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1781, 12, n. 48-52 (1, 8, 15, 22, 29 décembre)
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MERCURE
2"
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers, &c. &c.
€
SAMEDI I DÉCEMBRE 1781 .
PA
OLU
PARIS
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de
rue des Poitevins.
ROYAL 3
Avec Approbation & Brevet du Ro
BEAR
STOR
TABLE
Du mois de Novembre 1781 .
PIÈCES FUGITIVES.
Vers au Nouveau Né
Madrigal,
4
49
des Arcs ર
De la Formation des Maurs
& de l'Esprit , 127
158
Le Moyen Infaillible, Conte, 6 Le Comte de Strafford ,
Vers faits fur le Tombeau de
J. J. Rouſſeau ,
Les deux Chevaux , Fable , 58!
Le Baifer,
Couplet fur la Nailfance de
Mgr le Dauphin,
Tablettes , Anecdotes & Hif
toriques des Rois de France ,
Chanfon ,
53
97
98
Lettre aux Auteurs du Mer
cure
ΠΟΙ
24166
Avis fur la Correfpondancede
·la Société Royale de Méde
cine, &c. 153
Traité Théorique & Pratique
de la Végétation ,
3177
SPECTACLES,
Epitreécrite à bord d'un Vaif- Académie Royale de Mufique ,
feau François
146 31,85 , 130
81 147 Concert Spirituel ,
149 Comédie Françoife , 35 , 178
ibid. Comédie Italienne , 36 , 182 ,
155 VARIÉTÉ S.
Réponse à M. Baudry, $8
Lettre de M. de Lamanon aux
Auteurs du Mercure , 99
A MM. les Auteurs du
Mercure de France , fur la
Naiffance de Mgr le Dau
phin ,
Life , Eglogue ,
Impromptu ,
Seconde Lettre à Mde...,
Air des Deux Sylphes ,
Enigmes &Logogryphes , 18 ,
55, 109, 157
NOUVELLES LITTÉR.
Tableau Général de la Cavalerie
Grecque ,
Le Droit de Main -morte aboli
dans lesDomaines du Roi, 27
Les Deux Odes Nouvelles , 30 SCIENCES ET ARTS.
Traité de la Séduction 57 Etabliffement des Machines d
Cours Complet d'Agriculture Feu ,
Théorique, &c 72 Découverte
Ode à la Ville de Marseille Gravures
19
78
Mufique ,
"
37
183
45 141 , 188
190
Eloge Funèbrede Meffire Clau- Annonces Littéraires , 47 , 135
de Léger, Curé de S. Andre-
190
A Paris , de l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT
rue de la Harpe, près S. Côme , 1781.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI I DÉCEMBRE 1781 ..
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS adreffés à Mile JOURDAIN , de
Gifors , étant fur le point de fe marier,
par M. DE LA HOUSSAYE fils , for?
parent , en lui envoyant des Glands à la
Polonoife , qu'il avoit gagnés à une Loterie.
COUSINE , le hafard m'a procuré ces Glands ,
Et mon amitié vous les donne :
Sufpendez-les à la couronne
Qu'obtiennent vos vertus , vos charmes , vos talens .
ILS pourront terminer ces noeuds ,
Par qui l'Amour & l'Hyménée
Vout lier votre destinée
Au destin d'un mortel heureux.
Ai
MERCURE
ÉTANT du fort une faveur ,
Sous les lois de l'Hymen, quand l'Amour vous engage,
Ils deviennent pour vous un aſſuré préfage
Et du plaifir & du bonheur.
Ce lot m'est échu l'autre jour....
L'Hymen eft une Loterie ;
Mais on y gagne quand l'Amour
Veur bien être de la partie.
( Par M. Langlois , Avocat , à Gifors. )
A UN RICHE INSOLENT.
Vous qui blâmez la pauvreté ,
Savez-vous la Mythologie ?
De ce crime par vous aux Sages imputé
La Fable a fait l'apologie ;
Écoutez ce récit des Grecs ingénieux,
L'AVEUGLE Dieu de l'opulence ,
Plutus n'étoit
pas né fans yeux.
On raconte qu'en fon enfance
Il voyoit comme un autre , & même voyoit mieux ;
Mais
par fois la jeuneffe a trop de confiance :
Au Monarque des Dieux Plutus déclare un jour
Qu'il veut chez les mortels s'attacher fans retour
A la Sageffe, à la Science.
Jupiter ( qui l'auroit penfé? )
Envieux de l'humaine eſpèce ,
3
DE FRANCE.
Du penchant de Plutus en fecret fut bleffé.
A ravaler notre foibleffe
Il crut l'Olympe intéreffé.
Hélas ! ce jaloux caractère
De l'Olympe en nos jours a paffé fur la terre :
Nos fimples demi -Dieux ne veulent point d'égal
Jupiter irrité fit an Dieu des Richeffes
Le préfent d'un bandeau fatal ;
De-là vient qu'il s'y prend fi mal
Pour diftribuer fes largeffes.
Faut- il donc s'étonner qu'en ceffant de voir clair ,
Plutus ait trop rempli le voeu de Jupiter ?
A tâtons parcourant le monde ,
Un aveugle iroit-il s'enfoncer au haſard
Dans la folitude profonde
Où le Sage vit à l'écart ?
Les fripons & les fots font par-tout , ſont en troupe.
A l'aveugle Plutus les uns tendent la main ;
Les autres le prennent en croupe.
Plutus s'y rend fans examen.
Quel examen peut faire un Dieu qui n'y voit goute?
Égaré , comme il cft , parmi le genre humain ,
Toujours fuivant la grande route,
Il cherche la Vertu fans doute ;
Mais la pauvre Vertu n'eft pas fur fon chemin.
( Par M. François de Neufchâteau , Lieutenant-
Général du Préfidial de Mirecourt , &c. )
A iij
MERCURE
EXTRAIT d'un Mémoire fur LYCURGUE ,
Orateur d'Athènes , lu par M. l'Abbé
AUGER dans la Séance publique de l'Acar
démie des Belles - Lettres , le jour de la
rentrée de cette Compagnie.
>
PARMI les Orateurs dont M. l'Abbé Auger
doit publier inceffamment la Traduction , il
en eft un qui n'eft pas encore connu &
dont il donne la plus haute idée dans fon
Mémoire. Au nom de Lycurgue , on fe rappelle
d'abord le Légiflateur de Lacédémone ,
homme extraordinaire, qui conçut & exécuta
le deffein d'arracher une multitude d'hommes
à leurs affections les plus naturelles ;
qui , au fein de la Grèce , créa une République
nouvelle , dont le plan auroit paru
chimérique , & l'eut fait reléguer parmi
les Républiques imaginaires , fi elle n'avoit
réellement exifté , pendant plufieurs fiècles ,
dans toute faforce & dans toute fa fplendeur.
Mais bien des perfonnes ignorent qu'Athènes
a produit un autre Lycurgue , Orateur diftingué
, excellent Patriote , ame grande &
fière , d'un caractère vigoureux , d'une probité
irréprochable , auffi févère à l'égard des
autres qu'envers foi- même ; en un mot ,
Caton des Athéniens .
le
M. l'Abbé Auger fe propofe de faire con
DE FRANCE.
noître Lycurgue comme homme d'État &
comme Orateur. Il parle de fa naiffance &
de fon éducation. Il étudia en même temps ,
dit-il , la Philofophie & l'Éloquence fous
Platon & fous Ifocrate , ces deux grands
Maîtres qui formèrent les plus habiles Orateurs
de leur fiècle. Les anciens ne féparoient
jamais la ſcience des chofes , & l'Art du style .
Les mêmes Maîtres donnoient en même
temps des préceptes de Philofophie & des
règles d'Eloquence. A quoi ferviroit en effet
l'Art d'écrire , fans un fond fuffifant de con
noiffances ? La fcience la plus profonde deviendroit
elle- mênie prefque inutile , fi l'on
négligeoit l'Art de la communiquer aux autres
d'une manière agréable & intéreſſante. M.
L'Abbé Auger montre l'influence que Lycur
gue eur dans les affaires publiques, le zèle avec
lequel il feconda Demofthène dont il étoit le
contemporain , l'intégrité & l'intelligence
qu'il montra dans l'adminiftration des Finances
dont il fur chargé pendant quinze
ans. Il raconte de lui un trait au fujet du
Philofophe Xénocrate , qui prouve à la fois
la hauteur & la fermeté de fon caractère ,
& fon refpect pour la vraie Philofophie.
Xénocrate étoit fi pauvre , qu'il n'avoit pu
payer la taxe mife fur les étrangers établis à
Athènes ; celui qui levoit cette taxe le traînoit
en prifon : Lycurgue le rencontre ; ce
fpectacle l'indigne ; il maltraite le Fermier public
, arrache le Philofophe de fes mains ,
& , de fa propre autorité , il le traîne luig
i
1
A is
8 MERCURE
même en prifon pour n'avoir pas fa refpecter
dans un illuftre étranger la ſcience
jointe à la vertu , Les Athéniens applaudirent
tous à cette action auffi courageufe que fingulière
, ce qui fit dire à Xénocrate que Lycurgue
avoit été payé fur le champ de fon
zèle généreux par les éloges que tout le monde
s'étoit empreffé de lui donner. M. l'Abbé
Auger parle des honneurs extraordinaires
dont les Athéniens récompenfèrent les fervices
& les vertus de Lycurgue , pendant fa
vie & après fa mort. Enfuite , il préſente ,
comme Orateur , le vertueux Républicain
qu'il a montré comme homme d'État. I
rapporte ce qu'en ont dit. Denys - d'Halicarnaffe
, & Diodore de Sicile. Il cite un fragment
de fon Difcours contre Lyficlès , que
ce dernier nous a confervé dans fon Hif-·
toire. Lyficlès commandoit les troupes à
Cheronée , où les Athéniens furent entièrement
defaits. " Quoi donc ! Lyficlès , fous
votre commandement , mille Citoyens ont
péri dans le combat , deux mille ont été faits
prifonniers , un Trophée a été érigé contre
Athènes , la Grèce entière est tombée dans
la fervitude : ces triftes événemens ont eu
lieu lorfque vous commandiez , & vous
vivez encore ! & vous jouiffez encore de la
lumière du foleil ! & vous ofez paroître dans
la place publique , vous montrer à votre
Patrie pour lui rappeler la mémoire de fes
malheurs & de fon opprobre ! »
La même force règne dans le Difcours
DE FRANCE. 9
contre Léocrate , le feul qui ait échappé à
l'injure des temps. Voici quel en eft le fujer.
Après la bataille de Cheronée , les Athéniens
craignoient que Philippe ne vînt attaquer
leur Ville ; ils prirent donc toutes les précautions
pour la mettre à l'abri d'infulte.
Dans ces temps d'alarme , un particulier ,
nommé Léocrate , fous prétexte de commerce
, fe tranfporta à Rhodes , puis à Megares
, & ne revint qu'après huit ans d'abfence.
Lycurgue le cite en Juftice , il l'accufe
comme un Citoyen lâche qui a abandonné
la Patrie lorfqu'elle avoit le plus beſoin de
fon fecours , & lorfque tous les autres s'empreffoient
de la défendre.
M. l'Abbé Auger fait une analyſe rapide du
Difcours , & en cite les endroits les plus
frappans. Nous en tranferirons quelques uns
pour faire connoître l'élévation du génie , la
force & la véhémence de l'Orateur Lycurgue.
Il faut d'abord le rappeler que toute l'Attique
étoit plantée d'oliviers ; comme ces
arbres faifoient la richeffe du Pays , l'État
même ne fe permettoit d'en abattre que
dans les befoins les plus preffans. Il fut décidé
après la bataille de Cheronée , qu'on en
abattroit un certain nombre ; qu'on démoliroit
les tombeaux dont les pierres feroient
employées à réparer les murs , & qu'on prendroit
les armes fufpendues à la voûte & aux
murs des Temples. A la fuite d'un tableau
touchant & pathétique de la fituation de la
Ville d'Athènes après la défaite de Cheronée ,
Αν
ΤΟ MERCURE
l'Orateur s'adreffe aux Juges , & leur ditz
" Mais , Athéniens , un homme qui , au mihieu
de telles alarmes , dans des périls aufli
preffans , dans des extrêmités aufli affligeantes,
a déferté la Ville , a refufé de défendre la Patrie
, ne s'eft pas offert aux Généraux ; un
homme qui , prenant honteufement la fuite ,
nous a laiffes tous expofés à une ruine totale
, quel Juge religieux & bon Patriote
voudroit Fabfoudre par fon fuffrage ? Quel
Orateur proftitueroit fon éloquence à la défenfe
d'un lâche qui n'a pas eu le courage de
pleurer avec nous , & de partager les infortunes
de la Patrie , qui n'a contribué en rien.
à la garde & à la fûreté d'Athènes ? Toutefois
, dans ces jours de trifteffe , les hommes
de tout âge fe dévouoient au falut de
La Ville , dans un temps où le Pays même
abandonnoit fes arbres , où les morts cédoient
leurs fépulcres , où les Temples fe
dépouilloient des armes qu'on y avoit confacrées
. Parmi les habitans , les uns travailloient
à réparer les murs , les autres à creuſer
des foffés , d'autres à élever des retranchemens
; nul n'étoit oifif. Léocrate ne s'eft
montré , ne s'eft offert nulle part. Rappelezyous
, ô Athéniens , rappelez- vous ces circonftances
, & puniffez de mort un homme
qui n'a voulu ni contribuer ni affifter aux
funérailles des Citoyens morts à Cheronée
pour laliberté & le falut de tous ; un homme
qui , autant qu'il étoit en lui , a laiffé fans
dépulture ces Guerriers courageux. Il a paffé,
DE # FRANCE.
fans rougir , près de leurs tombeaux , forfqu'après
huit ans d'abfence , il a eu le front
de fe montrer à leur Patrie . »
Co
1
Lycurgue fait enfuite une digreffion éloquente
fur les Guerriess qui ont fuccombé à
Cheronée. Remplis de ces fentimens , &
s'expofant au peril à l'exemple des plus
braves , le fuccès n'a point couronné leuc
vaillance; ils ne jouiffent point de leur vertu
pendant leur vie , mais ils font morts laiffant
après eux une gloire qui ne meurt pas , & ,
fans avoir été vaincus , ils ontfeulement fuecombé
dans le pofte où ils étoient placés pour
défendre la liberté publique. J'ajoute même
( c'est une idée qui pourra furprendre , mais
qui eft vraie ) , ils font morts victorieux. La
liberté & la gloire font le prix du vrai cou
rage or , le Guerrier , par fon courage ,
s'ailure l'une & l'autre. Non , fans doute , on
ne peut être appelé vaincu , quand on a
attendu l'ennemi avec intrépidité. Mourie
glorienfement dans le combat , c'eft moins
fubir une défaite , qu'aller au-devant d'une
mort honorable pour éviter la fervitude .
Nos Guerriers généreux en font une preuve .
éclatante . Seuls de tous les Grecs , ils portoient
dans leurs perfonnes la liberté de la
Grèce , puifqu'en même temps qu'ils font
tombés fous le glaive ennemi , cette liberté
eft tombée & a été enfevelie dans leurs tombeaux..>
Nous defirerions que le bornes de notre
Journal nous permillent de copier ici toute
A vj
12
MERCURE
T
la Péroraifon qui nous paroît un des plus
beaux morceaux d'Eloquence qui exiſte . On
en jugera par ces fragmens.
... Et il viendra vous prier d'écouter
fa juftification en vertu des Loix ! Mais vous ,
demandez-lui en vertu de quelles Loix ? N'eftce
pas de celles auxquelles il a renoncé en fe
retirant ? Il vous conjurera de le laiſſer vivre
dans l'enceinte des murs de la Patrie ! Mais
de quels murs ? N'eft- ce pas de ceux qu'il a
refufé de garder avec les autres Citoyens ?
Il invoquera les Dieux pour le tirer du péril !
Mais quels Dieux ? Ne font- ce pas ceux
inême dont fa fuite a laiffé expofés à la
profanation & aux ravages les Temples ,
les Autels & les bois facrés. Il implorera la
compaflion ! .... Eh ! de qui ? N'est ce point
des hommes même à la sûreté defquels il n'a
pas eu le courage de contribuer comme les
autres ? Qu'il aille implorer les Rhodiens ,
puifqu'il a cru trouver chez eux un afyle plus
sûr que dans fa propre Patrie. Qui donc lui
devroit de la pitié ? Les vieillards ? Mais , en
les abandonnant , il les a privés , autant qu'il
étoit en lui , de l'avantage d'être fubftentés
dans leur vieilleffe , d'être enterrés libres
dans le fol libre de leur Patrie. Les jeunes
gens ? Mais qui , d'entr'eux , fe rappelant les
jeunes Citoyens dont ils ont partagé les périls
à Cheronée , fauveroit le lâche qui a livré
à l'enne mi leurs tombeaux , & , par le même
fuffrage , taxeroit de folie ceux qui font
morts pour la liberté , & applaudiroit , en
DE FRANCE. 13
le renvoyant abfous , à la fageffe de celui qui
a laiffé fon Pays fans défenſe ? .... »
" Ainfi , Athéniens , je vous dénonce un
homme qui a violé tous ces devoirs , je vous
le dénonce à vous qui êtes maîtres de le
punir. Vous vous devez le fupplice de Léocrate
, vous le devez aux Dieux ; avant que
les délits foient jugés , celui qui les a commis
eft feul coupable : lorfque le jugement eft
rendu , les Juges qui ont négligé de les punir
deviennent complices. Pour moi , il me
femble que , par une feule fentence , vous
allez prononcer en ce jour fur la multitude
des crimes dont Léocrate s'eft chargé luimême
: crime de trahiſon , puiſque , par fa
retraite , il a abandonné & livré la Ville aux
ennemis ; crime de lez - majeſté envers le
Peuple , puifqu'il a refufé de combattre pour
la liberté ; crime d'impiété , puifque , autant
qu'il dépendoit de lui , il a laiſſé ravager les
campagnes facrées , piller & ruiner les Temples
; crime d'outrage envers fes parens' ,
puifqu'il n'a pas empêché, pour fa part, que
leurs tombeaux ne fuffent détruits , que leurs
cendres ne fuffent privées des honneurs qui
leur font rendus ; crime de défertion & de
fuite & de fervice , puifqu'il ne s'eft pas
offert aux Généraux qui lui auroient affigné
fon pofte. Qui de vous , après cela , pourroit
le renvoyer abfous ? Pourriez - vous lui
pardonner tant de crimes renfermés dans un
feul ?.... >>
"C'eft à vous , Athéniens , de vous con14
MERCURET
vaincre que , prononcer en faveur de Léocrate
, & lui faire grâce de la vie, ce feroir
prononcer contre la Patrie elle même, contre
les hommes & les enfans qu'elle renferme.
Deux urnes font placées dans le Tribunal
l'une pour la condamnation du traitre , l'autre
pour le renvoyer abfous ; & fuivant que
vous jetterez les marques de vos fuffrages
dans l'une ou dans l'autre , vous déciderez
pour la deftruction d'Athènes ou pour fa
sûreté & fon bonheur. En abfokant Léocrate
, vous apprendrez aux Citoyens à livrer
à l'ennemi , par une fuite honteule, la Ville
& toutes les forces , les objets facrés & civils
en le condamnant à la mort , vous porterez
les autres à défendre & à garder la
Patrie , à maintenir fes revenus & fa profpérité.
Imaginez vous donc que le Pays
même , que les arbres , les Ports , les arfenaux,
que les murs de la Ville , que les
Temples & les Autels , vous conjurent &
vous fupplient de prendre en main leur défenfe,
& de faire un exemple de Léocrate.
Rappelez- vous tous les griefs de l'accufation,
& n'oubliez pas que ni la pitié , ni les larmes,
ne doivent prevaloir dans vos efprits fur la
confervation des Loix & de la République. »
Nous felicitons M. l'Abbé Auger d'avoir
fu tirer des ruines de l'antiquité ce précieux
monument. Il ne doit pas douter que la traduction
dont il fe propofe d'enrichir notre
Littérature ne foit auffi favorablement accueillie
que l'ont été celles de Démosthènes
& d'Ifocrate
DE FRANCE. 15
A1R d'Adèle de Ponthieu , chanté par
M. LEGROS.
Andantino. Canrabile foftenuto .
C'EST à moi de ven- ger A. de- le ,
Ne ré- af- tez plus à mies
voeux , ne ré fif tez plus
mes voeux .
Sachez qu'un dé - figlori-
eux M'en -ga-ge à com-bat- tre pour
el- le , m'en-ga-ge à combat
tre pour
el
lea
16 MERCURE
Laif fez vaincre mes jeu-nes mains ,
laif- fez vain- cre mes jeu .
nes mains ,
mes jeunes mains ; Loin d'ê ;
- tre
mon ri
ri val , Quand la gloire m'ap
·
pel- le , Con- ten tez - vous de fervir
fes deffins , Et d'être à
·
ja mais mon mo
- · dè le C'eſt à
moi de ven -ger A - de- le , c'eft à
DE FRANCE. 17
moi de ven- ger A- de- le ;-
Ne
ré - fif - tez
plus
à mes voeux ,
ne ré fif- tez plus à mes
voeux.
( Paroles de M. le M. de Saint -Marc
Mufique de M. Piccini. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eft la Mort ; celui du
Logogryphe eft la Goutte , où fe trouvent
tout , toge , goût , ut , Og , Roi de Balan
8
MERCURE
ENIGM E.
JE fuis un être vil , cependant les mortels
Eftiment mon talent ; j'ai l'honneur & la gloire
De travailler à parer les Autels.
Ami Lecteur , pourriez -vous croire
Que dans ce noble emploi je travaille en prifon ?
Sans pitié l'on m'y voit & fans compatſion ,
Sans même me donner la moindre nourriture.
Après avoir changé plufieurs fois de nature ,
Je meurs enfin , je meurs ainfi que mes parens !
Pauvre , fans rien laiffer à tous mes defcendans.
( Par M. Bouvet , à Gifors. )
LOGO GRYPH E.
PLACE fouvent fur un rivage
Et fur un coteau quelquefois ,
Avec plaifir , cher Lecteur , tu me vois
Figurer dans un paysage ;
"
Je fers les Sujets & les Rois , ›
Et l'infenfé comme le fage.
L'on aborde chez moi du natin jufqu'au foir ,
Et plutôt à pied qu'en voiture ;
C'est trop vite pourtant me faire appercevoir ,
Moi qui voudrois te mettre à la tortare ,
Quoique je fois plus blanc que noir.
DE FRANCE. 19
Avec un peu d'étude à deviner facile ,
Je t'offrirai dans les combinaifons
De mes fix pieds , d'abord l'un des fept tons ;
Enfuite de la France une opulente ville ;
Une Reine qui prit pla e entre les Tritons ;
Un fruit commun au nouveau -inonde ;
Et ce fleuve , qui de fon onde
Le
Fertilife d'heureux vallons;
Un végétal dont l'écorce ductile
Forme des vêtemens légers
Pour les Princes & les Bergers ;
des forêts , une femence utile
tyran
S'y trouveront avec l'argile ,
Dont , par une divine main ,
Fut paîtri le premier humain ;
Des côtes d'Auvilé le nectar délectable ;
Le nom d'un athlète fameux ;
Des citoyens de l'air le don inimitable ,
Et du larcin, le fynonyme affreux
S'y montreront enfin à ton ceil curieux.
( Par M. l'Abbé Dourneau. }
20 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
HISTOIRE NATURELLE des Oifeaux
Tome VIII , in - 4° . , . de Imprimerie
Royale . A Paris , chez Panckoucke ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
CE Volume achève l'Hiftoire des Oifeaux
de rivages , & commence celle des
Oifeaux d'eau , c'est la partie de l'Ornitho
logie la plus neuve , & jufqu'ici la moins
connue. Comment en effet fuivre fur les
flots ces tribus ailées qui pour nous fuir
ont également ouvertes devant elles les routes
de l'air & celles de l'onde , qui , pour
échapper à nos atteintes , & le dérober à
nos regards , ont le choix de fillonner la
plaine liquide , de plonger dans fa profondeur
ou de chercher d'une aîle rapide leur
falut au haut des airs . A quel point enfin
fe placera l'Obfervateur pour fixer ces êtres
fugitifs qui , fur l'un & l'autre élénient ,
femblent vouloir également éluder fon
coup d'ail & tromper fon attention ? Mais
de même qu'il s'élance juſqu'aux cieux &
pénètre dans le fein de la terre , l'oeil du
génie plane fur les vaftes mers. Voyons - le
fuivre l'Oifeau du Tropique. " Sous le ciel
enflammé de la Zône Torride où cet Oifeau
DE FRANCE, 21
vole fans ceffe comme attaché au char du
Soleil , fans s'écarter des deux limites extrêmes
de la route du grand Aftre , annonçant
aux Navigateurs leur prochain paffage
fous ces lignes céleftes. » Voyons la Frégate,
qui prend fon nom du meilleur voilier
& du plus vîte des navires , & qui en effet
de tous les navigateurs ailés eft celui dont
le vol eft le plus fier , le plus puiffant & le
plus étendu . Balancé fur des ailes d'une prodigieufe
longueur , fe foutenant fans mou
vement fenfible , la Frégate femble nager
paiſiblement dans l'air tranquille pour atten
dre l'inftant de fondre fur fa proie avec la
rapidité d'un trait ; & lorfque les airs font
troublés par la tempête , légère comme le
vent , elle s'élève juſqu'aux nues , & va chercher
le calme en s'élançant au - deſſus des
orages , »
» & ces oiſeaux des hautes mers
que la Nature , avec des moyens & des
facultés bien plus foibles en apparence , a
rendus bien plus forts que nous contre les
flots & les tempêtes , ne nous connoiffent
pas , & fe laiffent approcher , faifir même
avec une fécurité que nous appelons ſtupide ,
mais qui montre bien clairement combien
l'homme eft pour eux un être nouveau
étranger, inconnu , & qui témoigne de la
pleine & entière liberté dont jouit l'espèce ,
loin du Maître qui fait fentir fon pouvoir à
tout ce qui refpire près de lui. L'homme
en effet fi fier de fon domaine , & qui commande
en Roi fur la terre qu'il habite , eft
22 MERCURE
à peine connu dans une autre grande partie
du vafte Empire de la Nature ; il trouve fur
les mers des ennemis au- deffus de fes forces,
des obftacles plus puiffans que fon art &
des périls plus grands que fon courage. Ces:
barrières du monde qu'il a ofé franchir font
les écueils où fe brife fon audace , où tous
les élémens conjurés contre lui confpirent à
fa perte , où la Nature en un mot veut régner
feule fur un domaine qu'il s'efforce
vainement d'ufurper , aufli n'y paroît - il
qu'en fugitif plutôt qu'en maître ; s'il en
trouble les habitans , fi même quelques uns
d'entre eux , tombés dans fes filets ou fous
les harpons , deviennent les victimes d'une
main qu'ils ne connoiffent pas ; le plus
grand nombre , à couvert au fond de fes
abîmes , voit bientôt les frimats , les vents
& les orages balayer de la furface des
mers ces hôtes importuns & deftructeurs
qui ne peuvent que par inftant troubler
leur repos & leur liberté ». Page 44 , article
du Noddi.
Si à ces tableaux nous oppofons les teintes
douces fous lesquelles nous font peintes les
habitudes communes & les inclinations fociales
de ces oifeaux que l'on voit « écartés
dans les bois ou difperfés dans les champs ,
s'attrouper à l'arrière-faifon & après avoir
égayé de leurs jeux les derniers beaux jours
de l'Automne , partir de concert pour aller
chercher enfemble des climats plus heureux
& des hivers tempérés ( Commence
DE FRANCE. 13
>
ment de l'article des Pluviers ) fi nous
voyons s'abattre le Vanneau léger qui « dans
fa gaieté folâtre & fe joue , caracole & voltige
de mille façons en l'air ; à terre , s'élance
, bondit & parcourt le terrein par
petits vols coupés . » ( Pag. 48 , 5 % & fuiv. )
Si nous fuivons des yeux ces Hirondelies de
mer qui « par leur vol conftant à la furface
des eaux repréfentent fur la plaine
liquide les allures des Hirondelles de terre
dans nos campagnes & autour de nos habitations
, qui non moins agiles & aufli vagabondes
.... & ce femble confiées uniquement
par la Nature à la puiffance de leurs
aîles , en font un continuel ufage pour pla- ¹
ner, cingler, plonger , nager dans l'air , en élevant,
rabaiffant, coupant , croifant leurs vols
de mille & mille manières. Ces beaux effets
d'harmonie imitative nous convaincront de
plus en plus que le Pline françois poſsède rous
les tons & l'art fur- tout d'intéreffer jufques
dans les plus arides détails.
Voyons avec quelle vérité pittorefque il
peint les habitudes d'un fimple oiſeau des
champs. Dans les prairies humides , dès que
l'herbe eft haute & jufqu'au temps de la récolte
, il fort des endroits les plus touffus de
l'herbage une voix rauque , un cri bref, aigre
& fec, crek , crek , crek, aſſez femblable au
bruit que l'on exciteroit en paffant & ap--
puyant fortement le doigt fur les dents '
d'un gros peigne, Lorfqu'on s'avance vers
!
24 MERCURE
cette voix , elle s'éloigne , & on l'entend
venir de cinquante pas plus loin ; c'eſt le
râle de terre qui jette ce cri qu'on prendroit
pour le croallement d'un reptile'; il fuit
en marchant avec vitelle à travers le plus
touffu des herbes , où il laiffe une trace remarquable.....
Lorfque le chien rencontre
un râle , on peut le reconnoître à la vivacité
de ſa quête , au nombre de faux-arrêts ,
à l'opiniâtreté avec laquelle l'oiſeau tient ,
& fe laiffe quelquefois ferrer de fi près qu'il
fe fait prendre ; fouvent il s'arrête dans fa
fuite , & le blotit de forte que le chien paſſe
par-deffus , & perd fa trace.... S'il part
enfin il ne vole jamais loin , & ordinairement
on en voit la remiſe ; mais inutilement
iroit-on l'y chercher , car l'oiſeau a déjà
piété plus de cent pas lorfque le Chaffeur
y arrive; il fait donc fuppléer par la rapidité
de fa marche à la lenteur de fon vol ; auffi
fe fert- il beaucoup plus de fes pieds que de
ſes aîles, & toujours couvert fous les herbes,
il exécute à la courfe tous les petits voyages
& fes croiſières multipliées dans les prés &
les champs ; mais quand arrive le temps du
grand voyage , il trouve , comme la caille ,
des forces inconnues pour fournir au mouvement
de fa longue traverfee ; il prend fon
effor la nuit , &, ſecondé d'un vent propice,
il fe porte dans nos Provinces méridionales ,
d'où il tente le paffage de la Méditerranée.
Plufieurs périffent fans doute dans cette première
DE FRANCE. 25
mière traité , ainſi que dans la feconde pour
le retour , où l'on a remarqué que ces oifeaux
font moins nombreux qu'à leur départ.»
و
Dans le nombre des articles intéreffans
que contient ce Volume , on remarquera
ceux du Pélican , du Cormoran , des Foux ,
des Goëlands ; les favants articles de la
Poule fultane ou Porphyrion , du Flammant
ou Phénicoptère des Anciens , & de
l'Ibis oiſeau révéré & fameux dans
l'antique Égypte. Ceux de l'Avocette & de
l'Échaffe offrent des vues profondes fur les
erreurs , ou pour mieux dire fur les effais
de la Nature dans les premiers plans de fes
ouvrages ; celui de l'Anhinga ne contient
pas des idées moins philofophiques fur l'immenfe
fécondité & les nuances dans les
formes qu'a produites cette Mère univerfelle.
Nous voudrions pouvoir tranſcrire ,
comme un modèle des plus grands & des
plus beaux rapprochemens en Hiftoire Naturelle
, l'article de l'oifeau fingulier, appelé le
Bec en cifeaux ; mais ce que nous avons dit
fuffit bien pour faire connoître que ce Volume
de l'Hiftoire des Oiseaux, riche comme
tous les précédens en tableaux pleins de
force , de vérité & de graces , ne le cède à
aucun pour le mérite & l'intérêt des fujets
qui y font traités.
A tous les dons du génie , M. de Buffon
ajoute celui de favoir connoître & choisir
les hommes dignes de concourir avec lui
Nº. 48 , 1 Décembre 1781 . B
26 MERCURE
à fes nobles & grands travaux. Les noms
de Daubenton & de Montbelliard en font
garans & pour la part qu'il a donnée à
M. l'Abbé Bexon dans cette Hiftoire des
Oifeaux , ainfi qu'il l'a annoncé lui - même
dans le précédent Volume , on peut dire
qu'elle eft également bien remplie , & que
ce dernier choix eft heureufement juftifié.
Rien en effet ne manque à l'exactitude & à
l'étendue des recherches , à l'ordre & à la
difcuffion de la nomenclature , à la préciſion
& à la vérité des defcriptions , parties qui
ont été fur-tout confiées aux foins de M.
l'Abbé Bexon , non plus qu'à la jufteffe & à
la fagacité des idées & des vues que M. de
Buffon nous dit avoir bien voulu fouvent
adopter & employer d'après lui .
( Cet Article eft de M. M. )
DE FRANCE. 27
HERBIER de la France , ou Collection
complette des Plantes Indigènes de ce
Royaume , avec leurs détails anatomiques ',
leurs propriétés , & leur ufage en Medecine
& dans les Arts , in- 4° . par M. Bulliard ,
Botaniſte.
Nous n'avons pas encore rendu compte
de cet Ouvrage , qui eft commencé depuis
dix-huit mois , & qui mérite à tous égard
l'attention des Savans & des Amateurs , foit
par la manière dont il eft exécuté , foir par
la ponctualité de l'Auteur à remplir fes
melles.
pro-
L'Herbier
de la France
réunit
à l'exacti- tude du deflin
& du coloris
une courte
def- cription
de chaque
plante
, contenant
le
détail de fes parties
caractériſtiques
, fa durée,
le temps
où elle fleurit
, les lieux où on la
trouve
, fon ufage
en Médecine
, comment & en quel cas on doit l'employer
, l'anti- dote qu'il faut lui oppofer
fi elle eft véné- neufe
, les effets qu'elle
produit
fur l'homme
& fur les animaux
, enfin l'ufage
qu'on
en
peut faire dans les Arts & Métiers
. Cet Ou- vrage
eft de format
in- 4° .; il contiendra toutes
les plantes
du Royaume
: elles font
deffinées
par M. Bulliard
, & gravées
en
minière
de peinture
* . Il en paroît
qua
* L'impreffion en couleurs étoit le feul moyen
de réunir en même temps l'exactitude des détails
Bij
28 MERCURE
rante- huitpar an , jufqu'à ce qu'on puiffe
doubler les livraifons , fitôt qu'on aura
pu augmenter fuffifaminent le nombre des
Artiftes propres à l'exécution de cette entrepriſe.
On n'a pas adopté un ordre méthodique
fous lequel chaque plante auroit paru à tour
de rôle , parce qu'on a craint les lacunes
prefqu'inévitables en pareille circonstance ,
ce qui auroit retardé l'exécution de cet Ouvrage
; il falloit éviter la monotonie , & il
étoit fuffifant de faire des citations * qui
laiffaffent à chaque Botaniste la faculté do
claffer , felon fa méthode , ces plantes artificielles
, comme il fait dans fon Herbier
des plantes naturelles à mesure qu'elles s'offrent
à fes yeux dans le cours de fes herborifations.
Pour rendre cette Collection plus à la
portée de tout le monde & la moins difpendieufe
poffible , il étoit néceffaire de créer
un plan de diftribution au moyen duquel
que le pinceau le plus habile ne faifit que très-difficilement
, & la vivacité & la durée des couleurs quí
fubiffent , dans l'emploi , les plus fortes épreuves des
acides vitrioliques & nitreux ; des vapeurs méphitiques
du charbon , du contraſte des ſubſtances graſſes
avec les aqueufes & de la preffion.
* On a laiffé à chaque plante le nom François
fous lequel elle eft décrite dans la méthode analytique
de M. le Chevalier de la Marck ; fes noms
Latins , fes claffes & ordres font ceux du Sp. PL
Linx.
DE FRANCE.. 29
chaque particulier pût fe procurer une partie
de cet Ouvrage , fans qu'il s'engageât à prens
dre toute la fuite.
De toutes les divifions dont ce travail
étoit fufceptible , on en a adopté quatre
principales , pour leſquelles chacun pût foufcrire
feparément ; 1. les plantes vénéneuſes
* ; 2º . les champignons ; 3 ° . les
plantes médicinales ; 4° . les plantes graffes ,
c'eft à dire , toutes les plantes qu'on ne
peut deffécher pour être mifes en herbier
naturel.
· ·
Lorfque chacune de ces fuites particu
lières fera finie , on délivrera gratis une
Table qui déterminera l'ordre qu'on y devra
donner.
:
La première année eft compofée de
douze Cahiers en la recevant , on paye
39 liv. ; & la feconde année , ainfi que
les fuivantes , ne coûteront que 36 livres ,
chaque Cahier ne fe payant que 3 liv. On
envoie régulièrement les Cahiers , à meſure
qu'ils paroiffent , aux Soufcripteurs de Paris.
Il est néceffaire que les perfonnes de Province
, qui foufcrivent pour l'Herbier entier
, envoient 39 liv. pour la première année
qu'elles recevront fur le champ , & 36 liv .
pour
la feconde année courante. Pour affurer
la confervation
des épreuves dans les envoir
* Les accidens que caufe tous les jours l'ufage
des plantes vénéneuſes ont déterminé l'Auteur à leur
donner le premier rang dans fen Ouvrage.
Bitj
30 MERCURE
qu'on eft obligé de faire , on expédie , par
la voie des Diligences , les Cahiers dans des
boîtes franches de port ; les moindres envois
font de fix Cahiers. Si l'on avoit quelques
autres occafions dont on voulût profiter , on
eft libre de charger quelqu'un de Paris de
retirer les Cahiers à mesure qu'ils paroiffent.
Si l'on veut la première année reliée , on
eft obligé de joindre au prix de la foufcription
3 liv. , & pareille fomme pour chaque
année fubfequente.
Les perfonnes qui ne foufcrivent que pour
une partie de l'Herbier , comme pour la fuite
des plantes vénéneufes , pour celle des champignons
, payent 3 livres la première des
plantes qu'elles reçoivent , & 20 fols toutes
les autres.
On envoie également en Province ces fuites
dans des boîtes , fitôt qu'il y a vingt plantes
à expédier ; mais il eft néceffaire que les perfonnes
qui foufcrivent pour une partie de
l'Herbier quelconque , envoient 39 livres
d'avance.
Il faut affranchir le port des lettres & de
l'argent , & s'adreffer à M. Bulliard , rue des
Poftes , au coin de la rue du Cheval - verd , à
Paris à Didor le jeune, Quai des Auguſtins ;
& à Belin , Libraire , rue Saint Jacques .
;
N. B. M. Bulliard fe fait un plaifir de
recevoir la vifite des Amateurs & des Cüirieux
de toutes les Nations ; il les invite à
être témoins de fes opérations , & leur faura
DE FRANCE.
gré des obfervations qu'ils voudront bien lui
communiquer.
LEGS d'un Père à fes Filles , par feu
M. Gregory , traduit de l'Anglois , fur la
quatrième Édition . in - 8 ° . A Londres , & fe
trouve à Paris , chez J. G. Mérigot le
jeune , Libraire , quai des Auguſtins , aŭ
coin de la rue Pavée. 1781 .
CE Legs , ce font des Confeils , & ce
Livre eft un Livre de morale ; il a réuffi en
Angleterre , & il nous paroît devoir réutlir
par-tout. Premièrement , il eft fort court;
fecondement , il eft plein de fens & d'up
fens qui n'a ni le tort d'être trop commun,
ni celui d'être recherché.
Il eft divifé en quatre Lettres ou Chapitres
, fans compter une courte introduction.
Ces quatre Chapitres ont pour objet
& pour titre :
¡ ° . Religion.
2º. Moeurs & conduite.
3. Des amuſemens .
4° . Amitié , Amour , Mariage .
Ces trois derniers objets , dont chacun
pourroit fournir des Volumes, font ici réunis
en un feul article .
Voici quelques - unes des penfées de l'Auteur
qui nous ont paru les plus remarquables
, moins par le fond même de chaque
idée principale que par la délicateffe des
B iv
32 MERCURE
idées acceffoires & le choix des raifons dont
il appuie chaque propofition.
و ر
ود
و د
ود
و د
1º . Religion.
Les femmes fe trompent
beaucoup lorfqu'elles imaginent le faire
» eftimer de nous par l'irréligion. Les incré
» dules eux- mêmes n'aiment pas l'incrédulité
» dans les femmes . Tout homme qui connoît
» la nature humaine regarde la douceur de
» caractère & la fenfibilité du coeur comme
» liée dans votre fexe avec les fentimens
religieux; au moins confidérons nous tou-
» jours en vous l'incrédulité comme un indice
de cet efprit mafculin & dur , qui
» de tous vos défauts cft celui qui nous
déplaît le plus. D'ailleurs , les hommes
regardent la religion comme une des prin
cipales sûretés que vous puiffiez leur four-
» nir de la confervation de cette vertu des
femmes , à laquelle ils mettent le plus
grand intérêt. Si un homme prétend vous
» montrer quelque attachement , & s'efforce
d'ébranler en vous les principes religieux ,
foyez affurées que c'eft un étourdi , ou.
qu'il a fur vous des deffeins qu'il n'ofe
*
ود
ود
ود
""
30
99
» avouer.
33
و ر
c
2º. Maurs & conduite. « Quand une fille
ceffe de rougir , elle a perdu le charme
» le plus puiffant de la beauté .... Des Pédans
» qui fe difent Philofophes , demandent
pourquoi une femme rougiroit lorsqu'elle
» n'eft coupable d'aucun crime. Il fuffit de
répondre que c'eft la nature elle- même
qui imprime la rougeur fur vos fronts ,
"3
DE FRANCE.
"
» fans que vous foyez coupables , & qu'elle
" nous porte invinciblement à vous en aimer
davantage , précisément à raifon de cette
aimable foibleffe. La rougeur eft fi loin.
» d'être la faite néceffaire de la faute ,
qu'elle eft la compagne ordinaire de l'in-
و د
ود
"
» nocence....
39
» Les hommes fe plaindront de votre réferve
, ils vous affureront qu'avec une
» conduite plus libre , vous plairiez davan-
" tage. Mais , croyez- moi , en vous parlant
ainfi , ils ne feront pas fincères . Je conviens
qu'en certaines occafions vous en
feriez plus agréables comme fociété ; mais
vous en feriez moins aimables comme
femmes ; diftinction importante que beau-
» coup de femmes ne font pas....
ور
و د
"3
و ر
ود
"
"
ود
» Une belle perfonne a une infinité d'at-
» traits & de moyens de plaire , auxquelles
les Langues n'ont point donné de nom ,
» & qui doivent être réfervés à l'homme
» heureux qui poffédera fon coeur. Ces
» charmes , il n'en fera plus touché , pour
» peu qu'il ait de délicateffe , s'il fait qu'ils
ont été connus par d'autres hommes avant
» lui. L'opinion qu'une femme peut per-
» mettre toutes les libertés innocentes ,
" pourvu que fa vertu foit en sûreté , eft
auffi groffière que dangereufe , & a été
fatale à un grand nombre de perfonnes
39 de votre fexe....
לכ
و د
"9
» La grace n'eft pas tant une qualité elle-
» même, que la perfection de toutes les
Bv
曜
34
"2
1
MERCURE
» autres qualités . C'est elle qui répand un
» charme inexprimable fur chaque regard ,
chaque mouvement & chaque mot ...
" C'eft la perfection du goût dans les moeurs
» & dans les manières ; c'eft le mérite & la
vertu fous la forme la plus féduifante...
>
t
3. Des Amuſemens. " Quoique la bonne
fanté foit un des plus beaux prefens de
» la nature ne vous en vantez jamais ;
» contentez- vous d'en jouir en filence. Nous
» affocions fi naturellement les idées de
» douceur & de fenfibilité dans les femines ,
" avec celle de delicateffe dans leur conftitution
, que quand une femme nous parle
» de fa vigueur , de fon grand appétit , de
» fa force à fupporter une grande fatigue ,
» fa defcription nous donne pour elle un
""
éloignement dont elle pourroit s'apper-
» cevoir facilement avec le plus petit degré
d'attention. Si ce paffagene donne point
de leçon formelle fur le choix des amufemens
, ni fur la manière d'en ufer , il contient
du moins une obfervation générale trèsimportante
pour les femmes.
32
و د
»
4°. Amitié , Amour , Mariage, “ N'époulez
jamais un fot : c'est le plus intraitable
des animaux ; il n'eft conduit que
par la paffion & le caprice , & il eft incapable
d'entendre la voix de la raiſon . Votre
» amour propre feroit continuellement
» mortifié d'avoir un mari pour lequel
» vous feriez toujours dans la crainte &
» dans la confufion dès qu'il ouvriroit la
ود
-
DE FRANCE. 35
ود
bouche en compagnie. Mais un inconvénient
plus grand encore , eft qu'un fot
paffe fa vie à craindre qu'on ne penfe que
» fa femme le gouverne ; il devient par là
impoffible de le conduire , & il fait cent
chofes abfurdes & défagréables pour vous,
par la feule envie de montrer qu'il eft le
» maître de les faire . »
ود
Ce n'eft pas là prêcher fes filles , c'eft
parler raifon à fes amies.
SPECTACLES.
`ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE retour de la mauvaiſe faifon a ramené les
Spectacles des Jeudis ; l'ouverture s'en est faite
le 15 par la Reprife du Seigneur Bienfaifant ,
Opéra en 3 Actes , par M. R. de C. , Mutique
de M. Floquer.
Le fuccès de cette repriſe a confirmé celui
qu'a eu l'Ouvrage dans fa nouveauté. La
gaieté intéreffante du premier Acte ; le tableau
du fecond , où une famille entière , &
nouvellement réunie , eft fur le point de
perdre la vie par les fuites d'un orage affreux ;
le courage des habirans qui les arrachent à la
mort ; la bienfaifance d'un Seigneur qui
abandonne la joie qu'infpirent les noces de
fa fille , pour voler au fecours de fes vaffaux ;
le fpectacle de tous les malheureux dont on
B vi
36
MERCURE
a vu d'abord le danger & les travaux , &
qu'on apperçoit enfuite dans le château de
feur Seigneur pour y trouver des confolations
, pour y partager fes plaifirs : tous ces
objets produilent fur l'ame un effet qui déterminera
toujours le goût du Public pour
cet Opéra. Tel eft & tel doit être le fort des
Ouvrages qui porteront avec eux un intérêt
puiflant & naturel . Quand ils verront le
jour pour la première fois , ils feront expofés
à la critique , & parce que la malignité
humaine est encline à la cenfure , & parce
qu'il eft néceffaire , pour le bien des Arts ,
qu'on marque les défauts d'un Ouvrage ;
mais le premier moment pale , les jouiffances
de l'ame étoufferont les farcafmes de
l'efprit , & l'Auteur rencontrera enfin le
but qu'il fe fera propofé. Si l'on doutoit
de la vérité de ces réflexions , que l'on jette
un coup-d'oeil fur Inès de Caftro ; que l'on
voye quel a été le fort de cette Tragédie que
Voltaire fit plaifamment menacer La Mothe
de remettre en veis , dont le fuccès fut contefté
ainfi que le mérite , & qui eft maintenant
une des Pièces les plus goûtées de notre
Théâtre.
La Mufique a eu le fort du Poëme ; on
lui accorde aujourd'hui de la facilité , du
chant , de la gaieté ; on l'applaudit avec
plaifir , fi ce n'eft peut - être quelques gens
que les fuccès fatiguent , mais dont la voix
fe perd dans les acclamations du Public .
Les pertes récentes qu'a faites notre École
DE FRANCE 37
1
t
de Danfe ont ôté aux Ballets de nos Opéra ,
une partie de leur éclat. On y remarque encore
quelques Sujets chers au Public. Mlle:
Peflin , Mile Gervaife , M. Dauberval , font
conftamment reçus avec la diftinction due à
leurs talens. M. Veftris , fils , & Mile Guimard ,
excitent toujours les tranfports les plus vifs.
La foupleffe , la force , la facilité , l'élégance
du premier , en feront fans doute un modèle ,
& vraisemblablement ne lui feront guères de
rivaux. Quant à la feconde , c'eft toujours la t
fraîcheur d'Hébé réunie aux charmes des
grâces & à la gaieté brillante de Therpficore .
Le mardi 20 Novembre , Mlle Buret, l'aînée
, a débuté par le rôle d'Adèle dans l'Opéra
de ce nom .
Cette Actrice , qui avoit déjà chanté plufieurs
fois aux Concerts des Tuileries , a répondu
à l'idée avantageufe qu'elle avoit
donnée d'elle. Une voix flexible , moelleufe
& tendre , une bonne méthode , du goût ,
de la fenfibilité : voilà les qualités actuelles
de Mlle Buret ; elles parlent en fa faveur
pour le travail qui lui refte à faire
comme Comédienne. Nous croyons qu'elle
peut devenir un Sujet très - agréable au Public ,
& très néceffaire à l'Académie.
N. B. Dans le compte que nous avons
rendu d'Adèle , Nº. 46 de ce Journal , nous
avons inféré une critique qui n'est pas fondée.
Nous avons reproché à M. Piccini d'avoir
B
38
MERCURE
inutilement répété deux vers du premier
air que chante Adèle. Notre mémoire
nous a trompés. Cette répétition n'existe pas.
Ainfi , les obfervations fur lefquelles nous
avions établi notre critique , concourent dans
notre fyflême à faire l'éloge du morceau
Nous faifons cet aveu pour rendre hommage
à la vérité, dont nous continuerons de fuivre
l'étendard , malgré l'humeur & les épigrammes
des mécontens.
VARIÉTÉ S.
LETTRE àl'Auteur du Plutarque François ,
au fujet de la Vie de feu le Maréchal de
Maillebois .
MONSI ONSIEUR ,
L'HISTORIEN qui confacre fes veilles & fes
travaux à retracer les actions des grands Hommes ,
participe , pour ainfi dire , à la gloire de ces Héros
dont fa plume éloquente éternife la mémoire , & la
Nation qu'ils ont gouvernée ou défendue , lui doit
des remerciemens & des éloges : telle eft , Monfieur,
la tâche que vous vous êtes impofée en annonçant
votre Plutarque François . C'eft dans les archives
des familles qu'il doit vous être permis de puifer ,
afin que la vérité préfide toujours à vos écrits. Ce
manque de fecours , permettez- moi de vous le dire ,
peut yous faire tomber involontairement dans des
erreurs d'autant plus dangereufes qu'elles peuvent infuer
& fur la réputation des grands Hommes que
DE FRANCE. 39
vous célébrez , & fur la vôtre même fi l'on vous
imputoit des inexactitudes & des négligences dont
sûrement vous cherchez à vous garantir.
Ces réflexions me font venues à la fuite de votre
Éloge de feu le Maréchal de Maillebois . Je vais ,
Monfieur , vous faire part des obfervations que j'ai
faites à ce fujet , obfervations dont je fuis d'autant
plus sûr que j'ai puifé à la fource , & que j'ai les'
papiers originaux entre les mains,
Peu de Généraux ont eu des opérations plus difficiles
à remplir , tant par la nature des circonstances
que par les ordres dont ils étoient gênés.
En 1742 , le Maréchal de Maillebois eut ordre
de marcher avec l'Armée qu'il commandoit en
Weftphalie , pour délivrer celle qui étoit enfermée
dans Pragues on lui prefcrivit non - ſeulement le
chemin qu'il devoit prendre , mais encore on lui lia
les mains en lui ordonnant ( tels furent les propres
termes de la lettre de M. de Breteuil , alors Miniftre
de la Guerre ) , de ne fe compromettre à aucun événement
dont le fuccès pût être douteux. Les lettres du
Maréchal à ce Miniftre , confignées au dépôt de la
Guerre, font foi qu'il repréfenta fortement les inconvéniens
attachés au parti qu'on prit de faire marcher
l'Armée ſur Leftmeritz par la route d'Égra ; il
prévit que le grand Duc , qui étoit accouru avec une
Armée fupérieure à la fiene en Infanterie légère
pour lui fermer les paffages , le primeroit néceffairement
fur tous les points ou il voudroit déboucher ,
& lui rendroit le paffage impoffible . Forcé cependant
d'obéir aux ordres de la Cour , il s'enfonça
avec toutes les précautions dont il étoit capable, dans
ces gorges & ces défilés , & pénétra jufqu'à celui de
Canden, qu'il trouva occupé en force par le grand
Due , qui l'avoit continuellement cotoyé & harcelé
dans fa marche. L'impoffibilité , non pas feulement
40
MERCURE
d'y conduire les bagages & l'artillerie , mais encore
de forcer ce pofte défendu par une Armée entière ,
& la difette affreufe de vivres où étoit fon Armée ,
lui firent tenir un Confeil de Guerre à Schlankenvefth
, où le Comte de Saxe , qui avoit été reconnoître
le défilé de Canden , & qui étoit le premier
Lieutenant-Général de cette Armée , opina le premier
qu'il ne reftoit d'autre parti à prendre que
celui de ramener l'Armée fur le Naab . Ce fut auffi
le feul auquel s'attacha le Maréchal , & il dût à fa
vigilance & à fa bonne conduite de ramener l'Armée
du Roi en Bavière fans avoir été entamée .
La campagne d'Italie de 1745 , fi eftimée des
Maitres de l'Art , offre précisément le contrafte de
celle- ci ; elle ne fut qu'une férie continuelle de fuccès
, parce que le Maréchal , dont on avoit adopté
les plans , & dont on fuivit les avis , préfida aux
opérations de la campagne. Il s'agiffoit cependant,
comme en Bohême , de traver fer une étendue immenfe
de pays hériffé d'obftacles , de précipices &
de rochers pour faire la jonction avec l'Armée du
Comte de Gages , campée fur les rives du Pô . Cette
jonction s'effectua fans perdre un feul homme ; &
quoique inceffamment contrarié par les ordres de ia
Cour de Madrid , qui l'obligea à affiéger & à prendre
Tortone , il exécuta cette belle manoeuvre , qui
força le Général Schulembourg , réuni à l'Armée
Piémontoife , de marcher avec toutes les Troupes
Autrichiennes au fecours du Milanois , qu'une diverfion
, habilement concertée, fembloit menacer, & lui
laifa la liberté de marcher au Roi de Sardaigne ,
campé fur les bords du Tanaro , de paffer ce fleuve
en fa préfence , & de lui livrer bataille. La victoire
qu'il remporta fur ce Prince fut due à fes fages
combinaifons , & les fuites en furent les conquêtes
d'Afti , d'Alexandrie , Valence , & c . & les quartiers
DE FRANCE. 41
d'hiver qu'on prit dans les Etats du Roi de Sardaignes
Le mécontentement des Efpagnols à la nouvelle
de la négociation fecrette du Comte de Maillebois
avec la Cour de Sardaigne pendant I hiver de 1746,
augmenté par le peu de réfiftance que fit M. de
Montal, qui commandoit à Afti , que le Roi de
Sardaigne fit forprendre , fut la fource des défaitres
qu'elluyèrent les Armes de France & d'Espagne
durant cette campagne. La mélintelligence entre les
deux Nations fut au point que les Espagnols abandonnèrent
précipitamment tous les poftes qu'ils occupoient
alors le Maréchal fut forcé , par des
ordres fupérieurs , de faire fa jonction avec l'Infant
, & de lui obéir en tout . La bataille de Plaifance
fe livra contre fon avis , les mefures même
qu'il avoit prifes pour en affurer le fuccès furent
manquées ; car il avoit été convenu dans le Confeil
de Guerre que l'attaque ne commenceroit que lorfque
les ponts fur le Refado feroient faits , & que
M. d'Argouges , Lieutenant- Général , feroit arrivé
avec la colonne de la droite , compofée de toute la
Cavalerie Françoife , qui devoit appuyer la droite
de l'Infanterie . Le guide Efpagnol égara cette colonne
; les Espagnols , malgré cela , commencèrent
leur attaque ; le Maréchal , emporté hors de fes mefures
, voyant que les Espagnols alloient avoir toute
l'Infanterie Autrichienne fur les bras , marcha pour
les foutenir , & attaqua à fon tour ; mais les Ennemis
ayant apperçu le flanc doit de l'Infanterie Françoife
qui n'étoit foutenu d'aucune Cavalerie , y
firent marcher la leur , qui la prit en flanc & l'écrafa.
Des attaques mal concertées par la précipitation
des Eſpagnols & l'égarement de la colonne de
la droite, furent les vraies caufes de la perte de cette
bataille , après laquelle les Armées de France &
d'Espagne n'eurent d'autres reffources que de rega
1
42 MERCURE
gner à la pointe de l'épée cette même communica
tion qu'on avoit forcé le Maréchal d'abandonner
fans néceffité : tel fut l'unique fruit de la bataille &
du paffage du Tydon , journée mémorable , où le
Maréchal, & fur-tout fon fils ( qui en avoit conçu
l'audacieux projet ) le couvrirent de gloire.
-
Cet événement confola en quelque forte le Maréchal
, & fervit au moins à faire préfumer à l'Europe
quel eût été le fuccès de cette campagne fi fes avis
euffent toujours été fuivis , & fi on l'avoit laiſſé le
maître des opérations. Jamais Général ne fut en
effet plus contrarié que le Maréchal dans fes projets
pendant le cours de cette campagne . La Cour de
France , pour complaire à celle de Madrid , l'avoit
entièrement fubordonné aux ordres de l'Infant , qui
l'étoit lui- même à fon Confeil , compofé de quelques
Généraux présomptueux & de quelques Minif
tres , dont le feul mérite étoit d'avoir la confiance
de la Reine d'Efpagne.
Le Maréchal ayant ramené fur le Var l'Armée
combinée , obtist enfin le rappel qu'il avoit follicité
depuis long-temps. Il eut pour fucceffeur le Maréchal
de Belle - Ifle , qui , renforcé de quarante
bataillons , parvint à chaffer les Ennemis de la Provence.
M. de Mortagne , appelé par M de Belle-
Ifle , remplit dans cette Armée les fonctions de
Maréchal-Général- des- Logis qu'occupoit le Comte
de Maillebois , qui , en quittant l'Armée de Provence
, fit les campages de 1747 & 1748 , & fe
trouva à la bataille de Lawfeld & au fiège de Maftrich.
La paix étant furvenue , ce ne fut qu'en 1755
qu'il fut nommé premier Lieutenant - Général de
l'Armée que conduifoit M. le Maréchal de Richelieu
pour prendre Minorque.
Le Maréchal , comme vous l'avez fort bien dit ,
Monfieur, n'eut point de fautes à fe reprocher
DE FRANCE.
43
mais vous fentez combien il est important , lorsqu'il
s'agit de la réputation d'un Général d'Armée , de
dévoiler toutes les circonstances qui l'entraînèrent
irréſiſtiblement hors de fes mefures , & qui , patfécs
fous filence , pourroient diminuer la réputation d'un
Général que la Campagne de 1745 a placé au rang
des grands Capitaines de ce fiècle.
C'eft donc , je le répète , chez les Defcendans de
ées grands Hommes dont la France s'honore , &
dont vous célébrez les vertus héroïques , que vous
devez chercher fcrupuleufement les matériaux de
votre Ouvrage , fi recommandable d'ailleurs par luimême
, qu'il ne femble qu'on ne peut y apporter
trop de foins & de recherches.
J'ai l'honneur d'être , & c.
SCHUER DE JONCHERY
Capitaine d'Infanterie,
GRAVURES.
M. LEBAS vient de mettre en vente neuf
Eftampes , dont quelques-unes étoient déjà connues
des Amateurs ; elles font gravées d'après des
Peintres très - eftimés. M. Lebas a fu tranfmettre
dans fes Eftampes la maniére & la fineffe
de chaque Auteur avec toute l'intelligence & l'expreffion
qui le caractérisent.
1. Les deux premières Eftampes font d'après
Breughel de Velour ; elles repréfentent deux Vues
l'une des Environs d'Anvers , & l'autre des Environs
de Bruxelles.
2º. Deux autres Vues des Environs de Bruges ,
d'après le même Breughel de Velour. Les deux
€
44
MERCURE
Tableaux appartiennent à la riche Collection de
M. le Prince de Condé.
3 ° . Deux autres Vues des Environs de Bruges ,
gravées d'après T. Michau.
4. Une Vue des Environs d& Aloft , & une
autre de Lokeren , d'après deux Tableaux de Breughelde
Velour.
5. Une Eftampe en hauteur d'après le Tableau
de Carle du Jardin , fous le titre de la Belle après.
dîner; elle fait pendant à une autre du même format
& d'après le même Peintre. Le prix de chacune
de ces Estampes eft de 3 liv. On les trouve
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis - à- vis la rue
Percée; & à Pâques prochain , rue du Foin , vis- àvis
la Chambre Royale & Syndicale des Librakes.
On y trouvera auffi l'Hiftoire de France en figures,
dont les firjets font compofés par M. Moreau le
jeune ; elle ſe diſtribue par Cahiers aux Soufcripteurs.
La feptième Livraiſon vient de paroître.
Atlas de la Généralité du Berri , confidérée fous
les différens rapports de fa divifion en fept Elections
& en vingt-quatre arrondiffemens ; des chemins qui.
y exiftent & doivent y être ouverts , & des travaux
de la navigation intérieure . Dreffé & cxécuté pour
l'ufage de l'Adminiſtration Provinciale du Berri , par
le fieur Dupain-Triel fils , Ingénieur- Géographe du'
Roi , rue des Noyers S. Jacques , près S. Yves ;
prix 3 liv. On trouve à la même adreffe un dépôt
des Cartes de l'Académie ; un afſortiment de Cartes
des meilleurs Auteurs , différens Atlas pour l'étude ,
& généralement tout ce qu'on peut defirer en Géographie.
Tableau de comparaifon de tous les Thermomètres
qui ont parujufqu'à préfent , pour fervir de fuite à
DE FRANCE.
48
rOuvrage intitulé : Defcription & ufage des Baromètres
, Thermomètres & autres inftrumens météorologiques.
Par M. Goubert, Ingénieur & Conftruéteur
d'Inftrumens de Phyfique. Prix 2 liv. 8 fols , avec
ledit Ouvrage & féparément 1 liv. 16 fols. A Paris ,
chez Jombert le jeune , Libraire , rue Dauphine ; &
chez l'Auteur , même rue , vis-à-vis la rue Contrefcarpe
, chez le Fripier.
QUATRE
MUSIQUE.
BATRE Quatuors & deux Quintetto , Dialogués
& Concertants pour deux Violons , Alto &
Baffe obligés , composés par J. Cambini , OEuvre
XXIII. Prix ,, livres. A Paris , chez Michaud , rue
des Mauvais- Garçons , près celle de Buffy , & aux
adreffes ordinaires.
Première Symphonie concertante à deux Violons
& Violoncelle obligés , deux Violons ripieno ,
deux Altos & Baffe , deux Hautbois & deux Cors,
di Chrift. Stumpf. Prix , 4 liv. 4 fols. A la même
adreffe .
Six Duos per Flauto & Viola obligato , del
Signor G. Cambini, OEuvre IV de Duo. Prix , 7 1 4 .
A Paris , chez Muffard , rue Aubry-le-Boucher , maifon
du Marchand de vin , & aux Adreffes ordinaires.
Mufique des Amours d'Eté , Divertiſſement en un
Acte & en Vaudevilles , par MM. Piis & Barré ,
Prix , 1 liv . 16 fols. A Paris , chez Lavialle l'Ecuyer ,
Cour du Commerce , & chez Brunet , Libraire , à
côté de la Comédie Italienne.
46
MERCURE
ANNONCES LITTÉRAIRES.
NOUVEAUX
UVEAUX Effais hiftoriques fur Paris , pour
fervir de fuite & de Supplément à ceux de M. de
Sainte- Foy, 2 vol. in- 12 . Prix, brochés 4 liv. 4 fols.
A Paris , chez l'Auteur , rue de Sorbonne , & chez
Belin , rue S. Jacques. On trouve aux mêmes adreffes
les Anecdotes fur les moeurs de la Capitale , vol.
in-12. Les trois volumes enfemble fe vendent 4 liv.
Io fols pour les Soufcripteurs , & 6 pour les perfonnes
qui ne voudront pas foufcrire .
La vie est unfonge , Hiftoriette Orientale , traduite
du Perfan , vol. in- 12 . Prix . 1 liv. 4 fols . A Paris
chez le même Libraire.
>
L'Art de faire le bon Cidre , avec la manière de
cultiver les pommiers & poiriers , felon l'ufage de
Normandie. Par le Marquis de Chambray. V. in- 12.
Prix 18 fols. A Paris , chez Lamy , Libraire , quai
des Auguſtins .
en
Edouard Montrofe , Tragédie Allemande ,
5 Actes & en Profe , traduction libre , par M. l'Abbé
Maydieu , Chanoine de l'Eglife de Troye , in - 8 ° .
Prix 1 liv. 10 fols. A Paris , chez Barois le jeune ,
quai des Auguſtins.
Lamy , Libraire , quai des Auguſtins , vient d'acquérir
le fonds des OEuvres d'Homère , traduites
en françois par M. Bitaubé .
L'Odyffée s'imprimera fous peu , & l'Iliade , en
3 Vol. in- 8 ° . , eft actuellement en vente. Le prix
eft de 12 livres brochés en papier ordinaire , & imprimé
fur papier fin d'Angoulême 15 livres brochés,
& 18 livres reliés . On a fait tirer douze Exemplaires
DE FRANCE. 47
avec le plus grand foin fur grand papier de Hollande
, dont le prix eft plus cher.
L'Automate, Comédie en un Acte , mêlée d'Arriettes
, par M. Cuinel d'Orbeil , Mufique de M. Rigel,
repréſentée par les Comédiens Italiens , le 20 Août
1781 , in- 8 °. A Paris , chez Brunet , Libraire , rue
Mauconfeil. On trouve chez le même Libraire les
Euvres Dramatiques de M. Mercier , 2 vol. in- 8°
avec figures. Prix 4 liv. 10 fols . Les Pièces que renferment
ces deux volumes font Genneval , le Défer-
Olinde & Sophronime , l'Indigent , le Faux
Ami , & Jean Hennuyer.
L'Impromptu du Jour , on la Fête Champêtre ,
divertiffement en un Acte & en Vaudevilles , à l'occafion
de la naiffance de M. le Dauphin. Par M.
Raté , in- 8°. Prix 1 liv . 4 fols. A Paris , chez Defnos,
& chez tous les Marchands qui vendent les Nouveautés.
On trouve chez Defnos , l'Almanach de l'Heureufe
Année , ou les Voeux de la France accomplis par la
fécondité de la Reine , pour l'année 1782 , avec
figures & Chanfons. Prix , relié en marroquin ,
4 liv. 10 fols.
Moutard , Libraire - Imprimeur de la Reine ,
Hôtel de Cluni , rue des Mathurins , mettra en vente,
le 3 Décembre 1781 : Les OEuvres complettes de
M. l'Abbé de Voisenon , s vol . in- 8 ° , avec fon
portrait. MM. les Soufcripteurs font priés d'envoyer
retirer leur Exemplaire en faiſant remettre leur quittance
de foufcription , & 9 liv. Les perfonnes qui
voudront avoir leur Exemplaire relié payeront 6 liv.
pour la reliûre des 5 volumes. On donnera encore
cet Ouvrage à 18 liv,, prix de la Soufcription , juf
qu'au premier Janvier 1782 ; mais à cette époque te
I
48 MERCURE
prix en fera fixé à 21 liv . On vient de mettre en
vente chez le même Libraire , l'Hiftoire de la dernière
Révolution de Suéde , précédée d'une analyfe de
l'Hiftoire de ce Pays , pour développer les vraies
cauſes de cet événement , par Jacques le Scène Def-.
maifons , in- 12 . de 347 pages. Prix 2 liv. 10 fols
relié , & 2 liv. broché.
Barbou , Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins ,
vient de mettre en vente les Livres fuivans , 1º.
Cornelius Nepos , traduit en François avec le texte
Latin , par M. Paul. Le même Auteur a déjà donné la
traduction de Florus, de Velleius Paterculus & de
Juftin. 2 ° .Quint- Curce, traduit par M. Bauzée, 2 vol.
in- 12 reliés , 5 liv. 3 ° . Sallufte , traduit par le même
Auteur , troisième Edition , in- 12 . 2 liv, 10 fols.
4° . Hiftoires choifies des Auteurs profânes , traduction
du Livre intitulé : Selecta è prophanis fcriptori.
bus Hißoria , un Vol . in- 12 . relié , 3 liv. On
trouve chez le même Libraire , Selecta è novo teftamento
Hiftoria , avec la traduction , & Selecta , è
veteri teftamento Hiftoria , auſſi traduit en François.
VE
TABLE.
ERS à Mlle Jourdain ,
A un Riche Infolent ,
Extrait d'un Mémoire fur
curgue ,
Air d'Adèle de Ponthieu ,
Enigme & Logogryphe ,
Hiftoire Naturelle des
feaux ,
27 3 Herbier de la France ,
4 Legs d'un Père à fes Filles, 31
A adémie Royale de Mufiq. 35
Lettre à l'Auteur du Plutarque
François ,
Ly
6
I
18 Gravures ,
Oi- Mufique ,
20 Annonces Littéraires ,
APPROBATION.
38
43
45
46
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 1 Décembre. Je n'y ai
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreflion. A Paris
le 30 Novembre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 8
DÉCEMBRE 1781 .
PIÈCES
FUGITIVES
EN
VERS ET EN
PROSE.
VERS
Pour mettre au bas du Portrait de Louis XVI..
SI tout un Peuple entier , de fes Rois
amoureux ,
Suffit au bonheur de fon Maitre ,
Henri quatre adoré , fans doute fut heureux :
Henri le fut , Louis doit l'être.
(Par M. Latour de
Lamontagne. )
L'INCONSÉQUENCE ,
Epigramme.
UN
grand
bavard alfoit par-tout
difant
Que pour la folitude ayant un fort
penchant ,
Il fe feroit
Chartreux de
préférence :
Eh !
Monfieur , ( lui dit un plaifant )
Comptez-vous pour rien le filence ?
(Par M. l'Abbé Dourneau. )
Samedi 8 Décembre 1781 .
50 MERCURE
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'énigme eft le Ver à foie ; celui du Logogryphe
eft Moulin , où fe trouvent mi , Lyon , Ino , limon,
Nil , lin , lion , mil , limon , vin , Milon , vol , vol.
ENIGM E.
Je donne en dix à deviner
Au plus expert en ce manège ,
Un champ qu'on ne peut moiffonner
Qu'alors qu'il eft couvert de neige.
( Par C.... )
LOGO GRYPH E.
DANS mes fept pieds je fuis du genre maſculin ;
Orez-en deux , je ſuis du féminin ;
Et malgré ma métamorphofe ,
Je fuis toujours la même chofe.
( A la Ciotat, par le jeune Auteur
du Logogryphe de la Vitre. )
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ENCYCLOPÉDIE MÉTHODIQUE ,
ou par ordre de matières , par une Société de
Gens de Lettres , de Savans & d'Artiftes; précédée ;
d'un Vocabulaire univerfel , fervant de Table
pour tout l'Ouvrage , orné des Portraits de
MM. DIDEROT & D'ALEMBERT , premiers
Editeurs de l'Encyclopédie ; publiée en deux
formats , in-4°. à trois colonnes , quarante-deux
volumes de Difcours &fept volumes de Planches ;
& in-8°. à deux colonnes , en quatre-vingt- quatre
volumes de Difcours & fept volumes de Planches ;
imprimée fur papier grand - raifin , caractère
formats , juftification & papier pareils au modèle :
ci-joint; propofée par foufcription , au même
prix de fix cens foixante - douze livres pour
chaque Edition (1) .
·
S
La méthode des Dictionnaires inconnue à l'antiquité , eft d'une utilté
qu'on ne peut contefter : ils font faits pout être le Dépôt des Sciences
& l'Encyclopédie imaginée par MM. D'ALEMBERT & DIDEROT , achevée ,
par eux & par leurs Affociés , avec tant de ſuccès , malgré fes défauts ,
en eft un affez bon témoignage.
VOLTAIRE, Q. fur l'Encycl . p. 278 , T. III , & Mélanges.
On foufcrit à PARIS , chez PANCKOUCKE , hôtel de
Thou , rue des Poitevins ; à LIÈGE , chez PLOMTEUX ,
Imprimeur des États ; & chez tous les Libraires & Directeurs
des Poftes de l'Europe.
ec UNE NE Encyclopédie par ordre de matières étant ,
par fa nature , une Bibliothèque complette de toutes
(1). Cette Edition , par la combinaiſon du format , du papier ,
du caractère & de la réduction des Planches , quoique contenant
réellement l'équivalent de treize volumes in-folio de Difco
S
Cii
52
MERCURE
les connoiffances humaines , nous croyons que nos
» Lecteurs nous fauront gré de leur donner prefque en
» entier le Profpeclus général qui paroît actuellement
» de cette entreprife , la plus grande , la plus utile
& la plus importante qu'on puiffe faire en Librairie.
Le Profpectus général étant compofé de vingt - fix
Profpectus particuliers , & chacun de ces Profpectus
étant déjà très - abrégé , auroit trop perdu à l'être
davantage. Le grand Profpectus fe donne gratis aux
Soufcripteurs. Il en paroit en même temps un abrégé
» qui fe diftribue gratis au Public ».
Les hommes de génie , qui , vers le milieu du dix- huitième
fiècle , ont entrepris de parcourir le cercle & d'embraffer
la chaîne des Sciences , de rendre compte au genre
humain de fes connoiffances & de fes lumières , de lui
révéler le fecret de fes richeffes , d'en mettre le dépôt
entier fous les yeux pour l'encourager & l'aider à en
acquérir de nouvelles , en lui montrant le point où il eſt
parvenu & celui où il peut s'élever encore ; ces hommes
font fans doute des Citoyens précieux : ils ont bien mé
rité des Lettres , de la Patrie & de l'Humanité.
Mais après la gloire d'avoir produit un Livre fi utile ,
il en eft une dont on doit encore être jaloux ; c'eft celle
de donner à ce même Livre tous les degrés d'utilité dont
il eft fufceptible : c'eft l'objet de cette Encyclopédie méthodique
, ou par ordre de matières.
Pour donner au Public une idée de ce qui refte à faire
fi l'on veut porter ce grand Ouvrage à fa perfection ,
nous citerons le jugement que M. Diderot , un des principaux
Editeurs de l'Encyclopédie , en a lui- même porté.
« L'imperfection de l'Encyclopédie a pris fa fource
dans un grand nombre de caufes diverfes. On n'eut pas
» le tems d'être fcrupuleux fur le choix des travailleurs .
Parmi plufieurs Hommes excellens , il y en eut de foi-
1.
de plus que la première Édition de l'Encyclopédie in-folio
compris fon Supplément , & le même nombre de Planches
né reviendra cependant aux Soufcripteurs qu'à 672 livres ;
c'eft- à-dire , à-peu-près au tiers du prix de la première Édition
in folio , puifqu'elle ne coûte que moitié , & qu'elle eft augmentée
de plus de moitié du Difcours , chacun des volumes
ou deux volumes in- 8°. comprenant un volume in-folio
cens feuilles de la première Edition,
DE FRANCE. 5
» bles , de médiocres , & de tout-à-fait mauvais ; de - l
» cette bigarrure dans l'Ouvrage , où l'on trouve un
» ébauche d'écolier à côté d'un morceau de main de ma
» tre ; une fottife voifine d'une chofe fublime ; une pag
» écrite avec force , pureté , chaleur , jugement , raifon
» élégance, au verfo d'une page pauvre, mefquine , plat
» & miférable. Les uns travaillant fans honoraires , pa
» pur attachement pour les Editeurs & par goût pou
» l'Ouvrage , perdirent bientôt leur première ferveur
» d'autres, mal récompenfés , nous en donnèrent, comm
» on dit , pour notre argent ; ... il y en eut qui remiren
» toute leur befogne à des efpèces de Tartares qui s'e
» chargèrent pour la moitié du prix qu'ils en avoient reçi
» Les articles communs à différentes matières ne furen
» point faits , précisément parce qu'ils devoient l'être pa
plufieurs ; on fe les renvoyoit l'un à l'autre. L'art d
» faire des renvois , fuppofe un jugement bien précis ..
» L'on négligea de remplir les renvois qui appartenoien
» à la partie même dont on étoit chargé .... On trouve
» fouvent une réfutation à l'endroit où l'on alloit cher
» cher une preuve ... Il n'y eut aucune correfpondance
» rigoureuſe entre le difcours & les figures , & c . »
Nous fommes bien éloignés d'adopter en entier_c
jugement un peu rigoureux fur un Ouvrage dont M. Di
derot pouvoit fe croire en droit de faire les honneurs
car fi l'Encyclopédie , confidérée dans chacune de fe
parties féparées , eft très -incomplette , il n'eft pas moin
vrai qu'elle renferme une multitude d'articles excellens
faits de main de maître , auxquels il faut bien fe garder d
toucher. Ily a même des parties prefque entières , comm
les Mathématiques , la Littérature , les Arts & Métier
méchaniques , qui font plus complettes dans l'Encyclo
pédie que dans aucun autre Ouvrage ; & on ne doit jamai
perdre de vue , en corrigeant & en complettant ce Dic
tionnaire , en lui procurant les degrés de perfection qu
lui manquent , qu'il a été compofé en grande partie , pa:
les Hommes les plus célèbres de notre Nation , & que
dans fon état d'imperfection , il eſt encore un des plu
grands monumens que les hommes , dans aucun tems
aient jamais élevé à la gloire des Lettres , des Science
& des Arts.
M. de Voltaire defiroit ardemment une nouvelle Ed
Ci
54 MERCURE
tion de l'Encyclopédie , où les fautes de la première
fuffent corrigées : c'étoit pour cette nouvelle Edition
qu'il avoit fait fes Queflions fur l'Encyclopédie.
Mais le grand défaut général de l'Encyclopédie , celui
qui rendoit cette nouvelle Edition abfolument néceffaire ,
regarde le plan même. Ce défaut eft la confufion des
objets réfultante de la loi qu'on s'étoit faite mal-à-propos
de renfermer toutes les connoiffances humaines dans un
feul & même Dictionnaire , au lieu de donner à chaque
Science , à chaque Art fon Dictionnaire particulier. Dans
ancienne méthode , tous les articles fembloient jettės
u hafard , tous étoient égarés , déplacés , étrangers les
uns aux autres , coupés & féparés les uns par
les autres
ien ne fe tenoit , c'étoit l'image du cahos ; les objets les
plus difparates fe rapprochoient , les objets analogues fe
fuyoient , & quiconque a voulu mettre de la fuite & de
enfemble dans l'étude d'une Science , a été obligé d'en
affembler péniblement les divers articles difperfés dans
vingt-un volumes in -folio , & comme perdus dans ce
vafte océan ; de faire , en un mot , pour fon ufage particuier
ce que nous faifons aujourd'hui pour l'ufage du Public.
On ne peut trop faciliter au Lecteur l'inſtruction , furout
dans un Livre deſtiné à l'inftruire de tout ; & on ne
peut mettre trop d'ordre dans un Livre qui raffemble
toutes les connoiffances .
Il faut que chaque Science ait fon_Dictionnaire , &
que ce Dictionnaire foit comme un Traité complet fur
ette Science.
Mais les idées de Dictionnaire & de Traité ne fontelles
pas contradictoires ? Non , & c'eft à concilier ces
deux chofes que cette nouvelle Edition eft principalement
confacrée.
Quelques perfonnes auroient voulu qu'on eût aban➡
lonné la forme de Dictionnaire , comme effentiellement
ontraire à l'enſemble & à l'unité , & que l'Encyclopédie
' eût été qu'une fuite de Traités fur les différentes Sciences.
Ces perfonnes fe trompoient ; ç'auroit été multiplier
es difficultés de l'inftruction , & par conféquent aller
directement contre le but.
Il faut , dans un Ouvrage de cette nature , que tout
homme trouve au moment où il le defire une inftruction
ile fur l'objet dont il veut être inftruit , & fur cet objet
DE FRANCE.
55
feulement : on veut éclaircir un point , fe rappeller un
trait , une anecdote , favoir la fignification d'un mot ,
l'ufage d'un inftrument , l'origine d'une inftitution , &c.;
or c'eft ce qui ne peut fe trouver que dans un Dictionnaire
, fans être obligé de parcourir des Traités entiers où
fouvent , après de pénibles recherches , on finit par ne
point trouver ce dont on a befoin.
Mais s'il faut faciliter l'inftruction particulière & l'étude
des détails , ce qui ne peut fe faire que par un Dictionnaire
, il faut , d'un autre côté , faciliter l'inftruction générale
& l'étude de l'enfemble , ce qui ne peut fe faire que
par un Traité ; il faut donc que , fuivant le befoin de
l'inftruction & le defir du Lecteur , le Dictionnaire puiffe
facilement fe convertir en un Traité ; c'eft ce qui arrivera
au moyen d'une indication que donnera chaque Auteur
de l'ordre dans lequel les divers articles doivent être
lus , pour former un Traité fuivi & complet fur chaque
matière : par-là tout fera remis à fa place , cette Encyclopédie
, par ordre de matières , réunira les avantages &
des Dictionnaires & des Traités , fans avoir les inconvéniens
de l'une ni de l'autre méthode , & tous les ordres
de Lecteurs feront fatisfaits.
•
« On ne pourra plus , dit un des Auteurs de la nou-
» velle Encyclopédie , dire d'un Ouvrage exécuté ſur
» ce Plan , ce que les gens mal intentionnés difoient
avec exagération de l'ancienne Encyclopédie , mais ce
» qu'ils ont pu quelquefois dire avec fondement de plufieurs
de fes parties , qu'elle ne tenoit lieu de rien à
» ceux qui vouloient approfondir & qui defiroient une
» inſtruction fuivie , qu'elle trompoit l'efpérance même
» de ceux qui ne vouloient qu'y retrouver des faits
n ou qu'y chercher des définitions ».
Le célèbre Bacon , qui a donné la première idée de cet!
Ouvrage , ne fe propofoit pas d'en faire un feul Dictionnaire
; il favoit que cette forme trop générale qui
fépare ce qui devroit être joint , qui rapproche ce qui
devroit être féparé , qui mêle les Sciences les plus fublimes
avec les Métiers les plus médiocres , n'étoit point
propre à fon plan.
Supérieurs à Bacon & placés dans un fiècle plus éclai
ré, MM. d'Alembert & Diderot entreprirent ce qu'i
n'avoit fait que projetter. Ces deux grands Philofoph
Civ
36 MERCURE
favoient bien que la nomenclature n'étoit convenable
qu'aux feuls ouvrages qui ne traitent qu'une matière , comme
cela a lieu dans cette Edition ; & ils n'ignoroient pas
combien cette même nomenclature avoit d'inconvéniens
pour un recueil qui embraffoit toutes les matières ; mais ,
croyant ne faire que dix volumes , ces inconvéniens leur
parurent fupportables. Malgré cela , il n'en fera pas moins
vrai qu'un des plus beaux monumens de l'efprit humain
eft dû à leurs travaux ; & bien loin de chercher à leur
en enlever la gloire , on ſe propoſe de rendre ce monument
plus durable , plus digne des regards de la poſtérité ,
en perfectionnant fa conftruction , complétant toutes fes
parties , & donnant au tout une meilleure forme.
Voici donc en général les principaux objets qu'on s'eft
propofés dans cette nouvelle Édition par ordre de matières.
1º. La correction des fautes dont tout le mérite & toute
l'attention des Auteurs n'ont pu préferver la première,
2º. L'addition de toutes les parties de Sciences &
d'Arts , & de tous les articles omis , ainfi que les notions
acquifes poftérieurement à cette première Edition .
3°. Le complément de la nomenclature de toutes les
parties.
4°. La correfpondance rigoureufe entre le Difcours
& les Planches.
5º. La réduction de ces mêmes Planches , la fuppreffion
des inutiles , & leur remplacement par d'autres plus utiles.
6º. La réforme d'un plan trop peu favorable à l'inftruction
, & qui rejettoit fur le Lecteur une peine que
l'Auteur doit toujours lui épargner.
Quant au plan de travail adopté par les Auteurs &
Rédacteurs de cette Encyclopédie méthodique , on fent
que le fuccès de cette nouvelle entrepriſe ne peut dé
pendre que de la perfection de chacune des parties .
La première & la principale attention de chaque Auteur
, a été de circonfcrire fon travail , de bien connoître
les limites dans lefquelles il devoit fe renfermer , & de
dreffer le plan de la Science ou de l'Art dont il s'eft
chargé , de manière qu'il n'y ait ni doubles emplois ni
omiffion des articles communs à plufieurs Sciences , par
le renvoi que les divers Auteurs s'en feroient les uns
aux autres comme M. Diderot s'en plaint dans le
morceau que nous avons cité .
,
DE FRANCE. 57
Ces limites ont été quelquefois difficiles à fixer ; il y
a des Sciences qui embraffent tout ce qu'on veut &
dont le circuit n'a jamais été bien déterminé ; telles font ,
par exemple , les Sciences économiques. Les Auteurs
fentent qu'il n'y a qu'un concert parfait entre eux qui
puiffe conferver à cet Ouvrage le caractère d'unité dont
il a befoin.
Un des défauts principaux de l'ancienne Encyclopédie
confifte dans l'imperfection de la nomenclature , qui fait
qu'on a quelquefois de la peine à y trouver ce qu'on y
cherche il y a telle Science , comme la Marine , où il
manque plus de trois quarts des mots , & il n'y en a aucune
où il n'en manque un très-grand nombre : il a donc
fallu que chaque Auteur , dans la nouvelle Edition ,
s'attachât à compléter fa nomenclature , & recherchât
dans les Ouvrages originaux , publiés fur chaque Science ,
tous les mots qui ont pu échapper aux premiers Auteurs
de l'Encyclopédie.
Pour ne pas tomber dans l'inconvénient de l'omiffion
des mots communs à pluſieurs Sciences ou Arts , on a
jugé à propos de faire un relevé exact de ces mots , pour.
que chacun pût voir comment & jufqu'à quel point ils
font de fon domaine.
L'article Air , par exemple , fera également traité par
le Chymifte , le Phyficien , le Médecin ; tous doivent en
parler , mais différemment & fans fe répéter. Le Chymifte
parlera de la décompofition de l'air & de fes différentes
eſpèces. Le Phyficien l'envifagera comme élément
, & parlera des différentes expériences auxquelles
on le foumet ; il le confidérera comme un des grands
moyens que la nature emploie , foit comme reffort de
la végétation , foit comme une des principales caufes des
météores & des vents : le Médecin confidère plus particuliérement
l'air par rapport à fa falubrité , à fon action
fur le corps humain , à fa quantité dans les alimens. Cet
exemple fuffit pour rendre fenfible toute cette théorie
des mots communs , & pour prévenir toute confufion
dans les divers emplois qu'on en fera .
L'étendue de chaque Dictionnaire doit être réglée fur
l'utilité de chaque Science & fur les progrès qu'elle a
faits ; ce qui n'a pas toujours été affez obfervé dans l'ancienne
Encyclopédie , dont plufieurs articles ont befoin
Cy
58
MERCURE
d'être abrégés , & plufieurs autres d'être étendus pour
pouvoir être ramenés à cette règle de proportionner tout
au degré d'utilité. Il eût été très-inutile de travailler à de
nouveaux Dictionnaires , s'ils ne devoient pas l'emporter
fur ceux qui exiftent dès-à-préfent fur chaque matière.
Il faut que cet Ouvrage , effentiellement le plus utile de
tous dans fon enſemble , le foit de plus , non -feulement
dans la diftribution de fes parties , mais encore dans la
manière dont chaque article fera traité .
Chaque Traité ou Dictionnaire ( car nous prenons indifféremment
ces deux mots l'un pour l'autre , puifque le
Dictionnaire deviendra toujours un Traité au moyen de
l'indication de l'ordre où les articles doivent être lus ) ,
chaque Traité contiendra des définitions de tous les termes
de la Science & de l'Art qu'il a pour objet , une expofition
fuccincte des différens fyftêmes , l'hiftoire abrégée
de la Science & de fes progrès ; enfin , tout ce qu'il y a de
vrai , de réel , & fur- tout d'utile dans chaque Science &
dans chaque Art. Le ftyle doit être toujours relatif au
fujet ; chaque chofe a fon ton , & cette diverfité de tons ,
felon la matière , eft une fource de variété dont cet Ouvrage
immenfe a befoin.
A la tête de chaque Dictionnaire , il y aura un Difcours
préliminaire & un Tableau d'analyfe , pour indiquer ,
comme nous l'avons dit , l'ordre dans lequel tous les mots
doivent être lus , comme fi chaque Dictionnaire n'étoit
qu'un Traité didactique : par ce moyen le Lecteur voit ,
pour ainfi dire , d'un feul coup- d'oeil le tableau de chaque
Science & la liaifon de tous les mots qui y ont rapport ,
ou plutôt de toutes les idées qui en font les élémens .
On aura foin de ne pas trop multiplier les renvois , on
en fera même heureuſement difpenfé par ce Tableau
d'analyfe , par cette indication de l'ordre encyclopédique
des mots de chaque Dictionnaire ; fi cependant quelques
articles exigent des renvois , on aura grand foin de les
remplir à l'endroit indiqué ( 1 ) .
Nous venons de tracer les engagemens généraux que
prend avec le Public la Société entière des Auteurs &
Rédacteurs de la nouvelle Encyclopédie : voyons les
(1 ) Voyez le Profpectus général pour plus de détails fur ces
bjets. Il fe diftribue gratis aux Soufcripteurs.
DE FRANCE. 5
Engagemens particuliers que prend chacun d'eux , rel
tivement à la Science dont il fe charge .
[ I. ] LES MATHÉMATIQUES ; par M. l'Abbé BossUT
de l'Académie Royale des Sciences ; & quant à la part.
aftronomique, par M. DE LA LANDE , de la mên
Académie, deux volumes in-4° . ou quatre volumes in-8°. ( 1
LA partie mathématique de l'Encyclopédie eft regar
dée univerfellement comme l'une des meilleures de c
grand Ouvrage. On fait que M. d'Alembert en a compof
ou revu la plupart des articles. Ce grand Géometre
admiré dans toute l'Europe par la multitude & l'impo
tance des découvertes dont il a enrichi les Mathémat
ques , & par fon vafte génie qui embraffe tous les objets
s'eft livré fans réferve , pendant plufieurs années , à c
travail pénible , principalement aux articles qui regarder
les Mathématiques tranfcendantes. Toutes les grande
découvertes qui fe font faites dans la Géométrie , dans l
Dynamique , dans l'Aftronomie phyfique , &c. y for
rapportées , analyfées , développées ; & prefque toujour
l'Auteur y joint des vues nouvelles & profondes.
Mais comme les Mathématiques font cultivées avec un
ardeur qui augmente tous les jours , elles ont fait des prc
grès confidérables , fur-tout quant à la partie analytique
depuis que la première Edition de l'Encyclopédie a pari
Il falloit donc faire connoître ces progrès. M. le Marqu
de Condorcet , l'un des plus profonds Analyftes & de
plus beaux Génies de ce fiècle , a fourni plufieurs mo
ceaux excellens , déjà imprimés dans les Supplémens
l'ancienne Encyclopédie.
Dans le nouveau Dictionnaire que nous nous propo
fons de publier, nous conferverons les articles de M. d'A
lembert & de M. le Marquis de Condorcet. La fanté
les diverfes occupations de M. d'Alembert ne lui perme
tent pas de partager notre travail ; mais du moins il
promis de nous remettre différentes additions qu'il a fa
tes , il y a long-tems , à plufieurs de fes articles de Math
matiques , & qu'il avoit deftinées aux futures Editions c
(1 ) Chacun de ces volumes in-4°. comprend un volume i
folio de Difcours , de 200 feuilles , du caractère de la premièr
Edition de l'Encyclopedie. Voyez la Note , pages 51 & 520
Cvj
60 MERCURE
J'Encyclopédie : par ce moyen il aura part encore à l'Edi
tion du Dictionnaire que nous annonçons. M. le Marquis
de Condorcet fe charge non - feulement de revoir les articles
qu'il a déjà donnés , mais il nous en fait eſpérer de
nouveaux que nous imprimerons avec reconnoiffance.
Nous ajouterons les chofes qui nous paroîtront néceffaires
pour compléter la partie des Mathématiques tranfcendantes
; & pour rendre cet Ouvrage d'une utilité plus
générale , nous referons prefque entièrement la partie des
Mathématiques élémentaires , dont M. d'Alembert ne
s'étoit point chargé dans l'ancienne Encyclopédie , & à
laquelle on n'avoit pas donné tous les foins qu'elle mérite ,
pour la clarté , la méthode & la préciſion.
Tel eft donc le plan que nous tâcherons de remplir ,
foit au moyen des fources que nous venons d'indiquer ,
foit par notre propre travail.
1º. On s'attachera fcrupuleufement à former une nomenclature
complette de tous les termes qui appartiennent
aux différentes branches des Mathématiques.
2º. On fera une réviſion très - exacte de tous les articles
de l'ancienne Encyclopédie & des Supplémens ; on complétera
ou on refera entiérement à neuf ceux de ces articles
qui en auront beſoin.
3°. Nous traiterons , avec le plus grand foin , tous les
objets de curiofité ou d'utilité , comme , par exemple , le
calcul des probabilités dans les jeux de hafard ; les machines
hydrauliques ; les canaux de navigation , &c.
4°. Nous mettrons à la tête du Dictionnaire un Dif
cours qui contiendra l'Hiftoire abrégée des Mathématiques
, depuis leur origine jufqu'à nos jours. Ce Difcours
qui fera connoître ce qu'on doit aux grands Hommes qui
ont élevé l'édifice des Sciences , pourra intéreffer les Mathématiciens
, & en général tous les Lecteurs qui aiment à
obferver la marche & les progrès de l'efprit humain .
5. Nous joindrons au Difcours précédent une Table
ordinale des articles , dans laquelle nous tâcherons d'indiquer,
autant qu'il fera poffible , l'ordre fuivant lequel les
articles du Dictionnaire doivent être lus pour être bien
entendus,&pour former un corps méthodique de doctrine.
ASTRONOMIE.
RONOMIE , qui eft aujourd'hui fi cultivée , fi reDE
FRANCE. 61
cherchée , fi utile , doit occuper une place confidérable
dans le Dictionnaire de Mathématiques.
M. d'Alembert l'avoit fait entrer dans l'Encyclopédie ;
mais ce grand Géomètre ayant une partie immenfe à faire
dans ce grand Ouvrage , n'avoit pu fe livrer aux explications
ni aux détails de l'Hiftoire & de la pratique de
l'Aftronomie , des méthodes ingénieufes , & des applications
curieufes de cette belle Science.
Lorfqu'on fit les Supplémens , M. d'Alembert defira
lui- même qu'un Aftronome de profeffion , tel que M. de
la Lande , qui venoit de donner un Traité complet d'Aftronomie
en 3 volumes in- 4°. fe chargeât de cette branche.
Auffi les Supplémens contiennent-ils un grand nombre
d'articles , dont quelques-uns font affez étendus ; par
exemple , la maniere de calculer les éclipfes & de trouver
l'orbite d'une comète , & c.
Quand on a voulu réunir les articles anciens avec ceux
des Supplémens , il s'eft trouvé 350 pages in -folio d'Aftronomie.
Mais il eût été impoffible de conferver les articles
fous cette forme , le rapprochement rendoit trop fenfible
le défaut de cohérence qu'il y a néceffairement entre des
articles faits par deux Auteurs , dans des tems fort éloignés
, & fur des plans fort différens. M. de la Lande a donc
été obligé de refondre , pour ainfi dire , la partie Aftronomique.
Frente ans d'exercice dans toutes les branches de
l'Aftronomie ancienne & moderne , le mettoient dans le
cas de ne rien oublier , & de choifir toujours les méthodes
réellement utiles parmi celles qui ne font que curieufes ;
de faire connoître les réfultats les plus certains des obfervations
les plus récentes , enfin d'affigner à chaque chofe
le degré de certitude ou de probabilité qui lui convient.
L'habitude de profeffer lui a fourni le moyen d'être trèsclair
, de prendre les routes les plus fimples & les plus
faciles à faifir pour le commun des Lecteurs.
Le mot Aftronomie contiendra l'enſemble & le tableau
de toute la fcience , fait de manière que tous les termes qui
font en petites capitales , font eux- mêmes les articles qu'il
faut chercher dans le Dictionnaire , pour fuivre tous les
détails de l'Aftronomie , & en faire un cours complet.
Enfin l'on trouvera dans les principaux articles ,
10. l'Hiftoire des grandes découvertes de l'Aftronomie
fuivant la marche même des inventeurs ; 2°. une idée
62 MERCURE
claire des méthodes qui ont fervi ou qui fervent encore
à déterminer exactement les circonftances des mouvemens
céleftes ; 3 ° , les derniers réſultats de toutes les recherches
qui , depuis un fiècle , ont étendu ou perfec
tionné les connoiffances des Savans en Aftronomie.
M. de la Lande s'eft chargé auffi des applications de
l'Aftronomie à la Guomonique , à la Géographie , à la
Navigation.
Quant aux calculs des Attractions céleftes qui ont produit
tant de volumes de nos plus favans Géomètres, on ne
pouvoit ici que donner une idée des méthodes , & en faire
connoître les réfultats, & M. l'Abbé Boffut s'en eft chargé.
[ II. ] LA PHYSIQUE; par M. MONGE , Profeſſeur
de Phyfique à Mezières , & de l'Académie Royale des
Sciences, un volume in- 4° .
Il n'y a pas de Science , fi l'on en excepte la Chymie ,
qui ait fait plus de progrès que la Phyfique depuis l'Edition
de l'Encyclopédie , peut- être parce queles efforts des
Savans ayant été jufqu'alors dirigés vers les Mathématiques
, cette Science étoit , pour ainfi dire , reftée dans fon
berceau , & que par conféquent fes progrès étoient plus
faciles ; peut -être auffi parce que , d'une part , les Phyficiens
fe font trouvés aidés des fecours d'un plus grand
nombre de coopérateurs , & que de l'autre , ils ont fu
mettre à profit les nouvelles découvertes de la Chymie ,
& les procédés des Arts.
La Phyfique a pour objet les propriétés des corps ; parmi
ces propriétés , les unes conviennent à toutes les particules
de la matière , & les affe&tent toutes de la même
manière ; de cet ordre font l'étendue , l'impénétrabilité ,
la mobilité , l'inertie , la pefanteur... &c. : les autres ne
conviennent aux différens corps qu'en tant qu'ils font
compofés d'une certaine manière des premiers élémens ,
quelles que foient les fubftances auxquelles on puiffe
donner cette dénomination . De- là fuit la divifion naturelle
de cette Science en Phyfique générale & en Phyfique
particulière.
La Phyfique générale eft encore dans le même état où
elle étoit à l'époque de la première Edition du Dictionnaire
encyclopédique les effets des propriétés générales des
étant d'ailleurs de nature à être foumis au calcul ,
DE FRANCE. 63
& les articles de l'Encyclopédie qui ont rapport à ces propriétés
, ayant été ou entiérement rédigés ou revus par M.
d'Alembert , nous ne pouvons mieux faire que de conferver
tous les morceaux dont ce grand Géomètre a enrichi
cet ouvrage ; nous nous permettrons néanmoins les additions
que comporte l'Hiftoire de la Science , & nous rapporterons
les opinions de quelques Philofophes modernes
fur les affections générales de la matière.
Les propriétés particulières des corps réfultent des propriétés
& de l'arrangement refpectif des élémens qui entrent
dans leur compofition ; la Phyfique particulière doit
donc commencer par traiter des premiers élémens. Mais
le Feu , l'Eau , l'Air & la Terre doivent- ils être regardés
rigoureuſement comme tels , & les principes des corps
peuvent-ils être réduits à un nombre auffi petit ?
On favoit depuis long-tems que le Feu eft le principe
ou la caufe de la fluidité de tous les corps ; mais les découvertes
qu'on vient de faire en Phyfique femblent prouver
que ce fluide très-rare , le feul de tous les corps de la
pefanteur duquel nous ne foyons pas affurés , en eft en
même tems le plus actif , qu'il exerce fur toutes les matières
du Globe une action à laquelle rien ne réfifte , qu'il
fe combine avec toutes , qu'il peut les diffoudre toutes ,
& qu'à mesure qu'il s'unit à elles en plus grande quantité ,
il leur communique plus éminemment fes propriétés , &
principalement la fluidité , un reffort plus grand , une
denfité & une pefanteur fpécifique moindres. Les corps
dans la compofition defquels entre en plus grande quantité
la matière du feu , femblent donc devoir être les plus fluides
, les plus élastiques , les plus rares & les plus volatils.
Notre fonction nous impofant la loi de rapporter les opinions
des différens Phyficiens , les nôtres mêmes , lorfque
nous en aurons de particulières , avec la plus grande impartialité
, nous ne pourrons nous difpenfer de traiter tout
ce qui peut être relatif à cet objet , conformément à ces
nouvelles vues ; ainfi les articles Feu , Flamme , Chaleur ,
Froid , Fluides élastiques , Thermomètre , &c. feront entiérement
refaits .
L'Eau , privée jufqu'à un certain point de la matière
du Feu , fe transforme en un corps folide & dur , qui ne
peut reprendre fa liquidité que lentement , & en abfo
bant une énorme quantité de feu ; elle peut fe dif
64
MERCURE
en entier dans le fluide igné , changer une feconde fois de
forme & devenir un fluide élastique & rare ; elle exerce
la plus grande action fur la plupart des fubftances , &
principalement fur les fluides élastiques ; elle diffout les
uns , & fe diffout complétement dans les autres , & elle
préfente dans ces différentes combinaiſons les phénomènes
analogues à ceux qu'on obferve ordinairement
dans toutes les diffolutions. C'eſt à ces propriétés de
l'Eau , dont quelques-unes n'avoient pas même été remarquées
, que font dus tous les météores aqueux. Nous
fommes auffi certains aujourd'hui de la caufe de la correfpondance
entre les variations du baromètre & les changemens
de conftitution de l'atmosphère , que nous fommes
affurés de la pefanteur de l'air. Comme ces obfervations
font neuves , il eft néceffaire que dans notre Dictionnaire
les articles fuivans , Eau , Glace , Congelation ,
Ebullition , Evaporation , Fumée , Machine àfeu , Météores
aqueux , Pluie , Brouillard , Rofée , Neige , Frimats ,. &c.
foient traités d'une manière abfolument nouvelle .
L'Eau entre tous les jours comme principe conftituant
dans la compofition des corps organifés , & ne peut fortir
de cette combinaiſon que par des moyens incapables de
la rendre toute entière à la circulation . De - là fuit une
diminution lente & continuelle dans le volume des eaux ,
& leur retraite de deffus la furface du globe . Cette idée
que nous devons à un philofophe dont nous craindrions ,
en le nommant , d'offenfer la modeftie , fera développée
aux articles Eau , Organifme , &c.....
Les expériences multipliées & nouvelles que l'on a
faites fur une multitude de fluides aériformes , dont on ne
foupçonnoit pas même l'existence , portent à croire que
ces fubftances ne font point fimples , & que l'Air ne
peut être regardé comme un élément proprement dit.
Comme pefant & conftituant l'atmosphère , ce fluide s'oppoſe
à la dilatation des corps , au dégagement des gas , à
l'expanfion des vapeurs ; comme élastique , il eft le milieu
des fons : une compreffion plus grande diminue fon volume
, une plus grande chaleur augmente fon reffort : fes
molécules ont des propriétés qu'on pourroit appeller
chymiques , & qui cependant doivent trouver place dans
un Dictionnaire de Phyfique. Il diffout l'eau dans certaines
circonstances , il l'abandonne dans d'autres ; il fe comDE
FRANCE. 65
bine avec la matière de la chaleur , & tranfmet celle de la
lumière ; pris dans un certain état de pureté , il est néceffaire
à la combuftion , il entretient la vie des animaux , il
eft la caufe de la chaleur de ceux qui le refpirent , & c.
Quelques- unes de ces vues font nouvelles , & nous obligeront
à faire des changemens aux articles Air , Atmofphère
, Baromètre , &c. , & à refaire à neuf un grand
nombre d'autres.
Nous traiterons de la nature de la Lumière confidérée
en elle- même , de l'action qu'elle exerce fur les différens
corps , de celle qu'elle éprouve de la part des différens
milieux , de fon mouvement & de fon influence fur les
végétaux. Nous expoferons les phénomènes de la vifion ,
les effets qui tiennent à la nature propre de l'organe de
la vue , & qui font indépendans de celle du fluide lumineux
; enfin nous établirons les principes de la Perſpective
aérienne , matière dont on s'eft peut- être occupé , mais
fur laquelle on n'a prefque rien écrit.
On attribue ordinairement les phénomènes de l'Aimant
à l'action d'un fluide capable de communiquer du
mouvement fans en perdre , & de fe divifer fans s'affoiblir.
Nous examinerons les preuves qu'on a coutume
d'employer en faveur de cette opinion , & nous ajouterons
à tout ce qui fe trouve dans l'ancienne Encyclopédie
les nouvelles obfervations fur les variations diurnes de
l'Aiguille aimantée , & fur la correfpondance de ce
dernier phénomène avec l'Aurore boréale.
Nous détaillerons enfin tous les phénomènes de l'Electricité
& les différens fyftêmes qu'on a imaginés jufqu'ici
pour les expliquer.
Le Dictionnaire raifonné de Phyfique que M. Briffon,
de l'Académie Royale des Sciences , vient de publier , &
qui étant destiné à être vendu féparément , a dû contenir
beaucoup de chofes qui ne doivent pas entrer dans notre
plan , en contient une multitude d'autres très -intéreſfantes
dont nous nous emprefferons de profiter .
Nous mettrons à la tête du Dictionnaire un Difcours ;
qui contiendra l'Hiftoire des découvertes qu'on a fucceffivement
faites en Phyfique , & des différens fyftêmes
qu'elles ont fait naître ; enfin nous expoferons l'ordre fuivant
lequel il conviendra de lire les articles principaux de
cet Ouvrage , pour qu'il puiffe tenir lieu d'un Traité
méthodique.
66 MERCURE
[ III.] LA MÉDECINE , mife en ordre & publiée par M.
Vico D'AZYR, Docteur - Régent & Profeffeur de la
Faculté de Médecine de Paris , de l'Académie Royale
des Sciences , & Secrétaire perpétuel de la Société Royale
de Médecine , deux à trois volumes in-4°.
LA Médecine eft , dans l'ordre encyclopédique , une
branche de la Zoologie , laquelle eft elle- même une divifion
de la Phyfique particulière. Cette Science a , comme
toutes les autres , fes faits & fes obfervations : mais tout ,
jufqu'à l'art de voir , y eft difficile ; tout y exige une prudence
confommée & le jugement le plus fain . L'homme
eft lui- même le fujet de fes propres expériences ; & cette
circonfpection , que l'on peut regarder comme la première
qualité requife dans celui qui exerce la Médecine ,
doit auffi caractériser l'Ecrivain qui fe propofe d'en recueillir
& d'en publier les principes . Les fautes de ce
dernier font même plus graves , puifqu'elles deviennent
unefource intariffable de méprifes dangereufes pour ceux
qui lifent l'Ouvrage où l'erreur eft confignée.
Cette vérité , qu'on ne doit jamais perdre de vue ,
lorfqu'on médite un Ouvrage fur la Médecine , fuffit pour
prouver qu'un feul homme ne peut fe charger du travail
dont on offre ici le plan. L'importance des objets que doit
renfermer cette partie eft fi grande que , pour les traiter
d'une maniere convenable & digne du fujet , il eft indifpenfable
d'avoir recours aux lumières des perfonnes de
l'art les plus exercées dans chaque partie de cette fcience.
Tel eft auffi le projet de l'Auteur de ce Dictionnaire. Déjà
plufieurs Médecins célèbres , qui veulent bien être fes
coopérateurs , ont choifi différens articles , de la rédaction
defquels ils s'occupent , & à la fin defquels leur nom
fera infcrit.
Ce Dictionnaire ne contiendra que la Médecine proprement
dite , c'eft -à- dire , la fcience qui indique les
moyens propres à conferver ou à rétablir la fanté . Confidérée
fous le premier rapport , elle porte le nom d'Hygiene,
& fous le fecond celui de Pathologie . La première
divifion comprend 1 ° . l'Hygiene proprement dite , c'est - àdire
l'art de diriger d'une manière convenable le régime
de l'ame & du corps ; 2 ° . celui de corriger & de prévenir
dans les enfans les vices de conformation , ou l'Orthopé
DE FRANCE. 67
ie ; 3 °. celui de fortifier les membres par différens exercices
, ou la Gymnastique. Dans la feconde divifion feront
comprifes , 1 ° . l'expofition des maladies , la recherche de
leurs cauſes , & l'examen de leur nature , ou la Pathologie
proprement dite ; 2°. l'examen des fymptômes qui les caractériſent
, & dont on peut tirer des inductions dans le
Traitement , ou la Sémeïotique ; 3 °. la connoiffance des
différens moyens curatifs qui peuvent être employés ,
ou la Thérapeutique.
La Médecine Vétérinaire , dont on s'occupe en France
avec autant d'activité que de fuccès , ne fera point oubliée
dans ce travail. On y trouvera la defcription des
principales maladies auxquelles les animaux domeftiques
les plus utiles font exposés , avec l'Hiftoire des traitemens
dont l'expérience a fait connoître les avantages.
Il y a certaines questions fur lefquelles on ne prononce
dans les Tribunaux qu'après avoir confulté les perfonnes
de l'art : on appelle du nom de Médecine légale la ſcience
qui s'occupe de ces recherches. Elle eft fondée fur la connoiffance
de la ftructure du corps humain , s'il eft queftion
d'un examen anatomique ; ou fur celle de l'action des médicamens
, s'il s'agit des effets de quelque poifon . En rapportant
les cas de cette nature qui fe font préſentés , on
indiquera les principes d'après lefquels les avis doivent
être motivés , & la conduite que l'on doit tenir pour ſe
mettre à portée d'éclairer les juges , ou au moins pour ne
pas courir les rifques de les tromper.
La richeffe de la Collection que l'on annonce aura pour
bafe un grand nombre d'articles déjà publiés dans l'Encyclopédie
actuelle , & qui font dus à MM . de Vandeneffe ,
Venel , le Chevalier de Jaucourt , Malouin , Tarin', la
Virotte , de Bordeu , le Roy , Daumont , Menuret , de
la Foffe. On fe permettra quelquefois d'y faire des additions
, & même des changemens lorfqu'ils paroîtront indifpenfables.
Comme , malgré tous ces fecours , & en
réuniffant toute la nomenclature de la partie médicale de
l'Encyclopédie , on s'eft apperçu qu'elle est très - incomplette
, on y fuppléera avec le plus de foin qu'il fera poffible.
Les articles relatifs à la Botanique & à la Chymie
médicales , qui doivent être placés dans la Thérapeutique ,
feront rédigés par des perfonnes très-inftruites dans ces
deux genres. Les Maladies des priſons & des armées ,
08 MERCURE
Maladies vénériennes , celles des Gens de Mer , celles des
Femmes & des Enfans , celles des Artifans , celles des Animaux
, celles des yeux , celles qui font propres aux différens
climats & auxfaifons , les léfions que produifent les Maladies
des Bleds , feront décrites par des Médecins célèbres
dans ces différentes parties de l'Art de guérir , & auxquels
une expérience confommée a rendu ces objets familiers.
Il en fera de même des articles Electricité médicale , Rage ,
Aimant , Epilepfie , Définfection , Contagion , Epidémie ,
Epizootie , &c.
Le Dictionnaire de Médecine- Pratique ainfi exécuté ,
préfentera les fruits de l'expérience & des obſervations
d'un grand nombre de Médecins habiles.
Le Rédacteur fera tous fes efforts pour mettre entre les
différens articles autant de concordance & de liaiſon qu'il
fera poffible : il indiquera dans une Table raiſonnée le
meilleur ordre de lecture pour en profiter , & il fera connoître
dans cette Table les rapprochemens & les différences
des opinions adoptées par les divers Auteurs ; afin
que ceux qui cherchent à s'inftruire par l'oppofition des
fentimens dans l'étude des matières fufceptibles de controverfe
, puiffent trouver aifément les articles capables
de fatisfaire leur curiofité.
[ IV. ] L'ANATOMIE ET LA PHYSIOLOGIE fimple &
comparée; par M. VICO D'AZYR , Secrétaire perpétuel
de la SociétéRoyale de Médecine , & de l'Académie Royale
des Sciences , un volume in- 4° .
LE Chancelier Bacon a divifé la Science de l'homme ,
en celle du corps , & celle de l'ame ; M. Diderot , Auteur
du Systême figuré des connoiffances humaines , qui fe
trouve à la fuite du Difcours préliminaire de l'Encyclopédie
, par M. d'Alembert , s'explique à ce fujet d'une
manière plus détaillée , & plus relative à notre travail.
L'Anatomiefimple & comparée , & la Phyfiologie , font dans
ce dernier fyftême des branches de la Zoologie , qui tient
elle-même à la Phyfique particulière , & à l'étude de la Nature.
Telle eft la place qu'occupe , dans l'ordre encyclopédique
, la Science qui apprend à connoître la ftructure des
corps vivans ; confidérée de cette manière , la sphère de
l'Anatomie s'agrandit ; elle ne fe borne plus à l'examen
d'un feul individu , & celui qui l'étudie , a droit de
~'attendre à de grande
L ע
09 галчLL.
1
Tous les corps naturels peuvent , en effet , être divifés
en deux claffes , dont les uns poffèdent cette activité intérieure
, cette fpontanéité de mouvemens qui leur font
particulières , tandis que les autres en font privés , & femblent
obéir à des loix d'un ordre différent. Nous appellons
les premiers du nom de corps vivans , & nous comprenons
dans cette grande divifion , toute la chaîne qui
s'étend depuis l'homme jufqu'à la plante.
Les individus de cette claffe ont des caractères ou des
fonctions qui leur font propres , & qui peuvent fervir à
les faire reconnoître. Nous les avons réduits aux chefs
fuivans la nutrition , la génération , l'irritabilité , la circulation
, la ſecrétion , la reſpiration , l'offification , la digeftion
& la fenfibilité , Ce n'est pas que tous ces caractères
doivent fe trouver dans chacun des corps vivans : la réunion
de ces fonctions conftitue en général leur perfection ;
& le développement entier de quelques-unes d'entre
elles , telles , par exemple , que la fenfibilité , leur donne
toute la fupériorité dont ils font fufceptibles . Ariftote a
prouvé qu'une partie de ces nuances au moins , lui étoit
connue , lorfqu'il a dit : Il n'eſt pas néceſſaire que tous les
corps vivans foient pourvus de fentiment , mais il l'eft que
tous fe nourriffent ( 1 ). Tels font les motifs qui nous ont
engagés à placer ces deux caractères aux deux extrémités
de notre divifion méthodique.
Chacune de ces fonctions fera traitée d'une manière
très-étendue dans le Dictionnaire que nous annonçons.
Tous les autres articles s'y rapporteront , ils en offriront
l'explication , & ils auront eux-mêmes la leur dans la
lecture de ces grandes généralités,
Ce Dictionnaire comprendra , 1 °. l'expofition anatomique
: 2 °. la Phyfiologie , ou explication des Phénomènes.
1º . La partie anatomique aura pour objet principal la
defcription du corps humain ; on aura foin que la nomenclature
foit complette : mais afin de ne point divifer les
connoiffances , dont l'utilité s'accroît par le rapprochement
, un grand nombre de mots ne feront fuivis que
d'une définition claire & préciſe , avec des renvois exacts
qui mettront le Lecteur à portée de trouver ce qu'il cherche
, dans la place où il doit le rencontrer .
(1 ) Non eft neceffe omnibus viventibus effe fenfum ; fed eft neceffaria
nutritio
70
MERCURE
L'Auteur célèbre du Tableau raiſonné qui préfente
l'ordre encyclopédique , a eu raiſon de diviſer l'Anatomie
, non comme plufieurs ont fait , mal-à-propos , en
humaine & comparée , mais en fimple & comparée ; en
effet , l'Anatomie humaine peut être fimple , fi elle ne
traite que du corps humain , & elle devient comparée ,
fi les organes de ce dernier font examinés comparativement
avec ceux des autres animaux . Dans tous les articles
, le premier genre d'Anatomie commencera , & le
fecond achevera l'expofition.
Il eft facile de fentir que le Dictionnaire dont il s'agit ,
deviendroit immenfe , fi tout ce qui appartient à l'Anatomie
des brutes y avoit la même étendue que ce qui eſt
relatif à l'homme. Il n'y aura qu'un article pour chaque
animal , dans lequel on détaillera ce que l'obfervation &
la diffection auront appris de plus important à ce fujet.
On ne s'écartera de cette règle que dans un très-petit
nombre de cas ; & pour l'expofition des organes de certains
animaux , du cheval , par exemple , dont l'étude
mérite plus d'attention , & demande plus de détails.
Il y a des animaux dont on n'a difféqué qu'un petit
nombre ; on eft encore très - ignorant fur l'Anatomie des
infectes & des vers. On raffémblera les faits les plus curieux
, & les plus propres à faire connoître les différences
& le rapprochement , qui font le but principal du travail
encyclopédique.
L'Economie végétale ne fera point oubliée dans cette
partie ; elle eft du reffort de l'Anatomie, & fes plus grands
progrès font dus à des Savans qui ont cultivé cette dernière
Science avec diftinction . Heureufement M. Daubenton
s'eft occupé depuis quelque tems à répéter toutes
les obfervations qui ont été faites fur les couches ligneufes
, fur les vaiffeaux des plantes , fur la ftructure de
l'écorce & du centre des végétaux ; fur celles des racines
& des feuilles : & il a bien voulu fe charger de cette partie
du Dictionnaire , dans lequel tous ces articles feront
faits de nouveau , & d'après de nouvelles obfervations.
Cette obligation ne fera pas la feule que nous aurons à M.
Daubenton : l'Anatomie des animaux fera , en très-grande
partie , tracée d'après fes découvertes ; il nous a promis d'y
joindre plufieurs Tableaux qui rendront l'étude de cette
Science plus facile , en préfentant , d'un coup d'oeil ,
DE FRANCE. 7x
les réſultats d'une fuite immenfe de recherches anatomiques.
Le fecours des Planches eft néceffaire à l'intelligence
de plufieurs deſcriptions. On profitera de cette occafion
pour faire un choix des figures les plus exactes & les mieux
deffinées , qui font répandues dans les Ouvrages de différens
Auteurs , foit fur l'Anatomie de l'homme , foit fur
celle des animaux.
2º. La Phyfiologie eft une Science qui confifte dans
l'examen , & , lorfqu'il eft poffible , dans l'explication des
phénomènes que le corps humain préfente en état de
fanté : l'Anatomie en eft la bafe , & par conféquent ces
deux Sciences devoient être réunies dans notre travail.
L'Anatomie n'eft cependant pas l'unique fource dans laquelle
le Phyfiologifte doive puifer. La Chymie & la Phyfique
lui fourniffent des connoiffances néceffaires ; l'Hiftoire
des Maladies lui en donne même de très- utiles.
L'étude phyfiologique eft donc très - compofée ; elle fuppofe
le concours des Sciences acceffoires , & fes progrès
font pour cette raifon , lents & difficiles. Les articles de
Chymie animale feront fournis par un Chymifte trèsinftruit
; & les articles relatifs à la Phyfique , feront concertés
avec l'Auteur du Dictionnaire dans lequel ces fortes
de matières feront traitées.
Meffieurs Tarin , le Chevalier de Jaycourt , de Vandeneffe
& Blondel , ont fourni prefque tous les articles
d'Anatomie dans leDictionnaire des Sciences & des Arts .
M. de Haller y a ajouté plufieurs fupplémens , dans lefquels
on retrouve l'immensité de fes connoiffances. Malgré
ces travaux , l'Anatomie & la Phyſiologie font bien
éloignées d'être complettes dans l'Encyclopédie actuelle .
Les articles qui concernent l'Anatomie comparée , celles
des plantes , la Structure des végétaux , & la Chymie animale
, feront abfolument nouveaux. Il eft facile de voir
d'après ce court expofé , que tout ce qui a été fait dans ce
genre , n'empêche pas qu'il ne refte immenſément à faire.
[V. ] LA CHIRURGIE ; par M. LOUIS , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Chirurgie , un volume in 4° .
CET Art a fait des progrès étonnans depuis la publication
de l'Encyclopédie. Ils font dus principalement aux
travaux de l'Académie Royale de Chirurgie. Les Differ
72 MEN
tations qui ont remporté chaque année les prix propofes
depuis fon établiffement en 1731 , ont toutes eu pour fujet
une queftion choifie & fort épineufe , dont la folution a
enrichi l'art , finon par de nouvelles connoiffances , au
moins par la réunion de lumières éparfes , dirigées fur un
même point , pour remplir les vues de l'Académie. Les
Mémoires publiés par le travail de fes Membres , font le
fonds le plus précieux qu'on ait fur la théorie & la pratique
de l'Art . On peut avancer , fans crainte d'être contredit
, que depuis trente ans il s'eft formé une ſcience
nouvelle par les obfervations de nos grands Maîtres ,
jointes à celles qui leur ont été communiquées de toutes
parts. Les faits ifolés , fournis par le zèle , l'émulation &
l'expérience de chaque particulier , ne peuvent avoir le
mérite qu'ils acquièrent , lorfque réunis à d'autres , &
appréciés refpectivement dans leurs diverfes circonftances
, ils donnent lieu à des inductions qu'on foumet aux
difcuffions académiques , afin d'en tirer les conféquences
les plus précifes & les plus vraies .
C'est par ces moyens que l'Art a été cultivé avec les
plus grands fuccès : fes principes font devenus plus lumineux
& plus folides ; les difficultés théoriques ont été
applanies par la voie de l'expérience , & le raifonnement
a rendu faciles les opérations les plus compliquées. La
pratique a ceffé , fur plufieurs points importans , d'être une
routine aveugle , qu'on fuivoit avec d'autant plus de rifque
, qu'on avoit plus de hardieffe & de témérité . L'Art ,
enrichi de nouvelles connoiffances , eft devenu moins redoutable
& plus falutaire ; enfin des maladies qui , fous la
direction de l'ancienne Chirurgie , ne cédoient qu'à des
opérations graves , douloureufes & accompagnées de
grands dangers , font maintenant foumifes à une cure
facile & prompte , par des procédés doux & fimples , dont
les anciens n'avoient aucune idée .
La partie chirurgicale de la nouvelle Encyclopédie.
fera connoître toutes les perfections d'un art fi utile à
T'humanité, En me chargeant de revoir toute cette partie
, que le célèbre la Peyronie m'avoit fait confier en
1747 , pour la première Edition ( 1 ) , je me propoſe d'en
faire un ouvrage abfolument nouveau.
( 1 ) La partie chirurgicale de la première Edition de l'En➡
Les
DE FRANCE. 173
Les articles feront compofés fpécialement pour l'ufage
auquel ils font deftinés: car ce qu'un Profeffeur expliqueroit
dans les écoles , pour l'inftruction des Elèves ; ce que le
Praticien le plus confommé prononce fur le même point
dans une confultation ; les réflexions que ce même fujet
fourniroit à l'homme le plus éclairé , dans une conférence
académique , n'auroient ni la même texture , fi l'on peut
ufer de ce terme , ni la même fin ; & chacune de ces différentes
formules , excellente en fon lieu ne rempliroit
pas le voeu du Public dans un article de l'Encyclopédie ,
où il faut des notions claires & préciſes , à la portée des
gens d'efprit qui ne favent pas la Chirurgie , & qu'il eſt
intereffant d'éclairer utilement fur chaque point particulier
, devenu l'objet de leur recherche & de leur curiofité
: il faut qu'ils y trouvent l'inftruction la plus folide ,
exposée de la manière la plus inteligible. Ce font eux
qu'il convient d'avoir principalement en vue : car ce n'eſt
pas dans un Dictionnaire univerfel que les jeunes gens
deftinés à l'exercice de la Chirurgie , pourront apprendre
la théorie de l'art , ni le détail des opérations. Elles exigent
une longue fuite de préceptes que la démonftration feule ,
fous un habile Maître , peut leur faire comprendre , en
leur donnant à chaque inftant la raifon de toutes les actions
variées qui doivent fe fuivre pour la perfection
d'une opération , dont la durée n'eft pas d'une minute dans
l'exécution . Cependant on ne négligera pas ce qui pourra
être utile aux Élèves : les principes fondamentaux feront
connoître la différence des méthodes , la diverfité des
cas où elles peuvent ou doivent être admifes de préférence
, & détermineront pofitivement les procédés à fuivre
ou à éviter , fur- tout lorfque les Auteurs qu'on a
coutume de prendre pour guides , fe trouveront d'opinions
différentes. C'eft rendre un fervice important que
de ne laiffer , pour l'intérêt général de la Société , aucun
prétexte aux indécifions dont les fuites pourroient être
fi dangereufes , fur-tout dans les cas graves , plus fréquens
qu'on ne l'imagine , & qui ne le deviennent quelquefois
que par des fecours mal adminiſtrés.
cyclopédie a été recueillie en deux volumes in-Sº. , & publiée
par un Anonyme en 1762 , fans le confentement de l'Auteur ,
fous le titre de Dictionnaire de Chirurgie . Il y en a eu plufieurs
éditions.
Samedi 8 Décembre 1781 .
74 MERCURE
1
Des lumières acquifes par une étude particulière fur les
questions de Chirurgie relatives à la Jurifprudence , étendront
l'utilité de ce Dictionnaire : les Tribunaux ont
accueilli plufieurs de nos Confultations en ce genre , &
ils en ont fait le principe de leurs Jugemens . Enfin rien ne
fera négligé de ce qui pourra rendre les articles de Chirurgie
intéreffans , fuivant le voeu de tous ceux à qui ils
peuvent être utiles fous différens afpects .
Un Difcours préliminaire fera connoître la méthode
d'étudier les principes de l'Art : la nomenclature alphabétique
, à laquelle la diftribution des articles affujettit ,
ne peut pas donner l'enchaînement des matières , fuivant
l'ordre où elles doivent ſe ranger dans l'efprit , pour une
étude fuivie & profitable. Un plan raifonné indiquera cet
ordre,& fera , pour ainfi dire , l'ame de cette production ,
[ VI. ] LA CHYMIE , LA MÉTALLURGIE ET LA PHARMACIE
, par M. DE MORVEAU , Avocat Général au
Parlement deBourgogne , Membre de Plufieurs Académies ,
quant à la Chymie ; par M. DUHAMEL, Infpecteur géné
ral des Mines , quant à la Métallurgie ; par M. MARET ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie de Dijon , quant à la
Pharmacie , deux volumes in-4°.
LA Chymie , cette Science aujourd'hui fi cultivée ,
dont on a établi des Cours publics dans plufieurs villes de
province ( 1 ) , dont le Médecin , le Phyficien , le Naturalifte
ne peuvent plus fe paffer , dont tous les Arts commencent
à emprunter les lumières , la Chymie eft , fans
contredit, la partie la plus imparfaite de toute l'ancienne
Encyclopédie.
Ce n'eft pas que l'on ait à reprocher aux Editeurs
d'avoir négligé le choix de leurs coopérateurs en cette
partie ; il fuffit pour les juftifier , de nommer MM. Venel ,
Malouin , Rouelle , &c. Il n'étoit guère poffible d'appeller
des hommes plus dignes de la confiance de la Nation ,
puifqu'ils fe font placés dans le petit nombre des Chymiftes
dont les travaux ont enrichi la fcience , dont les
opinions font encore d'un grand poids , dont les vues ferviront
long-tems à diriger les recherches ultérieures . On
(1 ) Dijon , Rouen , Grenoble , Nancy , Metz , Bordeaux ,
Amiens , & c.
DE FRANCE.
75
trouve en effet quantité d'excellens articles ; mais aucun
de ces Savans ne s'étoit chargé de tout rédiger ou du moins
de tout revoir : de-là vient qu'il n'y a nul enfemble , que
les faits font découfus , que les principes établis en quelques
endroits font fouvent combattus dans un autre volume
, qu'il manque une infinité de mots quoique indiqués
par des renvois , quoique deftinés à compléter des points
de théorie , ou à décrire des opérations effentielles . Par
exemple , le mot Affinité n'y eft pas même expliqué ; il
faut chercher au mot Menftrue les principes de la diffolution,
& ces principes démentent formellement ce qui avoit
été établi fous les mots Adhérence , Attraction , Cohifion.
Dans les Supplémens , il n'y a encore que des articles
détachés qui ne font corps ni entre eux , ni avec l'Encyclopédie
; l'Auteur qui en a fourni le plus , n'avoit pas
formé l'entrepriſe de fuppléer ni de corriger toute la Chymie
, il s'eft borné à retraiter quelques-uns des principaux
articles de théorie , tels que Affinité , Cauflicité, Cryftallifation
, Diffolution , Equipondérance , Hépar , Phlogistique ,
&c. Du refte , on ne s'eft pas même attaché à compléter
la nomenclature.
L'on ne peut douter que les Auteurs de cette partie de
l'ancienne Encyclopédie avoueroient eux - mêmes la néceffité
de refondre tout leur travail . Notre plan fera peu
différent de celui qu'ils avoient adopté , & qui rous paroît
tenir effentiellement au fyftême encyclopédique ; il
nous refte peu de chofe à ajouter ici pour achever de le
faire connoître.
L'Hiftoire de la marche d'une fcience quelle qu'elle foit ,
tient à la philofophie générale , comme partie de l'Hiftoire
de l'efprit humain ; elle eft utile à tous ceux qui
veulent fe rendre compte de la certitude de fes principes ,
comparer les idées des anciens & des modernes fur le
même fujet, ou apprécier avec juftice les travaux de leurs
contemporains; elle eft néceffaire à ceux qui s'appliquent
à en reculer les bornes : la Science ne leur offre propre.
ment que la collection méthodique des vérités acquifes ;
il n'y a que l'Hiftoire de la Science qui puiffe réunir fous
leurs yeux les opinions qui fe font fuccédées , les apparences
qui ont féduit , les objets dont il faut reprendre l
trace , les tentatives qu'on peut s'épargner , tout ce
refte à approfondir ou à perfectionner, qui puiffe leur
Di
76 MERCURE
muniquer enfin l'expérience des fiècles qui ont précédé,
Nous conferverons donc cette partie de l'ancienne Encyclopédie
, nous en élaguerons tout ce qui nous paroîtra
fuperflu , nous ne négligerons rien pour la rendre à la fois
auffi concife & auffi complette que l'on peut le defirer.
Plus une ſcience ſe répand , plus elle fournit de connoiffances
pratiques aux Arts , d'idées neuves à la Métaphyfique
de la nature , plus il importe d'avoir un Ouvrage
où l'on puiffe trouver facilement & fans étude l'explication
claire de tous les termes de fa langue. Le Chymiſte
ne feroit pas embarraffé d'aller chercher aux articles
Menftrue & Rapport , l'opinion de Venel fur les Affinités ;
mais l'Artifte , le Littérateur , le Mathématicien , le Phyficien
peut-être qui rencontreroit ce dernier terme , ne
fauroit plus où en retrouver la définition ; cette nomenclature
eft donc d'un intérêt plus général pour le grand
nombre des Lecteurs ; elle devient précieufe même au
Chymifte , en affurant le fens des mots qui ont été employés
arbitrairement , de ceux qui font devenus moins
familiers ; en le mettant fur la voie pour pénétrer , autant
qu'il eft poffible , le langage mystérieux des adeptes , lorfqu'il
veut porter un oeil curieux fur leurs écrits . Cette
nomenclature ne ſe trouve jufqu'à préfent que dans l'Encyclopédie
; notre tâche fera de la perfectionner .
Pour la partie théorique , nous profiterons des vues
fublimes de l'illustre Comte de Buffon , des preuves , dés
développemens , des applications qu'en ont donnés M.
Macquer , M. Bergman , les Auteurs des Elémens de
l'Académie de Dijon , & en dernier lieu M. Dutour , dans
fes belles Expériences fur les Adhéfions ; nous recueillerons
de même pour l'étiologie des opérations particulières,
tout ce que nous trouverons dans les écrits de ceux
qui s'en font fpécialement occupés. Nous nous défendrons
également & de cet efprit de fyftême qui veut tout
expliquer , qui ne croit que ce qu'il comprend, & de cette
fauffe philofophie qui rejette une méthode dans laquelle
mille vérités s'enchaînent , parce qu'il refte un ou deux
faits dont on n'a pas encore entrevu la liaiſon avec le principe.
Nous admettrons jufqu'aux hypothèfes , parce que
ce font elles qui ouvrent communément la route aux découvertes
, parce qu'il importe qu'elles foient toujours
préfentes à l'efprit de ceux qui interrogent la nature par
DE FRANCE. 77
l'expérience , & que dans ce travail délicat , l'oeil ne voir
réellement que ce que la penſée l'avertit d'obferver ; mais
nous nous garderons bien de donner de fimples probabilités
pour des preuves ; nous nous appliquerons même à
fixer les règles de logiques propres à la Chymie, c'eft un des
objets les plus importans aux progrès de cette fcience ;
avant de difputer fur l'identité de tels ou tels principes , il
convient fans doute de travailler à fe mettre d'accord fur
ce qui conftitue l'identité ou la différence des êtres chymiques
; le favant Profeffeur d'Upfal eft cependant le feul
qui ait effayé de refferrer ainfi le champ trop illimité des
analogies & des poffibilités . On fent bien que c'eft fur- tout
en cette partie que nous aurons à corriger & à retrancher
, mais le travail des anciens Auteurs ne fera pas pour
cela condamné à l'oubli , nous le rendrons à la partie hiſtorique;
les idées des hommes de génie ne font jamais ftériles .
Il n'eft pas befoin d'avertir que tout ce qui tient à la
manipulation des opérations , aux procédés des expériences
, fera exactement décrit d'après les meilleurs Auteurs ;
les Planches offriront tous les inftrumens , tous les appareils
, tous les objets , qu'il feroit difficile de comprendre
fans le fecours du deffin , ou qu'il importe de réunir dans
un ordre propre à foulager la mémoire.
Les articles ajoutés ou refaits en entier feront marqués
de deux étoiles ; il n'y en aura qu'une aux articles qui
feront fimplement refondus ou augmentés.
Comme les principes de la Chymie s'appliquent continuellement
aux opérations de la Métallurgie & de la Pharmacie
, il n'étoit pas poffible de féparer ces trois parties
fans s'expofer à des répétitions & des doubles emplois ;
elles feront donc réunies dans le même Dictionnaire ; mais
quoiqu'elles foient traitées par trois Auteurs différens , il
n'en réfultera ni contradiction , ni la plus légère difparate ,
au moyen des arrangemens qu'ils ont pris pour fe communiquer
leur travail ; & même dans les cas où ils n'auroient
pu fe concilier fur quelques points , leurs opinions
particulières feront préfentées & raifonnées de part &
d'autre comme de fimples hypothèfes , de forte qu'il n'y
aura rien à perdre ni pour la vérité , ni pour l'harmonie.
On aura feulement l'attention de répéter les mots ( Métallurgie
& Pharmacie ) à la tête de chaque article particulier
à ces Arts , ainfi que des additions qu'ils exigeront
Diij
78
MERCURE
la fuite de quelques articles de Chymie ; ce qui fervira
à diftinguer en même tems ce qui appartient à chaque
matière & à chaque Auteur.
METALLURGIE.
LA Métallurgie-eft l'art de traiter les Minéraux , par des
fontes faites fur des quantités de fubftances métalliques ,
infiniment plus grandes que celles que l'on emploie dans
la Docimafie , ou l Art des effais ; en conféquence , les
fourneaux à l'ufage des opérations métallurgiques , doivent
être plus grands que ceux de la Docimafie. Quoique
la Chymie doive préfider dans l'un & l'autre de ces Arts ,
les plus habiles Chymiftes , auxquels l'on eft redevable de
tous les beaux procédés mis en ufage dans ces deux circonftances
, ont conçu que le travail en grand exigeoit des
manipulations différentes pour pouvoir ménager les frais ,
& tirer le plus grand parti poffible des métaux qu'on y
traite ; & qu'enfin , les fondans employés en Docimafie ,
ne pouvoient pas entrer dans les procédés métallurgiques.
Pour traiter , avec ordre , l'Art métallurgique , l'on fe
propofe le plan fuivant :
1º. De donner une Géographie fouterreine , qui fera
connoître les différentes difpofitions des filons , ou veines
minérales , métalliques , on foffiles qui fe trouvent dans
les entrailles de la terre enfemble leurs variations , &
ce qui les produit.
>
2°. L'on traitera de la manière d'exploiter les filons ,
foit par puits , foit en galeries ou autres ouvrages ; & pour
rendre la chofe plus fenfible , on y joindra le plan , & le
profil d'une mine ; & fi on le juge néceffaire , l'on donnera
les deffins des meilleures Machines connues pour l'épuifement
des Eaux , des Mines , & l'extraction des minerais.
3 °. L'on décrira les meilleurs procédés en ufage pour
la fonte de minéraux d'or & d'argent , à l'effet d'en
obtenir ces métaux parfaits.
4°. L'on traitera des procédés les plus avantageux pour
obtenirle cuivre de fes minerais , & le porter à fa perfection .
5º. L'on décrira les meilleures méthodes de fondre les
Mines de plomb , & d'obtenir , par l'affinage , l'argent
que communément il contient; ce qui conduira à parler
de la révivification des litharges , où leur réduction en
plomb marchand.
6°. Le cuivre contenant fouvent de l'argent , nous décrirons
tous les procédés les plus ufités pour en faire le
départ , par l'intermède du plomb ; travail que l'on
nomme liquation .
7°. On traitera de la fonte des Mines d'étain , pour en
obtenir ce métal. &
8°. On parlera du fer , métal fi connu , fi utile ,
heureuſement le plus abondamment répandu , tant dans
le fein de notre Globe , qu'à fa fuperficie. On donnera les
meilleurs procédés pour obtenir ce métal auffi pur &
auffi malléable qu'il eft poffible , foit en le traitant par la
fonte en gueules , & enfuite par l'affinage , foit en fondant
le minerai à la manière des Corfes , des Catalans
& des Efpagnols , qui , dans un feul petit fourneau ,
fondent les minerais , & obtiennent le meilleur fer de
l'Europe.
9°. L'on détaillera les méthodes qu'on croira les plus
avantageufes pour faire de l'acier avec du fer de gueule ,
ou en faifant cementer le fer forgé , avec les matières
propres à fa converfion en bon acier.
10°. L'on traitera de la fonte du biſmuth.
11°. De la fonte de l'antimoine.
12º. De la méthode employée pour retirer le zinc de
fa Mine.
13 ° . De la fonte du cobalt pour en faire de l'azur.
14°. De la meilleure méthode de retirer , en grand ,
le mercure de fa Mine.
15 °. L'on décrira la manière de retirer le foufre des
minéraux.
16º. L'on traitera des meilleurs procédés pour faire
la cérufe.
17º . L'on détaillera la meilleure méthode pour faire
le minium.
18°. On parlera des Mines de charbon de terre .
19°. Des Mines d'alun , & de la manière d'en extraire ce fel.
20°. Des Mines de fel marin.
Enfin , pour faciliter l'intelligence de tous les procédés
métallurgiques ci - deffus , l'on donnera les plans , coupes
& profils des fourneaux que l'on croira les plus
avantageux , & l'on y joindra un tableau méthodique de
tout l'Art minéralogique.
Div
PHARMACIE.
La partie du Dictionnaire encyclopédique , qui a pour
objet la Pharmacie , eft une des plus favantes & des plus
fatisfaifantes de ce grand Ouvrage. Les principes de l'Art
y font exposés avec clarté , les procédés décrits avec une
exactitude , une intelligence qui infpirent la confiance ;
& la rédaction de chaque article annonce dans leurs Auteurs
des connoiffances phyfiques , chymiques & médicales
, très - étendues , réunies au talent de s'exprimer
avec élégance & avec préciſion .
Auffi nous ferons -nous un devoir d'adopter prefque
tous les principes de ces favans Rédacteurs ( MM. Malouin
, Venel) , de conferver une très -grande partie de
leurs articles , & d'employer leurs expreffions même ,
lorfque l'exécution du plan , fur lequel nous nous propofons
de traiter la Pharmacie , nous forcera de faire
quelque changement dans ceux de leurs articles auxquels
nous croirons devoir toucher.
Depuis l'époque où l'Encyclopédie , où les Supplémens
même , ont été mis au jour , les progrès de la Phyfique
, & fur-tout de la Chymie , ont confidérablement
influé fur ceux de l'Art pharmaceutique . On a fait en
Médecine plufieurs découvertes importantes , qui exigent
des manipulations , des procédés nouveaux . L'Art
a percé les ténèbres dont s'enveloppoient plufieurs poffeffeurs
de Remèdes fecrets , qui , fans répondre aux proneffes
faftueufes de leurs Auteurs , peuvent dans quelques
circonftances être d'un ufage utile . Le Gouvernement
en a fait connoître plufieurs , en différens pays , &
principalement en France. La publication du Dictionnaire
de Chymie , de M. Macquer , de la Pharmacie de M.
Baumé , des Pharmacopées de MM. Triller , Vitet &
Lewis ; enfin la Traduction de celle de Londres , enrichie
des notes du Do&teur Pemberton , & du Traducteur M***,
ont multiplié les fources où le Médecin , le Chirurgien
& le Pharmacien peuvent puifer de nouvelles connoiffances
; & le Public , dont l'intérêt feul guide la plume
des Rédacteurs de cette nouvelle Encyclopédie , a droit
d'attendre d'eux qu'ils ne s'arrêtent qu'aux bornes où
l'art s'eft arrêté lui -même à l'époque où ils écrivent.
Ce point de vue , fous lequel nous avons confidéré &
DE FRANCE.
81
le travail de nos prédéceffeurs , & les obligations des
nouveaux Rédacteurs , doit faire fentir & l'étendue des
obligations que nous nous impofons , & les avantages que
procureront nos efforts , s'ils font auffi heureux qu'ils
feront ardens.
Nous nous propofons , non-feulement de donner une
nomenclature exacte de tous les termes qui compofent
l'efpèce de Langue particulière à l'Art pharmaceutique ,
une expofition de fes principes , une énumération de t
toutes les compofitions imaginées jufqu'à préfent , une ,
hiftoire des procédés à fuivre , & une defcription des réfultats
; mais encore de motiver la profcription des compofitions
marquées du fceau de la réprobation ; de faire
connoître les propriétés médicinales de celles qu'il eft
important de fe procurer , & de défigner les dofes fous
lefquelles on doit les prefcrire.
Le defir de ne rien oublier d'effentiel , & d'éviter les
redites , nous a engagé à claffer les différentes opérations
pharmaceutiques , fous leurs noms propres ; à divifer chaque
claffe en fections relatives à la fimplicité ou à la compofition
des preparations ; à la nature à l'état des menftrues
ou des excipiens à employer , ou des procédés à
fuivre ; & à fous- divifer chaque fection , quelquefois par
des caractères pris de la confiftance des réfultats , prefque
toujours par leurs qualités médicinales .
Dans chaque divifion , nous donnerons les définitions
génériques , nous décrirons les procédés à fuivre , & fous
chacune feront rangées les espèces avec leurs caractères
propres, les fignes capables d'en faire connoître la bonté ,
l'altération , foit par vétufté , foit par fophiftication , &
leur propriété médicinale , relativement à leur dofe , qui
feront défignées avec leur rapport aux différens âges .
Parmi ces espèces , feront néceffairement placés les
produits médicinaux des opérations chymiques , & les
préparations des fubftances des trois Règnes. Mais à
l'égard de celles- ci , nous nous bornerons à déterminer
les caractères auxquels on pourra reconnoître fi elles
méritent de la confiance , & à fixer les dofes auxquelles
on doit les employer , & nous renverrons aux différens
articles d'Hiftoire Naturelle & de Matière médicale , où
ces fubftances auront été décrites .
Nous en uferons de même pour les produits des
82 MERCURE
rations chymiques ; & par l'exécution de ce plan , les Auteurs
des parties relatives à la Médecine pratique , & à
P'Hiftoire Naturelle , pourront fe difpenfer d'entrer dans
aucun détail fur les dofes des Remèdes , fur leurs propriétés
& fur la manière de les employer.
Le travail d'Hoffman , de Venel , de le Roi , & fur- tout
celui de MM. Bergman , du Chanoi , Blak , Lavoifier ,
fournira des articles abfolument neufs fur la préparation
des Eaux minérales artificielles ; & ces articles , rapprochés
de ceux de Chymie , dans lefquels les principes de
ces préparations feront développés , donneront fur cet
objet toutes les lumières qu'on doit defirer.
Quoique les compofitions magiftrales varient , fuivant
les indications à remplir , & les connoiffances des Praticiens
, elles font , de même que les officinales , foumifes
à des procédés relatifs à la nature des drogues qui entrent
dans leur préparation , & elles feront traitées fuivant
le même plan dont nous avons tâché de donner une
idée.
A tous ces détails , dont l'expofition de notre plan doit
faire concevoir l'étendue , nous en réunirons dont nous
avons plus d'une fois fenti l'importance , & que MM.
Baumé , Lewis , Bergman , &c. nous ont mis dans le cas
de préfenter. Ce font des Tables , où feront indiquées les
drogues que l'on peut fubftituer les unes aux autres dans
les compofitions officinales ou magiftrales ; les dofes fous
lefquelles chaque drogue , du genre des héroïques , fe
trouve dans une quantité donnée de chacune de ces
compofitions ; la quantité des différens acides néceffaires
pour faturer les différens alkalis , & les différentes terres
folubles ; enfin , celle du gaz qui s'échappe de ces fubftances
, pendant l'effervefcence qui accompagne la
combinaiſon de celles qui ne font pas dans un état de
caufticité .
Un Tableau général du plan que nous aurons fuivi , en
terminant tout ce que nous aurons cru devoir donner fur
la Pharmacie , mettra dans le cas d'étudier cet Art avec
méthode , en indiquant les articles qu'il faut confulter
pour s'élever , par la connoiffance des principes & des
opérations les plus fimples , à celle des procédés les plus
ompliqués.
DE FRANCE. 83
[ VII ] L'AGRICULTURE ; par M. l'Abbé TESSIER ,
Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris , &
de la Société Royale de Médecine , quant à l'Agriculture .
proprement dite , ou la culture des terres ; par M. THOUIN,
Jardinier en chef du Jardin du Roi , quant au Jardinage
ou la culture des jardins & vergers; & par M. FOUGEROUX
DE BONDAROY , de l'Académie Royale des
Sciences , quant à la culture des bois & à l'aménagement
des forêts , deux volumes in-4°.
L'UTILITÉ reconnue de l'Agriculture lui donne un
rang diſtingué dans les Arts & dans les Sciences phyfiques.
On peut la divifer en trois branches principales .
La première eft l'Agriculture proprement dite , ou la
culture des terres.
La feconde eft le Jardinage ou la culture des jardins
& vergers.
La troisième , qui embraffe tout ce qui a rapport aux arbres
& arbustes élevés dans des forêts , eft la culture des
bois.
Toutes ces parties importantes ont été traitées trèsfuperficiellement
dans l'Encyclopédie ; on y trouve quelques
excellens préceptes , mais peu d'applications .
Elle ne préfente aux Agriculteurs que la moitié des
chofes qu'ils efpéroient y rencontrer. On ne les préfente
que d'une manière confufe. Les coopérateurs n'ayant
point déterminé les bornes refpectives dans lesquelles ils
devoient fe renfermer , on y trouve des omiffions fans
nombre ; des redites non moins confidérables , qui , en
augmentant l'ouvrage , ne le rendent que plus défectueux.
Nous allons indiquer la marche que nous avons cru devoir
fuivre , pour rémédier à ces imperfections.
L'Agriculture , proprement dite , exige préliminairement
des détails fur ce qui doit fervir à l'exploitation
d'une ferme ou métairie ; tels font les uftenfiles du labourage
, l'éducation & la confervation du gros & du petit
bétail , en y comprenant les haras , les granges & greniers
propres à contenir les grains & les fourrages ,
les
différens engrais , le gibier , la volaille , les abeilles ; ce
qui forme une partie de la maifon ruftique.
La culture des terres ne doit point être la même pour
toutes fortes de productions. On peut donc la confid/
184
MERCURE
& la décrire fous trois rapports : 1º. relativement aux
grains qui fourniffent à l'homme fon principal aliment ;
2º. relativement aux végétaux qui fervent à nourrir les
beftiaux ; 3 °. relativement aux efpèces de plantes qui
font cultivées en grand pour être employées dans les
Arts , ou dont l'ufage que les hommes en peuvent faire ,
n'eft point de première néceffité. Ces rapports établiſſent
trois claffes.
Dans la première fe trouvent le feigle , le froment ,
T'orge , l'épeautre , l'avoine , le maïs , le riz , le millet , les
pois , les fèves , les haricots , les pommes de terre , les
topinambours , & c.
La feconde comprend les prairies naturelles & artificielles
; les unes font formées en grande partie d'un mêlange
de plantes de la famille des graminées , & placées
dans des terreins humides ; les autres qu'on peut faire
dans des terreins de diverfe nature , ne font le plus ordinairement
compofées que d'un même genre de plantes ,
qui ne font point de la famille des graminées ; par exemple
, de luzerne , de trefle , de fainfoin , de fauve , de
pimprenelle , &c.
Dans la troisième claffe font renfermés le colfa , la navette
, le lin , le chanvre , le coton , l'indigo , la garence ,
le houblon , le fafran , la canne à fucre , &c .
Dans l'Encyclopédie méthodique on traitera d'une
manière générale , & aux mots les plus convenables , des
façons qu'on doit donner aux terres felon leur nature &
les plantes qu'elles portent , des engrais propres à chacune
, du tems & de la manière de femer & de planter ,
de la préparation des femences & plants , des phénomènes
de la végétation , des maladies & des circonftances
qui lui nuifent , des moyens de s'y oppofer lorfqu'on le
peut ; des récoltes & de la confervation de leurs produits.
Les principes généraux feront rappellés & appliqués
aux différens cas avec les modifications convenables , en
y ajoutant les cultures particulières que chaque eſpèce
de plantes exige.
Sans entrer dans tous les détails de la conftruction ,
nous nous contenterons d'indiquer ce qu'on doit y trouver
réuni pour favorifer une bonne exploitation . L'Art
rinaire , qui fait partie du Dictionnaire de Médecine ,
ra des maladies des beftiaux élevés & entretenus
DE FRANCE. 85
dans la ferme , & le commerce fe chargera des denrées
qui feront le produit de la culture des terres. C'eft en fe
renfermant ainfi dans des bornes fixées , que chaque co- i
opérateur à l'Encyclopédie méthodique pourra fimplifier
fon travail , & éviter des doubles emplois , qu'on a reprochés
au Dictionnaire encyclopédique.
L'on adoptera les mots latins du Dictionnaire de Botanique
de M. le Chevalier de la Mark , qui fait partie de
l'Encyclopédie méthodique , & any joindra les noms fran
çois connus , fans traiter de l'Hiftoire ni des caractères ,
ni des claffes , ni des genres auxquels les plantes cultivées
dans les terres appartiennent dans les diverfes méthodes.
Il fera peut- être néceffaire de défigner fous le nom d'efpèces
ce qui n'eft que variété dans la fcience de la Botanique
, parce que les Cultivateurs ne peuvent avoir égard
aux divifions & aux rapprochemens des Botaniftes .
En examinant la nature des terreins , nous ferons moins
d'attention aux diftinctions admifes par les Chymiftes &
par les Naturaliftes , qu'à celles que l'obfervation fait
connoître à un Agriculteur éclairé par l'expérience.
Enfin nous parlerons au mot Agriculturé des différens
fyftêmes qui partagent les Cultivateurs favans fur la manière
de fe procurer les meilleures & les plus füres récoltes
JARDINAGE.
CETTE branche de l'Agriculture comprendra tous
les termes , tous les noms relatifs à cet art , placés dans
l'ordre alphabétique le plus exact . On peut les diviſer ;
1º. En termes propres au Jardinage.
2°. En noms d'uftenfiles particuliers au Jardinage.
3 °. En termes de pratiques du Jardinage.
4º. En noms des végétaux cultivés dans les jardins .
