivains de réputation & de mé-
>> rite , qu'il ſeroit à ſouhaiter que l'Ano-
>> nyme ne ſe fût pas borné au premier Li-
>> vre des Odes. La Traduction de celui-ci
>> eft précédée d'une Lettre de l'Auteur à
>> Madame de Montegut de Segla,Matureffe
>> des Jeux Floraux , digne par ſes connoif-
>> ſances & la délicateſſe de ſon eſprit de
>>> tous les éloges qui lui ſont donnés dans.
» cette Lettre , qui contient d'ailleurs de
>> judicieuſes réflexions ſur Horace , de bons
>> principes ſur la Traduction , & une cen-
>>ſure qui m'a paru juſte de celle de M.
>> Dacier ; la verſion eſt ſuivie de pluſieurs.
➤ autres obfervations critiques ſur les Tra-
>> ductions de ce même Livre , par le Père
➤ Sanadon , Jéſuite , & par le même M.
► Dacier.>>
On vient de voir que l'Abbé Goujet
trouve des réflexions judicieufes dans une
Lettre imprimée à la tête de ce premier
Livre. Il auroit ajouré à ſes éloges , s'il
avoit lû tous les morceaux de proſe que
M. de Reganhac vient de joindre à ſa Traduction
, & qui ſont analogues à la poéſie
lyrique. Nous invitons ſur tout nos Lecteurs
à lire un Discours fur l'Ode , qu'on
trouve au ſecond Volume, & qui renferme
les principes les plus ſains& les mieux raifonnés.
Dans les notes dont parle auſſi l'Abbé
Goujer, l'Auteur a fait entrer de temps en
temps des remarques qui fervent à apprécier
laTraduction de l'Abbé Batteux , Ouvrage
62 MERCURE
qu'il regarde comme fait à la hate , & auquel
il reproche de la dureté , de la froideur
&de la féchereffe.
a
On lira avec le même plaiſir une trentaine
d'Odes que M. de Reganhac imitées en
vers. Ce n'eſt pas que toutes aient le même
degré de bonté. M. de Reganhac eſt trop bon
juge pour admirer tout également dans les
poéſies lyriques de J. B. Roufſeau ni même
dans celles d'Horace. Il n'a pas eſpéré ſans
doute avoir atteint à cette perfection , qui
we compâtit point avec l'humanité. Il nous
pardonnera donc de lui reprocher quelques
endroits foibles , & quelquefois l'abſence
de cette flamme poétique , qui donne à l'Ode
le caractère de l'inſpiration. Il nous ſemble ,
par exemple , avoir manqué cette fameuſe
Ode anacreontique, donec gratus eram. Mais
les endroits qui donnent lieu à ces obſervations
critiques , ſont bien rachetés par l'élégante
facilité qui règne dans tout le reſte.
Nous allons citer en preuve l'imitation de
l'Ode, Nonfemper imbres.
TOUJOURS les vents& les orages
N'irritent pas le ſein des flots :
Toujours la chûte des nuages
Ne déſole pas nos enclos.
Le cours réglé de la Nature
Borne le règne des frimats :
Nos bois reprennent leur verdure ,
Nos vergers leurs rians appas.
DE FRANCE. 63
POURQUOI les fons de votre lyre
N'expriment- ils que les douleurs ?
Que le jour naifle , qu'il expire ,
Il vous trouve, il vous laiſſe en pleurs,
Le vieillard qui vécut trois âges ,
Regretta moins Antilochus :
Priam eut des larmes plus ſages
Pour Hector & pour Troïlus .
QU'UNE langueur pufillanime
Ne dégrade plus votre voix :
D'un triomphateur magnanime
Célébrez les nouveaux exploits.
VOYEZ le tigre en vain rébelle
Roulerdes flots moins infolens :
Que votre génie étincelle
Al'aſpect des Gelons tremblans !
César leur preſcrit des barrières ;
Et, dociles à cette loi ,
Ont-ils reconnu nos frontières ,
Ils reculent avec effroi.
1
:
Après avoir traduit avec élégance & fidélité
envers&en profe , les Odes d'Horace, après
avoir donné d'excellens préceptes ſur le
poëme lyrique ; il ne manquoit plus à M. de
Reganhac que de s'exercer lui- même comme
créateur dans ce genre de poéſie ; & il l'a
fait avec affez de ſuccès pour pouvoir ſe
64
MERCURE
vanter ( s'il n'avoit autant de modeſtie que
de talent ) d'avoir donné complettement dans
ſes deux Volumes un cours théorique &
pratique de l'Ode. On a lu aves plaiſir, dans
un de nos. Mercures de l'année dernière ,
celle aux Souverains, ce qui nous diſpenſe
d'en parler ici . Nous allons en faire connoître
une autre faite à l'occaſion de la paix
d'Aix-la-Chapelle.
De Tyr , de Granique & d'Arbelle,
Jadis le vainqueur furieux ,
Parune audace criminelle,
N'obtint qu'un honneur odieux.
De ſa vaine magnificence ,
De ſa faſtucuſe clémence
Le ſage n'eſt point ébloui ;
Ce barbare dompte & ravage,
Et ſa politique partage
Des États trop vaſtes pour lui.
Les attraits d'une fauſſe gloire,
Grand Roi , ne t'ont jamais ſéduit;
Et dans les champs de la Victoire ,
L'équité ſeule t'a conduit.
Vengeur d'un Prince qui t'appelle ,,
Tu pars , & l'Univers chancelle;
Mille remparts font abattus..
Contre tes projets animées ,
La terre enfante des Armées .
Tu paroîs, elles ne font plus
:
DE FRANCE.
Mars ton invincible courage
Sème en vainla mort & l'horreur;
Des Princes que ta gloire outrage ,
Elle accroît l'aveugle fureur.
Fontenoy, Laufeld! ... quels ſpectacles !
Pourfuis: par de nouveaux miracles
Soumets tes rivaux à la paix;
Briſe leur confiance altière :
Pour eux & pour l'Europe entière
Tes victoires font des bienfaits.
Il y auroit bien peu d'expreſſions à reprendredans
ces trois ſtrophes , & il y en a
de belles , commefoumets tes Rivaux à la
paix. Après une autre ſtrophe fur Bergopzoom
&Maeſtricht, le Poëte s'écrie :
IL eſt donc vrai , le Ciel propice
Demon Prince exauce les voeux !
Les Rois écoutent la juftice ,
Et l'Univers devient heureux.
Opaix ! que tes noeuds ſoient durables !
De ſes conquêtes mémorables
Le ſeul prix ſuffit à ſon coeur.
Vainqueur des Peuples & des Princes,
C'eſt en leur rendant leurs Provinces
Qu'il en eſt le triomphateur.
Suit une apoftrophe aux Conquérans fans
humanité, qui contraſte avec le portrait de
Louis. Voilà certainement l'harmonie &
le ton lyrique.
66 MERCURE
QUELLE ardeur nouvelle m'anime !
Quel doux eſpoir flatte mes voeux !
Les Nymphes de la double cîme
Mettent l'avenir ſous mes yeux.
Au ſein de cet heureux empire ,
Agrands flots le commerce attire
Des biens qu'il répand à grands flots ;
Il va dans des climats ſtériles
Convertir en moiffons utiles
Et leurs pierres & leurs métaux,
TEL l'Océan reçoit fans ceſſe ,
Etdans ſon ſein nourrit toujours
Les fleuves qui font la richeſſe
Des climats qu'embellit leur cours :
Les vapeurs qu'exhalent ſes plaines
Abreuventlespins & les chênes
Au fommet des monts verdoyans ;
Et dans leurs cavités affreuſes ,
Diftillent ces larmes heureuſes
D'où naît le feu des diamans.
:
:
A deux expreſſions près , mettent l'avenir
fous mes yeux , & cavités affreuſes ,
(mettent eft froid, & cavités peu poétique. )
ces deux ftrophes nous ont paru belles ,
auffi-bien que ces deux autres , que le Poëte
adreffe aux Argonautes nouveaux.
C'EST à votre heureuſe induſtric
Que Neptune doit ſes autels ;
1
DE FRANCE. 67
De l'homme elle étend la Patrie
Et l'empire des immortels.
Nonmoins ignorés que les aftres ,
Qui , bravant l'oeil des Zoroastres ,
Se perdent dans l'azur des cieux ,
Sans vous , dans le ſein d'Amphitrite ,
D'heureux climats que l'homme habite ,
Ne ſeroient connus que des Dieux.
LEUR Monarque , puiffant & fage ,
Nous a liés par nos beſoins :
Du monde il commença l'ouvrage ,
Il eſt achevé par vos ſoins.
Du couchant juſques à l'aurore ,
Sa providence fait éclore ,
Mais ſépare nos biens divers ;
Votre ſeconde providence
Réunit par-tout , &diſpenſe
Les tréſors de tout l'Univers.
:
Votre seconde providence eſt une trèsbelle
idée. En voilà affez pour faire juger le
talent lyrique de M. de Reganhac. La correction
qui règne dans ſes Ouvrages étonnera
bien plus quand on ſaura qu'il n'a jamais
fait que ſe montrer un moment dans
la Capitale. Il a paſſe ſa vie dans la Province
où il eſt né. A Dieu ne plaiſe que nous
cherchions à marquer du dédain pour tout
ce qui est étranger à Paris ! Nous croyons
que l'eſprit & le génie font au moins auffi
63 MERCURE
naturaliſés dans la Province qu'ailleurs
mais nous penſons que le goût a beſoin
du commerce de la Capitale. Quoi qu'il
en ſoit, M. de Reganhac a bien mérité de
la République des Lettres par fon Volume
de Traduction en profe ; mais il devroit
completter ce bienfair. Nous l'exhorrons
à traduire Horace en entier. Une traduction
en vers a plus de mérite ; mais
une traduction en profe eſtplusutile comme
ouvrage claflique : non que nous croyons
la proſe capable de rendre un Poëte; mais
elle peut fervir àfaire connoître ſon génie ,
finon par ſentiment , au moins par réflexion.
COLLECTION ACADÉMIQUE , compofee
de Mémoires , Actes ou Journaux des plus
célèbres Académics & Sociétés Littéraires
de l'Europe, concernant l'Histoire Naturelle
, la Botanique , la Physique , la
Chimie , la Médecine , l'Anatomie , la
Méchanique , &c. Tome VIC. de la partie
Françoiſe, contenant lafuite des Mémoires
de l'Académie Royale,des Sciences de
Paris. A Paris , chez l'Éditeur , rue de la
Harpe , à l'ancien College de Bayeux ,
1781. in-4°.
LES Savans deſirent & attendent avec impatience
la ſuite de la Collection Académique.
La partie Françoiſe dont nous annonçons
le faxième volume , eſt d'autant plus
néceſſaire , que l'édition originale eſt épuisée
DE FRANCE. 69
&qu'il n'y a pas d'apparence qu'on la réimprimejamais.
Ce Tome VIC, qui comprend cinq années
depuis 1726 juſqu'à 1730 incluſivement ,
n'eſt ni moins curieux ni moins intéreſſant
que les précédens. L'heureuſe découverte du
plomb fonnant , par M. Lémery , vérifiée
par M. de Réaumur , eſt la première qu'il
préſente , & elle a quelque choſe de
frappant , en ce qu'elle conduit à faire
des cloches de plomb . Quoique les Aurores
boréales n'aient plus rien de nouveau
pour nos yeux accoutumés à obſerver
ces météores , on lira pourtant avec
plaiſir les détails de celles qui parurent en
1726 , 1729 1730. Celle de 1729 , qui
dura depuis fix heures du ſoir juſqu'à cinq
heures du matin , eut une fingularité trèsremarquable&
peut-être unique : on vit un
arc lumineux qui du point Nord-Eft de
Thoriſon , ſe terminoit au point Sud-Oueſt
en paſſant par le Zénith ; elle formoit donc
une moitié parfaite d'un grand cercle vertical.
On ignoroit , avant les expériences de
M. de Mairan , que le fer ſe moulat plus
parfaitement que les autres métaux, Quoi
de plus curieux en Phyſique que la belle
expérience par laquelle M. Dufay voulut
reconnoître juſqu'où les rayons du ſoleil
réfléchis pouvoient s'étendre dans l'air en
confervant encore affez de force pour brûler
lorſqu'ils feroient réunis ? Le même Acadé
70
MERCURE
micien a découvert la fauſſeté du double
tourbillon que Deſcartes avoit prétendu ſe
former autour de tout aimant , & a fait voir
qu'il n'y avoit qu'un courant de matière
magnétique qui entroit toute par le nord de
P'aimant & fortoit par le ſud , pour rentrer
enfuite par le nord. La Phyſique , qui contient
encore pluſieurs autres découvertes &
obſervations curieuſes , eſt terminée par la
nouvelle conſtruction des Thermomètres de
M. de Réaumur , dont l'uſage eſt ſi répandu
par tout.
fur
La Chimie eſt très-riche dans ce Volume.
Six Mémoires de M. Geoffroy le cadet , fur
l'inflammation de certaines liqueurs huileuſes
où fulphureuſes par les acides , ſur le
froid qui réſulte ordinairement du mélange
des huiles effentielles avec l'eſprit- de- vin ,
fur la diffolubilité de pluſieurs verres ,
les huiles effentielles des plantes , fur différends
vitriols & fur l'alun , fur le vinaigre
concentré par la gelée ; l'analyſe des eaux
minérales de Paſſy & de celles de Bourbonl'Archambaut
, par M. Boulduc ; les recherches
du même Académicien ſur le ſel naturel
de Dauphiné , qu'il a reconnu être le véritable
fel de glauber, c'eſt à- dire, un acide vitriolique
porté ſur la baſe terreuſe du ſel marin ;
ſes procédés pour faire le fublimé corrofif ,
beaucoup plus ſimples & plus expéditifs que
l'opération ordinaire ; les Mémoires de
M. Bourdelin ſur les ſels lixiviels ; ceux de
M. Lemery ſur le borax , où il développe
DE FRANCE.
71
la nature& les propriétés de ce ſel , & fait
voir la manière dont il agit , non ſeulemeut
fur nos liqueurs , mais encore fur les
métauxdans la fufion deſquels on l'emploie ;
ceux de M. Dufay ſur la potaſſe , ſur la
révivification de l'eau forte , fur la teinture
& la diffolution de pluſieurs eſpèces de
pierres , les agathes , les marbres , &c. Les
expériences de M. Petit ſur la précipitation
du ſel marin dans la fabrique du ſalpêtre ;
de nouveaux phoſphores des végétations
chimiques très agréables ; enfin , les opérations
, auſſi ſavantes qu'ingénieuſes , par lefquelles
M. de Réaumur a reconnu les véritables
matières qui entrent dans la porcelaine
de la Chine. Il a découvert que nous
avions en France , finon le même Kao- lin
&le même Pe-tun-tſé des Chinois , au moins
des matières fondantes qui peuvent les remplacer
; & il donne des principes fûrs pour
les employer avec autant de fuccès qu'eux.
Tels font les principaux objets que contient
la partie Chimique.
Nous n'entreprendrons pas d'énoncer ici
tous les animaux , quadrupedes , oiſeaux
infectes & autres dont il eſt parlédans l'Hif
toire Naturelle ; l'hiſtoire des teignes qui
rongent les laines & les pelleteries , des ſalamandres
, de la civette & de ſon ſac odorant
, du porcépic & de ſes piquans , des
chenilles qui plient & roulent des feuilles
deplantes &d'arbres , &c , y est très-detaillée.
LesMemoires de M. Hans- Sloane offrent
72
MERCURE
quantité d'offemens foffiles : ony verra le
ſyſtême de M. de Réaumur ſur la formation
du corail , &c , &c .
La Botanique eft moins étendue. М. Маг-
chant a obſervé les fleurs de tannée. Il a
ſuivi cette végétation fingulière du tan , depuis
ſanaiffance juſqu'à la fin , & il a cru devoir
la ranger dans le genre de l'éponge. M. de
Juſſieu a fait voir la néceſſité d'établir dans
la nouvelle méthode des plantes , une claffe
particulière pour les fungus , à laquelle dois
vent ſe rapporter non-ſeulement les champignons
& les agarics , mais encore les
lichen : il a fait plus , il a diviſé fort heus
reuſement cette claſſe en deux ſections ,
dont la marque diſtinctive eſt une figure
applatie en manière de feuillages étendus
fur la terre , ſur des rochers & fur des
troncs d'arbres auxquels ils font atta
chés par pluſieurs petits poils fort courts
fortant des nervures du revers de ces feuillages
, ou qui pendent des arbres & des
rochers auxquels ils ne tiennent que par
une forte d'empâtement qui tient lieu de
racines. La ſeconde , eſt celle des champi
gnons , dont la différente eſſentielle eft de
n'avoir nulle figure de feuille , d'être d'une
ſubſtance plus charnue , & de repréſenter
le plus ſouvent un parafol ou un globe.
Ces ſections ſe diviſent en gentes qui ſe
ſous-diviſent en eſpèces. M. Duhamel a
obſervé une maladie fingulière du ſafran ,
qu'il a découverte & décrite avec la fagacité
:
DE FRANCE.
73
cité d'un Phyſicien accoutumé à porter la
lumière dans tous les ſujets qu'il traite. Il a
étudié l'art de la greffe , & par une ſuite
d'expériences utiles , il eſt parvenu à le perfectionner.
Perſonne , avant lui , n'avoit fait
attention à l'effet que les changemens de
temps produiſent ſur les plantes aquatiques;
il a démontré que cet effet étoit très-fenſible&
très-prompt , lors même qu'elles font
couvertes de deux ou trois pieds d'eau. Le
même Botaniſte a donné l'Anatomie de la
poire. Les mouvemens de la ſenſitive ont
été obſervés & décrits par M. de Mairan.
On trouvera encore ici la deſcription de
pluſieurs plantes tant indigènes qu'étran
gères.
,
La partie Anatomique commence par
l'Anatomie comparée des yeux de l'homme
& des animaux , matière que M. Petit , le
Médecin , a continué de traiter dans une
ſuite de Mémoires pendant les années 1726 ,
1727 , 1728 , 1729 & 1730. Les mouve
mens deslèvres ont été expliqués , mais différemment
, par Meſſieurs Maloët & Senac.
Celui-ci a donné , de plus , une deſcription
exacte du diaphragme , de ſa ſtructure &
de ſes uſages. Nous avons des obſervations
du célèbre M. Winflow , fur la rotation ,
la pronotion , la ſupination & d'autres
mouvemens en rond , fur les mouvemens
de la tête , du cou , & du refte de
l'épine du dos. Ce ſavant Anatomiſte a traité
cette matière en maître de l'Art. Les recher
Nº.2 , 12 Janvier 1782 . D
74 MERCURE.
ches Anatomiques de M. Hunaud ſur la
ſtructure & l'action de quelques muſcles
des doigts , & fur les os du crâne de l'homme
, terminent cette partie , dans laquelle
on trouvera auſſi quantité d'obſervations
curieuſes ſur des faits & des queſtions particulières
, envoyées à l'Académie , ainſi que
l'extrait d'un Ouvrage de M. Helvétius
intitulé : Eclairciſſement concernant la manière
dont l'air agitfur lefang dans les
poumons.
Un os trouvé dans la ſubſtance du coeur
d'un ſujet mort à l'âge de 72 ans ; un foie
fingulièrement prolongé ; un autre prolongé
juſqu'à la rate; le péritoine adhérant à la
partie convexe du foie , & ce viſcère telleiment
rapproché du diaphragme & des faufſes
côtes , que les quatre premières de ces
côtes s'étoient enfoncées dans le foie , & y
avoient tracé chacune un fillon qui repréſentoit
leur direction , & affez exactement
leur longueur & leur largeur ; une hydropiſiedu
péritoine ; un dérangement extraordinaire
du ventricule & du colón , placés
contre nature dans la cavité gauche de la
poitrine, où ils entroient en perçant le diaphragme
; un déſordre dans les gros vailſeaux
fanguins.; une ſuperfætation ; une
gonorrhée bâtarde ; un gros calcul trouvé
dans le rein d'un homme de 28 ans ; une
eſpèce d'épidémie vermineuſe ; une exoſtoſe
de l'os de la mâchoire ; une hydrophtalmie
ou hydropiſie de l'oeil ; une rupture incom
DE FRANCE.
75
plettedutendond'achille; une loupe extraordinaire
à la cuiſſe , peſant près de quarante
livres; une eſpèce d'ankyloſe accompagnée
de circonstances fingulières ; un abſcès au
foie ; une altération fingulière du crystallin
& de l'humeur vitrée de l'oeil : telles
ſont les maladies & les principaux accidens
dont ce volume contient la defcription , &
ſouvent le traitement &la guériſon. On y
trouvera audi ,dans la partiede la Chirurgie,
un extrait du Traité de la taille au haut
appareil , par M. Morand , & un Mémoire
deM. Lamorier fur une nouvelle manière
d'opérer la fiſtule lacrymale , envoyé à l'Académie
, par la Société Royale de Montpellier.
Les Mémoires de M. Couplet ſur la
force des revêtemens qu'il faut donner aux
levées de terre , aux digues , chauffées ,
&c , avec la belle théorie des voûtes , &
un grand nombre de machines ou inven
tions appronvées par l'Académie , remplif-
-fent la partie de la méchanique. Suivent
les Obſervations Météorologiques faites
pendant les années 1727 , 1728 , 1729 &
1730 , par M. Maraldi , mort cette dernière
année , & dont l'éloge termine ce
volume.
Dil
76 MERCURE.
RÉFLEXIONS PHILOSOPHIQUES fur la
Civilisation & fur le moyen de remédier
aux abus qu'elle entraîne, par M. de la
Croix , Avocat , Vie Cahier in - 8 ° . A
Paris , chez Belin , Libraire , rue Saint
Jacques.
Cz fixième Cahier , qui complette le
premier Volume , n'eſt pas moins intéreſfant
que ceux qui l'ont précédé par l'importance
des ſujets qui y font traités. :
Dans le premier Chapitre , l'Auteur ,
après avoir peſé, comparé les avantages &
les inconvéniens qui peuvent réſulter de
la publicité donnée à l'inſtruction des affaires
criminelles , démontte combien il feroit important
pour le ſalut de l'innocence accuſée,
que tous les jugemens qui doivent flétrir ou
frapper un Citoyen fuſſent précédés d'une
défenſe publique.
M. de la Croix ne s'eſt pas diſſimulé l'objection
qu'on pourroit lui faire. " Mais ,
> dira-t- on, ces brigands que la Justice a
>> ſurpris chargés de leurs vols ou teints en-
>> core du ſang qu'ils ont verſé , feront- ils
tous admis indistinctement à venir s'é-
>> crier en pleine Audience qu'ils font in-
> nocens , qu'ils vont mourir victimes de
→ l'erreur ou de l'iniquité? Les Tribunaux
>> retentiront alors tous les jours de la voix
• des ſcélérats ou de celle des Avocars qui
• ne rougiront pas de ſe montrer leurs dé
DE FRANCE
ל7
>>>fenſeurs. Je ſens toute la force de cet
» abus , j'en découvre toute l'étendue ;
>> néanmoins je ne diffimulerai pas que je
>> préférerois de faire perdre beaucoup de
>> momens à la Juſtice , plutôt que d'enle-
>> ver même à un criminel un ſeul moyen
» de défendre fſa vie contre la loi qui a le
>>>glaive levé ſur lui. Mais tout en plaidant
>>>la cauſe de l'humanité, il faut ſavoir faire
>> des ſacrifices .
>> Je ſouſcrirois donc à refuſer la faveur
>> de l'Audience aux accuſés qui auront été
» déjà repris de Justice , & punis de peine
>> afflictive , anx vagabonds , aux voleurs,
>> aux aſſaſſins pris enflagrant délit , & qui
>>dans leurs interrogatoires auroient fait
" l'aveu de leurs crimes ; mais je la réclame
>> pour le Citoyen , pour le père de famille
>> condamné àmort ou à l'eſclavage par un
» premier jugement. Le Gentilhomme a le
>> privilége de ne pouvoir être jugé que par
>> la Grand Chambre aſſemblée , pourquoi
>> n'accorderoit-on pas au domicilié celui
>>de ne pouvoir être condamné à perdre la
» vie ou la liberté qu'après avoir été défendu
>> à l'Audience ?
L'Auteur, qui ſent que les raiſonnemens
les plus juſtes ſont toujours foibles contre
d'anciens uſages , a voulu les appuyer d'un
exemple frappant. Il rend compte dans le
Chapitre ſuivant d'une nouvelle erreur dans
la Juſtice qui a coûté la vie à un innocent ,
dont la mémoire vient d'être réhabilitée. Ce
Diij
78 MERCURE
récit eſt de nature à faire ſur tous ceux qui
le liront , l'impreſſion la plus profonde, &
àconvaincre les Arbitres de l'honneur & de
la vie des hommes qu'ils ne peuvent trop ſe
tenir en garde contre de ſimples apparences.
L'Auteur termine ſon récit par cette réflexion
: " S'il eft incontestable qu'une lumière
>> de plus ajoutée à celles qui éclairent les
>> Tribunaux où l'on décide de l'honneur &
>>de la vie des Citoyens eût, en 1776, ſauvé
>> les jours à un innocent, & un père à des
>> orphelins , pourquoi nos voeux tarde-
>> roient- ils encore à être exaucés ? En rejeter
l'accompliſſement dans l'avenir , n'eft-
>> cepas s'expoſer àdes erreurs aufli funef-
>>tes que celle dont nous avons cru devoir
>> perpétuer le ſouvenir ? >>>
Dans le Chapitre qui fuit, M. de la
Croix ſe montre le défenſeur des enfans de
quatorze ans qu'une loi impitoyable.envoye
aux galères pour crime de faux-faunage. Il
fait fentir la dureté de cette loi qui Hétrit
&dégrade des enfans dont tout le crime eſt
ſouvent d'avoir cédé à l'autorité reſpectable
deleur père.
Oui ſans doute , s'écrie til , " la Nature ,
• l'Humanité demandent qu'on briſe les
fers de ces adolefcens flétris en ſortant de
> l'enfance , parce qu'ils ont eu le malheur
>> de recevoir le jour d'un père indigent , de
>> naître près des rivages de la mer , de n'a-
> voir pu , dans une éducation groſſière ,
>> prendre aucune idée des droits du SouveDE
FRANCE.
79
. rain ſur une denrée devenue néceffaire
>> l'homme , & qu'un vaſte élément ſem-
>> bloit lui offrir généreuſement. »
Il s'élève également contre la difpofition
de l'ordonnance qui condamne aux galères
le faux- faunier qui n'a pas pu payer dans
le délai d'un mois l'amende de 300 livres;
il fait voir que cette loi punit plus févèrement
l'indigence que la fraude, ce qui eſt
un grand vice dans une légiflation.
" Certainement l'homme qui , pouvant
» payer une amende de 200 livres ou de
>> 300 liv. fait la contrebande , eſt plus
>> coupable que le miſérable entraîné par le
ود beſoin au-delàdes bornes de l'obéiſſance.
» Cependant la loi , fatisfaite de l'argent du
>> premier le laiffe paiſible & honoré dans
" ſa maiſon , tandis qu'elle arrache l'autre
>> de ſes foyers, confiſque ſa perſonne , &
>> lui fait effuyer la honte & le fupplice des
>> forçats. "
Comme il feroit dangereux que la prévarication
trouvât un abri dans ſon indigence ,
M. de la Croix indique un moyen de la forcer,
fans la flétrir, à s'acquitter envers
l'État.
" Les raiſons de juſtice qui ont récem-
>> ment déterminé le Souverain à ne plus
>> ſouffrir que les ſimples débiteurs fuffent
>> confondus avec les criminels dans les
ود
mêmes priſons , rompront ſans doute un
>>jour la chaîne qui lie le crime à la foi-
>>bleſſe , la paiſible indigence au vol & à
Div
85 MERCURE
la rebellion. En voyant deux galériens traî-
> nant un boulet du même poids , couverts
» d'une cafaque également honteuſe , trai-
» tés avec une pareille dureté , renfermés
» dans le même Bagne , qui pourroit dif-
>> tinguer un Voleur , un Fauſtaire , d'avec
" un Père de Famille , dont le ſeul crime
>> eſt d'avoir ofé prendre dans ſa ſource le
ſel qu'il n'avoit pas le moyen de payer ?
ود
ود Pour parvenir à faire difparoître cette
>> confuſion ſi humiliante , fi cruelle pour la
>> pauvreté , je n'imagine rien de plus con-
>> venable que d'établir dans chaque Inten-
>> dance divers atteliers , dont l'objet feroit
>> déterminé par la nature du fol de la Pro-
>> vince , par ſes productions & par fes
beſoins. On y claſſeroit les Débiteurs de
• l'État , ( alors bien diftingués des crimi-
>> nels ) les mendians , ceux qui en fortant
> des Galères ne pourroient offrir de fûreté
> à l'ordre public. On auroit les égards de
> justice & d'humanité pour la conſtitution
>> phyſique , l'induſtrie , la profeffion & les
>> moeurs des individus. Un tarif exact fixe-
>> roit le prix du travail en raifon de ſon
utilité. Le Faux - faunier , trouvant le
moyende s'acquitter envers l'État , pour-
>> roit , après quinze ou dix-huit mois
» retourner dans le ſein de ſa famille , fans
» avoir été deshonoré par des travaux flé-
ود
ود triffans.
Dans le Chapitre intitulé : Des Perturbateurs
, l'Auteur propoſe , pour fimplifier
1.
DE FRANCE. 8
la légiflation criminelle , de commencer par
ſéparer les délits qui touchent à l'ordre public
, d'avec les delits domeſtiques ; de conſidérer
tous les Sujets qui ſe ſeroient rendus
coupables des premiers , comme de
véritables perturbateurs , qu'on placeroit
fur une échelle de juftice. Il a eſquiflé cette
divifion , de manière à mettre le Légiflateur
dans la voie de l'équité &d'une ſage modération.
Dans le Chapitre de l'Adultère , l'Auteur
exalte la Loi qui fixe parmi nous la peine de
la Femme Adultère à celle de l'authentique .
" On ne peut trop , dit- il , admirer la
>>ſageſſe & la modération de cette Loi. Il
" feroit bien à defirer que toutes celles qui
>> ſont relatives aux crimes , celle , entr'au-
>> tres , qui concerne le vol domeſtique ,
>> fuſſent dictées dans le même eſprit.
» Comme il n'y a que le mari d'offenſé ,
.5"
es
elle n'accorde qu'à lui la faculté de réqué-
» rit punition ; mais elle le préſerve des
emportemens de ſa colère, en condam-
" nant d'abord la coupable à une ſimple
>>clôture; elle donne à cette parjure deux
>> ans pour fléchir ſon Juge , & l'amener au
>>pardon. »
" Elle lui conferve pendant ce temps
>> ſes vêtemens ordinaires , & le principal
>> ornement de ſa beauté , afin qu'elle ne
>> perde pas tout- à- fait l'empire que lui don-
>> noient ſes attraits , & que , rappelée dans
» le monde , elle n'y paroiſſe pas dégradée. »
Dy
82 MERCURE
" Si le mari demeure inflexible pendant
>> cette ſuſpenſion accordee à la foibleffe &à
>>> l'indulgence , la Loi préfumant alors que
>> le mari irrité a répudie pour toujours ſa
criminelle compagne , & qu'il pertiſte à
> demander vengeance , s'arme de ſevérité
→ envers la coupable , lui enlève une partie
>> des charmes dont elle a abuſe , la couvre
J
des habits de la penitence , & la ſépare
» pour jamais du monde où elle a porté le
feandale.
M. de la Croix a terminé ce premier
volume par ces réflexions.
" Je ſuis déja loin du point d'où je ſuis
>> parti ; cependant il me reſte encore bien
>> des pas à faire avant d'atteindre le terme
-> où je dois m'arrêter. Peut être même n'y
" arriverarjejamais. Agité par cette crainte,
>> je me ſuis hâté de traiter dans ce premier
» volume les ſujets qui m'ont paru tou-
ود
ود
cher deplus près à la tranquillité publique.
> Exalté par de faux principes, je n'ai point
conteſté à la puiſſance fouveraine la fa-
>> culté de punir le coupable , dans laliberté,
dans ſa perſonne , même dans ſon exif-
>> tence , lorſqu'il avoit oſé renverſer Fordre
>> des propriétés , attaquer les jours de ſes.
>> ſemblables : & pourquoi me ferois- je
> montré le protecteur de ce véritable ennemi
de l'État , plus dangereux& plus cou-
" pable cent fois que l'étranger , qui
>> gémit ſouvent en lui-même des injuftices
> &des meurtres qu'on lui conmande , &
DE FRANCE. 83
ود
» auquel cependant nous ne faiſons pas
>>ſcrupule de donner la mort ? J'ai préféré
d'élever ma foible voix en faveur du mal-
>> heureux', que fa condition ou fon indis
>> gence expoſent plus aisément qu'un autre
>> au foupçon du crime. J'ai tâché de le ga-
>> rantir d'une captivité trop funeſte , d'une
instruction trop rigoureuſe , de répandre ود
رد furl'innocence opprimée lesdédommage-
>> mens qu'elle a le droit d'attendre du pou-
>> voir ; protecteur du foible , j'ai indiqué
>> les moyens d'établir une proportion plus
» équitable entre les peines & les délits
» d'epargner à l'humanité bien des crimes
en rendant le châtiment utile tout-à-la-
>> fois à l'État & au coupable. »
"
« Quelques-unes de ces vues ont déja été
>>couronnées par le ſuccès; peut être les
>> autres obtiendront-elles un jour le même
honneur. Heureux celui qui peut ſe dire
en mourant: je n'ai point paffe fterilement
fur la terre ; fai ſemé, dans le chemin que
'j'ai parcouru , des vérités qui font deve-
>> nues utiles à mes ſemblables. Si pendant
"
ور le coursdema vie je n'ai retiré de mon
>> travail ni honneur ni richeſſes , je dois
>> m'en confoler , puiſqu'il faudroit m'en
>>feparer aujourd'hui , & que l'envie me
"
les eût peut être conreſtés de mon vivant.
» Il est un Juge fuprême des actions des
>> Hommunes; celui là eſt véritablementjufte :
il a vu mes efforts , il a compré mes
contradictions , mes facrifice,s c'eſt de
"
Dvj
84 MERCURE
>>lui , c'eſt de lui ſeul que j'en veux rece-
>>voir le prix. »
Le Libraire prévient dans un Avertiſfement
, que cet Ouvrage ne paroîtra plus que
par volume , & qu'il délivrera le premier
àceux qui ne le prendront pas en feuilles
ſéparées , moyennant cent fols , au lieu de
fix francs que ſe vendent les fix numéros
diviſés.
NOUVEAUX Élémens de la Science de
l'Homme, par M. Barthes , Chancelier
de l'Univerfité de Médecine de Montpellier,
Tome premier. in-8 ° . A Montpellier,
chez Jean Martel l'ainé , Imprimeur ordinaire
du Roi & des Etats.
Pour faifir tout de ſuite l'objet de cet
Ouvrage, il faut entendre l'Auteur nous
expoſer les vues & fon plan. " La Science
de l'Homme, dit il dans un court Dif-
>> cours préliminaire , eſt la première des
>>Sciences,& celle que les Sages de tous les
temps ont le plus recommandée.
>>Ils ont eu principalement en vue la
>> connoiſſance des facultés intellectuelles
» & des affections morales de l'Homme ;
» mais cette connoiffance ne peut être
» exacte & lumineuſe , ſi l'on n'est trèséclairé
ſur la phyſique de la nature hu-
>> maine.
ور
» Indépendamment de ſon utilité dans la
>>Métaphysique & la Morale , la Science
DE FRANCE. 85
ود
"
> de l'homme phyſique préſente à la curiofité
un auffi grand attrait qu'aucune des
>>> autres Sciences naturelles , & elle ac-
>> quiert le plus grand degré d'intérêt lorf-
» qu'on voit qu'elle fait la baſe des connoiffances
néceffaires à l'Art de guérir.
>>Quelque importante que ſoit la Science
>> de l'homme , ceux qui l'ont cultivée pro .
fondément font forcés de reconnoître
>> qu'elle a fait peu de progrès juſqu'à pré-
>> fent , & même beaucoup moins à proportion
que n'en ont fait d'autres Sciences
utiles.
ود
23
"
"
ود
α
ود Lacauſe de cette différence me paroît
être qu'on a beaucoup négligé dans l'étude
de l'homme les règles fondamentales de
la vraie méthode de philoſopher.
" On ne peut attendre de grands pro-
> grès dans une Science où la méthode phi-
>>loſophique a été négligée , que lorſqu'on
>>y renouvelle le corps entier de la Doc-
>> trine , conformément aux vrais principes
de cette méthode.
"
" C'eſt ainſi que le vice eſſentiel de la
>>manière de philofopher qui régnoit au
temps de Bacon , avoit rendu néceſſaire
>> une ſemblable réforme de toutes les
>> Sciences , & faiſoit dire avec raiſon à ce
>> Philofophe : C'est en vain qu'on espère
>> de grands progrès dans la Science , lorf
'on se borne àfur ajouter àenter les
> connoiffances nouvelles fur les anciennes ;
>> mais il faut reconstruire le ſyſtème entier
" ou
86 MERCURE
>> des Sciences dans leurs premiers principes,
» fi l'on ne veut y être borne à un mouve
>> ment comme circulaire, qui ne permet que
» des progrès preſqu'inſenſibles. Je me pro-
>> pote de donner dans cet Ouvrage un
>> eſſai de la forme nouvelle que doit
>> prendre la Phyſiologie ou la Science de
ود la nature humaine. L'objet de ce Dif-
>> cours préliminaire eſt de rendre plus ſenfible
la néceflité de cette reforme , &
>> d'annoncer la manière dont je me pro-
>> poſe de la commencer. »
"
On voit par ce morceau que l'Auteur ,
qui a l'honneur d'être à la tête d'une des
plus illuftres Ecoles de Médecine , confidère
& étudie la Science qu'il cultive , à la
manière de tous les hommes de génie , dans
tous fes rapports avec toutes les branches
de la Science humaine. Il ſe place dans ces
grands points de vue d'où l'on embraffe
dans la même contem lation pluſieurs
Sciences à- la- fois , & où l'on faifit ces
grands réſultats qui , une fois conſacrés par
Padoption des bons eſprits, deviennent une
partie du corps des Sciences. On voit encore
que M. Barthes ne craint pas de chercher
les grandes vérités par une marche
nouvelle, & qu'il ofe méme Favouer avec
certe candeur des hommes qui fe fentent
capables de tout ce qu'ils ſe propofent; &
cette manière de philoſopher dans un Ecrivain
qui réunit une grande force & une
grande juſteſſe d'efprit à de vaſtes connoif
DE FRANCE. 87
ſances eſt un mérite de plus , & un garant
des plus heureux travaux.
Ce premier Volume eſt deſtiné à préſenter
les obſervations & les penfées de l'Auteur
fur leprincipe vital.
"
" J'appelle principe vital de l'homme ,
>> dit- il , la cauſe qui produit tous les phenomènes
de la vie dans le corps humain.
» Le nom de cette cauſe eſt aſſez indiffé-
>> rent , & peut être pris à volonté. Si je
>>préfère celui de principe vital , c'eſt qu'il
» preſente une idée moins limitee que les
>> noms de ſenſibilité , d'irritabilite& autres
>> par leſquels on a déſigné la cauſe des
»
ود
95
fonctions de la vie.
>> Le principe vital de l'homme eſt ſans
>> doure uni intimement à ſon intelligence
&à fes organes ; mais pour mienx connoître
les forces de ce principe , il faut
les conſidérer ſéparément des affections
de l'ame penſante & de celles du corps
>> ſimplement organiſé; car dans l'étude des
>> ſujets fort compliqués la foibleſſe de
l'eſprit humain lui rend de ſemblables
abstractions abſolument néceſſaires ..
ود
ود
"
ود La doctrine des forces du principe
>> vital de l'homme doit être naturellement
>> précédée de l'hiſtoire des opinions qu'on
>> a eues & qu'on peut avoir fur la nature
" de ce principe. Quoique la diſcuſſion de
>> ces opinions ne doive mener qu'à des
doures & à des vraiſemblances , elle
>> ſera utile pour empêcher qu'on ne fe
"
85 MERCURE
ود
"
R
faſſe de ce principe des idées faufles &
nuiſibles aux progrès de la Science':
c'eſt pourquoi je donnerai à cette recherche
les premiers Chapitres de cet Effai.
L'Auteur entre enſuite dans l'expofition
de ſon propre ſyſteme; mais il n'admet jamais
que des idées qui lui paroiffent fortir
des faits obſervés&reconnus dans la Phyuque&
dans la Médecine. Il s'eft tracé invariablement
les principes qui devoient diriger
toutes ſes recherches & fes méditations.
" Mon objet , dit-il , eſt de rappeler les
>> faits à des analogies fimples & très- éten-
>> dues, pour approcher de plus en plus de
" la connoiffance des forces, des fonctions
» & des affections du principe vital. Si
>> ces analogies que je propoſe font bien
> formées , il en réſultera un corps de doc-
>> trine nouvelle qui ſera du genre le plus
" utile pour affurer les progrès de la Science
» de l'homme , & pour fonder ſolidement
>> les principes de l'Art de guérir. >>
Le genre de cet Ouvrage & le genre de ce
Journal ne nous permettent pas d'entrer
plus avant dans l'analyſe & l'examen du
Livre que nous annonçons. Il ne peut être
entendu ni apprécié que par les hommes
exercés aux idées méraphyſiques; eux ſeuls
peuvent ſentir ſi un Ecrivain répand de plus
grandes lumières ou une plus grande obſcurité
dans l'étude des Sciences ; car c'eſt là le propre
des Ouvrages de métaphysique , qui font
toujours à l'eſprit de l'homme un grand
DE FRANCE. 89
-
bien ou un grand mal. Nous avons remarqué
dans le Livre de M. Barthès un eſprit
très - ført & très- étendu , de vaſtes connoifſances
bien liées , une marche qui tend
aux grandes découvertes. Il nous a paru
auſſi qu'il auroit pu mettre plus de netteté
dans ſes idées & plus de clarté
dans ſon ſtyle; mais , à tous les égards , le
jugement de ſon Ouvrage appartient à des
juges plus inſtruits que nous , & il les
trouvera dans les grands Phyficiens & les
grands Médecins de nos jours.
SPECTACLES.
Les Deux Soirées , Conte qui n'en est pas un.
IL eſt un réduit public , fitué au ſein de la
Capitale, où ſe raſſemblent ordinairement
nosoififs, nos nouvelliſtes & les jugesmodernesdenosArts
.Nous étions au premierjour de
cette année; on venoit de repréſenter , pour
la première fois, la Double Épreuve , ou
Colinette à la Cour, Comédie-Opéra en trois
Actes, muſique de M. Grétry , & je me propofois
d'écouter ce qu'en diroient les Amateurs
quiy tiennent leurs aſſiſes. Je tournai
mes pas vers ce réduit. Un homme me précédoit
, il entre. A fon aſpect , la voûte retentit
d'un bruit pareil à celui que produit la
foudre quand ſes éclats ſont répétés par une
90
MERCURE
longue ſuite d'échos. Cet homme s'intéreſfoit
à l'Ouvrage qu'on venoit de jouer , &
principalement à la muſique. Le ſuccès avoit
éré un peu équivoque ; en conſequence on
l'entoura , on lui parla , on le harcela , on le
perfécuta. D'un ton moitié railleur & moitié
réſigné , mon homme prend froidement un
tabouret , s'y place , & dit : « Parlez ,
>> Meſſieurs , parlez , les rieurs font pour
>> vous. » Auffitôt chacun de prononcer , de
blâmer le Poëme , de demander comment
on avoit pu ſonger à prendre un ſujet ſi
agréablement traité par Favart , dans Ninette
à la Cour, pour en faire un Drame ſans intérêt
, découſu, écrit avec une négligence impardonnable,&
chargéd'acceſſoires qui enarrêtoient&
en prolongeoient la marche à chaque
inſtant. Le Muſicien n'étoit pas plusmé
nage. Travailler ſur un Ouvrage commeceluilà!
s'écrioit- on. Porter à l'Opéra le Comique
bouffon, dénaturer le genre propre à ce
Spectacle ! Et c'eſt un homme de mérite , un
Compoſiteur charmant , qui donne le premier
exemple d'une pareille tentative ! En
vérité, c'eſt une choſe impardonnable. Mais ,
Meſſieurs , dit l'homme au tabouret : Et le
Seigneur Bienfaiſant ? .... Le Seigneur Bienfaiſant!
s'écrie un gros Monfieur , n'est pas
du genre bouffon. Ilm'offre tout ſimplement
des vendangeurs en joie & fans caricature ,
&les fituations intéreſſantes dont il eſt plein
condamnent abſolument votre comparaiſon.
Chaque moment amenoit au réduit un nou
DE FRANCE
91
veau juge; le bruit redoubloit , on ne s'entendoit
plus , je levai le ſiège & je partis.
Deuxjours après , en ſortant de la ſeconde
repréſentation du même Ouvrage , je revois
mon homme ; il étoit gai , le ſuccès avoit
été complet. Il prend ſa route pour le même
lieu.Je le ſuis encore. Il entre la tête levée,
le viſage rayonnant de plaiſir ; il parle haut ,
queſtionne avec fermeté. Les Auditeurs lui ré
pondent fans le regarder. Quant aux applaudiſſemens
que l'Ouvrage vient d'avoir, ils
demandent ce que cela prouve; & là-deſſus ,
on cite vingt productions repréſentées avec
ſuccès ,& qui font tombées dans l'oubli. Le
choc recommence bientôt. A voir la fureur
avec laquelle on s'attaquoit de part & d'autre
, on auroit cru qu'il s'agiſſoit de l'affaire
d'Étatlaplus importante. Je ſerois peut-être
forti fans tirer plusde fruit de ma ſeconde
démarche que de ma première , quand un
homme d'un caractère grave ,&qui avoit
juſqu'alors écouté en filence , prit la parole,
&dit: " Bon Dieu! Meſſieurs , ſommes-nous
>> au ſabat ? Si nous voulons nous éclairer mu-
>> tuellement , parlons de manière à nous en-
» tendre. D'une voix unanime on le pria de
dire ſon avis. Le voici à peu-près dans les
mêmes termes dont ils'eſt ſervi.-« C'eſt peu
>>de choſe que le titre d'une Comédie; je ne
» ſais pas pourquoi il eſt ſi ſouvent mal
choiſi. Celui du nouvel Opéra n'eſt pas
>> juſte. Colinette feint d'aimer le Prince Al-
>> phonfepour tenter de corriger Julien de ſa
92 MERCURE
> jalousie ; le Prince feint de ſon côtéd'aimer
» Colinette , pour exciter celle de la Com-
>> teſſe Amélie: ce n'eſt pas là une double
>> épreuve , c'eſt une double ruſe. Mais paf-
>> ſons vite. En imitant Favart, il falloit tâcher
» de reſter àcôté de lui. Pourquoi donnerde
> la coquetterie à Colinette avant qu'elle ait
>> lieu de ſe plaindre de ſon amant ? c'eſt pri-
>> ver ce perſonnage d'une partie de l'intérêt
>> qu'il pouvoit inſpirer. Pourquoi inſtruire
>>tout-à-couple Public de ce qu'on projette,
> & lui laiffer voir clairement le noeud & le
>> dénouement? c'eſt briſer l'effet dela curio-
>> fité. Chez Favart , Ninette feint de la
>> coquetterie pour ſe venger de la brutalité
>>de Colas. Aſtolphe a réellement pris du
>>goût pour la jeune Paysanne ,& ſes com-
>>bats entre le deſir de fatisfaire fon goût
» & ce qu'il doit à Emilie les cha-
>>grins de celle - ci , la généroſité de Ni-
>> nette, tout ſe réunit pour attacher. L'i-
>> mitateur s'eſt privé volontairement de
>> tous ces avantages. Le caractère de ſa
» Comteſſe eſt du Marivaudage tout pur.
» Son troiſième acte eſt nul, puiſque l'action
>> principale eſt terminée à la fin du ſecond.
» On a accumulé les fêtes peut- être un peu
» légèrement. Au premier Acte , on voit
>> l'une auprès de l'autre une Pipée & la
fête du May ; c'eſt confondre les plaiſirs
» du Printems avec ceux de l'Automne . Au
ſecond Acte , on eſt un peu ſurpris de
> voit deux perſonnes qui logent dans le
"
DE FRANCE.
93
. même Château, ſe donner chacune une fête
» dans la même journée. Tout cela n'eſt pas
>> plus vraiſemblable que la fingulière obfti-
- nation de la Comteſſe qui ſe croit outragée
>>dans la fête qu'on luidonne,qui lacroit ima-
>> ginée pour une autre femme, tandis qu'une
>> Bohémiennelui chante des couplets où elle
➤ l'inftruit de tout ce que le Prince eſpère.
> Voilà ce que je penſe du Poëme , ou ily a
>> d'ailleurs quelques détails agréables. Quant
"
ود
à la Muſique , on l'a peut-être jugée trèsſévèrement.
J'y vois partout de l'eſprit, de
>> la fineffe , de la grâce. Je vois des morceaux
>> d'enſemble bien entendus , des Duos rem-
>> plisd'expreſſion , des Airs de Ballets pleins
>>de fraîcheur. J'avoue auſſi que j'y trouvedes
>> reminifcences , des traits communs , des
> idées mal apperçues , de la groſſe bouffon-
>> nerie; maisjevous propoſe une queſtion.La
- voici. L'expreſſion que la muſique peut prê-
" ter au Comique bouffon n'eſt- elle pas dif-
>>ficile à ſaiſir&à varier, ſurtout à P'Opéra ,
» Je le crois. Si la muſique eſt un langage
>> conventionnel , ce langage rentre dans les
>> principes rigoureux des Arts ; il exige de
>> la nobleſſe même dans les nuances qui ſe
>>rapprochent de la nature la plus ſimple ,
» & les bons eſprits doivent ſe révolter
>>contre tout ce qui bleſſe les conven-
» tions de l'art, L'Artiſte qui s'en écarte ,
" marche , pour ainfi- dire , fans boufſole ,
>> il lui eft facile de s'égarer. Plus il a de mé-
⚫⚫nte, plus il eſt jugé rigoureuſement , & je
94
MERCURE
» crois que notre charmant Grétry en eft
là. Auſurplus, cette production lui fait en-
>> core beaucoup d'honneur , malgré les re-
> proches qu'on peut lui faire. Vous me de-
>> manderez peut- être ſi je crois le Comique
> bouffon propre à être porté ſur la Scène Lv.
>> rique? Je ne le crois pas. La Comédie eſt
>> du reffort de ce Théâtre, fans doute ; mais
• elle doit y avoir un caractère relevé. Si
" ellenel'apas, elle forcera les Acteurs de ce
>>Spectacle à deſcendre à l'habitude d'un jeu
• comiquecapablede détruire chez eux celle
> du jeu noble,&qui convient au grand genre.
Leur voix qu'ils doivent, dans l'ancien
• ſyſteme,accoutumer à prendre des accens
fiers& foutenus , ne pourra fe plier à la
facilité qu'exige un ſyſtême Bouffon , & le
travail qu'ils feront les rendra foibles
"
"
ود dans l'un&dans l'autre. Aura t'on deux
, troupes ? L'Académie Royale de Muſique
» a déjà bien de la peine à ſe tirer d'af-
ود faires avecles charges qu'elle a; doublez-
» les, vous la ruinez ſans reſſource. La
danſe ſeule peut gagner à cette innovation
; & j'oſe dire que ſi l'on s'obſtine
"
"
ود àtravailler dans le genre qu'on nous pré-
, ſente aujourd'hui , nous aurons ici d'ex-
» cellens Danſfeurs , mais jamais de Mufi-
" ciens. Enfin , pour être jüſte , je conviens
, que Mlle Audinot a joué le rôle de Coli-
» nette avec beaucoup d'intérêt & d'eſprit ;
„ que MelleGuimard&lejeuneVeftris m'ont
>> enchanté; que les Ballets font charmans,&
DE FRANCE.
95
➡ que Daubervaly a montré comme exécu-
> tant&comme Compoſiteur, tout le talent
» qu'onpeutdeſirer ; mais, pour ma part, comi
.. meami duThéâtre, je redoute ce qu'un pa-
ود
"
reil ouvrage peut entraîner d'inconvéniens
funeſtes à l'Opéra. Voilà mon avis ; & je
>> ne prétends pas qu'il ſoit fait pour prou-
> ver à perſonne qu'il ait eu tort ou raiſon
→ de prendre du plaiſir aux repréſentations de
■ la Double Épreuve. » Pendant ce difcours
l'homme au tabouret prenoit une glace,
qu'il abandonnoit pour ſourire au diſcoureur
quand il abondoit dans ſon ſens ,& qu'il
reprenoit d'un air ſérieux quand. il ne le
trouvoit pas de ſon avis. A la fin , le Parleur
qui m'avoit toujours regardé , ſe retourna&
ne vit perſonne autour de nous.
Comment , dit - il , nous ne ſommes que
trois ici ! Pourquoi donc tous ces Meſſieurs
nous ont- ils quittés ? Monfieur,lui dis-je, rien
de plus naturel : voilà ,fur certains eſprits ,
l'effet que produiſent toujours la ſageffe &
laraifon.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
LEE Guide de Flandre & de Hollande , par M.
B. Volume in- 12. A Paris , chez Colombier , Libraire,
rue des Mathurins.
Lettres écrites de Suiſſe , d'Italie , de Sicile &
deMalthe, par M..... Avocat en Parlement , de pluſieurs
Académies , à Mademoiselle ...... , à
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Paris, par M. M... Docteur en Théologie , Volume
in- 12. A Paris , chez Berton , Libraire , rue Saint
Victor , vis-à vis le Séminaire Saint Nicolas.
L'Amusement des Amateurs , Almanach dédié à
Mgr le Dauphin. A Paris , chez Girard , Marchand
de Muſique , rue du Roule .
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la Géographie phyſique & la Géographie ancienne
de l'Eſpagne , in- 8 °. , par M. Mentel. A
Paris , chez l'Auteur, rue de Seine , à l'Hôtel de
Mayenne , & chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet ; Nyon le jeune, Libraire , quai des
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rue des Poitevins , le Vingtième Cahier des Quadrupedes
enluminés. Prix , 7 liv. 4 fols.
68
Sur la Naissance de Mgr. le Réflexions Philosophiques fur
TABLE.
VERS à M. Def..... 49 Collection Académique ,
Dauphin, SI la Civilisation ,
12 ce de l'Homme ,
Bouquet à Sophie ,
Enigme&Logogryphe , 53 n'en est pas un ,
76
Pour mettre fous le Portrait de Nouveaux Elémens de la Scien-
M. deBroffes , 84
52 Les Deux Soirées , Conte qui
Traduction des Odes d'Ho- Annonces Littéraires ,
race, 541
APPROΒΑΤΙΟ Ν.
४१
95
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Janvier. Je n'v al
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreſtion.A Paris ,
Le 11 Janvier 1782. DESANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES .
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 12 Novemb.
LE Reïs Effendi ou Grand- Chancelier a
étédiſgracié le 8 de ce mois , & a reçu ordre
departir ſur le-champ pour Gallipoli , où il
en attendra un nouveau , qui le relèguera
peut être dans l'Iſle de Chypre. L'Effendi
Brilikitſchi a été nommé pour le remplacer.
Le nouveau Bacha de Servie eſt arrivé à
Belgrade avec une ſuite de 700 perſonnes ;
il a laillé dans tous les endroits où il a paſſé
des marques de bonté & de générofité.
>> Kara-Bekir-Zada-Méhémed Aga, écrit-on de
Smyrne , envoyé par la fublime Porte à Alger , pour
y réclamer les vaiſſeaux pris par les corſaires de
cetteplace malgré le pavillon Impérial qu'ils portoient
, eft arrivé ici; il s'eſt abouché , dans ſon trajet,
avec le Capitan Bacha qui , pour donner plus de
poids àla commiſſion dont il eſt chargé , lui a remis
des lettres de recommandation très-preſſantes ; à
peine a-t-il été arrivé dans cette Ville qu'il a loué
12 Janvier 1782 . c
( 50 )
on navire Raguſain qui doit le porter au lieu de
ſa deftination. L'Agent des parties intéreſlées qui
l'accompagne , M. Luigi-Timoni , s'embarque avec
lui sc.
Maksud Gherai , Prince Tartare , que le
Divan avoit nommé à deux repriſes Khan
de Crimée , vient de mourir dans la terre
qui lui ſervoit de retraite.
RUSSI E.
De PÉTERSBOURG , le 30 Novemb.
د
Les régimens qu'on avoit fait défiler du
côté de la Crimée , ont reçu ordre de s'arrêter
proviſionnellement dans les lieux où
ils ſe trouvent ; les troubles qui s'étoient
élevés dans le Cuban plutôt qu'en Crimée
entre quelques hordes de Tartares , avoient
donné lieu à ce mouvement ; on apprend
aujourd'hui qu'ils font appaiſes. Quatre régimens
ſeuls doivent pourſuivre leur route ;
ils font deſtinés à relever un pareil nombre
de troupes ſur les frontières du Cuban .
Le Roi de Danemarck ayant fait battre
depuis quelque tems des rixdales qui doivent
être envoyées & négociées pour le
commerce dans les Pays étrangers , a obtenu
de notre Cour qu'elle permette l'introduction
de ces eſpèces dans l'Empire , où elles
peuvent avoir cours comme celles de Hollande.
L'Ukaſe accordé à ce ſujet vient
d'être expédié.
( 51 )
-
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 30 Novembre.
La flotte de 60 navires marchands neutres
partie au commencement du mois dernier
du Texel , ſous le convoi d'une de nos
frégates de guerre , & deſtinée pour divers
ports de la Baltique , a été rencontrée entre
le Texel & Doggersbanks par quelques vaifſeaux
de guerre de l'eſcadre du Coinmodore
Steward, qui ont voulu la viſiter ; mais l'Officier
Suédois s'y eſt oppoſé ,& les Anglois
n'ont pas inſiſté. La Cour de Londres n'a
pas manqué de porter des plaintes de ce
refus , en diſant qu'elle étoit autoriſée à
faire cette viſite , par les articles mêmes de
la convention de la neutralité armée , conclue
entre les trois Cours du Nord. La
nôtre lui a répondu qu'elle approuvoit la
conduite de l'Officier Suédois , qui n'avoit
point agi d'une manière contraire à la convention
citée , puiſque ce qui étoit arrêté
dans ce Traité , relativement à la viſite des
vaiſſeaux , ne regardoit que les navires qui
marchoient fans convoi , & nullement les
autres qui , par leur convoi , ſe trouvoient
ſous la protection d'un Souverain .
Nous nous attendons cette année à un
rude hivet; il eſt tombé une ſi grande quantité
de neige , que le cours des traîneaux
eſt déjà établi; & il a gelé fi fort que l'on
paſſe le lac Meler à pied ſur la glace,
C2
(52 )
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le Is Décembre.
Le Comte & la Conteſſe du Nord con
tinuent de voir tout ce que cette Capitale
offre de remarquable ; ils ont viſité dernièrement
les Arſenaux , l'Ecole nationale , les
Fabriques , la Chancellerie , &c. Ils ont auſſi
honoré de leurs viſites pluſieurs Sayans diftingués
; on croit qu'ils partiront d'ici le 8
du mois prochain , pour aller paſſer le Carnaval
à Veniſe .
On dit qu'après leur départ la jeune Princeſſe
de Wurtemberg entrera dans un Couvent
pour s'y faire inſtruire des fondemens
de la Religion Catholique Romaine , que
cette Princeſſe doit embraſſer , en qualité
de future épouſe du Prince François-Joſeph,
fils du Grand-Duc de Toſcane.
L'Empereur vient d'ordonner, par un Edit
en date du 9 du mois dernier , que les Religieux
qui obtiennent des diſpenſes pour
quitter leurs Ordres & rentrer dans le monde
en qualité de Prêtres féculiers , ne pourront
pas réclamer des ſucceſſions qui feront
devenues vacantes , & dont ſe ſeront ſaiſis
leurs co-héritiers pendant qu'ils étoient Religieux
; les droits dans lesquels ils rentreront
, ne feront que pour les ſucceſſions à ve
nir , & n'auront point d'effet rétroactif.
De HAMBOURG , le 20 Décembre.
On dit que la Cour de Vienne a fait
faire , il y a quelques années , à celle de
Pétersbourg des propoſitions relatives à quelques
arrangemens à prendre à l'égard du
commerce & de la navigation entre les
ports de Ruſſie ſur la mer Noire , & les
Etats d'Autriche par la même mer , tant
vers le Danube , que par le canal de Conftantinople
, l'Archipel &le golphe de Venife.
Comme les circonstances alors ne paroiſſoient
pas favorables pour de pareils
arrangemens , ce projet fut ſuſpendu ; s'il
faut en croire pluſieurs de nos papiers ,
on vient de le remettre ſur le tapis , & il
ya des conférences entre les Miniſtres des
deux Cours ſur ce ſujet.
L'acte d'acceſſion de l'Empereur à la neutralité
armée eſt maintenant public ; il eſt
de la teneur ſuivante.
>>>Joſeph II , &c. Ayant été invité amicalement
par S. M. l'Impératrice de toutes les Ruffie de concourir
avec elle à la conſolidation des principes de
neutralité ſur mer , tendant au maintien de la liberté
du commercemaritime & de la navigation des puiſ
fances neutres ,qu'elle a expoſés dans ſa déclaration
du 20 Février 1780 , remiſe de ſa part aux puiſſances
belligérantes , leſquels principes portent en ſubſtance,
-Que les vaitſeaux neutres puiffent naviguer librement
de port en port & fur les côtes des nations en
guerre. Que les effets appartenans aux ſujets des
puiſſances en guerre foient libres ſur les vaifſeaux
neutres , à l'exception des marchandises de contrebande.
Qu'il ne foit conſidéré comme telles , que les
C3
( 54
-
marchandiſes énoncées dans les articles 10& 11 dư
trairé de commerce conclu entre la Ruffie & la G. B.
le 20 Juin 1766. Que pour déterminer ce qui caractériſe
un port bloqué , on n'accorde cette dénomination
qu'à celui où il y a , par la diſpoſition de
la puifſſance qui l'attaque avec des vaiſſeaux ſuffiſamment
proches , un danger évident d'y entrer. Enfin ,
que ces principes ſervent de règle dans les procédures.
&les jugemens ſur la légalité des prifes. - Er ,
faditeM. I. detoutes les Ruſſies nous ayant propoſé
à cet effet de manifefter par un acte d'acceffion
formelle , non-feulement notre pleine adhéſion à ces
mêmes principes , mais encore notre concours immédiat
aux meſures pour en aſſurer l'exécution ,
que nous adopterions de notre côté , en contractant
réciproquement avec S. M. les engagemens & ſtipulations
ſuivans , ſavoir : 1 °. Que de part &
d'autre on continuera d'obſerver la neutralité la plus
exacte , & on tiendra la main à la plus rigoureuſe
exécution des défenſes portées contre le commerce
de contrebande de leurs ſujets reſpectifs , avec qui
que ce ſoit des puiſſances déja en guerre ou qui
pourront y entrer dans la ſuite. 2°. Que fi malgré
tous les foins employés à cet effet ,les vaiſſeaux
marchands de l'une des deux puiſſances étoient
pris ou inſultés par des vaſſeaux quelconques
des puitlances belligérantes , les plaintes de la
puiſſance léfée ſeront appuyées de la manière la plus
efficace par l'autre que ſi l'on refuſoit de rendre
justice fur ces plaintes , elles ſe concerterent incefſamment
ſur la manière la plus propre à ſe la
procurer par de juſtes repréſailles. 3 °. Que s'il arrivoit
que l'une ou l'autre des deux puiſſances , ou
toutes les deux enſemble , à l'occaſion ou en haîne
du préſent accord , fut inquiétée , moleſtée ou attaquée
, alors elles feront cauſe commune entr'elles
pour ſe défendre réciproquement , & pour travailler
de concert à ſe procurer une pleine & entière fatis-
faction , tant pour l'inſulte faite à leur pavillon ,que
pour les pertes causées à leurs ſujets. 4º. Que ces
ſtipulations feront confidérées de part & d'autre
comme permanentes & faiſant règle , toutes les fois
qu'il s'agira d'apprécier les droits de neutralité.
5°. Que les deux puiſſances communiqueront ami
calement leur préſent concert mutuel à toutes les
puiſſances qui font actuellement en guerre. -- Nous ,
voulant par un effet de l'amitié ſincère qui nous unit
heureuſement à S. M. l'Impératrice de toutes les
Ruffies , ainſi que pour le bien être de l'Europe en
général&de nos pays& ſujets en particulier , contribuer
de notre côté à l'exécution de vues , de priacipes
&de meſures auſſi ſalutaires que conformes aux
notions les plus évidentes du droit des gens , avons
réſolu d'y accéder , comme nous y accédons formellement
en vertu du préſent acte : promettant &
nous engageant folemnellement , de même que S.
M. l'Impératrice de toutes les Ruffies s'engage
envers nous , d'obſerver , exécuter &garantir tous
les points & ftipulations ci-deſſus.
On regarde cet acte d'acceptation , & lcs.
principes qui fervent de baſe à la neutralité
, comme un moyen d'accélérer la paix
de l'Europe , &peut- être de la rendre durable;
fi les projets de paix perpétuelle ne
font que de beaux rêves , on ne peut nier
qu'ils ne foient ceux d'un homme de bien.
, >> Il eſt bien difficile , diſoit J. J. Rouſſeau
qu'une pareille matière laiſſe un homme ſenſible &
vertueux exempt d'un peu d'enthouſiaſme ; & je ne
fais fi l'illuſion d'un coeur véritablement humain , à
qui fon zèle rend tout facile , n'eſt pas en cela
préférable à cette âpre & repouſſante raiſon , qui
trouve toujours dans ſon indifférence pour le bien
public , le premier obſtacle à tout ce qui peut le
favorifer ,
C4
( 56 )
Quoiqu'il en ſoit , on ſe flatte que les
Puiſſances belligérantes s'empreſſeront , à
l'exception de l'Angleterre peut-être , mais
qu'on peut y forcer , d'adopter quand le
tems ſera venu , les principes de la neutralité
armée , & de donner les mains à
un arrangement qui aſſurera un long repos
à l'Europe.
,
>> S. M. I. , lit-on dans la plupart de nos papiers ,
ajugé à propos de ſupprimer dans ſes Etats tous
les Couvens des Ordres Religieux qui mènent une
vie purement contemplative. Les Chartreux & les
Camaldules feront , dit-on , ſupprimés ; il ſera libre
aux Membres de ces Maiſons d'entrer dans
d'autres Ordres , ou de rentrer dans le monde
, pour ſe vouer à l'inſtruction de la jeuneſſe
&donner des foins aux malades. On prétend que
les Lettres-Patentes à ce ſujet ne tarderont pas à
être publiées , & qu'elles ordonnent la fuppreffion
debien d'autres Ordres encore. -On aſſure qu'il
n'y aura à l'avenir , dans tous les Etats héréditaires
que quatre Univerſités ; (avoir , à Vienne ,
à Prague , à Bude & à Lemberg ; & que les aurres
feront fupprimées ; en général , il y a lieu de croire
qu'il ſera falt inceſſamment des réformes utiles
dans tous les Colleges , pour l'inſtruction de la
jeuneſſe.
ESPAGNE.
De CADIX , le 23 Novembre.
AVANT-HIER il arriva ici un courier du
Cabinet , & hier on a vu les vaiſſeaux
François l'Illuftre & le St- Michel , faire
des diſpoſitions & des embarcations qui
annoncent qu'ils mettront bientôt à la
( 57 )
voile. On dit ici qu'ils prendront à bord
un million de piastres , & que leur deſtination
eſt pour les Indes Orientales. Si M.
de Buffy & quelques autres Officiers François
ſont en route , comme le bruit s'en
eſt répandu , & qu'ils doivent s'embarquer
fur ces vaiſſeaux , il n'eſt pas douteux qu'ils
ne ſe rendent en Afie.
La frégate la Sainte-Barbe nous a encore
amené, il y a quatre jours , un cutter Anglois
, chargé de vivres & de munitions
pour Gibraltar. Nous apprenons d'Algéſiras
, que nos chaloupes canonnières ont eu
le même ſuccès contre une bélandre qui
cherchoit à ſe gliſſer dans la place. Ainfi
de tous les bâtimens ſortis d'Angleterre depuis
deux mois pour ravitailler Gibraltar ,
il n'y en a que deux qui ſoient parvenus
àleur deſtination.
Il fait un tems affreux en mer depuis
: 3 ou 4 jours. Le vaiſſeau le Saint- Ifidore
eft en vue fans pouvoir entrer dans la baye ;
il amène avec lui une frégate de Salé. Nonſeulement
le gros tems en éloignant nos
Croiſeurs eſt favorable à toutes les embarcations
ennemies , qui cherchent à pénétrer
dans le détroit , mais il empêche
encore le départ du convoi & des vaiſſeaux
qui font bientôt prêts à mettre en mer.
>>>On travaille avec activité , écrit - on du camp
de Saint-Roch , à réparer le dégât que l'ennemi fit
dans nos lignes la nuit du 27 au 28 du mois dernier.
Les canons& les mortiers ont été bientôt remis
en état de ſervir; il n'en eſt pas de même de
cs
( 8 )
la tranchée &des batteries ; il faudra un peu plus
de tems pour les rétablir entièrement. - Il eſt
arrivé au camp un parlementaire du Gouverneur de
la place , portant des lettres des Officiers faits prifonniers
dans l'attaque du 27. Celui de l'artillerie ,
bleſfé à la jambe , de deux coups de feu , a été
obligé de ſe la faire couper. Il ſe loue beaucoup
de l'humanité & des foins des Officiers Anglois.
Comme ſon état le réduit au bouillon , il demande
de la volaille , qu'il puiſſe mettre dans fon pot.
Les poules , en petit nombre qu'on trouve dans la
place , coûtent un doublon la pièce , c'est-à-dire ,
environ 15 liv.
Les dernières nouvelles que nous avons
de Mahon font du 2 de ce mois .
Des pluies continuelles , écrit-on de cetre Iſle , ont
étrangement dégradé les chemins de l'Ifle , & notamment
ceux qui conduiſent des cales aux batteries
nouvellement établies ; les batteries ellesmêmes
ont ſouffert de l'intempérie des ſaiſons ,
ainſi que la communication des unes aux autres ; de
forte que malgré l'activité des travaux qu'on a été
obligé de faire&d'interrompre à diverſes repriſes ,
ils n'ont pas acquis toute leur perfection. La difette
des beſtiaux pour les charrois a auſſi augmenté les
difficultés ; mais heureuſement le feu des affiégés
nous a causé fort peu de dommage. Il vient de
nous arriver des mulets de Provence qui rendent
àpréſent le ſervice plus facile. Notre Général ,
également aimé dans les deux armées , entretient
entr'elles cet eſprit de concert & d'union qui préſage
les plus grands ſuccès. Il y a déja fix batteries
achevées , & l'on compte que dans le cours de
ce mois , ou dans les premiers jours du ſuivant
120 pièces de canon & plus de 30 mortiers battront
à la fois le fort St-Philippe. Notre Général
ne veut pas que le feu commence avant que toute
l'artilleric puiffe jouer à la fois; les batteries les
( یو (
plus éloignées ne ſont pas à soo toifes de diſtance,
& les plus rapprochées ſont à 150 ; toutes les
communications ſont établies ; en même-tems il a
été élevé des batteries vers les endroits où l'ennemi
pourroit tenter un débarquement .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 29 Décembre.
Nous n'avons point de nouvelles ulté
rieures de l'Amérique Septentrionale , depuis
celles qui nous font arrivées le 9 de
ce mois , & qui ne nous ont rien appris
de nouveau , finon la deſtination de nos
forces navales à New- Yorck & aux Ifles ;
ce qui , en nous faiſant connoître leur véritable
état , ne nous raffure pas fur les évènemens
auxquels la grande ſupériorité de
nos ennemis peut donner lieu. Pour faire
diverſion aux inquiétudes que nous donne
le fort de notre armée à Charles - Town ,
depuis que le Marquis de la Fayette eſt parti
avec un corps de troupes pour renforcer
le Général Gréen , on a publié avec affectation
les articles fuivans , tirés des papiers
Américains.
» De New- Yorck , le 6 Novembre. Nous apprenons
que le Chevalier John Johnfon a- traverſe
Je lac Ontario , avec un gros corps de troupes , &c.
que delà il s'eſt rendu à Koeal Kill for la rivière
d'Hudſon ; d'un autre côté , 3000 hommes aux ordres
du Général Riedezel , ont traverſé le lac George
&le lac du Sacrement. Le Général Schuyler a envoyé
aufli-tôr un exprès au Général Américain Clinton
pour lui annoncer qu'il croyoit qu'avant l'arrivée
c6
( 60 )
de fa lettre, les troupes Angloiſes auroient déja pénétré
juſqu'à Saratoga. Sur ces nouvelles , on a
raflembléles milices , & 2 Brigades doivent partir de
Weſt-Point, pour s'oppoſer à cette incurfion redoutable&
inattendue ſur la provincede New-Yorck.
De Norwich , le 12 Octobre. Un particulier qui
arrive de l'Ouest , nous informe qu'un détachement
de notre cavalerie légère , qui eft au camp ,
a ordre de ſe rendre dans l'Etat de Vermont , fur
l'avis qui vient d'être reçu , que les habitans craignent
avec raiſon d'être attaqués dans leurs établiſ
ſemens , par une troupe de Toris & de Sauvages
du Canada , aux ordres du célèbre Johnſon .
De Fishkill , le 18 Octobre. Les dernières nouvelles
du Nord font craindre en effet une viſite
de l'ennemi dans cette partie. On dit qu'il s'eſt
avancé juſqu'à l'extrémité méridionale du lacGeorge
, avec des forces affez conſidérables , mais dont
on ignore lenombre. Les milices des environs prennent
les meſures les plus vigoureuſes. Un corps de
troupes réglées , dont une partie eſt déja à Albany ,
apaflé par cette ville le is de ce mois , pour ſe
rendre à Fishkill-Landing , & s'y embarquer à bord
des bâtimens préparés pour cet objet « .
-
Il réſulteroit de ces articles qu'en effet
on tente une expédition , & qu'on profite
pour cela de l'éloignement du Général Washington
, qui eft en Virginie avec ſon arimée
; mais il nous ſemble que ce n'eſt pas
du Canada que l'on auroit dû faire partir les
troupes qu'on en a chargées. Nos Miniſtres
& nos Généraux devroient être dégoûtés de
prendre ou de faire prendre à nos armées
une route fi longue , ſi pénible , fi embarraffée
d'obstacles , au milieu de déferts immenfes
quin'offrent aucune habitation, & od
( 61 )
il faut traîner après foi les proviſions dom
on a beſoin; l'exemple du Général Burgoyne
devroit être toujours ſous leurs yeux; mais
il paroît qu'ils ſuivent fidèlement leurs anciens
principes , qu'ils ne ſavent tracer aucunplan
raiſonnable , & que c'eſt toujours
du plus loin qu'ils font venir les troupes
qu'ils veulent employer à quelque coup.
Cela eft fait pour étonner les militaires ; il
n'eſt pas douteux que les Américains ne
s'attendent pas à de pareilles combinaiſons ;
mais il ne l'eſt pas non plus qu'ils ne peuventguère
s'en inquiéter.
Une lettre de Terre-Neuve porte , que
depuis que les vaiſſeaux de guerre ont quitté
la ſtation de New-Yorck , la mer fourmille
de corſaires François & Américains , de
forte qu'aucun vaifleau ne peut mettre à la
voile ſans danger d'être pris. 3 bâtimens qui
avoient appareillé pour Livourne , ont été
enlevés par les Américains & envoyés à
Salem.
Nos dernières nouvelles des Ifles nous
donnent les plus vives inquiétudes pour la
Barbade , que l'on dit ici que nous avons
déjà perdue ; nous ſavons ſeulement que
nos établiſſemens ſont menacés , & que le
Gouverneur de la Martinique eſt parti avec
1200 hommes ; que celui de Sre-Lucie craignant
que la Barbade fût le véritable objer
de cette expédition , a dégarni ſon Ifle pour
renforcer celle là. Les premières lettres nous
inftruiront mieux ; elles nous apprendront
( 62 )
de quel côté ſe ſera porté le Marquis de
Bouillé , & on s'attend à apprendre que
nous avons fait quelque perte de ces côtés.
L'Amiral Kempenfeld eſt rentré à Portfmouth
le 20 de ce mois avec la majeure
partie de ſon eſcadr ; ſavoir , la Britannia
& la Victoire , de 100 canons; la Reine &
l'Océan , de 98 ; l'Union ,, de 90 ; 'Alexandre
, le Vaillant , le Courageux & l'Edgar,
de 74 ; ce qui fait en tout 9 vaiſſeaux :
le Medway étoit rentré précédemment à
Plymouth . On dit qu'il a laiffé 2 vaiſſeaux
en mer pour obſerver les mouvemens de
P'efcadre Françoiſe , & qu'il a détaché le
brûlot la Tifiphone , qui est une chaloupe
conftruite à neuf , pour aller informer
l'Amiral Hood de l'approche de la flotte
ennemie , & avertir nos Iſles de ſe
tenir ſur leurs gardes. On ne fait pas
encore au juſte le nombre des priſes qu'il a
faites ; la lifte miniſtérielle donnée le 20 de
ce mois , n'en nomme que 7 ; s'il y en avoit
réellement 20 , comme le Lord Sandwich
l'a alfuré au Parlement , il est bien fingulier
qu'elles ne foient pas arrivées , & qu'on
n'en ait pas donné la liſte complette. On
craint ici , avec affez de raiſon , que lorſque
P'Amiral en voyant la grande ſupériorité des
François , fit le ſignal de retraite , la plupart
de ſes priſes n'aient regagné leur convoi.
-On est perfuadé ici que toute l'eſcadre
Françoiſe ſe rend en Amérique ; & cela est
au moins douteux. M. de Graffe qui y a
( 63 )
36 vaiſſeaux , n'a pas beſoin d'en recevoir
19 de plus , fur-tout lorſque l'on fait que
les 13 qui font à la Havane peuvent le
joindre au premier moment. Quoi qu'il en
foit , il eſt inſtant que l'Amiral Rodney en
conduiſe un plus grand nombre que ceux
qu'on lui deſtinoit d'abord ; on lui donne ,
à ce qu'on affure , ceux de l'Amiral Kempenfeld
; mais il faut les approvifionner ,
en réparer quelques-uns , & cela exige du
tems ; quelque activité que l'on y mette
il doit s'écouler encore quelques jours. Or
dit que Rodney ne les attend pas , & qu'il
a dû partir au premier bon vent. On ignore
s'il a mis en effer à la voile. Le 25 il ne
l'avoit pas fait encore.
>> Nous attendons à chaque inſtant , écrivoit le 22
de ce mois un Officier dans la Sonde de Plymouth ,
où l'Amiral avoit cherché un abri plus für que ne
lui offroit la baie de Cauſand , nous attendons à
chaque inſtant le ſignal du départ; il ſera fait au
moment où le vent le permettra, Les mouvemens
de Sir George ſont ſi rapides , qu'aucun de nous
n'oſe aller à terre , crainte d'être laiſſé derrière.
Nous partons fans attendre nos renforts , avec les
forces que nous avions en arrivant ici ( c'est-àdire
, 7 vaiſſeaux ) , auxquels on a ajouté le Malborough
, de 74 , & le Repulse , de 64. Nos renforts
mettront ſucceſſivement à la voile , & porteront
la totalité de notre eſcadre à 18 vaiſſeaux
de ligne. L'eſpèce detempête qui règne ſur nos
côtes , nous fait eſpérer que le convoi François ,
récemment forti de. Breſt , aura été diſperſé , & a
dû conſidérablement fouffrir «.
Il ſe peut qu'en effet le convoi de Breft
( 64 )
ait été contrarié par le mauvais tems; mais
il n'eſt pas vraiſemblable que ce tems quel
qu'il foit , arrête la diviſion deſtinée pour
l'Amérique ; les tranſports qui forment le
convoi ne devoient pas tous s'y rendre ,
& il eſt à préſumer que s'ils font difperſés
, ceux que l'on raſſemblera peuvent tous
prendre cette deſtination , plus preffée que
les autres ; & nous devons nous attendre
que Rodney en arrivant aux Ifles , y fera
réduit à l'inaction comme il l'y a été
déja dans la campagne précédente.
د
On eſt parvenu à remettre à Hot le vaifſeau
la Bellone , qui avoit échoué à la
hauteur des ſables de Déan , mais il eſt
conſidérablement endommagé ; le Duke &
la Quéen , qui mouilloient près l'un de
l'autre à Spithéad , ſe ſont abordés derniènièrement
& ſe ſont fait beaucoup de mal.
Ce font de nouvelles réparations qui occupent
exceſſivement nos Charpentiers , &
rallentiſſent les autres ouvrages dont ils ſont
chargés , & auxquels ils ont ordre de travailler
, même le Dimanche.
>> Les affaires de l'Amérique , lit-on dans un de
nos papiers , n'occupent pas moins la Nation que
les têtes Parlementaires. Pluſieurs commencent à
ouvrir les yeux fur la folie d'une guerre dont les
fuites ne peuvent plus qu'être onéreuſes , & l'iffue
humiliante. On prétend même que le Prince de
Galles s'eſt expliqué dans une fête publique ſur la
néceflité d'évacuer les places qui nous reſtent encore
en Amérique. Le Lord Southampton ayant
obſervé au jeune Prince qu'un tel procédé com
( 65 )
promettroit l'honneur du Roi. Cet honneur ne court
aucun danger , répliqua-t-il , car on le trouvera
toujours où il fera placé. On fait que le Secrétaire
d'Etat pour le département de l'Amérique , le Lord
Germaine , en eſt le dépôt. Il paroît d'après la
dernière liſte du Congrès , qu'il y a actuellement
priſonniers chez les Américains , 36 Officiers Supérieurs
, plus de soo ayant des commiſſions , &
10600 fans commiffion & fimples foldats , fans
confpter l'armée du Général Burgoyne , qui a preb
que toute pris parti dans les armées Américaines ".
La réponſe que le Ministère a fait remettre
au Baron de Nolken , Envoyé de
Suède , pour lui notifier l'acceptation de
la médiation de la Ruffie pour une paix
particulière avec la Hollande , n'eſt pas
conçue avec moins de hauteur que celle
qui a été remiſe pour le même objet au
Miniſtre Ruſſe; elle ne doit pas moins déplaire
à la République ; & on ne doute
pas ici que ces pièces n'aliènent davantage
les eſprits , & ne hâtent l'alliance des Provinces-
Unies avec la maiſon de Bourbon ,
au lieu de la retarder comme cela paroiffoit
être le but de la Cour , en montrant
des diſpoſitions à faire cette paix.
Quoiqu'il en ſoit , cette pièce eft conçue
ainfi:
ဘ
éré
Laconſervation dela tranquillité publique aété le
premier objet des ſoins de S. M. pendant tout le cours
defonRègne. Le commencement de ceRègne a
ſignalé par le retour de la Paix-Le Roi a fait de
grands facrifices pour procurer ce bonheur à l'Humanité
; & il avoit lien de ſe flatter , que , par
cette modération au milicu de la Victoire , il affue
( 66 )
!
roit le repos public ſur des fondemens Colides &
durables : Mais ces eſpérances ont été trompées ,
& ces fondemens ont été ébranlés par la politique
ambitieuſe de la Cour de Versailles . Cette Cour ,
après avoir foutenu en ſecret la Rebellion allumée
en Amérique , s'eſt liguée ouvertement avec les
Sujets rebelles de S. M.; & par cette violation de la
foi publique , par cet acte d'hoftilité directe , elle
acommencé la guerre.- La conduite de la Répu
blique de Hollande , pendant tout le cours de eerte
guerre , a excité une indignation générale. Cette
Nation ſe préſente ſous un aſpect bien différent de
celui d'une Nation uniquement commerçante ; c'eſt
une Puiſſance reſpectable , liée depuis long-temps
avec la Grande- Bretagne , par l'alliance la plus
étroite. Le principal objet de cette alliance étoit leur
fûreté commune , & nommément leur protection
mutuelle contre les deſſeins ambitieux d'un Voifin
dangereux , que leurs efforts réunis ont ſi ſouvent
fait avorter pour leur bonheur réciproque & pour
celui de l'Europe entière. -La déſertion de tous
les principes de cette Alliance , que le Roi de for
côté avoit conftamment maintenus ; un refus obſtiné
de remplir les engagemens les plus facrés ; une in.
fraction journalière des Traités auſſi les plus facrés ;
des ſecours fournis à ces mêmes Ennemis , contre
leſiquels le Roi étoit en droit d'en réclamer ; un
aſyle & protection accordés dans les Ports Hollandois
aux Pirates Américains , en violation directe des
ſtipulations les plus claires & les plus précises ; & ,
pour combler la meſure un déni de fatisfaction &
de justice pour l'affront fait à la dignité du Roi par
une Ligue clandestine avec ſes Sujets rebelles ; tous
ces griefs accumulés n'ont laiſſé au Roi d'autre
parti à prendre , que celui qu'il a pris avec le regret
le plus ſenſible. En expoſant au Public les raiſons ,
qui ont rendu cette rupture inévitable , S. M. a
attribué la conduite de la République & ſa véritable
( 67 )
:
cauſe , à l'influence funefte d'une faction , qui facri
fioit l'intérêt national à des vues particulières :
Mais le Roi a marqué en même temps le deſir le
plus fincère de pouvoir ramenet la République à ce
ſyſtême d'union étroite , d'alliance efficace & de prorection
mutuelle , qui a tant contribué à la proſpérité
& à la gloire des deux Etats .- Lorſque l'Impératrice
de toutes les Ruffies a offert ſes bons
offices pour effectuer une réconciliation par une Paix
ſéparée , le Roi , en témoignant ſa juſte reconnoilfance
de cette nouvelle preuve d'une amitié qui lui
eſt ſi précieuſe , a évité de compromettre laMédiation
de S. M. I. dans une Négociation infructueuſe
; mais actuellement , qu'il y a quelques marques
d'un changement de diſpoſition dans la République ,
quelques indices d'une envie de retourner à ces principes
, que la partie la plus fage de la Nation Batave
n'a jamais déſertée , une Négociation pour une
Paix ſéparée entre le Roi & L. H. P. pourra s'ouvrir
avec quelque eſpérance de ſuccès ſous la Médiation
de l'Impératrice de toutes les Ruſſies , qui
a été la première à offrir ſes bons offices pour cet
ouvrage falutaire. Si S. M. n'en a pas profité d'abord,
c'eſt qu'il y avoit tout lieu de croire , que
Ja République ne cherchoit alors quà amuſer par
une Négociation infidieuſe: mais le Roi croiroit
mal répondre aux ſentimens , qui ont dicté ces premières
offres & manquer aux égards fi juſtement
dûs à S. M. I. & à la confiance qu'Elle inſpire , s'ib
affocioit à cette Médiation aucune autre , même
celle d'un Allié le plus reſpectable & pour qui le
Roi a l'amitié la plus ſincère..
On ne croit pas beaucoup à cette
paix prochaine avec les Provinces-Unies ;
mais le bruit qu'on en répand ici & dans
les pays étrangers , eſt aujourd'hui le thermomètre
de nos fonds; lorſqu'ils tombent ,
:
( 68 )
ees fonds baiffent , & on a ſoin de le
reſſuſciter pour les relever. Malgré cela ,
nous agiſſons toujours très- hoftileinent contre
la République ; la Compagnie des Indes
Orientales a fait publier l'extrait d'une lettre
du Comité choiſi. de Bombai , en date dr
28 Juillet , où il eſt dit que les ordres ont
été donnés pour chaſſer les Hollandois de
leurs factoreries à Broach & à Surate ; qu'on
a appris qu'ils avoient été exécutés avec
ſuccès , & qu'on ne doutoit point qu'on
y eût trouvé des effets conſidérables appartenans
à la Compagnie Hollandoiſe , qui
feront pour le profit de la Compagnie
Angloiſe. S'il en faut croire quelques-uns
de nos papiers , on n'a pas trouvé pour
moins de trois millions ſterling à Surate ;
c'eſt peut-être une exagération , mais elle
aproduit un bon effet , celui de faire hauſſer
de 3 pour cent les actions de la Compagnie.
>> Un des chefs du parti de l'Oppoſition , lit - on
dans un de nos papiers , vient de faire la balance
de ce que nous avons gagné & perdu dans la guerre
d'Amérique. - Pour l'empire & le commerce
exclusif d'Amérique , nous avons conquis une Iſle ;
pour la perte de 4 Iſles , nous avons pris une Ifle &
deux pauvres Plantations Hollandoiſes ; pour deux
flottes , nous avons un Fort que les Eſpagnols
avoient abandonné ; nous avons un Parlement
corrompu pour la perte de deux armées ; la misère
au-dedans , pour la perte de notre ſupériorité maritime
, & l'infamic au - delrors pour quatre - vingt
millions ſterling d'augmentation de la dette Nationale
«.
( 69 )
La Cour a reçu des dépêches de Gibraltar
le 21 de ce mois ; & juſqu'à ce jour elle
n'en a encore publié aucune ; elles font ,
dit- on , datées du commencement de ce
mois ; le Général Elliot y rend compte de
la fortie qu'il a faite la nuit du 26 au 27
Novembre , & dans laquelle , malgré une
réſiſtance fort brave & fort vigoureuſe de
la part des Eſpagnols , il réuffit à détruire
la grande batterie qui avoit cauſe de ſi
grands dommages à la ville & coûté tant
de tems , de peines & de dépenſes aux Affiégeants
pour l'établir. Il ſemble que le ſuccès
d'une fortie auroit mérité que le Gouvernement
en eût fait part à la nation ; on
conclut ici de ſon ſilence , que le ſuccès
n'a pas été auſſi conſidérable , ni auſſi important
qu'on le ſuppoſe , & que fur- tout
il ne rend pas la ſituation des aſſiégés meilleure.
Les Militaires remarquent que c'eſt
la première que le Général Elliot a faite
depuis le ſiége & le blocus de la place ;
ils penſent qu'il n'y auroit pas ſongé ſi ſa
garniſon ſouffrante &toujours inquiétée ,
n'avoit beſoin d'être occupée de quelque
expédition pour la tenir en haleine , faire
diverſion aux peines qu'elle éprouve , &
arrêter ſes murmures ; ils diſent que les
forties font toujours fréquentes à la fin des
fiéges ,& que le Général commence à jouer
de fon refte.
>>Pendant les 18 premières années de ſon règne ,
le Roi n'avoit montré que peu d'inclination pour
( 70 )
le plaifir de la chaſſe; mais depuis deux ou trois
ans , S. M. y a pris tant de goût , après avoir afſliſté
une fois à celle du cerf, qu'il ne ſe paſſe aujourd'hui
guères de ſemaine qu'elle ne s'amuſe à ce divertiſſement
, qui ne plaît pas moins au Prince de Galles.
Pour y fournir , on fait venir d'Allemagne de cerfs ;
on mande de Hanovre qu'on en a pris une vingtaine
qui ſont enfermés vivans chacun dans une cage ,
pour être tranſportés à Brême , & delà en Angleterre.
Les mêmes lettres de Hanovre portent
qu'on s'y occupe de tranſports d'une autre eſpèce
pour la Grande-Bretagne ; ce font des foldats Allemands
qu'on lève , autant qu'on le peut , pour les
envoyer en Amérique au printems prochain. Le
tranſport des troupes du Landgrave de Heſſe-Caffel ,
fera , à ce qu'on eſpère ,très-nombreux ; pour le
completter , des Officiers Heffois ſe ſont établis
tant à Francfort qu'à Braunfels, Nordheim, Mulhaufen
, & fur les confins de la Saxe ".
Pendant qu'on ne doute pas ici que la
Jamaïque ne ſoit menacée , & que la ſupériorité
des forces Françoiſes dans ces mers
donne de juſtes inquiétudes , elles ſont encore
augmentées par les troubles qui règnent
dans cette colonie , où il y a beaucoup
de mécontens. L'intérêt qui les a
excités , ne leur permettra peut-être pas
de ſe réunir lorſqu'il ſera queſtion de défendre
cet établiſſement important contre
les ennemis redoutables qui ſe propoſent
de l'attaquer.
>>>Il est arrivé , écrit-on de cette Iſle ,une ſomme
de 20,000 liv. ſterl. pour ceux des habitans qui ont
eſſuyé des pertes ; mais la diſtribution de cette ſomme
aoccaſionné des mécontentemens qui ont été ſuivis
des plus grands déſordres , quoique la répartition
( 71 )
s'en foitfaite avec toute l'équité poſſible; on ataxé
de partialité quelques-unes des perſonnes qui ſe ſont
mélées de cette diſtribution. Le Gouverneur , le
Confeil & L'Aſſemblée ont été vivement cenfurés
par des Particuliers mécontens qui ont excité la
populace à des actes de violence; les auteurs de ce
déſordre ont été punis ſévèrement , & cela , au lieu
de calmer les eſprits ,ſemble les avoir encore aigris
davantage. Les deux autres ſommes de 20,000 liv.
promiſes à cette Ile font attendues de jour en jour
avec la plus grande anxiété , parce que le dernier
coupde vent a conſidérablement augmenté la détreſſe
des Infulaires ",
•
FRANCE.
De VERSAILLES , le 8 Janvier.
Le premier de ce mois les Princes ,
Princeſſes , les Seigneurs & les Dames de
la Cour rendirent leurs reſpects à LL. MM.
à l'occaſion de la nouvelle année. Le Corpsde-
Ville de Paris ayant à ſa tête le Duc de
Coffe& le Grand-Conſeil curent l'honneur
de leur rendre leurs reſpects le même jour.
Le Parlement & les autres Cours Souveraines
eurent le même honneur le lendemain.
S. M. tint Chapitre de l'Ordre du St-
Eſprit & nomma Prélat Commandeur de
cer Ordre l'Archevêque de Toulouſe.
Le Marquis de Barbantane , Miniſtre
Plénipotentiaire du Roi près l'Archiduc
Léopold, Grand-Duc de Toſcane , qui eſt
de retour en cette Cour par Congé , a eu
P'honneur , à ſon arrivée ici , d'étre prés
( 72 )
ſenté à S. M. par le Comte de Vergennes ,
Miniſtre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des affaires Etrangères.
Après une rémiſſion bien marquée de la fièvre &
des redoublemens , il eſt ſurvenu vers le dix-fept de
la maladie de Madame Comreſſe d'Artois , pluſieurs
évacuations ſpontanées de meilleure qualité , & ua
changement affez ſenſible dans les urines pour annoncer
une coction des humeurs & un tems de criſe ſalutaire.
La Princeſſe en conféquence , après une trèsbonne
nuit , a été purgée , pour la première fois , aujourd'hui
, 6 de ce mois. On a lieu d'eſpérer que ſous
peu de jours on n'aura plus d'inquiétude. C'est ainſ
que ſe terminent ces eſpèces de maladies ,quand elles
parcourent leur période ſans incidens étrangers , qui
dérangent &qui troublent leur marche régulière.
De PARIS, le 8 Janvier.
Les lettres de Breſt , de l'Orient & de
la Rochelle , viennent à l'appui des dépêches
de M. le Comte de Guichen , & du
rapport des deux navires de ſon convoi qui
font revenus. Elles portent toutes que la
perte n'a pas été auſſi conſidérable qu'on
avoit lieu de le craindre , & que ne la font
quelques lettres venues d'Angleterre , qui
ne comptent pas moins de 15 à 20 bâtimens..
La liſte officielle ne faiſoit encore
mention le 28 du mois dernier que de 8 ou
,, & elle s'accorde affez avec les nouvelles
de notre eſcadre.
>>>Le cutter l'Eſpiegle , & une corvette rentrés
ici , écrit-on de Brest , ont apporté de nouvelies
dépêches du Général ; d'après le tems qui règne
en mer , que l'eſcadre a dû éprouver depuis lelis
Décembre ,
( 73 ) :
Décembre , elle ne peut avoir fait beaucoup de
chemin; on dit qu'il a beaucoup fatigué les vaifſeaux
, & on parle du retour prochain , dans ce port ,
de l'Invincible , commandé par M. de Ceriſey , &
de l'Actif , par M. de Macarty , auxquels une
voie d'eau ne permet pas de tenir plus long tems la
mer ,& auxquels M. de Guichen a , diton , permis
de revenir. Ce n'est pas le Triomphant, comme l'écrivoit
l'Amiral Kempenfeld, mais l'Actif, qui a combattu
, & il n'a pas beaucoup ſouffert dans l'engagement
avec les vaiſſeaux de tête de l'eſcadre ennemie
; l'équipage a été plus maltraité , puiſqu'il a eu
8morts&une trentaine de bleſſés. Il eſt inconcevable
que le Lord Sandwich air afſuré en plein Parlement
quenotre flotte n'étoit d'abord que de 13 ou 14 vaifſeaux,&
que les autres ne ſont ſortis qu'a l'approche
deKempenfeld.On voit clairement aujourd hui que cer
Amiral n'en vouloit qu'à l'eſcadre de Brest. Au reſte ,
cetévènement nechange rien au plan qu'on avoit formé;
les opérations de la campagne ne peuvent en fouffrir
, quand même les priſes faites par les Anglois
feroient aufli conſidérables qu'ils les annoncent. Le
convoi de Bordeaux , celui qui va fortir de Marſeille
, porteront aſſez de vivres aux Antilles. Quant
auxmunitions deguerre , on fait qu'on en embarque
toujours fort au-delà de ce que les expéditions projettées
exigent. Quand on en fait une ſur terre ,
on met ordinairement un tiers en ſus du beſoin ; &
fur mer , on fait de même & en plus grande proportion.
Il ſeroit d'ailleurs très-facile d'envoyer de
Cadix, ſous l'eſcorte du convoi de Marseille , ou
ſous cellede la flotte Espagnole , tous les approvifionnemens
qu'on ſoupçonneroit encore néceffaires".
Les mêmes vents qui contrarient notre
eſcadre , retiennent l'Amiral Rodney dans
le port; felon les lettres de Londres du 28 ,
12 Janvier 1782 . d
( 74 )
il y étoit encore le 26. Il n'eſt pas vraiſemblable
qu'il ait pu appareiller avant le 30 ;
on lui donne 7 vaiſſeaux de la diviſion de
l'Amiral Kempenfeld , qu'il faut néceffairement
approvifionner de vivres pour un long
voyage; ils ne l'étoient que pour une courte
croifière ; ces 7 vaiſſeaux , joints aux 10
qu'il avoit déjà , lui en feront 17 ; cette
eſcadre eſt ſans doute reſpectable , mais
quand il feroit poſſible qu'elle arrivât aux
Ifles avant M. de Vaudreuil , elle ne portera
pas encore les forces Angloiſes à l'égalité
de celles de M. de Graffe , qui a 36
vaiſſeaux de ligne ; & les 17 de Rodney
joints aux 16 de Hood , n'en feront que 33 .
Il eſt poſſible qu'avant cette réunion celle
de l'eſcadre de laHavane à la nôtre ſoit déjà
faite.
Perſonne ne doute de l'empreſſement de
l'Amiral Rodney à ſe rendre aux Ifles ; on
fait que quand il eſt revenu en Europe ,
il n'y avoit pas apporté avec lui toute la
fortune qu'il avoit trouvé le moyen de
faire pendant ſa campagne ; il ne la retrouvera
peut- être pas à fon retour ; du moins
fera-t-il privé de tout ce qu'il avoit laiffé
à St-Eustache , & il ſe pourroit qu'il apprît
encore avant de quitter l'Europe , que
cet objet a paffé entre les mains des François
avec l'ifle qu'il avoit conquiſe. Le
bruit qui s'étoit répandu en Angleterre de
la priſe de la Barbade ne s'eſt pas confirmé.
Au lieu de cette ifle , M. de Bouillé
د
( 75 )
s'eſt emparé de St Eustache Voici les détailsqu'il
a envoyés de cet évènement.
>>M. , j'ai l'honneur de vous inſtruire que les troupesdu
Roi ſe ſont emparées , par ſurpriſe , de l'Iſle
de St-Eustache aujourd'hui 26 Nov.; que la garniſon,
composée du 13e & du ise régiment , dont les
chafleurs & grenadiers ſeulement ſont détachés à
Antiques& àSt-Christophe,& dont les préſens &
effectifs montent au nombre de 677 hommes , a été
faite prifonnière de guerre. Le Comte de Bouillé ,
Colonel d'Infanterie , aura l'honneur de vous remettre
les quatre drapeaux de ees deux régimens ;
& la corvette l'Aigle vous en porte lanouvelle.
Cet évènement , accompagné de circonstances extraordinaris,
eft fi fingulier , que je crois devoir
vous en faire le détail. Ayant appris que la garnifon
de cette Ide fe gardoit affez mal , que le Gouverneur
étoit dans la plus grande fécurité ,& connoiffant
d'ailleurs un endroit de débarquement qui
n'étoit pas gardé, je crus pouvoir , en arrivant la
nuit avec 1200 hommes , enlever cette Ifle impor
tante ; en conféquence,je partis le Is de St-Pierre
de laMartinique avec trois frégates , une corvette &
quatre bateaux armés qui portoient ces troupes ,
compoſées d'un bataillon d'Auxerrois de 300 hommes
; un de Royal-Comtois & un de Dillon &
Walsh de même nombre , & de 300 grenadiers &
chaffeurs de divers corps. Je fis courir le bruit que
j'allois au-devant de notre armée navale , & je
m'élevai au vent de la Martinique, ou , aprè mille
contrariétés que m'opposèrent les vents &les cogfans
,je ne pus parvenir que le 22 , & le 25 j'arrivai
à la vue de St-Eustache. Le débarquement ſe fit la
même nuit. Les bâtimens légers & la corvette
devoient mouiller & les fregates reſter ſous
voiles , à portée d'envoyer leurs troupes à terres
mais nos Pilotes ſe trompèrent, & le ſeul bateau cù
étoit le Comte de Dillon , put effectuer le dé-
,
d2
( 76 )
barquement , qu'il fit avec so Chaffeurs de fon régiment.
Un ras de marée inattendu qui régnoit ſur
cette côte , fit perdre les chaloupes qui furent briſées
fur les roches dont elle étoit couverte , & plufieurs
Soldats furent noyés . J'arrivai avec le ſecond bateau ,
je débarquai , & mon canot fut auſſi culbuté dans la
mer; mais nous parvinmes à en tirer les troupes.
Nous découvrîmes enfin un lieu de débarquement
moins dangereux , où , dans le courant de la nuit ,
nous réuſſimes à mettre à terre une grande partie
des troupes qui étoient ſur les bateaux & la corvette
l'Aigle. Les frégates avoient été en dérive à
une heure avant le jour , il n'y avoit encore qu'environ
400 hommes à terre ,& il ne reſtoit plus
d'eſpoir d'avoir le reſte des troupes , la plupartdes
canots & chaloupes ayant été brifés ſur la plage.
Privé de tout moyen de retraite, il ne me reſtoitplus ,
pour me tirer de la poſition où j'étois , que de
vaincre l'ennemi dont les forces étoient preſque du
double des nôtres. Les ſoldats étoient pleins d'ardeur&
de courage; je me décidai donc à attaquer.
Il étoit quatre heures &demie du matin , & nous
étions éloignés de près de deux lieues du fort & des
caſernes , lorſque je mis les troupes en marche au
pas redoublé. J'ordonnai au Comte de Dillon , avec
les Irlandois , d'aller droit aux caſernes , & d'envoyer
undétachement pour prendre le Gouverneur
dans ſa maiſon ; au Chevalier de Freſne , Major de
Royal-Comtois , d'aller , avec 100 chaſſeurs d'Auxerrois&
de ſon régiment , au fort , &de l'escalader
s'il ne pouvoit entrer par la porte ; & au Vicomte de
amas , avec le reſte des troupes , de ſoutenir ſon
attaque.-Le Comte de Dillon arriva aux caſernes
à fix heures , & trouva une partie de la garniſon
faiſant l'exercice ſur l'eſplanade : trompée par l'habillement
des Irlandois ,elle ne fut avertie que par
une décharge qui lui fut faite à brûle-pourpoint , &
qui en jetta pluſieurs par terre. Le Gouverneur Cock(
77 )
burn , qui ſe rendoit au lieu de l'exercice , fut pris
au même inſtant par le Chevalier 6-Connor , Ca
pitaine de chaffeurs de Walsh. Le Chevalier de
Freſne marcha droit au fort où les ennemis ſe
jettoient en foule , & arriva au pont-levis au moment
où ils cherchoient à le lever. M. de la Motte, Capitaine
des chaſſeurs d'Auxerrois qui étoit parvenu
à l'entrée du pont , fic faire une décharge ſur les
Anglois qui abandonnèrent les chaînes du pontlevis,&
il ſe jetadans le fort où il fut tuivi par les
chaſſeurs de Royal-Comtois. Le Chevalier de Freſne
fit lever le pont après lui ,& les Anglois , qui y
étoient en grand nombre , mirent bas les armes.
Dans cemoment l'Iſle fut priſe ,& l'on réunit enſuite
dans le fort les Officiers & foldats Anglois qui
venoient s'y rendre de toute part. Nous n'avons eu
que 10 foldats tués ou bleſſes , mais le nombre de
ceux des ennemis a été conſidérable. - Je ne puis
vous exprimer l'ardeur ,le courage & la parience
que les troupes ont montrés dans cette circonſtance ,
joint à la diſcipline la plus exacte. Le Comte de
Dillon adonné de nouvelles preuves de ſon zèle &
de ſon activité extrêmes. Le Vicomte de Damas ,
quoique malade d'une dyſſenterie a conduit ſon
corps avec la plus grande vivacité. Le Chevalier
deFreſne , par ſa préſence d'eſprit & fon courage ,
eft celui à qui l'on eſt le plus redevable du ſuccès de
cette journée; & l'action vigoureuſe de M. de la
Motteeſtdignedes plus grands éloges , & mérite les
graces particulières du Roi.-Jene peux, fans trahir
mon devoir , vous taire les obligations que j'ai au
Chevalier de Girardin , commandant notre petite
marine , qui en a dirigé les opérations , ainſi qu'à
MM. le Chevalier de Village , de Roccard & Preneuf,
commandans les frégates & corvette , qui nous
ont parfaitement ſecondés.-J'avois avec moi M.
de Geoffroy , Directeur du Génie : vous connoiſſez
tous lesſervices que cet Officier a rendus au Roi dans
,
d 3
( 78 )
ſesColonies. M. de Turmel faisoit les fonctions de
Major-général. Par une lettre particulière , j'aurai
Phonneur de vous demander des graces pour les différens
Officiers.-Je joins ici l'état de la garniſon &
de l'artillerie de cette Iſle , composée de 677 hommes
& de 68 pièces de canon. Les Anglois y ont fait
les plus belles batteries depuis qu'ils s'en fout emparés
; & ily a peu de choſe à ajouter aux moyens
dedéfenſe.
,
J'ai envoyé le Vicomte de Damas
attaquer avec 300 hommes , l'Ile de Saint- Martin
, où il y a une garniſon très - foible ; je lui ai
ordonné de prendre le fort (1) , d'en jetter les canons
à la mer , & d'emmener la gainifon. - J'ai
trouvé chez le Gouverneur , la ſomme d'un million
, qui étoit en ſequeſtre juſqu'à la décision de
la Cour de Londres; elle appartenoit à des Hollandois
, & je la leur ai fait remettre d'après les
preuves authentiques de leur propriété.-Il s'eſt
trouvé aufli environ ſeize cents mille livres , argent
des Colonies , appartenant à l'Amiral Rodney,
au Général Waughan & autres Officiers , provenant
de la vente de leurs priſes : j'en ai fait faire un bloc
avec ce que l'on pourra tirer de la priſe de cinq à
fix bâtimens ennemis qui ſe ſont trouvés dans la
rade , ce qui fera un total d'environ dix- huit cents
mille livres à deux millions , argent des Iſles , qui
fera partagé , conformément à l'Ordonnance des
priſes , entre l'armée & la marine. -La marine
Angloiſe dans ces mers , au moment de monopération
, étoit compofée du vaiſſeau de guerre le
Ruffel , de 74 canons , qui étoit en carêne à Antigues,
&de huit frigates , dont quatre de 32 canons
, mais qui étoient diſperſés (2).
(1) Le Comte de Bouillé a rapporté verbalement , qu'à
Ton départ de St- Eustache , l'Ifle de St- Martin & l'ifle de
Saba s'éroient rendues aux troupes du Roi.
(2) Le Lieutenant-Colonel Cockburn du 3se. régiment
( 79 )
Nous jouiſſons ici d'une température auffi
douce que dans les beaux jours d'automne ,
ce qui cauſe beaucoup de maladies ; &
ce n'eſt pas ſans ſurpriſe que nous appre
nons qu'en Hollande le froid est très-rigoureux
& qu'il a déja gelé les canaux. Il
faut que dans nos Provinces du Midi les
pluies foient fréquentes , puiſque les courriers
venant de ces côtés éprouvent des
retards. Celui d'Eſpagne , depuis quelques
ordinaires , n'arrive point à l'heure accoutumée.
Selon nos dernières lettres de Cadix
tout étoit prêt le 18 pour le départde l'Illuftre&
du St-Michel. M. de Buffy étoit attendu
dans ce port le 18 , mais il n'a pu y arriver que
quelques jours plus tard ; cet Officier , ſelon
les avis de Madrid en date du 21 ,
n'avoit quitté cette capitale que le 17 .
A Mahon les travaux continuent , &
dans peu les forts avancés & les calles
feront battus par l'artillerie. L'article le
plus intéreſſant du dernier Journal de M.
de Crillon , eſt celui où il donne le rapport
d'un déſerteur qui confirme que les
deux navires venus dans la calle St- Etienne ,
qui commandoit à St-Eustache , lorſque cette Ifle a été enlevée
par les François , a déclaré que , ſur l'argent déposé
dans cette Colonie par 1 Amiral Rodney& le Général Vau
ghan,il ſe trouvoit uneſomme de 264,000 liv. qui lui appartenoit,
& il l'a réclamée. Le Marquis de Bouillé ayant
affemblé les Officiers fuperieurs des Corps , pour leur fure
part de la réclamation du Lieutenant-Colonel Cockburn ,
ils ont tous éré d'avis de rendre cet argent au Gouverneur
Anglois ; ce qui a été effectué.
d4
( 80 )
ont jetté dans la place des vivres & quelques
ſoldats ou matelots ; ils font retournés
à Livourne d'où ils venoient , & ils y ont
conduit environ 40 priſonniers Eſpagnols
que le Lord Murray n'a pas jugé à propos
de garder plus long-tems dans le fort ( 1).
Tout ce que nous ſavons de Breſt , c'eſt
qu'on y a reçu l'ordre de frérer , pour le
compte du Roi , tous les bâtimens du dernier
convoi de St-Domingue.
Nous avons donné dans un de nos Journaux
précédens un Mémoire ſur la priſe
du Liber-Navigator, enlevé au mépris d'un
pafle port de l'Amirauté Angloiſe , par un
corfaire de cette nation ; M. le Comte de
Kerguelen , qui commandoit ce navire
revenu en France après une longue perfé-
(1) Le plan du Fort St-Philippe publié parM. Longchamps
fils
chaimps Ingénieur Géographe , rue & Collége des
hollets , efcalier de la falle au premier , que nous avons
déja annoncé ,vient d'être perfectionné de nouveau par cet
Artiſtequi amultiplié les détails , de manière qu'à préſent
il re laiſſe rien à defirer; on y trouve juſqu'au Fort
Philippetdétruit par les Arglots le 27 Octobre dernier , &
fur lequelle Duc de Crillon a fair élever une batterie qui
défend l'entréedu port & bat en revers la redoute de la
Reine. Ceplan , nous le répétons , eſt indiſpenſable ble àà tous
ceux qui voudront ſe faire une idée juſte de l'invaſion de
I'Ifne , & fui re le fiége du Fort C'eſt leplus exact , &l'on
peut ajouter le feul qui qu mé ite l'attention. Le même
Artifte vient de publier la Carte de la Martinique & de
ceile de St-Domin, ue , elles offrent l'exa& itude & la ſupériorité
qu'il donne à tous ſe ouvrages Il s'occupe actuellement
de c II de toutesles Ifles de Amérique qu'il va publier
fucceflivement, dont pluſieurs font pretes ,& dont la
reurion fera un Atias précieux du théâtre de la guerre actuelle.
( 81 )
cution , a écrit de Saumur en Anjou le 8
Décembre , la lettre ſuivante au Lord
Sandwich. Nous nous empreſſons de la
tranſcrire ; elle offre aux co intéreſſés de
M. de Kerguelen & à tous ceux qui s'intéreſſent
aux progrès de la géographie &
de la navigation , des détails qu'ils feront
bien aiſes de connoître.
,
-
Mylord , permettez-moi de me plaindre à vous
&des mauvais traitemens que j'ai reçus en Angleterre
, & de l'injustice commiſe au ſujet de mon
bâtiment le Liber- Navigator. Je n'ai pu , Mylord ,
faire parvenir la vérité juſqu'à vous , étant dans
une priſon ,& toutes mes lettres étant interceptées ;
mais je profite de ma liberté pour vous inſtruire
fidèlement de toutes les abominations que j'ai injuſtement
effuyées. Je n'emploierai pas de vains
diſcours étudiés pour vous peindre la vérité. Elle
n'a pas beſoin , auprès de vous , du coloris de
l'éloquence & je vais vous parler franchement
avec le reſpect que je vous dois & à l'honneur.
Vous ſavez,Mylord,que vous m'avez envoyé un paffeport
pourun bâtiment d'environ 300 tonneaux , armé
de canons de 4 livres & de so hommes d'équipage ,
pour aller perfectionner mes découvertes & tâcher
d'en faire de nouvelles . Vous ſavez encore qu'ayant
eu l'honneur de vous demander , & aux Lords
de l'Amirauté , la permiſſion d'embarquer des
effets pour m'indemnifer en partie des dépenſes
d'un voyage entrepris pour la perfection de la
Géographie , & pour me procurer des vivres par
des échanges , M. Stephens , Secrétaire des Lords
de l'Amirauté , m'a répondu que leur ayant communiqué
ma lettre , il étoit chargé de me dire
>> que l'on ne pouvoit pas me permettre d'em-
>> barquer généralement des marchandises , mais
ds
( 82 )
> que fi je n'embarquois que des quincailleries &
>> des chofes propres à commercer avec les Indiens ,
>> ils étoient perfuadés que je ne ferois aucunement
>>interrompu dans mon voyage ".-D'après cette
lette, je ne balançai plus à m'occuper de mon
expédition , & je refuſai de me charger d'une opération
de guerre avec une fregate de 30 canons.
Je me rendis à Nantes , où je fis l'achat d'un bâtiment
conftruit ou taillé pour la marche , & dont
il n'y avoit encore que les couples de montés. Il
n'étoit que de 150 tonneaux , mais pluſieurs raiſons
'm'engageoient à le préférer à un bâtiment plus
grand, comme de pouvoir approcher de plus près
les terres , de diminuer les dépenſes du voyage ,
d'avoir un équipage moins nombreux à former &
à entretenir , de pouvoir conduire à Paris , à mon
retour , un bâtiment qui venoit de faire le tour
du monde , & de me rendre moins ſuſpect pendant
mon voyage aux vaiſſeaux de la Grande-Bretagne.
Des amis ont bien voulu s'intéreſſer à mon expédition
pour les progrès de la navigation , & pendant
qu'on exécutoit mes ordres à Nantes , je me fuis
rendu à Paris pour m'approviſionner de tablettes
de Bouillon , de vins & de vinaigres anti-ſcorbutiques
, d'élixirs & de ſtomachiques , ſans oublier
des ſcaphandres ou corſets de liége pour ſauver
mon équipage en cas de naufrage. Je me fuis
aufſi muni , à Nantes , de chaînes de mouillage ,
de fers , de cloux & d'une forge ſoir pour réparer
mon bâtiment , ſoit pour en conſtruire un autre
en cas d'accident. Tout étant prêt , j'ai mis à la
voile le 12 Juillet de cette année n'ayant que 6
canons de 3 livres, & 31 hommes d'équipage tout
compris. Le lendemain 23 , à 10 h. & demie du matin,
courant à l'O. quart S. O. , les vents de la partie
de l'est très-foibles , j'ai eu consoiffance , dans le
nord du Compas , d'une voile à 2 liezes qui me
chaſſoit. Je la reconnus fur -le- champ pour un
( 83 )
,
corfaire Anglois, parce qu'il ne pouvoit pas y avoir
de corſaire François dans les parages où je me trouvois.
Je continuai ma même route ; mais le corfaire
ayant tiré un coup de canon , je fis mettre en panne
& j'arborai pavillon blanc à poupe , & pavillon
Anglais au perit perroquet. Ce bâtiment nommé le
Prince Alfred , m'ayant joint & m'ayant demandé
où j'allois , je répondis que j'allois faire des découvertes
, muni d'un paſſe-port de l'Amirauté d'Anterre
; il me dit de mettre mon canot à la mer ,
ce que j'ordonnai de faire & pendant qu'on le
lançoit à l'eau , le corfaire m'a abordé , & a jetté
so hommes ſur mon bord , qui , le fabre à la
main , ont coupé mes deux pavillons & toutes mes
manoeuvres. J'ai montré mon paſſe-port au Capiraine
Anglois ,qui après l'avoir llau , a dit : ce paffeport
est faux , ou ceux qui l'ont ſigné font des
coquins , & feront pendus ; & il m'a conduit à
Kinfal. Mon premier ſoin, Mylord , en arrivant
dans ce port , a été de vous écrire , & aux Seigneurs
de l'Amirauté pour vous demander justice. Mes
lettres ont été ſans doute interceptées , & l'on aura
furpris votre Religion par des rapports faux & abominables
; puiſque 24 jours après mon arrivée à
Kinſal , le fieur Roche , Marchand de fromages ,
& Commitfaite des Priſonniers ; m'a conduit en
priſon , ſous prétexte d'aller , diſoit-il , parler aux
gens de mon équipage , & qu'y étant rendu , il m'a
dit : Je ſuis faché , M. le Comte , de vous an-
>> noncer une malheureuſe nouvelle. Il eſt arrivé ,
>>>de la part du Roi d'Angleterre , un Courier extraordinaire
au Vice-Roi d'Irlande avec l'ordre
> de vous mettre en prifon , & de vous garder avec
>> trois ſentinelles comme un homme dangereux «.
Depuis ce jour, Mylord , j'ai toujours eu dans ma
chambre trois fentinelles jour & nuit , &l'on m'éveilloit
de deux en deux heures toutes les nuits
pour voir fi j'étois dans mon lit, Les Officiers &
,
d6
( 84 )
,
les Volontaires de mon bâtiment ont été auſſi conduns
en prifon , & on les a fait venir de 4 lieues
les fers aux mains comme des ſcélérats. Il y avoir
cependant parmi eux des jeunes gens de la première
diftinction . Nous étions 17 perſonnes dans la même
chambre , y compris mon Domestique & mon Cuifinier
. Notre chambre n'avoit ni porte , ni fenêtre.
La pluie & le vent y entroient de toutes parts. Nous
avons été 48 heures ſans avoir une goutte d'eau.
On nous a donné à tous des hamacs & de petites
paillaſſes qui avoient ſervi à tous les prifonniers
depuis le commencement de la guerre. Les hamacs
étoient pourris , couverts de ſang de malade , &
les paillaſſes étoient remplies d'un fumier qui infectoit.
Les poux , les puces & la vermine rempliſſoient
la chambre ; au bas de l'efcalier étoit le
lieu de commodité qui ſervoit à 300 prifonniers ,
&qui empoiſonnoit. Quelle différence , My lord
du traitement que nous faiſons , même aux matelots
Anglois ! Dans cette affreuſe ſituation , je ne pouvois
écrire à perſonne , & toutes les lettres qu'on m'écrivoit
, étoient ou interceptées , ou décachetées .
Pour furcroît de peine , je reçus , dans ce même
tems une lettre de M. Stephens , qui me marquoit
, de votre part & de celle des Seigneurs de
l'Amirauté , que » comme mon bâtiment ne ré-
>> pondoir pas à la deſcription du paffe - port , le
>> Commandant du corſaire étoit juſtifie de m'avoir
» arrêté , & que comme par les papiers trouvés
>>dans mon bâtiment , le projet de mon voyage
>> étoit différent de celui pour lequel le paſſe-port
>> m'avoit été accordé , les Armateurs du corfaire
>> commenceroient indubitablement un procès légal
>conttemon vaiſſeau , & que mes Officiers & mon
>> équipage devoient être confidérés comme prifon-
>>> niert de guerre «. Je ſentis bien , Mylord , par
cette réponte fingulière & ſurprenante , qu'on vous
avoit trompé , ainſi que les Lords de l'Amirauté.
,
( 85 )
Comment pouvois -je me défendre , puiſqu'il ne
m'étoit point permis d'écrire. On me lioit donc les
mains pour me dépouiller plus facilement. Je ne pouvois
concevoir que le corſaire fût juſtifié de m'avoir
arrêté parce que mon bâtiment étoit au-deffous
de 300 tonneaux. Le paſſe-port ordonnoit de laiſſer
librement paffer un bâtiment d'environ 300 tonneaux
, nommé Liber- Navigator , commandé par
M de Kerguelen. Mon bâtiment s'appelloit Liber-
Navigator , & je le commandois , il n'étoit que
de 150 tonneaux , mais qui peut plus peut moins.
Mon projet étoit de faire des découvertes & le tour
dumonde. Le papier qu'on a trouvé eſt un Profpectus
fans aucune fignature , propre à afficher aux coins
des rues pour enrôler des matelors. Il n'avoit d'autre
but que de faciliter la formation de mon équipage.
Il feront abfurde & puérile de me ſuppoſer des vues
de commerce avec un bâtiment de 150 tonneaux ,
conſtrait uniquement pour la marche , & dans lequel
j'avois pour deux ans & demi de boiſſon pour
mon équipage , & pour is mois de bifcuic ou farine.
Si j'avois eu des vues de commerce , j'aurois pris
un bâtiment marchand de 300 tonneaux , & il ne
m'en auroit pas plus coûté. Le même équirage me
fuffifoit pour le conduire. Cette réflexion eft fans
replique. J'ai ch ifi au contraire un bâtiment qui
ne pouvoit porter que les vivres . Je n'avois d'autres
marchandises ( & vous pouvez le vérifier ) que fix
balles de toile blanche ou chemiſes , une caile de
parafols , une caiſſe de chapeaux & fix de quincaillerie.
Vous conviendrez , Mylord , que les quincailleries
font abſolument neceflaires pour gagner
l'amitié des Sauvages ; vous conviendrez encore
qu'il faut des marchandises ou de l'argent pour
payer les rafraîchissemens & les réparations perdant
trois ans. Mon paff -port étoit pour quatre ans.
Si j'avois porté de l'argent , on l'auroit cru deſtiné
à payer des trouses ; j'étois donc obligé de porter
( 86 )
des effets , & je n'en avois que pour 24,000 livres.
Quel profit , quel commerce peut-on imaginer que
je fafle avec 24,000 livres de marchandises tèches ,
ayant au moins 48,000 livres à payer au retour pour
les gages ou appointemens de mes Officiers ou
Matelots , & des frais immenfes de vivres & de
relâche à payer dans le cours du voyage. La miſe
dehors du bâtiment coûte 140,000 livres . Ces
raiſons n'auroient point échappé aux Lords de
l'Amirauté , ſi le corſaire ne les avoit trompés.
Les Lords auroient dit : M. de Kerguelen eſt un
>>> Particulier qui ſe ſacrifie pour le bien commun ,
>> il n'est pas juſte qu'il ſe ruine. Il ne court pas
>> après la fortune , puiſque ſon bâtiment n'est que
>> de I so tonneaux , & qu'il peut en avoir un de 300
>>>tonneaux. Lorſque la France a ordonné à tous
--
les vaiſſeaux François , malgré la guerre , de
>> protéger le Capitaine Coock ( 1 ) , elle n'a point dit
>> de le viſiter. Elle n'a point attendu notre demande
>>pour un paffe-port. L'harmonie peut être rompue
>> entre les Rois de la terre , mais les liens de la
>> ſociété littéraire & de la philofophie ne font ja-
>> mais rompus «. Je vous prie , Mylord , de
vouloir bien mettre ma lettre ſous les yeux des
Lords de l'Ami auté , afin qu'ils fachent qu'on m'a
arrêté injuſtement , qu'on ma traité indignement ,
& qu'on m'a pillé mon linge mon néceflaire &
ma bibi thèque. J'espère qu'ils auront au moins
la bonté de m'en faire dédommager , ainſi que de
mon bâtiment , & qu'il ne ſera point dit que l'Angleterre
ne ma accordé un pare- port que pour
m'engager à me mettre en mer fans défente , &
que pour me dépouiller impunement. - Je ſuis ,
&c . Signé , le Comte DE KERGUELEN.
,
(1) La traduction de l'abrégé de ce voyage intéreſſant eft
prête,elle paroitra le 20 de ce mois à Paris , chez Piſſot ,
Libraire , quai des Auguſtins.
( 87 )
Parmi les découvertes faites dans ce ſiècle ,
en voici une qui ne peut manquer d'intéreffer;
l'inventeur y a été conduit par le
hafard ; MM. le Roi & l'Abbé Boffur ,
chargés par l'Académie Royale des Sciences
de l'examiner , en ont rendu le compte
ſuivant :
La machine hydraulique préſentée par le ſieur
Vera , Employé à la poſte aux lettres , eſt une
corde ſans fin qui embraſſe deux poulies fixes ,
égales , poſées l'une au-deſſus de l'autre dans un
même à-plomb. L'inférieure eſt plongée dans le
réſervoir d'où il faut élever l'eau , & la ſupérieure
eſt placée à l'endroit où l'eau doit être portée.
Un même axe enfile la poulie ſupérieure , & une
une autre poulie d un plus petit diamètre. La corde
ſans fin s'enveloppe autour de cette ſeconde poulie
& d'une grande roue qui a fon axe particulier.
En faiſant tourner la roue , foit au moyen d'une
manivelle , ſoit de toute autre manière , la partie
afcendante de la corde ſans fin élève nhe certaino
quantité d'eau par tranches horizontales , qui forment
autour d'elle une eſpèce de couronne dont
l'épaiſſeur dépend du diamètre de la corde & de
la rapidité du mouvement. La grande poulie ſupérieure
eſt enfermée dans une caille percée à fon
fond pour laiffer paſſage à la corde. L'eau va frapper
le couvercle du fond ſupérieur de la caiffe ,
d'où elle est renvoyée par un canal dans te baffin
deſtiné à la recevoir. Pour concevoir la cauſe
de l'aſcendance de l'eau avec la corde , il ne faut
que ſe repréſenter la corde comme formant à raifon
de ſes afpérités , une eſpèce de chapelet fur
lequel s'appnie une premiere couche d'eau de proche
en proche ſe ſuccèdent pluſieurs filets ou anneaux
fluides qui adhèrent les uns aux autres en
vertu de leur viſcoſité ; & qui , par leur affemblage ,
( 88 )
,
compoſent de tranche en tranche ſur toute la hauteur
des couronnes concentriques à la corde.
Toute cette cau doit être regardée comme une
mafle qui eft pouffée du bas en haut , par le mouvement
aſcenſionel imprimé à la corde qui lui ſert
de noyau. En général , cette manière d'élever l'eau
aura lieu toutes les fois qu'on fera monter , avec
une certaine vîteſſe , un corps continu auquel l'eau
ou tout autre fluide pourra adhérer. -Le modèle
que le ſieur Vera a établi de ſa machine , rue Pla
trière , confifte en deux poulies qui reçoivent la
corde fans fin , & qui ont chacune un pied de diamètre.
La poulie de renvoi a quatre pouces , &
la roue quatre pieds un pouce. Ala roue font appliquées
deux manivelles condites par deux hommes
de force moyenne : le fayon de chaque manivelle
eft de quatre pouces & demi ; la hauteur à laquelle
l'eau s'eſt élevée , eſt de 63 pieds à peu de choſe
près : les deux hommes ſe fatiguent médiocrement
, & pourroient foutenit pendant un tems afſez
conſidérable leur travail . - Par la première expérience
qu'on a faite avec la corde de ſparterie
de 21 lignes de circonférence , en 7 min. ss ſec .
on a reçu 259 pintes d'eau à 63 pieds de hauteur.
On obſerve que le modèle qui a ſervi à l'épreuve ,
n'a pas toute la perfection dont il eſt ſuſceptible ,
& que le produit en peut être fort augmenté.-
Par une ſeconde expérience qu'on a faite avec une
corde de ſparterie, de 41 lignes &demie de diamètre
, le produit a été moindre de quelque choſe : la
corde étant plus groſſe , on devoir , à la vîteſſe
égale , élever plus d'ean ; mais la maſle de la corde
qu'il faut mouvoir étant plus forte , la vîtefſe a
été diminuée. -Par une troiſième expérience avec
une corde de chanvre un peu ufée , & ayant 15
lignes de circonférence , les 250 pintes ont demandé
, par le réſultat moyen , 11 min. 40 ſec.
( 89 )
enforte que ce produit eſt le moindre des trois.-
On a fait quelques autres épreuves ; mais ſur lefquelles
on n'a pu ftatuer encore ; & en ſe bornant
aux conféquences réſultantes des obſervations cideſſus
, les Commiſſaires de l'Académie ont cru
que la machine du fieur Vera , fondée ſur un principe
neuf& ingénieux , mérite l'attention des Phyſiciens
, & qu'elle pourra être employée avantageuſement
dans pluſieurs occafions ; qu'elle eſt extrêmement
ſimple , peu diſpendieuſe , & n'exige ,
pour ainſi dire , d'autre entretien & d'autres réparations
, que de changer de tems entems la corde ;
qu'on peut s'en ſervir pour élever l'eau à des hauteurs
confidérables ; qu'il existe pluſieurs moyens
de la ſimplifier , de la varier & de la perfectionner
, d'où les Commiſſaires ont conclu qu'ellemé.
ritoit les éloges & l'approbation de l'Académie.
Le Bureau de l'Hopital Général tenu à
la Pitié le 24 Décembre dernier , a pris la
délibération ſuivante.
M. Doutremont a expoſé que le Cardinal de Rohan
, Grard - Aumônier de France , lui a fait dire
que le Roi defirant de faire participer les pauvres à
lajoie univerſelle que la naiſſance d'un Dauphin a
répandue dans tout le Royaume , lui a fait remettre
des fonds pour des aumônes , & qu'entr'autres
actes de charité , le Grand-Aumônier a propoſé
& fait agréer à S. M. qu'une partie de ces
fonds fût appliquée à faire retirer de Ihopital des
Enfans- trouvés , des enfans légitimes , pour les
rendre fans remboursement d'aucune dépenſe ni
nourriture , aux pères & mères qui , par leur indigence
, auroient été forcés de les expoſer.
Sur quoi la matière mise en délibération , il a
été arrêté que pour remplir les vues bienfaiſanres
de S. M. , & contribuer dans une occaſion ſi
) وه (
,
intéreſſante à leur entier accompliſſement , il fera
donné avis dans les Gazettes & Journaux , aux
pères & mères que la misère a pu réduire à l'extrémité
d'expoſer des enfans légitimes , qu'ils peuvent
ſe préſenter au Bureau de l'hopital des Enfans-
trouvés , ſitué rue Notre-Dame , pour y faire
infcrire leurs noms profeffions & demeures , &
d'y repréſenter l'acte de réception de l'enfant qu'ils
voudront retirer , l'extrait de célébration de leur
mariage , l'acte baptiſtaire de l'enfant , & un certificat
du Curé de leurs paroifles , qui atteſtera
leur bonne conduite , notamment qu'ils font préfentement
en état d'élever leur enfant , & néanmoins
dans l'impuiſſarce de rembourfer les dépenſes
de nourriture & d'entrerien faites par l'hopital :
laquelle juftification ſera faite dans le cours d'un
mois , à compter du premier Janvier 1782 ; & à
l'expiration de ce délai , fur le rapport qui ſera fait
au Bureau de l'Adminiſtration dudit Hopital , tous
les enfans à l'égard deſquels on aura fatisfait aux
conditions ci-deſſus , feront rendus à leurs parens
ſans exiger d'eux aucun remboursement quelconque.
Mais afin que ce bienfait de S. M. ne puiffe
induire les pères & mères à ſe ſouſtraire , en expofant
leurs enfans , à l'obligation de les élever ,
qui leur eft impoſée par toutes les loix divines &
humaines , ce ſera ſans tirer à conféquence pour
l'avenir.
Les Gazettes étrangères ont annoncé que
le Comte de Forbin & le Vicomte du Chilleau
, Capitaines de vaiſſeaux , commandans
les vaiſleaux le Vengeur & le Sphinx , fous
les ordres du Commandeur de Suffren ,
avoient été démontés. Cette nouvelle eft
deſtituée de fondement , & ces deux Officiers
continuent de monter les vaiſſeaux
( 91 )
dont le Roi leur a confié le commande
ment (1).
Les numéros fortis de la roue à la Loterie
Royale de France , au tirage du 2 de
ce mois , font : 61 , 21 , 55 , 72 & 49 .
De BRUXELLES , le 8 Janvier.
On vient de publier ici un règlement
de l'Empereur , relativement à la navigation
intérieure des Pays-Bas ; fon objet eſt de la
faciliter , en détruiſant les entraves qui la
gênoient , & de la foumettre à des loix claires
& préciſes , qui empêcheront d'en abufer.
Les garniſons Hollandoiſes des villes Barrières
, ont reçu ordre de les évacuer , &
ont dû ſe mettre en marche le 7 de ce mois
pour aller ſe cantonner provifionnellement
aux environs de Berg-op-zoom ; il n'y a que
celles de la ville & du château de Namur
qui n'ont point encore quitté leurs poſtes ;
le Baron de Hop , Miniſtre de L. H. P. ,
eſt chargé de faire , relativement à cette
dernière Place , des repréſentations à notre
Gouvernement ; elles font fondées , dit- on ,
(1) Nous tirons cet article de la Gazette de France,&nous
nenous empreffons de le publier quepour contribuer auffi à
démentir un bruit adopté trop légèrement par les papiers
qui s'impriment hors du Royaume. Quelques perſonnes
ont prétendu qu'il ſe trouvoit aufli dans le Journal ; & elles
prouvent par-làqu'elles ne le lifent pas . Si malgré l'attention
du Rédacteur il s'y gliffe quelquefois des nouvelles hafardées
, c'eſt que dans le moment il eſt difficile de les vérifier
toutes; onnemanque pas de les rectifier lorſqu'on eft mieux
inftruit ; mais jamais onn'y a mis celle- là , ni aucune de
cette eſpèce.
( 92 )
ſur une convention conclue particulièrement
pour cette Place , entre la Cour de
Vienne & la République.
>> On vient d'imprimer , écritson d'Amſterdam ,
les rapports des Colleges reſpectifs d'Amirauté des
ſeize Provinces , ſur leurs opérations pendant 12
guerre entre l'Angleterre & les Colonies , & la mé
fintelligence ſurvenue entre la première de ces
Puiſſances & la République ; d'après ce rapport , les
Coliéges ont réellement fait ce qui étoit praticable
pour ladéfenſe du pays , la protection du commerce
&les coups à porter aux ennemis; ils font connoître
auffi les cauſes qui ont empêché l'exécution de
certaines réſolutions. Le Collége du quartier du
Nord ou de la Weſtfriſe ſe plaint des frais exorbitans
qu'il a fallu ſupporter avant de pouvoir conftruire
dans trois de ſes chantiers. Il manquoit d'inf
trumens & de matériaux ; ſes magaſins étoient vuides
, ce qu'il attribue à l'état de tes finances & de
ſes dertes accumulées , &c. Il n'est pas étonnant ,
après cela , que depuis 1776 juſqu'en 1780 , ſes
forces navales n'aient corfifté qu'en deux frégates ,
le Dieren &le Westfriesland , dont la dernière
avoit été dépécée en 1780. Cependant dans le cours
de l'année prochaine 1782 , ce College aura un
vaiſſeau de 70 , cinq de 60 , un de so , un de 40 ,
un de 36 , deux de 34 , outre un yacht d'avis &
quatre navires de garde. - Il coûte infiniment ,
ajoute le Collége , pour armer d'une manière convenable
une pareille flotte , & la pourvoir de munitions
dont nous n'avons aucune provifion . Pourvu
que les fonds néceſſaires nous foient aſſignés ,
nous pourrons acheter les canons & autres articles
néceſſaires avec ce qui en dépend ; mais comment
fuppléer à la diſette des matelots ? Lelangage
tenu par le Collége de l'Amirauté de la Friſe , eſt
plus confolant. Ildit qu'il a ſi bien furmonté les
( 93 )
-
obſtacles , qu'il peut à l'avenir , de tems à autre ,
&toujours en augmentant , être d'une grande urilité
à la République. Il n'épargne rien pour cela ;
il a fait approfondir le port de Harlingen , élargir
les ponts , &c . Pour être en état de conſtruire de
plus gros vaifſeaux , & fournir exactement &
promptement leur contingent. D'après le rapport
combiné des quatre Amirautés , il paroît en
général que la foibleſſe de la marine de la République
vient de deux principales cauſes : 1º, de ce
quedepuis la guerre de 1740 , on l'a laiſſe tomber
endécadence , fans prendre aucune réſolution pour
la rétablir ; 2º. de ce qu'en ces derniers tems , lorfqu'on
a penſé ſérieuſement à ſon rétabliſſement ,
on aéprouvéune diſette frappante d'ouvriers & de
matelots , cauſée , ſuivant toutes les apparences ,
parce que toutes les Puiſſances maritimes de l'Europe
les ont attirés à l'envi dans leurs Etats , en
travaillant à la fois à ſe créer une marine refpectable
«.
Les mêmes lettres apprennentque L. H. P.
ont arrêté la levée de 6000 Mariniers , ſur
le pied propoſé le 18 Avril dernier par le
Conſeil d'Etat , avec cette ſeule différence
que les régimens ne feront pas attachés
aux Colléges d'Amirauté; ils pourront être
employés ſur tous les vaiſſeaux ſelon le befoin,&
fans aucune diſtinction du département
dont les vaiſſeaux dépendent.
Le pré-avis ou la minutede la réponſe de
la République à l'invitation de la Cour de
Ruſſie , touchant une paix ſéparée avec
l'Angleterre , eft conçu ainſi :
>> Il ſera ordonné à M. de Waſſenaar de donner
à connoître au Ministère Ruffe en réponſe à
l'invitation en queſtion , que durant le cours des
,
( 94 )
,
troubles actuels , L. H. P. n'ont jamais laiſſé échapper
aucune occaſion de donner à S. M. I. les
preuves les plus fincères de la confiance la plus
illimitée , & qu'elles font fermement convaincues
de l'intérêt particulier qu'il lui a toujours plu de'
prendre au bien-être de la République , qu'elles n'ont
fait en conféquence aucune difficulté d'accepter
les propoſitions de S. M. I .; qu'elles ont reçu avec
plaifir la notification de l'acceptation de ſa médiation
par S. M. B. , qu'elles déclarent de nouveau leur.
difpofition à mettre fin aux troubles ſubſiſtans ,
pourvu que les conditions ne bleſſent ni leur honneur,
ni leur dignité. L'interpoſition des bons offices
de S. M. I. leur ſera très agréable ; elles acceptent
de nouveau la médiation offerte , eſpérant
néanmoins que S. M. I. voudra bien maintenir les
principes du Traité de la neutralité armée par
lequel L. H. P. ont l'honneur d'être alliées avec
elle; elles font prêtes à concourir par l'intervention
du Miniftre de S. M. I. avec la Cour de Londres ,
pour prendre les meſures qui peuvent & doivent
étre réglées avant l'ouverture de la conférence pour
la paix; elles délibéreront le plutôt poſſible ſur la
fixation de l'endroit où les négociations pourront
être entamées ; elles tâcheront de répondre aux
intentions manifeftées par S. M. I. , autant que les
conſidérations dérivées de la nature du Gouvernement
de ces Provinces , & la diſtance éloignée
ſujette à beaucoup d'inconvéniens , au préjudice
même de la conférence , pourront en quelque forte
le permettre. Elles ne manqueront pas de penſer
à la nomination des Miniftres Plénipotentiaires
qui doivent aſſiſter à la conférence propofée , &
aux conditions dont l'obtention ſervira à rétablir
la paix. En attendant , elles peuvent aſſurer qu'en
poſant ces conditions , elles uferont d'une facilité
convenable , & ne feront aucune difficulté de s'expliquer
lans déguiſement avec Sa Majefté Impé
( 95 )
riale , dès qu'elle aura aſſuré que la Cour de
Londres veut ſe raccommoder ſincèrement avec
la République à des conditions qui s'accordent
avec fon honneur & fon intérêt , & qui conféquemment
feront jugées acceptables & c . «
Ce précis a été envoyé à toutes les Provinces
reſpectives , pour qu'elles en faſſent
l'objet de leurs délibérations .
>> Il eſt aisé, écrit-on d'Amſterdam , de concevoir
d'après la teneur de cette pièce , que la négociation
pour ceue paix particulière rencontrera bien des
difficultés , fur-tout , ſi l'on ſe rappelle que dans les
Mémoires délivrés à cette occafion par le Ministère
Britannique , il accumule les tors du côté de la République
, afin ; fans doute , d'avoir plus de raifon
de produire de grandes prétentions ; il ne parle de
rien moins que de ramener la République à ce
ſyſtème d'union étroite , d'alliance efficace & de
protection mutuelle, qui ſelon lui a tant contribué à
Ja profpérité & a la gloire des deux Etats'; alliance
cependant qui ne pourroit s'accorder avec les paincipes
de la neutralité , dont la République réclame
les avantages , & qui l'expoſeroit a tous les inconvéniens
& les dangers qu'elle a déja éprouvés par
ſes liaiſons étroites avec un voifin trop puiſſant. On
ſe rappelle que le Lord North en afſurant que
Pintérêt de la Hollande étoit inséparablede celuide
l'Angleterre , ajouta qu'on ſentiroit mieux ſon obſervation
lorſqu'il feroit porté une atteinte au traité
des Barrières. Cet incident vient juſtement d'arriver.
Mais la Hollande ſeroit-elle en état de ſe défendre
contre la France & l'Empereur , fi elle ſe jetroit dans
les bras de l'Angleterre déja ſi foible & fi épuisée« .
,
Toutes les lettres des différentes Provinces
de la République ne parlent que des
préparatifs qui ſe font actuellement partout,
avec une activité qui n'avoit pas encore
été fi biendéployée. Le Stathouder a ordonné
( 96 )
aux Capitaines des vaiſſeaux , frégates de
guerre qui ſe trouvent en commiſſion , de
compléter leurs équipages pour le a Avril
prochain afin qu'ils puiſſent mettre en mer à
cette époque. Les Comités des Colléges refpectifs
d'Amirauté ont auſſi remis à L. H. P.
un mémoire , dans lequel ils propoſent de
conſtruire encore 19 vaiſſeaux de ligne , dont
7 de 70 canons & 12 de 60. Le Conſeil
d'Etat doit en former une pétition , qui ſera
envoyée aux Provinces reſpectives.
On a des lettres de Copenhague , qui
annoncent l'arrivée d'un vaiſſeau de laCompagnie
Aſiatique ; il a rapporté que le Commodore
Johnstone , après s'être emparé des
navires de la Compagnie des Indes dans la
baie de Saldanha , a mis à la voile pour
Madagascar , afin d'y aller prendre des proviſions
dont il avoit grand beſoin ; mais
que ſon eſcadre avoit eſſuyé un ouragan des
plus terribles , dans lequel pluſieurs de ſes
vaiſſeaux ont péri , &d'autres ont été fortement
endommagés.
: On a appris , écrit-on d'Amſterdam , par
un Patron arrivé d'Angleterre , que le navire
de la Compagnie des Indes orientales ,
ſervant d'hopital ,& pouffé par le gros vent
du Texel le 9 de ce mois , eſt tombé au
pouvoir de deux pêcheurs Anglois , qui
l'ont conduit dans le port de Blackney. Ce
navire manquoit de tout pour manoeuvrer ,
&les 74 perſonnes qui s'y trouvoient étoient
preſque toutes malades.
TABLE
Du Journal Politique.
Constantinople,
Pétersbourg ,
Stockholm ,
Vienne,
Hambourg ,
49 Cadix , 56
50 Londres,
یو
51 Versailles, 71
52Paris, 72
53 Bruxelles , 91
Vaiſſeaux prisfur les Anglois.
( PAR LES FRANÇOIS ). L'Aventure , de la Jamaïque
, pour Londres ; envoyée à l'Orient. - La
Susanna , de Tingmouth , pour Liverpool ; envoyée
à S. Malo.- Le Squid , de Terre - Neuve , pour
Topsham ; envoyé à Morlaix.- Le Polly, de Terre-
Neuve, pour Pool ; envoyé à S. Malo . Le Mermaid,
pris& rançonné pour 1000 Guinées.- Deux
Bâtimens des Illes, pris & envoyés à
Le
( PAR LES ESPAGNOLS . ) Le Badger , de Figuera
, pour Terre-Neuve; envoyé à Vigo. -
Fury , de Liverpool , pour Gibraltar ; envoyé à
Vigo.
( PAR LES AMÉRICAINS. ) Le Lokart de
Terre-Neuve , pour le Portugal.-Le Major Pearfon
, de Londres , pour New - Yorck ; envové à
Eggttarbour. - L'Egmont , de Bristol , pour New-
Yorck; envoyé à Sandy-Hook.-LeKingGeorge,
envoyé à Philadelphie. Trois Bâtimens , envoyés
à Philadelphie.- Deux Bâtimens , de la Ruffie ,
pour l'Angleterre & l'Écolle.
Vaiſſeaux pris par les Anglois.
( SUR LES FRANÇOIS . ) Le Two - Brothers
d'Amſterda'n, pour Breft; envoyé à Portsmouth. -
Le Roffignol , de St Domingue , envoyé à Plymouth .
- Le Roffignol , de la Martinique , pour Breft ;
pris par le Nimble , Corfaire. Le Three-Sisters ,
deBruges , pour Nantes ; pris par l'Aurora , Frégate.
-Le Mille, de Brest, pour S. Domingue ; pris
par l'Amiral Kempenfelt , & envoyé à Portsmouth,
-Le Saint-Paul , de Rouen , pour Breft; envoyé
à Portsmouth, - La Sophia , de l'Orient , & le
William , de Brest , pour la Martinique , pris par
I'Amiral Kempenfelt , & envoyés à Portsmouth.-Le
Héro , envoyé à Plymouth , par l'Amiral Kempenfelt.
Un Batiment , envoyé à Falmouth , par
l'Amiral Kempenfelt .- Le Fox , pris & envoyé à
Penzance.- Un Bâtiment , envoyé à Livourne .
( SUR LES ESPAGNOLS . ) Le N. S. de los Lores ,
envoyé à Portſinouth .
(SUR LES AMÉRICAINS. ) La Restauration , de
Tabago , pour la Nouvelle-Ecofle ; envoyée à New-
Yorck.
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France , à Paris , chez PANCROUCKE , Libraire ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le prix de
[Abonnement est de 30 liv . pour Paris , & de
32 liv. pour la Province.
MERCURE
DE FRANCE ,
( N°. 3. )
SAMEDI 19 JANVIER 1782 .
HISTOIRE du Vexin & du Pinferais.
Crt
ET Ouvrage renferme , dans le plus grand
détail, tout ce qui appartient aux lieux compris de
FOrient à l'Occident , entre Saint-Germain-en-
Laye & Pont-de- Arche ; & du Nord au Midi ,
entre Senlis.& Monfort-l'Amaury.
La fituation de ces lieux en rend l'histoire néceffairement
intéreſſante. Ils ont formé pendant plu-
Geurs fiècles un petit État qui a eu ſes Souverains
particuliers, & qui fut preſque toujours le théâtre
aimi.que l'objet des guerres entre les Rois de France
8c les Ducs de Normandie. Les Comtes de Meu-
Jans & on Vexin jouèrent un rôle confidérable , &
curent la plus grande influence dans les affaires politiques
pendant pluſieurs ſiècles , juſqu'à la parfaite
réunion de leurs Domaines à la Couronne fous Philippe-
Auguste. Depuis la réunion , ces Provinces ,
données en douaire ou apanage à des Reines &&
Princes , ont encore été le ſujet de pluſieurs guerres
&Traités entre les Rois de France , d'Angleterre &
de Navarre , & fourniffent des anecdotes intéreſfantes.
L'Ouvrage fermera 2 Volumes in -4 ° . , l'un
d'Histoire , l'autre dePreuves.
Le premier renferme tout ce qui a rapport aux
antiquités , origine & gouvernement de ces Provinces
, aux guerres , négociations , traités de paix
&d'alliances , moeurs , loix & coutumes ; aux origines
, généalogies , alliances , armoiries , ſceaux ,
tombeaux des Comtes , Barons & Chevaliers ; à
l'état des domaines , terres , ſeigneuries , fiefs &
mouvances ; aux fondations , patronages & dixmes
des Paroiffes , Monastères & autres Égliſes; à l'établiſſement
des Tribunaux , Officiers Eccléſiaſtiques
Civils &Militaires. On y trouve un Chapitre particulier
pour chacune des Villes & lieux principaux ,
dans lequel on raſſemble tout ce qui lui appartient ,
& un Dictionnaire géographique détaillé juſqu'aux
plus petits hameaux.
Le ſecond Volume contient environ deux mille
Pièces juſtificatives , la plupart inconnues , & dont
les autres avoient été imprimées très-incorrectement ;
enfin , outre la Table des Matières , on donnera une
Table alphabétique des noms de lieux & de perſonnes
fi détaillés , que, foit que l'on cherche par
le nom ou ſurnom des perſonnes , ou par celui de
leurs ſeigneuries , on raſſemblera en un moment
tout ce qui a rapport au méme objet.
Cet Ouvrage eſt le fruit des loiſirs d'un Magic
trat qui occupe , depuis plus de quarante ans , la
première place dans l'un des Tribunaux du Vexin
François. Engagé à le mettre au jour , il ne defire
que l'affurance de de ſes avances &
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 19 JANVIER 1782 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE NOUVEL AN.
SATURNE eſt le vieux nom du Temps ;
Les ans compoſent ſa famille ;
Il ſerrede ſes doigts peſans ,
Au lieu de ſceptre , une faucille.
Mais à Rome , où fumoit l'encens
Pour ce Dicu très-peu tutélaire ,
Onaccuſoit ce mauvais père
De dévorer tous ſes enfans .
Trop vieux pour devenir plus ſage,
Trop dur pour modérer la rage
De ſou appétit importun ,
Il vient encor , l'antropophage,
De manger l'an quatre-vingt-un.
Il change en épines les roſes ;
N°. 3 , 19 Janyier 1782 . E
98
MERCURE
४
Oui , mais par ſes métamorphofes
Le laid par fois ſe change en beau.
Et voilà bien ce que j'éprouve ;
Car , fans y ſonger , je me trouve ,
Au nouvel An , un cooeur nouveau.
L'An dernier j'avois , taciturne ,
Apeine vu le jour venir ,
•Que , rival de l'oiſcau nocturne,
Je le trouvois lent à finir.
Je ceſſois d'aimer , c'eſt tout dire ;
L'ennui venoit de toutes parts
Me défendre en bâillant le rire ;
Rien n'attachoit plus mes regards....
Ah ! je n'avois pas vu Thémire.
FORTUNE , idole des mortels ,
Malgré tes Prêtres , tes Auſpices ,
Je me moquois de tes caprices
Juſques aux pieds de tes autels.
De toi toujours prêt à médire ,
Ton vieux bandeau me faiſoit rire ;
Je calculois tous tes faux pas ;
Je ne voyois dans le fracas
Qu'une triſte monotonic ;
Dans la richeſſe , un embarras ;
Dans les grandeurs , une foliç,
: ...
napalinodic,
avec impiété;
divinité
T
DE FRANCE.
وو
Ma ſauvage philoſophie.
Lezèle ſuccède au mépris ;
Pleinde reſpect pour tes richeſſes,
Je te les demande à grands cris.
Paye , ô la Reine des Déeſſes ,
Men repentir par un fouris ,
Et mon encens , par tes largeſſs.
Ce zèle imprévu te ſurprend:
Veux- tu ſavoir ce qui l'inſpire?
Jadis j'étois indifférent ;
Mais aujourd'hui j'aime Thémire,
ODÉESSE de la Santé!
Dont on neglige la préſence,
Mais qui fais pleurer ton abſence
Ala plaintive humanité !
Je voyois tes biens ſans envie.
Pour toi , Divinité chérie ,
Mon coeur n'avoit point ſoupire;
Tes bienfaits prolongent la vie,
Et ma vie avoit trop duré.
Ah! daigne exaucer maprière;
Surmoi que tes yeux fatisfaits
Répandent leur douce lumière;
Et que tes utiles bienfaits
S'étendent ſur ma vie entière !
Je ne te demandois plus rien ,
Déeſſe , je dois m'en dédire.
J'étois aveugle. Ah ! j'ca convica ,
E
100 MERCURE
La vie, oui , la vie eſt un bien ;
Car je ſuis aimé de Thémire.
Si j'ai pu toucher en ce jour
Ces deux Déités qu'on adore ,
Et la Déeſſe d'Épidaure ,
Et l'aveugle foeur de l'Amour ;
Aux oreilles de leur clémence ,
Simes voeux ſe ſont fait ouir ;
Si j'obtiens de leur bienfaiſance ,
Et les grandeurs pour éblouir ,
Et l'or pour fixer l'abondance ,
Et la ſanté pour en jouir ;
O, qui plus que moi dans la vie
Pourra goûter plus de douceur ?
Mais, fi dès-lors à mon bonheur
LeCiel alloit porter envie ;
Si votre équité , Dieux puiſſans ,
Atant de biens ne peut foufcrire:
Ah! reprenez tout, j'y confens....
Mais laiſſez-moi toujours Thémire.
٢٠
Du Caractère & de l'importance de l'Homme
deMer,confidéré comme Navigateur.
L'HOMME de Mer habite l'Océan ; fa Patrie
eſt le monde; tous les hommes ſont ſes compatriotes.
Par lui le genre-humain eſt une
vaſte famille, réunie par l'échange récipro
DE FRANCE. 101
quedes beſoins& des plaiſirs : l'Homme de
Mer eſt l'agent de ce commerce , comme le
feu eft celui de la Natures il le crée , l'étend
le vivifie, l'alimente.
Il eſt deſiré de toutes les Nations , puifqu'il
leur porte l'abondance : il doit en être
chéri , il doit les aimer ( 1) ; il donne aux Nations
barbares la connoiſſance de nos loix
de nos découvertes en tout genre , & les
prépare à jouir d'un bonheur dont elles
n'ont pas même l'idée ; (2) il accroît celui des
peuples civilifés , en leur procurant fans cefle
de nouvelles jouifſances..
Deſtiné à combattre tous les élémens & à
les foumettre (3) , à vaincre tous les obf-
(1 ) L'homme honnête & ſenſible s'attache aux
perfonnes qu'il oblige. 4.
(2) Quelques Moraliſtes ont beau dire ; les per
ples civiliſés font plus heureux que les peuples for
vages , ceux-ci font toujours quelques pas vers la
civiliſation ; & c'eſt un fentiment confus da bonheur
qu'ils y trouveront qui les yconduit; c'eſt iz
marche que tous les peuples ont ſuivie; & pourquoi
feroit-elle fi générale,tielle ne nous conduitoit pas
à un but avantageux ? La Nature ne trompe pas
ainſi des êtres qu'elle a créés pour être aulli heureux
qu'ils peuvent l'être , &c .
(3 ) L'eau est le véritable élément du Marin comme
elle l'eſt du poiſſon , auquel il ſemble la diſputer.
Le feu , le plus redoutable de tous , eſt enchaîné par
la prudence du Marin ; & lorſqu'il est néceſſaire
il le porte dans les quatre Parties du Monde pour
protéger ſa Nation.
,
E iij
102 MERCURE
tacles, à affronter & furmonter tous les
dangers , à faire tous les ſacrifices , ſon âme
doit être forte , ſon eſprit orné de connoiffances
, ſes vûes grandes , ſon caractère
noble.
Fier comme l'élément qu'il habite , libre
somme celui qui le meut, il doit avoir des
principes de conduite faits pour tous les
temps & pour tous les lieux. Il mépriſe un
vil intérêt , & ne s'occupe point à acquérir
l'approbation du petit cercle qui l'environne
(1) ; fon ambition eſt plus vaſte , &
l'eſtime du genre humain eſt le but où il afpire,
la ſeule récompenfe digne de lui.
Né pour vivre avec tous les hommes , il
doit être ſans préjugés , reſpecter ceux des
peuples qui habitent les pays qu'il parcourt ,
&lesdifpofer, par une conduite fans reproche,
à goûter & adopter nos loix religieuſes
&civiles , & à cherir & eſtimer ſa Nation.
Envoyé des hommes éclairés, Miſſionnaire
de la Divinité même, il prêche d'exemple :
juſte , droit , franc , vrai , déſintéreſfé , humain
, bienfaiſant, ami de tous les honames ,
il eſt par- tout dans ſa patrie; enfin , il eſt
l'homme par excellence , le véritable Cofmopolite.
Ah ! fi le Ciel daignoit créer quelques
êtres de cette trempe , on verroit bientôt
naître le ſiècle d'or ſur la terre.
Pour connoître l'importance de l'Homme
(1) C'eſt l'ambition des âmes étroites , & le vrai
moyen d'en former , &c.
DE FRANCE. 103
deMer , remontons dans l'antiquité la plus
reculée , & confultons l'Hiſtoire Sacrée &
Prophane, nousyverrons Noéſauver le genre
humain dans l'arche ; Jaſon , conquérir la
Toifon d'Or ; Icare , ofer le premier traverſer
la mer Égée. On y verra les Tyriens & les
Carthaginois puiſſans & riches, parce qu'ils
étoient Marins, & les Romains vaincre cos
derniers en les imitant dans la profeſſion de
cet Art plus qu'humain ; Salomon s'enrichir
par les flottes qu'il envoyoit annuellement à
Ophir; les Perfes & les Grecs , ſe diſputer
l'empire des mers pour parvenir à une véritable
Puiſſance ; enfin , l'Empire du monde
entier décidé par la bataille d'Actium.
Suivons l'Art&les ſuccèsde la Navigationdans
toutes ſes progreffions , nous verrons
les Piſans , les Génois& les Vénitiens
jouer un rôle dans l'Europe, ſelon le degré
de leur puiſſance ſur mer, & tomber prefque
dans l'oubli , lorſque des Nations plus
heureuſes ou plus habiles leur en ont ravi
l'empire.
Chriftophe Colomb découvre un nou
veau monde; Vaſco de Gama nous montre
le chemindes Indes; Magellan , celui de la
mer du Sud; Sébastien Canor pénètre dans
l'Amérique-Septentrionale , &, denos jours ,
Cook s'immortaliſe par ſes découvertes dans
l'hémisphère auſtral. Le monde s'agrandir ,
notre eſprit s'éclaire , & notre âme s'élève
dans la même proportion ; les grands Hoinmes
en tout genre naiffent & fe fuccèdent
-
Eiv
104 MERCURE
rapidement , & les modernes ſurpaffent la
gloire des anciens , parce que des Marins fe
font élevés au-deſſus de l'humanité. ( 1 ) C'eſt
à eux que l'Angleterre doit ſa puiſſance , la
Hollande ſa liberté , le Portugal fon exiftence
, l'Eſpagne ſes riches & ſes vaſtes poffeſſions
, la France fon opulence.
Nous leur devons la connoiſſance de la
véritable forme & de l'étendue du globe que
nous habitons ; c'eſt par leurs talens , par
leur audace que tous les humains ſavent
qu'ils ont des frères dans tous les lieux que
le ſoleil éclaire. Si leurs découvertes ont été
quelquefois funeſtes au genre humain (2) ,
c'eſt par une fatalité cruelle : l'homme commence
toujours par des fautes ; mais la Nazure
, qui le rappelle fans ceffe aux ſentimens
de la fraternité , amène à pas lents ces temps
fortunés où nous ne ferons plus qu'un même
peuple.
Je crois avoir aſſez prouvé l'importance
de l'Homme de Mer; mais ai -je peint fon
vrai caractère ? Hélas! je l'ai tracé tel qu'il
devroit être , & non tel qu'il eſt. Aurois-je
(1 ) C'est une choſe remarquable que Deſcartes
Newton , les Bernoulli , Leibnitz , &c. &c. tous ces
grands Hommes , à qui nous avons tant d'obligations
, n'aient paru qu'après la découverte du nou
veau monde , &c .
(2) Les maſſacres des Américains par les Eſpagnols;
unemaladie affreuſe ,& nos guerres odieufes
& infructueuſes.
--
DE FRANCE.
105
le bonheur de le rappeler à ſes devoirs , en
lui montrant tout ce qu'il peut , en lui apprenant
tout ce qu'il vaut ! n'aurois je formé
qu'une chimère qui n'aura jamais de réalité ?
Eh! pourquoi les hommes , après avoir été
pendant tant de ſiècles le jouet & la victime
d'un intérêt vil & mal entendu , n'ouvri
roient-ils pas leurs âmes à la connoiffance
d'un intérêt plus noble & plus vrai , à celle
de leur bonheur réel ? Heureuſe illuſion !
daignez me ſéduire tant que j'existerai , &
banmır loin de moi l'accablante vérité qui
détruiroit une eſpérance auſſi flatteuſe!
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
*duMercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt Cloche ; celui du
Logogryphe eſt Moitié, où se trouvent moi
* toi (pronoms) tome &mot.
A
ÉNIGM E.
MI Lecteur , je crains d'être long; j'ai deſſein
Detedéduire ici dans toutes leurs eſpèces ,
Mes attributs nombreux : A la fois mon deſtin
Eſt d'être médiſant, Aattour , dur , anodin.
Tantôt balourd , tantôt badin ;
Bigarré , chamarré , formé de mille pièces,
On me prendroitpour Arlequin.
Ev
106 MERCURE
Rarement bien nourri ,ſouvent pauvre&meſquin,
Aux Auteurs de mes jours , pour prix de leurs tendreſſes
,
Enbon fils je donne du pain.
Je coursdans tout Paris pour eux à cette fin ;
Par-tout on me rencontre; & des plus fortes preſſes
Que ce gouffre en cent lieux voit naîtredans ſon ſein,
Je m'échappe , écrasé , pour aller le matin
Encor tout en fueur , au lever des Dacheſſes ,
D'où je vais amuſer, ( ſans en être plus vain )
Et le triſte Marais & le pays Latin.
Je ſuis peu curieux , & toujours je voyage ;
J'ai même été juſqu'à Pékin.
Jeune ,j'étois galant; mais tout change avec l'âge:
Vieux (cet article à part ) je me pique de tout ,
Spécialement de bon goût.
Pour preuve, àmon vrai nom,pour donner plus de
luftre,
J'ai fait pour mon furnom choix d'un nom trèsilluftre.
Le premier , qui ſouvent fit rougir plus d'un front,
Jadis l'objet de maint hommage ,
N'eſt que trop fréquemmentdans ce ſiècleun outrage;
Mais la gloire toujours couronna le ſecond
DE FRANCE.
1
107
LOGOGRYPΗ Ε.
J'AIME la mort&le carnage.
Autrefois les Romains trembloient àmon aſpect;
Aujourd'hui les enfans , fans crainte ni reſpect ,
Me réduiſent en eſclavage.
Né pour la liberté ,je ſuis fier dans les fers;
Plusj'y parle à tort , à travers,
Plus je parois uire merveille.
De mes ſept pieds le départ eſt heureux.
Otez m'en trois ,je plais à tous les yeux ;
Orez m'en quatre , & je charme l'oreille.
De me décompoſer , ſi l'on eſt curieux ,
On trouve en moi ce dont l'hommage
Plaîtaux Dieux , aux Belles , aux Rois ;
Undes préſens du Ciel , du plus utile uſage;
Ceque veulenttrouver auſſi riche que ſage
Des parens prévoyans qui méditent un choix;
Ceque cherche en riſquant ſa perte
LeCommerçant ambitieux ;
Ce qu'il craint& qui déconcerte
Tous ſesprojets ingénieux;
Cequi de lagaîté de l'ivrogne joyeux
Renferme la ſource fumeuſe,
A
Cequi cache ſouvent la beauté vertueue ;
Ce que plus d'un Marin ne paffe qu'en tremblare.
Est-ce là tout ?.... J'aurois d'autres fecrets , pruttes
Evj
108 MERCURE
Garde fur-tout , Lecteur , ſi tu veux me connoître,,
De te tromper du noir au blanc.
( Par Madame B. de L. V..... )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS prononcé dans l'Église Métropolitaine
d'Auch , pour la Benediction des
Guidons du Régiment du Roi , Dragons
le 28 Septembre 1781 , par Meflire Marc-
Antoine de Noé , Evêque de Leſcar
in -4°. A. Pau , chez P. Daumon , Impris
meur du Roi..
Tous les peuples ont eu une eſpèce de
ود
Religion militaire , & le culte s'eſt toujours;
trouvé mêlé parmi les armes. Les Romains
plaçoient leurs Dieux & leurs Aigles à la
tête de leurs armées ; les nations les plus bar--
bares ont tracé fur leurs érendards la figure
&le ſymbole de ce qu'ils avoient de plus:
facré dans leurs fuperftitions. Les Ifraëlites
dans leurs marches & dans leurs combats ,.
furent pendant long-tems précédés de l'Ar--
che d'Alliance & du Serpent d'airain . Conf
tantin fit élever la Croix au milieu de ſes:
légions ; nos anciens Rois alloient prendre
P'Oriflamme fur la tombe du premier Apôtre
de la France..
L'eſprio de ces coutumes, s'eft conſervé
DE FRANCE.
109
parmi nous , dans l'uſage où eſt l'Eglife
de conſacrer par des prières les fignes de
la guerre : la bénédiction des Drapeaux
du Régiment de Catinat , a fourni à
Maffillon le ſujet d'un discours affez médiocre
, qui ne paroît pas avoir ſervi de modèle
à M. l'Evêque de Leſcar ; quoiqu'il y
ait des idées ſemblables,dans l'un & l'autre ,
il ne faut pas croire que le ſecond ſoir calqué
ſur le premier. Maffillon entretient fes
Auditeurs des périls de l'état d'un guerrier ,
& des moyens d'y acquérir la véritable
gloire. M. de Noémontre que la Religion
fortifie la valeur & la perfectionne , qu'elle
lui donne une baſe ſolide , un intérêt puiffant
, des régles fûres , qu'elle l'anime par
ſes motifs , qu'elle l'épure par ſon eſprit &
par ſes maximes. L'un a échoué dans fon
fujet ; l'autre l'a traité de manière à mériter
tous les ſuffrages. On trouve dans le Difcours
de celui ci des preuves fatisfaiſantes
un développement heureux , des idées neu--
ves , & se ton d'éloquence qui fiéd au Pontife&
au Citoyen. Point de déclamations
point de lieux communs, point de bel eſprit:
gravité , ſimplicité , nobleſſe , douceur
force , clarté , harmonie ; telle eft la manière
de l'Auteur , déjà connu dans la République
des Lettres par fon application à l'étude , &
furtout par ſon amourpour les grands Ecri
•vains de la Grèce&de Rome.
و"
"
L'Orateur commence ſa première Partie
par juftifier la Religion du reproche qu'on
ک
110 MERCURE
lui fait d'affoiblir la valeur & de rétrécir
l'ame de l'homme dévoué à la profeflion
des armes. Il prouve qu'une Religion qui a
formé des Monarques humains , des Sujets
fidèles , de ſaints Législateurs , de pieux
Pontifes , peut former de généreux défenſeurs
de la Patrie. D'un côté , il fait voir les
motifs humains qui animent les vertus guer▾
rières , les loix de l'honneur & les refforts
de la diſcipline; de l'autre , les motifs ſacrés,
les récompenſes & les châtimens du Ciel.
Après avoir mis ces motifs dans la balance ,
qu'il fait pencher du côté de la Religion ,
il remonte juſqu'au principe de la loi que
Dieu impoſe aux guerriers d'être courageux:
nos Lecteurs ne ſeront pas fachés de
trouver ici ce beau morceau de Philofophie
Chrétienne.
" Tout homme en naiſſant contracte l'o-
>>bligation d'aimer ſa Patrie ; & en ſe nour-
> riſſant dans ſon ſein , il ratifie l'engage-
>> ment de vivre & de mourir pour elle.
>>Mais la Patrie ayant divers heſoins ,
» n'exige pas de tous ſes enfans les mêmes
" facrifices :les uns verſentleur ſangdans les
>>combats; les autres arroſent nos campa-
>>gnes de leurs fueurs ; d'autres , levant les
>>mains au Ciel , prient pour notre prof-
>>périté , ou pleurent ſur nos crimes , tan-
>> dis que d'autres , veillant fur le dépôt des
>>Loix , maintiennent parmi les Citoyens.
les droits de l'équité & de la Juſtice. Mais
tout-à- coup fondant fur nous ,
DE FRANCE. 117
>>ennemi cruel ravageoit nos potſeſſions ,
>> enlevoit ou égorgeoit nos frères , renver
>> ſoit nos Temples , nos Loix , nos Autels ,
» & menaçoit l'état d'une fubversion en-
" tière; au premier cri d'effroi & de dou-
>> leur de la Patrie éplorée , deſcendantde
>> leurs Tribunaux , fufpendant leurs facri-
>> fices , s'arrachant deleurs cloîtres , accou-
>> rant de leurs déſerts , Juges , Prêtres, Cé-
>> nobites , Solitaires , viendroient groſſir la
ود
ود
troupe des guerriers , donner l'exemple
du zèle & du courage , & s'ils ne fa-
> voient combattre , du moins ils ſauroient
» mourir.
"
د
ود
ود Touthommenaît donc Soldat , quoi-
>> que tout Soldat ne porte point les armes.
Mais le jour que la Patrie , croyant avoir
beſoin de fon bras , appelle un Citoyen à
ſon ſecours , ou que ce Citoyen venans
>> s'offrir de lui-même , elle veut bien agréer
> ſes ſervices , il reçoit le caractère de
>> Miniſtre armé pour fa défenſe , il devient
>> une victime konorable dévouée àla ſûreté
>> publique , & par un engagement ſolen-
>>nel , il refferre ſes premiers noeuds , il
>>retourne à ſa deſtination originaire. C'eft
>> donc le jour que, fuccédant au Trône de
>>leurs pères , nos Rois viennent prendre
> ſur l'antel le glaive pour nous protéger ,
» & le fceptre pour nous conduire ; le
>>jour que , marchant für les traces de fes
>> ancêtres , notre jeune Noblelle fait les
> premiers pas dans la carrière où ils ſe font
312
MERCURE
* illuftrés ; le jour que , la Patrie fonnant
➤ l'alarme , invite le Ciroyen qui n'a pas
>> fait choix d'une profeſſion,à prendre parti
>>ſous ſes Enſeignes , ou , qu'arrachant le
>> Pâtre à ſes troupeaux , le Cultivateur à ſa
>> charrue , elle lui dit : ceſſe de me nour-
>> tir , & viens me défendre ; c'eſt en ce
>>jour que tous ces enfans de l'État paffent
■ dans la claſſe honorablede ſes défenſeurs :
>> là ſous les yeux du Dieu des armées qui
fait la revue de fes nouveaux foldats
>>chacun d'eux en ſe revétant de ſes armes ,
>> reçoit comme en depôt la fûreté de nos
>> Campagnes , le repos de nos Villes , la
>> vie , la liberté de ſes frères ; il devient
" l'épée & le bouclier de celui qui n'en a
>> point , ou dont le bras , trop foible pour
>>les porter , ne fauroit en faire uſage ; &
>> Dieu lui dit comme à Jolué , comme à
" Gedeon , comme à tous les chefs de fon
>>peuple : Allez , voici mes ordres , foyez
>> vaillans , & c . » Voilà des idées grandes ,
vraies , puiſées dans les rapports les plus
exacts & les plus conformes à l'ordre établi..
Après avoir afligné les motifs religieux
comme le plus ferme appui de la valeur du
guerrier , le Prélat pourſuit ainſi : " Combien,
>> dit- il , l'ordre du Dieu des armées doit
» élever , agrandir l'ame , annoblir les fonc-
>> tions du Soldat, & donner d'autorité aus
>> Chef qui le commande ! Dès ce moment
>> toutchange de face aux yeux du Chrétien ;
* un dépôt, qui n'étoit que reſpectable , de
DE FRANCE 113
>> vient ſacré ; une profeſſion qui n'étoit que
>> noble , devient fainte; les ſignes des com-.
>> bats contractent ſous la main du Prêtre
>> une vertu divine , comme les inſtrumens
>> deſtinés au culte des Autels ; & de profane
>> qu'eût été le guerrier, il devientun perſon-
>>nage religieux. Pour luil'abandon du dépôt
>> qui lui eſt confié ſeroit un facrilège ;
» la crainte en préſence de l'ennemi , un
>> renoncement à ſa foi ; la fuite , une apof-
>> taſie qu'il redoutera plus que les périls les
>>plus certains , & que la mort la plus
>>>cruelle. » L'Orateur fait voir enfuitel'inſuffiſance
de l'honneur & de la diſcipline;
il place le Soldat Chrétien ſous l'oeil pénétrant
du Dieudes combats , qui le fortifie ,
l'anime & l'embraſe : " Un Soldat de Tu-
> renne , plein de l'idée de ce grand homme,
>>l'avoit fans ceſſe devant les yeux , & le
>> trouvoit par-tout ; un Soldat du Dieu
>> vivant marche toujours en ſa préſence.
>> Ce n'eſt point le Tribun , ce n'eſt point
>> le Centurion qu'il redoute ; c'eſt l'oeil de
>> l'Etre Suprême , cet eoeil ſi vif , fi péné
>> trant , qui le voit en tout tems , qui le ſuit
>> en tous lieux ; c'eſt ce témoin incorrupti-
>>ble qui dépoſeroit de ſa fuite ; ce Juge
>>inexorable, qui le puniroit de ſa lâcheté. »
M. de Noé fe fait une objection , & ſe demande
comment le pécheur dans la mêlée ,
accuſé par ſes remords , pourra foutenir la
vue du danger; ira-t-il affronter le trépas
au riſque de tomber en des mains qui ne
.
174 MERCURE
د
venez
font grace à aucun coupable , &ne fuira-t'il
pas plutôt devant l'ennemi , pour avoir le
tems de pleurer & d'expier ſes crimes ?
" Religion ſainte , s'écrie l'Orateur
>> au ſecours de cette ame qui s'agite & qui
» s'abuse. Vous ſeule avez excité vous
>>ſeule pouvez calmer ſes craintes ; vous
» avez ouvert l'abîne ſous les pas du pé-
>> cheur , refermez-le devant les yeux du
> pénitent... Me voici donc , grand Dieu ,
>>dira- t'il ; je ſais que par ma fuite & par
>> ma honte je pourrois peut - être échapper
>>au péril qui m'environne , mais il faudroit
>>toujours retomber entre vos mains : ...
>>frappez , grand Dieu ; couvert de mon
> ſang répandu pour la Patrie & pour mes
>>frères , j'oferai paroître devant vous. "
7
M. l'Evêque de Leſcar confidère la mort
du Soldat contrit , comme une pénitence
de ſang , qui efface enun inſtant la tache
&expie la peine du péché. Il regarde comme
de vrais Martyrs les guerriers qui cxpirent
ſur un champ de bataille. " Oui , s'é-
» crie-tib, vous êtes les Martyrs du devoir ,
>>les Martyrs de la charité Chrétienne&na-
>>tionale , les dignes rivaux des Martyrs de
» la Loi , généreux Martyrs de la Patrie. »
La première Partie de ce Diſcours eſt ter
minée par le portrait d'un Guerrier coura
geux dont le Prince a oublié les ſervices '
qui , pour toute récompenſe , demande que
Dieu l'appelle à lui du milieu des combats ,
& qu'il le dérobe aux dégoûts de ſes der-
-
DE FRANCE. 115
niers ans , par une mort auſſi gloricuſe que
celle de Bayard , de Turenne , & du plus
vaillant des Maccabées. L'Orateur peint
aufli le Héros Chrétien mourant au ſein du
carnage ; & de quelque manière qu'il enviſage
ſon ſujet , il prouve que toujours
prêt à combattre &déterminé à mourir
le guerrier qui prend pour motifde ſa valeur
la Loi de Dieu , ſes châtimens , fes
récompenfes , l'emporte de beaucoup fur
les guerriers dont tout autre intérêt animeroit
le courage.
२
La ſeconde Partie a pour objet de démontrer
que la valeur est perfectionnée par
la Religion. " La valeur , dit M. de Leſcar ,
>> cette force de l'ame qui s'exerce contre
>>les obſtacles & les périls , qui les appelle
>> pour les combattre , & ne cherche que
>> la gloire d'en triompher , reffemble au
>>glaive , qui tantôt inſtrument , & tantôt
>>vengeur du crime , frappe indifférem-
>> ment ſur l'innocent & le coupable, felon
>>le bras qui en dirige les coups. Guidée
>> par la raiſon & la justice , elle fait les
héros ; égarée par l'ambition , elle fait les
>>conquérans, les raviſſeurs injuſtes ; pouſſée
>> par la vengeance , l'avarice & l'orgueil ,
>> elle rend le Général cruel , le Soldat
» féroce.. engourdie par la molleſſe
>>elle tombe dans la langueur qui dégrade
» le guerrier , & perd les plus floriffantes
>>armées; enivrée par la préſompion , qui
» ne compte que les bras, elle dégénère en
ود
...
,
116 MERCURE
" un inſtinct aveugle qui fuccombe bien
> ſous les efforts meſurés d'une valeur for
>>tifiée&dirigée par l'inſtruction .
>>Mais fitôt que la Religion s'empare
>> d'un coeur , elle détruit ou empêche de
ود naître ,parfon efprit, les vices d'où pro-
>> viennent les déſordres & les abus ; elle
" oppoſe un eſprit de modération à la foif
>> des conquêtes ; un eſprit de douceur à la
>>violence; la ſévérité des moeurs à la mol-
>>leſle; le defir & le devoir de s'inftruire à
>> l'ignorance préſomptueuſe qui rejette
> toute inſtruction ; & par la réunion de
>>règles auſſi ſages que ſaintes , elle con-
>> ſerve à la valeur fon activité & fon
» éclat , & la rend une vertu digne de
l'admiration de la Terre & du Ciel. »
M. de Noé, pour peindre le Prince énorgueilli
de ſa puiſſance , emploie les propres
termes de l'Ecriture , & fait parler ainfi
Nabuchodonofor au Général de fes armées :
« Allez , marchez , n'épargnez ni les hom-
>>mes ni les campagnes , abattez , détrui-
>> ſez juſqu'aux Temples , & que Roi de la
>> Terre entière , Nabuchodonofor en ſoit
>> audi le Dieu. " Mais ſi la Religion pénètre
juſqu'au coeur d'un ſemblable Prince ,
bientôt il révoque ſes ordres , il ſe borne à
combattre l'ennemi qui oſe attaquer ſes
frontières , ou infulter ſes Sujets. Comme la
Religion arrêre le Monarque ambitieux , &
le détourne d'une guerre injuſte , elle réprime
auffi la violence du Général & du SolDE
FRANCE.
117
dat dans une guerre même légitime ; elle
offre le ſpectacle d'un guerrier ſuſpendant la
fureur du combat pour panfer les bleffures
d'un ennemi qui rend les armes , épargnant
les édifices publics , les monumens des arts ,
P'humble toît du Laboureur , s'interdifant
tous les maux qu'il n'eſt pas obligé de faire ,
&gémiſſant de tous ceux dont il ne peut ſe
diſpenſer.
Les Athlètes , les Soldats de Rome , de
Sparte & d'Athènes , ne font plus ; mais au
défaut de l'art qui les avoit formés , au défaut
de ces exercices du champ de Mars ,
de ces Loix du Cirque & du Gymnaſe , il
nous reste un Code religieux qui les remplace
: l'Evangile preſcrit la tempérance &
la frugalité , l'empire ſur les ſens , l'amour
du travail , la fuite des plaiſirs , l'horreur
de la molleſſe. " Suivez ces loix , foyez
» Chrétiens guerriers magnanimes , &
>> bientôt votre troupe, auſſi diſtinguée par la
>> force que par le courage , ſupérieure à la
>> fatigue& aux périls , ne redoutera ni la
>>chaleur des plus longs jours , ni les fri-
>> mats des plus longues nuits , ni la faim
>> ni la foif... & pour mettre en fuite un
>> ennemi à moitié vaincu par ſa molleſſe ,
>> vous n'aurez qu'à vous montrer ; comme
>2 pour triompher d'un ennemi auſſi robuſte
>>que courageux , vous n'aurez qu'à vous
>> rendre de plus en plus habiles dans la
>> ſcience des combats. » La Religion prefcrivant
à chaque homme de s'inſtruire des
118 MERCURE
devoirs de ſon état , ſemble faire une loi
particulière de l'étude & de l'application
à un corps de guerriers , qui réunit à lui ſeul
les fonctions & les devoirs de tous les autres
; à des Dragons , qui exercent tour- àtour
chaque partie de l'art des combats. Ici
l'Orateur termine le développement des
moyens ſaints que fournit la Religion pour
perfectionner la valeur. Mais ce n'eſt pas là
que s'arrêtent ſes vues religieuſes & patriotiques.
Après avoir parlé des Invalides &
de l'École Militaire , il forme des voeux
pour voir élever après la guerre un troirème
monument , rival des deux autres ,
où les cendres de nos guerriers , recueillies
& honorées , nous rappelleroient ce qu'ils
ont éré , & encourageroient ceux qui viendront
après nous à marcher ſur leurs traces.
Elevée ſur des débris d'armes , de fortereffes
& de vaiſſeaux , une colonne préſen
reroit à la poſtérité les noms & les exploits
de ceux qui ſe ſeroient le plus diftingués ;
un Autel ſeroit dreſſé au pied de la colonne,
&fur cet Autel la Religion invoqueroit le
Ciel en préſence du Peuple &des Chefs de
laNation.
Au premier rang paroîtroient les veuves ,
les mères , les enfans qui auroient à pleurer
un époux , un fils , un père ; l'Orateur
le plus éloquent , le plus homme de
bien , le plus capable de ſentir nos pertes ,
&d'exprimer nos regrets , ſeroit chargé de
louer les Héros , objets de cette auguſte&
DE FRANCE.
119
pieuſe cérémonie. C'eſt ainſi que M. l'Eveque
de Leſcar a ſu tranſporter dans l'éloquence
de la Chaire , mais fans déroger à la
dignité de la tribune Évangélique , les idées
fublimes des Grecs dont la connoiffance lui
eſt ſi familière , de ces peuples paſſionnés
pour la gloire, qui ne payoient point les grandes
actions avec de l'or , mais qui récompenfoient
& faifoient naître les grands hommes
avec des couronnes , des vaſes , des infcriptions
, des ftatues. On reconnoît dans le
Diſcoursdontnous venons de rendre compte,
un deſcendant des Héros François; un Prélat
qui,dans letemps de la maladie épizootique
établit deux caiſſes , l'une de prêt , l'autre
de don , pour réparer les déſaſtres de ce
Acau. La Lettre Paſtorale qu'il publia dans
cette circonſtance, eſt digne de ſervir de modèle
à l'Epiſcopat. Le Diſcours qu'il vient
de prononcer eſt en même temps un chefd'oeuvre
de Patriotiſme &de Philofophie
Chrétienne. La voix publique nous a appris
qu'il avoit fait l'impreſſion la plus vive ſur
les auditeurs duPontife citoyen. R,
:
120 MERCURE
HISTOIRE des Hommes. A Paris , chez
les Auteurs , maiſon de M. Buhot , rue
Baffe du Rempart , Porte S. Denis. in- 12.
&in-8°.
Nous avons annoncé dans un des
Mercures de cetre année cette Hiſtoire des
Hommes , dont les Auteurs ont déjà livré
au Public douze Volumes de la paftie hiftorique
ancienne , & fix Volumes de la
partie hiſtorique moderne. Celle- ci finit au
Règne de Louis XIII incluſivement : la partie
ancienne termine ſon douzième Volume
après la ruine de Carthage, Il feroit bien
difficile de donner ici une analyſe dé
taillée de chaque Volume. La briéveté d'un
Extrait ne la comporteroit point. On ne
peut prononcer un jugement que ſur la
maſſe de l'Ouvrage entier , & donner un
réſumé de l'examen qu'on en a fait dans le
filence du cabinet. Nous allons donc nous
borner à donner une idée du ſyſtême des
Auteurs , de leur ſtyle & de leurs motifs.
Nous nous permettrons auparavant quelques
réflexions ſur l'Hiſtoire , & on pourra
les appliquer l'Hiſtoire des Hommes dont
nous parlons.
Une Hiſtoire générale , univerſelle eſt à
coup sûr une Hiſtoire mal faite ; l'intérêt
ſe perd dans cette confuſion de perſonnages
, de faits & d'époques. Une Hiſtoire générale
rarement atteint au but qu'un bon
Hiſtorien doit ſe propoſer, celui d'inſtruire.
f Les
A
DE FRANCE. 127
-
Les parties les plus importantes echappent à
ſes crayons, fatigués de décrire les opération
militaires & les faſtes trompeurs de la politique.
La finance , partie ſi eſſentielle , cette
sève qui porte la vie du tronc juſqu'aux
derniers rameaux de l'arbre de l'Etat , eft
abſolument négligée , la ſcience économique
d'un Gouvernement , à peine eſt elle apperçue
; les progrès ou la décadence des
moeurs font un tableau entièrement négligé.
On ne trouve dans ces grandes Hiftoires
précisément que ce qu'on ne devroit
point y trouver, des combats ; & dans chaque
Règne quarante perſonnages qui inveftiffent
le trône & arrachent au Monarque
des ordres mal combinés & des pouvoirs
téméraires. Le reſte de la Nation diſparoît
entièrement ; fon commerce ſes arts , fa
dégradation ou ſon accroiſſement , ſa richeſſe
ou ſa misère ; tous ces grands objets ne
font que des points imperceptibles qu'on
remarque à peine dans l'étendue immenfe
des faftes du monde. La philoſophie , cette
fource compatiſſante de l'humanité , eſt
venue enfin donner un nouveau caractère
àtous nos écrits . L'éloquence , en renonçant
à des figures oifeuſes , a puiſé ſa chaleur &
ſes mouvemens dans l'ame ſenſible& éclairée
de l'Hiſtorien. Son oeil aofé fixer le tyran.Dans
ks profondeurs ténébreuſes de la politique
ellea porté la lumière, &ne s'eſt pointbornée
à dire avec timidité: voilà ce qu'on a fait ,
manière impuiſſante des Ecrivains igno
Nº.3 , 19 Janvier 1782. F
د
122 MERCURE
رق
rans & timides; elle a dit , on a mal fait ;
& indiquant des moyens , elle a ajouté :
voilà ce qu'on auroit dû faire. Toutes les
elaffes de citoyens , tous les ordres de la
Monarchie ſe font rangés autour de l'Hiſtorien
philofophe. Sur chacun d'eux il a jeré
un regard , & à chacun d'eux il a réſervé
une place proportionnée au degré d'intérêt
qu'il inſpiroit. L'Hiſtoire n'a plus été ni militaire
, ni politique , ni économique ; elle
eſt devenue l'Hiſtoire des hommes & des
moeurs.
L'Histoire des Hommes a été écrite dans
les vues philofophiques. Les Auteurs ont
rapporté dans tous les genres les principaux
faits , en ont recherché les cauſes ; ils ont
été peu jaloux de raffembler tous les événemens
qui , après tout, ſe reſſemblent dans
tous les âges , & font parfaitement indifférens
aux générations ſuivantes ; ils ont écrit
l'hiſtoire de l'humanité; celle-ci eſt permanente.
L'homme ſera toujours une leçou
pour l'homme , & l'efprit d'une Nation fera
toujours lié à l'eſprit du ſiècle qui l'a précédé.
Combien d'Hiſtoires inutiles & volumineuſes
qu'on devroit rejeter univerfellement
, ſans en excepter peut-être celle de
France par le Père Daniel ! Combien de
gros Volumes de recherches ſur une ville ,
ſur un hameau , ſur un monument qui importoient
peu à la poſtérité , & qui décèlent
la petiteffe des Ecrivains , & la fotile de ceux
qui les admirent. Tacite n'eſt certainement
DE FRANCE. 123
pas fi volumineux ſur les Annales de
l'Empire Romain, que les Bénédictins fur
celles de l'Ordre de Citeaux. Depuis Belus
juſqu'à Louis XIV, il n'y a pas dix Peuples
dom il convienne d'écrire l'hiſtoire ; &
encore dans ce petit nombre d'Empires
qui ont fait époque dans les Annales de la
terre , il faudroit retrancher le temps
de leur formation & celui de leur décadence.
Les hommes ne ſont bons à examiner
ni quand la ſtupidité en fait des ſauvages
, ni quand le luxe en fait des barbares.
LenouveauMonde n'offriroit qu'un moment
brillant pour la plume d'un Tacite , c'eſt
l'époque de ſa conquête. On a écrit les Annales
de la France depuis Pharamond ; mais
pour tout homme qui n'eſt pas François ,
c'eſt à Louis XI que commence fon Hiftoire.
" Je deſirerois ( dit un des Auteurs de
> P'Hiftoire des Hommes) qu'on lut l'Hiftoire
dans le même eſprit qu'on doit
☑ l'écrire ; qu'on ne ſupposât pas qu'une
Nation a toujours été la première de l'Eu-
" rope , parce qu'elle l'eſt devenue ; qu'on
- ne louît pas d'anciennes loix adoptées par
- l'ignorance , & interprétées par le deſpo-
» tifme. L'Hiſtoire ancienne eſt en général
plus faite que la nôtre pour
>> plaire & pour inſtruire. Les inſtitutions
» de la Grèce & de Rome étoient moins
>> verſatiles que celles de l'Europe moderne,
leurs Héros avoient un carac-
C
Fij
124 MERCURE
1
> tère plus marqué, leurs tyrans même im-
>> primoient à leurs crimes une forte de
>> grandeur qu'accompagne toujours la cé-
>> lebrité. Tout a conſpiré à augmenter le
charme de cette Hiſtoire , l'étendue de la
ſcène où ont joué les principaux Acteurs ,
>> le climat qu'ils habitoient, fi favorable au
>> développement du génie , & l'avantage
ود
وب ineſtimable d'avoir produit de grands
>> Ecrivains pour peindre leurs grands
Hommes. »
De cette manière d'entrevoir l'Hiſtoire ,
ondoit conclure que les Auteurs de l'Ouvragedont
nous parlons doivent parfaitement
remplir le vaſte plan qu'ils s'étoient tracé.
Il nous ſemble qu'après avoir fourni une
carrière de dix-huit Volumes , le ſtyle des
Ecrivains devroit être jugé. Nous allons cependant
ouvrir au haſard un Volume , &
tranſcrire ce qui ſe préſentera ſous nos yeux,
Quand une Ville eſt deſtinée à périr , les
» deſaſtres font naître les deſaſtres. Lorf-
>>que Scipion parut en Afrique , Afdrubal
>> le rébelle ſouhaita de réunir au comman-
» dement de l'armée d'obſervation celui
ود
ود
des troupes de la Place. Afdrubal le Nu-
→ mide , qui étoit Gouverneur de Carthage,
refuſa de ſe laiſſer dépouiller par fon ri-
» val. Afors celui-ci l'accuſa de trahiſon ,
& le fit maſſacrer par ſes ſatellites. Ce
crime , dont l'impunité décèle la foi-
• bleſſe de Carthage , accéléra ſa catastro-
ود
ود
DE FRANCE.
125
ود
ود
>> phe. Scipion commença ſes opérations
militaires en faiſant donner l'aſſaut pendant
la nuit à un quartier de la Ville
>> qu'on nommoit Mégare. Les murs d'abord
>> ne purent être eſcaladés ; mais le Général ;
» en ſe retirant , ayant apperçu une tour
abandonnée par la garnifon , y jeta quelques
foldats d'elite qui s'élancèrent de ce
» poſte ſur le rempart , brisèrent les portes,
& introduifirent les légions dans Mégare.
Les Carthaginois , qui crurent l'ennemi
maître de la Ville entière , ſe retirèrent
» en défordre dans la citadelle.
ود
ود
ود
ود
ود
>> Afdrubal , au point du jour, voyant le
>> triomphe des Romains, ſe vengea d'eux
» en Cannibale ; il fit avancer ſur le mur de
ود la citadelle tous les prifonniers , de ma-
>> nière qu'ils puffent être vus par les lé-
>>gions. Là , il épuiſa à les tourmenter fon
>> génie fecond en barbaries. Scipion , pour
» ne laiſſer aucun relâche à un ennemi à
> demi vaincu , & qui n'avoit plus que le
>> courage de la férocité, fit élever dans
>> toute la largeur de l'iſthme un mur de
>> douze pieds , flanqué d'eſpace en eſpace
>> de tours & de redoutes. Ce prodigieux
> ouvrage , qui embrafſoit un intervalle de
>> vingt - cinq ſtades , fut achevé en moins
d'un mois. Non content de ce plan formidable
d'attaque , le Conſul fit fermer
l'entrée du port par une digue. Les Carthaginois
de leur côté ne ſe découragèrent
* pas : ils ouvrirent un nouveau canal ; &
ود
"
ود
Fiij
126 MERCURE
• lorſqu'on s'y attendoit le moins , ils pa-
>>> rurent en mer avec une flotte de cin
> quante galères , conſtruites des vieux ma-
>> tériaux qui ſe trouvoient dans leurs ma-
>> gaſins. Il y ent une bataille navale , où
> l'on combattit de part & d'autre avec
>>toute la bravoure du patriotiſme. La
- nuit ſeule ſépara les combartans ; mais
>> comme l'entrée du nouveau canal ſe trou-
> voit très étroite , les galères Carthagi..
> noiſes ayant trop de difficulté à pénétrer
> dans le port , ſe rangèrent le long d'une
- rerraſſe ſpacieuſe , élevée originairement
contre les muis pour y deſcendre les mar-
>> chandiſes , & cette retraite forcée pro
cura la victoire aux Romains .... Le Con,
►ful , maître de Carthage , fit avancer ſes
> légions au pied de la citadelle. Le ſep-
- tième jour on vit deſcendre des eſpèces
▸ de phantômes , le viſage livide , luttant
* avec peine ſoit contre la faim , foit contre
le déſeſpoir; ils ne demandoient que la
vie. Scipion la leur accorda ; il n'excepta
> que les transfuges. En vertu de la capitu-
>>lation , cinquante mille Carthaginois des
>> deux ſexes traversèrent le camp des Rom
» mains , & allèrent ſe répandre dans les
déſerts de l'Afrique : pour les transfuges ,
>> qui étoient au nombre d'environ neuf
>>cent, ils ſe retranchèrent dans le Temple
d'Eſculape , ſitué ſur la cime d'un rocher.
Afdrubal eroit encore à leur tête ;
>> mais ce tyran de Carthage ayant profité
: رو
-
DE FRANCE .
127
>> d'un moment où il n'étoit point obſervé,
deſcendit de ſon aſyle, & ſe rendit à Sci-
>> pion, ce qui amena le dernier acte de
>> cette ſanglante tragédie.
"
ود
Dès que l'épouse d'Afdrubal apprit ſa
fuite & fon opprobre, elle parut ſur le
" portique du Temple , parée avec toute la
>> recherche du luxe le plus raffiné , & te-
" nant par la main ſes deux enfans. Sci-
>> pion, dit cette Héroïne , je n'invoque
>> point contre toi la juſtice des Dieux :
>> en anéantiffant Carthage , tu ne fais qu'u-
>> ſer du droit de la guerre ; mais puiſſe le
>> Ciel & Rome conjurés faire ſubir le plus
>> grand des ſupplices à ce ſcélérat qui s'eſt
>>fait unjeu de trahir ſa femme , ſes enfans,
>>ſa patrie & fes Dieux! Pour moi , je me
>> punis de lui avoir donné ma main ; j'aime
» mieux mourir ſur le bûcher de Didon que
> de vivre enchaînée à ton char de triom-
» phe. - A ces mots elle égorge ſes deux
fils , met le feu au Temple , s'y précipite ,
& y périt avec tous les transfuges.
>> Carthage n'ayant plus d'habitans , Sci
» pion y entra en triomphe, en abandonna
ود
"
T
le pillage à ſes ſoldats pendant quelques
>>jours , & la fit raſer juſqu'aux fondemens.
Ce grand événement , qui amena la difſolution
de l'Empire de Carthage , arriva
la troiſième année de la cent cinquante
huitième Olimpiade , ce qui répond à
l'an 2034 de l'ère de Calliſthène.
"
ود
"
ود
>>Les Romains , non contens de faire un
Fiv
123 MERCURE
ود
6.
ود
ود
déſert de cette ſuperbe Capitale de l'Afrique
, dévouèrent à toutes les Divinités
• infernales le téméraire qui oferoit la re-
>>bâtir , tant l'ombre même de la poſtérité
• d'Annibal inquiétoit ces Conquérans du
>> Monde. Il paro t au reſte que les impré-
>> cations romaines alarmèrent peu la reli-
>> gion des Grecs , puiſque vingt- quatre ans
>> après l'un d'eux tenta de révivifier Car-
>> thage , & y conduifit une colonie de fix
>> mille citoyens ; mais comme la Métro-
>> pole ſongea peu à la protéger , elle ſe
releva mal de ſes anciens deſaſtres. Vers
la fin de la République Komaine, l'antique
ville de Didon n'étoit encore qu'un amas
>> de cabanes bâties ſur des ruines . On ſe
>> rappelle le mot de Marius fugitif à l'En-
>> voyé de Libye : Dis à ton Maître que tu
>>>as vu Marius affis fur les débris de Car-
>> thage. Ce ne fut que ſous l'Empire d'Au-
>> guſte que Carthage redevint une des Mé-
-tropoles de l'Afrique , mais ce Prince ,
- qui avoit l'ame perite & fuperftitieuſe
des tyrans , ne voulut pas qu'on rebâtît la
nouvelle Ville ſur l'emplacement de l'an-
>> cienne, afin de ne pas encourir les ana-
>> thêmes prononcés par les contemporains
>> de Scipion : quoi qu'il en ſoit , elle étoit
» déjà auſſi loriffante que ſous Annibal ,
>> lorſque Maxence vint la réduire en cen-
>>dres; elle ſe releva encore , & ſe ſoutint
» juſques vers la fin du ſeptième ſiècle
> qu'elle fut tout-à-fait détruite par les Ca-
"
,
DE FRANCE.
129
» lifes. Aujourd'hui on diſpute pour ſavoir
>> où font les ruines. >>
Les Auteurs, au mérite littéraire réuniſſent
encore ( ce qui n'eſt pas moins rare ) une
exactitude ſcrupuleuſe dans les Livraiſons.
Chaque Volume paroît régulièrement à fon
époque. Les envois ſont accompagnés d'un
certain nombre de Cartes géographiques &
deGravures exécutées par de bons Artiſtes.
Le prix de la Souſcription in- 12 eſt de 30
livres pour la Province , & de 24 livres
pour Paris , franc de port. L'Édition in-8 °.
eſtde 36 livres les douze Volumes brochés.
On ne s'adreſſe pour toute la correfpondance&
les Souſcriptions , ſoit pour l'in- 12 ,
foit pour l'in- 8 °. , qu'à M. de la Chapelle ,
maiſon de M. Buhot , rue Baffe , Porte Saint
Denis.
LES APRÈS- SOUPÉs de la Société, petit
Théâtre Lyrique & Moralfur les aventures
dujour , avec cette Épigraphe: Rien n'eft
beau que le vrai. Boileau. A Sybaris ; & à
Paris , chez l'Auteur , rue des Bons-Enfans,
vis-à-vis la cour des Fontaines. Tome II.
L'AVENTURE que contient ce premier
cayerdu ſecond volume eſt intitulée : les Picciniſtes
& les Gluckiftes. C'est une des plus
jolies bagatelles de cette agréable Collection ;
& le ſujet eſt autant traité que le cadre a
pu le permettre. Mondor , riche Financier ,
&Gluckifte , tient chez lui deux femmes
Fv
130 MERCURE
qui s'ennuient fort , &dont chacune a um
amant en ſecret. L'un des deux amans ,
Dorival , s'eſt introduit chez Mondor ſous
le nom de Durſon , & en qualité de Compoſiteur.
Il s'eft propoſé d'enlever ſa maîtreffe
Honorine , après l'avoir fait infcrire
à l'Opéra ; & de ſon côté , Mondor, qui defire,
fort d'être débarraffe d'Honorine , lui conſeille
confidemment &le prie même de l'enlever.
Mais Roſine plaît beaucoup àMondor,
ce qui rend ſon enlèvement plus difficile.
Pour le faciliter , ſous le nom de Mélodini ,
chef des Picciniſtes , Dorival introduit dans,
la maiſon Fierval , amant de Rofine ; il a
perfuadé à Mondor qu'on veut lui faire
figner la paix entre les Picciniſtes& les Gluckiftes
, & que c'eſt pour cela que Mélodini
a voulu lui être préſenté. Le projet des deux
amans eft de prendre querelle en préſence
deMondor , &de profiter du défordre &du
bruit pour faire évader leurs maîtreffes. Ily
a des détails agréables dans la Scène des
deux faux Muficiens. Durſon , qui prétend
donner Atrée à l'Opéra , dit à Melodini :
Je compte aufli beaucoup ſur lejeu des Acteurs.
Apréſent c'eſt un feu , c'eſt une véhémence ! ....
La pantomime a fait de grands progrès en France;
C'eſt elle qui les rend pathétiques& chauds.
MELODINI.
Tant pis ,Monfieur ; la pantomime
Eſt le pathérique des fots.
:
DE FRANCE.
131.
Avec du mouvement, du bruit&des tableaux ,
On prend pour du talent les grimaces d'un mime's
D'un Acteur convulfif les éclats furieux
AParis font crier merveilles ;
Et fi vous y prenez du plaiſir par les yeux ,
C'eſt aux dépens de vos oreilles.
C'eſt là que commence la fauſſe diſpute.
Arrive enfuite l'enlèvement qui ſe fait d'une
manière plaiſante & dramatique. Quel eft
cet homme- là ? demande Mondor à Durſon ,
en voyant Honorine en habit d'homme.
Durſon lui répond tout bas : c'est Honorine ,
& tout haut : un Ecolier. Mondor , qui ,
comme on fait , ne demande pas mieux que
d'être débarraffé d'Honorine ,la laiffe partir
en feignant d'être dupe du ſtratagême. Après
cela il apperçoit Roſine en Jacquet, avec une
baſſe qu'elle emporte. Où va ce pauvre
diable , demande Mondor à Mélodini , qui
lui répond :
Mabaſſe eſt décollée ,&je vais me pourvoir
D'une autre.
MONDOR.
.I
Maisje crains que le poids ne l'accable.
Et alors , par un mouvement d'humanité
fort plaiſant , Mondor aide lui-mème à relever
l'inſtrument de Roſine , qu'on lui
enlève.
Cette petite Comédie fera sûrement plaifir
aux Lecters. Elle doit ajouter aux agre
F vj
132 MERCURE
mens de cette Collection , & en fait defirer
la ſuite.
DE L'INFLUENCE DES AFFECTIONS DE
L'AME dans les Maladies nerveuses des
femmes , avec le Traitement qui convient
à ces Maladies , par M. de Beauchêne
, Docteur en Médecine de l'Univerſité
de Montpellier , & Médecin De
MONSIEUR , Frère du Roi, Juvat integros
accedere fontes , atque haurire. AMontpellier
,& ſe trouve à Paris , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers ,
1781 .
:
...
La Science de la Médecine eſt un arbre
immenſe . L'étude de ſa ramification entière
ſemble demander la vie de pluſieurs hommes.
Or , celui qui s'attache à cultiver particulièrement
une de ſes branches , nous
ſemble fait pour inſpirer une confiance plus
entière. Il paroît que M. de Beauchêne a
fait une étude particulière des affections vaporeuſes
; & l'Ouvrage que nous annonçons,
en faifant honneur àfon Auteur , doit être
de la plus grande utilité. C'eſt ſurtout dans
les grandes Villes , c'eſt ſur-tout dans cette
Capitale , & dans l'état actuel des moeurs ,
que ce genre de maladie exerce de plus
cruels ravages. L'Ouvrage de M. de Beauchene
peut être lu par les femmes ; & c'eſt aux
femmes ſur-tout qu'il eſt deſtiné , comme
étant plus ſujettes aux affections nerveuses ;
DE FRANCE.
133
il eſt écrit avec intérêt ; & ſouvent les faits
y viennent à l'appui du raiſonnement.
La nature , en donnant aux femmes la ſenſibilité
de l'ame & la foibleſſe des organes ,
les a plus expoſées aux maladies nerveuſes ;
a molleſſe habituelle des grandes Villes ,
l'oiſiveté , les plaiſirs qui exaltent l'imagination
, rendent pour elles ces affections plus
graves , plus fréquentes & preſque inévitables.
Nous ne ſuivrons point l'Auteur dans
le détail de ſes obſervations ; nous invitons
nos Lecteurs à lire l'Ouvrage même ; &
nous nous contenterons d'en citer un Paragraphe
, pour donner une idée du ſtyle. M. de
Beauchêne oppoſe au tableau de la vie de
Paris , celle d'une femme qui habite la campagne.
" Elle n'eſt jamais oiſive , dit- il ; elle
n'a jamais le temps de former des defirs :
après le travail , elle a beſoin de repos ;
après le repos , vient le beſoin du travail
& le travail eſt un plaiſir pour les hommes
robuſtes : au travail ſuccède l'appétit , &
après le repas , qu'il rend délicieux , de nouveaux
exercices rendent la digeſtion facile.
Les jours de repos , à la campagne , ſeroient
des jours de fatigue pour les habitantes de
nos villes. Le matin , des devoirs appellent
au village ; le ſoir il faut danſer dans la
grange ou fous un ormeau. >>
د
" L'homme a reçu de la nature un penchant
invincible vers le mouvement & Pactivité;
l'uſage , ce tyran des grandes villes ,
contrarie ce penchant , en condamnant les
134
MERCURE
T
femmes à ne vivre que pour ce qu'on appelle
le plaifir ; & ce plaifir n'en eſt plus
un lorſqu'il eſt ſéparé des travaux journaliers
; il devient habitude , fatigue , lorſqu'il
ceffed'être un beſoin , & les femmes font
réduites à en chercher de nouveaux dans les
reſſources inépuiſables de l'émigration. Plus
l'imagination travaille , plus elle devient
féconde ; mais plus elle affoiblit auffi les
organes qu'elle maîtriſe , &c. »
1.
On voit que M. de Beauchêne écrit d'une
manière vive , animée , qui met ſes obfervations
à la portée de tout le monde , &
qui doit donner à ſon Ouvrage une utilité
plus générale.
SPECTACLES.
HONNY SOIT QUI MAL Y PENSE.
MADAADAMMEE CHLOÉ n'a pas encore vingt- fix
ans , & fa figure n'en annonce pas vingt. Elle
eſt aimable , ſpirituelle, plus que jolie fans
être belle , enfin elle est riche & veuve.
Que de droits pour avoir des prétentions !
Cependant elle n'en a point , mais elle a
du goût , des talens & de la raiſon. Si
vous en parlez à nos aimables , ils vous répondront
qu'ils ne la connoident pas, ou
ils vous en diront du mal,& voilà le plus
DE FRANCE.
135
bel éloge qu'on puiſſe faire de Mde Chloe.
J'étois chez elle hier au foir; l'aſſemblée
étoit nombreuſe. On annonça un de fest
amis; il entrraa,,& lui demanda la permiffion
de lui préſenter un homine qui aſpiroit
au bonheur de la connoître. C'étoit une efpèce
de Robin. Elle le reçut avec les grâces
qui lui font naturelles ; mais au premier
coup-d'oeil elleparut mécontentede M. le Pré--
ſenté. D'un air encore plus gauche que fat , le
Robin lui dit très- rapidement une demi douzaine
de fadeurs , & ſe jeta dans une bergère.
Il y a quinze jours que je ſuis malade ,
me dit- elle, je ne ſuis plus au courant des
ſpectacles. Qu'avons nous eu de bon depuis
ce temps ? De bon ! s'écrie le nouveau venu
qu'on n'interrogeoit pas, rien. Tout ce qui
paroît depuis dix ans eſt miférable fans exception.
Les François nous ont fait préſent
d'un M. Garnier, qu'on nous a fait venir de
Lyon , & qui eſt d'une foibleſſe infupportable.
De quoi diable s'aviſe-t'on de nous
donner fans ceffe des écoliers ? Ce qui me
confole, c'eſt que la Comédie n'en veut pas ,"
&qu'elle est décidée à s'en défaire. Il éroit
reçu à l'effai, je ne fais comment, mais on nous
-endébarraffe.J'en ſuis enchanté. Sans prendre,
dit agréablement MdeChloé, fans prendreau.
fort d'un Comédien plus d'intérêt qu'il n'en'
doit infpirer , je ſerai moins févère que vous.
Jiai vu Gaznier dans ſes debuts , &, fi j'ofe
m'expliquer ſur ſon compte , je lui ai trouvé
des défauts, Sa voix le trahit ſouvent , ſes
136 MERCURE
geſtes ne font pas toujours libres , ſa démarche
a de la contrainte , on voit qu'il n'eſt
pas encore familier avec la Scène,& fon débit
eſt quelquefois mal attaché ; mais il m'a paru
avoir de la nobleſſe , de la vérité , de la chaleur
, de l'âme , de l'intelligence & du zèle..
C'eſt encore un écolier ſans doute , mais qui
ne l'a pas été ? Moléa-t'il toujours été ce qu'il
eſt ? Mon père m'a dit cent fois qu'il l'avoit
vu paroître ici avec un très-grand nombre
de défauts qui ne l'avoient pas d'abord rendu
cher au Public. Il les a vaincus , il leur a
ſubſtitué des qualités qui lui ont fait la réputation.
Eh bien , j'en accorde à Molé beaucoup
plus d'eſtime que s'il étoit venu avec
un talent tout fair. C'eſt un bonheur pour
un Comédien que de devoir de grands
avantages à la Nature ; mais il n'eſt réellement
eſtimable que par les qualités qu'il
acquiert , & ce jeune homme- ci eſt fait
pour acquérir. Nous avons perdu Monvel ,
il lui faut un fucceffeur. De tous ceux qui
ſe ſont préſentés , Garnier eſt le ſeul qui annonce
du talent : pourquoi la Comédie ne le
garderoit elle pas ? Si elle a de l'humeur
contre lui , elle a auti des ſupérieurs & des
juges reſpectables.Au ſurplus, ſi elle venoit
à bout d'écarter ce jeune Comédien , afin ,
d'étouffer un talent que quelques gens peus.
vent redouter , je vous avouerai que je ne
m'en réjouirois pas. Toutes les fois qu'on
fait une injuftice à un homme qui annonce
du mérite , on va contre mes droits , parce
DE FRANCE. 137
qu'on va contre mes plaiſirs. On attaque ma
propriété , & je ne puis me réjouir d'une
ſemblable leſion . Ma foi , Madame , reprit
mon far , it en ſera tout ce qu'il vous plaira .
Vous aimez le petit bon homme... Je l'interrompis.
Mde raiſonne , luidis je , il n'eſt pas
ici queſtion d'aimer ou de haïr. A propos ,
reprit Mde Chloé en ſouriant , le Gateau
à deux Féves eſt donc tombé ? A plat ,
dit le fat. Iniaginez vous , Madame , que c'eſt
bien la plus bizarre intrigue qu'on puiſſe
jamais voir. Un M. Simon , fils d'un M.
Grégoire , aime une Dile Deniſe , fille d'un
M. Martin. Ce M. Martin veut faire les
Rois avec ſes bons amis ; il penſe ſur-tout
àſon intime M. Grégoire , & il lui fait écrire
par fa fille un billet conçu en ces termes :
Viens- çà, mon cher ami.... tirer chez moi la féve ,
Tu me ſeconderas .... pour que mon vin s'achève ,
Etj'eſpère à la fin.... du plus gai des feſtins ,
Que tu m'enlèveras.... par tes joyeux refreins.
Vous ne ſavez pas trop pourquoi M. Martin
ſe ſert de l'expreſſion tu m'enlèveras , je
vais vous le dire: c'eſt afin que M. Martin ,
ayant déchiré le billet en deux , Simon en
trouve la première moitié, & qu'il devienne
jaloux de Deniſe, en lifant ainſi cette moitié :
Viens-çà, mon cher ami; tu me ſeconderas ,
Et j'eſpèreà la fin que tu m'enlèveras.
Voilà de ces coups de génie auxquels on
138 MERCURE
ne s'attend pas. Les amans ſe brouillent.
Tous les amis de M. Martin viennent , M.
Grégoire , le Bailli , le Magiſter , le Frater ,
le Carillonneur. On tire le Gâteau ; il s'y
trouve deux féves. Martin & Grégoire ſe
querellent pour la royauté. Le Bailli propoſe
de remettre les féves aux amans , qui
Tauront bien s'unir ; mais on apprend qu'ils
font brouillés. Simon en déclare la cauſe ,
& Deniſe le fait rougir de ſa mépriſe , en
lui montrant la ſeconde partie du billet
qu'elle a conſervée, on ne fait trop pourcuoi.
La joie renaît , on boit & l'on chante.
Pendant que mon bavard continuoit de
parer , Mde Chloé me demanda fi le récit
qu'eile venoit d'entendre rendoit réellement
compte de la Pièce. Oui , lui dis-je , mais ce
Monfieur a de la mémoire; il répète ce qu'on
a dit hier dans une maiſon où il a ſoupé avec
moi. Ma parure d'aujourd'hui l'empêche
de reconnoître l'homme qu'il a vu hier , &
devant moi , il s'empare effrontément de
l'eſprit d'un autre. Ce qu'il ne vous dit pas ,
c'eſt qu'il y a de très jolis couplets dans le
Gâteau à deux féves ; que l'Ouvrage , tout
négligé qu'il eſt , & il l'eſt fort annonce
encore beaucoup d'eſprit & de facilité.
On s'y eſt ennuyé , on n'a pas eu tort ;
les Auteurs feront mieux une autre fois , ils
auront raiſon . D'ailleurs , ils nous ont donné
affez de jolies choſes pour que nous leur
paffions une étourderie. Madme Chloé me
ferra la main. Après avoir tout dit ſur le
,
DE FRANCE.
139
-
Gâteau, on parla de la remiſe d'Aucaffin.
Mde , dis- je à Mde Chloé qui ne le connoifſoit
pas , à l'exception de quelques retranchemens
de la part du Poëte,&de quelques additions
heureuſes de la part du Muſicien ; c'eſt
exactement lemême ouvrage dont leMercure
a rendu compte dans le Nº. du Samedi 15
Janvier 1780. Je lirai cet article , dit Madame
Chloé. Je ne le lirai pas , dit le Robin,
Je n'aime pas ce M. du Mercure , il s'aviſe d'a
voir des opinions à lui; la prétention eft inconcevable.
Ces Meſſieurs devroient ſe borner
à rendre compte des déciſions du public
&voilà tour. Permettez moi , lui dit Mde
Chloé,devous obſerver que le public eft pour
bien des gens le cercle qui les entoure , &
qu'on abuſe alors du mot en invoquant uni
public compoſé de dix ou douze perſonnes.
J'ajouterai qu'un Journaliſte eſt eſſentiellement
fait pour éclairer , pour rappeler aux
principes du goût,& que les trois quarts des
Spectateurs les ignorent ; que ce ſeroit une mif
fion fort defagréable que celle d'être féchement
le Gazetier des opinions publiques ; &
que s'il n'étoit beſoin que de pareils moyens
pour entrer dans la carrière de la critique, le
premierArtiſan qui fauroit écrire quatre mots
de françois , pourroit quitter ſon métier pour
ſe conftituer Juge des Arts , ſans ceffer de
faire un métier, Madame Chloé s'échauffoit ;
l'homme qui avoit amené le Robin s'en ap
perçut , il ſe leva , & partit avec ſon protégé.
Quelletête,ditMdeChloé ! L'ignorance perce
1
140
MERCURE
à chaque mot au travers de fon jargon , &
il a la fureur de juger les Juges ! Mais
Mde , lui disje , tout le monde en a le
droit. A la bonne heure , dit - elle , quand
on eſt inſtruit ; mais quand on ne ſait
rien , quand on eſt trop heureux de prendre
un avis , une manière de penſer chez les
Ecrivains périodiques ! En vérité , je ne crois
pas que les pauvres aient le droit d'inſulter
ceux qui leur font l'aumône.
D
GRAVURES.
ESCRIPTION particulière de la France , Département
du Rhône , Gouvernement du Dauphiné,
onzième Livraiſon , in-folio , contenant huit Ef
tampes. Prix , 12 liv. pour Paris , & pour la Province
& les Pays étrangers , 14 liv. & fols. A Paris ,
chez Née & Maſquellier , Graveurs , rue des Francs-
Bourgeois.
Ce Cahier, qui ne le cède point aux précédens ni
pour l'exécution ni pour le choix des ſujets , contient,
1º, une Vûe de la ville de Grenoble priſe fur
la rivegauche de l'Ière ; 2 ° . une Vûe de la ville
de Valenceprife de l'autre côté du Rhône ; 3 °. une
Vûe de la Ville& du Château de Crest ; 4°. Vûe
delaMontagne du Puy, appelée lefond des Roches;
5°. quatreEstampes ſur une même feuille , contenant
des Rochers & Cascades ; 6° . Vûe de la Cascade de
Maupas ; 7°. & 8°. trois Vûes du Défert de la
grande Chartreuse.
:
Les Amusemens dangereux , Eſtampe de is pouces
de hautear , fur 11 de largeur , gravée d'après le
deſſin de M. Touzé , par Voyer le jeune. Prix ,
livres. AParis , chez Hemery , Graveur , rue Saint
DE FRANCE.
141
Jacques, entre la Place de Cambrai & le College du
Pleffis , chez le Tapiſſier , à côté du Serrurier.
On trouvera à la même adreſſe deux petites Eftampes
intitulées : Le Serpent fous les fleurs & la
feinte Résistance. Prix, I livre 4 fols pièce.
Nouvelle Carte du dernier Voyage & des Découvertes
du Capitaine Cook , fait en 1776 , 77 , 78 &
79 , comprenant la partie ſeptentrionale du Globe
compriſe entre le Kamchatka & la Californie ,
dreſſée d'après le dernier Voyage du Capitaine
Cook, fur les dernières Découvertes des Rufles , &
fur les connoiſſances que peuvent donner les diffé
rentes Expéditions terreſtres & maritimes des Eſpa
gnols , avec le précis du Voyage ; par M. Buache de
la Neuville, Géographe ordinaire du Roi A Paris,
chez Dezauche, ſucceſſeur des fieurs G. de l'iſſe
&Ph. Buache , premiers Géographes du Roi , rue
des Noyers , près celle des Anglois. - On trouve
chez le même le Neptune Oriental, de M. d'Après
de Manuevilette.
Carte de la Navigation intérieure du Royaume ,
ou Cours des Fleuves , des Rivières & des Canaux
exiſtans ou même projetés , à l'usage du Commerce ;
par M. Dupain-Triel père , Géographe du Roi &
de Monfieur , ſeconde Édition , augmentée de
nombre de détails eſſentiels , & accompagnée d'un
Mémoire de M. le Maréchal de Vauban ſur la
Navigation des Rivières de France , avec des
Notes , publié par le même Géographe ; Ouvrage
préſenté au koi. A Paris, chez l'Auteur , Cloître
Notre-Dame;& chez L. Cellot , Imprimeur- Libraire,
rue Dauphine , avec Privilège du Roi. Prix de la
Carte, s liv. & du Mémoire , I liv. 10 fols,
142
MERCURE
MUSIQUE.
OUVERTURES , Ariettes & petits Airs arrangés
pour le Clavecin ou pour la Harpe , par M.
Lafceux , Organiſte de Saint-Etienne- du- Mont. It
paroîtra deux Cahiers par mois , dont un pour le
Clavecin, avec accompagnement de Violon , & un
autre d'Ariettes , avec accompagnement de Clavecin
ou Violon , ce qui formera vingt-quatre cahiers pour
Panrée. Le prix de l'abonnement est de 36 livres
pour Paris , & de 48 livres pour la Province. Chaque
Cahier ſe vend 2 liv. 8 ſols, A Paris , chez Mlle Girard
, rue de la Monnoie ; M. Dubois , rue Saint
Dominique , & chez l'Auteur , rue Saint Jacques ,
vis-à- vis les Mathurins,
Recueildepetits Airs arrangés en duos pour deux-
Clarinettes , par M. Vanderhagen. Prix , I livre
16 fols. A Paris,chez MileGirard, rue de la Monnoic.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ADELE & THEODORE , OU Lettres fur
l'Éducation , contenant tous les principes relatifs
aux trois différens plans d'éducation des Princes ,
desjeunes Personnes , & des Hommes , par Madame
la Comteffe de Genlis. 3 Vol. in 8 ° . Prix brochés ,
1 liv . A Paris , chez Lambert & Baudoiiin , Impr.-
Libraires , rue de la Harpe, près Saint Côme.
Élégiefar la Mort de Mgr. l'Archevêque de
Paris. A Paris , chez Leſclapart , Libraire , Font
Notre-Dame.
DE FRANCE.
143
Capitularia Regum Francorum . Addita funt
Marculfi Monachi & aliorum formule veteres , &
nota Doctiffimorum virorum. Stephanus Baluzius ,
Tutelenfis , in unum collegit , ad venuſtiſſimos
codices manufcriptos emendavit , notis illuftravit
, &c. nova Editio auctior ac emendatior ad
fidem Autographi Baluzii qui de novo textum purgavit,
notaſque caſtigavit & adjecit : acceſſere vita
Baluzii partim ab ipſo ſcripta, catalogus operum
bujus viti clariflimi cum animadverfionibus hiſtoricis
, & index variorum operum ab illo illuſtratorum
, &c. Curante P. de Chiniac , Regi à confiliis
, Proſeneſcalco generali civili Uferchæ, è Regiâ
humaniorum litterarum Academia montis Albani ,
Vol . in-folio , Tom. I & II. Parifiis , ex Typis
B. Morin , viâ S. Jacobeâ, ad infigne Veritatis. On
trouve chez le même Libraire le Traité de la Rage ,
ou nouvelle Méthode sûre , courte & facile pour
guérir cette maladie , par le Frère C. du Choifel ,
Apothicaire de la Maiſon des Jéſuites de Pondichéry.
Nouvelle Édition in- 12. Prix , 8 fols ; &
pour ceux qui en prendront une douzaine d'Exemplaires
à-la- fois , 2 liv. 14 ſols franc de port partout
le Royaume.
Tome XXXIV de l'Histoire Univerſelle , nouvellement
traduite de l'Anglois par une Société de
Gens de Lettres A Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins. - La Connoisfance
des Temps , calculée pour 1784 par M Jeaurat
, de l'Académie des Sciences , Volume in- 8 °.
A Paris , chez le même Libraire.
Seconde Guerre Punique , Poëme de Silius Italicus,
traduiten François , avec le Texte Latin , corrigé
fur quatre Manufcrits & fur l'Édition de Pomponius
, completté par un long Fragment trouvé dans
la Bibliothèque du Roi , par M. Lefevre de Ville
144
MERCURE
brune , 3 Vol. in- 12. Prix, 9 liv. reliés. Le même
Ouvrage Latin en un Volume in - 12. Prix , 3 livres
12 fols relié.
Tributs offerts à l'Académie de Marseille , par
M. Paftorel , Conſeiller de la Cour des Aides de
Paris , Membre de cette Académie , petit format.
Prix , 1 liv. 4 fols , de l'Imprimerie de Didot l'aîné. A
Paris, chez Jombert le jeune, Libraire, rue Dauphine.
Le Diadême des Sages , ou Démonstration de la
Nature inférieure , par Phylantropos ; Citoyen du
Monde , Volume in- 12 . Prix , 2 livres 8 fols. A
Paris , chez Mérigot l'aîné , Libraire , au Cabinet
de lecture , Boulevard S. Martin , vis- à- vis le foyer
de l'Opéra .
Difcours prononcés à la Rentrée du Bailliage &
Siège Préfidial de Bourg en Breſſe en 1779 & 1781-
par M. Riboud , Procureur du Roi au même Siège,
AParis , chez les Libraires qui vendent les Nou,
veautés.
LeNouvel An ,
TABLE.
97 Les Après-Soupers de la Se-
Du Caractère & de l'impor- ciété, 229
tance de l'Homme de Mer , De l'Infuence des Affections
100 de l'Ame dans les Maladies
Enigme& Logogryphe , 105 Nerveuses dcs Femmes, 138
Discoursprononcé dans l'E- Honnyfoit qui malypense, 132
glifeMetropolitaine d'Auch, Gravures ,
108 Musique,
140
142
Histoire des Hommes , 120 Annonces Littéraires , ibid.
APPROΒΑΤΙΟΝ.
le J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 19 Janvior. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. AParis ,
le 18Janvier 17. DE SANCY .
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
-
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 20 Décembre.
L'AMIRAL Kaas , premier Député au
Collége d'Amirauté & Chef des Chantiers
du Royaume , a obtenu du Roi la permillion
de ſe démettre de toutes ſes Charges
&une penfion de retraite de 3000 rixinhlers.
Son deflein eſt d'aller paſſer le reſte de
ſes jours à Sleſwick. Le Vice- Amiral Schindellui
ſuccède en qualité de premierDéputé,
le Vice- Amiral Fontenay devient ſecond
Député , & le Chambellan , Commandeur ,
Comte de Moltke , eſt le troisième Dépuré ,
La frégate la Bornholm , commandée par
le Lieutenant Bille , a paífé le Sund , le 15
de ce mois; elle va porter à Alger les préfens
annuels qu'on envoie à cette Régence ;
de-là , elle ſe rendra aux Indes Occiden
tales.
On apprend par des lettres adreffées à la
Compagnie Afistique , en date du Cap de
19 Janvier 1782. e
( 98 )
Bonne-Eſpérance le 16 Juillet dernier , que
les bâtimens le Chateau de Dansborg & le
Gange y font arrivés heureuſement. Des lettres
poſtérieures portent que le bâtiment la
Princeſſe Frédérique , arrivé au Cap le 2 Mai
des Indes Orientales , a été retenu , pour qu'il
ne puiſſe pas donner des nouvelles de la ſituas
tion des affaires dans cette partie du monde;
il y étoit encore le 23 Août. Le 31 , le vaiffeau
de guerre commandé par le Capitaine Billé
eſt arrivé au Cap.
Le corps du Capitaine Suédois de Manfchiold
, qui a péri avec ſon vaiffeau , la
Princesse Albertine , ſur les côtes Hollandoiſes
, a été trouvé dernièrement près de
Huſum dans le Holſtein. On l'a reconnu
à la Croix de Vaſa. Le corps a été inhumé
avec toLIS les honneurs dûs à cet infortuné
marin , & la Croix a été renvoyée
à Stockholm .
>> Près de 80 bâtimens , écrit - on d'Helſingor ,
ont fait route le 7 pour la mer du Nord. Il y
avoit dans ce nombre 30 bâtimens Anglois pour
l'Ecoffe & l'Irlande , qui ſont partis ſans convoi.-
8 bâtimens Anglois ſont arrivés le 8 , venant de la
Baltique; le même jour , on a vu mouiller auſſi
un gros bâtiment Rufle chargé de fer & de chanvre
deſtiné pour la Méditerranée. - 310 bâtimens
ont fait voile pour la mer du Nord , on en comptoit
dans ce nombre 225 Anglois , eſcortés par 2
vaiſleaux de guerre & 2 frégates . Il n'y a acruellement
dans le Sund que 22 bâtimens destinés
pour la mer du Nord ; la forte gelée les empêche
de partir«.
( وو (
-
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 20 Décembre.
Le Roi eſt revenu dans cette Capitale ,
le 8 de ce mois , du voyage qu'il avoit fait
pour voir , à leur paſſage , le Grand-Duc
&laGrande-Ducheſſe de Ruſſie. Le même
ſoir , il y eut Cour au Palais ; elle fut trèsbrillante
par le grand nombre de Sénateurs
& de Magnats qui y parurent. Toute la
Ville fut fuperbement illuminée.
L'Impératrice de Ruffie a envoyé au
Comte de Mniſzeck , Maréchal de Lithuanie
, le Cordon de l'Ordre de St-André.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 25 Décembre.
On vient de publier ici un nouveau Règlement
pour la levée des troupes & pour
tout ce qui a rapport au ſervice militaire.
Dans les divers Cantons aſſignés pour les
levées , il ſera fait annuellement des liſtes
exactes de population ; il y ſera fait mention
des chevaux &des boeufs qui ſe trouvent
dans le pays , afin qu'on en puiſſe
prendre le nombre néceſſaire aux troupes
ſans que cela nuiſe aux travaux de l'agriculture.
Les hommes inſcrits dans les liſtes
des levées , ne pourront quitter le lieu où
ils demeurent fans une permiſſion expreſſe.
Les Maîtres répondront pour leurs Domeſti
C2
( 100 )
ques. Ceux qui voudront paſſer d'un lieu
ſujet à la levée dans un autre qui n'y ſera pas
ſujet , ou ſe faire Religieux , feront tenus
d'en demander la permiſſion. Il n'y a que le
Clergé , les Nobles & d'autres perſonnes
de conſidération & leurs fils qui feront
exempts de la conſcription militaire ; les
hommes abſolument néceſſaires à l'Agriculture
, aux Profeſſions , aux Fabriques , à
l'exploitation des Mines , à la Navigation ,
jouiront également de cette exemption.
Juſqu'à ce jour les Curés ſur les frontières
des Royaume, d'Esclavonie & de
Croatie ne pouvoient ſubſiſter qu'autant
qu'ils donnoient preſque tout leur tems à
l'économie rurale , cequi les éloignoit trop
de leur Ministère ; pour obvier à cet inconvénient
, l'Empereur a ordonné de leur
fixer des appointemens. Un Curé aura annuellement
300 florins & un Chapelain
100.
On veille avec la plus grande attention à
çe que les ordres Religieux n'entretiennent
aucune correfpondance avec leurs Généraux
à Rome. Un Commiſſaire Epifcopal ſera
toujours préſent à chaque Chapitre qu'ils
tiendront dans leurs Couvents ; & ils ſeront
obligés de leur communiquer toutes
les affaires qu'ils traiteront .
:
'1
La fuppreffion des Chartreux & des Ca
maldules n'aura pas feulement lieu dans les
Erats Autrichiens en Allemagne , mais dans
la Hongrie , l'Italie & les Pays-Bas. Leurs
( 101 )
biens feront , dit-on, vendus à l'enchère ,
& les ſommes qui en proviendront feront
remiſes à l'Adminiſtration des biens des Jéfuites.
On a prévenu ici le Public qu'il circule
encore beaucoup de faux ducats Hollandois;
ils font moins pliables que les véritables
; leur fon eſt plus clair , & ils
pèſent un quart moins que les bons .
L'Empereur toujours occupé des moyens
de procurer le bonheur de ſes Sujets , &
d'encourager leur industrie , vient de rendre
une Ordonnance , par laquelle il fait connoître
à tous les Officiers retirés & penfionnés
, qu'il verroit avec plaifir qu'ils
's'établiſſent enTranſylvanie pour y manger
leurs penfions. Cette Province très-riche en
toutes fortes de denrées , manque d'argent ;
mais cette diferte ceſſera bientôt , par la
consommation des ſommes conſidérables
que les Penſionnaires reçoivent du Tréſor
Impérial. Ceux- ci trouveront leur compte
-à cet arrangement , par le bon marché des
vivres dans cette Province. On leur fournira
gratuitement les voitures néceſſaires
pour le tranſport de leurs effets , dans l'en
droit qu'ils choiſiront pour s'y fixer.
De HAMBOURG , le 30 Décembre.
Le commerce de cette Ville augmente
& devient de jour en jour plus floriſſant ;
il doit partir inceſſamment un gros bâtiment
fous pavillon Impérial pour les Indes Orien-
-
c3
( 102 )
tales. La fixième Chambre d'Afſurance éta
blie ici depuis peu, proſpère,& les Intéreſſés
commencent à fentir les heureux effets de
leur ſpéculation. La conſtruction des bâtimens
ſe continue avec la plus grande activité
, & on ne ſe rappelle pas qu'il ait été
bâti ou frété en aucun tems autant de navires
dans cette Ville que pendant la guerre
actuelle ſur mer.
Le 26 de ce mois M. de Starkenberg ,
Fifcal de Curaçao , eſt arrivé ici venant de
cette Ille , d'où il étoit parti à bord d'un
bâtiment Danois , qui l'avoit heureuſement
conduit en Norwège. Il ſe diſpoſe à ſe rendre
en Hollande , où il va donner à la Compagnie
des Indes Occidentales connoiſſance
de la ſituation actuelle de cette Ifle , qui ,
dit-il , n'a rien à craindre des Anglois.
>> Les recrues qui ſe trouvoient ici pour le fervice
de l'Angleterre , écrit-on de Ritzebuttel , ſe
font foulevées contre le Capitaine du navire , à bord
duquel elles étoient embarquées. Voici les circonftances
qu'on a appriſes de cet évènement. Quatrebâtimens
de tranſport mouilloient à l'embouchure de
l'Elbe , avec le vaiſſeau de guerre qui devoit les
eſcorter , ils attendoient un vent favorable ; dans
l'intervalle , le Capitaine de la Polly , l'un de ces
bâtimens , paſſa à terre pour quelques affaires , &
s'étoit éloigné à deux lieues de là ; lorſque le
vent devenant tout-à-coup favorable , le navire
convoyeur tira le coup de partance ; le Capitaine de
la Polly ne l'entendit pas , & le convoi mit ſous
voile avant fon retour ſans ce quatrième bâtiment.
Revenu peu après , ce Capitaine prit aufli le large ;
mais le vent contraire l'empêcha de jeindre les au-
1
٢٠
( 103 )
tres qui étoient déja hors de vue. Il fut obligé de
revenir ſur ſes pas , crainte de quelque mauvaiſe
rencontre en naviguant fans eſcorte. Bientôt les
glaces le forcèrent de ſe mettre à l'abri dans le port ;
& ceci donna occaſion aux nouvelles levées qui y
étoient embarquées , de ſe révolter & de ſe ſauver
à terre; 70 de ces ſoldats ſont rentrés
dans le devoir , & l'Agent Anglois ici les fait nourrir
à ſes frais ; mais 180 autres ont pris la fuite<«.
S'il faut en croire une de nos Feuilles
publiques , ces 180 déſerteurs ont été ſaiſis
avec leurs chefs , par l'activité de la cavalerie
qui a été envoyée à leur pourſuite , &
qui les a ramenés à Ottendorff.
>> L'Electeur Palatin , écrit- on de Ratisbonne ,
afait préſenter à la Dière par ſon Envoyé Comitial
, l'acte de renonciation au droit de préſenter un
Afſeſſeur à la Chambre Impériale de Wetzlar , en
qualité de Directeur de Cercle , pour les Duchés de
Munster & de Juliers en faveur des Etats proteftans
des cerclesdu Bas- Rhin & de Westphalie ; fur cela ,
les Etats proteftans ont conſenti à ce que la Maiſon
Electorale Palatine puiſſe préſenter un Affeffeur Catholiq
e à cette Chambre pour la cinquième dignité
Electorale . -Une grande partie de la vil'e de
Wieſznowiez en Pologne , où le Comte & la ComteſſeduNord
ſe ſont arrêtés pendant quelques jours,
eſt devenue la proie des flammes ; le feu a pris dans
un attelier où l'on travailloit à un feu d'artifice .
On apprend de Stuttgard que M. Martini
, célèbre Botaniſte , y eſt mort. Il a laiſſé
une Collection de sooo Plantes , qui font
toutes bien conſervées . Cette Collection
précieuſe , fruit de près de 60 ans de recherches
, eſt à vendre.
S'il faut en croire une lettre de Francforte
+
( 104 )
fur-le-Mein ,M. Piderit , Profeſleur à Caffel ,
s'est rendu à Fulde pour y conférer avec
pluſieurs Eccléſiaſtiques Catholiques , au fujet
de la réunion des diverſes Communions
Chrétiennes.
: Des lettres de Vienne portent , que le
Clergé des Etats Autrichiens a fait en vain
des repréſentations pour le maintien des
Bulles in Cæná Domini & Unigenitus ; mais
que l'Empereur par une réſolution confirmative
de ſon Ordonnance , a imposé un
filence abſolu ſur cet objet.
ITALI E.
De LIVOURNE , le 10 Décembre.
Le Grand-Duc vient d'aſſujettir les bougies
importées dans le Grand-Duché , venant
de Trieſte & de Fiume , aux droits que
payent les marchandises manufacturées en
Pays étranger. Cependant les bougies ve
nant d'Allemagne , & fur-tout de Vienne ,
&qui en feront tirées immédiatement , ne
payeront que la moitié de ces droits.
On mande de Trieste , que le 30 du mois
dernier le gros bâtiment Impérial le Prince
de Kaunitz , a mis à la voile pour Toulon ,
avec une cargaiſon complette. Son port eft
de sso tonneaux .
On mande de Milan que l'Archiduc Ferdinand
, Gouverneur de la Lombardie Autrichienne
, a fait publier le r de ce mois
l'Edit de l'Empereur , qui défend de recou(
τος )
-
rità Rome pour obtenir deslitpenſes en
matières matrimoniales , & ordonne de
s'adreſſer à l'Evêque Diocésain , en payant
une taxe modique , comme cela ſe pratique
à préſent dans les autres Etats de la Maiſon
d'Autriche. On dit aufli que les biens des
Monaftères fupprimés &de quelquesBénéfices
Eccleſiaſtiques , feront vendus à l'encan ,
& appropriés aux beſoins de l'Etat , à la
réſerve des ſommes néceſſaires pour faire
les penfions aux individus des Couvens &
aux Bénéficiers.
Selon des lettres de Rome , on apprend
que ces règlemens ont occafionné la tenue
de pluſieurs Congrégations , mais il ne tranft
pire rien de ce qui s'y eſt pallé.
:
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 6 Janvier.
1
QUOIQUE nous n'ayons reçu depuis quelque
tems aucunes nouvelles de l'Amérique
Septentrionale , on ne laiſſe pas d'en trouver
de tems en tems quelques-unes dans nos
papiers ; on'y lit que l'on y a tranſporté &
débarqué à New-Yorck les canons du vaifſeau
de guerre le Terrible , d'où on les avoit
enlevés avant d'y mettre le feu; on deftine,
dit-on, cette artillerieà établir de nouvelles
batteries tant à New Yorck qu'à Staten-
Ifland.
Les mêmes papiers parlent auſſi d'un
grand projet concerté par leGénéral Clim
cs
( 106 )
ton , & le Brigadier Général Arnold , préſenté
auGouvernement , qui l'a approuvé ,
& dont ils ſe promettent les plus grands
avantages ; cette expédition , dit- on , doir
étonner l'Univers , mais il eſt eſſentiel pour
ſon ſuccès que perſonne ne s'en doute ,&
fur-tout le Général Washington & le Marquis
de la Fayette.
>>Au milieudelajoie que lapriſede l'armée de Cornwallis
répanddans toute l'Amérique, écrit onde Philadelphie,
riennedonne plusdefatisfaction que de voir à
quelpointArnold eſt généralement détesté & mépriſé
tant par les Anglois que par les Américains. Il eſt aujourd'hui
revêtu du haut grade de Major -Général ;
mais ni les remercimens qu'il a reçus de la part
du Roi pour ſes grands ſervices , ni l'accueil que
fui fait le Général , ne peuvent pas l'empêcher
d'entendre les épithètes infâmes que le peuple
& l'armée lui donnent journellement. Beaucoup
d'Officiers de mérite ont déclaré & juré publiquement
qu'ils ne vouloient point ſervir ſous lui. L'incendie
de New- London & toutes ſes déprédations
le déshonorent à jamais. Tant d'actes de cruauté
ne pourroient pas ſe pardonner à un MilitaireAnglois
, & ils font horreur quand ils font le crime
d'un Américain. Sa trahiſon lui a procuré de l'avancement
chez nos ennemis , mais ce vain honneur
ne pourra point étouffer les remords de ſa confcience
, ni le mettre à l'abri de l'inſulte & du reproche.
Il eſt ſi malheureux dans ſa poſition actuelle ,
qu'iladernièrement déclaré au petit nombre de perfonnesqui
veulent bien le voir, qu'il étoit déterminé
àquitter l'état militaire,& à ſe retirer à Londres
pour y embraſler le commerce. Croyez - moi , en
quelque lieu qu'il aille , il traînera toujours avee
lui ſes remords , & la haine publique le ſuivra
par-tour.
( 107 )
:
Malgré tous nos efforts nous ne voyons
pascomment nous réparerons les malheurs
de la dernière campagne , ni fur-tout com
ment on pourra reconquérir l'Amérique. Un
de nos Officiers priſonnier à Bofton
voit pas les choſes auſſi favorablement que
les Miniſtres .
,
ne
> Les Américains ,dit-il , ſont actuellement occupésà
lever de nouvelles troupes , & je ne doute pas
qu'au printems prochain , ils n'aient fur pied une armée
auffi reſpectable par la valeur & la difcipline
qu'aucune qui ſoit en Europe. Je regardois a paravant
les Américains comme une Nation infenfee &
fans intelligence ; une dure expérience m'a prouvé
le contraire. Je ne crois pas qu'il y ait de peuple plus
brave , d'ennemis plus magnanimes , ils travaillent
avec ardeur à former une marine; ils conſtruiſent
des navires de 20 à so canons; le fameux Paul-Jones
en monte déja un de 60 , qui vient d'être lancé. Dans
peu vous leur verrez une marine reſpectable ,& fans
doute on ſaura les apprécier en Europe , Dieu veuille
que ce ne foit pas trop tard. Paul-Jones a reçu les
témoignages les plus fatisfaiſans &les plus g'orieux
'de ſa patrie ; le Congrès lui a fait des remercimens
au nom des Etats-Unts ; cette récompenſe eſt la ſeule
que recherchent les hommes animés par l'honneur «.
Nos papiers , en tranſcrivant cette lettre ,
n'ont pas manqué de l'accompagner de
commentaires , ſur la condute bien différente
de pluſieurs de nos Amiraux , à commencer
par le Chevalier Rodney , qui trop
ſouvent ont préféré l'argent à la gloire ; l'article
ſuivant que la plupart ont copié , peut
fournir matière à des commentaires encore
plus graves & plus étendus.
e6
( 108 )
>>>Le Lord Cornwallis , après ſa reddition , ſe
trouva dans l'indiſpenſable néceſſité d'emprunter
1300 liv. ſterl . pour le ſervice des armes de S. M.
en Amérique ; un des principaux Officiers de l'armée
Françoife ne lui refuſa point cette fomme. Le Lord
donna un billet à tirer for le Bureau &Ordonnance ,
contre-figné par les Officiers convenables. Le Général
François l'envoya avec ſes dépêches a M. de la
Borde , Banquier à Paris , qui le fit paſſer àſon Correfpondant
ou Agent à Londres , pour en percevoir
le paiement. Le Bureau a refuſé abſolument de payer
çebillet qui a été renvoyé à Paris «.
Il y a eu de fréquens conſeils à la Cour
depuis quelques jours ; on dit qu'ils ont eu
pour objet le plan des opérations pour la
campagne prochaine; les changemens qu'on
a en vue à l'égard de celles qui s'exécuteront
dans l'Amérique Septentrionale , mettront
dit- on , en état d'agir avec plus d'efficacité
contre les Américains , & plus d'énergie
dans les Indes Occidentales , où l'on veut
entreprendre contre les poffeffions de
nos ennemis ; mais avant de fonger à rien
tenter contre elles , il faut pourvoir à la
fûreté des nôtres; elles ſe trouvent malheureuſement
ſi éloignées les unes des autres ,
que nos forces ſe trouvent par-tout inférieures
à celles des ennemis , par la néceffité
où nous ſommes de les diviſer ſur une
multitude de points .
La ſituation actuelle de nos Iſles eſt trèscritique.
L'Amirauté vient de recevoir des
dépêches duCapi aine Inglis , commandant
leSt-Albans. Elles ſont datées de la Barbade
les 30 Novembre & ; Décembre. Dans la
( 109 )
première il annonce qu'il eſt heureuſement
arrivé le 26 Novembre avec la Horte de
Corke , chargée de vivres & de munitions ;
par la ſeconde , il nous apprend que le Capitaine
du Triton a découvert dans le port
de Fort-Royal à la Martinique 25 vaiſſeaux
de guerre François. Pluſieurs d'entre eux ,
ajoute- t- il , étoient abattus en carêre , &
par l'activité que les François mettoient
dans leurs travaux , on avoit tout lieu de
croire qu'en peu de jours ils ſeroient en
état de remettre en mer.
Ces dépêches ont été apportées par le
pacquebot le Granville , qui n'a mis que
28 jours à ſa traverſée. A fon départ des
ifles , l'on n'avoit aucune nouvelle de l'Amiral
Hood que l'on attend inceffamment
dans ces parages avec 19 vaiſſeaux de ligne
; ces dépêches lui en donnent 3 de
plus qu'il n'en avoit en quittant Sandy-
Hook , d'où nos Généraux annoncent qu'il
avoit mis à la voile avec 16 ſeulement.
Peut- être compt-et-on le StAlbans & les
2 autres qui croiſent à la ſtation des Ifles ,
&qui ſe joignant à lui à ſon arrivée , porteront
en effet ſon eſcadre à 19 vaiſſeaux.
Des lettres de St-Christophe en date du
9 Novembre , nous confiment que depuis
quelque tems l'armée Françoiſe étoit à la
Martinique & à la Guadeloupe ; on fait
qu'elle est forte de 36 vaiſſeaux de ligne ,
&toutes nos iſles font dans les plus vives
alarmes. Depuis trois ſemaines , la loà
( 110 )
martiale avoit été publiée à Antigues , ifle
entièrement dépourvue de ſecours ; Saint-
Chriftophe ne paroît pas avoir de moins
dres inquiétudes.