Le premier de ces ordres eft compofé de tous les ter
mes qui forment , pour ainfi dire , la langue de cet Art
& qui , défignant moins les chofes que leur manière d'être
n'ont befoin pour être entendus que d'une définition fuc
cincte , claire, & toujours placée fous leurs noms propres
Le fecond renferme tous les termes d'uftenfiles em
ployés dans le Jardinage , comme bêche , rateaux , arro
foirs , cloches , chaffis , terres , &c. Ces noms- ci , indépen
damment de leur définition , néceffitent des deſcripti
détaillées , quelquefois des figures , & toujours le
36 MERCURE
Le troisième eft formé de tous les termes de pratique ,
comme labours , marcottes , greffes , taillis , plantation ,
c. Ces mots fourniront des Traités particuliers qui doivent
préfenter , 1 °. la théorie générale de chacune de ces
;ultures ; 2 °. leurs différentes efpèces ; 3 ° . leurs ufages ;
1º. les moyens les plus expéditifs & les moins difpenlieux
de les mettre en pratique.
Le quatrième & dernier ordre comprend tous les noms
les végétaux qui font l'objet de cette partie d'Agriculure.
On choifira de préférence les noms françois les plus
¿énéralement connus des Cultivateurs , auxquels on ajouera
un feul fynonyme latin , choifi parmi ceux que M. le
Chevalier de la Mark a adoptés dans fon Dictionnaire de
Botanique. On fuivra la culture depuis le femis juſqu'à la
barfaite croiffance de la plante ; on parlera enfuite de fon
afage dans la pratique du Jardinage , &c. Ses propriétés
en Médecine ou dans les Arts feront fimplement indiquées
en deux mots , afin de ne pas empiéter fur les Dictionnaires
des autres Sciences dont chacune de ces propriétés
doit être l'objet ; il en fera de même des defcriptions
botaniques , anatomiques & de toute la partie de la
fynonymie étrangère qui appartient à la Botanique.
On ne traitera dans ce Dictionnaire du Jardinage que des
végétaux cultivés en Europe , foit dans les jardins potagers
ou à fleurs , dans les pépinières , ou dans les jardins de Botanique
; ce qui compofera un nombre de plus de fix mille
végétaux. Les autres qui ne font connus que par les Ouvrages
des Botaniftes ou des Voyageurs , ne feront point
défignés nommément ; mais on donnera des préceptes
généraux fur leur culture à l'article du pays où ils croiffent.
Dans tous ces articles on aura le plus grand foin de
proportionner l'étendue des détails à leur degré d'importance
; ceux qui concerneront les végétaux recommandables
par leur ufage dans l'économie & dans les arts ,
tiendront le premier rang.
Les fynonymes françois des végétaux trouveront leur
place à leur rang dans ce Dictionnaire ; mais ils n'y feront
que pour indiquer leurs noms propres auxquels ils
renverront.
BOIS.
nifième divifion comprendra les femic & nlanın !
DE FRANCE. 87
tions ; l'aménagement & l'amélioration des forêts ; tout
ce qui a rapport à la culture & à l'exploitation des arbres ,
baliveaux & futaies. Nous traiterons de la culture des
arbres d'avenues & d'agrément pour les bofquets & l'ornement
des parcs ; des arbres & arbustes qui , quoique
étrangers , font aujourd'hui devenus prefque indigènes
pour nous. Nous ne nous bornerons pas aux feuls arbres
qui conftituent & font le principal avantage des bois &
forêts , comme chêne , hêtre , frêne , bouleau , peuplier ,
&c. Nous y ajouterons les arbres d'un moindre rapport ,
comme cormier , & ceux qui font principalement deſti
nés à être réduits en charbon , comme cornouiller ,
bourgine , &c. Nous n'oublierons pas les arbres des montagnes
, comme pins , fapins , &c. Au mot Semis , nous
parlerons de tout ce qui regarde la préparation de la terre
pour cet objet , &c . Nous ferons des articles pour la culture
& la nature des terreins généralement propres aux
arbres ; & enfuite , à chacun des articles , nous indiquerons
les différences convenables à chaque efpèce : c'eft
le moyen d'être court & d'éviter les répétitions . Ainfi ,
en parlant du hêtre , nous indiquerons le terrein qui eft
le plus convenable à cette eſpèce d'arbre ; nous traiterons
de fa culture , du moment où il eft de fervice & en
état d'être exploité , de la qualité de fon bois , de l'ufage
auquel on le deftine avec le plus de profit ; nous dirons
comment on l'abát , comment on le débite , & les ouvrages
qui fe font dans la forêt. Le chêne & les autres
grands arbres des forêts feront traités de même , & chacun
fuivant leur nature , leurs qualités & leurs ufages.
Nous comprendrons encore dans cette divifion la culture
des vignes , des oliviers , des vergers , la taille &
greffe des arbres fruitiers.
D'après l'expofition de ce plan , il eft aifé de voir qu'il
n'exifte dans l'Encyclopédie ancienne que bien peu de
matériaux relatifs à l'Agriculture propres à entrer tels
qu'ils font dans ce nouveau Dictionnaire , & qu'il eft
impoffible de s'en fervir fans leur donner la forme qui
convient à ce nouvel Ouvrage ; ce ne fera qu'avec la cir
confpection la plus réfléchie qu'on dénaturera ces articles .
Un Difcours préliminaire pour chaque branche d'Agri
culture & des Tableaux analytiques préfenteront l'er
88 MERCURE
[ VIII . ] L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX.
Elle fera précédée par une Introduction aux trois Règnes
de la Nature , & par l'Hiftoire Naturelle de l'Homme ; par
M. DAUBENTON , de l'Académie Royale des Sciences ,
Lecteur & Profeffeur d'Histoire Naturelle au Collège
Royal de France , Garde & Démonftrateur du Cabinet du
Jardin du Roi , &c. Ce Dictionnaire fera divifé en fix
Parties , dont la première contiendra les Animaux quadru
pèdes , auxquels on a joint les cétacées ; rédigée d'après
THiftoire Naturelle des Animaux de M. DE BUFFON ; la
feconde , les Oifeaux , par M. MAUDUIT , Dofteur- Régent
de la Faculté de Paris , & Membre de la Société Royale
de Médecine ; la troisième , les Quadrupèdes ovipares &
les Serpens , par M. DAUBENTON ; la quatrième , les
Poiffons, par le même ; la cinquième , les Infectes , par
M. GUENEAU DE MONTBEILLARD , Académicien
honoraire de l'Académie de Dijon ; la fixième , les Vers
par M. DAUBENTON . Cesfix Parties feront imprimées à
lafuite les unes des autres , &formeront trois volumes in-4°.
L'INTRODUCTION à l'Hiftoire Naturelle commencera
par la définition de cette Science & par l'énumération
brégée de fes différens objets. Enfuite j'indiquerai les
limites de l'Hiftoire Naturelle relativement aux autres
Sciences qui ont le plus de rapports avec elle : telles font
'Anatomie , la Matière médicale , la Botanique , la Culture
des plantes , la Chymie , la Métallurgie , &c .
J'expliquerai les principes des diftributions méthodiques
des productions de la nature en règnes , ordres ,
claffes , genres , eſpèces , fortes & variétés.
Enfuite je difcuterai cette grande queftion d'Hiftoire
Naturelle , favoir fi la nature paffe d'une eſpèce à une
autre par des nuances fucceffives ; fi toutes les espèces
de fes productions pourroient être rangées fur une même
ligne , de manière que chaque efpèce auroit plus de rapports
avec celles qui l'avoifineroient , qu'avec aucune
des autres ; ou fi cet ordre , au lieu d'être continu , feroit
interrompu par des lacunes entre des efpèces qui n'auroient
pas des caractères propres à former une forte de
Con entre elles . J'expoſerai dans l'Introduction à l'Hifturelle
, les raifons qui ont été données par difféaurs
pour prouver qu'il y a des êtres intermé
diaires qui participent de la nature des minéraux & des
végétaux , & qui indiquent une forte de paffage entre le
Règne animal & le Règne végétal , & d'autres êtres qui
forment une liaiſon entre le Règne végétal & le Règne
animal. A la fuite de cet expofé , je rapporterai l'opinion
des Naturaliſtes qui penfent au contraire que l'on n'a eu
jufqu'à préfent aucunes preuves décifives de paffage ou
de liaiſon entre les Règnes de la nature .
Je ferai mention des principaux Auteurs qui ont traité
des trois Règnes de la nature , & je donnerai quelques
Notices de leurs Ouvrages.
L'Introduction à l'Hiſtoire Naturelle fera terminée par
l'expofition des motifs par lefquels on s'eft déterminé à
faire des Dictionnaires particuliers , non- feulement pour
chaque Règne , mais auffi pour chacun des ordres ou
grandes claffes des productions de la nature qui leur
appartiennent.
Quoique plufieurs Naturaliftes nomenclateurs aient
mis l'homme dans une même claffe avec les animaux
quadrupèdes , je ne confondrai pas l'Hiftoire Naturelle
de l'homme avec celle des animaux ; elle fera placée à
la tête du Dictionnaire des Quadrupèdes , après l'Introduction
à l'Hiftoire Naturelle.
Comme il y aura dans l'Encyclopédie méthodique des
Dictionnaires particuliers pour l'Anatomie , la Médecine ,
l'Art du Deffin , &c . on ne peut répéter dans l'Hiftoire
Naturelle de l'homme aucun des articles qui appartiennent
à ces Dictionnaires : ainfi elle doit être réduite aux
objets fuivans :
Les différences qui font entre la conformation du corps
de l'homme & celle des animaux .
La naiffance de l'homme & fon éducation phyfique relativement
à la force & aux proportions de fon corps.
Les principales différences de la taille depuis le nain
jufqu'au géant.
Les variétés de l'efpèce humaine pour la couleur de
la peau , les traits du vifage , les proportions , la force &
la vigueur du corps de l'homme , fes alimens , &c.
Ses différens âges , la durée de fa vie , famort , la décompofition
de fon corps , fes reftes embaumés , pétrifiés , & c.
L'Hiftoire Naturelle des animaux fera divifée en fix
Dictionnaires méthodiques ; le premier contiendra
go MERCURE
1
quadrupedes vivipares & les cétacées ; le fecond les
oifeaux ; les quadrupèdes ovipares & les ferpens feront
dans le troifième Dictionnaire ; les poiffons dans le
quatrième, les infectes dans le cinquième , & les vers
dans le fixième .
Cette divifion du Règne animal , en fix Dictionnaires ,
eft néceffaire pour qu'ils foient plus méthodiques , &
pour rendre par conféquent l'étude de cette Science plus
fimple & plus facile. Il auroit même fallu faire huit
Dictionnaires conformément à la diftribution méthodique
des animaux qui les divife en huit ordres , & qui me
paroît la mieux fondée fur leurs caractères diftinctifs . Ces
huit ordres comprennent 1 ° . les quadrupèdes , 2 ° . les
cétacées , 3°. les oifeaux , 4° . Les quadrupèdes ovipares ,
5. les ferpens , 6°. les poiffons , 70. les infectes , 8°. les
vers. Mais les cétacées & les ferpens ne font pas affez
nombreux ni affez connus pour fuffire à deux Dictionnaires
particuliers ; on fera obligé de mettre les cétacées.
dans le Dictionnaire des quadrupèdes vivipares & les
ferpens dans celui des quadrupèdes ovipares.
QUADRUPEDES ET CÉTACÉES.
TOUTE l'Europe s'accorde à regarder l'Hiftoire des ani
maux de M. de Buffon , comme l'un des plus beaux Ouvrages
de ce fiècle . On fent bien qu'avec un tel guide il
feroit fuperflu de chercher à s'ouvrir des routes nouvelles
dans cette partie de l'Hiftoire Naturelle ; auffi
l'Hiftoire des animaux quadrupèdes fera-t-elle rédigée ici
toute entière d'après celle de M. de Buffon , mais en y
mettant les modifications & en y donnant la forme que
prefcrit le plan général de nos Dictionnaires.
Pour nous y conformer en tout , nous donnerons à
l'article Quadrupèdes , une diftribution méthodique de
1 leurs différentes familles : mais notre méthode , fimple ,
1 naturelle , ne fera que raffembler ces animaux fuivant
que l'on pourra remarquer entre eux plus de traits de
conformité : on tâchera fur-tout d'éviter les réunions
forcées , quelquefois monftrueufes , des natures éloignées
& difparates , rien n'étant plus déplacé que ces contraſtes
pénibles dans une méthode dont le but eft & doit être
de réunir les êtres qui fe reffemblent , & de les rappro
cher dans l'ordre de leurs rapports.
DE FRANCE.
Tout ce qui peut avoir paru de nouveau depuis la
publication de l'Hiftoire des Quadrupèdes de M. de
Buffon , ou ce qu'il y a lui- même ajouté dans fes Supplémens
, fera refondu fous chaque article : ceux des animaux
fauvages feront enrichis de tous les détails de
leur chaffe.
Les espèces feront rangées dans ce nouveau Dictionnaire
fous leurs véritables dénominations ; & tous les
noms triviaux , favans , nationaux ou étrangers , étant
rapportés par renvois à ces vrais noms , on verra s'éclaircir
la confufion dans laquelle l'ancienne Encyclopédie
avoit laiffé cette partie de l'Hiftoire des Animaux ; fouvent,
en effet , dans cet Ouvrage on n'avoit fait qu'extraire
, fans difcuter & fans comparer les objets , ce
qu'avoit dit chaque voyageur fur les animaux du pays
qu'il parcouroit ; de forte qu'un même animal , donné
plufieurs fois fous plufieurs noms barbares , n'étoit reconnoiffable
fous aucun ( 1 ) .
Les cétacées ou grands animaux marins du genre de la
baleine , qui femblent , par leur forme extérieure & par
l'élément qu'ils habitent , appartenir aux poiffons , tiennent
néanmoins aux quadrupèdes par une analogie de
nature bien plus étroite & plus intime ; ils refpirent comme
les quadrupedes ; ils engendrent & alaitent de même
leurs petits toute la conformation intérieure de leurs
organes & de leurs vifcères eft la même. D'après ces rapports
finguliers & frappans , les cétacées femblent mieux
placés dans le Dictionnaire des quadrupedes que dans
toute autre partie de l'Histoire Naturelle ; & leurs articles
traités ici avec foin , n'en feront que plus defirer
l'Hiftoire de ces animaux , dont on s'occupe actuellement
fous les yeux de M. le Comte de Buffon . On joindra à
chaque article tout ce qui concerne la chaffe & la pêche
des quadrupèdes & des cétacées.
OISEAU X.
LE Dictionnaire ornithologique fera précédé d'un Dif
( 1 ) Voyez dans l'ancienne Encyclopédie , les mots Antamba ,
Aranata , Arougheun , Azebre , Berri , Bifcacho , Capivar , Camphur ,
Dabach, Hay, Hirara , Impagazza , Impalanca , Intienga , Macha
Nfoffi ; Pacquirer, Sigah-Gufch , &c. &c.
92 MERCURE
1
cours général ſur la nature des oiſeaux. Je commencerai
par les comparer aux autres animaux & entre eux , relativement
à la forme extérieure & à l'organiſation interne.
Je traiterai enfuite des méthodes ou des ſyſtêmes pro-
' . pofés pour en rendre la connoiffance plus facile. Je ter-
: minerai cette partie par une notice abrégée des meilleurs
Ouvrages fur l'Ornithologie.
L'examen des parties internes donnera les raiſons d'un
grand nombre des habitudes des oifeaux en général , &
1 de celles de plufieurs familles de ces animaux. On appréciera
leurs perceptions d'après le méchanifme de leurs
fens , & on confirmera cette théorie par des faits emprun
tés de l'obfervation.
Quant à la nomenclature , je fuivrai celle de M. de
Buffon , comme la plus récente , la plus exacte & la
plus étendue. J'emprunterai en outre de fes ouvrages ,
mais en obfervant de les citer , les faits , les penſées
& jufqu'aux expreffions même , quand je le croirai
néceffaire .
Par rapport à la méthode fyftématique , je fuivrai celle
de M. Briffon , parce qu'elle eft la plus fimple & en même
tems la plus générale. Je bornerai la fynonymie des oifeaux
à celles de Briffon , Edwars , Belon , Catesbi , afin
de ne pas groffir inutilement cet Ouvrage. Les defcriptions
offriront , autant que les fujets le permettront ,
quelques traits diftinctifs de chaque efpèce d'oifeaux ; elles
feront terminées par les faits les plus connus & les plus
avérés qui ont rapport à leurs moeurs particulières , habitudes
, & c.
Indépendamment de ces objets , on traitera dans le
plus grand détail de tout ce qui a rapport aux oiſeaux en
général ; tels feront les mots Oifeau , Confervation , Plumage
, &c. Chacun de ces articles fera autant de difcours
particuliers qui offriront aux Lecteurs ( autant qu'il fera
poffible ) ce qu'ils peuvent defirer de connoître fur ces
matières.
Je traiterai auffi , dans des articles féparés , de ce qui
eft relatif à la Fauconnerie & aux différentes chaffes que
l'on fait des oiſeaux.
Quant aux articles contenus dans l'Encyclopédie , je
' en ferai qu'un ufage borné , parce que le plan que les
eurs de cette partie ont fuivi , n'eft pas conforme au
DE FRANCE. 93
1
こ
mien ; que beaucoup d'a ticles en particulier me paroiffent
défectueux , & que plufieurs ne préfentent au Lecteur
aucune idée qu'il puiffe faifir .
Cette Ornithologie fera terminée par deux Tables ;
l'une méthodique , l'autre alphabétique. La première indiquera
les matières & l'ordre dans lequel on devra les
lire , pour tirer du Dictionnaire encyclopédique le même
avantage que d'un Traité fuivi fur le même objet ; la
feconde fera double , l'une françoife , l'autre latine ; on
renverra de la feconde à la première.
QUADRUPÈDES OVIPARES , ET SERPENS.
La plupart des animaux qui ont quatre pieds font
vivans lorfqu'ils fortent du ventre de leurs mères : on
les nomme fimplement quadrupèdes. Il y a d'autres animaux
à quatre pieds qui pondent des oeufs , & que l'on
appelle quadrupedes ovipares pour les diftinguer des
quadrupedes vivipares .
Le Dictionnaire des quadrupèdes ovipares contiendra
toutes leurs dénominations , qui font les crapauds , les
grenouilles , les tortues , les lézards , les crocodiles , les
caméléons , les falamandres , le fcinque , &c.
La dénomination de chaque efpèce fera fuivie du nom
latin. Je décrirai le mâle & la femelle ; cette defcription
comprendra non feulement les parties extérieures du
corps , mais auffi les principaux viſcères. Je ferai remarquer
les caractères diftinctifs de ces animaux par rapport
à leur fexe & aux autres espèces de leur genre. Je rapporterai
ce qui a été obſervé ſur leur accouplement , fur
leur ponte , fur leurs oeufs ou leur frai , fur leur naiffance
& leurs métamorphofes , autant qu'il fera poffible
de remplir tous ces différens objets.
Ces defcriptions étant faites pour un Dictionnaire
d'Hiftoire Naturelle , ne renfermeront aucune connoiffance
d'Anatomie , puifque les objets de ces deux Sciences
font très- différens l'un de l'autre ; j'en rapporterai les
> raifons dans l'Introduction à l'Hiftoire Naturelle .
Après avoir donné la defcription des parties extérieures
& intérieures de chaque efpèce d'animaux ovipares ,
j'expoferai la qualité de leurs alimens & la manière dont
ils les prennent ; je ferai mention de leurs allures , de leurs
habitations & de leurs précautions pour leur fûreté ,
94 MERCURE
moyens qu'ils ont pour attaquer ou pour fe défendre , &
des rufes qu'ils emploient pour faifir leur proie.
Enfuite je citerai les pays où ils fe trouvent ; je rap.
porterai la manière dont on prend ces animaux & dont on
les pêche , les propriétés dont ils font doués & l'uſage
que l'on en fait. Mais en traitant de ces objets je ne ferai
aucune mention de ce qui a rapport à la Cuiſine , à la
Médecine ou aux Arts . Par exemple , de la manière dont
on prépare les grenouilles pour les manger, les tortues
pour des bouillons médicinaux , & leur écaille pour différens
Ouvrages. Je finirai l'article de chaque efpèce
d'animaux ovipares , en renvoyant au nom générique.
La dénomination de chaque genre fera fuivie d'une
expofition de fes caractères diftinctifs relativement aux
autres genres de fa claffe ; enfuite je ferai l'énumération
des espèces qu'il contient , & je terminerai l'article par
un renvoi à la claffe , fous la dénomination de quadrupėdes
ovipares.
Al'article de cette claffe , j'expoferai les caractères qui
diftinguent les animaux qu'elle comprend , des animaux
des autres claffes , & je renverrai au Difcours préliminaire
qui doit être à la tête du Dictionnaire des quadru
pèdes vivipares.
On trouvera auffi dans le Dictionnaire des quadru
pèdes ovipares l'explication des termes particuliers qui
font en ufage pour défigner certaines parties de leurs
corps , ou leurs différens états , par exemple , Ecaille ,
Goitre, Métamorphofe , Tetard.
LES SERPENS ne font ni affez nombreux , ni aſſez
connus pour en faire un Dictionnaire particulier ; d'ailleurs
, ils ont beaucoup de rapports avec les quadru
pèdes ovipares ; c'eft pourquoi je mettrai les ferpens avec
ces animaux dans le même Dictionnaire.
Par conféquent il contiendra les dénominations des
efpèces & des genres des ferpens avec leurs noms latins.
Chaque article fera traité de la même manière que ceux
des quadrupèdes ovipares. Je terminerai les articles des
genres par un renvoi au mot Serpent. L'article qui fuivra
ce mot contiendra l'expofition des caractères diftinctifs
de la claffe des ferpens , relativement aux autres claſſes
les animaux. Enfuite je ferai l'énumération des différens
DE FRANCE.
95
genres de ferpens , & je finirai par des renvois à l'Introduction
à l'Hiftoire Naturelle.
POISSON S.
ON donne vulgairement le nom de poiffon aux cétacées
, aux poiffons cartilagineux & aux épineux ; mais
dans un Dictionnaire méthodique , les cétacées ne peuvent
pas être mis au nombre des poiffons , parce qu'ils
ont beaucoup moins de rapports avec ces animaux
qu'avec les quadrupedes. D'ailleurs , on aura traité des
cétacées dans le premier des Dictionnaires d'Hiftoire Naturelle
, ils fe trouveront mêlés par ordre alphabétique
avec les quadrupedes , parce qu'ils font trop peu nom-
-breux & trop peu connus pour fuffire à un Dictionnaire
particulier.
Quelques Auteurs ont féparé les poiffons cartilagineux
des autres poiffons , & les ont réunis aux quadrupedes
ovipares , aux lézards & aux ferpens dans une même
claffe , fous la dénomination d'amphibies ; mais les poiffons
cartilagineux ont affez de rapport avec les autres
pour qu'on les mette tous enfemble dans le même
Dictionnaire.
Il y a un grand nombre d'efpèces d'animaux auxquels
on donne fouvent , & fort mal-à-propos , le nom de poiffon
tels font les animaux des coquillages. L'animal qui
eft dans la coquille d'un eſcargot ou d'une huître , n'eſt
certainement pas un poiffon ; il fera mis au rang
des vers ;
il ne fe trouvera , comme les animaux de tous les autres
coquillages ,, que dans le Dictionnaire des vers.
Celui des poiffons contiendra les noms de toutes les
efpêces connues des poiffons cartilagineux & des épineux.
La dénomination françoife de chaque efpèce fera
fuivie du nom latin le plus en ufage. Je décrirai les parties
extérieures du mâle & de la femelle , les principaux vifcères
& les parties qui forment le fquelette ou qui en
tiennent lieu. J'indiquerai leurs alimens & les lieux où
ils fe trouvent dans la mer ou dans les lacs , les fleuves ,
les ruiffeaux , & c. J'expoferai la manière dont ils pourfuivent
& dont ils faififfent leur proie , les moyens qu'ils
emploient pour leur fûreté & pour leur défenfe . Je ferai
mention de ceux qui volent ou qui fubiffent des
morphoſes : enſuite j'indiquerai la route & le tems
༣
96
MERCURE
migrations ; je décrirai leur accouplement ou leur frai ,
& la manière dont on fait les pêches , autant que chaque
eſpèce de poiffon fera connue , & pourra fournir à tous
ces articles ; je finirai par un renvoi au mot Poiffon.
L'article qui fuivra ce mot commencera par l'expofition
des caractères de l'ordre des poiffons , & par l'énuméra
tion des claffes & des genres de chaque claffe. Enfin je
nommerai les Auteurs qui ont le mieux traité de ces ani
maux , & je ferai une Notice de leurs Ouvrages.
INSECTES.
CE nouveau Dictionnaire raifonné d'Infectologie ;
moins limité dans fon plan & d'ailleurs fufceptible d'augmentations
intéreffantes , ne fût-ce qu'à raifon des nou
velles découvertes , remplira trois objets principaux.
1°. Il préfentera la Lifte la plus complette de tous les
noms françois ou francifés , vulgaires ou ſcientifiques des
infectes , comme auffi de toutes les dénominations compofées
, par lefquelles les principaux Ecrivains ont défigné
chaque claffe , chaque ordre , chaque famille , chaque
genre , chaque efpèce de ces petits animaux , avec des
réflexions fur les règles que l'on doit fuivre dans la førmation
, ou l'application de ces noms fimples ou compofés
, & principalement fur les inconvéniens de leur exceffive
multiplication , fur les abus de la licence que prennent
la plupart des Naturaliftes d'appliquer les mêmes
noms à des objets différens ; abus , inconvéniens qui
commencent déjà à fe faire fentir , & qui , s'ils augmentent
à l'avenir dans la même proportion , ne peuvent
qu'embarraffer beaucoup la fcience des chofes , & finiront
par l'accabler fous le poids d'une ftérile & vicieuſe
nomenclature.
2º. On joindra à ces connoiffances nominales , mais
effentielles , comme on voit , des connoiffances plus réelles
; par exemple , celles des différentes parties tant extérieures
qu'intérieures des infectes ; celles des différentes
formes par lefquelles elles paffent fucceffivement depuis
l'oeuf jufqu'à l'âge adulte qu'on appelle vulgairement
l'État de perfection ; celles des actions , manoeuvres , induftries
, moeurs , qui font toujours , plus ou moins évidemment
, le réſultat de la conformation . On tâchera de
de ces connoiffances particulières quelques conféquences.
DE FRANCE. 97
quences fur la nature des infectes , & en général fur l'organifation
animale que le grand Être femble avoir réduite
à fes élémens les plus fimples , & , pour ainfi dire , à ſa
dernière analyſe dans ces infiniment petits de la nature
vivante.
3 °. On s'étendra particuliérement fur deux claffes
d'infectes : ceux qui font utiles , & ceux qui font nuifibles.i
On indiquera les moyens les plus fûrs de tirer parti des
premiers , d'augmenter , s'il fe peut , leur utilité , d'en
trouver même aux infectes qui , par notre ignorance ou
notre faute , font reftés jufqu'ici dans la claffe des inutiles .
A l'égard des infe&tes nuifibles , foit de ceux qui nous !
font friffonner par leur figure hideufe , & qui ne font pas
les plus nuifibles ; foit de ceux qui nous menacent audehors
d'atteintes cruelles & même dangereufes ; foit de
ceux qui nous rongent intérieurement & renaiffent fans
ceffe de notre fubftance pour la dévorer fans ceffe ; foit
enfin de ceux qui menacent nos campagnes d'une défolation
générale par leur nombre & leur voracité . Nous
nous attacherons à les faire connoître , à donner , fi j'ofe
ainfi parler , leur fignalement au genre- humain : c'eft
déjà beaucoup de connoître fes ennemis. Mais nous ne
nous en tiendrons pas-là ; nous nous propofons d'indiquer
, autant qu'il fera poffible , les moyens de les détruire
, d'éviter leurs coups , ou du moins , fi leurs coups
font inévitables , de prévenir toutes fuites fâcheufes , ou
de les adoucir.
On renverra , pour la plus facile intelligence du texte ,
à des figures exactes qui feront , non de luxe , mais de
néceffité , & que l'on ne fe permettra que lorfqu'on les
jugera plus propres qu'aucune defcription à donner des
notions juftes & précifes des parties principales & cay
ractéristiques des infectes.
Enfin on ajoutera à la fuite du Difcours préliminaire
les tableaux comparés des méthodes infectologiques les
plus connues , feul moyen de pouvoir tirer avantage de
ce que ces méthodes ont de bon , & de diffiper les nuages
que la licence des méthodiftes répand tous les jours
fur cette partie de l'Hiftoire Naturelle.
VERS.
LA plupart des Naturaliftes nomenclateurs les plu
Samedi 8 Décembre 1781 . E
68 MERCURE
un lèbres comprennent , fous la dénomination de vers ,
grand nombre d'efpèces d'animaux de différens genres.
Ainfi le Dictionnaire méthodique des vers comprendra
non-feulement ceux qui font vulgairement connus fous
ce nom , comme les lombrics , les afcarides , les douves ,
les vers à tuyau , &c . mais encore les fang fues , les
limaces , les fcolopendres , les orties de mer , les feches ,
les étoiles de mer , les ourfins , & c .
Les animaux des coquillages feront auffi mis au nom.
bre des vers pour des raifons qu'il feroit trop long de
déduire ici , & qui feront rapportées dans le Di&tionnaire
au mot Coquillage.
Enfin ces animaux de forme fi fingulière , que l'on a
nommés zoophytes , font regardés comme des vers par
plufieurs Naturaliftes nomenclateurs ; les zoophytes ont
été divifés en plufieurs genres , fous les dénominations
de coraux , de millepores , madrepores , tubipores ,
alcyonium , éponges , & c.
Tous les articles du Dictionnaire des vers feront traités
comme ceux des Dictionnaires des quadrupèdes ovipares ,
des ferpens & des poiffons.
[IX. ] LA BOTANIQUE ; par M. le Chevalier DE LA
MARCK, de l'Académie Royale des Sciences , deux volumes
in-4°.
11 ON ne peut attribuer qu'au défaut de Rédacteur particulier
pour chacune des Sciences qui font traitées dans
Encyclopédie , la grande imperfection que la Botanique
nous paroît avoir dans cet Ouvrage . Il y manque plus
de la moitié des végétaux , même les plus connus . Les
' divers articles où il en eft fait mention , font placés la
plupart fous des noms étrangers , que les Botaniftes n'ont
pu adopter , & qui en rendent la recherche impoffible.
Les doubles emplois y font très-nombreux , faute de s'être
entendu fur les noms. Une plante connue n'y eſt ſɔuvent
défignée que par un nom barbare . Des hommes
cependant d'un mérite fupérieur ont fourni à l'ancienne
Encyclopédie des articles excellens . Tels font , entr'au
tres , MM. Adanfon , de l'Académie Royale des Sciences
;Daubenton de Montbard , le Baron de Tschoudy,
& c.; mais les travaux de ces Savans ne confiftent que
dans des articles ifolés , fans rapport , fans fuite , & non
DE FRANCE.
99
dans l'expofition des vues & des principes de la Science
qui en eft l'objet , ni dans l'ordre ou le plan de compofition
de ces mêmes articles . Pour remédier à ces défauts ,
je vais expofer le plan de travail que j'ai particulièrement
adopté.
Je placerai au commencement du Dictionnaire des
végétaux un Difcours préliminaire , dans lequel j'expoferai
fuccinctement l'origine , les progrès & l'état actuel
de la Botanique ; j'y ferai connoître les principaux fyftĉ- 1
-mes des Botaniftes & les méthodes les plus remarquables .
Ce Difcours fera terminé par une vue générale fur l'ordre
naturel des végétaux , & fur les familles & les genres
des plantes.
Le Dictionnaire botanique contiendra l'explication de
tous les termes de la Science , confidérés dans leurs différens
rapports ; les uns , par exemple , comme Ordre ,
Systême , Méthode , Analyfe , Claffe , Section , Famille ,
Genre , Efpèce , Variété , Caractère , Rapport , &c. contiendront
le développement exact de l'idée & de l'emploi
de chacun de ces mots ; les autres préfenteront la
définition claire & préciſe des différentes parties des
plantes ; ainfi aux mots Racine , Tige , Branche , Feuille ,
Fleur , Etamire , Fruit , Semence , &c. on trouvera tous
les détails fuffifans pour faire connoître ces parties ; des
figures exactes & rigoureufement correfpondantes aux
difcours , viendront à l'appui des explications .
Quant à la defcription des végétaux , comme le
nombre des articles eft extrêmement confidérable , on
s'arrêtera particuliérement aux végétaux ( herbes ou
arbres ) qui méritent le plus d'attention , foit à caufe de
leur utilité dans la Médecine , foit comme aliment , ou
comme propre à nos vêtemens , foit à caufe de leur
utilité dans les Arts , foit comme ornement dans les jardins
, & c. tous les autres ne feront cités que par une définition
préciſe & fuccincte ; car fans rien paffer de ce
qui eft bien connu , je me tiendrai dans les véritables
proportions qu'exige chaque objet. J'indiquerai le lieu
natal de chaque plante , fa durée en général , le tems de
fa floraiſon , fes qualités particulières , fon utilité fous
quelque point de vue que ce foit.
Les végétaux feront placés chacun fous un nom
nérique le plus généralement connu ou adopté de
E ij
100 MERCURE
niftes ; mais à chaque article on indiquera les noms
communs les plus connus , & les noms même ufités dans
les diverfes parties du monde ; & ces différens noms
ainfi employés procureront cet avantage , que lorfqu'on
cherchera une plante dans le Dictionnaire des végétaux
, on la trouvera immanquablement , puifque le nom
vulgaire , le nom du lieu natal & le nom fcientifique
s'y trouveront. Quant à la fynonymie des végétaux , on
la bornera à la feule phrafe botanique de Tournefort &
de Linné , ou , à leur défaut , on citera l'Auteur particulier
duquel on aura emprunté.
Après le Difcours préliminaire je placerai des Tableaux
d'analyse en nombre fuffifant , & compofés de
manière que par leur moyen toute plante que l'on obfervera
& dont on ignorera le nom , pourra être connue
dans un inftant. L'Ouvrage entier dont on vient d'expofer
le plan , participera donc des avantages attachés à la
forme de Dictionnaire , & pourra fervir en même tems ,
comme fi c'étoit un Traité particulier de Botanique , à
tous ceux qui en voudroient faire une étude fuivie .
On placera à la fin de l'Ouvrage une Table qui renfermera
tous les noms latins des plantes , ainfi que les
termes particuliers latins ufités dans les écrits des Botaniftes,
[ X. ] L'HISTOIRE NATURELLE DES MINÉRAUX ;
par M. DAUBENTON , un volume in-4° .
LES animaux & les végétaux font des êtres organifés ,
& par conféquent des individus qui conftituent des efpèces
conftantes. Elles diffèrent les unes des autres par
des caractères plus diftincts que ceux des minéraux qui
ne font pas des individus. On ne peut les rapporter à
des espèces , ni diftribuer leurs différentes fortes & leurs
variétés en genres , en claffes & en ordres par des caractères
affez diftin &tifs , pour que les minéraux foient
partagés en plufieurs Dictionnaires méthodiques comme
les animaux & les végétaux.
J'expoferai dans l'Introduction au règne minéral les
différences qui font entre les minéraux & les végétaux ,
& je ferai un précis des opinions de quelques Auteurs
le paffage du Règne animal au Règne végétal.
onnerai une idée générale des principaux objets
DE FRANCE. 101'
de la Minéralogie ; enfuite je ferai mention des meilleurs
Ouvrages qui ont été faits fur cette Science. Enfin j'expliquerai
ma méthode pour claffer les minéraux & les
moyens que je fuivrai pour les défigner par des caractères
diftinctifs.
Un Dictionnaire méthodique de Minéralogie doit contenir
1 °. les noms de chacune des productions du Règne
minéral ; 2° . les dénominations génériques par lefquelles
on indique plufieurs fortes de minéraux , que l'on dit
être de même genre , parce qu'ils ont plus de rapports
entre eux qu'avec les autres minéraux ; 3 ° . les termes
particuliers que les Naturaliftes emploient dans la Science
de la Minéralogie ; 4° . les noms que l'on a donnés aux
principales opérations de la nature dans la formation des
minéraux .
La plupart des minéraux ont chacun plufieurs noms ;
il eft fort inutile & très-fâcheux qu'il y ait plus de dénominations
à apprendre que de chofes à connoître. Il feroit
à fouhaiter qu'il n'y eût point de noms fynonymes
en Hiftoire Naturelle ; mais il eſt abſolument néceffaire
de les faire tous entrer dans un Dictionnaire , afin que
l'on y trouve la fignification de ceux que l'on aura rencontrés
dans des livres , ou dont on aura entendu parler.
Après une courte explication de ces noms fynony
mes , je renverrai au nom que j'aurai adopté.
J'adopterai pour chaque minéral le nom le plus généralement
reçu ; mais dans le cas où ce nom donneroir
une fauffe idée de la chofe dénommée , je préférerois un
fynonyme s'il s'en trouvoit quelqu'un dont la fignification
fût meilleure . Je n'emploierai de nouveaux noms
que dans une néceffité abfolue dont je rendrai compte
en expliquant la nouvelle dénomination.
Le nom de chaque forte de minéral fera fuivi de
l'énumération de fes fynonymes , de la defcription du
minéral & de fes variétés , de la définition de fa nature
autant qu'elle fera connue , de l'explication de fa formation
fi elle a été découverte , & d'un précis des opinions
que l'on a eues à ce fujet. Enfuite j'indiquerai les lieux
où fe trouve le minéral dont il s'agira ; j'expoferai fes
ufages & la manière dont on le prépare , s'il peut fournir
à tous ces articles. Je finirai par un renvoi à la dénomination
du genre de chaque forte de minéral.
E iij
102 MERCURE
Après la dénomination de chaque genre j'expoferai fes
caractères diftin &tifs , & je ferai l'énumération des différentes
fortes de minéraux qu'il comprendra ; enfin j'indiquerai
par un renvoi la dénomination de la claffe dont il
dépendra.
La dénomination de chaque claffe fera fuivie de l'expofition
de fes caractères diſtinctifs & de l'énumération .
des genres qu'elle contiendra. L'article fera terminé par
un renvoi à la dénomination de l'ordre de minéraux
auquel la claffe appartiendra.
Après la dénomination de chaque ordre de minéraux ,
je rapporterai fes caractères diftinctifs , & je renverrai à
'Introduction au Règne minéral , & aux mots Règne
minéral , Minéralogie & Méthode.
Il y aura auffi des articles pour chacun des noms que
les Naturalifles ont donnés aux principales opérations de
la nature ; par exemple , Suc lapidifique , Concrétion
Cryftallifation , Pétrification , Minéralifation , Efflorefcence
, première Formation , Deftruction , feconde Formation ,
&c. On donnera un précis des opinions des meilleurs Auteurs
fur chacune de ces opérations de la nature.
Suppofons qu'un Dictionnaire de Minéralogie , ou
d'une autre Science , contienne tous les mots qui doivent
s'y trouver ; fuppofons encore que tous les articles relatifs
à ces mots foient bien traités , on trouvera dans ce
Dictionnaire les mots dont on voudra favoir l'explication
; mais on n'aura que des connoiffances détachées , &
dont prefque tous les objets feront très - difparates . Si l'on
fuit les renvois pour lire les articles qui y font indiqués ,
on acquerra de nouvelles connoiffances qui auront un
rapport immédiat avec les premières ; mais cet enfemble
fera encore très - borné . On ne pourra jamais s'inftruire
complettement d'une Science dans un Dictionnaire , fi
l'on n'a un moyen d'y trouver les principes & les détails
de cette Science , d'une manière auffi fuivie que dans
un Traité méthodique.
Pour que ce moyen foit poffible , il faut que le Dic.
tionnaire contienne réellement un Traité méthodique de
la Science qui en fait l'objet. Ce Traité y eft morcelé par
articles qui ont pour titres des mots rangés par ordre
alphabétique . J'expoferai dans le Dictionnaire des Minéaux-
la fuite de ces articles par ordre méthodique , pour
DE FRANCE. 103
donner un moyen de lire dans ce Dictionnaire un Traité
fuivi de la Science dont il traite. Chaque article du Dictionnaire
de Minéralogie aura en tête le nom d'un minéral
, & en indiquera le genre , la claffe & l'ordre. Je re - i
garde ces articles comme effentiels par oppofition aux
articles des noms fynonymes qui doivent néceffairement
fe trouver dans un Dictionnaire , comme je l'ai déjà dit , i
mais qui font plus nuifibles qu'iles à la Science. Ces derniers
articles feront marqués d'une étoile en tête pour
empêcher qu'ils n'offufquent les autres , & qu'on ne leur
donne plus de valeur & d'attention qu'ils n'en méritent.
Le Dictionnaire fera fuivi d'une Life qui contiendra par
ordre méthodique ,
1º. Les termes particuliers que les Naturaliftes emploient
dans la Science de la Minéralogie.
2º. Les dénominations que l'on a données aux principales
opérations de la nature dans la formation des minéraux .
3 °. Les noms de chaque minéral.
En lifant fucceffivement dans le Dictionnaire les articles
qui auront pour titre les mêmes mots que ceux de la
Lifte méthodique , on pourra étudier la Minéralogie par
principes & par méthodes , comme dans un Traité complet
de cette Science.
On mettra le nom latin de chaque minéral après fon
nom françois , pour rendre la nomenclature plus complette
& plus füre ; & pour la mettre plus à la portée des
étrangers qui n'ont qu'une connoiffance imparfaite de
notre langue. Mais les noms latins ne pourront pas être
rangés par ordre alphabétique comme les noms françois
qui les précéderont. Par conféquent fi l'on vouloit avoir
l'explication d'un nom latin dont on ne connoîtroit pas le
fynonyme françois , on ne pourroit pas trouver ce nom
latin par l'ordre alphabétique. Il eft donc néceffaire de
raffembler les noms latins des minéraux à la fin du Dictionnaire
, & de les difpofer par ordre alphabétique , avec
un renvoi de chacun de ces noms latins aux noms françois
qui leur correfpondent.
Par conféquent il y aura deux Tables à la fin du Dictionnaire
; l'une méthodique & l'autre alphabétique ; la première
rendra l'étude de la Minéralogie plus facile , &
l'autre fera trouver les noms latins plus aifément . Il faut
employer toutes fortes de moyens pour ménager le ten
E iv
104 MERCURE
de l'étude , & pour épargner aux gens de lettres la peine
de feuilleter des livres inutilement.
[ XI. ] L'HISTOIRE NATURELLE contenant la Géographie-
Phyfique ou les Phénomènes généraux de l'Hiftoire
Naturelle de la Terre ; par M. DESMAREST , de l'Académie
Royale des Sciences , & Inspecteur des Manufactures
de la Champagne ( 1 ).
Le plan de cet Ouvrage a été tracé depuis long- tems
au mot Géographie-Phyfique de l'ancienne Encyclopédie :
c'est là qu'on pourra voir les détails des objets qui feront
traités dans le nouveau Dictionnaire. Ainfi , pour donner
une idée de ce travail , je me contenterai d'indiquer ici
feulement les maffes de ces objets. Dans un Difcours
préliminaire , j'expoferai les principes d'une méthode
d'obfervation , que je crois la plus propre à reculer les
bornes de la Géographie-Phyfique ; je montrerai enfuite
T'enchaînement encyclopédique de tous les articles qui
forment actuellement le corps de cette Science. Je confidérerai
d'abord tout ce qui peut avoir rapport à la formation
des vapeurs & des nuages qui fe réfolvent en
pluies , ou qui tombent en neiges : cet examen me copduira
naturellement à traiter , avec une certaine étendue ,
des amas de neiges & de glaces placés fur les hautes
montagnes , & à les faire enviſager comme des réſervoirs
qui fervent à l'aliment d'un grand nombre de rivières
& de fleuves. Les fources , les fontaines qui tiennent à
cette même économie , feront auffi décrites dans les mêmes
vues. Avec ces premières inftructions je parcourrai
tous les phénomènes des eaux circulantes à la fuperficie
des continens ; je fuivrai les ruiffeaux , les torrens , les
rivières de différens ordres , les fleuves , les lacs que les
fleuves traverfent , les crues & les inondations accidentelles
ou périodiques de ces rivières , enfin les glaces
qu'elles charient , leurs débacles , &c . On ne peut obferver
ainfi les démarches d'un agent toujours en mouve-
1 ment , fans reconnoître les réſultats de fes deftructions &
( 1 ) Tous ces Dictionnaires d'Hiftoire Naturelle contiendront
cinq à fix volumes in-4°. , & feront imprimés à la fuite
as des autres. Ils formeront un ouvrage abſolument neuf
ncyclopédie méthodique.
DE FRANCE. 105
de fes tranfports immenfes . Je confidérerai fous ces deux
points de vue les vallées de différens ordres , leurs rami
fications , leurs difpofitions relatives , les baffins des
grandes rivières , les pentes générales & particulières
les points de partage des eaux , les montagnes , les colli
nes , les plaines , les ifles des fleuves , & les atterriffemen
formés à leurs embouchures dans la mer.
L'infpection des parties intérieures de la terre qui on
été découvertes par l'excavation des vallées , me donnera
lieu de diftinguer différens maffifs diftribués fur les con
tinens , fuivant un certain arrangement relatif. Les cou
ches horizontales ou inclinées , leur organifation , les
divers matériaux qui entrent dans leur compofition , le
pays de granites feront décrits fuivant les principes de
M. Rouelle , qui , le premier , nous a donné , dans fes
leçons , les caractères de l'ancienne & de la nouvelle
terre ; diftinction vraiment lumineufe , & le fondement
de l'étude du globe. Je me permettrai cependant d'y faire
toutes les additions & les modifications que femblent au
torifer des recherches poftérieures , mais toujours dans
les principes de ce grand maître.
La mer fera confidérée comme l'égout de tous les
fleuves & le grand réfervoir des eaux qui font reportées
continuellement par l'atmosphère fur les continens. Après
avoir indiqué les caufes qui contribuent à la falure des
eaux de la mer , & à la lumière qu'elles rendent en cer
tains tems , je décrirai les différentes configurations de
fon baffin & de ſes bords , les méditerranées , les golfes
les baies , les caps , les falaifes , les dunes , enfin les pref
qu'ifles & les ifthmes , les ifles & les détroits. Tous ces
détails me conduiront à traiter des changemens que le
baffin de la mer a pu éprouver , foit en difcutant les
preuves des invafions & du féjour qu'elle a faits fur les
continens , foit en traçant les limites de fes anciens bords
ou en indiquant les témoins de fes retraites fucceffives .
Tous les phénomènes que nous venons de préfente
fuccinctement , tiennent à une fuite d'opérations , don
les progrès font plus ou moins marqués , mais toujour
conftans. Il eſt une autre claffe de phénomènes, dont le
retours , quoique accidentels , m'occuperont auffi : tel
font les ouragans , les trombes , les tremblemens de
& les éruptions des volcans. Il fera curieux de ce
E v
1106 MERCURE
eurs effets avec ceux des autres phénomènes. Je m'atta
herai , par exemple , à montrer comment les opérations
lu feu dans les volcans fe font combinées avec celles
des agens ordinaires. Ainfi j'indiquerai les centres d'éruption
, foit qu'ils fe préfentent fous la forme de cratère
puvert , ou fous celle de fimple culot ; les courans de laves
, foit qu'ils foient placés ou fur les plaines élevées ,
bu dans le fond des vallons ; enfin les altérations fucceffives
de certaines productions du feu. Je terminerai
tout ce travail en jettant un coup d'oeil général fur les
cantons volcanifés de la France , & même des autres
contrées de l'Europe : on pourra pour lors comparer
' étendue des cantons incendiés avec les autres parties
qui font reftées intactes .
Il eft aifé de voir , d'après le détail des objets dont
S'occupe la Géographie-Phyfique , qu'un corps complet
de cette Science pourroit tenir lieu d'une théorie de la
terre. Cependant on fe guide en Géographie - Phyfique
fur des principes totalement différens de ceux qu'on paroît
avoir adoptés dans les théories de la terre qui ont
paru jufqu'à préfent. Dans la Géographie - Phyſique , on
n'admet les réfultats généraux des obfervations qu'autant
qu'ils font bien établis , & on ne les réunit à d'autres
qu'autant que leur liaifon peut s'exécuter naturellement
& fans effort : enfin elle fouffre les vuides par-tout où
les faits manquent , & elle attend du tems & des recherches
ultérieures les faits dont elle peut avoir befoin.
Dans les théories de la terre , au contraire , comme on
a pour but principal de tout expliquer , & de placer des
caufes à côté des effets connus , on fe trouve forcé de
remplir les vuides par des agens hypothétiques qui produifent
les révolutions & les cataſtrophes dont on a befoin.
Il n'eft donc pas étonnant que les théories de la
terre fe détruiſent à mesure qu'elles fe fuccèdent les unes
aux autres. Mais comme la Géographie-Phyfique s'enrichit
toujours des débris de ces théories , par l'éclairciffement
de certains points importans que chacune d'elles
ont procuré , je dois faire l'hiftoire de ces théories pour
recueillir ces débris .
Lorfque j'aurai lieu d'expofer une théorie importante
s quelques-uns des articles principaux de ce Dictionpour
ne pas interrompre le développement des
DE FRANCE. 107
principes par la defcription des faits juftificatifs , je ren
verrai à d'autres articles dépendans du premier : c'eft l
où je donnerai dans le plus grand détail les obfervations
qui peuvent fervir de fondement à la théorie ; c'eft là
auffi que l'on pourra reconnoître & vérifier tous ces faits :
Je multiplierai beaucoup ce genre de preuve , & je penfe
que c'eſt un moyen de rendre les articles de Géographia
locale intéreffans , en indiquant, par exemple, les environs
d'une ville , un lac , une montagne , un golfe , comme
contenant les preuves les plus frappantes d'un princips
dont l'application peut être d'une grande utilité dans
d'autres circonftances femblables .
Les phénomènes généraux de l'Hiftoire Naturelle de
la terre étant proprement l'objet de la Géographie-Phy
fique , c'eft d'après ces vues que je traiterai les articles qu
pourront lui être communs avec la Phyfique ou les autres
parties des Sciences : ainfi je parlerai de l'aimant , des
vents , des nuages , en les confidérant toujours comme
des affections générales du globe.
[ XII. ] LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE ET MODERNE ,
par MM. ROBERT , Géographe du Roi , & MASSON DE
MORVILLIERS , Avocat au Parlement ; & quant à la
Géographie ancienne , par M. MENTELLE , Hiftoriographe
de Mgr. le Comte D'ARTOIS , Penfionnaire du Roi ,
Profeffeur-Emérite d'Hiftoire & de Géographie à l'Ecole
Royale Militaire , de l'Académie des Sciences & Belles
Lettres de Rouen , &c . &c .; & quant aux Cartes , par
M. BONNE , Ingénieur-Hydrographe de la Marine , deux
volumes in-4 -4°.
LA Géographie de l'Encyclopédie eft défectueufe
toutes fortes d'égards. Elle n'eft qu'un répertoire d'er
reurs , de méprifes & d'inexactitudes . La nomenclature
y eft très - incomplette. Les articles omis y font en fi grand
nombre , qu'il en manque fouvent deux , trois , & jufqu'
huit de fuite. Dans les trente premières pages , nous e
-avons fuppléé quarante -deux , & parmi les articles omis
il n'eft pas rare de trouver des lieux confidérables , de
capitales , & même des états fouverains. Les noms d
lieux y font fouvent tronqués ; les degrés de longitud
& de latitude fauffement affignés ; des villages y
donnés pour des villes ; des capitales , des villes c
E vj
108
MERCURE
y font décrites en quelques lignes , & fouvent , par un
abus contraire , on y décrit des villes qui n'ont jamais
lexifté ; enfin il n'y a nul plan , nul ordre , nulle proportion
dans l'enſemble & dans les parties. On y rencontre ,
la vérité , quelques articles excellens , comme le mot
Géographie , par M. Robert de Vaugondy . Nous nous
ferons un devoir de les conferver en entier.
Notre premier objet a été de corriger toutes les erreurs
, de fuppléer aux omiffions , de réduire chaque article
à fes véritables dimenfions , de ne point traiter un
lieu qui n'offre rien de remarquable avec l'étendue d'une
ville confidérable . Nous nous fommes renfermés dans les
bornes qu'un Dictionnaire de Géographie , qui fait partie
de l'Encyclopédie méthodique , doit avoir. Nous nous
fommes particuliérement attachés à completter la nomenclature
, & à ne puifer que dans des fources qui ne pouvoient
nous induire en erreur. Nous les citerons dans le
Difcours préliminaire . L'un de nous ( M. Robert ) a fait
fouvent fa partie de vifu , parce qu'ayant voyage vingt
ans, & parcouru en détail les diverfes contrées de l'Eűrope
, il a été en état de juger par lui - même de l'exactitude
& de la vérité des faits avancés par les divers Géographes.
Toutes nos divifions feront claires & méthodiques.
Nous placerons à l'article de chaque Royaume des
Tableaux qui contiendront le détail de ce qu'ils renferment
; & ces Tableaux réunis formeront dans le Difcours
préliminaire , l'Arbre encyclopédique de toutes les connoiffances
géographiques : & le Lecteur pourra s'en ſervir
pour étudier la Géographie dans notre Dictionnaire ,
comme fi c'étoit un Traité fuivi. Dans la defcription
particulière des villes , indépendamment des objets que
le Géographe eft dans l'habitude de traiter , nous parlerons
en détail , fi c'eft une ville commerçante , de fes
manufactures , de fon commerce , de fes productions , de
l'induftrie de fes habitans , de fes relations au-dehors , & c .
Nous avons cru que ces détails feroient mieux placés dans
notre Dictionnaire , que d'en faire des articles de Géographie
commerçante , qui auroient été moins à leur place
dans le Dictionnaire du Commerce , qui fait partie de
cette Encyclopédie méthodique.
Nous donnerons la defcription des Royaumes , Proes
, Républiques , Villes , Ports , & autres lieux reDE
FRANCE. 109
marquables des quatre Parties du monde ; le cours des
Fleuves & Rivières ; les différentes Mers qui baignent
les deux Continens ; les principaux Golfes , Détroits
Caps & Ifles qu'elles forment ; les Montagnes & les Lacs
les plus confidérables répandus fur la furface de la terre :
en outre , l'Hiftorique de chaque pays , fes commencemens
, la forme de fon gouvernement , fa puiffance , fes
révolutions , fes bornes , fon étendue , fon induftrie , les
moeurs & les ufages de fes habitans , fon culte , la température
du climat , fes productions , les monumens an
ciens & modernes qui s'y rencontrent , les fites , les
fingularités de la nature , fes relations au- dehors ; les
fieges que les villes ont foutenus , les grands hommest
qu'elles ont produits , leur commerce , leur population
les conciles qui s'y font tenus , les traités de paix qui s'y
font conclus , leurs degrés de longitude & de latitude"
fuivant les meilleures Cartes , & leur diſtance aux villes
les plus voiſines ; les lieux où ſe font données les bataille
fameufes , & c.
La Géographie-Phyſique ne fera qu'une partie très
acceffoire de notre plan , elle eft bien plus du reffort du
Phyficien que du Géographe. Ce dernier ne doit confi
dérer & décrire que la furface du globe ; le phyficien veu
connoître fa fubftance ; mais , comme toutes les partie
qui ont rapport à la Phyſique & à l'Hiftoire Naturell
feront traitées ex profeffo dans cette Encyclopédie , nou
ne ferons que citer à l'article de chaque lieu ce qu'i
offrira de plus remarquable en Hiftoire Naturelle , comm
les eaux minérales , les mines , &c . laiffant au Phyficier
l'explication des effets , & au Métallurgifte les opéra
tions fur les métaux .
La Géographie ancienne formera un Dictionnaire à
part. Le Rédacteur de cette partie intéreffante y mettr
toute l'application & la critique qu'elle exige , ou du
moins toutes celles dont il eft capable. Il n'avancera rier
qui ne lui paroiffe bien prouvé , foit par le témoignage
des anciens , ou par un examen févère des plus favan
Auteurs modernes ; & quand il s'aidera des travaux d
ces derniers , ce ne fera qu'après avoir vérifié les paſſa
ges des Auteurs anciens fur lefquels ils appuient leur
opinions. Cette partie fera terminée , 1 ° . par une Table
alphabétique de tous les noms qui appartiennent à
AVA
que divifion ancienne ; 2 °. par une Table alphabétique
renfermant chaque nom ancien du Dictionnaire , avec
le nom moderne qui lui a fuccédé , & l'indication de la
page où ce nom fe trouve.
Nous avons cru qu'il étoit néceffaire de joindre un
Atlas à notre Dictionnaire , pour ne rien laiſſer à defirer
au Lecteur ; mais il ne fera point partie effentielle de la
foufcription de l'Encyclopédie méthodique . On fera libre
de l'acheter , ou de ne le pas acheter.
Cet Atlas , format in -4° . , fera composé de 55 à 60
Cartes au plus . M. Bonne fe propofe de mettre dans ces
diverfes Cartes toute l'exactitude dont elles font fufceptibles
, jointe au mérite de la plus belle gravure. On
ajoutera à chacune ce qu'exigent les circonftances actuelles
& les découvertes les plus récentes. Cette collection
de Cartes fera connoître l'état moderne de toutes
les parties connues du Globe terreftre , en donnant des
notions fuffifamment développées de chacune , fans perdre
de vue les connoiffances qu'on puife dans l'antiquité:
l'Ouvrage même contiendra plufieurs Cartes anciennes.
On emploiera la plus grande exactitude poffible dans
la projection de ces Cartes. Les obfervations aftronomiques
de longitude & de latitude , févérement examinées
, en feront un des plus folides fondemens . Quand
de vaftes efpaces feront dépourvus de ces obfervations ,
ce qui ne fera pas rare , on recourra à des combinaiſons
géographiques variées & étendues , afin de pouvoir fixer
divers points importans dans ces efpaces. On rendra
compte de tout ce travail dans un Difcours préliminaire
annexé à l'Atlas ; on y citera les principales fources où
l'on aura puifé . Souvent on ne fera pas de l'avis des
Delifle , des Hafius , des d'Anville , & c. On ofera facrifier
alors fon refpe &t pour leur opinion à la perfuafion de
la vérité.
[ XIII. ] LES ANTIQUITÉS , Infcriptions , Chronologie ,
Art de vérifier les Dates , Numifmatique ou Science des
Médailles , Explication des Fables , Caufes des Maurs,
Coutumes & Ufages des Anciens ; par M. COURT de
GEBELIN , un volume in- 4° .
Es divers objets de connoiffance font trop liés entre
qu'on puiffe les fèparer ; on ne fauroit déves
24
DE FRANCE. 111
lopper les Antiquités du monde fans le fecours des
Infcriptions , des Médailles , de la Chronologie , de
l'Art qui fait reconnoître les époques de chaque monument
; fans l'intelligence des Fables dont ces Antiquités
font femées , & fans la connoiffance des caufes qui firent
établir les divers ufages & les diverfes moeurs répandues
fur le Globe .
L'enſemble de ces objets forme une partie confidérable
des connoiffances humaines , fur- tout de celles qu'on
appelle Erudites ; & leur importance fe fait fentir fans
peine par les travaux immenfes auxquels elles ont donné
lieu , par les Sociétés nombreuſes qui en font l'objet de
leurs recherches , & par la lumière qui en réfulte pour
toutes les connoiffances , puifqu'il n'en eft aucune qui ne
foit appuyée fur ce qui a été fait , dit , ou penfé avant nous.
Cependant à l'exception de quelques articles relatifs
aux Antiquités & aux Monnoies , ces objets n'ont point
été traités dans l'Encyclopédie ; fes favans Auteurs ne
fe font point occupés d'Infcriptions , encore moins de la
Chronologie ; nullement de l'origine des ufages : ils
n'ont point parlé de l'Aftrologie , de la Divination , de
la Magie , des Erreurs & des Superftitions anciennes ,
ainfi que de l'explication des Fables. Ce qui n'eft point
étonnant.
Les Fables fe confondoient alors avec l'Hiftoire dont
elles ne paroiffoient qu'une altération : les ufages paroiffoient
imaginés au hafard par les fociétés qu'on croyoit
également formées par le hafard , ne s'être civilifées que
par les effais les plus pénibles & les moins raifonnés , &
qui n'avoient réuffi que par un concours de circonftances
qu'il étoit impoffible de calculer. La Chronologie
s'excluoit naturellement comme appartenant à l'Hiftoire ,
dont le cahos & les maffes ne pouvoient entrer dans
vafte Recueil. ce
Il en étoit de même des Infcriptions & des Médailles :
elles font également du reffort de l'Hiftoire.
Mais dès que l'Encyclopédie fe divife par matières
& que l'Histoire y eft admife , la Chronologie , les
Infcriptions & les Médailles y rentrent naturellement
comme preuves & développement de l'Hiftoire. Quanti
à l'explication des Fables & aux caufes des ufages & des
moeurs , elles font une fuite naturelle des Antiquit
112 MERCURE
qu'elles éclairent & qu'elles rendent plus intéreffantes
& plus utiles.
On fent que ces divers objets font fufceptibles de
très- beaux & de très-grands développemens : obligés de
nous refferrer , nous tâcherons d'être le plus court qu'il
nous fera poffible ; de ne donner que les grands réfultats ;
de pofer des principes , au moyen defquels on fera
difpenfé de pefer fur les conféquences .
Nous tâcherons de ramener les Chronologies à des
points fixes & conftans , de rétablir le langage fymbolique
répandu fur les Médailles , de rendre la connoiffance
des ufages plus utile par leurs rapports avec les peuples
qui les inventèrent , de faire reparoître le plus bel ordre
parmi les Fables , en montrant leur étroite liaiſon avec
les objets les plus importans pour le bonheur des Sociétés
, & que ce qui jufqu'ici n'a paru propre qu'à amufer
la curiofité , intereffe effentiellement les connoiffances
les plus relevées & les plus précieuſes .
Enfin , comme l'étymologie des mots en eft prefque
toujours la définition la plus exacte & la plus fenſible ,
nous accompagnerons chacun des mots dont nous traiterons
, de fon étymologie fimple & naturelle .
Nous ne négligerons rien , en un mot , afin de réunir
la certitude des faits avec l'utilité & l'agrément dont ils
font fufceptibles , & qu'on n'ait point lieu de regretter
qu'on ait donné une pareille extenfion au Recueil que ce
Dictionnaire terminera.
[ XIV. ] L'HISTOIRE ; par M. GAILLARD , de
l'Académie Françoife , & de celle des Infcriptions , deux
volumes in-4°.
Nous commencerons ce Profpectus par un aveu d'une
nature peu commune dans les Profpectus ordinaires , c'eft
que l'Hiftoire , par - tout fi utile , n'auroit pas dû entrer
dans le plan de l'Encyclopédie .
Elle eft elle-même l'Encyclopédie des faits de tous les
tems & de tous les pays ; & cette partie , traitée avec une
certaine étendue , auroit pu être plus grande que le reſte
de fon tout.
Un Dictionnaire raifonné des Sciences , des Arts & des
Métiers n'admettoit pas néceffairement le Genre hiſtori-
& t dès-lors il l'excluoit à caufe de l'immenfité de l'objet,
DE FRANCE. 113
Cependant le Frontifpice de l'Encyclopédie préfente
l'Hiftoire écrivant les Faſtes , appuyée fur le Tems .
Le Syftême figuré des connoiffances humaines , qu'on
a placé à la tête de l'Encyclopédie , ce Syftême fi ingénieux
& fi complet , dont M. Diderot eft l'Auteur , comprend
expreffément l'Hiftoire & fes principales divifions :
Hiftoire Sacrée , Eccléfiaftique , Civile , Littéraire , ancienne
& moderne.
L'Arbre encyclopédique du Chancelier Bacon a auffi
pour principale branche l'Hiftoire & fes divifions.
Ce Difcours immortel , Préliminaire fublime , Analyſe
parfaite d'un livre auquel tant d'imperfections inévitables
n'ont pu ravir l'honneur d'être le plus utile des livres ,
& qui , par la nouvelle diftribution& le nouveau travail ,
va devenir auffi utile qu'il peut l'être ; ce Difcours qui
fera toujours un des plus beaux titres de gloire de M.
d'Alembert , affigne à l'Hiftoire fon rang dans la chaîne
des connoiffances humaines.
En effet , il n'y avoit d'autre raiſon de l'en détacher
que fon trop d'étendue , mais cette raifon fuffifoit ; &
malgré tout ce qui vient d'être dit , l'Encyclopédie avoit
paru toute entière fans que le Genre hiftorique y eût
été admis. M. de Voltaire , Auteur de l'article Hiftoire ,
avoit feulement expofé fur l'Hiftoire tant ancienne que
moderne , des vues générales , qui fervent à donner une
idée de la manière dont cette partie pourroit être réduite.
Dans le Supplément de l'Encyclopédie on a fuivi un
plan différent ; on a fuppofé que cette omiffion du Genre
hiſtorique étoit une des raifons qui rendoient ce Supplément
néceffaire ; en conféquence on l'a chargé d'un
grand nombre d'articles d'Hiftoire , tant ancienne que
moderne , pour donner un intérêt de plus à l'Ouvrage.
« Il nous a femblé , difent les Editeurs , que c'étoit le
» voeu de cette partie du Public , dont les autres reçoivent
» volontiers la loi ».
Quoi qu'il en foit , il n'eft plus queftion aujourd'hui
d'examiner fi l'Hiftoire devoit ou ne devoit pas entrer
dans le plan de l'Encyclopédie ; une fois admife dans ce
plan , elle ne doit plus en être exclue , les Auteurs du
Supplément nous ont fait la loi à cet égard , & le Lecteur
ne veut rien perdre . Mais s'il prend aifément l'habitude
des jouiffances , & s'il voit de mauvais oeil le retr
chement total d'un genre ou d'un objet dont il eſt en
poffeffion , nous espérons qu'il permettra , qu'il goûtera
même des réductions néceffaires , faites d'après le ſyſtême
qu'on va lui expofer.
Ce Dictionnaire différera des Dictionnaires hiftoriques
ordinaires , en ce qu'il comprendra également les noms
des perfonnes & des chofes . Il y aura des articles parti
culiers pour les perfonnages vraiment célèbres ; il y en
aura auffi pour les inflitutions & les ufages vraiment
importans. Ces articles de chofes auront même , fur les
articles de perfonnes , l'avantage de préfenter des ta
bleaux entiers & complets , fans l'inconvénient de la
confufion , des répétitions , & c.
Le grand point eft de favoir fe refferrer ; le grand
écueil à éviter eft la trop vafte étendue du genre. Heu-
Treufement on peut beaucoup retrancher fans rien facri
fier. Que font dans tant de Dictionnaires hiftoriques , &
que feroient fur - tout dans l'Encyclopédie tant d'ignobles
pédans dont les Ouvrages ont péri , ou ne feront jamais
lus ; tant de petits perfonnages dont l'obfcure célébrité
n'eft entretenue que par le pédantifme & par la fureur
de copier ? Que fait dans le Dictionnaire de Bayle cette
foule de Sectaires ignorés , à qui un mauvais écrit polémique
, un libelle de parti a pu procurer dans leur tems une
exiftence éphémère & locale , & que la condefcendance
politique de Bayle , pour le pays où il écrivoit , a entaffés
fans choix pour fe faire pardonner les articles hardis
, ou peut - être les articles raifonnables ? Pourquoi
dans ce fameux livre ne trouve- t- on jamais ce qu'on a
toujours intérêt de chercher , & trouve-t-on à chaque
page ce qu'on ne cherchera jamais ? C'eft fans doute une
grande tache dans ce grand monument non de goût ,
mais d'érudition , de raifonnement & de critique.
9
On avoit d'abord propofé de ne parler , même parmi les
Rois & les Princes , que de ceux qui ont aimé & protégé
les Lettres . On trouvoit dans ce parti l'avantage de ne
prendre de l'Hiftoire que ce qui intéreffe véritablement
un Dictionnaire des Sciences & des Arts. Mais le nombre
de ces Protecteurs utiles eft trop petit ; ç'auroit été
fupprimer de nouveau l'Hiftoire , après l'avoir admiſe.
On vouloit encore ne parler que de ceux qui ont fait
Mien aux hommes ; c'étoit toujours le même inconvé
L
ע
115 FRANCE.
nient ; le nombre eût été trop petit ; c'eût été exclure
l'Hiftoire . Eh ! comment dans un Dictionnaire hiftorique
Oublier ces hommes condamnés , fi l'on veut , à une éternelle
renommée , qui , par d'illuftres victoires & d'étonnantes
révolutions , ont fait tant de mal aux hommes ? Comment
ne pas nommer Alexandre , Céfar , Mahomet ,
Gengiskan , Tamerlan , Cromwel , & c. ? Comment même
ne pas parler de ces fléaux du genre-humain , Caligula ,
Néron ? Eft-ce écrire l'Hiftoire que de ne montrer que
des vertus & des bienfaits ?
Quand on traite un genre qui a été défini , peut-être
avec un peu d'exagération , le tableau des calamités & des
crimes de l'Univers ; quand on veut faire aux hommes
un récit fidèle du paffé , qui puiffe les inftruire pour l'avenir
, peut-on leur dérober la connoiffance des malheurs
du genre-humain ?
L'objet véritablement important , le voilà ; c'eft de
faire fervir le paffé à l'inftruction du préfent & de l'ave
nir ; de donner à l'Hiftoire toute fon utilité , en la rendant
la leçon des Rois & des Peuples ; de la purger de ces faux
jugemens , de ces réflexions Machiavelliftcs qui infectent
nos Hiftoires , même les plus eftimées ; de cet éloge perpétuel
des guerres , des conquêtes , des victoires & du
fafte ruineux des Rois ; de cette admiration pour le crime
infolent & pour le crime adroit ; fur-tout de ce principe
pernicieux , qu'il y a une morale pour les Etats & une
pour les Particuliers ; que la politique peut fe paffer de
la juftice , fe féparer de la bonne- foi , & admettre le
menfonge & le crime. Nous n'écrirons rien fur l'Hif
toire qui ne foit la cenfure du Machiavellifme ; nous affurerons
cet avantage à ce Dictionnaire fur tous les Dictionnaires
hiftoriques & fur toutes les Hiftoires ; nous
nous y engageons d'autant plus hardiment , que pour
remplir cet objet , il n'eft befoin ni de talent , ni de
favoir, mais d'honnêteté , de fenfibilité & de principes
fûrs.
Ce n'eft pas la peine de dire que nous écarterons le
merveilleux qui eft le poifon de l'Hiftoire ; mais nous ne
confondrons point le merveilleux avec le fingulier , qui
eft très-fouvent vrai & qui eft un vrai piquant , orne
ment le plus naturel du genre hiſtorique .
Nous inférerons dans les divers articles , autant
116 MERCURE
fera poffible , fans les charger ni les alonger , les mots
mémorables , les traits qui peignent , enfin tout ce qui
fait lire l'Hiftoire ; car l'utilité du meilleur Ouvrage qu'on
ne peut lire , eft abfolument nulle.
Quant aux bornes refpectives des différens genres ,
comme nous ne cherchons qu'à refferrer le nôtre que
nous avouons être trop étendu , comme un facrifice nous
paroîtra toujours une acquifition , il n'eft point à craindre
que nous entreprenions fur les droits des autres Ecrivains
employés à ce grand Ouvrage. Circonfcrits de tous
côtés par l'Auteur chargé des Antiquités , Médailles ,
Monumens , & c. par l'Auteur de l'Hiftoire Eccléfiaftique
, par l'Auteur de l'Hiftoire de la Philofophie ancienne
& moderne , par l'Auteur même des articles de Jurifpru
dence , qui ne nous laiffera fur les inftitutions & les ufages
que la partie purement hiftorique , nous ne prendrons
Ides articles , & des articles importans , de l'Hiftoire tant
hancienne que moderne , que ce que ces divers Auteurs
n'embrafferont point dans leurs départemens .
[ XV. ] LA THÉOLOGIE ; par M. l'Abbé BERGIER ,
Confeffeur de MONSIEUR Frère du Roi , & Chanoine
de Notre-Dame , deux volumes in -4° .
POUR peu que l'on ait apporté d'attention à la
lecture de l'Encyclopédie , on apperçoit que la Partie
théologique a été l'une des plus mal traitées , qu'elle
n'eft ni complette , ni exacte , ni orthodoxe.
1. L'on a omis un grand nombre d'articles , qui font
non- feulement effentiels à la Théologie , mais abfolument
néceffaires pour prévenir & corriger les erreurs
dont cet Ouvrage eft rempli.
2º. L'on a placé fous le titre ( Théologie ) des termes
qui appartiennent évidemment à une autre Science ,
comme Jézides , fecte de Mahometans , & c .
3 °. L'on a rapporté à des Sciences différentes des ternes
fynonymes ou corrélatifs qui concernent la même
matière : par exemple , Clerc , Jurifpr. Clergé , Hift. Ec-"
léf. Flagellans , Hift. mod . Flagellation , Hift. Eccléf
& Philof. , &c.
4°.Il y a des doubles
emplois
. On a fait deux
articles
le plufieurs
termes
, qui
ne diffèrent
que
par la proonciation
, ou qui font évidemment
fynonymes
, comme
DE FRANCE. 117
Dénombrement & Enumération , Metempsycofe & Tranf
-migration des ames , &c.
50. Il y en a de trop longs , dans lefquels on a placé
des difcuffions inutiles , ou qui feroient mieux placées
fous d'autres articles : Bible , Communion fréquente , &c .
font dans ce cas.
6°. Un défaut beaucoup plus répréhenfible eft l'affectation
de prendre dans des Auteurs hétérodoxes la notion
des Dogmes , des Loix , des Ufages de l'Eglife
Catholique ; de copier leurs déclamations contre les
Théologiens & contre les Pères de l'Eglife , de difculper
les Héréfiarques & les Incrédules , d'aggraver les torts
vrais ou prétendus des Paſteurs & des Ecrivains eccléfiaftiques.
Les articles Jefus - Chrift , Immatérialisme , Peres
de l'Eglife , &c. font dans ce cas . Dans plufieurs autres
on étale les objections des Hérétiques , & l'on fupprime
les réponſes des Théologiens catholiques.
7°. De ces divers défauts , il en eft réfulté un plus
grand , c'eft que la doctrine de l'Encyclopédie eft un
tiffu de contradictions. Les articles faits par des Théologiens
, fur - tout par M. Mallet , font en général affez
bien ; les autres compofés par des Littérateurs mal inftruits
ou infidèles ont été fervilement copiés d'après les
Controverfiftes Proteftans ou Sociniens.
Pour éviter ces inconvéniens dans la nouvelle Encyclopédie
, rangée par ordre de matières , il faut fuivre
un plan mieux conçu.
Le Dictionnaire Théologique doit renfermer nonfeulement
le Dogme , mais la Critique facrée , néceffaire
pour l'intelligence de l'Ecriture -Sainte , l'Hiftoire Eccléfiaftique
, qui nous apprend la manière dont le Dogme a
été attaqué & défendu , les Loix des Difciplines relatives
au Dogme , la Liturgie ou les Pratiques du culte extérieur
, qui en font l'expreffion & qui le mettent fous nos
yeux ; la Morale Chrétienne , telle qu'elle eſt enſeignée
dans l'ancien & le nouveau Teftament,
Parmi les objets du Dogme , il en eft qui font partie
de la Métaphyfique ou de la Théologie naturelle ; le
Philofophe les préfente tels qu'ils font connus par la raifon
, le Théologien doit les montrer tels qu'ils font enfeignés
par la révélation. Ainfi les articles Dieu , Ame
Efprit , Création , Immatérialiſme , Spiritualité , Imm
118 MERCURE
lité , &c. doivent fe trouver dans le Dictionnaire théologique
, auffi -bien que dans le Dictionnaire philofophique
, mais fous un afpe&t différent.
De même , la Morale naturelle eft du reffort de la
Philofophie ; mais la Morale évangélique eft une partie
effentielle de la Révélation ou de la Doctrine de Jéſus-
Chrift ; un Théologien doit montrer qu'elle n'eft point
contraire à la Morale naturelle.
La Critique facrée ne doit embraffer que ce qui a un
rapport direct à la Religion des Patriarches , des Juifs ,
des Chrétiens ; les Livres Saints qui la renferment , les
Dogmes , les Loix , les Ufages religieux . Ce qui concerne
les Opinions , les Loix , les Coutumes civiles ,
politiques ou militaires , appartient plus directement à
l'Hiftoire ancienne. Les noms des mois , des meſures ,
des habits des Hébreux , &c. les rêveries des Rabbins',
la Cabale , le Talmud , la Mifchne , &c. font étrangers à
la Théologie.
Il en eft de même de la Géographie ; il y a cependant
des articles fur lefquels un Théologien doit juftifier le
récit des Livres faints contre les conjectures d'une fauffe
critique , tels que la formation du Lac Aſphaltite ou Mermorte
, le miracle de Jofué à Gabaon , &c.
L'Hiftoire Eccléfiaftique ne doit point renfermer les
Religions fauffes ; la croyance & les moeurs des Chinois ,
des Indiens , des Perfes , des Grecs , des Romains , des
Mahometans , font plutôt du reffort de l'Hiftoire profane
ou de la Philofophie , que de la Théologie. Les Ordres
religieux & ce qui les concernę tiennent à l'Hiftoire
eccléfiaftique ; les Ordres militaires n'y ont que très-peu
de rapport.
C'eft à la Jurifprudence canonique de difcuter les
Loix & la difcipline de l'Eglife , de les concilier avec les
Loix civiles ; mais lorfque les objets de difcipline tiennent
au Dogine , comme la Hiérarchie , les Voeux , les
Pratiques du culte extérieur , un Théologien ne peut fe
difpenfer de les préfenter fous cet afpect , d'en démontrer
la fageffe & l'utilité. Il doit parler des Conciles en ce
qui touche le Dogme , & laiffer de côté la difcipline , lorfqu'elle
n'y a aucun rapport .
On doit laiffer au Grammairien le foin de donner le
Cens de tous les mots de notre Langue ; cependant lorf
DE FRANCE. 119
qu'il s'en trouve qui ont un fens théologique différent
de la fignification commune lorfqu'ils expriment un
point de croyance ou de pratique religieufe , ils doivent
avoir place dans le Dictionnaire théologique.
Une des principales attentions du Rédacteur de ce
Dictionnaire fera donc de ne prendre dans les articles com
muns à plufieurs Sciences , que ce qui concerne directement
fa partie , & de laiffer le reftè à ceux auxquels il
appartient .
Il aura foin de faire les articles qui manquent , de
fuppléer à ceux qui font défectueux , de retrancher ce qui
paroît inutile , de corriger ceux qui renferment des erreurs
, fans attaquer toutefois directement aucun Ecrivain
, fans prendre le ton de difpute ou de differtation ,
& en fupprimant tout reproche perfonnel.
Puifqu'il eft queftion de faire un Dictionnaire françois
, il paroît convenable de n'y point mettre de paffages
latins , mais de les traduire , d'écrire les mots hébreux
en caractères ordinaires , de ne faire ufage du grec
que pour donner l'étymologie des mots qui en font
dérivés.
On fe fera une loi de conferver en entier tous les articles
qui paroiffent bien faits , & ils font en grand nombre
, fur - tout ceux qui font de M. Mallet , Théologien
très inftruit , judicieux & modéré. C'eft un acte de
juftice de conferver à un Auteur eftimable tout l'honneur
de fon travail .
-
Ce Dictionnaire fera précédé d'un Plan ou Profpectus ,
dans lequel toute la nomenclature fera rangée felon l'ordre
didactique ou ſelon la fuite naturelle des idées .
[ XVI. ] LA PHILOSOPHIE ancienne & moderne ; par
M. NAIGEON , un volume in -4° .
CE Dictionnaire contiendra l'Hiftoire générale &
particulière de la Philofophie & des Philofophes anciens
& modernes. On y expofera fidelement , & d'une manière
claire & précife , leurs principales opinions fur la Phyfique
, la Métaphyfique , la Politique & la Morale. On y
joindra quelques détails fur leur vie privée , lorfqu'elle
offrira des traits affez piquans pour intéreffer le Lecteur ,
ou qu'on les croira propres à développer leur caractère
moral,
VAL
Pour mieux exécuter le nouveau Plan de travail qu'or
a cru devoir adopter , on ſe propoſe d'étendre ou d'abréger
, de refaire même en tout ou en partie , felon qu'on
le jugera néceffaire , plufieurs articles de Philofophie
ancienne & moderne , répandus dans la première Encyclopédie
, & dont les différens Auteurs nous ont paru
fort au-deffous de leur fujet : mais on confervera fcrupuleufement
, & fans fe permettre même le plus léger changement
, ceux qui font le fruit des recherches d'un Philofophe
juftement célèbre , qui a porté fur tous les objets
dont il s'eft occupé , des vues également neuves , fines
& profondes , à qui nous devons encore un grand nombre
d'excellens articles de Grammaire , de Littérature , de
Politique & de Morale ; & , ce qui ne mérite pas moins
d'éloges , par l'étendue & la variété des connoiffances que
ce nouveau travail fuppofe . l'Hiftoire prefque entière des
Arts & Métiers , & la Defcription exacte & détaillée
d'une infinité de machines ingénieufes , dont le mécha
nifme , lors même qu'il eft le plus fimple , eft toujours
très difficile à décrire d'une manière claire & fenfible
pour les autres.
Les additions plus ou moins étendues qu'on fe pro
pofe de faire aux articles qui traitent de la Philofophie
des Anciens , auront pour but d'éclaircir certains points
de leur Doctrine , & de fixer enfin les idées fur ces quef
tions d'autant plus obfcures aujourd'hui , qu'elles ont été
fouvent agitées ; de faire voir l'état des Sciences chez les
Grecs au tems où ils floriffoient , & le point où ils les
ont portées par les feules forces de leur génie , & privés
des inftrumens dont les Modernes fe font fervis avec tant
de fuccès ; de déterminer avec exactitude l'importance &
la difficulté de leurs découvertes confidérées en ellesmêmes
; de bien diftinguer fur tout parmi les vérités
éparfes dans leurs Ouvrages , celles dont ils voyoient la
liaifon , les rapports & les conféquences , & à la démonftration
defquelles ils avoient été conduits par le
raifonnement , l'expérience & l'obfervation , d'avec celles
qui n'étoient dans leur tête que de fimples opinions. C'eft
faute d'avoir fait cette diftinction importante , qu'un
Ecrivain peu philofophe a fauffement attribué aux Anciens
une foule de découvertes qui ne leur appartiennent
& dont il eſt également ridicule ? & injufte de leur
·
faire
DE FRANCE. 121
faire honneur au préjudice des Modernes . Il y a bien de
la différence entre un apperçu vague , ou , fi l'on veut
même , une opinion ingénieufe & vraie , mais qui ne
tient abfolument à rien dans la tête de celui où elle fe
trouve , à laquelle il est même arrivé fans le favoir , &
enpartant le plus fouvent.de principes faux , & une idée
lumineuſe fondée fur des principes inconteftables , &
qui eft le résultat d'une longue fuite d'expériences &
d'obfervations. C'eſt-là le point où commence la Science
, & ce qui feul en mérite le nom.
L'Hiftoire de la Philofophie moderne fera traitée avec
le même foin. L'Encyclopédie méthodique offrira même
fur ce fujet auffi vafte , & plus intéreffant pour nous
plufieurs nouveaux articles qui pourront donner lieu à
des réflexions utiles fur certains points de Littérature ,
de Morale & de Philofophie. Toutes ces additions feront
imprimées les unes à la fuite des articles dont elles formeront
le fupplément ; les autres , fous certains chefs
généraux auxquels elles appartiennent. On les défignera
par une étoile , afin que le Lecteur puiffe voir d'un coupd'oeil
ce que l'Encyclopédie méthodique contiendra de
plus en ce genre , & les nouvelles richeffes qu'elle doit
ajouter à celles que la première Encyclopédie renfermoit
déjà fur cette branche de nos connoiffances.
Si l'Hiftoire critique de la Philofophie de Bruker avoit
été faite par un homme verfé dans les différentes matières
qu'elle embraffe , & qui eût joint fur-tcut à une
étude réfléchie des Langues anciennes , la fagacité & la
profondeur qu'exigeoit un Ouvrage de cette nature , elle
auroit pu être d'un grand fecours : mais ce Livre n'eft
guère qu'une vafte compilation , qui fuppofe plus de patience
que de raifonnement ; il ne difpenfe pas même de
confulter les fources , ce qui du moins eût abrégé le tems
& les recherches toujours longues & pénibles quand on
veut les faire avec autant d'exactitude que de difcernement.
Bruker , comme la plupart des Erudits , avoit beaucoup
plus lu que médité. Il manquoit de goût , & n'avoit
d'ailleurs ni affez de connoiffances , ni affez de Philofophie
, pour apprécier les matériaux qu'il raffembloit de
toutes parts. En effet , il fuffit de lire avec attention les
Ouvrages originaux dont il rapporte de longs extraits
pour fe convaincre que fouvent il n'entendoit pas
Samedi 8 Décembre 1781 . F
122 MERCURE
&
entendoit mal , les Auteurs qu'il analyfoit. Il paffe fous
filence des lignes précieuſes aux yeux du Philofophe ,
omet une foule d'idées , tantôt fines & délicates , tantôt
fortes & hardies , dont il ne voyoit pas la tendance . Son
Livre , au refte , a le mérite de tous les Recueils ; il peut
fervir à en faire un bon . Si l'exécution du plan qu'il avoit
conçu étoit au -deffus de ſes forces , il a du moins fouillé
la mine , & il en a tiré des matériaux dont une main plus
habile peut faire un meilleur ufage . C'eft le but qu'on s'eft
propofé dans le Dictionnaire Philofophique. On n'a rien
négligé pour donner à cet Ouvrage toute la perfection
dont left fufceptible. On a lu & extrait avec foin tous
les Auteurs qui pouvoient répandre quelque jour fur la
Philofophie ancienne & moderne ; mais on les a lus dans
un autre efprit , & avec d'autres vues que Bruker ; &
l'on ofe croire que le Public aura lieu d'être fatisfait du
travail de l'Auteur qui s'eft chargé de compléter certe
partie fi intéreffante & fi peu connue des progrès de
l'efprit humain.
[ XVII . ] LA MÉTAPHYSIQUE , LA Logique et la
MORALE ; par M. GUENEAU DE MontbeillarD ,
Académicien honoraire de l'Académie de Dijon , un volume
in-4°.
ON fe propofe de mener de front ces trois parties de
la Science , à caufe de la grande analogie qu'elles ont entre
elles. La Métaphyfique a pour objet , 1º. la connoiffance
immédiate de notre ame , de fon action , de fes facultés ,
& , par comparaiſon , la connoiffance de tous les êtres qui
font regardés comme étant de la même nature que notre
ame : dans ce fens la Métaphyfique peut être conſidérée
comme une ſcience d'obfervations. 2° . Elle a pour but la
formation de nos idées & leur perfection , qui confifte à
repréſenter fidélement les êtres qui font hors de nous &
leurs propriétés , c'eſt-à-dire leurs rapports entre eux &
avec nous-mêmes .
La Logique nous enfeigne à réfléchir fur nos idées &
fur les fignes de nos idées , à les combiner , à les ordonner
felon l'art , moins pour en tirer des vérités nouvelles
, que pour prouver aux autes des vérités à nous
onnues , & , par un abus très - fréquent , des erreurs
S.
DE FRANCE.
Y23
L'objet de la Morale eft de diriger nos idées , nos raifonnemens
, nos fentimens , notre volonté à la vertu , &
de nous apprendre qu'indépendamment de toute autre
confidération , il importe à l'homme , à tout être focial ,
d'être vertueux , eût- il d'ailleurs la raiſon affez bornée ou
affez dépravée pour méconnoître la vraie fource , la
fource célefte & pure de toute vertu.
L'objet de ces trois Sciences fe réunit donc en ce
point , qu'elles dirigent toutes trois nos facultés à leur
but le plus noble , & le plus digne de nous ; notre entendement
à la vérité , & notre volonté à la vertu , c'eſt- àdire
qu'elles travaillent toutes trois de concert à nous
procurer le bonheur , & à l'établir fur les fondemens les
plus folides qui exiftent dans la nature.
A Dieu ne plaife que je cherche à faire valoir mon
travail aux dépens de celui des autres. Je connois nombre
d'excellens morceaux de Métaphyfique , de Logique &
de Morale dans la première Encyclopédie qui fera toujours
l'Ouvrage primitif & fondamental . J'en connois
plufieurs qui ont été rédigés par des Ecrivains du premier
ordre , où l'on trouve la force & la beauté du ftyle
jointes à la jufteffe & à la profondeur des idées ; & il eft
plus que vraisemblable que l'on trouveroit dans tous les
articles relatifs à une même ſcience cette harmonie , cette
unité fi précieuſe aux gens de goût , fi néceffaire dans les
ouvrages philofophiques , pour peu que les circonftances
euffent permis que tous ces articles fuffent de la même
main. Le principal but de mon travail fera d'établir cette
unité , autant qu'il fera poffible , dans chacune des trois
parties dont je me fuis chargé , principalement dans les
points par où elles fe rapprochent les unes des autres.
Je pourrai me permettre de faire quelques additions
toutes les fois qu'elles me paroîtront néceffaires pour
remplir un vuide , pour fuppléer à une interruption
dans la chaîne des vérités : mais en général je me garderai
bien de chercher à augmenter ces trois parties , objet
de mon travail , je les diminuerai plutôt en fupprimant ,
en refferrant quelques articles qui roulent fur de pures
fubtilités , parce que les fubtilités font toujours moins
favorables à la vérité qu'à l'erreur. En effet , pour peu
qu'on y réfléchiffe , on reconnoîtra que les abftractions
font autre chofe que des images légères , ou , fi l'or
Fij
124 MERCURE
des ombres fugitives qui repréfentent imparfaitement les
chofes , & d'autant plus imparfaitement , qu'elles s'élèvent
davantage au-deffus de leurs modèles . Pour féconder
les Sciences qui s'occupent de ces idées , il faut donc travailler
fans relâche à ramener celles-ci du monde intelligible
où elles s'évaporent & fe perdent , pour ainfi dire ,
dans ce monde phyfique où elles prennent de la confiftance
& de la réalité. La Géométrie elle- même la plus
réelle , la plus active , la plus folide de ces Sciences , ne
fut jamais plus intéreffante , & en même tems plus fublime
, que lorfqu'elle appliqua fes méthodes & fes inftrumens
aux objets , fur-tout aux grands objets de la nature.
C'eft dans cet efprit que je retrancherai toutes ces
queftions puériles , oifeufes , que leur fubtilité rendoit
jadis recommandables , & qu'heureufement pour notre
fiècle , elle rend aujourd'hui ridicules. Telles font les
queftions trop fameufes fur les univerfaux in effendo , &
autres , fur les natures bannales , les accidens modaux ,
& tous les grades métaphyfiques , les propofitions promiffoires
, réduplicatives , falfifiantes , & leur converfion ;
les espèces impreffes & expreffes , le prédicable & le prédicat
, la raifon ratiocinante & la raifon ratiocinée , & c.
&c. &c. Non qu'il n'existe en tout cela un fonds de vérité
, mais ce font des vérités vagues , inutiles , fouvent
très-communes , & que d'ailleurs tout bon efprit comprendra
facilement dès qu'elles feront traduites en langage
intelligible. Ce font peut-être les plus hautes branches
de l'arbre , mais qui , trop éloignées des racines , n'en reçoivent
qu'une fève exaltée d'où fe forme un vain luxe de
feuilles , fans aucun fruit & trop fouvent fans aucune fleur.
[ XVIII. ] LA GRAMMAIRE ET LA Littérature ;
par une Société de Gens de Lettres ; ( M. MARMONTEL,
de l'Académie Françoife ; M. BEAUZÉE , de la même
Académie , &c. un volume in-4° . )
1
CE Dictionnaire préfente deux parties des connoiffances
humaines , unies par un principe commun qui eft l'art
du langage ; & qui ne pouvant ni fe féparer ni fe confondre
avec d'autres Sciences , devoient naturellement
être raffemblées dans un même corps d'ouvrage.
Les langues , confidérées fimplement comme un
on de communiquer fes idées , font foumiſes à des
DE FRANCE.
125
règles qui font l'objet de la Grammaire. Les unes font
relatives à la compofition de toutes les langues , & forment
la Grammaire générale ; les autres , relatives feulement
à tel ou tel idiôme , forment la Grammaire propre
à chacun de ces idiomes.
Mais les langues font compofées de mots qui , foit par
la nature plus ou moins harmonieufe de leurs élémens ,
& l'ordre dans lequel on les place , foit par la fignification
plus ou moins préciſe qu'on y attache , foit par les
images & les idées acceffoires qu'ils réveillent dans l'ef-"
prit , font fufceptibles d'une variété infinie de combinaifons
, plus ou moins propres à donner au difcours du
mouvement , de la vivacité , de l'intérêt ou de l'énergie .
Cet art d'animer & d'embellir le difcours fe divife en
deux branches , la Poétique &la Rhétorique , dont les fub-"
divifions embraffent tous les genres de compofitions"
littéraires.
La difcuffion des principes & des règles de ces diverfes
compofitions ; l'analyfe des beautés & des défauts des
Ouvrages les plus célèbres dans chaque genre ; l'examen
comparé des langues anciennes & modernes dans leurs.
rapports avec la perfection des Arts & des Lettres , forment
une troiſième divifion qui , fous le nom de Critique
, donnera lieu à un grand nombre de détails & d'ob
fervations , également propres à éclairer l'efprit & à
former le goût , foit pour compofer des Ouvrages de
Littérature , foit pour en apprécier le mérite.
L'Hiftoire de la Poéfie & de l'Eloquence , des progrès
& des révolutions du goût , chez les anciens & chez les
modernes , entrera auffi dans cet Ouvrage ; elle n'y fera
cependant pas traitée dans des articles particuliers , ni par
la méthode biographique , étrangère au plan de FEncyclopédie
; mais elle fera fondue dans les articles généraux ,
confacrés aux grandes divifions de la Littérature. Ainfi
Homère ne formera point un article à part ; mais aux
articles Epopée , Poéfe , on trouvera les détails néceffaires
fur la vie & les Ouvrages de ce grand Homme , fur
les circonftances qui ont pu favorifer fon génie & l'influence
qu'il a eue fur les progrès de la poéfie dans les
fiècles poftérieurs.
La Mythologie ancienne formera une autre divifi
elle a des rapports néceffaires avec la Poeſie , &
Fiij
126 MERCURE
noiffance en eft même indifpenfable pour l'intelligence
des Poëtes Grecs & Romains. C'eft fous ce point de vue
feulement qu'on confidérera cet objet , & non dans fes
rapports avec l'Hiftoire , la Religion & les moeurs de
l'antiquité.
Les parties principales qui doivent compofer ce Dictionnaire
ont été traitées d'une manière auffi neuve qu'intéreffante
dans l'Encyclopédie & fon Supplément. La
Grammaire générale & particulière avoit été entrepriſe
par M. du Marfais ; la mort l'a interrompu dans fon travail
, qui a été continué par M. Beauzée , fon diſciple
& fon émule. Le nom & les ouvrages de ces deux excellens
Grammairiens font trop connus pour ne pas nous
difpenfer de faire leur éloge.
M. Marmontel avoit donné dans les 4 , 5 , 6 & 7e
vol. de l'Encyclopédie d'excellens articles de Littérature ;
mais les obftacles qui s'étoient oppofés à la continuation
de cet Ouvrage , l'avoient empêché de pourſuivre fon
travail dans les dix derniers volumes . Il l'a repris depuis ,
& a donné dans le Supplément tous les articles qui fervent
à compléter la Rhétorique & la Poétique. Une connoiffance
approfondie de la Littérature , un goût fain ,
une difcuffion folide & lumineufe , un ftyle clair , élégant
& correct , un choix d'exemples heureux & agréables
, caractérisent particulièrement ces articles , dignes,
à tous égards , de la réputation de l'ingénieux & célèbre
Académicien à qui nous les devons.
Avec quelque foin que la Grammaire & la Littérature
foient traitées dans l'Encyclopédie & le Supplément , c'eſt
avec des corrections , des additions & des améliorations
confidérables que nous les offrirons au Public dans le
nouveau Dictionnaire ; M. Marmontel & M. Beauzée fe
font chargés de revoir tous leurs articles , d'y corriger
les erreurs qui peuvent s'y être gliffées , d'y ajouter les
obfervations & les idées que leurs études ou de nouvelles
réflexions leur ont fait naître , de fuppléer enfin
les articles que l'inattention avoit fait omettre. Ce nouveau
travail eft très confidérable.
M. de Voltaire avoit donné plufieurs articles charmans
pour l'Encyclopédie ; il en defiroit vivement une
nouvelle Edition , & c'étoit pour cette nouvelle Edition
avoit compofé fes Queftions fur l'Encyclopédie. On
༢ །
DE FRANCE.
127
à donc cru devoir reprendre dans cet Ouvrage tous les
morceaux qui appartiennent à la Littérature , pour en
enrichir le nouveau Dictionnaire.
Mais le travail de ces hommes célèbres n'a pas fuffi
pour compléter le plan du nouveau Dictionnaire , tel
que nous l'avons expofé . Un très -grand nombre d'articles
, qu'ils ont omis ou regardés comme étrangers à
leur objet , ont été recueillis de l'Encyclopédie même ,
ou fuppléés par l'Editeur. Il a cru devoir auffi joindre
fouvent des additions & des obfervations aux articles "
compofés par les Auteurs principaux , lorfque les objets !
qui y font traités lui ont paru fufceptibles d'être un peu
plus développés , ou d'être préfentés fous différens
points de vue.
Toutes ces additions & corrections feront diftinguées
par des marques particulières qui indiqueront , avec précifion
, ce qui appartient à chaque Auteur.
Enfin on n'a rien négligé pour donner à cet Ouvrage
toute l'étendue , l'intérêt & l'utilité dont il eſt ſuſceptible.
[ XIX. ] LA JURISPRUDENCE ; par une Société de Jurifconfultes
( 1 ) ; rédigée & mife en ordre par M. l'Abbé
REMY , Avocat au Parlement , trois volumes in-4°.
2
DEPUIS que Montefquieu & quelques autres Hommes
de génie ont écrit fur les Loix & fur les principes
des gouvernemens il s'opère parmi nous une révolu
tion dont on fent déjà l'heureufe influence. Les bons
efprits dégoûtés des fpéculations oifeuſes , dirigeant leurs
efforts vers les connoiffances utiles , fe font appliqués à
débrouiller le cahos de notre Hiftoire & de nos Coutu
mes ; chacun d'eux s'eſt avancé , avec plus ou moins de
fuccès , dans la partie qu'il a effayé de traiter ; & , grace
à ce concours de travaux , le public commence à entrevoir
le jour , où il pourra lui-même être initié dans tous
les myſtères de ces loix qui modifient la liberté , & aux-
(1 ) Parmi les Jurifconfultes qui ont bien voulu concou
rir à la perfection de cet Ouvrage , nous devons nommer
ici M. Boiffou , qu'une mort foudaine vient d'enlever au Barreau
, & qui , depuis long-tems travailloit à rectifier les
articles de l'ancienne Encyclopédie. Un de fes confrères , non
moins verfé que lui dans la Science des Loix , s'eft chan
de finir cette partie importante de l'Ouvrage.
Fiv
128 MERCURE
quelles on eft tenu de conformer les principales actions
de la vie.
La partie du Dictionnaire encyclopédique , qui concerne
la Jurifprudence , avoit été faite pour remplir cet
objet ; mais , malgré les bons articles qu'on y trouve
( ceux fur-tout qui appartiennent au favant M. Boucher
d'Argis ) , il eft cependant impoffible de fe diffimuler
qu'un grand nombre ne pèchent , foit par une prolixité
rebutante , foit par des omiflions nuifibles , foit par des
erreurs graves .
Indépendamment des inexactitudes & des erreurs , on
eft en droit de reprocher à l'Encyclopédie un grand
nombre d'omiffions importantes : plufieurs articles annoncés
par des renvois ne fe trouvent ni dans le Dictionnaire
, ni dans fon Supplément , ni dans aucune des nouvelles
éditions. Si l'on en compare la fimple nomenclature
à celle du Répertoire univerfel de Jurifprudence ,
on reconnoîtra combien elle est défectueufe. La perfection
d'un Ouvrage de ce genre ne peut dépendre que
d'une continuité d'efforts & d'une multitude de tentatives
que le public doit foutenir chaque génération
ajoute aux travaux des précédentes ; c'eft ainfi que l'édifice
peut s'achever. On fe propofe de mettre en oeuvre
les connoiffances répandues dans le Répertoire univerſel
de Jurifprudence , de la même manière que les Auteurs
de ce dernier en ont ufé à l'égard du Dictionnaire encyclopédique.
Mais entre le Répertoire de Jurifprudence
& cette partie de l'Encyclopédie méthodique , il y aura
des caractères affez marqués pour empêcher de confondre
jamais ces deux Ouvrages. Tous les réglemens fi
variables du fifc , tous les tarifs des finances , toutes les
formules d'actes qui font développés en détail dans le
Répertoire , ne fe trouveront qu'en fimples généralités
dans l'Encyclopédie méthodique.
On s'attachera fur- tout à développer le véritable efprit
de la Jurifprudence . Les jugemens des Cours fupérieures
formant aujourd'hui une partie effentielle de notre Droit
Civil , il eft très -important de favoir au moins diftinguer
ceux qui font loi , d'avec ceux qu'on ne peut invoquer
pour la décifion des affaires de même eſpèce qui renaiſſent
chaque jour dans les Tribunaux : c'eft peu de raffembler
es Arrêts contradictoires fur chaque matière , fi l'on n'y
DE FRANCE. 129
joint pas le flambeau néceffaire pour éviter les piègesi
de la chicané.
A tout ce qui concerne la Jurifprudence civile , canonique
, bénéficiale & criminelle , on ajoutera trois grandes
branches des connoiffances humaines , qui , jufqu'à préfent
, n'ont été réunies dans aucun Dictionnaire de Droit ;
ce font les queftions les plus intéreffantes du Droit Pu - i
blic , du Droit des Gens , & du Droit Naturel , matières.
qui tiennent aux premières par une infinité de rapports ,
& dont la plus grande partie fe trouve encore ifolée , foit
dans les livres des Philofophes , foit dans les recueils des
fimples Compilateurs. On s'attachera particulièrement à
l'hiftorique des Loix , parce qu'il eft impoffible d'être
Jurifconfulte fans ces connoiffances préliminaires.
&
Les corrections qu'on fera aux anciens articles feront
diftinguées par un figne particulier , ainfi que les articles
nouveaux ces derniers feront fort nombreux , parce
qu'indépendamment des omiffions de la première Edition
de l'Encyclopédie , il eft émané du Trône une multitude
de réglemens qui ont changé l'ancien état des
chofes , tels que les loix relatives aux Ordres Religieux ,
aux Portions congrues , aux Jurandes , aux Arts & Métiers
, aux Tailles , aux Déferteurs , aux Serfs , aux Prifons
, à la Torture , au Commerce , aux Préfidiaux , & c.
A la fin de l'Ouvrage , on placera un Tableau qui fixera
l'ordre dans lequel les principaux articles fur chaque ma
tière doivent être lus , pour réunir les avantages des traités
particuliers à ceux de la forme alphabétique. Il fera ter
miné par un Catalogue des Livres de Droit les plus
eftimés , avec une Notice des meilleures Editions.
[ XX. ] LES FINANCES ; par M. DIGEON , Directeur
des Fermes , un volume in-4°.
UN Dictionnaire hiftorique , philofophique & politique
réuniffant des notions juftes -fur les différentes mas
tières des Finances , eft un Ouvrage abfolument nouveau
L'Encyclopédie ne contient qu'un petit nombre d'articles
fur cette partie , les uns rédigés par un homme ( 1 ) qui
peu inftruit des faits , s'eft jetté dans des differtations va
gues & médiocrement intéreffantes ; la plupart des autres
(1 ) M. Peffclier.
F v
༥༣༠ MERCURE
trop refferrés & copiés dans des Dictionnaires compofes
par des perfonnes à qui ces matières étoient abfolument
étrangères.
Donner une idée de l'adminiſtration des finances dans
tous les Etats de l'Europe ; préfenter une nomenclature
complète des mots néceffaires à l'intelligence des livres
écrits fur cette matière ; entrer dans tous les détails de
l'adminiftration des finances , particulière à la France ;
préfenter l'hiftoire des différentes natures d'impofitions ;
offrir des idées fur leur réformation : tel eft le plan de ce
Dictionnaire.
En le compofant , l'Auteur a eu à choisir entre deux
manières d'y procéder très -différentes. La première , de
faire un Ouvrage purement politique & philofophique ,
& d'effleurer feulement les faits & les détails : la feconde ,
de faire une collection de jurifprudence en finance , un
manuel fait pour devenir un livre claffique pour tous
ceux qui font occupés des différentes branches de cette
adminiſtration.
Entre ces deux partis on en a pris un mitoyen : on a
raffemblé les principaux faits , on s'ett efforcé de donner
de chaque objet des définitions juftes ; mais en fe renfermant
dans des bornes étroites , on a tâché d'inftruire fans
perdre entiérement de vue le defir de fe faire lire avec
quelque intérêt .
Heureux le peuple qui vit fous un gouvernement dont
la bienfaifance eft la bafe , & qui , n'ayant rien à cacher ,
ne s'enveloppe point d'un -voile myſtérieux ; qui , perfuadé
que les difcuffions impartiales ajoutent des lumières
à l'expérience , n'oppofe aucun obftacle à la publication
des ouvrages relatifs à l'adminiſtration !
Les articles qui feront marqués d'un ( D) nous ont été
fournis par une perfonne que diverfes circonftances ont
mis à portée d'acquérir des connoiffances particulières
fur les matières qui font l'objet de ce Dictionnaire ; mais
elle a defiré de n'être pas nommée.
[ XXI. ] L'ÉCONOMIE POLITIQUE ; par M. l'Abbé
BAUDEAU , un volume in- 4° . (1).
L'ÉCONOMIE politique embraffe la nature & l'ef-
M. l'Abbé de Montlinet , connu par un excellent DifDE
FKAN CE.
131
fence des gouvernemens , les devoirs & les droits des
dépofitaires de l'autorité fouveraine , leur influence fur
les propriétaires fonciers , les cultivateurs , les manufacturiers
, les négocians , les voituriers , les artifans & les
hommes dévoués aux fervices purement perfonnels .
Cette Science diftingue & claffe les citoyens par le
genre des travaux dont ils font occupés. Elle affigne les
relations qu'ils ont entre eux , l'ordre , l'enchaînement &
la dépendance réciproque de leurs fonctions diverſes ,
ainfi que les moyens de les faire tous contribuer de
mieux en mieux à la confervation , à la multiplication ,
au bien -être de l'eſpèce humaine fur la terre.
Les Arts & les Sciences , qui caractérisent l'état & la
condition des hommes dans l'analyfe économique des
empires civilifés , ont tous leurs obfervations fondamentales
, leurs principes de théorie , leurs règles de pratique.
Chacun d'eux a dans l'Encyclopédie méthodique
fon Dictionnaire particulier , qui contient , par ordre
alphabétique , tous les objets qui la compofent.
Mais la Science économique , dont l'objet eft de connoître
, de perfectionner leur enchaînement , leur correfpondance
mutuelle & leur manière de concourir au
bien général de l'humanite , doit auffi avoir fa nomencla
ture particulière . Elle a des maximes à établir ,
des conclufions
à déduire , & de grandes erreurs à combattre.
Il est aisé de voir , par le Difcours préliminaire de
l'Encyclopédie , par l'exécution du Dictionnaire & de
fes Supplémens , que cette Science n'entroit point dans
le plan des Editeurs ; & rien n'étoit moins étonnant ,
puifqu'elle commençoit à peine à fe former.
C'eft dans ces derniers tems qu'on a réuni , par une
méthode nouvelle , en un feul corps de doctrine , toutes
les connoiffances éparfes & confufes des anciens & des
modernes fur cet objet.
Intimement perfuadé que ce corps de doctrine eft le
développement le plus fimple , le plus certain , le plus
utile de la loi de juftice & de l'ordre de bienfaiſance
qui font la baſe naturelle des fociétés humaines , je me
cours fur la Mendicité , & par plufieurs Mémoires fournis at
Gouvernement fur ces objets , s'eft chargé de toute cette
partie dans ce Dictionnaire.
F vi
132 MERCURE
propofe de le développer avec toute la précifion dont
je fuis capable.
Mais plein de refpect pour les partifans des opinions
contraires , j'en rendrai compte avec la même exactitude
, prenant foin de diftinguer dans l'efprit de la plus
fcrupuleufe impartialité , les fimples affertions encore
conteftées , d'avec les principes avoués & reconnus ; les
conféquences généralement confenties , d'avec celles qui
n'ont pas ceffé d'effuyer des contradictions.
Je tâcherai d'être clair. Les grandes vérités de l'Economie
politique n'ont pas befoin d'autres ornemens.
J'expoferai dans le Difcours préliminaire l'analyſe
économique des états civilifés & l'enchaînement des
principes qui compofent la Science politique .
[ XXII. ] LE COMMERCE ; par MM. l'Abbé BAUDEAU ,
& BENOIT , Confeiller de MONSIEUR Frère du Roi ,
& ancien Profeffeur du Cours gratuit de Jurifprudence
Confulaire , un volume in-4°.
UN Dictionnaire de Commerce , faifant partie de
l'Encyclopédie méthodique , a des limites beaucoup moins
étendues que ce même Ouvrage qui feroit publié féparément
. Il faut d'abord en fupprimer toute la Géographie
commerçante , puifqu'elle fe trouve traitée dans le Dictionnaire
géographique ; il faut encore en fupprimer tout
le contentieux qui eft plus particulièrement l'objet de la
Jurifprudence . Tous les détails des Arts & Métiers méchaniques
, tout ce qui concerne les communautés , la
police des métiers , l'ordonnance des manufactures doivent
en être également fupprimés , puifque l'Encyclopédie
méthodique a un Dictionnaire à part , & le plus
étendu de tous fur ces divers objets. Notre Dictionnaire
de Commerce doit donc fe borner à l'explication de tous
les termes qui ont rapport au commerce proprement
dit ; il doit comprendre tous les détails concernant les
monnoies , foit réelles , foit fictives , les poids , les me--
fures , les compagnies de commerce , avec l'hiftoire de
leur régie & adminiftration , les banques , les confuls &
leurs fonctions , les chambres d'affurances , l'hiftoire des
urifdictions confulaires & les fonctions des juges- conls
, la manière de tenir les différens livres & d'établir
ociétés , leurs formes & formules , les changes , les
UE гаа IV
133
Ľ.
contrats maritimes & toutes les espèces de contrats
ufuels , foit pour le commerce de terre , foit pour celui
de mer , les tableaux comparés d'importation & d'exportation
, & toutes les généralités qui ont rapport au
commerce , foit confidéré en grand , foit en détail . Voilà
les objets que nous nous propofons de traiter ; nous
joindrons à la tête de cet Ouvrage un Difcours préliminaire
qui comprendra le tableau vu en grand & par voie
de comparaiſon , de tout le commerce de l'Europe & des
autres continens.
[ XXIII. ] LA MARINE ; par M. VIAL DE CLAIRBOIS ,
Ingénieur - Conftructeur de la Marine , de l'Académie
Royale du même nom ; & par M. BLONDEAU , Profeffeur
Royal en Mathématiques & en Hydrographie aux
Ecoles de la Marine , de l'Académie Royale du même
nom , de la Société Royale Patriotique de Stockholm , de
celle des Sciences & Belles - Lettres de Gotthembourg, de la
Société Académique de Cherbourg, &c. , deux volumes in-4° .
LA Marine embraffe une quantité prodigieufe d'objets ;
il y a peu de connoiffances de pratique ou de théorie
dont les Officiers des différens corps qui la compofent
ne puiffent , & même ne doivent faire ufage. Le Pilotage.
la Conftruction , la Manoeuvre , &c. font tous fondés
fur les Sciences exactes , & fur la Phyfique , que ces-perfonnes
ne peuvent plus ignorer aujourd'hui . Les Capitaines
de vaiffeau & les Commiffaires préfident aux recettes
des matières néceffaires à la conſtruction , au grément ,
à l'armement des vaiffeaux , dans lequel armement font
compriſes les chofes néceffaires à la vie , à la confervation
ou au rétabliffement de la fanté des équipages &
des états-majors.
Pénétrés de l'utilité dont pourroit être un Ouvrage
dont tous ces objets formeroient la matière , & qui y
feroient traités en détail fous la forme la plus propre à
fatisfaire aux différentes vues des Lecteurs , nous nous
fommes rendus à l'invitation qui nous a été faite de compofer
un Dictionnaire univerfel & raiſonné de Marine , pour
être joint à une Encyclopédie par ordre de matières
dont plufieurs hommes célèbres s'occupent actuellement.
Les premiers Editeurs de l'Encyclopédie ont été fi mal
fervis pour l'objet de la Marine , que nous douton
134 MERCURE
pouvoir trouver beaucoup d'articles à conferver ; fi quelques-
uns font bien faits , ce font ceux donnés depuis par
M. le Chevalier de la Coudraie , Lieutenant de vaiffeau ,
actuellement retiré . Mais l'ouvrage de M. Lefcalier nous
en fournira d'excellens , particulièrement für le détail du
grément , de la manoeuvre . Nous puiferons de même
dans les meilleures fources , pour tout ce que nous ne
tirerons pas de notre propre fonds. Indépendamment
même des connoiffances que nous devons avoir par état
de la conftruction , de la Science du Pilotage , improprement
nommé Hydrographie , & de l'Hydrographie proprement
dite , notre intention eft de confulter les meil
leurs Auteurs fur ces matières , d'en exprimer le fuc ,
pour ainfi dire , de difcuter leur façon de voir , & de ne
nous décider jamais que pour celle qui aura pour elle ,
ou l'évidence , ou la plus grande probabilité. L'art de
manoeuvrer un vaiffeau , fuivant les différentes circonftances
, ne nous étant point étranger , les articles qui le
concernent feront traités d'une manière entiéremen
nouvelle , & conforme à ce qui fe pratique.
On trouvera auffi dans notre Dictionnaire tout ce qu
concerne l'invention & l'intelligence des fignaux ; des
chofes tout-à-fait neuves fur les bouffoles de mer , les
baromètres nautiques ; fur la difficulté de fonder en
pleine mer dans les mers très-profondes , même fur les
Cartes marines.
Nous traiterons chaque article dans le plus grand détail
, mais en termes de l'art , & fans aucune périphraſe ;
attendu que tous ces termes fe trouveront expliqués en
leur lieu , notre intention étant de rendre la nomenclature
très - complette. Nous joindrons cependant à la fin
de l'Ouvrage un Vocabulaire de tous les termes de Marine
, afin de faciliter la recherche de ceux dont nous
nous ferons fervis . On trouvera en tête un Difcours
préliminaire , dont l'objet fera de donner une idée générale
& méthodique de la Marine . Il fera fuivi d'autant de
Tableaux analytiques , que la Marine contient de grandes
parties , diftinctes les unes des autres . Ces Tableaux ferviront
à faire connoître dans quel ordre l'Ouvrage entier
pourra être lu , pour tenir lieu d'un Traité fuivi de la
ence de la Marine.
s citerons les Auteurs auxquels nous aurons eu
DE FRANCE. 135
recours , par juftice & pour déterminer le degré de confiance
dû à ce qu'ils nous auront fourni.
L'Ouvrage fera accompagné de toutes les figures néceffaires
à l'intelligence complette du difcours.
Quoique toutes les parties de la Marine foient fondées
fur les Mathématiques , l'Aftronomie , la Phyfique , & c.
nous n'entrerons dans aucun détail ſcientifique fur ces
objets , notre Ouvrage faifant corps avec l'Encyclopédie
par ordre de matières , où toutes ces parties feront
traitées chacune en particulier , par des hommes d'un
mérite fupérieur. Nous aurons foin feulement d'indiquer
les parties de cette Encyclopédie qu'il faudra confulter ,
pour l'intelligence des principes fur lefquels feront fondés
nos raifonnemens.
[ XXIV. ] L'ART MILITAIRE , mis en ordre & publié par
M. DE KERALIO , Major d'Infanterie , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis , de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles-Lettres , & de celle
des Sciences de Stockholm ; & quant à l'Artillerie , par
M. DE POMMEREUIL , Capitaine au Corps Royal
d'Artillerie , deux volumes in-4°.
JE me propoſe de préfenter dans cet Ouvrage le fyftême
complet de l'Art Militaire , dans l'ordre qui m'a
paru le plus fimple & le plus conforme à la nature de cet
art. Si d'un coup- d'oeil on l'embraffe tout entier , pour y
trouver ce qu'il a d'effentiel , on voit qu'il eft exercé par
les Hommes , les Armes , & la Tactique générale. Ces trois
branches principales , fubdivifées jufques dans leurs plus
petits rameaux , donnent toutes les parties qui forment
ce grand enfemble. Celle des Hommes produit le Droit
militaire public & national , le choix , l'entretien , les
exercices , la tactique particulière : celle des Armes , les
armes de main , les méchaniques ou balliftiques des anciens
, les pyroballiftiques des modernes , où l'artillerie ,
& les armes défenfives , qui font , les armures anciennes
, & les fortifications : enfin la Tactique générale , ou
l'Art de la Guerre , produit là confidération des forces
la pofition des munitions , celle de l'armée , fes mouvemens
, fes manoeuvres. On ne peut donner ici qu'une idée
très-générale d'un auffi vafte fyftême : un Tableau enc
clopédique en expofera l'enchaînement , qui fera
"
loppé dans un Difcours préliminaire , à la tête de ce Dic
tionnaire .
Chaque partie du Systême étant traitée dans cet ordre ,
il n'y en aura point qui rentrent l'une dans l'autre , & qui
foient répétées fans néceffité. Quoique tous les articles de
cet Ouvrage , devant former un Dictionnaire , foient
difpofés alphabétiquement , il ne faudra pour y trouver
un cours complet de Science militaire , que les lire fuivant
l'ordre analytique du Systême. L'expofition qui en
fera faite dans le Difcours préliminaire , fuffiroit feule
pour diriger cette lecture : mais on la rendra plus facile
encore , en donnant les titres de tous les articles rangés
dans l'ordre fyftématique fuivant lequel ils devront
être lus.
Les matériaux de cet Ouvrage feront en partie les
articles d'Art militaire , contenus dans l'Encyclopédie ,
& dans le Supplément . Plufieurs de ces articles , n'ayant
pas été faits pour tenir place dans un plan général , feront
retouchés , remaniés , divifés , ou augmentés , fuivant
qu'il fera néceffaire ceux qui manquent feront fupplées ,
& il y en a un affez grand nombre : il y a même des
parties , qui , pour n'avoir pas été vues dans l'enfemble ,
ont échappé prefque toutes entières . Telles font , le Droit
militaire public & national , la Médecine des camps &
armées ( 1 ) , l'ancienne Milice françoiſe , la Chevalerie ,
la Milice étrangère hors de l'Europe , la Tactique particulière
: & quoique la Milice grecque & romaine ait ,
ainfi que plufieurs articles de Tactique générale , été
donnée par un Militaire très-inftruit , dans le Supplément
à l'Encyclopédie , cette fubdivifion n'eft pas encore
complette. Je fuppléerai ces omiffions par les extraits
des meilleurs Auteurs qui ont traité de l'Art Militaire
; & ce travail eft déjà fort avancé. Je l'ai fait
Ipendant les années où j'étois chargé , pour cet objet , de
l'inftruction des Elèves de l'Ecole Royale Militaire. J'ai
puifé dans les fources les plus révérées ; pour le Droit
militaire , Grotius , Pufendorf , quelquefois Locke &
Montefquieu je réunis , le mieux que je peux , le texte
de ces grands hommes , & j'ofe quelquefois y joindre
des réflexions .
Cet objet fera traité dans le Dictionnaire de Médecine,
DE FRANCE. 137
Pour l'Hiftoire Militaire ancienne , Xénophon , Céfar ,
Polybe , & leurs plus favans Commentateurs :
Pour l'Art de la Guerre , le Duc de Rohan , Santa-
Crux , Montécuculi , Feuquières , Folard , le Maréchal
de Saxe , le Roi de Pruffe :
Pour l'Art de l'Ingénieur , Vauban & Coehorn , fans
négliger de faire connoître tous les différens fyftêmes :
Pour la Tactique moderne , ceux qui en ont traité
dans ces derniers tems avec le plus de fuccès . Lorfque
je les trouverai oppofés , j'expoferai , avec impartialité ,
leurs raifons ; & , s'il y en a de nouvelles qui fe préfentent
à moi de part ou d'autre , je les y joindrai .
Il n'y aura donc rien , pour ainfi dire , qui m'appartienne
en cet Ouvrage ; fi ce n'eft l'ordre , & la généralifation
des principes. Je porterai celle - ci auffi loin qu'il
me fera poffible , parce que je la regarde comme le plus
puiffant moyen de faciliter l'acquifition & l'application
de la théorie. Je joindrai à chaque article principal , les
titres des ouvrages qui en ont traité expreffément , afin
que les Militaires ftudieux puiffent y recourir pour une
inftruction plus étendue , & fe former , s'ils le defirent ,
une bibliothèque militaire .
ARTILLERIE .
L'ARTILLERIE Occupe une place confidérable dans le
ſyſtême de l'Art militaire : j'expoferai toutes les parties
qui la compofent ; j'en ferai l'Hiftoire depuis fon origine
jufqu'à nos jours ; je parlerai du point de perfection oùfon
méchaniſme a été porté dans ces derniers tems ; des
progrès qui restent à faire à plufieurs de fes parties ; des
Ouvrages & des Auteurs qui ont traité de l'Artillerie en
France , en Angleterre , en Italie . L'hiftoire du corps de
troupes affecté à fon fervice ; l'état de fes grands maîtres ;
la formation de fes écoles ; la perfection dont ils font
fufceptibles ; l'étendue des connoiffances néceffaires aux
Officiers d'Artillerie entreront dans mon plan , & tous
ces objets feront chacun traités à leur article. Tout ce qui
concerne la poudre , le canon , le mortier , l'obufier , le
pierrier , les affuts , formeront auffi autant d'articles particuliers
, où tous ces objets feront difcutés dans le plus
grand détail. Je traiterai pareillement de tout ce qui conserne
l'Artillerie de fiège & de bataille ; des batterie
138 MERCURE
& de leur conftruction ; des armemens des pièces d'ar
tillerie ; de la tactique élémentaire & générale de l'Artil
lerie ; des caiffons & charriots en ufage ; des artifices &
de leurs détails ; de la fonderie , & de tout ce qui y a
rapport ; de la fabrication des fufils & armes blanches ;
des mines , de leur invention & de leur ufage ; de la
fappe ; des équipages d'artillerie , & du parc ; de l'appro
vifionnement des places ; de l'arfenal ; des places d'armes
; d'un nouveau plan d'un arfenal , accompagné de
toutes les ufines qui feroient néceffaires à un grand établiffement
en ce genre ; des ponts militaires , & de tout
ce qui leur eft relatif. Plufieurs objets de l'Artillerie ayant
excité de grandes difcuffions , j'expoferai , avec la plus
exacte impartialité , les opinions des deux parties , & je
n'y ajouterai la mienne qu'avec les réferves & les ménagemens
qu'exigent des objets auffi importans . Des Tableaux
analytiques embrafferont toutes les parties de
cette Science , & en préfenteront l'enfemble , ainfi que la
réunion de tous les mots particuliers , à l'article général
auquel ils ont rapport.
Plufieurs Officiers de diftinction ont donné dans l'Encyclopédie
, & dans fon Supplément , des articles effentiels
& bien faits , fur l'Art militaire , le Génie ( 1 ) &
l'Artillerie : on les confervera en entier , avec leurs noms ;
& fi on fe permet d'y toucher , on ne le fera que dans
des vues qu'eux-mêmes ne pourroient pas déſapprouver.
MANEGE ET ES CRIME.
LES Arts académiques , c'eſt-à- dire du manège & de l'efcrime
, & celui de nager , entrent néceffairement dans le
Systême de l'Art militaire . Mais comme ils n'intéreſſent
pas également tous ceux qui l'exercent , on a cru plus
commode pour le Public de réunir ces trois parties , en
un Dictionnaire particulier des Arts académiques , qui
fera imprimé à la fuite du Dictionnaire militaire.
Les Militaires , & en général tous ceux qui s'occupent
des arts & des connoiffances qu'embraffe le plan de cet
Ouvrage , relativement à la théorie ou à l'Hiftoire mili-
( 1 ) M. Potot de Montbeillard , Lieutenant-Colonel d'Arerie
, eft l'Auteur de preſque tous les articles d'Artillerie
les Supplémens ,
DE FRANCE.
139
taire , font priés de concourir par leurs fecours & leurs
lumières , à lui donner plus de perfection . S'ils veulent
bien y contribuer par des Mémoires , par des Additions ,
par des Réflexions critiques fur les articles contenus dans
I'Encyclopédie & les Supplémens , ou même par la
communication de Mémoires hiftoriques , ou d'Ouvrages
publiés en pays étrangers , & peu connus en France ;
ils font priés de les faire parvenir à M. Panckoucke , rue des
Poitevins , ou à M. de Keralio , qui fe fera un plaifir de
les nommer , & de rendre à leur zèle & à leurs talens ,
toute la juſtice qui leur fera due.
[XXV. ] LES BEAUX- ARTS ; par M. l'Abbé ARNAUD ,
de l'Académie Françoife , & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres ; & M. SUARD , de l'Académie Françoife ,
un volume in-4°.
On a beaucoup écrit fur les Beaux-Arts , & perfonne
encore ne les a définis d'une manière précife & fatisfaifante.
Chez les Grecs & chez les Romains , ces Arts
tirèrent leur dénomination du premier & du plus grand
de tous les biens , la liberté . Ils furent appellés libéraux ,
parce qu'ils faifoient partie de l'éducation des feuls hommes
libres , & nous apprenons de Pline qu'ils ne commencèrent
à dégénérer que lorfque la richeffe & la faveur
commencèrent à devenir le prix de l'adulation & de
la fervitude.
A la renaiffance des Lettres , ou plutôt de l'efprit humain
,, ( car il faut regarder comme un état de mort la
longue & profonde lethargie où l'avoit plongé la domination
des barbares ) nos aïeux , pour diftinguer ces Arts
qu'ils effayoient de ranimer , d'avec les Arts groffiers &
mechaniques , leur confervèrent la dénomination qu'y
avoient attachée les Grecs & les Romains ; ils les appellèrent
encore libéraux , quoiqu'il n'y eût plus de liberté
fur la terre.
A cette dénomination qui ; comme tant d'autres empruntées
des langues grecque & latine , n'avoit plus
aucun caractère de vérité , on en joignit une nouvelle ,
beaucoup plus vague fans doute , mais beaucoup plus
jufte , plus vraie , & dont l'ufage femble l'avoir emporté
fur celui de la première. Les Arts libéraux font aujourd'hui
plus fouvent qualifiés de Beaux-Arts ; foit pa
1
140 MERCURE
qu'ils prennent leur origine dans les plus belles facultés
de notre être , la penfée , l'imagination & le fentiment ;
foit parce que leur objet eft d'embellir toutes les productions
de la nature.
Chez les Grecs & chez les Romains , le domaine des
Arts libéraux étoit beaucoup plus étendu que ne l'eft
parmi nous celui des Beaux - Arts. Il embraffoit à la fois
la Mufique , la Danfe , tout ce qui appartient au Deffin ,
la Grammaire , l'Hiftoire , l'Eloquence , la Poéfie , la
Géométrie , la Courfe , la Lutte , l'Equitation & les
divers exercices de la Gymnaftique ; mais aujourd'hui
que notre conftitution politique n'interdit ni ne commande
ces exercices à aucune claffe particulière de citoyens
, nous réduifons communément les Beaux-Arts à
la Peinture , la Sculpture , la Gravure , l'Architecture , la
Mufique & la Danfe . Nous aurions dû fans doute nommer
l'Art de la Poéfie , & même le nommer avant tous
les autres ; mais le Dictionnaire des Belles- Lettres s'en eft
emparé , & il faut avouer que dans l'état préfent de nos
moeurs & de nos idées , la Poéfie tient encore plus aux
Lettres qu'aux Arts.
De toutes les formes d'ouvrages propres à éclairer
l'efprit fur les productions du génie , fur-tout dans les
Beaux-Arts , nous ne craignons pas d'avancer que la plus
avantageufe eft celle du Dictionnaire. Cette forme a
cela de particulier & d'utile qu'elle profcrit tout efprit
de fyftême , efprit non moins funefte aux Arts qu'aux
Sciences ; le meilleur moyen de bien faire connoître les
chofes , c'eft de définir exactement les mots , ou de faire
l'hiftoire des mots lorfqu'il n'eft pas poffible d'en donner
une définition exacte & fatis faifante.
L'Art n'eft autre chofe qu'un affemblage d'exemples ,
d'obfervations & de réflexions qui , fe prêtant mutuel
lement de la force & de la lumière , éclairent , dirigent
& affurent la marche de l'efprit ; mais faire de ces obfer .
vations des préceptes inviolables , transformer quelques
réflexions fur des exemples particuliers en loix abfolues
& générales , c'eft aller contre l'intention de nos premiers
maîtres , c'eft attaquer la liberté de l'efprit humain & le
condamner à une forte d'immobilité. Ne craignons pas de
le dire , il y a beaucoup moins d'inconvénient à aban
donner le génie à lui-même , qu'à gêner tous fes mouve
DE FRANCE. 141
mens en le tenant renfermé dans des bornes trop étroites.
L'Ouvrage que nous annonçons n'a été exécuté que
d'une manière très-imparfaite dans la grande Encyclopédie
; c'est peut-être la partie la plus négligée & la plus
fautive de cet immenfe & utile dépôt des connoiffances
humaines. La Mufique eft le feul des Beaux-Arts qui y
foit traité avec l'étendue , la fuite , l'unité de principes
& de ton qu'exige le plan que nous avons tracé. La
théorie de la Science y eft exprimée avec clarté & précifion
; les principes de goût y font préfentés non-feulement
avec élégance , mais encore avec cet intérêt , cette
chaleur d'imagination fans laquelle il n'eft guère permis
de parler des effets du plus fenfible & du plus pénétrant
de tous les Arts. A l'exception de quelques articles compofés
par M. d'Alembert , cette partie eft l'ouvrage de
J.-J. Rouffeau. Le nom de ces deux Philofophes célèbres
nous difpenfe de faire l'éloge de leur travail .
Quant aux Arts du Deffin , on trouve dans les quatre
premiers volumes de l'Encyclopédie des articles excellens
donnés par un Amateur célèbre & vraiment digne
de ce nom , qui joint à la connoiffance pratique des
Arts , un goût éclairé par une longue fuite d'études &
d'obfervations , & dont les idées nettes & préciſes font
toujours rendues par un ftyle élégant & pur . A ces traits
on reconnoîtra aifément M. Watelet , & l'on a regretté
qu'il n'eût pas complété un travail fi précieux .
On trouve encore fur plufieurs parties des Beaux-Arts
quelques articles très-bien faits , épars dans les divers
volumes de l'Encyclopédie ; mais à l'exception de ce
petit nombre d'articles , compofés par des Artiftes ou
des gens de goût , tout le refte eft plein d'imperfections ,
d'inexactitudes , d'erreurs ou d'inutilités . La plupart des
Auteurs qui écrivent fur les Arts parlent une langue
qu'ils n'entendent pas eux - mêmes ; fouvent même aux
fages obfervations des vrais connoiffeurs , ils ſubſtituent
des principes dangereux & des maximes hafardées &
fauffes ; ils égarent au lieu d'éclairer , & en cela ils font
encore plus coupables que ne l'ont été les barbares , dont
la fureur aveugle fe bornoit à détruire.
Les Auteurs du nouveau Dictionnaire ne fe font pas
diffimulé les difficultés & l'étendue de l'Ouvrage qu'ils
ont entrepris , & ils en auroient même regardé l'exé
142 MERCURE
tion comme fort au - deffus de leurs forces , s'ils ne s'étoient
affurés du fecours de quelques Artiftes & Amateurs diftingués
dont ils publieront avec reconnoiffance les noms
& les bienfaits .
Ils s'empreffent de nommer ici M. Watelet , qui veut
bien confacrer fes lumières & fes travaux à la perfection
de leur entrepriſe . M. Watelet travailloit depuis longtems
à un Dictionnaire complet de Peinture , dont l'exécution
eft déjà fort avancée : animé du zèle le plus pur &
le plus défintéreffé pour les progrès de l'art & des connoiffances
, il a renoncé généreufement au projet de publier
à part fon ouvrage , & a confenti à le fondre dans
ce nouveau Dictionnaire.
Indépendamment des autres fecours que les Editeurs
ont lieu d'efpérer , ils mettront à contribution tous les
Ecrivains étrangers ou nationaux qui ont répandu quelques
lumières fur la théorie ou les productions des Beaux-
Arts. Les Ouvrages des Léonard de Vinci , des Lomazzo ,
des Vafari , des Malvafia , des Bellori , des Zanetti , des
Winkelman , des Mengs , des Reynolds , des Cochins ,
des Depiles , des Coypels , des Félibiens , des Mariettes ,
&c. font une mine féconde d'où l'on peut tirer des obfervations
auffi utiles qu'intéreffantes fur les Arts du Deffin ;
mais lier & fondre enſemble ces matériaux épars , les
attacher à des principes communs , en former une théorie
générale & uniforme , eft une entrepriſe auffi délicate
que difficile. Les Auteurs du nouveau Dictionnaire ne
peuvent à cet égard promettre que du zèle . S'ils ofent
mêler ou même oppofer quelquefois leurs opinions à
celles des gens de l'art & des connoiffeurs , ce fera avec
la modeftie & la réferve convenables à de fimples Amateurs
, qui fentent combien , dans tout ce qui eft du domaine
de l'imagination & des fens , les principes du goût
font encore vagues , incertains & mobiles.
Une des chofes les plus difficiles dans l'exécution de
ce nouvel Ouvrage , c'eft de fe renfermer dans les bornes
que leur plan leur impoſe , fans oublier aucun détail
néceffaire.
Comme , à l'exception de la Mufique & de la Danſe ,
il y a dans les Beaux-Arts une partie purement manuelle
& méchanique , on traitera les objets qui concernent
cette partie , mais feulement lorſqu'ils feront ennoblis
DE FRANCE. 143
par l'ufage qu'en aura fait l'Artifte. Toutes les opérations ,
ainfi que toutes les actions humaines , font relevées par
leur principe ou par leurs effets ; fans doute le mouvement
de la main qui , pour produire & repréfenter une
idée , broie & emploie des couleurs , pétrit l'argille ou
abat le marbre, n'eft pas plus aviliffant que l'exercice
moins pénible de l'Ecrivain , qui , pour communiquer fes
penſées , manie & conduit la plume. Tracez des idées ,
exprimez des fentimens , peignez des paffions , préfentez
des images , qu'importe l'inftrument dont vous vous
fervez ?
[ XXVI. ] LES ARTS ET MÉTIERS ' MÉCHANIQUES ;
par une Société de Savans & d'Artiftes , ( MM. ROLAND
DE LA PLATIERE , PERIER freres , FOUGEROUX DE
BONDAROY , DESMARETZ , &c. &c. ) quatre volumes
in-4°.
Il n'y a encore aucun Ouvrage , quelles que foient les
grandes tentatives faites ailleurs , où les Arts & Métiers
méchaniques foient plus complets , plus développés , &
mieux préfentés que dans l'Encyclopédie : elle en renferme
la defcription de plus de trois cens ( 1 ) ; & c'eft particulièrement
à M. Diderot que cette riche & vafte collection
des Arts & Métiers méchaniques doit fon exiftence
; elle eft , avec la partie philofophique , une des
plus brillantes & des plus étendues de l'Encyclopédie.
Leurs procédés y font en général décrits avec affez de foin
dans le texte , & expofés fous toutes leurs formes dans
des planches nombreuſes & très-foignées. Ces avantages
fi précieux ont été reconnus univerfellement , & ont
contribué à la fortune de la première Edition de cet Ouvrage.
Cependant il faut convenir que , malgré les juftes
éloges que nous venons de donner à cette partie , elle a
des défauts & des difficultés qui exigeoient une exacte
réviſion , & une nouvelle rédaction .
(1) Plufieurs Editions contrefaites de l'Encyclopédie , in-4º:
& in-8°. , ne contiennent pas la defcription des Arts & Métiers
, qui forme la partie la plus confidérable de l'Encyclopédie
, foit relativement au Difcours , foit relativement aux
Planches. Il ne faut donc pas être étonné du bas prix de ' ces
Editions ; elles contiennent trois quarts moins que l'Ency
clopédie méthodique.
1441º. Outre le vice de la confufion de matières difparates
qui fe croifent & s'embarraffent perpétuellement
dans cette immenfe collection , où toutes les Sciences &
tous les Arts font confondus pêle - mêle ; la defcription
mème de chacun des Arts y eft tellement fubdivifée &
mutilée , qu'il eft prefque impoffible de la fuivre , & de
la raffembler entièrement. Chaque volume contient des
fragmens qui avoient été oubliés ou négligés dans les
volumes précédens , enforte que le Lecteur n'eft pas même
guidé dans la recherche des divers articles de l'Art
qu'il veut connoître .
2°.Ily a un plus grand tort à reprocher aux premiers
Rédacteurs , & qu'ils n'ont pas cru devoir eux-mêmes
diffimuler ; c'eft que le texte du difcours de beaucoup
d'Arts & Métiers , ayant été compofé fans les gravures ;
& les planches n'ayant pas toutes été faites pour cette
defcription , il en résulte que les indications font prefque
toujours fauffes , & que pour y remédier il a fallu renouveller
une explication fommaire à la tête des planches,
Cette double expofition ne s'accorde pas même avec la
première , & fouvent la contredit & la détruit .
3°. On n'a pas toujours auffi recueilli les meilleurs Traités
fur chaque Art , ou confulté l'expérience la plus fuivie
& la plus accréditée ; dès-lors on a quelquefois été
induit à donner des erreurs pour des vérités , des caprices
pour des principes , & de mauvaiſes manoeuvres
pour de bons procédés.
La publication de l'Encyclopédie a réveillé l'attention
de bons Ecrivains fur les Arts & Métiers ; & depuis quel
ques années des hommes confommés dans la théorie &
la pratique de ces Arts , ont dévoilé ce qu'on appelle les
fecrets du maître ; & ont donné des développemens clairs ,
détaillés & méthodiques. On eft donc en état de faire à
préfent un Dictionnaire raifonné des Arts & Métiers ,
plus complet , plus précis , plus méthodique que celui
qui exifte dans l'Encyclopédie. Voici comment on a en
vifagé ce travail .
Chaque Art , chaque Métier , ou une branche princi
pale d'un grand Art , feront traités de fuite & fans inter
ruption , fuivant leur ordre alphabétique ; cet ordre étant
le plus commode & le plus convenable pour l'expofition
Mes Arts & Métiers méchaniques : ainfi on trouvera au
mot
DE FRANCE.
145
mot , Aiguillier , Amidonnier , &c . , tout ce qui concerne
ces Arts.
On obfervera une marche régulière dans la defcription
de chacun de ces Arts & Métiers , en paffant du fimple
au compofé , en préfentant , autant qu'il fera poffible ,
l'hiftorique , la définition , les divifions de chacun de ces
Arts , le développement graduel des procédés qui dérivent
les uns des autres , leur régime civil & politique ,
les Réglemens de Police , & un petit nombre de propofitions
, ou plutôt d'axiomes , qui en rappelleront les principes
effentiels & conftitutifs . Enfin , on terminera chacun
de ces Arts & Métiers par le Vocabulaire exact des mots
techniques qui lui font propres & particuliers .
TELS font les titres des vingt-fix Profpectus particuliers
auxquels on peut rapporter toutes les connoiffances
humaines par leur réunion , ils forment le Profpectus
général dont nous avions à donner l'Extrait ; nous
n'avons pas cru devoir fupprimer de chaque Profpectus
l'engagement que prend chaque Auteur de mettre à la
tête de la Science ou de l'Art dont il traite , un Difcours
préliminaire qui en contienne les principes , qui en foit
comme le tableau général , & une indication précife de
l'ordre dans lequel les divers articles doivent être lus
pour former un Traité fuivi & complet de chaque Science
ou dé chaque Art ; cette indication , qui , en laiffant ſubfifter
la forme utile de Didionnaire , convertit , pour
ainsi dire , ce Dictionnaire en un Traité , eft , comme
nous l'avons dit dans le commencement , un des points
effentiels qui diftingue , quant au plan , cette Encyclopédie
méthodique , & qui fait difparoître la confufion
tant reprochée à la première , & il eft effentiel de fixer
le Lecteur fur cet engagement.
2.
Quant à la forme de Dictionnaire , il falloit , comme
nous l'avons dit encore , la conferver précieufement ,
parce qu'elle feule peut faciliter & répandre l'inftruction.
Chaque Science, chaque Art ayant fon Dictionnaire particulier
,
on trouvera aifément tous les mots , pourvu qu'on
fache à quelle Science ou à quel Art ils appartiennent .
Mais un Lecteur ignorant ( & c'eſt le grand nombre )
rencontre dans fes lectures un terme de Science ou d'Are
dont il ne fait ni la fignification ni l'uſage , il ne
pas même à quelle Science ou à quel Art ce terme a
Samedi 8 Décembre 1781 . G
146 MERCURE
tient ; où le cherchera-t-il dans l'Encyclopédie métho
dique ? faudra- t-il qu'il parcoure vingt-fix Dictionnaires
différens ?
Cette difficulté étoit trop grande pour n'avoir pas été
prévenue on la fait difparoître au moyen d'un Vocabulaire
univerfel , dernier objet dont il nous reſte à
rendre compte .
[ XXVII. ] VOCABULAIRE UNIVERSEL , fervant de
Table pour tout l'Ouvrage , un volume in- 4° .
Ce Vocabulaire comprendra tous les mots contenus
dans chacun des Dictionnaires particuliers , avec le numéro
de la page , l'indication de la colonne & le numéro
du tome de l'Ouvrage ; de forte que le Lecteur qui aura
un mot à chercher dans cette Encyclopédie méthodique
, & qui ne faura pas que ce mot eft du Dictionnaire ,
foit de Phyfique , foit de Mathématiques , ou de tout
autre , en recourant à ce Vocabulaire , trouvera dans
l'inftant l'indication du tome , de la page & de la colonne
où le mot fe trouve. Ce Vocabulaire ne fera point borné
à cet ufage . Comme il y aura dans l'Encyclopédie méthodique
une foule de mots qui comprendront des détails
, dont on n'a pu faire des articles particuliers , &
qu'on ne foupçonneroit pas dans ceux qui en font mention
, le Vocabulaire les fera connoître : ainfi , dans
un article de Géographie , où l'on aura fait mention
d'un Savant , d'un Artifte , dont on n'aura pas cru devoir
faire un article à part dans le Dictionnaire hiftorique ,
faifant partie de cette Encyclopédie , on en trouvera les
mots & les renvois au tome , dans le Vocabulaire . Il en
eft de même des chofes . Si on a parlé dans un article
d'une négociation , d'un traité de paix , d'un fait remarquable
, d'une découverte , le Vocabulaire indiquera le
tome & la page où il en eft fait mention. L'ufage de ce
Vocabulaire fera fur -tout fenfible pour diverfes parties
des connoiffances humaines , dont on n'a point jugé à
propos de faire des Dictionnaires feparés , comme la
chaffe , la pêche , &c . qu'on a traité dans les Dictionnaires
d'Hiftoire Naturelle. Le Lecteur ne fauroit où trouver
ces matières , fi le Vocabulaire ne les lui indiquoit :
en eft de même du Dictionnaire des Arts & Métiers
aniques. Comme dans ce Dictionnaire chaque Art
DE FRANCE. 147
y eft traité de fuite , & qu'on a mis à la fin de la defcription
de chacun d'eux tous les mots techniques qui en
font la langue , le Vocabulaire doit les reprendre tous ,
afin que le Lecteur puiffe y recourir au befoin . Ce Vocabulaire
fera le premier tome de l'Encyclopédie métho
dique , & il eft de la plus indifpenfable néceffité .
Il fera précédé du Difcours préliminaire de M. d'Alembert
, de l'Arbre encyclopédique du Chancelier
Bacon , de celui de MM. Diderot & d'Alembert , des
diverfes Préfaces de l'ancienne Encyclopédie , & de
l'Hiftoire de ce Dictionnaire , des différentes Editions
qui en ont été faites , & de leur appréciation. On placera
auffi , au commencement de ce premier Volume ,
le Frontispice réduit de la première Edition de l'Encyclo
pédie , & les Portraits des premiers Rédacteurs ( MM.
Diderot & d'Alembert ) , jufte hommage qu'on aime à
leur rendre , & qui ne peut être mieux placé qu'à la tête
de cette nouvelle Encyclopédie .
Après ce tribut d'une reconnoiffance éternelle payé
aux Inventeurs , n'a - t - on pas le droit d'en réclamer
beaucoup auffi pour ceux qui propofent aujourd'hui de
donner au Livre effentiellement le plus utile le plus
haut degré d'utilité poffible ? facilité d'inftruction par la
voie commode de Dictionnaires , folidité & complé
ment d'inftruction par le rapprochement & la réunion
de tous les articles d'une même Science dans chaque
Dictionnaire , & par l'indication, de l'ordre dans lequel
ces divers articles doivent être lus pour former un Traité
complet ; perfection enfin de l'inftruction par la correction
de tant de fautes , par l'addition , non-feulement de
tant d'articles particuliers , mais de grands objets &
même de Sciences entières , omifes dans l'Encyclopédie.
Le Profpectus général dont nous venons de donner
l'extrait , & tous les Profpectus particuliers qui en font
le développement , & où chaque Auteur envifage fa
fcience particulière , non-feulement en elle-même , mais
dans tous fes rapports avec le plan général , mettent
le Lecteur en état de juger s'il fut jamais une entrepriſe
plus vafte , plus noble , plus utile , plus néceffaire
même , & plus digne d'encouragement à tous égards ,
que cette Encyclopédie corrigée , & rédigée par ordr
ddee matières.
G ij
148 MERCURE
AVIS DE M. PANCKOUCKE ,
Entrepreneur de cette Édition.
NE Edition complette de l'Encyclopédie , par
ordre de matières , nous a paru fi effrayante au premier
coup-d'oeil , que , quelque habitude que , nous
ayons des grandes entrepriſes en Librairie ( 1 ) , ce n'eſt
qu'après y avoir très-mûrement penfé & avoir confidéré
la poffibilité de fon exécution fous toutes les faces , que
nous nous y fommes engagés & que nous avons réfſolu
de l'entreprendre . Nous n'ignorons pas le nombre des
Editions qui exiftent de ce grand Ouvrage , les contrefaçons
qui en ont été faites chez l'étranger , la modicité
du prix de quelques - unes de ces Editions contrefaites
; mais nous favons auffi une vérité générale en
Librairie , c'eft que lorsque l'utilité d'un livre eft bien
reconnue , lorfque le goût du Public s'eft manifeftement
déclaré en fa faveur , il y a moins de rifques à le réimprimer
, que tout autre livre nouveau , dont la vente
n'auroit point encore conftaté le ſuccès , & que ce rifque
diminue confidérablement , & donne même la plus
grande efpérance de réuffire , fi le livre eft prefque refait
à neuf (2 ) , comme il en eft ici queftion , par des Ecrivains
dignes de la confiance de la Nation & du Public
éclairé ; mais pour réuffir dans cette nouvelle entreprife ,
& mériter cette confiance , il falloit la réunion de
trois objets importans & difficiles à concilier. Le premier ,
celui d'une excellente copie , & le concours de Savans
& de Gens de Lettres connus & diftingués , qui ne
puffent pas fe charger d'une partie , s'en avouer les
Auteurs ou les Rédacteurs , fans donner au Public la
certitude que le nouveau travail dont ils alloient répondre
feroit digne de lui & de l'Ouvrage. Nous oferions
affurer , d'après les engagemens que l'on a pris avec
nous , & le mérite perfonnel des nouveaux Rédacteurs ,
que cette Edition de l'Encyclopédie méthodique aura
toute la perfection que comporte l'état actuel des ' con-
(1 ) C'eft un objet de dépenfe de près de deux millions.
2 ) Cette Encyclopédie méthodique comprendra au moins
emille articles plus que l'ancienne.
DE FRANCE. 149
noiffances humaines. Le fecond objet étoit celui d'une
belle Edition , qui , quoique beaucoup moins chère que la
première , pût la balancer , l'emporter même fur elle ,
foit pour l'exécution typographique , foit pour la grandeur
& la beauté du papier ; or le Public peut juger par
le Profpectus , qui eft le modèle exact du papier , du
format , du caractère & de la juftification de notre
Edition , qu'elle réunit tout ce que nous pouvions defirer
à cet égard. Le papier que nous employons , tant pour
l'Edition in - 4° . , que pour celle in- 8° . ( dont les prix
font les mêmes ) eft du papier grand - raifin , dont la
valeur eft le double , à Paris , de celui qu'on a employé
pour l'Encyclopédie in -folio. Le caractère eft du petit
Romain , de M. Fournier le jeune , un de nos plus célèbres
Fondeurs. Nous dirons dans un inftant les raiſons
qui nous ont déterminé à ces formats , papiers & caractères.
Le troiſième objet & le plus difficile à concilier
avec les deux autres , étoit celui d'un prix modéré . Les
Ouvrages , en grand papier , font ordinairement d'un
prix double de ceux qui font imprimés fur un papier
ordinaire ; & nos volumes , quoiqu'en grand papier , &
contenant autant de matières qu'un volume in - folio de
deux cens feuilles , & du caractère cicéro de la première
Edition de l'Encyclopédie in -folio , ne feront cependant
que du prix de 12 livres pour les Soufcripteurs ; ainfi
notre Edition réunira complettement les trois avantages
qui , feuls , pouvoient en affurer le fuccès : texte excellent
, belle Edition & bon marché.
Le parti que nous avons pris étoit le feul qui pût réunir
ces trois objets. Si on eût employé de caractère de cicéro
de l'Encyclopédie in-folio de Paris , & le même papier ,
notre Edition auroit eu quatre - vingt - quatre volumes
in-4°. , au lieu de quarante- deux , ou trente- quatre volumes
in-folio de Difcours , & elle feroit revenue , avec
les Planches réduites , à plus de 1200 livres.
Ce n'eft point auffi par luxe ( car il eût été très-déplacé
dans l'exécution d'un livre qui eft d'un ufage auffi journalier
que l'Encyclopédie ) qu'on s'eff déterminé à employer
du papier grand - raifin , au lieu de celui qu'on
nomme vulgairement quarré , c'étoit le feul moyen de
réduire le nombre des volumes à moitié , en fe fervor
en même tems , d'un caractère moyen. Non -feul-
Gij
150 MERCURE
par cette combinaifon , on a eu l'avantage de renfermer
un volume in - folio dans un volume in - 4° .; mais en
diminuant le nombre des volames , on épargne la peine
& les recherches des Lecteurs.
Nous ne vendrons féparément aucun de ces Dictionnaires
encyclopédiques , parce que notre objet n'a point
été de publier des Dictionnaires particuliers de chaque
Science ou Art , mais d'entreprendre une Encyclopédie
complette par ordre de matières. D'ailleurs la plupart de
ces Dictionnaires ne font point travaillés pour être publiés
féparément ; ils feront en rapport les uns avec les
autres , ils feront compofés dans le même efprit , dans
les mêmes vues , ils auront tous une forme , une tournure
communes , qui indiqueront qu'ils font partie du
même Ouvrage ; réunis , ils compoferont une Bibliothèque
complette & univerfelle de toutes les connoiffances
humaines , & ils pourront tenir lieu dans les cabinets
des Savans & des Amateurs peu riches , d'une
multitude d'autres livres dont l'acquifition partielle leur
coûteroit le centuple de cette Encyclopédie méthodique.
Des Volumes de Planches , de leur réduction & de
leur exécution.
Le total des Planches , contenues dans les douze volumes
in-folio de la première Edition de l'Encyclopédie
de Paris & de fon Supplément , eft de 3132 ; on peut
aifément , en fe fervant d'une échelle plus petite , les réduire
à 1200 ou 2400 in -4 ° . , fans leur rien faire perdre
de leur mérite & de leur utilité , car il y a plufieurs de
ces Planches , où les objets ont une dimenfion fi confidérable
, que M. Benard , Graveur & Deffinateur , qui
eft à la tête de cette entreprife , eft parvenu quelquefois
en mettre quatre en une , fouvent . trois & toujours.
deux . On peut actuellement voir un volume entier de
Planches de cette Encyclopédie méthodique. Un feub
exemple fera juger du travail entrepris pour la réduction
de ces Planches. La Forge des ancres en contient
treize ; on les a réduites à cinq , fans facrifier aucune
vignette , aucune figure , aucun outil.
On ne fupprimera aucune des vignettes contenues
dans les douze volumes in - folio de Planches : ces vi-
, qui font en très- grand nombre ,en font le prin
DE FRANCE. 152
cipal mérite , puifqu'elles repréfentent les atteliers des
Arts & Métiers méchaniques , & les principales opérations
de chacun de ces Arts .
De la Soufcription , de fes avantages particuliers , de la
forme des Quittances , du tems de la livraison des
volumes, & des obligations de l'Entrepreneur.
Quoique nous ayons toujours rempli avec la plus fcrupulenfe
exactitude les engagemens que nous avons pris
avec le Public , cependant , comme il eft aujourd'hui plus
en garde que jamais contre toute eſpèce de Soufcription ,
nous nous croyons obligés , dans une entrepriſe de cette
importance , de lui donner toutes les affurances qui peuvent
établir une confiance réciproque , foit pour l'exécution
de l'ouvrage , conformément au Prospectus , foit
pour le tems de la livraiſon des volumes , foit pour leur
nombre , foit enfin pour fixer irrévocablement le prix ,
après la Soufcription fermée , & faire jouir les feuls
Soufcripteurs des avantages que leur procure cette
Soufcription ; en conféquence nous prenons l'engagement
le plus folemnel de rendre tous les volumes de
cette Edition exactement conformes au Profpectus , tant
pour le papier , que pour l'impreffion , le caractère & la
juftification.
Nous nous obligeons auffi à faire paroître les premiers
volumes de l'Ouvrage , au mois de Juillet de l'année
prochaine , & à publier fucceffivement deux volumes
de Difcours , ou un volume de Difcours & un de Planches
, de manière que chaque Soufcripteur n'aura jamais .
à payer à la fois plus de 24 ou 36 livres.
L'Ouvrage entier paroîtra en vingt-trois livraiſons ,
favoir ; feize livraifons de deux volumes de Difcours ,
& une de trois , ci
& fept livraifons d'un volume de Difcours &
d'un volume de Planches , ci .
35 vol
14
49 vol.
Les Soufcripteurs' de l'in- 8° . , recevront le double de
volumes à chaque livraifon . Les Planches feront les
mêmes pour l'in-4° . & l'in-8°.; on n'auroit pu les réduire
dans ce dernier format , fans leur faire beaucoup perdre
de leur mérite.
352 MERCURE
Chaque volume in- 4° . de Difcours fera pour les
Soufcripteurs de 12 liv.
Chaque volume de Planches de 24 livres.
Les feize livraiſons de deux volumes de Difcours
24 liv. , leur coûteront
Ils ne paieront la dix-feptième livraiſon ,
compofée de trois volumes de Difcours ,
que
Les fix livraifons d'un volume de Planches
& d'un volume de Difcours à 36 liv . ,
leur coûteront . · · ·
La feptième livraiſon , compofée du Votabulaire
univerfel & d'un volume de Planthes
, ne fera auffi , pour les Soufcripteurs ,
que de ·
La Soufcription .
384 liv.
12
216
24
36
TOTAL pour les Soufcripteurs (1 ) • 672
Les Soufcripteurs ne paieront auffi l'Atlas , qui fait
partie du Dictionnaire géographique ; qu'on eft libre de
prendre ou de ne pas prendre , que 16 liv. au lieu de
24 liv.
Ainfi cette Edition , par la combinaifon du format ,
lu papier , du caractère , & de la réduction des Planhes
, quoique contenant réellement treize volumes in-
(1 ) Ceux qui ont précédemment ſouſcrit pour une Encyclopédie
par ordre de matières , fous le nom d'Amfterdam & de
Liège , publiée par le fieur Deveria , ne devoient payer leur
exemplaire que 546 livres , mais c'étoit dans le cas imaginaire
bù le nombre des Soufcripteurs feroit porté à dix mille , &
encore il n'y avoit que le premier mille des Soufcripteurs qui
ouiffoit de cet avantage. Dans la Soufcription actuelle , 1º. les
avantages font les mêmes pour tous les Soufcripteurs , foit
du premier mille , foit des mille fuivans.
2. Notre Edition de l'Encyclopédie méthodique compren
Ara moitié plus de copie que celle que l'on avoit d'abord annoncée
fous le nom de Liège.
3. Au refte , ceux de ces Soufcripteurs anciens qui ne feroient
pas fatisfaits de ces nouveaux arrangemens , font les
maîtres de fe faire rembourfer de leurs avances par les per
Tonnes chez lefquelles ils ont foufcrit , & de s'adreſſer à M.
Deveria , fauxbourg S. Jacques , près du Val-de - Grace , chez
an Crainetier , à côté de la Caferne des Gardes - Françoifes ,
27 lequel on peut auffi foufcrire pour l'Encyclopédie mé
folio de Difcours de plus que la première Edition de
l'Encyclopédie in-folio , compris fon Supplément , & le
même nombre de Planches , ne reviendra cependant
aux Soufcripteurs qu'à 672 liv.; c'eft-à- dire , à-peu-près
au tiers du prix de la première Edition in-folio , puifqu'elle
ne coûte que moitié , & qu'elle eft augmentée
de plus de moitié du Difcours .
Nous promettons que l'Ouvrage fera fini & terminé
dans cinq ans (1 ) , à compter du premier Juillet de l'année
prochaine.
Quant aux volumes de Planches , ils feront chacun
de deux cens quatre - vingt -dix à trois cens Planches in-4°. ,
& entiérement femblables pour la gravure , le tirage , le
papier, aux épreuves que l'on peut voir actuellement.
La Soufcription - eft actuellement ouverte , & on paie
en fe faifant infcrire , la fomme de 36 livres. On délivre
en même tems à chaque Soufcripteur , une quittance
d'à-compte , conçue en ces termes :
Je reconnois que Monfieur
pour un Exemplaire , format
l'Encyclopédie méthodique
a foufcrit
de
& a payé la fomme de trente -fix livres , à compte
de celle de 672 liv. prix d'un Exemplaire complet.
La préfente Reconnoiffance fervira de titre , entre les
mains du Soufcripteur , pour l'affurance pendant toute
la durée du Privilège , que les engagemens de ladite
Soufcription de l'Encyclopédie méthodique feront rigoureufement
& exactement obfervés , & que le prix
de 798 1. , après la Soufcription fermée , fera exactement
maintenu.
A l'inftant où la Soufcription fera fermée , & nous
nous y obligeons expreffément pour le premier Juillet
1782 , le prix de l'Exemplaire complet , foit in -4° . , foit
in-8°. , fera pour toutes les perfonnes qui n'auront pas
foufcrit de 798 livres , au lieu de 672 livres , fçavoir ;
Chaque volume de Diſcours ,
Chaque volume de Planches ,
•
·
14 liv.
30 liv.
( 1 ) Il y a trois ans qu'on s'occupe de cette entreprife. Nonfeulement
il y a un volume de Planches gravé , mais il y a
actuellement douze volumes au moins de copie prêts à être mis
fous preffe. Il n'y a aucune partie qui ne foit très-avancée .
154 MERCURE
Les 42 volumes de Difcours , à 14 liv. 588 liv.
Les fept volumes de Planches à 30
liv. ·
TOTAL du prix pour ceux qui n'auront pas
foufcrit ,
• 210
798
Le prix de l'Atlas fera auffi pour eux de 24 liv. an
lieu de 16 livres. 1
La Soufcription fermée , à l'époque du premier Juillet
prochain , nous nous obligeons de ne pouvoir la continuer
fous quelque prétexte que ce foit , & nous prenons
cet engagement , tant pour nous , que pour nos ayans
caufe ; de forte que fi nous venions à vendre un jour
notre fonds de Librairie , nous obligerons nos Acquéreurs
, fous toutes les peines de droit , à tenir rigoureufement
le prix de 798 livres , parce qu'il nous paroît
jufte que la portion du Public qui fait une avance de fonds ,
pour favorifer une grande entrepriſe , jouiffe exclufivement
de tous les avantages propofés par la Soufcription ,
& que l'Ouvrage ne puiffe être donné au rabais & à aucune
diminution de prix dans aucun tems .
Comme Sa Majesté nous a accordé un Privilège de
quarante années , les Soufcripteurs n'ont point à craindre
auffi que le Livre fe reproduife en France pendant
ce tems , fous aucune autre forme , qui pourroit mettre
un Entrepreneur de mauvaife foi dans le cas d'éluder tes
engagemens qu'il auroit pris avec eux . Nous nous obligeons
encore pour nous & nos ayans caufe de ne point
en permettre directement ou indirectement aucune autre
Edition , dans un format différent , d'un caractère plus
petit ou plus gros , fous aucun prétexte quelconque ,
d'additions , de corrections , d'augmentations , & c.
Tous les volumes feront délivrés en feuilles , òu
brochés en carton .
La brochure de chaque volume in - 4°. , en carton , coûtera
dix fols , & chaque volume in 8 ° . , auſſi en carton , cinq
fols.
Nous ne mettrons qu'une feule reſtriction aux conditions
rigoureufes auxquelles nous venons de nous foumettre
, en annonçant que l'Edition in -4°. n'aura que
quarante-deux volumes , & celle in 8 ° . quatre- vingt-qua
Fre , & fept volumes de Planches ; nous n'avons pu faire
eftimation que d'après un travail confidérable avec
DE FRANCE.
155
le chef Graveur , & d'après les actes que nous avons
paffés avec les Gens de Lettres & les Savans , qui travaillent
à cette Edition ; or il feroit poffible qu'il y eût
quelques volumes de plus ou de moins. Dans ce cas , on
s'en tiendra compte réciproquement ; & cependant afin
que les Soufcripteurs foient bien affurés qu'on ne veut
profiter , en aucune manière , de cette indétermination
pour augmenter à volonté , comme cela eft quelquefois
arrivé , le nombre des volumes , nous déclarons que les
volumes in-4° . excédans ne pourront être que de deux
à trois volumes de Difcours & d'un de Planches , & que
fi nous fommes néceffités à un plus grand nombre de
volumes , foit de Difcours , foit de Planches , ils feront
donnés gratis aux Soufcripteurs.
POST - SCRIPTU M.
Nous joignons à la fin de ce Mercure une page in-4° . &
deux pages in-8°. Elles font les modèles exacts des formats ,
du caractère & des juftifications des deux Editions. La page
in-4° . contient en entier , ainfi que les deux pages in-8 ° . ,
une page in-folio de l'Encyclopédie de Paris , prife au
hafard, tome III , nombre 929 , & elle eft la preuve de ce
que nous avons avancé , que chacun des volumes in- 4° .
de l'Encyclopédie méthodique comprendra , de même que les
deux volumes in-8 ° . un volume in- folio de difcours de
deux cens feuilles , du caractère de la première Encyclopédie.
Le Profpectus général paroît actuellement , & fe donne
gratis aux Soufcripteurs.
·"
GRAVURES.
PORTRAIT du R. P. Louis Petit , Prêtre de l'Oratoire,
deffiné & gravé par Letellier. Prix , 1 liv. 4fols.
A Paris , chez l'Auteur , rue des vieilles Etuves Saint
Honoré , maifon d'un Boutonnier.
•
Cinquième & fixième Livraiſons des Costumes des Dignités
, contenant les Militaires de France & de Turquie , in-fol .
Prix , 9 liv. chaque Cahier. A Paris , chez Duflos le jeur
rue S. Victor , près de la Place Maubert.
156 MERCURE DE FRANCE.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ELEMENS de la Langue Angloife , ou Méthode-pratique
pour apprendre facilement cette Langue ; par M. Siret ,
nouvelle édition , revue , corrigée & augmentée , Vol.
in-8 . Prix , 1 liv. 16 f. A Paris , chez Barrois le jeune ,
Libraire , quai des Auguftins.
La vie eft un fonge , Hiftoriette orientale , traduite du
Perfan , Volume in- 12. Prix 1 liv. 4 f. A Paris , chez le
'même Libraire .
L'Art de faire le bon Cidre , avec la manière de cultiver
les Pommiers & Poiriers , felon l'ufage de Normandie , par
M. le Marquis de Chambray , Volume in- 12 . Prix , 18f.
A Paris , chez Lamy , Libraire , quai des Auguſtins.
V
TABLE.
ERS pour mettre au bas du
Portrait de Louis XVI , p. 49
La Philofophie ancienne & moderne
, 119
L'Inconféquence, Epigramme ,ibid. La Métaphyfique , la Logique & la
Enigme & Logogryphe,
Encyclopédie méthodique ,
Les Mathématiques ,
La Phyfique,
La Médecine ,
L'Anatomie &la Phyfiologie , 68 | L'Economie politique ,
La Chirurgie ,
La Chymie,
L'Agriculture ,
La Botanique ,
116
L'Hiftoire Naturelle des
raux ,
La Géographie ancienne &
derne ,
Les Antiquités ,
L'Hiftoire ,
La Théologie,
Miné- Les Arts & Métiers méchaniques ,
100
mo- Vocabulaire nniverfel ,
107 Avis fur cette Encyclopédie , 148
110 Gravures ,
112 Annonces Littéraires ,
155
156
50 Morale , 122
51 La Grammaire & la Littérature ,
59
124
62 La Jurifprudence , 127
66 Les Finances , 129
130
71 Le Commerce , 132
74 La Marine , 133
S3 L'Art Militaire , 135
98 Les Beaux- Arts , 139
143
146
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 8 Décembre ; je n'y ai rien
uvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris , le ▼
mbre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI IS DÉCEMBRE 1781 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
Aux Mânes de M. DE MAUREPAS.
A1 d'un Roi vertueux & fenfible ,
A.
Sous fon Règne tu vis les François trop heureux ;
Tu meurs fatisfait & tranquille ;
Un Dauphin t'a fermé les yeux.
( Par M. G. de Marville. )
A M. MAYER.
De l'enjoûment chantre & modèle ,
Amant léger , ami fidèle ,
Philofophe fans vaniré ,
De Voifenon il fuit les
Et court à la célébrité
traces
En badinant avec les Grâces.
(Par M. Rochet.
Nº. 50 , 15 Décembre 1781 .
H
158
MERCURE
A UNE JOLIE FILE USE.
TILLE
ELLE qu'on peint la jeune Omphale ,
Vous tirez du fufeau qui tourne fous vos doigts ,
Un lin plus précieux que le bandeau des Rois ;
Et Pallas même en vous , admire fa rivale.
Mais quoi ? votre art l'emporte ; & je fens qu'en vos
mains
Lachéfis a remis le fil de nos deftins.
(Par M. de Saint - Ange. )
A M. l'Abbé dĘ COURNAND , Auteur
du Poëme des Styles.
ARISTOT RISTOTE, encadré dans un froid commentaire ,
Repoſe en paix dans mes rayons ;
Je le lis quelquefois , & je ne l'entends guère ,
Mais je fens cependant que fes confeils font bons.
Sur la même tablette eft l'amant de Glycère:
Cet Ariftarque des Pifons
M'enſeigne l'art des vers , l'art d'écrire & de plaire ,
Qu'on retrouve dans vos Chanfons.
Oh ! celui -là , malgré maint commentaire ,
Malgré les differtations
Et les plattes traductions
Des pédans de tout fexe , on l'entend ; nous aimons
Et fa philofophic & fa grâce légère ,
DE FRANCE. 159
Et la gaîté de fes leçons...
Dans ce Code abrégé les confeils font profonds ,
Quoiqu'il ait toujours l'air d'effleurer la matière.
Auprès d'Horace eft mon Vida ,
Ce Prélat , ce Poëte aimable ›
Qui , dès mes premiers ans , me plût & me guida :
L'élégance , le goût , un génie agréable
Refpire dans les airs que fa Mufe accorda :
Il me prend par la main , & fa voix fecourable
Me conduit fur le nont où Phébus préfida ; ´
Il me place auprès des cafcades
D'Albunée & de Tivoli ,
( Comme vous parmi leş Nayades
Et les jardins de Chantilli , )
Et mon efprit , charmé de ces fcènes champêtres
Célèbre les Bergers en attendant les Dieux .
Au-deffus de ces trois Grands Maîtres
J'ai placé Defpréaux que je crois plus grand qu'eux :
Qu'il eft riche en tableaux ! que fes vers font heureux !
Et quel Législateur cite-t'on davantage ?
Toujours clair , toujours pur, fon févère langage
De fes imitateurs fera le défeſpoir.
Sur l'horifon du goût que fon éclat recule ,
Il annonçoit un jour dont nous voyons le foir.
Ce foir eft éclairé d'un brillant crépuscule ,
Il en faut convenir quand on a lu vos vers .
Le ton en eft fenti , la doctrine en eft pure ;
Et l'on voit réunis , en cent endroits divers ,
+
Hij
160 MERCURE
La grâce , la raiſon , la plus belle nature.
Je vous l'annonce , il ne tiendra qu'à vous
D'occuper bientôt une place
A côté , deffus ou deffous
De Vida , de Boileau , d'Ariftote ou d'Horace.
Ces quatre Docteurs du Parnaffe
Difent , en vous nommant : qu'il habite avec nous !
Lo bon goût , la fageffe brille
Dans les préceptes sûrs que notre élève écrit,
Il a chanté nos lois , rempli de notre efprit,
Nous ne ferons tous cinq qu'une même famille.
(Par M. Bérenger, de l'Académie de Marſeille,
Profeffeur d'éloquence au Collège d'Orléans.)
Troisième Lettre à Madame...... ou fin du
parallèle des deux genres Dramatiques.
ENCORE NCORE un peu de courage , Madame, & nous
arrivons. Je he fais fi vous êtes bien fatisfaite des
fuites de votre curiofité pour moi , quel qu'en foit
Je résultat, je crois que je n'aurai pas à m'en plaindre.
Si je fuis parvenu à vous démontrer que j'avois
raifon , l'aveu que vous en ferez me confolera du
malheur de n'avoir pas toujours été de votre avis .
Si au contraire , fur ce chapitre , je n'ai pu réuſſir à
changer vos opinions , je crois vous avoir guérie au
moins de l'envie de me demander compte des
miennes , & j'espère que vous ne vous expoſerez
plus à lire trois grandes leures en réponse à une
queftion d'une feule phraſe .
Le genre de la Comédie n'a jamais été ni aufi
DE FRANCE 161
difficile ni auffi ingrat qu'aujourd'hui , voilà ce qui
me refte à prouver. Dans la Métromanie , le Capitoul
Baliveau , éclairé par fon gros bon fens antipoétique
, dit à fon neven Damis , en parlant des
Auteurs du fiècle de Louis XIV ,
Tu m'avoûras du moins que ces rares génies ,
Outre le don qui fut leur principal appui ,
Moiffonnoient à leut aife où l'on glane aujourd'hui .
Je n'ai pas affez d'enthoufiafme pour répondre
comme le Métromane :
Le remède eft fimple ; il faut faire comme eux ;
Ils nous ont dérobé , dérobons nos neveux .
Et je me vois forcé d'avouer que je fuis abfolument
de l'avis de M. Baliveau. Je ne crois pas ,
comme on l'a déjà dit , qu'il n'y ait plus de carac
tère à mettre au Théâtre , mais je crois que tous les
caractères primitifs ont été déjà traités ; & ceux qui
nous reftent font moins faillans , à caufe d'un malque
uniforme que la polititeffe & le ton du jour ont
mis fur tous les vifages. L'exiftence de ce mafque
cft fi réelle , que nous dinons tous les jours chez un
avare fans le foupçonner même d'économie ; que
nous voyons deux époux qui fe haïffent fans nous
en douter, & que nous caufons dans un bal avec
la femme d'un jaloux , fans nous appercevoir des
inquiétudes du mari .
S'il eft vrai , Madame , que les moeurs actuelles
de la fociété aient , pour ainfi dire , effacé toutes les
phyfionomies , que dirons- nous de ce qu'on appelle
le bon ton ? Qu'il a éteint le comique du dialogue . Il
ne s'agit point ici de chercher à définir le bon ton ,
(j'ai promis d'être laconique ) ni de difcuter lon
guement fi l'on peut le braver , ou fi l'on doit s'y
foumettre aveuglément. Je crois qu'on ne peut tra-
Hiij
162 MERCURE
duire fur la scène un Perfonnage de nos jours , fans
-lui conferver le ton qu'il a dans la fociété. Le Poëte
comique eft un peintre , & ce feroitlà pécher contre
la reffemblance ; mais il n'en eft pas moins vrai que
ce bon ton a cruellement appauvri les fources du
comique. Combien de mots elle a profcrits ! & ce
font les mots qui fourniffent le plus au rire , qui ont
fubi la profcription. George Dandin , en répondant
à fon beau père , qui , pour le confoler des déportemens
de fa femme , lui fait valoir l'avantage de fa
noble alliance , lui dit très - plaiſamment : Fort bien ,
mes enfans feront Gentilshommes , & moi je ferdi
´cocu. Voilà ce qu'on n'écriroit pas , & ce qu'on auroit
tort de vouloir écrire de nos jours. Convenez
pourtant , Madame , que fi à la place du mot de
cocu , qui fait oppofition avec celui de Gentilshommes
, on mettoit quelque périphrafe , il n'y auroit
plus rien de plaifant. Ce n'eft pas , au refte , que
j'aie plus de regret à ce mot là qu'à un autre ; mais
c'eft le premier qui s'eft trouvé fous ma plume.
}
Outre la difficulté d'obferver & de peindre les
caractères , voilà donc un nouveau tyran que trouve
dans le bon ton l'Auteur comique , tyran qui n'étend
pas fa verge foporative jufques fur le Poëte tragique.
A cette tyrannie du bon ton, joignez encore le
peu de liberté qu'on laiffe au pinceau de Thalie.
Croyez- vous , Madame , que Turcaret & tant d'autres
Comédies cuffent été jouées de nos jours ? Molière
étoit fous la fauve- garde de Louis XIV. Molière
avoit fans doute les aîles du génie ; mais il
avoit auffi cette liberté finéceffaire pour les déployer.
Aujourd'hui on auroit l'un , qu'à coup-sûrson n'obtiendroit
jamais l'autre .
Oubliez un moment , s'il eft poffible , que , dès la
naiffance de l'Art Dramatique , les Auteurs fe foot
mis en poffeffion de traiter de fripons les Procureurs
, & réfléchiffez enfuite au ton actuel de la for
DE FRANCE. 163
ciété ; vous finirez , Madame , par penfer , comme
moi , qu'on auroit condamné au moins à des ratures
un Auteur de nos jours qui fe feroit avifé de dire le
premier qu'on ne peut pas être tout-à - la- fois Procureur
& honnête homme . Ces fortes de farcafmes
ne font tolérés aujourd'hui que parec que nous y
fommes accoutumés , parce qu'ils ont frappé mille
& mille fois nos oreilles . On ne manqueroit pas de
crier maintenant au blafphême ; on diroit qu'il eft
inhumain , fcandaleux , de dévouer d'un trait de
plume un Corps entier à la honte & au ridicule ; &
malheureufement cette rigidité de la cenfure eft
peut- être déterminée par le ton actuel de la fociété.
Les anciens Cenfeurs des Spectacles étoient plus
tolérans , parce que les Spectateurs étoient moins
fujets à fe formalifer. Les Rois eux - mêmes le foumettoient
à la verge de la fatire . On fait que
Louis XII en fut frappé lui préfent en plein Théâtre
, & qu'il applaudit en fortant à cette étrange
liberté. Nos Cenfeurs actuels font plus rigides
parce que le Spectateur étant plus enclin à
s'offenfer de la critique , le repos du Public exige
peut-être qu'on foit plus févère fur les traits qui peuvent
le bleffer ; mais fi cette idée eft vraie , qu'en
réfulte-t-il ? Une idée bien plus affligeante encore :
c'eft qu'à cet égard non- feulement le mal eſt réel ,
mais qu'il eft encore fans remède , & qu'on n'a
pas même le droit de s'en plaindre. Qu'attendre d'un
efprit qui , forcé de lutter contre les difficultés multipliées
de fon Art , fe voit encore chargé de chaînes
étrangères à fon talent ; qui , au moment où fa verve
eft prête à s'allumer , fe fent glacé tout-à- coup à
l'affect des cifeaux incurtriers de la cenfure , ouverts
fans ceffe devant lui ?
Vous en attendrez fans doute , Madame , des
efforts bien moins heureux. Eh bien , le Public qui
va le juger n'en fera que plus exigeant. Qu'ai-je dit ,
Hiv
164 MERCURE
exigeant? Ce mot n'exprime qu'un goût difficile :
que fera-ce fi le Public y porte un goût dépravé ?
Voilà pourtant où nous en fommes ; & je n'effacerai
point ce mot , puifqu'il eft écrit. Déjà depuis longtemps
les demi- connoiffances , fléau des Talens &
des Arts, en circulant dans les diverſes claffes de la
fociété , avoient nui au goût dramatique. Autrefois
, à la réſerve d'un petit grouppe de vieux Connoiffeurs
dont on attendoit modeftement la déciſion ,
les Spectateurs n'apportoient guères à nos Théâtres
qu'un efprit fimple & un coeur fenfible ; il ne leur
falloit pour rire que de la gaieté ; il ne leur falloit que
des chofes touchantes pour s'attendrir. Aujourd hui
ils veulent favoir pourquoi ils rient & pourquoi ils
s'attendriffent ::
or, les demi-connoiffances qu'ils ont
acquifes font une fauffe lumière qui ne fert qu'à les
égarer , en leur infpirant une confiance aveugle qu'ils
n'avoient pas : l'envie de juger leur ôte la faculté de
fentir ; chacun d'eux enfin , affez inftruit pour voir
des défauts , pas affez pour les balancer avec les
beautés , & pour établir de juftes réſultats , s'érige à
part un petit tribunal , & Dieu fait quels arrêts en
émanent ! Tels étoient depuis long - temps nos
Juges dramatiques. Aujourd'hui , Madame , une
caufe nouvelle vient d'ajouter au défordre dont je me
plains ; la pluralité des Spectacles , qui a brouillé toutes
Jes idées & confondu tous les principes. Depuis
qu'aux Boulevards & à la Foire on a vu des Scènes ,
des Pièces même faites pour réuffir * , & qui réuffiſfoient
encore plus fur ces Théâtres qui appellent
Pindulgence : les honnêtes gens y ont couru en foule.
Au lieu de ces habitués qui , n'étant jamais diftraits
Du temps que le Sage & Piron travailloient pour les
Théâtres de la Foire , fans doute on y donnoit des Pièces
faites pour réuffir ; mais c'étoient des Opéra Comiques qui
nepouvoient pas être confondus avec le genre de la Comédie,
DE FRANCE. 165
des principes de nos grands Maîtres , favoient toujours
en faire une jufte application ; les Spectateurs
actuels de la Comédie Françoife fréquentent avec un
égal empreſſement la Foire & les Boulevards. Ce
même homme qui vient juger dans ce moment une
grande Comédie , fredonne encore une Ariette ou
récite un Calembourg; & comment voulez - vous
qu'un pareil juge , s'il peut à peine prétendre au
titre de demi - connoiffeur , fafle la diftinction
des genres , l'application des divers principes
dramatiques ? N'eft -il pas à craindre qu'il ne trouve
froid ce qui n'eft que raiſonnable ? Elt-il bien sûr
qu'il ne defirera pas à la Comédie Françoiſe ce qu'il
vient d'applaudir ailleurs , & qui ne pouvoit être
applaudi qu'ailleurs ? Ne rifque- t-il point d'approu
ver au Théâtre des Tuileries ce qui ne convient qu'à
ceux de la Foire ? Enfin, par l'habitude de voir tout
fans réfléchir à rien , ne s'expofe -t il pas au dauger
de confondre tout ?
Un obftacle des plus récens qui s'oppofe au fuce
cès des Auteurs comiques , c'eftune grimace de philofophie
& une manie de fentiment qui fe font ré
pandues dans le Public , & qui font qu'il s'indigne
au moindre trait de dureté qu'on mer dans la bouche
d'un Perfonnage , quoique ce trait convienne parfai
tement au caractère du Perſonnage. Cette obferva
tion , Madame , va peut être vous fembler d'abord
étrange & paradoxale ; mais j'espère que vous l'ap
prouverez par la réflexion. La Philofophie reflemble
à ces alimens qui ne conviennent point à toutes
fortes d'eftomachs. Ses principes , fi facrés pour l'hu
manité , demandent des efprits juftes , qui fachent
les modifier & les appliquer felon les temps & les
lieux : comme elle fait les fages , elle fait auffi des
finges & des grimaciers.
Dans une Parodie' , l'Héroïne croyant voir l'ombre
de fon Amant qui vient lui reprocher un hymen
Hv
166 MERCURE
qu'elle a contracté malgré elle , allégue pour l'appaifer
la violence de fon père : Ah! ne m'étranglepas,
lui dit-elle en tremblant , c'est mon père qui a tout
fait ; & dans l'excès de fa frayeur, elle ajoute fort plaifamment
en chantant : Va- t-en , chère ombre , étran
gler mon père. Eh bien , Madame , j'ai vu partir à ce
trait une huée d'indiguation : comment , fe difoient
fans doute tout bas ces délicats Spectateurs , une
fille qui veut qu'on aille étrangler fon père ! quelle
horreur ! Pour moi , qui ai toujours été tout auſfi
bon fils qu'un autre , j'ai ri de cette boutade comique
, très - convenable au genre & à la fituation ;
mais le fcrupule de ceux qui s'en indignoient avoit
un côté fpécieux , même lovable , & if devoit être
adopté par des perfonnes plus timorées qu'inftruites,
même par des gens éclairés qui préféreroient encore
à une réputation de goût un air de philofophie & de
fenfibilité. Tous les jours chez Molière , ce Peintre fi
énergique , je vois des traits de vérité exciter les
mêmes murmures . Cette maladie devient épidémique
; les perfonnes les plus raifonnables font entraî
nées par le grand nombre ; on ne fe rend pas compte
du motif que je viens d'énoncer , mais il n'en eft pas
moins réel ; & la preuve que cette délicateffe n'eft
que grimace d'un côté , & fottife ou facilité de
l'autre , c'eft que le moment où le Public eft devenu
fi délicat , eft celui même où il voit avec tranſport
entaffer für la Scène les atrocités les plus révoltantes,
le moment où le noir Crébillon touche à l'inftant de
nous fembler froid & doucerenx. ·
On peut encore attribuer ce penchant du Public
à s'indigner contre un trait de peinture énergique , à
ce mafque uniforme dont j'ai parlé , & quela politeffe
a mis fur tous les vifages . Accoutumé à vivre dans
le monde avec des hommes maſqués , on ne ſe fait
pas ailément à voir tomber leur mafque fur la
Scène . Vous fentez , Madame , combien cette difpeDE
FRANCE. 167
fition eft meurtrière pour l'Art de la Comédie ! que
de caractères par- là fe trouvent exclus de la Scène
comique ! Comment , par exemple , y faire paroître
l'impoli ? Chaque groffièreté qui échapperoit au Perfonnage
feroit mife fur le compte de l'Auteur , que
l'on condamneroit à coup sûr comme coupable de
mauvais ton. On auroit tort , me direz-vous en raifonnant
avec moi ; peut- être même me dira - t - on ,
cela n'eft pas poffible ; mais j'ai affez obfervé les
mouvemens du Public affemblé pour garantir la vérité
de cette aſſertion , & peut être les perfonnes qui
la rejetteront en me lifant, feroient elles des premières
à murmurer au Théâtre contre le caractère dont je
viens de parler. On fouffre Freport & le Bourru
bienfaifant ; mais remarquez , je vous prie , que çes
Perfonnages avec un mot groffier font toujours marcher
une bonne action qui intéreffe ; remarquez
enfin que chez eux la bienfaifance fait excufer l'impoliteffe,
& que l'impoliteffe ne fert qu'à relever la
bienfaifance.
Avouez maintenant , Madame , que c'eſt un être
intéreffant qu'un Auteur comique. Cependant fivous y
tenez encore , je vous pardonne fans peine votre pré-
: dilection pour fon rival . Amafer l'efprit des Belles eft
un beau privilège fans doute , intéreffer leur coeur
eft un bien plus doux emploi ; l'un obtient vos applaudiffemens
, l'autre a prefque des droits à votre
reconnoiffance. Le Poëte tragique a fait couler de
vos beaux yeux des larmes délicieufes ; vous en gardez
un long fouvenir , & fi luj -même vient s'offrir à
vos regards , il doit rappeler en vous & renouveler
de douces émotions ; mais fi fon fort eſt mérité , pardonnez-
nous au moins de lui porter envie.
Je ne finirai point, Madame , fans vous expofer
un autre motif de découragement qui de nos jours
eft réferé fur-tout au Poëte comique , & auquel
très-affurément vous êtes loin de vous attendre ; c'eft
H vj
168 MERCURE
la manie des calembourgs. A ce mot je crois vous
entendre , Madame , interrompre la lecture de ma
lettre par un long éclat de rire , & demander quel
rapport ont les calembourgs avec le Poëte comique.
Le rapport le plus funefte. Ignorez - vous que notre
Parterre avec un calembourg peut renverser un
grand Ouvrage ? Et quelle langue & quelle nation
furent jamais plus fécondes en calembourgs ? La
langue françoife eft fixée depuis long- temps , c'eftà-
dire , que depuis un temps infini les mêmes mots
reviennent fans ceffe à la bouche du même peuple
pour exprimer fes fenfations & fes idées. Nombre
d'expreffions ont été appliquées & le font tous les
jours à de nouveaux rébus , à de miférables pointes ;
qu'en arrivera-t- il ? Si l'une de ces expreffions vient à
fe montrer fur la Scène , comptez fur un fou -rire
qui va gagner tout le monde , excepté l'Auteur ;
Car il voit fouvent enterrer à ce bruit-là toutes fes
efpérances de fortune & dé gloire. Or ces rébus , ces
calembourgs fe multiplient à chaque moment , fi
bien qu'il ne restera bientôt plus de langue pour
le Poëte comique.
Enfin , Madame , me voilà au bout de ma carrière.
En quittant la Cour de Thalie il a fallu vous
dire pourquoi. Je l'ai dit affez longuement ,
finon pour vous perfuader , au moins pour vous
apprendre à m'en croire une autre fois fur ma
parole. Je fais que votre jeune parent eft tenté d'entrer
dans cette carrière ; c'eft à vous de voir fi
Vous devez lui cacher ou lui communiquer notre correfpondance.
Toute réflexion faite , Madame , je
crois que vous pouvez la lui montrer fans craindre
de le décourager . S'il a déjà la paffion de la gloire , il
eft incurable. L'amour de l'immortalité eft une folie
fans doute , mais c'eft la plus opiniâtre , comme elle
eft la plus refpectable ; car c'eft à elle que nous devons
les plus brillantes actions & les plus grandes vertus.
DE FRANCE. 169
Si vous repréſentez à notre jeune Candidat les dangers
qu'il va courir , il vous dira qu'à la première chûte
il prendra le parti de la retraite ; & à fa première
chûte , il redoublera d'efforts pour rentrer dans la
lice. Vous fentez , Madame , qu'on ne doit pas
craindre de décourager par des confeils celui qu'un
tel revers ne fait qu'enhardir. Pour moi , à qui la
Nature avoit donné non pas plus de raifon qu'à un
autre , mais bien moins d'amour pour la gloire , je
n'ai pas befoin d'être inftruit par plufieurs naufrages ;
& je ne conçois pas corament , lorsqu'on eft au port ,
on peut le réſoudre à le quitter.
J'ai l'honneur , & c.
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eft la Barbe ; celui
du Logogryphe eft Tombeau , où l'on trouve
tombe.
É.NIGM E.
JE fuis une
production
De diverſes couleurs , mais de même figure ,
Changeant , felon les lieux , & de fexe & de nom ,
Sans pourtant changer de nature.
Lecteur , tu feras curieux
De favoir où le fort me place ; ·
L'été comme l'hiver , tu me vois dans la glace ,
Et je t'accompagne en tous lieux.
( Par M. Pruadere de Saint- Girons. )
170 MERCURE .
LOGOGRYP H E.
C'EST avec quatre pieds que je fuis corps folide ,
Objet de maint problême & fait en pyramide.
N'en retranchez aucun ; retournez -les trois fois ,
Et je ferai l'hymen , un élu , plus un poids.
( Par M. le Baron de Walbert. Y
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MAXIMES & Réflexions Morales
extraites de la Bruyère. A Paris , chez
Pilot , Libraire , Quai des Auguftins ,
& chez les Libraires du Palais Royal .
in- 12 . petit format. Prix , 3 liv. 3
LA première penfée des Lecteurs fur ce
Recueil intéreffant, fera peut- être un reproche.
Pourquoi un extrait de la Bruyère, dirat'on
? La Bruyère n'a pas écrit plus de deux
petits Volumes , & il y abien peu de chofes
qu'on voulût retrancher dans fon Livre. Cela
eft vrai . Mais l'on doit confidérer que cet
extrait ne détruit pas le Livre , qu'il n'en
affoiblit ni la réputation ni le mérite. Fout
n'eft pas excellent dans les excellens Écrivains
même , & l'on aime à trouver réunis
les plus beaux fruits du génie , Loin de lui
DE FRANCE. 171
être injurieux , ce choix , dans fes productions
, lui affure un culte plus vif & plus habituel.
C'est avec ces Recueils que l'homme
de goût charme fes loifirs , qu'il interrompt
fes travaux , délaffe ou ranime fon efprit ;
c'eft dans ces Recueils qu'il goûte ce qu'il y
a de plus délicieux dans l'utile & le noble
plaifir de la lecture. Les Lecteurs délicats ont
toujours defiré des Livres du genre de celui
que nous annonçons ; mais trop fouvent les
efprits les plus grofiers fe font chargés de
remplir ce voeu des efprits délicats. Aujourd'hui
cette fonction du bon goût a été
remife en de dignes mains. En lifant cet extrait
, en le comparant au Livre entier , on
remarque avec quel heureux tact le choix a
été fait. Il y a de très- belles chofes dans le
Livre qui ne font pas entrées dans le Recueil
; mais c'eft qu'on ne vouloit faire
qu'un petit Volume, & il falloit mettre de
la diverfité dans les beautés même; il falloit
fur -tout conferver de ces chofes moins faillantes
, mais qui lient entre elles les beautés ,
les préparent & les relèvent. A ce mérite
d'un choix fi bien entendu , ce Recueil joint
encore celui d'une exécution typographique
de la plus grande correction & du meilleur
goût. Ce Recueil fait partie de la Collection
que M. Didot enrichit tous les ans de plufeurs
volumes.
Sous le titre modefte de notice , ontrouve
à la tête de ce Volume un morceau fur la
Bruyère , qui rappelle un morceau pareil de
172 MERCURE
la même plume fur la Rochefoucault , &
un autre fur Madaine de Sévigne. On y reconnoît
ce goût délicat , cette implicite elégante
du ftyle , & ce complément de jufteife
dans les idées , qui fouvent en diffimule
l'étendue & la fineffe , à force de nettete & de
précision.
Ce morceau très - court , mais très - bien
fair , nous paroît deftiné à une gloire authi
touchaute que flatteufe ,, celle de mettre
enfin à fa place un grand Écrivain , jufqu'ici
très - peu apprécié. Perfonne encore n'avoit
compté la Bruyère parmi les premiers genies
de notre Littérature . Il est étrange avec
quelle indifference Voltaire en parle dans
l'article qu'il lui a accordé dans la like des
Écrivains du fiècle de Louis XIV . Le Marquis
de Vauvenargues eft prefque le feul de
tous ceux qui ont parlé de la Bruyère , qui
ait bien fenti ce talent vraiment grand &
original. Mais Vauvenargues lui-même n'a
pas l'eftime & l'autorité qui devroient appartenir
à un Écrivain qui participe à la fois
de la fage étendue d'efprit de Loke , de la
penfée originale de Montefquieu , de la
verve du ftyle de Pafcal , mêlée au goût de
la profe de Voltaire , il n'a pu faire ni la
réputation de la Bruyère ni la fienne. Il me
femble que le genre même du Livre de la
Bruyère , en le portant tour de fuite à la plus
grande célébrité , devoit reculer pour lui le
moment d'une admiration égale à fon mérite.
Son Livre fourniffoit à la malignité une
DE FRANCE. 173
ample matière d'allufions & d'applications ,
& rien ne fait fortune comme les Livres que
la malignité adopte. Son Livre n'avoit de
modèle ni pour le plan , ni pour l'exécution
chez les anciens. Cela embarraffoit
fort , pour le claffer , les Gens de Lettres qui ,
fans s'en douter , font toujours un peu menés
par les routines. D'un autre côté , il peignoit
fon fiècle , il peignoit des objets dont on étoit
environné dans la fociété , & fur- tout il avoit
rempli fon Livre de portraits. Comment
s'imaginer qu'un Peintre de portraits pût être
un homme fublime ? La Bruyère & La Fontaine
, qui du refte n'ont rien de commun ,
fe font reffemblés en ceci ; la petiteffe de
leurs fujets & un talent fans modèle ont ,
pendant long- tems , trompé ou dérouté leurs
juges.
J'oferai auffi prendre part à cette juftice
rendue enfin à un grand homme; je mêlerai
quelques réflexions à celles de l'Éditeur. J'éleverai
des doutes fur quelques - unes de fes
idées ; fur d'autres, je m'étendrai davantage : je
reconnois avec plaifir que c'eft tout ce que
me laiffe à faire un écrit où l'on ne pouvoit
tout dire , mais où il me femble que
l'on a tout apperçu.
L'Editeur commence par raffembler le
peu de faits que l'on connoiffe fur la perfonne
de la Bruyère. « Il venoit d'acheter
» une charge de Tréforier de France à Caen ,
lorfque Boffuet le fit venir à Paris pour
23
174
MERCURE
enfeigner l'Hiftoire à M. le Duc , & il
" efta jufqu'à la fin de fa vie attaché au
» Prince en qualité d'homme de Lettres.
» Il publia fon Livre des Caractères en
» 1687 , & fut reçu à l'Académie Françoiſe
" en 1693. "
و د
و د
.
» On ne connoît rien de la Famille de la
Bruyère , continue l'Editeur , & cela eſt
" fort indifférent ; mais on aimeroit à ſavoir
» quel étoit fon caractère , fon genre de
» vie , la tournure de fon efprit dans la fociété,
& c'est ce qu'on ignore auſſi .
ود
"
23
"
» Peut- être que l'obfcurité même de fa
» vie eft un affez grand éloge de fon caractère.
Il vécut dans la maifon d'un Prince ;
» il fouleva contre lui une foule d'hommes
» vicieux ou ridicules , qu'il défigna dans
30 fon Livre , ou qui s'y crurent defignés ; il
» eut tous les ennemis que donne la fatyre ,
" & ceux que donnent les fuccès ; on ne le
» voit cependant mêlé dans aucune intri-
" gue , engagé dans aucune querelle. Cette
» deftinée fuppofe , à ce qu'il me ſemble ,
» un excellent efprit , & une conduite fage
" & modefte. »
" Il me femble que fi quelque chofe pouvoit
dédommager de cette ignorance abfolue
fur le caractère & les moeurs de la Bruyère,
ce feroit cette conjecture fi jufte & fi noble.
Mais comment le réfoudre tranquillement
à ne rien connoître de la perfonne d'un des
meilleurs Moraliftes & des plus admirables
DE FRANCE.
175
Ecrivains Tous les Grands Hommes du
beau fiècle où il a vécu , nous font parvenus
avec les principaux détails de leur vie ,
comme avec les titres de leur gloire. Nous
pouvons les comparer à leurs Ouvrages &
les y reconnoître . Pourquoi la Bruyère a- t'il
une deftinée fi differente ? Il n'eft pas aifé de
le concevoir. Il n'y a donc qu'un feul monument
où l'on puiffe chercher quelque image
de cet Ecrivain , & c'eft dans fon Livre
même. Celui qui n'écrit que des Ouvrages
dramatiques peut fort bien ne pas y mettre
l'empreinte de fon ame. Obligé de faire parler
& agir des perfonnages , derrière lefquels il
doit toujours fe cacher , il adopte tour-àtour
le vice & la vertu ; à chaque inftant il
change de formes & de paffions. On peut
croire du moins qu'il n'y a rien.qui lui appartienne
en propre dans cette fucceffion &
cette variété de fentimens dont il fait s'af
fecter. Un Moralifte peut moins cacher fon
ame : on la juge fur les principes qu'il profelle.
Et s'il fe jouoit au fond de fon coeur
de fes propres maximes , fa coupable indifférence,
fon hypocrifie plus coupable perceroient
malgré lui au travers de l'exagétation
de fes idées & de la fauffe chaleur de fon
ftyle. La morale qui eft fortie du coeur a un
accent particulier auquel on ne fe méprend
pas. Qui pourroit fe refufer au plaifir d'honorer
l'ame de la Bruyère dans une foule de
traits de fon Ouvrage ? Je m'autoriferai ici
d'une de fes plus belles penfées : Il y a ,
176 MERCURE
dit- il , un goût dans l'amitié auquel ne peuvent
atteindre les hommes nés médiocres. Je
dirai de même il y a une nobleffe , une
fierté , une délicateffe dans quelques vues
morales , dans quelques fentimens qui ne
font pas à la portée des ames viles & fauffes.
Il eft doux de penfer qu'il y ait dans la phi-
Jofophie & dans l'éloquence, des beautés réfervées
au génie , qui ne s'élève & ne s'enflamme
que par la vertu & pour la vertu.
Je me plais à recueillir ici les traits de la
Bruyère qui me font le mieux préſumer du
fond de fon coeur.
»
Quelle profonde humanité dans cette penfée
! Il y a des misères fur la terre qui fai-
» fiffent le coeur : il manque à quelques-
» uns jufqu'aux alimens ; ils redoutent l'hi
" ver ; ils appréhendent de vivre. L'on
» mange ailleurs des fruits précoces ; l'on
force la terre & les faifons pour fournir
à fa délicateffe. De fimples Bourgeois ,
feulement à caufe qu'ils étoient riches ,
» ont eu l'audace d'avaler en un feul mor-
» ceau la nourriture de cent familles. Tienne
qui pourra contre de fi grandes extré
mités , je me jette & me réfugie dans la
» médiocrité . »
95
"
ود
Sa fenfibilité ne fe contente pas de gémir
& de s'indigner en contemplant le fort des
malheureux ; elle lui diete les plus belles ,
règles pour une bienfaifance active.
"
C'eft, affez pour foi d'un fidèle ami ;
" c'eft même beaucoup de l'avoir rencontré.
DE FRANCE. 177
» On ne peut en avoir trop pour le fervice
» des autres.
93
Ecoutons comment il fait aimer.
cc
Être avec les gens qu'on aime , cela
fuffit rêver , leur parler , ne leur parler
» pas , penſer à eux , penfer à d'autres ob-
» jets , mais auprès d'eux , tout eft égal. »
Il ne fait pas moins bien regretter les amis
que les aimer.
•
"
Il devroit y avoir dans le coeur des four-
» ces inépuisables de douleurs pour de certaines
pertes . L'on pleure amèrement , &
» l'on eft fenfiblement touché ; mais l'on eft
» enfuite fi foible & fi léger , que l'on fe
» confole. » Ainfi cette ame, pénétrée de fes
regrets , fe plaint à la Nature de ce qu'elle
lui a accordé des moyens de fortir de fa
douleur
Il lui appartient bien auffi d'être le Législateur
de la bienfaifance & de la reconnoif-
Lance.
« Il vaut mieux s'expofer à l'ingratitude
» que de manquer aux miférables .
"3
» Si l'on a donné à ceux que l'on aimoit ,
quelque chofe qu'il arrive , il n'y a plus
» d'occafions où l'on doive fonger à fes
» bienfaits.
A
Il y a du plaifir à rencontrer les yeux de
» celui que l'on vient d'obliger.
» Celui- là peut prendre , qui goûte un
plaifir auffi délicat à recevoir , que fon
» ami en fent à lui donner.
"
» Une grande reconnoiffance emporte
178 MERCURE
►
» avec foi beaucoup de goût & d'amitié
» pour la perfonne qui nous oblige .
33
Fofe dire que l'efprit tout feul n'eût pas
trouvé ces maximes des belles ames . Elles
naillent de nos propres fentimens. Il me
femble que là Bruyère nous donne ici des
leçons fur un bonheur qu'il avoit fouvent
goûté. En traçant ces belles maximes , il penfoit
fans doute aux perfonnes qui les lai
avoient infpirées . Ceux qui font dignes de
les adopter , favent auffi pour qui ils les recueillent
dans le fond de leur coeur.
: Ce n'eft que dans les belles ames que naif
fent les fentimens les plus aimables . D'autres
ames peuvent éprouver toute la violence
des paffions : elles feules en connoiffent
la grâce. Je demande fi l'on a jamais
inieux exprimé tout ce qu'il y a de plus enchanteur
dans l'amour que dans cette penſée ?
" Si j'accorde que dans la violence d'une
grande paffion on peut aimer quelqu'un
plus que foi-même, à qui ferai -je plus de
plaifir à ceux qui aiment ou à ceux qui
font aimés ? »
ود
و د
و ر
و د
Ce font les grâces les plus fenfibles qui
ont tourné cette charmante penfée .
Mais peut- être la vertu que la Bruyère
montre le plus eft ce courage d'un Ecrivain
fier & généreux qui prend à partie tout ce
qui outrage la vertu & les talens , tout ce qui
opprime l'humanité , tout ce qui afflige le
malheur. Il femble qu'il n'ait écrit que pour
ces grandes vengeances. Dans plufieurs enDE
FRANCE. 179
droits de fon Livre , il ofe fe rendre à luimême
une belle juftice. On fent particulièrement
que c'est lui- même qu'il peint dans le portrait
du Philofophe , dont il oppofe la tendre
popularité à la dédaigneufe infenfibilité du
riche . « Je vais , Clitiphon , à votre porte ,
» & c. » Celui qui ofoit donner de lui - même
cette image, devoit être sûr de ne l'avoir jamais
démentie. Je regrette que l'étendue de
ce morceau , qui eft un des plus fublimes de
l'Ouvrage , ne me permette pas de le citer
tout entier. Je dois me preffer de revenir à
la notice.
ور
-99
ود
" On peut confidérer la Bruyère comme
Moralifte & comme Ecrivain. Comme
" Moralifte , il paroît moins remarquable
" par la profondeur que par la fagacité.
Montaigne , étudiant l'homme en foi-
» même , avoit pénétré plus avant dans les
principes effentiels de la nature humaine.
" La Rochefoucault a préſenté l'homme
» fous un rapport plus général , en rappor-
» tant à un feul principe le reffort de toutes
» les actions humaines. La Bruyère s'eft attaché
particulièrement à obferver les diffé-
» rences que le choc des paffions fociales ,
les habitudes d'état & de profeffion établiffent
dans les moeurs & la conduite
» des hommes . Montaigne & la Rochefou-
» cault ont peint l'homme de tous les temps
& de tous les lieux ; la Bruyère a peint le
Courrifan , l'homme de Robe , le Finan-
» cier , le Bourgeois du fiècle de Louis XIV .
ور
و د
و د
880 MERCURE
"
"
» Peut-être que fa vue n'embraffoit pas un
grand horizon , & que fon efprit avoit
plus de pénétration que d'étendue. Il s'attache
trop à peindre les individus , lors
» même qu'il traite des plus grandes choſes.
» Ainfi , dans fon Chapitre intitulé : Du
» Souverain ou de la République , au milieu
» de quelques réflexions générales fur les
principes & les vices du Gouvernement ,
» il peint toujours la Cour & la Ville , le
Négociateur & le Nouvellifte . On s'atten-
» doit à parcourir avec lui les Républiques
» anciennes & les Monarchies modernes ; &
» l'on s'est étonné , à la fin du Chapitre , de
» n'être pas forti de Verfailles. »
و ر
99
"
Cet apperçu me paroît en général d'une
vue jufte & élevée ; mais je ne puis en admettre
toutes les idées fans quelques reftrictions.
J'avoue que , dans le Chapitre du
Souverain & de la République , la Bruyère
eft refté bien loin des grandes idées en politique
& en légiflation que ce Chapitre promettoit.
Je crois même qu'il n'a aucun droit
à cette grande partie de la gloire d'un Philofophe.
Il n'a effentiellement été que l'ob
fervateur de fon fiècle. Auffi eft- ce là le prin
cipal objet & le titre même de fon Livre ;
mais dans ce cercle d'obfervations & de
méditations où il s'eft renfermé , ne s'eft-il
pas montré un efprit fupérieur , un grand
Moralifte ? Son regard a embraffé tout le
fpectacle de la fociété dans une grande Monarchie,
& dans un fiècle refplendiffant de
luxe
DE FRANCE. 181
luxe & de génie. Tous les rangs , toutes les
conditions , tous les ridicules , il a prefque
tout vu , tout faifi , tout peint , tout jugé.
Son Livre est un tableau continuel ; dans
ce tableau il reproduit toute la vie eivile ,
& toujours dans une forte d'action. Il
voit tout , il peint tout en détail , il eft
vrai ; & peut - être le peintre de la fociété
doit-il toujours procéder ainfi : la vérité
pour lui dépend de la fidélité , & même de
la multitude des nuances. Auffi on peut obferver
dans la Bruyère , que toute la vivacité ,
toute la richeſſe , tout l'effet de fes peintures
tiennent au foin & à l'habileté avec lesquels
il a traité tous les détails . Mais , comme tous
les grands peintres , il remonte toujours au
type fondamental de tous les portraits . Il peint
un Courtilan , un Bourgeois , l'Homme
d'épée,l'Homme de robe, le Parvenu , le Nouvellifte
, &c.; mais c'eft toujours l'homme qu'il
montre fous cette enveloppe accidentelle ;
il faifit toujours dans le coeur- humain la paffion
analogue au vice focial qu'il décrit ; c'eft
elle qui agit fecrètement fous toutes ces
formes particulières ; elle fort de tous côtés
dans fes figures ; elle en fait la vie & le
mouvement. D'ailleurs , la Bruyère a mêlé
à fes peintures de moeurs des principes &
des leçons de morale ; & fes réflexions en
général ue font ni moins variées ni moins
belles ; c'est donc effentiellement fur la
partie philofophique de fon Livre qu'il
No. 50, 15 Décembre 1781. I
182 MERCURE
faut l'apprécier comme Moralifte. J'avoue
que , fidèle à fon plan de peindre plutôt
le monde que l'homme , il fe détourne
affez fouvent de ces grands apperçus , de ces
vaftes développemens qui font plus fréquens
, non pas dans Paſcal , dont la puiffante
raifon n'a vu l'homme qu'avec une
haine auftère , & dont l'éloquence , plus
puiffante encore , lui a fait une guerre
fublime ; uon pas dans la Rochefoucault
qui n'a vu dans le coeur humain qu'ur
feul principe qu'il a mal faifi ; non pas
dans Duclos , dont l'efprit jufte & fin a plus
généralifé fes obfervations , fans les avoir
rendues ni fi énergiques ni fi vaftes ; mais
daus Montagne , dont le génie , libre & fort ,
a vu tant d'objets dans l'étude de lui-même;
mais dans Vauvenargues , qui avoit autant
de netteté que d'élévation dans la pensée, &
à qui il n'a manqué peut- être que de la
fanté & une plus longue vie pour mériter une
gloire égale à celle de fes plus illuftres cou
temporains. Le génie de la Bruyère le porte
cependant affez fouvent dans ces grandes
penfées ; & loin de s'y trouver déplacé , il
ne s'y montre au- defous de perfonne. Ses
Chapitres des Ouvrages d'efprit , des fem
mes , du coeur , des jugemens , & fur tout
celui de l'homme, offrent un grand nombre
de hautes & vaftes idées. Dans le dernier ,
a quatre pages fur l'enfance qui fontde la
plus fublime philofophie. On voit quec'est
107
elle
&
Of
DE FRANCE. 181
plutôt par choix que par impuiffance qu'il
n'a pas plus approfondi les pafiions , les facultes
& les deftinées de l'homme. On le
voit encore dans fes tableaux du monde &
de fon fiècle. Quelle fagacité ! quelle juftelle !
quelle richeffe & quelle énergie n'offrent- elles
pas ! Un caractère , fous fon pinceau , fort
net & entier : on en a déjà vu l'original ; ou
bien on le rencontrera un jour. Ses penſées
font des révélations qu'il vous fait de ce qui
s'eft paffé dans vous même , ou de ce que
vous auriez pu appercevoir chez les autres.
Il ne dit ni plus ni moins que la chofe . Rien
d'obfcur , rien d'indécis chez lui ; il a toujours
vu ou fenti , & la vérité qu'il énonce eft
complette & évidente . Voilà ce que j'admire
dans l'Ouvrage dela Bruyère , & ce qui me faic
voir en lui un efprit du premier ordre & un
grand Moralifte. Je ne dérange rien dans la
gloire des hommes de génie qu'on lui oppofe
ici pour lui faire une place , mais j'ofe
dire qu'il ne doit pas être exclu de ce genre
de gloire. S'il y a un moindre droit , c'eft
l'objet de son Livre qu'il faut en accuſer.
Dans ce point j'ai encore plus pour contradicteur
le M. de Vauvenargues que l'Editeur;
& c'étoit une nouvelle raifon pour moi de
donner quelqu'étendue à la difcuffion de mon
avis , & c'en eft encore une de m'en défier
après l'avoir motivé. Peut-être qu'au fond
l'Éditeur ne diffère pas beaucoup de ma mamère
de penfer : La Bruyère avoit , dit- il's
I ij
184
MERCURE.
plus de fens que de philofophie. Sur certaines
chofes il a manqué en effet de philofophie
jufqu'à croire à la magie . De fon temps les
plus grands génies avoient encore une grande
erreur à travers de laquelle il voyoit bien
des objets.
Confidérons maintenant la Bruyère fous
le troifième aſpect où il eft préſenté dans la
notice. Dans cette partie , l'Auteur me permettra
encore d'examiner une de fes opinions.
33
" En lifant avec attention les Caractères
de la Bruyère , dit- il , il me femble qu'on
eft moins frappé des penfées que du ſtyle;
les tournures & les réflexions me paroif-
» fent avoir quelque choſe de plus brillant ,
» de plus fin , de plus inattendu que le fond
des chofes même , & c'eft moins l'homme
» de génie que le grand Écrivain qu'on ad-
» mire. ». "
Il n'eft pas douteux que la qualité qui
furpaffe toutes les autres dans la Bruyère ne
foit celle de grand Écrivain ; mais un grand
Ecrivain ne mérite-t'il pas le nom d'homme
de génie L'Auteur de la notice nous explique
enfuite fa penfée , & on voit que s'il
refufe au grand Ecrivain ce beau titre
d'homme de génie , il lui en accorde
prefque toute la gloire , & alors cela revient
à peu-près au même. Le mérite de grand
» Ecrivain ne fuppofe pas le génie , mais il
» demande une réunion des dons de l'efprit ,
DE FRANCE.
185
"9
auffi rare que le génie. Pour que cette
diftinction foir tout-à- fait jufte, il me semble
qu'elle ne devroit oppofer à l'homme de
génie que le bon Ecrivain. Les dons de l'efprit
fuffisent pour écrire avec fageffe , avec
élégance , quelquefois même avec une certaine
éloquence , pour faire des Livres
utiles & agréables ; & malheur à ceux qui
n'ont pas puifé dans le fentiment même du
génie le goût de deux mérites qui l'avoifihent
, & dont il a befoin pour ne pas tom
ber fouvent au-deffous de lui - même , l'eſprit
& le talent ! Mais il y a dans le grand
Ecrivain une magnificencé , une originalité
d'idées & d'expreffions qui ne peuvent être
autre chofe que le génie même. Or , ce font
à des qualités que la Bruyère pofsède à un
degré éminent. L'Auteur de la notice va
nous le prouver lui - même.
Je revendique encore pour lui le nom
d'homme de génie à un autre titre . Peutêtre
fera- t'on furpris , mais c'eft du deffein &
de la marche de fon Ouvrage que je veux
parler. Porté par goût à l'obfervation de la
fociété , il s'eft fenti appelé à la peindre ;
il ne pouvoit fuivre la manière de Montagne
, qui ne convenoit ni à fon but particulier
ni à for génie. Il ne pouvoit non
plus prendre pour modèle Cicéron & Sénèque
, qui ont traité la morale fous un autre
afpect; & d'ailleurs il devoit fur- tout éviter
ici de faire des traités à la manière de Sénèque
I iij
786 MERCURE
#
& de Cicéron. Il lui a donc fallu chercher
un cadre particulier & propre à fon plan.
Voyez combien celui qu'il a inventé eft riche
& heureux! il fe place au milieu des objets
qu'il veut contempler ; il les raffemble &
les range autour de lui il les voit comme
dans un tableau , & c'eft auf dans un tableau
qu'il les reproduit . Frappé de tant
d'objets , & toujours vivement , il en parle
avec toutes les paflions qu'ils peuvent donner.
Ici , il s'indigne ; là , il s'attendrit ; il
defcend à la plaifanterie , il remonte enfuite
à la gravité la plus févère. Ses réflexions fe
fentent auffi de la fituation où il s'eft placé;
il leur donne de la couleur & du mouvement
, il les paffionne. Il va plus loin encore
, foir qu'il penfe , foit qu'il peigne , il
s'exprime fouvent avec des formes dramatiques
, & des formes dramatiques diverfi
fiées jufqu'au prodige ; il a confidérablement
enrichi l'art d'écrire en ce genre. Par- là il
éronne , il émeut , il entraîne fans ceffe.
Telle eft la conception totale de fon Livre.
N'eft- ce pas là une conception de génie ,
une véritable & belle création ? Voilà du
moins comme j'en fuis frappé.apol
Cette invention du génie de la Bruyère reçoit,
Heft vrai , tout fon éclat de la beauté de l'exé
cution ; c'eft dans l'examen de fon ftyle que
fon fentira bien tout l'effet de la marche
qu'il a adoptée . Ici mes obfervations finiffent.
C'eft à la notice que je dois renvoyer
DE FRANCE. 187
les Lecteurs ; elle leur offrira tous les fecrets
du ftyle de la Bruyère , analyfés par le goût ,
c'est- à-dire , par un efprit excellent , joint à
un fentiment exquis. Mais dans l'avantage
de n'avoir plus à préfenter au Public que des
citations d'un morceau auffi bien fait, j'éprouve
la difficulté de les choifir. Tout le tient
dans ce morceau , & l'on ne peut guères
en féparer quelques parties , fans diminuer
leur effet. L'Auteur entre dans le détail de
tous les genres de beautés qui le frappent
dans le ftyle de la Bruyère ; il les explique ,
il apprend même à les fentir ; car dans les
Beaux - Arts on apprend à fentir comme à
penfer , & c'est un don que les hommes
bien organifés peuvent recevoir des hommes
de goût. Il faudroit citer toute cette
partie de la notice , qui eft la plus confidérable
de l'Ouvrage ; je fuis obligé de me borner
non pas aux meilleures tirades , mais à celles
qui me paroiffent fe détacher le plus aifément.
La difcuffion fur le ftyle de la Bruyère
eft précédée d'obſervations générales fur le
ftyle. En voici quelques - unes.
"
« Il en eft des tours , des figures , des liai
» fons de phrafe , comme des mots ; les uns
» & les autres ne peuvent repréfenter que
des idées , des vues de l'efprit , & ne les
représentent qu'imparfaitement.
>> Les différentes qualités du ftyle , comme
» la clarté , l'élégance , l'énergie , la couleur
» le mouvement , &c. dépendent donc effentiellement
de la nature & du choix des 39
I iv
188 MERCURE.
وو
» idées , de l'ordre dans lequel l'efprit les
difpofe , des rapports fenfibles que l'ima-"
gination y attache , des fentimens enfin
l'amé y affocie , & du mouvement
qu'elle y imprime.
ود
" que
23
» Legrand fecret de varier & de faire contrafter
les images , les formes & les mou
vemens du difcours , fuppofe un goût dê-
» licat & éclairé ; l'harmonie , tant des mots
» que de la phrafe , dépend de la fenfibilité
plus ou moins exercée de l'organe ; la correction
ne demande que la connoiffance
réfléchie de fa langue.
"Dans l'art d'écrire , comme dans tous.
» les Beaux-Arts , les germes du talent font
» l'oeuvre de la nature , & c'eft la réflexion
qui les développe & les perfectionne.
83
33
"
» Il a pu fe rencontrer quelques efprits
qu'un heureux inftinct femble avoir difpenfés
de toute étude , & qui , en s'aban-
» donnant fans art aux mouvemens de leur
imagination & de leur penfée , ont écrit
» avec grâce , avec feu , avec intérêt , mais
» ces dons naturels font rares ; ils ont des
» bornes & des imperfections très-marquées
, & ils n'ont jamais fuffi pour produire
un grand Écrivain.
99
» Je ne parle pas des anciens , chez qui
» l'élocution étoit un art fi étendu & fi compliqué
; je citerai Defpréaux & Racine
Boffuet & Montefquieu , Voltaire &
» Rouffeau ; ce n'étoit pas l'inftinct qui pro
"
DE FRANCE. 189
22
duifoit fous leur plume ces beautés & ces
grands effets auxquels notre langue doit
» tant de richeffes & de perfection , c'étoit
» le fruit du génie fans doute , mais du génie
éclairé par des études & des obfervations
profondes.
Quelque univerfelle que foit la réputation
dont jouit la Bruyère , il paroîtra peutêtre
hardi de le placer , comme Ecrivain ,
fur la même ligne que les grands Hommes
qu'on vient de citer ; mais ce n'eft qu'après
» avoir relu , étudié , médité ſes Caractères
» que j'ai été frappé de l'art prodigieux &
» des beautés fans nombre qui femblent
» mettre cet Ouvrage au rang de ce qu'il y a
de plus parfait dans notre langue. "
"
37
» Sans doute la Bruyère n'a ni les élans &
» les traits fublimes de Boffuet , ni le nom-
- bre , l'abondance & l'harmonie de Fénelon
, ni la grâce brillante & abandonnée
» de Voltaire , ni la fenfibilité profonde de
Rouffeau; mais aucun d'eux ne m'a paru
» réunir au même degré la variété , la fineſſe :
» & -l'originalité des formes & des tours
qui étonnent dans la Bruyère. Il n'y a
être pas une beauté de ftyle propre
» à notre idiôme , dont on ne trouve des
exemples & des modèles dans cet Ecri-
"
39
"
peut
» vain. »
L'Editeur n'a pas oublié un des grands
mérites du ftyle de la Bruyère.
* Ce n'eft pas feulement par la nouveauté
LV
1190
MERCURE
»
& parla variété des mouveinens & des tours
» que le talent de la Bruyère fe fait remarquer
; c'eft encore par un choix d'expref- .
Lions vives , figurées , pittorefques ; c'eſt
fur tout par ces heureufes alliances de
» mots , reſſource féconde des grands Ecri-
» vains dans une langue qui ne permet pas ,
» comme prefque toutes les autres , de créer .
» ou de compoſer des mots , ni d'en tranf-
» planter d'un idiôme étranger.
""
Nous avons cru intéreffant de chercher la.
théorie de ce genre de ftyle , c'est ce qui
nous a conduit à une differtation fur les hardieffes
de ftyle , que nous offrirons au Public
dans un des Mercures prochains. La Bruyère,
feul a fuffi pour tous les exemples dont nous.
avions befoin. Nous espérons que l'avantage
d'être rempli des plus beaux traits de cet
Ecrivain & de plufieurs des réflexions de fon
Editeur , donnera quelque prix à cette differtation.
D'après les feuls fragmens cités dans cet
article , on demandera sûrement quel eft
l'Auteur de cette notice. Les perfonnes qui
ont recueilli les Volumes publiés juſqu'ici
de la Collection de M. Didot , reconnoîtront
aisément le goût & le ſtyle du même
Editeur . Parmi toutes les manières d'écrire ,
celle qui confifteroit à fe proportionner toujours
au genre de l'Ouvrage , même à celui
qui femble borner & refferrer le talent , qui
atteindroit toujours au mieuxde ce genre , &
DE FRANCE. 197
s'y renfermeroit avec foin , qui traiteroit à
fond de grands fujets , en ne paroiffant que
les effleurer , qui feroit fage & correcte au
point de ne jamais donner lieu à la critique,
naturelle & facile au point d'enlever l'empreinte
du travail , qui feroit toujours vive
& élégante fans mouvemens marqués dans
le ftyle , & prefque fans autres ornemens
que la jufteffe heureufe & précife des idées ,
& la délicateffe des fenfations , parmi toutes
les manières d'écrire , celle- là ne feroit peutêtre
ni celle qui étonneroit le plus ni celle
qui plairoit le moins ; & les gens de goût ,
qui en fentiroient tout le mérite , n'auroient
d'autres reproches pour l'Auteur que de ne
pas faire un plus fréquent ufage d'un talent
fi heureux.
.N. B. On trouve chez Piffot les Maximes
de la Rochefoucault & l'Hiftoire de la Conjuration
de Venife, par Saint- Réal, du même
format & de même caractère.
Cet Article eft de M. L. C. )
Ivj
192 MERCURE .
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Samedi premier Décembre , on a joué ,
pour la première fois , le Rendez- Vous du
Mari , Comédie en vers & en un Àcte.
Un Comte , dont nous ignorons le nom ,
a épousé une femme , jeune , aimable &
fentible ; mais le noeud de l'hymen ne l'empêche
point d'avoir des intrigues galantes.
Pendant qu'il va porter à des femmes faciles
tes hommages que mérite la Comteffe , celleci
trouve un adorateur dans un jeune fat
nommé Melcourt , & l'un des meilleurs
amis du Comte. C'est en vain que cet ami ,
comme: an en voit tant , cherche à faire
fuccomber la Comteffe ; fidelle à fon mari,
malgré fon inconftance , elle eft infenfible à
tous les charmes de Melcourt , dont l'amourpropre
piqué , cherche à trouver quelques
moyens de vengeance .Il ſe préfente une occafion
qu'il ne laiffe point échapper : la voici
Une maîtreffe du Comte lui adreffe un billet,
par lequel elle lui indique un rendez - vous ; celui-
ci en fait part àfon ami. Aufli- tôt Melcourt
prie le Comte de le lui prêter pour quelque
tems. Son intention , dit- il , eft de s'en fervir
d'une manière adroite, & qui puiffe enfin fubjuguer
une cruelle qui lui fait une réſiſtance
DE FRANCE. 193
opiniâtre , une langoureufe dont il ne peut
réveiller le coeur endormi. Le Comte y confent.
Ce même jour le Comte donne à fouper.
On joue , on ſe met à table ; & là , fous
fa ferviette , la Comteffe trouve la lettre de
la maîtreffe de fon mari , que Melcourt y a
fu cacher. Le fat qui ne foupe point , occupe
la Scène pendant l'abſence des autres ,
& le promet le plus heureux fuccès du tour
qu'il a joué au Comte. Pendant qu'au fortir
du fouper , tout le monde paffe dans la falle
de bal , la Comteffe arrive triftement ; Melcourt
veut profiter du moment , on lui répond
de façon à l'obliger au filence; il prend
fon parti , & fort fans avoir perdu toutes les
efpérances. Inquiet de l'absence de fa femme,
le Comte quitre le bal à fon tour pour venir
la trouver de là réfulte une Scène où , après
s'être fervi de quelques faux fayans , le mari
apprend que fon intrigue eft découverte, par
la remife que fa femme lui fait de la fatale
lettre : il reconnoit.fes torts , & fe précipite
aux pieds de la Comteffe. Tout le monde arrive
, & Melcourt eft témoin du ſpectacle
de la réconciliation des époux. Le Valet qui
été porteur de la lettre , vient de la part
de fa maîtreffe favoir fi l'on y répondra
le Comte répond par ce vers , en montrant fa
femme ,
:
Madame : lu la lettre , elle aura la réponte.
Le fond de ce petit Ouvrage eft tiré d'un
Comte de M. de Champfort , imprimé dans
194 MERCURE
>
l'Almanach des Mufes , il y a une douzaine
d'années , & qui a pour titre : Le Rendezvous
inutile. Ce Conte très - court , & fur- tout
point moral , comme l'a dit l'Auteur luimême
, eut du fuccès , & il en méritoit ;
mais il y a des Anecdotes qui fuffisent pour
donner lieu à des Contes charmans , &
qui fouvent ne fourniffent pas la matière
d'une Comédie ; le Rendez - Vous inutile eft
pofitivement de ce nombre. On peut ajouter
encore que s'il eft quelquefois permis
à un Auteur comique de préfenter au Théâtre
des Drames qui ne foient pas moraux
au moins la délicateffe leur fait- elle une loi
de n'en jamais préfenter d'anti- moraux. Le
Rendez-vous du Mari mérité ce dernier reproche.
Non feulement il préfente un
homme marié oubliant fa femme pour une
femme publique ; non- feulement il offre le
tableau d'un ami méditant de fang froid le
déshonneur de fon ami , mais encore il fait
entrevoir ces deux Perfonnages comme des
hommes charmans , tellement familiarifés
avec le vice & l'adultère , qu'ils plaiſantent
tout haut de leurs projets libertins. On y
introduit un Valet de courtilanne , qu'on y
appelle tout cruement un grifon ; par- tout le
vice domine , & aucun des vicieux n'eft
puni. De bonne foi , eft- ce en repréſentant
de pareils Ouvrages que le Théâtre de la
Nation peut être appelé l'Ecole des Mours ?
De quel droit les Comédiens fe plaindrontils
encore de la rigueur avec laquelle on a
-
DE FRANCE 195
traité les Spectacles , lorfque dans un fiècle
qu'on nomme Philofophe, ils admettent des
Pièces où l'on oublie toutes les bienféances ,
tous les égards dûs à l'honnêteté publique?
Il y a fept ou huit ans qu'on ne voulut pas
permettre les repréfentations d'une Pièce de
M. Barthe, intitulée l'Ami du Mari , Ouvrage
qui , dit-on , avoit un but moral ; on a joué
cette année le Rendez-vous qui n'eft point
moral. Le temps , comme on voit , amène
bien des choſes. En voilà affez , beaucoup
trop peut- être pour une fimple annonce de
Spectacles ; nous parlerons de cet Ouvrage
eftimable du côté du ftyle , d'une manière
plus étendue quand il fera imprimé.
L'abondance des matières nous force de
remettre au Mercure prochain les articles
des autres nouveautés , tant de ce Spateacle
que de la Comédie Italienne.
ACADÉMIE.
L'ACADÉMIE DES SCIENCES a tenu le ..... du
mois dernier, fa Séance ordinaire de rentrée ; elle a
'été remplie par la lecture de plufieurs Mémoires.
1. Un Mémoire dé M. Daubenton fur un os
trouvé l'année dernière dans la rue Dauphine. M.
Daubenton croit pouvoir affurer que cet os appar
tient à la tête d'un animal de la claffe des cétacées
& du genre des cachalots. Il a réservé pour un autre
temps les preuves fur lefquelles il fonde cette affertion.
198 MERCURE
2. Un Mémoire de M Macquer , qui eft le
Profpectus d'un Traité fur l'Art de la Teinture. Ce
Traité contiendra par ordre les procédés employés
pour reindre avec les différentes ſubſtances coloiantes,
l'analyfe chimique de ces différentes fubftances
, l'examen des procédés reçus, & des vues fur
les moyens de les perfectionner ou d'en fubftituer
de plus parfaits.
3. Un Mémoire , dans lequel M. Morand a
rendu compte de fes Obfervations fur deux montagnes
brûlantes de charbon de terre , dont il donne
la defcription , & développe & explique les phénomènes.
Un Mémoire de M. de la Lande fur l'année
folaire, qu'il fixe, d'après l'examen des Obfervations
d'Hippaque , de Técho , de la Caille , de Mayer &
de M. Dagelet, à 365 minutes કે 5 fecondes , 48 minutes
48 fecondes . Ce Mémoire a été précédé d'une
Note très-courte fur les deux Comètes que les Aftronomes
obfervent actuellement. On fait que l'une
de ces Comètes, découverte à Bath au commencement
de cette année , a un mouvement très-leut , &
qu'il n'a pas encore été poffible de juger fi on ne
doit pas la regarder comme une nouvelle Planète.
5. Un Mémoire de M. Lavoilier . Cet Académieien
propofe des moyens d'éclairer les Salles de Spectacles
par des réverbères. Il explique la difpofition
qu'il veut donner à ces réverbères pour éclairer les
décorations , le fond du Théâtre , la Scène & la
Salle. Ce dernier objet , le plus difficile de tous ,
feroit rempli par des réverbères elliptiques cachés
dans la voûte , & qui ferviroient en même temps de
ventilateurs.
6°. Un Mémoire de M. Cader. L'objet de ce Mémeire
eft de prouver que les fels fédatifs que l'on
tire du borax par différens acides , diffèrent effentiellement
entre eux à raiſon des acides employés à les
DE FRANCE. 197
former ; il prouve même que l'acide qui a fervi à
tirer du borax l'alkali marin , fubfifte dans le fel fédatifproduit
par cette opération ; par exemple , la diftillation
du fel fédatif marin avec le mercure,donne
du fublimé corrofif , &c.
Il n'appartient qu'aux Savans qui cultivent les
Sciences , dont ces Mémoires foat l'objet , de les apprécier
& même fouvent de les comprendre ; au
le Public ne peut guères les écouter que dans un
filence refpectueux ; mais s'il ne peut entendre les
Savans , il fait les honerer & les aimer ; il écoute
les détails de leur vie & le précis de leurs découvertes,
comme il doit écouter des fervices rendus à
Thumanité, & une nouvelle gloire ajoutée à la gloire
de nos Arts & de nos Sciences ; il rend de dignes
hommages à la mémoire de ces hommes avec le
génie defquels il a pu rarement communiquer. On
a remarqué que ces hommes , toujours paffionnés
pour la fcience à laquelle ils fe font voués , avoient
fouvent dans leur vie de ces fingularités invincibles
dont la Nature marque fouvent les êtres à qui
elle a accordé des facultés cxtraordinaires , &
qu'ils retraçoient communément dans leurs moeurs
la bonté , la fimplicité, la candeur des premiers
âges comme l'étude les avoit féparés de nos
oeurs , & les avoit rendus à la Nature en les
abforbant dans fa contemplation . Ce fut donc
une belle & noble idée que celle d'écrire leur´
hiftoire , & d'en faire une partie de celle des
Sciences mêmes : tandis que leur mémoire , qui s'a
vance vers la poftétité , recueille à fon paffage les
hommages des contemporains , le Moralifte & le
Poëte lui-même peuvent emporter des obfervations
& des fenfations neuves de ces vies où la Nature s'eft
montrée dans fonirrégularité toujours ou piquante ou
fublime : c'eft -là autfi un bel emploi du talent d'écri
mais le talent d'écrire exige ici une foule d'autres
198 MER CUREN
.
.
tant
dons , & doit s'en enrichir encore. Un Secrétaire de
l'Académie des Sciences n'eft pas feulement placé
entre-elles & le Public, comme on l'a déjà obſervé,
il l'eft encore entre les différentes Sciences elles- même,
qui fe trouvent raffemblées dans ce Corps fouvent
fans fe connoître & s'entendre entre elles ,
leurs objets ont d'étendue & de diverfité ! C'eſt à
leur Secrétaire , c'eſt à leur Interprête à les fuivre
dans tous leurs progrès , à les rapprocher fans ceffe
les unes des autres pour l'utilité & la gloire communes
, à bien faifir leurs réfultats & à les fimplifier
, à les rendre plus faciles & plus attachantes pour
le Public , fans leur ôter leur profondeur & leur gravité
, & fans les déshonorer par de frivoles embelliffeinens.
Cette réunion des talens qui compofent
l'Homme de Lettres & de ceux qui compofent le
Savant , n'eft pas une des chofes qui étonnent le
moins dans l'efprit humain , & elle affure un rang
particulier aux Fontenelle , aux d'Alembert , aux Condorcet
dans l'ordre des Écrivains qui ont mérité une
grande renommée. M. le Marquis de Condorcet , qui
a déjà mérité d'être nommé avec fes deux modèles
par plufieurs éloges , dont ceux- ci s'honoroient euxmêmes
, en a encore prononcé un dans cette dernière
Affemblée , c'eft celui de M. Bertin , Médecin de
Ja Faculté de Paris , & Affocié Vétéran de l'Académie.
M. Bertin avoit annoncé de bonne- heure des
talens & une paffion pour l'étude de la Médecine ,
qui devoient le conduire à des découvertes du premier
ordre , & il a quelquefois réalifé ces espérances
dans quelques-uns des écrits qu'il a laiffés . Mais malheureufement
une organifation particulière , & nullement
rectifiée par l'éducation de fa jeuneffe , le
rendoit fufceptible de ces terreurs qui peuvent altérer
dans l'homme toutes les facultés phyfiques & morales.
Peu de perfonnes en ont été les victimes d'une
manière plus trifte & plus étonnante ; cet homme,
DE FRANCE. 199
?
qui cultivoit la Médecine avec beaucoup de diftinetion
, lui a fourni dans fes maladies une fonte de
phénomènes à obferver. Il paffa plufieurs années
dans un état qui partageoit fon existence entre la
raifon d'un homme fupérieur & la foibleffe d'un
cufant. Il fembloit que l'Hiftorien devoit paffer rapidement
& en gémiflant fur cette époque de la vie
de M. Bertin. Un Écrivain qui auroit cu moins de
philofophie dans l'efprit & moins de reffources dans
le talent, n'y eût pas manqué. M. de Condorcet étoit
fait pour prendre un meilleur parti ; c'eft dans les
affligeans détails des maladies de M. Bertin , qu'il a
puifé des réflexions auffi intéreffantes que profondes
fur le fort du malade & fur la deftinée de l'homme
en général . A quoi tiennent en effet & notre bonheur
& notre raifon ! Ce fentiment , répandu dans tout le
difcours , & toujours accompagné d'idées juftes &
heureufes , lui a donné un intérêt particulier ; & dans
un écrit philofophique , comme dans un des plus
célèbres Romans , les événemens de la folie ont été
la plus belle partie de l'Ouvrage . Au mérite d'avoir
été fécondé par les réflexions de l'Auteur , cet éloge
nous a para encore joindre celui de ne préfenter des
réflexions qu'où il le falloit , & dans la mesure qui
convenoit; auffi les Auditeurs , après avoir applaudi
comme à un Ouvrage qui les attachoit par les idée
& les fentimens , fe font encore retirés avec la fatisfaction
d'avoir entendu un écrit dont leur goût
avoit fonvént été flatté & jamais choqué.
( Cet Article eft de M. L, C. )
1
A
•
$
98125 12
100 MERCURE -
GRAVURES.
PLAR du Port-Vendres en Rouffillon , & Vue de
l'Obélifqué élevé au milieu de la Place de ce Port ,
premier monument érigé en France à la gloire de
Louis XVI. Cet Obélifque , conftruit en marbre du
Rouffillon , haut de 80 pieds , eft terminé par un
globe doré ou mappe- monde , fur l'axe de laquelle
s'élève une fleur de lys , image de la protection & de
rafyle que le Roi accorde à toutes les Nations..
Ces deux Gravures , chacune de 24 pouces de
hauteur fur 17 de largeur , ont été exécutées d'après
les deffins de M. de Wailly, Architecte du Roi , &
fe vendent , avec la Defcription qui y eft relative ,
chez Moithey , Ingénieur- Géographe du Roi , rue
de la Harpe , la porte -cochère vis-à-vis la Sorbonne.
Prix , 6 liv.
Vénus & Adonis , Eftampe de 14 pouces de haut
fer 10 de large ; Salmafis & Hermaphrodite , Eftampe
de même grandeur , & fervant de pendant.
Ces deux Eftampes , gravées d'après les Tableaux de
P. J. Cazes , par Jofeph Mailler , fe vendent z liv,
chacune. A Paris , chez Maillet , Graveur , rue des
Francs- Bourgecis , porte S. Michel , à côté du Jeu de
Paulme.
2
Léonard de Vincy mourant dans les bras de
François Premier , Eftampe gravée de mémoire par
C. Macret , d'après le Tableau original de M.
Menageot. Prix , a liv . 8 fols. A Paris , chez l'Auteur
, rue du Petit Bourbon , à côté de la rue de
Tournon.
2
Figures de l'Hiftoire de France , septième Liraifon
, premier cahier de la troisième Race. A
Paris , chez Lebas , Graveur du Roi , rue de la Harpe,
DE FRANCE 201
♦is-à- vis la rue Percée. Nous croyons inutile de répéter
ce qu'on a déjà dit fur le mérite de cet Ouvrage.
Tout ce qui fort de la main de M. Moreau le jeune
eft fait pour obtenir le fuffrage des Amateurs & des
Artiſtes du goût le plus févère. Cette Livraiſon renferme
18 Eltampes, avec des Précis Hiftoriques faits
par M. l'Abbé Garnier.
: Plan , élévation & coupe d'une Fontaine publique
en cinqplanches , projetté pour le Carrefour de Buffy ,
par M. Panferon. A Paris , rue des Maçons.
Carte de la Provence , deffinée d'après des manuf
crits de plufieurs Ingénieurs de la Province , par M.
Jaillot , Géographe & Auteur du ConducteurFrançois.
A Paris , chez Baffet , rue S. Jacques , au coin de
celle des Mathurins ; à Marſeille , chez André du
Seigneur , & chez les Marchands d'Eftampes des
principales Villes de Province.
Nouvelle Carte de la Partie des Indes Orien
tales , qui comprend les Poffeffions des Anglois ,
dreffée d'après leurs propres Cartes , par M. Biron
de la Tour. A Paris , chez Defnos , rue S. Jacques.
Carte très-détaillée de l'Amérique - Septentrionale ,
pour fervir à l'intelligence de la guerre actuelle , une
feuille imprimée fur grand papier & lavée de diffé
rentes couleurs , pour fervir de démarcations aux
Provinces qui compofent les États -Unis . Cette Carte
fe trouve chez M. de Beaurain , Géographe du Roi ,
rue Git-le -Coeur S. Andre-des- Arcs. Prix , 6 liv .
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ELIN, Libraire , rue Saint Jacques , près celle du
Plâtre , vient d'acquérir les Ouvrages fuivans :
Narciffe dans l'Ile de Vénus , in- 8 . , par M. F.
Malfilâtre , avec cinq figures. Prix 1 livre 4 fols.
202 MERCURE
-
Il y en a quelques Exemplaires en grand papier.
Prix , 1 livre 16 fols. Peinture des Moeurs , par
M. de la Croix , 2 Vol. in- 12 brochés. Prix,
3 liv. Hiftoire d'Emilie - Montague , 4 Parties
brochées. Prix , 3 liv . Manuel du Cavalier , par
le Baron de Sind , in- 12, fig. 2 lv. 5 fols.
Principes d'Électricité, contenant plufieurs théories
appuyées par des expériences nouvelles , avec
une analyfe des avantages fupérieurs des conduc
teurs élevés en pointe , par Mylord Mahon ; Ouvrage
traduit de l'Anglois , par M. l'Abbé N....
Vol. in-8 ° . Prix , 5 liv. 10 fols relié. A Paris , chez
le même Libraire.
Méthodes sûres & faciles pour détruire les animaux
nuifibles , tels que les loups , renards , loutres ,
fouines, belettes , loires , rats , fouris , &c. fervant
de fupplément à l'Histoire des Infectes nuifibles ,
Volume in- 12. A Paris , chez Laporte , Libraire , .
rue des Noyers.
Conférences Théologiques & Morales fur les
Commandemens du Décalogue & de l'Eglife , avec
des réfolutions de cas de confcience fur chaque matière
, à l'ufage des Miffionnaires , par le P. Daniel
de Paris ; Capucin , nouvelle Edition , augmentée de
dix-huit Conférences fur la Prière & l'Oraifon Dominicale
, 4 Vol. in- 12 . Prix , 12 liv. A Paris , chez
Greffier , Imprimeur-Libraire , rue de la Harpe. On
trouve à la même adreffe Monfieur Caffandre , ou
les effets de l'Amour & du Verd-de-gris , troifième
Édition augmentée , in - 8 ° . Prix , 1 liv. ro fols , &
le Chirurgien de Village , Comédie , par l'Auteur
de Monfieur Caffandre. Prix , 1 livre 4 fols . sm
Raoul de Normandie , ou la Conquête de la
Neufirie par les Scandinaves , par M. le Canul ,
2 Parties in- 12 . Prix 2 livres 8 fols. A Paris , chez
Mérigot le jeune , Libraire , quai des Auguftine
DE FRANCE. 203
Difcoursfur la Vie Religieufe , fuivis des Dif
cours fur l'Amour de Dieu & l'Oraifon Dominicale
, par M. l'Abbé Affelin , 2 Vol . in - 12 . A
Paris , chez l'Auteur , rue des foules , quartier de
l'Eftrapade.
Hiftoire de Ruffie tirée des Chroniques originales
, de Pièces authentiques & des meilleurs Hif
toriens de la Nation , par M. Levefque , s Vol.
in- 12. Prix , 15 liv. reliés. A Paris , chez Debure
l'aîné , Libraire , quai des Auguftins.
Tome XXXIII de l'Hiftoire Univerfelle , Supplément
de l'Hiftoire Ancienne tiré des nouvelles
Editions Angloifes , in - 8°. A Paris , chez Moutard
, Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins.
L'Immortalité de l'Ame , ou Effai fur l'excellence
de l'homme , par M. B.... Volume in- 12 . A
Paris , chez Saugrain , Libraire , quai des Auguf
tins ; Laporte , Libraire , rue des Noyers ; & à Dijon
, chez Bidault , Libraire.
Un Hollandois aux Habitans de la Grande- Bretagne
, Brochure in - 8 °. A Paris , chez Defauges ,
Libraire , rue S. Louis du Palais.
Moyens propofés pour prévenir l'Infanticide
in- 12 . A Paris , chez le même Libraire,
Grammaire Italienne réduite en fix leçons , à
l'ufage des perfonnes inftruites, par M. l'Abbé
Curioni , Profeffeur de Langue Italicune . A Paris ,
chez l'Auteur, rue de Gèvres , naifon d'un Apothicaire
; & chez Prault , Imprimeur-Libraire , quai des
Auguſtins.
Lettre fur la Monnoie fictive & fur fon ufage ,
fuivie d'une Differtation fur le Commerce , par Bellioni
, Banquier de Rome, traduit de l'Italien , Vol.
in-12 . A Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire , quai
des
Auguftins.to Tanja , 1188 suday
204 MERCURE
Eloge hiftorique de Jean Bafeilhac , dit Frère
Côme, avec des détails fur les Inftrumens qu'il a
inventés ou perfectionnés , par M. Cambon , in- 8 .
A Paris , chez la Veuve Ballard , Imprimeur- Libraire,
rue des Mathurins.
Divertiffement national à l'occafion de la Naif
fance de Monfeigneur le Dauphin , par M. Montjoie
, in-8 ". A Paris , chez les Marchands de
Nouveautés.
Almanach Géographique , ou petit Atlas Elémen
taire. A Paris , chez Defnos , Libraire , rue Saint
Jacques Prix , 12 liv. relié en maroquin , avec
Cartes enluminées. On trouve à la même adreſſe
une Collection de toutes fortes d'Almanachs & de
Cartes Géographiques.
Journal des Caufes célèbres , mois de Décembre.
A Paris , chez M. Defeffarts , Avocat , à i hôtel de
Mouchy, rue Dauphine ; & chez Mérigot le jeune ,
Libraire , quai des Auguftins . On prie MM . les Soufcripteurs
d'envoyer au plutôt leurs noms pour
fixer le nombre du tirage de l'année prochaine.
TABLE.
Aux Mânes de M. de Enigme & Logogryphe , 169
Maurepas
AM. Mayer,
A une Jolie Fileufe ,
157 Maximes de la Bruyère , 179
ibid. Comédie Françoise ,
158 Académie des Sciences ,
A M. l'Abbé de Cournand , ib. Gravures ,
192
195
200
Troisième Lettre à Mde... 160 Annonces Littéraires , 201
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 15 Décembre. Je n'ya
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A Faris ,
le 14 Décembre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 22 DÉCEMBRE 1781 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
CLAUDINE A LA COUR ,
Ou le Voyage Inutile.
C'EST donc ici qu'elle demeure ;
Après quatre ans je vais la voir !
Je craius que d'aife elle ne meure
Dès qu'elle va m'appercevoir.
O! qu'elle doit être embellie
Depuis que nous fommes abfens !
Elle étoit déjà fi jolie !
१
Et n'avoit encor que douze ans.
On ouvre.... c'eft elle , je gage....
Eh! bonjour donc , c'eft pourtant moi
Qui viens exprès de mon village
Pour te voir... Mais , eft- ce bien toi ?
N°. 51 , 22 Décembre 1781 .
K
206 MERCURE
Viens donc un peu que je te mire :
Je t'ai vu mille appas naiflans ;
Combien de nouveaux j'en admire
Que tu n'avois pas à douze ans !
EMBRASSONS-NOUS , ma chère amic.
Comment ? tu ne veux- pas ?.... Chanfons !
La friponne s'en meurt d'envie ,
Je la connois .... Que de façons !
Tu fais l'enfant... Allons morguienne ,
Combien de fois , mignone , aux champs
Je t'embraffai , qu'il t'en fouvienne ,
Lorfque tu n'avois que douze ans !
Tu boudes ?... C'eft que je tutoïe :
Pardon , c'eft l'ufage chez nous ;
Et puis , dans l'excès de ma joie,....
Mais je vais te parler par vous.
Auriez-vous perdu la parole ?
Dites.... Le fâcheux contre-tems !
Votre babil étoit fi drôle,
Lorfque vous n'aviez que
douze ans !
FAITES -MOI figne au moins , de grâce,
Par un fouris , par un regard ....
Eh ! quoi donc ? froide comme glace !
Me tromperois-je par hafard ?
Voyons.... mais plus je l'examine ,
Voilà fes yeux , voilà fes dents ,
DE FRANCE. 207
Voilà cette friponne mine
Qui me raviffoit à douze ans.-
Ne vous nommiez-vous pas Claudine ?
Moi je m'appelle encor Colin ;
Alors vous étiez fi badine !
Je fuis toujours un peu malin.
On nous voyoit fur la fougère
Jouer tous deux en vrais enfans.
Ne vous fouvient-il plus , ma chère' ,
Que jadis vous eûtes douze ans ?
Non , car il faut qu'enfin j'éclate ,
Jamais vous ne me reverrez :
Allez , vous n'êtes qu'une ingrate ;
Mais vous vous en repentirez .
C'eſt fort mal , étant du village ,
De mépriſer les payſans.
Et.... bon foir.... C'eft pourtant dommage :
Que n'a-t'elle encor fes douze ans!
( Par M. C ***. )
LA LINOTTE , Fable.
UNNE Linotte ayant un jour
Fait l'effai de fes jeunes aîles ,
Prit goût à faire en l'air maint & maint tour ,
S'ennuya des loix maternelles ,
Kij
208 MERCURE
Et réfolut d'être à son tour
Maîtreffe de maiſon . Ce goût eft de fon âge;
Il règne même en tout pays.
Vous le favez , jeune fille à Paris ,
Grille d'entrer dans ſon ménage ;
Le jeune & pétulant Marquis
Brule d'avoir les gens , fes chiens , fon équipage ;
L'oiſeau , fon nid . Le nôtre à ſon côté
Vit un chêne très-haut monté ,
}
Qui de fes longs rameaux affrontoit la tempête.
Bel arbre , dit-elle auffitôt ! 匪
i
Voilà , ma foi , ce qu'il me faut ;
Je prétends m'y loger , au faîte..
On n'aura vu perfonne encor loger fi haut.
Sur la forêt & fur la plaine
Cet arbre domine. Oh ! j'aurai
La plus belle vue ! à mon gré,
Je ferai-là comme une Reine.
Vîte à l'ouvrage ! Cela dit ,
Notre Linotte émancipée
Se met à maçonner fon nid.
Dès le foir fa maifon fut conftruite , occupée ;
Et dès le lendemain du tonnerre frappée
Elle s'écroule , & le chêne périt.
bon
Par bonheur la Linotte alors étoit abfente.
Sans nid à fon retour la belle fe lamente ;
Puis de dire à part foi : diable ! il ne fait
Loger fi haut. Cette ronce rampante
Eſt mieux mon fait. Montons y ma maiſon.
pas
DE FRANCE. 209
J'y vais être au mieux. Le tonnerre
N'en veut jamais aux heux fi bas , je le vois bien.
Ce gîte eft sûr ; le vrai moyen
De ne jamais tomber , c'eft de s'affeoir à terre.
Auffitôt un nouveau nid
Dans la brouffaille eft conftruit.
Mais les vermiffeaux , la pouffière
Sans ceffe viennent l'atliéger ;
Et même des enfans la troupe meurtrière
Lui fait voir un plus grand danger.
La Linotte enfin s'emménage
Dansun bui ffon ni trop bas ni
trop
C'eft , dit-elle , ce qu'il me faut
Pour éviter la pouffière & l'orage .
haut.
Elle y vécut tranquille , heureufe & fans effroi,
O MÉDIOCRITÉ , telle eft ta douce loi,
C'eft avoir trop que d'avoir un royaume ;
N'avoir rien , c'eſt trop peu. Bien rarement , je crois ,
On a vu le bonheur fe cacher ſous le chaume ,
Ou s'étaler fur le trône des Rois.
LE SERIN , Conte.
SERINS à vendre ! qui veut acheter des
ferins , de jolis ferins ?
Ainfi crioit un homme en paffant devant
la maifon de Joséphine . Joféphine l'entendit ;
elle courut à la fenêtre , & regarda de tous
côtés dans la rue. C'étoit un Marchaud d'Oi-
Kiij
210 MERCURE
feaux qui en portoit une grande cage fur fa
tête. Elle étoit toute pleine de ferins. Ils fautilloient
fi légèrement fur les bâtons , & gafouilloient
fi joliment , que Jofephine , emportée
par fa curiofité , faillit à fe précipiter
par la fenêtre pour les voir de plus près.
Voulez - vous acheter un ferin , Mademoifelle
, lui cria l'Oifeleur ?
Peut-être bien , lui répondit Joséphine ;
ecla ne dépend pas tout - à - fait de moi. Attendez
un peu , je vais en demander la permiffion
à mon papa.
L'Oifeleur lui promit d'attendre. Il y avoit
une large borne de l'autre côté de la rue , il
y dépofa la cage , & fe tint debout à côté.
Jofephine , dans cet intervalle , courut à la
chambre de fon père. Elle y entra toute
effoufflée , en lui criant : venez vîte , mon
papa , venez , venez.
M. DE GOURCY .
Et qu'y a- t'il donc de fi preffé , ma fille ?
JOSEPHINE.
C'est un homme qui vend des ferins. II
en a , je crois , plus d'un cent ; une grande
cage toute pleine qu'il porte fur la tête.
M. DE GOURCY.
Et pourquoi en as-tu tant de joie ?
JOSEPHINE .
Ah , mon papa , c'eſt que je veux ..... c'eſtà
-dire , fi vous me le permettez , je voudrois
bien en acheter un.
DE FRANCE. 111
M. DE GOURCY.
Et as - tu de l'argent ?
JOSEPHINE.
Oh ! j'en ai affez dans ma bourſe.
M. DE GOURCY.
Mais qui nourrira ce pauvre oifeau ?
JOSEPHINE.
Moi , moi , mon papa. Vous verrez ; il
fera bien aife de m'appartenir.
M. DE GOURCY.
Ah , je crains bien .....
· JOSEPHINE.
Et quoi donc ?
M. DE GOURCY .
Que tu ne le laiffes mourir de foif ou de
faim .
JOSEPHIN E.
Moi le laiffer mourir de foif ou de faim !
Oh , non certainement ; je ne toucherai jamais
à mon déjeûner avant que mon oiſeau
n'ait eu le fien.
M. DE GOURCY.
Joséphine ! Joséphine ! tu es bien étourdie.
Tu n'as qu'à l'oublier un jour feulement .
Joséphine donna de fi belles paroles à fon
père , elle lui fit tant de careffes , & le tirailla
fi fort par le pan de fon habt , que M. de
Gourcy voulut bien céder à l'envie de fa fille .
Kiv
212 MERCURE
Il traverfa la rue en la tenant par la main.
Ils arrivèrent à la cage , & choifirent le plus
beau ferin de toute la volière . C'étoit un
mâle, du jaune le plus brillant, avec une petite
huppe noire fur la tête .
Qui fût jamais plus content que ne l'étoit
alors Jofephine ? Elle préfenta fa bourfe à
fon père , pour qu'il y prit de quoi payer
l'oifeau . M. de Gourcy tira de la fienne de
quoi acheter une très - belle cage garnie d'une
mangeoire & d'un abreuvoir de cryftal. :
Jofephine n'eut pas plutôt inftallé le ferin
dans fon petit palais , qu'elle courut par
toute la maifon en appelant fa mère , fes
foeurs , tous les domeftiques , & leur montrant
l'oifeau que fon père avoit bien voulu
lui acheter, Lorfqu'il venoit quelques unes de
fes petites amies , les premiers mots qu'elle
leur difoit , c'étoit favez vous bien que j'ai
le plus joli ferin de tout Paris ? Il eft jaune
comme de l'or ; & il a un panache noir
comme les plumes du chapeau de maman.
C'eſt un mâle. Venez , venez , je vais vous le
montrer. Il s'appelle mimi .
Mimi fe trouvoit fort bien des foins de
Joséphine. Elle ne fongeoit , en fe levant, qu'à
lui donner du grain nouveau & de l'eau bien
pure. Lorfqu'on fervoit des biſcuits fur la
table de fon père , la part de mimi étoit
faite la première. Elle avoit toujours en réferve
des morceaux de fucre pour lui. La
cage étoit garnie de tous côtés de mouron
frais & de grappes de millet. Mimi ne fut
DE FRANCE. 213
pas ingrat à tant d'attentions ; il apprit à
diftinguer Joséphine ; & au premier pas
qu'elle faifoit dans la chambre , c'étoient des
battemens d'ailes & des cuic cuic qui ne finiffoient
pas. Joséphine le mangeoit de baifers.
Au bout de huit jours il commença à
chanter. Il fe faifoit lui-même des airs fort
jolis. Quelquefois il rouloit fi long temps fa
voix dans fon gofier , qu'on auroit cru qu'il
alloit tomber expirant de fatigue au bout de
fes cadences ; puis après s'être interrompu un
moment , il recommençoir de plus belle ,
& d'un fon fi fort & fi brillant , qu'on l'entendoit
dans toute la maifon.
Joséphine paffoit des heures entières à
l'écouter aflife auprès de fa cage. Elle laiffoit
quelquefois tomber fon ouvrage de fes mains
pour le regarder ; & lorfqu'il l'avoit régalée
d'une jolie chanfon , elle le régaloit à fon
tour d'un air de ferinette qu'il cherchoit enfuite
à répéter.
Cependant Joséphine s'accoutuma peu - àpeu
à ces plaifirs . Son père lui fit un jour préfent
d'un Livre d'Eftampes ; elle en furfi agréa
blement occupée , que mimi en fut un peu
négligé. Cuic cuic , difoit- il toujours d'auffi
loin qu'il voyoit Joféphine. Joséphine ne
Tentendoit plus . Près de huit jours s'étoient
'écoulés fans qu'il eût ni mouron frais ni bifcuit.
Il répétoit les plus jolis airs que Joféphine
lui eût appris , il en compofoit de
nouveaux pour elle , tout cela inutilement
Kv
214 MERCURE
Vraiment Jofephine avoit bien d'autres choles
en tête.
Le jour de fa fête étoit arrivé. Son parrein
lui avoit donné une grande poupée qui alloit
fur des roulettes . Cette poupée , qu'elle appeloit
Colombine , acheva de faire oublier
mimi. Depuis l'inftant qu'elle fe levoit jufqu'au
foir , elle ne s'occupoit qu'à habiller
& à deshabiller cent fois Mlle Colombine , à
lui parler & à la promener dans la chambre.
Le pauvre oiſeau étoit encore bien content
lorfqu'on lui donnoit fur la fin du jour quelque
nourriture ; quelquefois il lui arrivoit
d'attendre jufqu'au lendemain.
Enfin un jour M. de Gourcy étant à table ,
& tournant par hafard les yeux vers la cage ,
il vit que le ferin étoit couché fur le ventre ,
& qu'il haletoit avec peine : fes plumes
étoient toutes hériffées ; & il paroiffoit rond
comme un peloton . M. de Gourcy s'approche
, plus de ces cuic cuic d'amitié ; la pauvre
bête avoit à peine affez de force pour ref
pirer.
Joséphine , s'écria M. de Gourcy , qu'a
donc ton ferin ? Jofephine rougit. Ah ! mon
papa , c'eft que j'ai.... c'eft que j'ai oublié....
& elle alla toute tremblante chercher la
boîte de millet .
M. de Gourcy décrocha la cage , & vifita
la mangeoire & l'abreuvoir. Helas ! mimi
n'avoit plus un feul grain , pas une gourte
d'eau. Ah mon pauvre oifeau ! s'écria M. de
Gourcy , tu es tombé en des mains bien
DE FRANCE. 215
cruelles. Si je l'avois prévu , je ne t'aurois
jamais acheté. Toute la compagnie qui étoit
à table fe leva en frappant dans fes mains ,
& en s'écriant , le pauvre oifeau !
M. de Gourcy mit du grain dans la mangeoire
& remplit l'abreuvoir d'eau fraîche.
Il eut bien de la peine à rappeler mimi à
la vie.
Joséphine fortit de table , monta dans fa
chambre en pleurant , & mouilla tout un
'mouchoir de fes larmes.
Le lendemain M. de Gourcy ordonna
qu'on emportât l'oifeau hors de la maifon ,
& qu'on en fit préfent au fiis de M. de
Marfay, fon voifin , qui paffoit pour un enfant
très - foigneux , & qui auroit pour lui
plus d'attentions que Jofephine. Il auroit
fallu entendre les regrets & les plaintes de
la petite fille. Ah mon cher oiſeau ! mon
`pauvre mimi ! tenez , je vous le promets
bien , mon papa , je ne l'oublierai jamais un
feul inftant de ma vie. Laiffez- le moi encore
pour cette fois.
M. de Gourcy fe laiffa enfin toucher par
les prières de Joséphine , & lui rendit le
ferin. Ce ne fut pas fans lai faire une réprimande
févère & des exhortations preffantes
pour l'avenir. Cette pauvre bête , lui dit il ,
eft renfermée , & n'eſt pas en état de pourvoir
elle -même à fes befoins . Lorsqu'il re
manque quelques chofes tu peux les demander
; mais mimi ne fait pas faire entendre for
K vj
216 MERCURE
langage. Si tu lui laiffes encore fouffrir ou
la foif ou la faim .....
沪
A ces mots un torrent de larmes coula fur
les joues de Joséphine . Elle prit les mains de
fon père & les baifa ; mais la douleur l'empêcha
de proférer une parole.
Voilà Joséphine maîtreffe une feconde
fois de mimi , & mimi réconcilié de bon
coeur avec Joséphine.
Un mois après M. de Gourcy fut obligé
d'entreprendre un voyage de quelques jours
avec fa femme. Jofephine , Jofephine , ditil
en parlant à fa fille , je te recommande
bien le pauvre mimi.
A peine fes parens farent ils entrés dans
la voiture, que Jofephine courut à la cage , &
pourvut foigneufement l'oifeau de tout ce
qui lui étoit néceffaire . !
Quelques heures après elle commença à
s'ennuyer. Elle envoya chercher les petites
amies , & fa gaieté revint. Elles allèrent enfemble
à la promenade , & à leur retour
elles påfsèrent une partie de la foirée à jouer
à colin- maillard & aux quatre coins ; la
danfe vint enfuite. Enfin la petite compagnie
fe fépara fort tard , & Joséphine ſe mit au
lit haraffée de fatigue.
Le lendemain dès le point du jour , elle fe
réveilla en penfant aux amuſemens de la
veille ; fi fa gouvernante avoit voulu l'en
croire , elle auroit couru en fe levant chez
les Dlles de Saint - Maur. Il fallut attendre
jufqu'à l'après- dîner. Mais à peine eut - elle
DE FRANCE.
1217
achevé fon repas , qu'elle fe fit conduire
chez ces Demoifelles.
Et mimi ? Il fut obligé de refter feul &
de jeûner. Le jour fuivant fe paffa aufli dans
les plaifirs.
Et mimi? Il fut encore oublié .
Il en fut de même du troiſième jour.
Et mimi: Qui auroit penfé à lui dans toutes
ces diffipations?
Le quatrième jour , M. & Mme de Gourcy
revinrent de leur voyage . Joféphine ne s'étoit
guères occupée de leur retour. A peine fon
père l'eut-il embraffée , & fe fut-il informé
de fa fanté , qu'il lui dit : comment le porte
mimi ? Fort bien , s'écria Joséphine un peu
furprife ; & elle courut vers la cage pour
apporter l'oifeau.
Hélas ! la pauvre bête ne vivoit plus ; clle
étoit couchée fur le ventre , les aîles étendues
& le bec ouvert.
Joséphine pouffa un grand cri , & fe tordit
les mains. Toute la famille accourut & fut
témoin de ce malheur..
Ah mon pauvre oifeau ! s'écria M. de
Gourcy, que ta mort a été douloureuſe ! fi
je t'avois étouffé le jour de mon départ , tu
n'aurois eu qu'un moment à fouffrir , au lieu
que tu as enduré pendant plufieurs jours les
tourmens de la faim & de la foif, & que tu
es mort dans une longue & cruelle agonie.
Tu es encore bien heureux d'être délivré des
mains d'une gardienne fi impitoyable.
Joséphine auroit voulu fe cacher dans les
218 MERCURE
entrailles de la terre . Elle auroit donné tous
fes joujoux & toutes les épargnes pour racheter
la vie à mimi ; mais tout cela étoit
alors inutile.
M. de Gourcy prit l'oifeau , le fit vuider
& remplir de paille, & le fufpendit au plancher.
Joséphine n'ofoit y porter les regards , les
larmes lui venoient aux yeux toutes les fois
que, par hafard, elle l'appercevoir .Elle prioit
chaque jour fon père de l'ôter de la vue.
M. de Gourcy n'y confentit qu'après bien
des inftances. Toutes les fois qu'il échappoit
à Jofephine quelque trait d'étourderie & de
légèreté , l'oifeau étoit remis à fa place ; &
elle entendoit dire à tout le monde : pauvre
mimi, tu as fouffert une mort bien cruelle !
Nota. Cette Pièce , faite par M. Berquin ,
eft tirée d'un Ouvrage qu'il va publier fous le
titre de l'Ami des Enfans , dont il doit paroître
un Volume tous les mois , à compter
du premier Janvier prochain. La foufcription
eft ouverte chez Piffot & Barrois le
jeune , Libraires , quai des Auguftins. Elle eft
de 13 liv. 4 fols pour Paris, & de 16 liv. 4 f.
pour la Province ( 12 Volumes rendus port
franc par la pofte . ) Il faut avoir foin d'affranchir
les lettres & le port de l'argent.
DE FRANCE. 219
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'énigme eft Poil ou Barbe ;
celui du Logogryphe eft Cône , où le trouvent
noce , Énoc & once.
JE
ENIGM E.
E fuis un enfant du befoin
Multiplié par la pareſſe ;
Cependant j'exige du ſoin ,
Et fous la main qui me careſſe
Je retrouve chaque matin ,
Avec la biancheur de mon teint ,
Ma grace & ma délicateſſe.
Alors , au gré de mes talens
Je dépars à l'humaine eſpèce
Ou la gravité des vieux ans ,
Ou la fraîcheur de la jeuneſſe.
Mais le fuccès de mon adreſſe
Eft affez contraire au bon fens ;
Car je rajeunis la vieilleffe
Et je vieillis les jeunes gens.
( Par M. Th. S. D. R.
223 MERCURE
LOGO GRYPH E.
Nous fommes toutes foeurs , tant filles que garçons ,
Qui n'ayant jamais eu d'enfance ,
Prîmes pourtant naiffance
Dans de grandes maifons :
Nous paroiffons un peu décoltées
Quoique modeftes dans nos airs ,
Et quelquefois du front nous menaçons les airs
Sans être en jambes haut montées .
Nous avons bien fouvent les dehors gracieux ,
Et dans le fond du coeur nous n'en valons pas mieux.
Nous poffédons une taille légère ,
Un beau corps , de beaux traits ; mais nous ne pourrions
pas ,
Sans éprouver quelqu'embarras ,
Montrer notre derrière .
Si quelqu'un feulement
Parvenoit un beau jour à nous tourner la tête ,
Ce feroit un événement.
Hiver , Été , Dimanche ou Fête ,
Toujours le même habillement ,
Pareille humeur & mêine allure.
Mais , par plaifir , voudrois- tu difféquer
Les dix pieds que l'on voit former notre ftructure ?
Chaque coup de fcalpel t'offre une autre figure.
Je vais te faire voir , fans me rien diſloquer ,
DE FRANCE. 221
Par la perte d'un membre un ancien Philofophe ; .
Un monftre ; une apostrophe ;
Deux notes de mufique ; un ornement pompeux
Qui furmonte le Trône & qu'on porte auxfaints lieux ;
Dans fes effais un enfant malheureux ,
Qui termina fon vol au fond d'une rivière ;
Une affez piquante boiffon ;
Un fort vilain puiffon ;
De la joie un figne ordinaire ;
Ces fillons indifcrets .
Qui bravent les apprêts'
Du teint d'une coquette ;
Le fils d'un Roi dont la langue muette
Se délia dans fa frayeur ;
Des foeurs nombreufes qu'un Joueur
Aime à voir courir à ſa vue.
D'un Patriarche une épouſe connue ;
Trois mots Latins ; ſavoir , un animal ,
Une vertu Chrétienne ,
Le lieu d'un facrifice. Eh ! mon Dieu ! que de mal!
Lecteur , j'ai fait ma tâche , à préfent fais la tienne.
(Par une Dame , habitantfes Terresprès Joyeufe.)
222
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
FRAGMENS d'un Poëme fur l'Affranchiffement
des Serfs , qui ont été lus à la
Séance publique de l'Académie , par M.
Carbon de Flins des Oliviers. A Paris ,
chez les Libraires qui vendent les Nouveautés.
In-8°.
CETTE Pièce de vers eſt l'une des trois
que l'Académie avoit diftinguées. A travers
de grands défauts , l'Académie y avoit
apperçu les caractères & l'empreinte d'un
talent qui donne de véritables espérances .
Le Public a jugé comme l'Académie ; les
fragmens de cette Pièce , ainfi que ceux.de
la Pièce de M. le Ch. de Langeac , qu'on a
très - bien appréciée dans un des derniers
Mercures , ont fait fur l'Affemblée une impreffion
à peu- près égale & très - Alatreuſe
pour les deux concurrens. Dans un Journal
qui ne peut avoir rien de plus utile que d'encourager
les jeunes talens , on manqueroit
à une forte de devoir , & on feroit privé
d'une fatisfaction bien douce , fi on ne faifoit
pas connoître auffi au Public les vers de
M. de Flins ; non que ces vers foient un riche
préfent à lui faire ; ne donnons jamais aux
chofes une importance exagérée , mais parce
DE FRANCE. 223
que dans les Arts les effais d'un jeune homme
ont , pour le Public lui-même , un intérêt
particulier : il fe dépouille ici de fa févérité
ordinaire ; il gliffe légèrement fur les
défauts ; il court au devant des beautés ; il
ne juge pas encore ; il ne veut que tirer un
préfage favorable , & il jouit de fon indulgence
même. Heureufe deftinée de la jeuneffe
, de répandre ainfi fur fes Ouvrages
tout le charme attaché à l'eſpérance ! Avant
de louer les vers de M. de Flins , il faut louer
la fageffe de fon efprit ; il a fenti que fa
Pièce étoit mal compofee ; & ce n'eft pas
une Pièce qu'il préfente , c'en font uniquement
les meilleurs fragmens. N'ayant pas
l'avantage de tenir à un Ouvrage , ils pour
font tomber dans l'oubli , & il eſt à croire
que rien ne les effacera davantage de la mémoire
que les nouveaux progrès du jeune
Auteur ; mais l'idée qu'ils auront donnée de
fon talent reftera , & elle doit lui infpirer
encore plus d'émulation que de confiance;
C'eft déformais d'après cette idée qu'il fera
jugé.
Nous accompagnerons les citations de fes
vers de quelques critiques. Nous ne préten
dons pas à l'honneur de l'inftruire & de le
diriger ; nous ne voulons que l'amener à
quelques réflexions fur les beautés & les
défauts de fon ftyle ; ce fera à lui enfuite
d'apprécier & fes vers & nos obfervations .
L'Aureur commence par expofer l'iufluence
de la Philofophie fur le bonheur des
2
224
MERCURE
Peuples , & la véritable grandeur des Rois ;
il continue ainfi :
Ils font paffés ces jours de révolte & de crime ,
Ou tous ofoient régner , hors le Roi légitime ;
Où les Grands, Souverains dans l'abfence des lois
Deshéritoient enſemble & le Peuple & les Rois.
も
On voit, dès ces premiers vers, que le jeune
Poëte cherche dans fes vers une tournure
mâle & des expreflions neuves & hardies ;
mais on y voit auffi qu'il n'ufe pas encore
d'une manière sûre de ce talent , par lequel
on peut fans ceffe ajouter à l'art du ftyle
& aux richeffes des langues. Cette expreffion
deshériter eft mpofante ; elle tient
aux premiers droits de la nature , aux lois.
fondamentales de l'ordre focial ; elle préfente
encore par les effets l'idée d'une punition
redoutable : c'eft une des expreffions
que l'on peut détourner de fon fens ordinaire
avec le plus d'avantage ; on peut trèsbien
l'appliquer à des Rois & à des Peuples ;
& cela a déjà été fait. M. Thomas , dans un
des plus beaux Ouvrages de ce fiècle , dans
Eloge de Marc- Aurèle , après avoir parlé
de toutes les Lois qui ont opprimé le monde,
préfente tout le tableau de cette oppreffion
dans une chûte de phrafe d'un grand effet ,
parce qu'elle eft enrichie d'une hardieffe de
ftyle très heureufe , & par là très - irréprochable
: & le genre humain s'eft trouvé deshérité.
On a pu auli appeler les Juifs, un Peuple
DE FRANCE. 225
deshérité fur toute la terre. Il n'en eft pas
ainfi de l'ufage que M. de Flins a fait de
cette expreflion. On peut remarquer , par les
exemples que je viens de rapporter , qu'elle
fe détourne naturellement au paffif ; mais
on feroit tenté de croire qu'elle ne peut fe
détourner à l'actif , fans donner au ſtyle
quelque chofe de faux & de contraint. C'eſt
que les effets expliqués par ce mot , ont de
l'analogie avec les effets de pluſieurs autres
événemens , au lieu que la caufe dont il indique
l'action eft unique. Un héritage eſt une
fucceffion dévolue à des parens par la loi , ou
par la puiffance paternelle confacrée par la
loi. Il peut y avoir une exception à cet ordre
établi , & c'eſt cette exception que l'on entend
par le mot deshériter ; mais il eft
évident que l'exception vient de la même
fource ; il n'y a que la loi ou une puiffance
qui repréfente la loi qui puiffe deshériter. Si
un peuple a perdu fes droits par l'ufurpation
des Grands d'un Royaume , on pourra
dire , en déterminant bien d'ailleurs le fens
du mot', ce Peuple eft deshérité; ce fera exprimer
d'une manière plus forte combien cè
qui lui a été enlevé étoit facré ; mais alors en
montrant l'effet , la phrafe devra fupprimer la
caufe ; car fi vous difiez : ce Peuple a été deshérité
par les Grands du Royaume , ou l'on
ne vous entendroit plus , ou au moins on
feroit choqué de votre expreffion . Cependant
il eft une manière d'employer ce mor à
l'actif avec de la jufteffe , c'eft de l'accom226
MERCURE
que
pagner d'un mot qui retrace la force &
l'empire. Pour me fervir de la phrafe que j'ai
déjà employée en exemple , il me femble
l'on pourroit dire : la tyrannie des Grands à
deshérité le Peuple , parce que le mot de
tyrannie annonce quelque chofe qui agit
avec toute la puiffance de la loi , dont effec
tivement elle s'eft revêtue. Voilà un long
commentaire fur un mot ; mais il en eft dont
l'analyse n'eft pas facile , & ce font précifément
ceux- là qui offrent an talent d'écrire
par l'étendue de leur fignification
ou
de grandes beautés , ou de grands écarts .
L'Auteur fait enfuite cette apoftrophe aux
Grands :
Ah ! ne regrettez pas l'orageuſe puiſſance
Dont vos ayeux cruels ont déſolé la France.
Grands , vous n'avez perdu que le droit d'opprimer ;
Au milieu des rivanx que vous pouvez aimer ,
Vous êtes les appuis & la pompe du Trône ;
Veus lui rendez l'éclat dont il vous environne
Et du pouvoir des Rois , votre pouvoir ami ,
Eft dans le fecond rang pour jamais affermi.
Ifolés par l'orgueil , vos fuperbes ancêtres ,
Oppreffeurs de nos champs, ennemis de leurs maîtres ,
De fix fiècles d'opprobre ont flétri leurs Vaſſaux.
Voilà , ce me femble , des vers qui réuniffent
de l'énergie & de la grâce dans la tournure
, de la préciſion & de la couleur dans
le ftyle. On peut même dire qu'ils plaifent
DE FRANCE. 227
au goût par un travail heureux & favant.
Dans les deux premiers vers l'alliance de mots
eft fort bonne. L'expreffion de la puissance
des Grands qui défole la France , eft légitimée'
par l'épithète d'orageufe , qui a des raports
avec la défolation d'un pays. Mais le goût peut
auffi relever quelques taches dans ce morceau:
Vos fuperbes ancêtres , ifolés par l'orgueil,
ne préſente pas un fens net, fi même il
y en a un dans ces mots . Mais c'eft fur- tour'
le dernier vers qui a un défaut contre lequel
l'Auteur doit d'autant plus fe tenir en garde,
qu'il tient au genre même du talent qu'il
annonce .
Vos fuperbes ancêtres
De fixfiècles d'opprobre ont flétri leurs Vaſſaux. }
M. de Flins veut dire que les Seigneurs ,
pendant fix fiècles , ont réduit leurs vaffaux
à un fort aviliffant . Mais d'abord cette vérité
, qui réfulte fi fenfiblement de la peinture
de la fervitude de la glèbe , méritoitelle
d'être dite , & étoit- elle digne de terminer
un morceau ? D'ailleurs une penſée
de ce genre doit toujours être énoncée fimplement.
Les alliances de mots ne font que
charger & embarraffer le diſcours , quand
elles ne font pas commandées par l'apperçu
net de deux idées , ou par l'impreffion profonde
de deux fentimens qui femblent toutà-
la- fois s'appeler & fe repouffer , & qui ont
fur- tout le befoin de triompher de la con228
MERCURE
trariété apparente des mots propres à les
exprimer.
M. de Flins peint enſuite la tyrannie des
Grands & l'esclavage des anciens Serfs qui ,
Dans leurs · champs malheureux
Arrofent la moiffon qui ne croît pas pour eux .
Ce malheur de la fervitude de la glèbe , a
été faili dans un effet encore plus attendriffant
par M. le Ch. de L.
Il vit pour les tyrans , & , plus infortuné ,
C'eft pour eux qu'il eft père & que fon fils eft né.
Philippe - le-Bel affoiblit le fyftême féodal .
Tout change: un Souverain , par de fages bienfaits ,
Affermit fa couronne en vengeant fes Sujets ;
Nos tyrans divifés le détruifent eux-mêmes.
Philippe unit enfin les douze diadêmes
Qui flottoient fur le front des Pairs ufurpateurs.
Ces derniers vers me paroiffent les plus
beaux de la Pièce de M. de Flins. Il eft infiniment
heureux d'avoir trouvé dans les
fignes & les termes même de la puiffance
féodale , une image auffi poétique.
Nos maux & nos tyrans font bientôt oubliés ;
Et par la liberté , déformais enrichie ,
La France adopte enfin l'augufte Monarchie.
Mais le joug des abus s'éterd jufqu'à nos jours ;
L'homme n'eft plus efclave , & fon champ l'eft tou
jours,
La
DE FRANCE. 229
La France adopte enfin l'augufte Mònarchie
, eft un vers qui doit plaire à des Fra 1-
çois. L'homme n'eft plus esclave , & fon
champ l'eft toujours , doit plaire à ceux qui
aiment que l'on traite fon fujet.
O Mufe ! d'autres chants rediront les combats
Des enfans du föleil , des antiques Incas :
Tu nous peindras alors les ombres confolées
S'élevant au-deffus de leurs vieux mauſolées,
Et de Philadelphie animant les Héros ; *
Tu peindras nos Guerriers, & ces mille vailleaux
Qui , nés dans les forêts dont s'ombrage la France ,
Aux tribus de Boſton apportent la vengeance.
Les Lecteurs doivent fe fouvenir qu'il n'eft
pas queſtion de juger un Ouvrage , mais
d'apprécier le talent d'un jeune homme. En
trouvant ici des vers bien écrits , ils ne doivent
pas demander pourquoi l'imagination
du Poëte va fe promener en Amérique ,
lorfqu'il doit peindre l'abolition des Serfs dé
la Bourgogne & de la Franche - Comté. Il
n'y a qu'un mot à dire fur le plan de cette
Pièce , c'eft qu'elle n'en a point , & l'Auteur
lui-même en eft convaincu ; fupprimonsdonc
toutes critiques à cet égard. Mais ne
doit-on pas lui faire obferver qu'il lui eft
échappé une faute de bienféance en mêmetemps
qu'un écart de poéfic ? Il n'eft pas
* M. de Flins annonce ici un Poëme fur l'Amérique
Fengée, dont il s'occupe.
Nº. 51, 22 Décembre 1781 .
L
230 MERCURE
dans les convenances qu'un jeune homme
parle dans fes premiers vers des poëmes qu'il
Le propofe de faire. Suivant les circonstances
ou les âges , la même chofe touche à l'intérêt
ou au ridicule. Je fais bien qu'il ne faut
pas enchaîner les talens fous toutes nos bien :
feances de fociété ; mais il eft des convenances
établies par la raifon elle-même , &
que le goût des Poëtes créeroit dans leurs
fictions , s'il ne les rencontroit déjà dans nos
moeurs.
A mesure que nous avançons , nous avons
de plus longues tirades à citer , & des tirades
de meilleurs vers,
Le Poëte parle toujours à fa Mufc.
Aujourd'hui , chante un Prince ami du Laboureur,,
Bon , fans avoir connu la leçon du malheur ;
Le vois-tu près du trône appeler la Sageffe ,
S'étonnant d'être admife auprès de la jeuneſſe ,
Nous donner la vistoire & l'efpoir de la paix ,
Et l'exemple des moeurs, le plus grand des bienfaits!
Déjà des orphelins , innocens & flétris ,
Qui n'ont point d'une mère obtenu le fouris
Par leur maître adoptés , croiffent & le béniffent ;
Les aufpices du pauvre à ſa voix s'agrandiſſent.
Moins de pleurs vont couler dans l'obſcure priſonz
Il réforme ces loix qu'accuſoit la raiſon ,
Ces loix dont l'art cruel , épiant ſes victimes ,
DE FRANCE 231
1
.
Avant de les prouver ofoit punir les crimes.
Ah ! du moins qu'entourés des heureux qu'il a faits ,
Il life fes vertus fur leurs fronts fatisfaits !
Le vieil Agriculteur , qui jadis pour un maître
Déchiroir le fillen où l'épi devoit naître ,
De ferviles travaux foixante ans accablé ,
Près de fa tombe enfin à l'efpoir appelé
Se confole , & déjà des plaines enrichies
Recueille librement les moiffons affranchies.
Le père , aux fils aimés qui lui ferment les yeux ,
Pourra léguer le champ où pleuroient fes aïeux ;
Pour eux il le féconde , & l'arbre qu'il cultive
Le couvrira du moins de fon ombre tardive.
O vous , Rois des hameaux & Citoyens des Cours !"
Vous qui , près de Louis , l'admirez tous les jours ,
Seul bien de tous vos biens que mon cecur vous envie )
Sans doute à l'imiter fa bonté vous convie ;
Mais fon pouvoir s'eft tu ; Louis , à des François ,
Ne veut rien ordonner , pas même les bienfaits :
Il ne commande pas , mais fon exemple invite.
Hy a encore des vers foibles , mais il y
en a peu de mauvais dans ce long morceau
; il y en a un grand nombre où le goût
eft joint au talent. En général , on y fent
un homme né pour bien écrire en vers , &
fans doute pour bien traiter un fujet , lorfqu'il
aura appris à porter dans l'étude de fes
fujets l'efprit , l'énergie & l'art que l'on remarque
fouvent dans fon ftyle. Il s'eft en-
Lij
232 MERCURE
core ici rencontré plufieurs fois avec M. le
Chev. de Langeac , quelquefois avec avantage
, fouvent avec infériorité. Bon , fans
avoir connu la leçon du malheur , me paroît
mieux que deviner le malheur. Mais il eft
bien loin de ce vers fur la Queſtion , que
l'on a juftement appelé un vers fublime ,
Fait mentir l'innocence au milieu des tourmens.
C'eft à regret que je termine cet extrait
par une critique ; mais je crois devoir à l'intérêt
qu'infpire le talent de l'Auteur , de
l'avertir du fens faux qui fe trouve dans
fes derniers vers. Comment n'a- t'il pas apperçu
qu'on ne peut pas louer un Prince de
ne rien ordonner à fes Sujets ; on ne gouverne
pas fans cela. Ce qu'on devroit furtout
ordonner , ce feroit les bienfaits , s'ils
pouvoient être commandés. Il y a quelque
chofe de peu réfléchi dans cette idée , qui n'a
qu'un faux éclat.
( Cet Article eft de M. L. C. )
LE Nouvel Anacreon François , ou les Après-
Soupers de Paphos , par M. G *** . A
Paris , chez los Marchands de Nouveautés.
» Nous croyons que l'Auteur d'un bon
» Ouvrage doit fe garder de trois chofes ,
» du Titre , de l'Epître Dédicatoire & de
» la Préface ; les autres doivent fe garder
d'une quatrième , c'eft d'écrire . » C'eft
l'avis que Voltaire donne aux Auteurs. On
DE FRANCE. 233
ne peut trop le leur rappeler , aujourd'hui
que la manie d'écrire eft une forte d'épidé
mie qui femble répandue fur tous les efprits,
& que le charlatanifme des titres eft pouffé
jufqu'au ridicule . Fiffiez -vous revivre l'imagination
douce & brillante du Chantre de
Téos , cuffiez -vons le fecret de cette fleur
de Poélie qui embellit , fes aimables productions
; on ne vous pardonneroit pas de
vous arroger à vous- même le nom d'Anaeréon
François. Mais fi vos Chanfons different
autant de celles du Poëte Grec que
POvide en belle humeur de d'Affouci , furnommé
le finge de Scarron , diffère de l'Ovide
Romain , à quoi ne vous expofez vous
pas ? Pourquoi , vous dira -t'on , affimiler à
des Odes auffi poétiques que voluptueufes ,
auffi délicates qu'ingénieufes , des couplets
burlesques & d'une gaieté triviale ? Il y a
bien loin affurément de l'Ode d'Anacréon
intitulée l'Éloge de la Rofe , à la Chanfon
du Bouquet de Romarin. L'une a été inſpirée
par les Grâces & par Apollon ; l'autre par
Tabarin & par la Mufe des Carrefours. La
plupart des Chanfons de ce Recueil reffemblent
plus ou moins à celle du Bouquet de
Romarin. Il ne faut pour écrire en ce genre ,
ni goùt ni étude , mais feulement une forte
de bizarrerie d'efprit avec une imagination
bouffonne. La belle choſe d'habiller de rimes
grotefques de vieilles équivoques ramaffées
dans les boues des halles ! Comme nous
écrivons pour tous les âges & tous les états ,
Lij
-234 MERCURE
藠
nous nous garderons bien de préfenter à
nos Lecteurs de pareilles boufoneries, même
pour en infpirer le dégoût . Nous aimons
mieux dire au rimeur Chanfonnier , avec
l'Auteur du Poëme des Styles ,
'N'imitez pas , groffièrement badin ,
Des Boulevards l'obfcèné baladin.
De telles moeurs la choquante peinture
Bleffe les fens , fait rougir la Nature.
Je plains un coeur par le vice gâté ,
Qui croit y voir de la fimplicité.
Ne venez pas non plus , bravant l'uſage,
Me bégayer le jargon du village.
Je ne dis pas qu'un mot un peu vieilli
Par le bon goût , ne puiffe être accueilli ;
Qu'un tour naïf, familier à nos pères ,
Ne plaife encore , ainfi que leurs manières,
Avec fuccès La Fontaine & Rouffeau ,
De nos Gaulois empruntant le pinceau ,
Rajeuniffoient des phrafes furannées.
Mais fobrement ufez de ce fecours ;
Le fimple même , en ornant fes difcours
N'y fouffre point de fleurs déjà fanées.
t
་ ! ྩོ
ش ا ب
Voilà ce qu'il ne faut jamais oublier ,
quelque chofe qu'on écrive. Boileau ne
pouvoit pardonner , même à Molière , d'eftropier
la langue en faifant parler des
payfans ; il faut , difoit- il , leur faire tenir
des difcours proportionnés à leur état fans
qu'il en coûte rien à la pureté du langage. Que
DE FRANCE.
1233
diroit-il , aujourd'hui que la plupart de nos
vaudevilles nefont qu'un patois groflièrement
eftropić. M. G *** tombe rarement dans ce
défaut. Le fien eft l'équivoque ordurière . Il
allégueroit vainement en fa faveur le genre
de Vadé. Ce genre , quoique pauvre & mefquin
, ne doit pas être confondu avec le burlefque.
Celui- ci ne peint rien ; l'autre , au
contraire , peint la Nature , baffe à la vérité ,
mais qui , pour certaines gens , n'eft point
fans agrémens. C'eft Téniers qui repréfente
avec vérité une guinguette , des gens du peuple
danfans , des Soldats buvans & fumant
leur pipe. Mais de mauvais quolibers en
chanfon , des calembourgs groffiers feront
toujours d'un goût à réprouver. Si des couplets
de ce genre font les Après- Soupers de
Paphos , c'eft apparemment de cette Paphos
où l'on trouve , pour me fervir des expreffions
de l'ingénieux Defmahis ,
Le fcandale au lieu du myſtère .
La débauche au lieu du plaifir.
Pétrone y paroît trop auftère ,
On le quitta pour Tigellin.
Canadie en chaffa Glycère ,
Et l'Albane à la main légère
Fut remplacé pour l'Arétin .
Liv
MERCURE
HISTOIRE Générale des Provinces- Unies
par MM. Desjardins & Sellius . 8 Vol
in-4°. A Paris , chez Nyan l'aîné , rue du
Jardinet .
Si l'Hiftoire , ce témoin de tous les âges
doit être l'école de tous les hommes , quel
peuple plus digne de fes pinceaux que
celui qui eft devenu riche dans un pays
pauvre N'est- ce pas un bel exemple à donner
au monde de ce que peuvent l'amour du
travail & la fimplicité des moeurs ? Les Hollandois
, refferrés dans l'État le plus borné de
notre Continent , toujours en guerre contre
un élément terrible qui les fubmerge , font
parvenus à fixer l'abondance fous un ciel rigoureux
: leur commerce s'eft étendu dans
les deux hémifphères , & leurs villes font
devenues les magafins de l'Univers . Leur
Hiftoire doit donc être un fpectacle auffi
eurieux que magnifique. Celle- ci eft rangée
fous cinq périodes. La première renferme
ce qui s'eft paffé avant l'entrée des
Romains dans la Baffe- Germanie ; la feconde
parle de la domination des Empereurs ; la
troifième raconte l'invafion des Francs , leur
Gouvernement & celui des Rois de la brancho
Germanique ; la quatrième commence
avec les Comtes , & la cinquième à l'établiffement
de la République. Mais quelles fcènes
atéreffantes offrent fur- tout les Tomes V &
DE FRANCE 237
VI ! l'efprit de réforme qui faifit quelques
Provinces , achève de les mettre en combuftion.
La rigueur des placards , la multiplication
des Évêchés , l'introduction du Concile
de Trente , effarouchent les peuples. La
préférence que Philippe II donne aux étrangers
dans la nomination des Charges , bletle
les Seigneurs, Les États fe plaignent. Les liens
de la fociété fe rompent. L'incrédulité , le
fanatifme & le libertinage produisent l'efprit
de fédition. La populace pille les Monaftères
& les Eglifes , brife les images , & les libelles
fe répandent dans la ville. L'Inquifition ouvre
les Tribunaux , & le Confeil de Sang
condamne & fait exécuter les Seigneurs. Les
Profcrits fe raffemblent fous le Prince d'Orange
, & font des prodiges de valeur fur
terre & fur mer. Le feu s'allume de toutes
parts, & la guerre , qui dure près d'un fiècle ,
coûte à l'Espagne un des plus beaux feurons
de la Couronne. Les hoftilités font inter
rompues par la pacification de Gand & par
l'union d'Utrecht. Mais le progrès de la réforme
alarme les Provinces Catholiques
qui fe féparent des autres. La guerre recom
mence , & les États offrent la Souveraineté
des Provinces à l'Angleterre. Élifabeth la
refufe & les fecourt.. Enfin le pavillon de
la République paroît dans toutes les mèrs.
Elle bat les Efpagnols & les Portugais , &
forme des établiffemens dans les deux Indes..
Le tumulte des armes n'interrompr point
fanattention pour l'avancement des Sciences
Lv
238 MERCURE
& des Arts. Enfin fes flottes , foutenues de
l'ailliance des François , forcent l'Espagne ,
jépuisée d'hommes & d'argent , à reconnoître
a liberté des Provinces- Unies.
Nous ne doutons point que certe Hiftoire
ne fixe l'attention des Politiques, fur- tout dans
le moment préfent , our cette République a
été obligée de prendre part à la guerre qui
ravage depuis plufieurs années l'Amérique.
L'article du Commerce nous a paru favamment
traité. MM. Desjardins & Sellius l'ont
pris à fa naiffance, ils parcourent fes progrès,
& le fuivent dans l'établiffement de fes manufactures.
Ils détaillent l'origine & les fuccès
des navigations des Hollandois , leurs
pêches & leurs relations avec tous les pays
de l'Europe. Ils rendent compte de leurs expéditions
navales pour le commerce contre
les villes anféatiques , contre les Efpagnols
& les Portugais , de leurs conquêtes dans les
deux Indes , de leurs établiffemens , forts ,
comptoirs , colonies , de l'érection de la
Compagnie des Indes Orientales , des Chambres
qui dirigent fon commerce & des réglé
mens qui s'obfervent fur leurs Aottes. De- là
ils paffent à la Compagnie des Indes Occidentales
, expliquent les caufes de fa décadence
, fon renouvellement , l'origine &
les progrès des Sociétés particulières de Surinam
& de Berbice.
Comme la Géographie eft l'oeil de l'Hif
toire, qu'elle feule fauve de l'oubli l'étendue ,
les limites & les noms des pays & des peu
DE FRANCE. 239
ples , il étoit très néceffaire de placer des
Cartes de tous les âges , fur-tout dans l'Hiftoire
de ces Provinces , plus expofées qu'aucune
autre partie de l'Europe aux ravages de
l'Océan. Celles que nous avons fous les yeux
nous paroiffent auffi favantes qu'exactes. En
un mot , les laborieux Ecrivains qui ont eu
le courage de débrouiller un chaos fi informe,
n'ont rien négligé pour fe faire lire avec au
tant d'utilité que d'intérêt.
L'ART de nager , avec des Avis pour fe
baigner utilement , par Thévenot , Volume
in- 12 , avec figures , quatrième Edition ,"
revue & augmentée. A Paris , chez
Lamy , Libraire , quai des Auguftins.
CET Ouvrage , qui doit fon origine à
Thévenot , célèbre par fes Voyages , compread
quatre Parties. La première confifte
dans une Differtation favante fur l'ancienneté
des bains , leur ufage & leur utilité ; la
feconde , qui eft à proprement parler le véritable
Ouvrage de Thévenot , renferme des
Leçons inftructives fur l'Art de nager ; la
troifième eft. compofée d'un Recueil de
tout ce que l'Auteur a pu trouver d'intéreſ→
fant fur les corps qui furnagent , & à la
faveur defquels on peut traverfer les fleuves
, fe foutenir & marcher dans le fein des
mers en cas de naufrage ; la quatrième , qui
ne paroîtra pas la moins importante ,
offre, d'après M, Gardanne & quelques cau-
L vi
240
MERCURE
tres Médecins connus , différens moyens de
reffufciter les noyés. L'Ouvrage eft terminé
par une Differtation fur les bains des Orientaux
; on y voit le détail des avantages &
des inconvéniens qui réfultent du fréquent
ufage que font ces Peuples de toutes espèces
de bains.
Depuis longtemps on defiroit, un Ouvrage
méthodique fur une matière auffi
inté effante. Ceux qui veulent fe former
dans l'Arr de nager , pourroient fans doute
trouver des obfervations utiles, dans Thévenot;
mais cet Ecrivain a fi fort négligé le
ftyle de fon Ouvrage , les idées en font f
obfcures , les principes fi peu intelligibles ,
que le commun des Lecteurs n'en peut
faire aucun ufage. Celui que nous avons
fous les yeux mérite à tous égards la préférence,
foit par la clarté qui y règne , foit
par les chofes nouvelles qu'il renferme.
SPECTACLES.
COMEDIE FRANÇOISE.
LE Mercredi 12 de ce mois , on a donné
la première repréfentation de Jeanne de
Naples , Tragédie en cinq Actes, par M. de
Harpe.
Jeanne a époufé André de Hongrie , pour
biz aux ordres de fon aïeul Robers Le
DE FRANCE. 245
Prince de Tarente qu'elle aimoit , & qui
aimoit en elle fa Couronne , l'a conduite à
permettre qu'on affaflinât fon époux . A
peine le crime a t'il été commis , que Louis ,
Roi de Hongrie , a menacé de venger fon
2 frère. Le Prince a quitté les intérêts de la
Reine , & s'eft propofe , à la faveur du crédit
dont il jouit auprès des États , d'épouſer
Amélie , Princeflè qui a des droits au Trône.
Louis vient en effet venger André & alliéger
Naples. Tarente ne le combat point ; une
Strêve eft accordée. Louis , entré dans Naples
avec mille des fiens, traite avec le Prince, &
exige que la Reine foit dépofée. Tarente y
fouferit : le Roi de Hongrie ajoute qu'il demande
la main d'Amélie qu'il aime , & qui lui
a déjà été réfufée ; mais qu'il renonce à tous
les droits qu'elle a au Trône de Naples.
L'ambitieux Tarente ne croit point à cette
générosité , & annonce un refus de la part
des Etats. Cependant , la Reine abandonnée
par un ingrar , entourée de tous les malheurs
, fur le point de fe voir détrônée , reproche
au Prince fon ingratitude ; toujours
guidé par les circonftances , celui- ci lui
prend qu'il a feint de quitter fon parti pour
attirer Louis dans Naples ; que dans la nuit
même il va tomber fous le même poignard
qui a privé fon frère du jour. La Reine fremit
& rejette cet affreux deffein ; le Prince
y perfifte & fort : tour- à-coup Montefcale ,
Grand Jufticier de Naples , vient lui appaendre
que Tarente , dy confentement des
ap242
MERCURE 7
Etats , doit époufer Amélie. Indignée , elle
inftruit Louis du crime nouveau que l'on prépare.
Celui - ci quitte les murs de Naples , &
revient donner un nouvel affaut ; le danger
de Naples engage les Etats & Tarente à confentir
que Louis époufe Amélie , en renonçant
à tous les droits qu'elle a au Trône ;
Louis , de fon côté , demande que Jeanne
foit dépofée , & confent à l'élection de Tarente.
Les Etats affemblés vont voir ce
Traité mis à exécution quand la Reine y
paroît , s'accufe aux yeux de Louis , fait
connoître fon complice & fe poignarde.
Louis auffitôt met l'épée à la main , défie le
Prince , qui tombe fous fes coups ; & , content
de la main d'Amélie , il abandonne Naples
pour retourner dans fes Etats.
Au moment où l'on écrit cet Article , la
Tragédie de Jeanne de Naples a eu trois
repréſentations avec le fuccès le plus brillant
, tant par le concours des Spectateurs
que par la vivacité des applaudiffemens . On
convient affez généralement que le fujet en
eft intéreffant , & que l'Ouvrage eft rempli
des plus grandes beautés. A l'égard des endroits
qui peuvent prêter à la critique , nous
en réfervons l'examen à un autre Mercure.
Si jamais le talent de Mme Veftris a mérité
les encouragemens les plus flatteurs , c'eft
fans doute dans le rôle de Jeanne de Naples ,
où elle a déployé tout ce qu'elle a d'énergie
& de fenfibilité. Le rôle impofant & ferme
de Montefcale , & le caractère impétueux &
DEES FRANCE.
243
noble du Roi de Hongrie ont été très-bien
rendus , l'un par M. Brizard , l'autre par
M. de la Rive.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE
E Lundi 26 Novembre , on a donné
pour la première fois le Baifer , Féerie en
trois Actes , Mufique de M. Champein .
La Fée Azurine unit fon fils Alamir à la
Princeffe Zélie ; mais fi , dans la journée ,
Alamir prend un feul baifer à Zélie , celleci
doit tomber fous la puiffance de l'Enchanteur
Phanor dont elle eft aimée. Le fatal baifer
eft pris , Phanor enlève la Princeffe , & l'enferme
fur le bord de la mer dans une tour
inacceffible. La Fée ; fous la figure d'une
vieille Magicienne amie de Phanor , trompe
l'Enchanteur , s'introduit dans la tour, délivre
la Princeffe & la rend à fon fils .
2 Beaucoup de facilité , de gentilleffe & de
grâces ne peuvent fauver de la langueur inféparable
de prefque tous les fujets de féerie.
L'Auteur de cet Ouvrage annonce trop de
falens , pour qu'on ne l'engage point à quitter
ce genre froid, & qui ne parle guère qu'à
l'efprit. M. Champcin a élevé très- haut le
ftyle de cette nouvelle compofition ; il en eft
réfulté peut-être beaucoup de févérité de la
part de ceux qui ont cru y appercevoir une
prétention déplacée . Nous l'engageons auffi à
chercher des Ouvrages où le coeur foit pour
quelque chofe , où il puiffe faire parler le
244 MERCURE
langage des paffions : car c'eft -là que le talent
d'un Muficien Dramatique fe fait réellement
connoître.
SCIENCES ET ARTS.
EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur de
la Defcription de l'Art d'exploiter les
Mines de charbon de terre , à M. de
Joubert , Tréforier Général des États de
Languedoc , fur les Fourneaux qualifiés
FOURNEAUX A ÉPURER LE CHARBON
DE TERRE.
JE fuis effectivement , Monfeur
& ancien Camarade , plus en état que perfónne
de vous indiquer tout ce qui a rapport aux
tentatives faites en France , concernant la prépara
tion qualifiée ÉPUREMENT du charbon de terre. En
1777, j'en ai donné la première époque , page 1218
de la Defcription de l'Art d'exploiter les Mines de
charbon , dans un article intitulé : TENTATIVES.
FAITES EN LANGUEDOC. En 1779 , j'ai repris
fört en détail l'hiftoire de la continuation de ces
Effais , page 1587 ; vous verrez que votre Province
eft précisément une de celles ou on a commencé à
en faire , & que cette opération de débitumer le chasbon
de terre pour le réduire en braife , remonte em
France à feu M. Jars , de l'Académie , à M. de
Genfaune , Correfpondant de l'Académie , & à M.,
le Chevalier de la Houlière.
Quoi qu'il en foir , Monfieur & ancien came
3
DE FRANCE. 247
1
sade , vous me demandez aujourd'hui ce que je penfe
fur le fond du procédé employé par le fieur Ling,
fous les qualifications de SECRET , de Décou-
VERTE , & dont il fe dit l'Auteur ; je ne ferois pås
en état de répondre précisément à votre queftion ,
c'eſt-à- dire , de vous affirmer en quoi confifte ce
SECRET mystérieux , fans un voyage que je viens
de faire aux portes de Toulouſe.
J'ai eu occafion de m'arrêter dans le Quercy , &
d'aller vifiter les mines de charbon du Rouergue
dans le Mandement d'Albin ; je ne pouvois manquer
d'être informé ( & je l'étois dès le mois de
Février ) que près du château de M. d'Arcambal , en
Quercy, il y avoit un atelier d'EPUREMENT de charbon
de terre : je n'étois pas homme à laiſſer échapper
une auffi belle occafion de me convaincre par
mes yeux que l'opération du fieur Ling étoit décrite
dans mon Ouvrage comme je l'avois foupçonné.
Voyez à ce fujet ma lettre à M. Leroy , imprimée
dans plufieurs Journaux . Lors des premiers mouve
mens faits pour folliciter ce Privilège D'ÉPUREMENT
, je fus par les perfonnes de la Bibliothèque
du Roi , que l'on étoit venu très - fouvent lire & confulter
la dernière partie de mon Ouvrage ; je me
doutai de l'objet dont on s'occupoit effectivement.
Voici maintenant la mèche découverte.
Le Lundi 18 Juin dernier , étant à Cahors , je
gagnai en herborifant le village de Galletife ( qui
fe prononce Gailecies ) , fur le bord du Lot , près
Sagenac. Il faut paffer près du château du Boufquet
, dont M. d'Arcambal eft Seigneur , comme
on me l'avoit écrit d'Albin au mois de Février , à
l'occafion du voyage que M. Vaffal , un des Agens
du fieur Ling , étoit venu faire à ces mines au mois
de Septembre 1780. J'étois accompagné dans ma
courfe d'un jeune Eccléfiaftique du Diocèle de
Cahors ( M. de la Caflagne ) , neveu d'un Cha246
-MER
CURE
2
noine de la Cathédrale , fi je ne me trompe. M.
l'Evêque de Cahors , notre ancien camarade de
collége , s'étoit propofé d'aller auffi ce même jour
Voir cette fabrication ; mais il n'y fut pas..
Je n'étois point attendu à l'atelier de Galletife.
Ayant été d'abord à même , par la pofition de eet
atelier fur le penchant d'une colline ( qu'il me falloit
defcendre pour y arriver ) , de le voir chemin
faifant par-deffus le mur , de reconnoître enfuite
que la porte en étoit ouverte , & qu'il y avoit
des travailleurs , nous gagnâmes l'entrée mon compagnon
& moi pour en profiter ; j'aurois pu m'en
difpenfer , à vous dire vrai, & retourner fur mes pas ;
j'avois tout vu fort à mon aife par deffus le mur
& reconnu que les fourneaux D'ÉPUREMENT font
exactement les mêmes que ceux décrits dans l'ex-
-plication des planches de mon Ouvrage ( pages 1f74
& 1575 ) , qui avoient été employés par M. le
Comte de Stuard , & qui ont été détaillés depuis dans
l'ordre de conftruction en 1779 , par M. de Gen
fanne (Journal de Phyfique, Novembre , page 337) .
Vous ferez peut-être bien-aife fur cela de favoir ,
Monfieur & ancien Camarade , quelle relation i
peut y avoir entre le SECRET prétendu du ficur
Ling & la conftruction publiée par M. de Genfanne.
La chofe eft fort fimple. Ce dernier a affuré
M. le Chevalier de Solages , Seigneur de Crameaux,
& je tiens cette Anecdote de M. le Prieur d'Albin,
que J. P. Ling étoit un ouvrier maçon dont M. de
Genfanne s'étoit fervi pour conftruire les fourneaux
à débitumer le charbon de terre ; que cet ouvrier ,
inftruit de cette conftruction , avoit décampé , &
étoit venu à Paris . Au furplus , M. le Comte de
Stuard ne conftruifoit pas autrement les fourneaux ;
je ne dois cependant pas oublier de vous dire que le
heur Ling prétend que M. de Stuard a été fon
diève.
DE FRANCE. 247
Je reviens à l'atelier de Galletife ; j'y vis fix
fourneaux, abfolument les mêmes (je le répète ) que
ceux que j'ai décrits ; par cette raiſon je ne vous en
donne point le détail : ils étoient fur un même alignement
; plufieurs étoient en réparation ; on étoit
occupé à en DRESSER un pour être MIS EN FEU
fous peu de jours ; je partois le fur-lendemain ; je
n'y fuis point retourné : cela étoit fort inutile.
A
Ainh , Monfieur & ancien Camarade , le degré
de perfection dont la préparation angloife n'appro
choit pas , felon L'AVIS AUX MAÎTRES DI
FORGES publié en 1780 , confifte uniquement à
maçonner la place à charbon en briques , à y ména .
ger des rigoles & à conftruire de même le ceintre
en briques à demeure , ce qui effectivement mamtient
la PILE ou MEULE de charbon , & accélère en même
temps le DRESSAGE ; mais il eft clair que cela a été
pratiqué à Montbard & à Ardinghem en 1775 avant
le feur Ling ; il eft encore évident que cette perfection
a été publiée en 1779 , & que le fieur Ling ne paroît
pas pouvoir être regardé Auteur de la méthode de
purifier le charbon de terre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
LE
Signé, MORAND.