>>Elles ſont fondées , dit un de nos papiers ,
Brimstone-Hill , dans cette Ine , eſt certainement
en état de réſiſter à un armement conſidérable ;
mais la méthode actuelle d'attaquer les Ifles rend
inutiles les fortifications intérieures ; car on a la
coutume de faire ſavoir aux Colons que s'ils refuſentde
capituler dans un certain tems , on mettra
le feu à leurs biens , ce qui fait que les habitans ne
font preſque point de réſiſtance , de peur de s'expoſer
à une ruine inévitable. Nous croyons pouvoir
faire cette obſervation d'après ce qui est déja
arrivé dans le cours de la guerre actuelle.-Saint-
Christophe a été poffédé autrefois conjointement
par les François & par les Anglois ; mais par le
Traité d'Utrecht , la partie qui appartenoit aux
premiers fut cédée aux Anglois , qui depuis l'ont
toujours gardée. Christophe Colomb aimoit 'tant
cette Iſle , qu'il lui donna ſon nom. Elle est trèsfertile
, & en général les Planteurs y font plus
riches que ceux des autres Iles à fucre. Avant
le commencement de la guerre , le terrein de Saint-
Christophe ſe vendoit 100 à 200 liv. ſterl. l'acre.
Si nos dernières dépêches n'ont pas confirmé
la priſe de la Barbade , elles ne nous
raffurent pas ſur le ſort de cette Iſle , ni
fur celui des autres . La Jamaïque fur- tout
nous inquiète.
Cette Ile eft fix fois plus grande que la Barbade ,
mais il s'en faut beaucoup qu'elle ſoit auſſi peupléc.
En effet , quoiqu'elle ait 140 milles de longueur fur
60 de largeur , en n'y compte que 25,000 Blancs &
170,000 Nègres. Cette Colonie l'emporte ſurtoutes
nos autres Pelleſſions aux Iſles de l'Amérique non
( 1 )
ſeulement pour ſon étendue , mais encore par une
infinité d'avantages naturels qui lui font particu
liers ; ſavoir , 7 rivières navigables pour les
bateaux , 600 plantations à ſucre , 110 pour le
coton , 100 pour le piment , 30 pour le gingembre ,
soo prairies pour les beſtiaux, 600 marchés , ISO
plantations à café , 8 indigoteries , 130,000 chevaux
, mulęs & bêtes à corne. Les plantations à
fucre produiſent annuellement 90,000 poinçons de
rum.
La place du Gouverneur eſt évaluée à plus de
10,000 liv. ſterling , quoique les appointemens ne
foient que de 2500 liv. fterl.
Les Planteurs & Négocians des Ifles du
Vent , juſtement alarmés ſur le fort de ces
Iſles , ont préſenté au Roi la pétition ſuivante.
>>Nous , les très-ſoumis & fidèles Sujets de V. M.
les Planteurs & Négocians , &c . demandons la permiſſion
de comparoître en votre préſence Royale ,
avecdes coeurs pénétrés du plus inviolable attachement
pour la perſonne & famille de V. M. & l'heureuſe
conſtitution de ce Royaume. - La malheureuſe
déſunion ſurvenue entre la G. B. & les Colonies
de l'Amérique Septentrionale , n'eut pas plu ôt
éclatéque les Planteurs des Iles des Indes Occidentales
&les Négocians repréſentèrent humblement à
V. M. & aux deux Chambres du Parlement combien
ils appréhendoient les détreſſes & les dangers
qui devoient en être probablement la 'uite.-Lorfque
les Colonies de l'Amérique Septentrionale formèrent
une alliance avec les anciens ennemis de ce
Royaume les craintes des Supplians s'accrurent
confidérablement; & ils auroient eru manquer à
leur desoir envers V. M., anſi qu'aux égards qu'ils
ont pour les intérêts de ce Royaume , s'ils n'avoient
pasrepréſenté aux Miniſtres de V. M. le danger addi-
,
( 112 )
tionnel , auquel les Hies Britanniques des Indes
Occidentales étoient expoſées , à raiſon d'une ligué
fi puiſſante.- Il paroît donc que vos Supplians ont
fait de bonne heure , & ont conftamment continué
leurs efforts pour preſſer les Miniſtres de V. M. de
préparer des renforts efficaces pour leur protection
&fur-tout pour les exciter à maintenir une ſupériorité
de forces navales dans les Indes Occidentales ,
comme étant la ſécurité naturelle , & la ſeule capable
de protéger ces poffeflions.- La perte de diverſesde
ces Ifles est une preuve fatale de la néceffité
de ces follicitations faites en temps convenable &
continuées ſans relâche , Elpérant cependant que
les Iles qui nous reſtent devoient être conſidérées
comme des objets méricant la plus ſérieuſe attention
, vos Supplians n'avoient point déſeſpéré ,
mais s'étoient flattés , que la fachenſe expérience
des pertes pallées porteroit les Miniſtres de V. M. à
adopter des meſures qui puſſent efficacement proté
ger les Ifles qui reſtent encore.-Mais , c'est avec
le plus profond chagrin que vos Suppliaus font obligés
de déclarer , que les Iles reſtantes ſont actuellementfi
malheureulement dénuées de protection ,
que depuis le commencemeat des hoſtilités , elles
n'ont pas été expo ées à des dangers plus imminens
qu'elles ne le font dans la terrible conjoncture, du
moment actuel . Vos Supplians , alarmés en conféquence
de l'inefficacité des démarches qu'ils ont
faites auprès des Miniſtres de V. M. , implorent
humblement V. M. pour qu'il lui plaiſe faire met
tre en exécution les affarances préſentes qu'ils nous
donnent , & ordonner que des renforts enforces nar
vales & militaires , proportionnés à la défenſe permanente
des Ifles des Indes Occidentales de V.Ma
foient expédiés fans délai ; de forre que , par les
bienfaits de la Providence , ces précieuses poffeffions
puiſſent être encore conſervées à l'Empire Brit
tannique.
( 113 )
Le Roi a accueilli gracieuſement ces remontrances
, & a ordonné que l'on prenne
fur fa caffette l'argent néceflaire pour armer
& habiller 1000 hommes de milice
de l'Ifle d'Antigue & on croit qu'il a en
même- tems envoyé ordre au Général Clinton
de détacher 2000 hommes de la garnifon
de New Yorck pour les envoyer aux
ifles du vent & à la Jamaïque .
Nos feuilles miniſtenelles emprcffées de
nous confoler & de nous raffurer , preten
dent toujours qu'à l'arrivée de Rodney nous
aurons des forces ſupérieures à celles des
François ; elles donnent à cet Amiral 18
vaiſſeaux , qui, joints à pareil nombre qu'il
y trouvera , lui for eront 36 vaiffeux de
ligne; elies affurent que M. de Graff n'en
a que 25 , & s'il n'en reçoir que 7 , il ſera
inférieur ; mais on oublie qu'il peut en
avoir conduit avec lui au delà de 25 ; qu'il
en put 6 de Cadix , & qu'il y en a 13
à la Havane. Notre prétendue ſupériorité
à venir n'eſt , donc qu'un rêve que l'on
eraint de ne pas voir réaliſer; en attendant ,
au départ des dernières lettres , il étoit
arrivé aux Ifles , cù Hood étoit encore
attendu; il étoit ſupérieur à ce contre-Amiral
, & il peut avoir déja porté quelque
coup avant que Rodney ne parte. Il eſt
encore dans nos ports.
>>Le Capiraine Caldwell , Commandant l'Agamemnon
, que l'Amira! Kempenfeld avoit envoyé en
croifière , écrit-on de Portsmouth, eſt rentré ici le
( 114 )
3. Décembre. Cet Officier s'eſt emparé des bâti
mens François venant de Bordeaux qui font le Marchais
, l'Elifabeth , la Catheerriinnee ,, la Navigation&
le Comte de Noë. Ces Bâtimens devoient ſe joindre
au convoi de M de Guichen. Pluſieurs d'entre eux
ontété très-maltraités parles gros tems qui ont forcé
le Capitaine Caldwellde quitter ſa croifère.-Tous
les Marins font enchantés que l'Amiral Rodney ait
été retenu à Plymouth ; & les Officiers les plus expérimentés
imaginent que M. de Guichen fera rentré
å Breft; la mer n'a jamais été fi orageure « .
La rentrée de l'eſcadre Françoiſe eſt vraiſemblable
; mais la néceſſité de faire paffer
des renforts au Comte de Graffe , n'eſt
pas auffi urgente que celle d'en envoyer
de nos ports. Ceux qui doivent partir de
Breſt , ne feroient qu'ajouter à ſa ſupériorité
& le mettre en état de tenter davantage ;
il reſte toujours maître d'agir , & le même
tems qui peut le priver de quelques vaifſeaux
de plus , nous empêche d'en envoyer
de notre côté.
>>>Le Chevalier Rodney , écrit-on de Plymouth ,
le 2 de ce mois , a quitté ſon bord il y a quelques
jours , pour venir à terre , & prefer Inimême
l'armement de pluſieurs vaiſſeaux de ſon
eſcadre , qui ſera composée de 14 vaiſſeaux de
ligne , au lieu de 18 ; mais tous ne font pas
deſtinés pour les Iſſes du vent : une grande partie
de cette eſcadre doit aller à la Jamaïque avec
le convoi , & refter à cette ſtation. L'Amaral
attend , pour mettre à la voile , de nouvelles inftructions
du Lord Sandwich lui-même , que l'on
attend ici ſous peu de jours ; les travaux vont
avec une rapidité incroyable ; le Formidable , de
90 canons , eſt déja forti des baſſins & fera د
( 115 )
bientôt en état de recevoir l'Amiral .-La Britannia
& le Victory viennent d'arriver ; la Bellone
doit entrer dans le baſlin. La mer eft très-houleuſe
, & tous les vaiſſeaux à Spithéad & Sainte-
Hélène, ſont déſemparés; pluſieurs changeront de
ſtation , quand le vent ſera tombé.-Les Charpentiers
travaillent fix heures de nuit , c'est-à-dire ,
4 le matin avant le jour , & 2 le ſoir après la
journée ordinaire .
On va faire une revue générale de la
Milice du Royaume , & fur le rapport des
Inſpecteurs , tous les Régimens feront portés
au compler. Pluſieurs Membres du parti
de l'Oppoſition affurent que cette opération
ſera difficile à effectuer , la diſette d'hommes
étant générale.
L'eſcadre du Commodore Stewart , qui
devoit retourner dans la mer du Nord ,
a reçu contre ordre.
La Cour a enfin publié les dépêches
qu'elle a reçues du Général Elliot; elles roulent
ſur la fortie du 27 Novembre , dont
elles donnent ainſi les détails :
Les arran
*>>> L'ennemi , après des travaux & des dépenſes
immenfes étant enfin parvenu à achever tous ſes
ouvrages avancés , il m'a paru que je pourrois réuffir
à les détruire , & en confequence j'ai cru devoir
hâter l'exécution de cette entrepriſe .
gemens néceffaires étant pris , un détachement confidérable
formé en trois coloanes ſortit de la place
le 27 de ce mois à 3 heures du matin au coucher de
la lune. Elles étoient compoſées d'un corps avancé ,
d'un corps de pionniers , d'artilleurs portant des
matières combustibles , d'un corps pour les foutenir ,
&d'un corps de réſerve à l'arrière-garde. Les pioniers
de la colonne gauche étoient compoſés de
(116 )
1
matelots de la marine Royale. - L'ennemi avoit
dans ſes lignes & ouvrages avancés so à 60 hom
mes de cavalerie & 600 hommes d'infanteric compofés
d'Eſpagnols & de gardes Vallonnes , d'artilleurs ,
de chaleurs & d'autres troupes légères , indé, endammentdu
corps ordinaire de travailleurs armés.
-
de
Les Eſpagnois ne purent refifter aux vigoureux
efforts de nos troupes & après un feu de courte durée
ils prient la fuite de tous côtés abandonnant leurs
Ouvrages avec précipitation .-Nos pionniers & nos
artilleurs mirent le feu de tous côtés avec une rapidite
fi étonnante , qu'en une demi - heure deux batteries
to mortiers de 13 pouces , &
batteries de 6
canons chacune , furent la proie des flammes & réduites
en cendres avec tout leur attirail. Les mortiers
& les canons furent encloués , & l'on détruifit
leurs flaſques , leurs affuts &leurs plateformes . Les
magalins fautèrent en l'air l'un après l'autre , a mefure
que le feu les gagnoit.-L'ennemi voyant que
tonte refift oce étoit inutile , ſe contenta de tirer du
fort Ste-Barbe & St-Philipe , & des batteries fur les
lignes ,& il reſta dans ſon camp ,1 ectateur de l'incendie.
Tout le détachement fut de retour dans
la place à cinq heures précisémert avant la pointe
du jour. Le Brigadier-Général Roff a commandé en
chef cette attaque , & par la mamère dont il l'a conduite
, il a beaucoup contribué à ſon ſuccès. La
colonne du centre étoit menée par le ſieur Dachenauſen
, Lieutenant-Colonel du régiment de Reden ;
celle de la droite par le ſieur Hugo , Lieutenant-
Colonel d'Ardenberg; celle de la gauche par le fieur
Trig , Lieutenant - Colonel du 12e régiment , & le
corpsde réſerve par le ſieur Maxvell , Major du 73e
régiment. Les matelots , formant 2 diviſions , étoient
commandés par le fiear Campbell , Lieutenant du
Brillant, & par le ſieur Muckle, Lieutenant du Porcupine.-
Le fieur Curtis , Capitaine du Brillant , commandant
l'eſcadre dans labaie , qui a accompagné les
( 117 )
Nous
matelots comme volontaire , s'eſt fingulièrement
diftingué. Jamais les troupes n'ont montré plus
de zele pour le ſervice du Roi , & jamais entrepriſe
ne fut exécutée plus heurenfement .
avons tué beaucoup d'ennemis , mais vu l'obfcurité
&d'autres circonstances , je ne fuis pas en état de
vous informer de leur nombre ni de leur rang.
Nous avons fait prisonniers un Sous-Lieutenant de
Grenadiers ayant le grade de Capitaine , ſept Gardes
Vallonnes , avec un Officier & trois hommes d'artillerie.
J'ai la fatisfaction de vous apprendre que
notre pene a été très légère , elle co fifte en 4
fufitiers tués , un Lieutenant , 2 Sergens , 17 fufiliers ,
5 matelots bleflés , & un fufilier manqtant ; il n'eſt
mort aucun des bieffés .
د
M. Laurens , accompagné du Gouverneur
de la Tour , s'eſt rendu le 31 du
mois dernier , chez le Lord Mansfield
qui lui a annoncé qu'on altoit le remettre
en liberté , s'il donnoit une bonne caution
, & s'il promettoit de comparoître dans
fix mois. M. Laurens lui répondit qu'il
étoit accompagné de pluſieurs de ſes amis
qui ſeroient ſes garans , & qu'il promettoit
de reparoître dans fix mois. Sur cette déclaration
, on lui dit qu'il étoit libre ; &
fes amis le reconduiſirent chez lui , entouré
d'une nombreuſe populace. On n'a mis aucune
reftriction à fon élargitfement , & il
eſt le maîne de quitter Londres & même
P'Angleterre quand il lui plira , pou yu
qu'il comparoifle, au jour marqué pour tér
pondre aux charges que le Gouvernement
pourra avoir contre lui.
Les Lords Lieutenans de chaque Comté
(118 )
ont reçu ordre d'envoyer des lettres cir
culaires aux membres du Parlement , pour
qu'ils aient à ſe rendre à la prochaine ſéance
de la Chambre , qui eſt toujours fixée pour
le 21. Les affaires dont le Parlement s'occupera
après les vacances ne ſauroient être
plus importantes; il s'agit des finances. La
dépenſe de l'année 1782 ſera de 33 millions
ſterl. & l'emprunt doit être de 16. C'eſt
fur cette fomme effrayante que ſera fondée
une partie de la dette nationale , qui
eſt aujourd'hui fort à charge au Gouvernement.
L'impoſſibilité de ſubvenir aux dépenſes de la
guerre , depuis ſur-tout que nous ne tirons plus ou
preſque plus d'argent de Hollande , nous néceffitera
bientôt à la paix. Quoique le Lord Stormont , dans
ſes réponſes au Miniſtre du Roi de Suede & à celui
de l'Impératrice de toutes les Ruffies , concernant
l'offre de Médiation de leurs Souverains entre la
Grande-Bretagne & les Provinces-Unies , affecte un
ton de hauteur qui n'eſt de miſe en aucun temps ,
dans aucune poſition , même en cas de victoires :
quoique , ſe parant enſuite de la tendre compaffion
du Pere de l'Enfant Prodigue , il daigne laiſſerentrevoir
qu'il pourra bien ſe prêter à la réſipiſcence
de ce Fils égaré , il n'en eſt pas moins vrai que
laGrande-Bretagne , pour ſe ſoutenir maintenant
contre les Américains & la Maiſon de Bourbon
leur Alliće , a néceſſairement beſoin de l'argent des
riches Hollandois ; que , tant qu'ils feront en
guerre avec nous, ils aimeront mieux confier leurs
fonds à leurs propres Etats , dont les Emprunts ,
s'ils ne font pas très-lucratifs , ont du moins une
grande ſolidité pour le Prêteur , qu'ils les confieront
même de préférence à la France , principale(
119 )
ment ſous lagarantie de leurs Etats , ce dont on a
uue preuve bien claire dans la rapidité avec laquelle
ledernier Emprunt de cette Puiſſance en Hollande a
été rempli; & que dès-lors il eſt pour le moins
autant de notre intérêt que de celui des Provinces-
Unies de faire promptement notre paix avec cette
République. Mais , nous pouvons être aſſurés que
la paix , entr'elle&nous , n'aura pas lieu , du moins
en ce moment , ſi nous ne reconnoiſſons avoir été
les Agreffeurs dans l'affaire de ſon Amiral Comte
de Byland ; fi nous ne donnons ſatisfaction aux
Etats-Généraux , pour l'infulte , non provoquée ,
que nous fîmes à leur pavillon dans cette affaire';
ſi nous ne puniſſons ni ne condamnous même
l'Officier Anglois qui , au mépris des droits de
L.H. Puiſſances , eut l'injustice d'aller enlever deux
vaiſſeaux des Rebelles ſous le canon du fort Hollandois
de l'Ile de Saint- Martin; fi nous n'iodemniſons
complettement tous les malheureux Colons ou
Marchands de l'Iſſe de Saint-Eustache , nés ou non
ſous la domination des Provinces-Unies , que nous
avons dépouillés , fans tirer un ſeul coup de fufil
en Flibuſtiers , en Brigands; ſi nous ne rendons ,
d'après l'eſtimation qu'en feront L. H. Puiſſances
la valeur entière , bâtimens & cargaiſons compriſes,
de 7 vaiſſeaux de guerre &de près de 800 Navires
Marchands que nous avons enlevés à la République ;
enfin , i nous ne promettons folemnellement de reconnoître
&de reſpecter l'Etat des Provinces-Unies
comme Membre de l'illuſtre Confédération neutre
&armée.... Et il ne faut pas croire que les Hollandois
, dont nous avons ſuffisamment éprouvé le cou.
rage à Dogger's Bank , ne feront pas plus redoutables
fur mer en 1782 , qu'ils ne l'ont été en 1781 .
Tout leur manquoit : bois de conſtruction , inftrumens
, artillerie , ouvriers. Ils ſe ſont pourvus de
toat , à grands frais , avec des difficultés immenfes,
& leur Marine va reparoître dans ſon ancienne
ſplendeur.
,
,
(120 )
On parle toujours de la paix avec la
Hollande; nos papiers ont même déja préſenté
des plans à ce ſujet ; s'il faut les en
croire , voici les conditions qu'a d'abord
propoſé le Ministère Ruffe.
Art. 1. Une fatpenfion d'hoſtilités ſera déclarée
inceſſammeot. Réponse. Accordé. 2. On rettituera des
deux côtés toutes les Places priſes ou à prendre le
jour de la fignature du Traité. Rép. Accordé ; mais
avec cette réſerve , que l'Ifle de Saint - Etuſtache
reſtera entre les mains de l'Angleterre , juſqu'à ce
qu'elle ait ou foumis les Américains , ou fait la paix
avec eux ; cette Iſſe ſervira d'orage que les Hollandois
ne les afſiſteront point d'armes ni de munitions
navales. 3. Au cas que la Hollande ſoit attaquée
par la Maiſon de Bourbon , l'Anglettre lui fournira
dix mille hommes de tropes & vingt vaiſſeaux de
ligne pour l'atliſter. Rép. Un tel article doit être
exactement réciproque. L'Angleterre accede à cette
condition , pourvu que la Hollande s'oblige au même
ſecours à l'égard de l'Angleterre , qui ſe trouvant
actuellement attaquée , demande fon aſſiſtance
immédiate. 5. On demande une navigation libre ,
fans qu'on ait droit de faire aucune recherche , ſous
quelque prétexte que ce ſoit. Rép. Les Traités & le
Droit des Gens ſur leſq els ce point eſt appuyé ,
doivent le régler. 5. Les Barrières Holiandoiſes ,
dontPAngleterre eſt ggaarante , ne feront pas démolies
Rép . L'Angleterre emploiera tous ſes bons
offices auprès de Sa Majesté l'Empereur , pour l'ergager
à ne pas les raſer. - Telle eft , dit - on , l'ouverture
de laNégociation; le Ministre Ruſſe a décla
ré, que l'Angleterre devoit accorder ſans équivoque
&pofitivement la liberté du commerce , & que la
Hollande ne feroit pas forcée à entrer en guerre
avec la France. Ces articles devoient être difcutés
avant qu'on en vint à l'affaire de M. van Berkel ; &
fi
( 121 )
fi le dernier point étoit réglé d'une manière fatist
faiſante , on devoit faire une apologie au Roi d'An
gleterre.
Il eſt très vraiſemblable que ces propofitions
n'ont jamais été faites ; l'article qui
regarde St Eustache ſeroit très-plaiſant , ſi ,
comme le bruit commence à s'en répan
dre , les François ſe ſont emparés de cette
Ile , que nos Miniſtres veulent conferver
pour leur fervir d'ôtage. Ce bruit eſt d'au
tant plus vraiſemblable , que l'on fait que
le Marquis de Bouillé étoit parti pour une
expédition que nous croyons regarder la Barbade
, & qui peut avoir eu St-Eustache pour
objet. Nous ne tarderons pas à en être
éclaircis. En attendant , ces projets de paix
n'en impoſent point aux Hollandois ; voici
comme ils s'expriment eux mêmes à ce
fujet.
>> Il n'eſt pas douteux que les négociations pour
une paix particulière entre la Grande-Bretagne &
la République , ſe continuent ; mais ce grand, ouvrage
n'eſt pas plus avancé aujourd'hui qu'il ne
P'étoit au mois d'Août dernier. Si l'éloignement de
la Cour médiatrice ne contribuoit pas lui - même
à la lenteur de ces négociations ,les diſpoſitions de
la Grande-Bretagne ſuffiroient ſeules pour la faire
traîner en longueur. Nous pénétrons ſes vues. En
nourriſſant parmi nous l'eſpoir d'une réconciliation ,
elle ſe propoſe d'engourdir de plus en plus la République
, de rallentir ſes préparatifs de guerre , &
fur-tout d'empêcher toute liaiſon entr'elle & les
autres ennemis de l'Angleterre. Elle a retiré trop
d'avantage de ce manque deconcert entre les diverſes
Puiſſances , pour ne pas tâcher de l'entretenir àtout
19 Janvier 1782. f
( 122)
prix , & rien n'eſt plas propre à remplir ce but
que la tiédear& la defiance qu'une parcille négociation
doit néceſſairement caufer. Pendant que
celic-ci traineroit de meis en mois , les orfres
pour les hoftilités dans les deux Indes ne ſeroient
pas révoqués ; les conquéres ſe continueroient , &
Ja République défarmée , en butte aux attaques d'un
ennemi déclaré , comme aux mépris & aux reproches
d'amis induferens, ſe trouveroit la victime
detes propres ménagemens &de la conduite aufi
hautaine qu'infidicule deton prétendu allié. C'eft
doncpourne pas s'expoſer aux fuites funeſtes d'une
négociation illuſoire , que notre Gouvernement ,
dans la réponſe remiſe le 19 Décembre au Prince
de Gallitzin , a exigé pour préiminaire qu'on ne
ſedépartiroit point dans cette négociation du ſens
du Traité de la Neutralité armée. Malheureuſement
l'exclufion des Cours de Suède & de Danemarck
ſemble indiquer que les articles 7 & 8 de ce Traité
ne lui ferviront pas de règle , quoique la première
de ces Cours , a ſſi conftante à obſerver ſes engagemens
,que fincère enles contractant , ne paroiffe
point les avoir perdus de vue dans l'offre de la
médiation «.
Pendant le cours de l'année dernière ,
il est né dans cette ville & dans les franchiſes
de Westminster 170216 enfans ; le
nombre des morts ſe mente à 20709 .
FRANCE.
DeVERSAILLES , le Is Janvier.
1
!
• La maladie de Madame Comteſſe
d'Artois ne donne plus les mêmes inquiétudes;
ſon pouls n'étant preſque plus fébrile
& une fonte d'humeur plus abondante s'é(
123 )
tant établie, elle fut purgée pour la feconde
fois le 9 de ce mois ; les nuits depuis ce
rems ont été bonnes & le calme s'eſt rétabli.
D'après cette heureuſe tournure qu'a prife
une maladie d'abord fort alarmante , le
grand appartement qui avoit été ſuſpendu ,
a eu lieu Dimanche dernier ; & ce ſoir il
y aura bal paré & bal maſqué.
1
De PARIS , le Is Janvier.
Les tems affreux qu'on a eſſuyés en mer
depuis le 20 du mois dernier , ont forcé M.
deGuichen de rentrer à Breſt avec ſon efcadre
& une partie de ſon convoi. M. le
Marquis de Vaudreuil , avec le Triomphant
qu'il monte , & le Brave , commandé par
M. d'Amblimont , a continué la route avec
tout ce qu'il a pu raſſembler du convoi des
Antilles. Ces deux vaiſſeaux font neufs ,
excellens voiliers , & n'avoient pas fouffert
dés mauvais tems , ce qui fait efſpérer qu'à
préſent que les vents ont changé , ils arriveront
heureuſement à leur deſtination. La
rentrée du reſte de l'eſcadre a raſſuré fur
les dangers qu'on craignoit pour elle ſi
elle fût reftée en mer , expoſée aux coups
de vent fucceffifs de S. O. qui fe font fait
ſentir dernièrement , & qui auroient pu la
jetter à la côte .
Le Miniſtre a envoyé à Breſt M. Guillor ,
Intendant de la Marine de ce Port & M.
Groignard ; on dit qu'il ſe pourroit qu'il
s'y rendit lui même dans 8 ou so jours.
f 2
( 124)
Tant de zèle & d'activité ne permettent pas
de douter que l'eſcadre ne ſoit bientôt en
état de reprendre la mer. 2 ou 3 vaitſeaux
ont fouffert , dit on , des dommages , qui
exigent une réparation prompte. La foudre
a briſé le mît de miſaine de la Bretagne ,
& a mis le feu à ſon arrière ; ce beau vaifſeau
a auſſi perdu tout fon cuivre. Le Zodiaque
qui avoit également beaucoup fouffert
, a , dit- on , eu le malheur de toucher
en rentrant. C'eſt le premier vaiſſeau qui
ait été déſarmé. Les autres n'auront pas beſoin
de tant de réparations , mais tant que
le vent d'oueſt aura duré, il n'aura guère
été poſſible de les réparer en rade. M. de
la Motte-Piquet aſſure que ſon vaiſſeau ſera
prêt avant 15 jours ; pluſieurs autres ne
demandent pas plus de rems; & quand il
faudroit en condamner un ou deux , le
Protecteur qui vient de ſortir du baſſin , &
le Puiffant , qu'on prépare à l'Orient , pourroient
les fuppléer. Ainſi M. de Guichen
avant trois ſemaines , aura une auffi belle
eſcadre que celle que la tempête avoit menacé
de détruire. Il faudra peut être un peu
plus de tems pour rétablir & pour rafflembler
les tranſports. Il eſt à craindre que
dans le coup de vent du 23 qui les a difperfés
, il n'y en ait quelques-uns qui aient
péri. 27 navires font entrés à Breſt avec la
lotte ; on a lieu de ſe flatter que les autres
auront cherché & trouvé un aſyle dans les
Ports voiſins ; on fait que 6 font arrivés à
( 125 )
l'Orient ; on ne peut apprendre que fucceflivement
la rentrée des autres dans différens
Ports ; & ce n'est qu'alors qu'on
pourra juger de la perte que la ſaiſon
, les mauvais tems , une mer orageuſe
, n'ont pas permis de prévenir. La
Terpficore eft rentrée à l'Orient avec 2 des
bâtimens qu'elle eſcortoit du convoi de
Bordeaux; on attend des nouvelles de 7 à
8 autres du même convoi qui ſont avec la
Néréide.
Le 21 de ce mois , l'Illustre & le St.
Michel n'étoient pas encore partis de Cadix
, où M. de Buſſy n'étoit pas non plus
encore arrivé , à cauſe des mauvais chemins.
Quant à l'armement Eſpagnol , il
étoit prêt ; il n'attendoit que ſes derniers
ordres pour mettre à la voile. Le bruit
même s'eſt répandu ici que l'eſcadre entière
, forte de 36 vaiſſeaux de ligne , étoit
fortie du port ; on fait qu'il doit s'en détacher
une diviſion avec un convoi confidérable
pour le golphe du Mexique. Nous
n'avons pas encore des nouvelles poſitives
de ſa ſortie ; elle a dû avoit lieu , à moins
que la nouvelle de la rentrée de l'eſcadre
de Breſt ne l'ait ſuſpendue.
Nos lettres de Madrid du 28 ne pouvoient
pas en parler.; elles annoncent feulement
la mort du Cardinal Delgado , Archevêque
de Séville , Patriarche des Indes
& grand Aumônier. On venoit d'y publier
une Bulle du Pape , portant prorogation
f3
( 126 )
de 4 années de la permiſſion accordée en
1778 aux ſujets du Roi d'Eſpagne de faire
gras pendant le carême , à l'exception de
trois jours de la ſemaine. Cette permiffion
s'achette affez cher , parce que chacun eſt
taxé ſelon ſon état& fa fortune ; les aumônes
qui en proviennent font levées par
les Collecteurs ordinaires des aumônes
de la Bulle de la Cruzade.
Nos lettres de Mahon font du 17 Décembre
; elles contiennent les détails ſuivans
:
>> Depuis que nos Généraux & nos Ingénieurs
ont décidé que le Fort Saint-Philippe pouvoit être
réduit de vive force , & que la Cour de Madrid a
confenti qu'on en fit le fiège , tous les travaux
du camp n'ort eu que ce but ; c'eſt ce qui a fait
négliger le blocus de cette place par mer ; car
peu importe qu'elle reçoive de tems à autre quelques
rafraîchiſſemens , ces foibles ſecours ne la feront
pas tenir un jour de plus.Apeine les petites
batteries de Beneſay, de Philipet,&c. furent élevées ,
qu'on fongea à celles qui principalement doivent réduire
la place. - Les troupes auxquelles on a fait
quelques gratifications , ont travaillé avec une ardeur
& une activité qui ne ſe ſont point rallenties .
Cing batteries ont été élevées fans beaucoup de
pertes , à 200 & à 300 toiſes de la place ; elles
portentles noms des cinq brigades qui compoſent
l'armée , & qui font chargées de les défendre.De
petites éminences ont favorisé les travaux. Leur
communication ſeule eſt encore expoſée au feu de
T'ennemi ; mais on parviendra à éviter cet inconvénient
, en faiſant des murs de pierre qui ont déja
exercé la patience Eſpagnole , & qui tous réutil
fent fort bien. L'ennemi n'a eu connoiſſance de
( 127 )
ces approches qu'au moment où l'une de ces batteries
fut aſſez élevée pour qu'il vît les travail
leurs . Il fit alors un feu aſſez bien foutenu , fouvent
fans caufer beaucoup de dommage. Il y aura
donc bientôt 120 canons & 36 mortiers à 200
toiſes de la place , qui répondront à ſon feu , Ilauroit
pu même déja commencer , ſi le Général ,
qui n'a de munitions que pour quinze jours , n'avoit
voulu attendre celles qui lui ſont préparées ,
& qu'on doit débarquer à chaque inftant. Alors
le fiége commencera , & M. le Maure , notre principal
Ingénieur , nous promet que dans moins de
quinze jours , il fera ceſſer entièrement le feu de
la place. Nous avons beaucoup de confiance en ſa
promeſſe , parce que cet Officier eſt un homme
du premier mérite , & que véritablement on voit ,
par ſes difpofitions que jamais attaque n'aura
été auſſi chaude ni auſſi terrible , fi elle eſt auſſi
bien foutenue qu'elle fera dirigée. Par les rapports
des déſerteurs , nous ſavons qu'il n'y a que 2900
hommes dans la place , en comptant quatre cens
matelots qui font le ſervice aux batteries ; il faut
ajouter à ce nombre 150 ou 200 Corſes arrivés
dernièrement de Livourne « .
,
La priſe , ou plutôt la ſurpriſe de Saint-
Eustache , eſt un évènement bien fingulier
par ſes circonſtances , & fait le plus grand
honneur à la bravoure des troupes chargées
de cette expédition & du Général qui
l'a conduite. Nous placerons ici la relation
d'un Officier qui offre quelques détails qui
ne ſont point dans celle du Marquis de
Bouillé que nous avons déja donnée , &
qui ne pourra que piquer la curiofité de
nos Lecteurs.
>> La petite eſcadre ſortie le 15 de Novembre de
1
:
f4
( 128 )
la Martinique , mit dix jours de traverſée au lieu
de trois ou quatre qu'il lui en falloit pour arriver ,
parce qu'elle vouloit , en faifant un grand détour ,
cacher ſon expédition aux Iſles ennemies voifines ;
elle ne pouvoit pas être traverſée par le Gouverneur
d'Antigue , parce qu'on ſavoit que le ſeul
vaiſſeau de ligne qui ſe trouvoit dans ce port , &
qui ſeul auroit pu diſſiper l'eſcadre Françoife , étoic
en carene. Le 20 , M. de Bouillé rencontra un
cutter de M. de Graffe , qui venoit annoncer an
Fort-Royal la prochaine arrivée de ſa flotte. On
tint conſeil à bord de la principale frégate , pour
décider ſi on ne retourneroit point ſur ſes pas ;
l'arrivée de l'armée promettant de faire d'autres expéditions
bien plus importantes que celle qu'on avoit
en vue. L'avis général fut de ne pas abandonner celleci
, puiſque l'on étoit ſi près du but , d'autant encore
que ne s'agiſſant que d'un coup de main , on
pouvoit être de retour à la Martinique 8 jours
après. En conféquence , on continuade faire route
fur St-Eustache. On louvoya pendant la journée du
23 près de l'ile , mais non en vue, afin de la ſurpren.
dre pendant la nuit. M. de Bouillé la prit par le revers
, il fit ſa deſcente d'abord avec 400 hommes ,
dans un endroit où l'ennemi ne ſoupçonnoit pas
que l'on pûr aborder; car un mois auparavant
le Gouverneur ayant fait reconnoître ce lieu par
fes Ingénieurs , ils avoient décidé qu'il étoit inutile
de le fortifier & même de le faire garder , par
l'impoſſibilité phyſique que les bateaux puſſent en
approcher , & que des ſoldats parvinſſent à eſcalader
les roches. Ils s'étoient trompés ; les ſoldats
Fançois en s'aidant réciproquement avec des cordes
& quelques échelles , gravirent la roche ; cependant
ce ne put être qu'avec lenteur , le jour approchoit
; M. de Bouillé jugeant qu'avec ſes 400
hommes , il donneroit à l'ennemi une plus chaude
alarme , à cette heure-là , que trois heures plus tard
( 129 )
avec le reſte de ſa troupe , ſe décida à marcher
vers le Fort. - Les troupes ſe mirent en mouvement
dans le plus grand filence , renant leurs armes
bas ; elles furent rencontrées par pluſieurs habitans
qui voyant des habits rouges , ( cetre colonne étoit
preſque toute compoſée d'Irlandois ) , les pritent
pour des foldats de la garniſon. Cette petite troupe
parvint ainſi ſans être découverte iſqu'à la place
d'armes , où elle trouva une partie de la garnifon
qui faisoit l'exercice. Au moment d'un demi- tour, à
droite, les Anglois furent aſſaillis d'une ſalve qui fit
tomber les armes des mains de pluſieurs ſoldats , &
on penſe bien que la ligne fut extrêmement dérangée.
On fondit fur eux la bayonnette au bout du fufil ; ils
étoient trop effrayés pour qu'ils puiffent faire quelque
réſiſtance. Au même inſtant la ſeconde colonne
aux ordres de M. Defreſne , Major du régiment
Royal-Comtois , qui devoit s'emparer du fort , arriva
devant le pont-levis ; quelques fuyards de l'exercice
s'empreſſoient de le lever , on fit feu fur eux ; le
pont abandonné reſta baiſſé ; on s'empara du fort ; les
cafernes furent pri es de même ; la moitié de la garniſon
n'étoit pas encore debout, deſorte qu'on ne
trouva nulle réſiſtance. Le parti chargé d'arrêter le
Gouverneur , trouva ſur la grande route un Officier
monté ur un affez beau cheval qui ſembloit faire fa
promenade ordinaire. M. O Connor , Capitaine de
chaffeurs du régiment de Valsh , ſaiſit la bride du
cheval en annonçant à l'Officier qu'il le faifoit fon
prifonnier. Peut-être lui parla-t-il Anglois , car l'Officiernetint
nulcompte de ce propos ,& crut un moment
que c'étoit une plaifanterie ; mais M. O Connor
lui ayant certifié de nouveau qu'il étoit ſon prionnier
& que les François étoient maîtres de l'Ifle ,
l'Officier piqua ſon cheval qui étoit trop vigoureux
pour que M. O Connor pût le retenir ; il le fit arrêter
pourtant , en ordonnant aux foldats de faire feu ;
ce lui-ci entendant les balles ſiffler à ſes oreilles , ſe
fs
( 130 )
rendit de bonne grace , & semit ſon épée. Alors le
Capitaine Irlandois pria fon prifonnier de vouloir
bien le conduire chez le Gouverneur ,afin qu'il fe
rendit maître de fa perfenne , avant de le voir exposé
à être enlevé par des foldats , qui peut-être ne le refpecteroient
pas autant que lui. L'Officier lui répondit
qu'il n'iroit pas loin pour le trouver &que le
Gouverneur étoit le prifonnier qu'il venoit de faire.
C'eſt ainſi que fut pris M. Cockburn & que l'Iſſe fut
foumiſe. Les troupes furent guidées dans leur defcente
& dans leur marche par un François qui avoir
demeuré dans cette ifle , & qui avoit été pillé inhumainement
comme tant d'autres par les Généraux
Anglois. Un habitant de la petite Ile de Saba ſervst
de même M. le Comte de Damas qui , avec 100
hommes ſeulement , étoit defcendu pour en prendre
poffeflion. Il enfiloit un petit ſentier au bout duquel
so Anglois en embuſcade auroient écrasé ſa petite
troupe avant qu'elle eût pu s'appercevoir du danger ;
l'honnéte habitant la guida par un autre chemin;
ontourna l'ennemi; il fut pris fans coup férir. Comme
le butin qu'on a trouvé à St-Eustache , provenoit en
entier de la vente des effets && des marchandises enlevés
par l'Amiral Rodney, il étoittout en argentcomprant,
il a été diftribué fur- le- champ aux troupes : chaque
foldat a eu 100 écus; la part du Comte de Bouillé
a éré de 30,000 liv. & celle du Gouverneur général
, fon coufin , de 170,000. Cette expédition
"n'a coûté que 8 ou 10 hommes , & encore par
-l'imprudence ou l'ardeur de quelques ſoldats , qui
-voulant aborder les premiers , fiient chaviter un
bateau ; comme il étoit nuit on ne pat les fecourir.
M. de Bouillé n'a mis que 30 jours dans
ſa traverſée , étant parti le 30 Novembre. M. le
Comte deGraffe étoit fignalé ce jour-là du Fort-
Royal ; il y amenoit 32 vaiſſeaux , les autres ayant
pris la route de St-Domingue «.
,
1
( 131 )
Leréſumé ſuivantdes liſtes des priſes faites
fur mer& les réflexions qui l'accompagnent,
ne peuvent que faire plaifir à nos Lecteurs ;
nous nous empreſſons de les leur mettre
fous les yeux , & de remercier le citoyen
àqui nous les devons.
,
&
>>Ayant obſervé dans le cours des années précé
dentes , que la liſte des priſes des navires étoit toujours
fort enflée dans les papiers étrangers
Convent incomplette dans les nationaux , je me ſuis
borné cette année à en faire le relevé ſur votre
Journal , qui donne les liftes envoyées par une
Compagnie d'affurance d'Angleterre. En voici le
réſultat pour l'année 1781 .
Bâtimens pris.
Sur les Anglois. Par les Anglois .
Par les François , 305 Sur les François , 192 ..
Par les Eſpagnols , 42 Sur les Eſpagnols , 33 .
Par les Américains , ISI Sur les Américains , 55 .
Par lesHollandois , 21 Sur les Hollandois, 254 .
519
,
$44.
Les bâtimens pris ou coulés bas par les François
dans la baie de Chéſapeak ne ſont pas compris
dans ce relevé'; des 305 priſes faites par les François ,
il y en a 118 de rançonnées. Les Américains en
ont rançonné très - peu ; & les Eſpagnols & les
Anglois aucune. Il feroit fans doute à defirer qu'on
fût ramener toutes nos priſes en France , comme
le preſcrivoit l'Arrêt du Conseil d'Etat du 11 Otobre
1780. La perte de leurs matelots & de leurs
bâtimens ſeroit beaucoup plus ſenſible aux Anglois
que celles de leurs guinées. On voit que la balance
générale ſeroit encore plus au déſavantage des Anglois
dans cette année 1781 , que dans la précéf6
( 132 )
dente, ſans les nombreux bâtimens qu'ils ont enlevés
par ſurpriſe aux Hollandois ", "
Une perſonne qui n'a pas voulu être
connue , a fait remettre à l'Académie de
Châlons-fur Marne une ſomme de 400 livres
qui ſera donnée le 25 Acût prochain ,
àl'Auteur du meilleur mémoire fur cette
queſtion intéreſſante: Quelssont les moyens
d'améliorer en France la condition des Laboureurs
, des Journaliers & des hommes de
peine vivant dans les campagnes , & celle
de leurs femmes & de leurs enfans. Les Mémoires
écrits en françois ou en latin feront
envoyés avant le premier Juillet à M. Sabathier
, Secrétaire perpétuel del'Académie.
> La même Académie qui avoit propolé pour
Sujet d'un de ſes Prix quel feroit le meilleur plan
d'éducationpour le peuple, a couronné un Mémoire de
M.deGoyond'Azzac,de la ville de Mezin en Guienne,
ancien Confeiller au Parlement de Bordeaux . Ce
Mémoire eſt écrit avec autant de ſageſſe que de
clarté & de préciſion ; le Plan qu'on y propoſe eſt
ſimple & d'une exécution facile. L'Auteur ne s'écarte
point de nos uſages & de nos moeurs , il veut ſeulement
les perfectionner , en formant parmi le peuple
des hommes nerveux & induſtrieux , capables de
cultiver tous les Arts , fidèles à leur Souverain , &
ſolidement attachés à la Religion , ſans laquelle
tous les principes chancellent & les moeurs des
nations s'évanouiſſent . - Elle avoit un Prix extraordinaire
ſur ce ſujet : Lorsque la ſociété civile
ayant accusé un de ses membres par l'ordre du
Ministre , succombe dans cette accusation , quels
Seroient lesmoyens les plus praticables & les moins
difpendieux de procurer au citoyen , reconnu inno-
4
( 133 )
cent , ledédommagement qui lui eſt dû de droit
naturel ? Deux Mémoires ont partagé ce Prix ;
l'un eſt de M. Briflot , Avocat au Parlement de Paris,
Il eſt écrit avec feu ; l'Auteur y peint d'une manière
énergique & touchante la captivité où gémit l'innocence
que la Juſtice trompée fait languir dans
les fers . Il y établit les principes moraux qui ſervent
de baſe à tout pacte ſocial , & il recherche les
moyens de rendre moins fréquentes les fauftes
acculations. La ſituation déplorable des accuſés avant
le jugement qui les condamne ou les abſout , excite
dans l'ame de l'Auteur une commifération digne
d'unebelle ame. Il propoſe des réformes ſages dans
le Code & dans l'Inſtitution des procédures criminelles.
Traitant du dédommagement qui eſt dû à
l'accuſé reconnu innocent , il établit le juſte équilibre
qui doit balancer le délit & la réparation que
la ſociété eft en droit d'exiger. Ces principes font
la baſe invatiable ſur laquelle il établit les dédommagemens
auxquels doit prétendre quiconque a été
lavé de tout ſoupçon par un Jugement authentique.
- Le ſecond Mémoire , qui a pour Auteur M.
Philipon de la Madeleine , Tréſorier de France
Avocat du Roi au Bureau des Finances du Comté
de Bourgogne , de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de Besançon , offre un Plan méthodique &
ſuivi, des id es (aines , des vues ſages & lumineuſes .
L'Académie a diftingué un troiſième Memoire
dont elle a fait une mention honorable.
-
On mande de la Roque-Dolmes , petite
ville du Diocèſe de Mirepoix , que le nommé
Jean Arnaud y nourrit un cochon de
dıx mois , qui , au lieu d'ongles , a quatre
cornes à chacun de ſes pieds Les deux des
pinces ont huit pouces de long , & les deux
des talons n'en ont que quatre. Les unes
( 134 )
&les autres ont la dureté des cornes de
chèvres ; elles ſont cependant d'une extrême
ſenſibilité. Il eſt aſſez agile pour ſe procurer
dans les champs la nourriture néceffaire.
Sa démarche eſt très- fingulière ;
tous ſes pas font cadencés par le cliquetis
detoutes les cornes , dont le bruit reſſemble
à celui des caftagnettes. On ajoute que
ſi quelqu'un étoit curieux de ſuivre les progrès
de cette production contre nature ,
le propriétaire de cet animal en fera bon
marché.
Parmi les productions intéreſſantes des
arts qui ſe publient journellement dans
cette capitale , les Amateurs & les Artiſtes
diftingueront deux Eſtampes qui viennent
de paroître , dédiées à M. & à Madame
Boula de Nanteuil; l'une eſt la Soubrette
Confidente , & l'autre ba Marchande à la Toilette.
Ces ſujets ont été peints par M. Lavrins,
Peintre Suédois , dans le genre de Beaudouin,
mais dont les rableaux à gouache ſont
beaucoup plus précieux par le faire
fonne , juſqu'à préſent , n'atraité ce genre
de peinture avec autant de fini , & n'y
a répandu plus d'imagination , de graces &
de fraîcheur ; tous ſes ſujets ſont peints
dans le coſtume du jour avec la plus
grande élégance. L'Artiſte qui les a gravés
( 1 ) , eſt le même à qui nous devons
د
; per-
(1) M. Vidal, rue des Noyers , la première porte cochère
( 135 )
pluſieurs Estampes dans différens genres ,
& dont le recueil mérite une place diftinguée
dans les porte-feuilles des Amateurs;
il nous promet dans le courant de l'année
fix Sujets d'après le même Peintre , & tous
dans le genre galant.
Hélène Julie Denteville , épouse du Marquis
de Ferriere de Saulve Boeuf, Capitaine
de cavalerie au régiment d'Artois , eſt morte
le 30 Novembre dans ſes terres du Limoufin...
Marie - Elifabeth de Cubiac , veuve de
Henri de Faret , Comte de Fournis , Brigadier
dcs Armées du Roi , eft morte ici le 16
du mois dernier .
Marie-Paule-Angelique d'Albert de Chevreuſe
, Ducheffe de Chaulnes , Dame du
Palais de la Reine épouſe du Duc de
Chaulnes , Pair de France , eft morte en
cette ville le 17 du mois dernier .
Eugène-Eléonore de Bethizy , Marquis
de Mézières , Lieutenant-Général des Armées
du Roi , Gouverneur de Longwy , eft
mort dans ſon Gouvernement le 17 Novembre.
,
Le Roi par une Ordonnance du 12 du mois
dernier, concernant l'Ordre Royal & Militaire de
Saint-Louis a ordonné le rétabliſſement d'une
penfion de 1000 livres , en faveur du plus an-
,
àdroite par la rue St-Jacques. On trouve chez lui ces deux
Estampes,&le Jaloux endormi & l'Infidélité reconnue , les
Baigneusesfurprises; & les 7 quifont fuite avec cette dernière,
be prix de chacune eſtde 3. liv.
( 136 )
cien Chevalier de cet Ordre , choiſi parmi les
troupes de terre , qui ne ſera pas d'ailleurs Chevalier
des Ordres de S. M. , ou Grand Croix
ou Commandeur dudit Ordre Royal & Militaire :
penfion dont ce Chevalier jouira en ſus de toure autre
qui lui auroit été déja accordée ſur les fonds de
l'Ordre. Il ne fera cependant diſpoſé de ladite
penfion de 1000 livres que de l'ordre exprès de
S. M. Les Officiers qui feroient dans le cas de prérendre
à certe penſion , enverront au Secrétaire
d'E at de la Guerre , leur extrait-baptiftaire , l'état
de leurs ſervices , & l'époque de leur admif
fion à l'Ordre de Saint-Louis.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , qui établit
une Commiſſion pour connoître & juger ſouverainement
& en dernier reſſort , de la qualité &
du droit de ceux qui ſe prétendent héritiers de
la ſucceſſion de Jean Thierry , mort à Veniſe en
1676 , & ordonne que dans ſix mois , ils produiront
pardevant ladice Commiſſion , tous les titres
papiers , documens & généalogies ſur leſquels ils
entendent établir leurs prétentions , enregiſtré aux
Requêtes de l'Hôtel , le 7 Décembre 1781 .
,
Jean Thierry , qui defiroit de faire parvenir ſa
fucceſſion à ſes véritables héritiers , a fait , dans
fon teftament , la généalogie la plus exacte , de
Ca famille. Il y dit qu'il est né de François
Thiery & de Françoiſe Brico , de Château-Thierry ;
que ce François étoit fils de Robert Thierry , Gendarme
du Roi de France , & originaire de Lorraine
, lequel avoit deux autres fils ; l'un nommé
Claude,reſté en Lorraine , & l'astre , Pierre , retiré
a Bafle en Suitſe. Ces faits & existence de
ces perfonnes , ſont justifiés par MM. Dorez &
confo ts, qui prouvent leur deſcendance en ligne
directe dadit Robert Thierry , par le dits Claude
& Pierre Thierry , oncles du Teſtateur. Ceux
( 137 )
qui prétendent à cette ſucceſſion , doivent faire
une pareille preuve ; car il ne ſuffit pas de faire
voir que l'on deſcend d'un Claude ou d'un Pierre
Thierry , plufieurs individus ont porté le même
nom , ſans être de la famille du Teftateur ; il
faut donc conſtater que ce Claude & ce Pierre
étoient fils de Robert Thierry , pour avoir droit à
l'hérédité.- Tous ceux qui voudront être inſtruits
plus parfaitement , pourront adreſſfer leurs lettres
franches de port , ſans quoi elles ne feront pas
répondues , à M. Parmentier , Avocat , Hôtel de
Valois , rue Saint- Denis , l'un des héritiers de
Claude Thierry oncle du Teſtateur , du chef
de la dame Anne Thierry ſon épouſe , ou à M.
Pacotte , Avocat au Confeil , rue des Lavandieres ,
près Sainte-Opportune , ou enfin , à M. Meſlageot ,
rue Quincampoix , Hôtel de Londres.- Pluſieurs
perſonnes peuvent avoir des pièces effentielles concernant
cette fucceffion; elles ſont priées d'en
donner l'analyſe aux adreſſes ci-deſſus.
De BRUXELLES , le 15 Janvier.
,
La réponſe de la Cour de Suède aux
plaintes que le Ministère Anglois lui a fait
faire du refus qu'a fait la frégate qui efcortoit
le convoi de navires neutres partis
du Texel , d'en laiſſer fouiller aucun n'a
pas été agréable à la Cour de Londres ; elle
ne doit pas être non plus fatisfaite de la
manière dont la Ruſſie enviſage cet évènement
, & de la réponſe qu'elle a faite au
Miniſtre Suédois , qui , par ordre du Roi
ſon Maître , lui a fait part des plaintes de
l'Angleterre , & de ce qui lui a été répondu.
( 138 )
,
>> S. M. I. , écrit-on de Pétersbourg , a fortement
approuvé la conduite & la réponſe de la Suède;
l'une & l'autre ſont exactement conformes au
principe , d'après lequel elle agitoit en pareil cas ;
en conféquence , ſi la Cour de Londres refuſoit de
s'en contenter & prétendoit viſiter des navires
marchands neutres qui ſe trouveroient ſous convoi
ou protection du Roi ou tout autre pavillon Souverain
neutre de quelqu'un des Alltés , S. M. I.
feroit toujours prête à concourir & à coopérer
avec S. M. Suédoise & ſes autres Alliés pour s'y
oppoſer , & maintenir en pareil cas l'indépendance
des pavillons réciproques. Tous les Miniſtres Ruffes
réſidans dans les Cours des Puiſſances Belligérantes ,
doivent , dit- on , être prévenus qu'en cas qu'il y
Survienne quelques juſtes plaintes à l'égard de la
rétention, priſe & enlèvement ou mauvais traitement
de navires marchands y naviguant ſous payillon
de cet Empire ou de celui d'un des Alliés de
la convention de neutralité par des navires de
guerre ou des bâtimens armés de l'une ou l'autre
des ſuſdites Puiſſances Belligérantes ou de leurs
Sujets , chacun deſdits Miniſtres fera d'abord les
repréſentations & réclamarions néceſſaires pour la
revendication , réparation & bénéfication , & fe concertera
à cet effet avec les Miniſtres des autres
Cours alliées , fans demander ou attendre des ordres
ultérieurs ; les Cours alliées ayant été priées de
donner de pareils ordres à leurs Miniſtres « .
د
La conduite de l'Angleterre à l'égard de
la Hollande , a donné lieu à ce concert de
réſolutions vigoureuſes & actives ; aucune
des Puiſſances neutres ne ſe laiſſera traiter
impunément comme l'a été la République ;
& iln'y a pas d'apparence que l'Angleterre
oſe s'expoſer à leur manquer.
( 139 )
Le Corfaire le Fleſſinguois , Capitaine Pierre le
Turcq , écrit-on de Flettingue , eſt rentré dans ce
Port le 29 Décembre . Outre les rançons qu'il a aites
,& qui montent a 1700 liv. fterl. , il s'eſt encore
emparé du Navire Anglois l'Induſtrie , qu'il a
rançonné pour 1000 guinées , & d'un brigartin de
100 tonneaux. Le 18 du même mois , il a repris le
navire François l'Amitié Royale , commandé par
le Capitaine Grandmaiſon , qui avoit été enlevé le
13 par le vaiſſeau de guerre Anglois le Prudent.
Le Capitaine Turcq , l'ayant rencontré , lui fit
quelques queſtions ſur leſqueles ſes réponſes
lui donnèrent de la défiance ; il lui lacha toute
ſa bordée , & le navire amena . Dans ce moment
, on entenditdes cris de joie : Nous ne fommes
plus prifonniers , voilà lepavillon Hollandois.
Le vaiſleau repris étoit de 22 canons ; mais il n'en
avoit à bord que 8 de 9 livres. Il est chargé de
munitions de guerre & de marchandiſes évaluées à
près de 600,000 liv. Il étoit deſtiné pour les Indes.
Les Officiers Anglois , qui conduiſoient cette
priſe, ſont deux Lieutenans de Roi , James Smith
& Dumcan Roff. Ce dernier eſt parent de l'Amiral
de ce nom .
Selon les lettres d'Amſterdam , le nombre
des vaiſſeaux arrivés au Texel pendant l'année
dernière , ſe monte à 593 , ce qui fait
1149 de moins qu'en 1780 ; ceux qui font
entrés au Vlie montent à 729 , c'eſta dire ,
170 de moins que l'année précédente.
Nous nous flattons , écrit - on d'Amſterdam ,
d'avoir , au commencement du printems prochain ,
une eſcadre confidérable. Voici la liste des vaifſeaux
qui ſe trouvent dans les différens Colléges d'Amirauté
de cette République. - Dans celui d'Amſterdam ,
un de 70 , fix de 64 , ſept de 54 , un de so , cinq de
( 140 )
,
44, deux de 40 , fix de 36 , & 7 de 24; ceux qui
ſe trouvent fur les chantiers de ce College ſont
trois de to , trois de 64 & un de 40. Total , 42
vaiſſeaux.- Dans le Collége de West-Friſe & du
Nord , un de 70 , cinq de 60 , un de so , un de 40 ,
un de 36 & deux de 20. Total , 11. -Dans celui
de la Meuſe , trois de 60 , deux de so , trois de 36 ,
trois de 20 ; & fur le chantier , un de 40. Total , 12 .
-Dans celui de Zélande , deux de 60 , un de so ,
un de 36 , & deux de 20 , en tout 6.-Dans celui
de Frife , un de 54 , un de 44 , un de 36 ; ſur le
chantier , un de 44 & un de 36. En tout 6. - 11
paroît d'après cet état que la République aura , au
printems prochain , 77 vaiſſeaux depuis 70 juſqu'à
20 canons ; on remarquera que le Collége d'Amirauté
d'Amſterdam en a à lui ſeul 42 , qui font
plus que ce que fourniſſent les quatre autres
Colléges réunis , qui n'en font à eux tous que
35.-Ces forces refpectables , & qui peuvent être
augmentées facilement , ne demandent qu'à agir , &
le feront utilement auffi-tôt qu'en les emploiera. Le
voeu général paroît maintenant pour une prompte
& folide alliance avec la France. La nouvelle de
la priſe de St-Eustache , que cette Nation a enlevée
aux Anglois , eft faite pour donner encore plus de
force à ce voeu ; M. Leſtevenon de Berkenrode l'a
envoyée par un exprès arrivé à la Haye le 8 au
matin. On ignore les détails ; mais on affure que
le premier acte d'autorité qu'a fait M. de Bouillé ,
après avoir pris poffeſſion de l'ifle , a été de faire
reftituer aux habitans un million qui leur appartenoit
, & que l'Amiral Rodney & le Général Vaughan
avoient mis en ſequeſtre chez le Gouverneur. La
France , dans ſa conduite avec nous , met une franchiſe,
une nobleſſe , une générofité , une loyauté qui
méritent ſans doute que nous y répondions ; depuis
que l'Angleterre nous fait la guerre , cette Puiflance
( 141 )
abien voulu la faire pour nous ; el'e rend à nos
ennemis , le mal qu'ils nous font , elle nous a protégés
pendant que nous délibérions ſi nous devions
armer; elle nous a conſervé le Cap de Bonne-Eſpérance
, &c .
On a auſſi des lettres de Surinam , venues
par la voie de la Martinique , en date du
25 Juillet dernier.
Cette Colonie ſe trouve actuellement dans un
état dedéfenſe ſi formidable , que loin de craindre
une attaque de la partdes Anglois , nous la défirons.
Les forts & les redoutes ont été rendus imprenables.
Les rivières ſont protégées par 2 vaiſſeaux de guerre
&8 navires marchands , tous très-fortement armés
& équipés , tandis que l'embouchure de la rivière
eſt ſous la garde de deux corſaires formidables . La
milice eft en très-bon état , & ſe trouve foutenue
par toutes les compagnies bourgeoiſes & le corps
de nègres libres . Outre cela , les negres marons ,
déclarés libres , viennent de nous envoyer un détachement
de leurs gens armés. Ils font vêtus d'un
demi-uniforme , & le Gouvernement les a placés
dans les leurs. Ils préfentent même un ſecours plus
confidérable en cas de beſoin. D'ailleurs tous les
autres nègres on eſclaves offrent auſſi leur ſervice
&leur viepour la conſervation de la Colonie contre
les Anglois , qu'ils regardent comme la cauſe de
ce qu'ils manquent de tabac , de pipes , de harengs
&de morue sèche. Enfin on attend encore à tous
momens quelques vaiſſtaux de guerre François . Pendant
la durée de la guerre toute exécution ſur les
plantages a été furfiſe par la Cour de Police. On
affure que les Anglois ont évacué les Berbices , que
d'ailleurs leurs forces à Effequibo & à Demerary
font d'une extrême foibleſſe. Au reſte , nous ſoupirons
après un convoi de la Patrie , vu que les
vivres ſont fort chers «, .
( 142 )
On lit les détails ſuivans dans pluſieurs
lettres de différens ports de France.
L'eſcadre de M. de Guichen a fans doute fouffert ;
mais il y a des vaiſleaux tels que le Majestueux ,
le Royal- Louis , le Fendant , &c. qui n'ont reçu
aucun dommage; tout va ſe réparer en rade , &
2ou 3 ſeulement entreront dans le port. Quant aux
tranſports , outre celui arrivé à Bordeaux , un autre
a mouillé au Paſſage , un troiſième à la Rochelle ,
un quatrième a péri en entiant dans la baie d'Audierne.
Il y a apparence que la Néréide avec le
refte de fon convoi aura continué ſa route , &
qu'elle aura pu même rencontrer le Triomphant
&le Brave. On ne pourra ſavoir au juſte que
dans quelque tems le mal causé par l'ouragan du
23 ; chaque jour on apprend l'arrivée de quelquesuns
dans différens ports. On faura plus tard combien
le Triomphant & la Néréïde en auront pa
raſſembler pour les conduire à leur deſtination.
La lifte officielle de l'Amirauté d'Angleterre ne
fait aucore mention que de 7 du convoi de Breft ,
& des de celui de Bordeaux. S'il en arrive quelques
autres dans les ports Anglois , ils ne peuvent
y être conduits que par les corſaires Américains ,
qui les auront trouvés ſéparés de leur eſcorte après
la tempête du 23 .
PRÉCIS DESGAZETTES ANGLOISES , du 9 Janvier.
,
Le 7 au matin , l'Amirauté a expédié au Chevalier
Rodney un Courier chargé des dernières
dépêches pour cet Amiral. -Le Warrior & le
Magnificent qui devoient le joindre à Plymouth ,
ne font pas encore fortis de Torbay ; s'ils ne le
joignent pas , ſon eſcaire , au lieu d'être de 14
vaiſſeaux , ne ſera que de 12.
Le Prince Edouard , qui avoit eu quelque tems
l'intention de fervir dans la marine , a changé d'avis,
& paroît préférer le ſervice de terre.
Les vaiſſeaux deſtinés pour l'Inde , emportent une
( 143 )
double proviſion de ſel & de farine pour s'en ſervir
dans leur retour enAngleterre , parce qu'ils ne trouventdans
cescontrées qu'avec beaucoup de difficulté,
les proviſions ſuffisantes pour leur voyage en Europe.
-Le Chevalier James Wallace n'ira point dans l'Inde,
comme on l'avoit dit ; on lui donnera le commandement
d'une eſcadre deſtinée pour la Baltique.
-On apprend , par une lettre de Bristol , qu'un
vaiſſeau de la Compagnie des Indes Danoiſes , qui
dans la détreſſe a relâché à Kings-Road , a rapporté
qu'il étoit parti le 20 Septembre du Cap , après avoir
été retenu près de 3 ſemaines par les Hollandois ,
ſous prétexte que ſa cargaiſon appartenoit aux Anglois,
mais en effet dans la vue de l'empêcher d'informer
le Commodore Johnstone de l'état & de la
poſition des Hollandcis. Quoiqu'il en ſoit , il n'a
point rencontré le Commodore. L'eſcadre de M.
de Suffren étoit partie du Cap.- Le tems a été
ſi mauvais , qu'il n'a pas été poffible aux vaiſſeaux
deſtinés pour les deux Indes de mettre à la voile.
Le vaiſſeau de S. M. la Bellone a été tellement endommagé
, qu'on penſe que ſon équipage ſera diftribué
àbord des autres vaiſſeaux prêts à mettre en
mer.
Extrait des dépêches reçues le 3 du Capitaine ..
Inglis. De la baie de Carle- Isle à la Barbade
le 30 Novembre. Vous voudrez bien informer les
Lords de l'Amirauté , que les vaiſſeaux de S. M. le
Saint-Albans & 1 Eurydice , font arrivés ici le 26
avec le convoi de Corke pour différentes Ifles . Tout
le convoi eſt arrivé , à l'exception du Peace & du
Plenty , de Belfast , de 200 tonneaux. Ces deux
bâtimens ont coulé bas le 30 Octobre à la hauteur
des Iſles Açores , & il ne s'eſt ſauvé qu'un ſeul
homme. M. Harvey , Capitaine du Convert ,
écrn de Gros - Iſſet dans l'Ifte de Sainte - Lucie au
Général Chriftie , qu'il a vu 12 vaiſſeaux de ligne
entrer à la Martinique le 26.
-
( 144 )
Le ſeconde lettre eſt du 3 Décembre ; on y donne
la liſte de l'armée Françoiſe, qui ne paroît pas exacte
puiſqu'on ne la porte qu'à 28 vaifleaux , en comprenant
les frégates .
On lit auffi une lettre de M. Cunningham , Gouverneur
de la Barbade , qui prétend que pluſieurs
vaiſſeaux de l'eſcadre Françoiſe ſont en réparation,
Il porte celle du Chevalier Hood à 20 vaiſſeaux , у
comprisle Saint-Albans qui vient de s'y joindre.
Mais fur ce nombre , il y en as qui ont le plus grand
beſoin de réparations , & qui par cette raiſon ne
pourront fervir pendant quelque tems ; deux de ces
derniers , l'Ajax & le Ruffel , l'un & l'autre de 74 ,
font abſolument hors d'état de ſervir.- Les lettres
des Iles aſſurent que M. de Monteil eſt toujours
à Saint-Domingue avec s vaiſſeaux de ligne , & que
les Eſpagnols en ont 7 à la Havane & 3 à Porto-
Ricco.On préſume que ces forces combinées étoient
deſtinées à bloquer l'iſle de la Jamaïque , & à empêcher
aucun renfort d'y entrer.
Le Tonyn eſt arrivé en 28 jours de Saint-Augustin
à Liverpool ; à ſon départ , tout étoit tranquille dans
la Caroline vers le 15 Novembre.-On dit que le
Général Arnold demande à venir en Angleterre au
printems prochain , & qu'il ne veut plus être employé
en Amérique pendant toute cette guerre.
Selon les lettres de New- Yorck , le Général
Clinton a envoyé à Charles-Town un renfort de
troupes ſous les ordres du Général Leſlie , qui
prendra le commandement de cette place.
Extrait d'une lettre du Capitaine Edouard
Thompson , commandant l'hyenne. -De Démerary
le & Décembre. Je reçois à l'inſtant la nouvelleque
les François , foutenus par trois frégates ,
font defcendus dans l'Ile de la Tortue. Je vais
m'y porter avec ; frégates pour les obliger de ſe
retirer ou pour la reprendre s'ils s'en font déja emparés.
Vous recevrez de mes nouvelles auſſi - tốt
après cette expédition.
déboursés d'impreſſion & des gravures . On propole
aux Perſonnes qui defireroient contribuer à le
faire paroître , d'envoyer à Belin , Libraire , ru: S.
Jacques , à Paris , une fimple foumiffion de prendre
les Exemplaires lorſqu'ils paroîtront , le prix , qui
eſt de 24 livres,ne devant être payé que lors de la
livraiſon . Celles qui defireroient avoir une idée plus
détaillée du plan , & auxquelles le Profpectus ne
feroit pas parvenu , peuvent s'adreſſer au même
Libraire , qui leur en fera paffer.
TABLE
Du Journal Politique.
Copenhague ,
Varfovie,
97 Londres ,
99 Versailles,
1ος
122
Vienne, ibid. Paris, 123
Hambourg , 101 Bruxelles, 137
Livourne 1041
Vaiſſeaux prisfur les Anglois.
-Le
(PAR LES FRANÇOIS ). LEE John , de Corke ,
pour Charles - Town ; envoyé aux Iſſes.
Knidnapper , de Lancaster ; envoyé à Breſt.
L'Unicorn, de Dartmouth ; pour Terre-Neuve ; envoyé
à l'Orient .-Le Sir Andrew-SnapeHammond,
deHalifax , pour les Iſles ; envoyé à la Guadeloupe.
- Le Sally , de Liverpool , pour Corke ; envoyé
-Le Brann Volonteer , de Chefter , a
pour Londres ; envoyé à Dunkerque.
(PAR LES ESPAGNOLS . ) Deux Bâtimens , envoyés
àCadix.
(PAR LES HOLLANDOIS . ) L'Industry , pris &
rançonné par un Coríaire de Flushing.- Dix Barimens,
pris par le même Corfaire , dont huit ont été
envoyés en France.
-Le
( PAR LES AMÉRICAINS . ) L'Endeavour , de
Clyde , pour Halifax; envoyé à Beverley. -
May , de Dublin , pour New- Yorck ; envoyé au
Cap Ann.- Un Bâtiment , de Terre-Neuve , pour
Dartmouth;
Vaill artes Anglois.
( SUR LI FRANÇOISY ) Le Marchais , de
Bordeaux , po la Martinique ; envoyé à Portsmouth.
-Le Comte de Moe, de Bordeaux , pour la
Martinique ; envoyé à Portsmouth.-La Catherine,
de Bordeaux , pour la Martinique ; envoyée àPortfmouth.
La Navigation , de Bordeaux , pour
Portsmouth ; envoyée à Pottsmouth. - Le Hope,
de Pétersbourg , pour Rochefort; envoyé à Portf
mouth . - La Marie- Anne Olimpe & l'Activité ,
dear sour Saint-Domingues envoyées à
-U. Bâtiment , de Marseille , pour les
Iſles ; envoyé a Kingroad. (SUR LES AMÉRICAINS . ) Le Speedwell , envoyé
à la Barbade.
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France, à Paris, chez PARCKOUGKE , Libraire ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le prix de
L'Abonnement est de 30 liv. pour Paris , & dt za liv.
pour Province.
MERCURE
DE FRANCE ,
( N°. 4. )
SAMEDI 16 JANVIER 1782 .
Café de Santé.
Li
Sieur FRENEHARD , ancien Officier d'Office,
qui a ſuivi pendant pluſieurs années les Cours
de Chimie &deMédecine fous les uneilleurs Maîtres,
s'étant attaché à la perfection d'une boiſſon agréable
qui put remplacer le Café fans en avoir les
inconvéniens , eſt parvenu à faire un heureux mêlange
de riz , d'orge , de ſeigle , d'amandes & de
fucre , le tout torréfié & réduit en poudre , dont on
fait une beiffon , à laquelle il donne le nom de
Café de Santé. Pour cela, on prend une cuilleréc
de cene poudre qu'on met fur environ un denaifeprier
d'eau bouillante ; on donne un ou deux
bouillons à la liqueur , on la laiſſe repoſer , & la
boiffon eft faite. Elle s'éclaircit promptement. On y
ajoute a-peu-près la même quantité de ſucre que de
lapoudre.
t
P
Le prix de cette poudre eſt de 3 liv. la livre
ant. La demeure du Sieur Frenehard eſt rue
Marguerite , près celle des Ciseaux , maifon
uger.
l'usage des Ecclésiastiques , &
uvent à Paris , chez LAPORTE
rue des Noyers.
Religion de Jésus-Chriſt contre
eiſtes , où l'on traite de la R
la Révélation faite à Mo
te par Jésus-Chriſt , de la
(t; par François , 4 Vol . in
Tractatus de Religione , 3 vol. in
Pri , liv. reliés .
De l'Eloquence du Corps , par l'Abbé Dinot
2 vol. in- 12 . Prix , 2 liv. 10 fols reliés.
Sermons du Père Neuville , 8 vol . in- 12 . Prix ,
24 liv. reliés.
Introduction aux Saints Mystères , par Mangin ,
Ouvrage néceſſaire à tous ceux qui s'adonnent à la
Chaire & à la Science des Confeffeurs , 12 vol. in-
12. Prix , 30 liv . reliés .
Nota. Les fix derniers Volumes , contenant la
Science desConfefſeurs , manquant à pluſieurs perſonnes
, le Libraire offre de les détacher au prix de
15 liv. reliés.
Analyſe des Conciles , contenant leurs Canons
fur le Dogme de la Morale , & la Diſcipline tant
ancienne que moderne , &c. par le Père Richard,
4 vol. in-4 °. Prix , 60 liv . reliés.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 26 JANVIER 1782 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Pour être mis au bas du Portrait du RoiΙ.
VERTUEUX fans exfort , comme il ſe fait chérir!
Ceux qui ſont ſes Sujets s'applaudi ſent de l'être;
Ceux qui ne le ſont point , voudroient le devenir.
Quand on est né pour obéir ,
:
Qu'on est heureux d'avoir Louts pour Maître !
Pour mettre au bas du Portrait de la REINE.
FRANÇOIS , reconnoiſſez celle que la Nature
Forma pour votre amour & pour votre bonheur.
Si l'on pouvoit peindre ſon coeur ,
Comme l'on peint ſes yeux , la beauté, ſa fraîcheur ,
Le plus bel Art ſeroit celui de la Peinture.
( Par M. Baillyde Saint-Paulin , Porte-
Manteau ordinaire du Roi. )
Nº. 4, 26 Janvier 1782 . G
146 MERCURE
(
AIR DE COLINETTE A LA COUR.
=940
8
L'A-MI-TIÉ vive & pu-re Donne i - ci
des plaiſirs vrais; C'eſt la ſim-ple Natu-
re Qui pour nous en fait les frais.
Gai- té franche , amour hon-nê- te , Ra-menent
le bon vieux tems ; Chez nous c'eſt encor
la fê te, La fé- te desbon- nes
Fin.
gens. Chez nous,&c
DE FRANCE.
147
Les noeuds du mariage
Sont chez nous tiffus de fleurs .
De chaque heureux ménage
Le plaifir fait les honneurs.
Du bonheur on eſt au faîte
Sitôt qu'on a des enfans ;
En famille on fait la fête ,
La fête des bonnes gens. bis.
La Bergère ſévère ,
Prend gaîment le verre en main;
L'Amour au fond du verre
Segliffe &paſſe en ſon ſein;
Pour l'amant quelle conquête!
Tous deux en ſont plus charmans.
L'Amour embellit la fête ,
La fêtedes bonnes gens. bis.
PARdegrands airs tragiques
Ala ville on attendrit ;
Par des concerts ruſtiques
Au village on réjouit.
Sans vous fatiguer la tête
Pardes accords trop ſavans ,
Venez tous rire à la fête ,
La fète des bonnes gens. bis.
(Paroles deM. *** , Musique de M.Gretry.)
Gil
148 MERCURE
NOTICE Historique fur la Vie & les
Ouvrages de M. BARBEAU DE LA
BRUYERE , mort en 1781 .
P
ARIS eſt plein de Gens de Lettres eſtimables &
de Savans modeſtes qui , ſans avoir ni titres littéraires
ni penſions , n'en travaillent pas moins avec
ardeur aux progrès de nos connoiſſances. Tel étoit
le célèbre Grammairien du Marſais ; tel a été encore
un Savant trop peu connu , que la République
des Lettres vientde perdre au mois de Novembro
dernier.
Jean - Louis Barbeau de la Bruyère naquit à
Paris le vingt-nenf Juin mil ſept cent dix , de
Louis Barbeau & de Geneviève - Catherine de la
Bruyère , tous deux du Diocèſe de Soiffons. Son
père étoit Marchand de Bois quarré , & ſa mère auroit
fort deſiré qu'il prît auſſi ce commerce. Mais la
Nature , qui lui avoit donné beaucoup de vivacité
&d'ardeur pour l'étude , fit de lui un Homme de
Lettres malgré ſa mère , dont il n'évitoit les réprimandes
qu'en allant ſe cacher avec ſes livres ſur les
plus hautes piles du chantier où il demeuroit.
Les Pères de la Doctrine Chrétienne , dont la
maiſon étoit vis-à-vis ce chantier , donnèrent au
jeune Barbeau les premières inſtructions. Il acheva
fes études au College Mazarin , & prit l'état Eccléſiaſtique
, auquel il renonça depuis ſans renoncer
tour-a- fait aux matières théologiques. Il a fait dans
ce genre pluſieurs Ouvrages qui ont éré la plupart
imprimés en Hollande, où il cut occaſion d'aller
pour la première fois en 1735 .
Les moeurs de ce Peuple laborieux plurent
infiniment à M. Barbeau. Il a paffé en Hollande
--
DE FRANCE.
149
plus de quinze ans de ſa vie , & ce fut là qu'il
ſentit ſon goût naturel pour la Géographie & l'Hiftoire
, ſe fortifier & s'accroître à la vue de pluſieurs
Cartes fort ſavantes qu'il trouva dans ce pays. Ces
Cartes étoiem alors peu connues en France ; il les y
apporta, & ce tréfor littéraire n'a pas été inutile à
feu M. Buache , de l'Académie des Sciences , chez
lequel M. Barbeau a demeuré environ vingt-trois
ans, M. Buache entendoir bien l'Art de la Géographie
, mais il n'étoit pas ſavant. M. Barbeau le fut
pour lui ; & aujourd'hui que l'un & l'autre ne font
plus, ondoit à la mémoire du Savant modeſte la
justicede déclarer qu'il a eu la plus grande part aux
différens Ouvrages qui ont fait la réputation du
Savant penſionné.
En 1759 , il parut pourtant un Ouvrage ſous le
nom deM. Barbeau ; c'étoitfa Mappemonde hiftorique
en deux grandes feuilles jointes enſemble ,
Carte ingénieule & vraiment nouvelle , où l'Auteur
aſu réunir en un ſeul ſyſtème la Géographie , la
Chronologie & l'Histoire. M. Barbeau , dans une
courte inſtruction qu'il fit graver aux deux côtés de
cetteCarte, ne ſe donna que pour l'exécuteur d'une
idée qui étoit dûe, ſelon lui , à M. l'Abbé d'Artois ,
Chanoine de S, Honoré, mort en 1735 ; mais on
ne voulut pas en croire ſa modeſtie généreuse. Nous
connoiffons la capacité de M. Barbeau , dirent les
Jéſuites , Auteurs du Journal de Trévoux , & nous
nedoutons pas qu'il n'ait autant de part à l'invention
qu'à l'exécution *.
Avant de s'expoſer au grand jour , M. Barbeau
avoit ſoumis ſa Mappemonde au jugement de Mм.
de l'Académie des Belles-Lettres. Les Commiſſaires
nommés en 1749 furent M. l'Abbé Belley , M.
* M. Barbeau a donné lui- même une Explication
détaillée de cette Carte en une Brochure in- 8° .
Giij
١٢٥ MERCURE
l'Abbé Fenel & M. Gibert , tous Savans diftingués ,
qui déclarèrent que cet Ouvrage leur avoit paru trèsingénieux
; ils exhortèrent l'Auteur à développer ſa
Carte générale dans des Cartes particulieres. Ces
Cartes n'ont point paru. Le Public en a été privé
par la malheureuſe néceſſité où s'eſt trouvé M. Barbeau
de gagner la vie en donnant des Éditions , &
par les nouvelles occupations qu'il ſe faifoit encore
entravaillant généreuſement pour d'autres Auteurs.
Parmi les différentes Éditions qu'on doit à cet
homme eſtimable, il faut diftinguer celles qu'il a
données en 1763 & en 1778 des Tablettes Chronologiques
de l'Abbé Lenglet. Cet Ouvrage , qui avoit
paru pour la première fois en 1744 , s'étoit reffenti
de la précipitation avec laquelle l'Abbé Lenglet
avoit coutume de travailler ; mais , malgré toutes
ſes imperfections , c'étoit un Ouvrage très-commode
pour l'étude de l'Hiſtoire. M. Barbeau ſe
chargea de le revoir ; & , d'un Livre utile , il a fait
un Livre indiſpenſable. Non- ſeulement il y a fait
entrer lesAdditions & Corrections que l'Abbé Lenglet
avoit préparées lui-même peu avant la mort ;
mais il a fimplifié quelques parties du plan , il en a
augmenté d'autres , & on lui doit fur-tout une Table
Chronologique des grands Hommes qui ſe ſont
diſtingués dans les Sciences & dans les Arts , Addition
utile pour l'hiſtoire de l'eſprit humain , qui n'eft
pas moins intéreſſante à bien des égards que l'hiftoire
des guerres & des révolutions politiques.
On a encore de M. Barbeau une Defcription
'de l'Empire de Ruffie , traduite de l'Allemand du
Baron de Strahlemberg , & deux ou trois Éditions
de la Géographie moderne de l'Abbé de la Croix
Ouvrage dont le fond même appartenoit autant à
M. Barbeau qu'à l'Abbé de la Croix , qui s'eſt
rendu célèbre par cette Géographie. M. Barbeau y
avoit travaillé dès 1751 .
DE FRANCE.
151
Mais de tous les Ouvrages auxquels ce Savant a
contribué par ſes lumières, le plus confidérable eſt
la Bibliothèque Hiſtorique de la France , en cinq
Volumes in -folio. Ce Livre intéreſſant , ébauche
autrefois par le P. le Long, de l'Oratoire , demandoitune
refonte générale. M. Fevret de Fontette ,
Conſeiller au l'arlement de Dijon , entreprit en
1764 d'en donner une nouvelle Édition ; mais il
s'en falloit bien que , malgré ſes nombreuſes recherches
dignement célébrées par M. Dupuy dans
fonÉlogede ce Magiſtrat, le manufcrit qu'il préſentoit
fût en état d'être mis ſous preſſe. M. Barbeau
ſe chargea de le revoir en entier. Ce fut lui
qui , de concert avec l'Imprimeur de cette Bibliothèque
, fit demander des ſeeours à toutes les Académies&
Sociétés Littéraires du Royaume ; enforte
que l'on peut dire qu'il a fait preſque autant pour la
gloire de M. de Fontette , que M. de Fontette avoit
fait pour celle du P. le Long , dont M. Barbeau
contribua même à recouvrer les Notes manuſcrites
demeurées juſqu'alors inconnues au ſavant Magiftrat.
Après la mort de M. de Fontette , M. Barbeau
fut chargé encore plus ſpécialementparlleeGouvernement
de finir l'édition de cet immenſe Répertoire
, & il en a publié en fon nom les deux derpiers
Volumes , en ſe faiſant aider , pour la partie
des Tables , par M. Rondet , dont les talens en ce
genre ſont connus du Public.
Il étoit difficile qu'un travail fi minutieux & fi
étendu qui occupa M. Barbeau depuis 1764juſqu'en
1778, n'altérât pas la ſanté d'un Homme de Lettres
que ſespremiers travaux avoient déjà extrêmement
fatigué. Vers la fin de ſa vie il ſentit redoubler des
maux de nerfs auxquels il étoit depuis long-temps
fujet, & il éprouva plus quejamais combien l'homme
leplus accoutumé à être ſeu , a beſoin dans ſa vieilleffe
du ſecours d'une ſociété qui adouciffe pour lui
Giv
152
MERCURE
les chagrins & les infirmités de l'âge. Il épouſa an
mois de Juin 1779 Mlle Hébert , fille de M. Hébert
des Marlières , ancien Négociant. C'eſt dans les
bras de cette femme reſpectable qu'il eſt mort le 20
Novembre 1781 , après une maladie de cinq à fix
jours. Quelques heures avant d'être frappé d'apoplexie,
il travalloit encore à des Recherches fur les
Antiquités de l'Égliſe de Montmartre , Paroiffe où il
demeuroit, & où il a été inhumé.
Tous ceux qui ont connu M. Barbeau , ſoufcriront
volontiers aux éloges qu'on lui a donnés dans
cette courte Notice. Perſonne n'a été plus ſerviable
que lui. Perſonne n'a été moins avare de ſes lumières.
Il nebornoitpas là ſa générosité. Vers 1756 , il fit
des démarches fans nombre pour procurer un état
en France à deux jeunes Ruffes que l'amour des
Lettres avoit engagés à fortir de leur pays ; & ,
quoiqu'il n'ait jamais eu d'aiſance , il facrifia pour
euxun contratde 400 liv. de rente, ſeul bien qu'il
eût recucilli de la fortune de ſon père , qu'un
ſecond mariage de ſa mère avoit fort diminuée.
C'étoit ſa liaiſon avec ces deux Étrangers qui lui
avoit donné lieu de travailler ſur l'Histoire de Ruffie
, dont il s'eſt occupé très-long-temps avec une
forte de prédilection .
En 1761 , M. Barbeau fut admis dans la Société
des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre , & cette
Académie le plaça enſuite parmi ſes Aſſociés honoraires.
C'eſt le ſeul titre littéraire qu'il ait eu. Il n'en
ajamais de firé qu'un autre , & peut-être auroit-on
dú le créer pour lui : c'étoit le titre d'Antiquaire de
France, titre qu'il ſe propoſoit de rendre utile en
faiſant des Recherches ſur l'Histoire ancienne des
Villes& Provinces du Royaume.
Dès l'âge de cinq ans , il avoit annoncé une mémoire
prodigieufe , & il a eu le bonheur de la
conſerver toute ſa vie. Perſonne n'étoit plus fait
DE FRANCE.
153
que lui pour publier une Bibliothèque Hiſtoriques
car il étoit lui-même une Bibliothèque vivante que
l'on confultoit toujours avec fruit , ſoit pour les
dates préciſes des Événemens , ſoit pour les meilleures
Éditions des Livres , dont il avoit une connoiſſance
parfaite .
Explication de l'énigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt le Mercure de
France; celui du Logogryphe eſt Corbeau ,
où se trouvent beau , cor , coeur , eau , bru ,
or, roc, brac , Bure & bac.
C'EST
ÉNIGM E.
'EST moi qui de tes Rois rehauffe la ſplendeur;
A mon aſpect , ami , l'on connoît leur grandeur.
Tout fier de mon éclat je m'aſſieds ſur leur Trône ;
De mon front orgueilleux je ſoutiens leur couronne.
Cependant je préſide à la Cour de Thémis ;
Dans ces lieux , de mes droits l'on reconnoît le prix;
Le juſte devant moi reſte avec confiance ;
Souvent au Magiftrat je donne la ſcience.
Mais laiſſons la chicane & fon obfcur détour ;
Puiffes- tu ne jamais me voir en ſon ſéjour !
Ami Lecteur , le Trône où je ſaurai te plaire ,
Etquime convient mieux , c'eſt le ſein deGlycère...
(ParM. de Charboniere.)
Gy
154 MERCURE
LOGOGRYPHE.
QUEL eſt le petit tegument
Qui , pour nous être également utile ,
S'ouvre& ſe met en mouvement ,
Oubien reſte clos & tranquille?
Vous y touchez , peut- être , en ce moment.
La choſe , à deviner , n'eſt donc pas difficile.
Si pourtant il vous faut des ſecours ſuperflus ,
Vous favez par quelle ſubſtance
On remplace le Papyrus ;
Vous ſavez ce qu'abhorre un enfant de Bacchus ;
Vous connoiffez ce point fixe d'où l'on commence
Acompter parmi nous les ſiècles révolus.
Combinez ces objets , il ne faut rien de plus.
(ParM. de Somer. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VIEdeM. lepremier Président de Lamoignon,
écrited'après les Mémoires du temps & les
Papiers de la Famille , pour être mise à la
tête d'une Edition nouvelle des Arrêtés de
Lamoignon. A Paris , chez Nyon l'aîné,
Libraire , rue du Jardinet, quartier Saint-
André-des-Arcs , 1781. in 4° .
L'OUVRAGE que nous annonçons n'eft
point encore publié ; il n'eſt pas même deſ.
DE FRANCE.
155
tiné à l'être dans l'état où il paroît aujourd'hui
, c'est-à- dire , comme Ouvrage particulier
; ſa deftination eſt de fervir de Préface
à une nouvelle Édition des Arrêtés de
Lamoignon qu'on prepare en ce moment.
En attendant , on a tiré à part quelques
exemplaires de cette Vie pour des perfonnes
qui ont defiré de l'avoir fans les Arrêtés.
Nous ignorons ſi le Libraire diftribue de ces
exemplaires particuliers , & s'il lui en refte ;
'c'eſt ſur un de ces exemplaires qu'a été fait
l'extrait qu'on va lire. Comme cette Vie de
M. le premier Préſident de Lamoignon, écrite
principalement d'après les papiers de la Famille
, contient beaucoup d'anecdotes abfolument
ignorées juſqu'aujourd'hui , nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs en leur
faiſant connoître d'avance quelques- unes de
ces anecdotes , en nous attachant aux principales
& aux plus ignorées. On fait que
M. de Lamoignon eft , parmi les premiers
Préſidens , ce que l'Hôpital & d'Agueifeau
font parmi les Chanceliers. Il étoit ſimple
Maître des Requêtes lorſqu'il fut fait premier
Préſident ,& rien peut- être ne fait plus
d'honneur au Cardinal Mazarin que ce
choix & que la manière dont il fut fait. La
Charge de Préſident à Mortier qu'avoit eue
le père de M. de Lamoignon , étoit exercée
parM. le Préſident de Neſmond , qui croyoit
avoir le droit de la garder ; la famille & les
amis communs s'étoient réunis dans un même
voeu. C'étoit que l'un eût la Charge,& que
Gvj
156 MERCURE
l'autre en fût dédommagé par une Charge
ſemblable. Le premier Préſident Pompone
de Bellièvre étant mort en 1657 , & les divers
Miniſtres agiſſant pour leurs créatures,
ceux qui étoient les mieux intentiornes pour
M. de Lamoignon croyoient ne pouvoir le
mieux ſervir qu'en demandant la première
Préſidence pour M. de Neſimond , afin que
M. de Lamoignon pût rentrer dans la Charge
qu'avoit eue ſon père ; M. de Lamoignon
lui-même ne portoit pas plus loin ſes eſpérances
ni ſes voeux; lorſqu'il ſe préſenta devant
le Cardinal pour le prier de ſaifir
cette occafion de faire ceffer ſa concurrence
avec le Préſident de Nefmond , le Cardinal
, qu'on avoit voulu ſonder , mais qui
ne s'étoit point expliqué , lui dit pour premier
mot : Ne me dites rien,jefonge à vous
plus que vous ne pensez.
Dans une ſeconde entrevue , l'ayant fait
affeoir à côté de lui , & ayant pris le ſoin de
bien fermer la porte de ſa chambre , il lui
dit: " Faiſons connoiffance,je vous prie ,
> car je ne vous connois que de réputation;
>> vous êtes un de ceux que je connois le
>> moins , vous ne m'avez jamais fait la cour ,
» je ne vous ai jamais vu ni au jeu ni aux
>> autres divertiſſemens , ni dans les viſites
>> familières qui forment les connoiffances
»& les amitiés ; dites moi quelles font vos
habitudes ? »
Après cette eſpèce d'interrogatoire , le
Cardinal dit à M. de Lamoignon: « Voilà la
:
1
DE FRANCE.
157
>> confeſſion faite , venons aux paroles fa-
>> cramentales ; vous ferez , de cette affaire-
» ci , ou Préſident à Mortier ou premier
>> Préſident : je dis plus , vous ferez premier
2
Préſident.... & Dieu m'eſt témoin que ſi
>>j'avois cru trouver un plus homme de
> bien que vous pour remplir cette place,
» je l'aurois choifi . >>
Lorſque M. de Lamoignon prit congé , le
Cardinal l'ombraſſa , & lui dit : « Je con-
ود nois votre modération ; nous avons plus
>> d'impatience de vous voir premier Préſi-
>> dent , que vous n'en avez de l'être. »
Dans une troiſième viſite , le Cardinal lui
dit : " Je perfifte , vous ferez premier Pré-
> ſident , parce que je le veux , parce que
" le Roi le veut , & parce que Dieu le veut...
Il fait que je l'ai prié & fait prier inftam-
>> ment par quantité de bonnes ames , de
>> m'inspirer for ce choix , & il ne m'a point
donné d'autre penſée que de vous choiſir.
>>Vous ferez , ajouta-t'il , premier Préſi-
> dent pour ſervir avec honneur & conf-
2
ود cience; jamais on ne vous demandera rien
» d'injuſte; & dès à préſent je déroge à
>> toutes les prières contraires que je vous
>> pourrois jamais faire ; même ſi le Roi ou
"
2
la Reine vous demandoient quelque choſe
» qui fût contre la justice , je prends fur
moi de vous en garantir.... Nous travaillerons
enſemble au foulagement du peu-
>> ple. Je crois , dit M. de Lamoignon, ne rien
>> ajouter& ne rien changer à ſes paroles..
ود
MERCURE
Le Roi partoit pour la campagne de 1658 ,
ce qui retarda la nomination de M. de Lamoignon
, le Cardinal ayant jugé " que la
>> prefence du Roi à Paris ne ſeroit pas inu-
"
"
tile dans les commencemens de cet établiffement.
» Ce furent encore ſes termes.
Au retour de la campagne , le Cardinal
manda M. de Lamoignon , & lui dit : " Eh
>>bien, il y a affez long temps que vous
*>> êtes dans le noviciat , il faut faire profef-
" fion & terminer l'affaire. On a fait de
>> grandes off es , fi le Roi les eût voulu
>> écouter ; on a offert encore depuis peu de
>> jours fix vingt mille piſtoles ; mais quel-
>> que beſoin qu'en ait le Roi , il vaudroit
>> mieux qu'il les donnât pour avoir un bon
>> premier Préſident que de les recevoir. "
L'affaire fut conclue en effet , & M. de
Lamoignon prêta ferment comme premier
Préſident , le 4 Octobre 1658 .
On ignore encore affez généralement la
part que M. de Lamoignon eut à la malheureuſe
affaire de M. Fouquet. Il fut mis
d'abord à la tête d'une Chambre de Juſtice ,
établie pour faire le procès à ce Miniſtre. Le
Roi étoit extrêmement irrité contre Fouquet.
Le premier Préſident rapporte que , lorſqu'il
alla , au commencementde Novembre 1661 ,
àFontainebleau , complimenter le Roi ſur
la naiſſance du Dauphin , deux mois après
que Fouquer cut été arrêté , le Roi lui dit:
" Il ſe vouloit faire Duc de Bretagne , &
* Roi des Iſles adjacentes ; il gagnoit tout le
DE FRANCE.
159
ود
ود
ود
monde par ſes profuſions; je n'avois plus
>> perſonne en qui je puſſe prendre confiance.
Le Roi , ajoute M. de Lamoignon ,
étoit ſi plein de ce ſujet , que pendant
>> plus d'une heure d'entretien il y revenoit
» toujours. ”
Plus le Roi mettoit de chaleur dans cette
affaire , plus M. de Lamoignon ſentit qu'il
devoit y mettre de modération.... Il fit donner
à Fouquet un Confeil , & un Confeil
libre , c'est-à- dire , qui n'étoit gêné par l'affiftance
d'aucun témoin.
Colbert , le plus ardent perſécuteur de
M. Fouquet , voulut ſonder les diſpoſitions
du premier Préſident à l'égard de ceMiniſtre.
Un Juge , répondit le premier Préſident , ne
ditfon avis qu'une fois , & quefur les fleurs
de lys.
Il n'en fallut pas davantage pour rendre
Colbert ennemi du premier Préſident . Il engagea
Louis XIV à donner à M. de Lamoignon
des marques de mécontentement auxquelles
ce Magiſtrat fut ſenſible , comme il
ledevoit ; il rapporta au Roi les proviſions
de ſa Charge , & profita de la conjoncture
pourlui dire de ces vérités utiles , dont la
force eft fi grande dans la bouche d'un homme
vertueux qui ſe ſacrifie. Le Roi n'accepta
point le facrifice , il répara , par ces mots
obligeans qu'il ſavoit fi bien dire de luimême
, les termes d'animadverſion qu'on
lui avoit ſuggérés , & le jour même il envoya
M. le Tellier dire au premier Préfident
169 MERCURE
qu'il feroit plaiſir au Roi de bien vivre avec
M. Colbert , & d'oublier ce qui s'étoit palle
entre eux.
M. Fouquet apprenant que M. de Lamoignon
, auquel il avoit donné des ſujets de
plainte dans le temps de ſa faveur, étoit Pré-
Gdent de la Chambre de Justice , jugea , en
Courtifan & en Miniſtre , du motif qu'avoient
eu des Courtiſans & des Miniftres
pour faire ce choix ; mais il jugea autli qu'ils
s'étoient trompés , en croyant un vrai Magiſtrat
capable de reſſentiment; il le fit prier
d'oublier ſes toits. La réponſe de M. de Lamoignon
fut : Je mesouviensſeulement qu'il
fut mon ami , & que jefuisfon Juge.
Une particularité affez fingulière du procès
de M. Fouquet , eft qu il ſe méprit tellement
ſur les difpofitions de ſes Juges à fon
égard , que , quand il fallut nommer les
Rapporteurs , Madame Fouquet la mère pria
M. le premier Préſident de donner l'excluſion
à ce même M. d'Ormeffon qui s'acquit
tant d'honneur dans cette affaire par ſa courageuſe
indulgence envers Fouquer. Elle demanda
auſſi l'exclufion pour M. Cornier de
Sainte Hélène , Conſeiller au Parlement de
Rouen , qui étoit auſſi de la Chambre de
Juſtice;& en ce point elle rencontra mieux ,
car M. de Saint Hélène conclut à la mort.
On fut fans doute à la Cour l'exclufion
demandée par Madame Fouquet pour ces
deux Juges , & ils y gagnèrent dans l'efprit
des Miniſtres. Le Roi manda le premier Pré
DE FRANCE. 161
fident , & lui ditde nommer pour Rapporteurs
M. d'Ormeffon & M. de Sainte Helène;
M. le premier Préſident allégua la prière de
Madame Fouquet: ce font , dit- il , les deux
ſeuls qu'elle ait exclus. " Elle craint , répli-
> qua le Roi , l'intégrité connue de ces Ma-
>> giftrats , & cette crainte eſt une raiſon de
>>plus pour les nommer. M. le premier Pré-
ود fident convint de leur intégrité; mais il
>> repréſenta que , comme il s'étoit fait une
ود loi de ne jamais donner aux Parties les
>>Rapporteurs qu'elles demandoient , il s'en
>> étoit fait une auſſi de ne leur jamais don-
>> ner ceux qu'elles excluoient. Que l'accuſé ,
>>dit le Roi , fort bien inſtruit par ſes Mi-
>>niftres , propoſe ſes moyens de réceſation ,
ود la Chambre en jugera. Iln'en eſt pas d'un
>> Rapporteur comme d'un Juge ordinaire ,
>> répliqua M. de Lamoignon ; le Juge eſt
>> néceſſaire , on choifit le Rapporteur , &
>> il n'y a jamais de néceſſité que ce ſoit l'un
>>plutôt que l'autre. Voilà pourquoi il faut
ود
"
ود
ود
des moyens de récuſation contre un Juge ,
>>tandis que la ſimple demande des Parties ,
même ſans alléguer aucune raiſon , doit
fuffire pour exclure de la fonction de Rap
>> porteur; de plus , le Rapporteur d'un procès
criminel a bien plus d'influence ſur le
fort d'un accuſé que les autres Juges , dont
>> il peut même déterminer la voix par fon
rapport. » Le Roi , voyant qu'il avoit réponſe
à tout, fonit par montrer l'autorité:
Dites que c'est moi qui vous l'ai commandé,
"
ود
162 MERCURE
dit- il. M. le premier Préſident pria le Roi
deprendre du temps pour faire ſes réflexions
avant de lui donner ſes derniers ordres; le
Roi affura que ſes réflexions étoient faites ,
&que ſa volonté ſur cet article ſeroit immuable.
M. le premier Préſident fit de vifs
reproches ſur cette violence à M. Colbert
& à M. le Tellier , dont M. de Turenne
diſoit , au ſujet de ce procès: " M. Colbert
>> a plus d'envie que M. Fouquet ſoit pendu ,
» & M. le Tellier a plus de peur qu'il ne
>> le ſoit pas. »
M. de Lamoignon obéit enfin ; il nous
rend compte lui-même des motifs de cette
condeſcendance. Après avoir beaucoup conſulté
, & s'être bien conſulté, il conclut que
ce qu'on exigeoit de lui , n'étoit une irrégularité
que dans les principes auſtères qu'il
s'étoit faits , qu'il n'en réſultoit aucune infraction
aux loix ; qu'en donnant lieu à des
ſoupçons injuftes , l'autorité commettoit une
imprudence , mais non pas une prévarication
; qu'un refus perſévérant deviendroit
une inſulte pour deux Magiſtrats irréprochables
, dont l'un ( M. d'Ormeſſon ) qui
étoit ſon ami , joignoit à toute la délicateſſe
dela probité , tout le courage de la vertu , &
que ce ſeroit peut- être ſervir l'accuſé malgré
lui-même , que de remettre ſon ſort dans des
mains fi pures & ſi ſaintes.
Cependant cette réſiſtance , quoiqu'elle
cût eu un terme , avoit alarmé les ennemis
de Fouquet ; l'impartialité de M. le premier
DE FRANCE. 163
Préfident , le premier devoir de ſa place, ne
leur paroiſſoit qu'une rigidité incommode ,
ou qu'une prévention en faveur de l'accuſé ;
on voulut du moins lui ôter la Préſidence.
Le Roi le manda , & lui dit : " Cette affaire
>>tourne en longueur , je veux l'accélérer ;
>> le Palais vous occupe , & vous ne pouvez
>> pas tout faire ; j'ai dit au Chancelier
>>> ( Séguier ) d'entrer dorénavant à la Cham-
>> bre de Juſtice , ce qui ne doit pas vous
>> empêcher d'y aller , quand vos occupa-
>>tions vous le permettront. Je tiendrai tou-
>>jours à honneur , dit M. de Lamoignon ,
>> d'être préſidé par le Chef de la Magiſtra-
» ture; j'ai appris ſous lui mon métier au
> Confeil , je puis encore apprendre de lui
>> beaucoup de choſes. » Le Roi , qui s'étoit
attendu à plus de mécontentement , voulut
adoucir , par des paroles obligeantes , le de
goût qu'il croyoit donner à M. le premier
Préſident. " Je ne conçois pas, dit- il, com-
» ment vous avez pufuffire au double travail
>> du Palais& de la Chambre de Justice. ».Le
lendemain , le Chancelier vint prendre ſéance,
& fut reçu par le premier Préſident; en
fortant , il avertit les Juges de ſe trouver
déſormais à la Chambre à neuf heures du
matin. " Je n'aurai donc point l'honneur de
>> vous y recevoir , dit le premier Préſident ,
>> on ne fort point du Palais de fi bonne
ود ود heure. » Nous prendrons votre temps,
dit le Chancelier,& il le prit, ce qui obligea
le premier Préſident de ſe trouver à la
1
164 MERCURE
Chambre ; mais en ſortant , le Chancelier
dit que le Roi l'avoit tancé d'être fi pareffeux
,& qu'il viendroit le lendemain a neuf
heures. En conféquence le premier Préſident
n'y vint point , & n'y parut plus dans la ſuite
que très-rarement , dans l'après - midi ſeulement
, & lorſqu'il s'agiſſoit d'incidens
commencés ſous fa Préſidence , & à la déciſion
deſquels ſa préſence paroifloit néceffaire.
Il ſe retira inſenſiblement' ; fans éclat ,
ſans annoncer qu'il ſe retiroit, fans, faire de
ſa retraite un événement ; quand on lui en
parloit , il n'alléguoit que l'incompatibilité
des heures du Palais & de la Chambre. Ce
n'estpoint moi , difoit- il , qui quitte la Chambre,
c'est elle qui me quitte. Le Tellier approuva
ſa retraite ; Colbert , qui n'avoit
voulu que lui ôter l'influence que donne la
Préſidence , mais qui craignoit ſa retraite
comme une condamnation des opérations de
laChambre, le fit prier , en ami , de ne point
quitter. « C'étoit un conſeil qu'il lui don-
ود doit pour l'intérêt même de M.de Lamoi-
>> gnon & de ſa Famille ; il trouveroit plus
d'occaſions de ſervir le Roi , & fur-tout
de lui plaire , dans un mois de Chambre
>> de Juſtice , que dans trente ans de travaux
>> au Palais, "
ود
ود
On offrit à M. de Lamoignon , pour le
faire rentrer à la Chambre , de partager la
Préſidence entre le Chancelier & lui , de
donner le matin au Chancelier , & le foir
au premier Préſident.
DE FRANCE
165
On alla enſuite juſqu'à offrir d'exclure
entièrement de la Chambre le Chancelier ,
& de rendre au premier Préſident la Préſidence
entière , pourvu qu'il voulût conférer
en particulier des affaires de la Chambre
avec les Juges qui avoient la confiance de
M. Colbert.
On en vint enfin juſqu'à lui propoſer de
reprendre, ſeul la Préſidence entière comme
auparavant , &fans condition.
Il-perſévéra dans ſon refus , & il diſoit à
ſes amis: Lavavi manus meas , quomodò in
quinabo eas ?
Il croyoit M. Fouquet coupable au moins
de péculat ; mais il voyoit que par l'acharnement
avec lequel on avoit pourſuivi cet
infortuné Miniſtre, on étoit parvenu à répandre
ſur lui tout l'intérêt de l'innocence
opprimée ; il croyoit juſte de punir & de
dépouiller les Financiers prévaricateurs qui
s'étoient engraiſſes du ſang du peuple , & il
avoit été le premier à conſeiller au Roi d'établir
contre eux une Chambre de Juſtice ,
long temps même avant la détention de Fouquet;
mais il voyoit que cette Chambre ,
par l'action continuelle de la Cour , perdoit
de jour en jour le premier caractère d'un
Tribunal de Juſtice , l'impartialité , qu'elle
devenoit un inſtrument dans la main des
Miniſtres pour perdre leurs ennemis.
De plus , deux choſes lui avoient toujours
fait de la peine dans ſa fonction de Juge de
M. Fouquet ; l'une étoit l'amitié qui les
166 MERCURE
avoit unis ; l'autre , l'eſpèce d'inimitié qui
avoit ſuccédé à ce premier ſentiment. La
première le rendoit ſuſpect à la Cour ; la
ſeconde pouvoit le rendre ſuſpect au peuple.
On ne ſera peut- être pas faché de trouver
ici quelques traits du caractère de M. Colbert
, tracés de la main de M. le premier.
Préſident de Lamoignon , qui l'avoit bien
connu.
" C'eſt , dit- il , un des eſprits du monde
>> les plus difficiles pour ceux qui ne font ni
» d'humeur ni d'état à lui être entièrement
>> foumis.
» Cela vient plutôt de ſon humeur que
» d'aucune mauvaiſe volonté; mais cette
>> humeur eſt capable de produire de bien
>> mauvais effets; car il la ſuit entièrement ,
>> & il ſe forrifie dans ſes défauts par ſes
>> bonnes qualités; & comme il eſt plein de,
>> la connoiffance des ſervices qu'il rend ,
>> leſquels ſont en effet très-grands , & tels ,
>>que je crois qu'il n'y a perſonne qui pût
> travailler avec plus d'application , avec
>>plus de fidélité &de capacité , même avec
>>plus de ſuccès , pour dégager les Finances
" du Roi , pour en ôter les abus & y établir
>> un ordre excellent , cette connoiſſance lui
>> fait croire que tout ce qui ne ſuit pas ſes
> ſentimens eſt mauvais, qu'on ne peut le
>> contredire fans ignorance ou fans mali-
>> gnité; & il eſt ſi perſuadé que toute la
ود bonne intention eft chez lui, qu'il ne peut
• pas croire qu'il s'en puiſſe trouver chez les
DE FRANCE. 167
→ autres , à moins qu'ils ne ſe rangent entière-
» ment à ſon avis; c'eſt ce qui le porte à
>> vouloir trop fortement ce qu'il veut , & à
>> employer toute ſorte de moyens pour
>> parvenir à la fin qu'il s'eſt propoſée , ſans
» conſidérer que bien ſouvent les moyens
>> ſont tels , qu'ils peuvent rendre mauvaiſe
>> la meilleure fin du monde.
ود
>> Son humeur & ſon habitude le portent
auſſi à conduire toutes choſes deſpotique-
» ment ; & comme il n'a pas été dans les
>>compagnies réglées , où on apprend à
» déférer aux ſentimens des autres, & à ré-
>>gler ſa conduite & ſon propre jugement
>>par le ſecours de ceux avec leſquels on
>> travaille , il croit devoir tout decider &
>> tout emporter par ſa ſeule autorité, fans
ود ſe concerter avec ceux qui ont titre&
>> caractère pour juger des objets dont il
» s'agit ; au contraire , ce ſont ceux- là dont
> il eſt le plus éloigné de prendre conſeil ,
" parce que ce ſeroit comme un partage
>> d'autorité qu'il ne peut fouffrir , & cette
>> même diſpoſition le jette dans une autre
>> extrémité qui paroît d'abord bien op-
» poſée , mais qui procède du même prin-
>> cipe , & que j'ai retrouvée dans pluſieurs
>> perſonnes du même caractère , c'eſt d'être,
>> très- fufceptible des différentes impref-
>> ſions que ſes valets , & ceux qui font
» entièrement ſoumis à ſes ordres , lui ven-
>>lent donner. La défiance & les ſoupçons
>> ſuivent preſque toujours ces diſpoſitions
168 MERCURE
» là; auſſi je n'ai vu perſonne qui en ſoit
>> plus ſuſceptible. »
Lafuite au Mercure prochain.
ÉTRENNES Lyriques Anacreontiques , pour
l'année 1782 , préſentées à MADAME ,
Soeur du Roi , pour la seconde fois , le
16 Décembre 1781. Avec cette Epigraphe
Les vers ſont enfans de la Lyre ,
Il faut les chanter , non les lire .
La Motte Houdart.
A Paris , chez l'Auteur , rue des Nonaindières
, au coin de celle de la Mortellerie ,
& chez les Marchands de Nouveautés.
RIEN de mieux conçu que ce Recueil, qui
paroît cette année pour la ſeconde fois , &
qui a déjà reçu du Public l'accueil le plus
favorable ; on peut encore rencontrer des
Sociétés où l'on ne lit point de vers , mais
il n'en est aucune où l'on ne ſoit trèsavide
de chanſons nouvelles. Auſſi eſt il
très difficile d'être jeune & de vivre à
Paris ſans eſſayer de faire des couplets.
L'Opéra Comique ou vaudeville & les
femmes, font plus de Poëtes que les Muſes ,
s'il eſt permis d'appeler Poëtes de ſimples
Amateurs qui compoſent, à l'occaſion d'une
fête , & chantent à table ou dans les cercles
des bagatelles quelquefois ingénieuſes . C'eſt
dong une très-bonne idée aujourd'hui qu'un
choix des meilleures chanſous de l'année. Il
faut
DE FRANCE. 169
faut avouer que M. Cholet de Setphort rédige
cette Collection avec autant de ſoin
que de goût. Il a enrichi chaque Volume
d'une très belle eſtampe en taille douce ; &
ſon difcernement dans la rédaction eſt d'autant
plus fin , qu'il poſsède lui-même le talentde
faire de très-jolies choſes en ce genre. Il
n'en faut pointd'autre preuve que ſa chanfon
des Innocens. La voici ici , du moins en partie
AIR : Chansons , Chansons.
COLLÉ qu'avec juſtice on vante ,
A fait une chanson plaiſante
Des revenans ;
Sans prétendre à pareille gloire ,
J'entreprends aujourd'hui l'hiſtoire
Des Innocens.
VOYEZ ce Commis de Finance
Jouer ſon homme d'importance
Effrontément ;
Malgré ſon inſolente allure ,
N'a-t'il pas toujours l'encolure
D'un Innocent ?
CET Écrivain folliculaire ,
Qui , tous les foirs , prend d'un Libraire
Juſqu'à fix francs ,
Se rapproche par ce ſalaire
Des Écrivains du cimetière
Des Innocens.
Nº. 4, 26 Janvier 1782. M
170
MERCURE.
On connoît le pédant Pancrace ,
Qui , ſe croyant Roi dans ſa claſſe
Sur les enfans ,
Quand ils font quelqu'eſpiegleric,
Toujours par adreſſe châtie
Les Innocens.
N'ENVOYEZ pas pour qu'il y brille
AParis un fils de famille ,
Pauvres parens ;
Preſque à la deſcente du coche
Vénus fait retourner la poche
Aux Innocens ,
C'est à tort que l'on ſollicite
Le ſecours des Docteurs qu'on cite
Pour des Savans.
On en meurt plus tôt , c'eſt tout ſimple
Car parmi ces chercheurs de fimple,
Que d'Innocens !
CENT gueux, fors un ſeul plus ſincère ,
Se diſoient ſur une galère
Tous braves gens .
Çà , dit le Commandant , qu'on rompe
Ses fers , de peur qu'il ne corrompe
Tant d'Innocens.
POURQUOI blâme- t'on à la ville
Ceux qui nous font dans inainte Idille
:
DE FRANCE
171
Courir les champs ?
Les vers doux que leur Muſe enfante ,
Comme les moutons qu'elle chante
Sont Innocens.
TEL enorgueilli de ſa veine
Prétend avoir de La Fontaine
Les doux accens ,
Et dit qu'il boit à l'hypocrêne
Tandis qu'il boit à la fontaine
Des Innocens.
J'EN pourrois dire davantage;
Mais que ce léger badinage
Reſte en ſuſpens :
C'en eſt aſſez , Dieu me pardonne ,
Pour que la critique me donne
Mes Innocens .
Les Critiques les plus ſévères ne peuvent
nier que ce badinage ne ſoit très innocent ;
mais ils feroient des innocens s'ils ne le trouvoient
pas infiniment ingénieux. La naïveté
dans la chanson s'accommode très-bien de
cette eſpèce de jeu de mots qui égaie la
choſe , & dont l'équivoque plaît d'autant
plus qu'elle eſt plus fimple. Simplicia habent
etiamfuum acumen , fuas acutias.
Parmi les plus jolis badinages qu'offrent
en ce genre les Étrennes Lyriques , nous
diftinguerons d'abord les Mais , de M. de
Piis ; les Car , de M. M. ** , & les Si , de
Hif
172
MERCURE.
M. Barré. C'eſt avec regret que nous nous
bornerons à citer la dernière . MM. Barré ,
de Piis & M. ** dinant en fociété , la converſation
tomba ſur lesficar , mais. Une
jeune Dame Italienne engagea ces Meſſieurs
à faire des couplets ſur ce ſujet. M. Barré
s'adreſſfant à elle , lui chanta à l'inſtant
celui-ci;
AIR : Menuet &Exaudet.
:
DIEU merci
Juſque ici
En filence,
J'ai de mon tendre ſouci ,
In amoureux tranfi,
Brigué la récompenfe.
Nous voici ,
Pour ceci ,
En préſence:
Dis , ſans froncer le ſourci ,
Si ton coeur endurci
Balance.
Mon amour est grand , je penſe,
Mais tout Paris , quoiqu'immenfe ,
Raccourci
Par un fi ,
Belle Hortenſe,
Peut , d'un flacon rétréçi ,
Remplir couffi, couſſi ,
Lapanfç.
DE FRANCE. 173
PAR ainfi
Lâcheunfi
De Florence;
Car j'en ſuis bien éclairci ,
Cei là vaut un oui
De France.
Nous n'avons pris de préférence cet impromptu
que pour la rareté & la nouveauté
du genre; car d'ailleurs les talens de ces deux
Poëtes ſont ſi connus , qu'il ſuffit d'indiquer
le Cantique des Quinze- vingts , l'origine de
l'Éventail, le Projet d'une nouvelle Salle
de Spectacle , & c. par M. de Piis , pour faire
l'éloge de cette Collection. Au ſurplus , elle
renferme beaucoup d'autresproductions de ce
goût. La Plaideuse &fon Procureur, par un
Anonyme , les Règles du Reverſis , par M.
Croizetière , l'Aveugle au Bal , par M. Gui
chard , l'Amour Procureur , par M. Marechal
, les couplets à Victoire le jour de fa
Fête , par M. de Saint-Ange , & l'Aubépine,
Romance , par M. de Saint-Floſcel.
Toutes ces Pièces ſont pleines de grâces &
d'une forte de naïveté qui n'eſt point ennemie
de cette équivoque , qui eſt la fleur de
l'eſprit, & qui n'étant qu'un jeu convenu de
l'imagination ,
Offre une idée ingénieuſe & fine ;
Ou la déguiſe afin qu'on la devine.
Poëme des Styles.
Hij
174 MERCURE
Il eſt un autre genre de Chanſons qui
demande plus de delicateſſe de ſentiment
que de fineſſe d'eſprit , des expreſſions plus
poétiques & plus choifies, des grâces aufli
légères , mais plus nobles. Il fa mettre
parmi ce que le Recueil offre de mieux en
ce genre , l'Hymne à la Rose , imitée d'Anacréon
, & le premier Baiser de l'Amour ,
imitation de Longus , par M. d'Étinvaln , le
Fils Naturel , par M. de B** , la Bergère
Ingénuee ,, par M. B** , Couplets à
Madame D ** , par M. de Saint-Ange , les
Regrets d'une Bergère , par Mde la Comteffe
de B **, & les Regrets d'Élisabeth ,
par Mlle Péroche de Compans. La tendrefle ,
comme on fait , eſt le partage du ſexe; &
quand l'eſprit ſe trouve joint dans un certain
degré avec cette tendreſſe naturelle , il
eſt aiſe à une femme de dire de jolies chofes ,
&de les dire d'un ton bien touchant. C'eſt
en quoi Mde Deshoulières a fur- tout réufſi ,
&elle n'eût pas déſavoué les deux Romances
dontil s'agit.
Si nous voulions diftinguer dans cet article
toutes les Pièces dignes de l'être , il
faudroit ajouter une liſte beaucoup trop longue
à l'énumération que nous venons déjà
de faire. Il ſera beaucoup plus facile de noter,
parmi celles qui nous ont paru un peu foibles
, le Bouquet de Jasmin , de M. Bourignon
, à Thémire , par M. Baugin , les
Quatorze Ans & la Réponse , un Coupletfur
Mgr.le Dauphin , par M. Landrin , & des
DE . FRANCE
175
Couplets à Mde ** , le jour de S. Louis , par
M. le Mercier .
Un Vaudeville de M. de Beaumarchais ,
offre un tableau où les ridicules &les moeurs
dutemps ſont ſaiſis avec le plus de fineſſe ,
&peints avec les couleurs les plus piquantes .
Il eſt intitulé : La Galerie des Femmes du
fièclepassé.
Des Couplets de M. de Saint- Ange à un
jeune Poëte plus Philoſophe dans les vers
que dans ſa conduite , prouvent que l'on
peut faire parler la raiſon , même en chanfon
, & cela avec l'agrément & le ton du
genre. Les voici :
AIR: De Joconde.
J'AIME tes vers remplis de ſens ,
Ton goût, ton eſprit rare .
Ta ſeule erreur est dans tes ſens;
Leur ivreſſe t'égare .
Tu blâmes leurs ſéductions ,
Et t'y livres ſans ceffe;
Et l'eſclave des paſſions
Nous vante la ſageſſe.
Pour qui ne la connoît pas bien
La ſageſſe eſt cruelle ;
Mais quand on la ſuit , il n'eſt rien
De plus aimable qu'elle.
Briller parmi les beaux eſprits ,
Eſt un rare avantage ;
Hiv
176
MERCURE
Mais , qu'est - ce que la gloire au priz
De ſon propre ſuffrage ?
JALOUX d'éclairer l'Univers,
Inſtruis-le par l'exemple.-
Qui peint la vertu dans ſesven
En doit être le temple.
Ton talent doit te décider
Aſuivre ce ſyſtême :
Comment veux-tu perfuader
Si tu ne l'es toi-même ?
Il eſt temps de terminer cet article , & il
ne peut mieux finir que par une Boutade de
M. Mafion de Morvilliers , pleine d'une humeur
franche & gaie. Elle a pour titre :
Portrait d'un Homme aimable.
AIR: Vive Henri- Quatre.
S'IL n'eſt à table
Il eſt toujours au lit :
Qu'il eſt aimable
Quand il fait ce qu'il dit !
Mais c'eſt pis qu'un diable
Pour cacher ſon eſprit.
AL'ART de plaire ,
Qu'il eſquive ſouvent
Par caractère ,
Il joint heureuſement
L'eſprit de ſe taire ,
It chacun eſt content.
DE FRANCE. 177
N. B. C'eſt à M. Cholet de Jetphort , rue
des Nonaindières , qu'il faut adreſſer porr
franc & fignées , les Pièces qu'on voudra
faire inférer dans ſon Recueil. Il n'en admettra
que de nouvelles , & qui n'aient
jamais été imprimées. Comme ſon but eſt
de changer tous les ans la gravure , & que
le ſujet en ſera tiré de la Pièce qui prêtera le
plus au crayon du célèbre M. Cochirr ,
MM. les Auteurs ſont priés d'envoyer de
bonne heure les Pièces parmi leſquelles on
pourroit prendre l'idée du deſſin.
LA TRIBU , Comédie en un Acte , pour les
Réjouiſſances de Strasbourg , en l'honneur
de la Fêteféculaire de la foumiſſion de la
Ville à Louis XIV, par M. Rochon de
Chabannes , in 8 ° . de 64 pages.
Cette Comédie mérite d'être diftinguée
des Ouvrages qui ne doivent leur fuccès
qu'aux circonstances qui les font naître. Om
y remarque des Scènes qui annoncent un
Écrivain familier avec l'Art de la Comédie
& à qui les effets de Théâtre ſont parfaitement
connus. Une courte analyſe mettra nos
Lecteurs à portée de mieux apprécier les détails
que nous voulons citer à l'appui de ce
que nous venons d'avancer.
En l'honneur du retour ſéculaire de l'année
qui a foumis la Ville de Strasbourg à Louisle-
Grand , le Corps de-Ville a projeté de
faire vingt mariages, un par chacune des
Hv
1-78 MERCURE
vingt Tribus qui compoſent la Bourgeoisie.
Les noces ſe font chez une Aubergiſte appelée
Madame Ridern. Cette femme , née
en Alface , ne s'eſt jamais écartée des moeurs
&des coutumes Allemandes. Quoique trèsattachée
à la Couronne de France , elle eſt
abfolument éloignée de toute eſpèce de
liaiſon avec les François , dont le caractère
lui paroît trop vain & trop léger. Babet ,
ſa fille , eſt l'amante aimée d'un certain
Léandre établi à Strasbourg , garçon dont les
moeurs & l'honnêteté ſont connues , mais
qui , ayant le malheur d'être né en France ,
n'a pasl'avantage de plaire à MadameRidern.
Dorval , Capitaine d'un Régiment François ;
un vieux Soldat invalide , appelé le père
Louveis , & qui voit ſa troiſième génération ;
une Mde Rinchouin , commère de Mde
Ridern, joignent leurs efforts pour faire confentir
celle- ci à l'union des jeunes amans.
La gaieré noble & fpirituelle de Dorval , la
franchiſe intéreſſante du vieux Soldat Alfacien
qui adore le Gouvernement François ,
le perfifflage adroit de Mde Rinchouin ,
l'ivreſſe générale des Strasbourgeois au retour
de l'année qui les a foumis à la France ,
tour ſe réunit pour ſubiuguer Mde Ridern ,
&elle confent enfin au bonheur de Babet &
de Léandre.
Nous nous abſtiendrons de citer aucune
des Scènes qui ſe paſſent entre les deux
amans. Elles nous on fait un grand plaifir
; néanmoins leur ſimplicité même & la
DE FRANCE. 179
nature des ſentimens qu'elles expoſent, font
devenues étrangères à un trop grand nombre
d'eſprits , pour que nous en citions rien.
Mais nous allons faire connoître un caractère
qui doit être ſenti & goûté dans tous
les temps par des Lecteurs François. C'eſt
celui du père Louvois. Ce vieux Soldat entouré
de toute ſa famille , entre au moment
où l'on chante en choeur.
Chantons , chantons l'an ſéculaire
Où nos ayeux ſe ſont ſoumis
A l'Empire des Lys.
LOUVOIS .
On vos ayeux ! ... Dites vos contemporains , mes
enfans.
Mde RIDERN.
Eh ! c'eſt le père Louvois , qui conduit la mariće
comme un jeune homme.
LOUVOIS .
Oui , & cependant je dare de loin; mais cette
Fête me rajeunit. Je ſuis né , mes enfans , le jour
que M. de Louvois prit poſſeſſion de Strasbourg au
nom de Louis XIV. Ce fut notre admiration pour
ce Prince qui nous ſubjugua , mes amis. Nous choisîmes
le plus grand Roi du monde pour nous protéger
, & depuis cent ans nous n'y avons pas eu
regret. J'ai ouvert & je ferınerai les yeux en entendant
prononcer le nom François. Je fus porté , en
naifſfant , à M. de Louvois ; je lui ſouris , & il me
donna ſon nom . Mon père ſervoit dans les Troupes
Allemandes. L'adoption que ce Miniſtre avoit faite
Hvj
180 MERCURE
de ſon fils, l'attacha particulièrement à la France , &
il me voua au ſervice du Roi. J'y ai de même confacré
mes enfans , & mes enfans y ont auſſi conſacré
les leurs.
Deux Petits-Fils de LouVOIS .
Et nous eſpérons bien, bon Papa , vouer auſſi au
Roi les fils que nous vous donnerons.
LOUVOIS.
Et vous ferez bien , mes enfans , je m'en réjouis
d'avance.
DORVAL , ( à part. )
Quelle famille ! elle m'enchante.
Louvors.
Aonze ans , mon père me conduifit à Steinkerque
, où Luxembourg fut ſurpris & vainqueur.
J'avois plus de peur de mon père que du canon. II
m'avoit dit qu'il me couperoit la tête , ſi je la baiffois
quand j'entendrois fiffler les balles . Je marchois
auſſi fièrement que lui, tenant un petit mousquet
qu'il m'avoit fait faire , & que je déchargeai treis
fois contre les Gardes Angloiſes. Luxembourg m'embraſſa
après cette bataille. Cette embraſfade , que
je n'ai jamais oubliée , m'a valu depuis dix- ſept
bleſſures que j'ai reçues au ſervice de Sa Majesté ;
mais elles n'ont pas altéré ma ſanté , elles n'ont fait
que renouveler mon fang ; & puis , tempérance &
bonne humeur prolongent la vie.
Mde RIDERN.
Cela est vrai , il ſe porte à ravir. Mais afſeyez
vous , M. Louvois .... lajournée eſt rude.
LOUVOIS , fouriant.
Ce n'eſt pas moi qui me maric.
DE FRANCE. 18
Mde RIDERN.
Non , mais afſeyez-vous toujours.
LouvoΙS.
Cela ne ſe peut pas , Mde Ridero , cela ne ſe peut
pas : je vois devant moi un Officier François ,
(il ôte fon chapeau ) , & la ſubordination ....
DORVAL.
Je vous regarde avec admiration , reſpectablevieillard
, & je vous prie de vous aſſeoir. ( Sur les
refus de Louvois. ) Allons , père Louvois , vous
avez ſervi , vous connoiſſez la rigueur du commaudement
: Affayez-vous , je vous l'ordonne . Je me
placerai auprèsde vous.
Nous regrettons de ne pouvoir citer toute
cette Scène. L'éloge que le vieux Soldat fait
de ſa femme porte un caractère de ſimplicité
qui charme. Brave femine , dit- il , & qui
étoit Françoise , fa mort est le feul chagrin
qu'elle m'ait donné ! Une circonſtance de
cette Scène , qui eſt encore très touchante
eſt le récit que fait Louvois de la manière
dontun orphelin qu'il a élevé lui a témoigné
ſa reconnoiffance, en plaçant ſur la tête du
bon homme le premier argent qu'il a fu
amaſſer. L'eloge des François eſt auffi trèsadroitement
amené; il eſt fait devant Mde
Ridern , qui n'en est que très- foiblement
émue , & qui ne ſe ſent pas diſpoſee à renoncer
à fes principes. Elle les ſoutient
encore avec fermeté dans une Scène entre
182 MERCURE
Dorval , Mde Rinchouin & elle , Scène' que
nous regrettons de ne pouvoir citer qu'en
partie.
Mde Ridern parle à Mde Rinchouin de ſa
fille , de ſes amours , des chagrins qu'elle
en éprouve , & du projet qu'elle a formé
de lui faire épouſer un Allemand qui ne
fache pas un mot de François.
Mde RINCHOUIN , à Dorval.
Et vous voulez empêcher ce mariage-là ! vous
n'y entendez rien. Ah ! fi vous aviez connu une de
mes voifines (à Mde Ridern. ) c'étoit Mde
Fricht ; vous l'avez connue , vous. ( à Dorval. )
Elle vous auroit dit là-deſſus de belles & bonnes
choſes qui vous auroient converti.
Mde RIDERN.
Eh ! ne parlons pas des idées d'une folle pour
appuyer un ſyſtême raiſonnable.
Mde RINCHOUIN .
Cette folle avoit de l'eſprit. ( à Dorval. ) Elle
aimoit un François , & on lui donna un Allemand ;
là , un Allemand qui ne ſavoit pas un mot de François
, comme Mde Ridern en veut un pour ſa fille ,
& elle fut la plus heureuſe femme du monde.
Mde RIDERN.
La plus heureuſe femme du monde , vous l'enrendez
, Monfieur.
Mde RINCHOUIN.
Dans une Ville , diſoit-elle , où l'on parle deux
Langues , un mari en fait toujours affez d'une ; mais
DE FRANCE.
- 183
-
il faut que la femme les ſache toutes les deux , pour
être toujours en état de répondre à qui va là.
( à Dorval. ) M'entendez-vous ?
DORVAL , qui a d'abord écouté avec humeur.
Je commence,
Mde RINCHOUIN.
On parle devant fon mari ſans ſe gêner ; c'eſt un
fourd que vous avez là. On écrit tout ce qui fait
plaifir ; avec de grands yeux ſtupides & bien ouverts
, c'eſt un homme qui n'y voit goutte. Il
eſt devant vous comme ces épouventails , qui n'effrayent
les oiſeaux que la première fois qu'ils les
apperçoivent.
DORVALrit , Madame Ridern dit avec un peu
d'humeur.
Laiſſez là votre impertinente voiſine & fon épouventail.
Ce n'est pas dans cet eſprit- là ......
Mde RINCHOUIN .
Attendez , attendez , vous n'y êtes pas. Elle a
quelquefois fait mourir de rire tout le quartier avec
ſes folies. Pourquoi chercher les convenances ?
(C'eſt toujours elle qui parle.) Si les parens ne s'y
ſont pas attachés, la fiile les trouve roujours ; fi elle
ne s'eft pas mariée à ſon goût , elle vit à ſa fantaifie.
Mde RIDERN.
Ah! j'empêcherai bien que la mienne ....
Mde RINCHOUIN.
Vous n'empêcherez rien; fon mari méme fera
contre vous. Suivez , fuivez ma voiſine , elle affecton
le goût & les manières Allemandes..
184 MERCURE
Mde RIDER N, avec dépit.
Moi , je n'affecte rien.
Mde RINCHOUIN.
C'étoit pour tromper fon mari , & vous n'avez
jamais eu l'eſprit de tromper le vôtre . Ma voiſine
diton , trompoſt fort bien le fien. Il venoit régulièrement
boire la bière & fumer ſa pipe devant elle.
Sa complaiſante moitié en foutenoit l'odeur avec
intrépidité , & ſe moquoit des François que le tabac
empoiſonnoit. Elle careſſoit le pauvre enfant , lui
paſſoit la main ſous le menton , avec quelques mors
dedouceur en Allemand , & le mettoit toujours de
mauvaiſe humeur en François. Cette conduite raviſſoit
le bonhomme qui lui ſourioit avec une gravité
qui la faiſoit rire comme une folle ,&ils étoient
toujours les meilleurs amis du monde Il n'aimoit
pas les François , mais il les voyoit avec plaisir ,
parce qu'il croyoit que la femme les aimoit encore
moins que lui . Quand il en paroiffoit ua qu'elle
vouloit retenir , elle le recevoit avec dépit & colère ,
lui diſoit bien haut trois ou quatre duretés Allemandes
, & puis ajoutoit en François : demeurez
demeurez , mon mari va vous en prier. En effet ,
le mari faiſoit figne à ſa femme de ſe contenir , lui
ferroit tendrement la main , &, par un geſte , invitoit,
obligeoit le François à s'aſſcoir. Le François
ne manquoit pas de ſe placer entr'eux deux , de faire
les yeux doux aumari , la moue à la femme , & cela
les amuſoit tous les trois à qui mieux mieux ....
( à Dorval. ) N'eſt-il pas plaiſant de voir un mari ,
perfuadé que la femme chaffe un galant qu'elle retient,
lui déchirer la baſque de ſon habit pour le
faire refter , &c.
Ce perfiflage , ſecondé par la gaieté de
DE FRANCE 189
Dorval , contraſte avec le dépit de Mde Ridern
, & rend cette ſituation très -piquante
&très-comique. C'eſt à la fin de cette Scène
que l'Aubergifte , perſécutée par l'ironie ma
ligne de ſa commère & par les réflexions de
Dorval , eſt encore attaquée par le père
Louvois , qui combat avec ſa franchiſe ſoldateſque
l'antipathie, qu'elle a pour les
moeurs Françoiſes , ¢- là qu'elle abandonne
ſes premières idées.
Le bonheur des jeunes amans ajoute à la
joie des vingt couples choiſis par la Ville.
On quitte alors tous ces petits intérêts particuliers
pour ne s'occuper que de l'objet de
la Fête. Quand elle eſt terminée , Louvois ,
affis dans un fauteuil , ſe voit entouré de
toute ſa famille qui implore ſa bénédiction.
Il la leur donne: puis ſe levant , & joignant
les mains , il s'écrie avec enthouſiaſme :
" Grand Dieu , je deſcends au tombeau ,
&jene pourrai bientôt plus rien pour tous
ces chers enfans ; permets , permets que je
les remette entre tes mains. Mes derniers
voeux , en revolant vers toi , ſont pour mes
enfans , ma Patrie & mes Souverains. »
Il n'eſt pas poſſible de terminer un Ouvrage
deftiné à une Fête publique d'une manière
plus attachante , plus faite pour entraîner
les coeurs ; & nous ferions bien étonnés
ſi ce dernier tableau n'avoit pas été le
plusvivement accueilli de tous ceux que préſente
la Comédie dont nous rendons compte.
S'il fait couler des larmes à la ſimple lec
156 MERCURE
ture , quel effet ne doit- il pas produire à la
repréſentation ? *
:
(Cet Article est de M. de Charnois. )
SCIENCES ET ARTS.
INVENTION d'une Machine propre à élever
l'eau , au moyen d'une corde deſparterie ,
par le Sieur VÉRA, employé à la Pofte.
CETTE Machine eſt une corde ſans fin qui embraffe
deux pouties fixes , également poſées l'une audeſſus
de l'autre , dans un même à-plomb ; la poulie
inférieure eſt plongée dans le réſervoir d'où elle fait
élever l'eau ,& la fupérieure eſt placée à l'endroit où
l'eau doit être élevée. Un même axe enfile la poulic
ſupérieure & un autre d'un plus petit diamètre ;
une chaîne ſans fin s'enveloppe autour de cette
feconde poulie & d'une grande roue qui a ſon axe
particulier : en faiſant tourner la roue , ſoit au moyen
d'une manivelle fimple ou double , ſoit de toute autre
manière , le mouvement ſe communique par la
chaîne ſans fin , aux poulies & à la corde ſans fin ;
Ja partie afcendante de cette corde élève une certaine
quantité d'eau , dont chaque tranche horizontale
* Nous apprenons que la Ville de Strasbourg a
priéM. de Chabannes d'accepter , pour marque de
fa reconnoiffance , une des médailles d'or qu'elle a
fait frapper en l'honneur de l'heureux événement
qu'il a célébré dans ſon Ouvrage, dont le ſuccès a été
très - brillant & très - général.
DE FRANCE. 137
forme autour d'elle une eſpèce de couronne , dont
l'épaiſſeur dépend du diamètre de la corde & de la
rapidité du mouvement ; la grande poulie ſupérieure
eſt enferméedans une caiſſe percée à ſon fond d'une
ouverture , pour donner paſſage à la corde ; l'eau va
frapper le couvercle du fond ſupérieur de la caiſſe ,
d'où elle eſt renvoyée par un canal , dans le haffin
destiné à la recevoir.
Une corde de ſpart , de 21 lignes de circonférence
, enlève environ 125 pintes d'eau en 7 minutes ,
& la porte à 63 pieds d'élévation .Une corde de chanvre
de is lignes de circonférence, emploie 11 à 12 minutes
pour élever 250 pintes d'eau à la même hauteur.
Pour expliquer la cauſe qui fait monter l'eau
avec la corde , il faut ſe repréſenter la corde comme
formant , à raiſon de ſes aſpérités , une eſpèce de
chapelet , fur lequel s'appuie une première couche
d'eau ; de proche en proche ſuccèdent pluſieurs filets
ou anneaux Auides , qui adhèrent les uns aux autres
en vertu de leur viſcoſité , & qui , par leur affemblage,
compoſent de tranche en tranche, ſur toute
la hauteur , des couronnes concentriques àla corde.
Toute cette eau doit être regardée comme une
même maſſe qui est pouffée de bas en braut , par le
mouvement aſcenſionnel imprimé à la corde qui lui
ſert de noyau. Il en ſeroit de même , fi au lieu d'une
corde on employoit une chaîne de fer : on verroit
l'eau s'attacher aux ouvertures des anneaux de cette
chaîne & monter avec elle. En général, cette manière
d'elever l'eau aura lieu toutes les fois qu'on fera
monter avec une certaine viteſſe un corps continu
auquel l'eau ou tout autre fluide pourra adhérer.
En faiſant mention du produit d'eau qu'ont donné
trois expériences auxquelles MM. les Commiſſaires
de l'Académie des Sciences ont foumis cette Machine
, il eſt aifé de juger qu'il pourra être plus con-
Adérable, à raiſon d'une plus grande perfection
1
188 MERCURE
dont elle eſt ſuſceptible ; la conſtruction de cette
machine eſt fondée ſur un principe neuf & ingénieux
, elle mérite l'attention des Phyſiciens , elle
n'eſt nullement diſpendienſe, & peut d'ailleurs être
appliquée à un très-grand nombre d'uſages.
GRAVURES.
Vue & Perspective de l'extérieur de l'Église de
Sainte-Geneviève , dédiée aux månes de M. Soufflot,
par M. Dumont , Profeſſeur d'Architecture,
Prix, 3 liv. A Paris, chez M. Dumont , rue des
Arcis , maiſon du Commiſſaire.
Collettion coloriée des Arbres & Arbustes qui se
cultivent en pleine terre , Cahier premier , in-folio ,
papier d'Hollande. Prix , 18 livres. A Paris , chez
M. Buc'hoz , Médecin-Botaniſte de MONSIEOR
Cette Collection ſe fait uniquement en faveur de
ceux qui aiment les Busquets & les Jardins
à l'Angloiſe. Rien n'est plus agréable que de
pouvoir réunir en un petit terrein plus de cinq
à fix cent Arbres & Arbuſtes , qui , quoiqu'étrangers
, peuvent réſiſter à nos climats , & méritent
d'occuper une place dans nos Jardins , tant par la
beauté de leurs feuillages que par celle de leurs
fleurs & fruits. Depuis long-temps on defiroit une
pareille Collection & l'Auteur , qui s'applique aux
différentes parties d'Histoire Naturelle a cru
ne pouvoit ſe refuſer an defir & à la demande de
pluſieurs grands Seigneurs. Le premier Cahier eft
très intéreſſant. It renferme dix Planches. La première
repréſente un Arbre de la Chine nouvelleinent
connu , auquel l'Auteur a donné le nom de Sophora
Ludovicea XVI , le Louis XVI , parce que
cetArbre , quoique planté depuis plus de trente ans ,
,
DEFRANCE. 189
n'a fleuri en France qu'au commencement du Règne
de ce Roi bienfaifant. La ſeconde repréſente le
Cdu Liban, pinus Cedrus. Linn. La troifième
Phopge des Teinturiers, hopea Tinctoria Linn , un
des psjolis Arbuſtes & des plus rares qui a fleuri
l'année dernière dans le Jardin de la Reine à
Trianon , & que M. le Chevalier de Linnée n'a
décrit que très - imparfaitement d'après une manvaiſe
figure qui en exiſtoit. La quatrième repréſente
laMagnole à grandes fleurs , Magnolia grandiflora.
Linn , que M. Deſemet, Jardinier des Apothicaires,
a fait annoncer avoir fleuri chez lui l'année
dernière. La cinquième eſt l'Érable opale , acer opalus
Ital. La fixième eſt le grand Buis de l'Iſle de
Minorque , Buxus Balearicus. La ſeptième eſt
l'Andromède en grappe, Andromeda racemoſa. Linn.
La huitième eſt le faux vernis du Japon , Rhus
pseudo vernix. Linn. Il a ficuri en 1780, dans les
Jardins de feu M. le Chevalier de Janſſin. Le neuvième
eſt le guilandina Bonduc. Linn. Le dixième
enfin eſt le petit Bouleau d'Amérique, Betula Americana.
Cetre Collection eſt très-curicuſe & trèsbien
exécutée.
MUSIQUE.
CONCERTO ONCERTO de Violon àpluſieurs Inftrumens ,
dédié à ſon Alteſſe RoyaleMgr. le Prince de Pruſſe,
compoſépar leBaron de Bagge. A Paris , chez le
fieur Sieber , Maître de Muſique , rue S. Honoré.
Prix, 4 liv. 4 fols.
Il y a peu de productions en ce genre qui méritent
d'être diftinguées autant que celle-ci. Le nom
de l'Auteur , que tous les Muficiens de l'Europe révèrent,
promet ſeul une compoſition originale &
piquante, remplie de ces traits hardis qui décelent
190 MERCURE
l'imagination la plus vive & l'exécution la plus
brillante.
Nouveau Recueil de Noëls , avec des vari, ions
faciles , arrangés pour deux Flûtiteess , par M. If
fard. Prix , 4liv. 4 ſols. A Paris , chez M. iuffard,
rue Aubry-le-Boucher , vis-à-vis le Commiffaire
, & aux adreſſes ordinaires.
Six Trios pour deux Flûtes & Baffe , par M.
Cambini. Prix , 7 liv. 4 fols. Aux mêmes adreſſes.
Méthode pour apprendre facilement àjouer de la
Quinte ou Alto , contenant des Leçons , Sonates &
des Préludes , où ceux qui ſavent déjà jouer du
Violon apprendront cet Inſtrument ſans Maître ,
par M. Corrette. Prix , 4 liv . A Paris , chez Mile.
Caftagnery, rue des Prouvaires.
Les Plaisirs du Pavillon de Flore , nouveau Recueil
d'Airs , Chansons & Duo , avec Accompagnement
de Forte-Piano ou de Harpe , par M. Albaneſe
, OEuvre XV. Prix , 7 liv. 4 fols. A Paris , chez
M. Cousineau , Luthier , rue des Poulies , & M.
Salomon , Luthier , Place de l'École.
Troisième Recueil d'Ariettes tirées des Opéra de
MM. Gluck, Grétry , Piccini , Anfoſſi , Floquet &
autres , avec Accompagnement de Harpe , par M.
Tiffier , de l'Académie Royale de Muſique , OEuvre
XV. Prix , 9liv. A Paris , chez l'Auteur , à la Corbcille
galante , attenant à l'Hôtel d'Aligre , & chez
Coufineau, Luthier de la Reine , rue des Poulies .
Ce Recueil mérite d'être diftingué de la plupart des
autres de même eſpèce. Le choix des Airs en est trèsbien
fait, les Accompagnemens ſont pleins de goût
&dans le vrai genre de la Harpe.
LaBergère des Alpes , Scène Lyrique , exécutée
par l'Académie Royale de Muſique le 20 Juil'st
1781 , par M. Edelmann , OEuvre. XI. Prix , 6 liv.
DE FRANCE.
اوا
▲ Paris , chez l'Auteur , rue Paſtourelle , & aux
adreſſes ordinaires.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
Ε
UVRES de M. l'Abbé de Voiſenon , 5 Vol.
in -8°. , avec ſon Portrait. Prix , 18 liv. brochés , &
24 livres reliés . Ce Livre a été mis en vente Lundi
14 Janvier 1782 , chez Moutard, Libraire-Imprimeur
de la Reine , rue des Mathurins , à Paris.
Code pénal des Eaux & Forêts , ou Précis rai-
Sonnédes Ordonnances , Arrêts & Réglemens fur les
délits , peines & amendes en matière d'Eaux & Forêts
, ſuivi d'un Commentaire ſur l'Édit du mois de
Mai 1716 , par M. J. Henriquez , Avocat au Parlcanent
, 2 Vol. in- 12. A Verdun , chez Chriftophe ,
Imprimeur- Libraire ; & à Paris , chez Delalain le
jeune, Libraire , rue S. Jacques,
Le Sicur Laporte , Libraire , rue des Noyers ,
vient d'acquérir de MM. les Frères Etienne , Libraires,
les Conférenses de Paris ſur le Mariage &
l'Ufure , en , Volumes in- 12 .
Les Conférences de Paris ſur le Décalogue & la
Morale , en 10 Volumes , font la ſuite de cet importantOuvrage.
Le Libraire eſt prévenu que ces
dix Volumes manquent à pluſieurs Eccléſiaſtiques ,
qui ont trouvé beaucoup de difficultés à ſe les procurer
en Province; il offre de les vendre ſéparément
àtous ceux qui voudront ſe compléter , & ce au
prixde 2 liv. 10 ſols le Volume relié , ce qui fait
25 liv. pour les dix Volumes ; mais il prévient que
ceprix n'aura lieu que juſqu'au premier de Mai prochaio,
paflé lequel temps l'Ouvrage ſera fixé au
prix de 3 liv. le Volume.
Tomes XLVII & XLVIII du Répertoire uni
492 MERCURE
verfel de Jurisprudence , Ouvrage de pluſieurs Jurifconfultes
, mis en ordre par M. Guyot. A Paris ,
chez Dupuis , Libraire , rue de laHarpe , près de la
rue Serpente.
Leçons élémentaires d'Histoire Naturelle & de
Chimie, dans leſquelles on s'eſt propoſé, 18. de
donner un enſemble méthodique des Connoiſſances
chimiques acquiſes juſqu'à ce jour ; 2 °. d'offrir un
Tableau comparé de la Doctrine de Stahl & de celle
de quelques Modernes , pour ſervir de réſumé à un
Cours complet ſur ces deux Sciences , par M. Fourcroy
, Docteur en Médecine , 2 Vol. in 8°. Prix ,
12 liv. brochés. A Paris , rue & Hôtel Serpente.
Aucaffin & Nicolette , ou les Moeurs du bon
vieux temps , Comédie en trois Actes & en vers ,
par M. Sedaine , Muſique de M. Grétry , Pièce repréſentéeparles
Comédiens Italiens en 1779 & cк
1786, in-8 °. Prix , I livre 4 fols. A Paris , chez
Brunet , Libraire , rue Mauconſeil , à côté de la
Comédie Italienne.
TABLE.
ERSpour être mis au bas
VERSP dentde
laReine , tiques,
Lamoignon ,
desPortraits du Roi & de Etrennes Lyriques Anacreon-
145
Airde Colinette à la Cour 146 La Tribu , Comédie ,
168
177
Notice fur la Vie& les Ou- Invention d'une Machine
vrages deM. Barbeau dela propre à élever l'eau , 186
Bruyère, 148Gravures ,
Enigme& Logogryphe , 153 Musique ,
Viede M. le premier Préfi- Annonces Littéraires,
APPROΒΑΤΙΟΝ.
188
189
191
J'ai lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 26 Janvier. Je n'y ai
zien trouvé qui puiſie en empêcher l'impreſſion. A Paris ,
le25 Janvier 1782. DESANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE,
De CONSTANTINOPLE , le 8 Décembre.
SELON les lettres d'Egypte , Melek-Méhémet
Bacha eſt parvenu à y rétablir la
tranquillité , en rapprochant les quatorze
Beys qui partagent entre eux la Régence
de ce pays , que leurs diviſions n'ont
que trop long - tems troublée. Maintenant
le Bacha s'occupe à profiter de ce moment
de calme pour exécuter les ordres du
Grand- Seigneur , qui le mettront peut- être
en état de le perpétuer.
Les troubles d'Alep continuent toujours ;
les émeutes y font fréquentes ; elles font
excitées & augmentées par la difette des
vivres , & par la ruine des villages voiſins
que pillent fréquemment des bandes de
voleurs.
Aly Aga qui faisoit les fonctions de Muhafik
, en Morée , a été arrêté & conduit
ici chargé de fers. On l'accuſe d'avoir di-
26 Janvier 1782 . g
( 146 )
verti des fonds du tréſor ; & s'il eſt réellement
coupable , ſa vie n'eſt pas en ſûreté.
On mande de Smyrne qu'un bâtiment
Suédois allant d'Alexandrie à Livourne , a
eu le malheur de périr par le feu entre l'Iſle
de Canée & celle de Malte. On n'a rien pu
ſauver de ſa riche cargaiſon; l'équipage feulement
a eu le bonheur d'échapper aux
flamines.
RUSSIE.
De PÉTERSBOURG , le 14 Décembre.
Les réſolutions priſes par cette Cour au
ſujet de la réponſe de celle de Suède à la
Grande-Bretagne , pour empêcher la viſite
d'aucun bâtiment marchand qui ſe trouvera
ſous l'eſcorte de quelques vaiſſeaux de guerre
des Puiſſances neutres , ont été expédiées aux
Cours alliées , & un Courier parti dernièrement
pour Londres , doit les y porter , avec
les actes d'acceſſion & d'acceptation de
l'Empereur aux principes de la convention
de neutralité.
On a lu dans quelques papiers étrangers
qu'il y avoit eu une conférence très-vive
entre le Vice-Chancelier & l'Ambaſſadeur
de Hollande , qui avoit occaſionné le rappel
de ce dernier. On s'eſt empreflé ici de défavouer
ce bruit , quin'a en effet aucun fondement.
La petite & la grande Newa font cou(
147 )
-
vertes de glaces; la dernière a été cette an
née navigable pendant 227 jours. Le pont
de bateaux a été emporté le 23 du mois dernier
par les glaçons .
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 25 Décembre.
CINQ bâtimens deſtinés pour nos Ifles
en Amérique , ſont partis depuis quelques
jours ; il y en a encore 10 qui doivent
prendre la même route ; ils complettent
leurs cargaiſons , & mettront inceſſamment
à la voile.
د
Trois bâtimensAméricains venant de Marftrand
& deſtinés pour Boſton , ont auſſi
mis à la voile ; on écrit de Mandal en
Norwège , qu'ils ont pris dans ces mers 2
navires marchands Anglois & qu'après
avoir renvoyé les équipages à terre , ils ont
enlevé les marchandises & mis le feu aux
navires.
Le Comte Adam- Ferdinand de Moltke
&le Commandeur Cornelius Krieger , ont
été nommés contre-Amiraux.
Les Lieutenans de vaiſſeau Fleiſcher &
Stibolt , accuſés d'avoir négligé leur devoir
à l'occaſion du naufrage qu'a fait l'année
dernière le vaiſſeau de guerre le Prince Frédéric
, près de Laſſoë , viennent d'être caflés
parun conſeil de guerre.
>>> Le corfaire le Chaulieu , de Dunkerque , écrit
on de Bergen en Norvège , commandé par le Capitaine
Castagnier , eſt entré de relâche dans cette
82
( 148 )
&
rivière , où il eſt encore retenu par les calmes & les
vents contraires ; ce corfaire a pris un navire
marchand Anglois qui fortoit de Londres
qui est d'une valeur conſidérable. Il a été conduir
à Eggerſund , d'où il eſt attendu dans ce port «.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 1er. Janvier.
Le moment du départ du Comte & de
la Cointeffe du Nord , approche ; ces illuftres
Voyageurs ſe rendront d'abord à Ve-
' nife , & de-là ils pafferont à Milan , à
Rome , à Naples & à Florence . L'Empereur
ſe propoſe , dit-on , de les accompagner
juſqu'à Cronſtadt. A fon retour , la famille
des Princes de Wurtemberg quittera auffi
cette ville , & ira à Stutgard & à Caflel,
d'où elle retournera enſuite à Montbelliard ,
où le Comte & la Comteſſe du Nord font
attendus au mois de Mai prochain.
On attend de Florence une perſonne de
diſtinction qui , dit- on , eft chargée de faire
la demande de la Princeſſe Elifabeth de
Wurtemberg , pour l'aîné des Princes , fils
du Grand-Duc de Tofcane.
On croit que l'Archiduc Maximilien ,
Grand-Maître de l'Ordre Teutonique , recevra
inceffamment l'inveſtiture des fiefs
& droits régaliens que cet Ordre poſsède
dans l'Empire ; il ſera repréſenté par le
Général, Comte de Kaunitz Rietberg , Commandeur
pour l'Ordre en Franconie, On
verra à cette occafion le coftume des Chevaliers
Teutoniques,
( 149 )
L'Ordonnance de S. M. I. pour établir
la tolérance civile & religieuſe dans le
Royaume de Hongrie & les pays qui y ont
éré incorporés , a été publié le 21 du mois
dernier à Presbourg par le Magiſtrat de la
ville.
On dit que les biens du Couvent de
Mauerbach , qui a été ſupprimé , feront
donnés à l'Ecole Normale , & que le Baron
Swieten aura l'inſpection générale des Univerſités
dans tous les Etats Autrichiens .
On parle de renouveller la ferme du
tabac; les Fermiers actuels offrent de donner
une augmentation annuelle de 200,000
florins ; & on croit que cette propoſition
ſera acceptée & l'ancien bail renouvellé à
cette condition.
De HAMBOURG , le 4 Janvier.
'On n'eſt encore parvenu à reprendre
qu'une trentaine des ſoldats du quinzième
régiment d'Infanterie Hanovrienne , levé
pour le ſervice de l'Angleterre ; on les a
conduits avec leur chef dans la priſon de
Stade. Les autres paroiſſent avoir gagné pays .
La partie de ce même Régiment embarquée
ſur le bâtiment de tranſport la Polly ,
eſt rentrée le 29 dans le même port. Elle
y reſtera juſqu'au printems & partira alors
avec le 16e régiment levé pour le même
ſervice.
On lit dans des lettres des frontières de
la Pologne , qu'il eſt arrivé dans la Mol-
83
( 150 )
davie un courier porteur d'un firman du
Grand- Seigneur , qui occaſionne beaucoup
de murmures parmi les habitans. Suivant
ce firman , tout homme en état de porter
les armes , doit ſe tenir prêt pour le mois
de Février prochain. Cet ordre inoui dans
l'empire Ottoman , donne lieu à bien des
conjectures ; il faudroit peut- être avant tout
examiner s'il exiſte en effer.
,
>>>L'Empereur , écrit - on de Vienne , inſtruit de
l'exceſſive cherté du ſel dans la Galicie , vient de
diminuer le prix de cette denrée de première néceffité.
Celui du ſel conſommé dans le pays , eſt réduir
à la moitié de ce qu'il étoit vendu auparavant ; & à
l'avenir , la vente de cette denrée pour les ſujets
ſera faite par une régie , & celle pour l'étranger ,
parune ferme. La belle chauffée pour la facilité
du commerce du port de Zengh , eſt finie , elle
a été commencée en 1777; il a fallu , pour la faire ,
percer des montagnes d'une élévation prodigieuſe ,
faire fauter des rochers énormes , élever des acqueducs
& conftruire des ponts . On voit fur cette chaufſée
, de diſtance en distance , des pyramides avec
des inſcriptions , des cadrans &des fontaines .
L'Adminiftration des Douanes dans la Siléfie Autrichienne
, fera réunie à celle de Moravie , établie
-
Brinn. Ce changement fait préſumer qu'il y en
aura auſſi dans l'Etat civil & militaire de cette province.
-L'épizootie a commencé à ſe manifeſter
àPitraw , près de Troppau ; on a déja tiré à ce
ſujet un cordon pour empêcher l'entrée & la ſortie
des bêtes à cornes «.
Ce fut le 29 Janvier 1779 que les Etats
du Royaume de Suède aſſemblés en Diète
accordèrent la liberté de Religion dans tout
le Royaume ; la Déclaration du Roi ſur ce
fujet ne fut donnée que le 24 Janvier de
( 151 )
l'année dernière , c'eſt à dire , près de deux
ans après. Cette Pièce intéreſſante mérite
d'être connue .
Gustave , &c . Savoir faiſons : que dès le premier
moment de notre avènement au Trône de nos Peres ,
notre principal foin a toujours été , en confervant
la pureté de notre religion , de répandre la lumière
de l'Evangile par des mesures qui , moyennant la
bénédiction divine , puiſſent étendre le vrai culte
de l'Etre- fuprême , & augmenter en même-tems la
proſpérité temporelle de ſes fidèles ſujets. Nous
avons également toujours regardé un libre exercice
de religion , comme le moyen le plus fur d'atteindre
un but ſi ſalutaire , & nous y avons été dérerminé
, d'autant plus que la dépopulation de notre
Royaume , connue & déplorée depuis long-tems ,
avoit empêché le commerce & les arts de s'érendre
& de s'y élever au dégré de perfection déſirable.
Il a donc paru néceſſaire de s'occuper à y aug
menter le nombre des habitans ainſi que la circularion
des eſpèces . Ces avantages ſe ſont déjà fait
ſentir dans tous les. Etats où la liberté de confcience
a été établie pour l'honneur de l'humanité ; & nous
voyons nous - même parmi nos bons & fidèles ſujers
de toute condition , des perſonnes dont les ancétres
profeſſoient une religion différente de la nôtre , &
qui obligés de quitter la demeure de leurs peres
pour cauſe de religion, furent reçus dans ce royaume
& y apporterent leurs richeſſes & leur induftrie;
ce qui a confidérablement augmenté & perfectionné
une des plus utiles branches de notre
commerce . Nous ſommes auſſi perfuadé que nos
glorieux Ancêtres & prédéceſſeurs ſur le Trône de
Suède , ont toujours en cet objet devant les yeux .
Mais ſi Gustave I , a été empêché de le ſuivre par
des conſidérations qui n'exiſtent plus aujourd'hui ; fi
Gustave-Adolphe ayant perdu la vie dans une guerre
84
( 152 )
entrepriſe au nom de la religion , n'a pas eu le tems
d'exécuter ce même deſlein dans ſon royaume , des
circooſtances plus favorables nous ont mis en état
de conſommer une ſi grande entrepriſe dans ce tems
paiſible & doux qui a réuni des eſprits autrefois
diviſés; dans un fiècle éclairé par les ſciences , qui
ont fixé dans l'ame de tous les Suédois les idées
qu'ils doivent avoir de la religion; dans une époque
enfin où nous pouvons avoir une confiance
entière dans le zèle , les lumières & la vigilance
de notre Clergé.- Rien ne pouvoit done plus
nous arrêter que les conſidérations relatives aux
inq iétudes que pouvoient prendre nos fidèles ſujets ;
&plus nous étions porté à nous conformer à leurs
voeux dans cette entrepriſe , plus nous avons eu
du plaifir , à la dernière Diète , à recevoir la propofition
qui nous a été faite relativement à cet
objet par les Etats aſſemblés. Nous déclarâmes
dès-lors que nous acceptions avec ſatisfaction cette
propofition des Etats , ſous les conditions qui y
avoient été attachées & celles que nous trouverions
nous mêmes néceſſaires d'y ajouter. Notre confentement
a même été enregiſtré dans l'arrêté de la
Dière. Mais , pour en régler l'exécution nous
avons encore trouvé indiſpenſable de preſcrire &
d'ordonner ce qui fuit .- Nous déclarons donc par
le préſent Edit , & par nos Lettres-Patentes , nous
publions & faifons ſavoir à tous ceux à qui il appartiendra
, que dans toute l'étendue de notre
Royaume & dans toutes les Provinces qui lui font
fommiſes , nous avons accordé une entière & parfaite
liberté de confcience , avec exercice de Religion
libre & fans gêne. Nous affurons en mêmerems
, que les perſonnes d'une religion étrangère
qui ſe ſont déja établies dans notre Royaume ou
qui pourront s'y établir par la ſuite , jouiront de
la liberté de leur religion , ſous les conditions ſtipulées
ci-après , & qu'elles pouront être aſſurées de
notre protection Royale , ainſi que de celle de nos
,
( 153 )
Succeſſeurs , en tout ce qui regarde la propriété de
leurs biens & de leurs corps , de la même manière
comme nos propres ſujets , & conformément aux
loix de Suède.-Les Etats du Royaume s'étoient
réſervé pluſieurs clauſes , ſavoir : 1 °. Que ceux
qui profeileront une religion étrangère & voudront
ſe retirer dans ce Royaume , y élever des maiſons
& s'y établir , ne pourront , ſous aucun prétexte
y être revêtus d'aucune charge ou emploi. 2º. Qu'ils
ne pourront dans aucun endroit du Royaume établir
des Ecoles ni autres maiſons d'inſtruction pour
répandre leur doctrine. 3 °. Qu'il fera défendu d'y
faire venir des Miſſionnaires , ou d'en envoyer quelque
part, foit au-dedans , ſoit au-dehors du Royaume.
4° . Qu'il ne ſera point établi de Couvens ,
&qu'on n'admettra point de Moines de quelle religion
ou ſecte qu'ils puiſſent être. s ° . Qu'il ne ſera
permis aux Juifs d'avoir des Synagogues que dans
Stockholm , & tout au plus dans deux ou trois
autres principales villes du Royaume , où une police
plus exacte ſoit à portée de les veiller de plus près .
6°. Que les Proceffions & autres cérémonies publiques
des religions étrangères feront défendues
pour éviter la Léduction & le ſcandale. 7°. Que
les Ordonnances du Code Criminel , ch. 1. § . 3 .
concernant les Apoſtats de notre doctrine évangélique
& pure , feront maintenues avec la plus grande
exactitude. 8 ° . Que nuile perſonne d'une religion
étrangère ne pourra être nommée pour Député à
laDière. -Quoique nous ayons déja donné notre
confentement à toutes ces conditions & clauſes
nous n'en eſtimons pourtant pas moins néceſſaire
deles confirmer par ces préſentes , & de rappeller
ce que dès- lors nous déclarâmes concernant la
liberté de la Preſſe , laquelle ne doit pas s'étendre
fur des livres contraires à la pureté de notre religion
, ſoit qu'ils en attaquent les dogmes fondamentaux
, foit qu'ils en enſeignent d'autres & que
gs
( 154 )
par-là ils ſoient capables de troubler la tranquillité
des ames foibles. - Nous ordonnons en outre ce
qui fuit. 1 ° . Quiconque d'une religion étrangère
parlera d'unemanière indécente ou injurieuſede notre
Confeffion de Foi , de nos cérémonies religieuſes ,
ou de notre Clergé , payera une amende de 10 à
so dalers d'argent , felon la grieveté du délit. Et
en cas de récidive , l'amende ſera double. 2°. Quiconque
d'entr'eux tentera de perfuader à des perfonnes
de notre Communion ſes principes Religieux ou
tâchera de les répandre par un écrit , payera pour la
première fois une amende 100 dalers d'argent. Eten
cas de récidive l'amende ſera double. 3 ° . Si un
Chef de famille ou Maître de maiſon d'une religion
étrangère , contraint quelqu'un qui lui eſt
Tubordonné , & qui eſt de la Communion Luthérienne
, d'affifter ou de participer aux actes de dévotion
publics ou particuliers d'une religion étrangère
, il payera une amende de 200 dalers d'argent
; le domeftique aura la liberté de quitter le
fervice fur- le-champ , & le Maître lui payera un
dédommagement convenable. Si quelqu'un cherche
à attirer d'autres perſonnes pour participer aux
actes de dévotion d'une religion étrangère , & pour
renoncer à la doctrine Luthérienne , il payera également
une amende de 200 dalers d'argent. Et en
cas de récidive , il perdra le privilége d'habiter
dans le Royaume.-D'un autre côté , nous voulons
& nous permettons à ceux d'une religion
étrangère pour le tems préſent & à venir. 19. De
pouvoir jouir , comme il eſt dit ci-deſſus , de tous
les droits & priviléges de citoyens , en exceptant
ſeulement celui d'être revêtus des charges & emplois
civils & de la Couronne , & de pouvoir être
nommés Députés à la Diète ; avantage qui cependant
ne fera point refufé à leurs enfans , au cas
qu'ils embraſſeront la religion Luthérienne . 2º . De
pouvoir conftruire des Egliſes , en obſervant cependant
ce qui est preſcrit par notre Ordonnance
( 155 )
du 31 Juillet 1776 , concernant les édifices publics ;
ſavoir , que les deſſins , ainſi que les devis de
frais de conſtruction , en feront revus & examinés
par notre Bureau de Surinten lance de la Cour ,
pour être enfuite à nous propofés & par nous
approuvés ; fans laquelle formalité préalable aucane
conftruction ni réparation majeure ne pourront
être entrepriſes . 3 ° . De pouvoir garnir leurs
égliſes de cloches , & avoir des lieux de ſépulture
à eux. 4°. De pouvoir nommer & conftituer
pour leur culte des Pasteurs ordinaires de leur religion.
5°. Que fi les peres & meres font d'une
même religion , les enfans pourront être baptifés
par leurs paſteurs , ſelon les cérémonies ufirées
parmi eux , & être élevés dans leur religion .
6°. Qu'ils auront la même liberté à l'égard des .
Bénédictions nuptiales , lorſqu'aucune des parties contractantes
ne fera de la religion Luthérienne , pourvu
que , conformément aux loix de Suède , il y ait
eu préalablement trois bans de publiés en chaire.
7°. Ils pourront de même , ſelon leurs rites , faire
les cérémonies de Relevailles & leurs enterremens .
A l'égard des ſuſdites conditions propoſées par
les Etats & par nous approuvées , nous avons cru ,
afin d'éviter toute conteſtation & toute incertitude .
devoir y ajouter les explications ſuivantes . 1º. Que
quoiqu'il foit défendu à ceux d'une religion étrangère
, d'avoir des écoles & des maisons d'inftructons
publiques , il leur fera pourtant permis de
faire inftruire leurs enfans par leurs pasteurs ou
par d'autres particuliers . 2°. Que la défenſe de
recevoir des Miffionnaires dans le Royaume , ou
d'en envoyer dehors , doit être maintenue avec la
plus grande rigueur , puiſque de pareils établiſſemens
ne viſent qu'a étendre une religion & à lui
faire des proſélytes . Cela n'empêchera pourtant pas
leurs paſteurs ordinaires de viſiter , lorſqu'ils en
feront requis , les perſonnes de leur communion
g6
( 156 )
qui demeureront dans tels endroits du Royaume ,
où il n'y aura ni égliſe , ni communauté de leur
culte , d'y adminiſter le baptême &la communion ,
&d'y célébrer des actes de mariages , de relevailles
& d'inhumation. 39. Que la défenſe de
faire des Proceffions & autres cérémonies publiques
, regarde uniquement les places & les rues ;
mais non pas la bénédiction de leurs égliſes , de
leurs cimetières , ou de leurs cloches & autres cérémonies
ſemblables , qui peuvent ſe faire dans
l'enceinte de leurs églises & de leurs cimetières .
4°. Pour ce qui regarde le droit d'aſſiſter aux
Diètes, les Etats avoient oublié qu'en conféquence
de la Déclaration du 27 Août 1741 , ceux de la
communion réformée étoient déja en jouiſſance
de ce droit qui , par cette raiſon , doit leur étre
conſervé. Mais comme par les repréſentations des
Etats , tous les autres étrangers doivent en être
exclus , & que cependant ils font membres de.
l'Etat quoiqu'ils ne le foient pas de notre égliſe ,
nous trouvons qu'au moins il eſt juſte de lear
accorder le droit de ſuffrage dans l'élection des
Députés aux Diètes , puiſque , dans l'état de liberté
de la préſente forme de Gouvernement , chaque in .
dividu de l'ordre qui envoye des Députés à la Diète ,
doit fans difficulté jouir d'un droit ſi eſſentiel.
-Au reſte , Nous exhortons tous nos Sujets trèsexpreffément
, de ne point refufer aux perſonnes
d'une Religion étrangère un accès libre à notre culte
public , ſous peine d'une amende de 10 dalers d'argent.
A l'égard de celui des Religions étrangères ,
ti quelqu'un y cauſe du ſcandale pendant la célébration
du ſervice Divin, le Coupable payera une amen- .
dede 25 dalers d'argent ; fi quelqu'un trouble la paix
&la tranquillité dont chacun doit jouir, foit en allaut
au ſervice , ſoit pendant fa durée , foit en revenant ,
il payera l'amende ſtatuée pour pareil délit au chapitre
18 du Code Criminel. Celui qui parlera d'une
( 157 )
-
manière offenſante ou injurieuſe de leurs opinions ,
&de leur culte religieux , payera une amende proportionnée
aux circonstances & à la nature de la faute
commiſe , depuis 10 juſqu'à so daleis d'argent ;
laquelle amende ſera double en cas de récidive. La
même Loi aura lieu pour celui qui dans les converfations
ſuſcitera des diſputes de Religion.-Acette
occafion , Nous avons auſſi fait mettre ſous nos yeux
les Afſurances royales , Ordonnances & Règlemens
concernant la Religion , qui ont été publiés depuis
Ja Réformation, ainſi que les Arrêtés & Réſolutions
des Etats du Royaame à ce ſujet. Et comme Nous
y en avons trouvé quelques-unes entièrement contraires
au libre exercice de Religion ; Nous déclarons
par ces Préſentes comme nulles & fans effet ,
toutes cel es qui ne pourront ſe concilier avec notre
préſenteDéciſion fondée ſur les repréſentations des
Erats.- Nous reconnoiffons volontiers toute la
difficulté de prévoir tous les évènemens auxquels le
préſent Règlement pourra donner occafion , & l'impoſſibilité
qu'il y a de ſtatuer ſur chacun d'eux en
particulier. Mais ayant déja ci-deſſus clairement expliqué
notre intention ; ſçavoir, que Nous voulons
accorder à toutes les perſonnes d'une Religion étrangère
toute la liberté qu'il eſt poſſible de leur accorder
, ſans préjudice à notre véritable Religion , ſans
altérer les Loix du Royaume , ſans nuire à nos propres
Sujets ; & que , fondé ſur cette baſe , Nous
avons ſtatné ſur quelques articles , Nous préſumons
qu'en ſuivant les mêmes principes il ne ſera pas difficile
de régler le reſte . Les Mariages qui pourront
ſe conclure entre perſonnes de différentes Religions
ont été le premier objet de notre attention .
Le Clergé inſtruit déjà le ſon devoir à ce ſujet , par
le chapitre 15,95 du Code Eccléſiaſtique , s'y conformera
auſſi par la ſuite , quoique l'expérience ait
ſouvent prouvé le peu de fruit qu'il retire de-fes
démarches dans ces occafions. Ce qui nous paroît
-
( 158 )
plus effentiel , c'eſt la queſtion de ſavoir dans quelle
Religion les Enfans provenant de mariages mixtes
doivent être élevés ? - Pour ce qui regarde les
Réformés , la Lettre Royale , du 21 Août 1765 , a
déjà ſtatué que , ſi l'Homme eſt Lutherien & la
Femme Réformée , les Enfans doivent être élevés
dans la Religion Luthérienne , ſans que pour cela il
foit néceſſaire de faire des conventions préalables .
Mais que ſi l'Homme eſt Réformé & la Femme
Luthérienne , il ſera dreſſe devant le Confiftoire &
avant la Bénédiction Nuptiale une convention dans
laquelle it ſera ſtipulé , par les Contractans , dans
quelle Religion les Enfans feront élevés ; & fi pareille
convention n'a point été faite, il ſera libre
au Pere d'élever ſes Enfans dans la Religion qu'il
profeffe . Nous n'avons pas voulu maintenant restraindre
cette liberté ; mais feulement y faire le changement
ſuivant , ſavoir , que les conventions à faire
neferont plus portées devant les Conſiſtoires ; mais
à Stockholm , devant le Tribunal du Grand Gouverneur
, & dans les Provinces , devant celui des Gouverneurs
Provinciaux. Et comme Nous avons
trouvé que , ſans une violence ouverte , Nous ne
pourrions pas preſcrire un autre Règlement pour les
mariages mixtes avec des Grecs , des Catholiques ,
ou d'autres , qui ne peuvent réclamer aucune promeffe
femblable , Nous voulons que dans tous les
cas il en ſera agi de même comme il a été ſtatué
à l'égard des Réformés.-Des conventions matrimoniales
préliminaires & régulières faites devant le
Tribunal du Gouverneur Général , ou devant ceux
des Gouverneurs Provinciaux étant le moyen le plus
efficace pour prévenir toutes les conteſtations à ce
fujet , il eſt par conséquent du devoir du Clergé
d'employer , avant la publication des Bans , tous les
moyens de douceur potſibles pour infifter ſur de
pareilles conventions , & pour engager les Parties
contractantes à les former. -Les Enfans illegiti(
159 )
mes étant entretenus aux dépens de l'Etat , ſerone
élevésdans laReligion Luthétienne, ſans avoir égard
àcelle de leurs Mères . -Quanr a celui qui doit
donner la Bénédiction nuptiale aux mariages mixtes,
c'eſt l'article qui Nous a paru le moins eſſentiel.
Mais pour prévenir auſſi toute conteftation à cet
égard , Nous avons trouvé qu'on doit ſe conformer
à l'uſage obſervé juſqu'ici ; (çavoir , que pour cet
acte , on feivra les cérémonies qui fontufirées dans
les deux Religions des Parties contractantes , mais
à des heures différentes . Les Perſonnes d'une
Religion étrangère qui demeureront à la campagne
ou dans des endroits de la Province où il n'y aura
⚫ pas un nombre fuffifant pour former une affemblée
capable d'entretenir un Pasteur , feront obligées néceſſaitement
de ſe préſenter devant le Gouverneur
Provincial , dans le district duquel elles voudront
s'établir poury faire une déclaration de leurs noms
&qualités , ainſi que du nom de leurs Domeftiques
, du lieu de leur naiſſance , & de leur âge ,
avec un certificar de leurs vies & moeurs . -
Clergé Luthérien ne doit en rien , & fous peine
d'en être rendu reſponſable , s'introduire auprès des
perſonnes d'une Religion différente , ſous prétexte
d'offre de fon Ministère. Il doit les laiſſer jouir
d'une liberté ſans trouble , & ne les point empêcher
de faire venir d'un autre endroit des Prétres
de leur Religion , lorſqu'elles pourront en avoir
beſoin dans l'intérieur de leurs familles .- Maisfi ,
d'un autre côté , les Pasteurs Luthériens en font
requis pour leur donner la Bénédiction nuptiale , ils
doivent la leur accorder ſur les certificats par eux
exhibés de la publication de leurs Bans .- Il en fera
de même pour ce qui regarde leur inhumation , qui
alors doit ſe faire felon le Rituel de Suède , fans
autres changemens que ceux que pourront exiger
les circonstances ou les accidens particuliers. Le
Baptême leur ſera adminiſtré de mème , fi les parens
le demandent ; leſquels cependant pourront
Le
( 160 )
baptiſer eux-mêmes leurs Enfans , en attendant d'y
faire ſuppléer les cérémonies qu'ils jugeront néceffaires
par leurs propres Pasteurs.-Pour conferver
la perfection des Cadastres , Nous ordonnons aux
Magiftrats des Villes & aux Baillifs de la Campagne
de tenir un Regiſtre exact des mariages , des
naiſſances , & des décès des perſonnes d'une Religion
étrangère demeurant dans leurs districts , toit
qu'elles aient employé le ſervice des Prêtres de leur
Religion , ou celui des Pasteurs Luthériens lorfqu'elles
ne feront point en affez grand nombre pour
former Eglife & avoir leurs Regiſtres particuliers.
Ces Regiſtres feront envoyés , à la fin de chaque
année aux Gouverneurs Provinciaux , qui enfuite les
feront parvenir aux Confiftoires reſpectifs , pour y
avoir égard lors de la confection des Tableaux.
S'il arrivoit que ceux d'une Religion étrangère , en
cas de maladie , invitaſſent , de leur propre mouvement
, les Pasteurs Luthériens à leur faire viſite ,
ceux- ci ne doivent point s'y refuſer. Mais , en ce
cas , ils ne doivent leur parler que de la grâce que
Dieu nous a faite par la Rédemption & de notre
justification qui en eſt la ſuite , ſelon les principes
de l'Evangile ; & ils ſe garderont bien de troubler
les eſprits &les confciences par des controverſes &
des difputes de Religion .-Tous les Chrétiens , de
quelle Religion ils puiſſent être , doivent à l'avenir ,
comme par le paflé ,avoir une place décente , même
dans les Cimetières des Luthériens , pour y enterrer
leurs morts. Ils pourront même , en payant aux
Paroiffes la rétrib tion ordinaire , faire fonner les
cloches lors de leur inhumation , ſoit que cette cérémonie
ſe faſſe par les Pasteurs Luthériens ou par
les Prêtres de leur Communion. - Les Tribunaux ,
pour juger les procèsde Religion , feront, fans rien
changer à ce qui s'eſt pratiqué par le paffé , les
Parlemens de notre Royaume. Dans les évènemens
où les Etrangers ne pourront ſe diſpenſer de
comparoître devant les Confiftoires , ils auront le
( 161 )
droit de demander au Bureau du Fiſcal , un Aſſiſtant
qui fera préſent à l'examen & au jugement de leur
cauſe. Nous n'avons pu lever la défenſe faite à
nos Sujets Luthériens d'afſiſter aux Offices divins
des autres Religions , quand même ce ne ſeroit
que ſous prétexte de curiofité . Ceux qui contteviendront
à cette défenſe , payeront une amende de 10
dalers d'argent. -Ceux d'une Religion étrangère
ne doivent pas admettre non plus à leur Service
divin d'autres que ceux qui font de leur Commnion.-
De tout ce qui a été dit ci -deſſus , rien ne
regarde les Juifs . Nous avens donné des ordres
d'expédier pour eux un Règlement particulier de
commerce , qui fixera & expliquera en même-tems
la liberté de Religion qui leur a été accordée.-
Nous ordonnons , par ces Préſentes , au Grand Gouverneur
de Stockolm & aux Magiftrats dans les
Provinces , de veiller & de tenir la main à l'exécution
de notre préſent Edit; de prévenir à tems tous
les abus , & d'avertir s'il en artive qui parviennent
à leur connoiſſance. Enjoignons à eux , ainſi qu'à
tous Juges & Officiers ayant pouvoir exécutif ,
d'aider tous ceux d'une Religion étrangère à jouir
de tous les avantages auxquels ils ont droit de prétendre
, & de juger ſans délai , conformément aux
Loix & aux Conſtitutions du Royaume , toutes les
conteſtations & procès qui pourront ſurvenir , ſoit
entre eux-mêmes , ſoit entre eux & nos Sujets Luthériens.
-Par la confiance entière que Nous avons
en tous les Evêques & Confſtoires , Nous espérons
qu'ils veilleront ſur la conduite du Clergé de leurs
Diocèſes avec la fidélité qu'ils doivent à Nous & à
l'Etat , & avec le zèle que leur conſcience leur impoſe
, pour qu'ils ne négligent rien dans le ſoin des
ames qui leur ſont confiées ; mais qu'en même-tems
ils ne ſe mêlent pas de choſes qui ne doivent pas
être l'objet de leurs foins.-Enfin , Nous adreſſons
à l'Étre ſuprême les voeux les pl s ſincères pour
qu'il daigne répandre ſa bénédiction fur ces arran(
162 )
gemens , afin qu'ils rempliſſent nos vues , &qu'ils
puiffent contribuer à la proſpérité générale. Nous
faiſons les mêmes voeux pour qu'un zèle de Relia
gion amer & faux s'éteigne de plus en plus par-tout;
qu'il ſoit remplacé par un zèle droit & éclairé , par
les vertus qui ſont la ſuite néceſſaire d'une véritable
crainte de Dieu & de la charité envers nos ſemblables.
C'eſt à quoi tous & un chacun doivent ſe conformer
, &c.
ITALI Ε.
De LIVOURNE , le 29 Décembre.
En conféquence des ordres du Grand-
Duc , le Secrétaire d'Etat a envoyé à tous
les Juges du Grand-Duché de Toſcane la
lettre circulaire ſuivante .
>> S. A. R. adhérant aux ſtatuts & diſpoſitions de
ſes prédéceſſeurs , qui défendoient d'admetre dans
le Grand-Duché , l'exercice d'aucune Jurifdiction
étrangère , fans le regium exequatur , veut & ordonne
que tous les Evêques d'Etat étranger qui ont
une partie de leur Diocèſe dans le Grand- Duché ,
aient à exhiber la bulle de leur élection , ſans quoi
il leur est défendu d'exercer dans les Etats de S. A. R.
le moindre acte de Jurisdiction. En conséquence ,
S. A. R. ordonne qu'on n'admette point la Jurifdiction
des Vicaires capitulaires , fans qu'ils aient
exhibé pour obtenir le regium exequatur , toutes
les patentes que les Evêques , & particulièrement
ceux d'un Etat étranger , remettent à leurs Vicaires
forains. Etant chargé par lettre du Secrétaire d'Etat
, du 27 Novembre dernier , de faire les communications
convenables , je vous donne part, Meffieurs
, de ces ordres précis de S. A. R. , pour que
vous ayez ſoin en toute occafion de les faire obferver
ponctuellement ".
Selon des lettres de Naples , il y a paru
( 163 )
un Edit du Roi , pour mettre en économat
les Evêchés & tous les autres Bénéfices
vacans .
On a reçu dernièrement un avis de Mahon
, que confirme un nouveau bâtiment
qui vient d'arriver de cette Ifle. L'Armée
combinée de France & d'Eſpagne s'eſt emparée
du fort Marlborough, ce qui la met en
état de canonner plus vivement le fort St-
Philippe. Les affiégeans paroiſſent attacher
beaucoup d'importance à cette priſe ; & il
ſemble en effet qu'elle reſſerre davantage les
affiégés.
ESPAGNE.
De CADIX , le 26 Décembre.
Les vaiſſeaux Illustre & le St-Michel ;
fontencore dans la baie des Officiers François
qu'ils attendent ; un ſeul eſt arrivé le
23 ; les autres , parmi lesquels on affure
que ſe trouve M. de Buffy , ſous le nom
de Comte de Terville , ſont attendus à chaque
inſtant.
Il eſt venu ces jours derniers deux ou
trois Couriers porteurs de différentes dépêches
, & de l'ordre à l'eſcadre & au convoi
d'appareiller ; mais le tems a été ſi mauvais
depuis le 19 , qu'il a été impoſſible de
mettre ſous voiles.
La nuit du 19 au 20 de ce mois deux
navires chacun du port de foo tonneaux ,
favorisés par un vent d'Oueſt , entrèrent
( 164 )
,
dans Gibraltar. Il eſt impoſſible quand ce
vent règne que nos vaiſſeaux puiflent garder
le détroit; il les en éloigne , & les
navires ennemis poſtés ſur la côte d'Aique
, & retirés dans quelques havres
l'attendent pour en profiter. On ne doute
pas que ceux-ci ne fuffent chargés de vivres
& de munitions de guerre. La place avoit
beſoin de cet approviſionnement ; & le
foin que les Anglois ont eu d'envoyer pluſieurs
bâtimens ainſi chargés , nous fait
penfer qu'ils ne chercheront pas cette année
à ravitailler la place comme par le
paffé , leur eſcadre eſt trop preffée d'aller
défendre des poſleſſions plus éloignées , &
qui ne font pas moins menacées.
ANGLETERR E.
De LONDRES , le 12 Janvier.
La nouvelle de la priſe de l'ifle de St-
Eustache , répandue ſourdement il y a quelques
jours , à laquelle perſonne ne vouloit
ajouter foi , & dont les circonstances
en effet paroiſſoient trop extraordinaires
pour être vraiſemblable , eſt maintenant
confirmée. Les François feignant de menacer
la Barbade ont détourné notre attention
& furpris avec une poignée de
monde la garniſon plus forte du double
que nous avions miſe dans cette conquête ,
qui avoit mérité la préſence de celui de
nos Amiraux en qui nous avons mainte-
-
( 165 )
nant plus de confiance , avec is vaiſſeaux
de ligne ,& celle du Général Vaughan avec
3000 hommes. L'ifle étoit cependant alors
fans garnifon & fans défenſe. Toutes les
lettres qu' nous font venues des ifles regardent
cet évènement comme honteux
& ſcandaleux.
>> Vous faurez ſans doute , écrit - on de Saint-
Christophe , en date du 3 Novembre , avant
que ma lettre vous parvienne en Europe , que les
François viennent de prendre Saint- Eustache , &
Dieu en ſoit loué ; ils ont recouvré en eſpèces environ
250,000 liv. ſterl . produit du butin que
ces.... ( ici une expreſſion un peu vive , peu polie
, mais que les fats justifient ) de Rodney &
Vaughan avoient volé aux pauvres habitans , &
qu'ils avoient cru mettre en fûreté ſur la montagne.
Je me réjouis de ce que cet or eſt paffé en
de plus dignes mains. Hier nous avons vu arriver
ici, prifonniers ſur leur parole , les Officer's qui
ont été pris à Saint - Eustache. Le Marquis de
Bosillé avoit amené 8 à 900 hommes , mais on
n'a pu en débarquer que 370 for une partie de la
côte que l'on regardsit comme impraticable. Avec
cette poignéed'hommes marchant dans le plus profond
filence , il a furpris au lit la garniſon entière
, forte de 700 hommes. Le Marquis s'eft
conduit avec toute la nobletle & toute la magnanimiré
poſſibles . Son premier ſoin a été de rendre
aux habitans qui en avoient été dépouillés , l'ar.
gent trouvé en ſacs comptés , étiquetés & renfermés
dans dix coffres de fer. Le Gouverneur Cockburn
ayant réclamé 3000 johannes , qu'il a dit être
ſa propriété, le Marquis de Bouillé les lui a fait
comater fur le champ. Il a rétabli le Gouvernement
Hollandois , & a arboré leur pavillon fur leur
fort ; ce font eux qui ont l'adminiſtration civile ,
( 166 )
Le Colonel Fitz Maurice , de la Brigade Irlandoi ſe ,
a le Gouvernement militaire. Tout le monde jette
les hauts cris contre Cockburne, choiſi par l'un des
deux Huiffiers Prifcuts de Saint-Euftache , pour
gouverner leur conquête. Il paroît que ce Colonel
étoit Sergent , lorſqu'il plut au Duc de Cumberland
de lui donner un brevet d'Officier , & que
depuis il a fait ſon chemin ſous les auspices du
Général Vaughan , qui l'armoit au point de l'admettre
à toutes les parties , & de ne pouvoir s'en
paffer. Le Comte de Dillon , qui accompagnoit
M. de Bouillé , a parié 600 guinées qu'avant fix
ſemaines il ſera ici fur le ſommer de Brimstone
Hill , & fa gageure a été enregiſtrée à Saint-Euftache
«.
Les mêmes lettres qui nous ont apporté
cette nouvelle nous ont inſtruit de l'arri
vée de l'Amiral Hood à la Barbade le 15
Décembre , & l'envoi qu'il a fait de quelques-
uns de ſes vaiſſeaux à Démérary &
à Effequibo , pour défendre ces deux établiſſemens
où le Marquis de Bouillé avoit
déja envoyé des troupes pour les ſurprendre
aufli ; on doute fort ici que les ſecours
y foient arrivés à tems. Quand on
a vu 700 hommes ſe rendre ſans réſiſtance
à 400 , on ne compte pas beaucoup fur
celle que peuvent faire deux compagnies
d'infanterie.
La nouvelle de l'attaque de l'ifle de Tortola
par les François , a été d'abord donnée
par une lettre du Capitaine de l'Hyena ,
qui étoit ſuppoſée , puiſqu'il vient d'arriver
à Falmouth , au lieu d'aller au ſecours
de l'Ifle , comme ſa prétendue lettre l'an-
-
( 167 )
nonçoit; on n'en croit pas moins ici cette
Ille menacée;& pluſieurs papiers annoncent
que l'Amiral Hood y a fait auſſi paſſer des
fecours. Cette Iſle , qui eſt la meilleure de
ce grouppe d'une foixantaine de petites Ifles
qu'on appelle Vierges , vit former fon premier
établiſſement par les Hollandois , qui
en furent chaſſes en 1666 par les Anglois ,
qui y vécurent pendant près d'un fiècle
comme des ſauvages uniquement occupés
de la culture du coton. Ce ne fut qu'après
la paix de 1738 , que leur activité ſe tourna
vers le ſucre , dont ils ont envoyé depuis
aſſez régulièrement environ 4 ou 5 millions
peſant tous les ans à la Métropole.
>>Avant cette époque il n'y avoit eu ni Gouverne
ment régulier , ni culte public à Tortola , l'un &
l'autre ont été établis très-récemment ; & ce qui étoit
peut-être plus difficile , on a fait confentir ſes habirans
àpayer au fiſc 4 & demi pour cent à la fortie de
leurs productions ; une Adminiſtration prévoyante
auroit ſollicité un bill pour aſſurer les propriétés.
Toutes ou la plupart ont été tranſmiſes d'une manière
affez irrégulière ; & fi elles étoient juridiquement
attaquées , il y a peu de Colons qui ne puſſent
être légalement ruinés. Voilà donc à Tortola le Gouvernement
très-ardent à tirer de l'argent des Colons ,
&très-penx ſoucieux d'aſſurer leur bonheur , quoiqu'il
ne lui en eût coûté qu'un peu de bienveillance
fans aucun ſacrifice. Peut-on dire à des hommes ,
d'une manière plus imprudente , vous ne nous êtes
rien ; payez , payez encore ,& lorſque vous ne ſerez
plus en état de payer , foyez malheureux , périffez ,
mourez , peu nous importe ; l'intérêt que nous prenons
àvotre ſort eſt en raiſon des ſommes que vous
nous fourniſſez .
( 168 )
ne
Cet établiſſement qui eſt peu de choſe ,
n'eſt pas le ſeul qui ſoit menacé ; maintenant
que le Comte de Graſſe eſt arrivé à
la Martinique , que ſes forces ſont infiniment
ſupérieures à celles de l'Amiral Hood ,
on craint que les François ne rentent
quelque entrepriſe importante. On
doute pas ici qu'Antigoa ou la Barbade ne
foit le premier objet vers lequel ils ſe dirigeront
; & fans doute dans ce moment
l'une ou l'autre de ces expéditions eſt-elle
commencée ; elle peut avoir été exécutée
au moment même où l'Amiral Rodney aura
pú mettre à la voile. C'eſt le 6 de ce mois
qu'il fit le ſignal à tous les Officiers de ſe
rendre à leur bord , & d'y prendre toutes
leurs chaloupes. Il ne reçut fes dernières
inftructions que le lendemain ; le 8 au matin
, il tira le coup de partance , & le
foir à trois heures toute ſon eſcadre étoit
fous voile , faiſant route pour Torbay. Les
vaiſſeaux qui la compoſent ſont le Formidable
, le Namur de 90 , le Gibraltar de ४० ;
Arrogant , le Conquérant , le Fame , le
Marlborough , l'Hercule de 74 ; l'Afrique ,
Yarmouth , l'Anfon , le Nonfuch , le Protée
, le Répulſe de 64; l'Assistance de jo.
On n'a pas encore de nouvelles de fon
départ; mais comme le vent s'eſt foutenu
au N. E. & que le 10 il étoit tout- à-fait
Nord , on ſuppoſe qu'il eſt parti au plus
tard ce jour-là. Mais juſqu'à l'époque de
ſon arrivée à ſa deſtination , il trouvera
peut-être
( 169 )
peut être que les chofes auront bien changé
de face.
Dans l'Aſſemblée des Planteurs & Négocians
intéreſſés au fort des Indes Occidentales
, où il fut arrêté à la fin du mois
dernier une pétition au Roi , qui a été préfentée
comme nous l'avons dit , il fut
obſervé qu'un des Lords de l'Amirauté ,
l'Ecuyer Bamber Gascoigne , avoit dit dans
la Chambre des Communes , que pluſieurs
des premiers Négocians lui avoient nié toutes
les inquiétudes dont on avoit ſuppoſé
qu'ils étoient agités relativement à nos Ifles
Occidentales ; en conféquence , il fut réſolu
que le Préfident prendroit l'avis de tous
ceux qui étoient préfens , pour ſavoir s'il s'en
trouveroit en effet quelques-uns qui euffent
marqué à l'Ecuyer Bamber Gascoigne la fécurité
dont ce Lord de l'Amirauté avoit
parlé; mais comine un filence général donna
le démenti le plus formel à l'affertion du
Lord de l'Amirauté , il fut unaniment arrêté
que , dans la fituation alarmante des
:Ifles qui nous reſtent aux Indes Occiden-
1.les , on préſenteroit au Roi l'humble adreſſe
que nous avons rapportée dans un Numéro
précédent , & que la préſente réſolution
feroit inférée dans les papiers publics, tignée
par le Préſident de l'Affemblée.
Nos nouvelles de l'Amérique Septentrionale
ſe réduiſent à peu de choſe. On apprend
ſeulement que la fameuſe expédition
qu'un corps de troupes royales du
26 Janvier 1782 . h
( 170 )
Canada avoit entrepriſe ſur les derrières de
l'Etat de New-Yorck , a échoué. Selon les
dernières dépêches que la Cour a reçues ,
ce corps ne pouvant garder les nombreux
prifonniers qu'il avoit faits , les envoya au
Lord Stirling en préſent; ce général Américain
en le remerciant lui envoya les articlesde
la capitulation du Lord Cornwallis ;
& fur cette information les troupes Britanniques
reprirent le chemin par lequel
elles étoient venues. Un gros parti Américain
le ſuivit , tomba ſur ſes derrières ,
le ſurprit ,& tua ou prit tout ledétachement
royaliſte à 3 milles de Saratoga. Le fameux
Butler eſt compté au nombre des morts .
Le Lord Cornwallis ,dit un de nos papiers , annonce
dans ſes lettres particulières au Gouvernement
qu'il n'a point deſſein de revenir en Angleterre avant
d'avoir effectué l'entier échange des malheureux
vétérans qui partagent ſa captivité à York -Town.
Ce qui contribue , dit - il , à le conſoler de cette
abfence volontaire de ſon pays , c'eſt qu'il eſt intimement
perfuadé que ſa préſence procure aux prifonniers
une infinité de douceurs dont ceux-ci ſeroient
privés s'il étoit éloigné d'eux. Il fait le plus
grand éloge de l'honnêteté de M. de Rochambeau ,
qui a invité alternativement tous les Officiers de
l'Etat-Major de l'armée Angloiſe à dîner avec lui
à ſa table , & qui leur a témoigné des égards
& des attentions qui l'ont fait généralement admirer.
Les Officiers du Lord Cornwallis ont tiré
au fort pour revenir en Angleterre , & comme le
Général O'hara a cu une mauvaiſe chance , Cornwallis
ne put s'empêcher d'en témoigner quelque
farisfaction , parce qu'il jouira de la ſociété en
Amérique. Tout ceci fait préſumer que les bruits qui
ont couru fur le retour prochain du Lord Cornwallis
font bien prématurés , du moins quant à préſent.
( 171 )
On n'a point de nouvelles de Charles-
Town depuis le 12 Novembre , & elles
portoient alors que le Général Gréen étoit
dans la province avec une Armée confidérable.
Si l'on en croit une lettre récemment
arrivée de cette ville , toute idée de réſiftance
de la part de nos amis ou de ſoumifſion
de nos ennemis dans cette province ,
eft entièrement détruite depuis la malheureuſe
capitulation d'Yorck-Town.
On a parlé de l'exécutiondu Colonel Américain
Iſaac Hayne , pris par nos troupes, exé
cuté par ordre du Lord Rawdon , & de la
proclamation par laquelle leGénéral Gréen
annonce des repréſailles. Le Colonel étoit
accuſé d'avoir été pris les armes à la main
après avoir prêté ſerment de fidélité &
été remis en liberté. Avant ſon exécution ,
il avoit adreſſé aux Délégués de la Caroline
Méridionale à Philadelphie , les pièces
relatives à ſon procès. Nous en placerons
une ici; c'eſt la lettre qu'il écrivit
au Lord Rawdon & au Colonel Balfour le
29 Juillet dernier , après ſa condamnation.
Jeudi matin je reçus un Billet du Major Fraſer ,
qui m'informoit » qu'un Conseil d'Officiers de
Etat-Major s'aſſembleroit le lendemain pour mon
Jugement ; & le ſoir du même jour j'en reçus un
un autre , par lequel il me donnoit avis , » qu'au lieu
de cela il y auroit une Cour-d'Enquête , à l'effet de
constaterJous quel point de vue je devois être confidéré.
On me diſoit aufſi , » que toute Perſonne
queje voudrois nommer , m'accompagneroit comme
mon Avocat » . N'ayant jamais eu d'autre idée
d'une Cour-d'Enquête , ni entendu qu'on en ait jamais
formé que pour ſervir a précéder un Conſeil
h2
( 172 )
de-Guerre ou quelque autre Tribunal , afin d'examiner
les faits avec plus de détail , excepté le cas
d'un Eſpion ; & M. Jarvis , Lieutenant-Maréchal
du Prévôt , n'ayant pas réuſſi à trouver la perſonne
que j'avois nominée pour mon Avocat , je
ne me mis pas en peine d'aſſigner des témoins ;
j'aurois pu en produire pluſieurs; & je me préſentai
devant le Conſeil ſans être aſſiſté de qui que
ce fût. Lorſque je fus devant cette aſſemblée , je
fus convaincu que je ne m'étois pas trompé dans
ma conjecture ; & je trouvai que les Membres
n'étoient pas jurés , ni les Témoins examinés ſous
ferment : & chaque Membre , ainſi que toute autre
perſonne préſente, doit avoir vu aiſement , par les
demandes que je fis & par toute ma conduite , que
je n'avois pas la moindre penſée que je fufſe jugé
ni examiné pour une affaire où il s'agifloit de ma vie
&de ma mort. Je ne crois pas non plus que les Membres
eux-mêmes , ni aucune perſonne qui y aſſiſtoit ,
eût une idée de certe eſpèce.-Dans le cas d'Eſpions
une Cour-d'Enquête eſt tout ce qui peut être néceſſaire
, parce que le ſeul fait , ſi l'on est Espion ou non ,
eſt toutce qui fait l'objet de la recherche , &que ſon
entrée dans les lignes du camp ennemi ou de la garniſon
, l'aſſujettir à l'exécution militaire. Comme
cette accufation n'eſt ni n'a jamais été portée contre
moi , je conçois que l'information que j'ai reçue , que
La Cour rechercheroit ſous quel point de vue je
devrois être conſidéré , ne ſauroit être priſe pour
avertiſſement ſuffiſant , qu'on eût deſſein de me
juger , mais qu'elle pouvoit uniquement ſignifier
qu'on rechercheroit , ſi je devois être considéré
comme Sujet Britannique ou comme Américain ;
que , dans le premier cas , je ſerois foumis à un
Jugement légal &impartial ; que , dans le ſecond,
je ferois admis à être relâché ſur ma parole.-Jugez
donc, Mylord & M. , de l'étonnement où j'ai dů
être , lorſque j'ai trouvé que l'on m'avoit engagé
par ſurpriſe dans une procédure tendante à rece
( 173 )
voir jugement , fans ſavoir qu'elle fût telle ,& privé
de la faculté de faire une défenſe légale ; défenſe
qu'il m'eût été aifé de fonder tant ſur les Loix
que fur les fairs ; lorſque je me ſuis vu deſtitué
de l'affiſtance d'un Avocat & de Témoins ; & lorfqu'on
m'a informé que , d'après la procédure de
cette Cour , j'avois été condamné à mourir , &
cela en très-peu de jours. Immédiatement après
avoir reçu cet avis , j'ai mandé ce Jurifconfulte ,
que j'avois originairement choiſi pour mon Conſeil.
Je mets ci-inclus ſa Conſultation ſurla légalité de la
procédure tenue contre moi ; & je prie qu'il me ſoit
permis de m'y référer. Je puis vous aſſurer , & je
le fais avec ſincérité , que j'avois & que j'ai beaucoup
de raiſons à alléguer pour ma défenſe , ſi
l'on me fait la faveur de m'accorder un Jugemens
régulier: finon ( ce que je ne faurois ſuppoſer d'après
votre équité ) , jedois vous prier , comme je
le fais inſtamment , de différer le tems de mon exé
cution, afin que je puiſſe faire au moins les derniers
adieux à mes Enfans , & me préparer pour ce
terrible changement. J'eſpère que vous me ferez
promptement réponſe ; & je ſuis , &c.
Ces procédés ne ſont pas propres à ramener
les Américains , & nous expoſent
à de juſtes & cruelles repréſailles ; auffi
eſt-on plus las que jamais de la guerre ;
on ne parle d'aucune propoſition d'accommodement
avec la maiſon de Bourbon ;
il n'y a rien de moins certain que le ſuccès
de la négociation avec la Hollande ;
on ne croit pas non plus qu'il y ait quel.
que ouverture avec l'Amérique ; on infinue ,
mais foiblement , qu'il pourra s'en faire
quelqu'une par M. Laurens depuis qu'il eſt
forti de la Tour; mais onn'y compte guère ,
h3
( 174 )
& la Cour ne paroît occupée que de me
fures vigoureuſes. Elles ne plaiſent pas à
la nation en général , & elles ont attiré
cet avis au Lord Germaine.
,
>>S>'il eſt vrai que le Ministère Britannique eſt encore
inſenſible aux calamités extrémes , ſuſpendues
ſur la tête de la Nation , & qui la menacent d'une
ruine certaine , il refſſemble à ces malheureux qui ,
minés par une maladie bilieuſe &de langueur, ayant
le viſage décharné , tremblant ſur leurs jambes ,
prêts à être moiſſonnés par la mort s'écrient
Notre honneur ! notre Empire ! Quels font , My.
lord , les fruits cueillis par la Cour de la guerre
que nous faiſons depuis treize ans ? A-t-elle fait
autre choſe que répandre le ſang innocent , prodiguerdes
tréſors immenfes , ruiner les fabriques &
le commerce , changer la ſituation riante & heureu
ſe des Sujets en l'état lugubre de Veuves & Orphelins
? Quelles ſont les ſuites de l'envoi des 80,oca
hommes , ſucceſſivement tranſportés en Amérique ,
des 100 millions ſterl. fi honteuſement diſſipés ?
Notre Armée entière n'a-t-elle pas , à deux différentes
repriſes , été faite priſonnière de guerre , à la
honte ineffaçable de la Nation ? Et , quoiqu'on diſe
de l'expédition contre Hyder-Aly , n'eſt il pas bien
avéré , qu'il faut un tems infini pour remédier aux
maux que le Carnatic a déja ſoufferts ? Le Bengale
ſe trouve réduit à la plus affreuſe extrémité ! Le
Gouvernement d'a-t-il pas reçu des avis bien confirmés
, qu'à moins d'un ſecours formidable qu'il
eft abſolument impoſſible d'y envoyer , toutes les
poffeffions de notre Compagnie des Indes Orientales
font abſolument perrdduueess ? Pouvez-vous vous flatter
, Mylord , que la réſolution inſenſée de continuer
la guerre contre les Colonies de l'Amérique , la
France & l'Eſpagne , qui exige l'emploi de 150,000
hommes ſur terie & fur mer , puiſſe influer ſur les
ennemis de la Grande-Bretagne ? Non , Mylord; ils
connoiffenttrop lenéant de cette ſuppoſition chimé
( 175 )
rique , & actuellement que la fortune favoriſe tou
res leurs entrepriſes , qu'i's ont déja fait tarir plufieurs
fources de la proſpérité anglaiſe , ils redoublent
leurs forces , ſe ſont peut- être emparés des
Barbades ; ils enleverent de même la Jamaïque :
Peut- être même la Campagne prochaine la flotte
Britannique dans les Indes Occidentales recevrat-
elle la loi des François ! Quel honneur a réſulté
pour nous de la Déclaration de guerre inouie contre
la Hollande ; contre une République , unie à
l'Angleterre par le culte , le commerce, l'affection
naturelle , qui goûta toujours un plaifir ſenſible lorſ
qu'elle pouvait nous être utile; contre une Nation ,
dont les richeſſes auroient pu foutenir les beſoins
Britanniques ? Quel monument honteux a dreflé le
brigandage exercé à l'improviſte contre les Navires
Marchands déſarmés des Hollandois ? Combien la
tyrannie Britannique a été humiliée , lorſque la
brave flotteHollandoiſe ſe vengea , ſur le Doggersbank
, de notre ambition ! Etquel deshonneur n'a
pas rejailli fur notre conquête de Saint-Eustache !
Je le fais , Mylord ; la Cour reſſemble à un édifice
conftruit de marbre ; je veux dire qu'e'le eſt
composée d'hommes très- inſenſibles , mais extraordinairement
polis. Mais , comme il eft encore tems
aujourd'hui ; puiſque la rupture avec les Provinces-
Unies paroît devoir être terminée par la médiation
de l'Impératrice de Ruffie , en rendant la tranquilité
à l'Amérique , faires que la paix ſoit univerſelle ;
peut-être qu'alors les ſuites effroyables d'un entêtement
violent & effrené pourront être en quelque
manière redreſſées , & l'affection du Peuple renaîtte
pour la Patrie «.
Les ſarcaſmes ſe multiplient contre les
Miniftres & les Généraux ; le Chevalier
Clinton n'y eſt pas menagé ; voici un
paragraphe que tous nos papiers du jour
ſe ſont empreſſés de copier. h4
( 176 )
>>>Sir Henri Clinton , depuis la reddition de
l'armée du Comte de Cornwallis , eſt extrêmement
réſervé dans ſa conduite. Fréquemment il fort de
table avant que ſes convives aient dîné, monte à
cheval pendant un tems conſidérable & fans honte ;
il a deux maiſons dans la ville , une à Kingsbridge,
& une quatrième à Fluhshing , & d'autres à Newtown
, au village de Jamaïca , au détroit de Long-
Inand , à Staten Iſland & à Hellgate ; les Yankees
Américains diſent qu'ils ſe flattent de l'enlever
dans quelqu'une , comme ils enlevèrent le Général
Preſcott pendant une belle nuit ; & qu'ils l'emmepèrent
fans qu'il fût muni de la partie la plus utile
de ſes vétemens. La chanson du quartier-général
est tout pour l'amour, ou l'Amérique bien perdue.
Allufion à la pièce de Dryden Allfor love or the
worldwell lost.
Deux navires Danois arrivés de Tranquebar
ont apporté des dépêches pour la
Cour & la Compagnie des Indes , touchant
l'état des affaires à la côte de Coromandel ,
au Bengale , à Bombay , &c.; mais il n'en
tranſpire rien ; ce qui fait préſumer qu'il
ne s'eſt rien paflé d'intéreſſant dans ces
contrées depuis la dernière action avec Hyder-
Aly , & que ces dépêches regardent
l'adminiftration des affaires civiles.
Le Parlement d'Irlande avant de ſe ſéparer
, a arrêté qu'en reprenant ſes ſéances
le 29 de ce mois , il s'occuperoit de la
réforme des loix qui ſubſiſtent contre les
Catholiques. Ils méritent en effet , par leur
fidélité & leur zèle , de jouir des avantages
& immunités dont jouiffent les Proteftans.
( 177 )
La proclamatiou du Roi pour un jeune
général eft conçue ainfi.
G. R. Prenant dans la plus ſérieuſe conſidération
les hoftilités juſtes & fi néceſſaires dans lesquelles
nous ſommes engagés , & l'étrange rebellion portée
dans quelques-unes de nos Provinces & Colonies
de l'Amérique Septentrionale , & mettant notre confiance
dans le Très-haut pour qu'il daigne répandre
une bénédiction particulière ſur nos armes tant fur
mer que par terre , nous avons ordonné & nous
ordonnons , de l'avis de notre Conſeil, qu'un Jeûne
& une humiliation publique aient lieu dans toute
la partie de notre Royaume de la Grande-Bretagne ,
appellée l'Angleterre , ainſi que dans notre pays de
Galles & la Ville de Berwick fur la Tweed , le
vendredi 8 Février prochain , afin que nous &
notre peuple nous puiffions nous humilher devant le
Seigneur pour obtenir le pardon de nos péchés, &
de la manière la plus religieuse & la plus folemnelle
faire monter nos prières & nos fupplications
vers ſa Majesté divine à l'effet de détourner les jugemens
terribles que nos fautes & nos provocations
multipliées ont juftement mérités , comme auffi
pour implorer ſa bénédiction fur nos atmes
qu'elledaigne nous rendre à nous & à nos Royaumes
une paix , une sûreté & une proſpérité dans lesquelles
nous ſoyons toujours conſervés. Voulons & Ordonnons
expreffément que ledit Jeûne public ſoit
refpectueusement & religieuſement obſervé par tous
nos chers ſujets de l'Angleterre, diupays de Galles &
de la Ville de Berwick ſur le Tweed , qui defirent
le graces du Très-haut , & qui redoutent ſa haine
& fon indignation , ſous peine de ſubir les châtimens
qu'il nous plaira d'infliger justement ſur tous
ceux qui négligeront de remalir un devoir fi eſſentiel
&fi religieux. Et pour rendre cer acte de piété plus
efficace , nous avons ordonré aux Archevêques &
Evêques d'Angleterre de compoſer une formule de
hs
,
&
( 178 )
prière convenable à cette folemnité , laquelle prière
ſera récitée dans les Egliſes , Chapelles & lieux oả
fe célèbre le Service divin , leſdits Archevêques &
Evêques devant avoir le ſoin de la diſtribuer dans
leurs Diocèſes reſpectifs.
Il a été donné une pareille proclamation pour
faire obſerver un Jeûne général en Ecofle le jeudi
7 Février.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 22 Janvier.
Le 13 de ce mois la Comteſſe Louiſe de
Cauſans & la Baronne de Nedonche eurent
l'honneur d'être préſentées à LL. MM. &
à la Famille Royale , la première par la Marquiſe
de Cauſans ,& la ſeconde par la Princeſſe
de Bergues.
Ce jour il y eut grand appartement à
l'occaſion de la naiſſance de Monſeigneur
le Dauphin . LL. MM. ſoupèrent enſuite à
leur grand couvert dans le ſallon d'Hercule.
La Cour , qui fut très-nombreuſe , fut auſſi
de la plus grande magnificence.
Le même jour LL. MM. & la Famille
Royale ſignèrent le contrat de mariage du
Comte de Lage de Volude , avec Mademoiſelle
de Freſchamberg d'Amblimont.
Le Prince Doria Pamphili , Nonce ordinaire
du Pape , eut une audience particulière
de S. M. , à laquelle il fit part de ſa
nomination pour préſenter les langes bénits
que le Pape doit envoyer à Monſeigneur le
Dauphin. Il fut conduit à cette audience
avec les formalités ordinaires.
( 179 )
L'Evêque de Saintes prêta le 15 , pendant
la Meſſe , ferment de fidélité entre les mains
du Roi .
La Cour eſt partie le 20 de ce mois pour
le Château de la Muette , d'où elle reviendra
ici le 24.
De PARIS , le 22 Janvier.
,
RIEN n'égale l'ardeur & l'activité qu'on
met à Breſt dans les réparations des vaifſeaux
; & felon pluſieurs lettres , on ſe flatte
que dans le commencement du mois
prochain cette eſcadre pourra retourner
à la mer , à quelques vaiſſeaux près
qui feront remplacés , s'il en eſt beſoin
par le Protecteur , de 74 canons , qui
venoit de fortir des baſſins lorſque M. de
Guichen eft rentré ; par le Puiſſant , qui
s'arme à l'Orient , & qui doit être prêt ;
on pourra y joindre encore le Guerrier , de
74 , qui étoit prêt à ſortir des baffins ; l'Actionnaire
, de 64 , qui étoit dans le port , &
le Fier , de so , qui eſt en rade ; de forte
qu'avant peu de tems M. de Guichen aura
une eſcadre plus nombreuſe qu'elle ne l'étoit
à fa première fortie.
>> Ce n'eſt que depuis le 10 , lit-on dans quelques
lettres de ce port , que le vent paroît s'être fixé au
nord. Celui de S. O. nes étoit rallenti vers les premiers
jours de ce mois , que pour reparoître avec
plus de violence. Le 8 , un nouvel ouragan fit pétir
àMorlaix une corvette du Rei & un vauſeau richement
chargé , eſtimé 500,000 liv. , priſe d'un de nos
corfaires. Cet ouragan n'a pas été moins fenfible for
toute la côte de Bretagneque dans ce dernier port.
h6
( 180 )
-
Dans celui-ci , quelques vaiſleaux ont fouffert en
rade , le Hardi entr'autres , mais le dommage n'a pas
été confidérable. Nous ignorons encore le fort
de plofieurs bâtimens du convoi; il en eft rentré ,
comme on l'a dit , 27 ici avec la flotte , 8 ont mouillé
à 1Orient , dont deux avec la Terpficore , 2 à Bardeaux
, 1 au paffage , I à la Rochelle ; 1 autre a péri
en entrant dans la baye d'Andierne; ce qui fait 40
connus dont un a péri ; on apprend qu'il en eft entré
un 4te an Ferrol ; celui-ci étoit di convoi de Bordeaux
; il avoit quité avant le 23 , parce que fon
mâ: avoit confenti ; il a été fort heureux d'être dans
ce port avant que l'ouragan be ſe déch înât , il n'auroit
jamais pu lui réfifter. On travaille avec la
même activité au radoub des tranſports. Les cargaiſons
de ceux qui demandent trop de tems pour
étre remis en état de fervir , font versées ſur d'acties.
On frète en diligence to gros navires à St-
Malo , ainſi que tous ceux du convoi de St-Domingue,
à mefire que leurs cargaiſons font à terre « .
On apprend journellement l'arrivée des
navires qui manquoient encore du convoi de
St-Domingue , qui conſiſtoit en 135 batimens.
Le Rubin qui en faiſoit partie , eſt
entré à Bordeaux le 22 du mois dernier ;
leContent &le Héros font entrés à l'Ifle de
Rhé; on croyoit le dernier perdu , & la
veille les Affurances étoient de so pour
100.
>>>I>l s'en faut bien , lit-on dans une lettre de
l'Orient , que les Anglois ayent pour nos priſonniers
l'honnêteté & les égards que nous étions en droit
d'attendre d'eux. La manière dont ils ont traité les
Officiers & les équipages pris par l'Amiral Kempenfeld,
en fournit une nouvelle preuve. Un de ces Officiers
reſpectables , perfuadé que ſes plaintes ne parviendroient
pas en France , s'il les exhaloit avec trop
( 181 )
-
d'indignation , le contenta d'écrire : On nous regarde
& on nous traite comme des gens complettement
vaincus. Ces expreffions forment un contraſte parfaic
avec la lettre officielle du Lord Cornwallis , dans
laquelle ce Général fait l'éloge de l'humanité & de la
générosité Françoiſe. Des lettres particulières qu'on
favoit bien devoir échapper à la vigilance des émilfaires
de l'adminiftration Angloiſe , ont expliqué ce
que l'Officier n'a pas ofé dite. La manière dont
cet Officier a été traité , ne pouvoit étre ni plus
indécente ni plus injurieuſe. Il feroit tems Tans
doute , de témoigner à de pareils ennemis toute l'indignation
que de pareils procédés doivent inſpirer ,
&de les forcer , par de juſtes repréſai'le,s à reſpecter
liafortune & le mérite ".
د
On apprend de Marseille que les vaifſeaux
entrés dans ce port depuis le 27
Décembre , juſqu'au 3 de ce mois , font
au nombre de 72 , parmi lesquels , outre la
frégte du Roi l'Alceste & la corvette la
Blonde , commandées , l'une par le Marquis
de Coriolis , & l'autre par le Chevalier
de Ligondes , on en compte 10 venant
de la Martinique , charges de ſucre
café , &c . , 4 venant de Cadix , 2 de lifbonne
, & un de Stockholm ; ce dernier
eſt ch rgé de fer & de planches .
,
>>L>e camp écrit-on de Mahon en dite du 26
Décembre , a reçu une grande partie des mami-ions
quil attendoit , principalement en poudre & en
boulets , enforre que nos atti leurs ont aujourd'hui
plus de 80,000 coups à tirer. Les batteries feront
bien-tôr dé ouvertes; elles ſout d'une folidité & d'une
force qui font honneur au chef de ces immenfes travaix.
Les ennemis , qui prévoient leur effet , ne
ceffent de tirer fur elles. Ils font un feu ties-vif
( 182 )
depuis quelques jours , & le 23 il tua ou bleffa 16
foldats Eſpagnols. Les François , dans la partie qu'ils
occupent , n'ont pas encore été autant expofés ; auifi
n'ont-ils fait aucune perte. L'activité du Général , la
réputation des artilleurs & l'ardeur des troupes ,
nous aſſurent un prompt ſuccès «.
Toutes les lettres qu'on reçoit de cette
ifle font fur le même ton. Pluſieurs Officiers
diſtingués écrivent que les diſpoſitions
& les travaux des Eſpagnols méritent les
plus grands éloges & ne laiſſent rien à défirer.
Ainfi il ne ſeroit pas étonnant que
le fort St-Philippe , jugé imprenable à cauſe
de la difficulté de l'approcher , par tous
les principaux Officiers de l'Europe , ne fuccombat
avant 3 mois. Les batteries ont
dû jouer au commencement de l'année ( 1) .
>>Nos lettres de Cadix , écrit- on de Bayonne , font
du 28 Décembre ; le tems , à cette époque , étoit
encore mauvais ,& rien n'avoit pu ſortir. Un troiſième
Courier , arrivé la veille , étoit venu preſſer le
départ de l'eſcadre. M. de Buſſy n'étoit point arrivé
àcette date. On n'aura ſu à Madrid la rentrée de la
flotte de Breſt que le 12 on le 13 , & à Cadix que le
16 ou le 17 ; de ſorte qu'il ſe peut que leſcadre Efpagnole
ſe ſoit trouvée fort loin avant qu'elle ait pu
être informée qu'elle ne trouveroit pas à St-Domingue
le convoi & les vaiſſeaux qui doivent s'y rendre.
La gazette de Madrid ne nous apprend rien , ſinon
(1 ) On trouve chez les ſieurs Efnauts & Rapilly , rue St-
Jacques , à la Ville de Coutances , une très belle Carte du
Theatre de la Guerre de la Méditerranée , où l'iile de
Minorque & le fort S-Philippe ſont très-détaillés. Le
prix en eſt de 1 liv. 4 f. Les mêmes en ont mis en vente
une nouvelle de la partie de la Virginie , où le Général
Cornwallis a été fait prifonnier. Le prix en eſt lemême.
( 183 )
que le 25 Décembre , il fortit de Barcelone une
polacre du Roi , eſcortant 19 bâtimens chargés de
vivres & de munitions de guerre pour Minorque.
Un Courier arrivé de Cadix a apporté la
nouvelle de la ſortie de l'eſcadre Eſpagnole
forte de 40 vaiſſeaux de ligne , 12 frégates ;
tout étoit dehors le 3. L'Illustre & le St Michel
ſont ſortis avec elle ; M. de Buſſy y étoit
embarqué. Cinq vaiſſeaux de ligne avec des
tranſports s'en ſont ſéparés pour ſe rendre à
Porto-Rico. 4
Le corſaire le Fleſſelles a conduit à St-
Malo le vaiſſeau Anglois le George , chargé
de sooo quintaux de morue', & venant de
Terre-Neuve; il s'étoit emparé de ce navire
deux ſemaines auparavant , à une
lieue dans l'Oueſt des Sorlingues. Il eſt
entré dans le même port un autre navire
Anglois de 45 tonneaux chargé de ſaumon
& de morue pris par le corfaire le
Bougainville.
>> Le corfaire la Mouche , écrit-on de Dunkerque
en date du 10 de ce mois , a eu le malheur de ſe
perdre près de Boulogne. De 60 hommes qui formoient
fon équipage , 4 ſeulement ſe ſont ſauves. Il
avoit àbord4 rançons , mais on ignore pour qu'elle
fomme. Le Renard ; autre corfaire de ce port , Capitaine
Chitty , s'eſt emparé le 6de ce mois , àla
hauteur de l'Iſle de Wight , du navire le Charles de
80_tonneaux , chargé à Taupſon pour Londres de
diverſes marchandises . - Le9 , les prifonniers Anglois
détenus ici ſe ſont révoltés ; ils avoient déja
forcé la garde ,& s'étoient emparés des clefs ; mais
leur révolte a été bien-tôt appaiſée par le bon ordre
qu'on y a apporté; ; des révoltés ont été bleffés&
untué «.
( 184 )
Hier le Roi & la Reine ont honoré
cette Capitale de leur préſence , & ont dîné
à l'Hôtel-de-Ville ; Louis XV avoit fait
jouir ainſi ſes ſujets de ſa préſence cinq
fois pendant fon règne, le 23 Juin 1719 ,
lorſqu'au fortir de l'enfance il vint allumer
lui-même le feu de la veille de la
St-Jean ; le 10 Mars 1722 , avec l'Infante
d'Eſpagne qui lui étoit deſtinée pour époufe;
le 4 Septembre 1729 , dans une circonftance
femblable à celle que nous célébrons
aujourd'hui , à la naiſſance du
Dauphin père du Roi; en 1744 , après la
maladie qui avoit alarmé la France fur
fos jours; & le 7 Septembre 1745 , après
une victoire fignalée & les conquêtes les
plus rapides.
>> La Fête d'hier a été très-brillante. La Reine
après avoir été à Notre-Dame & à Sainte-Geneviève
, en paſſant dans les rues les plus larges
&les plus commodes , pour faciliter aux citoyens
raſſemblés en foute , les moyens de la voir , s'eſt
rendue à l'Hôtel-de-Ville , où le Roi eſt arrivé directement
du Château de la Muerte , & cù LL.
MM. & les Princes & Prin effes de la Famille
Rosale ont dîné ; la Cour qui les accompagnoit
étoit très-brillante & très - nombreuſe ; le diner a
été laivi d'un ſuperb feu d'at fice & d'ene illumination
générale . LL MM. en retournant à la
Muette, ont paffé dans plusieurs rues fuperbement
éclairées , & ont lonné une nouvelle occafion à
leurs ſujets de fati fare l'em; teilement qu'ils ont
toujours de les voir. Pa. Les précautious fages
qu'on a priſes pour prévenir les embaras & es
accidens que la gran le affluence de monde n'auroit
pas manqué de produire dans un quartier auſſi ref
( 185 )
ferré, il n'en est arrivé aucun ; le plus grand ordre
& la police la plus ſévère ſe ſont étendus juſques
dans les quartiers de Paris les plus éloignés. La prévoyance
des Magiftrats avoit fait défendre à tous
charrois , aux voitures de pierres , de moëlons , &c.
aux beftiaux , & c . d'entrer ce jour-là dans Paris &
même dans les fauxbourgs. Les carrolles ne pouvoient
arriver fur les quais que par les rues qui
leur étoient déſignées , & ceux qui vencient du
côté opposé , ne pouvoient pafler , à leur tour ,
que par des routes marquées. Telle rue a été fermée
à ro heures & à 11 heures du matin ; d'autres ont
été interdites à toutes les voitures , étant uniquement
réſervées pour les gens à pied. Ce beau jour
a été conſacré entièrement à la joie. Aujour thui
on s'occupe à débarraſfer les fales de iHorel-de-
Vilie , des tables qui ont ſervi hier , a changer
les meubles & à placer des buffets & des or hef.
ues dans ces falles , & à tout préparer pour leBal
magnifique qui doit être donné demain au foir , &
que LL. MM. honoreront de leur préſence « .
On vient de publier un mémoire dans
une affaire qui eſt ſur le point d'être
jugée , & qui préſente une queſtion trèsintéreſſante.
>> Les Genevois originaires François font-ils ha-
>>>biles à ſuccéder , foit pour eux , foit pour leurs
>> enfans domiciliés en France , en ſe ſo mettant à
>>> y faire emploi des fonds de la ſucceffion ? « Dans
la première partie , l'Auteur de ce Mémoire démontre
que ceux qu'il défend ne peuvent être traités
comme des relaps ou des fugitifs qui ont immolé à
la Religion proteftante leur patrie , leur eſpérance ,
& ont été volontairement s'établir ſous une domination
étrangère. Il prouve que le beſoin impérieux
de trouver de l'ouvrage pour vivre , les a
forcés de quitter leur village , & d'aller réſider à
Genève, qui n'en eſt diſtant que de quatre lieues ;
( 186 )
il ſoutient qu'il ſeroit trop rigoureux de leur faire
un crime d'avoir cédé à la force de la néceſſité , &
de les priverd'une ſucceſſion qui peut les mettre à
même de revenir dans leur ancienne patrie , où l'efprit
de retour les avoit déja déterminé à envoyer
leurs enfans. M. de la Croix fait voir dans la ſeconde
partie qu'il exiſte àGenève une loi qui permet
aux François d'y venir recueillir les ſucceſſions
qui s'ouvrent en leur faveur , par préférence aux
Génevois ; il invoque pour ſes cliens la justice de
la réciprocité , & fait ſentir les inconvéniens qui
réſulteroient pour les François du Jugement qui exclueroit
les Génevois des ſucceſſions auxquelles la
proximité du ſang les appelle. M. de la Croix , embraſſant
un ſyſteme plus étendu , regrette avec
raiſon >> que de petits intérêts , des confidérations
mépriſables , aient fait perdre de vue l'idée que
l'efpèce humaine n'eſt qu'une même & immenfe
famille diviſée en pluſieurs branches , dont chaque
Souverain eſt autant de chefs révérés «. II
s'élève avec force contre la prétention aveugle des
peuples des cités , qui ont voulu avoir des priviléges
, des distinctions , & ont cherché à attirer
vers le petit nombre ce qui appartenoit à tous.
Les Princes les Miniſtres vraiment dignes de
gouverner , ont fenti combien d'abus & d'injuſtices
naiſſoient de cette eſpèce d'égoïſme des
Erats & des Peuples. Ils ont fait de généreux efforts
pour les rapprocher , pour les unir par des
pactes , par des traités d'alliances ou par de fimples
conventions tacites auxquelles le tems a donné
force de loi. Ces ſentimens de grandeur &
de générosité ſemblent ſe fortifier de plus en
plus à mesure que nous avançons ſous le règne
de la Justice. Depuis pluſieurs années , le Conſeil
du Roi & les Cours Souveraines s'occupent
de réparer , d'adoucir inſenſiblement ce que d'anciens
Edits pouvoient avoir de trop ſévère , &
ſemblent chercher à ramener dans le ſein de la
( 187 )
France une partie de ſes enfans que le malheur &
l'effroi ont diſperſés au loin. C'eſt ſous ees heureux
auſpices que nous ſommes venus réclamer
dans le premier Tribunal de la Nation , protection
& juſtice pour des malheureux repouſſés
d'un héritage que l'ordre des ſucceffions leur
défère " .
De BRUXELLES , le 22 Janvier.
On a été d'abord étonné en Hollande à
l'arrivée du Comte de Bylandt , & de la
petite eſcadre partie avec lui de Cadix , de
ce qu'il n'a point amené les vaiſſeaux des
Indes Orientales qui étoient dans ce port
d'Eſpagne , où ils mouillent encore. Le
compte que ce contre-Amiral a rendu de
ſa croiſière , montre que la prudence lui
faiſoit une loi de laiſſer dans cet aſyle fûr
des cargaifons précieuſes qui auroient été
expoſées à être enlevées.
Les Provinces de Gueldres & de Groningue
ont conſenti à l'emprunt de 600,000
florins à faire par l'Amirauté de la Meuſe ,
à raiſon de 3 pour 100 d'intérêts. La première
n'a pas agréé finalement le plan pour
la conſtruction de 19 vaiſſeaux de ligne ;
mais cela ne paroît que retardé , parce
qu'elle n'a pas encore reçu la pétition détaillée
du Conſeil d'Etat ſur cet objet. Un
des Membres du Comté de Rutphen a prononcé
un diſcours remarquable à cette occafion.
>>J>e ſuis convaincu ,a-t-il dit , dela néceffité urgentede
renforcer notre marine ; mais il faut ſavoir
auparavant fi les ſommes confidérables déja fournies
( 188 )
pour la rétablir , s'employent réellement à ce ſervice.
La Nation dont on a dépensé l'argent fi arbitrairement
, commence à s'impatienter de ne voir aucune
preuve du bon usage qu'on en doit faire. La Gueldre
a fourni en gran de partie ſes quote-parts , dans les
pétitions multipliées pour cet effet ; & depuis 1772 ,
elles montent déja à jo millions de florins , ſomme
exceflive , en grande partie prodiguée ſans utilité.
Les navires ne fervent à rien ſi on les laiſſe pourrir
dans les ports. Si on les a envoyés quelquefois en
mer , on les a vus expoſés aux forces ſupérieures de
l'ennemi , pris par lui ou perdus. Quoique à préfent
il y ait près de 60 vaiſſeaux de guerre prêts ,
le commerce & la navigation font , ſous divers
prétextes , privés de protections. Sur la plupart de
nos chantiers , on ne voit qu'une apparence de diligence
pour achever les vaiſſeaux en conſtruction ;
elle n'a point de réalité ; on a mis une lenteur inconcevable
à réparer tous ceux qui ont eu part à
L'action du 3 Août ; il eſt tems enfin de montrer
plus d'activité pour prendre des meſures efficaces
dans l'intérieur , & concerter des moyens d'affiftance
avec l'étranger pour ſauver la République .
La levée de 6000 foldats de marine agréée
par la pluralité dans les Etats de toutes les
Provinces , & dont la réſolution a été priſe
par les Etats-Généraux , a éprouvé quelques
difficultés , fur-tout dans la Friſe. Les objections
portent ſur la propoſition de rendre
ce corps indépendant des Amirautés , ſur ſa
diftribution qui n'eſt pas approuvée , & qui
fur 36 matelots canonniers met 64 mouſquetaires
& grenadiers , tandis que fur les
vaiſſeaux de guerre on a plus beſoin de
matelots que de foldats.
Selon des lettres de la Haye , M. John
( 189 )
Adams , Miniſtre Plénipotentiaire des Etats-
Unis , s'eſt rendu le 9 chez le Préſident des
Etats-Généraux pour la Province de Hollande
, & lui a rappellé qu'il avoit des
pleins pouvoirs & des inſtructions pour
conclure un Traité de commerce , d'alliance
& d'amitié avec la République ; que dans
le mois de Mai dernier il avoit préſenté un
Mémoire à ce ſujet , ſur lequel il demandoit
une réponſe cathégorique pour la faire
paffer à fon Souverain. Il s'eſt rendu enſuite
chez tous les Députés dont on dit qu'il
a reçu quelques réponſes très favorables.
Il eſt toujours fort queſtion d'un traité
d'alliance entre la France & la République ;
le Politique Hollandois s'exprime ainſi dans
un de ſes numéros.
>> Tous nos papiers s'étendent ſur deux ſujets importans
; la médiation de la Ruffie pour une pacification
particulière avec l'Angleterre ; une alliance particulière
avec la France. Comment concilier deux
idées, auſſi diſparates ? Comment ſuppoſer qu'un
médiateur placé à une diſtance de 7 à 8 cens lieues
puiffe aecorder une multitude de petits intérêts .
inſéparables d'une négociation aufli épineuſe ? On
affure cependant que la propofition de cette affaire
importante eût été acceptée àla pluralité & preſque
fans condition , ſans la proteſtation vigoureuſedes
villes de Dort & de Harlem. Il faut avouer que
tout ce qui peut traverſer ou retarder une alliance
avec les ennemis de l'Angleterre , doit révolter tout
homme qui s'intéreſſe ſincèrement à la patrie. Prenez-
y garde , Hollandois , n'attendez-pas , pout recourir
à cette démarche néceſſaire , lorſqu'il ſera
trop tard. Ne traitez pas cette affaire comme vous
avez traité l'invitation de la Ruffie ; vous ne vites la
tempête que lorſqu'il n'étoit plus tems de l'écarter.
Au lieu de vous répandre en reproches mutuels ,
( 190 )
quand il faut prendre de vigoureuſes délibérations ,
au lieu de vous traverſer réciproquement , quand il
faut agir , renoncez un moment à vos animoſités ; &
fans vous accuſer les uns les autres des matheurs publics,
faites-vous des peintures fidèles du danger réel
qui menace la patrie ; perfuadez-vous une bonne fois
que plus vous différez de vous joindre aux trois
ennemis de l'Angleterre , plus vos affaires ſe précipitent
vers la deſtruction ,ſuite inévitable de la foibleſſe
, de la corruption &des diſcordes. Je parle des
trois ennemis , car c'eſt le vrai moyen de n'être l'efclave
d'aucun & de mieux diriger les choſes vers le
grand & falutaire objet d'une pacification générale.
On prétend que les perſonnages les plus éminens
de l'état traverſent cette importante démarche. J'ai
peine à croire qu'ils méconnoiſſent leurs intérêts à
ce point. Si quelqu'un vous diſoit que c'eſt la France
quitraverſe ſous main cette alliance , vous ne le croi .
riez pas. Je n'oferois affirmer un fait auſſi délicat ;
mais fi l'on juge des Puiſſances par leurs intérêts , je
ne vois pasceque la France peut gagner par une alliance
avec nous. Au contraire , cettedémarche lui ouvre
auſh-tôt l'eſpoir des plus brillantes conquêtes . Ce
n'eſt pas elle qui devroit nous folliciter; c'eſt nous
qui aurions dû , depuis long-tems , entrer dans ſon
ſyſtême. Rappellons-nous toujours que , dans toutes
nos guerres avec les Anglois , nous n'avons jamais
triomphé , que lorſque nous avons eu les François
pour nous. Si donc la France , dans un tems où
elle n'avoit preſque pas de marine , pouvoit nous
rendre un fi grand ſervice , à plus forte raiſon , pourroit
- elle nous tirer d'embarras actuellement
qu'elle fait agir de fi nombreuſes forces de mer &
qu'elle a de ſon côté deux états très- puiſſans. En
un mot , nous ferons malheureux tant que certe
guerre durera ; & l'on voit , par l'opiniâtreté actuelle
desAnglois, qu'on ne pourra jamais la terminer qu'en
leur portantdes coups vigoureux & bien concertés.
Je vous le répète encore , Hollandois : vous êtes
,
( 191 )
perlus ſi vous négligez ces avis. Faſſe le ciel que je
ne fois pas obligé de vous rappeller ce finiſtre préſa .
ge , & qu'il n'arrive jamais le jour où les ardens
défenſeurs de la liberté de ce pays , croiroient de- .
voir abandonner une terre ſoumile au joug , pour
aller reſpirer l'air de la liberté dans ces Républiques
nouvelles qui viennent de ſe fonder ſur le grand
& folide principe de l'égalité «.
PRÉCIS DES GAZETTES ANG . du 13 Janvier.
On aſſure qu'il y aura une enquête en forme fur
la conduite du Commandant de Saint - Eustache , le
Miniſtère ayant tout lieu de croire que la place n'a
pu ſe rendre ſans quelque trahifon .
Il a été réglé , àune aſſemblée de l'Amirauté , que
tous les Capitaines qui ſervent ſous un Amiral commandantune
flotte ou une eſcadre de vingt vaiſſeaux
de ligne Anglois ou de nos Alliés , prendront rang
avec les Contre - Amiraux , & auront la même part
qu'eux dans l'argent des priſes. Il a auſſi été ſtatué
que tous les Chirurgiens de la Marine recevront
aufli la même part dans l'argent des priſes que les
Lieutenans & les Capitaines des ſoldats de marine.
Les Miniſtres ont voulu donner une preuve éclatante
du deſir qu'ils ont que le Chevalier Rodney
ſe rende le plutôt poſſible aux Iſſes de l'Amérique où
ſa préſence eſt ſi néceſſaire à la conſervation du reſte
de nos Iſles , de l'eſcadre fugitive & délabrée que
nous y avons en ſtation , enfin de tout ce que la
G. B. poſsède encore dans ces mers ; & en conféquence
ils ont donné à l'eſcadre de cet Amiral le
Duke , c'est - à -dire le plus mauvais voilier de la
Marine ( & c'eſt beaucoup dire , car nous en avons
infiniment de cette eſpèce ) , un bâtiment connu par
tous les gens de mer pour un ſabot , & qui n'eſt
propre qu'à fervir de vaiſſeau de garde ou à porter
Je pavillon d'un Officier commandant aux Dunes ou
dans quelqu'autre ſtation.
On craint toujours ici pour Antigoa & pour la
Barbade; la perte de la première de ces Iſles ſeroit
( 192 )
le coup le plus funeſte pour nous : elle eſt l'arfenal
de la marine dans les Indes Occidentales : c'eſt-là
ſeulement que l'on peut réparer nos vaiſſeaux déſemparés
, les pourvoir de proviſions & de munitions;
on la regarde comme la clef de toutes nos
Ifles; on croit que le fort de la Jamaïque eſt attaché
au fien .
Lors de la priſe du Comte d'Artois , commandé
par le Chevalier de Clonard , après un combat trèsopimâtre
à la portée du p'ſtolet , le Chevalier pafla
à bord du Bienfaisant pour remettre ſon épée au
Capitaine Macbride; înais celui- ci la lui rendit auflitôt
, & pour adoucir le chagrin que cet évènement
pouvoit avoir caufé à un jeune homme de 22 ans , il
lui dit : " Monfieur , la fortune de la guerre vous
>> a rendu mon prisonnier ; mais votre conduire
>> pendant l'action eſt telle que ſi jamais je me
>> trouve dans le même cas , mon ſeul defir eft d'être
>> conduit à Breſt avec tout l'honneur qui va vous
>> fuivre à Portsmouth «,
Le Capitaine M'Bride , dans la relation qu'il donne
de la priſe qu'il a faite de deux corſaires Hollandois ,
les traite fort cavalièrement , & les déſigne par cetre
expreſſion de mépris : ces gens ; mais c'eſt probablement
parce qu'ils ne ſont que corfaires. En effer ,
il a traité les Officiers comme des hommes , &
comme des hommes de Cour ; il leur a même fermis
de garder leurs épées , comme une récompenſe
de la valeur qu'ils avoient montrée pendant l'action.
Mais il est dans le caractère du Capitaine M'Bride
de marquer les plus grands égards aux braves gens,
Lorſqu'on a publié la proclamation du Jeûne
général, les vrais patriotes out formé le ſouhait que
ceux qui ont été les auteurs de notre détreſſe actuelle
fuſſent condamnés à jeûner juſqu'à ce qu'ils culent
ſuffisamment expié leur crime , & qu'ils fuflent ré
duits à l'état de vrais ſquelettes , ce qui cauferoit
unejoie générale d'ms tout le Royaume. Onparle
toujours de la prochaine retraite des Lords Germaine
*& Sandwich.
121
لاق
debe
4
t
S
1
=
Nota. Les volumes ſe vendent ſéparément , à
l'exception du premier , à raiſon de 12 livres. On
offre 11 liv. de tous les premiers Volumes qu'on
remettra.
Apologie de la Religion , par Bergier , 2 vol.
in-12. Prix, 5 liv. reliés.
La Sainte Bible , par Legros , 6 vol. in- 12 . Prix ,
و
liv. reliés.
Bibliothèque Eccléſiaſtique par forme d'Inſtruction
Dogmatique & Morale fur la Religion , par
M. l'Abbé Guyon , 8 vol . in - 12 . Prix , 16 liv.
reliés.
Catéchiſme Évangélique du P. Olivier , 3 vol .
in- 8 °. Prix , 12 liv. reliés.
par
Conférences pour ſervir à l'inſtruction du Peuple
fur les principaux ſujets de la Morale Chrétienne ,
le Père Joly, 9 vol, in- 12 . Prix , 18 liv. reliés .
Conférences fur les Mystères , du même , 3 vol.
in -12. ſéparés. Prix , 6 liv. reliés.
Devoirs Eccléſiaſtiques , par Sevoye , 4 vol. in-1 2.
Prix, 8 liv. reliés.
Dictionnaire des Cas de Conſcience , par Pontas ,
2 vol. in-4º . Prix , 16 liv. reliés.
Dictionnaire Eccléſiaſtique & Canonique , 2 vol.
in- 8°. Prix , 7 liv. reliés .
Entretiens Spirituels pour inſtruire , confoler &
exhorter les malades dans les différens états de leurs
maladies , par M. Pontas , 2 vol. in- 12 . Prix , 4 liv.
reliés.
Les Erreurs de Voltaire , 2 vol. in- 12 . Prix ,
4liv. reliés.
Effais d'Exhortation pour les malades , par Blanchard
, 2 vol. in-12. Prix, 4 liv. reliés .
Examen & Réſolution des principales difficulta
qui regardent l'Office Divin , par Collet , 1 vol.
in-12. Prix , 2 liv. to fols relié.
Examen & Réſolution des principales difficultés
qui ſe rencontrent dans la célébration des Saints
Mystères , par Collet , 3 vol. in- 12. Prix , 7 liv.
10 fols reliés.
Nota. Le Tome troiſième ſe vend ſéparément
cenx qui ont les deux premiers volumes. Prix ,
2liv. 10 fols relié.
Exhortations de Bourdaloue , 2 vol. in-8 . Prix ,
7 liv. reliés .
TABLE
Du Journal Politique.
Constantinople, 145 Cadix, 163
Pétersbourg , 146 Londres , 164
Copenhague 147 Versailles , 178
Vienne , 148 Paris , 179
Hambourg , 149 Bruxelles , 187
Livourne , 162
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France , à Paris chez PANCKOUČKE , Libraire ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le prix de
I'Abonnement est de 30 liv. pour Paris , & de 32 liv.
pour la Province.
MERCURED
DE FRANCE ,
( No. 5. )
SAMEDI 2 FÉVRIER 1782 .
Suite des Livres à l'usage des Ecclésiastiques ,
qui se trouvent à Paris , chez LAPORTE
Libraire , rue des Noyers.
EXHORT
XHORTATIONS pour le Baptême & les Fiançailles
, le Mariage & laBénédiction Nuptiale , par
Pontas , un Vol. in- 12 . Prix , 2 liv. relić.
Exhortations aux Malades en leur adminiſtrant
le Saint Viatique & l'Extrême- Onction , par Pontas ,
un Vol. in- 11. Prix , 2 liv. relié.
Homélies fur les Évangiles des Dimanches de
l'année , par Lambert , 7 Vol . in- 12 . Prix , 12 liv.
reliés.
Homélies ſur les Évangiles , par Thiebault ,
4 Volumes. in-8 °. Prix , 8 liv, reliés.
Inſtructions & Prières à l'uſage des Officiers de
maiſon , des Domestiques , &c . Ouvrage qui peut
ſervir aux Confefleurs , par Collet , un Vol. in- 4°.
Prix, 1 liv. 4 fols relié.
Manuel des Paſteurs , par Dinouard , 3 Vol . in-
12. Prix , 6 liv . reliés.
Le Modèle des Pasteurs , ou Précis de la Vie de
M. Sernin , Curé d'un Village dans le Diocèse de
T*** 1779. un Vol. in- 11 . Prix , 2 liv. relié.
La Religion vengée , ou Réfutation des Auteurs
impics , par une Société de Gens de Lettres , 10 Vol .
in- 12 . Prix , 18 liv. brochés.
La Religion Chrétienne autoriſée par le témoignage
des anciens Auteurs Payens , par le P. Colonia,
2Vol. in- 12 . Prix , 4 liv. reliés.
La Religion vengée de l'incrédulité , un Vol. in .
12. Prix , 2 liv. relié.
Sermous ſur les plus importantes Matières de la
Morale Chrétienne , à l'uſage de ceux qui s'appliquent
aux Miſſions , & de ceux qui travaillent dans
les Paroiſſes , par le P. le Jeune ( ou Loriot ) 7 Vol .
in- 12 . Prix , 12 liv. reliés.
Sermons de Boffuet , 4 Vol. in-48. Prix , 40 liv.
reliés.
Le même , en 9 Vol . in- 8 ° . Prix , 30 liv. reliés.
Sermons du Père Cheminais , 5 Vol. in- 12 . Prix
12 liv. 1c ſols reliés .
Sermons de Leboux , 2 Vol. in- 12. Prix , 4
reliés.
Sermons du P. Perrin , 3 Vol . in- 12 . Prix, 6 liv
reliés.
Sermons ſur les Épîtres , par le P. le Jeune , de
l'Oratoire , 3 Vol. in- 12 . Prix , 6 liv . reliés.
Sermons de Supervielle , 4 Vol. in- 8 ° . Prix ,
16 liv. reliés.
Sermons de Saint-Auguſtin ſur le Nouveau Teftament
, 4 Vol in-8°. Prix , 16 liv. reliés .
Sermons du Père Neuville l'aîné , 1779 , 2 Vol.
in- 12 . Prix , 4 liv. reliés.
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & lesArts; les Spectacles ,
les Causes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c . &c.
SAMEDI 2 FÉVRIER 1782 .
A PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
Du mois de Janvier 1782.
PIÈCES FUGITIVES ,
Les Anours en marche vers
be Bercean du Danphin ,
La Neige, Conte ,
Vers àM. Def.....
3
7
49
Sur la Naissance de Mgr. le
Dauphin , 51
Pourmesure fous le Portrait de
Mde Bro,jes ,
Bouquet àSophie,
Le Nouvel An ,
12
68 Collection Académique ,
Réflexions Philosophiques fur
la Civilifetion , 76
NouveauxElémens de la Sciencede
lHomme , 84
Difcours prononcé dans l'Eglife.
Métropolitaine d'Auch,
108
Histoire des Hommes , 120
ibid Les Après- Soupers de la So-
97
ciété, 229
Du Caractère &de l'importan- De l'Influence des Affections
cedelHomme de Mer, 100
Vers pour être mis au bas
des Portraits du Roi & de
la Reine , 141
Noticefur la Vie& les Ou- Etrennes Lyriques Anacreonvrages
de M, Barbeau de la
Bruyère,
tiques,
de l'Ame dans les Maladies
Airde Colinette à la Cour 146
Nerveuses dcs Femmes, 132
Vie de M. le premier Préfident
de Lamoignon , premier
Extrait , 154
168
La Tribu, Comédie , 177
148
Enigmes & Logogryphes , IS ,
53, 105 , 153
SPECTACLES .
NOUVELLES LITTER.
Elémens de la Langue Fran-
Rêve de l'Obfervateur,
Les Deux Soirées , Conte qui
n'en est pas un ,
36
89
coife,
16 Honny ſoit quimalypense, 134
Epitre àun Anonyme , 22
Almanach Littéraire ,
Romans ,
SCIENCES ET ARTS .