GRAVURES.
E Sieur Fortin , Ingénieur-Méchanicien du Rol
pour les Globes & Sphères , visht d'affocier à fes
travaux le Steur Delamarche , connu déjà par des
effais eftimables en Géographie & en Aftronomie.
On trouve chez eux , rue de la Harpe, près la rue
du Foin , 1. des Globes & des Sphères de toutes
grandeurs , depuis 3. jusqu'à 18 pouces de diamètre ;
les nouveaux Globes célefte & terreftre de 12 pouces ;
248 MERCURE
le Célefte de M. Meffier , Aftronome de la Marine ,
&c. contenant les nouvelles Découvertes en Aftre
nomie , les Nébuleufes obfervées par lui & par M.
Méchain. 2 ° . Le Globe terreftre fait par le fieur
Fortin , contenant les nouvelles Découvertes en
Géographie, tirées des Voyages du célèbre Capitaine
Cook & de plufieurs autres Voyageurs. 3 ° . Des Cartes
collées fur bois & découpées,pour inftruire & amuler
les enfans. Le prix de chaque Carte eft de 12 liv.
On trouve chez les mêmes des Atlas céleftes &
terreftres de différentes grandeurs ; des Cartes Géographiques
fur toutes les parties du Globe , en une,
deux & quatre feuilles ; le Tableau des Mathématiques
avec fon explication ; des Planifphères & la
nouvelle Édition des Hémisphères céleftes de Robert
de Vaugendy ; des Lotos géographiques , avec une
inftruction pour ce jeu ; des Planétaires ou Sphères
de Copernic mouvantes ; la nouvelle. Machine géocyclique
citée dans l'Aftronomie de M. de la Lande,
& expliquée dans la Cofmographie de M. Menrelle
des Globes célettes à poles mobiles pour
démontrer la préceffion des équinoxes , & pour l'iptelligence
de l'Ouvrage de M. Dupuis fur l'origine
des Conftellations, & beaucoup d'autres Ouvrages
qui feront détaillés dans un nouveau Catalogue qui
paroîtra à la fin de cette année .
Carte Géographique & Topographique de différens
Diocèfes , & autres Cartes , qui fe trouvent à Paris,
chez Dezauche , Succeffeur des Sicurs Delifle &
Buache , premiers Géographes da Roi, & chargé de
l'Entrepôt- Général des Cartes de la Maime , rue des
Noyers , près celle des Anglois. Diocèle de
Rouen , Carte Topographique en fix feuilles ;
Diocèse de Lifieux , en deux feuilles , par M. Danville
; nouvelle Carte de l'Evêché de Rennes , Diocèle
de Senlis , de Beauvais , de Dijon , de Comminge,
DE FRANCE. 249
de Touloufe , de Cafties , de Lavaur , de Montpellier
, de Beziers , de Narbonne , &c. &c.
L'on trouve chez le même tous les détails de la
France , tant par Gouvernemens Militaires que par
Généralités. Tous les Cercles & Électorats d'AÎlemagne
& de l'Italie , tels que le Piémont , en 20
feuilles , la République de Gènes , le Duché de Milan
& les Évêchés de Trente , &c. Le Neptune Oriental,
par M. d'Après de Mannevilette , nouvelle Édition ,
tant in - folio qu'in- quarto. Le Neptune Américo-
Septentrional , &c.
Plan Géographique de l'Ile de Minorque , avec
l'explication des endroits où la defcente des Efpagnols
a été faite , felon l'original envoyé par M. le
Duc de Crillon . Prix , 15 fols . A Paris , chez la
Chauffée , Graveur , rue S. Jacques , vis- à-vis la
Fontaine S. Severin.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
OD Jur la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
, & fur les Avantages remportés récemment par
les Armées du Roi , par M. Courtial , in - 8 ° . A
Paris , chez Lamy , Libraire , quai des Auguftins,
*
Les après Soupers de la Société, petit Théâtre
Lyrique & Moral fur les aventures du jour. A Sybaris
& à Paris , chez l'Auteur , rue des Bons-Enfans ,
vis -à- vis la cour des fontaines . — Théâtre de M. de
Sauvigny, Tome I , même adreffe que ci - deffus.
-
Sainte Bible , traduite en François , avec l'Explication
du fens littéral & du fens fpirituel , tirée
des Saints Pères & des Auteurs Eccléfiaftiques ,
Tome I , in-8 °. A Paris , chez Befprez , Imprimeur ,
2009- MERCURE
&
Libraire , rue S. Jacques ; & à Niſmes , chez Pierre
Beaume , Imprimeur- Libraire. ( Voyez le Profpectus
fur la Couverture du Nº . so de notre Journal )
L'honnête Homme , par M. l'Abbé Moydieu ,
Chanoine de l'Églife de Troie , 2 Vol . in- 12. Prix ,
3 liv. A Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire ,
quai des Auguftins ; Barrois le jeune , Libraire ,
quai des Auguftins ; & Lefclapart , Libraire , Pont
Notre- Dame.
Epitre à un Anonyme qui a rendu la liberté à
deux cent prifonniers pour mois de nourrice , le
jour de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
par M. Richard , in- 8 ° . A Paris , chez les Marchands
de Nouveautés.
Almanach Hiftorique de la Ville , Diocèfe &
Bailliage de Sens. Prix , 12 fols. A Sens , chez
Tarbé ; & à Paris , chez Gogué & Née de la Rochelle
, Libraires , quai des Auguftius. On trouve
à la même adreffe un Mémoire qui enfeigne une
atitude orès-aifée & très-naturelle pour guérir les
Fluxions de poitrine & autres Maladies , par M.
Freffon , Marchand Braffeur, feconde Edition. Prix,
❝ fols.
Difcours publics & Éloges , auxquels on a joint
une Lettre où l'Auteur développe le plan annoncé
dans l'un de fes Difcours pour réformer la Jurifprudence
, par M.... Avocat Général , 3 Vol. in- 12.
A Paris , chez Simon , Imprimeur du Parlement ,
rue Mignon-Saint-André-des-Arcs,
De l'influence des affections de l'ame fur les ma
ladies nerveufes des femmes , avec le traitement qui
convient à ces maladies , par M. de Beauchefne ,
Médecin de MONSIEUR , Volume in- 8 ° . A Paris
chez Méquignon , Libraire , rue des Cordeliers.
DE FRANCE. 2501
Euvres de M. le Chevalier Antoine- Raphaël
Mengs , in-8 ° . Prix , 3 liv . broché. A Paris , chez
Conturier fils , Libraire , quai des Auguftins. On
trouve chez le même Libraire les Lettres familières
de M. Winckelmann , 2 Vol. in- 8 ° . Prix , 7 l . 10 f
----
Nouvelle Méthode sûre , courte & facile pour le
traitement des perfonnes attaquées de la Rage , par
le Frère C. Choifel , de la Compagnie de Jéfus ,
Apothicaire de la Miffion de Pondichéry, nouvelle
Édition in - 12 . A Paris , chez Morin , Imprimeur
Libraire , rue S. Jacques,
Lettre fur les Expériences des frictions glaciales
pour la guérifon de la pefte & autres maladies putrides
,, par M. D. Samoïlowitz , Docteur en Médecine
, in - 8 ° . A Paris , chez Leclerc , Libraire ,
quai des Auguftins .
Recherches Hiftoriques fur l'état de la Religion
Chrétienne au Japon , relativement à la nation Hol
landoife , traduites du Hollandois de M. le Baron
Onno- Swier de Haren , in- 12 . Prix , 1 livre 4 fols
broché. A Paris, chez Couturier fils , Libraire ,
quai des Auguftins ,
Grammatica Hebraica Francifci Mafclefii , punetis
Mafforecticis libera , edita à Luca Franc,
Lalande , Presbytero Orator. D. J. quarta Edit.
precedentibus brevior & emendatior , Vol, in-
8 °. Parifiis , apud B. Morin , via Jacobea .
Entretiens d'Angélique pour exciter les jeunes
Perfonnes du fexe à l'amour & à la pratique de la
Vertu , par une jeune Demoiselle , Volume in- 12 .
A Paris , chez B. Morin , Imprimeur- Libraire , rue
S. Jacques.
** Les Bizarreries du Deftin , ou Mémoires de
152
MERCURE
2
Miladi Kilmar , publiés par M. l'Abbé Sabatier ,
de Caftres , nouvelle Édition , revue & corrigée .
2 Vol. in- 12 . A Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins.
Difcours fur la Naiffance de Monfeigneur le Dau
phin , prononcé au Musée de Paris le 15 Novembre
1781 par M. l'Abbé Cordier de Saint-Firmin , Membre
de cette Société inſtituée le 17 Novembre 1780 ,
in-4° . A Paris , chez Valleyre , Imprimeur - Libraire ,
rue de la Vieille- Bouclerie.
Les Adieux de l'Arbre de Cracovie , in - 8 ° .
A Paris , chez les Libraires qui vendent les Nouyeautés
.
Faute à corriger dans le dernier Mercure.
Page 194 , ligne 12 , à un Auteur Dramatique ,
lifez aux Auteurs Dramatiques.
TA B LE
CLAUDINE à la Cour , 205 L'Art de Nager
La Linotte , Fable. 207 Comédie Françoiſe ,
Le Serin , Conte,
239
240
209 Comédie Italienne, 243
Extrait d'une Lettre de l'Auteur
de la Defcription de
l'Art d'exploiter les Mines
'de Charbon de Terre , à M.
Enigme & Logogryphe , 219
Fragmens d'un Poeme fur
l'Affranchiffement des Serfs,
222
Le Nouvel Anacreon François , de Joubert ,
232 Gravures ,
Hiftoire Générale des Provin- Annonces Littéraires ,
ces- Unies , 2361
244
247
249
APPROBATION
.
le
J'AI
lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 22 Décembre. Je n'y a
ien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreflion. A Paris,
21 Décembre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE FRANCE
.
SAMEDI 29 DÉCEMBRE 1781 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Sur la Mort de M. DE MAUREPAS.
C'est eft fait, il n'eft plus ΕΝ , ce Miniftre fublime,
Dont les deffeins hatdis confondoient nos rivaux.
Sa gloire , fes vertus , & cent ans de travaux ,
Dans les mains du trépas , qui le prend pour victime ?
Ne peuvent enchaîner la dévorante faulx.
Il meurt , & par ce coup la Sageffe luprême
Apprend à l'Augufte Louis ,
Quepour donner des lois aux deux Mondes foumis ,
Il n'a befoin que de lui-même .
( Par M. l'Abbé J...y , d'Harmonyville.)
X
No. 52 , 29 Décembre 1781 .
M
254 MERCURE
L'OPTIMISME ,
Épître à M. le Vicomte DE T***.
Les chagrins fuivent l'alegreſſe ;
Le plaifir fuccède au chagrin ;
Le fage reconnoît fans ceffe.
Que le mal eft auprès du bien.
La plus aimable Souveraine
A fon Époux donnoit un Fils ;
Elle est belle , elle eft Mère & Reine ,
Nos voeux , les fiens étoient remplis...
Eh bien , ce Neftor qu'on révère,
Que fon Monarque & (on pays
Avoient tous deux choisi pour père,
Couché fur un lit de douleurs
Défendoit la vieilleſſe auguſte
Contre la mort , defpote injufte
Qui ne jonit que par nos pleurs.
Toi-même , à la fouffrance en proie ,
Loin de nous étois retenu ;
Tous les coeurs , au ſein de la joie ,
Sembloient demander T **
Et lorfque la mort ſur ta tête
Tenoit fon glaive ſuſpendu,
Dans ma douleur j'ai reconnu
La douleur de toute ame honnête
Et l'empire de la vertu.
DE FRANCE. '25'5
Mais la fièvre qui te dévore
Va bientôt fortir de ton fein ;
Tu vis, & changeant mon refrein ,
Quand je pourrai te voit encore ,
Je m'écrirai que tout eft bien .
Ja réclame.ton indulgence.
Pour t'égayer ou t'endormir ,
( Tous les deux font un bien , je penfe.
Et, Laffone en doit convenir ,
Sunt figne de convaleſcence , )
Je voudrois , mais en confidence ,
Sur la Cour caufer avec toi ;'
Tu la connois en confcience,
Et je fuis , j'en donne ma foi ,
Auffi difcret .. qu'on l'eſt en France.
Voyons , ne diffimulons rien ;
Et dans une égale balance
Pefons le mal avec le bien.
AVANT tout, configne à ta porte
Ces gens de Cour , petits & grands ,
Tous ces valets , ces courtisans ,
Bruyante & légère cohorte ,
Qui s'empreffe , accourt ou s'enfuit ,
Qui rit & pleure , approuve & blâme
Selon que le Dieu de leur ame ,
Le Dieu du moment les conduit.
J'ai vu cette foule inſenſte bang w
'I
Mi
256
MERCURE
( Et le fpectacle eſt toujours neuf )
Le matin chercher ſa penſée
Et fon idole à l'oeil de boeuf.
Le foir , ces parjures oracles ,
Méprifant leurs propres Héros ,
Chantoient , adorateurs nouveaux ,
Un autre Dieu , d'autres miracles.
J'en pourrois nominer aujourd'hui
Plus d'un... Mais non , de la prudence.
J'ai , dans l'art de me taire inftruit ,
Su profiter de ton filence.
Après tout , ces mêmes efprits ,
Si peu conftans dans leurs fuffrages ,
Pour le même objet réunis
Raffemblent fur lui leurs hommages :
Tout chante ANTOINETTE & LOUIS.
C'eft la première fois , peut-être,
Que d'un vrai zèle tranfporté ,"
Un flatteur , en louant fon maître
Ne peut trahir la vérité.
Et moi , j'irois , cenfeur févère ,
Fronder tour , & n'eſtimer rien !
Non , le fage le plus auſtère
Auprès du mal trouve le bien
JE hafardois cette maxime
Chez le cynique Valençais ,
Qui croit les fautes des forfaits ,
D'un fentiment doux fait un crime,
DE
257
FRANCE.
Et qui pourtant veut qu'on l'eftime
Comme on eftime Nivernois.
Trouver le bien , quelle démence ,
Me dit-il avec véhémence ,
A la Cour , chez des courtifans!
Cruels & lâches complaiſans ,
Oui , c'est avec cette indulgence
Que, prodiguant un fade encens ,
Et des Grands flattant l'infolence ,
Vous perpétuez leur enfance
Par des menfonges careffans.
Non , non , il u'eſt plus d'eſpérance.
Tous les coeurs , tous font corrompus ;
• En vain je cherche des verrus
Je ne trouve que la licence .
Connoiflez-vous ce pays-là ?
Profcrite par la défiance ,
L'amitié , délaiffant la France ,
S'enfuit au Monometapa.
Être honnête - homme eft ridicule ;
L'honneur & même le fcrupule
Étoient fort bons pour nos aïeux ;
De l'égoïsme impérieux
Tout porte le froid caractère.
Il n'eft plus de fils , plus de père.
L'hymen , renverſant ſes Autels','
A rompu ces noeuds éternels
Qui confacroient nos deftinées ,
Et reproduifant nos defirs ;
Miit
278. ,
MERCURE
Tenoient nos ames enchaînées
A nos devoirs , à nos p'aifirs.
L'Amour même a perdu fes charmes ;
Sans traits , fans pudeur , fans flambeau ,
Il ne fait plus verfer des larmes :
Il ne lui refte qu'un bandeau.
Que je méprife & hais les hommes !
Que je regrette Juvénal !
C'est bien en ce fiècle fatal ,
Ce fiècle de fer où nous fommes,
Que rien n'eft bien & tout eft mal.
Le fermon eft un peu brutal ;
Un anathême auffi finiftre
Fut , je crois , le but très-moral
D'un Abbé qui , digne Miniftre ,
A Verſailles d'un ton fort trifte.
Prêchoit après le carnaval.
Pourquoi ces aris , cette colère ?
Où trouver des hommes parfaits ?
Ils font rares ; mais fur la terre
La vertu n'eſt pas étrangère
Elle exifte chez les François,
Je doute , pour parler fans feinte ,
Qu'on la trouve dans nos boudoirs,
A la toilette d'Araminte
Le matin , encor moins les foirs.
Je fais que d'un air d'innocence
On fe permet , avec efprit ,
DE FRANCE. 259
Deux petits mots de médifance
Que perfonne ne contredit.
Je fais qu'on fait cas de l'envie ,
Et qu'on ne fauroit , fans humeur,
Sans s'afficher comme cenſeur ,
Se refufer la calomnie.
Je fais , qu'auffi gais que prudens ,
Des.... légèretés de leurs femmes
Nos maris font les confidens ,
Ce qui prouve,de bonnes antes;
Et que pour amufer ces Dames ,
Occuper par des traits plaifans
Leurs vapeurs ou leurs infomnies ,
Ils racontent , difcrets amats ,
Leurs pathétiques perfidies.
Je fais.... Mais quel funefte emploi
De chercher le mal pour le peindre ?
Que le Philofophe eft à plaindre
Lorſqu'il ne voit autour de foi
Tous les humains que pour les craindre !
Pour moi , Sujet & Citoyen ,
Plus que jamais je crois au bien ;
Et dans les vertus du Monarque
J'apperçois l'infaillible marquet
De notre bonheur & du fien.
Le vice doit fuir la prefence:
C'est ainsi qu'un reptile obfcut ,
Du foleil craignant l'influence ,
Et l'éclat brillant d'un jour pur ,"
*
Miv
260 MERCURE
Fuit , & le Dieu de la lumière ,
Verfant fes feux & fes bienfaits ,
Pour les habitans fatisfaits ,
Orne & fertilife la terre ,
Et jouit des dons qu'il a faits.
Louis a droit au même hommage.
Avili près de fes égaux ,
L'homme , par un barbare ufage ,
Sur le fol , témoin de ſes maux , .. A.
Et fécondé par fes travaux ,
Refpiroit l'air de l'esclavage.
Preffé par l'espoir ou l'ennui ,
S'il cherchoit un ciel moins févère
Le fentiment de fa misère
Et fes fers marchoient avec lui ;
Et des Sujets , foumis & braves , -
De l'hymen fuyant les douceurs ,
Craignoient d'engendrer des efclaves
Nés pour l'opprobre & pour les pleurs.
L'humanité compatiſſante ,
L'aimable & fainte humanité ,
Sous une forme intéreſſante
A préfenté la liberté ;
Le vrai bonheur fuivoit leurs traces ;
LOUIS , confondant tous leurs traits ,
Crut voir ANTOINETTE ou les Grâces; :
Ils étoient sûrs de leurs fuccès .
Ses Sujets , dans ce jour profpère ,
Ses enfans , l'ont nommé leur père ;
DE FRANCE. 261
Et ce qu'avoit fait notre amour ,
Par reconnoiffance à fon tour ,
La Nature vient de le faire .
Croiffez , digne objet de nos voeux
Et vous , Rivaux impérieux ,
Craignez de Graffe & fa Victoire ;
L'inftant qui nous rendit heureux
Doit être l'inftant de la gloire.
Que pour fêter un jour fi beau ,
Au fein de l'ivreffe publique ,
Caftries préfente à ton berceau
La Liberté de l'Amérique ;
Et que Vergennes & la Paix ,
Réunis par la politique ,
Reftent près du Trône à jamais.
A UN AMI , qui vouloit que l'Auteur lui
fit des Verspour le premier Jour de l'An.
DAANNSS peu fe termine l'année ;
Un nouvel an va commencer,
Et vous exigez qu'en puînée
Ma Mufe aille vous l'annoncer.
Ami , c'eſt par trop me preiſer ,
Et mon embarras eft extrême.
Rimeur naïf & fans détour ,
Que vous dirai -je , en ce grand jour ,
Damon , finon que je vous aire bodie
M▾
262 MERCUREC
Rien , mon féal ; mais l'an fuivant
Je vous en pourrai dire autant;
Car je vous aimerai de même.
( Par M. Durivage Guillaume , Avocat. )
Extrait du Traité DE PLUTARQUE :
Comment il faut faire lire les Poëtes aux
Jeunes-Gens. Traduit par M. Sétis. *
LA Poéfie n'a point d'attraits pour des efprits
groffiers & ftupides. C'eft dans ce fens
qu'il faut entendre le mot de Simonides.
On lui demandoit pourquoi les Theffaliens
étoient les feuls dans la Grèce qu'il ne trompât
point. Ils font trop fors , dit- il , pour que
je les trompe. Gorgias appeloit la Tragédie
une véritable impofture ; mais , ajoutoit- il ,
celui qui en impofe ainfi eft plus droit qu'un
autre , & celui qui s'en laiſſe impoſer , plus
fage. Que ferons nous donc ? Faut-il embar-
M. Sélis , Profeffeur au Collège de Louis- le-
Grand , & Maître du jeune Bourler de ce même
College , dont le Roi de Pruffe a récompenfé les
talens naiffans , ( Voyez le Merc. du 22 Sept. ) vient
d'être Aggrégé par ce même Prince à l'Académie de
Berlin , au nombre des Affociés Étrangers. Il doit
cet honneur à fes Ouvrages qu'il avoit envoyés à ce
Monarque , & à fes heureux fuccès dans l'édu ation
de la jeuneffe confiée à fes foins . L'Académie a témoigné
à M. Sélis combien elle étoit fatisfaite de
cette Aggrégation.
DE FRANCE.
263
quer les jeunes gens à la fuite d'Epicure ,
qui fe déclare contre les vers , leur boucher
fes oreilles avec de la cire , comrne fit Ulyffe
à fes compagnons , & paffer à toutes voiles
devant la Poéfie ; ou , fans fuir ainfi , fe.contenter
de les munir d'excellens conſeils , &
de les hier , pour ainsi dire , à la raifon ?
N'eft- ce pas en les conduifant bien & en les
obfervant avec attention , que nous leur ferons
éviter le danger de ces chants fi gracieux
?
Le féroce Lycurgue , le fils de Dryas, étoit
fou , fans doute , lorfqu'il fit couper toutes
les vignes de fon Royaume , parce que l'on
s'enivroit & qu'il s'enfuivoit des défordres.
Il étoit fi fimple d'amener de l'eau près de
ces vignobles , & de corriger un Dieu infenfe
, comme Platon appelle Bacchus , par
le fecours d'un Dieu fobre. L'eau mêlée dans
le vin en prévient les mauvais effets & n'en
empêche pas les bons. Refpectons la Poéfie ,
& n'allons pas detruire la vigne des Mules.
Sachons feulement réprimer la licence de ces
fictions feduifantes qu'on étale au Théâtre.
C'eft quand nous verrons ces branches préfomptueufes
s'egarer , qu'il faut prendre la
ferpette & arrêter leur effor. Mais quand la
Poche ne fe borne pas à plaire & à traiter
des fujets vuides & ftériles , affocions - lui la
Philofophie. Les fictions des Poëtes rendront
les connoiffances philofophiques plus faciles
& plus agreables aux jeunes gens , comme la
mandragore , qui vient auprès des vignes ;
Mvj
264
MERCURE
infufée dans du vin , elle procure à ceux qui
en boivent un affoupiffement plus doux. Le
jeune homme qui fe deftine à la Philofophie
De rejettera donc point les écrits des Poëtes.
Les Poëtes font inenteurs , tantôt volontairement
, tantôt malgré eux. Volontairement,
parce que la plupart des Lecteurs ne
veulent que s'amufer , & qu'il faut leur
plaire , à quoi le menfonge eft plus propre
fans doute que l'auftère vérité. Jamais ni le
charme des vers , ni la majefté du ſtyle , ni
le choix des figures , ni le mérite de l'enfemble
& du plan ne rendront la vérité auffi
piquante qu'une fable bien faite . La couleur
en peinture a plus d'effet que le fimple trait,
parce qu'elle repréfente mieux la figure humaine
, & que l'illufion qu'elle produit eft
naturelle. Ainfi en Poéfie le menfonge , lorfqu'il
s'y mêle un air de vérité , frappe plus
& plaît davantage que les vers les mieux
travaillés où il n'entre point de fiction .
·
On trouve quelquefois chez des Poëtes
fameux , & excellens d'ailleurs , des traits
également abfurdes & révoltans contre les
Dieux , contre les grands Hommes & contre
la vertu. Le Lecteur qui , dans ces occafions
, croit d'abord ce qu'il lit , n'embraffe ,
au lieu de la vérité , que des erreurs dangereufes.
Mais fuppofons un homme conyaincu
que la Poésie n'eft que preſtige , ſe
DE FRANCE. 265
rappelant fans ceffe ce principe , & fait en
un mot pour l'apostropher elle - même en
ces termes : ..
a
Omonftre plus trompeur que le fphinx
des Thebains , pourquoi ce front ride quand
je te vois fourire , pourquoi m'abuſes - tu
quand tu fembles m'inftruire ? Un pareil
homme n'a rien à craindre de la Poéfie. Il
fe blâmera lui même d'avoir eu peur que
Neptune n'ouvrit réellement la terre , & ne
découvrît la rive défolée du ftyx . Il n'aimera
pas les larmes qu'Achille & Agamemnon
verfent dans les enfers , & les regrets auxquels
ils s'abandonnent , & leurs mains , fans
force & fans vie , tendues vers Ulyffe. Si
par hafard il eft affecté de ces peintures chimériques
, s'il fe fent troublé , s'il cède à
l'enchantement , il fe dira bien vîte :
Revole à la lumière , & vas par ces merveilles
De ta feiame crédule étonner les oreilles.
Dans bien des occafions les Poëtes falfifient
les chofes mêmes fans avoir intention de
les falfifier , ils croient eux-mêmes les erreurs
qu'ils mettent en avant. Cette ſentence :
C'eft Jupiter , c'eft lui qui sème au loin la guerre.
Et cette autre :
Le Ciel jaloux veut- il qu'une maifon périffe ,
Il fait naître un prétexte , & l'homme eft fon complice.
Et cent traits pareils que l'on trouve chez
les Poëtes ne viennent que de cur ignorance
266 MERCURE
eu des idées fauffes qu'ils ont fur la Divinité.
Ils pentent ce qu'ils difent , & nous trompent
d'autant plus facilement qu'ils font de
bonne- foi , ceux des Poëtes qui regardent
comme un malheur de mourir ou d'être privés
de la fepulture , qui s'abandonnent aux
plaintes à ce fujet , qui trahiffent leur frayeur
& difent :
Ah ! reftez près de moi , ne m'abandonnez pas
Sans enterrer mon corps , fans pleurer mon trépas.
Ou bien ,
Il meurt , fon ame fuit en proie à la trifteffe.
Hélas ! tout eft perdu , vigueur , beauté , jeuneffe.
Ou enfin ,
Je fuis fi jeune encore ! Eh ! laiffez -moi le jour.
Le jour , ce bien fi doux que l'on perd fans retour.
Ne me contraignez pas , victime malheureuſe ,
De voir, avant le temps , la rive ténébreuſe.
Il eft vifible que les Poëtes qui s'expriment
ainfi font réellement perfuadés de ces erreurs.
Ils n'en troublent que mieux nos efprits ,
fur tout quand ils les trouvent pleins des
mêmes préjugés.
Traduction de l'Épitre d'Horace à Fufcus
Ariftius. Livre Ier , Épître 10 .
HORACE , l'amateur des champs , à Fufcus ,
l'amateur de la ville , falut. Ainfi nous differons
de goû fur un point , mais c'eſt le feul,
fur tout le refte nous frateinifons , & l'on
DE FRANCE. 267
nous prendroit preſqué pour deux jumeaux.
Ce que l'un veut , l'autre le veut. Ce que
P'un rejette , l'autre le rejette auffi . Nous
fommes les deux pigeons de la Fable , vieillis
enfemble. Mais vous , vous ne fortez point
du nid , & moi j'aime à admirer les ruiffeaux
d'une charmante campagne , les rochers tapiffés
de mouffe , les bois . Que voulez- vous ?
Je commence à vivre , je fuis fur le trône au
moment où je me fépare de tous ces vains
objets que vous & tant d'autres élevez avec
complaifance jufqu'au ciel. Tel qu'un efclave
de Pontife qui fuit dégoûté de la pâtifferie
des offrandes , je veux du pain , c'eft da
pain qu'il me faut ; je le prefère au miel des
gâteaux friands. S'il eft vrai qu'il faut vivre
conformément au vou de la Nature , s'il importe
de bien choisir le lieu où l'on veut
élever fa demeure , dites , connoiffez- vous
un fejour préférable à celui des pailibles
campagnes ? En eft- il où les hivers foient
plus tièdes , où les zéphirs foient plus frais ,
& modèrent par une plus douce haleine les
fureurs du chien célefte , & l'agitation violente
du lion que pénètrent les rayons brûlans
du foleil ? En eft- il où le fommeil foit
mois troublé par les chagrins ennemis ? Le
gazon des prés a - t'il une odeur moins fuave,
úne couleur moins riante que vos pavés de
marbre d'Afrique ? L'eau , qui dans les rues
s'efforce de rompre le plomb des canaux
fouterrains , eft elle plus pure que celle
qu'entraîne une pente naturelle , & qui court
268 MERCURE
avec un bruit flatteur ? Voyez avec quel
foin , parmi vos riches colonnades , on élève
un bois artificiel , comme on vante une maifon
d'où la vue fe prolonge fur une vafte
campagne. Armez-vous , & chaffez la Nature
; elle revient , elle revole ; elle fait , par
un charme fecret , forcer peu- à-peu nos injuftes
dégoûts ; elle refte victorieufe . Non ,
le Marchand qui ne diftingue point la pourpre
de Sydon de l'étoffe groffière qu'on
trempe à Aquino dans une couleur fallifiée ,
n'eft pas expofe à un dommage plus certain ,
n'éprouvera pas de plus cuifans regrets que
l'homme qui ne difcerne pas les vrais biens
des biens apparens. Quiconque jouit fans
modération des faveurs du fort , fera renverfé
fi le fort change. Ce qu'on aime avec
paflion on le quitte avec regret . Fuyez tout
ce qui eft élevé. On peut , fous un toît pauvre
, furpaffer en bonheur & les Rois & les
favoris des Rois . Le cerf, vainqueur du cheval
, après de longs combats , le chaffa des
pâturages , leur domaine commun ; celuici
, las d'une vaine réfiftance , implora le
fecours de l'homme & reçut un frein ; mais
lorfqu'il fe retiroit victorieux à fon tour ,
grâces à cette force nouvelle , il ne put renverfer
le Cavalier monté fur fon dos , il ne
put fe délivrer du mors : image de l'homme,
à qui la crainte de l'indigence a fait perdre
la liberté , ce bien plus précieux que l'or. Le
lâche il portera toujours un maître , il fera
toujours affervi , parce qu'il ne fait point
DE FRANCE. 269
être content de peu. Quand la fortune d'un
homme contrarie fes principes , je la compare
à une chauffure trop large qui vous
fait tomber , ou à une chauffure trop étroite
qui vous bleffe. Soyez content de votre
fort , Ariftius , voila la vraie fageffe . Pour
moi , gourmandez -moi bien , j'y confens , fi
vous me voyez amaffer au delà du néceffaire
& me tourmenter fans relâche . L'argent
eft notre tyran ou notre efclave , mais
naturellement . il devroit fuivre & non mener
fon maître.
J'ai dicté cette Lettre pour vous , auprès
des débris de la Chapelle de Vacuna , plein
du regret de ne vous avoir point ici avec
moi , du reſte ſatisfait & joyeux.
(Par le même. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'énigme eft Perruque ; celui
du Logogryphe eft Cariatides , en fupprimant
l'a , Caritides , où l'on trouve idre , à , ré ,
fi dais , Icare , cidre , raie , ris , rides ,
Atis cartes à jouer , Sara , Aries , Caritas
& Ara.
ÉNIGM E.
SANS nous la beauté ne peut plaire ,
Et nous pouvons donner un charme à la laideur350k
270 MERCURE
Sans nous l'Ouvrage d'un Auteur
Refte long-temps chez fon Libraire.
Sans nous il n'eft pas de talent ;
Nous faifons aimer la Peinture ;
Nous embellifons la Sculpture ;
Jufqu'à la noble Architecture ,
Tout reçoit nos dons bienfaifans.
Mais c'est trop te mettre à la gêne ;
Lecteur , je me laiffe toucher.
Va chez Églé , fans foin ni peine
Tu nous verras fans nous chercher.
LOGOGRYPHE.
Au defir U defir de briller je dus mon exiſtence ;
Chez plus d'une Dacheffe on me trouve toujours ,
Et l'Actrice , à Paris , la Dame de Finance
Empruntent de mon fein l'éclat de leurs atours.
Mais fi l'on me coupe la tête ,
Mon fort pour lors eft différent ;
Car on me voit fur une bête
Devenir le jouet du vent.
Dans cet état, fâcheux , s'il te plait , cher Lecteur ,
D'ôtermon dernier pied , crains- en dọnc la fottiſe !!
Je fuis l'accent de ta douleur,
Ou bien celui de ta furpriſe.
( Par un Officier de Royal Étranger. )
DE FRANCE. 271
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SECOND Livre des Métamorphofes en
vers François , par M. de Saint- Ange.
Vol. in-8°.
UNE traduction en vers d'un Poëme Latin,
doit avoir beaucoup de critiques & très peu
de bons juges. Il y a peu de gens en France
à qui l'on puiffe dire aujourd'hui : Docte
fermonum utriufque lingua.
L'étude du Latin a été néceffairement négligée
depuis qu'on a été obligé d'employer
une partie de fon temps à l'étude des langues
modernes , & qu'on a pu s'inftruire dans
des Ouvrages François de prefque tout ce
qu'il importe à un homme de favoir. Enfin
les Ouvrages de Sciences , les feuls qu'on
écrive encore en Latin , font formés prefque
en entier de termes techniques qui appartiennent
à toutes les langues , & font liés enfemble
par des phrafes d'une conftruction fi fimple ,
que pourvu qu'on entende la matière qu'ils
traitent , on n'a befoin pour les lire que
d'une connoiffance fuperficielle de la langue
Larine.
Ainfi , le mérite de la difficulté vaincue
& celui de faire fentir dans la traduction
272 MERCURE
tout ce qu'il eft poffible d'y conferver des
fineffes , des grâces , de la propriété des termes
qu'on trouve dans l'original , font également
perdus pour la plupart de ceux mêmes
qui lifent le Poëte dans fa langue naturelle ,
tandis que tous les Lecteurs font frappés de
l'efpèce d'air étranger que la traduction la
plus parfaite conferve & doir conferver ; &
alors on reproche au Poëte François , ce que,
par l'effet de l'admiration qu'on eft convenu
d'avoir pour les anciens , on n'auroit point
ofé ne pas trouver beau dans l'original.
Heureufement pour M. de Saint- Ange, le
fonds des Métamorphofes d'Ovide eft fi
piquant , & le Traducteur poſsède fi bien
l'art de peindre en vers François les détails
agréables , qu'il devroit craindre moins la
critique que perfonne ; & s'il en a cffuyé de
fi rigoureuſes , c'eft fans doute parce que fes
Critiques lui reconnoiffent un talent trop
décidé pour craindre de l'étouffer ou de lui
nuire en déployant toute leur févérité.
Le meilleur moyen de mettre ceux de nost
Lecteurs qui n'ont pas lu M. de Saint - Ange ,
à portée de juger fa traduction , eft de leur
en faire connoître quelques morceaux , en
mettant en même temps le Latin fous leurs
усих.
FORMA mihi nocuit. Nam cum per littora lentis
Paffibus , ut foleo , fummâ fpatiarer arenâ ;
Vidit , & incaluit pelagi Deus : utque precando
Tempora cum blandis abfumpfit inauia verbis ;
DE FRANCE. 273
Vim parat , & fequitur. Fugio , denfumque relinque
Littus , & in molli nequicquam laffor arenâ.
Inde Deos , hominefque voco ; nec contigit ullum ;
Vox mea mortalem : mota eft pro virgine Virgo
Auxiliumque tulit . Tendebam brachia coelo :
Brachia coeperunt levibus nigrefsere pennis.
Rejicere ex humeris veftem molibur ; at illa
Pluma erat ; inque cutem radices egerat imas.
Plangere nuda meis conabar pectora palmis :
Sed neque jampalmas , nec pectora nuda gerebam.
Currebam ; nec , ut ante , pedes retinebat arenâ :
Sed fummâ tollebar humo . Mox attaper auras
Evehor , & data fum comes inculpata Minerva.
+
HELAS ! ma beauté feule a fait tous mes malheurs.
Unjour qu'au bord des mers je marchois incertaine ,
Seule , & comme fouvent encore je m'y promène ,
Le Dieu des eaux me voit , s'enflamine & me pourfuit.
Sous mes pas chancelans le fable gliſſe & fuit.
Des mortels & des Dieux j'implore l'affiftance ;
J'étois vierge ; une Vierge embraffa ma défenſe ,
Pallas entend mes cris , & vers elle tendus ,
Je vois foudain mes bras de plumes revêtus ,
Ma robe à longs replis traîne au loin fur ma trace ;
Je veux la rejeter ; un duvet la remplace..
En vain dans ma douleur je veux frapper mon fein ;
Je n'agite qu'une aîle , & je n'ai plus de main.
Mes pieds plus déliés ne preffent plus l'arène ,
E mes alles déjà ne l'effleurent qu'à peine.
274
MERCURET
Je m'élève , & dans l'air je rejoignis Pallas ;
Et , fon oiſeau chéri , j'accompagnai ſes pas.
ILLA forte die cafta de more puella
Vertice fuppofito feftas in Palladis arces
Para coronatis portabant facra caniftris.
Inde revertentes Deus afpicit ales , iterque
Non agit in rectum : fed in orbem curvat eundem .
Ut volucris vifis rapidiffima Milvius extis ,
Dum timet , & denfi circumftant facra miniftri;
Flectitur in gyrum. Nec longius audet aqire ;
Spemquefuam motis avidus circumvolat alis.
Sic fuper Acteas agilis Cylienius arces
Inclinat curfus ; & eafdem circinat auras.
J
QUANTOfplendidior , quam cætera fydera fulget
Lucifer ; & quanto , quam Lucifer , aurea Phoebe ;
Tanto virginibus preftantior omnibus Herfe
Ibat : eratque decus pompe comitumquefuarum
Obftupuitforma Jove natus : & athere pendens,
Non fecus exarfit , quam eum balearica plumbum
Fundajacit . Volat illud , & incandefcit eundo :
Et quos non habuit , fub nubibus invenit ignes.
VERTIT iter; coloque petit diverfa relicto ;
Nec fe diffimulat. Tanta eft fiducia forma.
Qua quamquamjufta eft; curd tamen adjuvat illam :
Permulcet que comam , chlamydemque ut pendeat aptè
Collocat : ut limbus , totumque appareat aurum ; ».
DE FRANCE.
275
Ut teres in dextrâ , quâ fomnos ducit , & arcet ,
Virgafit : ut terfis niteant talaria plantis.
Ce jour-là , par haſard , étoit un jour de fête.
Dans des corbeilles d'or qui couronnoient leur têre
Trois cent vierges en pompe , à l'autel de Pal¦as
Alloient offrir des dons moins purs que leurs appas.
Le Dieu , qui dans fon vol les voit fortir du temple
Se balance dans l'air , voltige , les contemple ,
S'arrête , & de fa route interrompant le
Vole , revole en cercle , & forme cent détours.
Tel l'avide Milan , témoin d'un facrifice ,
S'il voit du haut des airs les flancs d'une géniſſe
Palpiter fur l'autel des Prêtres entouré ;
Retenu par la peur , par la faim attiré ,
cours
Il s'élève , il s'abaiſſe , il va , revient , tournoie,
Et des regards au moins il dévore fa proie.
AUTANT brille Vénus entre mille aftres d'or ,
Autant plus que Vénus Diane brille encor ,
Autant Herfé, parmi la pompe folemnelle ,
Entre mille beautés paroiffoit la plus belle.
Frappé de fes attraits , le fils de Jupiter
La voir, brûle , defire, & s'enflamme dans l'air."
Tel le plomb qu'a lancé la fronde d'un Numide ,
Fend l'air , vole , s'échauffe en fa courſe rapide ,
Et trouve fous la nue un feu qu'il n'avoit pas.
TAI
Le Dieu , loin de l'Olympe , a volé für fes pas.
Jeune , aimable , il paroît fous fa propre figure's ?
276
MERCURE
Mais le defir de plaire ajoute à ſa parure,
Une odeur d'ambroiſie embaume ſes cheveux.
Sa robe , qui retombe à replis onduleux ,
Développe l'argent de fa frange perlée.
Il rehauffe l'éclat de fa chauffure aîlée.
Son fceptre, entrelacé de deux ferpens divins ,
Se balance avec grâce agité dans fes mains .
Sceptri gravitate relittà ,
Ille pater reétorque Deûm ; cui dextra trifulcis
Ignibus armata eft , qui nutu concutit orbem ;
Indicitur tauri faciem ; miſtuſque juvencis
Mugit , & in teneris formofus obambulat herbis.
Quippe color nivis eft ; quam nec veftigia duri
Calcavere pedis , nec folvit aquaticus aufter.
Colla toris extant ; armis palcaria pendent :
Cornua parva quidemque fed quæ contendére poffis.
Facta manu , purâque magis pellucida gemma,
Nulla in fronte mina ; necformidabile lumen :
Pacem vultus habet, Miratur Agenore nata, "
Quod tamformofus , quod pralia nulla minetur.
Sed quamvis mitem metuit contingere primè.
Mox adit: &flores ad çandida porrigit ora.
Gaudet amans. Et dum veniat ſperata voluptas ,
Ofcula dat manibus : vixjam , vix caterca differt.
Et nunc alludit, viridique exfultat in herba:
Nunc latus infulvis niveum deponis arenis :
Paulatimque
metu dempto ; modo peitora prabet
Virginea plaudenda manu ; modo cornua fertis
Impedienda
DE FRANCE. 277
Impedienda novis . Aufa eft quoque regia virgo ,
Nefcia quem premeret , tergo confidere tauri.
Tum Deus à terrâ ; ficcoque à littore , fenfim
Falfa pedum primis veftigia ponit in undis.
Inde abit ulterius , mediique per aquora ponti
Fert pradam. Pavet hac : littuſque ablata relictum
Refpicit ; & dextrâ cornu tenet ; altera dorfo
Impofita eft. Tremula finuantur flamine veftes.
CE Dieu, père des Dieux , devant qui le Ciel tremble ,
Dont la main flamboyante étincelle d éclairs ,
Oubliant ce haut rang de Roi de l'Univers ,
D'un taureau tout-à- coup emprunte la figure.
Parmi ceux d'Agénor il foule la verdure ;
Il erre dans la plaine , & femble , avec fierté ,
Aux regards éblouis , promener ſa beauté.
Son poil paffe en blancheur la neige la plus pure ,
Qui de la pluie encor n'a point fenti l'injure .
Son fanon à longs plis flotte fur fes genoux.
Le plus fier des taureaux , il en eft le plus doux ;
Ses cornes fur fon front fe courbent avec grâce ;
Son regard eft paifible , & n'a rien qui menace.
Europe avance , héſite , approche de plus près.
Elle admire fon front où refpire la paix ,
Et de fon poil fuifant la neige éblouiſfante .
Elle cueille des fleurs que fa main lui préſente,
De ces foins , en fecret , le Dieu s'enorgueillit :
Il baife avec les fleurs la main qui les cueillit :
Il triomphe , il jouit d'un bonheur qu'il eſpère ,
No. 52 , 29 Décembre 1781. N
2783 MERCURE
Et que dans les tranſports avec peine il diffèrep
Tantôt fur l'herbe rendre il bondit mollement p
Sur l'arène tantôt couché tranquillement ,
Il préfente fon dos à la main délicate
Qui , plus hardie alors , le careffe & le flatte.
Il fe laiſſe enchaîner de guirlandes de fleurs.
La fille d'Agénor a perdu fes frayeurs.
Crédule ! elle, ofe enfin, dans fon erreur extrême
Au dos du raviffeur fe livrer elle-même.
Orgueilleur de fa charge , il fe lève , & d'abord
A pas lents & trompeurs il s'éloigne du bord.g
Tout-à-coup à la nage il fend la mer profonde.
La Princeffe frémit, tremble, & du fein de l'onde
Regarde le rivage & le regarde en vain ,
On la voit fur le dos de ce taureau divin,
Se tenir d'une main à fa corne puiffante
Et de Pautre abaiffer fa robe voltigeaute, N
Nous avons mieux aimé citer des morceaux
un peu longs qu'un plus grand nombre
de morceaux plus courts , parce que les
Lecteurs en verront mieux le ton de l'Ou-"
vrage , la manière du Poëte , les beautés &
les défauts de la traduction. Nous ne leur
faifons pas l'injure de marquer ce qu'ils doivent
admirer ou critiquer. Il fembleroit , à
la manière dont certains Journaux préfentent
leurs Critiques , que le Journaliſte foit
un Profeffeur , & les Lecteurs d'humbles
Ecoliers dont il eftchargé de former le juge
ment & le goût,amá) kauja di
And
DE FRANCE 279%
Nous allons rapporter maintenant quelques
vers ifolés , fur lefquels nous nous per-r
mettrons quelques obfervations bis 193
Fable de Phaeton, rat stadista is
༨༠༡ ༩ ༥
Facies non omnibus uha , w
Nec diverfa tamen qualem decet effe fororums :
Chacune , fans avoir une même figure,
Ont cet air reffemblant qui fied bien à des fours.
#u.
Il étoit difficile de rendre le Latin avec
plus de précifion , quoique peut- être le pre
mier vers ne foit pas fans reproche.
Signaque fexforibus dextris , totidemquefiniftris.
Et les fignes des mois , aux deux pans ciſelés ,
Six à droit , fix à gauche , y brillent étoilés.
Nous citons ces vers , parce qu'on les a
tournés en ridicule ; & nous obferverons
que l'idée des fignes du zodiaque , gravés
moitié par moitié fur les battans de la porte
du palais du Soleil , font une image un peu
mefquine; qu'il falloit pourtant la rendre en
François, qu'elle eft ici rendue avec exactitude
& du même ton que dans l'original , ou tongue
dans cet endroit , comune dans beaucoup
d'autres , on ne peut s'empêcher d'appercevoir
une légère nuance de plaifanterie.
Nous citerons , comme un modèle de
cifion , ces vers fur les faifons.
où
Verque novum ftabat cinétum florente corona:
Stabat nuda Eftas , & Spicea ferta gempat ; 3
A
:
Nij
280 MERCURE.
Stabat & Autumnus calcatisfordidus 'uvis ,
Et glacialis Hyems canos hirfuta capillos.
La paroît , couronné d'une treffe de fleurs ,
Le Printemps , au front jeune , aux riantes couleurs ;
L'Été , qui , les bras nuds , tient des gerbes dorées s
L'Automne , le front ceint de grappes colorées ,
Tout fouillé des raifins que fes pieds ont preffés ;
Et l'Hiver , aux cheveux de neiges hériſſés .
Sors tua mortalis ; non eft mortale quod optus.
Tes deflins font d'un homme, & non pas tes fouhaits.
Voltaire a dit :
Tes deftins font d'un homme , & tes voeux font d'un
Dieu.
Mais Ovide ajoute que les Dieux mêmes
n'oferoient conduire le char du foleil ; il
falloit donc rendre le non mortale d'une manière
rigoureuſe , & c'est ce qu'a fait M. de
Saint-Ange.
Fable de Califto.
Et ofcula jungit ,
Nec moderata fatis , nec fic à virgine danda.
Et lui donne un baifer dont la chaleur dément
Le fexe de Diane , & décèle un amant,
Cette traduction et heureufe , & l'eft
d'autant plus , que de tels vers font , pour
ainfi dire , intraduifibles ; mais nous obferverons
que la traduction ne rend pas le nec
fic du latin , Ovide a eu foin de laiffer à l'imaDE
FRANCE. 181
gination du Lecteur à deviner en quoi un
baifer de Jupiter peut différer d'un baifer de
Diane. Le nec fic n'eft pas du tout la répétition
de nec moderata fatis , qui eft rendu
ici par chaleur.
Quâ venata foret fylvå narrare parentem
Impedit amplexu ; nec fe fine crimine prodit.
Sa bouche avec la fienne , ardente à fe confondre,
Intercepte les mots qu'elle veut lui répondre.
Ces vers François. rendent bien le premier
vers & la moitié du fecond ; mais la
dernière moitié , Nec fe fine crimine prodit ,
n'eft pas traduite ; elle eft inutile fans doute
à la clarté du recit , ce qui fuit eft fuffifant ;
mais nous croyons que l'Auteur auroit de
faire quelques efforts pour rendre ce demivers.
C'eft Jupiter , c'eft le père des Dieux
dont il eft queftion ; & le mot de crimen ,
appliqué par un Poëte Latin à une action
commife par le premier des Dieux que le
peuple Romain adoroit , eft une preuve
marquée de l'efprit dans lequel le Poëme eft
compofé. Un Dieu qui ne fe trahit , qui ne
fe fait reconnoître qu'en achevant un crime ,
eft une plaifanterie fi piquante contre les
fuperftitions populaires de Rome , qu'il ne
falloit point la paffer fous filence.
Enfin , dans la Fable d'Aglaure , Mercure
lui propofe de favorifer fon amour pour fa
foeur Herfé ,
Tu tantum fida forori
Efe velis , prolifque mea matertera dici.
N iij
282 END BRACU RIET
J'aime la jeune Herfé: confidente fidelle ,oob wi
Soyez tante des fils que je veux avoir d'elle.
Ce dernier vers fuffiroit tout-feulypour
prouver que M. de St-Ange eft appelé par la
Nature à traduise le Livre charmant des
Métamorphofes, sol dintsupisng, aritest
TRAITÉ des Érections des Bénéfices , par
-M. Laubry , Docteur en Théologie, Avocats
au Parlement , Volume in- 12 . A
Paris chez Demonville , Imprimeur-
Libraires 1781.Lojtros ar net aan 237
up
*
2 noblaut nå bur
CE Traité eft la fuite de celui des Unions,
compofé par le même Auteur; Ouvrages qui
embraffent les queſtions les plus importantes
du Droit Public Eccléfiaftique. enoug
Cleft aux Miniftres de l'Eglife que font
confiés parmi nous le dépôt de la morale ,
l'administration du culte & la manutention
du patrimoine des pauvres. Ce Livre eft done
utile à l'Homme d'Erat comme au Prêtre, &
au Jurifconfulte. Il importe même à tout
Citoyen de connoître les titres de ceux qui
exercent les fonctions publiques. 25
Dans la répartition primitive des emplois
eccléfiaftiques & des domaines qui y font
attachés l'on n'a confulté que le bien commum;
mais lorsque dans la profpérité des
fociétés les anciennes peuplades s'agrandiffent
, lorfque des habitations nombreuſes
couvrent des territoires autrefois déferts , il
DEI FRAIN CIË . 23 .
+
faut donner des auxiliaires à l'ancien, PPal
teur , dont la follicitude ne fuffit plus au
troupeau ;
il faut donner de nouveaux Miniftres
à ces nouveaux Citoyens trop éloignés
de l'ancien furveillant. Bientôt l'aug
mentation des Prêtres néceflite celle des
Pontifes. Quelquefois les révolutions des
États entraînent celle de la Hiérarchie formée
d'abord fur le modèle de la divifion
des Gouvernemens civils . Il peut être dangereux
de lailler à un étranger , au fujet
d'une puiffauce rivale , cette grande influence
que donne toujours le pouvoir fpirituel
& la juriſdiction que les Princes y ont
annexée : de- là les érections des Succurfales
, des Cures , des Evêchés , des Métropoles
& des Patriarchats .
Quand les fonctions de deux Offices penvent
être remplies fans inconvénient par
une même perfonne ; quand les maux paffagers
qui avoient provoqué certains étar
bliffemens n'exiftent plus , bu que la cotruption
des moeurs empêche de camexer les
anciennes inftitutions à leur utilité: primitive
, alors il faut fupprimer ces Titulaires
parafites , qui dévorent la fubſtance des
pauvres mais les loix & la difcipline ( exigent
que les biens des Titulaires détruits
fervent à la dotation des véritables ouvriers ,
& à des fondations réellement avantageuſes :
de-là les unions des Bénéfices fimples, des
Monaftères & des Chapitres à des Bénéfices
à charge d'ames , à des Hôpitaux , à des
Niv
254 MERCURE
*
Colléges , à des Retraites pour les infirmes ,
les orphelins & les vieillards , à des Ateliers
de charité pour les indigens . Cependant , un
écueil quelquefois auffi dangereux que tous
les abus , c'est l'efprit d'innovation . Quoique
la deftination des biens eccléfiaftiques foit
toujours fubordonnée à l'avantage de l'Eglife
, & qu'à cet égard la propriété des Titulaires
ne foit qu'un dépôt entre leurs
mains , toutefois leur exiftence légale ne
peut être livrée ni aux paffions , ni aux caprices
, ni à la précipitation du defpotifme
ni aux variations des opinions & des fyftêmes
, ni à la cupidité & à l'ambition de ceux
dont les richelles font déjà un objet de ſcane
dale ; c'eft pour cela que les caufes qui doi
vent déterminer les unions & les érections.
font confacrées par des règles fages & par
des ufages qui en tiennent lieu; auffi ces rè
gles & ces ufages eux mêmes font- ils fous la
fauvegarde de formes rigoureuſes , dont
l'infraction anéantit tout acte d'union &
d'érection.
Tels font les objets difcutés dans les deux
Traités de M. l'Abbé Laubry ; rien de ce
que comportoient des fujets auffi importans
n'a échappé à fa fagacité. Ses principes.
ont toujours pour bafe les Ordonnances, les
Arrêts & ce qu'on appelle le droit nouveau,
mais fur tout l'ancienne difcipline , fans
laquelle l'on ne peut pénétrer l'efprit , ni
par conféquent faire l'application des loix
modernes. Les ufages , les formes actuelles
-
DE FRANC'È. 189
font par tout rapprochés des principes ,
comme l'obferve l'Auteur. « Celui qui ne
fait que la théorie, eft toujours embarraffé
dans la pratique ; lors même qu'il lui
arrive de bien décider , il fe défie de fon
» propre jugement , & n'ofe fortir de fon
incertitude . »
En général, M. Laubry a fu profiter des
progrès de la raifon dans ce fiècle, fans bleffer
les vrais principes de fon état .
93
Ainfi, après avoir juftifié l'excellence de
la vie religieufe , comme étant la pratique
du Chriftianifme dans toute fa perfec-
» tion , M. Laubry obferve que le Concile
de Latran fe plaignoit déjà de la multiplication
des Ordres monaftiques , & crail
gnoit qu'ils n'apportaffent le défordre &
la confafion ; dans un temps où cepent
dant l'on ne connoiffoit que les Ordres
» de S. Benoît , de S. Auguftin & quelques
» Réformes ; dans un temps où l'ignorance
& la corruption du Clergé féculier est
geoient , pour ainsi dire , l'établiſſement
d'une autre eſpèce de Clergé of end
21 , Les nouveaux établiffemens , ajouter
» il , font ordinairement plus fetvens cue
» les anciens ; mais on fait , par la funefte
expérience de tous les fiècles , que la nu-
» ture de tous les établiffemens humains ef
de dégénérer promptement rarement an
» a vu les Monaftères fe foutenir plus de
scent ans dans leur première fervetraile
140Aufurplus ces deux Traités fordel at
و د
"9
Nv
196 MERCUR
s
avec beaucoup de methode & declarté,
fans embarraller le texte de cette foule de
citations qui furchargent fi fouvent les
Traités de cette nature on est that evapora
Nous ne doutons pas que , formé par
ees premiers Ouvrages , encourage par leurs
fuccès , M. l'Abbe Laubry ne donne plùs de
précifion à fon tyle , plus de profondeursa
fes idées, plus de développement dans les
rapports oubliés des fujets qu'il arate avec
lé bien général , fur-tour plus de vigueur
& de détails dans l'expofition & da defenfe
des droits trop méconnus du foibles de
fubalterne & du peuplé. " "sugmitib not
Jufqu'à quand les Publiciftes négligeront
ils ce qui devroit être unique ou du
moins la principale méditation des ames
fortes & génércules ? Les prétentions de
ceux qui ont les richeffes , le crédity qui
peuvent donner des places , des pentions &
des bénéfices , trouvent toujours affezɔde
defenfeufs ; ils en ont niême raremek
befoin: 22
cheb egliby , 20191)
Sans doute la Jurifprudence deviendrok
trop arbitraire fi fon perdoit de vue les
ufages actuels pour ne fe livrer qu'à des
fpéculations d'un mieux être fouvent chi
merique . Difcurer en Philofophe , d'après
les rages & la doctrine reçus vite efte
devoir du Jurifconfulte dans la défenfe des
procès particuliers ; mais dans les livres il
doit aller plus loin ; il doit ouvrir les yeux
du Législateur fur la foule des abus; il doit
DE FRANCE. 287
lui, propofer de fages réformes : tels furent
Dumoulin & d'Argentré , dont les Etats
de Paris & de Bretagne ont confacré les
projets dans les nouvelles rédactions de leurs
Coutumes.
22 M. Laubry fe plaint de ce qu'on reproche
aux Ecclefiaftiques qui s'occupent du droit
canon , de corrompre la pureté des maximes
& des vrais principes de cette fcience. Ce
n'eft pas ici le lieu d'examiner fi l'Auteur a
raifon de fe plaindre , & fi l'ordre des Avocats
a le droit de vexer impunément les Ec
cléfiaftiques youés au Barreau , & qui s'y
font diftingués dans tous les temps. Le
droit canon eft établi fur l'Ecriture & fur
les Pères, qui, par-tout, prefcrivent la fou
million envers les Magiftrats politiques ,
l'efprit de modération & de douceur dans
legouvernement intérieur de l'Eglife , la
charité dans l'adminiftration des richelles
que les peuples lui ont confacrée : autfi eft ce
en partie à des Avocats , à des Magiftrats
Clercs , verfés dans l'étude des Ecritures &
des Pères, que l'Eglife de France doit la deftruction
des erreurs ultramontaines , le rés
tabliffement de fes libertés , la confervation
des reftes de droit du fecond Ordre, Ces
libertés , ces droits ont ils jamais eu de Defenfeurs
plus fages & plus profonds que M
Abbé Mey, cet émule modefte des Gerfon,
des Van-Efpen & des Fleury long borg
*** 211 2100 nob 4.nol asiq alle sol
sob li jeuds cab sigot ol wh iligal o
Nv
288 MERCURE
L'ANTONÉIDE , ou la Naiffance du
Dauphin & de Madame , Poeme en fept
Chants, par M. Peyraud de Beaufol. Prix,
1 liv . 10 fols. A Paris , chez la Veuve
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , au
Temple du Goût.
UN ancien proverbe populaire dit que
tous les Poëtesfont fous. Il n'eſt pas queſtion
ici de prouver que ce vieux dicton eft faux
& abfurde , & que rien n'exige tant de raifon
que de bons vers. On fait que les hardieffes
même du ftyle poétique fuppofent les com
binaifons les plus réfléchies & les plus juftes.
Il y a plus : la raifon du Poete doit être d'au-i
tant plus fage & d'autant plus lumineufe
qu'elle eft chargé de porter le flambeau du
goût devant l'imagination , & de régler fa
marche fans néanmoins la trop allervir.
Mais il faut convenir que l'on connoît cer
tains rimeurs à cervelle détraquée qui ne
juftifient que trop le proverbe populaire. I
y a des efprits faux , attaqués de la maladie de
la rime comme d'une folie réelle , & dont
les conceptions étranges prouvent la déraifon
la plus complette . Aujourd'hui même
Il en eft jufqu'à trois que je pourrois citer.
*
& qui ont accoutumé le Public à voir pa
roître de temps en temps des vers qui
femblent fortir des petites maifons
& qui prouvent du moins que tous lesfous
DE FRANCE. 289
ne font pas Poëtes. Il ne manquoit plus que
de trouver quelqu'un qui fut à la fois l'un
& l'autre. Tel eft le phénomène qu'offre
l'Antonéïde. On y trouve , par un contraſte
curieux & fingulier , des détails charmans ,
ingénieux , poétiques , mêlés parmi un fatras
de vers extravagans , ridicules , & dénorans
la folie la plus marquée. Il ne faut rien
dire du plan ; c'eſt un affemblage inconcevable
d'idées incohérentes , de conceptions
vagues & abfolument étrangères à
la naiffance de Monfeigneur le Dauphin .
C'eft le délire d'un cerveau malade , dont
les idées n'ont ni pié ni tête.
Cujus velut agri fomnia , vana
Fingentur fpecies , ut nec pes nec caput uni
Reddatur forma.
) . "
On en va juger par le fommaire de chaque
Chant , copié fidèlement d'après l'Auteur.
C'eft une chofe vraiment curieufe , au - deffus
de toute imagination, & qui ne peut qu'amufer
ceux de nos Lecteurs qui aiment à voir
portée au fuprême degré de perfection la
bizarrerie d'un efprit qui raifónne irraifon
nablement . 24
Chant Premier.
2e Defcription du Jardin du Luxembourg ,
» ou l'Auteur eft fuppofe fe promener le
319 Décembre 778 , jour du premier ac²
» couchement dla Reine. Inyocation au
-Dieu du Jour , pour en obtenir une teni
298 MERCAR E A
"
» pérature fajnë ; raifón de la demande qu'l
fait. Vent du Nord qui fe lève pour s'op
pofer aux bienfaits du Dieu du Jour , &
répandre un froid mortel fur l'horizon.
AJO ARENS
Chant Second.
"
tob groom at 41235016 Rebubiupul
L'aquilon dontɔ on vient de préparer
l'arrivée part du Nord. Le vent du Midi ,
au premier fouffle de ce riyal , fort de fa
≫ caverne , & part en même temps. Les
deux rivaux s'envifagent des extrémités du
• monde ; ils arrivent l'un & l'autre, veuz
lent régner feuls fur la France Combat dea
» deux vents qui glacent ou infectent les
» airs : leur fureur le rallentit tout- à- coup;
sils font forcés de réunir leurs forces contre
» celles du Dien du Jour qui , exauçant les
* Voeux du Poëte , fe prépare à les chaffer
loin des rivages de la Seine g 25
Chant Troifieme.lga
anng «
⠀ Le Dieu du Jour , qui acmis plufieurs
➡y Divinités dans fon partiy attaque les
deux vents digués contre lui anouveau
combat. Victoire du DieuaLés vents regagnent
, l'un de Nord , lastre de Midi.
Le plus beau jour fait régner la phis faine
température La France , qui efpère que
» l'accouchement
de la Reine en fera plus liveReine
heureux , fe livre à la joie. Caractère de
la Nation. Inftanti de colèrencontre les
Écrivains quiont pris àtâche del'amilie,
Apoſtrophe à la Reines Voeuxulcola Francs
"
»
DE FURCASNICE. น
en faveur de certe Princeffe Le Cielsen
trouvre.Apparition d'uneDivinité entourée
d'un grand nombre d'efprits.xt stoc
Chant Quatrième.
1.
» Inquiétudes du Poete fur la nature des
Divinités qu'il apperçois & fur da raifon
qui les détermine à apparoître à la France,
Furlefte nouvelle de l'état de la Reine,
Tout s'abandonne au chagrin. Le Poëte
s'adreffe at Dieu du Jour; qui étoit aufli
de Dieu de la Médecine. Naiffance du premier
enfant de la Reine Le Poëte eft
* tranſporté dans l'enceinte du château de
Verfailles par fon Génie.uk
Chani Cinquième.
Tall Le Poëte, tranſporté au château de Verfailles
par fon Génie , y trouve les Cha-
» grins éplorés & plaintifs. Il prête l'oreille
à leurs gémillemens , qui l'inftruifent du
mortel ziévanouiffement de la Reine. Il
loupetes yeux for limpuillance des Divi-
Sivés qu'il a implorées. Il a recours au vrai
Dieny Iblereconnoît dans la Divinité
&
ême , don't apparitionului avoit déjà
icdufe des inquiétudes, & , de concert avec
ada France jil lui adreffe des voeuxqms? »
Chant Sixieme.
92 ab 919Bots ? 2018 8979
250 LaoFrance rébelle encore aux décrets
aidu Ciel , nên obcient rien ; elle fe met en
cétat aleɔlui être agréable . L'Éterneleft prot
262 MERCURE!
» à defcendres la France fe foamer religieu
fement à tout ce qui lui plaira ordonner
» fur le fort de la Reine.
20
"
Chant Septième.
Defcente de l'Éternel. Effets de fa préfence
fur les Êtres fenfibles & infenfibles.
( N. B. Les murs du château de Versailles ,
fes donjons , fes toits , les arbres du parc
les animaux de la ménagerie s'agenouillent
devant l'Éternel. ) « Son difcours à la Reine ,
» qu'il rappelle à la vie , & à qui il annonce
un Dauphin . La Princeffe qui vient de
» naître fe montre déjà fenfible au bienfait
» que fon augufte Mère en a reçu . Ce pre-
» mier fentiment d'un coeur à peine formé ,
و ر
و د
la rend agréable à Dieu. Il lui parle &
» donne des confeils aux deux Princeffes ,
four & fille du Maréchal de Soubife , qui
» doivent en conduire & éclairer l'enfance ,
» & qui bientôt doivent préfider à l'éducation
de fes auguftes Frères. L'Eternel re-
» monte aux cieux . La Reine , pleine de
l'efprit de Dieu , prédit le temps de la
» naiffance du Dauphin , la deftipée de ce
» Prince & celle de fes auguftes Frères. La
France , par l'organe du Poëte , prononce
un Hymne où la reconnoiffance parle le
» langage de l'amour divin . »
و ر
93
وو
Hle faut avouer , l'imagination fublime
des Scuderis & des Chapelains n'a rien conçu
qui approche d'n plan aufli vafte & anili
DE FRANCE. 193
fécond. Au furplus , comme les grands talens
font toujours modeftes , l'Auteur commence
ainfi fa Préface.
" On voit à peu-près les défauts que les
» hommes de génie pourront reconnoître
» dans l'enfemble de ce Poëme , & les in-
» corrections que les gens de goût pourront
» y furprendre dans les détails . »
Certes , il faudroit avoir bien peu de génie
pour trouver à redire au plan qu'on vient
de lire; & encore moins de goût pour ne pas
admirer des détails pareils à ceux-ci.
Page 13.
Le Soleil crible les nuages.
Page 14.
Les hivers confternés & fur la glace épars ,
Ouvrent pour l'écouter des oreilles timides ;
Et plus fombres encor , mille fois plus humides
Fondent en pleurs de toutes parts.
Page 18.
L'aquilonfuit laffé vers les antres du Nord ,
Avec les frimats qu'il entraîne ;
Déjà fur l'éternelle chaîne
Des cryftaux montueux qu'ébranle fon abord ,
*
Il s'affied , il bâille , il s'endort ,
Aux piés de l'ourfefouveraine
De cet épouvantable bord.
26
Convenez- en , Monfieur le Poëtefur votre
2494 AMBRGURE
declina, Monfieurs len Poste de Conches ,
Monfieur le Poëte Chevalier du luxe, qui as
tendez lefauteuil vous, les illuftres dufiécle,
vous êtes vaincus.
Cedite Romaniferiptores , cedite grail, wokang
Nefcio quid majus nafcitur Iliade,
son 1.
Pour nous , qui ne fommes ni hommes de
génie comme vous , ni hommes de goût
comme vous, nous fommes peut-être comme
ce fatyre ( ce font les propres expreffions de
M. de Beaufel en parlant des Ecrivains du
fiècle de Louis - le - Grand ) ' qui prétendoit
qu'Apollon ne jouoit pas bien de la flute ;
mais dûffions - nous être écorchés tout vifs
comme lui , nous ne pouvons déguifer que
même les vers cités tout - à - l'heure , nous
offrent fouvent dans l'expreffion des tours
rauques ou barbares qui brifent le tympan de
nos oreilles , & dans les idées attachées aux
mots dont l'Auteur fe fert pour exprimer les
fiennes , une incohérence qui révolte notre ef
prit , &fait tomberfon Livre de nos mains.
Mais en récompenfe nous avons remar
qué avec plaifir plufieurs morceaux qui faifoient
un effet bien différent fur nos oreilles
& notre efprit. Tels font quelques détails
tirés de la defcription du Luxembourg :
Gai promenoir , où les Amours ,
Modeftement affis , foupirent près des Grâces ,
Ou , badins étourdis , en pourfuivent les traces ,
Et quelquefois en froiffent les atours 3
DE FRANCE. 295
Omon plus cher Parnaffe ! Oma chère Vauclufe ,
Qui vites mon génie au fortir da berceau !
O des domaines de ma Muſe
Le plus antique & le plus beau !
Où quelquefois , laffe de la rumeut confute
Dont Paris chaque jour marteile mon cerveau ,
Ya Je viens chercher la paix qu'il me refuferat
Je viens ouïr à l'ombre d'un ormeau 3203
Le Aageolet de quelqué jeune oiſeau, 1 84770
Cher alyle de mes ennuis ,
いく
¢
Où quelquefois encor rêveur & folitaire,
Loin des profânes que je fuis , A
Amoureux d'une idée ou ſublime ou légère ,
Je viens , impatient du flence des nuits ,
Allier la raifon ,févère
23.
A la rime que je pourfuís.
Je ne viens plus à de vaines penleds મૈં
Donner d'agréables couleurs
Ni.de, mes , fortunes paffées
Redire les longues horreurs...
ر ا د
12:67
1g.
Il femble qu'on life des vers de Greffer.
C'eft là la douce harmonie , fa période poetaque
& cadencée. Le flageolet d'un jeune otfeau
eft une expreffion neuve & heureufement
trouvée. Quel contraſte avec les vers
cités ci- deffus , ils reffemblent aux vers de
fAbbé Delaunai ! Voici un autre morceau
abfoluinent dans la manière de Chaulieu ,
296
MERCURE
lorfqu'il a le plus de grâces : c'eſt une invo
cation à Apollon.
Père aimable de l'harmonie ,
J'attends de toi cette faveur ;
Je n'implore point ton génie
Pour donner à ma poéle
De la grâce & de la chaleur :
Qu'elle naiffe à la fantaifie
De mon efprit & de mon coeur.
Quelquefois l'Auteur peint comme La
Fontaine. Quoi de plus agréable & de plus
pittorefque que l'image fuivante !
Tandis que des deux vents la famille enfantine
Se difperfe , tourne & badine ,
En parcourant la plaine & les vallons ,
Et fait voler la feuille aride & blême
Qui fe difperfe , tourne & badine elle-même
Dans le cercle des tourbillons.
Toute la Nature foumife
Se reffent du combat de ces tyrans jaloux ,
Et tombe fous les contre- coups
Du choc qui les croife & brife,
DE FRANCE. 297
2 :
SCIENCES ET ARTS.
LES
DÉCOUVERTE.
* "
ES Sieurs BERNARD & LABOUREAU ayant
découvert la compofition d'un Vernis qui n'a au- '
cunes des influences dangereufes de ceux qu'on emploie
journellement , ont préfenté leur découverte à
la Faculté de Médecine ; elle a nommé des Commiffaires
pour l'examiner ; & après différentes expé
riences , ils en ont rendu le compte fuivant : 1 °. il
n'entre dans ces compofitions ni eſprit-de - vin ni
huile , foit graffe , foit effentielle , ni aucun principe
réfineux , & toutes les fubftances qui fervent à
les former font innocentes par elles-mêmes , & ne
peuvent acquérir , par leur mêlange , aucune vertų
malfaifante.
2º. Elles ne peuvent exhaler & n'exhalent en
effet aucune odeur.
3. Etendues fur de la peinture , foit en détrempe,
foit àl'huile la plus fétide, & appliquées fur une peinture
déjà vernie mais dont le vernis donne lui- même une
edeur forte, placées fur du bois impreigné de fubftances
odorantes , & c. elles ont la propriété d'enchaîner
tellement les émanations nuifibles ou feulement
défagréables , qu'il n'en exhale plus aucune particule
odorante ; de forte qu'on pourroit , fans nul rifque .
pour la fanté , coucher dans un appartement le
jour même que l'on auroit bien recouvert de ces -
préparations toutes les peintures qui s'y trouveroient.
Tel a été le rapport de MM. le Roux des Tillets ,
2989 MERCURE
Profeffeur de Pharmacie ; du Mangin , Profeffeur
de Pharmacie ; d'Arcet , Profeffeur de Chimie ;
Nollan , Profeffeur de Matière Médicale ; &
Philip , Doyen de la Faculté.
Le fieur Delafoffe , demeurant rue du Carroufel ,
vis - a- vis les Écuries du Roi , fait & vend ces Vernis
, de l'invention des fieurs Laboureau & Bernard.
Les Perfonnes qui lui adrefferont des lettres , font,
priées de les affranchir , fi elles defirent en recevoir
la réponse.
V 90 29ghtETO 25137DA
GRAVURES.
,
Ls Sources de la Vie & du Bonheur , gravées
par Caroline Licotier d'après le Tableau de
Gibelin. L'Amour agrefte , imité de l'antique ,
& gravé par A. E G. Ces deux Eftampes , de même
grandeur , fe vendent à Paris , chez Joullain , quar
de la Mégiflerie.
Fresh
Carte de la partie de la Virginie ou l'Armée de
France & des Etats- Unis de l'Amérique ont fait prifonnière
Armée Angloife commandée par le Lord
Cornwalis, le 19 Octobre 1781 , Prix, 12 fols. A
Paris , chez Colubrier , Graveur , rue Saint Jacques
à la ville de Rouen ; & chez Mme de la Gardette ,
Marchande d'Eftampe , rue du Roule.
Fr
Plan de l'invafion de l'Ile de Minorque par
Armée Espagnole aux ordres de M. Le Duc de
Crillon , le 19 Août 1781. Prix, 11o0 fols en blanc,
& 12 fols lavé. A Paris , chez M. Brion de la Tour,
rne S. Jacques , maifon de MM. Campion , à la
ville de Rouen.
གན
TA 1990 7
3
DE FRANCE 2099
MUSIQUE
Lɛ Petit Souper , ou l'Abbé qui veut parvenir.
Second Cahier des Après - Soupers de la Société,
Opéra -Comique en un Acte , mufique par M. D. L.
C. Prix , 9 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue des Bons-
Enfans , vis à -vis la cour des Fontaines du
Palais
Royal , & aux Adreffes ordinaires de Mufique.
Mufique des Vendangeurs , Divertiffement en un
Acte & en Vaudevilles , par MM. Piis & Barré.
Prix , I liv. 16 fols. A Paris , au Bureau du fieur
Lawalle-l'Écuyer , cour du Commerce , en entrant
par la rue des Foffés S. Germain- des - Prés.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
MEMOIRES du Comte de Grammont , par le
Comte Antoine Hamilton , 2 Vol . peut format.
Kichardet , Poëme , 2 Vol. petit format. A Paris ,
chez les Libraires qui vendent les Nouveautés.
༣ Vie de l'Infant Dom Henri de Portugal, Auteur
des premières Découvertes qui ont ouvert aux Européens
la route des Indes , Ouvrage traduit du Portugais
, par M. l'Abbé de Cournand , 2 Vol. iz
Prix , 2 liv . 8 fols brochés. A Paris , chez Laporte,
Libraire, rue des Noyers.
Svie
ie de Barberouffe , Général des Armées navales
de Soliman II , Empereur des Turcs , Vol. in- 12 .
A Paris , chez Belin , Libraire , rue S. Jacques.
U <77 37
Traité de l'Anthraix ou de la Puftule maligne,
par M. Chambon , Docteur de la Faculté de Médecine
de Paris , Volume in - 12. A Paris , chez
Belin , Libraire , rue S. Jacques.
3.00 . MERCURE
Obfervation fur l' Allaitement des enfans , par
M. Levret , Accoucheur de Mme la Dauphine , Vol.
in- 12 . A Paris , chez Méquignon l'aîné, Libraire ,
rue des Cordeliers.
Catalogue des Livres de feu M. Millet , dont
la vente commencera le 14 Janvier , rue de Richelieu
, maifon en face du Café de Foy , Vol. in- 8 °.
A Paris , chez Lamy , Libraire , quai des Auguf
tins.
Differtation fur l' Allaitement des enfans par
leurs mères , Ouvrage couronné par la Faculté de
Médecine de Paris en 1779 , par M. Landais , Docteur
en Médecine , in - 8 ° . Prix , I livre 4 fols.
A Paris , chez Méquignon , Libraire , rue des Cordeliers.
On trouve à la même adreſſe un Mémoire
fur les fymptômes & le traitement de la Maladie
Vénérienne dans les enfans nouveaux nés , par
M. Doublet , Docteur- Régent de la Faculté de Mé
decine de Paris , Volume in 12. Prix , 1 livre
4 fols .
-
-
•
Ꮴ
..
TABLE.
ERSfur la Mort de M. de Second Livre des Metamor-
-Maurepas , 253 phofes en vers François , 271
L'Optimisme ; Epitre à M. le Traité des Erections des Bené
Vicomte de T ***
A un Ami ,
> 254 282 fices ,
261 L'Antonéide , ou la Naiſſance
du Dauphin & de Madame,
Extrait du Traité de Plutarque
,
2621
Traduction de l'Epitre d'Ho - Gravures ,
race à Fufcus Ariftius , 266 Mufique ,
288
298
299.
Enigme & Logogryphe , 269 | Annonces Littéraires , ibid.
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 29 Décembre. Je n'y ai
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreflion . A Paris ,
le 28 Décembre 1781. DE SANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE
De CONSTANTINOPLE , le r2 Octobre.
LA négociation de l'Internonce de la
Cour de Vienne avec le Reis - Effendi au
fujet de la réclamation faite par le premier
des navires Impériaux & Tofcans enlevés
par des corfaires Algériens , a été terminée
par une déclaration que le dernier a remife
par écrit , & qui contient en ſubſtance
que la Porte s'en tenoit au traité de Belgrade
de 1739 , par lequel elle s'engageoit
à rendre uniquement les vaiffeaux Impériaux
que les Dulcignotes faifiroient dans
le golfe de Venife. Il n'y eft point queſtion
des Puiffances Barbarefques ; & il s'agifloit
encore moins des Algériens avec lesquels
la Cour Impériale étoit alors en guerre.
Sur la réponſe faite au Reis- Effendi que les
Firmans de S. H. promettoient , en termes
exprès , fa protection contre les Algériens ,
1er. Décembre 1781.
( 2 )
comme contre les Dulcignotes , il a répliqué
qu'ils n'avoient été conçus ainſi que par un
abus de la Chancellerie qui' feroit rectifié ;
il a infifté fur ce que la Porte n'eft obligée
par le traité de Belgrade qu'à employer fes
bons offices & fa médiation auprès de la
Regence d'Alger , & non à la contraindre
par la force. En conféquence de cette déclaration
il partira inceffamment un Commiffaire
Turc pour Alger ; il a ordre d'y
faire les plus vives inftances , & de nè rien
négliger pour obtenir la fatisfaction que demande
la Cour de Vienne.
"
» Aly-Mourat-Kan , écrit-on de Bagdad en date
du 29 Août , parti d'Iſpahan au mois de Juin avec
une armée conſidérable , après 3 jours de marche
rencontra le fils de Sadik-Kan à la tête d'un corps
de troupes ; il l'obligea , après un combat des plus
opiniâtres , de prendre la fuite & de ſe retirer à deux
journées de Schiras où il avoit reçu un renfort de
nouvelles troupes . Aly-Mourat-Kan l'ayant fuivi tans
fa retraite & engagé une feconde action fur battu
à fon tour ; & Sadik-Kan vainqueur s'eft retiré à
Schiras , où I on croit que Mourat-Aly-Kan pourra
bien aller l'attaquer de nouveau . L'on dit qu'après
s'être remis de fa défaite , il a déja commencé
le blocus de certe place. Tel eft l'état actuel dès
chofes. On écrit de Mafcare fur les côtes de l'Arabie
heureuſe , en date du 10 Juillet , qu'un vaiffeau
Anglois venant de Bengale , pourfuivi par s vaiffeaux
François a eu le bonheur de leur échapper & d'entrer
dans le port de Malcate. Les 5 vailleaux , ajoute-t-on ,
s'étoient emparé , deux jours auparavant , près de
Razalgate , d'un autre navire Anglois , Capitaine
Philipp qui fe ren fit de Baffora à Bombay. Ils ont
pris auffi un vailleau de l'Iman de Mafcate chargé
S
>
tichement d'étoffes de Surate , de toiles de Madras ,
de café , de fucre & d'indigo , ainfi que deux barques
de café appartenant au même Iman. Le vailleau &
les barques étoient deftinés pour Gulle & Gadel ; ils
ne font tombes entre les mains des François qu'après
un combat très - vif , où il y a eu 13 hommes de tués
du côté des François , & 33 de celui des Mafcates.
S'il faut en croire la même let tre , 12 vailleaux de
guerre François & 3 frégates ont paru devant Madras
& y ont , dit-on , débarqué 6000 hommes qui
fe font joints à l'armée d'Hyder-Aly qui continue
le fiége de Madras « .
RUSSIE,
De PÉTERS BOURG , le 23 Octobre.
L'IMPERATRICE a fait depuis peu une
promotion confidérable en faveur du Corps
du Génie & de l'Artillerie. Dans le dernier ,
le Général- Major Charles Wulff a été fait
Lieutenant Général ; les Colonels Marteus ,
Bruckman , Zembulatow & Sudowfschi- .
kow , ont obtenu le grade de Major-Genéral
; & 8 Majors celui de Colonels . Pour
le Corps du Génie , les Colonels Brams &
Tanilof ont été faits Généraux-Majors , &
3 Lieutenans - Colonels ont été faits Colonels.
La petite Ruffie eft maintenant répartie
en 3 Gouvernemens différens , dont le Feld-
Maréchal Comte de Romanzow a été chargé
de faire l'ouverture par un ordre exprès de
S. M. I. en date du 27 Septembre Le Gouvernement
de Kiovie forme 1 Cercles ,
2 2
4 )
•
dont l'ouverture réelle fe fera le 11 No
vembre ; celui de Czernigow , compofé d'autant
de Cercles , fera mis en activité dans
le mois de Décembre. Le dernier , celui de
Nord-Novogrod , qui a un nombre égal de
Cercles , ne fera ouvert qu'en Janvier pro
chain .
On dit que S. M. I. a réfolu de faire
équiper une grande flotte de navires de
guerre pour l'année prochaine.
De
DANEMARCK. 553 3
COPENHAGUE , le 9 Novembre.
Il y a actuellement dans le Sund 3 frégates
Britanniques , dont l'une de so & les
deux autres de 26 canons , font deftinées à
protéger le retour de 47 navires Anglois ;
il y a auffi So vailleaux de différentes Nations
qui mettront inceffamment à la voile
pour la mer du Nord. Parmi ces derniers
eft une frégate Suédoiſe , chargée d'eſcorter
quelques bâtimens de la même Nation.
Le 29 du mois dernier une frégate Portugaife
paffa le Sund ; elle venoit d'Opporto
& fe rendoit à Pétersbourg. Le même jour
45 navires fortirent du Détroit pour entrer
dans la mer du Nord ; dans ce nombre étoit
le Mars , dont le Roi a fait préſent à notre
Compagnie Afiatique , & 26 bâtimens Anglois
qui avoient formé un convoi entr'eux.
Ils feront fuivis le lendemain par 35 bâti(
s ):
mens neutres , dont plufieurs fous pavillon
Suédois.
La Reine Douairière vient de faire préfent
à M. de Guldberg , Confeiller Privé &
Secrétaire d'Etat , d'une maison de campagne
fituée à Friedensbourg , qui a appartenu
ci-devant à M. de Schleth , premier Valetde-
chambre du Roi , de qui S. M. l'avoit
achetée pour cet effet avec tous les ameublemens.
Le procès du Capitaine Schionning acculé
de n'avoir pas protégé convenablement
un convoi qui lui avoit été confié , contre
l'attaque de corfaires 3 Anglois , vient d'être
terminé. Le Jugement de la Commiffion
chargée de l'inftruction de l'affaire , a été
confirmé par le Roi & publié. Il remet cer
Officier en liberté , mais il le caffe , & le
déclare inhabile à fervir S. M. Le Lieutenant
de Berger qui commandoit fous lui la
frégate le Bornholm , & qui , jufqu'à préfent
, avoit été aux arrêts dans une maifon
particulière , fera transféré au nouveau
Holm , où il gardera priſon pendant 6
mois.
Une eftafette de Norwége , a apporté ici
les papiers & lettres des 3 vaiffeaux de la
Compagnie Hollandoife des Indes qui
mouillent à Drontheim , afin qu'ils puiffent
être expé liés promptement à leur deftination
ultérieure.
a 3
( 6 )
ALLEMAGNE.
De VIEN NB , les Novembre.
L'EMPEREUR donna le 29 du mois dernier
l'inveftiture de la Principauté & Abbaye
de Corvey au Prélat Théodore Baron
de Brabeck , qui fut repréfenté à cette céré
monie par le Comte François-Louis de Attems
, Tréforier de la Cathédrale de St-
Etienne de cette ville.
S. M. I. vient d'accorder fa protection
aux Comtes de Proli & de Boltz , qui ont
donné une nouvelle activité au commerce
de la Maifon d'Autriche , & leur a permis
d'arborer le pavillon Impérial fur les vaiffeaux
qu'ils ont armés.
On mande de Presbourg qu'on y com
mence les préparatifs pour le Couronnement
de l'Empereur , en qualité de Roi, de Hongrie.
Les ravages des fauterelles dans les environs
de la Pologne Autrichienne , ont
attiré l'attention du Gouvernement. Parmi
les moyens qu'on a pris contre ce fléau , ou
du moins contre quelques uns de fes effets ,
on a enjoint à tous les Payfans de les ramaffer
auffi- ôt qu'elles paroîtront ; il leur fera
donné pour récompenfe 15 creutzers pour
chaque demi- boiffeau de ces infectes. Celui
des Baillifs qui les fera détruire avec le plus
d'activité & de fuccès , recevra une gratification
de so ducats .
( 7)
De HAMBOURG , le ro Novembre."
On parle toujours de l'acceffion de la
Cour de Vienne à la neutralité armée ;
celle du Roi de Pruffe femble y préparer.
Si cette réunion' de tant de Souverains au
principe commun de la liberté des mers ,
n'eft d'aucune utilité aux nations belligérantes
, elle confolidera du moins la tranquillité
des Etats neutres. On ne croit pas
que l'Angleterie fe hafarde à fe les attirer
tous fur les bras en ordonnant à fes Amiraux
de fouiller tous les bâtimens comme
par le paffé. Il lui en coûtera fans doute
de revenir fur fes principes maritimes qu'une
longue habitude , & la condefcendance de
l'Europe l'ont accoutumée à regarder comme
établis Elle effaye encore d'en impofer par
une fierté qui n'eft pas accompagnée de
confiance. On dit qu'elle a répondu fur ce.
ton à la notification que la Cour de Berlin
lui a fait faire de fon acceffion à la
neutralité.
» 1 ° . Il ne peut réſulter aucune nouvelle obligation
pour l'Angleterre , d'un traité auquel elle n'a cu
aucune part. 2 °. Il ne peut être réfulté aucun droit
nouveau pour le Roi de Pruffe d'un traité fait entre
l'Angleterre & la Ruffie . 3 ° . Sur les proteftations
d'amitié & d'impartialité de la part de S. M. P. le
Ministère Anglois obferve que ce font des gages précieux
de l'empreffement avec lequel S. M. P. réprimera
l'abus notoire qu'on fait de fon pavillon à Embden
, en l'accordant aux navires Hollandois ; abus
qui ne pourroit , s'il duroit encore , que compro-
2 4
( 8 )
mettre d'une manière notable l'immunité du pavillon
Pruffien «.
On doute affez généralement ici que ce
foit la réponfe de l'Angleterre, La décla
ration ultérieure du Roi de Pruffe relative-"
ment au commerce & à la navigation de
fes fujets pendant la guerre préfente , a été
au-devant de ces reproches fi elle a précédé
la réponse ; on y a fatisfait fi elle n'eft
venue qu'après ; & dans l'un & l'autre cas
il eft vraisemblable que la dernière partie
de la réponſe du Cabinet Britannique n'a
point été faite , ou qu'elle ne contient que
des mots.
La Cour de Londres ayant fait lever à
Hanovre un nouveau Régiment , qui eft
le' quinzième de l'Infanterie de l'Electorat
& qu'on dit deftiné à fervir aux Indes orientales
, ce Corps confiftant en 1000 hommes ,"
aux ordres du Colonel Rimbold , a été tran
porté par eau de Stade jufqu'à Brunhaufen ,
où il s'eft embarqué le 28 du mois dernier , à
bord de quatre bâtimens de tranfport Anglois.
La levée d'un feizième Régiment fera , dit-on,
bientôt faite , attendu qu'on eft déja aſſuré
de plufieurs centaines d'hommes ; mais on
ne dit point encore que ce dernier Régiment
doive fuivre celui qui le précède : on parle
de quelques autres Corps Allemands qui
doivent paffer à la folde de la G. B. ,
Il circule ici des copies d'une lettre circulaire
adreffée par M. Belliffoni , Nonce
du St -Siége , aux Religieux de la Baviere
& du Haut Palatinat.)
No
3
( 9 )
1
» S. A. S. E. P. ayant j gé à propos de créer une
Langue particulière de l'ordre de Saint - Tean , dans
fes Etats du Cercle de Bavière , en faveur de la
Nobleffe nationale , a demandé le confentement de
S. S. , tant pour l'établitlement de cette nouvelle
inftitution générale , que pour la fuppreffion de
quelques Monaftères , dont les revenus puffent
être appliqués à fonder de nouvelles Commande-,
ries. Quoique S. S. n'eût pas confenti à la fuppreffion
en tout comme elle étoit propofée , elle
avoit cependant déclaré que l'intention de S. A. S. E.
étoit louable & irrépréhenfible , & qu'elle avoit
agréé fa propofition ultérieure , d'affigner pour le
fentien annuel du nouvel ord e Eccléfiaftique des
Chevaliers , le revenu de 150 jufqu'à 180,000 florins
, à prendre fur le fuperflu des revenus des.
Monaftères. A cet effet , le Nonce a reçu plein
pouvoir de S. S. pour examiner l'état de la recette
& de la dépenfe de chaque Monaftère . pour faire
la répartition de ladite fomme à prendre fur tous
les ordres Religieux , à proportion de leurs biens.*
Chaque Monaftère doit lui remettre un état exact
de fa recette & de fa dépenfe depuis dix ans
pour en déterminer une fomme jufte & fixe de dépenfe
& de recette , & de faire contribuer chaque
Monaftère felon fes facultés plus ou moins gran ,
des. Le Nonce s'eft réfervé de s'informer en perfonne
, conjointement avec quelques Officiers Electoraux
, au moindre foupçon d'infidélité dans ledit
état de recete & de dépenses , 0
ITALIE.
De LIV OURNE , le 31 Octobre.
LA femaine dernière , on vit à la hauteur
de ce port deux frégates de guerre Fran
çoifes qui prirent le large auffi -tôt après
as
( 10 )
avoir mis en fûreté deux bâtimens de Corfe
qui vinrent mouiller dans ce port , fans
être inquiétés.
Le Bey de cette Régence , lit-on dans des lettres
d'Alger , âgé de plus de 80 ans , eft dangereufement
malade. S'il venoit à mourir , trois
prétendans font prêts à fe difputer le trône. Ces
prétendans font l'Aga des Janiffaires , l'Intendant
des Jardins , & le Secrétaire des Haras . La
méfintelligence furvenue entre la France & cette
Régence , a la fource dans la demande faite par la
première , de réprimer les corfaires , & de les em
pêcher de faire , contre la foi des traités , des prifes
fur les côtes de France , d Efpagne & d'Italie
tandis qu'il ne leur eft pas permis d'en approcher
de plus de 30 milles. Le ministère Algérien avoit
oppofé griefs à griefs , en réclamant un corfaire
de 16 canons enlevé avec deux de fes prifes fur
la côte de Gênes , par une galère Génoife , il y a
environ deux ans ; il redemandoit encore l'équi
page & 30,000 fequins pour la valeur des deux
prifes. Les chofes en étoient là , quand la frégate
la Précieufe arriva le 19 Septembre. Le Che
valier de Vialis qui la commandoit eut fur-le-champ
audience du Bey ; le 21 , harmonie étoit rérablie
, & le 29 , la Précieufe remit à la voile pour
Toulon «<.
ESPAGNE.
JA
De MADRID , le. S Novembre.
LE brigantin le Victorieux , venant de la
Martinique & entré à Cadix le 29 Octobre
, a apporté la nouvelle de l'heureuſe
arrivée du convoi de Bordeaux , compofé
de 87 navires. Celui que nous attendons de
( in )
la Havane n'a point encore paru ; ce qui ôte
prefque l'efpoir de le voir bientôt arrivé
c'eft qu'un bâtiment qui vient des Canaries
, dont il eft parti il y a 21 jours , n'a
eu aucune connoiffance de cette riche flotte
qui cependant a ordre de toucher à une de
ces Ifles.
Nos croifeurs ayant été avertis que 3
cutters Anglois attendoient fur la côre d'Afrique
un vent favorable qui les poufsât dans
le canal , ont été à leur rencontre ; ils en
ont pris deux le 26 du mois dernier ; le
troifième leur a échappé à la faveur de la
nuit. Ces deux cutters font montés comme
celui pris le 23 par des Lieutenans de vaiffeaux
de la Marine Royale ; ils portoient
des bombes , des grenades , des boulets
& c. Nous avons été inftruits que le mau
vais tems avoit forcé quelques autres cutters
approvifionneurs de fe réfugier à Lisbonne ,
nos frégates & nos bélandres les attendoient
à l'embouchure du Détroit , & il leur fera
difficile de pénétrer dans Gibraltar. Cet
armement qui doit coûter immenfément à
l'Angleterre , fervira à approvifionner le
camp de St-Roch ; & nous renverrons aux
Anglois les boulets que nous leur avons
pris.
Le Journal que nous avons de Mahon
vá du 16 juſqu'au 26 Octobre .
Le 16 , les escadrons des dragons du régiment
d'Almanza campèrent , & toutes les bêtes de femme
qui font dans l'ifle pafsèrent au port de Fornella , &
a 6
( 12 )
-
-
à la cale de la Mofquitta , pour tranfporter au ipare
tous les effets de l'artillerie. - Le même jour , 30
grenadiers & 12 dragons renforcèrent le poite que
nous occupons dans la petite ifle où eft placé l'hopital
, & on y conſtruifit une batterie de 4 canons
de 12 livres de balle . Cette précaution a en mémetems
pour objet de prévenir les defleins de l'ennemi
contre l'arfenal : on preffe la conſtruction d'une
chaîne avec laquelle le port doit être batré : les
batteries de l'arfenal ont ordre d'être toujours piêtes
à faire feu , un Officier de marine eft fans ceffe
occupé à faire des rondes dans le port . On a auffi
porté à 200 hommes les travailleurs à la batterie de
lá Mola. Le 17 , on acheva la batterie de Benazaï
montée de 8 canons , ainfi que celle de Cala Pedrera
montée de 6 tous de 24 livres de balle : dans cette
dernière il fera ajouté 4 mortiers à plaque , & on
a déja nommé les canonniers qui doivent les fervir.
On continue avec activité les ouvrages & les chemins
de la Mola . Le 18 , la plus grande partie
du convoi forti de Barcelone , arriva au port de
Fornella avec le refte des troupes deftinées pour
cette expédition , les Ingénieurs , les Officiers d'artillerie
, & tous les effets attachés au traim : ils vont
paffer au parc par ter e , & les canons feront conduits
par mer à la cale de la Molquitta , d'où ils pafferont
par le nouveau chemin qui a été fait exprès à la
cale de la Rata , & enfuite dans les batteries où ils
doivent être placés. Pendant la nuit du même
jour , on tranfporta à la batterie de Cala Pedrera les
mortiers qui y font deftinés : malgré la vivacité
du feu des ennemis , & malgré 36 bombes qu'ils
nous envoyèrent , nous n'avons eu dans cette occafion
qu'un grenadier du régiment de Naples légèrement
blefié. La même nuit , on fit fortir du port an
chébec Mahonnois , en le paffant fous le feu de
l'ennemi , pour le conduire à la cale d'Alcofar , où il
fera armé en guerre. Le Général le deftine , ainfi que
-
--
--
( D3 )
>
I'
#
-
deux autres qui font au port Fornella , à former une
flottille de corfaires pour croifer à l'entrée du port
de Mahon. Le 19 au matin , le Général Don
Ventura Morena , qui commande la marine , le
Marquis & le Comte de Crillon , fe rendirent à la
cale de la Moſquitta , où ils arrêtèrent d'élever une
batterie de 3 pièces de 12 pour défendre cette cale :
le feu des ennemis ne nous a fait aucun dommage.
Le 21 , la
Le 20 , les troupes venues de Barcelone & qui
étoient débarquées à Fornella le 18 , arrivèrent au
quartier général. A. 11 heures du foir , un foldat ,
Irlandois de nation , qui étoit en fentinelle dans un
poſte avancé du château , déferta : il déclara que les
ennemis attendent une frégate qui doit arriver de
Livourne avec des vivres & 300 hommes qui proviennent
fans doute des équipages de différens corfaires
de l'ifle difperfés dans les ports d'Italie : ce
déferteur affure que la garnifon eft pourvue de vivres
pour neef mois , & que les alliégés louent beaucoup
Ja vigoureufe défenfe que firent les 14 Efpagnols
forcés dans la tour des fignaux le 11 de ce mois ;
enfin , il ajoute que dans cette occafion les Anglois
eurent 4 hommes tués & 8 bleflés .
frégate du Roi le Rofaire arriva de Barcelone avec
3 bâtimens de tranffort , qui ont à bord 7 Officiers
d'artillerie , 24 pièces de canons de bronze de 24 , &
plufieurs autres de 16 & de 12 , ainfi qu'un mortier
à plaque. Le 22 , on conduifit au parc d'artillerie
8 canons de 24. Le Major-général & le Maréchalgénéral
- des - logis , allèrent reconnoître tous les
poftes. A 11 heures du foir , le Comte de la Tourd'Auvergne
, volontaire François , Don Jofeph Carboneh,
Don Antoine Porta , 2 fergens & 30 volontaires
de Catalogne , fortirent du camp dans le deffein
d'enclover les canons d'une batterie que les ennemis
ont élevée en dedans & au pied du chemin couvert
du fort d'Anftruther , dont le feu porte au mont du
Philippet : leur projet étoit de brûler cette batterie
e.
( 14 )
-
& d'enlever les canonniers ; mais fe trouvant fur les
lieux , tandis qu'ils faifoient les préparatifs néceffai
res pour exécuter cette hardie entreprife , ils s'ap→
perçurent qu'ils avoient été découverts , puifque les
fentinelles leur jettoient des pierres dont un de nos
fergens fut bleffé . Alors le Capitaine Carbonel ne
voulant pas s'expofer à manquer fon coup , fe retira
fans aucune perte : il eut d'autant plus de raifon d'en
agir ainfi , que les ennemis firent bientôt un feu
prodigieux de canons , de mortiers & de grenades
qu'ils dirigeoient vers nos différens poftes ; cepen→
dant nous n'elluyâmes d'autre perte que celle d'un
payfan qui fut tué avec fon mulet chargé de paille.
Le 23 , à la pointe du jour , lorfque les piquets
qui foutiennent les grands - gardes & qui renforcent
les poftes le reuroient au camp , les ennemis firent
une fortie au nombre de 4 à 500 hommes en deux
divifions , ils fe portoient vers la batterie que nous
avons entre Cala Pedrera & Cala Fons ; mais une de
nos grands-gardes , compofée de 12 volontaires de
Catalogne & commandée par un Caporal , les ayant
arrêtés , ils commencèrent contre elle un feu trèsvif
anquel les nôtres répondirent fans abandonner
leur pofte , malgré la grande fupériorité de l'ennemi :
les piquets du camp accoururent tout de fuite au feu .
Le Général , informé de cet évènement , envoya des
ordres à la brigade de Burgos , la plus voifine de ce
pofte , pour aller la foutenir en même tems il
détacha un corps de grenadiers pour marcher fur les
derrières de l'ennemi & lui couper la retraite : enfuite
il monta lui-même à cheval avec les deux fils & fes .
Aides-de-camp de garde , & fe porta vers le lieu
menacé ; mais les ennemis s'étoient déja retirés
précipitamment , après avoir perdu 12 hommes .
Nous avons un volontaire de Catalogne tué , pour
avoir voulu à corps découvert défendre ce pofte , &
un fergent du même régiment bleffé d'un éclat de
bombe , ainfi qu'un foldat Suille d'un coup de fufil.
-
·
voiture . -
Le 14 , on apprit que la plus grande partie des
bâtimens qui compofent le convoi de Toulon étoit
arrivée à Fornella , & le debarquement commencé.
Le Baron de Falkenhayn , commandant l'armée
Françoife , ayant mandé fon arrivée au Duc de
Crillon , ce Général lui envoya le Comte de Crillon
fon fils pour le recevoir , & le conduire ici dans fa
Le 25 , le Baron de Falkenhayn arriva
chez le Général à huit heures du foir , & lui appric
que toutes les troupes Françoifes étoient arrivées à
Fornella en deux jours & demi , depuis leur départ
de Toulon. Le 26 , notre Général monta à cheval
à 8 heures du matin avec le Baron de Falkenhayn ,
pour lui montrer l'emplacement du camp que les
troupes Françoifes doivent occuper à la gauche de
celui des Efpag ols , dont ils ne feront léparés que
par le port. Notre Général a déja fait préparer
d'avance plufieurs moyens de communication entre
les deux camps ".
ANGLETERRE.
De
LONDRES , le 20 Novembre.
CHAQUE jour augmente notre impatience
& notre anxiété fur les nouvelles que nous
devons recevoir de l'Amérique Septentrionale.
Le paquebot le Lively parti de New-
Yorck le 19 Octobre , a débarqué à Falmouth
en 28 jours de traverfée , le Capi- .
taine Manly qui a remis à l'Amirauté deux
dépêches du contre-Amiral Graves. La Cour
en a publié le 17 les extraits fuivans. La
première en date. de New-Yorck le 16 Oc
tobre.
Vous voudrez bien informer les Lords de l'Amirauté
que la Santa- Marguerita , de 44 , eft arrivée
( 16 )
Le
.
ici le 7 , venant de Cork avec une flotte marchande
de 42 bâtimens deftinés pour New-Yorck.
Cargerfort , que j'avois envoyé à Hallifax , eft rentré
ici le 8 avec un navire fretté pour le Roi de France
& deftiné pour le Cap François . Il étoit chargé
d'une grande quantité de mâts. Le Torbay & le
Prince William font arrivés ici le 11 Septembre ,
s'érant féparés le 21 Septembre de la flotte de la
Jamaïque . La Nymphe , après avoir croisé dans le
Cap Henri , vient de rentrer auffi avec s prifes qu'elle
a faites avec l'Amphion.
La feconde ett datée à bord du London
devant le Shandy-Hook le 19 Octobre.
-
Il ne m'a pas été poffible dans ma dernière lettre
de fixer le jour de mon départ : les vaiffeaux fortoient
pourtant auffi-tôt qu'ils étoient prêts. Le 17
je profitai de la marée , & l'efcadre appareilla , à
l'exception du Schrwbury , du Montagu & de l'Eu
ropex. Le foir même , je defce dis à Sandy Hook.
Je fis embarquer le lendemain matin à bord de
mes vaiffeaux les 7149 hommes qui étoient fur les
tranfports , & je mis àà la voile
efcadre , compo'ée de 25 vaiffeaux de ligne , 2 de
so , & 8 frégares . Nous avons paflé la Barre fans
aucun accident. On découvre au large one flotte
qui paroît être Angloife , faifant route vers le Hook.
Le plus avancé porte notre pavillon. Cette flotte
eft celle que convoie le Centurion ; elle gouverne
droit fur le Hook.
A
e avec toute mon
Le Capitaine Manly qui a appareillé avec
la florre , la quitta le lendemain à la hauteur
des Caps de la Delaware ; il nous a appris
les détails fuivans. Le contre-Amiral avoit
été nommé , comme l'on fait , pour commander
la flotte des Ifles fous le vent ; & à
fon arrivée Graves qui eft fon ancien
devoit paffer à celles du Vent. Mais la Cour
"
( 17 )
qui avoit fait ici cet arrangement , n'avoit
pas prévu que la fituation de Cornwallis
& la fupériorité des François , ne permettoient
pas de féparer quelques vaiffeaux
d'une flotte déjà inférieure , pour envoyerun
contre-Amiral dans une ſtation éloignée
de la Baie de Chéfapeak , où il étoit néceffaire
de porter toutes nos forces. Il fut tenu '
en conféquence un confeil de guerre , qui
décida que Graves ne s'éloigneroit point
qu'il conferveroit fon commandement jufqu'à
nouvel ordre , & Digby a été le preinier
à ouvrir cet avis.
Voilà donc l'efcadre de New-Yorck par
tie , le Capitaine Manly dir que le vent a
été à l'eft depuis le 19 , jour du départ de
notre Armée navale , jufqu'au 21 ; qu'alors
it a fanté au nord-eft , où il eft refté pendant
10 jours ; ce vent étant le meilleur pour
aller de New-Yorck à la Chéfapeak , on
penfe qu'elle y fera arrivée avant la fin du
mois. On s'attend en conféquence à une
action , & on n'eft pas fans inquiétude furl'iffue
de cette expédition , malgré le foin
que l'on prend de nous raffurer , en vantant
la difpofition générale de l'armée & de la
flotte. Le Prince Guillaume Henri , au moment
du départ du Lively , a écrit ces mots
au Roi , à la Reine & à la Famille Royale :
Nous mettons à la voile pour aller joindre &
battre les François. On reconnoît dans cette
lettre laconique , l'ardeur naturelle à un Prince
de fon âge , & peut-être l'effet des leçons
( 18 )
de les inftituteurs , nos Généraux & nos Amiraux
, qui dans leurs dépêches ne doutent
de rien. Il feroit fâcheux que ce bel augure
ne fûr pis juftifié par l'évènement ; que le
premier Prince du Sang Royal qui a mis le
pied fur le Continent de l'Amérique , n'y
arrivât que pour être témoin d'une défaite ,
ou pour voir un Général Anglois fe rendre
prifonnier de guerre avec toute fon armée.
Le projet des François étoit de renouveller
en Virginie l'évènement de Saratoga ; & le
jour du départ de la flotte , eft précisément
l'époque de la prife du Général Burgoyne
& de fon armée. Le Gouvernement attend
fous peu de jours un vaiffeau qui lui apportera
des nouvelles ; on dit que l'Amiral
Graves a promis d'en expédier un à fon
arrivée dans la Chéfapeak , où l'on a lieu
de craindre qu'il n'arrive trop tard , & au
moment où nous n'y aurons ni Général ,
ni Armée à délivrer & à fecourir.
» Le mois de Septembre dernier , dit un de nos
papiers , doit avoir été un tems de crife terrible pour
le Lord Cornwallis . Dans les premiers jours de ce
mois , il écrivit au Chevalier Clinton qu'il n'avoit
que pour fix femaines de provifions ; au premier Octobre
, époque du départ du Colonel Conway , le
Général Clinton n'avoit trouvé encore aucun jour
pour le fecourir , & il ne faifoit que fe difpofer à
tenter cette entreprife ha ardeule avec toute l'efcadres
il ne reftoit alors guère plus d'une femaine avant le
jour de la famine , & fon fort dont la nouvelle ne
pent tarder à parvenir en Angleterre devoit être décidé
inceflamment. En général les premières dépê
ches de l'Amérique doivent être de la plus grande
( 19 )
importance ; les Miniftres les attendent avec une
inquiétude difficile à exprimer ; & il eft certain que
fles nouvelles four auffi mauvaiſes qu'on a lieu de
l'appréhender , il s'enfuivra infailliblement une révolution
dans le Ministère .
Si telle a été réellement la pofition du
Lord Cornwallis au 1 Octobre , il est fort
à craindre que l'Amiral Graves & le Général
Clinton ne paroiffent dans la Chéfapeak
qu'après fa reddition . Cela feroit d'autant
plus fâcheux , qu'il paroît par le nombre des
troupes qu'avoit le Lord Cornwallis , la
quantité de canons qu'il avoit raſſemblés ,
que notre intention étoit de nous établir
dans la Virginie , pour agir de- là du côté
du fud. Nos grandes conquêtes de ces côtés
fe réduiront à rien , & ces Provinces , où
felon nos Papiers miniftériels & les Gazettes
de New-Yorck nous avons tant d'amis feront
perdues abfolument
pour nous.
C'eft une chofe remarquable , obferve un de nos
papiers , que la Virginie , qui montre actuellement
tant d'ardeur pour la caufe de la rebellion ; a été
celle de toutes nos poffeffions la plus loyale & la
plus attachée à la Monarchie. Les Virginiens , fous
leur Gouverneur Berkeley , ont été les derniers de
tous les fujets Britanniques à abj ter la royauté ,
& les premiers à fé déclarer ouvertement pour elle
par la fuite. En effet , auffi-tôt que la no velle de la
mort de Cromwell arriva en Virginie , les habitans
rappellèrent leur favori Berkeley au Gouvernement
de cette Colonie , qu'il avoit eu précédemment , &
qui étoit alors vacant par la mort de Gouverneur
rebelle nommé par Cromwell . Mais Berkeley , loin
de fe rendre à ces obligeantes invitations , déclara
( 20 )
qu'il ne ferviroir jamais que les héritiers légitimes
du Monarque détrôné. Les Virginiens fe prévalant
de cette déclaration , le forcèrent d'être leur Gouverneur
, & ils fe déclarèrent ouvertement pour Charles ·
II , dans un tems où les amis de ce Prince avoient
à peine la moindre lueur d'efpérance de le voir se
monter fur le Trône de les ancêtres , & il fut
proclamé Roi en Virginie avant de l'être à Londres.
Une lettre de Québec , venue par Halifax
, nous apprend que le Gouverneur a
envoyé des ordres pour réparer les fortifications
de Montréal & mettre cette place .
en état de défenfe , parce qu'il a appris
qu'auffi- tôt que les lacs feront glacés , les
Américains & les François iront faire une
incurfion dans cette Province.
On affure que le Vice-Amiral Rodney
doit partir inceffamment pour l'Amérique
avec 13 vaiffeaux de ligne , & on dit que
le Prince Edouard , quatrième fils du Roi ,
doit auffi l'accompagner ; ce fera le fecond
Prince Royal qui aura été dans le nouveau
monde ; il paroît que les cris qu'à excités
fa conduite à St - Euſtache n'ont pas diminué
la faveur dont il jouit ; il vient d'être
élevé aux places de Vice- Amiral de la Grande-
Bretagne , de Lieutenant de l'Amirauté. &
de Lieutenant des vaiffeaux & mers du
Royaume de la Grande-Bretagne , vacantes
par la mort du Lord Hawke. Sir George
Darby fuccède au Chevalier Rodney dans
fes places de Contre- Amiral de la G. B. & de
l'Amirauté , ainfi que dans celle de Contre-
Amiral des vaiffeaux & mers du Royaume.
1
( 21 )
On fe rappelle que cet Officier a ravitaillé
Gibraltar ; on compte fur fa fortune
pour fecourir encore cette place , & on croit
qu'il partira bientôt avec les vaiffeaux fuivans
le Royal George & le Victory de
rio canons ; le Namur , le Duke , le Quéen ,
POcéan , le Formidable de 98 ; le Foudroyant,
le Gibraltar de So ; le Vaillant , le Čourageux
, Alexandre , l'Hercule , l'Arrogant ,
la Défenfe , le Fame , le Marlborough de
74 ; l'Africa , l'Agamemnon , l'Inflexible ,
le Nonfuch , le Repulfe de 64.
Les détachemens des vaiffeaux pour l'Inde
& pour les Illes feront pris fur cette efcadre
après que Gibraltar & Minorque au-
- ront été fecourus ; mais en comptant fur
la fortune de Rodney , on ne laiffe pas de
craindre qu'il foit moins heureux cette fois ;
lorfqu'il eut le bonheur d'entrer à Gibraltar
la premiere fois , la flotte Efpagnole ne
fortit pas de Cadix ; fon bonheur pourroit
l'abandonner , fi les Efpagnols font des dif
pofitions pour s'oppofer à fon paffage.
Le tems de la ftation du Chevalier Edouard
Hughes aux Indes , étant fur le point d'expirer
, S. M. a nommé pour le relever l'Amiral
Hyde-Parker. Cependant le Chevalier
Richard Bickerton doit partir à bord
du Gibraltar pour convoyer la flotte de
l'Inde ; mais on croit qu'il n'ira que jufqu'au
cap de Bonne- Efpérance , où on lui fuppofe
la commiffion d'attaquer cette place
avec les troupes de la Compagnie , & de
la réduire s'il eft poffible.
( 22 )
Tel eft le tableau que l'on a fait de la répartition
des forces navales pour la campagne prochaine.
Station de l'Amérique - Septentrionale Amiraux
Hood & Digby , 14 vaifleaux de ligne. Iles du
Vent , le Chevalier George-Rodney & l'Amiral
Drake 26 va.ffeaux de ligne. Jamaïque , Graves , &
vainteaux. Indes - Orientales , Chevalier Richard
Bickerfton , 12 vailleaux. Terre-Neuve , l'Amirał
Gambier , I vailleau . Cet Amiral doit relever
l'Amiral Edwards dans cette ſtation . — Les vaiſſeaux
de la Compagnie qui doivent partir pour Bombay
avec le convoi , font le Major , le Hawke ,le Wor
cefter , le Royal- Bishop , le Royal- Henri
Norfolk , le Comie Talbot , le Morfe , la Cérès ,
Alfred , le Calcutta & le Gange. Ces vailleaux
transporteront le régiment des recrues Allemandes
qui ont été levées dans l'Electorat de Hanovre.
-
-
le
S'il faut en croire le rapport d'un particulier
venu tout récemment du fort Saint-
Georges , l'Amiral Hugues a mis à la voile
pour aller attaquer Manille . Ses forces confiftent
en 6 vaiffeaux de ligne & 3 frégates ;
il a embarqué à bord de cette efcadre un
gros corps de troupes de la Compagnie pour
renforcer celles de Marine qui compofent
la garnison de fes bâtimens ; fon objet étant
de faire taire la batterie de St - Philippe , ce
qui ne peut s'effectuer que par une attaque
fur terre.
On prétend , dit un de nos papiers , que le Chevalier
Hughes étoit parti pour une expédition contre
Manille ; mais comme il y a déja quelque tems qu'on
n'a reçu des nouvelles de l'Inde , ce bruit ne peut être
fondé que fur de fimples conjectures. L'Ifle. 'de
Manille , autrement appellée . Luconie , eft la principale
des Philippines , qui forment dans la mer
d'Ale une chaîne d'environ 400 milles de long fur
L
( 23 ).
100 de large. Les Espagnols y portent des marchandifes
de toute efpèce , favoir de l'argent de
la Nouvelle Espagne , du Mexique & du Pérou ;
des diamans de Golconde , des foies , du thé , ainfi
que des porcelaines & de la poudre d'or du Japon &
de la Chine. Ils font partir tous les ans deux gros
vailfeaux de Manille pour Acapulco au Mexique ,
où ces bâtimens conduifent des marchandiles , en
retour defquelles ils rapportent de l'argent . C'eſt
près de cette Ifle qu'en 1743 , l'Amiral s'empara du
fameux vailleau l'Acapulco , chargé de trésors immenfes
avec lesquels il revint l'année ſuivante en
Angleterre.
Chaque jour il fe tient des Confeils à
St-James ; & on fait dans la ville des rap- .
ports fort oppofés de ce qui s'y palle ; on
prétend cependant que la grande queſtion
qu'on y agite eft de favoir fi nous devons
retirer ou non nos efcadres & nos troupes
de l'Amérique Septentrionale. La majeure
partie de la nation eft depuis long- tems
déclarée pour l'affirmative ; & le tableau de
la guerre actuelle en Amérique , le peu de
progrès que nous avons fuit depuis qu'elle
dure , appuye fortement fon opinion . }
» C'eft après avoir confervé Bofton pendant un
an , après avoir perdu la bataille de Lexington ,
brûlé Charles - Town & dépenfé s millions , que
nous fumes obligés en 1775 de nous retirer à New-
Yorck.Nous prîmes poffeffion de New-Yorck ,
des Jerſeys , & de Rhodes - Ifland en 1776. Nous
perdimes 8000 hommes dans cette campagne , &
le Pays conquis fut livré à toutes les horreurs de
la guerre civile. - Au commencement de la campagne
de 1777 , nous fortîmes des Jerſeys pour
envahir la Penfylvanie & Philadelphie la Capitale.
-
( 24 )
•
Dix mille braves gens perdirent la vie dans cette
campagne qui nous coûta plus de dix millions. Le
Général Burgoyne fut fait prifonnier à Saratoga
avec toute fon armée , & le Congrès prit une confiftance
refpectable.
-Philadelphie ainfi que en 1778 , nous évacuâmes
-
toute la Penfylvanie , & la
honte nous accompagna par-tout en traverfant les
Jerfeys. Rhodes-Inland fut bien-tôt dévasté , livré
au pillage & non content de voir des frères le battre
contre des frères , les Sauvages accoururent à notre
voix pour apporter dans notre querelle une foif
inextinguible de fang & de rapines. La même
guerre produifit les mêmes effets en 1779. Les
fuccès furent balancés , & fi nous fimes des progrès
au Sud , nous fûmes repouflés dans le Nord ; & la
Géorgie fut prife en même-tems qu'on nous chaffoit
de la rivière du Nord. Tout paroiffoit propice
à l'ouverture de la campagne de 1780. La prife de
la Caroline Méridionale & l'affaire de Cambden
fembloient annoncer au Gouvernement Britannique ,
· qu'il ne tarderoit pas à dominer de nouveau fur ce
vafte Continent. Ces efperances Aateules s'écrou-s
lèrent bien-tôt après l'échec qui préceda la fin de
la campagne. Ferguson , Commandant Américain
fut borner nos conquêtes. Tarleton à la tête de
800 Vétérans fut défait entièrement au commencement
de 1480. Depuis ce moment tout eft indécis ,
tout eft incertain , & nos fpéculations ne font que
nous replonger de plus en plus dans les ténèbres .
-
Nous avons remporté quelques , avantages à
Guilford , à Cambden & à James -Town . Nous
avons traversé un Pays immenfe , en laiſſant à
chaque pas des traces de notre férocité , par- tout
des Provinces ruinées , des habitations brûlées &
des Pays fertiles convertis en deferts jonchés de
morts. Qui peut nous confoler d'être la cauſe de
tant de maux ? Nos trésors font épuisés notre
commerce eft ruiné , & des milliers de nos Citoyens
ont verfé leur fang inutilement. Voilà des faits
>
qui
( 252)
qui doivent ouvrir les yeux de ceux qui ſe laiſſent
abufer par le Ministère. Eft-ce avec une conduite
femblable que nous pouvons espérer de recouvrer
jamais la poffeffion d'un pays que nous ne ceffons
d'accabler de maux & de baigner de fang «< ?
Les évènemens de la fin de cette année
ajouteront fans doute une nouvelle forceà
ce tableau ; & fi nous apprenons en effet
la reddition du Lord Cornwallis , qui n'étonnera
plus , parce qu'on s'y attend , le
parti de l'Oppofition n'aura- t- il pas beau
jeu pour demander qu'on mette fin à cette
guerre qui n'a produit aucun avantage &
qui prouve que jamais l'Amérique ne rentrera
dans la dépendance , à moins qu'elle
ne le veuille bien ; que nous ne pouvons
l'y forcer , & que nous n'avons pas pris
le parti de la ramener par la maniere dont
nous nous fommes conduits avec elle . Le
difcours du Roi au Parlement , dont la
rentrée approche , fera fans doute très- embarraffant
; jufqu'à préfent on lui a préſenté
des efpérances en perfpective ; aucune ne
s'eft réalisée ; quelles font celles qu'on lui
offrira aujourd'hui , & quelles font celles.
auxquelles il pourra prêter quelque confiance.
On ne voit pas que la Cour fe décide
à finir la guerre avec l'Amérique ; il
n'eft queftion que de grands préparatifs
pour la continuer ; 20,000 hommes ont
reçu ordre de fe tenir prêts à s'embarquer
au printems prochain ; & en conféquence
il fera fait une augmentation dans la Milice
pour la défenfe intérieure du Royau-
1er. Décembre 1781. b
( 26 )
me. Mais 20,000 hommes fuffiront- ils ? On
compte qu'il ne fera befoin , en Virginie ,
que de renforcer l'armée de Cornwallis ,
& peut-être faudra-t- il la remplacer. On
remarque à cette occafion que depuis le
commencement des troubles en Amérique ,
on a levé 31 régimens d'Infanterie & 4 de
Dragons . En 1772 , l'armée confiftoit en
18 régimens de Dragons & 71 d'Infanterie ;
la feconde eft actuellement portée à 102 ,
& les premiers à 22 .
On dit que le Parlement à ſa rentrée
doit s'occuper d'abord d'une enquête fur
l'état de notre marine , & fur la fupériorité
des efcadres de la maifon de Bourbon
dans toutes les parties du monde . Cer objet
n'eft pas le feul qui méritera fon attention;
il fera queftion de faire les fonds de l'année
prochaine.
Ils feront , à ce que prétendent quelques papiers ,
levés plutôt qu'il n'eft d'afage de le faire ; les amis
des Miniftres ont déja conféré fur cet objet
avec plufieurs des perfonnes qui ont foufcrit
au dernier emprunt ; en leur obfervant que fi elles
s'arrangeoient des termes précédens avec quelques
variations à raifon de l'augmentation du capital &
de la baiffe actuelle des fonds , elles auroient la préférence
de cette foufcription . Le plan fuivant , à ce
qu'on ajoute , a été propolé .
Chaque fou ' cripteur pour la fomme
de 100 liv. fterl . recevra liv. fterl.
150 liv. fterl. en action de 3 pour 100
évalués à 54 ci.
25 liv . ſterl. en actions de 4 pour 100
· ·
81 15
f ( 27 )
évalués à 68 ci •
sh. 6 pence , en courtes annuités
au taux de onze ans d'achat , ci .
3 billets de loterie par chaque 1000
liv. fter . évalués 13 liv . fterl. chacun
, ci.
Total
liv .
17
18 O
103 18 0
18 sh.
par Qui
donneroient une prime de 3
chaque
foufcription de 100 liv. fterl . On ne donneroit
que trois billets de loterie par chaque 1000
liv. foufcrits , parce que l'emprunt doit être de 16
millions.
Une partie de la flotte de la
Jamaïque
eft deja entrée dans nos ports , & fur cette
nouvelle les actions ont hauffé hier d'un
demi pour cent , mais un quart d'heure
après elles
baifsèrent d'un quart.
Le 9 de ce mois , le
Commodore Keith-
Stewart prit congé du Roi pour le rendre
au Nore , où il doit attendre fes derniers
ordres pour aller reprendre fa ftation dans
la mer du Nord .
On dit que la frégate le Prefton a coulé
bas fur la côte -de
Hollande pendant le dernier
ouragan ; elle croifoit au Texel avec
le Dolphin, & on n'a pas entendu parler
de ces deux vaiffeaux depuis.
C'est
l'Angleterre , dit un de nos papiers , qui a
commencé la première à doubler en cuivre les vaiffeaux
de guerre . La France , convaincue de l'utilité
de ce procédé , n'a pas tardé à fuivre cer exemple.
On peut juger des profits que font les Hongrois en
fourniffant aux Puiffances
belligérantes des matériaux
néceffaires pour ces doublures en cuivre , puifqu'on
fait qu'ils ont envoyé cette année en E'pagne
b 2
( 28 ) 1
par la voie de Triefte 38,000 quintaux de cuivre , ce
qui eft prouvé par les livres de la Douane de Triefte,
Il y a à Deptfort un cutter qu'on double en cuir ,
pour éprouver fon efficacité contre la morfure des
vers. Ce cuir eft préparé d'une manière particulière
s'endurcit dans l'eau. On prétend que fervant de
doublure aux vaiffeaux , il durera autant que le
cuivre qui eft fi fort en ufage aujourd'hui .
On prétend que le Congrès a refolu de
demander M. Laurens , toujours détenu à
la Tour , en échange du Général Burgoyne,
".
On a reçu de Dublin les détails fuivans
de la féance de la Chambre des Communes
le 8 de ce mois . Il s'agiffoit des fubfides,
M, Henry Flodd dit qu'avant que la Chambre e
formât en comité , il jetteroit un coup-d'oeil fur
la fituation du pays. Il obferva que la plus grande
dette que la Nation eût contractée avant la der
nière guerre , étoit de 271,000 liv. fterl . Qu'entre
l'année 1733 , & le commencement de cette
guerre , cette dette avoit été acquittée : que le Duc
de Devonshire , en 1742 , fe fit un mérite près de
Ja Chambre de ce que , malgré la guerre il n'avoit
pas été formé de demande additionnelle ; que toutes
Jes charges de l'établiffement furent liquidées en
17445 qu'à la fin de la dernière guerre , la Nation
Ine devoit que 530,000 livres jufqu'à l'année 1761 ;
qu'il étoit naturel de fuppofer qu'en tems de paix la
dette nationale diminueroit , mais que c'étoit le fort
de ce pays injudicieux de l'accumuler. Qu'en 1771 ;
la dette nationale étoit de 780,000 liv. , c'eſt- à-dire ,
d'un tiers de plus , & qu'en 1779 elle étoit de
1,757,000 liv. , de forte que dans le cours d'un
an elle avoit été portée à plus de la totalité de
fon montant lors de la dernière guerre , qui cependant
avoit été très-difpendieule ; que depuis 1779,
cette même dette s'étoit accrue de 67,000 liv. , &
( 19 )
qu'actuellement il étoit dû , en y comprenant les
annuités , 2,367, coo liv. fterl.; que comme l'on
difoit qu'il feroit demandé à préfent 300,000 liv. ,
l'enſemble fe monteroit à 2,667,000 liv. , de manière
que dans le cours de quatre ans on auroit
contracté une dette de 1,200,000 , au - delà de celle
qui s'étoit accumulée à raifon de toutes les guerres
précédentes . Cet état concis des affaires , conti
nua-t- il , dans un pays qui n'a point de finances , doit
frapper tout le monde d'étonnement ; pallant enfuite
rapidement en revue toutes les taxes exiftantes ,
il finit par prouver que , pendant que l'Angleterre ,
plongée dans la guerre & les calamités , combattant
le monde entier , n'avoit pas augmenté fon ancienne
dette de plus d'un huitième , l'Irlande avoit laiffé accroître
la fienne d'un quart , dans l'efpace de 10
ans , quoiqu'elle n'eût pas eu de guerre à foutenir.
Le Parlement continue d'emprunter fans adopter
un feul moyen de retranchement , & fe trouve actuellement
dans un état qui demande immédiatement
l'enquête la plus ftricte : j'espère qu'on ne précipitera
pas un comité de fubfides , fans avoir arrêté un plan
auffi bien conçu que le demandent la fatalité des
circonftances , & fur - tout la baiffe furvenue dans la
valeur des terres ; je defire donc que le comité des
fubfides foit différé juſqu'à Mardi ; alors fi l'on met
fur le tapis quelque fyftême propofable , je n'y
formerai aucune oppofition. » M. Flood finit par
demander en forme de motion , que le comité
s'ajournât jufqu'à Mardi , & il fut fecondé dans
cette motion par M. O'Hara .
- Le Procureur-
Général répondit que M. Flood avoit mal établi
& fubverti l'ordre de la véritable fituation de l'Irlande
, ajoutant qu'il pouvoit au moment même
mettre fous la conſidération de la Chambre un
fyftême contre lequel il imaginoit qu'il ne s'éleveroit
aucune objection. M. Flood repliqua que
fi l'on n'avoit d'autre vue que d'emprunter encore
b 3
( 30 )
de l'argent , il étoit certain que le comité des fubfides
étoit prêt , mais que ce n'étoit pas un ſyſtême de 2
ans qui pouvoir guérir les plaies du Royaume : qu'on
avoit befoin d'un fyftême durable & permanent qui
opérât le bien public , lorſqu'il ne refteroir plus de
Chambre.
ל כ
8
» Le Procureur- Général foutint avec chaleur que
loin d'être un pays en décadence , l'Irlande étoit
actuellement au faîte de la profpérité. Que c'étoit la
mode de trouver à redire à tout. Que fi l'on le plaignoit
d'abus & de détreffes , Dieu merci , elles
étoient idéales , & il obferva que la profpérité du
Royaume augmenteroit néceffairement les dépenfes.
-
M. Flood repliqua encore qu'en parlant de la
décadence du pays , il vouloit dire feulement que les
revenus courans de l'Irlande ne répondoient pas à
fes dépenfes courantes , & qu'il n'y avoit point de
nation plus malheureufe que celle qui hypothéquoit
journellement tout fon avoir. Quelques autres
Membres parlèrent pour & contre la motion , &
après de longs débats fur la queftion de l'ajournement
au Mardi , 49 voix furent pour l'affirmative ,
& 155 pour la négative, La Chambre fe forma
enfuite en Comité de fubfides ; on demanda 300,000
liv. ft . au- delà des fubfidés ordinaires , pour être
levées par des billets d'emprunt à 4 pour cent , à
l'exception de 40,000 l. qui feroient levées par les
billets de l'Echiquier. Le Procureur- Général avança
que cette opération ne coûteroit pas un fol à la
nation , parce que l'emprunt devoit être fupporté
deux loteries de 40 , coo billets , à raifon de s
1. ft. chaque , dont les lots feroient payés argent
Le Comité procéda enfuite au refte
des fubfides , & paffa aux octrois de 65,000 liv . ft.
de primes , outre sooo 1. adjugées pour être diftri-
⚫buées aux manufactures de Coron , de Marli & de
fil , &c.
par
comprant.
(31 )
•
FRANCE.
De VERSAILLES , le 27 Novembre.
L'ÉTAT de la Reine ne laiffant plus rien
à défirer , S. M. qui le 9 de ce mois avoit
vu toutes les perfonnes qui ont les entrées
de la Chambre tant chez le Roi que chez
la Reine , admit le 18 à lui faire leur
cour tous les Seigneurs & Dames de la
Cour ; le lendemain , après avoir entendu la
Meffe chez elle , elle fe rendit à la Chapelle
du Château , où elle fut relevée par
l'Evêque Duc de Laon , fon grand Aumônier.
La fanté de Mgr. le Dauphin fe fortifie
de jour en jour.
Le 11 de ce mois le Marquis d'Avaray
prêta ferment entre les mains du Roi pour
la Lieutenance générale de l'Orléanois , que
S. M. lui avoit accordée. S. M. a aulli accordé
au Comte d'Avaray , Maître de la
Garde- robe de Monfieur , en furvivance ,
. les entrées de fa Chambre.
•
Le même jour, le Roi & la Famille Royale
> fignèrent le contrat de mariage du Marquis
de Leyffin avec Mademoifelle de Galliffet.
3
S. M. a nommé à l'Evêché de Mariana
& Allia , en Corfe , le P. Peynau du Verdier
, Prêtre de l'Oratoire , Vicaire Général
de Tours ; à l'Abbaye de la Charité , Ordre
de Câteaux , Diocèle de Befançon , l'Archevêque
de Befançon ; à celle de Bonlieu
même Ordre , Diocèfe de Bordeaux , l'Abbé
b 4
(( 32 ) )
de Bovet , Vicaire - Général d'Arras ; à la
Coadjutorerie de l'Abbaye régulière de S.
Paul , Ordre de S. Benoît , Diocèfe de Beauvais
, la Dame d'Aumale , Religieufe de ladite
Abbaye. 2
PONE
De PARIS , le 27 Novembre.
LE fupplément à la Gazette de France de
Mardi dernier , que nous avons joint à
norre dernier Journal , contient la relation
la plus fidèle qu'on puiffe défirer des opérations
de l'armée & de la flotte . Quelquesuns
des Journaux de ces mêmes opérations ,
offrent des détails peu fufceptibles d'entrer
dans une relation de la Cour , mais qui
peuvent être placés ici , & que nos Lecteurs
ne liront pas fans intérêt.i
-
» Le Duc de Lauzun eft venu fur la frégate la
Surveillante , commandée par M. de Cillart ; M.
Duplellis Pafcaut , Capitaine du vaiſſeau l'Intrépide ,
qui brûla à la rade du Cap , étoit fur la même fregate
, & a apporté les dépêches du Comte de Graffe.
La Surveillante a encore amené le Lord Rawdon
& fa femme , le frère du Lord Cornwallis , & le
Major Général de l'armée Angloife. Ces deux
derniers nè fe font pas arrêtés à Breft. Ils font
partis fur-le-champ pour l'Angleterre . M. de Lauzun ,
parti le 24 Octobre de la Chéfapéak , n'a mis que
122 jours de traversée pour ſe rendre à Breft , où il
mouilla le 15 Novembre au foir. On dit que la
frégate l'Amazone , 'qui porte M. de Charlus , fils
du Miniftre de la Marine , M. de Rochambeau , fils
du Général de ce nom , M. de Deux-Ponts , Meftrede-
Camp du Régiment Royal Deux- Ponts , a dû
appareiller prefque ea même-tems , M. le Duc de
-
C
[
( 33 )
---
à
Lauzun a été fort bien reçu de S. M.; la lettre de
M. le Comte Rochambeau au Roi , étoit on ne peut
plus flatteule pour lui ; avec la moitié moins de
monde , il culbuta Tarleton , qui auroit été pris
fans la bonté des chevaux de la troupe. Ces chevaux
, au nombre de 300 , font à nous par la capitulation
. On les dit excellens , & bien mei leurs que
ceux de la Légion de Lauzun , qui en général étoit
mal montée . Le Comte de Rochambeau ne fe
décida à faire attaquer les redoutes , qu'afin de terminer
promptement un fiége qu'on ne vouloir pas
prolonger jufqu'à l'entrée de l'hiver. M. le Ba on
de Viomefil ( e diftingua cette occaſion , ainſi que
M. de Deux-Ponts , Meftre- le-Camp en fecond du
Régiment Royal Deux- Ponts , gi ayant fauté le
premier dans les retranchemens , donna la main à un
grenadier pour l'aider à le fuivre , & ayant vu tomber
ce grenadier mort , retira fa main , & la prefenta ,
avec beaucoup de fang-froid , à un fecond. Les
Américaios furent animés dans leur, attaque par le
ifuccès de celle des François , qu'ils voyoient par
de fignaux dont on étoit convenu . Les grenadiers
,de Gâtinis & ceux de Royal Deux-Ponis , furent
les premiers qui pénétrèrent dans la redoute ; on
fut étonné d'y trouver M. le Vicomte de Damas ,
qui y étoit entré des premiers ; il étoit venu à cette
attaque à l'infu du Général , dont il étoit un dés
Aides- de- Camp . Ce font l'artillerie & les bombes
qui ont réduit Cornwallis , & tout étoit fi bien
difpofé , qu'en Officier du Génie écrit qu'il a bien
fait de demander à capituler le 17 , car le lendemain
il auroit pu le faire fauter . On prétend
cependant que Cornwallis ne s'eft rendu que parce
qu'il avoit épuifé toutes les munitions ' de guerre ,
n'ayant plus un feul boulet ni poudre. Il avoit
d'abord demandé une fufpenfion d'armes de vingtquatre
heures ; on le refufa ; il tint bon ; alors on
le canonna , avec 80 bouches-à-feu , pendant toate
bs
) (( 342)
-
pour
la journée du 16 , au point qu'il fut obligé de demander
grace le lendemain. Les talens & les qualités
perfonnelles de ce Général , lui ont obtenu une
capitulation affez honorable ; elle l'auroit même été
davantage , fi le Général Washington & le Marquis
de la Fayette n'avoient voulu témoigner aux Anglois
qu'ils avoient été fenfibles à la rigueur qu'ils murent
dans la capitulation de Charles -Town. On dit
que les armées alliées ont perdu environ soo hommes
à ce fiége ; & cette perte eft bien peu de choſe.
le grand avantage qui en eft réfulté . Le feul Officier
d'artillerie qui ait été tué , eft M. de la Loges ; les
autres Officiers fupérieurs connus qui ont été bleffés
légèrement , font M. le Comte de Deux-Ponts , &
MM. de Dillon , Le Chevalier de Lameth , neveu
de M. le Maréchal de Broglie , Aide- Maréchal-
Général-des -Logis , eft le plus grièvement bleffé ;
il a la rotule & l'une des cuiffes fracaffées ; on eſpère
pourtant le fauver. Celui qui a le plus contribué
au fuccès de cette grande entreprife , eft fans contredit
le Marquis de la Fayette ; c'eft lui qui a ſuivi
pas à pas Cornwallis , qui l'a fans ceffe harcelé , qui
l'a acculé dans Yorck , & qui a préparé fa perte.
Aufli les Américains , comme les François & les
ennemis même font le plus grand éloge de ce Général
, qui eſt encore fort jeune , dont toutes
les démarches ont annoncé le génie da guerrier
& dont on admire la douceur & la fimplicité
de fes moeurs , & fon fang-froid réuni au coup-d'oeil
le plus sûr. Le Lord Cornwallis , enchanté des
grandes qualités de fon ennemi , a demandé à différentes
repriſes de traiter avec lui , & de ne remettre
fes armes qu'à lui feul ; le modefte guerrier a toujours
refufé , & l'a renvoyé à Washington , fon
Général. Le Lord Cornwallis donna à dîner le
11 au Duc de Lauzun qui , revenant de Glocefter ,
paffoit au Parc ; ce Général étoit affez gai , & on
le trouva fort aimable. Le lendemain le Vicomte
·
---
(835 ) )
de Damas alla l'inviter à dîner de la part de M.
de Rochambeau. Ce jour-là , il parut plus trifte
que de coutume. Ce n'eft pas qu'il ait rien à fe
reprocher ; il ne fe plaint que de Clinton , & il a ,
dit -il , dans fes mains de quoi prouver que s'il eût
reçu les munitions qu'il demandoit , fi on l'avoit
taiffe libre d'abandonner Yorck , fon armée auroit
* été lauvée. Il devoit s'embarquer pour New-Yorck ,
d'où il paffera en Angleterre.
•
L'état de la garnifon d'Yorck , lors de
la capitulation , ne fe trouvant pas dans la
relation que nous avons publiée , nous la
placerons ici.
Deux Colonels , 8 Lieutenans - Colonels , 11
Majors , 25 Capitaines , 89 Lieutenans , 36 Enfeigues
, 12 Adjudans 20 Quartiers -Maîtres , 10
Chirurgiens , 22 Aides , 2 Chapelain , 295 Sergens ,
121 Tambours , 3295 Soldats . Malades , 90 Sergens
, 44 Tambours , 1741 Soldats ; en tout 5823 ,
non compris la garnifon de Glocefter , formant
avec celle d'Yorck & les Matelots environ 7500
hommes. Vingt-deux drapeaux , 170 canons de tout
calibre , dont 75 de bronze , 8 morriers , 43 bâtimens
pris , le Charon , de so , brûlé ; la Guadeloupe
, de 14 , coulée bas ; l'Iris & le Richemont ,
de 32 , pris , &c .
On prétend que les troupes d'Anspach ,
deux jours après la capitulation , offrirent ,
Officiers & Soldats , au Duc de Lauzun ,
de fervir dans fa Légion . M. de Lauzun leur
répondit qu'ils appartenoient aux Américains
, & qu'il ne pouvoit les prendre au
fervice du Roi de France , fans l'agrément
du Roi , fon Maître , & celui du Congrès.
M. de la Fayette écrit à fa femme : » la
prife de Cornwallis eft la récompenſe la
b 6
( 36 )
plus agréable pour moi , elle m'a fait oublier
les chagrins , les peines & les foucis
que les talens fupérieurs de mon ennemi
n'avoient que trop raffembles autour de moi
pendant toute la campagne. , and
La frégate l'Andromaque eft arrivée. On
l'attendoit avec impatience , fur-tout depuis
qu'on avoit appris par les lettres de Londres
, que le paquebot le Lively , expédié de
New- Yorck , avoit apporté la nouvelle que
l'Amiral Graves avoit appareillé le 19 avec
25 vaiffeaux de ligue & des bâtimens de
transport portant fooo hommes , avec la
réfolution , fuivant l'expreffion du jeune
Prince , de joindre & de battre les François.
L'Andromaque n'eft en effet partie que le
31 Octobre , & elle nous apprend que l'Amiral
Graves fe préfenta le 27 devant la
Chefapéak ; M. de Graffe occupé à rembarquer
les troupes & fon artillerie s'emboffa.
L'Anglois ne jugea pas à propos de l'atta
quer ; il fe contenta de parader le 28 ;
le 29 au foir on ne voyoit plus que le haut
de fes mâts ; il retournoit à New York.
M. de Graffe appareilla le 31 pour les Antilles
; on croit qu'il y attaquera St- Chriftophe
. On dit que M. de Rochambeau
hivernera en Virginie , & que M. de la
Fayette fe propofe d'aller rejoindre le Géné
ral Gréen pour refferrer ou peut- être attaquer
Charles-Town.
&
On eft fort curieux d'apprendre quel effet
aurà produit cette grande nouvelle à Lon
( 37 )
dres ; on eft très perfuadé que le cabinet de
St-James en l'apprenant aura eu bien du
regret d'avoir permis l'impreffion de l'élan
du jeune Prince dans les Gazettes .
Un courier extraordinaire nous apprend
l'arrivée du convoi de la Havane à Cadix ;
il est entré dans la baye le 7 de ce mois.
Le vaiffeau & les trois frégates qui l'efcortoient
ont pris , chemin faifant , une frégate
Angloife . Ils ont mis 101 jours à la traversée .
Tout le prépare à Breft pour le départ
des grands convois ; le Marquis de Vaudreuil
eft parti d'ici pour fe rendre dans ce ports
les autres Officiers font déjà à bord de leurs
vaiffeaux & fi le tems le permet tout fera ,
dit-on , dehors avant la fin de ce mois. Le
régiment qui eft revenu du Ferrol & qui fe
trouve au bas de la rivière de Rochefort
s'incorporera à cette armée. Quant à la fré
gate la Néréide , qui porte à St- Domingue
M. de Bellecombe & M. de Bongars , elle
avoit defcendu la rivière de Bordeaux , &
n'attendoit que le vent favorable pour mettre
à la voile.
Il ne reste plus dans le port , lit-on dans une
lettre du 19 que les vaiffeaux le Triomphant , lė
Pégafe & le Terrible ; les deux premiers font prêts &
iro ten rade au premier beau tems ; le Terrible y fera
le 25 ainfi que le refte des tranfports qui confiftent"
en 8 bâtimens , qui font act ellement en chargement.
M. de Vaudreuil eft arrivé avant-hier . Les troupes
ont commencé à s'embarquer hier , & continuent
de s'embarquer ; le 25 au plus tard toutes feront
à bord des bâtimens. M. de Guichen viens
--
1
( 38 )
prendre ici le commandement de l'armée. - On
a fretté à St-Malo , pour le compte du Roi , tous
les bâtimens de 150 tonneaux & au-deffus « .
> Le corfaire l'Aigle , qu'on avoit dit pris ,
ne l'a point été. Les nouvelles qu'on en a
reçu portent , qu'il a été obligé de faire
'une feconde fois le tour des trois Royaumes
; après s'être débarraffé de la frégate &
de la corvette qui le combattirent à fa fortie
de Dunkerque , il apprit que plufieurs vaiffeaux
de Darby rentroient dans la Manche ;
il crut devoir en conféquence changer de
route , & il préféra celle du nord ; il n'a
fait dans ce long trajet qu'une petite prife
qu'il a envoyée à l'Orient.
Les Officiers Municipaux de la ville de
Poligny , en Franche- Comté ont reçu de
la part de M. d'Aftorg , Enſeigne des vaiffeaux
du Roi , âgé de 21 ans , une fomme
de 600 liv. pour être diftribuée aux Pauvres
de leur Ville , à l'occafion de la naiflance de
Mgr. le Dauphin . Ils ont demandé la publicité
de la lettre de ce jeune Officier à fon
père ; elle fait trop d'honneur à l'humanité
pour qu'on puiffe fe refufer à leurs défirs.
" Je vous avois prié de trouver bon que je vous
file paffer une partie des fonds provenans de ma
part de la prife du convoi de St -Eustache , comme
une foible preuve de ma reconnoiffance de tous
les facrifices que vous avez faits pour moi : vous
vous êtes refufé à certe prière , & vous m'avez
laiffé la difpofition entière de cette fomme. Votre
générofité m'eft d'avance un für garant de l'approbation
que vous donnerez à l'ufage auquel j'en
( 39 )
deftine une portion. L'évènement heureux de la
naiffance du Dauphin , dont nous recevons aujourd'hui
la nouvelle , m'infpire l'idée d'en faire partager
la joie générale aux plus pauvres de nos compatriotes
, en foulageant leur misère de mon fuperflu.
Je vous prie donc , cher papa , de vouloir bien leur
faire compter la fomme de 600 livres que vous
remettrez aux Officiers Municipaux , qui les em
ploteront à payer les impôts des plus indigens
dont ils peuvent plus aifément connoître les befoins .
Vous m'avez fi fouvent perfuadé , en le pratiquant ,
que le plus grand plaifir eft de faire des heureux ,
que je ferois bien coupable de l'oublier lorsque la
circonftance me permet de vous imiter «<.
Les Ouvriers Imprimeurs en lettres ont
fait chanter Dimanche dernier dans l'Eglife
Paroiffiale de S. Etienne- du Mont , une Meffe
folemnelle & un Te Deum en mufique , en
action de graces de l'heureux accouchement
de la Reine & de la naiffance de Mgr.
le Dauphin. Cette cérémonie pieuſe , intéreffante
par fon objet & par le zèle qui l'a
infpirée , fait honneur à ceux qui l'ont fait
exécuter. La mufique qui a fait le plus grand
plaifir , étoit de la compofition de M. l'Abbé
Lepreux , Maître de Mufique de S. Germainl'Auxerrois
.
La lettre fuivante qui nous a été adreffée
de Joigny , traite d'un objet trop intéreffant
pour l'humanité , pour que nous négligions
de lui donner toute la publicité qu'elle
mérite.
On a vu dans la Gazette de France du 12 Octobre
, & dans un de vos Journaux , que dans la
ville de Joigny en Champagne , un homme étant
( 40 )
imprudemment defcendu dans fa cave , où il y
avoit du vin nouveau en fermentation , avoit été
fuffoqué ; & qu'un de les parens , qui étoit accouru
pour le retier , avoit failli de fubir le même
fort. J'ai été témoin de ce funette accident ; mon
état m'appelloit auprès de ces infortunés , & je
puis dire qu'il n'a pas tenu à mes foins , ni à ceux
de mes Confrères , que nous les ayons rappellés
tous les deux à la vie: -Cet évènement n'eft
pas nouveau dans notre Ville. Tous les habitans
favent qu'en une feale année , il en périt cinq ou
fix , & cependant ils n'en font pas plus prudens.
Tel eft l'homme , & fur-tout l'homme du peuple.
Un danger qu'il ne conçoit pas n'en eft pas un
pour lui ; tour au plus eft-il fufceptible d'une efpèce
de crainte qu'une malheureuſe témérité lui
fait bientôt oublier. O vous , qui dans chaque
pays veillez à la tranquillité , Magiftrats vertueux ,
Vous vous occupez auffi de fa confervation . C'eft
dans la vue de feconder votre zèle , que je vous
fais part aujourd'hui de mes réflexions . Je les ai
faites comme Médecin , & elles tendent à remédier
par la fuite à l'accident qui vient de fe paffer
fos mes yeux . Je m'adreilerai particulièrement
à la police de mon endroit , mais par- tout
où l'on prépare des liqueurs fermentefcibles , on
peut avor befoin des précautions que je vais indiquer.
Joigny fitué , comme la plupart dés
pays vignobles , fur la pente d'une montagne ,
nous fo rait des caves fuperbes , mais nous n'avons
pas communément ce qu'on appelle des celliers
. "Ce n'est donc pas dans des endroits au rezde-
chauffée , vaftes , & d'une conftruation propre
à recevoir différens courans d'air , que le
molt eft dép fé en fortant du preffoir ; c'eft dans
des fouterrains profonds , où l'air de l'atmosphère
ne pénètre fouvent que par un trou ou par la
porte , quand toutefois celle-ci eft percée dans la
( 41 )
rue & qu'on la laiffe ouverte. Un tel endroit ne
doit pas tarder à être rempli des vapeurs qu'exhale
la liqueur qui y eft renfermée . Selon l'abondance
ou la qualité de la récolte , ces vapeurs font plus ou
moins fortes , mais dans le fait , elles font toujours
d'une nature meurtrière. Elles conftituent le vrai gaz
méphitique , autrement dit l'air fixe de Priestley ,J'a
cide crayeux de M. Lavoifier ; ces différentes dénominations
lui ont été données à mesure qu'on
en a connu les propriétés ; mais nous avons actuellement
, d'après les recherches de ces fayans
Chymiftes , que c'eft un être de fon eſpèce , un des
principes conftitutifs des corps , & qu'il exifte aufli
naturellement dans le raifin que dans la craie , par
exemple. Ce feroit peut-être le cas de faire ici
l'énumération des différens mixtes dans la compofition
defquels il entre ; mais comme nous voulons
être courts , nous nous contenterons de le
confidérer dans la craie , avec d'autant plus de taifon
, qu'il eft à propos de faire faifir le rapport qui
fe trouve entre ces deux fubftances . Nous avons
dit, que le gaz méphitique exiftoit auffi naturellement
dans le raifin que dans la craie. Le travail
de la fermentation le fait échapper de celui- là ,
comme il eft chaffé de celle-ci par la violence du
feu. La craie ainfi dépouillée de fon gaz eft réduite
en chaux. Il est donc effentiel de remarquer
que cette chaux que tout le monde connoît , n'eſt
autre chofe que de la craie , moins du gaz méphitique
. Nous rappellerons en outre combien la
chaux eft avide d'eau ; on faura qu'elle n'a pas
moins de tendance à fe recombiner avec le principe
qu'elle a perdu pour revenir plus ou moins
dans fon premier état, Ceci étant bien obfervé
, voici quels font les moyens que nous croyons
capables de prévenir le méphitis ou d'y remédier.
Ce font nos caves qui fervent toujours , ici de fujet
, & nous difons , 1 ° . qu'on ne fauroit leur donner
-
( 42 )
erop d'ouverture pour y laiffer pénétrer autant qu'il eft
poffible l'air extérieur. Deux foupiraux rempliront
mieux cet objet , quand ils feront oppotés que quand
ils feront de front. Il feroit à propos que toutes les
portes communiquaflent avec le dehors , & qu'on les
tînt conftamment ouvertes , pendant le tems'au moins
que le vin nouveau eft dans fon plus grand feu.
- Une cave aura beau être bien percée , elle renfermerà
toujours plus ou moins de gaz méphitique.
Nous fouhaiterions qu'on obligeât chaque particulier
, dans le tems qu'on entonne les vins , d'avoir
plufieurs baquets remplis de chaux vive , & divifée
de manière qu'elle préfente beaucoup de furface. Il
n'eft pas besoin d'expliquer le bien qui doit en
réfulter. On fent parfaitement , d'après ce qui
vient d'être dir , que certe chaus abforbera continuellement
le gaz qui s'échappera des tonneaux
& qu'elle parifiera d'autant l'atmosphère de la cave .
L'eau fe combineai merveilleufement avec lui. Elle
peut donc être employée avec avantage , mais
nous croyons que ce feroit en certain ca & d'une
certaine manière. Je m'explique fi un homme
étoit malheureufement refté dans une cave , &
qu'on ne pûr l'en retrer ans s'expofer foi-même ;
voici ce qu'il faudroit faire. Tandis que des ouvriers
perceroient la voûte pour donner iffue aux
vapeurs renfermées , on établiroit une espèce de
ventilateur , par le moyen du feu à la porte , ou
à un des foupiraux . Enfuite par le trou qu'on au
roit fait à la voûte , ou par le premier foupirail,
on jettetoit une bonne quantité de chaux par
delfus , on verferoit de l'eau en proportion , &
autfi-tôt une fumée de s'élever , comme on le voit
tous les jours. Cette fumée n'eſt autre chose que
-de l'eau réduite en vapeur. C'eft dans cet état
de diviſion extrême qu'elle peut agir le plus convenablement.