Bil rothèque Universelle des propre à élever l'eau , 186
Dictionnaire de Jurisprudence Musique ,
25 Invention d'une Machine
31 Gravures, 42 , 140 , 188
45, 142 , 189
&des Arrêts , 33 Annonces Luteraires , 45 , 95 ,
Traduction des Odes d'Ho- 142, 191
race ,
541
A Paris , de l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Come , 1782 .
MERCURE
DE FRANCE .
SAMEDI 2 FÉVRIER 1782 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS.
Adreſſés à Mde ANGELICA KAUFMANN,
célèbre Peintre , lors de fon paſſage à
Thionville , en retournant d'Angleterre en
Italie.
J'AI
'AI vu ce qu'on voit rarement ,
Des Grâces fans coquetterie ,
De l'Eſprit ſans faux ornement ,
Du Savoir ſans pédanterie ;
J'ai reconnu le Sentiment
Qui parloit ſans afféterie
A l'oreille tout doucement ,
Mais au coeur avec énergie ;
Ail
4
MERCURE
J'ai vu dans un ſouris charmant
La perle au corail réunie :
Dans des yeux remplis d'agrément
J'ai vu tout le feu du génie ,
Et ce qu'ailleurs bien vainement
On chercheroit , je le parie ,
J'ai vu le plus rare talent
Embelli par la modeſtie.
Si mon plaiſir alors fut grand ,
Et fi j'en eus l'ame ravie ,
Ce fut le plaifir d'un moment :
Mes regrets feront pour la vie.
(ParM. Rebel.)
Mes Adieux au Château de la V.....
Romance.
AIR : Faut attendre avec patience.
LIEUX ! objet de ma triſteſſe ,
Jadis objet de mon dear ,
Que le temps coule avec viteſſe !
Que la peine eſt près du plaiſir !
Adicu : je touche au jour funeſte ,
Qui loin de vous porte mes pas ;
Je vous fo .... mais mon coeur vous reſte ;
Non, mon coeur ne me ſuivra pas,
DE FRANCE.
5
ADIEU , Nymphes intéreſſantes ,
Qui parez ces aimables lieux !
Les Grâces font moins séduifantes ;
J'en crois mon oreille & mes yeux .
L'une plaît ſans art & fans peine :
Son oeil bleu fait tout enchanter.
L'autre eſt encore une ſyrène
Quand elle a ceſſé de chanter.
Mais , que dire de leur cadette ,
A l'air , au maintien vif & doux ?
L'hommage eſt- il la ſeule dette
Que ſes yeux exigent de nous ?
Talens , vertu , grâce touchante ,
Quede charmes à regretter !
Heureux qui la voit , qui la chante !
Malheureux qui doit la quitter !
COMBIEN ſon heureuſe famille
Doit s'applaudir de ſon bonheur !
Les mères la voudroient pour fille ,
Les filles la voudroient pour ſoeur.
Moi , je ne ſerois pas ſon frère
Si mes voeux étoient accomplis ! ....
Je ſerois celui que ſa mère
Appellera du nom de fils!
A iij
6 MERCURE
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
duMercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt le Lys ; celui du
Logogryphe eſt Paupière , où se trouvent
papier , eau & Ere.
J'AI pris
ÉNIGM E.
une compagne , ah! c'eſt une merveille.
Douce , gentille , faite au tour ,
Et frétillante nuit & jour ,
En tout temps elle agit, & jamais ne ſommeille.
J'ai la clefde fon coeur & fuis ſes mouvemens;
Je la gouverne à mon caprice ;
Mais , par un retour de justice ,
Elle fixe ma marche & règle mes inftans.
J'en ſuis extafié , c'eſt un bijou de Reine;
Oui , ſon père est un Artiſan ;
Mais , certes , le fils d'un Traitant
Se feroit un plaifir de la mettre à ſa chaîne.
(ParM. P. D. St. C. Avocat au Parlement. )
LOGOGRYPΗ Ε.
Au naturel , au figuré ,
Dans mes huit pieds que de ſens je préſente
DE FRANCE. 7
Atout Amateur éclairé !
Contenant , contonu , ma forme eſt différente ,
Ainſi que la matière à qui je dois mon nom:
Tantôt errant & vagabond ,
L'on me voit à travers l'épaiſſeur des ténèbres ;
Tantôt dans un feſtin j'embellis un fallon ,
Moi qui brille aux pompes funèbres.
Dedeux frères connus * je précède les pas.
Mais ſi l'on met mon chefà bas ,
Je ne ſuis plus qu'un objet mépriſable
Dont l'humanité miférable ,
Durant l'apre ſaiſon , fait pourtant quelque cas.
En moi ſont réunis deux élémens contraires ;
J'enferme le reffort qui nous anime tous ;
L'on trouve encor chez moi le nom fi doux
De l'innocent Berger , cher à nos premiers pères ,
Qui , d'un frère inhumain, jaloux ,
Prèsdu Tygre éprouva les fureurs fanguinaires ;
Plus , un bon lot ; un ton de l'Arétin ;
Un vêtement facré tiffu du plus beau lin ;
Al'eſprit comme aux yeux ce qui toujours ſut plaires
Pour terminer enfin ce futile myſtère ,
J'offre à mes Lecteurs curieux
Un animal ſauvage; une arme meurtrière ;
Et cet individu , qu'à l'égal de ſes Dieux
LeTartare ignorant révère .
(Par M. l'Abbé Dourneau. )
* L'Amour & l'Hymen.
Aiv
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Fin de la Vie de M. le premier President
de Lamoignon.
PORORTTRRAAIITT de M. Puffort , fait parM. le
premier Préſident de Lamoignon ; ce portrait
ſemble n'être que celui de M. Colbert un
peu exagéré.
"C'étoit affſurément , dit M. le premiet
► Préſident , un homme de beaucoup d'inté-
>> grite & de capacité , mais ſi féroce , d'un
> naturel ſi peu fociable, ſi emporté dans
30
ود
ſes préventions , & fi éloigné de l'honnêteté
& de la déférence qu'on doit avoir
> dans une Compagnie , & d'ailleurs ſi pré-
> venu de ſon ſens & fi perfuadé qu'il n'y
>> avoit que lui ſeul qui eût bonne inten-
- tion , qu'il étoit toujours prêt à perdre
* le reſpect dû à la Compagnie ( la Chambrede
Juſtice)&à la place que j'y tenois. »
Il ſe diſtingua dans le procès de Fouquer ,
en opinant à mort avec une ardeur que
Mde de Sévigné qualifie d'emportement & de
rage.
Ce que M. le premier Préſident de Lamoignon
dit du caractère tranchant & impérieux
de MM. Colbert & Puffort , de leur
ignorance des formes , ou de leur peu d'égard
pour ces formes ſi ſouvent utiles , paroît
juſtifié par l'anecdote ſuivante :
DE FRANCE.
Le premier projet de M. Colbert étoit
que le travail de M. Puffort , ſur les Lois ,
fut fecret , & que l'Ordonnance de 1667 ,
qui en fut la ſuite, ſans avoir été communiquée
à aucune perſonne du Parlement ,
fût publiée par la ſeule autorité ſouveraine ,
c'est- à-dire , enregiſtrée dans un Lit de Juſtice.
M. de Lamoignon , averti de ce projet ,
&plein des grandes vûes de Légiflation & de
Jurisprudence qui ont produit le Livre des
Arrêtés , & qu'il avoit déjà plus d'une fois
communiquées à Louis XIV , alla trouver
cePrince; il lui propoſa d'une manière plus
preſſante , & comme un moyen d'illuſtrer
fon règne , cette idée de réformer la Juſtice
après les Finances ; il lui reparla du travail
qu'il avoit fait ſur cette matière , ſans paroître
inftruit de celui dont M. Puffort étoit
occupé. Le Roi lui dit : M. Colbert emploie
actuellement M. Puffort à ce travail ; voyez
M. Colbert, & concertez- vous ensemble. Appuyé
de cet ordre , M. de Lamoignon alla
s'expliquer avec M. Colbert , qui , ſurpris
de la confidence que le Roi avoit faite à M.
le premier Préſident , vit par-là ſes projets
deſpotiques entièrement déconcerrés. Ce fut
ainſi que s'entammèrent les conférences fur
l'Ordonnance de 1667 , conférences dont le
procès-verbal imprimé prouve affez combien
elles étoient néceſſaires, puiſque quantiré
d'articles de l'Ordonnance ont été réformés
ou modifiés en conféquence , M.
Colbert & M. Puffort ayant voulu profiter ,
Av
10 MERCURE
pour la correction de leur Ouvrage , de
l'obligation où ils ſe virent de le commaniquer.
Voici une autre anecdote qui mérite d'être
enfin connue. Le Parlement voulut s'elever
contre cet ouvrage. La cinquième Chambre
des Enquêtes ſe diftingua fur tout par fon
oppofition , & fe donna de grands mouve
mens pour faire entrer les autres Chambres
dans le même eſprit. La Cour fut inftruite
de ces mouvemens ; on croira peut - être
qu'elle engagea M. le premier Preſident à
les reprimer , au contraire : elle fentoit ſa
force alors , & vouloit ſe venger , par un
coup d'autorité , des affronts qu'elle avoit
éprouvés du temps de la Fronde ; il lui falloit
un prétexte ou une caufe , & ces mouvemens
fourniffoient l'un ou l'autre ; elle
defiroit que le Parlement ſe rendît coupable
à ſes yeux , pour avoir le droit de le punir
par la fuppreffion de cette cinquième Chambre
des Enquêtes . Les Miniftres , pleins de
ce projet , épuisèrent toute leur adreſſe &
toutes les reffources de l'intrigue pour empêcher
le premier Preſident d'oppoſer ſa
modération & fa prudence à la chaleur de
ſa compagnie. On avoit éprouvé fon défintéreſſement
en plus d'une occaſion ; on lui
avoit offert une riche Abbaye pour un de
ſes fils qui n'étoit pas encore en âge de faire
le choix d'un état. M. de Lamoignon avoit
craint que dans la fuite l'Abbaye ne tint lieu
de vocation , & il l'avoit refulée. On voulut
DE FRANCE. II
-
pourtant , dans cette occurrence , l'attaquer
encore du côté de la fortune : on abuſa du
beſoin qu'il avoit des grâces du Roi pour
l'établiſſement d'une famille nombreuſe , &
dudroit que ſes ſervices lui donnoient aux
récompenfes. Un Émiſſaire de M. de Colbert
vint , de la part de la Cour, offrir à M.
de Lamoignon une gratification de deux cens
mille livres , pourvu qu'il voulût laiſſer agir
le Parlement. M. de Lamoignon ne voulut
point être complice d'une Cour injufte , qui ,
lorſqu'on pouvoit prévenir les faures , aimoit
mieux les laiſſer commettre pour avoir
le plaiſir de les punir. Placé entre le Parlement
, qui couroit au-devant du piége fans
le voir , & la Cour , qui tendoit ce piege , il
refifta conflamment & à la Cour , au prix
des grâces qu'il en attendoit, & au Parlement
, au prix de la faveur populaire qu'il
perdit pour un temps , le Public trompé
l'ayant cru d'intelligence avec la Cour contre
la Compagnie. Fléchier paroit avoir
connu ce ſecrer d'État. Il y fait évidemment
allufion , lorſqu'il dit : " Que ne puis-je
>> vous faire voir , du moins en éloigne-
» ment , des eſpérances rejetées , quand
» elles ont pu l'engager à quelque baffe
>> complaiſance.... Des reproches foutenu s
conftamment , quand il a eu pour lui le
>> témoignage de fa confcience.... Sa propre
>> réputation factifiée au bien public ! Ici
ود
ود Meflieurs, mon filence le loue plus que
>> mes paroles : il eſt plus grand par les ac
Avj
12 MERCURE
>> tions que je ne dis pas , que par celles que
>> j'ai dites. La poſtérité les verra quand le
• temps , qui dévore tout , aura rongé les
» voiles qui les couvrent , & qu'il ne reſtera
>> plus d'intérêt que celui de la vérité. »
On accomplit aujourd'hui la prédiction
de Fléchier.
Le Miniftre des Finances l'avoit emporté
fur le Magiftrat dans une affaire de Légiflation
(l'Ordonnance de 1667 ;) le Magiſtrat à
fon tour l'emporta fur une affaire de Finances
dans l'occaſion qu'on va voir.
Lorſque Louis XIV s'engagea dans la
grande guerre de 1672 , il fallut de l'argent
pour la faire. M. de Louvois , qui la conſeilloit
, parce que , d'après les idées vulgaires ,
il la regardoit comme un moyen d'illuftrer
fon Ministère& le Règne de Louis XIV , &
parce que , d'après fes vues d'ambition, il
eſpéroit reprendre dans la guerre l'afcendant
queM. Colbert avoit dans la paix. M. de
Louvois craignoit que des impôts ne commençaſſent
par décrier la guerre , & defiroit
peut- être , un peu contre fon caractère ,
qu'on trouvât des moyens plus doux. M.
Colbert, à qui les deſſeins & les motifs de
M. de Louvois ne pouvoient échapper
n'étoit pas fâché de faire ce que craignoit
fon rival de crédit, & tenoit d'ailleurs à la
voie des impôts par des raiſons qu'il ne
diſoit pas. M. de Lamoignon , conſulté ſur
cette affaire pour le Parlement , felon l'uſage
de ce Règne , ne ſuivit que les mouvemens
,
DE FRANCE.
13
de ſon coeur; ennemi de toute contrainte ,&
favorable à tout ce qui portoit un caractère
de douceur & de liberté , il chercha des
moyens volontaires,& propofa la voie des
emprunts & des créations de rentes. Soit de
lui-même , ſoit à l'inſtigation de M. de Louvois
, M. Colbert s'y oppoſa ; mais obligé
de taire les véritables raiſons , qui n'euffent
pas été goûtées, il combattit avec déſavantage
, & il ſuccomba. Les paroles mémorables
qu'il dit à M. de Lamoignon en fortant
de la chambre du Roi, lui rendent peutêtre
tout l'avantage qu'il avoit perdu dans
le combat. " Vous triomphez , dit il avec
>> dépit , vous penſez avoir fait l'action
> d'un homme de bien ! Eh ! ne ſavois-je
>> pas auffi-bien que vous que le Roi trou-
>> veroit de l'argent à emprunter ; mais je
» me gardois avec ſoin de le dire. Voilà
ود donc la voie des emprunts ouverte :
>> quel moyen reſte-t- il deſormais d'arrêter
* le Roi dans ſes dépenſes ? Après les em-
>> prunts il faudra des impôts pour les
>> payer; & fi les emprunts n'ont point de
>> bornes , les impôts n'en auront pas davan-
» tage. »
Il faut voir dans l'Ouvrage même les réflexions
qui prouvent que les principes à cet
égard ont dû changer avec le temps , & que
M. Colbert peur avoir eu raiſon alors ,
ſans qu'on en puiſſe rien conclure pour le
temps préſent.
M. le Premier Préſident de Lamoignon
14 MERCURE
laiffa deux fils. M. le Président de Lamoignon
, tige des deux branches de la Maiſon
de Lamoignon actuellement exiſtantes , &
M. de Bâville , Intendant de Languedoc ,
tige d'une branche éteinte depuis quelques
années par la mort de M. de Montrevault.
Le Préſident de Lamoignon avoit été d'abord
Avocat Général ; il partageoit les foins
vigilans de ſon père pour le bien public; il
ſe ſignala fur-tout dans une occafion qui
fait époque dans notre Jurisprudence , je
veux dire l'abolition du Congrès. Le fils
provoqua par un plaidoyer éloquent l'Arrêt
que le père eut la fatisfaction de prenoncer.
On trouve ici un Supplément à l'Éloge
de M. le Préſident de Lamoignon , inferé
dans le Recueil de l'Acadéunie des Belles-
Lettres . Ce Supplément contient encore des
Anecdotes fort ignorées , dont la plupart
font tirées de la vie de M. le Préſident de
Lamoignon , écrite par M. le Chancelier
de Lamoignon ſon fils.
M. Talon ( Denis ) premier Avocat Général
(il n'y en avoit que deux alors ) avoit
une penfion de 6000 livres : on propoſa
d'en donner une ſemblable à M. de Lamoignon
, alors ſecond Avocat Général à la
place de M. Bignon ( Jérôme II ). On fut
enfuite fix mois ſans en parler. Le Roi s'en
fouvint de lui-même , & dit un jour à M.
de Lamoignon : Vous ne me parlez pas de
votre penfion . Sire , répondit M. de LamoiDE
FRANCE. 15
VOUS aors
e
des
gnon ,j'attends que je l'aye mérité
compte, répliquuaa le Roi ,je
arrerages. La penſion fut accordée ſur-lechamp
avec les intérêts , à compter du jour
où elle avoit d'abord été propofee.
Des perſonnes confiderables , dont le
nom n'a pas été connu de la famille , con.
fierent à M. de Lamoignon un dépőt important
de papiers. La Cour en fut inſtruite.
L'inquifition miniſtéri le s'éveilla , un Secrétaire
d'État ecrivit à M. de Lamoignon
que le Roi vouloit ſavoir ce que contenoit
le dépôt. M. de Lamoignon répondit : Je
n'ai point de dépôt , &fij'en avois un , l'honneur
exigeroit que ma reponſe fût la méme.
M. de Lamoignon mande à la Cour , parut
devant le Roi en la préſence du Secrétaire
d'Etat; il ſupplia le Roi de vouloir
bien l'entendre en particulier; il lui avoua
pour lors qu'il avoit un dépôt de papiers , &
l'affura qu'il ne s'en feroit jamais chargé ſi
ces papiers euffent contenu quelque choſe
de contraire à ſon ſervice & au bien de
l'Etat. " Votre Majesté , ajouta t- il , me refu-
"
ود
feroit ſon eſtime ſi j'étois capable d'en
dire davantage. Aufſi, dit le Roi , vous
>> voyez que je n'en demande pas davan-
>> tage. Je ſuis content. >> Le Secrétaire
d'État rentra dans ce moment , & dit au
Roi : " Sire , je ne doute pas que M. de
>> Lamoignon n'ait rendu compte à Votre
ود Majefté des papiers qui font entre fes
>> mains. Vous me raites-la, dit le Roi , une
!
16 MERCURE
ود
ود
belle propoſition d'obliger un homme
d'honneur de manquer à ſa parole. » Puis
ſe tournant vers M. de Lamoignon : " Mon-
>>> ſieur , dit - il , ne vous deſaiſiſſez de ces
>>papiers que ſuivant la loi qui vous a été
>> impoſée par le dépôt. »
L'hiſtoire du refus que M. de Lamoignon
fit d'une place à l'Académie Françoiſe eſt
rapportée ici d'après les papiers de la famille
; mais ces papiers fourniffent peu de
lumières ſur les motifs du refus , & il paroît
qu'il faut s'en tenir à cet égard au récit
de M. l'Abbé d'Olivet , dans l'Hiſtoire de
l'Académie Françoiſe , d'autant plus que M.
l'Abbé d'Olivet , Ecrivain exact , dit avoir
été inſtruit par M. le Cardinal de Rohan ,
qui eut la place deſtinée à M. le Préſident
de Lamoignon. Il paroît qu'en effet l'intention
de ceux qui mettoient M. de Lamoignon
ſur les rangs , étoit d'exclure l'Abbé de
Chaulieu ; mais qu'un Prince du Sang , protecteur
de l'Abbé de Chaulieu , engagea M.
de Lamoignon à refuſer. Suivant M. l'Abbé
d'Olivet, ce Prince étoit M. le Duc. Dans
la nouvelle vie de M. le Premier Préſident
de Lamoignon , il eſt dit que c'étoit M. le
Prince de Conti. M. Duclos parle de deux
Princes du Sang; il ne les nomme pas ; mais
l'un pouvoit être M. le Duc , l'autre M. le
Prince de Conti.
DE FRANCE. 17
1
ALMANACH DES MUSES , ou choix des
Pièces Fugitives de 1781. A Paris , chez
Delalain l'aîné , Libraire , rue S. Jacques ,
vis à- vis la rue du Plâtre.
De tous les Recueils Littéraites qui paroiffent
annuellement , celui - ci eſt ſans
doute le plus en butte à la critique. Il ne
faut en chercher la cauſe que dans le tresgrand
ſuccès qu'il a eu preſque dès ſa naiffance.
Il trouve plus de cenſeurs , parce
qu'il a plus de Lecteurs. C'eſt à ce grand
ſuccès auſſi qu'il doit la gloire ( car il y a
tant de genres de gloire !) d'avoir fait naitre
beaucoup d'autres Recueils annuels , tels que
les Etropes du Parnaffe , le Secrétaire du
Parnasse , l'Almanach Littéraire , les Etrennes
Lyriques , &c. &c. &c. L'Almanach des
Muſes, plus répandu que ſes enfans , dont
quelques-uns ont cependant proſpéré , a eu
d'autant plus de peine à échapper à de juſtes
critiques , qu'il étoit expoſé au plus grand
jour ; & il s'est fait plus d'ennemis , parce
qu'étant plus couru à cauſe de ſa grande publicité
, il a dû faire auſſi plus de mécontens.
Ce n'eſt pas que nous penſions que
tous les vers inférés dans ce Recueil aient
mérité d'y occuper une place ; mais peut on
ſe diffimuler qu'avec le plus ferme projet de
demeurer incorruptible, il eſt difficile d'échapper
à la féduction de l'amitié , des liaifons
,des noms même? Peut- on ſe diffimuler
I18 MERCURE
encore , bien qu'il n'y ait qu'un ſeul bon
goû:, que ce bon goût, dans les petites
chofes , telles que des poéſies fugitives , eſt
ſujet à des caprices de predilection ou d'ini
mitié , qui doivent mettre ſouvent les Lecteurs
& le Rédacteur en contradiction ?
D'ailleurs , ( & ce n'eſt pas là le plus foible
argument en faveur de l'Almanach des
Muſes ) l'Auteur de cette Collection s'eft
impoſé la tâche d'un Volume ; & bon an ,
mal an , il doit nous donner les fruits poétiques
de l'année, fans avoir à répondre ni de
la négligence des cultivateurs ni de l'inclé
mence des ſaiſons.
Il faut convenir auſſi que depuis quelques
années , la mort nous a enlevé des talens qui
forniest la principale richeffe
Almanach
des Muſes ; mais ils ont laiſtede jeunes
héritiers qui courent affez gaîment à la fucceffion
; & la liſte nombreuſe des noms qui
ſe trouvent infcrirs cette année dans ce calendrier
poétique , doit faire eſpérer au Rédacteur
que fur tant de jeunes candidats il s'en
trouvera bientôt quelques- uns qui pourront
aider à réparer ſes pertes.
Nous regrettons qu'il n'insère pas un plus
grand nombre de morceaux de grande
poéfie. Outre qu'il en réſulteroit plus de
variété pour ſes Lecteurs , ſon Recueil offri
roit encore le tableau annuel des progrès ou
du déclin des Muſes Françoifes ; au lieu qu'il
roule ſouvent dans un cercle affez étroit
d'idées galantes , ou dans le ſentier mono
DE FRANCE.
19
tone du perfifflage. Quoi qu'il en ſoit , nous
avons lû dans le Recueil de cette année
nombre de Pièces qui feront plaifir aux
Amateurs de la Poéſie. Nous y avons regretté
cette franchiſe , cet heureux abandon qui
caractériſe les Poéſies du ſiècle dernier; mais
nous y avons trouvé cette facilité ingénieuſe
, qui eſt le partage des Poëtes modernes.
L'un des genres qui a peut- être le plus
dégénéré de nos jours , c'eſt celui de la chanfon.
Les efforts de l'eſprit , qui ont fuccédé
aux grâces du ſentiment, lui ont fait perdre
de ſa gaîté & de ſa négligence voluptueuſe.
Néanmoins , comme il eſt difficile de faire
des vers fans ſe permettre quelques couplets
dans la Société, il sen fait toujours quelques
uns qui nous confolent un moment de la
perte de nos anciens Chanfonniers. Parmi
les chanfons inferées dans ce Volume
nous avons diftingué la Soixantaine
rappelle l'ancienne gaîté bachique ; les
Amourettes , de M. Berquin ; des Couplets
ingénieux de M. de Murville , & cette charmante
Chanſon anonyme , J'ai vu Life hier
aufoir , que nous ne citerons point , parce
qu'elle est trop connue. Nous nous contenterons
de tranfcrire ici les Couplets de M.
Berquin , qui ont de la gaité & de la gentilleffe.
qui
20 MERCURE
LES AMOURETTES.
Air de M. Albanèze.
VIVENT les fillettes ,
Mais pour un ſeul jour !
J'ai des amourettes
Et n'ai point d'amour .
HIER, pour Céphiſe
Je quittai Doris :
Aujourd'ui c'eſt Life ,
A demain , Cloris .
Vivent les fillettes , &c.
J'AIME fort ma Belle ,
Lorſqu'il m'en souvient ;
Je lui fuis fidèle
Quand lon tour revient.
Vivent les fillettes , &c.
On entre au bocage ,
Le plaiſir vous ſuit.
On rentre au village....
Eh bien ! tout eſt dit.
Vivent les fillettes ,
Mais pour un ſeul jour !
J'ai des amourettes
Et n'ai point d'amow.
Nous aurions pu citet auſſi dans un genre
DE FRANCE. 21
tout différent, une Romance d'une fimplicité
intéreſſante , par Mde la Comteſſe de B ....
mais nous ſommes forcés de nous reſtreindre
&de nous borner à citer des noms avec éloge.
Nous avons vu avec plaiſir , dans ce Recueil,
MM. de Fontanes, leChevalier de B... , Favart,
Lemierre , Collé , Rochon de Chabannes, de
Sauvigny, de la Louptière, Blin de Sainmore,
Selis , &c . des vers d'une aimable facilité ,
par Mde de Bourdic ; trois Pièces qui ſoutiennent
la réputation de M. Berenger ; pluſieurs
Morceaux ingénieux & piquans de
M. Diderot ; quelques Poéſies de M. François
de Neufchâteau , dignes de celles dont
il a déjà enrichi cette Collection ; un Récit
agréablement rajeuni des amours de Diane
& d'Endimion , parM. de la Dixmerie ; une
Imitation d'une Églogue de Virgile , qui confirme
l'opinion que M. le Chevalier de Langeac
avoit donnée de ſon talent ; une Pièce
qui fait également honneur à l'eſprit & au
coeur de M. Marſollier ; une jolie Épitre de
M. le Chevalier de Bertin , & une autre
piquante & originale ſur le Vaudeville , par
M.de Piis . 、
Peut-être quelques-uns de nos Lecteurs
font déjà curieux de ſavoir comment nous
traiterons quelques Pièces qu'on a inférées
de nous dans ce Volume ; mais nous n'en
parlerons que pour demander la permiffion
de n'en rien dire. Sans prétendre à la gloire
un peu faſtueuſe de nous condamner nousmêmes
, nous nous bornerons au plaifir de
22 MERCURE
nous récuſer pour Juge. Si , en nous chargeant
de cet Extrait , nous avons renoncé à
l'eſpoir de quelques louanges qu'auroit pu
nous accorder un collaborateur indulgent ,
nous eſquivons aufli par- là les juſtes reproches
qu'une ſaine critique lui auroit dictés.
Ce n'eſt pas là ce qu'on appelle un marché
de dupe , & notre amour-propre eſt aſſez
content du gain qu'il a fait , pour n'y avoir
aucun regret.
M. de Choiſy , l'un de nos jeunes Poëtes
qui ſe diftinguent dans la Poéſie galante , a
contribué cette année par pluſieurs Pièces
pleines de grâce & d'eſprit. On a loué furtout
des Vers à une Demoiselle qui avoit
demandé à l'Auteur ſon épitaphe. En mêlant
nos éloges à ceux qu'on a donnés à cette
Pièce nous nous permettrons une obfervation
critique ſur les deux vers qui la terminent.
Voici comment elle finit.
,
Crois-tu , dit- il , qu'à fon aurore
Chloé, plus brillante que Flore ,
Ait rendu le dernier ſoupir ?
Le premier même eſt à venir ;
Mon ami , je l'attends encore.
N'est-ce pas là ce qu'on appelle une penſée
fauffe ? Affurément à l'âge qu'on ſuppoſe à
cette Demoiselle , on a dejà pouſſe plus d'un
foupir ; on ne peut donc pas dire que le
premier foupir eft encore à venir. On ſent
bien que l'Auteur entend un ſoupir amouDE
FRANCE.
23
reux; mais alors ce foupir-là ne peut avoir
aucune analogie avec le dernier foupir , qui
préſente un tout autre ſens. Cette idée n'eſt
donc qu'éblouiſſante & manque de vérité.
L'intérêt qu'inſpire le talent de M. deChoiſy
nous a dicté cette obſervation; il en ſera
l'excuſe tout-à-la- fois.
L'un de nos Poëtes accoutumés à réunir
le plus de fuffrages , c'eſt M. le Chevalier
de Parny. Au lieu de rappeler ici la grace ,
la molleſſe , la vérité de ſon ſtyle , nous
allons citer une de ſes Pièces , qui le louera
beaucoup mieux que tous nos éloges. Nous
aurions mieux aimé rapporter ſes charmantes
Stances , intitulées : Confeſſion d'Aglaé ;
mais elles ont trop d'étendue pour le peu
d'eſpace qui nous reſte.
A M. DE FONT NES.
JEUNE favori d'Apollon ,
Vous vous reſſouvenez , peut- être ,
Qu'autrefois au ſacré vallon
Le même jour nous vit paroître.
Vous preniez un chemin pénible & dangereux.
Je n'oſai m'engager dans cet étroit paffage ;
Je vous ſouhaitai bon voyage ,
Et le voyage fut heureux.
Pour moi , prêt à choisir une route nouvelle ,
Sous des boſquets de fleurs j'apperçus Érato :
Je la trouvai jolie; elle fut peu cruelle :
Tandis que vous montiez ſur le double coreau ,
24 MERCURE
Jeperdoismon temps avec elle.
Votre choix eft meilleur; vos hommages naiſſans
Ont déja pour objet la Maſe de la gloire ;
Etdans le Livre de mémoire,
Samain noteratous vos chants.
Ademoindres ſuccès mes vers doivent prétendre
Les belles quelquefois les lironten ſecret ;
Etl'amante ſenſible,à fon amant difcret ,
Indiquera du doigtle morceau leplus tendre.
M. Carbon de Flins nous paroît avoir
pris aufli , pour nous fervirdes expreſſions
de M. de Parny , un chemin pénible & dangereux;
il s'eſt conſacré à lagrande Poésie ,
&des ſuccès ont déjà payé ſes premiers
efforts. Il vient d'obtenir de l'Académie
Françoiſe une mention honorable qui nous
paroitméritée. Son ſtyle , quelquefois trop
ambitieux , a de la rondeur, de la nobleſſe,
de l'harmonie , & l'expreſſion poëtique.
Nous avons moins de bien à dire de fon
Épitre à M. le Chevalier de .... , le ton
nous en a paru un peu grimacé. Dans quelques
années , M. Carbon de Flins ne voudra
plus que ſa maîtreſſe ſoit Catin , fût - ce
même comme une honnêtefemme ; dans quelques
années il ne comprendra plus cette expreffion
qu'il croit entendre aujourd'hui ,
puiſqu'il l'écrit : Catin comme une honnête
femme; & il ne ſe-croira pas obligé de calomnier
ſes moeurs en l'honneur de ce qu'on
appelle le bon ton.
Nous
DE FRANCE, 25
Nous avons trouvé dans cette même Épitre
deux vers que M. de Flins croit fans doute
avoir faits , & qu'il ne doit qu'à ſa mémoire.
Il dit , en parlant de ces Dames qu'on acquiert
avec de riches écrins , & qu'on garde
pour mille écus par quartier :
Et vont toujours à leurs affaires
Lorſqu'elles volent dans vos bras.
Nous avions dit nous-mêmes ſur le même
fujet , dans une autre Épitre inférée aufli
dans l'Almanach des Muſes ,
Elle volera dans tes bras ,
Comme l'on court à ſes affaires.
Nous n'aurions pas été tentés de dénoncer
certe réminiſcence évidente , fi l'occaſion ne
s'en étoit trouvée ſous notre main fans la
chercher. Nous en avons même déjà trop
dit; & quand on regarderoit , de la part de
M. de Flins , comme un véritable projet
ce qui n'eſt qu'un tort de ſa memoine , il y
auroit peut- être encoremoins de mal à avoir
pris ces deux vers-là , qu'il n'y auroit de ri
dicule à les réclamer.
Nous préférons de beaucoupà cette építre
très- légère une Élégie que M. de Flins
adreſſe à M. de Fontanes *. Quoi qu'on puiffe
* M. de Flins deſire que nous relevions ici
quelques fautes graves qui font échappées à l'Imprimeur
dans cette Élégie : Où jusqu'au fond de
N°. 5 , 2 Février 1782 . B
26 MERCURE
reprocher à cette Pièce un peu de longueur
& de la négligence dans quelques détails ,
comme ce ton-là a bien plus de vérité & de
naturel !
Parmi les noms qui paroiſſent pour la première
fois dans cet Almanach , on diſtinguera
M. de Bonneville , Auteur d'un Dialogue
plein de vérité , & ſemé de détails intéreffans
; & M. Collin , qui a fourni à ce Recueil
pluſieurs morceaux d'une gaîté originale
& piquante. Ce Volume renferme auffi
quelques Poéfies anonymes , parmi lefquelles
on remarquera une Chanſon ſur la
Naiſſance du Dauphin , qui avoit paru dans
ce Journal; des vers à Mde ..... qui s'étoit
chargée de faire le Portrait de l'Auteur ; un
Madrigal à Miſtraff B.... & des détails heureuxdans
les Adieux de l'Arbre de Cracovie.
On y trouve auſſi trois Pièces poſthumes ,
l'une de Bernard , aſſez médiocre ; une autre
de feu M. Dorat , plus piquante , & que
nous citerions ſi le même Recueil ne nous
en offroit une autre de Voltaire qui n'avoit
pas encore été imprimée , & qu'il a faite à
l'âge de quatre-vingt- cinq ans , pendant fon
Sejour àParis.
l'Ode , élevant fon délire , liſez : oùjusqu'au ton de
l'Ode. Il chantoit Lalagéſur un char amolli , lifez:
fur un luth amolli. D'intéreſſans Auteurs ont animé
l'Idille , lifez : d'intéreſſans Acteurs . Que du cotean
d'Ay lejus riant m'inspire, liſez: que des coteaux
Ay.
DEFRANCE.
27
Au ROI DE PRUSSE.
ÉPICTÈTE , au bord du tombeau ,
Areçu ces préſens des mains de Marc-Aurèle.
: Il a dit: mon fort eſt trop beau ;
J'aurai vécu pour lui , je lui mourrai fidèle.
Nous avons cultivé tous deux les mêmes Arts
Et la même Philoſophie ,
Moi Sujet, lui Monarque & favori de Mars,
Et parfois tous les deux objets d'un peu d'envie.
11 rendit plus d'un Roi de ſes exploits jaloux :
Moi , je fus harcelé des gredins du Parnaſſe.
Il eut des ennemis , il les ditſipa tous ,
Et la troupe des miens dans la fange croaffc.
Les Cagots m'ont perſécuté:
LesCagots à fes pieds frémiffoient en filence.
Lui ſur le Trône aſſis, moi dans l'obſcurité
Nous prêchâmes la tolérance.
零
Nous adorions tous deux le Dieu de l'Univers ;
* Car il en eſt un , quoi qu'on diſe;
Mais nous n'eûmes pas la ſottiſe
De le déshonorer par des cultes pervers.
Nous irons tous les deux dans la céleſte ſphère;
Lui , fort tard; moi, bientôt. Ilobtiendra , je croi ,
Untrône auprès d'Achille , &même auprèsd'Homère ;
Et je vais demander un tabouret pour moi.
Ces vers font bien évidemment de Voltaire,
& ils nous paroiſſent dignes de fon
meilleur temps.
:
(
Bij
28
MERCURE
Ce Volume eſt terminé, comme à l'ordinaire
, par une Notice de tous les Ouvrages
de Poefie qui ont paru dans Pannée. Cette
Notice, qui ne peut manquer de choquer
bien des gens , eſt faite avec précision , &
ſouvent même avec gaire; mais il eſt dangereux
de juger en fi peu de mots, parce qu'il
eſt également difficile de fatisfaire ainſi ſes
Lecteurs , & de convaincre l'Auteur intéreffe.
Nous autres courtiſans desMuſes,nous
avons de la peine à voir juger en deux lignes
ce qui nous a coûté des années de travail.
Au reſte , fi le Rédacteur de l'Almanach des
Muſes s'expoſe à donner priſe à la critique
par cette Notice quelquefois trop légère , il
prouve tous les jours par de plus imporrantes
analyſes, que la Nature l'a doué d'aſſez
d'eſprit & de raiſon pour exercer les fonc
tions de Juge & d'Ecrivain .
(Cet Article est de M. Imbert. )
INSTRUCTION fur les Bois de Marine,
contenant des détails relatifs à la Physique
& àl'analyje du Chêne, & en ce qui concerne
l'économie & l'amélioration du Bois en
général. AParis, chez la Veuve Duchefne ,
Jombert, fils aîné', & Cloufier , Libraires .
Illi robur & as triplex
Circa pectus erat , quifragilem truci
Commifit pelago ratem
Primus....
It commença ànaviguer fur des radeaux
4
DE FRANCE. 29
faits avec des poutres jointes enſemble , &
couvertes de planches , que des animaux
traînoient le long des rivages ; il imagina
enfuite des radeaux fans bois ni planches ,
formés avec des veſſies enflées , des outres ,
des ballons & des peaux couſues & remplies
d'air. Annibal fit paſſer ſon armée ſur des
outres , & Alexandre le fleuve d'Oxus & le
Tanais. Ceux d'ofier couverts de peaux de
boeuf furent long- temps en uſage parmi les
habitans de la Grande-Bretagne. Ifaïe parle
de certains Ambaſſadeurs qui bravoient les
flots avec des barques de joncs. Les Egyptiens
en firent de papier, eſpèce de roſeau
qui vient ſur les bords du Nil. Juvenal dit
que, pour leur donner plus de ſolidité,onles
couvrit de terre cuite , ce qui fit imaginer à
un Marin d'en faire de tronc d'arbre. Lorfque
Grijavala entra dans la rivière de Tabafco,
les Indiens vinrent le trouver dans
des canots d'un ſeul arbre , qui contenoient
vingthommes, Pline dit que les.Pirates d'Allemagne
s'en fervoient , & qu'on en a vu ſur
la mer Rouge faits d'une écaille de tortue
qui couvroit une maiſon entière. Les Sauvages
de la Terre de Feu en conſtruiſent
d'ecorce d'arbre qui font portatifs ; ceux du
Detroit de David font en forme de navette.
Ainsi l'Architecture Navale , depuis fon
origine , qui ſe perd dans la nuit des temps , a
ellayé toutes foites de moyens pourdompter
l'élément le plus terrible ; elle a fur tout employé
des bois de toute eſpèce pour la conf
Biv
30
MERCURE
truction de ſes bâtimens.Vitruve préféroit le
cyprès , parce qu'il duroit plus long temps.
Le Nautica Pinus de Virgile prouve en
faveur du pin. Les Phéniciens ſe ſervoient
du cèdre. Apollonius nous apprend que la
quille du navire d'Argos étoit de hêtre tiré
de la forêt Dodonienne. Théophrafte dit
qu'on faifoit les côtés du vaiſſeau avec de
l'épine noire ; & fi nous en croyons l'hiſtoire
, le navire de l'Empereur Trajan , qui
étoit de pin &de cyprès , reſta treize cent
ans ſous l'eau au lac de Momorance ſans ſe
gâter.
Cependant, de tous les bois le chêne eſt le
plus néceſſaire. Le premier parmi les arbres
, il eft le plus beau de tous les végé
taux. Les Grecs & les Romains l'avoient
conſacré à Jupiter , & les Druïdes lui procurèrent
les hommages de nos pères. Harlay
rapporte que dans le Comte d'Oxfort ,
en Angleterre, un chêne dont le tronc
avoit cinq pieds quarrés & quarante pieds
de longueur , ayant été débité produifit
vingt tonnes de matières, & que ſes branches
rendirent vingt- cinq cordes de bois à
brûler. Il paroît que c'eſt le même que
Plot a cité dans ſon Hiſtoire Naturelle, dont
les branches avoient cinquante quatre piedsde
longueur meſurées depuis le tronc, fous
lequel trois cent quatre cavaliers ou quatre
mille trois cent ſoixante- quatorze piétons
pouvoient ſe mettre à l'ombre.
* Le chêne qui fut employé à la conſtrueDE
FRANCE. 31
tion du vaiſſeau le Royal - d'Orveling de
Charles Premier , Roi d'Angleterre , a fourni
quatre poutres ou baux de quarante- quatre
pieds de longueur , ſur quatre pieds cinq
pouces d'équarriffage.
Mais ſi cet arbre eſt d'une grande refſource
pour la Marine , il n'eſt pas moins
propre à enrichir le Citoyen qui en couvre
ſes terres ; & comme les exemples ſont plus
frappans que les démonſtrations , nous nous
contenterons de citer des faits rapportés par
M. Duhamel , qui ſont capables d'encourager.
Un Armateur de Saint - Malo a fait
conſtruire des vaiſſeaux marchands avec
un bois que ſon père avoit planté. Un
bois de chêne ſemé en 1749 dans un bon
terrein de ſable gras , qui n'avoit point été
cultivé , avoit , en 1766 , quatorze pieds de
haut & neuf pouces de tour. Un autre ,
dans un patcil terrein cultivé , s'eſt élevé de
vingt-cinq pieds ſur quatorze pouces de
gros . M. le Maréchal de Belle- Ifle , à Bify ,
a fait deux & trois coupes des bois qu'il
avoit plantés ; il a augmenté ſon revenu de
25000 livres. M. Trudaine , Conſeiller d'Ftat
, a doublé le produit de ſa Terre de
Montigny pour avoir fait mettre en bois
toutes les terres qui rapportoient peu. Dans
la forêt de Fontainebleau , deux cent cinquante
arpens repeuplés en 1735 , étoient
garnis, en 1760, d'un taillis de chêne de vingtcinq
pieds de haut , qui rendoit huit cordes
de chauffage par arpent.
Biv
32
MERCURE
Le hêtre est encore très utile à la Ma
rine Royale. On a décidé qu'on pouvoit
s'en fervir pour les quilles & les bordages
dans les fonds de la partie extérieure la
plus fubmergée. Le ſeul défaut de ce bois
eſtd'être très-corrofif, & de détruire promptement
les chevilles de fer & les clous qui
fervent à liet la maſſe du vaiſſeau; mais on
a trouvé le moyen de diminuer cet effet en
faiſant rougir juſqu'à un certain degré les
fers , & en les précipitant dans de l'huile de
lin. Le chêne eſt auſli très-néceffaire pour
faire des marteaux de forge , & on doit
juger de fa force & de fa reſiſtance par cet
emploi. Un marteau de forge, qui eſt mis en
mouvement par un grand courant d'eau ,
pèſe au moins un millier; le manche , qui
a neuf pouces d'équarriſſage , reçoit nonfeulement
l'effort du coup de marteau ,
mais encore le contre- coup d'une autre
pièce de bois de hêtre de huit pouces de
gros : le bois de chêne le plus fort ne peut
fervir pour cet uſage, parce qu'il ſe torrille
& fe briſe en petits éclats dans la tête
du marteau.
Pourquoi le cèdre n'est-il pas plus commun
en France ? On en fait de belles charpentes
qui font preſque incorruptibles. Lors
de la découverte de l'Amérique , les Eſpagnols
l'employèrent à l'Architecture Navale.
Pline, finous nous en rappelons bien ,
dit qu'il a vu un mât de cent trente pieds
de long, fur plus de cinq pieds de diamètre.
DE FRANCE .
33
Il eſt fâcheux qu'on n'ait pas cultivé cet
arbre de préférence lorſque la fureur des
peupliers d'Italie s'eſt manifeſtee. C'eſt avec
raifon qu'on reproche aux Européens d'avoir
négligé de planter un bois qui auroit fait
l'ornement des forêts , des parcs , & qui
peut donner du produit en peu de temps. H
croît fur les plus hautes montagnes , & avec
la plus grande facilité, aufli bien que dans
les endroits bas & marécageux.
Mais pourquoi nous amuſons- nous à parcourir
les differentes claſſes d'arbres qui font
l'objet & l'eſpoir de la Marine ? Ce n'eſt
que ſous les yeux de M. Tellés qu'il eſt permis
d'examiner ces importantes productions,
leurs qualités & leurs défauts, les terreins ,
les expofitions & les climats qui leur font
propres, la manière la plus sûre & la moins
diſpendieuſe de les conſerver; enfin tout ce
qui concerne le choix & le débit. Ce grand.
Maître des Eaux & Forêts qui , par une
étude de vingt- ſept ans, a prouvé ſon amour
pour ſes devoirs & pour la patrie , & a en
core la modeftie de dire docete me & ego
tacebo; ce bon Citoyen , qui n'a d'autre but
que de rendre à la Marine les ſecours de
l'Etranger inutiles , nous prouvera qu'avec
une bonne économie il y a de grandes reffources
en France , & que c'eſt à tort que
M. de Réaumur a cherché à répandre l'alarme
fur l'étatdes bois. Il eſt donc vrai que nous
pourrons toujours, à l'ombre des lys , dans
des citadelles flottantes ,braver les Teopards ,
Bv
34
MERCURE
&que la France peut déjà dire de ce Peuple,
fi fier d'être ſon rival :
Iſtetulitpundumjam nune certaminis hujus,
Quod cum victus erit , mecum certaffeferetur.
PROVERBES Dramatiques , par M. de
Carmontel , Tomes VII & VIII , in- 8 .
A Paris , chez Eſprit , Libraire , au Palais
Royal.
LES premiers Volumes de cet Ouvrage
ont en le ſuccès le plus flatteur pour M. de
Carmontel. On trouvera le même intérêt
dans ceux qu'il vientde publier: nous nous
bornerons à donner une Notice du ſujet de
chacun de ces nouveaux Proverbes , & de la
Moralité que renferment la plupart d'entreeux.
Le ſeptième Tome contient dix Drames ,
& le huitième onze.
Le premier a pour titre : Les Filoux.
C'eſt un Proverbe de quatre Acteurs. Un
fat y eſt la dupe de fon amour.
29. La Diette, Comédie de ſept Acteurs.
Un homme , réduit à une diette trop auftère
, eſt devenu fou. Sa Gouvernante & un
Valet le font revenir dans ſon bon ſens par
un moyen très-comique.
3°. Les deux Auteurs, Prologue en
versde celui qui fuit.
4°. Ulzette & Zaskni , eſpèce de Tragédie
en cinq Actes de quatre cent vers au
plus. On y fuit toutes les Seènes d'Anette
DE FRANCE.
35
:
& Lubin ; c'eſt une plaifanterie qui eſt le
contraire d'une parodie. Il y a quatre Acteurs
, dont une femme & pluſieurs Acteurs
muets.
5º . Dame Jeanne , Proverbe de cinq
Acteurs , où règne une mépriſe continuelle
d'une bouteille appelée Dame Jeanne , que
des Ecoliers font entrer remplie de vin furtivement
dans un Collège , & que les Supérieurs
prennent pour une femme.
6°. L'Aveugle avare, Proverbe de trois
Acteurs. L'Aveugle eſt attrapé d'une manière
fingulière. On peut faire jouer le rôle
de la femme par unhomme.
7°. Le Chanoine de Reims , Proverbe de
cinq Acteurs. C'eſt un Chanoine bavard
qui ne parle que d'un diner pour en venir
àune choſe qu'il ignore entièrement.
8°. Le fot Héritier, Comédie de cinq
Acteurs , où il n'y a qu'une femme. L'Héritier
eſt berné par fon rival.
9°. Le Fripon orgueilleux , Comédie de
fix Acteurs. Le Fripon eſt confondu par la
ſagacité d'un Miniftre.
10°. Les Voyageurs, Proverbe de ſept
Acteurs. Un Fripon eſt enfin découvert &
puni.
11. Les Ennuis de la Campagne , Proverbe
de huit Acteurs. C'est une critique
des Acteurs de Proverbe ; il fert de Prologue
à la Pièce ſuivante.
12º . Criardus & Scandée, eſpèce de Tragédie
burleſque de quatre Acteurs qui font
Bvj
36 MERCURE
tous eſtropies ; c'eſt ce qui en fait le comique.
1. Le Mal- entendu , Proverbe de ſept
Acteurs , dont trois femmes & une jeune
fille. Un mot pris pour un autre en produit
tout le comique. La Scène eſt dans un
Couvent de femmes.
14°. La Queue du Chien , Comédie de
fix Acteurs. Deux mauvais plaifans ſe font
des tours qui tournent au profit d'un jeune
payfan &d'une jeune payſanne amoureux
l'un de l'autre.
15°. Le ben Seigneur, petite Comédie
de fix Acteurs. Un Procureur Fifcal eſt la
dupe d'une tromperie qu'il vouloit faire ;
elle tourne à l'avantage de ſon rival.
16° . L'Uniforme de Campagne , Comé
die de huit Acteurs. C'eſt un nigaud avare
berné & renvoyé.
17°. Le Perfifleur, Comédie de quatre
Acteurs. Le Perfitfleur est déconcerté par une
feinme qui a l'habitude de rire toujours en
parlant de quelque choſe que ce ſoit.
13°. Les Vorfins & les Voisines, Proverbe
de onze Acteurs. Ce font des Habi
tans dir Fauxbourg Saint Laurent à Paris..
L'un d'eux veut fe donner des airs, & tous
fes projets font renverfes.
19. Arlequin chien enragé, Comédie
de quatte Acteurs. Cette Pièce eft dans le
goût des Comédies Italiennes qu'on ne joue
plus.
20. Les deux Braconniers , Proverbe
DE FRANCE.
37
de trois Acteurs. Un Garde veut arrêter
deux Braconniers qui ſont plus fios que
lui , & qu'il eſt obligé d'abandonner.
21. Les deux Comédiens , Proverbe de
fix Acteurs . Deux Comédiens de Province ,
en habits de theatre , ſe donnent pour ce
qu'ils ne ſont pas , & celui qui eſt le mieux
mis en eft la dupe.
La plupart de ces Pièces nous ont paru
fort agréables ; mais nous penſons que l'Auteur
a tort de croire qu'on peut les jouer
de tête. En les jouant ainsi, l'on perd tout
le mérite du Dialogue. Chaque Perſonnage
étant écrit felon ſon caractère , foit
noble, bourgeois en bas comique , il eſt
preſque impoffible de le bien rendre en
jouant de tête; car ceux qui ont le plus de
facilité à parler s'éloignent trop fouvent de
leurs rôles, & déroutent ceux qui font en
ſcène avec eux. Il faut lire ces Proverbes
pour juger de leur variété& du plaiſir qu'ils
peuvent faire à la repréſentation.
MERCURE
VARIÉTÉS.
RÉFLEXIONSfur l'état actuelde la Muſique
Dramatique en France, par M. Lafont
du Cujala.
LE'S
E's progrès rapides & preſque inconcevables que -
la Mufique Dramatique afaits en France depuis un
petit nombre d'années ; la fermentation que les
derniers chef-d'oeuvres ont causée chez un peuple
devenu plus éclairé ſur ſes propres plaiſirs ; le génie
enfin appelé dedivers paysà la fois pour orner notre
Scène Lyrique des productions les plus fublimes ;
tout ſemble annoncer à la Nation l'inſtant où elle
vaégaler en ce genre les Nations les plus célèbres.
Cependant, au milieu de ſi brillans ſuccès, deux partis
balancent les fuffrages , & le Public diviſé n'a pu ſe
réunir pour faire un choix.
Pluſieurs cauſes ont dû contribuer à nous laiſſer
dans cette incertitude. La différence des deux genres
qui partagent encore aujourd'hui les Amateurs de
bonne-foi ; l'expreffion & les beautés dont l'un &
l'autre font une ſource également féconde ; la renommée
& le génie des illuſtres rivaux qui ſe diſpurent à
l'envi nos hommages & notre admiration ; les in
trigues inême de la cabale & de l'envie: voila ſans
doute des motifs qui ont pu ſuſpendre le jugement
du Public, & laiffer la victoire fi long-temps incertaine.
Mais ne peut-on pas ſoupçonner encore une
cauſe bien plus puiſſante ? Sera-t'il permis à un Amateur
impartial de chercher à la découvrir , d'ofer
interrrooggeerr laNature elle-même, & d'adreſſer quelques
réflexions à ceux qui , véritablement zélés pour
la perfection de l'Art , ne ſont déterminés dans leurs
jugemens par aucune impulfion étrangère ?
DE
39
FRANCE.
Onadit depuis long-temps qu'il y avoit une mufique
convenable à chaque langue & à chaque Nation.
Je pense qu'on devoit chercher dans le climat
l'origine d'une telle diverſité dans les convenances :
-en effet, puiſque le climat a une influence i puiffante&
fur la formation de la langue & fur les
mooeurs des divers habitans du Globe , il eſt ſaus
doute la cauſe primitive qui doit déterminer le genre
de muſique le plus propre à chaque région & à
chaque idiôme. Il ſuffit de développer ce principe
pour en conſtater l'évidence.
Les fons muſicaux agiſſert à-la fois ſur nous de
deux manières différentes. Confidérés comme de
fimples fons , ils ébranlent l'organe de l'ouïe ;
comme ſignes des paffions , ils affectent l'ame de
celles qu'ils expriment; mais fi les paffions ſont plus
oumoins fortes , ſi la tyrannie du beſoin ne les
dirige plus vers les mêmes objets en différens climats
, elles ne fauroient être exprimées en tous
lieux par des ſignes abſolument ſemblables. En négligeant
ces différens rapports , la muſique ne ſeroit
plus qu'une glace infidelle qui ne fauroit nous attacher
, puiſqu'elle n'offriroit à nos yeux qu'une
image étrangère. L'expreffion muſicale ne fauroit
donc être par tout la même ,& la vérité en eft relative
à l'action du climat.
D'après cela , quelle différence étonnante ne doit
pas ſe trouver entre la muſique des peuples du Nord
&celle des peuples du Midi ! Ne doit-elle pas fuivre
la proportion de la diſtance qui les ſépare ? Toutes
les cauſes qui modifient la température du climat
agiſſant vivement ſur la conſtitution phyſique de nos
organes , & par- là ſur l'énergie du caractère , n'infuerontelles
pas en même-temps ſur la nature de
•Voyez l'Esprit des Lois, LivreXIV.
40
MERCURE
nos ſenſations & fur la force des objets deſtinés à
les produire?
Comme on distingue les climats par les degrés de
Latitude , dit M.de Montesquieu * , on pourroit les
distinguer , pour ainſi dire , par les degrés defenfibilité.
En effet , l'âme n'est pas dans tous les lieux
aulli facilement émue. La ſenſibilité eſt plus vive
dans les pays chauds; le moindre objet ſuffit pour
l'émouvoir. Plus profonde, plus concentréedans lesrégions
du Nord , elle ne peut être excitée que par
une forte fecouffe. L'expreffion d'un ſentiment trop
doux glifferoit ſur l'âme d'un peuple flegmatique ,
randis qu'elle ſuffiroit pour attendrir le coeur d'un
peuple plus délicat & plus ſenſible. Réciproquement
P'expreſſion la plus forte eſt la ſeule capable d'émouvoir
le premier & de plaire à ſon coeur. Préſentée
au ſecond , elle lui paroîtroit gigantefque , & par-là
manqueroit ſon effet , ou bien elle ne produiroit chez
lui qu'une impreſſion révoltante , à laquelle il s'arracheroit
avec horreur.
Il ſeroit aiſé de faire l'application de cette vérité
à tous les Artsdont l'expreſſion eſt l'objet& le terme.
Mais en nous renfermant dans notre ſujet , nous
verrons naître de ce principe la différence des deux
genres qui partagent aujourd'hui notre Scène ; les
beautés que les Allemands & les Italiens trouvent
chacun dans leur Muſique, les défauts que chacun
de ces Peuples reproche à ſon rival , & peut - être la
cauſe qui fait que nul de ces deux genres n'a pu
entièrement prévaloir parmi nous.
"Notre mélodie eſt plus naturelle , plus facile ,
• plus régulière& plus touchante ; notre harmonic
*Efprit des Lois , Livre XIV. Il eft à remarquer que
M. de Montesquieu donne pour preuve de certe verité
Pimprefion differente produite par les mêmes Opéras en
Itane& en Angleterre.
DE FRANCE. 47
>> plus pure& moins recherchée,diſentles Italiens.
« L'une & l'autre font chez nous , répondent les
> Ailemands , plus animées & plus énergiques ,
Heureux rivaux , leur dirois-je , ceſſez de vous.
conteſter vos mutuels avantages. Ils ne fauroient
être communs à des climats ſi différens. Également
favorisés du Dieu de l'harmonie vous avez en
partage l'expreffion la plus propre à vous toucher , à
vous féduire. Defcendez en vous mêmes pour y
confulter la nature. Elle n'a pas mis dans votre
bouche le même langage , elle n'a pas donné à vos
coeurs les mêmes affections ; pouvoit- elle vous émouvoir
par les mêmes accens ?
,
Quand on confidère en effet le génie de ces deux
Langues , &le caractère de ces deux Nations , on
eft forcé d'y réconnoître une différence ennèrement
analogue à celle de leur chant & de leur harmonie.
L'Italien a dans ſa muſique , ainſi que dans ſon langage&
dans les moeurs , plus de douceur , de grâces
&de facilité , l'Allemand , plus de vigueur, de véhé
mence &de force. Le luxe voluptueux du premier
apaſſé dans ſa mélodie ; le ſecond yconferve encore
la grave fimplicité de ſes moeurs . L'un s'ément ,
pour ainſi dire , à chaque inftant , & pour les plus
petits fujers; l'autre reſte froid& tranquille juſqu'à
ce qu'on lui préſente un objet capable de lui caufer
les plus violens tranſports. Auſſi n'a-t-il fallu au
premier qu'une mélodie douce & tendre qui reçût
plusd'inflexions que d'élans ; tandis que pour émouvoir
fon ame , le ſecond a employé les cris véhé
mens des paffions , foutenus par tout l'effet d'une
harmonie déchirante.
Rien n'eſt donc plus injuſte que les reproches faits
àchacune de ces Nations ſur le genre de leur Mufique.
La perfection à laquelle l'Art s'y eft élevé depuis
long-temps , les ſuccès conftans qu'obtiennent
parmi chaque Peuple , les chef- d'oeuvres de fes
42
MERCURE
grands Maîtres, leur obſtination à rébuter , ou du
moins àne pas laiſſer prévaloir les productions d'un
genre étranger , tout annonce que l'Italie & l'Allemagne
ont déjà la meilleure Muſique qui puiſſe convenir
à leur climat.
La France peut-elle raiſonnablement ſe flatter
d'êtreà cet égard dans une poſition auſſi heureuſe ?
Long-temps barbare parmi nous , laMuſique , dans
le fiècle dernier , étoit à peine à ſon aurore; &
quoique le génie de Rameau en eût accéléré lesprogrès,
nous avons été forcés d'avouer notre infériorité
, lorſque l'orgueil national , laſſé de s'oppoſer
ànos plaifirs , a laiſſé parvenir juſques fur notre
Scène les chef-d'oeuvres des Nations voiſines. Alors
Jes François , ſe livrant à des jouiſſances nouvelles ,
ont applaudi avec tranſport. Mais en rendant hommage
tour-a-tour aux talens de deux Compofiteurs
fublimes , les Amateurs de bonne-foi n'ont pu s'accorder
pour adjuger le prix. Les Partiſans de l'Italie ,
déchirés par les accens de M. Gluck , plus d'une fois
peut- être ont defiré une plus grande véhémence dans
le genre qu'ils avoient adopté. Les Admirateurs de
ce grand Homme , ſéduits par les charmes de fon
Rival , avoueroient auſſi peut-être qu'ils euffent
voulu alors en embellir la Muſique Allemande. Que
les uns& les autres veuillent bien conſulter leur
coeur; ce que je n'oſe donner que pour des conjectures
, pourra bien leur paroître une réalité.
Le Public tout entier n'a donc encore pu ſe décider
à faire un choix. Il éprouve tout l'embarras d'un
tendre adolefcent , qui paroiſſant pour la première
fois dans uncercle nombreux embelli par les grâccs ,
admire tout fans pouvoir ſe fixer. Un ſeul objet peut
enchaîner ſon coeur ; mais cet objet , le fort ne le
préſente pas encore à ſes regards. Telle eſt à préſent
l'incertitude du François par rapport à la Muſique
dramatique ; telle ſera la rapidité& la conſtancede
DE FRANCE.
43
fonchoix, lorſqu'on lui offrira le genre le plus propre
àſonclimat, &par conféquent à fon coeur. Les rivalités
feront alors pour jamais fuſpendues , ou reléguées
dans les détours obſcurs de la cabale&de l'envie.
Nous applaudirons , nous admirerons même
le génie de nos voiſins ; mais nous reconnoîtrons
qu'il ne peut fuffire à notre ame , & faire éprouver
les mêmes ſenſations àun peuple né dans un autre
climat.
Quel est donc ce genre que la nature nous
deſtine, &qui ſeul peut réunir & fixer pour jamais
nos fuffrages ? Nous ne pouvons là deſſus hafarder
que des conjectures ; mais en les formant nous trouverons
au moins nos principes d'accord avec la vérité
des faits.
Un homme célèbre par la délicateſſe de ſongoût,
a déjà remarqué que nous n'avons pas le sentiment
intérieur auſſi vif que les Italiens * .Nous ne pouvons
donc pas attendre de leur muſique tous les effets
qu'elle produit ſur une nation bien plus facilement
émue. La température de la meilleure partie de la
France , & furtout celle de Paris , ſe rapproche bien
moins de la température de l'Italie que de celle de
P'Allemagne. Notre muſique paroît donc aui s'éloigner
un peu plus du genre Italien que de celui de
leurs rivaux , & fuivre ainſi le rapport du climat.
L'expérience ne vient-elle pas à l'appui de cette
opinion ? Quelque grand que foit l'enthouſiaſme des
véritables amateurs pour les chef- d'ruvres que l'Italie
nous communique,& pour ceux qu'elle fait éclore
dans notre ſein , n'avons-nous pas vû le génie du
Nord obtenir des ſuccès plus généraux & plus confcans?
Quels tranſports n'ont pas excité parmi nous
* Réflexions critiques ſur la Poésie & la Peinture , par
rabbe Dubos.
44
MERCURE
Jes ouvrages de M. Goffee, leStabat de M.Hayden,
les Operas de M. Gluck !
,
Voilà donc la route que nous devons tenir indiquée
àla fois , & par la raifon . & par le ſentiment , &
par l'expérience. Rapprochons-nous davantage. du
genre qui a ſu captiver parmi nous le plus grand
nombre de fuffrages. Le ſentiment plus concentré
chez nous que chez les Italiens , ne peut être excité
dans notre coeur que par une muſique à plus grands
traits , une mélodie plus véhémente une harmonie
plus âpre , une ſucceſſion plus rapide & plus inatten -
due dans les modulations *. Plus faciles à émouvoir
que les Allemands , adouciffons un peu la force de la
muſique du Nord par les grâces touchantes de celle du
Midi. La nuance ſera peut- être difficile à ſaiſir; mais
eft-il rien d'impoſſible aux talens ſupérieurs , quand
ils ſout animés du deſir de la gloire ? Depuis la révolution
qui s'eſt faite fur notre Scène Lyrique , aucun
François n'a puy diſputer le prix. Pourquoi ferions--
nous condamnés à n'admirer jamaisque des productions
étrangères ? Le François ſeroit cependant plus
capable d'apprécier exactement le degréde fenfibilité
de ſa nation , & la force des moyens néceſſaires
pour l'émouvoir. Il eſt dans ce moment des Auteurs
nationaux qui ſe diſpoſent à entrer dans cette bril-
Jante carrière. S'ils daignent fixer un inſtant leur
efprit fur ces réflexions , il leur ſera aiſé d'en recon
noître lajuſteſſe ou l'erreur. Je m'eſtimerois heureux
fi elles pouvoient contribuer à leur donner de nouvelles
vûes , pour fixer enfin le goût de la Nation ,
& rendre ainſi leur triomphe plus éclatant & plus
durable.
•M. Rouffean reproche à la muſique Allemande le
changement trop fréquent de modulation. Il est vrai que
ceferoit undéfaut pour les Italiens; mais dans nos principes,
ce ſeroit du moins une véritable beauté pour les
Allemands .
DE FRANCE.
45
GRAVURES.
com-
HERBIER de la France , ou Collection
plette des Plantes indigènes de ce Royaume , avec
leurs détails anatomiques , leurs propriétés & leurs
usages en Médecine , parM. Bulliard , No. 19 & 20.
AParis , chez l'Auteur , rue des Poftes , au coin de
celle du Cheval verd ; & chez Didot, Debure &
Belin , Libraires.
Portrait de feu M. Tronchin, Docteur en Méde
cine, deſſiné par Liftard , gravé par Gaillard. Prix ,
1 liv. 4 fols. A Paris , chez Baſan & Poignant , ruc
Poupée.
MUSIQUE.
MUSIQUE de la Matinée & de la Veillée villageoises
, ou le Sabor perdu , Divertiſſement en
deux Actes , par MM. Piis & Barré. Prix , I livre
16 fols. A Paris , chez Brunet, Libraire, à côté de
laComédie Italienne ; & Lawalle Lécuyer , Cour
du Commerce .
Trois Sonates pour le Clavecin ou le Forte-Piano,
avec Accompagnement de Violon , par M. l'Abbé le
Bugle, OEuvre première. Prix, 7 livres 4 fols franc
de port par- tout le Royaume. A Paris , chez M.
Leduc , rue Traverſière- Saint- Honoré , au Magaan
de Mufique. Cet Ouvrage donne l'idée la plus avantageuſe
des talens de l'Auteur. On y reconnoît une
compoſition ſavante , des idées neuves , une mélodie
inſpirée par l'imagination la plus brillante.
Quatrième Recueil de fix Airs choiſfis & variés
:
46 MERCURE
pour le Clavecin ou Forte-Piano , dont deux font
en Duo , dédiés à Madame la Comteſſe de Sparre,
par M. Charpentier , Organiſte de l'Abbaye Royale
de Saint Victor & de la Paroiſſe Royale de Saint
Paul, OEuvre XII , gravés par Mme Moria. Prix ,
7 liv. 4 fols. A Paris , chez l'Auteur , rue Saint Antoine,
Paſſage Saint Pierre , & aux Adreſſes ordimaires
, 1782 ,
Douzepetits Airs pour le Clavecin ou le Forte-
Piano, avec Accompagnement de Violon , par M.
Bambini . Prix , 3 liv. 12 fols. A Paris , chez l'Auteur
, rue des Vieux Augustins , aux Eaux de Paſſy ;
Mlle Caftanière, rue des Prouvaires , & aux
adreſſes ordinaires.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
PREUVES du Sentiment , par M. d'Arnaud ,
nouvelle Édition , en 12 Volumes in- 12 . Prix ,
1 livres ſols chaque Volume broché rendu franc .
de port par tout le Royaume. Les huit premiers
Volumes de cet Ouvrage ſont en vente , les autres
paroîtront de mois en mois. A Paris , chez Moutard
, Imprimeur-Libraire , rue des Mathurins.
Lettres édifiantes & curieuses , écrites des Miffions
étrangères, nouvelle Édition. Mémoires de la
Chine. Tomes XIX , XX , XXI , XXII , XXIII
& XXIV, in- 12 . A Paris , chez Mérigot le jeune ,
Libraire , quai des Auguſtins.
Entretienfur le Havre , par Mlle Lemaſſion de
Golft, Volume in- 12 . Au Havre ; & à Paris, chez
les Libraires qui vendent les Nouveautés.
Le Voyageur François , ou la Connoissance de
DE FRANCE.
47
Ancien & du Nouveau Monde , Tomes XXVII &
XXVIII , in - 12 . Prix, 3 livres reliés. A Paris , chez
Cellot, Imprimeur-Libraire , rue Dauphine.
Troisième Voyage de Cook , ou Journal d'une
Expéditionfaite dans la mer Pacifique du Sud &
du Nord en 1776 , 77 , 78 , 79 & 1780 , traduit de
l'Anglois , un Volume in - 8 °. , avec fig. Prix , s liv.
broché. A Paris , chez Piſſot père & fils , Libraires ,
quai des Auguſtins ; & Laporte, Libraire , rue des
Noyers. On trouve chez Piſſot les Voyages dans
lamer du Sudparles Espagnols & les Hollandois ,
Ouvrage traduit de l'Anglois de Dalrymple , un Vol .
in-8°. Prix, s liv : broché; & chez Mérigot, les
premiers Voyages du Capitaine Couk, s Vol. in-49 .
Traité Chimique de l'Air & du Feu , par C. G.
Schecle , Membre de l'Académie des Sciences de
Suède , avec une Introduction , par Torbran Bergmann
, Ouvrage traduit de l'Allemand par le Baron
de Dietrich , Volume in- 12. Prix , 2 liv. broché. A
Paris , rue & Hôtel Serpente. C'eſt à la même
adreſſe qu'on trouve le Poëme & la Traduction de
Silius Italicus annoncé dans le dernier Mexcure.
Nouveau Théâtre Allemand , ou Recueil des
Pièces qui ont paru avec ſuccès fur les Théâtres
des Capitales de l'Allemagne , pat par M. Friedel
Profeſſeur des Pages du Roi en ſurvivance , Vol. I.
A Paris, chez l'Auteur , rue Saint Honoré , au coin
de la rue de Richelieu ; laVeuve Ducheſne , Libraire,
rue Saint Jacques ; & Couturier fils , Libraire , quai
des Auguſtins. A Verſailles , chez Blaizot , Libraire
, rue Satory. MM. les Souſcripteurs ſont
priés de faire retirer leurs Exemplaires. Il en paroîtra
un Volume tous les trois mois , à compter du
premier Janvier de cette année.
Almanach néceſſaire , ou Porte -feuille de tous
lesjours pour l'année 1782 , in-8°. Prix , 3 livres
48 MERCURE
relić. A Paris , chez Piſſot pete & fils , & Didot le
jeune , Libraires , quai des Auguftins. Chaque an
née on ajoute à la perfection de cet Ouvrage , qui eſt
réellement fort utile aux Étrangers comme aux Habirans
de la Capitale. Parmi les articles nouveaux,
on trouve , 1º, l'Indication des jours de Confeil &
d'Audience des Miniſtres & autres Perſonnes attachées
à l'Adminiſtration ; 2°, la Liſte de toutes les
Académies du Royaume , avec l'époque de leur établiſſement
; 3 °. l'Adreſſe des Bureaux des Corps &
Communautés de Paris ;4°. les Spectacles , avec le
prixdes places & les jours de Repréſentation ; s .
Ies Journaux & Gazetres , avec le prix de leur
Abonnement & les jours où ils paroifient , ſoit à
Paris, ſoit en Province , &c.
Les Saiſons , Puëme , nouvelle Édition , en petit
format , de l'Imprimerie de Didot. A Paris , chez
Piffot , Libraire , quai des Auguftins.- On trouve
àla même adreſſe un Corps d'Extraits de Romans
de Chevalerie , par M. le Comte de Treſſan , de
l'Académie Françoiſe ,4Vol. in- 12.
TABLE
VERS à Madame Angelica Marine,
28
Kaufmann , 3 Proverbes Dramatiques , 34
Me'sAdieux au Château de la Réflexions ſur l'ètar actuel de
V..... , Romance , 4 laMusiqueDramatique en
Enigme& Logogryphe, 6 France, 38
Almanach des Muſes,
Instruction fur les Bois de
Findela ViedeM. le premier Gravures ,
Président Lamoignon , 8'Muſique ,
17 Annonces Littéraires,
45
ibid.
46
APPROBATIΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 2 Février Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en einpêcher l'impreſſion. AParis,
le : Février 1782, DESANCY .,
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le & Décembre .
FEIZI SULEIMAN , ci -devant Reis - Effendi ,
déposé le 8 du mois dernier & exilé d'abord
à Gallipoli , a reçu ordre de ſe rendre en
Chypre où il eſt relégué. Les Turcs , les
Chrétiens , applaudiſſent également au choix
qui a été fait d'Hairi-Méhémet Beiliktſchi-
Effendi ou premier Secrétaire de la Chancellerie
pour le remplacer ; il n'a ni la hauteur
, ni la fierté , ni l'opiniâtreté de fon prédéceſſeur.
Il paſſe pour avoir des connoiffances
& des talens ; il eſt du moins fort
verſé dans les Langues Arabe & Perfanne ;
il eſt ici le ſeul que les gens de Loi viennent
confulter ſur les difficultés qui ſe
préſentent dans les écrits compoſés dans ces
Langues; il fait très bien l'Italien ; & ce qui
n'est pas commun parmi les Tures , la Langue
Latine ne lui eſt point étrangère. On
2 Février 1782 .
a
( 2 )
fait qu'il fut employé dans les négociations
de paix à Bucharest , & qu'il a pareillement
alliſté aux conférences de 1779 dans leſquelles
on a réglé la dernière convention entre la
Ruffie & la Porte. Les Miniſtres étrangers
qui connoiſſent ſon activité , ſe flattent de
finir ſous ſon Ministère les affaires qui
n'ont pu être terminées ſous les prédécefſeurs
qui ont été au nombre de 4 , & qui
n'ont pas occupé leur pofte plus de quatre
ans .
Le traité avec l'Eſpagne eſt une de ces
affaires qui traînent en longueur ; la principale
difficulté roule ſur la neutralité à obſerver
par les Puiſſances contractantes relativement
à la rupture de l'une d'elles avec
quelques autres , fur-tout avec les Puiſſances
Barbareſques . La Porte paroît craindre de
prendre , par rapport à ces dernières , des
engagemens qui feroient bientôt réclamés ,
&qui ſeroient enſuite difficiles à remplir.
Selon des lettres d'Alep , la caravane
marchande qui vient tous les ans dans cette
Capitale a été attaquée & pillée par une
troupe de brigands entre Alexandrette &
Adana. On craint que la caravane de Pélerins
qui revient actuellement de la Mecque
n'éprouve le même fort ; pour prévenir ce
malheur, il a été ordonné aux Beys d'Egypte ,
au Bacha de Gidda & au Muſſelim de Baffora
de veiller de concert à la fûreté de ces pieux
voyageurs.
( 3 )
:
RUSSI E.
De PÉTERSBOURG , le 18 Décembre.
LA ſanté du Comte de Panin commence
à ſe fortifier , &déja il commence à recevoir
du monde ; on ſe flatte qu'il ſera bientôt en
état de reprendre la conduite des affaires
comme par le paffé.
Depuis que l'on a reçu des nouvelles de
Pheureuſe arrivée du Grand-Duc & de la
Grande-Ducheſſe à Vienne , il en arrive fréquemment
des Couriers ; & ces jours derniers
on en a expédié un d'ici pour la Cour
Impériale.
On dit qu'il ſera bientôt conclu un traité
de commerce entre cette Cour & celle de
Vienne pour favoriſer le commerce & la
navigation des ſujets reſpectifs ſur la mer
Noire , le Danube , l'Archipel , & le golfe
de Venife.
Les 20 vaiſſeaux de ligne dont la marine
de cet Empire doit être augmentée ,
feront tous à 3 ponts. On en conſtruira 12
fur les chantiers de Cherfon , dans la mer
Noire , 8 fur ceux de la Baltique. Notre
marine alors ſera de 54 vaiſſeaux fans les
frégares , les galères , les bombardes & les
autres bâtimens de moindre force.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 30 Décembre.
Il y a eu un orage violent la nuit du
a 2
( 4)
25 au 26 de ce mois , & on mande d'Helfingor
qu'il a fait périr un bâtiment Pruffien
& un bâtiment Anglois. Les équipages
ont été ſauvés; mais on ignore encore ſi l'on
pourra ſauver quelque choſe de leurs cargaiſons.
Le même malheur eſt auſſi arrivé
à un Brigantin Danois près de Cronenbourg ;
il venoit dans le port de cette Capitale ;
perfonne de l'équipage n'a péri.
ود >>Dans la nuitdu 13 du mois dernier , écrit-onde
Chriſtianſund ,en Norwège, il y eut ici un ouragan
violent de N. O. Des Patrons de navires qui arriverent
quelques jours après dans ce port , ont rapporté
qu'une flotte marchande Angloiſe , ſortie de Fleckeroë
, avoit éré accueillie par cet ouragan ; les
bâtimens ont chaſſe les uns ſur les autres , & quelques-
uns ont coulé bas , ou ſe ſontbriſés contre les
rochers . Un bâtiment corſaire qui probablement faifoit
partie de cette flotte , a été conduit ici par ces
Patrons ; il n'y avoit plus perſonne de l'équipage qui
paroît l'avoir abandonné avec beaucoup de précipiration
, puiſqu'on y a trouvé beaucoup de hardes
d'hommes & de femmes , des bijoux de différentes
eſpèces , & ſurtout des montres. Des voyageurs
arrivés ici de Chriſtiana , rapportent que toute la
côte eſt couverte de débris & d'effets nauffragés «.
Dans le cours de l'année dernière , il
a paffé par le Sund 8316 bâtimens de diverſes
Nations ; il y avoit dans ce nombre
2008 navires Anglois & 2223 Suédois.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 10 Janvier.
LE 4 de ce mois le Comte & la Comeffe
du Nord , prirent congé de S. M. I. ,
( 5 )
&quittèrent avec leur ſuite cette Capitale
pour ſe rendre en Italie ; l'Empereur
les a accompagnés juſqu'à Merzuſchlag , &
l'Archiduc Maximilien , le Comte de Groningue
& le Prince Ferdinand de Wurtemberg
juſqu'à Neustadt.
Lors des grandes manoeuvres exécutées
à Simaringue , le Comte du Nord perdit
une bague d'une valeur conſidérable ; un
foldat l'ayant trouvée , s'empreſſa de la
rapporter à cet illuſtre voyageur. Il a été
gratifié de 2000 roubles & d'une penſion
de 600 florins.
On vient de publier à Clagenfurt en
Carinthie , un decret Impérial du 4 du
mois dernier , par lequel S. M. I. remet à
ceux de ſes anciens ſujets qui ont quitté
leur patrie pour cauſe de religion , & qui
y reviendront dans l'eſpace d'un an , la
peine qu'ils ont encourue comme émigrans
, & ordonne de les recevoir & de
les traiter conformément à ce qui a été
déja preſcrit ſur ce ſujet.
La ſuppreffion de tous les hermitages
dans les Erats héréditaires , a été publiée
il y a quelque tems , & quelques perfonnes
la regardent comme l'avant-coureur
de celle de quelques Communautés religieuſes
des deux fexes.
On dit que le Baron de Sonnenfels a été
chargé par l'Empereur de travailler à la
réforme du ſtyle barbare uſité dans les
Chancelleries de fes Etats. Ce ſavant difa
3
( 6 )
tingué , connu par ſes productions littéraires
, fera bientôt paroître ſon ouvrage ſur
cet objet; il ſervira de modèle & de formulaire
dans toutes les Chancelleries de
S. M. I.
En 1770 la Régence de Hongrie s'appercevant
que dans la haute & baffe partie
de ce Royaume , on exploitoit ſans ménagement
tous les bois pour faire de la potaffe
, forte de cendre gravelée qui ſert à
la teinture , & que bientôt il y auroit dans
le Royaume diſette de bois de charpente
& de bois de conſtruction , donna une
Ordonnance pour prévenir ces abus. On
dit qu'elle va être publiée de nouveau
avec des additions. C'eſt par le Comté de
Saros , fur les frontières de la Pologne ,
que la potaffe de la Haute-Hongrie ſe
tranſporte à Dantzick , & par Canifa que
celle de la Baſſe paſſe à Trieſte.
Il eſt mort dans cette Capitale & dans
les fauxbourgs pendant l'année dernière ,
11,541 perſonnes , ce qui fait 2176 de
plus qu'en 1780 ; il y a eu 8271 baptêmes
, 1805 mariages ; 347 enfans ſont venus
morts au monde .
Quoiqu'il ait été permis aux gens de campagne
de venir porter ici leurs denrées tous les jours, & fans
faire attention ſi c'eſt jour de marché ou non , cette
permiflion n'a encore produit preſqu'aucun effer. La
farine eſt auſſi chère qu'avant , mais il faut eſpérer
que cela changera inceſſamment , S. M. I. ayant
donné ordre àquelques-uns de ſes Conſeillers de lui
propoſer dans l'eſpace de 8 jours , des moyens pro
( 7 )
pres à faire ceffer cette cherté , & à amener l'abondance
de toutes fortes de denrées dans cette capitale.
-On apprend de Kaminiec , qu'on établit dans toute
la Podolie de grands magaſins , & qu'on obſerve des
mouvemens guerriers aux frontières de la Turquie.
De HAMBOURG , le 12 Janvier.
Nous avons parlé de la révolte qui a
éclaté parmi les ſoldats du ise. régiment
d'infanterie Hanovrienne. On remarque en
général parmi les Allemands beaucoup de
répugnance pour le ſervice de l'Angleterre
en Amérique ; ce n'eſt que par des moyens
de force qu'on peut contenir les homines
enrôlés pour ce ſervice. Le principal dépôt
des recrues Heſſoiſes eſt dans la fortereſſe
de Ziegenhayn ; celles qu'on y tient enfermées
formèrent il y a quelque tems le
complot de mettre le feu à leur prifon .
En concertant les meſures néceſſaires , elles
ſe ſervirent du ministère d'une femme employée
aux fonctions de guichetier ; mais
deux heures avant le tems marqué pour
l'exécution de ce deſſein , cette femme alla
le découvrir. En conféquence le régiment
de Dragons du Prince Frédéric en garniſon
à Ziegenhayn , reçut ordre d'entourer
la partie du Château où ces malheureux
éroient renfermés. On y plaça auſſi quelques
pièces de canon; on ſe ſaiſit enſuite
des chefs de la conſpiration qui furent interrogés
, & on reſſerra plus étroitement
les autres.
24
( 8 )
La Cour , écrit- on de Copenhague , ayant réclamé
les effets appartenans à des ſujets Danois &
faiſis par les Anglois à St-Euftache , a trouvé celle de
Londres plus diſpoſée à y avoir égard qu'à toutes les
démarches ſemblables faites par d'autres Puiſſances ;
en conféquence tous les ſujets Danois qui ont for ffert
des pertes , tant à St-Eustache qu'à l'enlèvement
du convoi eſcorté par le Contre-Amital Krul , ont
été avertis qu'en s'adreſſant , ſoit au Collège du
Commerce à Copenhague , ou au Conſul de Danemarck
à Londres , avec des preuves juſtificatives de
leur propriété , ils peuvent compter ſur la reſtitutionde
leurs effets ou marchandises c«.
On écrit de Vienne que c'étoit le 2 qu'on
devoit faire la demande en mariage de la
Princeffe Elizabeth de Wurtemberg , pour
le Prince héréditaire de Toſcane ; mais une
indifpofition furvenue à la mere de cette
Princeſſe a fait remettre cette cérémonie.
>> Les nouveaux Edits de l'Empereur , ajoutent les
mêmes lettres , ont donné lieu à quelques mouvemens
populaires en Bohême. D'un côté , les payſans
étoient dans la fauſſe opinion qu'au moyen de l'abolition
de la ſervitude , ils étoient auſſi exemptés de
toutes les prestations quelconques ; d'un autre côté ,
lesHetfites , dont il exiſte encore un grand nombre
dars plufieurs erdroits de ce Royaume , en donnant
une extenfion arbitraire à l'Edit de tolérance , font
entrés dans une Eglife Catholique ,& y ont fait célébrer
un mariage par leur Evêque qu'ils avoient
choiſi auparavant , & qui , dit-on , eſt un Cordonnier
de profeilion. La bénédiction nuptiale donnée , ils e
font retirés chez eux fort tranquillement. L'a
blée des Etats de Hongrie aura lieu inceſſamment.
On croit qu'à cette occafion l'Edit Impérial en favear
des Proteftans ſera publié folemnellement. Les
Magnats & l'autre nobleiſe du Royaume s'occupent
actuellement à rédiger des remontrances & des mé-
L'atlem(
و )
, moires de griefs comme ils ont toujours fait à
l'occafion d'un couronnement. Mais il y a lieu de
croire qu'on n'entrera pas dans le détail de ces mémoires
, & qu'on donnera, ſuivant l'nſage , des lettres
réverſales confirmatives des droits & priviléges de la
Nation.- La Nobleſſe craint qu'à l'occaſion de la
Diète prochaine , on n'impoſe une taxe ſur les terres
qu'elle a acquiſes des roturiers , & qu'elle croic
auſſi franches que celles qui compoſent ſon ancien
domainede famille Les revenus del'Etat gagneroient
beaucoup au moyen d'une pareille taxe «.
On apprend de Leipſick , que le 29 du
mois dernier , le feu prit dans le village de
Nadebeil , près de Dreſde , & réduifit en
cendres 63 maiſons . Ce malheur a mis un
grand nombre de perſonnes dans l'étar le
plus déplorable. La rigueur de la ſaiſon
ajoute encore un degré de plus à leur infortune
(4).
>>Notre navigation , écrit-on de Danızick , a été
entièrement interrompue au commencement de DEcembre
par la gelée ; le dégel qui l'a ſuivie , a cmpêchéque
le commerce d'hiver ait pu encore avoir
lieu par terre ni fur les glaces. On eſpère cependant
que l'hiver précoce favortſera l'importation des productions
de la Pologne de l'année dernière. Pendant
le cours de cette année , il eſt arrivé ici soz navires
dont il n'y avoit aucun Hollandois ; il en eſt parti
$49, dont 30 étoient deſtinés pour la Hollande.
La plupartde nos navires ont été employés au tranfport
debois de conſtruction pour l'Angleterre; ils
ont été frézés à un très-haut prix; il ſera moindre
l'année prochaine , parce que l'on en conſtruit quan-
( M. le Marquis d'Entraigues , Miniſtre P'énipotentiaire
de France , prit 4000 iv. fur celle qui lui étoit alignée pour
donner une Fête à l'occaſion de la nauſance du Dauphin , &
fir diſtribuer cette ſomme aux incendiés.
as
( 10 )
tité danstous les pays neutres. Onn'a tiré de la Pologne
que 4067 laſts de froment , & 56co de ſeigle ;
ce qui est bien peu en comparaiſondes importations
précédentes qui étoient , année commune, de 40,0০০
lafts. Lecommerce diminue; la population diminuera
aufli ; nous avons déja pluſieurs maiſons vuides. Il eſt
àſouhaiter que la navigation & la vente des manitions
navales , nous offrent aſſez d'avantages pour
retenir les habitans ".
Le 30du mois dernier , à 11 heures du
foir , la Princeffe de Pruſſe accoucha d'un
Prince qui a été baptisé le 8 de ce mois ; il a
eu pour parrains le Roi de Pruffe , le Duc
regnant de Brunswick , le Duc régnant des
Deux-Ponts , & pour marraines la Princeſſe
épouſe du Prince de Pruſſe , la Princeſſe
douairière Amélie de Pruffe , & la
Duchefſe douairière de Brunswick. Il a reçu
les noms de Frédéric-Henri-Charles .
On voit dans une liſte des naiſſances &
des morts pendant le cours de l'année dernière
dans la Pruſſe Orientale , en y comprenant
la Lithuanie & l'Ermeland , qu'il y
eſt né 19,232 enfans mâles & 18,213 filles ;
entout 37,445. Ily est mort 17,984 hommes
&18,428 femmes ; en tout 36,412 perſonnes.
Le nombre des naiſſances excède par
conféquent celui des morts de 1033 perſonnes.
ESPAGNE.
De CADIX , les Janvier.
L'ESCADRE conſiſtant en 40 vaiſſeaux de
ligne , 12 frégares ou corvettes , & des
tranſports fur leſquels 4000 hommes font
( 11 )
embarqués , qui depuis la fin du mois
dernier , n'attendoit qu'un vent favorable
pour mettre à la voile , eſt ſortie le 3
de ce mois , & l'après-midi du même jour
tout étoit dehors. Le mauvais tems força
cette belle flotte de jetter le ſoir l'ancre
ſous Rota ; mais hier on l'a perdue de
vue. Les vaiſſeaux François l'Illuftre & le
St-Michel ſont ſortis en même-tems. M.
de Buſſy qui a pris le nom de Comte de
Terville , & les autres Officiers qu'on attendoit
, étoient à bord de ces vailleaux
depuis quelques jours ; on ignoroit ici
leur arrivée , parce qu'ils ne ſont point
entrés dans la ville; un canot les avoit
conduits dans la baie du port Sainte-Marie
où ils étoient deſcendus. Nous ne doutons
pas que ces vaiſſeaux n'aillent à Ceylan
ſe joindre à M. Dorves & à M. de Suffren
qui leur ont donné ce rendez-vous. Quant
à notre convoi , le Général D. Louis de
Cordova doit l'accompagner juſqu'à une
certaine hauteur d'où il continuera ſa route
ſous l'eſcorte de 4 vaiſſeaux de ligne &
un de so canons aux ordres d'un Brigadier
de marine ; fa deſtination eſt pour Porto-
Ricco , où il trouvera MM. de Solano &
de Galvez , chargés l'un du commandement
de la flotte & l'autre de celui de l'armée
de terre.
Nos lettres de Madrid nous apprennent
que D. Gaëtan de Adfor , Archevêque in
partibus , Abbé de la Collégiale de Saint
a 6
( 12 )
Ildephonſe , a été nommé, par le Roi , à
laplace de Grand-Aumonier, Patriarche des
Indes , &c. c'eſt la première dignité Eccléſiaſtique
de la Monarchie; celui qui en eſt
revêtu eft Cardinal de droit.
Sur les différentes repréſentations qui ont
été faites au Roi que les troupes du camp
de Saint-Roch , méritoient autant de part
aux graces que les autres militaires employés
ailleurs , S. M. a élevé 4 Officiers de cette
armée au rang de Brigadier , cinq à celui de
Colonel , &c.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 19 Janvier.
La nouvelle de l'arrivée du Lord Cornwallis
à New-Yorck , apportée ici par
l'Apollo , & du prochain retour de ce
Général en Europe , a été ſuivie bien promptement
de celle de ſon départ. Les Colo--
nels Tarleton , Lake & Dundas , qui font
partis en même tems que lui , ſont arrivés
ici le 17 de ce mois. Nous avons ſu par
eux qu'ils s'étoient embarqués le 13 Décembre
fur le Robufte , avec le Général
Cornwallis , le Major-Général Arnold , &
les autres Officiers qui ont obtenu la permiſſion
de quitter l'Amérique . Le Robuste
s'étant trouvé hors d'état de faire le voyagė ,
parce qu'il faiſoit trop d'eau , ils furent obligés
de le quitter; on la envoyé à Saint-
Chriftophe , & nos Officiers ſe ſont diftribués
fur différens vaiſſeaux , dont l'un nous
( 13 )
a déja ramené ceux que l'on a annoncés
plus hauts Le Lord Cornwallis eſt avec
Arnold & quelques autres ſur le vaiſſeau
armé le Grey-Hound. On n'est pas fans inquiétude
ſur leur fort. On fait qu'il y a
un corſaire François à l'entrée de la Manche
, qui a déja abordé le premier navire
qu'il a rançonné pour 400 guinées ; on
craint qu'il ne rencontre aulli le Grey-
Hound; cet évènement ſeroit fàcheux pour
Arnold , qui fûrement ne s'en tireroit pas
ſi bien que les autres Officiers , qui en
feroient quittes pour une rançon. Il eſt
vraiſemblable que quant à lui , on le conduiroit
en France. Au reſte , il ſeroit plus
heureux de tomber entre les mains des
François , qu'entre celles des Américains ,
qui fans doute ne lui feroient pas un bon
parti .
Le Lord Cornwallis apporte , dit- on ,
des plaintes très-graves contre le Général
Clinton; il lui impute le malheur qui lui
eſt arrivé ; on fait qu'à fon arrivée à
New- Yorck , il n'a point voulu voir ce
Général , & qu'il a déclaré que réſolu de
porter une accufation contre lui , ils ne
devoient avoir enſemble ni entrevue ni commurication
. Le Major- Général Arnold cauffi
desplaintes à fo: mer On préten i que la prudence
feule ne lui a pas fait quitter l'Amérique
, où il étoit expoſé , par le fort
de la guerre à être pris par les peuples
qu'il a fi lâchement trahis ; on prétend
( 14 )
qu'il vient accuſer le Chevalier Clinton de
s'être refuſé à l'offre qu'il lui a faite d'empêcher
le Général Washington de joindre
l'armée de Virginie. Cette accuſation eſt
fans doute grave ; inais Arnold étoit-il fûr
de remplir l'offre qu'il faiſoit ? Son plan
étoit- ilbien digéré ? & le Chevalier Clinton
a-til réellement refuſe de ſe prêter à
une opération dont l'exécution étoit poffible
? On parle toujours de la prochaine
retraite de ce Général. Il a écrit , dit- on ,
une lettre très- vive au Lord Germaine , dans
laquelle il ſe plaint d'avoir été forcé de
retenir malgré lui le commandement à
New-Yorck , & demande inſtamment ſa
démiſſion qu'il follicite depuis un an. Son
deſſein eſt de venir juſtifier ſa conduite devant
le Tribunal du public. Ce ne ſera qua
fon retour que ce grand procès ſera entamé ;
& on ne peut s'empêcher de remarquer
qu'il ſemble qu'il y a une fatalité attachée
à nos Généraux employés en Amérique ;
il n'en eſt preſque point revenu qui n'ait eu
à effuyer des reproches; les Généraux Gage ,
Howe & Clinton , devroient dégoûter tous
lés autres de ce ſervice; ils ont cependant
trouvé toujours des ſucceſſeurs ; & on dit
que Sir Gui Carleton remplacera le dernier ;
peut-être ne ſera-t- il pas plus heureux.
Le fort des loyalistes pris à Yorck-Town
& à Glocefter , & livrés au pouvoir civil ,
n'a pu qu'effrayer ceux qui font réfugiés
à New-Yorck ; auſſi la plupart regrettent
( 15 )
ils le ferment de fidélité qu'ils ont prêté à
un Gouvernement qui a promis de les protéger
, qui ne le fait pas , & qui ne peut
le faire; on s'attend à en voir un grand
nombre abandonner l'Amérique , & venir
ici porter leurs plaintes & folliciter des ſecours
; un plus grand nombre cherche ſans
doute à rentrer en grace avec le Congrès ,
& bientôt nous n'aurons plus perſonne pour
nous fur ce vaſte Continent. Cette ſévérité
eſt preſcrite malheureuſement au Congrès
par la faine politique ; notre conduite n'eſt
pas propre à l'adoucir. Le fort du malheureux
Colonel Hayne nous prépare peutêtre
à de nouvelles ſcènes de fang.
> Tous les Officiers des troupes réglées de l'armée
Méridionale , écrit-on du camp de Camden ,
ont préſenté une requête au Général Gréen fur la
dernière exécution du Colonel Hayne pour le prier
d'exercer la Loi du Talion. Le Général a rendu en
conféquence une proclamation qu'il a envoyée au
Commandant de Charles-Town , & dans laquelle
il eft dit en ſubſtance : que les repréſailles commenceront
immédiatement non envers les Officiers
miliciens Torys , mais qu'elles tomberont fur la
tête des Officiers des troupes réglées Britanniques .
Nous avons ici avec nous trois Officiers Arglois
priſonniers qui tremblent de l'effet de cette proclamation;
mais ils ne ſont pas d'un rang affez élevé pour
en devenir les objets. Ils nous di ent que le Colonel
Balfour répugnoit beaucoup aux procédés terus envers
le Colonel Hayne , & ils en rejettent tout le
blâme fur le Lord Rawdon & le Colonel Gould.
Cependant nous n'ajoutons pas beaucoup de foi à
cette affertion , parce que nous connoiffons trop
bienle caractère perfécuteur & cruel du Com(
16 )
mandant de Charles-Town, pour ne pas être perfusdés
qu'il a joui d'un grand plaiſir en ſcellant de
fonaveu le ſupplice capital d'un Américain .
Cette lettre prouve que la prudence ſeule
auroit dû empêcher le Lord Rawdon & le
Colonel Balfour d'uſer de toute la rigueur
de la loi Martiale envers le Colonel Hayne ,
quand même il cût été coupable ; cer infortuné
Colonel obtint un répi de 48 heures,
qu'il reçut avec reconnoiffance , parce qu'il
lui donnsit le tems de voir encore ſes enfans
, & de leur faire ſes adieux Après ce
répi , il fut conduit au ſupplice qu'il fubit
avec beaucoup de fermeté. La conſultation
fur fon affaire , par un homme de Loi , étoit
conçue ainfi :
>>> Le Colonel , détenu priſonnier dans la priſon
du Prévôt , & ayant été pris , à ce que l'on dit , les
armes à la main contre Sa Majesté , reç t Jeudi au
foir , de la past du Major Fafer , un Avis conçu
dansles termes ſuivans : Une Cour d'Enquête, composée
de quatre Officiers de l'Etat-Major & de cinq
Capitaines , s'affemblera demain à dix heures , à
l'Hôtel de la Province , à l'effet de constater fous
quel point de vue vous devez être confidéré. La Cour
s'aſſembla le lendemain matin ; & le Prifontier y
comparut. Ni les Membres ni les Témoins ne prêterent
ferment. Le Prisonnier ne la co fiderant pas
autrement que comme une Cour d Enquête , qui précédoit
la féance pour le Jogement formel , ne profita
point de la permiſſion , qui lut avoit été accordée
d'employer un Avocat , & ne produißt pas des Té
moins pour vérifier un grand nombre de faits nécef
faires à ſa défenſe , défente en outre pour laquelle
on ne lui laiſſa en vérité que très-peu de tems. Ce
matin il a été informé , que Mylord Rawdon & ic
( 17 )
Commandant ont pris , enſuite de cette Cour d'Enquête
, la réſolution de le faire exécuter Jeudi 31
du courant. Le Prisonnier demande , fi ces procédés
font autorisés par aucune Loi , & fi la Sentence ,
fondée ſur iceux , eſt légale.- Répondu , 1º . Que
dans la notification, qui vous a été faite, qu'on avoit
deſſein de vous examiner devant la Cour d'Enquête,
il n'y a pas même , ſuivant la forme de procéder
Militaire , une certitude ſuffiſante ni une accufation
expreffe , qui pût faire l'objet de l'examen de la
Cour , ni celui de votre défenſe. 2 °. Qu'aucun Ennemi
ne peut être condamné à mort , en vertu des
articles de guerre , ni d'aucune autre règle ou loi
militaire , dont j'aie jamais en connoiffance , fans
Jugement préalable, excepté les Eſpions qui , par les
articles de guerre , font expreſſément privés de ce
droir. 3 °. Qu'aucun Sujet ne peut ni ne doit être
privé de la vie , de fa liberté , ni de ſes biens , finon
en vertu da Jugement de ſes Pairs &conformément
à la loi du pays ; & qu'il n'y a aucune loi , que je
ſcache , qui autorite un Jugement & une condamnation
, tels qu'on s'en eſt permis dans cette affaire :
Que c'eſt une règle invariablement établie par la
loi,que tout Homme eſt préfumé innocent juſqu'à ce
qu'il foit trouvé coupable : Que même d'être trouvé
ou pris ſous les armes , n'eſt pas une preuve de criminalité
, au point d'empêcher l'Accufé de ſedéfendre
, ſoit en prouvant une commiſſion ou de quelque
autre manière , & que pluſieurs de ceux qui avoient
été pais ont été abſous ſur une pareille preuve :
4°. Que , d'après ces principes , je ſuis poſitivement
d'avis , qu'en vous confidérant comme Enremi ( non
comme Eſpion) les procédures , faites contre vous ,
ne font pas autorisées par la loi ; & que , fi l'on vous
regarde comme Sujet , elles y répugnent directement
&y font diametralement contraires ".
Nous ſommes dans l'imparience de recevoir
des nouvelles des ifles ; l'Amiral
( 18 )
Hoody eft arrivé; le Comte de Graffe y
étoit depuis quelques jours ; nous connoiffons
les forces reſpectives des deux Commandans
, nous n'ignorons pas l'infériorité
des nôtres , & nous nous attendons à apprendre
quelque nouvelle d'une nature défagréable.
L'eſcadre Françoiſe n'aura ſans
doute pas reſté dans l'inaction ; fi le pati
du Comte de Dillon enregiſtré à St-Euftache
eſt vrai , elle a déja commencé quelque
opération plus importante. On remarque
en général que dans nos ifles les Colons
ne ſont pas contens de leur Gouverneur;
& dans les papiers qui s'y impriment
, on lit des comparaiſons qui ne font
pas à notre avantage , de la conduire de
nos Commandans Anglois & François.
>>Le Marquis du Chilleau , Commandant actuel
de la Dominique , touché des détreifes des habitans
de cetre Ine leur a récemment fait remiſe du
paiement de ſes droits , ce qui étoit un objet trèsconſidérable
dont le taux avoit été fixé & établi
par ſes prédéceſſeurs les Gouverneurs Anglois done
les exactions extravagantes & immodérées dans ce
genre ſont d'un ſcandale qui ſera l'objet d'un éternel
reproche contre la Nation Britannique. Ce galant
homme a fait plus , il a ſupplié ſon Souverainde lui
accorder la permiffion d'abandonner aux habitans de
fonGouvernement les émolumens de 2000 liv. fterl .
par an que l'affemblée de cette Iſſe avoit juſqu'à préfentaffignés
à fon Gouverneur Sir William Young
&à ſes fucceffeurs. S. M. T. C. applaudiſſant à la
conduite déſintéreſſée de ſon fidèle repréſentant lui a
accordé la demande, & les habirans ont été en conféquence
ſoulagés de ce fardeau «.
( 19 )
Le même papier , qui eſt le Barbadoes
Murrey , ajoute à cet article que l'Agent
de la Barbade a reçu du Bureau du Commerce
l'ordre d'entendre les plaintes contre
le Général Cunningham , Gouverneur
de l'iſle' ; que toutes les autres iſles qui font
dans le même cas d'en former contre leurs
Gouverneurs , attendent avec impatience
la déciſion de cette affaire , qui apprendra
fi le Gouverneur d'une ifle Britannique a
le droit de s'arroger un ſalaire , & de lever
pour cet effet des taxes ſur le peuple ſans
le conſentement de ſes repréſentans.
On continue toujours de ſe plaindre du
Colonel Cockburne , qui commandoit à
St Eustache lorſque cette ifle nous a été
enlevée d'une manière ſi extraordinaire par
les François. Un de nos papiers contient à
ce ſujet les réflexions ſuivantes .
Le Lieutenant-Colonel Corkburn, qui commandoit
à Saint-Eustache , eſt d'une famille très-honnête en
Irlande. Ayant abandonné la maiſon paternelle dans
ſa jeuneſſe , il s'enrôla. De ſimple foldat , il s'éleva
au grade de Capitaine à Boſton. C'eſt dans cette
Ville qu'il fit la connoiſſance du Général Vaughan .
Lorſque ce Général fut envoyé la première fois
pour prendre un commandement aux Indes Occidentales,
il y trouva ſon ancien ami qu'il mit ſous
ſa protection ; & à la priſe de Saint - Eustache , il
le fit Garde-Magaſin. Cette nomination lui valut
20.000 liv. ſterl. Au départ du Général Vaughan ,
le commandement de Saint-Enſtache lui fut dévolu .
Comment concevoir qu'un homme qui , après avoir
éré ſimple ſoldat, s'eſt pouffé par ſon mérite jul
qu'au rang d'Officier Commandant , & qui d'aile
( 20 )
leurs jouiſſoit d'une fortune très-brillante , air pu
trahir ſa patrie , en livrant l'Ile , fans y étre
réduit par la néceſſité ? - Le Gouverneur de Saint-
Eustache doit , pour ſe laver du ſoupçon qui naît
contre lui au premier apperçu des choles , répondre
aux deux queſtions ſuivantes. Pourquoi le paſſage
important , dont la défenſe avoit toujours été confiée
à un Officier ſubalterne , étoit - il occupé
par la fimple troupe d'un Sergent , lorsque les
François effectuèrent leur débarquement ? Pourquoi
le Gouverneur a - t - il conſenti à recevoir
10,000johannes, leſquels , avec les 4000 qu'il avoit
reçus de la caiſſe militaire , & les 6000 en divers
effets formoient le montant de ce que le Marquis
de Bouillé lui avoit accordé en cette occafion ? II
n'eſt aucunement probable qu'il ait laiflé dormir
pendant tout ce tems les fonds conſidérables qu'il
avoit acquis dans les ventes de Saint-Eustache. -
Le défintéreſſé Rodney pourra s'excuſer aisément
d'avoir avancé qu'il regardoit la priſe de Saint-
Eustache comme un évènement qui terminevoit la
guerre de l'Amérique. Il peut dire qu'on auroit
reconnu par la ſuite la juſteſſe de ſes prédictions ,
ſi l'ennemi n'eût pas détruit l'édifice merveilleux
de la paix fondé ſur lapremiere conquête de cette Ifle.
-On dit que le Commandant de St-Eustache malgré
ſa grande ſurpriſe à l'arrivée de l'ennemi eut aſſez de
préſence d'eſprit pour mettre à l'abri ſa propriété
qui ſe montoità pluſieurs mille livres ſterl. La caiife
militaire qui tomba entre les mains de l'ennemi
contenoit , dit-on , cent mille liv, ſterk.-Quoique
le Gouverneur de St - Eustache cût été fait prifonnier
par ſurpriſe, l'Officier ſecond en commandement auroit
pu faire une défenſe convenable , s'il ſe fût
conduit ainſi qu'il le devoit , les trois cents François
qui étoient débarqués , auroient été néceffairement
taillés en pièces ou enveloppés , parce que
les chaleupes briſées par les reſſas , les cuffent mis
( 21 )
dans l'impoſſibilité de retourner à leurs vaiſſeau. -
La plus grande partie des fortifications de Saint-
Eustache avoir été détruite , dit - on , avant que le
Chevalier George Rodney eût quitté les Indes Occidentales
, & la plus forte partie de la garniſon
aveit été envoyée à la Barbade , où ſe trouvoient
tous les effets de Saint - Eustache qui n'avoient
pas été tranſportés en Angleterre. - Lorfque
les François s'emparèrent de Saint-Eustache ,
il y avoit , dit-on , en cette Iſle fix gros bâtimens
chargés de tabac de priſe. - Le brave Chevalier
l'Amiral Hood , dont la modeſtie égale le mérite
dit dans ſa relation de la priſe de St-Eustache , qu'il
croit que l'Officier Commandant peut donner des
raiſons plauſibles de la perte de cette Iſle , mais les
Officiers de la Hyena , arrivée récemment des Indes
Occidentales , tiennent un tout autre langage.
Quoiqu'il en ſoit de la juſtification du
Lieutenant -Colonel , l'évènement de la
priſe de St-Eustache annonce ce que peuvent
l'audace & la bravoure Françoiſe; le
bonheur les a ſecondées malgré l'infériorité
des forces , & on a lieu de craindre ce
qu'elles pourront entreprendre avec leur
ſupériorité actuelle. L'Amiral Rodney va
la leur ôter ; mais il s'écoulera du tems
avant qu'il arrives, & dans ce moment ſans
doute nos ennemis agiffent. Cet Amiral
eſt , dit- on , enfin parti le 14; une lettre
de Torbay annonce qu'il a mis en effet à
la voile le matin; d'autres avis ont dit la
même choſe ; cependant on a douté ici qu'il
ait pu mettre en mer; le tems n'a point
changé depuis le 11 , & il ſemble avoir été
plus mauvais & plus contraire encore de
( 22 )
puis le 14; on ne ſeroit point étonné d'apprendre
qu'il eſt rentré , parce qu'à moins
d'un bonheur dont on ne peut pas ſe flatter
, il eſt très-difficile , pour ne pas dire
impoſſible , de tenir la mer. Au reſte il faut
compter ſur la fortune de l'Amiral ; puiffet-
elle le préſerver du fort qu'a eſſuyé l'efcadre
Françoiſe du Comte de Guichen , &
qui l'a forcée de rentrer à Breſt.
En conféquence d'une réſolution priſe
dans le Confeil , le Bureau de la marine a
chargé des perſonnes intelligentes de faire
l'inſpection des travaux des divers arcenaux
du Royaume , & de prendre les mefures
néceſſaires pour qu'aucun des navires
qui y ſont conſtruits ne ſoient vendus
pour le ſervice de quelque Puiſſance étrangère.
La proclamation du Roi pour la diſtribution
des priſes , eſt du 11 de ce mois
&conçue ainfi.
G.R. D'autant que , par un ordre de notre Royal
aïcul , ſa feue Majesté George II en Conſeil , en
date du 22 Mars 1747 , il a été enjoint que toutes
les fois qu'un Officier à pavillon ſera nommé pour
commander une flotte ou une eſcadre de vinge
vaiſſeaux de ligne , ſoit qu'ils appartiennent tous
àS. M. , ou qu'ils foient unis pour le même ſervice
avec ceux de ſes alliés , il ſera donné à cet Officier
àpavillon un premier Capitaine , avec la ſolde & le
raug de Contre-Amiral,&tous les autres priviléges ,
les profits appartenant à ladite place , de la même
manière qu'en jouit le premier Capitaine de l'Amiral
de la flotte de S. M.; mais que ladite place ne fubſiſtera
que pendant le tems que durera le comman(
23 )
dement de l'Officier à pavillon : & d'autant qu'on
nous a donné à entendre qu'il s'étoit élevé quelque
doutes ſur le droit que le premier Capitaine de
l'Amiral & Commandant en chef de notre fotre &
le premier Capitaine de tout Officier à pavillon
nommé pour commander une flotte ou une eſcadre
de vingt vaiſſeaux de ligne , ont de partager comme
Officiers de pavillon dans la diftribution des priſes ,
d'après& en vertu de la proclamation pour ordonner
la diſtribution des priſes pendant le cours de la rebellion
qui ſubſiſte en diverſes parties du Continent
de l'Amérique Seprentrionale , en date du 22 Décembre
1775 ; & de notre proclamation pour permettre
la diftribution des priſes pendant les préſentes
hoftilités avec les Etats-Généraux des Provinces-
Unies en dare du 27 Décembre 1780 , ου
aucune d'elles.-Defirant prévenir par la fuite toute
incertitude & conteſtation ſur le droit qu'ont leſdits
premiers Capitaines reſpectivement , ainſi qu'il eſt
dit ci-deſſus , de partager comme Officiers de pavillon
dans la diſtribution des priſes , nous avons
jugé à propos de déclarer d'ordonner & de régler ,
&par notre préſente déclaration , de l'avis de notre
Conſeil privé , nous déclarons , ordonnons & réglons
que le premier Capitaine de l'Amiral & Commandant
en chef de notre flotte , & auſſi le premier
Capitaine de notre Officier à pavillon nommé ou qui
ſera par la fuite nommé pour commander une flotte
ou eſcadre de vingt vaiſſeaux de ligne , ſoit que
tous ces vailleaux nous appartiennent , ou qu'ils
foient unis dans le même ſervice avec ceux de nos
alliés , feront dans la distribution des priſes , en
vertu de nos proclamations ſuſdites & de chacune
d'elles qui feront faites par la flotte ou l'eſcadre
aux ordres de l'Amiral & Commandant en chef de
cet Officier de pavillon reſpectivement, feront cenſés
&réputés Officiers de pavillon , & auront droit au
partagedefdites priſes , comme le plus jeune Officier
( 24 )
de pavillon de ladite flotte ou eſcadre ; mais nous
entendons & voulons que notre préſente proclamation
ſoit ſans préjudice à aucune queſtion re
lative à la diftribution des priſes faites avant le
jour de la date d'icelle. Et d'autant que jugeant
convenable que les Médecins nommés pour la Hotte
&l'eſcadre de nos vaiſſeaux de guerre aient droit
de partager dans la diftribution des priſes , confor.
mément à leur état , nous avons jugé à propos de
régler , & par la préſente déclaration , de l'avis &
du conſentement de notre Conſeil privé, nous déclarons
, ordonnons & réglons que tout Médecin
nommé ou qui ſera nommé par la fuite pour une
Hotte ou eſcadre de nos vaiſſeaux de guerre , dans
la diſtribution des priſes d'après en vertu de nos
ſuſdites proclamation & de chacune d'elles , qui ſera
faite par la ſuire par le vaiſſeau à bord duquel il
ſervira ou à bord duquel l'équipage aura droit de
partager , foir claſſé pour la diſtribution des priſes
avec les Lieutenans de mer relativement au huitieme
deſdites priſes , lequel par noſdites proclamation ,
eſt alloué aux Capitaines des ſoldats de marine &
des troupes de terre , Lieutenans de mer & Maîtres
(Masters ) à bord , & qu'il ait droit de partager
également avec eux , pourvu que ces Médecins foient
àbord dans le tems que leſdits vaiſſeaux feront ces
priſes.
Quoiqu'il ſoit queſtion d'un changement
au moins partiel dans le Ministère , il paroît
qu'il n'y a encore rien de fixe à cet
égard. La nation en attendant eſt attentive
à faifir tous les indices qui ſemblent préfager
la retraite d'une adminiſtration ſous
laquelle elle a perdu la moitié de ſes domaines.
On a remarqué que le Chancelier
Lord Thurlow , dont la diviſion avec le
Comte de Sandwich a éclaté dans le Parlement
1
( 25 )
lement même , étant revenu le 10 de Bath ,
s'eſt rendu directement à l'audience du Roi
à St James , ſans s'aboucher avec aucun
autre Miniftre.
M. Laurens , ancien Préſident du Congrès
qui s'eſt trouvé à Bath en même-tems
que le Chancelier , eſt attendu de retour
ici le 25 de ce mois. Son élargiſſement tubit
a donné lieu à quelque tentative en faveur
de MM. Curſon & Governor. On fait qu'ils
étoient établis à St-Eustache avant le commencement
de la guerre , & y étoient domiciliés
depuis ſept ans. On leur a fait un
crime du commerce qu'ils farfoient , dans
une ifle neutre où ils s'étoient fait naturaliſer
, avec tous ceux qui vouloient traiter
avec eux , Anglois , Américains & François.
On ignore quelle ſera la ſuite de
cette démarche.
Selon les lettres de la Haye , les derniers
ordres pour le rendez-vous général de l'efcadre
Hollandoiſe au Texel , l'ont fixé au
26 Mars , ſi le vent le permet ; elle confifte
en un vaiſſeau de 86 canons , un de
76 , quatre de 60 , trois de 54 & 5 frégates.
L'Amirauté d'Amſterdam a fait équi
per pour ſa part d'une autre eſcadre qu'on
prépare , 3 vaiſſeaux de 64 , deux de 54 ,
un de 44 & 3 fregates ; les autres Amirautés
fourniront à proportion .
Le prix des lines eſt tombé fort bas
en Irlande ; on lattribue moins à un accroiflement
de conſommations de laines
2 Février 1782. b
( 26 )
étrangères , qu'à la diminution des deman
des de cet article en Angleterre. Cette diminution
a été occaſionnée par celle des exportations
de ce dernier Royaume ; le Continent
entier de l'Amérique , à l'exception
des places où il y a garniſon Britannique ,
rire toutes ſes laines des manufactures
Françoiſes.
A l'occaſion de cette branche importante
de commerce , on a fait les réflexions ſuivantes
pour motiver la néceſſlité de ne pas
permettre l'exportation de la laine d'Angleterre.
,
Dans les tems de calamité , chacun doit ſupporter
ſa part du fardeau public. Aujourd'hui les fermiers
ne ſouffrent pas plus du bas prix de la laine , que les
manufacturiers ne ſouffrent du bas prix des denrées ,
& de la grande quantité de marchandiſes non vendues.
Si les étrangers peuvent une fois ſe procu
rer notre laine , ils n'achetteront plus que très-peu
de nos étoffes , parce qu'avec une très-petite quantitéde
nos laines qu'ils mélangeront avec les leurs
ils amélioreront beaucoup la qualité des leurs.
Ce que nous donnons aux ouvriers pour manufac
turer nos laines , ſe montant pour le moins au double
&quelquefois à 12 fois autant que le prix de la laine
les pauvres perdroient donc ce qu'ils gagnent à travailler
la laine. -Si la laine étoit exportée, ſon prix
haufferoit, & celui des étoffes baiſſeroit , & cependant
nous avons bien de la peine à vendre ces mêmes
étoffes au-delà de ce qu'elles coûtent. Ainfi donc
un acte qui autoriſeroit l'exportation en enrichiſſant
nos ennemis , ruineroit nos manufactures , affameroit
nos pauvres , augmenteroit la taxe des pauvres ,
dépeupleroit le Royaume , & diminueroit le revenu
pablic. C'eſt un fait connu que la diminution qu'il
-
,
( 27 )
ya dans le débit des laines du Comté de Lincoln ,
doit être attribuée aux fermiers de ce Comté qui ,
voulant ſe procurer une plus grande quantité de
laines , ont introduit une eſpèce de biebis plus commune
, & par-là ont exceſſivement détérioré la qualité
de la laine. Quand le commerce est bien animé
une mauvaiſe marchandiſe peut ſe vendre un prix ou
un autre; mais lorſque le commerce dépérit , il n'eſt
pas étonnant que la marchandiſe reſte ſans débit. Le
moyen de vendre , c'eſt de préſenter de bonnes marchandifes.
A l'égard de la toile d'Irlande , fi nous
ne l'importons pas , ſi nous ne la manufacturons pas ,
les Irlandois feront forcés de la vendre à l'étranger ;
elle paſſera indubitablement enfuite chez nos enne
mis , dont les manufactures prendront par-là beaucoup
d'accroiſſement , au grand détriment des nôtres.
- Enfin , voici le réſultat de l'exportation. Soit
qu'elle fafle hauffer le prix de la laine , ou qu'elle
falle diminuer le débit de nos étoffes , il en arrivera
que nos manufacturiers Anglois qui , fur plufieurs
articles , ne retirent pas même l'intérêt de leur argent
feront forcés de renvoyer leurs ouvriers , & que
les poſſeſſeurs des terres ſeront chargés de les nourrir.
Ainfi donc non-ſeulement toutes nos villes de manufactures
, mais méme chaque individu du Royaume
eſt intéreſlé à détourner un auſſi grand ma'heur.
On dit qu'on va commencer inceffamment
à payer le dividende de fix mois des
fonds ſuivans : les 3 & demi pour cent
de 1758 ; les trois pour cent conſolidés ;
les trois pour cent de 1726 ; les longues
annuités ; les courtes , dito de 1778 & 1779 .
On acquittera enſuite les dividendes de la
Compagnie de la mer du Sud , ainſi que
les trois pour cent annuités nouve'les de
la mer du ſud , au comptoir de cette Com
b 2
( 28 )
pagnie. Le tout enſemble formera la ſomme
de plus de deux millions , à quoi il faut
ajouter encore le dividende de la Compagnie
des Indes Orientales , qui ſera payé
en Février.
Il eſt mort dans cette capitale pendant
l'année dernière 20,709 perſonnes ; il en
eſt né 17,024. Parmi les morts , il y en a
si de près de 100 ans , un de 102 , un
de 10 ; & deux de 108 .
FRANCE.
DeVERSAILLES , le 29 Janvier.
La Cour eſt revenue ici le 25 de ce
mois du Château de la Muette.
Le 26 , le Roi & la Famille Royale ſignèrent
le contrat de mariage du Vicomte de
Vanoiſe , Capitaine Commandant au Régiment
Meſtre-de-Camp Général Dragons
avec Mademoiselle de Perceval des Chenes.
Le 20 , la Comteſſe de Lage de Volude
cut l'honneur d'être préſentée à LL. MM.
& à la Famille Royale par la Princeſſe de
Lan balle en qualité de Dame pour accompagner
cette Princeſſe.
De PARIS , le 29 Janvier.
Les lettres de Breſt confiment ce que l'on
a dit de l'activité avec laquelle on travaille
à la réparation des vaiſſeaux de l'eſcadre.
M. Groignarda , dit- on , écrit que ces travaux
touchent à leur fin , & que dans les
( 29 )
premiers jours du mois prochain tous les
vaiſſeaux , à l'exception de la Bretagne , &
peut être de deux autres , feront en état de
remettre en mer.
On ne met pas moins d'activité au radoub
des tranſports; on a déchargé ceux
qui ne font plus en état de ſervir , & on
a porté leurs cargaiſons ſur d'autres ; on
frère en diligence à St- Malo deux gros navires
avec leſquels ils ſeront remplacés ; ils
le feront encore par les bâtimens revenus
avec le dernier convoi de St-Domingue ,
qu'on a frétés pour le Roi à meſure qu'ils
ont débarqué les marchandiſes qu'ils ont
apportées. Ceux qui étoient deſtinés pour
différens ports , ont mis à la voile ſous
l'eſcorte du Fier , & de quelques frégates .
Les lettres de Cadix ne parlent dans ce
moment que de la forrie de la flotte Eſpagnole
& des deux vaiſſeaux François qui
étoient dans ce port. Il n'y a eu que deux
bâtimens marchands deſtinés pour Buenos-
Ayres & la Véra Crux qui ayent eu la permiſſion
de ſuivre le convoi & de profiter
de l'eſcorte. L'armée Eſpagnole après s'être
ſéparée de ce convoi , devoit continuer ſa
route ſur le Cap St-Vincent,pour aller au-devant
de celle de Breft. On ne croit pas qu'elle
croiſe longtems. Le courier qui a apporté
la nouvelle de ſa ſortie , a rencontré celui
qui portoit la nouvelle de la rentrée de nos
vaiſſeaux à Breſt. On a calculé qu'il feroit
àMadrid le 14 au matin , que D. Cordova
b3
( १० )
pourra être inſtruit huit ou dix jours après
que notre efcadre ne paroîtra pas de ſirôz
dans ces parages , & qu'alors n'ayant rien
à faire à la mer , il retournera à Cadix; il
y doit être rentré maintenant. Il aura évité
par là les coups de vent qui ſe ſont fait
ſentir ces jours derniers , & qui ont dû
accueillir l'eſcadre de l'Amiral Rodney ,
fortie de Torbay le 14; un neutre l'a rencontré
le 16 , il fouffroit alors du gros
tems & cherchoit à regagner ſes ports. Un
bâtiment Parlementaire qui a ramené au
Havre 300 prifonniers du convoi de Breſt ,
prétend l'avoir laiflé à Torbay le 17. Depuis
ce rems les vents ont toujours été ſi contraires
, que s'il ne part pas en mêmetems
que l'eſcadre de Breft , elle le fuivra
deprès.
M. le Marquis de la Fayette & M. le
Vicomte de Noailles , arrivèrent ici le 21
de ce mois à deux heures après midi. Ils
étoient partis de Bofton fur une frégate
Américaine qui les a conduits à l'Orient
en 22 jours. A leur départ tout étoit tranquille
dans l'Amérique , & depuis la capitulation
du Lord Cornwallis , on n'avoit
renté de part ni d'autre aucune expédition.
Voici les détails de la ſeule entrepriſe du
côté du Nord dont les papiers Anglois ont
parlé vaguement.
Un corps de 2400 hommes ayant voulu marcher
fur les traces de Burgoyne , avoit éprouvé en partie
( 31 )
le fort de ce général. Cette incurfion alloit d'abord
ſuſpendre ledépart de M. de la Fayette , qui devoit
ſemettre à la tête des troupes Continentales , chargées
d'aller au ſecours des milices ,lorſqu'on apprit
qu'elles ſeules , commandées par le Lord Stirling ,
avoient ſuffi pour diſliper les ennemis. Elles ſurprirent
& battirent le Colonel St-Léger qui , avec une
diviſion de 600 hommes , s'efforçoit de pénétrer dans
cos l'eux fi funeſtes aux Anglois. Obligé de reculer ,
le Colonel renvoya au Lord Stirling quelques prifonniers
Américains qu'il ne pouvoit nourrir. Le
Lord répondit à cet envoi par celui de la capitulation
de Cornwa'lis . Le Colonel fut fans doute content
du meſſage , puiſqu'il écrivit le même jour au Commandant
Américain : >>>Te vous remercie de l'avis
que vous me donnez ; croyez que j'en ferai mon
profit , & qu'en cela , je mets autant de fincérité ,
que lorique je me dis votre très -humble & trèsob
idant serviteur , Il étoit véritablement fincère
, car it te mit à foir avec le peu de monde qui
Lui redoit.
Tout étant ainfi calmé M. le Marquis de
la Fayette n'a plus été retenu en Amérique ;
il fut Mardi à la Muette rendre ſes refpects
au Roi ; S. M. le reçut de la manière h
plus diftinguće. La veille la Reine avoit
témoigné à Madame la Marquiſe de la
Fayette tout l'intérêt qu'elle prenoit à fa
joie par une diftinction bien flatteufe. On
venoit d'annoncer à Madame de la Fayette
l'arrivée de ſon mari; comment percer la
foule pour ſe rendre auprès de lui , où
trouver des voitures qui étoient toutes renvoyées
aux extrémités de Paris. La Reine
daigna ramener elle-même Madame de la
b4
( 32 )
Fayette à l'Hôtel de Noailles ; fon mari
l'attendoit ſur le ſeuil de la porte ; il prit
la Marquiſe dans ſes bras ; & comme dans
l'excès de ſa joie elle avoit de la peine à ſe
foutenir , il lemporta dans ſon appartement
à la vue d'un peuple immenfe , qui
témoin de cette ſcène attendriffante , y applaudit
par les acclamations les plus vives.
Nous avons pluſieurs lettres de Mahon ;
celles du 4 de ce mois portent que toutes
les batteries au nombre de 19 devoient être
bientôt en état de faire feu .
avec
Il y aura plus de 160 bouches à feu , tant en canons
qu'en mortiers , qui battront la place; & ,
comme nous n'avons pas afiez d'Artilleurs pour
ce ſervice, le Général y fuppléera par des hommes
tirés de tous les régimens de l'armée. - Le 26 du
mois dernier , M. le Duc de Crillon paſſa en revue
la Compagnie de ſes Volontaires , commandée en
chefpar le Prince de Sangro , & en fecond par le
brave Capitaine Carbonel. Ce corps fut reçu
tous les honneurs militaires par la garde du Général
, & alla enfuite prendre ſa place à la tête des Volontaires
de Catalogne. Le premier de ce mois,
àquatre heures du matin , les ennemis feignirent une
fortie ; un piquet de 14 hommes ſe préſenta d'abord :
on le laiſſa s'avancer pour voir s'il feroit foutenu ;
mais dès qu'il découvrit les Volontaires de Crillon ,
il fit en feu très-vif , qui nous tua deux foldats &
nous bleffa quatre Officiers ; mais il fut bientôt repouffé
avec affez de chaleur , pour que le reſte de la
fortie n'eût pas lieu : nous avons fait un prifonnier
dans cette occafion .- Le 3 , à huit heutes & demie
du foir , les Anglois ont fait encore une ſortie qui a
été promptement repoufféc.
!
( 33 )
On a appris par des lettres poſtérieures
que les batteries Eſpagnoles ont commencé
à jouer le 6 de ce mois ; & leur feu ,
comme on s'y attendoit , a fait taire celui
de la place en moins de 5 à 6 jours ; une
Tartane arrivée à Toulon n'avoit plus entendu
de canons au moment de ſon départ ;
& le bruit couroit à Fornella que la brèche
étoit déja de trois toiſes. On a appris le
lendemain par une ſeconde Tartane que le
fort la Reine étoit pris , & que le Général
Muray ne tiendroit plus long-tems. Si cela
eſt, les premières nouvelles de Mahon ſeront
fort intéreſſantes.
Une lettre Marſeille , en date du 16 de
ce mois contient les détails ſuivans :
Le Capitaine Piche , de Bandol , parti de Fornelli
dans l'Ifle Minorque , le 9 du courant , entré cejourd'hui
dans ce port, a dit que 14 batteries élevées
par les François & les Eſpagnols , canonnoient le
Fort Saint-Philippe depuis le jour des Rois. Le feu
de ces batteries a été fi vif & fi foutenu , que les
Anglois , après avoir canonné de leur côté les batteries
, ont abandonné le Fort la Reine vingt-quatre
heures après , & ont totalement diſcontinué leur
feu. Les batteries Françoiſes & Eſpagnoles ont fait
trois brèches conſidérables au Fort Saint Philippe....
Le Capitaine Boucanier , parti de Fornelli le 10 du
courant, a confirmé la dépoſition du Capitaine Piche.
Il a ajouté que M. de Crillon avoit fait ſommer le
Général Murray de ſe rendre : que ce dernier avoit
fait faire une fortie de 400 hommes pour tâcher
d'encloner les canons des batteries ; mais que les
Miquelets avoient défait & battu ces 400 hommes ,
&que dans cette affaire 150 Anglois avoient péri.
bs
( 34 )
Parmi les Cauſes portées au Parlement de
Paris , en voici une qui peut intéreſſer nos
Lecteurs ; elle a été jugée le 29 Décembre
dernier.
,
Il s'agiſſoit d'une accuſation de bigamie &
profanation de Sacrement intentée par le Subſtitue
deM. le Procureur-Général à Montbrifon , contre
Jean-Baptifte Giraud , ancien Fourrier de la Légion
de Corfe. Ce jeune homme, enrôlédans la Légion
de Corſe à 17 ans avoit cu la facilité de croire
que Marie-Marthe Sialethy , fille native de Corté
en Corſe , qui avoit quitté de bonne heure ſa patrie ,
pour s'attacher à la Légion Corſe , & la ſuivre dans
lesdifférentes Villes degarniſon, lui donnoit une préférence
marquée ſur ſes camarades. Il conſent àl'époufer.
Giraud, mineur de 21 ans , fans confentement.de
fes père&mère, demeurantà Montbriſon , ſans publication
de bancs, ſans préſence ni conſentement de
propre Curé , ſe marie avec cette fille , & reçoit la
bénédiction nuptiale des mains de l'Aumonier du
Régiment , dans l'Egliſe de St-Orens deMontauban.
Pea de tems après , Giraud obtient ſon congé ,
quitte ſon Régiment , retourne à Montbriſon chez
ſes père & mère. Sa prétendue femme , plus fidèle au
Régiment qu'elle avoit adopté avant lui , y demeure
attachée après. Giraud , de retour à Montbrifon ,
ſa famille veut le fixer par un mariage; il héſite
d'abord puis ayant confulté ſur ſon premier
mariage & Caſuiſtes & Jurifconfultes ,il ſe marie ,
du contentement de toute fa famille , & dans toutes
les formes preſcrites par l'Eglife & par l'Erat ,
dans l'Eglife Paroiffiale de St-André de Montauban ,
avec Claudine Pirroneau. Pluſieurs mois ſe paſſent
tranquilles ; Marie- Marthe Sialhety eſt inſtruite
du ſecond mariage de Giraud. Elle ſe préſente à
Montbrifon , porte ſes plaintes , excite le zèle
du Ministère public qui rend plainte de profanation
,
( 35 )
-
de Sacrement contre Giraud , demande permiffion
d'informer , & qu'il foit à l'inftant décrété de priſe
de corps.-Sentence qui reçoit la plainte , permet
d'informer , & décrète de priſe de corps Giraud.
Celui-ci prend prudemment la fuite, vient à Paris ,
interjerte appel comune d'abus de fon premier mariage
avec Marie- Marthe Sialethy , & fe rend appellaut
du décret de priſe de corps de la plainte , permiffion
d'informer & tout ce qui s'en eft enſuivi .
Premier Arrêt , qui reçoit l'appel; laCauſe eſt liée
avec M. le Procureur-Général & Marie-Marthe Sialethy.
Cette dernière ne paroît pas . Giraud eft
défendu par Me. Polverel , qui établit ſa défenſe
fur deur propoſitions. La nullité du premier mariage
qui réſulte de l'inobſervation des formalités requites
par l'Eglife & par l'Etat pour la validité des mariages
: de certe nullité il en tire la concluſion , qu'il
ne peut être condamné pour bigamie ni pour profanation
de Sacrement , parce qu'un premier mariage
nul n'a pu produire aucun effet , ni le lier & l'empeche
de contracter un ſecond. Arrêt de Tournelle
du 29 Décembre 1781 , a déclaré le mariage
de Giraud avec Marie-Marthe Sialerhy nul & abufif,
& fur la plainte rendue contre Giraud , le décret
de priſe de corps , Tinformation , & ce qui a
ſuivi , a mis les Parties hors de Cour. Faifant
droit fur les conclufions de M. Séguier , Avocat-
Général , a condamné Giraud & Marie - Marthe
Sialhety à aumôner chacun 3 liv. au pain des
pauvres Prifonniers «.
,
-
>> Françoiſe Burdin , femme de Jean Charge ,
Laboureur de la Paroiſſe de Charenton , en Beaujollois
, accoucha dans la nuit du 6 Avril dernier de
trois filles , baptifées une heure après , fous les noms
de Jeanne, Claudine & Conftance; elle les a allaitées
depuis leur naiflance , & continue de les allaiter encore,
fans que ſa ſanté ni celle de ſes trois filles
b6
( 36 )
ayent fouffert la moindre altération. Elles ſe pora
tent toures très-bien. Cette femme a encore fix autres
enfans en bas âge qui partagent également ſes
foins& fa tendreiſe«.
L'Académie Françoiſe a élu le ro de ce
mois le Marquis de Condorcet , Secrétaire
perpétuel de l'Académie Royale des Sciences
, pour remplir la place vacante par la
mort de M. Saurin.
L'Académie royale des Inſcriptions &
Belles Lettres , dans ſon Aſſemblée du 15
de ce mois , a élu Académicien honoraire
le Prince de Beauveau , à la place vacante
par la mort du Comte de Maurepas.
L'Académie royale des Sciences ayant
chargé deux de fes Membres , les ſieurs de
Montigny & Macquer , d'examiner une cire
à cacheter parfumée qui lui avoit été préſentée
par le fieur Grafe , Graveur en cachets
, rue Neuve Saint-Roch , a reconnu
par un certificat qu'elle en a donné à l'Inventeur
, que ſa cire ne cède en rien à toutes
celles qui font le plus recherchées ;
qu'elle s'allume & ſe fond facilement ſans
avoir le défaut ordinaire des belles cires ,
qui eft d'être ſi coulantes qu'elles tombent
en gouttes auffi tôt qu'elles ſont préſentées
à la lumière ; qu'elle conſerve ſa flamme
juſqu'à ce qu'on l'éteigne; qu'elle reſte d'un
beau liffe & d'une belle couleur , & eft fi
attachée au papier , qu'on n'en peut enlever
le cachet fans le déchirer , &c. &c.
( 37 )
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon , propoſe pour le ſujer
du Prix qu'elle diſtribuera en 1783 , la Théorie
des Vents ; c'eſt pour la feconde fois
qu'elle demande l'expofition de cetteThéorie
;& elle eſpère que ce nouveau concours
remplira ſes voeux ; elle a remis à l'année
1784 , le Prix dont le ſujet étoit l'Eloge
de Sébastien le Prêtre de Vauban , Maréchal
de France ; ces deux Prix feront doubles
& partagés s'il ſe trouve deux concurrens
qui le diſpurent avec un égal avantage.
Comme on ne lui a encore envoyé
aucun mémoire fur les Savons acides
queſtion à laquelle elle deſtine un Prix
extraordinaire ; elle le garde en réſerve pour
le donner à celui qui , dans quelque tems
que ce ſoit , remplira les vues qui ont
engagé l'Académie à propoſer ce ſujet. Les
ouvrages doivent être adreflés francs de
port à M. Maret , Docteur en Médecine ,
Secrétaire perpétuel , qui les recevra jufqu'au
premier Avril des années pour
leſquelles ces Prix ſont propoſés.
M. Je vous prie d'inférer dans votre Journal prochain
la prière que j'adreſſe à ceux qui ont en leur
poffeffion trois Sentences qui reconnoiffent les Mм.
Paluſtres du Poirou, de condition,toutes plus anciennes
les unes que les autres , dont la plus nouvelle eſt
cellede M. Barantin , d'avoir la complaiſance d'en
donner connoiffance à M. Boncefre, Procureur au
Préfidial de Poitiers , qui eft chargé de procuration
de s'en informer par un deſcendant d'une branche
( 38 )
de cette famille , qui les avoit toutes trois , &
qu'on lui a fait brûler par malice. On aura une obligation
infinie aux deſcendans de cette famille , d'en
procurer des exemplaires. On les prie de les adreſſer
a M. Boncefne , Procureur au Préſidialde Poitiers.
On a quelque choſe d'intéreſant à communiquer
aux héritiers collatéraux d'Antoine Petot
Bourgeois de Paris , qui avoit éroulé
Claude Picot , décédée au mois d'Avril 1628. Antoine
Perot vivoit encore en 1639 , & demeuroit
rue de la Truanderie. Quelques actes lui donnent
la qualité de ſieur d'Ancerville. Leur fille , Jeanne Petot,
épouſa les Novembre 1628 , François Perreau ,
Tréſorier de France à Soiffons , & fa deſcendance
eft finie. S'adreffer à M. le Marquis de Chambray ,
rue des Francs-Bourgeois , au Marais , à Paris.
Jean-Joſeph-Alexandre de Montvallat ,
Comte d'Autrague , &c . eſt mort en fon
Château du Croiſet en Rouergue , le 22
Décembre dernier dans la 76e. année de
fon âge.
Eléonore de Garnier , Comte Deſgaren ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
commandant la Citadelle de Strasbourg ,
eſt mort à Dijon le 18 du même mois dans
la 67e. année de ſon âge.
Louis - Pierre - Jules -César de Rochechouart
, ancien Evêque de Bayonne , eft
mort en fon Château de Montigny en
Beauce dans la 84e. anné de fon âge.
Françoiſe Duhamel de Melmond , épouſe
du Préſident Bigot , Doyen des Préſidens à
Mortier du Parlement de Rouen , eſt morte
( 39 )
en cette Ville le 24 Décembre dans la 43.
année de ſon âge .
François - Victor , Comte de Clugny-
Thenilley , fils de Mademoiselle de Chorſeul-
Buffières , & qui avoit épousé la foeur
de M. le Baron de Choiſeul , eſt mort en
fon Château de Barcey en Bourgogne , le 7
Janvier de la préſente année. Il laiffe de
ce mariage , Charles , Marquis de Clugny-
Theniffey , Officier au Régiment de Beauvoifis
, marié à Mademoiſelle de Lannoy ,
née Comteſſe de l'Empire ; Charles de
Clugny , Chevalier de Malte , Capitaine
au Régiment de Beauvoiſfis; Céfar de Clugny
, Comte de Lyon , Vicaire-Général de
Metz , & Sophie de Clugny-Theniſſey
mariée à M. le Marquis de Piolene.
Les Numéros fortis au tirage de la
Loterie Royale de France , du 16 de ce
mois font : 27 , 10 , 50 , 28 & 34 .
Edit du Roi , donné à Versailles au mois de Décembre
, & enregiſtré au Parlement le 8 Janvier ,
qui fixe les priviéges des ſujets des Erats du Corps
Helvétique dans le Royaume. Autre , donné à
Verſailles au mois de Janvier , & enregistré à la
Cour des Aides le 16, portant création de Receveurs
particuliers des Finances.
-
Deux Arrêts du Conſeil d'Etat du Roi des 28
Septembre & 23 Octobre. Le premier ordonne que
la Requête de l'Adjudicaire des Fermes tendante à
ce que le ſieur Guérin , Entrepoſeur du tabac , foit
diſpenſé de faire les fonctions de la charge deMar
guillier , à laquelle il a été nommé par délibération
( 40 )
-
deshabitans de St-Gildas d'Aunay , ſera communi
quée auxdits habitans ; & que M. le Procureur-Général
du Parlement de Bretagne enverra au Confeil
les motifs de l'Arrêt de cette Cour du 18 Août dernier
, portant que le ſieur Guérin ſera tenu de remplir
les fonctions de la Fabrique de ladite Paroiffe.
-Le ſecond contradictoire , déclare nul l'Arrêt da
Parlement de Bretagne , & décharge le ſieurGuérin
de ſa nomination a la place de Margnillier , le difpenſe
d'en remplir les fonctions , & condamne les
habitans en tous les dépens , & au coût de l'Arrêt.-
Autredu 12 Décembre qui fixe les droits que doivent
payer par douzaine les chapeaux à leur entrée &
fortie des cinq groſſes fermes . Autre qui fait
défenſe de tranſporter d'une ville à une autre des
Provinces maritimes ou frontières du Royaume , les
métiers propres aux manufactures , ainſi que les
outils &inftrumens ſervant à leur fabrication , fans
être accompagné d'un certificat qui défiguera le lieu
pour lequel ils ſeront deftinés . Autre qui maintient
les Officiers-Municipaux de la villede Beauvais
dans le droit de rendre ſeuls les Ordonnances né
ceflaires dans les cas de réjouiſſances publiques dans
ladite ville. Autre du 21 Janvier. Le Roi voulant
conſacrer par de nouveaux bienfaits l'heureuſe
époque où Dieu répand fur lui ſes graces par la
naiſſance d'un Dauphin , & donner en même tems
aux habitans de ſa bonne villede Paris des marques
particulières de ſa bienveillance ; mais les circonftances
ne permettant pas à Sa Majesté d'y faire
participer tous les habitans de cette ville , Elle a
cru devoir soccupes en ce moment de ceux qui
font moins en étatde ſupporter les charges publiques
, & ajouter aux differens ſecours qui ont été
déja diftribués par ſes ordres , la remiſe de toute
Capitation pour la préſente année , en faveur des
Bourgeois , Marchands & Artiſans qui n'ont éτε
( 41 )
impoſés l'année dernière qu'à Neuf livres de Capitation
& au-deſſous. Aquoi voulant pourvoir : Oui
le rapport du ſieur Joly de Fleury, Conſeiller d'Etat
ordinaire , & au Conſeil Royal des Finances ; le Roi
étant en fon Conſeil , a ordonné & ordonne que les
Bourgeois , Marchands & Artiſans de ſa bonne ville
de Paris , qui n'ont été impoſés qu'à Neuf livres de
Capitation & au-deſſous , en l'année 1781 , feront
exempts de toute Capitation pour la préſente année.
Enjoint Sa Majesté aux fieurs Prévôt des Marchands
& Lieutenant-Général de Police de la ville de Paris ,
de tenir la main , chacun en droit ſoi , à l'exécution
du préſent Arrêt , & c .
De BRUXELLES , le 29 Janvier.
Le Mémoire de M. Adams aux Etats-
Généraux pour leur demander une réponſe
cathégorique , a fait l'objet des délibérations
de cette aſſemblée; les Députés de
toutes les Provinces , l'ont pris ad referen.
dum, & actuellement ils l'ont envoyé à
leurs commettans qui leur feront paffer les
inftructions néceffaires .
>> La démarche que vient de faire le Miniſtre du
Congrès , écrit-on de la Haye , ne pouvoit avoir
lieu dans une circonſtance plus favorable ; la
priſe de Saint- Eustache nuit peut - être au projet
de paix avec l'Angleterre & favoriſe la formation
de liens politiques avec un Etat naiſlant
avec lequel nous avons tant de traits de reflemblance
, & nous pouvons avoir tant de liaiſons
d'intérêt. Il ſeroit tems peut-être de mette fin à la
pofition fingulière où nous nous trouvons depuis
quelque tems , d'être en hoftilités avec une Puif
( 42 )
fance, fans avoir encore formé aucune liaiſon avec
celles qui font en guerre avec elle. On croit en gé
néral que les choſes ne tarderont pas à changer de
face. La conduire de la France à notre égard , les
fecours, la protection qu'elle nous fournit, follicitent
l'alliance la plus étroite. On prétend que la Compagnie
des Indes a fait , avec cette Puiſſance , un nou.
veau traité , en vertu duquel elle jouira pendant deux
ans du port de l'Orient , pour y conftruire ſes vail
ſeaux , y recevoir ſes retours & faire ſes ventes . Si
cela eft vrai , comme cela est vraisemblable, voilà
avec le Cap & Ceylan un nouveau lien qui doit
nous attacher ſolidement à elle".
Une divifion des garnisons Hollandoiſes
qui ont évacué les places barrières , a traverſé
le 13 de ce mois la Ville d'Anvers ,
tambours battans &drapeaux déployés . Elle
a reçu reçu en paſſant les honneurs militaires des
gardes Autrichiennes , tant des troupes réglées
que des milices bourgeoifes rangées
en parade. Cette divifion à pris la route de
Berg-opzoom.
>> On commence à croire , écrit un Officier Hollandois
en garniſon à Namur , que nous n'évacuerons
pas cette place. La démolition ſeule coûteroit
250,000 florins , & ne procureroit aucun dédommagement.
C'eſt ce qui paroît réſulter du devis
que viennent d'achever deux Ingénieurs Autrichiens
qui font ici pour cet objet depuis quinze jours. II
faudroit auffi rembourser alors preſqu'environ
700,000 florins pour des ouvrages conſtruits d'après
la convention de 1776 , entre la Maiſon d'Autriche
& L. H. P. Ce feroit donc environ un million
que coûteroit la deftruction de cette place.
On ſuppoſe audi que la Hollande eft plus atta
(43)
chée à cette dernière qu'aux autres , & elle ne
manquera pas d'employer les bons offices de plufieurs
Puiſſances alliées pour en obtenir la conſervation
«.
S'il faut en croire quelques lettres de
France, il a été décidé que,d'après une réponſe
un peu trop haute du Lord Germaine aux
repréſentations qui lui ont été faites , on va
ufer de repréſailles à la Grenade , à la
Dominique , & à St- Vincent , pour indemnifer
les Négocians François de ce qu'ils
ont perdu à St-Eustache; ſi , comme on le
dit auffi , le Lord Germaine ſe retire , on
ne fera pas étonné de la manière dont il
a répondu ; en fongeant à ſa retraite il a
voulu préparer des embarras à ſon ſuccefſeur;
on ajoute auſſi que le Lord Sandwich
ſe diſpoſe à remercier à ſon tour.
de
>>>M. Franklin , lit-on dans une lettre de Paris ,
apprit , le 23 de ce mois , que le Général Gréen s'eft
emparé du Fort Sainte-Anne où il a fait 300 priſonhiers
. Il s'eſt répandu ici un bruit très-vague ,
que le Northumberland, vaiſſeau de 74 canons ,
l'eſcadre de M. le Comte deGraffe , après avoir été
féparé de certe eſcadre par le coup de vent du 17
Novembre dernier a été pris ; mais on demande par
qui il a pu l'être ? Ce ne peut être par la flotte
de l'Amiral Hood , que le même coup de vent a
fait aufli beaucoup ſouffair , puiſqu'on a des nouvelles
de ce Contre-Amiral , qui n'auroit pas manqué
d'annoncer cette nouvelle intéreſſante dans ſes
dépêches , où il n'en dit rien. -On parle aufli de
la priſe de la Danaé , frégate Angloiſe , & du
convoi de Portugal qu'elle eſcortoit ; mais cette
( 44 )
nouvelle n'eſt pas encore bien accréditée ; fi elle
eft vraie , cette priſe ne peut avoir été faite que
par M. de Vaudreuil. Nous n'avons actue lement ca
mer dans ces parages que le Triomphant qu'il monte,
&le Brave qui l'accompagne.- L'emprunt de 70
millions eſt au Parlement « .
Les habitans de cetteVille, écrit-ondeNew-
Yorck , ſont dans des inquiétudes ſigrandes,
que depuis la capitulation d'Yorck- Town ,
pluſieurs marchands ne veulent pas deballer
les marchandiſes qu'ils ont reçues par la der
nière Hotte; & qu'en général ils refuſent
preſque tous de vendre , ſi ce n'eſt au comptant.
Nous entrevoyons pour le printems
prochain une fituation pire encore que celle
où nous nous trouvons : comme il eſt poſſible
qu'on ſoit obligé d'abandonner cette Ville,
ainſi qu'on quitta Boſton il y a quelques
années , quel fera notre fort ! ... Si je vais
en Angleterre avec une groſſe famille , nous
pouvons y manquer de tout. Si je reſte ici ,
je ſerai expofé àdes infulres, & peut être à
des pourſuites rigoureuſes .
C'eſt d'après cette façon de voir des habitans
de New-Yorck, que les réfugiés qui
ſe trouvoient dans cette Ville , ſe font , à ce
qu'on dit , jettés en foule ſur les navires qui
faifoient voile pour l'Angleterre ; en forte
qu'on va voir artiver ici un grand nombre
d'Américains Lovaliſtes , qui augmenteront
la liſte des penſionnaires de cette eſpèce ,
dont la Cour est déja ſurchargée.
( 45 )
On dit dans des lettres de Vienne du z
de ce mois , qu'il y eſt arrivé un courier
de Rome , & que depuis ce tems on dit
que le Pape ſe rendra dans cette capitale ,
au mois de Mai prochain , ſous le nom
d'Evêque de Saint - Jean de Latran ; on
ajoute qu'il fera accompagné de deux Cardinaux
& de deux Secrétaires , & qu'il fera
logé au Château de Schombrun .
D'autres lettres contiennent une nou
velle au moins auſſi douteule; le bruit court,
diſent-elles , que le Baron de Herbert , Internonce
Impérial à Conſtantinople , y a
effuyé de très-grands déſagrémens , & qu'il
s'eſt vu obligé de ſe retirer dans l'hôtel
de l'Ambaſladeur de France : il y a longtems
qu'on avoit publié une nouvelle àpeu-
près ſemblable qui ne ſe vérifia point ;
celle-ci pourroit avoir le même ſort , &
nous ne la répétons que parce qu'elle ſe
trouvera dans tous les papiers publics , qui
n'y joindront pas les raiſons qu'on a de s'en
défier.
On a fait le calcul du nombre des bâtimens
arrivés dans le port d'Oftende depuis
le premier Janvier 1781 , juſqu'au 31 Décembre
, il monte à 2953 , jamais le commerce
de cette ville n'a été fi floriſſant.
Le corſaire de ce port la Boulogne , écrit-on
de St-Malo a pris un vaſſeau venant de New-
Yorck , qui entra ici le 20 de ce mois. Il y avoit
àbord de ce navire 8 paſſagers diftingués , dont
( 46 )
lun s'eſt nommé , dans un acte par écrit , Lord
Cornwallis , Lieutenant-Général , Prisonnier de
M. de Rochambeau , Le Capitaine de priſe cédant
aux inſtances du Lord , & même forcé , à ce qu'il
affure , par le mauvais tems , a conduit à Torbay
ces paſſagers , qui avoient is domestiques à leur
fuite. Le Lord s'étoit engagé , par écrit , à garantir
le Capitaine de priſe de tout évènement , & même
àvenir ſe conftituer prifonnier en France, fi on
l'exigeoit. Les autres prifonniers étoient 3 Aides
de Camp, un Capitaine de haut bord , un Capitaine
du Génie , un Major & un Commiſſaire. Ils furent
tous reçus à Torbay par un Capitaine de frégate
qui s'y trouvoit , & qui donna un paffe- port au
Capitaine de priſe , en lui remettant auſſi des prifonniers
François en échange des Is domestiques
& de 2 ou 3 Anglois qu'il avoit à bord. Voilà une
fingulière aventure ; il eft fâcheux que tant de pafiagers
diftingués n'aient pas été amenés ici . Nous
ne doutons pas que ce Lord ne foit réellement le
Général Cornwallis , & les papiers Anglois ne tarderont
pas à nous confirmer la rencontre qu'il a
faite. Le vaiſteau pris n'a aucun chargement ; il
eftbon, & on le dit excellent voilier. Les mateluts
François qui ont amariné la priſe , ont eu chacun 3
guinées; il eſt à préſumer que le Capitaine aura reçu
une récompenſe proportionnée « .
PRÉCIS DESGAZETTES ANGLOISES , du 19 Janvier.
On dit que la priſe de St-Eustache fera perdre à
l'Amiral Rodney & au Général Vaughan une femme
de 100,000 liv, flerl. chacun,
F DePortsmouth le 15 Janvier. L'eſcadre destinée
pour les Indes-Orientales r ſte toujours à Stocke
Bay& à Mother-Bank. Elle confifte en 17 voiles .
1
( 47 )
Les Fortifications de Gilkicket- Point , aujourd'hui
appellé le fort Monckton dans l'Inde , avancent beaucoup
, & feront d'une grande défenſe.
De Savanah le 30 Septembre. Les Députés des
Américains de cette Province affemblés à Augefta
ont nommé Nathan Brownſon Gouverneur , & deux
Délégués pour les répré enter au Congrès de Philadelphie.
Nous apprenons auſſi que cette Affemblée a
paife une loi pour bannir les femmes & les cafems
des loyalistes qui ont été obligésde ſe réfugier ici &
dans les autres parties de la Province protégées par
les troupes Angloiſes . En vertu d'un règlement miliraite
, publié pareillement par cette aflemblée , tout
habitant qui refuſe de ſervir eft puni pour la pre.
mière fois par une amende de 15 liv. fterl. , payable
en or ou en argent ; & en cas de récitive , il eft condamné
à prendre les armes comme ſoldat parmi les
troupes Continentales , pour le reſte de la guerre .
Liste des Places & Etabliſſemens pris ſur les An.
glois , depuis le commencement de cette brillante
guerre .
LesIflesde St-Vincent, la Dominique , la Grenade ,
Tabago , St- Eustache , St-Martin , la Province de la
Floride , les garniſons de Pensacola , fort Omoa ,
Sénégal. En tout 10 établiſſemens , fans compter la
pertede 1; belles Provinces dans l'Amérique- Septentrionale
, & les deux nombreuſes armes commandées
par les Généraux Bargoyne & Cornwallis ;
& cependant le Lord North refte en place , &
reftera juqu'à ce qu'il ait opérénotre ruine .
Y
LeGénéral I incoln commandoit à Charles-Town ;
Cornwallis l'a forcé de capituler & de ſe rendre prifonnier
deguerre. Le méme Général Lincoln com
(48 )
mandoit à l'attaque de Yorck-Town , où l'armée de
Corowallis a été faite priſonnière; de forte que la
même armée qui avoit pris Lincoln , a été priſe par
cedernier , & a été obligée , à ſon tour , de défiler
devant lui.
Quoique de vrais Patriotes aient avancé comme
une choſe certaine que le Lord Germaine avoit
quitté ſon pofte , nous pouvons garantir le contraire.
Depuis ſon retour a la Ville , ce Lord a déclaré
qu'il n'avoit aucune connoiſſance que le Roi
pensat à lui ôrer ſa place: Que lui Germaine étoit
fortement convaincu , que fi l'indépendance de
l'Amérique étoitformellement reconnue par la couronne
d'Angleterre , la grandeur de l'Empire étoit
perdue à jamais. Si l'on adopre ce ſyſtême , ajouta
ce Lord , je quitte auſſi-tôt mon poſte; comme
aufli dans le cas où le Roi croiroit que quelque
autre eſt plus capable que moi de remplir ma charge;
mais juſques-là , j'en continuerai conftamment
les fonctions .
Il paroît certain que S. M. acceptera enfin la
démiſſion du Lord Germaine ; ce Miniſtre a écrit
une Lettre au Roi à l'effet qu'il lui ſon permis de
réſigner ſa place. Les motifs de ſa retraite font
fondés ſur le changement qui s'eſt opéré depuis
ſon entrée au Conſeil dans le ſyſtême de conduite
relatif à la guerre actuelle. Sa Seigneurie , fachée
de voir le peu de poids qu'avoient ſes avis dans
le Conſeil du Roi , s'eſt déterminé à ſolliciter vive
ment ſa démiſſion . Les Feuilles périodiques font
tombées dans l'erreur , en lui donnant le titre de
Secrétaire d'Etat pour les Colonies , ou celui de
Secrétaire d'Etat pour le département de l'Amérique.
Son vrai titre eſt un des principaux Secrétai
res d'Etat de S. M.
--
54
Sermons de Fléchier , 4 Vol. in - 12 . Prix , 10 liv .
reliés.
Idem. en 2 Volumes. prix 4 liv. reliés.
Théologie Morale de Juenin , avec les Réſolutions
des Cas de Confcience , 10 Volumes in- 12 .
Prix 20 liv. reliés .
Traité de la Jurisdiction Eccléſiaſtique , ou
Vol. in- 4 ° .
Théorie-Pratique des Officialités , 2
Prix , 16 liv . reliés .
L'Eſprit de Saint-François de Salles , Évêque &
Jean-Pierre le Camus , Évêque de Bellay , Ouvrage
Prince de Genève , recueilli de divers Écrire que
qui contient les plus beaux endroits de l'ancienne
Édition ,& très-utile à toutes fortes de perſonnes ,
1 Vol. in- 89. Prix , 5 liv relié.
Les Helviennes , ou Lettres Provinciales philoſophiques
, I Vol. Prix, 2 liv. 8 fols broché.
Les Mois , Poëme eu douze Chants , par M.
Rouché , 2 Vol. in-4 ° . grand papier , fig. Priz ,
20 liv . brochés.
Idem. 4 Vol. petit papier. Prix , 6 liv. brochés.
TABLE
Du Journal Politique.
Constantinople, 1Cadix , 10
Pétersbourg , 3Londres, 12
Copenhague , ibid. Versailles , 28
Vienne, 4Paris, ibid.
Hambourg , 7Bruxelles , 41
Vaiſſeaux pris fur les Anglois.
(PAR LES FRANÇOIS . )LE
çonné pour 200 Guinées. - Le Neptune, deTerre- E Tyrone , pris &c ran
Neuve , pour Pool ; envoyé à Morlaix. - Le London
, de New-Yorck; rançonné pour 1200 Guinées.
-Le George , de Terre-Neuve , pour Pool ; en
voyé en France .- Plufieurs Bâtimens , pris & rannés.
- Le Sally , envoyé en France.- Trois
anens , envoyés à Dunkerque.
PAR LES ESPAGNOLS ). Le Polly , de Terreave,
pour Oporto; envoyé à Vigo.
(PAR LES AMÉRICAINS. ) Le Sally , d'Oporto ,
pour Terre-Neuve ; envoyé à Bolton. - La Sainte-
Marie , de la Jamaïque , pour Londres ; envoyée à
salem.- La Vénus , priſe & envoyée à Ténériffe.
Vaiſſeaux pris par les Anglois.
SUR LES FRANÇOIS ). LaReine Jeanne , Sucre ,
Cate, The, envoyée à Guernesey. -Un Bâtiment ,
pris & envoyé à Liverpool.- Le Terror ofEngland,
pris & envoyé à Dublin.
(SUR LES ESPAGNOLS. ) Un Bâtiment , pris sc
envoyé àAntigue.
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France, à Paris , chez PANCKOLOKE , Libraire ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le prix de
IAbonnement est de 30 liv. pour Paris , & de 32 liv.
pour la Province.
(20
MERCURE
DE FRANCE,
( N°. 6. )
SAMEDI 9 FÉVRIER 1782 .
H
ISTOIRE générale & particulière de Bourgogne
, avec des Notes , des Differtations&les preuves
juftificatives , compofée ſur les Auteurs , les
Titres originaux, les Regiſtres publics , les Cartu-
Jaires des Eglifes Cathédrales & Collégiales , des
Abbayes & autres anciens Monumens , & enrichie
de Vignettes , de Cartes Géographiques , de divers
Plans & de pluſieurs Figures de Portiques , Tombeaux
& Sceaux , tant des Ducs que des grandes
Maiſons , &c. par Dom Plancher, Religieux Bénédictin
de l'Abbaye de Saint-Bénigne de Dijon , de
laCongrégation de Saint- Maur , continuée par un
Religieux Bénédictin de la même Congrégation &
de la Province de Bourgogne, in-folio , Tome IV
&dernier.
Le premier Volume de cet Ouvrage parut en
1739 , le deuxième en 1741 , le troisième en 1748 .
3117
en retirant les Tomes II &
Chaque Volume en feuilles a coûté 26 livres aux
Soufcripteurs ; ils ont payé 18 liv. en ſouſcrivant ,
8 livres en retirant le premier Volume , & en outre
18 livres pour la foufcription du deuxième ; mêmes
fommes ont été payées
III, de manière que ceux de MM. les Souſcripteurs
qui ont exactement retiré les Volumes à mesure qu'ils
ont paru , font en avance d'une fomme de 18 livres
fur le quatrième & dernier que nous annonçons , au
moyen de quoi ils n'auront que 8 liv. à payer en le
retirant.
La mort de l'Auteur , arrivée peu de tems après
la publication du troiſième Volume , ayant fair
craindre que cette Hiſtoire ne fut jamais continuée
il eſt peut-être quelques perſonnes qui ont regardé
leurs avances comme perdues ; nous nous empreffons
de les prévenir , ainſi que nous l'avons déjà
fait par notre Profpectus publié le 11 Février 1777,
que nous en tiendrons compte , & que nous remplirons
avec la plus ſcrupuleuſe exactitude tous les engagemens
que le ſieur Defay , notre prédéceffeur,
avoit contractés avec eux.
On prie MM. les Souſcripteurs de retirer les Volames
qui peuvent leur manquer avant le premier
Mai prochain , patlé lequel temps iln'en fera donné
ancun à moins de 36 liv.
Ceux qui ont perdu leur reconnoiſſance de foufcription
, pourront juſqu'à la même date profiter de
cebénéfice; ceux même qui n'ont point ſouſcrit ,
obtiendront la même remiſe s'ils le font au temps
indiqué.
État des ſommes à payer.
MM. les Soufcripteurs qui n'ont retiré que le preA
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 FÉVRIER 1782.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Quej'ai mis fur ma porte le ſoir que j'ai
donné à fouper à dix de mes Amis ,
pour célébrer la Naiſſance de Mgr. le
Dauphin.
L'AMOUR avec l'Hymen , & Bellone & laGloire ,
Semblent, en ce beau jour , unis pour les François ;.
Les deux premiers, comblant nos plus ardens ſouhaits ,
Nous donnent un Dauphin.... Bellone , la Victoire ;
Ladernière par-tout avec le ſang Anglois
▲lavé nos affronts , & ignera la Paix.
(Par M. l'Abbé..... à Sancerre. )
No. 6, 9 Février 1782. C
So
MERCURE -
CLÉMENTINE ET LA ROSE ,
Idylle.
HOJEUNE reine des fleurs , l'orgueil de la Nature,
Toi , que pour Pſyché même auroit cueilli l'Amour ,
** Prens ta robe vermeille , enrichis ta parure ,
Tu vas de Clémentine habiter le ſéjour.
Ton front ſe réjouit d'étaler auprès d'elle
L'éclat de la beauté qui teſoumet tes fours ;
Moi je triomphe auſſi de te trouver ſi belle ,
Pour te voir lui céder des tributs plus flatteurs.
Que le zéphir léger ſur ta tige orgueilleuſe
Te balance avec grâce en ſon vol careſſant ,
Deton ſein qui frémit ſous ſa bouche amoureuſe ,
Exhale en tes ſoupirs un parfum raviſſant.
De ta tige flexible imitant la molleſſe ,
Voluptueuſe & fière , aifée avec grandeur ,
Sataille en ſes contours va prendre ta ſoupleſſe ,
Etſon ſouffle embaumé nourrira ta fraîcheur .
TOUJOURS belle , jamais d'une plus vive flamme
Tu ne vois s'animer tes tranquilles attraits ;
Tout , juſques aux deſirs captivés dans ſon âme ,
Varie à chaque inſtant le charme de ſes traits.
De cent bras épineux le Ciel pour ta défenſe
Eut beſoin de t'armer contre tes raviffeurs :
DE FRANCE.
SI
Son coeur fimple & naif, par ſa ſeule innocence ,
Échappe , ſans détours , aux pièges ſéducteurs.
De ces tendres boutons que ton ſein fit éclore,
Tu ne dois jamais voir la fleur s'épanouir ;
De ſes nombreux enfans un jour plus belle encore ,
Elle verra ſes traits dans leurs traits s'embellir .
CROISSEZ , Ô jeunes fleurs , & noblement rivales ,
Formez-vous l'une à l'autre un plus brillant deſtin .
Clémentine avec toi ne craindra point d'égales ,
Ettu n'en auras plus en régnant ſur ſon ſein.
(Par M. Berquin. )
LE SAGE DE LA PERSE , Apologue.
UN Philoſophe de la Perfe ,
Victime trop long-temps de l'envie & des ſots ,
Avec le genre-humain voulut rompre commerce ,
Et s'en fut chercher le repos
Au fond d'un bois affreux , ſéjour des animaux.
Quoi ! lui dit un ami , vous fuyez vos ſemblables,
Qui ne font après tout que fourbes & méchans ,
Pour aller habiter les antres effroyables
Des lions affamés & des loups dévorans !
Notre Sage en ces mots réfuta la Harangue :
Pour me faire du mal ceux- ci n'ont que des dents,
>> Et les hommes ont une langue.
( Par M le Bailly.)
Cij
$2 MERCURE
L'EXEMPLE INUTILE , ou les Amours
Invraisemblables , Anecdote.
IL est bon d'offrir aux hommes des exem
ples d'amour & de fidelité. Ils ne font guère
ſuivis; mais ils amuſent, ils intéreſſent un
moment les Lecteurs ; & fi ces récits-là ſont
infructueux , on les lit au moins fans danger.
Je ne m'attends pas à voir mon Héroïne
trouver beaucoup d'imitateurs; mais en la
faifant connoître , je ſuis sûr de la faire
eftimer , admirer même ; & fi la tendre
Suzette ( c'eſt ainſi qu'on l'appelie)nedevient
pas le modèle des Amans, elle obtiendra
d'eux au moins le tribut d'hommage qui lui
eft dû,
Dans une petite Ville de Province, vivoit
& vit encore ( car mon Hiſtoire eſt très récente)
une jeune enfant dont le portrait
feroit difficile à faire ; elle ne retlembisit
à perſonne. Je ne jetterai pas ici à pleines
mains les lys & les rofes ;toutes les Heroïnes
en font pourvues ; je dirai ſeulement qu'elle
étoit jolie comme on ne l'eſt guère , & qu'elle
favoitaimer comme on n'aimerajamais. Mais
tout ſon bien étoit dans ſa beauté , & fa nobleffe
dansſon coeur; je veux dire qu'elle étoit
fansfortune & fans naiſſance. Par bonheur
elle n'y avoit jamais fongé ; les grandes
Dames envioient la beauté de Suzette, &
Suzette n'envia jamais leur fortune ni leur
DE FRANCE. 53
été
rang. Quant à ſon caractère , c'étoit de
ces naturels aufli rares que précieux qui
pouroient ſe paſſer de l'éducation. Ses parens
avoienttoujours pauvres ; elle étoit alors
orpheline , & l'on peut dire qu'elle avoit
toutes les vertus , ou du moins toutes les qua
lites du coeur , ſans qu'on eût pris ſoin de lai
en inſpirer aucune. On ne lui avoit jamais
dit , elle n'avoit jamais ſongé qu'on doit
fecourir les malheureux , & elle ne manquoit
jamais de le faire , même à ſes dépens ;
elle n'avoit pas beſoin de rédéchir pour être
bonne; la bienfaiſance n'étoit pas chez elle
un principe , mais un ſentiment. Jolie comme
elle étoit , elle ne manqua point d'adorateurs
; la ſéduction tendit autour d'elle tous
fes filets; mais étant née ſans ambition &
fans coquetterie , & la fédation n'arrivant
pas juſqu'à fon coeur , elle n'avoit pas mente
beſoin de combattre pour triompher. Sa
vertu n'avoit pour principe ni le defir de
la gloire, ni même la crainte de la honte ;
elle n'étoit pas défendue par fon efprit,
mais par ſon coeur , qui avoit beſoin d'être
vestueux comme on a beſoin de reſpirer
pour vivre : en un mot , ſon innocence
étoit pour elle comme un bien phyſique , &
elle n'auroit pas plus conſenti à la perdre
qu'on ne confent à être malade , à être malheureux.
Elle remplitſoit tous les devoirs de
l'amitié fans les regarder comme des devoirs ;
elle ſe faifoit aimer de toutes les femmes
comme fi elle n'eût pas été jolie. Loin que
Cj
$4 MERCURE
la ſageſſe de ſa conduite lui donnât Pauſtérité
d'un cenſeur , elle étoit indulgente
juſqu'à l'excès ; elle plaignoit les fautes
comme les malheurs; elle pardonnoit tout,
& ne ſe permettoit rien. Ce portrait- là
n'eſt pas celui de tout le monde ; mais ,
comme je l'ai déjà dit , Suzette ne reffembloit
à perfonne.
On ne tarda pas à s'appercevoir que s'il
étoit difficile de la voir ſans la defirer , il
étoit bien auſſi difficile au moins de la
ſéduire , & l'on finit par renoncer à un projet
qui paſſoit pour extravagant. Mais cette
conquête qui avoit laffé les prétentions des
Riches & des Grands,ne devoit coûter qu'un
moment & un coup- d'oeil à un jeune
homme fans naiſſance&fans fortune comme
Suzette. Charles ( c'eft ainſi qu'on le nomme)
étoit deſtiné à enflammer ce jeune coeur
fi bien fait pour l'Amour. Suzette l'aima
dès qu'elle le vit , & il eſt inutile de dire
qu'elle s'en fit aimer. Il la trouva aufli jolie
que s'il eût été un grand Seigneur , & fes
yeux pour le dire étoient plus éloquens auprès
de Suzette que de brillantes promeſſes
&les plus riches préſens. Elle n'avoit point
cette coquetterie qui retarde un aveu pour
ydonner plus de prix : Ses regards , ſa bouche
même , tout annonça bientôt à Charles
qu'il étoit aimé. Comme elle ne s'étoit pas
fait un mérite de rejeter de magnifiques propoſitions
, elle ne ſe fit pas un devoir de cacher
un amour innocent. Mais la ſympathie
DE FRANCE.
55
de deux coeurs ne ſuffit pas pour faire deux
heureux; il faut accorder des parens , concilier
pluſieurs intérêts ; a l'amour mépriſe
la fortune , la fortune s'en venge bien.
Notre orpheline , comme je l'ai dit , étoit
pauvre ; elle vivoit du produit de ſon travail.
Les parens du jeune homme n'étoient
pas riches; mais foit par un orgueil déplacé ,
ſoit qu'ils craigniſſent qu'un tel hymen ne
fit obſtacle à la fortune de leur fils , foit par
quelqu'autre raiſon , ils refusèrent conftamment
de les unir. On défendit à Charles de
voir ſa chère Suzette , c'étoit lui ordonner
de l'aimer davantage. Les deux Amans ne
ceſsèrent pointde ſe voir; mais ils ſe virent
plus fecrètement & avec plus de précaution.
Une aventure qui ſurvint alors auroit fuffi
pour unir leurs coeurs quand l'amour n'en
auroit pas pris le foin auparavant.
Les armes de notre jeune Roi , qui ſemble
avoir foumis la fortune à ſes vertus ,
venoient de remporter un avantage ſur l'ennemi.
Tous les coeurs françois étoient penétrés
de la joie la plus vive, & ceux dont la
richeſſe favoriſoit les veux,la manifeftoient
par des fêtes publiques. L'un des principaux
de la Ville avoit voulu ſe ſignaler par un
bal&de brillantes illuminations , & il avoit
établi la ſcène dans ſon Château , qui n'étoit
ſéparé de la Ville que par une rivière qui en
baigne les murs. Quelque motif , étranger
ſans doute à la curiofité , y appela Suzette.
Tout s'y paſſa comme on l'avoit dehré. Il y
Civ
36
MERCURE
eut de l'affluence ſans confufion ; aucun
déſaſtre n'empoiſonna leurs plaiſirs , & ne
fit ſuccéder le repentir à la joie publique.
Au retour , Suzette s'étant remiſe dans le
bateau qui l'avoit menée à la Fête, alloit
être rendue fur le rivage , lorſqu'une de ſes
compagnes , en jouant tout près de l'eau ,
s'y laiſſa tomber. Suzette, qui vit la moitié
de ſon corps hors du bateau ,s'élançapromptement
vers elle pour la retenir ; mais fe
trouvant entraînée elle-même , elles furent
précipitées l'une & l'autre dans les Hots.
Tout l'équipage jette alors un cri de terreur;
& l'on appelle du ſecours. Charles , qui
par hafard promenoit dans ce moment fur
le rivage ſa triſteſſe & fa rêverie , entend ce
cri , & à la faveur de la lune qui éclairoit
affez pour laiſſer voir , pas affez pour faire
reconnoître les deux malheureuſes victimes
que les flots avoient englouties, s'y précipite
auffitôt pour les ſauver. Dans le même moment
, un autre jeune homme qui étoit dans
le bateau avec elles , s'y étoit jeté aufli. Ils
furent heureux l'un & l'autre. La compagne
de Suzette fut ſauvée par le jeune homme
inconnu ; & Charles , qui par hafard , ou
par un mouvement involontaire de fon
coeur, s'étoit attaché à Suzette ſans la reconnoître
, eut le bonheur de la ramener fur la
rive. On accourut alors aves des lambeaux
pour lui porter les ſecours néceffaires. Que
devint Charles , quand s'étant mêlé à ceux
qui la ſecouroient ,il reconnut ſa chère Su-
4
DE FRANCE. $7
zette? La ſurpriſe , lajoie , la crainte , toutes
les paffions à la fois s'emparèrent de fon
âme, & il n'eut que la force de s'écrier :
Suzette ! Suzette en même-temps , rendue à
la vie , ouvre les yeux ; & le premier objet
qu'elle apperçoit, c'eſt ſon amant. Ah! Dieu !
s'ecria- t'elle avec joie , inais d'une voix forble
: c'eſt lui ! Oui , c'eſt moi , c'eſt moi , lui
répond Charles en ſe jetant dans ſes bras !
c'eſt moi qui t'ai ſauvé la vie ſans te connortre.
Tous les ſpectateurs attendris demeuroient
muets de ſurpriſe ; & il feroit diflicile
d'exprimer ce qui ſe paſſoit alors dans
le coeur de Charles.O Comme ilbenitle haſard
qui l'a conduit fi heureuſement au bord
de la rivière! comme il s'applaudit de s'ère
élancé dans les flots ! & en effet, jamais acte
d'humanité n'eut une plus douce récompenfe.
Sa joie , en reconnoillant Suzette ,
venoit de s'accroître au centuple. Il avoir
cru d'abord n'être qu'humain; il avoit cru
ne ſauver qu'une femme , & il avoit ſauvé
ſa maitrefle : Ce feroit infulter aux coenis
fenfibles que d'eflayer de leur faire fentir
cette difference. Mais comme l'amour eft
toujours inquiet , & que fa délicateffe eſt
excetlive , Charles eſt fâché de n'avoir pas
reconnu plus tôt Suzette. L'Amour cut augmenté
ſa force avec ſon zèle ; il l'eût ſauvée
plus promptement; Suzette eût moins foutferr.
Cette idee lui donne méme des fermpales
qui empoifornent prefone for bonheur.
Ses bras , en s'attachane a efle , oor pu
SS MERCURE
ne pas ménager affez ſa foibleſſe ; il a pula
bleiler en l'entraînant. Enfin il ſe reproche
comme un crime d'avoir tenu ſa maitreife
dans ſes bras fans la deviner , ſans que fon
coeur lui ait dit: c'eſt elle.
Cependant de prompts ſecours , & furtout
la vue de fon amant , avoient rendu la
vie&la force à Suzette. On la ramena chez
elle; & Charles ne la quitta qu'avec plus de
regret. Il fembloit pour le coup que Suzette
dût lui appartenir incontestablement. En racontant
à ſes parens ſon aventure , il ne
manqua point de linterpréter comme un
don que le Ciel lui avoit fait de Suzette .
N'éroit ce point par un miracle évident qu'il
s'étoit trouvé- là à point nommé pour lui ſauver
la vie ? Charles à ces raiſons joignit les
fupplications les plus touchantes; mais fes
parens , qui ne voyoient qu'un heureux hafard
dans cette aventure , ne ſe crurent pas
obligés de changer d'avis pour cela ; ils lui
dirent que Suzette , pour avoir éré noyée ,
n'en étoit pas devenue plus riche; & ils perfiſtèrent
dans leur refus.
Quelques jours après il vint redemander
àfonpère la main de Suzette avec plus d'inftance
& de chaleur. L'entretien fut très vif;
le père mit plus de dureté qu'à l'ordinaire
dans fon refus; Charles fortit peut-être des
bornes du reſpect; & fon père , dans le premier
mouvement de ſon indignation , le
chaſſa en lui jurant par tout ce qu'il y a de
plus facré, que jamais il ne lui accorderoit
DE FRANCE
59
Suzette. Charles ſe retira; & guidé par un
aveugle deſeſpoir , il alla s'enróler dans un
Regiment pour lequel on recrutoit alors i
il ne vouloit que mourir , puiſqu'il lui falloit
renoncer à Suzette.
Charles étoit ſi perfuadé que ſon malheur
lui faifoit un devoir de mourir , qu'il ne
ſentit ſa faute que par la douleur qu'en témoigna
Suzette en l'apprenant. Le defefpoir
de cette tendre amante fut fi grand ,
qu'elle lui reprocha pluſieurs fois de lui
avoir ſauvé la vie: Je ne ſerois plus , lui
dit elle; je ne ſentirois point la douleur de
te voir partir. Il allegua , pour ſe juftifier , le
déſeſpoir qui l'avoit égare , l'affreux ferment
que ſon père avoit prononcé devant lui ;
Mais Suzette étoit prête à le perdre , & peutêtre
pour toujours; rien ne pouvoit la confoler.
Elle conçut mille projets, dont la plupart
annonçoient le trouble de ſa raiſon ,
mais qui tous prouvoient fon amour .
Le père de Charles ſentit du remords d'avoir
réduit fon fils à cette fatale extrémité. Dans
le regret cuifant qu'il avoit , il auroit conſenti
peut - être à lui donner enfin ſa chère
Suzette ; mais l'enrôlement étoit un malheur
que fa fortune ne lui permettoit point
de réparer. Il demanda à revoir fon fils ; il
le ſerra dans ſes bras ; tácha de le confoler ,
&lui témoigna le plus amer repentir ; &
Charles n'eut pas la forcede lui dire : mon
père , vous m'avez mis un poignard dans le
Lein.
Cvj
60 MERCURE
1
On fixa le depart du malheureux Charles
àun terme peu eloigne; & en, attendant on
lui montroit plusieurs fois par jour l'exercice
, ainſi qu'à d'autres nouveaux Soldats
qui devoient partir avec lui. Suzette ſe rendoit
fur les lieux pour le voir. Elle ſe plaçoit
un peu à l'écart pour n'être pas remarquee ;
mais avec quel tendre intérét elle ſuivoit
tous fes mouvemens ! elle voyoit avec plaifir
que Charles étoit le plus beau , le mieux
fait de tous ſes camarades ; mais combien ce
plaiſir étoit empoifonné par cette cruelle
réflexion : il va partir ! elle le plaignoit quelquefois
de la peine que lui coûtoit cet
apprentiſſage militaire; fi l'exercice duroit
long- temps , Suzette , fans avoir quitté ſa
place, étoit plus fatiguée que lui ; & fi elle
s'appercevoit qu'on le grondât , de groſſes
larmes couloient de ſes yeux.
Arrive enfin le jour du départ. Charles
avoit voulu s'épargner & épargner à Suzette
le déchirement d'un ſi cruel adieu. Il écrivit
une lettre de congé; choiſit quelqu'un pour
la remettre à ſa chère Suzette ; mais au moment
de la donner lui même , tout fon conrage
parut l'abandonner ; & il jugea qu'il
étoit encore moins douloureux pour deux
amans de ſe dire adieu , que de partir ſans ſe
voir. Il n'en jugea plus ainſi quand il eut dit
à Suzette , il faut nous quitter. Les tendres
reproches qu'elle lui adrefla, fes larmes , fon
déſeſpoir lui faisoient fouffrir mille morts;
ilſe repentoit d'avoir voulu la voir ;& ceDE
FRANCE. στ
pendant il ne pouvoit s'arracher de ſes bras.
Mais le moment du départ approchoit ; un
retard étoit dangereux pour Charles ; il fallut
ſe ſeparer.
Suzette, les yeux baignés de larmes , le
ſuivit long-temps du gefte & du regard.
Charles n'avoit preſque plus la force de
faire un pas dès qu'il s'étoit retourné pour
la voir , & il ſe retournoit fans cefle. Mais
ce n'étoit pas affez pour la tendre Suzette.
Quand elle eut perdu de vue ſon amant ,
elles'élança fur ſes traces pour le ſuivre , an
moins de loin , auffi long- temps qu'elle le
pourroit. Que dis je ? ce n'étoit pas là un
projetqu'elle eût formé; elle étoit comme entrainée
fur les pas par une force irrefiftible.
Arrivee fur le grand chemin que Chatles
avoit pris , malgré la foibleſſe de fon fexe &
de fon âge , elle le ſuivoit toujours , fans
avoir d'autre projet que de le ſuivre. Elle le
voyoit ou croyoit le voir au milieu de ſa
troupe , qui étoit déjà loin , & qui marchoit
affez vite; cette illufion trompa quelques
inftans ſes ennuis. Enfin , toute en fueur ,
épuiſée , hors dhaleine , elle marchoit toujours,
juſqu'à ce que la fatigue la fit tomber
preſque mourante au pied d'un arbre. Elle y
reſta long-temps ſans avoir la force de ſe
relever ; & quand elle ſe ſentit le courage
d'aller , elle regagna triftement fa maifon
ne voyant , n'entendant plus rien , la poitrine
gonflée & les yeux fecs; la donicur
ſembloit avoir tari la fource de les larmes.
62 MERCURE
Voilà donc la pauvre Suzette livrée à
elle-même , ſeule au monde. Elle reflembloit
, dans la ville où elle étoit née , à un
voyageur égaré la nuit dans une forêt. La
douleur auroit tranché bientôt ſes jours ,
ſi l'eſpérance , cette enchantereſſe du monde ,
n'avoit ſuſpendu le coup mortel. Dès que
l'eſpérance eut parlé au coeur de Suzette ,
elle y fit entrer le courage. Suzerte , au lieu
de fuccomber à ſes mau , réſolut de les terminer
; & elle conçut un projet bien drgne
de ſon coeur. J'ai dit qu'elle vivoit du produit
de ſon métier. Elle retrancha ſur ſes
vetemens & fa nourriture , & doublant fon
travail , elle ſe mit à amaſſer de quoi dégager
ſon amant. Le jour entier & les trois
quarts de la nuit, elle promenoit fans ceffe
une aiguille meurtrière qui piquoit ſes
doigts délicats. Le peu d'inſtans qu'elle donnoit
au ſommeil &à ſes repas , lui ſembleient
un vol fait à ſon amant. Le ſeul délailement
qu'elle ſe permit , c'étoit de lire
les lettres que Charles lui écrivoit , & qui
ranimoient fon courage. Elle n'avoit pas
voulu l'inſtruire d'un projet qu'elle n'avoit
pas formé pour acquérir des droits à ſa reconnoiſſance
; elle lui donnoit fon temps
& fon travail, parce qu'elle croyoit lui appartenir
toute entière. C'est ainſi qu'elle
paſſa plus d'une année ; & par un effort incroyablede
travail& d'économie, elle parvint
à ramaffer la ſomme dont elle avoit beſoin.
Quand elle ſe crut sûre d'avoir ſa ſomme
DE FRANCE. 63
complette ( & elle avoit pris fur cela des informations
) elle la mit dans ſon tablier ,
courut chez le Capitaine de Charles , & lui
jerant tout fon argent à ſes pieds , lui redemanda
ſon amant. Le Capitaine , attendri
par tant d'amour & de naïveté , expedia fur
le champ le congé , & mouilla de ſes larmes
la lettre qu'il écrivit. On ſe figure bien la
joie que fentit Charles à cette nouvelle. Il
eut bientôt terminé les apprêts de ſon voyage ;
les adieux qu'il fit au Régiment ne furent pas
longs; & il ne s'amuſa guère en route. Précipitons
ſon arrivée, qui doit faire d'autant
plus de plaifir à tous deux , que la fortune
ſembloit avoir ceſſe de les perfecuter.
Le Capitaine , après avoir délivré le congé,
s'étoit rendu chez le père de Charles , pour
lui raconter cette aventure , & pour l'engager
à ne plus tyrannifer d'aufli tendres
amans ; & fur cela le père ayant mande Suzette
, lui avoit fait beaucoup de careffes.
Suzette , à qui Charles avoit annoncé ſon
arrivée , voulut aller au-devant de lui : elle
reprit la route où elle s'étoit trainée autrefois
avec tant de douleur. Mais que ſon
coeur aujourd'hui est bien autrement agité!
fit-elle maintenant fix fois plus de chemin
qu'elle n'en avoit fait la première fois, elle
feroit bien moins fatiguée. Elle l'appercut
enfin ; & Dieu fait s'ils volèrent dans les
bras l'un de l'autre. Charles ne la remercia
point , quoique ſon Capitaine l'eût informé
-de tout; la joie, la reconnoiffance lui avoient
64 MERCURE
ôté l'uſage de la voix. Mais Suzette avoit de
trop bonnes nouvelles à lui conter pour ſe
taire long-temps : monami , lui dit-elle , j'ai
vu ton père chez lui.... & c'étoit par fon ordre;
il m'a parlé; il m'a careflee ... il m'aime ...
nous ferons heureux.
Il feroit difficile en effet de trouver un
couple plus fortune. Charles eft libre , & fa
liberté eſt un bienfait de fa Maitreffe; Suzette
a retrouvé tout ce qu'elle aime au monde ,
l'homme à qui elle doit le jour qu'elle refpire;&
la ſeule perſonne qui pouvoit s'oppoſer
à leur bonheur, le père de Charles ,
vient de leur rendre ſon amitié. Leur bonheur
est trop parfait ; il ne fauroit être
durable.
Apeine font ils rentrés dans la Ville ;
qu'on leur apprend que le père de Charles
vient de mourir ſubitement. Ce malheur
eſt encore plus effrayant qu'on n'imagine ;
car les droits de ce père , qui étoit
prêt à les unir , ont paflé dans les mains
d'un tuteur qui a déjà déclaré qu'il
n'approuvera jamais cet hyménée. Cette
nouvelle fut un coup de foudre pour
eux ; & en effet ils n'avoient jamais été
auſſi malheureux que dans ce moment
funefte ; ils étoient d'autant plus à plaindre
qu'ils avoient paffé preſqu'en un
moment du faîte du bonheur au comble
de l'infortune.
C'est ainſi que le fort ſembloit ſe complaire
à frapper de coups imprévus les plus
DE FRANGE. 69
tendres des Amans. Suzette , malgré tout
fon courage , ne peut fupporter ce dernier
malheur ; ſa ſanté, qui avoit réſiſté à plus
d'une année d'un travail exceffif, fuccombe
au chagrin de reperdre fon Amant; dans
peu de jours on deſeſpéra de ſa vie. Tous
ceux qui étoient inſtruits de cette hiſtoire
verſoient des larmes fur ces deux infortunes.
Mais la douleur qu'on en reſſentit
fut ſuſpendue par une heureuſe nouvelle
qui vint combler de joie toute la France ;
On apprit que le Ciel venoit de remplir
nos voeux par la Naiſſance d'un Dauphin , &
toutes les Villes s'empreſsèrent de temoigner
leur ſenſibilité par des fêtes & par
des actes de bienfaisance. Celle où Suzette
étoit née voulut marier un nombre de jeunes
filles, & on l'inſcrivit fur la lifte . Comme
on connoiffoit la cauſe de ſa maladie , on
s'imagina que l'offre de la marier à Charles
pourroit bien en devenir le remède. Par le
moyen de la dot qu'on lui donna , peut- être
même par de juſtes menaces, on fit confentir
le tuteur & la démarche eut un plein
ſuccès; car cette nouvelle rendit en peu de
jours à Suzette ſa première fanré.
Nos deux Amans furent mariés , & l'ancien
Capitaine de Charles joignit à la dot
de Suzette la ſomme dont elle avoit dégagé
fon Amant. O comme ces heureux Epoux
bénirent cette Naiffance fortunée qui a
comblé les voeux de tout un peuple ! Comme
ils célébrèrent les vertus d'un joune Roi ,
66 MERCURE
qui ne fait qu'exercer ou inſpirer la bienfaiſance
! Suzette ſe repentit preſque de lui
avoir enlevé un Soldat en dégageant ſon
Epoux; mais celui- ci fit voeu de conſacrer à
ſon ſervice un de ſes fils.
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
duMercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt Montre ; celui
du Logogryphe eſt Flambeau , où se trouvent
lambeau , eau , feu , âme , Abel , ambe,
la , aube , beau , bufle , lame , Lama.
A
ÉNIGME.
MA haute naiſſance on rend peu de juſtice ;
Voilà pourquoi jamais je ne vais à la Cour.
Au hameau je fais mon office ,
Allant& revenant , tant que dure le jour.
S'il n'avoit plus mon bénéfice ,
Le Monarque appauvri pourroit mourir de faim.
Plus je ſuis déchirant , ſans meſure & fans frain ,
Plus je fais lui rendre ſervice.
(Au Palais Bourbon , le 25 Janvier 1782. )
DE FRANCE , 67
LOGOGRYPHE
.
En langage logogryphique ,
Combienfont cent-cinquante ,&puis rien& puis fix ?
Certes ! qui fait l'Arithmétique
Ne doit pas reſter indécis ;
Le cas n'eſt pas problématique.
Mais pourtant ce ſeul numérique
Ne ſuffit pas pour ſavoir qui je ſuis.
Ajoutez -donc à ce calcul magique
Le caractère alphabétique
Qu'on trouve entre l'R & le T.
C'eſt l'S. Oni , la place l'indique.
Eh bient dites- le moi , qu'en est-il réſuité ?
( Par M. de Somer. )
63 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES écrites de Suiſſe , d'Italie , de
Sicile & de Malthe , par M. *** , Avocat
en Parlement , de pluſieurs Académies de
France , & des Arcades de Rome.
Quimores hominum multorum vidit , & urbes.
A Mile***, à Paris , en 1776 , 1777
& 1778 , 6 Vol. in- 12. Amſterdam , &
ſe vend , à Paris , chez B. Morin, Imprimeur-
Libraire , rue S. Jacques.
Le nombre de Voyages d'Italie que nous
avons déjà , ne ſemble pas promettre à celuici
un accueil empreſſe ; cependant il difere
autant des autres par la diverſité des chofes ,
que par la manière de voir , de ſentir & de
juger du Savant qui l'a entrepris . Hiſtoire
Naturelle , Agriculture , Commerce , Arts ,
Spectacles , Muſique , Langage , Poefie ,
Moeurs , Gouvernement , tout eft obſervé
avec l'oeil d'un homme déjà inſtruit , mais
avide d'augmenter ſes connoiffances ; tout
eſt peint avec la chaleur & la liberté d'une
ame forte & penfante , beaucoup plus occupée
des chofes que des mots &des phrafes .
La Suiffe , viſitée par l'Auteur en pluſieurs
voyages dont il donne les réſultats , préſente,
par ſes fites & fſes accidens , ſa politique &
DE FRANCE. 69
ſes uſages , fon induſtrie & fes relations , un
tableau que le Savant & le Philofophe ne
peuvent jamais conſidérer avec indifference.
C'eit au milieu des horreurs du S. Gothard ,
des aſpects étonnans & variés d'une nature
impoſante, que notre Voyageur deſcend dans
les Baillinges Italiens , ſur le bord des lacs
de Côme & Majeur , dont il nous fait connoître
les habitans qui n'avoient pas encore
été obſerves. L'economie rurale & l'etat des
Arts fixent par- tout fon attention. Confiderée
ſous ce dernier rapport , Turin , dont
on prend d'abord une idee attrayante , finit
par ennuyer à cauſe de ſa monotone uniformité.
Le Palais Ducal offre la plus belle collection
de Tableaux Italiens & Flamands
qu'il y ait en Italie; mais toutes les Sciences
v ſont négligées , & la Bibliothèque nombreuſe
de l'Univerſité eſt déferte.
$
Les Pays qui fournissent au Piémont des
objets de conſommation en échange de ſes
foies , la combinaiſon des avantages qu'ils
en retirent , font expofés dans l'Ouvrage
avec beaucoup de ſagacité.
Milan , où il faut chercher les monument
remarquables , où tout eſt épars , & dont
cent mille ames peuplent à peine la vaſte
étendue , n'a pas un Deffinateur , pas un
Peintre , pas un Sculpteur .
“ L'état de langueur dans lequel tous les
• Arts s'y trouvent , pourroit bien avoir fon
>> principe dans les impôts qui enchérifſfens
70
MERCURE
» les matières premières & la main-d'oeu-
» vre. "
On quitte les États de la Reine, en traverſant
le Pô, pour entrer dans Plaiſance ,
peu peuplée , mal bâtie , à quelques beaux
Palais près.
Parme décèle de toute part des efforts impuiflans
" pour parvenir à une grandeur
très-au-deſſus de ſes forces.... Ses Égliſes
renferment des beautés du plus grand
>> genre ; le peu de ſoin qu'on prend de la
>> plupart fait croire qu'on eſt chez un Peu-
>> plebarbare. »
وہ
ود
Modène a vû naître quelques hommes
célèbres; " elle montre encore des monu-
>> mens ou des débris de ſon ſavoir , des
Bibliothèques , des Cabinets d'Hiſtoire
Naturelle .... On y voit des Tableaux
> d'une grande beauté , des Deſſins des plus
> grands Maîtres ... des Antiques , &c....
Du reſte , comme à Parme , de grands
bâtimens commencés qui ne ſeront jamais
finis.
دو
ود
97
» Les projets des Princes qui viſent à une
>> grandeur faftueuſe, ſont toujours très-
> onéreux aux Peuples. On commence , les
» idées s'aggrandiflent , l'ambition ſe bour-
>> ſoufle , les impôts pleuvent ,rien ne ſuffit ,
»&l'on finit par tout abandonner , excepté
> les impôts. »
Bologne intéreſſe ſingulièrement le Voyageur;
fans doute il intéreſſera de même ſes
Lecteurs.
DE FRANCE.
71
" Nulle part , en Italie, je n'ai encore vu
>> autant de monumens du goût & du ſavoir
» que dans Bologne ; nulle part , autant de
>> penchant pour les belles connonfances ,
» & d'ardeur à s'inſtruire , autant de cet
» amour du Pays qui réveille l'imagination
» & donne de l'eſſor à l'ame. On n'y a plus
>> cet eſprit inquiet qui a occaſionné tant de
>> révolutions... Aucun ne voudroit être d'un
» autre Pays , ni vivre ſous un autre gou-
» vernement ......
, >>>La Ville n'a été ni vendue , ni achetée
>> ni conquiſe ; elle s'eſt donnée , & tient
• ſes conventions ....
>> Tout le monde, dans ce Pays , juge de
» l'Art ; & ſi l'on ne prononce pas toujours
» exactement , du moins on y ſent bien la
>> nature ; la douceur de ſes traits , coinme
ود
celle de ſes accens , pénètre les ames,
» & y cauſe des émotions. »
Le Volcan de Pietra Mala arrête le Voyageur
ſur le chemin de la Toſcane , dont la
Capitale fournit un grand nombre de détails
curieux.
" Qu'on ſe rappelle les grands Hommes
» qui font nés dans ſon ſein l'exemple
>> rare qu'elle donna au monde , en tirant
ود
"
,
lavertu d'un état très- ſubordonné , pour
la placer ſur le Trône, & l'exemple plus
>> rare encore , que l'Idole d'un Peuple ait cu
> une ſuite de ſucceſſeurs dignes de fon
2 choix. Si l'on fonge qu'elle fut le berceau
>> des connoiſſances humaines , que ce fut
72
MERCURE
ود
ور
ود
belle qui tira l'Europe de l'ignorance où la
> barbarie des fiècles l'avoit replongée ,
>>qu'elle cultiva , qu'elle perfectionna les
Sciences & les Arts , qu'elle en répandit
le goût dans le reſte du monde , alors on
ſe croira au milieu d'Athènes. Viennent
enfuite la deſcription des beautés de la fameuſe
galerie de Florence & de ſes divers
Palais, des obſervations particulières fur fon
gouvernement ſi juſtement célebré dans l'Europe
entière , ſur le commerce & fur l'induſtrie
de ſes habitans , &c .
ود
*
- L'eſpèce humaine , dans cette contrée,
eft belle , de cette beauté de caractère à
la Raphaël & à la Dominiquin. Dans les
■ formes , dans la taille, dans les teintes ,
> on lit l'influence d'un beau climat , d'une
ود bonne température , d'un bon air , &
d'excellens alimens . »
L'article de Sienne eſt enrichi d'un mémoire
ſur la Maremme , dans lequel on
examine les cauſes du mauvais air , & les
moyens de les détruire.
La deſcription du Veſuve, alors en corruption
, préſente un des objets les plus piquants
de l'Ouvrage.
Des beautés d'un autre genre ſe ſuccèdent
dans le voyage de Pouzzole , Baies , Cumes ,
&c. Les débris d'antiquité , les fameux
champs-éliſées , les étuves de Néron , le lac
Averne , la Solfatarre , &c. paroiffent tourà-
tonr& fixent l'attention .
Palerme
DE FRANCE.
73
R
15
Palerme , & toute la Sicile parcourue ,
obſervée & décrite avec ſoin , forment un
article important , & qu'on ne rencontre
point dans les autres voyages d'Italie. Les
moeurs des Siciliens, la richeſſe de l'Histoire
naturelle , le nombre des ruines, le commerce
en particulier, préſentent une variété
d'objets , propres à intéreſſer également le
Philoſophe , l'Antiquaire & le Négociant.
Malthe, dont l'Auteur nous développe
le gouvernement , donne lieu à des idées
neuves & des faits peu connus ; l'ordre
des Élections , l'influence de chacun des
ordres , les loix, la marche de l'adminiſtration
, les moeurs , les productions , les rela
tions , &c. enfin , des remarques ſur legouvernement
d'Alger rendent cette partie trèsérendue.
L'ancienne Syracuſe , Catane
l'Etna , Meſſine, complettent la deſcription
de la Sicile.
Onnous offre enfuite le tableau de Naples,
ſes fêtes , ſes uſages, ſes moeurs , & detout
ce qui peut ſervir à la connoiſſance de cette
Ville. " Iln'eſt pas poſſible d'afligner un ca-
>> ractère aux Napolitains en general ; ces
>> gens -là n'en ont point & ne fauroient en
» avoir. A cet égard , ils ſont dans le cas
>> d'une infinité d'autres Peuples. Par- tout
" où il y a un Maître , ſon exemple donne
>> le ton, chacun ſe modifie ſur ſes goûts, ſur
> ſes inclinations; & les influences du climat,
» ſans être abſolument détruites , feront
Nº.6 , 9 Février 1782, D
:
74
MERCURE.
„ tellement voilées , tellement étouffées ,
✔ que , malgré les grandes differences
qu'elles jetteront dans la manière de fentir
» &d'être des individus , on n'y verra que
➡ des nuances qui ne ſuffirent jamais pour
- déterminer un caractère.
>> Les moeurs , chez une Nation , influent
fur les Arts. De-là , l'idée & l'exécution
> du fublime chez les Grecs , le grand& le
• pompeux chez les Romains. »
Arrivé à Rome par le Mont- Caffin , l'Au
teur, donne für le gouvernement de cette
Ville , fur ſes Spectacles, &, à leur occafion ,
fur la Langue , la Poéfie & la Muſique ,
enfin ſur les antiquités&toutes les produc-
Fions des Arts , des détails que nous ne
pouvons même indiquer.
1
«Quelle que foit Rome aujourd'hui , plus
> cultivée que bâtie, plus déſerte que peu-
> plée , nulle part l'ami des Arts n'eſt ſeul
dans ſa vaſte enceinte; tous les lieux lui
offrent à l'envi des objets d'admiration
& d'étude; tout le tappelle à la grandeur
- des temps antérieurs , à la haute élévation
>> du génie , à l'immensité des entrepriſes
73 dont l'idée ſeule forme un poids qui
accable les eſprits du ſiècle , à la hardieſſe
> dans l'exécution , tantôt à la fécondité ,
> à l'immenfe richeſle dans les ornemens ,
tantôt à la ſimplicité , à la nobleffe qui
>> caractériſent les plus beatix tempsdeRome.
Il fuit les fiècles , il lit leur décadence
!
11
DE FRANCE
75
ں ی ہ ن
5
➡ dans leurs monumens mêmes; il pleure
✓ fur ces temps de barbarie, où les horreurs
de l'ignorance ou de la cruauté artachèrent
- aux Romains les reſtes de leurs triomphes
» & de leur gloire, & à l'Univers entier ,
- les uniques ſources de la ſcience & du
• goûr......Patrie des Arts, depuis que la
• Grèce fut anéantie , mère du goût , protectrice
des talens, ta bénigne influence
en inſpire l'idée , en féconde le germe
➡ tu dictes les loix du beau , tu aggrandis
Pame , tu échauffes l'imagination , tu en
•flammes le coeur. On ne vit point chez
toi , on n'eſt point accueilli dans ton
> ſein , fans paſſer d'une douce émotion à
• l'enthousiasme ; & celui qui peut te
➡ quitter fans répandre des larmes, eſt indigne
de te voir. >>>
La route de Rome à Venife par Lorette,
Ravenne , Ferrare & Mantoue, préſente la
deſcription de ces divers lieux & des campagnes
qui les ſéparent, ainſi que des obſervations
fur une manière particulière de cultiver
la wigne & le musier dans le Man
rouan , &c.
L'aſpect de Veniſe eſt plutôt fingulier
qu'agréable.
" Une ſituation baſſe; au lieu de rues ,
>>des canaux étroits , tortueux , des maiſons
- hautes, des vûes courtes , de la malpro
" preté , de la mauvaiſe odeur ; tout cela
> peur beaucoup étonner , parce, que ne
voyant toutes ces choſes qu'en petit , mais
Dij
76 MERCURE
>> par tableaux continuellement répétés , on
>> s'en fait un tout, une maffe , dont affu-
>> rément on n'a rien vu de ſemblable
» ailleurs.....
ود
>>Reſte , pour intéreſſer , l'intérieur des
édifices publics ou particuliers , où les
→ étrangers ont accès , comme par-tour ,
>> pour y voir les curiofités de divers gentes
» quiy font répandues ;les ſpectacles, dont
>>ils peuvent jouir comme les Nationaux ,
» & qu'ils embelliffent par leur concours ;
>> enfin , la ſociété,plus ſéduiſante peut- être
>> que nulle part.
Le détail de ces curioſités , la peinture
desmoeurs doucesdes Vénitiens , le Gouvernement
, les Arts , & particulièrement la
Muſique & les Spectacles , concourent à
faire deVeniſe une des parties les plus agréables
de l'Ouvrage.
Padoue , preſque déſerte , eu égard à fon
étendue ; Vicence , Ville pauvre malgré le
grand nombre de ſes Palais ; Véronne, agréablement
ſituée , & la plus peuplée des États
Vénitiens ; Breſcia , qui , avec beaucoup de
nobleſſe ancienne , eſt encore riche & puiffante
; enfin , Bergame & Milan , ſont examinées
par le Voyageur qui les traverſepour
aller à Gènes , où il s'arrête.
Embarqué pour la Toſcane , il va viſiter
Piſe , toujours agréable par ſa ſituation ,
quoique fort déchue ; l'Iſle d'Elbe , célèbre
par ſes mines de fer , & Livourne, « où la
> diverſité des Nations réunies , dont char
:
DE FRANCE. 77
> cune conſerve quelque choſe de ſes moeurs
»&de tes manières , fait un enſemble qui
>> s'éloigne affez des moeurs & des manières
>> Italiennes poury trouver de la difference ,
>> mais pas affez pour que celles - ei n'y
>> dominent point encore. "
De retour à Gènes , il paſſe à Antibes
à Graffe , traverſe le Var , voit Nice &
Villefranche , gagne Turin par le col de
Tende, rentre en France par le Mont- Cenis ,
viſite la grande Chartreuſe , & fait de Lyon
le centre de pluſieurs excursions en Dauphiné
, en Forêt , au Puy , en Breffe , &c .
continuant toujours ſes obſervations fur le
fol, les productions , la culture , les moeurs ,
les arts &le commerce , il finit par la comparaiſon
des États qu'il a vifirés .
Cet Ouvrage , en fix Volumes , eſt une
fuite de Lettres , genre d'écrire qui ſemble
excufer les répétitions & la fréquente incohérence
des matières. Les idées y abondent
, ainſi que les choses; mais celles- ci ,
préſentées comme elles le font , ne forment
pas un enſemble qu'on puiſſe ſaiſir au premier
coup- d'oeil ; il faut relire pour tout
diftinguer. La diction , quoique rapide , eft
ſouvent négligée ; la partie Typographique
ne l'eſt pas moins. Au reſte , ony retrouve
l'empreinte d'une ame forte & fenfible
d'un eſprit cultivé&philoſophique. La mul
tiplicité des fairs , la nature & la variété des
obſervations , les détails de moeurs , &c. en
font un Ouvrage qui peut ſervir de Manuel
,
:
Diij
79 MERCURE :
aux Voyageurs , & fatisfaire la curiofité de
ceux qui ne font pas à portée d'entreprendre
un aufli long voyage...
LES APRÈS - SOUPÉS de la Société. A
Paris , chez l'Auteur , rue des Bons-Enfans;
vis-à-vis la cour des Fontaines du Palais
Royal,
M. de Sauvigny , qui ſe déclare l'Auteur
du ſecond Volume de ce Recueil , y insère
pluſieurs Pièces d'un genre different pour y
jeter plus de variété ,& l'on pourra fe procurer
les unes ou les autres ſeparément.
Il ſe propoſe de donnerdans le même format
laCollection entière de ſes Ouvrages.
Lecayer que nous annonçons contient les
Amans François , Comédie en deux Actes
& en vers , à l'occaſion des Avantages remportés
ſur mer & ſur terre par les François
&les Etats-Unis de l'Amérique dans la Virginie.
On lira cette Pièce avec plaiſir. , furtout
dans les circonstances .
Clarice , nièce de M. Liſimon , avoit été
promiſe à Saint-Clar , qui ſert dans la Marine
, mais , depuis, la mère de la jeune perſonne
l'a promiſe au Marquis Lucidor. Flo
ricour , oncle de Saint-Clar , arrive de la
Bretagne pour demander à ſon ami Liſimon
la main de ta nièce , promiſe depuis ſi longtemps
à fon neveu. Liſimon , qui eſt un nouvelliſte
, un politique comme il y en a rant ,
:
DE FRANCE.
dem
1
le reçoit d'un air très occupé , lui objecte
l'éloignement de la femme pour ce mariage ,
& lui apprend d'ailleurs qu'ils font brouillés
depuis quelques jours. Floricour , qui les
avoit toujours vus bien unis , lui demande
la cauſe de cette brouillerie.
J'ai toujours entre vous vu régner l'harmonie ,
Et je ne conçois pas ce qui peut la troubler.
LISIMON.
Tenez , en vérité, je rougis d'en parler.
C'eſt ſa maudite Angiomanie :
1
Tout ce qu'on fait, vaut mieux à Londres qu'àParis.
Ses robes , fes chevaux , ſes gens ſont à l'Angloiſe.
Quoiqu'elle ſache bien que cela me déplaife*,
C'eſt toujours contre nous qu'elle fait des paris.
Je venois d'en perdre un; je ſuis un peu colère,
J'ai rompu tout-à fait.
Floricour fort dans l'intention de les
raccommoder, Saint- Clar ,qui vient d'apprendre
en arrivant à Paris , qu'on doit donner
Clarice au Marquis Lucidor, ſe préſente
à Lifimon pour s'en éclaircir ſans ſe faire
connoître. Lifimon demande à Saint- Clar
lui- même des nouvelles de Saint-Clar : favez
- vous , lui dit- il , s'il eſt de retour ? Saint-
Clar lui répond , avec quelque embarras :
*Ilfalloit, pour l'exa Aitude grammaticale , me déplak.
1
Div
80 MERCURE
Monfieur,ileſt ici.
LISIMок.
Dequand?
SAINT - CLAR.
Levoyez-vous ?
D'aujourd'hui même.
LISIMON.
SAINT - CLAR,
Mais.... oui.
LISIMON.
Sa valeur eſt extrême;
Dans ladernière affaire il s'est très-bien montré.
SAINT -CLAR
LISIMON.
Ilafait fon devoir.
Il a fait davantage. :
Monfieur, on m'a fort aſſuré
Qu'il s'étoit diftingué par un trait de courage.
SAINT - CLAR.
J'ignore de quel trait vous voulez me parler :
DesMarins le courage eſt le moindre mérite =
Jeles ai vu combattre ,& tous ſe ſignaler
Par la capacité , le zèle & la conduite ;
Je n'ai point diftingué St-Clar à ſes hauts faits ;
J'ai vu par-tout la gloire oùj'ai vu des François.
DE FRANCE.
Tout ce que dit-là St-Clar eftnoble&inte
reffant. Ilmérite d'être heureux.Auffiles deux
oncles&Made Liſimon s'accordent-ils pour lui
donner Clarice; mais dans la perfuafion que
le mariage de Clarice & de Lucidor va ſe
conclure, St-Clar a diſparu, & on le cherche
long-temps en vain. Enfin , ſon propre rival,
par un retour de généroſité qui l'emporte
fur ſon amour, parvient à le découvrir , &
le ramène aux pieds de fa maîtreffe. Mais
Saint-Clar a perdu toute fa fortune; il a le
courage de le déclarer à Clarice , qui , ſans
l'en aimer moins, ne fait que l'eſtimer davantage;
d'ailleurs , l'oncle de Saint-Clar lui
donne tout fon bien; leur mariage ſe termine,
& Liſimon s'écrie :
Ab! queje ſuis content!une foisdans la vie
Ma femme a fait ma volonté.
ODEfur la Mort de l'Impératrice-Reine de
Hongrie & de Bohême, avec des Notes
Historiques , par M. Courtial. A Paris ,
chez les Libraires qui vendent les Nouveautés.-
Odefur la Naiſſance deMgr.
le Dauphin , & fur les Avantages remportés
récemmentpar les Armées du Roi ,
par le même. A Paris , chez Lamy , Libraire,
quai des Auguſtins.
La mort de l'illuſtre Marie-Thérèſe a
fait couler des larmes au-delà des bornes de
fes États; c'eſt que fa gloire& ſes bienfaits
Dy
$2 MERCURE
ont franchi les limites de ſa domination,
M. Courtial vientdejoindre à tant d'Orai
fons Funèbres un nouvel hommage poëtique.
Son Ode pourroit donner lieu fans
dureades obſervations critiques ; mais le
Lecteur doit meſurer ſon indulgence à la
difficulté du genre, & l'on fait qu'après la
Muſe de l'épopée , celle de l'Ode offre le
plus de difficultés à vaincre au Poëte. On
voit que M. Courtial a étudié ſes modèles,
&qu'il connoît le ton lyrique.Nous allons
citer une ſtrophe qui donnera une idée du
ſtyle de l'Auteur.
:
La Diſcorde , planant pour l'effroi de la terre,
SurdeuxTrônes long-tems jaloux de leurs grandeurs,
Ébranloit l'Univers de ſa voix de tonnerre ,
Appelant les combats, les haines, les fureurs i
Son oeil eſt brûlant de rage ;
Satorche peint le carnage ;
Ses ferpens fifflent épars ;
De tous les fléaux miniſtre
Elle étale un front finiſtre
Ala fille des Céfars.
M. Courtial ayant travaillé fur le même
fonds que les Auteurs des Oraiſons Funebres
qui ont paru , craint qu'on ne lui reprochedes
reſſemblances apparentes & inévitables.
Il atteſte plusieurs personnes dignes
defoi, des Academiciens même, que toutes
les idées de fon Ode lui appartiennent ; que
par exemple , le parallèle entre l'lampéra
DE FRANCE . 83
.3
trice & Sémiramis étoit dans ſon Ouvrage
avant qu'on cût rien publié ſur la Mort de
l'Imperatrice.
Son Ode fur la Naiſſance de Mgr. le
Dauphin , &c. eſt un hommage patriotique ,
qui ne peut qu'être applaudi par tous les
bons Citoyens. Nous allons en faire con
noitre deux ſtrophes.
F
20
:
ビ
CHAÎNE d'un ordre qui commence
Tu te dévoiles à mes yeux.
Ta noble deſtinée , ô France ,
Égale la hauteur des cieux ;
L'Océan te ſoumet ſes ondes;
Ta gloire embraſſe les deux mondes ;
Ils te prodiguent leurs tréſors ;
Des vents l'haleine mugiſſante ,
Ates deſirs obéiſſante ,
Les précipite vers tes bords.
Du ſein du nouvel hémisphère ,
L'Américain te tend les bras ;
Puiſqu'on l'opprine , il eſt ton frère ;
Il ſuffit , tu le vengeras ;
Sous une favorable étoile ,
Tes forêts qu'entraîne la voile ,
En forts tonnans couvrent les mers;
Pour prix de tes grands facrifices,
La liberté ſous tes auſpices
Fleurit dans cet autre Univers.
:
:
:
Dvj
84 MERCURE
LETTRES du Chevalier de Saint-Alme &
de Mlle de Melcourt , par Mile de***,
* Volume in- 12. de 241 pages. A.Paris ,
chez Delormel , Imprimeur - Libraire,
rue du Foin; laVeuveDucheſne, Libraire,
rue S. Jacques, &c. 178 L..
CET Ouvrage eſt d'une jeune perfoane:
beaucoup de chaleur , trop peut - être;
quelques ſituations affez heureuſes , les
idées fingulières d'une imagination qui paroît
exaltée : en voici au hafard un exemple.
C'eſt Rosette qui , après avoir eu le malheur
de céder au Chevalier de Saint-Alme
par des circonstances qui la rendent pour
ainſi dire excuſable, lui dit : " Non Saint-
Alme, je ne t'épouserai jamais; tu m'es
pu
Soumettre, tu pourrois un jour m'embrâfer.
Ne t'élève pas contre cette appréhenfion
de ma part , parce que je te crois
trop de juſtice & de nobleſſe dans l'ame
pour t'imaginer capable de m'accabler jamais
d'un reproche ; mais tel ſeroit l'etat
pénible de mon coeur , qu'il croiroit entendre
la plainte avant même qu'elle eût pris
le plus léger accès dans ton idée,& par le
plus bizarre contraſte, juſqu'à des ménagemens
trop délicats de ta part, me feroient
encore rougir de la réſerve à laquelle te
contraindroit ma foibleſſe..
D'ailleurs , mon cher Saint- Alme, les
yeseus des Amans different de celles des
DE FRANCE. 85
Epoux; l'Amour implore des facrifices , &
Hymen exige des tributs , j'ai fatisfait à
l'un au préjudice de l'autre ; il eſt ſenſible
que je trouverois occaſion de me repentir
des dons que je t'ai faits trop-tôt. Vis- à- vis
de moi l'apparence d'un tort pourroit t'en
offrir la réalité , & j'aurois perdu ce droit
puiſſant de la vertu intacte qui fait anéantir
tout ſoupçon par l'évidence foutenue de
fon innocence ,& pour lors un tendre mouvement
de jalousie n'est qu'un ſouffle propre
à ranimer le feu du ſentiment. Mais ,
-grand Dieu ! fi par une injuftice involontaire,
ſi par une de ces erreurs que l'Amour
lui-même enfante , mon Epoux ofoit concevoir
des doutes ſur ma conſtance , j'aurois
-l'amertume affreuſe de ſavoir ſes craintes
motivées , & qu'il pourroit ſe dire : " Elle
s'eſt bien égarée dans mes bras , elle peut
échouer contre un ſemblable écueil. O
fouffrance inexprimable , ô penſée déchirante
! Non, Saint-Alme, je ne t'épouſerai
jamais , je le répète , je t'aime trop pour
me mettre à même d'éprouver pendant un
feul inſtant de l'altérationde ta tendreſſe.
Maisnecrois pas non plus que jamais je
diſpoſe de mon être en faveur d'un autre ;
je t'appartiens à trop de titres; mon amour
me lie à toi pour ma vie; &je regarderois
conume la plus vile baſſeſſe ou de tromper
ou den'apporter à un homme que les débris
Aetrisd'un coeur dont un autre auroit recuelli
les fraîches prémices ; d'ailleurs, mon
86 MERCURE
ami , j'ai dans l'idée que la conſtance elle
ſeule peut rendre IAmour une vertu ; que
la creature fentible,penſante&delicate, ne
doit contracter dans ſa vie qu'un ſeul engagement
( que le penchant doit déterminer);
&dans ma manière de penſer , en former
un ſecond me paroît faire une proſtitution
de foi-même. "
Ce ſyſteme , que l'Héroïne du Roman
s'eſt formé , qu'elle ſoutient long - remps
avec conrage & avec eſprit , donne lieu à
des developpemens intéreſfans , à des peintures
vives , à des lettres enfin qui annoncent
dans ce jeune Auteur de l'imagination ,
de l'eſprit & de la ſenſibilité ; c'eſt en effer
le premier Ouvrage d'une très - jeune Demoiſelle
, qui ne pourra manquer d'occuper
un rang diftingué ſur le Parnaffe des illaſtres
Françoiſes.
(CetArticle estde M. de Lalande. )
SPECTACLE S.
LE FOYER.
:
FORT bien , va-t'on dire en lifant cetitre ;
mais à quel Spectacle ſommes-nous ? De la
difcretion , mon cher Lecteur. Si elle vous
contrarie un peu , elle me fert à merveille ,
&j'ai bien des raiſons pour en faire ufage,
!
DE FRANCE. 87
1
RE
Peut-être m'allez - vous demander pourquoi
je ne vous donnerois pas des moyens detournés
de fatisfaire votre curioſite. Eh bien !
quand je vous dirois: c'eſt le Foyer où l'on
écoute avec une attention ſuivie les faifeurs
de pointes & de calembourgs , tandis qu'on
y baille aux obfervations des gens de goût;
c'eſt le Foyer où les talens ſont ſouverainement
jugés par les perſonnes qui ont employé
tout le temps du Spectacle à étourdir
les Spectateurs par leurs éclats de rire immoderés
, & par le ſcandale de leur étourderie
; c'eſt le Foyer où l'Artiſte , qui a ſalué
la veilleunObſervateur dans l'eſpoir de s'attirer
quelques éloges , lui tourne le dos le
lendemain , indigne de ce qu'il n'a été que
juſte. Quand je vous dirois tout cela , en ſe-
Fiez vous plus avancé ? Non , m'allez-vous
dire. En effer , car je ne cherche qu'à vous
dépaïfer. Écourez ſeulement mon récit. J'y
entre ce foir, & j'entends le vieux Géronte,
qui, eſcorté du grand Licidas, ſon ſurvivancier
dans le titre d'Orateur des Foyers , s'ex
plique fur les événemens récens de nos
Theatres .-Non , Meſſieurs , on ne me perfuadera
pas que le Public ait en le droit de
demander que M. Grammont ne jouât pas
le rôle d'Orofinane ( le Samedi 26 Janvier )
après deux ans de fuccès , & après que ce
Comédien a réuni les fuffrages des vieux
connoiffeurs. Comment ſe peut il que de
jeunes têtes ſe croient plus inſtruites que
nous ,& s'élèvent avec indécence contre les
88 MERCURE
talens d'un homme dont nous avons apperçe
le mérite , nous autres qui n'avons pas vieilli
pour rien. Il y a quelque choſe là-deſſous ,
j'en ſuis sûr. Monfieur , reprit un homme
encore jeune , &dont la phyſionomie compoſée
annonçoit de la fineſſe &du bon ſens ,
je crois pouvoir être sûr qu'il n'y a rien làdeſſous
que de l'humeur ,& que fi cette humeur
a éclaté avec infiniment de vivacité ,
c'eſt que depuis long-temps le Public s'efforçoit
de la cacher. Mais le moment eſt
venu , & il s'est fait justice. Ce n'eſt pas que
je l'approuve; car elle a été pouffée ſi loin,
que j'en gémis encore pour celui qui en a été
la victime. Obſervons cependant que plus
le Public a vu un Comédien avec l'oeil de
l'indulgence , plus il a fondé d'eſpérance fur
fes talens , plus il lui a prodigué d'encouragemens
,&plus il a le droit d'exiger de lui
que ſes études , ſes travaux habituels , ſe
réuniffent tous ſur ſon état& ſur les progrès
qu'il abeſoin d'y faire pour mériter de
la réputation. Le Kain venoit de mourir ,
M. Grammont a paru ,& tout le monde a
crié au miracle, on a eu tort. Cette efferveſcence
a duré long- temps , beaucoup trop
long-temps pour l'avantage de cet Acteur ,
dont l'amour - propre a dû ſe familiariter
avec l'idée de fupériorité qu'on s'efforçoit de
lui donner de lui même.De- là, plusde travail,
ou ſeulement ce qu'il en faut pour connoître
légèrement un rôle; de là, quelques marques
de mécontentement de la part du Public
:
DE FRANCE. 89
ا.
pr
스
RE
Savesa
olea
que l'Acteur , par une ſuite de fon amourpropre
, a dû trouver très- injuſte ; de - là
enfin , de l'obftination d'un côté , de l'humeur
de l'autre , & puis la vengeance. Je
ne vois rien là que de naturel. Je ſuis fâché
que le Public ſe laiſſe emporter à des mouvemens
auffi impétueux , auſſi barbares que
ceux qui l'engagent à ſe venger de la négligence
d'un Artiſte , comme on ſe vengeroit
d'un ennemi capital ; mais je trouve encore
tout fimple quecelui qui eft extrême dans ſon
amitié, ſoit extrême dans ſa fureur. Elevonsnous
contre la légèreté avec laquelle on accorde
aujourd'hui du mérite,& même un grand
mérite à ceux qui font les premiers pas dans
une carrière , & nous épargnerons des cha
grins aux jeunes gens dont la tête ſe ſeroit
perdue fans retour aux éloges immodérés
dont on les auroit enivrés. Afin d'être exactement
vrai , & quoique j'aie pour mon
compte bien des reproches à faire à M.
Grammont , je n'aimerois pas à voir le Public
s'accoutumer à faire de pareilles exécutions
; car il eſt certain qu'avec une
vingtaine de ſots en cabale , la médiocrité
& la haine pourroient conduire le Public
à l'oubli de toute décence , & nous
priver,par ces excès, de talens que l'on auroit
des raiſons pour ne point aimer , & que
l'on parviendroit à éconduire. Je ne vois
guères que des abus au Theatre; il faut ,
je crois , s'oppoſer à ceux que l'on pourroit
y introduire encore. Laillons -là cette
Scène malhonnête , dit Licidas , & parlons
00 MERCURE .
de la Tragédie nouvelle. Monfieur a fans
doute vu Manco * ?-Oui, Monfieur. Qu'en
penfez-vous?-Puiſquevous me faites l'honneur
de m'interroger, je vous dirai franchement
que l'Ouvrage , avec de très beaux détails,
me paroît denué d'intérêt , & n'étoit
pas fufceptibled'entraîner un grand nombre
d'eſprits raiſonnables. Ce n'eſt peut- être pas
au Theatre qu'il faut difcuter les avantages
qui réſultent de la civiliſation , ni examiner
la difference qui exiſte entre les vices & les
vertus de l'homme civil & de l'homme naturel.
Voyez le rôle que l'Auteur fait faire à
Manco.CePrincea ſubjugue les Anquis;Huaf
car , leur chef, eſt inſtruit par Manco même
du defir qu'il a de faire leur bonheur en les
civiliſant ; il tient de ſa géneroſite la vie & la
liberté, &il n'en fait uſage que pour méditer
la perte de ſon bienfaiteur , pour projetter
fourdement des conjurations & des alfaffinats
.Manco le fait;&ce Prince, au méprisde
tout ce que la politique lui ordonne de faire
pour le ſalutde ſon Royaume , pardonne ,&
ne ſe laſſepointde pardonner à un frénetique
qui peut , en ſuivant l'eſſor de ſa rage,boule-
* Manco Capac, Tragédie en cing Actes & en
vers , par M. Leblanc , remiſe au Théâtre le Lundi
28 Janvier. Cet Ouvrage a été donné pour la première
fois en 1763 avec un fuccès très médiocre.
La première Repréſentation de la repriſe a été fort
mal reçue ; à la troiſième , on a demandé l'Auteur...
&puis prenez les caprices du Public pour la baſe de
vos obſervations.
E
1
DEE FRANCE.
127
k
ت ف :
Σ
1
1
verſer l'État, alfaſſiner le Roi, fairepérir tous
ceux qui pourroient avoir des prétentions au
Trône,& replonger un Pays entier dans toutes
les horreursdela barbarie.Soyons vrais : Eſt ce
la le rôle que l'on doit faire jouer à un grand
Prince? C'eſt une belle choſe que la Philofophie
; elle est en ſoi bien reſpectable , &
bien utile au bonheur de l'homme ; mais ,
dans la bouche &dans les actions d'unhomme
placé à la tête d'un grand Royaume , & qui
doit à ſes ſujets compte de leur bonheur , elle
ne doit jamais s'éloigner des intérêts des Peuples
: elle doit au contraire s'y rapporter fans
ceffe , & ne marcher jamais fans la politique
, fans cette politique ferme & raiſonnable
qui fait conduire à propos aux moyens
depaix&de conciliation,& qui ſévit avec un
courage égal contre les caractères indiſciplinables,
contre les Sujets qui peuvent occaſionner
des révolutions dangereuſes. Huaſcar ne m'a
point fatisfait. Ce n'eſt pas unhomme ſauvage;
c'eſt un tigre féroce,c'eſt un raiſonneur orgueilleux,
qui connoît à- peu- près, & qui condamne
la civiliſation,parce qu'illa croit fatale
au bonheur de l'homme;&ce bonheur, dont
il parle fans ceſſe , c'eſt toujours au prix du
fang humainqu'il voudroit l'acquérir. J'ai cru
d'abord qu'il feroit généreux , mais fa facilité
à conſpirer, fon orgueil inſupportable , fon
ame inflexible & barbare , ſon ingratitude
affreuſe , tout cela m'a convaincu qu'il n'étoit
réellement digne ni de grace ni de ſupplice.
On fait quel ſeroit ici le fort d'un pa92
MERCURE
reil perſonnage , quand même il n'auroit
que la moitié des vices d'Huaſcar. En fortant
de la première repréſentationdeManco,
j'ai repris les OEuvres de J. J. Rouſſeau ,
& j'ai vu qu'il étoit des matières ingrates
qui ceſſoient de le paroître ſous la plume
d'un homme de génie.Sans me convaincre
Rouffeau a ſu m'attacher , & c'eſt poſitivement
ce qui manque à la Tragédie. Ma mémoire
m'a aufli rappelé quelques Ouvrages
de Voltaire , où il traite des mêmes objets ;
j'y ai porté les yeux ; mon coeur &ma raiſon
enontjoui. Comme cet Écrivain a su y mêler
les intérêts de l'humanité avec celui qui
doit néceſſairement faire marcher un Ouvrage
Dramatique ! Avec quelle intelligence
il a fondu les nuances générales & particulières
!C'eſt à ces traits queje reconnois l'homme
appelé à faire des Pièces de Théâtre...
Mais je m'apperçois que je ferois beaucoup
trop long fi je diſois tout ce que je penſe de
Manco. Je m'arrête, & je laiſſe aux Obfervateurs
le ſoin d'examiner les fautes & les
beautés de cet Ouvrage , qui doit , dit- on ,
bientôt paroître imprimé. M. Licidas avoit
écouté ces obſervations ſans rien dire ; il
regarda le vieux Géronte pour ſavoir ce qu'il
en falloit penſer. Celui-ci remua la tête , ſe
leva , partit d'un air d'humeur , & ne manqua
pas d'aller dans un coin de la falle
direbeaucoupde mal d'un homme qui avoit
eu le front de parler devant lui commeun
connoiffeur , ſans lui en avoir demandé la
permiffion.
DE FRANCE.
93
TABLEAU
GRAVURES.
ABLEAU de toutes espèces de Succeffions régies
par la Coutume de Paris , & Computation des
Degrés deparentéſuivant le Droit Civil & le Droit
Canon. A Paris , chez la Veuve Hériſſant , rue Neuve
Notre- Dame ; & chez l'Auteur , rue de la Vieille-
Draperie , maiſon de M. Gaillard , Notaire.
CeTableau peut étre utile à tous Praticiens &
Gens d'Affaires; il eſt même à la portée de toutes
aurres perſonnes par la manière facile dont on y
calcule les degrés de parenté , & par l'application,
des principes en matière de ſucceſſions à toutes les
eſpèces différentes , telles que les fucceffions de
propres réels, les propres fictifs & les biens nobles
en ligne collatérale , &c. auxquelles on a joint des
exemples rendus ſenſibles par des tableaux généalogiques.
Théâtre de la Guerre actuelle fur la Méditerrannée,
comprenant l'invasion de l'Iste de Minorque ,
avec les Plans du Port Mahon , du Fort Saint-
Philippe , une partie des Côtes d'Espagne , de Barbarie
& du Détroit de Gibraltar, par M. Biron
de la Tour. Prix , I livre 4 fols. A Paris , chez Efnauts
& Rapilly , rue S. Jacques , à la ville de Coutance.
On trouve à la même adreſſe une nouvelle Carte
de lapartie de la Virginie , où l'Armée combinée de
France& des États-Unis de l'Amérique a fait pri-
Sonnière l'Armée Angloiſe commandée par le Lord
Cornwallis , avec le Plan de l'attaque d'Yorck
Town & de Glocefter. Prix, 1liv. 4 fols.
Les Dons merveilleux de la Nature. in -folio's
04 MERCURE
Regne Minéral , premier Cahier , très-bien colorie..
Prix , 18 liv. A l'aris , chez M. Buchoz , Docteur
en Médecine , tue de la Harpe , en face de la Sorbonne.
Antiquités d'Herculanum , no.5 , in - 8 ° . Prix,
6livres, & 9 liv. in-4°. On ſouſcrit pour cet Ouvrage
en payant d'avance les deux Numéros qui
ſuivront ceux déjà annoncés , & ainſi de fuite tous
les fix mois. Les perfonnes de Province , dans l'intérieur
du Royaume, recevront fans aucun frais les
Cahiers aux termes indiqués dans le lieu de leur réfidence
s'il y a Bureau de pofte , ayant ſoin de faire
remettre le montant du prix annoncé , franc de
port , à M. David, Graveur , à Paris , rue des
Noyers.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
د
-
0Nevient de mettre en vente chez Moutard .
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i
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chezMoutard, Imprimeur- Libraire , rue des Mashurios.
Histoire de la Maison de Bourbon , par M.
Deformeaux , in - 4°. Tome III. A l'Imprimerie
Royale.
Observations historiquesſur la Littérature Allemande
, par un François , nouvelle Édition , ſuivie
de Remarques ſur le Théâtre Eſpagnol, par leBaron
de Cronegk , & quelques Lettres ſur Leibnitz & ſur
M. Gefner , in-12. Prix, I livre 16 fols. A Paris ,
chez Savoye , Libraire , rue S. Jacques.
Histoire ancienne des Hommes , in-12 &in-8 °.,
première Partiedu Tome XIII. A Paris , chez M.
de la Chapelle, Fue baffe du Rempart.
Mémoires & Éloges lus dans la Séance publique
du Bureau Académique d'Ecriture , en pré
fence de M. Lenoir , &c le 8 Novembre 1781 , par.
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rue Hautefeuille.
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La France illustre , ou le Plutarque François,
par M. Turpin , in- 4° . , troiſième Souſcription ,
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Opinion d'un Citoyen fur le Mariage & la
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Sacrifice des Gafcons en l'honneur des Réjouiffances,
Dialogue en Récit , en accent gaſcon ,
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Second Volume de l'Ami des Enfans , par M.
Berquin. On ſouſcrit à Paris , chez Piffot & Barrois
, Libraires , quai des Auguſtins. Le prix de la
Souſcription eſt de 13 livres 4 ſols pour Paris , &
16 liv. 4 fols pour la Province.
TABLE
V
ERS pour célébrer laNaif- Les Après- Soupers de la So-
JancedeMgr. le Dauphin , ciété ,
:
78
49 Odefur la Mort de la Reine
Clémentine&laRose, Idylle, d'Hongrie , 81
50 Lettre du Chevalier de Saint-
Le Sagede la Perfe , Apolo- Alme & de Mlle de Melgue,
SI court, 84
L'Exemple Inutile , 52 Le Foyer,
86
Enigme& Logogryphe , 66Gravares,
وا
Lettres écritesde Suiffe, &c. 68 Annonces Littéraires ,
APPROBATIΟΝ.
94
FAI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi , Février. Je n'y ai
zien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.AParis .
de8 Février 1782. DE SANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 1 2 Décembre.
LA grande affaire de l'établiſſement d'un
Conful- Général Ruſſe , entamée il y a près
d'un an par M. de Stachieff , vient d'être
enfin terminée par M. de Bulgakow. Ce
dernier n'a pas trouvé auprès du nouveau
Reis Effendi les obſtacles que ſon prédéceſſeur
avoit oppoſés à M. de Stachieff. On
lui a remis le bérat ou diplome impérial
par lequel M. de Laskaroff eſt reconnu
Conful-Général de Ruſſie dans les trois
Provinces de Modalvie , Valachie & Beffarabie
; fa réſidence eſt fixée à Bucharest ,
d'où il aura la liberté d'aller demeurer à
Yaffy & dans tout autre endroit de ces
Provinces où ſa préſence ſera jugée néceffaire.
Le Conſul Ruſſe va ſe rendre en
conféquence inceſſamment à ſa deſtination
Il ne reſte plus au Miniſtre qu'à convenir
des conditions d'un traité de com-
9 Février 1782 . C
( 50 )
merce ; il devient d'autant plus important
que le paſſage de la mer Noire à l'Archi
pel eſt à préſent très fréquenté; le libre
Tranfit des bâtimens ſouffre des difficultés.
La Porte voudroit en exclure ceux qui
font chargés de grains ; il pourroit être en
effer funeſte à la tranquillité de cette Capitale
, de laiffer dans des tems de diſetre
pafler des navires chargés de ſubſiſtance ,
fans ofer les arrêter pour en acheter de
quoi ſatisfaire aux besoins des habitans.
>> Le Chan de Crimée , écrit-on de Caffa , a tranf
porté ſa Cour ici , & y fera déſormais ſon ſéjour.
Ily eſt à portée de faire un commerce plus avantageux
qu'ailleurs ; & ce qui n'est pas moins intéreſſant
pour lui , il ſe rapproche des garniſons
que la Ruffie tient dans les deux villes de Kertſch
&de Jenicalé , ſous la protection deſquelles il pourroit
ſe retirer , s'il ſurvenoit des troubles de la part
de la Porte ou de ſes propres ſujers. Le penchant
qu'il a pour les Francs & pour les moeurs de l'Europe
, ne doit pas leur plaire. Sa manière de vivre eft
à l'Européenne; fes mets font apprêtés à la Francoiſe
, ſa table eſt ſervie en argent , il fort en carroffe,&(
ouvent il permet aux femmes de ſon Harem
de s'ajuſter comme les Dames Chrétiennes Ila pris
àſon ſervice un Officier Anglois nommé Robinfon ,
& l'a chargé d'exercer ſes troupes à l'Européenne ,
mais d'employer beaucoup de douceur pour ne pas
effaroucher des hommes naturellement indociles &
prévenus contre les moeurs étrangères ; la crainte
d'indiſpoſer ſa Nation l'empêche de toucher aux
grandes barbes des Tartares contre leſquelles il n'a
pas moins d'antipathie que le Fondateur de la Ruffie.
Mais plus circonfpe& avec ſes Courtiſans que Pierre
le Grand ne le fut avec ſes Boyards , il n'oſe pas
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(51 )
couper la fienne; il la cache ſeulement à l'aide d'une
cravate quand il paroît en public. Au reſte , le
refpet de la Nation pour la Ruſſie eſt un appui
efficace pour le maintenir ſur le Trône. Tout ce
qui voyage en Crimée ſous le nom de Ruſſe , eſt
comblé de politeſſe & d'égards. Le ſuccès des armes
de l'Impératrice , dans la dernière guerre , a fait
naître cette vénération ; & 30,000 hommes en garniſon
à Kertſch , Jenicalé & Cherion , ſervent à
l'entretenir " .
DANEMARCΚ.
De COPENHAGUE , le 6 Janvier.
La Cour a pris le deuil pour la mort
de la Princeſſe Sophie-Polixene-Concorde
de Sayn & Wittgenstein , Douairière du
Prince Frédéric Guillaume de Naflau Siegen;
elle le portera juſqu'au 22 .
Nous avons dans ce port 4 vaiſſeaux
marchands & 9 dans le Sund , qui n'attendent
qu'un vent favorable pour ſe rendre
aux Indes occidentales avec de riches cargaiſons.
On apprend que le Capitaine Bille ,
commandant la frégate le Bornholm , n'ira
pas à Alger comme on l'avoit dit , & qu'il
ſe rend en droiture à nos iſles d'Amérique.
On mande d'Helſingor que dans la nuit
du premier au 2 de ce mois , le tems a été
très- orageux; il geloit & neigeoit en mêmetems;
4 vaiſſeaux qui étoient dans le Sund ,
ont été emportés par les glaçons ; mais
heureuſement il n'en a péri aucun. Il y
C2
( 52 )
avoit dans ce nombre une frégate & un
ſénaut de Copenhague deſtinés pour les
ifles de Sainte-Croix & de St-Thomas.
>> Le bled , écrit - on de Chriſtiana en Norwège,
a manqué cette année dans le Duché d'Aggerhus.
Pour remédier à la diſette de cette denrée , le Roi a
envoyé dans les magaſins établis à Aggerhus , Fridericſtadt
, Fridericſteen & Drammen , 23,700 tonneaux
d'orge , & 49,660 tonneaux d'avoine , pour
être diſtribués parmi les ſujets de S. M. , moyennant
une remiſe modique en argent. S. M. a auſſi ordonné
aux Adminiſtrateurs des caiſſes des pauvres , de
diftribuer aux indigens la ſomme de 4630 rixdalers
en argent ou en bled ; & elle a fait préſent de 5040
rixda ers à ces caiſſes pour fournir au déficit de celles
qui n'avoient pas aflez de fonds «.
La fête que le Baron de la Houze , Miniſtre
de France en cette Cour , donnera
ici pour célébrer la naiſſance du Dauphin ,
aura lieu les Février prochain.
On a compté ici l'année dernière 2985
naiſſances & 1061 mariages ; il y eſt mort
3741 perſonnes.
On croit que la Cour va s'occuper ſérieuſement
de l'amélioration &de l'augmentation
des fanaux fur toutes les côtes de
Danemarck , de la Norwège & de Jutland.
L'Envoyé extraordinaire de Pruſſe a fait
pluſieurs repréſentations ſur ce ſujet ; elles
ont été appuyées par celles du Miniſtre
de Hollande; leur exécution intéreſſe toutes
les Puiſſances dont les ſujets commercent
dans la Baltique & la mer du Nord.
( 53 )
Ma
rell
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SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 6 Janvier.
Le Roi s'étant trouvé indiſpoſé pendant
quelques jours , n'a pas encore quitté ſes
appartemens ; le froid violent qu'il fait actuellement
ne lui permet pas de s'y expoſer.
On dit que la Reine eſt de nouveau
enceinte.
Le bâtiment la Louiſe- Ulrique , Capitaine
Petterson , appartenant à la Compagnie des
Indes orientales , a mis à la voile de Gothembourg
le 21 du mois dernier. Ce navire
qui ſe rend à Canton en Chine , fera
inceffamment ſuivi de deux autres.
>> Le 31 Décembre dernier , écrit-on de Gothembourg
, le feu prit , au moment d'une forte tempête ,
à un brigantin appartenant à M. Grejah , gros Négociantde
ce Port. Ce bâtiment avoit beaucoup de
réſine en chargement. Auſſi toutes les peines qu'on
s'eſt donné pour le ſauver , ont été inutiles. Tandis
qu'il étoit la proie des flammes , il fut pouflé le long
deHiring- Strand , & il vint ſe placer entre le Fort
de Neu-Elfsbang & Aſpholin , où il brûla pendant
tout lejour<«<.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 12 Janvier.
LE-9,vers les 10 heures du matin , la
Séréniffime Famille de Wurtemberg , après
avoir pris congé de S. M. I. & de S. A. R.
l'Archiduc Maximilien , a quitté cette Ca
C3
( 54 )
pitale pour s'en retourner à Monbeilliard.
Elle a fait diftribuer des préfens magnifiques
à la Cour Impériale.
C'eſt le Chambellan , Comte de Chotek ,
qui avoit été envoyé au devant du Comte
&de la Comteffe du Nord , qui a été chargé
de les accompagner auſſi juſqu'aux frontières
du Domaine Autrichien : il doitles
ſuivre juſqu'à Trieſte où on leur donnera
des fêtes ſuperbes; delà ces illuſtres voyageurs
ſe rendront à Venife où ils ſe propoſent
de reſter ſix jours , après quoi ils
partiront pour Naples .
On aſſure que le Nonce du Pape qui
réſide ici , après avoir reçu un Courier
de Rome , s'eſt rendu ſur-le-champ auprès
de S. M. I. pour lui remettre les dé-
'pêches envoyées par le St-Père. On dit en
général qu'elles roulent ſur les nouveaux
arrangemens pris par l'Empereur , relativement
au Clergé féculier & régulier. Il
vient de publier une nouvelle Ordonnance
ampliative de la précédente , concernant la
liberté de confcience accordée aux Proteſtans
dans toute l'étendue de ſes Etats
héréditaires.
Un des Caiffiers du Département civil
a commis une infidélité , & a pris la fuite.
On dit qu'il s'eſt réfugié chez les Carmes
de Mamersdorf : ſa famille implore pour
lui la grace de l'Empereur , mais on doute
qu'elle l'obtienne. Cet évènement, ajouret-
on , a déterminé S. M. I. à ſupprimer les
( 55 )
des
Corad
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qu
ar
diverſes Caiſſes de ce Département civil
&de les réunir dans une ſeule.
On apprend d'Oedenbourg en Hongrie ,
que le premier Décembre , il y a eu un
orage des plus violens ; il eſt tombé en
même tems de la grêle & de la neige , &
la gelée a tellement pris ce jour , qu'on
craint que les vignes n'en aient beaucoup
fouffert , parce qu'il faiſoit auparavant un
tems très-doux , & qu'il avoit plu confidérablement.
On affure que l'Empereur ira inceſſamment
à Florence , & qu'il y reſtera tout le
tems que le Comte & la Comteſſe du Nord
y ſéjourneront ; on fait dans tous les Etats
Autrichiens en Italie , où paſſeront ces illuſtres
voyageurs , les plus grands préparatifs
pour les recevoir & leur en rendre le
ſéjour agréable.
>> Le bruit s'eſt répandu parmi le bas peuple ,
écrit-on des frontières de la Turquie , qu'il s'étoit
élevé , à Conſtantinople, une ſédition dans laquellele
Baron de Herbert avoit couru quelque danger ; mais
nous avons reçu ces jours-ci des nouvelles authentiques
de cette Ville , qui portent expreffément que
cette nouvelle eſt abſolument fauſſe & controuvée «.
De HAMBOURG , le Is Janvier.
L'EDIT de tolérance en faveur des Proteſtans
eſt publié ſucceſſivement dans tous
les Etats héréditaires ; il l'a été dernièrement
dans la Baſſe-Autriche & dans la Bohême.
On apprend de ce dernier Royaume
que M. de Hay , Evêque de Konigsgratz ,
C4
( 56 )
a publié à ce ſujet un Mandement plein
de ſens , de raiſon & de piéré , qui fait
le plus grand honneur à l'Epifcopat.
>> Ce qui ſe débitoit ici dernièrement, lit-on dans
une lettre de Vienne , au ſujet de l'arrivée du Pape
dans cette Réſidence pour s'aboucher lui-même avec
S. M. I. , ne paroît point une nouvelle inventée à
plaiûr. Le fait eft que S. S. a écrit à l'Empereur , à qui
elle a propoſé de venir le voir à Vienne. Mais S. M. I.
a , dit - on , répondu au Nonce qu'elle feroit une
ample réponſe , par écrit , au S. Père. On ajoute
que la lettre de S. S. & la réponſe de l'Empereur
feront rendues publiques .
D'autres lettres de Vienne nous apprennent
que S. M. I. formera l'été prochain
un camp de 100,000 hommes auprès de
Prague.
On dit que la Cour de Londres eſt en
négociation avec celle de Dreſde pour un
corps de troupes qui doit paffer dans l'Electorat
de Hanovre , afin d'y remplacer
les régimens Hanovriens qui ſeront envoyés
en Amérique.
L'établiſſement d'un Grand-Prieuré de l'Ordre
de Malte , en faveur de la Nobleſſe Bavaroiſe , vient
d'être terminé , lit-on dans un de nos papiers. On
lui avalligné les biens de la ci- devant Société de
Jéſus , eſtimés à 6 millions. Le Baron de Flaxland ,
ancien Chevalier de cet Ordre , & les deux Chevaliers,
le Comte de Minucci &le Baron de Vieregg,
font partisen conféquence de Munich pour Malte.
-On affure que le Duc des Deux-Ponts a proteſté
coutre la convention faite entre l'Electeur de
Mayence & l'Electeur Palatin au ſujet des biens
appartenans aux Couvens ſupprimés dans le Palatinat
& l'Electorat de Mayence.- Les Princes Proteftans
Mela ( 57 )
حلا
1
commencent à s'approprier les biens des Couvens
fupprimés qui ſont ſitués dans leurs Etats. Le Landgrave
deHeffleDarmſtadt vient de le faire ; il s'eſt
mis en poſleſſion d'une terre conſidérable qu'un
Couvent de Religieuſes à Mayence , ſupprimé
récemment , avoit poſſédée dans ſon Domaine. La
viile de Francfort , encouragée par cet exemple ,
fait auſſi des tentatives pour avoir la poſſeſſion des
biens des Couvens ſitués dans ſon territoire «.
On apprend de Stutgard , que les Etats
ont accordé au Duc regnant une ſomme
de 1,200,000 florins , pour l'embelliffement
de ſa réſidence.
On lit dans une lettre des frontières de
la Pologne une nouvelle horrible , que l'on
ſe flatte cependant de ne pas voir confirmer.
Le bruit court , dit- on , que des ſcélérats
ont attenté de nouveau à la vie du Roi ;
mais que le coup de piſtolet qui avoit été
tiré contre le carroſſe de S. M. n'a été funeſte
qu'à une Dame qui étoit avec elle ,
& qui , dit- on , eſt grièvement bleffée.
ESPAGNE.
De CADIX , le 10 Janvier.
La diviſion ſortie le 3 de ce mois , &
qui doit ſe ſéparer de l'armée pour aller en
Amérique , eſt compoſée des vaiſſeaux fuivans
: le San Domingo , vaiſſeau neufqu'on
a conſtruit pour remplacer celui qui ſauta
en l'air dans l'affaire de D. Juan de Langara
, le Glorioso , le S. Pedro & le S.
Pablo , tous de 70 canons , le S. Alexancs
( 8 )
dre de so , une hourque de 40 , & 3 frégates.
Le convoi qu'elle doit eſcorter eft
d'environ 30 voiles ; il a à bord 3 régimens
de 1200 hommes effectifs chacun , & 8 à
900 ſoldats de recrues pour ceux qui font
en Amérique. On a appris que ce convoi
s'eſt éloigné par un bon vent.
On trouve dans le Journal du ſiége de
Mahon donné par la Gazette de Madrid ,
Panecdote ſuivante. Le 28 Décembre , un
ſoldat du régiment Suifle de Beſtchaft , qui
ſe faiſoit appeller Charles Gerin , fut the
aux batteries où il étoit de ſervice. On
reconnut en le dépouillant que c'étoit une
fille de 18 à 20 ans. Ily avoit un an qu'elle
fervoit ; elle s'étoit toujours diſtinguée par
ſa modeſtie , ſon courage& fon exactitude à
remplir ſes devoirs. A ce fait , la même
Gazette a joint les détails ſuivans.
Le 27 Décembre dernier , le Gouverneur de Gibraltar
fir ſavoir au Commandant - Général de notre
armée , que le Baron de Hermſtadt , Enſeigne de
Grenadiers des Gardes Wallones , qui avoit été
bleffé & fait priſonnier la nuit du 26 Novembre ,
ſe trouvoit à toute extrémité , malgré les eſpérances
qu'on avoit conçues de ſa guériſon après l'amputation
de la cuiſſe gauche. Le Gouverneur ajoutoit
qu'auffi-tôt qu'il ſeroit mort , il en donneroit avis
par un coup de canon tiré d'un de ſes vaiſleaux de
guerre , ce qui eut lieu dans la matinée du 29. Au moment
que le mort fut embarqué , une compagnie de
Grenadiers Anglois fit 3 décharges de mouſqueterie.
Le cercueil , couvert d'un velours galonné en argent ,
vint ſur une chaloupe avec huit Officiers de la Place
& le Secrétaire du Gouverneur , tous en deuil. Il
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étoit ſuivi d'un autre bâtiment qui portoit l'équipage
&les effets du défunt , avec 200 piaſtres fortes qu'on
lui avoit fait paſſer peu de tems auparavant , & que
le Gouverneur Anglois renvoyoit , diſant que le
Roi ſon Maître ne permettoit pas qu'on prit la
moindre choſe pour les frais de maladie & de funérailles
d'un brave Officier. Le Capitaine de la
garde de Puente-Mayorga ſortit dans la felouque
du Général du camp pour recevoir le Mort qu'emportèrent
les Aumôniers & quelques Officiers de
l'Etat-Major; & le 30 , le Baron de Hermſtadt fut
enterré avec tous les honneurs de la guerre. - Un
Courier extraordinaire vient d'apporter de nouvelles
dépêches du Général Duc de Crillon , datées du
6 Janvier à midi , par leſquelles on apprend que
dans la matinée du même jour , toutes nos batteries ,
conſiſtant alors en III canons & 33 mortiers ,
avoient fait un feu terrible ſur la Place & les Forts
ennemis , & que ce feu avoit produit un effet qui
avoit donné la plus grande fatisfaction à toute l'armée.
Le Général annonce qu'il ne tardera pas à
inftruire Sa Majeſté des ſuites qu'aura cu cette
journée , & il fait le plus grand éloge de la
conſtance , du courage & du zèle de tous les
corps & de tous lears Officiers reſpectifs.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 27 Janvier.
L'ARRIVÉE du Lord Cornwallis a ſuivi
de près celle des Colonels Tarleton , Lakes
& Dundas ; le vaiſſeau qui le portoit
a ſubi le même ſort que celui qui nous
avoit amené ceux-ci ; il a été rançonné à
l'entrée de la Manche ; il paroît que le
corfaire François n'a pas reconnu ou n'a
c6
(60 )
pas voulu reconnoître le Général Arnold
qui étoit avec ce Lord ,& qui a paflé pour
être un Officier de ſa ſuite , de manière
que le voici rendu ſain & fauf en Angleterre
, & à l'abri de l'inquiétude qu'il devoit
avoir de tomber entre les mains des
Américains , qu'il avoit trahis ,& qui l'anroient
traité ſans doute comme un traître.
Le Lord Cornwallis , qui eſt arrivé ici le
21 , après avoir eu une audience particulière
de S. M. , dont il ne peut dans
la circonſtance préſente , en avoir une publique
, eſt parti pour Lambeth , où ſe trouve
l'Archevêque de Cantorbery , fon oncle.
On ne doute pas qu'Arnold ne ſoit préſenté
à S. M. , & même qu'il ne foit bien
reçu ; il faut bien que l'accueil qu'il recevra
à la Cour , le dédommage de celui que
lui fait la nation , qui juge l'homme , abftraction
faite des ſervices qu'il a pu rendre.
Le Lord Cornwallis a fans doute donné
des nouvelles de l'état de nos affaires dans
l'Amérique Septentrionale ; mais on n'en a
publié aucune ; tout ce que nous ſavons
ſe réduit à ce qu'on lit dans quelques
papiers Américains arrivés en même tems.
Ils nous apprennent quuee le Major-Gé
néral Saint Clair , les Brigadiers-Généraux
Wayne , Muhlenbourg & Gift , font partis
dernièrement des environs d'Yorck- Town
avec 3000 hommes de Penſylvanie , de
Virginie & du Maryland , pour aller join(
61 )
Gal
ir
dre le Major-Général Gréen dans la Caroline
Méridionale.
Suivant des lettres d'Hallifax du 20 Décembre
dernier , nous n'avions que 7 vaifſeaux
de guerre dans ces parages ; ils étoient
continuellement occupés à croifer contre
les corſaires Américains , dont le nombre
eſt beaucoup augmenté depuis que l'Amiral
Edwards a quitté la ſtation de Terre-
Neuve.
La Gazette de New-Yorck contient les
détails ſuivans :
>> Les habitans loyaux de Little-Pédée avoient fait
une trève de trois mois avec l'ennemi , cette trève
étant expirée un détachement de leurs milices a fait
une incurfion dans la partie de ce pays qui appartient
aux rebelles. Il y a quelques jours que le Major
Hurry a été envoyé de Lanneau-Ferry avec un
corps de trou es pour arrêter les progrès des Loyaliſtes.-
Les rebelles , au-deſſus de Ninety-Six , ayant
conſtruit deux fortins ſurReedy-River où ils avoient
pris pofte avec 30 hommes pour arrêter les incurfions
des réfugiés Loyaux ont été attaqués les par un détachement
aux ordres duCapitaine Cunningham. Ces
poſtes & leur petite garniſon ont été pris par les
Loyaliſtes qui n'ont pas perdu un ſeul homme dans
cette attaque où les rebelles ont eu un Officier & huic
foldats tués.
Cet avantage eſt peu de choſe; les Américains
en ont de plus conſidérables à oppoſer.
Notre expédition ſur les frontières
ſeptentrionales des Etats-Unis , a complettement
échoué , & le Congrès a fait publier
la lettre ſuivante du Colonel Willet , en
date du fort Rouilelaer le 2 Novembre.
( 62 )
Le 24 du mois dernier, à 8 heures du ſoir, je reçus
avis qu'un corps conſidérable de troupes de l'ennemi
avoit été découvert ſur les hauteurs du district de
Mohawk ; dans l'inſtant , on raſſembla les forces dus
pays , afin de lui faire face ſans perte de temps ; &
le lendemain à une heure , j'étois à deux milles du
Fort Hunter , avec environ 4 ou 500 hommes de
nouvelles levées & de milices ; là , j'appris que
l'ennemi , ayant brûlé pluſieurs maiſons & granges
àWartenbush , avoit paſſé la rivière àun gué ſitué
à quelque distance plus bas , & marchoit vers
Johnſtown. Je traverſai enſuite la rivière , & marchat
par la plus courte route vers la place. Adeux
milles de Jonhſtown, j'apperçus qu'ils y étoient déjà
& qu'ils s'occupoient à tuer du bétail appartenant
aux habitans. Je me déterminai à les attaquer ſur le
champ , & j'ordonnai à l'aîle gauche du peu de
troupes que j'avois , de faire un circuit au travers des
bois , & de tomber ſur leur flanc droit , pendant
que l'aîle droite avanceroit vers leur front.-Après
quelques minutes de marche , nous fumes à la vue
des ennemis. Les troupes de cette dernière aîle avancèrent
dans un camp voiſia de celui qu'ils occupoient;
elles ſe développèrent ſur la droite & vinrent
en ligne vers les Anglois qui ſe retirèrent avec
précipitation dans un bois voisin, étant preſſés par
notre garde avancée , qui commença l'ef- armouche
avec eux , pendant que le reſte de l'aîle avançoit
rapidement ſur deux colonnes. Dans cette heureuſe
Atuation, fans aucune cauſe apparente , route cette
aîle fitvolt-e face &prit la fuite , fans qu'il fût poffible
de la rallier. Une pièce de canon , placée ſur
une hauteur , à une perite diſtance du bois , pour
affurer une retraite , fut abandonnée & tomba entre
les maius de l'ennemi. A cette époque critique ,
l'aîle gauche , commandée par le Major Rowley ,
parut à l'arrière-garde. Elle regagna bientôt tout ce
que l'aîle droite avoit perdu & même au-delà. La
( 63 )
BE
125
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ةيلا
11
"
+
nuit ſurvenant , l'ennemi ſe retira dans le bois , laiffant
un bon nombre de havreſacs derrière lui.
Après avoir marché 6 milles , il campa ſur le ſommet
d'une montagne. Des prifonniers évadés dans
la nuit , nous informèrent que leur intention ſembloit
être d'attaquer les frontières de Stone- Arabia ,
pour ſe procurer des provifions. On marcha le lendemain
matin vers cette place , où nous reſtâmes
tout le jour & toute la nuit , ſans apprendre rien
de leur part , finon qu'ils dirigeoient leur route plus
avant dans le déſert. Il étoit alors certain qu'ils n'étoient
pas en état de faire aucune attaque foudaine
au-deſſous de Little-Falls; en conféquence , dans la
matinée du 27 , jo me portai à German-Flats , pour
me trouver entre eux & leurs bateaux , qui avoient
été laiſſés à la crique d'Oneida. Chemin faiſant ,
j'appris que le parti que j'avois détaché pour le
détruire , étoit retourne ſans avoir fait ſon devoir.
-Le 28 , en donna cinq jours de provifions à l'élite
de nos troupes & à 60 Indiens Oneides , qui
nous avoient joint. Il paroiſſoit évident que l'ennemi
avoit abandonné l'eſpoir de regagner ſes bateaux
; il dirigeoit ſa marche vers l'Ifle de Buck ou
vers Offwagewehu. Les troupes étoient dans l'intention
de le poursuivre; près de 400, outre les Indiens
, avoient traverſé la Mohawk au fort Herkimer
, &étoient campés dans les bois. Le jour faivant
, nous marchâmes plus de 20 milles du côté
du Norddans les bois ,& vers les 8 heures , dans la
matinée du 30 , nous rencontrâmes l'ennemi , entre
fon arrière-garde & un détachement de 40 hommes
avec quelques Indiens , qui devoient ſe procurer des
proviſions fraîches & foivre enſuite leurs troupes
qui continuoient leur route. Quelques - uns de ce
parti furent pris , d'autres rués,& le reſte difperfé.
Le corps principal ſe mit au trot comme une file
Indienre , & fut pourſuivi vivement jusqu'à la nuit
cloſe , il ne tâcha qu'une feule fois de s'oppoſer à
( 64 )
notre pourſuite; ce fut à un très-mauvais gué fur
la crique de Canada , où il laiſſa le Major Walter-
Butler , & pluſieurs autres , (c'eſt ce même Butler
qui commanda le maſſacre à Cherry-Valley en Novembre
1778 ). Nous n'avons perdu qu'un ſeul
homme dans la pourſuite. Nos Indiens ont été trèsutiles
& ſe ſont comportés avec leur alacrité ordinaire
en pareille occafion. Quelqu'étrange que le fait
ſuivant puiſſe paroître , il est vrai que , quoique
l'ennemi ait été quatre jours dans le déſert , avec
ſeulement une demi-livre de chair de cheval par jour
pour la ration de chaque homme , néanmoins il a
trotté 30 milles avant que de s'arrêter. Pluſieurs ca
ont été la victime ; leurs havreſacs & couvertures
étoient épars dans les bois. Tous leurs chevaux ,
excepté cinq , qui avoient été envoyés à une diſtance
conſidérable en avant de leur avant-garde , avec
leurs bleſſes & quelques priſonniers , font tombés
entre nos mains. Telle eſt la ſituation dans laquelle
j'ai laiſſé l'infortuné Major Roff; je l'appelle infortuné
, car il l'étoit certainement de s'être chargé
d'un ſi beau détachement , pour exécuter une auſſi
forte commiffion que celle qu'on lui avoit confiée ,
&qui étoit accompagnée de hafards immenfes &
de beaucoup de ppeines. Il étoit inutile de fatiguer
plus long-temps les troupes. L'ennemi , qui avoic
continné de fuir , avoit beaucoup l'avance fur nous ,
& n'avoit devant lui de perſpective que la deftruction
, une marche de ſept jours , des rivières que
l'on ne pouvoit paſſer que fur des radeaux , un défert
ſtérile , l'inclémence de la ſaiſon , à combattre
avant de pouvoir obtenir des proviſions . Notre ſituation
d'ailleurs , fi nous l'euffions poursuivi un ou
deux jours de plus , pouvoit devenir tout auffi facheuſe
que la fienne ; car nos Indiens & une grande
partie de nos troupes , afin de le pourſuivre avec
plus de vigueur , avoient jetté leurs couvertures &
proviſions , qui étoient alors à 20 milles derrière
( 65 )
- Je
nous . Enfin , nous les avons laiſſés dans une ficuation
mieux adaptée peut-être à ce qu'ils méritoient ,
que ne l'eût été le fort que procure un mouſquet ,
une balle , un tomahawk , ou la captivité.
n'entreprendrai pas de donner un détail de toute la
perte de l'ennemi , depuis le commencement juſqu'à
la fin de cette affaire. Les plaines de Jonhſtown ,
les ruiſſeaux & rivières , les collines & les montagnes
, les profonds & triſtes marais , qu'il a paflés
; voilà les témoins , les témoins ſeuls qui peuvent
en rendre compte ; peut- être auſſi |Officier ,
quel qu'il foit qui l'a détaché pour exécuter cette
pitoyable expédition. La région désolée qu'il a
traverſée dans ſa fuite,pendant que nous le pourſuivions
, eſt ſituée à plus de 30 milles au Nord du
fortSchuyler.
Les ennemis étaient au nombre de 607
hommes. Le Congrès n'avoit pas encore
la liſte des tués , bleſſes & prifonniers.
Nous ignorons ce qui ſe paſſfe actuellemert
aux Ifles , & nous ne ſommes pas
ſans inquiétude ſur la nature des premières
nouvelles qui en arriveront. Le Capitaine
du navire la Défiance , arrivé d'Antigoa ,
raconte qu'avant de quitter cette ifle , c'eſtà-
dire , le 22 Novembre , le Gouverneur
avoit donné ordre à tous les Capitaines de
bâtimens de partir le plutôt poffible , & de
tâcher de ſe rendre en Angleterre; en conféquence
pluſieurs habitans avoient abandonné
l'ifle , & le Gouverneur même appréhendoit
fi fort d'être attaqué par les
François , qu'il s'étoit réfugié dans le fort.
On ſe flatte ici que ces terreurs font un
peu exagérées ; à la Jamaïque on n'a pas
( 66 )
les mêmes alarmes ; & la lettre ſuivante
de Kingſton le 2 Novembre eſt de nature
à nous raffurer ſur cette Ifle.
>>N>ous ne craignons point l'ennemi;nous avons
20,000 homines de troupes y compris les milices ; &&&
nous n'avons beſoin que d'une nouvelle compagnie
d'Artilleurs &d'ane vingtaine de pièces de campagne
pour être parfaitement en füreré contre toutes les
entrepriſes des ennemis. Maisje ſuis perfuadé qu'ils
prendront laBarbade. La priſe de St-Eustache , par
l'Amiral Rodney , nous caufera un préjudice confidérable
, & nous fera autant de tort qu'aux François &
aux Américains " .
Alors on ignoroit à la Jamaïque la repriſe
de cette Iſle. Cet évènement a répandu
la conſternation dans toutes les poffeffions
Angloiſes.
>> Nous attendons , écrit-on de St-Christophe , les
François à toute heure,depuis la priſe de St-Euftache ,
ainſi que nous le marquions dans nos dernières Lertres;
mais nous ne les attendons pas à la Cockburn ,
dans nos draps. Il faut pourtant rendre juftice à cet
Officier... Ce n'eſt pas lui qui a été fait priſonnier dans
fon lit; il étoit à cheval ,&alloit ſe baigner à laMer ,
quand il a été arrêté. Mais preſque tous les autres
Officiers Anglois dormoient encore. Quoi qu'il en
foit , nous faiſons bonne garde : ce qui ne nous
avancera pas beaucoup , puiſque nous n'avons que
soo hommes &que le Brimstone-Hill , hauteur
de la reddition de laquelle dépend celle de toute
l'ifle , en demande au moins 1200, pour être défendue
avec honneur. Gibraltar , en Europe , paſſe
aſſurément pour une Fostereſſe d'importance , & il
y paroît , à la réſiſtance qu'elle fait , depuis tant
de mois , contre les efforts inouis des Eſpagnols.
Néanmoins ,fi l'on s'en rapporte aux Officiers de
notre garnison , parmi lesquels il en eſt de fort
,
( 67 )
Lie
25
habiles dans la partie des Mathématiques qui a pour
objet l'attaque & la défenſe des Places , Brimstone-
Hill l'emporte de beaucoup fur Gibraltar ; & , avec
une garni on de 12 à 1500 hommes , cette Fortereffe
pourroit tenir, aſſurent- ils, contre les forces
réunies de la France , de l'Eſpagne & de la Hollande.
-On dit qu'une flotte Françoiſe de 31 Vaiſſeaux
de Ligne & de quelques frégates vient d'entrer à
laMartinique ; ce ſera apparemment celle de M. de
Graffe. Si cette flotte , fi celle de M. de Bouillé ,
avec un millier de soldats à bord , paroît dans nos
parages , nous ne pourrons nous oppoſer au débarquement,
&bientôt les François , que nous chaf
sâmes de l'Iſſe en 1702 , tems avant lequel ils en
avoient occupé la partie méridionale , en feront totalement
les maîtres. - Près de 200 foldats Anglois
da treizieme& du quinzieme Régiments , faits prifonniers
à St-Eustache par M. de Bouillé , ont eu
la baſleſſe de s'enrôler d'abord dans les troupes de
France. L'argent que M. de Bouillé a rendu aux
Hollandois de Saint-Eustache s'est trouvé dans des
caiffes de fer ; chaque caiſſe étoit numérotée , & un
Regiſtre , en bonne forme , indiquoit à quel Négociant
ou Colon le Nº . avoit été enlevé. M. de Bouillé
a trouvé en outre une ſomme immenſe qui n'étoit
pas infcrite , dont le Gouverneur Cockburn a réclamé
3000 johannes ; les autres Officiers Anglois
certifiant de cette réclamation , ( ils lui ont été remis
fur-le-champ ) & il en a tiré , pour chacun des
Officiers des Troupes Françoiſes qu'il avoit amenées
de la Martinique , 60 johannes , & s pour chaque
Soldat ; diftribution conſidérable , puiſque les
Troupes de M. de Bouillé étoient au nombre de
1700 hommes , fans parler des Matelots de ſa petite
Eſcadre , qui auront bien eu auſſi leur part ".
Rien n'eſt plus preſſant que l'arrivée des
ſecours que Rodney eſt chargé de conduire
( 68 )
dans ces parages ; nous ignorons abfolument
où il eft; le tems affreux qui règne
fur mer & qui continue , nous donne de
véritables inquiétudes ſur le fort de fon efcadre
, fi elle est réellement fortie le 14 ,
comme on l'a dit; quelques papiers prétendent
qu'elle a été vue le 6 en bon état à
l'oueft du cap Lézard.Le Gouvernement en
areçu des nouvelles qu'il ne publie point.
Quoi qu'il en ſoit , il eſt difficile qu'elle
falle beaucoup de chemin par le tems orageux
qu'il fait&qui est toujours contraire ;
it eftà craindre qu'elle n'eſluie le fort de
celle de Brest , qu'on répare actuellement ,
&qui pourra mettre à la voile au moment
où l'on commencera les réparations de la
nôtre.
Ontravaille avec la plus grande activité
&jour& nuit dans tous nos chantiers&
dans tous nos magaſins , pour équiper de
nouveaux navires ou pour réparer les anciens.
Suivant une lettre qui paroît actuellement,
on a conſtruit pendant l'année dernière
2 vaiſſeaux de 74 , 5 de 64 , un de
60, trois de so , quatre de 40 & 22 frégates&
quelques autres moindres bâtimens .
La Gazette de la Cour a enfin annoncé
la priſe des tranſports François; telle eſt la
liſte qui vient d'être publiée.
L'Emilie , Capitaine Pierre Sicolan , Lieutenant
de frégate , navire de 350 tonneaux , arrivé à
Portsmouth avec 31 matelots , 149 ſoldats , y compris
un Colonel & un Lieutenant d'infanterie ;
1
( 69 )
ニコ
==
12
C
,
Le
ſon chargement conſiſte en 10,000 boulets , des
barres de fer & d'acier , du fil retors , toiles à voiles
& 16 pieces de canon. -Le Gillaume Tell ,
Capitaine le Coudrais , du port de 390 tonneaux ,
arrivé de Portsmouth avec 33 maritiers , chargé
enboulets , obuſicas , uniformes , en accoûtiemens,
pierres à fufil , grenades bombes & 535 barils
de poudre de 200 id. chacun , pour le compte du
Roi François ; le fer en barres , le rum & les proviſions
pour celui des Négocians. - La Sophie ,
de Brest , Capitaine Jacques-François Briffon , du
port de 160 tonneaux , arrivé de Portsmouth avec
22 mariniers , chargée de biſcuit , bombes de 8
pouces , grenades & 29 caifles d'armes , pour le
compte du Roi François ; & en proviſions , cordages
& toiles pour celui des Négocians. -
London , Capitaine Videaux , Lieutenant de frégate
, du port de 300 tonneaux , arrivé à Milford
avec 48 matelots , 201 foldats , chargé en feuilles
de plomb , pluſieurs caiſſes de petites armes
&des munitions pour l'artillerie , des uniformes
&balles de drap pour le même uſage , 4 mois
de provifioas pour les foldats & fix idem
pour les matelots avec quelques marchandiſes
pour le compte de quelques particuliers. - La
Minerve , Capitaine Pomelle , Lieutenant de frégate
, du port de 300 tonneaux , arrivé à Milford,
avec 38 matelots , chargée en bombes , boulets
5s caiſſes de petites armes , to idem de munitions
pour l'artillerie , 40 roues pour le ſervice de
l'artillerie , une quantité de pain & quelques marchandises
pour le commerce des particuliers. -
L'Amitié Royale, du port de 450 tonneaux , arrivée
à Tenby , avec 60 matelots , 111 ſoldats , dont
le chargement confiſte en 230 barils de vin , 100
idem de boeuf & de porc , & une grande quantité
d'autres proviſions , 20 tonneaux de balles ,
150 mousquets , 20 tonneaux de plomb en pou-
,
,
,
( 70 )
-
,
dre , des tentes , &c. &c. - L'Abondance , Capitaine
Dupuis , du port de 600 tonneaux , arrivée
àPlymouth avec 90 marelots , 248 foldats , dont
le chargement confifte en artillerie , munitions
provifions , &c. Le Héros , Capitaine Pierre
de Sourde , du port de 190 tonneaux , arrivé à
Plymouth avec 30 matelors , dont le chargement
eſt indéterminé . - La Victoire , Capitame
Tierenier , du port de 160 tonneaux , arrivée à
Plymouth avec 21 Mariniers , chargé d'environ
350 bariques de vin , 250 demi- barils de porc ,
& 32 pintes d'eau -de-vie pour le compte du Roi
des François. Le Mercure , Capitaine Jacques Boutel
, du port de soo tonneaux , arrivé àPlymouth
avec 45 matelots , quelques Officiers , 10 valets ,
dont le chargement confifte en environ 100 balles
de draps , Iso jarres d'huile , 80,000 briques ,
3500 barils de farine , 60 bariques de vin , diverſes
marchandises & 4 carronades .-Le Généreux
, Capitaine Harinmondes , du port de 400
tonneaux , arrivé à Plymouth avec 40 matelots
193 ſoldats , dont le chargement confifte en environ
100 bariques de vin , 60 barils de farine ,
30,000 briques , du vin , de l'eau - de- vie , du
boeuf , du porc, du biſcuit , & divers autres articles.
La Marguerite , Capitaine François Carouſin
, du port de 160 tonneaux , arrivée à Plymouth
avec 20 matiniers , I Officier , ayant à bord
une grande quantité d'uniformes , du vin , de l'eaude-
vie , & des proviſions sèches & humides. -La
Sophie,de Saint-Malo , Capitaine Pierre le Vigor ,
du port de 350 tonneaux , arrivée à Plymouth avec
30 mariniers , chargée en canons de bronze , boulets
, cartouches , magaſins de campagne , coffies ,
mouſquets de proviſions. L'Africain , du
port de 350 tonneaux , arrivé à Plymouth avec 40
matelots , 160 foldats , 100 bariques de vin rouge ,
12 idem d'eau-de-vie 200 barils de boeuf & de
,
-
,
( 71 )
porc, 200 idem de farine ,& une grande quantité
d'autres provifions & trente cailles d'armes à feu .
-Il est arrivé à Falmouth un autre navire fur lequel
on n'a eu juſqu'à préient aucun détail .-Deux
ou trois navires François ont auſſi été coulés bas
par l'efcadre.
D'après cette liſte , les tranſports pris font
au nombre de 15 , 2 ont été coulés à fond ;
les ſoldats prifonniers montent à 1062 , &
les matelots à 548. Cette liſte tardive n'a
éré enfin donnée que pour donner quelque
éclat à l'ouverture des ſéances du Parlement ;
mais lorſqu'on compare ce petit avantage
avec le préjudice énorme que nous cauſe
la perte de St- Eustache , la balance n'eſt
pas pour nous. Il n'y a d'ailleurs pour nos
Généraux ni honneur , ni mérite dans l'évènement
qui nous a livré ces bâtimens ,
au lieu que la perte de St-Eustache nous
couvre de honte & de confufion . Elie fournira
fans doute une riche matière à l'Oppoſition
dans le Parlement , qui commence
aſe raffembler.
Le 21 la Chambre des Communes a repris
ſes ſéances , conformément à fon ajournement.
M. Bing prévint la Chambre que
le 24 il feroit une motion relativement à
la conduite de la marine. M. Marriot du
Bureau de l'Acciſe , remit par ordre à la
Chambre les états des droits ſur la drèche ;
les titres furent lus , & il fut ordonné que
ces états reſteroient fur le Bureau ; le Chevalier
Grey Cooper préſenta aufli un bill
pour ajouter les noms des Commiffaires à
( 72 )
l'acte pour la taxe des terres ,& il fut fait
auſſi une motion pour avoir un état des
vaiſſeaux lancés depuis le premier Janvier
1756 juſqu'au premier Janvier 1782. Le
Lord Lisburne préſenta encore à la Chambre
l'état de l'ordinaire & de l'extraordinaire
de la marine , & M. Tompkins , celui
des exportations & des importations.
On dit qu'il ne ſera queſtion de l'ouverture
du Budget que quand le Lord North
aura fixé les taxes qui doivent être impoſées
pour payer l'emprunt , de manière que
l'emprunt & les taxes feront préſentés en.
ſemble à la Chambre pour en avoir l'approbation.
La Chambre des Pairs s'aſſemblera le 30
de ce mois pour ſe rendre à l'Abbaye de
Westminster , &y entendre un ſermon qui
ſera prononcé par l'Evêque de Lichtfield &
Covenley , à l'occaſion de l'anniverſaire du
martyre de Charles I.
On dit que quoique le Général Clinton
& le Lord Cornwallis ſoient en général
fort déſunis , ils s'accordent cependant pour
ſe plaindre amèrement du Lord Germaine
auquel ils attribuent tous les malheurs que
nous avons éprouvés en Amérique. Il n'eſt
pas étonnant que ce Miniſtte au milieu
des cris qui s'élèvent contre lui , penſe réellement
à ſa retraite. Il aura eu une grande
part au démembrement de l'Empire Britannique
, & il eſt douteux que ſes ſuccefſeurs
parviennent à en rallier les parties qui
s'en
!
1
1
( 73 )
s'en font détachées. Cela n'empêche pas
que dans ce moment où nos affaires pren--
nent la tournure la plus ſiniſtre dans cette
partie du monde , que nos politiques ne s'épuiſent
à faire des plans de réconciliation
entre la mère & les enfans ; ils propoſent
une repréſentation générale au Parlement
Britannique de la part des trois Royauines
& des Provinces Américaines , & d'établir
par ce moyen une juſte égalité entre toutes
les poffeffions de la Couronne dans cette
Affemblée nationale. Cette propoſition auroit
dû être faite au moment où l'Amérique
le déſiroit ; mais à préſent il n'eſt plus
tems de lui faire de pareilles offres , & toutes
celles qui n'auront pas l'indépendance
pour baſe feront rejettées. On prétend que
pour la punir , l'Angleterre ne fera plus de
commerce avec elle , & qu'elle tirera du
Nord ce qu'elle y alloit chercher précédemment;
mais les Américains feront encore
moins punis que les Anglois , qui n'auront
nulle part un commerce exclufif, &
qui verront diminuer prodigieuſement les
profits iminenſes qu'ils en retiroient.
FRANCE .
De VERSAILLES , les Février.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Notre-
Daune de Nogent , Ordre de Saint Benoît ,
Diocèſe de Laon , l'Abbé de Caſtellane ,
Vicaire Général d'Aix ; à celle de Ferrie-
9 Février 1782. d
( 74 )
res , Ordre de Saint Benoît , Diocèse de
Sens , l'Abbé d'Agoult , Vicaire Général de
Pontoiſe ; à l'Abbaye Régulière de Gomer-
Fontaine , Ordre de Citeaux , Diocèſe de
Rouen , la Dame de Sarcus , Abbeſſe de
Bival ; & à l'Abbaye de Bival , Ordre de
Saint Benoît , Diocèse de Rouen , la Dame
de Gomer , Religieuſe de l'Ordre de Fontevrault.
Le Bureau de la Ville , ayant à ſa tête
le Duc de Coffe , Gouverneur de Paris ,
eut le 27 du mois dernier , l'honneur de
remercier le Roi , la Reine & la Famille
Royale de celui qu'ils lui ont fait d'affifter
aux fêtes que la Ville a données le 21 &
le 23 du même mois , à l'occaſion de la
naiſſance de Mgr. le Dauphin.
La fêre que MM. les Gardes du Corps
du Roi donnèrent le 30 du mois dernier ,
a été fort agréable à L. M. par l'ordre qui
y a régné. Le bal paté où toute la Cour
étoit venue , formoit le coup -d'oeil le plus
magnifique , & les Etrangers qui ont pu
jouir de ce ſpectacle , conviennent qu'ils
n'en ont jamais vu de plus brillant. Le bal
maſqué a été remarquable par l'affluence
du monde & par la politeffe avec laquelle
MM. les Gardes du Roi ont accueilli les
perſonnes qu'ils avoient invitées & par l'attention
continuelle qu'ils ont eue de prévenir
leurs defirs. L. M. & la Famille Royale
honorèrent de leur préſence l'un & l'autre de
( 75 )
ees bals, dans lesquels la magnificence s'eſt
trouvée réunie à l'honnêteté& au bon ordre
qui caractériſent un Corps auſſi diſtingué
par la nature de ſon ſervice & par les Membres
qui le compoſent. Leurs Majestés ont
bien voulu témoigner aux Supérieurs leur
fatisfaction de cette fête , dans laquelle la
Reine a fait l'honneur au Corps de danſer
la première contredanſe avec l'un des Gardes-
du-Corps du Roi.
Le 2 de ce mois , Fête de la Purification
de la Vierge , les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint - Eſprit ,
s'étant aflemblés vers les onze heures &
demie du matin dans le Cabinet du Roi ,
Sa Majesté ſortit de ſon appartement pour
ſe rendre à la Chapelle , précédée de Monſieur
, de Monſeigneur Comte d'Artois
du Prince de Condé , du Duc de Bourbon
du Prince de Conti , & des Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre ; deux
Huiffiers de la Chambre du Roi , portant
leurs maſſes , marchoient devant Sa Majeſté.
Le Roi étant arrivé à la Chapelle , monta
ſur ſonTrône , & reçut Prélat- Commandeur
de l'Ordre du Saint Eſprit , l'Archevêque
deToulouſe. Sa Majeſté , après avoir entendu
la Grand'meſſe célebrée par l'Archevêque de
Narbonne , Prélat-Commandeur de l'Ordre
, chantée par ſa Muſique , & à laquelle
la Princeſſe de Tarente fit la quête , fut
reconduite à ſon appartement , en obſervant
l'ordre dans lequel Elle en étoit fortie.
d 2
( 76 )
---
De PARIS , les Février..
» Le mauvais tems dure toujours , écrit - on de
Breſt. Un cutter qui eſt rentré le 19 Janvier ,
chaffé par quelques frégates ennemies , avoit vu
un vaiſeau Anglois à trois ponts , engagé près
d'Oueiſant. On a ſu depuis que ce navire eft reſté
couché ſur la côte pendant près de 6 heures, &
que ce n'a été qu'avec beaucoup de peine qu'on
eſt parvenu à le dégager. C'étoit un des vaiſſeaux
de l'Amiral Rodney , qui , s'il avoit été plus avancé,
auroit couru riſque de périr ſur les côtes de Bretagne.
Le vent a forcé ce navire de rentrer dans
ſes ports , & il a été obligé de courir juſqu'à
Portsmouth , où l'on dit qu'il a relâché le 19 ".
Des rapports affez vraiſemblables avoient
annoncé la rentrée de l'Amiral Rodney le
17; & aujourd'hui on ne doute plus que
battu par la tempête , il n'ait été en effet
contraint de ſe réfugier à Portsmouth. Selon
quelques lettres de nos Ports , cet Amiral
érant venu reconnoître celui de Brest , a
effuyé près d'Oueſfant un coup de vent terrible
, qui a mis un de ſes vaiſſeaux à 3 ponts
ras comme un ponton , & dans lequel le
reſte de ſon eſcadre a ſubi des avaries conſidérables
, qui l'ont fans doute contraint
de retourner dans ſes Ports avec ſon vaifſeau
à la remorque .
On n'a point de nouvelles des Antilles ;
on ſe flatte cependant d'en recevoir inceſſamment.
Il ſe peut que M. de Graffe
qui étoit encore le ις Janvier à Fort-Royal ,
d'où il ne devoit partir que vers le com(
77 )
mencement de Février pour St-Domingue ,
qui étoit le rendez-vous général , ait tenté
quelque choſe avec M. le Marquis de Bouillé
aux ifles du Vent, à moins qu'il n'ait voulu
ſe conſerver pour les autres opérations qu'on
méditoit. M. de Vaudreuil eſt bien près
d'arriver au moment actuel ; & les Eſpagnols
fortis de Cadix feront à St-Domingue
vers le 20 de ce inois. On a lieu de croire
que le renfort & les tranſports de Breſt les
ſuivront de près.
Nous attendons les lettres de Marseille
qui nous apprendront fans doute des détails
ultérieurs de ce qui s'eſt paflé à Minorque.
Les lettres de Mahon du 7 contenoient
les ſuivans.
>> La tartane de la Correſpondance va mettre à
la voile ; j'en profite pour vous annoncer que hier ,
à la poirte du jour , le ſiége du Fort St - Philippe
s'eft ouvert à la grande fatisfaction de toute l'armée.
-Dans la nuit du sau 6 , toutes nos troupes
détachées furent occupées à démaſquer les batteries
& à jetter bas la maiſon des Grecs qui avoit protégé
la batterie de la Mola pendant qu'on la conf
truiſoit. Les Anglois entendirent les travailleurs
& ne ceſsèrent de les inquiéter par des boulets &
des bombes , qui tuèrent ou bleſsèrent 60 hommes .
Les ordres avoient été donnés la veille pour que
toutes les troupes fuſſent ſous les armes à 4
heures du matin.- Les Eſpagnols occupoient la
gauche du Fort depuis le Port juſqu'à la mer , ce
qui fait une diſtance d'environ une lieue; les François
étoient à la droite , & s'étendoient de même jusqu'a
la mer. A6 heures & demie, une fufée ayant donné
le figual , les Espagnols commencèrent du bord de
la mer une décharge de mouſqueterie qui fuivit la
d 3
( 78 )
,
,
ligne , & qui fut continuée par les François & les
Allemands , avec des cris de vive le Roi. Cette
falve fut répétée trois fois , & la dernière ſervit
de fignal aux batteries pour faire feu. Elles furent
ſervies avec toute la chaleur poffible. La première
décharge fut de 35 pièces de canons à mitrailles
de 35 à boulets & de 35 bombes. On a appris , par
un déſerteur arrivé ce matin , qu'à cette première
décharge , les ennemis avoient eu 7 hommes tués
fur la place , & un grand nombre d'autres bleſfés .
Le feu de la Place , dès ce moment , s'eſt infiniment
rallenti. Le nôtre continue & continuera juſqu'à la
réduction de la Citadelle. On juge par les dommages
que l'on apperçoit & que les boulets ont
occaſionné de celui que les bombes peuvent
avoir fair. Le Fort Marlborough eſt dans le plus
mauvais état; le Fort la Reine a pluſieurs créneaux
emportés , le donjon du Fort a des trous confidérables
, & les créneaux font criblés.- Les batteries
le plus près de la Place font à 150 toiſes ; les plus
éloignées à 400. On va travailler à faire des tranchées;
la choſe ne ſera pas aiſée dans des rochers ;
mais il existe un projet qui rendra les approches plus
praticables qu'on ne l'avoit cru juſqu'ici . - Les
François & les Allemands ont été affez heureux ;
quoiqu'infiniment expoſés , ils n'ont eu jusqu'aujourd'hui
que 2 foldats tués & 12 ou 15bleſſés , la
plupart rt légèrement. D'après le rapportunanime
desprifonniers & des déferreurs , il y a tout au plus
3000 hommes dans la Place <<.
fort
Par les avis poſtérieurs que l'on a reçus
&dont nous avons déja parlé , on a appris
que la place avoit totalement éteint
fon feu , le Commandant pour ne pas voir
fon artillerie démontée , ayant fait rentrer
ſes canons. Le fort la Reine a été évacué
?
( 79 )
:
و
le 7 , & l'on mine le fort Marlborough.
On a calculé que dans 40 jours on pourra
le faire fauter. Le Capitaine d'une tartane
arrivé le 16 à Marseille , a apporté la nouvelle
que le Général Murray ayant fait fortir
400 hommes , les Miquelets les ont repouffés
& en ont tué 150. Tout ſemble
donc promettre que le fort St-Philippe ne
fera pas une réſiſtance auſſi longue qu'on
avoit lieu de le penſer.
>>L>'Anti-Breton , Capitaine Killy , écrit-on de
Dunkerque , parti de ce port le 2 Décembre dernier ,
a fait beaucoup de priſes ſur les côtes d'Irlande , où
il avoit été établir la croiſière. Se voyant entièrement
maltraité par les vents ,& ſon mât ayant conſenti , il
aété obligé de ſe mettre à l'abri près de Ruich , où ,
par fon adreffe & fon déguisement , il a été fourni
par l'ennemi même de tout ce dont il avoit beſoin.
Auffi-tôt que fon mât a été réparé , il a remis en mer
& agouverné vers le Nord , après avoir donné la
chaſſe à un bâtiment charbonnier qui ſe rendoit à
Dublin , & qui lui eſt échappé. Ce Capitaine , depuis
environ 6 mois , ſans compter les priſes de cette
dernière croifière qui ne ſont pas encore parvenues
ànotre connoiffance , en a fait 27 , parmi leſquelles
il en a rançonné pour environ 8590 guinées .-Le
corfaire le Voltigeur , de ce port , a pris , le 19
Janvier , à la hauteur de Portsmouth , un brigantia
Anglois du port d'environ 100 tonneaux «.
Les lettres d'Angleterre en annonçant
l'arrivée du Lord Cornwallis& de ſa ſuite ,
ne parlent pas de l'accident qui lui eſt arrivé
à l'entrée de la Manche , & de la priſe
de ſon bâtiment par le Corſaire le Boulogne ;
on regrette que ce Corfaire n'ait pas rad
4
( 80 )
mené ſa priſe & ſes priſonniers en France;
on a ſu que le Général Arnold étoit avec
le Lord; il a eu fans doute l'attention de
ſe cacher ; car il eût été facile de le reconnoître
à ſa jambe de bois.
Le convoi partide Breſt pour Bordeaux , lit-on dans
une lettre d'un de nos ports , n'a pas étéheureux ;
il y a fix vaiſſeaux qui ſe ſont échoués à l'entrée de
la Garonne , dont trois font perdus , mais dont
heureuſement les équipages ſe ſont ſauvés ; on efpere
relever les autres & en retirer partie de leurs
cargaiſons. Il y a fix bâtimens du même convoi de
relâche au paſſage. La frégate marchande la Chimère
eſt du nombre. On est encore fans nouvelles
de quelqu'autres. Le reſte eſt entré à Bordeaux. -
Il étoit parti de St. Ander au commencement de
ce mois , un convoi de dix bâtimens pour laHavane;
ils étoient eſcortés par une frégate qui
eſt rentrée avec trois de ces bâtimens. On est
inquiet ſur le ſort des autres. Un bâtiment Pruffien
venant d'Amſterdam , chargé de fromage & de
clinq ailleries , a échoué près de Pont-de-Croix à la
côte de Baffe-Bretagne. C'eſt la contrariété du mauvais
tems qui eſt la cauſe de tous ces malheurs «.
La naiſſance d'un Dauphin eſt pour les François
une époque mémorab'e , un jour de bonheur uni
verſel qui leur donne occafion de manifefter audehors
& d'une manière éclatante les ſentimens
d'amour dont ils font habituellement pénétrés pour
leurs Souverains. Ces ſentimens innés , pour aimmi
dire , avec la Nation , que l'habitude fortifie , que
l'éducation entretient, que favoriſe la douceur da
climat & du Gouvernement , ces ſentimens continus
qui ſe tranſmettent du pere au fils & qui fubfiftent
d'âge en âge , fans contradiction , dans le
coeur d'une nombreuſe Nation , tiennent fans doute
( 81 )
12
T
à une grande cauſe dont on nous permettra , en
faveur du motif& de l'occaſion de fonder l'origine.
Ces ſentimens que les autres Nations ne connoif
fent que momentanément & par accès , ne peuvent
être que l'expreffion de la reconnoiſſance de
l'amour que le Souverain porte lui-même à fes
ſujets , & le prix des efforts conftans & foutenus
pendant p'uſieurs fiècles que les Rois de France ont
employés pour faire jouir leurs peuples , à l'ombre
des loix , d'uneliberté qui n'a jamais exifté ſous les
deux premières Races , & dort l'effet n'a été bien
ſeaſible dans la troiſième , que depuis le Ministèrę
deſpotique du Cardinal de Richelien . On a vu
les Anglois , ces fiers Rivaux de la France , verfer
des flots de fang pendant fix cents ans , pour établir
les droits des Communes qui repréſentent le
peuple , & leurs Rois lutter avec effort pour allervar
la Nation au glaive de leur deſpotifme. On
a vu Icurs Souverains rains ffuucccceefſfſliivveermyent prêts àécrafer
ce peuple indematab'e , fuccomber enfuite à
'de nouveaux efforts , perdre leur Trone & porter
même leurs têtes furdes échaffauds pour prix de leur
témérité. Les Monarq es François , au contraire
qui ne ſe ſont jamais regardés que comme les
peres de leurs peuples , n'ont combattu pendant le
même eſpace de tems que pour détruire & anéantir
le pouvoir des Grands , & diminuer cette foule
de petits tyrans , qui ne régnoient fur les peup'es
que pour les traiter comme des eſclaves & des
bêtes de ſomme. Ainſi tandis que les Rois d'Angleterre
faifoient les plus puiſſants efforts pour
enchaîner le peuple Anglois dans leurs fers , les
Rois de France , animés par un autre eſprit , ne
combattoient que pour la liberté générale, de la
Nation . Et cette diffrence dans la conduite des
Souverains , ne donne-t-elle pas une raifon imple
&naturelle de ce ſentiment d'amour univerſel que
les François ont pour leurs Souverains , fentiment
ds
( 82 )
qui devient d'antant plus vif, & qui embraſe ,
pour ainſi dire , toute la Nation , quand le Monarque
qui règne a par lui-même les vertus qui
peuvert le rendre cher à ſes ſujets ? Les Anglais,
au contraire , ne voyent jamais dans lears Souverains
que des deſpotes plus ou moias ardens qui
travaillent fourdement à miner continuellement le
grand ouvrage de leur liberté.-Hé quoi ! auſſi
de plus propre à réveiller l'amour National , à
l'entretenir , que cet Edit à jamais mémorable ,
donné ſous rotre jeune Monarque , Edit qui vient
dedétruire la ſervitude & l'eſclavage juſques dans
ſes dernières racines. Oui , ne craignons point
qu'on nous accuſe d'une vaine flatterie, puiſque
nous ne ferons que les interprères de la vérité , la
France n'a jamais joui de plus de bonheur que depuis
le commencement de ce Règne auguſte , &
la poſtérité dira avec étonnement à nos derniers
neveux , cu'un jeune Monarque , dans la fougue
bouillante des paffions , renonçant à tous les vaiss
plaifirs , a mis fon bonheur dans celui de Con peuple
, & à rendre à l'Europe la liberté du Commerce
&des Mers qu'elle avoit perdue depuis longtems.-
Tyrans dans les deux Indes , les Anglois aveuglés
par leurs ſuccès ne connoiffoient plus d'autre
gloire que d'aſſervir les nations , deleur donner
des fers & de leur faire ſupporter toutes forteς
d'outrages & d'humiliations. Leurs vaiſſeaux , qui
couvroient toutes les mers , infultoient les pavillons
detous les peuples , & ces fiers vainqueurs s'averglantbientôt
eux-mêmes & oubliant les ſentimens
d'humanité & de patriotiſme qui les caractériſent
avoient même imaginé , dans l'excès de leur orgueil
préfomptueux , de forger des chaînes pour
leurs propres enfans dans les colonies d'Amérique.
- La France , révoltée de tant d'excès , crut devoir
enfin prendre la défenſe de l'Europe outragée.
Depuis ſept ans elle épuiſe ſes tréſors & verle le
,
( 83 )
fang de ſes ſujets pour l'intérêt des nations Eu
ropéennes. Jamais guerre ne fut plus mémorable
car jamais on ne répandit moins de ſang , & jamais
les Anglois n'eſſuyèrent plus de pertes &
n'eurent de plus grands défavantages . Jamais auffi
la politique de Verſailles ne fut plus profonde ,
plus éclairée , mieux dirigée & n'eut pour but un
plus grand objet. Les Anglois ont perdu ſans retour
dans l'Amérique un Continent dix fois plus
grand que l'eſpace qu'ils occupent en Europe , deux
deleurs armées ont été priſes & détruites ſans qu'on
eût beſoin de tirer , pour ainſi dire , un coup de
canon. Ils ont perdu pluſieurs Iſles & l'inde eſt
prête à leur échapper. leurs Colonies révoltées
contre la tyrannie de la mere patrie , ont enfin
brifé le joug de ſon odieux deſpotilme. Les Monarques
de l'Europe ont tous ſouſcrit à la neutralité
armée & l'Eſpagne , la France , la Hollande
agiſſant de concert dans cette guerre , qu'on peut
appeller facrée , puiſqu'elle n'a pour objet que la liberté
générale des Nations , ne ſouſcriront point
fans doute à la paix , que les Anglois n'aient renonce
à leurs injuftes prétentions . On ne verra plus
ces deſpotes infulaires , henteux dans les guerres
précédentes , conſerver l'orgueil de dominer leurs
voiſins par des citadelles & des forts bâtis ſur leurs
propres foyers. Gibraltar ſera détruit , ou rendu à
ſes propriétaires naturels , ou que des flots de fang
inondent encore l'Europe pendant des ſiècles , plutôt
que les Eſpagnols ſouffrent plus long-tems
cette humiliation da plus révoltant deſpotiſme.
,
Une autre circonftance remarquable a ſignalé
les premières années du règne de notre jeuneMonarque
: jamais on n'a vu paroître tant d'Edits de
bienfaiſance. Les Miniſtres , à l'envi , ont fait éclarer
leur amour pour le bien public. Sa Majefté , ſecondant
leurs vues , a diminué le faſte de l'autorité
Royale , n'ignorant pas que la vraie grandeur des
d6
( 84 )
Rois ne conſiſte que dans l'amour de leurs ſujets
& le bonheur qu'ils leur procurent. Des combinaiſons
ſavantes , heureuſes , des économies intel-
Jigentes ont permis aux Ministres des Finances de
fournir aux frais extraordinaires de lag erre , fans
fouler le peuple, fans nuire au commerce & à l'agriculture
& les reſſources de la France font telles
qu'elle pourroit faire la guerre encore pendant
pluſieurs an ées ſans mettre de nouveaux impôις.
&
C'eſt dans ces circonstances fingulières & remarquables
que la France , amante de ſon Roi , defiroit
avec le plus d'ardeur qu'il lui donnát un rejeton
digne de lui. La première groſſefle de la Reine avoir
trompé les eſpérances de la Nation; mais ſa jeunefle ,
ſabeauté , ſes graces &le vif attachement de fon
Epoux à ſa perſonne auguſte , ne permettoient pas
de douter que ſes vorux ne fuffent promptement
exaucés. On annonça une ſeconde groſſeſſe ,
cette nouvelle fut l'aurore de l'époque heureuſe
qui ne tarda pas à la ſuivre. La Reine avoit le
preſſentiment de fon bonheur ; & quoique ces
preſſentimens ne foient ſouvent que des illuſions.
trompeuſes , elles flattent l'imagination , & font
toujours autant d'a-compte ſur les plaiſirs de l'avenir.
La Reine , ſentant pour elle-même tout le
prix d'un rejeton qu'elle alloit donner à la France ,
& le Roi , craigrant pour elle la révolution qu'une
auffi heureuſe Nouvelle pourroit faire ſur ſes ſens
émus & agités dans les premiers momens qui fuivent
l'accouchement , avoit réſolu de la lui cather
quelque tems . Mais eſt-on bien le maître de ſa
velonté, quand un motivement de grande ſenſibilité
nous commande ? Le Roi , tenant enfin dans ſes
bras ce nouveau gage de ſon borheur & de celui
de ſes Peuples, court, ſe précipite ſur le lit de fon
auguſte Epouſe , il la voit les yeux mouillés de
larmesde joie & d'une douleur inquiète, flottant entre
la crainte & leſpérance. Le Roi , dans cet inſtant ,
,
( 85 )
ne peut plus ſe retenir : c'est un Dauphin , lui criet-
il ...... & il ne put en die davantage . Cette
ſcène de larmes , da
tendriſſement , ſe répandit du
Palais dans Verfailles , de Verfailles dans la Capitale ,
& aufli rapide que l'éclair , les Provinces en reçurent
la nouvelle avec des tranſports melés d'une
joie umyerſelle. Il ſembloit , par l'ivretle géné-
Jale dont chaque citoyen étoit pénité , qu'il eût
reçu la nouvelle d'an bonheur qui lui fur propre &
particulier. Les Villes , les Bourgs , les Vi lages , les
Couveos , & tos les Corps Militaires , Civiis &
Munici, aux célébrèrent à l'envi leur joie & leurs
tranfports ; & comme les ſentimens d'amour , dans
les ames bien élevées , mènent
naturellement aux
featimeas de la bienfaisance , on vit des Citoyens
vertueux prodiguer leurs richeſſes pour foulager
le peuple matheureux . Des Communautés furent
dé hargées de la Taille; on maria de jeunes filles ,
& on les dota ; on delivra nombre de prifonniers , &
for tout de ces prifonniers indigens , pères malheureux
, obligés de facrifier leur liberté pour le prix
- des mois de nourrices de leurs enfans . La Ville de
Paris , qui avoit eu l'honneur de recevoir plufieurs
fois ſes Souverains & de les fêter en perfonne ,
jalouſe de conſerver un honneur que le Monarque
n'avoit garde de lui diſputer , emprefiée dans cette
occafion d'exprimer , pour les Habitans de la Capi
tale qu'elle repréſente , les ſentimens de leur amour
& de leur affection , ſe diſpoſa à préparer , à l'Hôtelde-
Ville , une Fête digne du Rot , de la Reine &
de toute la Cour qui devoit l'honorer de ſa préfence.
M. de Caumartin , Prévôt des Marchands ,
qui , en quittant l'Intendance de Flandres , avoit
emporté les regrets de toute la Province , empreflé
de donner à fon Roi des preuves particulières de fon
zele & de ſa
reconnoiffance , ſurveilla lui-même pendant
deux mois tous les travaux de cette Fête ſomptucufe;
mais comme nous ne pourrions rien ajouter
( 86 )
aux détails particuliers de la relation très- exacte
que la Gazette de France en a publiés , nous nous
contenterons de copier ici ce qu'elle a dit à ce
fujer.
Le 21 Janvier 1782 , la Reine partie de la Muette
à9heures &demie , a pris ſes voitures de cérémonie
au rond du Cours : S. M. ayant 100 Gardes-du-
Corps du Roi , étoit accompagnée dans ſa voiture
de Madame Elifabeth de France , de Madame Adélaïde
de France , de la Princeſſe Louife- Adé'aïde de
Bourbon-Condé , de la Princeſſe de Lamballe & de
laPrinceſſe de Chimay . La Reine , depuis l'endroit
où elle a pris ſes voitures de cérémonie , a été au
pas , d'abord à Notre-Dame ,& ensuite à Ste-Géne
viève , pour y rentre grâces àDieu de la naſſance
heureuſe de Monſeigneur le Dauphin. A 1 heure un
quart , S. M. , que les acclamations publiques avoient
ſuivie par-tout , eſt arrivée à l'Hôtel-de-Ville , où
elle a été reçue au bas de l'eſcalier ſuivant l'uſage.
En entrant dans la grande ſalle de 'Hôtel-de-Ville ,
la Reine y a trouvé les Princes , Seigneurs &Dames
invités , qui l'avoient précédée pour la recevoir , &
pour y attendre l'arrivée du Roi : tout ce noble cortège
étoit vêtu avec la magnificence digne d'une fête
audi éclatante . Le Roi parti du château de la
Muette à midi trois quarts , a pris ſes carroffes de
cérémonie an même endroit où la Reine avoit pris
les fiens ; S. M. étoit eſcortée de 150 de les Gardes ,
des Chevaux-légers , des Gendarmes de ſa Garde
ordinaire , & du Vol du Cabiner; tous ces Corps
marchant à leur rang ordinaire & fixé pour les cérémonies
: le Roi étoit accompagné dans ſa voiture, de
Monfieur, deMonſeigneur Comte d'Artois, du Prince
de Lambeſe , Grand-Ecuyer de France ; du Dae de
Coigny , premier Ecuyer ; & du Duc d'Ayen , Capitaine
desGardes. La foule étoit ſi grande fur toute la
route du Roi , qu'elle offroit le plus brillant coupd'oeil,
S. M. trouva la même affluence fur toute fa
-
( 87 )
route juſqu'à l'Hôtel-de-Ville où elle arriva , & où
elle fut reçue, ſelon l'uſage , au bas de l'eſcalier de
cet Hotel. Avant de ſe mettre àtable pour diner
L. M eurent la bonté de ſe montrer pluſieurs fois
fur le balcon d'où elles devoient voir le feu d'artifice ,
&certe faveur du Roi & de la Reine fut ſentie &
exprimée de la manière la plus vive , par les cris de
joie du peuple immenſe qui étoit raſſemblé dans la
place.-A 2 heures trois quarts , L. M. ſe mirent
àtable , & le repas ſomptueux qui leur fut fervi dura
2heures moins un quart. Le Roi & la Reine étoient
placés au haut de la table ; Monfieur étoit à la droite
de S. M. , & Monseigneur Comte d'Artois à la
gauche de la Reine ; Madame Elifabeth ſe trouvoit
immédiatement après Monfieur , Madame Adélaïde
de France après Monſeigneur Comte d'Artois , la
jeune Princeſſe de Bourbon-Condé après Madame
Elifabeth , la Princeſſe de Lamballe après Madame
Adélaïde , & toutes les autres Dames , au nombre de
70 , comme elles ſe ſont trouvées , la table étant
compoſée de 78 couverts. Le Roi a été ſervi par
M. de Caumartin , Prévőr des Marchands , qui
lui a préſenté la ſerviette avant de ſe mettre à table ;
& la Reine par Madame de la Porte , nièce de M.
de Caumarin , qui lui a préſenté la ſerviette. Les
Princes & Princeſſes de France par les Echevins , le
Procureur du Roi & le Receveur de la Ville : le dîné
avoit été préparé par les Officiers du Roi , & donné
par la Ville; pendant le dîné ily eut de la musique.
Après le ſervice de la rable de L. M. , on ſervit
d'autres tables dans des falles préparées pour les
Seigneurs & pour les perſonnes de la ſuite du Roi &
de la Reine. Aprèsle diné , L. M. ont rafié dans
la grande falle , où el'es ont tenu appartement &
jeupendant une heure & demie , c'eſt-a- dire , depuis
cinq heures juſqu'à fix heures & demie Alors
L. M. ſe font rendues avec les Princes , Princefles &
tous les Seigneurs & Dames de la Cour, dans la
-
( 88 )
1
-
eft
Les
falle où elles avoient dîné , & d'où elles ont vu k
feu d'artifice , après lequel la Cour eſt revenue dans
la pièce où s'étoit tenu lejeu.- A 7 heures & un
quart , le Roi , reconduit au bas de l'eſcalier de
l'Hôtel-de-Ville comme il y avoit été reçu ,
reparti de la même manière qu'il étoit venu ; & la
Reine également reconduite au bas del'escalier de
l'Hôteld- e-Ville , eſt partie à 8 heures moins un
quart, de la manière dont elle étoit arrivée : L. M.
retrouvant par- tout la même affluence de peuple &
les mêmes tranſports . -L. M. , en s'en retournant ,
ont vu pluſieurs des illuminations qui ſe trouvoient
fur leur route , & notamment celle de la place
Vendôme , dont L. M. ont fait le tour.Elles vitent
auſſi en paſſant la brillante illumination de la place
Louis XV , ayant pour regard le palais de Bourbon ,
dont l'illumiaatuon avoit le plus grand éclat.
Officiers des Gardes-du-Corps qui eatouroient les
carroſſes du Roi & de la Reine ont jeté de l'argent
en pluſieurs endroits .- L. M. , pendant toute cette
journée ſi précieuſe aux Parifiens , ont témoigné partout
la fatisfaction la plus grande , & ont fait les
complimens les plus honorables&les plus flatteurs au
Prevôt des Marchands , & à toutes les perſonnes qui
ont eu la direction de cette fête.-On ne peut ſe difpenfer
dedonner ici une eſquiſſe légère des conſtructions
élégantes & pittoreſques des embelliffemens &
ornemens exécutés ſous la direction de M. Moreau,
Architecte du Roi , Maître général , Contrôleur-
Inſpecteur des bâtimens de la Ville.
d'artifice étoit diſpoté ſur le nouveau quai , au moyen
duquel la place le trouvoit aggrandie. Il repréfentoit
le Temple de l'Hymen , formé par un portique
de colonnes , ſurmonté d'un fronton & couronné
d'un atrique... Sur un autel élevé au centre
brûloient pour la proſpérité de la Famille Royale
&celle de Monseigneur le Dauphin , les offrandes
de la Nation. Devant le portique du Temple , on
,
Le feu
:
i
( 89 )
voyoit la France recevant des mains de l'Hymen
Tenfint arguite & précieux qui vient de naître.
L'édifice étoit furmonté par des enfans & des aigles
qui orroient le temple de guirlandes , &c. &c.
L'Hôtel de Ville étant d'une étendue médiocre pour
une fi grande occafion ,& le fen d'artifice étant placé
fur le quai , les croisées de l'Hôtel ne ſe trouvoient
plus en face , ni diſpoſees pourjouir du ſpectacle de
cet enſemble.-Le beſoin d'augmenter le local pour
recevoir& placer plus convenablement L. M. & la
Cour, avoit déterminé le ſieur Moreau , dont les
talens & le goût font connus , à conſtruire une galerie
en retour du bâtiment de l'Hôtel-de-Ville , & en
face du feu d'artifice. En couvrant la cour de
l'Hôtel-de-Ville , on en avoit formé une très-grande
falle pour le feſtin & pour le bal . Les deux étages d'arcadesdont
elle est décorée , formoient des tribunes ornées
de tour ce que l'art peut offrir de plus riche,de plus
yarié & de plus commode. Dans la pièce appeliée
la grande falle , L. M. ont tenu appartement & jeu.
Unedes extrémités étoit ornée d'un dai magnifique ,
ſous lequel étoit placé le portrait du Roi en pied ,
ainſi que les buſtes du Roi & de la Reme far des
pi deſtaux. Deux fauteuils étoient plac's for ne
eſtrade élevée au milieu par deux gradies. A l'autre
bout étoit une cheminée ornée d'emblémes & enrichie
d'or & de marbre précieux. Tous les meubles
répondoient à cette magnificence , airfi que ceux
d'un appartement préparé pour la Reine à un des
coins de cette falle ; au côté oppofé ſe trouvoit
l'entrée prariquée pour la grande galerie qui avoit
été conftruite , & dont on a parlé. Cette pièce
avoit quatante- huit pieds de la ge for cent trentedeux
de long & vingt-huit de hauteur. Elle a ſervi
pour le diné de L. M. , leurs loges & celles de la
Cour pour voir de feu ; méme richefle , méme goût
d'ornemens & de meubles : dans les deux extrémités
-
( 90 )
- La
onavoit placé des Muſiciens qui , pendant lediné ,
ont exécuté , d'un côté , des ſymphonies du meilleur
choix ,& de l'autic , les morceaux de chant les plus
agréables. Le dehors de cette galerie , qur a ca
leplus grand fuccès , étoit décoré par un frontiſpice
dedouze colonnes Corinthiennes peintes enmarbre ,
cannelées , furmontées de leur entablement & ba
luſtrade portées ſur un ſoubaſſement. L'édifice étoit
couronné par un attique , diviſé en pilastres & basreliefs
, au milieu duquel s'élevoit un fronton chargé
de cartels & d'écufions aux armes de France.
loge de L. M. pour voir le feu d'artifice occupoit les
trois entre-colonnemens du milicu , qui formoient
un avant-corps & rotonde avec coupole portés par
huit fupports ... Al'a-plomb de chaque fupport étoit
placé un vaſe d'or d'où partoit un lys. Le deſſus de
laloge étoit en calotte , couvert d'une étoffe cr2-
moihe avec nervures & compartimens , firmonté
d'un dauphin.-Le 23 , la place de l'Hôtel-de-Ville ,
l'édifice du feu d'artifice & la galerie , ont été illuminés
le ſoir pour le bal qui devoit terminer cette
fête. Le Roi& la Reine ont honoré ce bal de leur
préſence ; mais l'affluence étonnante des marques ,
cet empreſſement irréſiſtible qui porte les ſujets à
s'approcher toujours le plus qu'ils peuvent de leurs
maîtres , n'a pas permis a L. M. d'y refterplus d'une
heure. -- Dans l'ure & l'autre des fêtes , l'ordre
effentiel pour la sûreté publique , la liberté des
débouchés & la circulation a été parfaitement établi
&l'on ne peut que féliciter infiniment toutes les
perſonnes qui ont concouru fi heureuſement à ce
qu'aucun defordre , aucun accident n'aient troublé
dans ces deux occafions la joie & l'allégreffe publique.-
S. M. ayant gratifié du Corden de l'Ordre
de Saint-Michel les ſieurs Richer & de Bordenave ,
premier & deuxieme Echevins; le ſieur Buffault ,
Receveur-Général de la Ville; & le ſieur Moreau,
Maître général des bâtimens de la même Ville , a
5
permis , qu'à commencer du premier jour de la
fête,ils ſe décoraſſent des marques de cet ordre ,
quoiqu'ils ne fuſſent pas encore reçus Chevaliers .
Cette ſuperbe fête ,&digne du luxe des Romains
dans le tems de leur plus grande magnificence , a
été couronnée par un bouquet bien digne d'un Souverain
, qui ſe croit plus le père de ſon peuple que ſon
Maître. Le Roi fit remiſe ,àla claſſe la plus indigente
de cette Ville , de la Capitation de cette année.
C'eſt par ces témoignages répétés de bienfaiſance
que l'Amour ſe grave d'un trait inéfaçable dans le
coeur d'une Nation , & que le Souverain , père de
ſon peuple , en devient l'idole & l'objet de toutes
ſes affections.
Ledéfaut de place nous force de renvoyer l'Edit
pour lenouvel emprunt , il eſt de 70 millions. On
donne 12 pour 100 à 70 ans , 11 à 60 , 10 à tout
âge & 9 ſur deux têtes. On ſera libre de ne conftituer
qu'en 1786 ; en attendant on recevra l'intérêt
de ſon argent às pour 1co de fix mois en fix mois.
Ceux qui dans quatre ans ne voudront pas conſtituer
feront remboursés par voie de loterie.
De BRUXELLES , les Février.
>>>On fait , écrit-on d'Oſtende , que pendant l'été
dernier , on a exécuté la démolition d'une partio
des fortifications Méridionales de cette Ville pour
ſervir à ſon aggrandiſſement, lafituation de ceterrein
entièrement à portée du baffin magnifique auquel on
travaille , ainſi que du port &de l'ancien baffin , eſt
on ne peut pas plus propre aux beſoins & aux opérations
de toute eſpèce de commerce & de navigation
, on y pourra conſtruire des édifices & bâtimens
de tour genre. Il eſt libre à tous mâçons , charrentiers
, ardoifiers , plombiers , &c. d'y aller travailler
ſans être afſujettis aux corps des métiers ; l'entrée
de tous les matériaux pour y bâtir eſt également
( 92 )
libre. Ceux qui dirigeront les bâtimens , pourront ,
par provifion , y construire des baraques de planches
pour y loger leurs ouvriers pendant la durée
des ouvrages , on leur affignera pour cela des terreins
dans la nouvelle enceinte. Vers le milieu de co
mois les Cominiliaires de notre Magistrat qui compoſent
le Comité des bâtimens nouveaux , procé
deront a la vente publique de lapartiedu terrem qui
eſt déja déblayée , & que l'on diviſera en portion
de différentes grandeurs pour la convenance des acquéreurs
<«.
On apprend de Paris , que M. le Duc de
la Vauguyon en eſt parti le 30 du mois dernier
pour retourner en Hollande.
Les avis reçus en Hollande ont raſſuré
fur le fort de la colonie de Surinam , pour
laquelle on étoit inquiet , ſur-tout depuis
la priſe de Démerary & d'Eſſequibo. Les
Directeurs de cette colonie ont fait publier
les fuivans :
>>>Selon les informations du Gouverneur-Général,
la Colonie de Surinam continue de jouir d'une parfaite
tranquillité & ſe voit à l'abri de toute attaque
hoftile : on a preſqu'achevé de mettre les fortifications
dans un état complet de défenſe , & on a employé
, pour la protection de laColonie, tous les
moyens que l'art a pu fournir; ainſi en ſe flatte
que les Ennemis , qui avoient tenu continuellement
de petits Corfaites fur la Core ,& même à Tem
bouchure de la rivière , n'ignorant point la ſituation
où la Colonie ſe trouve par la conſtre ction de
nouveaux ouvrages , ni les meſures de défenſe qui
ont été priſes , non plus que le nombre des vaiſſeaux
de guerre , barques armées & autres bâtimens qui
couvrent les rivières , n'o'eront tenter une attaque
qu'ils n'ont pas entrepriſe juſqu'ici; &, s'ils l'otent ,
on eft fi bien prêt à les recevoir , qu'à moins d'une
( 93 )
-
force exceſſivement ſupérieure its ne feroient pas
en état de cauſer beaucoup de mal. Le Capitaine
Spengler , commandant la frégate de guerre la
Thétis , tient la mer depuis le 17 Juin avec deux
brigantins armés , pour croifer vers la rivière de
Marrewine , dans la vue de chaffer les Corfaires
qui infeſtent cette côte , de rendre la navigation
libre pour les navires faiſant route vers la Colonie ,
&de conſerver avec la Colonie Françoiſe de Cayenne
une communication , qui étoit fort avantageuſe pour
celle de Surinam . MM. les Directeurs , après
avoir fait obſerver à L. H. P. que ces préparatifs
ont obéré la Colonie d'une façon qui mérite leur
attention la plus favorable , & des ſecours efficaces
après le rétabliſſement de la paix , ajoutent que ,
juſqu'à préſent , l'on ne ſe plaignoit pas pofitivement
, dans les Dépêches reçues de Surinam , d'une
difette effective ; que cependant il n'y étoit arrivé
juſqu'au 28 Juin aucun vailleau chargé de provifions
; comme auſſi l'on n'avoit pa faire aucun envoi
des productións de la Colonie ; qu'a la vérité , ils
avoient tâché , par différentes voies , de ſuppléer à
l'approvisionnement de la garniſon & des vaiſſeaux
de guerre; mais que , juſqu'à préſent , ils n'avoient
pasde certitude que ces voies euffent réuſſi , &c. -
Les autres nouvelles reçues de Curaçao ne ſont
pas moins fatisfaiſantes. Elles ont été apportées par
M. van Starkenborch , Fiscal de cette Colonie
parti de Saint-Thomas avec un navire Danois , qui
eſt arrivé en Norwege. Suivant le rapport de M. van
Starkenborch , cette Ifle ſe trouve dans le meilleur
érat de défenſe , & l'on n'y eſt nullement inquiet ,
au cas que les Anglois vouluſſent faire quelque tentative
, qui ne pourroit s'exécuter qu'avec beaucoup
de danger<«.
On dit qu'à l'exemple de la France , les
Cantons de Berne & de Zurich ont réſolu
194)
de renoncer à la garantie du Gouvernement
de Genève , à laquelle ils s'étoient engagés
par la médiation de 17; 8 , ſi dans pen de
tems cette République ne trouve pas ie
moyen de mettre fin à ſes diffentions; les
Cantons de Berne , de Lucerne & de Soleure
, garans auſſi de la conſtitution de
Fribourg , ont pris une ſemblable réſolution
à l'occaſion de quelques troubles politiques
qui s'y ſont élevés ; & c'eſt peut-être le véritable
moyen de les terminer.
PRÉCIS DES GAZETTES ANG. du 29 Janvier.
-
L'Amirauté a reçu hier des Lettres de l'Amiral
Rodney , datées en mer le 22 de ce mois; mais il
n'en a rien tranſpiré. On craint qu'il n'ait beaucoup
ſouffert des mauvais temps qui ont régné
depuis qu'il eft forti. On apprend des Sorlingues ,
que fon Eſcadre compoſée de 12 vaiſſeaux de ligne
&de deux frégates , avoit été rencontrée le 21 ,
à so lieues de l'une de ces Ifles. Le 26 ,
un Exprès envoyé des Dunes , par le Capitaine
Nelſon de la frégate l'Albemarle, arriva au Bureau
de l'Amirauté , avec la nouvelle que le Brillant
, vaiſſeau de la Compagnie des Indes , avoit
abordé par accident la frégate l'Albemarle , dont
il avoit emporté le beaupré , & lui avoit cauſe
d'autres dommages très-conſidérables. Le Capitaine
Nelſon obſerve également que Samedi matin , le
vent ayant paflé au N. O. , & foufflant avec une
grande force , pluſieurs bâtimens de commerce coupèrent
leurs cables & portèrent à l'Ouest. C'eſt à
regret que nous ajoutons qu'il y a tout lieu de
craindre que la navigation n'ait éprouvé encore plus
de dommage en différens de la Côre.
1 )
( ور
Teda Ger
3,1
ne
Lucent's
10
Les vaiſſeaux de la Compagnie des Indes , qui
ont mouillé à Portsmouth , dont pluſieurs s'y trouvent
depuis quelques mois , coûtent , ſuivant l'évaluation
qui en a été faite , au moins soo 1. ſterl.
par jour à la Compagnie .
Le Vigilant a hiffe le 27 à Chatham ſa flamme,
& ſe prépare à mettre en mer; mais ce vaiſſeau ,
loin d'être équipé complertement , ainſi que l'ont
affirmé pluſieurs Gazettes , ſe trouve pour le préſent
ſans équipage & fans munitions.
Les Marins croyent généralement que le Commodore
Elliot aura l'Eté prochain le commandement
de l'Eſcadre destinée à croiſer dans la mer du
Nord.
Les vives ſollicitations du Général Burgoyne ,
tendantes à ce qu'on nommat un Conſeil de guerre
pour examiner ſa conduite dans l'affaire de Saratoga
ont enfin été admiſes ,& le Bureau de la Guerre
a envoyé par le dernier paquebot des ordres au
Commandant en chef en Amérique , pour qu'il faſſe
paſſer par la première occaſion , en Angleterre , les
Officiers que le Général Burgoyne a dit être néceffaires
à ſa défenſe , pour aſſiſter au Confeil de
guerre qui fera tenu au Printems prochain, à moins
quedes cauſes imprévues n'y mettent obſtacle.
Un bâtiment parti de Charles-Town le 1 Décembre
dernier , lit-on dans une Lettre de New-Yorck du
14, vient d'arriver ; felon le rapport du Capitaine , le
Major Craig ayant abandonné le poſte de Wilming
ton dans la Caroline Septentrionale , s'eſt retiré ſur
Charles-Town , où le Général Leslie a réuni toutes
fes troupes , & formé une armée capable de réſiſter
à celle des Américains . On travaille aux fortifica.
tious de la Ville , avec la plus grande activité , &
tout le monde ſe prépare a une défenſe vigoureuſe
& obſtinée .
LesColonels Fanning & M'Neil, écrit-on de Char
les-Town en date du 2 Novembre , font entrés le 13
3
OAobre dans Hilsborough , après une marche forcée
de 45 milles ; ils ont attaqué la garniſon , tức
leColonel Litterel & 14 hommes. Ils ont faits prifonniers
de guerre leGouverneur Burke avec toute
fa fuite , 13 Officiers Américains dont ; Colonels,
& so à 60 Fufiiers. Les Américains fur cette nouvelle
ont réuni 600 homines de Milices aux ordres
du Général Butler , & ont attaqué le détachement
qui efcortoit les prifonniers. LesAnglois ont reçu
trois décharges avant de s'être formés ; mais bientôt
sétant tous réunis au drapeau , ils ſe ſont
jettés labayonnette au bout du fufil fur la Milice
Américaine , & l'ont forcée de ſe retirer. La perte
des Anglois a été de 40 hommes , & celle des
Américains de 60. Le Colonel M'Neil a perdu la
vie dans cette eſcarmouche; le Colonel Fanning a
été bleffé. La troupe victorienſe eſt arrivée le 20
Octobre , avec 200 prifonniers , auprès du marais
de Naft , après une marche de soo milles. Le 23 ,
le Major Craig , avec les troupes de la garniſon de
Willmington , a rejoint le Colonel Fanning. Les
Anglois , à ce qu'il paroît, ont totalement abandonné
la Caroline Septentrionale.
Le Roi ayant reconnu la néceſſité d'animer &
d'exciter l'émulation de ſes Sujets dans l'exploitation
des Mines de la Grande-Bretagne , &voulant
que le Royaume ne tire que de ſon ſein les métaux
néceſſaires à l'Agricalture , aux Arts , à la Guerre
&à la Marine , vient d'appeller auprès de lui le
Baron de Reden, Capiraine Général des Mines du
Hartz dans l'Electorat de Hanovre , afin que ce
favantMinéralogiſte établiſſe en Angleterre , pour
le Département des Mines , une administration c
des procédés ſemblables à ceux qui depuis longtemps
font fleurir la plupart des Etats de l'Allemague
, &dont le Royaume de Hongrie , la Suède ,
Le Danemarck & la Ruffie , retirent de jour en jour
les plus grands avantages.
:
cas mier Volume , payeront en recevant les II , III &
60 liv.
IV
Ceux qui ont retiré les Tomes I & II ,
en retirant les Tomes III & IV payeront.. 34
Ceux qui ont retiré les Tomes I , II &
III, en retirant le Tome IV,
Et pour l'Ouvrage complet, .
S
104
On prévient que cette Hiſtoire n'a été tirée qu'à
7 cens Exemplaires , & qu'il en reſte peu de
aplets.
On s'adreſſera à Dijon , chez Frantin, Imprir
du Roi ; & à Paris , chez Moutard , Imprir-
Libraire de la Reine , rue des Mathurins.
TABLE
Du Journal Politique.
stantinople , 49 Cadix, 57
Copenhague , 51 Londres, 59
Stockholm ,
53 Versailles, 73
Vienne, ibid. Paris , 75
Hambourg , 55 Bruxelles . 91
Long
yout
3
Vaiſſeaux prisfur les Anglois.
(PARLES FRANÇOIS).L'Elifabeth , de Charles-
Town ; envoyée à S. Malo.
( PAR LES ESPAGNOLS . Le Polly , de Terre-
Neuve , pour Oporto ; envoyé à Vigo.
( FAR LES AMÉRICAINS ). L'Enterprize , de
Clyde , pour Charies-Town ; envoyée àBeaufort,
dans la Caroline-Septentrionale.--Le New- Castle ,
de Corke, pour New-Yorck; envoyé au Cap -Anne.
Le Hope , de S. Christophe , pour Charles-
Town ; envoyé dans la Caroline-Septentrionale.-
Le Providentia , de Londres , pour S. Thomas ;
envoyé à la Nouvelle-Angleterre. -Lc Swift ,
deMadère , pour Québec ; envoyé à Boſton.- Le
Saint-David,de la Jamaïque , pour Londres ; envoyé
à Salem.-Le Nelly , de la Jamaïque , rour
Brutol ; envoyé à Salem.
Vaiſſeaux pris par les Anglois.
(SUR LES FRANÇOIS ). Un Bâtiment , pris par
l'Artois , Vaiſleau de Guerre ; & envoyé à Torbay.
(SUR LES ESPAGNOLS. ) Un Bâtiment , munitions
navales , de Cadix , pour Philadelphie; pris par
l'Amiral Graves , & envoyé à Antigue.
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France, à Paris , chez PANCROUCKE , Libraire ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le prix de
l'Abonnement eft de 30 liv. pour Paris,& de 32 liv.
pour la Province.
MERCURE
DE FRANCE .
SAMEDI 16 FÉVRIER 1782 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS.
A Madame SABATIER DE CABRE , fur
fon départ de Liège.
TuUvas donc embellir un féjour plus heureux !
Tu pars , & les Amours s'éloignent ſur tes traces !
Emporte , en nous quittant , nos regrets& nos voeux.
Vas ! tu plairas dans tous les lieux
Où l'on aime l'eſprit, les talens & les grâces .
Quel charme, fur nos bords , égalera le tien ?
Qui nous rendra cet Art que tu ſavois ſi bien ,
D'animer nos plaiſirs par ta gaîté riante ,
CetArt de tout féduire , en n'aſpirant à rien ,
De laiſſer , de ta vue & de ton entretien ,
Chaque homme tranſporté, chaque femme contente?
Nº.7 , 16 Février 1782 . E
98 MERCURE
Apprends-nous tes ſecrets: dis-nous par quel ſecows
Tu faiſois oublier la beauté la plus fière ,
Toi , timide , ingénue , & n'ayant pour atours
Que les bouquets d'une Bergère ,
Et les rubans de ſes beaux jours ?
Plus d'une jalouſe rivale
Vit pâlir , devant toi , l'orgueil de ſes appas ;
Aumilieu des ſuccès d'une lutte inégale,
Tu fis naître l'envie & ne la connus pas.
Que leur brigue , à préſent , diſpute la victoire !
Elles peuvent briller dans nos cercles déſerts ;
Tupars; mais tous les coeurs ſont pleins detamémoire,
Etjeverrai leur foule applaudir à mes vers....
Hélas ! j'aurois voulu paſſer toute ma vie
Près de toi , près du Sage à qui l'Amour te lie!
Couple aimable! allez loin de nous
Offtir l'image raviſſante
Des noeuds les plus parfaits qui ferrent deux époux
Tandis qu'au ſouvenir de mes jours les plus doux ,
Je mouillerai de pleurs ma lyre gémiſſante ,
Et que tous les objets me parleront de vous.
( ParM. Léonard. )
DE FRANCE.
99
DISTIQUE fur la Convalescence de
MIL** CHARLOTTE ST ** .
L.. Es Dieux rendent Charlotte à nos voeux , à nos
pleurs ;
Riez Grâces , Talens; triomphe , Dieu des coeurs.
(Par M. l'Abbé Rox. )
SONNET.
LAISSEZ - MOI , Dieu des Vers ,
ma Lyre ;
&reſpectez
Qui célèbre un Dauphin , peut ſe paſſer de vous.
C'eſt au ſentiment pur qu'appartient mon délire ,
Et Pindare lui-même en eût étéjaloux .
QU'IL ſeit grand! qu'il ſoit bon! que l'Univers l'admire!
Qu'il trouve en ſes devoirs ſes plaiſirs les plus doux!
Mais pourquoi tous ces voeux , quand un ſeul doit
ſuffire?
Qu'il imite ſon père , &c'eſt aſſez pour nous,
IL fera comme lui le bonheur de la France ;
Comme lui , de l'Europe il tiendra la balance ;
Il ſaura protéger les Vertus & les Loix.
Son coeur aimera mieux la Paix que la Victoire ,
E ij
100 MERCURE
Et lui dira toujours , qu'au temple de Mémoire ,
Le premier des Aéros eſt le dernier des Rois.
(Par M. le Comte de Saint-Aldegonde.)
LE PRINCE DESIRE , Conte de Fées,
préſentéà la Reine par l'un des Enfans
que le Bureau d'Administration du Collége
de Louis-le-Grand a nommés Boursiers, à
l'occafion de la Naiſſance de Monseigneur
le Dauphin.
IL étoit une fois un Roi & une Reine qui
étoient bons , & que tout le monde aimoit.
Quoique la Reine fût belle , qu'elle eût tant ,
tant d'eſprit qu'on en étoit émerveillé ; &
que le Roi fon mari eût pour elle une grande
affection , elle n'étoit pas contente. Elle defiroit
depuis long-temps d'avoir un garçon.
Quand elle voyoit une mère qui avoit un
petit garçon , elle diſoit tout bas : « N'en
» aurai je jamais un auſſi ? » C'eſt pourquoi
chacun ſouhaitoit qu'elle en eût un aufli.
Lorſqu'elle devint enceinte , ſes Sujets vouloient
tous parier qu'elle accoucheroit d'un
enfant mâle , attendu , comme il vient d'être
dit , qu'ils le defiroient : perſonne ne voulut
parier contre. Elle accoucha heureuſement ,
&elle accoucha d'un fils. Voilà qu'auſli- tôt
on met des lampions ſur les fenêtres , on
danſe dans les rues , on compoſe toutes
fortes de vers , on tire des feux d'artifice
DE FRANCE. 101
&l'on fait du bien aux enfans des pauvres.
Le bon koi , qui avoit defendu de dire tout
de fuite à la Reine qu'elle étoit accouchée
d'un Prince , de peur que la joie ne lui fit
du mal , oublia ſon ordre. Il dit devant la
Keine : " Qu'on apporte mon fils ; » & il
embraſſa ſon épouſe ,& il baiſa ſon enfant ,
&tout le monde pleuroit, parce qu'on étoit
bien aife.
Cependant , les Génies & une Fée voiſine
arrivèrent pour douer le petit Prince: ils
étoient tous ancêtres de 1 Enfant. C'étoient
d'anciens Rois , les uns du pays , les autres
de pays voifins , à qui les Dieux , en récom
penſe de leurs vertus , avoient donné un
pouvoit furnaturel. Le premier qui entra
s'appeloit Louis , & il dit : Cet Enfant fera
" humain , clément, affable , & on le fur-
» nommera le PÈRE DU PEUPLE. » Le fe-
>> cond , qui avoit nom FRANÇOIS , dit :
" Cet Enfant ſera brave Chevalier , & de
>>>plus , il protegera les Sciences & les Sa-
>>>vans , & on le furnommera le PÈRE DES
ود ود LETTRES. » Le troiſième, qui avoit une
petite barbe , la mine riante & l'oeil vif ,
dit : " Ventre- faint gris, il fera beau comme
"
"
ſa mère , ennemi des flatreurs comme ſon
>> père , & fans façon comme ſon oncle
JOSEPH .... Hélas! il ne fera pas obligé de
vaincre ſes Sujets , & de leur pardonner.
Il fera fi bien que chaque Payſan , le
» Dimanche , aura la poule au por.
ayant prononcé ces paroles , il paſſa au con
ود
ود
ود Et
Eisj
102 MERCURE
de la Reine une belle chaîne d'or. Alors on
vit entrer un Génie qui avoit une grande
taille & un air majestueux , & qui s'appeloit
encore Louis , & il dit : " Cet Enfant
> ſe connoîtra en hommes: ilſera noble en
- toutes choſes , & l'on verra paroître ſous
" fon règne une foule de grands hommes
>>> dans tous les genres ". » Pour moi , dit
un Génie , qui venoit de la contrée à laquelle
Lothaire a donné ſon nom , & qui
lui - même s'appeloit Léopold , " je doue le
» nouveau né de modération , d'économie
» & d'amour de la paix. Il fera ſi bien ob-
" ſerver la Juſtice , que ſes Sujets laifleront ,
>> fans crainte , leurs portes ouvertes pen-
>> dant la nuit. »
En ce moment la Fée entra , &la Reine ,
qui la reconnut bien , répandit des larmes ,
&voulut courir à elle. La Fée dit : " Cher
>>Enfant , je ſuis MARIE-THÉRÈSE : je te
doue de piété&dereſpect pour lesDieux "...
Le Roi & la Reine étoient tranſportés de
plaiſir en entendant ce que diſoient les Génies
& la Fée. Pendant que ceci ſe paſſoir,
un Ogre , monté ſur un Léopard , & qui
mangeoit de la viande crue , arriva , dans de
mauvais deſſeins, en diſant : " Je ſuis l'Ogre
>> D'ALBION : j'ai droit de prendre le titre de
>> Roi de ce pays- ci : ce pays-ci eſt à moi ».
* Tant mieux pour vous, lui dit le Génie à
ود
ور
la petite barbe , lequel avoit la répartie
prompte : vous avez là un beau Royau-
>> me ». L'Ogre vit bien qu'on ſe rioit de
!
DE FRANCE.
103
lui. Par conféquent il proféra trois fois un
mot qui veut dire chien , & il jura godham :
puis tirant ſon épée , il menaça de ravager
tout avec ſes ſoldats & fes vaiſſeaux , & il
s'en alla tout furieux. Alors le Génie à la
petite barbe ſe tourna vers les Alliſtans , &
leur dit: " Allez , ne craignez rien ; vous
» le battrez , & vous lui ferez mettre bas
les armes. »
Nota. Ce joli Conte eſt de M. Sélis , Profeſſeur au
Collége de Louis-le-Grand , dont nous avons déjà
imprimé d'autres Ouvrages agréables en vers & en
profe , & dont les talens, l'honnêteté , le zèle pour
l'éducation de la jeuneſſe , méritent les plus grands
éloges.
-
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt Soc de Charrue ;
celui du Logogryphe eſt CLOVIS , où cent
cinquante ſont exprimés par CL , rien par
O ou zéro , fix par VI , & où ſe trouve la
lettre S.
E iv
104 MERCURE
ÉNIGME.
Je ſuis de bon conſeil , diligente & fidelle ;
Qui ne connoît convient de mon utilité.
Mon principal mérite eſt mon égalité,
Et d'un zèle conſtant je ſuis le vrai modèle.
Je marche jour & nuit pour qui veutme ſoigner.
Bien qu'aveugle , à mon but je vais ſans m'éloigner ;
Il fautuniquement me mettre ſur la route.
Quoique ſuivant toujours mes premiers mouvemens,
Je fais tout par calcul fans que cela me coûte.
Mon coeur fait tout mon prix ;je vaux fans ornemens.
Le Roi , dans ſes deſfsins, me confulte & m'écoute;
Je décide ſouvent l'emploi de ſes momens.
Ala ville, je ſers un maître d'ordinaire ;
J'ai foin de l'avertir s'il a quelque devoir ,
Quelque plaifir ou quelque affaire.
Je déſole un amant ou flatte ſon eſpoir ,
Suivant que je réponds à ce qu'il me demande.
Seule au village , j'y commande;
J'ordonne les repas , les plaiſirs , les travaux :
Le Laboureur , les animaux ,
Tout à ma voix s'éveille, ou repoſe , ou s'empreſſe ;
Je raffemble le ſoir la folâtre jeuneſſe.
En réglant leur deſtin , hélas ! quel est mon ſort ?
Traîner toujours ma chaîne , & veiller quand tout
dort.
DE FRANCE.
105
Cependant, quandje parle, àchaque inſtantj'annonce,
Pour qui veut réfléchir , de grandes vérités .
Foibles mortels , il n'eſt tréſors ni dignités
Qui puiflent exempter des arrêts redoutés
Qu'à chacun tour- à-tour malgré moi je prononce.
(Par Madame B. D. L. V. )
D
LOGOGRYPΗ Ε.
ANS l'avenir toujours je me promène ,
Et le préſent ne fauroit m'arrêter.
Pour être heureux , il faut me poſſeder ;
Car je détruis le chagrin & la peine.
Mon cher Lecteur , défais l'arrangement
De mes ſept pieds , afin de me comprendre ;
Tu trouveras ce qu'aime le Savant ;
Et ce métal qui fit tant entreprendre ;
Le terme où commence la nuit ;
Un frein paiſſant contre la tyrannie ;
Un légume , un fruit ;
Et mon tout naît ſouvent à la fin de ta vie .
( Par Mlie de Marrenx cadette. )
Ev
106
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ÉTRENNES du Parnaſſe, choix de Poéfies.
Frat quod tollere velles. Par M. le Prévoſt
d'Exmes. Prix , 1 liv. 10 fols. A Paris ,
chez Couturier fils , Libraire , Quai &
près l'Egliſe des Auguſtins.
LES Etrennes du Parnaſſe n'étoient , dans
l'origine , qu'une Collection annuelle de
Poéfies fugitives , de même que l'Almanach
des Muſes. Elles auroient pu aiſement en
contrebalancer le ſuccès , car on connoît
l'eſprit de parti & de prévention qui fait
que tel Auteur diſgracié dans tel Recueil
peut eſpérer de trouver grâce dans un autre .
Malheureuſement la rédaction de celui- ci a
toujours été commiſe à des mains fi maladroites
, & qui avoient ſi peu de tact ,
qu'elles ne ſavoient pas difcerner , je ne dis
pas le bon du médiocre , mais le très-bon
du très-mauvais .
Un nouveau Rédacteur a ſuivi un nouveau
plan. Sa Collection eſt diviſée en trois parties.
1º. L'une eſt conſacrée à des eſſais hiftoriques
fur la Poésie Italienne , dont la
ſuite paroîtra ſucceſſivement chaque année.
Mais ces eſſais , qui font moins l'hiſtoire du
génie des Poëtes que du technique de la
i
;
DE FRANCE. 107
poéſie , ne peuvent avoir pour nous que
très- peu d'interet. Le Rédacteur , qui paroît
avoir ſenti cet inconvénient , a eu ſoin d'entre-
mêler fon récit de citations Françoiſes
très- bien choiſies. Telles ſont les ſtances
ſuivantes :
Si l'Amour est un doux ſervage,
Si l'on ne peut trop eſtimer
Les plaiſirs où l'Amour engage ;
Qu'on eſt ſot de ne pas aimer !
Mais si l'on ſe ſent enflammer
D'un feu dont l'ardeur eſt extrême ,
Et qu'on n'oſe pas l'exprimer;
Qu'on eft fot alors que l'on aime !
Si dans la fleur de ſon bel âge ,
Femme bien faite pour charmer ,
Vous donne ſon coeur en partage;
Qu'on eſt ſot de ne pas aimer!
Mais s'il faut toujours s'alarmer ,
Craindre , rougir , devenir blême ,
Auſlitôt qu'on s'entend nommer ;
Qu'on eſt ſot alors que l'on aime!
Pour complaire au plus beau viſage
Qu'Amour puiſſe jamais former ,
S'il ne faut rien qu'un doux langage ;
Qu'on eſt ſor de ne pas aimer !
Mais quand on ſe voit conſuiner ,
Si la belle eſt toujours de même ,
E vj
108 MERCURE
Sans que rien la puiſſe animer ;
Qu'on eſt fot alors que l'on aime !
2°. Le choix des Pièces fugitives qui forment
la feconde Partie, n'eſt pas, àbeaucoup
près , ce qu'il devroit être. Ony trouve avec
plaifir quelques poéties légères de M. le
Chevalierde Parni , de M. de Piis , de Mм.
le Chevalier de Cubières , de M. de Saint-
Ange , de M. Merard de Saint- Juſt, de Mde
la Marquiſe de la Férandière , de Mlle Peroche
, de M. le Chevalier d'Autumne. Mais
les Tant Pis & Tant Mieux , Conte, le Petit
Chien &Sa Maîtreffe , Fable , Stances irregulières
, &c . &c ..; une deviſe d'Enguerrand
deMarigny que voici :
Chacunfoit content de fes biens ,
Qui n'a fouffisance , itn'a rien.-
Une Epigramme de Hugues de Berci ſur les
Médecins , appelés autrefois Phyficiens
que voilà :
Fificiens font appetés ,
Sans Fi nefont- ils point nommés ?
ne peuvent donner une idée bien avantageuſe
du difcernement du Rédacteur , &
peuvent décréditer beaucoup fa Collection .
3 °. Les Poéſies étrangères , traduites ou
imitées de l'Italien , de l'Allemand , de l'Anglois
, du Grec & du Latin , ne font pas rédigées
avec plus de foin , ni choifies avec
plus de goût. La typographie en est horriDE
FRANCE.
109
工
1
blement fautive ; le Latin & l'Italien y font
ignominieuſement défigurés. Au reſte , on y
trouve un épiſode charmant du Roland Furieux
, imite par l'Arioſte d'un épithalame
Latin de Catulle. Il ſeroit à ſouhaiter que
le Rédacteur eût recueilli pluſieurs morceaux
de ce genre.
La verginella èfimile à la rofa
Ch' in bei giardin sù la nativa ſpina ,
Mentrefola , è ficura ſe ripoſe ,
Ne gregge , ne paflor ſe l'avvicina ;
Laure foave, è l'alba rugiadoſa ,
L'acqua , la terra alſuo favor s'inchina .
Gioveni vagny , e donne inamorate ,
Amano haverne; efeni , e tempie ornate.
Manonfi toſto dal materno ftelo
Simo , fi viene , e dalſuo ceppo verde ;
Che , quanto havea da gli huomini e dal ciclo
Favor , gratia , e bellezza , tutto perde ,
La vergine , che'l fier ; di che più zelo ,
Che de begli occhi , e de la vifa , haver de ;
Lafcia altrui corre, ilpregio , c'h avea innanti ,
Perde nel cor di tutti , gl' altri amanti.
Deux Traductions de ce fragment en vers
François offrent un objet de comparaifon
qui ne peut manquer d'intérefler nos Lecteus
. L'une est d'un anonyme qui a publié
comme un effai le premier Chant de l'Arioſte ;
l'autre eft de M. François de Neufchâteau.
110 MERCURE
Le Rédacteur prétend que la Traduction de
l'anonyme ne fait point de tort à celle ci ;
on en va juger.
Nous allons commencer par celle de
l'anonyme.
La jeune fille eft cette aimable roſe
Qui , folitaire , en un jardin repoſe ,
Loin des troupeaux, loindes Bergers : nul n'ofe
En approcher une indifcrette main.
Le doux zéphir & les pleurs du matin
L'onde, la terre à l'embellir conſpirent ;
Le tendre amant, l'amante la defirent
Pour en orner ou leur tête ou leur ſein.
Mais , quand cédant à la main qui la cueille ,
Elle a quitté fa vive &verte feuille ,
Et délaiſſé le rameau maternel ;
Ces dons brillans qu'elle a reçus du Ciel ,
Qui la rendoient le charme de la terre ,
Grâces , fraîcheur , comme une ombre légère ,
Tout diſparoît , tout fuit en peu de temps.
Ainſi l'on voit la beauté qui ſe donne ,
Qui des tréfors de ſon jeune printemps
Ad'un ami comblé les voeux ardens ,
Perdre bientôt l'éclat qui l'environne
Ettout fon prix pour ſes autres amans.
Autre Traduction de M. François de
Neufchâteau.
AH ! je ſais trop que pour l'Amour écloſe
Lajeune fille ett ſemblatie à laroſe,
DEFRANCE.
Qui ſur ſa tige embellit un jardin ;
Reine des fleurs , tant qu'aucun Berger n'ofe
La profaner d'une indiſcrette main.
La terre , l'eau, les larmes de l'aurore ,
Ledoux zéphir , tout la ſert , tout l'adore ;
De ſa fraîcheur le jeune homme enchanté ,
Veut en orner le ſein de la beauté.
Mais de ſa tige eſt -elle détachée ?
L'a- t'on cucillie ? Elle est moins recherché.
Elle a perdu tous les bienfaits des cieux ,
Et ſon éclat diſparoît à nos yeux.
De la beauté cette roſe eſt l'image.
Tant que fon coeur , indécis ſur le choix ,
N'a point parlé , des Héros&des Rois,
Etdes Dieux même elle a le tendre hommage ;
En choiſiſſant , elle perd tous ſes droits.
Il faut convenir que cette Traduction eſt
d'un verfificateur facile & élégant ; mais que
l'autre eſt d'un Poëte. La première eſt à la fois
&plus poëtique&plus fidelle.On fera étonné
d'apprendre qu'elle eſt d'un Philoſophe économiſte
* , qui s'eſt occupé toute ſa vie de la
Légiflation &duCommerce des grains,d'Agriculture
& de morale. Il a eſſayé de traduire
en même temps l'épithalame de Catulle ,
qui a fourni à l'Arioſte l'épiſode que l'on
vient de lire.On reconnoît le même ton de
poéſie dans cette Traduction ; mais elle eſt
*M. Dupont.
112 MERCURE
inférieure au Latin, apparemment parce qu'il
eſt plus difficile à traduire qu'une langue
moderne , du moins en vers François.
Outre que le Rédacteur des Etiennes du
Parnafle ne choilit pas toujours bien , il
tronque& defigure quelquefois les endroits
les mieux choiſis. Il a pris dans un de nos
articles l'Ode de Catulle , imitée en Latin du
Grec de Sapho; & comme nous ne l'avions
citée qu'en partie , il ne la donne non plus
qu'en partie , lorſqu'il falloit la donner toure
entière ; cette négligence vient ſans doute
d'une faute d'attention . Mais voici une faute
de difcernement. Il a tiré du Journal de
Lecture la comparaiſon des Quatre Saiſons
avec les Quatre Ages de la vie , par M. de
Saint-Ange , & il n'en donne que la moitié ;
de forte qu'il reſſemble à un Peintre qui ,
pour faire mieux juger d'un tableau , le déchireroit
en deux moitiés , & n'en expoſeroit
qu'une aux yeux du Public. Voici les
vers qu'il a omis.
OBSERVE les Saiſons , de nos différens âges
Retracer dans leur cours de fidelles images.
Le Printemps , jeune enfant que bercent les zéphirs ,
Se couronne de fleurs & fourit aux plaiſirs .
La terredallaite encor l'herbe tendre des plaines ,
Et Cérès craint de voir ſes eſpérances vaines :
Tout fleurit , tout eſt jeune en cet aimable temps.
L'ÉTÉ , fils du Soleil, ſuccède au doux Printemps.
L
DE FRANCE.
113
Sa robuſte jeuneſſe al'air viril & mâle ,
Et ſes vives couleurs éclatent ſous le hâle.
Il n'eſt point de ſaiſon où l'an plus vigoureux
Enfante plus de fruits , brûle de plus de feux.
L'AUTOMNE fuit ſes pas d'un air tranquille & ſage.
Sans être déjà vieux il n'eſt plus au bel âge ;
De la jeuneſſe en lui les feux ſont amortis ;
Même on peut ſur ſon front compter des cheveux gris ..
L'HIVER , hideux vieillard qui chemine avec peine,
Chancèle à chaque pas dans ſa marche incertaine :
Son front, deshonoré par l'injure des ans ,
Ou n'a plus de cheveux , ou n'en n'a que de blancs.
On ne devine pas les raiſons qui ont pu
déterminer le Rédacteur à ſupprimer de pareils
vers , & à mutiler ainſi le paflage qu'il
emprunte. Au ſurplus , il ne ſe contente pas
de tronquer ce qu'il cite , ſouvent il eſt copiſte
infidèle. Dans le tableau des Ages de
la vie qui ſuit la peinture que l'on vient de
lire , on remarque deux corrections ou ſubſtitutions
qui font un peu étrangers .
Ainſi que lesSaiſons , on voit changer les hommes.
Ce qu'hier nous étions , ce qu'aujourd'hui nous
ſommes ,
Demain , foibles mortels , nous ne le ſerons plus.
Autrefois dans le ſein où nous fumes conçus
De l'homme encore à naîne incertaine eſpérance ,
S'accroiffoit lenteinent notre foible exiſtence .
114 MERCURE
Le Rédacteur ſubſtitue l'épithète defoible,
qui ſe trouve plus haut , à celle d'informe ,
qui eſt le mot propre , & que les vers ſuivans
expliquent affez.
Nous n'étions qu'ébauchés ; mais la Nature alors ,
Ouvrière ſavante, organiſa nos corps ,
Etles tirant enfin de leurpriſon féconde ,
Nous montra tout-à-coup ſur la ſcènedumonde.
L'homme entrant dans la vie, automate impuiſfant,
Sur la terre conché ne vit qu'en gémiſſant.
Il rampe avec effort , &, ſemblable aux reptiles ,
Au ſecours de ſes piés viennent ſes mains débiles.
Il veut ſefoutenir , & retombant ſoudain ,
Il implore , en criant, l'appui d'une autre main.
Ici , le Rédacteur pourfoulever, qui eſt le
mot propre , met le verbefoutenir, qui n'eſt
pas juſte, & qui d'ailleurs ſe trouve à ſa veritable
place deux vers plus bas.
Bientôt de ſes genoux eſſayant la ſoupleſſe,
Il ſe ſoutient & marche avec moins de foibleſſe , &c.
Nous invitons M. Prévoſt d'Exmes à mettre
plus de foin, d'attention & de difcernement
dans ſa redaction , parce que ſa Collection
n'aura point de vogue ſi elle eſt mal
rédigée.
Nous l'invitons à ne pas attribuer à Sapho
la première Ode d'Anacreon , parce qu'elle
eſt ſi connue de ceux même qui ne ſavent
pas le Grec, qu'une pareille mépriſe eſt
inexcufable.
i
DE FRANCE. 115
s
す
1
Nous l'invitons à ne pas réimprimer ſous
le nom de M. le Chevalier de Cubières une
Fable qui ſe trouve dans le porte-feuille d'un
homme de goût , avant que l'Auteur des
Hochets de ma Jeuneſſe cût jamais fait de
vers.
,
Nous l'invitons àne pas inférer dans ſon
Recueil des Epigrammes de Deſpréaux
parce que tout le monde les ſait par coeur ,
&que d'ailleurs ellesfontbienmiieeuuxxàleur
place dans ſes EOEuvres que dans les Etrennes
duParnaffe.
Nous l'invitons ànepas ramaſſer de vieilles
inſcriptions Latines de Santeuil , &c. parce
qu'il n'y a rien de ſi ſuranné , & que de plus
les Traductions qu'il en donne en François
font au-deffous du mauvais.
Enfin, nous l'invitons à croire que nos avis
ne viennent que du deſir de voir améliorer
tous les ans ſa Collection , parce que nous
n'avons aucun intérêt à la décréditer , & que
nous aurions deſiré avoir à en dire plus de
bien.
DE LA LECTURE des Livres François ,
neuvième Partie. Politique du feizième
fiècle.AParis , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins , hôtel de
Cluny.
Le bon homme Chryſale a tort de
renvoyer les femmes à leur dez , leur fil &
116 MERCURE
leurs aiguilles ; car c'eſt pour elles qu'un Savant
s'eſt impoſé la tâche pénible de rédiger
lesMélanges d'unegrande Bibliothèque. Sous
ce guide éclairé , elles ont pu prendre des
connoiſſances variées ſur l'Hiſtoire , la Poéfie
, les Romans , la Théologie & la Jurifprudence
, enfin , ſur la Philofophie , les
Sciences & les Arts. Il étoit encore néceſſaire
de leur donner une idée de la Politique , qui
n'eſt pas , comme le prétendoit un Evêque ,
l'art de tromper les hommes. C'eſt la ſcience
du droit naturel , du droit des gens & des
intérêts de la ſociété. Il eſt facile de la réduire
àquelques principes ſimples, courts & folides
, & ils étoient ſans doute très- connus
de Louiſe de Savoye , de Marguerite , Reine
de Navarre , ſa fille; de la Ducheſſo d'Étampes
, de celle de Valentinois, de Catherine
de Médicis , qui ont joué de ſi grands
rôles en France ; d'Anne de Boulen &de la
Reine Élifabeth , qui ont changé la face du
Gouvernement en Angleterre.
Le premier Ouvrage politique François du
ſeizième ſiècle , eſt l'Institution du Prince ,
par Guillaume Budée, ce Philofothe qui ,
averti par un de ſes valets que le feu étoit à
ſa maiſon , lui dit d'aller avertir ſa femme ,
parce qu'il ne ſe méloit pas des affaires du
ménage. Il ne ceſſoit de propoſer à François
I, Alexandre pour modèle , parce que ce
Roi de Macédoine , plein de reſpect pour
les Gens de Lettres , avoit comblé de biens
Ariftote , Perilhes , & même la famille &
DE FRANCE. 117
les deſcendans de Pindare. Son Ouvrage ,
comme preſque tous ceux de ſon temps,
fourmille d'anecdotes que ſon titre ne promet
ni n'exige . Qu'est- il beſoin , en Politique
, de ſavoir que c'eſt manquer de refpect
à un Monarque , que de touffer , de
ſe moucher & de cracher en ſa préſence ?
Autant vaudroit-il nous dire que chez les
Marianois , la civilité conſiſte à prendre le
pied de celui auquel on veut faire honneur ,
& à s'en frotter doucement le viſage; &
que chez les Chiriguanes , le bel uſage eſt de
porter ſes culottes ſous le bras , comme
nous portons le chapeau ? Il nous paroît un
peu plus naturel de trouver dans un Livre
deſtiné à l'instruction d'un Prince , " que
ceux qui ont la fureur de la guerre & des
conquêtes , ſont comme ces joueurs qui ,
après avoir fait une fortune conſidérable ,
voulant toujours l'augmenter , finiflent par
rentrer dans leur premier état , & quelquefois
même ſont réduits à l'aumône.
ود
Mais la République de Jean Bodin, quoique
chargée de digreſſions & de citations ſuperflues,
nous paroît traiter plus à fond la ſcience
duGouvernement. Ily examine avecbeaucoup
d'étendue la queſtion , ſi le divorce eſt utile
ou nuifible à la ſociété. Est-ce un bien? eftce
un mal ? D'un côté , la gêne de l'indiffolubilité
détourne bien des gens de ſe marier ,
fait beaucoupde célibataires & éteint un grand
nombre de famille. De l'autre , il y a de
218 MERCURE
1
grands inconvéniens qu'éprouvent tous les
jours les Pays où cette facilité s'eſt établie ;
comme il ne nous eſt pas permis d'oublier
que le mariage eſt un Sacrement , nous
n'applaudirons pas même aux inſtitutions de
Lycurgue , d'après leſquelles un Spartiate
diſoit à ſon voiſin : Vous n'avez pas d'enfans
de votre femme , cependant elle me paroît
très-propre à en donner à la République , je
vous priedeme la préter. Cet échange auroit
ſans doute été approuvé des Caſuiſtes Juifs ,
qui prétendent qu'un mari pouvoit répudier
la femme lorſqu'elle avoit laiſſe trop cuire
laviande.
Bodin ne ſe contente pas d'agiter ces grandes&
belles queſtions ſur la guerre & la
paix , qui ont été depuis ſi ſavamment approfondies
par Grotius & Puffendorf. Sans dédaigner
les plus petits détails , il admire
comme une loi de Police très-ſage , celle qui
défend aux Porte-faix , Crocheteurs & Charretiers
de Paris , de porter des épées. Croiroit-
on qu'il ait éré un temps où ces gens- là
ont eu d'autres reffources pour ſe battre que
leurs pieds & leurs poings? Croiroit- on aufli
que le Parlement ait honoré du titre de Con
ſeillers du Roi , des Langueyeurs de pourceaux
, dont l'exercice conſiſtoit à examiner
les langues de cochons , pour vérifier s'ils
n'étoient point ladres ? Croiroit- on enfin
que des Peuples ayent été perſuadés que le
gros doigt du pied de leur Roi guériffoit
toutes fortes de maladies? Tous ces faits د
RE DE FRANCE 119
ن ب ل ا
1
-
nous les avons ſous les yeux , & peut-être
nous plairions-nous à les réunir à pluſieurs
de ce genre , s'il ne nous paroiſſoit pas plus
utile de puiſer quelques bonnes penſées dans
les Discours Politiques & Militaires du Seigneur
de la Noue , Gentilhomme Breton ,
qui porta un bras de fer pendant les vingt
dernières annéesde ſa vie. Ce brave & honnête
homme trouvoit déjà , de ſon temps,
qu'il faudroit rétablir dans le Royaume l'efprit
de juſtice & d'économie , & que Paris
&laCour en donnaſſent l'exemple. Il blâme
fortement le luxe , & defireroit qu'il fût
arrêté par des prohibitions , &pani par des
amendes , mais qu'elles n'entraſſent pas dans
les coffres du Roi , & tournaſſeut au profit
des pauvres. " Cette idée , dit M. D. P. , eſt
peut-être le germe d'un arrangement infiniment
utile , & qui mériteroit d'être expoſé
dans un Mémoire d'une certaine étendue.
On a reconnu le tort que les prohibitions
faiſoient à nos Manufactures , & l'on ne
doitplus ſe ſervir de ce moyen pour réformer
le luxe ; mais on peut encore impoſer des
taxes fur ceux qui s'habillent avec quelque
magnificence : en appliquant le produit de
ces taxes au profit des pauvres , on conferveroit
aux ouvriers les moyens de travailler
&de vivre , & on procureroit aux pauvres
la facilité de ſe vêrir ſelon leur état , & fans
qu'il leur en coûtât rien. Par exemple , au
lieu de proſcrire les diamans , que l'on permette
aux Dames de s'en parer , en payant
MERCURE
120
.... Le
une taxe , & que cette taxe ſerve à fournir
des cornettes aux pauvres femmes de laVille ou des Campagnes; que la taxe de l'homme
riche qui veut porter des dentelles ou des habits brodes , fournille de quoi payer les chemiſes & les habits groſſiers des pauvres gens ; que celui qui ſe promène dans des caroffes brillans , aide à les entretenir de fouliers
; n'en réfultera -t-il pas un avantage réel & continu pour la fociété en général ? Ne pourroit-on pas faire de pareils arrangemens
pour les ameublemens & les bâtimens ſomp- tueux ? Ainsi , les goûts ne ſeroient point trop gênés , les Manufactures
ſe ſoutiendroient
, & les pauvres profiteroient du luxe des riches. » Utinam ! .... utinam !
Capitaine la Noue , quoique bon Chevalier , n'a pas craint de s'élever contre le fameux Roman des Amadis , qu'il croit originaire
d'Eſpagne. Malgré les agrémens que l'on trouve à la lecture de ces Livres , il penſe que ce ſont des écoles de libertinage , d'im- piété & de magie. Il remarque que tous les Héros en font ou des Payens, ou des Sor- ciers , ou des Guerriers , qui ne font occupés
que de galanterie , & qui ne font rien pour l'honneur & pour la vertu. Il est vrai que quelques uns ne nous paroiſſent point trop fidèles à leurs Dames , qui , de leur côté , s'enflamment
aifément , & changent quelquefois
d'objet ; les ſuivantes , telles que Dariolette, font des confidentes très-malhonnêtes
; la fidélité conjugale n'y eſt pas affez
reſpectée ;
DE FRANCE. 121
reſpectée, enfin , un bon Gemilhosame
avoit raiſon de dire : " Que ces Romans
avoient une propriété occulte à la génération
des cornes . M. le Comte de Treffan aura
doncdes reproches à efſſuyer des maris juſqu à
la fin de ſes jours , lui qui vient de faire
paſſer ce Livre charmant entre les mains de
toutes les Dames.
Nous ne nous prêterions qu'avec peine à
parler deMachiavel. Sa perſonne & fes principes
ne font que trop connus. En un mot ,
c'eſt un homme qui
Aime mieux illüſtrer ſon eſprit que ſon coeur.
Mais, que ne pouvons-nous jeter un coupd'oeil
ſur les Ouvrages qui traitent de la Politique
intérieure de la France , de fon Adminiſtration
, de ſes Finances&de fon Commerce?
Nous n'oublierions point les recherches
de Paſquier, qui a fait les obſervations
lesplus intéreſſantes fur notre Droit public ;
ni le Traité des États de France , parRivault
de Fleurance , que Henri IV nomma Sous-
Précepteur de Louis XIII. La cauſede ſadiſ
grace eſt digne de remarque. Son Elève , prenant
ſes leçons , avoit auprès de lui un petit
chien qu'il aimoit tendrement. L'animal
l'amuſoit , mais le diſtrayoit. Le Sous- Précepteur
, qui s'en apperçut , crut pouvoir
prendre la liberté de donner quelques coups
au chien , & de le chaffer. L'Enfant Royal ,
qui ſavoit déjà que tout ce qui avoit le
bonheur de lui plaire devoit être ſacré , ſe
Nº. 7 , 16 Février 1782. F
122 MERCURE
mit en colère , & battit de toute la force
M. l'Abbé Rivault , qui n'oſa plus paroître
à la Cour. Le Dauphin fut ſans doute applaudi
, i Prencipi fanno sempre tutto bene.
Froumenteau, dans ſon Secret des Tréfors
de la France, a beau prétendre avoir trouvé
le ſecret des ſecrets pour payer ce que le
Roi doit; le ſecret des ſecrets pour exempter
le pauvre Peuple de tous nouveaux ſubſides
& impôts; le ſecret des ſecrets pour enrichir
laNobleſſe & le Tiers-État; le ſecret
des ſecrets pourla réformation de la Juſtice,
nous ne nous empreſſons pasde le faire connoître.
A quoi pourroit ſervir le ſyſtême
d'un Spéculateur en Finance du feizième
fiècle? Les formes d'adminiſtration & de
perception ſont ſi changées, la valeur des
biens&des terres eſt ſi différente , qu'aucun
deſes ſecrets ne peut être applicable autemps
préſent.
Quoique nous ne donnions qu'une idée
très-légère de ce Volume des Mélanges, nous
ne doutons pas que le Public ne le reçoive
encore avec autant de plaiſir que les précédens.
Rempli de traits curieux qui font
naître des réflexions profondes, il doit inté
reffer les Savans & les Dames:
/
*
DE FRANCE.
123
Σহলে
S
تمو
t
3
VIE de l'Infant Don Henri de Portugal ,
Auteur des premières Découvertes qui ont
ouvert aux Européens la route des Indes';
Ouvrage traduit du Portugais par M.
l'Abbé de Cournand. A Lisbonne ; & fe
trouve à Paris , chez Laporte , Libraire ,
rue des Noyers , 1781. 2 petits Volumes
in- 12.
Don Henri de Portugal , quatrième fils du
Roi de Portugal , Jean I , n'a point régné ,
mais il a fait de plus grandes chofes, & furtout
des choſes plus utiles que les Princes
même qui ont régné avec le plus de gloire.
• Il étoit Philoſophe , dit l'Auteur de l'Effai
• fur l'Histoire Générale , & il mit ſa phi-
>> loſophie à faire du bien au monde.....
>> C'eſt à ce ſeul homme que les Portugais
" furent redevables de la grande entrepriſe
- contre laquelle ils murmurèrent d'abord ,
» ( celle de découvrir le paſſage du Cap de
>> Bonne-Eſpérance ); il ne s'eſt rien fait de
>> grand dans le monde que par le génie &
la fermeté d'un ſeul homme qui lutte con-
» tre les préjugés de la inultitude.
ود
» Henri , dit un autre Écrivain célèbre ,
>> imagina de faire des découvertes vers l'Occident.
Ce jeune Prince mit à profit le
>> peu d'Aſtronomie que les Arabes avoient
conſervé. Il établit à Sagres , ville des Al-
» garves , un obſervatoire , où il fit élever
* toute la Nobleſſe qui compoſoit ſa Mai
"
Fij
124
MERCURE
>> fon. Il eur beaucoup de part à l'invention
>>de l'Astrolabe , & fentit le premier luti-
" lité qu'on pouvoit retirer de la bouffole ,
>>qui étoit déjà connue en Europe , mais
dont onn'avoit pas encore appliqué l'uſage
à la Navigation , »
ور
ود
ود
Les Pilotes qui ſe formèrent ſous fes
" yeux , découvrirent Madère en 1418. Un
>> de ſes vaiſſeaux s'empara des Canaries
>> deux ans après ( ajoutons que c'eſt par ſes
" foins que furent trouvées les Iſles du Cap
Verd & les Açores. ) Le Cap de Sierra-
Leona fur bientôt double , & le Zaïre
>> conduiſit dans l'intérieur de l'Afrique juf-
>> qu'au Congo, »
Remarquons que d'autres Princes ſe font
prêtés , & encore avec peine , à des projets
femblables qui leur ont été propoſés , au
lieu que le Prince Henri fut lui-même l'Auteur
des projets qu'il fit exécuter ; il fut le
véritable créateur de la navigation Portugaife;
ce fut lui qui communiqua ſes lumières
, qui inſpira fon courage aux Pilotes ,
qui les anima , qui les dirigea , qui les récompenfa;
il répara tous les mauvais ſuccès ,
&tira parti de tous les bons; jamais rebuté
d'aucun obstacle , d'aucun revers , ſa confrance
triompha de tour , il ne trouva rien
d'impoffible , & eſpéra toujours contre toute
eſpérance, Quand des Navigateurs avoiene
échoué , quand ils étoient découragés , il en
envoyoit d'autres , & ces autres étoient plus
heureux ; alors une émulation utile s'établif
A
DE FRANCE.
145
ت
5,
6,
مال
1
!
1
1
12
foit, les premiers redemandoient à étre
employes , & rarement revenoient- ils fans
avoir fait quique découverte nouvelle. Des
Colonies , des etabliſſemens de Coinmerce ,
des Manufactures donnoient à ces decouvertes
l'utilité dont elles etoient ſuſceptibles :
lePrince étouffoit autant qu'il pouvoit dans
ſes ſujets l'eſprit de guerre & de conquéte ,
cer eſprit qui , dans la fuite , a défolé l'Amé
rique , & il ramenoit tout à l'eſprit de commerce
, qui unit les differentes parties du
monde. La reconnoiffance du genre human
doit lui attribuer les choſes mêmes qui
n'ont été exécutees ni de ſon temps ni par
ſa nation , comme la découverte du Nou
veauMonde; cette impulfion nouvelle donnée
aux eſprits , cette tendance aux decouvertes,
aux jouiffances , à la communication
des biens & des lumières , fut fon ouvrage.
Il prépara la découverte du Cap de Bonne-
Eſpérance par confequent une
maritime aux Indes Orientales , par la connoillance
d'environ quatre cens lieues de
côtes dans la partie Occidentale de l'Afrique
, & par la découverte des Ifles adjacentes;&
la decouverte de l'Amérique par celle
des Açores . On regrette qu'il n'en ait pas
recueilli tout le fruit, qu'il n'ait pas été témoin
de l'heureuſe révolution que la décou
verte du paſſage par le Cap de Bonne- Efpérance
produiſit pour la nation Portugife,
qui enleva par- la entièrement le commerce
des Indes aux Cénois & aux Venitiens , &
Foj
route
126 MERCURE
qui réduiſit ceux-ci à offrir inutilement de
couper l'Iſthme de Suès.
Cette Vie du Prince Henri eſt écrite par
le Père Freire, de l'Oratoire de Portugal ; elle
paſſe dans ce pays pour exacte & pour bien
écrite; elle a été imprimée à Lisbonne en
1758 ; elle a été traduite du Portugais par
M. l'Abbé de Cournand , Auteur de ce joli
Poëme des Styles, dont nous avons beaucoup
entretenu nos Lecteurs. Cet Auteur eft
du petit nombre de ceux qui ſavent écrire
&en profe & en vers. Il paroît s'être attachédans
ſa Traduction à conſerver la ſimplicité
de l'original ; car ſon Difcours Preliminaire
, Ouvrage affez confidérable , & qui
eſt de lui ſeul , nous paroît plus penſé&plus
fortement, écrit. M. l'Abbé de Cournand y
trace une Hiftoire abrégée & rapide de la
Navigation , & chez les anciens & chez les
modernes ; il y développe très-bien les vues
&les projets du Prince Henri, ſur-tout dans
l'éducation qu'il faifoit donner à la Nobleſſe
de ſa Maiſon.
ود
" Il feroit à ſouhaiter , dit- il , que tous les
>>>Princes adoptaſſent des meſures aufli
>> juſtes que celles que prit l'Infant Don
>>> Henri. De tout temps une Nobleffe
nombreuſe s'eſt attachée à la perſonne
>> des Princes , & a brigué l'honneur d'être
>> employé à leur ſervice; mais le plus fou-
>> vent ceux qui entrent dans leur Maiſon ,
>> n'y portent que des vûes d'avancement &
>> de fortune , &ne fongent point à remplir ,
4
DE FRANCE 127
20
3
3
AT
3
F
5
>> par des occupations utiles , le vuide que
ود leur laiffent les emplois qu'ils exercent
» auprès d'eux . Le temps s'écoule ainſi dans
ود la diffipation & le plaifir , & lorſque le
>> moment eſt venu d'être appliqué à des
>> affaires plus ſérieuſes...... on n'y apporte
ود ſouvent qu'un eſprit timide& embar-
>> raffe , & , ce qui eſt plus dangereux encore
, une ſuffiſance..... préſomptueuſe.
>> L'Infant , qui aimoit la vertu , & qui la
ود
ود faiſoit aimer à tout ce qui l'environ-
>> noit, ſongea de bonne heure à occuper
>> la Nobleſſe de ſa Maiſon. Les hommes
>> habiles qu'il avoit auprès de lui , furent
les inſtituteurs des jeunes Portugais attachés
à ſon ſervice; on peut même re
> garder les ſoins de ce Prince ſur cet ob-
>> jet comme le premier établiſſement d'une
ود
"
ود école Militaire , qui étoit tout-à-la-fois
» une école de Marine. Comme les nouvelles
découvertes furent toujours la paf- ود
ſion favorite de l'Infant , il n'eut rien de
>>plus à coeur que de former des hommes
>> qui puſſent le ſeconder dans ſes deſſoins.
"
ود
ود
Les Pilotes apprenoient leur métier dans
les écoles qu'il leur avoit ouvertes.....
mais les grands Hommes de mer.... ſe formoient
ſous ſes yeux ; ils étoient ordinairement
de la première Nobleſſe du
>> Royaume.
"
"
"
19
" Ce n'eſt pas que les roturiers fuſſent
exclus du commandement des vaiſſeaux...
Pluſieurs Marins célèbres .... & qui com-
Fiv
128 MERCURE
>> mandoient même des Flottes entières ,
>> étoient des hommes du peuple , que leur
>>mérite avoit élevés de grade en grade....
>>>Un des principes dont il paroît que l'In-
> fant ne ſe départit jamais , étoit de donner
> de l'emploi à ceux qui pouvoient le mieux
>>>concourir à ſes deffeins. «
L'Infant Don Henri , né ſous le règne de
Jean , ſon père , le Mercredi 4 Mars 1394 ,
mourut ſous le règne d'Alphonfe V, fon
petit neveu , le 23 Novembre 1460. Il avoit
pris pour deviſe un mot qui le caractériſe ;
ce mot étoit: Talent de bienfaire. Le Roi
Emmanuel , dit le Grand, ſon arrière petitneveu
, qui eut la gloire d'achever fon ouvrage,
&d'ajouter à ſes travaux , lui fit ériger
une ftatue , & mérita fur- tout ce ſurnom
de Grand , par l'empreſſement qu'il eut à
limiter.
:
t
OPUSCULES de M. l'Abbé Fleury ,
Prieur d'Argenteuil, & Confeffeur de
Louis XV, 5 Vol. in-8°. A Niſmes ,
chez Pierre Beaume , Libraire & Imprimeur
du Roi ; & à Paris , chez Defprés ,
Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques.
Le Recueil qu'on offre au Public , renferme
toutes les productions de M. l'Abbé
Fleury , étrangères à fon Hiſtoire Ecclefiaftique.
Lepremier Volume contient les Moeurs
des Ifraelites & des Chrétiens , les Devoirs
DE FRANCE. 12)
い
5
4
5
em des Maîtres & des Domeſtiques , un Abrégé
de l'Hiftoire Sainte, le Soldat Chrétien , le
grand & le petit Catéchifine Hiſtorique .
On doit regarder les Moeurs des Ifraelizes
comme le tableau le plus vrai des gran is
Perſonnages de l'Ancien Testament ; ce
Livre peut fervir d'introduction à l'Hiſtoite
Sacree , comme celui des Moeurs des Chrétiens
à l'Hiſtoire Eccleſiaſtique : on trouve
dans l'un & dans l'autre de l'onction , un
eſprit de candeur& de vérité qui gagne le
Lecteur Chrétien , un difcernement , des
lumières & des vûes qui intéreſfent le Savant&
le Philoſophe. :
Le Caréchiſme eſt précédé d'un Difcours
qui en apprend le deifein & l'uſage . M.
l'Abbé Fleury s'élève avec raiſon contre la
fechereſſe de nos Catéchifines , dont il
trouve la cauſe dans la méthode & le @yle
de la Théologie ſcholaſtique employée par
les Auteurs qui les ont compofes. La manière
d'inſtruire adoptée par ce judicieux
Écrivain eſt la plus sûre, la plus facile &
la plus agréable; elle confifte , comme il le
dit lui même , à foutenir , par la connoiffance
des faits , l'explication du Symbole &
des autres parties de la Doctrine Chrétienne.
Le Catechiſme de M. Fleury , le ſeul peutêtre
qu'on devroit enſeigner , en renferme
deux , un petit pour les enfans & pour les
perſonnes les moins inftruites , un grand à
Pafize de ceux qui foar plus eclairés & plus
capables diftucion. Clucun de ces Ca
Fy
:
139
MERCURE
chiſmes eſt divifé en deux Parties , dont h
première contient un Abrégé de l'Histoire
Sainte depuis l'origine du Monde juſqu'as
triomphe de l'Egliſe ſous Conftantin , & L
ſeconde un Abrégé de la Doctrine Chre
tienne.
L'Éditeur a mis àla tête dupremierTome
du Recueil des Opufcules que nous annon
çons unDiſcours fur la Vie& les Ouvrages
de M. l'Abbé Fleury.
Le ſecond Tome renferme le Traité du
choix&de la méthode des Études , l'inftisution
auDroit Eccléſiaſtique , un Mémoire
fur lesAffaires du Clergé de France, & les
Difcours ſur les Libertés de l'Égliſe Gallieane,
fur l'Ecriture Sainte, fur la Poétie des
Hébreux & fur laPrédication.Le Traité du
choix&de laméthode des Etudes a été traduit
en Italien & en Efpagnol : on ne doit
pas le regarder comine inutile , quoique
depuis M. Fleuty on ait écrit beaucoup for
cette matière. L'inſtitution au Droit Eccléſiaſtique
eſt un chef d'oeuvre de préciſion&
de profondeur. C'eſt un tableau de la difcipline
de l'Egliſe tracé de la main d'un grand
Matre. Quoique l'Auteur ne ſe borne pas
au Droit Eccleſiaſtique de France , fon Livre
n'en eſt pas moins conforme aux uſages &
aux maximes de l'Egliſe Gallicane. Le Chancelier
d'Agueſſeau en confeilloit la lecture
pour cet objet. M. d'Héricourt , dans la Differtation
qui précèdeſes Loix Eccléſiaſtiques,
fait le plus grand éloge de cet Ouvrage. M
L
131
DE FRANCE.
ز ا
。
1
}
Boucher d'Argis en a donné une Edition enrichie
de Notes qui ont pour objet de ſuppléer
des définitions , de marquer des époques
, d'éclaircir quelques difficultés , & de
faire connoître les Loix & la Jurisprudence
nouvelles. Le même Avocat a revu & augmenté
de Notes le Difcours ſur les Libertés ,
qui a paru avec une approbation en 1763,
dans le Recueil des douze Diſcours de M.
Fleury , & dont les Editions précédentes n'avoient
pas été approuvées.
Le troiſième Tome contient la Vie de
Marguerite d'Arbouze, Abbefie & Reformatrice
du Val- de- Grace ; des Avis pour le
Duc de Bourgogne ;le Portrait de ce Prince ;
trois Difcours Académiques ; un Difcours
fur Platon ; la Traduction d'un Fragment de
fes Ouvrages & les Extraits de la République
; des Réflexions ſur Machiavel ; une
Lettre ſur la Justice; des Penſées tirées de
Saint Auguftin & autres ; un Mémoire pour
le Roi d'Eſpagne. On y a joint la Traduction
latine du grand & du petit Catéchiſme
Hiſtorique , celle de l'expoſition
de la Doctrine Catholique par Bofluet , &
quelques Lettres latines.
Le quatrième Tome préſente l'Hiſtoire
du Droit François, le Droit public de
France , le Difcours ſur les Libertés de l'EgliſeGallicane
ſuivant l'Edition de 1724 , la
Verſion latine de deux Opufcules d'Origène
( Tractatus de Oratione , Exhortationeque
ad Martyrium) , & un Supplé-
F vj
132
MERCURE
ment au Difcours for la Vie & les Ouvrages
de M. l'Abbé Fleury, place à la tête du premier
Volume. Il paroît que l'Histoire du
Droit François eſt le premier Ouvrage qui
ait été publié par M. Fleury. Voici comment
l'Auteur propoſe lui-même ſon deffein.
" Avant que les Francs entraffent
dans les Gaules , on y ſuivoit les Loix
Romaines , qui continuèrent d'y être obfer
vées ſous les Rois de la première & de la
ſeconde Race , mais avec les Loix barbares
&les Capitulaires des Rois. Les défordres
du dixième ſiècle confondirent toutes ces
Loix, en forte qu'au commencement de la
troiſième Race il n'y avoit guère d'autre
Droit en France qu'un ufage incertain , à
quoi les Savans ayant joint enſuite l'étude
du Droit Romain , leurs décitions mêlées
avec cet ancienuſage ont forme les Coutumes,
qui ont éré depuis écrites par autorité publique
: enfin , les Rois ont établi plufieurs
Droirs nouveaux par leurs Ordonnances
C'eſt tout ce que je me propofe d'expliquerdans
cet Écrit. Il y a dans cet Ouvrage
beaucoup d'érudition ; l'Auteur y expoſe
avec netteté tout ce qui a rapport à
Porigine du Droit François. Le Droit public
de France fut mis au jour en 1769 par M.
d'Aragon , Profeſſeur en l'Univerſité de Paris,
avec des Notes qui ont pour objet de
développer le Texte , & de fuivre notre
Droit public depuis 1675 jufqu'à nos jours.
Le cinquième & dernier Tome eſt una
י"
RE
Ca
3
DE
FRANCE.
133
Supplément qui contient la juftification des
Difcours & de l'Histoire
Eccleſaſtique de
M. Fleury, attaqués avec
emporerenent dans
deux Écrits; le premier ile : Obferva
tions fur l'Histoire
Ecclesiastique de l'Abbé
Fleury, adreſſées à notre Saint Père le Pape
& à
Noffeigneurs les Évêques. On l'attribue
à un Carme de Flandre nommé le Père Honoré.
Le titre du ſecond eſt : La mauvaiſe
foi de M. l'Abbé Fleury prouvée par plufieurs
poſſages des Saints Pères , des Conciles
& d'autres Auteurs
Ecclefiaftiques qu'il
a tronqués , omis ou
infidèlement traduits
dans fon Hiftoire ;
Remarques fur les Lif
cours &fur la grande conformité de cet Ecrivain
avec les Hérétiques des derniers fiècles ,
par le R. P. Baudouin de Houſta , Augustin.
Quoique ces deux Ecrits aient éte munis
d'approbations , ils ne doivent pas être redoutés
par ceux qui
s'intéreſſent à la gloive
de M. Fleury . Cependant le Père Tranquille
de Bayeux , Capucin , a venge fort au long
notre Hiftorien des deux Religieux Flamands
, dejà refutés par le mépris & lindignation
publiques .
Les Opufcules que nous annonçons peuvent
fervir de fuite à l'Hiſtoire
Eccléſiaſtique
de M. Fleury & de fon
Continuateur en
25 Volumes in- 8 °. On trouve ces deux Cuvrages
à Nilmes, chez P. Beaume, & à Paris
chezDefprez.
134
MERCURE
VILLAGEOISE , L'ALLEGRESSE
diverti prent en un Acte & en Profe ,
mélé de tants & de danſes , à l'occafionde
laNaiſſance de Monseigneur le Dauphin ;
par M. B**. A Genève , & ſe trouve à
Paris , chez Deſauges , Libraire de Madame
VICTOIRE de France , rue Saint-
Louis- du -Palais , & chez les Marchands
de Nouveautés.
La Naiſſance de Monſeigneur le Dauphin
a fait éclorre une foule de Pièces qui auroient
été meilleures ſans doute , ſi le zèle
tenoit toujours lieu de talent ; mais il faut
convenir que la plupart de ces productions
du moment n'ont pas même été celles du
jour. Quelques-unes néanmoins ont célébré
cette époque intéreſſante d'une manière plus
digne du Sujet : telle eſt celle qui fait le
ſujet de cet article , & que nous nous faiſons
un plaifir d'annoncer au moment où les
fêtes & les réjouiſſances publiques viennent
de renouveler l'allégreſſe dans toutes les
claſſes des Citoyens .
L'Auteur annonce dans ſon avertiſſement ,
que ce divertiſſement avoit été fait pour le
Théâtre à la ſuite de la Cour , mais que des
raiſons qu'il indique en ont empêché la repréſentation.
En voici le ſujet ;
Une foule de Villageois & de Villageoiſes
entourent le Bailli & le Tabellion , pour ſavoir
des nouve les de la Dame du Châtean ,
DE FRANCE. 135
qui touche au moment d'accroître leur
» bonheur , en accuoiffant ſa famille » , &
ils font des voeux pour que l'Enfant qui va
naître "fſoit un portrait de leur bon Sei-
ود
gneur. Le Bailli a reçu ordre de faire
quatre Mariages pour célébrer cette heureuſe
Naiſſance , & de choiſir parmi les
jeunes Habitans du Village , les plus pauvres
& les plus vertueux. Il a charge le Magifter
d'arrangerundivertiſſement analogue à cette
circonſtance. Celui-ci " craint de ne pouvoir
>> rien faire qui ſoit digne du Sujet ; » mais
le Bailli cherche à le raſſurer , en lui faiſant
entendre qu'il faut , dans cette occafion ,
ת bien moins de génie &de fubtilité d'ef-
>> prit , que de fimplicité & d'effuſion de
» coeur. » Le Magiſter ſonge donc à remplir
ſes engagemens ; mais il eſt interrompu par
deux jeunes Amans qui veulent être du nombre
des nouveaux mariés : il les connoît ; il
fait qu'ils font dignes d'être l'objet de la
bienfaiſance du Seigneur ; il leur promet ſa
recommandation auprès du Bailli. On apprend
que la Dame eft accouchée d'un Fils
qui comble la joie & les voeux de tout le
canton . Le Bailli annonce aux nouveaux Mariés
déſignés , " qu'ils peuvent faire éclater
ود leur allégreſſe , qui eſt auſſijufte que naturelle.
» Colin & Colette demandent à
être de ce nombre ; mais le Bailli leur répond
qu'il n'eſt plus temps , & que le nombre
fixé eft rempli. Le Magiſter imagine un
moyen de rendre heureux Colin & Colette ;
136
MERCURE
c'eſt de ſe corifer , le Bailli & lui , pour les
marier , & de participer ainſi à la joie & au
bonheur public , en faifant une bonne aс-
tion. Le Bailli n'eſt pas de cet avis ; il craint
de déplaire au Seigneur , en outrepallant fes
ordres.
On voit affez que l'Auteur n'a conçu ainſi
le plan de ſa Pièce , que pour amener la difpute
du Bailli & du Magiſter , dans laquelle
celui- ci , pour vaincre les ſcrupules de l'autre
, expoſe les principaux traits de bienfaiſance
qui caractériſeront àjamais le nouveau
Règne.
ود
" Peut on ignorer , lui dit- il , ce que dit
>> tous les jours notre bon Seigneur , & ce
> que toutes les actions prouvent fans ceſſe,
>> que fon plus grand objet eſt d'étendre ſa
bienfaiſance fur tous les lieux & fur tous
>>les individus qui lui ſont ſoumis , d'en inf-
>>pirer le goût à tous ceux qui peuvent , en
>> quelque forte , l'imiter , & d'encourager ,
>> protéger , & même récompenfer , par des
>>applaudiſſemens , des égards , des diſting-
>>>tions , des honneurs , quiconque ſera aflez
>>heureux pour avoir fait quelque bien.
>>Toutes les diſpoſitions de notre Maître ne
73 font- elles pas faires dans cette vûe de bien
>>faiſance genérale & de bonheur public? ....
>> Ne voyez-vous pas , Monfieur le Bailli ,
>>tous ceux qui ont quelque rapport avec
>>Monseigneur , tous ceux qui ont été choi-
2و fisparfafagelle,tousceuxquefafagetle
>> allures qu'ils feroient bien venus de lui ,
DE FRANCE.
137
:
• parce qu'ils étoient ſages eux-mêmes , ne
>> les voyez- vous pas s'empreiler à chercher
>>les moyens de lui plaire , en eclairant , en
>>fecondant , en accelerant ſes grandes ope-
>> rations , & en faiſant , autant qu'ils le
> peuvent , tout le bien qui dépend d'eux ?
LE BAILLI.
>>Cela est vrai ; cependant nous ne prétendons
pas , je crois , ni vous ni moi ,
>> éclairer notre Maître. Il a fait une difpofi-
>> tion où ſa bienfaiſance a été apparemment
" guidée par ſa ſageffe ordinaire , & it y
>>>auroit de la témérité à aller au-dela de
>>cette diſpoſition , ce ſeroit en quelque
> ſorte l'improuver .
LE MAGISTER.
>>Eh ! quoi ! vous confondez encore notre
>>Maître avec la plupart de ceux qui ſont
>>revêtus du même pouvoir que lui , fans en
>> avoir les qualités perſonnelles ? avec ceux
>> qui , ne voulant faire que peu de bien ,
>> affectent de ne trouver tel que ce qu'ils
>> font , craignant que celui qu'ils laifferoient
>> faire , ne fût un reproche du peu qu'ils en
>> font ? &c.
Pendant cette dispute, Colin eſt allé ſe
jeter aux pieds du Seigneur pour le prier de
la faire cefler , & de permetre qu'il foit uni
à Colette. Le Seigneur accorde tout , en
ajoutant la dot de Colin & de Colette à
138 MERCURE
celle des huit autres nouveaux Mariés. Tout
le monde ſe livre à l'allégreſſe , & l'on répète
le divertiſſement que le Magiſter a arrangé
pour être exécuté par les dix Mariés
déſignés. Ce divertiſſement conſiſte en quelques
Couplets , une Contre-danſe , & un
Vaudeville qui commence ainſi :
QUE chacun de vous ſe livre
Au doux eſpoir d'être heureux.
Pour l'être, il ne faut que ſuivre
Nos modèles vertueux.
Le monde entier les contemple
Etvoudroit leur reſſembler.
Le précepte , c'eſt l'exemple :
Agir vaut mieux que parler.
VOULEZ-VOUS que l'Hymenés
Ne ſoit qu'un lien de fleurs ,
Prenez la leçon donnée
Par nos aimables Seigneurs.
Les chaînes les plus légères
Bravent les efforts du tems ;
Époux fidèles , bons pères ,
Vous ferez toujours amans.
On peut reprocher à cette Pièce des longueurs
, & en général un ſtyle peu convenable
au genre de la Comédie; mais , comme
nous l'avons obſervé , c'eſt moins une Comédic
que l'Auteur a prétendu faire , qu'une
Pièce de circonſtance dans laquelle il a cherDE
FRANCE.
139
E ché à exprimer les ſentimens d'une Nation
heureuſe & fenfible, qui a toujours chéri
ſes Maîtres , mais qui ne les a jamais tant
aimés qu'à l'époque où nous ſommes , époque
de gloire & de proſpérité pour la France
entière.
TRAITÉ de l'Anthrax ou Pustule maligne,
publié par M. Chambon , Médecin
de la Faculté de Paris , de la Société Royale
de Médecine , &c. Vol. in- 12. A Paris ,
chez Belin , Libraire , rue S. Jacques ,
vis-à-vis celle du Plâtre.
L'ANTHRAX est une maladie fréquente
dans la plus grande partie des Provinces
de France ; elle eſt plus ou moins dangereuſe
ſelon le degré de malignité avec lequel
elle ſe manifeſte. L'activité avec laquelle
elle cauſe la mort de ceux qu'elle attaque
, dépend auſſi de la nature du climat
&du genre de vie habituel des malades :
quoi qu'il en ſoit , on l'a ſouvent regardée
comme une eſpèce de peſte, parce qu'à la
vérité elle en eſt un des ſymptômes, effentiels
, au témoignage de pluſieurs Médecins
célèbres. On peut dire qu'un grand nombre
de Praticiens n'ont même deſigné la peſte
que par la préſence des Anthrax : en effet ,
rien ne reſſemble davantage à ce fléau qu'une
maladie qui ſe manifeſte dans la meilleure
ſanté ſans qu'aucun accident la précède ,
140 MERCURE
cauſe la mort de ceux qu'elle attaque ,
dans l'eſpace de 12 , 18 , 24 , 30 heures ,
quand les progrès font rapides. Il est vrai
qu'elle n'a pas toujours une marche aufli
prompte , puiſqu'elle peut darer 5 , 10 ,
12 & même 15 jours. Un autre caractère
la rapproche encore des maladies peftilentieltes
, c'est qu'elle est quelquefois épidémique
; on ne doit donc pas être ſurpris fi
ce mal terrible jette la conſternation parmi
les habitans de la campagne , qui en font
toujours la victime quand elle eſt d'une
eſpèce maligne.
M. Chambon , Médecin de la Faculté de
Paris, de la Société Royale de Médecine ,
&c. vient de publier ce Traité, en y joignant
des Obſervations & des Notes qui viennent
àl'appui de la doctrine de M. fon père.
L'Académie de Dijon , inſtruite des ravages
que cauſoit l'Anthrax dans la Bourgogne &
les Provinces voiſines , attentive au falut de
ſes Compatriotes expoſés aux ſuites de ce
fléau , avoit propoſe un prix double deſtine
aux Aureurs des deux imeilleurs Mémoires
fur la curation de l'Anthrax , mais comine
ceux qu'elle a jugés dignes de ce prix font
d'une doctrine abſolument oppoſée tant
pour la théorie que pour la curation , il reftoit
toujours la même incertitude & les
mêmes craintes fur cet objet ; il falloit donc
faire un choix , & s'affurer de la méthode
qui méritoit la préférence. M. Chambon
DE FRANCE.
141
le fils a difcré cette matière avec préciſion
dans I Introduction qu'il a mile en tête du
Traite de l'Anthrax ; il a prouvé par les
faits que cette maladie étoit d'une nature
differente de celle des maladies véritablement
inflammatoires , & que la méthode
anti-phlogiſtique adoptée par l'Auteur du
Memoire qui avoit remporté le ſecond prix ,
ett dangereufe & même mortelle. Il réſulte
des réflexions de M. Chambon , que les faignees
, qui font recommandées dans leMémoire
dont on vient de parler , doivent être
évitées avec le plus grand foin. Cette difcutlion
mérite d'autant mieux d'être connue ,
qu'elle tend à diſliper les doutes que la decifion
de l'Académie de Dijon laiſſe ſubſiſter ,
l'Auteur s'y attache à établir que le traite
ment propoſé par M. Chambon père eft le
ſeul que l'obſervation démontre être utile &
curatif. Nous croyons qu'un Ouvrage auffi
méthodique doit être accueilli du Public
puiſqu'il fera diſparoître les craintes que
l'Anthrax a rendu générales dans preſque
toutes les parties du Royaume.
2
142
MERCURE
GRAVURES.
M. EDOUARD D'AGOTY , de l'Académie de
Toulouſe , vient de publier les douze Estampes
gravées en couleurs qu'il avoit promiſes au Public
&à ſes Souſcripteurs pour l'année 1781. Les ſujets
de lapremière Claſſe ſont les deux Vénus duTitien,
avec Io.
Seconde Claffe. La Magdeleine , de le Brun ;
Saint François , de Van-Deek ; & Putiphar , d'Alexandre
Véronèſe.
Troisième Claſſe. La Baigneuſe , de Lemoine; la
Bethzabée , de Bougieu , avec l'Amour & Pſyché ,
du Guide.
Quatrième Clafſfe. Vénus à la Coquille , du Titien;
l'Amour qui fait ſon arc, du Corrège; & la
Léda , de Paul Véronèſe. Ces Eſtampes ſe vendent
un louis pièce; elles ont été préſentées par l'Auteur
au Roi & à la Reine , à Monfieur & à Monſeigneur
le Comte d'Artois , qui donnent chacun cent louis
de ſouſcription pour encourager M. d'Agoty à perfectionner
ce beau genre de Gravure. Les Perſonnes
qui voudront ſouſcrire pour cet Ouvrage & pour la
fuite , qui paroîtra cette année , doivent s'adreſſer à
M. d'Agoty, rue Saint Honoré , nº. 192 , près du
Palais Royal .
Vingt-unième Cahier de l'Herbier de la France ,
in-4°. , par M. Bulliard. A Paris , chez l'Auteur ,
rue des Poſtes ; Didot le jeune & Debure , Libraires ,
quai des Auguſtins ; & Belin , Libraire , rue Saint
Jacques.
Second Cahier de la Collection des Arbres ;
&Arbustes coloriés fervant à l'ornement des Jardins
, grand infolio. Prix , 18 livres. A Paris , chez
:
DE FRANCE .
143
-
X
1
M. Buc'hoz , Docteur en Médecine , rue de la
Harpe , vis-à- vis la Place Sorbonne.
La Philopatrie, nouveau Perſonnage iconologi.
que , représentant l'Amour de la Patrie , deſſiné par
Cochin , gravé par Laurent, inventé par Métal ,
avec une Deſcription & Explication de cette Eftampe
, Volume in -4 °. A Paris , chez la Veuve
Ducheline, Libraire , rue S. Jacques ; & à Châalons
ſur Saône , chez Livani , Libraire.
Vue & Décoration de la façade du feu d'artifice
élevé en la Place de Grève, tiré devant Leurs Majeſtés
le 21 Janvier 1782 à l'occaſion de la Naiffance
de Mgr. le Dauphin. A Paris, chez Lachaufſée,
rue S. Jacques , nº . 137.
ANNONCES
LITTÉRAIRES.
RECUEIL d'Événemens curieux & intéreſſfans .
ou Tableau politique, hiftorique & philofophique de
L'année 1781 , 2 Vol. in- 12. Prix , 3 liv. A Paris ,
chez Lamy , Libraire, quai des Auguftins.
NouvelleAnalyse de Bayle , où lui-même il réfute
pardes affertions poſitives & par les plus ſolides
argumens tout ce qu'il a écrit contre les moeurs &
la Religion , par M. l'Abbé Dubois de Launay ,
a Vol. in- 12. Prix , 4 liv. A Paris , chez Mérigot le
jeune , Libraire , quai des Auguſtins.
Les Après- Soupers de Société , contenant la
Fauſſe Porte, Comédie , & la ſage Épreuve , huitième
Aventure. Petit format , de l'Imprimerie de
Didot l'aîné. A Paris , chez l'Auteur, rue des Bons-
Enfans, vis-à-vis la Cour des Fontaines du Palais
Reyal.
144 MERCURE
Almarachdela Ville & du Diocfe de Trege
en Champagne pour 1782 , in - 24. Prix , 15 fols. A
Troye, chez André , Imprimeur-Libraire.
Ariane , Scène Lyrique , par M. Martineau , in
8°. Prix , 12 fols. AParis , chez Deſenne, Librairs,
au Palais Royal ; & Bleuet , Libraire quai &
Gêvres.
د
Éloge de M. le Comte de Maurepas , Miniftre
d'Etat , par M. l'Abbé Guyot , Prédicateur Ordi
naire du Roi in 8°. A Paris , chez Didot l'aîné ,
Imprimeur-Libraire , rue Pavée , & chez Jombert le
jeune, Libraire , rue Dauphine.
Colomb dans les fers , à Ferdinand & à Iſabelle
après la découverte de l'Amérique , Épitre qui a
remportée le prix de l'Académie de Marseille , pré
cédéed'un Précis historiquefur Colomb, par M. le
Chevalier de Langeac. A Paris , chez Jembert
jeune , Libraire , rue Dauphine; & Esprit , Libraire,
au Palais Royal , in- 8°. de 150 pages,
avec des Gravures .
VER ERS
TABLE
à Madame Sabatier çois ,
de Cabre,
της
97 Vie de l'Infant Don Henri
Distique fur la Convalescence de Portugal , 123
deMil**, Charlotte St**. Opufcules de M. l'Abbé Fleu
Sonnet,
Le Prince desire ,
Etrennes du Parnasse ,
Enigme & Logogryphe,
99 ry,
128
ibid. L'Alègreffe villageoise , 134
100 Traiséde l'Anthrax ,
104 Gravures, 142
106 Annonces Littéraires . 143
Dela lecture des Livres fran-1
APPROBATIΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 16 Février. Je n'y ai
zica trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. AParis ,
Be as Février1782. DE SANCY.
DE FRANCE ,
( Nº. 1. )
SAMEDI S JANVIER 1782 .
Collection des Opufcules de l'Histoire Ecclésiastique.
LA jufte estime que le célèbre Claude Fleury s'eſt
acquife par fon excellente Histoire Ecclésiastique , a
fait defirer la Collection des autres Ouvrages de ce
favant Auteur , pour en former uneÉdition complète
& uniforme, avantage qu'on n'avoit pas eu juſqu'ici.
Quelques-uns de ces Ouvrages étoient devenus
très-tares & difficiles à retrouver. On n'a négligé ni
fous ni dépenſe pour ſe procurer tous ceux qui ont
dié imprimés , & ce que l'on en a recueilli forme
quatre Volumes in-8 °. diviſés en cing Tomes.
LeTome I contient unDiſcours ſur la Vie & les
Ouvrages de M. l'Abbé Fleury , les moeurs des
Ifraëlises & des Chrétiens , les devoirs des Maîtres &
des Domestiques , le Soldat Chrétien , & le Caréchifme
historique. On a placé le Portrait de l'Auteur
ala tête de ce premier Volume.
S
Le Tome II : ie Traité du Choix & de la Méthode
les Études , l'Inftitution au Droir Eccléſiaſtique ,
avec les Noros de M. Boucher d'Argis , le Difcours
fur les libertés de l'Egliſe Gallicane, ſelon l'Édition
de 1763 , avec ſes Notes, fuivi de trois autres Difcours
fur l'Ecriture-Sainte , fur la Poéſie des Hébreux
& fur la Prédication ; le Diſcours fur la Poéfie
des Hébreux y eft donné d'abord felon l'Édition de
Dom Calmet , & enfuite felon l'Edition du Père
Defmolets.
LeTome III : la Vie de la vénérableMère d'Arurgogne
,
niques
pbouze
, le Portrait de M. le Duc de
depuis Dauphin, & les trois Diſcour
de M. I Abbé Fleury , c'est-à- dire,
tion , la Réponſe aux Difcours de
&de M. Malet , & celle qu'il a
Maſſillon , Evêque de Clermont ;
de M. l'Abbé Fleury àM. de Santem.
Epîtres en vers Latins à M. de Montn
d'Ormeffon ; différentes Pièces Philoſop
Politiques ; favoir , Difcours fur Platon , ſuiv.
Verſion d'an Fragment de ce Philoſophe , l'Extra
la République de Platon , les Réflexions fur Ma
chiavel, la Lettre ſur la Justice , les Penfées Politiques
tirées de S. Auguſtin ,les autres Penſées Politiques
, le Mémoire pour le Roi d'Eſpagne, les Avis
au Duc de Bourgogne , la Verſion latine du Catéchiſme
hiſtorique , & celle de l'Expoſition de la
Doctrine Catholique : l'une & l'autre forties de la
plume de M. l'AbbéFleury.
Le Tome IV divisé en deux. Première Partie :
l'Histoire du Droit François , le Droit Public de
France,le Difcours ſur les Libertés de l'Eglife Gallicane,
ſuivant l'Edition de 1724 , la Verfion Latine
de deux Pièces d'Origène , c'est-à-dire , de fon
MERCURE
de
S
n
こ
e
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Piècesfugitives nouvelles en
vers & en profe; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts; les Spectacles ,
les Causes célebres; les Académies deParis & des
Provinces; laNoticedesÉdits , Arrêts; les Avis
particuliers,&c. &c.
SAMEDIS JANVIER 1782 .
APARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
T
Avec Approbation & Brevet du Roi.
A
TABLE
PIÈCES
Du mois de Décembre 1781.
IECES FUGITIVES .
Vers à Mlle Jourdain ,
Aun Riche Infolens ,
Fragmens d'un Poëme fur
3
l'Affranchissement des Serfs,
222
4
curgue, 6
Vers pour mettre au bas du
PortraitdeLouisXVI, 49 L'Art de Nager ,
Extraitd'un Mémoirefur Ly- Le NouvelAnacreon François,
Air d'Adèlede Ponthieu , 15 Histoire Généraledes Provin-
L'Inconféquence, Epigramme, Second Livre des Métamor-
Aux Mânes de M. de Mau- Traité des Erections des Bené-
232
ces-Unies , 236
239
ibid. phofes en vers François , 271
repas ,
fices, 282
AM.Mayer, ibia L'Antonéide, ou la Naiſſance
AuneJolieFileuse , 158 duDauphin &deMadame ,
AM. l'Abbéde Cournand, ib. 288
TroisièmeLeureàMde... 160
Claudine Cour,
La Linone, Fable,
àla
Le Serin , Conte ,
SPECTACLES .
205 Académie Royale de Musiq. 35
207 Comédie Françoise, 192 , 240
209 Comédie Italienne ,
Vers fur la Mort de M. de Académie des Sciences ,
253 Maurepas ,
L'Optimisme ,Epitre à M. le
Vicomte de T *** , 254
Aun Ami , 261
Extrait du Traité de Plutarque,
262
Enigmes &Logogryphes , 18 ,
50, 169,219,269
NOUVELLES LITTÉR.
Histoire Naturelle des Oi-
Seaux
Herbierde la France ,
SCIENCES ET ARTS .
243
195
Extrait d'une Lettre de l'Auteur
de la Description de
l'Artd'exploiter les Mines
de Charbonde Terre, à M.
de Joubert ,
Découverte ,
244
1297
VARIÉTÉS .
Lettre à l'Auteur du Plutarque
François ,
20 Gravures ,
27
38
43 155,200 ,
247,298
Legsd'unPèreàſes Filles, 31 Annonces Littéraires , 46, 156
EncyclopédieMéthodique , 51
Maximes de laBruyère , 1701
201,249,299
A Paris , de l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT,
ruc de laHarpe, près S. Côme , 1782.
MERCURE
4
DE
FRANCE. 1945,
SAMEDI S JANVIER 1782 .
PIÈCES
FUGITIVES
EN VERS ETEN PROSE.
Les Amours en marche vers le Berceau
du
DAUPHIN.
D
E par Vénus , Déeſſe de Cythère ,
Sous groſſe amende, il fut enjointnaguère
A fes Sujets , Grâces , Jeux , Ris , Amours ,
De ſemanirde leurs plus beaux atours ,
Pour s'en aller tous en pélerinage ,
Comme vaffaux , au DAUPHIN rendre hommager
Point ne faliut les tirerdeleurs nids ;
(Trop zélés ſont pour ſemblable meſſage ,
Trop font ardens à marcher pour Louis ) .
Lejour éclos, chacun de ſa toilette
Sortit pimpant, & de fleurs fit cucillette.
On avoit pris les riches brodequins ,
Les flèches d'or & les brillans patins ,
:
Ail
4
MERCURE
Carquois d'ivoire , écharpes les plus belles ,
Bref, l'attirail des fêtes ſolemnelles.
Les voilà donc le bourdon à la main ,
Papillonnant comine nombreux efſaim ;
Onc on ne vit de ſi bel équipage ;
Tous , deux à deux , rangés ſelon leur âge ,
Lutins ailleurs , ici ſages , poſés ,
Comme il convient , marchoient les yeux baiſſes,
Si qu'on cût dit , à leurs airs chatemites ,
Que las da monde , ils s'alloient faire Hermites.
L'un au Dauphin va remettre ſes traits ,
Comme unhommage à ſes tendres attraits :
L'autre , ingénu , montre avec complaiſance
Jolis bijoux , paſſe-temps de l'enfance.
Tel lui préſente ample moiſſon de coeurs
(Tous les François avoient donné les leurs ) ;
Tel précédé de la chèvre Amalthée ,
Répand les dons de la corne enchantée ,
Et court offrir le breuvage innocent
Qui doit nourrir ce Jupiter naiſſant,
Celui qui file auroit- il de la parque
Subtilement dérobé le fuſeau ?
Entre ſes mains la trame du Monarque
Groffit à l'oeil & brave le ciſeau ;
Qu'il file bien nos plaiſirs & ſa gloire :
Ah! qu'il prometde matière à l'hiſtoire !
La marche enfin par un grouppe charmant
Eſt terminée; on veit un choeur brillant:
Mainte voix tendre & légère , argentine ,
:
DE FRANCE.
$
Du chaſte hymen célèbre les doux noeuds;
Tantôt concerte un triomphe à Lucine ;
Porte tantôtjuſqu'au ciel mille veux;
Chante Louis , père d'un peuple heureux ;
Le rejetton qui vient d'éclore ,
L'Auguſte Reine qu'on adore :
Ce n'eſt ni Junon ni Pallas ;
Ce n'eſt point la morgue éternelle
Deces froides beautés dont l'Olympe eſt ſi las ;
C'eſt la plus tendre mère avec tous les appas
De Flore&du Printems , quand il ſe renouvelle.
Mais au Palais Amours ſont introduits
Par le Reſpect qui fait garde à la porte :
On harangua (dès l'enfance il importe
Qu'on accoutume un Prince à tels ennuis ) :
On vit außi les Dieux & les Déeſſes
D'un air riant accourir au Bercean
Pour faire tous à l'envi leur cadeau ,
Et prodiguer à l'enfant leurs careſſes.
Mars lui fait don d'un baudrier ;
Et pour attacher cette armure ,
Qui préſage un vaillant guerrier ,
Vénus détache ſa ceinture.
Le père, dit Minerve , exemple des bons Rois ,
De unes plus tendres ſoins fut l'objet autrefois ;
Je formerai le fils ſur les vertus du père ;
Je les embellirai de celles de la mère.
Mais comme, auprès de ce cher Nourriſſon ,
Il s'agiffoit d'établir maint office ,
A iij
MERCURE
Amours briguoient d'entrer à ſon ſervice;
On les choiſt pour former la maiſon ;
Pour Grand-Maître d'abord on nommaCupidon :
Sans autre choix aux Grâces, ſes ſuivantes ,
Fut décerné l'emploi de Gouvernantes ;
Plaiſirs & Jeux ſervirent de Menins :
On crut pouvoir vivre ſans Médecins.
Pour le fretin de la race emplumée ,
Petits oiſons de mince renommée ,
Leur titre fut de ſimples Officiers ;
Pourvoir à tout , trotter , faire meſſage,
Monter la garde en petits eſtaffiers ,
Adhonores groffir un équipage ,
Bref , le ſervir , ce fut- là leur partage.
Depuis ce temps , oubliant leur ſéjour ,
Ils ont fixé leur demeure à la Cour.
Vénus eut beau , ſur ſa rive iſolée ,
Revendiquer ſa cohorte envolée;
Fut répondu que plus fage Vénus',
Plus bel amour les avoit retenus. L
( Par M. Fremont , ancien Profeſſeur d'Eloquence
'dans l'Univerſité de Pont- à- Mouſſon ; ilprend chez
lui des Élèves , rue des Foſſes S. Victar , la deuxième
porte-cochère après la rue des Boulangers.)
:
DE FRANCE .
7
LA NEIGE , Conte .
APRÈS pluſieurs annonces trompeuſes de
ſon retour, le Printemps étoit enfin arrivé.
Il ſouffloit un vent doux qui réchauffoit les
airs. On voyoit la neige ſe fondre, les gazons
reverdir , & les fleurs percer la terre. On
n'entendoit que le chant des oiſeaux. La
petite Louiſe étoit déjà allée à la campagne
avec ſon père. Elle avoit entendu les premières
chanfons des pinçons & des merles ,
& elle avoit cueilli les premières violettes.
Mais le temps changea encore une fois. Il
s'éleva tout-à- coup un vent de nord violent
qui fiffloit dans la Forêt & couvroit les
chemins de neige. La petite Louiſe entra
toute tremblante dans ſon lit , en remerciant
Dieu de lui avoir donné un gîte ſi doux
à l'abri des injures de l'air.
Le lendemain matin , lorſqu'elle ſe leva ,
ah! tout , tout étoit blanchi: il étoit tombé
pendant la nuit une fi grande quantité de
neige , que les paſſans en avoient juſques
aux genoux.
Louiſe en fut attriſtée. Les petis oiſeaux
le paroiſſoient bien d'avantage. Comme
toute la terre étoit couverte à une grande
épailleur, ils ne pouvoient trouver aucun
grain , aucun vermiſſeau pour appaiſer
leur faim .
Tous les habitans emplumés des forêts ſe
A iv
MERCURE
réfugioient dans les villes & dans les villages
pour chercher des ſecours auprès des
hommes. Des troupes nombreuſes de moineaux
, de linottes, de pinçons & d'alouettes
, s'abattoient dans les chemins &
dans les cours des maiſons , & furetoient
des pattes &du bec dans les amas de débris,
afin d'y trouver quelque nourriture.
Il vint près d'une cinquantaine de ces
hôtes dans la cour de la maison de Louiſe .
Louiſe les vit ; elle entra toute affligée
dans la chambre de ſon père. Qu'as - tu
donc , ma fille , lui dit- il ? Ah , mon papa ,
Jui répondit- elle, ils ſont tous là dans la cour,
ces pauvies oiſeaux , qui chantoient fi
joyeuſement il n'y a que deux jours ; ils
ſemblent tranſis de froid , & ils demandent
de quoi manger : voulez-vous me permettre
de leur donner un peu de grain ?
Bien volontiers , lui dit ſon père. Louiſe
n'en attendit pas d'avantage. La grange étoit
de l'autre côté du chemin ; elle y court avec
ſa Bonne chercher des poignées de miller
& de chenevis , qu'elle vint enſuite répandre
dans la cour. Les oiſeaux voltigeoient
par troupes autour d'elle , & cherchoient
le moindre petit grain. Louiſe s'occupoit
à les regarder , & elle en étoit toute réjouie.
Elle alla chercher ſon père & ſa mère , pour
venir auſſi les regarder , & ſe réjouir avec
elle.
Mais les poignées de grain furent bientôt
✓ dévorées. Les oiſeaux s'envolèrent ſur les
DE FRANCE.
bords des toits , & ils regardoient Louiſe
d'un air triſte , comme s'ils avoient voulu
lui dire : n'as- tu rien de plus à nous donner ?
Louiſe comprit leur langage. Elle part
comme untrait , & court chercher de nouveau
grain. En traverſant le chemin , elle
rencontra un petit garçon qui n'avoit pas ,
à beaucoup près , un coeur auſſi compatilſant
que le lien. Il portoit à la main une
cage pleine d'oiſeaux , & il la ſecouoit ſi
rudement , que les petites bêtes alloient à
tout moment donner de la tête contre les
barreaux.
Cela fit de la peine à Louiſe. Que veuxtu
faire de ces oiſeaux , demanda-t- elle au
perit Garçon ? Je n'en fais rien encore , répondit-
il ; je vais chercher à les vendre; &
fi perſonne ne veut les acheter j'en régalerai
mon chat.
Ton chat , répliqua Louiſe ? ton chat ?
Ah ! le méchant enfant !
Oh! ce ne ſeroient pas les premiers qu'il
auroit croqué tout vifs , & en balançant sa
cage comme une eſcarpolette , il alloit s'éloigner
à grands pas.
Louiſe l'arrêta , & lui demanda combien
il vouloit de ſes oiſeaux : !
Je les donnerai tous à un liard la pièce :
il y en a dix-huit.
Eh bien , je les prends tous , dit Louiſe :
elle ſe fit ſuivre du petit garçon , & courut
demander à ſon père la permiſſion d'acheter
fes oiſeaux.
Av
MERCURE
Son père y confentit avec plaiſir : il céda
même à ſa fille une chambre vuide pour
y loger ſes hôtes .
"
Jacquot ( ainſi s'appeloit le méchant
garçon) ſe retira fort content de fon marché;
& il alla dire à tous ſes camarades ,
qu'il connoiffoit une petite Demoiſelle qui
achetoit tous les oiſeaux.
Au bout de quelques heures , il ſe préſenta
tant de petits Payſans à la porte de
Louiſe , qu'on eût dit que c'étoit l'entrée
duMarché. Ils ſe preſſoient tous autour d'elle
ſautant l'un au-deſſus de l'autre , & foulevantdes
deux mains leur cage , pour lui
demander la préférence chacun en faveur
de ſes oiſeaux.
Louiſe acheta tous ceux qui lui étoient
préſentés , & les portadans la chambre où
étoient les premiers.
La nuit vint. Il y avoit bien long- temps
que Louiſe ne s'étoit mife au lit avec un
coeur auffi fatisfait. Ne fuis-je pas bien heureufe
, ſe diſoit-elle , d'avoir pu fauver la
vie à tant d'innocentes créatures & de pouvoir
les nourrir ! Lorſque l'Été viendra ,
Firai dans les champs &dans la forêt; tous
mes petits hôtes chanteront leurs plus jolies
chanfons , pour me remercier des ſoins que
j'ai eus pour eux. Elle s'endormit fur cetre
réflexion , & elle rêva qu'elle étoit dans une
forêt de la plus belle verdure. Tous les
arbres étoient couverts d'oifeaux qui voltigeoient
fur les branches , en gazouillant,
DE FRANCE. 11
on qui nourriſſoient leurs petits , & elle
fourioit dans ſon ſommeil.
Elle ſe leva de fort bonne heure , pour
a'ler donner à manger à ſes petits hôtes ,
dans la volière & dans la cour; mais elle
ne fut pas auſſi contente ce jour là qu'elle
l'avoit été la veille. Elle ſavoit le compte
de l'argent qu'elle avoit mis dans ſa bourſe;
&il ne devoit pas lui en reſter beaucoup.
Si ce temps de neige dure encore quelques
jours , dit-elle , que vont devenir les autres
oiſeaux ? Les méchans petits garçons vont
les donner tout vifs à leur chat , & faute
d'unpeud'argentje ne pourrai pas les ſauver.
Dans ces triftes penſées , elle tire lentement
ſa bourſe , pour compter encore fon
petit tréſor.
Mais quel eſt ſon étonnement de la
trouver ſi lourde ! Elle l'ouvre , & la voit
pleinedepiècesde monnoie de toute valeur,
mélées & confondues enſemble. Il y en
avoit juſques aux cordons. Elle court vite
à fon père , & lui raconte , avec des tranfports
de ſurpriſe & de joie , ce qui vient
de lui arriver.
Son père la prit contre ſon ſein , l'embraffa,
& laiſſa couler des larmes,fur les
joues de Louiſe .
Ma chère fille , lui dit-il , tu ne m'as
jamais donné tantde ſatisfaction que dans
ce moment; continae de ſoulager les créatures
qui ſouffrent;à mesure que ta bourſe
s'épuiſera , tu la verras ſe remplir.
Avj
12 MERCURE
Quelle joie pour Louiſe ! Elle courut
dans la volière , ayant ſon tablier pleinde
millet & de chenevis. Tous les oiſeaux voltigeoient
autour d'elle , en regardant leur
dejeûner d'un oeil d'apetit. Elle defcendit
enfuite dans la cour , & offrit un ample
repas aux oiſeaux affamés.
Elle ſe voyoit alorsprès de cent penſionnaires
qu'elle nourrifloit :c'étoit un plaiſir,
un plaiſir ! jamais les poupées ni les joujoux
ne lui en avoient tant donné.
L'après-midi , en mettant la main dans
le fac de chenevis , elle trouva ces paroles
écrites dans un billet. Les habitans de l'air
volent vers toi , Seigneur , & tu leur donnes
la nourriture; tu étends ta main ,& tu raffafies
de tes bienfaits tout ce qui refpire.
Son père l'avoit ſuivie. Elle ſe tourne vers
lui & lui dit : je ſuis donc à préſent comme
Dieu ? Les habitans de l'air volent vers moi;
& lorſque j'étends la main , je les raſſatie
de mes bienfaits.
,
Oui , ma fille , lui dit ſon père ; toutes
les fois que tu fais du bien à quelque créature
tu es comme Dieu. Quand tu ſeras
plus grande , tu pourras fecourir tes femblables
, comme tu ſecours aujourd'hui les
oiſeaux , & tu reſſembleras alors à Dieu
bien davantage. Ah ! quel bonheur pour
l'homme , lorſqu'il peut agir comme Dieu !
Pendant huit jours , Louiſe étendit ſa
main,&raſfaſia tout ce qui avoit faimautour
d'elle. Enfin la neige ſe fondir , les champs
DE FRANCE.
13
reprirent leur verdure , & les oiſeaux qui
n'avoient pas ofé s'écarter de la maiſon ,
tournerent leurs ailes vers la forêt.
Mais ceux qui étoient dans la volière y
reſtoient renfermés; ils voyoient le Soleil ,
voloient contre la fenêtre , becquetoient les
vitrages : c'étoit en vain ; leur priſon étoit
trop forte pour eux. Louiſe n'imaginoit
pas encore leur peine.
Un jour qu'elle leur apportoit leur proviſion,
ſon père entra quelques momens
après elle ; elle fut bien aiſe de voir qu'il
vouloit être témoin de ſes plaiſirs.
Ma chère Louiſe , lui dit- il , pourquoi
ces oiſeaux ont- ils l'air ſi inquiet ? Il ſemble
qu'ils defirentquelque choſe. N'auroient- ils
point laiſſé dans les champs des compagnons
qu'ils ſeroient bien aiſes de revoir ?
Vous avez raiſon , mon papa. Ilsme femblent
triſtes depuis que les beaux jours font
revenus. Je vais ouvrir la fenêtre & les laif-.
fer envoler.
.
Je pense que tu ne ferois pas mal , lui
répondit fon père; tu répandrois la joie dans
tout le pays; tous ces petits prifonniers
iroient retrouver leurs amis, & ils voleroient
au-devant d'eux comme tu cours
au devant de moi lorſque j'ai été quelque
temps abſent de la maiſon.
Il n'avoit pas fini de parler , que déjà
toures les fenêtres étoient ouvertes. Les
oiſeaux s'en apperçurent , & en deux minutes
il n'en reſta pas un ſeul dans la cham14
MERCURE :
bre : on voyoit les uns rafer la terre du
bout de l'aile , les autres s'élever dans les
airs , quelques- uns s'aller percher ſur les
arbres voiſins , & ceux-là paſſer & repaffer
devant la fenêtre avec des chants de
joie.
Louife alloit tous les jours ſe promener
dans la campagne. De tous côtés elle voyoit
on elle entendoit des oiſeaux. Tantôt une
alouette partoit à ſes pieds , & chantoit fa
joyeuſe chanſon en s'elevant dans les nues.
Tantôt c'étoit une fauvette qui frédonnoit
la fienne , en ſe balançant fur la plus haute
branche d'an buiffon.Er lorſqu'elleen entendoit
quelqu'un ſe diftinguer par fon raruage,
Louiſe diſoit : voilà un de mes penſionnaires
: on connoît à ſa voix qu'il a étébien
nourri cet hiver.
Nota. Cette Pièce, de M. Berquin , eſt
tirée d'un Ouvrage intitulél'Ami des Enfans ,
dont il paroît un Volume , chez Piffot &
Barrois le jeune , Libraires , quai des Auguftins.
Explication de l'énigme & du Logogryphe
duMercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt les Graces ; celui
du Logogryphe eſt Ecrin , où se trouvent
crin & cri.
DE FRANCE, 15
&
J
ÉNIGME.
Efuis cher aux tendres amans ;
Combien en me voyant ont répandu de larmes!
Je ſuis privé de ſentimens ;
Cependant à l'Amour je puis prêter des armes.
Qui m'aura pourra tout avoir
S'il me tient d'une anje ſincère ;
J'ai des yeux & ne peux rien voir ;
:
Si je ſavois parler je pourrois ne pas plaire ;
Car alors, cher Lecteur , je ferois tout ſavoir ,
Soit à ma grande foeur , ou bien à mon grand frère.
(ParM. Ifambert du Freney , Secrétaire de
M. le Duc de ..... )
LOGOGRYPH Ε.
PETIT ETIT &grand, je ſuis unique en France;
Onm'y chérit avec raiſon; i
Suivant les goûts , je ſuis chair ou poiffon ;
Maislepalais en ſent la différence.
Dans mes ſept pieds , ſouvent mis en chanson,
Quand avec ſoin on les combine,
On trouveun végétal d'où coule la réſine ;
Une faine liqueur qu'on frekate à Paris ;
Unaliment commun, bien préférable au siz,
Quoiqu'en ait dit un Savant Journaliſte, 1
16 MERCURE
Queles fils deCujas ont rayé de leur liſte;
Chez les Latins une négation
Dont le renverſeinent eſt prépoſition ;
Un adjectif François qui peint l'humeur altière
Du fat imitateur du Comte de Tuffière;
Contre l'épilepfie un bon médicament ;
Etdu chat en courroux l'obſcène jurement.
C'en eſt aſſez , Lecteur , le ſexe medevine ;
Dans les modes du jour ma figure domine.
(ParM. Coutoulý , Médecin de MONSIEUR,
Membre de l'Académied'Angers.)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLÉMENS de la Langue Françoise , par
M. Fauleau. A Paris , chez l'Auteur , rue
du Haſard-Richelieu , au coin de la rue
Traverſière ; Nyon , Libraire , au Collége
des Quatre-Nations ; Colas , Libraire ,
Place de Sorbonne ; Eſprit , Libraire , au
Palais Royal , 1781. in-89. de 285 pag.
Prix , 3 liv. 12 fols.
Le principal mérite qui nous paroît diftinguer
cette nouvelle Grammaire de toures
les précédentes , & la rendre encore utile
après tant d'autres , eſt une méthode ſingulière
, dont M. Fauleau eſt l'inventeur ,&
qui doit être très favorable à l'inſtruction .
Elle conſiſte dans une diviſion toujours uni
DE FRANCE. 17
forme, & par- là même plus propre à ſe
graver dans la mémoire. Ici tout eſt diviſé
par trois ; au lieu des huit parties d'oraiſon
ſi connues chez les Grammairiens ; ſavoir ,
le nom , le pronom , le verbe , le participe ,
l'adverbe , la prépoſition , la conjonction &
l'interjection, on en compte neuf ici , & le
participe n'en eſt pas; ce qui cauſeroit un
grand chagrin à ce Grammairien ſenſible ,
qui diſoit d'un ton ſi pénétré : Les parti
cipesnefontpas connus en France.
Lesneufparties d'Oraiſon , ſelon M. Fauleau,
ſont le nom , l'article , le pronom , le
verbe , la prépoſition , l'adverbe , la conjonction,
la particule , l'interjection.
La prédilection marquée de l'Auteur pour
le nombre trois , peut le faire ſoupçonner
d'avoir introduit cette énumération nouvelle
des parties du diſcours , pour ſeme
nager la facilité de les diviſer par trois.
Numero Deus impare gaudet.
L'Ouvrage entier eſt diviſé en trois Livres,
chaque Livre en trois Chapitres , chaque
Chapitre en trois articles.
Les trois Livres traitent , le premier, des
parties du diſcours; le ſecond, de la conftruction;
le troiſième,de la pureté du langage.
Le premier Chapitre du premier Livre
traite des parties nominales du diſcours ,
c'est-à-dire , de celles qui ſervent à nommer
les objets de nos idées; elles ſont au nom18
MERCURE
bre de trois : 19. Le nom. 2º. L'article. 3 °.
Le pronom.
Le ſecond Chapitre traite des parties verbales
, c'eſt à- dire, de celles qui ſervent à
parler de ces mêmes objets ; elles font encore
au nombre de trois : 19. Le verbe principalement.
2º. Subſidiairement , dit l'Auteur
, la prépoſition. 3º. L'adverbe.
Le troiſième Chapitre comprend lesfuccursales
, ainfi nommées , parce que c'eſt par
leur fecours que nous faiſons de la parole
tous les uſages autres que ceux de nommer
les objets ou d'en parler ; celles- ci ſont toujours
au nombre de trois : 1º. La conjonction.
2 °. La particule. 3 ° . L'interjection .
Même divifion pour les deux autres Livres.
Livre ſecond, de la conſtruction .
Chapitre premier , de la concordance ;
&ſous ce Chapitre , trois articles : 1º. De
la concordance du nom. 2°. De la concordance
du pronom. 3 °. De la concordance
du verbe.
Chapitre ſecond , du régime , & de même
trois articles : 1°. Des différentes fortes de
régime. 2°. Des fonctions reſpectives des
parties du diſcours. 3 °. Des marques diftinctives
des membres de la phrafe.
Chapitre troiſième , de la ſyntaxe , trois
articles encore : 1. Des différentes eſpèces
de membres de la phraſe. 2º. De la ſyntaxe
particulière. 3º. De la ſyntaxe générale.
Livre troiſieme , de la pureté du langage.
Chapitre premier , de la prononciation.
DE FRANCE.
19
Article 1. de l'accent. 2. De l'aſpiration
. 3. De la quantité.
Chapitre ſecond , du ſens figuré. 1º. De
la catachrèſe. 2°. De la metonymie. 3 °. De
la ſynecdoche.
Ces termes Grecs de rhétorique & de
grammaire, n'effrayent plus perſonne depuis
que Boileau s'eſt moqué de l'ignorance de
Pradon , qui les prenoit pour des termes de
Chimie.
Enfin , le dernier Chapitre du troiſième
&dernier Livre traite du galliciſme , & fes
trois articles roulent: le 1er. fur les différentes
eſpèces de gallicifme. Le 2e. ſur le
galliciſme relatif an nom. Le 3º. ſur le galliciſme
relatif au verbe.
Cette recherche du nombre ternaire ,
pourroit ne paroître qu'un badinage &
qu'un jeu d'eſprit , ſi l'Auteur n'avoit pas
eu l'art de lui donner l'air naturel ; ſi les
différens articles ne paroiffoient pas s'at-.
tirer , & pour ainſi dire s'appeler les uns
les autres par le voiſinage & la convenance
fi cette diviſion étoit viſiblement ou inutile
ou incomplette.
Il y a environ quinze ans qu'un de ces
Ecrivains , que le Scribendi Cacoethes a tant
multipliés parmi nous depuis quelquestemps,
fit imprimer à grands frais trois gros
Volumes in-4°. qui n'étoient que le foible
commencement d'un Ouvrage dont on n'auroit
jamais vû la fin , ſi par malheur il eût
réuſſi , c'étoit une Bibliothèque des Artistes
20 MERCURE
& des Amateurs ; l'Auteur prétendoit y
traiter de omni fcibili. Il avoit inventé pour
chaque Science une diviſion qu'il appliquoit
également à toutes. Cette diviſion ,
empruntée des nombres , paroiſſoit tenir ,
dans l'eſprit de l'Auteur, à ces propriétés
mystérieuſes , à ces vertus ſecrettes qu'une
philoſophie chimérique avoit autrefois
attribuées aux nombres. L'Auteur avoit
eru que dans chaque ſcience , dans chaque
art, tous les points de diviſion ſe rapportoient
aux nombres un , deux , trois , quatre ,
ſept & douze ; par-tout il trouvoit l'unité,
le binaire , le ternaire , le quaternaire , le
ſepténaire , le duodénaire.
Dans la grammaire , par exemple , diſoitil
, l'unité, c'eſt l'alphabet ; le binaire , ce
font les voyelles & les conſonnes ; le ternaire,
genres , nombres , cas; le quaternaire
, lettre , fyllabe , mot , diſcours ; le
Septénaire, les ſept caractères proſodiques ;
ſavoir , l'accent aigu , l'accent grave , l'accent
circonflexe , la cédille , l'apostrophe ,
la diérèſe, le tiret; le duodénaire , les neuf
parties d'oraiſon & les trois figures de la
grammaire; ſavoir , pour les parties d'oraifon,
le nom,l'article, le pronom , le verbe,
le participe , l'adverbe , la prépoſition , la
conjonction , l'interjection ; & pour les
figures de la grammaire , le pléonaſime , la
fyllepfe & l'hyperbare; quelquefois il trouvoit
à répéter , pour chaque ſcience , chacun
de ſes nombres , même le duonénaire, &
DE FRANCE. 21
c'étoitalors qu'il triomphoit, Par exemple ,
il trouvoit pour la grammaire un double
duodénaire. Nous avons vu le premier , il
n'eſt pas mal forcé. Voici le ſecond.
Point , virgule , deux points , ( . , :)
Point & virgule , interrogation , ( ; )
Admiration , parenthèſe , trois points ,
( ! ( ) ... )
Guillemets , petitque , longue , brève ,
» atq;-)
Il trouvoit la même choſe dans la Théologie
, dans la Mythologie , dans la Rhétorique,
dans l'Agriculture , par-tour.
Il n'a paru de ce Livre que le ternaire ,
c'est-à-dire , trois volumes ; le Public ne
goûta pas cette numération puérile , dont
l'Auteur étoit cependant bien content :
Sicnosfervavit Apollo.
Il n'en ſera pas de même de la diviſion
de M. Fauleau; elle eſt ſouvent néceſſaire ;
&ſoit par la nature des choſes , ſoit par
l'art de l'Auteur , elle paroît preſque toujoursjuſte.
D'ailleurs , l'Ouvrage eſt plus eſtimable
encore par le fond que par la forme; rien
de plus clair que les principes de l'Auteur ,
rien de plus juſte que leur application ; il
montre ,&dans le texte & dans les notes ,
une profonde connoiffance du méchaniſme
denotre langue.
Il regardedans ſon introduction une langue
quelconque comme une machine dont
22 MERCURE
les hommes ſe ſervent pour ſe communiquer
leurs idées , & il nous ſemble qu'il a
mis quelque recherche d'efprit à ſuivre, jufques
dans les moindres rapports , cette com
paraiſon d'une langue avec une machine.
ÉPITRE à un Anonyme qui a rendu la
Liberté à deux cens Prifonniers pour mois
de Nourrice le jour de la Naiſſance de
Mgr. le Dauphin , par M. Richard. A
Paris , chez les Marchands de Nouveautés.
SOULAGER la claſſe malheureuſe des Citoyens
, donner aux riches l'exemple d'une
forte de bienfaiſance publique , & ſe
dérober à la reconnoiffance , en s'enve
loppant du voile le plus impénétrable de
la modeftie , c'eſt s'élever juſqu'aux fonc
tions de la Providence, c'eſt mériter la gloire
la plus pure & la plus touchante. L'homme
de génie qui a eu le plus de titres à tous les
genres de gloire, Voltaire , a dit :
1
J'ai fait un peu de bien , c'eſt mon meilleur ouvrage.
Si la fortune n'accompagne pas toujours
lestalens , & s'il eſt donné à peu de Gens
de Lettres d'exercer la bienfaiſance , au
moins doit-on les applaudir lorſqu'ils s'efforcent
d'y participer en quelque forte en la
célébrant ; & qu'à l'exemple de Diogène ,
qui remuoit ſon tonneau quand les Athéniens
conftruifoient des flottes , ils cherchent
àrendre leurs talens utiles.
10
DE FRANCE.
23
Nos états ſont divers , nos devoirs ſont communs ;
Aina , la tendre fleur nous donne ſes parfums ,
La campagne ſes blés , les arbres leurs ombrages ,
Les rochers leurs métaux, les prés leurs pâturages.
OEuvres du Philoſophefans Souci.
Nous ne pouvons donc quelouer l'Auteur
de l'Epître à un Anonyme. Il y a des occaſions
où la critique ſeroit indécente.
L'eſprit eſt indulgent quand le coeur eſt ſenſible.
OEuvres de M. le Marquis deSt-Marc.
Voici comment l'Auteur débute :
Toi qui , ſuivant la voix de ton coeur magnanime ,
Sous le voile ſecret d'un modeſte Anonyme ,
Répands ſur l'infortune un déluge de biens ,
Etde deux cens captifs fais tomber les liens ,
Pourquoi te dérober à notre juſte hommage ?
Montre-toi , de Dieu même on croira voir l'image ;
C'eſt ainſi qu'il étend ſur les foibles humains ,
Pour alléger leurs maux , ſes inviſibles mains ;
Et dansl'immenſité des biens qu'il nous diſpenſe ,
C'est ainſi qu'en lui-même il a ſa récompenfe.
Toutes ces idées ſont intéreſſantes , & le
reſte de la Pièce y répond. Il y a même pluſieurs
morceaux pleins de poéſie & bien
travaillés . La deſcription de la joie de la
Nation à la naiſſance de Mgr. le Dauphin
mérite d'être citée.
;
Ah! quema foible main ne peut-elle tracer,
٠٢
24 MERCURE
Par des traits que le temps ne dût point effacer ,
Le tableau qu'à mes yeux cet heureux jour préſente!
Tous les rangs confondus , la jeuneſſe bouillante ,
Oubliant , pour danſer au ſon des chalumeaux ,
Le vin qui fuit la tonne & ruiffelle àgrands flots;
Des vieillards rajeunis les plaiſirs plus tranquilles ;
La bombe qui ſans ceſſe , au milieu de nos villes ,
En ſifflant vole au Ciel , &, ſemblable aux éclairs ,
Illuminant nos jeux, éclatte dans les airs ,
LaFrance toute en feux , la France glorieuſe ,
N'offrant plus , en un mot , qu'une Famille heureuſe ,
Qui n'a qu'un même coeur & le donne au Dauphin.
On peut reprendre quelques taches dans
ces vers; mais l'Auteur , dans un envoi à
Mde *** , follicite l'indulgence d'une manière
ſi agréable , qu'il y auroit de la mauvaiſe
humeur à le juger ſévèrement.
: J'ai célébré la Bienfaiſance ,
Tu la pratiques chaque jour ;
Nous méritons , toi de l'amour ,
Et moi , quelque peu d'indulgence.
Mon coeur ( je le dis ſans détour )
Apayé ſa dette d'avance ;
Puiſſe le tien , aimable Hortence,
S'acquittant de même à ſon tour ,
Combler ma plus douce eſpérance.
L'Epître à un Anonyme eſt ſuivie d'une
Pièce ſur la naiſſance de Madame Royale ,
dont
DE FRANCE.
25
こ
-
dont l'idée est très ingénieuſe. Elle prouve
que M. Richard a de la facilité , ce qui d'ordinaire
est la marque du talent.
ALMANACH LITTÉRAIRE , ou Étrennes
d'Apollon, pour l'année 1782. A Paris ,
chez la Veuve Ducheſne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût ; Eſprit ,
Libraire , au Palais Royal , &c.
CET Almanach , qui paroît depuis fix
ans avec beaucoup d'exactitude , a obtenu le
ſuccès qu'il mérite. Rien de plus varié que
la Collection qu'il renferme. Elle préſente
tour-à-tour des Anecdotes anciennes , dont
la plupart font peu connues; des Anecdotes
plus récentes; des Pièces fugitives de nos
Poëtes modernes qui n'avoient pas encore
été imprimées ; des Lettres de Voltaire à
Mime de Chambonin & à des Littérateurs
diftingués , parmi leſquelles on en trouve
de très-piquantes ; quelques morceaux de
Profe; d'autres mêlés de Proſe & de Vers ;
enfin , une Notice des principaux Ouvrages
mis au jour dans le cours de cette année.
La manière dont chaque article eſt placé,
reſſemble peut être un peu à ce qu'on appelle
du déſordre , mais c'eſt de ce déſordre
même que naît la variété de cet Almanach
, qu'on ne lit pas ſans intérêt.
Les détails que contiennent les Lettres de
Voltaire à Mme de Chambonin, demandent
Nº. 1,5 Janvier 1782 . B
26 MERCURE
àêtre lus en entier ; un Extrait ne ſuffiroit
pas pour les faire connoître , & en ôteroit
le charme. Nous allons pourtant citer un
fragment de la dix neuvième , parce qu'on
y reconnoît & l'eſprit & le caractère de
l'Auteur , parce qu'il contient une maxime
morale qu'on peut rendre publique utilement,
& dont plus d'une perſonne peut
profiter. " Mon cher ami Groschar , vous
> vous divertiſſez à Paris , car vous n'écri-
▸ vez point ; mais pourrai - je , moi , vous
> divertir à mon tour ? On va jouer Zu
» lime , qui pourtant ne vaut pas Mahomet,
>> N'allez donc pas partir de Paris ſans voir
» Zulime. Mais ne pouvez vous donc point
- voir un homme plus tendre , plus aima-
» ble, plus sûr de ſon ſuccès que toutes
" les Tragédies du monde? C'eſt mon ange
>> gardien , c'eſt M. d'Argental ; c'eſt lui qui
• vous dira le ſort de Zulime, car il fait
• bien ce que le Public en doit penſer,
• Comme on a ſon bon ange , on a auſſi
> ſon mauvais ange , & malheureuſement
>> c'eſt Tiriot qui fait cette fonction. Je fais
» qu'il m'a rendu de fort mauvais offices ,
>> mais je les veux ignorer ; il faut ſe reſpec-
>> ter affez foi même pour ne ſe jamais
" brouiller ouvertement avec ſes anciens
» amis , & il faut être affez ſage pour ne
>> point mettre ceux à qui on a rendu ſer-
> vice à portée de nous nuire , &c. »
Parmi les Pièces de Poéſie qu'on lit dans
fet Almanach , on en remarque deux de
DE FRANCE. 27
M. Rochon de Chabannes *, dont l'une , intitulée
le Portrait d'Elvire , eſt écrite avec
beaucoup de goût , d'eſprit & de grâces ;
l'autre eſt une Chanſon de table d'un mari
à ſa femme , dont l'idée eſt piquante &
joyeuſe. Les bornes de cet article ne nous
permettent point de les faire connoître , &
nous donnons la préférence ſur celles- ci &
fur les autres Pièces que nous avons ſous les
yeux, à un Apologue de M. Bret , dont le
fond eſt neuf& très- original. Le voici :
La Fête des Laboureurs.
Des Laboureurs honorant la ſcience ,
Un bon Seigneur délibéra , dit- on ,
De les fêter enhomines d'importancee
Adonc, il fit dans le canton
Publier qu'après la moitſon
Ces diſciples de Triptolême
Pouvoient venir en ſon château
Chanter Cérès , épuiſer ſon caveau
D'un vin exquis réſervé pour lui-même ,
Tant il priſoit l'honneur d'un jour ſi beau.
Cejour venu , nombreuſe eſt l'aſſemblée ;
Il les reçoit poliment à l'entrée;
Leur tend la main , les appelle ſes fils;
Et fur leur front , par le ſoleil noircis ,
*Nous parlerons dans undes Mercures prochains d'une
Comédiede cet Auteur repréſentée àStrasbourg , & qui
your titre , la Tribu :
Bij
28
MERCURE
Aubruit du clairon qui raiſonne ,
Place lui-même une couronne
Où Flore brille à travers les épis.
Certain Ruſtaud vient à la file ,
Baiſſe le chef pour être couronné.
Quel est ton droit , maître imbécille ,
Lui dit le Seigneur étonné ?
- Qui ? moi ? Je ſuis, ne vous déplaiſe,
Membre du corps , je ſuis le voiturier.
-Retire-toi ; le ſimple journalier
N'eſt rien ici ; tu peux à l'aiſe
Avec mes gens t'enivrer i tu veux.
Et le Ruſtaud de s'en aller honteux ,
Tandis qu'avec ſes Laboureurs à table
Notre bon Seigneur du feſtin
Fait les honneurs , d'amitié les accable ,
Et les retient pour l'an prochain.
Or , dites-vous , à quoi bon cette Fable ?
C'eſt un avis à maint farcinateur ,
Qui tous les ans , dans les jardins du Pinde ,
Va recueillir & le fruit & la fleur ,
Les porte au marché , puis ſe guinde
Et s'égale au cultivateur.
Si jamais Phébus au Parnaſſe
Veut vous fêter , Meſſieurs les beaux eſprits .
C'eſt bien juſtice qu'il en chaſſe
Les colporteurs de vos écrits.
Nous ne citerons que deux Anecdotes ,
DEFRANCE .
29
que nous choiſirons parmi la foule de celles
que l'Éditeur a recueillies.
- Une femme de qualité fit un jour cette
» queſtion à J. J. Rouſſeau : Que renfer-
>> ment donc , Monfieur , vos Mémoires fi
>> fameux ? - Madame , répondit le Philos
>> ſophe de Genève, j'y ai dit tout le mal
>> qu'on ne fait pas de moi,& tout le bien
» que je fais des autres. - En ce cas-là , re-
>> prit la Dame , le Livre fera court. »
" Un jour Louis XIV dit le plus férieu-
>> ſement du monde à un Seigneur de ſa
► Cour dont il connoiſſoit l'ambition démé-
>> ſurée :>> Savez- vous l'Eſpagnol ? - Non ,
Sire.- Tant pis. Ce Seigneur crut qu'en
apprenant vite cette Langue, il parviendroit
à être Ambaſſadeur ; il y donna donc tous ſes
foins ,& le fut en très-pen de temps. Se repreſentant
alors devant le Monarque: " Sire,
>> j'ai appris l'Eſpagnol .- Le ſavez- vous au
>> point de le parler avec les Eſpagnols
» même. -Oui , Sire. Je vous en féli-
>> cite : eh bien , vous pourrez lire Dom
>> Quichotte dans l'original. >>
Il y a quelque temps que l'on a imprimé
dans le Journal de Paris quatre vers adreſſés
àMgr. leDauphin. Les lettres initiales du nom
deleurAuteur font G. D. L. B. Voici les vers.
Ah ! Monſeigneur ! que votre ſort eſt doux !
Non d'être né pour gouverner la France ,
Mais de ne pas avoir la moindre connoiſſance
Detousles mauvais vers que nous furgeons pour vous.
Biij
30 MERCURE
On trouva ces vers fort plaifans. Malheu
reuſement pour M. G. D. L. B. on retrouve
dans le Recueil dont nous parlons , quatre
vers que fit Voltaire , après avoir parcouru
un gros Recueil de Poéfies faites fur la naiffance
de Mgr. le Duc de Bourgogne , & qui
contiennent la même Epigramine qui a fait
le ſuccès des premiers que nous avons cités.
Rejetton de cent Rois , eſpoir fragile & tendre
D'un Héros adoré de nous ,
Que vous êtes heureux de ne pouvoir entendre
Les mauvais vers qu'on fait pour vous !
Parmi les notices des principaux Ouvrages
qui ont paru en 1781 , on en diftingue pluſieurs
qui font très-bien faites , quelquesunes
qui font fort négligées , & un affez
grand nombre dont le ton eſt beaucoup trop
louangeur. Nous ſavons que l'honnêteté &
la délicateſſe de l'Editeur lui ont fait un devoir
d'être très- avare de critiques; mais en
ſuivant ſon ſyſtême , que beaucoup de gens
approuveront , il peut éviter auſſi de donner
de trop grands éloges à des Ouvrages qui en
font réellement indignes. Il eſt de ſon intérêt
deſuivre ce conſeil ,& de ſe reſſerrer plutôt
dans les bornes d'une notice toute ſimple ,
que de louer ce qui n'eſt pas louable. Nous
l'engageons encore à ſe montrer un peu plus
ſévère dans le choix des différens morceaux
de poéſie ou de proſe auxquels il fait accueil.
Nous en avons remarqué un affez grand nom
bre qu'il auroit dû refuſer d'adınettre. Parmi
DE FRANCE
des morceaux, ſe trouve une Ode anacreontique
de l'Auteur de cet article , où le mot
charmant eſt répété deux fois à côté du mot
charmes , dans l'eſpace de vingt quatre petits
vers. Cette négligence eſt réellement condamnable,
fur-tout dans un homme qui s'eſt
donné le droit de juger les autres. L'Editeur
en conſequence devoit la profcrire , & plu
tôt écouter la voix du Public qui demande ,
avec raiſon , qu'on lui préſente un choix de
bonnes chofes , que celle de l'amitié ; parce
que les ſacrifices auxquels elle conduit , ſe
font toujours au préjudice du plaiſir des
Lecteurs éclairés ,&, par une ſuitenéceſſaire,
nuiſent au ſuccès des Recueils.
( Cez Article est de M. de Charnois. )
BIBLIOTHÈQUE Univerſelle des Romans,
nouvelle Edition , in 4. Tomes I & II.
Prix , & liv. chacun. A Paris , au Bureau
de ce Journal , rue Neuve Ste Catherine.
CETTE Edition , faite avec beaucoup de
foin , ſemble , par le format , appartenir
aux grandes Bibliothèques , & ne devoir
être, pour ainſi dire , d'aucun uſage pour
les gens du monde , & fur- tout pour les
Dames. On en juge autrement quand on
confidère la fineſſe du papier &le nombre
des pages borné à cinq cens , ce qui rend les
Volumes très- légers , alors on voit que l'Éditeur
s'eſt propoſé de rendre la lecture de cer
BIV
32 MERCURE
Ouvrage, plus agréable & plus facile aux
perſonnes qui ſe trouveroient fatiguées par
lapetiteſſe des caractères de l'in- 2 .
On y a fait des changemens & des corrections
qu'on a jugé néceſſaires , & qui doivent
donner un nouveau prix à cette intéreffante
Collection.
Les deux Volumes qui paroiſſent renferment
les huit qui furent publies in - 12 depuis
Juillet 1775 juſqu'en Decembre de la même
année inclufivement. Deformais chaque Livraiſon
ſera d'un ſeul Volume , qui paroîtra
exactement toutes les fix ſemaines.
Pour mettre les Acquereurs à portée de
jouir en même temps du paſſe &du préfent ,
chaque Volume in-4°. contiendra alternativement
quatre des plus anciens Volumes
in- 12. & quatre des plus modernes . Ainfi ,
le troiſième Volume , qui paroîtra à la fin de
Janvier 1782 , renfermera les Volumes
de Novembre & Décembre 1781 , & les
deux du même mois de Janvier 1782. Le
Volume qui paroîtra le 15 Mars ſuivant ,
offrira les quatre premiers de 1776. Celui
qui ſera livré au dernier Avril, contiendra
ceux de Février , de Mars , & les deux du
même mois d'Avril , ainſi de ſuite.
Lorſque les anciens Volumes feront épuifés
, on ne publiera plus que quatre Volumes
par an, leſquels contiendront les ſeize qui
paroiffent in- 12 annuellement .
On a tiré cinquante exemplaires ſur un
papier de la plus grande beauté. Le prix de
DE FRANCE.
33
chacun de ces Volumes brochés eſt de 48 liv.
Pour en faire l'éloge , il ſuffit d'annoncer
qu'ils fortent des preſſes de M. Didot l'aîné,
Imprimeur de M. le Comte d'Artois.
Nous ne doutons pas que le Propriétaire
&les Coopérateurs ne redoublent d'efforts
pour que le mérite de l'Ouvrage réponde
conſtamment à la beauté de cette Edition ;
les premiers Souſcripteurs applaudiront ſans
doute à une entrepriſe qui tend à donner uni
nouveau degré d'intérêt à la Bibliothèque
Univerſelle des Romans.
DICTIONNAIRE de Jurisprudence & des
Arrêts , ou nouvelle édition du Dictionnaire
de Brillon , connu ſous le titre de
Dictionnaire des Arrêts & Jurisprudence
univerſelle des Parlemens de France , &
autres Tribunaux , augmenté des matières
de Police , d'Agriculture , de Commerce ,
de Manufactures , dans le rapport qu'elles
ont avec l'adminiſtration de la Juſtice,
parM. Proſt de Royer , ancien Lieutenant
de Police de Lyon. In 4°. Tome I. 1781 .
A Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , Imprimeur du Gouvernement &
de la Ville; & ſe trouve chez les principaux
Libraires de France.
On doit diftinguer dans la foule des Dictionnaires
, qui ſe multiplient tous les jours
Tous nos yeux fur toutes les ſciences , & fur
toutes les connoiſſances , celui dont M.
Bv
34 MERCURE
Proſt de Royer vient de nous donner lepre
mier volume. Le Dictionnaire de Brillon,dont
il annonce une nouvelle édition , étoit ſanscontredit
un des meilleurs recueils d'Arrêts
qui eût paru juſqu'à préſent ; & M. Proft
de Royer en rend la collection d'autant plus
utile & d'autant plus précieuſe , qu'il s'eſt
appliqué à corriger les défauts de cet Auteur ,
qu'il joint au texte de Brillon ce que la Juriſprudence
a introduit de nouveau depuis
plus de ſoixante ans , & qu'il traite une
multitude de queſtions relatives à la Police ,
à l'Adminiſtration , à l'Agriculture , aux
Arts , au Commerce , à la Marine & à la
Guerre , objets importans ſur leſquels Brillon
n'avoit rien dit , & qui n'ont été éclaircis
que par les écrits lumineux que le ſiècle
préſent a produits.
On trouve, ſous chaque mot particulier ,
une définition exacte tirée des Loix Romaines
, ou des Juriſconſultes les plus renommés
; lorſque le Droit Romain ne peut fervir
de guide à M. P. de R. , cette définition
eſt ſuivie de l'indication des titres du corps
de Droit qui traitent la matière dont il
rapporte les principes généraux , & auxquels
il joint ceux que fourniſſent les Ordonnances
, les Coutumes & les Arrêts de
réglemens. A ce tableau fuccèdent les Arrêts
particuliers , dont l'Auteur détailleles
motifs , & dont il fait voir la connexion
avec les principes qu'il a établis d'abord..
Nos Lecteurs ne s'attendent pas que nous
DE FRANCE.
35
leurdonnions un extrait de ce nouveau Dictionnaire,
qui n'eſt eſſentiellement lui-même
qu'un extrait des principes ſur chaque matière
; cependant , pour les mettre à portée
de juger & d'apprécier le travail de M. P.
de R. , nous allons examiner le met Accident
, & détailler la manière dont il eſt
Haité.
L'Auteur commence par définir l'accident
un événement fâcheux , que n'a pas prévu
celui qui y eſt expoſe : il explique enfuite
les cauſes qui y donnent licu, la force majeure
, l'imprudence, la machination d'un
tiers , la faute de ceux qui auroient dû les
prévenir: il indique les titres du Droit Romain
, où toutes ces queſtions ſont traitées :
il en rapporte les principes généraux , &
donne des exemples pour en faciliter l'intelligence
: il diviſe les accidens par les chofes
qui y donnent lieu , telles que les animaux,
les bâtimens , les voitures, la chaffe ,
&c... Il examine comment & juſqu'où les
maîtres peuvent être tenus des accidens
caufés par leurs domeſtiques & fi les enfans
doivent être pourſuivis à cet égard : il difcute
enfin juſqu'à quel point l'auteur d'une
bleffure ou d'un meurtre involontaire , peut
être tenu des dommages & intérêts. :
Tous ces objets font traités avec beaucoup
de préciſion , &M. P. de R. rapporte fur
chacun d'eux les loix générales & les
Arrêts particuliers, qui doivent guider le Ju
fconfulte dans la déciſion des eſpèces, qui
36 MERCURE
feront foumiſes à ſa déciſion: il a également
ſoin d'indiquer ſur chaque queſtion les Auteurs
qui l'ont traitée avec plus de ſolidité.
Ce nouveau Dictionnaire a un mérite
bien ſupérieur à la compilation de Brillon ,
par le tableau réduit des principes du Droit
&de la Jurisprudence ; l'ordre & la diviſion
des matières ; les vues nouvelles de l'Auteur
& les réformes qu'il indique dans notre
Juriſprudence actuelle ; l'Auteur a été à portée
d'en connoître les abus & les inconvéniens
, dans le Barreau , les Hôpitaux , la
Municipalité , & dans la place importante
de Lieutenant de Police d'une grande Ville
qu'il a remplie avec diſtinction pendant plufieurs
années.
SPECTACLE S. *
RÊVE DE L'OBSERVATEUR.
Un rêve ! eh ! pourquoi pas ? Quel eſt
celui de mes Lecteurs qui ofera croire qu'il
ne rêve point les trois quarts de la journée ?
Ce feroit encore un rêve qu'une pareille
idée. Enfin , je rêvois il y a deux heures ,
& je rêvois que j'étois mort. Chacun rêve
comme il peur. En un clin-d'oeil , mon om-
* No. 51 , 22 Décembre 1781 , page 243 ,
on a oublié d'annoncer que l'article de Jeanne de
Naples n'a pas été rédigé par M. de Charnois.
DE FRANCE. 37
bre parut devant les juges des Enfers. Minos
me regarda , & me dit : N'étois tu point Critique
là-haut ? Oui , lui répondis-je. Eh
bien , reprit - il, les fureurs de l'amourpropre
, la haine , la vengeance , les intrigues
, la calomnie , les perfecutions , tout
s'eſt réuni pour te faire expier tes fautes par
des tourmens anticipés. Vole à l'élifee ,
pars. Aufli prompt que la penſée , je m'élance
&j'arrive à l'entrée d'un boſquer qu'alloient
quitter Boileau & Molière. Avec quel plaifir
je leur offris l'hommage que leur doit tout
homme qui connoît les ſervices qu'ils ont
rendus aux Moeurs & aux Lettres ! L'Auteur
des Satyres m'ecouta d'un air férieux , mais
celuidu Tartufe me fourir.Tuferas des nôtres
aujourd'hui, me dit-il'avecbonté. Nous avons
beaucoup entendu parler de la décadence
de l'Art Dramatique en France , & nous profitons,
pour nous en inſtruite par nous mêmes,
d'un des privileges accordés aux ombres heureuſes.
Elles peuvent aller de temps en temps
dans l'autre monde obſerver la ſituation des
Arts dans lesquels elles ont acquis quelque
renom. Suis-nous, tu peux nous être utile ,
&c'eſt un titre pour te faire partager la faveur
dont nous jouiffons. Auflitor
fûmes tranfportés à l'Opéra. On y donnoit
Iphigénie en Aulide du Chevalier Gluck.
Boileau écoutoit avec l'attention d'un fatyris
que les effets que le Muſicien vouloit produire
& qu'il produiſoit ſur toutes les âmes ſenſibles.
Molière prêtoit l'oreille avec complai
nous
MERCURE
fance il témoignoir ſa ſenſibilité par le jeu
de ſa phyſionomie ſpirituelle & animée. Er
j'admirois Lulli ! s'écria Deſpréaux. Er tu
avois raiſon, lui dit Molière ; mais ce que
j'entends eft plus admirable encore. Il faut
pourtant convenir que les progrès que l'Art
Muſical a faits pendant cent ans ontdoublé
les reſſources d'un Compoſiteur ; & que fi
Gluck mérite ſa réputation pour avoir , en
homme de génie , tiré parti de tous les
moyens que ſon Art lui donnoit dans la fin du
dix-huitième ſiècle, le Florentin n'a pas moins
mérité la fienne pour avoir beaucoup fair
avec peu de choſe, pour avoir créé la muſique
du Théâtre ſans avoir eu de modèle. Ala
bonne-heure , dit Boileau ; mais ceci eſt ſublime
, & me feroit aimer les vers de Quinault.
Alors parut une femme d'une grande
taille, d'une fort belle figure, & cette femme
venoit pour jouer le rôle de Clytemneſtre. *
Je dis à Molière que cette femme debutoit.
- Ah ! ah ! il faut l'obſerver avec ſoin.
Ala fin dela repréſentation, comme il vit que
j'aurois bien voulu lui demander ce qu'il en
penſoit, il meprévint. Ami, me dit- il, quand
j'étois Directeur de Troupe , je formois les
fujets que je voulois faire débuter ; je leur
* Mlle Lonjeau. Cette Actrice , après avoir débuté
à la Comédie Italienne en 1778 , a paru , avec
fuccès , fur le Théâtre de Bordeaux , d'où elle a été
appelée pour venir ici doubler Mile Duplant,dans
Remploi des Mères & des Reines..
DE FRANCE
39
-
fifflois quelques rôles, à l'aide deſquels ils
obtenoient des applaudiſſemens. Réduits enfuite
à ſe ſervirde leur propre intelligence
on ceſſoit de les goûter , & les hommages
fe tournoient en chagrins. A- t'on encore
cette habitude? Oui , lui dis-je. -Tant pis ,
je nejugerai pas ton Actrice. Il y a du déſordre
& de l'abandon dans ſon jeu ; mais j'y
vois quelquefois de la ſéchereffe & de
la prétention. Elle eſt , parbleu , belle
femme; les moyens ne répondent pourtant
pas à l'emploi qu'elle a pris. Sa voix eſt
trop foible pour la grande expreflion. Entends-
tu ce qu'elle chante ? Non , mais
on prétend que la timidité en eſt cauſe en
grande partie. Boileau me regarda d'un
air courroucé ; Molière fit un éclat de rire
&nous nous trouvames , ſans que j'aie pu
favoir comment, au parquet de la Comédie
Italienne. Ony remettoit l'Epouse Suivante,
Comédie en un acte & en profe. Boileau me
demanda le nom de fon Auteur, je lui nommai
Chévrier. Quoi ! s'écria-t- il , on parle
encore de ce frénétique qui abuſa fans ceffe
de l'eſprit qu'il avoit reçu du ciel , de ce
cauſtique impudent qui a deshonoré la
carrière des Arts , & qui feroit regretter
la découverte de l'impreſſion , fi elle n'avoit
pas ſervi à mettre au jour le contre-poifon
de ſes Ouvrages ſcandaleux....Paix , dit Mohère
, on commence. Nous vîmes la fille
d'un Artiſandevenue l'époufe d'un hommede
condition, abandonnée par lui ,& faiſant le
ود
40
MERCURE
rôle d'une Femme- de- chambre auprès de la
perſonne que ſon mari devoit épouſer par
ordre d'une mère impérieuſe. Nous vimes
les époux ſe reconnoître , s'aimer encore , &
nous vîmes, à la fin, la mère devenir flexible,
&, malgré le préjugé qui proſcrit les méſalliances
, approuver le mariage de ſon fils
avec une fille née dans la dernière claſſe des
Citoyens. Deſpréaux alloit parler quand
Molière l'en empêcha. Garde le filence , lui
dit il, tu as de l'humeur : plus tranquille que
toi , je ferai plus juſte. Ily a des chofes agreables
dans cette petite Comédie ; mais , & ce
n'eſt pas la ſeule qui mérite ce reproche , elle
offre un exemple dangereux. Tous les hommes
font nés égaux fans doute, mais dans
un pays policé les conditions doivent être
inégales. Le bien de l'Etat , le bonheur des
familles , l'équilibre de la politique , la faine
Philofophie, tout s'oppoſe ou doit s'oppoſer
aux méfalliances. Les mariages qui en refultent
ſont ſouvent funeſtes aux deux époux ,
&toujours à l'un d'eux. C'eſt dans l'intention
de prouver cette vérité que j'ai compoſé
George-Dandin , dont tout le monde n'a
pas fenti le but moral. Le Théâtre ne doit
jamais offrir de modèles qui puiffent nuire
aux préjugés néceffaires. Qu'un père pardoane
dans le filence à un fils qui a fait une
folie de cette nature , à la bonne heure. *
* On doit fentir que c'eſt à ce titre que le ſévère
Defpréaux revient ſur la terre pour y obſerver la
Stuation de l'Art Dramatique,
こ
DE FRANCE.
41
Non , non , reprit le fougueux Légiflateur
du Parnaffe ; Un père même , un père eſt un
imbécille quand il eſt aſſez foible pour pardonner
de telles extravagances. Eh! morbleu,
dit le bon Molière , tu parles toujours comme
ſi tu n'avois pas ceſſe d'être homme.
Quand cediſcours finit, nousnous trouvames
dans une des couliſſes du Théâtre François.
Aprèsque Boileau eut écouté quelquestirades
d'uneTragédie qu'ony jouoit, il me demanda
ſi l'Impromptu de Versailles ne ſe trouvoit
plus dans les OEuvres de Molière. Je l'aſſurai
du contraire. Je ne l'aurois jamais cru , me
dit- il , à la manière dont cette Tragédie eſt
jouée. Mon cher contemplateur , reprit il en
parlant à Molière , que dis tudu mépris que
l'on fait de tes leçons ? Que l'homme eſt le
même dans tous les fiècles , réperdit l'Auteur
de l'Avare. La petite Pièce commença.
Elle étoit folle, mais jolie. Molière pleura de
joie en la voyant repréſenter ; Boileau ſe
dérida. Veux-tu, lui dit Molière , venir embraffer
l'Acteur qui joue le rôle du Valet:
c'eſt la perfection de l'Art fondue dans tout
ce que la Nature a de vérité. * Tu peux
l'embraffer pour toi & pourmoi, j'y conſens;
Molière faifit l'inſtant où une jolie femme
s'approcha pour parler à l'oreille du Comédien
,& il l'embraſſa , ce qui fut regardé par
ce dernier comme une faveur de la jolie
-
* Il eſt inutile de nommer ce Comédien. Tout
lemonde le reconnoîtra. Rara avis in terris.
MERCURE
femme. Boileau parlade retourner aux enfers;
mais Molière voulut jeter un coup
d'oeil ſur les ſpectacles dont les prétendus gens
degoût ont chaſſe le peuple pour lequel ils
fontfaits. Nous volhames au fond d'un Fauxbourg
afin d'y juger celui de tous cesThéâtres
qui a le plus de vogue. J'obſervois les deux
ombres illuftres; leur étonnement ne ſe pouvoitpeindre;
enfin, après un quart d'heure de
patience , elles partirent, comme de concert ,
d'unéternuement ſi vigoureux, que les voûtesdela
ſalle ſe briſerent: Je m'éveillai à ce
bruit , & je me trouvai au coin de ma cheminée
, le conde appuyé fur une Tragédie
moderne. Puifque tout le monde écrit ſes
rêveries , me dis je , je puis bien rendre mon
fonge public , & je pris la plume & j'écrivis
, & vraiſemblablement beaucoup de perfonnes
qui me liront , ne me conſeilleront
pas de continuer mon rêve.
GRAVURES.
E
XPOSITION Anatomique des organes des sens
jointeà laNévrologie entière du corps humain, avec
des conjectures ſur l'électricité animale , accompagnée
de Planches coloriées , par M. d'Agoty père ,
in -folio , contenant quarante - fix feuilles de Dif
cours & huit Planches coloriées. A Paris , chez
Demonville, Imprimeur- Libraire , rue Chriſtine.
La première de ces Planches , compofée de neuf
figures , repréſente la coupe verticale de la tête , pour
Bien faifir la firmation des ventricules, la moëlle
allongée , la faux , & le cerveler , &c .; une coupe
DE FRANCE.
43
-
du crane & de l'orbite pour démontrer l'oeil en
ituation avec une grande multitude de nerfs &
d'artères; coupe de la face d'un ſquelette pour voir
Torbite de profil & lagouttière lacrymale ; la même
coupe vue en face ; la coupe du nerf optique & des
autres nerfs de l'oeil; coupe du globe de l'oeil &
nerf optique ; coupe du globe de l'oeil entr'ouvere
pour laiſſer voir le bouton médullaire , la partie perlée
qui reçoit les images , & que la rétinetapiſſe
& couvre; la partie antérieure de cette coupe : on
voit àtravers le cryſtallin la pupille. La deuxième
Planche , compoſée de deux figures , repréſente, la
baſe du cerveau & l'origine de tous les nerfs , de la
moëlle allongée & une coupe des ventricules ; la
coupedes ventricules latéraux & leur communication.
Latroiſième repréſente l'anatomie particulière
de l'oreille. La quatrième, compoſée de deux figures,
repréſente la baſe du crâne, la ſortie des nerfs , la
coupe pour voir l'oeil , & celle de l'os pierreux pour
f'oreille interne, en outre la ramification de la
fixième& cinquième paires. La cinquième Planche
contienttoutes les parties du nez , du palais & de la
langue. Les fixième, ſeptième & huitième Planches
compoſent laNévrologie entière du corps humain,
Les deſcriptions anatomiques qui accompagnent ces
Planches& les conjectures de l'Auteur ſur l'électricité
animale , ſont faites pour intéreffer également
lesChirurgiens, les Médecins & toutes les Perſonnes
qui étudient cette partie de la Phyfique.
Les Baigneuſes ſurpriſes , Eſtampe gravée
d'après le Tableau de l'Albane , par J. J. Avril ,
faiſant pendant à Diane qui change Acteon en
cerf, d'après le même Peintre. Prix, 6 livres chacune.
A l'aris, chez Avril , rue de la Huchette ,
porte-cochère en face de la rue Zacharie. On trouve
àla même adreſſe le Croc- en-Jambe , d'après Rubens,
gravé par J. J. Avril . Prix , liv.
44
MERCURE
Portrait de Hyder-Aly. A Paris , au nouveau
Magafin d'Estampes Angloiſes , Place du Palais
Royal , où l'on trouve une Collection très-nombreuſe
d'Estampes Angloiſes au même prix qu'elles
ſevendent à Londres. Il faut s'adreſſer pour la correſpondance
à M. Sellier , & affranchir les lettres.
Plan d'élévation & Coupe du grand escalier de
IArchevêché de Paris , exécuté en quatre Planches
fur les Deffins de M. Deſmaiſons , Architecte du
Roi , avec une cinquième Planche intitulée : Rempliffage
d'entre-colonnes en ftyles. Prix, 2 livres. A
Paris, chez M. Panferon, rue des Maçons.
Plan colorié des positions del'Armée de Cornwallis,
&des attaques des forces combinées de France & des
Etats-Unis , levé ſur les lieux par les Ingénieurs de
P'Armée Françoiſe. Prix , 1 liv. 4ſols. AParis , chez
le Rouge , Ingénieur , rue des Grands Auguſtins.
-On trouve chez le même Ingénieur, le Neuvième
Cahierdes Jardins Anglo- Chinois , contenant Romainville
, Biſi , divers projets pour le Jardin du Préfident
Molé , Ablois, partie de S. Cloud , Caffines
près de Londres , Arc-de- triomphe , en 15 planches.
Prix , 6 liv. Les changemens faits au Clocher du
Portail de S. Sulpice , par M. Chalgrin , Architecte
du Roi. Prix , a liv.
-
Herbier coloriéde l'Europe, premier Cahier in-fol.
gr. pap. Prix , 15 1. A Paris, chez M. Buchoz , Médecin
Botanifte , rue de la Harpe , vis-à-vis la Place
Sorbonne. On fait qu'une partie des Plantes qui ſont
indigènes en France , le font également en Angleterre,
en Allemagne , en Danemarck , & c. L'Auteur
ſepropoſe de réunir toutes les Plantes de l'Europe
enun ſeul Ouvrage, afin d'éviter les répétitions des
mêmes objets qui ſe trouvent épars dans une multitudede
Livres particuliers de Botanique, dont l'acquifition
eſt aujourd'hui fort diſpendicuſe. Ce premier
cahier nous a paru fait avec beaucoup de ſoin ;
DE FRANCE
45
nous rendrons compte des ſuivans à mesure qu'ils
paroîtront.
CONCERTO
:
MUSIQUE.
ONCERTO pour le Clavecin ou Forte- piano ,
avec accompagnement de deux Violons , Alto &
Baffe, deuxHautbois, deux Cors, compolé & exécuté
au Concert de la Reine, par M. l'Abbé Vogler.
Prix,4 liv. 4 ſols. A Paris, chez Sieber , Muſicien ,
rue S. Honoré , vis-à-vis l'Hôtel d'Aligre , No. 92 ,
où l'on trouve plufieurs nouveautés.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ALMANACH
LMANACH des Rendez Vous , pour l'année
1782. Cet Almanach , néceſſaire à tous les Gens
d'Affaires, ſe diftribue chez Lambert & Baudoiüin ,
Imprimeurs- Libraires , rue de la Harpe , près Saint
Côme.- Les Hochets Moraux , ou Contes pour la
premiere enfance , dédiés à L. A. S. Mademoiselle
d'Orléans & Mademoiselle de Chartres , par M.
Monget , chez les mêmes Libraires.
Almanach Bienfaisant
-
,
ou Étrennes aux
Belles, format in- 18. Almanach plaisant, ou
Exrennes aux beaux Esprits , même format. - Almanach
penfant , ou Etrennes aux Philosophes ,
même format. -Almanach chantant , ou Etrennes
auxjolies Voix , même format. A Paris , chez Brunet,
Libraire, rue Mauconſeil , à côté de la Comédie
Italienne ; Deſenne , Libraire , au Palais Royal ;
&la Veuve Ducheſne , Libraire , rue S. Jacques.
Les Etrennes du Goût , ou l'Art d'embellir les
Dames , format in- 24 A Paris , chez Deſvente ,
Libraire , Hôtel de Danemarck , tue Jacob.
46
MERCURE
Almanachpour cette année 1782 , ſupputé par
Mathieu Laensbergh , à Liège ; & à Paris , chez
Lamy , Libraire , quai des Auguſtins.
Recueil de toutes les Prières de l'Écriture Sainte ,
rangées dans le même ordre qu'elles ſe trouvent
dans l'Ancien & le Nouveau Testament, avec des
Prières pour réciter dans les familles le matin & le
foir, aufli compoſées des propres paroles de l'Écriture
Sainte , des Pères & des Offices de l'Égliſe ,
Volume in- 12. Prix, 2 liv. relié, 2 liv. 10 ſols en
papier fin. A Paris , chez Simon , Imprimeur du
< Parlement, rue Mignon-Saint-André-des-Arcs.
La Morte d'Abelle, Poëma , tedeſco del Signor
Geſner, tradotto del Signor Abata Mugnozzi Romano,
Profeſſore di Lingua Italiana in Parigi ,
Volume in- 12 . A Paris , chez l'Auteur , rue Montorgueil
, vis-à-vis le Paſſage du Saumon ; Jombert,
Libraire , rue Dauphine. Le Traducteur de ce
Poëme a eu l'attention de marquer tous les accens
de la Langue Italienne , afin d'en faciliter la lecture
àceux qui l'apprennent.
Lettres fur l'Opéra , par M. C .... Vol. in-12.
A Paris , chez Cellot , Imprimeur - Libraire , rue
Dauphine.
État de la Nobleffe , année 1782 , pour ſervir de
fupplément à tous les Ouvrages hiftoriques , chronologiques
, généalogiques ,& de ſuite à la Collectiondes
Étrennes de la Nobleſſe , 2 Vol. in-12 .
Prix, 4 livres 10 fols brochés. A Paris , chez Lamy,
Libraire , quai des Auguſtins ; Onfroy & Boucher ,
Libraires , quai de Gévres .
On trouve les Livres ſuivans chez Lamy, Libraire,
quai des Auguftins : 1 ° . La Vérité fortant du puits
hermétique, ou la vraie quinteſſence Solaire &
DE FRANCE.
4
Lunaire, Beaume radical de tout être & origine de
zoutevie, Confection de la Médecine universelle ,
Volume in- 12 : 2°. Le grand éclairciſſement de la
Pierre Philofophalepour la transmutation de tous les
métaux, par Nicolas Flamel , Vol. in- 12 : 3º. Hiftoire
des Révolutions de Taïti , avec le Tableau du
Gouvernement , des Moeurs , des Arts & de la Religion
des Habitans de cette Ifle , par Meffire Poutavery,
grand Earée de Taïti , Ouvrage traduit du
Taïtien en François par Mlle B. D. B. D. B. in-12 ,
2Parties. Prix, 2 liv . 8 ſols.
Questions de Droit , de Jurisprudence&d'Usage
desProvinces de Droit Ecrit du reſſort du Parlement
de Paris , miſes en ordre alphabétique par M.
Mallebayde la Mothe , Conſeiller du Roi , quatrième
Édition , revue , corrigée & confidérablement augmentée,
Voluine in- 8 . Prix, s livres broché. A
Paris , chez Froullé, Libraire , Pont Notre-Dame.
Philofophie de l'Univers , ou Théorie Philofophique
de la Nature , par M. Viallon , in - 8 .
Tome premier. A Bruxelles , chez Flon ; & à Paris ,
chez Belin, Libraire , rue S. Jacques.
Avis aux bonnes Ménagères des Villes & des
CampagnesSur la meilleure manière de faire leur
pain,nouvelle Édition , revue & corrigée , par M.
Parmentier , Volume in- 12. A Paris , chez Barrois
l'aîné , Libraire , quai des Auguſtins.
Etrennes Lyriques , Anacreontiques , pour l'année
1782 , Volume in- 12. A Paris, chez l'Auteur ,
rue des Nonaindières, au coin de celle de la Mortellerie.
Manuel d'Épiclete, traduit par M. N. dédié au
Roi, petit format. AParis, chez Didot l'ainé , Im
48 MERCURE
primeur-Libraire , rue Pavée ; Debure l'ainé, Libraire
, quai des Auguſtins.
Géographie comparée , ou Analyse de la Géographie
ancienne & moderne , ſixième Livraiſon , renfermant
la Géographie phyſique & la Géographie
ancienne de l'Eſpagne , Volume in-8°. , par M.
Mentel . A Paris , chez l'Auteur , rue de Seine , à
l'Hôtel de Mayence, près du Notaire ;Nyon l'aîné ,
Libraire , rue du Jardinet ; Nyon le jeune, Libraire,
quai des quatre Nations.
Nota. Le ſecond Livre d'Ovide en vers François
annoncé dans le dernier Numéro , ſe trouve ,
ainſi que le premier , chez Monory , rue des Foffés
Saint-Germain-des- Prés ; la Veuve Ducheſne , rue
SaintJacques ; Eſprit , au Palais Royal ; Hardouin ,
Libraires , rue des Prêtres- Saint-Germain.
TABLE.
ES Amours en marche vers Bibliothèque LES Univerſelle des
le Berceau du Danphin , 3 Romans, 31
La Neige, Conte , 7 Dictionnaire de Jurisprudence
Enigme& Logogryphe , IS &desArrêts, 33
Elémens de la Langue Fran- Rêve de l'Obfervateur , 36
çoise, 16' Gravures , 42
à
AlmanachLittéraire,
unAnonyme, 22Musique, 45
251Annonces Littéraires , ibid.
APPROBATION.
J'AI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedes Janvier Je n'y ai
rien trouvé qui puifie en empêcher l'impreſſion. AParis ,
Je 4Janvier 1782. DE SANCY.
TABLEAU
ES
POLITIQUE
DE L'EUROPE , 1781 .
Les évènemens de l'année qui vient de s'écouler ,
ne ſe préſentent pas ſous un aſpect moins impofant
&moins var é que ceux des années précédenres. Les
combinaiſons politiques qui les ont préparés n'ont
point changé. Depuis le commencement de la guerre ,
elles ont tendu au même but. Le génie qui les a
conçues , a ſu les foutenir ; & fa conftance & fa
fermeté y ont ramené ſans ceſſe les Gabinets que
l'intrigue a quelquefois eſſayé d'en écarter. La liberté
générale des mers , celle de commercer fur toutes ,
&de tirer leplus grand parti de ſes productions , tel
eſt le grand intérêt de l'Europe , celui qu'elle eût
dù toujours avoir ſous les yeux , ſi l'ambition &
l'avidité d'une Puiſſance ne l'avoient repouflé pendant
long-tems , mais qui , réveillé de nos jours , eſt enfin
devenu le voeu univerſel , dont rien ne peut plus
l'empêcher de pourſuivre l'accompliſſement.
Ila fallu que la France ait levé l'étendard ; qu'elle
ait àla fois combattu & négocié ; qu'en attaquant la
Nation qui genoit toutes les autres , elle ait éclairé
celles-ci fur leurs droits . C'eſt au milieu d une guerre
qui exige tous ſes efforts , qu'elle doit pouffer également
en Europe &dans les deux Indes , ſur les pints
les plus éloignés du globe , que ſa politique active &
ferme a ouvert ces négociations qui ont ifoté l'Angleterre;
elle a démontré a monde entier que ſans
prendre part à la querelle , il en auroit sûrement aux
avantages qui doivent en réſulter; & qu'il les perdroit
infailliblement en écoutant la politique artificienfe
qui ne vouloit lui en faire partager la charge & les
s Janvier 1782, a
( 2 )
dangers , que pour en profiter ſeule , conſerver la
puiſlance dont elle abuſe,les richeſſes qui la ſoutiennent
, le commerce immenfe qui en eſt la fource &
qu'elle fait à ſes dépens.
Parmi ſes embarras perſonnels , elle a ſu s'occuper
de la tranquilli é de ceux qu'elle vouloit éclairer. Si
l'Orient & le Nord , agités ſucceſſivement , reſpirent ;
ſi l'embra ement qui s'y étoit allumé s'eſt éteint toutà-
coup au moment où l'inquiétude Britannique fongeoit
à l'entretenir , dans l'eſpérance de l'é endre ;
c'eſt un bienfait de la France . En s'aſſurant des droits
à leur reconnoiſſance , elle s'en préparoit à leur
confiance. L'expérience eſt venue appuyer ſes infinuations
; & le Nord , étonné des avantages que lui
offroit le nouveau marché ouvert à ſes productions ,
n'a plus fermé l'oreille à la voix déſintéreſſée qui lui
crioit depuis long-tems : >>>Ne vous joignez ni à
moi ni à mon ennemi ; mais profitez de vos avantages;
portez vos productions dans ſes ports & dans
les miens ; & faites reſpecter vos vaiſſeaux & vos
droits " . A ce cri , s'eſt formée & s'eſt armée la confédération
des Neutres.
Les ufurpateurs de l'empire des mers , accablés du
coup que leur conduite arbitraire & violente avoit
préparé , & que leur orgueil ne leur avoit pas laiſſe
prévoir , ſe ſont épuisés en vains efforts pour en
détourner les effets . Mais le tems de leur ancienne
influence eſt patte ; leurs moyens & leurs reſſources
ne ſont plus dans l'état brillant & paſſager cù on les
avus , lorſqu'on ne leur oppoſoit que des réclamations
impuiſſantes , lorſque leurs flottes , en impofant
à celles de leurs ennemis , ſe montroient fièrement
fur les mers , & n'étoient pas obligées , pour
rentrer , d'aller chercher la route difficile du Nord.
Alors , à la voix de leurs Négociateurs , preſque
peutes les Cours immoloient par habitade leurs
tropres droits à l'honeur de favoriſer leurs prétentions
, & quelques-unes à de petits intérêts ſubor(
3 )
donnés qui verſoient des ſommes dans le tréſor du
Souverain , & appauvriffoient les ſujets dont le
commerce dédommageoit l'Angleterre qui le faiſoit
tout entier. Toutes font inſtruites & convaincues
aujourd'hui qu'elles peuvent ſe paſſer d'elle ; & la
Grande-Bretagne , n'ayant pu empêcher leur confédération
qui , fermée pour abailler ſon orgueil &
réprimer ſes injustices , la prive de tout eſpoir
d'intéreſſer en ſa faveur & de trouver un allie , a
cherché à ladéconcerter , ou du moins à l'affoiblir ;
&elle a cru y réuffir en déclarant la guerre à la
Hollande.
Elle est en effet parvenue à tirer la République de
ſon état de paix , pour la mettre au nombre des
Puiſſances belligérantes. En déterminant par cet
évènement imprévu les Etats neutres à s'intéreſſer
pour leur lente alliée , elle a détourné leur attention
furdes négociations devenues néceſſaires , & a paru
lesdiſtraire des efforts qu'ils préparoient ; mais elle
ne les a que ſuſpendus. Le cri univerſel s'eſt élevé
contreelle; la défiance& les plaintes ſe ſont accrues ;
&le voeu général pour ſon abaiſſement s'eſt fortifié.
Cette confédération redourable eſt reſtée; elle a reçu
même une nouvelle & plus grande conſiſtance du
moyen pris pour l'affoiblir.
Deux des Puiſſances les plus reſpectables ſur
terre , que la poſition de leurs Etats n'a pas mis dans
le cas de le devenir ſur mer , l'Empereur & le Roi
de Pruſſe , ſe ſont empreſſés d'accéder à la neutralité
armée. L'un& l'autre n'ont pas le même intérêt à la
liberté,de la navigation ; mais tous deux ont des
vaiſſeaux & un commerce plus ou moins étendu
qu'ils peuvent accroître. Ottende, Trieste& Livourne
appellent l'Empereur à partager avec les Puiſſances
maritimes le libreuſage des mers . Le tems approcl e
où la confédération du Nord,fi puſſamment forti
, appuyera peut-être ſes réclamations d'une
action vigoureuſe & foutenue. Une combinaiſon
fiée
a 2
( 41
redontable , de grands intérêts divers & réunis ,
prépare à un ſyſteme de droit public - maritime
fondé fur la baſe de la raiſon & de l'équité. L'Angleterre
ne peut ſe diffimuler qu'il ſuffit que toutes
les parties intéreſſées à rendre aux mers la liberté
qu'elles tiennent de la nature , ayent une fois réfléchi
en commun fur ce grand objet , pour qu'elles s'attachent
à faire diſparoître tout deſpotifime & toute
tyrannie. Le moment attendu pour cet effet ne peut
plus être éloigné ; c'eſt celui de la paix ; les opérations
militaires , conçues avec le même génie qui
a donné leur première impulfion aux mouvemens
politiques , & exécutées avec fierté , ſemblent en
rapprocher le grand jour.
Les Anglois, preffés de tous côtés , ont vu l'activité
Françoiſe croiſer avec ſuccès & rendre nuls leurs
efforts dans toutes les parties du théâtre de la guerre.
Letrop célèbre Rodney , dont ils admirent les talens ,
tandis que le reſte de la terre n'en vante que le
bonheur , n'a montré juſqu'à-préſent de l'audace que
lorſqu'il n'a pas eu des ennemis en état de le combattre
, & n'a fait voir qu'une circonſpection timide ,
lorſque l'égalité des forces lui a fait juger le ſuccès
douteux. Envoyé aux Antilles pour reprendre les
conquêtes faites par la France , ou lui enlever quelques-
unes de ſes poffeffions , il avoit paſſé une première
campagne ſans ofer rien tenter en préſence du
Comte de Guichen. On l'avoit vu mettre autant de
foin à l'éviter , que celui-ci en mettoit à le chercher ;
&forcé trois fois au combat , trois fois l'interrompre,
& précipiter ſa retraite, de peur de le rendre déciſif
&d'expoſer ſa réputation. Refté ſeul , maître de ces
parages après ledépart du Commandant François , il
laiſſa écouler pluſieurs mois ſans rien entreprendre.
L'érat de défenſe dans lequel il ſavoit toutes les
poſſeſſions Françoiſes , le contraignoit ſans doute à
cette refpectueuſe inaction. Lorſqu'enfin un ouragan
affreux cut porté la dévaſtation dans toutes les Iles ,
(3)
&qu'il jugea que les ravages n'avoient pas plus
ménagé celies des ennemis que celles de ſa Nation ,
ilcrut l'inſtant favorable pour reprendre St -Vincent ;
& avec 10 vaiſſeaux de ligne & 4000 hommes de
troupes de débarquement , il échoua devant cette
Ifne dont la conquête n'avoit coûté au Comte
d'Estaing que l'envoi de trois frégatres.
Redevenu circonſpect après cette tentative humi
liante , il ne chercha des dédommagemens que dans
des triomphes faciles. La rupture de l'Angleterre
avec laHollande lui en offrit un. L'Ifle de St-Euftache
, ce dépôt des richeſſes des Antilles , ce magatia
élevé par l'active induſtrie , & toujours ouvert aux
beſoins des deux mondes , étoit faite pourtenter la
cupidité d'un Général plus avide d'or que de gloire .
Surpriſe , fans fortifications , fans garniſon , fans
défenſe , elle devoit ſe rendre à la première frégate
envoyée pour lui porter cette ſommation. Cene
conquête qui n'exigeoit preſque ni vailleaux , ni
troupes , ni canons parut mériter la préſence de
l'Amiral Rodney & du Général Vaughan. Tous deux
deſcendirent dans l'Ile qui , foumiſe ſans réiſtance ,
n'enfut pas moins miſe au pillage & traitée comme
une place priſe d'affaut , avec cette ſeule différence ,
que lepillage ſe fit avec ordre , au nom & au profit
desGénéraux qui ſe le réſervèrent.
,
Le ſoinde mettre en sûreté ces riches dépouilles ,
occupa enſuite entièrement l'Amiral. Il ne trouva
plus de tems pour d'autres entrepriſes ; il n'eut pas
même celui d'aller aux attérages de la Martinique ,
attendre le convoi qu'il ſavoit parti de France , &
qu'eſcortoit l'eſcadre du Comte de Graffe. Il ſe
contenta d'envoyer le Contre-Amiral Hood , pour
intercepter , diſoit-il , l'un & l'autre ; & pendant
qu'il préſidoit à la vente des effets pillés à St-Euftache,
les Fran François arrivèrent , battirent & mirent cu
fuite l'eſcadre envoyée contre eux , & maîtres de la
mer , enlevèrent encore l'ifle de Tabago , ſous les
23
( 6 )
yeux même de Rodoey , qui confirma l'opinion
qu'il avoit déja donnée de ſa prudence , lorſqu'il étoit
inférieur. Il ne parut devant l'Iſle que pour la voir
ſe rendie, fans tenter , avec 22 vaiſſeaux de ligne ,
de déranger les projets d'un ennemi qui n'en avoit que
deuxde plus.
La ſaiſon mit fin alors à la campagne des Antilles ;
& tandis que Rodney portoit lui-même en Europe
le fruit de les brigandages , les François , après avoir
aſſuré la tranquillité de leurs Iſles , & mis toutes
leurs poffeflions à l'abri d'une invasion , allèrent
chercher de nouvelles palmes fur le Continent.
Là , depuis un an, les armées réunies fur terre
du Comte de Rochambeau & du Général Washington,
ſecondées ſur mer par l'eſcadre du Comte de
Barras , tenoient le Général Clinton en échec. Renfermé
dans New-Yorck , il n'oſoit en fortir pour s'expoſer
à une action , dont les ſuites , fi elle étoit
déciſive , euffent entraîné la perte de cette place. Il
avoit été contraint de ſe borner à des intrigues
vaines pour diviſer les Américains , & qui n'eurent
d'autre effet quede livrer au ſupplice fon malheureux
Agent le Major de St-André,& de ſéduire le Brigadier-
Général Arnold , qui ne mérita ni les regrets
de l'Amérique en quittant les drapeaux , ni l'eſtime
de l'Angleterre en embraſlant fa caufe. Quelques
détachemens pour ravager & brûler des habitations ;
des excursions paſſagères , des exploits de brigands,
faits pour ajouter encore à l'horreur qu'inſpire dans
ocs contrées le nom Anglois , & pour confolider à
jamais la féparation ; voila à quoi ſe réduit toure ſa
campagne.
Pendant que le Général Washington forçoit
FarméeAngloiſe à l'inaction dans le nord;il portoit
ſes regards vers le ſud , & méditoit en filence le
coup terrible dont il alloit frapper l'Angleterre . Si
jamais un plan d'opérations militaires a été habilement
concerté , prudemment conduit , & heureuſement
exécuté , c'eſt celui d'envelopper & d'enlever
( 7 )
lecorps du Comte de Cornwallis en Virginie ; &
tandis que ce projet dépendoit d'une multitude de
combinaiſons , dont une ſeule manquée eût pu faire
échouer l'entrepriſe , elles ont toutes été remplies à
point nommé.
Le Lord Cornwallis , maître , depuis l'année
précédente , de Charles - Town , où une armée
Américaine avoit capitulé avec tous les honneurs
de la guerre , enté de ce ſuccès , & moins Général
que Soldat, s'étoit imprudemment engagé dans les
deux Carolines & la Virginie qu'il avoit parcourues
d'abord commeun torrent. Mais toujours obligé de
combattre , harcelé ſur ſes flancs , ſur ſes derrières ,
embarraflédans ſes ſubſiſtances , ne pouvant prendre
pofte nulle part, il avoit été acculé à l'extrémité
de la baie de Chéſapeak , où l'infatigable Marquis
de la Fayette le tenoit reſſerré , & d'où il ſollicitoit
des ſecours , que Clinton trompé , ſe croyant menacé
lui-même , n'oſoit lui envoyer , ou bien des vaifleaux
qui lai ouvriffent par mer une retraite devenue
impoſſible par terre.
en
Lemoment de délivrer cette province des armes
Angloiſes étoit arrivé. Le génie qui l'avoit amené
avoit tout préparé pour le rendre infaillible
s'affrant d'avance fur mer des forces ſupérieures ,
dontunepremière tentative inutile, malgré l'avantage
remporté dans ces parages par M. Deſtouches fur
l'Amiral Arbuthnot, avoit indiqué la néceffité. Ce
plan profondà lafois & fublime , concerté à Rhodes-
Ifland , aux environs de New-Yock , à St-Domingue
& en Virginie où il devoit s'exécuter , fut rempli
avce rant de préciſion , que la flotte partie des Ifles
fous-le-Vent , & les armées , du nord de l'Amérique,
ſe trouvèrent arrivées & réunies au ſud à une heure
de différence ; préciſion , dont la modeftie des Généraux
fait honneur au hafard , & qui ne ſe doit
pas moins à lajuſteſſe de leurs combinaiſons , à la
fagcíle& àla célérité de leurs mouvemens.
a 4
( 8 )
Ce ne fut qu'après le départ des armées qui avoient
quitté ſubitement les Plaines-Blanches , en apprenant
qu'elles avoient paſſe la Delaware , que le Comte
de Graffe étoit arrivé dans la Chéíapeak , où le
Comte de Barras ſe rendoit auſſi de Rliodes-Iſland ,
que Clinton , abuſé juſqu'alors , commença enfin à
entrevoir le projet de ſes ennemis. Il n'étoit plus
tems de s'y oppoſer. Une victoire navale , remportée
parM. de Graffe , renvoya l'eſcadre Angloiſe a New-
Yorck ; & pendant qu'elle s'y réparoit , les armées
combinées de France & d'Amérique , affiégeoient
Yorck & Gloceſter , où , le 19 Octobre , le Lord
Cornwallis , forcé de ſe rendre avec toute ſon armée ,
figna une capitulation ſemblable à celle que , quatre
ans auparavant , & à la même époque , le Général
Burgoyne avoit fignée à Saratoga ( 1 ) .
Cet évènement qui fortifie les eſpérances ſi bien
fondées des Américains , peut avoir des ſuites encore
plus funeſtes pour l'Angleterre . Le Comte de Gratle
eſt retourné aux Iſſes , avec des projets dont la ſupériorité
de ſes forces , l'infériorité de celles de Graves
qui a dû le ſuivre , l'incertitude de ſon arrivée , & la
ſituation des établiſſemens Anglois peuvent faciliter
l'exécution. Sur le Continent , la perte de ſon armée
en Virginie , expoſe celle qu'elle a dans la Caroline
où le Général Gréen l'a déja affoiblie par ſa victoire
du 8 Septembre , & qui est trop éloignée de New-
Yorck pour en recevoir facilement des ſecours.
Si la fin de toutes les campagnes a toujours été
preſqu'également déſaſtreuſe pour l'Angleterre , c'eſt
peut-être moins , comme nous l'avons obſervé pluſieurs
fois , la faute de ſes Généraux , que celle de
ſes Miniftres. Leur imprudence a allumé la guerre ,
leur opiniâtreté la continue , & la manière dont elle
ſe fait paroît leur ouvrage. S'il eſt démontré que
politiquement le Cabinet de St - James s'eſt mal
(1) La convention de Saratoga eft du 15 Octobre 1777
( 9 )
conduit vis - à-vis de ſes Colonies & de l'Europe
entière , il l'eſt auſſi que militairement il n'a pas agi
mieux. Les plans qu'il a tracés lui-même & preſcrits
àſes Généraux , ont toujours été vicieux dans tous
leurs points.
Lethéâtrede cetteguerre comprend depuis Québec
juſqu'àla FlorideOcci lentale , c'est-à-dire une étendue
deplusde 1200 lieues de côtes ( 1 ) . L'armée Angloiſe
occupe ſur cet eſpace immenfe , Hallifax , New-
Yorck & Charles-Town. De ces trois points qui ne
peuvent avoir de liaiſons entr'eux , il faut s'avancer
dans un pays couvert de bois & coupé de grandes
rivières , où il eſt ſi aifé d'établir la défenſive la plus
opiniâtre ; mais comment y prendre des poſtes ?
comment s'y réunir ? Le plus grand homme de guerre
de notre fiècle & peut-être de tous les ſiècles , le
Général Rei , qu'on peut appeller aufli le Roi des
Généraux , a appris qu'il falloit la faire en malle.