Interpofée dans toute la maffe du
Aaide aëriforme , elle diffoudra donc tout ce qu'elle
( 43 )
doit diffoudre , tandis que la chaux en abforbera
ce qu'il lui en faut pour le neutralifer . Nous
fammes perfuadés que fi les premières précautions
indiquées n'avoient pas empêché un homme
de courir les rifques d'être fuffoqué , cellesci
employées avec célérité , mettroient les affiftans
dans le cas de le retirer à tems pour lui adminiftrer
avec fuccès les fecours ordinaires . Ces
fecours font ceux que le Gouvernement a fi fagement
publiés contre l'Afphixie des noyés & celle
caufée par la vapeur du charbon. Nous remarquerons
feulement , puifque nous en avons l'occafion
, que dans ces différens cas , on fait en général
un abus de l'alkali volatil Auor. Sous la
fauffe idée que ce remède eft un fpécifique , on en
ufe avec prodigalité . On en porte dans le nez du
fujet , on lui en fait prendre par la bouche , &
cela fans melure. Cependant il n'eft pas plus fpécifique
que le vinaigre radical , que l'acide fulphureux
volatil , &c. Comme il n'agit efficacement
que parce qu'il pénètre , il réveille l'irritabilité ;
mais auffi il a cela de commun avec eux , que
plus il eft doué de cette propriété , & plus il eft
cauftique. Eu égard donc à cette caufticité & aux
mauvais effets qui peuvent en résulter , on ne fau
roit être trop circonfpect , fur tout lorsqu'on
J'emploie à l'intérieur. Je fuis , &c . Signé , CHAMORIN
, Médecin des Hopitaux militaires.
-
On a célébré le 3 Septembre dernier dans
l'Eglife de Royville , le renouvellement du
mariage de Pierre-Adrien le François , ancien
Procureur au Bailliage d'Argues , âgé
de 80 ans , & de Jeanne Lheurre fa femme ,
âgée de 81. Le Curé de la Paroiffe a prononcé
avant la Meffe un difcours analogue
à la cérémonie , & on a chanté un Te Deum
après. Les époux revinrent de l'Eglife au fon
( 44 )
des inftrumens . Le repas donné à cette occafion
fut de 80 couverts ; il fut fuivi d'un
Bal que le couple ouvrit , & cette fête refpira
la gaieté.
S
Une Société Littéraire , connue, fous le nom de
Mufée de Paris , fit fa rentrée le 15 Novembre
dans fon local . L'affemblée étoit belle & nombreuſe.
Entre les Difcours ou Mémoires qui y furent
lus on peut citer ceux-ci : M. Murft , fur
l'Echelle des Etres ; M. le Changeux , fur les Mots
qui embraffent les extrêmes en fait d'idées ; M.
du Caila , fur la différence de niveau entre les deux
Océans , & les changemens que cauferoit au globe
la rupture de l'Ifthme qui unit les deux Amériques ;
M. de Sonnerat , fur les dernières révolutioos du
Pégu ; M. de Laleu , fur la Jurifprudence Crimi
nelle ; M. l'Abbé Brifard , la feconde partie de
l'Eloge d'Henri IV , confidéré dans la paix ; M.
l'Abbé Cordier , un difcours fur la Naiffance
de M. le Dauphin ; M. de Piis termina la
Séance par l'Eloge en vers du Vaudeville ; MM.
Neveu & l'Abbé Vogleo dirigèrent la mufique
par laquelle certe Société termine fes Séances,
Quelques-uns des Artiftes qui en font membres ,
avoient orné la Salle d'ouvrages intéreffans de leur
façon ; M. Houel , en Tableaux ; MM. Godefroy
& Ponce , en Gravures. Si le tems l'avoit permis,
MM . l'Abbé Rouffier , Geraud , Fontanes , Pin
geron , auroient occupé la fcène à leur tour.
Jean-Frédéric Phelypeaux , Comte de Maurepas
, Commandeur des Ordres du Roi .
Miniftre d'Etat , & Chef du Confeil Royal
des Finances , eft décédé , le 21 Novembre ,
au Château de Verſailles , dans la 81. an
née de fon âge.
Alderic- Louis , Comte de Clément- du(
45 )
Mez , Seigneur de Befancourt- du -Wault ;
& c . Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de St-Louis , eft mort dans fa terre
de Befancourt , Diocèle de Beauvais , le
28 du mois dernier dans la 41e année de
fon âge,
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France , du 16 de ce mois ,
font : 83 , 36 , 40 , 32,76.
BRUXELLES , le 27 Novembre.
S'IL faut en croire plufieurs lettres de
Hollande , l'Empereur pour éviter les frais -
immenfes de réparations qu'exigeroient les
villes fortes , connues dans la République
fous le nom de villes des Barrieres , a réfolu
de les faire détruire toutes , fans exception
, d'en vendre le terrein , & que ce projet
a été déjà notifié aux Etats-Généraux par le
Baron de Reifchach .
Nos troupes , ajoutent à ce fujet ces lettres
feront alors obligées de quitter ces places , & par
cette opération , la République recouvrera 6 à 7000
hommes qui pourront fervir dans nos garniſons ,
tandis que les frais employés ci-devant à leur entretien
chez l'étranger , pourront être appliqués à
l'augmentation de notre marine qui feule forme la
véritable barrière de l'état . A confidérer ces choles
fous le vrai point de vue militaire & politique ,
toutes ces places fortes , dont font hériffées les frontières
des deux Etats , n'en impofent à aucun des deux
voifins ; elles ne tiennent jamais contre les progrès
faits dans l'art des attaques , & ne font qu'augmenter
( 16 )
l'effufion du fang humain . Les villes ouvertes feroient
mieux défendues que les villes fortifiées , par la
difficulté qu'éprouveroit un conquérant à s'y établir
& à y fubfifter. On en voit l'exemple dans la guerre
actuelle de l'Amérique , où les Anglois n'ont.pu
conferver Boſton ni Philadelphie , & ne tiennent que
dans les places fortifiées . Le fyftême d'une milice
nationale , combinée avec un petit nombre feulement
de troupes réglées feroit la meilleure défenſe , non--
feulement pour une République mais encore pour
des Etats Monarchiques de terre «<.
Le Confeil de guerre tenu à bord du
Zwaluwe , à l'ancre dans le Nieuwediep ,
fur le Capitaine de Bruin , Capitaine de
haut-bord, à l'occafion de la perte du vaiffeau
le Prince Guillaume , a été prononcé le 1
de ce mois. Cet Officier a été déclaré coupable
de négligence , d'imprudence , d'inattention
, & de n'avoir pas fait ce qu'il pouvoit
& devoit pour fauver fon vaiffeau ; il.
a été en conféquence démis du fervice , &
condamné aux frais du Confeil de guerre
& aux dépens du Procès. Son Pilote condamné
aux mêmes frais & dépens , dépofé
de fon emploi , l'a été encore à fubir trois
fois l'eftrapade navale , & à être fouetté de
la corde à la difcrétion des Commiffaires
du Confeil.
" Le 16 de ce mois , écrit-on de la Haye , le Duc
de Brunswich s'eft rendu chez le Président de femaine
de L. H. P. , il a déclaré. Que pour prévenir les
interprétations erronées que quelques Membres des
Provinces refpectives paroiffent avoir données au fens
de fon adreffe à L. H. P. du 21 Juin; il a jugé devoir
déclarer que fon intention n'a jamais été de leur
( 47.)
demander un examen juridique fur fon affaire , ni
en conféquence une fatisfaction immédiate , & encore
moins de révoquer en doute la haute ſouveraineté &
la jurifdiction par lui refpectée qui appartient à
chacune des Provinces ; mais feulement pour récla
meren qualité de Feld - Maréchal de cet état , la
haute protection de L. H. P. , qui l'ont revêtu de ce
caractère , en conféquence duquel il jugeoit que le
blâme jetté fur la perfonne ne fauroit leur être indifférent
, aux fins & à l'effet d'en être purgé par leur
haute intervention , au lieu & de la manière convena→
ble. Que cela eft d'autant plus évident que dès que
L. H. P. eurent pris la réfolution du 2 Juillet , il
déclara le 4 du même mois au Président de l'Allemblée
en propres termes , qu'il n'avoit pas porté directement
fes plaintes à L H. P. , ce qui comparé à la première
adreffe , manifefte clairement ( comme il s'en flatte )
fon intention d'avoir par- là demandé à L. H. P.
qu'elles faffent enforte qu'il foit purgé d'une manière.
convenable du blâme jetté fur lui , & que L. H. P.
dirigent les chofes de manière qu'il puifle être juſtifié
aux yeux du monde entier . Sur ce a les Députés
des Provinces refpectives ont été priés d'en donner
une connoiſſance préalable aux Etats leurs principaux ,
afin que fur les délibérations relatives a la miffive du
Duc du 21 Juin , il foit fait telle réflexion que L.
H. P. jugeront convenable. L'accutation d'Amf
terdam ne pole cependant que fur une vérité générale
que les affaires ont été mal dirigées ; & fur une autre
vérité non moins générale , qu'ane perfonne qui a
perdu la confiauce de la nation , avec qui les princi
paux Chefs du Gouvernement ne font pas d'accord ,
devroit renoncer aux affaires politiques «.
-
-
On vient , écrit - on d'un port de France , de recevoir
des nouvelles du Cap de Bonne-Efpérance ,
& par conféquent de M. de Suffrein , par un bâtiment
Hollandois arrivé à Cadix en 64 jours de
traverſée. Ces dépêches feront fans doute bientôt
( 48 )
publiques. Tout ce qui en a tranfpiré , c'eſt que
dans l'affaire de Saint-Jago , Annibal eft le
vaiffeau qui fouffrit le plus . M. de Suffrein parle
de ce combat comme d'une rencontre fort heureufe
, puifqu'elle lui a procuré le moyen de retarder
le départ de la flotte Angloife , & de faire,
manquer fon expédition en arrivant avant elle au
Cap. Il paroît que malgré les avis & les repréſentations
, les Capitaines Hollandois voulurent aller
mouiller à Saldanha , bien perfuadés que Johnſtone
ne pourroit pas les découvrir dans cette baie. Ces
vaiffeaux avoient en entier leur chargement ; M.
de Suffrein le confirme , dit-on , & s'il avoit eu
d'autres droits que celui de la fimple repréfentation ,
certainement ils ne feroient point tombés entre les
mains de Johnſtone. Les nouvelles de l'Inde que
l'on avoit au Cap , étoient de vieille date ; on y favoit
feulement que M. de d'Orves étoit retourné à la
côte de Coromandel , avec des munitions de guerre
& un corps de troupes confidérable. Ainfi l'avis'
de Baffora , qui fait attaquer Madras au mois d'Août ,'
par les François réunis à Hyder- Aly ,'n'eſt pas toutà-
fait dénué de fondement . Une lettre de Conf--
tantinople porte , pour la deuxième fois , la nouvelle
de la prife de Madras ; on en parle d'une manière
encore plus pofitive & plus certaine , le Bacha de
Bagdad ayant envoyé un Courier à Conftantinople
pour y donner cette nouvelle. Le Capitaine d'un
bâtiment Américain , qui vient de mouiller à l'Orient ,'
rapporte que le Général Gréen s'étant approché
de Charles -Town , reçut un petit échec ; mais il
fut fi bien prendre fa revanche le 8 Octobre dernier ‚†
qu'il tua ou prit 1200 hommes aux Anglois. Les
Américains ont auffi beaucoup fouffert par ce com
La nouvelle de la capitulation de Cornwallis
a été fue à Rhode-Ifland le 25 Octobre , & on a reçu
un papier-nouvelle de Providence de cette date qui
en donne les détails.
bat.
-
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 12 Octobre.
LE Baron de Stachieff , ancien Miniftre
Plénipotentiaire de Ruffie à la Porte , a
achevé les préparatifs de fon voyage pour
retourner à Pétersbourg ; il s'embarquera
inceffamment fur une frégate de guerre de
fa nation. M. de Bulgakow qui le remplace ,
a pris depuis fon arrivée la geſtion des affaires
de fa Cour.
On parle toujours du Traité de commerce
entre l'Eſpagne & la Porte ; on affure mêine
qu'il eft prêt à fe conclure , & que l'on eft
convenu de tous les points qui doivent en
faire la bafe. La Porte agit , dit- on , à ce
fujet avec la plus grande circonfpection , &
veut établir , entr'autres , une parfaite neutralité
, dans le cas où l'une ou l'autre des
deux Puiffances fera engagée dans une
guerre.
On apprend par différentes lettres qu'il
8 Décembre 1781. C
( 50 )
règne beaucoup de mécontentemens dans
la Servie ; & on n'eft pas ici fans quelque
crainte que les troubles qui s'y font élevés
ne fe communiquent aux autres Provinces.
RUSSI E.
De PETERSBOURG , le 25 Octobre.
Les nouvelles que nous recevons de
LL. AA . II. ne fauroient être plus fatisfaifantes
; les deux jeunes Grands - Ducs font
préfentement rétablis aujourd'hui ; & cette
circonftance rendra plus brillante & plus
gaie la fête qu'on doit célébrer demain à
l'occafion de l'anniverfaire de la naiffance
de la Grande -Ducheffe.
Sahim Gueray , Chan de Crimée , ayant
défiré un titre au fervice de S. M. I. , elle
vient de le nommer Capitaine de la Garde
Préobrazienne.
La nouvelle ville de Cherfon , conſtruite
par les ordres de l'Impératrice , ne tardera
pas à devenir fous fa protection une ville
floriffante. On y élève une Eglife Cathé
drale , qui fera dédiée à Sainte Catherine ,
& dont la première pierre a été pofée le
30 Août dernier. On a dépofé dans fes premiers
fondemens les différentes eſpèces de
monnoies frappées au coin de l'Impératrice ,
le portrait de cette Augufte Souveraine , &
une plaque avec une infcription , marquant
l'époque à laquelle on a commencé cet
édifice.
( SI )
POLOGNE.
De VARSOVIE , le s Novembre.
UN Courier arrivé ici de Wifniowicz
nous a apporté la nouvelle de l'arrivée du
Grand - Duc & de la Grande - Ducheffe de
Ruffie dans cette ville , où ils ont fait leur entrée
le 31 du mois dernier. Le 22 , LL, AA. II.
étoient arrivées à Kiow au bruit du canon ,
& avoient été reçues par le Feld- Maréchal
Comte de Romanzow & par un très - grand
nombre de Généraux & d'autres Officiers
-Ruffes. Le Général Komerzewski avoit été
les complimenter de la part du Roi. Elles
s'y reposèrent deux jours , & fe rendirent
enfuite à Wifniowicz , où.S. M. les attendoit
; elle étoit arrivée le 16 dans cette dernière
ville , où elle avoit été reçue avec le plus
vif empreffement par la nobleffe . LL. AA.
II. ont dû féjourner dans cette ville jufqu'au
3 de ce mois.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 14 Novembre.
LE Grand- Duc & la Grande - Ducheffe
de Ruffie , font attendus inceffamment dans
cette capitale . L'Empereur a été au-devant
d'eux ; on dir que ces illuftres voyageurs
refteront ici un mois ; le 25 de ce mois ,
il y aura bal à Schonbrun ; 3000 billets .
d'entrée feront diftribués aux gens de con-
€ 2
( 52 )
dition , & aux Employés de la Chancellerie .
L'Empereur a donné au Secrétaire de
l'Ambaffade de France une bague précieuſe ,
montée en brillans , à l'occafion de l'heureux
accouchement de la Reine de France.
On croit que le Comte Dominique de
Kaunitz ira à Verfailles en qualité d'Ambaffadeur
extraordinaire , pour féliciter le
Roi & la Reine de la naiffance du Dauphin.
Le 28 du mois dernier , le Chevalier
Foscarini , Ambaffadeur de la République
de Veniſe auprès de cette Cour , eut de
S. M. I. une audience dans laquelle il prit
congé le même jour , le Chevalier Sebaftien
Fofcarini , fon frère , qui le remplace
dans fon pofte , fut conduit à l'audience
de S. M. I. & lui remit fes lettres
de créance.
;
Ce fut le 26 du mois dernier que l'Edit
de l'Empereur en faveur des Proteftans , fut
envoyé à tous les Cercles du Royaume de
Bohême , avec injonction de s'y conformer,
& de recevoir fans difficultés ceux qui, ayant
quitté le Royaume pour caufe de religion ,
voudront y revenir. On regarde comme une
fuite des difpofitions favorables de cet Edit ,
la nomination que l'Empereur à faire du Baron
de Wurmfer , Lieutenant- Général de
fes armées , à la place de Chambellan fervant
auprès de fa perfonne. C'est le premier
Proteftant qui ait été admis à faire.
les fonctions de cette dignité.
a
La petite vérole a fait de grands ravages
( 53 )
dans cette ville. On prétend qu'il en eft
mort près de 600 enfans , & on a obfervé
qu'auc une des perfonnes qui ont été inoculées
n'en a été la victime.
De FRANCFORT , le 18 Novembre.
S'IL faut en croire quelques nouvelles
des frontières de la Pologne , il y a des
mouvemens dans la Crimée , à l'occafion
des mécontentemens qui fe font élevés
parmi les Tartares. On ne donne aucune
particularité , qui prête à cette nouvelle le
moindre degré de certitude ; mais on ajoute
que 7 à 8 régimens qui fe trouvent dans l'intérieur
de l'Empire Ruffe , ont reçu ordre de
marcher de ce côté.
On dit que le féjour du Grand- Duc &
de la Grande- Ducheffe de Ruffie à Vienne
ne fera que de 4 femaines au plus ; de- là
ces illuftres Voyageurs fe rendront en Italie
; ils feront au printems une vifite à la
Cour de Wurtemberg , & pafferont l'été à
parcourir la France & la Hollande . Pendant
leur féjour à Vienne , on donnera l'Opéra
d'Iphigénie en Tauride , du Chevalier
Gluck.
» Le de ce mois , écrit-on de Nuremberg ,
à l'occafion du féjour que fit ici la Princeffe de
Sardaigne , époufe du Prince Antoine de Saxe , le
Magiftrat lai envoya une députation pour la complimenter
& lui offir les préfens que la Ville eft
dans l'ufage de pré enter aux Princes & Prince fles ;
ils confiftent en vins du pays de divers cantons
& en vin étranger , en poiffon de plufieurs espèces
c 3
( 54 )
& en avoine. La Princeffe reçut la députation de
la manière la plus flatteufe , & accepta le préfent ,
mais elle ordonna fur-le-champ de le faire diftribuer
aux pauvres. Le Magiftrat inftruit de l'intention
de la Princeffe , convertit le préfent en argent
& le fit diftribuer , au nom de la Princeffe , aux pauvres
dans les maifons & à ceux qui font dans les
divers Hopitaux de la Ville "<
Selon des lettres de Brinn , le Prince de
Radziwill ayant , négligé depuis 14 ans de
faire payer à fon époufe qui eft à Vienne
la fomme annuelle de 12,000 florins qu'il
lui doit pour fon entretien , l'Empereur a
donné des ordres pour faifir fes biens dans
le Royaume de Gallicie , & les vendre publiquement
jufqu'à la concurrence de la
fomme dûe à Madame fon épouſe.
» Nous avons vu encore une fois notre Souverain
, écrit-on de Manheim , & tout nous fait craindre
que ce ne foit pour la dernière fois ; il paroît
décidé à fixer dorénavant fon féjour à Munich où il
eft retourné ; on dit que pendant fon voyage il a eu
une entrevue avec le Prince Evêque de Wurtzbourg ,
pour convenir de quelques arrangemens relatifs au
commerce des deux pays & fur-tout à celui du
fel. Peu avant fon départ S. A. S. E. a établi
ici une maison pour les enfans orphelins des Soldats
morts à fon fervice. Ils y feront entretenus &
élevés jufqu'à un certain âge & de manière qu'ils
pourront devenir utiles à l'Etat . Le Général de Hohenhaufen
, Général des troupes Palatines & Gouverneur
de cette Ville , en a été nommé prote&eur.
ITALI E.
De NAPLES , le 15 Octobre.
Le Roi vient de faire publier l'Edit ſui(
55 )
vant , adreffé à tous les députés des vivres
de cette capitale .
» Le Roi ayant fait attention aux repréſentations
des Membres de la députation établie dans cette
capitale pour les vivres , tant fur les caufes de la
diminution des revenus publics , que relativement
aux moyens de procurer au peuple l'abondance , S.
M. a fait fur chacun de ces objets les réflexions
fuivantes. — 1º . La députation a obfervé qu'avanc
1764 , les revenus de la ville fe montoient à 125,226
ducats 60 grains , & la dépense annuelle à 95,581 :
que depuis 1765 , 5 branches de ces revenus qui
rapportoient annuellement 26,706 ducats ont manqué,
& que d'un autre côté les dettes ont augmenté de
15,928 ducats 76 grains , à raifon des pertes que la
ville a faite de 2,442,132 ducats 58 grains , tant fur
les grains que fur les huiles ; le Roi eft d'avis qu'il
faudroit bien examiner l'état des rentes , des charges
& des dépenfes , pour voir s'il n'y en a point de
fuperflues qu'on puiffe retrancher ou diminuer , &
qu'il faudroit toujours avoir un compte de trois ans
auffi clair que détaillé. 2º. La Députation a prouvé
qu'avant l'année 1764 , l'approvifionnement du grain
pour Naples étoit de 120,000 méfures de grain ,
dites tomola , qu'on a enfuite porté à 300,000 ,
lequel approvifionnement a été & eft dans les années
fertiles très -préjudiciable , parce que le grain réduit
en farine a caufé une perte qui , dans l'efpace de 17
années , a été jufqu'à la ſomme de 291,316 ducats ,
& dans les années ftériles cet approvifionnement ne
fuffifoit pas , puifqu'il en falloit pour Naples deux
millions de mefures par an . S. M. juge à cet égard
qu'on devroit s'occuper du moyen de conferver le
grain d'une année à l'autre comme on fait en Sicile ,
où on le garde pendant 3 ans. 3 ° . La Députation
propofe de faire rendre à la ville les rentes dont
elle jouiffoit ci-devant , & en premier lieu le droit
de louer des magasins pour y vendre la farine avec
C 4
( 56⋅)
un privilége exclufif. Le Roi obferve fur ce point que
ce privilége exclufif a été prohibé par le Roi fon père,
& qu'en 1780 , on ordonna que rien ne feroit innové
à cet égard , par la raifon que le prix du loyer des
magafins retomberòit fur les citoyens qui , ou payeroient
la farine plus cher , ou l'auroient d'une qualité
inférieure. 4°. Quant aux droits de moccia , le Roi
penfe que coníme en 1775 la Chambre a formé un
nouveau tarif qui eft refté en partie fufpendu , on
pourroit partager ce droit & le faire obferver en
deux parties qui ne feroient point à charge au bas
peuple , & n'occafionneroient point de murmures.
5. La Députation ayant fait voir qu'on ne trouve
plus à louer les fept places où l'on vend la farice , à
caule de la réferve des 60 mille tomola qui ne
doivent le répartir que fur ces fept poftes , & fur
l'autre auffi de la ville au marché , à caufe de la condition
de l'obligation d'un Négociant. La décifion
du Roi fur ce point eft qu'on pourroit fupprimer la
condition de l'obligation du Négociant , & horner
la réserve à la fele portion qui répond aux poftes
de la ville fans rien innover par rapport aux marchands
de farine. 6º. A l'égard du carolin qu'on veut
faire payer de plus aux vendeurs de macaroni , quand
le prix du grain fera an -deffous de 21 carolins par
tomolo , on défendra l'introduction des pâtes travaillés
en filière , ou du moins on obligera ceux qui
en introduiront à les vendre fur le pied de la taxe ,
& à payer 20 grains par cantaro . S. M. informée
le corps des faifeurs de macaroni a demandé que
l'affiette s'établît fuivant le prix courant des grains ,
ce que la ville n'a pas voulu accorder , & que les
ouvriers nommés Torrefi ont offert de travailler les
pâtes fur le pied de limpôt. S. M. juge qu'on ne
devroit pas innover en faifant payer le carolin en
queftion quand le grain coûte moins de 21 carolins
ou en introduifant les pâtes de dehors , en les vendant
fur le pied de l'impôt. D'ailleurs ce point à
que
eft
Lat
IOV
tor
pe
( 57 )
befoin d'être examiné férieufement . 7°. Pour ce qui
eft de la défenfe qui a été faite aux fermiers -royaux
& aux fours-royaux d'acheter du grain de la terre de
Labour. S. M. penfe que 40 mille tomola des foursroyaux
font une bien petite quantité vis - à -vis des
2 millions de tomola qui fe confomment dans Naples ,
& qui fervent pour la confommation de la capitale
même. Et cette permiffion d'acheter les 40 mille
tomola a été donnée fur la même demande à 1 Elu du
peuple. 8. Quant à la défenfe qui a été faite de
travailler la fleur de farine dans les fours du Roi , S.
M. obferve que cette défenſe a été faite pour ne pas
donner occafion aux fabriquans d'employer les grains
de la terre de Labour. On l'a cependant permis aux
fermiers des fours- royaux , parce qu'ils ont la permiffion
d'acheter 40 mille tomola de grains dans la
terre de Labour. De forte que pourvu qu'on n'excède
pas cette quantité , que ce foit pour fleur de farine ,
ou que ce foit pour les fours , il n'en réſultera point
d'inconvénient. 9° . Pour ce qui eft d'encourager les
habitans des provinces à femer , S. M. répond que
l'enfemencement des terres s'eft accru dans la terre
de Labour , vu la facilité que les habitans ont de
débiter leurs grains . Mais dans les autres provinces ,
l'enfemencement a diminué , foit par l'impuiffance
des Colons foit par la prohibition de tirer ces grains.
Tant qu'on laiffera la liberté de les tirer des provinces
, l'enfemencement augmentera toujours . D'ailleurs
, d'après la confultation de la Junte des vivres ,
on a déja infinué aux Barons du Royaume d'encourager
le cours des grains par la femence . 10º . Sur la
prohibition qu'on propofe de faire de tirer les grains
des provinces , & de ne les mettre que pour le fuperfu
, S. M. dit qu'on ne permet la traite des grains
qu'après qu'on a affuré l'abondance & qu'on eft
certain qu'il y a du fuperflu . Peut-être auffi cette
défenfe noiroit-elle plus qu'elle ne ferviroit . 11º ,
Quant à la propofition d'abolir les fours-royaux ,
C S
( 58 )
S. M. penfe que dans le cas où il y a abondance de
grains , on ne peut mieux faire que de le converir
en pain , & les fours ne nuifent point : que mène
dans le cas de la rareté du grain , les fours fervent
encore , & leur multiplicité contente le peuple pour
la quantité & la qualité . 12 ° . Sur le projet de charger
la ville de Naples da foin de fournir le marché de
farine & de l'y faire vendre par l'Elu du peuple , S.
M. ctoit qu'il ne faut pas innover fur cela , parce
que cet ulage eft introduit d'ancienne date , que
jufqu'ici il n'en a réſulté aucun inconvénient , au lieu
qu'il pourroit y en avoir fi l'on y faifoit quelque
changement : que d'ailleurs ce point ayant été loumis
dès 1775 à l'examen de la Chambre Royale qui n'a
rien décidé , on pourroit demander aujourd'hui fon
avis . 13. Pour la liberté à donner aux Univerfités
de fe fournir de grains , S. M. croit que cela eft convenable
& doit le pratiquer ainfi en n'en chargeant
que les Univerfités qui font dans l'ufage de le faire.
14. A l'égard de ce qu'on propofe de remettre les
Confuls de la ville dans les places étrangères afin
d'en recevoir les avis néceffaires , S. M. croit que
fes Confuls peuvent donner ces avis tout auffi bien.
Je vous fais part de tout ce que ci-deffus pour votre
intelligence , par l'ordre exprès du Roi.
ESPAGNE.
De CADIX , le 8 Novembre.
LE convoi fi long- tems attendu de la
Havane eft entré heureufement hier dans
ce port. Il eft en très- bon état ; il n'y manque
que 2 navires qui ont difparu il y a huit
jours ; comme le convoi n'a point rencontré
de voiles ennemics , il y a lieu d'efpérer
que ces traîneurs auront le même bonheur.
( 59 )
La traversée de cette flotte a été très - longue
, puifqu'elle a duré 101 jours ; le vaiffeau
Anglois qu'ont pris , chemin faifant
le vaiffeau & les trois frégates qui efcortoient
ce riche convoi , eft une frégate
de 40 canons.
Les Généraux de la Havane qui font
arrivés , ont obtenu plufieurs graces de la
Cour ; on fait que M. Bonnet eft employé
dans l'efcadre d'Europe ; D. Jofeph Navarro
, vient d'être nommé Commandant
de la Province d'Eftramadure .
Avant-hier un courier du Cabinet vint
annoncer à nos Chefs que la Reine de
France étoit accouchée d'un Dauphin . Les
vaiffeaux François mouillés dans la baye
firent à cette occafion plufieurs décharges
de leur artillerie , & hier notre armée fit
une triple falve pour célébrer cet heureux
évènement.
Les chébecs du Roi ont pris un quatrième
cutter Anglois , chargé comme les
autres de munitions de guerre. Celui- ci
étoit déja entré dans le canal , & tandis
que tous nos croifeurs étoient acharnés à
fa pourfuite , une bélandre Angloiſe & deux
autres petits bâtimens fe font gliffés dans
la place. Le feu s'eft fort rallenti des deux
côtés depuis huit jours devant Gibraltar.
Nos nouvelles de Minorque portent que
le Général Murray , alléché par les petits
avantages que lui procuroient fes fréquentes
forties , vient de perdre 200 hommes qui
C 6
( 60 )
font tombés dans une embufcade. Si cela
eft , il ne s'amufera plus dorénavant à faire
une petite guerre qui , dans tous les cas ,
ne peut lui être fort profitable .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 27 Novembre.
LES nouvelles que nous attendions avec
tant d'inquiétude , font enfin arrivées ; elles
ont détruit toutes les efpérances que nous
confervions encore depuis que nous favions"
que notre efcadre , & un corps confidérable
de troupes étoient partis de New-Yorck
le 19 du mois dernier pour aller délivrer
le Lord Cornwallis .
Le 25 de ce mois au foir , M. Melcomb
Capitaine du floop le Rattlefnake eſt arrivé à
l'Amirauté avec des dépêches du contre- Amiral
Graves , datées du 29 Octob . , par lefquelles
on a reçu la fâcheufe nouvelle de la prife du
Lord Cornwallis & de toute fon armée . M.
Melcomb débite que la première nouvelle de
ce funefte évènement a été apportée par un
Pilote de la part de l'Amiral Graves & confirmée
enfuite par deux Nègres qui avoient
defcendu la Chéfapeak fur des bateaux plats
& s'étoient rendus auprès de la flotte fans
être apperçus de l'ennemi . Ils ont tous déclaré
qu'ils avoient vu les drapeaux Anglois roulés
dans leurs étuis , & ceux de France flortant
au-deflus d'eux dans les lignes Britanniques.
Au départ du Rattlesnake l'efcadre
( 61 )
Angloife ne fe propoſoit point de paſſer la
barre de New-Yorck , mais feulement de
fe rendre à Sandy- Hook fous peu de jours ,
afin d'y prendre des munitions néceffaires
pour aller enfuite aux Ifles fans aucun délai .
Il paroît par ces détails que notre eſcadre
n'a point cherché à combattre les François
en arrivant devant la Chéfapeak fi elle les
y a trouvés. On a lieu de craindre même
d'après des lettres particulières de New-
Yorck , que les avantages de l'ennemi fur le
Continent ne foient fuivis de nouveaux qu'ils
peuvent avoir le tems de fe procurer aux
Antilles. Ces lettres du moins font craindre
que lefcadre Françoife
ne fe porte à la Jamaïque
avec les troupes qui yfont embarquées.
Si les François tentent cette expédi
tion ils y auront , dit - on , tout le fuccès
poffible , la Jamaïque n'ay int aucune force
navale qui puiffe s'oppofer à leurs opérations ,
& cette Ifle malgré les fortifications
manquant
de troupes pour la défendre.
Cette nouvelle défefpérante ne pouvoit
arriver dans des ci conftances plus fâcheufes ;
le Gouvernement l'a apprife l'avant- veille
même de la rentrée du Parlement qui s'eft
faite aujourd'hui , le difcours du Roi devenoit
très embarraflant à rédiger ; le tems
manquoit , & il étoit impoffible de cacher à
la Nation un évènement auffi fâcheux , le
fecond dont l'Hiftoire de cette guerre fera
mention , & dont l'Amérique a été le théâtre
. La reddition d'un corps d'armée entier
( 62 )
avec fon Général à nos ennemis. Cet aveu
étoit mortifiant , mais il étoit néceffaire ; &
c'eft ainfi que S. M. s'eft exprimée.
Milords & Meffieurs , à la dernière Affemblée du
Parlement , je vous ai fait connoître la_pofition
embarraffante où le trouvoient alors les affaires publiques.
Je vous ai repréfenté les projets & la réfolution
avec laquelle j'étois déterminé à perſévérer
dans la défenfe de mes Etats , contre les forces réunies
de mes ennemis , en attendant une paix compatible
avec la dignité de ma couronne , l'intérêt
permanent & la tranquillité de mon peuple. Malheureufement
, la guerre eft encore prolongée par
cette ambition inquiète , qui la première a décidé nos
ennemis à la commencer , & qui ne ceffe de contrarier
mes defirs ardens & mes efforts continuels pour
le rétabliffement de la tranquillité publique. Souverain
d'un peuple libre , je ne répondrois pas au dépôt
qu'il m'a confié , je ne reconnoîtrois pas le zèle
conftant & l'attachement fincère de mes fujets à
ma perfonne , à ma famille & à mon Gouvernement
, fi je confentois à facrifier aux voux que je
forme pour la paix , & au bien-être paffager de mes
fujets , les droits effentiels & les intérêts permanens
dont la défenfe & le foutien feront toujours la force
& la fûreté de ce pays . Vous avez dû être fatisfais
de la perfpective favorable que préfentent
nos affades dans l'Inde , & de l'heureuſe arrivée des
Attes marchandes de mes Royaumes ; mais cette
année le fuccès de mes efforts réitérés pour défendre
toute l'étendue des poffeffions de ma couronne ,
n'a point répondu à l'équité & à la droiture de mes
vues. Je vous apprends avec la plus vive douleur que
les évènemens de la guerre ont été très - malheureux
pour mes armes en Virginie , puifqu'ils le font terminés
par la perte de mon armée dans cette pro-
- Je n'ai rien négligé pour éteindre l'efprit
de rébellion que nos ennemis ont trouvé le moyen
de fomenter & d'entretenir dans les colonies . J'ai
vince. ―
( 63 )
cherché à rendre à mes jets abufés d'Amérique ,
tous les avantages & tout le bonheur dont ils jouiffoient
en obéiffant aux Loix ; mais le revers que nous
venons d'effuyer vous appelle avec force à concourir
& à m'aſſiſter avec la plus grande fermeté , pour
faire avorter les projets de nos ennemis qui font
auffi préjudiciables aux intérêts de l'Amérique , qu'à
ceux de la Grande-Bretagne. Dans la dernière
fellion vous étiez déja très - avancés dans vos enquêtes
fur l'état de nos poffeffions & de nos revenus
.Jans l'Inde. Je ne doute nullement que vous ne
repreniez le fil de cette délibération importante
avec le même efprit & la même modération , &
vous continuerez à examiner auffi avec la même
attention & la même ardeur comment ces p : ovinces
éloignées peuvent être contenues & gouvernées
fans le moindre danger , à l'avantage de l'Angleterre
, & quels font les moyens les plus p: opres à
faire le bonheur des naturels du pays .
---
Meffieurs de la Chambre des Communes , je ferai
mettre fous vos yeux les eftimations pour l'année
prochaine. Je m'en rapporte à votre fagette & à
votre patriotifme pour régler les fubfides qu'exigeront
nos affaires . Parmi toutes les conféquen
ces fâcheufes qu'entraîne la continuation de la guerre
actuelle , je vois avec les regrets les plus vifs la néceffité
indifpenfable où je me trouve de charger encore
de nouvelles taxes mes fidèles fujets .
Milords & Meffieurs , Puifque nous fommes engagés
dans cette grande & importante querelle , je
conferve, pour la pourfuivre, une confiance inaltérable
dans la protection de la divine Providence &
une entière conviction de la juftice de ma cauſe.
Je fuis perfuadé que par le concours & le foutien de
mon Parlement , par la bravoure de mes efcadres &
de mes armées , & par la réunion & l'enſemble des
efforts , des moyens & des reffources de mon peuple
, je rendrai à toutes mes poffeffions les avantages
d'une paix honorable & folide .
( 64 )
Ce difcours annonce le deffein de continner
la guerre , & l'efpérance qu'on a que
la Nation continuera de fournir les fubfides
qui font néceffaires. Cependant on ne voit
pas quel espoir nous refte de faire des progrès
fur le Continent. Le fort du Lord Cornwallis
dans la Virginie , décide néceffairement
celui de Charles -Town & de Wilmington.
En effet , la perte de fon armée entraînera
en même- tems celle de tous les avantages
que nous retirions des deux Carolines ,
puifqu'il devient très difficile , pour ne pas
dire impoffible , de protéger les plantations
des Loyaliftes , & en général tous
les Habitans qui fe font foumis au Gouvernement
Britannique. Quant aux places de
guerre , il faut fuppofer qu'on aura la fageffe
de ne pas les conferver , fi elles ne
fervent plus de clef pour faire le commerce
du pays.
» On affure , dit un de nos papiers , que dans le
dernier Confeil tenu fur les affaires de l'Amérique ,
il a été décidé que s'il arrivoit quelque difgrace à
l'armée du Lord Cornwallis , on fe borneroit à une
guerre maritime contre les Colonies rebelles . En
conféquence on rendroit New-Yorck imprenable ,
en y jettant 15 à 20,000 hommes de troupes choifies
& on laifferoit toujours dans cette ftation une
forte efcadre pour détruire le commerce des Rebelles
, & or profiter des divifions qui ne peuvent
manquer de farvenir entre les Américains & leurs
alliés . Il femble qu'on devroit être bien revenu aujourd'hui
de l'efpoir qu'on ne ceffe de prendre en ces
divifions ; depuis qu'on en annonce , nous fommes
encore bien loin d'en voir les effets ; nous obfervons
( 65 )
au contraire une grande harmonie entre les peuples
alliés ; & c'eſt à ce concert que nous devons la
perte d'une de nos plus belles armées dans cette
partie du monde ; c'eft cet accord qui a fait réufhr
le plan qu'ils avoient formé pour fa deftruction , &
qui combiné dans le camp de Washington & de
Rochambeau auprès de New-Yorck & à St-Domingue
avec M. de Graſſe , a été exécuté avec tant de
fuccès en Virginie.
Si nous pouvions ajouter quelque confiance
aux Gazettes de New-Yorck , antérieures
à l'évènement fâcheux de la Virginie ,
le Colonel Stewart a vaincu le 8 Septembre à
Entow Springs le Général Gréen . Selon
ces Gazettes le Colonel n'avoit que 2000
hommes , & les Américains 5000. L'action
avoit été chaude ; le Colonel avoit été d'abord
défait & fait prifonnier à la droite ;
mais le Colonel Cruger qui commandoit la
gauche , ayant eu l'avantage de fon côté
vint le délivrer & battre les ennemis , qui
laissèrent 250 morts & 400 prifonniers.
Les Gazettes de New - Yorck ne donnent
en effet ces relations qu'en précis &
fur des oui- dire , car on n'en a point d'officielles.
Mais le Congrès en a publié une
du Général Gréen , lui-même , adreffée au
Préfident du Congrès , & datée du Quartier-
Général à Martin's Tavern , près de Feguffon's
Swamps , dans la Caroline du Sud le
11 Septembre ; & il eft clair , d'après les
détails de l'affaire , que ce font nos troupes
qui ont été battues.
( 66 )
» M. , dans la dépêche du 25 d'Août , j'ai informé
V. E. que nous étions en marche pour Friday's-
Ferry , afin de former une jonction avec les troupes
de l'Etat & un corps de milice qu'on aflembloit en
ce lieu , & attaquer l'armée Angloife campée près
de M. -Lord's- Ferry . Le 27 notre arrivée à
Friday's-Ferry , je reçus avis que l'ennemi ſe retiroit
; nous traversâmes la rivière à Howel's-Ferry
& prîmes pofte à Mothe's- Plantation , où j'appris
que les ennemis s'étoient arrêtés à Entow's -Springs ,
à environ 40 milles au-deffous de nous ; qu'ils y
avoient reçu des renforts , & qu'ils le préparoient
à y établir un pofte fixe : pour les en empêcher , je
me déterminai à hafarder un engagement , quoique
nous leur fuffions de beaucoup inférieurs en nombre.
Nous nous mîmes en marche le 5 Septembre , &
nous avançâmes à petites journées autant pour déguifer
notre intention , que pour donner au Général
Marion , qui avoit été détaché , le tems de nous
rejoindre ; ce qu'il fit le 7 à Burdell's-Plantation
à 7 milles du camp ennemi. Nous nous mîmes
en marche le 8 , à quatre heures du matin pour
attaquer l'ennemi. Notre ligne de front étoit compofée
de quatre petits bataillons de milice , deux
de la Caroline du Nord , & deux de la Caroline
du Sud. Notre feconde ligne confiftoit en trois
petites brigades de troupes Continentales , une de
la Caroline du Nord , une de Virginie & une de
Maryland. Le Lieutenant - Colonel Lée avec fa
légion , couvroit notre flanc droit , & le Lieutenant-
Colonel Endeffon avec les troupes de l'Etat , notre
gauche. Le Lieutenant-Colonel Washington , avec
fa Cavalerie & les troupes de l'Etat de la Delawarre ,
formeient un corps de réferve ; deux pièces de canon
de 3 avançoient avec la ligne de front , & 2 pièces
de 6 avec la feconde ligne . La légion & les troupes
de l'Etat formoient notre corps avancé , & devoient
fe retirer fur les flancs quand l'ennemi ſe formeroit
-
2
( 67 )
en bataille, Nous marchâmes en cet ordre à l'attaque
la légion & les troupes de l'Etat rencontrèrent
un parti de la cavalerie ennemie & d'infanterie à
environ 4 milles de leur camp ; ils les chargèrent
vivement avec la bayonnette & les mirent en fuite ,
& il y en eut plufieurs de morts & de bleffés.
Comme nous fupposâmes que c'étoit le corps avancé
de l'ennemi , notre ligne de front reçut ordre de
fe former , la légion & les troupes de prendre leur
pofition fur les flancs . Tout le pays eft couvert de
bois depuis le lieu où l'action commença , juſqu'à
Entow's - Springs . Le feu commença à 2 ou 3 milles
du camp Anglois : la milice reçut ordre d'avancer
en faifant feu : les poftes avancés de l'ennemi furent
obligés de fe retirer , le feu redoubla , la légion
& des troupes de l'Etat chargèrent l'ennemi de près ;
les Officiers fe conduifirent avec la plus grande
bravcure , & la milice fe fit le plus grand honneur
par fon courage & fa fermeté ; mais le feu de
l'ennemi qui continuoit d'avancer , étant de beaucoup
fupérieur au nôtre , elle fut obligée de reculer.
La brigade de la Caroline du Nord , commandée
par le Général Summer , reçut ordre de
la foutenir ; cette brigade étoit compofée de nouvelles
levées qui n'étoient enrôlées que depuis un
mois , & néanmoins elle fe battit avec une opiniâtreté
qui auroit fait honneur aux meilleurs Vétérans
, & il eft difficile de dire ce qu'on doit le plus
admirer de la valeur des Officiers ou de la bravoure
des foldats ; ils firent un feu vif & bien foutenu ,
que l'ennemi fendit avec un courage égal & digne
d'une meilleure caufe. Dans ce moment de l'action ,
les Virginiens fous le Colonel Campbell , & les
Marylandois fous le Colonel Williams , s'avancèrent
fous le feu de l'ennemi , d'une car.onnade redoutable
& d'une pluie de balles , avec tant d'ardeur , d'ordre
& d'intrépidité , qu'ils renversèrent tout ce qui fe
préfenta , & l'ennemi fut mis en déroute de tous
( 68 )
-
-
les côtés . Le Lieutenant-Colonel Lée tourna le
flanc gauche de l'ennemi , & le chargea en queue
pendant que les troupes de Virginie & de Maryland
le chargeoient en front. Le Colonel Hampton , qui
commandoit les troupes de l'Etat , chargea un parti ,
far lequel il fit plus de 100 prifonniers. Le Colonel
Washington avança avec le corps de réferve fur la
gauche , où l'ennemi fembloit encore le diſpoſer à
faire réfiftance , & le chargea fi impétueufement
avec la cavalerie & un corps d'infanterie , qu'il n'eut
pas le tems de fe rallier. Nous pourfuivimes
de près l'ennemi après l'avoir rompu , jufqu'à ce
que nous eûmes atteint fon camp ; un grand nombre
de prifonniers tomboit continuellement dans nos
mains , & quelques centaines de fugitifs fe fauvèrent
vers Charles -Town , mais un parti ſe jeta dans une
maifon de brique de trois étages , auprès des fources
; d'autres prirent pofte dans un jardin paliffadé
& dans des taillis impénétrables ; leur arrière-garde
étant couverte par les fources & des chemins creux ,
l'ennemi recommença le combat . On fit les plus
grand efforts pour les déloger . Le Lieutenant-Colonel
Washington fit l'impoffible pour pénétrer au
travers d'un bouquet de bois fort épais , mais il le
trouva impraticable ; fon cheval fut tué fous lui ;
il fut bleffé & fait prifonnier. On fit avancer 4
canons de fix livres devant la maiſon , ſavoir , deux
des nôtres , & deux que l'ennemi avoit abandonnés ;
mais le feu qu'on faifoit de cette maiſon & du bois
étoit fi violent , qu'il fut impoffible de la forcer ,
& même d'emmener l'artillerie quand les troupes
eurent ordre de fe retirer la plupart des
Officiers & des Soldats qui fervoient ces pièces ,
farent tués ou bleflés . Washington ayant fuccombé
dans fon attaque fur la gauche , la legion
n'ayant pas réuffi fur la droite , voyant a fi que
notre infanterie étoit fort maltraitée par le feu de
:
( 69 )
l'ennemi , & nos munitións prefque entièrement
confumées , quoique les Officiers & les Soldats
continuaffent à fe diftinguer par la plus héroïque
valeur , je crus qu'il étoit à propos de fe mettre
à l'abri du feu de la maiſon , & de faire retirer
les troupes à quelque diftance des bois , ne penfant
pas qu'il convint de poafler plus loin notre avantage ,
& perfuadé que l'ennemi ne pourroit tenir les poltes
que quelques heures , & que nous aurions plus beau
jeu à l'attaquer dans fa retraite , qu'a nous opiniâtrer
à le déloger , ce qui nous expofuit a une perte confidérable.
Nous raflemblâmes, tous nos bleffés ,
excepté ceux qui étoient trop avant fous le feu de
la maiſon & nous nous retirâmes fur le terrein
que nous occupions le matin , ne trouvant pas d'eau
plus près , & nos troupes accablées de chaleur ayant
le plus grand befoin de rafraichiffemens après un
combat continu de quatre heures . Je laiffai fur le
champ de bataille un fort piquet . J'envoyai le lendemain
de bonne heure le Colonel Lée & le Général
Marion entre Entow's & Charles - Town , pour
prévenir les renforts qui viendroient au fecours de
Î'ennemi, ou retarder leur marche, s'ils entreprenoient
de fe retirer , & donner lieu à l'armée de tomber
fur leur arrière-garde , & de completter nos fuccès.
Nous laifsâmes deux pièces d'artillerie dans les mains
de l'ennemi , & nous emmenâmes une des leurs.
-Le foir du les ennemis fe retirèrent la fant
plus de 70 de leurs bleifés derrière eux , & plus de
1000 armes qu'ils avoient rompues & cachées dans
les fources d'Entow's ; ils défoncèrent 20 ou 30
barils de rum , & détruifirent une grande quantité
d'autres provifions qu'ils ne pouvoient pas emporter.
Nous les pourfuivîmes auffi-tôt que nous eûmes, avis
de leur retraite , mais ils formèrent une jonction avec
le Major Arthur ; le Général Marion & le Colonel
Lée n'ayant pas des forces fuffifantes pour l'empêcher
à notre approche , les ennemis fe retirèrent :
་ ས་
9 ,
( 70-)
dans les environs de Charles -Town. Nous avons
fait soo prifonniers , y compris les bleflés que
l'ennemi a laiffé derrière lui , & je pense qu'ils
n'ont pas moins de 600 hommes tant tués que
bleffés. Les fugitifs , qui fe fauvèrent du champ
de bataille , répandirent une telle alarme , que les
ennemis brûlèrent leurs provifions à Dorchester , &
abandonnèrent leur pofte à Fair - Lawn. Un grand
nombre de gens , tant Nègres qu'autres , étoient
employés à jetter des arbres de la route jufqu'à
quelques milles de diftance de Charles - Town. II
n'y a que la maifon de brique & la force fingu
lière de leur pofition d'Entow's qui ait empêché
les restes de l'armée Angloiſe de tomber entièrement
dans nos mains. Nous les avons pourſuivis jufqu'à
Entow's , mais ne pouvant les atteindre , nous
nous repoferons un ou deux jours en ce lieu , &
nous reprendrons enfuite notre ancienne pofition
fur les hauteurs de la Santée . Je me crois redevable
de la victoire que j'ai remportée à l'ufage
vigoureux que les Virginiens , les Marylandois &
une partie de l'infanterie ont fait de la bayonnette ;
je ne puis affez me louer de la conduite & du courage
de toutes nos troupes «.
-
-
Morts des troupes Continentales : Lieutenant-
Colonel , Capitaines , 4 Officiers inférieurs , 4
Sergens , 98 Soldats. Bleffés : 2 Lieutenans-
Colonels , 7 Capitaines , 20 Lieutenans & Sous-
Lieutenans , 24 Sergens , 209 Soldats. TOTAL .
408 hommes.
--
Morts des troupes de l'Etat & des milices : I
Major , 4 Officiers inférieurs , 4 Sergens , 16 Soldats.
Bleffés : Lieutenans - Colonels , 6 Capitaines ,
5 Officiers inférieurs , 8 Sergens , 91 Soldats . Egarés :
8 Soldats . TOTAL. 146 hommes . TOTAL des
tués , bleffés , égarés des troupes Continentales , de
l'Etat & des milices , 554 hommes.
-
( 71 )
A ces détails nous joindrons la lettre
fuivante que l'on a reçue de Philadelphie ,
en date du 3 Octobre , elle montre combien
peu font fondées les efpérances que
l'on ne ceffe de nous donner depuis longtems
de la foumiffion de nos Colonies ;
& les mouvemens des différens Etats-
Unis pour affirmer leur Indépendance &
leur Gouvernement , avant les grands avantages
qu'ils ont remportés , peuvent faire
juger de la nouvelle confiance que va leur
inſpirer leur dernier triomphe.
» Un exprès arrivé de la Géorgie nous
a apporté la nouvelle que les habitans fe
font affemblés dans la ville d'Augufta , &
que le Gouvernement y ayant été rétabli
dans une forme régulière , ils ont choifi
l'honorable Natham Brownfon pour leur
Gouverneur , & quatre Délégués pour repréfenter
cet Etat en Congrès. Cet exprès
étoit porteur de lettres qui annoncent la
plus ferme réfolution de la part des Géorgiens
, de courir toutes fortes de dangers
& de fouffrir les plus grands malheurs ,
plutôt que de rentrer fous la domination
des Anglois.
On ne fauroit trop admirer le courage
que les Géorgiens ont montré dans un
long cours d'infortunes. Ils ont abandonné
leurs établiffemens & leurs maifons ,
ont habité des montagnes , erré dans les
bois & vécu de la chaffe & de la pêche ;
preflés d'un côté par les Anglois , de l'autre
( 72 )
par les Sauvages , ils ont réfifté à toutes
ces difficultés & attendu des temps plus
heureux , qui paroiffent enfin arriver.
Le nouveau Gouverneur , peu après fon
élection , a publié la proclamation fuivante :
Comme la crife préfente exige les plus
vigoureux efforts de la part de chaque
individu , pour finir la glorieuſe conteftation
dans laquelle nous fommes engagés ,
& que la juftice requiert que le poids des
difficultés à furmonter pour parvenir à cet
heureux période foit également partagé ;
& comme la fituation préfente de la
Géorgie demande l'affiftance de tous fes
Citoyens , en conféquence d'un réfolvé
de l'honorable Chambre d'affemblée de
cet Etat , je publie cette proclamation ,
par laquelle il eft ordonné à tous ceux
qui fe regardent comme Citoyens , d'y
revenir dans les époques ci - après prefcrites
; favoir , s'ils font dans la Caroline
du Sud , dans l'efpace de trente jours ;
dans la Caroline du Nord , foixante jours ;
dans la Virginie , quatre- vingt -dix jours ;
& s'ils font plus au Nord , quatre mois.
Nous affurons par ces préfentes tous ceux
qui négligeront ou refuferont de s'y conformer
, qu'en conféquence du fufdit réfolvé
leurs propriétés foncières feront
chargées d'une triple taxe , à commencer
de l'échéance des termes fixés pour leur
retour.
Signé de ma main , & fcellé du grand
fceau
( 73 )
fceau de l'Etat , à Augufta , le 24 Août
1781 , la fixième année de l'indépendancede
l'Amérique.
Signé , N. BROWNSON.
Le Congrès n'a reçu à Philadelphie ,
que le 17 Octobre , la nouvelle de la
victoire remportée par le Général Gréen
le 8 de Septembre. La bataille s'eſt donnée
à feize lieues de Charles Town ; l'armée
Américaine étoit compofée d'environ 900
hommes de troupes réglées , & de 1200
hommes de milices. Les Anglois , qui
venoient d'être renforcés par un détachement
de la garniſon de Charles- Town ,
avoient environ 1800 hommes. Les troupes
Américaines ont montré le plus grand courage
, joint à beaucoup de fang- froid. Les
milices qui plioient d'abord fous le feu
régulier des troupes , ont été ralliées jufqu'à
trois fois , les troupes continentales
n'ont prefque fait ufage que de la bayonnette
; celles du Maryland n'ont point fait
de quartier , & crioient à l'ennemi : Souvenez
- vous de Cambden. Le nombre des
tués , bleffés ou égarés , monte às ou 600
du côté des Américains ; les Anglois ont
eu , fuivant le Général Gréen , environ
600 hommes tués & bleffés , & il leur a
fait S à 600 prifonniers . Ils ont jetté leurs
armes dans la déroute , & le Général Gréen
a pris au-delà de 1000 fufils , & plufieurs
autres effets utiles à fon armée. Il eft plus
démontré que jamais que Charles - Town
8 Décembre 1781. d
( 74 )
& Savannah font tout ce que les Anglois
poſsèdent au Sud , & qu'ils ne peuvent
s'en éloigner fans s'expofer à une deftruction
totale . Les fuccès continus du
Général Gréen l'ont mis en état de déli- .
vrer , par des échanges , tous les priſonniers
Américains faits lors de la capitulation de
Charles Town , & tous ceux qui furent
faits à Campden ; il a en outre 1500 prifonniers
contre lefquels les Anglois n'ont
aucun échange à propoſer.
L'affaire d'Entow's Spring a précédé l'évènement
de la Virginie ; on fent combien il a dû
enflammer le courage des Américains , & il eſt
vraisemblable que leurs troupes victorieufes
feront quelques mouvemens pour nous chaffer
encore de Charles- Town. Pour défendre
cette place avec fuccès , il nous faudroit des
forces navales qu'on pût employer de ce côté ;
mais on ne doit pas préfumer que l'Amiral
Graves fe détermine à y faire paffer quelques
vailleaux ; il ne fauroit diminuer les forces, &
il paroît qu'il n'a rien de plus preflé que
de retourner aux Ifles avec toute fon efcadre
, pour s'oppofer , fi cela eft poffible , aux
entrepriſes de M. de Graffe , qui eft parti
pour s'y rendre , & fans doute avec des
forces proportionnées aux projets qu'il a
formés . Il a déjà une avance fur notre efcadre
, qui a été obligée de ramener à New-
Yorck les troupes qu'elle y avoit embarquées
; & quand elle arrivera , peut -être
trouvera-t-elle quelqu'un de nos établiffe(
75 )
mens déjà entre les mains de nos ennemis ;
& fi elle arrive avant que M. de Graffe ait
pu rien tenter , fera- t - elle en état de lui
oppofer des obſtacles ? Ne fera- t- elle pas
encore inférieure.
Tout prouve la néceffité de faire paſſer
le plus promptement poffible des renforts
aux Antilles ; c'eſt l'Amiral Rodney qui
fera chargé de les conduire . On prétend
que le 23 il a pris congé du Roi ; cet Amiral
qui conferve toujours fon caractère &
qui eft beaucoup plus actif en paroles qu'en
actions , difoit il y a quelques jours : Je
vais retourner aux Ifles , & tout ce que je
defire eft de rencontrer M. de Graffe. Un de
fes amis lui obferva que ce voeu étoit louable
, mais qu'il avoit déja eu les occafions
de le rencontrer , & que jamais il n'avoit
eu plus beau jeu que lorſqu'avec 2 2 vaiffeaux
il fe préfenta à la hauteur de Tabago , &
ne parut y être venu que pour voir comment
l'ennemi prenoit une Ifle. Il eft à
craindre qu'il ne profite pas mieux des occafions
qu'il aura de s'en approcher encore ; en
général on trouve que cet Officier vanté
n'a rien fait que quand il s'eft trouvé avec
des forces très-fupérieures , ou devant des
ennemis fans défenſe.
C'eft le 29 de ce mois qu'il doit , dit-on , partir
de Portſmouth . Le Gouvernement qui a formé
pour la troisième fois le deffein de ravitailler Gibraltar
, qui n'a été exécuté que la première , charge
l'Amiral Rodney de cette entreprife devenueplus
difficile , parce qu'il faut en même- tems ſed
2
1876 )
courir Minorque. Il fortira avec les divifions de
l'Amiral Kempenfeld , & de l'Amiral Bickerston , qui
réunies à la fienne formeront une efcadre de 27 vailfeaux
de ligne . Ses inftructions font , dit-on , d'ailer
bloquer le port de Cadix , où il arrêtera la flotte
Efpagnole pendant que quelques vaiffeaux de so
canons & des fregates iront porter les fecours à Gibraltar
& à Minorque. Cette grande affaire terminée
, il prendra la route des Antilles avec fept vailfeaux
; l'Amiral Bickerſton conduira fa diviſion
dans l'Inde , & l'Amiral Kempenfeld reviendra
avec le refte dans la Manche. On affure que le
tout eft préparé pour le départ du Prince Edouard ,
qui doit toujours faire campagne avec Rodney en
qualité de Garde de la marine «.
L'arrivée de la flotte de la Jamaïque ,
dont une lettre de Portfmouth fait mention ,
a fourni tous les matelots dont on avoit
befoin pour armer complettement les vaiffeaux
de guerre qui ont ordre d'appareiller.
L'état des troupes de terre deftinées à
paffer en Afie les porte à 6000 hommes ,
dont 4000 Allemands & le refte Anglois;
ils s'embarqueront fur la flotte de l'Inde ,
& à leur arrivée notre établi fement mili
taire dans cette partie du monde fera de
12,000 hommes , fans les Sipayes qui font
au fervice de la Compagnie. Quoiqu'on
preffe leur embarquement & l'équipement
de tous les navires , on ne croit pas qu'ils
foient prêts à partir avant le 10 du mois
prochain , ce qui retarde d'autant le départ
de Rodney , qui doit mettre à la voile
avec eux , & par conféquent le- ravitaillement
des deux places , après lequel feul il
( 77 )
doit aller en Amérique. Pendant cet in
tervalle , il eft très-poffible que l'on nous
y ait porté de grands coups . M. de Graffe
y eft actuellement , & il n'est pas fûr que
Amiral Graves l'ait fuivi de bien près.
Les premières nouvelles qui viendront de
ces contrées ne peuvent qu'être intéreſfantes.
» Le Gouvernement , dit une gazette qui ne voit
pas les chofes en beau , n'a jamais été plus embarraffé
qu'aujourd'hui ; la Cour & fes Partifans ne
ceffoient de dire autrefois , il faut humilier l'Amé- 、
rique & la forcer de tomber aux pieds du trône ;
ce langage fuperbe eft bien baillé ; on ne parle plus
à préfent que de réconciliation aux termes les plus
avantageux qu'il fera poffible d'obtenir. Quant aux
autres Puiffances contre lefquelles nous foutenons
une guerre fi difpendieuſe & fi inégale , on convient
auffi , quelqu'humiliant que foit cet aveu , qu'il
faut s'arranger avec elles le plutôt poffible «.
Le difcours du Roi au Parlement montre
en effet des voeux pour la paix .
:
>> On dit que le Prince de Gallitzin , Ambaſſadeur
de Ruffie , a demandé aux Etats - Généraux quelles
feroient les conditions auxquelles fa Souveraine pour.
roit travailler à une pacification particulière entre
la République & l'Angleterre ; M. de Simolin a été
chargé de faire la même demande au Cabinet de
St-James & le Ministère de Ruffie mettra la main
à l'oeuvre dès qu'il aura l'avis & les prétentions
des deux Adverfaires. Les gens au fait n'ont point
confiance au fuccès de ces négociations , & ne les
regardent que comme un moyen de laiffer gagner
du tems & du terrein à l'Angleterre. — M. Dreyer ,
Envoyé extraordinaire de Danemarck à Londres
avoit proposé la médiation de fa Cour & de celle
--
>
d 3
( 78 )
en
de Suède pour le même objet ; mais le Ministère
Britannique l'a remercié de fes bons offices
ajoutant qu'il s'en tiendroit à la médiation de la
Ruflie. Il a déclaré en même-tems à cer Envoyé ,
que le Roi d'Angleterre avoit confenti d'entrer en
négociation avec la République , attendu qu'il voyoit
que la partie la plus faine de la nation inclinoit pour
la paix ajoutant au furplus , que ce n'étoit qu'à
regret qu'il s'étoit porté à rompre avec cette République.
On prétend que le Baron de Waffenaar ,
Miniftre des Etats -Généraux à Pétersbourg a eu des démêlés
très-vits avec le Comte d'Oftermann au fujet
des intérêts politiques , des deux Nations ; & qu'en
conféquence la Cour de Rullie a fait demander fon
rappel. On fait que M. de Waffenaar , Membre
du Corps des Nobles de la Province de Hollande ,
eft du parti de la ville d'Amfterdam,
-
D'après le relevé fait dans les divers Départemens
, pour être mis fous les yeux du
Parlement , il fe trouve que la guerre nous
a coûté cette année 30 millions ſterling ,
dépense qui excède de beaucoup celle d'aucune
année , foit de la guerre actuelle , foit
de toutes les autres guerres que nous avons
jamais eues.
» Tout ce que nos Miniftres craignent le plus à la
prochaine rentrée du Parlement , ce font les reproches
des gentilshommes de nos provinces , de la crédulité
defquels ils ſe font joué fi cruellement en les
engageant d'une année à l'autre à fournir aux frais
de la guerre en Amérique , fur l'aſſurance qu'à la fin
de cette guerre notre revenu fe montera au point de
réduire confidérablement la taxe des terres . On peut
voir comment ils ont réuffi , en jettant les yeux fur
l'apperçu fuivant.
Au commencement de nos divifions avec l'Amé
rique , les terres ſe vendoient 33 années de revenu ;
( 79 )
aujourd'hui , elles font à 19. La guerre de 1756 ,
depuis fon origine jufqu'au dernier moment , quoiqu'on
ait emprunté 12 millions par an , n'a pas
fait baiffer les terres de la valeur du revenu
d'une année. Que ceux qui vantent notre prospérité
actuelle, réfléchiffent un inftant fur ce fait fi notoire ,
qu'il feroit ridicule de fe donner la peine de vouloir
le prouver. Le revenu des terres eft aujourd'hui tombé
d'une manière vraiment affligeante ; au lieu que
dans tout le cours de la dernière guerre , il a
conftamment hauffé . La balance du commerce avec
tout le monde dans l'année 1756 , étoit de plus
de 6 millions en notre faveur ; la même balance
en 1780 , p'étoit que de deux millions cent mille
livres , les deux balances prifes fur les livres mêmes
de la Douane. Dans la première période , il n'y
avoit communément que 8 ou 10 bills paffés par
an pour les grandes navigations publiques , & l'on
n'a vu aucune de celles - ci avoir lieu les deux
dernières années . Enfin , qu'on le mette fous les
yeux l'effet que produit la misère de l'Etat , c'eftà-
dire celle des Particuliers. Dans les années 1759 ,
60 & 61 , toute la Grande-Bretagne ne préfentoit
qu'un fpectacle de profpérité générale , mais aujourd'hui
quelle différence ! La Couronne eft riche ,
mais le peuple meurt de faim.
La Banque d'Angleterre devoit être le
dépôt facré des tréfors de la nation , & il
eft inconcevable que les Directeurs foient
légalement autorifés à fe lier d'intérêt
avec le Gouvernement , au point de
partager avec nos Miniftres leurs profits
& leurs pertes. Cette réflexion fe trouve
dans tous nos papiers qui ont copié la lettre
fuivante adreffée à l'Imprimeur du Général
Advertifer.
d 4
780 )
M , je vous prie d'informer le Public , & fure
tour les Intéreffés , qu'au lieu d'un million & demi
du dernier Emprunt qui avoit été mis en dépôt à
la Banque , n'y ayant que le premier paiement de
fait , & qui doit être mis en vente fur la Place vers
le 15 ( ainfi que vous l'avez annoncé par votre
Feaille d'aujourd'hui ) , il y en a pour 4millions du
même Emprunt qui feront mis en vente fur la Place
vers le même jour 15 , qui étant la dernière époque
accordée aux très - refpectables favoris du Lord North
( les fieurs Robinſon & Atkinſon ) pour débiter
leur Papier. Et je vous prie de mettre fous les
yeux du Public une lifte de ces Soufcripteurs , la
Nation ayant incontestablement droit de connoître
qui font ces célèbres Créfus , dans un tems de difette.
Et fi les Directeurs de la Banque refuſent de
donner cet lifte , vous devrez adreſſer un mot à
M. Byng , ou à quelques - uns des principaux Membres
de la Banque , du nombre de ceux qui ont
propofé l'Emprunt dans la dernière Seffion , afin
qu'ils donnent la lifte de ces refpectables noms,
Le 12 Novembre 1781 .
La feffion actuelle du Parlement ne manquera
pas de devenir intéreffante ; en atendant
les détails des débats qui vont s'ouvrir ,
nous placerons ici quelques anecdotes que
nous fourniffent nos papiers , & qui peuvent
faire plaifir à nos Lecteurs .
Un particulier qui arrive de l'Amérique , affure
que le Général John Laurens , fils du malheureux
Laurens , prifonnier à la Tour , eft adoré de toute la
Nation. A une érudition profonde , il joint le caractère
le plus affable , & au courage le plus éprouvé
tous les fentimens d'humanité poffibles.
Le Général Vernon , Lieutenant -Gouverneur de la
Tour , a eu une entreyue avec M. Laurens , enfermé
(( 81 )
dans cette prifon , où il eft traité avec la plus grande
barbarie. Le Général Vernon , qui n'avoit appris que
par les papiers publics la fituation réelle de ce prifonnier
, en a un peu adouci les rigueurs . Mais le Gouvernement
refuſe toujours d'allouer à M. Laurens
les fix fchellings & huit deniers par jour qu'il eft fi
autorifé à réclamer. Il lui refufe (& cette rigueur eft
peut-être la plus cruelle de toutes ) la liberté de voir
fes amis & fon fils même , fans un ordre particulier.
Enfin M. Laurens n'a pas la confolation de pouvoir
écrire un mot , l'ufage des plumes , de l'encre & du
papier lui étant abfolument interdit. On ne lui permet
non plus que de lire les papiers Miniftériels.
Il y a actuellement dans l'armée Américaine un
jeune homme nommé Charles Washington Clarke ,
ayant rang de Capitaine , qui eft filleul & petit-neveu
du Général Washington . Ce jeune homme paffa du
Comté de Northampton en Amérique , peu après le
commencement des troubles. Ce Capitaine Clarke a
au moment préfent un frère qui eft fimple foldat au
fervice du Roi, & qui a paffé dernièrement en Amérique
avec quelques autres recrues tirées de Chatham .
Si ces deux frères viennent à fe rencontrer enfemble
dans un même combat , quelle cruelle fituation pour
eux d'être obligés de faire céder la tendreffe fraternelle
à l'amour de la patrie . Cette guerre peut bien
s'appeller une guerre de famille , puifque les pères
combattent contre leurs fils , les fils contre leurs
pères & les frères contre leurs frères .
FRANCE.
De VERSAILLES le 3 Décembre.
و
LE 25 du mois dernier , le Comte de
Chabannes a prêté ferment entre les mains
du Roi pour la place de premier Ecuyer
de Madame Adélaïde de France , vacante
ds
( 82 )
par la mort du Comte de Chabannes , fon
père.
De PARIS , le 3 Décembre.
EN parlant dans le dernier Journal de
la frégate l'Andromaque , nous avons oublié
de parler de la promptitude avec laquelle
elle a fait fa traverfée ; elle n'a mis que
19 jours ; la Surveillante n'en avoit mis
que 22 ; & les deux frégates parties à fi
peu d'intervalle l'une de l'autre , ne pouvoient
arriver plus promptement. Les dépêches
apportées par l'Andromaque , ont
donné le nombre jufte des prifonniers faits
à Yorck & à Glocefter ; les premières notes
qui le portoient à 7500 hommes n'étoient
pas exactes ; il faut ajouter à ce nombre
1100 hommes ; ce qui fait en tout 8500
prifonniers en comprenant tout , foldats &
mariniers. L'armée Angloife étoit par conféquent
avant le fiége d'Yorck de 10,000
hommes.
Avec les mêmes dépêches on a reçu l'extrait
de l'ordre du 20 Octobre , qui étoit
conçu ainfi.
» Le Général félicite l'Armée du glorieux évènement
de la jo rnée d'hier ; les preuves génére fes
que S. M T. C. a données de fon attachement à la
Caufe de l'Amérique , doivent en détrompant les
efprits les plus abufés parmi nos ennemis , les convaincre
des conféquences heureufes & décifives de
cette alliance , & infpirer à tous les Citoyens des
Etats-Unis les fentimens de la plus inaltérable reconnoillance.
Une flotte la plus nombreuſe & la
-
( 83 )
plus puiffante qui ait encore paru dans ces mers
commandée par un Amiral , dont le bonheur & les
talens promettoient les plus grands fuccès ; une.
Armée compofée de la manière la plus diftinguée ,
font des gages
tant en Officiers , qu'en Soldats ,
fignalés de fon affection pour les Etats - Unis , &
c'est le concours de ces forces puiffantes qui nous a
affuré le fuccès éclatant que nous venons d'obtenir,
- Le Général profite de cette occafion pour prier
S. E. le Comte de Rochambeau , de recevoir le
témoignage de la vive reconnoiffance pour les confeils
& l'affiftance qu'il a reçu de lui dans tous les
tems . Il défire de faire parvenir l'expreffion la plus
vive de fes remerciemens aux Généraux Baron de
Viomenil , Chevalier de Chaftellux , Marquis de
St-Simon & Comte de Viomenil , & au Brigadier-
Général de Choify ( qui a cu un commandement
féparé de la manière gloriene avec laquelle ils
ont travaillé au fuccès de la Caufe commune. Il
efpère que le Comte de Rochambeau voudra bien
témoigner à l'Armée qu'il commande immédiatement
, la haute opinion qu'il conferve du mérite
diftingué des Officiers & Soldats des différens corps ;
& il le prie de préfenter , en fon nom , aux régimens
de Gâtinois & de Deux - Ponts les deux pièces d'artillerie
de bronze qu'ils ont enlevées aux ennemis
& il fouhaite qu'ils les confervent comme un témoignage
du courage avec lequel ils ont pris , l'épée à
la main , la redoute des ennemis la nuit du 14 , &
qu'elles fervent à perpétuer le fouvenir d'une occafion
, dans laquelle les Officiers & Soldats ont mon .
tré la plus noble émulation & le courage le plus
diftingué.
Si le Général remercioit en particulier
tous ceux qui l'ont mérité , il faudroit qu'il nommât
toute l'Armée ; mais il fe croit obligé , par ſon inclination
, fon devoir & fa reconnoiffance , à témoigner
les obligations qu'il a aux Majors-Généraux
Lincoln , Marquis de la Fayette & Stuben , pour les
-
d 6
( 84 )
bonnes difpofitions qu'ils ont faites dans les tran
chées ; au Général du Portail & au Colonel Querener
, pour la vigueur & la ſcience , qui ont brillé
dans la conduite des travaux ; & au Général Kuon
& au Colonel d'Aboville , pour le foin & l'attention
infatigable avec lesquels ils ont accéléré le tranf
port de l'artillerie & des munitions , auffi-bien que
pour leur difpofition judicieufe & l'activité qu'ils
ont montré dans les batreries ; il prie les Officiers
qu'il vient de nommer , de faire parvenir les remerciemens
aux Officiers & aux Soldats des corps qu'ils
commandent refpectivement. Le Général fe
rendroit fingulièrement coupable d'une ingratitude ,
qu'il efpère qu'on ne pourra jamais lui reprocher ,
s'il omettoit de témoigner dans les termes les plus
énergiques à S. E. le Gouverneur Nelſon , fa reconnoiffance
des fecours qu'il a reçu de lui perfonnel
tement , ainfi que de la Milice qu'il commande , &
qui a mérité par fon activité , fon émulation &
fon courage , les applaudiffemens les plus diftingués.
L'importance du coup que les Etats- Unis
viennent de frapper , fera un ample dédommage.
ment de la fatigue & des dangers que toute l'Armée
a foutenus avec tant de patriotifme & de fermeté.
Pour que fa joie publique foit
générale dans toutes les troupes , le Général
ordonne que tous les Soldats qui pourroient être
en piifon , foient mis en liberté & rejoignent leurs
corps refpectifs . — On célébrera demain le Service
Divin dans toutes les brigades & divifions . - Le
Commandant en chef recommande à toutes les
troupes qui ne feront pas de fervice , d'y affifter
avec cette attention férieufe , & cette reconnoiffance
profonde , que nous devons aux marques réitérées
& frappantes de la protection de la Providence .
La frégate l'Engageante , qui a mouillé
à Breft quatre jours après l'Andromaque ,
n'a pas eu une trayerfée moins courte
( 85 )
elle nous apporte des nouvelles de M. le
Comte de Graffe , en date du 1 Novembre
. Ce Général n'étoit point malade ,
comme le bruit s'en étoit répandu . Il quittoit
la Chéfapéak pour retourner aux Antilles
; on dit qu'il conduit avec lui toutes
fes forces & l'efcadre de M. de Barras ;
on lui fuppofe en conféquence des projets
que les Anglois ne pourront l'empêcher
d'exécuter ; l'Amiral Graves occupé à ramener
à New-Yorck les troupes qu'il a
trop tard conduites au fecours de Cornwallis
, & à en faire peut-être paffer une
partie à Charles Town , ne retournera pas
affez - tôt aux Antilles pour y arriver en
même-tems que M. de Graffe ; & quand
il feroit poffible qu'il y arrivât prefque auffitôt
, il fe retrouvera vis à - vis de lui avec
la même infériorité qui la empêché de rien
tenter dans la Chéſapeak.
La grande nouvelle de la prife du Lord
Cornwallis a été bientôt répandue fur le
Continent de l'Amérique.
» On a reçu hier , lit-on dans une lettre de Bofton
, le 27 Octobre , par un exprès dépêché à M.
Hencook , la nouvelle de la priſe du Lord Cornwallis
& du corps de troupes qu'il commandoit ,
par l'armée alliée & l'armée navale de France ,
commandée par M. de Graffe . Les Américains regardent
cet évènement comme décifif pour leur
liberté ; ils béniffent Louis XVI , il ſe boit beau- .
coup de vin de Madere à fa fanté. La fiégate
la Réfolue , a mouillé ici le 25 Août avec deux
navires qu'elle avoit fous fon eſcorte , & une prife
qu'elle a fait chemin faifant , Sa deſtination étoir
( 86 )
pour Philadelphie ; mais fur l'avis que reçut le 13
Août M. le Chevalier de Langle qui la commande ,
par un corfaire Américain , que M. de Graſſe
n'étoit point encore arrivé dans la Cheſapeak ,
que M. de Barras étoit toujours à Newport , &
que les Anglois croifoient depuis le Cap Henri
jufqu'à Sandy-Hook , il prit le parti de diriger fa
route fur Boston , pour ne pas rifquer la fomme
confidérable qu'il avoit à bord pour le compte
du Congrès , & les cargaifons de fes bâtimens de
convoi fort intéreffantes pour les Etats -Unis «<,
Cette lettre a été apportée par l'Engageante
, qui vient de Bofton , & qui fans
doute avoit eu ordre d'aller reconnoître
la Chéfapeak , afin d'y prendre les dépêches
de nos Généraux .
C'eſt par la mêine frégate , arrivée à
l'Orient en 22 jours de traversée , que nous
avons eu la confirmation & les détails de l'affaire
qui a eu lieu le 8 Septembre dernier
à Entow's Springs , dans la Caroline Septentrionale
, entre les Généraux Gréen & Stewart.
La perte des Anglois eft d'environ
1100 hommes , dont 500 priſonniers & 600
morts ou bleffes 1 .
» La flotte & le convoi , écrit -on de Brest , pourront
mettre en mer le 2 Décembre , fi le temps
le permet. Tout eft en rade aujourd'hui ( 25 Novembre
) , à l'exception de trois vaiffeaux qui doi-
(1 ) Les Lecteurs curieux de fuivre , fur la Carte ,
les opérations des armées des Puiffances belligérantes dans
les deux Indes nous fauront gré de leur indiquer ici celles
des Etats-Unis de l'Amérique Septentrionale & de la
partie des Indes Orientales , qui comprend les vaftes poffeffions
Angloifes. Elles fe trouvent à Paris chez Defnos
rue St-Jacques , au Globe ; & le prix des deux , enlumi
nées , eft de 1 liv. fols.
( 87 )
vent s'y rendre dans trois jours. Il paroît qu'il
n'y a rien pour l'Inde dans cet armement . Les
feuls vailleaux qui y vont actuellement , font
P'Illuftre & le Saint- Michel. On croit que la fiégate
la Gracieuse , & les deux gabaries qui fortirent
de Toulon le 9 de ce mois , ont été à Cadix
joindre ces deux vaiffeaux pour faire route
avec eux. Les vailleaux de guerre qui fordiront de
Breft font au nombre de vigt. M. de Guichen
en prendra le commandement. Sept ou huir s'en
fépareront à une certaine hauteur , fous les ordres
de M. de Vaudreuil ; & les autres , après avoir
efcorté le convoi jufques hors des Caps , iront à
Cadix fe réunir à l'armée Espagnole «.
Il y a aujourd'hui 8 jours que le Te Deum
a été chanté à Notre- Dame , en action de
graces de la victoire & des autres avantages
remportés en Amérique fur les Anglois ;
on a obfervé que le jour de cette action de
graces étoit le 27 , & précisément celui où
le Parlement d'Angleterre a fait fa rentrée .
Les frégates le Montréal , la Lutine & la
Pleyade , ont mis à la voile le 31 Octobre , pour
aller prendre à Marseille un convoi de 80 bâtimens
qu'elles font chargées de conduire au Levant . Les
Régimens de Lyonnois , Bretagne , Bouillon , &
Royal- Suédois , cantonnés aux environs de cet : e
ville , s'occupent des difpofitions de leur embarquement
, qui ne fauroit être fort éloigné . La
conftruction des vaiffeaux le Suffifant & le Dictateur
avance rapidement ; la frégate l'Iris ne tardera
pas à être mise à l'eau . On attend d'un moment
à l'autre des nouvelles de Mahon . Suivant les
dernières lettres tout fe difpofort pour commencer le
fiége ; & il régnoit autant d'ardeur que d'union dans
les deux arm es . On arme à Marſeille des bâtimens
pour les Illes ; on ignore quelles feront les
-
-
( 38 ' )
Frégates deftinées à les convoyer. M. Barry qui
a été nommé Commiffaire-Général des Colonies à
la Grenade eft arrivé de Paris , & doit partir fur les
premiers bâtimens deſtinés pour les Illes . M. Blancard .
l'accompagne en qualité d'Ecrivain principal , titre
qui avoit été fupprimé par l'Ordonnance de 1765 «.
On écrit de Dunkerque que plufieurs
corfaires de ce port font en croisière , & que
le corfaire le Renard a fait une petite prife
chargée de houblon , qui étoit venue avec
confiance mouiller à la rade de Dunkerque ,
fe croyant à la vue d'Oftende.
9,
2
Ce fut le 9 Novembre au matin qu'on
commença à découvrir à Cadix le convoi
de la Havane . Quelques bâtimens entrèrent
le même jour , ils furent faivis par d'autres
le 8 ; & le il en reftoit encore à la vue ;
ce convoi , difent les mêmes lettres a
beaucoup fouffert faute de vivres , & n'avoit
pas affez de bâtimens de guerre pour
éviter fa difperfion . Selon les mêmes lettres
, un chébec Eſpagnol s'eft encore emparé
d'une bélandre Angloife chargée de
comestibles ; elle étoit fortie de Liverpool
pour aller à Gibraltar.
Dans la promotion faite à Vienne le 14
Septembre de l'Ordre de la Croix - Etoilée ,
Dame Elifabeth- Catherine de Fraigue de
Chaudon , Vicomteffe de Briailles , a été
reçue au nombre des Dames de l'Ordre
illuftre de la Croix-Etoilée de S. M. A. l'impératrice
Reine.
M. de Reynaud , Brigadier des armées
du Roi , Lieutenant au Gouvernement gé
7891
néral de St-Domingue , arrivé depuis peu
de cette colonie , eut l'honneur d'être préfenté
en cette qualité au Roi le 22 du mois
dernier par M. le Marquis de Caftries. Cet
Officier employé dans la colonie de Saint-
Domingue depuis plus de 20 ans , après
avoir eu déja une fois le commandement
par interim , vient de la gouverner en chef
pendant dix- huit mois. Son nom feul fuffir
à fon éloge ; fes fervices & fes talens univerfellement
connus , lui ont mérité l'eftime
non-feulement de la France & de fes alliés
, mais de fes ennemis mêmes ; les éloges
qu'on pourroit donner à fon adminiſtration ,
ne fauroient ajouter à l'opinion générale ,
qui eft la récompenfe des bons citoyens.
Les réjouiffances & les fêtes fe font multipliées
dans le Royaume à l'occafion de la
naiffance de Mgr. le Dauphin . Une particularité
intéreffante à remarquer dans celles
qui ont eu lieu à Rouen , c'eft que M. le
Préfident Bigot , qui en 1754 avoit préfidé
le Parlement pendant la Chambre des Vacations
, & qui par conféquent avoit eu
l'honneur de célébrer la naiffance du Roi ,
a rappellé cet évènement par l'infcription
fuivante qu'il fit placer à la porte fur une
pyramide au-deffous des armes du Roi &
de la Reine : Olim patri , hodiè nato par
munus amoris.
Le Roi , par un Arrêt de fon Confeil
dus Octobre dernier , a donné à l'Académie
des Sciences & Belles - Lettres de
( 90 )
Marſeille , l'Obfervatoire de la Marine ;
ci-devant attaché à l'Arfenal de la même
ville. M. Malouet , Commiffaire du Roi
chargé de l'exécution des ordres de S. M.
en ce qui concerne le Département de la
Marine à Marseille , a été chargé de remettre
à l'Académie les bâtimens , meubles
& inftrumens dépendans de l'Obfervatoire.
M. le Marquis de Caftries en adreffant
l'Arrêt du Confeil de S. M. au Commiffaire
le 20 Octobre dernier , lui écrivit la
lettre fuivante :
"
» Je vous prie , Monfieur , en remettant cet
Arrêt à l'Accadémie affemblée , de témoigner à
tous les Membres qui la compofent , combien je
fuis flatté d'avoir pu , en contribuant à leur procurer
une marque particulière des bontés de S. M.,
feur donner une preuve certaine de mon eftime
& de l'empreffement que je mettrai toujours à
faire valoir auprès du Roi le zèle qu'ils témoignent
pour l'accroiflement des Sciences qu'ils cultivent ,
& particulièrement des connoiffances Aftronomiques
qui font très-intéreſſantes pour la Marine.
M. Malouet a rempli cette commiffion
le 29 Octobre , & le 7 Novembre , l'Académie
, pénétrée de reconnoiffance , a arrêté
dans une féance extraordinaire :
לכ
Qu'elle célébrera à l'avenir l'époque féculaire
du 10 Décembre 1481 , où Marfeille & la Provence
furent réunies à la Couronne ; & qu'à cet
effet , elle fera chanter un Te Deum folemnel ;
ce qui aura lieu le 10 Décembre prochain , après
trois fiècles écoulés . S. M. chargeant déformais
la Compagnie de la direction de fon Obfervatoire
à Marseille , & M. le Marquis de Caftries ajoutant
à cette grace du Roi dont l'Académie lui eft re-
-
( 91 )
devable , les témoignages les plus flatteurs de fon
eftime & de fa bienveillance , il a été arrêté que
ce Miniftre feroit prié de faire parvenir à S. M.
l'hommage de nos très -humbles remercimens &
de notre profond refpect . - Que le nom de Caftries
feroit infcrit dans nos Regiftres à côté de celui
de Villars . Que dans tous les difcours publics ,
M. le Marquis de Caftries feroit nommé comine le
Bienfaiteur , ainfi que les Fondateurs & Protecteurs
de l'Académie. Que ce Minifte feroit prié d'agréer
le titre d'Académicien honoraire , & la demande
que la Compagnie lui fait de fon portrait .
-L'Académie ne pouvant oublier ce qu'elle doit à
un ancien Miniftre , qui , le premier , à bien voulu
concourir à fon établiſſement , & lui procurer un
traitement annuel , a arrêté que M. Necker , cidevant
Directeur-Général des Finances , feroit inf
crit dans la Lifte comme Académicien honoraire ,
& fon nom affocié à celui du Miniftré Bienfaiteur
auquel elle doit fon établiſſement actuel . Que
copie collationnée de la préfente délibération fera
envoyée à M. le Marquis de Caftries , & une feconde
expédition à M. Malouet , Commiffaire du
Roi , par deux Députés de la Compagnie chargés
de lui renouveller fes remerciemens. L'Académie
a de plus arrêté que le Procès-verbal de cette Séance
& de la précédente feroient rendus publics «.
a
Le 13 Novembre , M. André Lamoureux de la
Noüe , commandant la brigade de Maréchauffée
en la ville de Dunleroy en Berry , & Dame
Louife-Marguerite Thévet , après avoir donné ,
pendant cinquante ans , l'exemple de l'union la
plus édifiante , ont renouvellé leur mariage dans
I'Eglife de St- Etienne dudit Danleroy , leur paroife.
Cette époque concourt avec le jour & la
date de leur mariage en 1731. Ces deux époux ,
qui jouiffent de la réputation la plus étendue & la
mieux méritée , accompagnés de leurs enfants &
7 92
petits-enfants , affiftés de la brigade de Maréchauf
fée en armes , oat eu la confolation de le voir
entourés d'une foule de fpectateurs qui chantoient
tout haut leurs louanges. Toutes les perionnes de
diſtinction de la ville , & même des environs , fe
font empreilés de leur venir rendre en ce moment
un témoignage public de leur eftime. La cérémonie
a été faite par M. Mouton , Vice- Archiprêtre
Curé de ladite Paroiffe , qui a prononcé un dif
cours analogue à la circonftance .
Le comte de Maurepas , mort à Versailles
le 21 de ce mois , a été transféré le lendemain
en cette ville pour y être enterré en l'égliſe
Saint-Germain - l'Auxerrois , lieu de la fépul
ture des Phélypeaux , dont la famille a donné
tant de Miniftres à la France. Il fuffit à l'éloge
du Comte de dire que le Roi a témoigné le
plus grand regret de fa perte.
Le fervice de terre a perdu un Officier
Général de beaucoup de mérite , M.
le Baron de Wimpfen , Maréchal de Camp.
Anne de Beauharnois , veuve de Guil
laume Bouvyer de la Motte , Marquis de
Capoy, ancien Colonel d'Infanterie , Grand-
Bailli & Gouverneur des ville & château
de Montargis , eft morte au Couvent des
Dames de St Domingue de Montargis le 10
du mois dernier dans la 68e année de fon
âge.
M. le Prince de Liftenois , Vice- Amiral ,
eft mort le 14 de ce mois , en fon Château
de Cefy en Bourgogne , dans la 67e . année
de fon âge.
Le Comte de Moges , Maréchal des camps
( 93 )
& armées du Roi , eft mort en fon châ
tean de St-George en Normandie , dans fa
65e année.
BRUXELLES , le 3 Décembre.
LE motif qui , dit on , a déterminé l'Empereur
à démolir les fortifications des places
dites de Barriere , c'eft le mauvais état où
elles fe trouvent , les frais qu'elles coûteroient
à réparer , & la certitude qu'elles ne
feroient pas une réfiftance égale à une armée
de 100,000 hommes bien difciplinés & bien
conduits. On ne comprend pas dans les
fortifications à détruire celles de Luxembourg
ni le Château d'Anvers ; mais celles
de Namur , de Tournai, d'Ypres , de Furnes
& de Dendermande , où fuivant les divers
traités de Barriere , la Hollande a le droit
d'entretenir garnifon . La République voit cet
arrangement avec plaifir , parce qu'il lui
rend 6 à 7000 hommes dont elle peut augmenter
fa marine ; il en résulte auffi que le
parti qui s'oppose à l'augmentation des
troupes de terre fera plus fondé dans fon
oppofition , & à infifter à ce qu'on tourne
tous les efforts du côté de la mer , où eft
l'ennemi.
On a ici des copies de la lettre d'un Officier
parti avec M. de Suffren , en date du
Cap de Bonne-Efpérance le 11 Août ; elle
offre un journal qui ne peut qu'intéreffer
nos Lecteurs.
» Jerofite du départ d'un bâtiment pour vous
faire raffer un extrait de mon Journal qui vous
donnera une idée de tout ce qui s'eſt pallé de(
94 )
>
--
-
--
puis que nous fommes fortis de Breft , & des
nouvelles de notre fituation. Le 22 Mars , le
Général fit fignal d'appareiller à 7 heures , ce qui
fut exécuté avec tant de célérité , qu'à neuf heures
& demie , prefque toute la flotte étoit fous voiles .
L'armée , en comprenant les tranfports & les convois
, étoit de plus de 200 voiles . - Le 23 , nous
donnames chaffe à un petit navire que nous reconnumes
être Eſpagnol . Les 24, 25 & 26
navigation libre , fans rien voir à la mer. —
Le 27 , le cutter l'Alert , de 16
, que le Comte
de Graffe vouloit renvoyer , fut à bord chercher
les paquets. Les 28 & 29 , les cinq vaiffeaux
& le convoi de l'Inde fe féparèrent de la grande
armée & le Commandant fignala la route au
Les 30 Mars & 1 Avril , nous découvrimes
à quatre heures du matin l'Ifle de Madère ,
& le Général fit faire l'arrière- garde au Vengeur
de 64 . 4 & 5 , nous découvrimes à
cinq heures du matin l'Ifle de Palme , une des Canaries
; nous découvrimes auffi dans la même journée
, le Pic de Ténériffe , qui nous reftoit à environ
vingt cinq lieues . Les 6 7 & 8 , nous découvrimes
l'Ile de Fer , par où paffe notre premier
méridien ; & à fept heures , le Commandant
d'un convoi pour le Sénégal que nous avions eſcorté
juſqu'à cette hauteur , fit fon fignal de ralliement ,
& continua fa route . Les 9 , 10 & 11 , étant
fous le Tropique du Cancer , le Commandant mit
fon pavillon en berne , pour rendre les honneurs
funèbres à M. le Vicomte de Sourches , notre Co-
S. S. O.
-
----
Les 3 "
---
-
lonel , qui venoit de mourir. - Les 12 , 13 , 14
& 15 , au coucher du foleil , nous apperçumes
1'Ile de Bonnavifta , l'une du Cap - Verd , le Général
indiqua la route de Saint-Jago , la principale de
ces Ifles . Le 16 , nous apperçumes le matin
l'Ile de May , & peu après Saint-Jago. Le Commandant
fignala au vaiffeau l'Artéfien de 64 , de
chaffer en avant pour découvrir la rade. L'Artéfien
( 75 )
ayant fait fignal des vaiffeaux ennemis , notre Commandant
fignala le branle bas général. Nous nous
avançames en ordre de bataille , & à dix heures &
demie , le Commandant ayant mis & afluré fon
pavillon d'un coup de canon à boulet , les vaiffeaux
Anglois répondirent de toutes leurs volées. Nous
paflames au milieu d'une flotte de 40 vaiffeaux
faifant feu des deux bords , & chargeant jufqu'à
la gueule. L'Annibal , de 74 , fe trouvant entre
quatre vaiffeaux de guerre , fit & effuya un feu
des plus vifs ; le combat foutenu par ce vaiffeau ,
eft peut-être un des plus furieux de la guerre ; il faut
que l'ennemi ait été bien maltraité puifque voyant
le vaiffeau démâté de tous mâts , il n'a pas voulu recommencer.
L'Annibal étant retombé fons le vent
hors de la portée du canon ennemi , le Sphinx , de 64 ,
le plus à la portée , le prit à la remorque ; l'ennemi
voyant notre manoeuvre crut peut - être qu'il
nous intimideroit , ou qu'il nous feroit abandon
ner le vaiſſeau en appareillant ; mais fans nous déconcerter
, nous formâmes une ligne ferrée , & lui
offrimes le combat ; alors l'ennemi fuivant la coutume
des Anglois , ne voyant que des coups à
gagner , ne voulut pas l'accepter. Le malheur fur
que notre vailleau fût démâté de tous les mâts
fans cela nous l'y aurions bien forcé . Nous paffames
la nuit à nous réparer , & nous mimes nos
feux pour nous faire voir à l'ennemi. Le 17 ,
nous
rétablimes
le branle
bas , & nous
envoyâmes
du fecours
à l'Annibal
. Nous
fumes
que M. de
Tremigon
, Capitaine
de ce vaiſſeau
, avoit
été
tué , ainfi
que deux
Officiers
de marine
, deux
de
nos
Meffieurs
; il y a eu 200
hommes
hors
de
combat
, & plus de 100 dans les 4 autres
vaiſſeaux
.
-Nous
nous
fommes
occupés
à nous
réparer
jufqu'au
4 Mai
que nous
avons
paffé
la ligne.
Le 24 Mai , nous
avons
paffé
l'Ile de laTrinité
; le
26 , le Tropique
du Capricorne
., Le 10 Juin ,
Artéfien
ayant
fignalé`un
bâtiment
le Com-
-
>
--
( 96 )
mandant fit fignal de chaffe ; elle dura jufqu'au
foir , & nous étions près de le joindre lorfque la
nuit nous le déroba. Nous nous ralliâmes au ſignal
du Commandant . Le 21 au matin , nous découvrimes
la terre , ayant bon vent pour entrer.
Nous mouillâmes au milieu de la baie à minuit.
-
-- Le
Le lendemain 22 , nous appareillâmes , & le
foir , nous mouillâmes dans Sunons - Bay.
24 au matin , toutes les troupes Françoiles deftinées
à la défenſe du Cap , débarquèrent & fe mirent
en marche , ayant à leur tête M. de Conway,
Colonel de Pondichery . Nous nous arrêtâmes à
un camp qui étoit à moitié chemin de la ville , &
nous y co châmes . Le 25 nous nous remimes
en marche , & à dix heures & demie , nous nous
trouvâmes à la porte de la ville, où nous entrâmes au
bruit du canon de la Ville. Nous fommes dans un fort
beau pays , mais très cher. MM. les Hollandois
donnent à tous les Officiers une piafire par jour ,
& au foldat la nourriture . Nous travaillons tous
les jours à nous fortifier & à nous oppoſer à la
plus vigourenie attaque. Le 20 Juillet , les ennemis
entrèrent à la baie de Saldanha , & y trouvèrent
fix bâtimens Hollandois , auxquels à leur
approche on avoit mis le feu ; mais cette précaution
ayant été piife trop tard , & mal exécutée ,
les Anglois en ont emmené 4 ; fi le bonheur ,
plutôt files Hollandois , depuis un mois que nous
étions ici , euffent mis plus de célérité à fournir
les aggrêts pour nous réparer , nous aurions été
attaquer , & peut- être nous aurions pris l'ennemi ;
car à peine nous a -t-il fu à 30 lieues de lui , qu'il
a appareillé . Nous avons très - fûrement vaincu dans
la baie de Praya , puifque nous avons lauvé le
Cap , fait échouer les projets de l'ennemi contre
cette Colonie ; que nous l'avons tellement défemparé
, qu'il craint notre rencontre , & que tout
notre mal fe rédeit a un feul vaiffeau qui a eu le
malheur d'être démâté . Le 2 Août , le cadre
Françoile a appareillé pour l'Ile de France ".
-
ou
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E:
De CONSTANTINOPLE , le Is Octobre.
LE Commiffaire nommé par la Porte pour
aller réclamer à Alger les vaiffeaux Impériaux
doat fe font emparés les corfaires de
cette Régence , ſe diſpoſe à partir pour fa
deftination . Il fera accompagné d'un Négociant
Allemand , que le Miniftre Autrichien
a nommé Agent des Négocians intéreffés à
la cargaison de ces navires. Pour donner
plus d'éclat au Commiflaire Ottoman , il
doit être honoré avant fon départ du titre
de Capidgi -Bachi ou Chambellan . On ignore
quel fera l'effet de fa négociation ; mais on
fait que le Reis Effendi a déclaré que s'il
ne réuffit pas à obtenir la reftitution des
bâtimens réclamés , la Porte eft décidée à
n'accorder aucune indemnifation , parce
que fuivant le Traité de Belgrade , elle
Is Décembre 1781,
e
( 98 )
n'en doit que pour les bâtimens pris par les
Dulcignotes dans la mer Adriatique.
Il y a toujours des troubles dans la Romélie
; les Peuples tourmentés par leur Bacha
ont pris les armes ; les troupes de l'Empire
envoyées contre eux ont été taillées en
pièces ; & on va en envoyer de nouvelles
qui feront affez refpectables pour ne pas
craindre le même fort.
RUSSIE.
De PETERSBOURG , le 6 Novembre.
L'ACCESSION de l'Empereur à la neutralité
eft à préfent une affaire terminée . L'acte
qu'on attendoit de Vienne eft arrivé ; &
l'échange de la ratification s'eft fait ces jours
derniers entre les Plénipotentiaires refpectifs
. L'acte de l'Empereur relativement aux
différends au fujet de la prééminence , eft
dans la même forme que celui par lequel
il accéda en 1772 au Traité de partage de
la Pologne.
A l'égard du Traité de commerce avec
la Cour de Portugal , les négociations ne
font pas encore fort avancées ; le Miniftre
de Lisbonne attend encore des inftructions
& des pouvoirs néceffaires pour aller en
avant ; il s'agit , dit -on , de favoir fi la Reine
de Portugal voudra , comme on le défire
ici , accepter le principe de la neutralité
armée comme une bafe du Traité .
( و و )
La Cour a reçu la réponse de celle d'Angleterre
aux repréſentations de S. M. I. au
fujet de la déclaration de guerre à la Hollande
, elle en a fait part fur le-champ aux
Cours de Stockholm & de Copenhague ;
la femaine dernière elle a expédié un Courier
qui paffera à la Haie , d'où il portera
à Londres des dépêches relatives à la réponſe
de cette Puiffance.
M. Markow qui a fucceffivement occupé
la place de Secrétaire d'Ambaſſade à Varfovie
& en Hollande , qui a accompagné
le Prince de Repnin en qualité de Maître
de cérémonie d'Ambaflade , & qui depuis
quelque tems eft Confeiller de Chancellerie
au département de l'expédition Françoife
pour les Affaires étrangères , a été nommé
Miniftre de l'Impératrice , Adjoint au Prince
de Gallitzin , Ambaffadeur de S. M. I. au-'
près des Etats- Généraux des Provinces -Unies.
DANEMARCK.
و
De COPENHAGUE , le 9 Novembre.
- LE Duc de Wurtemberg Stutgard doit
venir ici inceffamment. On a préparé le
Château de Rofenbourg pour le recevoir.
On croit que S. A. S. paffera tout l'hiver
dans ce pays .
Les bâtimens le Prince- Frédéric & le
Repftorf font partis pour les Indes Orientales
avec des cargaifons pour le compte
de divers particuliers .
1
e 2
( 100 )
Par les vaiffeaux de la Compagnie Afiatique
arrivés dernièrement de la Chine ,
on a appris que les vaiffeaux Hollandois
de la Compagnie des Indes pris par les Anglois
près le Cap de Bonne-Efpérance ,
avoient déja déchargé la plus grande partie
de leurs cargaifons avant la capture.
Il a été permis aux bâtimens Hollandois
qui fe trouvent dans les ports de Norwége ,
& qui n'ofent pas les quitter à caufe des
corfaires ennemis , d'y vendre leurs cargai
fons en payant les droits. Le Roi a nommé
M. Jean - Adolphe Kioge au Gouvernement
des poffeffions Danoifes fur la côte de Guinée
, vacant par la mort de M. Hemfen.
Le 4 , il eft arrivé dans le Sund un
vaiffeau de guerre Anglois de so canons , &
2 frégates de la même Nation de 26 canons
chacune ; on compte dans le Sund 125 bâtimens
deftinés pour la mer du Nord ; il y en a
dans ce nombre 65 Anglois que le vaiffeau
& les frégates de guerre doivent pren
dre fous leur eſcorte ; dans le fefte il y a
plufieurs navires Suédois qui partiront au
premier bon vent fous l'efcorte d'une frégate
de leur Nation ,
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 18 Octobre.
LE Baron de Breteuil , Ambaffadeur
de la Cour de France ici , eft arrivé le
6 de ce mois ; le 10 le Prince Frédéric
( 101 )
Eugêne de Wurtemberg & fa famille ont
fait leur entrée dans cette Capitale. L'Empereur
avoit été au - devant d'eux juſqu'à
Burkerfdorf. Le Grand-Duc & la Grande-
Ducheffe de Ruffie ne font attendus que
le 24 de ce mois .
Un Sculpteur Italien travaille ici depuis
18 mois à la ftatue de l'Empereur ; elle
eft de beau marbre & de 4 pieds & demi
de hauteur. La reffemblance des traits eft ,
dit-on , parfaite. On efpère que cet ouvrage
fera fini pour l'arrivée du Grand - Duc & de
la Grande- Ducheffe . On dit que pendant
leur féjour dans cette Capitale , S. M. I.
fera la cérémonie de l'inveftiture des Etats
de Bavière à la Maifon Palatine.
و
Il vient d'être défendu à tous les Libraires
de faire venir de l'étranger , des Bréviaires
, des Miffels , des Livres de Choeur
& d'autres relatifs aux ordres religieux . Il
a été également défendu aux Récollets de
quêter pour la Paleſtine , & aux Trinitaires
de faire des Collectes pour la délivrance
des Chrétiens tombés entre les mains des
Turcs . S. M. I. fe propofe d'affigner des
fonds à ces objets , & de veiller à leur emploi.
Il vient de fortir des preffes de l'Académie
Impériale de Prague , une excellente
traduction Allemande de l'Ancien &
du Nouveau Teftament ; il fera permis à
tout le monde de poffèder ce livre & de
le lire.
e 3
( 102 )
S. M. I. par une Ordonnance en date
du 11 Octobre dernier , a confirmé la Loi
qui défend au Clergé régulier , c'eſt- àdire
aux Religieux , de rien acquérir par
voie de teftament ni ab inteftat , au- delà de
1500 florins.
On mande de la Croatie qu'on commence
à conſtruire des ponts fur la rivière
de Draw qu'on ne pouvoit fouvent pas
paffer en hiver. Cette rivière charie des
grains d'or qui eft très- fin ; on a vu quel .
quefois des hommes laborieux en retirer
en un jour pour la valeur de plufieurs du
cats.
De HAMBOURG , le 20 Novembre.
LA Confédération du Nord que les Anglois
s'étoient flattés d'affoiblir & peut-être
de diffoudre en déclarant la guerre à la
Hollande , n'a fait que le fortifier de plus
en plus ; on a vu le Roi de Pruffe y accéder
; l'Empereur vient de fuivre cet exemple
, & ces deux Puiffances réunies aux
Puillances maritimes , rendent la neutralité
armée bien redoutable ; peut- être approchons-
nous du tems où laffée de réclamer
contre les injuftices & les vexations , elle
fe fera la juftice qu'elle n'a pu obtenir jufqu'à
préfent. Ce qui femble appuyer forte
ment cette conjecture , c'eft que les Anglois
ne reviennent pas encore à la modération ,
& qu'une de leurs frégates a enlevé un navire
Ruffe chargé de munitions navales
( 103 )
pour l'Espagne , & l'a conduit en Ecoffe
au mépris des droits des nations , & notamment
de ceux de la neutralité armée.
כ כ
L'Allemagne , dit un de nos papiers , paroi
foit avoir adopté le fyftême de ne plus fe dépeupler
pour aller faire confommer la population en Amérique
; la néceffité a cependant encore engagé le
Roi d'Angleterre à tirer de fon Electorat d'Hannovre
deux Régimens de 1000 hommes chacun ,
qui fe font embarqués de Stade. Les Anglois pré-
-tendent que plufieurs Princes Allemands vont faire
aufli quelques nouvelles ventes d'hommes à la
Grande - Bretagne ; ils affurent qu'un corps refpectable
des troupes du Nord ira grollir les armées
britanniques dans le Nouveau-Monde . Cette nouvelle
a paru fi extraordinaire aux Politiques , qu'ils
refufent abfolument d'y croire . Ils pensent avec
raifon que la neutralité armée eft une confédération
trop utile aux Souverains qui la compofent ,
pour que le chef de ce grand & admirable fystême
puiffe y renoncer formellement , en aidant un ennemi
puiffant qu'il eft de l'intérêt de toute l'Europe
de réprimer. Ce n'eft pas la premiere fois
que les papiers Anglois fe permettent ces petites
rufes , pour femer la défiance entre les Etats qu'ils
regardent comme ennemis de leur nation ; mais tout
attefte qu'ils n'obtiendront aucune foi pour cette nou
velle affertion de leur part. Il eft de fait que
44 vaiffeaux Hollandois , deſtinés pour la Mer Baltique
, font partis , dit- on , le io du mois dernier
fous pavillon Suédois , & fous l'escorte de
la frégate de cette nation , le Jarramas , de 44
canons. Cette protection eft viſiblement l'ouvrage
de la neutralité armée . Comment peut - on vraifemblablement
fuppofer que cette même neutralité
voudroit fe nuire à elle - même , en donnant des
fecours à la feule puiffance qui fe plaint d'elle &
de les effets «.
e 4
( 104 )
On dit que la République de Ragufe
s'eft fouftraite à la protection de la Porte
pour le mettre entièrement fous celle de
l'Empereur. Si ce changement.eft vrai , il
peut en réfulter de grands avantages pour
le commerce de Triefte. On forme dans
cette ville beaucoup de fpéculations , nonfeulement
du côté des Indes orientales , mais
de celui des Indes occidentales où l'on fe
propofe d'ouvrir un commerce. Un des plus
confidérables Négocians cherche à en établir
un direct & immédiat , entre le Levant
& Triefte , qui auroit alors une liaifon
parfaite avec les Pays-Bas Autrichens ,
Oftende & Nieuport. On s'occupe également
d'un projet de commerce avec l'Egypte.
La ville s'agrandit tous les jours &
on ybâtit annuellement des maifons en pierre
ayant 2 à 3 étages . Tout femble annoncer
que ce port pourroit être un jour un des
plus fréquentés de l'Europe .
» L'Electeur , écrit - on de Mayence , voulant
rendre notre Univerfité plus floriffante , vient de
fupprimer trois de nos Couvens , favoir , la Chartreufe
, près de cette ville , le Monaftère d'Alten-
Munſter , & la maiſon de Sainte-Claire. L'Univerfité
vient d'être mise en poffeffion de tous les biens ,
meubles & immeubles qui leur appartenoient. Les
Commiffaires nommés par l'Electeur , fe font rendus
le 15 de ce mois à 9 heures du matin dans des
voitures de la Cour aux endroits défignés ; ils
ont annoncé aux Religieux affemblés les ordres du
Souverain ; & après la prife de poffeffion , ils fe
font fait livrer par les Supérieurs les clefs des Monaftères
. Au bout d'une heure , tout fut réglé
( 105 )
avec la plus grande tranquillité. Les Religieux &
Religieufes foumis à cette fuppreffion , continueront
néanmoins de vivre en cominunauté , en obfervant
l'ancienne difcipline , & faifant le fervice divin
comme ci-devant. Une Commillion nommée par
le Prince eft chargée de pourvoir à l'entretien des
individus , fans qu'ils fouffrent aucune diminution
dans ce qui leur étoit antérieurement accordé . Le
même jour , l'Univerfité fe rendit au Palais Electoral
pour remercier S. A. de fes foins paternels
pour fon accroiffement «.
ESPAGNE.
De CADIX , le 15 Novembre.
LA partie de notre convoi que le vent
contraire avoit retenu au dehors eft heureufement
entré ces jours derniers. Il manquoit
encore 3 navires que nous avons vu
pouffés vers le Levant ; nous apprenons que
l'un d'eux a mouillé à Tanger ; le deuxième
eft à la vue du port & le troisième ne peut
pas être fort éloigné . Les fruits les plus
précieux étoient fur les vaiffeaux de ligne .
La cargaifon du convoi confifte principalement
en fucre ; & on peut évaluer cette
feule partie à 16 millions tournois.
Un paquebot de Buéños- Ayres , arrivé
ces jours derniers , ne nous apprend autre
chofe finon que les chefs des révoltés ont
été exécutés dans les différens Diftricts qu'ils
avoient infeftés de leurs brigandages.
Une bélandre qui a mouillé le 13 dans
cette baie , venant de la Havanne en 55
es
( 106 )
jours de traversée , rapporte que peu de
jours avant fon départ , il étoit entré à la
Havanne 2 vaiffeaux de ligne fortis de la
Vera-Crux , apportant 4 millions & demi de
piaftres en efpèces & pour 2 millions de
fruits pour le compte du Roi & du commerce.
Le 12 de ce mois D. Navia eft parti pour
Madrid où il eft mandé. La Cour a changé
la deftination de D. Bonnet ; cet Officier
quitte la flotte pour le commandement général
du Blocus de Gibraltar , auquel il a
été nommé à la place du Lieutenant-Général
de Varcanzel , qui fe retire à cauſe de
fon grand âge & de fa foible fanté.
Nos croifeurs enlèvent de tems en tems
quelques bâtimens qui , avides de gain
cherchent à pénétrer dans Gibraltar , la
bélandre qui y entra le 31 , eft le feul des
navires du Roi équipés en Angleterre qui
ait apporté des munitions de guerre & des
paquets de la Cour. Des déferteurs Anglois
venus à Algéfiras donnent la plus mauvaiſe
idée des difpofitions de la garniſon . Elle a
cependant ration entière ; mais c'est parce
que les vivres déja gâtés ne peuvent fe
conferver davantage & qu'il faut les confommer
plutôt que de les jetter ; la boiffon
feule commence à lui manquer ainfi que
le charbon. Du refte les vifites de nos
chaloupes canonnières ne lui laiffent pas
paffer une nuit tranquille , & les lignes de
St-Roch l'inquiètent pendant le jour . Un
( 107 )
de ces déferteurs rapporte à ce fujer que la
veille une bombe tomba près du Général
au moment de la parade , au point qu'il
fut obligé comme toute fa troupe de mettre
fur le champ ventre à terre pour n'être pas
bleffé par les éclats . On fe promet beaucoup
d'effets des nouvelles batteries de canons
& de mortiers qu'on élève en avant de la
principale batterie appellée de St- Charles.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 1er. Décembre.
CE n'eft que le 27 du mois dernier , le
jour même de la rentrée du Parlement , au
moment où le Roi annonçoit au Parlement
les nouvelles fâcheufes qu'il avoit
reçues le 25 , que la Gazette de la Cour
a publié l'extrait de quelques lettres qu'elle
avoit reçues fur ce malheureux évènement.
La première datée à bord du London devant
la Chéfapéak le 24 Octobre eft du
Général Clinton.
» La flotte aux ordres du Contre- Amiral Graves ,
mit à la voile de Sandy - Hook le 19 courant , &
arriva le 24 à la hauteur du cap Charles , où nous
cûmes la mortification d'apprendre que le Lord
Cornwallis avoit propofé le 17 des termes de
capitulation à l'ennemi ; cet avis nous fut apporté
par un pilote du Charon & quelques autres perfonnes
qui , quittant le rivage , nous dirent qu'elles
s'étoient échappées d York le 18 , & que depuis le
jour précédent , elles n'y avoient entendu aucun
feu. La frégate la Nymphe qui arriva le lendemain
e 6
( 103 )
de New York , m'apporta une lettre du Lord
Cornwallis en date du 15 , qui n'annonçant de fa
part que la perte de tout efpoir , ne me donne
que trop lieu de craindre que ces avis ne foient
vrais depuis ce tems là jufqu'au moment actuel ,
nous avons battu la mer à la hauteur des Caps ,
contrariés par des vents variables & des bouriafques
, fans pouvoir parvenir à nous procurer aucune
information ultérieure , fi ce n'eft de la part de
deux hommes pris fur un canot dont le rapport
eft exactement conforme aux précédens . = Comparant
donc les avis reçus par ces différentes perfonnes
& plufieurs autres qui nous font parvenus,
depuis , avec la lettre du Lord Cornwallis , nous
ne pouvons douter qu'il n'ait capitulé , & que malheureufement
nous ne foyons arrivés trop tard pour
le fecourir, ce qui étant l'objet unique de l'expédition
, l'Amiral s'eft dérerminé à retourner à Sandy-
Hook avec fa flotte ".
La lettre du Comte de Cornwallis dont
il eſt queſtion dans la précédente contenoit
l'avis fuivant :
» Dans la foirée d'hier , l'ennemi a emporté d'af
faut mes deux redoutes avancées de la gauche ;
& pendant la nuit , il les a jointes par des communications
à fa feconde parallèle , qu'il travaille
actuellement à perfectionner. Actuellement ma
à
fituation devient très - critique , nous n'ofons pas
pointer un feul canon fur leurs anciennes batteries ,
je m'attends à voir ouvrir demain matin leurs
nouvelles l'expérience a prouvé que nos ouvrages
de terre fraîchement employée ne réſiſtent pas
leur puiffante artillerie , de forte que nous ferons
bientôt exposés à foutenir un affaut dans des onvrages
ruinés , dans une mauvaiſe pofition & avec
des forces diminuées quant au nombre d'hommes .
Le falut de la place cft donc fi précaire , que
je ne puis demander que la flotte & l'armée courent
de grands rifques en tâchant de nous fauver ".
---
( 109 )
A ces dépêches la Gazette en a joint une
du contre- Amiral Graves qui n'apprend
rien de plus que le regret d'être arrivé trop
tard , & la néceffité où il eft de ramener
à New-York les 7000 hommes qu'il conduifoit
au fecours de Cornwallis. Tout cela
ne nous apprend point comment nous avons
perdu la Virginie , une armée , fon Général
; heureufement la Gazette de France que
nous avons reçue a fuppléé à tous ces
détails qui ont été traduits fur le champ
dans tous nos papiers , & auxquels quelques-
uns en ont joint d'autres qu'ils ont
recueillis de diverfes lettres particulières ,
& dont quelques- uns font curieux & finguliers.
לכ
» Quand on examine la relation publiée en France ,
on ne peut s'empêcher de rendre juſtice à l'activité
& aux autres qualités du Lord Cornwallis ; mais en
même-tems il ſemble qu'on ne peut s'empêcher de
convenir auffi qu'il auroit pu mieux fe défendre. Il
avoit choisi une mauvaife pofition , & avoit embraflé
une trop grande étendue de terrain . Quelques Officiers
prétendent qu'il eût pu attaquer avec avantage
M. de Saint-Simon , lorſqu'il aborda à James-Town ,
puifqu'il n'avoit pas la moitié du monde de Cornwallis.
Il n'a pas retardé les progrès du fiége par
des forties , comme il le pouvoit , le jour du tranfport
de l'artillerie devant Yorck , ce qui étoit le
moment le plus favorable pour lui dont il n'a pas
profité. Au lieu de tomber d'abord fur le corps
François avec toutes les forces , il ufa de petits
moyens pour s'en débarraffer. Il fit jetter dans tous
les puits des têtes de boeufs , des chevaux morts , &
même des cadavres de Nègres. L'armée Françoise
fouffit , à la vérité , de la difette d'eau ; mais elle
( 110 )
pouvoit être autrement inquiétée . C'eft avec les
mêmes armes qu'on prétend qu'il avoit cherché auparavant
à détruire la petite armée de M. de la
Fayette , & l'on n'imagineroit pas le moyen qu'il
avoit employé pour cela. Il faifoit inoculer tous les
Nègres qui défertoient leurs plantations , ou qu'il`
pouvoit enlever , & les forçoit après cela de rétrograder
, & d'aller porter la contagion dans le camp
Américain , & porter les milices à déferter pour la
fuir. La vigilance du Marquis de la Fayette mit
toujours en défaut cette rule , finon nouvelle , du
moins barbare. Une obfervation à faire au fujet de
la capitulation , c'est que le Colonel Laurens qui
étoit au nombre des Officiers qui l'ont dreffée , eft
précisément le fils de l'ancien Préfident du Congrès
que nous tenons enfermé dans la tour de Londres.
On dit que cet Officier retarda de quelques heures
la fignature de cette capitulation , parce qu'il defiroit
que la liberté fût rendue à fon père en échange de
celle du Lord Cornwallis. Le Général répondit
qu'il ne pouvoit figner un article qui l'affimiloit à un
particulier ou à un chef civil , & qu'ayant été pris
les armes à la main , on ne pouvoit traiter de fon
échange qu'avec un Officier de fon grade. M. Laurens
fe relâ ha de fa prétention , & la capitulation
fut fignée. On ne décidera pas ici fi la raison de
Cornwallis étoit bonne. Il faut que le Congrès ne
le croie pas , puifqu'on affure qu'il va rappeller le
Général Burgoyne , fi on ne lui rend point M. Laurens.
Il a d'ailleurs en fon pouvoir tant d'Officiers
d'un rang diftingué , qu'il peut auffi détenir dans une
tour , qu'on peut douter que notre Cour fe décide à
retenir encore long-tems l'ancien Préfident du
Congrès «.
L'on ne manque pas d'obferver ici que
la marche de l'armée Françoife , depuis les
Plaines blanches jufqu'à Yorck- Towny
( III )
prouve combien nous avons aliéné le Con
tinent , où nous ne pouvons nous engager
fans être continuellement harcelés ; tandis
que les François ont tout le monde pour
eux ; on venoit de 8 , 10 & 12 lieues à
la rencontre des foldats François ; on leur
apportoit des gâteaux , de la bière & d'autres
rafraîchiffemens.
Nous ne pouvons nous empêcher d'en convenir
, dit un de nos papiers , & quoiqu'il en coûte
à le dire , jamais plan d'opérations militaires n'a été
plus habilement concerté , plus prudemment conduit
& plus heureufement exécuté que celui d'envelopper
& d'enlever le corps du Comte de Cornwallis
. Et tandis que ce projet dépendoit de combinaifons
aufli multipliées que lointaines , dont une
feule manquée eût pu faire échouer l'entrepriſe
entière , elles ont toutes été remplies a point nommé.
Il est démontré aujourd'hui que les lettres interceptées
du Général Washington n'avoient été fabriquées
que pour tromper Sir Henri Clinton , & lui faire
croire qu'on méditoit une attaque contre New-
Yorck , tandis que dans le fait les préparatifs de
Washington n'avoient pour but que la prife de
Cornwallis & de fon armée , de concert avec les
François à leur arrivée dans la Chéfapéak «.
Nos armes fi malheureuſes en Virginie
ne l'ont pas été moins dans la Caroline ,
où il eft démontré que le Général Gréen a
battu le Colonel Stewart. Nous ne nous
étions flatté de l'avantage que d'après une
Gazette de New- Yorck en date du premier
Octobre ; & fins doute fi nous l'avions
obtenu , le Général Clinton , dans fes dépêches
poftérieures à cette date , n'auroit pas
( 112 )
laiffé ignorer cet évènement au Gouvernement
qui a befoin de confolation . Nous
avons vu la relation du Général Gréen ; on
peut y joindre cette lettre datée de Congarée
, le 14 Septembre.
" Je vous félicite de votre fuccès du 8 de ce
mois à Entaw. L'Ennemi y a eu plus d'onze cents
hommes , tant tués que bleffés & faits prifonniers ;
plus de vingt de leurs . Officiers font entre nos
mains , entr'autres leur Adjudant - Général . Ils fe
font retirés vers Monk's - Cornet. Le Général Marion
, les Colonels Lée & Mallum fe font avancés
en front avec leur Cavalerie , & font à chaque
moment des Prifonniers. Hyrne , Commiffaire des
Prifonniers a déjà une Lifte de cinq cents trente
prifonniers des Troupes Britanniques . Vous verrez,
par les ordres généraux que le Général Gréen a
fait publier dans fon camp après l'action , que la
victoire eft complette ; qu'on ne peut faire aucun
fond for un billet que les Anglois firent circuler à
Charles - Town , où ils s'attribuoient la victoire , &
mettoient au nombre de leurs prifonniers le Colonel
Washington. Au contraire , dans les ordres
généraux que je vous envoie , vous verrez que le
Géneral Gréen le félicite , ainfi que les autres Officiers
, fur fa conduite & fa bravoure «<.
L'extrait fuivant des ordres Généraux
publiés dans le camp du Général Gréen , le
9 Septembre , c'est- à-dire , le lendemain du
combat , ne laiffe pas de doute fur l'évènement
d'une action fur laquelle la Cour garde
le filence le plus profond.
» Le Général préfente les plus vifs remercimens
à tous les Officiers & Soldats de l'armée pour leurs
efforts extraordinaires dans la bataille bien foutenue
d'hier. C'eft pour lui un plaiſir infini de trouver
( 113 )
l'occafion d'avouer l'extrême fatisfaction qu'il a des
Troupes en général. La Milice , commandée par le
Général Marion & Pickens , & par le Colonel Mulmody
, ont répondu à fes plus ardentes efpérances .
Les Troupes de l'Etat , commandées par les Colonels
Handerfon , Humpton , Middleton , Polk &
Hummond le font conduites avec la bravoure & la
fermeté qui caractérisent les Enfans de la Liberté.
La brigade de Nord - Caroline , commandée par le
Brigadier- général Summer , compofée de trois bataillons
, commandés par le Lieutenant - colonel Ash ,
par les Majors Armftrung & Blaunt , firent éclater
une confiance qui fait honneur à de jeunes Soldats.
La brigade de Maryland , commandée par le Lieutenant-
colonel Howard & le Major Hardman , &
la brigade de Virginie, commandée par le Colonel
Campbell , compofée du premier & troisième régimens
, commandés par les Majors Sucad & Capitaine
Edmond , firent paroître des traits éclatans de
cette intrépidité & de ces talens militaires que les
plus vieilles Troupes égalent rarement. Le corps
de l'Infanterie légère , commandé par les Capitaines
Rirker & Rudolf , mérite les applaudiffemens les
plus relevés pour la grande activité. La Cavalerie ,
commandée par les Lieutenans -colonels Washington
& Lée , foutient de la manière la plus courageufe
cette haute réputation qu'ils ont acquife par des
fervices répétés & glorieux ; & le corps d'Artillerie
, commandé par les Capitaines Brown & Gains
( quoique infortunés ) méritent une attention particulière
pour l'ardeur avec laquelle ils ont exécuté
tous les ordres. C'eſt à une forte maifon de brique
que les Bretons ont dû l'avantage de garantir les
reftes de l'armée Britannique de captivité ; & prefque
le manque d'eau a rendu , après l'action , la retraite
néceflaire vers cette Place. La Victoire n'a
pas laiffé d'être complette , & nous n'avons qu'à
regretter la perte de quelques-uns de nos braves
料
7114 )
Officiers & Soldats , dont les morts glorieufes mé
ritent d'être enviées. Le Général préſente ſes vifs
remercimens au Major Hyrne , au Capitaine Pearce
& à fes Aides de- camp Pendlaton & Shubrick , qui
ont renda des fervices importans , par leur activité.
Le Général le juge lui - même particulierement redevable
au Colonel Kufciska & au Major Furfythe
pour leurs fervices volontaires dans la campagne :
Et comme il ne peut s'étendre actuellement en
détails , il efpère que les autres Officiers dans les
divers Départemens , confidéreront qu'il n'oublie pas
leurs différens efforts pour le bien du ſervice . Les
Officiers de l'armée auront la bonté de faire une
lifte des noms , du rang & des Officiers Britanni .
ques , dont quinze ont reçu la parole fur le champ
de bataille , & immédiatement le compte des tués , -
bleffés & de ceux qui manquent «.
Nous nous attendons à apprendre bientôt
la nouvelle de la réduction de la Caroline
par les Américains ; nous ne voyons pas
comment nous pouvons conferver une Province
, où nous n'avons exactement que
Charles- Town . Nos inquiétudes ne font
pas moindres du côté des Antilles ; nos
papiers , pour nous raffurer , prétendent
que l'Amiral Graves a dû appareiller de
New-Yorck le 3 Novembre pour la Jamaïque
avec le London , de 98 canons , & que
l'Amiral Hood mettroit à la voile en mêmetems
avec 18 vaiffeaux de ligne pour les
Ifles , tandis que le refte de l'efcadre
refteroit à New - Yorck avec l'Amiral
Digby. Mais d'abord le départ de Graves
& de Hood ne peut avoir cu lieu
le 3 Novembre. Le 29 Octobre ils étoient
( 115 )
devant la Cheſapeak , & ils écrivoient qu'ils
alloient retourner à New-Yorck , où ils
auront pu arriver au plutôt le 6 Novembre.
Il leur aura fallu débarquer les troupes &
embarquer quelques provifions. Pendant ce
tems le Comte de Graffe pourfuit fa route ,
& il arrivera le premier. Si , comme cela
eft vraisemblable , il conduit avec lui toute
fon efcadre , qu'oppoferons-nous aux entreprifes
qu'il pourra tenter avec tant de fupériorité.
Les Négocians intéreffés au commerce
de la Jamaïque , ont été le 29 porter
leurs craintes & leurs inquiétudes au Lord
Sandwich , qui les a affurés que l'Amiral
Rodney partiroit inceffamment avec une
efcadre pour cette ftation , mais on craint
qu'il ne puiffe partir auffi-tôt qu'il feroit
néceffaire. On préfume que l'efcadre qui
s'équipe pour cet effet ne fera prête à appareiller
que vers la fin de ce mois. Rodney
doit partir pour Portfmouth , afin d'en preffer
l'équipement. Elle fera , dit- on , de 12
vaiffeaux de ligne. Mais fi avant de fe rendre
à ſa deſtination il va tenter d'approvifionner
Gibraltar & Minorque , ce fera une nouvelle
perte de tems , & s'il y réuffit , nous
pourrions avoir déjà fait en Amérique quelques
pertes au moins auffi fenfibles . Quand
il pourroit le mettre en route à préfent ,
nous n'avons pas lieu d'être moins inquiets.
M. de Graffe eft actuellement de retour aux
Ifles où vraisemblablement il n'eft pas
oifif; & nous pouvons recevoir des nou-
,
( 116 )
velles fâcheufes avant que Rodney y foit
arrivé .
La campagne Parlementaire va devenir
très-active ; le 27 on étoit inftruit de la priſe
de Cornwallis ; on imagina que cet évènement
donneroit lieu à des débats piquans ,
& les portes du Parlement furent affiégées
par une foule fi confidérable , que les Membres
eurent beaucoup de peine à y entrer.
L'attente ne fut pas tout-à- fait reinplie ; les
premiers débats roulèrent fur l'adreffe de
remerciemens au Roi de fon gracieux difcours.
Les Lords Southampton & Walfingham
haranguèrent d'abord pour inviter la
Chambre haute à ne montrer aucun découragement
à fe roidir contre les difficultés ;
& l'adreffe conçue ainfi pafla & fut préfentée
le 28 au Roi.
les
Nous , les Sujets fidèles & foumis de V. M. ,
Lords fpirituels & temporels affemblés en Parlement ,
demandons la permiffion de faire remercier humblement
V. M. pour le très - gracieux difcours
qu'elle a prononcé du haut de fon trône. Nous
fommes également indignés & affligés de voir la
guerre fe prolonger par cette ambition inquiète ,
qui la première a décidé les ennemis de V. M. a
la commencer & qui continue à contrarier vos
defirs & vos efforts pour rendre la tranquillité
publique . Pénétrés de la plus fincère gratitude ,
nous reconnoiflons la fagcffe de V. M. , & fes
foins foutenus pour rendre le bien-être à fes peuples
, nous en avons des preuves dans les voeux
que nous formons pour la paix , & dans la réfolution
que vous avez priſe de ne jamais facrifier à ce defir
& au bien-être paffager de vos fujets , les droits
›
( 117 )
effentiels & les intérêts permanents dont la défenfe
& le foutien feront toujours la force & la sureté
Nous fommes très- ati faits de la
de ce Pays.
--
>
perfpective favorable que préfentent nos affaires
dans l'Inde , & de 1 heureuſe arrivée des nombreuſes
flottes marchandes de ces Royaumes . Nous voyons
avec regret que les efforts de V. M. pour défendre
toute l'étendue des poffeffions de fa Couronne
n'ont point été accompagnés de fuccès égal à la
droiture & à la juftice de ſes vues . Et nous gémiffons
de voir que les évènemens de la guerre
ont été auffi malheureux pour vos armes en Virginie.
Nous fommes auifi très-reconnoiffans de
la follicitude paternelle que V. M. a montrée pour
le bonheur de fon peuple dans la tentative que
V. M. n'a ceffé de faire pour éteindre l'efprit de
rebellion que nos ennemis ont trouvé le moyen
de fomenter & d'entretenir dans les Colonies d'Amérique
, & pour rendre à vos fujets abufés dans cette
partie du monde tous les avantages & tout le
bonheur dont ils jouiffoient en obéillant aux loix.
Nous demandons la permiffion d'affurer V. M. que
nous concourrons & l'affifterons avec fermeté pour
faire avorter les projets de nos ennemis , qui font
aufli préjudiciables aux intérêts de l'Amérique , qu'à
ceux de la G. B, Nous reprendrons , fans perdre
de tems , nos délibérations fur l'état des pofleflions
& des revenus de la G. B. dans l'Inde , nous en
reprendrons le fil avec le même efprit & la même
modération , & nous continuerons à examiner auffi
avec la même attention & la même ardeur comment
ces Provinces, éloignées peuvent être gouvernée , &
contenues fans le moindre danger à l'avantage de
l'Angleterre , & quels feront les moyens les plus
propres à faire le bonheur des naturels du Pays.
Etant décidés à n'éviter ni les difficultés , ni les
dangers pour défendre notre Patrie , conferver fes
droits & fes intérêts , nous continuerons à réunir
( 118 )
nos efforts pour foutenir cette grande & importante
querelle dans laquelle nous fommes engagés .- Nous
nous repofons fur la protection de la divine Providence
dans une cauſe auffi jufte , & nous fommes
perfuadés que par notre concours & par notre fou
tien , par la bravoure des efcadres & des armées
de V. M. , & par la réunion & l'enſemble des efforts ,
des moyens & des reffources de fon peuple , V. M.
trouvera les moyens de endre vains les projets
ambitieux de vos ennemis , & rendra à toutes les
Poffeflions les avantages d'une paix honorable &
folide.
Le Roi fit à cette adreſſe la réponſe ſuivante.
Milords , je vous remercie de votre Adreffe remplie
de zèle & de foumiffion ; les affurances que vous
me donnez de votre concours & de votre foutien
dans la pourfuite de la grande & importante que
relle dans laquelle nous fommes engagés , m'ont
fait le plus vif plaifir , & auront fans doute les effets
les plus falutaires . Je tâcherai toujours d'employer
vos fecours du mieux qu'il me fera poffible pour
parvenir au feul objet que j'ai en vue , celui d'une
paix honorable & folide.
Cette adreffe ne paffa pas fans oppofition
. Le Comte de Shelburne propofa de
ne conferver que les deux premiers paragraphes
, de fupprimer le refte & d'y ſubſtituer.
» Nous travaillerons tous enſemble &
fans aucun délai , à propoſer & à rédiger les
confeils que nous devons mettre aux pieds
du Roi pour animer les efforts & diriger
les forces de manière à gagner la confiance.
des fujets ". L'amendement fut rejetté à la
pluralité de 75 voix , dont 10 par procuration
, contre 31. Les Lords Richmont , Fitz
( 119 )
William & Rockingham , firent la protef
tation fuivante. » Pour les raifons fi fouvent
alléguées , & toujours en vain depuis
7 ans , contre la continuation ruineufe de
la guerre faite par les Miniftres de S. M. aux
peuples de l'Amérique Septentrionale , raifons
qu'il eft inutile de répéter parce qu'elles
ne font que trop malheureufement confirmées
par l'énormité de nos dépenfes réité- 4
rées , & par la perte que nous venons de
faire d'une feconde armée ".
L'adreffe de la Chambre des Communes
fut propofée également le 27 ; les amendemens
furent rejettés , & elle fut préfentée
le 29. On remarqua dans les débats à
ce fujet que le Lord Germaine en parlant
de la prife du Lord Cornwallis , déclara
que ce malheur étoit l'effet de la trop grande
fupériorité de l'efcadre Françoife fur la nô
tre dans cette partie du monde. M. Fox
ne laiffa pas tomber cette affertion . Mylord ,
dit- il , au Miniftre , lorfque le tems fera
venu de faire une motion contre le Lord
Sandwich , je vous préviens que je vous
fommerai de dépofer contre ce premier Lord
de l'Amirauté.
Après les premiers débats occafionnés par
cette adreffe , il fut demandé , la veille du
jour qu'elle fut préfentée , rapport de la réfolution
qui y étoit relative ; ce qui donna
lieu à plufieurs nouveaux débats qui devinrent
très vifs .
M. William Wake obferva que le jour précédent
( 120 )
on avoit infifté fur la néceffité d'une . union de
toutes les parties , pour augmenter les forces du
Gouvernement , & mettre la Nation en état
de faire des efforts proportionnés aux circonf
tances. Il ajouta : Si par le mot union on entend
qu'il faut fe déterminer unanimement à continuer
la guerre d'Amérique , je déclare que jamais cette
union n'aura lieu dans cette Chambre , tant que
j'aurai le pouvoir de voter contre cette guerre ,
que je regarde comme deftructive pour la G. B. ,
&abfolument impraticable. Je regarde, dit M. Philip
Jenning Clerk , comme coupables de la plus haute
trahifon , tous ceux qui ont contribué à la continuation
de la guerre d'Amérique après la préfentation
de la pétition apportée du Congrès par M.
Penn. Elle refpiroit un efprit de juftice & de loyauté;
fon langage étoit refpectueux & honnête. Le Congrès
y déclaroit expreffément qu'il étoit porté &
tout prêt à accéder à toutes conditions compatibles
avec la liberté , & propres à maintenir l'honneur
de la Métropole. Que pouvions - nous defirer de
plus décent & de plus utile ? Mais cette pétition a
été rejettée. On n'a pas voulu entendre M. Penn ,
& de là font venues toutes nos calamités . En conféquence
je m'oppofe à une adreffe qui , par la teneur
, engage la Chambre à continuer la guerre
d'Amérique. M. Duncombe s'éleva auffi avec la
plus grande force contre l'adreffe projettée. Le Lord
North , dit-il , fait fonner bien haut les reffources
que nous avons pour continuer la guerre. Si ce Miniftre
entend par -là ce que nous avons dans notre
bourſe , il peut fe faire qu'il s'y trouve encore
quelques guinées ; mais quant à la Nation en général
, le cas eft bien différent , & on ne fait que
trop qu'elle eft réduite à la plus affreufe mifere.
D'ailleurs la guerre d'Amérique eft univerfellement
odieufe , & je fuis convaincu , malgré la diverfité
apparente des opinions , qu'il n'y a pas un feul
Membre
( 121 )
→
:
Membre de cette Chambre qui ne reconnoiffe dans
le fond de fon coeur que la guerre d'Amériq e n'a
fervi qu'à épuifer le fang & les trésors de la Nation
, dont la ruine eft inévitable , fi on ne fe hâte
point de la délivrer de ce fléau . M. Williams
prononça un très - long difcours contre le projet
d'adreffe en particulier , & contre la guerre d'Amérique
en général . Voici comme il débuta
Avant de prendre la réfolution définitive de préfenter
au Roi une adreffe par laquelle la Chambre
contracte l'engagement le plus formel de pourfuivre
la guerre d'Amérique & de continuer fon
appui au fyftême funefte qui , du faîte de la gloire
& de la profpérité , a conduit 1 Angleterre au dernier
degré de misère & d'abjection , fignat d'une deftruction
inévitable , fi l'on ne prévient cette crife
prochaine par le développement le plus prompt
de tout ce qui nous refte de courage & de forces ;
avant , dis-je , de prendre une réfolution fi intéreffante
, je vous conjure de vous arrêter un moment
pour confidérer ce que vous allez faire . L'a treffe
actuellement fous les yeux de la Chambre , a été
rédigée dans les termes les plus hypocrites & les
plus captieux ; & fi dans une circonftance auffi critique
que l'eft , de l'aveu général , celle où nous
nous trouvons , nous fouffrons que cette adreffe foit
donnée au public comme l'expreffion des vra s fentimens
de la Chambre ; ce fera pour nous un furcroît
d'humiliation qui mettra le comble à nos
difgraces , à moins que l'on re compte pour rien
le malheur de tromper le Roi , de déshonorer le
jugement de la Chambre & de dégrader fa dignité
, d'infulter la Nation , & d'amener des évènemens
qui ne peuvent manquer d'entraîner la haine
même de l'Empire . Dans un moment où le coeur
de tous les citoyens eft ferré par la nouvelle d'un
défaftre terrible , le Parlement d'un peuple libre
doit-il fe rendre l'écho des paroles qu'un Miniftre
Is Décembre 1781.
f
( 122 )
accoutumé par un long exercice à l'art de la féduction
, a mis dans la bouche du Roi , mais
qui étoient à tous égards indignes de S. M..... Le
Lord North , en parlant de la guerre d'Amérique ,
a dit qu'il l'avoit toujours regardée & qu'il la regardoit
encore comme une guerre juſte & néceffaire
, fondée fur la réclamation de l'exercice modéré
d'un droit reconnu de tout le monde. La
premiere partie de cette propofition eſt depuis fi
long-tems difcutée dans toute l'Europe , qu'il n'y a
plus rien à dire fur cet objet. Quant à la néceffité
de la guerre , elle ne peut avoir pour motif
que fes avantages , & malheureufement on ne fait,
que trop à quoi s'en tenir fur cet article. On
pourroit croire au moins , d'après les affurances
réitérées des Miniftres , que ceux des Américains
qui font reftés fidèles au Roi , devoient compter fur
la protection la plus efficace . Si la Chambre eft
curieufe de favoir comment le Gouvernement a tenu
parole en cette occafion comme en beaucoup
d'autres , je la fupplie de le faire repréfenter les
articles de la capitulation du Lord Cornwallis , &
de jetter les yeux fur la réponse à l'art . 10 ; elle y
verra que tous les amis de la Grande-Bretagne ,
tous les Loyaliftes , que de fauffes eſpérances &
des promeffes perfides avoient engagé à fe joindre
au Lord Cornwallis bien - loin d'être protégés ,
ont été abandonnés à la Juſtice civile du pays ! .....
›
Loin que l'adreffe engage ceux qui ont voté
pour elle , dit le Lord Avocat , à voter à l'avenir
autrement que d'après leur opinion fondée fur
des circonftances & des raifons particulières
cette adreffe eft fi vague & fi générale qu'elle n'engage
perfonne à aucun vote fpécial , & encore
moins la Chambre à faire la guerre . Je m'explique:
par le mot guerre , j'entends la guerre Américaine.
Il eft certain que fi dans l'adreffe il étoit
parlé de guerre Américaine , cette expreffion don(
123 )
neroit lieu à une foule d'objections & de débats.
Ceux qui opinent pour qu'on y renonce abfolument
nous diroient s'ils veulent auffi qu'on abandonne
Halifax , New-York & Charles-Town , (fuppofé
que ces places foient encore à nous ) . Je ne parle
point du Canada , je me borne à ce que nous appellons
proprement l'Amérique Septentrionale. D'un
autre côté , ceux qui prétendent que la politique
exige que l'Angleterre envoie des renforts en Amérique
& qu'elle continue une guerre offenfive , déduiroient
à la Chambre les motifs qui ont déterminé
leur opinion .... Au furplus , les Miniftres ne
tarderont pas à nous faire part de leurs idées fur
cet objet , & il eft inutile de les prévenir. J'obſerverai
feulement que dans les circonftances critiques où
nous nous trouvons , il est néceffaire de fe décider
le plus promptement poffible , & j'ajouterai qu'il
n'y a rien de bon à attendre d'une adminiftration
dont les Membres font continuellement divifés entr'eux.
Dans notre embarras actuel , fi un Miniftre
trouve de l'oppofition à ce qu'il propofe , il
devroit fe retirer. Le principe le plus facré de notre
conftitution , eft que le Roi ne peut pas faire le
mal , & lorfque le Monarque prononce , on doit
croire que le Cabinet fuivra le plan adopté par le
Souverain. Au furplus , je ne prétends point atta
quer , par ce que je viens de dire , aucun des
Membres de l'adminiftration , ni le Lord North
dont j'approuverai toujours la conduite tant publique
que privée. Je fuis bien convaincu que
l'adreffe , ainfi qu'elle eft conçue , préfente uniquement
l'efpèce de langage que le Parlement eft
cenfé devoir tenir convenablement à fon Souverain.
Et je prie inftamment qu'on ne m'attribue
point dans cette Chambre un fens que je déclare
n'être pas celui qu'on veut leur donner. - M. Fox
félicita enfuite M. Pitt d'avoir arraché du Lord
Avocat-Général un difcours auffi vigoureux & auffi
-
-
f 2
( 124 )
Franc . Il demanda au Lord Avocat quand viendroit
le jour que les Miniftres s'expliqueroient définiti
vement fur le fujet de la guerre. Le Lord Avocat-
Général répondit que ce feroit quand le Parle,
ment voteroit les fonds néceffaires pour envoyer
de nouvelles troupes à la place de celles que commandoit
Cornwallis. M. Burke prononça un
difcours pour rejetter l'adreffe & infifta avec cha
leur fur la cruauté qu'il y auroit d'abandonner à
la juftice civile des Américains , les malheureux
Loyalistes qui ont été faits prifonniers à York,
Town , & il fit le tableau le plus touchant de la
cruelle deftinée qui les attend , en conféquence du
dixième article de la capitulation.
A 7 heures la Chambre fut aux voix , il y en eut
131 pour le rapport , & 54 contre.
FRANCE.
DeVERSAILLES , le 11 Décembre.
LE 2 de ce mois M. le Fevre de Caumartin
, Prevôt des Marchands de la Ville
de Paris , remercia le Roi & toute la Famille
Royale , à l'occafion de fa nomination à la
place de Confeiller d'Etat , vacante par la
mort de M. Dufour de Villeneuve , & prit
le lendemain féance au Confeil en cette
qualité.
De PARIS , le 11 Décembre.
Aux détails que nous avons donnés de
la grande expédition des armées de terre &
de mer combinées , Françoife & Américaine,
dans la Virginie , on nous faura gré d'en
joindre quelques - uns que nous tirons de
( 125 )
la relation d'un Officier-Général de l'armée
Françoiſe , qui n'a prefque pas quitté la
tranchée.
» Depuis le départ de l'armée de Philadelphie ,
elle s'eft portée à grandes journées fur Head- of- Elk ,
à la naiffance de la baye de Chéſapéak . Là les
Généraux réfolurent de faire embarquer toute leur
artillerie , excepté celle des bataillons & les hommes
qui y étoient attachés ; de joindre à la première
tous les grenadiers & chaffeurs de l'armée Françoife
, l'infanterie légère de l'armée Américaine ,
& l'infanterie de la Légion de Lauzun. Le commandement
de ces troupes fut donné pour les Américains
au Général Lincoln , & pour les François à
M. de Cuftine. L'objet de cet embarquement étoit
d'accélérer l'arrivée des troupes qui devoient reflerrer
Cornwallis , & mettre à l'abri de toute irruption
de fa part , celles qui le contenoient entre la rivière
de James & celle d'York , & d'éviter un tranſport
de notre artillerie pendant plus de 300 milles . 1300
hommes , tant d'artillerie que de l'élite de l'armée
Françoife , 1000 Américains de l'élite de leur armée ,
ainfi que toute l'artillerie & les approvifionnemens
furent embarqués dans des barques prefques toutes
mal gréées ; la navigation pouvoit n'être que de s
ou 6 jours pour parcourir en longueur une mer
de plus de 370 milles de long , que l'on eft convenu
d'appeller la baie de Chéfapéak ; en conféquence ,
toutes les provifions que nous pûmes à grand peine
nous procurer , depuis le départ de l'armée dans
un pays qui reffemble plutôt à un défert qu'à une
contrée faite pour être l'habitation des hommes
furent quelques boeufs , dont on fit cuire la moitié
& faler le refte ; il y en avoit pour quatre jours ;
& pour fuppléer aux vivres da refte de cette traverfée
, il fat donné à chaque homme , Officier
comme Soldat , une livre de fromage , cela étoit
.
£
3
( 126 )
accompagné d'un peu de rum & de bifcuit pour
17 jours . Le Général Lincoln refta à Head- of- Elk
pour l'embarquement du refte des troupes de l'armée
Américaine , dans des bâtimens qui devoient arriver
fucceffivement. Le 12 , à quatre heures après midi ,
il remit le commandement des Américains à M. de
Cuftine , dont la flotte , compofée de 70 voiles ,
appareilla une heure après , pour le rendre dans la
rivière de James , où elle n'a débarqué que le
douzième jour , ayant éprouvé fur la baie toutes
les contradictions , coups de vent fur coups de
vent & orages ; cependant le bonheur a fait arriver
le tout à bon port , le 23 Septembre , à Colledge-
Crick , où le débarquement s'effectua , ainfi que
la jonction avec les troupes du Marquis de Saint-
Simon , & celles du Marquis de la Fayette , à
Williamsburg . L'armée arrivée le 26 , débarqua ;
le 27 tout le réunit au camp de Williamsburg.
-Le 28 , à la pointe du jour , les armées réunies ,
compofées de régimens François , & d'environ
3600 Américains , marchèrent fur York fans équipages
, & avec très-peu de moyens de fubfiſtance.
L'armée n'avoit avec elle que fon artillerie de
campagne ; l'avant - garde en étoit faite par des
volontaires , au nombre de 220 , aux ordres du
Baron de Saint - Simon , & de 1400 grenadiers &
chaffeurs , le tout aux ordres de M. le Baron de
Viomenil , & fous lui M. de Caftine. La marche
fe fit fans aucun empêchement de la part des
Anglois ; il n'y eut que quelques coups de fufil tirés
par leurs poftes avancés , en fe repliant ; ils étoient
prévenus de notre marche , & leurs poftes n'étoient
pas à plus d'un mille de leur camp. Ils occupoient
alors les ouvrages de la droite de leur pofition
actuelle dans York , & un camp dont le front étoit
garni d'abattis de redoutes , & de batteries ; ils
fe contentèrent de tirer quelques volées de canons
le jour de notre arrivée , pour répondre aux recon-
3
( 127 )
noiffances qui fe firent. Tous les poftes avancés
ayant été repliés , on fut à portée de voir jufqu'à
leur front. La marche des Américains , le 29,
donna infiniment d'inquiétude à Cornwallis pour fon
flanc gauche , cependant il garda la même pofition.
Le 30 , les Américains ayant paffé un grand marais
de l'autre côté duquel ils campèrent , & fur lequel
on établit une communication immenfe du camp
François au leur , & ayant tâté le même jour la
droite des ennemis , dont on reconnut la pofition ;
ceux-ci craignant une attaque de vive force dans
une pofition trop étendue , fe retirèrent dans la nuit ,
& à la pointe du jour , on trouva tous leurs poftes
évacués , leur camp abandonné ; on les vit renfermés
dans leurs retranchemens d'Yorck , où pour les
cerner , après avoir fait occuper les redoutes qu'ils
avoient abandonnées , on y en ajouta deux autres .
Depuis l'époque de notre arrivée ici , jufqu'au s
Octobre , ils ont toujours canonné à la valeur d'un
coup de canon par 4 minutes , ce qui n'a jamais
interrompu les travaux faits fous le feu de leurs
batteries ; ils n'avoient , jufqu'à cette époque , fait
autre chofe que tuer to Américains , bleffer 2
tuer un François , & bleffer 2 , dont un Officier.
La nuit du 6 an 7 , l'on furprit aux ennemis l'ouverture
de la tranchée , les poftes qui couvroient
les travailleurs avoient été placés fi avantageufement
, les ennemis avoient eu fi peu la poflibilité
d'avoir connoillance de ce qui fe paffoit , que le 7 à la
pointe du jour , ils fe virent entourés de la première
parallèle , qui , quoiqu'en partie dans un terrein
rempli de fouches & très- difficile , a été travaillé
avec tant de vigueur , qu'au jour il ne reftoit plus
qu'à élargir ; & toutes les troupes étoient parfaitement
couvertes ; ils n'ont rien ofé tenter fur cette
parallèle , qui eût dû coûter 1500 hommes au moins
à élever , s'ils avoient pu en avoir connoiffance &
prendre les moyens qu'il leur étoit facile d'employer
£ 4
( 128 )
pour s'y oppofer. Au lieu de cela , les François n'ont
eu que deux feuls hommes bleifés , & les Américains
aucun. Cette parallèle étoit élevée à 250 toifes des
ouvrages des ennemis ; l'on fut quatre jours tant à
la perfectionner qu'à élever les batteries. Cornwallis
avoit perfuadé à les troupes que pour les attaquer ,
nous n'avions d'autres armes que du canon de campagne
; notre filence pendant quatre jours de tranchée
ouverte , avoit accrédité cette opinion ; à la
fin du quatrième , 74 bouches-à-feu démafquées ,
tant de canon de 16 que de 24 , mortiers & obufiers ,
imprimèrent dans cette armée un refpect profond ,
qui fut témoigné non -feulement par leur filence ,
mais par le foin extrême que prirent les Anglois
de fe cacher de ce feu meurtrier & confécutif; il
fut dirigé avec tant de fuccès , que dans la nuit du
quatrième au cinquième jour , le feu prit à deux
vaiffeaux , dont le Charon à deux batteries , ce qui
les a privés d'une grande quantité de munitions qui
étoit encore fur ce vaiffeau ; jamais fpectacle plus
horrible & plus beau n'a pu s'offrir à l'oeil ; dans
une nuit obfcure , tous les fabords ouverts , jettant
des gerbes de feu , les coups de canons qui en partoient
, l'afpect de toute la rade , les vaiffeaux fous
leurs huniers , fuyant le vaiffeau enflammé , & c.