Toutes les fois qu'on s'est écarté de ce grand principe
on en a été puni. Les Anglois en ont fait l'expérience .
Depuis l'origine des troubles de leurs Colonies en
1774, & le premier coup de fufil qui fut tiré en
1775 , elle leur a prouvé le vice de leur plan fans
qu'ils en ayent changé , l'impoffibilité de conquérir
l'Amérique, fans qu'ils ayent renoncé à cet eſpoir.
Ils n'ont pas voulu voir qu'ils n'étoient réellement
maîtres que des poſtes qu'ils occupoient , & qui
redevenoient indépendans aufli-tôt qu'ils les abandonnoient.
Boſton évacué en 1776 , après avoir été
leur place d'armes pendant un an ; Philadelphie qu'ils
n'ont gardé que pendant quelques mois , leur apprennent
ce que feroient New-Yorck & Charles -Town ,
s'ils ſedécidoient à les quitter avant d'en être chaffés.
C'eſt en s'emparant de la réſidence du Congrès , cử
(1) Ceci n'est point une exagération ; l'eſpace renfermé
entre les deux points cités , eſt de plus de 20 degrés ; & fi
P'on confidère les avancemens , les enfoncemens , les finuo
Atés des côtes , on trouvera notre calcul bien modéré.
as
( 10 )
marchoit le Général Howe en 1777 , pendant que
Clinton remontoit l'Hudſon , & que Burgoyne
deſcendoitdes lacs & des forêts du Canada , qu'ils
reçurent une première & inutile leçon ſur le danger
de diviſer ainſi leurs forces , & qu'ils perdirent une
armée à Saratoga , comme ils viennent d'en perdre
une en Virginie. D'après l'immenſité d'artillerie &
de munitions de toute eſpèce priſes à Yorck & à
Gloceſter , il paroît que leur objet étoit de s'établir
en forces dans la Chesapeak ; & par là leur ſyſtême
de guerre étoit mieux lić ; le Général Washington
l'a jugé ; & fon plan d'attaque le met au rang des
plus grands Capitaines .
Des vues ,des opérations militaires ainſi combinées
& conduites , n'annoncent certainement pas des
hommes de guerre. On ne peut contefter que fur
l'élément où la Grande-Bretagne a voulu établir ſon
principal empire , elle n'ait eu en effet de très-grands
hommes ; mais cette ſupériorité des Anglois dans
Jes manoeuvres navales , annoncée par eux avec tant
de faſte , que l'Europe entière leur attribuoit , & que
la France avouoit elle-même , ne ſeroit-elle qu'un
préjugé ? Au commencement de cette guerre , perfonnenela
leur conteſtoit. Les François que l'étranger
ne croit pas moins vains que frivoles , paroiſſoicat
borner d'abord leurs voeux à ne point ſe laiſſer
entamer , & à voir leurs marins foutenir l'égalité.
L'Angleterre ſe perfuadoit & cherchoit à perfuader
aux autres , que les eſcadres de fes ennemis ne tiendroient
pas devant les ſiennes . L'expérience a prouvé
le contraire; les deux Nations ont ſemblé tout-àcoup
changer de rôle. Keppel , Hardy , Darby , en
Europe , Howe , Byron , & en dernier lieu , Rodney
&Graves ,en Amérique , ont montré plus de confidération
pour la marine Françoiſe dans leur conduite
que dans leurs relations. Jamais ils ne ſe ſont
engagés qu'avec l'avantage du nombre ; & lorſqu'ils
n'ont eu que l'égalité ,ils ont montré le plus profond
( 11 )
reſpect pour l'ennemi qu'ils affectoient de mépriſer.
Toutes les campagnes de cette guerre en fourniſſent
en mêm:-tems l'obſervation & la preuve .
Dans l'Inde , malgré les afferrions du dernier
diſcours du Roi d'Angleterre au Parlement, ſes armes
n'ont pas été plus heureuſes. Le redoutable Hyder-
Aly continue d'y inquiéter ſes établiſſemens ; tantôt
vainqueur , tantôt vaincu , jamais découragé ; on l'a
vu conſtamment reparoître avec de nouvelles armées,
tenter la fortune,occuper toute l'attention& toutes les
forces de laG. B. l'empêcher de les partager & de tien
entreprendre contre les poffeſſions de la France , de
l'Eſpagne &de la Hollande qu'elle dévoroit d'avance.
Le Commodore Johnstone , chargé de conduire un
convoi dans ces mers , &des troupes avec lesquelles
il devoir , chemin faiſant , s'emparer du Cap de
Bonne- Eſpérance , a manqué ce grand but dans
l'eſpoir de s'enrichir , & ne s'eſt point enrichi. Arrêté
dans la baie de Praya , Ile de St- Jago , l'une du Cap
Verd , pour attendre des vaiſſeaux Hollandois de la
Compagnie des Indes , il a donné au Commandeur de
Suffren le tems de le joindre ; il a eu limprudence
de l'attaquer dans un port neutre ; & il en a été puni
par la défaite qui l'a forcé de refter enſuite pendant
cing ſemaines dans cette baie pour s'y réparer.
Cet évènement , dont le Commodore Anglois
ne peut accufer que lui , & qui n'eût pas cu
lieu ſous un Général moins avide & plus actif , a
ſauvé le Cap de Bonne-Eſpérance , où des troupes
Françoiſes ont été débarquées & chargées de ſa
défenſe , tandis que l'eſcadre a continué la route pour
Pinde où elle et arrivée , où M. d'Orves a obtenu
une ſupériorité re'pectable , & où ſes opérations ,
pouffées avec vigueur , que rien ne peut croifer ,
au moins pendant pluſieurs mois , réduiront les
Anglois à la défenſive , lorſque les renforts qu'ils
arrendent& qui , dans ce moment ,ne font pas encore
partis d'Europe , feront arrivés enAfie.
a6
( 12 )
Par-tout cette campagne a été ,pour l'Angleterre ,
une fuite de déſavantages réels, fans aucunecompenſation.
La priſe de St-Eustache n'a procuré des richeſſes
qu'aux Généraux , à qui la juſtice du Ciel en a
enlevé une partie qu'elle a fait tomber entre les mains
deM. de la Mothe-Piquet ; elle n'a rien produit en
faveur de la Nation que cet évènement a rendue plus
odieuſe. Cet e Ifle , dont l'importance étoit attachée
à la veutralité , ne dédommage point les conquérans
de lavantage que leur offroit un marché toujours
ouvert , fermé depuis qu'il eſt entre leurs mains ,
qu'ils peuvent perdre comme ils l'ont acquis ,
qu'ils rendront à la paix. C'eft fur-tout pour la
Hollande , que la perte en eſt ſenſible ; mais elle ne
peut l'imputer qu'à la foibleſſe ,& à ſes diviſions que
l'Angleterre a fait naître ,& qu'elle fait entretenir.
&
Cette fuite de malheurs fondus ſur la République
dans le cours de cette année , eſt l'effet de ſon inaction
, entretenue par la longue habitude de la paix
dont elle a joui depuis 1748, & doit l'en faire fortir.
Sa lenteur a ſe déclarer pour la neutralité , l'a privée
des avantages qu'elle en attendoit. La confédération la
regarde maintenant ſous un autre point de vue que les
autres Nations en guerre ; elle eſt à ſes yeux a la fois
neutre & belligérante , en verte de ſon traité avec
elle , &de la déclaration de guerre de l'Angleterre .
Son intérêt politique & ſa gloire élèvent depuis
long - tems une voix qui doit enfin être entende
: >>> Holland is , déployez cette ancienne ,
cette active énergie qui vous a procuré la liberté ;
foutenez votre ſouveraineté , votre indépendance .
Zoutman a prouvé, ainſi que les braves guerriers
qui ont combattu ſous lui , que vous n'avez point
dégénéré , & que le courage de vos ancêtres revit
en vous. De quelque part que viennent les torts ,
rappellez-en les Auteurs à leurs devoirs , forcez-les à
l'union , empêchez -les de vous deshonorer & de
vous perdre . Voici le moment de rendre la paix
à votre patrie , & peut - être an monde entier.
( 13 )
Joignez-vous décidément à la maiſon de Bourbon ,
& Aleterre ſe prêtera fans doute à des condicions
raisonnables de pacification générale. Mais ſi par
aveuglement , par molleſſe, par eſprit de diſcorde
&de contrariéré , vous laiflez échapper ce moment
favorable , vous ſeuls finitez far être les victimes
de la continuation d'une guerre qu'il étoit peut-être
en vo re pouvoir de terminer « .
,
,
en
Nous touchons enfin au but pour lequel cette
guerre a été entrepriſe; il ſe rapproche depuis que
Cornwallis a fubi le fort de Burgoyre. Encore
quel que-tems d'union, de conſtance & d'activité. Déja
l'Angleterre n'eſt pas moins affoiblie qu'humiliée. Sa
dette énorine , élevée l'année dernière à 4 milliards ,
a été a igmentée pendant le cours de celle-ci de près
de soo millions. Les catastrophes de la dernière
campagne exigent les plus grands efforts ; & ils font
tels qu'elle ne fauroit les foutenir long-tems. Elle
peut offrir encore l'année prochaine cette eſpèce
d'énergie que donne quelquefois le déſeſpoir
aveng'ant ceux qu'il anime , mais dont il eſt difficile
de ſe promettre d'heureuſes ſuites. Qu'on confidère
un inſtant tous les points qui doivent réunir ton
attention , &quels ſont ſes moyens & ſes reilources .
Aux renforts ordinaires , néceſſaires en Amérique ,
elle a à joindre une armée entière qu'il faut remplacer.
Elle a beſoin d'une eſcadre dans ces parages ,
&d'une feconde deſtinée à défendre ſes poſleſſions
des Ifles . L'Inde en demande une dans ce moment ,
où les François y ſont ſupérieurs , & où les naturels ,
combattant fur leurs propres foyers , oppotant la
conſtance à des pertes qui ne ſont que paſſagères ,
& favoriſés par une population immenfe qui remplace
en un inſtant les armes les plus nombreuſes
travaillent à chaffer leurs tyrans de leurs côtes . Il
lai en faut enfin une quatrième en Europe , pour
protéger la rentrée de ſes flottes marchandes . Ses
forces partagées en tant d'cadroits ne peuvent qu'être
( 14 )
foibles par-tout. Dans cet inſtant , Gibraltar &
Minorque demandent les ſecours les plus preſſans , fi
elle veut conſerver ſon pavillon ſur la Méditerranée.
Rodney eſt parti , dit-on , pour entreprendre ces
deux opérations , aujourd'hui plus difficiles, que le
haſard peut cependant favorifer encore , fans garantir
ces poſſeſſions. Mais qu'il les exécute ou qu'il
ne les exécute pas , qu'il ſuſpende pour cet objet
ſondépart pour les Iſſes , ou qu'il l'abandonne pour
y voler , ſa Nation eſt menacée dans ces contrées
d'une perte plus ſenſible. Sept vaiſſeaux de ligne
partis de Breſt avec le Marquis de Vaudreuil , & 6
de Cadix , vont ſe réunir aux 36 qu'y a déja ramenés
le Comte de Graſſe, qui doit être joint encore
par 13 Eſpagnols venus de la Havane , ſous les
ordres de D. Solano.Quelle défenſe peuvent faire les
poſſeſſions Angloiſes , contre 62 vaiſſeaux de ligne ,
24,000 hommes de troupes , & 5 à 6000 volontaires
? La France & l'Eſpagne agiſſent & déploient
l'action la plus vigoureuſe. Que la Hollande ſe
joigne à elles contre l'ennemi commun ; c'eſt par-là
qu'elle acquerra sûrement & glorieuſement la paix
qu'elle n'obtiendroit maintenant que par des facrifices.
Chaque jour rapproche l'aurore de cette paix.
L'Angleterre doit être enfin revenue du fol eſpoir
de reconquérir l'Amérique ; l'orgueil ſeul l'a empêché
de renoncer àdes efforts dont tout lui prouvoit
l'impuiſſance , & qui ne ſeroient pas plus efficaces
quand elle changeroit ſes plans de guerre. Ce
n'est pas à 15oo lieues , comme nous l'avons déja
obſervé pluſieurs fois , qu'on peut entretenir longtems
des fortes , nourrir & recruter des armées , qui
perdent régulièrement dix hommes contre un ; & ce
n'eſt pas non plus à cette diſtance qu'une population
de 7 à 8 millions reut ſe flatter d'en ſubjoguer une
de 3 ou 4. Ces vérités qui lui avoient été annoncées
vainement au moment où elle commença la guerre
( 15 )
ont été démontrées dans tout fon cours. Elle ne
finira pas fans placer les Etats-Unis parmi les Puif
ſances indépendantes , fans rendre les mers libres ,
briſer le ſceptre qui les tyranniſoit , partager le commerce
dont laGrande-Bretagne ufurpoit le privilége
excl fif, & remettre cette derniere à ſa place.
,
ces
Ces avantages prefens & certains , enchaînés à l'indépendance
de l'Amérique , balancent ſans doute les
conféquences au moins éloignées qu'on a paru craindrede
cet évènement pour la population de l'Europe.
Pour raffurer d'avance ſur des terreurs peut- être incertaines
& sûrement encore bien loin de nous , nous
ne dirons pas avec des ſpéculatifs éloquens , que
le fol du Nouveau-Monde eſt mauvais , dans toute
cette prodigieuſe étendue qui en reſte à peupler. Ce
fol vierge , ne ſemble attendre que des bras
forêts immenfes , ne demander qu'à être abattues , &
ces marais , à être deſſéchés pour ſe couvrir de moiffons.
Avec le tems , la population doit lui procurer
tous ces avantages.Nous ne nous occuperons point
ici àfortifier ni à combattre des affertions mal fondées
, peut-être , & qui , quand elles le ſeroient ,
n'arrêtercient pas les hommes inquiets qui aiment à
changer de féjour , & les malheureux qui ſoupirent
après un aſyle où ils eſpèrent être mieux. Ni les uns
ni les autres ne lifent. Ce font les Gouvernemens
qui retiendront leurs ſujets , non par des loix qui ne
les enchaîneront jamais , mais par l'aiſance & le
bonheur qu'ils leur procureront. La Ruffie qui a tant
de déſerts à peupler avoit déja fixé l'attention du
Nord , en lui faiſant voir que ce ſecret infaillible
de prévenir les émigrations étoit en même-tems celui
d'en proficer. Témoin de l'accroiſſement qu'a reçue ,
depuis quelques années , la popularion de ce vaſte
Empire , aux dépens de celle de ſes voiſins , l'Empereurs'eſt
attaché à faire des règlemens qui fixent &
qui attirent les habitans . La poſition deles nombreuſes
poſſciſions dont pluſieurs font éloignées les unes
( 16 )
des autres , dans quelques-unes deſquelles s'eſt intro
duite depuis long-tems la diverſité des opinions
religieuſes , & qu'entourent des Etats où les cultes
fontdifférens , & où celui qui y domine pouvoit appeller
tôt ou tard des ſujets , impotoit la néceflité
de leur offrir, pour les retenir, les avantages & la li
berté de conscience qu ils auroient peut-être cherchés
ailleurs. Ce motif politique a dicté les loix qu'il
a publiées . La ſervitude a été abolie en Bohéme
comme dans tous les lieux de ſa domination. Par- out
il a réprimé l'oppreffion qu'exerçoient le grand & le
riche contre le petit & le pauvre ; il a protégé la foibleiſe
contre la puiſlance , à qui il a appris à reſpecter
ſes égaux devant la nature , & qui n'ont ceflé de
l'étre que par les conventions ſociales .
Pendant que l'ame ſenſible ſe repoſe avec délices
fur le tableau flatteur & touchant de cette bienfaifance
unive felle qui a prévalu par- tout , & qui du
Nord au Midi occupe tous les Souverains de la
félicité publique , les tranſports & l'ivreſſe d'un
peuple , joſtement idolâtre de ſes Rois , nous appellent
à partager ſes réjouiſſances & ſes fères. Elles
termirent heureuſement le précis des évènemens
d'une année qui a préſenté , dans tout fon cours , la
gloire de la politique & des armes Françoiſes . L'accompliſſement
des voeux des ſujets , dans la naiffar
ce d'un héritier du Trône , met le comble à la
proſpétité du dedaus & du dehors , à la fatisfaction
du Monarque & , par elle , au bonheur public. Les
palmes les plus brillantes , celles de la victoire , environ
ent le berceau du Dauphin ; elles font les avantcoureurs
&le gage de la paix . L'époque de ſa naiffance
eſt celle du rétabliſſement de l'ancienne ſplendeur
de la Nation ; elle deviendra pour lui l'engagement
de la perpétuer ; & les François heureux en
reçoivent l'augure avec confiance .
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES .
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 7 Novembre .
LES mouvemens de pluſieurs corps de
troupes qui quittent les Provinces d'Aſie
dans leſquelles ils étoient répartis , pour
ſe rendre dans celles d'Europe , deviennent
plus fréquens depuis quelque tems ; on remarque
aufli beaucoup d'activité dans les
ſoins qu'on ſe donne pour réparer les
fortifications de pluſieurs places élevées de
ces côtés.
On mande de la Boſnie que les Albanois
au nombre de 12,000 hommes , ont fait à
la fin du mois de Septembre dernier , une
defcente dans la Morée ; la plupart des habitans
ſe ſont retirés dans les montagnes ,
& leurs maiſons laiſſées ſans défenſes ont
été pillées par les envahiſſeurs. La Porte
inſtruite de cette entrepriſe , a envoyé une
Hotte au ſecours de la Morée ; mais il eſt
à craindre qu'elle ne trouve les Albanois
partis avant ſon arrivée.
( 18 )
DANEMARCK .
De COPENHAGUE , le 9 Décembre.
Le premier de ce mois le Prince Guillaume
de Wurtemberg eſt arrivé ici ; le lendemain
le Roi l'a nommé Colonel d'un
des régimens qui ſont en garniſon dans
cette Capitale.
Tous les navires marchands Anglois qui
ſe trouvoient à Elſeneur , en ont mis à la
voile hier ſous l'eſcorte de quelques navires
de guerre & de quelques frégates de
leur nation ; le vent étoit ſi favorable qu'ils
ont paffé le Kol le même jour .
Ce matin le feu a pris à la corderie ſituée
hors de la porte occidentale , avec
tant de violence , que deux magaſins ont
été réduits en cendres. Cette perte eſt d'autant
plus ſenſible que les cordages manquent
à préſent pour les bâtimens marchands.
ALLEMAGNE .
De VIENNE , le 12 Décembre.
Le Comte & la Comteſſe du Nord ont
honoré d'une viſire le Chevalier Gluck &
le célèbre Abbé Méraſtaſe. Ce dernier , la
veille , s'étoit préſenté chez ces illuftres
voyageurs au moment où ils fortoient ; ils
lui dirent avec bonté qu'ils l'iroient voir
le lendemain ; & je dois , ajouta la Com.
( 19 )
teſſe du Nord , tout honneur à un Poète
dont les ouvrages ontfiſouvent excité mon
admiration.
Le 2 de ce mois l'Empereur tint chapitre
de l'Ordre de la Toiſon d'or ; & après
avoir aſſiſté au Service divin , il dîna en
public avec les Chevaliers. Le lendemain
S. M. I. donna au Duc Hercule III , de
Modène , l'inveſtiture des Duchés , Principautés
& Comtés qui relèvent de l'Empereur
& de l'Empire. Ce Prince étoit repréſenté
par ſon Envoyé extraordinaire le
Marquis de Frofini , & par M. Mayer ,
Confeiller & Agent au Conſeil Aulique.
Le Comte & la Comteſſe du Nord , & la
Séréniffime Famille de Wurtemberg affif
tèrent à cette cérémonie.
L'Archiduc Maximilien , pendant le
voyage qu'il a fait dans les terres qui appartiennent
à l'Ordre Teutonique dont il
eſtGrand-Maître , a accordé à ſes vaſſaux
la remiſe de ce qu'ils devoient , tant en
argent qu'en bled des années 1756 , 1763 ,
1772 & 1778. Cette remiſe forme un objetde
90 à 100,000 florins.
De HAMBOURG , le 12 Décembre.
Le Conſul d'Eſpagne a fait notifier par
ordre de ſa Cour à tous les Négocians de
prendre de lui ou du Vice- Conful , des
certificats pour toutes les marchandises &
denrées qu'ils enverront dans les ports d'Efpagne
, & cela ſous peine de confiſcation
( 20 )
lorſque cette formalitén'aura pas été remplie
, il y fera fait mention de la qualité
& de la quantité des marchandiſes.
,
>>> Il vient de paroître ici , écrit-on de Berlin , une
brochure dans laquelle M. Frédéric Holſch , Confeiller
des mines & des bâtimens de S. M. , a renda
compte d'un four de fon invention , pour y cuire du
pain avec du charbon de terre. Le feu n'eſt point
allumé fur le foyer qui reçoit le pain mais audeſſous
du four qui par ce moyen n'a pas beſoin d'être
nétoyé , & d'où le pain fort ſans immondices. Le
Roi qui a reconnu l'utilité de cette invention, tant
pour l'économie du feu que pour la promptitude avec
laquelle le pain ſe cuit dans ce four , en a fait conftruire
dans pluſieurs fortereſſes & dans les boulangeries
de camp où l'on s'en fert avec tout le ſuccès
poſſible. Il y a quelque-tems qu'une femme a été
préſentée au Roi avec 9 garçons qu'elle a mis au
monde. S. M. l'a accueillie avec bonté , & lui a fait
remettre une médaille d'or de so ducats .
L'empereur a érigé la ville de Carlſtadt
en Croatie , en ville libre. Le diplôme qu'il
a fait expédier à ce ſujet eſt du 8 Octobre
dernier. Cette ville , au domaine de laquelle
on a ajouté le village de Gaza & la terre
de Dobowaz , jouira des mêmes prérogatives
que les villes libres du Royaume
de Hongrie ; elle aura un Magiftrat Municipal
, percevra les impofitions de la ville ,
nommera fon Curé, & exercera auffi la
Jurifdiction criminelle.
On mande de Leibiz en Hongrie , que
le Curé du lieu y a célébré dernièrement
un nouveau mariage de ſon père , âgé de
73 ans. Cet évènement n'eſt pas rare , mais
( 21 )
ce qui l'eſt , c'eſt que le biſayeul de cet
homme qui ſe remarie à 73 ans , eſt mort
à 114, fon ayeul à 106 , & fon père à 103 .
ITALI Ε.
De LIVOURNE , les Décembre.
On mande de Milan que l'Empereur a
confenti au projet d'admettre dans cette
ville les Juifs , en les obligeant d'habiter le
quartier ci - devant occupé par les fols.
Le Grand-Duc a permis aux habitans du
territoire de Cefa , d'y planter & d'y cultiver
le tabac , à condition que chaque Cultivateur
rapportera à l'Adminiſtration générale
toute la récolte auſſi mûre , aufli
bien deſſéchée & d'une auſſi bonne qualité
que celle de Chétignano,
Dans des excavations faites à Stabia , écrit-on de
Naples , on a trouvé un moulin à faire de l'huile
ſelon l'uſage des anciens Romains , dont on n'avoit
qu'une idée imparfaite. LeMarquis de la Sambucca ,
premier Miniftre , en a fait faire un ſemblable ; D.
François la Véga , Directeur actuel du Museum , a
veillé à l'exécution. Ce moulin opère mieux que les
nôtres ; & il en réſulte qu'Athènes&le Latium l'emportoient
de beaucoup fur l'Italie & les autres pays
de l'Europe où l'on fait de l'huile d'olive.
Selon des lettres de Mogador , l'Empereur
de Maroc a montré du mécontentement
contre M. Chenier , Conſul de France ,
dont il defire le rappel & à qui il a ordonné
de reſter à Tanger juſqu'à ce qu'il
s'embarque. Le 8 Octobre , ſon Miniſtre
( 22 )
Samuel Sumbel , aſſembla les Confuls &
les Négocians Chrétiens auxquels il lut le
manifeſte ſuivant :
Les motifs qui ont indiſpoſé S. M. contre M.
Chenier, Conſul de France , tont qu'elie s'eſt apperçue
que ce Conſul ne cherchoit pas les intérêts de
la Cour de France. S. M. ne lui a jamais fait demander
aucune choſe qui intéreſſe ſon Empire ,
depuis que la paix a été faite avec la France il y a près
de quinze ans. - - Quant au mécontentement que
la Cour de France a témoigué de ce que S. M. n'a
pas donné dans la dernière lettre le titre de Sultan
au Roi de France , c'eſt parce que ce mot Arabe
veut dire juſte & équitable , & qu'on ne peut reconnoître
celui qui a mérité ce titre , qu'au jour de
la Réſurrection , quand les actions de chacun ſeront
vérifiées & jugées . Alors celui qui aura accompli
tout ce que Dieu lui a ordonné , ſera ſeul
couronné de ce titre ; mais dans ce monde , il n'y
a aucune Puiſſance , ſoit Chrétienne , ſoit Mufulmanne
, qui puiſſe ſe croire digne de le prendre.
Et , lorſque les Empereurs de Perſe ou de Turquie
donnent au Roi de France le titre de Sultan dans
les lettres qu'ils lui écrivent , ils ne font que dicter
leſdites lettres , ſans qu'elles leur foient relues , pour
ſavoir ſi leurs Miniſtres ont écrit le titre de Sultan
ou non: & fi le Roi de France defire que S. M.
lui écrive auſſi des titres qui ne lui ſont pas relus
S. M. donnera ordre à ſon Secrétaire de lui donner
auſſi le titre de Sultan ; mais S. M. ne peut le faire
elle-même envers aucun Souverain du monde , parce
que ce ſeroit un menfonge , & que c'eſt un péché
de mentir. L'on peut voir dans toutes les lettres que
S. M. a écrites aux Cours Européennes , qu'Elle
n'a jamais pris le titre de Sultan , mais fimplement
celui d'Eſclave du Seigneur, Mohamed-Ben-Abdallah :
&S. M. defire , que dorénavant les Puiſſances Chré(
23 )
tiennesne lui en donnent pas d'autre : & fi le Roi
de France avoit eſſayé de ne le nommer que Mohamed-
Ben-Abdallah , S. M. n'en auroit témoigné aucun
mécontentement , & le titre de Puffant de
France , que S. M. a donné dans ſes dernières lettres
au Roi de France , eſt le titre le plus relevé.
-Un jour que S. M. regardoit un Religieux de
l'Ordre de Saint-François , vêtu d'une robe fort
groffière , en témoignage de ſon mépris pour les
biens de ce monde , un Maure Saint , qui étoit préſent
, lui dit à haute voix : Seigneur , que remarquez-
vous dans ce Religieux ? Le cilice dont il se
couvre , n'est qu'un vêtement extérieur & non intérieur
, comme devroient le porter les gens qui
font voeu de pauvreté : mais pour vous , Seigneur,
quoique vous portiez des habits propres , Dieu a
mis dans votre coeur un véritable mépris & déſintéreſſement
pour les biens périſſables de ce monde ,
& un defir d'acquérir la gloire céleste , & toutes
les richeſſes de Frante ne font rien aux yeux de
V. M. Le Conſul de France doit paffer par
Salé & aller faire ſa réſidence à Tanger ; mais pendaut
ſon ſéjour dans cet Empire les Négocians
François devront s'adreſſer directement à
S. M. , quand ils ſeront dans le cas de demander
quelque choſe.
-
,
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 25 Décembre.
La Gazette de la Cour du 8 de ce mois ,
contient une longue ſuite de dépêches de
l'Amérique ſeptentrionale , qui étoient déja
arrivées le 9 , mais que le Ministère n'a pas
jugé à propos de publier plutôt , parce qu'en
effetelles necontiennent rien de neuf; elles
( 24 )
roulent toutes fur la malheureuſe affaire
de Virginie. Ce que l'on a fu d'ailleurs des
fuites de la priſe du Lord Cornwallis & de
fon armée ne peut que nous alarmer.
>> Le Général Washingtona , dit-on , détaché de
ſa grande armée quelques milliers d'hommes qui ,
ſous les ordres du Marquis de la Fayette , ont pris
le chemin de la Caroline Méridionale , où ils vont
renforcer celle du Général Gréen. Le Comte de
Graffe a quitté la Chéſapéak le 6 Novembre. On
dit qu'il n'a emmené que 30 vaiffcaux de ligne ;
mais on a des raiſons de croire qu'il n'en a point
laiflé derrière lui ; on cit perfuadé ici que nous ne
diminuons de 6 vaiſſeaux l'eſcadre Françoiſe qui
eft retournée aux Ifles que pour cacher le véritable
motif qui a forcé l'Amiral Digby à en conferver
7 à New-Yorck ; & ce motif ne paroît être autre
que leur état de délabrement qui ne leur a pas permis
de fuivre les autres . Les vaiſſeaux reſtés à
Shandy-Hook font le London de 98 ; la Résolution ,
leMontague,le Bedford , l'Europe de 74 ; le Prince
William &le Lyon de 64. Les autres vaiſſeaux que
nous avions dans ces parages ſe ſont diviſés ainfi.
L'Amiral Graves a mis à la voile le 10 Novembre ſur
la frégate le Solebay pour ſe rendre à la Jamaïque
où il trouvera 2 valleaux , le Sandwich de 98 ,
&le Ramillies de 74, dont le premier a été dématé
en eſcortant la flotte de cette Ifle,&le ſecond eſt prefquehors
d'état de ſervir. L'Amiral Hood n'eſt parti
que le 12 , c'est-à- dire , 6 jours après le Comte de
Graffe , & a emmené les 16 vaiſſeaux ſuivans : le
Prince George de 98 ; le Barfleur de 90 , l'Alfred ,
Ajax , l'Alcide , le Canada , le Centaur , l'Invincible
, le Monarch ,le Royal- Oak ,le Shrewbury
de74; la Princeſſe de 70 ; l'América , le Belliqueux,
le Prudent , VIntrépide de 64 Nous n'avons donc
actuellement dans le nouveau monde que 25 vaiffeaux
( 25 )
ſeaux de ligne , dont 2 au moins peu capables de
rendre des tervices 7 à New -Yorck & 16 aux Ifles .
On peut juger de la ſupériorité actuelle
de nos ennemis ; nos Négocians intéreſſés
au commerce de ces contrées ſont dans les
plus vives alarmes ; ils craignent d'avoir
déja perdu la Barbade ; le bruit de la priſe
de cette ifle , répandu depuis quelques jours ,
ſe ſoutient , & quoiqu'il ne ſoit revêtu
d'aucune authenticité,& qu'il n'aitpeut-être
d'autre fondement que la probabilité & la
crainte, il juſtifie les alarmesde nos Négocians
qui ſe ſont adreſſées aux Miniſtres pour folliciter
les ſecours les plus prompts ; ils les ont
promis. C'eſt l'Amiral Rodney qui doit les
conduire; & il n'eſt pas encore parti , les
vents contraires l'ont retenu à Cauſand près
Plymouth . Pendant ce tems , l'eſcadre Françoiſe
pourſuit ſa route. La rencontre qu'en a
fait l'Amiral Kempenfeld n'a rien changé
aux projets de l'ennemi , & a expoſé 12 de
nos meilleurs vaiſſeaux , que le haſard ſeul a
ſauvés , & qui étoient perdus ſi au lieu de
tomber au milieu du convoi , ils s'étoient
trouvés au milieu de l'eſcadre. Les détails
de cette rencontre ont été donnés ainſi par
l'Amiral Kempenfeld , dans une lettre à
bord du Victory en mer le 14 de ce mois.
>>L>e 12 , au pointdujour,Oueſſant à 53 lieues au
Nord, la frégate qui étoit à la découverte du côté du
vent, ſignala une flotte dans lapartie du S. E le vent
foufflant alorsde ce côté. Je fi fignal aux vaiſſeaux à
2ponts & aux frégates de chaffer , & je chargeai
s Décembre 1782. b
( 26 )
,
le Viſtory , de voiles. A 10 heures & demie ,
nousbfervames pluſieurs vaiſſeaux de ligne , fort
en avant du reſte par notre travers , ſous le vent ,
fe formant en ordre de bataille ; je fis auffi-tôt
fſignal de former la ligne ; mais appercevant alors
la poſſibilité de paſſer entre les vailleaux de gueire
ennemis , & une grande partie de leur convoi , je
forçat de voiles dans la vue de les couper , & j'y
réullis en partie. Pluſieurs amenèrent pavillon ; je
ne puis en dire précisément le nombre ,& je crains
qu'on n'ait pas pris poſſeſſion de ceux qui avoient
amené , vu que le jour tomboit , qu'il ventoit frais
&que le tems étoit nébuleux ; en forçant de voiles
pour exécuter ce projet , pluſieurs de nos vaiſſeaux
étoient conſidérablement reſtés de l'arrière , de
forte qu'il étoit impoſſible , avant l'obscurité , de
former la ligne de bataille; je virai en conféquence
vent devant pour joindre les vaiſſeaux qui reſtoient
le plus de l'arrière , faiſant en même-tems ſignal
pour l'ordre de la marche , afin de raſſembler
l'eſcadre ; enfuite je courus du même bord
que l'ennemi. Le lendemain au point du jour .
nous l'apperçumes ſous le vent; je formai ma ligne
; mais remarquant que ſes forces étoient ſi
confidérablement ſupérieures à celles de mon ef.
cade , je ne crus pas convenable de hazarder
une action . Vous trouverez ci-inclus un état de
ſes forces , dont conviennent tous les Officiers prifonniers
auxquels j'ai parlé. Auſſi -tôt que j'aurai
raiſemblé les priſes , je les enverrai ſous la protection
de quelques vaiſſeaux de l'eſcadre. Lorſque nous
fumes arrivés au milieu des navires du convoi , le
Triomphant de 84 , qui ſe trouvoit avec eux , tandis
quils s'efforçoient de joindre leur efcadre
paſſa près de l'Edgar , vaiſſeau de tête de notre
ligne , & fit for lot un feu très- vif en enfilade , qui
heureusement produifit peu d'effet. La conduire de
l'Edgar en cette occafion fut ſavante ; il évita
l'enfilade directe , en arrivant judicieuſement vent
( 27 )
arrière , tandis que l'ennemi paſſoit devant lui ,
immédiatement après , il tint le vent , & portant
ſa bordée en angles droits ſur l'armée de ſon ennemi
, il fit un feu bien dirigé , dont nous pouvions
diftinguer l'effet. Le lendemain matin , nous
remarquâmes dans la ligne françoiſe , le Triomphant
, ayant fon grand mât de hune & ſa grande
vergue emportés (1) .
On croit ici que l'Edgar n'a pas moins
fouffert de ce combat ; car on apprend qu'il
revient eſcortant une partie des priſes faites
à cette occaſion. Nous ne ſavons point
encore en quoi conſiſtent ces priſes. La
liſte de Lloyds du 21 annonçoit l'arrivée à
Plymouth de la Sophie , du Mercure , de
l'Abondance, de la Victoire, de la Marguerite,
de l'Afrique & du Généreux , chargés de
munitions de guerre. Depuis ce tems on
n'annonce pas qu'il en ſoit arrivé d'autres ;
& on ne voit pas fur quoi eſt fondée l'afſertion
du Lord Sandwich à la Chambre
haute le19.
Je ne vois , dit-il ni disgrace , ni fuite dans
la croiſière de l'Amiral Kempenfeld. Je n'y vois
qu'un ſuccès important , entre 15 & 20 transports
pris , chargés d'artillerie & de munitions , & au
moins 1000 prisonniers acquis ſans eſſuyer la moindre
perte de notre part. Que trouve-t-on de fåcheux
dans cet évènement ? Perſonne n'a pu defirer
plus ardemment que moi que le ſuccès de
l'Amiral répondant à l'habile é dont il a fait preu
ve, cût été plus complet; & fi l'eſcadre Françoiſe
n'eût été ſupérieure à la fiente que d'un ou de
deux vaiſſeaux , je ne doute pas qu'il n'eût tenda
mage.
Il eſt conftant que ce vaiſſeau n'a pas le moindre domb2
( 28 )
bon compte & du convoi & de l'eſcorte. Mais ,
ajouta-t-il , de ce qu'elle s'eſt trouvée le 13 être
forte de 19 vaiſſeaux , il ne faut pas conclure que
Fon ait été mal informé. Jesuis perfuadé que lorfqu'elle
a mis à la voile , elle n'étoit que de 13
à 14 au plus , & que dans la nuit du 13 au 14 ,
elle a été renforcée deses cinq vaiſſeaux les plus
forts.
On ne croit pas , malgré cette déclaration
, que le Lord ait été mieux inſtruit ,
& toutes les letties particulières portent
que depuis le 3 de ce mois que l'eſcadre
de Breſt étoit prête à appareiller , elle étoit
réellement de 19 vaiſſeaux de ligne , qui
tous ſont ſortis en même-tems le 10 , lorfque
le vent le leur a permis.
Cet évènement , quelles qu'en aient été
les circonstances , ne change rien aux projets
des ennemis ; la diviſion deſtinée pour
l'Amérique a continué ſa route ; peut- être
même ſera-t-elle plus conſidérable que nous
ne l'imaginons ; on peut l'évaluer à 7 ou 8
vaiſſeaux au moins qui porteroient tout de
ſuite l'eſcadre de M. de Graſſe à 43 ou à 44.
Nous n'en avons que 16 , & quand Rodney
partiroit avec 18 , comme quelquesuns
de nos papiers le prétendent, nous n'en
aurions que 34 ; & nous ne voyons pas fur
quoi eſt fondée cette prétendue ſupériorité
qu'on prétend que nous aurons la campagne
prochaine , & qu'on défie l'ennemi de
nous ôter. Si nous envoyons en effet 18
vaiſſeaux , que nous reſtera-t- il en Europe ?
Quels font ceux que l'on fera paſſer dans
l'Inde ? L'eſcadre de Cadix ne ſera- elle pas
( 29 )
maitreffe de la mer en Europe , où nous
n'aurons rien à lui oppoſer ? Toutes ces circonſtances
ramènent les réflexions ſur la
guerre d'Amérique qui nous épuiſe , & qui
occupe, pour la ramener ſous un joug qu'elle
ne recevra jamais , des forces que nous
pourrions employer plus utilement contre
nos ennemis. La ſéance des Communes du
12 , a offert pluſieurs obſervations intéreſ--
fantes fur cette guerre Américaine ; à celles
que nous avons déja citées , nous joindrons
celles ci.
Le Lord North , après avoir obtenu la permiſſion
de parler une ſeconde fois , s'exprima ainſi : >> La
nature de notreGouvernement eſt telle , que l'ennemi
doit être mieux inſtruit de nos intentions que ſi ce
Gouvernement étoit plus arbitraire ; je ne puis pas
empêcher qu'il n'ait quelque connoiſſance de nos
ſecrets , mais ce ſeroit le comble de la folie de lui
en apprendre davantage. Devons-nous abandonner
tous nos poſtes en Amérique , & retirer entièrement
nos troupes; ou devons-nous garder ces poſtes ? les
avis ſontpartagés ſur cette queſtion , mais enfin il
faut s'expliquer clairement; veut-on que nous retirions
nos troupes & que nous abandonnions nos
poſtes ?Je ne crois pas que ce ſoit-là l'opinion de la
Chambre ; or , fi nous gardons nos poſtes , il faut
lesdéfendre ſi on les attaque , & certainement cela
doit s'appeller une guerre en Amérique. Eft-ce cette
guerre à laquelle nous devons renoncer ? non aſſurément.
Tantque nous conſerverons nos poſtes , nous
aurons dans notre armée des amis & des ſujets qui
contribueront à faire uſage de nos manufactures , au
lieu que la perte de ces poſtes feroit du tort à notre
commerce. Tant qu'il ſera néceſſaire de garder ces
poſtes , nous ne pourrons nous diſpenſer d'y avoir
b3
( 30 )
des garnisons , &tant que nous y entretiendrons des
garnisons , nous ferons expoſés à être attaqués , &
par conséquent obligés de faire une guerre défenſive
toutes les fois que nous ferous attaqués , car il y
auroit autant de folie que d'abſurdité à empêcher
nos troupes de ſe défendre lorſqu'on les attaquera. Et
que produiroit une telle réſolution par rapport à la
paix & à nos futures opérations ? Qui oſeroit avancer
que le moyen le plus sûr de rendre traitable un
ennemi &de l'amener à des conditions de paix raifonnables
, eſt de déclarer qu'on ne veut plus ſe
battre avec lui . L'arrogance & la préſomption des
Américains augmenteroient en proportion de notre
déſeſpoir. Ainfi , rien au monde ne peut nous éloigner
davantage d'une paix honorable , que d'annoncer que
nous voulons abſolument renoncer à la guerre.-Le
Chevalier Edwards Deering dit que les eſtimations
pour l'année prochaine étoient à-peu-près les mêmes
que celles de l'année dernière , à l'exception d'une
petite augmentation pour l'Inde . Le Général
Burgoyne parla ainſi . La Chambre me permettra-telle
de confidérer la queſtion dont il s'agit ſous un
point de vue militaire. L'objet d'une place d'armes
eſt d'avoir une entrée ou un paffage dans un pays.
On peut auſſi en établir pour aſſurer la navigation
de quelque détroit , comme Calais peut l'avoir été
chez les Anciens , lorſqu'ils le poſſédoient ainſi que
Douvres pour empêcher la communication des autres
Nations entre la Manche & l'Océan Germanique ;
mais à quoi ſert une pareille eſpèce de place d'armes
àdeux mille lieues de l'Angleterre , tandis que nous
femmes ſur le point de perdre Gibraltar , la plus
forte place d'armes du monde. Nous voulons établir
une place d'armes à New-Yorck , & peut-être pouvons-
nous dire avec raiſon , fuit Ilium , Gibraltar
n'eſt plus . Nous laiſſons à la merci de l'ennemi cette
importante fortereiſe pour nous occuper de vains
projets en Amérique. Certes , il fut un tems où les
-
( 31 )
Miniſtres auroient payé de leurs têtes la perte d'une
place aufli intéreſfante pour nous. Mon opinion eft
qu'il nous est impoffible de faire la guerre en Amérique.
Le Colonel Barré fit enſuite un longdifcours
où il embraſſa beaucoup d'objets . Les raifonnemens
des partiſans du Ministère & les eſtima
tions miſes ſur le bureau font , dit-il , également
faux & illuſoires. Les eſtimations pour les Colonies
font pour environ 6000 ſoldats de moins que pour
les quatre années dernières , mais les eſtimations
pour les garaiſons ſont de 10,000 de plus , & de
9000 à-peu-près pour l'Inde. On fait très-bien aujourd'hui
que , quoique ces derniers ayent été votés pour
l'Inde, la Couronne a le droit incontestable de changer
leur deſtination & d'envoyer , ſi elle le juge à
propos , ces 9000 hommes en Amérique. Ainsi ,
d'après cela , il eſt poſſible que la guerre ſe continue
en Amérique avec plus de chaleur que jamais. Pour
moi ,je ne préſume pas qu'il ſoit en notre pouvoir
deconfervernos poſtes en Amérique ſur une échelle
aufli étendue. Charles-Town eſt à 7 ou 800 milles
de New-Yorck. New-Yorck eſt à la même diſtance
à-peu-près d'Hallifax , & Hallifax eſt environ à
onze cents milles de Québec. Ces trois poſtes , ſi
l'on peut donner ce nom aux deux derniers qui font
effectivement des Colonies , font trop éloignés les
uns des autres pour réſiſter aux efforts de toute
l'Amérique. Je ne dis pas pour cela qu'on doive
abandonner New-Yorck dans ce moment-ci , quoique
je ne croie pas que Rhodes-Iſland ſoit plus propre
pour un poſte ,& je ne ſuis pas aſſez dépourvu de
bboonnſens pour avancer que ſi les Miniſtres dirigeoient
Jeurs eſcadres & leurs armées contre cette dernière
Ile , on regarderoit cette opération comme une
tentative pour réduire l'Amérique par la force. -
Le Lord Germaine dit qu'à l'égard de Charles-Town
&des autres poſtes poſſédés actuellement par les
Anglois ſur le Continent Américain , ce n'étoit pas
là le moment de traiter cette affaire.
( 32 )
Les ſéances du 17 & du 20 ne furent
pas moins intéreſſantes.
Le 17 , M. Burke prévint la Chambre d'une
motion qu'il ſe propoſoit de faire après les Fêtes ,
relativement à l'échange des priſonniers entre la
G. B. & l'Amérique. Elle eſt , dit-il , très-importante
pour la Nation , parce qu'elle tend à corriger
un defaut effentiel dans nos loix. Quant à la
manière indigne & cruelle dont M. Laurens a été
traité dans ſa priton , je n'ai différé d'en parler que
parce que j'ai voulu m'aſſurer de la vérité du fait ,
&d'après les informations que j'ai priſes , je
Yuis convaincu que tout ce qui a été avancé à fon
ſujet dans les papiers n'étoit malheureuſement que
trop vrai. M. Laurens a été pris par le Capitaine
Keppel , qui cut pour lui tous les égards poſſibles.
Mais à ſon arrivée ici , au lieu d'être traité comme
prifonnier de guerre , il fut renfermé dans la tour
comme traître , fans avoir , pendant quatre mois ni
plume , ni encre , ni papier. Ni ſes amis , ni ſes
parens ne purent le voir. Son fils même eſſuya
des refus réitérés lorſqu'il demanda à le voir
& lorſqu'enfin il obtint cette permiffion , elle ne lui
fut accordée qu'à condition que l'entrevue ſe feroit
en préſence d'un Garde. Une pareille conduite
bleſſe tous les principes de la justice , de l'humanité
&de la politique. M. Laurens par les places qu'il
a occupées , & par ſes qualités perſonnelles eſt
bien loin de mériter des indignités auſſi atroces .
Je le regarde comme le premier homme de fon
fiècle. Je n'ai vu perſonne qui connut mieux que
lui les facultés , les reſſources & les diſpoſitions
de toutes les Colonies. Il a montré la généroſité
de fon coeur par tout ce qu'il a fait pour empêcher
que l'Amérique ne ſe détachât de la Métropole ,
&depuis cet évènement , il a donné des preuves
de ſon humanité à tous ceux de nos prifonniers
qui ont eu recours à lui. A-t-on oublié qu'il
étoit , il n'y a pas encore long-tems , à la tête des
( 33 )
Etats- Unis d'Amérique ; que c'eſt l'homme devant
qui le Ministère s'eſt humilié pour obtenir une
réconciliation ; que ce même homme a rejetté les
propoſitions du Gouvernement : C'eſt donc à juſte
titre que je le regarde comme le premier homme
du ſiècle , puiſqu'il a été préſident d'un peuple
qui a battu la première Nation du monde.
Depuis que le Lord Cornwallis & ſon armée
fonttombés entre les mains du fils de M. Laurens ,
le Ministère a changé de ſyſtème par rapport au
traitement du père. On a craint les repréſailles ,
mais M. Laurens a dédaigné les faveurs du Gouvernement.
11 les a regardées comme une nouvelle
inſulte à ſa perſonne. Il avoit rejetté les propofitions
des Miniſtres lorſqu'il ſe trouvoit à la tête
du Congrès ; aujourd'hui il dédaigne leurs bons
Offices , même lorſqu'il eſt entre leurs mains.
-
au
M. Burke parla enſuite du Général Burgoyne
, dont il fit l'éloge le plus pompeux. » Ayant
appris , pourſuivit-il , que ce Général étoit toujours
prifoncier des Américains , j'ai écrit
Docteur Francklin , pour ſavoir ſi l'on ne pourroit
pas trouver quelque moyen de l'échanger , M.
Francklin a joint à ſa réponſe la copie d'une réquifition
du Congrès en date du 14 Juin 1781 ,
pour l'échange de M. Laurens contre le Général
Burgoyne. On voit par cette lettre que toutes les
démarches faites auprès du Gouvernement pour
l'échange de M. Burgoyne ont été infructueuſes.
Les Miniſtres diſent pour leur excuſe qu'ils le
regardoient comme déjà échangé ; mais contre qui ?
contre les priſonniers faits aux Cèdres, prifonniers
que le Congrès ne veut pas reconnoître; de manière
que dans le fait, il eſt toujours priſonnier d'Amérique.
En ſuppoſant même que les Miniſtres accèdent
à la propoſition du Congrès , il ſe ſont mis
eux -mêmes dans l'impoſſibilité d'échanger M.
Laurens en le faiſant arrêter comme traître. II
bs
( 34 )
M.
ne peut donc , & il ne veut point étre échangé
comme prifonnier de guerre. Il demande qu'on
lui faſſe ſon procès en règle comme à un traître ,
ou qu'on lui rende ſa liberté ſans condition comme
Préſident des Etats Indépendans d'Amérique. En
conféquence , je me propoſe de faire au premier
jour une motion pour un Bill , au moyen duquel
il ſoit établi pour les échanges des règles qui préviennent
à l'avenir de tels abus d'autorité .
Burgoyne prit lui-même la parole. Il ſe plaignit amèrement
des Miniſtres qui l'avoient dévoué à une
captivité éternelle en ne voulant jamais l'échanger
quecontre des priſonniers que le Congrès nevouloit
point reconnoître ; ilajouta qu'il étoit le feul Officier
qu'on n'eût point échangé , mais qu'il aimeroit cent
fois mieux retourner en Amérique pour y pourrir
dans un donjon , que de demander la moindre grace à
des gens qui l'avoient traité avec une telle indignité.
Il demanda qu'il fût fait des recherches ſur toutes
les circonstances de cette conduite , & fit en conſéquence
la motion d'une adreſſe pour prier le Roi
de faire mettre ſous les yeux de la Chambre , par
le Secrétaire de la guerre , tous les papiers relatifs
à l'échange des prifonniers Américains , à compter
du premier Janvier 1778 . Le Lord George
Germaine relevant ce qui avoit été dit par M. Burke
relativement aux priſonniers des Cèdres dit que
c'étoit pour la première fois qu'il entendoit dire
qu'ils n'euffent point été reçus en échange pour le
Général Burgoyne. Quant à M. Laurens , ce Miniſtre
produifit une lettre , par laquelle celui-ci répondant
à la demande qu'il lui avoit faite s'il avoit quelque
ſujet de plainte de la manière dont il étoit traité
avoue qu'il n'en a aucun , étant traité avec tous les
égards , l'indulgence & l'humanité qu'il peut defirer.
Le parti de l'Oppofition ayant voulu ſavoir la date
de la lettre , le Lord Germaine répondit qu'elle étoit
du mois de Novembre 1780.- Le Lord North dit
-
( 35 )
que le Général Burgoyne étoit très- injuſte dans ſes
plaintes contre les prétendues perſécutions des Miniſtres
, relativement aux priſonniers des Cèdres.
Voici , dit-il , en quoi conſiſte cette affaire & le Général
lui-même peut atteſter la vérité de ce que
j'avance , puiſqu'il étoit en Canada.- Un certain
Capitaine Forſter avoit pris un détachement de
rebelles dans un poſte appellé les Cèdres. Quelques
ſauvages ayant depuis été tués dans une eſcarmouche
, ils demandèrent ces priſonniers pour ſe
venger ſur eux de la mort de leurs compatriotes.
Celui-ci qui n'ignoroit pas le traitement cruel qu'ils
leur préparoient , aima mieux les remettre ſur leur
parole au Général Arnold ; mais comme les ſauvages
en avoient déja maſſacré un , les Américains
ont toujours refuſé depuis de reconnoître comme
prifonniers de guerre ceux de leurs gens qui ont
été pris dans cette occafion . -- La Chambre ayant
agréé le projet d'adreſſe proposé par le Général
Burgoyne , s'ajourna au jeudi 20.
Ce jour , le Chevalier Grey Cooper ouvrit la
ſéance , en propoſant que la Chambre avant de ſe
ſéparer , s'ajournât au 22 Janvier prochain. - М.
Bing s'éleva avec la plus grande force contre un
ajournement ſi précipité & fi long , fur-tout dans
la poſition où ſe trouve la G. B. après le nouveau
déſaſtre qu'elle vient d'éprouver. C'eſt le nom
qu'il donna au malheureux ſuccès de l'expédition
dont l'Amiral Kempenfeld étoit charge. - Il fut
vivement ſoutenu par M. Fox , qui s'étendit beaucoup
fur ce malheureux évènement. » Il n'ya , ditil
, qu'une trahiſon infigne , ou du moins quelque
choſe de bien approchant , qui ait pu attirer ſur
nous une pareille humiliation ; ſi cependant ce n'eſt
que par ignorance ou par incapacité que le Lord
Sandwich a envoyé 12 vaiſſeaux pour en combattre
20 : c'eſt au moins une ignorance & une
incapacité portées àun point , dont l'hiſtoire n'offre
b6
( 36 )
point encore d'exemple. Y avoit-il en effet dans les
trois Royaumes un ſeul homme qui ne fût pas inftruit
de la force & du nombre de l'eſcadie Françoiſe?
Si le Lord Sa dwich lignoroit , à coup- für
il étoit le ſeul. Au ſurplus , je ſuis bien éloigré
d'inculper l'Amiral Kempenfeld ; fa conduite au
contraire me paroît digne des plus grands éloges .
Je dis ſeulement que la G. B. a reçu l'affront de
voir une de ſes eſcadres prendre la fuite devant
l'ennemi. Il est vrai que nous lui avons pris quelques
tranſports , dont quelques-uns font arrivés en
Angleterre. C'eſt un avantage , j'en conviens , mais
enfuite nous nous sommes retirés , nous y avons
été forcés , & voilà une humiliation infigne. A la
première nouvelle de cet évènement , on nous avoit
donné à entendre que les deux eſcadres étoient en
vue & ſur le point d'en venir aux mains avec des
forces à-peu-près égales , l'ennemi n'ayant que 1
ou 14 vaificaux. La fatisfaction de tous les bons
Citoyens étoit inexprimable dans l'attente de l'heureux
évènement qu'ils ſe promettoient : mais quelle
ſurpriſe lorſqu'on a vu ces 13 vaiſſeaux transformés
en une eſcadre de 20 bâtimens de la première
force , & cette prétendue victoire aboutir à une
fuite prudente.... Ainſi donc le Lord Sandwich
a envoyé 12 vaiſſeaux contre 20 , & c'eſt avec des
forces auſſi inférieures qu'il ſe propoſoit , non-fenlement
d'empêcher la réunion des eſcadres combinées
de la Maiſon de Bourbon , mais encore de
détruire celle des François. Et c'eſt l'inſtant même
d'une criſe auſſi affreuſe & qui réclame toute l'attention
de la Chambre , que l'on choiſit pour en ſuſpendre
les délibérations pendant un mois. Il faut en
vérité que la Chambre ait une grande paſſion pour
les ajournemens, lorſqu'on la voit s'y prêter de ſi
bonne grace , après tous les malheurs qui en ont
réſulté pour la Nation. En effet , c'eſt un ajournenient
qui nous a coûté 13 Provinces ; c'eſt ce
( 37 )
au commencement
funeſte ajournement de 6 ſemaines extorqué à la
Chambre par les Miniftres
de 1775 qui a ruiné la G. B , puiſque le Traité
entre l'Amérique & la France a été ſigné pendant
cet intervalle. La Chambre aura-t- elle encore la
même condeſcendance dans la conjoncture actuelle ?
Non , j'eſpère qu'elle connoîtra mieux ce qu'elle ſe
doità elle-même & à la Nation. La manière dont
s'eſt conduir le Lord Sandwich autoriſe la Chambre
à le décréter , ou du moins à faire une informa- .
tion contre lui . Les humiliations récidivées du pavillon
Britannique , les diviſions & les animofités
qui règnent parmi nos marins ; l'exclufion de nos
plus habiles Officiers , que l'on a forcé de quitter
le ſervice à force de mauvais traitemens ; l'infériorité
de nos eſcadres dans toutes les parties du
monde; la perte d'un grand nombre de nos Ifles
de l'Amérique , & le danger imminent où font les
autres ; la détreſſe de la Nation entière , & cette
dernière preuve d'ignorance , d'incapacité ou de
trahifon , toutes ces conſidérations , réclament
la vindicte publique contre le Moiſtse qui l'a fi
ouvertement provoquée. - Le Lord North répondit
que le Lord Sandwich , loin de vouloir ſe ſouftraire
à l'enquête propoſée , étoit l'homme da
Royaume qui la défiroit le plus ; qu'au furplus
M. Fox auroit dû attendre cet évènemmeenntt , avant
de ſe permettre contre le Miniſtre de la Marine
des accufations auſſi indécentes , auſſi injurieuſes ,
&dont il auroit fenti alors toute l'injustice.- Le
Lord Mulgrave prit vivement la défenſe du Lord
Sandwich. Les François , dit-il , ont commencé au
mois de Septembre les préparatifs de leur expédition.
Auffi-rôt que l'Amirauté en fut inſtruite , elle
envoya des ordres à l'Amiral Darby qui croifoit
pour la protection de notre commerce , de rentrer
le plutôt poffible. Il eſt rentré le 6 Novembre ,
après avoir tenu la mer 8 mois à différens inter(
38 )
valles , qui tous réunis ne faisoient pas plus de 60
jours d'interruption. En conféquence , ſes vaifleaux
avoient grand beſoin d'être réparés. On a fait des
efforts extraordinaires , & l'Amiral Kempenfeld a
appareillé avec ſon eſcadre le 2Décembre , 8 jours
avant les François. - M. Bamber Galcoyne , en fa
qualité de Commiſſaire de l'Amirauté , ainſi que le
Lord Mulgrave , ne manqua pas de venir à l'appui
de ce dernier. Il demanda ſi l'on pouvoit raifonnablement
ſe plaindre de l'inactivité de ce déparpartement
, qui depuis l'époque du 6 Novembre ,
a équipé trois grandes eſcadres ; ſavoir , celle de
l'Amiral Kempenfeld , celle du Chevalier Rodney &
celle du Chevalier Richard Bickerſton . >> L'effentiel
, ajouta-t-il , étoit de terminer ces opérations ,
mais il étoit impoſſible de faire partir un plus
grand nombre de vaiſſeaux avec l'Amital Kempenfeld
, car il falloit en réſerver pour protéger les
bâtimens de commerce attendus de Norwège , &
pour les eſcadres que l'on ſe propoſe d'envoyer
dans l'Inde & aux Iſles. Mais eſt.il vrai que l'expédition
de l'Amiral Kempenfeld n'ait produit aucun
avantage ? On apprend par les lettres d'aujourd'hui
( 20 ) , que l'eſcadre Angloiſe a pris &
amariné 18 tranſports , dont 10 font déjà arrivés
en Angleterre. Ces bâtimens avoient à bord des
munitions navales & des troupes . L'Amiral Kempenfeld
a laiſſe à la mer 2 vaiſſeaux pour épier les
mouvemens de l'ennemi , & recueillir de nouveaux
traîneurs . L'Amiral Rodney eſt actuellement dans
la baie de Cauſand avec 10 vaiſſeaux , tous doublés
en cuivre & prêts à mettre en mer. Il eſt probable
qu'il joindra les François , & comme ils doivent ſe
ſéparer , quelques-uns de leurs vaiſſeaux étant deftinés
pour Cadix & d'autres pour l'Inde , il en aura
d'autant plus de facilité pour les détruire.- L'Amiral
Keppel afſura que tous les raiſonnemens des
Commiffaires de l'Amirauté ne prouvoient rien ,
( 39 )
finon que l'on auroit du envoyer un plus grand
nombre de vaiſſeaux pour attaquer &détruire l'eſcadre
Françoiſe. Voilà , continua-t-il , ce qu'il falloit
faire en Europe ; l'Amiral Rodney auroit enſuite
pris ſon tems. D'ailleurs , que n'envoyoit-on , avec
l'eſcadre de l'Amiral Kempenfeld , celle qui reſte
aux Dunes dans l'inaction ? Lorſqu'on a pluſieurs
affaires , c'eſt toujours la plus importante qui doit
avoir la préférence. Paffant enſuite au projet de
l'enquête ſur la conduite du Lord Sandwich , il
dit que ſi l'on mettoit ſous les yeux de la Chambre
tous les papiers qui pourroient être demandés , les
amis de ce Miniſtre n'auroient pas tant ſujet de ſe
féliciter.-M. Burke & le Chevalier George Saville
demandèrent au Lord North fi cette information
feroit ſuivie régulièrement juſqu'à la fin. Celui-ci
répondit qu'il demandoit une enquête régulière ;
mais quant aux papiers , il ne pourroit dire ceux
que l'on mettroit ſous les yeux de la Chambre ,
avant de ſavoir ceux qui ſeroient demandés. –
Enfin , il fut arrêté que la Chambre s'ajourneroit
au 21 Janvier ; & il paroît que le premier objet
dont elle s'occupera à cette époque , ſera l'enquête
fur l'adminiſtration de la Marine.
FRANCE.
DeVERSAILLES , le 1er. Janvier.
LE 23 du mois dernier , le Marqui
de Saint- Aignan , Lieutenant-Général des
armées navales , préſenté au Roi par le
Miniftre de la Marine , a eu l'honneur de
faire ſes remerciemens à S. M. pour la place
de Vice- Amiral , vacante par la mort du
Comte d'Aubigny. Le même jour , la Prin(
40 )
ceffe de Broglie prit le Tabouret. La Comtefle
de Gand ent l'honneur d'être préſentée
à LL. MM. & la Famille Royale , par
la Princeſſe de Croy , & de prendre le
Tabouret. La Marquiſe de la Bourdonnaye
eut auſſi l'honneur de leur être préſentée
par la Marquise de Chauvelin.
De PARIS , le rer. Janvier.
Les premières nouvelles de la rencontre de
l'eſcadre de M. le Comte de Guichen avec
celle de l'Amiral Kempenfeld , nous ont été
apportées par deux bâtimens rentrés l'un à
POrient & l'autre à Breſt. Une lettre de ce
dernier port contient les détails ſuivans :
>> La frégate l'Emeraude , & le longre la Levrette
qu'on avoir envoyés au-devant du convoi de St-
Domingue , font rentrés ici le 19 , amenant avec
eux le navire la Royale-Amitié du convoi de M. de
Guichen , qui ayant perdu ſes mâts dans un abordage,
tâchoit de regagner nos ports. Nous apprenons
par eux que le 12 de ce mois , ce convoi fut
attaqué par une eſcadre Angloiſe qui fit amener pluficurs
tranſports qu'elle n'eut pas le tems d'amariner ,
M. de Guichen étant venu à leur ſecours ; il y a apparence
qu'ils auront été tous délivrés , & que la
Motte Angloiſe aura pris la fuite devant des forces
auſſi ſupérieures.
Cetre lettre a calmé les inquiétudes que
ne laiſſfoient pas de donner les premiers
avis reçus d'Angleterre; elles ont été toutà-
fait diffipées par le bulletin ſuivant :
( 41 )
>>La frégate le Crefcen:, commandée par M. le
Chevalier de Soligny , a apporté le 26 des dépéches
de M. le Comte de Guichen , adreſlées au Minitre
dela Marine , en date du 20. Ce Général mande que
le 12 au matin , une eſcadre Angloiſe de 13 vaiſſeaux
de ligne arriva par un tems brumeux ſur l'artière du
convoi , qui ſe trouvoit plus de 2 lieues au vert de
l'armée, & qu'il n'en eut connoiffance quetorique
l'Amiral Kempenfeld attaqua 1Actif qui en fafoit
l'arrière-garde. Il te porta alors for l'eſcadre Angloiſe
qui tenoit levent ,& ne put la join fre avant la nuit ;
le 13 il ne put la découvrir , il raſſembla fon co voi
&continua fa rome.- Sur 80 tranſports , il paroît
qu'il en manquoit 25 felon un état du 18 Décembre ;
inaisdes bâtimens qui ont rejoint la fl 'te depuis ,
ont rapporté qu'ils avoient vu 15 navites , & qu'ils
les avoient reconnus pour être de leur convoi , faifant
route de conſerve pour leur deftination M. de
Guichen annonce que le 20 au matin , 26 bât mens
du convoi de Bordeaux , eſcortes par la Néréide ,
ont été fignalés& ſe ſont joints a la flotte «.
D'après ce bulletin , il ne manqueir qu'un
très-petit nombre de navires le 20 Décembre.
Des 25 qui n'étoient pas à l'appel le
18 , il y en a quinze qui ont été rencontrés
hors de tout danger; les bâtimens qui
les ont vus & qui ont rejoint la flotte ,
peuvent être portés au moins à 3 ou à 4.
Ce qui reſte doit être peu de choſe , puifqu'il
faut encore défalquer de ceux qui
peuvent avoir été pris , le Comte de Graffe ,
rentré à l'Orient , & la Royale Amitié à
Breſt. La liſte de Lloyd peut en conféquence
n'être pas exacte ; & quand elle le ſeroit ,
Pévènement n'eſt pas bien malheureux ;
l'eſcadre Françoiſe a continué ſa route,& elle
( 42 )
ſerabien avancée & en pleine marche pour
ſa deſtination , avant que l'Amiral Rodney
foit tout à fait forti des ports d'Angleterre ;
il étoit parti le 13 du mois dernier , & le
25 il étoit encore avec 6 vaiſſeaux de ligne
& une frégate dans la baye de Cauland ,
près Plymouth , où il étoit retenu par les
vents contraires. Il auroit pu mettre à la
voile avant l'eſcadre Françoiſe , & précéder
ſon arrivée aux Ifles , qu'il n'y auroit
pas ôté à M. de Graſſe la ſupériorité qu'il
y a , & qui va être augmentée par M. de
Vaudreuil .
L'état de l'eſcadrede M. de Guichen eſt le
ſuivant. Nous marquons d'une aſtériſque *
les vaiſſeaux qui compoſent la diviſion du
Marquis de Vaudreuil qui paſſe aux ifles.
canons. Commandans. Vaisseaux.
La Bretagne 110 , le Comte de Guichen ,
Lieutenant-Général .
Le Majestueux , 110 , M. de Rochechouart ,
Chef-d'Eſcadre.
La Couronne 80 , M. delaMothe-Piquer ,
idem.
Le Royal-Louis , 110 , M. de Beauſſer , idem.
* Le Triomphant * , 80 , M. de Vaudreuil , id.
L'Invincible , 110 , M. de Chériſay , Capitaine
de Vaiſſeau.
:
Le Terrible , IHO , M. de Beaufier , idem.
* Le Brave *
* Le Robuste * ,
74 , M. d'Amblimont , id.
74 , M. de Retz idem .
,
* Le Magnifique * ,
Le Bien-Aimé ,
Le Fendant ,
74 , M. de Mithon , idem .
74 , M. de Cacqneray , id.
74 , M. de Peynier , idem .
( 43 )
* Le Pégase , 74 , M. de Soulange , idem.
Le Dauphin Royal , 70 , M. Montpéroux, idem.
L'Indien 64 , M. de l'Aubepin , idem.
L'Argonaute , 74 , M. de Clavière , idem.
» Le Zodiaque , 74 , M. de Sainneville , id.
* L'Atif , 74 , M. de Macarty Martei
gue, idem.
Le Lion ,
Le Cléopâtre ,
L'Amphitrite ,
64 , M. de Fournoue , id.
32 , M. de la Croix , idem.
32 , M. de Tarade , idem.
* La Friponne , 32 , M. de Blachon , Lieutenant.
Le Crefcent , 32 , M. de Soligny , idem .
La Nayade , 28 , M. Dloup idem.
,
La Cérès , corvette , 26 , M. de Parois , idem .
Le Clairvoyant , 18 , M. de Graffe , idem.
Le Pandoure
, 18 , M. de la Tullaye , id.
L'Eſpiegle ,
Le Hardy , armé en flûte ,
14 , M. de Gaston , Enteig.
M. Martinet , Lieuten .
L'Alexandre , idem , M. Dubucq de Saint-Prix .
Ces deux derniers vaiſſeaux ont leurs
canons dans les cales , afin de pouvoir s'armer
dès qu'i's autont débarqué les marchandiſes
dont ils font chargés.
Cette armée , écrit-on de Brest , commença à
appareiller le 10 , à la pointe du jour , par un
très-bon vent de S. E. S.; à 3 heures après- midi
elle étoit entièrement dehors , ainſi qu'une grande
partie du convoi , formant enſemble environ 150
voiles , fur lesquelles foot embarqués les deux bataillons
du Régiment de la Marck , les deux du
Régiment d'Aquitaine , le ſecond du Régiment
Royal - Rouffillon , deux Compagnies du Corps-
Roval d'Artillerie , & pluſieurs détachemens de
différens Régimens , formant en tout 7974 hommes
, fans compter 1000hommes des colonies , la
(44 )
garniſon ordinaire des vauſeaux, qui monteà 3000.
On a embarqué beaucoup de canons , des mortiers &
des munitions de g erre à proportion . Le même jour,
les frégares du Roi la Néréide & la Terpsicore , qui
attendeient depuis longtemps , au bas de la rivière
de Bordeaux , un vent favorable pour s'éloigner
, firent voile , conduiſant dix à douze bâti .
mens de tranſport deſtinés pour la Martinique.
MM. de Bellecombe , Gouverneur de Saint-Domige
, & de Bongars , Intendant de cette Co.
lonie , font à bord de la Néréide. Un convoi de
Bordeaux , ef orté par l'Hirondelle , fit route en
même tems pour Brest.
Des 19 vaiſſeaux de ligne qui compoſent
l'eſcadre de M. de Guichen , 7 ſe rendront ,
dit-on , aux Ifles avec M. de Vaudreuil , le
reſte ira à Cadix ſe joindre aux Eſpagnols ; on
croit que de là il s'en détachera encore deux
qui , joints à un pareil nombre qui ſe trouvent
déja dans ce port , prendront la route
de l'Inde.
Nos lettres de Cadix ne parlent que de
nouveaux ordres de preſſer l'équipement
des tranſports ; cependant malgré la bonne
volonté du Commandant du port , l'eſcadre&
le convoi n'auront pu mettre à la
voile qu'après les fêtes de Noël. A Mahon ,
on a commencé non à ouvrir , mais à éle
ver la tranchée , qui ne peut être qu'un mur
debrique ſur les rochers qui environnent la
place..!
1
Le grand Appartement qui devoit avoir
lieu le 27 du mois dernier chez le Roi , &
la fête que préparoient les Gardes du Corps
( 45 )
pour le 29 , ont été contremandés par l'évènement
le plus triſte & le plus malheureux.
Madame la Comteſſe d'Artois , frappée
comme d'un coup de foudre , a été
miſe en 24 heures , aux portes du tombeau,
par une fièvre maligne , précédée d'une
fièvre ſcarlatine du plus mauvais caractère.
Le 28 au matin elle fut adminiſtrée , &
quelques heures après on lui appliqua les
véſicatoires. Le ſoir elle étoit très-mal , &
les prières de 40 heures furent ordonnées
dans la capitale par le Doyen & le Chapitre
de Notre Dame. A cette circonſtance
alarmante s'en étoit jointe une autre auffi
beaucoup inquiètante. Madame avant de ſe
coucher ayant voulu ſavoir des nouvelles
de ſa ſoeur , ſe préſenta à la porte de fon
appartement ; on héſita de la laiſſer entrer
pour ne pas l'affecter ; elle s'imagina que
ſa ſoeur étoit morte & tomba évanouie.
Cette chûte , qui a d'abord alarmé pour
cette Princeſſe , paroît ne devoir point avoir
demauvaiſes ſuites. L'état actuel de Madame
la Comteſſe d'Artois fait eſpérer que la
maladie ſe terminera favorablement.
De BRUXELLES , le rer. Janvier.
L'Edit par lequel l'Empereur accorde aux
Proteftans le libre exercice de leur religion ,
& divers autres priviléges dans ſes Etats
héréditaires , a été envoyé dans ce pays pour
y être publié ; il ne l'a point encore éré ;
on dit que le Conſeil Souverain de Bra(
46 )
bant doit faire quelques repréſentations à ce
fujet.
>>>Les douze vaiſſeaux appartenant à la Compagnie
des vins de cette Ville , écrit-on de Lisbonne , &
qu'on attendoit de Pétersbourg , font heureuteſement
arrivés . Le vailleau Portugais la Sainte-
Anne , eſt auſſi entré dans le Port , le Capiame
rapporte qu'il a été vifité par un corfaire Arglois ,
qui ayant trouvé à ton bord des effets de propriété
ennemie , & quelques munitions navales
pour notre marine marchande , l'avoit déclaré de
bonne prife , mais ſur la repréſentation que le Capitaine
Portugais lui fit que tous les effets quoique
de propriété ennemie , méme les monitions de guerre
, étoient libres ſous le pavilion de la Nation ,
le corfaire lui laiſſa continuer ſa route ".
Si ce fait eft vrai , il prouve que les
Anglois commencent à avoir plus de ménagement
pour les neutres , que par le paflé ,
& que fur-tout ils montrent plus de conſidération
pour le pavillon Portugais , qu'ils
n'en ont montré pour celui des Hollandois
; & la République paroît enfin décidée
à venger ſes outrages .
>> Le Mémoire que le Vicomte de Stormont remit
au Miniſtre de l'Im ératrice en acceptant la médiation
de ſa Souveraine , écri -on de la Haye , à foulevé
les eſprits les plus prévenus & les plus attachés
au parti Anglois. Il paroît que les principaux appuis
de ce parti ſont décidés eux-mêmes à refufer tout
accommodement , & à travailler à rendre les forces
de la République aſſez respectables pour qu'elle ne
ſoit pas dans le cas de ſe voir dicter des loix par un
ennemi qu'elle peut écrafer en fai ant cauſe commune
avec la maiſon de Bourbon. On s'arte . d en conféquence
à voirbientôt un traité offenff entre la République
, la France & l'Eſpagne. Il n'est pas encore
( 47 )
,
affez avancé pour qu'on en ſache les conditions ;
mais il paroit sûr que la négociation eſt entamée , &
que les principales Provinces en preffent la conclufion.
Ceux qui traitoient , il y a un an & demi , de
brouillon le Dépuré de la Compagnie des Indes qui
a fait au nom de cette même Compagnie le traité
particulier qui a ſauvé le cap de Bonne-Efpérance ,
changent de langage ; ils ne voyent à préſent , ainſi
que les Colléges de la République , dans les propoſitions
de l'Angleterre , qu'une nouvelle infulte
faite à une Piſſance libre & indépendante , & une
ſemence de diviſion propre à empêcher les Hollandois
de prendre le parti que leur fituation & leur
intérêt doivent leur dicter ; & la réſolution paroît
être décidément priſe de commencer ou de conti
nuer la guerre. On étoit un peu embarraffé , dit on ,
par les égards qu'on doit à la Ruffie & par les
avances f ites à cette Souveraine ; la réponde à fon
Ambaſſadear , qui demandoit qu'on nommat un
Comité ſecret pour conférer avec lui ſur les conditions
de l'accommodement , n'a pas été difficile.
La Conſtitu ion de la République ſe refuſe à ce
qu'un pareil Comité traite en ſecret de ſi grands
objets ſans l'avis des Provinces. Il n'en étoit pas
de même de la propoſition qu'avoit faite la Ruffie
detenir les conférences à Pétersbourg , puiſque les
Anglois l'avoient acceptée. La réponſe qui y a été
faite a été puiſée dans le Mémoire même du Vicomte
de Stormont , & on a répliqué en le patodiant
, que les Anglois ne voulant pas ſe relâcher
des prétentions arbitraires qui ont été le prétexte
de la guerre la plus injuste , les Etats-Généraux
craindroient , en acceptant les conférences de Pétersbourg
, d'expofer la médiation de S. M. I. au
danger d'une négociation infructueuse. Anſi tout
porte à croire que les eſprits réunis dans un feal
objet , qui eſt la défenſe des droits & de la dignité
de la République , la guerre ſera pouffee avec vi.
gueur au printems prochain. Elle pourra mettre
( 48 )
P
en mer , dans ce tems-là 24 vaiſſeaux de ligne; cette
forte eſcadre peut étre augmentée encore au commencement
de l'été de 10 ou 12 autres vaiſſeaux
de guerre.
PRECIS DES GAZETTES ANG , du 26 Décembre.
-
Un bâtiment venant de la Jamaïque , a apporté
à l'Amirauté des dépêches du Général Dalling , en
date du 23 Octobre , par leſquelles on apprend que
les François avoient réuni 1200 hommes à la Martinique
, & qu'ils faifoient courir le bruit qu'avec
Aces forces ils alloient reprendie Demerari &
Effequibo. - La Jamaïque est regardée comme
priſe, ſi les François cherchent à s'en emparer , cette
Ifle n'étant défendue que par 1750 hommes effectifs.
Les Négocians intéreſlés dans le commerce
des Iſles , ont été en corps chez tous les
Miniftres leur demander de ſecourir promptement
les Iſles qu'ils ſavoient être très-mal défendues &
incapables de réſiſter aux forces avec lesquelles M. de
Graffe alloit les attaquer. Le Lord Sandwich leur a ré
pondu que 8 vaiſleaux de ligne devoient inceſſamment
ſe joindre à l'Amiral Rodney. Le Lord Germaine eſt
convenu avec eux que les Iſles n'étoient point affez
défendues, &qu'il approuvoit l'Amiral Digby d'avoir
donné au Chevalier Hood tous les vaiſſea 1x a 3 ponts .
Le Lord Amherft les a aſſurés qu'il mettroit ſous les
yeux du Roi le Mémoire par lequel ils demandoient
àS. M. des troupes de terre pour défendre les Iſles.
On
On dit que l'on approviſionne à lahate pl ſieurs
vaiſleaux de l'Amiral Kempenfeld , pour les envoyer
aux Iſles avec l'Amiral Rodney , qui eſt
toujours à Cauſand-Bay , près de Plymouth .
attend une flotte de Demerary & d'Eſſequibo , ſous
le convoi de la frégate la Hyena , qui a dû mettre
àla voile le 14 Octobre. Les troupes que l'on a
trouvées à bord des tranſports ſont en grande partie
des Suiffes & des Irlandois. Le total des hommes
ſe monte à 1000 , dont 290 matelots. Le brûlot
la Tyſiphone a été dépêché aux Ifles pour donner
avis au Chevalier Hood de l'approche de l'eícadre
Françoiſe.
te
1-
é
1
と
Livre de la Prière & de fon exhortation au Martyre ;
une Lettre de M. l'Abbé Fleury à Dom Calmet , & un
Supplément au Difcours Préliminaire placé a la tête
du Torse premier.
Le Tome IV, ſeconde Partic : la Juſtification des
Difcours de l'Histoire Ecclésiastique de M. l'Abbé
Bleury , par le R. P. Tranquille , de Bayeux ,
Capucin.
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par un Corfaire de Dunkerque , & envoyé à Texel.
-Le Newis-Ranter , de Bristol , pour les Iles ;
envoyé à la Martinique. - Le Two-Sifters , rançonné
pour soo guinées . - Le Willingmind , de
Londres, pour New- Caſtle ; rançonné pour soo gui-
La Charlotte , de Liverpool , pour Berbice;
envoyée à la Grenade,- Le Friendship , envoyé
en Amérique.
nees , -
(PAR LES HOLLANDOIS ). Le Travaller , de
Pétersbourg , pour Londres ; envoyé au Texel.
(PAR LES AMÉRICAINS . ) Un Bâtiment de la
Fløtte de la Jamaïque. - L'Elifabeth , de Tortola
pour Londres ;envoyée a Newbury. - L'Eersten
d'Oftende , pour la Dominique ; envoyé à Boſton
Quatre Bâtimens , envoyés a
merce , de Waterford , pour Halifax ; envoyé à
Bofton.
-Le Com
Vaiſſeaux pris par les Anglois.
Le
( SUR LES HOLLANDOIS ). L'Hercule , d'Amfterdam
; envové à White - Bocth-Road.
Mars , d'Amſterdam ; envoyé à White-Booth-Road.
(SUR LES AMÉRICAINS ). Le Little-Porgey,
de Newbury , pour la France ; envoyé à Guerneley.
-La PrinceffeRoyale , priſe par l'Amazon , Corfaire
de Londres , & envoyée à la Barbade.
Loyalty; envoyé à Weymouth.
- Le
MERCURE
DE FRANCE ,
( N°. 2. )
SAMEDI 12 JANVIER 1782 .
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ,
DIFFÉRENTES augmentations dont j'ai cru ſafceptible
le Catalogue hebdomadaire que je publie ,
m'obligeant à donner pluſieurs Supplémens dans le
cours de l'année , je me vois dans la néceflité d'en
augmenter aufli le prix , & de le porter à 7 livres
4 fols pour l'année , au lieu de 6 liv. 12 fols qu'on
payoit ci- devant. Ce perit Journal ſera déſormais
abfolument néceſſaire à la Librairie, tant regnicole
qu'étrangère , & à tous les Poſſeſſeurs des grandes
Bibliotheques ; c'eſt ce qui m'a déterminé à l'intituler
: Journal de la Librairie ., ou Catalogue Hebdomadaire.
Ce Recueil existe depuis 1763 , & a été
continué juſqu'à préſent ſans interruption.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur ,
Votre très-humble & trèsobéifiant
Serviteur ,
PIERRES , Imprimeur
ordinaire du Roi.
NOUVEAU Théâtre Allemand , ou Recueil des
Pièces qui ont paru avec ſuccès fur les Théâtres
des Capitales de l'Allemagne ; par M. FRIEDEL,
Profeffeur en furvivance des Pages de la grande
Ecurie du Roi , in-8 ° .
A compter du mois prochain , il paroîtra tous
les trois mois un Volume de cer Ouvrage. Le nombre
des Volumes ſera fixé à douze. Chaque Volume
contiendra 320 pages , & ſe vendra ſéparément
4 liv. 10 fols. Il ne reviendra qu'à 3 liv. aux Soufcripteurs
, en payant d'année en année la ſomme de
12 liv. pour quatre Volumes ; ſavoir , 6 liv. en recevant
le premier Volume de chaque année , &
6 liv. en recevant le ſecond. Le troiſième & le quatrième
feront délivrés aux époques fixées , & il
dépendra enſuite des Souſcripteurs de renouveller
aux mêmes conditions la Souſcription avec le cinquième
Volume , qui fera le premier de la ſeconde
année. On foufcrit , & on peut ſe procurer les Originaux
Allemands à Paris , chez l'Auteur , rue Saint-
Honoré , au coin de la rue de Richelieu , au Cabinet
de Littérature Allemande ; la Veuve Ducheſne , Libraire
, rue Saint Jacques , au Temple du Goût ;
Couturier fils , Libraire , quai des Auguſtins , au
Coq ; & à Versailles , chez Blaizot , Libraire , rue
Satory.
ERRATA. Sur la Couverture du No. 1 de ce
Journal , on lit : Collection des Opufcules de l'Hiftoire
Ecclésiastique ; il faut lire : Collection des
Opufcules de l'Abbé Fleury , Auteur de l'Histoire
Ecclésiastique.
٢.٤
:
MERCURE
DE FRANCE. 840,7
SAMEDI 12 JANVIER 1782.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à M. DES... Histor. de la
Maison de Bourbon.
INTERPRETE d'une Patric
Qui s'honore de tes talens ,
Etplus encore énorgueillie
Detes nobles vertus &de tes ſentimens,
Je viens t'offrir un pur encens ,
Ennemi de la flatteric.
Il eſt des Poëtes adroits
Dont fans cele la Muſe nomine
Les beaux Eſprits réguans,les Artiſtes, les Rois,
Pour partager la gloire d'un grand homme ;
Mais tu diftingueras l'air de la vérité
Et le ſtyle de la tendreſſe
De celui de la vanite ,
Bienperiniſe pourtant alors qu'on tintéreſffe.
No. 2 , 12 Janvier 1782 . C
17
50
MERCURE
Sij'obtins ce bonheur pour des vers qu'Érato
Me fit noter ſans art & ſans étude ,
Quand tu les applaudis je crois ouït Clio
Encourager ſa ſoeur & vanter ſon prélude,
On ne prélude pas toujours ;
Et cette lyre des Amours ,
Montée enfin par Polymnie ,
Enfantera dans ſes tranſports
De fiers accens , de doux accords ,
La plus raviſſante harmonie ,
Lorſqu'à de grands objets volera mon génic .
Alors , peut- être alors , ô Def...
Je chanterai la gloire des Héros ,
Des Condés les foudres de guerre,
Dont la valeur héréditaire
Fut toujours ſi chère au Dieu Mars ;
A Friedberg , comme à Lens , maîtriſant les haſards,
Et ne dépoſant leur tonnerre
Que pour cultiver les Beaux-Arts
Dans leſeindes vertus qui conſolent la terre.
Des Bourbons , dont ta plume a fini les portraits ,
Je dirai les exploits d'éternelle mémoire ;
Je pubîrai leurs auguſtes bienfaits ,
Source d'une plus pure gloire ;
Et Clio , Clio me promet
De n'arracher aucun feuillet
De mes vers ni de ton Hiſtoire.
(ParM. Bérenger , de l'Académie de Marseille,
& Honoraire de celle d'Arras . )
DE FRANCE. 1.5
VERS
Sur la Naiſſance de Mgr. le DAUPHIN.
GRAND Roi, plaignez le fort d'un pauvreChevalier,
Qui , d'une façon bien cruelle ,
Vientde ſe voir humi'ier ;
Et par qui , Sire, encor ? par qui ? par la Gabelle.
Il vous naît un Dauphin ; & c'eſt un Financier
Qui le plus dignement, au bruit de la nouvelle,
De lui même , en ce lieu , fans ordre & le premier ,
Par ſa nobledépense,afait briller fon zèle;
Jeu, Largeffes , Feftins , Bal , Artificier ,
-(Ces Meſſieurs font en fonds, pour ne rien oublier) ,
Touten fat ..Mais qui peut les prendre pourmodèles?
Et moi ! moi ! qu'on a vu fi gaîment déployer
Pour vous dans cent combats l'amour le plus fidèle ;
Moi ! pour vous prêt encore à me facrifier ,
Je n'ai pu, Sire , hélas ! brûler qu'une chandelle !
(Par un vieux Chevalier de S. Louis.)
Note de l'Auteur. Le Financier en queſtion s'eſt vraiment
diftingué , non par un faſte ridicule , mais par le
goût& l'honnéte profuſion qui ont préſidé à ſes fêtes , où
les pauvres n'ont pas été oubliés : quel Militaire n'envieroit
d'être à ſa place pour fe montrer auſſi bon Citoyen
que lui?
Cip
se
MERCURE
1
Pour mettre ſous le Portrait de M. DE
BROSSES , premier Président du Parlement
de Dijon, de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres.
CHEF d'un auguſte Areopage ,
Aubonheur des humains il conſacra ſes ans :
Minerve le ceignit du iaurier des Savans ,
Et Sallufte lui doit hommage.
Par M. Bulle, fon ancien Secrétaire.)
BOUQUET A SOPHIE.
LAfleur des champs moins que vous eſt modeſte,
Et moins que vous la roſe ade fraîcheur.
Le lys ſuperbe, à la tige céleste ,
Amoins que vous de grâce & de blancheur
Oui, chaque fleur eſt par vous effacée.
L'immortelle eſt l'image de mon coeur ,
Et je vous l'offre unie àla penſée.
(Par M. de Saint-Ange.)
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
duMercureprécédent,
Lemot de l'énigme eſt le Portrait ; celui
du Logogryphe eſt Dauphin , où se trouvent
pin ,vin,pain , ni , in vain & phu.
DE FRANCE.
MA
ÉNIGM E.
A tête menace les cieux.
Meurt-t'on ? je fais une gambade.
Quand on veut rendre hommage aux Dieux ,
On medonne la bastonade.
Au Palais Bourbon , le 30 Décembre 1781. )
JAL
LOGOGRYPHE.
At fix pieds &je fuis femelle ;
Mais plaignez -moi , mon cher Lecteur ,
Madeſtinée eft bien cruelle ,
J'en perdsdeuxdès l'inſtant qu'avec moij'ai ma foeur
Je perds en inême-temps mon ſexe & ma figure.
Il eſt vrai toutefois que par ce changement,
Je ſuis de la moitié plus ſolide & plus sûre ;
Ma perte m'enrichit; devinez àpréſent.
J'ai les pronoms de deux perſonnes ;
Un meuble où les Auteurs dépoſent leur eſprir;
Quatre voyelles ; deux conſonnes ;
It ceque tout Lecteur cherche dès-qu'il me lit.
ParM. S. )
"
Cil
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRADUCTION des Odes d'Horace , avec
des Obfervations critiques , & Poésies lyriques
, fuivies d'un Discours fur l'Ode ,
& de quelques autres Pièces de profe , par
M. de Reganhac. 2 Volumes in - 12. A
Paris , de l'Imprimerie de Valade , & fe
trouve chez Laporte , Libraire , rue des
Nayers , 1781 .
HORACI
ORACE a dû trouver &a trouvé parmi
nous en effet des Traducteurs fans nombre.
Ce Poëte Philoſophe , chez qui ces deux
qualités ſe ſoutiennent mutuellement ſans
jamais ſe nuire , a de quoi plaire à tous les
goûts , parce qu'il fait réunir tous les tons.
Mais aucune de ces Traductions n'avoit fatisfait
encore l'homme de goût , qui , nourri
dans les principes de la faine Littérature ,
exige qu'un Traducteur conſerve tout-à-lafois
&le génie de ſa langue & la phyſionomie
de fon original , & qui réprouve avec
la même ſévérité celui qui ne peut faire lire
fon Auteur qu'en le dénaturant , & celui
qui ne fauroit être exact ſans être barbare.
Tous les Traducteurs d'Horace connus ont
encouru l'un ou l'autre anathême. Quant à
M. de Reganhac , la façon dont il s'exprime
DE FRANCE.
55
fur les devoirs d'un Traducteur , pourroit
ſeule nous répondre du mérite de ſa Traduction.
Nous allons citer à cette occafion
deux pages de ſa Préface , parce qu'elles
renferment une excellente leçon juſtifiée par
un exemple.
* Un grand Poëte n'a pas beſoin de ré-
>> flexion , & fon instinct poétique l'éclaire
>> affez pour mettre quelquefois , quandl'oc-
" cafion l'exige , au commencement d'une
>>> phrafe , ce dont il veut que ſon Lecteur
>>> ſoit d'abord frappé, pour placer à la fin
>> ce qu'il deſire d'imprimer plus profondé-
>>> ment dans ſon ame , & pour jeter dans
ود lemilieu ce qu'il y a de moins important.
>> Cet arrangement eſt diſtinctement marqué
→→ dans le quatrain ſuivant , pris de l'Ode
> ſeconde du premier Livre d'Horace :
Audiet cives acuiſſe ferrum ,
Quo graves Perſa melius perirent ;.
Audiet pugnas , vitio parentum
Rara Juventus.
" En voici une Traduction qui ſemble,
>> au premier coup-d'oeil , en exprimer tout
ود le ſens , en rendant la valeur de chaque
>> mot latin , & qui néanmoins eſt très-
>> infidelle.
" La jeuneſſe Romaine , ſi peu nombreuſe
» par le crime de ses pères , apprendra nos
combats impies ; ellefaura que nous avons
véguisé contre nous-mêmes le fer qui eût dû
"
Civ
36 MERCURE
»fervir à exterminer les Perfes,nos ennemis
> implacables.
>>En quoi pèche cette Traduction ? ... J'y
>> applique , li f'oſe emprunter cette exprefſion
des Géomètres , ma règle du rapport
interne , & je vois qu'elle contredit &
>> défigure l'original au lieu d'enêtre l'image.
• Car le principal but du Poëte eſt ici d'ex-
> primer l'égarement , les ravages & l'im-
>>>piété des guerres civiles. Sa ſtrophe com-
> mence par une image touchante : nous
» avons éguisé le fer contre nous- mêmes :
➤ image deſtinée à ébaucher le ſentiment
> pathétique mis à la fin , cettejeuneſſe ſt
» peu nombreuſe par les fureurs defespères.
» Il y a entre eux une réflexion fugitive ,
les Perfes, qu'il eût mieux valu exterminer;
> mais elle eſt étrangère au but principal,
» & diſparoît comme un éclair. C'eſt tour
>> le contraire dans la verſion propofée.
>>Elle met à l'entrée le ſentiment pro-
>> fond qui finit le quatrain; elle continue
>> par l'image qui n'étoit deſtinée qu'à le
- préparer , & qui en paroît moins vive ; &
>>elle place à la fin la réflexion purement
- acceſſoire que le Poëte avoit jetée au mi-
>> lieu, en forte que , contre ſon intention ,
» c'eſt ſur cette réflexion, preſque indiffé-
>>> rente , que ſe réunit dans la phraſe Fran-
> çoiſe toute la lumière d'un tableau bien
> autrement ordonné par la paſſion créatrice.
• Conformons maintenant dans une Tra-
•duction plus régulière , la diſpoſition du
DE FRANCE.
57
• François à celle du Latin ,& nous verrons
>>> auflitôt le vrai but du Poëte rétabli , la
ſource de ſes mouvemens dévoilée , &
leur rapide ſucceſſion repréſentée avec
>> une énergie fort approchante du texte.
"
ود
» La jeuneffe Romaine faura que nous
>> avons éguise contre nous-mêmes le fer qui
» auroit dûfervir à exterminer les Parthes
» nos implacables ennemis : elle apprendra
» nos combats impies, cette jeunelle fi peu
>>>nombreuſe par le crime deſes pères. »,
Il faut en convenir , d'après des principes.
aufli bien raiſonnés , on peut juger que M.
de Reganhac étoit deſtiné à enrichir notre:
langue d'un Horace François. Cependant ,
pour ajouter à cette preuve préliminaire ,
nous allons mettre ſous les yeux de nos Lecteurs
quelques morceaux de ſa Traduction.
Commençons par la belle Ode morale ,
Tyrrhena Regum. Il faut avertir auparavant
que , dans la verſion des Odes en quatrains ,
le nouveau Traducteur , pour conſerver le
plus fidèlement poſſible les formes de l'original
, a figuré , comme on va voir , la féparationprimitive
des quatrains , lors même
qu'ils font liés entre eux par la continuité
du ſens ; attention. bien moins minutieuſe
qu'on n'imagineroit d'abord..
" Rejetton des Rois d'Étrurie , Mécène ,
>> un carteau d'excellent vin qui n'a pas été
>> entammé, une ample moiffon de rofes
"
"
& une caffolette d'effence extraite pour
> vos cheveux, vous attendent depuis long
CW
MERCURE
>> temps chez moi. Qu'aucun obſtacle ne
> vous retarde. Voulez-vous toujours con-
>> templer les rivages de Tibur , la colline
>> d'Éfule , & les ſommets où régna le par-
>> ricide Télégon ? »
Nous croyons pouvoir nous diſpenſer de
tranſcrire le Latin , perfuadés que tous les
Amateurs de l'antiquité ont Horace dans
leur mémoire ou ſous leur main ; mais nous
nous permettrons quelques obfervations critiques,
ou plutôt nous propoſerons quelques
doutes à M. deReganhac. Nous deſirerions ,
par exemple , qu'en traduiſant un Poëte,
on ne fît entrer dans ſa proſe aucun mot
qui ne pût être admis dans la poéfie. D'après
se principe , nous aurions proſcrit entamé
&extraite.
Dérobez- vous à l'abondance , mère du
» dégoût , & à ce palais dont le comble ſe
>> perd dans les nues ; & n'admirez pas fans
>>>ceſſe la vaine pompe , l'opulence & le
>> fracas de Rome.
37
>>Quelquefois la ſimplicité a mis une variété
piquante dans les plaiſits des Grands;
>& fous un toit ruſtique , un repas frugal
>> fans dais& fans lits de pourpre, leur a dé-
>> ridé le front. »
Horace reſpire dans cette Traduction , &
le ſtyle du Traducteur n'y perd rien de fon
élégance. Qu'on nous permette de rapporter
ici la verſion de cette dernière ftrophe par
Sanadon .
*Les Grands aiment à ſe délaffer d'un
DE FRANCE. 59
>> plaifir par unautre. Souvent un repas que
>> la frugalité règle , que la propreté affai-
>> ſonne, dans une maiſon peu accommodée,
ود ſans tapifferie, ſans lits de pourpre , fait
tomber les rides du front & diffipe les
>> plus noirs chagrins. »
"
Combien, malgré ſon faux air d'élégance ,
cette Traduction prête à la critique ! aiment
àse délaſſer d'un plaisir par un autre , n'eſt
point dans Horace. Que la frugalité règle ,
que lapropretéafſaiſonne , tout cela eſt paraphrafe,
d'autant plus que règle n'est pas
heureux. Une maison peu accommodée , n'eſt
ni élégant ni François. Fait tomber les rides
dufront, eſt une expreſſion affez poétique .
mais & diſſipe les plus noirs chagrins , eft
une redondance. D'ailleurs , il falleit dire ,
fait tomber les rides de leur front , du front
des Grands; la penſée d'Horace n'eſt pas
une généralité; il l'applique aux Grands en
particulier , divitibus. Revenons au nouveau
Traducteur, en avouant pourtant que
mundæ n'est pas rendu dans ſa verfion.
« Déjà le père d'Andromède fait briller
ſes feux; la conſtellation qui précède la
- canicule ſe déchaîne ; le lion exerce ſes
>> fureurs , & le ſoleil brûle les campagnes..
« Les Bergers , avec leurs troupeaux lan-
>> guiflans , cherchent les ombrages & less
> eaux; ils s'enfoncent dans l'épaiffeur des
>> forêts , retraite des horribles faunes , &
les zéphirs ne careſſent plus nos rivages. »
M. de Reganhac auroit pu & dû confer-
"
Cvj
60 MERCURE
ver taciturna , qui complette l'image , nos
rivages taciturnes. Sans doute l'amour de la
préciſion lui a fait faire ce facrifice. On ne
fera pas le même reproche à Sanadon. Voici
comment il a traduit ces cinq mots latins,
caretque ripa vagis taciturna ventis: les zéphirs
fufpendent leurs haleines , & ne mêlent
plus leur agréable murmure au gazouillement
des eaux; tout est dans lefilence &
dans le repos. H nous ſemble entendre Covielle,
qui fert de truchement au prétendu
fils du Grand Turc, dans le moment où
celui-ci dit au Bourgeois Gentilhomme
Bel-men , interpréter ainſi ce ſeul mot: ildit
que vous alliez víte avec luivouspréparerpour
la cérémonie afin de voir enſuite votre fille
&de conclure le mariage.
M. de Reganhac avoit déjà donné une
Traduction du premier Livre des Odes d'Horace
en 1751 ; & nous n'avons été nullement
furpris des éloges que lui donne l'AbbéGoujet
, Auteur de la Bibliothèque Françoiſe ,
dans les additions de ſon quinzième Volume.
Nous, allons, rapporter les propres paroles
de ce Bibliographe , qui confirment notre
jugement ſur cette nouvelle Traduction.
Je ne ſais, dit-il , qui eſt l'Auteur d'une
>> Traduction du premier Livre des Odes
>> (d'Horace ) qui a paru àToulouſe en 175 1 .
Elle eſt en proſe ,& elle m'a paru rendre
avec élégance les pensées & même l'élé-
> gance du Poëte Latin ; & j'ai entendu dire
DE FRANCE 61
>>à des Écrivains de réputation & de mé-
>> rite , qu'il ſeroit à ſouhaiter que l'Ano-
>> nyme ne ſe fût pas borné au premier Li-
>> vre des Odes. La Traduction de celui-ci
>> eft précédée d'une Lettre de l'Auteur à
>> Madame de Montegut de Segla,Matureffe
>> des Jeux Floraux , digne par ſes connoif-
>> ſances & la délicateſſe de ſon eſprit de
>>> tous les éloges qui lui ſont donnés dans.
» cette Lettre , qui contient d'ailleurs de
>> judicieuſes réflexions ſur Horace , de bons
>> principes ſur la Traduction , & une cen-
>>ſure qui m'a paru juſte de celle de M.
>> Dacier ; la verſion eſt ſuivie de pluſieurs.
➤ autres obfervations critiques ſur les Tra-
>> ductions de ce même Livre , par le Père
➤ Sanadon , Jéſuite , & par le même M.
► Dacier.>>
On vient de voir que l'Abbé Goujet
trouve des réflexions judicieufes dans une
Lettre imprimée à la tête de ce premier
Livre. Il auroit ajouré à ſes éloges , s'il
avoit lû tous les morceaux de proſe que
M. de Reganhac vient de joindre à ſa Traduction
, & qui ſont analogues à la poéſie
lyrique. Nous invitons ſur tout nos Lecteurs
à lire un Discours fur l'Ode , qu'on
trouve au ſecond Volume, & qui renferme
les principes les plus ſains& les mieux raifonnés.
Dans les notes dont parle auſſi l'Abbé
Goujer, l'Auteur a fait entrer de temps en
temps des remarques qui fervent à apprécier
laTraduction de l'Abbé Batteux , Ouvrage
62 MERCURE
qu'il regarde comme fait à la hate , & auquel
il reproche de la dureté , de la froideur
&de la féchereffe.
a
On lira avec le même plaiſir une trentaine
d'Odes que M. de Reganhac imitées en
vers. Ce n'eſt pas que toutes aient le même
degré de bonté. M. de Reganhac eſt trop bon
juge pour admirer tout également dans les
poéſies lyriques de J. B. Roufſeau ni même
dans celles d'Horace. Il n'a pas eſpéré ſans
doute avoir atteint à cette perfection , qui
we compâtit point avec l'humanité. Il nous
pardonnera donc de lui reprocher quelques
endroits foibles , & quelquefois l'abſence
de cette flamme poétique , qui donne à l'Ode
le caractère de l'inſpiration. Il nous ſemble ,
par exemple , avoir manqué cette fameuſe
Ode anacreontique, donec gratus eram. Mais
les endroits qui donnent lieu à ces obſervations
critiques , ſont bien rachetés par l'élégante
facilité qui règne dans tout le reſte.
Nous allons citer en preuve l'imitation de
l'Ode, Nonfemper imbres.
TOUJOURS les vents& les orages
N'irritent pas le ſein des flots :
Toujours la chûte des nuages
Ne déſole pas nos enclos.
Le cours réglé de la Nature
Borne le règne des frimats :
Nos bois reprennent leur verdure ,
Nos vergers leurs rians appas.
DE FRANCE. 63
POURQUOI les fons de votre lyre
N'expriment- ils que les douleurs ?
Que le jour naifle , qu'il expire ,
Il vous trouve, il vous laiſſe en pleurs,
Le vieillard qui vécut trois âges ,
Regretta moins Antilochus :
Priam eut des larmes plus ſages
Pour Hector & pour Troïlus .
QU'UNE langueur pufillanime
Ne dégrade plus votre voix :
D'un triomphateur magnanime
Célébrez les nouveaux exploits.
VOYEZ le tigre en vain rébelle
Roulerdes flots moins infolens :
Que votre génie étincelle
Al'aſpect des Gelons tremblans !
César leur preſcrit des barrières ;
Et, dociles à cette loi ,
Ont-ils reconnu nos frontières ,
Ils reculent avec effroi.
1
:
Après avoir traduit avec élégance & fidélité
envers&en profe , les Odes d'Horace, après
avoir donné d'excellens préceptes ſur le
poëme lyrique ; il ne manquoit plus à M. de
Reganhac que de s'exercer lui- même comme
créateur dans ce genre de poéſie ; & il l'a
fait avec affez de ſuccès pour pouvoir ſe
64
MERCURE
vanter ( s'il n'avoit autant de modeſtie que
de talent ) d'avoir donné complettement dans
ſes deux Volumes un cours théorique &
pratique de l'Ode. On a lu aves plaiſir, dans
un de nos. Mercures de l'année dernière ,
celle aux Souverains, ce qui nous diſpenſe
d'en parler ici . Nous allons en faire connoître
une autre faite à l'occaſion de la paix
d'Aix-la-Chapelle.
De Tyr , de Granique & d'Arbelle,
Jadis le vainqueur furieux ,
Parune audace criminelle,
N'obtint qu'un honneur odieux.
De ſa vaine magnificence ,
De ſa faſtucuſe clémence
Le ſage n'eſt point ébloui ;
Ce barbare dompte & ravage,
Et ſa politique partage
Des États trop vaſtes pour lui.
Les attraits d'une fauſſe gloire,
Grand Roi , ne t'ont jamais ſéduit;
Et dans les champs de la Victoire ,
L'équité ſeule t'a conduit.
Vengeur d'un Prince qui t'appelle ,,
Tu pars , & l'Univers chancelle;
Mille remparts font abattus..
Contre tes projets animées ,
La terre enfante des Armées .
Tu paroîs, elles ne font plus
:
DE FRANCE.
Mars ton invincible courage
Sème en vainla mort & l'horreur;
Des Princes que ta gloire outrage ,
Elle accroît l'aveugle fureur.
Fontenoy, Laufeld! ... quels ſpectacles !
Pourfuis: par de nouveaux miracles
Soumets tes rivaux à la paix;
Briſe leur confiance altière :
Pour eux & pour l'Europe entière
Tes victoires font des bienfaits.
Il y auroit bien peu d'expreſſions à reprendredans
ces trois ſtrophes , & il y en a
de belles , commefoumets tes Rivaux à la
paix. Après une autre ſtrophe fur Bergopzoom
&Maeſtricht, le Poëte s'écrie :
IL eſt donc vrai , le Ciel propice
Demon Prince exauce les voeux !
Les Rois écoutent la juftice ,
Et l'Univers devient heureux.
Opaix ! que tes noeuds ſoient durables !
De ſes conquêtes mémorables
Le ſeul prix ſuffit à ſon coeur.
Vainqueur des Peuples & des Princes,
C'eſt en leur rendant leurs Provinces
Qu'il en eſt le triomphateur.
Suit une apoftrophe aux Conquérans fans
humanité, qui contraſte avec le portrait de
Louis. Voilà certainement l'harmonie &
le ton lyrique.
66 MERCURE
QUELLE ardeur nouvelle m'anime !
Quel doux eſpoir flatte mes voeux !
Les Nymphes de la double cîme
Mettent l'avenir ſous mes yeux.
Au ſein de cet heureux empire ,
Agrands flots le commerce attire
Des biens qu'il répand à grands flots ;
Il va dans des climats ſtériles
Convertir en moiffons utiles
Et leurs pierres & leurs métaux,
TEL l'Océan reçoit fans ceſſe ,
Etdans ſon ſein nourrit toujours
Les fleuves qui font la richeſſe
Des climats qu'embellit leur cours :
Les vapeurs qu'exhalent ſes plaines
Abreuventlespins & les chênes
Au fommet des monts verdoyans ;
Et dans leurs cavités affreuſes ,
Diftillent ces larmes heureuſes
D'où naît le feu des diamans.
:
:
A deux expreſſions près , mettent l'avenir
fous mes yeux , & cavités affreuſes ,
(mettent eft froid, & cavités peu poétique. )
ces deux ftrophes nous ont paru belles ,
auffi-bien que ces deux autres , que le Poëte
adreffe aux Argonautes nouveaux.
C'EST à votre heureuſe induſtric
Que Neptune doit ſes autels ;
1
DE FRANCE. 67
De l'homme elle étend la Patrie
Et l'empire des immortels.
Nonmoins ignorés que les aftres ,
Qui , bravant l'oeil des Zoroastres ,
Se perdent dans l'azur des cieux ,
Sans vous , dans le ſein d'Amphitrite ,
D'heureux climats que l'homme habite ,
Ne ſeroient connus que des Dieux.
LEUR Monarque , puiffant & fage ,
Nous a liés par nos beſoins :
Du monde il commença l'ouvrage ,
Il eſt achevé par vos ſoins.
Du couchant juſques à l'aurore ,
Sa providence fait éclore ,
Mais ſépare nos biens divers ;
Votre ſeconde providence
Réunit par-tout , &diſpenſe
Les tréſors de tout l'Univers.
:
Votre seconde providence eſt une trèsbelle
idée. En voilà affez pour faire juger le
talent lyrique de M. de Reganhac. La correction
qui règne dans ſes Ouvrages étonnera
bien plus quand on ſaura qu'il n'a jamais
fait que ſe montrer un moment dans
la Capitale. Il a paſſe ſa vie dans la Province
où il eſt né. A Dieu ne plaiſe que nous
cherchions à marquer du dédain pour tout
ce qui est étranger à Paris ! Nous croyons
que l'eſprit & le génie font au moins auffi
63 MERCURE
naturaliſés dans la Province qu'ailleurs
mais nous penſons que le goût a beſoin
du commerce de la Capitale. Quoi qu'il
en ſoit, M. de Reganhac a bien mérité de
la République des Lettres par fon Volume
de Traduction en profe ; mais il devroit
completter ce bienfair. Nous l'exhorrons
à traduire Horace en entier. Une traduction
en vers a plus de mérite ; mais
une traduction en profe eſtplusutile comme
ouvrage claflique : non que nous croyons
la proſe capable de rendre un Poëte; mais
elle peut fervir àfaire connoître ſon génie ,
finon par ſentiment , au moins par réflexion.
COLLECTION ACADÉMIQUE , compofee
de Mémoires , Actes ou Journaux des plus
célèbres Académics & Sociétés Littéraires
de l'Europe, concernant l'Histoire Naturelle
, la Botanique , la Physique , la
Chimie , la Médecine , l'Anatomie , la
Méchanique , &c. Tome VIC. de la partie
Françoiſe, contenant lafuite des Mémoires
de l'Académie Royale,des Sciences de
Paris. A Paris , chez l'Éditeur , rue de la
Harpe , à l'ancien College de Bayeux ,
1781. in-4°.
LES Savans deſirent & attendent avec impatience
la ſuite de la Collection Académique.
La partie Françoiſe dont nous annonçons
le faxième volume , eſt d'autant plus
néceſſaire , que l'édition originale eſt épuisée
DE FRANCE. 69
&qu'il n'y a pas d'apparence qu'on la réimprimejamais.
Ce Tome VIC, qui comprend cinq années
depuis 1726 juſqu'à 1730 incluſivement ,
n'eſt ni moins curieux ni moins intéreſſant
que les précédens. L'heureuſe découverte du
plomb fonnant , par M. Lémery , vérifiée
par M. de Réaumur , eſt la première qu'il
préſente , & elle a quelque choſe de
frappant , en ce qu'elle conduit à faire
des cloches de plomb . Quoique les Aurores
boréales n'aient plus rien de nouveau
pour nos yeux accoutumés à obſerver
ces météores , on lira pourtant avec
plaiſir les détails de celles qui parurent en
1726 , 1729 1730. Celle de 1729 , qui
dura depuis fix heures du ſoir juſqu'à cinq
heures du matin , eut une fingularité trèsremarquable&
peut-être unique : on vit un
arc lumineux qui du point Nord-Eft de
Thoriſon , ſe terminoit au point Sud-Oueſt
en paſſant par le Zénith ; elle formoit donc
une moitié parfaite d'un grand cercle vertical.
On ignoroit , avant les expériences de
M. de Mairan , que le fer ſe moulat plus
parfaitement que les autres métaux, Quoi
de plus curieux en Phyſique que la belle
expérience par laquelle M. Dufay voulut
reconnoître juſqu'où les rayons du ſoleil
réfléchis pouvoient s'étendre dans l'air en
confervant encore affez de force pour brûler
lorſqu'ils feroient réunis ? Le même Acadé
70
MERCURE
micien a découvert la fauſſeté du double
tourbillon que Deſcartes avoit prétendu ſe
former autour de tout aimant , & a fait voir
qu'il n'y avoit qu'un courant de matière
magnétique qui entroit toute par le nord de
P'aimant & fortoit par le ſud , pour rentrer
enfuite par le nord. La Phyſique , qui contient
encore pluſieurs autres découvertes &
obſervations curieuſes , eſt terminée par la
nouvelle conſtruction des Thermomètres de
M. de Réaumur , dont l'uſage eſt ſi répandu
par tout.
fur
La Chimie eſt très-riche dans ce Volume.
Six Mémoires de M. Geoffroy le cadet , fur
l'inflammation de certaines liqueurs huileuſes
où fulphureuſes par les acides , ſur le
froid qui réſulte ordinairement du mélange
des huiles effentielles avec l'eſprit- de- vin ,
fur la diffolubilité de pluſieurs verres ,
les huiles effentielles des plantes , fur différends
vitriols & fur l'alun , fur le vinaigre
concentré par la gelée ; l'analyſe des eaux
minérales de Paſſy & de celles de Bourbonl'Archambaut
, par M. Boulduc ; les recherches
du même Académicien ſur le ſel naturel
de Dauphiné , qu'il a reconnu être le véritable
fel de glauber, c'eſt à- dire, un acide vitriolique
porté ſur la baſe terreuſe du ſel marin ;
ſes procédés pour faire le fublimé corrofif ,
beaucoup plus ſimples & plus expéditifs que
l'opération ordinaire ; les Mémoires de
M. Bourdelin ſur les ſels lixiviels ; ceux de
M. Lemery ſur le borax , où il développe
DE FRANCE.
71
la nature& les propriétés de ce ſel , & fait
voir la manière dont il agit , non ſeulemeut
fur nos liqueurs , mais encore fur les
métauxdans la fufion deſquels on l'emploie ;
ceux de M. Dufay ſur la potaſſe , ſur la
révivification de l'eau forte , fur la teinture
& la diffolution de pluſieurs eſpèces de
pierres , les agathes , les marbres , &c. Les
expériences de M. Petit ſur la précipitation
du ſel marin dans la fabrique du ſalpêtre ;
de nouveaux phoſphores des végétations
chimiques très agréables ; enfin , les opérations
, auſſi ſavantes qu'ingénieuſes , par lefquelles
M. de Réaumur a reconnu les véritables
matières qui entrent dans la porcelaine
de la Chine. Il a découvert que nous
avions en France , finon le même Kao- lin
&le même Pe-tun-tſé des Chinois , au moins
des matières fondantes qui peuvent les remplacer
; & il donne des principes fûrs pour
les employer avec autant de fuccès qu'eux.
Tels font les principaux objets que contient
la partie Chimique.
Nous n'entreprendrons pas d'énoncer ici
tous les animaux , quadrupedes , oiſeaux
infectes & autres dont il eſt parlédans l'Hif
toire Naturelle ; l'hiſtoire des teignes qui
rongent les laines & les pelleteries , des ſalamandres
, de la civette & de ſon ſac odorant
, du porcépic & de ſes piquans , des
chenilles qui plient & roulent des feuilles
deplantes &d'arbres , &c , y est très-detaillée.
LesMemoires de M. Hans- Sloane offrent
72
MERCURE
quantité d'offemens foffiles : ony verra le
ſyſtême de M. de Réaumur ſur la formation
du corail , &c , &c .
La Botanique eft moins étendue. М. Маг-
chant a obſervé les fleurs de tannée. Il a
ſuivi cette végétation fingulière du tan , depuis
ſanaiffance juſqu'à la fin , & il a cru devoir
la ranger dans le genre de l'éponge. M. de
Juſſieu a fait voir la néceſſité d'établir dans
la nouvelle méthode des plantes , une claffe
particulière pour les fungus , à laquelle dois
vent ſe rapporter non-ſeulement les champignons
& les agarics , mais encore les
lichen : il a fait plus , il a diviſé fort heus
reuſement cette claſſe en deux ſections ,
dont la marque diſtinctive eſt une figure
applatie en manière de feuillages étendus
fur la terre , ſur des rochers & fur des
troncs d'arbres auxquels ils font atta
chés par pluſieurs petits poils fort courts
fortant des nervures du revers de ces feuillages
, ou qui pendent des arbres & des
rochers auxquels ils ne tiennent que par
une forte d'empâtement qui tient lieu de
racines. La ſeconde , eſt celle des champi
gnons , dont la différente eſſentielle eft de
n'avoir nulle figure de feuille , d'être d'une
ſubſtance plus charnue , & de repréſenter
le plus ſouvent un parafol ou un globe.
Ces ſections ſe diviſent en gentes qui ſe
ſous-diviſent en eſpèces. M. Duhamel a
obſervé une maladie fingulière du ſafran ,
qu'il a découverte & décrite avec la fagacité
:
DE FRANCE.
73
cité d'un Phyſicien accoutumé à porter la
lumière dans tous les ſujets qu'il traite. Il a
étudié l'art de la greffe , & par une ſuite
d'expériences utiles , il eſt parvenu à le perfectionner.
Perſonne , avant lui , n'avoit fait
attention à l'effet que les changemens de
temps produiſent ſur les plantes aquatiques;
il a démontré que cet effet étoit très-fenſible&
très-prompt , lors même qu'elles font
couvertes de deux ou trois pieds d'eau. Le
même Botaniſte a donné l'Anatomie de la
poire. Les mouvemens de la ſenſitive ont
été obſervés & décrits par M. de Mairan.
On trouvera encore ici la deſcription de
pluſieurs plantes tant indigènes qu'étran
gères.
,
La partie Anatomique commence par
l'Anatomie comparée des yeux de l'homme
& des animaux , matière que M. Petit , le
Médecin , a continué de traiter dans une
ſuite de Mémoires pendant les années 1726 ,
1727 , 1728 , 1729 & 1730. Les mouve
mens deslèvres ont été expliqués , mais différemment
, par Meſſieurs Maloët & Senac.
Celui-ci a donné , de plus , une deſcription
exacte du diaphragme , de ſa ſtructure &
de ſes uſages. Nous avons des obſervations
du célèbre M. Winflow , fur la rotation ,
la pronotion , la ſupination & d'autres
mouvemens en rond , fur les mouvemens
de la tête , du cou , & du refte de
l'épine du dos. Ce ſavant Anatomiſte a traité
cette matière en maître de l'Art. Les recher
Nº.2 , 12 Janvier 1782 . D
74 MERCURE.
ches Anatomiques de M. Hunaud ſur la
ſtructure & l'action de quelques muſcles
des doigts , & fur les os du crâne de l'homme
, terminent cette partie , dans laquelle
on trouvera auſſi quantité d'obſervations
curieuſes ſur des faits & des queſtions particulières
, envoyées à l'Académie , ainſi que
l'extrait d'un Ouvrage de M. Helvétius
intitulé : Eclairciſſement concernant la manière
dont l'air agitfur lefang dans les
poumons.
Un os trouvé dans la ſubſtance du coeur
d'un ſujet mort à l'âge de 72 ans ; un foie
fingulièrement prolongé ; un autre prolongé
juſqu'à la rate; le péritoine adhérant à la
partie convexe du foie , & ce viſcère telleiment
rapproché du diaphragme & des faufſes
côtes , que les quatre premières de ces
côtes s'étoient enfoncées dans le foie , & y
avoient tracé chacune un fillon qui repréſentoit
leur direction , & affez exactement
leur longueur & leur largeur ; une hydropiſiedu
péritoine ; un dérangement extraordinaire
du ventricule & du colón , placés
contre nature dans la cavité gauche de la
poitrine, où ils entroient en perçant le diaphragme
; un déſordre dans les gros vailſeaux
fanguins.; une ſuperfætation ; une
gonorrhée bâtarde ; un gros calcul trouvé
dans le rein d'un homme de 28 ans ; une
eſpèce d'épidémie vermineuſe ; une exoſtoſe
de l'os de la mâchoire ; une hydrophtalmie
ou hydropiſie de l'oeil ; une rupture incom
DE FRANCE.
75
plettedutendond'achille; une loupe extraordinaire
à la cuiſſe , peſant près de quarante
livres; une eſpèce d'ankyloſe accompagnée
de circonstances fingulières ; un abſcès au
foie ; une altération fingulière du crystallin
& de l'humeur vitrée de l'oeil : telles
ſont les maladies & les principaux accidens
dont ce volume contient la defcription , &
ſouvent le traitement &la guériſon. On y
trouvera audi ,dans la partiede la Chirurgie,
un extrait du Traité de la taille au haut
appareil , par M. Morand , & un Mémoire
deM. Lamorier fur une nouvelle manière
d'opérer la fiſtule lacrymale , envoyé à l'Académie
, par la Société Royale de Montpellier.
Les Mémoires de M. Couplet ſur la
force des revêtemens qu'il faut donner aux
levées de terre , aux digues , chauffées ,
&c , avec la belle théorie des voûtes , &
un grand nombre de machines ou inven
tions appronvées par l'Académie , remplif-
-fent la partie de la méchanique. Suivent
les Obſervations Météorologiques faites
pendant les années 1727 , 1728 , 1729 &
1730 , par M. Maraldi , mort cette dernière
année , & dont l'éloge termine ce
volume.
Dil
76 MERCURE.
RÉFLEXIONS PHILOSOPHIQUES fur la
Civilisation & fur le moyen de remédier
aux abus qu'elle entraîne, par M. de la
Croix , Avocat , Vie Cahier in - 8 ° . A
Paris , chez Belin , Libraire , rue Saint
Jacques.
Cz fixième Cahier , qui complette le
premier Volume , n'eſt pas moins intéreſfant
que ceux qui l'ont précédé par l'importance
des ſujets qui y font traités. :
Dans le premier Chapitre , l'Auteur ,
après avoir peſé, comparé les avantages &
les inconvéniens qui peuvent réſulter de
la publicité donnée à l'inſtruction des affaires
criminelles , démontte combien il feroit important
pour le ſalut de l'innocence accuſée,
que tous les jugemens qui doivent flétrir ou
frapper un Citoyen fuſſent précédés d'une
défenſe publique.
M. de la Croix ne s'eſt pas diſſimulé l'objection
qu'on pourroit lui faire. " Mais ,
> dira-t- on, ces brigands que la Justice a
>> ſurpris chargés de leurs vols ou teints en-
>> core du ſang qu'ils ont verſé , feront- ils
tous admis indistinctement à venir s'é-
>> crier en pleine Audience qu'ils font in-
> nocens , qu'ils vont mourir victimes de
→ l'erreur ou de l'iniquité? Les Tribunaux
>> retentiront alors tous les jours de la voix
• des ſcélérats ou de celle des Avocars qui
• ne rougiront pas de ſe montrer leurs dé
DE FRANCE
ל7
>>>fenſeurs. Je ſens toute la force de cet
» abus , j'en découvre toute l'étendue ;
>> néanmoins je ne diffimulerai pas que je
>> préférerois de faire perdre beaucoup de
>> momens à la Juſtice , plutôt que d'enle-
>> ver même à un criminel un ſeul moyen
» de défendre fſa vie contre la loi qui a le
>>>glaive levé ſur lui. Mais tout en plaidant
>>>la cauſe de l'humanité, il faut ſavoir faire
>> des ſacrifices .
>> Je ſouſcrirois donc à refuſer la faveur
>> de l'Audience aux accuſés qui auront été
» déjà repris de Justice , & punis de peine
>> afflictive , anx vagabonds , aux voleurs,
>> aux aſſaſſins pris enflagrant délit , & qui
>>dans leurs interrogatoires auroient fait
" l'aveu de leurs crimes ; mais je la réclame
>> pour le Citoyen , pour le père de famille
>> condamné àmort ou à l'eſclavage par un
» premier jugement. Le Gentilhomme a le
>> privilége de ne pouvoir être jugé que par
>> la Grand Chambre aſſemblée , pourquoi
>> n'accorderoit-on pas au domicilié celui
>>de ne pouvoir être condamné à perdre la
» vie ou la liberté qu'après avoir été défendu
>> à l'Audience ?
L'Auteur, qui ſent que les raiſonnemens
les plus juſtes ſont toujours foibles contre
d'anciens uſages , a voulu les appuyer d'un
exemple frappant. Il rend compte dans le
Chapitre ſuivant d'une nouvelle erreur dans
la Juſtice qui a coûté la vie à un innocent ,
dont la mémoire vient d'être réhabilitée. Ce
Diij
78 MERCURE
récit eſt de nature à faire ſur tous ceux qui
le liront , l'impreſſion la plus profonde, &
àconvaincre les Arbitres de l'honneur & de
la vie des hommes qu'ils ne peuvent trop ſe
tenir en garde contre de ſimples apparences.
L'Auteur termine ſon récit par cette réflexion
: " S'il eft incontestable qu'une lumière
>> de plus ajoutée à celles qui éclairent les
>> Tribunaux où l'on décide de l'honneur &
>>de la vie des Citoyens eût, en 1776, ſauvé
>> les jours à un innocent, & un père à des
>> orphelins , pourquoi nos voeux tarde-
>> roient- ils encore à être exaucés ? En rejeter
l'accompliſſement dans l'avenir , n'eft-
>> cepas s'expoſer àdes erreurs aufli funef-
>>tes que celle dont nous avons cru devoir
>> perpétuer le ſouvenir ? >>>
Dans le Chapitre qui fuit, M. de la
Croix ſe montre le défenſeur des enfans de
quatorze ans qu'une loi impitoyable.envoye
aux galères pour crime de faux-faunage. Il
fait fentir la dureté de cette loi qui Hétrit
&dégrade des enfans dont tout le crime eſt
ſouvent d'avoir cédé à l'autorité reſpectable
deleur père.
Oui ſans doute , s'écrie til , " la Nature ,
• l'Humanité demandent qu'on briſe les
fers de ces adolefcens flétris en ſortant de
> l'enfance , parce qu'ils ont eu le malheur
>> de recevoir le jour d'un père indigent , de
>> naître près des rivages de la mer , de n'a-
> voir pu , dans une éducation groſſière ,
>> prendre aucune idée des droits du SouveDE
FRANCE.
79
. rain ſur une denrée devenue néceffaire
>> l'homme , & qu'un vaſte élément ſem-
>> bloit lui offrir généreuſement. »
Il s'élève également contre la difpofition
de l'ordonnance qui condamne aux galères
le faux- faunier qui n'a pas pu payer dans
le délai d'un mois l'amende de 300 livres;
il fait voir que cette loi punit plus févèrement
l'indigence que la fraude, ce qui eſt
un grand vice dans une légiflation.
" Certainement l'homme qui , pouvant
» payer une amende de 200 livres ou de
>> 300 liv. fait la contrebande , eſt plus
>> coupable que le miſérable entraîné par le
ود beſoin au-delàdes bornes de l'obéiſſance.
» Cependant la loi , fatisfaite de l'argent du
>> premier le laiffe paiſible & honoré dans
" ſa maiſon , tandis qu'elle arrache l'autre
>> de ſes foyers, confiſque ſa perſonne , &
>> lui fait effuyer la honte & le fupplice des
>> forçats. "
Comme il feroit dangereux que la prévarication
trouvât un abri dans ſon indigence ,
M. de la Croix indique un moyen de la forcer,
fans la flétrir, à s'acquitter envers
l'État.
" Les raiſons de juſtice qui ont récem-
>> ment déterminé le Souverain à ne plus
>> ſouffrir que les ſimples débiteurs fuffent
>> confondus avec les criminels dans les
ود
mêmes priſons , rompront ſans doute un
>>jour la chaîne qui lie le crime à la foi-
>>bleſſe , la paiſible indigence au vol & à
Div
85 MERCURE
la rebellion. En voyant deux galériens traî-
> nant un boulet du même poids , couverts
» d'une cafaque également honteuſe , trai-
» tés avec une pareille dureté , renfermés
» dans le même Bagne , qui pourroit dif-
>> tinguer un Voleur , un Fauſtaire , d'avec
" un Père de Famille , dont le ſeul crime
>> eſt d'avoir ofé prendre dans ſa ſource le
ſel qu'il n'avoit pas le moyen de payer ?
ود
ود Pour parvenir à faire difparoître cette
>> confuſion ſi humiliante , fi cruelle pour la
>> pauvreté , je n'imagine rien de plus con-
>> venable que d'établir dans chaque Inten-
>> dance divers atteliers , dont l'objet feroit
>> déterminé par la nature du fol de la Pro-
>> vince , par ſes productions & par fes
beſoins. On y claſſeroit les Débiteurs de
• l'État , ( alors bien diftingués des crimi-
>> nels ) les mendians , ceux qui en fortant
> des Galères ne pourroient offrir de fûreté
> à l'ordre public. On auroit les égards de
> justice & d'humanité pour la conſtitution
>> phyſique , l'induſtrie , la profeffion & les
>> moeurs des individus. Un tarif exact fixe-
>> roit le prix du travail en raifon de ſon
utilité. Le Faux - faunier , trouvant le
moyende s'acquitter envers l'État , pour-
>> roit , après quinze ou dix-huit mois
» retourner dans le ſein de ſa famille , fans
» avoir été deshonoré par des travaux flé-
ود
ود triffans.
Dans le Chapitre intitulé : Des Perturbateurs
, l'Auteur propoſe , pour fimplifier
1.
DE FRANCE. 8
la légiflation criminelle , de commencer par
ſéparer les délits qui touchent à l'ordre public
, d'avec les delits domeſtiques ; de conſidérer
tous les Sujets qui ſe ſeroient rendus
coupables des premiers , comme de
véritables perturbateurs , qu'on placeroit
fur une échelle de juftice. Il a eſquiflé cette
divifion , de manière à mettre le Légiflateur
dans la voie de l'équité &d'une ſage modération.
Dans le Chapitre de l'Adultère , l'Auteur
exalte la Loi qui fixe parmi nous la peine de
la Femme Adultère à celle de l'authentique .
" On ne peut trop , dit- il , admirer la
>>ſageſſe & la modération de cette Loi. Il
" feroit bien à defirer que toutes celles qui
>> ſont relatives aux crimes , celle , entr'au-
>> tres , qui concerne le vol domeſtique ,
>> fuſſent dictées dans le même eſprit.
» Comme il n'y a que le mari d'offenſé ,
.5"
es
elle n'accorde qu'à lui la faculté de réqué-
» rit punition ; mais elle le préſerve des
emportemens de ſa colère, en condam-
" nant d'abord la coupable à une ſimple
>>clôture; elle donne à cette parjure deux
>> ans pour fléchir ſon Juge , & l'amener au
>>pardon. »
" Elle lui conferve pendant ce temps
>> ſes vêtemens ordinaires , & le principal
>> ornement de ſa beauté , afin qu'elle ne
>> perde pas tout- à- fait l'empire que lui don-
>> noient ſes attraits , & que , rappelée dans
» le monde , elle n'y paroiſſe pas dégradée. »
Dy
82 MERCURE
" Si le mari demeure inflexible pendant
>> cette ſuſpenſion accordee à la foibleffe &à
>>> l'indulgence , la Loi préfumant alors que
>> le mari irrité a répudie pour toujours ſa
criminelle compagne , & qu'il pertiſte à
> demander vengeance , s'arme de ſevérité
→ envers la coupable , lui enlève une partie
>> des charmes dont elle a abuſe , la couvre
J
des habits de la penitence , & la ſépare
» pour jamais du monde où elle a porté le
feandale.
M. de la Croix a terminé ce premier
volume par ces réflexions.
" Je ſuis déja loin du point d'où je ſuis
>> parti ; cependant il me reſte encore bien
>> des pas à faire avant d'atteindre le terme
-> où je dois m'arrêter. Peut être même n'y
" arriverarjejamais. Agité par cette crainte,
>> je me ſuis hâté de traiter dans ce premier
» volume les ſujets qui m'ont paru tou-
ود
ود
cher deplus près à la tranquillité publique.
> Exalté par de faux principes, je n'ai point
conteſté à la puiſſance fouveraine la fa-
>> culté de punir le coupable , dans laliberté,
dans ſa perſonne , même dans ſon exif-
>> tence , lorſqu'il avoit oſé renverſer Fordre
>> des propriétés , attaquer les jours de ſes.
>> ſemblables : & pourquoi me ferois- je
> montré le protecteur de ce véritable ennemi
de l'État , plus dangereux& plus cou-
" pable cent fois que l'étranger , qui
>> gémit ſouvent en lui-même des injuftices
> &des meurtres qu'on lui conmande , &
DE FRANCE. 83
ود
» auquel cependant nous ne faiſons pas
>>ſcrupule de donner la mort ? J'ai préféré
d'élever ma foible voix en faveur du mal-
>> heureux', que fa condition ou fon indis
>> gence expoſent plus aisément qu'un autre
>> au foupçon du crime. J'ai tâché de le ga-
>> rantir d'une captivité trop funeſte , d'une
instruction trop rigoureuſe , de répandre ود
رد furl'innocence opprimée lesdédommage-
>> mens qu'elle a le droit d'attendre du pou-
>> voir ; protecteur du foible , j'ai indiqué
>> les moyens d'établir une proportion plus
» équitable entre les peines & les délits
» d'epargner à l'humanité bien des crimes
en rendant le châtiment utile tout-à-la-
>> fois à l'État & au coupable. »
"
« Quelques-unes de ces vues ont déja été
>>couronnées par le ſuccès; peut être les
>> autres obtiendront-elles un jour le même
honneur. Heureux celui qui peut ſe dire
en mourant: je n'ai point paffe fterilement
fur la terre ; fai ſemé, dans le chemin que
'j'ai parcouru , des vérités qui font deve-
>> nues utiles à mes ſemblables. Si pendant
"
ور le coursdema vie je n'ai retiré de mon
>> travail ni honneur ni richeſſes , je dois
>> m'en confoler , puiſqu'il faudroit m'en
>>feparer aujourd'hui , & que l'envie me
"
les eût peut être conreſtés de mon vivant.
» Il est un Juge fuprême des actions des
>> Hommunes; celui là eſt véritablementjufte :
il a vu mes efforts , il a compré mes
contradictions , mes facrifice,s c'eſt de
"
Dvj
84 MERCURE
>>lui , c'eſt de lui ſeul que j'en veux rece-
>>voir le prix. »
Le Libraire prévient dans un Avertiſfement
, que cet Ouvrage ne paroîtra plus que
par volume , & qu'il délivrera le premier
àceux qui ne le prendront pas en feuilles
ſéparées , moyennant cent fols , au lieu de
fix francs que ſe vendent les fix numéros
diviſés.
NOUVEAUX Élémens de la Science de
l'Homme, par M. Barthes , Chancelier
de l'Univerfité de Médecine de Montpellier,
Tome premier. in-8 ° . A Montpellier,
chez Jean Martel l'ainé , Imprimeur ordinaire
du Roi & des Etats.
Pour faifir tout de ſuite l'objet de cet
Ouvrage, il faut entendre l'Auteur nous
expoſer les vues & fon plan. " La Science
de l'Homme, dit il dans un court Dif-
>> cours préliminaire , eſt la première des
>>Sciences,& celle que les Sages de tous les
temps ont le plus recommandée.
>>Ils ont eu principalement en vue la
>> connoiſſance des facultés intellectuelles
» & des affections morales de l'Homme ;
» mais cette connoiffance ne peut être
» exacte & lumineuſe , ſi l'on n'est trèséclairé
ſur la phyſique de la nature hu-
>> maine.
ور
» Indépendamment de ſon utilité dans la
>>Métaphysique & la Morale , la Science
DE FRANCE. 85
ود
"
> de l'homme phyſique préſente à la curiofité
un auffi grand attrait qu'aucune des
>>> autres Sciences naturelles , & elle ac-
>> quiert le plus grand degré d'intérêt lorf-
» qu'on voit qu'elle fait la baſe des connoiffances
néceffaires à l'Art de guérir.
>>Quelque importante que ſoit la Science
>> de l'homme , ceux qui l'ont cultivée pro .
fondément font forcés de reconnoître
>> qu'elle a fait peu de progrès juſqu'à pré-
>> fent , & même beaucoup moins à proportion
que n'en ont fait d'autres Sciences
utiles.
ود
23
"
"
ود
α
ود Lacauſe de cette différence me paroît
être qu'on a beaucoup négligé dans l'étude
de l'homme les règles fondamentales de
la vraie méthode de philoſopher.
" On ne peut attendre de grands pro-
> grès dans une Science où la méthode phi-
>>loſophique a été négligée , que lorſqu'on
>>y renouvelle le corps entier de la Doc-
>> trine , conformément aux vrais principes
de cette méthode.
"
" C'eſt ainſi que le vice eſſentiel de la
>>manière de philofopher qui régnoit au
temps de Bacon , avoit rendu néceſſaire
>> une ſemblable réforme de toutes les
>> Sciences , & faiſoit dire avec raiſon à ce
>> Philofophe : C'est en vain qu'on espère
>> de grands progrès dans la Science , lorf
'on se borne àfur ajouter àenter les
> connoiffances nouvelles fur les anciennes ;
>> mais il faut reconstruire le ſyſtème entier
" ou
86 MERCURE
>> des Sciences dans leurs premiers principes,
» fi l'on ne veut y être borne à un mouve
>> ment comme circulaire, qui ne permet que
» des progrès preſqu'inſenſibles. Je me pro-
>> pote de donner dans cet Ouvrage un
>> eſſai de la forme nouvelle que doit
>> prendre la Phyſiologie ou la Science de
ود la nature humaine. L'objet de ce Dif-
>> cours préliminaire eſt de rendre plus ſenfible
la néceflité de cette reforme , &
>> d'annoncer la manière dont je me pro-
>> poſe de la commencer. »
"
On voit par ce morceau que l'Auteur ,
qui a l'honneur d'être à la tête d'une des
plus illuftres Ecoles de Médecine , confidère
& étudie la Science qu'il cultive , à la
manière de tous les hommes de génie , dans
tous fes rapports avec toutes les branches
de la Science humaine. Il ſe place dans ces
grands points de vue d'où l'on embraffe
dans la même contem lation pluſieurs
Sciences à- la- fois , & où l'on faifit ces
grands réſultats qui , une fois conſacrés par
Padoption des bons eſprits, deviennent une
partie du corps des Sciences. On voit encore
que M. Barthes ne craint pas de chercher
les grandes vérités par une marche
nouvelle, & qu'il ofe méme Favouer avec
certe candeur des hommes qui fe fentent
capables de tout ce qu'ils ſe propofent; &
cette manière de philoſopher dans un Ecrivain
qui réunit une grande force & une
grande juſteſſe d'efprit à de vaſtes connoif
DE FRANCE. 87
ſances eſt un mérite de plus , & un garant
des plus heureux travaux.
Ce premier Volume eſt deſtiné à préſenter
les obſervations & les penfées de l'Auteur
fur leprincipe vital.
"
" J'appelle principe vital de l'homme ,
>> dit- il , la cauſe qui produit tous les phenomènes
de la vie dans le corps humain.
» Le nom de cette cauſe eſt aſſez indiffé-
>> rent , & peut être pris à volonté. Si je
>>préfère celui de principe vital , c'eſt qu'il
» preſente une idée moins limitee que les
>> noms de ſenſibilité , d'irritabilite& autres
>> par leſquels on a déſigné la cauſe des
»
ود
95
fonctions de la vie.
>> Le principe vital de l'homme eſt ſans
>> doure uni intimement à ſon intelligence
&à fes organes ; mais pour mienx connoître
les forces de ce principe , il faut
les conſidérer ſéparément des affections
de l'ame penſante & de celles du corps
>> ſimplement organiſé; car dans l'étude des
>> ſujets fort compliqués la foibleſſe de
l'eſprit humain lui rend de ſemblables
abstractions abſolument néceſſaires ..
ود
ود
"
ود La doctrine des forces du principe
>> vital de l'homme doit être naturellement
>> précédée de l'hiſtoire des opinions qu'on
>> a eues & qu'on peut avoir fur la nature
" de ce principe. Quoique la diſcuſſion de
>> ces opinions ne doive mener qu'à des
doures & à des vraiſemblances , elle
>> ſera utile pour empêcher qu'on ne fe
"
85 MERCURE
ود
"
R
faſſe de ce principe des idées faufles &
nuiſibles aux progrès de la Science':
c'eſt pourquoi je donnerai à cette recherche
les premiers Chapitres de cet Effai.
L'Auteur entre enſuite dans l'expofition
de ſon propre ſyſteme; mais il n'admet jamais
que des idées qui lui paroiffent fortir
des faits obſervés&reconnus dans la Phyuque&
dans la Médecine. Il s'eft tracé invariablement
les principes qui devoient diriger
toutes ſes recherches & fes méditations.
" Mon objet , dit-il , eſt de rappeler les
>> faits à des analogies fimples & très- éten-
>> dues, pour approcher de plus en plus de
" la connoiffance des forces, des fonctions
» & des affections du principe vital. Si
>> ces analogies que je propoſe font bien
> formées , il en réſultera un corps de doc-
>> trine nouvelle qui ſera du genre le plus
" utile pour affurer les progrès de la Science
» de l'homme , & pour fonder ſolidement
>> les principes de l'Art de guérir. >>
Le genre de cet Ouvrage & le genre de ce
Journal ne nous permettent pas d'entrer
plus avant dans l'analyſe & l'examen du
Livre que nous annonçons. Il ne peut être
entendu ni apprécié que par les hommes
exercés aux idées méraphyſiques; eux ſeuls
peuvent ſentir ſi un Ecrivain répand de plus
grandes lumières ou une plus grande obſcurité
dans l'étude des Sciences ; car c'eſt là le propre
des Ouvrages de métaphysique , qui font
toujours à l'eſprit de l'homme un grand
DE FRANCE. 89
-
bien ou un grand mal. Nous avons remarqué
dans le Livre de M. Barthès un eſprit
très - ført & très- étendu , de vaſtes connoifſances
bien liées , une marche qui tend
aux grandes découvertes. Il nous a paru
auſſi qu'il auroit pu mettre plus de netteté
dans ſes idées & plus de clarté
dans ſon ſtyle; mais , à tous les égards , le
jugement de ſon Ouvrage appartient à des
juges plus inſtruits que nous , & il les
trouvera dans les grands Phyficiens & les
grands Médecins de nos jours.
SPECTACLES.
Les Deux Soirées , Conte qui n'en est pas un.
IL eſt un réduit public , fitué au ſein de la
Capitale, où ſe raſſemblent ordinairement
nosoififs, nos nouvelliſtes & les jugesmodernesdenosArts
.Nous étions au premierjour de
cette année; on venoit de repréſenter , pour
la première fois, la Double Épreuve , ou
Colinette à la Cour, Comédie-Opéra en trois
Actes, muſique de M. Grétry , & je me propofois
d'écouter ce qu'en diroient les Amateurs
quiy tiennent leurs aſſiſes. Je tournai
mes pas vers ce réduit. Un homme me précédoit
, il entre. A fon aſpect , la voûte retentit
d'un bruit pareil à celui que produit la
foudre quand ſes éclats ſont répétés par une
90
MERCURE
longue ſuite d'échos. Cet homme s'intéreſfoit
à l'Ouvrage qu'on venoit de jouer , &
principalement à la muſique. Le ſuccès avoit
éré un peu équivoque ; en conſequence on
l'entoura , on lui parla , on le harcela , on le
perfécuta. D'un ton moitié railleur & moitié
réſigné , mon homme prend froidement un
tabouret , s'y place , & dit : « Parlez ,
>> Meſſieurs , parlez , les rieurs font pour
>> vous. » Auffitôt chacun de prononcer , de
blâmer le Poëme , de demander comment
on avoit pu ſonger à prendre un ſujet ſi
agréablement traité par Favart , dans Ninette
à la Cour, pour en faire un Drame ſans intérêt
, découſu, écrit avec une négligence impardonnable,&
chargéd'acceſſoires qui enarrêtoient&
en prolongeoient la marche à chaque
inſtant. Le Muſicien n'étoit pas plusmé
nage. Travailler ſur un Ouvrage commeceluilà!
s'écrioit- on. Porter à l'Opéra le Comique
bouffon, dénaturer le genre propre à ce
Spectacle ! Et c'eſt un homme de mérite , un
Compoſiteur charmant , qui donne le premier
exemple d'une pareille tentative ! En
vérité, c'eſt une choſe impardonnable. Mais ,
Meſſieurs , dit l'homme au tabouret : Et le
Seigneur Bienfaiſant ? .... Le Seigneur Bienfaiſant!
s'écrie un gros Monfieur , n'est pas
du genre bouffon. Ilm'offre tout ſimplement
des vendangeurs en joie & fans caricature ,
&les fituations intéreſſantes dont il eſt plein
condamnent abſolument votre comparaiſon.
Chaque moment amenoit au réduit un nou
DE FRANCE
91
veau juge; le bruit redoubloit , on ne s'entendoit
plus , je levai le ſiège & je partis.
Deuxjours après , en ſortant de la ſeconde
repréſentation du même Ouvrage , je revois
mon homme ; il étoit gai , le ſuccès avoit
été complet. Il prend ſa route pour le même
lieu.Je le ſuis encore. Il entre la tête levée,
le viſage rayonnant de plaiſir ; il parle haut ,
queſtionne avec fermeté. Les Auditeurs lui ré
pondent fans le regarder. Quant aux applaudiſſemens
que l'Ouvrage vient d'avoir, ils
demandent ce que cela prouve; & là-deſſus ,
on cite vingt productions repréſentées avec
ſuccès ,& qui font tombées dans l'oubli. Le
choc recommence bientôt. A voir la fureur
avec laquelle on s'attaquoit de part & d'autre
, on auroit cru qu'il s'agiſſoit de l'affaire
d'Étatlaplus importante. Je ſerois peut-être
forti fans tirer plusde fruit de ma ſeconde
démarche que de ma première , quand un
homme d'un caractère grave ,&qui avoit
juſqu'alors écouté en filence , prit la parole,
&dit: " Bon Dieu! Meſſieurs , ſommes-nous
>> au ſabat ? Si nous voulons nous éclairer mu-
>> tuellement , parlons de manière à nous en-
» tendre. D'une voix unanime on le pria de
dire ſon avis. Le voici à peu-près dans les
mêmes termes dont ils'eſt ſervi.-« C'eſt peu
>>de choſe que le titre d'une Comédie; je ne
» ſais pas pourquoi il eſt ſi ſouvent mal
choiſi. Celui du nouvel Opéra n'eſt pas
>> juſte. Colinette feint d'aimer le Prince Al-
>> phonfepour tenter de corriger Julien de ſa
92 MERCURE
> jalousie ; le Prince feint de ſon côtéd'aimer
» Colinette , pour exciter celle de la Com-
>> teſſe Amélie: ce n'eſt pas là une double
>> épreuve , c'eſt une double ruſe. Mais paf-
>> ſons vite. En imitant Favart, il falloit tâcher
» de reſter àcôté de lui. Pourquoi donnerde
> la coquetterie à Colinette avant qu'elle ait
>> lieu de ſe plaindre de ſon amant ? c'eſt pri-
>> ver ce perſonnage d'une partie de l'intérêt
>> qu'il pouvoit inſpirer. Pourquoi inſtruire
>>tout-à-couple Public de ce qu'on projette,
> & lui laiffer voir clairement le noeud & le
>> dénouement? c'eſt briſer l'effet dela curio-
>> fité. Chez Favart , Ninette feint de la
>> coquetterie pour ſe venger de la brutalité
>>de Colas. Aſtolphe a réellement pris du
>>goût pour la jeune Paysanne ,& ſes com-
>>bats entre le deſir de fatisfaire fon goût
» & ce qu'il doit à Emilie les cha-
>>grins de celle - ci , la généroſité de Ni-
>> nette, tout ſe réunit pour attacher. L'i-
>> mitateur s'eſt privé volontairement de
>> tous ces avantages. Le caractère de ſa
» Comteſſe eſt du Marivaudage tout pur.
» Son troiſième acte eſt nul, puiſque l'action
>> principale eſt terminée à la fin du ſecond.
» On a accumulé les fêtes peut- être un peu
» légèrement. Au premier Acte , on voit
>> l'une auprès de l'autre une Pipée & la
fête du May ; c'eſt confondre les plaiſirs
» du Printems avec ceux de l'Automne . Au
ſecond Acte , on eſt un peu ſurpris de
> voit deux perſonnes qui logent dans le
"
DE FRANCE.
93
. même Château, ſe donner chacune une fête
» dans la même journée. Tout cela n'eſt pas
>> plus vraiſemblable que la fingulière obfti-
- nation de la Comteſſe qui ſe croit outragée
>>dans la fête qu'on luidonne,qui lacroit ima-
>> ginée pour une autre femme, tandis qu'une
>> Bohémiennelui chante des couplets où elle
➤ l'inftruit de tout ce que le Prince eſpère.
> Voilà ce que je penſe du Poëme , ou ily a
>> d'ailleurs quelques détails agréables. Quant
"
ود
à la Muſique , on l'a peut-être jugée trèsſévèrement.
J'y vois partout de l'eſprit, de
>> la fineffe , de la grâce. Je vois des morceaux
>> d'enſemble bien entendus , des Duos rem-
>> plisd'expreſſion , des Airs de Ballets pleins
>>de fraîcheur. J'avoue auſſi que j'y trouvedes
>> reminifcences , des traits communs , des
> idées mal apperçues , de la groſſe bouffon-
>> nerie; maisjevous propoſe une queſtion.La
- voici. L'expreſſion que la muſique peut prê-
" ter au Comique bouffon n'eſt- elle pas dif-
>>ficile à ſaiſir&à varier, ſurtout à P'Opéra ,
» Je le crois. Si la muſique eſt un langage
>> conventionnel , ce langage rentre dans les
>> principes rigoureux des Arts ; il exige de
>> la nobleſſe même dans les nuances qui ſe
>>rapprochent de la nature la plus ſimple ,
» & les bons eſprits doivent ſe révolter
>>contre tout ce qui bleſſe les conven-
» tions de l'art, L'Artiſte qui s'en écarte ,
" marche , pour ainfi- dire , fans boufſole ,
>> il lui eft facile de s'égarer. Plus il a de mé-
⚫⚫nte, plus il eſt jugé rigoureuſement , & je
94
MERCURE
» crois que notre charmant Grétry en eft
là. Auſurplus, cette production lui fait en-
>> core beaucoup d'honneur , malgré les re-
> proches qu'on peut lui faire. Vous me de-
>> manderez peut- être ſi je crois le Comique
> bouffon propre à être porté ſur la Scène Lv.
>> rique? Je ne le crois pas. La Comédie eſt
>> du reffort de ce Théâtre, fans doute ; mais
• elle doit y avoir un caractère relevé. Si
" ellenel'apas, elle forcera les Acteurs de ce
>>Spectacle à deſcendre à l'habitude d'un jeu
• comiquecapablede détruire chez eux celle
> du jeu noble,&qui convient au grand genre.
Leur voix qu'ils doivent, dans l'ancien
• ſyſteme,accoutumer à prendre des accens
fiers& foutenus , ne pourra fe plier à la
facilité qu'exige un ſyſtême Bouffon , & le
travail qu'ils feront les rendra foibles
"
"
ود dans l'un&dans l'autre. Aura t'on deux
, troupes ? L'Académie Royale de Muſique
» a déjà bien de la peine à ſe tirer d'af-
ود faires avecles charges qu'elle a; doublez-
» les, vous la ruinez ſans reſſource. La
danſe ſeule peut gagner à cette innovation
; & j'oſe dire que ſi l'on s'obſtine
"
"
ود àtravailler dans le genre qu'on nous pré-
, ſente aujourd'hui , nous aurons ici d'ex-
» cellens Danſfeurs , mais jamais de Mufi-
" ciens. Enfin , pour être jüſte , je conviens
, que Mlle Audinot a joué le rôle de Coli-
» nette avec beaucoup d'intérêt & d'eſprit ;
„ que MelleGuimard&lejeuneVeftris m'ont
>> enchanté; que les Ballets font charmans,&
DE FRANCE.
95
➡ que Daubervaly a montré comme exécu-
> tant&comme Compoſiteur, tout le talent
» qu'onpeutdeſirer ; mais, pour ma part, comi
.. meami duThéâtre, je redoute ce qu'un pa-
ود
"
reil ouvrage peut entraîner d'inconvéniens
funeſtes à l'Opéra. Voilà mon avis ; & je
>> ne prétends pas qu'il ſoit fait pour prou-
> ver à perſonne qu'il ait eu tort ou raiſon
→ de prendre du plaiſir aux repréſentations de
■ la Double Épreuve. » Pendant ce difcours
l'homme au tabouret prenoit une glace,
qu'il abandonnoit pour ſourire au diſcoureur
quand il abondoit dans ſon ſens ,& qu'il
reprenoit d'un air ſérieux quand. il ne le
trouvoit pas de ſon avis. A la fin , le Parleur
qui m'avoit toujours regardé , ſe retourna&
ne vit perſonne autour de nous.
Comment , dit - il , nous ne ſommes que
trois ici ! Pourquoi donc tous ces Meſſieurs
nous ont- ils quittés ? Monfieur,lui dis-je, rien
de plus naturel : voilà ,fur certains eſprits ,
l'effet que produiſent toujours la ſageffe &
laraifon.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
LEE Guide de Flandre & de Hollande , par M.
B. Volume in- 12. A Paris , chez Colombier , Libraire,
rue des Mathurins.
Lettres écrites de Suiſſe , d'Italie , de Sicile &
deMalthe, par M..... Avocat en Parlement , de pluſieurs
Académies , à Mademoiselle ...... , à
Paris, en 1776 , 1777 & 1778 , 6 Volumes in- 12.
96 MERCURE
AAmſterdam , & à Paris , chez B. Morin , Libraire
rue S. Jacques.
Effais de Sermons prêchés à l'Hôtel-Dieu de
Paris, par M. M... Docteur en Théologie , Volume
in- 12. A Paris , chez Berton , Libraire , rue Saint
Victor , vis-à vis le Séminaire Saint Nicolas.
L'Amusement des Amateurs , Almanach dédié à
Mgr le Dauphin. A Paris , chez Girard , Marchand
de Muſique , rue du Roule .
Géographie comparée , ſixième Livraiſon , renfermant
la Géographie phyſique & la Géographie ancienne
de l'Eſpagne , in- 8 °. , par M. Mentel. A
Paris , chez l'Auteur, rue de Seine , à l'Hôtel de
Mayenne , & chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet ; Nyon le jeune, Libraire , quai des
Quatre-Nations.
On vient de mettre en vente à l'Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , le Vingtième Cahier des Quadrupedes
enluminés. Prix , 7 liv. 4 fols.
68
Sur la Naissance de Mgr. le Réflexions Philosophiques fur
TABLE.
VERS à M. Def..... 49 Collection Académique ,
Dauphin, SI la Civilisation ,
12 ce de l'Homme ,
Bouquet à Sophie ,
Enigme&Logogryphe , 53 n'en est pas un ,
76
Pour mettre fous le Portrait de Nouveaux Elémens de la Scien-
M. deBroffes , 84
52 Les Deux Soirées , Conte qui
Traduction des Odes d'Ho- Annonces Littéraires ,
race, 541
APPROΒΑΤΙΟ Ν.
४१
95
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Janvier. Je n'v al
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreſtion.A Paris ,
Le 11 Janvier 1782. DESANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES .
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 12 Novemb.
LE Reïs Effendi ou Grand- Chancelier a
étédiſgracié le 8 de ce mois , & a reçu ordre
departir ſur le-champ pour Gallipoli , où il
en attendra un nouveau , qui le relèguera
peut être dans l'Iſle de Chypre. L'Effendi
Brilikitſchi a été nommé pour le remplacer.
Le nouveau Bacha de Servie eſt arrivé à
Belgrade avec une ſuite de 700 perſonnes ;
il a laillé dans tous les endroits où il a paſſé
des marques de bonté & de générofité.
>> Kara-Bekir-Zada-Méhémed Aga, écrit-on de
Smyrne , envoyé par la fublime Porte à Alger , pour
y réclamer les vaiſſeaux pris par les corſaires de
cetteplace malgré le pavillon Impérial qu'ils portoient
, eft arrivé ici; il s'eſt abouché , dans ſon trajet,
avec le Capitan Bacha qui , pour donner plus de
poids àla commiſſion dont il eſt chargé , lui a remis
des lettres de recommandation très-preſſantes ; à
peine a-t-il été arrivé dans cette Ville qu'il a loué
12 Janvier 1782 . c
( 50 )
on navire Raguſain qui doit le porter au lieu de
ſa deftination. L'Agent des parties intéreſlées qui
l'accompagne , M. Luigi-Timoni , s'embarque avec
lui sc.
Maksud Gherai , Prince Tartare , que le
Divan avoit nommé à deux repriſes Khan
de Crimée , vient de mourir dans la terre
qui lui ſervoit de retraite.
RUSSI E.
De PÉTERSBOURG , le 30 Novemb.
د
Les régimens qu'on avoit fait défiler du
côté de la Crimée , ont reçu ordre de s'arrêter
proviſionnellement dans les lieux où
ils ſe trouvent ; les troubles qui s'étoient
élevés dans le Cuban plutôt qu'en Crimée
entre quelques hordes de Tartares , avoient
donné lieu à ce mouvement ; on apprend
aujourd'hui qu'ils font appaiſes. Quatre régimens
ſeuls doivent pourſuivre leur route ;
ils font deſtinés à relever un pareil nombre
de troupes ſur les frontières du Cuban .
Le Roi de Danemarck ayant fait battre
depuis quelque tems des rixdales qui doivent
être envoyées & négociées pour le
commerce dans les Pays étrangers , a obtenu
de notre Cour qu'elle permette l'introduction
de ces eſpèces dans l'Empire , où elles
peuvent avoir cours comme celles de Hollande.
L'Ukaſe accordé à ce ſujet vient
d'être expédié.
( 51 )
-
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 30 Novembre.
La flotte de 60 navires marchands neutres
partie au commencement du mois dernier
du Texel , ſous le convoi d'une de nos
frégates de guerre , & deſtinée pour divers
ports de la Baltique , a été rencontrée entre
le Texel & Doggersbanks par quelques vaifſeaux
de guerre de l'eſcadre du Coinmodore
Steward, qui ont voulu la viſiter ; mais l'Officier
Suédois s'y eſt oppoſé ,& les Anglois
n'ont pas inſiſté. La Cour de Londres n'a
pas manqué de porter des plaintes de ce
refus , en diſant qu'elle étoit autoriſée à
faire cette viſite , par les articles mêmes de
la convention de la neutralité armée , conclue
entre les trois Cours du Nord. La
nôtre lui a répondu qu'elle approuvoit la
conduite de l'Officier Suédois , qui n'avoit
point agi d'une manière contraire à la convention
citée , puiſque ce qui étoit arrêté
dans ce Traité , relativement à la viſite des
vaiſſeaux , ne regardoit que les navires qui
marchoient fans convoi , & nullement les
autres qui , par leur convoi , ſe trouvoient
ſous la protection d'un Souverain .
Nous nous attendons cette année à un
rude hivet; il eſt tombé une ſi grande quantité
de neige , que le cours des traîneaux
eſt déjà établi; & il a gelé fi fort que l'on
paſſe le lac Meler à pied ſur la glace,
C2
(52 )
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le Is Décembre.
Le Comte & la Conteſſe du Nord con
tinuent de voir tout ce que cette Capitale
offre de remarquable ; ils ont viſité dernièrement
les Arſenaux , l'Ecole nationale , les
Fabriques , la Chancellerie , &c. Ils ont auſſi
honoré de leurs viſites pluſieurs Sayans diftingués
; on croit qu'ils partiront d'ici le 8
du mois prochain , pour aller paſſer le Carnaval
à Veniſe .
On dit qu'après leur départ la jeune Princeſſe
de Wurtemberg entrera dans un Couvent
pour s'y faire inſtruire des fondemens
de la Religion Catholique Romaine , que
cette Princeſſe doit embraſſer , en qualité
de future épouſe du Prince François-Joſeph,
fils du Grand-Duc de Toſcane.
L'Empereur vient d'ordonner, par un Edit
en date du 9 du mois dernier , que les Religieux
qui obtiennent des diſpenſes pour
quitter leurs Ordres & rentrer dans le monde
en qualité de Prêtres féculiers , ne pourront
pas réclamer des ſucceſſions qui feront
devenues vacantes , & dont ſe ſeront ſaiſis
leurs co-héritiers pendant qu'ils étoient Religieux
; les droits dans lesquels ils rentreront
, ne feront que pour les ſucceſſions à ve
nir , & n'auront point d'effet rétroactif.
De HAMBOURG , le 20 Décembre.
On dit que la Cour de Vienne a fait
faire , il y a quelques années , à celle de
Pétersbourg des propoſitions relatives à quelques
arrangemens à prendre à l'égard du
commerce & de la navigation entre les
ports de Ruſſie ſur la mer Noire , & les
Etats d'Autriche par la même mer , tant
vers le Danube , que par le canal de Conftantinople
, l'Archipel &le golphe de Venife.
Comme les circonstances alors ne paroiſſoient
pas favorables pour de pareils
arrangemens , ce projet fut ſuſpendu ; s'il
faut en croire pluſieurs de nos papiers ,
on vient de le remettre ſur le tapis , & il
ya des conférences entre les Miniſtres des
deux Cours ſur ce ſujet.
L'acte d'acceſſion de l'Empereur à la neutralité
armée eſt maintenant public ; il eſt
de la teneur ſuivante.
>>>Joſeph II , &c. Ayant été invité amicalement
par S. M. l'Impératrice de toutes les Ruffie de concourir
avec elle à la conſolidation des principes de
neutralité ſur mer , tendant au maintien de la liberté
du commercemaritime & de la navigation des puiſ
fances neutres ,qu'elle a expoſés dans ſa déclaration
du 20 Février 1780 , remiſe de ſa part aux puiſſances
belligérantes , leſquels principes portent en ſubſtance,
-Que les vaitſeaux neutres puiffent naviguer librement
de port en port & fur les côtes des nations en
guerre. Que les effets appartenans aux ſujets des
puiſſances en guerre foient libres ſur les vaifſeaux
neutres , à l'exception des marchandises de contrebande.
Qu'il ne foit conſidéré comme telles , que les
C3
( 54
-
marchandiſes énoncées dans les articles 10& 11 dư
trairé de commerce conclu entre la Ruffie & la G. B.
le 20 Juin 1766. Que pour déterminer ce qui caractériſe
un port bloqué , on n'accorde cette dénomination
qu'à celui où il y a , par la diſpoſition de
la puifſſance qui l'attaque avec des vaiſſeaux ſuffiſamment
proches , un danger évident d'y entrer. Enfin ,
que ces principes ſervent de règle dans les procédures.
&les jugemens ſur la légalité des prifes. - Er ,
faditeM. I. detoutes les Ruſſies nous ayant propoſé
à cet effet de manifefter par un acte d'acceffion
formelle , non-feulement notre pleine adhéſion à ces
mêmes principes , mais encore notre concours immédiat
aux meſures pour en aſſurer l'exécution ,
que nous adopterions de notre côté , en contractant
réciproquement avec S. M. les engagemens & ſtipulations
ſuivans , ſavoir : 1 °. Que de part &
d'autre on continuera d'obſerver la neutralité la plus
exacte , & on tiendra la main à la plus rigoureuſe
exécution des défenſes portées contre le commerce
de contrebande de leurs ſujets reſpectifs , avec qui
que ce ſoit des puiſſances déja en guerre ou qui
pourront y entrer dans la ſuite. 2°. Que fi malgré
tous les foins employés à cet effet ,les vaiſſeaux
marchands de l'une des deux puiſſances étoient
pris ou inſultés par des vaſſeaux quelconques
des puitlances belligérantes , les plaintes de la
puiſſance léfée ſeront appuyées de la manière la plus
efficace par l'autre que ſi l'on refuſoit de rendre
justice fur ces plaintes , elles ſe concerterent incefſamment
ſur la manière la plus propre à ſe la
procurer par de juſtes repréſailles. 3 °. Que s'il arrivoit
que l'une ou l'autre des deux puiſſances , ou
toutes les deux enſemble , à l'occaſion ou en haîne
du préſent accord , fut inquiétée , moleſtée ou attaquée
, alors elles feront cauſe commune entr'elles
pour ſe défendre réciproquement , & pour travailler
de concert à ſe procurer une pleine & entière fatis-
faction , tant pour l'inſulte faite à leur pavillon ,que
pour les pertes causées à leurs ſujets. 4º. Que ces
ſtipulations feront confidérées de part & d'autre
comme permanentes & faiſant règle , toutes les fois
qu'il s'agira d'apprécier les droits de neutralité.
5°. Que les deux puiſſances communiqueront ami
calement leur préſent concert mutuel à toutes les
puiſſances qui font actuellement en guerre. -- Nous ,
voulant par un effet de l'amitié ſincère qui nous unit
heureuſement à S. M. l'Impératrice de toutes les
Ruffies , ainſi que pour le bien être de l'Europe en
général&de nos pays& ſujets en particulier , contribuer
de notre côté à l'exécution de vues , de priacipes
&de meſures auſſi ſalutaires que conformes aux
notions les plus évidentes du droit des gens , avons
réſolu d'y accéder , comme nous y accédons formellement
en vertu du préſent acte : promettant &
nous engageant folemnellement , de même que S.
M. l'Impératrice de toutes les Ruffies s'engage
envers nous , d'obſerver , exécuter &garantir tous
les points & ftipulations ci-deſſus.
On regarde cet acte d'acceptation , & lcs.
principes qui fervent de baſe à la neutralité
, comme un moyen d'accélérer la paix
de l'Europe , &peut- être de la rendre durable;
fi les projets de paix perpétuelle ne
font que de beaux rêves , on ne peut nier
qu'ils ne foient ceux d'un homme de bien.
, >> Il eſt bien difficile , diſoit J. J. Rouſſeau
qu'une pareille matière laiſſe un homme ſenſible &
vertueux exempt d'un peu d'enthouſiaſme ; & je ne
fais fi l'illuſion d'un coeur véritablement humain , à
qui fon zèle rend tout facile , n'eſt pas en cela
préférable à cette âpre & repouſſante raiſon , qui
trouve toujours dans ſon indifférence pour le bien
public , le premier obſtacle à tout ce qui peut le
favorifer ,
C4
( 56 )
Quoiqu'il en ſoit , on ſe flatte que les
Puiſſances belligérantes s'empreſſeront , à
l'exception de l'Angleterre peut-être , mais
qu'on peut y forcer , d'adopter quand le
tems ſera venu , les principes de la neutralité
armée , & de donner les mains à
un arrangement qui aſſurera un long repos
à l'Europe.
,
>> S. M. I. , lit-on dans la plupart de nos papiers ,
ajugé à propos de ſupprimer dans ſes Etats tous
les Couvens des Ordres Religieux qui mènent une
vie purement contemplative. Les Chartreux & les
Camaldules feront , dit-on , ſupprimés ; il ſera libre
aux Membres de ces Maiſons d'entrer dans
d'autres Ordres , ou de rentrer dans le monde
, pour ſe vouer à l'inſtruction de la jeuneſſe
&donner des foins aux malades. On prétend que
les Lettres-Patentes à ce ſujet ne tarderont pas à
être publiées , & qu'elles ordonnent la fuppreffion
debien d'autres Ordres encore. -On aſſure qu'il
n'y aura à l'avenir , dans tous les Etats héréditaires
que quatre Univerſités ; (avoir , à Vienne ,
à Prague , à Bude & à Lemberg ; & que les aurres
feront fupprimées ; en général , il y a lieu de croire
qu'il ſera falt inceſſamment des réformes utiles
dans tous les Colleges , pour l'inſtruction de la
jeuneſſe.
ESPAGNE.
De CADIX , le 23 Novembre.
AVANT-HIER il arriva ici un courier du
Cabinet , & hier on a vu les vaiſſeaux
François l'Illuftre & le St- Michel , faire
des diſpoſitions & des embarcations qui
annoncent qu'ils mettront bientôt à la
( 57 )
voile. On dit ici qu'ils prendront à bord
un million de piastres , & que leur deſtination
eſt pour les Indes Orientales. Si M.
de Buffy & quelques autres Officiers François
ſont en route , comme le bruit s'en
eſt répandu , & qu'ils doivent s'embarquer
fur ces vaiſſeaux , il n'eſt pas douteux qu'ils
ne ſe rendent en Afie.
La frégate la Sainte-Barbe nous a encore
amené, il y a quatre jours , un cutter Anglois
, chargé de vivres & de munitions
pour Gibraltar. Nous apprenons d'Algéſiras
, que nos chaloupes canonnières ont eu
le même ſuccès contre une bélandre qui
cherchoit à ſe gliſſer dans la place. Ainfi
de tous les bâtimens ſortis d'Angleterre depuis
deux mois pour ravitailler Gibraltar ,
il n'y en a que deux qui ſoient parvenus
àleur deſtination.
Il fait un tems affreux en mer depuis
: 3 ou 4 jours. Le vaiſſeau le Saint- Ifidore
eft en vue fans pouvoir entrer dans la baye ;
il amène avec lui une frégate de Salé. Nonſeulement
le gros tems en éloignant nos
Croiſeurs eſt favorable à toutes les embarcations
ennemies , qui cherchent à pénétrer
dans le détroit , mais il empêche
encore le départ du convoi & des vaiſſeaux
qui font bientôt prêts à mettre en mer.
>>>On travaille avec activité , écrit - on du camp
de Saint-Roch , à réparer le dégât que l'ennemi fit
dans nos lignes la nuit du 27 au 28 du mois dernier.
Les canons& les mortiers ont été bientôt remis
en état de ſervir; il n'en eſt pas de même de
cs
( 8 )
la tranchée &des batteries ; il faudra un peu plus
de tems pour les rétablir entièrement. - Il eſt
arrivé au camp un parlementaire du Gouverneur de
la place , portant des lettres des Officiers faits prifonniers
dans l'attaque du 27. Celui de l'artillerie ,
bleſfé à la jambe , de deux coups de feu , a été
obligé de ſe la faire couper. Il ſe loue beaucoup
de l'humanité & des foins des Officiers Anglois.
Comme ſon état le réduit au bouillon , il demande
de la volaille , qu'il puiſſe mettre dans fon pot.
Les poules , en petit nombre qu'on trouve dans la
place , coûtent un doublon la pièce , c'est-à-dire ,
environ 15 liv.
Les dernières nouvelles que nous avons
de Mahon font du 2 de ce mois .
Des pluies continuelles , écrit-on de cetre Iſle , ont
étrangement dégradé les chemins de l'Ifle , & notamment
ceux qui conduiſent des cales aux batteries
nouvellement établies ; les batteries ellesmêmes
ont ſouffert de l'intempérie des ſaiſons ,
ainſi que la communication des unes aux autres ; de
forte que malgré l'activité des travaux qu'on a été
obligé de faire&d'interrompre à diverſes repriſes ,
ils n'ont pas acquis toute leur perfection. La difette
des beſtiaux pour les charrois a auſſi augmenté les
difficultés ; mais heureuſement le feu des affiégés
nous a causé fort peu de dommage. Il vient de
nous arriver des mulets de Provence qui rendent
àpréſent le ſervice plus facile. Notre Général ,
également aimé dans les deux armées , entretient
entr'elles cet eſprit de concert & d'union qui préſage
les plus grands ſuccès. Il y a déja fix batteries
achevées , & l'on compte que dans le cours de
ce mois , ou dans les premiers jours du ſuivant
120 pièces de canon & plus de 30 mortiers battront
à la fois le fort St-Philippe. Notre Général
ne veut pas que le feu commence avant que toute
l'artilleric puiffe jouer à la fois; les batteries les
( یو (
plus éloignées ne ſont pas à soo toifes de diſtance,
& les plus rapprochées ſont à 150 ; toutes les
communications ſont établies ; en même-tems il a
été élevé des batteries vers les endroits où l'ennemi
pourroit tenter un débarquement .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 29 Décembre.
Nous n'avons point de nouvelles ulté
rieures de l'Amérique Septentrionale , depuis
celles qui nous font arrivées le 9 de
ce mois , & qui ne nous ont rien appris
de nouveau , finon la deſtination de nos
forces navales à New- Yorck & aux Ifles ;
ce qui , en nous faiſant connoître leur véritable
état , ne nous raffure pas fur les évènemens
auxquels la grande ſupériorité de
nos ennemis peut donner lieu. Pour faire
diverſion aux inquiétudes que nous donne
le fort de notre armée à Charles - Town ,
depuis que le Marquis de la Fayette eſt parti
avec un corps de troupes pour renforcer
le Général Gréen , on a publié avec affectation
les articles fuivans , tirés des papiers
Américains.
» De New- Yorck , le 6 Novembre. Nous apprenons
que le Chevalier John Johnfon a- traverſe
Je lac Ontario , avec un gros corps de troupes , &c.
que delà il s'eſt rendu à Koeal Kill for la rivière
d'Hudſon ; d'un autre côté , 3000 hommes aux ordres
du Général Riedezel , ont traverſé le lac George
&le lac du Sacrement. Le Général Schuyler a envoyé
aufli-tôr un exprès au Général Américain Clinton
pour lui annoncer qu'il croyoit qu'avant l'arrivée
c6
( 60 )
de fa lettre, les troupes Angloiſes auroient déja pénétré
juſqu'à Saratoga. Sur ces nouvelles , on a
raflembléles milices , & 2 Brigades doivent partir de
Weſt-Point, pour s'oppoſer à cette incurfion redoutable&
inattendue ſur la provincede New-Yorck.
De Norwich , le 12 Octobre. Un particulier qui
arrive de l'Ouest , nous informe qu'un détachement
de notre cavalerie légère , qui eft au camp ,
a ordre de ſe rendre dans l'Etat de Vermont , fur
l'avis qui vient d'être reçu , que les habitans craignent
avec raiſon d'être attaqués dans leurs établiſ
ſemens , par une troupe de Toris & de Sauvages
du Canada , aux ordres du célèbre Johnſon .
De Fishkill , le 18 Octobre. Les dernières nouvelles
du Nord font craindre en effet une viſite
de l'ennemi dans cette partie. On dit qu'il s'eſt
avancé juſqu'à l'extrémité méridionale du lacGeorge
, avec des forces affez conſidérables , mais dont
on ignore lenombre. Les milices des environs prennent
les meſures les plus vigoureuſes. Un corps de
troupes réglées , dont une partie eſt déja à Albany ,
apaflé par cette ville le is de ce mois , pour ſe
rendre à Fishkill-Landing , & s'y embarquer à bord
des bâtimens préparés pour cet objet « .
-
Il réſulteroit de ces articles qu'en effet
on tente une expédition , & qu'on profite
pour cela de l'éloignement du Général Washington
, qui eft en Virginie avec ſon arimée
; mais il nous ſemble que ce n'eſt pas
du Canada que l'on auroit dû faire partir les
troupes qu'on en a chargées. Nos Miniſtres
& nos Généraux devroient être dégoûtés de
prendre ou de faire prendre à nos armées
une route fi longue , ſi pénible , fi embarraffée
d'obstacles , au milieu de déferts immenfes
quin'offrent aucune habitation, & od
( 61 )
il faut traîner après foi les proviſions dom
on a beſoin; l'exemple du Général Burgoyne
devroit être toujours ſous leurs yeux; mais
il paroît qu'ils ſuivent fidèlement leurs anciens
principes , qu'ils ne ſavent tracer aucunplan
raiſonnable , & que c'eſt toujours
du plus loin qu'ils font venir les troupes
qu'ils veulent employer à quelque coup.
Cela eft fait pour étonner les militaires ; il
n'eſt pas douteux que les Américains ne
s'attendent pas à de pareilles combinaiſons ;
mais il ne l'eſt pas non plus qu'ils ne peuventguère
s'en inquiéter.
Une lettre de Terre-Neuve porte , que
depuis que les vaiſſeaux de guerre ont quitté
la ſtation de New-Yorck , la mer fourmille
de corſaires François & Américains , de
forte qu'aucun vaifleau ne peut mettre à la
voile ſans danger d'être pris. 3 bâtimens qui
avoient appareillé pour Livourne , ont été
enlevés par les Américains & envoyés à
Salem.
Nos dernières nouvelles des Ifles nous
donnent les plus vives inquiétudes pour la
Barbade , que l'on dit ici que nous avons
déjà perdue ; nous ſavons ſeulement que
nos établiſſemens ſont menacés , & que le
Gouverneur de la Martinique eſt parti avec
1200 hommes ; que celui de Sre-Lucie craignant
que la Barbade fût le véritable objer
de cette expédition , a dégarni ſon Ifle pour
renforcer celle là. Les premières lettres nous
inftruiront mieux ; elles nous apprendront
( 62 )
de quel côté ſe ſera porté le Marquis de
Bouillé , & on s'attend à apprendre que
nous avons fait quelque perte de ces côtés.
L'Amiral Kempenfeld eſt rentré à Portfmouth
le 20 de ce mois avec la majeure
partie de ſon eſcadr ; ſavoir , la Britannia
& la Victoire , de 100 canons; la Reine &
l'Océan , de 98 ; l'Union ,, de 90 ; 'Alexandre
, le Vaillant , le Courageux & l'Edgar,
de 74 ; ce qui fait en tout 9 vaiſſeaux :
le Medway étoit rentré précédemment à
Plymouth . On dit qu'il a laiffé 2 vaiſſeaux
en mer pour obſerver les mouvemens de
P'efcadre Françoiſe , & qu'il a détaché le
brûlot la Tifiphone , qui est une chaloupe
conftruite à neuf , pour aller informer
l'Amiral Hood de l'approche de la flotte
ennemie , & avertir nos Iſles de ſe
tenir ſur leurs gardes. On ne fait pas
encore au juſte le nombre des priſes qu'il a
faites ; la lifte miniſtérielle donnée le 20 de
ce mois , n'en nomme que 7 ; s'il y en avoit
réellement 20 , comme le Lord Sandwich
l'a alfuré au Parlement , il est bien fingulier
qu'elles ne foient pas arrivées , & qu'on
n'en ait pas donné la liſte complette. On
craint ici , avec affez de raiſon , que lorſque
P'Amiral en voyant la grande ſupériorité des
François , fit le ſignal de retraite , la plupart
de ſes priſes n'aient regagné leur convoi.
-On est perfuadé ici que toute l'eſcadre
Françoiſe ſe rend en Amérique ; & cela est
au moins douteux. M. de Graffe qui y a
( 63 )
36 vaiſſeaux , n'a pas beſoin d'en recevoir
19 de plus , fur-tout lorſque l'on fait que
les 13 qui font à la Havane peuvent le
joindre au premier moment. Quoi qu'il en
foit , il eſt inſtant que l'Amiral Rodney en
conduiſe un plus grand nombre que ceux
qu'on lui deſtinoit d'abord ; on lui donne ,
à ce qu'on affure , ceux de l'Amiral Kempenfeld
; mais il faut les approvifionner ,
en réparer quelques-uns , & cela exige du
tems ; quelque activité que l'on y mette
il doit s'écouler encore quelques jours. Or
dit que Rodney ne les attend pas , & qu'il
a dû partir au premier bon vent. On ignore
s'il a mis en effer à la voile. Le 25 il ne
l'avoit pas fait encore.
>> Nous attendons à chaque inſtant , écrivoit le 22
de ce mois un Officier dans la Sonde de Plymouth ,
où l'Amiral avoit cherché un abri plus für que ne
lui offroit la baie de Cauſand , nous attendons à
chaque inſtant le ſignal du départ; il ſera fait au
moment où le vent le permettra, Les mouvemens
de Sir George ſont ſi rapides , qu'aucun de nous
n'oſe aller à terre , crainte d'être laiſſé derrière.
Nous partons fans attendre nos renforts , avec les
forces que nous avions en arrivant ici ( c'est-àdire
, 7 vaiſſeaux ) , auxquels on a ajouté le Malborough
, de 74 , & le Repulse , de 64. Nos renforts
mettront ſucceſſivement à la voile , & porteront
la totalité de notre eſcadre à 18 vaiſſeaux
de ligne. L'eſpèce detempête qui règne ſur nos
côtes , nous fait eſpérer que le convoi François ,
récemment forti de. Breſt , aura été diſperſé , & a
dû conſidérablement fouffrir «.
Il ſe peut qu'en effet le convoi de Breft
( 64 )
ait été contrarié par le mauvais tems; mais
il n'eſt pas vraiſemblable que ce tems quel
qu'il foit , arrête la diviſion deſtinée pour
l'Amérique ; les tranſports qui forment le
convoi ne devoient pas tous s'y rendre ,
& il eſt à préſumer que s'ils font difperſés
, ceux que l'on raſſemblera peuvent tous
prendre cette deſtination , plus preffée que
les autres ; & nous devons nous attendre
que Rodney en arrivant aux Ifles , y fera
réduit à l'inaction comme il l'y a été
déja dans la campagne précédente.
د
On eſt parvenu à remettre à Hot le vaifſeau
la Bellone , qui avoit échoué à la
hauteur des ſables de Déan , mais il eſt
conſidérablement endommagé ; le Duke &
la Quéen , qui mouilloient près l'un de
l'autre à Spithéad , ſe ſont abordés derniènièrement
& ſe ſont fait beaucoup de mal.
Ce font de nouvelles réparations qui occupent
exceſſivement nos Charpentiers , &
rallentiſſent les autres ouvrages dont ils ſont
chargés , & auxquels ils ont ordre de travailler
, même le Dimanche.
>> Les affaires de l'Amérique , lit-on dans un de
nos papiers , n'occupent pas moins la Nation que
les têtes Parlementaires. Pluſieurs commencent à
ouvrir les yeux fur la folie d'une guerre dont les
fuites ne peuvent plus qu'être onéreuſes , & l'iffue
humiliante. On prétend même que le Prince de
Galles s'eſt expliqué dans une fête publique ſur la
néceflité d'évacuer les places qui nous reſtent encore
en Amérique. Le Lord Southampton ayant
obſervé au jeune Prince qu'un tel procédé com
( 65 )
promettroit l'honneur du Roi. Cet honneur ne court
aucun danger , répliqua-t-il , car on le trouvera
toujours où il fera placé. On fait que le Secrétaire
d'Etat pour le département de l'Amérique , le Lord
Germaine , en eſt le dépôt. Il paroît d'après la
dernière liſte du Congrès , qu'il y a actuellement
priſonniers chez les Américains , 36 Officiers Supérieurs
, plus de soo ayant des commiſſions , &
10600 fans commiffion & fimples foldats , fans
confpter l'armée du Général Burgoyne , qui a preb
que toute pris parti dans les armées Américaines ".
La réponſe que le Ministère a fait remettre
au Baron de Nolken , Envoyé de
Suède , pour lui notifier l'acceptation de
la médiation de la Ruffie pour une paix
particulière avec la Hollande , n'eſt pas
conçue avec moins de hauteur que celle
qui a été remiſe pour le même objet au
Miniſtre Ruſſe; elle ne doit pas moins déplaire
à la République ; & on ne doute
pas ici que ces pièces n'aliènent davantage
les eſprits , & ne hâtent l'alliance des Provinces-
Unies avec la maiſon de Bourbon ,
au lieu de la retarder comme cela paroiffoit
être le but de la Cour , en montrant
des diſpoſitions à faire cette paix.
Quoiqu'il en ſoit , cette pièce eft conçue
ainfi:
ဘ
éré
Laconſervation dela tranquillité publique aété le
premier objet des ſoins de S. M. pendant tout le cours
defonRègne. Le commencement de ceRègne a
ſignalé par le retour de la Paix-Le Roi a fait de
grands facrifices pour procurer ce bonheur à l'Humanité
; & il avoit lien de ſe flatter , que , par
cette modération au milicu de la Victoire , il affue
( 66 )
!
roit le repos public ſur des fondemens Colides &
durables : Mais ces eſpérances ont été trompées ,
& ces fondemens ont été ébranlés par la politique
ambitieuſe de la Cour de Versailles . Cette Cour ,
après avoir foutenu en ſecret la Rebellion allumée
en Amérique , s'eſt liguée ouvertement avec les
Sujets rebelles de S. M.; & par cette violation de la
foi publique , par cet acte d'hoftilité directe , elle
acommencé la guerre.- La conduite de la Répu
blique de Hollande , pendant tout le cours de eerte
guerre , a excité une indignation générale. Cette
Nation ſe préſente ſous un aſpect bien différent de
celui d'une Nation uniquement commerçante ; c'eſt
une Puiſſance reſpectable , liée depuis long-temps
avec la Grande- Bretagne , par l'alliance la plus
étroite. Le principal objet de cette alliance étoit leur
fûreté commune , & nommément leur protection
mutuelle contre les deſſeins ambitieux d'un Voifin
dangereux , que leurs efforts réunis ont ſi ſouvent
fait avorter pour leur bonheur réciproque & pour
celui de l'Europe entière. -La déſertion de tous
les principes de cette Alliance , que le Roi de for
côté avoit conftamment maintenus ; un refus obſtiné
de remplir les engagemens les plus facrés ; une in.
fraction journalière des Traités auſſi les plus facrés ;
des ſecours fournis à ces mêmes Ennemis , contre
leſiquels le Roi étoit en droit d'en réclamer ; un
aſyle & protection accordés dans les Ports Hollandois
aux Pirates Américains , en violation directe des
ſtipulations les plus claires & les plus précises ; & ,
pour combler la meſure un déni de fatisfaction &
de justice pour l'affront fait à la dignité du Roi par
une Ligue clandestine avec ſes Sujets rebelles ; tous
ces griefs accumulés n'ont laiſſé au Roi d'autre
parti à prendre , que celui qu'il a pris avec le regret
le plus ſenſible. En expoſant au Public les raiſons ,
qui ont rendu cette rupture inévitable , S. M. a
attribué la conduite de la République & ſa véritable
( 67 )
:
cauſe , à l'influence funefte d'une faction , qui facri
fioit l'intérêt national à des vues particulières :
Mais le Roi a marqué en même temps le deſir le
plus fincère de pouvoir ramenet la République à ce
ſyſtême d'union étroite , d'alliance efficace & de prorection
mutuelle , qui a tant contribué à la proſpérité
& à la gloire des deux Etats .- Lorſque l'Impératrice
de toutes les Ruffies a offert ſes bons
offices pour effectuer une réconciliation par une Paix
ſéparée , le Roi , en témoignant ſa juſte reconnoilfance
de cette nouvelle preuve d'une amitié qui lui
eſt ſi précieuſe , a évité de compromettre laMédiation
de S. M. I. dans une Négociation infructueuſe
; mais actuellement , qu'il y a quelques marques
d'un changement de diſpoſition dans la République ,
quelques indices d'une envie de retourner à ces principes
, que la partie la plus fage de la Nation Batave
n'a jamais déſertée , une Négociation pour une
Paix ſéparée entre le Roi & L. H. P. pourra s'ouvrir
avec quelque eſpérance de ſuccès ſous la Médiation
de l'Impératrice de toutes les Ruſſies , qui
a été la première à offrir ſes bons offices pour cet
ouvrage falutaire. Si S. M. n'en a pas profité d'abord,
c'eſt qu'il y avoit tout lieu de croire , que
Ja République ne cherchoit alors quà amuſer par
une Négociation infidieuſe: mais le Roi croiroit
mal répondre aux ſentimens , qui ont dicté ces premières
offres & manquer aux égards fi juſtement
dûs à S. M. I. & à la confiance qu'Elle inſpire , s'ib
affocioit à cette Médiation aucune autre , même
celle d'un Allié le plus reſpectable & pour qui le
Roi a l'amitié la plus ſincère..
On ne croit pas beaucoup à cette
paix prochaine avec les Provinces-Unies ;
mais le bruit qu'on en répand ici & dans
les pays étrangers , eſt aujourd'hui le thermomètre
de nos fonds; lorſqu'ils tombent ,
:
( 68 )
ees fonds baiffent , & on a ſoin de le
reſſuſciter pour les relever. Malgré cela ,
nous agiſſons toujours très- hoftileinent contre
la République ; la Compagnie des Indes
Orientales a fait publier l'extrait d'une lettre
du Comité choiſi. de Bombai , en date dr
28 Juillet , où il eſt dit que les ordres ont
été donnés pour chaſſer les Hollandois de
leurs factoreries à Broach & à Surate ; qu'on
a appris qu'ils avoient été exécutés avec
ſuccès , & qu'on ne doutoit point qu'on
y eût trouvé des effets conſidérables appartenans
à la Compagnie Hollandoiſe , qui
feront pour le profit de la Compagnie
Angloiſe. S'il en faut croire quelques-uns
de nos papiers , on n'a pas trouvé pour
moins de trois millions ſterling à Surate ;
c'eſt peut-être une exagération , mais elle
aproduit un bon effet , celui de faire hauſſer
de 3 pour cent les actions de la Compagnie.
>> Un des chefs du parti de l'Oppoſition , lit - on
dans un de nos papiers , vient de faire la balance
de ce que nous avons gagné & perdu dans la guerre
d'Amérique. - Pour l'empire & le commerce
exclusif d'Amérique , nous avons conquis une Iſle ;
pour la perte de 4 Iſles , nous avons pris une Ifle &
deux pauvres Plantations Hollandoiſes ; pour deux
flottes , nous avons un Fort que les Eſpagnols
avoient abandonné ; nous avons un Parlement
corrompu pour la perte de deux armées ; la misère
au-dedans , pour la perte de notre ſupériorité maritime
, & l'infamic au - delrors pour quatre - vingt
millions ſterling d'augmentation de la dette Nationale
«.
( 69 )
La Cour a reçu des dépêches de Gibraltar
le 21 de ce mois ; & juſqu'à ce jour elle
n'en a encore publié aucune ; elles font ,
dit- on , datées du commencement de ce
mois ; le Général Elliot y rend compte de
la fortie qu'il a faite la nuit du 26 au 27
Novembre , & dans laquelle , malgré une
réſiſtance fort brave & fort vigoureuſe de
la part des Eſpagnols , il réuffit à détruire
la grande batterie qui avoit cauſe de ſi
grands dommages à la ville & coûté tant
de tems , de peines & de dépenſes aux Affiégeants
pour l'établir. Il ſemble que le ſuccès
d'une fortie auroit mérité que le Gouvernement
en eût fait part à la nation ; on
conclut ici de ſon ſilence , que le ſuccès
n'a pas été auſſi conſidérable , ni auſſi important
qu'on le ſuppoſe , & que fur- tout
il ne rend pas la ſituation des aſſiégés meilleure.
Les Militaires remarquent que c'eſt
la première que le Général Elliot a faite
depuis le ſiége & le blocus de la place ;
ils penſent qu'il n'y auroit pas ſongé ſi ſa
garniſon ſouffrante &toujours inquiétée ,
n'avoit beſoin d'être occupée de quelque
expédition pour la tenir en haleine , faire
diverſion aux peines qu'elle éprouve , &
arrêter ſes murmures ; ils diſent que les
forties font toujours fréquentes à la fin des
fiéges ,& que le Général commence à jouer
de fon refte.
>>Pendant les 18 premières années de ſon règne ,
le Roi n'avoit montré que peu d'inclination pour
( 70 )
le plaifir de la chaſſe; mais depuis deux ou trois
ans , S. M. y a pris tant de goût , après avoir afſliſté
une fois à celle du cerf, qu'il ne ſe paſſe aujourd'hui
guères de ſemaine qu'elle ne s'amuſe à ce divertiſſement
, qui ne plaît pas moins au Prince de Galles.
Pour y fournir , on fait venir d'Allemagne de cerfs ;
on mande de Hanovre qu'on en a pris une vingtaine
qui ſont enfermés vivans chacun dans une cage ,
pour être tranſportés à Brême , & delà en Angleterre.
Les mêmes lettres de Hanovre portent
qu'on s'y occupe de tranſports d'une autre eſpèce
pour la Grande-Bretagne ; ce font des foldats Allemands
qu'on lève , autant qu'on le peut , pour les
envoyer en Amérique au printems prochain. Le
tranſport des troupes du Landgrave de Heſſe-Caffel ,
fera , à ce qu'on eſpère ,très-nombreux ; pour le
completter , des Officiers Heffois ſe ſont établis
tant à Francfort qu'à Braunfels, Nordheim, Mulhaufen
, & fur les confins de la Saxe ".
Pendant qu'on ne doute pas ici que la
Jamaïque ne ſoit menacée , & que la ſupériorité
des forces Françoiſes dans ces mers
donne de juſtes inquiétudes , elles ſont encore
augmentées par les troubles qui règnent
dans cette colonie , où il y a beaucoup
de mécontens. L'intérêt qui les a
excités , ne leur permettra peut-être pas
de ſe réunir lorſqu'il ſera queſtion de défendre
cet établiſſement important contre
les ennemis redoutables qui ſe propoſent
de l'attaquer.
>>>Il est arrivé , écrit-on de cette Iſle ,une ſomme
de 20,000 liv. ſterl. pour ceux des habitans qui ont
eſſuyé des pertes ; mais la diſtribution de cette ſomme
aoccaſionné des mécontentemens qui ont été ſuivis
des plus grands déſordres , quoique la répartition
( 71 )
s'en foitfaite avec toute l'équité poſſible; on ataxé
de partialité quelques-unes des perſonnes qui ſe ſont
mélées de cette diſtribution. Le Gouverneur , le
Confeil & L'Aſſemblée ont été vivement cenfurés
par des Particuliers mécontens qui ont excité la
populace à des actes de violence; les auteurs de ce
déſordre ont été punis ſévèrement , & cela , au lieu
de calmer les eſprits ,ſemble les avoir encore aigris
davantage. Les deux autres ſommes de 20,000 liv.
promiſes à cette Ile font attendues de jour en jour
avec la plus grande anxiété , parce que le dernier
coupde vent a conſidérablement augmenté la détreſſe
des Infulaires ",
•
FRANCE.
De VERSAILLES , le 8 Janvier.
Le premier de ce mois les Princes ,
Princeſſes , les Seigneurs & les Dames de
la Cour rendirent leurs reſpects à LL. MM.
à l'occaſion de la nouvelle année. Le Corpsde-
Ville de Paris ayant à ſa tête le Duc de
Coffe& le Grand-Conſeil curent l'honneur
de leur rendre leurs reſpects le même jour.
Le Parlement & les autres Cours Souveraines
eurent le même honneur le lendemain.
S. M. tint Chapitre de l'Ordre du St-
Eſprit & nomma Prélat Commandeur de
cer Ordre l'Archevêque de Toulouſe.
Le Marquis de Barbantane , Miniſtre
Plénipotentiaire du Roi près l'Archiduc
Léopold, Grand-Duc de Toſcane , qui eſt
de retour en cette Cour par Congé , a eu
P'honneur , à ſon arrivée ici , d'étre prés
( 72 )
ſenté à S. M. par le Comte de Vergennes ,
Miniſtre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des affaires Etrangères.
Après une rémiſſion bien marquée de la fièvre &
des redoublemens , il eſt ſurvenu vers le dix-fept de
la maladie de Madame Comreſſe d'Artois , pluſieurs
évacuations ſpontanées de meilleure qualité , & ua
changement affez ſenſible dans les urines pour annoncer
une coction des humeurs & un tems de criſe ſalutaire.
La Princeſſe en conféquence , après une trèsbonne
nuit , a été purgée , pour la première fois , aujourd'hui
, 6 de ce mois. On a lieu d'eſpérer que ſous
peu de jours on n'aura plus d'inquiétude. C'est ainſ
que ſe terminent ces eſpèces de maladies ,quand elles
parcourent leur période ſans incidens étrangers , qui
dérangent &qui troublent leur marche régulière.
De PARIS, le 8 Janvier.
Les lettres de Breſt , de l'Orient & de
la Rochelle , viennent à l'appui des dépêches
de M. le Comte de Guichen , & du
rapport des deux navires de ſon convoi qui
font revenus. Elles portent toutes que la
perte n'a pas été auſſi conſidérable qu'on
avoit lieu de le craindre , & que ne la font
quelques lettres venues d'Angleterre , qui
ne comptent pas moins de 15 à 20 bâtimens..
La liſte officielle ne faiſoit encore
mention le 28 du mois dernier que de 8 ou
,, & elle s'accorde affez avec les nouvelles
de notre eſcadre.
>>>Le cutter l'Eſpiegle , & une corvette rentrés
ici , écrit-on de Brest , ont apporté de nouvelies
dépêches du Général ; d'après le tems qui règne
en mer , que l'eſcadre a dû éprouver depuis lelis
Décembre ,
( 73 ) :
Décembre , elle ne peut avoir fait beaucoup de
chemin; on dit qu'il a beaucoup fatigué les vaifſeaux
, & on parle du retour prochain , dans ce port ,
de l'Invincible , commandé par M. de Ceriſey , &
de l'Actif , par M. de Macarty , auxquels une
voie d'eau ne permet pas de tenir plus long tems la
mer ,& auxquels M. de Guichen a , diton , permis
de revenir. Ce n'est pas le Triomphant, comme l'écrivoit
l'Amiral Kempenfeld, mais l'Actif, qui a combattu
, & il n'a pas beaucoup ſouffert dans l'engagement
avec les vaiſſeaux de tête de l'eſcadre ennemie
; l'équipage a été plus maltraité , puiſqu'il a eu
8morts&une trentaine de bleſſés. Il eſt inconcevable
que le Lord Sandwich air afſuré en plein Parlement
quenotre flotte n'étoit d'abord que de 13 ou 14 vaifſeaux,&
que les autres ne ſont ſortis qu'a l'approche
deKempenfeld.On voit clairement aujourd hui que cer
Amiral n'en vouloit qu'à l'eſcadre de Brest. Au reſte ,
cetévènement nechange rien au plan qu'on avoit formé;
les opérations de la campagne ne peuvent en fouffrir
, quand même les priſes faites par les Anglois
feroient aufli conſidérables qu'ils les annoncent. Le
convoi de Bordeaux , celui qui va fortir de Marſeille
, porteront aſſez de vivres aux Antilles. Quant
auxmunitions deguerre , on fait qu'on en embarque
toujours fort au-delà de ce que les expéditions projettées
exigent. Quand on en fait une ſur terre ,
on met ordinairement un tiers en ſus du beſoin ; &
fur mer , on fait de même & en plus grande proportion.
Il ſeroit d'ailleurs très-facile d'envoyer de
Cadix, ſous l'eſcorte du convoi de Marseille , ou
ſous cellede la flotte Espagnole , tous les approvifionnemens
qu'on ſoupçonneroit encore néceffaires".
Les mêmes vents qui contrarient notre
eſcadre , retiennent l'Amiral Rodney dans
le port; felon les lettres de Londres du 28 ,
12 Janvier 1782 . d
( 74 )
il y étoit encore le 26. Il n'eſt pas vraiſemblable
qu'il ait pu appareiller avant le 30 ;
on lui donne 7 vaiſſeaux de la diviſion de
l'Amiral Kempenfeld , qu'il faut néceffairement
approvifionner de vivres pour un long
voyage; ils ne l'étoient que pour une courte
croifière ; ces 7 vaiſſeaux , joints aux 10
qu'il avoit déjà , lui en feront 17 ; cette
eſcadre eſt ſans doute reſpectable , mais
quand il feroit poſſible qu'elle arrivât aux
Ifles avant M. de Vaudreuil , elle ne portera
pas encore les forces Angloiſes à l'égalité
de celles de M. de Graffe , qui a 36
vaiſſeaux de ligne ; & les 17 de Rodney
joints aux 16 de Hood , n'en feront que 33 .
Il eſt poſſible qu'avant cette réunion celle
de l'eſcadre de laHavane à la nôtre ſoit déjà
faite.
Perſonne ne doute de l'empreſſement de
l'Amiral Rodney à ſe rendre aux Ifles ; on
fait que quand il eſt revenu en Europe ,
il n'y avoit pas apporté avec lui toute la
fortune qu'il avoit trouvé le moyen de
faire pendant ſa campagne ; il ne la retrouvera
peut- être pas à fon retour ; du moins
fera-t-il privé de tout ce qu'il avoit laiffé
à St-Eustache , & il ſe pourroit qu'il apprît
encore avant de quitter l'Europe , que
cet objet a paffé entre les mains des François
avec l'ifle qu'il avoit conquiſe. Le
bruit qui s'étoit répandu en Angleterre de
la priſe de la Barbade ne s'eſt pas confirmé.
Au lieu de cette ifle , M. de Bouillé
د
( 75 )
s'eſt emparé de St Eustache Voici les détailsqu'il
a envoyés de cet évènement.
>>M. , j'ai l'honneur de vous inſtruire que les troupesdu
Roi ſe ſont emparées , par ſurpriſe , de l'Iſle
de St-Eustache aujourd'hui 26 Nov.; que la garniſon,
composée du 13e & du ise régiment , dont les
chafleurs & grenadiers ſeulement ſont détachés à
Antiques& àSt-Christophe,& dont les préſens &
effectifs montent au nombre de 677 hommes , a été
faite prifonnière de guerre. Le Comte de Bouillé ,
Colonel d'Infanterie , aura l'honneur de vous remettre
les quatre drapeaux de ees deux régimens ;
& la corvette l'Aigle vous en porte lanouvelle.
Cet évènement , accompagné de circonstances extraordinaris,
eft fi fingulier , que je crois devoir
vous en faire le détail. Ayant appris que la garnifon
de cette Ide fe gardoit affez mal , que le Gouverneur
étoit dans la plus grande fécurité ,& connoiffant
d'ailleurs un endroit de débarquement qui
n'étoit pas gardé, je crus pouvoir , en arrivant la
nuit avec 1200 hommes , enlever cette Ifle impor
tante ; en conféquence,je partis le Is de St-Pierre
de laMartinique avec trois frégates , une corvette &
quatre bateaux armés qui portoient ces troupes ,
compoſées d'un bataillon d'Auxerrois de 300 hommes
; un de Royal-Comtois & un de Dillon &
Walsh de même nombre , & de 300 grenadiers &
chaffeurs de divers corps. Je fis courir le bruit que
j'allois au-devant de notre armée navale , & je
m'élevai au vent de la Martinique, ou , aprè mille
contrariétés que m'opposèrent les vents &les cogfans
,je ne pus parvenir que le 22 , & le 25 j'arrivai
à la vue de St-Eustache. Le débarquement ſe fit la
même nuit. Les bâtimens légers & la corvette
devoient mouiller & les fregates reſter ſous
voiles , à portée d'envoyer leurs troupes à terres
mais nos Pilotes ſe trompèrent, & le ſeul bateau cù
étoit le Comte de Dillon , put effectuer le dé-
,
d2
( 76 )
barquement , qu'il fit avec so Chaffeurs de fon régiment.
Un ras de marée inattendu qui régnoit ſur
cette côte , fit perdre les chaloupes qui furent briſées
fur les roches dont elle étoit couverte , & plufieurs
Soldats furent noyés . J'arrivai avec le ſecond bateau ,
je débarquai , & mon canot fut auſſi culbuté dans la
mer; mais nous parvinmes à en tirer les troupes.
Nous découvrîmes enfin un lieu de débarquement
moins dangereux , où , dans le courant de la nuit ,
nous réuſſimes à mettre à terre une grande partie
des troupes qui étoient ſur les bateaux & la corvette
l'Aigle. Les frégates avoient été en dérive à
une heure avant le jour , il n'y avoit encore qu'environ
400 hommes à terre ,& il ne reſtoit plus
d'eſpoir d'avoir le reſte des troupes , la plupartdes
canots & chaloupes ayant été brifés ſur la plage.
Privé de tout moyen de retraite, il ne me reſtoitplus ,
pour me tirer de la poſition où j'étois , que de
vaincre l'ennemi dont les forces étoient preſque du
double des nôtres. Les ſoldats étoient pleins d'ardeur&
de courage; je me décidai donc à attaquer.
Il étoit quatre heures &demie du matin , & nous
étions éloignés de près de deux lieues du fort & des
caſernes , lorſque je mis les troupes en marche au
pas redoublé. J'ordonnai au Comte de Dillon , avec
les Irlandois , d'aller droit aux caſernes , & d'envoyer
undétachement pour prendre le Gouverneur
dans ſa maiſon ; au Chevalier de Freſne , Major de
Royal-Comtois , d'aller , avec 100 chaſſeurs d'Auxerrois&
de ſon régiment , au fort , &de l'escalader
s'il ne pouvoit entrer par la porte ; & au Vicomte de
amas , avec le reſte des troupes , de ſoutenir ſon
attaque.-Le Comte de Dillon arriva aux caſernes
à fix heures , & trouva une partie de la garniſon
faiſant l'exercice ſur l'eſplanade : trompée par l'habillement
des Irlandois ,elle ne fut avertie que par
une décharge qui lui fut faite à brûle-pourpoint , &
qui en jetta pluſieurs par terre. Le Gouverneur Cock(
77 )
burn , qui ſe rendoit au lieu de l'exercice , fut pris
au même inſtant par le Chevalier 6-Connor , Ca
pitaine de chaffeurs de Walsh. Le Chevalier de
Freſne marcha droit au fort où les ennemis ſe
jettoient en foule , & arriva au pont-levis au moment
où ils cherchoient à le lever. M. de la Motte, Capitaine
des chaſſeurs d'Auxerrois qui étoit parvenu
à l'entrée du pont , fic faire une décharge ſur les
Anglois qui abandonnèrent les chaînes du pontlevis,&
il ſe jetadans le fort où il fut tuivi par les
chaſſeurs de Royal-Comtois. Le Chevalier de Freſne
fit lever le pont après lui ,& les Anglois , qui y
étoient en grand nombre , mirent bas les armes.
Dans cemoment l'Iſle fut priſe ,& l'on réunit enſuite
dans le fort les Officiers & foldats Anglois qui
venoient s'y rendre de toute part. Nous n'avons eu
que 10 foldats tués ou bleſſes , mais le nombre de
ceux des ennemis a été conſidérable. - Je ne puis
vous exprimer l'ardeur ,le courage & la parience
que les troupes ont montrés dans cette circonſtance ,
joint à la diſcipline la plus exacte. Le Comte de
Dillon adonné de nouvelles preuves de ſon zèle &
de ſon activité extrêmes. Le Vicomte de Damas ,
quoique malade d'une dyſſenterie a conduit ſon
corps avec la plus grande vivacité. Le Chevalier
deFreſne , par ſa préſence d'eſprit & fon courage ,
eft celui à qui l'on eſt le plus redevable du ſuccès de
cette journée; & l'action vigoureuſe de M. de la
Motteeſtdignedes plus grands éloges , & mérite les
graces particulières du Roi.-Jene peux, fans trahir
mon devoir , vous taire les obligations que j'ai au
Chevalier de Girardin , commandant notre petite
marine , qui en a dirigé les opérations , ainſi qu'à
MM. le Chevalier de Village , de Roccard & Preneuf,
commandans les frégates & corvette , qui nous
ont parfaitement ſecondés.-J'avois avec moi M.
de Geoffroy , Directeur du Génie : vous connoiſſez
tous lesſervices que cet Officier a rendus au Roi dans
,
d 3
( 78 )
ſesColonies. M. de Turmel faisoit les fonctions de
Major-général. Par une lettre particulière , j'aurai
Phonneur de vous demander des graces pour les différens
Officiers.-Je joins ici l'état de la garniſon &
de l'artillerie de cette Iſle , composée de 677 hommes
& de 68 pièces de canon. Les Anglois y ont fait
les plus belles batteries depuis qu'ils s'en fout emparés
; & ily a peu de choſe à ajouter aux moyens
dedéfenſe.
,
J'ai envoyé le Vicomte de Damas
attaquer avec 300 hommes , l'Ile de Saint- Martin
, où il y a une garniſon très - foible ; je lui ai
ordonné de prendre le fort (1) , d'en jetter les canons
à la mer , & d'emmener la gainifon. - J'ai
trouvé chez le Gouverneur , la ſomme d'un million
, qui étoit en ſequeſtre juſqu'à la décision de
la Cour de Londres; elle appartenoit à des Hollandois
, & je la leur ai fait remettre d'après les
preuves authentiques de leur propriété.-Il s'eſt
trouvé aufli environ ſeize cents mille livres , argent
des Colonies , appartenant à l'Amiral Rodney,
au Général Waughan & autres Officiers , provenant
de la vente de leurs priſes : j'en ai fait faire un bloc
avec ce que l'on pourra tirer de la priſe de cinq à
fix bâtimens ennemis qui ſe ſont trouvés dans la
rade , ce qui fera un total d'environ dix- huit cents
mille livres à deux millions , argent des Iſles , qui
fera partagé , conformément à l'Ordonnance des
priſes , entre l'armée & la marine. -La marine
Angloiſe dans ces mers , au moment de monopération
, étoit compofée du vaiſſeau de guerre le
Ruffel , de 74 canons , qui étoit en carêne à Antigues,
&de huit frigates , dont quatre de 32 canons
, mais qui étoient diſperſés (2).
(1) Le Comte de Bouillé a rapporté verbalement , qu'à
Ton départ de St- Eustache , l'Ifle de St- Martin & l'ifle de
Saba s'éroient rendues aux troupes du Roi.
(2) Le Lieutenant-Colonel Cockburn du 3se. régiment
( 79 )
Nous jouiſſons ici d'une température auffi
douce que dans les beaux jours d'automne ,
ce qui cauſe beaucoup de maladies ; &
ce n'eſt pas ſans ſurpriſe que nous appre
nons qu'en Hollande le froid est très-rigoureux
& qu'il a déja gelé les canaux. Il
faut que dans nos Provinces du Midi les
pluies foient fréquentes , puiſque les courriers
venant de ces côtés éprouvent des
retards. Celui d'Eſpagne , depuis quelques
ordinaires , n'arrive point à l'heure accoutumée.
Selon nos dernières lettres de Cadix
tout étoit prêt le 18 pour le départde l'Illuftre&
du St-Michel. M. de Buffy étoit attendu
dans ce port le 18 , mais il n'a pu y arriver que
quelques jours plus tard ; cet Officier , ſelon
les avis de Madrid en date du 21 ,
n'avoit quitté cette capitale que le 17 .
A Mahon les travaux continuent , &
dans peu les forts avancés & les calles
feront battus par l'artillerie. L'article le
plus intéreſſant du dernier Journal de M.
de Crillon , eſt celui où il donne le rapport
d'un déſerteur qui confirme que les
deux navires venus dans la calle St- Etienne ,
qui commandoit à St-Eustache , lorſque cette Ifle a été enlevée
par les François , a déclaré que , ſur l'argent déposé
dans cette Colonie par 1 Amiral Rodney& le Général Vau
ghan,il ſe trouvoit uneſomme de 264,000 liv. qui lui appartenoit,
& il l'a réclamée. Le Marquis de Bouillé ayant
affemblé les Officiers fuperieurs des Corps , pour leur fure
part de la réclamation du Lieutenant-Colonel Cockburn ,
ils ont tous éré d'avis de rendre cet argent au Gouverneur
Anglois ; ce qui a été effectué.
d4
( 80 )
ont jetté dans la place des vivres & quelques
ſoldats ou matelots ; ils font retournés
à Livourne d'où ils venoient , & ils y ont
conduit environ 40 priſonniers Eſpagnols
que le Lord Murray n'a pas jugé à propos
de garder plus long-tems dans le fort ( 1).
Tout ce que nous ſavons de Breſt , c'eſt
qu'on y a reçu l'ordre de frérer , pour le
compte du Roi , tous les bâtimens du dernier
convoi de St-Domingue.
Nous avons donné dans un de nos Journaux
précédens un Mémoire ſur la priſe
du Liber-Navigator, enlevé au mépris d'un
pafle port de l'Amirauté Angloiſe , par un
corfaire de cette nation ; M. le Comte de
Kerguelen , qui commandoit ce navire
revenu en France après une longue perfé-
(1) Le plan du Fort St-Philippe publié parM. Longchamps
fils
chaimps Ingénieur Géographe , rue & Collége des
hollets , efcalier de la falle au premier , que nous avons
déja annoncé ,vient d'être perfectionné de nouveau par cet
Artiſtequi amultiplié les détails , de manière qu'à préſent
il re laiſſe rien à defirer; on y trouve juſqu'au Fort
Philippetdétruit par les Arglots le 27 Octobre dernier , &
fur lequelle Duc de Crillon a fair élever une batterie qui
défend l'entréedu port & bat en revers la redoute de la
Reine. Ceplan , nous le répétons , eſt indiſpenſable ble àà tous
ceux qui voudront ſe faire une idée juſte de l'invaſion de
I'Ifne , & fui re le fiége du Fort C'eſt leplus exact , &l'on
peut ajouter le feul qui qu mé ite l'attention. Le même
Artifte vient de publier la Carte de la Martinique & de
ceile de St-Domin, ue , elles offrent l'exa& itude & la ſupériorité
qu'il donne à tous ſe ouvrages Il s'occupe actuellement
de c II de toutesles Ifles de Amérique qu'il va publier
fucceflivement, dont pluſieurs font pretes ,& dont la
reurion fera un Atias précieux du théâtre de la guerre actuelle.
( 81 )
cution , a écrit de Saumur en Anjou le 8
Décembre , la lettre ſuivante au Lord
Sandwich. Nous nous empreſſons de la
tranſcrire ; elle offre aux co intéreſſés de
M. de Kerguelen & à tous ceux qui s'intéreſſent
aux progrès de la géographie &
de la navigation , des détails qu'ils feront
bien aiſes de connoître.
,
-
Mylord , permettez-moi de me plaindre à vous
&des mauvais traitemens que j'ai reçus en Angleterre
, & de l'injustice commiſe au ſujet de mon
bâtiment le Liber- Navigator. Je n'ai pu , Mylord ,
faire parvenir la vérité juſqu'à vous , étant dans
une priſon ,& toutes mes lettres étant interceptées ;
mais je profite de ma liberté pour vous inſtruire
fidèlement de toutes les abominations que j'ai injuſtement
effuyées. Je n'emploierai pas de vains
diſcours étudiés pour vous peindre la vérité. Elle
n'a pas beſoin , auprès de vous , du coloris de
l'éloquence & je vais vous parler franchement
avec le reſpect que je vous dois & à l'honneur.
Vous ſavez,Mylord,que vous m'avez envoyé un paffeport
pourun bâtiment d'environ 300 tonneaux , armé
de canons de 4 livres & de so hommes d'équipage ,
pour aller perfectionner mes découvertes & tâcher
d'en faire de nouvelles . Vous ſavez encore qu'ayant
eu l'honneur de vous demander , & aux Lords
de l'Amirauté , la permiſſion d'embarquer des
effets pour m'indemnifer en partie des dépenſes
d'un voyage entrepris pour la perfection de la
Géographie , & pour me procurer des vivres par
des échanges , M. Stephens , Secrétaire des Lords
de l'Amirauté , m'a répondu que leur ayant communiqué
ma lettre , il étoit chargé de me dire
>> que l'on ne pouvoit pas me permettre d'em-
>> barquer généralement des marchandises , mais
ds
( 82 )
> que fi je n'embarquois que des quincailleries &
>> des chofes propres à commercer avec les Indiens ,
>> ils étoient perfuadés que je ne ferois aucunement
>>interrompu dans mon voyage ".-D'après cette
lette, je ne balançai plus à m'occuper de mon
expédition , & je refuſai de me charger d'une opération
de guerre avec une fregate de 30 canons.
Je me rendis à Nantes , où je fis l'achat d'un bâtiment
conftruit ou taillé pour la marche , & dont
il n'y avoit encore que les couples de montés. Il
n'étoit que de 150 tonneaux , mais pluſieurs raiſons
'm'engageoient à le préférer à un bâtiment plus
grand, comme de pouvoir approcher de plus près
les terres , de diminuer les dépenſes du voyage ,
d'avoir un équipage moins nombreux à former &
à entretenir , de pouvoir conduire à Paris , à mon
retour , un bâtiment qui venoit de faire le tour
du monde , & de me rendre moins ſuſpect pendant
mon voyage aux vaiſſeaux de la Grande-Bretagne.
Des amis ont bien voulu s'intéreſſer à mon expédition
pour les progrès de la navigation , & pendant
qu'on exécutoit mes ordres à Nantes , je me fuis
rendu à Paris pour m'approviſionner de tablettes
de Bouillon , de vins & de vinaigres anti-ſcorbutiques
, d'élixirs & de ſtomachiques , ſans oublier
des ſcaphandres ou corſets de liége pour ſauver
mon équipage en cas de naufrage. Je me fuis
aufſi muni , à Nantes , de chaînes de mouillage ,
de fers , de cloux & d'une forge ſoir pour réparer
mon bâtiment , ſoit pour en conſtruire un autre
en cas d'accident. Tout étant prêt , j'ai mis à la
voile le 12 Juillet de cette année n'ayant que 6
canons de 3 livres, & 31 hommes d'équipage tout
compris. Le lendemain 23 , à 10 h. & demie du matin,
courant à l'O. quart S. O. , les vents de la partie
de l'est très-foibles , j'ai eu consoiffance , dans le
nord du Compas , d'une voile à 2 liezes qui me
chaſſoit. Je la reconnus fur -le- champ pour un
( 83 )
,
corfaire Anglois, parce qu'il ne pouvoit pas y avoir
de corſaire François dans les parages où je me trouvois.
Je continuai ma même route ; mais le corfaire
ayant tiré un coup de canon , je fis mettre en panne
& j'arborai pavillon blanc à poupe , & pavillon
Anglais au perit perroquet. Ce bâtiment nommé le
Prince Alfred , m'ayant joint & m'ayant demandé
où j'allois , je répondis que j'allois faire des découvertes
, muni d'un paſſe-port de l'Amirauté d'Anterre
; il me dit de mettre mon canot à la mer ,
ce que j'ordonnai de faire & pendant qu'on le
lançoit à l'eau , le corfaire m'a abordé , & a jetté
so hommes ſur mon bord , qui , le fabre à la
main , ont coupé mes deux pavillons & toutes mes
manoeuvres. J'ai montré mon paſſe-port au Capiraine
Anglois ,qui après l'avoir llau , a dit : ce paffeport
est faux , ou ceux qui l'ont ſigné font des
coquins , & feront pendus ; & il m'a conduit à
Kinfal. Mon premier ſoin, Mylord , en arrivant
dans ce port , a été de vous écrire , & aux Seigneurs
de l'Amirauté pour vous demander justice. Mes
lettres ont été ſans doute interceptées , & l'on aura
furpris votre Religion par des rapports faux & abominables
; puiſque 24 jours après mon arrivée à
Kinſal , le fieur Roche , Marchand de fromages ,
& Commitfaite des Priſonniers ; m'a conduit en
priſon , ſous prétexte d'aller , diſoit-il , parler aux
gens de mon équipage , & qu'y étant rendu , il m'a
dit : Je ſuis faché , M. le Comte , de vous an-
>> noncer une malheureuſe nouvelle. Il eſt arrivé ,
>>>de la part du Roi d'Angleterre , un Courier extraordinaire
au Vice-Roi d'Irlande avec l'ordre
> de vous mettre en prifon , & de vous garder avec
>> trois ſentinelles comme un homme dangereux «.
Depuis ce jour, Mylord , j'ai toujours eu dans ma
chambre trois fentinelles jour & nuit , &l'on m'éveilloit
de deux en deux heures toutes les nuits
pour voir fi j'étois dans mon lit, Les Officiers &
,
d6
( 84 )
,
les Volontaires de mon bâtiment ont été auſſi conduns
en prifon , & on les a fait venir de 4 lieues
les fers aux mains comme des ſcélérats. Il y avoir
cependant parmi eux des jeunes gens de la première
diftinction . Nous étions 17 perſonnes dans la même
chambre , y compris mon Domestique & mon Cuifinier
. Notre chambre n'avoit ni porte , ni fenêtre.
La pluie & le vent y entroient de toutes parts. Nous
avons été 48 heures ſans avoir une goutte d'eau.
On nous a donné à tous des hamacs & de petites
paillaſſes qui avoient ſervi à tous les prifonniers
depuis le commencement de la guerre. Les hamacs
étoient pourris , couverts de ſang de malade , &
les paillaſſes étoient remplies d'un fumier qui infectoit.
Les poux , les puces & la vermine rempliſſoient
la chambre ; au bas de l'efcalier étoit le
lieu de commodité qui ſervoit à 300 prifonniers ,
&qui empoiſonnoit. Quelle différence , My lord
du traitement que nous faiſons , même aux matelots
Anglois ! Dans cette affreuſe ſituation , je ne pouvois
écrire à perſonne , & toutes les lettres qu'on m'écrivoit
, étoient ou interceptées , ou décachetées .
Pour furcroît de peine , je reçus , dans ce même
tems une lettre de M. Stephens , qui me marquoit
, de votre part & de celle des Seigneurs de
l'Amirauté , que » comme mon bâtiment ne ré-
>> pondoir pas à la deſcription du paffe - port , le
>> Commandant du corſaire étoit juſtifie de m'avoir
» arrêté , & que comme par les papiers trouvés
>>dans mon bâtiment , le projet de mon voyage
>> étoit différent de celui pour lequel le paſſe-port
>> m'avoit été accordé , les Armateurs du corfaire
>> commenceroient indubitablement un procès légal
>conttemon vaiſſeau , & que mes Officiers & mon
>> équipage devoient être confidérés comme prifon-
>>> niert de guerre «. Je ſentis bien , Mylord , par
cette réponte fingulière & ſurprenante , qu'on vous
avoit trompé , ainſi que les Lords de l'Amirauté.
,
( 85 )
Comment pouvois -je me défendre , puiſqu'il ne
m'étoit point permis d'écrire. On me lioit donc les
mains pour me dépouiller plus facilement. Je ne pouvois
concevoir que le corſaire fût juſtifié de m'avoir
arrêté parce que mon bâtiment étoit au-deffous
de 300 tonneaux. Le paſſe-port ordonnoit de laiſſer
librement paffer un bâtiment d'environ 300 tonneaux
, nommé Liber- Navigator , commandé par
M de Kerguelen. Mon bâtiment s'appelloit Liber-
Navigator , & je le commandois , il n'étoit que
de 150 tonneaux , mais qui peut plus peut moins.
Mon projet étoit de faire des découvertes & le tour
dumonde. Le papier qu'on a trouvé eſt un Profpectus
fans aucune fignature , propre à afficher aux coins
des rues pour enrôler des matelors. Il n'avoit d'autre
but que de faciliter la formation de mon équipage.
Il feront abfurde & puérile de me ſuppoſer des vues
de commerce avec un bâtiment de 150 tonneaux ,
conſtrait uniquement pour la marche , & dans lequel
j'avois pour deux ans & demi de boiſſon pour
mon équipage , & pour is mois de bifcuic ou farine.
Si j'avois eu des vues de commerce , j'aurois pris
un bâtiment marchand de 300 tonneaux , & il ne
m'en auroit pas plus coûté. Le même équirage me
fuffifoit pour le conduire. Cette réflexion eft fans
replique. J'ai ch ifi au contraire un bâtiment qui
ne pouvoit porter que les vivres . Je n'avois d'autres
marchandises ( & vous pouvez le vérifier ) que fix
balles de toile blanche ou chemiſes , une caile de
parafols , une caiſſe de chapeaux & fix de quincaillerie.
Vous conviendrez , Mylord , que les quincailleries
font abſolument neceflaires pour gagner
l'amitié des Sauvages ; vous conviendrez encore
qu'il faut des marchandises ou de l'argent pour
payer les rafraîchissemens & les réparations perdant
trois ans. Mon paff -port étoit pour quatre ans.
Si j'avois porté de l'argent , on l'auroit cru deſtiné
à payer des trouses ; j'étois donc obligé de porter
( 86 )
des effets , & je n'en avois que pour 24,000 livres.
Quel profit , quel commerce peut-on imaginer que
je fafle avec 24,000 livres de marchandises tèches ,
ayant au moins 48,000 livres à payer au retour pour
les gages ou appointemens de mes Officiers ou
Matelots , & des frais immenfes de vivres & de
relâche à payer dans le cours du voyage. La miſe
dehors du bâtiment coûte 140,000 livres . Ces
raiſons n'auroient point échappé aux Lords de
l'Amirauté , ſi le corſaire ne les avoit trompés.
Les Lords auroient dit : M. de Kerguelen eſt un
>>> Particulier qui ſe ſacrifie pour le bien commun ,
>> il n'est pas juſte qu'il ſe ruine. Il ne court pas
>> après la fortune , puiſque ſon bâtiment n'est que
>> de I so tonneaux , & qu'il peut en avoir un de 300
>>>tonneaux. Lorſque la France a ordonné à tous
--
les vaiſſeaux François , malgré la guerre , de
>> protéger le Capitaine Coock ( 1 ) , elle n'a point dit
>> de le viſiter. Elle n'a point attendu notre demande
>>pour un paffe-port. L'harmonie peut être rompue
>> entre les Rois de la terre , mais les liens de la
>> ſociété littéraire & de la philofophie ne font ja-
>> mais rompus «. Je vous prie , Mylord , de
vouloir bien mettre ma lettre ſous les yeux des
Lords de l'Ami auté , afin qu'ils fachent qu'on m'a
arrêté injuſtement , qu'on ma traité indignement ,
& qu'on m'a pillé mon linge mon néceflaire &
ma bibi thèque. J'espère qu'ils auront au moins
la bonté de m'en faire dédommager , ainſi que de
mon bâtiment , & qu'il ne ſera point dit que l'Angleterre
ne ma accordé un pare- port que pour
m'engager à me mettre en mer fans défente , &
que pour me dépouiller impunement. - Je ſuis ,
&c . Signé , le Comte DE KERGUELEN.
,
(1) La traduction de l'abrégé de ce voyage intéreſſant eft
prête,elle paroitra le 20 de ce mois à Paris , chez Piſſot ,
Libraire , quai des Auguſtins.
( 87 )
Parmi les découvertes faites dans ce ſiècle ,
en voici une qui ne peut manquer d'intéreffer;
l'inventeur y a été conduit par le
hafard ; MM. le Roi & l'Abbé Boffur ,
chargés par l'Académie Royale des Sciences
de l'examiner , en ont rendu le compte
ſuivant :
La machine hydraulique préſentée par le ſieur
Vera , Employé à la poſte aux lettres , eſt une
corde ſans fin qui embraſſe deux poulies fixes ,
égales , poſées l'une au-deſſus de l'autre dans un
même à-plomb. L'inférieure eſt plongée dans le
réſervoir d'où il faut élever l'eau , & la ſupérieure
eſt placée à l'endroit où l'eau doit être portée.
Un même axe enfile la poulie ſupérieure , & une
une autre poulie d un plus petit diamètre. La corde
ſans fin s'enveloppe autour de cette ſeconde poulie
& d'une grande roue qui a fon axe particulier.
En faiſant tourner la roue , foit au moyen d'une
manivelle , ſoit de toute autre manière , la partie
afcendante de la corde ſans fin élève nhe certaino
quantité d'eau par tranches horizontales , qui forment
autour d'elle une eſpèce de couronne dont
l'épaiſſeur dépend du diamètre de la corde & de
la rapidité du mouvement. La grande poulie ſupérieure
eſt enfermée dans une caille percée à fon
fond pour laiffer paſſage à la corde. L'eau va frapper
le couvercle du fond ſupérieur de la caiffe ,
d'où elle est renvoyée par un canal dans te baffin
deſtiné à la recevoir. Pour concevoir la cauſe
de l'aſcendance de l'eau avec la corde , il ne faut
que ſe repréſenter la corde comme formant à raifon
de ſes afpérités , une eſpèce de chapelet fur
lequel s'appnie une premiere couche d'eau de proche
en proche ſe ſuccèdent pluſieurs filets ou anneaux
fluides qui adhèrent les uns aux autres en
vertu de leur viſcoſité ; & qui , par leur affemblage ,
( 88 )
,
compoſent de tranche en tranche ſur toute la hauteur
des couronnes concentriques à la corde.
Toute cette cau doit être regardée comme une
mafle qui eft pouffée du bas en haut , par le mouvement
aſcenſionel imprimé à la corde qui lui ſert
de noyau. En général , cette manière d'élever l'eau
aura lieu toutes les fois qu'on fera monter , avec
une certaine vîteſſe , un corps continu auquel l'eau
ou tout autre fluide pourra adhérer. -Le modèle
que le ſieur Vera a établi de ſa machine , rue Pla
trière , confifte en deux poulies qui reçoivent la
corde fans fin , & qui ont chacune un pied de diamètre.
La poulie de renvoi a quatre pouces , &
la roue quatre pieds un pouce. Ala roue font appliquées
deux manivelles condites par deux hommes
de force moyenne : le fayon de chaque manivelle
eft de quatre pouces & demi ; la hauteur à laquelle
l'eau s'eſt élevée , eſt de 63 pieds à peu de choſe
près : les deux hommes ſe fatiguent médiocrement
, & pourroient foutenit pendant un tems afſez
conſidérable leur travail . - Par la première expérience
qu'on a faite avec la corde de ſparterie
de 21 lignes de circonférence , en 7 min. ss ſec .
on a reçu 259 pintes d'eau à 63 pieds de hauteur.
On obſerve que le modèle qui a ſervi à l'épreuve ,
n'a pas toute la perfection dont il eſt ſuſceptible ,
& que le produit en peut être fort augmenté.-
Par une ſeconde expérience qu'on a faite avec une
corde de ſparterie, de 41 lignes &demie de diamètre
, le produit a été moindre de quelque choſe : la
corde étant plus groſſe , on devoir , à la vîteſſe
égale , élever plus d'ean ; mais la maſle de la corde
qu'il faut mouvoir étant plus forte , la vîtefſe a
été diminuée. -Par une troiſième expérience avec
une corde de chanvre un peu ufée , & ayant 15
lignes de circonférence , les 250 pintes ont demandé
, par le réſultat moyen , 11 min. 40 ſec.
( 89 )
enforte que ce produit eſt le moindre des trois.-
On a fait quelques autres épreuves ; mais ſur lefquelles
on n'a pu ftatuer encore ; & en ſe bornant
aux conféquences réſultantes des obſervations cideſſus
, les Commiſſaires de l'Académie ont cru
que la machine du fieur Vera , fondée ſur un principe
neuf& ingénieux , mérite l'attention des Phyſiciens
, & qu'elle pourra être employée avantageuſement
dans pluſieurs occafions ; qu'elle eſt extrêmement
ſimple , peu diſpendieuſe , & n'exige ,
pour ainſi dire , d'autre entretien & d'autres réparations
, que de changer de tems entems la corde ;
qu'on peut s'en ſervir pour élever l'eau à des hauteurs
confidérables ; qu'il existe pluſieurs moyens
de la ſimplifier , de la varier & de la perfectionner
, d'où les Commiſſaires ont conclu qu'ellemé.
ritoit les éloges & l'approbation de l'Académie.
Le Bureau de l'Hopital Général tenu à
la Pitié le 24 Décembre dernier , a pris la
délibération ſuivante.
M. Doutremont a expoſé que le Cardinal de Rohan
, Grard - Aumônier de France , lui a fait dire
que le Roi defirant de faire participer les pauvres à
lajoie univerſelle que la naiſſance d'un Dauphin a
répandue dans tout le Royaume , lui a fait remettre
des fonds pour des aumônes , & qu'entr'autres
actes de charité , le Grand-Aumônier a propoſé
& fait agréer à S. M. qu'une partie de ces
fonds fût appliquée à faire retirer de Ihopital des
Enfans- trouvés , des enfans légitimes , pour les
rendre fans remboursement d'aucune dépenſe ni
nourriture , aux pères & mères qui , par leur indigence
, auroient été forcés de les expoſer.
Sur quoi la matière mise en délibération , il a
été arrêté que pour remplir les vues bienfaiſanres
de S. M. , & contribuer dans une occaſion ſi
) وه (
,
intéreſſante à leur entier accompliſſement , il fera
donné avis dans les Gazettes & Journaux , aux
pères & mères que la misère a pu réduire à l'extrémité
d'expoſer des enfans légitimes , qu'ils peuvent
ſe préſenter au Bureau de l'hopital des Enfans-
trouvés , ſitué rue Notre-Dame , pour y faire
infcrire leurs noms profeffions & demeures , &
d'y repréſenter l'acte de réception de l'enfant qu'ils
voudront retirer , l'extrait de célébration de leur
mariage , l'acte baptiſtaire de l'enfant , & un certificat
du Curé de leurs paroifles , qui atteſtera
leur bonne conduite , notamment qu'ils font préfentement
en état d'élever leur enfant , & néanmoins
dans l'impuiſſarce de rembourfer les dépenſes
de nourriture & d'entrerien faites par l'hopital :
laquelle juftification ſera faite dans le cours d'un
mois , à compter du premier Janvier 1782 ; & à
l'expiration de ce délai , fur le rapport qui ſera fait
au Bureau de l'Adminiſtration dudit Hopital , tous
les enfans à l'égard deſquels on aura fatisfait aux
conditions ci-deſſus , feront rendus à leurs parens
ſans exiger d'eux aucun remboursement quelconque.
Mais afin que ce bienfait de S. M. ne puiffe
induire les pères & mères à ſe ſouſtraire , en expofant
leurs enfans , à l'obligation de les élever ,
qui leur eft impoſée par toutes les loix divines &
humaines , ce ſera ſans tirer à conféquence pour
l'avenir.
Les Gazettes étrangères ont annoncé que
le Comte de Forbin & le Vicomte du Chilleau
, Capitaines de vaiſſeaux , commandans
les vaiſleaux le Vengeur & le Sphinx , fous
les ordres du Commandeur de Suffren ,
avoient été démontés. Cette nouvelle eft
deſtituée de fondement , & ces deux Officiers
continuent de monter les vaiſſeaux
( 91 )
dont le Roi leur a confié le commande
ment (1).
Les numéros fortis de la roue à la Loterie
Royale de France , au tirage du 2 de
ce mois , font : 61 , 21 , 55 , 72 & 49 .
De BRUXELLES , le 8 Janvier.
On vient de publier ici un règlement
de l'Empereur , relativement à la navigation
intérieure des Pays-Bas ; fon objet eſt de la
faciliter , en détruiſant les entraves qui la
gênoient , & de la foumettre à des loix claires
& préciſes , qui empêcheront d'en abufer.
Les garniſons Hollandoiſes des villes Barrières
, ont reçu ordre de les évacuer , &
ont dû ſe mettre en marche le 7 de ce mois
pour aller ſe cantonner provifionnellement
aux environs de Berg-op-zoom ; il n'y a que
celles de la ville & du château de Namur
qui n'ont point encore quitté leurs poſtes ;
le Baron de Hop , Miniſtre de L. H. P. ,
eſt chargé de faire , relativement à cette
dernière Place , des repréſentations à notre
Gouvernement ; elles font fondées , dit- on ,
(1) Nous tirons cet article de la Gazette de France,&nous
nenous empreffons de le publier quepour contribuer auffi à
démentir un bruit adopté trop légèrement par les papiers
qui s'impriment hors du Royaume. Quelques perſonnes
ont prétendu qu'il ſe trouvoit aufli dans le Journal ; & elles
prouvent par-làqu'elles ne le lifent pas . Si malgré l'attention
du Rédacteur il s'y gliffe quelquefois des nouvelles hafardées
, c'eſt que dans le moment il eſt difficile de les vérifier
toutes; onnemanque pas de les rectifier lorſqu'on eft mieux
inftruit ; mais jamais onn'y a mis celle- là , ni aucune de
cette eſpèce.
( 92 )
ſur une convention conclue particulièrement
pour cette Place , entre la Cour de
Vienne & la République.
>> On vient d'imprimer , écritson d'Amſterdam ,
les rapports des Colleges reſpectifs d'Amirauté des
ſeize Provinces , ſur leurs opérations pendant 12
guerre entre l'Angleterre & les Colonies , & la mé
fintelligence ſurvenue entre la première de ces
Puiſſances & la République ; d'après ce rapport , les
Coliéges ont réellement fait ce qui étoit praticable
pour ladéfenſe du pays , la protection du commerce
&les coups à porter aux ennemis; ils font connoître
auffi les cauſes qui ont empêché l'exécution de
certaines réſolutions. Le Collége du quartier du
Nord ou de la Weſtfriſe ſe plaint des frais exorbitans
qu'il a fallu ſupporter avant de pouvoir conftruire
dans trois de ſes chantiers. Il manquoit d'inf
trumens & de matériaux ; ſes magaſins étoient vuides
, ce qu'il attribue à l'état de tes finances & de
ſes dertes accumulées , &c. Il n'est pas étonnant ,
après cela , que depuis 1776 juſqu'en 1780 , ſes
forces navales n'aient corfifté qu'en deux frégates ,
le Dieren &le Westfriesland , dont la dernière
avoit été dépécée en 1780. Cependant dans le cours
de l'année prochaine 1782 , ce College aura un
vaiſſeau de 70 , cinq de 60 , un de so , un de 40 ,
un de 36 , deux de 34 , outre un yacht d'avis &
quatre navires de garde. - Il coûte infiniment ,
ajoute le Collége , pour armer d'une manière convenable
une pareille flotte , & la pourvoir de munitions
dont nous n'avons aucune provifion . Pourvu
que les fonds néceſſaires nous foient aſſignés ,
nous pourrons acheter les canons & autres articles
néceſſaires avec ce qui en dépend ; mais comment
fuppléer à la diſette des matelots ? Lelangage
tenu par le Collége de l'Amirauté de la Friſe , eſt
plus confolant. Ildit qu'il a ſi bien furmonté les
( 93 )
-
obſtacles , qu'il peut à l'avenir , de tems à autre ,
&toujours en augmentant , être d'une grande urilité
à la République. Il n'épargne rien pour cela ;
il a fait approfondir le port de Harlingen , élargir
les ponts , &c . Pour être en état de conſtruire de
plus gros vaifſeaux , & fournir exactement &
promptement leur contingent. D'après le rapport
combiné des quatre Amirautés , il paroît en
général que la foibleſſe de la marine de la République
vient de deux principales cauſes : 1º, de ce
quedepuis la guerre de 1740 , on l'a laiſſe tomber
endécadence , fans prendre aucune réſolution pour
la rétablir ; 2º. de ce qu'en ces derniers tems , lorfqu'on
a penſé ſérieuſement à ſon rétabliſſement ,
on aéprouvéune diſette frappante d'ouvriers & de
matelots , cauſée , ſuivant toutes les apparences ,
parce que toutes les Puiſſances maritimes de l'Europe
les ont attirés à l'envi dans leurs Etats , en
travaillant à la fois à ſe créer une marine refpectable
«.
Les mêmes lettres apprennentque L. H. P.
ont arrêté la levée de 6000 Mariniers , ſur
le pied propoſé le 18 Avril dernier par le
Conſeil d'Etat , avec cette ſeule différence
que les régimens ne feront pas attachés
aux Colléges d'Amirauté; ils pourront être
employés ſur tous les vaiſſeaux ſelon le befoin,&
fans aucune diſtinction du département
dont les vaiſſeaux dépendent.
Le pré-avis ou la minutede la réponſe de
la République à l'invitation de la Cour de
Ruſſie , touchant une paix ſéparée avec
l'Angleterre , eft conçu ainſi :
>> Il ſera ordonné à M. de Waſſenaar de donner
à connoître au Ministère Ruffe en réponſe à
l'invitation en queſtion , que durant le cours des
,
( 94 )
,
troubles actuels , L. H. P. n'ont jamais laiſſé échapper
aucune occaſion de donner à S. M. I. les
preuves les plus fincères de la confiance la plus
illimitée , & qu'elles font fermement convaincues
de l'intérêt particulier qu'il lui a toujours plu de'
prendre au bien-être de la République , qu'elles n'ont
fait en conféquence aucune difficulté d'accepter
les propoſitions de S. M. I .; qu'elles ont reçu avec
plaifir la notification de l'acceptation de ſa médiation
par S. M. B. , qu'elles déclarent de nouveau leur.
difpofition à mettre fin aux troubles ſubſiſtans ,
pourvu que les conditions ne bleſſent ni leur honneur,
ni leur dignité. L'interpoſition des bons offices
de S. M. I. leur ſera très agréable ; elles acceptent
de nouveau la médiation offerte , eſpérant
néanmoins que S. M. I. voudra bien maintenir les
principes du Traité de la neutralité armée par
lequel L. H. P. ont l'honneur d'être alliées avec
elle; elles font prêtes à concourir par l'intervention
du Miniftre de S. M. I. avec la Cour de Londres ,
pour prendre les meſures qui peuvent & doivent
étre réglées avant l'ouverture de la conférence pour
la paix; elles délibéreront le plutôt poſſible ſur la
fixation de l'endroit où les négociations pourront
être entamées ; elles tâcheront de répondre aux
intentions manifeftées par S. M. I. , autant que les
conſidérations dérivées de la nature du Gouvernement
de ces Provinces , & la diſtance éloignée
ſujette à beaucoup d'inconvéniens , au préjudice
même de la conférence , pourront en quelque forte
le permettre. Elles ne manqueront pas de penſer
à la nomination des Miniftres Plénipotentiaires
qui doivent aſſiſter à la conférence propofée , &
aux conditions dont l'obtention ſervira à rétablir
la paix. En attendant , elles peuvent aſſurer qu'en
poſant ces conditions , elles uferont d'une facilité
convenable , & ne feront aucune difficulté de s'expliquer
lans déguiſement avec Sa Majefté Impé
( 95 )
riale , dès qu'elle aura aſſuré que la Cour de
Londres veut ſe raccommoder ſincèrement avec
la République à des conditions qui s'accordent
avec fon honneur & fon intérêt , & qui conféquemment
feront jugées acceptables & c . «
Ce précis a été envoyé à toutes les Provinces
reſpectives , pour qu'elles en faſſent
l'objet de leurs délibérations .
>> Il eſt aisé, écrit-on d'Amſterdam , de concevoir
d'après la teneur de cette pièce , que la négociation
pour ceue paix particulière rencontrera bien des
difficultés , fur-tout , ſi l'on ſe rappelle que dans les
Mémoires délivrés à cette occafion par le Ministère
Britannique , il accumule les tors du côté de la République
, afin ; fans doute , d'avoir plus de raifon
de produire de grandes prétentions ; il ne parle de
rien moins que de ramener la République à ce
ſyſtème d'union étroite , d'alliance efficace & de
protection mutuelle, qui ſelon lui a tant contribué à
Ja profpérité & a la gloire des deux Etats'; alliance
cependant qui ne pourroit s'accorder avec les paincipes
de la neutralité , dont la République réclame
les avantages , & qui l'expoſeroit a tous les inconvéniens
& les dangers qu'elle a déja éprouvés par
ſes liaiſons étroites avec un voifin trop puiſſant. On
ſe rappelle que le Lord North en afſurant que
Pintérêt de la Hollande étoit inséparablede celuide
l'Angleterre , ajouta qu'on ſentiroit mieux ſon obſervation
lorſqu'il feroit porté une atteinte au traité
des Barrières. Cet incident vient juſtement d'arriver.
Mais la Hollande ſeroit-elle en état de ſe défendre
contre la France & l'Empereur , fi elle ſe jetroit dans
les bras de l'Angleterre déja ſi foible & fi épuisée« .
,
Toutes les lettres des différentes Provinces
de la République ne parlent que des
préparatifs qui ſe font actuellement partout,
avec une activité qui n'avoit pas encore
été fi biendéployée. Le Stathouder a ordonné
( 96 )
aux Capitaines des vaiſſeaux , frégates de
guerre qui ſe trouvent en commiſſion , de
compléter leurs équipages pour le a Avril
prochain afin qu'ils puiſſent mettre en mer à
cette époque. Les Comités des Colléges refpectifs
d'Amirauté ont auſſi remis à L. H. P.
un mémoire , dans lequel ils propoſent de
conſtruire encore 19 vaiſſeaux de ligne , dont
7 de 70 canons & 12 de 60. Le Conſeil
d'Etat doit en former une pétition , qui ſera
envoyée aux Provinces reſpectives.
On a des lettres de Copenhague , qui
annoncent l'arrivée d'un vaiſſeau de laCompagnie
Aſiatique ; il a rapporté que le Commodore
Johnstone , après s'être emparé des
navires de la Compagnie des Indes dans la
baie de Saldanha , a mis à la voile pour
Madagascar , afin d'y aller prendre des proviſions
dont il avoit grand beſoin ; mais
que ſon eſcadre avoit eſſuyé un ouragan des
plus terribles , dans lequel pluſieurs de ſes
vaiſſeaux ont péri , &d'autres ont été fortement
endommagés.
: On a appris , écrit-on d'Amſterdam , par
un Patron arrivé d'Angleterre , que le navire
de la Compagnie des Indes orientales ,
ſervant d'hopital ,& pouffé par le gros vent
du Texel le 9 de ce mois , eſt tombé au
pouvoir de deux pêcheurs Anglois , qui
l'ont conduit dans le port de Blackney. Ce
navire manquoit de tout pour manoeuvrer ,
&les 74 perſonnes qui s'y trouvoient étoient
preſque toutes malades.
TABLE
Du Journal Politique.
Constantinople,
Pétersbourg ,
Stockholm ,
Vienne,
Hambourg ,
49 Cadix , 56
50 Londres,
یو
51 Versailles, 71
52Paris, 72
53 Bruxelles , 91
Vaiſſeaux prisfur les Anglois.
( PAR LES FRANÇOIS ). L'Aventure , de la Jamaïque
, pour Londres ; envoyée à l'Orient. - La
Susanna , de Tingmouth , pour Liverpool ; envoyée
à S. Malo.- Le Squid , de Terre - Neuve , pour
Topsham ; envoyé à Morlaix.- Le Polly, de Terre-
Neuve, pour Pool ; envoyé à S. Malo . Le Mermaid,
pris& rançonné pour 1000 Guinées.- Deux
Bâtimens des Illes, pris & envoyés à
Le
( PAR LES ESPAGNOLS . ) Le Badger , de Figuera
, pour Terre-Neuve; envoyé à Vigo. -
Fury , de Liverpool , pour Gibraltar ; envoyé à
Vigo.
( PAR LES AMÉRICAINS. ) Le Lokart de
Terre-Neuve , pour le Portugal.-Le Major Pearfon
, de Londres , pour New - Yorck ; envové à
Eggttarbour. - L'Egmont , de Bristol , pour New-
Yorck; envoyé à Sandy-Hook.-LeKingGeorge,
envoyé à Philadelphie. Trois Bâtimens , envoyés
à Philadelphie.- Deux Bâtimens , de la Ruffie ,
pour l'Angleterre & l'Écolle.
Vaiſſeaux pris par les Anglois.
( SUR LES FRANÇOIS . ) Le Two - Brothers
d'Amſterda'n, pour Breft; envoyé à Portsmouth. -
Le Roffignol , de St Domingue , envoyé à Plymouth .
- Le Roffignol , de la Martinique , pour Breft ;
pris par le Nimble , Corfaire. Le Three-Sisters ,
deBruges , pour Nantes ; pris par l'Aurora , Frégate.
-Le Mille, de Brest, pour S. Domingue ; pris
par l'Amiral Kempenfelt , & envoyé à Portsmouth,
-Le Saint-Paul , de Rouen , pour Breft; envoyé
à Portsmouth, - La Sophia , de l'Orient , & le
William , de Brest , pour la Martinique , pris par
I'Amiral Kempenfelt , & envoyés à Portsmouth.-Le
Héro , envoyé à Plymouth , par l'Amiral Kempenfelt.
Un Batiment , envoyé à Falmouth , par
l'Amiral Kempenfelt .- Le Fox , pris & envoyé à
Penzance.- Un Bâtiment , envoyé à Livourne .
( SUR LES ESPAGNOLS . ) Le N. S. de los Lores ,
envoyé à Portſinouth .
(SUR LES AMÉRICAINS. ) La Restauration , de
Tabago , pour la Nouvelle-Ecofle ; envoyée à New-
Yorck.
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France , à Paris , chez PANCROUCKE , Libraire ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le prix de
[Abonnement est de 30 liv . pour Paris , & de
32 liv. pour la Province.
MERCURE
DE FRANCE ,
( N°. 3. )
SAMEDI 19 JANVIER 1782 .
HISTOIRE du Vexin & du Pinferais.
Crt
ET Ouvrage renferme , dans le plus grand
détail, tout ce qui appartient aux lieux compris de
FOrient à l'Occident , entre Saint-Germain-en-
Laye & Pont-de- Arche ; & du Nord au Midi ,
entre Senlis.& Monfort-l'Amaury.
La fituation de ces lieux en rend l'histoire néceffairement
intéreſſante. Ils ont formé pendant plu-
Geurs fiècles un petit État qui a eu ſes Souverains
particuliers, & qui fut preſque toujours le théâtre
aimi.que l'objet des guerres entre les Rois de France
8c les Ducs de Normandie. Les Comtes de Meu-
Jans & on Vexin jouèrent un rôle confidérable , &
curent la plus grande influence dans les affaires politiques
pendant pluſieurs ſiècles , juſqu'à la parfaite
réunion de leurs Domaines à la Couronne fous Philippe-
Auguste. Depuis la réunion , ces Provinces ,
données en douaire ou apanage à des Reines &&
Princes , ont encore été le ſujet de pluſieurs guerres
&Traités entre les Rois de France , d'Angleterre &
de Navarre , & fourniffent des anecdotes intéreſfantes.
L'Ouvrage fermera 2 Volumes in -4 ° . , l'un
d'Histoire , l'autre dePreuves.
Le premier renferme tout ce qui a rapport aux
antiquités , origine & gouvernement de ces Provinces
, aux guerres , négociations , traités de paix
&d'alliances , moeurs , loix & coutumes ; aux origines
, généalogies , alliances , armoiries , ſceaux ,
tombeaux des Comtes , Barons & Chevaliers ; à
l'état des domaines , terres , ſeigneuries , fiefs &
mouvances ; aux fondations , patronages & dixmes
des Paroiffes , Monastères & autres Égliſes; à l'établiſſement
des Tribunaux , Officiers Eccléſiaſtiques
Civils &Militaires. On y trouve un Chapitre particulier
pour chacune des Villes & lieux principaux ,
dans lequel on raſſemble tout ce qui lui appartient ,
& un Dictionnaire géographique détaillé juſqu'aux
plus petits hameaux.
Le ſecond Volume contient environ deux mille
Pièces juſtificatives , la plupart inconnues , & dont
les autres avoient été imprimées très-incorrectement ;
enfin , outre la Table des Matières , on donnera une
Table alphabétique des noms de lieux & de perſonnes
fi détaillés , que, foit que l'on cherche par
le nom ou ſurnom des perſonnes , ou par celui de
leurs ſeigneuries , on raſſemblera en un moment
tout ce qui a rapport au méme objet.
Cet Ouvrage eſt le fruit des loiſirs d'un Magic
trat qui occupe , depuis plus de quarante ans , la
première place dans l'un des Tribunaux du Vexin
François. Engagé à le mettre au jour , il ne defire
que l'affurance de de ſes avances &
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 19 JANVIER 1782 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE NOUVEL AN.
SATURNE eſt le vieux nom du Temps ;
Les ans compoſent ſa famille ;
Il ſerrede ſes doigts peſans ,
Au lieu de ſceptre , une faucille.
Mais à Rome , où fumoit l'encens
Pour ce Dicu très-peu tutélaire ,
Onaccuſoit ce mauvais père
De dévorer tous ſes enfans .
Trop vieux pour devenir plus ſage,
Trop dur pour modérer la rage
De ſou appétit importun ,
Il vient encor , l'antropophage,
De manger l'an quatre-vingt-un.
Il change en épines les roſes ;
N°. 3 , 19 Janyier 1782 . E
98
MERCURE
४
Oui , mais par ſes métamorphofes
Le laid par fois ſe change en beau.
Et voilà bien ce que j'éprouve ;
Car , fans y ſonger , je me trouve ,
Au nouvel An , un cooeur nouveau.
L'An dernier j'avois , taciturne ,
Apeine vu le jour venir ,
•Que , rival de l'oiſcau nocturne,
Je le trouvois lent à finir.
Je ceſſois d'aimer , c'eſt tout dire ;
L'ennui venoit de toutes parts
Me défendre en bâillant le rire ;
Rien n'attachoit plus mes regards....
Ah ! je n'avois pas vu Thémire.
FORTUNE , idole des mortels ,
Malgré tes Prêtres , tes Auſpices ,
Je me moquois de tes caprices
Juſques aux pieds de tes autels.
De toi toujours prêt à médire ,
Ton vieux bandeau me faiſoit rire ;
Je calculois tous tes faux pas ;
Je ne voyois dans le fracas
Qu'une triſte monotonic ;
Dans la richeſſe , un embarras ;
Dans les grandeurs , une foliç,
: ...
napalinodic,
avec impiété;
divinité
T
DE FRANCE.
وو
Ma ſauvage philoſophie.
Lezèle ſuccède au mépris ;
Pleinde reſpect pour tes richeſſes,
Je te les demande à grands cris.
Paye , ô la Reine des Déeſſes ,
Men repentir par un fouris ,
Et mon encens , par tes largeſſs.
Ce zèle imprévu te ſurprend:
Veux- tu ſavoir ce qui l'inſpire?
Jadis j'étois indifférent ;
Mais aujourd'hui j'aime Thémire,
ODÉESSE de la Santé!
Dont on neglige la préſence,
Mais qui fais pleurer ton abſence
Ala plaintive humanité !
Je voyois tes biens ſans envie.
Pour toi , Divinité chérie ,
Mon coeur n'avoit point ſoupire;
Tes bienfaits prolongent la vie,
Et ma vie avoit trop duré.
Ah! daigne exaucer maprière;
Surmoi que tes yeux fatisfaits
Répandent leur douce lumière;
Et que tes utiles bienfaits
S'étendent ſur ma vie entière !
Je ne te demandois plus rien ,
Déeſſe , je dois m'en dédire.
J'étois aveugle. Ah ! j'ca convica ,
E
100 MERCURE
La vie, oui , la vie eſt un bien ;
Car je ſuis aimé de Thémire.
Si j'ai pu toucher en ce jour
Ces deux Déités qu'on adore ,
Et la Déeſſe d'Épidaure ,
Et l'aveugle foeur de l'Amour ;
Aux oreilles de leur clémence ,
Simes voeux ſe ſont fait ouir ;
Si j'obtiens de leur bienfaiſance ,
Et les grandeurs pour éblouir ,
Et l'or pour fixer l'abondance ,
Et la ſanté pour en jouir ;
O, qui plus que moi dans la vie
Pourra goûter plus de douceur ?
Mais, fi dès-lors à mon bonheur
LeCiel alloit porter envie ;
Si votre équité , Dieux puiſſans ,
Atant de biens ne peut foufcrire:
Ah! reprenez tout, j'y confens....
Mais laiſſez-moi toujours Thémire.
٢٠
Du Caractère & de l'importance de l'Homme
deMer,confidéré comme Navigateur.
L'HOMME de Mer habite l'Océan ; fa Patrie
eſt le monde; tous les hommes ſont ſes compatriotes.
Par lui le genre-humain eſt une
vaſte famille, réunie par l'échange récipro
DE FRANCE. 101
quedes beſoins& des plaiſirs : l'Homme de
Mer eſt l'agent de ce commerce , comme le
feu eft celui de la Natures il le crée , l'étend
le vivifie, l'alimente.
Il eſt deſiré de toutes les Nations , puifqu'il
leur porte l'abondance : il doit en être
chéri , il doit les aimer ( 1) ; il donne aux Nations
barbares la connoiſſance de nos loix
de nos découvertes en tout genre , & les
prépare à jouir d'un bonheur dont elles
n'ont pas même l'idée ; (2) il accroît celui des
peuples civilifés , en leur procurant fans cefle
de nouvelles jouifſances..
Deſtiné à combattre tous les élémens & à
les foumettre (3) , à vaincre tous les obf-
(1 ) L'homme honnête & ſenſible s'attache aux
perfonnes qu'il oblige. 4.
(2) Quelques Moraliſtes ont beau dire ; les per
ples civiliſés font plus heureux que les peuples for
vages , ceux-ci font toujours quelques pas vers la
civiliſation ; & c'eſt un fentiment confus da bonheur
qu'ils y trouveront qui les yconduit; c'eſt iz
marche que tous les peuples ont ſuivie; & pourquoi
feroit-elle fi générale,tielle ne nous conduitoit pas
à un but avantageux ? La Nature ne trompe pas
ainſi des êtres qu'elle a créés pour être aulli heureux
qu'ils peuvent l'être , &c .
(3 ) L'eau est le véritable élément du Marin comme
elle l'eſt du poiſſon , auquel il ſemble la diſputer.
Le feu , le plus redoutable de tous , eſt enchaîné par
la prudence du Marin ; & lorſqu'il est néceſſaire
il le porte dans les quatre Parties du Monde pour
protéger ſa Nation.
,
E iij
102 MERCURE
tacles, à affronter & furmonter tous les
dangers , à faire tous les ſacrifices , ſon âme
doit être forte , ſon eſprit orné de connoiffances
, ſes vûes grandes , ſon caractère
noble.
Fier comme l'élément qu'il habite , libre
somme celui qui le meut, il doit avoir des
principes de conduite faits pour tous les
temps & pour tous les lieux. Il mépriſe un
vil intérêt , & ne s'occupe point à acquérir
l'approbation du petit cercle qui l'environne
(1) ; fon ambition eſt plus vaſte , &
l'eſtime du genre humain eſt le but où il afpire,
la ſeule récompenfe digne de lui.
Né pour vivre avec tous les hommes , il
doit être ſans préjugés , reſpecter ceux des
peuples qui habitent les pays qu'il parcourt ,
&lesdifpofer, par une conduite fans reproche,
à goûter & adopter nos loix religieuſes
&civiles , & à cherir & eſtimer ſa Nation.
Envoyé des hommes éclairés, Miſſionnaire
de la Divinité même, il prêche d'exemple :
juſte , droit , franc , vrai , déſintéreſfé , humain
, bienfaiſant, ami de tous les honames ,
il eſt par- tout dans ſa patrie; enfin , il eſt
l'homme par excellence , le véritable Cofmopolite.
Ah ! fi le Ciel daignoit créer quelques
êtres de cette trempe , on verroit bientôt
naître le ſiècle d'or ſur la terre.
Pour connoître l'importance de l'Homme
(1) C'eſt l'ambition des âmes étroites , & le vrai
moyen d'en former , &c.
DE FRANCE. 103
deMer , remontons dans l'antiquité la plus
reculée , & confultons l'Hiſtoire Sacrée &
Prophane, nousyverrons Noéſauver le genre
humain dans l'arche ; Jaſon , conquérir la
Toifon d'Or ; Icare , ofer le premier traverſer
la mer Égée. On y verra les Tyriens & les
Carthaginois puiſſans & riches, parce qu'ils
étoient Marins, & les Romains vaincre cos
derniers en les imitant dans la profeſſion de
cet Art plus qu'humain ; Salomon s'enrichir
par les flottes qu'il envoyoit annuellement à
Ophir; les Perfes & les Grecs , ſe diſputer
l'empire des mers pour parvenir à une véritable
Puiſſance ; enfin , l'Empire du monde
entier décidé par la bataille d'Actium.
Suivons l'Art&les ſuccèsde la Navigationdans
toutes ſes progreffions , nous verrons
les Piſans , les Génois& les Vénitiens
jouer un rôle dans l'Europe, ſelon le degré
de leur puiſſance ſur mer, & tomber prefque
dans l'oubli , lorſque des Nations plus
heureuſes ou plus habiles leur en ont ravi
l'empire.
Chriftophe Colomb découvre un nou
veau monde; Vaſco de Gama nous montre
le chemindes Indes; Magellan , celui de la
mer du Sud; Sébastien Canor pénètre dans
l'Amérique-Septentrionale , &, denos jours ,
Cook s'immortaliſe par ſes découvertes dans
l'hémisphère auſtral. Le monde s'agrandir ,
notre eſprit s'éclaire , & notre âme s'élève
dans la même proportion ; les grands Hoinmes
en tout genre naiffent & fe fuccèdent
-
Eiv
104 MERCURE
rapidement , & les modernes ſurpaffent la
gloire des anciens , parce que des Marins fe
font élevés au-deſſus de l'humanité. ( 1 ) C'eſt
à eux que l'Angleterre doit ſa puiſſance , la
Hollande ſa liberté , le Portugal fon exiftence
, l'Eſpagne ſes riches & ſes vaſtes poffeſſions
, la France fon opulence.
Nous leur devons la connoiſſance de la
véritable forme & de l'étendue du globe que
nous habitons ; c'eſt par leurs talens , par
leur audace que tous les humains ſavent
qu'ils ont des frères dans tous les lieux que
le ſoleil éclaire. Si leurs découvertes ont été
quelquefois funeſtes au genre humain (2) ,
c'eſt par une fatalité cruelle : l'homme commence
toujours par des fautes ; mais la Nazure
, qui le rappelle fans ceffe aux ſentimens
de la fraternité , amène à pas lents ces temps
fortunés où nous ne ferons plus qu'un même
peuple.
Je crois avoir aſſez prouvé l'importance
de l'Homme de Mer; mais ai -je peint fon
vrai caractère ? Hélas! je l'ai tracé tel qu'il
devroit être , & non tel qu'il eſt. Aurois-je
(1 ) C'est une choſe remarquable que Deſcartes
Newton , les Bernoulli , Leibnitz , &c. &c. tous ces
grands Hommes , à qui nous avons tant d'obligations
, n'aient paru qu'après la découverte du nou
veau monde , &c .
(2) Les maſſacres des Américains par les Eſpagnols;
unemaladie affreuſe ,& nos guerres odieufes
& infructueuſes.
--
DE FRANCE.
105
le bonheur de le rappeler à ſes devoirs , en
lui montrant tout ce qu'il peut , en lui apprenant
tout ce qu'il vaut ! n'aurois je formé
qu'une chimère qui n'aura jamais de réalité ?
Eh! pourquoi les hommes , après avoir été
pendant tant de ſiècles le jouet & la victime
d'un intérêt vil & mal entendu , n'ouvri
roient-ils pas leurs âmes à la connoiffance
d'un intérêt plus noble & plus vrai , à celle
de leur bonheur réel ? Heureuſe illuſion !
daignez me ſéduire tant que j'existerai , &
banmır loin de moi l'accablante vérité qui
détruiroit une eſpérance auſſi flatteuſe!
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
*duMercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt Cloche ; celui du
Logogryphe eſt Moitié, où se trouvent moi
* toi (pronoms) tome &mot.
A
ÉNIGM E.
MI Lecteur , je crains d'être long; j'ai deſſein
Detedéduire ici dans toutes leurs eſpèces ,
Mes attributs nombreux : A la fois mon deſtin
Eſt d'être médiſant, Aattour , dur , anodin.
Tantôt balourd , tantôt badin ;
Bigarré , chamarré , formé de mille pièces,
On me prendroitpour Arlequin.
Ev
106 MERCURE
Rarement bien nourri ,ſouvent pauvre&meſquin,
Aux Auteurs de mes jours , pour prix de leurs tendreſſes
,
Enbon fils je donne du pain.
Je coursdans tout Paris pour eux à cette fin ;
Par-tout on me rencontre; & des plus fortes preſſes
Que ce gouffre en cent lieux voit naîtredans ſon ſein,
Je m'échappe , écrasé , pour aller le matin
Encor tout en fueur , au lever des Dacheſſes ,
D'où je vais amuſer, ( ſans en être plus vain )
Et le triſte Marais & le pays Latin.
Je ſuis peu curieux , & toujours je voyage ;
J'ai même été juſqu'à Pékin.
Jeune ,j'étois galant; mais tout change avec l'âge:
Vieux (cet article à part ) je me pique de tout ,
Spécialement de bon goût.
Pour preuve, àmon vrai nom,pour donner plus de
luftre,
J'ai fait pour mon furnom choix d'un nom trèsilluftre.
Le premier , qui ſouvent fit rougir plus d'un front,
Jadis l'objet de maint hommage ,
N'eſt que trop fréquemmentdans ce ſiècleun outrage;
Mais la gloire toujours couronna le ſecond
DE FRANCE.
1
107
LOGOGRYPΗ Ε.
J'AIME la mort&le carnage.
Autrefois les Romains trembloient àmon aſpect;
Aujourd'hui les enfans , fans crainte ni reſpect ,
Me réduiſent en eſclavage.
Né pour la liberté ,je ſuis fier dans les fers;
Plusj'y parle à tort , à travers,
Plus je parois uire merveille.
De mes ſept pieds le départ eſt heureux.
Otez m'en trois ,je plais à tous les yeux ;
Orez m'en quatre , & je charme l'oreille.
De me décompoſer , ſi l'on eſt curieux ,
On trouve en moi ce dont l'hommage
Plaîtaux Dieux , aux Belles , aux Rois ;
Undes préſens du Ciel , du plus utile uſage;
Ceque veulenttrouver auſſi riche que ſage
Des parens prévoyans qui méditent un choix;
Ceque cherche en riſquant ſa perte
LeCommerçant ambitieux ;
Ce qu'il craint& qui déconcerte
Tous ſesprojets ingénieux;
Cequi de lagaîté de l'ivrogne joyeux
Renferme la ſource fumeuſe,
A
Cequi cache ſouvent la beauté vertueue ;
Ce que plus d'un Marin ne paffe qu'en tremblare.
Est-ce là tout ?.... J'aurois d'autres fecrets , pruttes
Evj
108 MERCURE
Garde fur-tout , Lecteur , ſi tu veux me connoître,,
De te tromper du noir au blanc.
( Par Madame B. de L. V..... )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS prononcé dans l'Église Métropolitaine
d'Auch , pour la Benediction des
Guidons du Régiment du Roi , Dragons
le 28 Septembre 1781 , par Meflire Marc-
Antoine de Noé , Evêque de Leſcar
in -4°. A. Pau , chez P. Daumon , Impris
meur du Roi..
Tous les peuples ont eu une eſpèce de
ود
Religion militaire , & le culte s'eſt toujours;
trouvé mêlé parmi les armes. Les Romains
plaçoient leurs Dieux & leurs Aigles à la
tête de leurs armées ; les nations les plus bar--
bares ont tracé fur leurs érendards la figure
&le ſymbole de ce qu'ils avoient de plus:
facré dans leurs fuperftitions. Les Ifraëlites
dans leurs marches & dans leurs combats ,.
furent pendant long-tems précédés de l'Ar--
che d'Alliance & du Serpent d'airain . Conf
tantin fit élever la Croix au milieu de ſes:
légions ; nos anciens Rois alloient prendre
P'Oriflamme fur la tombe du premier Apôtre
de la France..
L'eſprio de ces coutumes, s'eft conſervé
DE FRANCE.
109
parmi nous , dans l'uſage où eſt l'Eglife
de conſacrer par des prières les fignes de
la guerre : la bénédiction des Drapeaux
du Régiment de Catinat , a fourni à
Maffillon le ſujet d'un discours affez médiocre
, qui ne paroît pas avoir ſervi de modèle
à M. l'Evêque de Leſcar ; quoiqu'il y
ait des idées ſemblables,dans l'un & l'autre ,
il ne faut pas croire que le ſecond ſoir calqué
ſur le premier. Maffillon entretient fes
Auditeurs des périls de l'état d'un guerrier ,
& des moyens d'y acquérir la véritable
gloire. M. de Noémontre que la Religion
fortifie la valeur & la perfectionne , qu'elle
lui donne une baſe ſolide , un intérêt puiffant
, des régles fûres , qu'elle l'anime par
ſes motifs , qu'elle l'épure par ſon eſprit &
par ſes maximes. L'un a échoué dans fon
fujet ; l'autre l'a traité de manière à mériter
tous les ſuffrages. On trouve dans le Difcours
de celui ci des preuves fatisfaiſantes
un développement heureux , des idées neu--
ves , & se ton d'éloquence qui fiéd au Pontife&
au Citoyen. Point de déclamations
point de lieux communs, point de bel eſprit:
gravité , ſimplicité , nobleſſe , douceur
force , clarté , harmonie ; telle eft la manière
de l'Auteur , déjà connu dans la République
des Lettres par fon application à l'étude , &
furtout par ſon amourpour les grands Ecri
•vains de la Grèce&de Rome.
و"
"
L'Orateur commence ſa première Partie
par juftifier la Religion du reproche qu'on
ک
110 MERCURE
lui fait d'affoiblir la valeur & de rétrécir
l'ame de l'homme dévoué à la profeflion
des armes. Il prouve qu'une Religion qui a
formé des Monarques humains , des Sujets
fidèles , de ſaints Législateurs , de pieux
Pontifes , peut former de généreux défenſeurs
de la Patrie. D'un côté , il fait voir les
motifs humains qui animent les vertus guer▾
rières , les loix de l'honneur & les refforts
de la diſcipline; de l'autre , les motifs ſacrés,
les récompenſes & les châtimens du Ciel.
Après avoir mis ces motifs dans la balance ,
qu'il fait pencher du côté de la Religion ,
il remonte juſqu'au principe de la loi que
Dieu impoſe aux guerriers d'être courageux:
nos Lecteurs ne ſeront pas fachés de
trouver ici ce beau morceau de Philofophie
Chrétienne.
" Tout homme en naiſſant contracte l'o-
>>bligation d'aimer ſa Patrie ; & en ſe nour-
> riſſant dans ſon ſein , il ratifie l'engage-
>> ment de vivre & de mourir pour elle.
>>Mais la Patrie ayant divers heſoins ,
» n'exige pas de tous ſes enfans les mêmes
" facrifices :les uns verſentleur ſangdans les
>>combats; les autres arroſent nos campa-
>>gnes de leurs fueurs ; d'autres , levant les
>>mains au Ciel , prient pour notre prof-
>>périté , ou pleurent ſur nos crimes , tan-
>> dis que d'autres , veillant fur le dépôt des
>>Loix , maintiennent parmi les Citoyens.
les droits de l'équité & de la Juſtice. Mais
tout-à- coup fondant fur nous ,
DE FRANCE. 117
>>ennemi cruel ravageoit nos potſeſſions ,
>> enlevoit ou égorgeoit nos frères , renver
>> ſoit nos Temples , nos Loix , nos Autels ,
» & menaçoit l'état d'une fubversion en-
" tière; au premier cri d'effroi & de dou-
>> leur de la Patrie éplorée , deſcendantde
>> leurs Tribunaux , fufpendant leurs facri-
>> fices , s'arrachant deleurs cloîtres , accou-
>> rant de leurs déſerts , Juges , Prêtres, Cé-
>> nobites , Solitaires , viendroient groſſir la
ود
ود
troupe des guerriers , donner l'exemple
du zèle & du courage , & s'ils ne fa-
> voient combattre , du moins ils ſauroient
» mourir.
"
د
ود
ود Touthommenaît donc Soldat , quoi-
>> que tout Soldat ne porte point les armes.
Mais le jour que la Patrie , croyant avoir
beſoin de fon bras , appelle un Citoyen à
ſon ſecours , ou que ce Citoyen venans
>> s'offrir de lui-même , elle veut bien agréer
> ſes ſervices , il reçoit le caractère de
>> Miniſtre armé pour fa défenſe , il devient
>> une victime konorable dévouée àla ſûreté
>> publique , & par un engagement ſolen-
>>nel , il refferre ſes premiers noeuds , il
>>retourne à ſa deſtination originaire. C'eft
>> donc le jour que, fuccédant au Trône de
>>leurs pères , nos Rois viennent prendre
> ſur l'antel le glaive pour nous protéger ,
» & le fceptre pour nous conduire ; le
>>jour que , marchant für les traces de fes
>> ancêtres , notre jeune Noblelle fait les
> premiers pas dans la carrière où ils ſe font
312
MERCURE
* illuftrés ; le jour que , la Patrie fonnant
➤ l'alarme , invite le Ciroyen qui n'a pas
>> fait choix d'une profeſſion,à prendre parti
>>ſous ſes Enſeignes , ou , qu'arrachant le
>> Pâtre à ſes troupeaux , le Cultivateur à ſa
>> charrue , elle lui dit : ceſſe de me nour-
>> tir , & viens me défendre ; c'eſt en ce
>>jour que tous ces enfans de l'État paffent
■ dans la claſſe honorablede ſes défenſeurs :
>> là ſous les yeux du Dieu des armées qui
fait la revue de fes nouveaux foldats
>>chacun d'eux en ſe revétant de ſes armes ,
>> reçoit comme en depôt la fûreté de nos
>> Campagnes , le repos de nos Villes , la
>> vie , la liberté de ſes frères ; il devient
" l'épée & le bouclier de celui qui n'en a
>> point , ou dont le bras , trop foible pour
>>les porter , ne fauroit en faire uſage ; &
>> Dieu lui dit comme à Jolué , comme à
" Gedeon , comme à tous les chefs de fon
>>peuple : Allez , voici mes ordres , foyez
>> vaillans , & c . » Voilà des idées grandes ,
vraies , puiſées dans les rapports les plus
exacts & les plus conformes à l'ordre établi..
Après avoir afligné les motifs religieux
comme le plus ferme appui de la valeur du
guerrier , le Prélat pourſuit ainſi : " Combien,
>> dit- il , l'ordre du Dieu des armées doit
» élever , agrandir l'ame , annoblir les fonc-
>> tions du Soldat, & donner d'autorité aus
>> Chef qui le commande ! Dès ce moment
>> toutchange de face aux yeux du Chrétien ;
* un dépôt, qui n'étoit que reſpectable , de
DE FRANCE 113
>> vient ſacré ; une profeſſion qui n'étoit que
>> noble , devient fainte; les ſignes des com-.
>> bats contractent ſous la main du Prêtre
>> une vertu divine , comme les inſtrumens
>> deſtinés au culte des Autels ; & de profane
>> qu'eût été le guerrier, il devientun perſon-
>>nage religieux. Pour luil'abandon du dépôt
>> qui lui eſt confié ſeroit un facrilège ;
» la crainte en préſence de l'ennemi , un
>> renoncement à ſa foi ; la fuite , une apof-
>> taſie qu'il redoutera plus que les périls les
>>plus certains , & que la mort la plus
>>>cruelle. » L'Orateur fait voir enfuitel'inſuffiſance
de l'honneur & de la diſcipline;
il place le Soldat Chrétien ſous l'oeil pénétrant
du Dieudes combats , qui le fortifie ,
l'anime & l'embraſe : " Un Soldat de Tu-
> renne , plein de l'idée de ce grand homme,
>>l'avoit fans ceſſe devant les yeux , & le
>> trouvoit par-tout ; un Soldat du Dieu
>> vivant marche toujours en ſa préſence.
>> Ce n'eſt point le Tribun , ce n'eſt point
>> le Centurion qu'il redoute ; c'eſt l'oeil de
>> l'Etre Suprême , cet eoeil ſi vif , fi péné
>> trant , qui le voit en tout tems , qui le ſuit
>> en tous lieux ; c'eſt ce témoin incorrupti-
>>ble qui dépoſeroit de ſa fuite ; ce Juge
>>inexorable, qui le puniroit de ſa lâcheté. »
M. de Noé fe fait une objection , & ſe demande
comment le pécheur dans la mêlée ,
accuſé par ſes remords , pourra foutenir la
vue du danger; ira-t-il affronter le trépas
au riſque de tomber en des mains qui ne
.
174 MERCURE
د
venez
font grace à aucun coupable , &ne fuira-t'il
pas plutôt devant l'ennemi , pour avoir le
tems de pleurer & d'expier ſes crimes ?
" Religion ſainte , s'écrie l'Orateur
>> au ſecours de cette ame qui s'agite & qui
» s'abuse. Vous ſeule avez excité vous
>>ſeule pouvez calmer ſes craintes ; vous
» avez ouvert l'abîne ſous les pas du pé-
>> cheur , refermez-le devant les yeux du
> pénitent... Me voici donc , grand Dieu ,
>>dira- t'il ; je ſais que par ma fuite & par
>> ma honte je pourrois peut - être échapper
>>au péril qui m'environne , mais il faudroit
>>toujours retomber entre vos mains : ...
>>frappez , grand Dieu ; couvert de mon
> ſang répandu pour la Patrie & pour mes
>>frères , j'oferai paroître devant vous. "
7
M. l'Evêque de Leſcar confidère la mort
du Soldat contrit , comme une pénitence
de ſang , qui efface enun inſtant la tache
&expie la peine du péché. Il regarde comme
de vrais Martyrs les guerriers qui cxpirent
ſur un champ de bataille. " Oui , s'é-
» crie-tib, vous êtes les Martyrs du devoir ,
>>les Martyrs de la charité Chrétienne&na-
>>tionale , les dignes rivaux des Martyrs de
» la Loi , généreux Martyrs de la Patrie. »
La première Partie de ce Diſcours eſt ter
minée par le portrait d'un Guerrier coura
geux dont le Prince a oublié les ſervices '
qui , pour toute récompenſe , demande que
Dieu l'appelle à lui du milieu des combats ,
& qu'il le dérobe aux dégoûts de ſes der-
-
DE FRANCE. 115
niers ans , par une mort auſſi gloricuſe que
celle de Bayard , de Turenne , & du plus
vaillant des Maccabées. L'Orateur peint
aufli le Héros Chrétien mourant au ſein du
carnage ; & de quelque manière qu'il enviſage
ſon ſujet , il prouve que toujours
prêt à combattre &déterminé à mourir
le guerrier qui prend pour motifde ſa valeur
la Loi de Dieu , ſes châtimens , fes
récompenfes , l'emporte de beaucoup fur
les guerriers dont tout autre intérêt animeroit
le courage.
२
La ſeconde Partie a pour objet de démontrer
que la valeur est perfectionnée par
la Religion. " La valeur , dit M. de Leſcar ,
>> cette force de l'ame qui s'exerce contre
>>les obſtacles & les périls , qui les appelle
>> pour les combattre , & ne cherche que
>> la gloire d'en triompher , reffemble au
>>glaive , qui tantôt inſtrument , & tantôt
>>vengeur du crime , frappe indifférem-
>> ment ſur l'innocent & le coupable, felon
>>le bras qui en dirige les coups. Guidée
>> par la raiſon & la justice , elle fait les
héros ; égarée par l'ambition , elle fait les
>>conquérans, les raviſſeurs injuſtes ; pouſſée
>> par la vengeance , l'avarice & l'orgueil ,
>> elle rend le Général cruel , le Soldat
» féroce.. engourdie par la molleſſe
>>elle tombe dans la langueur qui dégrade
» le guerrier , & perd les plus floriffantes
>>armées; enivrée par la préſompion , qui
» ne compte que les bras, elle dégénère en
ود
...
,
116 MERCURE
" un inſtinct aveugle qui fuccombe bien
> ſous les efforts meſurés d'une valeur for
>>tifiée&dirigée par l'inſtruction .
>>Mais fitôt que la Religion s'empare
>> d'un coeur , elle détruit ou empêche de
ود naître ,parfon efprit, les vices d'où pro-
>> viennent les déſordres & les abus ; elle
" oppoſe un eſprit de modération à la foif
>> des conquêtes ; un eſprit de douceur à la
>>violence; la ſévérité des moeurs à la mol-
>>leſle; le defir & le devoir de s'inftruire à
>> l'ignorance préſomptueuſe qui rejette
> toute inſtruction ; & par la réunion de
>>règles auſſi ſages que ſaintes , elle con-
>> ſerve à la valeur fon activité & fon
» éclat , & la rend une vertu digne de
l'admiration de la Terre & du Ciel. »
M. de Noé, pour peindre le Prince énorgueilli
de ſa puiſſance , emploie les propres
termes de l'Ecriture , & fait parler ainfi
Nabuchodonofor au Général de fes armées :
« Allez , marchez , n'épargnez ni les hom-
>>mes ni les campagnes , abattez , détrui-
>> ſez juſqu'aux Temples , & que Roi de la
>> Terre entière , Nabuchodonofor en ſoit
>> audi le Dieu. " Mais ſi la Religion pénètre
juſqu'au coeur d'un ſemblable Prince ,
bientôt il révoque ſes ordres , il ſe borne à
combattre l'ennemi qui oſe attaquer ſes
frontières , ou infulter ſes Sujets. Comme la
Religion arrêre le Monarque ambitieux , &
le détourne d'une guerre injuſte , elle réprime
auffi la violence du Général & du SolDE
FRANCE.
117
dat dans une guerre même légitime ; elle
offre le ſpectacle d'un guerrier ſuſpendant la
fureur du combat pour panfer les bleffures
d'un ennemi qui rend les armes , épargnant
les édifices publics , les monumens des arts ,
P'humble toît du Laboureur , s'interdifant
tous les maux qu'il n'eſt pas obligé de faire ,
&gémiſſant de tous ceux dont il ne peut ſe
diſpenſer.
Les Athlètes , les Soldats de Rome , de
Sparte & d'Athènes , ne font plus ; mais au
défaut de l'art qui les avoit formés , au défaut
de ces exercices du champ de Mars ,
de ces Loix du Cirque & du Gymnaſe , il
nous reste un Code religieux qui les remplace
: l'Evangile preſcrit la tempérance &
la frugalité , l'empire ſur les ſens , l'amour
du travail , la fuite des plaiſirs , l'horreur
de la molleſſe. " Suivez ces loix , foyez
» Chrétiens guerriers magnanimes , &
>> bientôt votre troupe, auſſi diſtinguée par la
>> force que par le courage , ſupérieure à la
>> fatigue& aux périls , ne redoutera ni la
>>chaleur des plus longs jours , ni les fri-
>> mats des plus longues nuits , ni la faim
>> ni la foif... & pour mettre en fuite un
>> ennemi à moitié vaincu par ſa molleſſe ,
>> vous n'aurez qu'à vous montrer ; comme
>2 pour triompher d'un ennemi auſſi robuſte
>>que courageux , vous n'aurez qu'à vous
>> rendre de plus en plus habiles dans la
>> ſcience des combats. » La Religion prefcrivant
à chaque homme de s'inſtruire des
118 MERCURE
devoirs de ſon état , ſemble faire une loi
particulière de l'étude & de l'application
à un corps de guerriers , qui réunit à lui ſeul
les fonctions & les devoirs de tous les autres
; à des Dragons , qui exercent tour- àtour
chaque partie de l'art des combats. Ici
l'Orateur termine le développement des
moyens ſaints que fournit la Religion pour
perfectionner la valeur. Mais ce n'eſt pas là
que s'arrêtent ſes vues religieuſes & patriotiques.
Après avoir parlé des Invalides &
de l'École Militaire , il forme des voeux
pour voir élever après la guerre un troirème
monument , rival des deux autres ,
où les cendres de nos guerriers , recueillies
& honorées , nous rappelleroient ce qu'ils
ont éré , & encourageroient ceux qui viendront
après nous à marcher ſur leurs traces.
Elevée ſur des débris d'armes , de fortereffes
& de vaiſſeaux , une colonne préſen
reroit à la poſtérité les noms & les exploits
de ceux qui ſe ſeroient le plus diftingués ;
un Autel ſeroit dreſſé au pied de la colonne,
&fur cet Autel la Religion invoqueroit le
Ciel en préſence du Peuple &des Chefs de
laNation.
Au premier rang paroîtroient les veuves ,
les mères , les enfans qui auroient à pleurer
un époux , un fils , un père ; l'Orateur
le plus éloquent , le plus homme de
bien , le plus capable de ſentir nos pertes ,
&d'exprimer nos regrets , ſeroit chargé de
louer les Héros , objets de cette auguſte&
DE FRANCE.
119
pieuſe cérémonie. C'eſt ainſi que M. l'Eveque
de Leſcar a ſu tranſporter dans l'éloquence
de la Chaire , mais fans déroger à la
dignité de la tribune Évangélique , les idées
fublimes des Grecs dont la connoiffance lui
eſt ſi familière , de ces peuples paſſionnés
pour la gloire, qui ne payoient point les grandes
actions avec de l'or , mais qui récompenfoient
& faifoient naître les grands hommes
avec des couronnes , des vaſes , des infcriptions
, des ftatues. On reconnoît dans le
Diſcoursdontnous venons de rendre compte,
un deſcendant des Héros François; un Prélat
qui,dans letemps de la maladie épizootique
établit deux caiſſes , l'une de prêt , l'autre
de don , pour réparer les déſaſtres de ce
Acau. La Lettre Paſtorale qu'il publia dans
cette circonſtance, eſt digne de ſervir de modèle
à l'Epiſcopat. Le Diſcours qu'il vient
de prononcer eſt en même temps un chefd'oeuvre
de Patriotiſme &de Philofophie
Chrétienne. La voix publique nous a appris
qu'il avoit fait l'impreſſion la plus vive ſur
les auditeurs duPontife citoyen. R,
:
120 MERCURE
HISTOIRE des Hommes. A Paris , chez
les Auteurs , maiſon de M. Buhot , rue
Baffe du Rempart , Porte S. Denis. in- 12.
&in-8°.
Nous avons annoncé dans un des
Mercures de cetre année cette Hiſtoire des
Hommes , dont les Auteurs ont déjà livré
au Public douze Volumes de la paftie hiftorique
ancienne , & fix Volumes de la
partie hiſtorique moderne. Celle- ci finit au
Règne de Louis XIII incluſivement : la partie
ancienne termine ſon douzième Volume
après la ruine de Carthage, Il feroit bien
difficile de donner ici une analyſe dé
taillée de chaque Volume. La briéveté d'un
Extrait ne la comporteroit point. On ne
peut prononcer un jugement que ſur la
maſſe de l'Ouvrage entier , & donner un
réſumé de l'examen qu'on en a fait dans le
filence du cabinet. Nous allons donc nous
borner à donner une idée du ſyſtême des
Auteurs , de leur ſtyle & de leurs motifs.
Nous nous permettrons auparavant quelques
réflexions ſur l'Hiſtoire , & on pourra
les appliquer l'Hiſtoire des Hommes dont
nous parlons.
Une Hiſtoire générale , univerſelle eſt à
coup sûr une Hiſtoire mal faite ; l'intérêt
ſe perd dans cette confuſion de perſonnages
, de faits & d'époques. Une Hiſtoire générale
rarement atteint au but qu'un bon
Hiſtorien doit ſe propoſer, celui d'inſtruire.
f Les
A
DE FRANCE. 127
-
Les parties les plus importantes echappent à
ſes crayons, fatigués de décrire les opération
militaires & les faſtes trompeurs de la politique.
La finance , partie ſi eſſentielle , cette
sève qui porte la vie du tronc juſqu'aux
derniers rameaux de l'arbre de l'Etat , eft
abſolument négligée , la ſcience économique
d'un Gouvernement , à peine eſt elle apperçue
; les progrès ou la décadence des
moeurs font un tableau entièrement négligé.
On ne trouve dans ces grandes Hiftoires
précisément que ce qu'on ne devroit
point y trouver, des combats ; & dans chaque
Règne quarante perſonnages qui inveftiffent
le trône & arrachent au Monarque
des ordres mal combinés & des pouvoirs
téméraires. Le reſte de la Nation diſparoît
entièrement ; fon commerce ſes arts , fa
dégradation ou ſon accroiſſement , ſa richeſſe
ou ſa misère ; tous ces grands objets ne
font que des points imperceptibles qu'on
remarque à peine dans l'étendue immenfe
des faftes du monde. La philoſophie , cette
fource compatiſſante de l'humanité , eſt
venue enfin donner un nouveau caractère
àtous nos écrits . L'éloquence , en renonçant
à des figures oifeuſes , a puiſé ſa chaleur &
ſes mouvemens dans l'ame ſenſible& éclairée
de l'Hiſtorien. Son oeil aofé fixer le tyran.Dans
ks profondeurs ténébreuſes de la politique
ellea porté la lumière, &ne s'eſt pointbornée
à dire avec timidité: voilà ce qu'on a fait ,
manière impuiſſante des Ecrivains igno
Nº.3 , 19 Janvier 1782. F
د
122 MERCURE
رق
rans & timides; elle a dit , on a mal fait ;
& indiquant des moyens , elle a ajouté :
voilà ce qu'on auroit dû faire. Toutes les
elaffes de citoyens , tous les ordres de la
Monarchie ſe font rangés autour de l'Hiſtorien
philofophe. Sur chacun d'eux il a jeré
un regard , & à chacun d'eux il a réſervé
une place proportionnée au degré d'intérêt
qu'il inſpiroit. L'Hiſtoire n'a plus été ni militaire
, ni politique , ni économique ; elle
eſt devenue l'Hiſtoire des hommes & des
moeurs.
L'Histoire des Hommes a été écrite dans
les vues philofophiques. Les Auteurs ont
rapporté dans tous les genres les principaux
faits , en ont recherché les cauſes ; ils ont
été peu jaloux de raffembler tous les événemens
qui , après tout, ſe reſſemblent dans
tous les âges , & font parfaitement indifférens
aux générations ſuivantes ; ils ont écrit
l'hiſtoire de l'humanité; celle-ci eſt permanente.
L'homme ſera toujours une leçou
pour l'homme , & l'efprit d'une Nation fera
toujours lié à l'eſprit du ſiècle qui l'a précédé.
Combien d'Hiſtoires inutiles & volumineuſes
qu'on devroit rejeter univerfellement
, ſans en excepter peut-être celle de
France par le Père Daniel ! Combien de
gros Volumes de recherches ſur une ville ,
ſur un hameau , ſur un monument qui importoient
peu à la poſtérité , & qui décèlent
la petiteffe des Ecrivains , & la fotile de ceux
qui les admirent. Tacite n'eſt certainement
DE FRANCE. 123
pas fi volumineux ſur les Annales de
l'Empire Romain, que les Bénédictins fur
celles de l'Ordre de Citeaux. Depuis Belus
juſqu'à Louis XIV, il n'y a pas dix Peuples
dom il convienne d'écrire l'hiſtoire ; &
encore dans ce petit nombre d'Empires
qui ont fait époque dans les Annales de la
terre , il faudroit retrancher le temps
de leur formation & celui de leur décadence.
Les hommes ne ſont bons à examiner
ni quand la ſtupidité en fait des ſauvages
, ni quand le luxe en fait des barbares.
LenouveauMonde n'offriroit qu'un moment
brillant pour la plume d'un Tacite , c'eſt
l'époque de ſa conquête. On a écrit les Annales
de la France depuis Pharamond ; mais
pour tout homme qui n'eſt pas François ,
c'eſt à Louis XI que commence fon Hiftoire.
" Je deſirerois ( dit un des Auteurs de
> P'Hiftoire des Hommes) qu'on lut l'Hiftoire
dans le même eſprit qu'on doit
☑ l'écrire ; qu'on ne ſupposât pas qu'une
Nation a toujours été la première de l'Eu-
" rope , parce qu'elle l'eſt devenue ; qu'on
- ne louît pas d'anciennes loix adoptées par
- l'ignorance , & interprétées par le deſpo-
» tifme. L'Hiſtoire ancienne eſt en général
plus faite que la nôtre pour
>> plaire & pour inſtruire. Les inſtitutions
» de la Grèce & de Rome étoient moins
>> verſatiles que celles de l'Europe moderne,
leurs Héros avoient un carac-
C
Fij
124 MERCURE
1
> tère plus marqué, leurs tyrans même im-
>> primoient à leurs crimes une forte de
>> grandeur qu'accompagne toujours la cé-
>> lebrité. Tout a conſpiré à augmenter le
charme de cette Hiſtoire , l'étendue de la
ſcène où ont joué les principaux Acteurs ,
>> le climat qu'ils habitoient, fi favorable au
>> développement du génie , & l'avantage
ود
وب ineſtimable d'avoir produit de grands
>> Ecrivains pour peindre leurs grands
Hommes. »
De cette manière d'entrevoir l'Hiſtoire ,
ondoit conclure que les Auteurs de l'Ouvragedont
nous parlons doivent parfaitement
remplir le vaſte plan qu'ils s'étoient tracé.
Il nous ſemble qu'après avoir fourni une
carrière de dix-huit Volumes , le ſtyle des
Ecrivains devroit être jugé. Nous allons cependant
ouvrir au haſard un Volume , &
tranſcrire ce qui ſe préſentera ſous nos yeux,
Quand une Ville eſt deſtinée à périr , les
» deſaſtres font naître les deſaſtres. Lorf-
>>que Scipion parut en Afrique , Afdrubal
>> le rébelle ſouhaita de réunir au comman-
» dement de l'armée d'obſervation celui
ود
ود
des troupes de la Place. Afdrubal le Nu-
→ mide , qui étoit Gouverneur de Carthage,
refuſa de ſe laiſſer dépouiller par fon ri-
» val. Afors celui-ci l'accuſa de trahiſon ,
& le fit maſſacrer par ſes ſatellites. Ce
crime , dont l'impunité décèle la foi-
• bleſſe de Carthage , accéléra ſa catastro-
ود
ود
DE FRANCE.
125
ود
ود
>> phe. Scipion commença ſes opérations
militaires en faiſant donner l'aſſaut pendant
la nuit à un quartier de la Ville
>> qu'on nommoit Mégare. Les murs d'abord
>> ne purent être eſcaladés ; mais le Général ;
» en ſe retirant , ayant apperçu une tour
abandonnée par la garnifon , y jeta quelques
foldats d'elite qui s'élancèrent de ce
» poſte ſur le rempart , brisèrent les portes,
& introduifirent les légions dans Mégare.
Les Carthaginois , qui crurent l'ennemi
maître de la Ville entière , ſe retirèrent
» en défordre dans la citadelle.
ود
ود
ود
ود
ود
>> Afdrubal , au point du jour, voyant le
>> triomphe des Romains, ſe vengea d'eux
» en Cannibale ; il fit avancer ſur le mur de
ود la citadelle tous les prifonniers , de ma-
>> nière qu'ils puffent être vus par les lé-
>>gions. Là , il épuiſa à les tourmenter fon
>> génie fecond en barbaries. Scipion , pour
» ne laiſſer aucun relâche à un ennemi à
> demi vaincu , & qui n'avoit plus que le
>> courage de la férocité, fit élever dans
>> toute la largeur de l'iſthme un mur de
>> douze pieds , flanqué d'eſpace en eſpace
>> de tours & de redoutes. Ce prodigieux
> ouvrage , qui embrafſoit un intervalle de
>> vingt - cinq ſtades , fut achevé en moins
d'un mois. Non content de ce plan formidable
d'attaque , le Conſul fit fermer
l'entrée du port par une digue. Les Carthaginois
de leur côté ne ſe découragèrent
* pas : ils ouvrirent un nouveau canal ; &
ود
"
ود
Fiij
126 MERCURE
• lorſqu'on s'y attendoit le moins , ils pa-
>>> rurent en mer avec une flotte de cin
> quante galères , conſtruites des vieux ma-
>> tériaux qui ſe trouvoient dans leurs ma-
>> gaſins. Il y ent une bataille navale , où
> l'on combattit de part & d'autre avec
>>toute la bravoure du patriotiſme. La
- nuit ſeule ſépara les combartans ; mais
>> comme l'entrée du nouveau canal ſe trou-
> voit très étroite , les galères Carthagi..
> noiſes ayant trop de difficulté à pénétrer
> dans le port , ſe rangèrent le long d'une
- rerraſſe ſpacieuſe , élevée originairement
contre les muis pour y deſcendre les mar-
>> chandiſes , & cette retraite forcée pro
cura la victoire aux Romains .... Le Con,
►ful , maître de Carthage , fit avancer ſes
> légions au pied de la citadelle. Le ſep-
- tième jour on vit deſcendre des eſpèces
▸ de phantômes , le viſage livide , luttant
* avec peine ſoit contre la faim , foit contre
le déſeſpoir; ils ne demandoient que la
vie. Scipion la leur accorda ; il n'excepta
> que les transfuges. En vertu de la capitu-
>>lation , cinquante mille Carthaginois des
>> deux ſexes traversèrent le camp des Rom
» mains , & allèrent ſe répandre dans les
déſerts de l'Afrique : pour les transfuges ,
>> qui étoient au nombre d'environ neuf
>>cent, ils ſe retranchèrent dans le Temple
d'Eſculape , ſitué ſur la cime d'un rocher.
Afdrubal eroit encore à leur tête ;
>> mais ce tyran de Carthage ayant profité
: رو
-
DE FRANCE .
127
>> d'un moment où il n'étoit point obſervé,
deſcendit de ſon aſyle, & ſe rendit à Sci-
>> pion, ce qui amena le dernier acte de
>> cette ſanglante tragédie.
"
ود
Dès que l'épouse d'Afdrubal apprit ſa
fuite & fon opprobre, elle parut ſur le
" portique du Temple , parée avec toute la
>> recherche du luxe le plus raffiné , & te-
" nant par la main ſes deux enfans. Sci-
>> pion, dit cette Héroïne , je n'invoque
>> point contre toi la juſtice des Dieux :
>> en anéantiffant Carthage , tu ne fais qu'u-
>> ſer du droit de la guerre ; mais puiſſe le
>> Ciel & Rome conjurés faire ſubir le plus
>> grand des ſupplices à ce ſcélérat qui s'eſt
>>fait unjeu de trahir ſa femme , ſes enfans,
>>ſa patrie & fes Dieux! Pour moi , je me
>> punis de lui avoir donné ma main ; j'aime
» mieux mourir ſur le bûcher de Didon que
> de vivre enchaînée à ton char de triom-
» phe. - A ces mots elle égorge ſes deux
fils , met le feu au Temple , s'y précipite ,
& y périt avec tous les transfuges.
>> Carthage n'ayant plus d'habitans , Sci
» pion y entra en triomphe, en abandonna
ود
"
T
le pillage à ſes ſoldats pendant quelques
>>jours , & la fit raſer juſqu'aux fondemens.
Ce grand événement , qui amena la difſolution
de l'Empire de Carthage , arriva
la troiſième année de la cent cinquante
huitième Olimpiade , ce qui répond à
l'an 2034 de l'ère de Calliſthène.
"
ود
"
ود
>>Les Romains , non contens de faire un
Fiv
123 MERCURE
ود
6.
ود
ود
déſert de cette ſuperbe Capitale de l'Afrique
, dévouèrent à toutes les Divinités
• infernales le téméraire qui oferoit la re-
>>bâtir , tant l'ombre même de la poſtérité
• d'Annibal inquiétoit ces Conquérans du
>> Monde. Il paro t au reſte que les impré-
>> cations romaines alarmèrent peu la reli-
>> gion des Grecs , puiſque vingt- quatre ans
>> après l'un d'eux tenta de révivifier Car-
>> thage , & y conduifit une colonie de fix
>> mille citoyens ; mais comme la Métro-
>> pole ſongea peu à la protéger , elle ſe
releva mal de ſes anciens deſaſtres. Vers
la fin de la République Komaine, l'antique
ville de Didon n'étoit encore qu'un amas
>> de cabanes bâties ſur des ruines . On ſe
>> rappelle le mot de Marius fugitif à l'En-
>> voyé de Libye : Dis à ton Maître que tu
>>>as vu Marius affis fur les débris de Car-
>> thage. Ce ne fut que ſous l'Empire d'Au-
>> guſte que Carthage redevint une des Mé-
-tropoles de l'Afrique , mais ce Prince ,
- qui avoit l'ame perite & fuperftitieuſe
des tyrans , ne voulut pas qu'on rebâtît la
nouvelle Ville ſur l'emplacement de l'an-
>> cienne, afin de ne pas encourir les ana-
>> thêmes prononcés par les contemporains
>> de Scipion : quoi qu'il en ſoit , elle étoit
» déjà auſſi loriffante que ſous Annibal ,
>> lorſque Maxence vint la réduire en cen-
>>dres; elle ſe releva encore , & ſe ſoutint
» juſques vers la fin du ſeptième ſiècle
> qu'elle fut tout-à-fait détruite par les Ca-
"
,
DE FRANCE.
129
» lifes. Aujourd'hui on diſpute pour ſavoir
>> où font les ruines. >>
Les Auteurs, au mérite littéraire réuniſſent
encore ( ce qui n'eſt pas moins rare ) une
exactitude ſcrupuleuſe dans les Livraiſons.
Chaque Volume paroît régulièrement à fon
époque. Les envois ſont accompagnés d'un
certain nombre de Cartes géographiques &
deGravures exécutées par de bons Artiſtes.
Le prix de la Souſcription in- 12 eſt de 30
livres pour la Province , & de 24 livres
pour Paris , franc de port. L'Édition in-8 °.
eſtde 36 livres les douze Volumes brochés.
On ne s'adreſſe pour toute la correfpondance&
les Souſcriptions , ſoit pour l'in- 12 ,
foit pour l'in- 8 °. , qu'à M. de la Chapelle ,
maiſon de M. Buhot , rue Baffe , Porte Saint
Denis.
LES APRÈS- SOUPÉs de la Société, petit
Théâtre Lyrique & Moralfur les aventures
dujour , avec cette Épigraphe: Rien n'eft
beau que le vrai. Boileau. A Sybaris ; & à
Paris , chez l'Auteur , rue des Bons-Enfans,
vis-à-vis la cour des Fontaines. Tome II.
L'AVENTURE que contient ce premier
cayerdu ſecond volume eſt intitulée : les Picciniſtes
& les Gluckiftes. C'est une des plus
jolies bagatelles de cette agréable Collection ;
& le ſujet eſt autant traité que le cadre a
pu le permettre. Mondor , riche Financier ,
&Gluckifte , tient chez lui deux femmes
Fv
130 MERCURE
qui s'ennuient fort , &dont chacune a um
amant en ſecret. L'un des deux amans ,
Dorival , s'eſt introduit chez Mondor ſous
le nom de Durſon , & en qualité de Compoſiteur.
Il s'eft propoſé d'enlever ſa maîtreffe
Honorine , après l'avoir fait infcrire
à l'Opéra ; & de ſon côté , Mondor, qui defire,
fort d'être débarraffe d'Honorine , lui conſeille
confidemment &le prie même de l'enlever.
Mais Roſine plaît beaucoup àMondor,
ce qui rend ſon enlèvement plus difficile.
Pour le faciliter , ſous le nom de Mélodini ,
chef des Picciniſtes , Dorival introduit dans,
la maiſon Fierval , amant de Rofine ; il a
perfuadé à Mondor qu'on veut lui faire
figner la paix entre les Picciniſtes& les Gluckiftes
, & que c'eſt pour cela que Mélodini
a voulu lui être préſenté. Le projet des deux
amans eft de prendre querelle en préſence
deMondor , &de profiter du défordre &du
bruit pour faire évader leurs maîtreffes. Ily
a des détails agréables dans la Scène des
deux faux Muficiens. Durſon , qui prétend
donner Atrée à l'Opéra , dit à Melodini :
Je compte aufli beaucoup ſur lejeu des Acteurs.
Apréſent c'eſt un feu , c'eſt une véhémence ! ....
La pantomime a fait de grands progrès en France;
C'eſt elle qui les rend pathétiques& chauds.
MELODINI.
Tant pis ,Monfieur ; la pantomime
Eſt le pathérique des fots.
:
DE FRANCE.
131.
Avec du mouvement, du bruit&des tableaux ,
On prend pour du talent les grimaces d'un mime's
D'un Acteur convulfif les éclats furieux
AParis font crier merveilles ;
Et fi vous y prenez du plaiſir par les yeux ,
C'eſt aux dépens de vos oreilles.
C'eſt là que commence la fauſſe diſpute.
Arrive enfuite l'enlèvement qui ſe fait d'une
manière plaiſante & dramatique. Quel eft
cet homme- là ? demande Mondor à Durſon ,
en voyant Honorine en habit d'homme.
Durſon lui répond tout bas : c'est Honorine ,
& tout haut : un Ecolier. Mondor , qui ,
comme on fait , ne demande pas mieux que
d'être débarraffé d'Honorine ,la laiffe partir
en feignant d'être dupe du ſtratagême. Après
cela il apperçoit Roſine en Jacquet, avec une
baſſe qu'elle emporte. Où va ce pauvre
diable , demande Mondor à Mélodini , qui
lui répond :
Mabaſſe eſt décollée ,&je vais me pourvoir
D'une autre.
MONDOR.
.I
Maisje crains que le poids ne l'accable.
Et alors , par un mouvement d'humanité
fort plaiſant , Mondor aide lui-mème à relever
l'inſtrument de Roſine , qu'on lui
enlève.
Cette petite Comédie fera sûrement plaifir
aux Lecters. Elle doit ajouter aux agre
F vj
132 MERCURE
mens de cette Collection , & en fait defirer
la ſuite.
DE L'INFLUENCE DES AFFECTIONS DE
L'AME dans les Maladies nerveuses des
femmes , avec le Traitement qui convient
à ces Maladies , par M. de Beauchêne
, Docteur en Médecine de l'Univerſité
de Montpellier , & Médecin De
MONSIEUR , Frère du Roi, Juvat integros
accedere fontes , atque haurire. AMontpellier
,& ſe trouve à Paris , chez Méquignon
l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers ,
1781 .
:
...
La Science de la Médecine eſt un arbre
immenſe . L'étude de ſa ramification entière
ſemble demander la vie de pluſieurs hommes.
Or , celui qui s'attache à cultiver particulièrement
une de ſes branches , nous
ſemble fait pour inſpirer une confiance plus
entière. Il paroît que M. de Beauchêne a
fait une étude particulière des affections vaporeuſes
; & l'Ouvrage que nous annonçons,
en faifant honneur àfon Auteur , doit être
de la plus grande utilité. C'eſt ſurtout dans
les grandes Villes , c'eſt ſur-tout dans cette
Capitale , & dans l'état actuel des moeurs ,
que ce genre de maladie exerce de plus
cruels ravages. L'Ouvrage de M. de Beauchene
peut être lu par les femmes ; & c'eſt aux
femmes ſur-tout qu'il eſt deſtiné , comme
étant plus ſujettes aux affections nerveuses ;
DE FRANCE.
133
il eſt écrit avec intérêt ; & ſouvent les faits
y viennent à l'appui du raiſonnement.
La nature , en donnant aux femmes la ſenſibilité
de l'ame & la foibleſſe des organes ,
les a plus expoſées aux maladies nerveuſes ;
a molleſſe habituelle des grandes Villes ,
l'oiſiveté , les plaiſirs qui exaltent l'imagination
, rendent pour elles ces affections plus
graves , plus fréquentes & preſque inévitables.
Nous ne ſuivrons point l'Auteur dans
le détail de ſes obſervations ; nous invitons
nos Lecteurs à lire l'Ouvrage même ; &
nous nous contenterons d'en citer un Paragraphe
, pour donner une idée du ſtyle. M. de
Beauchêne oppoſe au tableau de la vie de
Paris , celle d'une femme qui habite la campagne.
" Elle n'eſt jamais oiſive , dit- il ; elle
n'a jamais le temps de former des defirs :
après le travail , elle a beſoin de repos ;
après le repos , vient le beſoin du travail
& le travail eſt un plaiſir pour les hommes
robuſtes : au travail ſuccède l'appétit , &
après le repas , qu'il rend délicieux , de nouveaux
exercices rendent la digeſtion facile.
Les jours de repos , à la campagne , ſeroient
des jours de fatigue pour les habitantes de
nos villes. Le matin , des devoirs appellent
au village ; le ſoir il faut danſer dans la
grange ou fous un ormeau. >>
د
" L'homme a reçu de la nature un penchant
invincible vers le mouvement & Pactivité;
l'uſage , ce tyran des grandes villes ,
contrarie ce penchant , en condamnant les
134
MERCURE
T
femmes à ne vivre que pour ce qu'on appelle
le plaifir ; & ce plaifir n'en eſt plus
un lorſqu'il eſt ſéparé des travaux journaliers
; il devient habitude , fatigue , lorſqu'il
ceffed'être un beſoin , & les femmes font
réduites à en chercher de nouveaux dans les
reſſources inépuiſables de l'émigration. Plus
l'imagination travaille , plus elle devient
féconde ; mais plus elle affoiblit auffi les
organes qu'elle maîtriſe , &c. »
1.
On voit que M. de Beauchêne écrit d'une
manière vive , animée , qui met ſes obfervations
à la portée de tout le monde , &
qui doit donner à ſon Ouvrage une utilité
plus générale.
SPECTACLES.
HONNY SOIT QUI MAL Y PENSE.
MADAADAMMEE CHLOÉ n'a pas encore vingt- fix
ans , & fa figure n'en annonce pas vingt. Elle
eſt aimable , ſpirituelle, plus que jolie fans
être belle , enfin elle est riche & veuve.
Que de droits pour avoir des prétentions !
Cependant elle n'en a point , mais elle a
du goût , des talens & de la raiſon. Si
vous en parlez à nos aimables , ils vous répondront
qu'ils ne la connoident pas, ou
ils vous en diront du mal,& voilà le plus
DE FRANCE.
135
bel éloge qu'on puiſſe faire de Mde Chloe.
J'étois chez elle hier au foir; l'aſſemblée
étoit nombreuſe. On annonça un de fest
amis; il entrraa,,& lui demanda la permiffion
de lui préſenter un homine qui aſpiroit
au bonheur de la connoître. C'étoit une efpèce
de Robin. Elle le reçut avec les grâces
qui lui font naturelles ; mais au premier
coup-d'oeil elleparut mécontentede M. le Pré--
ſenté. D'un air encore plus gauche que fat , le
Robin lui dit très- rapidement une demi douzaine
de fadeurs , & ſe jeta dans une bergère.
Il y a quinze jours que je ſuis malade ,
me dit- elle, je ne ſuis plus au courant des
ſpectacles. Qu'avons nous eu de bon depuis
ce temps ? De bon ! s'écrie le nouveau venu
qu'on n'interrogeoit pas, rien. Tout ce qui
paroît depuis dix ans eſt miférable fans exception.
Les François nous ont fait préſent
d'un M. Garnier, qu'on nous a fait venir de
Lyon , & qui eſt d'une foibleſſe infupportable.
De quoi diable s'aviſe-t'on de nous
donner fans ceffe des écoliers ? Ce qui me
confole, c'eſt que la Comédie n'en veut pas ,"
&qu'elle est décidée à s'en défaire. Il éroit
reçu à l'effai, je ne fais comment, mais on nous
-endébarraffe.J'en ſuis enchanté. Sans prendre,
dit agréablement MdeChloé, fans prendreau.
fort d'un Comédien plus d'intérêt qu'il n'en'
doit infpirer , je ſerai moins févère que vous.
Jiai vu Gaznier dans ſes debuts , &, fi j'ofe
m'expliquer ſur ſon compte , je lui ai trouvé
des défauts, Sa voix le trahit ſouvent , ſes
136 MERCURE
geſtes ne font pas toujours libres , ſa démarche
a de la contrainte , on voit qu'il n'eſt
pas encore familier avec la Scène,& fon débit
eſt quelquefois mal attaché ; mais il m'a paru
avoir de la nobleſſe , de la vérité , de la chaleur
, de l'âme , de l'intelligence & du zèle..
C'eſt encore un écolier ſans doute , mais qui
ne l'a pas été ? Moléa-t'il toujours été ce qu'il
eſt ? Mon père m'a dit cent fois qu'il l'avoit
vu paroître ici avec un très-grand nombre
de défauts qui ne l'avoient pas d'abord rendu
cher au Public. Il les a vaincus , il leur a
ſubſtitué des qualités qui lui ont fait la réputation.
Eh bien , j'en accorde à Molé beaucoup
plus d'eſtime que s'il étoit venu avec
un talent tout fair. C'eſt un bonheur pour
un Comédien que de devoir de grands
avantages à la Nature ; mais il n'eſt réellement
eſtimable que par les qualités qu'il
acquiert , & ce jeune homme- ci eſt fait
pour acquérir. Nous avons perdu Monvel ,
il lui faut un fucceffeur. De tous ceux qui
ſe ſont préſentés , Garnier eſt le ſeul qui annonce
du talent : pourquoi la Comédie ne le
garderoit elle pas ? Si elle a de l'humeur
contre lui , elle a auti des ſupérieurs & des
juges reſpectables.Au ſurplus, ſi elle venoit
à bout d'écarter ce jeune Comédien , afin ,
d'étouffer un talent que quelques gens peus.
vent redouter , je vous avouerai que je ne
m'en réjouirois pas. Toutes les fois qu'on
fait une injuftice à un homme qui annonce
du mérite , on va contre mes droits , parce
DE FRANCE. 137
qu'on va contre mes plaiſirs. On attaque ma
propriété , & je ne puis me réjouir d'une
ſemblable leſion . Ma foi , Madame , reprit
mon far , it en ſera tout ce qu'il vous plaira .
Vous aimez le petit bon homme... Je l'interrompis.
Mde raiſonne , luidis je , il n'eſt pas
ici queſtion d'aimer ou de haïr. A propos ,
reprit Mde Chloé en ſouriant , le Gateau
à deux Féves eſt donc tombé ? A plat ,
dit le fat. Iniaginez vous , Madame , que c'eſt
bien la plus bizarre intrigue qu'on puiſſe
jamais voir. Un M. Simon , fils d'un M.
Grégoire , aime une Dile Deniſe , fille d'un
M. Martin. Ce M. Martin veut faire les
Rois avec ſes bons amis ; il penſe ſur-tout
àſon intime M. Grégoire , & il lui fait écrire
par fa fille un billet conçu en ces termes :
Viens- çà, mon cher ami.... tirer chez moi la féve ,
Tu me ſeconderas .... pour que mon vin s'achève ,
Etj'eſpère à la fin.... du plus gai des feſtins ,
Que tu m'enlèveras.... par tes joyeux refreins.
Vous ne ſavez pas trop pourquoi M. Martin
ſe ſert de l'expreſſion tu m'enlèveras , je
vais vous le dire: c'eſt afin que M. Martin ,
ayant déchiré le billet en deux , Simon en
trouve la première moitié, & qu'il devienne
jaloux de Deniſe, en lifant ainſi cette moitié :
Viens-çà, mon cher ami; tu me ſeconderas ,
Et j'eſpèreà la fin que tu m'enlèveras.
Voilà de ces coups de génie auxquels on
138 MERCURE
ne s'attend pas. Les amans ſe brouillent.
Tous les amis de M. Martin viennent , M.
Grégoire , le Bailli , le Magiſter , le Frater ,
le Carillonneur. On tire le Gâteau ; il s'y
trouve deux féves. Martin & Grégoire ſe
querellent pour la royauté. Le Bailli propoſe
de remettre les féves aux amans , qui
Tauront bien s'unir ; mais on apprend qu'ils
font brouillés. Simon en déclare la cauſe ,
& Deniſe le fait rougir de ſa mépriſe , en
lui montrant la ſeconde partie du billet
qu'elle a conſervée, on ne fait trop pourcuoi.
La joie renaît , on boit & l'on chante.
Pendant que mon bavard continuoit de
parer , Mde Chloé me demanda fi le récit
qu'eile venoit d'entendre rendoit réellement
compte de la Pièce. Oui , lui dis-je , mais ce
Monfieur a de la mémoire; il répète ce qu'on
a dit hier dans une maiſon où il a ſoupé avec
moi. Ma parure d'aujourd'hui l'empêche
de reconnoître l'homme qu'il a vu hier , &
devant moi , il s'empare effrontément de
l'eſprit d'un autre. Ce qu'il ne vous dit pas ,
c'eſt qu'il y a de très jolis couplets dans le
Gâteau à deux féves ; que l'Ouvrage , tout
négligé qu'il eſt , & il l'eſt fort annonce
encore beaucoup d'eſprit & de facilité.
On s'y eſt ennuyé , on n'a pas eu tort ;
les Auteurs feront mieux une autre fois , ils
auront raiſon . D'ailleurs , ils nous ont donné
affez de jolies choſes pour que nous leur
paffions une étourderie. Madme Chloé me
ferra la main. Après avoir tout dit ſur le
,
DE FRANCE.
139
-
Gâteau, on parla de la remiſe d'Aucaffin.
Mde , dis- je à Mde Chloé qui ne le connoifſoit
pas , à l'exception de quelques retranchemens
de la part du Poëte,&de quelques additions
heureuſes de la part du Muſicien ; c'eſt
exactement lemême ouvrage dont leMercure
a rendu compte dans le Nº. du Samedi 15
Janvier 1780. Je lirai cet article , dit Madame
Chloé. Je ne le lirai pas , dit le Robin,
Je n'aime pas ce M. du Mercure , il s'aviſe d'a
voir des opinions à lui; la prétention eft inconcevable.
Ces Meſſieurs devroient ſe borner
à rendre compte des déciſions du public
&voilà tour. Permettez moi , lui dit Mde
Chloé,devous obſerver que le public eft pour
bien des gens le cercle qui les entoure , &
qu'on abuſe alors du mot en invoquant uni
public compoſé de dix ou douze perſonnes.
J'ajouterai qu'un Journaliſte eſt eſſentiellement
fait pour éclairer , pour rappeler aux
principes du goût,& que les trois quarts des
Spectateurs les ignorent ; que ce ſeroit une mif
fion fort defagréable que celle d'être féchement
le Gazetier des opinions publiques ; &
que s'il n'étoit beſoin que de pareils moyens
pour entrer dans la carrière de la critique, le
premierArtiſan qui fauroit écrire quatre mots
de françois , pourroit quitter ſon métier pour
ſe conftituer Juge des Arts , ſans ceffer de
faire un métier, Madame Chloé s'échauffoit ;
l'homme qui avoit amené le Robin s'en ap
perçut , il ſe leva , & partit avec ſon protégé.
Quelletête,ditMdeChloé ! L'ignorance perce
1
140
MERCURE
à chaque mot au travers de fon jargon , &
il a la fureur de juger les Juges ! Mais
Mde , lui disje , tout le monde en a le
droit. A la bonne heure , dit - elle , quand
on eſt inſtruit ; mais quand on ne ſait
rien , quand on eſt trop heureux de prendre
un avis , une manière de penſer chez les
Ecrivains périodiques ! En vérité , je ne crois
pas que les pauvres aient le droit d'inſulter
ceux qui leur font l'aumône.
D
GRAVURES.
ESCRIPTION particulière de la France , Département
du Rhône , Gouvernement du Dauphiné,
onzième Livraiſon , in-folio , contenant huit Ef
tampes. Prix , 12 liv. pour Paris , & pour la Province
& les Pays étrangers , 14 liv. & fols. A Paris ,
chez Née & Maſquellier , Graveurs , rue des Francs-
Bourgeois.
Ce Cahier, qui ne le cède point aux précédens ni
pour l'exécution ni pour le choix des ſujets , contient,
1º, une Vûe de la ville de Grenoble priſe fur
la rivegauche de l'Ière ; 2 ° . une Vûe de la ville
de Valenceprife de l'autre côté du Rhône ; 3 °. une
Vûe de la Ville& du Château de Crest ; 4°. Vûe
delaMontagne du Puy, appelée lefond des Roches;
5°. quatreEstampes ſur une même feuille , contenant
des Rochers & Cascades ; 6° . Vûe de la Cascade de
Maupas ; 7°. & 8°. trois Vûes du Défert de la
grande Chartreuse.
:
Les Amusemens dangereux , Eſtampe de is pouces
de hautear , fur 11 de largeur , gravée d'après le
deſſin de M. Touzé , par Voyer le jeune. Prix ,
livres. AParis , chez Hemery , Graveur , rue Saint
DE FRANCE.
141
Jacques, entre la Place de Cambrai & le College du
Pleffis , chez le Tapiſſier , à côté du Serrurier.
On trouvera à la même adreſſe deux petites Eftampes
intitulées : Le Serpent fous les fleurs & la
feinte Résistance. Prix, I livre 4 fols pièce.
Nouvelle Carte du dernier Voyage & des Découvertes
du Capitaine Cook , fait en 1776 , 77 , 78 &
79 , comprenant la partie ſeptentrionale du Globe
compriſe entre le Kamchatka & la Californie ,
dreſſée d'après le dernier Voyage du Capitaine
Cook, fur les dernières Découvertes des Rufles , &
fur les connoiſſances que peuvent donner les diffé
rentes Expéditions terreſtres & maritimes des Eſpa
gnols , avec le précis du Voyage ; par M. Buache de
la Neuville, Géographe ordinaire du Roi A Paris,
chez Dezauche, ſucceſſeur des fieurs G. de l'iſſe
&Ph. Buache , premiers Géographes du Roi , rue
des Noyers , près celle des Anglois. - On trouve
chez le même le Neptune Oriental, de M. d'Après
de Manuevilette.
Carte de la Navigation intérieure du Royaume ,
ou Cours des Fleuves , des Rivières & des Canaux
exiſtans ou même projetés , à l'usage du Commerce ;
par M. Dupain-Triel père , Géographe du Roi &
de Monfieur , ſeconde Édition , augmentée de
nombre de détails eſſentiels , & accompagnée d'un
Mémoire de M. le Maréchal de Vauban ſur la
Navigation des Rivières de France , avec des
Notes , publié par le même Géographe ; Ouvrage
préſenté au koi. A Paris, chez l'Auteur , Cloître
Notre-Dame;& chez L. Cellot , Imprimeur- Libraire,
rue Dauphine , avec Privilège du Roi. Prix de la
Carte, s liv. & du Mémoire , I liv. 10 fols,
142
MERCURE
MUSIQUE.
OUVERTURES , Ariettes & petits Airs arrangés
pour le Clavecin ou pour la Harpe , par M.
Lafceux , Organiſte de Saint-Etienne- du- Mont. It
paroîtra deux Cahiers par mois , dont un pour le
Clavecin, avec accompagnement de Violon , & un
autre d'Ariettes , avec accompagnement de Clavecin
ou Violon , ce qui formera vingt-quatre cahiers pour
Panrée. Le prix de l'abonnement est de 36 livres
pour Paris , & de 48 livres pour la Province. Chaque
Cahier ſe vend 2 liv. 8 ſols, A Paris , chez Mlle Girard
, rue de la Monnoie ; M. Dubois , rue Saint
Dominique , & chez l'Auteur , rue Saint Jacques ,
vis-à- vis les Mathurins,
Recueildepetits Airs arrangés en duos pour deux-
Clarinettes , par M. Vanderhagen. Prix , I livre
16 fols. A Paris,chez MileGirard, rue de la Monnoic.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ADELE & THEODORE , OU Lettres fur
l'Éducation , contenant tous les principes relatifs
aux trois différens plans d'éducation des Princes ,
desjeunes Personnes , & des Hommes , par Madame
la Comteffe de Genlis. 3 Vol. in 8 ° . Prix brochés ,
1 liv . A Paris , chez Lambert & Baudoiiin , Impr.-
Libraires , rue de la Harpe, près Saint Côme.
Élégiefar la Mort de Mgr. l'Archevêque de
Paris. A Paris , chez Leſclapart , Libraire , Font
Notre-Dame.
DE FRANCE.
143
Capitularia Regum Francorum . Addita funt
Marculfi Monachi & aliorum formule veteres , &
nota Doctiffimorum virorum. Stephanus Baluzius ,
Tutelenfis , in unum collegit , ad venuſtiſſimos
codices manufcriptos emendavit , notis illuftravit
, &c. nova Editio auctior ac emendatior ad
fidem Autographi Baluzii qui de novo textum purgavit,
notaſque caſtigavit & adjecit : acceſſere vita
Baluzii partim ab ipſo ſcripta, catalogus operum
bujus viti clariflimi cum animadverfionibus hiſtoricis
, & index variorum operum ab illo illuſtratorum
, &c. Curante P. de Chiniac , Regi à confiliis
, Proſeneſcalco generali civili Uferchæ, è Regiâ
humaniorum litterarum Academia montis Albani ,
Vol . in-folio , Tom. I & II. Parifiis , ex Typis
B. Morin , viâ S. Jacobeâ, ad infigne Veritatis. On
trouve chez le même Libraire le Traité de la Rage ,
ou nouvelle Méthode sûre , courte & facile pour
guérir cette maladie , par le Frère C. du Choifel ,
Apothicaire de la Maiſon des Jéſuites de Pondichéry.
Nouvelle Édition in- 12. Prix , 8 fols ; &
pour ceux qui en prendront une douzaine d'Exemplaires
à-la- fois , 2 liv. 14 ſols franc de port partout
le Royaume.
Tome XXXIV de l'Histoire Univerſelle , nouvellement
traduite de l'Anglois par une Société de
Gens de Lettres A Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins. - La Connoisfance
des Temps , calculée pour 1784 par M Jeaurat
, de l'Académie des Sciences , Volume in- 8 °.
A Paris , chez le même Libraire.
Seconde Guerre Punique , Poëme de Silius Italicus,
traduiten François , avec le Texte Latin , corrigé
fur quatre Manufcrits & fur l'Édition de Pomponius
, completté par un long Fragment trouvé dans
la Bibliothèque du Roi , par M. Lefevre de Ville
144
MERCURE
brune , 3 Vol. in- 12. Prix, 9 liv. reliés. Le même
Ouvrage Latin en un Volume in - 12. Prix , 3 livres
12 fols relié.
Tributs offerts à l'Académie de Marseille , par
M. Paftorel , Conſeiller de la Cour des Aides de
Paris , Membre de cette Académie , petit format.
Prix , 1 liv. 4 fols , de l'Imprimerie de Didot l'aîné. A
Paris, chez Jombert le jeune, Libraire, rue Dauphine.
Le Diadême des Sages , ou Démonstration de la
Nature inférieure , par Phylantropos ; Citoyen du
Monde , Volume in- 12 . Prix , 2 livres 8 fols. A
Paris , chez Mérigot l'aîné , Libraire , au Cabinet
de lecture , Boulevard S. Martin , vis- à- vis le foyer
de l'Opéra .
Difcours prononcés à la Rentrée du Bailliage &
Siège Préfidial de Bourg en Breſſe en 1779 & 1781-
par M. Riboud , Procureur du Roi au même Siège,
AParis , chez les Libraires qui vendent les Nou,
veautés.
LeNouvel An ,
TABLE.
97 Les Après-Soupers de la Se-
Du Caractère & de l'impor- ciété, 229
tance de l'Homme de Mer , De l'Infuence des Affections
100 de l'Ame dans les Maladies
Enigme& Logogryphe , 105 Nerveuses dcs Femmes, 138
Discoursprononcé dans l'E- Honnyfoit qui malypense, 132
glifeMetropolitaine d'Auch, Gravures ,
108 Musique,
140
142
Histoire des Hommes , 120 Annonces Littéraires , ibid.
APPROΒΑΤΙΟΝ.
le J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 19 Janvior. Je n'y ai
rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. AParis ,
le 18Janvier 17. DE SANCY .
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
-
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 20 Décembre.
L'AMIRAL Kaas , premier Député au
Collége d'Amirauté & Chef des Chantiers
du Royaume , a obtenu du Roi la permillion
de ſe démettre de toutes ſes Charges
&une penfion de retraite de 3000 rixinhlers.
Son deflein eſt d'aller paſſer le reſte de
ſes jours à Sleſwick. Le Vice- Amiral Schindellui
ſuccède en qualité de premierDéputé,
le Vice- Amiral Fontenay devient ſecond
Député , & le Chambellan , Commandeur ,
Comte de Moltke , eſt le troisième Dépuré ,
La frégate la Bornholm , commandée par
le Lieutenant Bille , a paífé le Sund , le 15
de ce mois; elle va porter à Alger les préfens
annuels qu'on envoie à cette Régence ;
de-là , elle ſe rendra aux Indes Occiden
tales.
On apprend par des lettres adreffées à la
Compagnie Afistique , en date du Cap de
19 Janvier 1782. e
( 98 )
Bonne-Eſpérance le 16 Juillet dernier , que
les bâtimens le Chateau de Dansborg & le
Gange y font arrivés heureuſement. Des lettres
poſtérieures portent que le bâtiment la
Princeſſe Frédérique , arrivé au Cap le 2 Mai
des Indes Orientales , a été retenu , pour qu'il
ne puiſſe pas donner des nouvelles de la ſituas
tion des affaires dans cette partie du monde;
il y étoit encore le 23 Août. Le 31 , le vaiffeau
de guerre commandé par le Capitaine Billé
eſt arrivé au Cap.
Le corps du Capitaine Suédois de Manfchiold
, qui a péri avec ſon vaiffeau , la
Princesse Albertine , ſur les côtes Hollandoiſes
, a été trouvé dernièrement près de
Huſum dans le Holſtein. On l'a reconnu
à la Croix de Vaſa. Le corps a été inhumé
avec toLIS les honneurs dûs à cet infortuné
marin , & la Croix a été renvoyée
à Stockholm .
>> Près de 80 bâtimens , écrit - on d'Helſingor ,
ont fait route le 7 pour la mer du Nord. Il y
avoit dans ce nombre 30 bâtimens Anglois pour
l'Ecoffe & l'Irlande , qui ſont partis ſans convoi.-
8 bâtimens Anglois ſont arrivés le 8 , venant de la
Baltique; le même jour , on a vu mouiller auſſi
un gros bâtiment Rufle chargé de fer & de chanvre
deſtiné pour la Méditerranée. - 310 bâtimens
ont fait voile pour la mer du Nord , on en comptoit
dans ce nombre 225 Anglois , eſcortés par 2
vaiſleaux de guerre & 2 frégates . Il n'y a acruellement
dans le Sund que 22 bâtimens destinés
pour la mer du Nord ; la forte gelée les empêche
de partir«.
( وو (
-
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 20 Décembre.
Le Roi eſt revenu dans cette Capitale ,
le 8 de ce mois , du voyage qu'il avoit fait
pour voir , à leur paſſage , le Grand-Duc
&laGrande-Ducheſſe de Ruſſie. Le même
ſoir , il y eut Cour au Palais ; elle fut trèsbrillante
par le grand nombre de Sénateurs
& de Magnats qui y parurent. Toute la
Ville fut fuperbement illuminée.
L'Impératrice de Ruffie a envoyé au
Comte de Mniſzeck , Maréchal de Lithuanie
, le Cordon de l'Ordre de St-André.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 25 Décembre.
On vient de publier ici un nouveau Règlement
pour la levée des troupes & pour
tout ce qui a rapport au ſervice militaire.
Dans les divers Cantons aſſignés pour les
levées , il ſera fait annuellement des liſtes
exactes de population ; il y ſera fait mention
des chevaux &des boeufs qui ſe trouvent
dans le pays , afin qu'on en puiſſe
prendre le nombre néceſſaire aux troupes
ſans que cela nuiſe aux travaux de l'agriculture.
Les hommes inſcrits dans les liſtes
des levées , ne pourront quitter le lieu où
ils demeurent fans une permiſſion expreſſe.
Les Maîtres répondront pour leurs Domeſti
C2
( 100 )
ques. Ceux qui voudront paſſer d'un lieu
ſujet à la levée dans un autre qui n'y ſera pas
ſujet , ou ſe faire Religieux , feront tenus
d'en demander la permiſſion. Il n'y a que le
Clergé , les Nobles & d'autres perſonnes
de conſidération & leurs fils qui feront
exempts de la conſcription militaire ; les
hommes abſolument néceſſaires à l'Agriculture
, aux Profeſſions , aux Fabriques , à
l'exploitation des Mines , à la Navigation ,
jouiront également de cette exemption.
Juſqu'à ce jour les Curés ſur les frontières
des Royaume, d'Esclavonie & de
Croatie ne pouvoient ſubſiſter qu'autant
qu'ils donnoient preſque tout leur tems à
l'économie rurale , cequi les éloignoit trop
de leur Ministère ; pour obvier à cet inconvénient
, l'Empereur a ordonné de leur
fixer des appointemens. Un Curé aura annuellement
300 florins & un Chapelain
100.
On veille avec la plus grande attention à
çe que les ordres Religieux n'entretiennent
aucune correfpondance avec leurs Généraux
à Rome. Un Commiſſaire Epifcopal ſera
toujours préſent à chaque Chapitre qu'ils
tiendront dans leurs Couvents ; & ils ſeront
obligés de leur communiquer toutes
les affaires qu'ils traiteront .
:
'1
La fuppreffion des Chartreux & des Ca
maldules n'aura pas feulement lieu dans les
Erats Autrichiens en Allemagne , mais dans
la Hongrie , l'Italie & les Pays-Bas. Leurs
( 101 )
biens feront , dit-on, vendus à l'enchère ,
& les ſommes qui en proviendront feront
remiſes à l'Adminiſtration des biens des Jéfuites.
On a prévenu ici le Public qu'il circule
encore beaucoup de faux ducats Hollandois;
ils font moins pliables que les véritables
; leur fon eſt plus clair , & ils
pèſent un quart moins que les bons .
L'Empereur toujours occupé des moyens
de procurer le bonheur de ſes Sujets , &
d'encourager leur industrie , vient de rendre
une Ordonnance , par laquelle il fait connoître
à tous les Officiers retirés & penfionnés
, qu'il verroit avec plaifir qu'ils
's'établiſſent enTranſylvanie pour y manger
leurs penfions. Cette Province très-riche en
toutes fortes de denrées , manque d'argent ;
mais cette diferte ceſſera bientôt , par la
consommation des ſommes conſidérables
que les Penſionnaires reçoivent du Tréſor
Impérial. Ceux- ci trouveront leur compte
-à cet arrangement , par le bon marché des
vivres dans cette Province. On leur fournira
gratuitement les voitures néceſſaires
pour le tranſport de leurs effets , dans l'en
droit qu'ils choiſiront pour s'y fixer.
De HAMBOURG , le 30 Décembre.
Le commerce de cette Ville augmente
& devient de jour en jour plus floriſſant ;
il doit partir inceſſamment un gros bâtiment
fous pavillon Impérial pour les Indes Orien-
-
c3
( 102 )
tales. La fixième Chambre d'Afſurance éta
blie ici depuis peu, proſpère,& les Intéreſſés
commencent à fentir les heureux effets de
leur ſpéculation. La conſtruction des bâtimens
ſe continue avec la plus grande activité
, & on ne ſe rappelle pas qu'il ait été
bâti ou frété en aucun tems autant de navires
dans cette Ville que pendant la guerre
actuelle ſur mer.
Le 26 de ce mois M. de Starkenberg ,
Fifcal de Curaçao , eſt arrivé ici venant de
cette Ille , d'où il étoit parti à bord d'un
bâtiment Danois , qui l'avoit heureuſement
conduit en Norwège. Il ſe diſpoſe à ſe rendre
en Hollande , où il va donner à la Compagnie
des Indes Occidentales connoiſſance
de la ſituation actuelle de cette Ifle , qui ,
dit-il , n'a rien à craindre des Anglois.
>> Les recrues qui ſe trouvoient ici pour le fervice
de l'Angleterre , écrit-on de Ritzebuttel , ſe
font foulevées contre le Capitaine du navire , à bord
duquel elles étoient embarquées. Voici les circonftances
qu'on a appriſes de cet évènement. Quatrebâtimens
de tranſport mouilloient à l'embouchure de
l'Elbe , avec le vaiſſeau de guerre qui devoit les
eſcorter , ils attendoient un vent favorable ; dans
l'intervalle , le Capitaine de la Polly , l'un de ces
bâtimens , paſſa à terre pour quelques affaires , &
s'étoit éloigné à deux lieues de là ; lorſque le
vent devenant tout-à-coup favorable , le navire
convoyeur tira le coup de partance ; le Capitaine de
la Polly ne l'entendit pas , & le convoi mit ſous
voile avant fon retour ſans ce quatrième bâtiment.
Revenu peu après , ce Capitaine prit aufli le large ;
mais le vent contraire l'empêcha de jeindre les au-
1
٢٠
( 103 )
tres qui étoient déja hors de vue. Il fut obligé de
revenir ſur ſes pas , crainte de quelque mauvaiſe
rencontre en naviguant fans eſcorte. Bientôt les
glaces le forcèrent de ſe mettre à l'abri dans le port ;
& ceci donna occaſion aux nouvelles levées qui y
étoient embarquées , de ſe révolter & de ſe ſauver
à terre; 70 de ces ſoldats ſont rentrés
dans le devoir , & l'Agent Anglois ici les fait nourrir
à ſes frais ; mais 180 autres ont pris la fuite<«.
S'il faut en croire une de nos Feuilles
publiques , ces 180 déſerteurs ont été ſaiſis
avec leurs chefs , par l'activité de la cavalerie
qui a été envoyée à leur pourſuite , &
qui les a ramenés à Ottendorff.
>> L'Electeur Palatin , écrit- on de Ratisbonne ,
afait préſenter à la Dière par ſon Envoyé Comitial
, l'acte de renonciation au droit de préſenter un
Afſeſſeur à la Chambre Impériale de Wetzlar , en
qualité de Directeur de Cercle , pour les Duchés de
Munster & de Juliers en faveur des Etats proteftans
des cerclesdu Bas- Rhin & de Westphalie ; fur cela ,
les Etats proteftans ont conſenti à ce que la Maiſon
Electorale Palatine puiſſe préſenter un Affeffeur Catholiq
e à cette Chambre pour la cinquième dignité
Electorale . -Une grande partie de la vil'e de
Wieſznowiez en Pologne , où le Comte & la ComteſſeduNord
ſe ſont arrêtés pendant quelques jours,
eſt devenue la proie des flammes ; le feu a pris dans
un attelier où l'on travailloit à un feu d'artifice .
On apprend de Stuttgard que M. Martini
, célèbre Botaniſte , y eſt mort. Il a laiſſé
une Collection de sooo Plantes , qui font
toutes bien conſervées . Cette Collection
précieuſe , fruit de près de 60 ans de recherches
, eſt à vendre.
S'il faut en croire une lettre de Francforte
+
( 104 )
fur-le-Mein ,M. Piderit , Profeſleur à Caffel ,
s'est rendu à Fulde pour y conférer avec
pluſieurs Eccléſiaſtiques Catholiques , au fujet
de la réunion des diverſes Communions
Chrétiennes.
: Des lettres de Vienne portent , que le
Clergé des Etats Autrichiens a fait en vain
des repréſentations pour le maintien des
Bulles in Cæná Domini & Unigenitus ; mais
que l'Empereur par une réſolution confirmative
de ſon Ordonnance , a imposé un
filence abſolu ſur cet objet.
ITALI E.
De LIVOURNE , le 10 Décembre.
Le Grand-Duc vient d'aſſujettir les bougies
importées dans le Grand-Duché , venant
de Trieſte & de Fiume , aux droits que
payent les marchandises manufacturées en
Pays étranger. Cependant les bougies ve
nant d'Allemagne , & fur-tout de Vienne ,
&qui en feront tirées immédiatement , ne
payeront que la moitié de ces droits.
On mande de Trieste , que le 30 du mois
dernier le gros bâtiment Impérial le Prince
de Kaunitz , a mis à la voile pour Toulon ,
avec une cargaiſon complette. Son port eft
de sso tonneaux .
On mande de Milan que l'Archiduc Ferdinand
, Gouverneur de la Lombardie Autrichienne
, a fait publier le r de ce mois
l'Edit de l'Empereur , qui défend de recou(
τος )
-
rità Rome pour obtenir deslitpenſes en
matières matrimoniales , & ordonne de
s'adreſſer à l'Evêque Diocésain , en payant
une taxe modique , comme cela ſe pratique
à préſent dans les autres Etats de la Maiſon
d'Autriche. On dit aufli que les biens des
Monaftères fupprimés &de quelquesBénéfices
Eccleſiaſtiques , feront vendus à l'encan ,
& appropriés aux beſoins de l'Etat , à la
réſerve des ſommes néceſſaires pour faire
les penfions aux individus des Couvens &
aux Bénéficiers.
Selon des lettres de Rome , on apprend
que ces règlemens ont occafionné la tenue
de pluſieurs Congrégations , mais il ne tranft
pire rien de ce qui s'y eſt pallé.
:
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 6 Janvier.
1
QUOIQUE nous n'ayons reçu depuis quelque
tems aucunes nouvelles de l'Amérique
Septentrionale , on ne laiſſe pas d'en trouver
de tems en tems quelques-unes dans nos
papiers ; on'y lit que l'on y a tranſporté &
débarqué à New-Yorck les canons du vaifſeau
de guerre le Terrible , d'où on les avoit
enlevés avant d'y mettre le feu; on deftine,
dit-on, cette artillerieà établir de nouvelles
batteries tant à New Yorck qu'à Staten-
Ifland.
Les mêmes papiers parlent auſſi d'un
grand projet concerté par leGénéral Clim
cs
( 106 )
ton , & le Brigadier Général Arnold , préſenté
auGouvernement , qui l'a approuvé ,
& dont ils ſe promettent les plus grands
avantages ; cette expédition , dit- on , doir
étonner l'Univers , mais il eſt eſſentiel pour
ſon ſuccès que perſonne ne s'en doute ,&
fur-tout le Général Washington & le Marquis
de la Fayette.
>>Au milieudelajoie que lapriſede l'armée de Cornwallis
répanddans toute l'Amérique, écrit onde Philadelphie,
riennedonne plusdefatisfaction que de voir à
quelpointArnold eſt généralement détesté & mépriſé
tant par les Anglois que par les Américains. Il eſt aujourd'hui
revêtu du haut grade de Major -Général ;
mais ni les remercimens qu'il a reçus de la part
du Roi pour ſes grands ſervices , ni l'accueil que
fui fait le Général , ne peuvent pas l'empêcher
d'entendre les épithètes infâmes que le peuple
& l'armée lui donnent journellement. Beaucoup
d'Officiers de mérite ont déclaré & juré publiquement
qu'ils ne vouloient point ſervir ſous lui. L'incendie
de New- London & toutes ſes déprédations
le déshonorent à jamais. Tant d'actes de cruauté
ne pourroient pas ſe pardonner à un MilitaireAnglois
, & ils font horreur quand ils font le crime
d'un Américain. Sa trahiſon lui a procuré de l'avancement
chez nos ennemis , mais ce vain honneur
ne pourra point étouffer les remords de ſa confcience
, ni le mettre à l'abri de l'inſulte & du reproche.
Il eſt ſi malheureux dans ſa poſition actuelle ,
qu'iladernièrement déclaré au petit nombre de perfonnesqui
veulent bien le voir, qu'il étoit déterminé
àquitter l'état militaire,& à ſe retirer à Londres
pour y embraſler le commerce. Croyez - moi , en
quelque lieu qu'il aille , il traînera toujours avee
lui ſes remords , & la haine publique le ſuivra
par-tour.
( 107 )
:
Malgré tous nos efforts nous ne voyons
pascomment nous réparerons les malheurs
de la dernière campagne , ni fur-tout com
ment on pourra reconquérir l'Amérique. Un
de nos Officiers priſonnier à Bofton
voit pas les choſes auſſi favorablement que
les Miniſtres .
,
ne
> Les Américains ,dit-il , ſont actuellement occupésà
lever de nouvelles troupes , & je ne doute pas
qu'au printems prochain , ils n'aient fur pied une armée
auffi reſpectable par la valeur & la difcipline
qu'aucune qui ſoit en Europe. Je regardois a paravant
les Américains comme une Nation infenfee &
fans intelligence ; une dure expérience m'a prouvé
le contraire. Je ne crois pas qu'il y ait de peuple plus
brave , d'ennemis plus magnanimes , ils travaillent
avec ardeur à former une marine; ils conſtruiſent
des navires de 20 à so canons; le fameux Paul-Jones
en monte déja un de 60 , qui vient d'être lancé. Dans
peu vous leur verrez une marine reſpectable ,& fans
doute on ſaura les apprécier en Europe , Dieu veuille
que ce ne foit pas trop tard. Paul-Jones a reçu les
témoignages les plus fatisfaiſans &les plus g'orieux
'de ſa patrie ; le Congrès lui a fait des remercimens
au nom des Etats-Unts ; cette récompenſe eſt la ſeule
que recherchent les hommes animés par l'honneur «.
Nos papiers , en tranſcrivant cette lettre ,
n'ont pas manqué de l'accompagner de
commentaires , ſur la condute bien différente
de pluſieurs de nos Amiraux , à commencer
par le Chevalier Rodney , qui trop
ſouvent ont préféré l'argent à la gloire ; l'article
ſuivant que la plupart ont copié , peut
fournir matière à des commentaires encore
plus graves & plus étendus.
e6
( 108 )
>>>Le Lord Cornwallis , après ſa reddition , ſe
trouva dans l'indiſpenſable néceſſité d'emprunter
1300 liv. ſterl . pour le ſervice des armes de S. M.
en Amérique ; un des principaux Officiers de l'armée
Françoife ne lui refuſa point cette fomme. Le Lord
donna un billet à tirer for le Bureau &Ordonnance ,
contre-figné par les Officiers convenables. Le Général
François l'envoya avec ſes dépêches a M. de la
Borde , Banquier à Paris , qui le fit paſſer àſon Correfpondant
ou Agent à Londres , pour en percevoir
le paiement. Le Bureau a refuſé abſolument de payer
çebillet qui a été renvoyé à Paris «.
Il y a eu de fréquens conſeils à la Cour
depuis quelques jours ; on dit qu'ils ont eu
pour objet le plan des opérations pour la
campagne prochaine; les changemens qu'on
a en vue à l'égard de celles qui s'exécuteront
dans l'Amérique Septentrionale , mettront
dit- on , en état d'agir avec plus d'efficacité
contre les Américains , & plus d'énergie
dans les Indes Occidentales , où l'on veut
entreprendre contre les poffeffions de
nos ennemis ; mais avant de fonger à rien
tenter contre elles , il faut pourvoir à la
fûreté des nôtres; elles ſe trouvent malheureuſement
ſi éloignées les unes des autres ,
que nos forces ſe trouvent par-tout inférieures
à celles des ennemis , par la néceffité
où nous ſommes de les diviſer ſur une
multitude de points .
La ſituation actuelle de nos Iſles eſt trèscritique.
L'Amirauté vient de recevoir des
dépêches duCapi aine Inglis , commandant
leSt-Albans. Elles ſont datées de la Barbade
les 30 Novembre & ; Décembre. Dans la
( 109 )
première il annonce qu'il eſt heureuſement
arrivé le 26 Novembre avec la Horte de
Corke , chargée de vivres & de munitions ;
par la ſeconde , il nous apprend que le Capitaine
du Triton a découvert dans le port
de Fort-Royal à la Martinique 25 vaiſſeaux
de guerre François. Pluſieurs d'entre eux ,
ajoute- t- il , étoient abattus en carêre , &
par l'activité que les François mettoient
dans leurs travaux , on avoit tout lieu de
croire qu'en peu de jours ils ſeroient en
état de remettre en mer.
Ces dépêches ont été apportées par le
pacquebot le Granville , qui n'a mis que
28 jours à ſa traverſée. A fon départ des
ifles , l'on n'avoit aucune nouvelle de l'Amiral
Hood que l'on attend inceffamment
dans ces parages avec 19 vaiſſeaux de ligne
; ces dépêches lui en donnent 3 de
plus qu'il n'en avoit en quittant Sandy-
Hook , d'où nos Généraux annoncent qu'il
avoit mis à la voile avec 16 ſeulement.
Peut- être compt-et-on le StAlbans & les
2 autres qui croiſent à la ſtation des Ifles ,
&qui ſe joignant à lui à ſon arrivée , porteront
en effet ſon eſcadre à 19 vaiſſeaux.
Des lettres de St-Christophe en date du
9 Novembre , nous confiment que depuis
quelque tems l'armée Françoiſe étoit à la
Martinique & à la Guadeloupe ; on fait
qu'elle est forte de 36 vaiſſeaux de ligne ,
&toutes nos iſles font dans les plus vives
alarmes. Depuis trois ſemaines , la loà
( 110 )
martiale avoit été publiée à Antigues , ifle
entièrement dépourvue de ſecours ; Saint-
Chriftophe ne paroît pas avoir de moins
dres inquiétudes.
>>Elles ſont fondées , dit un de nos papiers ,
Brimstone-Hill , dans cette Ine , eſt certainement
en état de réſiſter à un armement conſidérable ;
mais la méthode actuelle d'attaquer les Ifles rend
inutiles les fortifications intérieures ; car on a la
coutume de faire ſavoir aux Colons que s'ils refuſentde
capituler dans un certain tems , on mettra
le feu à leurs biens , ce qui fait que les habitans ne
font preſque point de réſiſtance , de peur de s'expoſer
à une ruine inévitable. Nous croyons pouvoir
faire cette obſervation d'après ce qui est déja
arrivé dans le cours de la guerre actuelle.-Saint-
Christophe a été poffédé autrefois conjointement
par les François & par les Anglois ; mais par le
Traité d'Utrecht , la partie qui appartenoit aux
premiers fut cédée aux Anglois , qui depuis l'ont
toujours gardée. Christophe Colomb aimoit 'tant
cette Iſle , qu'il lui donna ſon nom. Elle est trèsfertile
, & en général les Planteurs y font plus
riches que ceux des autres Iles à fucre. Avant
le commencement de la guerre , le terrein de Saint-
Christophe ſe vendoit 100 à 200 liv. ſterl. l'acre.
Si nos dernières dépêches n'ont pas confirmé
la priſe de la Barbade , elles ne nous
raffurent pas ſur le ſort de cette Iſle , ni
fur celui des autres . La Jamaïque fur- tout
nous inquiète.
Cette Ile eft fix fois plus grande que la Barbade ,
mais il s'en faut beaucoup qu'elle ſoit auſſi peupléc.
En effet , quoiqu'elle ait 140 milles de longueur fur
60 de largeur , en n'y compte que 25,000 Blancs &
170,000 Nègres. Cette Colonie l'emporte ſurtoutes
nos autres Pelleſſions aux Iſles de l'Amérique non
( 1 )
ſeulement pour ſon étendue , mais encore par une
infinité d'avantages naturels qui lui font particu
liers ; ſavoir , 7 rivières navigables pour les
bateaux , 600 plantations à ſucre , 110 pour le
coton , 100 pour le piment , 30 pour le gingembre ,
soo prairies pour les beſtiaux, 600 marchés , ISO
plantations à café , 8 indigoteries , 130,000 chevaux
, mulęs & bêtes à corne. Les plantations à
fucre produiſent annuellement 90,000 poinçons de
rum.
La place du Gouverneur eſt évaluée à plus de
10,000 liv. ſterling , quoique les appointemens ne
foient que de 2500 liv. fterl.
Les Planteurs & Négocians des Ifles du
Vent , juſtement alarmés ſur le fort de ces
Iſles , ont préſenté au Roi la pétition ſuivante.
>>Nous , les très-ſoumis & fidèles Sujets de V. M.
les Planteurs & Négocians , &c . demandons la permiſſion
de comparoître en votre préſence Royale ,
avecdes coeurs pénétrés du plus inviolable attachement
pour la perſonne & famille de V. M. & l'heureuſe
conſtitution de ce Royaume. - La malheureuſe
déſunion ſurvenue entre la G. B. & les Colonies
de l'Amérique Septentrionale , n'eut pas plu ôt
éclatéque les Planteurs des Iles des Indes Occidentales
&les Négocians repréſentèrent humblement à
V. M. & aux deux Chambres du Parlement combien
ils appréhendoient les détreſſes & les dangers
qui devoient en être probablement la 'uite.-Lorfque
les Colonies de l'Amérique Septentrionale formèrent
une alliance avec les anciens ennemis de ce
Royaume les craintes des Supplians s'accrurent
confidérablement; & ils auroient eru manquer à
leur desoir envers V. M., anſi qu'aux égards qu'ils
ont pour les intérêts de ce Royaume , s'ils n'avoient
pasrepréſenté aux Miniſtres de V. M. le danger addi-
,
( 112 )
tionnel , auquel les Hies Britanniques des Indes
Occidentales étoient expoſées , à raiſon d'une ligué
fi puiſſante.- Il paroît donc que vos Supplians ont
fait de bonne heure , & ont conftamment continué
leurs efforts pour preſſer les Miniſtres de V. M. de
préparer des renforts efficaces pour leur protection
&fur-tout pour les exciter à maintenir une ſupériorité
de forces navales dans les Indes Occidentales ,
comme étant la ſécurité naturelle , & la ſeule capable
de protéger ces poffeflions.- La perte de diverſesde
ces Ifles est une preuve fatale de la néceffité
de ces follicitations faites en temps convenable &
continuées ſans relâche , Elpérant cependant que
les Iles qui nous reſtent devoient être conſidérées
comme des objets méricant la plus ſérieuſe attention
, vos Supplians n'avoient point déſeſpéré ,
mais s'étoient flattés , que la fachenſe expérience
des pertes pallées porteroit les Miniſtres de V. M. à
adopter des meſures qui puſſent efficacement proté
ger les Ifles qui reſtent encore.-Mais , c'est avec
le plus profond chagrin que vos Suppliaus font obligés
de déclarer , que les Iles reſtantes ſont actuellementfi
malheureulement dénuées de protection ,
que depuis le commencemeat des hoſtilités , elles
n'ont pas été expo ées à des dangers plus imminens
qu'elles ne le font dans la terrible conjoncture, du
moment actuel . Vos Supplians , alarmés en conféquence
de l'inefficacité des démarches qu'ils ont
faites auprès des Miniſtres de V. M. , implorent
humblement V. M. pour qu'il lui plaiſe faire met
tre en exécution les affarances préſentes qu'ils nous
donnent , & ordonner que des renforts enforces nar
vales & militaires , proportionnés à la défenſe permanente
des Ifles des Indes Occidentales de V.Ma
foient expédiés fans délai ; de forre que , par les
bienfaits de la Providence , ces précieuses poffeffions
puiſſent être encore conſervées à l'Empire Brit
tannique.
( 113 )
Le Roi a accueilli gracieuſement ces remontrances
, & a ordonné que l'on prenne
fur fa caffette l'argent néceflaire pour armer
& habiller 1000 hommes de milice
de l'Ifle d'Antigue & on croit qu'il a en
même- tems envoyé ordre au Général Clinton
de détacher 2000 hommes de la garnifon
de New Yorck pour les envoyer aux
ifles du vent & à la Jamaïque .
Nos feuilles miniſtenelles emprcffées de
nous confoler & de nous raffurer , preten
dent toujours qu'à l'arrivée de Rodney nous
aurons des forces ſupérieures à celles des
François ; elles donnent à cet Amiral 18
vaiſſeaux , qui, joints à pareil nombre qu'il
y trouvera , lui for eront 36 vaiffeux de
ligne; elies affurent que M. de Graff n'en
a que 25 , & s'il n'en reçoir que 7 , il ſera
inférieur ; mais on oublie qu'il peut en
avoir conduit avec lui au delà de 25 ; qu'il
en put 6 de Cadix , & qu'il y en a 13
à la Havane. Notre prétendue ſupériorité
à venir n'eſt , donc qu'un rêve que l'on
eraint de ne pas voir réaliſer; en attendant ,
au départ des dernières lettres , il étoit
arrivé aux Ifles , cù Hood étoit encore
attendu; il étoit ſupérieur à ce contre-Amiral
, & il peut avoir déja porté quelque
coup avant que Rodney ne parte. Il eſt
encore dans nos ports.
>>Le Capiraine Caldwell , Commandant l'Agamemnon
, que l'Amira! Kempenfeld avoit envoyé en
croifière , écrit-on de Portsmouth, eſt rentré ici le
( 114 )
3. Décembre. Cet Officier s'eſt emparé des bâti
mens François venant de Bordeaux qui font le Marchais
, l'Elifabeth , la Catheerriinnee ,, la Navigation&
le Comte de Noë. Ces Bâtimens devoient ſe joindre
au convoi de M de Guichen. Pluſieurs d'entre eux
ontété très-maltraités parles gros tems qui ont forcé
le Capitaine Caldwellde quitter ſa croifère.-Tous
les Marins font enchantés que l'Amiral Rodney ait
été retenu à Plymouth ; & les Officiers les plus expérimentés
imaginent que M. de Guichen fera rentré
å Breft; la mer n'a jamais été fi orageure « .
La rentrée de l'eſcadre Françoiſe eſt vraiſemblable
; mais la néceſſité de faire paffer
des renforts au Comte de Graffe , n'eſt
pas auffi urgente que celle d'en envoyer
de nos ports. Ceux qui doivent partir de
Breſt , ne feroient qu'ajouter à ſa ſupériorité
& le mettre en état de tenter davantage ;
il reſte toujours maître d'agir , & le même
tems qui peut le priver de quelques vaifſeaux
de plus , nous empêche d'en envoyer
de notre côté.
>>>Le Chevalier Rodney , écrit-on de Plymouth ,
le 2 de ce mois , a quitté ſon bord il y a quelques
jours , pour venir à terre , & prefer Inimême
l'armement de pluſieurs vaiſſeaux de ſon
eſcadre , qui ſera composée de 14 vaiſſeaux de
ligne , au lieu de 18 ; mais tous ne font pas
deſtinés pour les Iſſes du vent : une grande partie
de cette eſcadre doit aller à la Jamaïque avec
le convoi , & refter à cette ſtation. L'Amaral
attend , pour mettre à la voile , de nouvelles inftructions
du Lord Sandwich lui-même , que l'on
attend ici ſous peu de jours ; les travaux vont
avec une rapidité incroyable ; le Formidable , de
90 canons , eſt déja forti des baſſins & fera د
( 115 )
bientôt en état de recevoir l'Amiral .-La Britannia
& le Victory viennent d'arriver ; la Bellone
doit entrer dans le baſlin. La mer eft très-houleuſe
, & tous les vaiſſeaux à Spithéad & Sainte-
Hélène, ſont déſemparés; pluſieurs changeront de
ſtation , quand le vent ſera tombé.-Les Charpentiers
travaillent fix heures de nuit , c'est-à-dire ,
4 le matin avant le jour , & 2 le ſoir après la
journée ordinaire .
On va faire une revue générale de la
Milice du Royaume , & fur le rapport des
Inſpecteurs , tous les Régimens feront portés
au compler. Pluſieurs Membres du parti
de l'Oppoſition affurent que cette opération
ſera difficile à effectuer , la diſette d'hommes
étant générale.
L'eſcadre du Commodore Stewart , qui
devoit retourner dans la mer du Nord ,
a reçu contre ordre.
La Cour a enfin publié les dépêches
qu'elle a reçues du Général Elliot; elles roulent
ſur la fortie du 27 Novembre , dont
elles donnent ainſi les détails :
Les arran
*>>> L'ennemi , après des travaux & des dépenſes
immenfes étant enfin parvenu à achever tous ſes
ouvrages avancés , il m'a paru que je pourrois réuffir
à les détruire , & en confequence j'ai cru devoir
hâter l'exécution de cette entrepriſe .
gemens néceffaires étant pris , un détachement confidérable
formé en trois coloanes ſortit de la place
le 27 de ce mois à 3 heures du matin au coucher de
la lune. Elles étoient compoſées d'un corps avancé ,
d'un corps de pionniers , d'artilleurs portant des
matières combustibles , d'un corps pour les foutenir ,
&d'un corps de réſerve à l'arrière-garde. Les pioniers
de la colonne gauche étoient compoſés de
(116 )
1
matelots de la marine Royale. - L'ennemi avoit
dans ſes lignes & ouvrages avancés so à 60 hom
mes de cavalerie & 600 hommes d'infanteric compofés
d'Eſpagnols & de gardes Vallonnes , d'artilleurs ,
de chaleurs & d'autres troupes légères , indé, endammentdu
corps ordinaire de travailleurs armés.
-
de
Les Eſpagnois ne purent refifter aux vigoureux
efforts de nos troupes & après un feu de courte durée
ils prient la fuite de tous côtés abandonnant leurs
Ouvrages avec précipitation .-Nos pionniers & nos
artilleurs mirent le feu de tous côtés avec une rapidite
fi étonnante , qu'en une demi - heure deux batteries
to mortiers de 13 pouces , &
batteries de 6
canons chacune , furent la proie des flammes & réduites
en cendres avec tout leur attirail. Les mortiers
& les canons furent encloués , & l'on détruifit
leurs flaſques , leurs affuts &leurs plateformes . Les
magalins fautèrent en l'air l'un après l'autre , a mefure
que le feu les gagnoit.-L'ennemi voyant que
tonte refift oce étoit inutile , ſe contenta de tirer du
fort Ste-Barbe & St-Philipe , & des batteries fur les
lignes ,& il reſta dans ſon camp ,1 ectateur de l'incendie.
Tout le détachement fut de retour dans
la place à cinq heures précisémert avant la pointe
du jour. Le Brigadier-Général Roff a commandé en
chef cette attaque , & par la mamère dont il l'a conduite
, il a beaucoup contribué à ſon ſuccès. La
colonne du centre étoit menée par le ſieur Dachenauſen
, Lieutenant-Colonel du régiment de Reden ;
celle de la droite par le ſieur Hugo , Lieutenant-
Colonel d'Ardenberg; celle de la gauche par le fieur
Trig , Lieutenant - Colonel du 12e régiment , & le
corpsde réſerve par le ſieur Maxvell , Major du 73e
régiment. Les matelots , formant 2 diviſions , étoient
commandés par le fiear Campbell , Lieutenant du
Brillant, & par le ſieur Muckle, Lieutenant du Porcupine.-
Le fieur Curtis , Capitaine du Brillant , commandant
l'eſcadre dans labaie , qui a accompagné les
( 117 )
Nous
matelots comme volontaire , s'eſt fingulièrement
diftingué. Jamais les troupes n'ont montré plus
de zele pour le ſervice du Roi , & jamais entrepriſe
ne fut exécutée plus heurenfement .
avons tué beaucoup d'ennemis , mais vu l'obfcurité
&d'autres circonstances , je ne fuis pas en état de
vous informer de leur nombre ni de leur rang.
Nous avons fait prisonniers un Sous-Lieutenant de
Grenadiers ayant le grade de Capitaine , ſept Gardes
Vallonnes , avec un Officier & trois hommes d'artillerie.
J'ai la fatisfaction de vous apprendre que
notre pene a été très légère , elle co fifte en 4
fufitiers tués , un Lieutenant , 2 Sergens , 17 fufiliers ,
5 matelots bleflés , & un fufilier manqtant ; il n'eſt
mort aucun des bieffés .
د
M. Laurens , accompagné du Gouverneur
de la Tour , s'eſt rendu le 31 du
mois dernier , chez le Lord Mansfield
qui lui a annoncé qu'on altoit le remettre
en liberté , s'il donnoit une bonne caution
, & s'il promettoit de comparoître dans
fix mois. M. Laurens lui répondit qu'il
étoit accompagné de pluſieurs de ſes amis
qui ſeroient ſes garans , & qu'il promettoit
de reparoître dans fix mois. Sur cette déclaration
, on lui dit qu'il étoit libre ; &
fes amis le reconduiſirent chez lui , entouré
d'une nombreuſe populace. On n'a mis aucune
reftriction à fon élargitfement , & il
eſt le maîne de quitter Londres & même
P'Angleterre quand il lui plira , pou yu
qu'il comparoifle, au jour marqué pour tér
pondre aux charges que le Gouvernement
pourra avoir contre lui.
Les Lords Lieutenans de chaque Comté
(118 )
ont reçu ordre d'envoyer des lettres cir
culaires aux membres du Parlement , pour
qu'ils aient à ſe rendre à la prochaine ſéance
de la Chambre , qui eſt toujours fixée pour
le 21. Les affaires dont le Parlement s'occupera
après les vacances ne ſauroient être
plus importantes; il s'agit des finances. La
dépenſe de l'année 1782 ſera de 33 millions
ſterl. & l'emprunt doit être de 16. C'eſt
fur cette fomme effrayante que ſera fondée
une partie de la dette nationale , qui
eſt aujourd'hui fort à charge au Gouvernement.
L'impoſſibilité de ſubvenir aux dépenſes de la
guerre , depuis ſur-tout que nous ne tirons plus ou
preſque plus d'argent de Hollande , nous néceffitera
bientôt à la paix. Quoique le Lord Stormont , dans
ſes réponſes au Miniſtre du Roi de Suede & à celui
de l'Impératrice de toutes les Ruffies , concernant
l'offre de Médiation de leurs Souverains entre la
Grande-Bretagne & les Provinces-Unies , affecte un
ton de hauteur qui n'eſt de miſe en aucun temps ,
dans aucune poſition , même en cas de victoires :
quoique , ſe parant enſuite de la tendre compaffion
du Pere de l'Enfant Prodigue , il daigne laiſſerentrevoir
qu'il pourra bien ſe prêter à la réſipiſcence
de ce Fils égaré , il n'en eſt pas moins vrai que
laGrande-Bretagne , pour ſe ſoutenir maintenant
contre les Américains & la Maiſon de Bourbon
leur Alliće , a néceſſairement beſoin de l'argent des
riches Hollandois ; que , tant qu'ils feront en
guerre avec nous, ils aimeront mieux confier leurs
fonds à leurs propres Etats , dont les Emprunts ,
s'ils ne font pas très-lucratifs , ont du moins une
grande ſolidité pour le Prêteur , qu'ils les confieront
même de préférence à la France , principale(
119 )
ment ſous lagarantie de leurs Etats , ce dont on a
uue preuve bien claire dans la rapidité avec laquelle
ledernier Emprunt de cette Puiſſance en Hollande a
été rempli; & que dès-lors il eſt pour le moins
autant de notre intérêt que de celui des Provinces-
Unies de faire promptement notre paix avec cette
République. Mais , nous pouvons être aſſurés que
la paix , entr'elle&nous , n'aura pas lieu , du moins
en ce moment , ſi nous ne reconnoiſſons avoir été
les Agreffeurs dans l'affaire de ſon Amiral Comte
de Byland ; fi nous ne donnons ſatisfaction aux
Etats-Généraux , pour l'infulte , non provoquée ,
que nous fîmes à leur pavillon dans cette affaire';
ſi nous ne puniſſons ni ne condamnous même
l'Officier Anglois qui , au mépris des droits de
L.H. Puiſſances , eut l'injustice d'aller enlever deux
vaiſſeaux des Rebelles ſous le canon du fort Hollandois
de l'Ile de Saint- Martin; fi nous n'iodemniſons
complettement tous les malheureux Colons ou
Marchands de l'Iſſe de Saint-Eustache , nés ou non
ſous la domination des Provinces-Unies , que nous
avons dépouillés , fans tirer un ſeul coup de fufil
en Flibuſtiers , en Brigands; ſi nous ne rendons ,
d'après l'eſtimation qu'en feront L. H. Puiſſances
la valeur entière , bâtimens & cargaiſons compriſes,
de 7 vaiſſeaux de guerre &de près de 800 Navires
Marchands que nous avons enlevés à la République ;
enfin , i nous ne promettons folemnellement de reconnoître
&de reſpecter l'Etat des Provinces-Unies
comme Membre de l'illuſtre Confédération neutre
&armée.... Et il ne faut pas croire que les Hollandois
, dont nous avons ſuffisamment éprouvé le cou.
rage à Dogger's Bank , ne feront pas plus redoutables
fur mer en 1782 , qu'ils ne l'ont été en 1781 .
Tout leur manquoit : bois de conſtruction , inftrumens
, artillerie , ouvriers. Ils ſe ſont pourvus de
toat , à grands frais , avec des difficultés immenfes,
& leur Marine va reparoître dans ſon ancienne
ſplendeur.
,
,
(120 )
On parle toujours de la paix avec la
Hollande; nos papiers ont même déja préſenté
des plans à ce ſujet ; s'il faut les en
croire , voici les conditions qu'a d'abord
propoſé le Ministère Ruffe.
Art. 1. Une fatpenfion d'hoſtilités ſera déclarée
inceſſammeot. Réponse. Accordé. 2. On rettituera des
deux côtés toutes les Places priſes ou à prendre le
jour de la fignature du Traité. Rép. Accordé ; mais
avec cette réſerve , que l'Ifle de Saint - Etuſtache
reſtera entre les mains de l'Angleterre , juſqu'à ce
qu'elle ait ou foumis les Américains , ou fait la paix
avec eux ; cette Iſſe ſervira d'orage que les Hollandois
ne les afſiſteront point d'armes ni de munitions
navales. 3. Au cas que la Hollande ſoit attaquée
par la Maiſon de Bourbon , l'Anglettre lui fournira
dix mille hommes de tropes & vingt vaiſſeaux de
ligne pour l'atliſter. Rép. Un tel article doit être
exactement réciproque. L'Angleterre accede à cette
condition , pourvu que la Hollande s'oblige au même
ſecours à l'égard de l'Angleterre , qui ſe trouvant
actuellement attaquée , demande fon aſſiſtance
immédiate. 5. On demande une navigation libre ,
fans qu'on ait droit de faire aucune recherche , ſous
quelque prétexte que ce ſoit. Rép. Les Traités & le
Droit des Gens ſur leſq els ce point eſt appuyé ,
doivent le régler. 5. Les Barrières Holiandoiſes ,
dontPAngleterre eſt ggaarante , ne feront pas démolies
Rép . L'Angleterre emploiera tous ſes bons
offices auprès de Sa Majesté l'Empereur , pour l'ergager
à ne pas les raſer. - Telle eft , dit - on , l'ouverture
de laNégociation; le Ministre Ruſſe a décla
ré, que l'Angleterre devoit accorder ſans équivoque
&pofitivement la liberté du commerce , & que la
Hollande ne feroit pas forcée à entrer en guerre
avec la France. Ces articles devoient être difcutés
avant qu'on en vint à l'affaire de M. van Berkel ; &
fi
( 121 )
fi le dernier point étoit réglé d'une manière fatist
faiſante , on devoit faire une apologie au Roi d'An
gleterre.
Il eſt très vraiſemblable que ces propofitions
n'ont jamais été faites ; l'article qui
regarde St Eustache ſeroit très-plaiſant , ſi ,
comme le bruit commence à s'en répan
dre , les François ſe ſont emparés de cette
Ile , que nos Miniſtres veulent conferver
pour leur fervir d'ôtage. Ce bruit eſt d'au
tant plus vraiſemblable , que l'on fait que
le Marquis de Bouillé étoit parti pour une
expédition que nous croyons regarder la Barbade
, & qui peut avoir eu St-Eustache pour
objet. Nous ne tarderons pas à en être
éclaircis. En attendant , ces projets de paix
n'en impoſent point aux Hollandois ; voici
comme ils s'expriment eux mêmes à ce
fujet.
>> Il n'eſt pas douteux que les négociations pour
une paix particulière entre la Grande-Bretagne &
la République , ſe continuent ; mais ce grand, ouvrage
n'eſt pas plus avancé aujourd'hui qu'il ne
P'étoit au mois d'Août dernier. Si l'éloignement de
la Cour médiatrice ne contribuoit pas lui - même
à la lenteur de ces négociations ,les diſpoſitions de
la Grande-Bretagne ſuffiroient ſeules pour la faire
traîner en longueur. Nous pénétrons ſes vues. En
nourriſſant parmi nous l'eſpoir d'une réconciliation ,
elle ſe propoſe d'engourdir de plus en plus la République
, de rallentir ſes préparatifs de guerre , &
fur-tout d'empêcher toute liaiſon entr'elle & les
autres ennemis de l'Angleterre. Elle a retiré trop
d'avantage de ce manque deconcert entre les diverſes
Puiſſances , pour ne pas tâcher de l'entretenir àtout
19 Janvier 1782. f
( 122)
prix , & rien n'eſt plas propre à remplir ce but
que la tiédear& la defiance qu'une parcille négociation
doit néceſſairement caufer. Pendant que
celic-ci traineroit de meis en mois , les orfres
pour les hoftilités dans les deux Indes ne ſeroient
pas révoqués ; les conquéres ſe continueroient , &
Ja République défarmée , en butte aux attaques d'un
ennemi déclaré , comme aux mépris & aux reproches
d'amis induferens, ſe trouveroit la victime
detes propres ménagemens &de la conduite aufi
hautaine qu'infidicule deton prétendu allié. C'eft
doncpourne pas s'expoſer aux fuites funeſtes d'une
négociation illuſoire , que notre Gouvernement ,
dans la réponſe remiſe le 19 Décembre au Prince
de Gallitzin , a exigé pour préiminaire qu'on ne
ſedépartiroit point dans cette négociation du ſens
du Traité de la Neutralité armée. Malheureuſement
l'exclufion des Cours de Suède & de Danemarck
ſemble indiquer que les articles 7 & 8 de ce Traité
ne lui ferviront pas de règle , quoique la première
de ces Cours , a ſſi conftante à obſerver ſes engagemens
,que fincère enles contractant , ne paroiffe
point les avoir perdus de vue dans l'offre de la
médiation «.
Pendant le cours de l'année dernière ,
il est né dans cette ville & dans les franchiſes
de Westminster 170216 enfans ; le
nombre des morts ſe mente à 20709 .
FRANCE.
DeVERSAILLES , le Is Janvier.
1
!
• La maladie de Madame Comteſſe
d'Artois ne donne plus les mêmes inquiétudes;
ſon pouls n'étant preſque plus fébrile
& une fonte d'humeur plus abondante s'é(
123 )
tant établie, elle fut purgée pour la feconde
fois le 9 de ce mois ; les nuits depuis ce
rems ont été bonnes & le calme s'eſt rétabli.
D'après cette heureuſe tournure qu'a prife
une maladie d'abord fort alarmante , le
grand appartement qui avoit été ſuſpendu ,
a eu lieu Dimanche dernier ; & ce ſoir il
y aura bal paré & bal maſqué.
1
De PARIS , le Is Janvier.
Les tems affreux qu'on a eſſuyés en mer
depuis le 20 du mois dernier , ont forcé M.
deGuichen de rentrer à Breſt avec ſon efcadre
& une partie de ſon convoi. M. le
Marquis de Vaudreuil , avec le Triomphant
qu'il monte , & le Brave , commandé par
M. d'Amblimont , a continué la route avec
tout ce qu'il a pu raſſembler du convoi des
Antilles. Ces deux vaiſſeaux font neufs ,
excellens voiliers , & n'avoient pas fouffert
dés mauvais tems , ce qui fait efſpérer qu'à
préſent que les vents ont changé , ils arriveront
heureuſement à leur deſtination. La
rentrée du reſte de l'eſcadre a raſſuré fur
les dangers qu'on craignoit pour elle ſi
elle fût reftée en mer , expoſée aux coups
de vent fucceffifs de S. O. qui fe font fait
ſentir dernièrement , & qui auroient pu la
jetter à la côte .
Le Miniſtre a envoyé à Breſt M. Guillor ,
Intendant de la Marine de ce Port & M.
Groignard ; on dit qu'il ſe pourroit qu'il
s'y rendit lui même dans 8 ou so jours.
f 2
( 124)
Tant de zèle & d'activité ne permettent pas
de douter que l'eſcadre ne ſoit bientôt en
état de reprendre la mer. 2 ou 3 vaitſeaux
ont fouffert , dit on , des dommages , qui
exigent une réparation prompte. La foudre
a briſé le mît de miſaine de la Bretagne ,
& a mis le feu à ſon arrière ; ce beau vaifſeau
a auſſi perdu tout fon cuivre. Le Zodiaque
qui avoit également beaucoup fouffert
, a , dit- on , eu le malheur de toucher
en rentrant. C'eſt le premier vaiſſeau qui
ait été déſarmé. Les autres n'auront pas beſoin
de tant de réparations , mais tant que
le vent d'oueſt aura duré, il n'aura guère
été poſſible de les réparer en rade. M. de
la Motte-Piquet aſſure que ſon vaiſſeau ſera
prêt avant 15 jours ; pluſieurs autres ne
demandent pas plus de rems; & quand il
faudroit en condamner un ou deux , le
Protecteur qui vient de ſortir du baſſin , &
le Puiffant , qu'on prépare à l'Orient , pourroient
les fuppléer. Ainſi M. de Guichen
avant trois ſemaines , aura une auffi belle
eſcadre que celle que la tempête avoit menacé
de détruire. Il faudra peut être un peu
plus de tems pour rétablir & pour rafflembler
les tranſports. Il eſt à craindre que
dans le coup de vent du 23 qui les a difperfés
, il n'y en ait quelques-uns qui aient
péri. 27 navires font entrés à Breſt avec la
lotte ; on a lieu de ſe flatter que les autres
auront cherché & trouvé un aſyle dans les
Ports voiſins ; on fait que 6 font arrivés à
( 125 )
l'Orient ; on ne peut apprendre que fucceflivement
la rentrée des autres dans différens
Ports ; & ce n'est qu'alors qu'on
pourra juger de la perte que la ſaiſon
, les mauvais tems , une mer orageuſe
, n'ont pas permis de prévenir. La
Terpficore eft rentrée à l'Orient avec 2 des
bâtimens qu'elle eſcortoit du convoi de
Bordeaux; on attend des nouvelles de 7 à
8 autres du même convoi qui ſont avec la
Néréide.
Le 21 de ce mois , l'Illustre & le St.
Michel n'étoient pas encore partis de Cadix
, où M. de Buſſy n'étoit pas non plus
encore arrivé , à cauſe des mauvais chemins.
Quant à l'armement Eſpagnol , il
étoit prêt ; il n'attendoit que ſes derniers
ordres pour mettre à la voile. Le bruit
même s'eſt répandu ici que l'eſcadre entière
, forte de 36 vaiſſeaux de ligne , étoit
fortie du port ; on fait qu'il doit s'en détacher
une diviſion avec un convoi confidérable
pour le golphe du Mexique. Nous
n'avons pas encore des nouvelles poſitives
de ſa ſortie ; elle a dû avoit lieu , à moins
que la nouvelle de la rentrée de l'eſcadre
de Breſt ne l'ait ſuſpendue.
Nos lettres de Madrid du 28 ne pouvoient
pas en parler.; elles annoncent feulement
la mort du Cardinal Delgado , Archevêque
de Séville , Patriarche des Indes
& grand Aumônier. On venoit d'y publier
une Bulle du Pape , portant prorogation
f3
( 126 )
de 4 années de la permiſſion accordée en
1778 aux ſujets du Roi d'Eſpagne de faire
gras pendant le carême , à l'exception de
trois jours de la ſemaine. Cette permiffion
s'achette affez cher , parce que chacun eſt
taxé ſelon ſon état& fa fortune ; les aumônes
qui en proviennent font levées par
les Collecteurs ordinaires des aumônes
de la Bulle de la Cruzade.
Nos lettres de Mahon font du 17 Décembre
; elles contiennent les détails ſuivans
:
>> Depuis que nos Généraux & nos Ingénieurs
ont décidé que le Fort Saint-Philippe pouvoit être
réduit de vive force , & que la Cour de Madrid a
confenti qu'on en fit le fiège , tous les travaux
du camp n'ort eu que ce but ; c'eſt ce qui a fait
négliger le blocus de cette place par mer ; car
peu importe qu'elle reçoive de tems à autre quelques
rafraîchiſſemens , ces foibles ſecours ne la feront
pas tenir un jour de plus.Apeine les petites
batteries de Beneſay, de Philipet,&c. furent élevées ,
qu'on fongea à celles qui principalement doivent réduire
la place. - Les troupes auxquelles on a fait
quelques gratifications , ont travaillé avec une ardeur
& une activité qui ne ſe ſont point rallenties .
Cing batteries ont été élevées fans beaucoup de
pertes , à 200 & à 300 toiſes de la place ; elles
portentles noms des cinq brigades qui compoſent
l'armée , & qui font chargées de les défendre.De
petites éminences ont favorisé les travaux. Leur
communication ſeule eſt encore expoſée au feu de
T'ennemi ; mais on parviendra à éviter cet inconvénient
, en faiſant des murs de pierre qui ont déja
exercé la patience Eſpagnole , & qui tous réutil
fent fort bien. L'ennemi n'a eu connoiſſance de
( 127 )
ces approches qu'au moment où l'une de ces batteries
fut aſſez élevée pour qu'il vît les travail
leurs . Il fit alors un feu aſſez bien foutenu , fouvent
fans caufer beaucoup de dommage. Il y aura
donc bientôt 120 canons & 36 mortiers à 200
toiſes de la place , qui répondront à ſon feu , Ilauroit
pu même déja commencer , ſi le Général ,
qui n'a de munitions que pour quinze jours , n'avoit
voulu attendre celles qui lui ſont préparées ,
& qu'on doit débarquer à chaque inftant. Alors
le fiége commencera , & M. le Maure , notre principal
Ingénieur , nous promet que dans moins de
quinze jours , il fera ceſſer entièrement le feu de
la place. Nous avons beaucoup de confiance en ſa
promeſſe , parce que cet Officier eſt un homme
du premier mérite , & que véritablement on voit ,
par ſes difpofitions que jamais attaque n'aura
été auſſi chaude ni auſſi terrible , fi elle eſt auſſi
bien foutenue qu'elle fera dirigée. Par les rapports
des déſerteurs , nous ſavons qu'il n'y a que 2900
hommes dans la place , en comptant quatre cens
matelots qui font le ſervice aux batteries ; il faut
ajouter à ce nombre 150 ou 200 Corſes arrivés
dernièrement de Livourne « .
,
La priſe , ou plutôt la ſurpriſe de Saint-
Eustache , eſt un évènement bien fingulier
par ſes circonſtances , & fait le plus grand
honneur à la bravoure des troupes chargées
de cette expédition & du Général qui
l'a conduite. Nous placerons ici la relation
d'un Officier qui offre quelques détails qui
ne ſont point dans celle du Marquis de
Bouillé que nous avons déja donnée , &
qui ne pourra que piquer la curiofité de
nos Lecteurs.
>> La petite eſcadre ſortie le 15 de Novembre de
1
:
f4
( 128 )
la Martinique , mit dix jours de traverſée au lieu
de trois ou quatre qu'il lui en falloit pour arriver ,
parce qu'elle vouloit , en faifant un grand détour ,
cacher ſon expédition aux Iſles ennemies voifines ;
elle ne pouvoit pas être traverſée par le Gouverneur
d'Antigue , parce qu'on ſavoit que le ſeul
vaiſſeau de ligne qui ſe trouvoit dans ce port , &
qui ſeul auroit pu diſſiper l'eſcadre Françoife , étoic
en carene. Le 20 , M. de Bouillé rencontra un
cutter de M. de Graffe , qui venoit annoncer an
Fort-Royal la prochaine arrivée de ſa flotte. On
tint conſeil à bord de la principale frégate , pour
décider ſi on ne retourneroit point ſur ſes pas ;
l'arrivée de l'armée promettant de faire d'autres expéditions
bien plus importantes que celle qu'on avoit
en vue. L'avis général fut de ne pas abandonner celleci
, puiſque l'on étoit ſi près du but , d'autant encore
que ne s'agiſſant que d'un coup de main , on
pouvoit être de retour à la Martinique 8 jours
après. En conféquence , on continuade faire route
fur St-Eustache. On louvoya pendant la journée du
23 près de l'ile , mais non en vue, afin de la ſurpren.
dre pendant la nuit. M. de Bouillé la prit par le revers
, il fit ſa deſcente d'abord avec 400 hommes ,
dans un endroit où l'ennemi ne ſoupçonnoit pas
que l'on pûr aborder; car un mois auparavant
le Gouverneur ayant fait reconnoître ce lieu par
fes Ingénieurs , ils avoient décidé qu'il étoit inutile
de le fortifier & même de le faire garder , par
l'impoſſibilité phyſique que les bateaux puſſent en
approcher , & que des ſoldats parvinſſent à eſcalader
les roches. Ils s'étoient trompés ; les ſoldats
Fançois en s'aidant réciproquement avec des cordes
& quelques échelles , gravirent la roche ; cependant
ce ne put être qu'avec lenteur , le jour approchoit
; M. de Bouillé jugeant qu'avec ſes 400
hommes , il donneroit à l'ennemi une plus chaude
alarme , à cette heure-là , que trois heures plus tard
( 129 )
avec le reſte de ſa troupe , ſe décida à marcher
vers le Fort. - Les troupes ſe mirent en mouvement
dans le plus grand filence , renant leurs armes
bas ; elles furent rencontrées par pluſieurs habitans
qui voyant des habits rouges , ( cetre colonne étoit
preſque toute compoſée d'Irlandois ) , les pritent
pour des foldats de la garniſon. Cette petite troupe
parvint ainſi ſans être découverte iſqu'à la place
d'armes , où elle trouva une partie de la garnifon
qui faisoit l'exercice. Au moment d'un demi- tour, à
droite, les Anglois furent aſſaillis d'une ſalve qui fit
tomber les armes des mains de pluſieurs ſoldats , &
on penſe bien que la ligne fut extrêmement dérangée.
On fondit fur eux la bayonnette au bout du fufil ; ils
étoient trop effrayés pour qu'ils puiffent faire quelque
réſiſtance. Au même inſtant la ſeconde colonne
aux ordres de M. Defreſne , Major du régiment
Royal-Comtois , qui devoit s'emparer du fort , arriva
devant le pont-levis ; quelques fuyards de l'exercice
s'empreſſoient de le lever , on fit feu fur eux ; le
pont abandonné reſta baiſſé ; on s'empara du fort ; les
cafernes furent pri es de même ; la moitié de la garniſon
n'étoit pas encore debout, deſorte qu'on ne
trouva nulle réſiſtance. Le parti chargé d'arrêter le
Gouverneur , trouva ſur la grande route un Officier
monté ur un affez beau cheval qui ſembloit faire fa
promenade ordinaire. M. O Connor , Capitaine de
chaffeurs du régiment de Valsh , ſaiſit la bride du
cheval en annonçant à l'Officier qu'il le faifoit fon
prifonnier. Peut-être lui parla-t-il Anglois , car l'Officiernetint
nulcompte de ce propos ,& crut un moment
que c'étoit une plaifanterie ; mais M. O Connor
lui ayant certifié de nouveau qu'il étoit ſon prionnier
& que les François étoient maîtres de l'Ifle ,
l'Officier piqua ſon cheval qui étoit trop vigoureux
pour que M. O Connor pût le retenir ; il le fit arrêter
pourtant , en ordonnant aux foldats de faire feu ;
ce lui-ci entendant les balles ſiffler à ſes oreilles , ſe
fs
( 130 )
rendit de bonne grace , & semit ſon épée. Alors le
Capitaine Irlandois pria fon prifonnier de vouloir
bien le conduire chez le Gouverneur ,afin qu'il fe
rendit maître de fa perfenne , avant de le voir exposé
à être enlevé par des foldats , qui peut-être ne le refpecteroient
pas autant que lui. L'Officier lui répondit
qu'il n'iroit pas loin pour le trouver &que le
Gouverneur étoit le prifonnier qu'il venoit de faire.
C'eſt ainſi que fut pris M. Cockburn & que l'Iſſe fut
foumiſe. Les troupes furent guidées dans leur defcente
& dans leur marche par un François qui avoir
demeuré dans cette ifle , & qui avoit été pillé inhumainement
comme tant d'autres par les Généraux
Anglois. Un habitant de la petite Ile de Saba ſervst
de même M. le Comte de Damas qui , avec 100
hommes ſeulement , étoit defcendu pour en prendre
poffeflion. Il enfiloit un petit ſentier au bout duquel
so Anglois en embuſcade auroient écrasé ſa petite
troupe avant qu'elle eût pu s'appercevoir du danger ;
l'honnéte habitant la guida par un autre chemin;
ontourna l'ennemi; il fut pris fans coup férir. Comme
le butin qu'on a trouvé à St-Eustache , provenoit en
entier de la vente des effets && des marchandises enlevés
par l'Amiral Rodney, il étoittout en argentcomprant,
il a été diftribué fur- le- champ aux troupes : chaque
foldat a eu 100 écus; la part du Comte de Bouillé
a éré de 30,000 liv. & celle du Gouverneur général
, fon coufin , de 170,000. Cette expédition
"n'a coûté que 8 ou 10 hommes , & encore par
-l'imprudence ou l'ardeur de quelques ſoldats , qui
-voulant aborder les premiers , fiient chaviter un
bateau ; comme il étoit nuit on ne pat les fecourir.
M. de Bouillé n'a mis que 30 jours dans
ſa traverſée , étant parti le 30 Novembre. M. le
Comte deGraffe étoit fignalé ce jour-là du Fort-
Royal ; il y amenoit 32 vaiſſeaux , les autres ayant
pris la route de St-Domingue «.
,
1
( 131 )
Leréſumé ſuivantdes liſtes des priſes faites
fur mer& les réflexions qui l'accompagnent,
ne peuvent que faire plaifir à nos Lecteurs ;
nous nous empreſſons de les leur mettre
fous les yeux , & de remercier le citoyen
àqui nous les devons.
,
&
>>Ayant obſervé dans le cours des années précé
dentes , que la liſte des priſes des navires étoit toujours
fort enflée dans les papiers étrangers
Convent incomplette dans les nationaux , je me ſuis
borné cette année à en faire le relevé ſur votre
Journal , qui donne les liftes envoyées par une
Compagnie d'affurance d'Angleterre. En voici le
réſultat pour l'année 1781 .
Bâtimens pris.
Sur les Anglois. Par les Anglois .
Par les François , 305 Sur les François , 192 ..
Par les Eſpagnols , 42 Sur les Eſpagnols , 33 .
Par les Américains , ISI Sur les Américains , 55 .
Par lesHollandois , 21 Sur les Hollandois, 254 .
519
,
$44.
Les bâtimens pris ou coulés bas par les François
dans la baie de Chéſapeak ne ſont pas compris
dans ce relevé'; des 305 priſes faites par les François ,
il y en a 118 de rançonnées. Les Américains en
ont rançonné très - peu ; & les Eſpagnols & les
Anglois aucune. Il feroit fans doute à defirer qu'on
fût ramener toutes nos priſes en France , comme
le preſcrivoit l'Arrêt du Conseil d'Etat du 11 Otobre
1780. La perte de leurs matelots & de leurs
bâtimens ſeroit beaucoup plus ſenſible aux Anglois
que celles de leurs guinées. On voit que la balance
générale ſeroit encore plus au déſavantage des Anglois
dans cette année 1781 , que dans la précéf6
( 132 )
dente, ſans les nombreux bâtimens qu'ils ont enlevés
par ſurpriſe aux Hollandois ", "
Une perſonne qui n'a pas voulu être
connue , a fait remettre à l'Académie de
Châlons-fur Marne une ſomme de 400 livres
qui ſera donnée le 25 Acût prochain ,
àl'Auteur du meilleur mémoire fur cette
queſtion intéreſſante: Quelssont les moyens
d'améliorer en France la condition des Laboureurs
, des Journaliers & des hommes de
peine vivant dans les campagnes , & celle
de leurs femmes & de leurs enfans. Les Mémoires
écrits en françois ou en latin feront
envoyés avant le premier Juillet à M. Sabathier
, Secrétaire perpétuel del'Académie.
> La même Académie qui avoit propolé pour
Sujet d'un de ſes Prix quel feroit le meilleur plan
d'éducationpour le peuple, a couronné un Mémoire de
M.deGoyond'Azzac,de la ville de Mezin en Guienne,
ancien Confeiller au Parlement de Bordeaux . Ce
Mémoire eſt écrit avec autant de ſageſſe que de
clarté & de préciſion ; le Plan qu'on y propoſe eſt
ſimple & d'une exécution facile. L'Auteur ne s'écarte
point de nos uſages & de nos moeurs , il veut ſeulement
les perfectionner , en formant parmi le peuple
des hommes nerveux & induſtrieux , capables de
cultiver tous les Arts , fidèles à leur Souverain , &
ſolidement attachés à la Religion , ſans laquelle
tous les principes chancellent & les moeurs des
nations s'évanouiſſent . - Elle avoit un Prix extraordinaire
ſur ce ſujet : Lorsque la ſociété civile
ayant accusé un de ses membres par l'ordre du
Ministre , succombe dans cette accusation , quels
Seroient lesmoyens les plus praticables & les moins
difpendieux de procurer au citoyen , reconnu inno-
4
( 133 )
cent , ledédommagement qui lui eſt dû de droit
naturel ? Deux Mémoires ont partagé ce Prix ;
l'un eſt de M. Briflot , Avocat au Parlement de Paris,
Il eſt écrit avec feu ; l'Auteur y peint d'une manière
énergique & touchante la captivité où gémit l'innocence
que la Juſtice trompée fait languir dans
les fers . Il y établit les principes moraux qui ſervent
de baſe à tout pacte ſocial , & il recherche les
moyens de rendre moins fréquentes les fauftes
acculations. La ſituation déplorable des accuſés avant
le jugement qui les condamne ou les abſout , excite
dans l'ame de l'Auteur une commifération digne
d'unebelle ame. Il propoſe des réformes ſages dans
le Code & dans l'Inſtitution des procédures criminelles.
Traitant du dédommagement qui eſt dû à
l'accuſé reconnu innocent , il établit le juſte équilibre
qui doit balancer le délit & la réparation que
la ſociété eft en droit d'exiger. Ces principes font
la baſe invatiable ſur laquelle il établit les dédommagemens
auxquels doit prétendre quiconque a été
lavé de tout ſoupçon par un Jugement authentique.
- Le ſecond Mémoire , qui a pour Auteur M.
Philipon de la Madeleine , Tréſorier de France
Avocat du Roi au Bureau des Finances du Comté
de Bourgogne , de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de Besançon , offre un Plan méthodique &
ſuivi, des id es (aines , des vues ſages & lumineuſes .
L'Académie a diftingué un troiſième Memoire
dont elle a fait une mention honorable.
-
On mande de la Roque-Dolmes , petite
ville du Diocèſe de Mirepoix , que le nommé
Jean Arnaud y nourrit un cochon de
dıx mois , qui , au lieu d'ongles , a quatre
cornes à chacun de ſes pieds Les deux des
pinces ont huit pouces de long , & les deux
des talons n'en ont que quatre. Les unes
( 134 )
&les autres ont la dureté des cornes de
chèvres ; elles ſont cependant d'une extrême
ſenſibilité. Il eſt aſſez agile pour ſe procurer
dans les champs la nourriture néceffaire.
Sa démarche eſt très- fingulière ;
tous ſes pas font cadencés par le cliquetis
detoutes les cornes , dont le bruit reſſemble
à celui des caftagnettes. On ajoute que
ſi quelqu'un étoit curieux de ſuivre les progrès
de cette production contre nature ,
le propriétaire de cet animal en fera bon
marché.
Parmi les productions intéreſſantes des
arts qui ſe publient journellement dans
cette capitale , les Amateurs & les Artiſtes
diftingueront deux Eſtampes qui viennent
de paroître , dédiées à M. & à Madame
Boula de Nanteuil; l'une eſt la Soubrette
Confidente , & l'autre ba Marchande à la Toilette.
Ces ſujets ont été peints par M. Lavrins,
Peintre Suédois , dans le genre de Beaudouin,
mais dont les rableaux à gouache ſont
beaucoup plus précieux par le faire
fonne , juſqu'à préſent , n'atraité ce genre
de peinture avec autant de fini , & n'y
a répandu plus d'imagination , de graces &
de fraîcheur ; tous ſes ſujets ſont peints
dans le coſtume du jour avec la plus
grande élégance. L'Artiſte qui les a gravés
( 1 ) , eſt le même à qui nous devons
د
; per-
(1) M. Vidal, rue des Noyers , la première porte cochère
( 135 )
pluſieurs Estampes dans différens genres ,
& dont le recueil mérite une place diftinguée
dans les porte-feuilles des Amateurs;
il nous promet dans le courant de l'année
fix Sujets d'après le même Peintre , & tous
dans le genre galant.
Hélène Julie Denteville , épouse du Marquis
de Ferriere de Saulve Boeuf, Capitaine
de cavalerie au régiment d'Artois , eſt morte
le 30 Novembre dans ſes terres du Limoufin...
Marie - Elifabeth de Cubiac , veuve de
Henri de Faret , Comte de Fournis , Brigadier
dcs Armées du Roi , eft morte ici le 16
du mois dernier .
Marie-Paule-Angelique d'Albert de Chevreuſe
, Ducheffe de Chaulnes , Dame du
Palais de la Reine épouſe du Duc de
Chaulnes , Pair de France , eft morte en
cette ville le 17 du mois dernier .
Eugène-Eléonore de Bethizy , Marquis
de Mézières , Lieutenant-Général des Armées
du Roi , Gouverneur de Longwy , eft
mort dans ſon Gouvernement le 17 Novembre.
,
Le Roi par une Ordonnance du 12 du mois
dernier, concernant l'Ordre Royal & Militaire de
Saint-Louis a ordonné le rétabliſſement d'une
penfion de 1000 livres , en faveur du plus an-
,
àdroite par la rue St-Jacques. On trouve chez lui ces deux
Estampes,&le Jaloux endormi & l'Infidélité reconnue , les
Baigneusesfurprises; & les 7 quifont fuite avec cette dernière,
be prix de chacune eſtde 3. liv.
( 136 )
cien Chevalier de cet Ordre , choiſi parmi les
troupes de terre , qui ne ſera pas d'ailleurs Chevalier
des Ordres de S. M. , ou Grand Croix
ou Commandeur dudit Ordre Royal & Militaire :
penfion dont ce Chevalier jouira en ſus de toure autre
qui lui auroit été déja accordée ſur les fonds de
l'Ordre. Il ne fera cependant diſpoſé de ladite
penfion de 1000 livres que de l'ordre exprès de
S. M. Les Officiers qui feroient dans le cas de prérendre
à certe penſion , enverront au Secrétaire
d'E at de la Guerre , leur extrait-baptiftaire , l'état
de leurs ſervices , & l'époque de leur admif
fion à l'Ordre de Saint-Louis.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , qui établit
une Commiſſion pour connoître & juger ſouverainement
& en dernier reſſort , de la qualité &
du droit de ceux qui ſe prétendent héritiers de
la ſucceſſion de Jean Thierry , mort à Veniſe en
1676 , & ordonne que dans ſix mois , ils produiront
pardevant ladice Commiſſion , tous les titres
papiers , documens & généalogies ſur leſquels ils
entendent établir leurs prétentions , enregiſtré aux
Requêtes de l'Hôtel , le 7 Décembre 1781 .
,
Jean Thierry , qui defiroit de faire parvenir ſa
fucceſſion à ſes véritables héritiers , a fait , dans
fon teftament , la généalogie la plus exacte , de
Ca famille. Il y dit qu'il est né de François
Thiery & de Françoiſe Brico , de Château-Thierry ;
que ce François étoit fils de Robert Thierry , Gendarme
du Roi de France , & originaire de Lorraine
, lequel avoit deux autres fils ; l'un nommé
Claude,reſté en Lorraine , & l'astre , Pierre , retiré
a Bafle en Suitſe. Ces faits & existence de
ces perfonnes , ſont justifiés par MM. Dorez &
confo ts, qui prouvent leur deſcendance en ligne
directe dadit Robert Thierry , par le dits Claude
& Pierre Thierry , oncles du Teſtateur. Ceux
( 137 )
qui prétendent à cette ſucceſſion , doivent faire
une pareille preuve ; car il ne ſuffit pas de faire
voir que l'on deſcend d'un Claude ou d'un Pierre
Thierry , plufieurs individus ont porté le même
nom , ſans être de la famille du Teftateur ; il
faut donc conſtater que ce Claude & ce Pierre
étoient fils de Robert Thierry , pour avoir droit à
l'hérédité.- Tous ceux qui voudront être inſtruits
plus parfaitement , pourront adreſſfer leurs lettres
franches de port , ſans quoi elles ne feront pas
répondues , à M. Parmentier , Avocat , Hôtel de
Valois , rue Saint- Denis , l'un des héritiers de
Claude Thierry oncle du Teſtateur , du chef
de la dame Anne Thierry ſon épouſe , ou à M.
Pacotte , Avocat au Confeil , rue des Lavandieres ,
près Sainte-Opportune , ou enfin , à M. Meſlageot ,
rue Quincampoix , Hôtel de Londres.- Pluſieurs
perſonnes peuvent avoir des pièces effentielles concernant
cette fucceffion; elles ſont priées d'en
donner l'analyſe aux adreſſes ci-deſſus.
De BRUXELLES , le 15 Janvier.
,
La réponſe de la Cour de Suède aux
plaintes que le Ministère Anglois lui a fait
faire du refus qu'a fait la frégate qui efcortoit
le convoi de navires neutres partis
du Texel , d'en laiſſer fouiller aucun n'a
pas été agréable à la Cour de Londres ; elle
ne doit pas être non plus fatisfaite de la
manière dont la Ruſſie enviſage cet évènement
, & de la réponſe qu'elle a faite au
Miniſtre Suédois , qui , par ordre du Roi
ſon Maître , lui a fait part des plaintes de
l'Angleterre , & de ce qui lui a été répondu.
( 138 )
,
>> S. M. I. , écrit-on de Pétersbourg , a fortement
approuvé la conduite & la réponſe de la Suède;
l'une & l'autre ſont exactement conformes au
principe , d'après lequel elle agitoit en pareil cas ;
en conféquence , ſi la Cour de Londres refuſoit de
s'en contenter & prétendoit viſiter des navires
marchands neutres qui ſe trouveroient ſous convoi
ou protection du Roi ou tout autre pavillon Souverain
neutre de quelqu'un des Alltés , S. M. I.
feroit toujours prête à concourir & à coopérer
avec S. M. Suédoise & ſes autres Alliés pour s'y
oppoſer , & maintenir en pareil cas l'indépendance
des pavillons réciproques. Tous les Miniſtres Ruffes
réſidans dans les Cours des Puiſſances Belligérantes ,
doivent , dit- on , être prévenus qu'en cas qu'il y
Survienne quelques juſtes plaintes à l'égard de la
rétention, priſe & enlèvement ou mauvais traitement
de navires marchands y naviguant ſous payillon
de cet Empire ou de celui d'un des Alliés de
la convention de neutralité par des navires de
guerre ou des bâtimens armés de l'une ou l'autre
des ſuſdites Puiſſances Belligérantes ou de leurs
Sujets , chacun deſdits Miniſtres fera d'abord les
repréſentations & réclamarions néceſſaires pour la
revendication , réparation & bénéfication , & fe concertera
à cet effet avec les Miniſtres des autres
Cours alliées , fans demander ou attendre des ordres
ultérieurs ; les Cours alliées ayant été priées de
donner de pareils ordres à leurs Miniſtres « .
د
La conduite de l'Angleterre à l'égard de
la Hollande , a donné lieu à ce concert de
réſolutions vigoureuſes & actives ; aucune
des Puiſſances neutres ne ſe laiſſera traiter
impunément comme l'a été la République ;
& iln'y a pas d'apparence que l'Angleterre
oſe s'expoſer à leur manquer.
( 139 )
Le Corfaire le Fleſſinguois , Capitaine Pierre le
Turcq , écrit-on de Flettingue , eſt rentré dans ce
Port le 29 Décembre . Outre les rançons qu'il a aites
,& qui montent a 1700 liv. fterl. , il s'eſt encore
emparé du Navire Anglois l'Induſtrie , qu'il a
rançonné pour 1000 guinées , & d'un brigartin de
100 tonneaux. Le 18 du même mois , il a repris le
navire François l'Amitié Royale , commandé par
le Capitaine Grandmaiſon , qui avoit été enlevé le
13 par le vaiſſeau de guerre Anglois le Prudent.
Le Capitaine Turcq , l'ayant rencontré , lui fit
quelques queſtions ſur leſqueles ſes réponſes
lui donnèrent de la défiance ; il lui lacha toute
ſa bordée , & le navire amena . Dans ce moment
, on entenditdes cris de joie : Nous ne fommes
plus prifonniers , voilà lepavillon Hollandois.
Le vaiſleau repris étoit de 22 canons ; mais il n'en
avoit à bord que 8 de 9 livres. Il est chargé de
munitions de guerre & de marchandiſes évaluées à
près de 600,000 liv. Il étoit deſtiné pour les Indes.
Les Officiers Anglois , qui conduiſoient cette
priſe, ſont deux Lieutenans de Roi , James Smith
& Dumcan Roff. Ce dernier eſt parent de l'Amiral
de ce nom .
Selon les lettres d'Amſterdam , le nombre
des vaiſſeaux arrivés au Texel pendant l'année
dernière , ſe monte à 593 , ce qui fait
1149 de moins qu'en 1780 ; ceux qui font
entrés au Vlie montent à 729 , c'eſta dire ,
170 de moins que l'année précédente.
Nous nous flattons , écrit - on d'Amſterdam ,
d'avoir , au commencement du printems prochain ,
une eſcadre confidérable. Voici la liste des vaifſeaux
qui ſe trouvent dans les différens Colléges d'Amirauté
de cette République. - Dans celui d'Amſterdam ,
un de 70 , fix de 64 , ſept de 54 , un de so , cinq de
( 140 )
,
44, deux de 40 , fix de 36 , & 7 de 24; ceux qui
ſe trouvent fur les chantiers de ce College ſont
trois de to , trois de 64 & un de 40. Total , 42
vaiſſeaux.- Dans le Collége de West-Friſe & du
Nord , un de 70 , cinq de 60 , un de so , un de 40 ,
un de 36 & deux de 20. Total , 11. -Dans celui
de la Meuſe , trois de 60 , deux de so , trois de 36 ,
trois de 20 ; & fur le chantier , un de 40. Total , 12 .
-Dans celui de Zélande , deux de 60 , un de so ,
un de 36 , & deux de 20 , en tout 6.-Dans celui
de Frife , un de 54 , un de 44 , un de 36 ; ſur le
chantier , un de 44 & un de 36. En tout 6. - 11
paroît d'après cet état que la République aura , au
printems prochain , 77 vaiſſeaux depuis 70 juſqu'à
20 canons ; on remarquera que le Collége d'Amirauté
d'Amſterdam en a à lui ſeul 42 , qui font
plus que ce que fourniſſent les quatre autres
Colléges réunis , qui n'en font à eux tous que
35.-Ces forces refpectables , & qui peuvent être
augmentées facilement , ne demandent qu'à agir , &
le feront utilement auffi-tôt qu'en les emploiera. Le
voeu général paroît maintenant pour une prompte
& folide alliance avec la France. La nouvelle de
la priſe de St-Eustache , que cette Nation a enlevée
aux Anglois , eft faite pour donner encore plus de
force à ce voeu ; M. Leſtevenon de Berkenrode l'a
envoyée par un exprès arrivé à la Haye le 8 au
matin. On ignore les détails ; mais on affure que
le premier acte d'autorité qu'a fait M. de Bouillé ,
après avoir pris poffeſſion de l'ifle , a été de faire
reftituer aux habitans un million qui leur appartenoit
, & que l'Amiral Rodney & le Général Vaughan
avoient mis en ſequeſtre chez le Gouverneur. La
France , dans ſa conduite avec nous , met une franchiſe,
une nobleſſe , une générofité , une loyauté qui
méritent ſans doute que nous y répondions ; depuis
que l'Angleterre nous fait la guerre , cette Puiflance
( 141 )
abien voulu la faire pour nous ; el'e rend à nos
ennemis , le mal qu'ils nous font , elle nous a protégés
pendant que nous délibérions ſi nous devions
armer; elle nous a conſervé le Cap de Bonne-Eſpérance
, &c .
On a auſſi des lettres de Surinam , venues
par la voie de la Martinique , en date du
25 Juillet dernier.
Cette Colonie ſe trouve actuellement dans un
état dedéfenſe ſi formidable , que loin de craindre
une attaque de la partdes Anglois , nous la défirons.
Les forts & les redoutes ont été rendus imprenables.
Les rivières ſont protégées par 2 vaiſſeaux de guerre
&8 navires marchands , tous très-fortement armés
& équipés , tandis que l'embouchure de la rivière
eſt ſous la garde de deux corſaires formidables . La
milice eft en très-bon état , & ſe trouve foutenue
par toutes les compagnies bourgeoiſes & le corps
de nègres libres . Outre cela , les negres marons ,
déclarés libres , viennent de nous envoyer un détachement
de leurs gens armés. Ils font vêtus d'un
demi-uniforme , & le Gouvernement les a placés
dans les leurs. Ils préfentent même un ſecours plus
confidérable en cas de beſoin. D'ailleurs tous les
autres nègres on eſclaves offrent auſſi leur ſervice
&leur viepour la conſervation de la Colonie contre
les Anglois , qu'ils regardent comme la cauſe de
ce qu'ils manquent de tabac , de pipes , de harengs
&de morue sèche. Enfin on attend encore à tous
momens quelques vaiſſtaux de guerre François . Pendant
la durée de la guerre toute exécution ſur les
plantages a été furfiſe par la Cour de Police. On
affure que les Anglois ont évacué les Berbices , que
d'ailleurs leurs forces à Effequibo & à Demerary
font d'une extrême foibleſſe. Au reſte , nous ſoupirons
après un convoi de la Patrie , vu que les
vivres ſont fort chers «, .
( 142 )
On lit les détails ſuivans dans pluſieurs
lettres de différens ports de France.
L'eſcadre de M. de Guichen a fans doute fouffert ;
mais il y a des vaiſleaux tels que le Majestueux ,
le Royal- Louis , le Fendant , &c. qui n'ont reçu
aucun dommage; tout va ſe réparer en rade , &
2ou 3 ſeulement entreront dans le port. Quant aux
tranſports , outre celui arrivé à Bordeaux , un autre
a mouillé au Paſſage , un troiſième à la Rochelle ,
un quatrième a péri en entiant dans la baie d'Audierne.
Il y a apparence que la Néréide avec le
refte de fon convoi aura continué ſa route , &
qu'elle aura pu même rencontrer le Triomphant
&le Brave. On ne pourra ſavoir au juſte que
dans quelque tems le mal causé par l'ouragan du
23 ; chaque jour on apprend l'arrivée de quelquesuns
dans différens ports. On faura plus tard combien
le Triomphant & la Néréïde en auront pa
raſſembler pour les conduire à leur deſtination.
La lifte officielle de l'Amirauté d'Angleterre ne
fait aucore mention que de 7 du convoi de Breft ,
& des de celui de Bordeaux. S'il en arrive quelques
autres dans les ports Anglois , ils ne peuvent
y être conduits que par les corſaires Américains ,
qui les auront trouvés ſéparés de leur eſcorte après
la tempête du 23 .
PRÉCIS DESGAZETTES ANGLOISES , du 9 Janvier.
,
Le 7 au matin , l'Amirauté a expédié au Chevalier
Rodney un Courier chargé des dernières
dépêches pour cet Amiral. -Le Warrior & le
Magnificent qui devoient le joindre à Plymouth ,
ne font pas encore fortis de Torbay ; s'ils ne le
joignent pas , ſon eſcaire , au lieu d'être de 14
vaiſſeaux , ne ſera que de 12.
Le Prince Edouard , qui avoit eu quelque tems
l'intention de fervir dans la marine , a changé d'avis,
& paroît préférer le ſervice de terre.
Les vaiſſeaux deſtinés pour l'Inde , emportent une
( 143 )
double proviſion de ſel & de farine pour s'en ſervir
dans leur retour enAngleterre , parce qu'ils ne trouventdans
cescontrées qu'avec beaucoup de difficulté,
les proviſions ſuffisantes pour leur voyage en Europe.
-Le Chevalier James Wallace n'ira point dans l'Inde,
comme on l'avoit dit ; on lui donnera le commandement
d'une eſcadre deſtinée pour la Baltique.
-On apprend , par une lettre de Bristol , qu'un
vaiſſeau de la Compagnie des Indes Danoiſes , qui
dans la détreſſe a relâché à Kings-Road , a rapporté
qu'il étoit parti le 20 Septembre du Cap , après avoir
été retenu près de 3 ſemaines par les Hollandois ,
ſous prétexte que ſa cargaiſon appartenoit aux Anglois,
mais en effet dans la vue de l'empêcher d'informer
le Commodore Johnstone de l'état & de la
poſition des Hollandcis. Quoiqu'il en ſoit , il n'a
point rencontré le Commodore. L'eſcadre de M.
de Suffren étoit partie du Cap.- Le tems a été
ſi mauvais , qu'il n'a pas été poffible aux vaiſſeaux
deſtinés pour les deux Indes de mettre à la voile.
Le vaiſſeau de S. M. la Bellone a été tellement endommagé
, qu'on penſe que ſon équipage ſera diftribué
àbord des autres vaiſſeaux prêts à mettre en
mer.
Extrait des dépêches reçues le 3 du Capitaine ..
Inglis. De la baie de Carle- Isle à la Barbade
le 30 Novembre. Vous voudrez bien informer les
Lords de l'Amirauté , que les vaiſſeaux de S. M. le
Saint-Albans & 1 Eurydice , font arrivés ici le 26
avec le convoi de Corke pour différentes Ifles . Tout
le convoi eſt arrivé , à l'exception du Peace & du
Plenty , de Belfast , de 200 tonneaux. Ces deux
bâtimens ont coulé bas le 30 Octobre à la hauteur
des Iſles Açores , & il ne s'eſt ſauvé qu'un ſeul
homme. M. Harvey , Capitaine du Convert ,
écrn de Gros - Iſſet dans l'Ifte de Sainte - Lucie au
Général Chriftie , qu'il a vu 12 vaiſſeaux de ligne
entrer à la Martinique le 26.
-
( 144 )
Le ſeconde lettre eſt du 3 Décembre ; on y donne
la liſte de l'armée Françoiſe, qui ne paroît pas exacte
puiſqu'on ne la porte qu'à 28 vaifleaux , en comprenant
les frégates .
On lit auffi une lettre de M. Cunningham , Gouverneur
de la Barbade , qui prétend que pluſieurs
vaiſſeaux de l'eſcadre Françoiſe ſont en réparation,
Il porte celle du Chevalier Hood à 20 vaiſſeaux , у
comprisle Saint-Albans qui vient de s'y joindre.
Mais fur ce nombre , il y en as qui ont le plus grand
beſoin de réparations , & qui par cette raiſon ne
pourront fervir pendant quelque tems ; deux de ces
derniers , l'Ajax & le Ruffel , l'un & l'autre de 74 ,
font abſolument hors d'état de ſervir.- Les lettres
des Iles aſſurent que M. de Monteil eſt toujours
à Saint-Domingue avec s vaiſſeaux de ligne , & que
les Eſpagnols en ont 7 à la Havane & 3 à Porto-
Ricco.On préſume que ces forces combinées étoient
deſtinées à bloquer l'iſle de la Jamaïque , & à empêcher
aucun renfort d'y entrer.
Le Tonyn eſt arrivé en 28 jours de Saint-Augustin
à Liverpool ; à ſon départ , tout étoit tranquille dans
la Caroline vers le 15 Novembre.-On dit que le
Général Arnold demande à venir en Angleterre au
printems prochain , & qu'il ne veut plus être employé
en Amérique pendant toute cette guerre.
Selon les lettres de New- Yorck , le Général
Clinton a envoyé à Charles-Town un renfort de
troupes ſous les ordres du Général Leſlie , qui
prendra le commandement de cette place.
Extrait d'une lettre du Capitaine Edouard
Thompson , commandant l'hyenne. -De Démerary
le & Décembre. Je reçois à l'inſtant la nouvelleque
les François , foutenus par trois frégates ,
font defcendus dans l'Ile de la Tortue. Je vais
m'y porter avec ; frégates pour les obliger de ſe
retirer ou pour la reprendre s'ils s'en font déja emparés.
Vous recevrez de mes nouvelles auſſi - tốt
après cette expédition.
déboursés d'impreſſion & des gravures . On propole
aux Perſonnes qui defireroient contribuer à le
faire paroître , d'envoyer à Belin , Libraire , ru: S.
Jacques , à Paris , une fimple foumiffion de prendre
les Exemplaires lorſqu'ils paroîtront , le prix , qui
eſt de 24 livres,ne devant être payé que lors de la
livraiſon . Celles qui defireroient avoir une idée plus
détaillée du plan , & auxquelles le Profpectus ne
feroit pas parvenu , peuvent s'adreſſer au même
Libraire , qui leur en fera paffer.
TABLE
Du Journal Politique.
Copenhague ,
Varfovie,
97 Londres ,
99 Versailles,
1ος
122
Vienne, ibid. Paris, 123
Hambourg , 101 Bruxelles, 137
Livourne 1041
Vaiſſeaux prisfur les Anglois.
-Le
(PAR LES FRANÇOIS ). LEE John , de Corke ,
pour Charles - Town ; envoyé aux Iſſes.
Knidnapper , de Lancaster ; envoyé à Breſt.
L'Unicorn, de Dartmouth ; pour Terre-Neuve ; envoyé
à l'Orient .-Le Sir Andrew-SnapeHammond,
deHalifax , pour les Iſles ; envoyé à la Guadeloupe.
- Le Sally , de Liverpool , pour Corke ; envoyé
-Le Brann Volonteer , de Chefter , a
pour Londres ; envoyé à Dunkerque.
(PAR LES ESPAGNOLS . ) Deux Bâtimens , envoyés
àCadix.
(PAR LES HOLLANDOIS . ) L'Industry , pris &
rançonné par un Coríaire de Flushing.- Dix Barimens,
pris par le même Corfaire , dont huit ont été
envoyés en France.
-Le
( PAR LES AMÉRICAINS . ) L'Endeavour , de
Clyde , pour Halifax; envoyé à Beverley. -
May , de Dublin , pour New- Yorck ; envoyé au
Cap Ann.- Un Bâtiment , de Terre-Neuve , pour
Dartmouth;
Vaill artes Anglois.
( SUR LI FRANÇOISY ) Le Marchais , de
Bordeaux , po la Martinique ; envoyé à Portsmouth.
-Le Comte de Moe, de Bordeaux , pour la
Martinique ; envoyé à Portsmouth.-La Catherine,
de Bordeaux , pour la Martinique ; envoyée àPortfmouth.
La Navigation , de Bordeaux , pour
Portsmouth ; envoyée à Pottsmouth. - Le Hope,
de Pétersbourg , pour Rochefort; envoyé à Portf
mouth . - La Marie- Anne Olimpe & l'Activité ,
dear sour Saint-Domingues envoyées à
-U. Bâtiment , de Marseille , pour les
Iſles ; envoyé a Kingroad. (SUR LES AMÉRICAINS . ) Le Speedwell , envoyé
à la Barbade.
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France, à Paris, chez PARCKOUGKE , Libraire ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le prix de
L'Abonnement est de 30 liv. pour Paris , & dt za liv.
pour Province.
MERCURE
DE FRANCE ,
( N°. 4. )
SAMEDI 16 JANVIER 1782 .
Café de Santé.
Li
Sieur FRENEHARD , ancien Officier d'Office,
qui a ſuivi pendant pluſieurs années les Cours
de Chimie &deMédecine fous les uneilleurs Maîtres,
s'étant attaché à la perfection d'une boiſſon agréable
qui put remplacer le Café fans en avoir les
inconvéniens , eſt parvenu à faire un heureux mêlange
de riz , d'orge , de ſeigle , d'amandes & de
fucre , le tout torréfié & réduit en poudre , dont on
fait une beiffon , à laquelle il donne le nom de
Café de Santé. Pour cela, on prend une cuilleréc
de cene poudre qu'on met fur environ un denaifeprier
d'eau bouillante ; on donne un ou deux
bouillons à la liqueur , on la laiſſe repoſer , & la
boiffon eft faite. Elle s'éclaircit promptement. On y
ajoute a-peu-près la même quantité de ſucre que de
lapoudre.
t
P
Le prix de cette poudre eſt de 3 liv. la livre
ant. La demeure du Sieur Frenehard eſt rue
Marguerite , près celle des Ciseaux , maifon
uger.
l'usage des Ecclésiastiques , &
uvent à Paris , chez LAPORTE
rue des Noyers.
Religion de Jésus-Chriſt contre
eiſtes , où l'on traite de la R
la Révélation faite à Mo
te par Jésus-Chriſt , de la
(t; par François , 4 Vol . in
Tractatus de Religione , 3 vol. in
Pri , liv. reliés .
De l'Eloquence du Corps , par l'Abbé Dinot
2 vol. in- 12 . Prix , 2 liv. 10 fols reliés.
Sermons du Père Neuville , 8 vol . in- 12 . Prix ,
24 liv. reliés.
Introduction aux Saints Mystères , par Mangin ,
Ouvrage néceſſaire à tous ceux qui s'adonnent à la
Chaire & à la Science des Confeffeurs , 12 vol. in-
12. Prix , 30 liv . reliés .
Nota. Les fix derniers Volumes , contenant la
Science desConfefſeurs , manquant à pluſieurs perſonnes
, le Libraire offre de les détacher au prix de
15 liv. reliés.
Analyſe des Conciles , contenant leurs Canons
fur le Dogme de la Morale , & la Diſcipline tant
ancienne que moderne , &c. par le Père Richard,
4 vol. in-4 °. Prix , 60 liv . reliés.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 26 JANVIER 1782 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Pour être mis au bas du Portrait du RoiΙ.
VERTUEUX fans exfort , comme il ſe fait chérir!
Ceux qui ſont ſes Sujets s'applaudi ſent de l'être;
Ceux qui ne le ſont point , voudroient le devenir.
Quand on est né pour obéir ,
:
Qu'on est heureux d'avoir Louts pour Maître !
Pour mettre au bas du Portrait de la REINE.
FRANÇOIS , reconnoiſſez celle que la Nature
Forma pour votre amour & pour votre bonheur.
Si l'on pouvoit peindre ſon coeur ,
Comme l'on peint ſes yeux , la beauté, ſa fraîcheur ,
Le plus bel Art ſeroit celui de la Peinture.
( Par M. Baillyde Saint-Paulin , Porte-
Manteau ordinaire du Roi. )
Nº. 4, 26 Janvier 1782 . G
146 MERCURE
(
AIR DE COLINETTE A LA COUR.
=940
8
L'A-MI-TIÉ vive & pu-re Donne i - ci
des plaiſirs vrais; C'eſt la ſim-ple Natu-
re Qui pour nous en fait les frais.
Gai- té franche , amour hon-nê- te , Ra-menent
le bon vieux tems ; Chez nous c'eſt encor
la fê te, La fé- te desbon- nes
Fin.
gens. Chez nous,&c
DE FRANCE.
147
Les noeuds du mariage
Sont chez nous tiffus de fleurs .
De chaque heureux ménage
Le plaifir fait les honneurs.
Du bonheur on eſt au faîte
Sitôt qu'on a des enfans ;
En famille on fait la fête ,
La fête des bonnes gens. bis.
La Bergère ſévère ,
Prend gaîment le verre en main;
L'Amour au fond du verre
Segliffe &paſſe en ſon ſein;
Pour l'amant quelle conquête!
Tous deux en ſont plus charmans.
L'Amour embellit la fête ,
La fêtedes bonnes gens. bis.
PARdegrands airs tragiques
Ala ville on attendrit ;
Par des concerts ruſtiques
Au village on réjouit.
Sans vous fatiguer la tête
Pardes accords trop ſavans ,
Venez tous rire à la fête ,
La fète des bonnes gens. bis.
(Paroles deM. *** , Musique de M.Gretry.)
Gil
148 MERCURE
NOTICE Historique fur la Vie & les
Ouvrages de M. BARBEAU DE LA
BRUYERE , mort en 1781 .
P
ARIS eſt plein de Gens de Lettres eſtimables &
de Savans modeſtes qui , ſans avoir ni titres littéraires
ni penſions , n'en travaillent pas moins avec
ardeur aux progrès de nos connoiſſances. Tel étoit
le célèbre Grammairien du Marſais ; tel a été encore
un Savant trop peu connu , que la République
des Lettres vientde perdre au mois de Novembro
dernier.
Jean - Louis Barbeau de la Bruyère naquit à
Paris le vingt-nenf Juin mil ſept cent dix , de
Louis Barbeau & de Geneviève - Catherine de la
Bruyère , tous deux du Diocèſe de Soiffons. Son
père étoit Marchand de Bois quarré , & ſa mère auroit
fort deſiré qu'il prît auſſi ce commerce. Mais la
Nature , qui lui avoit donné beaucoup de vivacité
&d'ardeur pour l'étude , fit de lui un Homme de
Lettres malgré ſa mère , dont il n'évitoit les réprimandes
qu'en allant ſe cacher avec ſes livres ſur les
plus hautes piles du chantier où il demeuroit.
Les Pères de la Doctrine Chrétienne , dont la
maiſon étoit vis-à-vis ce chantier , donnèrent au
jeune Barbeau les premières inſtructions. Il acheva
fes études au College Mazarin , & prit l'état Eccléſiaſtique
, auquel il renonça depuis ſans renoncer
tour-a- fait aux matières théologiques. Il a fait dans
ce genre pluſieurs Ouvrages qui ont éré la plupart
imprimés en Hollande, où il cut occaſion d'aller
pour la première fois en 1735 .
Les moeurs de ce Peuple laborieux plurent
infiniment à M. Barbeau. Il a paffé en Hollande
--
DE FRANCE.
149
plus de quinze ans de ſa vie , & ce fut là qu'il
ſentit ſon goût naturel pour la Géographie & l'Hiftoire
, ſe fortifier & s'accroître à la vue de pluſieurs
Cartes fort ſavantes qu'il trouva dans ce pays. Ces
Cartes étoiem alors peu connues en France ; il les y
apporta, & ce tréfor littéraire n'a pas été inutile à
feu M. Buache , de l'Académie des Sciences , chez
lequel M. Barbeau a demeuré environ vingt-trois
ans, M. Buache entendoir bien l'Art de la Géographie
, mais il n'étoit pas ſavant. M. Barbeau le fut
pour lui ; & aujourd'hui que l'un & l'autre ne font
plus, ondoit à la mémoire du Savant modeſte la
justicede déclarer qu'il a eu la plus grande part aux
différens Ouvrages qui ont fait la réputation du
Savant penſionné.
En 1759 , il parut pourtant un Ouvrage ſous le
nom deM. Barbeau ; c'étoitfa Mappemonde hiftorique
en deux grandes feuilles jointes enſemble ,
Carte ingénieule & vraiment nouvelle , où l'Auteur
aſu réunir en un ſeul ſyſtème la Géographie , la
Chronologie & l'Histoire. M. Barbeau , dans une
courte inſtruction qu'il fit graver aux deux côtés de
cetteCarte, ne ſe donna que pour l'exécuteur d'une
idée qui étoit dûe, ſelon lui , à M. l'Abbé d'Artois ,
Chanoine de S, Honoré, mort en 1735 ; mais on
ne voulut pas en croire ſa modeſtie généreuse. Nous
connoiffons la capacité de M. Barbeau , dirent les
Jéſuites , Auteurs du Journal de Trévoux , & nous
nedoutons pas qu'il n'ait autant de part à l'invention
qu'à l'exécution *.
Avant de s'expoſer au grand jour , M. Barbeau
avoit ſoumis ſa Mappemonde au jugement de Mм.
de l'Académie des Belles-Lettres. Les Commiſſaires
nommés en 1749 furent M. l'Abbé Belley , M.
* M. Barbeau a donné lui- même une Explication
détaillée de cette Carte en une Brochure in- 8° .
Giij
١٢٥ MERCURE
l'Abbé Fenel & M. Gibert , tous Savans diftingués ,
qui déclarèrent que cet Ouvrage leur avoit paru trèsingénieux
; ils exhortèrent l'Auteur à développer ſa
Carte générale dans des Cartes particulieres. Ces
Cartes n'ont point paru. Le Public en a été privé
par la malheureuſe néceſſité où s'eſt trouvé M. Barbeau
de gagner la vie en donnant des Éditions , &
par les nouvelles occupations qu'il ſe faifoit encore
entravaillant généreuſement pour d'autres Auteurs.
Parmi les différentes Éditions qu'on doit à cet
homme eſtimable, il faut diftinguer celles qu'il a
données en 1763 & en 1778 des Tablettes Chronologiques
de l'Abbé Lenglet. Cet Ouvrage , qui avoit
paru pour la première fois en 1744 , s'étoit reffenti
de la précipitation avec laquelle l'Abbé Lenglet
avoit coutume de travailler ; mais , malgré toutes
ſes imperfections , c'étoit un Ouvrage très-commode
pour l'étude de l'Hiſtoire. M. Barbeau ſe
chargea de le revoir ; & , d'un Livre utile , il a fait
un Livre indiſpenſable. Non- ſeulement il y a fait
entrer lesAdditions & Corrections que l'Abbé Lenglet
avoit préparées lui-même peu avant la mort ;
mais il a fimplifié quelques parties du plan , il en a
augmenté d'autres , & on lui doit fur-tout une Table
Chronologique des grands Hommes qui ſe ſont
diſtingués dans les Sciences & dans les Arts , Addition
utile pour l'hiſtoire de l'eſprit humain , qui n'eft
pas moins intéreſſante à bien des égards que l'hiftoire
des guerres & des révolutions politiques.
On a encore de M. Barbeau une Defcription
'de l'Empire de Ruffie , traduite de l'Allemand du
Baron de Strahlemberg , & deux ou trois Éditions
de la Géographie moderne de l'Abbé de la Croix
Ouvrage dont le fond même appartenoit autant à
M. Barbeau qu'à l'Abbé de la Croix , qui s'eſt
rendu célèbre par cette Géographie. M. Barbeau y
avoit travaillé dès 1751 .
DE FRANCE.
151
Mais de tous les Ouvrages auxquels ce Savant a
contribué par ſes lumières, le plus confidérable eſt
la Bibliothèque Hiſtorique de la France , en cinq
Volumes in -folio. Ce Livre intéreſſant , ébauche
autrefois par le P. le Long, de l'Oratoire , demandoitune
refonte générale. M. Fevret de Fontette ,
Conſeiller au l'arlement de Dijon , entreprit en
1764 d'en donner une nouvelle Édition ; mais il
s'en falloit bien que , malgré ſes nombreuſes recherches
dignement célébrées par M. Dupuy dans
fonÉlogede ce Magiſtrat, le manufcrit qu'il préſentoit
fût en état d'être mis ſous preſſe. M. Barbeau
ſe chargea de le revoir en entier. Ce fut lui
qui , de concert avec l'Imprimeur de cette Bibliothèque
, fit demander des ſeeours à toutes les Académies&
Sociétés Littéraires du Royaume ; enforte
que l'on peut dire qu'il a fait preſque autant pour la
gloire de M. de Fontette , que M. de Fontette avoit
fait pour celle du P. le Long , dont M. Barbeau
contribua même à recouvrer les Notes manuſcrites
demeurées juſqu'alors inconnues au ſavant Magiftrat.
Après la mort de M. de Fontette , M. Barbeau
fut chargé encore plus ſpécialementparlleeGouvernement
de finir l'édition de cet immenſe Répertoire
, & il en a publié en fon nom les deux derpiers
Volumes , en ſe faiſant aider , pour la partie
des Tables , par M. Rondet , dont les talens en ce
genre ſont connus du Public.
Il étoit difficile qu'un travail fi minutieux & fi
étendu qui occupa M. Barbeau depuis 1764juſqu'en
1778, n'altérât pas la ſanté d'un Homme de Lettres
que ſespremiers travaux avoient déjà extrêmement
fatigué. Vers la fin de ſa vie il ſentit redoubler des
maux de nerfs auxquels il étoit depuis long-temps
fujet, & il éprouva plus quejamais combien l'homme
leplus accoutumé à être ſeu , a beſoin dans ſa vieilleffe
du ſecours d'une ſociété qui adouciffe pour lui
Giv
152
MERCURE
les chagrins & les infirmités de l'âge. Il épouſa an
mois de Juin 1779 Mlle Hébert , fille de M. Hébert
des Marlières , ancien Négociant. C'eſt dans les
bras de cette femme reſpectable qu'il eſt mort le 20
Novembre 1781 , après une maladie de cinq à fix
jours. Quelques heures avant d'être frappé d'apoplexie,
il travalloit encore à des Recherches fur les
Antiquités de l'Égliſe de Montmartre , Paroiffe où il
demeuroit, & où il a été inhumé.
Tous ceux qui ont connu M. Barbeau , ſoufcriront
volontiers aux éloges qu'on lui a donnés dans
cette courte Notice. Perſonne n'a été plus ſerviable
que lui. Perſonne n'a été moins avare de ſes lumières.
Il nebornoitpas là ſa générosité. Vers 1756 , il fit
des démarches fans nombre pour procurer un état
en France à deux jeunes Ruffes que l'amour des
Lettres avoit engagés à fortir de leur pays ; & ,
quoiqu'il n'ait jamais eu d'aiſance , il facrifia pour
euxun contratde 400 liv. de rente, ſeul bien qu'il
eût recucilli de la fortune de ſon père , qu'un
ſecond mariage de ſa mère avoit fort diminuée.
C'étoit ſa liaiſon avec ces deux Étrangers qui lui
avoit donné lieu de travailler ſur l'Histoire de Ruffie
, dont il s'eſt occupé très-long-temps avec une
forte de prédilection .
En 1761 , M. Barbeau fut admis dans la Société
des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre , & cette
Académie le plaça enſuite parmi ſes Aſſociés honoraires.
C'eſt le ſeul titre littéraire qu'il ait eu. Il n'en
ajamais de firé qu'un autre , & peut-être auroit-on
dú le créer pour lui : c'étoit le titre d'Antiquaire de
France, titre qu'il ſe propoſoit de rendre utile en
faiſant des Recherches ſur l'Histoire ancienne des
Villes& Provinces du Royaume.
Dès l'âge de cinq ans , il avoit annoncé une mémoire
prodigieufe , & il a eu le bonheur de la
conſerver toute ſa vie. Perſonne n'étoit plus fait
DE FRANCE.
153
que lui pour publier une Bibliothèque Hiſtoriques
car il étoit lui-même une Bibliothèque vivante que
l'on confultoit toujours avec fruit , ſoit pour les
dates préciſes des Événemens , ſoit pour les meilleures
Éditions des Livres , dont il avoit une connoiſſance
parfaite .
Explication de l'énigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt le Mercure de
France; celui du Logogryphe eſt Corbeau ,
où se trouvent beau , cor , coeur , eau , bru ,
or, roc, brac , Bure & bac.
C'EST
ÉNIGM E.
'EST moi qui de tes Rois rehauffe la ſplendeur;
A mon aſpect , ami , l'on connoît leur grandeur.
Tout fier de mon éclat je m'aſſieds ſur leur Trône ;
De mon front orgueilleux je ſoutiens leur couronne.
Cependant je préſide à la Cour de Thémis ;
Dans ces lieux , de mes droits l'on reconnoît le prix;
Le juſte devant moi reſte avec confiance ;
Souvent au Magiftrat je donne la ſcience.
Mais laiſſons la chicane & fon obfcur détour ;
Puiffes- tu ne jamais me voir en ſon ſéjour !
Ami Lecteur , le Trône où je ſaurai te plaire ,
Etquime convient mieux , c'eſt le ſein deGlycère...
(ParM. de Charboniere.)
Gy
154 MERCURE
LOGOGRYPHE.
QUEL eſt le petit tegument
Qui , pour nous être également utile ,
S'ouvre& ſe met en mouvement ,
Oubien reſte clos & tranquille?
Vous y touchez , peut- être , en ce moment.
La choſe , à deviner , n'eſt donc pas difficile.
Si pourtant il vous faut des ſecours ſuperflus ,
Vous favez par quelle ſubſtance
On remplace le Papyrus ;
Vous ſavez ce qu'abhorre un enfant de Bacchus ;
Vous connoiffez ce point fixe d'où l'on commence
Acompter parmi nous les ſiècles révolus.
Combinez ces objets , il ne faut rien de plus.
(ParM. de Somer. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VIEdeM. lepremier Président de Lamoignon,
écrited'après les Mémoires du temps & les
Papiers de la Famille , pour être mise à la
tête d'une Edition nouvelle des Arrêtés de
Lamoignon. A Paris , chez Nyon l'aîné,
Libraire , rue du Jardinet, quartier Saint-
André-des-Arcs , 1781. in 4° .
L'OUVRAGE que nous annonçons n'eft
point encore publié ; il n'eſt pas même deſ.
DE FRANCE.
155
tiné à l'être dans l'état où il paroît aujourd'hui
, c'est-à- dire , comme Ouvrage particulier
; ſa deftination eſt de fervir de Préface
à une nouvelle Édition des Arrêtés de
Lamoignon qu'on prepare en ce moment.
En attendant , on a tiré à part quelques
exemplaires de cette Vie pour des perfonnes
qui ont defiré de l'avoir fans les Arrêtés.
Nous ignorons ſi le Libraire diftribue de ces
exemplaires particuliers , & s'il lui en refte ;
'c'eſt ſur un de ces exemplaires qu'a été fait
l'extrait qu'on va lire. Comme cette Vie de
M. le premier Préſident de Lamoignon, écrite
principalement d'après les papiers de la Famille
, contient beaucoup d'anecdotes abfolument
ignorées juſqu'aujourd'hui , nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs en leur
faiſant connoître d'avance quelques- unes de
ces anecdotes , en nous attachant aux principales
& aux plus ignorées. On fait que
M. de Lamoignon eft , parmi les premiers
Préſidens , ce que l'Hôpital & d'Agueifeau
font parmi les Chanceliers. Il étoit ſimple
Maître des Requêtes lorſqu'il fut fait premier
Préſident ,& rien peut- être ne fait plus
d'honneur au Cardinal Mazarin que ce
choix & que la manière dont il fut fait. La
Charge de Préſident à Mortier qu'avoit eue
le père de M. de Lamoignon , étoit exercée
parM. le Préſident de Neſmond , qui croyoit
avoir le droit de la garder ; la famille & les
amis communs s'étoient réunis dans un même
voeu. C'étoit que l'un eût la Charge,& que
Gvj
156 MERCURE
l'autre en fût dédommagé par une Charge
ſemblable. Le premier Préſident Pompone
de Bellièvre étant mort en 1657 , & les divers
Miniſtres agiſſant pour leurs créatures,
ceux qui étoient les mieux intentiornes pour
M. de Lamoignon croyoient ne pouvoir le
mieux ſervir qu'en demandant la première
Préſidence pour M. de Neſimond , afin que
M. de Lamoignon pût rentrer dans la Charge
qu'avoit eue ſon père ; M. de Lamoignon
lui-même ne portoit pas plus loin ſes eſpérances
ni ſes voeux; lorſqu'il ſe préſenta devant
le Cardinal pour le prier de ſaifir
cette occafion de faire ceffer ſa concurrence
avec le Préſident de Nefmond , le Cardinal
, qu'on avoit voulu ſonder , mais qui
ne s'étoit point expliqué , lui dit pour premier
mot : Ne me dites rien,jefonge à vous
plus que vous ne pensez.
Dans une ſeconde entrevue , l'ayant fait
affeoir à côté de lui , & ayant pris le ſoin de
bien fermer la porte de ſa chambre , il lui
dit: " Faiſons connoiffance,je vous prie ,
> car je ne vous connois que de réputation;
>> vous êtes un de ceux que je connois le
>> moins , vous ne m'avez jamais fait la cour ,
» je ne vous ai jamais vu ni au jeu ni aux
>> autres divertiſſemens , ni dans les viſites
>> familières qui forment les connoiffances
»& les amitiés ; dites moi quelles font vos
habitudes ? »
Après cette eſpèce d'interrogatoire , le
Cardinal dit à M. de Lamoignon: « Voilà la
:
1
DE FRANCE.
157
>> confeſſion faite , venons aux paroles fa-
>> cramentales ; vous ferez , de cette affaire-
» ci , ou Préſident à Mortier ou premier
>> Préſident : je dis plus , vous ferez premier
2
Préſident.... & Dieu m'eſt témoin que ſi
>>j'avois cru trouver un plus homme de
> bien que vous pour remplir cette place,
» je l'aurois choifi . >>
Lorſque M. de Lamoignon prit congé , le
Cardinal l'ombraſſa , & lui dit : « Je con-
ود nois votre modération ; nous avons plus
>> d'impatience de vous voir premier Préſi-
>> dent , que vous n'en avez de l'être. »
Dans une troiſième viſite , le Cardinal lui
dit : " Je perfifte , vous ferez premier Pré-
> ſident , parce que je le veux , parce que
" le Roi le veut , & parce que Dieu le veut...
Il fait que je l'ai prié & fait prier inftam-
>> ment par quantité de bonnes ames , de
>> m'inspirer for ce choix , & il ne m'a point
donné d'autre penſée que de vous choiſir.
>>Vous ferez , ajouta-t'il , premier Préſi-
> dent pour ſervir avec honneur & conf-
2
ود cience; jamais on ne vous demandera rien
» d'injuſte; & dès à préſent je déroge à
>> toutes les prières contraires que je vous
>> pourrois jamais faire ; même ſi le Roi ou
"
2
la Reine vous demandoient quelque choſe
» qui fût contre la justice , je prends fur
moi de vous en garantir.... Nous travaillerons
enſemble au foulagement du peu-
>> ple. Je crois , dit M. de Lamoignon, ne rien
>> ajouter& ne rien changer à ſes paroles..
ود
MERCURE
Le Roi partoit pour la campagne de 1658 ,
ce qui retarda la nomination de M. de Lamoignon
, le Cardinal ayant jugé " que la
>> prefence du Roi à Paris ne ſeroit pas inu-
"
"
tile dans les commencemens de cet établiffement.
» Ce furent encore ſes termes.
Au retour de la campagne , le Cardinal
manda M. de Lamoignon , & lui dit : " Eh
>>bien, il y a affez long temps que vous
*>> êtes dans le noviciat , il faut faire profef-
" fion & terminer l'affaire. On a fait de
>> grandes off es , fi le Roi les eût voulu
>> écouter ; on a offert encore depuis peu de
>> jours fix vingt mille piſtoles ; mais quel-
>> que beſoin qu'en ait le Roi , il vaudroit
>> mieux qu'il les donnât pour avoir un bon
>> premier Préſident que de les recevoir. "
L'affaire fut conclue en effet , & M. de
Lamoignon prêta ferment comme premier
Préſident , le 4 Octobre 1658 .
On ignore encore affez généralement la
part que M. de Lamoignon eut à la malheureuſe
affaire de M. Fouquet. Il fut mis
d'abord à la tête d'une Chambre de Juſtice ,
établie pour faire le procès à ce Miniſtre. Le
Roi étoit extrêmement irrité contre Fouquet.
Le premier Préſident rapporte que , lorſqu'il
alla , au commencementde Novembre 1661 ,
àFontainebleau , complimenter le Roi ſur
la naiſſance du Dauphin , deux mois après
que Fouquer cut été arrêté , le Roi lui dit:
" Il ſe vouloit faire Duc de Bretagne , &
* Roi des Iſles adjacentes ; il gagnoit tout le
DE FRANCE.
159
ود
ود
ود
monde par ſes profuſions; je n'avois plus
>> perſonne en qui je puſſe prendre confiance.
Le Roi , ajoute M. de Lamoignon ,
étoit ſi plein de ce ſujet , que pendant
>> plus d'une heure d'entretien il y revenoit
» toujours. ”
Plus le Roi mettoit de chaleur dans cette
affaire , plus M. de Lamoignon ſentit qu'il
devoit y mettre de modération.... Il fit donner
à Fouquet un Confeil , & un Confeil
libre , c'est-à- dire , qui n'étoit gêné par l'affiftance
d'aucun témoin.
Colbert , le plus ardent perſécuteur de
M. Fouquet , voulut ſonder les diſpoſitions
du premier Préſident à l'égard de ceMiniſtre.
Un Juge , répondit le premier Préſident , ne
ditfon avis qu'une fois , & quefur les fleurs
de lys.
Il n'en fallut pas davantage pour rendre
Colbert ennemi du premier Préſident . Il engagea
Louis XIV à donner à M. de Lamoignon
des marques de mécontentement auxquelles
ce Magiſtrat fut ſenſible , comme il
ledevoit ; il rapporta au Roi les proviſions
de ſa Charge , & profita de la conjoncture
pourlui dire de ces vérités utiles , dont la
force eft fi grande dans la bouche d'un homme
vertueux qui ſe ſacrifie. Le Roi n'accepta
point le facrifice , il répara , par ces mots
obligeans qu'il ſavoit fi bien dire de luimême
, les termes d'animadverſion qu'on
lui avoit ſuggérés , & le jour même il envoya
M. le Tellier dire au premier Préfident
169 MERCURE
qu'il feroit plaiſir au Roi de bien vivre avec
M. Colbert , & d'oublier ce qui s'étoit palle
entre eux.
M. Fouquet apprenant que M. de Lamoignon
, auquel il avoit donné des ſujets de
plainte dans le temps de ſa faveur, étoit Pré-
Gdent de la Chambre de Justice , jugea , en
Courtifan & en Miniſtre , du motif qu'avoient
eu des Courtiſans & des Miniftres
pour faire ce choix ; mais il jugea autli qu'ils
s'étoient trompés , en croyant un vrai Magiſtrat
capable de reſſentiment; il le fit prier
d'oublier ſes toits. La réponſe de M. de Lamoignon
fut : Je mesouviensſeulement qu'il
fut mon ami , & que jefuisfon Juge.
Une particularité affez fingulière du procès
de M. Fouquet , eft qu il ſe méprit tellement
ſur les difpofitions de ſes Juges à fon
égard , que , quand il fallut nommer les
Rapporteurs , Madame Fouquet la mère pria
M. le premier Préſident de donner l'excluſion
à ce même M. d'Ormeffon qui s'acquit
tant d'honneur dans cette affaire par ſa courageuſe
indulgence envers Fouquer. Elle demanda
auſſi l'exclufion pour M. Cornier de
Sainte Hélène , Conſeiller au Parlement de
Rouen , qui étoit auſſi de la Chambre de
Juſtice;& en ce point elle rencontra mieux ,
car M. de Saint Hélène conclut à la mort.
On fut fans doute à la Cour l'exclufion
demandée par Madame Fouquet pour ces
deux Juges , & ils y gagnèrent dans l'efprit
des Miniſtres. Le Roi manda le premier Pré
DE FRANCE. 161
fident , & lui ditde nommer pour Rapporteurs
M. d'Ormeffon & M. de Sainte Helène;
M. le premier Préſident allégua la prière de
Madame Fouquet: ce font , dit- il , les deux
ſeuls qu'elle ait exclus. " Elle craint , répli-
> qua le Roi , l'intégrité connue de ces Ma-
>> giftrats , & cette crainte eſt une raiſon de
>>plus pour les nommer. M. le premier Pré-
ود fident convint de leur intégrité; mais il
>> repréſenta que , comme il s'étoit fait une
ود loi de ne jamais donner aux Parties les
>>Rapporteurs qu'elles demandoient , il s'en
>> étoit fait une auſſi de ne leur jamais don-
>> ner ceux qu'elles excluoient. Que l'accuſé ,
>>dit le Roi , fort bien inſtruit par ſes Mi-
>>niftres , propoſe ſes moyens de réceſation ,
ود la Chambre en jugera. Iln'en eſt pas d'un
>> Rapporteur comme d'un Juge ordinaire ,
>> répliqua M. de Lamoignon ; le Juge eſt
>> néceſſaire , on choifit le Rapporteur , &
>> il n'y a jamais de néceſſité que ce ſoit l'un
>>plutôt que l'autre. Voilà pourquoi il faut
ود
"
ود
ود
des moyens de récuſation contre un Juge ,
>>tandis que la ſimple demande des Parties ,
même ſans alléguer aucune raiſon , doit
fuffire pour exclure de la fonction de Rap
>> porteur; de plus , le Rapporteur d'un procès
criminel a bien plus d'influence ſur le
fort d'un accuſé que les autres Juges , dont
>> il peut même déterminer la voix par fon
rapport. » Le Roi , voyant qu'il avoit réponſe
à tout, fonit par montrer l'autorité:
Dites que c'est moi qui vous l'ai commandé,
"
ود
162 MERCURE
dit- il. M. le premier Préſident pria le Roi
deprendre du temps pour faire ſes réflexions
avant de lui donner ſes derniers ordres; le
Roi affura que ſes réflexions étoient faites ,
&que ſa volonté ſur cet article ſeroit immuable.
M. le premier Préſident fit de vifs
reproches ſur cette violence à M. Colbert
& à M. le Tellier , dont M. de Turenne
diſoit , au ſujet de ce procès: " M. Colbert
>> a plus d'envie que M. Fouquet ſoit pendu ,
» & M. le Tellier a plus de peur qu'il ne
>> le ſoit pas. »
M. de Lamoignon obéit enfin ; il nous
rend compte lui-même des motifs de cette
condeſcendance. Après avoir beaucoup conſulté
, & s'être bien conſulté, il conclut que
ce qu'on exigeoit de lui , n'étoit une irrégularité
que dans les principes auſtères qu'il
s'étoit faits , qu'il n'en réſultoit aucune infraction
aux loix ; qu'en donnant lieu à des
ſoupçons injuftes , l'autorité commettoit une
imprudence , mais non pas une prévarication
; qu'un refus perſévérant deviendroit
une inſulte pour deux Magiſtrats irréprochables
, dont l'un ( M. d'Ormeſſon ) qui
étoit ſon ami , joignoit à toute la délicateſſe
dela probité , tout le courage de la vertu , &
que ce ſeroit peut- être ſervir l'accuſé malgré
lui-même , que de remettre ſon ſort dans des
mains fi pures & ſi ſaintes.
Cependant cette réſiſtance , quoiqu'elle
cût eu un terme , avoit alarmé les ennemis
de Fouquet ; l'impartialité de M. le premier
DE FRANCE. 163
Préfident , le premier devoir de ſa place, ne
leur paroiſſoit qu'une rigidité incommode ,
ou qu'une prévention en faveur de l'accuſé ;
on voulut du moins lui ôter la Préſidence.
Le Roi le manda , & lui dit : " Cette affaire
>>tourne en longueur , je veux l'accélérer ;
>> le Palais vous occupe , & vous ne pouvez
>> pas tout faire ; j'ai dit au Chancelier
>>> ( Séguier ) d'entrer dorénavant à la Cham-
>> bre de Juſtice , ce qui ne doit pas vous
>> empêcher d'y aller , quand vos occupa-
>>tions vous le permettront. Je tiendrai tou-
>>jours à honneur , dit M. de Lamoignon ,
>> d'être préſidé par le Chef de la Magiſtra-
» ture; j'ai appris ſous lui mon métier au
> Confeil , je puis encore apprendre de lui
>> beaucoup de choſes. » Le Roi , qui s'étoit
attendu à plus de mécontentement , voulut
adoucir , par des paroles obligeantes , le de
goût qu'il croyoit donner à M. le premier
Préſident. " Je ne conçois pas, dit- il, com-
» ment vous avez pufuffire au double travail
>> du Palais& de la Chambre de Justice. ».Le
lendemain , le Chancelier vint prendre ſéance,
& fut reçu par le premier Préſident; en
fortant , il avertit les Juges de ſe trouver
déſormais à la Chambre à neuf heures du
matin. " Je n'aurai donc point l'honneur de
>> vous y recevoir , dit le premier Préſident ,
>> on ne fort point du Palais de fi bonne
ود ود heure. » Nous prendrons votre temps,
dit le Chancelier,& il le prit, ce qui obligea
le premier Préſident de ſe trouver à la
1
164 MERCURE
Chambre ; mais en ſortant , le Chancelier
dit que le Roi l'avoit tancé d'être fi pareffeux
,& qu'il viendroit le lendemain a neuf
heures. En conféquence le premier Préſident
n'y vint point , & n'y parut plus dans la ſuite
que très-rarement , dans l'après - midi ſeulement
, & lorſqu'il s'agiſſoit d'incidens
commencés ſous fa Préſidence , & à la déciſion
deſquels ſa préſence paroifloit néceffaire.
Il ſe retira inſenſiblement' ; fans éclat ,
ſans annoncer qu'il ſe retiroit, fans, faire de
ſa retraite un événement ; quand on lui en
parloit , il n'alléguoit que l'incompatibilité
des heures du Palais & de la Chambre. Ce
n'estpoint moi , difoit- il , qui quitte la Chambre,
c'est elle qui me quitte. Le Tellier approuva
ſa retraite ; Colbert , qui n'avoit
voulu que lui ôter l'influence que donne la
Préſidence , mais qui craignoit ſa retraite
comme une condamnation des opérations de
laChambre, le fit prier , en ami , de ne point
quitter. « C'étoit un conſeil qu'il lui don-
ود doit pour l'intérêt même de M.de Lamoi-
>> gnon & de ſa Famille ; il trouveroit plus
d'occaſions de ſervir le Roi , & fur-tout
de lui plaire , dans un mois de Chambre
>> de Juſtice , que dans trente ans de travaux
>> au Palais, "
ود
ود
On offrit à M. de Lamoignon , pour le
faire rentrer à la Chambre , de partager la
Préſidence entre le Chancelier & lui , de
donner le matin au Chancelier , & le foir
au premier Préſident.
DE FRANCE
165
On alla enſuite juſqu'à offrir d'exclure
entièrement de la Chambre le Chancelier ,
& de rendre au premier Préſident la Préſidence
entière , pourvu qu'il voulût conférer
en particulier des affaires de la Chambre
avec les Juges qui avoient la confiance de
M. Colbert.
On en vint enfin juſqu'à lui propoſer de
reprendre, ſeul la Préſidence entière comme
auparavant , &fans condition.
Il-perſévéra dans ſon refus , & il diſoit à
ſes amis: Lavavi manus meas , quomodò in
quinabo eas ?
Il croyoit M. Fouquet coupable au moins
de péculat ; mais il voyoit que par l'acharnement
avec lequel on avoit pourſuivi cet
infortuné Miniſtre, on étoit parvenu à répandre
ſur lui tout l'intérêt de l'innocence
opprimée ; il croyoit juſte de punir & de
dépouiller les Financiers prévaricateurs qui
s'étoient engraiſſes du ſang du peuple , & il
avoit été le premier à conſeiller au Roi d'établir
contre eux une Chambre de Juſtice ,
long temps même avant la détention de Fouquet;
mais il voyoit que cette Chambre ,
par l'action continuelle de la Cour , perdoit
de jour en jour le premier caractère d'un
Tribunal de Juſtice , l'impartialité , qu'elle
devenoit un inſtrument dans la main des
Miniſtres pour perdre leurs ennemis.
De plus , deux choſes lui avoient toujours
fait de la peine dans ſa fonction de Juge de
M. Fouquet ; l'une étoit l'amitié qui les
166 MERCURE
avoit unis ; l'autre , l'eſpèce d'inimitié qui
avoit ſuccédé à ce premier ſentiment. La
première le rendoit ſuſpect à la Cour ; la
ſeconde pouvoit le rendre ſuſpect au peuple.
On ne ſera peut- être pas faché de trouver
ici quelques traits du caractère de M. Colbert
, tracés de la main de M. le premier.
Préſident de Lamoignon , qui l'avoit bien
connu.
" C'eſt , dit- il , un des eſprits du monde
>> les plus difficiles pour ceux qui ne font ni
» d'humeur ni d'état à lui être entièrement
>> foumis.
» Cela vient plutôt de ſon humeur que
» d'aucune mauvaiſe volonté; mais cette
>> humeur eſt capable de produire de bien
>> mauvais effets; car il la ſuit entièrement ,
>> & il ſe forrifie dans ſes défauts par ſes
>> bonnes qualités; & comme il eſt plein de,
>> la connoiffance des ſervices qu'il rend ,
>> leſquels ſont en effet très-grands , & tels ,
>>que je crois qu'il n'y a perſonne qui pût
> travailler avec plus d'application , avec
>>plus de fidélité &de capacité , même avec
>>plus de ſuccès , pour dégager les Finances
" du Roi , pour en ôter les abus & y établir
>> un ordre excellent , cette connoiſſance lui
>> fait croire que tout ce qui ne ſuit pas ſes
> ſentimens eſt mauvais, qu'on ne peut le
>> contredire fans ignorance ou fans mali-
>> gnité; & il eſt ſi perſuadé que toute la
ود bonne intention eft chez lui, qu'il ne peut
• pas croire qu'il s'en puiſſe trouver chez les
DE FRANCE. 167
→ autres , à moins qu'ils ne ſe rangent entière-
» ment à ſon avis; c'eſt ce qui le porte à
>> vouloir trop fortement ce qu'il veut , & à
>> employer toute ſorte de moyens pour
>> parvenir à la fin qu'il s'eſt propoſée , ſans
» conſidérer que bien ſouvent les moyens
>> ſont tels , qu'ils peuvent rendre mauvaiſe
>> la meilleure fin du monde.
ود
>> Son humeur & ſon habitude le portent
auſſi à conduire toutes choſes deſpotique-
» ment ; & comme il n'a pas été dans les
>>compagnies réglées , où on apprend à
» déférer aux ſentimens des autres, & à ré-
>>gler ſa conduite & ſon propre jugement
>>par le ſecours de ceux avec leſquels on
>> travaille , il croit devoir tout decider &
>> tout emporter par ſa ſeule autorité, fans
ود ſe concerter avec ceux qui ont titre&
>> caractère pour juger des objets dont il
» s'agit ; au contraire , ce ſont ceux- là dont
> il eſt le plus éloigné de prendre conſeil ,
" parce que ce ſeroit comme un partage
>> d'autorité qu'il ne peut fouffrir , & cette
>> même diſpoſition le jette dans une autre
>> extrémité qui paroît d'abord bien op-
» poſée , mais qui procède du même prin-
>> cipe , & que j'ai retrouvée dans pluſieurs
>> perſonnes du même caractère , c'eſt d'être,
>> très- fufceptible des différentes impref-
>> ſions que ſes valets , & ceux qui font
» entièrement ſoumis à ſes ordres , lui ven-
>>lent donner. La défiance & les ſoupçons
>> ſuivent preſque toujours ces diſpoſitions
168 MERCURE
» là; auſſi je n'ai vu perſonne qui en ſoit
>> plus ſuſceptible. »
Lafuite au Mercure prochain.
ÉTRENNES Lyriques Anacreontiques , pour
l'année 1782 , préſentées à MADAME ,
Soeur du Roi , pour la seconde fois , le
16 Décembre 1781. Avec cette Epigraphe
Les vers ſont enfans de la Lyre ,
Il faut les chanter , non les lire .
La Motte Houdart.
A Paris , chez l'Auteur , rue des Nonaindières
, au coin de celle de la Mortellerie ,
& chez les Marchands de Nouveautés.
RIEN de mieux conçu que ce Recueil, qui
paroît cette année pour la ſeconde fois , &
qui a déjà reçu du Public l'accueil le plus
favorable ; on peut encore rencontrer des
Sociétés où l'on ne lit point de vers , mais
il n'en est aucune où l'on ne ſoit trèsavide
de chanſons nouvelles. Auſſi eſt il
très difficile d'être jeune & de vivre à
Paris ſans eſſayer de faire des couplets.
L'Opéra Comique ou vaudeville & les
femmes, font plus de Poëtes que les Muſes ,
s'il eſt permis d'appeler Poëtes de ſimples
Amateurs qui compoſent, à l'occaſion d'une
fête , & chantent à table ou dans les cercles
des bagatelles quelquefois ingénieuſes . C'eſt
dong une très-bonne idée aujourd'hui qu'un
choix des meilleures chanſous de l'année. Il
faut
DE FRANCE. 169
faut avouer que M. Cholet de Setphort rédige
cette Collection avec autant de ſoin
que de goût. Il a enrichi chaque Volume
d'une très belle eſtampe en taille douce ; &
ſon difcernement dans la rédaction eſt d'autant
plus fin , qu'il poſsède lui-même le talentde
faire de très-jolies choſes en ce genre. Il
n'en faut pointd'autre preuve que ſa chanfon
des Innocens. La voici ici , du moins en partie
AIR : Chansons , Chansons.
COLLÉ qu'avec juſtice on vante ,
A fait une chanson plaiſante
Des revenans ;
Sans prétendre à pareille gloire ,
J'entreprends aujourd'hui l'hiſtoire
Des Innocens.
VOYEZ ce Commis de Finance
Jouer ſon homme d'importance
Effrontément ;
Malgré ſon inſolente allure ,
N'a-t'il pas toujours l'encolure
D'un Innocent ?
CET Écrivain folliculaire ,
Qui , tous les foirs , prend d'un Libraire
Juſqu'à fix francs ,
Se rapproche par ce ſalaire
Des Écrivains du cimetière
Des Innocens.
Nº. 4, 26 Janvier 1782. M
170
MERCURE.
On connoît le pédant Pancrace ,
Qui , ſe croyant Roi dans ſa claſſe
Sur les enfans ,
Quand ils font quelqu'eſpiegleric,
Toujours par adreſſe châtie
Les Innocens.
N'ENVOYEZ pas pour qu'il y brille
AParis un fils de famille ,
Pauvres parens ;
Preſque à la deſcente du coche
Vénus fait retourner la poche
Aux Innocens ,
C'est à tort que l'on ſollicite
Le ſecours des Docteurs qu'on cite
Pour des Savans.
On en meurt plus tôt , c'eſt tout ſimple
Car parmi ces chercheurs de fimple,
Que d'Innocens !
CENT gueux, fors un ſeul plus ſincère ,
Se diſoient ſur une galère
Tous braves gens .
Çà , dit le Commandant , qu'on rompe
Ses fers , de peur qu'il ne corrompe
Tant d'Innocens.
POURQUOI blâme- t'on à la ville
Ceux qui nous font dans inainte Idille
:
DE FRANCE
171
Courir les champs ?
Les vers doux que leur Muſe enfante ,
Comme les moutons qu'elle chante
Sont Innocens.
TEL enorgueilli de ſa veine
Prétend avoir de La Fontaine
Les doux accens ,
Et dit qu'il boit à l'hypocrêne
Tandis qu'il boit à la fontaine
Des Innocens.
J'EN pourrois dire davantage;
Mais que ce léger badinage
Reſte en ſuſpens :
C'en eſt aſſez , Dieu me pardonne ,
Pour que la critique me donne
Mes Innocens .
Les Critiques les plus ſévères ne peuvent
nier que ce badinage ne ſoit très innocent ;
mais ils feroient des innocens s'ils ne le trouvoient
pas infiniment ingénieux. La naïveté
dans la chanson s'accommode très-bien de
cette eſpèce de jeu de mots qui égaie la
choſe , & dont l'équivoque plaît d'autant
plus qu'elle eſt plus fimple. Simplicia habent
etiamfuum acumen , fuas acutias.
Parmi les plus jolis badinages qu'offrent
en ce genre les Étrennes Lyriques , nous
diftinguerons d'abord les Mais , de M. de
Piis ; les Car , de M. M. ** , & les Si , de
Hif
172
MERCURE.
M. Barré. C'eſt avec regret que nous nous
bornerons à citer la dernière . MM. Barré ,
de Piis & M. ** dinant en fociété , la converſation
tomba ſur lesficar , mais. Une
jeune Dame Italienne engagea ces Meſſieurs
à faire des couplets ſur ce ſujet. M. Barré
s'adreſſfant à elle , lui chanta à l'inſtant
celui-ci;
AIR : Menuet &Exaudet.
:
DIEU merci
Juſque ici
En filence,
J'ai de mon tendre ſouci ,
In amoureux tranfi,
Brigué la récompenfe.
Nous voici ,
Pour ceci ,
En préſence:
Dis , ſans froncer le ſourci ,
Si ton coeur endurci
Balance.
Mon amour est grand , je penſe,
Mais tout Paris , quoiqu'immenfe ,
Raccourci
Par un fi ,
Belle Hortenſe,
Peut , d'un flacon rétréçi ,
Remplir couffi, couſſi ,
Lapanfç.
DE FRANCE. 173
PAR ainfi
Lâcheunfi
De Florence;
Car j'en ſuis bien éclairci ,
Cei là vaut un oui
De France.
Nous n'avons pris de préférence cet impromptu
que pour la rareté & la nouveauté
du genre; car d'ailleurs les talens de ces deux
Poëtes ſont ſi connus , qu'il ſuffit d'indiquer
le Cantique des Quinze- vingts , l'origine de
l'Éventail, le Projet d'une nouvelle Salle
de Spectacle , & c. par M. de Piis , pour faire
l'éloge de cette Collection. Au ſurplus , elle
renferme beaucoup d'autresproductions de ce
goût. La Plaideuse &fon Procureur, par un
Anonyme , les Règles du Reverſis , par M.
Croizetière , l'Aveugle au Bal , par M. Gui
chard , l'Amour Procureur , par M. Marechal
, les couplets à Victoire le jour de fa
Fête , par M. de Saint-Ange , & l'Aubépine,
Romance , par M. de Saint-Floſcel.
Toutes ces Pièces ſont pleines de grâces &
d'une forte de naïveté qui n'eſt point ennemie
de cette équivoque , qui eſt la fleur de
l'eſprit, & qui n'étant qu'un jeu convenu de
l'imagination ,
Offre une idée ingénieuſe & fine ;
Ou la déguiſe afin qu'on la devine.
Poëme des Styles.
Hij
174 MERCURE
Il eſt un autre genre de Chanſons qui
demande plus de delicateſſe de ſentiment
que de fineſſe d'eſprit , des expreſſions plus
poétiques & plus choifies, des grâces aufli
légères , mais plus nobles. Il fa mettre
parmi ce que le Recueil offre de mieux en
ce genre , l'Hymne à la Rose , imitée d'Anacréon
, & le premier Baiser de l'Amour ,
imitation de Longus , par M. d'Étinvaln , le
Fils Naturel , par M. de B** , la Bergère
Ingénuee ,, par M. B** , Couplets à
Madame D ** , par M. de Saint-Ange , les
Regrets d'une Bergère , par Mde la Comteffe
de B **, & les Regrets d'Élisabeth ,
par Mlle Péroche de Compans. La tendrefle ,
comme on fait , eſt le partage du ſexe; &
quand l'eſprit ſe trouve joint dans un certain
degré avec cette tendreſſe naturelle , il
eſt aiſe à une femme de dire de jolies chofes ,
&de les dire d'un ton bien touchant. C'eſt
en quoi Mde Deshoulières a fur- tout réufſi ,
&elle n'eût pas déſavoué les deux Romances
dontil s'agit.
Si nous voulions diftinguer dans cet article
toutes les Pièces dignes de l'être , il
faudroit ajouter une liſte beaucoup trop longue
à l'énumération que nous venons déjà
de faire. Il ſera beaucoup plus facile de noter,
parmi celles qui nous ont paru un peu foibles
, le Bouquet de Jasmin , de M. Bourignon
, à Thémire , par M. Baugin , les
Quatorze Ans & la Réponse , un Coupletfur
Mgr.le Dauphin , par M. Landrin , & des
DE . FRANCE
175
Couplets à Mde ** , le jour de S. Louis , par
M. le Mercier .
Un Vaudeville de M. de Beaumarchais ,
offre un tableau où les ridicules &les moeurs
dutemps ſont ſaiſis avec le plus de fineſſe ,
&peints avec les couleurs les plus piquantes .
Il eſt intitulé : La Galerie des Femmes du
fièclepassé.
Des Couplets de M. de Saint- Ange à un
jeune Poëte plus Philoſophe dans les vers
que dans ſa conduite , prouvent que l'on
peut faire parler la raiſon , même en chanfon
, & cela avec l'agrément & le ton du
genre. Les voici :
AIR: De Joconde.
J'AIME tes vers remplis de ſens ,
Ton goût, ton eſprit rare .
Ta ſeule erreur est dans tes ſens;
Leur ivreſſe t'égare .
Tu blâmes leurs ſéductions ,
Et t'y livres ſans ceffe;
Et l'eſclave des paſſions
Nous vante la ſageſſe.
Pour qui ne la connoît pas bien
La ſageſſe eſt cruelle ;
Mais quand on la ſuit , il n'eſt rien
De plus aimable qu'elle.
Briller parmi les beaux eſprits ,
Eſt un rare avantage ;
Hiv
176
MERCURE
Mais , qu'est - ce que la gloire au priz
De ſon propre ſuffrage ?
JALOUX d'éclairer l'Univers,
Inſtruis-le par l'exemple.-
Qui peint la vertu dans ſesven
En doit être le temple.
Ton talent doit te décider
Aſuivre ce ſyſtême :
Comment veux-tu perfuader
Si tu ne l'es toi-même ?
Il eſt temps de terminer cet article , & il
ne peut mieux finir que par une Boutade de
M. Mafion de Morvilliers , pleine d'une humeur
franche & gaie. Elle a pour titre :
Portrait d'un Homme aimable.
AIR: Vive Henri- Quatre.
S'IL n'eſt à table
Il eſt toujours au lit :
Qu'il eſt aimable
Quand il fait ce qu'il dit !
Mais c'eſt pis qu'un diable
Pour cacher ſon eſprit.
AL'ART de plaire ,
Qu'il eſquive ſouvent
Par caractère ,
Il joint heureuſement
L'eſprit de ſe taire ,
It chacun eſt content.
DE FRANCE. 177
N. B. C'eſt à M. Cholet de Jetphort , rue
des Nonaindières , qu'il faut adreſſer porr
franc & fignées , les Pièces qu'on voudra
faire inférer dans ſon Recueil. Il n'en admettra
que de nouvelles , & qui n'aient
jamais été imprimées. Comme ſon but eſt
de changer tous les ans la gravure , & que
le ſujet en ſera tiré de la Pièce qui prêtera le
plus au crayon du célèbre M. Cochirr ,
MM. les Auteurs ſont priés d'envoyer de
bonne heure les Pièces parmi leſquelles on
pourroit prendre l'idée du deſſin.
LA TRIBU , Comédie en un Acte , pour les
Réjouiſſances de Strasbourg , en l'honneur
de la Fêteféculaire de la foumiſſion de la
Ville à Louis XIV, par M. Rochon de
Chabannes , in 8 ° . de 64 pages.
Cette Comédie mérite d'être diftinguée
des Ouvrages qui ne doivent leur fuccès
qu'aux circonstances qui les font naître. Om
y remarque des Scènes qui annoncent un
Écrivain familier avec l'Art de la Comédie
& à qui les effets de Théâtre ſont parfaitement
connus. Une courte analyſe mettra nos
Lecteurs à portée de mieux apprécier les détails
que nous voulons citer à l'appui de ce
que nous venons d'avancer.
En l'honneur du retour ſéculaire de l'année
qui a foumis la Ville de Strasbourg à Louisle-
Grand , le Corps de-Ville a projeté de
faire vingt mariages, un par chacune des
Hv
1-78 MERCURE
vingt Tribus qui compoſent la Bourgeoisie.
Les noces ſe font chez une Aubergiſte appelée
Madame Ridern. Cette femme , née
en Alface , ne s'eſt jamais écartée des moeurs
&des coutumes Allemandes. Quoique trèsattachée
à la Couronne de France , elle eſt
abfolument éloignée de toute eſpèce de
liaiſon avec les François , dont le caractère
lui paroît trop vain & trop léger. Babet ,
ſa fille , eſt l'amante aimée d'un certain
Léandre établi à Strasbourg , garçon dont les
moeurs & l'honnêteté ſont connues , mais
qui , ayant le malheur d'être né en France ,
n'a pasl'avantage de plaire à MadameRidern.
Dorval , Capitaine d'un Régiment François ;
un vieux Soldat invalide , appelé le père
Louveis , & qui voit ſa troiſième génération ;
une Mde Rinchouin , commère de Mde
Ridern, joignent leurs efforts pour faire confentir
celle- ci à l'union des jeunes amans.
La gaieré noble & fpirituelle de Dorval , la
franchiſe intéreſſante du vieux Soldat Alfacien
qui adore le Gouvernement François ,
le perfifflage adroit de Mde Rinchouin ,
l'ivreſſe générale des Strasbourgeois au retour
de l'année qui les a foumis à la France ,
tour ſe réunit pour ſubiuguer Mde Ridern ,
&elle confent enfin au bonheur de Babet &
de Léandre.
Nous nous abſtiendrons de citer aucune
des Scènes qui ſe paſſent entre les deux
amans. Elles nous on fait un grand plaifir
; néanmoins leur ſimplicité même & la
DE FRANCE. 179
nature des ſentimens qu'elles expoſent, font
devenues étrangères à un trop grand nombre
d'eſprits , pour que nous en citions rien.
Mais nous allons faire connoître un caractère
qui doit être ſenti & goûté dans tous
les temps par des Lecteurs François. C'eſt
celui du père Louvois. Ce vieux Soldat entouré
de toute ſa famille , entre au moment
où l'on chante en choeur.
Chantons , chantons l'an ſéculaire
Où nos ayeux ſe ſont ſoumis
A l'Empire des Lys.
LOUVOIS .
On vos ayeux ! ... Dites vos contemporains , mes
enfans.
Mde RIDERN.
Eh ! c'eſt le père Louvois , qui conduit la mariće
comme un jeune homme.
LOUVOIS .
Oui , & cependant je dare de loin; mais cette
Fête me rajeunit. Je ſuis né , mes enfans , le jour
que M. de Louvois prit poſſeſſion de Strasbourg au
nom de Louis XIV. Ce fut notre admiration pour
ce Prince qui nous ſubjugua , mes amis. Nous choisîmes
le plus grand Roi du monde pour nous protéger
, & depuis cent ans nous n'y avons pas eu
regret. J'ai ouvert & je ferınerai les yeux en entendant
prononcer le nom François. Je fus porté , en
naifſfant , à M. de Louvois ; je lui ſouris , & il me
donna ſon nom . Mon père ſervoit dans les Troupes
Allemandes. L'adoption que ce Miniſtre avoit faite
Hvj
180 MERCURE
de ſon fils, l'attacha particulièrement à la France , &
il me voua au ſervice du Roi. J'y ai de même confacré
mes enfans , & mes enfans y ont auſſi conſacré
les leurs.
Deux Petits-Fils de LouVOIS .
Et nous eſpérons bien, bon Papa , vouer auſſi au
Roi les fils que nous vous donnerons.
LOUVOIS.
Et vous ferez bien , mes enfans , je m'en réjouis
d'avance.
DORVAL , ( à part. )
Quelle famille ! elle m'enchante.
Louvors.
Aonze ans , mon père me conduifit à Steinkerque
, où Luxembourg fut ſurpris & vainqueur.
J'avois plus de peur de mon père que du canon. II
m'avoit dit qu'il me couperoit la tête , ſi je la baiffois
quand j'entendrois fiffler les balles . Je marchois
auſſi fièrement que lui, tenant un petit mousquet
qu'il m'avoit fait faire , & que je déchargeai treis
fois contre les Gardes Angloiſes. Luxembourg m'embraſſa
après cette bataille. Cette embraſfade , que
je n'ai jamais oubliée , m'a valu depuis dix- ſept
bleſſures que j'ai reçues au ſervice de Sa Majesté ;
mais elles n'ont pas altéré ma ſanté , elles n'ont fait
que renouveler mon fang ; & puis , tempérance &
bonne humeur prolongent la vie.
Mde RIDERN.
Cela est vrai , il ſe porte à ravir. Mais afſeyez
vous , M. Louvois .... lajournée eſt rude.
LOUVOIS , fouriant.
Ce n'eſt pas moi qui me maric.
DE FRANCE. 18
Mde RIDERN.
Non , mais afſeyez-vous toujours.
LouvoΙS.
Cela ne ſe peut pas , Mde Ridero , cela ne ſe peut
pas : je vois devant moi un Officier François ,
(il ôte fon chapeau ) , & la ſubordination ....
DORVAL.
Je vous regarde avec admiration , reſpectablevieillard
, & je vous prie de vous aſſeoir. ( Sur les
refus de Louvois. ) Allons , père Louvois , vous
avez ſervi , vous connoiſſez la rigueur du commaudement
: Affayez-vous , je vous l'ordonne . Je me
placerai auprèsde vous.
Nous regrettons de ne pouvoir citer toute
cette Scène. L'éloge que le vieux Soldat fait
de ſa femme porte un caractère de ſimplicité
qui charme. Brave femine , dit- il , & qui
étoit Françoise , fa mort est le feul chagrin
qu'elle m'ait donné ! Une circonſtance de
cette Scène , qui eſt encore très touchante
eſt le récit que fait Louvois de la manière
dontun orphelin qu'il a élevé lui a témoigné
ſa reconnoiffance, en plaçant ſur la tête du
bon homme le premier argent qu'il a fu
amaſſer. L'eloge des François eſt auffi trèsadroitement
amené; il eſt fait devant Mde
Ridern , qui n'en est que très- foiblement
émue , & qui ne ſe ſent pas diſpoſee à renoncer
à fes principes. Elle les ſoutient
encore avec fermeté dans une Scène entre
182 MERCURE
Dorval , Mde Rinchouin & elle , Scène' que
nous regrettons de ne pouvoir citer qu'en
partie.
Mde Ridern parle à Mde Rinchouin de ſa
fille , de ſes amours , des chagrins qu'elle
en éprouve , & du projet qu'elle a formé
de lui faire épouſer un Allemand qui ne
fache pas un mot de François.
Mde RINCHOUIN , à Dorval.
Et vous voulez empêcher ce mariage-là ! vous
n'y entendez rien. Ah ! fi vous aviez connu une de
mes voifines (à Mde Ridern. ) c'étoit Mde
Fricht ; vous l'avez connue , vous. ( à Dorval. )
Elle vous auroit dit là-deſſus de belles & bonnes
choſes qui vous auroient converti.
Mde RIDERN.
Eh ! ne parlons pas des idées d'une folle pour
appuyer un ſyſtême raiſonnable.
Mde RINCHOUIN .
Cette folle avoit de l'eſprit. ( à Dorval. ) Elle
aimoit un François , & on lui donna un Allemand ;
là , un Allemand qui ne ſavoit pas un mot de François
, comme Mde Ridern en veut un pour ſa fille ,
& elle fut la plus heureuſe femme du monde.
Mde RIDERN.
La plus heureuſe femme du monde , vous l'enrendez
, Monfieur.
Mde RINCHOUIN.
Dans une Ville , diſoit-elle , où l'on parle deux
Langues , un mari en fait toujours affez d'une ; mais
DE FRANCE.
- 183
-
il faut que la femme les ſache toutes les deux , pour
être toujours en état de répondre à qui va là.
( à Dorval. ) M'entendez-vous ?
DORVAL , qui a d'abord écouté avec humeur.
Je commence,
Mde RINCHOUIN.
On parle devant fon mari ſans ſe gêner ; c'eſt un
fourd que vous avez là. On écrit tout ce qui fait
plaifir ; avec de grands yeux ſtupides & bien ouverts
, c'eſt un homme qui n'y voit goutte. Il
eſt devant vous comme ces épouventails , qui n'effrayent
les oiſeaux que la première fois qu'ils les
apperçoivent.
DORVALrit , Madame Ridern dit avec un peu
d'humeur.
Laiſſez là votre impertinente voiſine & fon épouventail.
Ce n'est pas dans cet eſprit- là ......
Mde RINCHOUIN .
Attendez , attendez , vous n'y êtes pas. Elle a
quelquefois fait mourir de rire tout le quartier avec
ſes folies. Pourquoi chercher les convenances ?
(C'eſt toujours elle qui parle.) Si les parens ne s'y
ſont pas attachés, la fiile les trouve roujours ; fi elle
ne s'eft pas mariée à ſon goût , elle vit à ſa fantaifie.
Mde RIDERN.
Ah! j'empêcherai bien que la mienne ....
Mde RINCHOUIN.
Vous n'empêcherez rien; fon mari méme fera
contre vous. Suivez , fuivez ma voiſine , elle affecton
le goût & les manières Allemandes..
184 MERCURE
Mde RIDER N, avec dépit.
Moi , je n'affecte rien.
Mde RINCHOUIN.
C'étoit pour tromper fon mari , & vous n'avez
jamais eu l'eſprit de tromper le vôtre . Ma voiſine
diton , trompoſt fort bien le fien. Il venoit régulièrement
boire la bière & fumer ſa pipe devant elle.
Sa complaiſante moitié en foutenoit l'odeur avec
intrépidité , & ſe moquoit des François que le tabac
empoiſonnoit. Elle careſſoit le pauvre enfant , lui
paſſoit la main ſous le menton , avec quelques mors
dedouceur en Allemand , & le mettoit toujours de
mauvaiſe humeur en François. Cette conduite raviſſoit
le bonhomme qui lui ſourioit avec une gravité
qui la faiſoit rire comme une folle ,&ils étoient
toujours les meilleurs amis du monde Il n'aimoit
pas les François , mais il les voyoit avec plaisir ,
parce qu'il croyoit que la femme les aimoit encore
moins que lui . Quand il en paroiffoit ua qu'elle
vouloit retenir , elle le recevoit avec dépit & colère ,
lui diſoit bien haut trois ou quatre duretés Allemandes
, & puis ajoutoit en François : demeurez
demeurez , mon mari va vous en prier. En effet ,
le mari faiſoit figne à ſa femme de ſe contenir , lui
ferroit tendrement la main , &, par un geſte , invitoit,
obligeoit le François à s'aſſcoir. Le François
ne manquoit pas de ſe placer entr'eux deux , de faire
les yeux doux aumari , la moue à la femme , & cela
les amuſoit tous les trois à qui mieux mieux ....
( à Dorval. ) N'eſt-il pas plaiſant de voir un mari ,
perfuadé que la femme chaffe un galant qu'elle retient,
lui déchirer la baſque de ſon habit pour le
faire refter , &c.
Ce perfiflage , ſecondé par la gaieté de
DE FRANCE 189
Dorval , contraſte avec le dépit de Mde Ridern
, & rend cette ſituation très -piquante
&très-comique. C'eſt à la fin de cette Scène
que l'Aubergifte , perſécutée par l'ironie ma
ligne de ſa commère & par les réflexions de
Dorval , eſt encore attaquée par le père
Louvois , qui combat avec ſa franchiſe ſoldateſque
l'antipathie, qu'elle a pour les
moeurs Françoiſes , ¢- là qu'elle abandonne
ſes premières idées.
Le bonheur des jeunes amans ajoute à la
joie des vingt couples choiſis par la Ville.
On quitte alors tous ces petits intérêts particuliers
pour ne s'occuper que de l'objet de
la Fête. Quand elle eſt terminée , Louvois ,
affis dans un fauteuil , ſe voit entouré de
toute ſa famille qui implore ſa bénédiction.
Il la leur donne: puis ſe levant , & joignant
les mains , il s'écrie avec enthouſiaſme :
" Grand Dieu , je deſcends au tombeau ,
&jene pourrai bientôt plus rien pour tous
ces chers enfans ; permets , permets que je
les remette entre tes mains. Mes derniers
voeux , en revolant vers toi , ſont pour mes
enfans , ma Patrie & mes Souverains. »
Il n'eſt pas poſſible de terminer un Ouvrage
deftiné à une Fête publique d'une manière
plus attachante , plus faite pour entraîner
les coeurs ; & nous ferions bien étonnés
ſi ce dernier tableau n'avoit pas été le
plusvivement accueilli de tous ceux que préſente
la Comédie dont nous rendons compte.
S'il fait couler des larmes à la ſimple lec
156 MERCURE
ture , quel effet ne doit- il pas produire à la
repréſentation ? *
:
(Cet Article est de M. de Charnois. )
SCIENCES ET ARTS.
INVENTION d'une Machine propre à élever
l'eau , au moyen d'une corde deſparterie ,
par le Sieur VÉRA, employé à la Pofte.
CETTE Machine eſt une corde ſans fin qui embraffe
deux pouties fixes , également poſées l'une audeſſus
de l'autre , dans un même à-plomb ; la poulie
inférieure eſt plongée dans le réſervoir d'où elle fait
élever l'eau ,& la fupérieure eſt placée à l'endroit où
l'eau doit être élevée. Un même axe enfile la poulic
ſupérieure & un autre d'un plus petit diamètre ;
une chaîne ſans fin s'enveloppe autour de cette
feconde poulie & d'une grande roue qui a ſon axe
particulier : en faiſant tourner la roue , ſoit au moyen
d'une manivelle fimple ou double , ſoit de toute autre
manière , le mouvement ſe communique par la
chaîne ſans fin , aux poulies & à la corde ſans fin ;
Ja partie afcendante de cette corde élève une certaine
quantité d'eau , dont chaque tranche horizontale
* Nous apprenons que la Ville de Strasbourg a
priéM. de Chabannes d'accepter , pour marque de
fa reconnoiffance , une des médailles d'or qu'elle a
fait frapper en l'honneur de l'heureux événement
qu'il a célébré dans ſon Ouvrage, dont le ſuccès a été
très - brillant & très - général.
DE FRANCE. 137
forme autour d'elle une eſpèce de couronne , dont
l'épaiſſeur dépend du diamètre de la corde & de la
rapidité du mouvement ; la grande poulie ſupérieure
eſt enferméedans une caiſſe percée à ſon fond d'une
ouverture , pour donner paſſage à la corde ; l'eau va
frapper le couvercle du fond ſupérieur de la caiſſe ,
d'où elle eſt renvoyée par un canal , dans le haffin
destiné à la recevoir.
Une corde de ſpart , de 21 lignes de circonférence
, enlève environ 125 pintes d'eau en 7 minutes ,
& la porte à 63 pieds d'élévation .Une corde de chanvre
de is lignes de circonférence, emploie 11 à 12 minutes
pour élever 250 pintes d'eau à la même hauteur.
Pour expliquer la cauſe qui fait monter l'eau
avec la corde , il faut ſe repréſenter la corde comme
formant , à raiſon de ſes aſpérités , une eſpèce de
chapelet , fur lequel s'appuie une première couche
d'eau ; de proche en proche ſuccèdent pluſieurs filets
ou anneaux Auides , qui adhèrent les uns aux autres
en vertu de leur viſcoſité , & qui , par leur affemblage,
compoſent de tranche en tranche, ſur toute
la hauteur , des couronnes concentriques àla corde.
Toute cette eau doit être regardée comme une
même maſſe qui est pouffée de bas en braut , par le
mouvement aſcenſionnel imprimé à la corde qui lui
ſert de noyau. Il en ſeroit de même , fi au lieu d'une
corde on employoit une chaîne de fer : on verroit
l'eau s'attacher aux ouvertures des anneaux de cette
chaîne & monter avec elle. En général, cette manière
d'elever l'eau aura lieu toutes les fois qu'on fera
monter avec une certaine viteſſe un corps continu
auquel l'eau ou tout autre fluide pourra adhérer.
En faiſant mention du produit d'eau qu'ont donné
trois expériences auxquelles MM. les Commiſſaires
de l'Académie des Sciences ont foumis cette Machine
, il eſt aifé de juger qu'il pourra être plus con-
Adérable, à raiſon d'une plus grande perfection
1
188 MERCURE
dont elle eſt ſuſceptible ; la conſtruction de cette
machine eſt fondée ſur un principe neuf & ingénieux
, elle mérite l'attention des Phyſiciens , elle
n'eſt nullement diſpendienſe, & peut d'ailleurs être
appliquée à un très-grand nombre d'uſages.
GRAVURES.
Vue & Perspective de l'extérieur de l'Église de
Sainte-Geneviève , dédiée aux månes de M. Soufflot,
par M. Dumont , Profeſſeur d'Architecture,
Prix, 3 liv. A Paris, chez M. Dumont , rue des
Arcis , maiſon du Commiſſaire.
Collettion coloriée des Arbres & Arbustes qui se
cultivent en pleine terre , Cahier premier , in-folio ,
papier d'Hollande. Prix , 18 livres. A Paris , chez
M. Buc'hoz , Médecin-Botaniſte de MONSIEOR
Cette Collection ſe fait uniquement en faveur de
ceux qui aiment les Busquets & les Jardins
à l'Angloiſe. Rien n'est plus agréable que de
pouvoir réunir en un petit terrein plus de cinq
à fix cent Arbres & Arbuſtes , qui , quoiqu'étrangers
, peuvent réſiſter à nos climats , & méritent
d'occuper une place dans nos Jardins , tant par la
beauté de leurs feuillages que par celle de leurs
fleurs & fruits. Depuis long-temps on defiroit une
pareille Collection & l'Auteur , qui s'applique aux
différentes parties d'Histoire Naturelle a cru
ne pouvoit ſe refuſer an defir & à la demande de
pluſieurs grands Seigneurs. Le premier Cahier eft
très intéreſſant. It renferme dix Planches. La première
repréſente un Arbre de la Chine nouvelleinent
connu , auquel l'Auteur a donné le nom de Sophora
Ludovicea XVI , le Louis XVI , parce que
cetArbre , quoique planté depuis plus de trente ans ,
,
DEFRANCE. 189
n'a fleuri en France qu'au commencement du Règne
de ce Roi bienfaifant. La ſeconde repréſente le
Cdu Liban, pinus Cedrus. Linn. La troifième
Phopge des Teinturiers, hopea Tinctoria Linn , un
des psjolis Arbuſtes & des plus rares qui a fleuri
l'année dernière dans le Jardin de la Reine à
Trianon , & que M. le Chevalier de Linnée n'a
décrit que très - imparfaitement d'après une manvaiſe
figure qui en exiſtoit. La quatrième repréſente
laMagnole à grandes fleurs , Magnolia grandiflora.
Linn , que M. Deſemet, Jardinier des Apothicaires,
a fait annoncer avoir fleuri chez lui l'année
dernière. La cinquième eſt l'Érable opale , acer opalus
Ital. La fixième eſt le grand Buis de l'Iſle de
Minorque , Buxus Balearicus. La ſeptième eſt
l'Andromède en grappe, Andromeda racemoſa. Linn.
La huitième eſt le faux vernis du Japon , Rhus
pseudo vernix. Linn. Il a ficuri en 1780, dans les
Jardins de feu M. le Chevalier de Janſſin. Le neuvième
eſt le guilandina Bonduc. Linn. Le dixième
enfin eſt le petit Bouleau d'Amérique, Betula Americana.
Cetre Collection eſt très-curicuſe & trèsbien
exécutée.
MUSIQUE.
CONCERTO ONCERTO de Violon àpluſieurs Inftrumens ,
dédié à ſon Alteſſe RoyaleMgr. le Prince de Pruſſe,
compoſépar leBaron de Bagge. A Paris , chez le
fieur Sieber , Maître de Muſique , rue S. Honoré.
Prix, 4 liv. 4 fols.
Il y a peu de productions en ce genre qui méritent
d'être diftinguées autant que celle-ci. Le nom
de l'Auteur , que tous les Muficiens de l'Europe révèrent,
promet ſeul une compoſition originale &
piquante, remplie de ces traits hardis qui décelent
190 MERCURE
l'imagination la plus vive & l'exécution la plus
brillante.
Nouveau Recueil de Noëls , avec des vari, ions
faciles , arrangés pour deux Flûtiteess , par M. If
fard. Prix , 4liv. 4 ſols. A Paris , chez M. iuffard,
rue Aubry-le-Boucher , vis-à-vis le Commiffaire
, & aux adreſſes ordinaires.
Six Trios pour deux Flûtes & Baffe , par M.
Cambini. Prix , 7 liv. 4 fols. Aux mêmes adreſſes.
Méthode pour apprendre facilement àjouer de la
Quinte ou Alto , contenant des Leçons , Sonates &
des Préludes , où ceux qui ſavent déjà jouer du
Violon apprendront cet Inſtrument ſans Maître ,
par M. Corrette. Prix , 4 liv . A Paris , chez Mile.
Caftagnery, rue des Prouvaires.
Les Plaisirs du Pavillon de Flore , nouveau Recueil
d'Airs , Chansons & Duo , avec Accompagnement
de Forte-Piano ou de Harpe , par M. Albaneſe
, OEuvre XV. Prix , 7 liv. 4 fols. A Paris , chez
M. Cousineau , Luthier , rue des Poulies , & M.
Salomon , Luthier , Place de l'École.
Troisième Recueil d'Ariettes tirées des Opéra de
MM. Gluck, Grétry , Piccini , Anfoſſi , Floquet &
autres , avec Accompagnement de Harpe , par M.
Tiffier , de l'Académie Royale de Muſique , OEuvre
XV. Prix , 9liv. A Paris , chez l'Auteur , à la Corbcille
galante , attenant à l'Hôtel d'Aligre , & chez
Coufineau, Luthier de la Reine , rue des Poulies .
Ce Recueil mérite d'être diftingué de la plupart des
autres de même eſpèce. Le choix des Airs en est trèsbien
fait, les Accompagnemens ſont pleins de goût
&dans le vrai genre de la Harpe.
LaBergère des Alpes , Scène Lyrique , exécutée
par l'Académie Royale de Muſique le 20 Juil'st
1781 , par M. Edelmann , OEuvre. XI. Prix , 6 liv.
DE FRANCE.
اوا
▲ Paris , chez l'Auteur , rue Paſtourelle , & aux
adreſſes ordinaires.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
Ε
UVRES de M. l'Abbé de Voiſenon , 5 Vol.
in -8°. , avec ſon Portrait. Prix , 18 liv. brochés , &
24 livres reliés . Ce Livre a été mis en vente Lundi
14 Janvier 1782 , chez Moutard, Libraire-Imprimeur
de la Reine , rue des Mathurins , à Paris.
Code pénal des Eaux & Forêts , ou Précis rai-
Sonnédes Ordonnances , Arrêts & Réglemens fur les
délits , peines & amendes en matière d'Eaux & Forêts
, ſuivi d'un Commentaire ſur l'Édit du mois de
Mai 1716 , par M. J. Henriquez , Avocat au Parlcanent
, 2 Vol. in- 12. A Verdun , chez Chriftophe ,
Imprimeur- Libraire ; & à Paris , chez Delalain le
jeune, Libraire , rue S. Jacques,
Le Sicur Laporte , Libraire , rue des Noyers ,
vient d'acquérir de MM. les Frères Etienne , Libraires,
les Conférenses de Paris ſur le Mariage &
l'Ufure , en , Volumes in- 12 .
Les Conférences de Paris ſur le Décalogue & la
Morale , en 10 Volumes , font la ſuite de cet importantOuvrage.
Le Libraire eſt prévenu que ces
dix Volumes manquent à pluſieurs Eccléſiaſtiques ,
qui ont trouvé beaucoup de difficultés à ſe les procurer
en Province; il offre de les vendre ſéparément
àtous ceux qui voudront ſe compléter , & ce au
prixde 2 liv. 10 ſols le Volume relié , ce qui fait
25 liv. pour les dix Volumes ; mais il prévient que
ceprix n'aura lieu que juſqu'au premier de Mai prochaio,
paflé lequel temps l'Ouvrage ſera fixé au
prix de 3 liv. le Volume.
Tomes XLVII & XLVIII du Répertoire uni
492 MERCURE
verfel de Jurisprudence , Ouvrage de pluſieurs Jurifconfultes
, mis en ordre par M. Guyot. A Paris ,
chez Dupuis , Libraire , rue de laHarpe , près de la
rue Serpente.
Leçons élémentaires d'Histoire Naturelle & de
Chimie, dans leſquelles on s'eſt propoſé, 18. de
donner un enſemble méthodique des Connoiſſances
chimiques acquiſes juſqu'à ce jour ; 2 °. d'offrir un
Tableau comparé de la Doctrine de Stahl & de celle
de quelques Modernes , pour ſervir de réſumé à un
Cours complet ſur ces deux Sciences , par M. Fourcroy
, Docteur en Médecine , 2 Vol. in 8°. Prix ,
12 liv. brochés. A Paris , rue & Hôtel Serpente.
Aucaffin & Nicolette , ou les Moeurs du bon
vieux temps , Comédie en trois Actes & en vers ,
par M. Sedaine , Muſique de M. Grétry , Pièce repréſentéeparles
Comédiens Italiens en 1779 & cк
1786, in-8 °. Prix , I livre 4 fols. A Paris , chez
Brunet , Libraire , rue Mauconſeil , à côté de la
Comédie Italienne.
TABLE.
ERSpour être mis au bas
VERSP dentde
laReine , tiques,
Lamoignon ,
desPortraits du Roi & de Etrennes Lyriques Anacreon-
145
Airde Colinette à la Cour 146 La Tribu , Comédie ,
168
177
Notice fur la Vie& les Ou- Invention d'une Machine
vrages deM. Barbeau dela propre à élever l'eau , 186
Bruyère, 148Gravures ,
Enigme& Logogryphe , 153 Musique ,
Viede M. le premier Préfi- Annonces Littéraires,
APPROΒΑΤΙΟΝ.