Les Anglois avoient en avant de leur ligne deux
rangs de redoutes fortifiées d'abattis , & bien fraifées
de paliffades ; jufqu'au 11 , on s'occupa fur- tout à
celles de leur gauche qui commandoient la rivière
de York , à les chauffer avec vigueur.
nuit du 11 au 12 , on éleva la feconde parallèle ,
& celle du 13 au 14 , fut réfolu l'atraque des redoutes
avancées ; notre canon avoit fait peu d'effet fur
l'abattis & même fur les paliffades , n'ayant aucune
batterie élevée pofitivement contr'elles . Dix Charpentiers
, avec des haches affilées , faifoient l'avantgarde
, avec so Chaffeurs portant des fafcines ,
un bataillon de 400 Grenadiers aux ordres du
La
( 129 )
Comte Guillaume de Deux - Ponts , ayant fous lui
M. de l'Eftrade , Lieutenant - Colonel du Régiment
de Gâtinois ; il étoit foutenu par le fecond bataillon
de ce Régiment , deux compagnies de Chafleurs auxiliaires
, & deux pièces de canon , aux ordres de
M. de Roftin , Colonel du premier Régiment de
tranchée. Le Baron de Viomenil , qui commandoit
toute la tranchée ce jour-là , voulut être en chef
à l'attaque , dont les difpofitions avoient été faites
pendant le jour , & laiTa M. de Cuftine , commandant
la tranchée. L'attaque des Américains
devoit le faire en même tems à la redoute de la
gauche des ennemis , qui , battue par trois batteries
depuis l'ouverture de la tranchée , étoit en trèsmauvais
état ; deux autres fauffes attaques devoient
fe faire pour partager l'attention des ennemis . — La
redoute qu'attaquoient les Américains , fit peu de
réfiftance ; l'infanterie légère y prit 19 hommes
So qui la défendoient s'étoient enfuis en partie à
l'avance ; il n'en fut pas de même de celle qu'attaquoient
les François ; les Grenadiers des troupes
d'Anfpach , de Heffe & Anglois , au nombre de 160 ,
s'y maintinrent avec vigueur ; mais nos Charpentiers
, fans héfirer , coupèrent les branches des
abattis , la paliffade de la redoute , & les Grenadiers
, fans tarder un inftant , malgré le feu des
ennemis , couronnèrent le parapet & emportèrent
cet ouvrage , où l'on a pris 39 hommes , & tué
21 ; le refte s'enfuit & ne put être atteint . La
fermeté des troupes , la décifion du Comte Guillaume
, font faites pour faire honneur aux uns &
aux autres ; cette attaque nous a coûté 70 Grenadiers
ou Chaffeurs tués ou bleffés , & plufieurs
Officiers . Le Comte Guillaume lui-même voulant
voir par-deffus le parapet de la redoute après l'avoir
prife, un coup de canon , qui lui a envoyé une motte de
fable , a fait craindre pendant plufieurs heures qu'il
ne fût aveuglé ; fa bleffure n'aura aucune fuite fa-
>
fs
( 130 )
cheufe . La terreur des ennemis fut telle , que s'étant
crus allallis de toute part , il partit de tout le front
de leurs ouvrages un feu de moufqueterie qui fe
foutint près de 10 minutes fur la tranchée. Dans
la même nuit , la feconde parallèle fut achevée ,
les redoutes prifes y fervirent de point d'appui ,
& à la pointe du jour , elles furent perfectionnées .
ainfi que la communication qui y conduifoit. La nuit
fuivante , fe commencèrent les batteries , & enfin
le
17. à la pointe du jour , elles furent toutes prêtes
à tirer , & le firent avec un tel fuccès , qu'à neuf
heures du matin Cornwallis , fans avoir été fommé ,
envoya un Parlementaire pour propofer de capituler.
Le Marquis de Saint-Simon ayant été bleſſe
à la tranchée , M. de Cultine , qui la commandoit
fous lui , envoya le Parlementaire au Général Améicain
, il fut convenu que l'on n'interromproit
point le feu , & que fans plus tarder , il recommenceroit
; quelques minutes après , un fecond
Parlementaire étant revenu , demandant avec inftance
la ceffation du feu , le Brigadier François
auquel il s'adreffa à la tranchée , ne put répondre
autre chofe , que n'ayant aucun titre pour recevoir
des propofitions , il n'avoit , pour répondre , que
du canon dont il alloit dans l'inftant recommencer
Fufage , ce qui fut exécuté ; & à deux heures après
midi , Cornwallis , avec inftance & prières redoublées
, obtint la ceffation du feu des batteries , qui
faifoient un tel effet , que dès le lendemain fes
retranchemens devenoient infoutenables de toute
part ; auffi a - t -il accepté une capitulation calquée
à-peu-près fur celle de Charles - Town. Par cette
capitulation , 16 Régimens Anglois ou Heffois fe
font rendus prifonniers de guerre à 7000 François
& 3600 Américains . La perte , pour l'Angleterre
peut être évaluée à plus de 40 millions ;
car outre un vaiffeau de guerre , quatre frégates
ou corvettes , l'artillerie de campagne de l'armée
---
( 131 )
& c.
de Cornwallis , des fubfiftances pour cette armée
pour plus de 4 mois , tout l'attirail de campagne ,
Cet évènement a été précédé d'un combat
naval qui a coûté à l'Angleterre un vailleau de 74 ,
qui a coulé bas , deux vaiffeaux mis hors de fervice
, & quatre frégates prifes. Par ces deux évènemens
, la Virginie & tout le Sud font délivrés ;
il ne reftera à l'Angleterre , dans toute la Caroline ,
que la feule ville de Charles- Town.
L'état de la garniſon priſonnière à Yorck
& à Glocefter , confiftoit en 8 bataillons
Anglois , un des Gardes , un des 17e , 23e ,
33e & 43e régimens ; un des 7ie , 76e &
8oe des Montagnards Ecoffois , non compris
les Chaffeurs de l'Armée , la Légion
Britannique & l'infanterie légère , & en 8
bataillons Allemands ; favoir 2 du régiment
du Prince Héréditaire & 2 du régiment de
Bok , Heffois , 2 du régiment d'Anfpach &
2 du régiment de Bareuth . Le complet de
chaque régiment Anglois fervant en Amérique
eft de 804 hommes.
La campagne ne pouvoit finir d'une ma
nière plus glorieufe fur le Continent ( 1 ) ;
elle va continuer aux Antilles , où M. de
(1)Pour fuivre les marches & les opérations des armées
combinées , on ne peut guère fe difpenfer de recourir aux
Cartes ; celle de l'Amérique Septentrionale , par M. le
Chevalier de Beaurain , Géographe du Roi , Penfionnaire
de S. M. , eft très -détaillée , & a été dreffée pour fervir
à l'intelligence de la guerre actuelle. Cette Carte gravée
avec foin , imprimée fur grand papier , eft enluminée de
couleurs diftinctives pour la connoiffance des différentes
Provinces qui compofent les Etats- Unis de l'Amérique
Septentrionale. Le prix en eft de 6 liv . , & elle fe trouve chez
M. le Chevalier de Beaurain , rue Gift-le-Coeur St -André,
f 6
( 132 )
Graffe eft retourné , & où les Anglois doivent
l'avoir fuivi le plutôt qu'il leur a été
poflible , pour s'opposer aux entrepriſes
qu'il peut former ; le Commandant François
qui y eft maintenant & qui a dû les
précéder , a peut- être dans le moment actuel
tenté déjà quelque chofe , & les nouvelles
de fes opérations nous arriveront vraifemblablement
dans le mois prochain.
Tout le préparoit depuis long-tems en
Europe pour envoyer des renforts aux Antilles.
L'efcadre armée à Breft étoit déjà en
rade à la fin du mois dernier.
Elle confifte , felon quelques lettres , dans les
aiffeaux la Bretagne , le Majeftueux , le Royal-
Louis , le Terrible & l'Invincible , de 110 canons,
tous doublés en cuivre ; la Couronne , de 80 ; le
Pegaze , le Robufte , le Fendant , le Zodiaque ,
le Magnifique , l'Actif, le Bien- Aimé , le Brave ,
Argonaute , le Protecteur & le Guerrier , de 74 ;
Je Dauphin-Royal , de 70 ; le Lion , l'Indien , de
64 ; le Hardi , l'Alexandre , de même force ,
armés en flûte , & ayant leurs canons dans la
cale. Les troupes font toutes à bord des tranfports
qui doivent marcher ſous la protection de cette efcadre.
M. de Guichen en prend le commandement ,
il doit la conduire avec le convoi jufqu'à une
certaine hauteur. Ce convoi continuera fa route
pour les Ifles , fous l'efcorte de plufieurs vaiffeaux
de guerre aux ordres de M. de Vaudreuil ; & M.
de Guichen fe rendra à Cadix avec le reſte. Cette
efcadre a dû partir le 7 de ce mois , fi le vent a
été favorable.
Le bruit fe foutient que M. de Buffy ;
dont le nom eft fi cher & fi célèbre dans
l'Inde , s'eft déterminé à y retourner ; il eft
( 133 )
parti il y a quelque tems pour fes terres , d'où
il prendra la route de Cadix , où il s'embarquera
fur l'Illuftre de 74 canons. Ce
vaiffeau & le St - Michel de 64 , font depuis
long- tems dans ce port ; on les dit deſtinés
à aller joindre dans l'Inde les efcadres réunies
de M. d'Orves & de M. de Suffren.
Nos nouvelles de ces contrées font de la
fin de Juillet dernier ; ce font celles qu'on
avoit reçues au Cap de Bonne-Espérance ,
& que M. de Suffren a fait paffer avec fes
dépêches. Nous n'avons point d'autres détails
que ceux- ci , qu'on lit dans une lettre
de Cadix .
Le vaiffeau le Grandbourg , venant du Cap
de Bonne-Efpérance , en 63 jours , avec des dépêches
de M. de Suffren , eft heureuſement arrivé
dans ce port le 7 au matin . M. Dordelin , ci-devant
Capitaine de la Compagnie des Indes , qui fe
trouvoit au Cap en attendant l'occafion de revenir
en France pour raifon de fanté , étoit porteur des
paquets qui ont été expédiés en France par un courier
, M. Dor lelin n'ayant pas été en état de les
porter lui -même . Nous avons eu par ce bâtiment
des letires des Officiers de M. de Suffren , & nous
avons fu par M. Dordelin les détails fuivans .
M. de Suffren craignant de manquer d'eau , fe détermina
à relâcher au Cap-Verd pour en faire ; &
ayant découvert que Johnſtone étoit à Sant-Jago ,
il fe propofa d'aller mouiller dans le même endroit
, bien perfuadé que le Commodore Anglois
ne fouffriroit pas à fes côtés un ennemi fupérieur ,
& que l'imprudence du chef donneroit lieu an
combat. Ce qu'il avoit prévu arriva Johnſtone
n'eut pas plutôt apperçu le premier vaifeau François
, qu'il fit tirer fur lui ; celui-ci ripoſta , &
:
(
134) )
l'affaire fe trouva engagée. M. de Suffren fe mettant
à la tête de fon efcadre , alla mouiller à la
pointe de pistolet des Anglois. L'Annibal qui le
fuivoit , en fit de même ; l'Artéfien , qui venoit
` après , aborda un des vaiffeaux Ang ois ; mais M.
de Cardaillac ayant été tué dans le même inftant ,
ce vaiffeau reprit le large ; cependant le Sphinx &
le Vengeur n'ayant pu le mouiller où ils devoient
par rapport aux courans , combattoient à la voile ,
ce qui fut cau'e quee les vaiffeaux le Héros & l'Annibal
le trouvèrent exposés à tout le feu des Anglois
& des Forts que ces premiers avoient garnis
de monde. Malgré cela les deux vaiffeaux combattirent
une heure & un quart dans cette pofition ,
jufqu'à ce que M. de Suffren voyant l'Annibal
démâté , fit fignal au Vengeur de venir le remor
quer. Les Anglois fortirent peu de tems après ;
mais l'efcadre Françoife s'étant mife en ligne ,
ils jugèrent à propos de s'en retourner. M. de
Suffren fit route pour le Cap de Bonne- Espérance
. Il arriva à Falfebay le 21 Juin , & tour le
convoi , à l'exception d'un bâtiment , y entra dans
la huitaine. Il y a eu 37 hommes tués fur le Hé-
& 100 fur l'Annibal , dont 4 Officiers , au
nombre defquels eft M. de Trem gnon , Capitaine ;
8 à 10 fur chacun des autres vaiffeaux . La Fine
avoit précédé M. de Suffren au Cap ; & fur la première
nouvelle qu'on y avoit reçue par la Sylphide
de la déclaration de guerre , le Confeil de la Compagnie
avoit déterminé de fufpendre le départ de
neufbâtimens qui y étoient , & craignant que les
efforts des Anglois ne fe tournaffent contre le Cap ,
ils en avoient envoyé cinq dans la Baie de Saldanha
, & quatre à Fallebay. Ce font les premiers ,
dont quatre ont été pris , & un brûlé . Ils avoient
mis à terre toutes les marchandifes fines ; malgré
cela , M. Dordelin eftime cette perte de dix à douze
millions de livres , Le Cap étoit dans le plus déplora
ros ,
( 135 )
---
ble état ; il n'y avoit que 400 hommes de garnifon &
point de canons. M. de Suffren y a laiflé des trou
pes , & il vient d'y arriver de l'artillerie de l'Ile de
France. - Johnítone n'a été que deux jours à Sal
danha , & on juge qu'il a été faire de l'eau à Madagascar.
M. de Suffren n'a pu que raccommoder
très - imparfaitement fes vaiffeaux , faute de mâture
; malgré cela la frégate de guerre la Confolante
, qui lui portoit des paquets de M. d'Orves ,
étant arrivée , il a appareillé le 26 Acût pour l'Ife
de France , & pen de jours après , le convoi devoit
en faire de même fous lefcorte de l'Annibal.
- M. d'Orves étoit de retour à Ile de France ,
après avoir confommé fes vivres à la côte de Coromandel
, fans avoir pu les y remplacer ; il n'avoit
fait que des prifes de peu de con.équence ; mais
fon aparition devant Pondichery avoit caufé un
bon effet ; car les Anglois préfumant que nous venions
en reprendre poffeffion , avoient fait fortir
1000 Européens & 1500 Sipayes de Madras , aux
ordres du Général Munro , qui tous ont été coupés
par Hyder-Aly , & forcés de fuir dans le Tanjacur,
où il y a apparence qu'ils feront détruits . M.
d'Orves n'a pu trouver l'Amiral Hugues , parce
qu'il s'eft trouvé renfermé dans Bombay . En géné
ral , il paroît que les affaires des Anglois vent trèsmal
dans ce pays - là , & que M. d'Orves éroit
bien déterminé à y retourner dès que M. de Suffren
feroit arrivé «.
-
Selon d'autres lettres de Cadix , la Cour a
envoyé coup fur coup des Couriers pour pref
fer l'équipement & l'approvifionnement
des navires chargés du tranfport des
4000 hommes qu'on croyoit deftinés pour
l'Amérique. Ce convoi auquel on donne 6
vaiffeaux de ligne d'efcorte pourra , diton
, partir le 15 de ce mois. On ne fait
( 136 )
pas non plus fi le fiége du fort St- Philippe
eft décidé , ou fi l'on fe contentera de continuer
le blocus de cette place & de combler
le port.
» M. de Serçay , parti du Cap le 14 Octobre
dernier , apporte la nouvelle intéreffante pour le
commerce , de l'arrivée au Cap du nombreux convoi
qui avoit relâché à la Martinique fous l'efcorte
de l'Amazone. Il nous apprend en même tems qu'il
devoit partir dans les derniers jours d'Octobre ,
ou a commencement de Novembre , un convoi
d'environ 80 bâtimens marchands , fous l'efcorte
du Minotaure & de l'Actionnaire . Ce font les bâtimens
qui attendoient depuis long- tems dans cette
Colonie. Ceux qui y ont été conduits par M. de
Gralle , attendoient fon retour pour partir. Le Chevalier
de Serçay , qui a apporté ces nouvelles , s'étoit
embarqué fur le cutter la Levrette , qu'il commandoit
, & qui ayant fait une voie d'eau , l'a
obligé de relâcher aux Açores , où il a frété un
petit bâtiment Portuguais qui l'a amené à Breft «.
Nous nous empreffons de publier la
lettre fuivante , qui en corrigeant quelques
fautes échappées à l'impreffion d'un de nos
Journaux , offre des détails qui peuvent
intéreffer nos Lecteurs.
Dans votre Journal du 27 Octobre , page 172 ,
vous avez mis , M. Bertier a tué fon prifonnier ;
il falloit mettre M. Berthier. Cet Officier eft fils
de M. Berthier , Chevalier de l'Ordre du Roi , &
de l'Ordre Royal & Militaire de St -Louis , Gouverneur
de l'Hôtel de la Guerre. Dans le Journal
fuivant , No. 8 , page. 318 , en parlant des illuminations
de Verfailles , vous avez dit que celles
de la pièce des Suiffes étoient très - brillantes :´il
n'y a rien eu d'illuminé ni deffus , ni autour de
cette pièce d'eau. C'eft de l'Hôtel de la Guerre
( 137 )
dont on a voulu parler. Il y avoit dix mille
lampions , terrines & godets de couleur , arcitement
placés & diftribués tant fur la façade de zeo pieds
de long des Hôtels de la Guerre , Marine & Affaires
Etrangères , que fur les combles à l'Italienne defdits
Hôtels , où il y avoit dix pièces de canon de
huit en repréſentation ; ces dix pièces ont fait 11
décharges d'artifice brillant , accompagné de 11
décharges de moufqueterie de la Compagnie des
bas-Officiers & Soldats de la garde de cet Hôtel ,
placés entre les 10 pièces de canon , lefquels avoient
à chaque décharge une gerbe de feu Chinois au
bout de leur fufil , qui prenoient toutes feu enſemble
à chaque fignal qui étoit donné par 12 Tambours ;
la charge de canon & de moufqueterie formoit
une haie de 200 pieds de longueur en feu Chinois ,
& brilloir à 40 pieds au - defus de l'illumination
parmi laquelle haie tomboit enfuite par - devant
'illumination en pluie de feu jufqu'à terre . Ces
11 décharges , qui ont duré deux heures , étoient
accompagnées , pendant leur durée , d'un bruit de
guerre en pétards & tambours , & d'un orcheſtre
de Muficiens qui continuoient dans les intervalles
des charges , & étoient placés à portee du Public.
La nuit du 20 au 21 du mois dernier le
feu prit à l'Hôtel-de-Ville de Pont- à-Mouffon.
On ne s'apperçut de l'incendie que quand
les appartemens de derrière fur les prifons
parurent tout en feu . Les flammes fe communiquèrent
aux Greffes du Bailliage de la
Ville , qui ont été réduits en cendres . Tout
ce que l'on a pu faire a été de conferver les
bâtimens voisins par les fecours les plus
prompts . Ces exemples trop multipliés doivent
déterminer à des conftructions de voûtes
pour les dépôts publics , qui font pour
la plupart dans des bâtimens de bois .
( 138 )
La Jurifdiction Confulaire de Paris a fait
le 8 du mois dernier , dans fa Salle d'Audience
, l'ouverture du Cours gratuit de
Conférences fur le Commerce , dont elle a
formé l'année dernière l'établiffement pour
l'inftruction des jeunes Négocians. MM . les
Députés de Commerce , tant de Paris que
d'autres Villes , les Gardes des Six Corps des
Marchands , ainfi qu'un grand nombre de
Citoyens diftingués y ont affifté . M. Gorneau
, un des Agréés de la Jurifliction pour
porter la parole , s'étant chargé de faire le
Cours pendant la préfente année , prononça
à cette occafion un difcours divifé en
deux parties. La première faifoit connoître
les avantages du Commerce , tant en grand
que dans fes parties ; la protection & les
diftinctions qu'il mérite , & qui lui font accordées
, foit en France , foit chez les Nations
voisines. La feconde traitoit des devoirs
des Négocians & des connoiffances
néceffaires aux perfonnes qui fe deſtinent à
cette profeffion. La folidité des principes ,
la jufteffe des idées , la fidélité des tableaux ,
en un mot l'éloquence de ce difcours
ont attiré à M. Gorneau les applaudiffemens
de toute l'affemblée. Connu depuis longtems
d'une manière avantageufe par la
clarté & la précifion qu'il met dans fes
plaidoyers , cette circonftance n'a fait que
confirmer l'opinion qu'on avoit déjà de fes
talens & de fes connoiffances , & donne
lieu d'attendre de ce Cours les plus heureux
( 139 )
effets . Les conférences commencent à 6
heures préciſes , & fe continueront tous les
Jeudis de chaque femaine jufqu'à Pâques.
» Une Société Académique , écrit - on de Cherbourg
, s'eft formée ici en 1755. Elle ne fut d'abord
compofée que de quelques perfonnes qui
ancient les Sciences & les Belles - Lettres . Ce petit
établiflement excita l'émulation . De nouveaux Académiciens
fe préfentèrent , & on compra bientôt
parmi eux les perfonnages les plus refpectables ;
alors ils défirèrent d'avoir une existence moins
obfcure. Ils follicitèrent l'approbation du feu Roi ,
& S, M. voulut bien leur permettre de tenir deux
Séances publiques par an. La Société ainfi autorisée
voulant répondre aux vûes du Gouvernement , propola
d'abord un prix chaque année pour les Elèves
d'Hygrographie ; mais c'eft principalement à l'étude
de l'Hiftoire naturelle du pays que les Membres
de cette Académie s'appliquent , fans négliger néanmoins
ce qui concerne les progrès de la navigation
& du commerce. Elle fe propofe de former un
Cabinet d'Hiftoire naturelle du pays , dans lequel
elle raffemblera toutes les productions de la Nature
qu'on trouve à Cherbourg & dans fes environs . Elle
fe fatte que cette collection ne tardera pas à être
complette. Les Naturaliftes y verront d'un coupd'oeil
ce qu'ils n'auroient pu appercevoir qu'avec
beaucoup de tems & de peines , & qu'après avoir
parcouru une grande étendue de terrein.
La
Société Académique tient deux Séances publiques ;
la première , le premier Vendredi après le Dimanche
de Quafimodo ; & la feconde , le premier Vendredi
de Septembre. Voici la notice des Ouvrages qui
ont été lus aux deux Séances publiques de cette
année . Première Séance. 1º . Un Mémoire de
M. des Effarts , Secrétaire , fur de nouvelles végé
tations métalliques , ou dendrites artificielles . 2 ° .
Un Mémoire de M. de la Ville , Docteur en Mé(
140 )
decine , fur le lait de différentes espèces d'animaux ,
relativement à l'ufage qu'on en pourroit faire , pour
fuppléer au lait de femme. 3 °. L'Eloge Hiftorique
de M. l'Abbé d'Aigremont , Affocié Titulaire de la
Société , par M. l'Abbé Michel . 4° . L'Explication
de plufieurs Synonymes François , par M. Watel ,
Docteur en Droit. çº . Un Mémoire de M. de Colleville
, Maire de Ville de Valognes , fur l'utilité
des Adminiftrations Provinciales. 6. L'Eloge de
M. l'Abbé d'Aigremont , par M. Revel des Chénées ,
Avocat du Roi à Valognes : plufieurs petites Pièces
en vers , par le même. 7º . Un Mémoire contenant
dee Obfervations Météorologiques pendant les années
1779 & 1780 , par M. des Effaits , Secrétaire.
8. Une Fable en vers , par M *** . Seconde
Séance . 1 ° . Une Differtation fur les Avaries , par
M. Groult , Docteur en Droit maritime. 2º . Une
Préface d'un Dictionnaire Géographique de l'Amérique
Septentrionale , traduit de l'Anglois , par M.
D ***. 3 ° . Plufieurs Pièces de vers François , par
M. Revel des Chénées. 4 ° . Un Difcours fur le
Fueur , par M. Vaftel , Docteur en Droit. 5º . Une
Fable & la Traduction d'une Ode de Catulle , en
vers François , par M ***. 6 ° . Un Mémoire fur
l'Influence de la lumière , fur des aiguilles aimantées
fufpendues dans des vaiſſeaux fermés ; phénomène
intéreflant , relativement à la Théorie du
magnétifme & de la lumière , par M. des Effarts ,
Secrétaire.
-
Ce dernier Mémoire de M. des Effarts renferme
des obfervations & des expériences neuves , fur la
variation diurne des aiguilles aimantées , expofées
à la lumière du Soleil , foit directe , foit réfléchie ,
à l'air libre , ou dans des appartemens , & fufperdues
avec différens fils , dans des vales de verre
de bois & de métal , les uns vuides , les autres
pleins d'eau. Il paroît réfalter de ces Expériences
, que la lumière combinée avec la chaleur , &
même la chaleur fans lumière , influe fur les varia-
--
( 141 )
tions diurnes des aiguilles aimantées , ainfi fufpendues
, indépendamment de l'électricité & du magnétifme
, en les failant décliner tantôt à l'eft ,
tantôt à l'ouest , felon le côté d'où elle vient , en
agiffant fur elle , par voie d'attraction . Ces effets
font bien plus fenfibles fur des aiguilles non
aimantées , faites avec du cuivre ; M. des Effarts a
obfervé que la lumière réfléchie & prefque dépourvue
de chaleur , agit fur elles , par voie d'impul
fion , foit qu'elles foient fufpendues dans des vafes
vuides ou pleins d'eau ; & qu'au contraire la lumière
combinée avec la chaleur , agit toujours par attraction
, ce qui arrive même en réuniflant les rayons
folaires , avec une lentille , fur l'extrémité de ces
aiguilles ; fait qui paroît contraire aux notions reçues
fur la progreffion de la lumière , & qui est trèsfavorable
au fyftême de l'attraction. Ces Expériences
paroiffant devoir jetter un nouveau jour fur
la Théorie du magnétifme du feu & de la lumière ,
M. des Effarts fe propofe de faire paroître dans peu
fon Mémoire fur cette matière .
--
BRUXELLES , le 11 Décembre.
SELON des lettres de Hollande la province
d'Utrecht a confenti aux 2,294,400
florins de fubfides pour la Compagnie des
Indes orientales , mais à condition que les
provinces de Hollande & de Zélande renonceront
à exiger le centième & les deux
centième denier des habitans d'Utrecht , à
raifon des actions qu'ils ont dans les deux
Compagnies orientale & occidentale , &
dans les autres effets de la Généralité . La
Gueldre a confenti à la pétition de 9,271,489
florins pour la conftruction complette des
vaiffeaux, à celle de 200,000 floris pour
foutenir les Directeurs de l'établiflement
( 142 )
des Berbices ; à celle de 799,200 pour des
allèges ; & enfin à la levée d'un corps de
mariniers de 10,000 hommes . Cette levée a
eu auffi le confentement de la Frife qui
y a mis quelques reſtrictions ; ayant examiné
enfuite fi dans les circonstances préfentes
il n'étoit pas expédient que la République
s'unît aux ennemis de la G. B.
elle a décidé pour l'affirmative ; la propofition
faite en conféquence a été acceptée
par les autres provinces. Il eft tems en effet
que la République prenne un parti ; elle
a dû voir qu'en tardant à s'allier avec la
France & l'Amérique , l'Angleterre s'opiniâtrera
davantage à garder comme une indemnifation
les poffeffions enlevées aux Etats-
Généraux ; & les François & les Américains
peuvent pour le venger de leur indifférence
s'occuper très-peu des intérêts de LL. HH.
PP. qu'aucun Traité d'ailleurs ne les obligeroit
de prendre en confidération ; ces réflexions
n'échappent pas à la partie faine
de la Nation.
Le Major général Gréen , écrit-on de Londres ,
commandant l'armée Américaine dans le département
méridional , inftruir que le Colonel Ifaac
Hayne , commandant un régiment de Milice au
fervice des Etats-Unis , ayant été pris par un détachement
Anglois , après un emprisonnement rigoureux
dans la Prévôté de Charles-Town , avoit
été condamné à mort & exécuté , & que par ce
fait le cartel convenu entre les Commandans des
deux armées pour l'échange des prifonniers , avoit
éré violé , publia le 26 Août dernier , au quartier
général de Cambden , une proclamation , par laquelle
il déclara que fon intention étoit d'ufer de
( 143 )
la guerre.
repréfailles contre d'auffi révoltantes infractions
aux loix de l'humanité ; ne regardant comme objets
de ces juftes repréfailles , que les Officiers
des Troupes Britanniques , & nullement les Américains
féduits qui auroient joint leur armée..... Ce
Général s'y plaint fur-tout de la néceffité où il fe
trouve de recourir à des mefures fi contraires aux
fentimens d'humanité & aux principes de générofité
avec lesquels il fouhaiteroit qu'on continuât
On voit ici un tableau des pertes
comparées des Puiffances en guerre , & il en réfulte
que la perte des vaiffeaux François eft de 37 ;
celle des Espagnols , de 18 ; celle de la Hollande ,
de 7 ; celle des Américains , de 32 ; & celle de
l'Angleterre , de 82 ; en forte que la perte totale
des quatre Puiffances nos ennemies , n'eft en total
que de 12 vaiffeaux de plus . Il eft vrai qu'à compter
les canons notre perte n'eft que de 2030 ;
& celle des quatre Puiffances , de 3370 fauf erreur.
Il s'en faut bien que la prife que nous
avons faite de l'Ile Saint-Euſtache , foit à l'a vantage
de notre commerce national ; les demandes
du boeuf falé qu'on tiroit de nos Négocians , font
tellement diminuées , qu'ils feront cette année une
perte confidérable fur les beftiaux dont ils s'étoient
approvifionnés à l'ordinaire.
,
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 2 Décembre.
Le Prince Guillaume - Henri n'eft pas encore
Lieutenant ; il recevra ce grade en Amérique , où
après la première affaire heureufe qu'il y aura dans
cette partie du monde , on doit faire une promotion
générale fur l'efcadre.
On a remis la première campagne du Prince,
Edward au printems prochain. Il doit s'embarquer
fur la graude efca dre que commandera l'Amiral
Lockhart-Rofs .
Il y a plus de fix mois qu'on a offert au Lord
Cornwallis le titre de Marquis, Voici ce qu'il écrivit
à ce fujet au Lord Germaine : Je vous fupplie de
faire mes plus humbles remercimens à S. M. pour
( 144 )
-
fès bonnes intentions , & de lui repréſenter en
même-tems tout le danger de ma polition . Avec
le peu de troupes que j'ai , trois victoires de plus
acheveroient de me ruiner , fi le renfort que je
demande n'arrive pas. Jufqu'à ce que j'en aie reçu
un qui me donne quelqu'efpoir de terminer henreufement
mon expédition , je vous prie de ne me
parler ni d'honneurs ni de récompenfès . La prife
de ce Lord a obligé les Miniftres de refaire encore
le difcours que le Roi devoit prononcer à la rentrée
du Parlement. On affure que c'est pour la troiſième
fois que ce difcours a été retouché.
Ces nouvelles
très - fâcheufes ont excité un foulèvement :
général contre notre querelle avec l'Amérique , &
T'on fuppofe qu'il le tiendra inceffamment dans toutes
les Proviuces d'Angleterre des affemblées pour ſup
plier le Roi de terminer fur-le-champ une guerre
auffi défaftreufe .
-
Lorfque la flotte de la Jamaïque eft partie de
cette Ifle , les provifions de toute eſpèce y étoient
fi rares , que les vaiffeaux de guerre n'avoient pu
s'en procurer que pour cinq femaines , & les vaif
feaux marchands , à peine pour un mois . Ainfi ,
probablement , les vaiffeaux qui ne font pas rentrés
en Angleterre auront relâché dans quelque port
pour s'y fournir de ce qui leur manquoit.
On prétend que le Parlement va prendre en
confidération l'emploi de l'argent octroyé pour la
lifte civile , attendu que ce fonds eft déjà arriéré ,
de quatre quartiers. Comme cela ne peut provenir
que de la mauvaiſe application des fommes appro
priées à la lifte civile qui depuis quelques années
a été confidérablement augmentée , il eft certain
que cet abus mérite toute l'attention du Parlement.
Un Journalier de Londres qui étoit fingulièrement
attaché à ſa femme , eut le malheur de la
perdre au mois d'Octobre dernier. Comme il avoit
fait vou de ne pas lui furvivre d'un mois , il vient
de remplir fa promeffe , & on l'a trouvé pendu
dans fa chambre.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 20 Octobre.
SA Hauteffe vient de faire expédier des ordres
en Afie pour faire marcher fur- le - champ
14 bataillons du côté de Bender ; un corps
de Janiffaires en vertu de pareils ordres
s'eft déja mis en marche pour ſe rendre
dans cette place. Les troubles qui fe font
élevés dans plufieurs parties de l'Empire
ont décidé le Gouvernement à renforcer les
garniſons des places importantes , où au befoin
on trouvera des troupes à portée de
paffer dans tous les lieux où leur préſence
deviendra néceffaire.
>
Selon des lettres de Belgrade il y a eu
un foulèvement qui pourroit avoir des fuites
fâcheufes. Halil , Chef des féditieux , eft entré
dans la Ville à la tête de 200 hommes
auxquels fe joignirent 30 Turcs ; il s'empara
d'abord de quelques quartiers ; mais
on parvint à l'en chaffer & à difperfer les
22 Décembre 1781. £
( 146 )
mutins. Il y a eu dans le combat donné
à cette occafion environ 30 hommes tués
de part & d'autre ; mais comme on n'a pas
réuffi à fe faifir d'Halil , on craint de fa
part quelque nouvelle tentative ; & on
prend les mesures néceffaires pour la déconcerter
.
RUSSIE.
De PETERSBOURG , le 9 Novembre.
L'AUGMENTATION de la Marine eft un
des objets qui occupent actuellement S. M. I.;
fon intention paroît être de profiter des
reffources que la poſition de cet Empire fur
plufieurs mers , fes forêts & les autres moyens
de conftruction lui donnent , pour l'élever au
rang des Puiffances maritimes les plus confidérables.
Le Procureur- Général qui eft en
même-tems Tréforier- Général a , dit- on , ordre
de faire les arrangemens néceffaires pour
trouver les fommes dont on a befoin pour
cet effet. En attendant , il eft 'décidé que
l'efcadre qui fortira de nos ports le printems
prochain fera plus forte que cette
année .
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 21 Novembre.
LA frégate la Bornholm de 36 canons eft
en rade depuis quelques jours ; elle eſt deftinée
à porter à Alger les préfens du Roi
( 147 )
à cette Régence , & de-là elle paffera aux
Indes occidentales ; cette frégate eft la même
que commandoit ci -devant le Capitaine
Schionning , dégradé ainfi que fon Lieutenant
par un Confeil de guerre. La dégra
dation qu'a fubi le Lieutenant eft particulière
à ce Royaume ; il n'eft point caffé
formellement , mais il doit , avec la paie
de matelot , en faire toutes les fonctions
pendant 6 mois . On dit que le Roi touché
de compaffion pour le fort de Madame de
Schionning , lui a fait une penfion de 300
rixdalers .
Le Capitaine Ziervogel qui commandoit
la frégate le Cronenburg , échouée l'année
dernière près de Schagen , aura , dit-on ,
le même fort que le Capitaine Schionning.
On fait une levée de troupes pour completter
les garnifons de nos poffeffions dans
les Indes orientales. La Princeffe Charlotte-
Amélie , vaiffeau de notre Compagnie Afiatique
, deftiné pour Canton en Chine , eſt
en rade depuis le 17 de ce mois.
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 21 Novembre.
LL. MM. & le Prince Royal font de
retour dans cette Capitale depuis le 16 de
ce mois ; la Nation a fignalé ce jour par des
réjouiffances. Il ne s'en paffe aucun depuis
la révolution qu'elle ne fe félicite de l'heureux
évènement qui a remis l'autorité eng
2
( 148 )
tre les mains d'un Souverain qui ne s'en
fert que pour fon bonheur ( 1 .
Les vaiffeaux la Terra Nova , la Louiſe-
Ulrique & le Prince Guftave deftinés pour
les Indes orientales partiront encore cette
année.
Le Roi , par un refcrit adreffé au Collége
de Commerce , a rétabli la liberté du Coinmerce
des beftiaux entre la Suède & la
Pomeranie , parce que l'épizootie qui l'avoit
fait fufpendre a ceffé. Mais comme elle
règne encore dans le Mecklenbourg , il reftera
fufpendu , quant à cette partie , jufqu'à
nouvel ordre.
La femme d'un foldat , âgée de 34 ans ,
& demeurant à Lokolax en Finlande , eft
accouchée dernièrement de quatre enfans ,
dont trois font venus vivans au monde &
ont été baptifés.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 25 Novembre.
LE Grand-Duc & la Grande Ducheffe de
Ruffie font arrivés ici le 21 de ce mois.
L'Empereur qui les accompagnoit avoit été
(1 ) L'Hiftoire de cette révolution ne fauroit être plus
intéreffante. Elle vient d'être écrite par M. Jacques le
Scene des Maifons , qui y a joint une analyfe de l'Hiftoire
de Suède pour développer les vraies cauſes de cet évènement.
Elle forme un vol . in- 12 que l'on trouve à Paris chezle heur
Moutard , Imprimeur- Libraire de la Reine , de Madame &
de Madame la Comteffe d'Artois , rue des Mathurins , Hôtel
de Cluny.
( 149 )
au-devant d'eux jufqu'à Troppau ; ils ont
dîné à Laugarten , d'où ils ont été conduits
au Château , dans les appartemens qui leur
avoient été préparés. Aujourd'hui ils vont
à Schonbrun , où l'on célèbrera la fête de
Sainte- Catherine ; il y aura une table de
200 couverts & un bal maſqué . On ſe flatte
de pofféder ici LL. AA . II . pendant un
mois.
L'Empereur a fait préfent à la Princeffe
Elifabeth de Wurtemberg , le jour de fa
fête , d'un collier de diamans évalué audelà
de 130,000 florins. L'Impératrice de
Ruffie lui en a fait préfenter auffi un par
fon Ambaffadeur le Prince de Gallitzin .
On apprend par les lettres d'Oftende que
le commerce y augmente de jour en jour ;
plufieurs riches Négocians Anglois s'y font
établis , & y ont attiré une troupe de Comédiens
de leur Nation . Le commerce de
Triefte ne fleurit pas moins ; d'après une
évaluation qu'on trouve dans prefque tous
nos papiers & qu'on dit exacte , les maifons
de commerce de cette Ville ont gagné en
2 ans plus de 5 millions.
On a déjà accordé ici le droit de Bourgeoifie
à 2 Maîtres Tailleurs Proteftans , &
on affure que plufieurs Imprimeurs des mêmes
Communions s'établiront inceffamment
dans cette Ville . L'Edit de tolérance en faveur
des Proteftans , vient de paroître ; les
lettres circulaires de la Régence de la Baffeg
3
( 150 )
Autriche pour lui fervir d'explication , font
conçues ainfi.
De par S. M. I. R. A. La Régence de la Baffe-
Autriche fait favoir au Public par ces préfentes ,
que S. M. convaincue des effets pernicieux de la
contrainte des , confciences & des avantages effentiels
qu'une vraie tolérance procure à la Religion
& à l'Etat , elle a réfolu très - gracieuſement , pat
fon décret de ce jour , 13 Octobre , & a trouvé
bon d'accorder aux Proteftans de la Confeflion
Helvé ique & de celle d'Ausbourg , & aux Grecs
non - unis , l'exercice privé de leus Religion dans
tous les lieux , & fans confidérer fi autrefois cet
exercice étoit ou n'étoit pas d'ufage. La Religion
Catholique aura feule la prérogative d'un exercice
public de Religion , & il fera permis aux deux
Religions proteftantes & aux Grecs non - unis ;
d'avoir un exercice privé de Religion dans tous
les endroits où le nombre de perfonnes ci- deſſous
déterminé & les facultés des Habitans , les rendront
praticables & où les non- Catholiques ne font pas déja
dans la poffeffion d'un exercice public . A ces cau
fes , S. M. ordonne particulièrement ce qui fuit :
1º. Il fera remis à fes fujets non -Catholiques
où il s'en trouvera cent families , d'avoir un Pat
teur , & de conftruire une maifon de prieres & une
école. Cette permiflion aura auffi fon effet lorfqu'une
partie de ces familles demeurera dans l'arrondiffement
de quelques lieues de l'endroit où
fera bârie la maifon de prieres . Ceux qui demerrent
plus loin , pourront fe rendre auffi fouvent
qu'ils le jugeront à propos , à la maifon de prieres
la plus proche de leurs demeures , pourvu
qu'elle fe trouve dans les Etats Héréditaires de
S. M. Il fera libre à tous Pafteurs , qui devront
être natifs du pays , de les vifiter de fe
rendre chez les malades & de les affifter de tous
"
( 151 )
les fecours fpirituels ; mais il leur eft défendu ,
fous des peines très -graves , d'empêcher l'un ou
l'autre des malades de faire venir chez lui un
Prêtre Catholique. - Quant aux maiſons de prieres,
S. M. ordonne expreffément elles n'auront ni fonneries
ni Tours , & il ne fera pas permis de leur donner
une entrée publique qui annonceroit une Eglife ,
à moins que cela ne foit déja autrement établi
dans quelques endroits au reſte , il fera parfaitement
libre aux non-Catholiques de bâtir de pareils
édifices de telle manière qu'ils le jugeront à propos
, & ils pourront exercer librement leur culte
tant dans l'endroit même de la maiſon des prieres ,
que dans les endroits annexés à cette maiſon , & y
adminiftrer les Sacremens. Les enterremens fe feront
publiquement & en préfence & fous la conduite
de leur Pafteur. 29. Il leur fera accordé
d'établir des Maîtres d'école qui feront entretenus
aux frais des Communautés , mais la Direction
des écoles les infpectera quant à l'ordre & à la
méthode d'enfeigner. 3 °. Il fera permis aux Habitans
non-Catholiques d'un endroit , de fe choifir
un Paſteur lorfqu'ils le doteront & l'entretiendront
; mais dans le cas où les Magiftrats s'en
chargeroient , ceux-ci auront le droit de le préfenter
; S. M. cependant s'en réſerve la confirmation
de la manière fuivante ; favoir : que ces confirmations
feront expédiées par les confiftoires proteltans
, s'il y en a dans une province ; & s'il n'y en
a point , elles le feront par ceux qui font établis
dans la principauté de Tefchen ou dans la Hongrie,
& ce jufqu'à ce que les circonftances exigent d'en'
établir pour chaque pays en particulier. 4 ° . Les
droits de Stole feront réfervés aux Curés des Paroifles
, ainfi que cela fe pratique en Silésie. 5º .
Les Tribunaux civils des provinces connoîtront
conjointement avec l'un ou l'autre des Paſteurs ou
des Théologiens Proteftans ou Grecs non-unis de
1
g 4
( 152 )
leurs affaires de religion , & les décideront conformément
à leurs principes dans cette matière ,
fauf néanmoins le recours au Confeil de la Cour.
6. Les reverfales ufitées jufqu'à préfent à l'occafion
des mariages des non- Catholiques , par lef
quelles ils s'engageoient d'élever leurs enfans dans
la Religion Catholique & Romaine , feront fupprimées
, & tous les enfans fans diftinction de fexe
feront élevés dans la Religion Catholique , lorfque
le pere fera de cette Religion : ce fera une
prérogative de la religion dominante. Mais dans
le cas où le pere feroit de la Religion Proteftante
& la mere de la Religion Catholique , les garçons
fuivront la religion du pere , & les filles celle de
la mere. 7. Les non-Catholiques pourront à l'avenir
, & par voie de difpenfe , acquérir des maifons
& autres biens - fonds , parvenir à la bourgeoifie
& aux droits de maîtrife , & être admis
aux dignités académiques & aux emplois civils ;
ils ne feront tenus de prêter ferment que d'après
une formule conforme à leurs principes de religion
, & on ne pourra les obliger d'affifter aux
proceffions & autres exercices de la Religion dominante
, quand ils ne le feroient pas de bonne
volonté. Dans les élections & collations des emplois
civils , on n'aura aucun égard à la différence
de religion , mais on prendra uniquement en confidération
la probité , la capacité & la conduite
morale & chrétienne des Afpirans , ainfi que cela
fe pratique journellement , & avec beaucoup de
fuccès & fans le moindre inconvénient dans le mi-
Jitaire. Les difpenfes ci-deffus pour l'acquifition
de biens-fonds & pour l'obtention de la bourgeoifie
& des droits de maintien feront accordées fans
difficultés par les Colléges des Cercles pour les
villes municipales , & par les Adminiſtrateurs des
Domaines pour les villes propres & royales , &
par la Régence pour les endroits où il n'y en aura
―
( 153 )
point. Mais dans le cas où il arriveroit qu'il
faudroit refufer les difpenfes follicitées , on en
fera le rapport à la Régence avec les motifs
qui y ont déterminé , & celle-ci fera tenue d'en
informer la Cour pour prendre à ce fujet la décifion
fouveraine. Quant au droit d'Incolat , la difpenfe
en fera donnée dans la Chancellerie de Bohême
& d'Autriche , fur l'avis préalable des Colléges
provinciaux. Tout ce qui eft deffus , fera
publié pour que perfonne n'en ignore & s'y conforme
avec obéiffance .
-
Par un Edit en date du 1 de ce mois ,
S. M. I. a aboli entièrement la fervitude en
Siléfie , en Bohême & en Moravie.
De HAMBOURG , le 27 Novembre.
LE Général- Major de Faucitt , au ſervice
de la Grande-Bretagne , a été renvoyé en
Allemagne , pour tâcher d'y ménager de
nouveaux enrôlemens devenus néceffaires.
Il ne trouvera pas beaucoup de difficultés de
la part des Princes , qui trouvent à tirer
parti des hommes en les livrant à raifon
de 30 liv. fterl . par tête ; mais ce marché
ne paroît plus du goût des peuples qui
voient avec peine qu'il n'eft pas encore
revenu un feul des hommes enlevés par
les enrôlemens précédens ; leur répugnance
met de grands obſtacles aux nouveaux que
l'on propofe , fans doute au grand regret
des acheteurs , & peut- être à celui des
vendeurs.
On dit que le Baron de Kniphaufen qui
a commandé en chef les troupes Heffoifes
% 5
( 154
) .
en Amérique va revenir de ce fervice où
il a perdu un oeil ; & qu'il fera remplacé
par le Lieutenant- Général dé Lofsberg qui
commande fous lui.
Le projet d'effectuer une paix particulière
entre l'Angleterre & la Hollande paroît
dit- on , occuper la Cour de Ruffie fur-rout
depuis qu'elle a reçu la dernière réponſe
de celle de Londres . S'il faut en croire nos
papiers publics celle- ci a accepté la médiation
de la Ruffie , mais fans le concours de
la Suède , du Danemarck ; cette négociation
, fi elle a lieu , ne peut qu'être avantageufe
à l'Angleterre dans les circonstances
préfentes ; quand même elle ne réuffiroit pas,
elle peut traîner les affaires en longueur ,
endormir la République par l'eſpoir d'une
pacification prochaine , & faire gagner à
la G. B. un tems qu'elle mettra fûrement
à profit , fi les Hollandois , comme cela eſt à
craindre , fe contentent de négocier fans armer.
»Parmi le grand nombre d'étrangers que l'arrivée
du Grand - Duc & de la Grande - Ducheffe de
Ruffie a attirés ici , écrit-on de Vienne , on diftingue
Mylady Darby , plufieurs Anglois & des Officiers
François d'un mérite diftingué. Il y en aun à qui il
eft arrivé une avanture aflez fingulière . Il revenoit de
la Ruffic & de la Crimée par la Pologne. En paffant
par Zator en Gallicie , il fut arrêté par un Officier
de Juftice qui prétexta le fignalement d'un quidam
qu'on recherchoit , mais qui paroiffoit n'avoir pour
but que de lui enlever des papiers importans dont
on le foupçonnoit chargé. Comme on ne les trouva
pas , il fut relâché fur- le-champ. Arrivé ici il s'eft
( 155 )
plaint ; mais c'étoit une mépriſe à laquelle il n'a pas
donné de fuite. Un pareil accident étoit arrivé quelque-
tems auparavant à un courier Espagnol qui
portoit des dépêches à l'Ambaffadeur de Madrid qui
étoit alors à Ofen en Hongrie . Le Juge d'un village
l'arrêta , prit fes papiers , les envoya à la Cour qui
les fit rendre à l'Ambaffadeur , & punit le Juge imprudent
en le deftituant de fon emploi «.
On prétend que la neuvième dignité Electorale
fera conférée fous peu de tems à une
ancienne maiſon Princière d'Allemagne.
Le Sénat de Ratisbonne vient de fuppri
mer plufieurs fêtes ; ce font les troisièmes
jours des trois grandes fêtes , Noël , Pâque
& Pentecôte , celles de St-André , Saint-
Thomas , St- Mathieu , St-Jacques & Saint- .
Philipe , St- Pierre & St -Paul , St Jaques ,
St-Barthelemi , St -Mathée & St-Jude. Ces
fêtes feront célébrées les Dimanches qui
les précèdent ou les fuivent , felon les circonftances.
Les gelées , écrit- on de Dantzick , ont déja commencé
; ce qui fait craindre que la navigation ne foit
bientôt interrompue. Le bled a hauffé de prix ; on
paye le laft de feigle de 250 à 260 florins . A la
fin du mois d'Octobre , on a fenti aux environs de
Ludomir , dans l'Ukraine , quelques fecouffes de
tremblement de terre ; on en a éprouvé auffi quelques
-unes dans plufieurs endroits de la Moldavic.
On dit toujours qu'il règne beaucoup de méconrement
parmi les Tartares de Crimée , & que
Impératrice de Ruffie a donné des ordres pour y
faire marcher 7 régimens.
8 6
( 156 )
ESPAGNE.
De CADIX , le 23 Novembre.
DIX-HUIT bâtimens de Marfeille , venant
de la Martinique & du Cap François , ont
mouillé ici fous l'efcorte de la frégate la
Sérieufe , commandée par M. de Coriolis ;
ce convoi annonce l'approche d'un autre
beaucoup plus confidérable appartenant en
entier aux ports du Ponent. La Sérieufe a
pris dans fa traversée , 2 navires chargés de
falaifons eftimés 140,000 liv.
La nuit du 12 au 13 de ce mois , une
bélandre Angloife fut affez heureufe pour
paffer fans être apperçue , & à la pointe du
jour elle fe trouva mouillée hors de tout
danger. Dans la journée 2 autres bélandres
qui cherchoient auffi à fe gliffer dans la
place , n'y trouvèrent pas la même facilité.
Poursuivies par la frégate la Ste-Barbe ,
l'une d'elles fut prife à l'abordage ; l'autre
entra dans le canal , mais elle fur pourfuivie
par nos chébecs , qui en ont renda
bon compte. La première a été conduite à
Algéfiras , & s'appelle la Réfolution , montant
20 canons. C'étoit une de ces bélandres
qu'on favoit avoir touché à Lisbonne ;
elle portoit 3000 bombes & beaucoup de
comeftibles.
Nous apprenons dans le moment que
deux autres cutters de ceux qui s'étoient
réfugiés à Lisbonne à caufe du mauvais
( 157 )
tems , ont été pris par nos corfaires fur la
côte de Galice.
Il eft arrivé ici coup fur coup deux couriers
avec ordre de la Cour de preffer l'armement
des tranfports qui doivent recevoir
4000 hommes de troupes . Ce convoi auquel
on donne 6 vaiffeaux de ligne pour
l'eſcorter , pourra mettre en mer avant le
15 du mois prochain .
ANGLETERRE.
De
LONDRES , le 9 Décembre.
LA fenfation qu'ont caufé les dernières
nouvelles de l'Amérique feptentrionale ,
n'eft point encore affoiblie ; pendant qu'elles
fourniffent des matières aux débats du Parlement
& aux fpéculations de nos Politiques
, le Gouvernement qu'elles n'occupent
pas moins , travaille à empêcher du
moins que nos ennemis nous portent des
coups plus fenfibles . Les papiers qui s'impriment
fous l'influence miniftérielle , ne
manquent pas d'annoncer que le Général
Clinton , auffi - tôt qu'il eut reçu la nouvelle
de la prife du Lord Cornwallis , envoya
plufieurs Ingénieurs à Charles - Town ,
pour agir de concert avec le célèbre
Moncrieff , à qui Savanah dut fon falut
en 1778. Ils ont ordre de mettre Charles-
Town dans le meilleur état de défenfe. Selon
eux la ville ne manque ni de proviſions
ni de munitions ; quant à la garniſon on
,
( 158 )
la dit compofée de près de sooo hommes ;
en raffemblant les poftes du voiſinage , il
eft poffible , difent-ils , d'y réunir une armée
de 7000 , qui fuffisent pour défendre cette
place.
Pendant que l'on cherche à nous raffurer
fur fon fort , il y a d'autres papiers qui
annoncent que déjà les Américains l'ont
inveftie avec de fi grandes forces , que le
Colonel Balfour qui y commande , craint
de fe trouver hors d'état de réfifter , à moins
qu'il ne reçoive de preffans & de prompts
fecours.
Quoiqu'il en foit , cette ville nous refte encore.
Le Gouvernement qui fe flatte de la conſerver , fe
propofe , dit-on , de faire des places d'armes de
Savanah , de Charles -Tewn , de New-Yorck &
d'Hallifax , & d'y établit d'affez fortes garnifons
pour les mettre à l'abri de toute infulte. On ne
parle pas de moins de 30,000 hommes pour cet
effet , & ce n'eft pas trop , fi l'on confidère que ces
points font très - éloignés les uns des autres , que des
garnifons ifolées , pour ainfi dire , à de fi grandes diftances
, ne pouvant avoir de liaiſons entre elles & fe
fecourir réciproquement , ont befoin d'être affez
fories pour fe foutenir feules . Tout ce qui embarraffe
, c'eft la difficulté de fe procurer tant de monde,
Les régimens des gardes paroiffent deftinés à ce
fervice , ou du moins la plus grande partie , car ils
fedifpofent déja à paffer en revue. Il a été expédié le
premier de ce mois des ordres en Irlande pour faire
difpofer à s'embarquer plufieurs des corps qui y font
en garnifon ; le 49e régiment d'infanterie revenu
l'année dernière de Ste-Lucie pour ſe recruter , travaille
à force à fe mettre au complet pour retourner
dans le nouveau-monde ; on compte auffi fur de
( 159 )
nombreuses recrues Allemandes . Mais tout cela n'eft
point prêt encore , & ne pourra partir qu'au printems.
Le bruit du départ de M. de Gralle pour
les Illes donne de nouvelles & de juftes
alarmes. Ceux qui difent que le parti qu'il
a pris eft avantageux pour nous , en ce que
fans efcadre les armées réunies de M. de
Rochambeau & du Général Washington
n'auront pas de grands fuccès dans la Caroline
, ne les diffipent pas . Ces deux Provinces
refpirent en effet peut - être ; mais
croit-on que Graves reftera fur le Continent
pour y défendre nos poftes ? Dans ce cas
que deviendroient nos Iles ? Et s'il va à
leur fecours , qui peut s'opposer aux progrès
des armées de terre contre Charles-
Town , fi cette ville n'a point de défenſe
par mer. Il femble que les deux alternatives
ne fauroient être plus inquiétantes .
Les fecours que follicitent nos poffeffions des
Ifles ne fauroient être plus preffans ; l'Amiral Rodney
eft deſtiné pour les y conduire ; on s'empreffe
de dire ici qu'à fon arrivée il trouvera les Amiraux
Graves & Hood , & qu'alors nous aurons dans ces
parages une armée refpectable. Mais quand y arrivera-
t-il ? combien de vaiffeaux y conduira-t-il ? &
jufqu'à ce qu'il paroiffe , combien y en aurons-nous ?
Si M. de Graffe a emmené avec lui M. de Barras , il
doit avoir 36 vaiffeaux de ligne. Ce parti , s'il l'a
pris , ainfi que cela eft vraisemblable , a dû forcer
l'Amiral Graves a emmener auffi toutes les forces ,
parce que ce qu'il en laifferoit dans l'Amérique-Septentrionale
feroit inutile , & que d'ailleurs il n'a pas
trop de 25 vailleaux qui compofent toute fon efcadre
pour en fuivre 36. Si les François ont des projets
( 160 )
ils les ont combinés fans doute avec les Espagnols ;
& depuis le départ du dernier convoi de la Havane ,
il eft refté dans cette Ifle 13 à 14 vaiſſeaux de ligne
qui peuvent avoir joint l'efcadre Françoife . Il eft
poffible qu'elle foit à préfent de 49 vaiſſeaux , auxquels
nous n'en avons à oppofer que 25 .
Les renforts que doit mener Rodney font
encore dans nos Ports , & avant leur départ
, il peut en être forti de Breſt & de
Cadix qui prefferont fon départ , & feront
abandonner l'entreprife de ravitailler Gibraltar
& Minorque , qui prendroit trop
de tems ; car quelque foin que l'on mette
à l'armement de fon efcadre , il paroît démontré
impoffible qu'elle foit en état de
mettre à la voile avant le 20 ou le 25 de
ce mois.
Le 2 de ce mois , écrit - on de Portſmouth ,
T'efcadre de l'Amiral Kempenfeld a mis à la voile
pour une croisière ; elle eft compofée des vaiffeaux
le Victory , la Britannia , de 100 canons ; le
Drake , le Queen , de 98 ; l'Union , de 90 ; l'Edgar
, l'Alexandre , le Vailiant , le Courageux ,
de 74 ; l'Agamemnon , de 64 ; le Medway , de 60 ;
le Renown , de 50 ; la Prudente & le Monfieur
de 36 ; la Tyfiphone , brûlot. Cela fait 12 vailfeaux
& deux frégares. On parle très - diverſement
de leur deſtination. Suivant quelques perfonnes , ils
vont croifer depuis 10 jufqu'à 30 lieues au S. O.
du Cap Féar en Irlande , pour allet à la rencontre
de la flotte de Québec , de quelques traîneurs de
l'efcadre de la Jamaïque , qui n'eft pas toute arrivée
, & dont il manque feize vaiffeaux pour le
feul port de Londres , & du fameux Commodore
Johnſtone , dont le retour a été annoncé , & dont
le retard inquiette d'autant plus , que c'étoit un
bruit ces jours derniers , que l'ennemi l'avoit in(
161 )
tercepté avec toutes fes prifes. Selon d'autres ,
cette efcadre va croifer à la hauteur des Açores ,
pour intercepter la flotte Françoile qui vient de
Saint-Domingue ; mais on a lieu de craindre que
nous nous y foyons pris trop tard. Quelques perfonnes
prétendent qu'elle fera jointe à Plymouth
par trois ou quatre vaiffeaux de guerre , & qu'elle
ira dans le golfe de Gafcogne pour empêcher la
jonction des efcadres Françoiſe & Espagnole qui
doivent aller aux Ifles. Mais on fuppofe alors
qu'elle trouvera ces eſcadres iſolées ; on ne fonge pas
qu'elles ne fortiront pas feules de leurs ports , & qu'il
il y a des forces refpectables. Un des Officiers Anglois
faits prifonniers en Virginie , revenus en
Europe fur la Surveillante , & de retour ici depuis
quelques jours , difoit dernièrement : la chofe
qui m'a le plus étonné , a été de voir dans la
baie de Chesapeak 50 bâtimens de guerre Franfois
, dont 37 vaiffeaux de ligne ; & j'en ai
trouvé en arrivant à Brest 40 , dont 19 de ligne,
tous prêts à faire voile. D'après cela , il paroît
qu'on ne doit pas faire des voeux pour que l'Amiral
Kempenfeld rencontre les François.
Le bruit de la paix particulière avec la Hollande
qui avoit fi heureufement fait hauffer
les actions avant l'arrivée de la nouvelle de la
prife du Lord Cornwallis , fe foutient ; il
fe confirme du moins que les négociations
`vont commencer , mais on ne pense pas
qu'elles aient un grand fuccès ; elles traîneront
fûrement en longueur ; & fi la Cour
qui paroît n'y avoir confenti que parce
qu'elle avoit befoin d'une hauffe dans les
fonds à l'ouverture du Parlement , obtient
par-là d'endormir la République , pendant
qu'elle continuera d'agir hoftilement elle(
162 )
même , ce fera un grand avantage. Ses vues
font trop claires pour n'être pas pénétrées
par la Hollande. Quoi qu'il en foit , voici
l'acceptation de la médiation de la Ruffie ,
donnée par le Vicomte de Stormont au
Miniftre de l'Impératrice.
>
L'alliance qui a ſubſiſté un fi grand nombre d'années
entre la G. B. & les E. G. , a toujours été confidérée
par S. M. comme une liaiſon , fondée ſur les
relations les plus naturelles , conforme aux intérêts
des deux Nations , & effentielle à leur bien- être
réciproque . Le Roi a tout fait de fon côté pour
maintenir ces liens & pour les raffermir , & , fi la
conduite de L. H. P. avoit répondu à celle de S. M.
ils fubfifteroient encore dans toute leur force . Mais ,
depuis le commencement des troubles actuels , l'unique
retour , dont la République a payé l'amitié
conftante du Roi , eft l'abandon des principes d'une
Alliance , dont le premier objet étoit la défenſe mutuelle
des deux Nations ; un refus opiniâtre de remplir
les obligations les plus facrées ; une violation
journelle des traités les plus folemnels ; une affiſtance
donnée aux ennemis mêmes , contre lesquels le
Roi avoit droit de demander du ſecours ; un aſyle
accordé aux pirates Américains dans les ports Hollandois
, en violation publique des ftipulations les
plus claires ; & , pour combler la meſure , un déni
de juftice & de fatisfaction pour l'affront fait à la
dignité du Roi par une ligue fecrette avec les ſujets
rébelles. Ces griefs accumulés ont impofé au Roi
la néceffité du parti qu'il a pris avec le regret
le
plus fenfible. En expofant au publicles motifs qui
avoient rendu cette rupture inévitable , le Roi a attri
bué la conduite de la République à la vraie caufe
l'influence malheureufe d'une faction , qui facrifioit
l'intérêt de la nation à des vues particulieres mais
il a en même-tems manifefté le defir le plus fincere
( 163 )
de ramener la République au fyflême d'étroite
union , d'alliance efficace , & de protection réciproque
, qui a tant contribué au bien -être & à la
gloire des deux Etats. Lorfque l'Impératrice de
Ruffie offrit fes bons offices pour effectuer une
paix particuliere , le Roi témoigna la reconnoillance
de cette nouvelle preuve d'une amitié qui lui eft
fi précieufe , & évita d'expofer la Médiation de S.
M. au danger d'une Négociation infructueufe : il a
expliqué les raifons qui lui perfuadoient , que dans
la difpofition actuelle de la République gouvernée
par une faction , toute réconciliation durant la
guerre avec la France ne feroit qu'une réconciliation
apparente & donneroit au parti , qui domine
dans la République , l'occafion de reprendre le rôle
d'un Auxiliaire fecret de tous les ennemis du Roi
fous le mafque d'une Alliance fimulée avec la G. B.
Mais , s'il exifte quelques indices d'un changement
dans cette difpofition , fi l'intervention puiflante de
S. M peut effectuer ce changement & ramener
la République aux principes , que la partie la plus
fage de la nation n'a jamais abandonnés , S. M. ſera
prête à traiter d'une paix féparée avec L. H. P.;
& Elle fouhaite , que l'impératrice foit l'unique Médiatrice
de cette paix. Elle a été la première à offrir
fes bons offices ; & une intervention auffi efficace
& auffi puiffante que la fienne ne fauroit gagner
en poids & en influence par l'acceffion des Alliés
les plus refpectables . L'amitié de l'Impératrice envers
les deux Nations , l'intérêt que fon empire a
à leur bien- être réciproque , fon impartialité connuc
& les vues élevées , font autant de garants de
la maniere dont Elle conduira ce falutaire ouvrage
: Et dans une Négociation , qui a pour but de
terminer une guerre , caufée par la violation des
traités & par un affront fait à la Couronne d'un
Roi , S. M. s'en rapporte avec autant de fatisfaction
que de confiance à la Médiation d'une Sou(
164 )
veraine , qui tient pour facrée la foi des traités , qui
connoît fi bien le prix de la dignité des Souverains ,
& qui a maintenu la fienne durant fon glorieux
Regne avec tant de fermeté & de grandeur.
On dit que le Chevalier Hugues revient
des Indes avec l'immenfe fortune de deux
cents mille livres fterling.
Cet exemple de richelles accumulées ainfi par
nos Généraux , dit un de nos papiers , ramène une
réflexion qu'on a fouvent faite , & qui n'eft peut-être
que trop fondée , que nos Amiraux conduifent mieux
leurs propres affaires que celles de leur Nation . Le convoi
dont le Commodore Johnstone s'eft laillé précéder
dans l'Inde par M. de Suffren, parce qu'il vouloit mettre
dans fes coffres les cargaifons de quelques vaiffeaux
Hollandois qui revenoient des Indes . Rodney n'a
rien fait aux Antilles que déménager les riches magafins
de Saint - Eustache ; l'Amiral Grave , l'année
dernière , a laiffé arriver M. de Ternay & l'armée
de Rochambeau avant lui à Rhode-Ifland , parce
qu'il a perdu 8 jours pour enlever le vaiffeau François
le Furgès , chargé de Marchandifes des Indes ; &
au lieu de précéder des jours comme il le pouvoit ,
l'efcadre Françoiſe , qui alors n'eût pu débarquer , il
ne farut que 3 jours après elle. Tout cela prouve que
l'on eft plus avide aujourd'hui d'or que de gloire.
Et c'eft pour une guerre ainfi conduite que la Nation
s'épuife. Quels que foient les talens du Lord North ,
il ne peut manquer de fe trouver très -embarraſſé
au Parlement , lorsqu'il fera queftion de fubfides ,
que pourra-t-il dire fur l'affiftance que nous attendons
de la Ruffie , fur les tréfors du Mexique & du
Pérou que Johnstone devoit nous rapporter , & fur
l'alliance que nous devious contracter avec l'Empereur
? C'eft fur ces efpérances qu'il avoit féduit le
Parlement; quelles font celles qui lui ferviront pour
obtenir un nouvel emprunt ? Le dernier , qui n'étoit
que de 12 millions , en a coûté réellement 21 à la
7 165 )
Nation ; la guerre actuelle a augmenté fa dette de
80 millions fterling ; & l'année prochaine portera
vraisemblablement cette augmentation à 100 « .
Cet accroiffement prodigieux de la dette
nationale invite naturellement à jetter un
coup-d'oeil fur ce qu'elle étoit ancienneiment.
Les calculs du Chevalier Nickolls
commencent à l'acceffion du Roi Guillaume,
& vont juſqu'à l'an 1752 ; nos Lecteurs ne
feront pas fâchés de les trouver ici .
Lorfque Guillaume monta fur le Trône , la
fomme des dettes de la Nation étoit de 700,000 liv.
fterling. Son règne , en 13 ans , porta la dépenfe de
la nation à 70 millions fterling , dont dix reſtoient
dûs à la mort. Les deux années & demie de la Reine
Anne coûtèrent 75 millions à la Nation , dont la
dette , en 1714 , paſſoit 53 millions. Les 13 années
de George I. ne les augmentèrent ni ne les diminuèrent.
Après les 11 premières années de George
II , les états de la dette nationale reconnue en Parlement
, celles de la marine non comprifes , la portoient
au-delà de 46 millions ſterling. La guerre de
1740 à 1748 , la fit monter à 71 millions ; en 1752 ,
elle étoit à 77 (*) cc.
L'accroiffement qu'elle a reçu pendant la
dernière guerre , depuis & pendant celleci
, eft réellement effrayant. On n'eft pas
étonné alors des plaintes vigoureufes du
parti de l'Oppofition & de la chaleur qu'elles
(1) Nous avons emprunté ces calculs des Remarques
fur les avantages & les défavantages de laFrance &
de la Grande-Bretagne par rapport au commerce & aux autres
fources de la puissance des Etats , par le Chevalier
John Nickolls. La traduction de cet excellent Ouvrage fe
trouve à Paris , chez de Lalain le jeune , Libraire , rue St-
Jacques à la Science , qui vient d'en publier la troisième
édition .
( .166 )
jettent dans les débats Parlementaires . Ce
fut le 30 du mois dernier qu'il fut queftion
dans la Chambre des Communes d'un Comité
de fubfides . Cette féance intéreffante
& les fuivantes méritent des détails.
-
Le Général Smith prévint que le 3 Décembre ,
il feroit une motion , à l'effet de nommer un Comité
pour une Enquête fur la Cour ſuprême de
Judicature dans le Bengale , & le Lord North déclara
qu'il en feroit auffi une pour reprendre l'examen
des affaires de la Compagnie , relativement à
la guerre des Marartes . M. Burke rappella à la
Chambre que dans la Seffion précédente , il avoit
fait la motion d'une Enquête , relativement à la
confifcation des propriétés dans les Ifles que nous
avons conquifes , & particulierement à St -Euſtache ;
mais que l'abfence du Chevalier Rodney & du
Général Vaughan l'avoit déterminé à retirer certe
motion. Comme la même conſidération ne ſubſiſte
plus , ajouta-t- il , je propofe qu'il foit fait une information
à part , & cela le plutôt poffible , puif_
que ces deux Commandans font fur le point de
remettre en mer. Je prie au furplus l'Amiral Rodney
d'affigner lui - même le temps qui lui fera le
plus convenable. Le Chevalier Rodney répon
dit qu'il approuvoit fort l'Enquête , & qu'on ne
pouvoit la commencer trop-tôt à fon gré ; & il fe
mit alors à fire les Lettres qu'il avoit écrites aux
Commandans en Amérique & au Gouverneur de la
Jamaïque . Mais l'Orateur l'interrompit en difant ,
qu'il le préfenteroit un temps plus propre pour
faire cette lecture. L'Amiral nomma le 4 Décembre
, mais le Lord North obferva qu'il ne falloit
pas croire que l'on pût entendre les chefs d'accu-
Lation ce jour là. J'ignore, reprit à ce fujet M. Burke,
fi j'aurai quelques chefs d'accufation à produire
contre l'Amiral . Il pourroit le faire qu'ils portal.
fent fur le Lord North lui-même ; fi le Chevalier
( 167 )
Rodney déclare qu'il n'a rien fait que d'après les
ordres de la Cour , l'accufation ne tombera plus
fur lui ; fans cela , le cas fera différent. L'Amiral
Rodney déclara qu'avec ou fans ordres , il fe feroit
conduit à St-Euſtache comme il a fait. Le
Chevalier Grey- Cooper ayant dit à l'occafion de la
retraite des Miniftres actuels, qu'elle feroit un fujet de
triomphe pour la Maifon de Bourbon , & que c'étoit
une raifon de plus pour ne point defirer de changer
l'adminiſtration , il fut relevé par M. Fox . O Maifon
de Bourbon ! eft- il poffible que vous défiriez
la retraite de nos Miniftres. Quel excès d'ingratitude
ou de démence ? Mais non , la France & l'ELpagne
ne font capables ni de l'une ni de l'autre.
Nos Miniftres font depuis long - temps les meilleurs
amis de ces Puiffances ! Ne leur ont-ils pas
donné Saint-Vincent , la Grenade , la Dominique ,
Tabago & les Florides ? Ce n'eft pas tout ce que
les Miniftres ont fait pour eux ; qu'est- ce que la
Grenade & Tabago , en comparaison de la moitié
de l'Amérique qu'elle leur ont pareillement cédée.
Loin de croire que la Maifon de Bourbon faffe des
voeux pour leur deftitution ; je fuis perfuadé , au
contraire , qu'elle n'a rien de plus à coeur que de
les voir toujours en place. En effet , ne pourroientils
pas avoir pour fucceffeurs quelques-uns de ces
hommes dont le nom feroit connoître à l'Europe
que la dignité , l'intérêt & la gloire de la Nation
ne feront pas toujours facrifiés à de viles confidérations.............
Les Commandans de nos forces de
terre & de mer , ne méritent point les reproches
qui leur font faits ; s'ils ont échoué dans leurs entrepriſes
, il ne faut s'en prendre qu'à nos Miniftres
quí les ont employés à des opérations impraticables.
Le Lord Cornwallis eft actuellement inculpé
pour les mêmes motifs qui ont exposé à tant de
calomnies mon ami le Général Burgoyne. J'entends
dire auffi que l'Amiral Graves n'a point fait fon
devoir , & je ne doute point que le Chevalier Clin(
168 )
ton ne foit bientôt en butte aux mêmes imputations.
Tout le malheur provient de l'impoffibilité
de foumettre l'Amérique ou de réuffir dans aucune
expédition tendante à cet objet. Les François commencent
toujours par un plan fage ; enfuite ils le
font exécuter par des forces affez conſidérables ,
pour en affurer le fuccès. Quand nous voulons les
attaquer , nos forces leur font toujours inférieures
& nous n'arrivons que quand tout eft perdu. Nous
reffemblons à cet Athlète dont parloit Démoftènes ,
qui portoit toujours la main à l'endroit où l'on
venoit de le frapper. Le droit de refufer les fubfides
que la Couronne demande eſt conſtitutionel ,
& remonte jufqu'aux temps les plus reculés . Il eft
vrai que depuis la révolution , il n'y a point d'exemple
d'un tel refus ; mais c'eft qu'heureufement
depuis la révolution il n'y a point d'exemple
d'aucune époque où le Royaume ſe ſoit trouvé
dans des circonftances comme celles où nous fom
mes. En effet , pourquoi voterions - nous des fubfides
? Seroit-ce pour les livrer à des Miniftres en
qui nous ne pouvons pas avoir de confiance ?
Fournirons-nous encore une autre armée au Secrétaire
d'Amérique pour être facrifiée , ainfi que celles
de Burgoyne & de Cornwallis ? ...... M. Adams
dit , que ce refus pouvoit avoir les fuites les plus
funeftes pour le Royaume , & que fi le Parlement
s'oppofoit à l'octroi des fubfides , il n'y avoit pas
d'autre parti à prendre que de licencier nos armées
& de détruire nos vaiffeaux. La motion pour ſe
former en comité de fubfides , paffa à la pluralité
de 172 voix contre 77 .
-
G
Le 4 Décembre M. Burke revint à fon enquête relative
à Saint - Eustache , & à la conduite des
Généraux . » Certe enquête , dit - il , éclaircira des
faits importans , & j'en démontrerai clairement
l'évidence à la Chambre , en lui produifant un
témoin qui s'expliquera à la Batre. Les deux
Commandans n'ont été probablement que les
inftrumens
( 169 )
>
inftrumens du Miniftère , & ils doivent me favoir
gré de leur fournir une occafion auſſi favorable
de juftifier leur conduite devant les Repréfentans
de la Nation. Aux objections du Lord Germaine ,
M. Burke répondit : c'eft ici une queftion d'Etat .
qui ne regarde point les Tribunaux. Le caractère
de la Nation a été flétri fon honneur & fon
humanité offenfés. Saint - Euftache n'avoit point
de canons que ceux qui étoient montés fur la
batterie du Salut. Toute la garnifon confiftoit en
60 hommes. Trois corfaires auroient fuffi pour
s'en emparer , & cependant l'efcadre a été employée
contre cette Jéricho , qui fe feroit rendue
au fon d'une trompette. Elle s'eft foumiſe à difcrétion
; les habitans n'ayant fait aucune défenfe ,
devoient être traités comme de nouveaux fujets ;
mais fans égard à l'âge , au fexe , aux états , on
s'empara des regiftres , des marchandifes & de
l'argent , on preffa les efclaves de trahir leurs
Maîtres . Les marchandifes furent vendues à l'encan
, ainfi que toutes les cargaifons ; les Généraux
devinrent Secrétaires , & les Secrétaires devinrent
Généraux ; de forte que l'ennemi s'eft procuré
des fournitures pour moitié moins d'argent qu'elles
ne lui euffent coûté par - tout ailleurs , & je puis
prouver à la Chambre que beaucoup de marchandifes
, parmi lefquelles fe trouvent plufieurs
pièces de toiles à voile , ont été portées à la
Guadeloupe fur un vaiffeau Anglois . Il est vrai
que les acheteurs ont agi avec prudence ; car confidérant
ce brigandage comme un acte d'inhumanité
, ils ont demandé caution , d'abord pour l'argent
qu'ils donnoient , & enfuite pour les marchandifes
qui leur étoient livrées . Les Marchands
Anglois ont préfenté requête pour éviter la confifcation
; on leur a répondu : l'Ife eft Hollandoife ,
le Gouvernement Hollandois , & tout ce qui y eft l'eft
auffi . Ainfi , nos Marchands font devenus Hollandois.
Les Américains ont été traités cruellement , les
22 Décembre 1781.
h
( 170 )
Juifs avec une atrocité inouïe. L'un d'eux , âgé de
70 ans , fut dépouillé , & on s'empara de l'argent
qu'il avoit dans la doublure de fon habit. Je puis
produire l'habit & le Juif. Je fais bien que les
Commandans le font plaints que les Juifs emportoient
leurs propriétés ; mais cette excufe frivole
me rappelle ce bon Irlandois qui , craignant que
fa femme ne prît trop de goût pour le féjour de
la ville de Londres , l'emmena dans une de fes
terres en Irlande. Il fut beaucoup blâmé ; s'il eût
enlevé la femme d'un autre , ce n'eût été rien ,
mais on lui fit un crime de s'en aller avec la
fienne. J'obferverai encore que nous n'avons attaqué
les Illes ennemies qu'après qu'elles eurent été
défolées par un coup de vent. Je ne vois d'exemple
d'une pareille conduite que dans Gulliver. C'eſt
un ufage conftant parmi les Lilliputiens d'attaquer
leurs voifins après un tremblement de terre. Je
demanderai en outre que l'Amiral Rodney fe juftific
fur la prife de Tabago , où au lieu d'envoyer
peu de forces avec l'Amiral Drake il eût dû aller
lui-même. » J'espère , écrivit-il après cet évènement ,
rendre bon compte des François à la fin de la
campagne ". Quel compte en a-t-il rendu ? Est-ce
fon retour en Angleterre fur le Gibraltar qu'il
auroit dû laiffer aux Ifles ? Eft- ce la prife du Lord
Cornwallis & de 7000 hommes ? Eft- ce la fituation
critique de la Jamaïque , qui peut -être eft aujour
d'hui entre les mains de l'ennemi . Le Chevalier
Rodney fe juftifia en déclarant qu'il avoit écrit
au Miniftre qu'il regardoit les richeffes trouvées à
Saint -Eustache , comme celles de l'Etat , & non
comme la propriété de fes habitans . Les fujets
Anglois , qui fe trouvoient dans la Place , fourniffoient
des provifions & des munitions aux ennemis
de leur pays ; beaucoup de Marchands étoient
convaincus d'une femblable trahison . Il proteſta
n'avoir aucune connoiffance des actes d'oppreffion
énoncés ci-deſſus , & déclara qu'il n'avoit que du
―
( 171 )
―
mépris pour les Rebelles & leurs partifans. Quant
à Tabago , il dit que les faits établis dans la
Gazette juftifioient fuffisamment la conduite , &
qu'au furplus , il avoit annoncé qu'il croyoit qu'on
devoit garder la Chéfapeak . Le Général Vaughan
parla de même fur les actes d'oppreffion qui lui
étoient inconnus ; trois motifs , dit - il , avoient
déterminé la vente des biens confifqués : le pillage
continuel exercé par les habitans & la foldatefque ;
le danger de voir brûler les munitions par des
incendiaires ; & enfin la néceffité de convertir tout
en argent , fi l'efcadre & l'armée changeoient de
ftation. Cette fameufe motion divifée en 3 à la
requifition du Lord Mahon , fut rejettée à la pluralité
de 163 voix contre 89 .
-
Les , la Chambre s'étant formée en Comité
de fubfides , le Lord Lisburne parla ainfi : « Dans
la circonftance actuelle , on doit faire les plus
grands efforts pour réfifter à la confedération for.
midable , armée contre la Grande-Bretagne . Je propofe
donc de voter un nombre de matelots plus
confidérable que nous n'avons jamais eu . L'année
derniere , le Parlement en a voté 90,000 : il en
faut 100,000 pour celle - ci , quoi qu'à la vérité
nous ayons pour le moment moins de vaiſſeaux
en commiffion. Nous en avions l'année dernière
98 de ligne , il n'y en a actuellement que 92 :
on en a perdu fix , y compris le Terrible ; mais
outre ces 92 , il y en a 17 retirés de commiſſion
par le dommage qu'ils ont fouffert dans le courant
de l'année , & quelques-uns feront bientôt en
état de mettre à la mer. Avec ces bâtimens bien
réparés , & 10 neufs , nous pourrons avoir à la
mer , dans le courant de l'année prochaine 106
vaiffeaux de ligne . Le nombre de nos bâtimens de
tout rang actuellement en commiffion , monte à
405. Le corps de troupes de la marine a été augmenté
de cinq compagnies , ce qui le porte à
ISI compagnies . Je demande donc qu'un nombre
h 2
( 172 ) .
de matelots n'excédant pas 100,000 , y compris
21,305 foldats de marine , foit voté pour l'année
1782 , & qu'il foir octroyé pour leur entretien
, 4 liv. fterl. par mois pour chaque homme.
M, Hufley accufa l'Amirauté de ne point faire
pour l'augmentation de la marine tout ce que les
circonftances exigent , & que le public a droit
d'attendre de l'argent énorme voté pour ce fetvice,
Il existe plufieurs ports , tels que Briftol , &
un autre appellé Chappel , auprès de Southamp
ton , où il n'avoit vu fur les chantiers que des
frégates & un feul vaiffeau de 64 , tandis qu'on
pouvoit y conftruire des vaiffeaux du premier
rang. Il ajoute qu'étant allé à Portſmouth même ,
au lieu du bruit & du tumulte que l'activité des
travaux auroit dû y occafionner , il y a trouvé
tout aufli calme & auffi tranquille que dans le tems
de la plus profonde paix, Je conviens , pourfuivit,
il , qu'on y a laillé deux vaiffeaux , le Saint - George
, de 90 , le Warrior , de 75 ; mais le premier
étoit refté fix ans dans fa forme , de manière qu'il
éroit déja pourri. On doit toujours voter le plus
grand nombre d'hommes poffible pour la marine,
Ler qu'on en a yoté 80 , oco , les Miniftres prétendent
qu'il y en a 90,000 d'employés ; mais
comme cet excédent eſt un moyen qui les met à
portée d'augmenter les dettes de la marine , on
devroit toujours en voter plus que moins . En conféquence
je demande qu'il foit fait un amendement
à la motion , & qu'au lieu de 100,000 matelots ,
on en vote 110,000 «e, Le Lord North , après
avoir dit que jamais aucun Parlement n'avoit vcté
un auffi grand nombre de matelots que celui de
100,000 demandé par le Lord Lisburne , ajouta ;
-
à l'époque la plus brillante de la dernière guerre ,
on n'a pas octroyé plus de 85,000 matelots , &
auparavant le nombre ordinaire étoit de 60 à
75,000 . Une augmentation de 10,000 , ainfi que le
demande M. Hulley, en occafionneroit une de plus de
7173 )
sco,ooo livres fterlings dans la dépenfe . A
quoi bon impofer encore fur la Nation cette nouvelle
charge , fous prétexte que cette addition aux
dépenfes de la marine peut ou doit réduire celles
des autres départemens . La Chambre penfe-t- elle
qu'il faille diminuer nos forces de terre ? Dans ce
cas , les Octrois feront faits en conféquence . Mais
qu'y a-t-il de commun entre cette réduction &
l'objet actuel du débat ? Elle n'empêchera pas
l'Amirauté de faire tous les efforts pour le procurer
le plus d'hommes qu'il lui fera poffible.
Quant à l'établissement de paix , je ne l'ai jamais
porté à plus de 16,00p matelots ..... Au furplus ,
en fuppofant que les opérations de terre feroient
beaucoup moins étendues , encore faut-il une armée
pour la défenſe intérieure de la Grande-
Bretagne avec fes poffeflions . Or , la marine &
l'armée doivent coopérer enfemble , & tous les
efforts de l'une feroient infructueux fans le corcours
de l'autre . En conféquence , je perfifte à
croire qu'il ne doit être fait aucun changement à
la motion du Lord Lisburne. Les 100,000 hommes
furent votés à raifon de 4 liv. fterl. par
mois pour chaque homme .
FRANCE.
De VERSAILLES , le 18 Décembre.
Le Comte d'Egmont- Pignatelly , Grandd'Espagne
, prêta le 9 de ce mois ferment
de fidélité entre les mains du Roi pour le
gouvernement de la province de Saumur
& Saumurois , vacant par la mort du Comtede
Broglie .
De PARIS , le 18 Décembre.
LA flotte de Breft formant 19 vaifleaux de
ligne , 14 fiégates , plufieurs cutters , & corh
3
( 174 )
1
餐
vettes & environ 60 bâtimens de tranſport ;
au nombre defquels font 10 flûtes du Roi ,
& fur lefquelles on ne compte pas moins
de 10,000 hommes embarqués , eſt partie le
10 de ce mois ; dès le 3 à 8 heures du matin ,
le coup de canon pour appareiller avoit été
tiré ; mais les vents n'ont pas fecondé les
voeux de la flotte jufqu'au ro , qu'il s'eft
élevé un vent de S. E. affez frais.
4
On fait qu'elle eft aux ordres de M. le
Comte de Guichen , & que M. le Marquis
de Vaudreuil doit s'en féparer avec fept
vaiffeaux , & la plupart des tranfports , pour
fe rendre aux Antilles , où il paroît que
la guerre , qui eft finie jufqu'au printems
prochain dans l'Amérique Septentrionale ,
va être continuée & pouffée avec vigueur.
Les difpofitions dont on eft inftruit préparent
à de grandes opérations. M. de
Graffe , qui a amené avec lui l'efcadre de
M. le Comte de Barras , a 36 vaiffeaux ;
les 7 que lui conduit M. de Vaudreuil ,
1 ; que doit lui amener le Marquis de Solano
de la Havanne , 6 qui partent de
Cadix avec 4000 hommes de troupes ,
porteront les efcadres combinées de France
& d'Efpagne , dans ces mers , à 62 vaiffeaux
de ligne , 24,000 hommes de troupes réglées
, & à 6000 volontaires . On ne voit
aucune poffeffion Angloife en état de faire
de la réfiftance contre des forces auffi
confidérables , & on a lieu de croire que
la Jamaïque eft menacée.
Il fe peut que les Anglois , auffitôt qu'ils
( 175 )
feront inftruits de ces préparatifs , abandonnent
le projet de ravitailler Gibral
tar & Minorque , qu'ils laiffent ces places
à elles-mêmes & fe hâtent de faire
partir Rodney. Mais dans ce cas il lui eft
impoffible d'arriver avant les François , &
d'y conduire des forces en état de croifer
leurs opérations. Si le fentiment de cette
impoffibilité dirige leur attention fur les
deux places menacées en Europe , l'efcadre
de Rodney ne peut arriver devant Cadix
avant celle de M. le Comte de Guichen ,
& alors la commiffion dont on veut que
cet Amiral foit chargé , devient plus difficile
qu'elle ne l'étoit il y a deux ans. Quoiqu'en
difent les Anglois , on fait qu'il ne
peut mettre en mer avant le 20 ou le 25
de ce mois.
» Le convoi de St-Domingue , écrit-on de Breft
en date du 7 , qui avoit été annoncé depuis deux jours
par un bâtiment particulier , eft arrivé hier au foir
en-dehors du goulet ; les vents étant forcés de la
partie du S. S. E. , il a été contraint de mouiller
dans la rade de Bertheaume , & ce n'eft que fur les
2 heures de l'après -midi au flot , que la plus grande
partie eft entrée dans notre rade . En partant de St-
Domingue , ce convoi , le plus riche que l'on ait vu
depuis long-tems , puifqu'on l'eftime près de 80
millions , étoit compofé de plus de 160 voiles.
Elles étoient efcortées par le vaiffean l'Actionnaire
de 64 canons , commandé par M. de Boifderu ; le
Fier de so , par M. d'Olabaras ; le Minotaure , armé
en flûte , ayant fa feconde batterie › par M.
Duclefneur , & la Fée , frégate portant du 12 ,
M. Boubée. On eftime qu'à l'attérage il y a eu 30à 40
par
h 4
f176 )
bâtimens difperfés par un coup de vent ; mais on
efpère qu'ils fe rallieront dans la journée de demain ,
le tems paroiffant devoir changer . La traversée a
été très-heureufe , excepté pour le vaiffeau l'Union ,
armé en flûte , frété pour le Roi , & chargé de
fucre & de café , qu'on a été obligé d'abandonner
coulant bas d'eau , après toutes fois qu'on en eut
retiré l'équipage & une partie de la cargaifon. - Le
convoi de Bordeaux qui étoit fi fort attendu , a enfin
paru ce matin fur Pennemarck ; quelques bâtimens
font déja entrés en rade , & le refte mouillera à
Bertheaume , s'il ne peut entrer dans le goulet avant
la nuit. La réunion de tous ces convois dans notre
rade forment un enfemble de plus de 400 bâtimens
& l'appareil le plus impofant «.
Ce convoi a refté 42 jours en
route ; le vent forcé qui l'a conduit dans
le Port étoit contraire à la fortie de l'Armée.
Selon les mêmes lettres , M. de la Motte-
Piquet n'étoit pas encore à bord le 7 ; mais
il guérilloit à vue- d'oeil ; il eft , dit- on , même
chargé d'une miffion particulière ; il ſe ſéparera
de la flotte avec le Dauphin Royal ,
qu'il monte , & un autre vaiffeau , avec la
frégate l'Engageante.
Malgré ce que le Roi d'Angleterre a dit
dans fon difcours au Parlement de la fituation
avantageufe de fes établiſſemens dans
l'Inde , on a de fortes raifons de croire
qu'elles y font en mauvais état. Depuis
long- tems les nouvelles de Conftantinople
annoncent la prife de Madras , qui eft encore
incertaine. On affure en Hollande que
l'Ambaffadeur de la République a cru devoir
annoncer cette prife à LL. HH. PP..
La Porte , écrivoit-il le 26 Octobre , a reçu
( 177 )
ces jours- ci des lettres du Pacha de Bagdad qui
dépeignent les affaires des Anglois dans l'li de d'une
façon bien différente de celle dont l'Ambaſſadeur
Britannique les repréfentoit il y a peu de tems . Suivant
les informations du Pacha , Hyder- Aly , atta.
qué par le Général Coote dans une place du Carnatic
, avoit eu le bonheur de le repouffer , & même
de remporter fur lui un avantage fi décifif , que ce
Prince Indien , fecondé par les forces Françoifes ,
avoit mis le fiége devant Madras , & déja il étoit
maître de cette ville ainfi que du fort St - George. La
prompte reddition de cette place ayant été occafionnée
par l'accident d'une bombe qui fit fauter le magaſin
poudre. Les mêmes avis ajoutent qu'après cette
perte , les Anglois avoient été obligés d'évacuer
prefque toute la prefqu'ifle de l'Inde ; plufieurs Négocians
de Conftantinople ont reçu des lettres qui
contiennent les mêmes avis , & l'un d'eux m'a
afluré que la vérité en étoit hors de doute . Si elles
fe confirment , on ne fauroit s'empêcher de remar
quer que la Grande-Bretagne éprouve les coups les
plus fenfibles dans une partie du monde où fes
hoftilités prématurées fembloient lui avoir affuré une
fupériorité décidée pour tout le refte de la guerre « .
Selon des lettres de Marfeille le Grand-
Vifir lui-même a donné cette nouvelle à
l'Ambaffadeur de France ; il lui a porté en
même-tems des plaintes contre quelques
corfaires , qui arrêtent tous les bâtimens
naviguans dans le Golfe Perfique . Il a prié
M. de St-Prieft d'empêcher qu'ils ne molleftaffent
les neutres. En conféquence l'Ambaffadeur
a dépêché fur-le- champ à Baffora
l'Evêque de Babylone , pour enjoindre aux
corfaires de ne plus troubler la navigation
des Sujets du Grand Seigneur. Ces faits fur
bs
( 178 )
lefquels on peut compter prouvent qu'en
effet les Anglois font très-foibles fur ces
mers ; mais on ne croit pas pour cela qu'ils
aient perdu Madras. C'eft fans doute la
Ville Noire , qui eft tombée au pouvoir
d'Hyder- Aly. Quant au Fort St-George il
ne paroît pas qu'il ait pu l'emporter , à
' moins qu'un accident ne l'ait rendu maître
de ce boulevart. D'ailleurs on fait que M.
d'Orves qui eût pu le feconder , ayant épuisé
fes vivres , & ne pouvant les renouveller fur
cette côte, a été forcé de l'abandonner , & d'al
ler ravitailler fes vaiffeaux à l'Ile de France.
»Nous n'avons point de nouvelles de Mahon ,
ajoutent les lettres de Marfeille , depuis la fortie
malheureuſe que fit le Général Murray , dans laquelle
fon détachement coupé perdit plufieurs hommes tués
fur la place , & 200 prifonniers. Nous favons que
les croifeurs Efpagnols font plus heureux vers Gibraltar
qu'à Minorque ; ils ont intercepté prefque
tous les cutters fortis d'Angleterre avec des munitions
de guerre & de bouche pour la première de
ces places. Ils laiflent aborder dans les calles près
du fort St-Philippe , la plupart des Tartanes & autres
petits bâtimens qui s'y préfentent. Ce ne font pas
les affiégés qui manquent aujourd'hui de provifions
& qui fouffrent de la difette , ce font les affiégeans ;
l'Ile ne peut pas nourrir l'armée , & comme l'Efpagne
n'a pas de magaſins prochains , les Généraux
ont dépêché en Provence pour demander des vivres
& en preffer l'embarquement «<,
M. l'Archevêque de Paris eft mort Mercredi
dernier au foir. Ce Prélat que fa
charité & fes vertus chrétiennes ont rendu
fi refpectable , étoit né en 1703 ; il avoit
été nommé à l'Evêché de Bayone , enfuite
( 179 )
à l'Archevêché de Vienne , d'où il paffa
à Paris en 1746. Parmi le grand nombre
d'Evêques dignes de le remplacer , le public
en défigne plufieurs .
Il y a quinze jours que l'Ecole Royale Militaire
de Vendôme , tenue par la Congrégation de l'Oratoire
, a célébré la Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin avec tout le zèle dont des coeurs François
font fufceptibles. MM. les Officiers du Corps des
Carabiniers en quartier en cette Ville , ayant defiré
fe joindre aux Elèves du Roi & aux Penfionnaires ,
ont donné à la Fête plus de luftre & de folemnité.
Un détachement de cent Carabiniers & les Elèves ,
fous les armes , avec leurs drapeaux , les tambours
& les trompettes des deux Corps réunis , formoient
dans la nef un coup-d'oeil impofant. Après le Te
Deum & l'Exaudiat , il y eut un Motet exécuté
par les Elèves , & une Bénédiction folemnelle ; on
fe rendit enfuite dans la grande Cour , où les troupes
formèrent un quarré & environnèrent le bûcher qui
fut allumé par le Commandant des Carabiniers , le
Supérieur de la Maiſon , & M. Ingrand , Elève-
Penfionnaire , Sujet de la première diftinction ; alors
les boîtes fe firent entendre ; aux cris de vive le
Roi fuccédèrent des falves de moufqueterie ; après
quoi les Elèves allèrent reconduire le détachement
des Carabiniers jufqu'à l'extrémité de la rue , ſe mirent
en bataille & leur rendirent les honneurs ufités.
A fix heures du foir , il y eut illumination dans
la Cour de Penfion . Les Elèves en avoient fait de
charmantes en coquilles , & leurs devifes ne l'étoient
pas moins , entr'autres celle- ci : cara Deum foboles.
L'emblême repréfentoit le Génie de la France , offrant
un enfant au Ciel : elle eft d'autant plus heureuſe
qu'elle fait également allufion à l'Ecole Militaire.
A 8 heures du foir , on tira un feu d'artifice ;
cette feconde Fête du jour fut terminée par un
fouper que la Maiſon donna à MM . les Officiers
des Carabiniers. h 6
( 180 )
-
--
La fuite de cette Fête a été marquée par un évènement
qui fait également honneur & aux Inftituteurs
& à la Jeuneffe qui leur eft confiée. Les Elèves
ayant appris que la Maiſon fe propofoit de marier
& de doter une fille , vinrent demander au Supérieur
la permiffion de faire auffi un mariage, & qu'ils y contribueroient
de leurs menus plaifirs ; l'occafion étoit
trop belle pour la laiffer échapper. Mais , mes
enfans , il vous en coûtera 200 livres n'importe ;
nous y confentons ; il y aura deux mariages , la
Fête en fera plus belle , nous donnons avec plaifir
ce que nous avons , en attendant que nous verfions
notre fang pour la Patrie. Le Supérieur donna à
leur bienfaifance l'éloge qu'elle méritoit , & le furlendemain
du Te Deum , tous les Elèves conduisirent
les futurs époux à l'Eglife ; la cérémonie ſe termina
par un Te Deum & une Prière pour le Roi , & les
nouveaux mariés furent reconduits à la Salle qu'on
leur avoit préparée pour le repas de noce , avec la
même pompe qu'on avoit obfervée pour les mener à
P'Eglife ; les deux principaux Officiers-Elèves conduifoient
les mariées par la main , les pères & mères
les accompagnoient de l'autre côté , fuivoient le
Curé & le Supérieur ; un corps d'Elèves faifoit la
clôture. Indépendamment des 200 livres de dot pour
chaque fille , la Maiſon a habillé de pied en cap
l'homme & la femme , & a fourni à tous les frais
de la noce .
On trouve dans le Journal des Caufes
Célèbres de ce mois une cauſe concernant
le commerce des chevaux , & dont la décifion
ne peut qu'intéreffer le public ( 1 ).
30 Depuis que le luxe , dit M. des Effarts , a
(1 ) On peut fe procurer chez M. des Effarts , Avocat , rue
Dauphine , Hôtel de Mouhy , les 7 années de ce Journal ,
piquant au prix de 162 liv . Ceux qui s'adreſſeront directement
à lui pourront avoir la Collection en payant 108 liv.
feulement , & le prix de la foufcription de 1782.
( 181 )
pénétré dans toutes les conditions de la Société ;
la vente des chevaux eft devenue une branche de
commerce très -importante : elle a fur-tout éprouvé
des augmentations confidérables depuis que les voitures
fe font multipliées dans la Capitale & dans les
principales villes du Royaume. Autrefois les grands
Seigneurs & les gens en place avoient feuls des
carrolles aujourd'hui il n'eft point d'homme un
peu aifé qui n'ait une voiture & des chevaux ; fouyent
même des gens fans fortune , & de la plus
baffe extraction , fe permettent ce luxe pour acquérir
cette efpèce de confidération que l'on attache dans
le monde à ceux qui ont un carrofle & des chevaux.
Si des pères de famille ne dévoroient pas leur patrimoine
, & ne laiffoient pas fouvent à leurs enfans
fa perfpective effrayante de la plus affreufe misère ,
pour fournir aux dépenfes qu'entraîne ce luxe ; fi des
Négocians & des gens d'affaires n'y employoient pas
les fruits de leur induftries fi enfin une foule d'intriguans
, fans état & fans biens , ne faifoient pas ufage
de tous les moyens qu'ils peuvent trouver , pour fe
procurer cette jouiffance , on pourroit fermer les
yeux fur ce genre de luxe ; mais les fuites qu'il entraîne
ont trop de rapports avec la corruption du
fècle , pour être envifagés avec indifférence par
thomme qui s'intéreffe au bonheur public . - Parmi
les dépenfes qu'entraîne ce luxe , les pertes qu'on
éprouve tous les jours par les accidens qui arrivent
aux chevaux , & fur-tout par l'adreffe perfide des
marchands , qui favent cacher les vices dont font
attaqués ces animaux qu'ils expofent en vente
offroient au zèle des magiftrats un abus très -dangereux
à réformer. La Jurifprudence des différentes
Cours du Royaume avoit déja pris des précautions
contre la mauvaise foi des Marchands de chevaux ,
en les affujettiflant , dans certains cas , à reprendre
ceux qu'ils auroient vendus ; mais on defirojt
depuis long - tems des précautions encore pluts
étendues. L'occafion de faire un nouveau Règlement
( 182 )
ont
s'eft préfentée récemment au Parlement de Paris.
Voici les faits qui y ont donné lieu . Des Marchands
avoient vendu des chevaux attaqués de cornage &
de fifflage ; ceux qui les avoient achetés ,
foutenu que ces vices devoient être mis au nombre
des cas redhibitoires qui obligent les vendeurs à
reprendre leurs chevaux. Cette question portée au
Parlement , y a été difcutée & approfondie par M.
l'Avocat-Général Séguier , & fur fes conclufions ,
il'eft intervenu Arrêt , le 25 Janvier 1781 , qui a
ordonné que le fifflage & le cornage feroient déformais
au nombre de cas redhibitoires «<,
Les Habitans du quai de Gêvres & des
Ponts- au-change & Notre- Dame , ont préfenté
au Prevôt des Marchands & Echevins
de la Ville de Paris un Mémoire , pour obtenir
l'exécution des règlemens rendus par
le Bureau de la Ville , relativement à la
police des bateaux des boucheries de l'Apport-
Paris , règlemens qui , en laiſſant aux
Bouchers la facilité d'apporter dans un bateau
les immondices de leurs tueries , leur
enjoignent expreffément de les faire enlever
chaque jour & de grand matin , pour éviter
la corruption qu'un plus long féjour eft capable
d'engendrer. Ce Mémoire a été appuyé
d'un Rapport de M. Cadet de Vaux ,
Cenfeur Royal , Infpecteur général des objets
de falubrité fur l'état actuel de la vouffure
du quai de Gêvres & du quai Pelletier.
Parmi les obfervations contenues dans ce
Mémoire & le Rapport , on lit celles - ci.
Les habitans croyent devoir infifter plus pofitivement
auprès de M. le Prevôt des Marchands & de
MM. du Bureau de la Ville de Paris , fur le mauvais
( 183 )
état actuel de la fanté de nombre d'habitans du
voifinage , état qui fort de la claffe des maladies
ordinaires , & fait un genre de maladies particulières
fuite du mauvais air qu'on refpire dans les environs.
Cet état confiſte dans un mal de tête aflez habituel ,
un défaut d'appetit , des affections ftomacales & ner→
veufes & de la laffitude dans les membres accompagnée
d'affoupiffement . Les femmes & les enfans
beaucoup plus fédentaires & dont la conftitution eft
plus délicate , font néceffairement plus affectés de
cet air empoisonné . On obſervera que les maladies
fexuelles y font beaucoup plus fréquentes qu'ailleurs.
Et comment cet air ne produiroit-il pas un effet
dangereux fur l'économie animale , puifque les métaux
ne peuvent résister à fon impreffion , & que dans
les magafins des Marchands on ne diftingue point les
matières d'or & d'argent d'avec le cuivre & le plomb.
Le Prevôt des Marchands & les Echevins
de la Ville de Paris ont rendu le 7 Septembre
dernier une Sentence qui preferit l'obfervation
des règlemens , & condamne en
cent livres d'amende l'Entrepreneur de l'enlèvement
des immondices , qui a négligé de
le faire de la manière & aux heures prefcrites.
De BRUXELLES , le 18 Décembre.
"
LE Gouvernement des Pays- Bas Autrichiens
a répondu aux éclairciffemens demandés
par les Etats-Généraux fur les places
de Barrières que l'Empereur vouloit démanteler
, que S. M. I. n'en exceptoit aucune
de celles des lieux de fa domination où
il fe trouvoit garnifon Hollandoife , & qu'elle
attendoit de L. H. P. qu'elles feroient par(
184 )
venir le plutôt poffible les ordres néceffaires
aux Généraux & Officiers qui commandoient
leurs troupes dans ces places . Cette
difpofition répond parfaitement au parti qui,
dans la République , ne ceffe depuis le commencement
de la guerre , de folliciter des
augmentations dans les troupes de terre ,
& de s'oppofer par-là à celle qui eft devenue
fi néceffaire dans les troupes de mer.
S'il faut en croire quelques lettres de la
Haye , le Duc de Brunswick fait travailler
à un Mémoire juftificatif de fa conduite
depuis qu'il eft entré au fervice de la République
; & après l'avoir rendu public pour
confondre fes ennemis , il prendra le parti
de fe retirer ; & fes partilans même paroiffent
defirer qu'il prenne cette réfolution
autant pour fon repos & l'intérêt de fa
gloire ,, que pour la tranquillité de l'Etat en
général .
» Le Prince de Gallitzin , ajoutent ces lettres , a
demandé qu'il fut nommé un Comité fecret pour
conférer avec lui fur les conditions d'un accommodement
avec l'Angleterre. On s'eft contenté de
l'adreffer à M. de Brantzen , Député aux Etats-
Généraux pour la Province de Gueldres ; ils ont
déja eu quelques conférences enfemble , mais on
doute toujours beaucoup ici du fuccès de fes dé-'
marches pour une pacification. On croit que l'Angletere
ne les a provoquées , & ne feint de s'y prêter,"
que pour nous amufer , nous divifer encore davantage
dans nos opinions , empêcher que nous nous
mettions en état de défenfe , & faire échouer par-là
le projet d'une alliance avec fes ennemis. Il eft
toujours fort queſtion d'un traité offenſif & défenfif
718599
avec la France. La Province de Frife a fait pro
pofer , il y a quelque tems , cette négociation par
fes Députés aux Etats -Généraux , & les inftructions
néceffaires leur ont été données depuis une propo
fition du Quartier d'Ooftergo à la dernière affemblée
des Etats de la Province. Il vouloit aufli qu'on
reconnût l'indépendance de l'Amérique , & qu'on
traitât avec elle , & qu'en agiffant avec fermeté ,
conformément à la gloire & aux intérêts de la
République , on détruisît les foupçons qu'elle avoit
donnés , que fon inaction & fa lenteur devoient
moins s'attribuer à fa foibleffe qu'à fon penchant
pour l'Angleterre. Les quartiers du plat pays
de Weftergo & de Seven-wouden jugèrent que la
reconnoiffance de l'indépendance de l'Amérique
étoit fujette à trop de difficultés pour le préfent ;
mais ils approuvèrent le Traité avec la France . Les
Villes qui forment la quatrième Chambre de l'Etat
de Frife , n'a pas encore jugé à propos de fe déclarer
«.
Selon des lettres d'Amfterdam , on y a
reçu du Cap de Bonne- Efpérance des avis
qui portent que les François fe font emparés
des navires Anglois de la Compagnie
des Indes , qu'ils ont conduits à St-Maurice .
Nous avons donné dans un de nos Journaux
la relation de la prife de la bélandre Eſpagnole
la Trocha , commandée par D. Louis Arguedas
; fa deftination étoit d'aller obferver à St-
Domingue l'éclipfe de foleil du 23 Avril , &
elle fut troublée malgré les paffe- ports de la
Cour de Londres , que les vaitfeaux du Roi
& les corfaires de cette Nation ne refpectent
pas toujours ; le Liber- Navigator , commandé
par le Chevalier de Kerguelin , a
éprouvé les mêmes traitemens dont les paffe(
71861)
ports de l'Amirauté Angloiſe ne l'ont pas
mieux garanti. L'objet de fon voyage intéreffoit
également les Sciences . Ce n'eft pas
ainfi que la France s'eft conduite ; dès le
commencement de la guerre , elle s'empreffa
d'allurer la liberté la plus entière de la navigation
au Capitaine Cook ( 1 ) , & de protéger
un grand homme occupé de travaux utiles
aux Sciences , & méritant les égards de
toutes les Puifances belligérantes . M. de
Kerguelin a dépofé fes réclamations dans le
Mémoire fuivant , au fujer de la détention
de fon vaiffeau conduit à Kinfale à la fin
de Juillet 1781.
» Tout le monde fera furpris , qu'un navire deftiné
à faire voyage de long cours , pour vaquer
à la découverte de chofes utiles , néceffaires &
avantageufes à la navigation , conftruit , nommé
& défigné par le concours & l'autorité de deux
Puiffances en guerre , ait pu être arrêté dès le commencement
de fa marche , par un corfaire de la
nation , d'où font émanés des paffeports en régle ,
qui mettoient ce navire fous la protection de cette
même Nation , & même de toutes les Puiffances.
On fera encore dans une plus grande furpriſe
d'apprendre , que le Commandant de ce navire &
fes compagnons de voyage , après que la connoiffance
de cette capture fut parvenue à l'Amirauté
d'Angleterre , qui avoit permis & autorifé la conf-
(1 ) La publication du dernier voyage de ce Navigateur
célèbre eit attendue avec impatience ; en attendant, qu'elle
paroiffe , un des Officiers qui l'accompagnoient en a donné
une relation très- intéreffante. La traduction Françoise en
eft fous preffe , & fera en vente dans les premiers jours de
Janvier prochain , à Paris chez Piffot , Libraire , Quai des
Auguftins.
71879
truction de ce navire , en vertu de paffeports en
règle , aient été déclarés prifonniers de guerre , &
traités avec dureté dans leur captivité . Tel eft
cependant le fort du fieur de Kerguelen , Commandant
du navire Liber- Navigator & de tout fon
équipage. On ne peut concevoir un pareil évènement
, fans fuppofer un délit majeur , en la perfonne
du Commandant ; mais les feuls délits qui
font oppofés , aux termes de la lettre de M. Stephens
, Secrétaire de l'Amirauté d'Angleterre , font
feulement. 1 °. Que le bâtiment étant plus petit
qu'il n'avoit été permis de le faire , le corfaire étoit
juftifié de l'avoir arrêté. 2 °. Que par les papiers
trouvés dans le bâtiment , le projet du voyage pa-
Foiffant différent de celui pour lequel les paffeports
avoient été accordés , les Armateurs du corfaire
commenceroient un procès légal contre le bâtiment ,
& qu'en attendant ils étoient prifonniers de guerre.
-Les intéreflés à l'armement du navire Liber-Navigator
ne pouvant foutenir leurs intérêts juridi
quement , eu égard aux circonftances de la guerre ,
qui interrompt toute communication entre la France
& l'Angleterre ; & leur naturel & unique défenfeur ,
commandant de leur navire , étant contre le droit
des gens en captivité , n'ont d'autre reſſource pour
plaider leur caufe , que d'avoir recours aux papiers
publics , pour faire parvenir à toutes les Puiffances
de l'Europe , intéreffées à maintenir les droits des
Nations , la connoiſſance d'un procédé auſſi inoui ;
mais encore pour éclairer le Tribunal même de la
Nation Angloife , dont la religion a été évidemment
furprise par la mauvaiſe foi & l'avidité du
corfaire , qui l'a excité à déclarer prifonniers de
guerre le fieur de Kerguelen & fes compagnons de
voyage , contre la foi des paffeports émanés de
fon autorité , fous des prétextes frivoles , faux &
Luppolés. -Que le navire Liber-Navigator ,
conftruit & dénommé par le concours , l'autorité
& l'approbation de l'Amirauté d'Angle(
188 )
-
--
tèrfe , foit de moindre force que ce que ladite
Amirauté à permis de le faire , peut-on en induire
un délit qui en autorife la faifie ? — Jamais on n'a
imputé à délit , de ne pas ufer de l'étendue d'une
permiffion . Si le navire a été conftruit d'une force
inférieure à la permiffion , ce n'a été que pour qu'il
fût moins fufpect à la Nation qui accordoit en tems
de guerre la liberté de la navigation . -- S'il eût été
fupérieur en forces , c'eût été pour-lors un moyen
capable de le faire fufpecter de fraude & de mau
vaife foi . Le navire eft inférieur à la permiffion ,
il n'eft donc point en faute ; le corfaire ne peut
donc être juftifié d'avoir arrêté ce navire privilégié
, mis fous la fauve-garde & la protection de
fa nation. On pourroit dire au plus , en faveur
du corfaire , que la différence de la force du navire
a occafionné la méprife. Mais comment peut-il
être juftifié , après la vérification faite à l'Amirauté
des palleports accordés au navire ; pourquoi
n'a - t - il pas confenti dès lors à fon relâche-
& pourquoi a - t - il fouffert que des
gens libres , dans une pofition plus favorable.
que les Nations neutres , puifqu'ils étoient , par
leurs paffe-ports , fous la protection de l'Angleterre ,
fuffent déclarés prifonniers de guerre ? C'eft ce qui
rend le corfaire à tous égards inexcufable ; la méprife
ne pouvoit être l'effet que du moment . Il étoit à
même de reconnoître ce navire , non-feulement par
la défignation du nom convenu avec l'Amirauté d'Ângleterre
, mais encore par la défignation de celui
qui étoit prépofé à le commander. Les défenfeurs
du navire Liber- Navigator , n'argüent pas préci
fément d'injustice la décifion provifoire de l'Ami
rauté d'Angleterre contre le Commandant & premier
Compagnon de voyage , parce qu'ils ne connoiffent
pas fuffifamment les règles de la forme
judiciaire de la puiffance Britannique ; mais fuivant
le Droit commun des Nations , ils paroiffent autorifés
à réclamer contre une pareille décision , qui ne
ment "
( 189 )
pouvoit être rendue que dans le casd'un délit prouvé.
Le premier chef d'accufation , loin d'avoir pu
opérer la détention de ces Voyageurs , devoit , au
contraire , affurer la libération du navire & de l'équi
page . Le fecond chef d'accufation eft que
par les papiers , trouvés dans le bâtiment
» le projet du voyage paroît différent de celui pour
» lequel le paffe-port a été accordé « . Pour pouvoirjuger
fainement du mérite de cette accufation , il
faut favoir quels genres de papiers ont été trouvés
fur ce navire ; fi les papiers peuvent prouver quelque
affociation ou intelligence avec les ennemis de la
Nation Angloife. Voilà un délit majeur digne de
punition contre l'Auteur & les adhérens de cette
affociation ; mais dans ce cas , les accufés , au lieu
d'être prifonniers de guerre , doivent être conftitués
comme prifonniers ordinaires de l'Etat , & leur
procès doit être fait en la forme ordinaire , preſcrite
par la loi . Si le délit majeur n'eft commis que par
le Commandant du navire , la peine de ce délit ne
peut tomber que fur lui . Et dans ce cas , les affociés
, feulement intérefiés pour l'objet principal de
la recherche des chofes utiles à la navigation , doivent
être abfous avec dommages & intérêts coutre
le principal accufé , tant pour raifon de leur détention
, que pour les pertes réfultantes de l'inexécution
du voyage. Si les papiers , au contraire ,
ne font , comme il y a lieu de le préfumer , que
des lettres particulières , à remettre à des habitans
de quelques Ines , comme celles de France ou de i
Bourbon ; il n'y a en ce cas aucun délit , parce que ;
ces lettres n'ont été données aux Voyageurs que
pour établir leur crédit dans tous les lieux où le
navire , pour les befoins , viendroit relâcher ; mais
ces lettres ne font autre chose que des recomman
dations utiles aux porteurs. Il ne peut donc y
avoir en ce cas aucun objet de délit , & on ne peut
induire de pareils écrits , que le Commandant dụ
Liber-Navigator ait changé fa deſtination . Los
( 190 )
paffe -ports ; qui accordent la liberté de la navi.
gation pour aller à la découverte des choſes utiles
à la marine , feroient illufoires , fi l'Obſervateur
n'avoit la liberté d'aborder telles ou telles parties
duglobe ; cette liberté doit lui être acquiſe dans toute
l'étendue , pourvu qu'il s'abftienne de tout commerce
illicite avec les ennemis de la Nation dont
il a obtenu le privilége de navigation libre. Mais on
peut affurer avec confiance , que de tous les écrits
dont le navire étoit porteur , il n'y en a pas un
feul d'où l'on puiffe induire une accufation grave .
Il doit donc paffer pour conftant que le navire.
Liber - Navigator a été arrêté fans aucune caufe
légitime ; conféquemment , que le corfaire qui a
fait induement cette Prife , doit être condamné en
tous les dommages & intérêts réſultans du retardement
du voyage , même des frais que le retardement
a occafionné , avec reftitution entière & en
bon état de tous les effets du Commandant & de
tout l'équipage. Les intéreffés à l'armement du navire
Liber Navigator ont démontré , avec évidence ,
l'injuftice & l'illégalité de la prife de leur navire ;
ils finiflent par fupplier toutes les Puiffances inté,
reffées à maintenir le droit des Nations , d'interpoter
leur autorité pour faire rendre juftice à nombre
de Particuliers , qui n'ont facrifié une partie de leur
fortune pour le bien de la navigation , que fur la
foi des pale ports accordés par l'Amirauté Angloiſe.
On apprend par des lettres de Madrid ,
qu'on y a arrêté un Particulier qui y étoit
arrivé depuis quelques jours de Lisbonne ,
& qui avoit été reconnu par un Officier
Espagnol pour un homme qu'il avoit vu
aux fers au Pérou . On prétend que c'eſt le
fameux ex Jéfuite Arifmandi , dont on parla
tant il y a 8 ou 9 mois , quand le Commodore
Anglois Jonhstone partit pour fon
expédition imaginaire des Indes.
( 191 )
PRÉCIS DES GAZETTES ANG . du 11 Décembre.
On affure que l'Amiral Rodney ne doit mener
aux Antilles que huit vaiffeaux de ligne , dont un
de 90 , quatre de 74 , & trois de 64. Le départ
de ce Géneral eft fi précipité qu'il n'attendra
point les navires marchands qui ne font pas en état
de mettre en mer.-M. Guy Carleton doit avoir un
commandement en Amérique. - Le bruit court
mais perfonne n'y croit , que le Miniftre de Ruf
fie a offert au Roi des fubfides de l'Impératrice fa
Souveraine.
-
Un bâtiment qui arrive des Ifles de l'Amérique ,
écrit- on de Corke , en date du 29 Novembre ,
afſure avoir rencontré l'Amiral Hood faifant route
des Inles du vent. Le maître du navire ajoute que
cet Amiral avoit appareillé de New-Yorck le 3
Novembre. Les Agents du Gouvernement difent
que l'on embarquera beaucoup de troupes dans ce
port vers le mois de Février , & ils font préparer
des vivres en grande quantité.
--
La défenfe de l'Irlande fera confiée l'année prochaine
aux Milices & aux Volontaires , la plus
grande partie des troupes de ce Royaume devant
s'embarquer pour l'Amérique . Le Gouvernement
n'ayant reçu aucunes nouvelles du Chevalier Wrigt ,
Commandant en Géorgie , & ayant appris que Don
Solano avoit entrepris une expédition fecrette , eft ,
dit-on , dans de vives inquiétudes fur le fort de
cette province.
» L'Amiral Rodney , écrit -on de Portsmouth le
9 Décembre , vient d'arriver ici ; il a huffé fon pavillon
à bord de l'Arrogant , de 74. Le vent ayant
été très-fort depuis fon arrivée , tout le monde
s'empreffe à montrer fon zèle & les travaux vont
une rapidité inconcevable . Les ouvriers
travaillent nuit & jour dans les chantiers aux
vaiffeaux qui font en conftruction.
de 74 canons , eft arrivé ici des Dunes.
frégates la Minerve & la Daphné ont mis hier à
Ja voile pour Lisbonne , ayant fous leur convoi
avec
- Le Fame ,
-- Les
( 192 )
*
plusieurs bâtimens marchands. On apprend de
Torbay que l'Amiral Kemperfeld a pris & envoyé
à Portsmouth un bâtiment François qui étoit venu
reconnoître fon efcadre . La frégate l'Artois -
a pris fur les Hollandois deux corfaires apparte
nans à la ville d'Amfterdam ; l'un fe nomme l'Hercules
& l'autre le Mars , ils font percés pour 24
Le Samfon , de 64 , eft arrivé au
Sund le 19 de Novembre avec trois frégates . Ce
fera pour cette année le dernier convoi que l'on
fournira au commerce de la Baltique.
canons.
Un détachement de l'armée du Général Heath
lit - on dans une lettre de Philadelphie du 17 Octobre
, commandée par le Major Trefcott , s'eft
emparé le 3 de ce mois du Fort Slongo & de
Long- land. Deux Capitaines , un Lieutenant & 18
particuliers furent faits prifonniers ; il y en a eu
deux tués & deux bleffés. Le Major Heath s'eft
emparé de 4 canons , d'un de fonte de trois livres
de balles , & d'une grande quantité d'argent , de
munitions , de marchandifes & d'habits .
Lorfque M. Laurens fut informé que le Lord
Cornwallis avoit pénétré dans la Virginie , il dit :
Ce Général pourra brûler du tabac & détruire
quelques maifons , comme a fait Arnold ,
mais
s'il ne revient pas bientôt fur les pas , il éprou
→ vera certainement le fort de Burgoyne «. Quand
an l'a inftruir que ce Lord avoit été fait priſonnier
, il dit : » Je ne me réjouis du malheur de
>> perfonne. Cet évènement peut avoir des fuites
» favorables pour les deux partis ; mais ce qu'il
» y a de sûr , c'eft que Cornwallis
ni aucun
de fes Officiers , ne fera traité auffi inhumai-
» nement que moi « . Après avoir plaint le fort
des malheureux Américains exceptés de la capitulation
par l'article 10 il a ajouté : » Au refte ,
ces Américains ne font peut-être pas au nombre
de so , & ne paffent certainement pas celui
de soo. Il y en aura fort peu de condamnés
à mort , & parmi ces derniers , il ne fe trouvera
» pas un feul homme de marque.
23
כ כ
3
X
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TUR QUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 1er. Novemb
LE Capitan- Pacha eft arrivé ici le 23 du
mois dernier, avec le vaiffeau qu'il monte &
quelques galiotes . Après avoir eu une audience
du Grand -Vifir , il eft retourné à fon
bord pour y attendre fes autres vaiffeaux.
Lorfqu'ils feront raffemblés il fera fon entrée
publique.
On travaille avec beaucoup d'activité à
réparer les fortifications d'Ifmaïl , d'Ilraïlow
& d'Ifaccia , fur le Danube. Ces trois
fortereffes font fort connues depuis la dernière
guerre avec les Ruffes .
Le Commiffaire de la Porte cft parti avec
M. Timoni , Agent de l'Empereur , fur un
bâtiment Ragufain , pour fe rendre à Alger .
On attend avec impatience ce que la Régence
décidera , relativement aux bâtimens
Autrichiens réclamés par l'Internonce Im
périal .
29 Décembre 1781. i
( 194 )
RUSSI E.
De PÉTERS BOURG , le 15 Novembre.
,
LA Comteffe de Romanzoff , mère du
Maréchal de ce nom , Grande- Maitreffe de
la Cour , & Dame de l'Ordre de Sainte-
Catherine , vient de tenir fur les Fonds de
Baptême , la Comteffe Apraxine , fon arrière-
petite-fille , au nom de l'Impératrice ,
qui a bien voulu en être la marraine . Le
parrain eft le Grand-Duc Alexandre. Madame
de Romanzoff eft née & a été mariée
fous le règne de Pierre- le-Grand .
L'augmentation que l'Impératrice veut
faire à fa marine , la portera à 54 vaiffeaux
de ligne ; elle n'eft actuellement que de 34.
On dit que les ordres font donnés pour
conftruire ici en même-tems fur nos chantiers
10 vaiffeaux de 100 canons. Il y aura
toujours 10 , tant vaiffeaux que frégates ,
dans le nouveau port de Cherfon , fur la
mer Noire.
On dit qu'outre les troupes qui , depuis
quelque tems ont déjà été envoyées du côté
de la Crimée , 8 autres régimens ont reçu
ordre de prendre le même chemin.
DANEMARCK.
.
De COPENHAGUE , le 25 Novembre.
LA Compagnie de la Baltique vient d'acheter
en Hollande 4 gros vaiſſeaux , pour
( 195 )
les envoyer aux Indes Orientales ; & elle a
réfolu d'en acheter encore d'autres pour la
même deftination .
La Chambre générale de Douane pour
le commerce des Ifles Danoifes , dans , les
Indes Occidentales , & pour celui de la
Guinée , a réfolu lei de ce mois d'établir
des Comptoirs de Lettres , pour faciliter la
correfpondance entre la Capitale & les
Ifles. Il y en aura un ici & un dans chacune
des trois Ifles. Les lettres pour cette
deftination feront remifes au Comptoir de
cette Ville , en payant fur-le - champ le port
dont la taxe eft modérée. Le Comptoir de
Copenhague fera ouvert le premier Janvier
prochain , & ceux des Ifles quatre
femaines après la publication de la réfolution
de la Chambre .
» Depuis huit jours , écrit- on de Chriftiansand ,
en date du 7 de ce mois , il eft arrivé ici & dans les
autres ports de Norwège , près de 300 voiles de
diverfes Nations . On compte dans ce nombre une
flotte Angloife d'environ 250 bâtimens , fous l'ef
corte de l'Africa de 64 , & d'une frégate de 20
canons. La femaine dernière quelques navigateurs
ont rencontré , à 3 milles de ce port, un gros bâtiment
Anglois qui avoit perdu fon gouvernail ; ils l'ont
conduit heureufement à Mandal . Ils recevront pour ce
fervice 6000 rixdales , d'après la convention faite
avec le Capitaine «.
-
Il y a actuellement dans le Sund 156
bâtimens , parmi lesquels on compte 2 vaiffeaux
de guerre Anglois & 2 frégates , ayant
fous leur eſcorte 143 navires.
i 2
( 196 )
Un bâtiment venant de Bordeaux , &
allant à Stetin avec une cargaifon de vin
& de planches , a péri pendant un orage
près de Laifoë ; l'équipage s'eft fauvé.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , les Décembre.
LES fêtes fe fuccèdent tous les jours depuis
l'arrivée du Comte & de la Comteſſe
du Nord ; ces illuftres Voyageurs employent
tout le tems qu'elles leur laiffent à visiter
ce que cette Capitale & fes environs offrent
de curieux.
Le Prince de Gallitzin , Ambaffadeur de
PImpératrice de Ruflie , a diftribué les préfens
de fa Souveraine aux Miniftres de
l'Empereur ; le Prince de Kaunitz , Grand-
Chancelier , a reçu une boîte avec le portrait
de l'Impératrice , richement garnie de
diamans ; on l'évalue à 35,000 florins ; le
Prince de Gallitzin en a reçu auffi une
montée en diamans.
L'Empereur toujours occupé du bien de fes
fujets a voulu donner à Carlo -Pago , près de Zeng ,
en Dalmatie , un nouveau port qui offrira des
avantages au commerce. La fituation choifie eft d'autant
plus avantageufe , que les deux prefqu'îles qui
avancent dans la mer forment naturellement ce port
qui a plus de deux lieues d'étendue . Les plus grands
vailicaux de guerre pourront y mouiller en fûreté
contre les flots & les vents. La chauffée de Carlſtadt
que l'Empereur a fait élever à grands frais , & qui
portera fans doute le nom de Chauffée Jofephine ,
conduit directement à ce nouveau port ; un Lieu(
197 )
tenant-Colonel du Corps du Génie , a été chargé de
fe rendre fur les lieux pour mettre fin à cette glorieufe
entreprife. On bâtira fur la chauffe ; & on s'attend
à voir fe former bientôt des Villages & des Auberges
pour la commodité des voyageurs & des voituriers «
L'Edit par lequel l'Empereur a aboli la
fervitude en Bohême , eft conçu ainfi .
Ayant reconnu que l'abolition de la fervitude &
l'établiſſement d'une foumiffion modérée à la place ,
d'après l'exemple de nos Etats héréditaires d'Autri-
" che' , avoient l'influence la plus heureufe fur la culture
du pays , fur l'induftrie des habitans , & que
la raifon & l'humanité plaidoient en faveur de la
liberté , nous avons trouvé bon d'abolir entièrement
& dès -à-préfent la fervitude , & de fubftituer à fa
place une foumiflion modérée ; à ces cauſes , & en
vertu de notre pouvoir légitime , nous avons prefcrit
& prefcrivons aux Seigneurs territoriaux & à
leurs Employés , ainfi qu'à nos fujets , ce qui fuit :
1 °. Tous les fujets ou vaffaux quelconques , pourront
fe marier après avoir notifié préalablement leur ma
riage au Seigneur , & en avoir obtenu le certificat de
préfentation qui leur fera délivré gratuitement. 2 ° .
Il fera libre à chacun des fujets ou vaffaux de quitter
le domaine de fon Seigneur , & de s'établir ou de
s'engager ailleurs dans le pays , en obfervant toute
fois le règlement pour l'enrôlement ; mais lorfque
quelque fajet ou vallal des Seigneurs quittera fon
ancien Seigneur pour s'établir ailleurs , il fera obligé
de lui demander un congé , pour conftater qu'il eft
quitte envers lui des devoirs auxquels il étoit tenu ;
ce congé lui fera donné gratuitement , & fera préfenté
par lui au nouveau Seigneur. 3. Tous les
fujets ou vaffaux, quelconques pourront apprendre
des arts , des métiers & c . , comme ils le jugeront
à propos , & il leur fera permis de gagner leur vie
par-tout où ils voudront fans avoir befoin de prendre
pour cette raison des lettres de congé. 4º. Ils
13
( 198 )
ferent difpenfés de faire à l'avenir aucuns fervices
pour leurs Seigneurs. s . Ceux , cependant , qui font
orphelins de rère & de mère , ferent obligés , par
rapport à la turèle faite gratuitement par les Seigneurs
, de faire des fervices à la Cour pendant les
années ufitées en pareil cas ; ce tems de fervice ne
pourra pourtant pas furpaffer l'espace de trois ans ,
& il n'aura lieu que dans les endroits cù il eft d'ufage.
6°. Outre les preftations en nature & en argent
dépendantes du fol & auxquelles les fujets on vallaux
feront tenus même après la fuppreffion de la fervitude
, & qui font déterminés par des règlemens faits
à ce fijet pour nos Etats héréditaires de Bohême ,
les fujets ou vaffaux ne pourront plus être impofés
d'aucune autre manière ; & comme ils ne font plus
à confidérer comme des feifs , rien ne pourra
plus être exigé d'eux à titre de fervitude . —
Du refte il eft entendu que les vallaux demeureront
obéiifans à leurs Seigneurs , conformément
aux loix qui fubfifteront toujours , quoique la fervitude
foit abrogée par le préfent Edit. Donné à
Vienne , le premier Novembre 1781 .
L'Ordonnance en faveur des Juifs étabis
en Bohême contient les difpofitions
fuivantes :
1º. Tous les actes , contrats , teftamens , comptes,
livres de commerce , & c . feront faits , dans l'intervalle
de deux ans , dans la langue des Tribu
naux & Greffes du pays qu'ils habitent , fous
peine de nullité . Il ne leur fera permis de
fe fervir de leur langue nationale que dans leur
culte . On établira une école judaïque , conformément
au plan des écoles normales , laquelle fera
fous l'infpection de la Direction des écoles , fans
que cependant cet établirlement puifle être contraire
à leur culte & à leur doctrine. 2. Les Juifs feront
tenus d'envoyer aux écoles principales & normales
de bons fujets de leur Nation , pour y être for(
199 )
cole.
-
-
més à devenir des Précepteurs & des Maîtres d'é-
La Direction des écoles Chrétiennes fera
obligée d'aflifter aux examens qui fe feront dans
les écoles Juives , & elle veillera à ce qu'il s'y in
troduife des livres élémentaires & autres , pour le
fervice des écoles qui , fans préjudicier à leur Religion
, renferment une morale adaptée à la morale
philofophique. On y employera les livres élémentaires
qui font dans les écoles Chrétiennes , pour
apprendre l'orthographe , la grammaire , la géographie
, l'hiftoire & la géométrie , en laiffant de
côté tout ce qui ne convient pas à leur fyftême de
Religion . 3. Dans les endroits où il n'y aura pas
d'écoles Juives , les enfans des Juifs feront envoyés
aux écoles Chrétiennes , pour y être inftruits
dans toutes les connoiffances utiles & conformes à
leur Religion. Il fera auffi permis aux jeunes gens
de la Nation Juive d'aller aux Univerſités des Etats
héréditaires & d'y faire leurs études. 4. Il fera peraux
Juifs comme aux autres fujets de lire tous les livies
approuvés ; & lorfqu'ils voudront en faire venir
de l'Etranger , its feront obligés d'en demander
la permiffion , & tenus encore de les foumettre à
la cenfure , comme ceux qui s'imprimeront dans
leuis Imprimeries. Quant à l'état civil des Juifs ,
S. M. I. leur permet de prendre à bail pour 20
années , & même pour un tems plus long , dans les
endroits où ils font tolérés , & non par- tout le
Fays , des terres en friche & auffi des terres cultivées
, pourvu qu'elles n'appartiennent point à des
fujets contribuables. Ils pourront même acquérir
légalement la propriété des terres en embrailant la
Religion chrétienne. Comme les Juifs ont trèspeu
de connoiffance dans l'Agriculture , il leur
fera permis de prendre à leur fervice , fous certaines
conditions , & feulement pour quelques années
, des garçons laboureurs Chrétiens , pour en
apprendre la manière de labourer la terre. La nai
4
7 200 )
tion Juive pourra auffi faire le charriage & ap
prendre des métiers & des profeffions chez des
maîtres Chrétiens ; & les Artiſans Juifs fe conformeront
aux ftatuts & règlemens des corps de métier
dans chaque province ou endroit où ils exerceront.
It en fera de même lorfque les Juifs apprendront
la peinture , la fculpture & les autres
arts libéraux . Il leur fera auffi permis de
travailler dans les fabriques & de faire le commerce
en gros & en détail ; enfin ils pourront
établir toutes les manufactures que les loix ont jugé
être des travaux libres , comme la filature , la
oilerie , & c.
De HAMBOURG , le 12 Décembre.
>
LES recrues que le Colonel Faucitt eft
venu négocier en Allemagne vont avec
beaucoup de lenteur ; jufqu'à préſent l'appui
qu'il reçoit de différentes Cours le
zèle même avec lequel elles ont pris föin
de charger des Officiers à leur fervice du
foin de recruter , ne produifent pas beaucoup
de foldats. Les levées faites en Allemagne
depuis qu'on a commencé à y ouvrir
un marché , dont l'homme eft limarchandife
que vendent & payent d'autres
hommes , ont épuifé bien des endroits ; &
les deux Régimens Hanovriens , levés dernièrement
pour les Indes orientales , ont
encore augmenté la difette de cette denrée ,
devenue de premier befoin pour l'Angleterre.
Ce qui n'encourage pas davantage
les recrues , c'eft qu'un bâtiment de transport
parti le 28 Octobre dernier avec les troupes
Hanovriennes , eft rentré dans l'Elbe avec 250
( 201 )
hommes malades qui ne lui ont pas permis
de fuivre le convoi ; il eft revenu travailler
à leur ét bliffement , & attendre une nouvelle
flotte à laquelle il fe joindra , fi fa cargaifon
peut foutenir le voyage.
S'il faut en croire quelques lettres de Vienne
, l'Empereur pourfuivant avec fermeté fes
projets de réforme , a , dit - on , le deffein de
fupprimer tous les Couvens de Religieufes de
fes Etats , à l'exception de ceux des Urfulines
& de Sainte-Elifabeth. Chaque Religieufe ,
ajoute- t on , auroit la liberté de fe fécularifer
avec une penfion viagère , ou d'aller paffer le
refte de les jours dans les Couvens qu'on
conferve ; mais ceux- ci qui , obferve-t - on
font déja très- peuplés , ne pourroient en recevoir
un grand nombre. On prétend que
l'Edit a dû paroître à la fin de Novembre.
>
» La Secrétairerie d'Etat de Naples , chargée des
affaires Eccléfiaftiques , a envoyé au Grand- Aumônier
un ordre du Roi pour mettre en féqueftre les
revenus de trois riches Abbayes , celles de San- Léonardo
delle matine dont le revenu eft de 25,000 ducats
, de Sant- Angelo in vultu qui en rend 7000 ,
& de Sant- Angelo in formis qui n'eft que de 3000.
Ces Abbayes furent dès l'année dernière reconnues
pour être du Patronage Roval . S. M. s'en réferve
l'ufage que fa fageffe Ini dictera En attendant on
payera fur les revenus de la première l'Avocat qui a
fi bien défendu les droits Royaux «.
Le 8 de ce mois le Roi de Pruffe a donné
une Déclaration ultérieure fervant d'éclairciffement
à celles des 30 Avril & 3 Novembre
dernier concernant la navigation
is
( 202 )
de fes fujets pendant la guerre actuelle.
1º. Il eft hors de doute que les navires Prudens
qui ont mis en mer avant la publication de l'Ordonnance
du 3 Novembre , & qui par conféquent
n ont pu fe munir des paffe- ports requis par
cette Ordonnance , ne fauroient être ſoumis à cette
nouvelle loi , & que le défaut de paffeports fignés
des Miniftres du département des affaires étrangères
à Berlin , ne doit leur préjudicier en aucunes
manières néanmoins pour prévenir & lever toute
difficulté à cet égard , on ftatue & ordonne par la
Préfente , que l'obligation de fe pourvoir des paffeports
de la Cour , ne datera que du rer . Janvier
de l'année 17812. 2 °. L'exemption des pafleports de
la Cour , accordée par la déclaration du 3 Novembre
, aux petits bâtimens au-deffous de so tonneaux
, qui fans for ir du Canal , trafiquent uniquement
fur la mer Baltique & dans celle du Nord ,
leur eft confirmée par la Préfente , & ils pourront
comme ci -devant s'adreffer aux Amirautés ou Chambres
de guerre des Provinces refpectives , aux Magiftrats
des lieux , auxquels on a enjoint itérativement
de veiller à ce qu'il ne fe commette point d'abus
, & à ce que ces paffeports ne foient accordés
qu'à des fujets actuels & domiciliés dans les Etats
du Roi ; l'intention de S. M. en affujettiffant les
navires commerçant au loin aux paſſeports pris à la
Chancellerie d'Etat , & fignés des Miniftres du département
des affaires étrangères , n'étoit que
procurer à ces navires une entière fûreté , &
Les garantir , autant qu'il eft poffible , des difgraces
qui pourroient leur furvenir. 3 ° . Comme il n'eft
guère poffible aux Patrons des vaiffeaux d'envoyer
à Berlin des connoiffemens complets & exacts de
leurs cargaifons avant de les avoir chargées , ceux
qui feront dans le cas d'exiger des paffeports de la
Cour , feront feulement tenus de joindre à leur
demande des certificats généraux de la part des
de
( 203 )
Amirautés , Chambres ou Magiftrats refpectifs ,
qui conftateront la propriété du vailleau & indiqueront
la qualité des marchandiſſes , & en quoi
doivent confifter les cargaifons à faire ; ce qui
fuffira aux Miniftres du département , pour juger
de la légitimité de leurs demandes ; à condition
cependant qu'ils en communiqueront des connoiffemens
juftes & exacts aux Colléges ou Magiftrats
du lieu où le vaiffeau fera chargé , pour en obtenir
les atteftations ufitées jufqu'ici , fur la quantité
de leurs cargaifons . 4 ° . Quoique par l'Ordonnance
du
30 Avril , on ait confeillé à tous les Sujets Pruffiens
de n'exercer la navigation & le commerce de
la mer que pour leur compte , & avec des effets leur
appartenant en propre , & que dans la déclaration du
3 Novembre , on ait fait mention que les fréteurs
& propriétaires des vaiffeaux , pour être autorifés
à demander les paffeports de la Cour , feront obligés
d'artefter par des certificats authentiques qu'ils
font véritablement fujets du Roi , on déclare par
la Préfente , que la première reſtriction n'érant
qu'un confeil donné pour encourager le commerce
national , & la feconde n'ayant été faite
que par un motif de la plus fcrupuleufe précaution
, on n'a point entendu par-là prohiber aux fujets
& navigateurs Pruffiens , qui feront manis des
paffe-ports néceffaires , tout commerce étranger , &
même de charger leurs vaiffeaux , conformément
au fecond article de la déclaration du 30 Avril ,
de marchandiſes & effets appartenant même aux
nations belligérantes , pourvu que la deftination
de ces effets ne foit point pour quelque port
ou place bloqués ou affiégés ; & en ce cas ils
pourront s'affurer de la protection royale que
S. M. leur accorde à l'exemple & felon les mêmes
principes reçus & publiés à ce fujet par d'autres
puiffances . Cet éclairciffement fervira à prévenir
toute interprétation erronée qu'on pourroit faire
i 6
204
1
de la déclaration du 3 Novembre. 5 °. Les Commandans
ou Officiers des vaiffeaux Pruffiens , arrivés
au lieu de leur deftination , feront vifer & examiner
leurs paffeports par le Conful du Roi , s'il
s'y en trouve un , afin que celui- ci certifie que ce
font les mêmes qui ont été donnés à leur navire.
69. Les mêmes Commandans auront l'attention de
fe munir en outre de leurs paffe -ports , des Ordonnances
des 30 Avril & 3 Novembre , ainfi que de
la préfente Déclaration : elles leur ferviront nonfeulement
d'inftruction & de règle , mais les mettront
à même de jaſtifier leur conduite en toute
Occurrence. S'il arrivoit cependant qu'un de ces navires
Pruffens fût trouvé en mer peu en règle
& dépourvu des paffe-ports néceffaires , cela
feul ne pourroit autorifer les Commandans des
vaiffeaux armés des nations belligérantes à l'arrêter
ou à s'en emparer , à moins qu'il ne fût trouvé
dans le cas d'une contravention manifefte aux
droits des gens & de la neutralité que Sa Majeſté
a embraffée .
ESPAGNE.
De MADRID , le 4 Décembre.
LA marine vient de perdre un excellent
Officier par la mort de D. Vincent Doz ,
Chef- d'efcadre , qui vient de mourir dans
un âge très avancé. On ne fait pas encore
fi D. Bonnet a refufé le commandement
du blocus de Gibraltar ; jufqu'à préfent il
refte attaché à la flotte dont il eft le fecond
Commandant.
» Les nouvelles batteries élevées en avant de
celles de St -Charles , écrit- on du camp de St-Roch ,
ont café affez d'inquiétude aux Anglois pour les
décider à faire une fortie par la porte de terre , ce
( 205 )
qu'ils n'avoient pas ofé tenter jufqu'ici . Ce fut dans
la nuit du 26 au 27 de ce mois , que 8 compagnies
de grenadiers & 2 régimens vinrent attaquer vers
les 3 heures du matin , au moment du coucher de
la lune , les batteries élevées de ce côté . Comme la
garde qui les défendoit étoit foible , & hors d'état
de réfifter , l'ennemi eut le tems d'enclouer quelques
canons & de détruire quelques mortiers ; il mit le
feu aux ouvrages. Il y a eu quelques hommes tués ,
bleffés & faits prifonniers. Un volontaire du régiment
d'Aragon , en fentinelle dans ces poftes avarcés
, jetta bien l'alarme , il parvint même à défarmer
un foldat Anglois qu'il fit prifonnier . Mais les ennemis
eurent le tems d'achever leur opération. On a
appris , dit-on , par ce feul prifonnier
que cette
forrie n'a été entreprise que d'après les avis & les
renfeignemens d'un Caporal & d'un foldat déferteurs
des gardes Vallones , qui ont guidé les Anglois dans
leur marche nocturne , à l'endroit qu'ils favoient
qu'on pouvoit furprendre . Si les grandes gardes de
cavalerie avoient été averties , la retraite de l'ennemi
auroit été sûrement coupée ; on accufe de
négligence 'Officier qui commandoit la tranchée.
cette nuit , & on faura par l'enquête qu'on va faire ,
fi c'est à lui ou à quelqu'autre qu'on doit fe prendre
de cet évènement , qui heureufement n'a pas eu les
fuites qu'on craignoit , puifque le dégât eft prefque
réparé , & qui avertira d'être toujours fur les gardes .
On a parlé fi diverfement & d'une manière
fi obfcure de l'ex-Jéfuite enlevé d'un
paquebot Efpagnol , accueilli par la Cour
de Londres qui le plaça fur Pefcadre du
Commodore Juhnftone , & enfin emprisonné
dernièrement , qu'on ne fera pas fàché
de trouver ici tour ce qu'on a pu recueillir
fur ce perfonnage fingulier.
Cet homme dit fe nommer Arifinendi , & quoique
( 206 )
ce nom fcit fort commun dans la Navarre & dans
quelqu'autres parties de l'Elpagne , on ne le croit
pas né en Europe , mais dans l'Ile de St-Domingue.
Il avoit paflé , on ne fait comment , fur le Continent ,
& il demeuroit dans la ville de Cordoue , dans le
Tucuman. Soit que par fes menées ou par fes propos
il eût indifpofé contre lui l'Adminiſtrateur des revenus
du Roi , cet Officier public crut devoir l'envoyer
par-devant le Vice-Roi de Buenos-Ayres , pour
qu'il examinât fa conduite. Arifmendi partit fous
la garde d'un feul homme dont il lui fut facile de
fe débarrailer ; en entrant dans Buenos-Ayres , il
fut fe réfugier chez les Pères de la Mercy. Là , il ſe
do na comme Jéfaite , & comme Religieux inne.
cent & perfécuté . Cet afyle ne le mit pourtant pas
à l'abri des recherches de l'Adminiſtration , qui
mit tout en oeuvre pour découvrir s'il étoit vérita
blement Prêtre ou Jéfuite ; Arifmendi ne put jamais
prouver ce qu'il avançoit ; il ne fur jamais poffible
de favoir s'il avoir quelque teinture des Belles -Lettres.
Cependant plufieurs faits étant à la charge de cet
intrigant , le Vice-Roi ne jugea pas à propos de
le garder dans le pays , & l'envoya en Europe fur
un bâtiment qui faifoit voile de la Plata ; il n'étoit
point chargé de fers à bord , comme on l'a débité
en Angleterre. Il avoit toute fa liberté comme les
aurres paffagers , & il n'en profitoit que pour vivre
avec les matelots , joier & s'enivrer avec eux. Le
Capitaine , l'Aumônier du navire , voulurent fouvent
l'admettre dans leur compagnie , & l'enlever à cette
vie crapulenfe. Ils ne purent jamais vaincre fes
habitudes , & le prétendu Jéſuite raffa tout le tems de
la traversée à côté d'un grand coffre où il avoit placé
quantité de bouteilles d'eau- de-vie , ou fur le pont ,
à jouer avec les matelots . Le navire fut pris , comme
l'on fait , & conduit dans un port d'Ecoffe , Ariſmendi
continua de jouer fon rôle , & rénffit au point que
le Cabinet de St-James l'envoya chercher à grands
( 207 )
frais , & lui affigna 8 guinées par ſemaine pour
fa nourriture. Le Capitaine , le Pilote & quelques
paffagers du bâtimens Etpagnol vinrent aufli quel-
-que- ems après à Londres Inftruits par les bruits
publics de la fortune d'Arifmendi , & des projets
que la Cour de Londres formoit d'après les connoiffances
que cet homme a oit de l'Amérique Epagnole
, ils le virent , & la preuve qu'il n'avoit
aucun plan de formé contre les intérêts de fa patrie ,
c'est qu'il confentit à fe laiffer tranfporer fur le
Continent. Un bâtiment l'attendoit à Douvres ; il fe
mit en route ; mais felon fa courume , il s'arrêta à
chaque porte pour y boire & enfuite pour dormir ,
de manière que ne le voyant pas de retour un foir
chez lui , les émiffaires du Gouvernement fe répandirent
fur le chemin , & on le trouva dans un
cabaret d'où on le ramena à Londres . Les Espagnols
qui l'emmenoient furent alors relégués à 20 lieues
de la Capitale , avec défenfe d'y revenir. Il et
conftat que dans ce tems l'armement de Jonhstone
étoit deftiné contre les poffeffions Efpagnoles . Les
offres éblouifantes que ce Commodore fir au pilote
du bâtiment fur lequel avoit été pris Arifmendi , en
fourniffent la preuve , ainfi 1 accueil fait à cet
avanturier , par cela feul qu'il pouvoit donner quelques
renfeignemens fur ces provinces éloignées . Les
préparatifs de M. de Suffren dérangèrent ce plan ; &
alors fealement la Cour de Londres changea la
deftination de Jonhstone. Cependant Ariſmen i étoit
embarqué fur la flotte ; & il fut jetté à St-Jago , où
'étant déformais inutile au Commodore , il fut
envoyé à Rio-Janéiro , fur un bâtiment frété par
quelques Anglois. Il n'y fut pas plutôt , qu'il porta
ombrage au Vice-Roi qui le fit partir pour Lisbonne.
Là , il trouva le moyen d'entretenir notre Ambaf
fadeur des affaires de l'Amérique Espagnole , &
comme il parut en raifonner pertinemment , l'Ambaffadeur
crur qu'il pourroit être utile au Miniftre
que
(-208 )
des Indes , à qui il le recommanda à Madrid. C'eſt à
la feconde entrevue qu'il eut avec les Miniftres du
Roi que , reconnu par un Officier venu de Buenos-
Ayres avec lui , il a été arrêté . A juger de cet avanturier
par les moeurs & fa conduite , c'eft un homme
vil & un imbécille ; mais fi l'on réfléchit qu'il a pu
intéreffer à fon fort les Miniftres de plufieurs Puiffances
, & donner de l'ombrage à quelques autres , il
ne doit pas être un homme ordinaire «.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 16 Décembre.
LA néceffité de faire paffer des fecours
aux Ifles , où leur arrivée eft urgente , occupe
toujours le Ministère ; nos papiers ne
manquent pas d'annoncer que Sir George
Rodney y conduit 15 vaiffeaux ; qu'il y
trouvera l'Amiral Arbuthnot , qui a eu ordre
de fuivre le Comte de Graffe , & qu'alors
il aura une fupériorité décidée ; on ne
doute pas ici que l'Amiral Kempenfeld ne
bloque le port de Breft , & qu'il n'empêche
Pefcadre qui doit en partir , de mettre à la
voile , jufqu'à ce que Rodney ait eu aflez
d'avance pour arriver avant elle ; mais il
fe peut que Kempenfeld ne rempliffe pas
cette commiffion ; qu'il ne foit arrivé trop
tard devant Breft , & que les François n'aient
la primiuré que nous voulons nous affurer
; ce qu'il y a de fûr , c'eft que ce n'eft
que le que l'Amiral Rodney a fait fignal
de défaffourcher à Portsmouth , & le même
jour les vaiffeaux ont defcendu vers Ste
( 209 )
Hélène ; ils confiftent dans l'Arrogant , le
Conqueror , le Fame de 74 ; l'Anfon , le
Protée , l'Yarmouth de 64 , & la frégate la
Flore de 36. Cela ne fait en tout que fix
vaiffeaux ; il doit être joint à Ste -Hélène
par le Répulfe & le Nonfuch de 64 , qui
font fortis de Plymouth le 11 , ce qui porteroit
fon efcadre à huit ; ce nombre eft
encore bien éloigné des 15 qu'on lui donne ;
fi l'Amiral Kempenfeld lui en donne 7 des
fiens , il n'en a que onze , & il n'en ramèneroit
plus que 4 dans nos ports , où
nous avons befoin d'en avoir un plus grand
nombre , fur- tout dans un moment où nous
ne pouvons nous paffer d'une efcadre en
Europe , & où il faut que nous en envoyons
auffi une dans l'Inde . Il eft impoffible que
Rodney puiffe emmener avec lui autant de
vaiffeaux qu'il en auroit befoin dans des
parages où M. de Graffe paraît en avoir
déja 36 , où les renforts de Breft peuvent
arriver en même-tems que les nôtres , où
il peut en arriver également de Cadix &
de la Havane , où nous favons que les Epagnols
ont encore 13 à 14 vaiffeaux.
Ce qui fait préfumer que l'Amiral Kempenfeld
n'empêchera pas le départ de l'efcadre
de Breft , c'eft que le 6 de ce mois
il étoit aux Sorlingues ; & au lieu de s'y
arrêter , il auroit dû marcher fur le champ
auprès du port qui nous inquiète , & où
vraisemblablement il n'auroit pas fait grand
chofe , puifque les François pouvoient for(
210 )
tir avec des forces bien fupérieures ; il eft
de fait que fur tous les points du théâtre
de la guerre , notre infériorité devant eux
eft réellement alarmante.
Ce n'est point le Général Vaughan qui
retourne en Amérique avec l'Amiral Rodney
; c'eft le Général Mathew qui le remplace
dans le commandement des Ifles ; &
il eft embarqué à bord de l'Arrogant. Le
foin de raſſembler le convoi deſtiné pour
ces contrées & les tranſports chargés de munitions
& de troupes , peut avoir encore
retardé le départ de l'Amiral ; le 11 , le
97e régiment qui doit paffer à Antigoa ,
n'étoit pas encore embarqué. On croit que
le plus grand nombre des troupes partira
dans un autre moment.
Nous apprenons , lit-on dans un de nos papiers ,
qu'il a été mis un embargo fur tous les bâtimens
dans les Ifles de l'Amérique , pour les empêcher
d'aller à la Barbade , & cet évènement donne les
plus graudes inquiétudes fur le fort de cette Ifle ,
fi précieufe pour la Grande-Bretagne. Celui la Jamaïque
n'eft pas moins alarmant. » Nous travaillons
, écrit un habirant de cette Ifle , avec la
plus grande vivacité , à réparer les ravages du
dernier ouragan dans les Comtés d'Hanover & du
Weft-Moreland . Nous relevons nos maiſons , qui
n'auront déformais qu'un feul étage . Les vents
terribles du mois d'Août n'ont point fait heureufement
de dommage confidérable à nos cannes à
fucre , parce qu'elles n'étoient pas affez hautes .
Nous avons d'ailleurs été fort maltraités dans nos
plantations , ce qui a porté à un prix exceffif toutes
les denrées néceffaires à la fubfiftance des habitans
, & même celles pour la nourriture des Nè(
211 )
--
gres . Notre fort feroit affreux , fi dans ce moment
nous venions à être attaqués . On affure , ajoute
le même papier , que le Lord Cornwallis , qui revient
en Angleterre , y eft attendu vers Noël . On
eft généralement d'avis que ce Lord auroit dù refufer
de figner toute capitulation , plutôt que de
figner le dixieme article. Se rendre à difcrétion
étoit tout ce qui pouvoit lui arriver de pis , &
cela valoit mieux que de rifquer la vie d'un millier
de braves Américains , dont l'unique crime
étoit d'avoir perfifté à défendre les droits de la
Grande -Bretagne , d'avoir été fidèles à leur Souverain
, & attachés à leur Mère- patrie . Une circonf
rance qui aggrave fa cataſtrophe , c'eft que le chef
des Chéroquis , defcendant du fameux Outacite ,
qui , fur les premiers fuccès de ce Lord , penchoir
à faire la paix avec nous , va s'attacher plus que
jamais au parti de la France & des Américains
«.
Une remarque affez générale que l'on
fait ici , c'eft que le Général Burgoyne n'a
été pris par les Américains que parce que les
Commandans des efcadres Angloifes s'éloignèrent
pour aller à la baie de Chéfapéak
, & le Lord Cornwallis n'a été forcé
de fe rendre que parce que nos Amiraux
n'ont pas éré dans cette baie. Tout le monde
s'accorde à rejetter fur nos Miniftres le
mauvais fuccès des campagnes dont ils paroiffent
feuls avoir formé les plans ; mais
les Généraux qui les ont exécutés ne font
peut-être pas à l'abri de tout reproche. On
ne conçoit pas comment le Lord Cornwallis
a pu quitter la Caroline , pour entrer dans
la Virginie où il n'avoit aucune place dans
laquelle il pût tenir , fans s'être affuré du
7 212 )
moins de fes derrières pour éviter le fort qu'il
a effuyé. Il ne devoit pas être dans le préjugé
qui nous donne tant d'amis en Amé
rique ; il étoit fur les lieux ; il devoit favoir
qu'il entroit dans une Province ennemie
où tout le monde étoit contre lui , & il
femble qu'avant de s'y engager , il auroit
dû examiner ce qu'il pourroit ; un Géné-
Fal habile & prudent calcule les chances ,
prévoit celles qui font contre lui , & ſe
prépare d'avance à у remédier.
Nos défaftres ont été grands en Amérique ;
on n'a pu les diffimuler à la Nation ; le feul
objet confolant que nous a offert le difcours
du Roi au Parlement eft l'affurance que
notre fituation étoit plus avantageufe dans
l'Inde . Mais n'a- t - il point été trompé Il eft
fi facile quand on parle de lieux fi éloigués
dont les nouvelles arrivent lentement de publier
ce que l'on veut , que peu de perfonnes
ont cru à ce qu'en en difoit de
favorable ; & depuis quelques jours les
papiers les plus attachés au Ministère ont
publié ce paragraphe qu'on eft bien étonné
qu'ils n'aient pas adouci , puifqu'ils ne le
fupprimoient pas.
22 La Compagnie des Indes vient de recevoir de
ces Contrées des avis de la nature la plus alarmante
relativement aux progrès & aux déprédations d'Hyder-
Aly. Le pavillon François flotte actuellement
à Ceylan comme au Cap de Bonne - Efpérance . S'ils
fe maintiennent dans la poffeffion de cette Ifle ,
tout ce que nous poffédons dans cette partie du
monde , fe trouve dans une pofition très - précaire.
( -213 )
Les ports de cette Ifle font les plus vafles & les
plus commodes qui exiftent dans l'Inde , & donnent
des avantages qui peuvent nous caufer le
plus grand préjudice . En formant de cette fle le
rendez-vous général de leur marine & de leurs forces
de terre , les François feront en état de faifir
toutes les occafions qui fe préfenteront de débarquer
ou fur la côte de Malabar , ou fur la côte
de Coromandel ; ils pourront fe rendre maîtres
facilement de Bombay , & cette Ifle , quoiqu'elle
ne foit pas bien avantageufe par les productions ,
eft de la plus grande importance en tems de gi erre ,
par fes arfenaux & fes ports ; fa perte feroit fuivie
des effets les plus funeftes aux intérêts de la Compagnie
«,
>
Les fecours que nous devons envoyer
dans cette contrée , ne font pas moins preffans
que ceux qu'attendent l'Amérique &
les Ifles . D'après des états de revue envoyés
de New-Yorck , il paroît que notre
armée ne va pas au -delà de 9400 hommes ,
& le Parlement en paye plus de 13000.
Il faut s'empreffer de la recruter , de remplacer
celle de Cornwallis , d'envoyer de
nouveaux corps ; ces befoins urgens mettent
à découvert les embarras dans lesquels
fe trouve le Gouvernement. La difette des
matelots eft fi grande , qu'on va faire une
preffe générale tant fur mer que fur terre.
Les Officiers de ce dernier fervice ne font
pas moins embarraffés que ceux de la Marine
, pour faire des hommes , malgré les
gros engagemens qu'ils propofent.
Prefque tous les régimens tant nationaux
qu'étrangers , employés au-dedans & au dehors
en Europe , & dans les deux Indes , font
( 214 )
incomplets , & le Colonel Barré a dit chez
les Communes , qu'il en connoiffoit plufieurs
qui marcheroient en ordre de bataille dans
les galeries de la Chambre fans incommoder
perfonne. Il ajouta que l'armée Britannique
étoit totalement réduite par la
prife du Lord Cornwallis , par la défertion
& les maladies ; & qu'il prouveroit qu'elle
n'alloit point à 40,000 hommes effectifs.
On peut juger de l'exceffive dépenſe de
la nation pour l'armée & la marine , par
l'obfervation fuivante , & qui eft exacte.
Les eftimations de l'armée , y compris l'artillerie
& les extraordinaires qui ont monté
cette année à près de cinq millions , s'élèveront
l'année prochaine à 11 ; ainfi tandis
que les fonds faits pour la marine , y compris
les dettes de ce département , n'excèdent
pas huit millions fterling , le Gouvernement
a le courage d'en dépenfer 11 &
plus pour l'armée , apparemment dans l'efpérance
flatteufe que la campagne de 1782
fe terminera par la prife d'une autre armée
Britannique.
Il est démontré à préfent que nous ne
poffédons plus au Sud que Charles-Town
& Savanah , & que nos troupes qui y font
refferrées , ne peuvent s'en écarter fans s'expofer
à une deftruction certaine ; le Général
Gréen a remporté tant d'avantages fur
elles , & leur a fait tant de prifonniers , qu'il
s'eft vu en état de remettre en liberté , par
des échanges , tous les prifonniers faits à
Charles-Town lors de la capitulation de
( 215 )
cette ville , & enfuite à Camden ; il fe
trouve avoir encore 1500 Anglois prifonniers
, contre lefquels nous n'avons point
d'Américains à propoſer en échange. Voilà
notre pofition dans une contrée que nous
prétendons foumettre par la force des armes
, où l'on ne reçoit en effet les loix de
la Métropole , que lorſque nous y fommes
en état de les faire refpecter. Les habitans
de la Géorgie ont rétabli le Gouvernement ,
& M. Nicolas Brownfon a ppuubblliiéé la la proclamation
fuivante peu de teins après fon
élection.
» Comme la crife préfente exige les plus vigoureux
efforts de la part de chaque individu pour
finir la glorieufe conteftation dans laquelle nous
fommes engagés , & que la juftice requiert que
le poids des difficultés à furmonter pour parvenir
à cette heureufe époque , foit également partagé ,
& que la fituation préfente de la Géorgie demande
l'affiftance de tous les Citoyens : à ces cauſes &
en vertu d'une réfolution de l'honorable Chambre
d'Aſſemblée de cet Etat , je publie la Préſente
pour ordonner à tous ceux qui fe regardent comme
citoyens , d'y revenir dans les délais ci-après prefcrits
; favoir s'ils font dans la Caroline du Sud
dans l'espace de 30 jours ; dans la Caroline du
Nerd , 60 jours ; dans la Virginie , 90 jours ; &
s'ils font plus au Nord , quatre mois . Nous affurons
par ces Préfentes tous ceux qui négligeront
ou refuferont de s'y conformer , qu'en conféquence
de la fufdite réfolution , leurs propriétés foncières
feront chargées d'une triple taxe , à commencer
de l'échéance des termes fixés pour leur retour « .
Ces faits ramènent les réflexions fur la
néceffité de mettre fin à la guerre Américaine.
( 216. )
On a déja fait dans un de nos papiers une infinité
d'objections contre la continuation . En voici
une qui nous, paroît péremptoire. Les Miniftres alfurent
qu'il eft poffible de prendre fur le nombre des
Troupes néceffaires à notre défenſe intérieure , une
armée complette de 25,000 hommes effectifs pour
l'envoyer en Amérique. Je veux bien admettre cette
fuppofition comme un fait . Je paffe encore fur les
difficultés de fe procurer à point - nommé tous les
bâtimens néceffaires pour tranfporter un fi grand
nombre de Troupes : j'admets encore qu'on embarquera
eu même-tems la totalité des provifions néceffaires
pour leur fubfiftance , ou du moins que le
refte fuivra de près. Enfin , quoique ces Troupes
ne puiffent partir que par détachemens , & que la
multiplicité de ces envois doive naturellement
multiplier le danger , je confens encore à croire
qu'il n'arrivera point d'accident , & que toutes ces
divifions parviendront heureufement à leurs deftimations
refpectives . Il eft impoffible , j'imagine , de
montrer plus de complaitance. Mais , en admettant
toutes ces hypothèſes , je n'ai plus qu'une queſtion
à faire ; lorfque toutes ces troupes feront arrivées
en Amérique , quand feront - elles en état d'agir ?
On fent bien qu'il ne s'agit point de répondre par
une fimple affertion. Un point auffi intéreſſant ne
peut être décidé que par des faits , & en voici.
Dès le commencement du mois de Novembre 175,
le Gouvernement s'eft déterminé , comme à préfent , à
prendre des mesures efficaces , & on a mis en oeuvre
tous les moyens poffibles pour ouvrir la campagne
avec la plus grande vigueur . Nous avions
alors 7000 hommes à Bofton & 3000 à Halifax ,
qui fe trouvèrent de bonne heure au rendez-vous.
Le nombre des Troupes envoyées d'Europe , montoit
à 16000 hommes , & la réunion générale ne
fur effectuée que le 17 Août devant Staten Island .
Les Miniftres ne peuvent donc conſidérer avec trop
d'attention
( 217 )
cette
d'attention la nouvelle confidération que je foumets
à leur examen. Quelque formidable que puiffe être
l'armée Britannique , & en fuppofant qu'elle ne foit
arrêtée par aucun obftacle dans fa traversée ,
armée fera peut-être en état de porter quelque coup
efficace & décifif fur le Continent de I Amérique
Septentrionale dans le courant de l'année 1782 ?
Sans quoi les préparatifs deftinés pour occuper l'Adminiſtration
pendant le Printems prochain , & les
promeffes de triomphes dont elle leurre la Nation
n'ont , dans le fait , pour objet que la campagne de
1783.
Ces réflexions commencent à prendre
généralement ; le découragement s'empare
de la nation , & le peuple Anglois prouve
bien aujourd'hui par fa conduite , qu'il fe
laiffe aufli facilement accabler de fes malheurs
qu'étourdir de fes victoires . Les citoyens de
tous les ordres fe raffemblent dans les taw
vernes , dans les cafés & dans les places
publiques ; les forces redoutables que les
ennemis de la nation réuniffent par terre ,
répandént l'alarme & la confternation dans
tous les coeurs . On entend par- tour former
des voeux pour la paix , & il fort de toutes
les plumes des écrits pleins d'éloquence &
de vigueur pour engager le Roi à finir une
guerre qui achève de ruiner l'Etat. M. Fox ,
à la dernière affemblée de Weſtminſter - Hall ,
a propofé au nom de la cité de Weftminfter
, une adreffe de remontrance à S. M.
و د
Depuis le commencement de cette guerre funefte,
dit ce Membre zélé du parti de l'Oppofition , le
Roi , pour défendre fes poffeffions en Amérique ,
n'a fait qu'accumulerimpôts fur impôts , fans qu'aucun
2 Décembre 1781.
( 218 )
fuccès ait pu nous encourager à fupporter tous les
fardeaux dont nous fommes écrafés. Combien les
bons Patriotes ne doivent - ils point être effrayés
lorfqu'ils comparent notre pofition préfente à celle
où étoit la Grande -Bretagne lorfque le Lord Chatham
conduifoit les affaires. Jamais le nom Anglois ne
fut plus redouté , & jamais la Nation n'eut un poids
plus impofant dans la balance politique de l'Europe .
L'or que Louis XIV femoit dans nos Conſeils , n'étoit
qu'un foible moyen auprès de ceux que les François
emploient aujourd'hui . En aucun tems & en aucun
âge , on n'a vu une politique auffi fublime . Par la
fageffe , par l'enfemble & par la conduite de leurs
plans , ils ont fçu tourner contre nous nos propres
armes , Louis XIV gagnoit nos Miniftres avec fon
argent ; mais à préfent c'eft avec notre argent même
que Louis XVI réveille la cupidité de nos Miniftres ,
& les oblige à feconder fes vues. Si vos fermes
remontrances font remplies du respect que nous
devons au Roi d'un peuple libre , je ne doute point
qu'elles ne foient reçues avec bonté par un Prince
qui nous doit fa Couronne .
Le projet d'humble adreffe , pérition &
remontrance des Electeurs & autres habitans
qui payent les taxes au Gouvernement
& réfident dans la Cité & liberté de Weftminfter
, propofé par M. Fox , eft le fuis
vant.
Très -gracieux Souverain , pénétrés du fentiment
profond des dangers qui nous environnent , effrayés
fur notre fort & fur celui de notre poftérité , animés
de la plus vive follicitude pour la gloire d'un Pays
auffi renommé par fa juftice & par fon humanité
que par l'éclat de fes armes , nous approchons de
votre Trône avec les fentimens dont les Citoyens
doivent être affectés dans une crife aufli alarmante ,
maiş en même-tems avec le refpect dû au Monarque
( 219 )
-
d'un peuple libre , & à un Prince de l'illuftre Maifon
de Brunſwick, à laquelle nous fommes attachés d'une
manière particulière par tous les liens de la gratitude
& de l'affection. Nous avons appris , avec le plus
grand chagrin , la déclaration faite par V. M. dans
un difcours aux deux Chambres du Parlement , que
fon intention eft de perfévérer dans un fyftême qui
a attiré tant de défaftres fur la Grande - Bretagne.
Un peuple libre & offenfé ne peut s'empêcher d'élever
la voix contre une telle déclaration . Nous fommes
pénétrés du refpect que nous devons à V.M. , mais
dans une circonftance auffi critique & auffi funefte ,
flatter c'eft trahir . Les Miniftres de V. M. , par
de fauffes affertions & des fuggeftions infidicules ,
out engagé V. M. & la Nation dans une guerre que
la nature réprouve , & dont elle fe venge par nos
difgraces. Les conféquences de cette illufion ont été
les pertes fouffertes par le commerce de ce Pays
pertes irréparables , & qu'on peut regarder comme
le fignal de fon entière deſtruction . La décadence
de plufieurs branches précieufes de nos Manufactures
n'eft déja que trop fenfible , & la fupériorité des
forces navales de l'ennemi fur les vôtres dans prefque
toutes les parties du Monde , prive fouvent nos
Fabriques des matières précieufes dont elles ont
befoin , ou du moins les met dans la fituation la
plus précaire fur cet objet. La valeur des propriétés
foncières dans toute l'étendue du Royaume ,
eft tombée à un point qui donne les plus vives alar-
Les capitaux des fujets de V. M. dans les
fonds publics , font diminués de plus d'un tiers de
lear valeur. Le crédit public eft prefqu'entièrement
anéanti par l'intérêt énorme des emprunts
publics , intérêt bien au- deffus de celui qui eft alloué
par la loi dans toutes les tranfactions particulières.
Ceux de nos frères en Amérique qui s'étoient laiffés
féduire par les promeffes des Miniftres de V. M. ,
& par les proclamations de vos Généraux , ont été
mes.
-
k 2
( 220 )
-
livrés à la merci de leurs ennemis par les armées
de V. M. Les efcadres de V. M. ont perdu leur
ancienne fupériorité ; vos armées ont été faites piifonnières
; vos pofleflions ont été perdues , & les
fidèles fujets de V. M. ont été chargés de taxes ,
portées au point qu'on ne pourroit s'empêcher de
les regarder comme un fléau infupportable , quand
même nos victoires auroient été auffi éclatantes
que nos défaites ont été honteuses , quand même
l'accroiffement des poffeffions de V. M. auroit été
auffi confidérable que le démembrement de l'Empire a
été cruel & défaftreux. En conféquence , nous
fupplions humblement V. M. de vouloir bien prendre
en confidération toutes ces circonftances & de
comparer la fituation actuelle de vos poſſeſſions avec
ce degré prodigieux de profpérité auquel la fagetle
des Rois vos ancêtres , le courage & la bravoure de
la nation Britannique , & la faveur de la divine
Providence , qui accompagne naturellement les principes
de juftice & d'humanité , ont jadis élevé cet
Empire fortuné , que toutes le nations civilifées regardoient
avec autant d'admiration que de jaloufic.
Nous conjurons V. M. de ne point perfifter plus
long- tems dans l'illufion dont la Nation eft enfin
revenue , & de vouloir bien renoncer entièrement ,
& pour toujours , au projet d'employer la force
pour ramener nos frères d'Amérique à l'obéiſſance ,
une funefte expérience n'ayant que trop fait connoître
l'impoffibilité de pourfuivre un tel plan ſans
mettre dans le danger le plus imminent tout ce qui
refte de poffeffions a V. M. dans l'Amérique .- Notre
objet eft de déclarer à V. M. , à l'Europe , à l'Amérique
elle-même , toute l'horreur que nous infpire
la continuation de cette guerre contre nature &
défaftreufe , qui ne peut produire d'autre effet que
d'aliéner à tout jamais les efprits de nos frères , les
Américains , avec lefquels nous espérons toujours
de renouer les noeuds de la correspondance & de
l'amitié , fi néceſſaires à la profpérité du commerce
( 221)
de ce Royaume. En conféquence , nous fupplions
humblement V. M. de vouloir bien éloigner de fa
préfence & de fes confeils toutes les perfonnes tant
publiques que privées dont les avis ont donné lieu'
aux mefures que nous déplorons , & de donner à
tout Univers , par cette démarche éclatante , un
gage affuré de la réfolution formelle que V. M. a
prife d'abandonner un fyftême incompatible avec les
intérêts de votre Couronne & la prospérité de vos
peuples.
On s'attend que la Ville fera auffi des
remontrances fur cet objet ; le Lord Maire ,
à la réquifition des Alderman Bull , Watkin-
Lewes , Turner & Chrichton , accompagnés
de 200 notables , a convoqué une af
femblée générale du Corps Municipal , &
on s'attend que les principaux Membres de
Poppofition au Parlement , en feront de
même pendant les vacances de Noël , dans
leurs Comtés , Villes & Bourgs refpectifs .
On croit que ces mouvemens pourront
avoir un effet plus décifif que ceux que
le parti anti -miniftériel s'eft donné précédemment.
Les réflexions publiées journellement
dans nos papiers font bien faites pour
animer le peuple & le porter à prendre le
parti de s'adreffer directement au Roi.
» Auffi-tôt après la honteufe défaite de Saratoga
, dit une de nos feuilles publiques , la France
s'eft déclarée en faveur des Américains avec lef
quels elle s'eft liée ouvertement. L'Eſpagne s'y eſt
bientôt jointe . Nous voici à préfent aux prifes avec
les Hollandois . Telle a été la chaîne des malheurs
qui fe font fuccédés depuis cette première cataltrophe.
Cependant quoiqu'ils nous aient fait perdre
k 3
( 222 )
notre gloire & l'eftime des autres Nations , nous
n'avons demandé compte à perfonne des fautes qui
ont entraîné tant de facrifices ; & pourtant il
s'eft déja écoulé quatre ans ; on n'a cité ni le Général
qui s'eft rendu , ni le Miniftre fur les inftructions
duquel il avoit agi ; ni même les Subalzernes
de fon Département , enfin perfonne. Une
Nation qui a fouffert une fois l'infamie , devoit
s'attendre à l'éprouver encore : auffi avons - nous
vu arriver la même fcène avec des circonstances
encore plus aggravantes ; & toutes ces calamités
viennent d'une femblable conduite & des mêmes
bévues répétées par le même Miniſtère . La Nation
continuera-t- elle à fermer les yeux fur des
énormités qui entraînent notre ruine ? Ne demandera-
t-elle pas juſtice ? Fiat juftitia , ruat Coelum.
Notre Ministère a été affez heureux pour fermer
la bouche à tous les Officiers qui font revenus
d'Amérique , tant ceux qui s'y font couronnés de
gloire , que ceux qui s'y font couverts de honte.
Il est parvenu à les faire taire tous , de forte
que la Nation eft restée dans une parfaite ignorance
de ce qu'il lui importoit le plus de favoir,
Cornwallis fe taira-t-il de même ? Voudra-t-il parta- -
ger l'ignominie de ce défaftre avec ceux qui l'ont
trahi & facrifié ? Efpérons qu'il mettra au grand
jour les caufes fecrettes & les agens cachés de
cette te ible cataftrophe. On a déja publié que
le fort de Charles- Town , de fa garnifon & des
corps détachés dans la province , dépendoient de
celui de l'armée de Cornwallis. Il y a toujours à
préfimer que Charles-Town tombera entre les
mains de l'ennemi avec toutes fes dépendances.
M. de Graffe fort de la Chéfapeak tout rayonnant
de gloire avec une efcadre & des troupes , & marche
vers nos Ifles. Peuvent- elles lui réfifter ?
N'auroit-il pas mieux valu que l'aimée de Cornwallis
y fût allée , plutôt que de l'enterrer toute
vive en Virginie ? Gibraltar & Mahon ne font
( 223 )
toujours point ravitaillés. Tout fait attendre avec
anxiété les nouvelles de l'Inde . La faifon peut bien
nous empêcher de croifer fur les côtes de Hollande
; mais qui empêchoit notre efcadre des
Dunes de s'oppofer au paffage de l'Amiral Byland ,
par la Manche ; four pallier cette faute , on nous
amufe de la fauffe perfpective d'une paix , à laquelle
nous ne croirons que fur de meilleurs garans
. Tout prouve la néceflité de renoncer à la
guerre d'Amérique , pour la faire plus heureufement
ailleurs .
Cette opinion eft celle de la plupart des
Membres du Parlement ; elle paroît aufli
celle de quelques Miniftres auxquels dans
les féances du 12 & du 14 de ce mois , dans
la Chambre des Communes , il eft échappé
des aveux précieux , & qu'on trouvera dans
le détail de ces deux féances.
» Le 12 , le Chevalier James-Lowther , après un
difcours , où il déplora les malheurs de l'Etat & la
fituation critique où il fe trouve , fit la motion
fuivante , favoir : 1 ° . Que la Chambre étoit perfuadée
que nos armées en Amérique n'avoient rien
fait jufqu'à préfent pour protéger nos amis , &
pour nuire à nos ennemis. 2°. Qu'il n'étoit pas
de l'intérêt de la G. B. de continuer plus longtemps
la guerre en Amérique. Cette propofition
fut fecondée par M. Powis » D'année en
année , fous différens prétextes , dit-il , on a creufs
les précipices ouverts fous nos pas ; aujourd'hui
nous fommes arrivés au bord de l'abyme ; encore
un pas , & nous y tombons. Quels que foient
les motifs qui nous ont été préfentés en diverfes
époques pour la continuation de la guerre , ils ne
font plus de faifon. Après les pertes réitérées que
nous avons faites , notre fermeté ne mérite que
le nom d'entêtement , & notre attachement à nos
k 4
( 224 )
53
ود
5כ
anciens principes de parti , s'il continuoit plus
long-temps , deviendroit une preuve de notre
folie. M. Powis cita alors un paffage de la décadence
de l'Empire Romain , par M. Gibbon , où cer
Hiftorien donne un apperçu des affaires fous l'Empereur
Honorius , lorfque l'Europe fut défolée par
l'invafion d'Alaric . On avoit fous fon règne
la fotre politique de paroître présomptueux en
proportion des malheurs qui accabloient l'Etat.
La perte des Provinces ne faifoit qu'enfer l'orgueil
du Souverain , & du défaut d'armées on
» tiroit de grandes espérances pour les victoires à
» venir. Les Miniftres étoient alors fi opiniâtrés
» qu'aucun homme n'entroit en place qu'après
» avoir juré de leur obéir aveuglément ; &
quelque mauvaiſe iffue que dûffent avoir les
» guerres entrepriſes , elles étoient toujours foute-
" nues par toute l'influence de l'autorité ». Qui
ne croiroit , continua M. Powis , que cet Hiftorien
, en parlant ainfi , avoit fous les yeux une
époque bien plus proche de lui , que celle d'Honorius
; mais fongeons à nous-mêmes , revenons
du miférable entérement qui nous a mis à deux
doigts de notre perte ; & avant de délibérer fur
l'octroi des fubfides qu'on nous demande pour
une guerre qui fait tous nos malheurs , adoptons
la propofition du Chevalier Lowther. L'Orateur
expofa la queſtion relative à ces motions.
Le Lord North s'y oppofa & dit que les motions
qu'on propofoit à la Chambre étoient prématurées.
Si les Membres avoient eu la patience
d'attendre l'ordre du jour , on auroit répondu à
tout ; mais puifque l'on veut forcer le Gouvernement
à déclarer fes intentions & les projets , je
me vois obligé, comme Miniftre , de donner mon avis
avec toute la franchiſe que peuvent allier une faine
politique & les intérêts de la Nation ; je fais
que la Chambre peut croire , d'après l'état qui lui
a été préfenté de l'armée , & d'après les fubfides
-
( 225 )
.
confidérables demandés & obtenus pour la Marine ,
que le deffein du Gouvernement n'eft pas de
faire une guerre auffi étendue fur le Continent'
Américain , qu'on l'avoit d'abord projetté , d'autant
que l'expérience nous a prouvé que ce centre
de guerre fur un terrein auffi vaſte ne peut être
que dangereux . La prudence ne me permet pas
de répondre en pleine Chambre à des queftions
que fuivant toutes les règles de la politique on
n'auroit pas dû me faire. Examinons à préfent
l'extrême abfurdité de la feconde réfolution comprife
dans la motion . Elle eft exprimée en termes
fi généraux , qu'on y comprend toute eſpèce
de guerre , tant continentale que navale . Croit-on
qu'il foit fi facile de féparer les Américains de
leurs grands & chers alliés ? Voudroit - on que
nous nous montraffions infenfibles à la violence
& aux déprédations des Américains & des François
Malgré tous les malheurs que nous avons
effuyés dans cette guerre , convenons que nous
devions la foutenir , & que nous ne l'avons entreprise
que pour défendre les droits de la G. B.
Les Membres de l'Oppofition font eux- mêmes convenus
que les perfonnes les plus intègres , & dont
le rang & la richeffe excluoient tout foupçon de
partialité & de dépendance , avoient été d'avis de
faire cette guerre . M. Grenville , en rappellant
la douleur que le feu Lord Chatam avoit fait
éclater à la nouvelle de l'affaire de Saratoga
ajouta que le coeur de ce digue Patriote auroit
éprouvé une émotion encore plus cruelle , s'il eût
affez vécu pour avoir à déplorer un malheur femblable
dans la prife du Lord Cornwallis & de fon
armée ; il prétendit même que cet évènement étoit
infiniment plus défaftreux que le premier , & que
les conféquences en feroient beaucoup plus funeftes
fi on ne fe hâtoit de les prévenir , en adoptant
la motion du Chevalier James-Lowther
>
ks
( 226 )
autre
dont le fuccès étoit le feul moyen qui reftât de
fauver l'Angleterre. Le Général Burgoyne s'éleva
contre le projer de conferver des Ports en Amérique.
Le pays , dit-il , eft beaucoup trop vafte pour
qu'il foit poffible de tirer aucun avantage d'un
pareil fyftême. D'ailleurs j'ai encore un
motif pour appuyer la motion , c'eſt l'impoffibilité
phyfique de recouvrer l'Amérique par la force
des armes . Des fpéculations infidieufes m'avoient
autrefois fait adopter cette opinion . Mais je ne
rougis point d'avouer que l'expérience m'en a
démontré l'abfurdité. En effet , j'ai trouvé l'efprit
d'indépendance le plus décidé dans toutes les Provinces
de ce vafte Continent , & parmi toutes les
claffes de fes habitans ; ce fentiment eft intimement
lié à l'exiftence des Américains , & il n'y a
pas de force humaine qui puiffe le déraciner de
leur coeur.
M. Fox appuya vigoureuſement la
motion. La meilleure maniere , dit -il , de juger
de ce qu'on peut faire , c'eft d'examiner ce qui a
déja été fait. On prétend que la motion eſt déraiſonnable
, en ce qu'elle nous engage à retirer
nos troupes d'Amérique , & à abandonner entierement
cette guerre , fans mettre aucune condition
à une telle condefcendance . Moi je foutiens que
dans la nature des chofes on ne peut adopter
un fyftême plus réfléchi. En effet il faudroit
que les Américains n'euffent pas le fens commun
pour être les premiers à nous faire des ouvertares
qui ne pourroient manquer de les rendre
au moins très fufpects à leurs nouveaux alliés . La
démarche que la motion nous indique , ferviroit
non-feulement à nous concilier la confiance des
Américains mais encore à répandre parmi les
François & les Espagnols l'inquiétude , & même
des foupçons fur la force & la durée d'une union
dont ils favent bien que la néceffité feule & la
néceffité la plus impérieufe a ferré les noeuds maļ
affortis. Quant au projet d'avoir au moins
"
>
,
›
( 227 )
des ports en Amérique , je crois que ce feroit
une extravagance d'en vouloir feulement conferver
un feul. Ces ports , comme Gibraltar , feroient
autant de poids que nous aurions au cou ,
& nos efcadres n'auroient plus d'autre occupation
que d'y approvifionner des garnisons conftamment
affamées. Il ne faut donc point faire les chofes à
moitié , mais renoncer complettement , & pour
jamais , à la guerre d'Amérique «. La Cham
bre étant allée aux voix , la motion fut rejettée
à la pluralité de 220 contre 179 .
Le 14 , le Secrétaire de la Guerre produifit les
eftimations de l'armée pour l'année prochaine , en
détaillant le nombre d'hommes & les fommes d'argent
dont on aura befoin , il dit , qu'on avoit perdu
une grande quantité de Soldats à Sainte - Lucie
& dans d'autres Ines , par l'infalubrité du climat
dont l'influence leur a été d'autant plus dangereufe
, que les ouragans ayant renversé leurs baraques
, ils fe font trouvés fans abri . Le nombre des
hommes néceflaire pour la prochaine campagne
monte à 186,000 , & l'argent à 4,800,000 liv . ft.
Le Colonel Barré parla enfuite . Il eft bien fingulier
, dit-il , que les Miniftres aient le front de
venir tous les ans demander des fommes exorbitantes
pour l'entretien d'hommes , qui n'exiftent que
fur le papier. En effet , plufieurs corps qui devroient
avoir 800 hommes , ne font que de 600 ; on n'en
compte pas plus de 380 dans ceux de 500 , & le
deficit eft pour tout le refte dans la même proportion.
Comment donc fe peut-il faire qu'on en
demande tous les ans quelques milliers de plus ,
qu'on n'en a jamais juftifié dans les Etats . Je ne
prétends point dire que les Miniftres du Roi mettent
dans leurs poches cet excédent ; mais je vous
drois au moins que l'on produisît un compte clair
& précis de fon emploi ......... Quant à la mortalité
qui a détruit nos Troupes à Sainte- Lucie , je n'en
h 6
( 228 )
fuis nullement furpris ; car la plupart des hommes
dont elles étoient compolées , n'étoient propres
aucun fervice au moment de leur embarquement.
Il y en avoit même qui étoient dans un fi déplorable
état qu'à leur arrivée à Portimouth , on ne
leur a pas permis de monter à bord des bâtimens.
Le Lord George Germaine fit une obſervation
remarquable. Les eftimations , qui font depuis plufieurs
jours fur le Bureau , prouvent clairement ,
dit-il , qu'on n'a point pourvu au deficit que caufe
la prife de l'armée aux ordres du Lord Cornwallis :
En conféquence , il eft aifé de voir que la guerre ne
fera point menée comme par le pallé. Je ne puis
difconvenir que nous n'ayons éprouvé plufieurs
évènemens très-fàcheux . Malgré cela , on a cru
qu'il ne falloit point reconnoître l'indépendance de
l'Amérique , parce qu'autant vaudroit livrer l'Angleterre
jà fes Ennemis ; il fe peut faire que les
Miniftres du Roi ne feront pas tous de la même
opinion fur certains objets , mais ils s'accordent
tous dans la réfolution de ne plus envoyer de
Troupes en Amérique . Le Lord North dit que
l'objet de la propofition n'étoit pas de faire une
guerre Continentale en Amérique ; que par conféquent
il croyoit que les armées ne feroient pas
des marches & des contremarches comme auparavant
, & qu'il ne pourroit pas encore affurer fi les
poftes feroient confervés où ils font aujourd'hui .
- Il s'éleva enfuite une difcuffion entre le Général
Conway & le Lord North , au fujet de l'expreffion
de guerre Continentale. Le Général prétendit
que fi les Tronpes devoient refter où elles étoient
cette guerre devoit être qualifiée de Continentale,
& il demanda fi elle devoit être auffi une guerre
offenfive Le Lord North répondit qu'il croyoit
feulement qu'on ne feroit pas faire des marches &
des contremarches aux Troupes comme ci-devant ,
& qu'ainfi , quoique ce fût une guerre Continentale
, ce ne feroit pas une guerre intérieure , &
( 229 )
-
qu'on ne pouvoit pas prétendre que ce fut une
guerre offenfive. M. William Pitt reprocha au
Lord North de ne s'être pas expliqué clairement.
Ce Miniftre , dit-il , a parlé d'une manière fi équivoque
, que , d'après ce qu'il a établi , la guerre en
queftion n'eft ni intérieure , ni continentale , ni
offenfive ; il faut que ce foit une guerre de pofte.....
Le Comte Nogent dit qu'il croyoit toujours
poffible de faire accepter la paix à l'Amérique ;
qu'il n'étoit pas de l'intérêt de l'Europe que cette
partie du Nouveau-Monde fût indépendante ; que
fon indépendance ruineroit les Hollandois , &
qu'elle feroit perdre aux Puiffances du Nord le
commerce qu'elles font en munitions navales ; que
par conféquent elles devoient defirer la paix avec
l'Amérique . - La Chambre ayant été aux voix , la
propofition du Secrétaire de la Guerre paſſa à la
pluralité de 82 .
-
On dit que le Lord Huntingdon a reçu
des lettres du Lord Rawdon , par lesquelles
celui- ci lui annonce fon heureuſe arrivée
à Breft . Le Lord Rawdon fe loue infiniment
des politeffes qu'il a reçues de M. de
Graffe , du Duc de Lauzun & d'autres
Officiers François . Il fait entre autres les
plus grands éloges du Duc de Lauzun qui ,
dit- il , a eu pour lui pendant toute la traverfée
les attentions de l'ami le plus inti-
& qui en arrivant à Breft , s'eft occupé
des affaires de fon prifonnier de préférence
aux fiennes.
On dit fur l'accommodement entre la
Grande Bretagne & la Hollande , que la
première confent à reftituer St - Eustache ,
Berbice & Effequebo ; qu'elle renonce à ce
que les Etats- Généraux tiennent les enga(
230)
mens qui fubfiftent entre les deux nations ;
que les captures faites de part & d'autre
demeurent aux capteurs , & L. H. P. défavoueront
le traité provifoire fait entre
les particuliers de la ville d'Amſterdam &
des Agens de ce Congrès Américain. On
prête peu de foi à ce bruit ; un pareil traité
ne feroit qu'humiliant pour la Hollande
qui dans le fait auroit l'air d'un écolier
qui a manqué à fon Régent , & qui ne
reçoit fon pardon qu'après avoir été puni.
S. M. T. C. , lit-on dans une lettre de Bofton du
8 Octobre , ayant jugé à propos d'établir un Confulat
indépendant pour les quatre Etats de l'Eft ,
M. Philippe-Jofeph de Létombe , conful Général
eft arrivé ici de Philadelphie le 28 Septembre avec
fon Vice-Conful pour remplir cette pla.e importante.
Le 3 de ce mois , S. E. le Gouverneur , a
donné un repas fplendide au Commandant & aux
Officiers des vaiffeaux de S. M. T. C. , actuellement
dans ce port , au Conful Général de France ,
arrivé depuis peu , & à un grand nombre de particuliers
& de Dames de diftinction . Le fouper a
été précédé d'un feu d'artifice très -brillant & trèsbien
exécuté. Le lendemain les Négocians de cette
ville ont donné une fête femblable , où le Conful
de France a pareillement afliſté , & où entre un
grand nombre de toafts , on a porté celui - ci : A
t'honorable Conful Général du département de l'Eft.
›
On trouve dans une autre gazette de Boſton du
27 Octobre , une déclaration de M. John Hancock
Gouverneur de l'Etat de Maffachuffet , par laquelle
ce Gouverneur annonce dans les formes ufitées la
nomination de M. de Létombe , en qualité de
Confu ! Général . Il ajoute qu'en conféquence les
priviléges , prééminence & autorité légalement attachés
à cette place lui font dûs , & qu'il a ordonné
(( 231 )
que fa commiffion fût enregistrée au Bureau du
Secrétaire. Cette déclaration ou notification , en
date du 25 Octobre , eft fignée par M. Hancock
, & contre-fignée par le fieur John Arny , fon
Secrétaire.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 25 Décembre.
LE IS de ce mois , le Baron de Blome ,
Envoyé extraordinaire
de la Cour de Danemarck
, préfenta au Roi les Gerfaux d'Ilande
, que le Roi de Danemarck
eft dans l'ufage
de faire annuellement
à S. M..
Le 15 , LL. MM. & la Famille Royale
fignèrent le contrat de mariage du Comte
de Tropez avec Mademoiſelle de Choiſeul-
Meufe , Chanoineffe de St- Louis de Metz ,
& celui du Comte de Beaufort avec Mademoiſelle
de Coutance. Le même jour la
Marquise de Puységur eut l'honneur d'être
préfentée à LL. MM. & à la Famille Royale
par la Comtelle de Kercado.
De PARIS , le 25 Décembre.
LES lettres de Breft qui nous ont appris
le départ de l'efcadre aux ordres de M. le
Comte de Guichen , qui a eu lieu le 10
de ce mois , ont raffuré fur la fanté de M.
de la Motte Piquet . Ce brave Officier éprouvoit
depuis quelque tems un accès violent
de goutte ; il n'en étoit point encore remis
le 7 ; mais ne voulant manquer au¬
( 232 )
cune occafion de fervir fa patrie , il s'étoit
fait porter le même jour à fon bord.
La lettre fuivante qu'un hafard heureux
a fait tomber entre nos mains , ne fauroit
avoir trop de publicité ; elle honore à la
fois l'Officier qui l'a écrite & celui qui a
pu inſpirer en fa faveur des fentimens auffi
nobles & auffi généreux. M. le Comte le
Begue , Capitaine de vaiffeau , commandant
alors le Magnanime , l'adreffa le 23 Juillet
dernier à M. le Comte de Graffe lors de
l'incendie du vaiffeau l'Intrépide dans la rade
du Cap.
» Mon Général, je ne me permets d'autre réflexion
fur le malheur qui arrive à un de vos vaifleaux ,
que la perte pour vous d'un de vos meilleurs Capitaines.
Son mérite eft trop connu pour que j'aie
befoin de vous en parler. Comme je n'ai que le
bien général en vue , je confidère pour rien le
commandement que le Roi m'a donné. Ordonnez
à M. du Pleffis Pafcault de venir à mon bord ;
dès le moment je fuis fous les ordres : il eft ruiné
; mais je tiendrai la table , que rien ne le gêne.
Ma bonne volonté pour le fervice n'eft point à
comparer à celle de M. du Pleffis Pafcault , infiniment
plus capable que moi. Je fuis donc à vos ordres
& aux fiens fans répugnance. Je crains peu
que ma propofition acceptée puiffe me faire tort.
Tant pis pour ceux qui me jugeront ainfi ; le bien
feul me guide. Je fuis , &c. «
On le flattoit depuis que Minorque eft
occupée , que les corfaires Anglois difparoîtroient
totalement de la Méditerranée ;
il y en a cependant encore quelques - uns
qui , s'il faut en croire quelques lettres de
Marſeille , fe font emparé de 2 vaiſſeaux
( 233 )
allant aux les qu'ils ont conduit à Livourne.
Il faut efpérer que les croifeurs Eſpagnols
parviendront à les chaffer entièrement , &
qu'ils veilleront fur tout au détroit , pour
qu'il ne s'en gliffe aucun. Ceux ci paroiffent
être un refte de ceux qui , chaffés de
l'Ifle , fe font réfugiés dans quelques ports
neutres.
On n'a point de nouvelles ultérieures de
Mahon depuis le 19 Novembre que le fiége
a commencé & la tranchée a été ouverte ( 1 ) .
Nous ne pouvons refuſer une place aux
obfervations fuivantes qu'on nous a adreffées
fur une note inférée dans le Mercure
du 21 Septembre , à la fuite de l'extrait
du Cathéchifme fur les Afphyxies , où à
propos des poëles hydrauliques , on dit que
cette manière de chauffer les appartemens
n'eft point faine & peut caufer des affections
fcorbutiques aux enfans.
Cette affertion , obferve-t -on , tend à priver l'humanité
d'un fecours précieux en beaucoup de cas ;
( 1) M. Brion de la Tour , Ingénieur Géographe du Roi ,
vient de faire graver une Carte de l'Ifle de Minorque , avec
un plan détaillé des ouvrages du Fort St- Philippe . Cette
Carte qui offre les mouvemens de l'armée Espagnole lors
de l'invafion de l'Ifle, devient néceffaire à tous ceux qui veulent
fuivre les opérations du fiége . Elle fe trouve chez l'Auteur,
maifon de M. Campin, Marchand d'Eftampes à la ville
de Rouen , au bas de la rue St -Jacques , & Efnauts & Rapilly,
à la ville de Coutances , rue St-Jacques : prix 10 fols en
blanc & 12 fols lavée. Le même Ingénieur Géographe a
fait graver auffi la Carte de la Virginie , où l'armée combinée
de France & des Etats- Unis a fait prifonnière l'armée
du Lord Cornwallis , on la trouve aux mêmes adreffes & au
même prix.
( 234 )
MM. les Commiffaires de la Faculté de Médecine
ont jugé que quant aux avantages qui intéreffent
la fauté , ce poële peut être très-utile , en parant
d'abord aux inconvéniens des poëles ordinaires
, dont la chaleur âcre & sèche affecte fenfi
blement le tiffu délicat des organes de la refpiration
, occafionne une crifpation dans toute la furface
des pores de la tranfpiration , produit des
toux & autres incommodités ; qu'ils ne connoiffent
point de moyen plus naturel pour adminif
niftrer les fumigations humides , les bains de vapeurs
, foit pour corriger les miafmes chariés
dans l'air & la féchereffe , foit pour porter au
poumon des médicamens vulnéraires & balfamiques
; que tous ces avantages réunis leur faifoient
eftimer qu'en préfentant des vues oeconomiques ,
ce poële peut être regardé comme très - utile à la
fanté à plus d'un titre , foit en évitant l'inconvénient
des poëles ordinaires pour les perfonnes
qui fe porent bien , foit en fourniſſant le moyen
d'adminiftrer plufieurs médicamens dans bien des
maladies . L'Auteur de la note a pu être trompé , &
ne pas connoître la conftruction du poële hydrauli
que , tel qu'il a été préfenté à l'Académie Royale
des Sciences en 1770 , & foumis à l'examen de
MM. de la Faculté de Médecine pendant tout
l'hiver fuivant ; ce poële ne donne de vapeur
humide qu'en raifon de la chaleur sèche du fourneau
fur lequel eft à la vérité adaptée une cuvette
dans toute la largeur , mais elle n'y eft point à
découvert ; elle eft furmontée dans toute fa circonférence
d'un chapiteau fort élevé & clos de
toute part , de manière que la vapeur qui s'y élève
retombe dans la cuvette ; il ne s'en échappe par
les joints qu'en proportion de l'ardeur du foyer, &
elle ne peut paroître fenfiblement dans l'appartement
qu'à volonté , en donnant plus ou moins
d'ouverture au chapiteau : fi le feu cft pouilé au
( 235 )
dégré de l'eau bouillante , l'évaporation eft fans
doute plus confidérable , mais aufft la chaleur du
fourneau étant plus forte , l'air qui en eft defféché ,
a befoin d'une plus grande humidité pour fe loutenir
au même dégré d'élafticité ; c'eft cette compenfation
qui rend l'appartement chaud fans féchereffe
& fans excès d'humidité , & on a éprouvé avec un
hygromètre très -fenfible , que dans le tems d'une
grande ébullition l'air extérieur , fans gelée sèche ,
étoit encore plus humide que celui de l'intérieur.
D'ailleurs , cette légère humidité , comme l'ont
obfervé les Médecins , entretient la foupleffe de la
peau & facilite la tranſpiration , ne fe porte - t-on
pas mieux dans la belle faifon , quand une douce
humidité remplit l'atmosphère , que quand une cha
leur brûlante en deffèche l'air . C'eft cette chaleur
falubre & naturelle du printems que l'Auteur des
Poëles hydrauliques a cherché à imiter au milieu
des rigueurs de l'hiver : Obligé par état d'être une
partie de fa vie dans fon cabinet , chauffé par un
feu de poële ordinaire , les mauvaifes faifons lui
étoient toujours funeftes ; depuis quinze ans qu'il
fe fert du poële hydraulique , il les paffe avec
tranquilité , & fouvent même fans rhume ; il a
éprouvé que dans les commencemens de cette incommodité
, elle fe diffipoit fur une abondance de
vapeurs dans l'appartement ; ce moyen , qui eft ordonné
en beaucoup de maladies , fe procure auffi
long-tems & auffi abondamment qu'on le défire , en
ouvrant le chapitean & foutenant l'ébullition ; c'eſt
alors qu'on peut s'appercevoir d'une humidité fenfible
: mais quelqu'effet qui en réſulte , on n'en doit
pas conclure que ces poêles font mal-fains , puifqu'au
contraire ce prétendu défaut eft falutaire en
beaucoup d'occafions . Au furplus , l'humidité ne
peut être fcorbutique & mal- faine , qu'autant qu'elle
eft chargée de vapeurs nuifibles ,&c. comme celle qui
fort du plâtre nouvellement employé , des bâtimens
( 236 )
neufs , celle des caves , des fouterrains , des bas
humides & infects , des lieux où font renfermées
beaucoup de perfonnes , &c. Dans tous ces cas ,
l'air eft encore plus mal- fain s'il eft froid ; car l'humidité
froide eft toujours dangereufe , au lieu
qu'une vapeur chaude causée par une eau pure ne
peut être nuifible ; tous ceux qui , par état , font
continuellement dans une atmosphère chargée d'humidité
comme les Teinturiers , Chapeliers , Etuviftes
& autres , n'en font ni moins robuftes , ni
moins fains , au lieu qu'il eft notoire que tous
ceux qui font exposés par habitude à des chaleurs
sèches , font fujets à quantité de maladies chroniques
& mortelles . Bien loin donc d'attribuer une
qualité dangereufe à ces poëles , les vrais amis de
I'humanité doivent , au contraire , les prôner & les
procurer aux Gens délicats , aux fédentaires & aux
valétudinaites ; car cette manière de chauffer les
appartemens eft même plus faine que celle des feux
de cheminée qui ont toujours l'inconvénient de la
chaleur sèche.
Le ro de ce mois , les Chevaliers de l'Arquebufe
ont tiré aux flambeaux en préſence
du Corps de Ville , les prix que le Roi leur
avoit accordés. Le premier prix a été remporté
par M. Deville , le fecond par M.
Dupleffis Bertaux. M. le Marquis de Coffé
a tiré au nom de S. M. le coup royal.
On mande de St -Dizier en Champagne ,
que la nuit du 22 du mois dernier , le feu a
pris aux granges , écuries & bûchers d'une
veuve chargée de cinq enfans ; ils ont été
la proie des flammes , ainſi que tout ce qu'ils
contenoient ; & fans les promps fecours &
le zèle actif de tous les citoyens , le principal
fauxbourg ( celui de la Noues ) eût été
( 237 )
confumé par l'incendie. Dans le moment
où le danger étoit le plus alarmant , S. A.
Eminentiffime le Prince Louis , Cardinal de
Rohan , paffant par cette ville pour fe rendre
à Strasbourg , fit arrêter fa voiture ,
fe tranfporta dans les endroits où les fecours
étoient plus néceffaires , & donna foixante
& dix louis à ceux qui avoient le plus
fouffert. Les perfonnes qui , animées par
l'exemple de ce Prince bienfaiſant , voudront
faire paffer quelques fecours aux incendiés
, font priés de les remettre à M.
Guillaume , jeune , Notaire , rue Neuve des
Petits-Champs , où à M. le Blanc , Négociant
, paffage de Lefdiguières , à Paris , près
la Baftille.
La nuit du 9 au 10 Novembre , le feu fe manifefta
dans un des quartiers les plus ferrés de la ville
de Saint-Flour ; trois maifons furent dans l'inftant
embrafées ; deux perfonnes y ont péri , & une douzaine
ont été plus ou moins grièvement bleffées .
Par les ordres qu'ont donné fort à propos le Lieutenant-
général de Police & le Maire , & les fecours
qu'y ont apporté les habitans de tous états , les
flammes ont été concentrées dans leur enceinte ; mais
ce n'a pas été fans la crainte de voir coafumé dans
peu de tems tout le quartier. Le vent du Nord
qui fouffloit , avoit communiqué le feu aux maifons
voifines . Le Maire , par la préſence & fon activité
a préſervé la maifon des Dames Vifitandines . M.
l'Abbé Vagron , Chanoine & Grand - Vicaire , a
prefque à lui feul arrêté le progrès des flammes
qui avoient communiqué aux maifons oppofées de
la rue . Malgré les débris des pierres & des bois
enflammés qui en défendoient l'approche , il y eft
( 238 )
entré feul par deux fois , & par fon zèle &
fon intrépidité , y a introduit la manoeuvre déja
découragée , qui a garanti la perte de plus de 20
maifons ; plufieurs familles y ont perdu tous leurs
effets , & font entièrement ruinées . Si quelques
ames fenfibles vouloient procurer quelques fecours
à ces infortunés , on les prie de les adreffer à M.
Spy des Urnes , Maire de la ville de St -Flour.
Suzanne Col , veuve de François Parquet
, Ecuyer , Sieur du Maine , eft morte
à la Rochefoucault âgée de 101 ans , n'ayant
éprouvé aucune infirmité avant fa mort.
René- Dinan- Anne- François de Botterel ;
Comte de la Bretonnière , &c. ancien Officier
au Régiment des Gardes Françoifes
Gouverneur &: Commandant pour le Roi
des Ville & Château de Dinan , Chevalier
de l'Ordre Militaire de St-Louis , eft mort
à Dinan le 20 du mois dernier.
Le fieur Goffelin , Horloger , rue du Loup , à Bor
deaux , étant mort le 30 Août dernier , les Demoifelles
fes filles defireroient favoir dès nouvelles de
leur frère , abſent depuis quelques années , tant pour
lui faire part de cet évènement , que pour l'inviter à
venir dans fa patrie , afin de terminer plufieurs affaires
de famille & reprendre l'état de fon pere. On croit
qu'il eft paflé en Angleterre & qu'il a pris le nom de
Geliflon ; on prie les perfonnes qui pourront en don
ner des nouvelles de vouloir bien les communiquer
aux Demoiſelles Goffelin , rue du Loup , à Bordeaux.
De BRUXELLES , le 25 Décembre.
LES Ordonnances rendues par S. M. I.
pour défendre aux Religieux de s'adreffer
dorénavant à leurs Supérieurs réfidens à
Rome , & pour ordonner à tous les fujets
de recourir à leurs Evêques lorfqu'ils vou(
239 )
dront obtenir des difpenfes de mariage en
tre parens , au lieu de les faire demander
à la Cour de Rome , vont , dit-on , être
publiées inceffamment dans les Pays - Bas ,
ces loix ne tarderont pas à être en vigueur
dans tous les Etats héréditaires de S. M. I.
On attend le confentement des Etats-Généraux
des Provinces-Unies à la demande
de l'Empereur , relativement aux barrières.
On dit cependant qu'ils ont déja envoyé
aux garnifons de toutes ces places l'ordre
de les évacuer , à l'exception de celle de
Namur au fujet de laquelle L. H. P. fe font
réfervées de faire quelques repréfentations
à S. M. I.
, ayant
On apprend de la Haye qu'une députa
tion de Négocians d'Amfterdam fe rendit
le 7 de ce mois à l'audience du Stathou
der pour le prier de faire jouir , le plutôt
poffible , leurs navires , au nombre de 19
prêts à partir pour les Indes occidentales
de l'efcorte des vaiffeaux de guerre qui leur
avoit été affurée ; le Stathouder
pris en leur préfence l'avis du Lieutenant-
Amiral Baron de Waffenaar , & des Vice-
Amiraux Hartfink , Reynfe , Comte de
Bylandt , & Zoutman , qui penfèrent tous
'que la route du nord que ce convoi devoit
prendre étoit ou impraticable ou
trop dangereufe dans la faifon préfente
il décida que fon départ feroit différé julqu'au
printems prochain.
» On nous amufe maintenant de l'espoir d'une
réconciliation avec l'Angleterre , lit- on dans quel(
240 )
ques lettres de Hollande ; mais quand elle feroit
aufli prochaine & auffi probable qu'elle l'eft peu ,
elle ne pourra jamais tourner qu'à notre préjudice &
à notre abaiffement. La réponſe du Vicomte de
Stormont à l'Ambaffadeur de Ruffie pour accepter
la médiation de fa Souveraine , eft remplie de ce
ton de hauteur & de mépris que l'on a vu dans tous
les difcours & écrits Anglois , où il eft queftion de
la République. A les en croire , on diroit que ce
n'eft que par faveur , par un pur motif d'indulgence ,
qu'ils veulent bien confentir à traiter de paix avec
nous , & nous recevoir de nouveau en grace. Mais
fi nous acceptons cette paix fans obtenir aucune
indemnifation , notre honneur national ne feroit-il
pas flétri pour toujours ? Nous aurions été attaqués
& dépouillés de la manière la plus injufte , la plus
violente & la plus infolente , & nous ferions réduits
à bénir l'ennemi de ce qu'il nous anroit encore laiffé.
Et dans quel tems ! dans un tems où cette Puiſſance ,
abattue , humiliée de tous côtés , auroit pu être
forcée par quelques efforts ordinaires de notre côté, à
recevoir les loix de quatre ennemis victorieux par
leur réunion. Quoiqu'il en foit ,
on dit que
bafladeur de Rullie a défigné la ville de Pétersbourg
pour y tenir les conférences , où l'on doit traiter de
notre accommodement particulier avec l'Angleterre ;
il faut efpérer que du moins on conviendra d'une
fufpenfion d'hoftilités pendant la durée des négociations
; car , dans le cas contraire , il feroit peffible
, vu l'éloignement des lieux , qu'elles traînâffent
affez en longueur pour donner aux Anglois le tems
de nous enlever les poffeffions qui nous reſtedt encore
au-dehors. C'eft cependant au moment où il eſt
queftion de ces négociations de paix , que la Zélande
a paffé la réfolution de contracter immédiatement
une alliance avec la France . Cette détermination
paroît avoir vivement alarmé le parti Anglois
& il part dépêches fur dépêches pour eflayer , sil
eft encore tems , de la faire révoquer , ou du moins
de la modifier de manière qu'elle n'ait aucun effet ".
2"
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles,
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers, &c. &c.
€
SAMEDI I DÉCEMBRE 1781 .
PA
OLU
PARIS
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de
rue des Poitevins.
ROYAL 3
Avec Approbation & Brevet du Ro
BEAR
STOR
TABLE
Du mois de Novembre 1781 .
PIÈCES FUGITIVES.
Vers au Nouveau Né
Madrigal,
4
49
des Arcs ર
De la Formation des Maurs
& de l'Esprit , 127
158
Le Moyen Infaillible, Conte, 6 Le Comte de Strafford ,
Vers faits fur le Tombeau de
J. J. Rouſſeau ,
Les deux Chevaux , Fable , 58!
Le Baifer,
Couplet fur la Nailfance de
Mgr le Dauphin,
Tablettes , Anecdotes & Hif
toriques des Rois de France ,
Chanfon ,
53
97
98
Lettre aux Auteurs du Mer
cure
ΠΟΙ
24166
Avis fur la Correfpondancede
·la Société Royale de Méde
cine, &c. 153
Traité Théorique & Pratique
de la Végétation ,
3177
SPECTACLES,
Epitreécrite à bord d'un Vaif- Académie Royale de Mufique ,
feau François
146 31,85 , 130
81 147 Concert Spirituel ,
149 Comédie Françoife , 35 , 178
ibid. Comédie Italienne , 36 , 182 ,
155 VARIÉTÉ S.
Réponse à M. Baudry, $8
Lettre de M. de Lamanon aux
Auteurs du Mercure , 99
A MM. les Auteurs du
Mercure de France , fur la
Naiffance de Mgr le Dau
phin ,
Life , Eglogue ,
Impromptu ,
Seconde Lettre à Mde...,
Air des Deux Sylphes ,
Enigmes &Logogryphes , 18 ,
55, 109, 157
NOUVELLES LITTÉR.
Tableau Général de la Cavalerie
Grecque ,
Le Droit de Main -morte aboli
dans lesDomaines du Roi, 27
Les Deux Odes Nouvelles , 30 SCIENCES ET ARTS.
Traité de la Séduction 57 Etabliffement des Machines d
Cours Complet d'Agriculture Feu ,
Théorique, &c 72 Découverte
Ode à la Ville de Marseille Gravures
19
78
Mufique ,
"
37
183
45 141 , 188
190
Eloge Funèbrede Meffire Clau- Annonces Littéraires , 47 , 135
de Léger, Curé de S. Andre-
190
A Paris , de l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT
rue de la Harpe, près S. Côme , 1781.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI I DÉCEMBRE 1781 ..
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS adreffés à Mile JOURDAIN , de
Gifors , étant fur le point de fe marier,
par M. DE LA HOUSSAYE fils , for?
parent , en lui envoyant des Glands à la
Polonoife , qu'il avoit gagnés à une Loterie.
COUSINE , le hafard m'a procuré ces Glands ,
Et mon amitié vous les donne :
Sufpendez-les à la couronne
Qu'obtiennent vos vertus , vos charmes , vos talens .
ILS pourront terminer ces noeuds ,
Par qui l'Amour & l'Hyménée
Vout lier votre destinée
Au destin d'un mortel heureux.
Ai
MERCURE
ÉTANT du fort une faveur ,
Sous les lois de l'Hymen, quand l'Amour vous engage,
Ils deviennent pour vous un aſſuré préfage
Et du plaifir & du bonheur.
Ce lot m'est échu l'autre jour....
L'Hymen eft une Loterie ;
Mais on y gagne quand l'Amour
Veur bien être de la partie.
( Par M. Langlois , Avocat , à Gifors. )
A UN RICHE INSOLENT.
Vous qui blâmez la pauvreté ,
Savez-vous la Mythologie ?
De ce crime par vous aux Sages imputé
La Fable a fait l'apologie ;
Écoutez ce récit des Grecs ingénieux,
L'AVEUGLE Dieu de l'opulence ,
Plutus n'étoit
pas né fans yeux.
On raconte qu'en fon enfance
Il voyoit comme un autre , & même voyoit mieux ;
Mais
par fois la jeuneffe a trop de confiance :
Au Monarque des Dieux Plutus déclare un jour
Qu'il veut chez les mortels s'attacher fans retour
A la Sageffe, à la Science.
Jupiter ( qui l'auroit penfé? )
Envieux de l'humaine eſpèce ,
3
DE FRANCE.
Du penchant de Plutus en fecret fut bleffé.
A ravaler notre foibleffe
Il crut l'Olympe intéreffé.
Hélas ! ce jaloux caractère
De l'Olympe en nos jours a paffé fur la terre :
Nos fimples demi -Dieux ne veulent point d'égal
Jupiter irrité fit an Dieu des Richeffes
Le préfent d'un bandeau fatal ;
De-là vient qu'il s'y prend fi mal
Pour diftribuer fes largeffes.
Faut- il donc s'étonner qu'en ceffant de voir clair ,
Plutus ait trop rempli le voeu de Jupiter ?
A tâtons parcourant le monde ,
Un aveugle iroit-il s'enfoncer au haſard
Dans la folitude profonde
Où le Sage vit à l'écart ?
Les fripons & les fots font par-tout , ſont en troupe.
A l'aveugle Plutus les uns tendent la main ;
Les autres le prennent en croupe.
Plutus s'y rend fans examen.
Quel examen peut faire un Dieu qui n'y voit goute?
Égaré , comme il cft , parmi le genre humain ,
Toujours fuivant la grande route,
Il cherche la Vertu fans doute ;
Mais la pauvre Vertu n'eft pas fur fon chemin.
( Par M. François de Neufchâteau , Lieutenant-
Général du Préfidial de Mirecourt , &c. )
A iij
MERCURE
EXTRAIT d'un Mémoire fur LYCURGUE ,
Orateur d'Athènes , lu par M. l'Abbé
AUGER dans la Séance publique de l'Acar
démie des Belles - Lettres , le jour de la
rentrée de cette Compagnie.
>
PARMI les Orateurs dont M. l'Abbé Auger
doit publier inceffamment la Traduction , il
en eft un qui n'eft pas encore connu &
dont il donne la plus haute idée dans fon
Mémoire. Au nom de Lycurgue , on fe rappelle
d'abord le Légiflateur de Lacédémone ,
homme extraordinaire, qui conçut & exécuta
le deffein d'arracher une multitude d'hommes
à leurs affections les plus naturelles ;
qui , au fein de la Grèce , créa une République
nouvelle , dont le plan auroit paru
chimérique , & l'eut fait reléguer parmi
les Républiques imaginaires , fi elle n'avoit
réellement exifté , pendant plufieurs fiècles ,
dans toute faforce & dans toute fa fplendeur.
Mais bien des perfonnes ignorent qu'Athènes
a produit un autre Lycurgue , Orateur diftingué
, excellent Patriote , ame grande &
fière , d'un caractère vigoureux , d'une probité
irréprochable , auffi févère à l'égard des
autres qu'envers foi- même ; en un mot ,
Caton des Athéniens .
le
M. l'Abbé Auger fe propofe de faire con
DE FRANCE.
noître Lycurgue comme homme d'État &
comme Orateur. Il parle de fa naiffance &
de fon éducation. Il étudia en même temps ,
dit-il , la Philofophie & l'Éloquence fous
Platon & fous Ifocrate , ces deux grands
Maîtres qui formèrent les plus habiles Orateurs
de leur fiècle. Les anciens ne féparoient
jamais la ſcience des chofes , & l'Art du style .
Les mêmes Maîtres donnoient en même
temps des préceptes de Philofophie & des
règles d'Eloquence. A quoi ferviroit en effet
l'Art d'écrire , fans un fond fuffifant de con
noiffances ? La fcience la plus profonde deviendroit
elle- mênie prefque inutile , fi l'on
négligeoit l'Art de la communiquer aux autres
d'une manière agréable & intéreſſante. M.
L'Abbé Auger montre l'influence que Lycur
gue eur dans les affaires publiques, le zèle avec
lequel il feconda Demofthène dont il étoit le
contemporain , l'intégrité & l'intelligence
qu'il montra dans l'adminiftration des Finances
dont il fur chargé pendant quinze
ans. Il raconte de lui un trait au fujet du
Philofophe Xénocrate , qui prouve à la fois
la hauteur & la fermeté de fon caractère ,
& fon refpect pour la vraie Philofophie.
Xénocrate étoit fi pauvre , qu'il n'avoit pu
payer la taxe mife fur les étrangers établis à
Athènes ; celui qui levoit cette taxe le traînoit
en prifon : Lycurgue le rencontre ; ce
fpectacle l'indigne ; il maltraite le Fermier public
, arrache le Philofophe de fes mains ,
& , de fa propre autorité , il le traîne luig
i
1
A is
8 MERCURE
même en prifon pour n'avoir pas fa refpecter
dans un illuftre étranger la ſcience
jointe à la vertu , Les Athéniens applaudirent
tous à cette action auffi courageufe que fingulière
, ce qui fit dire à Xénocrate que Lycurgue
avoit été payé fur le champ de fon
zèle généreux par les éloges que tout le monde
s'étoit empreffé de lui donner. M. l'Abbé
Auger parle des honneurs extraordinaires
dont les Athéniens récompenfèrent les fervices
& les vertus de Lycurgue , pendant fa
vie & après fa mort. Enfuite , il préſente ,
comme Orateur , le vertueux Républicain
qu'il a montré comme homme d'État. I
rapporte ce qu'en ont dit. Denys - d'Halicarnaffe
, & Diodore de Sicile. Il cite un fragment
de fon Difcours contre Lyficlès , que
ce dernier nous a confervé dans fon Hif-·
toire. Lyficlès commandoit les troupes à
Cheronée , où les Athéniens furent entièrement
defaits. " Quoi donc ! Lyficlès , fous
votre commandement , mille Citoyens ont
péri dans le combat , deux mille ont été faits
prifonniers , un Trophée a été érigé contre
Athènes , la Grèce entière est tombée dans
la fervitude : ces triftes événemens ont eu
lieu lorfque vous commandiez , & vous
vivez encore ! & vous jouiffez encore de la
lumière du foleil ! & vous ofez paroître dans
la place publique , vous montrer à votre
Patrie pour lui rappeler la mémoire de fes
malheurs & de fon opprobre ! »
La même force règne dans le Difcours
DE FRANCE. 9
contre Léocrate , le feul qui ait échappé à
l'injure des temps. Voici quel en eft le fujer.
Après la bataille de Cheronée , les Athéniens
craignoient que Philippe ne vînt attaquer
leur Ville ; ils prirent donc toutes les précautions
pour la mettre à l'abri d'infulte.
Dans ces temps d'alarme , un particulier ,
nommé Léocrate , fous prétexte de commerce
, fe tranfporta à Rhodes , puis à Megares
, & ne revint qu'après huit ans d'abfence.
Lycurgue le cite en Juftice , il l'accufe
comme un Citoyen lâche qui a abandonné
la Patrie lorfqu'elle avoit le plus beſoin de
fon fecours , & lorfque tous les autres s'empreffoient
de la défendre.
M. l'Abbé Auger fait une analyſe rapide du
Difcours , & en cite les endroits les plus
frappans. Nous en tranferirons quelques uns
pour faire connoître l'élévation du génie , la
force & la véhémence de l'Orateur Lycurgue.
Il faut d'abord le rappeler que toute l'Attique
étoit plantée d'oliviers ; comme ces
arbres faifoient la richeffe du Pays , l'État
même ne fe permettoit d'en abattre que
dans les befoins les plus preffans. Il fut décidé
après la bataille de Cheronée , qu'on en
abattroit un certain nombre ; qu'on démoliroit
les tombeaux dont les pierres feroient
employées à réparer les murs , & qu'on prendroit
les armes fufpendues à la voûte & aux
murs des Temples. A la fuite d'un tableau
touchant & pathétique de la fituation de la
Ville d'Athènes après la défaite de Cheronée ,
Αν
ΤΟ MERCURE
l'Orateur s'adreffe aux Juges , & leur ditz
" Mais , Athéniens , un homme qui , au mihieu
de telles alarmes , dans des périls aufli
preffans , dans des extrêmités aufli affligeantes,
a déferté la Ville , a refufé de défendre la Patrie
, ne s'eft pas offert aux Généraux ; un
homme qui , prenant honteufement la fuite ,
nous a laiffes tous expofés à une ruine totale
, quel Juge religieux & bon Patriote
voudroit Fabfoudre par fon fuffrage ? Quel
Orateur proftitueroit fon éloquence à la défenfe
d'un lâche qui n'a pas eu le courage de
pleurer avec nous , & de partager les infortunes
de la Patrie , qui n'a contribué en rien.
à la garde & à la fûreté d'Athènes ? Toutefois
, dans ces jours de trifteffe , les hommes
de tout âge fe dévouoient au falut de
La Ville , dans un temps où le Pays même
abandonnoit fes arbres , où les morts cédoient
leurs fépulcres , où les Temples fe
dépouilloient des armes qu'on y avoit confacrées
. Parmi les habitans , les uns travailloient
à réparer les murs , les autres à creuſer
des foffés , d'autres à élever des retranchemens
; nul n'étoit oifif. Léocrate ne s'eft
montré , ne s'eft offert nulle part. Rappelezyous
, ô Athéniens , rappelez- vous ces circonftances
, & puniffez de mort un homme
qui n'a voulu ni contribuer ni affifter aux
funérailles des Citoyens morts à Cheronée
pour laliberté & le falut de tous ; un homme
qui , autant qu'il étoit en lui , a laiffé fans
dépulture ces Guerriers courageux. Il a paffé,
DE # FRANCE.
fans rougir , près de leurs tombeaux , forfqu'après
huit ans d'abfence , il a eu le front
de fe montrer à leur Patrie . »
Co
1
Lycurgue fait enfuite une digreffion éloquente
fur les Guerriess qui ont fuccombé à
Cheronée. Remplis de ces fentimens , &
s'expofant au peril à l'exemple des plus
braves , le fuccès n'a point couronné leuc
vaillance; ils ne jouiffent point de leur vertu
pendant leur vie , mais ils font morts laiffant
après eux une gloire qui ne meurt pas , & ,
fans avoir été vaincus , ils ontfeulement fuecombé
dans le pofte où ils étoient placés pour
défendre la liberté publique. J'ajoute même
( c'est une idée qui pourra furprendre , mais
qui eft vraie ) , ils font morts victorieux. La
liberté & la gloire font le prix du vrai cou
rage or , le Guerrier , par fon courage ,
s'ailure l'une & l'autre. Non , fans doute , on
ne peut être appelé vaincu , quand on a
attendu l'ennemi avec intrépidité. Mourie
glorienfement dans le combat , c'eft moins
fubir une défaite , qu'aller au-devant d'une
mort honorable pour éviter la fervitude .
Nos Guerriers généreux en font une preuve .
éclatante . Seuls de tous les Grecs , ils portoient
dans leurs perfonnes la liberté de la
Grèce , puifqu'en même temps qu'ils font
tombés fous le glaive ennemi , cette liberté
eft tombée & a été enfevelie dans leurs tombeaux..>
Nous defirerions que le bornes de notre
Journal nous permillent de copier ici toute
A vj
12
MERCURE
T
la Péroraifon qui nous paroît un des plus
beaux morceaux d'Eloquence qui exiſte . On
en jugera par ces fragmens.
... Et il viendra vous prier d'écouter
fa juftification en vertu des Loix ! Mais vous ,
demandez-lui en vertu de quelles Loix ? N'eftce
pas de celles auxquelles il a renoncé en fe
retirant ? Il vous conjurera de le laiſſer vivre
dans l'enceinte des murs de la Patrie ! Mais
de quels murs ? N'eft- ce pas de ceux qu'il a
refufé de garder avec les autres Citoyens ?
Il invoquera les Dieux pour le tirer du péril !
Mais quels Dieux ? Ne font- ce pas ceux
inême dont fa fuite a laiffé expofés à la
profanation & aux ravages les Temples ,
les Autels & les bois facrés. Il implorera la
compaflion ! .... Eh ! de qui ? N'est ce point
des hommes même à la sûreté defquels il n'a
pas eu le courage de contribuer comme les
autres ? Qu'il aille implorer les Rhodiens ,
puifqu'il a cru trouver chez eux un afyle plus
sûr que dans fa propre Patrie. Qui donc lui
devroit de la pitié ? Les vieillards ? Mais , en
les abandonnant , il les a privés , autant qu'il
étoit en lui , de l'avantage d'être fubftentés
dans leur vieilleffe , d'être enterrés libres
dans le fol libre de leur Patrie. Les jeunes
gens ? Mais qui , d'entr'eux , fe rappelant les
jeunes Citoyens dont ils ont partagé les périls
à Cheronée , fauveroit le lâche qui a livré
à l'enne mi leurs tombeaux , & , par le même
fuffrage , taxeroit de folie ceux qui font
morts pour la liberté , & applaudiroit , en
DE FRANCE. 13
le renvoyant abfous , à la fageffe de celui qui
a laiffé fon Pays fans défenſe ? .... »
" Ainfi , Athéniens , je vous dénonce un
homme qui a violé tous ces devoirs , je vous
le dénonce à vous qui êtes maîtres de le
punir. Vous vous devez le fupplice de Léocrate
, vous le devez aux Dieux ; avant que
les délits foient jugés , celui qui les a commis
eft feul coupable : lorfque le jugement eft
rendu , les Juges qui ont négligé de les punir
deviennent complices. Pour moi , il me
femble que , par une feule fentence , vous
allez prononcer en ce jour fur la multitude
des crimes dont Léocrate s'eft chargé luimême
: crime de trahiſon , puiſque , par fa
retraite , il a abandonné & livré la Ville aux
ennemis ; crime de lez - majeſté envers le
Peuple , puifqu'il a refufé de combattre pour
la liberté ; crime d'impiété , puifque , autant
qu'il dépendoit de lui , il a laiſſé ravager les
campagnes facrées , piller & ruiner les Temples
; crime d'outrage envers fes parens' ,
puifqu'il n'a pas empêché, pour fa part, que
leurs tombeaux ne fuffent détruits , que leurs
cendres ne fuffent privées des honneurs qui
leur font rendus ; crime de défertion & de
fuite & de fervice , puifqu'il ne s'eft pas
offert aux Généraux qui lui auroient affigné
fon pofte. Qui de vous , après cela , pourroit
le renvoyer abfous ? Pourriez - vous lui
pardonner tant de crimes renfermés dans un
feul ?.... >>
"C'eft à vous , Athéniens , de vous con14
MERCURET
vaincre que , prononcer en faveur de Léocrate
, & lui faire grâce de la vie, ce feroir
prononcer contre la Patrie elle même, contre
les hommes & les enfans qu'elle renferme.
Deux urnes font placées dans le Tribunal
l'une pour la condamnation du traitre , l'autre
pour le renvoyer abfous ; & fuivant que
vous jetterez les marques de vos fuffrages
dans l'une ou dans l'autre , vous déciderez
pour la deftruction d'Athènes ou pour fa
sûreté & fon bonheur. En abfokant Léocrate
, vous apprendrez aux Citoyens à livrer
à l'ennemi , par une fuite honteule, la Ville
& toutes les forces , les objets facrés & civils
en le condamnant à la mort , vous porterez
les autres à défendre & à garder la
Patrie , à maintenir fes revenus & fa profpérité.
Imaginez vous donc que le Pays
même , que les arbres , les Ports , les arfenaux,
que les murs de la Ville , que les
Temples & les Autels , vous conjurent &
vous fupplient de prendre en main leur défenfe,
& de faire un exemple de Léocrate.
Rappelez- vous tous les griefs de l'accufation,
& n'oubliez pas que ni la pitié , ni les larmes,
ne doivent prevaloir dans vos efprits fur la
confervation des Loix & de la République. »
Nous felicitons M. l'Abbé Auger d'avoir
fu tirer des ruines de l'antiquité ce précieux
monument. Il ne doit pas douter que la traduction
dont il fe propofe d'enrichir notre
Littérature ne foit auffi favorablement accueillie
que l'ont été celles de Démosthènes
& d'Ifocrate
DE FRANCE. 15
A1R d'Adèle de Ponthieu , chanté par
M. LEGROS.
Andantino. Canrabile foftenuto .
C'EST à moi de ven- ger A. de- le ,
Ne ré- af- tez plus à mies
voeux , ne ré fif tez plus
mes voeux .
Sachez qu'un dé - figlori-
eux M'en -ga-ge à com-bat- tre pour
el- le , m'en-ga-ge à combat
tre pour
el
lea
16 MERCURE
Laif fez vaincre mes jeu-nes mains ,
laif- fez vain- cre mes jeu .
nes mains ,
mes jeunes mains ; Loin d'ê ;
- tre
mon ri
ri val , Quand la gloire m'ap
·
pel- le , Con- ten tez - vous de fervir
fes deffins , Et d'être à
·
ja mais mon mo
- · dè le C'eſt à
moi de ven -ger A - de- le , c'eft à
DE FRANCE. 17
moi de ven- ger A- de- le ;-
Ne
ré - fif - tez
plus
à mes voeux ,
ne ré fif- tez plus à mes
voeux.
( Paroles de M. le M. de Saint -Marc
Mufique de M. Piccini. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eft la Mort ; celui du
Logogryphe eft la Goutte , où fe trouvent
tout , toge , goût , ut , Og , Roi de Balan
8
MERCURE
ENIGM E.
JE fuis un être vil , cependant les mortels
Eftiment mon talent ; j'ai l'honneur & la gloire
De travailler à parer les Autels.
Ami Lecteur , pourriez -vous croire
Que dans ce noble emploi je travaille en prifon ?
Sans pitié l'on m'y voit & fans compatſion ,
Sans même me donner la moindre nourriture.
Après avoir changé plufieurs fois de nature ,
Je meurs enfin , je meurs ainfi que mes parens !
Pauvre , fans rien laiffer à tous mes defcendans.
( Par M. Bouvet , à Gifors. )
LOGO GRYPH E.
PLACE fouvent fur un rivage
Et fur un coteau quelquefois ,
Avec plaifir , cher Lecteur , tu me vois
Figurer dans un paysage ;
"
Je fers les Sujets & les Rois , ›
Et l'infenfé comme le fage.
L'on aborde chez moi du natin jufqu'au foir ,
Et plutôt à pied qu'en voiture ;
C'est trop vite pourtant me faire appercevoir ,
Moi qui voudrois te mettre à la tortare ,
Quoique je fois plus blanc que noir.
DE FRANCE. 19
Avec un peu d'étude à deviner facile ,
Je t'offrirai dans les combinaifons
De mes fix pieds , d'abord l'un des fept tons ;
Enfuite de la France une opulente ville ;
Une Reine qui prit pla e entre les Tritons ;
Un fruit commun au nouveau -inonde ;
Et ce fleuve , qui de fon onde
Le
Fertilife d'heureux vallons;
Un végétal dont l'écorce ductile
Forme des vêtemens légers
Pour les Princes & les Bergers ;
des forêts , une femence utile
tyran
S'y trouveront avec l'argile ,
Dont , par une divine main ,
Fut paîtri le premier humain ;
Des côtes d'Auvilé le nectar délectable ;
Le nom d'un athlète fameux ;
Des citoyens de l'air le don inimitable ,
Et du larcin, le fynonyme affreux
S'y montreront enfin à ton ceil curieux.
( Par M. l'Abbé Dourneau. }
20 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
HISTOIRE NATURELLE des Oifeaux
Tome VIII , in - 4° . , . de Imprimerie
Royale . A Paris , chez Panckoucke ,
Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
CE Volume achève l'Hiftoire des Oifeaux
de rivages , & commence celle des
Oifeaux d'eau , c'est la partie de l'Ornitho
logie la plus neuve , & jufqu'ici la moins
connue. Comment en effet fuivre fur les
flots ces tribus ailées qui pour nous fuir
ont également ouvertes devant elles les routes
de l'air & celles de l'onde , qui , pour
échapper à nos atteintes , & le dérober à
nos regards , ont le choix de fillonner la
plaine liquide , de plonger dans fa profondeur
ou de chercher d'une aîle rapide leur
falut au haut des airs . A quel point enfin
fe placera l'Obfervateur pour fixer ces êtres
fugitifs qui , fur l'un & l'autre élénient ,
femblent vouloir également éluder fon
coup d'ail & tromper fon attention ? Mais
de même qu'il s'élance juſqu'aux cieux &
pénètre dans le fein de la terre , l'oeil du
génie plane fur les vaftes mers. Voyons - le
fuivre l'Oifeau du Tropique. " Sous le ciel
enflammé de la Zône Torride où cet Oifeau
DE FRANCE, 21
vole fans ceffe comme attaché au char du
Soleil , fans s'écarter des deux limites extrêmes
de la route du grand Aftre , annonçant
aux Navigateurs leur prochain paffage
fous ces lignes céleftes. » Voyons la Frégate,
qui prend fon nom du meilleur voilier
& du plus vîte des navires , & qui en effet
de tous les navigateurs ailés eft celui dont
le vol eft le plus fier , le plus puiffant & le
plus étendu . Balancé fur des ailes d'une prodigieufe
longueur , fe foutenant fans mou
vement fenfible , la Frégate femble nager
paiſiblement dans l'air tranquille pour atten
dre l'inftant de fondre fur fa proie avec la
rapidité d'un trait ; & lorfque les airs font
troublés par la tempête , légère comme le
vent , elle s'élève juſqu'aux nues , & va chercher
le calme en s'élançant au - deſſus des
orages , »
» & ces oiſeaux des hautes mers
que la Nature , avec des moyens & des
facultés bien plus foibles en apparence , a
rendus bien plus forts que nous contre les
flots & les tempêtes , ne nous connoiffent
pas , & fe laiffent approcher , faifir même
avec une fécurité que nous appelons ſtupide ,
mais qui montre bien clairement combien
l'homme eft pour eux un être nouveau
étranger, inconnu , & qui témoigne de la
pleine & entière liberté dont jouit l'espèce ,
loin du Maître qui fait fentir fon pouvoir à
tout ce qui refpire près de lui. L'homme
en effet fi fier de fon domaine , & qui commande
en Roi fur la terre qu'il habite , eft
22 MERCURE
à peine connu dans une autre grande partie
du vafte Empire de la Nature ; il trouve fur
les mers des ennemis au- deffus de fes forces,
des obftacles plus puiffans que fon art &
des périls plus grands que fon courage. Ces:
barrières du monde qu'il a ofé franchir font
les écueils où fe brife fon audace , où tous
les élémens conjurés contre lui confpirent à
fa perte , où la Nature en un mot veut régner
feule fur un domaine qu'il s'efforce
vainement d'ufurper , aufli n'y paroît - il
qu'en fugitif plutôt qu'en maître ; s'il en
trouble les habitans , fi même quelques uns
d'entre eux , tombés dans fes filets ou fous
les harpons , deviennent les victimes d'une
main qu'ils ne connoiffent pas ; le plus
grand nombre , à couvert au fond de fes
abîmes , voit bientôt les frimats , les vents
& les orages balayer de la furface des
mers ces hôtes importuns & deftructeurs
qui ne peuvent que par inftant troubler
leur repos & leur liberté ». Page 44 , article
du Noddi.
Si à ces tableaux nous oppofons les teintes
douces fous lesquelles nous font peintes les
habitudes communes & les inclinations fociales
de ces oifeaux que l'on voit « écartés
dans les bois ou difperfés dans les champs ,
s'attrouper à l'arrière-faifon & après avoir
égayé de leurs jeux les derniers beaux jours
de l'Automne , partir de concert pour aller
chercher enfemble des climats plus heureux
& des hivers tempérés ( Commence
DE FRANCE. 13
>
ment de l'article des Pluviers ) fi nous
voyons s'abattre le Vanneau léger qui « dans
fa gaieté folâtre & fe joue , caracole & voltige
de mille façons en l'air ; à terre , s'élance
, bondit & parcourt le terrein par
petits vols coupés . » ( Pag. 48 , 5 % & fuiv. )
Si nous fuivons des yeux ces Hirondelies de
mer qui « par leur vol conftant à la furface
des eaux repréfentent fur la plaine
liquide les allures des Hirondelles de terre
dans nos campagnes & autour de nos habitations
, qui non moins agiles & aufli vagabondes
.... & ce femble confiées uniquement
par la Nature à la puiffance de leurs
aîles , en font un continuel ufage pour pla- ¹
ner, cingler, plonger , nager dans l'air , en élevant,
rabaiffant, coupant , croifant leurs vols
de mille & mille manières. Ces beaux effets
d'harmonie imitative nous convaincront de
plus en plus que le Pline françois poſsède rous
les tons & l'art fur- tout d'intéreffer jufques
dans les plus arides détails.
Voyons avec quelle vérité pittorefque il
peint les habitudes d'un fimple oiſeau des
champs. Dans les prairies humides , dès que
l'herbe eft haute & jufqu'au temps de la récolte
, il fort des endroits les plus touffus de
l'herbage une voix rauque , un cri bref, aigre
& fec, crek , crek , crek, aſſez femblable au
bruit que l'on exciteroit en paffant & ap--
puyant fortement le doigt fur les dents '
d'un gros peigne, Lorfqu'on s'avance vers
!
24 MERCURE
cette voix , elle s'éloigne , & on l'entend
venir de cinquante pas plus loin ; c'eſt le
râle de terre qui jette ce cri qu'on prendroit
pour le croallement d'un reptile'; il fuit
en marchant avec vitelle à travers le plus
touffu des herbes , où il laiffe une trace remarquable.....
Lorfque le chien rencontre
un râle , on peut le reconnoître à la vivacité
de ſa quête , au nombre de faux-arrêts ,
à l'opiniâtreté avec laquelle l'oiſeau tient ,
& fe laiffe quelquefois ferrer de fi près qu'il
fe fait prendre ; fouvent il s'arrête dans fa
fuite , & le blotit de forte que le chien paſſe
par-deffus , & perd fa trace.... S'il part
enfin il ne vole jamais loin , & ordinairement
on en voit la remiſe ; mais inutilement
iroit-on l'y chercher , car l'oiſeau a déjà
piété plus de cent pas lorfque le Chaffeur
y arrive; il fait donc fuppléer par la rapidité
de fa marche à la lenteur de fon vol ; auffi
fe fert- il beaucoup plus de fes pieds que de
ſes aîles, & toujours couvert fous les herbes,
il exécute à la courfe tous les petits voyages
& fes croiſières multipliées dans les prés &
les champs ; mais quand arrive le temps du
grand voyage , il trouve , comme la caille ,
des forces inconnues pour fournir au mouvement
de fa longue traverfee ; il prend fon
effor la nuit , &, ſecondé d'un vent propice,
il fe porte dans nos Provinces méridionales ,
d'où il tente le paffage de la Méditerranée.
Plufieurs périffent fans doute dans cette première
DE FRANCE. 25
mière traité , ainſi que dans la feconde pour
le retour , où l'on a remarqué que ces oifeaux
font moins nombreux qu'à leur départ.»
و
Dans le nombre des articles intéreffans
que contient ce Volume , on remarquera
ceux du Pélican , du Cormoran , des Foux ,
des Goëlands ; les favants articles de la
Poule fultane ou Porphyrion , du Flammant
ou Phénicoptère des Anciens , & de
l'Ibis oiſeau révéré & fameux dans
l'antique Égypte. Ceux de l'Avocette & de
l'Échaffe offrent des vues profondes fur les
erreurs , ou pour mieux dire fur les effais
de la Nature dans les premiers plans de fes
ouvrages ; celui de l'Anhinga ne contient
pas des idées moins philofophiques fur l'immenfe
fécondité & les nuances dans les
formes qu'a produites cette Mère univerfelle.
Nous voudrions pouvoir tranſcrire ,
comme un modèle des plus grands & des
plus beaux rapprochemens en Hiftoire Naturelle
, l'article de l'oifeau fingulier, appelé le
Bec en cifeaux ; mais ce que nous avons dit
fuffit bien pour faire connoître que ce Volume
de l'Hiftoire des Oiseaux, riche comme
tous les précédens en tableaux pleins de
force , de vérité & de graces , ne le cède à
aucun pour le mérite & l'intérêt des fujets
qui y font traités.
A tous les dons du génie , M. de Buffon
ajoute celui de favoir connoître & choisir
les hommes dignes de concourir avec lui
Nº. 48 , 1 Décembre 1781 . B
26 MERCURE
à fes nobles & grands travaux. Les noms
de Daubenton & de Montbelliard en font
garans & pour la part qu'il a donnée à
M. l'Abbé Bexon dans cette Hiftoire des
Oifeaux , ainfi qu'il l'a annoncé lui - même
dans le précédent Volume , on peut dire
qu'elle eft également bien remplie , & que
ce dernier choix eft heureufement juftifié.
Rien en effet ne manque à l'exactitude & à
l'étendue des recherches , à l'ordre & à la
difcuffion de la nomenclature , à la préciſion
& à la vérité des defcriptions , parties qui
ont été fur-tout confiées aux foins de M.
l'Abbé Bexon , non plus qu'à la jufteffe & à
la fagacité des idées & des vues que M. de
Buffon nous dit avoir bien voulu fouvent
adopter & employer d'après lui .
( Cet Article eft de M. M. )
DE FRANCE. 27
HERBIER de la France , ou Collection
complette des Plantes Indigènes de ce
Royaume , avec leurs détails anatomiques ',
leurs propriétés , & leur ufage en Medecine
& dans les Arts , in- 4° . par M. Bulliard ,
Botaniſte.
Nous n'avons pas encore rendu compte
de cet Ouvrage , qui eft commencé depuis
dix-huit mois , & qui mérite à tous égard
l'attention des Savans & des Amateurs , foit
par la manière dont il eft exécuté , foir par
la ponctualité de l'Auteur à remplir fes
melles.
pro-
L'Herbier
de la France
réunit
à l'exacti- tude du deflin
& du coloris
une courte
def- cription
de chaque
plante
, contenant
le
détail de fes parties
caractériſtiques
, fa durée,
le temps
où elle fleurit
, les lieux où on la
trouve
, fon ufage
en Médecine
, comment & en quel cas on doit l'employer
, l'anti- dote qu'il faut lui oppofer
fi elle eft véné- neufe
, les effets qu'elle
produit
fur l'homme
& fur les animaux
, enfin l'ufage
qu'on
en
peut faire dans les Arts & Métiers
. Cet Ou- vrage
eft de format
in- 4° .; il contiendra toutes
les plantes
du Royaume
: elles font
deffinées
par M. Bulliard
, & gravées
en
minière
de peinture
* . Il en paroît
qua
* L'impreffion en couleurs étoit le feul moyen
de réunir en même temps l'exactitude des détails
Bij
28 MERCURE
rante- huitpar an , jufqu'à ce qu'on puiffe
doubler les livraifons , fitôt qu'on aura
pu augmenter fuffifaminent le nombre des
Artiftes propres à l'exécution de cette entrepriſe.
On n'a pas adopté un ordre méthodique
fous lequel chaque plante auroit paru à tour
de rôle , parce qu'on a craint les lacunes
prefqu'inévitables en pareille circonstance ,
ce qui auroit retardé l'exécution de cet Ouvrage
; il falloit éviter la monotonie , & il
étoit fuffifant de faire des citations * qui
laiffaffent à chaque Botaniste la faculté do
claffer , felon fa méthode , ces plantes artificielles
, comme il fait dans fon Herbier
des plantes naturelles à mesure qu'elles s'offrent
à fes yeux dans le cours de fes herborifations.
Pour rendre cette Collection plus à la
portée de tout le monde & la moins difpendieufe
poffible , il étoit néceffaire de créer
un plan de diftribution au moyen duquel
que le pinceau le plus habile ne faifit que très-difficilement
, & la vivacité & la durée des couleurs quí
fubiffent , dans l'emploi , les plus fortes épreuves des
acides vitrioliques & nitreux ; des vapeurs méphitiques
du charbon , du contraſte des ſubſtances graſſes
avec les aqueufes & de la preffion.
* On a laiffé à chaque plante le nom François
fous lequel elle eft décrite dans la méthode analytique
de M. le Chevalier de la Marck ; fes noms
Latins , fes claffes & ordres font ceux du Sp. PL
Linx.
DE FRANCE.. 29
chaque particulier pût fe procurer une partie
de cet Ouvrage , fans qu'il s'engageât à prens
dre toute la fuite.
De toutes les divifions dont ce travail
étoit fufceptible , on en a adopté quatre
principales , pour leſquelles chacun pût foufcrire
feparément ; 1. les plantes vénéneuſes
* ; 2º . les champignons ; 3 ° . les
plantes médicinales ; 4° . les plantes graffes ,
c'eft à dire , toutes les plantes qu'on ne
peut deffécher pour être mifes en herbier
naturel.
· ·
Lorfque chacune de ces fuites particu
lières fera finie , on délivrera gratis une
Table qui déterminera l'ordre qu'on y devra
donner.
:
La première année eft compofée de
douze Cahiers en la recevant , on paye
39 liv. ; & la feconde année , ainfi que
les fuivantes , ne coûteront que 36 livres ,
chaque Cahier ne fe payant que 3 liv. On
envoie régulièrement les Cahiers , à meſure
qu'ils paroiffent , aux Soufcripteurs de Paris.
Il est néceffaire que les perfonnes de Province
, qui foufcrivent pour l'Herbier entier
, envoient 39 liv. pour la première année
qu'elles recevront fur le champ , & 36 liv .
pour
la feconde année courante. Pour affurer
la confervation
des épreuves dans les envoir
* Les accidens que caufe tous les jours l'ufage
des plantes vénéneuſes ont déterminé l'Auteur à leur
donner le premier rang dans fen Ouvrage.
Bitj
30 MERCURE
qu'on eft obligé de faire , on expédie , par
la voie des Diligences , les Cahiers dans des
boîtes franches de port ; les moindres envois
font de fix Cahiers. Si l'on avoit quelques
autres occafions dont on voulût profiter , on
eft libre de charger quelqu'un de Paris de
retirer les Cahiers à mesure qu'ils paroiffent.
Si l'on veut la première année reliée , on
eft obligé de joindre au prix de la foufcription
3 liv. , & pareille fomme pour chaque
année fubfequente.
Les perfonnes qui ne foufcrivent que pour
une partie de l'Herbier , comme pour la fuite
des plantes vénéneufes , pour celle des champignons
, payent 3 livres la première des
plantes qu'elles reçoivent , & 20 fols toutes
les autres.
On envoie également en Province ces fuites
dans des boîtes , fitôt qu'il y a vingt plantes
à expédier ; mais il eft néceffaire que les perfonnes
qui foufcrivent pour une partie de
l'Herbier quelconque , envoient 39 livres
d'avance.
Il faut affranchir le port des lettres & de
l'argent , & s'adreffer à M. Bulliard , rue des
Poftes , au coin de la rue du Cheval - verd , à
Paris à Didor le jeune, Quai des Auguſtins ;
& à Belin , Libraire , rue Saint Jacques .
;
N. B. M. Bulliard fe fait un plaifir de
recevoir la vifite des Amateurs & des Cüirieux
de toutes les Nations ; il les invite à
être témoins de fes opérations , & leur faura
DE FRANCE.
gré des obfervations qu'ils voudront bien lui
communiquer.
LEGS d'un Père à fes Filles , par feu
M. Gregory , traduit de l'Anglois , fur la
quatrième Édition . in - 8 ° . A Londres , & fe
trouve à Paris , chez J. G. Mérigot le
jeune , Libraire , quai des Auguſtins , aŭ
coin de la rue Pavée. 1781 .
CE Legs , ce font des Confeils , & ce
Livre eft un Livre de morale ; il a réuffi en
Angleterre , & il nous paroît devoir réutlir
par-tout. Premièrement , il eft fort court;
fecondement , il eft plein de fens & d'up
fens qui n'a ni le tort d'être trop commun,
ni celui d'être recherché.
Il eft divifé en quatre Lettres ou Chapitres
, fans compter une courte introduction.
Ces quatre Chapitres ont pour objet
& pour titre :
¡ ° . Religion.
2º. Moeurs & conduite.
3. Des amuſemens .
4° . Amitié , Amour , Mariage .
Ces trois derniers objets , dont chacun
pourroit fournir des Volumes, font ici réunis
en un feul article .
Voici quelques - unes des penfées de l'Auteur
qui nous ont paru les plus remarquables
, moins par le fond même de chaque
idée principale que par la délicateffe des
B iv
32 MERCURE
idées acceffoires & le choix des raifons dont
il appuie chaque propofition.
و ر
ود
و د
ود
و د
1º . Religion.
Les femmes fe trompent
beaucoup lorfqu'elles imaginent le faire
» eftimer de nous par l'irréligion. Les incré
» dules eux- mêmes n'aiment pas l'incrédulité
» dans les femmes . Tout homme qui connoît
» la nature humaine regarde la douceur de
» caractère & la fenfibilité du coeur comme
» liée dans votre fexe avec les fentimens
religieux; au moins confidérons nous tou-
» jours en vous l'incrédulité comme un indice
de cet efprit mafculin & dur , qui
» de tous vos défauts cft celui qui nous
déplaît le plus. D'ailleurs , les hommes
regardent la religion comme une des prin
cipales sûretés que vous puiffiez leur four-
» nir de la confervation de cette vertu des
femmes , à laquelle ils mettent le plus
grand intérêt. Si un homme prétend vous
» montrer quelque attachement , & s'efforce
d'ébranler en vous les principes religieux ,
foyez affurées que c'eft un étourdi , ou.
qu'il a fur vous des deffeins qu'il n'ofe
*
ود
ود
ود
""
30
99
» avouer.
33
و ر
c
2º. Maurs & conduite. « Quand une fille
ceffe de rougir , elle a perdu le charme
» le plus puiffant de la beauté .... Des Pédans
» qui fe difent Philofophes , demandent
pourquoi une femme rougiroit lorsqu'elle
» n'eft coupable d'aucun crime. Il fuffit de
répondre que c'eft la nature elle- même
qui imprime la rougeur fur vos fronts ,
"3
DE FRANCE.
"
» fans que vous foyez coupables , & qu'elle
" nous porte invinciblement à vous en aimer
davantage , précisément à raifon de cette
aimable foibleffe. La rougeur eft fi loin.
» d'être la faite néceffaire de la faute ,
qu'elle eft la compagne ordinaire de l'in-
و د
ود
"
» nocence....
39
» Les hommes fe plaindront de votre réferve
, ils vous affureront qu'avec une
» conduite plus libre , vous plairiez davan-
" tage. Mais , croyez- moi , en vous parlant
ainfi , ils ne feront pas fincères . Je conviens
qu'en certaines occafions vous en
feriez plus agréables comme fociété ; mais
vous en feriez moins aimables comme
femmes ; diftinction importante que beau-
» coup de femmes ne font pas....
ور
و د
"3
و ر
ود
"
"
ود
» Une belle perfonne a une infinité d'at-
» traits & de moyens de plaire , auxquelles
les Langues n'ont point donné de nom ,
» & qui doivent être réfervés à l'homme
» heureux qui poffédera fon coeur. Ces
» charmes , il n'en fera plus touché , pour
» peu qu'il ait de délicateffe , s'il fait qu'ils
ont été connus par d'autres hommes avant
» lui. L'opinion qu'une femme peut per-
» mettre toutes les libertés innocentes ,
" pourvu que fa vertu foit en sûreté , eft
auffi groffière que dangereufe , & a été
fatale à un grand nombre de perfonnes
39 de votre fexe....
לכ
و د
"9
» La grace n'eft pas tant une qualité elle-
» même, que la perfection de toutes les
Bv
曜
34
"2
1
MERCURE
» autres qualités . C'est elle qui répand un
» charme inexprimable fur chaque regard ,
chaque mouvement & chaque mot ...
" C'eft la perfection du goût dans les moeurs
» & dans les manières ; c'eft le mérite & la
vertu fous la forme la plus féduifante...
>
t
3. Des Amuſemens. " Quoique la bonne
fanté foit un des plus beaux prefens de
» la nature ne vous en vantez jamais ;
» contentez- vous d'en jouir en filence. Nous
» affocions fi naturellement les idées de
» douceur & de fenfibilité dans les femines ,
" avec celle de delicateffe dans leur conftitution
, que quand une femme nous parle
» de fa vigueur , de fon grand appétit , de
» fa force à fupporter une grande fatigue ,
» fa defcription nous donne pour elle un
""
éloignement dont elle pourroit s'apper-
» cevoir facilement avec le plus petit degré
d'attention. Si ce paffagene donne point
de leçon formelle fur le choix des amufemens
, ni fur la manière d'en ufer , il contient
du moins une obfervation générale trèsimportante
pour les femmes.
32
و د
»
4°. Amitié , Amour , Mariage, “ N'époulez
jamais un fot : c'est le plus intraitable
des animaux ; il n'eft conduit que
par la paffion & le caprice , & il eft incapable
d'entendre la voix de la raiſon . Votre
» amour propre feroit continuellement
» mortifié d'avoir un mari pour lequel
» vous feriez toujours dans la crainte &
» dans la confufion dès qu'il ouvriroit la
ود
-
DE FRANCE. 35
ود
bouche en compagnie. Mais un inconvénient
plus grand encore , eft qu'un fot
paffe fa vie à craindre qu'on ne penfe que
» fa femme le gouverne ; il devient par là
impoffible de le conduire , & il fait cent
chofes abfurdes & défagréables pour vous,
par la feule envie de montrer qu'il eft le
» maître de les faire . »
ود
Ce n'eft pas là prêcher fes filles , c'eft
parler raifon à fes amies.
SPECTACLES.
`ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE retour de la mauvaiſe faifon a ramené les
Spectacles des Jeudis ; l'ouverture s'en est faite
le 15 par la Reprife du Seigneur Bienfaifant ,
Opéra en 3 Actes , par M. R. de C. , Mutique
de M. Floquer.
Le fuccès de cette repriſe a confirmé celui
qu'a eu l'Ouvrage dans fa nouveauté. La
gaieté intéreffante du premier Acte ; le tableau
du fecond , où une famille entière , &
nouvellement réunie , eft fur le point de
perdre la vie par les fuites d'un orage affreux ;
le courage des habirans qui les arrachent à la
mort ; la bienfaifance d'un Seigneur qui
abandonne la joie qu'infpirent les noces de
fa fille , pour voler au fecours de fes vaffaux ;
le fpectacle de tous les malheureux dont on
B vi
36
MERCURE
a vu d'abord le danger & les travaux , &
qu'on apperçoit enfuite dans le château de
feur Seigneur pour y trouver des confolations
, pour y partager fes plaifirs : tous ces
objets produilent fur l'ame un effet qui déterminera
toujours le goût du Public pour
cet Opéra. Tel eft & tel doit être le fort des
Ouvrages qui porteront avec eux un intérêt
puiflant & naturel . Quand ils verront le
jour pour la première fois , ils feront expofés
à la critique , & parce que la malignité
humaine est encline à la cenfure , & parce
qu'il eft néceffaire , pour le bien des Arts ,
qu'on marque les défauts d'un Ouvrage ;
mais le premier moment pale , les jouiffances
de l'ame étoufferont les farcafmes de
l'efprit , & l'Auteur rencontrera enfin le
but qu'il fe fera propofé. Si l'on doutoit
de la vérité de ces réflexions , que l'on jette
un coup-d'oeil fur Inès de Caftro ; que l'on
voye quel a été le fort de cette Tragédie que
Voltaire fit plaifamment menacer La Mothe
de remettre en veis , dont le fuccès fut contefté
ainfi que le mérite , & qui eft maintenant
une des Pièces les plus goûtées de notre
Théâtre.
La Mufique a eu le fort du Poëme ; on
lui accorde aujourd'hui de la facilité , du
chant , de la gaieté ; on l'applaudit avec
plaifir , fi ce n'eft peut - être quelques gens
que les fuccès fatiguent , mais dont la voix
fe perd dans les acclamations du Public .
Les pertes récentes qu'a faites notre École
DE FRANCE 37
1
t
de Danfe ont ôté aux Ballets de nos Opéra ,
une partie de leur éclat. On y remarque encore
quelques Sujets chers au Public. Mlle:
Peflin , Mile Gervaife , M. Dauberval , font
conftamment reçus avec la diftinction due à
leurs talens. M. Veftris , fils , & Mile Guimard ,
excitent toujours les tranfports les plus vifs.
La foupleffe , la force , la facilité , l'élégance
du premier , en feront fans doute un modèle ,
& vraisemblablement ne lui feront guères de
rivaux. Quant à la feconde , c'eft toujours la t
fraîcheur d'Hébé réunie aux charmes des
grâces & à la gaieté brillante de Therpficore .
Le mardi 20 Novembre , Mlle Buret, l'aînée
, a débuté par le rôle d'Adèle dans l'Opéra
de ce nom .
Cette Actrice , qui avoit déjà chanté plufieurs
fois aux Concerts des Tuileries , a répondu
à l'idée avantageufe qu'elle avoit
donnée d'elle. Une voix flexible , moelleufe
& tendre , une bonne méthode , du goût ,
de la fenfibilité : voilà les qualités actuelles
de Mlle Buret ; elles parlent en fa faveur
pour le travail qui lui refte à faire
comme Comédienne. Nous croyons qu'elle
peut devenir un Sujet très - agréable au Public ,
& très néceffaire à l'Académie.
N. B. Dans le compte que nous avons
rendu d'Adèle , Nº. 46 de ce Journal , nous
avons inféré une critique qui n'est pas fondée.
Nous avons reproché à M. Piccini d'avoir
B
38
MERCURE
inutilement répété deux vers du premier
air que chante Adèle. Notre mémoire
nous a trompés. Cette répétition n'existe pas.
Ainfi , les obfervations fur lefquelles nous
avions établi notre critique , concourent dans
notre fyflême à faire l'éloge du morceau
Nous faifons cet aveu pour rendre hommage
à la vérité, dont nous continuerons de fuivre
l'étendard , malgré l'humeur & les épigrammes
des mécontens.
VARIÉTÉ S.
LETTRE àl'Auteur du Plutarque François ,
au fujet de la Vie de feu le Maréchal de
Maillebois .
MONSI ONSIEUR ,
L'HISTORIEN qui confacre fes veilles & fes
travaux à retracer les actions des grands Hommes ,
participe , pour ainfi dire , à la gloire de ces Héros
dont fa plume éloquente éternife la mémoire , & la
Nation qu'ils ont gouvernée ou défendue , lui doit
des remerciemens & des éloges : telle eft , Monfieur,
la tâche que vous vous êtes impofée en annonçant
votre Plutarque François . C'eft dans les archives
des familles qu'il doit vous être permis de puifer ,
afin que la vérité préfide toujours à vos écrits. Ce
manque de fecours , permettez- moi de vous le dire ,
peut yous faire tomber involontairement dans des
erreurs d'autant plus dangereufes qu'elles peuvent infuer
& fur la réputation des grands Hommes que
DE FRANCE. 39
vous célébrez , & fur la vôtre même fi l'on vous
imputoit des inexactitudes & des négligences dont
sûrement vous cherchez à vous garantir.
Ces réflexions me font venues à la fuite de votre
Éloge de feu le Maréchal de Maillebois . Je vais ,
Monfieur , vous faire part des obfervations que j'ai
faites à ce fujet , obfervations dont je fuis d'autant
plus sûr que j'ai puifé à la fource , & que j'ai les'
papiers originaux entre les mains,
Peu de Généraux ont eu des opérations plus difficiles
à remplir , tant par la nature des circonstances
que par les ordres dont ils étoient gênés.
En 1742 , le Maréchal de Maillebois eut ordre
de marcher avec l'Armée qu'il commandoit en
Weftphalie , pour délivrer celle qui étoit enfermée
dans Pragues on lui prefcrivit non - ſeulement le
chemin qu'il devoit prendre , mais encore on lui lia
les mains en lui ordonnant ( tels furent les propres
termes de la lettre de M. de Breteuil , alors Miniftre
de la Guerre ) , de ne fe compromettre à aucun événement
dont le fuccès pût être douteux. Les lettres du
Maréchal à ce Miniftre , confignées au dépôt de la
Guerre, font foi qu'il repréfenta fortement les inconvéniens
attachés au parti qu'on prit de faire marcher
l'Armée ſur Leftmeritz par la route d'Égra ; il
prévit que le grand Duc , qui étoit accouru avec une
Armée fupérieure à la fiene en Infanterie légère
pour lui fermer les paffages , le primeroit néceffairement
fur tous les points ou il voudroit déboucher ,
& lui rendroit le paffage impoffible . Forcé cependant
d'obéir aux ordres de la Cour , il s'enfonça
avec toutes les précautions dont il étoit capable, dans
ces gorges & ces défilés , & pénétra jufqu'à celui de
Canden, qu'il trouva occupé en force par le grand
Due , qui l'avoit continuellement cotoyé & harcelé
dans fa marche. L'impoffibilité , non pas feulement
40
MERCURE
d'y conduire les bagages & l'artillerie , mais encore
de forcer ce pofte défendu par une Armée entière ,
& la difette affreufe de vivres où étoit fon Armée ,
lui firent tenir un Confeil de Guerre à Schlankenvefth
, où le Comte de Saxe , qui avoit été reconnoître
le défilé de Canden , & qui étoit le premier
Lieutenant-Général de cette Armée , opina le premier
qu'il ne reftoit d'autre parti à prendre que
celui de ramener l'Armée fur le Naab . Ce fut auffi
le feul auquel s'attacha le Maréchal , & il dût à fa
vigilance & à fa bonne conduite de ramener l'Armée
du Roi en Bavière fans avoir été entamée .
La campagne d'Italie de 1745 , fi eftimée des
Maitres de l'Art , offre précisément le contrafte de
celle- ci ; elle ne fut qu'une férie continuelle de fuccès
, parce que le Maréchal , dont on avoit adopté
les plans , & dont on fuivit les avis , préfida aux
opérations de la campagne. Il s'agiffoit cependant,
comme en Bohême , de traver fer une étendue immenfe
de pays hériffé d'obftacles , de précipices &
de rochers pour faire la jonction avec l'Armée du
Comte de Gages , campée fur les rives du Pô . Cette
jonction s'effectua fans perdre un feul homme ; &
quoique inceffamment contrarié par les ordres de ia
Cour de Madrid , qui l'obligea à affiéger & à prendre
Tortone , il exécuta cette belle manoeuvre , qui
força le Général Schulembourg , réuni à l'Armée
Piémontoife , de marcher avec toutes les Troupes
Autrichiennes au fecours du Milanois , qu'une diverfion
, habilement concertée, fembloit menacer, & lui
laifa la liberté de marcher au Roi de Sardaigne ,
campé fur les bords du Tanaro , de paffer ce fleuve
en fa préfence , & de lui livrer bataille. La victoire
qu'il remporta fur ce Prince fut due à fes fages
combinaifons , & les fuites en furent les conquêtes
d'Afti , d'Alexandrie , Valence , & c . & les quartiers
DE FRANCE. 41
d'hiver qu'on prit dans les Etats du Roi de Sardaignes
Le mécontentement des Efpagnols à la nouvelle
de la négociation fecrette du Comte de Maillebois
avec la Cour de Sardaigne pendant I hiver de 1746,
augmenté par le peu de réfiftance que fit M. de
Montal, qui commandoit à Afti , que le Roi de
Sardaigne fit forprendre , fut la fource des défaitres
qu'elluyèrent les Armes de France & d'Espagne
durant cette campagne. La mélintelligence entre les
deux Nations fut au point que les Espagnols abandonnèrent
précipitamment tous les poftes qu'ils occupoient
alors le Maréchal fut forcé , par des
ordres fupérieurs , de faire fa jonction avec l'Infant
, & de lui obéir en tout . La bataille de Plaifance
fe livra contre fon avis , les mefures même
qu'il avoit prifes pour en affurer le fuccès furent
manquées ; car il avoit été convenu dans le Confeil
de Guerre que l'attaque ne commenceroit que lorfque
les ponts fur le Refado feroient faits , & que
M. d'Argouges , Lieutenant- Général , feroit arrivé
avec la colonne de la droite , compofée de toute la
Cavalerie Françoife , qui devoit appuyer la droite
de l'Infanterie . Le guide Efpagnol égara cette colonne
; les Espagnols , malgré cela , commencèrent
leur attaque ; le Maréchal , emporté hors de fes mefures
, voyant que les Espagnols alloient avoir toute
l'Infanterie Autrichienne fur les bras , marcha pour
les foutenir , & attaqua à fon tour ; mais les Ennemis
ayant apperçu le flanc doit de l'Infanterie Françoife
qui n'étoit foutenu d'aucune Cavalerie , y
firent marcher la leur , qui la prit en flanc & l'écrafa.
Des attaques mal concertées par la précipitation
des Eſpagnols & l'égarement de la colonne de
la droite, furent les vraies caufes de la perte de cette
bataille , après laquelle les Armées de France &
d'Espagne n'eurent d'autres reffources que de rega
1
42 MERCURE
gner à la pointe de l'épée cette même communica
tion qu'on avoit forcé le Maréchal d'abandonner
fans néceffité : tel fut l'unique fruit de la bataille &
du paffage du Tydon , journée mémorable , où le
Maréchal, & fur-tout fon fils ( qui en avoit conçu
l'audacieux projet ) le couvrirent de gloire.
-
Cet événement confola en quelque forte le Maréchal
, & fervit au moins à faire préfumer à l'Europe
quel eût été le fuccès de cette campagne fi fes avis
euffent toujours été fuivis , & fi on l'avoit laiſſé le
maître des opérations. Jamais Général ne fut en
effet plus contrarié que le Maréchal dans fes projets
pendant le cours de cette campagne . La Cour de
France , pour complaire à celle de Madrid , l'avoit
entièrement fubordonné aux ordres de l'Infant , qui
l'étoit lui- même à fon Confeil , compofé de quelques
Généraux présomptueux & de quelques Minif
tres , dont le feul mérite étoit d'avoir la confiance
de la Reine d'Efpagne.
Le Maréchal ayant ramené fur le Var l'Armée
combinée , obtist enfin le rappel qu'il avoit follicité
depuis long-temps. Il eut pour fucceffeur le Maréchal
de Belle - Ifle , qui , renforcé de quarante
bataillons , parvint à chaffer les Ennemis de la Provence.
M. de Mortagne , appelé par M de Belle-
Ifle , remplit dans cette Armée les fonctions de
Maréchal-Général- des- Logis qu'occupoit le Comte
de Maillebois , qui , en quittant l'Armée de Provence
, fit les campages de 1747 & 1748 , & fe
trouva à la bataille de Lawfeld & au fiège de Maftrich.
La paix étant furvenue , ce ne fut qu'en 1755
qu'il fut nommé premier Lieutenant - Général de
l'Armée que conduifoit M. le Maréchal de Richelieu
pour prendre Minorque.
Le Maréchal , comme vous l'avez fort bien dit ,
Monfieur, n'eut point de fautes à fe reprocher
DE FRANCE.
43
mais vous fentez combien il est important , lorsqu'il
s'agit de la réputation d'un Général d'Armée , de
dévoiler toutes les circonstances qui l'entraînèrent
irréſiſtiblement hors de fes mefures , & qui , patfécs
fous filence , pourroient diminuer la réputation d'un
Général que la Campagne de 1745 a placé au rang
des grands Capitaines de ce fiècle.
C'eft donc , je le répète , chez les Defcendans de
ées grands Hommes dont la France s'honore , &
dont vous célébrez les vertus héroïques , que vous
devez chercher fcrupuleufement les matériaux de
votre Ouvrage , fi recommandable d'ailleurs par luimême
, qu'il ne femble qu'on ne peut y apporter
trop de foins & de recherches.
J'ai l'honneur d'être , & c.
SCHUER DE JONCHERY
Capitaine d'Infanterie,
GRAVURES.
M. LEBAS vient de mettre en vente neuf
Eftampes , dont quelques-unes étoient déjà connues
des Amateurs ; elles font gravées d'après des
Peintres très - eftimés. M. Lebas a fu tranfmettre
dans fes Eftampes la maniére & la fineffe
de chaque Auteur avec toute l'intelligence & l'expreffion
qui le caractérisent.
1. Les deux premières Eftampes font d'après
Breughel de Velour ; elles repréfentent deux Vues
l'une des Environs d'Anvers , & l'autre des Environs
de Bruxelles.
2º. Deux autres Vues des Environs de Bruges ,
d'après le même Breughel de Velour. Les deux
€
44
MERCURE
Tableaux appartiennent à la riche Collection de
M. le Prince de Condé.
3 ° . Deux autres Vues des Environs de Bruges ,
gravées d'après T. Michau.
4. Une Vue des Environs d& Aloft , & une
autre de Lokeren , d'après deux Tableaux de Breughelde
Velour.
5. Une Eftampe en hauteur d'après le Tableau
de Carle du Jardin , fous le titre de la Belle après.
dîner; elle fait pendant à une autre du même format
& d'après le même Peintre. Le prix de chacune
de ces Estampes eft de 3 liv. On les trouve
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis - à- vis la rue
Percée; & à Pâques prochain , rue du Foin , vis- àvis
la Chambre Royale & Syndicale des Librakes.
On y trouvera auffi l'Hiftoire de France en figures,
dont les firjets font compofés par M. Moreau le
jeune ; elle ſe diſtribue par Cahiers aux Soufcripteurs.
La feptième Livraiſon vient de paroître.
Atlas de la Généralité du Berri , confidérée fous
les différens rapports de fa divifion en fept Elections
& en vingt-quatre arrondiffemens ; des chemins qui.
y exiftent & doivent y être ouverts , & des travaux
de la navigation intérieure . Dreffé & cxécuté pour
l'ufage de l'Adminiſtration Provinciale du Berri , par
le fieur Dupain-Triel fils , Ingénieur- Géographe du'
Roi , rue des Noyers S. Jacques , près S. Yves ;
prix 3 liv. On trouve à la même adreffe un dépôt
des Cartes de l'Académie ; un afſortiment de Cartes
des meilleurs Auteurs , différens Atlas pour l'étude ,
& généralement tout ce qu'on peut defirer en Géographie.
Tableau de comparaifon de tous les Thermomètres
qui ont parujufqu'à préfent , pour fervir de fuite à
DE FRANCE.
48
rOuvrage intitulé : Defcription & ufage des Baromètres
, Thermomètres & autres inftrumens météorologiques.
Par M. Goubert, Ingénieur & Conftruéteur
d'Inftrumens de Phyfique. Prix 2 liv. 8 fols , avec
ledit Ouvrage & féparément 1 liv. 16 fols. A Paris ,
chez Jombert le jeune , Libraire , rue Dauphine ; &
chez l'Auteur , même rue , vis-à-vis la rue Contrefcarpe
, chez le Fripier.
QUATRE
MUSIQUE.
BATRE Quatuors & deux Quintetto , Dialogués
& Concertants pour deux Violons , Alto &
Baffe obligés , composés par J. Cambini , OEuvre
XXIII. Prix ,, livres. A Paris , chez Michaud , rue
des Mauvais- Garçons , près celle de Buffy , & aux
adreffes ordinaires.
Première Symphonie concertante à deux Violons
& Violoncelle obligés , deux Violons ripieno ,
deux Altos & Baffe , deux Hautbois & deux Cors,
di Chrift. Stumpf. Prix , 4 liv. 4 fols. A la même
adreffe .
Six Duos per Flauto & Viola obligato , del
Signor G. Cambini, OEuvre IV de Duo. Prix , 7 1 4 .
A Paris , chez Muffard , rue Aubry-le-Boucher , maifon
du Marchand de vin , & aux Adreffes ordinaires.
Mufique des Amours d'Eté , Divertiſſement en un
Acte & en Vaudevilles , par MM. Piis & Barré ,
Prix , 1 liv . 16 fols. A Paris , chez Lavialle l'Ecuyer ,
Cour du Commerce , & chez Brunet , Libraire , à
côté de la Comédie Italienne.
46
MERCURE
ANNONCES LITTÉRAIRES.
NOUVEAUX
UVEAUX Effais hiftoriques fur Paris , pour
fervir de fuite & de Supplément à ceux de M. de
Sainte- Foy, 2 vol. in- 12 . Prix, brochés 4 liv. 4 fols.
A Paris , chez l'Auteur , rue de Sorbonne , & chez
Belin , rue S. Jacques. On trouve aux mêmes adreffes
les Anecdotes fur les moeurs de la Capitale , vol.
in-12. Les trois volumes enfemble fe vendent 4 liv.
Io fols pour les Soufcripteurs , & 6 pour les perfonnes
qui ne voudront pas foufcrire .
La vie est unfonge , Hiftoriette Orientale , traduite
du Perfan , vol. in- 12 . Prix . 1 liv. 4 fols . A Paris
chez le même Libraire.
>
L'Art de faire le bon Cidre , avec la manière de
cultiver les pommiers & poiriers , felon l'ufage de
Normandie. Par le Marquis de Chambray. V. in- 12.
Prix 18 fols. A Paris , chez Lamy , Libraire , quai
des Auguſtins .
en
Edouard Montrofe , Tragédie Allemande ,
5 Actes & en Profe , traduction libre , par M. l'Abbé
Maydieu , Chanoine de l'Eglife de Troye , in - 8 ° .
Prix 1 liv. 10 fols. A Paris , chez Barois le jeune ,
quai des Auguſtins.
Lamy , Libraire , quai des Auguſtins , vient d'acquérir
le fonds des OEuvres d'Homère , traduites
en françois par M. Bitaubé .
L'Odyffée s'imprimera fous peu , & l'Iliade , en
3 Vol. in- 8 ° . , eft actuellement en vente. Le prix
eft de 12 livres brochés en papier ordinaire , & imprimé
fur papier fin d'Angoulême 15 livres brochés,
& 18 livres reliés . On a fait tirer douze Exemplaires
DE FRANCE. 47
avec le plus grand foin fur grand papier de Hollande
, dont le prix eft plus cher.
L'Automate, Comédie en un Acte , mêlée d'Arriettes
, par M. Cuinel d'Orbeil , Mufique de M. Rigel,
repréſentée par les Comédiens Italiens , le 20 Août
1781 , in- 8 °. A Paris , chez Brunet , Libraire , rue
Mauconfeil. On trouve chez le même Libraire les
Euvres Dramatiques de M. Mercier , 2 vol. in- 8°
avec figures. Prix 4 liv. 10 fols . Les Pièces que renferment
ces deux volumes font Genneval , le Défer-
Olinde & Sophronime , l'Indigent , le Faux
Ami , & Jean Hennuyer.
L'Impromptu du Jour , on la Fête Champêtre ,
divertiffement en un Acte & en Vaudevilles , à l'occafion
de la naiffance de M. le Dauphin. Par M.
Raté , in- 8°. Prix 1 liv . 4 fols. A Paris , chez Defnos,
& chez tous les Marchands qui vendent les Nouveautés.
On trouve chez Defnos , l'Almanach de l'Heureufe
Année , ou les Voeux de la France accomplis par la
fécondité de la Reine , pour l'année 1782 , avec
figures & Chanfons. Prix , relié en marroquin ,
4 liv. 10 fols.
Moutard , Libraire - Imprimeur de la Reine ,
Hôtel de Cluni , rue des Mathurins , mettra en vente,
le 3 Décembre 1781 : Les OEuvres complettes de
M. l'Abbé de Voisenon , s vol . in- 8 ° , avec fon
portrait. MM. les Soufcripteurs font priés d'envoyer
retirer leur Exemplaire en faiſant remettre leur quittance
de foufcription , & 9 liv. Les perfonnes qui
voudront avoir leur Exemplaire relié payeront 6 liv.
pour la reliûre des 5 volumes. On donnera encore
cet Ouvrage à 18 liv,, prix de la Soufcription , juf
qu'au premier Janvier 1782 ; mais à cette époque te
I
48 MERCURE
prix en fera fixé à 21 liv . On vient de mettre en
vente chez le même Libraire , l'Hiftoire de la dernière
Révolution de Suéde , précédée d'une analyfe de
l'Hiftoire de ce Pays , pour développer les vraies
cauſes de cet événement , par Jacques le Scène Def-.
maifons , in- 12 . de 347 pages. Prix 2 liv. 10 fols
relié , & 2 liv. broché.
Barbou , Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins ,
vient de mettre en vente les Livres fuivans , 1º.
Cornelius Nepos , traduit en François avec le texte
Latin , par M. Paul. Le même Auteur a déjà donné la
traduction de Florus, de Velleius Paterculus & de
Juftin. 2 ° .Quint- Curce, traduit par M. Bauzée, 2 vol.
in- 12 reliés , 5 liv. 3 ° . Sallufte , traduit par le même
Auteur , troisième Edition , in- 12 . 2 liv, 10 fols.
4° . Hiftoires choifies des Auteurs profânes , traduction
du Livre intitulé : Selecta è prophanis fcriptori.
bus Hißoria , un Vol . in- 12 . relié , 3 liv. On
trouve chez le même Libraire , Selecta è novo teftamento
Hiftoria , avec la traduction , & Selecta , è
veteri teftamento Hiftoria , auſſi traduit en François.
VE
TABLE.
ERS à Mlle Jourdain ,
A un Riche Infolent ,
Extrait d'un Mémoire fur
curgue ,
Air d'Adèle de Ponthieu ,
Enigme & Logogryphe ,
Hiftoire Naturelle des
feaux ,
27 3 Herbier de la France ,
4 Legs d'un Père à fes Filles, 31
A adémie Royale de Mufiq. 35
Lettre à l'Auteur du Plutarque
François ,
Ly
6
I
18 Gravures ,
Oi- Mufique ,
20 Annonces Littéraires ,
APPROBATION.
38
43
45
46
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 1 Décembre. Je n'y ai
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreflion. A Paris
le 30 Novembre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 8
DÉCEMBRE 1781 .
PIÈCES
FUGITIVES
EN
VERS ET EN
PROSE.
VERS
Pour mettre au bas du Portrait de Louis XVI..
SI tout un Peuple entier , de fes Rois
amoureux ,
Suffit au bonheur de fon Maitre ,
Henri quatre adoré , fans doute fut heureux :
Henri le fut , Louis doit l'être.
(Par M. Latour de
Lamontagne. )
L'INCONSÉQUENCE ,
Epigramme.
UN
grand
bavard alfoit par-tout
difant
Que pour la folitude ayant un fort
penchant ,
Il fe feroit
Chartreux de
préférence :
Eh !
Monfieur , ( lui dit un plaifant )
Comptez-vous pour rien le filence ?
(Par M. l'Abbé Dourneau. )
Samedi 8 Décembre 1781 .
50 MERCURE
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'énigme eft le Ver à foie ; celui du Logogryphe
eft Moulin , où fe trouvent mi , Lyon , Ino , limon,
Nil , lin , lion , mil , limon , vin , Milon , vol , vol.
ENIGM E.
Je donne en dix à deviner
Au plus expert en ce manège ,
Un champ qu'on ne peut moiffonner
Qu'alors qu'il eft couvert de neige.
( Par C.... )
LOGO GRYPH E.
DANS mes fept pieds je fuis du genre maſculin ;
Orez-en deux , je ſuis du féminin ;
Et malgré ma métamorphofe ,
Je fuis toujours la même chofe.
( A la Ciotat, par le jeune Auteur
du Logogryphe de la Vitre. )
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ENCYCLOPÉDIE MÉTHODIQUE ,
ou par ordre de matières , par une Société de
Gens de Lettres , de Savans & d'Artiftes; précédée ;
d'un Vocabulaire univerfel , fervant de Table
pour tout l'Ouvrage , orné des Portraits de
MM. DIDEROT & D'ALEMBERT , premiers
Editeurs de l'Encyclopédie ; publiée en deux
formats , in-4°. à trois colonnes , quarante-deux
volumes de Difcours &fept volumes de Planches ;
& in-8°. à deux colonnes , en quatre-vingt- quatre
volumes de Difcours & fept volumes de Planches ;
imprimée fur papier grand - raifin , caractère
formats , juftification & papier pareils au modèle :
ci-joint; propofée par foufcription , au même
prix de fix cens foixante - douze livres pour
chaque Edition (1) .
·
S
La méthode des Dictionnaires inconnue à l'antiquité , eft d'une utilté
qu'on ne peut contefter : ils font faits pout être le Dépôt des Sciences
& l'Encyclopédie imaginée par MM. D'ALEMBERT & DIDEROT , achevée ,
par eux & par leurs Affociés , avec tant de ſuccès , malgré fes défauts ,
en eft un affez bon témoignage.
VOLTAIRE, Q. fur l'Encycl . p. 278 , T. III , & Mélanges.
On foufcrit à PARIS , chez PANCKOUCKE , hôtel de
Thou , rue des Poitevins ; à LIÈGE , chez PLOMTEUX ,
Imprimeur des États ; & chez tous les Libraires & Directeurs
des Poftes de l'Europe.
ec UNE NE Encyclopédie par ordre de matières étant ,
par fa nature , une Bibliothèque complette de toutes
(1). Cette Edition , par la combinaiſon du format , du papier ,
du caractère & de la réduction des Planches , quoique contenant
réellement l'équivalent de treize volumes in-folio de Difco
S
Cii
52
MERCURE
les connoiffances humaines , nous croyons que nos
» Lecteurs nous fauront gré de leur donner prefque en
» entier le Profpeclus général qui paroît actuellement
» de cette entreprife , la plus grande , la plus utile
& la plus importante qu'on puiffe faire en Librairie.
Le Profpectus général étant compofé de vingt - fix
Profpectus particuliers , & chacun de ces Profpectus
étant déjà très - abrégé , auroit trop perdu à l'être
davantage. Le grand Profpectus fe donne gratis aux
Soufcripteurs. Il en paroit en même temps un abrégé
» qui fe diftribue gratis au Public ».
Les hommes de génie , qui , vers le milieu du dix- huitième
fiècle , ont entrepris de parcourir le cercle & d'embraffer
la chaîne des Sciences , de rendre compte au genre
humain de fes connoiffances & de fes lumières , de lui
révéler le fecret de fes richeffes , d'en mettre le dépôt
entier fous les yeux pour l'encourager & l'aider à en
acquérir de nouvelles , en lui montrant le point où il eſt
parvenu & celui où il peut s'élever encore ; ces hommes
font fans doute des Citoyens précieux : ils ont bien mé
rité des Lettres , de la Patrie & de l'Humanité.
Mais après la gloire d'avoir produit un Livre fi utile ,
il en eft une dont on doit encore être jaloux ; c'eft celle
de donner à ce même Livre tous les degrés d'utilité dont
il eft fufceptible : c'eft l'objet de cette Encyclopédie méthodique
, ou par ordre de matières.
Pour donner au Public une idée de ce qui refte à faire
fi l'on veut porter ce grand Ouvrage à fa perfection ,
nous citerons le jugement que M. Diderot , un des principaux
Editeurs de l'Encyclopédie , en a lui- même porté.
« L'imperfection de l'Encyclopédie a pris fa fource
dans un grand nombre de caufes diverfes. On n'eut pas
» le tems d'être fcrupuleux fur le choix des travailleurs .
Parmi plufieurs Hommes excellens , il y en eut de foi-
1.
de plus que la première Édition de l'Encyclopédie in-folio
compris fon Supplément , & le même nombre de Planches
né reviendra cependant aux Soufcripteurs qu'à 672 livres ;
c'eft- à-dire , à-peu-près au tiers du prix de la première Édition
in folio , puifqu'elle ne coûte que moitié , & qu'elle eft augmentée
de plus de moitié du Difcours , chacun des volumes
ou deux volumes in- 8°. comprenant un volume in-folio
cens feuilles de la première Edition,
DE FRANCE. 5
» bles , de médiocres , & de tout-à-fait mauvais ; de - l
» cette bigarrure dans l'Ouvrage , où l'on trouve un
» ébauche d'écolier à côté d'un morceau de main de ma
» tre ; une fottife voifine d'une chofe fublime ; une pag
» écrite avec force , pureté , chaleur , jugement , raifon
» élégance, au verfo d'une page pauvre, mefquine , plat
» & miférable. Les uns travaillant fans honoraires , pa
» pur attachement pour les Editeurs & par goût pou
» l'Ouvrage , perdirent bientôt leur première ferveur
» d'autres, mal récompenfés , nous en donnèrent, comm
» on dit , pour notre argent ; ... il y en eut qui remiren
» toute leur befogne à des efpèces de Tartares qui s'e
» chargèrent pour la moitié du prix qu'ils en avoient reçi
» Les articles communs à différentes matières ne furen
» point faits , précisément parce qu'ils devoient l'être pa
plufieurs ; on fe les renvoyoit l'un à l'autre. L'art d
» faire des renvois , fuppofe un jugement bien précis ..
» L'on négligea de remplir les renvois qui appartenoien
» à la partie même dont on étoit chargé .... On trouve
» fouvent une réfutation à l'endroit où l'on alloit cher
» cher une preuve ... Il n'y eut aucune correfpondance
» rigoureuſe entre le difcours & les figures , & c . »
Nous fommes bien éloignés d'adopter en entier_c
jugement un peu rigoureux fur un Ouvrage dont M. Di
derot pouvoit fe croire en droit de faire les honneurs
car fi l'Encyclopédie , confidérée dans chacune de fe
parties féparées , eft très -incomplette , il n'eft pas moin
vrai qu'elle renferme une multitude d'articles excellens
faits de main de maître , auxquels il faut bien fe garder d
toucher. Ily a même des parties prefque entières , comm
les Mathématiques , la Littérature , les Arts & Métier
méchaniques , qui font plus complettes dans l'Encyclo
pédie que dans aucun autre Ouvrage ; & on ne doit jamai
perdre de vue , en corrigeant & en complettant ce Dic
tionnaire , en lui procurant les degrés de perfection qu
lui manquent , qu'il a été compofé en grande partie , pa:
les Hommes les plus célèbres de notre Nation , & que
dans fon état d'imperfection , il eſt encore un des plu
grands monumens que les hommes , dans aucun tems
aient jamais élevé à la gloire des Lettres , des Science
& des Arts.
M. de Voltaire defiroit ardemment une nouvelle Ed
Ci
54 MERCURE
tion de l'Encyclopédie , où les fautes de la première
fuffent corrigées : c'étoit pour cette nouvelle Edition
qu'il avoit fait fes Queflions fur l'Encyclopédie.
Mais le grand défaut général de l'Encyclopédie , celui
qui rendoit cette nouvelle Edition abfolument néceffaire ,
regarde le plan même. Ce défaut eft la confufion des
objets réfultante de la loi qu'on s'étoit faite mal-à-propos
de renfermer toutes les connoiffances humaines dans un
feul & même Dictionnaire , au lieu de donner à chaque
Science , à chaque Art fon Dictionnaire particulier. Dans
ancienne méthode , tous les articles fembloient jettės
u hafard , tous étoient égarés , déplacés , étrangers les
uns aux autres , coupés & féparés les uns par
les autres
ien ne fe tenoit , c'étoit l'image du cahos ; les objets les
plus difparates fe rapprochoient , les objets analogues fe
fuyoient , & quiconque a voulu mettre de la fuite & de
enfemble dans l'étude d'une Science , a été obligé d'en
affembler péniblement les divers articles difperfés dans
vingt-un volumes in -folio , & comme perdus dans ce
vafte océan ; de faire , en un mot , pour fon ufage particuier
ce que nous faifons aujourd'hui pour l'ufage du Public.
On ne peut trop faciliter au Lecteur l'inſtruction , furout
dans un Livre deſtiné à l'inftruire de tout ; & on ne
peut mettre trop d'ordre dans un Livre qui raffemble
toutes les connoiffances .
Il faut que chaque Science ait fon_Dictionnaire , &
que ce Dictionnaire foit comme un Traité complet fur
ette Science.
Mais les idées de Dictionnaire & de Traité ne fontelles
pas contradictoires ? Non , & c'eft à concilier ces
deux chofes que cette nouvelle Edition eft principalement
confacrée.
Quelques perfonnes auroient voulu qu'on eût aban➡
lonné la forme de Dictionnaire , comme effentiellement
ontraire à l'enſemble & à l'unité , & que l'Encyclopédie
' eût été qu'une fuite de Traités fur les différentes Sciences.
Ces perfonnes fe trompoient ; ç'auroit été multiplier
es difficultés de l'inftruction , & par conféquent aller
directement contre le but.
Il faut , dans un Ouvrage de cette nature , que tout
homme trouve au moment où il le defire une inftruction
ile fur l'objet dont il veut être inftruit , & fur cet objet
DE FRANCE.
55
feulement : on veut éclaircir un point , fe rappeller un
trait , une anecdote , favoir la fignification d'un mot ,
l'ufage d'un inftrument , l'origine d'une inftitution , &c.;
or c'eft ce qui ne peut fe trouver que dans un Dictionnaire
, fans être obligé de parcourir des Traités entiers où
fouvent , après de pénibles recherches , on finit par ne
point trouver ce dont on a befoin.
Mais s'il faut faciliter l'inftruction particulière & l'étude
des détails , ce qui ne peut fe faire que par un Dictionnaire
, il faut , d'un autre côté , faciliter l'inftruction générale
& l'étude de l'enfemble , ce qui ne peut fe faire que
par un Traité ; il faut donc que , fuivant le befoin de
l'inftruction & le defir du Lecteur , le Dictionnaire puiffe
facilement fe convertir en un Traité ; c'eft ce qui arrivera
au moyen d'une indication que donnera chaque Auteur
de l'ordre dans lequel les divers articles doivent être
lus , pour former un Traité fuivi & complet fur chaque
matière : par-là tout fera remis à fa place , cette Encyclopédie
, par ordre de matières , réunira les avantages &
des Dictionnaires & des Traités , fans avoir les inconvéniens
de l'une ni de l'autre méthode , & tous les ordres
de Lecteurs feront fatisfaits.
•
« On ne pourra plus , dit un des Auteurs de la nou-
» velle Encyclopédie , dire d'un Ouvrage exécuté ſur
» ce Plan , ce que les gens mal intentionnés difoient
avec exagération de l'ancienne Encyclopédie , mais ce
» qu'ils ont pu quelquefois dire avec fondement de plufieurs
de fes parties , qu'elle ne tenoit lieu de rien à
» ceux qui vouloient approfondir & qui defiroient une
» inſtruction fuivie , qu'elle trompoit l'efpérance même
» de ceux qui ne vouloient qu'y retrouver des faits
n ou qu'y chercher des définitions ».
Le célèbre Bacon , qui a donné la première idée de cet!
Ouvrage , ne fe propofoit pas d'en faire un feul Dictionnaire
; il favoit que cette forme trop générale qui
fépare ce qui devroit être joint , qui rapproche ce qui
devroit être féparé , qui mêle les Sciences les plus fublimes
avec les Métiers les plus médiocres , n'étoit point
propre à fon plan.
Supérieurs à Bacon & placés dans un fiècle plus éclai
ré, MM. d'Alembert & Diderot entreprirent ce qu'i
n'avoit fait que projetter. Ces deux grands Philofoph
Civ
36 MERCURE
favoient bien que la nomenclature n'étoit convenable
qu'aux feuls ouvrages qui ne traitent qu'une matière , comme
cela a lieu dans cette Edition ; & ils n'ignoroient pas
combien cette même nomenclature avoit d'inconvéniens
pour un recueil qui embraffoit toutes les matières ; mais ,
croyant ne faire que dix volumes , ces inconvéniens leur
parurent fupportables. Malgré cela , il n'en fera pas moins
vrai qu'un des plus beaux monumens de l'efprit humain
eft dû à leurs travaux ; & bien loin de chercher à leur
en enlever la gloire , on ſe propoſe de rendre ce monument
plus durable , plus digne des regards de la poſtérité ,
en perfectionnant fa conftruction , complétant toutes fes
parties , & donnant au tout une meilleure forme.
Voici donc en général les principaux objets qu'on s'eft
propofés dans cette nouvelle Édition par ordre de matières.
1º. La correction des fautes dont tout le mérite & toute
l'attention des Auteurs n'ont pu préferver la première,
2º. L'addition de toutes les parties de Sciences &
d'Arts , & de tous les articles omis , ainfi que les notions
acquifes poftérieurement à cette première Edition .
3°. Le complément de la nomenclature de toutes les
parties.
4°. La correfpondance rigoureufe entre le Difcours
& les Planches.
5º. La réduction de ces mêmes Planches , la fuppreffion
des inutiles , & leur remplacement par d'autres plus utiles.
6º. La réforme d'un plan trop peu favorable à l'inftruction
, & qui rejettoit fur le Lecteur une peine que
l'Auteur doit toujours lui épargner.
Quant au plan de travail adopté par les Auteurs &
Rédacteurs de cette Encyclopédie méthodique , on fent
que le fuccès de cette nouvelle entrepriſe ne peut dé
pendre que de la perfection de chacune des parties .
La première & la principale attention de chaque Auteur
, a été de circonfcrire fon travail , de bien connoître
les limites dans lefquelles il devoit fe renfermer , & de
dreffer le plan de la Science ou de l'Art dont il s'eft
chargé , de manière qu'il n'y ait ni doubles emplois ni
omiffion des articles communs à plufieurs Sciences , par
le renvoi que les divers Auteurs s'en feroient les uns
aux autres comme M. Diderot s'en plaint dans le
morceau que nous avons cité .
,
DE FRANCE. 57
Ces limites ont été quelquefois difficiles à fixer ; il y
a des Sciences qui embraffent tout ce qu'on veut &
dont le circuit n'a jamais été bien déterminé ; telles font ,
par exemple , les Sciences économiques. Les Auteurs
fentent qu'il n'y a qu'un concert parfait entre eux qui
puiffe conferver à cet Ouvrage le caractère d'unité dont
il a befoin.
Un des défauts principaux de l'ancienne Encyclopédie
confifte dans l'imperfection de la nomenclature , qui fait
qu'on a quelquefois de la peine à y trouver ce qu'on y
cherche il y a telle Science , comme la Marine , où il
manque plus de trois quarts des mots , & il n'y en a aucune
où il n'en manque un très-grand nombre : il a donc
fallu que chaque Auteur , dans la nouvelle Edition ,
s'attachât à compléter fa nomenclature , & recherchât
dans les Ouvrages originaux , publiés fur chaque Science ,
tous les mots qui ont pu échapper aux premiers Auteurs
de l'Encyclopédie.
Pour ne pas tomber dans l'inconvénient de l'omiffion
des mots communs à pluſieurs Sciences ou Arts , on a
jugé à propos de faire un relevé exact de ces mots , pour.
que chacun pût voir comment & jufqu'à quel point ils
font de fon domaine.
L'article Air , par exemple , fera également traité par
le Chymifte , le Phyficien , le Médecin ; tous doivent en
parler , mais différemment & fans fe répéter. Le Chymifte
parlera de la décompofition de l'air & de fes différentes
eſpèces. Le Phyficien l'envifagera comme élément
, & parlera des différentes expériences auxquelles
on le foumet ; il le confidérera comme un des grands
moyens que la nature emploie , foit comme reffort de
la végétation , foit comme une des principales caufes des
météores & des vents : le Médecin confidère plus particuliérement
l'air par rapport à fa falubrité , à fon action
fur le corps humain , à fa quantité dans les alimens. Cet
exemple fuffit pour rendre fenfible toute cette théorie
des mots communs , & pour prévenir toute confufion
dans les divers emplois qu'on en fera .
L'étendue de chaque Dictionnaire doit être réglée fur
l'utilité de chaque Science & fur les progrès qu'elle a
faits ; ce qui n'a pas toujours été affez obfervé dans l'ancienne
Encyclopédie , dont plufieurs articles ont befoin
Cy
58
MERCURE
d'être abrégés , & plufieurs autres d'être étendus pour
pouvoir être ramenés à cette règle de proportionner tout
au degré d'utilité. Il eût été très-inutile de travailler à de
nouveaux Dictionnaires , s'ils ne devoient pas l'emporter
fur ceux qui exiftent dès-à-préfent fur chaque matière.
Il faut que cet Ouvrage , effentiellement le plus utile de
tous dans fon enſemble , le foit de plus , non -feulement
dans la diftribution de fes parties , mais encore dans la
manière dont chaque article fera traité .
Chaque Traité ou Dictionnaire ( car nous prenons indifféremment
ces deux mots l'un pour l'autre , puifque le
Dictionnaire deviendra toujours un Traité au moyen de
l'indication de l'ordre où les articles doivent être lus ) ,
chaque Traité contiendra des définitions de tous les termes
de la Science & de l'Art qu'il a pour objet , une expofition
fuccincte des différens fyftêmes , l'hiftoire abrégée
de la Science & de fes progrès ; enfin , tout ce qu'il y a de
vrai , de réel , & fur- tout d'utile dans chaque Science &
dans chaque Art. Le ftyle doit être toujours relatif au
fujet ; chaque chofe a fon ton , & cette diverfité de tons ,
felon la matière , eft une fource de variété dont cet Ouvrage
immenfe a befoin.
A la tête de chaque Dictionnaire , il y aura un Difcours
préliminaire & un Tableau d'analyfe , pour indiquer ,
comme nous l'avons dit , l'ordre dans lequel tous les mots
doivent être lus , comme fi chaque Dictionnaire n'étoit
qu'un Traité didactique : par ce moyen le Lecteur voit ,
pour ainfi dire , d'un feul coup- d'oeil le tableau de chaque
Science & la liaifon de tous les mots qui y ont rapport ,
ou plutôt de toutes les idées qui en font les élémens .
On aura foin de ne pas trop multiplier les renvois , on
en fera même heureuſement difpenfé par ce Tableau
d'analyfe , par cette indication de l'ordre encyclopédique
des mots de chaque Dictionnaire ; fi cependant quelques
articles exigent des renvois , on aura grand foin de les
remplir à l'endroit indiqué ( 1 ) .
Nous venons de tracer les engagemens généraux que
prend avec le Public la Société entière des Auteurs &
Rédacteurs de la nouvelle Encyclopédie : voyons les
(1 ) Voyez le Profpectus général pour plus de détails fur ces
bjets. Il fe diftribue gratis aux Soufcripteurs.
DE FRANCE. 5
Engagemens particuliers que prend chacun d'eux , rel
tivement à la Science dont il fe charge .
[ I. ] LES MATHÉMATIQUES ; par M. l'Abbé BossUT
de l'Académie Royale des Sciences ; & quant à la part.
aftronomique, par M. DE LA LANDE , de la mên
Académie, deux volumes in-4° . ou quatre volumes in-8°. ( 1
LA partie mathématique de l'Encyclopédie eft regar
dée univerfellement comme l'une des meilleures de c
grand Ouvrage. On fait que M. d'Alembert en a compof
ou revu la plupart des articles. Ce grand Géometre
admiré dans toute l'Europe par la multitude & l'impo
tance des découvertes dont il a enrichi les Mathémat
ques , & par fon vafte génie qui embraffe tous les objets
s'eft livré fans réferve , pendant plufieurs années , à c
travail pénible , principalement aux articles qui regarder
les Mathématiques tranfcendantes. Toutes les grande
découvertes qui fe font faites dans la Géométrie , dans l
Dynamique , dans l'Aftronomie phyfique , &c. y for
rapportées , analyfées , développées ; & prefque toujour
l'Auteur y joint des vues nouvelles & profondes.
Mais comme les Mathématiques font cultivées avec un
ardeur qui augmente tous les jours , elles ont fait des prc
grès confidérables , fur-tout quant à la partie analytique
depuis que la première Edition de l'Encyclopédie a pari
Il falloit donc faire connoître ces progrès. M. le Marqu
de Condorcet , l'un des plus profonds Analyftes & de
plus beaux Génies de ce fiècle , a fourni plufieurs mo
ceaux excellens , déjà imprimés dans les Supplémens
l'ancienne Encyclopédie.
Dans le nouveau Dictionnaire que nous nous propo
fons de publier, nous conferverons les articles de M. d'A
lembert & de M. le Marquis de Condorcet. La fanté
les diverfes occupations de M. d'Alembert ne lui perme
tent pas de partager notre travail ; mais du moins il
promis de nous remettre différentes additions qu'il a fa
tes , il y a long-tems , à plufieurs de fes articles de Math
matiques , & qu'il avoit deftinées aux futures Editions c
(1 ) Chacun de ces volumes in-4°. comprend un volume i
folio de Difcours , de 200 feuilles , du caractère de la premièr
Edition de l'Encyclopedie. Voyez la Note , pages 51 & 520
Cvj
60 MERCURE
J'Encyclopédie : par ce moyen il aura part encore à l'Edi
tion du Dictionnaire que nous annonçons. M. le Marquis
de Condorcet fe charge non - feulement de revoir les articles
qu'il a déjà donnés , mais il nous en fait eſpérer de
nouveaux que nous imprimerons avec reconnoiffance.
Nous ajouterons les chofes qui nous paroîtront néceffaires
pour compléter la partie des Mathématiques tranfcendantes
; & pour rendre cet Ouvrage d'une utilité plus
générale , nous referons prefque entièrement la partie des
Mathématiques élémentaires , dont M. d'Alembert ne
s'étoit point chargé dans l'ancienne Encyclopédie , & à
laquelle on n'avoit pas donné tous les foins qu'elle mérite ,
pour la clarté , la méthode & la préciſion.
Tel eft donc le plan que nous tâcherons de remplir ,
foit au moyen des fources que nous venons d'indiquer ,
foit par notre propre travail.
1º. On s'attachera fcrupuleufement à former une nomenclature
complette de tous les termes qui appartiennent
aux différentes branches des Mathématiques.
2º. On fera une réviſion très - exacte de tous les articles
de l'ancienne Encyclopédie & des Supplémens ; on complétera
ou on refera entiérement à neuf ceux de ces articles
qui en auront beſoin.
3°. Nous traiterons , avec le plus grand foin , tous les
objets de curiofité ou d'utilité , comme , par exemple , le
calcul des probabilités dans les jeux de hafard ; les machines
hydrauliques ; les canaux de navigation , &c.
4°. Nous mettrons à la tête du Dictionnaire un Dif
cours qui contiendra l'Hiftoire abrégée des Mathématiques
, depuis leur origine jufqu'à nos jours. Ce Difcours
qui fera connoître ce qu'on doit aux grands Hommes qui
ont élevé l'édifice des Sciences , pourra intéreffer les Mathématiciens
, & en général tous les Lecteurs qui aiment à
obferver la marche & les progrès de l'efprit humain .
5. Nous joindrons au Difcours précédent une Table
ordinale des articles , dans laquelle nous tâcherons d'indiquer,
autant qu'il fera poffible , l'ordre fuivant lequel les
articles du Dictionnaire doivent être lus pour être bien
entendus,&pour former un corps méthodique de doctrine.
ASTRONOMIE.
RONOMIE , qui eft aujourd'hui fi cultivée , fi reDE
FRANCE. 61
cherchée , fi utile , doit occuper une place confidérable
dans le Dictionnaire de Mathématiques.
M. d'Alembert l'avoit fait entrer dans l'Encyclopédie ;
mais ce grand Géomètre ayant une partie immenfe à faire
dans ce grand Ouvrage , n'avoit pu fe livrer aux explications
ni aux détails de l'Hiftoire & de la pratique de
l'Aftronomie , des méthodes ingénieufes , & des applications
curieufes de cette belle Science.
Lorfqu'on fit les Supplémens , M. d'Alembert defira
lui- même qu'un Aftronome de profeffion , tel que M. de
la Lande , qui venoit de donner un Traité complet d'Aftronomie
en 3 volumes in- 4°. fe chargeât de cette branche.
Auffi les Supplémens contiennent-ils un grand nombre
d'articles , dont quelques-uns font affez étendus ; par
exemple , la maniere de calculer les éclipfes & de trouver
l'orbite d'une comète , & c.
Quand on a voulu réunir les articles anciens avec ceux
des Supplémens , il s'eft trouvé 350 pages in -folio d'Aftronomie.
Mais il eût été impoffible de conferver les articles
fous cette forme , le rapprochement rendoit trop fenfible
le défaut de cohérence qu'il y a néceffairement entre des
articles faits par deux Auteurs , dans des tems fort éloignés
, & fur des plans fort différens. M. de la Lande a donc
été obligé de refondre , pour ainfi dire , la partie Aftronomique.
Frente ans d'exercice dans toutes les branches de
l'Aftronomie ancienne & moderne , le mettoient dans le
cas de ne rien oublier , & de choifir toujours les méthodes
réellement utiles parmi celles qui ne font que curieufes ;
de faire connoître les réfultats les plus certains des obfervations
les plus récentes , enfin d'affigner à chaque chofe
le degré de certitude ou de probabilité qui lui convient.
L'habitude de profeffer lui a fourni le moyen d'être trèsclair
, de prendre les routes les plus fimples & les plus
faciles à faifir pour le commun des Lecteurs.
Le mot Aftronomie contiendra l'enſemble & le tableau
de toute la fcience , fait de manière que tous les termes qui
font en petites capitales , font eux- mêmes les articles qu'il
faut chercher dans le Dictionnaire , pour fuivre tous les
détails de l'Aftronomie , & en faire un cours complet.
Enfin l'on trouvera dans les principaux articles ,
10. l'Hiftoire des grandes découvertes de l'Aftronomie
fuivant la marche même des inventeurs ; 2°. une idée
62 MERCURE
claire des méthodes qui ont fervi ou qui fervent encore
à déterminer exactement les circonftances des mouvemens
céleftes ; 3 ° , les derniers réſultats de toutes les recherches
qui , depuis un fiècle , ont étendu ou perfec
tionné les connoiffances des Savans en Aftronomie.
M. de la Lande s'eft chargé auffi des applications de
l'Aftronomie à la Guomonique , à la Géographie , à la
Navigation.
Quant aux calculs des Attractions céleftes qui ont produit
tant de volumes de nos plus favans Géomètres, on ne
pouvoit ici que donner une idée des méthodes , & en faire
connoître les réfultats, & M. l'Abbé Boffut s'en eft chargé.
[ II. ] LA PHYSIQUE; par M. MONGE , Profeſſeur
de Phyfique à Mezières , & de l'Académie Royale des
Sciences, un volume in- 4° .
Il n'y a pas de Science , fi l'on en excepte la Chymie ,
qui ait fait plus de progrès que la Phyfique depuis l'Edition
de l'Encyclopédie , peut- être parce queles efforts des
Savans ayant été jufqu'alors dirigés vers les Mathématiques
, cette Science étoit , pour ainfi dire , reftée dans fon
berceau , & que par conféquent fes progrès étoient plus
faciles ; peut -être auffi parce que , d'une part , les Phyficiens
fe font trouvés aidés des fecours d'un plus grand
nombre de coopérateurs , & que de l'autre , ils ont fu
mettre à profit les nouvelles découvertes de la Chymie ,
& les procédés des Arts.
La Phyfique a pour objet les propriétés des corps ; parmi
ces propriétés , les unes conviennent à toutes les particules
de la matière , & les affe&tent toutes de la même
manière ; de cet ordre font l'étendue , l'impénétrabilité ,
la mobilité , l'inertie , la pefanteur... &c. : les autres ne
conviennent aux différens corps qu'en tant qu'ils font
compofés d'une certaine manière des premiers élémens ,
quelles que foient les fubftances auxquelles on puiffe
donner cette dénomination . De- là fuit la divifion naturelle
de cette Science en Phyfique générale & en Phyfique
particulière.
La Phyfique générale eft encore dans le même état où
elle étoit à l'époque de la première Edition du Dictionnaire
encyclopédique les effets des propriétés générales des
étant d'ailleurs de nature à être foumis au calcul ,
DE FRANCE. 63
& les articles de l'Encyclopédie qui ont rapport à ces propriétés
, ayant été ou entiérement rédigés ou revus par M.
d'Alembert , nous ne pouvons mieux faire que de conferver
tous les morceaux dont ce grand Géomètre a enrichi
cet ouvrage ; nous nous permettrons néanmoins les additions
que comporte l'Hiftoire de la Science , & nous rapporterons
les opinions de quelques Philofophes modernes
fur les affections générales de la matière.
Les propriétés particulières des corps réfultent des propriétés
& de l'arrangement refpectif des élémens qui entrent
dans leur compofition ; la Phyfique particulière doit
donc commencer par traiter des premiers élémens. Mais
le Feu , l'Eau , l'Air & la Terre doivent- ils être regardés
rigoureuſement comme tels , & les principes des corps
peuvent-ils être réduits à un nombre auffi petit ?
On favoit depuis long-tems que le Feu eft le principe
ou la caufe de la fluidité de tous les corps ; mais les découvertes
qu'on vient de faire en Phyfique femblent prouver
que ce fluide très-rare , le feul de tous les corps de la
pefanteur duquel nous ne foyons pas affurés , en eft en
même tems le plus actif , qu'il exerce fur toutes les matières
du Globe une action à laquelle rien ne réfifte , qu'il
fe combine avec toutes , qu'il peut les diffoudre toutes ,
& qu'à mesure qu'il s'unit à elles en plus grande quantité ,
il leur communique plus éminemment fes propriétés , &
principalement la fluidité , un reffort plus grand , une
denfité & une pefanteur fpécifique moindres. Les corps
dans la compofition defquels entre en plus grande quantité
la matière du feu , femblent donc devoir être les plus fluides
, les plus élastiques , les plus rares & les plus volatils.
Notre fonction nous impofant la loi de rapporter les opinions
des différens Phyficiens , les nôtres mêmes , lorfque
nous en aurons de particulières , avec la plus grande impartialité
, nous ne pourrons nous difpenfer de traiter tout
ce qui peut être relatif à cet objet , conformément à ces
nouvelles vues ; ainfi les articles Feu , Flamme , Chaleur ,
Froid , Fluides élastiques , Thermomètre , &c. feront entiérement
refaits .
L'Eau , privée jufqu'à un certain point de la matière
du Feu , fe transforme en un corps folide & dur , qui ne
peut reprendre fa liquidité que lentement , & en abfo
bant une énorme quantité de feu ; elle peut fe dif
64
MERCURE
en entier dans le fluide igné , changer une feconde fois de
forme & devenir un fluide élastique & rare ; elle exerce
la plus grande action fur la plupart des fubftances , &
principalement fur les fluides élastiques ; elle diffout les
uns , & fe diffout complétement dans les autres , & elle
préfente dans ces différentes combinaiſons les phénomènes
analogues à ceux qu'on obferve ordinairement
dans toutes les diffolutions. C'eſt à ces propriétés de
l'Eau , dont quelques-unes n'avoient pas même été remarquées
, que font dus tous les météores aqueux. Nous
fommes auffi certains aujourd'hui de la caufe de la correfpondance
entre les variations du baromètre & les changemens
de conftitution de l'atmosphère , que nous fommes
affurés de la pefanteur de l'air. Comme ces obfervations
font neuves , il eft néceffaire que dans notre Dictionnaire
les articles fuivans , Eau , Glace , Congelation ,
Ebullition , Evaporation , Fumée , Machine àfeu , Météores
aqueux , Pluie , Brouillard , Rofée , Neige , Frimats ,. &c.
foient traités d'une manière abfolument nouvelle .
L'Eau entre tous les jours comme principe conftituant
dans la compofition des corps organifés , & ne peut fortir
de cette combinaiſon que par des moyens incapables de
la rendre toute entière à la circulation . De - là fuit une
diminution lente & continuelle dans le volume des eaux ,
& leur retraite de deffus la furface du globe . Cette idée
que nous devons à un philofophe dont nous craindrions ,
en le nommant , d'offenfer la modeftie , fera développée
aux articles Eau , Organifme , &c.....
Les expériences multipliées & nouvelles que l'on a
faites fur une multitude de fluides aériformes , dont on ne
foupçonnoit pas même l'existence , portent à croire que
ces fubftances ne font point fimples , & que l'Air ne
peut être regardé comme un élément proprement dit.
Comme pefant & conftituant l'atmosphère , ce fluide s'oppoſe
à la dilatation des corps , au dégagement des gas , à
l'expanfion des vapeurs ; comme élastique , il eft le milieu
des fons : une compreffion plus grande diminue fon volume
, une plus grande chaleur augmente fon reffort : fes
molécules ont des propriétés qu'on pourroit appeller
chymiques , & qui cependant doivent trouver place dans
un Dictionnaire de Phyfique. Il diffout l'eau dans certaines
circonstances , il l'abandonne dans d'autres ; il fe comDE
FRANCE. 65
bine avec la matière de la chaleur , & tranfmet celle de la
lumière ; pris dans un certain état de pureté , il est néceffaire
à la combuftion , il entretient la vie des animaux , il
eft la caufe de la chaleur de ceux qui le refpirent , & c.
Quelques- unes de ces vues font nouvelles , & nous obligeront
à faire des changemens aux articles Air , Atmofphère
, Baromètre , &c. , & à refaire à neuf un grand
nombre d'autres.
Nous traiterons de la nature de la Lumière confidérée
en elle- même , de l'action qu'elle exerce fur les différens
corps , de celle qu'elle éprouve de la part des différens
milieux , de fon mouvement & de fon influence fur les
végétaux. Nous expoferons les phénomènes de la vifion ,
les effets qui tiennent à la nature propre de l'organe de
la vue , & qui font indépendans de celle du fluide lumineux
; enfin nous établirons les principes de la Perſpective
aérienne , matière dont on s'eft peut- être occupé , mais
fur laquelle on n'a prefque rien écrit.
On attribue ordinairement les phénomènes de l'Aimant
à l'action d'un fluide capable de communiquer du
mouvement fans en perdre , & de fe divifer fans s'affoiblir.
Nous examinerons les preuves qu'on a coutume
d'employer en faveur de cette opinion , & nous ajouterons
à tout ce qui fe trouve dans l'ancienne Encyclopédie
les nouvelles obfervations fur les variations diurnes de
l'Aiguille aimantée , & fur la correfpondance de ce
dernier phénomène avec l'Aurore boréale.
Nous détaillerons enfin tous les phénomènes de l'Electricité
& les différens fyftêmes qu'on a imaginés jufqu'ici
pour les expliquer.
Le Dictionnaire raifonné de Phyfique que M. Briffon,
de l'Académie Royale des Sciences , vient de publier , &
qui étant destiné à être vendu féparément , a dû contenir
beaucoup de chofes qui ne doivent pas entrer dans notre
plan , en contient une multitude d'autres très -intéreſfantes
dont nous nous emprefferons de profiter .
Nous mettrons à la tête du Dictionnaire un Difcours ;
qui contiendra l'Hiftoire des découvertes qu'on a fucceffivement
faites en Phyfique , & des différens fyftêmes
qu'elles ont fait naître ; enfin nous expoferons l'ordre fuivant
lequel il conviendra de lire les articles principaux de
cet Ouvrage , pour qu'il puiffe tenir lieu d'un Traité
méthodique.
66 MERCURE
[ III.] LA MÉDECINE , mife en ordre & publiée par M.
Vico D'AZYR, Docteur - Régent & Profeffeur de la
Faculté de Médecine de Paris , de l'Académie Royale
des Sciences , & Secrétaire perpétuel de la Société Royale
de Médecine , deux à trois volumes in-4°.
LA Médecine eft , dans l'ordre encyclopédique , une
branche de la Zoologie , laquelle eft elle- même une divifion
de la Phyfique particulière. Cette Science a , comme
toutes les autres , fes faits & fes obfervations : mais tout ,
jufqu'à l'art de voir , y eft difficile ; tout y exige une prudence
confommée & le jugement le plus fain . L'homme
eft lui- même le fujet de fes propres expériences ; & cette
circonfpection , que l'on peut regarder comme la première
qualité requife dans celui qui exerce la Médecine ,
doit auffi caractériser l'Ecrivain qui fe propofe d'en recueillir
& d'en publier les principes . Les fautes de ce
dernier font même plus graves , puifqu'elles deviennent
unefource intariffable de méprifes dangereufes pour ceux
qui lifent l'Ouvrage où l'erreur eft confignée.
Cette vérité , qu'on ne doit jamais perdre de vue ,
lorfqu'on médite un Ouvrage fur la Médecine , fuffit pour
prouver qu'un feul homme ne peut fe charger du travail
dont on offre ici le plan. L'importance des objets que doit
renfermer cette partie eft fi grande que , pour les traiter
d'une maniere convenable & digne du fujet , il eft indifpenfable
d'avoir recours aux lumières des perfonnes de
l'art les plus exercées dans chaque partie de cette fcience.
Tel eft auffi le projet de l'Auteur de ce Dictionnaire. Déjà
plufieurs Médecins célèbres , qui veulent bien être fes
coopérateurs , ont choifi différens articles , de la rédaction
defquels ils s'occupent , & à la fin defquels leur nom
fera infcrit.
Ce Dictionnaire ne contiendra que la Médecine proprement
dite , c'eft -à- dire , la fcience qui indique les
moyens propres à conferver ou à rétablir la fanté . Confidérée
fous le premier rapport , elle porte le nom d'Hygiene,
& fous le fecond celui de Pathologie . La première
divifion comprend 1 ° . l'Hygiene proprement dite , c'est - àdire
l'art de diriger d'une manière convenable le régime
de l'ame & du corps ; 2 ° . celui de corriger & de prévenir
dans les enfans les vices de conformation , ou l'Orthopé
DE FRANCE. 67
ie ; 3 °. celui de fortifier les membres par différens exercices
, ou la Gymnastique. Dans la feconde divifion feront
comprifes , 1 ° . l'expofition des maladies , la recherche de
leurs cauſes , & l'examen de leur nature , ou la Pathologie
proprement dite ; 2°. l'examen des fymptômes qui les caractériſent
, & dont on peut tirer des inductions dans le
Traitement , ou la Sémeïotique ; 3 °. la connoiffance des
différens moyens curatifs qui peuvent être employés ,
ou la Thérapeutique.
La Médecine Vétérinaire , dont on s'occupe en France
avec autant d'activité que de fuccès , ne fera point oubliée
dans ce travail. On y trouvera la defcription des
principales maladies auxquelles les animaux domeftiques
les plus utiles font exposés , avec l'Hiftoire des traitemens
dont l'expérience a fait connoître les avantages.
Il y a certaines questions fur lefquelles on ne prononce
dans les Tribunaux qu'après avoir confulté les perfonnes
de l'art : on appelle du nom de Médecine légale la ſcience
qui s'occupe de ces recherches. Elle eft fondée fur la connoiffance
de la ftructure du corps humain , s'il eft queftion
d'un examen anatomique ; ou fur celle de l'action des médicamens
, s'il s'agit des effets de quelque poifon . En rapportant
les cas de cette nature qui fe font préſentés , on
indiquera les principes d'après lefquels les avis doivent
être motivés , & la conduite que l'on doit tenir pour ſe
mettre à portée d'éclairer les juges , ou au moins pour ne
pas courir les rifques de les tromper.
La richeffe de la Collection que l'on annonce aura pour
bafe un grand nombre d'articles déjà publiés dans l'Encyclopédie
actuelle , & qui font dus à MM . de Vandeneffe ,
Venel , le Chevalier de Jaucourt , Malouin , Tarin', la
Virotte , de Bordeu , le Roy , Daumont , Menuret , de
la Foffe. On fe permettra quelquefois d'y faire des additions
, & même des changemens lorfqu'ils paroîtront indifpenfables.
Comme , malgré tous ces fecours , & en
réuniffant toute la nomenclature de la partie médicale de
l'Encyclopédie , on s'eft apperçu qu'elle est très - incomplette
, on y fuppléera avec le plus de foin qu'il fera poffible.
Les articles relatifs à la Botanique & à la Chymie
médicales , qui doivent être placés dans la Thérapeutique ,
feront rédigés par des perfonnes très-inftruites dans ces
deux genres. Les Maladies des priſons & des armées ,
08 MERCURE
Maladies vénériennes , celles des Gens de Mer , celles des
Femmes & des Enfans , celles des Artifans , celles des Animaux
, celles des yeux , celles qui font propres aux différens
climats & auxfaifons , les léfions que produifent les Maladies
des Bleds , feront décrites par des Médecins célèbres
dans ces différentes parties de l'Art de guérir , & auxquels
une expérience confommée a rendu ces objets familiers.
Il en fera de même des articles Electricité médicale , Rage ,
Aimant , Epilepfie , Définfection , Contagion , Epidémie ,
Epizootie , &c.
Le Dictionnaire de Médecine- Pratique ainfi exécuté ,
préfentera les fruits de l'expérience & des obſervations
d'un grand nombre de Médecins habiles.
Le Rédacteur fera tous fes efforts pour mettre entre les
différens articles autant de concordance & de liaiſon qu'il
fera poffible : il indiquera dans une Table raiſonnée le
meilleur ordre de lecture pour en profiter , & il fera connoître
dans cette Table les rapprochemens & les différences
des opinions adoptées par les divers Auteurs ; afin
que ceux qui cherchent à s'inftruire par l'oppofition des
fentimens dans l'étude des matières fufceptibles de controverfe
, puiffent trouver aifément les articles capables
de fatisfaire leur curiofité.
[ IV. ] L'ANATOMIE ET LA PHYSIOLOGIE fimple &
comparée; par M. VICO D'AZYR , Secrétaire perpétuel
de la SociétéRoyale de Médecine , & de l'Académie Royale
des Sciences , un volume in- 4° .
LE Chancelier Bacon a divifé la Science de l'homme ,
en celle du corps , & celle de l'ame ; M. Diderot , Auteur
du Systême figuré des connoiffances humaines , qui fe
trouve à la fuite du Difcours préliminaire de l'Encyclopédie
, par M. d'Alembert , s'explique à ce fujet d'une
manière plus détaillée , & plus relative à notre travail.
L'Anatomiefimple & comparée , & la Phyfiologie , font dans
ce dernier fyftême des branches de la Zoologie , qui tient
elle-même à la Phyfique particulière , & à l'étude de la Nature.
Telle eft la place qu'occupe , dans l'ordre encyclopédique
, la Science qui apprend à connoître la ftructure des
corps vivans ; confidérée de cette manière , la sphère de
l'Anatomie s'agrandit ; elle ne fe borne plus à l'examen
d'un feul individu , & celui qui l'étudie , a droit de
~'attendre à de grande
L ע
09 галчLL.
1
Tous les corps naturels peuvent , en effet , être divifés
en deux claffes , dont les uns poffèdent cette activité intérieure
, cette fpontanéité de mouvemens qui leur font
particulières , tandis que les autres en font privés , & femblent
obéir à des loix d'un ordre différent. Nous appellons
les premiers du nom de corps vivans , & nous comprenons
dans cette grande divifion , toute la chaîne qui
s'étend depuis l'homme jufqu'à la plante.
Les individus de cette claffe ont des caractères ou des
fonctions qui leur font propres , & qui peuvent fervir à
les faire reconnoître. Nous les avons réduits aux chefs
fuivans la nutrition , la génération , l'irritabilité , la circulation
, la ſecrétion , la reſpiration , l'offification , la digeftion
& la fenfibilité , Ce n'est pas que tous ces caractères
doivent fe trouver dans chacun des corps vivans : la réunion
de ces fonctions conftitue en général leur perfection ;
& le développement entier de quelques-unes d'entre
elles , telles , par exemple , que la fenfibilité , leur donne
toute la fupériorité dont ils font fufceptibles . Ariftote a
prouvé qu'une partie de ces nuances au moins , lui étoit
connue , lorfqu'il a dit : Il n'eſt pas néceſſaire que tous les
corps vivans foient pourvus de fentiment , mais il l'eft que
tous fe nourriffent ( 1 ). Tels font les motifs qui nous ont
engagés à placer ces deux caractères aux deux extrémités
de notre divifion méthodique.
Chacune de ces fonctions fera traitée d'une manière
très-étendue dans le Dictionnaire que nous annonçons.
Tous les autres articles s'y rapporteront , ils en offriront
l'explication , & ils auront eux-mêmes la leur dans la
lecture de ces grandes généralités,
Ce Dictionnaire comprendra , 1 °. l'expofition anatomique
: 2 °. la Phyfiologie , ou explication des Phénomènes.
1º . La partie anatomique aura pour objet principal la
defcription du corps humain ; on aura foin que la nomenclature
foit complette : mais afin de ne point divifer les
connoiffances , dont l'utilité s'accroît par le rapprochement
, un grand nombre de mots ne feront fuivis que
d'une définition claire & préciſe , avec des renvois exacts
qui mettront le Lecteur à portée de trouver ce qu'il cherche
, dans la place où il doit le rencontrer .
(1 ) Non eft neceffe omnibus viventibus effe fenfum ; fed eft neceffaria
nutritio
70
MERCURE
L'Auteur célèbre du Tableau raiſonné qui préfente
l'ordre encyclopédique , a eu raiſon de diviſer l'Anatomie
, non comme plufieurs ont fait , mal-à-propos , en
humaine & comparée , mais en fimple & comparée ; en
effet , l'Anatomie humaine peut être fimple , fi elle ne
traite que du corps humain , & elle devient comparée ,
fi les organes de ce dernier font examinés comparativement
avec ceux des autres animaux . Dans tous les articles
, le premier genre d'Anatomie commencera , & le
fecond achevera l'expofition.
Il eft facile de fentir que le Dictionnaire dont il s'agit ,
deviendroit immenfe , fi tout ce qui appartient à l'Anatomie
des brutes y avoit la même étendue que ce qui eſt
relatif à l'homme. Il n'y aura qu'un article pour chaque
animal , dans lequel on détaillera ce que l'obfervation &
la diffection auront appris de plus important à ce fujet.
On ne s'écartera de cette règle que dans un très-petit
nombre de cas ; & pour l'expofition des organes de certains
animaux , du cheval , par exemple , dont l'étude
mérite plus d'attention , & demande plus de détails.
Il y a des animaux dont on n'a difféqué qu'un petit
nombre ; on eft encore très - ignorant fur l'Anatomie des
infectes & des vers. On raffémblera les faits les plus curieux
, & les plus propres à faire connoître les différences
& le rapprochement , qui font le but principal du travail
encyclopédique.
L'Economie végétale ne fera point oubliée dans cette
partie ; elle eft du reffort de l'Anatomie, & fes plus grands
progrès font dus à des Savans qui ont cultivé cette dernière
Science avec diftinction . Heureufement M. Daubenton
s'eft occupé depuis quelque tems à répéter toutes
les obfervations qui ont été faites fur les couches ligneufes
, fur les vaiffeaux des plantes , fur la ftructure de
l'écorce & du centre des végétaux ; fur celles des racines
& des feuilles : & il a bien voulu fe charger de cette partie
du Dictionnaire , dans lequel tous ces articles feront
faits de nouveau , & d'après de nouvelles obfervations.
Cette obligation ne fera pas la feule que nous aurons à M.
Daubenton : l'Anatomie des animaux fera , en très-grande
partie , tracée d'après fes découvertes ; il nous a promis d'y
joindre plufieurs Tableaux qui rendront l'étude de cette
Science plus facile , en préfentant , d'un coup d'oeil ,
DE FRANCE. 7x
les réſultats d'une fuite immenfe de recherches anatomiques.
Le fecours des Planches eft néceffaire à l'intelligence
de plufieurs deſcriptions. On profitera de cette occafion
pour faire un choix des figures les plus exactes & les mieux
deffinées , qui font répandues dans les Ouvrages de différens
Auteurs , foit fur l'Anatomie de l'homme , foit fur
celle des animaux.
2º. La Phyfiologie eft une Science qui confifte dans
l'examen , & , lorfqu'il eft poffible , dans l'explication des
phénomènes que le corps humain préfente en état de
fanté : l'Anatomie en eft la bafe , & par conféquent ces
deux Sciences devoient être réunies dans notre travail.
L'Anatomie n'eft cependant pas l'unique fource dans laquelle
le Phyfiologifte doive puifer. La Chymie & la Phyfique
lui fourniffent des connoiffances néceffaires ; l'Hiftoire
des Maladies lui en donne même de très- utiles.
L'étude phyfiologique eft donc très - compofée ; elle fuppofe
le concours des Sciences acceffoires , & fes progrès
font pour cette raifon , lents & difficiles. Les articles de
Chymie animale feront fournis par un Chymifte trèsinftruit
; & les articles relatifs à la Phyfique , feront concertés
avec l'Auteur du Dictionnaire dans lequel ces fortes
de matières feront traitées.
Meffieurs Tarin , le Chevalier de Jaycourt , de Vandeneffe
& Blondel , ont fourni prefque tous les articles
d'Anatomie dans leDictionnaire des Sciences & des Arts .
M. de Haller y a ajouté plufieurs fupplémens , dans lefquels
on retrouve l'immensité de fes connoiffances. Malgré
ces travaux , l'Anatomie & la Phyſiologie font bien
éloignées d'être complettes dans l'Encyclopédie actuelle .
Les articles qui concernent l'Anatomie comparée , celles
des plantes , la Structure des végétaux , & la Chymie animale
, feront abfolument nouveaux. Il eft facile de voir
d'après ce court expofé , que tout ce qui a été fait dans ce
genre , n'empêche pas qu'il ne refte immenſément à faire.
[V. ] LA CHIRURGIE ; par M. LOUIS , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Chirurgie , un volume in 4° .
CET Art a fait des progrès étonnans depuis la publication
de l'Encyclopédie. Ils font dus principalement aux
travaux de l'Académie Royale de Chirurgie. Les Differ
72 MEN
tations qui ont remporté chaque année les prix propofes
depuis fon établiffement en 1731 , ont toutes eu pour fujet
une queftion choifie & fort épineufe , dont la folution a
enrichi l'art , finon par de nouvelles connoiffances , au
moins par la réunion de lumières éparfes , dirigées fur un
même point , pour remplir les vues de l'Académie. Les
Mémoires publiés par le travail de fes Membres , font le
fonds le plus précieux qu'on ait fur la théorie & la pratique
de l'Art . On peut avancer , fans crainte d'être contredit
, que depuis trente ans il s'eft formé une ſcience
nouvelle par les obfervations de nos grands Maîtres ,
jointes à celles qui leur ont été communiquées de toutes
parts. Les faits ifolés , fournis par le zèle , l'émulation &
l'expérience de chaque particulier , ne peuvent avoir le
mérite qu'ils acquièrent , lorfque réunis à d'autres , &
appréciés refpectivement dans leurs diverfes circonftances
, ils donnent lieu à des inductions qu'on foumet aux
difcuffions académiques , afin d'en tirer les conféquences
les plus précifes & les plus vraies .
C'est par ces moyens que l'Art a été cultivé avec les
plus grands fuccès : fes principes font devenus plus lumineux
& plus folides ; les difficultés théoriques ont été
applanies par la voie de l'expérience , & le raifonnement
a rendu faciles les opérations les plus compliquées. La
pratique a ceffé , fur plufieurs points importans , d'être une
routine aveugle , qu'on fuivoit avec d'autant plus de rifque
, qu'on avoit plus de hardieffe & de témérité . L'Art ,
enrichi de nouvelles connoiffances , eft devenu moins redoutable
& plus falutaire ; enfin des maladies qui , fous la
direction de l'ancienne Chirurgie , ne cédoient qu'à des
opérations graves , douloureufes & accompagnées de
grands dangers , font maintenant foumifes à une cure
facile & prompte , par des procédés doux & fimples , dont
les anciens n'avoient aucune idée .
La partie chirurgicale de la nouvelle Encyclopédie.
fera connoître toutes les perfections d'un art fi utile à
T'humanité, En me chargeant de revoir toute cette partie
, que le célèbre la Peyronie m'avoit fait confier en
1747 , pour la première Edition ( 1 ) , je me propoſe d'en
faire un ouvrage abfolument nouveau.
( 1 ) La partie chirurgicale de la première Edition de l'En➡
Les
DE FRANCE. 173
Les articles feront compofés fpécialement pour l'ufage
auquel ils font deftinés: car ce qu'un Profeffeur expliqueroit
dans les écoles , pour l'inftruction des Elèves ; ce que le
Praticien le plus confommé prononce fur le même point
dans une confultation ; les réflexions que ce même fujet
fourniroit à l'homme le plus éclairé , dans une conférence
académique , n'auroient ni la même texture , fi l'on peut
ufer de ce terme , ni la même fin ; & chacune de ces différentes
formules , excellente en fon lieu ne rempliroit
pas le voeu du Public dans un article de l'Encyclopédie ,
où il faut des notions claires & préciſes , à la portée des
gens d'efprit qui ne favent pas la Chirurgie , & qu'il eſt
intereffant d'éclairer utilement fur chaque point particulier
, devenu l'objet de leur recherche & de leur curiofité
: il faut qu'ils y trouvent l'inftruction la plus folide ,
exposée de la manière la plus inteligible. Ce font eux
qu'il convient d'avoir principalement en vue : car ce n'eſt
pas dans un Dictionnaire univerfel que les jeunes gens
deftinés à l'exercice de la Chirurgie , pourront apprendre
la théorie de l'art , ni le détail des opérations. Elles exigent
une longue fuite de préceptes que la démonftration feule ,
fous un habile Maître , peut leur faire comprendre , en
leur donnant à chaque inftant la raifon de toutes les actions
variées qui doivent fe fuivre pour la perfection
d'une opération , dont la durée n'eft pas d'une minute dans
l'exécution . Cependant on ne négligera pas ce qui pourra
être utile aux Élèves : les principes fondamentaux feront
connoître la différence des méthodes , la diverfité des
cas où elles peuvent ou doivent être admifes de préférence
, & détermineront pofitivement les procédés à fuivre
ou à éviter , fur- tout lorfque les Auteurs qu'on a
coutume de prendre pour guides , fe trouveront d'opinions
différentes. C'eft rendre un fervice important que
de ne laiffer , pour l'intérêt général de la Société , aucun
prétexte aux indécifions dont les fuites pourroient être
fi dangereufes , fur-tout dans les cas graves , plus fréquens
qu'on ne l'imagine , & qui ne le deviennent quelquefois
que par des fecours mal adminiſtrés.
cyclopédie a été recueillie en deux volumes in-Sº. , & publiée
par un Anonyme en 1762 , fans le confentement de l'Auteur ,
fous le titre de Dictionnaire de Chirurgie . Il y en a eu plufieurs
éditions.
Samedi 8 Décembre 1781 .
74 MERCURE
1
Des lumières acquifes par une étude particulière fur les
questions de Chirurgie relatives à la Jurifprudence , étendront
l'utilité de ce Dictionnaire : les Tribunaux ont
accueilli plufieurs de nos Confultations en ce genre , &
ils en ont fait le principe de leurs Jugemens . Enfin rien ne
fera négligé de ce qui pourra rendre les articles de Chirurgie
intéreffans , fuivant le voeu de tous ceux à qui ils
peuvent être utiles fous différens afpects .
Un Difcours préliminaire fera connoître la méthode
d'étudier les principes de l'Art : la nomenclature alphabétique
, à laquelle la diftribution des articles affujettit ,
ne peut pas donner l'enchaînement des matières , fuivant
l'ordre où elles doivent ſe ranger dans l'efprit , pour une
étude fuivie & profitable. Un plan raifonné indiquera cet
ordre,& fera , pour ainfi dire , l'ame de cette production ,
[ VI. ] LA CHYMIE , LA MÉTALLURGIE ET LA PHARMACIE
, par M. DE MORVEAU , Avocat Général au
Parlement deBourgogne , Membre de Plufieurs Académies ,
quant à la Chymie ; par M. DUHAMEL, Infpecteur géné
ral des Mines , quant à la Métallurgie ; par M. MARET ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie de Dijon , quant à la
Pharmacie , deux volumes in-4°.
LA Chymie , cette Science aujourd'hui fi cultivée ,
dont on a établi des Cours publics dans plufieurs villes de
province ( 1 ) , dont le Médecin , le Phyficien , le Naturalifte
ne peuvent plus fe paffer , dont tous les Arts commencent
à emprunter les lumières , la Chymie eft , fans
contredit, la partie la plus imparfaite de toute l'ancienne
Encyclopédie.
Ce n'eft pas que l'on ait à reprocher aux Editeurs
d'avoir négligé le choix de leurs coopérateurs en cette
partie ; il fuffit pour les juftifier , de nommer MM. Venel ,
Malouin , Rouelle , &c. Il n'étoit guère poffible d'appeller
des hommes plus dignes de la confiance de la Nation ,
puifqu'ils fe font placés dans le petit nombre des Chymiftes
dont les travaux ont enrichi la fcience , dont les
opinions font encore d'un grand poids , dont les vues ferviront
long-tems à diriger les recherches ultérieures . On
(1 ) Dijon , Rouen , Grenoble , Nancy , Metz , Bordeaux ,
Amiens , & c.
DE FRANCE.
75
trouve en effet quantité d'excellens articles ; mais aucun
de ces Savans ne s'étoit chargé de tout rédiger ou du moins
de tout revoir : de-là vient qu'il n'y a nul enfemble , que
les faits font découfus , que les principes établis en quelques
endroits font fouvent combattus dans un autre volume
, qu'il manque une infinité de mots quoique indiqués
par des renvois , quoique deftinés à compléter des points
de théorie , ou à décrire des opérations effentielles . Par
exemple , le mot Affinité n'y eft pas même expliqué ; il
faut chercher au mot Menftrue les principes de la diffolution,
& ces principes démentent formellement ce qui avoit
été établi fous les mots Adhérence , Attraction , Cohifion.
Dans les Supplémens , il n'y a encore que des articles
détachés qui ne font corps ni entre eux , ni avec l'Encyclopédie
; l'Auteur qui en a fourni le plus , n'avoit pas
formé l'entrepriſe de fuppléer ni de corriger toute la Chymie
, il s'eft borné à retraiter quelques-uns des principaux
articles de théorie , tels que Affinité , Cauflicité, Cryftallifation
, Diffolution , Equipondérance , Hépar , Phlogistique ,
&c. Du refte , on ne s'eft pas même attaché à compléter
la nomenclature.
L'on ne peut douter que les Auteurs de cette partie de
l'ancienne Encyclopédie avoueroient eux - mêmes la néceffité
de refondre tout leur travail . Notre plan fera peu
différent de celui qu'ils avoient adopté , & qui rous paroît
tenir effentiellement au fyftême encyclopédique ; il
nous refte peu de chofe à ajouter ici pour achever de le
faire connoître.
L'Hiftoire de la marche d'une fcience quelle qu'elle foit ,
tient à la philofophie générale , comme partie de l'Hiftoire
de l'efprit humain ; elle eft utile à tous ceux qui
veulent fe rendre compte de la certitude de fes principes ,
comparer les idées des anciens & des modernes fur le
même fujet, ou apprécier avec juftice les travaux de leurs
contemporains; elle eft néceffaire à ceux qui s'appliquent
à en reculer les bornes : la Science ne leur offre propre.
ment que la collection méthodique des vérités acquifes ;
il n'y a que l'Hiftoire de la Science qui puiffe réunir fous
leurs yeux les opinions qui fe font fuccédées , les apparences
qui ont féduit , les objets dont il faut reprendre l
trace , les tentatives qu'on peut s'épargner , tout ce
refte à approfondir ou à perfectionner, qui puiffe leur
Di
76 MERCURE
muniquer enfin l'expérience des fiècles qui ont précédé,
Nous conferverons donc cette partie de l'ancienne Encyclopédie
, nous en élaguerons tout ce qui nous paroîtra
fuperflu , nous ne négligerons rien pour la rendre à la fois
auffi concife & auffi complette que l'on peut le defirer.
Plus une ſcience ſe répand , plus elle fournit de connoiffances
pratiques aux Arts , d'idées neuves à la Métaphyfique
de la nature , plus il importe d'avoir un Ouvrage
où l'on puiffe trouver facilement & fans étude l'explication
claire de tous les termes de fa langue. Le Chymiſte
ne feroit pas embarraffé d'aller chercher aux articles
Menftrue & Rapport , l'opinion de Venel fur les Affinités ;
mais l'Artifte , le Littérateur , le Mathématicien , le Phyficien
peut-être qui rencontreroit ce dernier terme , ne
fauroit plus où en retrouver la définition ; cette nomenclature
eft donc d'un intérêt plus général pour le grand
nombre des Lecteurs ; elle devient précieufe même au
Chymifte , en affurant le fens des mots qui ont été employés
arbitrairement , de ceux qui font devenus moins
familiers ; en le mettant fur la voie pour pénétrer , autant
qu'il eft poffible , le langage mystérieux des adeptes , lorfqu'il
veut porter un oeil curieux fur leurs écrits . Cette
nomenclature ne ſe trouve jufqu'à préfent que dans l'Encyclopédie
; notre tâche fera de la perfectionner .
Pour la partie théorique , nous profiterons des vues
fublimes de l'illustre Comte de Buffon , des preuves , dés
développemens , des applications qu'en ont donnés M.
Macquer , M. Bergman , les Auteurs des Elémens de
l'Académie de Dijon , & en dernier lieu M. Dutour , dans
fes belles Expériences fur les Adhéfions ; nous recueillerons
de même pour l'étiologie des opérations particulières,
tout ce que nous trouverons dans les écrits de ceux
qui s'en font fpécialement occupés. Nous nous défendrons
également & de cet efprit de fyftême qui veut tout
expliquer , qui ne croit que ce qu'il comprend, & de cette
fauffe philofophie qui rejette une méthode dans laquelle
mille vérités s'enchaînent , parce qu'il refte un ou deux
faits dont on n'a pas encore entrevu la liaiſon avec le principe.
Nous admettrons jufqu'aux hypothèfes , parce que
ce font elles qui ouvrent communément la route aux découvertes
, parce qu'il importe qu'elles foient toujours
préfentes à l'efprit de ceux qui interrogent la nature par
DE FRANCE. 77
l'expérience , & que dans ce travail délicat , l'oeil ne voir
réellement que ce que la penſée l'avertit d'obferver ; mais
nous nous garderons bien de donner de fimples probabilités
pour des preuves ; nous nous appliquerons même à
fixer les règles de logiques propres à la Chymie, c'eft un des
objets les plus importans aux progrès de cette fcience ;
avant de difputer fur l'identité de tels ou tels principes , il
convient fans doute de travailler à fe mettre d'accord fur
ce qui conftitue l'identité ou la différence des êtres chymiques
; le favant Profeffeur d'Upfal eft cependant le feul
qui ait effayé de refferrer ainfi le champ trop illimité des
analogies & des poffibilités . On fent bien que c'eft fur- tout
en cette partie que nous aurons à corriger & à retrancher
, mais le travail des anciens Auteurs ne fera pas pour
cela condamné à l'oubli , nous le rendrons à la partie hiſtorique;
les idées des hommes de génie ne font jamais ftériles .
Il n'eft pas befoin d'avertir que tout ce qui tient à la
manipulation des opérations , aux procédés des expériences
, fera exactement décrit d'après les meilleurs Auteurs ;
les Planches offriront tous les inftrumens , tous les appareils
, tous les objets , qu'il feroit difficile de comprendre
fans le fecours du deffin , ou qu'il importe de réunir dans
un ordre propre à foulager la mémoire.
Les articles ajoutés ou refaits en entier feront marqués
de deux étoiles ; il n'y en aura qu'une aux articles qui
feront fimplement refondus ou augmentés.
Comme les principes de la Chymie s'appliquent continuellement
aux opérations de la Métallurgie & de la Pharmacie
, il n'étoit pas poffible de féparer ces trois parties
fans s'expofer à des répétitions & des doubles emplois ;
elles feront donc réunies dans le même Dictionnaire ; mais
quoiqu'elles foient traitées par trois Auteurs différens , il
n'en réfultera ni contradiction , ni la plus légère difparate ,
au moyen des arrangemens qu'ils ont pris pour fe communiquer
leur travail ; & même dans les cas où ils n'auroient
pu fe concilier fur quelques points , leurs opinions
particulières feront préfentées & raifonnées de part &
d'autre comme de fimples hypothèfes , de forte qu'il n'y
aura rien à perdre ni pour la vérité , ni pour l'harmonie.
On aura feulement l'attention de répéter les mots ( Métallurgie
& Pharmacie ) à la tête de chaque article particulier
à ces Arts , ainfi que des additions qu'ils exigeront
Diij
78
MERCURE
la fuite de quelques articles de Chymie ; ce qui fervira
à diftinguer en même tems ce qui appartient à chaque
matière & à chaque Auteur.
METALLURGIE.
LA Métallurgie-eft l'art de traiter les Minéraux , par des
fontes faites fur des quantités de fubftances métalliques ,
infiniment plus grandes que celles que l'on emploie dans
la Docimafie , ou l Art des effais ; en conféquence , les
fourneaux à l'ufage des opérations métallurgiques , doivent
être plus grands que ceux de la Docimafie. Quoique
la Chymie doive préfider dans l'un & l'autre de ces Arts ,
les plus habiles Chymiftes , auxquels l'on eft redevable de
tous les beaux procédés mis en ufage dans ces deux circonftances
, ont conçu que le travail en grand exigeoit des
manipulations différentes pour pouvoir ménager les frais ,
& tirer le plus grand parti poffible des métaux qu'on y
traite ; & qu'enfin , les fondans employés en Docimafie ,
ne pouvoient pas entrer dans les procédés métallurgiques.
Pour traiter , avec ordre , l'Art métallurgique , l'on fe
propofe le plan fuivant :
1º. De donner une Géographie fouterreine , qui fera
connoître les différentes difpofitions des filons , ou veines
minérales , métalliques , on foffiles qui fe trouvent dans
les entrailles de la terre enfemble leurs variations , &
ce qui les produit.
>
2°. L'on traitera de la manière d'exploiter les filons ,
foit par puits , foit en galeries ou autres ouvrages ; & pour
rendre la chofe plus fenfible , on y joindra le plan , & le
profil d'une mine ; & fi on le juge néceffaire , l'on donnera
les deffins des meilleures Machines connues pour l'épuifement
des Eaux , des Mines , & l'extraction des minerais.
3 °. L'on décrira les meilleurs procédés en ufage pour
la fonte de minéraux d'or & d'argent , à l'effet d'en
obtenir ces métaux parfaits.
4°. L'on traitera des procédés les plus avantageux pour
obtenirle cuivre de fes minerais , & le porter à fa perfection .
5º. L'on décrira les meilleures méthodes de fondre les
Mines de plomb , & d'obtenir , par l'affinage , l'argent
que communément il contient; ce qui conduira à parler
de la révivification des litharges , où leur réduction en
plomb marchand.
6°. Le cuivre contenant fouvent de l'argent , nous décrirons
tous les procédés les plus ufités pour en faire le
départ , par l'intermède du plomb ; travail que l'on
nomme liquation .
7°. On traitera de la fonte des Mines d'étain , pour en
obtenir ce métal. &
8°. On parlera du fer , métal fi connu , fi utile ,
heureuſement le plus abondamment répandu , tant dans
le fein de notre Globe , qu'à fa fuperficie. On donnera les
meilleurs procédés pour obtenir ce métal auffi pur &
auffi malléable qu'il eft poffible , foit en le traitant par la
fonte en gueules , & enfuite par l'affinage , foit en fondant
le minerai à la manière des Corfes , des Catalans
& des Efpagnols , qui , dans un feul petit fourneau ,
fondent les minerais , & obtiennent le meilleur fer de
l'Europe.
9°. L'on détaillera les méthodes qu'on croira les plus
avantageufes pour faire de l'acier avec du fer de gueule ,
ou en faifant cementer le fer forgé , avec les matières
propres à fa converfion en bon acier.
10°. L'on traitera de la fonte du biſmuth.
11°. De la fonte de l'antimoine.
12º. De la méthode employée pour retirer le zinc de
fa Mine.
13 ° . De la fonte du cobalt pour en faire de l'azur.
14°. De la meilleure méthode de retirer , en grand ,
le mercure de fa Mine.
15 °. L'on décrira la manière de retirer le foufre des
minéraux.
16º. L'on traitera des meilleurs procédés pour faire
la cérufe.
17º . L'on détaillera la meilleure méthode pour faire
le minium.
18°. On parlera des Mines de charbon de terre .
19°. Des Mines d'alun , & de la manière d'en extraire ce fel.
20°. Des Mines de fel marin.
Enfin , pour faciliter l'intelligence de tous les procédés
métallurgiques ci - deffus , l'on donnera les plans , coupes
& profils des fourneaux que l'on croira les plus
avantageux , & l'on y joindra un tableau méthodique de
tout l'Art minéralogique.
Div
PHARMACIE.
La partie du Dictionnaire encyclopédique , qui a pour
objet la Pharmacie , eft une des plus favantes & des plus
fatisfaifantes de ce grand Ouvrage. Les principes de l'Art
y font exposés avec clarté , les procédés décrits avec une
exactitude , une intelligence qui infpirent la confiance ;
& la rédaction de chaque article annonce dans leurs Auteurs
des connoiffances phyfiques , chymiques & médicales
, très - étendues , réunies au talent de s'exprimer
avec élégance & avec préciſion .
Auffi nous ferons -nous un devoir d'adopter prefque
tous les principes de ces favans Rédacteurs ( MM. Malouin
, Venel) , de conferver une très -grande partie de
leurs articles , & d'employer leurs expreffions même ,
lorfque l'exécution du plan , fur lequel nous nous propofons
de traiter la Pharmacie , nous forcera de faire
quelque changement dans ceux de leurs articles auxquels
nous croirons devoir toucher.
Depuis l'époque où l'Encyclopédie , où les Supplémens
même , ont été mis au jour , les progrès de la Phyfique
, & fur-tout de la Chymie , ont confidérablement
influé fur ceux de l'Art pharmaceutique . On a fait en
Médecine plufieurs découvertes importantes , qui exigent
des manipulations , des procédés nouveaux . L'Art
a percé les ténèbres dont s'enveloppoient plufieurs poffeffeurs
de Remèdes fecrets , qui , fans répondre aux proneffes
faftueufes de leurs Auteurs , peuvent dans quelques
circonftances être d'un ufage utile . Le Gouvernement
en a fait connoître plufieurs , en différens pays , &
principalement en France. La publication du Dictionnaire
de Chymie , de M. Macquer , de la Pharmacie de M.
Baumé , des Pharmacopées de MM. Triller , Vitet &
Lewis ; enfin la Traduction de celle de Londres , enrichie
des notes du Do&teur Pemberton , & du Traducteur M***,
ont multiplié les fources où le Médecin , le Chirurgien
& le Pharmacien peuvent puifer de nouvelles connoiffances
; & le Public , dont l'intérêt feul guide la plume
des Rédacteurs de cette nouvelle Encyclopédie , a droit
d'attendre d'eux qu'ils ne s'arrêtent qu'aux bornes où
l'art s'eft arrêté lui -même à l'époque où ils écrivent.
Ce point de vue , fous lequel nous avons confidéré &
DE FRANCE.
81
le travail de nos prédéceffeurs , & les obligations des
nouveaux Rédacteurs , doit faire fentir & l'étendue des
obligations que nous nous impofons , & les avantages que
procureront nos efforts , s'ils font auffi heureux qu'ils
feront ardens.
Nous nous propofons , non-feulement de donner une
nomenclature exacte de tous les termes qui compofent
l'efpèce de Langue particulière à l'Art pharmaceutique ,
une expofition de fes principes , une énumération de t
toutes les compofitions imaginées jufqu'à préfent , une ,
hiftoire des procédés à fuivre , & une defcription des réfultats
; mais encore de motiver la profcription des compofitions
marquées du fceau de la réprobation ; de faire
connoître les propriétés médicinales de celles qu'il eft
important de fe procurer , & de défigner les dofes fous
lefquelles on doit les prefcrire.
Le defir de ne rien oublier d'effentiel , & d'éviter les
redites , nous a engagé à claffer les différentes opérations
pharmaceutiques , fous leurs noms propres ; à divifer chaque
claffe en fections relatives à la fimplicité ou à la compofition
des preparations ; à la nature à l'état des menftrues
ou des excipiens à employer , ou des procédés à
fuivre ; & à fous- divifer chaque fection , quelquefois par
des caractères pris de la confiftance des réfultats , prefque
toujours par leurs qualités médicinales .
Dans chaque divifion , nous donnerons les définitions
génériques , nous décrirons les procédés à fuivre , & fous
chacune feront rangées les espèces avec leurs caractères
propres, les fignes capables d'en faire connoître la bonté ,
l'altération , foit par vétufté , foit par fophiftication , &
leur propriété médicinale , relativement à leur dofe , qui
feront défignées avec leur rapport aux différens âges .
Parmi ces espèces , feront néceffairement placés les
produits médicinaux des opérations chymiques , & les
préparations des fubftances des trois Règnes. Mais à
l'égard de celles- ci , nous nous bornerons à déterminer
les caractères auxquels on pourra reconnoître fi elles
méritent de la confiance , & à fixer les dofes auxquelles
on doit les employer , & nous renverrons aux différens
articles d'Hiftoire Naturelle & de Matière médicale , où
ces fubftances auront été décrites .
Nous en uferons de même pour les produits des
82 MERCURE
rations chymiques ; & par l'exécution de ce plan , les Auteurs
des parties relatives à la Médecine pratique , & à
P'Hiftoire Naturelle , pourront fe difpenfer d'entrer dans
aucun détail fur les dofes des Remèdes , fur leurs propriétés
& fur la manière de les employer.
Le travail d'Hoffman , de Venel , de le Roi , & fur- tout
celui de MM. Bergman , du Chanoi , Blak , Lavoifier ,
fournira des articles abfolument neufs fur la préparation
des Eaux minérales artificielles ; & ces articles , rapprochés
de ceux de Chymie , dans lefquels les principes de
ces préparations feront développés , donneront fur cet
objet toutes les lumières qu'on doit defirer.
Quoique les compofitions magiftrales varient , fuivant
les indications à remplir , & les connoiffances des Praticiens
, elles font , de même que les officinales , foumifes
à des procédés relatifs à la nature des drogues qui entrent
dans leur préparation , & elles feront traitées fuivant
le même plan dont nous avons tâché de donner une
idée.
A tous ces détails , dont l'expofition de notre plan doit
faire concevoir l'étendue , nous en réunirons dont nous
avons plus d'une fois fenti l'importance , & que MM.
Baumé , Lewis , Bergman , &c. nous ont mis dans le cas
de préfenter. Ce font des Tables , où feront indiquées les
drogues que l'on peut fubftituer les unes aux autres dans
les compofitions officinales ou magiftrales ; les dofes fous
lefquelles chaque drogue , du genre des héroïques , fe
trouve dans une quantité donnée de chacune de ces
compofitions ; la quantité des différens acides néceffaires
pour faturer les différens alkalis , & les différentes terres
folubles ; enfin , celle du gaz qui s'échappe de ces fubftances
, pendant l'effervefcence qui accompagne la
combinaiſon de celles qui ne font pas dans un état de
caufticité .
Un Tableau général du plan que nous aurons fuivi , en
terminant tout ce que nous aurons cru devoir donner fur
la Pharmacie , mettra dans le cas d'étudier cet Art avec
méthode , en indiquant les articles qu'il faut confulter
pour s'élever , par la connoiffance des principes & des
opérations les plus fimples , à celle des procédés les plus
ompliqués.
DE FRANCE. 83
[ VII ] L'AGRICULTURE ; par M. l'Abbé TESSIER ,
Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris , &
de la Société Royale de Médecine , quant à l'Agriculture .
proprement dite , ou la culture des terres ; par M. THOUIN,
Jardinier en chef du Jardin du Roi , quant au Jardinage
ou la culture des jardins & vergers; & par M. FOUGEROUX
DE BONDAROY , de l'Académie Royale des
Sciences , quant à la culture des bois & à l'aménagement
des forêts , deux volumes in-4°.
L'UTILITÉ reconnue de l'Agriculture lui donne un
rang diſtingué dans les Arts & dans les Sciences phyfiques.
On peut la divifer en trois branches principales .
La première eft l'Agriculture proprement dite , ou la
culture des terres.
La feconde eft le Jardinage ou la culture des jardins
& vergers.
La troisième , qui embraffe tout ce qui a rapport aux arbres
& arbustes élevés dans des forêts , eft la culture des
bois.
Toutes ces parties importantes ont été traitées trèsfuperficiellement
dans l'Encyclopédie ; on y trouve quelques
excellens préceptes , mais peu d'applications .
Elle ne préfente aux Agriculteurs que la moitié des
chofes qu'ils efpéroient y rencontrer. On ne les préfente
que d'une manière confufe. Les coopérateurs n'ayant
point déterminé les bornes refpectives dans lesquelles ils
devoient fe renfermer , on y trouve des omiffions fans
nombre ; des redites non moins confidérables , qui , en
augmentant l'ouvrage , ne le rendent que plus défectueux.
Nous allons indiquer la marche que nous avons cru devoir
fuivre , pour rémédier à ces imperfections.
L'Agriculture , proprement dite , exige préliminairement
des détails fur ce qui doit fervir à l'exploitation
d'une ferme ou métairie ; tels font les uftenfiles du labourage
, l'éducation & la confervation du gros & du petit
bétail , en y comprenant les haras , les granges & greniers
propres à contenir les grains & les fourrages ,
les
différens engrais , le gibier , la volaille , les abeilles ; ce
qui forme une partie de la maifon ruftique.
La culture des terres ne doit point être la même pour
toutes fortes de productions. On peut donc la confid/
184
MERCURE
& la décrire fous trois rapports : 1º. relativement aux
grains qui fourniffent à l'homme fon principal aliment ;
2º. relativement aux végétaux qui fervent à nourrir les
beftiaux ; 3 °. relativement aux efpèces de plantes qui
font cultivées en grand pour être employées dans les
Arts , ou dont l'ufage que les hommes en peuvent faire ,
n'eft point de première néceffité. Ces rapports établiſſent
trois claffes.
Dans la première fe trouvent le feigle , le froment ,
T'orge , l'épeautre , l'avoine , le maïs , le riz , le millet , les
pois , les fèves , les haricots , les pommes de terre , les
topinambours , & c.
La feconde comprend les prairies naturelles & artificielles
; les unes font formées en grande partie d'un mêlange
de plantes de la famille des graminées , & placées
dans des terreins humides ; les autres qu'on peut faire
dans des terreins de diverfe nature , ne font le plus ordinairement
compofées que d'un même genre de plantes ,
qui ne font point de la famille des graminées ; par exemple
, de luzerne , de trefle , de fainfoin , de fauve , de
pimprenelle , &c.
Dans la troisième claffe font renfermés le colfa , la navette
, le lin , le chanvre , le coton , l'indigo , la garence ,
le houblon , le fafran , la canne à fucre , &c .
Dans l'Encyclopédie méthodique on traitera d'une
manière générale , & aux mots les plus convenables , des
façons qu'on doit donner aux terres felon leur nature &
les plantes qu'elles portent , des engrais propres à chacune
, du tems & de la manière de femer & de planter ,
de la préparation des femences & plants , des phénomènes
de la végétation , des maladies & des circonftances
qui lui nuifent , des moyens de s'y oppofer lorfqu'on le
peut ; des récoltes & de la confervation de leurs produits.
Les principes généraux feront rappellés & appliqués
aux différens cas avec les modifications convenables , en
y ajoutant les cultures particulières que chaque eſpèce
de plantes exige.
Sans entrer dans tous les détails de la conftruction ,
nous nous contenterons d'indiquer ce qu'on doit y trouver
réuni pour favorifer une bonne exploitation . L'Art
rinaire , qui fait partie du Dictionnaire de Médecine ,
ra des maladies des beftiaux élevés & entretenus
DE FRANCE. 85
dans la ferme , & le commerce fe chargera des denrées
qui feront le produit de la culture des terres. C'eft en fe
renfermant ainfi dans des bornes fixées , que chaque co- i
opérateur à l'Encyclopédie méthodique pourra fimplifier
fon travail , & éviter des doubles emplois , qu'on a reprochés
au Dictionnaire encyclopédique.
L'on adoptera les mots latins du Dictionnaire de Botanique
de M. le Chevalier de la Mark , qui fait partie de
l'Encyclopédie méthodique , & any joindra les noms fran
çois connus , fans traiter de l'Hiftoire ni des caractères ,
ni des claffes , ni des genres auxquels les plantes cultivées
dans les terres appartiennent dans les diverfes méthodes.
Il fera peut- être néceffaire de défigner fous le nom d'efpèces
ce qui n'eft que variété dans la fcience de la Botanique
, parce que les Cultivateurs ne peuvent avoir égard
aux divifions & aux rapprochemens des Botaniftes .
En examinant la nature des terreins , nous ferons moins
d'attention aux diftinctions admifes par les Chymiftes &
par les Naturaliftes , qu'à celles que l'obfervation fait
connoître à un Agriculteur éclairé par l'expérience.
Enfin nous parlerons au mot Agriculturé des différens
fyftêmes qui partagent les Cultivateurs favans fur la manière
de fe procurer les meilleures & les plus füres récoltes
JARDINAGE.
CETTE branche de l'Agriculture comprendra tous
les termes , tous les noms relatifs à cet art , placés dans
l'ordre alphabétique le plus exact . On peut les diviſer ;
1º. En termes propres au Jardinage.
2°. En noms d'uftenfiles particuliers au Jardinage.
3 °. En termes de pratiques du Jardinage.
4º. En noms des végétaux cultivés dans les jardins .
Le premier de ces ordres eft compofé de tous les ter
mes qui forment , pour ainfi dire , la langue de cet Art
& qui , défignant moins les chofes que leur manière d'être
n'ont befoin pour être entendus que d'une définition fuc
cincte , claire, & toujours placée fous leurs noms propres
Le fecond renferme tous les termes d'uftenfiles em
ployés dans le Jardinage , comme bêche , rateaux , arro
foirs , cloches , chaffis , terres , &c. Ces noms- ci , indépen
damment de leur définition , néceffitent des deſcripti
détaillées , quelquefois des figures , & toujours le
36 MERCURE
Le troisième eft formé de tous les termes de pratique ,
comme labours , marcottes , greffes , taillis , plantation ,
c. Ces mots fourniront des Traités particuliers qui doivent
préfenter , 1 °. la théorie générale de chacune de ces
;ultures ; 2 °. leurs différentes efpèces ; 3 ° . leurs ufages ;
1º. les moyens les plus expéditifs & les moins difpenlieux
de les mettre en pratique.
Le quatrième & dernier ordre comprend tous les noms
les végétaux qui font l'objet de cette partie d'Agriculure.
On choifira de préférence les noms françois les plus
¿énéralement connus des Cultivateurs , auxquels on ajouera
un feul fynonyme latin , choifi parmi ceux que M. le
Chevalier de la Mark a adoptés dans fon Dictionnaire de
Botanique. On fuivra la culture depuis le femis juſqu'à la
barfaite croiffance de la plante ; on parlera enfuite de fon
afage dans la pratique du Jardinage , &c. Ses propriétés
en Médecine ou dans les Arts feront fimplement indiquées
en deux mots , afin de ne pas empiéter fur les Dictionnaires
des autres Sciences dont chacune de ces propriétés
doit être l'objet ; il en fera de même des defcriptions
botaniques , anatomiques & de toute la partie de la
fynonymie étrangère qui appartient à la Botanique.
On ne traitera dans ce Dictionnaire du Jardinage que des
végétaux cultivés en Europe , foit dans les jardins potagers
ou à fleurs , dans les pépinières , ou dans les jardins de Botanique
; ce qui compofera un nombre de plus de fix mille
végétaux. Les autres qui ne font connus que par les Ouvrages
des Botaniftes ou des Voyageurs , ne feront point
défignés nommément ; mais on donnera des préceptes
généraux fur leur culture à l'article du pays où ils croiffent.
Dans tous ces articles on aura le plus grand foin de
proportionner l'étendue des détails à leur degré d'importance
; ceux qui concerneront les végétaux recommandables
par leur ufage dans l'économie & dans les arts ,
tiendront le premier rang.
Les fynonymes françois des végétaux trouveront leur
place à leur rang dans ce Dictionnaire ; mais ils n'y feront
que pour indiquer leurs noms propres auxquels ils
renverront.
BOIS.
nifième divifion comprendra les femic & nlanın !
DE FRANCE. 87
tions ; l'aménagement & l'amélioration des forêts ; tout
ce qui a rapport à la culture & à l'exploitation des arbres ,
baliveaux & futaies. Nous traiterons de la culture des
arbres d'avenues & d'agrément pour les bofquets & l'ornement
des parcs ; des arbres & arbustes qui , quoique
étrangers , font aujourd'hui devenus prefque indigènes
pour nous. Nous ne nous bornerons pas aux feuls arbres
qui conftituent & font le principal avantage des bois &
forêts , comme chêne , hêtre , frêne , bouleau , peuplier ,
&c. Nous y ajouterons les arbres d'un moindre rapport ,
comme cormier , & ceux qui font principalement deſti
nés à être réduits en charbon , comme cornouiller ,
bourgine , &c. Nous n'oublierons pas les arbres des montagnes
, comme pins , fapins , &c. Au mot Semis , nous
parlerons de tout ce qui regarde la préparation de la terre
pour cet objet , &c . Nous ferons des articles pour la culture
& la nature des terreins généralement propres aux
arbres ; & enfuite , à chacun des articles , nous indiquerons
les différences convenables à chaque efpèce : c'eft
le moyen d'être court & d'éviter les répétitions . Ainfi ,
en parlant du hêtre , nous indiquerons le terrein qui eft
le plus convenable à cette eſpèce d'arbre ; nous traiterons
de fa culture , du moment où il eft de fervice & en
état d'être exploité , de la qualité de fon bois , de l'ufage
auquel on le deftine avec le plus de profit ; nous dirons
comment on l'abát , comment on le débite , & les ouvrages
qui fe font dans la forêt. Le chêne & les autres
grands arbres des forêts feront traités de même , & chacun
fuivant leur nature , leurs qualités & leurs ufages.
Nous comprendrons encore dans cette divifion la culture
des vignes , des oliviers , des vergers , la taille &
greffe des arbres fruitiers.
D'après l'expofition de ce plan , il eft aifé de voir qu'il
n'exifte dans l'Encyclopédie ancienne que bien peu de
matériaux relatifs à l'Agriculture propres à entrer tels
qu'ils font dans ce nouveau Dictionnaire , & qu'il eft
impoffible de s'en fervir fans leur donner la forme qui
convient à ce nouvel Ouvrage ; ce ne fera qu'avec la cir
confpection la plus réfléchie qu'on dénaturera ces articles .
Un Difcours préliminaire pour chaque branche d'Agri
culture & des Tableaux analytiques préfenteront l'er
88 MERCURE
[ VIII . ] L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX.
Elle fera précédée par une Introduction aux trois Règnes
de la Nature , & par l'Hiftoire Naturelle de l'Homme ; par
M. DAUBENTON , de l'Académie Royale des Sciences ,
Lecteur & Profeffeur d'Histoire Naturelle au Collège
Royal de France , Garde & Démonftrateur du Cabinet du
Jardin du Roi , &c. Ce Dictionnaire fera divifé en fix
Parties , dont la première contiendra les Animaux quadru
pèdes , auxquels on a joint les cétacées ; rédigée d'après
THiftoire Naturelle des Animaux de M. DE BUFFON ; la
feconde , les Oifeaux , par M. MAUDUIT , Dofteur- Régent
de la Faculté de Paris , & Membre de la Société Royale
de Médecine ; la troisième , les Quadrupèdes ovipares &
les Serpens , par M. DAUBENTON ; la quatrième , les
Poiffons, par le même ; la cinquième , les Infectes , par
M. GUENEAU DE MONTBEILLARD , Académicien
honoraire de l'Académie de Dijon ; la fixième , les Vers
par M. DAUBENTON . Cesfix Parties feront imprimées à
lafuite les unes des autres , &formeront trois volumes in-4°.
L'INTRODUCTION à l'Hiftoire Naturelle commencera
par la définition de cette Science & par l'énumération
brégée de fes différens objets. Enfuite j'indiquerai les
limites de l'Hiftoire Naturelle relativement aux autres
Sciences qui ont le plus de rapports avec elle : telles font
'Anatomie , la Matière médicale , la Botanique , la Culture
des plantes , la Chymie , la Métallurgie , &c .
J'expliquerai les principes des diftributions méthodiques
des productions de la nature en règnes , ordres ,
claffes , genres , eſpèces , fortes & variétés.
Enfuite je difcuterai cette grande queftion d'Hiftoire
Naturelle , favoir fi la nature paffe d'une eſpèce à une
autre par des nuances fucceffives ; fi toutes les espèces
de fes productions pourroient être rangées fur une même
ligne , de manière que chaque efpèce auroit plus de rapports
avec celles qui l'avoifineroient , qu'avec aucune
des autres ; ou fi cet ordre , au lieu d'être continu , feroit
interrompu par des lacunes entre des efpèces qui n'auroient
pas des caractères propres à former une forte de
Con entre elles . J'expoſerai dans l'Introduction à l'Hifturelle
, les raifons qui ont été données par difféaurs
pour prouver qu'il y a des êtres intermé
diaires qui participent de la nature des minéraux & des
végétaux , & qui indiquent une forte de paffage entre le
Règne animal & le Règne végétal , & d'autres êtres qui
forment une liaiſon entre le Règne végétal & le Règne
animal. A la fuite de cet expofé , je rapporterai l'opinion
des Naturaliſtes qui penfent au contraire que l'on n'a eu
jufqu'à préfent aucunes preuves décifives de paffage ou
de liaiſon entre les Règnes de la nature .
Je ferai mention des principaux Auteurs qui ont traité
des trois Règnes de la nature , & je donnerai quelques
Notices de leurs Ouvrages.
L'Introduction à l'Hiſtoire Naturelle fera terminée par
l'expofition des motifs par lefquels on s'eft déterminé à
faire des Dictionnaires particuliers , non- feulement pour
chaque Règne , mais auffi pour chacun des ordres ou
grandes claffes des productions de la nature qui leur
appartiennent.
Quoique plufieurs Naturaliftes nomenclateurs aient
mis l'homme dans une même claffe avec les animaux
quadrupèdes , je ne confondrai pas l'Hiftoire Naturelle
de l'homme avec celle des animaux ; elle fera placée à
la tête du Dictionnaire des Quadrupèdes , après l'Introduction
à l'Hiftoire Naturelle.
Comme il y aura dans l'Encyclopédie méthodique des
Dictionnaires particuliers pour l'Anatomie , la Médecine ,
l'Art du Deffin , &c . on ne peut répéter dans l'Hiftoire
Naturelle de l'homme aucun des articles qui appartiennent
à ces Dictionnaires : ainfi elle doit être réduite aux
objets fuivans :
Les différences qui font entre la conformation du corps
de l'homme & celle des animaux .
La naiffance de l'homme & fon éducation phyfique relativement
à la force & aux proportions de fon corps.
Les principales différences de la taille depuis le nain
jufqu'au géant.
Les variétés de l'efpèce humaine pour la couleur de
la peau , les traits du vifage , les proportions , la force &
la vigueur du corps de l'homme , fes alimens , &c.
Ses différens âges , la durée de fa vie , famort , la décompofition
de fon corps , fes reftes embaumés , pétrifiés , & c.
L'Hiftoire Naturelle des animaux fera divifée en fix
Dictionnaires méthodiques ; le premier contiendra
go MERCURE
1
quadrupedes vivipares & les cétacées ; le fecond les
oifeaux ; les quadrupèdes ovipares & les ferpens feront
dans le troifième Dictionnaire ; les poiffons dans le
quatrième, les infectes dans le cinquième , & les vers
dans le fixième .
Cette divifion du Règne animal , en fix Dictionnaires ,
eft néceffaire pour qu'ils foient plus méthodiques , &
pour rendre par conféquent l'étude de cette Science plus
fimple & plus facile. Il auroit même fallu faire huit
Dictionnaires conformément à la diftribution méthodique
des animaux qui les divife en huit ordres , & qui me
paroît la mieux fondée fur leurs caractères diftinctifs . Ces
huit ordres comprennent 1 ° . les quadrupèdes , 2 ° . les
cétacées , 3°. les oifeaux , 4° . Les quadrupèdes ovipares ,
5. les ferpens , 6°. les poiffons , 70. les infectes , 8°. les
vers. Mais les cétacées & les ferpens ne font pas affez
nombreux ni affez connus pour fuffire à deux Dictionnaires
particuliers ; on fera obligé de mettre les cétacées.
dans le Dictionnaire des quadrupèdes vivipares & les
ferpens dans celui des quadrupèdes ovipares.
QUADRUPEDES ET CÉTACÉES.
TOUTE l'Europe s'accorde à regarder l'Hiftoire des ani
maux de M. de Buffon , comme l'un des plus beaux Ouvrages
de ce fiècle . On fent bien qu'avec un tel guide il
feroit fuperflu de chercher à s'ouvrir des routes nouvelles
dans cette partie de l'Hiftoire Naturelle ; auffi
l'Hiftoire des animaux quadrupèdes fera-t-elle rédigée ici
toute entière d'après celle de M. de Buffon , mais en y
mettant les modifications & en y donnant la forme que
prefcrit le plan général de nos Dictionnaires.
Pour nous y conformer en tout , nous donnerons à
l'article Quadrupèdes , une diftribution méthodique de
1 leurs différentes familles : mais notre méthode , fimple ,
1 naturelle , ne fera que raffembler ces animaux fuivant
que l'on pourra remarquer entre eux plus de traits de
conformité : on tâchera fur-tout d'éviter les réunions
forcées , quelquefois monftrueufes , des natures éloignées
& difparates , rien n'étant plus déplacé que ces contraſtes
pénibles dans une méthode dont le but eft & doit être
de réunir les êtres qui fe reffemblent , & de les rappro
cher dans l'ordre de leurs rapports.
DE FRANCE.
Tout ce qui peut avoir paru de nouveau depuis la
publication de l'Hiftoire des Quadrupèdes de M. de
Buffon , ou ce qu'il y a lui- même ajouté dans fes Supplémens
, fera refondu fous chaque article : ceux des animaux
fauvages feront enrichis de tous les détails de
leur chaffe.
Les espèces feront rangées dans ce nouveau Dictionnaire
fous leurs véritables dénominations ; & tous les
noms triviaux , favans , nationaux ou étrangers , étant
rapportés par renvois à ces vrais noms , on verra s'éclaircir
la confufion dans laquelle l'ancienne Encyclopédie
avoit laiffé cette partie de l'Hiftoire des Animaux ; fouvent,
en effet , dans cet Ouvrage on n'avoit fait qu'extraire
, fans difcuter & fans comparer les objets , ce
qu'avoit dit chaque voyageur fur les animaux du pays
qu'il parcouroit ; de forte qu'un même animal , donné
plufieurs fois fous plufieurs noms barbares , n'étoit reconnoiffable
fous aucun ( 1 ) .
Les cétacées ou grands animaux marins du genre de la
baleine , qui femblent , par leur forme extérieure & par
l'élément qu'ils habitent , appartenir aux poiffons , tiennent
néanmoins aux quadrupèdes par une analogie de
nature bien plus étroite & plus intime ; ils refpirent comme
les quadrupedes ; ils engendrent & alaitent de même
leurs petits toute la conformation intérieure de leurs
organes & de leurs vifcères eft la même. D'après ces rapports
finguliers & frappans , les cétacées femblent mieux
placés dans le Dictionnaire des quadrupedes que dans
toute autre partie de l'Histoire Naturelle ; & leurs articles
traités ici avec foin , n'en feront que plus defirer
l'Hiftoire de ces animaux , dont on s'occupe actuellement
fous les yeux de M. le Comte de Buffon . On joindra à
chaque article tout ce qui concerne la chaffe & la pêche
des quadrupèdes & des cétacées.
OISEAU X.
LE Dictionnaire ornithologique fera précédé d'un Dif
( 1 ) Voyez dans l'ancienne Encyclopédie , les mots Antamba ,
Aranata , Arougheun , Azebre , Berri , Bifcacho , Capivar , Camphur ,
Dabach, Hay, Hirara , Impagazza , Impalanca , Intienga , Macha
Nfoffi ; Pacquirer, Sigah-Gufch , &c. &c.
92 MERCURE
1
cours général ſur la nature des oiſeaux. Je commencerai
par les comparer aux autres animaux & entre eux , relativement
à la forme extérieure & à l'organiſation interne.
Je traiterai enfuite des méthodes ou des ſyſtêmes pro-
' . pofés pour en rendre la connoiffance plus facile. Je ter-
: minerai cette partie par une notice abrégée des meilleurs
Ouvrages fur l'Ornithologie.
L'examen des parties internes donnera les raiſons d'un
grand nombre des habitudes des oifeaux en général , &
1 de celles de plufieurs familles de ces animaux. On appréciera
leurs perceptions d'après le méchanifme de leurs
fens , & on confirmera cette théorie par des faits emprun
tés de l'obfervation.
Quant à la nomenclature , je fuivrai celle de M. de
Buffon , comme la plus récente , la plus exacte & la
plus étendue. J'emprunterai en outre de fes ouvrages ,
mais en obfervant de les citer , les faits , les penſées
& jufqu'aux expreffions même , quand je le croirai
néceffaire .
Par rapport à la méthode fyftématique , je fuivrai celle
de M. Briffon , parce qu'elle eft la plus fimple & en même
tems la plus générale. Je bornerai la fynonymie des oifeaux
à celles de Briffon , Edwars , Belon , Catesbi , afin
de ne pas groffir inutilement cet Ouvrage. Les defcriptions
offriront , autant que les fujets le permettront ,
quelques traits diftinctifs de chaque efpèce d'oifeaux ; elles
feront terminées par les faits les plus connus & les plus
avérés qui ont rapport à leurs moeurs particulières , habitudes
, & c.
Indépendamment de ces objets , on traitera dans le
plus grand détail de tout ce qui a rapport aux oiſeaux en
général ; tels feront les mots Oifeau , Confervation , Plumage
, &c. Chacun de ces articles fera autant de difcours
particuliers qui offriront aux Lecteurs ( autant qu'il fera
poffible ) ce qu'ils peuvent defirer de connoître fur ces
matières.
Je traiterai auffi , dans des articles féparés , de ce qui
eft relatif à la Fauconnerie & aux différentes chaffes que
l'on fait des oiſeaux.
Quant aux articles contenus dans l'Encyclopédie , je
' en ferai qu'un ufage borné , parce que le plan que les
eurs de cette partie ont fuivi , n'eft pas conforme au
DE FRANCE. 93
1
こ
mien ; que beaucoup d'a ticles en particulier me paroiffent
défectueux , & que plufieurs ne préfentent au Lecteur
aucune idée qu'il puiffe faifir .
Cette Ornithologie fera terminée par deux Tables ;
l'une méthodique , l'autre alphabétique. La première indiquera
les matières & l'ordre dans lequel on devra les
lire , pour tirer du Dictionnaire encyclopédique le même
avantage que d'un Traité fuivi fur le même objet ; la
feconde fera double , l'une françoife , l'autre latine ; on
renverra de la feconde à la première.
QUADRUPÈDES OVIPARES , ET SERPENS.
La plupart des animaux qui ont quatre pieds font
vivans lorfqu'ils fortent du ventre de leurs mères : on
les nomme fimplement quadrupèdes. Il y a d'autres animaux
à quatre pieds qui pondent des oeufs , & que l'on
appelle quadrupedes ovipares pour les diftinguer des
quadrupedes vivipares .
Le Dictionnaire des quadrupèdes ovipares contiendra
toutes leurs dénominations , qui font les crapauds , les
grenouilles , les tortues , les lézards , les crocodiles , les
caméléons , les falamandres , le fcinque , &c.
La dénomination de chaque efpèce fera fuivie du nom
latin. Je décrirai le mâle & la femelle ; cette defcription
comprendra non feulement les parties extérieures du
corps , mais auffi les principaux viſcères. Je ferai remarquer
les caractères diftinctifs de ces animaux par rapport
à leur fexe & aux autres espèces de leur genre. Je rapporterai
ce qui a été obſervé ſur leur accouplement , fur
leur ponte , fur leurs oeufs ou leur frai , fur leur naiffance
& leurs métamorphofes , autant qu'il fera poffible
de remplir tous ces différens objets.
Ces defcriptions étant faites pour un Dictionnaire
d'Hiftoire Naturelle , ne renfermeront aucune connoiffance
d'Anatomie , puifque les objets de ces deux Sciences
font très- différens l'un de l'autre ; j'en rapporterai les
> raifons dans l'Introduction à l'Hiftoire Naturelle .
Après avoir donné la defcription des parties extérieures
& intérieures de chaque efpèce d'animaux ovipares ,
j'expoferai la qualité de leurs alimens & la manière dont
ils les prennent ; je ferai mention de leurs allures , de leurs
habitations & de leurs précautions pour leur fûreté ,
94 MERCURE
moyens qu'ils ont pour attaquer ou pour fe défendre , &
des rufes qu'ils emploient pour faifir leur proie.
Enfuite je citerai les pays où ils fe trouvent ; je rap.
porterai la manière dont on prend ces animaux & dont on
les pêche , les propriétés dont ils font doués & l'uſage
que l'on en fait. Mais en traitant de ces objets je ne ferai
aucune mention de ce qui a rapport à la Cuiſine , à la
Médecine ou aux Arts . Par exemple , de la manière dont
on prépare les grenouilles pour les manger, les tortues
pour des bouillons médicinaux , & leur écaille pour différens
Ouvrages. Je finirai l'article de chaque efpèce
d'animaux ovipares , en renvoyant au nom générique.
La dénomination de chaque genre fera fuivie d'une
expofition de fes caractères diftinctifs relativement aux
autres genres de fa claffe ; enfuite je ferai l'énumération
des espèces qu'il contient , & je terminerai l'article par
un renvoi à la claffe , fous la dénomination de quadrupėdes
ovipares.
Al'article de cette claffe , j'expoferai les caractères qui
diftinguent les animaux qu'elle comprend , des animaux
des autres claffes , & je renverrai au Difcours préliminaire
qui doit être à la tête du Dictionnaire des quadru
pèdes vivipares.
On trouvera auffi dans le Dictionnaire des quadru
pèdes ovipares l'explication des termes particuliers qui
font en ufage pour défigner certaines parties de leurs
corps , ou leurs différens états , par exemple , Ecaille ,
Goitre, Métamorphofe , Tetard.
LES SERPENS ne font ni affez nombreux , ni aſſez
connus pour en faire un Dictionnaire particulier ; d'ailleurs
, ils ont beaucoup de rapports avec les quadru
pèdes ovipares ; c'eft pourquoi je mettrai les ferpens avec
ces animaux dans le même Dictionnaire.
Par conféquent il contiendra les dénominations des
efpèces & des genres des ferpens avec leurs noms latins.
Chaque article fera traité de la même manière que ceux
des quadrupèdes ovipares. Je terminerai les articles des
genres par un renvoi au mot Serpent. L'article qui fuivra
ce mot contiendra l'expofition des caractères diftinctifs
de la claffe des ferpens , relativement aux autres claſſes
les animaux. Enfuite je ferai l'énumération des différens
DE FRANCE.
95
genres de ferpens , & je finirai par des renvois à l'Introduction
à l'Hiftoire Naturelle.
POISSON S.
ON donne vulgairement le nom de poiffon aux cétacées
, aux poiffons cartilagineux & aux épineux ; mais
dans un Dictionnaire méthodique , les cétacées ne peuvent
pas être mis au nombre des poiffons , parce qu'ils
ont beaucoup moins de rapports avec ces animaux
qu'avec les quadrupedes. D'ailleurs , on aura traité des
cétacées dans le premier des Dictionnaires d'Hiftoire Naturelle
, ils fe trouveront mêlés par ordre alphabétique
avec les quadrupedes , parce qu'ils font trop peu nom-
-breux & trop peu connus pour fuffire à un Dictionnaire
particulier.
Quelques Auteurs ont féparé les poiffons cartilagineux
des autres poiffons , & les ont réunis aux quadrupedes
ovipares , aux lézards & aux ferpens dans une même
claffe , fous la dénomination d'amphibies ; mais les poiffons
cartilagineux ont affez de rapport avec les autres
pour qu'on les mette tous enfemble dans le même
Dictionnaire.
Il y a un grand nombre d'efpèces d'animaux auxquels
on donne fouvent , & fort mal-à-propos , le nom de poiffon
tels font les animaux des coquillages. L'animal qui
eft dans la coquille d'un eſcargot ou d'une huître , n'eſt
certainement pas un poiffon ; il fera mis au rang
des vers ;
il ne fe trouvera , comme les animaux de tous les autres
coquillages ,, que dans le Dictionnaire des vers.
Celui des poiffons contiendra les noms de toutes les
efpêces connues des poiffons cartilagineux & des épineux.
La dénomination françoife de chaque efpèce fera
fuivie du nom latin le plus en ufage. Je décrirai les parties
extérieures du mâle & de la femelle , les principaux vifcères
& les parties qui forment le fquelette ou qui en
tiennent lieu. J'indiquerai leurs alimens & les lieux où
ils fe trouvent dans la mer ou dans les lacs , les fleuves ,
les ruiffeaux , & c. J'expoferai la manière dont ils pourfuivent
& dont ils faififfent leur proie , les moyens qu'ils
emploient pour leur fûreté & pour leur défenfe . Je ferai
mention de ceux qui volent ou qui fubiffent des
morphoſes : enſuite j'indiquerai la route & le tems
༣
96
MERCURE
migrations ; je décrirai leur accouplement ou leur frai ,
& la manière dont on fait les pêches , autant que chaque
eſpèce de poiffon fera connue , & pourra fournir à tous
ces articles ; je finirai par un renvoi au mot Poiffon.
L'article qui fuivra ce mot commencera par l'expofition
des caractères de l'ordre des poiffons , & par l'énuméra
tion des claffes & des genres de chaque claffe. Enfin je
nommerai les Auteurs qui ont le mieux traité de ces ani
maux , & je ferai une Notice de leurs Ouvrages.
INSECTES.
CE nouveau Dictionnaire raifonné d'Infectologie ;
moins limité dans fon plan & d'ailleurs fufceptible d'augmentations
intéreffantes , ne fût-ce qu'à raifon des nou
velles découvertes , remplira trois objets principaux.
1°. Il préfentera la Lifte la plus complette de tous les
noms françois ou francifés , vulgaires ou ſcientifiques des
infectes , comme auffi de toutes les dénominations compofées
, par lefquelles les principaux Ecrivains ont défigné
chaque claffe , chaque ordre , chaque famille , chaque
genre , chaque efpèce de ces petits animaux , avec des
réflexions fur les règles que l'on doit fuivre dans la førmation
, ou l'application de ces noms fimples ou compofés
, & principalement fur les inconvéniens de leur exceffive
multiplication , fur les abus de la licence que prennent
la plupart des Naturaliftes d'appliquer les mêmes
noms à des objets différens ; abus , inconvéniens qui
commencent déjà à fe faire fentir , & qui , s'ils augmentent
à l'avenir dans la même proportion , ne peuvent
qu'embarraffer beaucoup la fcience des chofes , & finiront
par l'accabler fous le poids d'une ftérile & vicieuſe
nomenclature.
2º. On joindra à ces connoiffances nominales , mais
effentielles , comme on voit , des connoiffances plus réelles
; par exemple , celles des différentes parties tant extérieures
qu'intérieures des infectes ; celles des différentes
formes par lefquelles elles paffent fucceffivement depuis
l'oeuf jufqu'à l'âge adulte qu'on appelle vulgairement
l'État de perfection ; celles des actions , manoeuvres , induftries
, moeurs , qui font toujours , plus ou moins évidemment
, le réſultat de la conformation . On tâchera de
de ces connoiffances particulières quelques conféquences.
DE FRANCE. 97
quences fur la nature des infectes , & en général fur l'organifation
animale que le grand Être femble avoir réduite
à fes élémens les plus fimples , & , pour ainfi dire , à ſa
dernière analyſe dans ces infiniment petits de la nature
vivante.
3 °. On s'étendra particuliérement fur deux claffes
d'infectes : ceux qui font utiles , & ceux qui font nuifibles.i
On indiquera les moyens les plus fûrs de tirer parti des
premiers , d'augmenter , s'il fe peut , leur utilité , d'en
trouver même aux infectes qui , par notre ignorance ou
notre faute , font reftés jufqu'ici dans la claffe des inutiles .
A l'égard des infe&tes nuifibles , foit de ceux qui nous !
font friffonner par leur figure hideufe , & qui ne font pas
les plus nuifibles ; foit de ceux qui nous menacent audehors
d'atteintes cruelles & même dangereufes ; foit de
ceux qui nous rongent intérieurement & renaiffent fans
ceffe de notre fubftance pour la dévorer fans ceffe ; foit
enfin de ceux qui menacent nos campagnes d'une défolation
générale par leur nombre & leur voracité . Nous
nous attacherons à les faire connoître , à donner , fi j'ofe
ainfi parler , leur fignalement au genre- humain : c'eft
déjà beaucoup de connoître fes ennemis. Mais nous ne
nous en tiendrons pas-là ; nous nous propofons d'indiquer
, autant qu'il fera poffible , les moyens de les détruire
, d'éviter leurs coups , ou du moins , fi leurs coups
font inévitables , de prévenir toutes fuites fâcheufes , ou
de les adoucir.
On renverra , pour la plus facile intelligence du texte ,
à des figures exactes qui feront , non de luxe , mais de
néceffité , & que l'on ne fe permettra que lorfqu'on les
jugera plus propres qu'aucune defcription à donner des
notions juftes & précifes des parties principales & cay
ractéristiques des infectes.
Enfin on ajoutera à la fuite du Difcours préliminaire
les tableaux comparés des méthodes infectologiques les
plus connues , feul moyen de pouvoir tirer avantage de
ce que ces méthodes ont de bon , & de diffiper les nuages
que la licence des méthodiftes répand tous les jours
fur cette partie de l'Hiftoire Naturelle.
VERS.
LA plupart des Naturaliftes nomenclateurs les plu
Samedi 8 Décembre 1781 . E
68 MERCURE
un lèbres comprennent , fous la dénomination de vers ,
grand nombre d'efpèces d'animaux de différens genres.
Ainfi le Dictionnaire méthodique des vers comprendra
non-feulement ceux qui font vulgairement connus fous
ce nom , comme les lombrics , les afcarides , les douves ,
les vers à tuyau , &c . mais encore les fang fues , les
limaces , les fcolopendres , les orties de mer , les feches ,
les étoiles de mer , les ourfins , & c .
Les animaux des coquillages feront auffi mis au nom.
bre des vers pour des raifons qu'il feroit trop long de
déduire ici , & qui feront rapportées dans le Di&tionnaire
au mot Coquillage.
Enfin ces animaux de forme fi fingulière , que l'on a
nommés zoophytes , font regardés comme des vers par
plufieurs Naturaliftes nomenclateurs ; les zoophytes ont
été divifés en plufieurs genres , fous les dénominations
de coraux , de millepores , madrepores , tubipores ,
alcyonium , éponges , & c.
Tous les articles du Dictionnaire des vers feront traités
comme ceux des Dictionnaires des quadrupèdes ovipares ,
des ferpens & des poiffons.
[IX. ] LA BOTANIQUE ; par M. le Chevalier DE LA
MARCK, de l'Académie Royale des Sciences , deux volumes
in-4°.
11 ON ne peut attribuer qu'au défaut de Rédacteur particulier
pour chacune des Sciences qui font traitées dans
Encyclopédie , la grande imperfection que la Botanique
nous paroît avoir dans cet Ouvrage . Il y manque plus
de la moitié des végétaux , même les plus connus . Les
' divers articles où il en eft fait mention , font placés la
plupart fous des noms étrangers , que les Botaniftes n'ont
pu adopter , & qui en rendent la recherche impoffible.
Les doubles emplois y font très-nombreux , faute de s'être
entendu fur les noms. Une plante connue n'y eſt ſɔuvent
défignée que par un nom barbare . Des hommes
cependant d'un mérite fupérieur ont fourni à l'ancienne
Encyclopédie des articles excellens . Tels font , entr'au
tres , MM. Adanfon , de l'Académie Royale des Sciences
;Daubenton de Montbard , le Baron de Tschoudy,
& c.; mais les travaux de ces Savans ne confiftent que
dans des articles ifolés , fans rapport , fans fuite , & non
DE FRANCE.
99
dans l'expofition des vues & des principes de la Science
qui en eft l'objet , ni dans l'ordre ou le plan de compofition
de ces mêmes articles . Pour remédier à ces défauts ,
je vais expofer le plan de travail que j'ai particulièrement
adopté.
Je placerai au commencement du Dictionnaire des
végétaux un Difcours préliminaire , dans lequel j'expoferai
fuccinctement l'origine , les progrès & l'état actuel
de la Botanique ; j'y ferai connoître les principaux fyftĉ- 1
-mes des Botaniftes & les méthodes les plus remarquables .
Ce Difcours fera terminé par une vue générale fur l'ordre
naturel des végétaux , & fur les familles & les genres
des plantes.
Le Dictionnaire botanique contiendra l'explication de
tous les termes de la Science , confidérés dans leurs différens
rapports ; les uns , par exemple , comme Ordre ,
Systême , Méthode , Analyfe , Claffe , Section , Famille ,
Genre , Efpèce , Variété , Caractère , Rapport , &c. contiendront
le développement exact de l'idée & de l'emploi
de chacun de ces mots ; les autres préfenteront la
définition claire & préciſe des différentes parties des
plantes ; ainfi aux mots Racine , Tige , Branche , Feuille ,
Fleur , Etamire , Fruit , Semence , &c. on trouvera tous
les détails fuffifans pour faire connoître ces parties ; des
figures exactes & rigoureufement correfpondantes aux
difcours , viendront à l'appui des explications .
Quant à la defcription des végétaux , comme le
nombre des articles eft extrêmement confidérable , on
s'arrêtera particuliérement aux végétaux ( herbes ou
arbres ) qui méritent le plus d'attention , foit à caufe de
leur utilité dans la Médecine , foit comme aliment , ou
comme propre à nos vêtemens , foit à caufe de leur
utilité dans les Arts , foit comme ornement dans les jardins
, & c. tous les autres ne feront cités que par une définition
préciſe & fuccincte ; car fans rien paffer de ce
qui eft bien connu , je me tiendrai dans les véritables
proportions qu'exige chaque objet. J'indiquerai le lieu
natal de chaque plante , fa durée en général , le tems de
fa floraiſon , fes qualités particulières , fon utilité fous
quelque point de vue que ce foit.
Les végétaux feront placés chacun fous un nom
nérique le plus généralement connu ou adopté de
E ij
100 MERCURE
niftes ; mais à chaque article on indiquera les noms
communs les plus connus , & les noms même ufités dans
les diverfes parties du monde ; & ces différens noms
ainfi employés procureront cet avantage , que lorfqu'on
cherchera une plante dans le Dictionnaire des végétaux
, on la trouvera immanquablement , puifque le nom
vulgaire , le nom du lieu natal & le nom fcientifique
s'y trouveront. Quant à la fynonymie des végétaux , on
la bornera à la feule phrafe botanique de Tournefort &
de Linné , ou , à leur défaut , on citera l'Auteur particulier
duquel on aura emprunté.
Après le Difcours préliminaire je placerai des Tableaux
d'analyse en nombre fuffifant , & compofés de
manière que par leur moyen toute plante que l'on obfervera
& dont on ignorera le nom , pourra être connue
dans un inftant. L'Ouvrage entier dont on vient d'expofer
le plan , participera donc des avantages attachés à la
forme de Dictionnaire , & pourra fervir en même tems ,
comme fi c'étoit un Traité particulier de Botanique , à
tous ceux qui en voudroient faire une étude fuivie .
On placera à la fin de l'Ouvrage une Table qui renfermera
tous les noms latins des plantes , ainfi que les
termes particuliers latins ufités dans les écrits des Botaniftes,
[ X. ] L'HISTOIRE NATURELLE DES MINÉRAUX ;
par M. DAUBENTON , un volume in-4° .
LES animaux & les végétaux font des êtres organifés ,
& par conféquent des individus qui conftituent des efpèces
conftantes. Elles diffèrent les unes des autres par
des caractères plus diftincts que ceux des minéraux qui
ne font pas des individus. On ne peut les rapporter à
des espèces , ni diftribuer leurs différentes fortes & leurs
variétés en genres , en claffes & en ordres par des caractères
affez diftin &tifs , pour que les minéraux foient
partagés en plufieurs Dictionnaires méthodiques comme
les animaux & les végétaux.
J'expoferai dans l'Introduction au règne minéral les
différences qui font entre les minéraux & les végétaux ,
& je ferai un précis des opinions de quelques Auteurs
le paffage du Règne animal au Règne végétal.
onnerai une idée générale des principaux objets
DE FRANCE. 101'
de la Minéralogie ; enfuite je ferai mention des meilleurs
Ouvrages qui ont été faits fur cette Science. Enfin j'expliquerai
ma méthode pour claffer les minéraux & les
moyens que je fuivrai pour les défigner par des caractères
diftinctifs.
Un Dictionnaire méthodique de Minéralogie doit contenir
1 °. les noms de chacune des productions du Règne
minéral ; 2° . les dénominations génériques par lefquelles
on indique plufieurs fortes de minéraux , que l'on dit
être de même genre , parce qu'ils ont plus de rapports
entre eux qu'avec les autres minéraux ; 3 ° . les termes
particuliers que les Naturaliftes emploient dans la Science
de la Minéralogie ; 4° . les noms que l'on a donnés aux
principales opérations de la nature dans la formation des
minéraux .
La plupart des minéraux ont chacun plufieurs noms ;
il eft fort inutile & très-fâcheux qu'il y ait plus de dénominations
à apprendre que de chofes à connoître. Il feroit
à fouhaiter qu'il n'y eût point de noms fynonymes
en Hiftoire Naturelle ; mais il eſt abſolument néceffaire
de les faire tous entrer dans un Dictionnaire , afin que
l'on y trouve la fignification de ceux que l'on aura rencontrés
dans des livres , ou dont on aura entendu parler.
Après une courte explication de ces noms fynony
mes , je renverrai au nom que j'aurai adopté.
J'adopterai pour chaque minéral le nom le plus généralement
reçu ; mais dans le cas où ce nom donneroir
une fauffe idée de la chofe dénommée , je préférerois un
fynonyme s'il s'en trouvoit quelqu'un dont la fignification
fût meilleure . Je n'emploierai de nouveaux noms
que dans une néceffité abfolue dont je rendrai compte
en expliquant la nouvelle dénomination.
Le nom de chaque forte de minéral fera fuivi de
l'énumération de fes fynonymes , de la defcription du
minéral & de fes variétés , de la définition de fa nature
autant qu'elle fera connue , de l'explication de fa formation
fi elle a été découverte , & d'un précis des opinions
que l'on a eues à ce fujet. Enfuite j'indiquerai les lieux
où fe trouve le minéral dont il s'agira ; j'expoferai fes
ufages & la manière dont on le prépare , s'il peut fournir
à tous ces articles. Je finirai par un renvoi à la dénomination
du genre de chaque forte de minéral.
E iij
102 MERCURE
Après la dénomination de chaque genre j'expoferai fes
caractères diftin &tifs , & je ferai l'énumération des différentes
fortes de minéraux qu'il comprendra ; enfin j'indiquerai
par un renvoi la dénomination de la claffe dont il
dépendra.
La dénomination de chaque claffe fera fuivie de l'expofition
de fes caractères diſtinctifs & de l'énumération .
des genres qu'elle contiendra. L'article fera terminé par
un renvoi à la dénomination de l'ordre de minéraux
auquel la claffe appartiendra.
Après la dénomination de chaque ordre de minéraux ,
je rapporterai fes caractères diftinctifs , & je renverrai à
'Introduction au Règne minéral , & aux mots Règne
minéral , Minéralogie & Méthode.
Il y aura auffi des articles pour chacun des noms que
les Naturalifles ont donnés aux principales opérations de
la nature ; par exemple , Suc lapidifique , Concrétion
Cryftallifation , Pétrification , Minéralifation , Efflorefcence
, première Formation , Deftruction , feconde Formation ,
&c. On donnera un précis des opinions des meilleurs Auteurs
fur chacune de ces opérations de la nature.
Suppofons qu'un Dictionnaire de Minéralogie , ou
d'une autre Science , contienne tous les mots qui doivent
s'y trouver ; fuppofons encore que tous les articles relatifs
à ces mots foient bien traités , on trouvera dans ce
Dictionnaire les mots dont on voudra favoir l'explication
; mais on n'aura que des connoiffances détachées , &
dont prefque tous les objets feront très - difparates . Si l'on
fuit les renvois pour lire les articles qui y font indiqués ,
on acquerra de nouvelles connoiffances qui auront un
rapport immédiat avec les premières ; mais cet enfemble
fera encore très - borné . On ne pourra jamais s'inftruire
complettement d'une Science dans un Dictionnaire , fi
l'on n'a un moyen d'y trouver les principes & les détails
de cette Science , d'une manière auffi fuivie que dans
un Traité méthodique.
Pour que ce moyen foit poffible , il faut que le Dic.
tionnaire contienne réellement un Traité méthodique de
la Science qui en fait l'objet. Ce Traité y eft morcelé par
articles qui ont pour titres des mots rangés par ordre
alphabétique . J'expoferai dans le Dictionnaire des Minéaux-
la fuite de ces articles par ordre méthodique , pour
DE FRANCE. 103
donner un moyen de lire dans ce Dictionnaire un Traité
fuivi de la Science dont il traite. Chaque article du Dictionnaire
de Minéralogie aura en tête le nom d'un minéral
, & en indiquera le genre , la claffe & l'ordre. Je re - i
garde ces articles comme effentiels par oppofition aux
articles des noms fynonymes qui doivent néceffairement
fe trouver dans un Dictionnaire , comme je l'ai déjà dit , i
mais qui font plus nuifibles qu'iles à la Science. Ces derniers
articles feront marqués d'une étoile en tête pour
empêcher qu'ils n'offufquent les autres , & qu'on ne leur
donne plus de valeur & d'attention qu'ils n'en méritent.
Le Dictionnaire fera fuivi d'une Life qui contiendra par
ordre méthodique ,
1º. Les termes particuliers que les Naturaliftes emploient
dans la Science de la Minéralogie.
2º. Les dénominations que l'on a données aux principales
opérations de la nature dans la formation des minéraux .
3 °. Les noms de chaque minéral.
En lifant fucceffivement dans le Dictionnaire les articles
qui auront pour titre les mêmes mots que ceux de la
Lifte méthodique , on pourra étudier la Minéralogie par
principes & par méthodes , comme dans un Traité complet
de cette Science.
On mettra le nom latin de chaque minéral après fon
nom françois , pour rendre la nomenclature plus complette
& plus füre ; & pour la mettre plus à la portée des
étrangers qui n'ont qu'une connoiffance imparfaite de
notre langue. Mais les noms latins ne pourront pas être
rangés par ordre alphabétique comme les noms françois
qui les précéderont. Par conféquent fi l'on vouloit avoir
l'explication d'un nom latin dont on ne connoîtroit pas le
fynonyme françois , on ne pourroit pas trouver ce nom
latin par l'ordre alphabétique. Il eft donc néceffaire de
raffembler les noms latins des minéraux à la fin du Dictionnaire
, & de les difpofer par ordre alphabétique , avec
un renvoi de chacun de ces noms latins aux noms françois
qui leur correfpondent.
Par conféquent il y aura deux Tables à la fin du Dictionnaire
; l'une méthodique & l'autre alphabétique ; la première
rendra l'étude de la Minéralogie plus facile , &
l'autre fera trouver les noms latins plus aifément . Il faut
employer toutes fortes de moyens pour ménager le ten
E iv
104 MERCURE
de l'étude , & pour épargner aux gens de lettres la peine
de feuilleter des livres inutilement.
[ XI. ] L'HISTOIRE NATURELLE contenant la Géographie-
Phyfique ou les Phénomènes généraux de l'Hiftoire
Naturelle de la Terre ; par M. DESMAREST , de l'Académie
Royale des Sciences , & Inspecteur des Manufactures
de la Champagne ( 1 ).
Le plan de cet Ouvrage a été tracé depuis long- tems
au mot Géographie-Phyfique de l'ancienne Encyclopédie :
c'est là qu'on pourra voir les détails des objets qui feront
traités dans le nouveau Dictionnaire. Ainfi , pour donner
une idée de ce travail , je me contenterai d'indiquer ici
feulement les maffes de ces objets. Dans un Difcours
préliminaire , j'expoferai les principes d'une méthode
d'obfervation , que je crois la plus propre à reculer les
bornes de la Géographie-Phyfique ; je montrerai enfuite
T'enchaînement encyclopédique de tous les articles qui
forment actuellement le corps de cette Science. Je confidérerai
d'abord tout ce qui peut avoir rapport à la formation
des vapeurs & des nuages qui fe réfolvent en
pluies , ou qui tombent en neiges : cet examen me copduira
naturellement à traiter , avec une certaine étendue ,
des amas de neiges & de glaces placés fur les hautes
montagnes , & à les faire enviſager comme des réſervoirs
qui fervent à l'aliment d'un grand nombre de rivières
& de fleuves. Les fources , les fontaines qui tiennent à
cette même économie , feront auffi décrites dans les mêmes
vues. Avec ces premières inftructions je parcourrai
tous les phénomènes des eaux circulantes à la fuperficie
des continens ; je fuivrai les ruiffeaux , les torrens , les
rivières de différens ordres , les fleuves , les lacs que les
fleuves traverfent , les crues & les inondations accidentelles
ou périodiques de ces rivières , enfin les glaces
qu'elles charient , leurs débacles , &c . On ne peut obferver
ainfi les démarches d'un agent toujours en mouve-
1 ment , fans reconnoître les réſultats de fes deftructions &
( 1 ) Tous ces Dictionnaires d'Hiftoire Naturelle contiendront
cinq à fix volumes in-4°. , & feront imprimés à la fuite
as des autres. Ils formeront un ouvrage abſolument neuf
ncyclopédie méthodique.
DE FRANCE. 105
de fes tranfports immenfes . Je confidérerai fous ces deux
points de vue les vallées de différens ordres , leurs rami
fications , leurs difpofitions relatives , les baffins des
grandes rivières , les pentes générales & particulières
les points de partage des eaux , les montagnes , les colli
nes , les plaines , les ifles des fleuves , & les atterriffemen
formés à leurs embouchures dans la mer.
L'infpection des parties intérieures de la terre qui on
été découvertes par l'excavation des vallées , me donnera
lieu de diftinguer différens maffifs diftribués fur les con
tinens , fuivant un certain arrangement relatif. Les cou
ches horizontales ou inclinées , leur organifation , les
divers matériaux qui entrent dans leur compofition , le
pays de granites feront décrits fuivant les principes de
M. Rouelle , qui , le premier , nous a donné , dans fes
leçons , les caractères de l'ancienne & de la nouvelle
terre ; diftinction vraiment lumineufe , & le fondement
de l'étude du globe. Je me permettrai cependant d'y faire
toutes les additions & les modifications que femblent au
torifer des recherches poftérieures , mais toujours dans
les principes de ce grand maître.
La mer fera confidérée comme l'égout de tous les
fleuves & le grand réfervoir des eaux qui font reportées
continuellement par l'atmosphère fur les continens. Après
avoir indiqué les caufes qui contribuent à la falure des
eaux de la mer , & à la lumière qu'elles rendent en cer
tains tems , je décrirai les différentes configurations de
fon baffin & de ſes bords , les méditerranées , les golfes
les baies , les caps , les falaifes , les dunes , enfin les pref
qu'ifles & les ifthmes , les ifles & les détroits. Tous ces
détails me conduiront à traiter des changemens que le
baffin de la mer a pu éprouver , foit en difcutant les
preuves des invafions & du féjour qu'elle a faits fur les
continens , foit en traçant les limites de fes anciens bords
ou en indiquant les témoins de fes retraites fucceffives .
Tous les phénomènes que nous venons de préfente
fuccinctement , tiennent à une fuite d'opérations , don
les progrès font plus ou moins marqués , mais toujour
conftans. Il eſt une autre claffe de phénomènes, dont le
retours , quoique accidentels , m'occuperont auffi : tel
font les ouragans , les trombes , les tremblemens de
& les éruptions des volcans. Il fera curieux de ce
E v
1106 MERCURE
eurs effets avec ceux des autres phénomènes. Je m'atta
herai , par exemple , à montrer comment les opérations
lu feu dans les volcans fe font combinées avec celles
des agens ordinaires. Ainfi j'indiquerai les centres d'éruption
, foit qu'ils fe préfentent fous la forme de cratère
puvert , ou fous celle de fimple culot ; les courans de laves
, foit qu'ils foient placés ou fur les plaines élevées ,
bu dans le fond des vallons ; enfin les altérations fucceffives
de certaines productions du feu. Je terminerai
tout ce travail en jettant un coup d'oeil général fur les
cantons volcanifés de la France , & même des autres
contrées de l'Europe : on pourra pour lors comparer
' étendue des cantons incendiés avec les autres parties
qui font reftées intactes .
Il eft aifé de voir , d'après le détail des objets dont
S'occupe la Géographie-Phyfique , qu'un corps complet
de cette Science pourroit tenir lieu d'une théorie de la
terre. Cependant on fe guide en Géographie - Phyfique
fur des principes totalement différens de ceux qu'on paroît
avoir adoptés dans les théories de la terre qui ont
paru jufqu'à préfent. Dans la Géographie - Phyſique , on
n'admet les réfultats généraux des obfervations qu'autant
qu'ils font bien établis , & on ne les réunit à d'autres
qu'autant que leur liaifon peut s'exécuter naturellement
& fans effort : enfin elle fouffre les vuides par-tout où
les faits manquent , & elle attend du tems & des recherches
ultérieures les faits dont elle peut avoir befoin.
Dans les théories de la terre , au contraire , comme on
a pour but principal de tout expliquer , & de placer des
caufes à côté des effets connus , on fe trouve forcé de
remplir les vuides par des agens hypothétiques qui produifent
les révolutions & les cataſtrophes dont on a befoin.
Il n'eft donc pas étonnant que les théories de la
terre fe détruiſent à mesure qu'elles fe fuccèdent les unes
aux autres. Mais comme la Géographie-Phyfique s'enrichit
toujours des débris de ces théories , par l'éclairciffement
de certains points importans que chacune d'elles
ont procuré , je dois faire l'hiftoire de ces théories pour
recueillir ces débris .
Lorfque j'aurai lieu d'expofer une théorie importante
s quelques-uns des articles principaux de ce Dictionpour
ne pas interrompre le développement des
DE FRANCE. 107
principes par la defcription des faits juftificatifs , je ren
verrai à d'autres articles dépendans du premier : c'eft l
où je donnerai dans le plus grand détail les obfervations
qui peuvent fervir de fondement à la théorie ; c'eft là
auffi que l'on pourra reconnoître & vérifier tous ces faits :
Je multiplierai beaucoup ce genre de preuve , & je penfe
que c'eſt un moyen de rendre les articles de Géographia
locale intéreffans , en indiquant, par exemple, les environs
d'une ville , un lac , une montagne , un golfe , comme
contenant les preuves les plus frappantes d'un princips
dont l'application peut être d'une grande utilité dans
d'autres circonftances femblables .
Les phénomènes généraux de l'Hiftoire Naturelle de
la terre étant proprement l'objet de la Géographie-Phy
fique , c'eft d'après ces vues que je traiterai les articles qu
pourront lui être communs avec la Phyfique ou les autres
parties des Sciences : ainfi je parlerai de l'aimant , des
vents , des nuages , en les confidérant toujours comme
des affections générales du globe.
[ XII. ] LA GÉOGRAPHIE ANCIENNE ET MODERNE ,
par MM. ROBERT , Géographe du Roi , & MASSON DE
MORVILLIERS , Avocat au Parlement ; & quant à la
Géographie ancienne , par M. MENTELLE , Hiftoriographe
de Mgr. le Comte D'ARTOIS , Penfionnaire du Roi ,
Profeffeur-Emérite d'Hiftoire & de Géographie à l'Ecole
Royale Militaire , de l'Académie des Sciences & Belles
Lettres de Rouen , &c . &c .; & quant aux Cartes , par
M. BONNE , Ingénieur-Hydrographe de la Marine , deux
volumes in-4 -4°.
LA Géographie de l'Encyclopédie eft défectueufe
toutes fortes d'égards. Elle n'eft qu'un répertoire d'er
reurs , de méprifes & d'inexactitudes . La nomenclature
y eft très - incomplette. Les articles omis y font en fi grand
nombre , qu'il en manque fouvent deux , trois , & jufqu'
huit de fuite. Dans les trente premières pages , nous e
-avons fuppléé quarante -deux , & parmi les articles omis
il n'eft pas rare de trouver des lieux confidérables , de
capitales , & même des états fouverains. Les noms d
lieux y font fouvent tronqués ; les degrés de longitud
& de latitude fauffement affignés ; des villages y
donnés pour des villes ; des capitales , des villes c
E vj
108
MERCURE
y font décrites en quelques lignes , & fouvent , par un
abus contraire , on y décrit des villes qui n'ont jamais
lexifté ; enfin il n'y a nul plan , nul ordre , nulle proportion
dans l'enſemble & dans les parties. On y rencontre ,
la vérité , quelques articles excellens , comme le mot
Géographie , par M. Robert de Vaugondy . Nous nous
ferons un devoir de les conferver en entier.
Notre premier objet a été de corriger toutes les erreurs
, de fuppléer aux omiffions , de réduire chaque article
à fes véritables dimenfions , de ne point traiter un
lieu qui n'offre rien de remarquable avec l'étendue d'une
ville confidérable . Nous nous fommes renfermés dans les
bornes qu'un Dictionnaire de Géographie , qui fait partie
de l'Encyclopédie méthodique , doit avoir. Nous nous
fommes particuliérement attachés à completter la nomenclature
, & à ne puifer que dans des fources qui ne pouvoient
nous induire en erreur. Nous les citerons dans le
Difcours préliminaire . L'un de nous ( M. Robert ) a fait
fouvent fa partie de vifu , parce qu'ayant voyage vingt
ans, & parcouru en détail les diverfes contrées de l'Eűrope
, il a été en état de juger par lui - même de l'exactitude
& de la vérité des faits avancés par les divers Géographes.
Toutes nos divifions feront claires & méthodiques.
Nous placerons à l'article de chaque Royaume des
Tableaux qui contiendront le détail de ce qu'ils renferment
; & ces Tableaux réunis formeront dans le Difcours
préliminaire , l'Arbre encyclopédique de toutes les connoiffances
géographiques : & le Lecteur pourra s'en ſervir
pour étudier la Géographie dans notre Dictionnaire ,
comme fi c'étoit un Traité fuivi. Dans la defcription
particulière des villes , indépendamment des objets que
le Géographe eft dans l'habitude de traiter , nous parlerons
en détail , fi c'eft une ville commerçante , de fes
manufactures , de fon commerce , de fes productions , de
l'induftrie de fes habitans , de fes relations au-dehors , & c .
Nous avons cru que ces détails feroient mieux placés dans
notre Dictionnaire , que d'en faire des articles de Géographie
commerçante , qui auroient été moins à leur place
dans le Dictionnaire du Commerce , qui fait partie de
cette Encyclopédie méthodique.
Nous donnerons la defcription des Royaumes , Proes
, Républiques , Villes , Ports , & autres lieux reDE
FRANCE. 109
marquables des quatre Parties du monde ; le cours des
Fleuves & Rivières ; les différentes Mers qui baignent
les deux Continens ; les principaux Golfes , Détroits
Caps & Ifles qu'elles forment ; les Montagnes & les Lacs
les plus confidérables répandus fur la furface de la terre :
en outre , l'Hiftorique de chaque pays , fes commencemens
, la forme de fon gouvernement , fa puiffance , fes
révolutions , fes bornes , fon étendue , fon induftrie , les
moeurs & les ufages de fes habitans , fon culte , la température
du climat , fes productions , les monumens an
ciens & modernes qui s'y rencontrent , les fites , les
fingularités de la nature , fes relations au- dehors ; les
fieges que les villes ont foutenus , les grands hommest
qu'elles ont produits , leur commerce , leur population
les conciles qui s'y font tenus , les traités de paix qui s'y
font conclus , leurs degrés de longitude & de latitude"
fuivant les meilleures Cartes , & leur diſtance aux villes
les plus voiſines ; les lieux où ſe font données les bataille
fameufes , & c.
La Géographie-Phyſique ne fera qu'une partie très
acceffoire de notre plan , elle eft bien plus du reffort du
Phyficien que du Géographe. Ce dernier ne doit confi
dérer & décrire que la furface du globe ; le phyficien veu
connoître fa fubftance ; mais , comme toutes les partie
qui ont rapport à la Phyſique & à l'Hiftoire Naturell
feront traitées ex profeffo dans cette Encyclopédie , nou
ne ferons que citer à l'article de chaque lieu ce qu'i
offrira de plus remarquable en Hiftoire Naturelle , comm
les eaux minérales , les mines , &c . laiffant au Phyficier
l'explication des effets , & au Métallurgifte les opéra
tions fur les métaux .
La Géographie ancienne formera un Dictionnaire à
part. Le Rédacteur de cette partie intéreffante y mettr
toute l'application & la critique qu'elle exige , ou du
moins toutes celles dont il eft capable. Il n'avancera rier
qui ne lui paroiffe bien prouvé , foit par le témoignage
des anciens , ou par un examen févère des plus favan
Auteurs modernes ; & quand il s'aidera des travaux d
ces derniers , ce ne fera qu'après avoir vérifié les paſſa
ges des Auteurs anciens fur lefquels ils appuient leur
opinions. Cette partie fera terminée , 1 ° . par une Table
alphabétique de tous les noms qui appartiennent à
AVA
que divifion ancienne ; 2 °. par une Table alphabétique
renfermant chaque nom ancien du Dictionnaire , avec
le nom moderne qui lui a fuccédé , & l'indication de la
page où ce nom fe trouve.
Nous avons cru qu'il étoit néceffaire de joindre un
Atlas à notre Dictionnaire , pour ne rien laiſſer à defirer
au Lecteur ; mais il ne fera point partie effentielle de la
foufcription de l'Encyclopédie méthodique . On fera libre
de l'acheter , ou de ne le pas acheter.
Cet Atlas , format in -4° . , fera composé de 55 à 60
Cartes au plus . M. Bonne fe propofe de mettre dans ces
diverfes Cartes toute l'exactitude dont elles font fufceptibles
, jointe au mérite de la plus belle gravure. On
ajoutera à chacune ce qu'exigent les circonftances actuelles
& les découvertes les plus récentes. Cette collection
de Cartes fera connoître l'état moderne de toutes
les parties connues du Globe terreftre , en donnant des
notions fuffifamment développées de chacune , fans perdre
de vue les connoiffances qu'on puife dans l'antiquité:
l'Ouvrage même contiendra plufieurs Cartes anciennes.
On emploiera la plus grande exactitude poffible dans
la projection de ces Cartes. Les obfervations aftronomiques
de longitude & de latitude , févérement examinées
, en feront un des plus folides fondemens . Quand
de vaftes efpaces feront dépourvus de ces obfervations ,
ce qui ne fera pas rare , on recourra à des combinaiſons
géographiques variées & étendues , afin de pouvoir fixer
divers points importans dans ces efpaces. On rendra
compte de tout ce travail dans un Difcours préliminaire
annexé à l'Atlas ; on y citera les principales fources où
l'on aura puifé . Souvent on ne fera pas de l'avis des
Delifle , des Hafius , des d'Anville , & c. On ofera facrifier
alors fon refpe &t pour leur opinion à la perfuafion de
la vérité.
[ XIII. ] LES ANTIQUITÉS , Infcriptions , Chronologie ,
Art de vérifier les Dates , Numifmatique ou Science des
Médailles , Explication des Fables , Caufes des Maurs,
Coutumes & Ufages des Anciens ; par M. COURT de
GEBELIN , un volume in- 4° .
Es divers objets de connoiffance font trop liés entre
qu'on puiffe les fèparer ; on ne fauroit déves
24
DE FRANCE. 111
lopper les Antiquités du monde fans le fecours des
Infcriptions , des Médailles , de la Chronologie , de
l'Art qui fait reconnoître les époques de chaque monument
; fans l'intelligence des Fables dont ces Antiquités
font femées , & fans la connoiffance des caufes qui firent
établir les divers ufages & les diverfes moeurs répandues
fur le Globe .
L'enſemble de ces objets forme une partie confidérable
des connoiffances humaines , fur- tout de celles qu'on
appelle Erudites ; & leur importance fe fait fentir fans
peine par les travaux immenfes auxquels elles ont donné
lieu , par les Sociétés nombreuſes qui en font l'objet de
leurs recherches , & par la lumière qui en réfulte pour
toutes les connoiffances , puifqu'il n'en eft aucune qui ne
foit appuyée fur ce qui a été fait , dit , ou penfé avant nous.
Cependant à l'exception de quelques articles relatifs
aux Antiquités & aux Monnoies , ces objets n'ont point
été traités dans l'Encyclopédie ; fes favans Auteurs ne
fe font point occupés d'Infcriptions , encore moins de la
Chronologie ; nullement de l'origine des ufages : ils
n'ont point parlé de l'Aftrologie , de la Divination , de
la Magie , des Erreurs & des Superftitions anciennes ,
ainfi que de l'explication des Fables. Ce qui n'eft point
étonnant.
Les Fables fe confondoient alors avec l'Hiftoire dont
elles ne paroiffoient qu'une altération : les ufages paroiffoient
imaginés au hafard par les fociétés qu'on croyoit
également formées par le hafard , ne s'être civilifées que
par les effais les plus pénibles & les moins raifonnés , &
qui n'avoient réuffi que par un concours de circonftances
qu'il étoit impoffible de calculer. La Chronologie
s'excluoit naturellement comme appartenant à l'Hiftoire ,
dont le cahos & les maffes ne pouvoient entrer dans
vafte Recueil. ce
Il en étoit de même des Infcriptions & des Médailles :
elles font également du reffort de l'Hiftoire.
Mais dès que l'Encyclopédie fe divife par matières
& que l'Histoire y eft admife , la Chronologie , les
Infcriptions & les Médailles y rentrent naturellement
comme preuves & développement de l'Hiftoire. Quanti
à l'explication des Fables & aux caufes des ufages & des
moeurs , elles font une fuite naturelle des Antiquit
112 MERCURE
qu'elles éclairent & qu'elles rendent plus intéreffantes
& plus utiles.
On fent que ces divers objets font fufceptibles de
très- beaux & de très-grands développemens : obligés de
nous refferrer , nous tâcherons d'être le plus court qu'il
nous fera poffible ; de ne donner que les grands réfultats ;
de pofer des principes , au moyen defquels on fera
difpenfé de pefer fur les conféquences .
Nous tâcherons de ramener les Chronologies à des
points fixes & conftans , de rétablir le langage fymbolique
répandu fur les Médailles , de rendre la connoiffance
des ufages plus utile par leurs rapports avec les peuples
qui les inventèrent , de faire reparoître le plus bel ordre
parmi les Fables , en montrant leur étroite liaiſon avec
les objets les plus importans pour le bonheur des Sociétés
, & que ce qui jufqu'ici n'a paru propre qu'à amufer
la curiofité , intereffe effentiellement les connoiffances
les plus relevées & les plus précieuſes .
Enfin , comme l'étymologie des mots en eft prefque
toujours la définition la plus exacte & la plus fenſible ,
nous accompagnerons chacun des mots dont nous traiterons
, de fon étymologie fimple & naturelle .
Nous ne négligerons rien , en un mot , afin de réunir
la certitude des faits avec l'utilité & l'agrément dont ils
font fufceptibles , & qu'on n'ait point lieu de regretter
qu'on ait donné une pareille extenfion au Recueil que ce
Dictionnaire terminera.
[ XIV. ] L'HISTOIRE ; par M. GAILLARD , de
l'Académie Françoife , & de celle des Infcriptions , deux
volumes in-4°.
Nous commencerons ce Profpectus par un aveu d'une
nature peu commune dans les Profpectus ordinaires , c'eft
que l'Hiftoire , par - tout fi utile , n'auroit pas dû entrer
dans le plan de l'Encyclopédie .
Elle eft elle-même l'Encyclopédie des faits de tous les
tems & de tous les pays ; & cette partie , traitée avec une
certaine étendue , auroit pu être plus grande que le reſte
de fon tout.
Un Dictionnaire raifonné des Sciences , des Arts & des
Métiers n'admettoit pas néceffairement le Genre hiſtori-
& t dès-lors il l'excluoit à caufe de l'immenfité de l'objet,
DE FRANCE. 113
Cependant le Frontifpice de l'Encyclopédie préfente
l'Hiftoire écrivant les Faſtes , appuyée fur le Tems .
Le Syftême figuré des connoiffances humaines , qu'on
a placé à la tête de l'Encyclopédie , ce Syftême fi ingénieux
& fi complet , dont M. Diderot eft l'Auteur , comprend
expreffément l'Hiftoire & fes principales divifions :
Hiftoire Sacrée , Eccléfiaftique , Civile , Littéraire , ancienne
& moderne.
L'Arbre encyclopédique du Chancelier Bacon a auffi
pour principale branche l'Hiftoire & fes divifions.
Ce Difcours immortel , Préliminaire fublime , Analyſe
parfaite d'un livre auquel tant d'imperfections inévitables
n'ont pu ravir l'honneur d'être le plus utile des livres ,
& qui , par la nouvelle diftribution& le nouveau travail ,
va devenir auffi utile qu'il peut l'être ; ce Difcours qui
fera toujours un des plus beaux titres de gloire de M.
d'Alembert , affigne à l'Hiftoire fon rang dans la chaîne
des connoiffances humaines.
En effet , il n'y avoit d'autre raiſon de l'en détacher
que fon trop d'étendue , mais cette raifon fuffifoit ; &
malgré tout ce qui vient d'être dit , l'Encyclopédie avoit
paru toute entière fans que le Genre hiftorique y eût
été admis. M. de Voltaire , Auteur de l'article Hiftoire ,
avoit feulement expofé fur l'Hiftoire tant ancienne que
moderne , des vues générales , qui fervent à donner une
idée de la manière dont cette partie pourroit être réduite.
Dans le Supplément de l'Encyclopédie on a fuivi un
plan différent ; on a fuppofé que cette omiffion du Genre
hiſtorique étoit une des raifons qui rendoient ce Supplément
néceffaire ; en conféquence on l'a chargé d'un
grand nombre d'articles d'Hiftoire , tant ancienne que
moderne , pour donner un intérêt de plus à l'Ouvrage.
« Il nous a femblé , difent les Editeurs , que c'étoit le
» voeu de cette partie du Public , dont les autres reçoivent
» volontiers la loi ».
Quoi qu'il en foit , il n'eft plus queftion aujourd'hui
d'examiner fi l'Hiftoire devoit ou ne devoit pas entrer
dans le plan de l'Encyclopédie ; une fois admife dans ce
plan , elle ne doit plus en être exclue , les Auteurs du
Supplément nous ont fait la loi à cet égard , & le Lecteur
ne veut rien perdre . Mais s'il prend aifément l'habitude
des jouiffances , & s'il voit de mauvais oeil le retr
chement total d'un genre ou d'un objet dont il eſt en
poffeffion , nous espérons qu'il permettra , qu'il goûtera
même des réductions néceffaires , faites d'après le ſyſtême
qu'on va lui expofer.
Ce Dictionnaire différera des Dictionnaires hiftoriques
ordinaires , en ce qu'il comprendra également les noms
des perfonnes & des chofes . Il y aura des articles parti
culiers pour les perfonnages vraiment célèbres ; il y en
aura auffi pour les inflitutions & les ufages vraiment
importans. Ces articles de chofes auront même , fur les
articles de perfonnes , l'avantage de préfenter des ta
bleaux entiers & complets , fans l'inconvénient de la
confufion , des répétitions , & c.
Le grand point eft de favoir fe refferrer ; le grand
écueil à éviter eft la trop vafte étendue du genre. Heu-
Treufement on peut beaucoup retrancher fans rien facri
fier. Que font dans tant de Dictionnaires hiftoriques , &
que feroient fur - tout dans l'Encyclopédie tant d'ignobles
pédans dont les Ouvrages ont péri , ou ne feront jamais
lus ; tant de petits perfonnages dont l'obfcure célébrité
n'eft entretenue que par le pédantifme & par la fureur
de copier ? Que fait dans le Dictionnaire de Bayle cette
foule de Sectaires ignorés , à qui un mauvais écrit polémique
, un libelle de parti a pu procurer dans leur tems une
exiftence éphémère & locale , & que la condefcendance
politique de Bayle , pour le pays où il écrivoit , a entaffés
fans choix pour fe faire pardonner les articles hardis
, ou peut - être les articles raifonnables ? Pourquoi
dans ce fameux livre ne trouve- t- on jamais ce qu'on a
toujours intérêt de chercher , & trouve-t-on à chaque
page ce qu'on ne cherchera jamais ? C'eft fans doute une
grande tache dans ce grand monument non de goût ,
mais d'érudition , de raifonnement & de critique.
9
On avoit d'abord propofé de ne parler , même parmi les
Rois & les Princes , que de ceux qui ont aimé & protégé
les Lettres . On trouvoit dans ce parti l'avantage de ne
prendre de l'Hiftoire que ce qui intéreffe véritablement
un Dictionnaire des Sciences & des Arts. Mais le nombre
de ces Protecteurs utiles eft trop petit ; ç'auroit été
fupprimer de nouveau l'Hiftoire , après l'avoir admiſe.
On vouloit encore ne parler que de ceux qui ont fait
Mien aux hommes ; c'étoit toujours le même inconvé
L
ע
115 FRANCE.
nient ; le nombre eût été trop petit ; c'eût été exclure
l'Hiftoire . Eh ! comment dans un Dictionnaire hiftorique
Oublier ces hommes condamnés , fi l'on veut , à une éternelle
renommée , qui , par d'illuftres victoires & d'étonnantes
révolutions , ont fait tant de mal aux hommes ? Comment
ne pas nommer Alexandre , Céfar , Mahomet ,
Gengiskan , Tamerlan , Cromwel , & c. ? Comment même
ne pas parler de ces fléaux du genre-humain , Caligula ,
Néron ? Eft-ce écrire l'Hiftoire que de ne montrer que
des vertus & des bienfaits ?
Quand on traite un genre qui a été défini , peut-être
avec un peu d'exagération , le tableau des calamités & des
crimes de l'Univers ; quand on veut faire aux hommes
un récit fidèle du paffé , qui puiffe les inftruire pour l'avenir
, peut-on leur dérober la connoiffance des malheurs
du genre-humain ?
L'objet véritablement important , le voilà ; c'eft de
faire fervir le paffé à l'inftruction du préfent & de l'ave
nir ; de donner à l'Hiftoire toute fon utilité , en la rendant
la leçon des Rois & des Peuples ; de la purger de ces faux
jugemens , de ces réflexions Machiavelliftcs qui infectent
nos Hiftoires , même les plus eftimées ; de cet éloge perpétuel
des guerres , des conquêtes , des victoires & du
fafte ruineux des Rois ; de cette admiration pour le crime
infolent & pour le crime adroit ; fur-tout de ce principe
pernicieux , qu'il y a une morale pour les Etats & une
pour les Particuliers ; que la politique peut fe paffer de
la juftice , fe féparer de la bonne- foi , & admettre le
menfonge & le crime. Nous n'écrirons rien fur l'Hif
toire qui ne foit la cenfure du Machiavellifme ; nous affurerons
cet avantage à ce Dictionnaire fur tous les Dictionnaires
hiftoriques & fur toutes les Hiftoires ; nous
nous y engageons d'autant plus hardiment , que pour
remplir cet objet , il n'eft befoin ni de talent , ni de
favoir, mais d'honnêteté , de fenfibilité & de principes
fûrs.
Ce n'eft pas la peine de dire que nous écarterons le
merveilleux qui eft le poifon de l'Hiftoire ; mais nous ne
confondrons point le merveilleux avec le fingulier , qui
eft très-fouvent vrai & qui eft un vrai piquant , orne
ment le plus naturel du genre hiſtorique .
Nous inférerons dans les divers articles , autant
116 MERCURE
fera poffible , fans les charger ni les alonger , les mots
mémorables , les traits qui peignent , enfin tout ce qui
fait lire l'Hiftoire ; car l'utilité du meilleur Ouvrage qu'on
ne peut lire , eft abfolument nulle.
Quant aux bornes refpectives des différens genres ,
comme nous ne cherchons qu'à refferrer le nôtre que
nous avouons être trop étendu , comme un facrifice nous
paroîtra toujours une acquifition , il n'eft point à craindre
que nous entreprenions fur les droits des autres Ecrivains
employés à ce grand Ouvrage. Circonfcrits de tous
côtés par l'Auteur chargé des Antiquités , Médailles ,
Monumens , & c. par l'Auteur de l'Hiftoire Eccléfiaftique
, par l'Auteur de l'Hiftoire de la Philofophie ancienne
& moderne , par l'Auteur même des articles de Jurifpru
dence , qui ne nous laiffera fur les inftitutions & les ufages
que la partie purement hiftorique , nous ne prendrons
Ides articles , & des articles importans , de l'Hiftoire tant
hancienne que moderne , que ce que ces divers Auteurs
n'embrafferont point dans leurs départemens .
[ XV. ] LA THÉOLOGIE ; par M. l'Abbé BERGIER ,
Confeffeur de MONSIEUR Frère du Roi , & Chanoine
de Notre-Dame , deux volumes in -4° .
POUR peu que l'on ait apporté d'attention à la
lecture de l'Encyclopédie , on apperçoit que la Partie
théologique a été l'une des plus mal traitées , qu'elle
n'eft ni complette , ni exacte , ni orthodoxe.
1. L'on a omis un grand nombre d'articles , qui font
non- feulement effentiels à la Théologie , mais abfolument
néceffaires pour prévenir & corriger les erreurs
dont cet Ouvrage eft rempli.
2º. L'on a placé fous le titre ( Théologie ) des termes
qui appartiennent évidemment à une autre Science ,
comme Jézides , fecte de Mahometans , & c .
3 °. L'on a rapporté à des Sciences différentes des ternes
fynonymes ou corrélatifs qui concernent la même
matière : par exemple , Clerc , Jurifpr. Clergé , Hift. Ec-"
léf. Flagellans , Hift. mod . Flagellation , Hift. Eccléf
& Philof. , &c.
4°.Il y a des doubles
emplois
. On a fait deux
articles
le plufieurs
termes
, qui
ne diffèrent
que
par la proonciation
, ou qui font évidemment
fynonymes
, comme
DE FRANCE. 117
Dénombrement & Enumération , Metempsycofe & Tranf
-migration des ames , &c.
50. Il y en a de trop longs , dans lefquels on a placé
des difcuffions inutiles , ou qui feroient mieux placées
fous d'autres articles : Bible , Communion fréquente , &c .
font dans ce cas.
6°. Un défaut beaucoup plus répréhenfible eft l'affectation
de prendre dans des Auteurs hétérodoxes la notion
des Dogmes , des Loix , des Ufages de l'Eglife
Catholique ; de copier leurs déclamations contre les
Théologiens & contre les Pères de l'Eglife , de difculper
les Héréfiarques & les Incrédules , d'aggraver les torts
vrais ou prétendus des Paſteurs & des Ecrivains eccléfiaftiques.
Les articles Jefus - Chrift , Immatérialisme , Peres
de l'Eglife , &c. font dans ce cas . Dans plufieurs autres
on étale les objections des Hérétiques , & l'on fupprime
les réponſes des Théologiens catholiques.
7°. De ces divers défauts , il en eft réfulté un plus
grand , c'eft que la doctrine de l'Encyclopédie eft un
tiffu de contradictions. Les articles faits par des Théologiens
, fur - tout par M. Mallet , font en général affez
bien ; les autres compofés par des Littérateurs mal inftruits
ou infidèles ont été fervilement copiés d'après les
Controverfiftes Proteftans ou Sociniens.
Pour éviter ces inconvéniens dans la nouvelle Encyclopédie
, rangée par ordre de matières , il faut fuivre
un plan mieux conçu.
Le Dictionnaire Théologique doit renfermer nonfeulement
le Dogme , mais la Critique facrée , néceffaire
pour l'intelligence de l'Ecriture -Sainte , l'Hiftoire Eccléfiaftique
, qui nous apprend la manière dont le Dogme a
été attaqué & défendu , les Loix des Difciplines relatives
au Dogme , la Liturgie ou les Pratiques du culte extérieur
, qui en font l'expreffion & qui le mettent fous nos
yeux ; la Morale Chrétienne , telle qu'elle eſt enſeignée
dans l'ancien & le nouveau Teftament,
Parmi les objets du Dogme , il en eft qui font partie
de la Métaphyfique ou de la Théologie naturelle ; le
Philofophe les préfente tels qu'ils font connus par la raifon
, le Théologien doit les montrer tels qu'ils font enfeignés
par la révélation. Ainfi les articles Dieu , Ame
Efprit , Création , Immatérialiſme , Spiritualité , Imm
118 MERCURE
lité , &c. doivent fe trouver dans le Dictionnaire théologique
, auffi -bien que dans le Dictionnaire philofophique
, mais fous un afpe&t différent.
De même , la Morale naturelle eft du reffort de la
Philofophie ; mais la Morale évangélique eft une partie
effentielle de la Révélation ou de la Doctrine de Jéſus-
Chrift ; un Théologien doit montrer qu'elle n'eft point
contraire à la Morale naturelle.
La Critique facrée ne doit embraffer que ce qui a un
rapport direct à la Religion des Patriarches , des Juifs ,
des Chrétiens ; les Livres Saints qui la renferment , les
Dogmes , les Loix , les Ufages religieux . Ce qui concerne
les Opinions , les Loix , les Coutumes civiles ,
politiques ou militaires , appartient plus directement à
l'Hiftoire ancienne. Les noms des mois , des meſures ,
des habits des Hébreux , &c. les rêveries des Rabbins',
la Cabale , le Talmud , la Mifchne , &c. font étrangers à
la Théologie.
Il en eft de même de la Géographie ; il y a cependant
des articles fur lefquels un Théologien doit juftifier le
récit des Livres faints contre les conjectures d'une fauffe
critique , tels que la formation du Lac Aſphaltite ou Mermorte
, le miracle de Jofué à Gabaon , &c.
L'Hiftoire Eccléfiaftique ne doit point renfermer les
Religions fauffes ; la croyance & les moeurs des Chinois ,
des Indiens , des Perfes , des Grecs , des Romains , des
Mahometans , font plutôt du reffort de l'Hiftoire profane
ou de la Philofophie , que de la Théologie. Les Ordres
religieux & ce qui les concernę tiennent à l'Hiftoire
eccléfiaftique ; les Ordres militaires n'y ont que très-peu
de rapport.
C'eft à la Jurifprudence canonique de difcuter les
Loix & la difcipline de l'Eglife , de les concilier avec les
Loix civiles ; mais lorfque les objets de difcipline tiennent
au Dogine , comme la Hiérarchie , les Voeux , les
Pratiques du culte extérieur , un Théologien ne peut fe
difpenfer de les préfenter fous cet afpect , d'en démontrer
la fageffe & l'utilité. Il doit parler des Conciles en ce
qui touche le Dogme , & laiffer de côté la difcipline , lorfqu'elle
n'y a aucun rapport .
On doit laiffer au Grammairien le foin de donner le
Cens de tous les mots de notre Langue ; cependant lorf
DE FRANCE. 119
qu'il s'en trouve qui ont un fens théologique différent
de la fignification commune lorfqu'ils expriment un
point de croyance ou de pratique religieufe , ils doivent
avoir place dans le Dictionnaire théologique.
Une des principales attentions du Rédacteur de ce
Dictionnaire fera donc de ne prendre dans les articles com
muns à plufieurs Sciences , que ce qui concerne directement
fa partie , & de laiffer le reftè à ceux auxquels il
appartient .
Il aura foin de faire les articles qui manquent , de
fuppléer à ceux qui font défectueux , de retrancher ce qui
paroît inutile , de corriger ceux qui renferment des erreurs
, fans attaquer toutefois directement aucun Ecrivain
, fans prendre le ton de difpute ou de differtation ,
& en fupprimant tout reproche perfonnel.
Puifqu'il eft queftion de faire un Dictionnaire françois
, il paroît convenable de n'y point mettre de paffages
latins , mais de les traduire , d'écrire les mots hébreux
en caractères ordinaires , de ne faire ufage du grec
que pour donner l'étymologie des mots qui en font
dérivés.
On fe fera une loi de conferver en entier tous les articles
qui paroiffent bien faits , & ils font en grand nombre
, fur - tout ceux qui font de M. Mallet , Théologien
très inftruit , judicieux & modéré. C'eft un acte de
juftice de conferver à un Auteur eftimable tout l'honneur
de fon travail .
-
Ce Dictionnaire fera précédé d'un Plan ou Profpectus ,
dans lequel toute la nomenclature fera rangée felon l'ordre
didactique ou ſelon la fuite naturelle des idées .
[ XVI. ] LA PHILOSOPHIE ancienne & moderne ; par
M. NAIGEON , un volume in -4° .
CE Dictionnaire contiendra l'Hiftoire générale &
particulière de la Philofophie & des Philofophes anciens
& modernes. On y expofera fidelement , & d'une manière
claire & précife , leurs principales opinions fur la Phyfique
, la Métaphyfique , la Politique & la Morale. On y
joindra quelques détails fur leur vie privée , lorfqu'elle
offrira des traits affez piquans pour intéreffer le Lecteur ,
ou qu'on les croira propres à développer leur caractère
moral,
VAL
Pour mieux exécuter le nouveau Plan de travail qu'or
a cru devoir adopter , on ſe propoſe d'étendre ou d'abréger
, de refaire même en tout ou en partie , felon qu'on
le jugera néceffaire , plufieurs articles de Philofophie
ancienne & moderne , répandus dans la première Encyclopédie
, & dont les différens Auteurs nous ont paru
fort au-deffous de leur fujet : mais on confervera fcrupuleufement
, & fans fe permettre même le plus léger changement
, ceux qui font le fruit des recherches d'un Philofophe
juftement célèbre , qui a porté fur tous les objets
dont il s'eft occupé , des vues également neuves , fines
& profondes , à qui nous devons encore un grand nombre
d'excellens articles de Grammaire , de Littérature , de
Politique & de Morale ; & , ce qui ne mérite pas moins
d'éloges , par l'étendue & la variété des connoiffances que
ce nouveau travail fuppofe . l'Hiftoire prefque entière des
Arts & Métiers , & la Defcription exacte & détaillée
d'une infinité de machines ingénieufes , dont le mécha
nifme , lors même qu'il eft le plus fimple , eft toujours
très difficile à décrire d'une manière claire & fenfible
pour les autres.
Les additions plus ou moins étendues qu'on fe pro
pofe de faire aux articles qui traitent de la Philofophie
des Anciens , auront pour but d'éclaircir certains points
de leur Doctrine , & de fixer enfin les idées fur ces quef
tions d'autant plus obfcures aujourd'hui , qu'elles ont été
fouvent agitées ; de faire voir l'état des Sciences chez les
Grecs au tems où ils floriffoient , & le point où ils les
ont portées par les feules forces de leur génie , & privés
des inftrumens dont les Modernes fe font fervis avec tant
de fuccès ; de déterminer avec exactitude l'importance &
la difficulté de leurs découvertes confidérées en ellesmêmes
; de bien diftinguer fur tout parmi les vérités
éparfes dans leurs Ouvrages , celles dont ils voyoient la
liaifon , les rapports & les conféquences , & à la démonftration
defquelles ils avoient été conduits par le
raifonnement , l'expérience & l'obfervation , d'avec celles
qui n'étoient dans leur tête que de fimples opinions. C'eft
faute d'avoir fait cette diftinction importante , qu'un
Ecrivain peu philofophe a fauffement attribué aux Anciens
une foule de découvertes qui ne leur appartiennent
& dont il eſt également ridicule ? & injufte de leur
·
faire
DE FRANCE. 121
faire honneur au préjudice des Modernes . Il y a bien de
la différence entre un apperçu vague , ou , fi l'on veut
même , une opinion ingénieufe & vraie , mais qui ne
tient abfolument à rien dans la tête de celui où elle fe
trouve , à laquelle il est même arrivé fans le favoir , &
enpartant le plus fouvent.de principes faux , & une idée
lumineuſe fondée fur des principes inconteftables , &
qui eft le résultat d'une longue fuite d'expériences &
d'obfervations. C'eſt-là le point où commence la Science
, & ce qui feul en mérite le nom.
L'Hiftoire de la Philofophie moderne fera traitée avec
le même foin. L'Encyclopédie méthodique offrira même
fur ce fujet auffi vafte , & plus intéreffant pour nous
plufieurs nouveaux articles qui pourront donner lieu à
des réflexions utiles fur certains points de Littérature ,
de Morale & de Philofophie. Toutes ces additions feront
imprimées les unes à la fuite des articles dont elles formeront
le fupplément ; les autres , fous certains chefs
généraux auxquels elles appartiennent. On les défignera
par une étoile , afin que le Lecteur puiffe voir d'un coupd'oeil
ce que l'Encyclopédie méthodique contiendra de
plus en ce genre , & les nouvelles richeffes qu'elle doit
ajouter à celles que la première Encyclopédie renfermoit
déjà fur cette branche de nos connoiffances.
Si l'Hiftoire critique de la Philofophie de Bruker avoit
été faite par un homme verfé dans les différentes matières
qu'elle embraffe , & qui eût joint fur-tcut à une
étude réfléchie des Langues anciennes , la fagacité & la
profondeur qu'exigeoit un Ouvrage de cette nature , elle
auroit pu être d'un grand fecours : mais ce Livre n'eft
guère qu'une vafte compilation , qui fuppofe plus de patience
que de raifonnement ; il ne difpenfe pas même de
confulter les fources , ce qui du moins eût abrégé le tems
& les recherches toujours longues & pénibles quand on
veut les faire avec autant d'exactitude que de difcernement.
Bruker , comme la plupart des Erudits , avoit beaucoup
plus lu que médité. Il manquoit de goût , & n'avoit
d'ailleurs ni affez de connoiffances , ni affez de Philofophie
, pour apprécier les matériaux qu'il raffembloit de
toutes parts. En effet , il fuffit de lire avec attention les
Ouvrages originaux dont il rapporte de longs extraits
pour fe convaincre que fouvent il n'entendoit pas
Samedi 8 Décembre 1781 . F
122 MERCURE
&
entendoit mal , les Auteurs qu'il analyfoit. Il paffe fous
filence des lignes précieuſes aux yeux du Philofophe ,
omet une foule d'idées , tantôt fines & délicates , tantôt
fortes & hardies , dont il ne voyoit pas la tendance . Son
Livre , au refte , a le mérite de tous les Recueils ; il peut
fervir à en faire un bon . Si l'exécution du plan qu'il avoit
conçu étoit au -deffus de ſes forces , il a du moins fouillé
la mine , & il en a tiré des matériaux dont une main plus
habile peut faire un meilleur ufage . C'eft le but qu'on s'eft
propofé dans le Dictionnaire Philofophique. On n'a rien
négligé pour donner à cet Ouvrage toute la perfection
dont left fufceptible. On a lu & extrait avec foin tous
les Auteurs qui pouvoient répandre quelque jour fur la
Philofophie ancienne & moderne ; mais on les a lus dans
un autre efprit , & avec d'autres vues que Bruker ; &
l'on ofe croire que le Public aura lieu d'être fatisfait du
travail de l'Auteur qui s'eft chargé de compléter certe
partie fi intéreffante & fi peu connue des progrès de
l'efprit humain.
[ XVII . ] LA MÉTAPHYSIQUE , LA Logique et la
MORALE ; par M. GUENEAU DE MontbeillarD ,
Académicien honoraire de l'Académie de Dijon , un volume
in-4°.
ON fe propofe de mener de front ces trois parties de
la Science , à caufe de la grande analogie qu'elles ont entre
elles. La Métaphyfique a pour objet , 1º. la connoiffance
immédiate de notre ame , de fon action , de fes facultés ,
& , par comparaiſon , la connoiffance de tous les êtres qui
font regardés comme étant de la même nature que notre
ame : dans ce fens la Métaphyfique peut être conſidérée
comme une ſcience d'obfervations. 2° . Elle a pour but la
formation de nos idées & leur perfection , qui confifte à
repréſenter fidélement les êtres qui font hors de nous &
leurs propriétés , c'eſt-à-dire leurs rapports entre eux &
avec nous-mêmes .
La Logique nous enfeigne à réfléchir fur nos idées &
fur les fignes de nos idées , à les combiner , à les ordonner
felon l'art , moins pour en tirer des vérités nouvelles
, que pour prouver aux autes des vérités à nous
onnues , & , par un abus très - fréquent , des erreurs
S.
DE FRANCE.
Y23
L'objet de la Morale eft de diriger nos idées , nos raifonnemens
, nos fentimens , notre volonté à la vertu , &
de nous apprendre qu'indépendamment de toute autre
confidération , il importe à l'homme , à tout être focial ,
d'être vertueux , eût- il d'ailleurs la raiſon affez bornée ou
affez dépravée pour méconnoître la vraie fource , la
fource célefte & pure de toute vertu.
L'objet de ces trois Sciences fe réunit donc en ce
point , qu'elles dirigent toutes trois nos facultés à leur
but le plus noble , & le plus digne de nous ; notre entendement
à la vérité , & notre volonté à la vertu , c'eſt- àdire
qu'elles travaillent toutes trois de concert à nous
procurer le bonheur , & à l'établir fur les fondemens les
plus folides qui exiftent dans la nature.
A Dieu ne plaife que je cherche à faire valoir mon
travail aux dépens de celui des autres. Je connois nombre
d'excellens morceaux de Métaphyfique , de Logique &
de Morale dans la première Encyclopédie qui fera toujours
l'Ouvrage primitif & fondamental . J'en connois
plufieurs qui ont été rédigés par des Ecrivains du premier
ordre , où l'on trouve la force & la beauté du ftyle
jointes à la jufteffe & à la profondeur des idées ; & il eft
plus que vraisemblable que l'on trouveroit dans tous les
articles relatifs à une même ſcience cette harmonie , cette
unité fi précieuſe aux gens de goût , fi néceffaire dans les
ouvrages philofophiques , pour peu que les circonftances
euffent permis que tous ces articles fuffent de la même
main. Le principal but de mon travail fera d'établir cette
unité , autant qu'il fera poffible , dans chacune des trois
parties dont je me fuis chargé , principalement dans les
points par où elles fe rapprochent les unes des autres.
Je pourrai me permettre de faire quelques additions
toutes les fois qu'elles me paroîtront néceffaires pour
remplir un vuide , pour fuppléer à une interruption
dans la chaîne des vérités : mais en général je me garderai
bien de chercher à augmenter ces trois parties , objet
de mon travail , je les diminuerai plutôt en fupprimant ,
en refferrant quelques articles qui roulent fur de pures
fubtilités , parce que les fubtilités font toujours moins
favorables à la vérité qu'à l'erreur. En effet , pour peu
qu'on y réfléchiffe , on reconnoîtra que les abftractions
font autre chofe que des images légères , ou , fi l'or
Fij
124 MERCURE
des ombres fugitives qui repréfentent imparfaitement les
chofes , & d'autant plus imparfaitement , qu'elles s'élèvent
davantage au-deffus de leurs modèles . Pour féconder
les Sciences qui s'occupent de ces idées , il faut donc travailler
fans relâche à ramener celles-ci du monde intelligible
où elles s'évaporent & fe perdent , pour ainfi dire ,
dans ce monde phyfique où elles prennent de la confiftance
& de la réalité. La Géométrie elle- même la plus
réelle , la plus active , la plus folide de ces Sciences , ne
fut jamais plus intéreffante , & en même tems plus fublime
, que lorfqu'elle appliqua fes méthodes & fes inftrumens
aux objets , fur-tout aux grands objets de la nature.
C'eft dans cet efprit que je retrancherai toutes ces
queftions puériles , oifeufes , que leur fubtilité rendoit
jadis recommandables , & qu'heureufement pour notre
fiècle , elle rend aujourd'hui ridicules. Telles font les
queftions trop fameufes fur les univerfaux in effendo , &
autres , fur les natures bannales , les accidens modaux ,
& tous les grades métaphyfiques , les propofitions promiffoires
, réduplicatives , falfifiantes , & leur converfion ;
les espèces impreffes & expreffes , le prédicable & le prédicat
, la raifon ratiocinante & la raifon ratiocinée , & c.
&c. &c. Non qu'il n'existe en tout cela un fonds de vérité
, mais ce font des vérités vagues , inutiles , fouvent
très-communes , & que d'ailleurs tout bon efprit comprendra
facilement dès qu'elles feront traduites en langage
intelligible. Ce font peut-être les plus hautes branches
de l'arbre , mais qui , trop éloignées des racines , n'en reçoivent
qu'une fève exaltée d'où fe forme un vain luxe de
feuilles , fans aucun fruit & trop fouvent fans aucune fleur.
[ XVIII. ] LA GRAMMAIRE ET LA Littérature ;
par une Société de Gens de Lettres ; ( M. MARMONTEL,
de l'Académie Françoife ; M. BEAUZÉE , de la même
Académie , &c. un volume in-4° . )
1
CE Dictionnaire préfente deux parties des connoiffances
humaines , unies par un principe commun qui eft l'art
du langage ; & qui ne pouvant ni fe féparer ni fe confondre
avec d'autres Sciences , devoient naturellement
être raffemblées dans un même corps d'ouvrage.
Les langues , confidérées fimplement comme un
on de communiquer fes idées , font foumiſes à des
DE FRANCE.
125
règles qui font l'objet de la Grammaire. Les unes font
relatives à la compofition de toutes les langues , & forment
la Grammaire générale ; les autres , relatives feulement
à tel ou tel idiôme , forment la Grammaire propre
à chacun de ces idiomes.
Mais les langues font compofées de mots qui , foit par
la nature plus ou moins harmonieufe de leurs élémens ,
& l'ordre dans lequel on les place , foit par la fignification
plus ou moins préciſe qu'on y attache , foit par les
images & les idées acceffoires qu'ils réveillent dans l'ef-"
prit , font fufceptibles d'une variété infinie de combinaifons
, plus ou moins propres à donner au difcours du
mouvement , de la vivacité , de l'intérêt ou de l'énergie .
Cet art d'animer & d'embellir le difcours fe divife en
deux branches , la Poétique &la Rhétorique , dont les fub-"
divifions embraffent tous les genres de compofitions"
littéraires.
La difcuffion des principes & des règles de ces diverfes
compofitions ; l'analyfe des beautés & des défauts des
Ouvrages les plus célèbres dans chaque genre ; l'examen
comparé des langues anciennes & modernes dans leurs.
rapports avec la perfection des Arts & des Lettres , forment
une troiſième divifion qui , fous le nom de Critique
, donnera lieu à un grand nombre de détails & d'ob
fervations , également propres à éclairer l'efprit & à
former le goût , foit pour compofer des Ouvrages de
Littérature , foit pour en apprécier le mérite.
L'Hiftoire de la Poéfie & de l'Eloquence , des progrès
& des révolutions du goût , chez les anciens & chez les
modernes , entrera auffi dans cet Ouvrage ; elle n'y fera
cependant pas traitée dans des articles particuliers , ni par
la méthode biographique , étrangère au plan de FEncyclopédie
; mais elle fera fondue dans les articles généraux ,
confacrés aux grandes divifions de la Littérature. Ainfi
Homère ne formera point un article à part ; mais aux
articles Epopée , Poéfe , on trouvera les détails néceffaires
fur la vie & les Ouvrages de ce grand Homme , fur
les circonftances qui ont pu favorifer fon génie & l'influence
qu'il a eue fur les progrès de la poéfie dans les
fiècles poftérieurs.
La Mythologie ancienne formera une autre divifi
elle a des rapports néceffaires avec la Poeſie , &
Fiij
126 MERCURE
noiffance en eft même indifpenfable pour l'intelligence
des Poëtes Grecs & Romains. C'eft fous ce point de vue
feulement qu'on confidérera cet objet , & non dans fes
rapports avec l'Hiftoire , la Religion & les moeurs de
l'antiquité.
Les parties principales qui doivent compofer ce Dictionnaire
ont été traitées d'une manière auffi neuve qu'intéreffante
dans l'Encyclopédie & fon Supplément. La
Grammaire générale & particulière avoit été entrepriſe
par M. du Marfais ; la mort l'a interrompu dans fon travail
, qui a été continué par M. Beauzée , fon diſciple
& fon émule. Le nom & les ouvrages de ces deux excellens
Grammairiens font trop connus pour ne pas nous
difpenfer de faire leur éloge.
M. Marmontel avoit donné dans les 4 , 5 , 6 & 7e
vol. de l'Encyclopédie d'excellens articles de Littérature ;
mais les obftacles qui s'étoient oppofés à la continuation
de cet Ouvrage , l'avoient empêché de pourſuivre fon
travail dans les dix derniers volumes . Il l'a repris depuis ,
& a donné dans le Supplément tous les articles qui fervent
à compléter la Rhétorique & la Poétique. Une connoiffance
approfondie de la Littérature , un goût fain ,
une difcuffion folide & lumineufe , un ftyle clair , élégant
& correct , un choix d'exemples heureux & agréables
, caractérisent particulièrement ces articles , dignes,
à tous égards , de la réputation de l'ingénieux & célèbre
Académicien à qui nous les devons.
Avec quelque foin que la Grammaire & la Littérature
foient traitées dans l'Encyclopédie & le Supplément , c'eſt
avec des corrections , des additions & des améliorations
confidérables que nous les offrirons au Public dans le
nouveau Dictionnaire ; M. Marmontel & M. Beauzée fe
font chargés de revoir tous leurs articles , d'y corriger
les erreurs qui peuvent s'y être gliffées , d'y ajouter les
obfervations & les idées que leurs études ou de nouvelles
réflexions leur ont fait naître , de fuppléer enfin
les articles que l'inattention avoit fait omettre. Ce nouveau
travail eft très confidérable.
M. de Voltaire avoit donné plufieurs articles charmans
pour l'Encyclopédie ; il en defiroit vivement une
nouvelle Edition , & c'étoit pour cette nouvelle Edition
avoit compofé fes Queftions fur l'Encyclopédie. On
༢ །
DE FRANCE.
127
à donc cru devoir reprendre dans cet Ouvrage tous les
morceaux qui appartiennent à la Littérature , pour en
enrichir le nouveau Dictionnaire.
Mais le travail de ces hommes célèbres n'a pas fuffi
pour compléter le plan du nouveau Dictionnaire , tel
que nous l'avons expofé . Un très -grand nombre d'articles
, qu'ils ont omis ou regardés comme étrangers à
leur objet , ont été recueillis de l'Encyclopédie même ,
ou fuppléés par l'Editeur. Il a cru devoir auffi joindre
fouvent des additions & des obfervations aux articles "
compofés par les Auteurs principaux , lorfque les objets !
qui y font traités lui ont paru fufceptibles d'être un peu
plus développés , ou d'être préfentés fous différens
points de vue.
Toutes ces additions & corrections feront diftinguées
par des marques particulières qui indiqueront , avec précifion
, ce qui appartient à chaque Auteur.
Enfin on n'a rien négligé pour donner à cet Ouvrage
toute