188
189
191
J'ai lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 26 Janvier. Je n'y ai
zien trouvé qui puiſie en empêcher l'impreſſion. A Paris ,
le25 Janvier 1782. DESANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE,
De CONSTANTINOPLE , le 8 Décembre.
SELON les lettres d'Egypte , Melek-Méhémet
Bacha eſt parvenu à y rétablir la
tranquillité , en rapprochant les quatorze
Beys qui partagent entre eux la Régence
de ce pays , que leurs diviſions n'ont
que trop long - tems troublée. Maintenant
le Bacha s'occupe à profiter de ce moment
de calme pour exécuter les ordres du
Grand- Seigneur , qui le mettront peut- être
en état de le perpétuer.
Les troubles d'Alep continuent toujours ;
les émeutes y font fréquentes ; elles font
excitées & augmentées par la difette des
vivres , & par la ruine des villages voiſins
que pillent fréquemment des bandes de
voleurs.
Aly Aga qui faisoit les fonctions de Muhafik
, en Morée , a été arrêté & conduit
ici chargé de fers. On l'accuſe d'avoir di-
26 Janvier 1782 . g
( 146 )
verti des fonds du tréſor ; & s'il eſt réellement
coupable , ſa vie n'eſt pas en ſûreté.
On mande de Smyrne qu'un bâtiment
Suédois allant d'Alexandrie à Livourne , a
eu le malheur de périr par le feu entre l'Iſle
de Canée & celle de Malte. On n'a rien pu
ſauver de ſa riche cargaiſon; l'équipage feulement
a eu le bonheur d'échapper aux
flamines.
RUSSIE.
De PÉTERSBOURG , le 14 Décembre.
Les réſolutions priſes par cette Cour au
ſujet de la réponſe de celle de Suède à la
Grande-Bretagne , pour empêcher la viſite
d'aucun bâtiment marchand qui ſe trouvera
ſous l'eſcorte de quelques vaiſſeaux de guerre
des Puiſſances neutres , ont été expédiées aux
Cours alliées , & un Courier parti dernièrement
pour Londres , doit les y porter , avec
les actes d'acceſſion & d'acceptation de
l'Empereur aux principes de la convention
de neutralité.
On a lu dans quelques papiers étrangers
qu'il y avoit eu une conférence très-vive
entre le Vice-Chancelier & l'Ambaſſadeur
de Hollande , qui avoit occaſionné le rappel
de ce dernier. On s'eſt empreflé ici de défavouer
ce bruit , quin'a en effet aucun fondement.
La petite & la grande Newa font cou(
147 )
-
vertes de glaces; la dernière a été cette an
née navigable pendant 227 jours. Le pont
de bateaux a été emporté le 23 du mois dernier
par les glaçons .
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 25 Décembre.
CINQ bâtimens deſtinés pour nos Ifles
en Amérique , ſont partis depuis quelques
jours ; il y en a encore 10 qui doivent
prendre la même route ; ils complettent
leurs cargaiſons , & mettront inceſſamment
à la voile.
د
Trois bâtimensAméricains venant de Marftrand
& deſtinés pour Boſton , ont auſſi
mis à la voile ; on écrit de Mandal en
Norwège , qu'ils ont pris dans ces mers 2
navires marchands Anglois & qu'après
avoir renvoyé les équipages à terre , ils ont
enlevé les marchandises & mis le feu aux
navires.
Le Comte Adam- Ferdinand de Moltke
&le Commandeur Cornelius Krieger , ont
été nommés contre-Amiraux.
Les Lieutenans de vaiſſeau Fleiſcher &
Stibolt , accuſés d'avoir négligé leur devoir
à l'occaſion du naufrage qu'a fait l'année
dernière le vaiſſeau de guerre le Prince Frédéric
, près de Laſſoë , viennent d'être caflés
parun conſeil de guerre.
>>> Le corfaire le Chaulieu , de Dunkerque , écrit
on de Bergen en Norvège , commandé par le Capitaine
Castagnier , eſt entré de relâche dans cette
82
( 148 )
&
rivière , où il eſt encore retenu par les calmes & les
vents contraires ; ce corfaire a pris un navire
marchand Anglois qui fortoit de Londres
qui est d'une valeur conſidérable. Il a été conduir
à Eggerſund , d'où il eſt attendu dans ce port «.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 1er. Janvier.
Le moment du départ du Comte & de
la Cointeffe du Nord , approche ; ces illuftres
Voyageurs ſe rendront d'abord à Ve-
' nife , & de-là ils pafferont à Milan , à
Rome , à Naples & à Florence . L'Empereur
ſe propoſe , dit-on , de les accompagner
juſqu'à Cronſtadt. A fon retour , la famille
des Princes de Wurtemberg quittera auffi
cette ville , & ira à Stutgard & à Caflel,
d'où elle retournera enſuite à Montbelliard ,
où le Comte & la Comteſſe du Nord font
attendus au mois de Mai prochain.
On attend de Florence une perſonne de
diſtinction qui , dit- on , eft chargée de faire
la demande de la Princeſſe Elifabeth de
Wurtemberg , pour l'aîné des Princes , fils
du Grand-Duc de Tofcane.
On croit que l'Archiduc Maximilien ,
Grand-Maître de l'Ordre Teutonique , recevra
inceffamment l'inveſtiture des fiefs
& droits régaliens que cet Ordre poſsède
dans l'Empire ; il ſera repréſenté par le
Général, Comte de Kaunitz Rietberg , Commandeur
pour l'Ordre en Franconie, On
verra à cette occafion le coftume des Chevaliers
Teutoniques,
( 149 )
L'Ordonnance de S. M. I. pour établir
la tolérance civile & religieuſe dans le
Royaume de Hongrie & les pays qui y ont
éré incorporés , a été publié le 21 du mois
dernier à Presbourg par le Magiſtrat de la
ville.
On dit que les biens du Couvent de
Mauerbach , qui a été ſupprimé , feront
donnés à l'Ecole Normale , & que le Baron
Swieten aura l'inſpection générale des Univerſités
dans tous les Etats Autrichiens .
On parle de renouveller la ferme du
tabac; les Fermiers actuels offrent de donner
une augmentation annuelle de 200,000
florins ; & on croit que cette propoſition
ſera acceptée & l'ancien bail renouvellé à
cette condition.
De HAMBOURG , le 4 Janvier.
'On n'eſt encore parvenu à reprendre
qu'une trentaine des ſoldats du quinzième
régiment d'Infanterie Hanovrienne , levé
pour le ſervice de l'Angleterre ; on les a
conduits avec leur chef dans la priſon de
Stade. Les autres paroiſſent avoir gagné pays .
La partie de ce même Régiment embarquée
ſur le bâtiment de tranſport la Polly ,
eſt rentrée le 29 dans le même port. Elle
y reſtera juſqu'au printems & partira alors
avec le 16e régiment levé pour le même
ſervice.
On lit dans des lettres des frontières de
la Pologne , qu'il eſt arrivé dans la Mol-
83
( 150 )
davie un courier porteur d'un firman du
Grand- Seigneur , qui occaſionne beaucoup
de murmures parmi les habitans. Suivant
ce firman , tout homme en état de porter
les armes , doit ſe tenir prêt pour le mois
de Février prochain. Cet ordre inoui dans
l'empire Ottoman , donne lieu à bien des
conjectures ; il faudroit peut- être avant tout
examiner s'il exiſte en effer.
,
>>>L'Empereur , écrit - on de Vienne , inſtruit de
l'exceſſive cherté du ſel dans la Galicie , vient de
diminuer le prix de cette denrée de première néceffité.
Celui du ſel conſommé dans le pays , eſt réduir
à la moitié de ce qu'il étoit vendu auparavant ; & à
l'avenir , la vente de cette denrée pour les ſujets
ſera faite par une régie , & celle pour l'étranger ,
parune ferme. La belle chauffée pour la facilité
du commerce du port de Zengh , eſt finie , elle
a été commencée en 1777; il a fallu , pour la faire ,
percer des montagnes d'une élévation prodigieuſe ,
faire fauter des rochers énormes , élever des acqueducs
& conftruire des ponts . On voit fur cette chaufſée
, de diſtance en distance , des pyramides avec
des inſcriptions , des cadrans &des fontaines .
L'Adminiftration des Douanes dans la Siléfie Autrichienne
, fera réunie à celle de Moravie , établie
-
Brinn. Ce changement fait préſumer qu'il y en
aura auſſi dans l'Etat civil & militaire de cette province.
-L'épizootie a commencé à ſe manifeſter
àPitraw , près de Troppau ; on a déja tiré à ce
ſujet un cordon pour empêcher l'entrée & la ſortie
des bêtes à cornes «.
Ce fut le 29 Janvier 1779 que les Etats
du Royaume de Suède aſſemblés en Diète
accordèrent la liberté de Religion dans tout
le Royaume ; la Déclaration du Roi ſur ce
fujet ne fut donnée que le 24 Janvier de
( 151 )
l'année dernière , c'eſt à dire , près de deux
ans après. Cette Pièce intéreſſante mérite
d'être connue .
Gustave , &c . Savoir faiſons : que dès le premier
moment de notre avènement au Trône de nos Peres ,
notre principal foin a toujours été , en confervant
la pureté de notre religion , de répandre la lumière
de l'Evangile par des mesures qui , moyennant la
bénédiction divine , puiſſent étendre le vrai culte
de l'Etre- fuprême , & augmenter en même-tems la
proſpérité temporelle de ſes fidèles ſujets. Nous
avons également toujours regardé un libre exercice
de religion , comme le moyen le plus fur d'atteindre
un but ſi ſalutaire , & nous y avons été dérerminé
, d'autant plus que la dépopulation de notre
Royaume , connue & déplorée depuis long-tems ,
avoit empêché le commerce & les arts de s'érendre
& de s'y élever au dégré de perfection déſirable.
Il a donc paru néceſſaire de s'occuper à y aug
menter le nombre des habitans ainſi que la circularion
des eſpèces . Ces avantages ſe ſont déjà fait
ſentir dans tous les. Etats où la liberté de confcience
a été établie pour l'honneur de l'humanité ; & nous
voyons nous - même parmi nos bons & fidèles ſujers
de toute condition , des perſonnes dont les ancétres
profeſſoient une religion différente de la nôtre , &
qui obligés de quitter la demeure de leurs peres
pour cauſe de religion, furent reçus dans ce royaume
& y apporterent leurs richeſſes & leur induftrie;
ce qui a confidérablement augmenté & perfectionné
une des plus utiles branches de notre
commerce . Nous ſommes auſſi perfuadé que nos
glorieux Ancêtres & prédéceſſeurs ſur le Trône de
Suède , ont toujours en cet objet devant les yeux .
Mais ſi Gustave I , a été empêché de le ſuivre par
des conſidérations qui n'exiſtent plus aujourd'hui ; fi
Gustave-Adolphe ayant perdu la vie dans une guerre
84
( 152 )
entrepriſe au nom de la religion , n'a pas eu le tems
d'exécuter ce même deſlein dans ſon royaume , des
circooſtances plus favorables nous ont mis en état
de conſommer une ſi grande entrepriſe dans ce tems
paiſible & doux qui a réuni des eſprits autrefois
diviſés; dans un fiècle éclairé par les ſciences , qui
ont fixé dans l'ame de tous les Suédois les idées
qu'ils doivent avoir de la religion; dans une époque
enfin où nous pouvons avoir une confiance
entière dans le zèle , les lumières & la vigilance
de notre Clergé.- Rien ne pouvoit done plus
nous arrêter que les conſidérations relatives aux
inq iétudes que pouvoient prendre nos fidèles ſujets ;
&plus nous étions porté à nous conformer à leurs
voeux dans cette entrepriſe , plus nous avons eu
du plaifir , à la dernière Diète , à recevoir la propofition
qui nous a été faite relativement à cet
objet par les Etats aſſemblés. Nous déclarâmes
dès-lors que nous acceptions avec ſatisfaction cette
propofition des Etats , ſous les conditions qui y
avoient été attachées & celles que nous trouverions
nous mêmes néceſſaires d'y ajouter. Notre confentement
a même été enregiſtré dans l'arrêté de la
Dière. Mais , pour en régler l'exécution nous
avons encore trouvé indiſpenſable de preſcrire &
d'ordonner ce qui fuit .- Nous déclarons donc par
le préſent Edit , & par nos Lettres-Patentes , nous
publions & faifons ſavoir à tous ceux à qui il appartiendra
, que dans toute l'étendue de notre
Royaume & dans toutes les Provinces qui lui font
fommiſes , nous avons accordé une entière & parfaite
liberté de confcience , avec exercice de Religion
libre & fans gêne. Nous affurons en mêmerems
, que les perſonnes d'une religion étrangère
qui ſe ſont déja établies dans notre Royaume ou
qui pourront s'y établir par la ſuite , jouiront de
la liberté de leur religion , ſous les conditions ſtipulées
ci-après , & qu'elles pouront être aſſurées de
notre protection Royale , ainſi que de celle de nos
,
( 153 )
Succeſſeurs , en tout ce qui regarde la propriété de
leurs biens & de leurs corps , de la même manière
comme nos propres ſujets , & conformément aux
loix de Suède.-Les Etats du Royaume s'étoient
réſervé pluſieurs clauſes , ſavoir : 1 °. Que ceux
qui profeileront une religion étrangère & voudront
ſe retirer dans ce Royaume , y élever des maiſons
& s'y établir , ne pourront , ſous aucun prétexte
y être revêtus d'aucune charge ou emploi. 2º. Qu'ils
ne pourront dans aucun endroit du Royaume établir
des Ecoles ni autres maiſons d'inſtruction pour
répandre leur doctrine. 3 °. Qu'il fera défendu d'y
faire venir des Miſſionnaires , ou d'en envoyer quelque
part, foit au-dedans , ſoit au-dehors du Royaume.
4° . Qu'il ne ſera point établi de Couvens ,
&qu'on n'admettra point de Moines de quelle religion
ou ſecte qu'ils puiſſent être. s ° . Qu'il ne ſera
permis aux Juifs d'avoir des Synagogues que dans
Stockholm , & tout au plus dans deux ou trois
autres principales villes du Royaume , où une police
plus exacte ſoit à portée de les veiller de plus près .
6°. Que les Proceffions & autres cérémonies publiques
des religions étrangères feront défendues
pour éviter la Léduction & le ſcandale. 7°. Que
les Ordonnances du Code Criminel , ch. 1. § . 3 .
concernant les Apoſtats de notre doctrine évangélique
& pure , feront maintenues avec la plus grande
exactitude. 8 ° . Que nuile perſonne d'une religion
étrangère ne pourra être nommée pour Député à
laDière. -Quoique nous ayons déja donné notre
confentement à toutes ces conditions & clauſes
nous n'en eſtimons pourtant pas moins néceſſaire
deles confirmer par ces préſentes , & de rappeller
ce que dès- lors nous déclarâmes concernant la
liberté de la Preſſe , laquelle ne doit pas s'étendre
fur des livres contraires à la pureté de notre religion
, ſoit qu'ils en attaquent les dogmes fondamentaux
, foit qu'ils en enſeignent d'autres & que
gs
( 154 )
par-là ils ſoient capables de troubler la tranquillité
des ames foibles. - Nous ordonnons en outre ce
qui fuit. 1 ° . Quiconque d'une religion étrangère
parlera d'unemanière indécente ou injurieuſede notre
Confeffion de Foi , de nos cérémonies religieuſes ,
ou de notre Clergé , payera une amende de 10 à
so dalers d'argent , felon la grieveté du délit. Et
en cas de récidive , l'amende ſera double. 2°. Quiconque
d'entr'eux tentera de perfuader à des perfonnes
de notre Communion ſes principes Religieux ou
tâchera de les répandre par un écrit , payera pour la
première fois une amende 100 dalers d'argent. Eten
cas de récidive l'amende ſera double. 3 ° . Si un
Chef de famille ou Maître de maiſon d'une religion
étrangère , contraint quelqu'un qui lui eſt
Tubordonné , & qui eſt de la Communion Luthérienne
, d'affifter ou de participer aux actes de dévotion
publics ou particuliers d'une religion étrangère
, il payera une amende de 200 dalers d'argent
; le domeftique aura la liberté de quitter le
fervice fur- le-champ , & le Maître lui payera un
dédommagement convenable. Si quelqu'un cherche
à attirer d'autres perſonnes pour participer aux
actes de dévotion d'une religion étrangère , & pour
renoncer à la doctrine Luthérienne , il payera également
une amende de 200 dalers d'argent. Et en
cas de récidive , il perdra le privilége d'habiter
dans le Royaume.-D'un autre côté , nous voulons
& nous permettons à ceux d'une religion
étrangère pour le tems préſent & à venir. 19. De
pouvoir jouir , comme il eſt dit ci-deſſus , de tous
les droits & priviléges de citoyens , en exceptant
ſeulement celui d'être revêtus des charges & emplois
civils & de la Couronne , & de pouvoir être
nommés Députés à la Diète ; avantage qui cependant
ne fera point refufé à leurs enfans , au cas
qu'ils embraſſeront la religion Luthérienne . 2º . De
pouvoir conftruire des Egliſes , en obſervant cependant
ce qui est preſcrit par notre Ordonnance
( 155 )
du 31 Juillet 1776 , concernant les édifices publics ;
ſavoir , que les deſſins , ainſi que les devis de
frais de conſtruction , en feront revus & examinés
par notre Bureau de Surinten lance de la Cour ,
pour être enfuite à nous propofés & par nous
approuvés ; fans laquelle formalité préalable aucane
conftruction ni réparation majeure ne pourront
être entrepriſes . 3 ° . De pouvoir garnir leurs
égliſes de cloches , & avoir des lieux de ſépulture
à eux. 4°. De pouvoir nommer & conftituer
pour leur culte des Pasteurs ordinaires de leur religion.
5°. Que fi les peres & meres font d'une
même religion , les enfans pourront être baptifés
par leurs paſteurs , ſelon les cérémonies ufirées
parmi eux , & être élevés dans leur religion .
6°. Qu'ils auront la même liberté à l'égard des .
Bénédictions nuptiales , lorſqu'aucune des parties contractantes
ne fera de la religion Luthérienne , pourvu
que , conformément aux loix de Suède , il y ait
eu préalablement trois bans de publiés en chaire.
7°. Ils pourront de même , ſelon leurs rites , faire
les cérémonies de Relevailles & leurs enterremens .
A l'égard des ſuſdites conditions propoſées par
les Etats & par nous approuvées , nous avons cru ,
afin d'éviter toute conteſtation & toute incertitude .
devoir y ajouter les explications ſuivantes . 1º. Que
quoiqu'il foit défendu à ceux d'une religion étrangère
, d'avoir des écoles & des maisons d'inftructons
publiques , il leur fera pourtant permis de
faire inftruire leurs enfans par leurs pasteurs ou
par d'autres particuliers . 2°. Que la défenſe de
recevoir des Miffionnaires dans le Royaume , ou
d'en envoyer dehors , doit être maintenue avec la
plus grande rigueur , puiſque de pareils établiſſemens
ne viſent qu'a étendre une religion & à lui
faire des proſélytes . Cela n'empêchera pourtant pas
leurs paſteurs ordinaires de viſiter , lorſqu'ils en
feront requis , les perſonnes de leur communion
g6
( 156 )
qui demeureront dans tels endroits du Royaume ,
où il n'y aura ni égliſe , ni communauté de leur
culte , d'y adminiſter le baptême &la communion ,
&d'y célébrer des actes de mariages , de relevailles
& d'inhumation. 39. Que la défenſe de
faire des Proceffions & autres cérémonies publiques
, regarde uniquement les places & les rues ;
mais non pas la bénédiction de leurs égliſes , de
leurs cimetières , ou de leurs cloches & autres cérémonies
ſemblables , qui peuvent ſe faire dans
l'enceinte de leurs églises & de leurs cimetières .
4°. Pour ce qui regarde le droit d'aſſiſter aux
Diètes, les Etats avoient oublié qu'en conféquence
de la Déclaration du 27 Août 1741 , ceux de la
communion réformée étoient déja en jouiſſance
de ce droit qui , par cette raiſon , doit leur étre
conſervé. Mais comme par les repréſentations des
Etats , tous les autres étrangers doivent en être
exclus , & que cependant ils font membres de.
l'Etat quoiqu'ils ne le foient pas de notre égliſe ,
nous trouvons qu'au moins il eſt juſte de lear
accorder le droit de ſuffrage dans l'élection des
Députés aux Diètes , puiſque , dans l'état de liberté
de la préſente forme de Gouvernement , chaque in .
dividu de l'ordre qui envoye des Députés à la Diète ,
doit fans difficulté jouir d'un droit ſi eſſentiel.
-Au reſte , Nous exhortons tous nos Sujets trèsexpreffément
, de ne point refufer aux perſonnes
d'une Religion étrangère un accès libre à notre culte
public , ſous peine d'une amende de 10 dalers d'argent.
A l'égard de celui des Religions étrangères ,
ti quelqu'un y cauſe du ſcandale pendant la célébration
du ſervice Divin, le Coupable payera une amen- .
dede 25 dalers d'argent ; fi quelqu'un trouble la paix
&la tranquillité dont chacun doit jouir, foit en allaut
au ſervice , ſoit pendant fa durée , foit en revenant ,
il payera l'amende ſtatuée pour pareil délit au chapitre
18 du Code Criminel. Celui qui parlera d'une
( 157 )
-
manière offenſante ou injurieuſe de leurs opinions ,
&de leur culte religieux , payera une amende proportionnée
aux circonstances & à la nature de la faute
commiſe , depuis 10 juſqu'à so daleis d'argent ;
laquelle amende ſera double en cas de récidive. La
même Loi aura lieu pour celui qui dans les converfations
ſuſcitera des diſputes de Religion.-Acette
occafion , Nous avons auſſi fait mettre ſous nos yeux
les Afſurances royales , Ordonnances & Règlemens
concernant la Religion , qui ont été publiés depuis
Ja Réformation, ainſi que les Arrêtés & Réſolutions
des Etats du Royaame à ce ſujet. Et comme Nous
y en avons trouvé quelques-unes entièrement contraires
au libre exercice de Religion ; Nous déclarons
par ces Préſentes comme nulles & fans effet ,
toutes cel es qui ne pourront ſe concilier avec notre
préſenteDéciſion fondée ſur les repréſentations des
Erats.- Nous reconnoiffons volontiers toute la
difficulté de prévoir tous les évènemens auxquels le
préſent Règlement pourra donner occafion , & l'impoſſibilité
qu'il y a de ſtatuer ſur chacun d'eux en
particulier. Mais ayant déja ci-deſſus clairement expliqué
notre intention ; ſçavoir, que Nous voulons
accorder à toutes les perſonnes d'une Religion étrangère
toute la liberté qu'il eſt poſſible de leur accorder
, ſans préjudice à notre véritable Religion , ſans
altérer les Loix du Royaume , ſans nuire à nos propres
Sujets ; & que , fondé ſur cette baſe , Nous
avons ſtatné ſur quelques articles , Nous préſumons
qu'en ſuivant les mêmes principes il ne ſera pas difficile
de régler le reſte . Les Mariages qui pourront
ſe conclure entre perſonnes de différentes Religions
ont été le premier objet de notre attention .
Le Clergé inſtruit déjà le ſon devoir à ce ſujet , par
le chapitre 15,95 du Code Eccléſiaſtique , s'y conformera
auſſi par la ſuite , quoique l'expérience ait
ſouvent prouvé le peu de fruit qu'il retire de-fes
démarches dans ces occafions. Ce qui nous paroît
-
( 158 )
plus effentiel , c'eſt la queſtion de ſavoir dans quelle
Religion les Enfans provenant de mariages mixtes
doivent être élevés ? - Pour ce qui regarde les
Réformés , la Lettre Royale , du 21 Août 1765 , a
déjà ſtatué que , ſi l'Homme eſt Lutherien & la
Femme Réformée , les Enfans doivent être élevés
dans la Religion Luthérienne , ſans que pour cela il
foit néceſſaire de faire des conventions préalables .
Mais que ſi l'Homme eſt Réformé & la Femme
Luthérienne , il ſera dreſſe devant le Confiftoire &
avant la Bénédiction Nuptiale une convention dans
laquelle it ſera ſtipulé , par les Contractans , dans
quelle Religion les Enfans feront élevés ; & fi pareille
convention n'a point été faite, il ſera libre
au Pere d'élever ſes Enfans dans la Religion qu'il
profeffe . Nous n'avons pas voulu maintenant restraindre
cette liberté ; mais feulement y faire le changement
ſuivant , ſavoir , que les conventions à faire
neferont plus portées devant les Conſiſtoires ; mais
à Stockholm , devant le Tribunal du Grand Gouverneur
, & dans les Provinces , devant celui des Gouverneurs
Provinciaux. Et comme Nous avons
trouvé que , ſans une violence ouverte , Nous ne
pourrions pas preſcrire un autre Règlement pour les
mariages mixtes avec des Grecs , des Catholiques ,
ou d'autres , qui ne peuvent réclamer aucune promeffe
femblable , Nous voulons que dans tous les
cas il en ſera agi de même comme il a été ſtatué
à l'égard des Réformés.-Des conventions matrimoniales
préliminaires & régulières faites devant le
Tribunal du Gouverneur Général , ou devant ceux
des Gouverneurs Provinciaux étant le moyen le plus
efficace pour prévenir toutes les conteſtations à ce
fujet , il eſt par conséquent du devoir du Clergé
d'employer , avant la publication des Bans , tous les
moyens de douceur potſibles pour infifter ſur de
pareilles conventions , & pour engager les Parties
contractantes à les former. -Les Enfans illegiti(
159 )
mes étant entretenus aux dépens de l'Etat , ſerone
élevésdans laReligion Luthétienne, ſans avoir égard
àcelle de leurs Mères . -Quanr a celui qui doit
donner la Bénédiction nuptiale aux mariages mixtes,
c'eſt l'article qui Nous a paru le moins eſſentiel.
Mais pour prévenir auſſi toute conteftation à cet
égard , Nous avons trouvé qu'on doit ſe conformer
à l'uſage obſervé juſqu'ici ; (çavoir , que pour cet
acte , on feivra les cérémonies qui fontufirées dans
les deux Religions des Parties contractantes , mais
à des heures différentes . Les Perſonnes d'une
Religion étrangère qui demeureront à la campagne
ou dans des endroits de la Province où il n'y aura
⚫ pas un nombre fuffifant pour former une affemblée
capable d'entretenir un Pasteur , feront obligées néceſſaitement
de ſe préſenter devant le Gouverneur
Provincial , dans le district duquel elles voudront
s'établir poury faire une déclaration de leurs noms
&qualités , ainſi que du nom de leurs Domeftiques
, du lieu de leur naiſſance , & de leur âge ,
avec un certificar de leurs vies & moeurs . -
Clergé Luthérien ne doit en rien , & fous peine
d'en être rendu reſponſable , s'introduire auprès des
perſonnes d'une Religion différente , ſous prétexte
d'offre de fon Ministère. Il doit les laiſſer jouir
d'une liberté ſans trouble , & ne les point empêcher
de faire venir d'un autre endroit des Prétres
de leur Religion , lorſqu'elles pourront en avoir
beſoin dans l'intérieur de leurs familles .- Maisfi ,
d'un autre côté , les Pasteurs Luthériens en font
requis pour leur donner la Bénédiction nuptiale , ils
doivent la leur accorder ſur les certificats par eux
exhibés de la publication de leurs Bans .- Il en fera
de même pour ce qui regarde leur inhumation , qui
alors doit ſe faire felon le Rituel de Suède , fans
autres changemens que ceux que pourront exiger
les circonstances ou les accidens particuliers. Le
Baptême leur ſera adminiſtré de mème , fi les parens
le demandent ; leſquels cependant pourront
Le
( 160 )
baptiſer eux-mêmes leurs Enfans , en attendant d'y
faire ſuppléer les cérémonies qu'ils jugeront néceffaires
par leurs propres Pasteurs.-Pour conferver
la perfection des Cadastres , Nous ordonnons aux
Magiftrats des Villes & aux Baillifs de la Campagne
de tenir un Regiſtre exact des mariages , des
naiſſances , & des décès des perſonnes d'une Religion
étrangère demeurant dans leurs districts , toit
qu'elles aient employé le ſervice des Prêtres de leur
Religion , ou celui des Pasteurs Luthériens lorfqu'elles
ne feront point en affez grand nombre pour
former Eglife & avoir leurs Regiſtres particuliers.
Ces Regiſtres feront envoyés , à la fin de chaque
année aux Gouverneurs Provinciaux , qui enfuite les
feront parvenir aux Confiftoires reſpectifs , pour y
avoir égard lors de la confection des Tableaux.
S'il arrivoit que ceux d'une Religion étrangère , en
cas de maladie , invitaſſent , de leur propre mouvement
, les Pasteurs Luthériens à leur faire viſite ,
ceux- ci ne doivent point s'y refuſer. Mais , en ce
cas , ils ne doivent leur parler que de la grâce que
Dieu nous a faite par la Rédemption & de notre
justification qui en eſt la ſuite , ſelon les principes
de l'Evangile ; & ils ſe garderont bien de troubler
les eſprits &les confciences par des controverſes &
des difputes de Religion .-Tous les Chrétiens , de
quelle Religion ils puiſſent être , doivent à l'avenir ,
comme par le paflé ,avoir une place décente , même
dans les Cimetières des Luthériens , pour y enterrer
leurs morts. Ils pourront même , en payant aux
Paroiffes la rétrib tion ordinaire , faire fonner les
cloches lors de leur inhumation , ſoit que cette cérémonie
ſe faſſe par les Pasteurs Luthériens ou par
les Prêtres de leur Communion. - Les Tribunaux ,
pour juger les procèsde Religion , feront, fans rien
changer à ce qui s'eſt pratiqué par le paffé , les
Parlemens de notre Royaume. Dans les évènemens
où les Etrangers ne pourront ſe diſpenſer de
comparoître devant les Confiftoires , ils auront le
( 161 )
droit de demander au Bureau du Fiſcal , un Aſſiſtant
qui fera préſent à l'examen & au jugement de leur
cauſe. Nous n'avons pu lever la défenſe faite à
nos Sujets Luthériens d'afſiſter aux Offices divins
des autres Religions , quand même ce ne ſeroit
que ſous prétexte de curiofité . Ceux qui contteviendront
à cette défenſe , payeront une amende de 10
dalers d'argent. -Ceux d'une Religion étrangère
ne doivent pas admettre non plus à leur Service
divin d'autres que ceux qui font de leur Commnion.-
De tout ce qui a été dit ci -deſſus , rien ne
regarde les Juifs . Nous avens donné des ordres
d'expédier pour eux un Règlement particulier de
commerce , qui fixera & expliquera en même-tems
la liberté de Religion qui leur a été accordée.-
Nous ordonnons , par ces Préſentes , au Grand Gouverneur
de Stockolm & aux Magiftrats dans les
Provinces , de veiller & de tenir la main à l'exécution
de notre préſent Edit; de prévenir à tems tous
les abus , & d'avertir s'il en artive qui parviennent
à leur connoiſſance. Enjoignons à eux , ainſi qu'à
tous Juges & Officiers ayant pouvoir exécutif ,
d'aider tous ceux d'une Religion étrangère à jouir
de tous les avantages auxquels ils ont droit de prétendre
, & de juger ſans délai , conformément aux
Loix & aux Conſtitutions du Royaume , toutes les
conteſtations & procès qui pourront ſurvenir , ſoit
entre eux-mêmes , ſoit entre eux & nos Sujets Luthériens.
-Par la confiance entière que Nous avons
en tous les Evêques & Confſtoires , Nous espérons
qu'ils veilleront ſur la conduite du Clergé de leurs
Diocèſes avec la fidélité qu'ils doivent à Nous & à
l'Etat , & avec le zèle que leur conſcience leur impoſe
, pour qu'ils ne négligent rien dans le ſoin des
ames qui leur ſont confiées ; mais qu'en même-tems
ils ne ſe mêlent pas de choſes qui ne doivent pas
être l'objet de leurs foins.-Enfin , Nous adreſſons
à l'Étre ſuprême les voeux les pl s ſincères pour
qu'il daigne répandre ſa bénédiction fur ces arran(
162 )
gemens , afin qu'ils rempliſſent nos vues , &qu'ils
puiffent contribuer à la proſpérité générale. Nous
faiſons les mêmes voeux pour qu'un zèle de Relia
gion amer & faux s'éteigne de plus en plus par-tout;
qu'il ſoit remplacé par un zèle droit & éclairé , par
les vertus qui ſont la ſuite néceſſaire d'une véritable
crainte de Dieu & de la charité envers nos ſemblables.
C'eſt à quoi tous & un chacun doivent ſe conformer
, &c.
ITALI Ε.
De LIVOURNE , le 29 Décembre.
En conféquence des ordres du Grand-
Duc , le Secrétaire d'Etat a envoyé à tous
les Juges du Grand-Duché de Toſcane la
lettre circulaire ſuivante .
>> S. A. R. adhérant aux ſtatuts & diſpoſitions de
ſes prédéceſſeurs , qui défendoient d'admetre dans
le Grand-Duché , l'exercice d'aucune Jurifdiction
étrangère , fans le regium exequatur , veut & ordonne
que tous les Evêques d'Etat étranger qui ont
une partie de leur Diocèſe dans le Grand- Duché ,
aient à exhiber la bulle de leur élection , ſans quoi
il leur est défendu d'exercer dans les Etats de S. A. R.
le moindre acte de Jurisdiction. En conséquence ,
S. A. R. ordonne qu'on n'admette point la Jurifdiction
des Vicaires capitulaires , fans qu'ils aient
exhibé pour obtenir le regium exequatur , toutes
les patentes que les Evêques , & particulièrement
ceux d'un Etat étranger , remettent à leurs Vicaires
forains. Etant chargé par lettre du Secrétaire d'Etat
, du 27 Novembre dernier , de faire les communications
convenables , je vous donne part, Meffieurs
, de ces ordres précis de S. A. R. , pour que
vous ayez ſoin en toute occafion de les faire obferver
ponctuellement ".
Selon des lettres de Naples , il y a paru
( 163 )
un Edit du Roi , pour mettre en économat
les Evêchés & tous les autres Bénéfices
vacans .
On a reçu dernièrement un avis de Mahon
, que confirme un nouveau bâtiment
qui vient d'arriver de cette Ifle. L'Armée
combinée de France & d'Eſpagne s'eſt emparée
du fort Marlborough, ce qui la met en
état de canonner plus vivement le fort St-
Philippe. Les affiégeans paroiſſent attacher
beaucoup d'importance à cette priſe ; & il
ſemble en effet qu'elle reſſerre davantage les
affiégés.
ESPAGNE.
De CADIX , le 26 Décembre.
Les vaiſſeaux Illustre & le St-Michel ;
fontencore dans la baie des Officiers François
qu'ils attendent ; un ſeul eſt arrivé le
23 ; les autres , parmi lesquels on affure
que ſe trouve M. de Buffy , ſous le nom
de Comte de Terville , ſont attendus à chaque
inſtant.
Il eſt venu ces jours derniers deux ou
trois Couriers porteurs de différentes dépêches
, & de l'ordre à l'eſcadre & au convoi
d'appareiller ; mais le tems a été ſi mauvais
depuis le 19 , qu'il a été impoſſible de
mettre ſous voiles.
La nuit du 19 au 20 de ce mois deux
navires chacun du port de foo tonneaux ,
favorisés par un vent d'Oueſt , entrèrent
( 164 )
,
dans Gibraltar. Il eſt impoſſible quand ce
vent règne que nos vaiſſeaux puiflent garder
le détroit; il les en éloigne , & les
navires ennemis poſtés ſur la côte d'Aique
, & retirés dans quelques havres
l'attendent pour en profiter. On ne doute
pas que ceux-ci ne fuffent chargés de vivres
& de munitions de guerre. La place avoit
beſoin de cet approviſionnement ; & le
foin que les Anglois ont eu d'envoyer pluſieurs
bâtimens ainſi chargés , nous fait
penfer qu'ils ne chercheront pas cette année
à ravitailler la place comme par le
paffé , leur eſcadre eſt trop preffée d'aller
défendre des poſleſſions plus éloignées , &
qui ne font pas moins menacées.
ANGLETERR E.
De LONDRES , le 12 Janvier.
La nouvelle de la priſe de l'ifle de St-
Eustache , répandue ſourdement il y a quelques
jours , à laquelle perſonne ne vouloit
ajouter foi , & dont les circonstances
en effet paroiſſoient trop extraordinaires
pour être vraiſemblable , eſt maintenant
confirmée. Les François feignant de menacer
la Barbade ont détourné notre attention
& furpris avec une poignée de
monde la garniſon plus forte du double
que nous avions miſe dans cette conquête ,
qui avoit mérité la préſence de celui de
nos Amiraux en qui nous avons mainte-
-
( 165 )
nant plus de confiance , avec is vaiſſeaux
de ligne ,& celle du Général Vaughan avec
3000 hommes. L'ifle étoit cependant alors
fans garnifon & fans défenſe. Toutes les
lettres qu' nous font venues des ifles regardent
cet évènement comme honteux
& ſcandaleux.
>> Vous faurez ſans doute , écrit - on de Saint-
Christophe , en date du 3 Novembre , avant
que ma lettre vous parvienne en Europe , que les
François viennent de prendre Saint- Eustache , &
Dieu en ſoit loué ; ils ont recouvré en eſpèces environ
250,000 liv. ſterl . produit du butin que
ces.... ( ici une expreſſion un peu vive , peu polie
, mais que les fats justifient ) de Rodney &
Vaughan avoient volé aux pauvres habitans , &
qu'ils avoient cru mettre en fûreté ſur la montagne.
Je me réjouis de ce que cet or eſt paffé en
de plus dignes mains. Hier nous avons vu arriver
ici, prifonniers ſur leur parole , les Officer's qui
ont été pris à Saint - Eustache. Le Marquis de
Bosillé avoit amené 8 à 900 hommes , mais on
n'a pu en débarquer que 370 for une partie de la
côte que l'on regardsit comme impraticable. Avec
cette poignéed'hommes marchant dans le plus profond
filence , il a furpris au lit la garniſon entière
, forte de 700 hommes. Le Marquis s'eft
conduit avec toute la nobletle & toute la magnanimiré
poſſibles . Son premier ſoin a été de rendre
aux habitans qui en avoient été dépouillés , l'ar.
gent trouvé en ſacs comptés , étiquetés & renfermés
dans dix coffres de fer. Le Gouverneur Cockburn
ayant réclamé 3000 johannes , qu'il a dit être
ſa propriété, le Marquis de Bouillé les lui a fait
comater fur le champ. Il a rétabli le Gouvernement
Hollandois , & a arboré leur pavillon fur leur
fort ; ce font eux qui ont l'adminiſtration civile ,
( 166 )
Le Colonel Fitz Maurice , de la Brigade Irlandoi ſe ,
a le Gouvernement militaire. Tout le monde jette
les hauts cris contre Cockburne, choiſi par l'un des
deux Huiffiers Prifcuts de Saint-Euftache , pour
gouverner leur conquête. Il paroît que ce Colonel
étoit Sergent , lorſqu'il plut au Duc de Cumberland
de lui donner un brevet d'Officier , & que
depuis il a fait ſon chemin ſous les auspices du
Général Vaughan , qui l'armoit au point de l'admettre
à toutes les parties , & de ne pouvoir s'en
paffer. Le Comte de Dillon , qui accompagnoit
M. de Bouillé , a parié 600 guinées qu'avant fix
ſemaines il ſera ici fur le ſommer de Brimstone
Hill , & fa gageure a été enregiſtrée à Saint-Euftache
«.
Les mêmes lettres qui nous ont apporté
cette nouvelle nous ont inſtruit de l'arri
vée de l'Amiral Hood à la Barbade le 15
Décembre , & l'envoi qu'il a fait de quelques-
uns de ſes vaiſſeaux à Démérary &
à Effequibo , pour défendre ces deux établiſſemens
où le Marquis de Bouillé avoit
déja envoyé des troupes pour les ſurprendre
aufli ; on doute fort ici que les ſecours
y foient arrivés à tems. Quand on
a vu 700 hommes ſe rendre ſans réſiſtance
à 400 , on ne compte pas beaucoup fur
celle que peuvent faire deux compagnies
d'infanterie.
La nouvelle de l'attaque de l'ifle de Tortola
par les François , a été d'abord donnée
par une lettre du Capitaine de l'Hyena ,
qui étoit ſuppoſée , puiſqu'il vient d'arriver
à Falmouth , au lieu d'aller au ſecours
de l'Ifle , comme ſa prétendue lettre l'an-
-
( 167 )
nonçoit; on n'en croit pas moins ici cette
Ille menacée;& pluſieurs papiers annoncent
que l'Amiral Hood y a fait auſſi paſſer des
fecours. Cette Iſle , qui eſt la meilleure de
ce grouppe d'une foixantaine de petites Ifles
qu'on appelle Vierges , vit former fon premier
établiſſement par les Hollandois , qui
en furent chaſſes en 1666 par les Anglois ,
qui y vécurent pendant près d'un fiècle
comme des ſauvages uniquement occupés
de la culture du coton. Ce ne fut qu'après
la paix de 1738 , que leur activité ſe tourna
vers le ſucre , dont ils ont envoyé depuis
aſſez régulièrement environ 4 ou 5 millions
peſant tous les ans à la Métropole.
>>Avant cette époque il n'y avoit eu ni Gouverne
ment régulier , ni culte public à Tortola , l'un &
l'autre ont été établis très-récemment ; & ce qui étoit
peut-être plus difficile , on a fait confentir ſes habirans
àpayer au fiſc 4 & demi pour cent à la fortie de
leurs productions ; une Adminiſtration prévoyante
auroit ſollicité un bill pour aſſurer les propriétés.
Toutes ou la plupart ont été tranſmiſes d'une manière
affez irrégulière ; & fi elles étoient juridiquement
attaquées , il y a peu de Colons qui ne puſſent
être légalement ruinés. Voilà donc à Tortola le Gouvernement
très-ardent à tirer de l'argent des Colons ,
&très-penx ſoucieux d'aſſurer leur bonheur , quoiqu'il
ne lui en eût coûté qu'un peu de bienveillance
fans aucun ſacrifice. Peut-on dire à des hommes ,
d'une manière plus imprudente , vous ne nous êtes
rien ; payez , payez encore ,& lorſque vous ne ſerez
plus en état de payer , foyez malheureux , périffez ,
mourez , peu nous importe ; l'intérêt que nous prenons
àvotre ſort eſt en raiſon des ſommes que vous
nous fourniſſez .
( 168 )
ne
Cet établiſſement qui eſt peu de choſe ,
n'eſt pas le ſeul qui ſoit menacé ; maintenant
que le Comte de Graſſe eſt arrivé à
la Martinique , que ſes forces ſont infiniment
ſupérieures à celles de l'Amiral Hood ,
on craint que les François ne rentent
quelque entrepriſe importante. On
doute pas ici qu'Antigoa ou la Barbade ne
foit le premier objet vers lequel ils ſe dirigeront
; & fans doute dans ce moment
l'une ou l'autre de ces expéditions eſt-elle
commencée ; elle peut avoir été exécutée
au moment même où l'Amiral Rodney aura
pú mettre à la voile. C'eſt le 6 de ce mois
qu'il fit le ſignal à tous les Officiers de ſe
rendre à leur bord , & d'y prendre toutes
leurs chaloupes. Il ne reçut fes dernières
inftructions que le lendemain ; le 8 au matin
, il tira le coup de partance , & le
foir à trois heures toute ſon eſcadre étoit
fous voile , faiſant route pour Torbay. Les
vaiſſeaux qui la compoſent ſont le Formidable
, le Namur de 90 , le Gibraltar de ४० ;
Arrogant , le Conquérant , le Fame , le
Marlborough , l'Hercule de 74 ; l'Afrique ,
Yarmouth , l'Anfon , le Nonfuch , le Protée
, le Répulſe de 64; l'Assistance de jo.
On n'a pas encore de nouvelles de fon
départ; mais comme le vent s'eſt foutenu
au N. E. & que le 10 il étoit tout- à-fait
Nord , on ſuppoſe qu'il eſt parti au plus
tard ce jour-là. Mais juſqu'à l'époque de
ſon arrivée à ſa deſtination , il trouvera
peut-être
( 169 )
peut être que les chofes auront bien changé
de face.
Dans l'Aſſemblée des Planteurs & Négocians
intéreſſés au fort des Indes Occidentales
, où il fut arrêté à la fin du mois
dernier une pétition au Roi , qui a été préfentée
comme nous l'avons dit , il fut
obſervé qu'un des Lords de l'Amirauté ,
l'Ecuyer Bamber Gascoigne , avoit dit dans
la Chambre des Communes , que pluſieurs
des premiers Négocians lui avoient nié toutes
les inquiétudes dont on avoit ſuppoſé
qu'ils étoient agités relativement à nos Ifles
Occidentales ; en conféquence , il fut réſolu
que le Préfident prendroit l'avis de tous
ceux qui étoient préfens , pour ſavoir s'il s'en
trouveroit en effet quelques-uns qui euffent
marqué à l'Ecuyer Bamber Gascoigne la fécurité
dont ce Lord de l'Amirauté avoit
parlé; mais comine un filence général donna
le démenti le plus formel à l'affertion du
Lord de l'Amirauté , il fut unaniment arrêté
que , dans la fituation alarmante des
:Ifles qui nous reſtent aux Indes Occiden-
1.les , on préſenteroit au Roi l'humble adreſſe
que nous avons rapportée dans un Numéro
précédent , & que la préſente réſolution
feroit inférée dans les papiers publics, tignée
par le Préſident de l'Affemblée.
Nos nouvelles de l'Amérique Septentrionale
ſe réduiſent à peu de choſe. On apprend
ſeulement que la fameuſe expédition
qu'un corps de troupes royales du
26 Janvier 1782 . h
( 170 )
Canada avoit entrepriſe ſur les derrières de
l'Etat de New-Yorck , a échoué. Selon les
dernières dépêches que la Cour a reçues ,
ce corps ne pouvant garder les nombreux
prifonniers qu'il avoit faits , les envoya au
Lord Stirling en préſent; ce général Américain
en le remerciant lui envoya les articlesde
la capitulation du Lord Cornwallis ;
& fur cette information les troupes Britanniques
reprirent le chemin par lequel
elles étoient venues. Un gros parti Américain
le ſuivit , tomba ſur ſes derrières ,
le ſurprit ,& tua ou prit tout ledétachement
royaliſte à 3 milles de Saratoga. Le fameux
Butler eſt compté au nombre des morts .
Le Lord Cornwallis ,dit un de nos papiers , annonce
dans ſes lettres particulières au Gouvernement
qu'il n'a point deſſein de revenir en Angleterre avant
d'avoir effectué l'entier échange des malheureux
vétérans qui partagent ſa captivité à York -Town.
Ce qui contribue , dit - il , à le conſoler de cette
abfence volontaire de ſon pays , c'eſt qu'il eſt intimement
perfuadé que ſa préſence procure aux prifonniers
une infinité de douceurs dont ceux-ci ſeroient
privés s'il étoit éloigné d'eux. Il fait le plus
grand éloge de l'honnêteté de M. de Rochambeau ,
qui a invité alternativement tous les Officiers de
l'Etat-Major de l'armée Angloiſe à dîner avec lui
à ſa table , & qui leur a témoigné des égards
& des attentions qui l'ont fait généralement admirer.
Les Officiers du Lord Cornwallis ont tiré
au fort pour revenir en Angleterre , & comme le
Général O'hara a cu une mauvaiſe chance , Cornwallis
ne put s'empêcher d'en témoigner quelque
farisfaction , parce qu'il jouira de la ſociété en
Amérique. Tout ceci fait préſumer que les bruits qui
ont couru fur le retour prochain du Lord Cornwallis
font bien prématurés , du moins quant à préſent.
( 171 )
On n'a point de nouvelles de Charles-
Town depuis le 12 Novembre , & elles
portoient alors que le Général Gréen étoit
dans la province avec une Armée confidérable.
Si l'on en croit une lettre récemment
arrivée de cette ville , toute idée de réſiftance
de la part de nos amis ou de ſoumifſion
de nos ennemis dans cette province ,
eft entièrement détruite depuis la malheureuſe
capitulation d'Yorck-Town.
On a parlé de l'exécutiondu Colonel Américain
Iſaac Hayne , pris par nos troupes, exé
cuté par ordre du Lord Rawdon , & de la
proclamation par laquelle leGénéral Gréen
annonce des repréſailles. Le Colonel étoit
accuſé d'avoir été pris les armes à la main
après avoir prêté ſerment de fidélité &
été remis en liberté. Avant ſon exécution ,
il avoit adreſſé aux Délégués de la Caroline
Méridionale à Philadelphie , les pièces
relatives à ſon procès. Nous en placerons
une ici; c'eſt la lettre qu'il écrivit
au Lord Rawdon & au Colonel Balfour le
29 Juillet dernier , après ſa condamnation.
Jeudi matin je reçus un Billet du Major Fraſer ,
qui m'informoit » qu'un Conseil d'Officiers de
Etat-Major s'aſſembleroit le lendemain pour mon
Jugement ; & le ſoir du même jour j'en reçus un
un autre , par lequel il me donnoit avis , » qu'au lieu
de cela il y auroit une Cour-d'Enquête , à l'effet de
constaterJous quel point de vue je devois être confidéré.
On me diſoit aufſi , » que toute Perſonne
queje voudrois nommer , m'accompagneroit comme
mon Avocat » . N'ayant jamais eu d'autre idée
d'une Cour-d'Enquête , ni entendu qu'on en ait jamais
formé que pour ſervir a précéder un Conſeil
h2
( 172 )
de-Guerre ou quelque autre Tribunal , afin d'examiner
les faits avec plus de détail , excepté le cas
d'un Eſpion ; & M. Jarvis , Lieutenant-Maréchal
du Prévôt , n'ayant pas réuſſi à trouver la perſonne
que j'avois nominée pour mon Avocat , je
ne me mis pas en peine d'aſſigner des témoins ;
j'aurois pu en produire pluſieurs; & je me préſentai
devant le Conſeil ſans être aſſiſté de qui que
ce fût. Lorſque je fus devant cette aſſemblée , je
fus convaincu que je ne m'étois pas trompé dans
ma conjecture ; & je trouvai que les Membres
n'étoient pas jurés , ni les Témoins examinés ſous
ferment : & chaque Membre , ainſi que toute autre
perſonne préſente, doit avoir vu aiſement , par les
demandes que je fis & par toute ma conduite , que
je n'avois pas la moindre penſée que je fufſe jugé
ni examiné pour une affaire où il s'agifloit de ma vie
&de ma mort. Je ne crois pas non plus que les Membres
eux-mêmes , ni aucune perſonne qui y aſſiſtoit ,
eût une idée de certe eſpèce.-Dans le cas d'Eſpions
une Cour-d'Enquête eſt tout ce qui peut être néceſſaire
, parce que le ſeul fait , ſi l'on est Espion ou non ,
eſt toutce qui fait l'objet de la recherche , &que ſon
entrée dans les lignes du camp ennemi ou de la garniſon
, l'aſſujettir à l'exécution militaire. Comme
cette accufation n'eſt ni n'a jamais été portée contre
moi , je conçois que l'information que j'ai reçue , que
La Cour rechercheroit ſous quel point de vue je
devrois être conſidéré , ne ſauroit être priſe pour
avertiſſement ſuffiſant , qu'on eût deſſein de me
juger , mais qu'elle pouvoit uniquement ſignifier
qu'on rechercheroit , ſi je devois être considéré
comme Sujet Britannique ou comme Américain ;
que , dans le premier cas , je ſerois foumis à un
Jugement légal &impartial ; que , dans le ſecond,
je ferois admis à être relâché ſur ma parole.-Jugez
donc, Mylord & M. , de l'étonnement où j'ai dů
être , lorſque j'ai trouvé que l'on m'avoit engagé
par ſurpriſe dans une procédure tendante à rece
( 173 )
voir jugement , fans ſavoir qu'elle fût telle ,& privé
de la faculté de faire une défenſe légale ; défenſe
qu'il m'eût été aifé de fonder tant ſur les Loix
que fur les fairs ; lorſque je me ſuis vu deſtitué
de l'affiſtance d'un Avocat & de Témoins ; & lorfqu'on
m'a informé que , d'après la procédure de
cette Cour , j'avois été condamné à mourir , &
cela en très-peu de jours. Immédiatement après
avoir reçu cet avis , j'ai mandé ce Jurifconfulte ,
que j'avois originairement choiſi pour mon Conſeil.
Je mets ci-inclus ſa Conſultation ſurla légalité de la
procédure tenue contre moi ; & je prie qu'il me ſoit
permis de m'y référer. Je puis vous aſſurer , & je
le fais avec ſincérité , que j'avois & que j'ai beaucoup
de raiſons à alléguer pour ma défenſe , ſi
l'on me fait la faveur de m'accorder un Jugemens
régulier: finon ( ce que je ne faurois ſuppoſer d'après
votre équité ) , jedois vous prier , comme je
le fais inſtamment , de différer le tems de mon exé
cution, afin que je puiſſe faire au moins les derniers
adieux à mes Enfans , & me préparer pour ce
terrible changement. J'eſpère que vous me ferez
promptement réponſe ; & je ſuis , &c.
Ces procédés ne ſont pas propres à ramener
les Américains , & nous expoſent
à de juſtes & cruelles repréſailles ; auffi
eſt-on plus las que jamais de la guerre ;
on ne parle d'aucune propoſition d'accommodement
avec la maiſon de Bourbon ;
il n'y a rien de moins certain que le ſuccès
de la négociation avec la Hollande ;
on ne croit pas non plus qu'il y ait quel.
que ouverture avec l'Amérique ; on infinue ,
mais foiblement , qu'il pourra s'en faire
quelqu'une par M. Laurens depuis qu'il eſt
forti de la Tour; mais onn'y compte guère ,
h3
( 174 )
& la Cour ne paroît occupée que de me
fures vigoureuſes. Elles ne plaiſent pas à
la nation en général , & elles ont attiré
cet avis au Lord Germaine.
,
>>S>'il eſt vrai que le Ministère Britannique eſt encore
inſenſible aux calamités extrémes , ſuſpendues
ſur la tête de la Nation , & qui la menacent d'une
ruine certaine , il refſſemble à ces malheureux qui ,
minés par une maladie bilieuſe &de langueur, ayant
le viſage décharné , tremblant ſur leurs jambes ,
prêts à être moiſſonnés par la mort s'écrient
Notre honneur ! notre Empire ! Quels font , My.
lord , les fruits cueillis par la Cour de la guerre
que nous faiſons depuis treize ans ? A-t-elle fait
autre choſe que répandre le ſang innocent , prodiguerdes
tréſors immenfes , ruiner les fabriques &
le commerce , changer la ſituation riante & heureu
ſe des Sujets en l'état lugubre de Veuves & Orphelins
? Quelles ſont les ſuites de l'envoi des 80,oca
hommes , ſucceſſivement tranſportés en Amérique ,
des 100 millions ſterl. fi honteuſement diſſipés ?
Notre Armée entière n'a-t-elle pas , à deux différentes
repriſes , été faite priſonnière de guerre , à la
honte ineffaçable de la Nation ? Et , quoiqu'on diſe
de l'expédition contre Hyder-Aly , n'eſt il pas bien
avéré , qu'il faut un tems infini pour remédier aux
maux que le Carnatic a déja ſoufferts ? Le Bengale
ſe trouve réduit à la plus affreuſe extrémité ! Le
Gouvernement d'a-t-il pas reçu des avis bien confirmés
, qu'à moins d'un ſecours formidable qu'il
eft abſolument impoſſible d'y envoyer , toutes les
poffeffions de notre Compagnie des Indes Orientales
font abſolument perrdduueess ? Pouvez-vous vous flatter
, Mylord , que la réſolution inſenſée de continuer
la guerre contre les Colonies de l'Amérique , la
France & l'Eſpagne , qui exige l'emploi de 150,000
hommes ſur terie & fur mer , puiſſe influer ſur les
ennemis de la Grande-Bretagne ? Non , Mylord; ils
connoiffenttrop lenéant de cette ſuppoſition chimé
( 175 )
rique , & actuellement que la fortune favoriſe tou
res leurs entrepriſes , qu'i's ont déja fait tarir plufieurs
fources de la proſpérité anglaiſe , ils redoublent
leurs forces , ſe ſont peut- être emparés des
Barbades ; ils enleverent de même la Jamaïque :
Peut- être même la Campagne prochaine la flotte
Britannique dans les Indes Occidentales recevrat-
elle la loi des François ! Quel honneur a réſulté
pour nous de la Déclaration de guerre inouie contre
la Hollande ; contre une République , unie à
l'Angleterre par le culte , le commerce, l'affection
naturelle , qui goûta toujours un plaifir ſenſible lorſ
qu'elle pouvait nous être utile; contre une Nation ,
dont les richeſſes auroient pu foutenir les beſoins
Britanniques ? Quel monument honteux a dreflé le
brigandage exercé à l'improviſte contre les Navires
Marchands déſarmés des Hollandois ? Combien la
tyrannie Britannique a été humiliée , lorſque la
brave flotteHollandoiſe ſe vengea , ſur le Doggersbank
, de notre ambition ! Etquel deshonneur n'a
pas rejailli fur notre conquête de Saint-Eustache !
Je le fais , Mylord ; la Cour reſſemble à un édifice
conftruit de marbre ; je veux dire qu'e'le eſt
composée d'hommes très- inſenſibles , mais extraordinairement
polis. Mais , comme il eft encore tems
aujourd'hui ; puiſque la rupture avec les Provinces-
Unies paroît devoir être terminée par la médiation
de l'Impératrice de Ruffie , en rendant la tranquilité
à l'Amérique , faires que la paix ſoit univerſelle ;
peut-être qu'alors les ſuites effroyables d'un entêtement
violent & effrené pourront être en quelque
manière redreſſées , & l'affection du Peuple renaîtte
pour la Patrie «.
Les ſarcaſmes ſe multiplient contre les
Miniftres & les Généraux ; le Chevalier
Clinton n'y eſt pas menagé ; voici un
paragraphe que tous nos papiers du jour
ſe ſont empreſſés de copier. h4
( 176 )
>>>Sir Henri Clinton , depuis la reddition de
l'armée du Comte de Cornwallis , eſt extrêmement
réſervé dans ſa conduite. Fréquemment il fort de
table avant que ſes convives aient dîné, monte à
cheval pendant un tems conſidérable & fans honte ;
il a deux maiſons dans la ville , une à Kingsbridge,
& une quatrième à Fluhshing , & d'autres à Newtown
, au village de Jamaïca , au détroit de Long-
Inand , à Staten Iſland & à Hellgate ; les Yankees
Américains diſent qu'ils ſe flattent de l'enlever
dans quelqu'une , comme ils enlevèrent le Général
Preſcott pendant une belle nuit ; & qu'ils l'emmepèrent
fans qu'il fût muni de la partie la plus utile
de ſes vétemens. La chanson du quartier-général
est tout pour l'amour, ou l'Amérique bien perdue.
Allufion à la pièce de Dryden Allfor love or the
worldwell lost.
Deux navires Danois arrivés de Tranquebar
ont apporté des dépêches pour la
Cour & la Compagnie des Indes , touchant
l'état des affaires à la côte de Coromandel ,
au Bengale , à Bombay , &c.; mais il n'en
tranſpire rien ; ce qui fait préſumer qu'il
ne s'eſt rien paflé d'intéreſſant dans ces
contrées depuis la dernière action avec Hyder-
Aly , & que ces dépêches regardent
l'adminiftration des affaires civiles.
Le Parlement d'Irlande avant de ſe ſéparer
, a arrêté qu'en reprenant ſes ſéances
le 29 de ce mois , il s'occuperoit de la
réforme des loix qui ſubſiſtent contre les
Catholiques. Ils méritent en effet , par leur
fidélité & leur zèle , de jouir des avantages
& immunités dont jouiffent les Proteftans.
( 177 )
La proclamatiou du Roi pour un jeune
général eft conçue ainfi.
G. R. Prenant dans la plus ſérieuſe conſidération
les hoftilités juſtes & fi néceſſaires dans lesquelles
nous ſommes engagés , & l'étrange rebellion portée
dans quelques-unes de nos Provinces & Colonies
de l'Amérique Septentrionale , & mettant notre confiance
dans le Très-haut pour qu'il daigne répandre
une bénédiction particulière ſur nos armes tant fur
mer que par terre , nous avons ordonné & nous
ordonnons , de l'avis de notre Conſeil, qu'un Jeûne
& une humiliation publique aient lieu dans toute
la partie de notre Royaume de la Grande-Bretagne ,
appellée l'Angleterre , ainſi que dans notre pays de
Galles & la Ville de Berwick fur la Tweed , le
vendredi 8 Février prochain , afin que nous &
notre peuple nous puiffions nous humilher devant le
Seigneur pour obtenir le pardon de nos péchés, &
de la manière la plus religieuse & la plus folemnelle
faire monter nos prières & nos fupplications
vers ſa Majesté divine à l'effet de détourner les jugemens
terribles que nos fautes & nos provocations
multipliées ont juftement mérités , comme auffi
pour implorer ſa bénédiction fur nos atmes
qu'elledaigne nous rendre à nous & à nos Royaumes
une paix , une sûreté & une proſpérité dans lesquelles
nous ſoyons toujours conſervés. Voulons & Ordonnons
expreffément que ledit Jeûne public ſoit
refpectueusement & religieuſement obſervé par tous
nos chers ſujets de l'Angleterre, diupays de Galles &
de la Ville de Berwick ſur le Tweed , qui defirent
le graces du Très-haut , & qui redoutent ſa haine
& fon indignation , ſous peine de ſubir les châtimens
qu'il nous plaira d'infliger justement ſur tous
ceux qui négligeront de remalir un devoir fi eſſentiel
&fi religieux. Et pour rendre cer acte de piété plus
efficace , nous avons ordonré aux Archevêques &
Evêques d'Angleterre de compoſer une formule de
hs
,
&
( 178 )
prière convenable à cette folemnité , laquelle prière
ſera récitée dans les Egliſes , Chapelles & lieux oả
fe célèbre le Service divin , leſdits Archevêques &
Evêques devant avoir le ſoin de la diſtribuer dans
leurs Diocèſes reſpectifs.
Il a été donné une pareille proclamation pour
faire obſerver un Jeûne général en Ecofle le jeudi
7 Février.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 22 Janvier.
Le 13 de ce mois la Comteſſe Louiſe de
Cauſans & la Baronne de Nedonche eurent
l'honneur d'être préſentées à LL. MM. &
à la Famille Royale , la première par la Marquiſe
de Cauſans ,& la ſeconde par la Princeſſe
de Bergues.
Ce jour il y eut grand appartement à
l'occaſion de la naiſſance de Monſeigneur
le Dauphin . LL. MM. ſoupèrent enſuite à
leur grand couvert dans le ſallon d'Hercule.
La Cour , qui fut très-nombreuſe , fut auſſi
de la plus grande magnificence.
Le même jour LL. MM. & la Famille
Royale ſignèrent le contrat de mariage du
Comte de Lage de Volude , avec Mademoiſelle
de Freſchamberg d'Amblimont.
Le Prince Doria Pamphili , Nonce ordinaire
du Pape , eut une audience particulière
de S. M. , à laquelle il fit part de ſa
nomination pour préſenter les langes bénits
que le Pape doit envoyer à Monſeigneur le
Dauphin. Il fut conduit à cette audience
avec les formalités ordinaires.
( 179 )
L'Evêque de Saintes prêta le 15 , pendant
la Meſſe , ferment de fidélité entre les mains
du Roi .
La Cour eſt partie le 20 de ce mois pour
le Château de la Muette , d'où elle reviendra
ici le 24.
De PARIS , le 22 Janvier.
,
RIEN n'égale l'ardeur & l'activité qu'on
met à Breſt dans les réparations des vaifſeaux
; & felon pluſieurs lettres , on ſe flatte
que dans le commencement du mois
prochain cette eſcadre pourra retourner
à la mer , à quelques vaiſſeaux près
qui feront remplacés , s'il en eſt beſoin
par le Protecteur , de 74 canons , qui
venoit de fortir des baſſins lorſque M. de
Guichen eft rentré ; par le Puiſſant , qui
s'arme à l'Orient , & qui doit être prêt ;
on pourra y joindre encore le Guerrier , de
74 , qui étoit prêt à ſortir des baffins ; l'Actionnaire
, de 64 , qui étoit dans le port , &
le Fier , de so , qui eſt en rade ; de forte
qu'avant peu de tems M. de Guichen aura
une eſcadre plus nombreuſe qu'elle ne l'étoit
à fa première fortie.
>> Ce n'eſt que depuis le 10 , lit-on dans quelques
lettres de ce port , que le vent paroît s'être fixé au
nord. Celui de S. O. nes étoit rallenti vers les premiers
jours de ce mois , que pour reparoître avec
plus de violence. Le 8 , un nouvel ouragan fit pétir
àMorlaix une corvette du Rei & un vauſeau richement
chargé , eſtimé 500,000 liv. , priſe d'un de nos
corfaires. Cet ouragan n'a pas été moins fenfible for
toute la côte de Bretagneque dans ce dernier port.
h6
( 180 )
-
Dans celui-ci , quelques vaiſleaux ont fouffert en
rade , le Hardi entr'autres , mais le dommage n'a pas
été confidérable. Nous ignorons encore le fort
de plofieurs bâtimens du convoi; il en eft rentré ,
comme on l'a dit , 27 ici avec la flotte , 8 ont mouillé
à 1Orient , dont deux avec la Terpficore , 2 à Bardeaux
, 1 au paffage , I à la Rochelle ; 1 autre a péri
en entrant dans la baye d'Andierne; ce qui fait 40
connus dont un a péri ; on apprend qu'il en eft entré
un 4te an Ferrol ; celui-ci étoit di convoi de Bordeaux
; il avoit quité avant le 23 , parce que fon
mâ: avoit confenti ; il a été fort heureux d'être dans
ce port avant que l'ouragan be ſe déch înât , il n'auroit
jamais pu lui réfifter. On travaille avec la
même activité au radoub des tranſports. Les cargaiſons
de ceux qui demandent trop de tems pour
étre remis en état de fervir , font versées ſur d'acties.
On frète en diligence to gros navires à St-
Malo , ainſi que tous ceux du convoi de St-Domingue,
à mefire que leurs cargaiſons font à terre « .
On apprend journellement l'arrivée des
navires qui manquoient encore du convoi de
St-Domingue , qui conſiſtoit en 135 batimens.
Le Rubin qui en faiſoit partie , eſt
entré à Bordeaux le 22 du mois dernier ;
leContent &le Héros font entrés à l'Ifle de
Rhé; on croyoit le dernier perdu , & la
veille les Affurances étoient de so pour
100.
>>>I>l s'en faut bien , lit-on dans une lettre de
l'Orient , que les Anglois ayent pour nos priſonniers
l'honnêteté & les égards que nous étions en droit
d'attendre d'eux. La manière dont ils ont traité les
Officiers & les équipages pris par l'Amiral Kempenfeld,
en fournit une nouvelle preuve. Un de ces Officiers
reſpectables , perfuadé que ſes plaintes ne parviendroient
pas en France , s'il les exhaloit avec trop
( 181 )
-
d'indignation , le contenta d'écrire : On nous regarde
& on nous traite comme des gens complettement
vaincus. Ces expreffions forment un contraſte parfaic
avec la lettre officielle du Lord Cornwallis , dans
laquelle ce Général fait l'éloge de l'humanité & de la
générosité Françoiſe. Des lettres particulières qu'on
favoit bien devoir échapper à la vigilance des émilfaires
de l'adminiftration Angloiſe , ont expliqué ce
que l'Officier n'a pas ofé dite. La manière dont
cet Officier a été traité , ne pouvoit étre ni plus
indécente ni plus injurieuſe. Il feroit tems Tans
doute , de témoigner à de pareils ennemis toute l'indignation
que de pareils procédés doivent inſpirer ,
&de les forcer , par de juſtes repréſai'le,s à reſpecter
liafortune & le mérite ".
د
On apprend de Marseille que les vaifſeaux
entrés dans ce port depuis le 27
Décembre , juſqu'au 3 de ce mois , font
au nombre de 72 , parmi lesquels , outre la
frégte du Roi l'Alceste & la corvette la
Blonde , commandées , l'une par le Marquis
de Coriolis , & l'autre par le Chevalier
de Ligondes , on en compte 10 venant
de la Martinique , charges de ſucre
café , &c . , 4 venant de Cadix , 2 de lifbonne
, & un de Stockholm ; ce dernier
eſt ch rgé de fer & de planches .
,
>>L>e camp écrit-on de Mahon en dite du 26
Décembre , a reçu une grande partie des mami-ions
quil attendoit , principalement en poudre & en
boulets , enforre que nos atti leurs ont aujourd'hui
plus de 80,000 coups à tirer. Les batteries feront
bien-tôr dé ouvertes; elles ſout d'une folidité & d'une
force qui font honneur au chef de ces immenfes travaix.
Les ennemis , qui prévoient leur effet , ne
ceffent de tirer fur elles. Ils font un feu ties-vif
( 182 )
depuis quelques jours , & le 23 il tua ou bleffa 16
foldats Eſpagnols. Les François , dans la partie qu'ils
occupent , n'ont pas encore été autant expofés ; auifi
n'ont-ils fait aucune perte. L'activité du Général , la
réputation des artilleurs & l'ardeur des troupes ,
nous aſſurent un prompt ſuccès «.
Toutes les lettres qu'on reçoit de cette
ifle font fur le même ton. Pluſieurs Officiers
diſtingués écrivent que les diſpoſitions
& les travaux des Eſpagnols méritent les
plus grands éloges & ne laiſſent rien à défirer.
Ainfi il ne ſeroit pas étonnant que
le fort St-Philippe , jugé imprenable à cauſe
de la difficulté de l'approcher , par tous
les principaux Officiers de l'Europe , ne fuccombat
avant 3 mois. Les batteries ont
dû jouer au commencement de l'année ( 1) .
>>Nos lettres de Cadix , écrit- on de Bayonne , font
du 28 Décembre ; le tems , à cette époque , étoit
encore mauvais ,& rien n'avoit pu ſortir. Un troiſième
Courier , arrivé la veille , étoit venu preſſer le
départ de l'eſcadre. M. de Buſſy n'étoit point arrivé
àcette date. On n'aura ſu à Madrid la rentrée de la
flotte de Breſt que le 12 on le 13 , & à Cadix que le
16 ou le 17 ; de ſorte qu'il ſe peut que leſcadre Efpagnole
ſe ſoit trouvée fort loin avant qu'elle ait pu
être informée qu'elle ne trouveroit pas à St-Domingue
le convoi & les vaiſſeaux qui doivent s'y rendre.
La gazette de Madrid ne nous apprend rien , ſinon
(1 ) On trouve chez les ſieurs Efnauts & Rapilly , rue St-
Jacques , à la Ville de Coutances , une très belle Carte du
Theatre de la Guerre de la Méditerranée , où l'iile de
Minorque & le fort S-Philippe ſont très-détaillés. Le
prix en eſt de 1 liv. 4 f. Les mêmes en ont mis en vente
une nouvelle de la partie de la Virginie , où le Général
Cornwallis a été fait prifonnier. Le prix en eſt lemême.
( 183 )
que le 25 Décembre , il fortit de Barcelone une
polacre du Roi , eſcortant 19 bâtimens chargés de
vivres & de munitions de guerre pour Minorque.
Un Courier arrivé de Cadix a apporté la
nouvelle de la ſortie de l'eſcadre Eſpagnole
forte de 40 vaiſſeaux de ligne , 12 frégates ;
tout étoit dehors le 3. L'Illustre & le St Michel
ſont ſortis avec elle ; M. de Buſſy y étoit
embarqué. Cinq vaiſſeaux de ligne avec des
tranſports s'en ſont ſéparés pour ſe rendre à
Porto-Rico. 4
Le corſaire le Fleſſelles a conduit à St-
Malo le vaiſſeau Anglois le George , chargé
de sooo quintaux de morue', & venant de
Terre-Neuve; il s'étoit emparé de ce navire
deux ſemaines auparavant , à une
lieue dans l'Oueſt des Sorlingues. Il eſt
entré dans le même port un autre navire
Anglois de 45 tonneaux chargé de ſaumon
& de morue pris par le corfaire le
Bougainville.
>> Le corfaire la Mouche , écrit-on de Dunkerque
en date du 10 de ce mois , a eu le malheur de ſe
perdre près de Boulogne. De 60 hommes qui formoient
fon équipage , 4 ſeulement ſe ſont ſauves. Il
avoit àbord4 rançons , mais on ignore pour qu'elle
fomme. Le Renard ; autre corfaire de ce port , Capitaine
Chitty , s'eſt emparé le 6de ce mois , àla
hauteur de l'Iſle de Wight , du navire le Charles de
80_tonneaux , chargé à Taupſon pour Londres de
diverſes marchandises . - Le9 , les prifonniers Anglois
détenus ici ſe ſont révoltés ; ils avoient déja
forcé la garde ,& s'étoient emparés des clefs ; mais
leur révolte a été bien-tôt appaiſée par le bon ordre
qu'on y a apporté; ; des révoltés ont été bleffés&
untué «.
( 184 )
Hier le Roi & la Reine ont honoré
cette Capitale de leur préſence , & ont dîné
à l'Hôtel-de-Ville ; Louis XV avoit fait
jouir ainſi ſes ſujets de ſa préſence cinq
fois pendant fon règne, le 23 Juin 1719 ,
lorſqu'au fortir de l'enfance il vint allumer
lui-même le feu de la veille de la
St-Jean ; le 10 Mars 1722 , avec l'Infante
d'Eſpagne qui lui étoit deſtinée pour époufe;
le 4 Septembre 1729 , dans une circonftance
femblable à celle que nous célébrons
aujourd'hui , à la naiſſance du
Dauphin père du Roi; en 1744 , après la
maladie qui avoit alarmé la France fur
fos jours; & le 7 Septembre 1745 , après
une victoire fignalée & les conquêtes les
plus rapides.
>> La Fête d'hier a été très-brillante. La Reine
après avoir été à Notre-Dame & à Sainte-Geneviève
, en paſſant dans les rues les plus larges
&les plus commodes , pour faciliter aux citoyens
raſſemblés en foute , les moyens de la voir , s'eſt
rendue à l'Hôtel-de-Ville , où le Roi eſt arrivé directement
du Château de la Muerte , & cù LL.
MM. & les Princes & Prin effes de la Famille
Rosale ont dîné ; la Cour qui les accompagnoit
étoit très-brillante & très - nombreuſe ; le diner a
été laivi d'un ſuperb feu d'at fice & d'ene illumination
générale . LL MM. en retournant à la
Muette, ont paffé dans plusieurs rues fuperbement
éclairées , & ont lonné une nouvelle occafion à
leurs ſujets de fati fare l'em; teilement qu'ils ont
toujours de les voir. Pa. Les précautious fages
qu'on a priſes pour prévenir les embaras & es
accidens que la gran le affluence de monde n'auroit
pas manqué de produire dans un quartier auſſi ref
( 185 )
ferré, il n'en est arrivé aucun ; le plus grand ordre
& la police la plus ſévère ſe ſont étendus juſques
dans les quartiers de Paris les plus éloignés. La prévoyance
des Magiftrats avoit fait défendre à tous
charrois , aux voitures de pierres , de moëlons , &c.
aux beftiaux , & c . d'entrer ce jour-là dans Paris &
même dans les fauxbourgs. Les carrolles ne pouvoient
arriver fur les quais que par les rues qui
leur étoient déſignées , & ceux qui vencient du
côté opposé , ne pouvoient pafler , à leur tour ,
que par des routes marquées. Telle rue a été fermée
à ro heures & à 11 heures du matin ; d'autres ont
été interdites à toutes les voitures , étant uniquement
réſervées pour les gens à pied. Ce beau jour
a été conſacré entièrement à la joie. Aujour thui
on s'occupe à débarraſfer les fales de iHorel-de-
Vilie , des tables qui ont ſervi hier , a changer
les meubles & à placer des buffets & des or hef.
ues dans ces falles , & à tout préparer pour leBal
magnifique qui doit être donné demain au foir , &
que LL. MM. honoreront de leur préſence « .
On vient de publier un mémoire dans
une affaire qui eſt ſur le point d'être
jugée , & qui préſente une queſtion trèsintéreſſante.
>> Les Genevois originaires François font-ils ha-
>>>biles à ſuccéder , foit pour eux , foit pour leurs
>> enfans domiciliés en France , en ſe ſo mettant à
>>> y faire emploi des fonds de la ſucceffion ? « Dans
la première partie , l'Auteur de ce Mémoire démontre
que ceux qu'il défend ne peuvent être traités
comme des relaps ou des fugitifs qui ont immolé à
la Religion proteftante leur patrie , leur eſpérance ,
& ont été volontairement s'établir ſous une domination
étrangère. Il prouve que le beſoin impérieux
de trouver de l'ouvrage pour vivre , les a
forcés de quitter leur village , & d'aller réſider à
Genève, qui n'en eſt diſtant que de quatre lieues ;
( 186 )
il ſoutient qu'il ſeroit trop rigoureux de leur faire
un crime d'avoir cédé à la force de la néceſſité , &
de les priverd'une ſucceſſion qui peut les mettre à
même de revenir dans leur ancienne patrie , où l'efprit
de retour les avoit déja déterminé à envoyer
leurs enfans. M. de la Croix fait voir dans la ſeconde
partie qu'il exiſte àGenève une loi qui permet
aux François d'y venir recueillir les ſucceſſions
qui s'ouvrent en leur faveur , par préférence aux
Génevois ; il invoque pour ſes cliens la justice de
la réciprocité , & fait ſentir les inconvéniens qui
réſulteroient pour les François du Jugement qui exclueroit
les Génevois des ſucceſſions auxquelles la
proximité du ſang les appelle. M. de la Croix , embraſſant
un ſyſteme plus étendu , regrette avec
raiſon >> que de petits intérêts , des confidérations
mépriſables , aient fait perdre de vue l'idée que
l'efpèce humaine n'eſt qu'une même & immenfe
famille diviſée en pluſieurs branches , dont chaque
Souverain eſt autant de chefs révérés «. II
s'élève avec force contre la prétention aveugle des
peuples des cités , qui ont voulu avoir des priviléges
, des distinctions , & ont cherché à attirer
vers le petit nombre ce qui appartenoit à tous.
Les Princes les Miniſtres vraiment dignes de
gouverner , ont fenti combien d'abus & d'injuſtices
naiſſoient de cette eſpèce d'égoïſme des
Erats & des Peuples. Ils ont fait de généreux efforts
pour les rapprocher , pour les unir par des
pactes , par des traités d'alliances ou par de fimples
conventions tacites auxquelles le tems a donné
force de loi. Ces ſentimens de grandeur &
de générosité ſemblent ſe fortifier de plus en
plus à mesure que nous avançons ſous le règne
de la Justice. Depuis pluſieurs années , le Conſeil
du Roi & les Cours Souveraines s'occupent
de réparer , d'adoucir inſenſiblement ce que d'anciens
Edits pouvoient avoir de trop ſévère , &
ſemblent chercher à ramener dans le ſein de la
( 187 )
France une partie de ſes enfans que le malheur &
l'effroi ont diſperſés au loin. C'eſt ſous ees heureux
auſpices que nous ſommes venus réclamer
dans le premier Tribunal de la Nation , protection
& juſtice pour des malheureux repouſſés
d'un héritage que l'ordre des ſucceffions leur
défère " .
De BRUXELLES , le 22 Janvier.
On a été d'abord étonné en Hollande à
l'arrivée du Comte de Bylandt , & de la
petite eſcadre partie avec lui de Cadix , de
ce qu'il n'a point amené les vaiſſeaux des
Indes Orientales qui étoient dans ce port
d'Eſpagne , où ils mouillent encore. Le
compte que ce contre-Amiral a rendu de
ſa croiſière , montre que la prudence lui
faiſoit une loi de laiſſer dans cet aſyle fûr
des cargaifons précieuſes qui auroient été
expoſées à être enlevées.
Les Provinces de Gueldres & de Groningue
ont conſenti à l'emprunt de 600,000
florins à faire par l'Amirauté de la Meuſe ,
à raiſon de 3 pour 100 d'intérêts. La première
n'a pas agréé finalement le plan pour
la conſtruction de 19 vaiſſeaux de ligne ;
mais cela ne paroît que retardé , parce
qu'elle n'a pas encore reçu la pétition détaillée
du Conſeil d'Etat ſur cet objet. Un
des Membres du Comté de Rutphen a prononcé
un diſcours remarquable à cette occafion.
>>J>e ſuis convaincu ,a-t-il dit , dela néceffité urgentede
renforcer notre marine ; mais il faut ſavoir
auparavant fi les ſommes confidérables déja fournies
( 188 )
pour la rétablir , s'employent réellement à ce ſervice.
La Nation dont on a dépensé l'argent fi arbitrairement
, commence à s'impatienter de ne voir aucune
preuve du bon usage qu'on en doit faire. La Gueldre
a fourni en gran de partie ſes quote-parts , dans les
pétitions multipliées pour cet effet ; & depuis 1772 ,
elles montent déja à jo millions de florins , ſomme
exceflive , en grande partie prodiguée ſans utilité.
Les navires ne fervent à rien ſi on les laiſſe pourrir
dans les ports. Si on les a envoyés quelquefois en
mer , on les a vus expoſés aux forces ſupérieures de
l'ennemi , pris par lui ou perdus. Quoique à préfent
il y ait près de 60 vaiſſeaux de guerre prêts ,
le commerce & la navigation font , ſous divers
prétextes , privés de protections. Sur la plupart de
nos chantiers , on ne voit qu'une apparence de diligence
pour achever les vaiſſeaux en conſtruction ;
elle n'a point de réalité ; on a mis une lenteur inconcevable
à réparer tous ceux qui ont eu part à
L'action du 3 Août ; il eſt tems enfin de montrer
plus d'activité pour prendre des meſures efficaces
dans l'intérieur , & concerter des moyens d'affiftance
avec l'étranger pour ſauver la République .
La levée de 6000 foldats de marine agréée
par la pluralité dans les Etats de toutes les
Provinces , & dont la réſolution a été priſe
par les Etats-Généraux , a éprouvé quelques
difficultés , fur-tout dans la Friſe. Les objections
portent ſur la propoſition de rendre
ce corps indépendant des Amirautés , ſur ſa
diftribution qui n'eſt pas approuvée , & qui
fur 36 matelots canonniers met 64 mouſquetaires
& grenadiers , tandis que fur les
vaiſſeaux de guerre on a plus beſoin de
matelots que de foldats.
Selon des lettres de la Haye , M. John
( 189 )
Adams , Miniſtre Plénipotentiaire des Etats-
Unis , s'eſt rendu le 9 chez le Préſident des
Etats-Généraux pour la Province de Hollande
, & lui a rappellé qu'il avoit des
pleins pouvoirs & des inſtructions pour
conclure un Traité de commerce , d'alliance
& d'amitié avec la République ; que dans
le mois de Mai dernier il avoit préſenté un
Mémoire à ce ſujet , ſur lequel il demandoit
une réponſe cathégorique pour la faire
paffer à fon Souverain. Il s'eſt rendu enſuite
chez tous les Députés dont on dit qu'il
a reçu quelques réponſes très favorables.
Il eſt toujours fort queſtion d'un traité
d'alliance entre la France & la République ;
le Politique Hollandois s'exprime ainſi dans
un de ſes numéros.
>> Tous nos papiers s'étendent ſur deux ſujets importans
; la médiation de la Ruffie pour une pacification
particulière avec l'Angleterre ; une alliance particulière
avec la France. Comment concilier deux
idées, auſſi diſparates ? Comment ſuppoſer qu'un
médiateur placé à une diſtance de 7 à 8 cens lieues
puiffe aecorder une multitude de petits intérêts .
inſéparables d'une négociation aufli épineuſe ? On
affure cependant que la propofition de cette affaire
importante eût été acceptée àla pluralité & preſque
fans condition , ſans la proteſtation vigoureuſedes
villes de Dort & de Harlem. Il faut avouer que
tout ce qui peut traverſer ou retarder une alliance
avec les ennemis de l'Angleterre , doit révolter tout
homme qui s'intéreſſe ſincèrement à la patrie. Prenez-
y garde , Hollandois , n'attendez-pas , pout recourir
à cette démarche néceſſaire , lorſqu'il ſera
trop tard. Ne traitez pas cette affaire comme vous
avez traité l'invitation de la Ruffie ; vous ne vites la
tempête que lorſqu'il n'étoit plus tems de l'écarter.
Au lieu de vous répandre en reproches mutuels ,
( 190 )
quand il faut prendre de vigoureuſes délibérations ,
au lieu de vous traverſer réciproquement , quand il
faut agir , renoncez un moment à vos animoſités ; &
fans vous accuſer les uns les autres des matheurs publics,
faites-vous des peintures fidèles du danger réel
qui menace la patrie ; perfuadez-vous une bonne fois
que plus vous différez de vous joindre aux trois
ennemis de l'Angleterre , plus vos affaires ſe précipitent
vers la deſtruction ,ſuite inévitable de la foibleſſe
, de la corruption &des diſcordes. Je parle des
trois ennemis , car c'eſt le vrai moyen de n'être l'efclave
d'aucun & de mieux diriger les choſes vers le
grand & falutaire objet d'une pacification générale.
On prétend que les perſonnages les plus éminens
de l'état traverſent cette importante démarche. J'ai
peine à croire qu'ils méconnoiſſent leurs intérêts à
ce point. Si quelqu'un vous diſoit que c'eſt la France
quitraverſe ſous main cette alliance , vous ne le croi .
riez pas. Je n'oferois affirmer un fait auſſi délicat ;
mais fi l'on juge des Puiſſances par leurs intérêts , je
ne vois pasceque la France peut gagner par une alliance
avec nous. Au contraire , cettedémarche lui ouvre
auſh-tôt l'eſpoir des plus brillantes conquêtes . Ce
n'eſt pas elle qui devroit nous folliciter; c'eſt nous
qui aurions dû , depuis long-tems , entrer dans ſon
ſyſtême. Rappellons-nous toujours que , dans toutes
nos guerres avec les Anglois , nous n'avons jamais
triomphé , que lorſque nous avons eu les François
pour nous. Si donc la France , dans un tems où
elle n'avoit preſque pas de marine , pouvoit nous
rendre un fi grand ſervice , à plus forte raiſon , pourroit
- elle nous tirer d'embarras actuellement
qu'elle fait agir de fi nombreuſes forces de mer &
qu'elle a de ſon côté deux états très- puiſſans. En
un mot , nous ferons malheureux tant que certe
guerre durera ; & l'on voit , par l'opiniâtreté actuelle
desAnglois, qu'on ne pourra jamais la terminer qu'en
leur portantdes coups vigoureux & bien concertés.
Je vous le répète encore , Hollandois : vous êtes
,
( 191 )
perlus ſi vous négligez ces avis. Faſſe le ciel que je
ne fois pas obligé de vous rappeller ce finiſtre préſa .
ge , & qu'il n'arrive jamais le jour où les ardens
défenſeurs de la liberté de ce pays , croiroient de- .
voir abandonner une terre ſoumile au joug , pour
aller reſpirer l'air de la liberté dans ces Républiques
nouvelles qui viennent de ſe fonder ſur le grand
& folide principe de l'égalité «.
PRÉCIS DES GAZETTES ANG . du 13 Janvier.
On aſſure qu'il y aura une enquête en forme fur
la conduite du Commandant de Saint - Eustache , le
Miniſtère ayant tout lieu de croire que la place n'a
pu ſe rendre ſans quelque trahifon .
Il a été réglé , àune aſſemblée de l'Amirauté , que
tous les Capitaines qui ſervent ſous un Amiral commandantune
flotte ou une eſcadre de vingt vaiſſeaux
de ligne Anglois ou de nos Alliés , prendront rang
avec les Contre - Amiraux , & auront la même part
qu'eux dans l'argent des priſes. Il a auſſi été ſtatué
que tous les Chirurgiens de la Marine recevront
aufli la même part dans l'argent des priſes que les
Lieutenans & les Capitaines des ſoldats de marine.
Les Miniſtres ont voulu donner une preuve éclatante
du deſir qu'ils ont que le Chevalier Rodney
ſe rende le plutôt poſſible aux Iſſes de l'Amérique où
ſa préſence eſt ſi néceſſaire à la conſervation du reſte
de nos Iſles , de l'eſcadre fugitive & délabrée que
nous y avons en ſtation , enfin de tout ce que la
G. B. poſsède encore dans ces mers ; & en conféquence
ils ont donné à l'eſcadre de cet Amiral le
Duke , c'est - à -dire le plus mauvais voilier de la
Marine ( & c'eſt beaucoup dire , car nous en avons
infiniment de cette eſpèce ) , un bâtiment connu par
tous les gens de mer pour un ſabot , & qui n'eſt
propre qu'à fervir de vaiſſeau de garde ou à porter
Je pavillon d'un Officier commandant aux Dunes ou
dans quelqu'autre ſtation.
On craint toujours ici pour Antigoa & pour la
Barbade; la perte de la première de ces Iſles ſeroit
( 192 )
le coup le plus funeſte pour nous : elle eſt l'arfenal
de la marine dans les Indes Occidentales : c'eſt-là
ſeulement que l'on peut réparer nos vaiſſeaux déſemparés
, les pourvoir de proviſions & de munitions;
on la regarde comme la clef de toutes nos
Ifles; on croit que le fort de la Jamaïque eſt attaché
au fien .
Lors de la priſe du Comte d'Artois , commandé
par le Chevalier de Clonard , après un combat trèsopimâtre
à la portée du p'ſtolet , le Chevalier pafla
à bord du Bienfaisant pour remettre ſon épée au
Capitaine Macbride; înais celui- ci la lui rendit auflitôt
, & pour adoucir le chagrin que cet évènement
pouvoit avoir caufé à un jeune homme de 22 ans , il
lui dit : " Monfieur , la fortune de la guerre vous
>> a rendu mon prisonnier ; mais votre conduire
>> pendant l'action eſt telle que ſi jamais je me
>> trouve dans le même cas , mon ſeul defir eft d'être
>> conduit à Breſt avec tout l'honneur qui va vous
>> fuivre à Portsmouth «,
Le Capitaine M'Bride , dans la relation qu'il donne
de la priſe qu'il a faite de deux corſaires Hollandois ,
les traite fort cavalièrement , & les déſigne par cetre
expreſſion de mépris : ces gens ; mais c'eſt probablement
parce qu'ils ne ſont que corfaires. En effer ,
il a traité les Officiers comme des hommes , &
comme des hommes de Cour ; il leur a même fermis
de garder leurs épées , comme une récompenſe
de la valeur qu'ils avoient montrée pendant l'action.
Mais il est dans le caractère du Capitaine M'Bride
de marquer les plus grands égards aux braves gens,
Lorſqu'on a publié la proclamation du Jeûne
général, les vrais patriotes out formé le ſouhait que
ceux qui ont été les auteurs de notre détreſſe actuelle
fuſſent condamnés à jeûner juſqu'à ce qu'ils culent
ſuffisamment expié leur crime , & qu'ils fuflent ré
duits à l'état de vrais ſquelettes , ce qui cauferoit
unejoie générale d'ms tout le Royaume. Onparle
toujours de la prochaine retraite des Lords Germaine
*& Sandwich.
121
لاق
debe
4
t
S
1
=
Nota. Les volumes ſe vendent ſéparément , à
l'exception du premier , à raiſon de 12 livres. On
offre 11 liv. de tous les premiers Volumes qu'on
remettra.
Apologie de la Religion , par Bergier , 2 vol.
in-12. Prix, 5 liv. reliés.
La Sainte Bible , par Legros , 6 vol. in- 12 . Prix ,
و
liv. reliés.
Bibliothèque Eccléſiaſtique par forme d'Inſtruction
Dogmatique & Morale fur la Religion , par
M. l'Abbé Guyon , 8 vol . in - 12 . Prix , 16 liv.
reliés.
Catéchiſme Évangélique du P. Olivier , 3 vol .
in- 8 °. Prix , 12 liv. reliés.
par
Conférences pour ſervir à l'inſtruction du Peuple
fur les principaux ſujets de la Morale Chrétienne ,
le Père Joly, 9 vol, in- 12 . Prix , 18 liv. reliés .
Conférences fur les Mystères , du même , 3 vol.
in -12. ſéparés. Prix , 6 liv. reliés.
Devoirs Eccléſiaſtiques , par Sevoye , 4 vol. in-1 2.
Prix, 8 liv. reliés.
Dictionnaire des Cas de Conſcience , par Pontas ,
2 vol. in-4º . Prix , 16 liv. reliés.
Dictionnaire Eccléſiaſtique & Canonique , 2 vol.
in- 8°. Prix , 7 liv. reliés .
Entretiens Spirituels pour inſtruire , confoler &
exhorter les malades dans les différens états de leurs
maladies , par M. Pontas , 2 vol. in- 12 . Prix , 4 liv.
reliés.
Les Erreurs de Voltaire , 2 vol. in- 12 . Prix ,
4liv. reliés.
Effais d'Exhortation pour les malades , par Blanchard
, 2 vol. in-12. Prix, 4 liv. reliés .
Examen & Réſolution des principales difficulta
qui regardent l'Office Divin , par Collet , 1 vol.
in-12. Prix , 2 liv. to fols relié.
Examen & Réſolution des principales difficultés
qui ſe rencontrent dans la célébration des Saints
Mystères , par Collet , 3 vol. in- 12. Prix , 7 liv.
10 fols reliés.
Nota. Le Tome troiſième ſe vend ſéparément
cenx qui ont les deux premiers volumes. Prix ,
2liv. 10 fols relié.
Exhortations de Bourdaloue , 2 vol. in-8 . Prix ,
7 liv. reliés .
TABLE
Du Journal Politique.
Constantinople, 145 Cadix, 163
Pétersbourg , 146 Londres , 164
Copenhague 147 Versailles , 178
Vienne , 148 Paris , 179
Hambourg , 149 Bruxelles , 187
Livourne , 162
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France , à Paris chez PANCKOUČKE , Libraire ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le prix de
I'Abonnement est de 30 liv. pour Paris , & de 32 liv.
pour la Province.
MERCURED
DE FRANCE ,
( No. 5. )
SAMEDI 2 FÉVRIER 1782 .
Suite des Livres à l'usage des Ecclésiastiques ,
qui se trouvent à Paris , chez LAPORTE
Libraire , rue des Noyers.
EXHORT
XHORTATIONS pour le Baptême & les Fiançailles
, le Mariage & laBénédiction Nuptiale , par
Pontas , un Vol. in- 12 . Prix , 2 liv. relić.
Exhortations aux Malades en leur adminiſtrant
le Saint Viatique & l'Extrême- Onction , par Pontas ,
un Vol. in- 11. Prix , 2 liv. relié.
Homélies fur les Évangiles des Dimanches de
l'année , par Lambert , 7 Vol . in- 12 . Prix , 12 liv.
reliés.
Homélies ſur les Évangiles , par Thiebault ,
4 Volumes. in-8 °. Prix , 8 liv, reliés.
Inſtructions & Prières à l'uſage des Officiers de
maiſon , des Domestiques , &c . Ouvrage qui peut
ſervir aux Confefleurs , par Collet , un Vol. in- 4°.
Prix, 1 liv. 4 fols relié.
Manuel des Paſteurs , par Dinouard , 3 Vol . in-
12. Prix , 6 liv . reliés.
Le Modèle des Pasteurs , ou Précis de la Vie de
M. Sernin , Curé d'un Village dans le Diocèse de
T*** 1779. un Vol. in- 11 . Prix , 2 liv. relié.
La Religion vengée , ou Réfutation des Auteurs
impics , par une Société de Gens de Lettres , 10 Vol .
in- 12 . Prix , 18 liv. brochés.
La Religion Chrétienne autoriſée par le témoignage
des anciens Auteurs Payens , par le P. Colonia,
2Vol. in- 12 . Prix , 4 liv. reliés.
La Religion vengée de l'incrédulité , un Vol. in .
12. Prix , 2 liv. relié.
Sermous ſur les plus importantes Matières de la
Morale Chrétienne , à l'uſage de ceux qui s'appliquent
aux Miſſions , & de ceux qui travaillent dans
les Paroiſſes , par le P. le Jeune ( ou Loriot ) 7 Vol .
in- 12 . Prix , 12 liv. reliés.
Sermons de Boffuet , 4 Vol. in-48. Prix , 40 liv.
reliés.
Le même , en 9 Vol . in- 8 ° . Prix , 30 liv. reliés.
Sermons du Père Cheminais , 5 Vol. in- 12 . Prix
12 liv. 1c ſols reliés .
Sermons de Leboux , 2 Vol. in- 12. Prix , 4
reliés.
Sermons du P. Perrin , 3 Vol . in- 12 . Prix, 6 liv
reliés.
Sermons ſur les Épîtres , par le P. le Jeune , de
l'Oratoire , 3 Vol. in- 12 . Prix , 6 liv . reliés.
Sermons de Supervielle , 4 Vol. in- 8 ° . Prix ,
16 liv. reliés.
Sermons de Saint-Auguſtin ſur le Nouveau Teftament
, 4 Vol in-8°. Prix , 16 liv. reliés .
Sermons du Père Neuville l'aîné , 1779 , 2 Vol.
in- 12 . Prix , 4 liv. reliés.
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & lesArts; les Spectacles ,
les Causes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers , &c . &c.
SAMEDI 2 FÉVRIER 1782 .
A PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
Du mois de Janvier 1782.
PIÈCES FUGITIVES ,
Les Anours en marche vers
be Bercean du Danphin ,
La Neige, Conte ,
Vers àM. Def.....
3
7
49
Sur la Naissance de Mgr. le
Dauphin , 51
Pourmesure fous le Portrait de
Mde Bro,jes ,
Bouquet àSophie,
Le Nouvel An ,
12
68 Collection Académique ,
Réflexions Philosophiques fur
la Civilifetion , 76
NouveauxElémens de la Sciencede
lHomme , 84
Difcours prononcé dans l'Eglife.
Métropolitaine d'Auch,
108
Histoire des Hommes , 120
ibid Les Après- Soupers de la So-
97
ciété, 229
Du Caractère &de l'importan- De l'Influence des Affections
cedelHomme de Mer, 100
Vers pour être mis au bas
des Portraits du Roi & de
la Reine , 141
Noticefur la Vie& les Ou- Etrennes Lyriques Anacreonvrages
de M, Barbeau de la
Bruyère,
tiques,
de l'Ame dans les Maladies
Airde Colinette à la Cour 146
Nerveuses dcs Femmes, 132
Vie de M. le premier Préfident
de Lamoignon , premier
Extrait , 154
168
La Tribu, Comédie , 177
148
Enigmes & Logogryphes , IS ,
53, 105 , 153
SPECTACLES .
NOUVELLES LITTER.
Elémens de la Langue Fran-
Rêve de l'Obfervateur,
Les Deux Soirées , Conte qui
n'en est pas un ,
36
89
coife,
16 Honny ſoit quimalypense, 134
Epitre àun Anonyme , 22
Almanach Littéraire ,
Romans ,
SCIENCES ET ARTS .
Bil rothèque Universelle des propre à élever l'eau , 186
Dictionnaire de Jurisprudence Musique ,
25 Invention d'une Machine
31 Gravures, 42 , 140 , 188
45, 142 , 189
&des Arrêts , 33 Annonces Luteraires , 45 , 95 ,
Traduction des Odes d'Ho- 142, 191
race ,
541
A Paris , de l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Come , 1782 .
MERCURE
DE FRANCE .
SAMEDI 2 FÉVRIER 1782 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS.
Adreſſés à Mde ANGELICA KAUFMANN,
célèbre Peintre , lors de fon paſſage à
Thionville , en retournant d'Angleterre en
Italie.
J'AI
'AI vu ce qu'on voit rarement ,
Des Grâces fans coquetterie ,
De l'Eſprit ſans faux ornement ,
Du Savoir ſans pédanterie ;
J'ai reconnu le Sentiment
Qui parloit ſans afféterie
A l'oreille tout doucement ,
Mais au coeur avec énergie ;
Ail
4
MERCURE
J'ai vu dans un ſouris charmant
La perle au corail réunie :
Dans des yeux remplis d'agrément
J'ai vu tout le feu du génie ,
Et ce qu'ailleurs bien vainement
On chercheroit , je le parie ,
J'ai vu le plus rare talent
Embelli par la modeſtie.
Si mon plaiſir alors fut grand ,
Et fi j'en eus l'ame ravie ,
Ce fut le plaifir d'un moment :
Mes regrets feront pour la vie.
(ParM. Rebel.)
Mes Adieux au Château de la V.....
Romance.
AIR : Faut attendre avec patience.
LIEUX ! objet de ma triſteſſe ,
Jadis objet de mon dear ,
Que le temps coule avec viteſſe !
Que la peine eſt près du plaiſir !
Adicu : je touche au jour funeſte ,
Qui loin de vous porte mes pas ;
Je vous fo .... mais mon coeur vous reſte ;
Non, mon coeur ne me ſuivra pas,
DE FRANCE.
5
ADIEU , Nymphes intéreſſantes ,
Qui parez ces aimables lieux !
Les Grâces font moins séduifantes ;
J'en crois mon oreille & mes yeux .
L'une plaît ſans art & fans peine :
Son oeil bleu fait tout enchanter.
L'autre eſt encore une ſyrène
Quand elle a ceſſé de chanter.
Mais , que dire de leur cadette ,
A l'air , au maintien vif & doux ?
L'hommage eſt- il la ſeule dette
Que ſes yeux exigent de nous ?
Talens , vertu , grâce touchante ,
Quede charmes à regretter !
Heureux qui la voit , qui la chante !
Malheureux qui doit la quitter !
COMBIEN ſon heureuſe famille
Doit s'applaudir de ſon bonheur !
Les mères la voudroient pour fille ,
Les filles la voudroient pour ſoeur.
Moi , je ne ſerois pas ſon frère
Si mes voeux étoient accomplis ! ....
Je ſerois celui que ſa mère
Appellera du nom de fils!
A iij
6 MERCURE
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
duMercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt le Lys ; celui du
Logogryphe eſt Paupière , où se trouvent
papier , eau & Ere.
J'AI pris
ÉNIGM E.
une compagne , ah! c'eſt une merveille.
Douce , gentille , faite au tour ,
Et frétillante nuit & jour ,
En tout temps elle agit, & jamais ne ſommeille.
J'ai la clefde fon coeur & fuis ſes mouvemens;
Je la gouverne à mon caprice ;
Mais , par un retour de justice ,
Elle fixe ma marche & règle mes inftans.
J'en ſuis extafié , c'eſt un bijou de Reine;
Oui , ſon père est un Artiſan ;
Mais , certes , le fils d'un Traitant
Se feroit un plaifir de la mettre à ſa chaîne.
(ParM. P. D. St. C. Avocat au Parlement. )
LOGOGRYPΗ Ε.
Au naturel , au figuré ,
Dans mes huit pieds que de ſens je préſente
DE FRANCE. 7
Atout Amateur éclairé !
Contenant , contonu , ma forme eſt différente ,
Ainſi que la matière à qui je dois mon nom:
Tantôt errant & vagabond ,
L'on me voit à travers l'épaiſſeur des ténèbres ;
Tantôt dans un feſtin j'embellis un fallon ,
Moi qui brille aux pompes funèbres.
Dedeux frères connus * je précède les pas.
Mais ſi l'on met mon chefà bas ,
Je ne ſuis plus qu'un objet mépriſable
Dont l'humanité miférable ,
Durant l'apre ſaiſon , fait pourtant quelque cas.
En moi ſont réunis deux élémens contraires ;
J'enferme le reffort qui nous anime tous ;
L'on trouve encor chez moi le nom fi doux
De l'innocent Berger , cher à nos premiers pères ,
Qui , d'un frère inhumain, jaloux ,
Prèsdu Tygre éprouva les fureurs fanguinaires ;
Plus , un bon lot ; un ton de l'Arétin ;
Un vêtement facré tiffu du plus beau lin ;
Al'eſprit comme aux yeux ce qui toujours ſut plaires
Pour terminer enfin ce futile myſtère ,
J'offre à mes Lecteurs curieux
Un animal ſauvage; une arme meurtrière ;
Et cet individu , qu'à l'égal de ſes Dieux
LeTartare ignorant révère .
(Par M. l'Abbé Dourneau. )
* L'Amour & l'Hymen.
Aiv
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Fin de la Vie de M. le premier President
de Lamoignon.
PORORTTRRAAIITT de M. Puffort , fait parM. le
premier Préſident de Lamoignon ; ce portrait
ſemble n'être que celui de M. Colbert un
peu exagéré.
"C'étoit affſurément , dit M. le premiet
► Préſident , un homme de beaucoup d'inté-
>> grite & de capacité , mais ſi féroce , d'un
> naturel ſi peu fociable, ſi emporté dans
30
ود
ſes préventions , & fi éloigné de l'honnêteté
& de la déférence qu'on doit avoir
> dans une Compagnie , & d'ailleurs ſi pré-
> venu de ſon ſens & fi perfuadé qu'il n'y
>> avoit que lui ſeul qui eût bonne inten-
- tion , qu'il étoit toujours prêt à perdre
* le reſpect dû à la Compagnie ( la Chambrede
Juſtice)&à la place que j'y tenois. »
Il ſe diſtingua dans le procès de Fouquer ,
en opinant à mort avec une ardeur que
Mde de Sévigné qualifie d'emportement & de
rage.
Ce que M. le premier Préſident de Lamoignon
dit du caractère tranchant & impérieux
de MM. Colbert & Puffort , de leur
ignorance des formes , ou de leur peu d'égard
pour ces formes ſi ſouvent utiles , paroît
juſtifié par l'anecdote ſuivante :
DE FRANCE.
Le premier projet de M. Colbert étoit
que le travail de M. Puffort , ſur les Lois ,
fut fecret , & que l'Ordonnance de 1667 ,
qui en fut la ſuite, ſans avoir été communiquée
à aucune perſonne du Parlement ,
fût publiée par la ſeule autorité ſouveraine ,
c'est- à-dire , enregiſtrée dans un Lit de Juſtice.
M. de Lamoignon , averti de ce projet ,
&plein des grandes vûes de Légiflation & de
Jurisprudence qui ont produit le Livre des
Arrêtés , & qu'il avoit déjà plus d'une fois
communiquées à Louis XIV , alla trouver
cePrince; il lui propoſa d'une manière plus
preſſante , & comme un moyen d'illuſtrer
fon règne , cette idée de réformer la Juſtice
après les Finances ; il lui reparla du travail
qu'il avoit fait ſur cette matière , ſans paroître
inftruit de celui dont M. Puffort étoit
occupé. Le Roi lui dit : M. Colbert emploie
actuellement M. Puffort à ce travail ; voyez
M. Colbert, & concertez- vous ensemble. Appuyé
de cet ordre , M. de Lamoignon alla
s'expliquer avec M. Colbert , qui , ſurpris
de la confidence que le Roi avoit faite à M.
le premier Préſident , vit par-là ſes projets
deſpotiques entièrement déconcerrés. Ce fut
ainſi que s'entammèrent les conférences fur
l'Ordonnance de 1667 , conférences dont le
procès-verbal imprimé prouve affez combien
elles étoient néceſſaires, puiſque quantiré
d'articles de l'Ordonnance ont été réformés
ou modifiés en conféquence , M.
Colbert & M. Puffort ayant voulu profiter ,
Av
10 MERCURE
pour la correction de leur Ouvrage , de
l'obligation où ils ſe virent de le commaniquer.
Voici une autre anecdote qui mérite d'être
enfin connue. Le Parlement voulut s'elever
contre cet ouvrage. La cinquième Chambre
des Enquêtes ſe diftingua fur tout par fon
oppofition , & fe donna de grands mouve
mens pour faire entrer les autres Chambres
dans le même eſprit. La Cour fut inftruite
de ces mouvemens ; on croira peut - être
qu'elle engagea M. le premier Preſident à
les reprimer , au contraire : elle fentoit ſa
force alors , & vouloit ſe venger , par un
coup d'autorité , des affronts qu'elle avoit
éprouvés du temps de la Fronde ; il lui falloit
un prétexte ou une caufe , & ces mouvemens
fourniffoient l'un ou l'autre ; elle
defiroit que le Parlement ſe rendît coupable
à ſes yeux , pour avoir le droit de le punir
par la fuppreffion de cette cinquième Chambre
des Enquêtes . Les Miniftres , pleins de
ce projet , épuisèrent toute leur adreſſe &
toutes les reffources de l'intrigue pour empêcher
le premier Preſident d'oppoſer ſa
modération & fa prudence à la chaleur de
ſa compagnie. On avoit éprouvé fon défintéreſſement
en plus d'une occaſion ; on lui
avoit offert une riche Abbaye pour un de
ſes fils qui n'étoit pas encore en âge de faire
le choix d'un état. M. de Lamoignon avoit
craint que dans la fuite l'Abbaye ne tint lieu
de vocation , & il l'avoit refulée. On voulut
DE FRANCE. II
-
pourtant , dans cette occurrence , l'attaquer
encore du côté de la fortune : on abuſa du
beſoin qu'il avoit des grâces du Roi pour
l'établiſſement d'une famille nombreuſe , &
dudroit que ſes ſervices lui donnoient aux
récompenfes. Un Émiſſaire de M. de Colbert
vint , de la part de la Cour, offrir à M.
de Lamoignon une gratification de deux cens
mille livres , pourvu qu'il voulût laiſſer agir
le Parlement. M. de Lamoignon ne voulut
point être complice d'une Cour injufte , qui ,
lorſqu'on pouvoit prévenir les faures , aimoit
mieux les laiſſer commettre pour avoir
le plaiſir de les punir. Placé entre le Parlement
, qui couroit au-devant du piége fans
le voir , & la Cour , qui tendoit ce piege , il
refifta conflamment & à la Cour , au prix
des grâces qu'il en attendoit, & au Parlement
, au prix de la faveur populaire qu'il
perdit pour un temps , le Public trompé
l'ayant cru d'intelligence avec la Cour contre
la Compagnie. Fléchier paroit avoir
connu ce ſecrer d'État. Il y fait évidemment
allufion , lorſqu'il dit : " Que ne puis-je
>> vous faire voir , du moins en éloigne-
» ment , des eſpérances rejetées , quand
» elles ont pu l'engager à quelque baffe
>> complaiſance.... Des reproches foutenu s
conftamment , quand il a eu pour lui le
>> témoignage de fa confcience.... Sa propre
>> réputation factifiée au bien public ! Ici
ود
ود Meflieurs, mon filence le loue plus que
>> mes paroles : il eſt plus grand par les ac
Avj
12 MERCURE
>> tions que je ne dis pas , que par celles que
>> j'ai dites. La poſtérité les verra quand le
• temps , qui dévore tout , aura rongé les
» voiles qui les couvrent , & qu'il ne reſtera
>> plus d'intérêt que celui de la vérité. »
On accomplit aujourd'hui la prédiction
de Fléchier.
Le Miniftre des Finances l'avoit emporté
fur le Magiftrat dans une affaire de Légiflation
(l'Ordonnance de 1667 ;) le Magiſtrat à
fon tour l'emporta fur une affaire de Finances
dans l'occaſion qu'on va voir.
Lorſque Louis XIV s'engagea dans la
grande guerre de 1672 , il fallut de l'argent
pour la faire. M. de Louvois , qui la conſeilloit
, parce que , d'après les idées vulgaires ,
il la regardoit comme un moyen d'illuftrer
fon Ministère& le Règne de Louis XIV , &
parce que , d'après fes vues d'ambition, il
eſpéroit reprendre dans la guerre l'afcendant
queM. Colbert avoit dans la paix. M. de
Louvois craignoit que des impôts ne commençaſſent
par décrier la guerre , & defiroit
peut- être , un peu contre fon caractère ,
qu'on trouvât des moyens plus doux. M.
Colbert, à qui les deſſeins & les motifs de
M. de Louvois ne pouvoient échapper
n'étoit pas fâché de faire ce que craignoit
fon rival de crédit, & tenoit d'ailleurs à la
voie des impôts par des raiſons qu'il ne
diſoit pas. M. de Lamoignon , conſulté ſur
cette affaire pour le Parlement , felon l'uſage
de ce Règne , ne ſuivit que les mouvemens
,
DE FRANCE.
13
de ſon coeur; ennemi de toute contrainte ,&
favorable à tout ce qui portoit un caractère
de douceur & de liberté , il chercha des
moyens volontaires,& propofa la voie des
emprunts & des créations de rentes. Soit de
lui-même , ſoit à l'inſtigation de M. de Louvois
, M. Colbert s'y oppoſa ; mais obligé
de taire les véritables raiſons , qui n'euffent
pas été goûtées, il combattit avec déſavantage
, & il ſuccomba. Les paroles mémorables
qu'il dit à M. de Lamoignon en fortant
de la chambre du Roi, lui rendent peutêtre
tout l'avantage qu'il avoit perdu dans
le combat. " Vous triomphez , dit il avec
>> dépit , vous penſez avoir fait l'action
> d'un homme de bien ! Eh ! ne ſavois-je
>> pas auffi-bien que vous que le Roi trou-
>> veroit de l'argent à emprunter ; mais je
» me gardois avec ſoin de le dire. Voilà
ود donc la voie des emprunts ouverte :
>> quel moyen reſte-t- il deſormais d'arrêter
* le Roi dans ſes dépenſes ? Après les em-
>> prunts il faudra des impôts pour les
>> payer; & fi les emprunts n'ont point de
>> bornes , les impôts n'en auront pas davan-
» tage. »
Il faut voir dans l'Ouvrage même les réflexions
qui prouvent que les principes à cet
égard ont dû changer avec le temps , & que
M. Colbert peur avoir eu raiſon alors ,
ſans qu'on en puiſſe rien conclure pour le
temps préſent.
M. le Premier Préſident de Lamoignon
14 MERCURE
laiffa deux fils. M. le Président de Lamoignon
, tige des deux branches de la Maiſon
de Lamoignon actuellement exiſtantes , &
M. de Bâville , Intendant de Languedoc ,
tige d'une branche éteinte depuis quelques
années par la mort de M. de Montrevault.
Le Préſident de Lamoignon avoit été d'abord
Avocat Général ; il partageoit les foins
vigilans de ſon père pour le bien public; il
ſe ſignala fur-tout dans une occafion qui
fait époque dans notre Jurisprudence , je
veux dire l'abolition du Congrès. Le fils
provoqua par un plaidoyer éloquent l'Arrêt
que le père eut la fatisfaction de prenoncer.
On trouve ici un Supplément à l'Éloge
de M. le Préſident de Lamoignon , inferé
dans le Recueil de l'Acadéunie des Belles-
Lettres . Ce Supplément contient encore des
Anecdotes fort ignorées , dont la plupart
font tirées de la vie de M. le Préſident de
Lamoignon , écrite par M. le Chancelier
de Lamoignon ſon fils.
M. Talon ( Denis ) premier Avocat Général
(il n'y en avoit que deux alors ) avoit
une penfion de 6000 livres : on propoſa
d'en donner une ſemblable à M. de Lamoignon
, alors ſecond Avocat Général à la
place de M. Bignon ( Jérôme II ). On fut
enfuite fix mois ſans en parler. Le Roi s'en
fouvint de lui-même , & dit un jour à M.
de Lamoignon : Vous ne me parlez pas de
votre penfion . Sire , répondit M. de LamoiDE
FRANCE. 15
VOUS aors
e
des
gnon ,j'attends que je l'aye mérité
compte, répliquuaa le Roi ,je
arrerages. La penſion fut accordée ſur-lechamp
avec les intérêts , à compter du jour
où elle avoit d'abord été propofee.
Des perſonnes confiderables , dont le
nom n'a pas été connu de la famille , con.
fierent à M. de Lamoignon un dépőt important
de papiers. La Cour en fut inſtruite.
L'inquifition miniſtéri le s'éveilla , un Secrétaire
d'État ecrivit à M. de Lamoignon
que le Roi vouloit ſavoir ce que contenoit
le dépôt. M. de Lamoignon répondit : Je
n'ai point de dépôt , &fij'en avois un , l'honneur
exigeroit que ma reponſe fût la méme.
M. de Lamoignon mande à la Cour , parut
devant le Roi en la préſence du Secrétaire
d'Etat; il ſupplia le Roi de vouloir
bien l'entendre en particulier; il lui avoua
pour lors qu'il avoit un dépôt de papiers , &
l'affura qu'il ne s'en feroit jamais chargé ſi
ces papiers euffent contenu quelque choſe
de contraire à ſon ſervice & au bien de
l'Etat. " Votre Majesté , ajouta t- il , me refu-
"
ود
feroit ſon eſtime ſi j'étois capable d'en
dire davantage. Aufſi, dit le Roi , vous
>> voyez que je n'en demande pas davan-
>> tage. Je ſuis content. >> Le Secrétaire
d'État rentra dans ce moment , & dit au
Roi : " Sire , je ne doute pas que M. de
>> Lamoignon n'ait rendu compte à Votre
ود Majefté des papiers qui font entre fes
>> mains. Vous me raites-la, dit le Roi , une
!
16 MERCURE
ود
ود
belle propoſition d'obliger un homme
d'honneur de manquer à ſa parole. » Puis
ſe tournant vers M. de Lamoignon : " Mon-
>>> ſieur , dit - il , ne vous deſaiſiſſez de ces
>>papiers que ſuivant la loi qui vous a été
>> impoſée par le dépôt. »
L'hiſtoire du refus que M. de Lamoignon
fit d'une place à l'Académie Françoiſe eſt
rapportée ici d'après les papiers de la famille
; mais ces papiers fourniffent peu de
lumières ſur les motifs du refus , & il paroît
qu'il faut s'en tenir à cet égard au récit
de M. l'Abbé d'Olivet , dans l'Hiſtoire de
l'Académie Françoiſe , d'autant plus que M.
l'Abbé d'Olivet , Ecrivain exact , dit avoir
été inſtruit par M. le Cardinal de Rohan ,
qui eut la place deſtinée à M. le Préſident
de Lamoignon. Il paroît qu'en effet l'intention
de ceux qui mettoient M. de Lamoignon
ſur les rangs , étoit d'exclure l'Abbé de
Chaulieu ; mais qu'un Prince du Sang , protecteur
de l'Abbé de Chaulieu , engagea M.
de Lamoignon à refuſer. Suivant M. l'Abbé
d'Olivet, ce Prince étoit M. le Duc. Dans
la nouvelle vie de M. le Premier Préſident
de Lamoignon , il eſt dit que c'étoit M. le
Prince de Conti. M. Duclos parle de deux
Princes du Sang; il ne les nomme pas ; mais
l'un pouvoit être M. le Duc , l'autre M. le
Prince de Conti.
DE FRANCE. 17
1
ALMANACH DES MUSES , ou choix des
Pièces Fugitives de 1781. A Paris , chez
Delalain l'aîné , Libraire , rue S. Jacques ,
vis à- vis la rue du Plâtre.
De tous les Recueils Littéraites qui paroiffent
annuellement , celui - ci eſt ſans
doute le plus en butte à la critique. Il ne
faut en chercher la cauſe que dans le tresgrand
ſuccès qu'il a eu preſque dès ſa naiffance.
Il trouve plus de cenſeurs , parce
qu'il a plus de Lecteurs. C'eſt à ce grand
ſuccès auſſi qu'il doit la gloire ( car il y a
tant de genres de gloire !) d'avoir fait naitre
beaucoup d'autres Recueils annuels , tels que
les Etropes du Parnaffe , le Secrétaire du
Parnasse , l'Almanach Littéraire , les Etrennes
Lyriques , &c. &c. &c. L'Almanach des
Muſes, plus répandu que ſes enfans , dont
quelques-uns ont cependant proſpéré , a eu
d'autant plus de peine à échapper à de juſtes
critiques , qu'il étoit expoſé au plus grand
jour ; & il s'est fait plus d'ennemis , parce
qu'étant plus couru à cauſe de ſa grande publicité
, il a dû faire auſſi plus de mécontens.
Ce n'eſt pas que nous penſions que
tous les vers inférés dans ce Recueil aient
mérité d'y occuper une place ; mais peut on
ſe diffimuler qu'avec le plus ferme projet de
demeurer incorruptible, il eſt difficile d'échapper
à la féduction de l'amitié , des liaifons
,des noms même? Peut- on ſe diffimuler
I18 MERCURE
encore , bien qu'il n'y ait qu'un ſeul bon
goû:, que ce bon goût, dans les petites
chofes , telles que des poéſies fugitives , eſt
ſujet à des caprices de predilection ou d'ini
mitié , qui doivent mettre ſouvent les Lecteurs
& le Rédacteur en contradiction ?
D'ailleurs , ( & ce n'eſt pas là le plus foible
argument en faveur de l'Almanach des
Muſes ) l'Auteur de cette Collection s'eft
impoſé la tâche d'un Volume ; & bon an ,
mal an , il doit nous donner les fruits poétiques
de l'année, fans avoir à répondre ni de
la négligence des cultivateurs ni de l'inclé
mence des ſaiſons.
Il faut convenir auſſi que depuis quelques
années , la mort nous a enlevé des talens qui
forniest la principale richeffe
Almanach
des Muſes ; mais ils ont laiſtede jeunes
héritiers qui courent affez gaîment à la fucceffion
; & la liſte nombreuſe des noms qui
ſe trouvent infcrirs cette année dans ce calendrier
poétique , doit faire eſpérer au Rédacteur
que fur tant de jeunes candidats il s'en
trouvera bientôt quelques- uns qui pourront
aider à réparer ſes pertes.
Nous regrettons qu'il n'insère pas un plus
grand nombre de morceaux de grande
poéfie. Outre qu'il en réſulteroit plus de
variété pour ſes Lecteurs , ſon Recueil offri
roit encore le tableau annuel des progrès ou
du déclin des Muſes Françoifes ; au lieu qu'il
roule ſouvent dans un cercle affez étroit
d'idées galantes , ou dans le ſentier mono
DE FRANCE.
19
tone du perfifflage. Quoi qu'il en ſoit , nous
avons lû dans le Recueil de cette année
nombre de Pièces qui feront plaifir aux
Amateurs de la Poéſie. Nous y avons regretté
cette franchiſe , cet heureux abandon qui
caractériſe les Poéſies du ſiècle dernier; mais
nous y avons trouvé cette facilité ingénieuſe
, qui eſt le partage des Poëtes modernes.
L'un des genres qui a peut- être le plus
dégénéré de nos jours , c'eſt celui de la chanfon.
Les efforts de l'eſprit , qui ont fuccédé
aux grâces du ſentiment, lui ont fait perdre
de ſa gaîté & de ſa négligence voluptueuſe.
Néanmoins , comme il eſt difficile de faire
des vers fans ſe permettre quelques couplets
dans la Société, il sen fait toujours quelques
uns qui nous confolent un moment de la
perte de nos anciens Chanfonniers. Parmi
les chanfons inferées dans ce Volume
nous avons diftingué la Soixantaine
rappelle l'ancienne gaîté bachique ; les
Amourettes , de M. Berquin ; des Couplets
ingénieux de M. de Murville , & cette charmante
Chanſon anonyme , J'ai vu Life hier
aufoir , que nous ne citerons point , parce
qu'elle est trop connue. Nous nous contenterons
de tranfcrire ici les Couplets de M.
Berquin , qui ont de la gaité & de la gentilleffe.
qui
20 MERCURE
LES AMOURETTES.
Air de M. Albanèze.
VIVENT les fillettes ,
Mais pour un ſeul jour !
J'ai des amourettes
Et n'ai point d'amour .
HIER, pour Céphiſe
Je quittai Doris :
Aujourd'ui c'eſt Life ,
A demain , Cloris .
Vivent les fillettes , &c.
J'AIME fort ma Belle ,
Lorſqu'il m'en souvient ;
Je lui fuis fidèle
Quand lon tour revient.
Vivent les fillettes , &c.
On entre au bocage ,
Le plaiſir vous ſuit.
On rentre au village....
Eh bien ! tout eſt dit.
Vivent les fillettes ,
Mais pour un ſeul jour !
J'ai des amourettes
Et n'ai point d'amow.
Nous aurions pu citet auſſi dans un genre
DE FRANCE. 21
tout différent, une Romance d'une fimplicité
intéreſſante , par Mde la Comteſſe de B ....
mais nous ſommes forcés de nous reſtreindre
&de nous borner à citer des noms avec éloge.
Nous avons vu avec plaiſir , dans ce Recueil,
MM. de Fontanes, leChevalier de B... , Favart,
Lemierre , Collé , Rochon de Chabannes, de
Sauvigny, de la Louptière, Blin de Sainmore,
Selis , &c . des vers d'une aimable facilité ,
par Mde de Bourdic ; trois Pièces qui ſoutiennent
la réputation de M. Berenger ; pluſieurs
Morceaux ingénieux & piquans de
M. Diderot ; quelques Poéſies de M. François
de Neufchâteau , dignes de celles dont
il a déjà enrichi cette Collection ; un Récit
agréablement rajeuni des amours de Diane
& d'Endimion , parM. de la Dixmerie ; une
Imitation d'une Églogue de Virgile , qui confirme
l'opinion que M. le Chevalier de Langeac
avoit donnée de ſon talent ; une Pièce
qui fait également honneur à l'eſprit & au
coeur de M. Marſollier ; une jolie Épitre de
M. le Chevalier de Bertin , & une autre
piquante & originale ſur le Vaudeville , par
M.de Piis . 、
Peut-être quelques-uns de nos Lecteurs
font déjà curieux de ſavoir comment nous
traiterons quelques Pièces qu'on a inférées
de nous dans ce Volume ; mais nous n'en
parlerons que pour demander la permiffion
de n'en rien dire. Sans prétendre à la gloire
un peu faſtueuſe de nous condamner nousmêmes
, nous nous bornerons au plaifir de
22 MERCURE
nous récuſer pour Juge. Si , en nous chargeant
de cet Extrait , nous avons renoncé à
l'eſpoir de quelques louanges qu'auroit pu
nous accorder un collaborateur indulgent ,
nous eſquivons aufli par- là les juſtes reproches
qu'une ſaine critique lui auroit dictés.
Ce n'eſt pas là ce qu'on appelle un marché
de dupe , & notre amour-propre eſt aſſez
content du gain qu'il a fait , pour n'y avoir
aucun regret.
M. de Choiſy , l'un de nos jeunes Poëtes
qui ſe diftinguent dans la Poéſie galante , a
contribué cette année par pluſieurs Pièces
pleines de grâce & d'eſprit. On a loué furtout
des Vers à une Demoiselle qui avoit
demandé à l'Auteur ſon épitaphe. En mêlant
nos éloges à ceux qu'on a donnés à cette
Pièce nous nous permettrons une obfervation
critique ſur les deux vers qui la terminent.
Voici comment elle finit.
,
Crois-tu , dit- il , qu'à fon aurore
Chloé, plus brillante que Flore ,
Ait rendu le dernier ſoupir ?
Le premier même eſt à venir ;
Mon ami , je l'attends encore.
N'est-ce pas là ce qu'on appelle une penſée
fauffe ? Affurément à l'âge qu'on ſuppoſe à
cette Demoiselle , on a dejà pouſſe plus d'un
foupir ; on ne peut donc pas dire que le
premier foupir eft encore à venir. On ſent
bien que l'Auteur entend un ſoupir amouDE
FRANCE.
23
reux; mais alors ce foupir-là ne peut avoir
aucune analogie avec le dernier foupir , qui
préſente un tout autre ſens. Cette idée n'eſt
donc qu'éblouiſſante & manque de vérité.
L'intérêt qu'inſpire le talent de M. deChoiſy
nous a dicté cette obſervation; il en ſera
l'excuſe tout-à-la- fois.
L'un de nos Poëtes accoutumés à réunir
le plus de fuffrages , c'eſt M. le Chevalier
de Parny. Au lieu de rappeler ici la grace ,
la molleſſe , la vérité de ſon ſtyle , nous
allons citer une de ſes Pièces , qui le louera
beaucoup mieux que tous nos éloges. Nous
aurions mieux aimé rapporter ſes charmantes
Stances , intitulées : Confeſſion d'Aglaé ;
mais elles ont trop d'étendue pour le peu
d'eſpace qui nous reſte.
A M. DE FONT NES.
JEUNE favori d'Apollon ,
Vous vous reſſouvenez , peut- être ,
Qu'autrefois au ſacré vallon
Le même jour nous vit paroître.
Vous preniez un chemin pénible & dangereux.
Je n'oſai m'engager dans cet étroit paffage ;
Je vous ſouhaitai bon voyage ,
Et le voyage fut heureux.
Pour moi , prêt à choisir une route nouvelle ,
Sous des boſquets de fleurs j'apperçus Érato :
Je la trouvai jolie; elle fut peu cruelle :
Tandis que vous montiez ſur le double coreau ,
24 MERCURE
Jeperdoismon temps avec elle.
Votre choix eft meilleur; vos hommages naiſſans
Ont déja pour objet la Maſe de la gloire ;
Etdans le Livre de mémoire,
Samain noteratous vos chants.
Ademoindres ſuccès mes vers doivent prétendre
Les belles quelquefois les lironten ſecret ;
Etl'amante ſenſible,à fon amant difcret ,
Indiquera du doigtle morceau leplus tendre.
M. Carbon de Flins nous paroît avoir
pris aufli , pour nous fervirdes expreſſions
de M. de Parny , un chemin pénible & dangereux;
il s'eſt conſacré à lagrande Poésie ,
&des ſuccès ont déjà payé ſes premiers
efforts. Il vient d'obtenir de l'Académie
Françoiſe une mention honorable qui nous
paroitméritée. Son ſtyle , quelquefois trop
ambitieux , a de la rondeur, de la nobleſſe,
de l'harmonie , & l'expreſſion poëtique.
Nous avons moins de bien à dire de fon
Épitre à M. le Chevalier de .... , le ton
nous en a paru un peu grimacé. Dans quelques
années , M. Carbon de Flins ne voudra
plus que ſa maîtreſſe ſoit Catin , fût - ce
même comme une honnêtefemme ; dans quelques
années il ne comprendra plus cette expreffion
qu'il croit entendre aujourd'hui ,
puiſqu'il l'écrit : Catin comme une honnête
femme; & il ne ſe-croira pas obligé de calomnier
ſes moeurs en l'honneur de ce qu'on
appelle le bon ton.
Nous
DE FRANCE, 25
Nous avons trouvé dans cette même Épitre
deux vers que M. de Flins croit fans doute
avoir faits , & qu'il ne doit qu'à ſa mémoire.
Il dit , en parlant de ces Dames qu'on acquiert
avec de riches écrins , & qu'on garde
pour mille écus par quartier :
Et vont toujours à leurs affaires
Lorſqu'elles volent dans vos bras.
Nous avions dit nous-mêmes ſur le même
fujet , dans une autre Épitre inférée aufli
dans l'Almanach des Muſes ,
Elle volera dans tes bras ,
Comme l'on court à ſes affaires.
Nous n'aurions pas été tentés de dénoncer
certe réminiſcence évidente , fi l'occaſion ne
s'en étoit trouvée ſous notre main fans la
chercher. Nous en avons même déjà trop
dit; & quand on regarderoit , de la part de
M. de Flins , comme un véritable projet
ce qui n'eſt qu'un tort de ſa memoine , il y
auroit peut- être encoremoins de mal à avoir
pris ces deux vers-là , qu'il n'y auroit de ri
dicule à les réclamer.
Nous préférons de beaucoupà cette építre
très- légère une Élégie que M. de Flins
adreſſe à M. de Fontanes *. Quoi qu'on puiffe
* M. de Flins deſire que nous relevions ici
quelques fautes graves qui font échappées à l'Imprimeur
dans cette Élégie : Où jusqu'au fond de
N°. 5 , 2 Février 1782 . B
26 MERCURE
reprocher à cette Pièce un peu de longueur
& de la négligence dans quelques détails ,
comme ce ton-là a bien plus de vérité & de
naturel !
Parmi les noms qui paroiſſent pour la première
fois dans cet Almanach , on diſtinguera
M. de Bonneville , Auteur d'un Dialogue
plein de vérité , & ſemé de détails intéreffans
; & M. Collin , qui a fourni à ce Recueil
pluſieurs morceaux d'une gaîté originale
& piquante. Ce Volume renferme auffi
quelques Poéfies anonymes , parmi lefquelles
on remarquera une Chanſon ſur la
Naiſſance du Dauphin , qui avoit paru dans
ce Journal; des vers à Mde ..... qui s'étoit
chargée de faire le Portrait de l'Auteur ; un
Madrigal à Miſtraff B.... & des détails heureuxdans
les Adieux de l'Arbre de Cracovie.
On y trouve auſſi trois Pièces poſthumes ,
l'une de Bernard , aſſez médiocre ; une autre
de feu M. Dorat , plus piquante , & que
nous citerions ſi le même Recueil ne nous
en offroit une autre de Voltaire qui n'avoit
pas encore été imprimée , & qu'il a faite à
l'âge de quatre-vingt- cinq ans , pendant fon
Sejour àParis.
l'Ode , élevant fon délire , liſez : oùjusqu'au ton de
l'Ode. Il chantoit Lalagéſur un char amolli , lifez:
fur un luth amolli. D'intéreſſans Auteurs ont animé
l'Idille , lifez : d'intéreſſans Acteurs . Que du cotean
d'Ay lejus riant m'inspire, liſez: que des coteaux
Ay.
DEFRANCE.
27
Au ROI DE PRUSSE.
ÉPICTÈTE , au bord du tombeau ,
Areçu ces préſens des mains de Marc-Aurèle.
: Il a dit: mon fort eſt trop beau ;
J'aurai vécu pour lui , je lui mourrai fidèle.
Nous avons cultivé tous deux les mêmes Arts
Et la même Philoſophie ,
Moi Sujet, lui Monarque & favori de Mars,
Et parfois tous les deux objets d'un peu d'envie.
11 rendit plus d'un Roi de ſes exploits jaloux :
Moi , je fus harcelé des gredins du Parnaſſe.
Il eut des ennemis , il les ditſipa tous ,
Et la troupe des miens dans la fange croaffc.
Les Cagots m'ont perſécuté:
LesCagots à fes pieds frémiffoient en filence.
Lui ſur le Trône aſſis, moi dans l'obſcurité
Nous prêchâmes la tolérance.
零
Nous adorions tous deux le Dieu de l'Univers ;
* Car il en eſt un , quoi qu'on diſe;
Mais nous n'eûmes pas la ſottiſe
De le déshonorer par des cultes pervers.
Nous irons tous les deux dans la céleſte ſphère;
Lui , fort tard; moi, bientôt. Ilobtiendra , je croi ,
Untrône auprès d'Achille , &même auprèsd'Homère ;
Et je vais demander un tabouret pour moi.
Ces vers font bien évidemment de Voltaire,
& ils nous paroiſſent dignes de fon
meilleur temps.
:
(
Bij
28
MERCURE
Ce Volume eſt terminé, comme à l'ordinaire
, par une Notice de tous les Ouvrages
de Poefie qui ont paru dans Pannée. Cette
Notice, qui ne peut manquer de choquer
bien des gens , eſt faite avec précision , &
ſouvent même avec gaire; mais il eſt dangereux
de juger en fi peu de mots, parce qu'il
eſt également difficile de fatisfaire ainſi ſes
Lecteurs , & de convaincre l'Auteur intéreffe.
Nous autres courtiſans desMuſes,nous
avons de la peine à voir juger en deux lignes
ce qui nous a coûté des années de travail.
Au reſte , fi le Rédacteur de l'Almanach des
Muſes s'expoſe à donner priſe à la critique
par cette Notice quelquefois trop légère , il
prouve tous les jours par de plus imporrantes
analyſes, que la Nature l'a doué d'aſſez
d'eſprit & de raiſon pour exercer les fonc
tions de Juge & d'Ecrivain .
(Cet Article est de M. Imbert. )
INSTRUCTION fur les Bois de Marine,
contenant des détails relatifs à la Physique
& àl'analyje du Chêne, & en ce qui concerne
l'économie & l'amélioration du Bois en
général. AParis, chez la Veuve Duchefne ,
Jombert, fils aîné', & Cloufier , Libraires .
Illi robur & as triplex
Circa pectus erat , quifragilem truci
Commifit pelago ratem
Primus....
It commença ànaviguer fur des radeaux
4
DE FRANCE. 29
faits avec des poutres jointes enſemble , &
couvertes de planches , que des animaux
traînoient le long des rivages ; il imagina
enfuite des radeaux fans bois ni planches ,
formés avec des veſſies enflées , des outres ,
des ballons & des peaux couſues & remplies
d'air. Annibal fit paſſer ſon armée ſur des
outres , & Alexandre le fleuve d'Oxus & le
Tanais. Ceux d'ofier couverts de peaux de
boeuf furent long- temps en uſage parmi les
habitans de la Grande-Bretagne. Ifaïe parle
de certains Ambaſſadeurs qui bravoient les
flots avec des barques de joncs. Les Egyptiens
en firent de papier, eſpèce de roſeau
qui vient ſur les bords du Nil. Juvenal dit
que, pour leur donner plus de ſolidité,onles
couvrit de terre cuite , ce qui fit imaginer à
un Marin d'en faire de tronc d'arbre. Lorfque
Grijavala entra dans la rivière de Tabafco,
les Indiens vinrent le trouver dans
des canots d'un ſeul arbre , qui contenoient
vingthommes, Pline dit que les.Pirates d'Allemagne
s'en fervoient , & qu'on en a vu ſur
la mer Rouge faits d'une écaille de tortue
qui couvroit une maiſon entière. Les Sauvages
de la Terre de Feu en conſtruiſent
d'ecorce d'arbre qui font portatifs ; ceux du
Detroit de David font en forme de navette.
Ainsi l'Architecture Navale , depuis fon
origine , qui ſe perd dans la nuit des temps , a
ellayé toutes foites de moyens pourdompter
l'élément le plus terrible ; elle a fur tout employé
des bois de toute eſpèce pour la conf
Biv
30
MERCURE
truction de ſes bâtimens.Vitruve préféroit le
cyprès , parce qu'il duroit plus long temps.
Le Nautica Pinus de Virgile prouve en
faveur du pin. Les Phéniciens ſe ſervoient
du cèdre. Apollonius nous apprend que la
quille du navire d'Argos étoit de hêtre tiré
de la forêt Dodonienne. Théophrafte dit
qu'on faifoit les côtés du vaiſſeau avec de
l'épine noire ; & fi nous en croyons l'hiſtoire
, le navire de l'Empereur Trajan , qui
étoit de pin &de cyprès , reſta treize cent
ans ſous l'eau au lac de Momorance ſans ſe
gâter.
Cependant, de tous les bois le chêne eſt le
plus néceſſaire. Le premier parmi les arbres
, il eft le plus beau de tous les végé
taux. Les Grecs & les Romains l'avoient
conſacré à Jupiter , & les Druïdes lui procurèrent
les hommages de nos pères. Harlay
rapporte que dans le Comte d'Oxfort ,
en Angleterre, un chêne dont le tronc
avoit cinq pieds quarrés & quarante pieds
de longueur , ayant été débité produifit
vingt tonnes de matières, & que ſes branches
rendirent vingt- cinq cordes de bois à
brûler. Il paroît que c'eſt le même que
Plot a cité dans ſon Hiſtoire Naturelle, dont
les branches avoient cinquante quatre piedsde
longueur meſurées depuis le tronc, fous
lequel trois cent quatre cavaliers ou quatre
mille trois cent ſoixante- quatorze piétons
pouvoient ſe mettre à l'ombre.
* Le chêne qui fut employé à la conſtrueDE
FRANCE. 31
tion du vaiſſeau le Royal - d'Orveling de
Charles Premier , Roi d'Angleterre , a fourni
quatre poutres ou baux de quarante- quatre
pieds de longueur , ſur quatre pieds cinq
pouces d'équarriffage.
Mais ſi cet arbre eſt d'une grande refſource
pour la Marine , il n'eſt pas moins
propre à enrichir le Citoyen qui en couvre
ſes terres ; & comme les exemples ſont plus
frappans que les démonſtrations , nous nous
contenterons de citer des faits rapportés par
M. Duhamel , qui ſont capables d'encourager.
Un Armateur de Saint - Malo a fait
conſtruire des vaiſſeaux marchands avec
un bois que ſon père avoit planté. Un
bois de chêne ſemé en 1749 dans un bon
terrein de ſable gras , qui n'avoit point été
cultivé , avoit , en 1766 , quatorze pieds de
haut & neuf pouces de tour. Un autre ,
dans un patcil terrein cultivé , s'eſt élevé de
vingt-cinq pieds ſur quatorze pouces de
gros . M. le Maréchal de Belle- Ifle , à Bify ,
a fait deux & trois coupes des bois qu'il
avoit plantés ; il a augmenté ſon revenu de
25000 livres. M. Trudaine , Conſeiller d'Ftat
, a doublé le produit de ſa Terre de
Montigny pour avoir fait mettre en bois
toutes les terres qui rapportoient peu. Dans
la forêt de Fontainebleau , deux cent cinquante
arpens repeuplés en 1735 , étoient
garnis, en 1760, d'un taillis de chêne de vingtcinq
pieds de haut , qui rendoit huit cordes
de chauffage par arpent.
Biv
32
MERCURE
Le hêtre est encore très utile à la Ma
rine Royale. On a décidé qu'on pouvoit
s'en fervir pour les quilles & les bordages
dans les fonds de la partie extérieure la
plus fubmergée. Le ſeul défaut de ce bois
eſtd'être très-corrofif, & de détruire promptement
les chevilles de fer & les clous qui
fervent à liet la maſſe du vaiſſeau; mais on
a trouvé le moyen de diminuer cet effet en
faiſant rougir juſqu'à un certain degré les
fers , & en les précipitant dans de l'huile de
lin. Le chêne eſt auſli très-néceffaire pour
faire des marteaux de forge , & on doit
juger de fa force & de fa reſiſtance par cet
emploi. Un marteau de forge, qui eſt mis en
mouvement par un grand courant d'eau ,
pèſe au moins un millier; le manche , qui
a neuf pouces d'équarriſſage , reçoit nonfeulement
l'effort du coup de marteau ,
mais encore le contre- coup d'une autre
pièce de bois de hêtre de huit pouces de
gros : le bois de chêne le plus fort ne peut
fervir pour cet uſage, parce qu'il ſe torrille
& fe briſe en petits éclats dans la tête
du marteau.
Pourquoi le cèdre n'est-il pas plus commun
en France ? On en fait de belles charpentes
qui font preſque incorruptibles. Lors
de la découverte de l'Amérique , les Eſpagnols
l'employèrent à l'Architecture Navale.
Pline, finous nous en rappelons bien ,
dit qu'il a vu un mât de cent trente pieds
de long, fur plus de cinq pieds de diamètre.
DE FRANCE .
33
Il eſt fâcheux qu'on n'ait pas cultivé cet
arbre de préférence lorſque la fureur des
peupliers d'Italie s'eſt manifeſtee. C'eſt avec
raifon qu'on reproche aux Européens d'avoir
négligé de planter un bois qui auroit fait
l'ornement des forêts , des parcs , & qui
peut donner du produit en peu de temps. H
croît fur les plus hautes montagnes , & avec
la plus grande facilité, aufli bien que dans
les endroits bas & marécageux.
Mais pourquoi nous amuſons- nous à parcourir
les differentes claſſes d'arbres qui font
l'objet & l'eſpoir de la Marine ? Ce n'eſt
que ſous les yeux de M. Tellés qu'il eſt permis
d'examiner ces importantes productions,
leurs qualités & leurs défauts, les terreins ,
les expofitions & les climats qui leur font
propres, la manière la plus sûre & la moins
diſpendieuſe de les conſerver; enfin tout ce
qui concerne le choix & le débit. Ce grand.
Maître des Eaux & Forêts qui , par une
étude de vingt- ſept ans, a prouvé ſon amour
pour ſes devoirs & pour la patrie , & a en
core la modeftie de dire docete me & ego
tacebo; ce bon Citoyen , qui n'a d'autre but
que de rendre à la Marine les ſecours de
l'Etranger inutiles , nous prouvera qu'avec
une bonne économie il y a de grandes reffources
en France , & que c'eſt à tort que
M. de Réaumur a cherché à répandre l'alarme
fur l'étatdes bois. Il eſt donc vrai que nous
pourrons toujours, à l'ombre des lys , dans
des citadelles flottantes ,braver les Teopards ,
Bv
34
MERCURE
&que la France peut déjà dire de ce Peuple,
fi fier d'être ſon rival :
Iſtetulitpundumjam nune certaminis hujus,
Quod cum victus erit , mecum certaffeferetur.
PROVERBES Dramatiques , par M. de
Carmontel , Tomes VII & VIII , in- 8 .
A Paris , chez Eſprit , Libraire , au Palais
Royal.
LES premiers Volumes de cet Ouvrage
ont en le ſuccès le plus flatteur pour M. de
Carmontel. On trouvera le même intérêt
dans ceux qu'il vientde publier: nous nous
bornerons à donner une Notice du ſujet de
chacun de ces nouveaux Proverbes , & de la
Moralité que renferment la plupart d'entreeux.
Le ſeptième Tome contient dix Drames ,
& le huitième onze.
Le premier a pour titre : Les Filoux.
C'eſt un Proverbe de quatre Acteurs. Un
fat y eſt la dupe de fon amour.
29. La Diette, Comédie de ſept Acteurs.
Un homme , réduit à une diette trop auftère
, eſt devenu fou. Sa Gouvernante & un
Valet le font revenir dans ſon bon ſens par
un moyen très-comique.
3°. Les deux Auteurs, Prologue en
versde celui qui fuit.
4°. Ulzette & Zaskni , eſpèce de Tragédie
en cinq Actes de quatre cent vers au
plus. On y fuit toutes les Seènes d'Anette
DE FRANCE.
35
:
& Lubin ; c'eſt une plaifanterie qui eſt le
contraire d'une parodie. Il y a quatre Acteurs
, dont une femme & pluſieurs Acteurs
muets.
5º . Dame Jeanne , Proverbe de cinq
Acteurs , où règne une mépriſe continuelle
d'une bouteille appelée Dame Jeanne , que
des Ecoliers font entrer remplie de vin furtivement
dans un Collège , & que les Supérieurs
prennent pour une femme.
6°. L'Aveugle avare, Proverbe de trois
Acteurs. L'Aveugle eſt attrapé d'une manière
fingulière. On peut faire jouer le rôle
de la femme par unhomme.
7°. Le Chanoine de Reims , Proverbe de
cinq Acteurs. C'eſt un Chanoine bavard
qui ne parle que d'un diner pour en venir
àune choſe qu'il ignore entièrement.
8°. Le fot Héritier, Comédie de cinq
Acteurs , où il n'y a qu'une femme. L'Héritier
eſt berné par fon rival.
9°. Le Fripon orgueilleux , Comédie de
fix Acteurs. Le Fripon eſt confondu par la
ſagacité d'un Miniftre.
10°. Les Voyageurs, Proverbe de ſept
Acteurs. Un Fripon eſt enfin découvert &
puni.
11. Les Ennuis de la Campagne , Proverbe
de huit Acteurs. C'est une critique
des Acteurs de Proverbe ; il fert de Prologue
à la Pièce ſuivante.
12º . Criardus & Scandée, eſpèce de Tragédie
burleſque de quatre Acteurs qui font
Bvj
36 MERCURE
tous eſtropies ; c'eſt ce qui en fait le comique.
1. Le Mal- entendu , Proverbe de ſept
Acteurs , dont trois femmes & une jeune
fille. Un mot pris pour un autre en produit
tout le comique. La Scène eſt dans un
Couvent de femmes.
14°. La Queue du Chien , Comédie de
fix Acteurs. Deux mauvais plaifans ſe font
des tours qui tournent au profit d'un jeune
payfan &d'une jeune payſanne amoureux
l'un de l'autre.
15°. Le ben Seigneur, petite Comédie
de fix Acteurs. Un Procureur Fifcal eſt la
dupe d'une tromperie qu'il vouloit faire ;
elle tourne à l'avantage de ſon rival.
16° . L'Uniforme de Campagne , Comé
die de huit Acteurs. C'eſt un nigaud avare
berné & renvoyé.
17°. Le Perfifleur, Comédie de quatre
Acteurs. Le Perfitfleur est déconcerté par une
feinme qui a l'habitude de rire toujours en
parlant de quelque choſe que ce ſoit.
13°. Les Vorfins & les Voisines, Proverbe
de onze Acteurs. Ce font des Habi
tans dir Fauxbourg Saint Laurent à Paris..
L'un d'eux veut fe donner des airs, & tous
fes projets font renverfes.
19. Arlequin chien enragé, Comédie
de quatte Acteurs. Cette Pièce eft dans le
goût des Comédies Italiennes qu'on ne joue
plus.
20. Les deux Braconniers , Proverbe
DE FRANCE.
37
de trois Acteurs. Un Garde veut arrêter
deux Braconniers qui ſont plus fios que
lui , & qu'il eſt obligé d'abandonner.
21. Les deux Comédiens , Proverbe de
fix Acteurs . Deux Comédiens de Province ,
en habits de theatre , ſe donnent pour ce
qu'ils ne ſont pas , & celui qui eſt le mieux
mis en eft la dupe.
La plupart de ces Pièces nous ont paru
fort agréables ; mais nous penſons que l'Auteur
a tort de croire qu'on peut les jouer
de tête. En les jouant ainsi, l'on perd tout
le mérite du Dialogue. Chaque Perſonnage
étant écrit felon ſon caractère , foit
noble, bourgeois en bas comique , il eſt
preſque impoffible de le bien rendre en
jouant de tête; car ceux qui ont le plus de
facilité à parler s'éloignent trop fouvent de
leurs rôles, & déroutent ceux qui font en
ſcène avec eux. Il faut lire ces Proverbes
pour juger de leur variété& du plaiſir qu'ils
peuvent faire à la repréſentation.
MERCURE
VARIÉTÉS.
RÉFLEXIONSfur l'état actuelde la Muſique
Dramatique en France, par M. Lafont
du Cujala.
LE'S
E's progrès rapides & preſque inconcevables que -
la Mufique Dramatique afaits en France depuis un
petit nombre d'années ; la fermentation que les
derniers chef-d'oeuvres ont causée chez un peuple
devenu plus éclairé ſur ſes propres plaiſirs ; le génie
enfin appelé dedivers paysà la fois pour orner notre
Scène Lyrique des productions les plus fublimes ;
tout ſemble annoncer à la Nation l'inſtant où elle
vaégaler en ce genre les Nations les plus célèbres.
Cependant, au milieu de ſi brillans ſuccès, deux partis
balancent les fuffrages , & le Public diviſé n'a pu ſe
réunir pour faire un choix.
Pluſieurs cauſes ont dû contribuer à nous laiſſer
dans cette incertitude. La différence des deux genres
qui partagent encore aujourd'hui les Amateurs de
bonne-foi ; l'expreffion & les beautés dont l'un &
l'autre font une ſource également féconde ; la renommée
& le génie des illuſtres rivaux qui ſe diſpurent à
l'envi nos hommages & notre admiration ; les in
trigues inême de la cabale & de l'envie: voila ſans
doute des motifs qui ont pu ſuſpendre le jugement
du Public, & laiffer la victoire fi long-temps incertaine.
Mais ne peut-on pas ſoupçonner encore une
cauſe bien plus puiſſante ? Sera-t'il permis à un Amateur
impartial de chercher à la découvrir , d'ofer
interrrooggeerr laNature elle-même, & d'adreſſer quelques
réflexions à ceux qui , véritablement zélés pour
la perfection de l'Art , ne ſont déterminés dans leurs
jugemens par aucune impulfion étrangère ?
DE
39
FRANCE.
Onadit depuis long-temps qu'il y avoit une mufique
convenable à chaque langue & à chaque Nation.
Je pense qu'on devoit chercher dans le climat
l'origine d'une telle diverſité dans les convenances :
-en effet, puiſque le climat a une influence i puiffante&
fur la formation de la langue & fur les
mooeurs des divers habitans du Globe , il eſt ſaus
doute la cauſe primitive qui doit déterminer le genre
de muſique le plus propre à chaque région & à
chaque idiôme. Il ſuffit de développer ce principe
pour en conſtater l'évidence.
Les fons muſicaux agiſſert à-la fois ſur nous de
deux manières différentes. Confidérés comme de
fimples fons , ils ébranlent l'organe de l'ouïe ;
comme ſignes des paffions , ils affectent l'ame de
celles qu'ils expriment; mais fi les paffions ſont plus
oumoins fortes , ſi la tyrannie du beſoin ne les
dirige plus vers les mêmes objets en différens climats
, elles ne fauroient être exprimées en tous
lieux par des ſignes abſolument ſemblables. En négligeant
ces différens rapports , la muſique ne ſeroit
plus qu'une glace infidelle qui ne fauroit nous attacher
, puiſqu'elle n'offriroit à nos yeux qu'une
image étrangère. L'expreffion muſicale ne fauroit
donc être par tout la même ,& la vérité en eft relative
à l'action du climat.
D'après cela , quelle différence étonnante ne doit
pas ſe trouver entre la muſique des peuples du Nord
&celle des peuples du Midi ! Ne doit-elle pas fuivre
la proportion de la diſtance qui les ſépare ? Toutes
les cauſes qui modifient la température du climat
agiſſant vivement ſur la conſtitution phyſique de nos
organes , & par- là ſur l'énergie du caractère , n'infuerontelles
pas en même-temps ſur la nature de
•Voyez l'Esprit des Lois, LivreXIV.
40
MERCURE
nos ſenſations & fur la force des objets deſtinés à
les produire?
Comme on distingue les climats par les degrés de
Latitude , dit M.de Montesquieu * , on pourroit les
distinguer , pour ainſi dire , par les degrés defenfibilité.
En effet , l'âme n'est pas dans tous les lieux
aulli facilement émue. La ſenſibilité eſt plus vive
dans les pays chauds; le moindre objet ſuffit pour
l'émouvoir. Plus profonde, plus concentréedans lesrégions
du Nord , elle ne peut être excitée que par
une forte fecouffe. L'expreffion d'un ſentiment trop
doux glifferoit ſur l'âme d'un peuple flegmatique ,
randis qu'elle ſuffiroit pour attendrir le coeur d'un
peuple plus délicat & plus ſenſible. Réciproquement
P'expreſſion la plus forte eſt la ſeule capable d'émouvoir
le premier & de plaire à ſon coeur. Préſentée
au ſecond , elle lui paroîtroit gigantefque , & par-là
manqueroit ſon effet , ou bien elle ne produiroit chez
lui qu'une impreſſion révoltante , à laquelle il s'arracheroit
avec horreur.
Il ſeroit aiſé de faire l'application de cette vérité
à tous les Artsdont l'expreſſion eſt l'objet& le terme.
Mais en nous renfermant dans notre ſujet , nous
verrons naître de ce principe la différence des deux
genres qui partagent aujourd'hui notre Scène ; les
beautés que les Allemands & les Italiens trouvent
chacun dans leur Muſique, les défauts que chacun
de ces Peuples reproche à ſon rival , & peut - être la
cauſe qui fait que nul de ces deux genres n'a pu
entièrement prévaloir parmi nous.
"Notre mélodie eſt plus naturelle , plus facile ,
• plus régulière& plus touchante ; notre harmonic
*Efprit des Lois , Livre XIV. Il eft à remarquer que
M. de Montesquieu donne pour preuve de certe verité
Pimprefion differente produite par les mêmes Opéras en
Itane& en Angleterre.
DE FRANCE. 47
>> plus pure& moins recherchée,diſentles Italiens.
« L'une & l'autre font chez nous , répondent les
> Ailemands , plus animées & plus énergiques ,
Heureux rivaux , leur dirois-je , ceſſez de vous.
conteſter vos mutuels avantages. Ils ne fauroient
être communs à des climats ſi différens. Également
favorisés du Dieu de l'harmonie vous avez en
partage l'expreffion la plus propre à vous toucher , à
vous féduire. Defcendez en vous mêmes pour y
confulter la nature. Elle n'a pas mis dans votre
bouche le même langage , elle n'a pas donné à vos
coeurs les mêmes affections ; pouvoit- elle vous émouvoir
par les mêmes accens ?
,
Quand on confidère en effet le génie de ces deux
Langues , &le caractère de ces deux Nations , on
eft forcé d'y réconnoître une différence ennèrement
analogue à celle de leur chant & de leur harmonie.
L'Italien a dans ſa muſique , ainſi que dans ſon langage&
dans les moeurs , plus de douceur , de grâces
&de facilité , l'Allemand , plus de vigueur, de véhé
mence &de force. Le luxe voluptueux du premier
apaſſé dans ſa mélodie ; le ſecond yconferve encore
la grave fimplicité de ſes moeurs . L'un s'ément ,
pour ainſi dire , à chaque inftant , & pour les plus
petits fujers; l'autre reſte froid& tranquille juſqu'à
ce qu'on lui préſente un objet capable de lui caufer
les plus violens tranſports. Auſſi n'a-t-il fallu au
premier qu'une mélodie douce & tendre qui reçût
plusd'inflexions que d'élans ; tandis que pour émouvoir
fon ame , le ſecond a employé les cris véhé
mens des paffions , foutenus par tout l'effet d'une
harmonie déchirante.
Rien n'eſt donc plus injuſte que les reproches faits
àchacune de ces Nations ſur le genre de leur Mufique.
La perfection à laquelle l'Art s'y eft élevé depuis
long-temps , les ſuccès conftans qu'obtiennent
parmi chaque Peuple , les chef- d'oeuvres de fes
42
MERCURE
grands Maîtres, leur obſtination à rébuter , ou du
moins àne pas laiſſer prévaloir les productions d'un
genre étranger , tout annonce que l'Italie & l'Allemagne
ont déjà la meilleure Muſique qui puiſſe convenir
à leur climat.
La France peut-elle raiſonnablement ſe flatter
d'êtreà cet égard dans une poſition auſſi heureuſe ?
Long-temps barbare parmi nous , laMuſique , dans
le fiècle dernier , étoit à peine à ſon aurore; &
quoique le génie de Rameau en eût accéléré lesprogrès,
nous avons été forcés d'avouer notre infériorité
, lorſque l'orgueil national , laſſé de s'oppoſer
ànos plaifirs , a laiſſé parvenir juſques fur notre
Scène les chef-d'oeuvres des Nations voiſines. Alors
Jes François , ſe livrant à des jouiſſances nouvelles ,
ont applaudi avec tranſport. Mais en rendant hommage
tour-a-tour aux talens de deux Compofiteurs
fublimes , les Amateurs de bonne-foi n'ont pu s'accorder
pour adjuger le prix. Les Partiſans de l'Italie ,
déchirés par les accens de M. Gluck , plus d'une fois
peut- être ont defiré une plus grande véhémence dans
le genre qu'ils avoient adopté. Les Admirateurs de
ce grand Homme , ſéduits par les charmes de fon
Rival , avoueroient auſſi peut-être qu'ils euffent
voulu alors en embellir la Muſique Allemande. Que
les uns& les autres veuillent bien conſulter leur
coeur; ce que je n'oſe donner que pour des conjectures
, pourra bien leur paroître une réalité.
Le Public tout entier n'a donc encore pu ſe décider
à faire un choix. Il éprouve tout l'embarras d'un
tendre adolefcent , qui paroiſſant pour la première
fois dans uncercle nombreux embelli par les grâccs ,
admire tout fans pouvoir ſe fixer. Un ſeul objet peut
enchaîner ſon coeur ; mais cet objet , le fort ne le
préſente pas encore à ſes regards. Telle eſt à préſent
l'incertitude du François par rapport à la Muſique
dramatique ; telle ſera la rapidité& la conſtancede
DE FRANCE.
43
fonchoix, lorſqu'on lui offrira le genre le plus propre
àſonclimat, &par conféquent à fon coeur. Les rivalités
feront alors pour jamais fuſpendues , ou reléguées
dans les détours obſcurs de la cabale&de l'envie.
Nous applaudirons , nous admirerons même
le génie de nos voiſins ; mais nous reconnoîtrons
qu'il ne peut fuffire à notre ame , & faire éprouver
les mêmes ſenſations àun peuple né dans un autre
climat.
Quel est donc ce genre que la nature nous
deſtine, &qui ſeul peut réunir & fixer pour jamais
nos fuffrages ? Nous ne pouvons là deſſus hafarder
que des conjectures ; mais en les formant nous trouverons
au moins nos principes d'accord avec la vérité
des faits.
Un homme célèbre par la délicateſſe de ſongoût,
a déjà remarqué que nous n'avons pas le sentiment
intérieur auſſi vif que les Italiens * .Nous ne pouvons
donc pas attendre de leur muſique tous les effets
qu'elle produit ſur une nation bien plus facilement
émue. La température de la meilleure partie de la
France , & furtout celle de Paris , ſe rapproche bien
moins de la température de l'Italie que de celle de
P'Allemagne. Notre muſique paroît donc aui s'éloigner
un peu plus du genre Italien que de celui de
leurs rivaux , & fuivre ainſi le rapport du climat.
L'expérience ne vient-elle pas à l'appui de cette
opinion ? Quelque grand que foit l'enthouſiaſme des
véritables amateurs pour les chef- d'ruvres que l'Italie
nous communique,& pour ceux qu'elle fait éclore
dans notre ſein , n'avons-nous pas vû le génie du
Nord obtenir des ſuccès plus généraux & plus confcans?
Quels tranſports n'ont pas excité parmi nous
* Réflexions critiques ſur la Poésie & la Peinture , par
rabbe Dubos.
44
MERCURE
Jes ouvrages de M. Goffee, leStabat de M.Hayden,
les Operas de M. Gluck !
,
Voilà donc la route que nous devons tenir indiquée
àla fois , & par la raifon . & par le ſentiment , &
par l'expérience. Rapprochons-nous davantage. du
genre qui a ſu captiver parmi nous le plus grand
nombre de fuffrages. Le ſentiment plus concentré
chez nous que chez les Italiens , ne peut être excité
dans notre coeur que par une muſique à plus grands
traits , une mélodie plus véhémente une harmonie
plus âpre , une ſucceſſion plus rapide & plus inatten -
due dans les modulations *. Plus faciles à émouvoir
que les Allemands , adouciffons un peu la force de la
muſique du Nord par les grâces touchantes de celle du
Midi. La nuance ſera peut- être difficile à ſaiſir; mais
eft-il rien d'impoſſible aux talens ſupérieurs , quand
ils ſout animés du deſir de la gloire ? Depuis la révolution
qui s'eſt faite fur notre Scène Lyrique , aucun
François n'a puy diſputer le prix. Pourquoi ferions--
nous condamnés à n'admirer jamaisque des productions
étrangères ? Le François ſeroit cependant plus
capable d'apprécier exactement le degréde fenfibilité
de ſa nation , & la force des moyens néceſſaires
pour l'émouvoir. Il eſt dans ce moment des Auteurs
nationaux qui ſe diſpoſent à entrer dans cette bril-
Jante carrière. S'ils daignent fixer un inſtant leur
efprit fur ces réflexions , il leur ſera aiſé d'en recon
noître lajuſteſſe ou l'erreur. Je m'eſtimerois heureux
fi elles pouvoient contribuer à leur donner de nouvelles
vûes , pour fixer enfin le goût de la Nation ,
& rendre ainſi leur triomphe plus éclatant & plus
durable.
•M. Rouffean reproche à la muſique Allemande le
changement trop fréquent de modulation. Il est vrai que
ceferoit undéfaut pour les Italiens; mais dans nos principes,
ce ſeroit du moins une véritable beauté pour les
Allemands .
DE FRANCE.
45
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46 MERCURE
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Paris , rue & Hôtel Serpente. C'eſt à la même
adreſſe qu'on trouve le Poëme & la Traduction de
Silius Italicus annoncé dans le dernier Mexcure.
Nouveau Théâtre Allemand , ou Recueil des
Pièces qui ont paru avec ſuccès fur les Théâtres
des Capitales de l'Allemagne , pat par M. Friedel
Profeſſeur des Pages du Roi en ſurvivance , Vol. I.
A Paris, chez l'Auteur , rue Saint Honoré , au coin
de la rue de Richelieu ; laVeuve Ducheſne , Libraire,
rue Saint Jacques ; & Couturier fils , Libraire , quai
des Auguſtins. A Verſailles , chez Blaizot , Libraire
, rue Satory. MM. les Souſcripteurs ſont
priés de faire retirer leurs Exemplaires. Il en paroîtra
un Volume tous les trois mois , à compter du
premier Janvier de cette année.
Almanach néceſſaire , ou Porte -feuille de tous
lesjours pour l'année 1782 , in-8°. Prix , 3 livres
48 MERCURE
relić. A Paris , chez Piſſot pete & fils , & Didot le
jeune , Libraires , quai des Auguftins. Chaque an
née on ajoute à la perfection de cet Ouvrage , qui eſt
réellement fort utile aux Étrangers comme aux Habirans
de la Capitale. Parmi les articles nouveaux,
on trouve , 1º, l'Indication des jours de Confeil &
d'Audience des Miniſtres & autres Perſonnes attachées
à l'Adminiſtration ; 2°, la Liſte de toutes les
Académies du Royaume , avec l'époque de leur établiſſement
; 3 °. l'Adreſſe des Bureaux des Corps &
Communautés de Paris ;4°. les Spectacles , avec le
prixdes places & les jours de Repréſentation ; s .
Ies Journaux & Gazetres , avec le prix de leur
Abonnement & les jours où ils paroifient , ſoit à
Paris, ſoit en Province , &c.
Les Saiſons , Puëme , nouvelle Édition , en petit
format , de l'Imprimerie de Didot. A Paris , chez
Piffot , Libraire , quai des Auguftins.- On trouve
àla même adreſſe un Corps d'Extraits de Romans
de Chevalerie , par M. le Comte de Treſſan , de
l'Académie Françoiſe ,4Vol. in- 12.
TABLE
VERS à Madame Angelica Marine,
28
Kaufmann , 3 Proverbes Dramatiques , 34
Me'sAdieux au Château de la Réflexions ſur l'ètar actuel de
V..... , Romance , 4 laMusiqueDramatique en
Enigme& Logogryphe, 6 France, 38
Almanach des Muſes,
Instruction fur les Bois de
Findela ViedeM. le premier Gravures ,
Président Lamoignon , 8'Muſique ,
17 Annonces Littéraires,
45
ibid.
46
APPROBATIΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 2 Février Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en einpêcher l'impreſſion. AParis,
le : Février 1782, DESANCY .,
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le & Décembre .
FEIZI SULEIMAN , ci -devant Reis - Effendi ,
déposé le 8 du mois dernier & exilé d'abord
à Gallipoli , a reçu ordre de ſe rendre en
Chypre où il eſt relégué. Les Turcs , les
Chrétiens , applaudiſſent également au choix
qui a été fait d'Hairi-Méhémet Beiliktſchi-
Effendi ou premier Secrétaire de la Chancellerie
pour le remplacer ; il n'a ni la hauteur
, ni la fierté , ni l'opiniâtreté de fon prédéceſſeur.
Il paſſe pour avoir des connoiffances
& des talens ; il eſt du moins fort
verſé dans les Langues Arabe & Perfanne ;
il eſt ici le ſeul que les gens de Loi viennent
confulter ſur les difficultés qui ſe
préſentent dans les écrits compoſés dans ces
Langues; il fait très bien l'Italien ; & ce qui
n'est pas commun parmi les Tures , la Langue
Latine ne lui eſt point étrangère. On
2 Février 1782 .
a
( 2 )
fait qu'il fut employé dans les négociations
de paix à Bucharest , & qu'il a pareillement
alliſté aux conférences de 1779 dans leſquelles
on a réglé la dernière convention entre la
Ruffie & la Porte. Les Miniſtres étrangers
qui connoiſſent ſon activité , ſe flattent de
finir ſous ſon Ministère les affaires qui
n'ont pu être terminées ſous les prédécefſeurs
qui ont été au nombre de 4 , & qui
n'ont pas occupé leur pofte plus de quatre
ans .
Le traité avec l'Eſpagne eſt une de ces
affaires qui traînent en longueur ; la principale
difficulté roule ſur la neutralité à obſerver
par les Puiſſances contractantes relativement
à la rupture de l'une d'elles avec
quelques autres , fur-tout avec les Puiſſances
Barbareſques . La Porte paroît craindre de
prendre , par rapport à ces dernières , des
engagemens qui feroient bientôt réclamés ,
&qui ſeroient enſuite difficiles à remplir.
Selon des lettres d'Alep , la caravane
marchande qui vient tous les ans dans cette
Capitale a été attaquée & pillée par une
troupe de brigands entre Alexandrette &
Adana. On craint que la caravane de Pélerins
qui revient actuellement de la Mecque
n'éprouve le même fort ; pour prévenir ce
malheur, il a été ordonné aux Beys d'Egypte ,
au Bacha de Gidda & au Muſſelim de Baffora
de veiller de concert à la fûreté de ces pieux
voyageurs.
( 3 )
:
RUSSI E.
De PÉTERSBOURG , le 18 Décembre.
LA ſanté du Comte de Panin commence
à ſe fortifier , &déja il commence à recevoir
du monde ; on ſe flatte qu'il ſera bientôt en
état de reprendre la conduite des affaires
comme par le paffé.
Depuis que l'on a reçu des nouvelles de
Pheureuſe arrivée du Grand-Duc & de la
Grande-Ducheſſe à Vienne , il en arrive fréquemment
des Couriers ; & ces jours derniers
on en a expédié un d'ici pour la Cour
Impériale.
On dit qu'il ſera bientôt conclu un traité
de commerce entre cette Cour & celle de
Vienne pour favoriſer le commerce & la
navigation des ſujets reſpectifs ſur la mer
Noire , le Danube , l'Archipel , & le golfe
de Venife.
Les 20 vaiſſeaux de ligne dont la marine
de cet Empire doit être augmentée ,
feront tous à 3 ponts. On en conſtruira 12
fur les chantiers de Cherfon , dans la mer
Noire , 8 fur ceux de la Baltique. Notre
marine alors ſera de 54 vaiſſeaux fans les
frégares , les galères , les bombardes & les
autres bâtimens de moindre force.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 30 Décembre.
Il y a eu un orage violent la nuit du
a 2
( 4)
25 au 26 de ce mois , & on mande d'Helfingor
qu'il a fait périr un bâtiment Pruffien
& un bâtiment Anglois. Les équipages
ont été ſauvés; mais on ignore encore ſi l'on
pourra ſauver quelque choſe de leurs cargaiſons.
Le même malheur eſt auſſi arrivé
à un Brigantin Danois près de Cronenbourg ;
il venoit dans le port de cette Capitale ;
perfonne de l'équipage n'a péri.
ود >>Dans la nuitdu 13 du mois dernier , écrit-onde
Chriſtianſund ,en Norwège, il y eut ici un ouragan
violent de N. O. Des Patrons de navires qui arriverent
quelques jours après dans ce port , ont rapporté
qu'une flotte marchande Angloiſe , ſortie de Fleckeroë
, avoit éré accueillie par cet ouragan ; les
bâtimens ont chaſſe les uns ſur les autres , & quelques-
uns ont coulé bas , ou ſe ſontbriſés contre les
rochers . Un bâtiment corſaire qui probablement faifoit
partie de cette flotte , a été conduit ici par ces
Patrons ; il n'y avoit plus perſonne de l'équipage qui
paroît l'avoir abandonné avec beaucoup de précipiration
, puiſqu'on y a trouvé beaucoup de hardes
d'hommes & de femmes , des bijoux de différentes
eſpèces , & ſurtout des montres. Des voyageurs
arrivés ici de Chriſtiana , rapportent que toute la
côte eſt couverte de débris & d'effets nauffragés «.
Dans le cours de l'année dernière , il
a paffé par le Sund 8316 bâtimens de diverſes
Nations ; il y avoit dans ce nombre
2008 navires Anglois & 2223 Suédois.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 10 Janvier.
LE 4 de ce mois le Comte & la Comeffe
du Nord , prirent congé de S. M. I. ,
( 5 )
&quittèrent avec leur ſuite cette Capitale
pour ſe rendre en Italie ; l'Empereur
les a accompagnés juſqu'à Merzuſchlag , &
l'Archiduc Maximilien , le Comte de Groningue
& le Prince Ferdinand de Wurtemberg
juſqu'à Neustadt.
Lors des grandes manoeuvres exécutées
à Simaringue , le Comte du Nord perdit
une bague d'une valeur conſidérable ; un
foldat l'ayant trouvée , s'empreſſa de la
rapporter à cet illuſtre voyageur. Il a été
gratifié de 2000 roubles & d'une penſion
de 600 florins.
On vient de publier à Clagenfurt en
Carinthie , un decret Impérial du 4 du
mois dernier , par lequel S. M. I. remet à
ceux de ſes anciens ſujets qui ont quitté
leur patrie pour cauſe de religion , & qui
y reviendront dans l'eſpace d'un an , la
peine qu'ils ont encourue comme émigrans
, & ordonne de les recevoir & de
les traiter conformément à ce qui a été
déja preſcrit ſur ce ſujet.
La ſuppreffion de tous les hermitages
dans les Erats héréditaires , a été publiée
il y a quelque tems , & quelques perfonnes
la regardent comme l'avant-coureur
de celle de quelques Communautés religieuſes
des deux fexes.
On dit que le Baron de Sonnenfels a été
chargé par l'Empereur de travailler à la
réforme du ſtyle barbare uſité dans les
Chancelleries de fes Etats. Ce ſavant difa
3
( 6 )
tingué , connu par ſes productions littéraires
, fera bientôt paroître ſon ouvrage ſur
cet objet; il ſervira de modèle & de formulaire
dans toutes les Chancelleries de
S. M. I.
En 1770 la Régence de Hongrie s'appercevant
que dans la haute & baffe partie
de ce Royaume , on exploitoit ſans ménagement
tous les bois pour faire de la potaffe
, forte de cendre gravelée qui ſert à
la teinture , & que bientôt il y auroit dans
le Royaume diſette de bois de charpente
& de bois de conſtruction , donna une
Ordonnance pour prévenir ces abus. On
dit qu'elle va être publiée de nouveau
avec des additions. C'eſt par le Comté de
Saros , fur les frontières de la Pologne ,
que la potaffe de la Haute-Hongrie ſe
tranſporte à Dantzick , & par Canifa que
celle de la Baſſe paſſe à Trieſte.
Il eſt mort dans cette Capitale & dans
les fauxbourgs pendant l'année dernière ,
11,541 perſonnes , ce qui fait 2176 de
plus qu'en 1780 ; il y a eu 8271 baptêmes
, 1805 mariages ; 347 enfans ſont venus
morts au monde .
Quoiqu'il ait été permis aux gens de campagne
de venir porter ici leurs denrées tous les jours, & fans
faire attention ſi c'eſt jour de marché ou non , cette
permiflion n'a encore produit preſqu'aucun effer. La
farine eſt auſſi chère qu'avant , mais il faut eſpérer
que cela changera inceſſamment , S. M. I. ayant
donné ordre àquelques-uns de ſes Conſeillers de lui
propoſer dans l'eſpace de 8 jours , des moyens pro
( 7 )
pres à faire ceffer cette cherté , & à amener l'abondance
de toutes fortes de denrées dans cette capitale.
-On apprend de Kaminiec , qu'on établit dans toute
la Podolie de grands magaſins , & qu'on obſerve des
mouvemens guerriers aux frontières de la Turquie.
De HAMBOURG , le 12 Janvier.
Nous avons parlé de la révolte qui a
éclaté parmi les ſoldats du ise. régiment
d'infanterie Hanovrienne. On remarque en
général parmi les Allemands beaucoup de
répugnance pour le ſervice de l'Angleterre
en Amérique ; ce n'eſt que par des moyens
de force qu'on peut contenir les homines
enrôlés pour ce ſervice. Le principal dépôt
des recrues Heſſoiſes eſt dans la fortereſſe
de Ziegenhayn ; celles qu'on y tient enfermées
formèrent il y a quelque tems le
complot de mettre le feu à leur prifon .
En concertant les meſures néceſſaires , elles
ſe ſervirent du ministère d'une femme employée
aux fonctions de guichetier ; mais
deux heures avant le tems marqué pour
l'exécution de ce deſſein , cette femme alla
le découvrir. En conféquence le régiment
de Dragons du Prince Frédéric en garniſon
à Ziegenhayn , reçut ordre d'entourer
la partie du Château où ces malheureux
éroient renfermés. On y plaça auſſi quelques
pièces de canon; on ſe ſaiſit enſuite
des chefs de la conſpiration qui furent interrogés
, & on reſſerra plus étroitement
les autres.
24
( 8 )
La Cour , écrit- on de Copenhague , ayant réclamé
les effets appartenans à des ſujets Danois &
faiſis par les Anglois à St-Euftache , a trouvé celle de
Londres plus diſpoſée à y avoir égard qu'à toutes les
démarches ſemblables faites par d'autres Puiſſances ;
en conféquence tous les ſujets Danois qui ont for ffert
des pertes , tant à St-Eustache qu'à l'enlèvement
du convoi eſcorté par le Contre-Amital Krul , ont
été avertis qu'en s'adreſſant , ſoit au Collège du
Commerce à Copenhague , ou au Conſul de Danemarck
à Londres , avec des preuves juſtificatives de
leur propriété , ils peuvent compter ſur la reſtitutionde
leurs effets ou marchandises c«.
On écrit de Vienne que c'étoit le 2 qu'on
devoit faire la demande en mariage de la
Princeffe Elizabeth de Wurtemberg , pour
le Prince héréditaire de Toſcane ; mais une
indifpofition furvenue à la mere de cette
Princeſſe a fait remettre cette cérémonie.
>> Les nouveaux Edits de l'Empereur , ajoutent les
mêmes lettres , ont donné lieu à quelques mouvemens
populaires en Bohême. D'un côté , les payſans
étoient dans la fauſſe opinion qu'au moyen de l'abolition
de la ſervitude , ils étoient auſſi exemptés de
toutes les prestations quelconques ; d'un autre côté ,
lesHetfites , dont il exiſte encore un grand nombre
dars plufieurs erdroits de ce Royaume , en donnant
une extenfion arbitraire à l'Edit de tolérance , font
entrés dans une Eglife Catholique ,& y ont fait célébrer
un mariage par leur Evêque qu'ils avoient
choiſi auparavant , & qui , dit-on , eſt un Cordonnier
de profeilion. La bénédiction nuptiale donnée , ils e
font retirés chez eux fort tranquillement. L'a
blée des Etats de Hongrie aura lieu inceſſamment.
On croit qu'à cette occafion l'Edit Impérial en favear
des Proteftans ſera publié folemnellement. Les
Magnats & l'autre nobleiſe du Royaume s'occupent
actuellement à rédiger des remontrances & des mé-
L'atlem(
و )
, moires de griefs comme ils ont toujours fait à
l'occafion d'un couronnement. Mais il y a lieu de
croire qu'on n'entrera pas dans le détail de ces mémoires
, & qu'on donnera, ſuivant l'nſage , des lettres
réverſales confirmatives des droits & priviléges de la
Nation.- La Nobleſſe craint qu'à l'occaſion de la
Diète prochaine , on n'impoſe une taxe ſur les terres
qu'elle a acquiſes des roturiers , & qu'elle croic
auſſi franches que celles qui compoſent ſon ancien
domainede famille Les revenus del'Etat gagneroient
beaucoup au moyen d'une pareille taxe «.
On apprend de Leipſick , que le 29 du
mois dernier , le feu prit dans le village de
Nadebeil , près de Dreſde , & réduifit en
cendres 63 maiſons . Ce malheur a mis un
grand nombre de perſonnes dans l'étar le
plus déplorable. La rigueur de la ſaiſon
ajoute encore un degré de plus à leur infortune
(4).
>>Notre navigation , écrit-on de Danızick , a été
entièrement interrompue au commencement de DEcembre
par la gelée ; le dégel qui l'a ſuivie , a cmpêchéque
le commerce d'hiver ait pu encore avoir
lieu par terre ni fur les glaces. On eſpère cependant
que l'hiver précoce favortſera l'importation des productions
de la Pologne de l'année dernière. Pendant
le cours de cette année , il eſt arrivé ici soz navires
dont il n'y avoit aucun Hollandois ; il en eſt parti
$49, dont 30 étoient deſtinés pour la Hollande.
La plupartde nos navires ont été employés au tranfport
debois de conſtruction pour l'Angleterre; ils
ont été frézés à un très-haut prix; il ſera moindre
l'année prochaine , parce que l'on en conſtruit quan-
( M. le Marquis d'Entraigues , Miniſtre P'énipotentiaire
de France , prit 4000 iv. fur celle qui lui étoit alignée pour
donner une Fête à l'occaſion de la nauſance du Dauphin , &
fir diſtribuer cette ſomme aux incendiés.
as
( 10 )
tité danstous les pays neutres. Onn'a tiré de la Pologne
que 4067 laſts de froment , & 56co de ſeigle ;
ce qui est bien peu en comparaiſondes importations
précédentes qui étoient , année commune, de 40,0০০
lafts. Lecommerce diminue; la population diminuera
aufli ; nous avons déja pluſieurs maiſons vuides. Il eſt
àſouhaiter que la navigation & la vente des manitions
navales , nous offrent aſſez d'avantages pour
retenir les habitans ".
Le 30du mois dernier , à 11 heures du
foir , la Princeffe de Pruſſe accoucha d'un
Prince qui a été baptisé le 8 de ce mois ; il a
eu pour parrains le Roi de Pruffe , le Duc
regnant de Brunswick , le Duc régnant des
Deux-Ponts , & pour marraines la Princeſſe
épouſe du Prince de Pruſſe , la Princeſſe
douairière Amélie de Pruffe , & la
Duchefſe douairière de Brunswick. Il a reçu
les noms de Frédéric-Henri-Charles .
On voit dans une liſte des naiſſances &
des morts pendant le cours de l'année dernière
dans la Pruſſe Orientale , en y comprenant
la Lithuanie & l'Ermeland , qu'il y
eſt né 19,232 enfans mâles & 18,213 filles ;
entout 37,445. Ily est mort 17,984 hommes
&18,428 femmes ; en tout 36,412 perſonnes.
Le nombre des naiſſances excède par
conféquent celui des morts de 1033 perſonnes.
ESPAGNE.
De CADIX , les Janvier.
L'ESCADRE conſiſtant en 40 vaiſſeaux de
ligne , 12 frégares ou corvettes , & des
tranſports fur leſquels 4000 hommes font
( 11 )
embarqués , qui depuis la fin du mois
dernier , n'attendoit qu'un vent favorable
pour mettre à la voile , eſt ſortie le 3
de ce mois , & l'après-midi du même jour
tout étoit dehors. Le mauvais tems força
cette belle flotte de jetter le ſoir l'ancre
ſous Rota ; mais hier on l'a perdue de
vue. Les vaiſſeaux François l'Illuftre & le
St-Michel ſont ſortis en même-tems. M.
de Buſſy qui a pris le nom de Comte de
Terville , & les autres Officiers qu'on attendoit
, étoient à bord de ces vailleaux
depuis quelques jours ; on ignoroit ici
leur arrivée , parce qu'ils ne ſont point
entrés dans la ville; un canot les avoit
conduits dans la baie du port Sainte-Marie
où ils étoient deſcendus. Nous ne doutons
pas que ces vaiſſeaux n'aillent à Ceylan
ſe joindre à M. Dorves & à M. de Suffren
qui leur ont donné ce rendez-vous. Quant
à notre convoi , le Général D. Louis de
Cordova doit l'accompagner juſqu'à une
certaine hauteur d'où il continuera ſa route
ſous l'eſcorte de 4 vaiſſeaux de ligne &
un de so canons aux ordres d'un Brigadier
de marine ; fa deſtination eſt pour Porto-
Ricco , où il trouvera MM. de Solano &
de Galvez , chargés l'un du commandement
de la flotte & l'autre de celui de l'armée
de terre.
Nos lettres de Madrid nous apprennent
que D. Gaëtan de Adfor , Archevêque in
partibus , Abbé de la Collégiale de Saint
a 6
( 12 )
Ildephonſe , a été nommé, par le Roi , à
laplace de Grand-Aumonier, Patriarche des
Indes , &c. c'eſt la première dignité Eccléſiaſtique
de la Monarchie; celui qui en eſt
revêtu eft Cardinal de droit.
Sur les différentes repréſentations qui ont
été faites au Roi que les troupes du camp
de Saint-Roch , méritoient autant de part
aux graces que les autres militaires employés
ailleurs , S. M. a élevé 4 Officiers de cette
armée au rang de Brigadier , cinq à celui de
Colonel , &c.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 19 Janvier.
La nouvelle de l'arrivée du Lord Cornwallis
à New-Yorck , apportée ici par
l'Apollo , & du prochain retour de ce
Général en Europe , a été ſuivie bien promptement
de celle de ſon départ. Les Colo--
nels Tarleton , Lake & Dundas , qui font
partis en même tems que lui , ſont arrivés
ici le 17 de ce mois. Nous avons ſu par
eux qu'ils s'étoient embarqués le 13 Décembre
fur le Robufte , avec le Général
Cornwallis , le Major-Général Arnold , &
les autres Officiers qui ont obtenu la permiſſion
de quitter l'Amérique . Le Robuste
s'étant trouvé hors d'état de faire le voyagė ,
parce qu'il faiſoit trop d'eau , ils furent obligés
de le quitter; on la envoyé à Saint-
Chriftophe , & nos Officiers ſe ſont diftribués
fur différens vaiſſeaux , dont l'un nous
( 13 )
a déja ramené ceux que l'on a annoncés
plus hauts Le Lord Cornwallis eſt avec
Arnold & quelques autres ſur le vaiſſeau
armé le Grey-Hound. On n'est pas fans inquiétude
ſur leur fort. On fait qu'il y a
un corſaire François à l'entrée de la Manche
, qui a déja abordé le premier navire
qu'il a rançonné pour 400 guinées ; on
craint qu'il ne rencontre aulli le Grey-
Hound; cet évènement ſeroit fàcheux pour
Arnold , qui fûrement ne s'en tireroit pas
ſi bien que les autres Officiers , qui en
feroient quittes pour une rançon. Il eſt
vraiſemblable que quant à lui , on le conduiroit
en France. Au reſte , il ſeroit plus
heureux de tomber entre les mains des
François , qu'entre celles des Américains ,
qui fans doute ne lui feroient pas un bon
parti .
Le Lord Cornwallis apporte , dit- on ,
des plaintes très-graves contre le Général
Clinton; il lui impute le malheur qui lui
eſt arrivé ; on fait qu'à fon arrivée à
New- Yorck , il n'a point voulu voir ce
Général , & qu'il a déclaré que réſolu de
porter une accufation contre lui , ils ne
devoient avoir enſemble ni entrevue ni commurication
. Le Major- Général Arnold cauffi
desplaintes à fo: mer On préten i que la prudence
feule ne lui a pas fait quitter l'Amérique
, où il étoit expoſé , par le fort
de la guerre à être pris par les peuples
qu'il a fi lâchement trahis ; on prétend
( 14 )
qu'il vient accuſer le Chevalier Clinton de
s'être refuſé à l'offre qu'il lui a faite d'empêcher
le Général Washington de joindre
l'armée de Virginie. Cette accuſation eſt
fans doute grave ; inais Arnold étoit-il fûr
de remplir l'offre qu'il faiſoit ? Son plan
étoit- ilbien digéré ? & le Chevalier Clinton
a-til réellement refuſe de ſe prêter à
une opération dont l'exécution étoit poffible
? On parle toujours de la prochaine
retraite de ce Général. Il a écrit , dit- on ,
une lettre très- vive au Lord Germaine , dans
laquelle il ſe plaint d'avoir été forcé de
retenir malgré lui le commandement à
New-Yorck , & demande inſtamment ſa
démiſſion qu'il follicite depuis un an. Son
deſſein eſt de venir juſtifier ſa conduite devant
le Tribunal du public. Ce ne ſera qua
fon retour que ce grand procès ſera entamé ;
& on ne peut s'empêcher de remarquer
qu'il ſemble qu'il y a une fatalité attachée
à nos Généraux employés en Amérique ;
il n'en eſt preſque point revenu qui n'ait eu
à effuyer des reproches; les Généraux Gage ,
Howe & Clinton , devroient dégoûter tous
lés autres de ce ſervice; ils ont cependant
trouvé toujours des ſucceſſeurs ; & on dit
que Sir Gui Carleton remplacera le dernier ;
peut-être ne ſera-t- il pas plus heureux.
Le fort des loyalistes pris à Yorck-Town
& à Glocefter , & livrés au pouvoir civil ,
n'a pu qu'effrayer ceux qui font réfugiés
à New-Yorck ; auſſi la plupart regrettent
( 15 )
ils le ferment de fidélité qu'ils ont prêté à
un Gouvernement qui a promis de les protéger
, qui ne le fait pas , & qui ne peut
le faire; on s'attend à en voir un grand
nombre abandonner l'Amérique , & venir
ici porter leurs plaintes & folliciter des ſecours
; un plus grand nombre cherche ſans
doute à rentrer en grace avec le Congrès ,
& bientôt nous n'aurons plus perſonne pour
nous fur ce vaſte Continent. Cette ſévérité
eſt preſcrite malheureuſement au Congrès
par la faine politique ; notre conduite n'eſt
pas propre à l'adoucir. Le fort du malheureux
Colonel Hayne nous prépare peutêtre
à de nouvelles ſcènes de fang.
> Tous les Officiers des troupes réglées de l'armée
Méridionale , écrit-on du camp de Camden ,
ont préſenté une requête au Général Gréen fur la
dernière exécution du Colonel Hayne pour le prier
d'exercer la Loi du Talion. Le Général a rendu en
conféquence une proclamation qu'il a envoyée au
Commandant de Charles-Town , & dans laquelle
il eft dit en ſubſtance : que les repréſailles commenceront
immédiatement non envers les Officiers
miliciens Torys , mais qu'elles tomberont fur la
tête des Officiers des troupes réglées Britanniques .
Nous avons ici avec nous trois Officiers Arglois
priſonniers qui tremblent de l'effet de cette proclamation;
mais ils ne ſont pas d'un rang affez élevé pour
en devenir les objets. Ils nous di ent que le Colonel
Balfour répugnoit beaucoup aux procédés terus envers
le Colonel Hayne , & ils en rejettent tout le
blâme fur le Lord Rawdon & le Colonel Gould.
Cependant nous n'ajoutons pas beaucoup de foi à
cette affertion , parce que nous connoiffons trop
bienle caractère perfécuteur & cruel du Com(
16 )
mandant de Charles-Town, pour ne pas être perfusdés
qu'il a joui d'un grand plaiſir en ſcellant de
fonaveu le ſupplice capital d'un Américain .
Cette lettre prouve que la prudence ſeule
auroit dû empêcher le Lord Rawdon & le
Colonel Balfour d'uſer de toute la rigueur
de la loi Martiale envers le Colonel Hayne ,
quand même il cût été coupable ; cer infortuné
Colonel obtint un répi de 48 heures,
qu'il reçut avec reconnoiffance , parce qu'il
lui donnsit le tems de voir encore ſes enfans
, & de leur faire ſes adieux Après ce
répi , il fut conduit au ſupplice qu'il fubit
avec beaucoup de fermeté. La conſultation
fur fon affaire , par un homme de Loi , étoit
conçue ainfi :
>>> Le Colonel , détenu priſonnier dans la priſon
du Prévôt , & ayant été pris , à ce que l'on dit , les
armes à la main contre Sa Majesté , reç t Jeudi au
foir , de la past du Major Fafer , un Avis conçu
dansles termes ſuivans : Une Cour d'Enquête, composée
de quatre Officiers de l'Etat-Major & de cinq
Capitaines , s'affemblera demain à dix heures , à
l'Hôtel de la Province , à l'effet de constater fous
quel point de vue vous devez être confidéré. La Cour
s'aſſembla le lendemain matin ; & le Prifontier y
comparut. Ni les Membres ni les Témoins ne prêterent
ferment. Le Prisonnier ne la co fiderant pas
autrement que comme une Cour d Enquête , qui précédoit
la féance pour le Jogement formel , ne profita
point de la permiſſion , qui lut avoit été accordée
d'employer un Avocat , & ne produißt pas des Té
moins pour vérifier un grand nombre de faits nécef
faires à ſa défenſe , défente en outre pour laquelle
on ne lui laiſſa en vérité que très-peu de tems. Ce
matin il a été informé , que Mylord Rawdon & ic
( 17 )
Commandant ont pris , enſuite de cette Cour d'Enquête
, la réſolution de le faire exécuter Jeudi 31
du courant. Le Prisonnier demande , fi ces procédés
font autorisés par aucune Loi , & fi la Sentence ,
fondée ſur iceux , eſt légale.- Répondu , 1º . Que
dans la notification, qui vous a été faite, qu'on avoit
deſſein de vous examiner devant la Cour d'Enquête,
il n'y a pas même , ſuivant la forme de procéder
Militaire , une certitude ſuffiſante ni une accufation
expreffe , qui pût faire l'objet de l'examen de la
Cour , ni celui de votre défenſe. 2 °. Qu'aucun Ennemi
ne peut être condamné à mort , en vertu des
articles de guerre , ni d'aucune autre règle ou loi
militaire , dont j'aie jamais en connoiffance , fans
Jugement préalable, excepté les Eſpions qui , par les
articles de guerre , font expreſſément privés de ce
droir. 3 °. Qu'aucun Sujet ne peut ni ne doit être
privé de la vie , de fa liberté , ni de ſes biens , finon
en vertu da Jugement de ſes Pairs &conformément
à la loi du pays ; & qu'il n'y a aucune loi , que je
ſcache , qui autorite un Jugement & une condamnation
, tels qu'on s'en eſt permis dans cette affaire :
Que c'eſt une règle invariablement établie par la
loi,que tout Homme eſt préfumé innocent juſqu'à ce
qu'il foit trouvé coupable : Que même d'être trouvé
ou pris ſous les armes , n'eſt pas une preuve de criminalité
, au point d'empêcher l'Accufé de ſedéfendre
, ſoit en prouvant une commiſſion ou de quelque
autre manière , & que pluſieurs de ceux qui avoient
été pais ont été abſous ſur une pareille preuve :
4°. Que , d'après ces principes , je ſuis poſitivement
d'avis , qu'en vous confidérant comme Enremi ( non
comme Eſpion) les procédures , faites contre vous ,
ne font pas autorisées par la loi ; & que , fi l'on vous
regarde comme Sujet , elles y répugnent directement
&y font diametralement contraires ".
Nous ſommes dans l'imparience de recevoir
des nouvelles des ifles ; l'Amiral
( 18 )
Hoody eft arrivé; le Comte de Graffe y
étoit depuis quelques jours ; nous connoiffons
les forces reſpectives des deux Commandans
, nous n'ignorons pas l'infériorité
des nôtres , & nous nous attendons à apprendre
quelque nouvelle d'une nature défagréable.
L'eſcadre Françoiſe n'aura ſans
doute pas reſté dans l'inaction ; fi le pati
du Comte de Dillon enregiſtré à St-Euftache
eſt vrai , elle a déja commencé quelque
opération plus importante. On remarque
en général que dans nos ifles les Colons
ne ſont pas contens de leur Gouverneur;
& dans les papiers qui s'y impriment
, on lit des comparaiſons qui ne font
pas à notre avantage , de la conduire de
nos Commandans Anglois & François.
>>Le Marquis du Chilleau , Commandant actuel
de la Dominique , touché des détreifes des habitans
de cetre Ine leur a récemment fait remiſe du
paiement de ſes droits , ce qui étoit un objet trèsconſidérable
dont le taux avoit été fixé & établi
par ſes prédéceſſeurs les Gouverneurs Anglois done
les exactions extravagantes & immodérées dans ce
genre ſont d'un ſcandale qui ſera l'objet d'un éternel
reproche contre la Nation Britannique. Ce galant
homme a fait plus , il a ſupplié ſon Souverainde lui
accorder la permiffion d'abandonner aux habitans de
fonGouvernement les émolumens de 2000 liv. fterl .
par an que l'affemblée de cette Iſſe avoit juſqu'à préfentaffignés
à fon Gouverneur Sir William Young
&à ſes fucceffeurs. S. M. T. C. applaudiſſant à la
conduite déſintéreſſée de ſon fidèle repréſentant lui a
accordé la demande, & les habirans ont été en conféquence
ſoulagés de ce fardeau «.
( 19 )
Le même papier , qui eſt le Barbadoes
Murrey , ajoute à cet article que l'Agent
de la Barbade a reçu du Bureau du Commerce
l'ordre d'entendre les plaintes contre
le Général Cunningham , Gouverneur
de l'iſle' ; que toutes les autres iſles qui font
dans le même cas d'en former contre leurs
Gouverneurs , attendent avec impatience
la déciſion de cette affaire , qui apprendra
fi le Gouverneur d'une ifle Britannique a
le droit de s'arroger un ſalaire , & de lever
pour cet effet des taxes ſur le peuple ſans
le conſentement de ſes repréſentans.
On continue toujours de ſe plaindre du
Colonel Cockburne , qui commandoit à
St Eustache lorſque cette ifle nous a été
enlevée d'une manière ſi extraordinaire par
les François. Un de nos papiers contient à
ce ſujet les réflexions ſuivantes .
Le Lieutenant-Colonel Corkburn, qui commandoit
à Saint-Eustache , eſt d'une famille très-honnête en
Irlande. Ayant abandonné la maiſon paternelle dans
ſa jeuneſſe , il s'enrôla. De ſimple foldat , il s'éleva
au grade de Capitaine à Boſton. C'eſt dans cette
Ville qu'il fit la connoiſſance du Général Vaughan .
Lorſque ce Général fut envoyé la première fois
pour prendre un commandement aux Indes Occidentales,
il y trouva ſon ancien ami qu'il mit ſous
ſa protection ; & à la priſe de Saint - Eustache , il
le fit Garde-Magaſin. Cette nomination lui valut
20.000 liv. ſterl. Au départ du Général Vaughan ,
le commandement de Saint-Enſtache lui fut dévolu .
Comment concevoir qu'un homme qui , après avoir
éré ſimple ſoldat, s'eſt pouffé par ſon mérite jul
qu'au rang d'Officier Commandant , & qui d'aile
( 20 )
leurs jouiſſoit d'une fortune très-brillante , air pu
trahir ſa patrie , en livrant l'Ile , fans y étre
réduit par la néceſſité ? - Le Gouverneur de Saint-
Eustache doit , pour ſe laver du ſoupçon qui naît
contre lui au premier apperçu des choles , répondre
aux deux queſtions ſuivantes. Pourquoi le paſſage
important , dont la défenſe avoit toujours été confiée
à un Officier ſubalterne , étoit - il occupé
par la fimple troupe d'un Sergent , lorsque les
François effectuèrent leur débarquement ? Pourquoi
le Gouverneur a - t - il conſenti à recevoir
10,000johannes, leſquels , avec les 4000 qu'il avoit
reçus de la caiſſe militaire , & les 6000 en divers
effets formoient le montant de ce que le Marquis
de Bouillé lui avoit accordé en cette occafion ? II
n'eſt aucunement probable qu'il ait laiflé dormir
pendant tout ce tems les fonds conſidérables qu'il
avoit acquis dans les ventes de Saint-Eustache. -
Le défintéreſſé Rodney pourra s'excuſer aisément
d'avoir avancé qu'il regardoit la priſe de Saint-
Eustache comme un évènement qui terminevoit la
guerre de l'Amérique. Il peut dire qu'on auroit
reconnu par la ſuite la juſteſſe de ſes prédictions ,
ſi l'ennemi n'eût pas détruit l'édifice merveilleux
de la paix fondé ſur lapremiere conquête de cette Ifle.
-On dit que le Commandant de St-Eustache malgré
ſa grande ſurpriſe à l'arrivée de l'ennemi eut aſſez de
préſence d'eſprit pour mettre à l'abri ſa propriété
qui ſe montoità pluſieurs mille livres ſterl. La caiife
militaire qui tomba entre les mains de l'ennemi
contenoit , dit-on , cent mille liv, ſterk.-Quoique
le Gouverneur de St - Eustache cût été fait prifonnier
par ſurpriſe, l'Officier ſecond en commandement auroit
pu faire une défenſe convenable , s'il ſe fût
conduit ainſi qu'il le devoit , les trois cents François
qui étoient débarqués , auroient été néceffairement
taillés en pièces ou enveloppés , parce que
les chaleupes briſées par les reſſas , les cuffent mis
( 21 )
dans l'impoſſibilité de retourner à leurs vaiſſeau. -
La plus grande partie des fortifications de Saint-
Eustache avoir été détruite , dit - on , avant que le
Chevalier George Rodney eût quitté les Indes Occidentales
, & la plus forte partie de la garniſon
aveit été envoyée à la Barbade , où ſe trouvoient
tous les effets de Saint - Eustache qui n'avoient
pas été tranſportés en Angleterre. - Lorfque
les François s'emparèrent de Saint-Eustache ,
il y avoit , dit-on , en cette Iſle fix gros bâtimens
chargés de tabac de priſe. - Le brave Chevalier
l'Amiral Hood , dont la modeſtie égale le mérite
dit dans ſa relation de la priſe de St-Eustache , qu'il
croit que l'Officier Commandant peut donner des
raiſons plauſibles de la perte de cette Iſle , mais les
Officiers de la Hyena , arrivée récemment des Indes
Occidentales , tiennent un tout autre langage.
Quoiqu'il en ſoit de la juſtification du
Lieutenant -Colonel , l'évènement de la
priſe de St-Eustache annonce ce que peuvent
l'audace & la bravoure Françoiſe; le
bonheur les a ſecondées malgré l'infériorité
des forces , & on a lieu de craindre ce
qu'elles pourront entreprendre avec leur
ſupériorité actuelle. L'Amiral Rodney va
la leur ôter ; mais il s'écoulera du tems
avant qu'il arrives, & dans ce moment ſans
doute nos ennemis agiffent. Cet Amiral
eſt , dit- on , enfin parti le 14; une lettre
de Torbay annonce qu'il a mis en effet à
la voile le matin; d'autres avis ont dit la
même choſe ; cependant on a douté ici qu'il
ait pu mettre en mer; le tems n'a point
changé depuis le 11 , & il ſemble avoir été
plus mauvais & plus contraire encore de
( 22 )
puis le 14; on ne ſeroit point étonné d'apprendre
qu'il eſt rentré , parce qu'à moins
d'un bonheur dont on ne peut pas ſe flatter
, il eſt très-difficile , pour ne pas dire
impoſſible , de tenir la mer. Au reſte il faut
compter ſur la fortune de l'Amiral ; puiffet-
elle le préſerver du fort qu'a eſſuyé l'efcadre
Françoiſe du Comte de Guichen , &
qui l'a forcée de rentrer à Breſt.
En conféquence d'une réſolution priſe
dans le Confeil , le Bureau de la marine a
chargé des perſonnes intelligentes de faire
l'inſpection des travaux des divers arcenaux
du Royaume , & de prendre les mefures
néceſſaires pour qu'aucun des navires
qui y ſont conſtruits ne ſoient vendus
pour le ſervice de quelque Puiſſance étrangère.
La proclamation du Roi pour la diſtribution
des priſes , eſt du 11 de ce mois
&conçue ainfi.
G.R. D'autant que , par un ordre de notre Royal
aïcul , ſa feue Majesté George II en Conſeil , en
date du 22 Mars 1747 , il a été enjoint que toutes
les fois qu'un Officier à pavillon ſera nommé pour
commander une flotte ou une eſcadre de vinge
vaiſſeaux de ligne , ſoit qu'ils appartiennent tous
àS. M. , ou qu'ils foient unis pour le même ſervice
avec ceux de ſes alliés , il ſera donné à cet Officier
àpavillon un premier Capitaine , avec la ſolde & le
raug de Contre-Amiral,&tous les autres priviléges ,
les profits appartenant à ladite place , de la même
manière qu'en jouit le premier Capitaine de l'Amiral
de la flotte de S. M.; mais que ladite place ne fubſiſtera
que pendant le tems que durera le comman(
23 )
dement de l'Officier à pavillon : & d'autant qu'on
nous a donné à entendre qu'il s'étoit élevé quelque
doutes ſur le droit que le premier Capitaine de
l'Amiral & Commandant en chef de notre fotre &
le premier Capitaine de tout Officier à pavillon
nommé pour commander une flotte ou une eſcadre
de vingt vaiſſeaux de ligne , ont de partager comme
Officiers de pavillon dans la diftribution des priſes ,
d'après& en vertu de la proclamation pour ordonner
la diſtribution des priſes pendant le cours de la rebellion
qui ſubſiſte en diverſes parties du Continent
de l'Amérique Seprentrionale , en date du 22 Décembre
1775 ; & de notre proclamation pour permettre
la diftribution des priſes pendant les préſentes
hoftilités avec les Etats-Généraux des Provinces-
Unies en dare du 27 Décembre 1780 , ου
aucune d'elles.-Defirant prévenir par la fuite toute
incertitude & conteſtation ſur le droit qu'ont leſdits
premiers Capitaines reſpectivement , ainſi qu'il eſt
dit ci-deſſus , de partager comme Officiers de pavillon
dans la diſtribution des priſes , nous avons
jugé à propos de déclarer d'ordonner & de régler ,
&par notre préſente déclaration , de l'avis de notre
Conſeil privé , nous déclarons , ordonnons & réglons
que le premier Capitaine de l'Amiral & Commandant
en chef de notre flotte , & auſſi le premier
Capitaine de notre Officier à pavillon nommé ou qui
ſera par la fuite nommé pour commander une flotte
ou eſcadre de vingt vaiſſeaux de ligne , ſoit que
tous ces vailleaux nous appartiennent , ou qu'ils
foient unis dans le même ſervice avec ceux de nos
alliés , feront dans la distribution des priſes , en
vertu de nos proclamations ſuſdites & de chacune
d'elles qui feront faites par la flotte ou l'eſcadre
aux ordres de l'Amiral & Commandant en chef de
cet Officier de pavillon reſpectivement, feront cenſés
&réputés Officiers de pavillon , & auront droit au
partagedefdites priſes , comme le plus jeune Officier
( 24 )
de pavillon de ladite flotte ou eſcadre ; mais nous
entendons & voulons que notre préſente proclamation
ſoit ſans préjudice à aucune queſtion re
lative à la diftribution des priſes faites avant le
jour de la date d'icelle. Et d'autant que jugeant
convenable que les Médecins nommés pour la Hotte
&l'eſcadre de nos vaiſſeaux de guerre aient droit
de partager dans la diftribution des priſes , confor.
mément à leur état , nous avons jugé à propos de
régler , & par la préſente déclaration , de l'avis &
du conſentement de notre Conſeil privé, nous déclarons
, ordonnons & réglons que tout Médecin
nommé ou qui ſera nommé par la fuite pour une
Hotte ou eſcadre de nos vaiſſeaux de guerre , dans
la diſtribution des priſes d'après en vertu de nos
ſuſdites proclamation & de chacune d'elles , qui ſera
faite par la ſuire par le vaiſſeau à bord duquel il
ſervira ou à bord duquel l'équipage aura droit de
partager , foir claſſé pour la diſtribution des priſes
avec les Lieutenans de mer relativement au huitieme
deſdites priſes , lequel par noſdites proclamation ,
eſt alloué aux Capitaines des ſoldats de marine &
des troupes de terre , Lieutenans de mer & Maîtres
(Masters ) à bord , & qu'il ait droit de partager
également avec eux , pourvu que ces Médecins foient
àbord dans le tems que leſdits vaiſſeaux feront ces
priſes.
Quoiqu'il ſoit queſtion d'un changement
au moins partiel dans le Ministère , il paroît
qu'il n'y a encore rien de fixe à cet
égard. La nation en attendant eſt attentive
à faifir tous les indices qui ſemblent préfager
la retraite d'une adminiſtration ſous
laquelle elle a perdu la moitié de ſes domaines.
On a remarqué que le Chancelier
Lord Thurlow , dont la diviſion avec le
Comte de Sandwich a éclaté dans le Parlement
1
( 25 )
lement même , étant revenu le 10 de Bath ,
s'eſt rendu directement à l'audience du Roi
à St James , ſans s'aboucher avec aucun
autre Miniftre.
M. Laurens , ancien Préſident du Congrès
qui s'eſt trouvé à Bath en même-tems
que le Chancelier , eſt attendu de retour
ici le 25 de ce mois. Son élargiſſement tubit
a donné lieu à quelque tentative en faveur
de MM. Curſon & Governor. On fait qu'ils
étoient établis à St-Eustache avant le commencement
de la guerre , & y étoient domiciliés
depuis ſept ans. On leur a fait un
crime du commerce qu'ils farfoient , dans
une ifle neutre où ils s'étoient fait naturaliſer
, avec tous ceux qui vouloient traiter
avec eux , Anglois , Américains & François.
On ignore quelle ſera la ſuite de
cette démarche.
Selon les lettres de la Haye , les derniers
ordres pour le rendez-vous général de l'efcadre
Hollandoiſe au Texel , l'ont fixé au
26 Mars , ſi le vent le permet ; elle confifte
en un vaiſſeau de 86 canons , un de
76 , quatre de 60 , trois de 54 & 5 frégates.
L'Amirauté d'Amſterdam a fait équi
per pour ſa part d'une autre eſcadre qu'on
prépare , 3 vaiſſeaux de 64 , deux de 54 ,
un de 44 & 3 fregates ; les autres Amirautés
fourniront à proportion .
Le prix des lines eſt tombé fort bas
en Irlande ; on lattribue moins à un accroiflement
de conſommations de laines
2 Février 1782. b
( 26 )
étrangères , qu'à la diminution des deman
des de cet article en Angleterre. Cette diminution
a été occaſionnée par celle des exportations
de ce dernier Royaume ; le Continent
entier de l'Amérique , à l'exception
des places où il y a garniſon Britannique ,
rire toutes ſes laines des manufactures
Françoiſes.
A l'occaſion de cette branche importante
de commerce , on a fait les réflexions ſuivantes
pour motiver la néceſſlité de ne pas
permettre l'exportation de la laine d'Angleterre.
,
Dans les tems de calamité , chacun doit ſupporter
ſa part du fardeau public. Aujourd'hui les fermiers
ne ſouffrent pas plus du bas prix de la laine , que les
manufacturiers ne ſouffrent du bas prix des denrées ,
& de la grande quantité de marchandiſes non vendues.
Si les étrangers peuvent une fois ſe procu
rer notre laine , ils n'achetteront plus que très-peu
de nos étoffes , parce qu'avec une très-petite quantitéde
nos laines qu'ils mélangeront avec les leurs
ils amélioreront beaucoup la qualité des leurs.
Ce que nous donnons aux ouvriers pour manufac
turer nos laines , ſe montant pour le moins au double
&quelquefois à 12 fois autant que le prix de la laine
les pauvres perdroient donc ce qu'ils gagnent à travailler
la laine. -Si la laine étoit exportée, ſon prix
haufferoit, & celui des étoffes baiſſeroit , & cependant
nous avons bien de la peine à vendre ces mêmes
étoffes au-delà de ce qu'elles coûtent. Ainfi donc
un acte qui autoriſeroit l'exportation en enrichiſſant
nos ennemis , ruineroit nos manufactures , affameroit
nos pauvres , augmenteroit la taxe des pauvres ,
dépeupleroit le Royaume , & diminueroit le revenu
pablic. C'eſt un fait connu que la diminution qu'il
-
,
( 27 )
ya dans le débit des laines du Comté de Lincoln ,
doit être attribuée aux fermiers de ce Comté qui ,
voulant ſe procurer une plus grande quantité de
laines , ont introduit une eſpèce de biebis plus commune
, & par-là ont exceſſivement détérioré la qualité
de la laine. Quand le commerce est bien animé
une mauvaiſe marchandiſe peut ſe vendre un prix ou
un autre; mais lorſque le commerce dépérit , il n'eſt
pas étonnant que la marchandiſe reſte ſans débit. Le
moyen de vendre , c'eſt de préſenter de bonnes marchandifes.
A l'égard de la toile d'Irlande , fi nous
ne l'importons pas , ſi nous ne la manufacturons pas ,
les Irlandois feront forcés de la vendre à l'étranger ;
elle paſſera indubitablement enfuite chez nos enne
mis , dont les manufactures prendront par-là beaucoup
d'accroiſſement , au grand détriment des nôtres.
- Enfin , voici le réſultat de l'exportation. Soit
qu'elle fafle hauffer le prix de la laine , ou qu'elle
falle diminuer le débit de nos étoffes , il en arrivera
que nos manufacturiers Anglois qui , fur plufieurs
articles , ne retirent pas même l'intérêt de leur argent
feront forcés de renvoyer leurs ouvriers , & que
les poſſeſſeurs des terres ſeront chargés de les nourrir.
Ainfi donc non-ſeulement toutes nos villes de manufactures
, mais méme chaque individu du Royaume
eſt intéreſlé à détourner un auſſi grand ma'heur.
On dit qu'on va commencer inceffamment
à payer le dividende de fix mois des
fonds ſuivans : les 3 & demi pour cent
de 1758 ; les trois pour cent conſolidés ;
les trois pour cent de 1726 ; les longues
annuités ; les courtes , dito de 1778 & 1779 .
On acquittera enſuite les dividendes de la
Compagnie de la mer du Sud , ainſi que
les trois pour cent annuités nouve'les de
la mer du ſud , au comptoir de cette Com
b 2
( 28 )
pagnie. Le tout enſemble formera la ſomme
de plus de deux millions , à quoi il faut
ajouter encore le dividende de la Compagnie
des Indes Orientales , qui ſera payé
en Février.
Il eſt mort dans cette capitale pendant
l'année dernière 20,709 perſonnes ; il en
eſt né 17,024. Parmi les morts , il y en a
si de près de 100 ans , un de 102 , un
de 10 ; & deux de 108 .
FRANCE.
DeVERSAILLES , le 29 Janvier.
La Cour eſt revenue ici le 25 de ce
mois du Château de la Muette.
Le 26 , le Roi & la Famille Royale ſignèrent
le contrat de mariage du Vicomte de
Vanoiſe , Capitaine Commandant au Régiment
Meſtre-de-Camp Général Dragons
avec Mademoiselle de Perceval des Chenes.
Le 20 , la Comteſſe de Lage de Volude
cut l'honneur d'être préſentée à LL. MM.
& à la Famille Royale par la Princeſſe de
Lan balle en qualité de Dame pour accompagner
cette Princeſſe.
De PARIS , le 29 Janvier.
Les lettres de Breſt confiment ce que l'on
a dit de l'activité avec laquelle on travaille
à la réparation des vaiſſeaux de l'eſcadre.
M. Groignarda , dit- on , écrit que ces travaux
touchent à leur fin , & que dans les
( 29 )
premiers jours du mois prochain tous les
vaiſſeaux , à l'exception de la Bretagne , &
peut être de deux autres , feront en état de
remettre en mer.
On ne met pas moins d'activité au radoub
des tranſports; on a déchargé ceux
qui ne font plus en état de ſervir , & on
a porté leurs cargaiſons ſur d'autres ; on
frère en diligence à St- Malo deux gros navires
avec leſquels ils ſeront remplacés ; ils
le feront encore par les bâtimens revenus
avec le dernier convoi de St-Domingue ,
qu'on a frétés pour le Roi à meſure qu'ils
ont débarqué les marchandiſes qu'ils ont
apportées. Ceux qui étoient deſtinés pour
différens ports , ont mis à la voile ſous
l'eſcorte du Fier , & de quelques frégates .
Les lettres de Cadix ne parlent dans ce
moment que de la forrie de la flotte Eſpagnole
& des deux vaiſſeaux François qui
étoient dans ce port. Il n'y a eu que deux
bâtimens marchands deſtinés pour Buenos-
Ayres & la Véra Crux qui ayent eu la permiſſion
de ſuivre le convoi & de profiter
de l'eſcorte. L'armée Eſpagnole après s'être
ſéparée de ce convoi , devoit continuer ſa
route ſur le Cap St-Vincent,pour aller au-devant
de celle de Breft. On ne croit pas qu'elle
croiſe longtems. Le courier qui a apporté
la nouvelle de ſa ſortie , a rencontré celui
qui portoit la nouvelle de la rentrée de nos
vaiſſeaux à Breſt. On a calculé qu'il feroit
àMadrid le 14 au matin , que D. Cordova
b3
( १० )
pourra être inſtruit huit ou dix jours après
que notre efcadre ne paroîtra pas de ſirôz
dans ces parages , & qu'alors n'ayant rien
à faire à la mer , il retournera à Cadix; il
y doit être rentré maintenant. Il aura évité
par là les coups de vent qui ſe ſont fait
ſentir ces jours derniers , & qui ont dû
accueillir l'eſcadre de l'Amiral Rodney ,
fortie de Torbay le 14; un neutre l'a rencontré
le 16 , il fouffroit alors du gros
tems & cherchoit à regagner ſes ports. Un
bâtiment Parlementaire qui a ramené au
Havre 300 prifonniers du convoi de Breſt ,
prétend l'avoir laiflé à Torbay le 17. Depuis
ce rems les vents ont toujours été ſi contraires
, que s'il ne part pas en mêmetems
que l'eſcadre de Breft , elle le fuivra
deprès.
M. le Marquis de la Fayette & M. le
Vicomte de Noailles , arrivèrent ici le 21
de ce mois à deux heures après midi. Ils
étoient partis de Bofton fur une frégate
Américaine qui les a conduits à l'Orient
en 22 jours. A leur départ tout étoit tranquille
dans l'Amérique , & depuis la capitulation
du Lord Cornwallis , on n'avoit
renté de part ni d'autre aucune expédition.
Voici les détails de la ſeule entrepriſe du
côté du Nord dont les papiers Anglois ont
parlé vaguement.
Un corps de 2400 hommes ayant voulu marcher
fur les traces de Burgoyne , avoit éprouvé en partie
( 31 )
le fort de ce général. Cette incurfion alloit d'abord
ſuſpendre ledépart de M. de la Fayette , qui devoit
ſemettre à la tête des troupes Continentales , chargées
d'aller au ſecours des milices ,lorſqu'on apprit
qu'elles ſeules , commandées par le Lord Stirling ,
avoient ſuffi pour diſliper les ennemis. Elles ſurprirent
& battirent le Colonel St-Léger qui , avec une
diviſion de 600 hommes , s'efforçoit de pénétrer dans
cos l'eux fi funeſtes aux Anglois. Obligé de reculer ,
le Colonel renvoya au Lord Stirling quelques prifonniers
Américains qu'il ne pouvoit nourrir. Le
Lord répondit à cet envoi par celui de la capitulation
de Cornwa'lis . Le Colonel fut fans doute content
du meſſage , puiſqu'il écrivit le même jour au Commandant
Américain : >>>Te vous remercie de l'avis
que vous me donnez ; croyez que j'en ferai mon
profit , & qu'en cela , je mets autant de fincérité ,
que lorique je me dis votre très -humble & trèsob
idant serviteur , Il étoit véritablement fincère
, car it te mit à foir avec le peu de monde qui
Lui redoit.
Tout étant ainfi calmé M. le Marquis de
la Fayette n'a plus été retenu en Amérique ;
il fut Mardi à la Muette rendre ſes refpects
au Roi ; S. M. le reçut de la manière h
plus diftinguće. La veille la Reine avoit
témoigné à Madame la Marquiſe de la
Fayette tout l'intérêt qu'elle prenoit à fa
joie par une diftinction bien flatteufe. On
venoit d'annoncer à Madame de la Fayette
l'arrivée de ſon mari; comment percer la
foule pour ſe rendre auprès de lui , où
trouver des voitures qui étoient toutes renvoyées
aux extrémités de Paris. La Reine
daigna ramener elle-même Madame de la
b4
( 32 )
Fayette à l'Hôtel de Noailles ; fon mari
l'attendoit ſur le ſeuil de la porte ; il prit
la Marquiſe dans ſes bras ; & comme dans
l'excès de ſa joie elle avoit de la peine à ſe
foutenir , il lemporta dans ſon appartement
à la vue d'un peuple immenfe , qui
témoin de cette ſcène attendriffante , y applaudit
par les acclamations les plus vives.
Nous avons pluſieurs lettres de Mahon ;
celles du 4 de ce mois portent que toutes
les batteries au nombre de 19 devoient être
bientôt en état de faire feu .
avec
Il y aura plus de 160 bouches à feu , tant en canons
qu'en mortiers , qui battront la place; & ,
comme nous n'avons pas afiez d'Artilleurs pour
ce ſervice, le Général y fuppléera par des hommes
tirés de tous les régimens de l'armée. - Le 26 du
mois dernier , M. le Duc de Crillon paſſa en revue
la Compagnie de ſes Volontaires , commandée en
chefpar le Prince de Sangro , & en fecond par le
brave Capitaine Carbonel. Ce corps fut reçu
tous les honneurs militaires par la garde du Général
, & alla enfuite prendre ſa place à la tête des Volontaires
de Catalogne. Le premier de ce mois,
àquatre heures du matin , les ennemis feignirent une
fortie ; un piquet de 14 hommes ſe préſenta d'abord :
on le laiſſa s'avancer pour voir s'il feroit foutenu ;
mais dès qu'il découvrit les Volontaires de Crillon ,
il fit en feu très-vif , qui nous tua deux foldats &
nous bleffa quatre Officiers ; mais il fut bientôt repouffé
avec affez de chaleur , pour que le reſte de la
fortie n'eût pas lieu : nous avons fait un prifonnier
dans cette occafion .- Le 3 , à huit heutes & demie
du foir , les Anglois ont fait encore une ſortie qui a
été promptement repoufféc.
!
( 33 )
On a appris par des lettres poſtérieures
que les batteries Eſpagnoles ont commencé
à jouer le 6 de ce mois ; & leur feu ,
comme on s'y attendoit , a fait taire celui
de la place en moins de 5 à 6 jours ; une
Tartane arrivée à Toulon n'avoit plus entendu
de canons au moment de ſon départ ;
& le bruit couroit à Fornella que la brèche
étoit déja de trois toiſes. On a appris le
lendemain par une ſeconde Tartane que le
fort la Reine étoit pris , & que le Général
Muray ne tiendroit plus long-tems. Si cela
eſt, les premières nouvelles de Mahon ſeront
fort intéreſſantes.
Une lettre Marſeille , en date du 16 de
ce mois contient les détails ſuivans :
Le Capitaine Piche , de Bandol , parti de Fornelli
dans l'Ifle Minorque , le 9 du courant , entré cejourd'hui
dans ce port, a dit que 14 batteries élevées
par les François & les Eſpagnols , canonnoient le
Fort Saint-Philippe depuis le jour des Rois. Le feu
de ces batteries a été fi vif & fi foutenu , que les
Anglois , après avoir canonné de leur côté les batteries
, ont abandonné le Fort la Reine vingt-quatre
heures après , & ont totalement diſcontinué leur
feu. Les batteries Françoiſes & Eſpagnoles ont fait
trois brèches conſidérables au Fort Saint Philippe....
Le Capitaine Boucanier , parti de Fornelli le 10 du
courant, a confirmé la dépoſition du Capitaine Piche.
Il a ajouté que M. de Crillon avoit fait ſommer le
Général Murray de ſe rendre : que ce dernier avoit
fait faire une fortie de 400 hommes pour tâcher
d'encloner les canons des batteries ; mais que les
Miquelets avoient défait & battu ces 400 hommes ,
&que dans cette affaire 150 Anglois avoient péri.
bs
( 34 )
Parmi les Cauſes portées au Parlement de
Paris , en voici une qui peut intéreſſer nos
Lecteurs ; elle a été jugée le 29 Décembre
dernier.
,
Il s'agiſſoit d'une accuſation de bigamie &
profanation de Sacrement intentée par le Subſtitue
deM. le Procureur-Général à Montbrifon , contre
Jean-Baptifte Giraud , ancien Fourrier de la Légion
de Corfe. Ce jeune homme, enrôlédans la Légion
de Corſe à 17 ans avoit cu la facilité de croire
que Marie-Marthe Sialethy , fille native de Corté
en Corſe , qui avoit quitté de bonne heure ſa patrie ,
pour s'attacher à la Légion Corſe , & la ſuivre dans
lesdifférentes Villes degarniſon, lui donnoit une préférence
marquée ſur ſes camarades. Il conſent àl'époufer.
Giraud, mineur de 21 ans , fans confentement.de
fes père&mère, demeurantà Montbriſon , ſans publication
de bancs, ſans préſence ni conſentement de
propre Curé , ſe marie avec cette fille , & reçoit la
bénédiction nuptiale des mains de l'Aumonier du
Régiment , dans l'Egliſe de St-Orens deMontauban.
Pea de tems après , Giraud obtient ſon congé ,
quitte ſon Régiment , retourne à Montbriſon chez
ſes père & mère. Sa prétendue femme , plus fidèle au
Régiment qu'elle avoit adopté avant lui , y demeure
attachée après. Giraud , de retour à Montbrifon ,
ſa famille veut le fixer par un mariage; il héſite
d'abord puis ayant confulté ſur ſon premier
mariage & Caſuiſtes & Jurifconfultes ,il ſe marie ,
du contentement de toute fa famille , & dans toutes
les formes preſcrites par l'Eglife & par l'Erat ,
dans l'Eglife Paroiffiale de St-André de Montauban ,
avec Claudine Pirroneau. Pluſieurs mois ſe paſſent
tranquilles ; Marie- Marthe Sialhety eſt inſtruite
du ſecond mariage de Giraud. Elle ſe préſente à
Montbrifon , porte ſes plaintes , excite le zèle
du Ministère public qui rend plainte de profanation
,
( 35 )
-
de Sacrement contre Giraud , demande permiffion
d'informer , & qu'il foit à l'inftant décrété de priſe
de corps.-Sentence qui reçoit la plainte , permet
d'informer , & décrète de priſe de corps Giraud.
Celui-ci prend prudemment la fuite, vient à Paris ,
interjerte appel comune d'abus de fon premier mariage
avec Marie- Marthe Sialethy , & fe rend appellaut
du décret de priſe de corps de la plainte , permiffion
d'informer & tout ce qui s'en eft enſuivi .
Premier Arrêt , qui reçoit l'appel; laCauſe eſt liée
avec M. le Procureur-Général & Marie-Marthe Sialethy.
Cette dernière ne paroît pas . Giraud eft
défendu par Me. Polverel , qui établit ſa défenſe
fur deur propoſitions. La nullité du premier mariage
qui réſulte de l'inobſervation des formalités requites
par l'Eglife & par l'Etat pour la validité des mariages
: de certe nullité il en tire la concluſion , qu'il
ne peut être condamné pour bigamie ni pour profanation
de Sacrement , parce qu'un premier mariage
nul n'a pu produire aucun effet , ni le lier & l'empeche
de contracter un ſecond. Arrêt de Tournelle
du 29 Décembre 1781 , a déclaré le mariage
de Giraud avec Marie-Marthe Sialerhy nul & abufif,
& fur la plainte rendue contre Giraud , le décret
de priſe de corps , Tinformation , & ce qui a
ſuivi , a mis les Parties hors de Cour. Faifant
droit fur les conclufions de M. Séguier , Avocat-
Général , a condamné Giraud & Marie - Marthe
Sialhety à aumôner chacun 3 liv. au pain des
pauvres Prifonniers «.
,
-
>> Françoiſe Burdin , femme de Jean Charge ,
Laboureur de la Paroiſſe de Charenton , en Beaujollois
, accoucha dans la nuit du 6 Avril dernier de
trois filles , baptifées une heure après , fous les noms
de Jeanne, Claudine & Conftance; elle les a allaitées
depuis leur naiflance , & continue de les allaiter encore,
fans que ſa ſanté ni celle de ſes trois filles
b6
( 36 )
ayent fouffert la moindre altération. Elles ſe pora
tent toures très-bien. Cette femme a encore fix autres
enfans en bas âge qui partagent également ſes
foins& fa tendreiſe«.
L'Académie Françoiſe a élu le ro de ce
mois le Marquis de Condorcet , Secrétaire
perpétuel de l'Académie Royale des Sciences
, pour remplir la place vacante par la
mort de M. Saurin.
L'Académie royale des Inſcriptions &
Belles Lettres , dans ſon Aſſemblée du 15
de ce mois , a élu Académicien honoraire
le Prince de Beauveau , à la place vacante
par la mort du Comte de Maurepas.
L'Académie royale des Sciences ayant
chargé deux de fes Membres , les ſieurs de
Montigny & Macquer , d'examiner une cire
à cacheter parfumée qui lui avoit été préſentée
par le fieur Grafe , Graveur en cachets
, rue Neuve Saint-Roch , a reconnu
par un certificat qu'elle en a donné à l'Inventeur
, que ſa cire ne cède en rien à toutes
celles qui font le plus recherchées ;
qu'elle s'allume & ſe fond facilement ſans
avoir le défaut ordinaire des belles cires ,
qui eft d'être ſi coulantes qu'elles tombent
en gouttes auffi tôt qu'elles ſont préſentées
à la lumière ; qu'elle conſerve ſa flamme
juſqu'à ce qu'on l'éteigne; qu'elle reſte d'un
beau liffe & d'une belle couleur , & eft fi
attachée au papier , qu'on n'en peut enlever
le cachet fans le déchirer , &c. &c.
( 37 )
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon , propoſe pour le ſujer
du Prix qu'elle diſtribuera en 1783 , la Théorie
des Vents ; c'eſt pour la feconde fois
qu'elle demande l'expofition de cetteThéorie
;& elle eſpère que ce nouveau concours
remplira ſes voeux ; elle a remis à l'année
1784 , le Prix dont le ſujet étoit l'Eloge
de Sébastien le Prêtre de Vauban , Maréchal
de France ; ces deux Prix feront doubles
& partagés s'il ſe trouve deux concurrens
qui le diſpurent avec un égal avantage.
Comme on ne lui a encore envoyé
aucun mémoire fur les Savons acides
queſtion à laquelle elle deſtine un Prix
extraordinaire ; elle le garde en réſerve pour
le donner à celui qui , dans quelque tems
que ce ſoit , remplira les vues qui ont
engagé l'Académie à propoſer ce ſujet. Les
ouvrages doivent être adreflés francs de
port à M. Maret , Docteur en Médecine ,
Secrétaire perpétuel , qui les recevra jufqu'au
premier Avril des années pour
leſquelles ces Prix ſont propoſés.
M. Je vous prie d'inférer dans votre Journal prochain
la prière que j'adreſſe à ceux qui ont en leur
poffeffion trois Sentences qui reconnoiffent les Mм.
Paluſtres du Poirou, de condition,toutes plus anciennes
les unes que les autres , dont la plus nouvelle eſt
cellede M. Barantin , d'avoir la complaiſance d'en
donner connoiffance à M. Boncefre, Procureur au
Préfidial de Poitiers , qui eft chargé de procuration
de s'en informer par un deſcendant d'une branche
( 38 )
de cette famille , qui les avoit toutes trois , &
qu'on lui a fait brûler par malice. On aura une obligation
infinie aux deſcendans de cette famille , d'en
procurer des exemplaires. On les prie de les adreſſer
a M. Boncefne , Procureur au Préſidialde Poitiers.
On a quelque choſe d'intéreſant à communiquer
aux héritiers collatéraux d'Antoine Petot
Bourgeois de Paris , qui avoit éroulé
Claude Picot , décédée au mois d'Avril 1628. Antoine
Perot vivoit encore en 1639 , & demeuroit
rue de la Truanderie. Quelques actes lui donnent
la qualité de ſieur d'Ancerville. Leur fille , Jeanne Petot,
épouſa les Novembre 1628 , François Perreau ,
Tréſorier de France à Soiffons , & fa deſcendance
eft finie. S'adreffer à M. le Marquis de Chambray ,
rue des Francs-Bourgeois , au Marais , à Paris.
Jean-Joſeph-Alexandre de Montvallat ,
Comte d'Autrague , &c . eſt mort en fon
Château du Croiſet en Rouergue , le 22
Décembre dernier dans la 76e. année de
fon âge.
Eléonore de Garnier , Comte Deſgaren ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
commandant la Citadelle de Strasbourg ,
eſt mort à Dijon le 18 du même mois dans
la 67e. année de ſon âge.
Louis - Pierre - Jules -César de Rochechouart
, ancien Evêque de Bayonne , eft
mort en fon Château de Montigny en
Beauce dans la 84e. anné de fon âge.
Françoiſe Duhamel de Melmond , épouſe
du Préſident Bigot , Doyen des Préſidens à
Mortier du Parlement de Rouen , eſt morte
( 39 )
en cette Ville le 24 Décembre dans la 43.
année de ſon âge .
François - Victor , Comte de Clugny-
Thenilley , fils de Mademoiselle de Chorſeul-
Buffières , & qui avoit épousé la foeur
de M. le Baron de Choiſeul , eſt mort en
fon Château de Barcey en Bourgogne , le 7
Janvier de la préſente année. Il laiffe de
ce mariage , Charles , Marquis de Clugny-
Theniffey , Officier au Régiment de Beauvoifis
, marié à Mademoiſelle de Lannoy ,
née Comteſſe de l'Empire ; Charles de
Clugny , Chevalier de Malte , Capitaine
au Régiment de Beauvoiſfis; Céfar de Clugny
, Comte de Lyon , Vicaire-Général de
Metz , & Sophie de Clugny-Theniſſey
mariée à M. le Marquis de Piolene.
Les Numéros fortis au tirage de la
Loterie Royale de France , du 16 de ce
mois font : 27 , 10 , 50 , 28 & 34 .
Edit du Roi , donné à Versailles au mois de Décembre
, & enregiſtré au Parlement le 8 Janvier ,
qui fixe les priviéges des ſujets des Erats du Corps
Helvétique dans le Royaume. Autre , donné à
Verſailles au mois de Janvier , & enregistré à la
Cour des Aides le 16, portant création de Receveurs
particuliers des Finances.
-
Deux Arrêts du Conſeil d'Etat du Roi des 28
Septembre & 23 Octobre. Le premier ordonne que
la Requête de l'Adjudicaire des Fermes tendante à
ce que le ſieur Guérin , Entrepoſeur du tabac , foit
diſpenſé de faire les fonctions de la charge deMar
guillier , à laquelle il a été nommé par délibération
( 40 )
-
deshabitans de St-Gildas d'Aunay , ſera communi
quée auxdits habitans ; & que M. le Procureur-Général
du Parlement de Bretagne enverra au Confeil
les motifs de l'Arrêt de cette Cour du 18 Août dernier
, portant que le ſieur Guérin ſera tenu de remplir
les fonctions de la Fabrique de ladite Paroiffe.
-Le ſecond contradictoire , déclare nul l'Arrêt da
Parlement de Bretagne , & décharge le ſieurGuérin
de ſa nomination a la place de Margnillier , le difpenſe
d'en remplir les fonctions , & condamne les
habitans en tous les dépens , & au coût de l'Arrêt.-
Autredu 12 Décembre qui fixe les droits que doivent
payer par douzaine les chapeaux à leur entrée &
fortie des cinq groſſes fermes . Autre qui fait
défenſe de tranſporter d'une ville à une autre des
Provinces maritimes ou frontières du Royaume , les
métiers propres aux manufactures , ainſi que les
outils &inftrumens ſervant à leur fabrication , fans
être accompagné d'un certificat qui défiguera le lieu
pour lequel ils ſeront deftinés . Autre qui maintient
les Officiers-Municipaux de la villede Beauvais
dans le droit de rendre ſeuls les Ordonnances né
ceflaires dans les cas de réjouiſſances publiques dans
ladite ville. Autre du 21 Janvier. Le Roi voulant
conſacrer par de nouveaux bienfaits l'heureuſe
époque où Dieu répand fur lui ſes graces par la
naiſſance d'un Dauphin , & donner en même tems
aux habitans de ſa bonne villede Paris des marques
particulières de ſa bienveillance ; mais les circonftances
ne permettant pas à Sa Majesté d'y faire
participer tous les habitans de cette ville , Elle a
cru devoir soccupes en ce moment de ceux qui
font moins en étatde ſupporter les charges publiques
, & ajouter aux differens ſecours qui ont été
déja diftribués par ſes ordres , la remiſe de toute
Capitation pour la préſente année , en faveur des
Bourgeois , Marchands & Artiſans qui n'ont éτε
( 41 )
impoſés l'année dernière qu'à Neuf livres de Capitation
& au-deſſous. Aquoi voulant pourvoir : Oui
le rapport du ſieur Joly de Fleury, Conſeiller d'Etat
ordinaire , & au Conſeil Royal des Finances ; le Roi
étant en fon Conſeil , a ordonné & ordonne que les
Bourgeois , Marchands & Artiſans de ſa bonne ville
de Paris , qui n'ont été impoſés qu'à Neuf livres de
Capitation & au-deſſous , en l'année 1781 , feront
exempts de toute Capitation pour la préſente année.
Enjoint Sa Majesté aux fieurs Prévôt des Marchands
& Lieutenant-Général de Police de la ville de Paris ,
de tenir la main , chacun en droit ſoi , à l'exécution
du préſent Arrêt , & c .
De BRUXELLES , le 29 Janvier.
Le Mémoire de M. Adams aux Etats-
Généraux pour leur demander une réponſe
cathégorique , a fait l'objet des délibérations
de cette aſſemblée; les Députés de
toutes les Provinces , l'ont pris ad referen.
dum, & actuellement ils l'ont envoyé à
leurs commettans qui leur feront paffer les
inftructions néceffaires .
>> La démarche que vient de faire le Miniſtre du
Congrès , écrit-on de la Haye , ne pouvoit avoir
lieu dans une circonſtance plus favorable ; la
priſe de Saint- Eustache nuit peut - être au projet
de paix avec l'Angleterre & favoriſe la formation
de liens politiques avec un Etat naiſlant
avec lequel nous avons tant de traits de reflemblance
, & nous pouvons avoir tant de liaiſons
d'intérêt. Il ſeroit tems peut-être de mette fin à la
pofition fingulière où nous nous trouvons depuis
quelque tems , d'être en hoftilités avec une Puif
( 42 )
fance, fans avoir encore formé aucune liaiſon avec
celles qui font en guerre avec elle. On croit en gé
néral que les choſes ne tarderont pas à changer de
face. La conduire de la France à notre égard , les
fecours, la protection qu'elle nous fournit, follicitent
l'alliance la plus étroite. On prétend que la Compagnie
des Indes a fait , avec cette Puiſſance , un nou.
veau traité , en vertu duquel elle jouira pendant deux
ans du port de l'Orient , pour y conftruire ſes vail
ſeaux , y recevoir ſes retours & faire ſes ventes . Si
cela eft vrai , comme cela est vraisemblable, voilà
avec le Cap & Ceylan un nouveau lien qui doit
nous attacher ſolidement à elle".
Une divifion des garnisons Hollandoiſes
qui ont évacué les places barrières , a traverſé
le 13 de ce mois la Ville d'Anvers ,
tambours battans &drapeaux déployés . Elle
a reçu reçu en paſſant les honneurs militaires des
gardes Autrichiennes , tant des troupes réglées
que des milices bourgeoifes rangées
en parade. Cette divifion à pris la route de
Berg-opzoom.
>> On commence à croire , écrit un Officier Hollandois
en garniſon à Namur , que nous n'évacuerons
pas cette place. La démolition ſeule coûteroit
250,000 florins , & ne procureroit aucun dédommagement.
C'eſt ce qui paroît réſulter du devis
que viennent d'achever deux Ingénieurs Autrichiens
qui font ici pour cet objet depuis quinze jours. II
faudroit auffi rembourser alors preſqu'environ
700,000 florins pour des ouvrages conſtruits d'après
la convention de 1776 , entre la Maiſon d'Autriche
& L. H. P. Ce feroit donc environ un million
que coûteroit la deftruction de cette place.
On ſuppoſe audi que la Hollande eft plus atta
(43)
chée à cette dernière qu'aux autres , & elle ne
manquera pas d'employer les bons offices de plufieurs
Puiſſances alliées pour en obtenir la conſervation
«.
S'il faut en croire quelques lettres de
France, il a été décidé que,d'après une réponſe
un peu trop haute du Lord Germaine aux
repréſentations qui lui ont été faites , on va
ufer de repréſailles à la Grenade , à la
Dominique , & à St- Vincent , pour indemnifer
les Négocians François de ce qu'ils
ont perdu à St-Eustache; ſi , comme on le
dit auffi , le Lord Germaine ſe retire , on
ne fera pas étonné de la manière dont il
a répondu ; en fongeant à ſa retraite il a
voulu préparer des embarras à ſon ſuccefſeur;
on ajoute auſſi que le Lord Sandwich
ſe diſpoſe à remercier à ſon tour.
de
>>>M. Franklin , lit-on dans une lettre de Paris ,
apprit , le 23 de ce mois , que le Général Gréen s'eft
emparé du Fort Sainte-Anne où il a fait 300 priſonhiers
. Il s'eſt répandu ici un bruit très-vague ,
que le Northumberland, vaiſſeau de 74 canons ,
l'eſcadre de M. le Comte deGraffe , après avoir été
féparé de certe eſcadre par le coup de vent du 17
Novembre dernier a été pris ; mais on demande par
qui il a pu l'être ? Ce ne peut être par la flotte
de l'Amiral Hood , que le même coup de vent a
fait aufli beaucoup ſouffair , puiſqu'on a des nouvelles
de ce Contre-Amiral , qui n'auroit pas manqué
d'annoncer cette nouvelle intéreſſante dans ſes
dépêches , où il n'en dit rien. -On parle aufli de
la priſe de la Danaé , frégate Angloiſe , & du
convoi de Portugal qu'elle eſcortoit ; mais cette
( 44 )
nouvelle n'eſt pas encore bien accréditée ; fi elle
eft vraie , cette priſe ne peut avoir été faite que
par M. de Vaudreuil. Nous n'avons actue lement ca
mer dans ces parages que le Triomphant qu'il monte,
&le Brave qui l'accompagne.- L'emprunt de 70
millions eſt au Parlement « .
Les habitans de cetteVille, écrit-ondeNew-
Yorck , ſont dans des inquiétudes ſigrandes,
que depuis la capitulation d'Yorck- Town ,
pluſieurs marchands ne veulent pas deballer
les marchandiſes qu'ils ont reçues par la der
nière Hotte; & qu'en général ils refuſent
preſque tous de vendre , ſi ce n'eſt au comptant.
Nous entrevoyons pour le printems
prochain une fituation pire encore que celle
où nous nous trouvons : comme il eſt poſſible
qu'on ſoit obligé d'abandonner cette Ville,
ainſi qu'on quitta Boſton il y a quelques
années , quel fera notre fort ! ... Si je vais
en Angleterre avec une groſſe famille , nous
pouvons y manquer de tout. Si je reſte ici ,
je ſerai expofé àdes infulres, & peut être à
des pourſuites rigoureuſes .
C'eſt d'après cette façon de voir des habitans
de New-Yorck, que les réfugiés qui
ſe trouvoient dans cette Ville , ſe font , à ce
qu'on dit , jettés en foule ſur les navires qui
faifoient voile pour l'Angleterre ; en forte
qu'on va voir artiver ici un grand nombre
d'Américains Lovaliſtes , qui augmenteront
la liſte des penſionnaires de cette eſpèce ,
dont la Cour est déja ſurchargée.
( 45 )
On dit dans des lettres de Vienne du z
de ce mois , qu'il y eſt arrivé un courier
de Rome , & que depuis ce tems on dit
que le Pape ſe rendra dans cette capitale ,
au mois de Mai prochain , ſous le nom
d'Evêque de Saint - Jean de Latran ; on
ajoute qu'il fera accompagné de deux Cardinaux
& de deux Secrétaires , & qu'il fera
logé au Château de Schombrun .
D'autres lettres contiennent une nou
velle au moins auſſi douteule; le bruit court,
diſent-elles , que le Baron de Herbert , Internonce
Impérial à Conſtantinople , y a
effuyé de très-grands déſagrémens , & qu'il
s'eſt vu obligé de ſe retirer dans l'hôtel
de l'Ambaſladeur de France : il y a longtems
qu'on avoit publié une nouvelle àpeu-
près ſemblable qui ne ſe vérifia point ;
celle-ci pourroit avoir le même ſort , &
nous ne la répétons que parce qu'elle ſe
trouvera dans tous les papiers publics , qui
n'y joindront pas les raiſons qu'on a de s'en
défier.
On a fait le calcul du nombre des bâtimens
arrivés dans le port d'Oftende depuis
le premier Janvier 1781 , juſqu'au 31 Décembre
, il monte à 2953 , jamais le commerce
de cette ville n'a été fi floriſſant.
Le corſaire de ce port la Boulogne , écrit-on
de St-Malo a pris un vaſſeau venant de New-
Yorck , qui entra ici le 20 de ce mois. Il y avoit
àbord de ce navire 8 paſſagers diftingués , dont
( 46 )
lun s'eſt nommé , dans un acte par écrit , Lord
Cornwallis , Lieutenant-Général , Prisonnier de
M. de Rochambeau , Le Capitaine de priſe cédant
aux inſtances du Lord , & même forcé , à ce qu'il
affure , par le mauvais tems , a conduit à Torbay
ces paſſagers , qui avoient is domestiques à leur
fuite. Le Lord s'étoit engagé , par écrit , à garantir
le Capitaine de priſe de tout évènement , & même
àvenir ſe conftituer prifonnier en France, fi on
l'exigeoit. Les autres prifonniers étoient 3 Aides
de Camp, un Capitaine de haut bord , un Capitaine
du Génie , un Major & un Commiſſaire. Ils furent
tous reçus à Torbay par un Capitaine de frégate
qui s'y trouvoit , & qui donna un paffe- port au
Capitaine de priſe , en lui remettant auſſi des prifonniers
François en échange des Is domestiques
& de 2 ou 3 Anglois qu'il avoit à bord. Voilà une
fingulière aventure ; il eft fâcheux que tant de pafiagers
diftingués n'aient pas été amenés ici . Nous
ne doutons pas que ce Lord ne foit réellement le
Général Cornwallis , & les papiers Anglois ne tarderont
pas à nous confirmer la rencontre qu'il a
faite. Le vaiſteau pris n'a aucun chargement ; il
eftbon, & on le dit excellent voilier. Les mateluts
François qui ont amariné la priſe , ont eu chacun 3
guinées; il eſt à préſumer que le Capitaine aura reçu
une récompenſe proportionnée « .
PRÉCIS DESGAZETTES ANGLOISES , du 19 Janvier.
On dit que la priſe de St-Eustache fera perdre à
l'Amiral Rodney & au Général Vaughan une femme
de 100,000 liv, flerl. chacun,
F DePortsmouth le 15 Janvier. L'eſcadre destinée
pour les Indes-Orientales r ſte toujours à Stocke
Bay& à Mother-Bank. Elle confifte en 17 voiles .
1
( 47 )
Les Fortifications de Gilkicket- Point , aujourd'hui
appellé le fort Monckton dans l'Inde , avancent beaucoup
, & feront d'une grande défenſe.
De Savanah le 30 Septembre. Les Députés des
Américains de cette Province affemblés à Augefta
ont nommé Nathan Brownſon Gouverneur , & deux
Délégués pour les répré enter au Congrès de Philadelphie.
Nous apprenons auſſi que cette Affemblée a
paife une loi pour bannir les femmes & les cafems
des loyalistes qui ont été obligésde ſe réfugier ici &
dans les autres parties de la Province protégées par
les troupes Angloiſes . En vertu d'un règlement miliraite
, publié pareillement par cette aflemblée , tout
habitant qui refuſe de ſervir eft puni pour la pre.
mière fois par une amende de 15 liv. fterl. , payable
en or ou en argent ; & en cas de récitive , il eft condamné
à prendre les armes comme ſoldat parmi les
troupes Continentales , pour le reſte de la guerre .
Liste des Places & Etabliſſemens pris ſur les An.
glois , depuis le commencement de cette brillante
guerre .
LesIflesde St-Vincent, la Dominique , la Grenade ,
Tabago , St- Eustache , St-Martin , la Province de la
Floride , les garniſons de Pensacola , fort Omoa ,
Sénégal. En tout 10 établiſſemens , fans compter la
pertede 1; belles Provinces dans l'Amérique- Septentrionale
, & les deux nombreuſes armes commandées
par les Généraux Bargoyne & Cornwallis ;
& cependant le Lord North refte en place , &
reftera juqu'à ce qu'il ait opérénotre ruine .
Y
LeGénéral I incoln commandoit à Charles-Town ;
Cornwallis l'a forcé de capituler & de ſe rendre prifonnier
deguerre. Le méme Général Lincoln com
(48 )
mandoit à l'attaque de Yorck-Town , où l'armée de
Corowallis a été faite priſonnière; de forte que la
même armée qui avoit pris Lincoln , a été priſe par
cedernier , & a été obligée , à ſon tour , de défiler
devant lui.
Quoique de vrais Patriotes aient avancé comme
une choſe certaine que le Lord Germaine avoit
quitté ſon pofte , nous pouvons garantir le contraire.
Depuis ſon retour a la Ville , ce Lord a déclaré
qu'il n'avoit aucune connoiſſance que le Roi
pensat à lui ôrer ſa place: Que lui Germaine étoit
fortement convaincu , que fi l'indépendance de
l'Amérique étoitformellement reconnue par la couronne
d'Angleterre , la grandeur de l'Empire étoit
perdue à jamais. Si l'on adopre ce ſyſtême , ajouta
ce Lord , je quitte auſſi-tôt mon poſte; comme
aufli dans le cas où le Roi croiroit que quelque
autre eſt plus capable que moi de remplir ma charge;
mais juſques-là , j'en continuerai conftamment
les fonctions .
Il paroît certain que S. M. acceptera enfin la
démiſſion du Lord Germaine ; ce Miniſtre a écrit
une Lettre au Roi à l'effet qu'il lui ſon permis de
réſigner ſa place. Les motifs de ſa retraite font
fondés ſur le changement qui s'eſt opéré depuis
ſon entrée au Conſeil dans le ſyſtême de conduite
relatif à la guerre actuelle. Sa Seigneurie , fachée
de voir le peu de poids qu'avoient ſes avis dans
le Conſeil du Roi , s'eſt déterminé à ſolliciter vive
ment ſa démiſſion . Les Feuilles périodiques font
tombées dans l'erreur , en lui donnant le titre de
Secrétaire d'Etat pour les Colonies , ou celui de
Secrétaire d'Etat pour le département de l'Amérique.
Son vrai titre eſt un des principaux Secrétai
res d'Etat de S. M.
--
54
Sermons de Fléchier , 4 Vol. in - 12 . Prix , 10 liv .
reliés.
Idem. en 2 Volumes. prix 4 liv. reliés.
Théologie Morale de Juenin , avec les Réſolutions
des Cas de Confcience , 10 Volumes in- 12 .
Prix 20 liv. reliés .
Traité de la Jurisdiction Eccléſiaſtique , ou
Vol. in- 4 ° .
Théorie-Pratique des Officialités , 2
Prix , 16 liv . reliés .
L'Eſprit de Saint-François de Salles , Évêque &
Jean-Pierre le Camus , Évêque de Bellay , Ouvrage
Prince de Genève , recueilli de divers Écrire que
qui contient les plus beaux endroits de l'ancienne
Édition ,& très-utile à toutes fortes de perſonnes ,
1 Vol. in- 89. Prix , 5 liv relié.
Les Helviennes , ou Lettres Provinciales philoſophiques
, I Vol. Prix, 2 liv. 8 fols broché.
Les Mois , Poëme eu douze Chants , par M.
Rouché , 2 Vol. in-4 ° . grand papier , fig. Priz ,
20 liv . brochés.
Idem. 4 Vol. petit papier. Prix , 6 liv. brochés.
TABLE
Du Journal Politique.
Constantinople, 1Cadix , 10
Pétersbourg , 3Londres, 12
Copenhague , ibid. Versailles , 28
Vienne, 4Paris, ibid.
Hambourg , 7Bruxelles , 41
Vaiſſeaux pris fur les Anglois.
(PAR LES FRANÇOIS . )LE
çonné pour 200 Guinées. - Le Neptune, deTerre- E Tyrone , pris &c ran
Neuve , pour Pool ; envoyé à Morlaix. - Le London
, de New-Yorck; rançonné pour 1200 Guinées.
-Le George , de Terre-Neuve , pour Pool ; en
voyé en France .- Plufieurs Bâtimens , pris & rannés.
- Le Sally , envoyé en France.- Trois
anens , envoyés à Dunkerque.
PAR LES ESPAGNOLS ). Le Polly , de Terreave,
pour Oporto; envoyé à Vigo.
(PAR LES AMÉRICAINS. ) Le Sally , d'Oporto ,
pour Terre-Neuve ; envoyé à Bolton. - La Sainte-
Marie , de la Jamaïque , pour Londres ; envoyée à
salem.- La Vénus , priſe & envoyée à Ténériffe.
Vaiſſeaux pris par les Anglois.
SUR LES FRANÇOIS ). LaReine Jeanne , Sucre ,
Cate, The, envoyée à Guernesey. -Un Bâtiment ,
pris & envoyé à Liverpool.- Le Terror ofEngland,
pris & envoyé à Dublin.
(SUR LES ESPAGNOLS. ) Un Bâtiment , pris sc
envoyé àAntigue.
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France, à Paris , chez PANCKOLOKE , Libraire ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le prix de
IAbonnement est de 30 liv. pour Paris , & de 32 liv.
pour la Province.
(20
MERCURE
DE FRANCE,
( N°. 6. )
SAMEDI 9 FÉVRIER 1782 .
H
ISTOIRE générale & particulière de Bourgogne
, avec des Notes , des Differtations&les preuves
juftificatives , compofée ſur les Auteurs , les
Titres originaux, les Regiſtres publics , les Cartu-
Jaires des Eglifes Cathédrales & Collégiales , des
Abbayes & autres anciens Monumens , & enrichie
de Vignettes , de Cartes Géographiques , de divers
Plans & de pluſieurs Figures de Portiques , Tombeaux
& Sceaux , tant des Ducs que des grandes
Maiſons , &c. par Dom Plancher, Religieux Bénédictin
de l'Abbaye de Saint-Bénigne de Dijon , de
laCongrégation de Saint- Maur , continuée par un
Religieux Bénédictin de la même Congrégation &
de la Province de Bourgogne, in-folio , Tome IV
&dernier.
Le premier Volume de cet Ouvrage parut en
1739 , le deuxième en 1741 , le troisième en 1748 .
3117
en retirant les Tomes II &
Chaque Volume en feuilles a coûté 26 livres aux
Soufcripteurs ; ils ont payé 18 liv. en ſouſcrivant ,
8 livres en retirant le premier Volume , & en outre
18 livres pour la foufcription du deuxième ; mêmes
fommes ont été payées
III, de manière que ceux de MM. les Souſcripteurs
qui ont exactement retiré les Volumes à mesure qu'ils
ont paru , font en avance d'une fomme de 18 livres
fur le quatrième & dernier que nous annonçons , au
moyen de quoi ils n'auront que 8 liv. à payer en le
retirant.
La mort de l'Auteur , arrivée peu de tems après
la publication du troiſième Volume , ayant fair
craindre que cette Hiſtoire ne fut jamais continuée
il eſt peut-être quelques perſonnes qui ont regardé
leurs avances comme perdues ; nous nous empreffons
de les prévenir , ainſi que nous l'avons déjà
fait par notre Profpectus publié le 11 Février 1777,
que nous en tiendrons compte , & que nous remplirons
avec la plus ſcrupuleuſe exactitude tous les engagemens
que le ſieur Defay , notre prédéceffeur,
avoit contractés avec eux.
On prie MM. les Souſcripteurs de retirer les Volames
qui peuvent leur manquer avant le premier
Mai prochain , patlé lequel temps iln'en fera donné
ancun à moins de 36 liv.
Ceux qui ont perdu leur reconnoiſſance de foufcription
, pourront juſqu'à la même date profiter de
cebénéfice; ceux même qui n'ont point ſouſcrit ,
obtiendront la même remiſe s'ils le font au temps
indiqué.
État des ſommes à payer.
MM. les Soufcripteurs qui n'ont retiré que le preA
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 FÉVRIER 1782.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Quej'ai mis fur ma porte le ſoir que j'ai
donné à fouper à dix de mes Amis ,
pour célébrer la Naiſſance de Mgr. le
Dauphin.
L'AMOUR avec l'Hymen , & Bellone & laGloire ,
Semblent, en ce beau jour , unis pour les François ;.
Les deux premiers, comblant nos plus ardens ſouhaits ,
Nous donnent un Dauphin.... Bellone , la Victoire ;
Ladernière par-tout avec le ſang Anglois
▲lavé nos affronts , & ignera la Paix.
(Par M. l'Abbé..... à Sancerre. )
No. 6, 9 Février 1782. C
So
MERCURE -
CLÉMENTINE ET LA ROSE ,
Idylle.
HOJEUNE reine des fleurs , l'orgueil de la Nature,
Toi , que pour Pſyché même auroit cueilli l'Amour ,
** Prens ta robe vermeille , enrichis ta parure ,
Tu vas de Clémentine habiter le ſéjour.
Ton front ſe réjouit d'étaler auprès d'elle
L'éclat de la beauté qui teſoumet tes fours ;
Moi je triomphe auſſi de te trouver ſi belle ,
Pour te voir lui céder des tributs plus flatteurs.
Que le zéphir léger ſur ta tige orgueilleuſe
Te balance avec grâce en ſon vol careſſant ,
Deton ſein qui frémit ſous ſa bouche amoureuſe ,
Exhale en tes ſoupirs un parfum raviſſant.
De ta tige flexible imitant la molleſſe ,
Voluptueuſe & fière , aifée avec grandeur ,
Sataille en ſes contours va prendre ta ſoupleſſe ,
Etſon ſouffle embaumé nourrira ta fraîcheur .
TOUJOURS belle , jamais d'une plus vive flamme
Tu ne vois s'animer tes tranquilles attraits ;
Tout , juſques aux deſirs captivés dans ſon âme ,
Varie à chaque inſtant le charme de ſes traits.
De cent bras épineux le Ciel pour ta défenſe
Eut beſoin de t'armer contre tes raviffeurs :
DE FRANCE.
SI
Son coeur fimple & naif, par ſa ſeule innocence ,
Échappe , ſans détours , aux pièges ſéducteurs.
De ces tendres boutons que ton ſein fit éclore,
Tu ne dois jamais voir la fleur s'épanouir ;
De ſes nombreux enfans un jour plus belle encore ,
Elle verra ſes traits dans leurs traits s'embellir .
CROISSEZ , Ô jeunes fleurs , & noblement rivales ,
Formez-vous l'une à l'autre un plus brillant deſtin .
Clémentine avec toi ne craindra point d'égales ,
Ettu n'en auras plus en régnant ſur ſon ſein.
(Par M. Berquin. )
LE SAGE DE LA PERSE , Apologue.
UN Philoſophe de la Perfe ,
Victime trop long-temps de l'envie & des ſots ,
Avec le genre-humain voulut rompre commerce ,
Et s'en fut chercher le repos
Au fond d'un bois affreux , ſéjour des animaux.
Quoi ! lui dit un ami , vous fuyez vos ſemblables,
Qui ne font après tout que fourbes & méchans ,
Pour aller habiter les antres effroyables
Des lions affamés & des loups dévorans !
Notre Sage en ces mots réfuta la Harangue :
Pour me faire du mal ceux- ci n'ont que des dents,
>> Et les hommes ont une langue.
( Par M le Bailly.)
Cij
$2 MERCURE
L'EXEMPLE INUTILE , ou les Amours
Invraisemblables , Anecdote.
IL est bon d'offrir aux hommes des exem
ples d'amour & de fidelité. Ils ne font guère
ſuivis; mais ils amuſent, ils intéreſſent un
moment les Lecteurs ; & fi ces récits-là ſont
infructueux , on les lit au moins fans danger.
Je ne m'attends pas à voir mon Héroïne
trouver beaucoup d'imitateurs; mais en la
faifant connoître , je ſuis sûr de la faire
eftimer , admirer même ; & fi la tendre
Suzette ( c'eſt ainſi qu'on l'appelie)nedevient
pas le modèle des Amans, elle obtiendra
d'eux au moins le tribut d'hommage qui lui
eft dû,
Dans une petite Ville de Province, vivoit
& vit encore ( car mon Hiſtoire eſt très récente)
une jeune enfant dont le portrait
feroit difficile à faire ; elle ne retlembisit
à perſonne. Je ne jetterai pas ici à pleines
mains les lys & les rofes ;toutes les Heroïnes
en font pourvues ; je dirai ſeulement qu'elle
étoit jolie comme on ne l'eſt guère , & qu'elle
favoitaimer comme on n'aimerajamais. Mais
tout ſon bien étoit dans ſa beauté , & fa nobleffe
dansſon coeur; je veux dire qu'elle étoit
fansfortune & fans naiſſance. Par bonheur
elle n'y avoit jamais fongé ; les grandes
Dames envioient la beauté de Suzette, &
Suzette n'envia jamais leur fortune ni leur
DE FRANCE. 53
été
rang. Quant à ſon caractère , c'étoit de
ces naturels aufli rares que précieux qui
pouroient ſe paſſer de l'éducation. Ses parens
avoienttoujours pauvres ; elle étoit alors
orpheline , & l'on peut dire qu'elle avoit
toutes les vertus , ou du moins toutes les qua
lites du coeur , ſans qu'on eût pris ſoin de lai
en inſpirer aucune. On ne lui avoit jamais
dit , elle n'avoit jamais ſongé qu'on doit
fecourir les malheureux , & elle ne manquoit
jamais de le faire , même à ſes dépens ;
elle n'avoit pas beſoin de rédéchir pour être
bonne; la bienfaiſance n'étoit pas chez elle
un principe , mais un ſentiment. Jolie comme
elle étoit , elle ne manqua point d'adorateurs
; la ſéduction tendit autour d'elle tous
fes filets; mais étant née ſans ambition &
fans coquetterie , & la fédation n'arrivant
pas juſqu'à fon coeur , elle n'avoit pas mente
beſoin de combattre pour triompher. Sa
vertu n'avoit pour principe ni le defir de
la gloire, ni même la crainte de la honte ;
elle n'étoit pas défendue par fon efprit,
mais par ſon coeur , qui avoit beſoin d'être
vestueux comme on a beſoin de reſpirer
pour vivre : en un mot , ſon innocence
étoit pour elle comme un bien phyſique , &
elle n'auroit pas plus conſenti à la perdre
qu'on ne confent à être malade , à être malheureux.
Elle remplitſoit tous les devoirs de
l'amitié fans les regarder comme des devoirs ;
elle ſe faifoit aimer de toutes les femmes
comme fi elle n'eût pas été jolie. Loin que
Cj
$4 MERCURE
la ſageſſe de ſa conduite lui donnât Pauſtérité
d'un cenſeur , elle étoit indulgente
juſqu'à l'excès ; elle plaignoit les fautes
comme les malheurs; elle pardonnoit tout,
& ne ſe permettoit rien. Ce portrait- là
n'eſt pas celui de tout le monde ; mais ,
comme je l'ai déjà dit , Suzette ne reffembloit
à perfonne.
On ne tarda pas à s'appercevoir que s'il
étoit difficile de la voir ſans la defirer , il
étoit bien auſſi difficile au moins de la
ſéduire , & l'on finit par renoncer à un projet
qui paſſoit pour extravagant. Mais cette
conquête qui avoit laffé les prétentions des
Riches & des Grands,ne devoit coûter qu'un
moment & un coup- d'oeil à un jeune
homme fans naiſſance&fans fortune comme
Suzette. Charles ( c'eft ainſi qu'on le nomme)
étoit deſtiné à enflammer ce jeune coeur
fi bien fait pour l'Amour. Suzette l'aima
dès qu'elle le vit , & il eſt inutile de dire
qu'elle s'en fit aimer. Il la trouva aufli jolie
que s'il eût été un grand Seigneur , & fes
yeux pour le dire étoient plus éloquens auprès
de Suzette que de brillantes promeſſes
&les plus riches préſens. Elle n'avoit point
cette coquetterie qui retarde un aveu pour
ydonner plus de prix : Ses regards , ſa bouche
même , tout annonça bientôt à Charles
qu'il étoit aimé. Comme elle ne s'étoit pas
fait un mérite de rejeter de magnifiques propoſitions
, elle ne ſe fit pas un devoir de cacher
un amour innocent. Mais la ſympathie
DE FRANCE.
55
de deux coeurs ne ſuffit pas pour faire deux
heureux; il faut accorder des parens , concilier
pluſieurs intérêts ; a l'amour mépriſe
la fortune , la fortune s'en venge bien.
Notre orpheline , comme je l'ai dit , étoit
pauvre ; elle vivoit du produit de ſon travail.
Les parens du jeune homme n'étoient
pas riches; mais foit par un orgueil déplacé ,
ſoit qu'ils craigniſſent qu'un tel hymen ne
fit obſtacle à la fortune de leur fils , foit par
quelqu'autre raiſon , ils refusèrent conftamment
de les unir. On défendit à Charles de
voir ſa chère Suzette , c'étoit lui ordonner
de l'aimer davantage. Les deux Amans ne
ceſsèrent pointde ſe voir; mais ils ſe virent
plus fecrètement & avec plus de précaution.
Une aventure qui ſurvint alors auroit fuffi
pour unir leurs coeurs quand l'amour n'en
auroit pas pris le foin auparavant.
Les armes de notre jeune Roi , qui ſemble
avoir foumis la fortune à ſes vertus ,
venoient de remporter un avantage ſur l'ennemi.
Tous les coeurs françois étoient penétrés
de la joie la plus vive, & ceux dont la
richeſſe favoriſoit les veux,la manifeftoient
par des fêtes publiques. L'un des principaux
de la Ville avoit voulu ſe ſignaler par un
bal&de brillantes illuminations , & il avoit
établi la ſcène dans ſon Château , qui n'étoit
ſéparé de la Ville que par une rivière qui en
baigne les murs. Quelque motif , étranger
ſans doute à la curiofité , y appela Suzette.
Tout s'y paſſa comme on l'avoit dehré. Il y
Civ
36
MERCURE
eut de l'affluence ſans confufion ; aucun
déſaſtre n'empoiſonna leurs plaiſirs , & ne
fit ſuccéder le repentir à la joie publique.
Au retour , Suzette s'étant remiſe dans le
bateau qui l'avoit menée à la Fête, alloit
être rendue fur le rivage , lorſqu'une de ſes
compagnes , en jouant tout près de l'eau ,
s'y laiſſa tomber. Suzette, qui vit la moitié
de ſon corps hors du bateau ,s'élançapromptement
vers elle pour la retenir ; mais fe
trouvant entraînée elle-même , elles furent
précipitées l'une & l'autre dans les Hots.
Tout l'équipage jette alors un cri de terreur;
& l'on appelle du ſecours. Charles , qui
par hafard promenoit dans ce moment fur
le rivage ſa triſteſſe & fa rêverie , entend ce
cri , & à la faveur de la lune qui éclairoit
affez pour laiſſer voir , pas affez pour faire
reconnoître les deux malheureuſes victimes
que les flots avoient englouties, s'y précipite
auffitôt pour les ſauver. Dans le même moment
, un autre jeune homme qui étoit dans
le bateau avec elles , s'y étoit jeté aufli. Ils
furent heureux l'un & l'autre. La compagne
de Suzette fut ſauvée par le jeune homme
inconnu ; & Charles , qui par hafard , ou
par un mouvement involontaire de fon
coeur, s'étoit attaché à Suzette ſans la reconnoître
, eut le bonheur de la ramener fur la
rive. On accourut alors aves des lambeaux
pour lui porter les ſecours néceffaires. Que
devint Charles , quand s'étant mêlé à ceux
qui la ſecouroient ,il reconnut ſa chère Su-
4
DE FRANCE. $7
zette? La ſurpriſe , lajoie , la crainte , toutes
les paffions à la fois s'emparèrent de fon
âme, & il n'eut que la force de s'écrier :
Suzette ! Suzette en même-temps , rendue à
la vie , ouvre les yeux ; & le premier objet
qu'elle apperçoit, c'eſt ſon amant. Ah! Dieu !
s'ecria- t'elle avec joie , inais d'une voix forble
: c'eſt lui ! Oui , c'eſt moi , c'eſt moi , lui
répond Charles en ſe jetant dans ſes bras !
c'eſt moi qui t'ai ſauvé la vie ſans te connortre.
Tous les ſpectateurs attendris demeuroient
muets de ſurpriſe ; & il feroit diflicile
d'exprimer ce qui ſe paſſoit alors dans
le coeur de Charles.O Comme ilbenitle haſard
qui l'a conduit fi heureuſement au bord
de la rivière! comme il s'applaudit de s'ère
élancé dans les flots ! & en effet, jamais acte
d'humanité n'eut une plus douce récompenfe.
Sa joie , en reconnoillant Suzette ,
venoit de s'accroître au centuple. Il avoir
cru d'abord n'être qu'humain; il avoit cru
ne ſauver qu'une femme , & il avoit ſauvé
ſa maitrefle : Ce feroit infulter aux coenis
fenfibles que d'eflayer de leur faire fentir
cette difference. Mais comme l'amour eft
toujours inquiet , & que fa délicateffe eſt
excetlive , Charles eſt fâché de n'avoir pas
reconnu plus tôt Suzette. L'Amour cut augmenté
ſa force avec ſon zèle ; il l'eût ſauvée
plus promptement; Suzette eût moins foutferr.
Cette idee lui donne méme des fermpales
qui empoifornent prefone for bonheur.
Ses bras , en s'attachane a efle , oor pu
SS MERCURE
ne pas ménager affez ſa foibleſſe ; il a pula
bleiler en l'entraînant. Enfin il ſe reproche
comme un crime d'avoir tenu ſa maitreife
dans ſes bras fans la deviner , ſans que fon
coeur lui ait dit: c'eſt elle.
Cependant de prompts ſecours , & furtout
la vue de fon amant , avoient rendu la
vie&la force à Suzette. On la ramena chez
elle; & Charles ne la quitta qu'avec plus de
regret. Il fembloit pour le coup que Suzette
dût lui appartenir incontestablement. En racontant
à ſes parens ſon aventure , il ne
manqua point de linterpréter comme un
don que le Ciel lui avoit fait de Suzette .
N'éroit ce point par un miracle évident qu'il
s'étoit trouvé- là à point nommé pour lui ſauver
la vie ? Charles à ces raiſons joignit les
fupplications les plus touchantes; mais fes
parens , qui ne voyoient qu'un heureux hafard
dans cette aventure , ne ſe crurent pas
obligés de changer d'avis pour cela ; ils lui
dirent que Suzette , pour avoir éré noyée ,
n'en étoit pas devenue plus riche; & ils perfiſtèrent
dans leur refus.
Quelques jours après il vint redemander
àfonpère la main de Suzette avec plus d'inftance
& de chaleur. L'entretien fut très vif;
le père mit plus de dureté qu'à l'ordinaire
dans fon refus; Charles fortit peut-être des
bornes du reſpect; & fon père , dans le premier
mouvement de ſon indignation , le
chaſſa en lui jurant par tout ce qu'il y a de
plus facré, que jamais il ne lui accorderoit
DE FRANCE
59
Suzette. Charles ſe retira; & guidé par un
aveugle deſeſpoir , il alla s'enróler dans un
Regiment pour lequel on recrutoit alors i
il ne vouloit que mourir , puiſqu'il lui falloit
renoncer à Suzette.
Charles étoit ſi perfuadé que ſon malheur
lui faifoit un devoir de mourir , qu'il ne
ſentit ſa faute que par la douleur qu'en témoigna
Suzette en l'apprenant. Le defefpoir
de cette tendre amante fut fi grand ,
qu'elle lui reprocha pluſieurs fois de lui
avoir ſauvé la vie: Je ne ſerois plus , lui
dit elle; je ne ſentirois point la douleur de
te voir partir. Il allegua , pour ſe juftifier , le
déſeſpoir qui l'avoit égare , l'affreux ferment
que ſon père avoit prononcé devant lui ;
Mais Suzette étoit prête à le perdre , & peutêtre
pour toujours; rien ne pouvoit la confoler.
Elle conçut mille projets, dont la plupart
annonçoient le trouble de ſa raiſon ,
mais qui tous prouvoient fon amour .
Le père de Charles ſentit du remords d'avoir
réduit fon fils à cette fatale extrémité. Dans
le regret cuifant qu'il avoit , il auroit conſenti
peut - être à lui donner enfin ſa chère
Suzette ; mais l'enrôlement étoit un malheur
que fa fortune ne lui permettoit point
de réparer. Il demanda à revoir fon fils ; il
le ſerra dans ſes bras ; tácha de le confoler ,
&lui témoigna le plus amer repentir ; &
Charles n'eut pas la forcede lui dire : mon
père , vous m'avez mis un poignard dans le
Lein.
Cvj
60 MERCURE
1
On fixa le depart du malheureux Charles
àun terme peu eloigne; & en, attendant on
lui montroit plusieurs fois par jour l'exercice
, ainſi qu'à d'autres nouveaux Soldats
qui devoient partir avec lui. Suzette ſe rendoit
fur les lieux pour le voir. Elle ſe plaçoit
un peu à l'écart pour n'être pas remarquee ;
mais avec quel tendre intérét elle ſuivoit
tous fes mouvemens ! elle voyoit avec plaifir
que Charles étoit le plus beau , le mieux
fait de tous ſes camarades ; mais combien ce
plaiſir étoit empoifonné par cette cruelle
réflexion : il va partir ! elle le plaignoit quelquefois
de la peine que lui coûtoit cet
apprentiſſage militaire; fi l'exercice duroit
long- temps , Suzette , fans avoir quitté ſa
place, étoit plus fatiguée que lui ; & fi elle
s'appercevoit qu'on le grondât , de groſſes
larmes couloient de ſes yeux.
Arrive enfin le jour du départ. Charles
avoit voulu s'épargner & épargner à Suzette
le déchirement d'un ſi cruel adieu. Il écrivit
une lettre de congé; choiſit quelqu'un pour
la remettre à ſa chère Suzette ; mais au moment
de la donner lui même , tout fon conrage
parut l'abandonner ; & il jugea qu'il
étoit encore moins douloureux pour deux
amans de ſe dire adieu , que de partir ſans ſe
voir. Il n'en jugea plus ainſi quand il eut dit
à Suzette , il faut nous quitter. Les tendres
reproches qu'elle lui adrefla, fes larmes , fon
déſeſpoir lui faisoient fouffrir mille morts;
ilſe repentoit d'avoir voulu la voir ;& ceDE
FRANCE. στ
pendant il ne pouvoit s'arracher de ſes bras.
Mais le moment du départ approchoit ; un
retard étoit dangereux pour Charles ; il fallut
ſe ſeparer.
Suzette, les yeux baignés de larmes , le
ſuivit long-temps du gefte & du regard.
Charles n'avoit preſque plus la force de
faire un pas dès qu'il s'étoit retourné pour
la voir , & il ſe retournoit fans cefle. Mais
ce n'étoit pas affez pour la tendre Suzette.
Quand elle eut perdu de vue ſon amant ,
elles'élança fur ſes traces pour le ſuivre , an
moins de loin , auffi long- temps qu'elle le
pourroit. Que dis je ? ce n'étoit pas là un
projetqu'elle eût formé; elle étoit comme entrainée
fur les pas par une force irrefiftible.
Arrivee fur le grand chemin que Chatles
avoit pris , malgré la foibleſſe de fon fexe &
de fon âge , elle le ſuivoit toujours , fans
avoir d'autre projet que de le ſuivre. Elle le
voyoit ou croyoit le voir au milieu de ſa
troupe , qui étoit déjà loin , & qui marchoit
affez vite; cette illufion trompa quelques
inftans ſes ennuis. Enfin , toute en fueur ,
épuiſée , hors dhaleine , elle marchoit toujours,
juſqu'à ce que la fatigue la fit tomber
preſque mourante au pied d'un arbre. Elle y
reſta long-temps ſans avoir la force de ſe
relever ; & quand elle ſe ſentit le courage
d'aller , elle regagna triftement fa maifon
ne voyant , n'entendant plus rien , la poitrine
gonflée & les yeux fecs; la donicur
ſembloit avoir tari la fource de les larmes.
62 MERCURE
Voilà donc la pauvre Suzette livrée à
elle-même , ſeule au monde. Elle reflembloit
, dans la ville où elle étoit née , à un
voyageur égaré la nuit dans une forêt. La
douleur auroit tranché bientôt ſes jours ,
ſi l'eſpérance , cette enchantereſſe du monde ,
n'avoit ſuſpendu le coup mortel. Dès que
l'eſpérance eut parlé au coeur de Suzette ,
elle y fit entrer le courage. Suzerte , au lieu
de fuccomber à ſes mau , réſolut de les terminer
; & elle conçut un projet bien drgne
de ſon coeur. J'ai dit qu'elle vivoit du produit
de ſon métier. Elle retrancha ſur ſes
vetemens & fa nourriture , & doublant fon
travail , elle ſe mit à amaſſer de quoi dégager
ſon amant. Le jour entier & les trois
quarts de la nuit, elle promenoit fans ceffe
une aiguille meurtrière qui piquoit ſes
doigts délicats. Le peu d'inſtans qu'elle donnoit
au ſommeil &à ſes repas , lui ſembleient
un vol fait à ſon amant. Le ſeul délailement
qu'elle ſe permit , c'étoit de lire
les lettres que Charles lui écrivoit , & qui
ranimoient fon courage. Elle n'avoit pas
voulu l'inſtruire d'un projet qu'elle n'avoit
pas formé pour acquérir des droits à ſa reconnoiſſance
; elle lui donnoit fon temps
& fon travail, parce qu'elle croyoit lui appartenir
toute entière. C'est ainſi qu'elle
paſſa plus d'une année ; & par un effort incroyablede
travail& d'économie, elle parvint
à ramaffer la ſomme dont elle avoit beſoin.
Quand elle ſe crut sûre d'avoir ſa ſomme
DE FRANCE. 63
complette ( & elle avoit pris fur cela des informations
) elle la mit dans ſon tablier ,
courut chez le Capitaine de Charles , & lui
jerant tout fon argent à ſes pieds , lui redemanda
ſon amant. Le Capitaine , attendri
par tant d'amour & de naïveté , expedia fur
le champ le congé , & mouilla de ſes larmes
la lettre qu'il écrivit. On ſe figure bien la
joie que fentit Charles à cette nouvelle. Il
eut bientôt terminé les apprêts de ſon voyage ;
les adieux qu'il fit au Régiment ne furent pas
longs; & il ne s'amuſa guère en route. Précipitons
ſon arrivée, qui doit faire d'autant
plus de plaifir à tous deux , que la fortune
ſembloit avoir ceſſe de les perfecuter.
Le Capitaine , après avoir délivré le congé,
s'étoit rendu chez le père de Charles , pour
lui raconter cette aventure , & pour l'engager
à ne plus tyrannifer d'aufli tendres
amans ; & fur cela le père ayant mande Suzette
, lui avoit fait beaucoup de careffes.
Suzette , à qui Charles avoit annoncé ſon
arrivée , voulut aller au-devant de lui : elle
reprit la route où elle s'étoit trainée autrefois
avec tant de douleur. Mais que ſon
coeur aujourd'hui est bien autrement agité!
fit-elle maintenant fix fois plus de chemin
qu'elle n'en avoit fait la première fois, elle
feroit bien moins fatiguée. Elle l'appercut
enfin ; & Dieu fait s'ils volèrent dans les
bras l'un de l'autre. Charles ne la remercia
point , quoique ſon Capitaine l'eût informé
-de tout; la joie, la reconnoiffance lui avoient
64 MERCURE
ôté l'uſage de la voix. Mais Suzette avoit de
trop bonnes nouvelles à lui conter pour ſe
taire long-temps : monami , lui dit-elle , j'ai
vu ton père chez lui.... & c'étoit par fon ordre;
il m'a parlé; il m'a careflee ... il m'aime ...
nous ferons heureux.
Il feroit difficile en effet de trouver un
couple plus fortune. Charles eft libre , & fa
liberté eſt un bienfait de fa Maitreffe; Suzette
a retrouvé tout ce qu'elle aime au monde ,
l'homme à qui elle doit le jour qu'elle refpire;&
la ſeule perſonne qui pouvoit s'oppoſer
à leur bonheur, le père de Charles ,
vient de leur rendre ſon amitié. Leur bonheur
est trop parfait ; il ne fauroit être
durable.
Apeine font ils rentrés dans la Ville ;
qu'on leur apprend que le père de Charles
vient de mourir ſubitement. Ce malheur
eſt encore plus effrayant qu'on n'imagine ;
car les droits de ce père , qui étoit
prêt à les unir , ont paflé dans les mains
d'un tuteur qui a déjà déclaré qu'il
n'approuvera jamais cet hyménée. Cette
nouvelle fut un coup de foudre pour
eux ; & en effet ils n'avoient jamais été
auſſi malheureux que dans ce moment
funefte ; ils étoient d'autant plus à plaindre
qu'ils avoient paffé preſqu'en un
moment du faîte du bonheur au comble
de l'infortune.
C'est ainſi que le fort ſembloit ſe complaire
à frapper de coups imprévus les plus
DE FRANGE. 69
tendres des Amans. Suzette , malgré tout
fon courage , ne peut fupporter ce dernier
malheur ; ſa ſanté, qui avoit réſiſté à plus
d'une année d'un travail exceffif, fuccombe
au chagrin de reperdre fon Amant; dans
peu de jours on deſeſpéra de ſa vie. Tous
ceux qui étoient inſtruits de cette hiſtoire
verſoient des larmes fur ces deux infortunes.
Mais la douleur qu'on en reſſentit
fut ſuſpendue par une heureuſe nouvelle
qui vint combler de joie toute la France ;
On apprit que le Ciel venoit de remplir
nos voeux par la Naiſſance d'un Dauphin , &
toutes les Villes s'empreſsèrent de temoigner
leur ſenſibilité par des fêtes & par
des actes de bienfaisance. Celle où Suzette
étoit née voulut marier un nombre de jeunes
filles, & on l'inſcrivit fur la lifte . Comme
on connoiffoit la cauſe de ſa maladie , on
s'imagina que l'offre de la marier à Charles
pourroit bien en devenir le remède. Par le
moyen de la dot qu'on lui donna , peut- être
même par de juſtes menaces, on fit confentir
le tuteur & la démarche eut un plein
ſuccès; car cette nouvelle rendit en peu de
jours à Suzette ſa première fanré.
Nos deux Amans furent mariés , & l'ancien
Capitaine de Charles joignit à la dot
de Suzette la ſomme dont elle avoit dégagé
fon Amant. O comme ces heureux Epoux
bénirent cette Naiffance fortunée qui a
comblé les voeux de tout un peuple ! Comme
ils célébrèrent les vertus d'un joune Roi ,
66 MERCURE
qui ne fait qu'exercer ou inſpirer la bienfaiſance
! Suzette ſe repentit preſque de lui
avoir enlevé un Soldat en dégageant ſon
Epoux; mais celui- ci fit voeu de conſacrer à
ſon ſervice un de ſes fils.
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
duMercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt Montre ; celui
du Logogryphe eſt Flambeau , où se trouvent
lambeau , eau , feu , âme , Abel , ambe,
la , aube , beau , bufle , lame , Lama.
A
ÉNIGME.
MA haute naiſſance on rend peu de juſtice ;
Voilà pourquoi jamais je ne vais à la Cour.
Au hameau je fais mon office ,
Allant& revenant , tant que dure le jour.
S'il n'avoit plus mon bénéfice ,
Le Monarque appauvri pourroit mourir de faim.
Plus je ſuis déchirant , ſans meſure & fans frain ,
Plus je fais lui rendre ſervice.
(Au Palais Bourbon , le 25 Janvier 1782. )
DE FRANCE , 67
LOGOGRYPHE
.
En langage logogryphique ,
Combienfont cent-cinquante ,&puis rien& puis fix ?
Certes ! qui fait l'Arithmétique
Ne doit pas reſter indécis ;
Le cas n'eſt pas problématique.
Mais pourtant ce ſeul numérique
Ne ſuffit pas pour ſavoir qui je ſuis.
Ajoutez -donc à ce calcul magique
Le caractère alphabétique
Qu'on trouve entre l'R & le T.
C'eſt l'S. Oni , la place l'indique.
Eh bient dites- le moi , qu'en est-il réſuité ?
( Par M. de Somer. )
63 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES écrites de Suiſſe , d'Italie , de
Sicile & de Malthe , par M. *** , Avocat
en Parlement , de pluſieurs Académies de
France , & des Arcades de Rome.
Quimores hominum multorum vidit , & urbes.
A Mile***, à Paris , en 1776 , 1777
& 1778 , 6 Vol. in- 12. Amſterdam , &
ſe vend , à Paris , chez B. Morin, Imprimeur-
Libraire , rue S. Jacques.
Le nombre de Voyages d'Italie que nous
avons déjà , ne ſemble pas promettre à celuici
un accueil empreſſe ; cependant il difere
autant des autres par la diverſité des chofes ,
que par la manière de voir , de ſentir & de
juger du Savant qui l'a entrepris . Hiſtoire
Naturelle , Agriculture , Commerce , Arts ,
Spectacles , Muſique , Langage , Poefie ,
Moeurs , Gouvernement , tout eft obſervé
avec l'oeil d'un homme déjà inſtruit , mais
avide d'augmenter ſes connoiffances ; tout
eſt peint avec la chaleur & la liberté d'une
ame forte & penfante , beaucoup plus occupée
des chofes que des mots &des phrafes .
La Suiffe , viſitée par l'Auteur en pluſieurs
voyages dont il donne les réſultats , préſente,
par ſes fites & fſes accidens , ſa politique &
DE FRANCE. 69
ſes uſages , fon induſtrie & fes relations , un
tableau que le Savant & le Philofophe ne
peuvent jamais conſidérer avec indifference.
C'eit au milieu des horreurs du S. Gothard ,
des aſpects étonnans & variés d'une nature
impoſante, que notre Voyageur deſcend dans
les Baillinges Italiens , ſur le bord des lacs
de Côme & Majeur , dont il nous fait connoître
les habitans qui n'avoient pas encore
été obſerves. L'economie rurale & l'etat des
Arts fixent par- tout fon attention. Confiderée
ſous ce dernier rapport , Turin , dont
on prend d'abord une idee attrayante , finit
par ennuyer à cauſe de ſa monotone uniformité.
Le Palais Ducal offre la plus belle collection
de Tableaux Italiens & Flamands
qu'il y ait en Italie; mais toutes les Sciences
v ſont négligées , & la Bibliothèque nombreuſe
de l'Univerſité eſt déferte.
$
Les Pays qui fournissent au Piémont des
objets de conſommation en échange de ſes
foies , la combinaiſon des avantages qu'ils
en retirent , font expofés dans l'Ouvrage
avec beaucoup de ſagacité.
Milan , où il faut chercher les monument
remarquables , où tout eſt épars , & dont
cent mille ames peuplent à peine la vaſte
étendue , n'a pas un Deffinateur , pas un
Peintre , pas un Sculpteur .
“ L'état de langueur dans lequel tous les
• Arts s'y trouvent , pourroit bien avoir fon
>> principe dans les impôts qui enchérifſfens
70
MERCURE
» les matières premières & la main-d'oeu-
» vre. "
On quitte les États de la Reine, en traverſant
le Pô, pour entrer dans Plaiſance ,
peu peuplée , mal bâtie , à quelques beaux
Palais près.
Parme décèle de toute part des efforts impuiflans
" pour parvenir à une grandeur
très-au-deſſus de ſes forces.... Ses Égliſes
renferment des beautés du plus grand
>> genre ; le peu de ſoin qu'on prend de la
>> plupart fait croire qu'on eſt chez un Peu-
>> plebarbare. »
وہ
ود
Modène a vû naître quelques hommes
célèbres; " elle montre encore des monu-
>> mens ou des débris de ſon ſavoir , des
Bibliothèques , des Cabinets d'Hiſtoire
Naturelle .... On y voit des Tableaux
> d'une grande beauté , des Deſſins des plus
> grands Maîtres ... des Antiques , &c....
Du reſte , comme à Parme , de grands
bâtimens commencés qui ne ſeront jamais
finis.
دو
ود
97
» Les projets des Princes qui viſent à une
>> grandeur faftueuſe, ſont toujours très-
> onéreux aux Peuples. On commence , les
» idées s'aggrandiflent , l'ambition ſe bour-
>> ſoufle , les impôts pleuvent ,rien ne ſuffit ,
»&l'on finit par tout abandonner , excepté
> les impôts. »
Bologne intéreſſe ſingulièrement le Voyageur;
fans doute il intéreſſera de même ſes
Lecteurs.
DE FRANCE.
71
" Nulle part , en Italie, je n'ai encore vu
>> autant de monumens du goût & du ſavoir
» que dans Bologne ; nulle part , autant de
>> penchant pour les belles connonfances ,
» & d'ardeur à s'inſtruire , autant de cet
» amour du Pays qui réveille l'imagination
» & donne de l'eſſor à l'ame. On n'y a plus
>> cet eſprit inquiet qui a occaſionné tant de
>> révolutions... Aucun ne voudroit être d'un
» autre Pays , ni vivre ſous un autre gou-
» vernement ......
, >>>La Ville n'a été ni vendue , ni achetée
>> ni conquiſe ; elle s'eſt donnée , & tient
• ſes conventions ....
>> Tout le monde, dans ce Pays , juge de
» l'Art ; & ſi l'on ne prononce pas toujours
» exactement , du moins on y ſent bien la
>> nature ; la douceur de ſes traits , coinme
ود
celle de ſes accens , pénètre les ames,
» & y cauſe des émotions. »
Le Volcan de Pietra Mala arrête le Voyageur
ſur le chemin de la Toſcane , dont la
Capitale fournit un grand nombre de détails
curieux.
" Qu'on ſe rappelle les grands Hommes
» qui font nés dans ſon ſein l'exemple
>> rare qu'elle donna au monde , en tirant
ود
"
,
lavertu d'un état très- ſubordonné , pour
la placer ſur le Trône, & l'exemple plus
>> rare encore , que l'Idole d'un Peuple ait cu
> une ſuite de ſucceſſeurs dignes de fon
2 choix. Si l'on fonge qu'elle fut le berceau
>> des connoiſſances humaines , que ce fut
72
MERCURE
ود
ور
ود
belle qui tira l'Europe de l'ignorance où la
> barbarie des fiècles l'avoit replongée ,
>>qu'elle cultiva , qu'elle perfectionna les
Sciences & les Arts , qu'elle en répandit
le goût dans le reſte du monde , alors on
ſe croira au milieu d'Athènes. Viennent
enfuite la deſcription des beautés de la fameuſe
galerie de Florence & de ſes divers
Palais, des obſervations particulières fur fon
gouvernement ſi juſtement célebré dans l'Europe
entière , ſur le commerce & fur l'induſtrie
de ſes habitans , &c .
ود
*
- L'eſpèce humaine , dans cette contrée,
eft belle , de cette beauté de caractère à
la Raphaël & à la Dominiquin. Dans les
■ formes , dans la taille, dans les teintes ,
> on lit l'influence d'un beau climat , d'une
ود bonne température , d'un bon air , &
d'excellens alimens . »
L'article de Sienne eſt enrichi d'un mémoire
ſur la Maremme , dans lequel on
examine les cauſes du mauvais air , & les
moyens de les détruire.
La deſcription du Veſuve, alors en corruption
, préſente un des objets les plus piquants
de l'Ouvrage.
Des beautés d'un autre genre ſe ſuccèdent
dans le voyage de Pouzzole , Baies , Cumes ,
&c. Les débris d'antiquité , les fameux
champs-éliſées , les étuves de Néron , le lac
Averne , la Solfatarre , &c. paroiffent tourà-
tonr& fixent l'attention .
Palerme
DE FRANCE.
73
R
15
Palerme , & toute la Sicile parcourue ,
obſervée & décrite avec ſoin , forment un
article important , & qu'on ne rencontre
point dans les autres voyages d'Italie. Les
moeurs des Siciliens, la richeſſe de l'Histoire
naturelle , le nombre des ruines, le commerce
en particulier, préſentent une variété
d'objets , propres à intéreſſer également le
Philoſophe , l'Antiquaire & le Négociant.
Malthe, dont l'Auteur nous développe
le gouvernement , donne lieu à des idées
neuves & des faits peu connus ; l'ordre
des Élections , l'influence de chacun des
ordres , les loix, la marche de l'adminiſtration
, les moeurs , les productions , les rela
tions , &c. enfin , des remarques ſur legouvernement
d'Alger rendent cette partie trèsérendue.
L'ancienne Syracuſe , Catane
l'Etna , Meſſine, complettent la deſcription
de la Sicile.
Onnous offre enfuite le tableau de Naples,
ſes fêtes , ſes uſages, ſes moeurs , & detout
ce qui peut ſervir à la connoiſſance de cette
Ville. " Iln'eſt pas poſſible d'afligner un ca-
>> ractère aux Napolitains en general ; ces
>> gens -là n'en ont point & ne fauroient en
» avoir. A cet égard , ils ſont dans le cas
>> d'une infinité d'autres Peuples. Par- tout
" où il y a un Maître , ſon exemple donne
>> le ton, chacun ſe modifie ſur ſes goûts, ſur
> ſes inclinations; & les influences du climat,
» ſans être abſolument détruites , feront
Nº.6 , 9 Février 1782, D
:
74
MERCURE.
„ tellement voilées , tellement étouffées ,
✔ que , malgré les grandes differences
qu'elles jetteront dans la manière de fentir
» &d'être des individus , on n'y verra que
➡ des nuances qui ne ſuffirent jamais pour
- déterminer un caractère.
>> Les moeurs , chez une Nation , influent
fur les Arts. De-là , l'idée & l'exécution
> du fublime chez les Grecs , le grand& le
• pompeux chez les Romains. »
Arrivé à Rome par le Mont- Caffin , l'Au
teur, donne für le gouvernement de cette
Ville , fur ſes Spectacles, &, à leur occafion ,
fur la Langue , la Poéfie & la Muſique ,
enfin ſur les antiquités&toutes les produc-
Fions des Arts , des détails que nous ne
pouvons même indiquer.
1
«Quelle que foit Rome aujourd'hui , plus
> cultivée que bâtie, plus déſerte que peu-
> plée , nulle part l'ami des Arts n'eſt ſeul
dans ſa vaſte enceinte; tous les lieux lui
offrent à l'envi des objets d'admiration
& d'étude; tout le tappelle à la grandeur
- des temps antérieurs , à la haute élévation
>> du génie , à l'immensité des entrepriſes
73 dont l'idée ſeule forme un poids qui
accable les eſprits du ſiècle , à la hardieſſe
> dans l'exécution , tantôt à la fécondité ,
> à l'immenfe richeſle dans les ornemens ,
tantôt à la ſimplicité , à la nobleffe qui
>> caractériſent les plus beatix tempsdeRome.
Il fuit les fiècles , il lit leur décadence
!
11
DE FRANCE
75
ں ی ہ ن
5
➡ dans leurs monumens mêmes; il pleure
✓ fur ces temps de barbarie, où les horreurs
de l'ignorance ou de la cruauté artachèrent
- aux Romains les reſtes de leurs triomphes
» & de leur gloire, & à l'Univers entier ,
- les uniques ſources de la ſcience & du
• goûr......Patrie des Arts, depuis que la
• Grèce fut anéantie , mère du goût , protectrice
des talens, ta bénigne influence
en inſpire l'idée , en féconde le germe
➡ tu dictes les loix du beau , tu aggrandis
Pame , tu échauffes l'imagination , tu en
•flammes le coeur. On ne vit point chez
toi , on n'eſt point accueilli dans ton
> ſein , fans paſſer d'une douce émotion à
• l'enthousiasme ; & celui qui peut te
➡ quitter fans répandre des larmes, eſt indigne
de te voir. >>>
La route de Rome à Venife par Lorette,
Ravenne , Ferrare & Mantoue, préſente la
deſcription de ces divers lieux & des campagnes
qui les ſéparent, ainſi que des obſervations
fur une manière particulière de cultiver
la wigne & le musier dans le Man
rouan , &c.
L'aſpect de Veniſe eſt plutôt fingulier
qu'agréable.
" Une ſituation baſſe; au lieu de rues ,
>>des canaux étroits , tortueux , des maiſons
- hautes, des vûes courtes , de la malpro
" preté , de la mauvaiſe odeur ; tout cela
> peur beaucoup étonner , parce, que ne
voyant toutes ces choſes qu'en petit , mais
Dij
76 MERCURE
>> par tableaux continuellement répétés , on
>> s'en fait un tout, une maffe , dont affu-
>> rément on n'a rien vu de ſemblable
» ailleurs.....
ود
>>Reſte , pour intéreſſer , l'intérieur des
édifices publics ou particuliers , où les
→ étrangers ont accès , comme par-tour ,
>> pour y voir les curiofités de divers gentes
» quiy font répandues ;les ſpectacles, dont
>>ils peuvent jouir comme les Nationaux ,
» & qu'ils embelliffent par leur concours ;
>> enfin , la ſociété,plus ſéduiſante peut- être
>> que nulle part.
Le détail de ces curioſités , la peinture
desmoeurs doucesdes Vénitiens , le Gouvernement
, les Arts , & particulièrement la
Muſique & les Spectacles , concourent à
faire deVeniſe une des parties les plus agréables
de l'Ouvrage.
Padoue , preſque déſerte , eu égard à fon
étendue ; Vicence , Ville pauvre malgré le
grand nombre de ſes Palais ; Véronne, agréablement
ſituée , & la plus peuplée des États
Vénitiens ; Breſcia , qui , avec beaucoup de
nobleſſe ancienne , eſt encore riche & puiffante
; enfin , Bergame & Milan , ſont examinées
par le Voyageur qui les traverſepour
aller à Gènes , où il s'arrête.
Embarqué pour la Toſcane , il va viſiter
Piſe , toujours agréable par ſa ſituation ,
quoique fort déchue ; l'Iſle d'Elbe , célèbre
par ſes mines de fer , & Livourne, « où la
> diverſité des Nations réunies , dont char
:
DE FRANCE. 77
> cune conſerve quelque choſe de ſes moeurs
»&de tes manières , fait un enſemble qui
>> s'éloigne affez des moeurs & des manières
>> Italiennes poury trouver de la difference ,
>> mais pas affez pour que celles - ei n'y
>> dominent point encore. "
De retour à Gènes , il paſſe à Antibes
à Graffe , traverſe le Var , voit Nice &
Villefranche , gagne Turin par le col de
Tende, rentre en France par le Mont- Cenis ,
viſite la grande Chartreuſe , & fait de Lyon
le centre de pluſieurs excursions en Dauphiné
, en Forêt , au Puy , en Breffe , &c .
continuant toujours ſes obſervations fur le
fol, les productions , la culture , les moeurs ,
les arts &le commerce , il finit par la comparaiſon
des États qu'il a vifirés .
Cet Ouvrage , en fix Volumes , eſt une
fuite de Lettres , genre d'écrire qui ſemble
excufer les répétitions & la fréquente incohérence
des matières. Les idées y abondent
, ainſi que les choses; mais celles- ci ,
préſentées comme elles le font , ne forment
pas un enſemble qu'on puiſſe ſaiſir au premier
coup- d'oeil ; il faut relire pour tout
diftinguer. La diction , quoique rapide , eft
ſouvent négligée ; la partie Typographique
ne l'eſt pas moins. Au reſte , ony retrouve
l'empreinte d'une ame forte & fenfible
d'un eſprit cultivé&philoſophique. La mul
tiplicité des fairs , la nature & la variété des
obſervations , les détails de moeurs , &c. en
font un Ouvrage qui peut ſervir de Manuel
,
:
Diij
79 MERCURE :
aux Voyageurs , & fatisfaire la curiofité de
ceux qui ne font pas à portée d'entreprendre
un aufli long voyage...
LES APRÈS - SOUPÉS de la Société. A
Paris , chez l'Auteur , rue des Bons-Enfans;
vis-à-vis la cour des Fontaines du Palais
Royal,
M. de Sauvigny , qui ſe déclare l'Auteur
du ſecond Volume de ce Recueil , y insère
pluſieurs Pièces d'un genre different pour y
jeter plus de variété ,& l'on pourra fe procurer
les unes ou les autres ſeparément.
Il ſe propoſe de donnerdans le même format
laCollection entière de ſes Ouvrages.
Lecayer que nous annonçons contient les
Amans François , Comédie en deux Actes
& en vers , à l'occaſion des Avantages remportés
ſur mer & ſur terre par les François
&les Etats-Unis de l'Amérique dans la Virginie.
On lira cette Pièce avec plaiſir. , furtout
dans les circonstances .
Clarice , nièce de M. Liſimon , avoit été
promiſe à Saint-Clar , qui ſert dans la Marine
, mais , depuis, la mère de la jeune perſonne
l'a promiſe au Marquis Lucidor. Flo
ricour , oncle de Saint-Clar , arrive de la
Bretagne pour demander à ſon ami Liſimon
la main de ta nièce , promiſe depuis ſi longtemps
à fon neveu. Liſimon , qui eſt un nouvelliſte
, un politique comme il y en a rant ,
:
DE FRANCE.
dem
1
le reçoit d'un air très occupé , lui objecte
l'éloignement de la femme pour ce mariage ,
& lui apprend d'ailleurs qu'ils font brouillés
depuis quelques jours. Floricour , qui les
avoit toujours vus bien unis , lui demande
la cauſe de cette brouillerie.
J'ai toujours entre vous vu régner l'harmonie ,
Et je ne conçois pas ce qui peut la troubler.
LISIMON.
Tenez , en vérité, je rougis d'en parler.
C'eſt ſa maudite Angiomanie :
1
Tout ce qu'on fait, vaut mieux à Londres qu'àParis.
Ses robes , fes chevaux , ſes gens ſont à l'Angloiſe.
Quoiqu'elle ſache bien que cela me déplaife*,
C'eſt toujours contre nous qu'elle fait des paris.
Je venois d'en perdre un; je ſuis un peu colère,
J'ai rompu tout-à fait.
Floricour fort dans l'intention de les
raccommoder, Saint- Clar ,qui vient d'apprendre
en arrivant à Paris , qu'on doit donner
Clarice au Marquis Lucidor, ſe préſente
à Lifimon pour s'en éclaircir ſans ſe faire
connoître. Lifimon demande à Saint- Clar
lui- même des nouvelles de Saint-Clar : favez
- vous , lui dit- il , s'il eſt de retour ? Saint-
Clar lui répond , avec quelque embarras :
*Ilfalloit, pour l'exa Aitude grammaticale , me déplak.
1
Div
80 MERCURE
Monfieur,ileſt ici.
LISIMок.
Dequand?
SAINT - CLAR.
Levoyez-vous ?
D'aujourd'hui même.
LISIMON.
SAINT - CLAR,
Mais.... oui.
LISIMON.
Sa valeur eſt extrême;
Dans ladernière affaire il s'est très-bien montré.
SAINT -CLAR
LISIMON.
Ilafait fon devoir.
Il a fait davantage. :
Monfieur, on m'a fort aſſuré
Qu'il s'étoit diftingué par un trait de courage.
SAINT - CLAR.
J'ignore de quel trait vous voulez me parler :
DesMarins le courage eſt le moindre mérite =
Jeles ai vu combattre ,& tous ſe ſignaler
Par la capacité , le zèle & la conduite ;
Je n'ai point diftingué St-Clar à ſes hauts faits ;
J'ai vu par-tout la gloire oùj'ai vu des François.
DE FRANCE.
Tout ce que dit-là St-Clar eftnoble&inte
reffant. Ilmérite d'être heureux.Auffiles deux
oncles&Made Liſimon s'accordent-ils pour lui
donner Clarice; mais dans la perfuafion que
le mariage de Clarice & de Lucidor va ſe
conclure, St-Clar a diſparu, & on le cherche
long-temps en vain. Enfin , ſon propre rival,
par un retour de généroſité qui l'emporte
fur ſon amour, parvient à le découvrir , &
le ramène aux pieds de fa maîtreffe. Mais
Saint-Clar a perdu toute fa fortune; il a le
courage de le déclarer à Clarice , qui , ſans
l'en aimer moins, ne fait que l'eſtimer davantage;
d'ailleurs , l'oncle de Saint-Clar lui
donne tout fon bien; leur mariage ſe termine,
& Liſimon s'écrie :
Ab! queje ſuis content!une foisdans la vie
Ma femme a fait ma volonté.
ODEfur la Mort de l'Impératrice-Reine de
Hongrie & de Bohême, avec des Notes
Historiques , par M. Courtial. A Paris ,
chez les Libraires qui vendent les Nouveautés.-
Odefur la Naiſſance deMgr.
le Dauphin , & fur les Avantages remportés
récemmentpar les Armées du Roi ,
par le même. A Paris , chez Lamy , Libraire,
quai des Auguſtins.
La mort de l'illuſtre Marie-Thérèſe a
fait couler des larmes au-delà des bornes de
fes États; c'eſt que fa gloire& ſes bienfaits
Dy
$2 MERCURE
ont franchi les limites de ſa domination,
M. Courtial vientdejoindre à tant d'Orai
fons Funèbres un nouvel hommage poëtique.
Son Ode pourroit donner lieu fans
dureades obſervations critiques ; mais le
Lecteur doit meſurer ſon indulgence à la
difficulté du genre, & l'on fait qu'après la
Muſe de l'épopée , celle de l'Ode offre le
plus de difficultés à vaincre au Poëte. On
voit que M. Courtial a étudié ſes modèles,
&qu'il connoît le ton lyrique.Nous allons
citer une ſtrophe qui donnera une idée du
ſtyle de l'Auteur.
:
La Diſcorde , planant pour l'effroi de la terre,
SurdeuxTrônes long-tems jaloux de leurs grandeurs,
Ébranloit l'Univers de ſa voix de tonnerre ,
Appelant les combats, les haines, les fureurs i
Son oeil eſt brûlant de rage ;
Satorche peint le carnage ;
Ses ferpens fifflent épars ;
De tous les fléaux miniſtre
Elle étale un front finiſtre
Ala fille des Céfars.
M. Courtial ayant travaillé fur le même
fonds que les Auteurs des Oraiſons Funebres
qui ont paru , craint qu'on ne lui reprochedes
reſſemblances apparentes & inévitables.
Il atteſte plusieurs personnes dignes
defoi, des Academiciens même, que toutes
les idées de fon Ode lui appartiennent ; que
par exemple , le parallèle entre l'lampéra
DE FRANCE . 83
.3
trice & Sémiramis étoit dans ſon Ouvrage
avant qu'on cût rien publié ſur la Mort de
l'Imperatrice.
Son Ode fur la Naiſſance de Mgr. le
Dauphin , &c. eſt un hommage patriotique ,
qui ne peut qu'être applaudi par tous les
bons Citoyens. Nous allons en faire con
noitre deux ſtrophes.
F
20
:
ビ
CHAÎNE d'un ordre qui commence
Tu te dévoiles à mes yeux.
Ta noble deſtinée , ô France ,
Égale la hauteur des cieux ;
L'Océan te ſoumet ſes ondes;
Ta gloire embraſſe les deux mondes ;
Ils te prodiguent leurs tréſors ;
Des vents l'haleine mugiſſante ,
Ates deſirs obéiſſante ,
Les précipite vers tes bords.
Du ſein du nouvel hémisphère ,
L'Américain te tend les bras ;
Puiſqu'on l'opprine , il eſt ton frère ;
Il ſuffit , tu le vengeras ;
Sous une favorable étoile ,
Tes forêts qu'entraîne la voile ,
En forts tonnans couvrent les mers;
Pour prix de tes grands facrifices,
La liberté ſous tes auſpices
Fleurit dans cet autre Univers.
:
:
:
Dvj
84 MERCURE
LETTRES du Chevalier de Saint-Alme &
de Mlle de Melcourt , par Mile de***,
* Volume in- 12. de 241 pages. A.Paris ,
chez Delormel , Imprimeur - Libraire,
rue du Foin; laVeuveDucheſne, Libraire,
rue S. Jacques, &c. 178 L..
CET Ouvrage eſt d'une jeune perfoane:
beaucoup de chaleur , trop peut - être;
quelques ſituations affez heureuſes , les
idées fingulières d'une imagination qui paroît
exaltée : en voici au hafard un exemple.
C'eſt Rosette qui , après avoir eu le malheur
de céder au Chevalier de Saint-Alme
par des circonstances qui la rendent pour
ainſi dire excuſable, lui dit : " Non Saint-
Alme, je ne t'épouserai jamais; tu m'es
pu
Soumettre, tu pourrois un jour m'embrâfer.
Ne t'élève pas contre cette appréhenfion
de ma part , parce que je te crois
trop de juſtice & de nobleſſe dans l'ame
pour t'imaginer capable de m'accabler jamais
d'un reproche ; mais tel ſeroit l'etat
pénible de mon coeur , qu'il croiroit entendre
la plainte avant même qu'elle eût pris
le plus léger accès dans ton idée,& par le
plus bizarre contraſte, juſqu'à des ménagemens
trop délicats de ta part, me feroient
encore rougir de la réſerve à laquelle te
contraindroit ma foibleſſe..
D'ailleurs , mon cher Saint- Alme, les
yeseus des Amans different de celles des
DE FRANCE. 85
Epoux; l'Amour implore des facrifices , &
Hymen exige des tributs , j'ai fatisfait à
l'un au préjudice de l'autre ; il eſt ſenſible
que je trouverois occaſion de me repentir
des dons que je t'ai faits trop-tôt. Vis- à- vis
de moi l'apparence d'un tort pourroit t'en
offrir la réalité , & j'aurois perdu ce droit
puiſſant de la vertu intacte qui fait anéantir
tout ſoupçon par l'évidence foutenue de
fon innocence ,& pour lors un tendre mouvement
de jalousie n'est qu'un ſouffle propre
à ranimer le feu du ſentiment. Mais ,
-grand Dieu ! fi par une injuftice involontaire,
ſi par une de ces erreurs que l'Amour
lui-même enfante , mon Epoux ofoit concevoir
des doutes ſur ma conſtance , j'aurois
-l'amertume affreuſe de ſavoir ſes craintes
motivées , & qu'il pourroit ſe dire : " Elle
s'eſt bien égarée dans mes bras , elle peut
échouer contre un ſemblable écueil. O
fouffrance inexprimable , ô penſée déchirante
! Non, Saint-Alme, je ne t'épouſerai
jamais , je le répète , je t'aime trop pour
me mettre à même d'éprouver pendant un
feul inſtant de l'altérationde ta tendreſſe.
Maisnecrois pas non plus que jamais je
diſpoſe de mon être en faveur d'un autre ;
je t'appartiens à trop de titres; mon amour
me lie à toi pour ma vie; &je regarderois
conume la plus vile baſſeſſe ou de tromper
ou den'apporter à un homme que les débris
Aetrisd'un coeur dont un autre auroit recuelli
les fraîches prémices ; d'ailleurs, mon
86 MERCURE
ami , j'ai dans l'idée que la conſtance elle
ſeule peut rendre IAmour une vertu ; que
la creature fentible,penſante&delicate, ne
doit contracter dans ſa vie qu'un ſeul engagement
( que le penchant doit déterminer);
&dans ma manière de penſer , en former
un ſecond me paroît faire une proſtitution
de foi-même. "
Ce ſyſteme , que l'Héroïne du Roman
s'eſt formé , qu'elle ſoutient long - remps
avec conrage & avec eſprit , donne lieu à
des developpemens intéreſfans , à des peintures
vives , à des lettres enfin qui annoncent
dans ce jeune Auteur de l'imagination ,
de l'eſprit & de la ſenſibilité ; c'eſt en effer
le premier Ouvrage d'une très - jeune Demoiſelle
, qui ne pourra manquer d'occuper
un rang diftingué ſur le Parnaffe des illaſtres
Françoiſes.
(CetArticle estde M. de Lalande. )
SPECTACLE S.
LE FOYER.
:
FORT bien , va-t'on dire en lifant cetitre ;
mais à quel Spectacle ſommes-nous ? De la
difcretion , mon cher Lecteur. Si elle vous
contrarie un peu , elle me fert à merveille ,
&j'ai bien des raiſons pour en faire ufage,
!
DE FRANCE. 87
1
RE
Peut-être m'allez - vous demander pourquoi
je ne vous donnerois pas des moyens detournés
de fatisfaire votre curioſite. Eh bien !
quand je vous dirois: c'eſt le Foyer où l'on
écoute avec une attention ſuivie les faifeurs
de pointes & de calembourgs , tandis qu'on
y baille aux obfervations des gens de goût;
c'eſt le Foyer où les talens ſont ſouverainement
jugés par les perſonnes qui ont employé
tout le temps du Spectacle à étourdir
les Spectateurs par leurs éclats de rire immoderés
, & par le ſcandale de leur étourderie
; c'eſt le Foyer où l'Artiſte , qui a ſalué
la veilleunObſervateur dans l'eſpoir de s'attirer
quelques éloges , lui tourne le dos le
lendemain , indigne de ce qu'il n'a été que
juſte. Quand je vous dirois tout cela , en ſe-
Fiez vous plus avancé ? Non , m'allez-vous
dire. En effer , car je ne cherche qu'à vous
dépaïfer. Écourez ſeulement mon récit. J'y
entre ce foir, & j'entends le vieux Géronte,
qui, eſcorté du grand Licidas, ſon ſurvivancier
dans le titre d'Orateur des Foyers , s'ex
plique fur les événemens récens de nos
Theatres .-Non , Meſſieurs , on ne me perfuadera
pas que le Public ait en le droit de
demander que M. Grammont ne jouât pas
le rôle d'Orofinane ( le Samedi 26 Janvier )
après deux ans de fuccès , & après que ce
Comédien a réuni les fuffrages des vieux
connoiffeurs. Comment ſe peut il que de
jeunes têtes ſe croient plus inſtruites que
nous ,& s'élèvent avec indécence contre les
88 MERCURE
talens d'un homme dont nous avons apperçe
le mérite , nous autres qui n'avons pas vieilli
pour rien. Il y a quelque choſe là-deſſous ,
j'en ſuis sûr. Monfieur , reprit un homme
encore jeune , &dont la phyſionomie compoſée
annonçoit de la fineſſe &du bon ſens ,
je crois pouvoir être sûr qu'il n'y a rien làdeſſous
que de l'humeur ,& que fi cette humeur
a éclaté avec infiniment de vivacité ,
c'eſt que depuis long-temps le Public s'efforçoit
de la cacher. Mais le moment eſt
venu , & il s'est fait justice. Ce n'eſt pas que
je l'approuve; car elle a été pouffée ſi loin,
que j'en gémis encore pour celui qui en a été
la victime. Obſervons cependant que plus
le Public a vu un Comédien avec l'oeil de
l'indulgence , plus il a fondé d'eſpérance fur
fes talens , plus il lui a prodigué d'encouragemens
,&plus il a le droit d'exiger de lui
que ſes études , ſes travaux habituels , ſe
réuniffent tous ſur ſon état& ſur les progrès
qu'il abeſoin d'y faire pour mériter de
la réputation. Le Kain venoit de mourir ,
M. Grammont a paru ,& tout le monde a
crié au miracle, on a eu tort. Cette efferveſcence
a duré long- temps , beaucoup trop
long-temps pour l'avantage de cet Acteur ,
dont l'amour - propre a dû ſe familiariter
avec l'idée de fupériorité qu'on s'efforçoit de
lui donner de lui même.De- là, plusde travail,
ou ſeulement ce qu'il en faut pour connoître
légèrement un rôle; de là, quelques marques
de mécontentement de la part du Public
:
DE FRANCE. 89
ا.
pr
스
RE
Savesa
olea
que l'Acteur , par une ſuite de fon amourpropre
, a dû trouver très- injuſte ; de - là
enfin , de l'obftination d'un côté , de l'humeur
de l'autre , & puis la vengeance. Je
ne vois rien là que de naturel. Je ſuis fâché
que le Public ſe laiſſe emporter à des mouvemens
auffi impétueux , auſſi barbares que
ceux qui l'engagent à ſe venger de la négligence
d'un Artiſte , comme on ſe vengeroit
d'un ennemi capital ; mais je trouve encore
tout fimple quecelui qui eft extrême dans ſon
amitié, ſoit extrême dans ſa fureur. Elevonsnous
contre la légèreté avec laquelle on accorde
aujourd'hui du mérite,& même un grand
mérite à ceux qui font les premiers pas dans
une carrière , & nous épargnerons des cha
grins aux jeunes gens dont la tête ſe ſeroit
perdue fans retour aux éloges immodérés
dont on les auroit enivrés. Afin d'être exactement
vrai , & quoique j'aie pour mon
compte bien des reproches à faire à M.
Grammont , je n'aimerois pas à voir le Public
s'accoutumer à faire de pareilles exécutions
; car il eſt certain qu'avec une
vingtaine de ſots en cabale , la médiocrité
& la haine pourroient conduire le Public
à l'oubli de toute décence , & nous
priver,par ces excès, de talens que l'on auroit
des raiſons pour ne point aimer , & que
l'on parviendroit à éconduire. Je ne vois
guères que des abus au Theatre; il faut ,
je crois , s'oppoſer à ceux que l'on pourroit
y introduire encore. Laillons -là cette
Scène malhonnête , dit Licidas , & parlons
00 MERCURE .
de la Tragédie nouvelle. Monfieur a fans
doute vu Manco * ?-Oui, Monfieur. Qu'en
penfez-vous?-Puiſquevous me faites l'honneur
de m'interroger, je vous dirai franchement
que l'Ouvrage , avec de très beaux détails,
me paroît denué d'intérêt , & n'étoit
pas fufceptibled'entraîner un grand nombre
d'eſprits raiſonnables. Ce n'eſt peut- être pas
au Theatre qu'il faut difcuter les avantages
qui réſultent de la civiliſation , ni examiner
la difference qui exiſte entre les vices & les
vertus de l'homme civil & de l'homme naturel.
Voyez le rôle que l'Auteur fait faire à
Manco.CePrincea ſubjugue les Anquis;Huaf
car , leur chef, eſt inſtruit par Manco même
du defir qu'il a de faire leur bonheur en les
civiliſant ; il tient de ſa géneroſite la vie & la
liberté, &il n'en fait uſage que pour méditer
la perte de ſon bienfaiteur , pour projetter
fourdement des conjurations & des alfaffinats
.Manco le fait;&ce Prince, au méprisde
tout ce que la politique lui ordonne de faire
pour le ſalutde ſon Royaume , pardonne ,&
ne ſe laſſepointde pardonner à un frénetique
qui peut , en ſuivant l'eſſor de ſa rage,boule-
* Manco Capac, Tragédie en cing Actes & en
vers , par M. Leblanc , remiſe au Théâtre le Lundi
28 Janvier. Cet Ouvrage a été donné pour la première
fois en 1763 avec un fuccès très médiocre.
La première Repréſentation de la repriſe a été fort
mal reçue ; à la troiſième , on a demandé l'Auteur...
&puis prenez les caprices du Public pour la baſe de
vos obſervations.
E
1
DEE FRANCE.
127
k
ت ف :
Σ
1
1
verſer l'État, alfaſſiner le Roi, fairepérir tous
ceux qui pourroient avoir des prétentions au
Trône,& replonger un Pays entier dans toutes
les horreursdela barbarie.Soyons vrais : Eſt ce
la le rôle que l'on doit faire jouer à un grand
Prince? C'eſt une belle choſe que la Philofophie
; elle est en ſoi bien reſpectable , &
bien utile au bonheur de l'homme ; mais ,
dans la bouche &dans les actions d'unhomme
placé à la tête d'un grand Royaume , & qui
doit à ſes ſujets compte de leur bonheur , elle
ne doit jamais s'éloigner des intérêts des Peuples
: elle doit au contraire s'y rapporter fans
ceffe , & ne marcher jamais fans la politique
, fans cette politique ferme & raiſonnable
qui fait conduire à propos aux moyens
depaix&de conciliation,& qui ſévit avec un
courage égal contre les caractères indiſciplinables,
contre les Sujets qui peuvent occaſionner
des révolutions dangereuſes. Huaſcar ne m'a
point fatisfait. Ce n'eſt pas unhomme ſauvage;
c'eſt un tigre féroce,c'eſt un raiſonneur orgueilleux,
qui connoît à- peu- près, & qui condamne
la civiliſation,parce qu'illa croit fatale
au bonheur de l'homme;&ce bonheur, dont
il parle fans ceſſe , c'eſt toujours au prix du
fang humainqu'il voudroit l'acquérir. J'ai cru
d'abord qu'il feroit généreux , mais fa facilité
à conſpirer, fon orgueil inſupportable , fon
ame inflexible & barbare , ſon ingratitude
affreuſe , tout cela m'a convaincu qu'il n'étoit
réellement digne ni de grace ni de ſupplice.
On fait quel ſeroit ici le fort d'un pa92
MERCURE
reil perſonnage , quand même il n'auroit
que la moitié des vices d'Huaſcar. En fortant
de la première repréſentationdeManco,
j'ai repris les OEuvres de J. J. Rouſſeau ,
& j'ai vu qu'il étoit des matières ingrates
qui ceſſoient de le paroître ſous la plume
d'un homme de génie.Sans me convaincre
Rouffeau a ſu m'attacher , & c'eſt poſitivement
ce qui manque à la Tragédie. Ma mémoire
m'a aufli rappelé quelques Ouvrages
de Voltaire , où il traite des mêmes objets ;
j'y ai porté les yeux ; mon coeur &ma raiſon
enontjoui. Comme cet Écrivain a su y mêler
les intérêts de l'humanité avec celui qui
doit néceſſairement faire marcher un Ouvrage
Dramatique ! Avec quelle intelligence
il a fondu les nuances générales & particulières
!C'eſt à ces traits queje reconnois l'homme
appelé à faire des Pièces de Théâtre...
Mais je m'apperçois que je ferois beaucoup
trop long fi je diſois tout ce que je penſe de
Manco. Je m'arrête, & je laiſſe aux Obfervateurs
le ſoin d'examiner les fautes & les
beautés de cet Ouvrage , qui doit , dit- on ,
bientôt paroître imprimé. M. Licidas avoit
écouté ces obſervations ſans rien dire ; il
regarda le vieux Géronte pour ſavoir ce qu'il
en falloit penſer. Celui-ci remua la tête , ſe
leva , partit d'un air d'humeur , & ne manqua
pas d'aller dans un coin de la falle
direbeaucoupde mal d'un homme qui avoit
eu le front de parler devant lui commeun
connoiffeur , ſans lui en avoir demandé la
permiffion.
DE FRANCE.
93
TABLEAU
GRAVURES.
ABLEAU de toutes espèces de Succeffions régies
par la Coutume de Paris , & Computation des
Degrés deparentéſuivant le Droit Civil & le Droit
Canon. A Paris , chez la Veuve Hériſſant , rue Neuve
Notre- Dame ; & chez l'Auteur , rue de la Vieille-
Draperie , maiſon de M. Gaillard , Notaire.
CeTableau peut étre utile à tous Praticiens &
Gens d'Affaires; il eſt même à la portée de toutes
aurres perſonnes par la manière facile dont on y
calcule les degrés de parenté , & par l'application,
des principes en matière de ſucceſſions à toutes les
eſpèces différentes , telles que les fucceffions de
propres réels, les propres fictifs & les biens nobles
en ligne collatérale , &c. auxquelles on a joint des
exemples rendus ſenſibles par des tableaux généalogiques.
Théâtre de la Guerre actuelle fur la Méditerrannée,
comprenant l'invasion de l'Iste de Minorque ,
avec les Plans du Port Mahon , du Fort Saint-
Philippe , une partie des Côtes d'Espagne , de Barbarie
& du Détroit de Gibraltar, par M. Biron
de la Tour. Prix , I livre 4 fols. A Paris , chez Efnauts
& Rapilly , rue S. Jacques , à la ville de Coutance.
On trouve à la même adreſſe une nouvelle Carte
de lapartie de la Virginie , où l'Armée combinée de
France& des États-Unis de l'Amérique a fait pri-
Sonnière l'Armée Angloiſe commandée par le Lord
Cornwallis , avec le Plan de l'attaque d'Yorck
Town & de Glocefter. Prix, 1liv. 4 fols.
Les Dons merveilleux de la Nature. in -folio's
04 MERCURE
Regne Minéral , premier Cahier , très-bien colorie..
Prix , 18 liv. A l'aris , chez M. Buchoz , Docteur
en Médecine , tue de la Harpe , en face de la Sorbonne.
Antiquités d'Herculanum , no.5 , in - 8 ° . Prix,
6livres, & 9 liv. in-4°. On ſouſcrit pour cet Ouvrage
en payant d'avance les deux Numéros qui
ſuivront ceux déjà annoncés , & ainſi de fuite tous
les fix mois. Les perfonnes de Province , dans l'intérieur
du Royaume, recevront fans aucun frais les
Cahiers aux termes indiqués dans le lieu de leur réfidence
s'il y a Bureau de pofte , ayant ſoin de faire
remettre le montant du prix annoncé , franc de
port , à M. David, Graveur , à Paris , rue des
Noyers.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
د
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0Nevient de mettre en vente chez Moutard .
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de Cluny. - Hiſtoire de la dernière Révolution
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Morales & Hiftoriques ſur les Leçons de la Sageffe
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tirés d'une grande Bibliothèque , in - 8 ". ,
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Chirurgie, de Chimie & d'Alchimie du feizième
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i
DE FRANCE. 25
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chezMoutard, Imprimeur- Libraire , rue des Mashurios.
Histoire de la Maison de Bourbon , par M.
Deformeaux , in - 4°. Tome III. A l'Imprimerie
Royale.
Observations historiquesſur la Littérature Allemande
, par un François , nouvelle Édition , ſuivie
de Remarques ſur le Théâtre Eſpagnol, par leBaron
de Cronegk , & quelques Lettres ſur Leibnitz & ſur
M. Gefner , in-12. Prix, I livre 16 fols. A Paris ,
chez Savoye , Libraire , rue S. Jacques.
Histoire ancienne des Hommes , in-12 &in-8 °.,
première Partiedu Tome XIII. A Paris , chez M.
de la Chapelle, Fue baffe du Rempart.
Mémoires & Éloges lus dans la Séance publique
du Bureau Académique d'Ecriture , en pré
fence de M. Lenoir , &c le 8 Novembre 1781 , par.
MM. Harger ,, Vallain , de Courcelle & Haïy ,
in-4°. AParis , chez d'Houry, Imprimeur Libraire,
rue Hautefeuille.
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La France illustre , ou le Plutarque François,
par M. Turpin , in- 4° . , troiſième Souſcription ,
nº. 10. A Paris , chez Deſlauriers , Marchand de
Papier , rue S. Honoré.
Opinion d'un Citoyen fur le Mariage & la
Dot , in- 8 °. A Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire,
rue des grands Auguftins.
Sacrifice des Gafcons en l'honneur des Réjouiffances,
Dialogue en Récit , en accent gaſcon ,
in -4°. A Paris , chez les Marchands de Nouveautés.
Second Volume de l'Ami des Enfans , par M.
Berquin. On ſouſcrit à Paris , chez Piffot & Barrois
, Libraires , quai des Auguſtins. Le prix de la
Souſcription eſt de 13 livres 4 ſols pour Paris , &
16 liv. 4 fols pour la Province.
TABLE
V
ERS pour célébrer laNaif- Les Après- Soupers de la So-
JancedeMgr. le Dauphin , ciété ,
:
78
49 Odefur la Mort de la Reine
Clémentine&laRose, Idylle, d'Hongrie , 81
50 Lettre du Chevalier de Saint-
Le Sagede la Perfe , Apolo- Alme & de Mlle de Melgue,
SI court, 84
L'Exemple Inutile , 52 Le Foyer,
86
Enigme& Logogryphe , 66Gravares,
وا
Lettres écritesde Suiffe, &c. 68 Annonces Littéraires ,
APPROBATIΟΝ.
94
FAI lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi , Février. Je n'y ai
zien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion.AParis .
de8 Février 1782. DE SANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 1 2 Décembre.
LA grande affaire de l'établiſſement d'un
Conful- Général Ruſſe , entamée il y a près
d'un an par M. de Stachieff , vient d'être
enfin terminée par M. de Bulgakow. Ce
dernier n'a pas trouvé auprès du nouveau
Reis Effendi les obſtacles que ſon prédéceſſeur
avoit oppoſés à M. de Stachieff. On
lui a remis le bérat ou diplome impérial
par lequel M. de Laskaroff eſt reconnu
Conful-Général de Ruſſie dans les trois
Provinces de Modalvie , Valachie & Beffarabie
; fa réſidence eſt fixée à Bucharest ,
d'où il aura la liberté d'aller demeurer à
Yaffy & dans tout autre endroit de ces
Provinces où ſa préſence ſera jugée néceffaire.
Le Conſul Ruſſe va ſe rendre en
conféquence inceſſamment à ſa deſtination
Il ne reſte plus au Miniſtre qu'à convenir
des conditions d'un traité de com-
9 Février 1782 . C
( 50 )
merce ; il devient d'autant plus important
que le paſſage de la mer Noire à l'Archi
pel eſt à préſent très fréquenté; le libre
Tranfit des bâtimens ſouffre des difficultés.
La Porte voudroit en exclure ceux qui
font chargés de grains ; il pourroit être en
effer funeſte à la tranquillité de cette Capitale
, de laiffer dans des tems de diſetre
pafler des navires chargés de ſubſiſtance ,
fans ofer les arrêter pour en acheter de
quoi ſatisfaire aux besoins des habitans.
>> Le Chan de Crimée , écrit-on de Caffa , a tranf
porté ſa Cour ici , & y fera déſormais ſon ſéjour.
Ily eſt à portée de faire un commerce plus avantageux
qu'ailleurs ; & ce qui n'est pas moins intéreſſant
pour lui , il ſe rapproche des garniſons
que la Ruffie tient dans les deux villes de Kertſch
&de Jenicalé , ſous la protection deſquelles il pourroit
ſe retirer , s'il ſurvenoit des troubles de la part
de la Porte ou de ſes propres ſujers. Le penchant
qu'il a pour les Francs & pour les moeurs de l'Europe
, ne doit pas leur plaire. Sa manière de vivre eft
à l'Européenne; fes mets font apprêtés à la Francoiſe
, ſa table eſt ſervie en argent , il fort en carroffe,&(
ouvent il permet aux femmes de ſon Harem
de s'ajuſter comme les Dames Chrétiennes Ila pris
àſon ſervice un Officier Anglois nommé Robinfon ,
& l'a chargé d'exercer ſes troupes à l'Européenne ,
mais d'employer beaucoup de douceur pour ne pas
effaroucher des hommes naturellement indociles &
prévenus contre les moeurs étrangères ; la crainte
d'indiſpoſer ſa Nation l'empêche de toucher aux
grandes barbes des Tartares contre leſquelles il n'a
pas moins d'antipathie que le Fondateur de la Ruffie.
Mais plus circonfpe& avec ſes Courtiſans que Pierre
le Grand ne le fut avec ſes Boyards , il n'oſe pas
1
Na
ی ل ع د م ح م
و ا
1
ما
Y
(51 )
couper la fienne; il la cache ſeulement à l'aide d'une
cravate quand il paroît en public. Au reſte , le
refpet de la Nation pour la Ruſſie eſt un appui
efficace pour le maintenir ſur le Trône. Tout ce
qui voyage en Crimée ſous le nom de Ruſſe , eſt
comblé de politeſſe & d'égards. Le ſuccès des armes
de l'Impératrice , dans la dernière guerre , a fait
naître cette vénération ; & 30,000 hommes en garniſon
à Kertſch , Jenicalé & Cherion , ſervent à
l'entretenir " .
DANEMARCΚ.
De COPENHAGUE , le 6 Janvier.
La Cour a pris le deuil pour la mort
de la Princeſſe Sophie-Polixene-Concorde
de Sayn & Wittgenstein , Douairière du
Prince Frédéric Guillaume de Naflau Siegen;
elle le portera juſqu'au 22 .
Nous avons dans ce port 4 vaiſſeaux
marchands & 9 dans le Sund , qui n'attendent
qu'un vent favorable pour ſe rendre
aux Indes occidentales avec de riches cargaiſons.
On apprend que le Capitaine Bille ,
commandant la frégate le Bornholm , n'ira
pas à Alger comme on l'avoit dit , & qu'il
ſe rend en droiture à nos iſles d'Amérique.
On mande d'Helſingor que dans la nuit
du premier au 2 de ce mois , le tems a été
très- orageux; il geloit & neigeoit en mêmetems;
4 vaiſſeaux qui étoient dans le Sund ,
ont été emportés par les glaçons ; mais
heureuſement il n'en a péri aucun. Il y
C2
( 52 )
avoit dans ce nombre une frégate & un
ſénaut de Copenhague deſtinés pour les
ifles de Sainte-Croix & de St-Thomas.
>> Le bled , écrit - on de Chriſtiana en Norwège,
a manqué cette année dans le Duché d'Aggerhus.
Pour remédier à la diſette de cette denrée , le Roi a
envoyé dans les magaſins établis à Aggerhus , Fridericſtadt
, Fridericſteen & Drammen , 23,700 tonneaux
d'orge , & 49,660 tonneaux d'avoine , pour
être diſtribués parmi les ſujets de S. M. , moyennant
une remiſe modique en argent. S. M. a auſſi ordonné
aux Adminiſtrateurs des caiſſes des pauvres , de
diftribuer aux indigens la ſomme de 4630 rixdalers
en argent ou en bled ; & elle a fait préſent de 5040
rixda ers à ces caiſſes pour fournir au déficit de celles
qui n'avoient pas aflez de fonds «.
La fête que le Baron de la Houze , Miniſtre
de France en cette Cour , donnera
ici pour célébrer la naiſſance du Dauphin ,
aura lieu les Février prochain.
On a compté ici l'année dernière 2985
naiſſances & 1061 mariages ; il y eſt mort
3741 perſonnes.
On croit que la Cour va s'occuper ſérieuſement
de l'amélioration &de l'augmentation
des fanaux fur toutes les côtes de
Danemarck , de la Norwège & de Jutland.
L'Envoyé extraordinaire de Pruſſe a fait
pluſieurs repréſentations ſur ce ſujet ; elles
ont été appuyées par celles du Miniſtre
de Hollande; leur exécution intéreſſe toutes
les Puiſſances dont les ſujets commercent
dans la Baltique & la mer du Nord.
( 53 )
Ma
rell
ST
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 6 Janvier.
Le Roi s'étant trouvé indiſpoſé pendant
quelques jours , n'a pas encore quitté ſes
appartemens ; le froid violent qu'il fait actuellement
ne lui permet pas de s'y expoſer.
On dit que la Reine eſt de nouveau
enceinte.
Le bâtiment la Louiſe- Ulrique , Capitaine
Petterson , appartenant à la Compagnie des
Indes orientales , a mis à la voile de Gothembourg
le 21 du mois dernier. Ce navire
qui ſe rend à Canton en Chine , fera
inceffamment ſuivi de deux autres.
>> Le 31 Décembre dernier , écrit-on de Gothembourg
, le feu prit , au moment d'une forte tempête ,
à un brigantin appartenant à M. Grejah , gros Négociantde
ce Port. Ce bâtiment avoit beaucoup de
réſine en chargement. Auſſi toutes les peines qu'on
s'eſt donné pour le ſauver , ont été inutiles. Tandis
qu'il étoit la proie des flammes , il fut pouflé le long
deHiring- Strand , & il vint ſe placer entre le Fort
de Neu-Elfsbang & Aſpholin , où il brûla pendant
tout lejour<«<.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 12 Janvier.
LE-9,vers les 10 heures du matin , la
Séréniffime Famille de Wurtemberg , après
avoir pris congé de S. M. I. & de S. A. R.
l'Archiduc Maximilien , a quitté cette Ca
C3
( 54 )
pitale pour s'en retourner à Monbeilliard.
Elle a fait diftribuer des préfens magnifiques
à la Cour Impériale.
C'eſt le Chambellan , Comte de Chotek ,
qui avoit été envoyé au devant du Comte
&de la Comteffe du Nord , qui a été chargé
de les accompagner auſſi juſqu'aux frontières
du Domaine Autrichien : il doitles
ſuivre juſqu'à Trieſte où on leur donnera
des fêtes ſuperbes; delà ces illuſtres voyageurs
ſe rendront à Venife où ils ſe propoſent
de reſter ſix jours , après quoi ils
partiront pour Naples .
On aſſure que le Nonce du Pape qui
réſide ici , après avoir reçu un Courier
de Rome , s'eſt rendu ſur-le-champ auprès
de S. M. I. pour lui remettre les dé-
'pêches envoyées par le St-Père. On dit en
général qu'elles roulent ſur les nouveaux
arrangemens pris par l'Empereur , relativement
au Clergé féculier & régulier. Il
vient de publier une nouvelle Ordonnance
ampliative de la précédente , concernant la
liberté de confcience accordée aux Proteſtans
dans toute l'étendue de ſes Etats
héréditaires.
Un des Caiffiers du Département civil
a commis une infidélité , & a pris la fuite.
On dit qu'il s'eſt réfugié chez les Carmes
de Mamersdorf : ſa famille implore pour
lui la grace de l'Empereur , mais on doute
qu'elle l'obtienne. Cet évènement, ajouret-
on , a déterminé S. M. I. à ſupprimer les
( 55 )
des
Corad
i
qu
ar
diverſes Caiſſes de ce Département civil
&de les réunir dans une ſeule.
On apprend d'Oedenbourg en Hongrie ,
que le premier Décembre , il y a eu un
orage des plus violens ; il eſt tombé en
même tems de la grêle & de la neige , &
la gelée a tellement pris ce jour , qu'on
craint que les vignes n'en aient beaucoup
fouffert , parce qu'il faiſoit auparavant un
tems très-doux , & qu'il avoit plu confidérablement.
On affure que l'Empereur ira inceſſamment
à Florence , & qu'il y reſtera tout le
tems que le Comte & la Comteſſe du Nord
y ſéjourneront ; on fait dans tous les Etats
Autrichiens en Italie , où paſſeront ces illuſtres
voyageurs , les plus grands préparatifs
pour les recevoir & leur en rendre le
ſéjour agréable.
>> Le bruit s'eſt répandu parmi le bas peuple ,
écrit-on des frontières de la Turquie , qu'il s'étoit
élevé , à Conſtantinople, une ſédition dans laquellele
Baron de Herbert avoit couru quelque danger ; mais
nous avons reçu ces jours-ci des nouvelles authentiques
de cette Ville , qui portent expreffément que
cette nouvelle eſt abſolument fauſſe & controuvée «.
De HAMBOURG , le Is Janvier.
L'EDIT de tolérance en faveur des Proteſtans
eſt publié ſucceſſivement dans tous
les Etats héréditaires ; il l'a été dernièrement
dans la Baſſe-Autriche & dans la Bohême.
On apprend de ce dernier Royaume
que M. de Hay , Evêque de Konigsgratz ,
C4
( 56 )
a publié à ce ſujet un Mandement plein
de ſens , de raiſon & de piéré , qui fait
le plus grand honneur à l'Epifcopat.
>> Ce qui ſe débitoit ici dernièrement, lit-on dans
une lettre de Vienne , au ſujet de l'arrivée du Pape
dans cette Réſidence pour s'aboucher lui-même avec
S. M. I. , ne paroît point une nouvelle inventée à
plaiûr. Le fait eft que S. S. a écrit à l'Empereur , à qui
elle a propoſé de venir le voir à Vienne. Mais S. M. I.
a , dit - on , répondu au Nonce qu'elle feroit une
ample réponſe , par écrit , au S. Père. On ajoute
que la lettre de S. S. & la réponſe de l'Empereur
feront rendues publiques .
D'autres lettres de Vienne nous apprennent
que S. M. I. formera l'été prochain
un camp de 100,000 hommes auprès de
Prague.
On dit que la Cour de Londres eſt en
négociation avec celle de Dreſde pour un
corps de troupes qui doit paffer dans l'Electorat
de Hanovre , afin d'y remplacer
les régimens Hanovriens qui ſeront envoyés
en Amérique.
L'établiſſement d'un Grand-Prieuré de l'Ordre
de Malte , en faveur de la Nobleſſe Bavaroiſe , vient
d'être terminé , lit-on dans un de nos papiers. On
lui avalligné les biens de la ci- devant Société de
Jéſus , eſtimés à 6 millions. Le Baron de Flaxland ,
ancien Chevalier de cet Ordre , & les deux Chevaliers,
le Comte de Minucci &le Baron de Vieregg,
font partisen conféquence de Munich pour Malte.
-On affure que le Duc des Deux-Ponts a proteſté
coutre la convention faite entre l'Electeur de
Mayence & l'Electeur Palatin au ſujet des biens
appartenans aux Couvens ſupprimés dans le Palatinat
& l'Electorat de Mayence.- Les Princes Proteftans
Mela ( 57 )
حلا
1
commencent à s'approprier les biens des Couvens
fupprimés qui ſont ſitués dans leurs Etats. Le Landgrave
deHeffleDarmſtadt vient de le faire ; il s'eſt
mis en poſleſſion d'une terre conſidérable qu'un
Couvent de Religieuſes à Mayence , ſupprimé
récemment , avoit poſſédée dans ſon Domaine. La
viile de Francfort , encouragée par cet exemple ,
fait auſſi des tentatives pour avoir la poſſeſſion des
biens des Couvens ſitués dans ſon territoire «.
On apprend de Stutgard , que les Etats
ont accordé au Duc regnant une ſomme
de 1,200,000 florins , pour l'embelliffement
de ſa réſidence.
On lit dans une lettre des frontières de
la Pologne une nouvelle horrible , que l'on
ſe flatte cependant de ne pas voir confirmer.
Le bruit court , dit- on , que des ſcélérats
ont attenté de nouveau à la vie du Roi ;
mais que le coup de piſtolet qui avoit été
tiré contre le carroſſe de S. M. n'a été funeſte
qu'à une Dame qui étoit avec elle ,
& qui , dit- on , eſt grièvement bleffée.
ESPAGNE.
De CADIX , le 10 Janvier.
La diviſion ſortie le 3 de ce mois , &
qui doit ſe ſéparer de l'armée pour aller en
Amérique , eſt compoſée des vaiſſeaux fuivans
: le San Domingo , vaiſſeau neufqu'on
a conſtruit pour remplacer celui qui ſauta
en l'air dans l'affaire de D. Juan de Langara
, le Glorioso , le S. Pedro & le S.
Pablo , tous de 70 canons , le S. Alexancs
( 8 )
dre de so , une hourque de 40 , & 3 frégates.
Le convoi qu'elle doit eſcorter eft
d'environ 30 voiles ; il a à bord 3 régimens
de 1200 hommes effectifs chacun , & 8 à
900 ſoldats de recrues pour ceux qui font
en Amérique. On a appris que ce convoi
s'eſt éloigné par un bon vent.
On trouve dans le Journal du ſiége de
Mahon donné par la Gazette de Madrid ,
Panecdote ſuivante. Le 28 Décembre , un
ſoldat du régiment Suifle de Beſtchaft , qui
ſe faiſoit appeller Charles Gerin , fut the
aux batteries où il étoit de ſervice. On
reconnut en le dépouillant que c'étoit une
fille de 18 à 20 ans. Ily avoit un an qu'elle
fervoit ; elle s'étoit toujours diſtinguée par
ſa modeſtie , ſon courage& fon exactitude à
remplir ſes devoirs. A ce fait , la même
Gazette a joint les détails ſuivans.
Le 27 Décembre dernier , le Gouverneur de Gibraltar
fir ſavoir au Commandant - Général de notre
armée , que le Baron de Hermſtadt , Enſeigne de
Grenadiers des Gardes Wallones , qui avoit été
bleffé & fait priſonnier la nuit du 26 Novembre ,
ſe trouvoit à toute extrémité , malgré les eſpérances
qu'on avoit conçues de ſa guériſon après l'amputation
de la cuiſſe gauche. Le Gouverneur ajoutoit
qu'auffi-tôt qu'il ſeroit mort , il en donneroit avis
par un coup de canon tiré d'un de ſes vaiſleaux de
guerre , ce qui eut lieu dans la matinée du 29. Au moment
que le mort fut embarqué , une compagnie de
Grenadiers Anglois fit 3 décharges de mouſqueterie.
Le cercueil , couvert d'un velours galonné en argent ,
vint ſur une chaloupe avec huit Officiers de la Place
& le Secrétaire du Gouverneur , tous en deuil. Il
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étoit ſuivi d'un autre bâtiment qui portoit l'équipage
&les effets du défunt , avec 200 piaſtres fortes qu'on
lui avoit fait paſſer peu de tems auparavant , & que
le Gouverneur Anglois renvoyoit , diſant que le
Roi ſon Maître ne permettoit pas qu'on prit la
moindre choſe pour les frais de maladie & de funérailles
d'un brave Officier. Le Capitaine de la
garde de Puente-Mayorga ſortit dans la felouque
du Général du camp pour recevoir le Mort qu'emportèrent
les Aumôniers & quelques Officiers de
l'Etat-Major; & le 30 , le Baron de Hermſtadt fut
enterré avec tous les honneurs de la guerre. - Un
Courier extraordinaire vient d'apporter de nouvelles
dépêches du Général Duc de Crillon , datées du
6 Janvier à midi , par leſquelles on apprend que
dans la matinée du même jour , toutes nos batteries ,
conſiſtant alors en III canons & 33 mortiers ,
avoient fait un feu terrible ſur la Place & les Forts
ennemis , & que ce feu avoit produit un effet qui
avoit donné la plus grande fatisfaction à toute l'armée.
Le Général annonce qu'il ne tardera pas à
inftruire Sa Majeſté des ſuites qu'aura cu cette
journée , & il fait le plus grand éloge de la
conſtance , du courage & du zèle de tous les
corps & de tous lears Officiers reſpectifs.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 27 Janvier.
L'ARRIVÉE du Lord Cornwallis a ſuivi
de près celle des Colonels Tarleton , Lakes
& Dundas ; le vaiſſeau qui le portoit
a ſubi le même ſort que celui qui nous
avoit amené ceux-ci ; il a été rançonné à
l'entrée de la Manche ; il paroît que le
corfaire François n'a pas reconnu ou n'a
c6
(60 )
pas voulu reconnoître le Général Arnold
qui étoit avec ce Lord ,& qui a paflé pour
être un Officier de ſa ſuite , de manière
que le voici rendu ſain & fauf en Angleterre
, & à l'abri de l'inquiétude qu'il devoit
avoir de tomber entre les mains des
Américains , qu'il avoit trahis ,& qui l'anroient
traité ſans doute comme un traître.
Le Lord Cornwallis , qui eſt arrivé ici le
21 , après avoir eu une audience particulière
de S. M. , dont il ne peut dans
la circonſtance préſente , en avoir une publique
, eſt parti pour Lambeth , où ſe trouve
l'Archevêque de Cantorbery , fon oncle.
On ne doute pas qu'Arnold ne ſoit préſenté
à S. M. , & même qu'il ne foit bien
reçu ; il faut bien que l'accueil qu'il recevra
à la Cour , le dédommage de celui que
lui fait la nation , qui juge l'homme , abftraction
faite des ſervices qu'il a pu rendre.
Le Lord Cornwallis a fans doute donné
des nouvelles de l'état de nos affaires dans
l'Amérique Septentrionale ; mais on n'en a
publié aucune ; tout ce que nous ſavons
ſe réduit à ce qu'on lit dans quelques
papiers Américains arrivés en même tems.
Ils nous apprennent quuee le Major-Gé
néral Saint Clair , les Brigadiers-Généraux
Wayne , Muhlenbourg & Gift , font partis
dernièrement des environs d'Yorck- Town
avec 3000 hommes de Penſylvanie , de
Virginie & du Maryland , pour aller join(
61 )
Gal
ir
dre le Major-Général Gréen dans la Caroline
Méridionale.
Suivant des lettres d'Hallifax du 20 Décembre
dernier , nous n'avions que 7 vaifſeaux
de guerre dans ces parages ; ils étoient
continuellement occupés à croifer contre
les corſaires Américains , dont le nombre
eſt beaucoup augmenté depuis que l'Amiral
Edwards a quitté la ſtation de Terre-
Neuve.
La Gazette de New-Yorck contient les
détails ſuivans :
>> Les habitans loyaux de Little-Pédée avoient fait
une trève de trois mois avec l'ennemi , cette trève
étant expirée un détachement de leurs milices a fait
une incurfion dans la partie de ce pays qui appartient
aux rebelles. Il y a quelques jours que le Major
Hurry a été envoyé de Lanneau-Ferry avec un
corps de trou es pour arrêter les progrès des Loyaliſtes.-
Les rebelles , au-deſſus de Ninety-Six , ayant
conſtruit deux fortins ſurReedy-River où ils avoient
pris pofte avec 30 hommes pour arrêter les incurfions
des réfugiés Loyaux ont été attaqués les par un détachement
aux ordres duCapitaine Cunningham. Ces
poſtes & leur petite garniſon ont été pris par les
Loyaliſtes qui n'ont pas perdu un ſeul homme dans
cette attaque où les rebelles ont eu un Officier & huic
foldats tués.
Cet avantage eſt peu de choſe; les Américains
en ont de plus conſidérables à oppoſer.
Notre expédition ſur les frontières
ſeptentrionales des Etats-Unis , a complettement
échoué , & le Congrès a fait publier
la lettre ſuivante du Colonel Willet , en
date du fort Rouilelaer le 2 Novembre.
( 62 )
Le 24 du mois dernier, à 8 heures du ſoir, je reçus
avis qu'un corps conſidérable de troupes de l'ennemi
avoit été découvert ſur les hauteurs du district de
Mohawk ; dans l'inſtant , on raſſembla les forces dus
pays , afin de lui faire face ſans perte de temps ; &
le lendemain à une heure , j'étois à deux milles du
Fort Hunter , avec environ 4 ou 500 hommes de
nouvelles levées & de milices ; là , j'appris que
l'ennemi , ayant brûlé pluſieurs maiſons & granges
àWartenbush , avoit paſſé la rivière àun gué ſitué
à quelque distance plus bas , & marchoit vers
Johnſtown. Je traverſai enſuite la rivière , & marchat
par la plus courte route vers la place. Adeux
milles de Jonhſtown, j'apperçus qu'ils y étoient déjà
& qu'ils s'occupoient à tuer du bétail appartenant
aux habitans. Je me déterminai à les attaquer ſur le
champ , & j'ordonnai à l'aîle gauche du peu de
troupes que j'avois , de faire un circuit au travers des
bois , & de tomber ſur leur flanc droit , pendant
que l'aîle droite avanceroit vers leur front.-Après
quelques minutes de marche , nous fumes à la vue
des ennemis. Les troupes de cette dernière aîle avancèrent
dans un camp voiſia de celui qu'ils occupoient;
elles ſe développèrent ſur la droite & vinrent
en ligne vers les Anglois qui ſe retirèrent avec
précipitation dans un bois voisin, étant preſſés par
notre garde avancée , qui commença l'ef- armouche
avec eux , pendant que le reſte de l'aîle avançoit
rapidement ſur deux colonnes. Dans cette heureuſe
Atuation, fans aucune cauſe apparente , route cette
aîle fitvolt-e face &prit la fuite , fans qu'il fût poffible
de la rallier. Une pièce de canon , placée ſur
une hauteur , à une perite diſtance du bois , pour
affurer une retraite , fut abandonnée & tomba entre
les maius de l'ennemi. A cette époque critique ,
l'aîle gauche , commandée par le Major Rowley ,
parut à l'arrière-garde. Elle regagna bientôt tout ce
que l'aîle droite avoit perdu & même au-delà. La
( 63 )
BE
125
st
ةيلا
11
"
+
nuit ſurvenant , l'ennemi ſe retira dans le bois , laiffant
un bon nombre de havreſacs derrière lui.
Après avoir marché 6 milles , il campa ſur le ſommet
d'une montagne. Des prifonniers évadés dans
la nuit , nous informèrent que leur intention ſembloit
être d'attaquer les frontières de Stone- Arabia ,
pour ſe procurer des provifions. On marcha le lendemain
matin vers cette place , où nous reſtâmes
tout le jour & toute la nuit , ſans apprendre rien
de leur part , finon qu'ils dirigeoient leur route plus
avant dans le déſert. Il étoit alors certain qu'ils n'étoient
pas en état de faire aucune attaque foudaine
au-deſſous de Little-Falls; en conféquence , dans la
matinée du 27 , jo me portai à German-Flats , pour
me trouver entre eux & leurs bateaux , qui avoient
été laiſſés à la crique d'Oneida. Chemin faiſant ,
j'appris que le parti que j'avois détaché pour le
détruire , étoit retourne ſans avoir fait ſon devoir.
-Le 28 , en donna cinq jours de provifions à l'élite
de nos troupes & à 60 Indiens Oneides , qui
nous avoient joint. Il paroiſſoit évident que l'ennemi
avoit abandonné l'eſpoir de regagner ſes bateaux
; il dirigeoit ſa marche vers l'Ifle de Buck ou
vers Offwagewehu. Les troupes étoient dans l'intention
de le poursuivre; près de 400, outre les Indiens
, avoient traverſé la Mohawk au fort Herkimer
, &étoient campés dans les bois. Le jour faivant
, nous marchâmes plus de 20 milles du côté
du Norddans les bois ,& vers les 8 heures , dans la
matinée du 30 , nous rencontrâmes l'ennemi , entre
fon arrière-garde & un détachement de 40 hommes
avec quelques Indiens , qui devoient ſe procurer des
proviſions fraîches & foivre enſuite leurs troupes
qui continuoient leur route. Quelques - uns de ce
parti furent pris , d'autres rués,& le reſte difperfé.
Le corps principal ſe mit au trot comme une file
Indienre , & fut pourſuivi vivement jusqu'à la nuit
cloſe , il ne tâcha qu'une feule fois de s'oppoſer à
( 64 )
notre pourſuite; ce fut à un très-mauvais gué fur
la crique de Canada , où il laiſſa le Major Walter-
Butler , & pluſieurs autres , (c'eſt ce même Butler
qui commanda le maſſacre à Cherry-Valley en Novembre
1778 ). Nous n'avons perdu qu'un ſeul
homme dans la pourſuite. Nos Indiens ont été trèsutiles
& ſe ſont comportés avec leur alacrité ordinaire
en pareille occafion. Quelqu'étrange que le fait
ſuivant puiſſe paroître , il est vrai que , quoique
l'ennemi ait été quatre jours dans le déſert , avec
ſeulement une demi-livre de chair de cheval par jour
pour la ration de chaque homme , néanmoins il a
trotté 30 milles avant que de s'arrêter. Pluſieurs ca
ont été la victime ; leurs havreſacs & couvertures
étoient épars dans les bois. Tous leurs chevaux ,
excepté cinq , qui avoient été envoyés à une diſtance
conſidérable en avant de leur avant-garde , avec
leurs bleſſes & quelques priſonniers , font tombés
entre nos mains. Telle eſt la ſituation dans laquelle
j'ai laiſſé l'infortuné Major Roff; je l'appelle infortuné
, car il l'étoit certainement de s'être chargé
d'un ſi beau détachement , pour exécuter une auſſi
forte commiffion que celle qu'on lui avoit confiée ,
&qui étoit accompagnée de hafards immenfes &
de beaucoup de ppeines. Il étoit inutile de fatiguer
plus long-temps les troupes. L'ennemi , qui avoic
continné de fuir , avoit beaucoup l'avance fur nous ,
& n'avoit devant lui de perſpective que la deftruction
, une marche de ſept jours , des rivières que
l'on ne pouvoit paſſer que fur des radeaux , un défert
ſtérile , l'inclémence de la ſaiſon , à combattre
avant de pouvoir obtenir des proviſions . Notre ſituation
d'ailleurs , fi nous l'euffions poursuivi un ou
deux jours de plus , pouvoit devenir tout auffi facheuſe
que la fienne ; car nos Indiens & une grande
partie de nos troupes , afin de le pourſuivre avec
plus de vigueur , avoient jetté leurs couvertures &
proviſions , qui étoient alors à 20 milles derrière
( 65 )
- Je
nous . Enfin , nous les avons laiſſés dans une ficuation
mieux adaptée peut-être à ce qu'ils méritoient ,
que ne l'eût été le fort que procure un mouſquet ,
une balle , un tomahawk , ou la captivité.
n'entreprendrai pas de donner un détail de toute la
perte de l'ennemi , depuis le commencement juſqu'à
la fin de cette affaire. Les plaines de Jonhſtown ,
les ruiſſeaux & rivières , les collines & les montagnes
, les profonds & triſtes marais , qu'il a paflés
; voilà les témoins , les témoins ſeuls qui peuvent
en rendre compte ; peut- être auſſi |Officier ,
quel qu'il foit qui l'a détaché pour exécuter cette
pitoyable expédition. La région désolée qu'il a
traverſée dans ſa fuite,pendant que nous le pourſuivions
, eſt ſituée à plus de 30 milles au Nord du
fortSchuyler.
Les ennemis étaient au nombre de 607
hommes. Le Congrès n'avoit pas encore
la liſte des tués , bleſſes & prifonniers.
Nous ignorons ce qui ſe paſſfe actuellemert
aux Ifles , & nous ne ſommes pas
ſans inquiétude ſur la nature des premières
nouvelles qui en arriveront. Le Capitaine
du navire la Défiance , arrivé d'Antigoa ,
raconte qu'avant de quitter cette ifle , c'eſtà-
dire , le 22 Novembre , le Gouverneur
avoit donné ordre à tous les Capitaines de
bâtimens de partir le plutôt poffible , & de
tâcher de ſe rendre en Angleterre; en conféquence
pluſieurs habitans avoient abandonné
l'ifle , & le Gouverneur même appréhendoit
fi fort d'être attaqué par les
François , qu'il s'étoit réfugié dans le fort.
On ſe flatte ici que ces terreurs font un
peu exagérées ; à la Jamaïque on n'a pas
( 66 )
les mêmes alarmes ; & la lettre ſuivante
de Kingſton le 2 Novembre eſt de nature
à nous raffurer ſur cette Ifle.
>>N>ous ne craignons point l'ennemi;nous avons
20,000 homines de troupes y compris les milices ; &&&
nous n'avons beſoin que d'une nouvelle compagnie
d'Artilleurs &d'ane vingtaine de pièces de campagne
pour être parfaitement en füreré contre toutes les
entrepriſes des ennemis. Maisje ſuis perfuadé qu'ils
prendront laBarbade. La priſe de St-Eustache , par
l'Amiral Rodney , nous caufera un préjudice confidérable
, & nous fera autant de tort qu'aux François &
aux Américains " .
Alors on ignoroit à la Jamaïque la repriſe
de cette Iſle. Cet évènement a répandu
la conſternation dans toutes les poffeffions
Angloiſes.
>> Nous attendons , écrit-on de St-Christophe , les
François à toute heure,depuis la priſe de St-Euftache ,
ainſi que nous le marquions dans nos dernières Lertres;
mais nous ne les attendons pas à la Cockburn ,
dans nos draps. Il faut pourtant rendre juftice à cet
Officier... Ce n'eſt pas lui qui a été fait priſonnier dans
fon lit; il étoit à cheval ,&alloit ſe baigner à laMer ,
quand il a été arrêté. Mais preſque tous les autres
Officiers Anglois dormoient encore. Quoi qu'il en
foit , nous faiſons bonne garde : ce qui ne nous
avancera pas beaucoup , puiſque nous n'avons que
soo hommes &que le Brimstone-Hill , hauteur
de la reddition de laquelle dépend celle de toute
l'ifle , en demande au moins 1200, pour être défendue
avec honneur. Gibraltar , en Europe , paſſe
aſſurément pour une Fostereſſe d'importance , & il
y paroît , à la réſiſtance qu'elle fait , depuis tant
de mois , contre les efforts inouis des Eſpagnols.
Néanmoins ,fi l'on s'en rapporte aux Officiers de
notre garnison , parmi lesquels il en eſt de fort
,
( 67 )
Lie
25
habiles dans la partie des Mathématiques qui a pour
objet l'attaque & la défenſe des Places , Brimstone-
Hill l'emporte de beaucoup fur Gibraltar ; & , avec
une garni on de 12 à 1500 hommes , cette Fortereffe
pourroit tenir, aſſurent- ils, contre les forces
réunies de la France , de l'Eſpagne & de la Hollande.
-On dit qu'une flotte Françoiſe de 31 Vaiſſeaux
de Ligne & de quelques frégates vient d'entrer à
laMartinique ; ce ſera apparemment celle de M. de
Graffe. Si cette flotte , fi celle de M. de Bouillé ,
avec un millier de soldats à bord , paroît dans nos
parages , nous ne pourrons nous oppoſer au débarquement,
&bientôt les François , que nous chaf
sâmes de l'Iſſe en 1702 , tems avant lequel ils en
avoient occupé la partie méridionale , en feront totalement
les maîtres. - Près de 200 foldats Anglois
da treizieme& du quinzieme Régiments , faits prifonniers
à St-Eustache par M. de Bouillé , ont eu
la baſleſſe de s'enrôler d'abord dans les troupes de
France. L'argent que M. de Bouillé a rendu aux
Hollandois de Saint-Eustache s'est trouvé dans des
caiffes de fer ; chaque caiſſe étoit numérotée , & un
Regiſtre , en bonne forme , indiquoit à quel Négociant
ou Colon le Nº . avoit été enlevé. M. de Bouillé
a trouvé en outre une ſomme immenſe qui n'étoit
pas infcrite , dont le Gouverneur Cockburn a réclamé
3000 johannes ; les autres Officiers Anglois
certifiant de cette réclamation , ( ils lui ont été remis
fur-le-champ ) & il en a tiré , pour chacun des
Officiers des Troupes Françoiſes qu'il avoit amenées
de la Martinique , 60 johannes , & s pour chaque
Soldat ; diftribution conſidérable , puiſque les
Troupes de M. de Bouillé étoient au nombre de
1700 hommes , fans parler des Matelots de ſa petite
Eſcadre , qui auront bien eu auſſi leur part ".
Rien n'eſt plus preſſant que l'arrivée des
ſecours que Rodney eſt chargé de conduire
( 68 )
dans ces parages ; nous ignorons abfolument
où il eft; le tems affreux qui règne
fur mer & qui continue , nous donne de
véritables inquiétudes ſur le fort de fon efcadre
, fi elle est réellement fortie le 14 ,
comme on l'a dit; quelques papiers prétendent
qu'elle a été vue le 6 en bon état à
l'oueft du cap Lézard.Le Gouvernement en
areçu des nouvelles qu'il ne publie point.
Quoi qu'il en ſoit , il eſt difficile qu'elle
falle beaucoup de chemin par le tems orageux
qu'il fait&qui est toujours contraire ;
it eftà craindre qu'elle n'eſluie le fort de
celle de Brest , qu'on répare actuellement ,
&qui pourra mettre à la voile au moment
où l'on commencera les réparations de la
nôtre.
Ontravaille avec la plus grande activité
&jour& nuit dans tous nos chantiers&
dans tous nos magaſins , pour équiper de
nouveaux navires ou pour réparer les anciens.
Suivant une lettre qui paroît actuellement,
on a conſtruit pendant l'année dernière
2 vaiſſeaux de 74 , 5 de 64 , un de
60, trois de so , quatre de 40 & 22 frégates&
quelques autres moindres bâtimens .
La Gazette de la Cour a enfin annoncé
la priſe des tranſports François; telle eſt la
liſte qui vient d'être publiée.
L'Emilie , Capitaine Pierre Sicolan , Lieutenant
de frégate , navire de 350 tonneaux , arrivé à
Portsmouth avec 31 matelots , 149 ſoldats , y compris
un Colonel & un Lieutenant d'infanterie ;
1
( 69 )
ニコ
==
12
C
,
Le
ſon chargement conſiſte en 10,000 boulets , des
barres de fer & d'acier , du fil retors , toiles à voiles
& 16 pieces de canon. -Le Gillaume Tell ,
Capitaine le Coudrais , du port de 390 tonneaux ,
arrivé de Portsmouth avec 33 maritiers , chargé
enboulets , obuſicas , uniformes , en accoûtiemens,
pierres à fufil , grenades bombes & 535 barils
de poudre de 200 id. chacun , pour le compte du
Roi François ; le fer en barres , le rum & les proviſions
pour celui des Négocians. - La Sophie ,
de Brest , Capitaine Jacques-François Briffon , du
port de 160 tonneaux , arrivé de Portsmouth avec
22 mariniers , chargée de biſcuit , bombes de 8
pouces , grenades & 29 caifles d'armes , pour le
compte du Roi François ; & en proviſions , cordages
& toiles pour celui des Négocians. -
London , Capitaine Videaux , Lieutenant de frégate
, du port de 300 tonneaux , arrivé à Milford
avec 48 matelots , 201 foldats , chargé en feuilles
de plomb , pluſieurs caiſſes de petites armes
&des munitions pour l'artillerie , des uniformes
&balles de drap pour le même uſage , 4 mois
de provifioas pour les foldats & fix idem
pour les matelots avec quelques marchandiſes
pour le compte de quelques particuliers. - La
Minerve , Capitaine Pomelle , Lieutenant de frégate
, du port de 300 tonneaux , arrivé à Milford,
avec 38 matelots , chargée en bombes , boulets
5s caiſſes de petites armes , to idem de munitions
pour l'artillerie , 40 roues pour le ſervice de
l'artillerie , une quantité de pain & quelques marchandises
pour le commerce des particuliers. -
L'Amitié Royale, du port de 450 tonneaux , arrivée
à Tenby , avec 60 matelots , 111 ſoldats , dont
le chargement confiſte en 230 barils de vin , 100
idem de boeuf & de porc , & une grande quantité
d'autres proviſions , 20 tonneaux de balles ,
150 mousquets , 20 tonneaux de plomb en pou-
,
,
,
( 70 )
-
,
dre , des tentes , &c. &c. - L'Abondance , Capitaine
Dupuis , du port de 600 tonneaux , arrivée
àPlymouth avec 90 marelots , 248 foldats , dont
le chargement confifte en artillerie , munitions
provifions , &c. Le Héros , Capitaine Pierre
de Sourde , du port de 190 tonneaux , arrivé à
Plymouth avec 30 matelors , dont le chargement
eſt indéterminé . - La Victoire , Capitame
Tierenier , du port de 160 tonneaux , arrivée à
Plymouth avec 21 Mariniers , chargé d'environ
350 bariques de vin , 250 demi- barils de porc ,
& 32 pintes d'eau -de-vie pour le compte du Roi
des François. Le Mercure , Capitaine Jacques Boutel
, du port de soo tonneaux , arrivé àPlymouth
avec 45 matelots , quelques Officiers , 10 valets ,
dont le chargement confifte en environ 100 balles
de draps , Iso jarres d'huile , 80,000 briques ,
3500 barils de farine , 60 bariques de vin , diverſes
marchandises & 4 carronades .-Le Généreux
, Capitaine Harinmondes , du port de 400
tonneaux , arrivé à Plymouth avec 40 matelots
193 ſoldats , dont le chargement confifte en environ
100 bariques de vin , 60 barils de farine ,
30,000 briques , du vin , de l'eau - de- vie , du
boeuf , du porc, du biſcuit , & divers autres articles.
La Marguerite , Capitaine François Carouſin
, du port de 160 tonneaux , arrivée à Plymouth
avec 20 matiniers , I Officier , ayant à bord
une grande quantité d'uniformes , du vin , de l'eaude-
vie , & des proviſions sèches & humides. -La
Sophie,de Saint-Malo , Capitaine Pierre le Vigor ,
du port de 350 tonneaux , arrivée à Plymouth avec
30 mariniers , chargée en canons de bronze , boulets
, cartouches , magaſins de campagne , coffies ,
mouſquets de proviſions. L'Africain , du
port de 350 tonneaux , arrivé à Plymouth avec 40
matelots , 160 foldats , 100 bariques de vin rouge ,
12 idem d'eau-de-vie 200 barils de boeuf & de
,
-
,
( 71 )
porc, 200 idem de farine ,& une grande quantité
d'autres provifions & trente cailles d'armes à feu .
-Il est arrivé à Falmouth un autre navire fur lequel
on n'a eu juſqu'à préient aucun détail .-Deux
ou trois navires François ont auſſi été coulés bas
par l'efcadre.
D'après cette liſte , les tranſports pris font
au nombre de 15 , 2 ont été coulés à fond ;
les ſoldats prifonniers montent à 1062 , &
les matelots à 548. Cette liſte tardive n'a
éré enfin donnée que pour donner quelque
éclat à l'ouverture des ſéances du Parlement ;
mais lorſqu'on compare ce petit avantage
avec le préjudice énorme que nous cauſe
la perte de St- Eustache , la balance n'eſt
pas pour nous. Il n'y a d'ailleurs pour nos
Généraux ni honneur , ni mérite dans l'évènement
qui nous a livré ces bâtimens ,
au lieu que la perte de St-Eustache nous
couvre de honte & de confufion . Elie fournira
fans doute une riche matière à l'Oppoſition
dans le Parlement , qui commence
aſe raffembler.
Le 21 la Chambre des Communes a repris
ſes ſéances , conformément à fon ajournement.
M. Bing prévint la Chambre que
le 24 il feroit une motion relativement à
la conduite de la marine. M. Marriot du
Bureau de l'Acciſe , remit par ordre à la
Chambre les états des droits ſur la drèche ;
les titres furent lus , & il fut ordonné que
ces états reſteroient fur le Bureau ; le Chevalier
Grey Cooper préſenta aufli un bill
pour ajouter les noms des Commiffaires à
( 72 )
l'acte pour la taxe des terres ,& il fut fait
auſſi une motion pour avoir un état des
vaiſſeaux lancés depuis le premier Janvier
1756 juſqu'au premier Janvier 1782. Le
Lord Lisburne préſenta encore à la Chambre
l'état de l'ordinaire & de l'extraordinaire
de la marine , & M. Tompkins , celui
des exportations & des importations.
On dit qu'il ne ſera queſtion de l'ouverture
du Budget que quand le Lord North
aura fixé les taxes qui doivent être impoſées
pour payer l'emprunt , de manière que
l'emprunt & les taxes feront préſentés en.
ſemble à la Chambre pour en avoir l'approbation.
La Chambre des Pairs s'aſſemblera le 30
de ce mois pour ſe rendre à l'Abbaye de
Westminster , &y entendre un ſermon qui
ſera prononcé par l'Evêque de Lichtfield &
Covenley , à l'occaſion de l'anniverſaire du
martyre de Charles I.
On dit que quoique le Général Clinton
& le Lord Cornwallis ſoient en général
fort déſunis , ils s'accordent cependant pour
ſe plaindre amèrement du Lord Germaine
auquel ils attribuent tous les malheurs que
nous avons éprouvés en Amérique. Il n'eſt
pas étonnant que ce Miniſtte au milieu
des cris qui s'élèvent contre lui , penſe réellement
à ſa retraite. Il aura eu une grande
part au démembrement de l'Empire Britannique
, & il eſt douteux que ſes ſuccefſeurs
parviennent à en rallier les parties qui
s'en
!
1
1
( 73 )
s'en font détachées. Cela n'empêche pas
que dans ce moment où nos affaires pren--
nent la tournure la plus ſiniſtre dans cette
partie du monde , que nos politiques ne s'épuiſent
à faire des plans de réconciliation
entre la mère & les enfans ; ils propoſent
une repréſentation générale au Parlement
Britannique de la part des trois Royauines
& des Provinces Américaines , & d'établir
par ce moyen une juſte égalité entre toutes
les poffeffions de la Couronne dans cette
Affemblée nationale. Cette propoſition auroit
dû être faite au moment où l'Amérique
le déſiroit ; mais à préſent il n'eſt plus
tems de lui faire de pareilles offres , & toutes
celles qui n'auront pas l'indépendance
pour baſe feront rejettées. On prétend que
pour la punir , l'Angleterre ne fera plus de
commerce avec elle , & qu'elle tirera du
Nord ce qu'elle y alloit chercher précédemment;
mais les Américains feront encore
moins punis que les Anglois , qui n'auront
nulle part un commerce exclufif, &
qui verront diminuer prodigieuſement les
profits iminenſes qu'ils en retiroient.
FRANCE .
De VERSAILLES , les Février.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Notre-
Daune de Nogent , Ordre de Saint Benoît ,
Diocèſe de Laon , l'Abbé de Caſtellane ,
Vicaire Général d'Aix ; à celle de Ferrie-
9 Février 1782. d
( 74 )
res , Ordre de Saint Benoît , Diocèse de
Sens , l'Abbé d'Agoult , Vicaire Général de
Pontoiſe ; à l'Abbaye Régulière de Gomer-
Fontaine , Ordre de Citeaux , Diocèſe de
Rouen , la Dame de Sarcus , Abbeſſe de
Bival ; & à l'Abbaye de Bival , Ordre de
Saint Benoît , Diocèse de Rouen , la Dame
de Gomer , Religieuſe de l'Ordre de Fontevrault.
Le Bureau de la Ville , ayant à ſa tête
le Duc de Coffe , Gouverneur de Paris ,
eut le 27 du mois dernier , l'honneur de
remercier le Roi , la Reine & la Famille
Royale de celui qu'ils lui ont fait d'affifter
aux fêtes que la Ville a données le 21 &
le 23 du même mois , à l'occaſion de la
naiſſance de Mgr. le Dauphin.
La fêre que MM. les Gardes du Corps
du Roi donnèrent le 30 du mois dernier ,
a été fort agréable à L. M. par l'ordre qui
y a régné. Le bal paté où toute la Cour
étoit venue , formoit le coup -d'oeil le plus
magnifique , & les Etrangers qui ont pu
jouir de ce ſpectacle , conviennent qu'ils
n'en ont jamais vu de plus brillant. Le bal
maſqué a été remarquable par l'affluence
du monde & par la politeffe avec laquelle
MM. les Gardes du Roi ont accueilli les
perſonnes qu'ils avoient invitées & par l'attention
continuelle qu'ils ont eue de prévenir
leurs defirs. L. M. & la Famille Royale
honorèrent de leur préſence l'un & l'autre de
( 75 )
ees bals, dans lesquels la magnificence s'eſt
trouvée réunie à l'honnêteté& au bon ordre
qui caractériſent un Corps auſſi diſtingué
par la nature de ſon ſervice & par les Membres
qui le compoſent. Leurs Majestés ont
bien voulu témoigner aux Supérieurs leur
fatisfaction de cette fête , dans laquelle la
Reine a fait l'honneur au Corps de danſer
la première contredanſe avec l'un des Gardes-
du-Corps du Roi.
Le 2 de ce mois , Fête de la Purification
de la Vierge , les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint - Eſprit ,
s'étant aflemblés vers les onze heures &
demie du matin dans le Cabinet du Roi ,
Sa Majesté ſortit de ſon appartement pour
ſe rendre à la Chapelle , précédée de Monſieur
, de Monſeigneur Comte d'Artois
du Prince de Condé , du Duc de Bourbon
du Prince de Conti , & des Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre ; deux
Huiffiers de la Chambre du Roi , portant
leurs maſſes , marchoient devant Sa Majeſté.
Le Roi étant arrivé à la Chapelle , monta
ſur ſonTrône , & reçut Prélat- Commandeur
de l'Ordre du Saint Eſprit , l'Archevêque
deToulouſe. Sa Majeſté , après avoir entendu
la Grand'meſſe célebrée par l'Archevêque de
Narbonne , Prélat-Commandeur de l'Ordre
, chantée par ſa Muſique , & à laquelle
la Princeſſe de Tarente fit la quête , fut
reconduite à ſon appartement , en obſervant
l'ordre dans lequel Elle en étoit fortie.
d 2
( 76 )
---
De PARIS , les Février..
» Le mauvais tems dure toujours , écrit - on de
Breſt. Un cutter qui eſt rentré le 19 Janvier ,
chaffé par quelques frégates ennemies , avoit vu
un vaiſeau Anglois à trois ponts , engagé près
d'Oueiſant. On a ſu depuis que ce navire eft reſté
couché ſur la côte pendant près de 6 heures, &
que ce n'a été qu'avec beaucoup de peine qu'on
eſt parvenu à le dégager. C'étoit un des vaiſſeaux
de l'Amiral Rodney , qui , s'il avoit été plus avancé,
auroit couru riſque de périr ſur les côtes de Bretagne.
Le vent a forcé ce navire de rentrer dans
ſes ports , & il a été obligé de courir juſqu'à
Portsmouth , où l'on dit qu'il a relâché le 19 ".
Des rapports affez vraiſemblables avoient
annoncé la rentrée de l'Amiral Rodney le
17; & aujourd'hui on ne doute plus que
battu par la tempête , il n'ait été en effet
contraint de ſe réfugier à Portsmouth. Selon
quelques lettres de nos Ports , cet Amiral
érant venu reconnoître celui de Brest , a
effuyé près d'Oueſfant un coup de vent terrible
, qui a mis un de ſes vaiſſeaux à 3 ponts
ras comme un ponton , & dans lequel le
reſte de ſon eſcadre a ſubi des avaries conſidérables
, qui l'ont fans doute contraint
de retourner dans ſes Ports avec ſon vaifſeau
à la remorque .
On n'a point de nouvelles des Antilles ;
on ſe flatte cependant d'en recevoir inceſſamment.
Il ſe peut que M. de Graffe
qui étoit encore le ις Janvier à Fort-Royal ,
d'où il ne devoit partir que vers le com(
77 )
mencement de Février pour St-Domingue ,
qui étoit le rendez-vous général , ait tenté
quelque choſe avec M. le Marquis de Bouillé
aux ifles du Vent, à moins qu'il n'ait voulu
ſe conſerver pour les autres opérations qu'on
méditoit. M. de Vaudreuil eſt bien près
d'arriver au moment actuel ; & les Eſpagnols
fortis de Cadix feront à St-Domingue
vers le 20 de ce inois. On a lieu de croire
que le renfort & les tranſports de Breſt les
ſuivront de près.
Nous attendons les lettres de Marseille
qui nous apprendront fans doute des détails
ultérieurs de ce qui s'eſt paflé à Minorque.
Les lettres de Mahon du 7 contenoient
les ſuivans.
>> La tartane de la Correſpondance va mettre à
la voile ; j'en profite pour vous annoncer que hier ,
à la poirte du jour , le ſiége du Fort St - Philippe
s'eft ouvert à la grande fatisfaction de toute l'armée.
-Dans la nuit du sau 6 , toutes nos troupes
détachées furent occupées à démaſquer les batteries
& à jetter bas la maiſon des Grecs qui avoit protégé
la batterie de la Mola pendant qu'on la conf
truiſoit. Les Anglois entendirent les travailleurs
& ne ceſsèrent de les inquiéter par des boulets &
des bombes , qui tuèrent ou bleſsèrent 60 hommes .
Les ordres avoient été donnés la veille pour que
toutes les troupes fuſſent ſous les armes à 4
heures du matin.- Les Eſpagnols occupoient la
gauche du Fort depuis le Port juſqu'à la mer , ce
qui fait une diſtance d'environ une lieue; les François
étoient à la droite , & s'étendoient de même jusqu'a
la mer. A6 heures & demie, une fufée ayant donné
le figual , les Espagnols commencèrent du bord de
la mer une décharge de mouſqueterie qui fuivit la
d 3
( 78 )
,
,
ligne , & qui fut continuée par les François & les
Allemands , avec des cris de vive le Roi. Cette
falve fut répétée trois fois , & la dernière ſervit
de fignal aux batteries pour faire feu. Elles furent
ſervies avec toute la chaleur poffible. La première
décharge fut de 35 pièces de canons à mitrailles
de 35 à boulets & de 35 bombes. On a appris , par
un déſerteur arrivé ce matin , qu'à cette première
décharge , les ennemis avoient eu 7 hommes tués
fur la place , & un grand nombre d'autres bleſfés .
Le feu de la Place , dès ce moment , s'eſt infiniment
rallenti. Le nôtre continue & continuera juſqu'à la
réduction de la Citadelle. On juge par les dommages
que l'on apperçoit & que les boulets ont
occaſionné de celui que les bombes peuvent
avoir fair. Le Fort Marlborough eſt dans le plus
mauvais état; le Fort la Reine a pluſieurs créneaux
emportés , le donjon du Fort a des trous confidérables
, & les créneaux font criblés.- Les batteries
le plus près de la Place font à 150 toiſes ; les plus
éloignées à 400. On va travailler à faire des tranchées;
la choſe ne ſera pas aiſée dans des rochers ;
mais il existe un projet qui rendra les approches plus
praticables qu'on ne l'avoit cru juſqu'ici . - Les
François & les Allemands ont été affez heureux ;
quoiqu'infiniment expoſés , ils n'ont eu jusqu'aujourd'hui
que 2 foldats tués & 12 ou 15bleſſés , la
plupart rt légèrement. D'après le rapportunanime
desprifonniers & des déferreurs , il y a tout au plus
3000 hommes dans la Place <<.
fort
Par les avis poſtérieurs que l'on a reçus
&dont nous avons déja parlé , on a appris
que la place avoit totalement éteint
fon feu , le Commandant pour ne pas voir
fon artillerie démontée , ayant fait rentrer
ſes canons. Le fort la Reine a été évacué
?
( 79 )
:
و
le 7 , & l'on mine le fort Marlborough.
On a calculé que dans 40 jours on pourra
le faire fauter. Le Capitaine d'une tartane
arrivé le 16 à Marseille , a apporté la nouvelle
que le Général Murray ayant fait fortir
400 hommes , les Miquelets les ont repouffés
& en ont tué 150. Tout ſemble
donc promettre que le fort St-Philippe ne
fera pas une réſiſtance auſſi longue qu'on
avoit lieu de le penſer.
>>L>'Anti-Breton , Capitaine Killy , écrit-on de
Dunkerque , parti de ce port le 2 Décembre dernier ,
a fait beaucoup de priſes ſur les côtes d'Irlande , où
il avoit été établir la croiſière. Se voyant entièrement
maltraité par les vents ,& ſon mât ayant conſenti , il
aété obligé de ſe mettre à l'abri près de Ruich , où ,
par fon adreffe & fon déguisement , il a été fourni
par l'ennemi même de tout ce dont il avoit beſoin.
Auffi-tôt que fon mât a été réparé , il a remis en mer
& agouverné vers le Nord , après avoir donné la
chaſſe à un bâtiment charbonnier qui ſe rendoit à
Dublin , & qui lui eſt échappé. Ce Capitaine , depuis
environ 6 mois , ſans compter les priſes de cette
dernière croifière qui ne ſont pas encore parvenues
ànotre connoiffance , en a fait 27 , parmi leſquelles
il en a rançonné pour environ 8590 guinées .-Le
corfaire le Voltigeur , de ce port , a pris , le 19
Janvier , à la hauteur de Portsmouth , un brigantia
Anglois du port d'environ 100 tonneaux «.
Les lettres d'Angleterre en annonçant
l'arrivée du Lord Cornwallis& de ſa ſuite ,
ne parlent pas de l'accident qui lui eſt arrivé
à l'entrée de la Manche , & de la priſe
de ſon bâtiment par le Corſaire le Boulogne ;
on regrette que ce Corfaire n'ait pas rad
4
( 80 )
mené ſa priſe & ſes priſonniers en France;
on a ſu que le Général Arnold étoit avec
le Lord; il a eu fans doute l'attention de
ſe cacher ; car il eût été facile de le reconnoître
à ſa jambe de bois.
Le convoi partide Breſt pour Bordeaux , lit-on dans
une lettre d'un de nos ports , n'a pas étéheureux ;
il y a fix vaiſſeaux qui ſe ſont échoués à l'entrée de
la Garonne , dont trois font perdus , mais dont
heureuſement les équipages ſe ſont ſauvés ; on efpere
relever les autres & en retirer partie de leurs
cargaiſons. Il y a fix bâtimens du même convoi de
relâche au paſſage. La frégate marchande la Chimère
eſt du nombre. On est encore fans nouvelles
de quelqu'autres. Le reſte eſt entré à Bordeaux. -
Il étoit parti de St. Ander au commencement de
ce mois , un convoi de dix bâtimens pour laHavane;
ils étoient eſcortés par une frégate qui
eſt rentrée avec trois de ces bâtimens. On est
inquiet ſur le ſort des autres. Un bâtiment Pruffien
venant d'Amſterdam , chargé de fromage & de
clinq ailleries , a échoué près de Pont-de-Croix à la
côte de Baffe-Bretagne. C'eſt la contrariété du mauvais
tems qui eſt la cauſe de tous ces malheurs «.
La naiſſance d'un Dauphin eſt pour les François
une époque mémorab'e , un jour de bonheur uni
verſel qui leur donne occafion de manifefter audehors
& d'une manière éclatante les ſentimens
d'amour dont ils font habituellement pénétrés pour
leurs Souverains. Ces ſentimens innés , pour aimmi
dire , avec la Nation , que l'habitude fortifie , que
l'éducation entretient, que favoriſe la douceur da
climat & du Gouvernement , ces ſentimens continus
qui ſe tranſmettent du pere au fils & qui fubfiftent
d'âge en âge , fans contradiction , dans le
coeur d'une nombreuſe Nation , tiennent fans doute
( 81 )
12
T
à une grande cauſe dont on nous permettra , en
faveur du motif& de l'occaſion de fonder l'origine.
Ces ſentimens que les autres Nations ne connoif
fent que momentanément & par accès , ne peuvent
être que l'expreffion de la reconnoiſſance de
l'amour que le Souverain porte lui-même à fes
ſujets , & le prix des efforts conftans & foutenus
pendant p'uſieurs fiècles que les Rois de France ont
employés pour faire jouir leurs peuples , à l'ombre
des loix , d'uneliberté qui n'a jamais exifté ſous les
deux premières Races , & dort l'effet n'a été bien
ſeaſible dans la troiſième , que depuis le Ministèrę
deſpotique du Cardinal de Richelien . On a vu
les Anglois , ces fiers Rivaux de la France , verfer
des flots de fang pendant fix cents ans , pour établir
les droits des Communes qui repréſentent le
peuple , & leurs Rois lutter avec effort pour allervar
la Nation au glaive de leur deſpotifme. On
a vu Icurs Souverains rains ffuucccceefſfſliivveermyent prêts àécrafer
ce peuple indematab'e , fuccomber enfuite à
'de nouveaux efforts , perdre leur Trone & porter
même leurs têtes furdes échaffauds pour prix de leur
témérité. Les Monarq es François , au contraire
qui ne ſe ſont jamais regardés que comme les
peres de leurs peuples , n'ont combattu pendant le
même eſpace de tems que pour détruire & anéantir
le pouvoir des Grands , & diminuer cette foule
de petits tyrans , qui ne régnoient fur les peup'es
que pour les traiter comme des eſclaves & des
bêtes de ſomme. Ainſi tandis que les Rois d'Angleterre
faifoient les plus puiſſants efforts pour
enchaîner le peuple Anglois dans leurs fers , les
Rois de France , animés par un autre eſprit , ne
combattoient que pour la liberté générale, de la
Nation . Et cette diffrence dans la conduite des
Souverains , ne donne-t-elle pas une raifon imple
&naturelle de ce ſentiment d'amour univerſel que
les François ont pour leurs Souverains , fentiment
ds
( 82 )
qui devient d'antant plus vif, & qui embraſe ,
pour ainſi dire , toute la Nation , quand le Monarque
qui règne a par lui-même les vertus qui
peuvert le rendre cher à ſes ſujets ? Les Anglais,
au contraire , ne voyent jamais dans lears Souverains
que des deſpotes plus ou moias ardens qui
travaillent fourdement à miner continuellement le
grand ouvrage de leur liberté.-Hé quoi ! auſſi
de plus propre à réveiller l'amour National , à
l'entretenir , que cet Edit à jamais mémorable ,
donné ſous rotre jeune Monarque , Edit qui vient
dedétruire la ſervitude & l'eſclavage juſques dans
ſes dernières racines. Oui , ne craignons point
qu'on nous accuſe d'une vaine flatterie, puiſque
nous ne ferons que les interprères de la vérité , la
France n'a jamais joui de plus de bonheur que depuis
le commencement de ce Règne auguſte , &
la poſtérité dira avec étonnement à nos derniers
neveux , cu'un jeune Monarque , dans la fougue
bouillante des paffions , renonçant à tous les vaiss
plaifirs , a mis fon bonheur dans celui de Con peuple
, & à rendre à l'Europe la liberté du Commerce
&des Mers qu'elle avoit perdue depuis longtems.-
Tyrans dans les deux Indes , les Anglois aveuglés
par leurs ſuccès ne connoiffoient plus d'autre
gloire que d'aſſervir les nations , deleur donner
des fers & de leur faire ſupporter toutes forteς
d'outrages & d'humiliations. Leurs vaiſſeaux , qui
couvroient toutes les mers , infultoient les pavillons
detous les peuples , & ces fiers vainqueurs s'averglantbientôt
eux-mêmes & oubliant les ſentimens
d'humanité & de patriotiſme qui les caractériſent
avoient même imaginé , dans l'excès de leur orgueil
préfomptueux , de forger des chaînes pour
leurs propres enfans dans les colonies d'Amérique.
- La France , révoltée de tant d'excès , crut devoir
enfin prendre la défenſe de l'Europe outragée.
Depuis ſept ans elle épuiſe ſes tréſors & verle le
,
( 83 )
fang de ſes ſujets pour l'intérêt des nations Eu
ropéennes. Jamais guerre ne fut plus mémorable
car jamais on ne répandit moins de ſang , & jamais
les Anglois n'eſſuyèrent plus de pertes &
n'eurent de plus grands défavantages . Jamais auffi
la politique de Verſailles ne fut plus profonde ,
plus éclairée , mieux dirigée & n'eut pour but un
plus grand objet. Les Anglois ont perdu ſans retour
dans l'Amérique un Continent dix fois plus
grand que l'eſpace qu'ils occupent en Europe , deux
deleurs armées ont été priſes & détruites ſans qu'on
eût beſoin de tirer , pour ainſi dire , un coup de
canon. Ils ont perdu pluſieurs Iſles & l'inde eſt
prête à leur échapper. leurs Colonies révoltées
contre la tyrannie de la mere patrie , ont enfin
brifé le joug de ſon odieux deſpotilme. Les Monarques
de l'Europe ont tous ſouſcrit à la neutralité
armée & l'Eſpagne , la France , la Hollande
agiſſant de concert dans cette guerre , qu'on peut
appeller facrée , puiſqu'elle n'a pour objet que la liberté
générale des Nations , ne ſouſcriront point
fans doute à la paix , que les Anglois n'aient renonce
à leurs injuftes prétentions . On ne verra plus
ces deſpotes infulaires , henteux dans les guerres
précédentes , conſerver l'orgueil de dominer leurs
voiſins par des citadelles & des forts bâtis ſur leurs
propres foyers. Gibraltar ſera détruit , ou rendu à
ſes propriétaires naturels , ou que des flots de fang
inondent encore l'Europe pendant des ſiècles , plutôt
que les Eſpagnols ſouffrent plus long-tems
cette humiliation da plus révoltant deſpotiſme.
,
Une autre circonftance remarquable a ſignalé
les premières années du règne de notre jeuneMonarque
: jamais on n'a vu paroître tant d'Edits de
bienfaiſance. Les Miniſtres , à l'envi , ont fait éclarer
leur amour pour le bien public. Sa Majefté , ſecondant
leurs vues , a diminué le faſte de l'autorité
Royale , n'ignorant pas que la vraie grandeur des
d6
( 84 )
Rois ne conſiſte que dans l'amour de leurs ſujets
& le bonheur qu'ils leur procurent. Des combinaiſons
ſavantes , heureuſes , des économies intel-
Jigentes ont permis aux Ministres des Finances de
fournir aux frais extraordinaires de lag erre , fans
fouler le peuple, fans nuire au commerce & à l'agriculture
& les reſſources de la France font telles
qu'elle pourroit faire la guerre encore pendant
pluſieurs an ées ſans mettre de nouveaux impôις.
&
C'eſt dans ces circonstances fingulières & remarquables
que la France , amante de ſon Roi , defiroit
avec le plus d'ardeur qu'il lui donnát un rejeton
digne de lui. La première groſſefle de la Reine avoir
trompé les eſpérances de la Nation; mais ſa jeunefle ,
ſabeauté , ſes graces &le vif attachement de fon
Epoux à ſa perſonne auguſte , ne permettoient pas
de douter que ſes vorux ne fuffent promptement
exaucés. On annonça une ſeconde groſſeſſe ,
cette nouvelle fut l'aurore de l'époque heureuſe
qui ne tarda pas à la ſuivre. La Reine avoit le
preſſentiment de fon bonheur ; & quoique ces
preſſentimens ne foient ſouvent que des illuſions.
trompeuſes , elles flattent l'imagination , & font
toujours autant d'a-compte ſur les plaiſirs de l'avenir.
La Reine , ſentant pour elle-même tout le
prix d'un rejeton qu'elle alloit donner à la France ,
& le Roi , craigrant pour elle la révolution qu'une
auffi heureuſe Nouvelle pourroit faire ſur ſes ſens
émus & agités dans les premiers momens qui fuivent
l'accouchement , avoit réſolu de la lui cather
quelque tems . Mais eſt-on bien le maître de ſa
velonté, quand un motivement de grande ſenſibilité
nous commande ? Le Roi , tenant enfin dans ſes
bras ce nouveau gage de ſon borheur & de celui
de ſes Peuples, court, ſe précipite ſur le lit de fon
auguſte Epouſe , il la voit les yeux mouillés de
larmesde joie & d'une douleur inquiète, flottant entre
la crainte & leſpérance. Le Roi , dans cet inſtant ,
,
( 85 )
ne peut plus ſe retenir : c'est un Dauphin , lui criet-
il ...... & il ne put en die davantage . Cette
ſcène de larmes , da
tendriſſement , ſe répandit du
Palais dans Verfailles , de Verfailles dans la Capitale ,
& aufli rapide que l'éclair , les Provinces en reçurent
la nouvelle avec des tranſports melés d'une
joie umyerſelle. Il ſembloit , par l'ivretle géné-
Jale dont chaque citoyen étoit pénité , qu'il eût
reçu la nouvelle d'an bonheur qui lui fur propre &
particulier. Les Villes , les Bourgs , les Vi lages , les
Couveos , & tos les Corps Militaires , Civiis &
Munici, aux célébrèrent à l'envi leur joie & leurs
tranfports ; & comme les ſentimens d'amour , dans
les ames bien élevées , mènent
naturellement aux
featimeas de la bienfaisance , on vit des Citoyens
vertueux prodiguer leurs richeſſes pour foulager
le peuple matheureux . Des Communautés furent
dé hargées de la Taille; on maria de jeunes filles ,
& on les dota ; on delivra nombre de prifonniers , &
for tout de ces prifonniers indigens , pères malheureux
, obligés de facrifier leur liberté pour le prix
- des mois de nourrices de leurs enfans . La Ville de
Paris , qui avoit eu l'honneur de recevoir plufieurs
fois ſes Souverains & de les fêter en perfonne ,
jalouſe de conſerver un honneur que le Monarque
n'avoit garde de lui diſputer , emprefiée dans cette
occafion d'exprimer , pour les Habitans de la Capi
tale qu'elle repréſente , les ſentimens de leur amour
& de leur affection , ſe diſpoſa à préparer , à l'Hôtelde-
Ville , une Fête digne du Rot , de la Reine &
de toute la Cour qui devoit l'honorer de ſa préfence.
M. de Caumartin , Prévôt des Marchands ,
qui , en quittant l'Intendance de Flandres , avoit
emporté les regrets de toute la Province , empreflé
de donner à fon Roi des preuves particulières de fon
zele & de ſa
reconnoiffance , ſurveilla lui-même pendant
deux mois tous les travaux de cette Fête ſomptucufe;
mais comme nous ne pourrions rien ajouter
( 86 )
aux détails particuliers de la relation très- exacte
que la Gazette de France en a publiés , nous nous
contenterons de copier ici ce qu'elle a dit à ce
fujer.
Le 21 Janvier 1782 , la Reine partie de la Muette
à9heures &demie , a pris ſes voitures de cérémonie
au rond du Cours : S. M. ayant 100 Gardes-du-
Corps du Roi , étoit accompagnée dans ſa voiture
de Madame Elifabeth de France , de Madame Adélaïde
de France , de la Princeſſe Louife- Adé'aïde de
Bourbon-Condé , de la Princeſſe de Lamballe & de
laPrinceſſe de Chimay . La Reine , depuis l'endroit
où elle a pris ſes voitures de cérémonie , a été au
pas , d'abord à Notre-Dame ,& ensuite à Ste-Géne
viève , pour y rentre grâces àDieu de la naſſance
heureuſe de Monſeigneur le Dauphin. A 1 heure un
quart , S. M. , que les acclamations publiques avoient
ſuivie par-tout , eſt arrivée à l'Hôtel-de-Ville , où
elle a été reçue au bas de l'eſcalier ſuivant l'uſage.
En entrant dans la grande ſalle de 'Hôtel-de-Ville ,
la Reine y a trouvé les Princes , Seigneurs &Dames
invités , qui l'avoient précédée pour la recevoir , &
pour y attendre l'arrivée du Roi : tout ce noble cortège
étoit vêtu avec la magnificence digne d'une fête
audi éclatante . Le Roi parti du château de la
Muette à midi trois quarts , a pris ſes carroffes de
cérémonie an même endroit où la Reine avoit pris
les fiens ; S. M. étoit eſcortée de 150 de les Gardes ,
des Chevaux-légers , des Gendarmes de ſa Garde
ordinaire , & du Vol du Cabiner; tous ces Corps
marchant à leur rang ordinaire & fixé pour les cérémonies
: le Roi étoit accompagné dans ſa voiture, de
Monfieur, deMonſeigneur Comte d'Artois, du Prince
de Lambeſe , Grand-Ecuyer de France ; du Dae de
Coigny , premier Ecuyer ; & du Duc d'Ayen , Capitaine
desGardes. La foule étoit ſi grande fur toute la
route du Roi , qu'elle offroit le plus brillant coupd'oeil,
S. M. trouva la même affluence fur toute fa
-
( 87 )
route juſqu'à l'Hôtel-de-Ville où elle arriva , & où
elle fut reçue, ſelon l'uſage , au bas de l'eſcalier de
cet Hotel. Avant de ſe mettre àtable pour diner
L. M eurent la bonté de ſe montrer pluſieurs fois
fur le balcon d'où elles devoient voir le feu d'artifice ,
&certe faveur du Roi & de la Reine fut ſentie &
exprimée de la manière la plus vive , par les cris de
joie du peuple immenſe qui étoit raſſemblé dans la
place.-A 2 heures trois quarts , L. M. ſe mirent
àtable , & le repas ſomptueux qui leur fut fervi dura
2heures moins un quart. Le Roi & la Reine étoient
placés au haut de la table ; Monfieur étoit à la droite
de S. M. , & Monseigneur Comte d'Artois à la
gauche de la Reine ; Madame Elifabeth ſe trouvoit
immédiatement après Monfieur , Madame Adélaïde
de France après Monſeigneur Comte d'Artois , la
jeune Princeſſe de Bourbon-Condé après Madame
Elifabeth , la Princeſſe de Lamballe après Madame
Adélaïde , & toutes les autres Dames , au nombre de
70 , comme elles ſe ſont trouvées , la table étant
compoſée de 78 couverts. Le Roi a été ſervi par
M. de Caumartin , Prévőr des Marchands , qui
lui a préſenté la ſerviette avant de ſe mettre à table ;
& la Reine par Madame de la Porte , nièce de M.
de Caumarin , qui lui a préſenté la ſerviette. Les
Princes & Princeſſes de France par les Echevins , le
Procureur du Roi & le Receveur de la Ville : le dîné
avoit été préparé par les Officiers du Roi , & donné
par la Ville; pendant le dîné ily eut de la musique.
Après le ſervice de la rable de L. M. , on ſervit
d'autres tables dans des falles préparées pour les
Seigneurs & pour les perſonnes de la ſuite du Roi &
de la Reine. Aprèsle diné , L. M. ont rafié dans
la grande falle , où el'es ont tenu appartement &
jeupendant une heure & demie , c'eſt-a- dire , depuis
cinq heures juſqu'à fix heures & demie Alors
L. M. ſe font rendues avec les Princes , Princefles &
tous les Seigneurs & Dames de la Cour, dans la
-
( 88 )
1
-
eft
Les
falle où elles avoient dîné , & d'où elles ont vu k
feu d'artifice , après lequel la Cour eſt revenue dans
la pièce où s'étoit tenu lejeu.- A 7 heures & un
quart , le Roi , reconduit au bas de l'eſcalier de
l'Hôtel-de-Ville comme il y avoit été reçu ,
reparti de la même manière qu'il étoit venu ; & la
Reine également reconduite au bas del'escalier de
l'Hôteld- e-Ville , eſt partie à 8 heures moins un
quart, de la manière dont elle étoit arrivée : L. M.
retrouvant par- tout la même affluence de peuple &
les mêmes tranſports . -L. M. , en s'en retournant ,
ont vu pluſieurs des illuminations qui ſe trouvoient
fur leur route , & notamment celle de la place
Vendôme , dont L. M. ont fait le tour.Elles vitent
auſſi en paſſant la brillante illumination de la place
Louis XV , ayant pour regard le palais de Bourbon ,
dont l'illumiaatuon avoit le plus grand éclat.
Officiers des Gardes-du-Corps qui eatouroient les
carroſſes du Roi & de la Reine ont jeté de l'argent
en pluſieurs endroits .- L. M. , pendant toute cette
journée ſi précieuſe aux Parifiens , ont témoigné partout
la fatisfaction la plus grande , & ont fait les
complimens les plus honorables&les plus flatteurs au
Prevôt des Marchands , & à toutes les perſonnes qui
ont eu la direction de cette fête.-On ne peut ſe difpenfer
dedonner ici une eſquiſſe légère des conſtructions
élégantes & pittoreſques des embelliffemens &
ornemens exécutés ſous la direction de M. Moreau,
Architecte du Roi , Maître général , Contrôleur-
Inſpecteur des bâtimens de la Ville.
d'artifice étoit diſpoté ſur le nouveau quai , au moyen
duquel la place le trouvoit aggrandie. Il repréfentoit
le Temple de l'Hymen , formé par un portique
de colonnes , ſurmonté d'un fronton & couronné
d'un atrique... Sur un autel élevé au centre
brûloient pour la proſpérité de la Famille Royale
&celle de Monseigneur le Dauphin , les offrandes
de la Nation. Devant le portique du Temple , on
,
Le feu
:
i
( 89 )
voyoit la France recevant des mains de l'Hymen
Tenfint arguite & précieux qui vient de naître.
L'édifice étoit furmonté par des enfans & des aigles
qui orroient le temple de guirlandes , &c. &c.
L'Hôtel de Ville étant d'une étendue médiocre pour
une fi grande occafion ,& le fen d'artifice étant placé
fur le quai , les croisées de l'Hôtel ne ſe trouvoient
plus en face , ni diſpoſees pourjouir du ſpectacle de
cet enſemble.-Le beſoin d'augmenter le local pour
recevoir& placer plus convenablement L. M. & la
Cour, avoit déterminé le ſieur Moreau , dont les
talens & le goût font connus , à conſtruire une galerie
en retour du bâtiment de l'Hôtel-de-Ville , & en
face du feu d'artifice. En couvrant la cour de
l'Hôtel-de-Ville , on en avoit formé une très-grande
falle pour le feſtin & pour le bal . Les deux étages d'arcadesdont
elle est décorée , formoient des tribunes ornées
de tour ce que l'art peut offrir de plus riche,de plus
yarié & de plus commode. Dans la pièce appeliée
la grande falle , L. M. ont tenu appartement & jeu.
Unedes extrémités étoit ornée d'un dai magnifique ,
ſous lequel étoit placé le portrait du Roi en pied ,
ainſi que les buſtes du Roi & de la Reme far des
pi deſtaux. Deux fauteuils étoient plac's for ne
eſtrade élevée au milieu par deux gradies. A l'autre
bout étoit une cheminée ornée d'emblémes & enrichie
d'or & de marbre précieux. Tous les meubles
répondoient à cette magnificence , airfi que ceux
d'un appartement préparé pour la Reine à un des
coins de cette falle ; au côté oppofé ſe trouvoit
l'entrée prariquée pour la grande galerie qui avoit
été conftruite , & dont on a parlé. Cette pièce
avoit quatante- huit pieds de la ge for cent trentedeux
de long & vingt-huit de hauteur. Elle a ſervi
pour le diné de L. M. , leurs loges & celles de la
Cour pour voir de feu ; méme richefle , méme goût
d'ornemens & de meubles : dans les deux extrémités
-
( 90 )
- La
onavoit placé des Muſiciens qui , pendant lediné ,
ont exécuté , d'un côté , des ſymphonies du meilleur
choix ,& de l'autic , les morceaux de chant les plus
agréables. Le dehors de cette galerie , qur a ca
leplus grand fuccès , étoit décoré par un frontiſpice
dedouze colonnes Corinthiennes peintes enmarbre ,
cannelées , furmontées de leur entablement & ba
luſtrade portées ſur un ſoubaſſement. L'édifice étoit
couronné par un attique , diviſé en pilastres & basreliefs
, au milieu duquel s'élevoit un fronton chargé
de cartels & d'écufions aux armes de France.
loge de L. M. pour voir le feu d'artifice occupoit les
trois entre-colonnemens du milicu , qui formoient
un avant-corps & rotonde avec coupole portés par
huit fupports ... Al'a-plomb de chaque fupport étoit
placé un vaſe d'or d'où partoit un lys. Le deſſus de
laloge étoit en calotte , couvert d'une étoffe cr2-
moihe avec nervures & compartimens , firmonté
d'un dauphin.-Le 23 , la place de l'Hôtel-de-Ville ,
l'édifice du feu d'artifice & la galerie , ont été illuminés
le ſoir pour le bal qui devoit terminer cette
fête. Le Roi& la Reine ont honoré ce bal de leur
préſence ; mais l'affluence étonnante des marques ,
cet empreſſement irréſiſtible qui porte les ſujets à
s'approcher toujours le plus qu'ils peuvent de leurs
maîtres , n'a pas permis a L. M. d'y refterplus d'une
heure. -- Dans l'ure & l'autre des fêtes , l'ordre
effentiel pour la sûreté publique , la liberté des
débouchés & la circulation a été parfaitement établi
&l'on ne peut que féliciter infiniment toutes les
perſonnes qui ont concouru fi heureuſement à ce
qu'aucun defordre , aucun accident n'aient troublé
dans ces deux occafions la joie & l'allégreffe publique.-
S. M. ayant gratifié du Corden de l'Ordre
de Saint-Michel les ſieurs Richer & de Bordenave ,
premier & deuxieme Echevins; le ſieur Buffault ,
Receveur-Général de la Ville; & le ſieur Moreau,
Maître général des bâtimens de la même Ville , a
5
permis , qu'à commencer du premier jour de la
fête,ils ſe décoraſſent des marques de cet ordre ,
quoiqu'ils ne fuſſent pas encore reçus Chevaliers .
Cette ſuperbe fête ,&digne du luxe des Romains
dans le tems de leur plus grande magnificence , a
été couronnée par un bouquet bien digne d'un Souverain
, qui ſe croit plus le père de ſon peuple que ſon
Maître. Le Roi fit remiſe ,àla claſſe la plus indigente
de cette Ville , de la Capitation de cette année.
C'eſt par ces témoignages répétés de bienfaiſance
que l'Amour ſe grave d'un trait inéfaçable dans le
coeur d'une Nation , & que le Souverain , père de
ſon peuple , en devient l'idole & l'objet de toutes
ſes affections.
Ledéfaut de place nous force de renvoyer l'Edit
pour lenouvel emprunt , il eſt de 70 millions. On
donne 12 pour 100 à 70 ans , 11 à 60 , 10 à tout
âge & 9 ſur deux têtes. On ſera libre de ne conftituer
qu'en 1786 ; en attendant on recevra l'intérêt
de ſon argent às pour 1co de fix mois en fix mois.
Ceux qui dans quatre ans ne voudront pas conſtituer
feront remboursés par voie de loterie.
De BRUXELLES , les Février.
>>>On fait , écrit-on d'Oſtende , que pendant l'été
dernier , on a exécuté la démolition d'une partio
des fortifications Méridionales de cette Ville pour
ſervir à ſon aggrandiſſement, lafituation de ceterrein
entièrement à portée du baffin magnifique auquel on
travaille , ainſi que du port &de l'ancien baffin , eſt
on ne peut pas plus propre aux beſoins & aux opérations
de toute eſpèce de commerce & de navigation
, on y pourra conſtruire des édifices & bâtimens
de tour genre. Il eſt libre à tous mâçons , charrentiers
, ardoifiers , plombiers , &c. d'y aller travailler
ſans être afſujettis aux corps des métiers ; l'entrée
de tous les matériaux pour y bâtir eſt également
( 92 )
libre. Ceux qui dirigeront les bâtimens , pourront ,
par provifion , y construire des baraques de planches
pour y loger leurs ouvriers pendant la durée
des ouvrages , on leur affignera pour cela des terreins
dans la nouvelle enceinte. Vers le milieu de co
mois les Cominiliaires de notre Magistrat qui compoſent
le Comité des bâtimens nouveaux , procé
deront a la vente publique de lapartiedu terrem qui
eſt déja déblayée , & que l'on diviſera en portion
de différentes grandeurs pour la convenance des acquéreurs
<«.
On apprend de Paris , que M. le Duc de
la Vauguyon en eſt parti le 30 du mois dernier
pour retourner en Hollande.
Les avis reçus en Hollande ont raſſuré
fur le fort de la colonie de Surinam , pour
laquelle on étoit inquiet , ſur-tout depuis
la priſe de Démerary & d'Eſſequibo. Les
Directeurs de cette colonie ont fait publier
les fuivans :
>>>Selon les informations du Gouverneur-Général,
la Colonie de Surinam continue de jouir d'une parfaite
tranquillité & ſe voit à l'abri de toute attaque
hoftile : on a preſqu'achevé de mettre les fortifications
dans un état complet de défenſe , & on a employé
, pour la protection de laColonie, tous les
moyens que l'art a pu fournir; ainſi en ſe flatte
que les Ennemis , qui avoient tenu continuellement
de petits Corfaites fur la Core ,& même à Tem
bouchure de la rivière , n'ignorant point la ſituation
où la Colonie ſe trouve par la conſtre ction de
nouveaux ouvrages , ni les meſures de défenſe qui
ont été priſes , non plus que le nombre des vaiſſeaux
de guerre , barques armées & autres bâtimens qui
couvrent les rivières , n'o'eront tenter une attaque
qu'ils n'ont pas entrepriſe juſqu'ici; &, s'ils l'otent ,
on eft fi bien prêt à les recevoir , qu'à moins d'une
( 93 )
-
force exceſſivement ſupérieure its ne feroient pas
en état de cauſer beaucoup de mal. Le Capitaine
Spengler , commandant la frégate de guerre la
Thétis , tient la mer depuis le 17 Juin avec deux
brigantins armés , pour croifer vers la rivière de
Marrewine , dans la vue de chaffer les Corfaires
qui infeſtent cette côte , de rendre la navigation
libre pour les navires faiſant route vers la Colonie ,
&de conſerver avec la Colonie Françoiſe de Cayenne
une communication , qui étoit fort avantageuſe pour
celle de Surinam . MM. les Directeurs , après
avoir fait obſerver à L. H. P. que ces préparatifs
ont obéré la Colonie d'une façon qui mérite leur
attention la plus favorable , & des ſecours efficaces
après le rétabliſſement de la paix , ajoutent que ,
juſqu'à préſent , l'on ne ſe plaignoit pas pofitivement
, dans les Dépêches reçues de Surinam , d'une
difette effective ; que cependant il n'y étoit arrivé
juſqu'au 28 Juin aucun vailleau chargé de provifions
; comme auſſi l'on n'avoit pa faire aucun envoi
des productións de la Colonie ; qu'a la vérité , ils
avoient tâché , par différentes voies , de ſuppléer à
l'approvisionnement de la garniſon & des vaiſſeaux
de guerre; mais que , juſqu'à préſent , ils n'avoient
pasde certitude que ces voies euffent réuſſi , &c. -
Les autres nouvelles reçues de Curaçao ne ſont
pas moins fatisfaiſantes. Elles ont été apportées par
M. van Starkenborch , Fiscal de cette Colonie
parti de Saint-Thomas avec un navire Danois , qui
eſt arrivé en Norwege. Suivant le rapport de M. van
Starkenborch , cette Ifle ſe trouve dans le meilleur
érat de défenſe , & l'on n'y eſt nullement inquiet ,
au cas que les Anglois vouluſſent faire quelque tentative
, qui ne pourroit s'exécuter qu'avec beaucoup
de danger<«.
On dit qu'à l'exemple de la France , les
Cantons de Berne & de Zurich ont réſolu
194)
de renoncer à la garantie du Gouvernement
de Genève , à laquelle ils s'étoient engagés
par la médiation de 17; 8 , ſi dans pen de
tems cette République ne trouve pas ie
moyen de mettre fin à ſes diffentions; les
Cantons de Berne , de Lucerne & de Soleure
, garans auſſi de la conſtitution de
Fribourg , ont pris une ſemblable réſolution
à l'occaſion de quelques troubles politiques
qui s'y ſont élevés ; & c'eſt peut-être le véritable
moyen de les terminer.
PRÉCIS DES GAZETTES ANG. du 29 Janvier.
-
L'Amirauté a reçu hier des Lettres de l'Amiral
Rodney , datées en mer le 22 de ce mois; mais il
n'en a rien tranſpiré. On craint qu'il n'ait beaucoup
ſouffert des mauvais temps qui ont régné
depuis qu'il eft forti. On apprend des Sorlingues ,
que fon Eſcadre compoſée de 12 vaiſſeaux de ligne
&de deux frégates , avoit été rencontrée le 21 ,
à so lieues de l'une de ces Ifles. Le 26 ,
un Exprès envoyé des Dunes , par le Capitaine
Nelſon de la frégate l'Albemarle, arriva au Bureau
de l'Amirauté , avec la nouvelle que le Brillant
, vaiſſeau de la Compagnie des Indes , avoit
abordé par accident la frégate l'Albemarle , dont
il avoit emporté le beaupré , & lui avoit cauſe
d'autres dommages très-conſidérables. Le Capitaine
Nelſon obſerve également que Samedi matin , le
vent ayant paflé au N. O. , & foufflant avec une
grande force , pluſieurs bâtimens de commerce coupèrent
leurs cables & portèrent à l'Ouest. C'eſt à
regret que nous ajoutons qu'il y a tout lieu de
craindre que la navigation n'ait éprouvé encore plus
de dommage en différens de la Côre.
1 )
( ور
Teda Ger
3,1
ne
Lucent's
10
Les vaiſſeaux de la Compagnie des Indes , qui
ont mouillé à Portsmouth , dont pluſieurs s'y trouvent
depuis quelques mois , coûtent , ſuivant l'évaluation
qui en a été faite , au moins soo 1. ſterl.
par jour à la Compagnie .
Le Vigilant a hiffe le 27 à Chatham ſa flamme,
& ſe prépare à mettre en mer; mais ce vaiſſeau ,
loin d'être équipé complertement , ainſi que l'ont
affirmé pluſieurs Gazettes , ſe trouve pour le préſent
ſans équipage & fans munitions.
Les Marins croyent généralement que le Commodore
Elliot aura l'Eté prochain le commandement
de l'Eſcadre destinée à croiſer dans la mer du
Nord.
Les vives ſollicitations du Général Burgoyne ,
tendantes à ce qu'on nommat un Conſeil de guerre
pour examiner ſa conduite dans l'affaire de Saratoga
ont enfin été admiſes ,& le Bureau de la Guerre
a envoyé par le dernier paquebot des ordres au
Commandant en chef en Amérique , pour qu'il faſſe
paſſer par la première occaſion , en Angleterre , les
Officiers que le Général Burgoyne a dit être néceffaires
à ſa défenſe , pour aſſiſter au Confeil de
guerre qui fera tenu au Printems prochain, à moins
quedes cauſes imprévues n'y mettent obſtacle.
Un bâtiment parti de Charles-Town le 1 Décembre
dernier , lit-on dans une Lettre de New-Yorck du
14, vient d'arriver ; felon le rapport du Capitaine , le
Major Craig ayant abandonné le poſte de Wilming
ton dans la Caroline Septentrionale , s'eſt retiré ſur
Charles-Town , où le Général Leslie a réuni toutes
fes troupes , & formé une armée capable de réſiſter
à celle des Américains . On travaille aux fortifica.
tious de la Ville , avec la plus grande activité , &
tout le monde ſe prépare a une défenſe vigoureuſe
& obſtinée .
LesColonels Fanning & M'Neil, écrit-on de Char
les-Town en date du 2 Novembre , font entrés le 13
3
OAobre dans Hilsborough , après une marche forcée
de 45 milles ; ils ont attaqué la garniſon , tức
leColonel Litterel & 14 hommes. Ils ont faits prifonniers
de guerre leGouverneur Burke avec toute
fa fuite , 13 Officiers Américains dont ; Colonels,
& so à 60 Fufiiers. Les Américains fur cette nouvelle
ont réuni 600 homines de Milices aux ordres
du Général Butler , & ont attaqué le détachement
qui efcortoit les prifonniers. LesAnglois ont reçu
trois décharges avant de s'être formés ; mais bientôt
sétant tous réunis au drapeau , ils ſe ſont
jettés labayonnette au bout du fufil fur la Milice
Américaine , & l'ont forcée de ſe retirer. La perte
des Anglois a été de 40 hommes , & celle des
Américains de 60. Le Colonel M'Neil a perdu la
vie dans cette eſcarmouche; le Colonel Fanning a
été bleffé. La troupe victorienſe eſt arrivée le 20
Octobre , avec 200 prifonniers , auprès du marais
de Naft , après une marche de soo milles. Le 23 ,
le Major Craig , avec les troupes de la garniſon de
Willmington , a rejoint le Colonel Fanning. Les
Anglois , à ce qu'il paroît, ont totalement abandonné
la Caroline Septentrionale.
Le Roi ayant reconnu la néceſſité d'animer &
d'exciter l'émulation de ſes Sujets dans l'exploitation
des Mines de la Grande-Bretagne , &voulant
que le Royaume ne tire que de ſon ſein les métaux
néceſſaires à l'Agricalture , aux Arts , à la Guerre
&à la Marine , vient d'appeller auprès de lui le
Baron de Reden, Capiraine Général des Mines du
Hartz dans l'Electorat de Hanovre , afin que ce
favantMinéralogiſte établiſſe en Angleterre , pour
le Département des Mines , une administration c
des procédés ſemblables à ceux qui depuis longtemps
font fleurir la plupart des Etats de l'Allemague
, &dont le Royaume de Hongrie , la Suède ,
Le Danemarck & la Ruffie , retirent de jour en jour
les plus grands avantages.
:
cas mier Volume , payeront en recevant les II , III &
60 liv.
IV
Ceux qui ont retiré les Tomes I & II ,
en retirant les Tomes III & IV payeront.. 34
Ceux qui ont retiré les Tomes I , II &
III, en retirant le Tome IV,
Et pour l'Ouvrage complet, .
S
104
On prévient que cette Hiſtoire n'a été tirée qu'à
7 cens Exemplaires , & qu'il en reſte peu de
aplets.
On s'adreſſera à Dijon , chez Frantin, Imprir
du Roi ; & à Paris , chez Moutard , Imprir-
Libraire de la Reine , rue des Mathurins.
TABLE
Du Journal Politique.
stantinople , 49 Cadix, 57
Copenhague , 51 Londres, 59
Stockholm ,
53 Versailles, 73
Vienne, ibid. Paris , 75
Hambourg , 55 Bruxelles . 91
Long
yout
3
Vaiſſeaux prisfur les Anglois.
(PARLES FRANÇOIS).L'Elifabeth , de Charles-
Town ; envoyée à S. Malo.
( PAR LES ESPAGNOLS . Le Polly , de Terre-
Neuve , pour Oporto ; envoyé à Vigo.
( FAR LES AMÉRICAINS ). L'Enterprize , de
Clyde , pour Charies-Town ; envoyée àBeaufort,
dans la Caroline-Septentrionale.--Le New- Castle ,
de Corke, pour New-Yorck; envoyé au Cap -Anne.
Le Hope , de S. Christophe , pour Charles-
Town ; envoyé dans la Caroline-Septentrionale.-
Le Providentia , de Londres , pour S. Thomas ;
envoyé à la Nouvelle-Angleterre. -Lc Swift ,
deMadère , pour Québec ; envoyé à Boſton.- Le
Saint-David,de la Jamaïque , pour Londres ; envoyé
à Salem.-Le Nelly , de la Jamaïque , rour
Brutol ; envoyé à Salem.
Vaiſſeaux pris par les Anglois.
(SUR LES FRANÇOIS ). Un Bâtiment , pris par
l'Artois , Vaiſleau de Guerre ; & envoyé à Torbay.
(SUR LES ESPAGNOLS. ) Un Bâtiment , munitions
navales , de Cadix , pour Philadelphie; pris par
l'Amiral Graves , & envoyé à Antigue.
On s'abonne en tout temps , pour le Mercure de
France, à Paris , chez PANCROUCKE , Libraire ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le prix de
l'Abonnement eft de 30 liv. pour Paris,& de 32 liv.
pour la Province.
MERCURE
DE FRANCE .
SAMEDI 16 FÉVRIER 1782 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS.
A Madame SABATIER DE CABRE , fur
fon départ de Liège.
TuUvas donc embellir un féjour plus heureux !
Tu pars , & les Amours s'éloignent ſur tes traces !
Emporte , en nous quittant , nos regrets& nos voeux.
Vas ! tu plairas dans tous les lieux
Où l'on aime l'eſprit, les talens & les grâces .
Quel charme, fur nos bords , égalera le tien ?
Qui nous rendra cet Art que tu ſavois ſi bien ,
D'animer nos plaiſirs par ta gaîté riante ,
CetArt de tout féduire , en n'aſpirant à rien ,
De laiſſer , de ta vue & de ton entretien ,
Chaque homme tranſporté, chaque femme contente?
Nº.7 , 16 Février 1782 . E
98 MERCURE
Apprends-nous tes ſecrets: dis-nous par quel ſecows
Tu faiſois oublier la beauté la plus fière ,
Toi , timide , ingénue , & n'ayant pour atours
Que les bouquets d'une Bergère ,
Et les rubans de ſes beaux jours ?
Plus d'une jalouſe rivale
Vit pâlir , devant toi , l'orgueil de ſes appas ;
Aumilieu des ſuccès d'une lutte inégale,
Tu fis naître l'envie & ne la connus pas.
Que leur brigue , à préſent , diſpute la victoire !
Elles peuvent briller dans nos cercles déſerts ;
Tupars; mais tous les coeurs ſont pleins detamémoire,
Etjeverrai leur foule applaudir à mes vers....
Hélas ! j'aurois voulu paſſer toute ma vie
Près de toi , près du Sage à qui l'Amour te lie!
Couple aimable! allez loin de nous
Offtir l'image raviſſante
Des noeuds les plus parfaits qui ferrent deux époux
Tandis qu'au ſouvenir de mes jours les plus doux ,
Je mouillerai de pleurs ma lyre gémiſſante ,
Et que tous les objets me parleront de vous.
( ParM. Léonard. )
DE FRANCE.
99
DISTIQUE fur la Convalescence de
MIL** CHARLOTTE ST ** .
L.. Es Dieux rendent Charlotte à nos voeux , à nos
pleurs ;
Riez Grâces , Talens; triomphe , Dieu des coeurs.
(Par M. l'Abbé Rox. )
SONNET.
LAISSEZ - MOI , Dieu des Vers ,
ma Lyre ;
&reſpectez
Qui célèbre un Dauphin , peut ſe paſſer de vous.
C'eſt au ſentiment pur qu'appartient mon délire ,
Et Pindare lui-même en eût étéjaloux .
QU'IL ſeit grand! qu'il ſoit bon! que l'Univers l'admire!
Qu'il trouve en ſes devoirs ſes plaiſirs les plus doux!
Mais pourquoi tous ces voeux , quand un ſeul doit
ſuffire?
Qu'il imite ſon père , &c'eſt aſſez pour nous,
IL fera comme lui le bonheur de la France ;
Comme lui , de l'Europe il tiendra la balance ;
Il ſaura protéger les Vertus & les Loix.
Son coeur aimera mieux la Paix que la Victoire ,
E ij
100 MERCURE
Et lui dira toujours , qu'au temple de Mémoire ,
Le premier des Aéros eſt le dernier des Rois.
(Par M. le Comte de Saint-Aldegonde.)
LE PRINCE DESIRE , Conte de Fées,
préſentéà la Reine par l'un des Enfans
que le Bureau d'Administration du Collége
de Louis-le-Grand a nommés Boursiers, à
l'occafion de la Naiſſance de Monseigneur
le Dauphin.
IL étoit une fois un Roi & une Reine qui
étoient bons , & que tout le monde aimoit.
Quoique la Reine fût belle , qu'elle eût tant ,
tant d'eſprit qu'on en étoit émerveillé ; &
que le Roi fon mari eût pour elle une grande
affection , elle n'étoit pas contente. Elle defiroit
depuis long-temps d'avoir un garçon.
Quand elle voyoit une mère qui avoit un
petit garçon , elle diſoit tout bas : « N'en
» aurai je jamais un auſſi ? » C'eſt pourquoi
chacun ſouhaitoit qu'elle en eût un aufli.
Lorſqu'elle devint enceinte , ſes Sujets vouloient
tous parier qu'elle accoucheroit d'un
enfant mâle , attendu , comme il vient d'être
dit , qu'ils le defiroient : perſonne ne voulut
parier contre. Elle accoucha heureuſement ,
&elle accoucha d'un fils. Voilà qu'auſli- tôt
on met des lampions ſur les fenêtres , on
danſe dans les rues , on compoſe toutes
fortes de vers , on tire des feux d'artifice
DE FRANCE. 101
&l'on fait du bien aux enfans des pauvres.
Le bon koi , qui avoit defendu de dire tout
de fuite à la Reine qu'elle étoit accouchée
d'un Prince , de peur que la joie ne lui fit
du mal , oublia ſon ordre. Il dit devant la
Keine : " Qu'on apporte mon fils ; » & il
embraſſa ſon épouſe ,& il baiſa ſon enfant ,
&tout le monde pleuroit, parce qu'on étoit
bien aife.
Cependant , les Génies & une Fée voiſine
arrivèrent pour douer le petit Prince: ils
étoient tous ancêtres de 1 Enfant. C'étoient
d'anciens Rois , les uns du pays , les autres
de pays voifins , à qui les Dieux , en récom
penſe de leurs vertus , avoient donné un
pouvoit furnaturel. Le premier qui entra
s'appeloit Louis , & il dit : Cet Enfant fera
" humain , clément, affable , & on le fur-
» nommera le PÈRE DU PEUPLE. » Le fe-
>> cond , qui avoit nom FRANÇOIS , dit :
" Cet Enfant ſera brave Chevalier , & de
>>>plus , il protegera les Sciences & les Sa-
>>>vans , & on le furnommera le PÈRE DES
ود ود LETTRES. » Le troiſième, qui avoit une
petite barbe , la mine riante & l'oeil vif ,
dit : " Ventre- faint gris, il fera beau comme
"
"
ſa mère , ennemi des flatreurs comme ſon
>> père , & fans façon comme ſon oncle
JOSEPH .... Hélas! il ne fera pas obligé de
vaincre ſes Sujets , & de leur pardonner.
Il fera fi bien que chaque Payſan , le
» Dimanche , aura la poule au por.
ayant prononcé ces paroles , il paſſa au con
ود
ود
ود Et
Eisj
102 MERCURE
de la Reine une belle chaîne d'or. Alors on
vit entrer un Génie qui avoit une grande
taille & un air majestueux , & qui s'appeloit
encore Louis , & il dit : " Cet Enfant
> ſe connoîtra en hommes: ilſera noble en
- toutes choſes , & l'on verra paroître ſous
" fon règne une foule de grands hommes
>>> dans tous les genres ". » Pour moi , dit
un Génie , qui venoit de la contrée à laquelle
Lothaire a donné ſon nom , & qui
lui - même s'appeloit Léopold , " je doue le
» nouveau né de modération , d'économie
» & d'amour de la paix. Il fera ſi bien ob-
" ſerver la Juſtice , que ſes Sujets laifleront ,
>> fans crainte , leurs portes ouvertes pen-
>> dant la nuit. »
En ce moment la Fée entra , &la Reine ,
qui la reconnut bien , répandit des larmes ,
&voulut courir à elle. La Fée dit : " Cher
>>Enfant , je ſuis MARIE-THÉRÈSE : je te
doue de piété&dereſpect pour lesDieux "...
Le Roi & la Reine étoient tranſportés de
plaiſir en entendant ce que diſoient les Génies
& la Fée. Pendant que ceci ſe paſſoir,
un Ogre , monté ſur un Léopard , & qui
mangeoit de la viande crue , arriva , dans de
mauvais deſſeins, en diſant : " Je ſuis l'Ogre
>> D'ALBION : j'ai droit de prendre le titre de
>> Roi de ce pays- ci : ce pays-ci eſt à moi ».
* Tant mieux pour vous, lui dit le Génie à
ود
ور
la petite barbe , lequel avoit la répartie
prompte : vous avez là un beau Royau-
>> me ». L'Ogre vit bien qu'on ſe rioit de
!
DE FRANCE.
103
lui. Par conféquent il proféra trois fois un
mot qui veut dire chien , & il jura godham :
puis tirant ſon épée , il menaça de ravager
tout avec ſes ſoldats & fes vaiſſeaux , & il
s'en alla tout furieux. Alors le Génie à la
petite barbe ſe tourna vers les Alliſtans , &
leur dit: " Allez , ne craignez rien ; vous
» le battrez , & vous lui ferez mettre bas
les armes. »
Nota. Ce joli Conte eſt de M. Sélis , Profeſſeur au
Collége de Louis-le-Grand , dont nous avons déjà
imprimé d'autres Ouvrages agréables en vers & en
profe , & dont les talens, l'honnêteté , le zèle pour
l'éducation de la jeuneſſe , méritent les plus grands
éloges.
-
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
Le mot de l'énigme eſt Soc de Charrue ;
celui du Logogryphe eſt CLOVIS , où cent
cinquante ſont exprimés par CL , rien par
O ou zéro , fix par VI , & où ſe trouve la
lettre S.
E iv
104 MERCURE
ÉNIGME.
Je ſuis de bon conſeil , diligente & fidelle ;
Qui ne connoît convient de mon utilité.
Mon principal mérite eſt mon égalité,
Et d'un zèle conſtant je ſuis le vrai modèle.
Je marche jour & nuit pour qui veutme ſoigner.
Bien qu'aveugle , à mon but je vais ſans m'éloigner ;
Il fautuniquement me mettre ſur la route.
Quoique ſuivant toujours mes premiers mouvemens,
Je fais tout par calcul fans que cela me coûte.
Mon coeur fait tout mon prix ;je vaux fans ornemens.
Le Roi , dans ſes deſfsins, me confulte & m'écoute;
Je décide ſouvent l'emploi de ſes momens.
Ala ville, je ſers un maître d'ordinaire ;
J'ai foin de l'avertir s'il a quelque devoir ,
Quelque plaifir ou quelque affaire.
Je déſole un amant ou flatte ſon eſpoir ,
Suivant que je réponds à ce qu'il me demande.
Seule au village , j'y commande;
J'ordonne les repas , les plaiſirs , les travaux :
Le Laboureur , les animaux ,
Tout à ma voix s'éveille, ou repoſe , ou s'empreſſe ;
Je raffemble le ſoir la folâtre jeuneſſe.
En réglant leur deſtin , hélas ! quel est mon ſort ?
Traîner toujours ma chaîne , & veiller quand tout
dort.
DE FRANCE.
105
Cependant, quandje parle, àchaque inſtantj'annonce,
Pour qui veut réfléchir , de grandes vérités .
Foibles mortels , il n'eſt tréſors ni dignités
Qui puiflent exempter des arrêts redoutés
Qu'à chacun tour- à-tour malgré moi je prononce.
(Par Madame B. D. L. V. )
D
LOGOGRYPΗ Ε.
ANS l'avenir toujours je me promène ,
Et le préſent ne fauroit m'arrêter.
Pour être heureux , il faut me poſſeder ;
Car je détruis le chagrin & la peine.
Mon cher Lecteur , défais l'arrangement
De mes ſept pieds , afin de me comprendre ;
Tu trouveras ce qu'aime le Savant ;
Et ce métal qui fit tant entreprendre ;
Le terme où commence la nuit ;
Un frein paiſſant contre la tyrannie ;
Un légume , un fruit ;
Et mon tout naît ſouvent à la fin de ta vie .
( Par Mlie de Marrenx cadette. )
Ev
106
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ÉTRENNES du Parnaſſe, choix de Poéfies.
Frat quod tollere velles. Par M. le Prévoſt
d'Exmes. Prix , 1 liv. 10 fols. A Paris ,
chez Couturier fils , Libraire , Quai &
près l'Egliſe des Auguſtins.
LES Etrennes du Parnaſſe n'étoient , dans
l'origine , qu'une Collection annuelle de
Poéfies fugitives , de même que l'Almanach
des Muſes. Elles auroient pu aiſement en
contrebalancer le ſuccès , car on connoît
l'eſprit de parti & de prévention qui fait
que tel Auteur diſgracié dans tel Recueil
peut eſpérer de trouver grâce dans un autre .
Malheureuſement la rédaction de celui- ci a
toujours été commiſe à des mains fi maladroites
, & qui avoient ſi peu de tact ,
qu'elles ne ſavoient pas difcerner , je ne dis
pas le bon du médiocre , mais le très-bon
du très-mauvais .
Un nouveau Rédacteur a ſuivi un nouveau
plan. Sa Collection eſt diviſée en trois parties.
1º. L'une eſt conſacrée à des eſſais hiftoriques
fur la Poésie Italienne , dont la
ſuite paroîtra ſucceſſivement chaque année.
Mais ces eſſais , qui font moins l'hiſtoire du
génie des Poëtes que du technique de la
i
;
DE FRANCE. 107
poéſie , ne peuvent avoir pour nous que
très- peu d'interet. Le Rédacteur , qui paroît
avoir ſenti cet inconvénient , a eu ſoin d'entre-
mêler fon récit de citations Françoiſes
très- bien choiſies. Telles ſont les ſtances
ſuivantes :
Si l'Amour est un doux ſervage,
Si l'on ne peut trop eſtimer
Les plaiſirs où l'Amour engage ;
Qu'on eſt ſot de ne pas aimer !
Mais si l'on ſe ſent enflammer
D'un feu dont l'ardeur eſt extrême ,
Et qu'on n'oſe pas l'exprimer;
Qu'on eft fot alors que l'on aime !
Si dans la fleur de ſon bel âge ,
Femme bien faite pour charmer ,
Vous donne ſon coeur en partage;
Qu'on eſt ſot de ne pas aimer!
Mais s'il faut toujours s'alarmer ,
Craindre , rougir , devenir blême ,
Auſlitôt qu'on s'entend nommer ;
Qu'on eſt ſot alors que l'on aime!
Pour complaire au plus beau viſage
Qu'Amour puiſſe jamais former ,
S'il ne faut rien qu'un doux langage ;
Qu'on eſt ſor de ne pas aimer !
Mais quand on ſe voit conſuiner ,
Si la belle eſt toujours de même ,
E vj
108 MERCURE
Sans que rien la puiſſe animer ;
Qu'on eſt fot alors que l'on aime !
2°. Le choix des Pièces fugitives qui forment
la feconde Partie, n'eſt pas, àbeaucoup
près , ce qu'il devroit être. Ony trouve avec
plaifir quelques poéties légères de M. le
Chevalierde Parni , de M. de Piis , de Mм.
le Chevalier de Cubières , de M. de Saint-
Ange , de M. Merard de Saint- Juſt, de Mde
la Marquiſe de la Férandière , de Mlle Peroche
, de M. le Chevalier d'Autumne. Mais
les Tant Pis & Tant Mieux , Conte, le Petit
Chien &Sa Maîtreffe , Fable , Stances irregulières
, &c . &c ..; une deviſe d'Enguerrand
deMarigny que voici :
Chacunfoit content de fes biens ,
Qui n'a fouffisance , itn'a rien.-
Une Epigramme de Hugues de Berci ſur les
Médecins , appelés autrefois Phyficiens
que voilà :
Fificiens font appetés ,
Sans Fi nefont- ils point nommés ?
ne peuvent donner une idée bien avantageuſe
du difcernement du Rédacteur , &
peuvent décréditer beaucoup fa Collection .
3 °. Les Poéſies étrangères , traduites ou
imitées de l'Italien , de l'Allemand , de l'Anglois
, du Grec & du Latin , ne font pas rédigées
avec plus de foin , ni choifies avec
plus de goût. La typographie en est horriDE
FRANCE.
109
工
1
blement fautive ; le Latin & l'Italien y font
ignominieuſement défigurés. Au reſte , on y
trouve un épiſode charmant du Roland Furieux
, imite par l'Arioſte d'un épithalame
Latin de Catulle. Il ſeroit à ſouhaiter que
le Rédacteur eût recueilli pluſieurs morceaux
de ce genre.
La verginella èfimile à la rofa
Ch' in bei giardin sù la nativa ſpina ,
Mentrefola , è ficura ſe ripoſe ,
Ne gregge , ne paflor ſe l'avvicina ;
Laure foave, è l'alba rugiadoſa ,
L'acqua , la terra alſuo favor s'inchina .
Gioveni vagny , e donne inamorate ,
Amano haverne; efeni , e tempie ornate.
Manonfi toſto dal materno ftelo
Simo , fi viene , e dalſuo ceppo verde ;
Che , quanto havea da gli huomini e dal ciclo
Favor , gratia , e bellezza , tutto perde ,
La vergine , che'l fier ; di che più zelo ,
Che de begli occhi , e de la vifa , haver de ;
Lafcia altrui corre, ilpregio , c'h avea innanti ,
Perde nel cor di tutti , gl' altri amanti.
Deux Traductions de ce fragment en vers
François offrent un objet de comparaifon
qui ne peut manquer d'intérefler nos Lecteus
. L'une est d'un anonyme qui a publié
comme un effai le premier Chant de l'Arioſte ;
l'autre eft de M. François de Neufchâteau.
110 MERCURE
Le Rédacteur prétend que la Traduction de
l'anonyme ne fait point de tort à celle ci ;
on en va juger.
Nous allons commencer par celle de
l'anonyme.
La jeune fille eft cette aimable roſe
Qui , folitaire , en un jardin repoſe ,
Loin des troupeaux, loindes Bergers : nul n'ofe
En approcher une indifcrette main.
Le doux zéphir & les pleurs du matin
L'onde, la terre à l'embellir conſpirent ;
Le tendre amant, l'amante la defirent
Pour en orner ou leur tête ou leur ſein.
Mais , quand cédant à la main qui la cueille ,
Elle a quitté fa vive &verte feuille ,
Et délaiſſé le rameau maternel ;
Ces dons brillans qu'elle a reçus du Ciel ,
Qui la rendoient le charme de la terre ,
Grâces , fraîcheur , comme une ombre légère ,
Tout diſparoît , tout fuit en peu de temps.
Ainſi l'on voit la beauté qui ſe donne ,
Qui des tréfors de ſon jeune printemps
Ad'un ami comblé les voeux ardens ,
Perdre bientôt l'éclat qui l'environne
Ettout fon prix pour ſes autres amans.
Autre Traduction de M. François de
Neufchâteau.
AH ! je ſais trop que pour l'Amour écloſe
Lajeune fille ett ſemblatie à laroſe,
DEFRANCE.
Qui ſur ſa tige embellit un jardin ;
Reine des fleurs , tant qu'aucun Berger n'ofe
La profaner d'une indiſcrette main.
La terre , l'eau, les larmes de l'aurore ,
Ledoux zéphir , tout la ſert , tout l'adore ;
De ſa fraîcheur le jeune homme enchanté ,
Veut en orner le ſein de la beauté.
Mais de ſa tige eſt -elle détachée ?
L'a- t'on cucillie ? Elle est moins recherché.
Elle a perdu tous les bienfaits des cieux ,
Et ſon éclat diſparoît à nos yeux.
De la beauté cette roſe eſt l'image.
Tant que fon coeur , indécis ſur le choix ,
N'a point parlé , des Héros&des Rois,
Etdes Dieux même elle a le tendre hommage ;
En choiſiſſant , elle perd tous ſes droits.
Il faut convenir que cette Traduction eſt
d'un verfificateur facile & élégant ; mais que
l'autre eſt d'un Poëte. La première eſt à la fois
&plus poëtique&plus fidelle.On fera étonné
d'apprendre qu'elle eſt d'un Philoſophe économiſte
* , qui s'eſt occupé toute ſa vie de la
Légiflation &duCommerce des grains,d'Agriculture
& de morale. Il a eſſayé de traduire
en même temps l'épithalame de Catulle ,
qui a fourni à l'Arioſte l'épiſode que l'on
vient de lire.On reconnoît le même ton de
poéſie dans cette Traduction ; mais elle eſt
*M. Dupont.
112 MERCURE
inférieure au Latin, apparemment parce qu'il
eſt plus difficile à traduire qu'une langue
moderne , du moins en vers François.
Outre que le Rédacteur des Etiennes du
Parnafle ne choilit pas toujours bien , il
tronque& defigure quelquefois les endroits
les mieux choiſis. Il a pris dans un de nos
articles l'Ode de Catulle , imitée en Latin du
Grec de Sapho; & comme nous ne l'avions
citée qu'en partie , il ne la donne non plus
qu'en partie , lorſqu'il falloit la donner toure
entière ; cette négligence vient ſans doute
d'une faute d'attention . Mais voici une faute
de difcernement. Il a tiré du Journal de
Lecture la comparaiſon des Quatre Saiſons
avec les Quatre Ages de la vie , par M. de
Saint-Ange , & il n'en donne que la moitié ;
de forte qu'il reſſemble à un Peintre qui ,
pour faire mieux juger d'un tableau , le déchireroit
en deux moitiés , & n'en expoſeroit
qu'une aux yeux du Public. Voici les
vers qu'il a omis.
OBSERVE les Saiſons , de nos différens âges
Retracer dans leur cours de fidelles images.
Le Printemps , jeune enfant que bercent les zéphirs ,
Se couronne de fleurs & fourit aux plaiſirs .
La terredallaite encor l'herbe tendre des plaines ,
Et Cérès craint de voir ſes eſpérances vaines :
Tout fleurit , tout eſt jeune en cet aimable temps.
L'ÉTÉ , fils du Soleil, ſuccède au doux Printemps.
L
DE FRANCE.
113
Sa robuſte jeuneſſe al'air viril & mâle ,
Et ſes vives couleurs éclatent ſous le hâle.
Il n'eſt point de ſaiſon où l'an plus vigoureux
Enfante plus de fruits , brûle de plus de feux.
L'AUTOMNE fuit ſes pas d'un air tranquille & ſage.
Sans être déjà vieux il n'eſt plus au bel âge ;
De la jeuneſſe en lui les feux ſont amortis ;
Même on peut ſur ſon front compter des cheveux gris ..
L'HIVER , hideux vieillard qui chemine avec peine,
Chancèle à chaque pas dans ſa marche incertaine :
Son front, deshonoré par l'injure des ans ,
Ou n'a plus de cheveux , ou n'en n'a que de blancs.
On ne devine pas les raiſons qui ont pu
déterminer le Rédacteur à ſupprimer de pareils
vers , & à mutiler ainſi le paflage qu'il
emprunte. Au ſurplus , il ne ſe contente pas
de tronquer ce qu'il cite , ſouvent il eſt copiſte
infidèle. Dans le tableau des Ages de
la vie qui ſuit la peinture que l'on vient de
lire , on remarque deux corrections ou ſubſtitutions
qui font un peu étrangers .
Ainſi que lesSaiſons , on voit changer les hommes.
Ce qu'hier nous étions , ce qu'aujourd'hui nous
ſommes ,
Demain , foibles mortels , nous ne le ſerons plus.
Autrefois dans le ſein où nous fumes conçus
De l'homme encore à naîne incertaine eſpérance ,
S'accroiffoit lenteinent notre foible exiſtence .
114 MERCURE
Le Rédacteur ſubſtitue l'épithète defoible,
qui ſe trouve plus haut , à celle d'informe ,
qui eſt le mot propre , & que les vers ſuivans
expliquent affez.
Nous n'étions qu'ébauchés ; mais la Nature alors ,
Ouvrière ſavante, organiſa nos corps ,
Etles tirant enfin de leurpriſon féconde ,
Nous montra tout-à-coup ſur la ſcènedumonde.
L'homme entrant dans la vie, automate impuiſfant,
Sur la terre conché ne vit qu'en gémiſſant.
Il rampe avec effort , &, ſemblable aux reptiles ,
Au ſecours de ſes piés viennent ſes mains débiles.
Il veut ſefoutenir , & retombant ſoudain ,
Il implore , en criant, l'appui d'une autre main.
Ici , le Rédacteur pourfoulever, qui eſt le
mot propre , met le verbefoutenir, qui n'eſt
pas juſte, & qui d'ailleurs ſe trouve à ſa veritable
place deux vers plus bas.
Bientôt de ſes genoux eſſayant la ſoupleſſe,
Il ſe ſoutient & marche avec moins de foibleſſe , &c.
Nous invitons M. Prévoſt d'Exmes à mettre
plus de foin, d'attention & de difcernement
dans ſa redaction , parce que ſa Collection
n'aura point de vogue ſi elle eſt mal
rédigée.
Nous l'invitons à ne pas attribuer à Sapho
la première Ode d'Anacreon , parce qu'elle
eſt ſi connue de ceux même qui ne ſavent
pas le Grec, qu'une pareille mépriſe eſt
inexcufable.
i
DE FRANCE. 115
s
す
1
Nous l'invitons à ne pas réimprimer ſous
le nom de M. le Chevalier de Cubières une
Fable qui ſe trouve dans le porte-feuille d'un
homme de goût , avant que l'Auteur des
Hochets de ma Jeuneſſe cût jamais fait de
vers.
,
Nous l'invitons àne pas inférer dans ſon
Recueil des Epigrammes de Deſpréaux
parce que tout le monde les ſait par coeur ,
&que d'ailleurs ellesfontbienmiieeuuxxàleur
place dans ſes EOEuvres que dans les Etrennes
duParnaffe.
Nous l'invitons ànepas ramaſſer de vieilles
inſcriptions Latines de Santeuil , &c. parce
qu'il n'y a rien de ſi ſuranné , & que de plus
les Traductions qu'il en donne en François
font au-deffous du mauvais.
Enfin, nous l'invitons à croire que nos avis
ne viennent que du deſir de voir améliorer
tous les ans ſa Collection , parce que nous
n'avons aucun intérêt à la décréditer , & que
nous aurions deſiré avoir à en dire plus de
bien.
DE LA LECTURE des Livres François ,
neuvième Partie. Politique du feizième
fiècle.AParis , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins , hôtel de
Cluny.
Le bon homme Chryſale a tort de
renvoyer les femmes à leur dez , leur fil &
116 MERCURE
leurs aiguilles ; car c'eſt pour elles qu'un Savant
s'eſt impoſé la tâche pénible de rédiger
lesMélanges d'unegrande Bibliothèque. Sous
ce guide éclairé , elles ont pu prendre des
connoiſſances variées ſur l'Hiſtoire , la Poéfie
, les Romans , la Théologie & la Jurifprudence
, enfin , ſur la Philofophie , les
Sciences & les Arts. Il étoit encore néceſſaire
de leur donner une idée de la Politique , qui
n'eſt pas , comme le prétendoit un Evêque ,
l'art de tromper les hommes. C'eſt la ſcience
du droit naturel , du droit des gens & des
intérêts de la ſociété. Il eſt facile de la réduire
àquelques principes ſimples, courts & folides
, & ils étoient ſans doute très- connus
de Louiſe de Savoye , de Marguerite , Reine
de Navarre , ſa fille; de la Ducheſſo d'Étampes
, de celle de Valentinois, de Catherine
de Médicis , qui ont joué de ſi grands
rôles en France ; d'Anne de Boulen &de la
Reine Élifabeth , qui ont changé la face du
Gouvernement en Angleterre.
Le premier Ouvrage politique François du
ſeizième ſiècle , eſt l'Institution du Prince ,
par Guillaume Budée, ce Philofothe qui ,
averti par un de ſes valets que le feu étoit à
ſa maiſon , lui dit d'aller avertir ſa femme ,
parce qu'il ne ſe méloit pas des affaires du
ménage. Il ne ceſſoit de propoſer à François
I, Alexandre pour modèle , parce que ce
Roi de Macédoine , plein de reſpect pour
les Gens de Lettres , avoit comblé de biens
Ariftote , Perilhes , & même la famille &
DE FRANCE. 117
les deſcendans de Pindare. Son Ouvrage ,
comme preſque tous ceux de ſon temps,
fourmille d'anecdotes que ſon titre ne promet
ni n'exige . Qu'est- il beſoin , en Politique
, de ſavoir que c'eſt manquer de refpect
à un Monarque , que de touffer , de
ſe moucher & de cracher en ſa préſence ?
Autant vaudroit-il nous dire que chez les
Marianois , la civilité conſiſte à prendre le
pied de celui auquel on veut faire honneur ,
& à s'en frotter doucement le viſage; &
que chez les Chiriguanes , le bel uſage eſt de
porter ſes culottes ſous le bras , comme
nous portons le chapeau ? Il nous paroît un
peu plus naturel de trouver dans un Livre
deſtiné à l'instruction d'un Prince , " que
ceux qui ont la fureur de la guerre & des
conquêtes , ſont comme ces joueurs qui ,
après avoir fait une fortune conſidérable ,
voulant toujours l'augmenter , finiflent par
rentrer dans leur premier état , & quelquefois
même ſont réduits à l'aumône.
ود
Mais la République de Jean Bodin, quoique
chargée de digreſſions & de citations ſuperflues,
nous paroît traiter plus à fond la ſcience
duGouvernement. Ily examine avecbeaucoup
d'étendue la queſtion , ſi le divorce eſt utile
ou nuifible à la ſociété. Est-ce un bien? eftce
un mal ? D'un côté , la gêne de l'indiffolubilité
détourne bien des gens de ſe marier ,
fait beaucoupde célibataires & éteint un grand
nombre de famille. De l'autre , il y a de
218 MERCURE
1
grands inconvéniens qu'éprouvent tous les
jours les Pays où cette facilité s'eſt établie ;
comme il ne nous eſt pas permis d'oublier
que le mariage eſt un Sacrement , nous
n'applaudirons pas même aux inſtitutions de
Lycurgue , d'après leſquelles un Spartiate
diſoit à ſon voiſin : Vous n'avez pas d'enfans
de votre femme , cependant elle me paroît
très-propre à en donner à la République , je
vous priedeme la préter. Cet échange auroit
ſans doute été approuvé des Caſuiſtes Juifs ,
qui prétendent qu'un mari pouvoit répudier
la femme lorſqu'elle avoit laiſſe trop cuire
laviande.
Bodin ne ſe contente pas d'agiter ces grandes&
belles queſtions ſur la guerre & la
paix , qui ont été depuis ſi ſavamment approfondies
par Grotius & Puffendorf. Sans dédaigner
les plus petits détails , il admire
comme une loi de Police très-ſage , celle qui
défend aux Porte-faix , Crocheteurs & Charretiers
de Paris , de porter des épées. Croiroit-
on qu'il ait éré un temps où ces gens- là
ont eu d'autres reffources pour ſe battre que
leurs pieds & leurs poings? Croiroit- on aufli
que le Parlement ait honoré du titre de Con
ſeillers du Roi , des Langueyeurs de pourceaux
, dont l'exercice conſiſtoit à examiner
les langues de cochons , pour vérifier s'ils
n'étoient point ladres ? Croiroit- on enfin
que des Peuples ayent été perſuadés que le
gros doigt du pied de leur Roi guériffoit
toutes fortes de maladies? Tous ces faits د
RE DE FRANCE 119
ن ب ل ا
1
-
nous les avons ſous les yeux , & peut-être
nous plairions-nous à les réunir à pluſieurs
de ce genre , s'il ne nous paroiſſoit pas plus
utile de puiſer quelques bonnes penſées dans
les Discours Politiques & Militaires du Seigneur
de la Noue , Gentilhomme Breton ,
qui porta un bras de fer pendant les vingt
dernières annéesde ſa vie. Ce brave & honnête
homme trouvoit déjà , de ſon temps,
qu'il faudroit rétablir dans le Royaume l'efprit
de juſtice & d'économie , & que Paris
&laCour en donnaſſent l'exemple. Il blâme
fortement le luxe , & defireroit qu'il fût
arrêté par des prohibitions , &pani par des
amendes , mais qu'elles n'entraſſent pas dans
les coffres du Roi , & tournaſſeut au profit
des pauvres. " Cette idée , dit M. D. P. , eſt
peut-être le germe d'un arrangement infiniment
utile , & qui mériteroit d'être expoſé
dans un Mémoire d'une certaine étendue.
On a reconnu le tort que les prohibitions
faiſoient à nos Manufactures , & l'on ne
doitplus ſe ſervir de ce moyen pour réformer
le luxe ; mais on peut encore impoſer des
taxes fur ceux qui s'habillent avec quelque
magnificence : en appliquant le produit de
ces taxes au profit des pauvres , on conferveroit
aux ouvriers les moyens de travailler
&de vivre , & on procureroit aux pauvres
la facilité de ſe vêrir ſelon leur état , & fans
qu'il leur en coûtât rien. Par exemple , au
lieu de proſcrire les diamans , que l'on permette
aux Dames de s'en parer , en payant
MERCURE
120
.... Le
une taxe , & que cette taxe ſerve à fournir
des cornettes aux pauvres femmes de laVille ou des Campagnes; que la taxe de l'homme
riche qui veut porter des dentelles ou des habits brodes , fournille de quoi payer les chemiſes & les habits groſſiers des pauvres gens ; que celui qui ſe promène dans des caroffes brillans , aide à les entretenir de fouliers
; n'en réfultera -t-il pas un avantage réel & continu pour la fociété en général ? Ne pourroit-on pas faire de pareils arrangemens
pour les ameublemens & les bâtimens ſomp- tueux ? Ainsi , les goûts ne ſeroient point trop gênés , les Manufactures
ſe ſoutiendroient
, & les pauvres profiteroient du luxe des riches. » Utinam ! .... utinam !
Capitaine la Noue , quoique bon Chevalier , n'a pas craint de s'élever contre le fameux Roman des Amadis , qu'il croit originaire
d'Eſpagne. Malgré les agrémens que l'on trouve à la lecture de ces Livres , il penſe que ce ſont des écoles de libertinage , d'im- piété & de magie. Il remarque que tous les Héros en font ou des Payens, ou des Sor- ciers , ou des Guerriers , qui ne font occupés
que de galanterie , & qui ne font rien pour l'honneur & pour la vertu. Il est vrai que quelques uns ne nous paroiſſent point trop fidèles à leurs Dames , qui , de leur côté , s'enflamment
aifément , & changent quelquefois
d'objet ; les ſuivantes , telles que Dariolette, font des confidentes très-malhonnêtes
; la fidélité conjugale n'y eſt pas affez
reſpectée ;
DE FRANCE. 121
reſpectée, enfin , un bon Gemilhosame
avoit raiſon de dire : " Que ces Romans
avoient une propriété occulte à la génération
des cornes . M. le Comte de Treffan aura
doncdes reproches à efſſuyer des maris juſqu à
la fin de ſes jours , lui qui vient de faire
paſſer ce Livre charmant entre les mains de
toutes les Dames.
Nous ne nous prêterions qu'avec peine à
parler deMachiavel. Sa perſonne & fes principes
ne font que trop connus. En un mot ,
c'eſt un homme qui
Aime mieux illüſtrer ſon eſprit que ſon coeur.
Mais, que ne pouvons-nous jeter un coupd'oeil
ſur les Ouvrages qui traitent de la Politique
intérieure de la France , de fon Adminiſtration
, de ſes Finances&de fon Commerce?
Nous n'oublierions point les recherches
de Paſquier, qui a fait les obſervations
lesplus intéreſſantes fur notre Droit public ;
ni le Traité des États de France , parRivault
de Fleurance , que Henri IV nomma Sous-
Précepteur de Louis XIII. La cauſede ſadiſ
grace eſt digne de remarque. Son Elève , prenant
ſes leçons , avoit auprès de lui un petit
chien qu'il aimoit tendrement. L'animal
l'amuſoit , mais le diſtrayoit. Le Sous- Précepteur
, qui s'en apperçut , crut pouvoir
prendre la liberté de donner quelques coups
au chien , & de le chaffer. L'Enfant Royal ,
qui ſavoit déjà que tout ce qui avoit le
bonheur de lui plaire devoit être ſacré , ſe
Nº. 7 , 16 Février 1782. F
122 MERCURE
mit en colère , & battit de toute la force
M. l'Abbé Rivault , qui n'oſa plus paroître
à la Cour. Le Dauphin fut ſans doute applaudi
, i Prencipi fanno sempre tutto bene.
Froumenteau, dans ſon Secret des Tréfors
de la France, a beau prétendre avoir trouvé
le ſecret des ſecrets pour payer ce que le
Roi doit; le ſecret des ſecrets pour exempter
le pauvre Peuple de tous nouveaux ſubſides
& impôts; le ſecret des ſecrets pour enrichir
laNobleſſe & le Tiers-État; le ſecret
des ſecrets pourla réformation de la Juſtice,
nous ne nous empreſſons pasde le faire connoître.
A quoi pourroit ſervir le ſyſtême
d'un Spéculateur en Finance du feizième
fiècle? Les formes d'adminiſtration & de
perception ſont ſi changées, la valeur des
biens&des terres eſt ſi différente , qu'aucun
deſes ſecrets ne peut être applicable autemps
préſent.
Quoique nous ne donnions qu'une idée
très-légère de ce Volume des Mélanges, nous
ne doutons pas que le Public ne le reçoive
encore avec autant de plaiſir que les précédens.
Rempli de traits curieux qui font
naître des réflexions profondes, il doit inté
reffer les Savans & les Dames:
/
*
DE FRANCE.
123
Σহলে
S
تمو
t
3
VIE de l'Infant Don Henri de Portugal ,
Auteur des premières Découvertes qui ont
ouvert aux Européens la route des Indes';
Ouvrage traduit du Portugais par M.
l'Abbé de Cournand. A Lisbonne ; & fe
trouve à Paris , chez Laporte , Libraire ,
rue des Noyers , 1781. 2 petits Volumes
in- 12.
Don Henri de Portugal , quatrième fils du
Roi de Portugal , Jean I , n'a point régné ,
mais il a fait de plus grandes chofes, & furtout
des choſes plus utiles que les Princes
même qui ont régné avec le plus de gloire.
• Il étoit Philoſophe , dit l'Auteur de l'Effai
• fur l'Histoire Générale , & il mit ſa phi-
>> loſophie à faire du bien au monde.....
>> C'eſt à ce ſeul homme que les Portugais
" furent redevables de la grande entrepriſe
- contre laquelle ils murmurèrent d'abord ,
» ( celle de découvrir le paſſage du Cap de
>> Bonne-Eſpérance ); il ne s'eſt rien fait de
>> grand dans le monde que par le génie &
la fermeté d'un ſeul homme qui lutte con-
» tre les préjugés de la inultitude.
ود
» Henri , dit un autre Écrivain célèbre ,
>> imagina de faire des découvertes vers l'Occident.
Ce jeune Prince mit à profit le
>> peu d'Aſtronomie que les Arabes avoient
conſervé. Il établit à Sagres , ville des Al-
» garves , un obſervatoire , où il fit élever
* toute la Nobleſſe qui compoſoit ſa Mai
"
Fij
124
MERCURE
>> fon. Il eur beaucoup de part à l'invention
>>de l'Astrolabe , & fentit le premier luti-
" lité qu'on pouvoit retirer de la bouffole ,
>>qui étoit déjà connue en Europe , mais
dont onn'avoit pas encore appliqué l'uſage
à la Navigation , »
ور
ود
ود
Les Pilotes qui ſe formèrent ſous fes
" yeux , découvrirent Madère en 1418. Un
>> de ſes vaiſſeaux s'empara des Canaries
>> deux ans après ( ajoutons que c'eſt par ſes
" foins que furent trouvées les Iſles du Cap
Verd & les Açores. ) Le Cap de Sierra-
Leona fur bientôt double , & le Zaïre
>> conduiſit dans l'intérieur de l'Afrique juf-
>> qu'au Congo, »
Remarquons que d'autres Princes ſe font
prêtés , & encore avec peine , à des projets
femblables qui leur ont été propoſés , au
lieu que le Prince Henri fut lui-même l'Auteur
des projets qu'il fit exécuter ; il fut le
véritable créateur de la navigation Portugaife;
ce fut lui qui communiqua ſes lumières
, qui inſpira fon courage aux Pilotes ,
qui les anima , qui les dirigea , qui les récompenfa;
il répara tous les mauvais ſuccès ,
&tira parti de tous les bons; jamais rebuté
d'aucun obstacle , d'aucun revers , ſa confrance
triompha de tour , il ne trouva rien
d'impoffible , & eſpéra toujours contre toute
eſpérance, Quand des Navigateurs avoiene
échoué , quand ils étoient découragés , il en
envoyoit d'autres , & ces autres étoient plus
heureux ; alors une émulation utile s'établif
A
DE FRANCE.
145
ت
5,
6,
مال
1
!
1
1
12
foit, les premiers redemandoient à étre
employes , & rarement revenoient- ils fans
avoir fait quique découverte nouvelle. Des
Colonies , des etabliſſemens de Coinmerce ,
des Manufactures donnoient à ces decouvertes
l'utilité dont elles etoient ſuſceptibles :
lePrince étouffoit autant qu'il pouvoit dans
ſes ſujets l'eſprit de guerre & de conquéte ,
cer eſprit qui , dans la fuite , a défolé l'Amé
rique , & il ramenoit tout à l'eſprit de commerce
, qui unit les differentes parties du
monde. La reconnoiffance du genre human
doit lui attribuer les choſes mêmes qui
n'ont été exécutees ni de ſon temps ni par
ſa nation , comme la découverte du Nou
veauMonde; cette impulfion nouvelle donnée
aux eſprits , cette tendance aux decouvertes,
aux jouiffances , à la communication
des biens & des lumières , fut fon ouvrage.
Il prépara la découverte du Cap de Bonne-
Eſpérance par confequent une
maritime aux Indes Orientales , par la connoillance
d'environ quatre cens lieues de
côtes dans la partie Occidentale de l'Afrique
, & par la découverte des Ifles adjacentes;&
la decouverte de l'Amérique par celle
des Açores . On regrette qu'il n'en ait pas
recueilli tout le fruit, qu'il n'ait pas été témoin
de l'heureuſe révolution que la décou
verte du paſſage par le Cap de Bonne- Efpérance
produiſit pour la nation Portugife,
qui enleva par- la entièrement le commerce
des Indes aux Cénois & aux Venitiens , &
Foj
route
126 MERCURE
qui réduiſit ceux-ci à offrir inutilement de
couper l'Iſthme de Suès.
Cette Vie du Prince Henri eſt écrite par
le Père Freire, de l'Oratoire de Portugal ; elle
paſſe dans ce pays pour exacte & pour bien
écrite; elle a été imprimée à Lisbonne en
1758 ; elle a été traduite du Portugais par
M. l'Abbé de Cournand , Auteur de ce joli
Poëme des Styles, dont nous avons beaucoup
entretenu nos Lecteurs. Cet Auteur eft
du petit nombre de ceux qui ſavent écrire
&en profe & en vers. Il paroît s'être attachédans
ſa Traduction à conſerver la ſimplicité
de l'original ; car ſon Difcours Preliminaire
, Ouvrage affez confidérable , & qui
eſt de lui ſeul , nous paroît plus penſé&plus
fortement, écrit. M. l'Abbé de Cournand y
trace une Hiftoire abrégée & rapide de la
Navigation , & chez les anciens & chez les
modernes ; il y développe très-bien les vues
&les projets du Prince Henri, ſur-tout dans
l'éducation qu'il faifoit donner à la Nobleſſe
de ſa Maiſon.
ود
" Il feroit à ſouhaiter , dit- il , que tous les
>>>Princes adoptaſſent des meſures aufli
>> juſtes que celles que prit l'Infant Don
>>> Henri. De tout temps une Nobleffe
nombreuſe s'eſt attachée à la perſonne
>> des Princes , & a brigué l'honneur d'être
>> employé à leur ſervice; mais le plus fou-
>> vent ceux qui entrent dans leur Maiſon ,
>> n'y portent que des vûes d'avancement &
>> de fortune , &ne fongent point à remplir ,
4
DE FRANCE 127
20
3
3
AT
3
F
5
>> par des occupations utiles , le vuide que
ود leur laiffent les emplois qu'ils exercent
» auprès d'eux . Le temps s'écoule ainſi dans
ود la diffipation & le plaifir , & lorſque le
>> moment eſt venu d'être appliqué à des
>> affaires plus ſérieuſes...... on n'y apporte
ود ſouvent qu'un eſprit timide& embar-
>> raffe , & , ce qui eſt plus dangereux encore
, une ſuffiſance..... préſomptueuſe.
>> L'Infant , qui aimoit la vertu , & qui la
ود
ود faiſoit aimer à tout ce qui l'environ-
>> noit, ſongea de bonne heure à occuper
>> la Nobleſſe de ſa Maiſon. Les hommes
>> habiles qu'il avoit auprès de lui , furent
les inſtituteurs des jeunes Portugais attachés
à ſon ſervice; on peut même re
> garder les ſoins de ce Prince ſur cet ob-
>> jet comme le premier établiſſement d'une
ود
"
ود école Militaire , qui étoit tout-à-la-fois
» une école de Marine. Comme les nouvelles
découvertes furent toujours la paf- ود
ſion favorite de l'Infant , il n'eut rien de
>>plus à coeur que de former des hommes
>> qui puſſent le ſeconder dans ſes deſſoins.
"
ود
ود
Les Pilotes apprenoient leur métier dans
les écoles qu'il leur avoit ouvertes.....
mais les grands Hommes de mer.... ſe formoient
ſous ſes yeux ; ils étoient ordinairement
de la première Nobleſſe du
>> Royaume.
"
"
"
19
" Ce n'eſt pas que les roturiers fuſſent
exclus du commandement des vaiſſeaux...
Pluſieurs Marins célèbres .... & qui com-
Fiv
128 MERCURE
>> mandoient même des Flottes entières ,
>> étoient des hommes du peuple , que leur
>>mérite avoit élevés de grade en grade....
>>>Un des principes dont il paroît que l'In-
> fant ne ſe départit jamais , étoit de donner
> de l'emploi à ceux qui pouvoient le mieux
>>>concourir à ſes deffeins. «
L'Infant Don Henri , né ſous le règne de
Jean , ſon père , le Mercredi 4 Mars 1394 ,
mourut ſous le règne d'Alphonfe V, fon
petit neveu , le 23 Novembre 1460. Il avoit
pris pour deviſe un mot qui le caractériſe ;
ce mot étoit: Talent de bienfaire. Le Roi
Emmanuel , dit le Grand, ſon arrière petitneveu
, qui eut la gloire d'achever fon ouvrage,
&d'ajouter à ſes travaux , lui fit ériger
une ftatue , & mérita fur- tout ce ſurnom
de Grand , par l'empreſſement qu'il eut à
limiter.
:
t
OPUSCULES de M. l'Abbé Fleury ,
Prieur d'Argenteuil, & Confeffeur de
Louis XV, 5 Vol. in-8°. A Niſmes ,
chez Pierre Beaume , Libraire & Imprimeur
du Roi ; & à Paris , chez Defprés ,
Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques.
Le Recueil qu'on offre au Public , renferme
toutes les productions de M. l'Abbé
Fleury , étrangères à fon Hiſtoire Ecclefiaftique.
Lepremier Volume contient les Moeurs
des Ifraelites & des Chrétiens , les Devoirs
DE FRANCE. 12)
い
5
4
5
em des Maîtres & des Domeſtiques , un Abrégé
de l'Hiftoire Sainte, le Soldat Chrétien , le
grand & le petit Catéchifine Hiſtorique .
On doit regarder les Moeurs des Ifraelizes
comme le tableau le plus vrai des gran is
Perſonnages de l'Ancien Testament ; ce
Livre peut fervir d'introduction à l'Hiſtoite
Sacree , comme celui des Moeurs des Chrétiens
à l'Hiſtoire Eccleſiaſtique : on trouve
dans l'un & dans l'autre de l'onction , un
eſprit de candeur& de vérité qui gagne le
Lecteur Chrétien , un difcernement , des
lumières & des vûes qui intéreſfent le Savant&
le Philoſophe. :
Le Caréchiſme eſt précédé d'un Difcours
qui en apprend le deifein & l'uſage . M.
l'Abbé Fleury s'élève avec raiſon contre la
fechereſſe de nos Catéchifines , dont il
trouve la cauſe dans la méthode & le @yle
de la Théologie ſcholaſtique employée par
les Auteurs qui les ont compofes. La manière
d'inſtruire adoptée par ce judicieux
Écrivain eſt la plus sûre, la plus facile &
la plus agréable; elle confifte , comme il le
dit lui même , à foutenir , par la connoiffance
des faits , l'explication du Symbole &
des autres parties de la Doctrine Chrétienne.
Le Catechiſme de M. Fleury , le ſeul peutêtre
qu'on devroit enſeigner , en renferme
deux , un petit pour les enfans & pour les
perſonnes les moins inftruites , un grand à
Pafize de ceux qui foar plus eclairés & plus
capables diftucion. Clucun de ces Ca
Fy
:
139
MERCURE
chiſmes eſt divifé en deux Parties , dont h
première contient un Abrégé de l'Histoire
Sainte depuis l'origine du Monde juſqu'as
triomphe de l'Egliſe ſous Conftantin , & L
ſeconde un Abrégé de la Doctrine Chre
tienne.
L'Éditeur a mis àla tête dupremierTome
du Recueil des Opufcules que nous annon
çons unDiſcours fur la Vie& les Ouvrages
de M. l'Abbé Fleury.
Le ſecond Tome renferme le Traité du
choix&de la méthode des Études , l'inftisution
auDroit Eccléſiaſtique , un Mémoire
fur lesAffaires du Clergé de France, & les
Difcours ſur les Libertés de l'Égliſe Gallieane,
fur l'Ecriture Sainte, fur la Poétie des
Hébreux & fur laPrédication.Le Traité du
choix&de laméthode des Etudes a été traduit
en Italien & en Efpagnol : on ne doit
pas le regarder comine inutile , quoique
depuis M. Fleuty on ait écrit beaucoup for
cette matière. L'inſtitution au Droit Eccléſiaſtique
eſt un chef d'oeuvre de préciſion&
de profondeur. C'eſt un tableau de la difcipline
de l'Egliſe tracé de la main d'un grand
Matre. Quoique l'Auteur ne ſe borne pas
au Droit Eccleſiaſtique de France , fon Livre
n'en eſt pas moins conforme aux uſages &
aux maximes de l'Egliſe Gallicane. Le Chancelier
d'Agueſſeau en confeilloit la lecture
pour cet objet. M. d'Héricourt , dans la Differtation
qui précèdeſes Loix Eccléſiaſtiques,
fait le plus grand éloge de cet Ouvrage. M
L
131
DE FRANCE.
ز ا
。
1
}
Boucher d'Argis en a donné une Edition enrichie
de Notes qui ont pour objet de ſuppléer
des définitions , de marquer des époques
, d'éclaircir quelques difficultés , & de
faire connoître les Loix & la Jurisprudence
nouvelles. Le même Avocat a revu & augmenté
de Notes le Difcours ſur les Libertés ,
qui a paru avec une approbation en 1763,
dans le Recueil des douze Diſcours de M.
Fleury , & dont les Editions précédentes n'avoient
pas été approuvées.
Le troiſième Tome contient la Vie de
Marguerite d'Arbouze, Abbefie & Reformatrice
du Val- de- Grace ; des Avis pour le
Duc de Bourgogne ;le Portrait de ce Prince ;
trois Difcours Académiques ; un Difcours
fur Platon ; la Traduction d'un Fragment de
fes Ouvrages & les Extraits de la République
; des Réflexions ſur Machiavel ; une
Lettre ſur la Justice; des Penſées tirées de
Saint Auguftin & autres ; un Mémoire pour
le Roi d'Eſpagne. On y a joint la Traduction
latine du grand & du petit Catéchiſme
Hiſtorique , celle de l'expoſition
de la Doctrine Catholique par Bofluet , &
quelques Lettres latines.
Le quatrième Tome préſente l'Hiſtoire
du Droit François, le Droit public de
France , le Difcours ſur les Libertés de l'EgliſeGallicane
ſuivant l'Edition de 1724 , la
Verſion latine de deux Opufcules d'Origène
( Tractatus de Oratione , Exhortationeque
ad Martyrium) , & un Supplé-
F vj
132
MERCURE
ment au Difcours for la Vie & les Ouvrages
de M. l'Abbé Fleury, place à la tête du premier
Volume. Il paroît que l'Histoire du
Droit François eſt le premier Ouvrage qui
ait été publié par M. Fleury. Voici comment
l'Auteur propoſe lui-même ſon deffein.
" Avant que les Francs entraffent
dans les Gaules , on y ſuivoit les Loix
Romaines , qui continuèrent d'y être obfer
vées ſous les Rois de la première & de la
ſeconde Race , mais avec les Loix barbares
&les Capitulaires des Rois. Les défordres
du dixième ſiècle confondirent toutes ces
Loix, en forte qu'au commencement de la
troiſième Race il n'y avoit guère d'autre
Droit en France qu'un ufage incertain , à
quoi les Savans ayant joint enſuite l'étude
du Droit Romain , leurs décitions mêlées
avec cet ancienuſage ont forme les Coutumes,
qui ont éré depuis écrites par autorité publique
: enfin , les Rois ont établi plufieurs
Droirs nouveaux par leurs Ordonnances
C'eſt tout ce que je me propofe d'expliquerdans
cet Écrit. Il y a dans cet Ouvrage
beaucoup d'érudition ; l'Auteur y expoſe
avec netteté tout ce qui a rapport à
Porigine du Droit François. Le Droit public
de France fut mis au jour en 1769 par M.
d'Aragon , Profeſſeur en l'Univerſité de Paris,
avec des Notes qui ont pour objet de
développer le Texte , & de fuivre notre
Droit public depuis 1675 jufqu'à nos jours.
Le cinquième & dernier Tome eſt una
י"
RE
Ca
3
DE
FRANCE.
133
Supplément qui contient la juftification des
Difcours & de l'Histoire
Eccleſaſtique de
M. Fleury, attaqués avec
emporerenent dans
deux Écrits; le premier ile : Obferva
tions fur l'Histoire
Ecclesiastique de l'Abbé
Fleury, adreſſées à notre Saint Père le Pape
& à
Noffeigneurs les Évêques. On l'attribue
à un Carme de Flandre nommé le Père Honoré.
Le titre du ſecond eſt : La mauvaiſe
foi de M. l'Abbé Fleury prouvée par plufieurs
poſſages des Saints Pères , des Conciles
& d'autres Auteurs
Ecclefiaftiques qu'il
a tronqués , omis ou
infidèlement traduits
dans fon Hiftoire ;
Remarques fur les Lif
cours &fur la grande conformité de cet Ecrivain
avec les Hérétiques des derniers fiècles ,
par le R. P. Baudouin de Houſta , Augustin.
Quoique ces deux Ecrits aient éte munis
d'approbations , ils ne doivent pas être redoutés
par ceux qui
s'intéreſſent à la gloive
de M. Fleury . Cependant le Père Tranquille
de Bayeux , Capucin , a venge fort au long
notre Hiftorien des deux Religieux Flamands
, dejà refutés par le mépris & lindignation
publiques .
Les Opufcules que nous annonçons peuvent
fervir de fuite à l'Hiſtoire
Eccléſiaſtique
de M. Fleury & de fon
Continuateur en
25 Volumes in- 8 °. On trouve ces deux Cuvrages
à Nilmes, chez P. Beaume, & à Paris
chezDefprez.
134
MERCURE
VILLAGEOISE , L'ALLEGRESSE
diverti prent en un Acte & en Profe ,
mélé de tants & de danſes , à l'occafionde
laNaiſſance de Monseigneur le Dauphin ;
par M. B**. A Genève , & ſe trouve à
Paris , chez Deſauges , Libraire de Madame
VICTOIRE de France , rue Saint-
Louis- du -Palais , & chez les Marchands
de Nouveautés.
La Naiſſance de Monſeigneur le Dauphin
a fait éclorre une foule de Pièces qui auroient
été meilleures ſans doute , ſi le zèle
tenoit toujours lieu de talent ; mais il faut
convenir que la plupart de ces productions
du moment n'ont pas même été celles du
jour. Quelques-unes néanmoins ont célébré
cette époque intéreſſante d'une manière plus
digne du Sujet : telle eſt celle qui fait le
ſujet de cet article , & que nous nous faiſons
un plaifir d'annoncer au moment où les
fêtes & les réjouiſſances publiques viennent
de renouveler l'allégreſſe dans toutes les
claſſes des Citoyens .
L'Auteur annonce dans ſon avertiſſement ,
que ce divertiſſement avoit été fait pour le
Théâtre à la ſuite de la Cour , mais que des
raiſons qu'il indique en ont empêché la repréſentation.
En voici le ſujet ;
Une foule de Villageois & de Villageoiſes
entourent le Bailli & le Tabellion , pour ſavoir
des nouve les de la Dame du Châtean ,
DE FRANCE. 135
qui touche au moment d'accroître leur
» bonheur , en accuoiffant ſa famille » , &
ils font des voeux pour que l'Enfant qui va
naître "fſoit un portrait de leur bon Sei-
ود
gneur. Le Bailli a reçu ordre de faire
quatre Mariages pour célébrer cette heureuſe
Naiſſance , & de choiſir parmi les
jeunes Habitans du Village , les plus pauvres
& les plus vertueux. Il a charge le Magifter
d'arrangerundivertiſſement analogue à cette
circonſtance. Celui-ci " craint de ne pouvoir
>> rien faire qui ſoit digne du Sujet ; » mais
le Bailli cherche à le raſſurer , en lui faiſant
entendre qu'il faut , dans cette occafion ,
ת bien moins de génie &de fubtilité d'ef-
>> prit , que de fimplicité & d'effuſion de
» coeur. » Le Magiſter ſonge donc à remplir
ſes engagemens ; mais il eſt interrompu par
deux jeunes Amans qui veulent être du nombre
des nouveaux mariés : il les connoît ; il
fait qu'ils font dignes d'être l'objet de la
bienfaiſance du Seigneur ; il leur promet ſa
recommandation auprès du Bailli. On apprend
que la Dame eft accouchée d'un Fils
qui comble la joie & les voeux de tout le
canton . Le Bailli annonce aux nouveaux Mariés
déſignés , " qu'ils peuvent faire éclater
ود leur allégreſſe , qui eſt auſſijufte que naturelle.
» Colin & Colette demandent à
être de ce nombre ; mais le Bailli leur répond
qu'il n'eſt plus temps , & que le nombre
fixé eft rempli. Le Magiſter imagine un
moyen de rendre heureux Colin & Colette ;
136
MERCURE
c'eſt de ſe corifer , le Bailli & lui , pour les
marier , & de participer ainſi à la joie & au
bonheur public , en faifant une bonne aс-
tion. Le Bailli n'eſt pas de cet avis ; il craint
de déplaire au Seigneur , en outrepallant fes
ordres.
On voit affez que l'Auteur n'a conçu ainſi
le plan de ſa Pièce , que pour amener la difpute
du Bailli & du Magiſter , dans laquelle
celui- ci , pour vaincre les ſcrupules de l'autre
, expoſe les principaux traits de bienfaiſance
qui caractériſeront àjamais le nouveau
Règne.
ود
" Peut on ignorer , lui dit- il , ce que dit
>> tous les jours notre bon Seigneur , & ce
> que toutes les actions prouvent fans ceſſe,
>> que fon plus grand objet eſt d'étendre ſa
bienfaiſance fur tous les lieux & fur tous
>>les individus qui lui ſont ſoumis , d'en inf-
>>pirer le goût à tous ceux qui peuvent , en
>> quelque forte , l'imiter , & d'encourager ,
>> protéger , & même récompenfer , par des
>>applaudiſſemens , des égards , des diſting-
>>>tions , des honneurs , quiconque ſera aflez
>>heureux pour avoir fait quelque bien.
>>Toutes les diſpoſitions de notre Maître ne
73 font- elles pas faires dans cette vûe de bien
>>faiſance genérale & de bonheur public? ....
>> Ne voyez-vous pas , Monfieur le Bailli ,
>>tous ceux qui ont quelque rapport avec
>>Monseigneur , tous ceux qui ont été choi-
2و fisparfafagelle,tousceuxquefafagetle
>> allures qu'ils feroient bien venus de lui ,
DE FRANCE.
137
:
• parce qu'ils étoient ſages eux-mêmes , ne
>> les voyez- vous pas s'empreiler à chercher
>>les moyens de lui plaire , en eclairant , en
>>fecondant , en accelerant ſes grandes ope-
>> rations , & en faiſant , autant qu'ils le
> peuvent , tout le bien qui dépend d'eux ?
LE BAILLI.
>>Cela est vrai ; cependant nous ne prétendons
pas , je crois , ni vous ni moi ,
>> éclairer notre Maître. Il a fait une difpofi-
>> tion où ſa bienfaiſance a été apparemment
" guidée par ſa ſageffe ordinaire , & it y
>>>auroit de la témérité à aller au-dela de
>>cette diſpoſition , ce ſeroit en quelque
> ſorte l'improuver .
LE MAGISTER.
>>Eh ! quoi ! vous confondez encore notre
>>Maître avec la plupart de ceux qui ſont
>>revêtus du même pouvoir que lui , fans en
>> avoir les qualités perſonnelles ? avec ceux
>> qui , ne voulant faire que peu de bien ,
>> affectent de ne trouver tel que ce qu'ils
>> font , craignant que celui qu'ils laifferoient
>> faire , ne fût un reproche du peu qu'ils en
>> font ? &c.
Pendant cette dispute, Colin eſt allé ſe
jeter aux pieds du Seigneur pour le prier de
la faire cefler , & de permetre qu'il foit uni
à Colette. Le Seigneur accorde tout , en
ajoutant la dot de Colin & de Colette à
138 MERCURE
celle des huit autres nouveaux Mariés. Tout
le monde ſe livre à l'allégreſſe , & l'on répète
le divertiſſement que le Magiſter a arrangé
pour être exécuté par les dix Mariés
déſignés. Ce divertiſſement conſiſte en quelques
Couplets , une Contre-danſe , & un
Vaudeville qui commence ainſi :
QUE chacun de vous ſe livre
Au doux eſpoir d'être heureux.
Pour l'être, il ne faut que ſuivre
Nos modèles vertueux.
Le monde entier les contemple
Etvoudroit leur reſſembler.
Le précepte , c'eſt l'exemple :
Agir vaut mieux que parler.
VOULEZ-VOUS que l'Hymenés
Ne ſoit qu'un lien de fleurs ,
Prenez la leçon donnée
Par nos aimables Seigneurs.
Les chaînes les plus légères
Bravent les efforts du tems ;
Époux fidèles , bons pères ,
Vous ferez toujours amans.
On peut reprocher à cette Pièce des longueurs
, & en général un ſtyle peu convenable
au genre de la Comédie; mais , comme
nous l'avons obſervé , c'eſt moins une Comédic
que l'Auteur a prétendu faire , qu'une
Pièce de circonſtance dans laquelle il a cherDE
FRANCE.
139
E ché à exprimer les ſentimens d'une Nation
heureuſe & fenfible, qui a toujours chéri
ſes Maîtres , mais qui ne les a jamais tant
aimés qu'à l'époque où nous ſommes , époque
de gloire & de proſpérité pour la France
entière.
TRAITÉ de l'Anthrax ou Pustule maligne,
publié par M. Chambon , Médecin
de la Faculté de Paris , de la Société Royale
de Médecine , &c. Vol. in- 12. A Paris ,
chez Belin , Libraire , rue S. Jacques ,
vis-à-vis celle du Plâtre.
L'ANTHRAX est une maladie fréquente
dans la plus grande partie des Provinces
de France ; elle eſt plus ou moins dangereuſe
ſelon le degré de malignité avec lequel
elle ſe manifeſte. L'activité avec laquelle
elle cauſe la mort de ceux qu'elle attaque
, dépend auſſi de la nature du climat
&du genre de vie habituel des malades :
quoi qu'il en ſoit , on l'a ſouvent regardée
comme une eſpèce de peſte, parce qu'à la
vérité elle en eſt un des ſymptômes, effentiels
, au témoignage de pluſieurs Médecins
célèbres. On peut dire qu'un grand nombre
de Praticiens n'ont même deſigné la peſte
que par la préſence des Anthrax : en effet ,
rien ne reſſemble davantage à ce fléau qu'une
maladie qui ſe manifeſte dans la meilleure
ſanté ſans qu'aucun accident la précède ,
140 MERCURE
cauſe la mort de ceux qu'elle attaque ,
dans l'eſpace de 12 , 18 , 24 , 30 heures ,
quand les progrès font rapides. Il est vrai
qu'elle n'a pas toujours une marche aufli
prompte , puiſqu'elle peut darer 5 , 10 ,
12 & même 15 jours. Un autre caractère
la rapproche encore des maladies peftilentieltes
, c'est qu'elle est quelquefois épidémique
; on ne doit donc pas être ſurpris fi
ce mal terrible jette la conſternation parmi
les habitans de la campagne , qui en font
toujours la victime quand elle eſt d'une
eſpèce maligne.
M. Chambon , Médecin de la Faculté de
Paris, de la Société Royale de Médecine ,
&c. vient de publier ce Traité, en y joignant
des Obſervations & des Notes qui viennent
àl'appui de la doctrine de M. fon père.
L'Académie de Dijon , inſtruite des ravages
que cauſoit l'Anthrax dans la Bourgogne &
les Provinces voiſines , attentive au falut de
ſes Compatriotes expoſés aux ſuites de ce
fléau , avoit propoſe un prix double deſtine
aux Aureurs des deux imeilleurs Mémoires
fur la curation de l'Anthrax , mais comine
ceux qu'elle a jugés dignes de ce prix font
d'une doctrine abſolument oppoſée tant
pour la théorie que pour la curation , il reftoit
toujours la même incertitude & les
mêmes craintes fur cet objet ; il falloit donc
faire un choix , & s'affurer de la méthode
qui méritoit la préférence. M. Chambon
DE FRANCE.
141
le fils a difcré cette matière avec préciſion
dans I Introduction qu'il a mile en tête du
Traite de l'Anthrax ; il a prouvé par les
faits que cette maladie étoit d'une nature
differente de celle des maladies véritablement
inflammatoires , & que la méthode
anti-phlogiſtique adoptée par l'Auteur du
Memoire qui avoit remporté le ſecond prix ,
ett dangereufe & même mortelle. Il réſulte
des réflexions de M. Chambon , que les faignees
, qui font recommandées dans leMémoire
dont on vient de parler , doivent être
évitées avec le plus grand foin. Cette difcutlion
mérite d'autant mieux d'être connue ,
qu'elle tend à diſliper les doutes que la decifion
de l'Académie de Dijon laiſſe ſubſiſter ,
l'Auteur s'y attache à établir que le traite
ment propoſé par M. Chambon père eft le
ſeul que l'obſervation démontre être utile &
curatif. Nous croyons qu'un Ouvrage auffi
méthodique doit être accueilli du Public
puiſqu'il fera diſparoître les craintes que
l'Anthrax a rendu générales dans preſque
toutes les parties du Royaume.
2
142
MERCURE
GRAVURES.
M. EDOUARD D'AGOTY , de l'Académie de
Toulouſe , vient de publier les douze Estampes
gravées en couleurs qu'il avoit promiſes au Public
&à ſes Souſcripteurs pour l'année 1781. Les ſujets
de lapremière Claſſe ſont les deux Vénus duTitien,
avec Io.
Seconde Claffe. La Magdeleine , de le Brun ;
Saint François , de Van-Deek ; & Putiphar , d'Alexandre
Véronèſe.
Troisième Claſſe. La Baigneuſe , de Lemoine; la
Bethzabée , de Bougieu , avec l'Amour & Pſyché ,
du Guide.
Quatrième Clafſfe. Vénus à la Coquille , du Titien;
l'Amour qui fait ſon arc, du Corrège; & la
Léda , de Paul Véronèſe. Ces Eſtampes ſe vendent
un louis pièce; elles ont été préſentées par l'Auteur
au Roi & à la Reine , à Monfieur & à Monſeigneur
le Comte d'Artois , qui donnent chacun cent louis
de ſouſcription pour encourager M. d'Agoty à perfectionner
ce beau genre de Gravure. Les Perſonnes
qui voudront ſouſcrire pour cet Ouvrage & pour la
fuite , qui paroîtra cette année , doivent s'adreſſer à
M. d'Agoty, rue Saint Honoré , nº. 192 , près du
Palais Royal .
Vingt-unième Cahier de l'Herbier de la France ,
in-4°. , par M. Bulliard. A Paris , chez l'Auteur ,
rue des Poſtes ; Didot le jeune & Debure , Libraires ,
quai des Auguſtins ; & Belin , Libraire , rue Saint
Jacques.
Second Cahier de la Collection des Arbres ;
&Arbustes coloriés fervant à l'ornement des Jardins
, grand infolio. Prix , 18 livres. A Paris , chez
:
DE FRANCE .
143
-
X
1
M. Buc'hoz , Docteur en Médecine , rue de la
Harpe , vis-à- vis la Place Sorbonne.
La Philopatrie, nouveau Perſonnage iconologi.
que , représentant l'Amour de la Patrie , deſſiné par
Cochin , gravé par Laurent, inventé par Métal ,
avec une Deſcription & Explication de cette Eftampe
, Volume in -4 °. A Paris , chez la Veuve
Ducheline, Libraire , rue S. Jacques ; & à Châalons
ſur Saône , chez Livani , Libraire.
Vue & Décoration de la façade du feu d'artifice
élevé en la Place de Grève, tiré devant Leurs Majeſtés
le 21 Janvier 1782 à l'occaſion de la Naiffance
de Mgr. le Dauphin. A Paris, chez Lachaufſée,
rue S. Jacques , nº . 137.
ANNONCES
LITTÉRAIRES.
RECUEIL d'Événemens curieux & intéreſſfans .
ou Tableau politique, hiftorique & philofophique de
L'année 1781 , 2 Vol. in- 12. Prix , 3 liv. A Paris ,
chez Lamy , Libraire, quai des Auguftins.
NouvelleAnalyse de Bayle , où lui-même il réfute
pardes affertions poſitives & par les plus ſolides
argumens tout ce qu'il a écrit contre les moeurs &
la Religion , par M. l'Abbé Dubois de Launay ,
a Vol. in- 12. Prix , 4 liv. A Paris , chez Mérigot le
jeune , Libraire , quai des Auguſtins.
Les Après- Soupers de Société , contenant la
Fauſſe Porte, Comédie , & la ſage Épreuve , huitième
Aventure. Petit format , de l'Imprimerie de
Didot l'aîné. A Paris , chez l'Auteur, rue des Bons-
Enfans, vis-à-vis la Cour des Fontaines du Palais
Reyal.
144 MERCURE
Almarachdela Ville & du Diocfe de Trege
en Champagne pour 1782 , in - 24. Prix , 15 fols. A
Troye, chez André , Imprimeur-Libraire.
Ariane , Scène Lyrique , par M. Martineau , in
8°. Prix , 12 fols. AParis , chez Deſenne, Librairs,
au Palais Royal ; & Bleuet , Libraire quai &
Gêvres.
د
Éloge de M. le Comte de Maurepas , Miniftre
d'Etat , par M. l'Abbé Guyot , Prédicateur Ordi
naire du Roi in 8°. A Paris , chez Didot l'aîné ,
Imprimeur-Libraire , rue Pavée , & chez Jombert le
jeune, Libraire , rue Dauphine.
Colomb dans les fers , à Ferdinand & à Iſabelle
après la découverte de l'Amérique , Épitre qui a
remportée le prix de l'Académie de Marseille , pré
cédéed'un Précis historiquefur Colomb, par M. le
Chevalier de Langeac. A Paris , chez Jembert
jeune , Libraire , rue Dauphine; & Esprit , Libraire,
au Palais Royal , in- 8°. de 150 pages,
avec des Gravures .
VER ERS
TABLE
à Madame Sabatier çois ,
de Cabre,
της
97 Vie de l'Infant Don Henri
Distique fur la Convalescence de Portugal , 123
deMil**, Charlotte St**. Opufcules de M. l'Abbé Fleu
Sonnet,
Le Prince desire ,
Etrennes du Parnasse ,
Enigme & Logogryphe,
99 ry,
128
ibid. L'Alègreffe villageoise , 134
100 Traiséde l'Anthrax ,
104 Gravures, 142
106 Annonces Littéraires . 143
Dela lecture des Livres fran-1
APPROBATIΟΝ.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 16 Février. Je n'y ai
zica trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. AParis ,
Be as Février1782. DE SANCY.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères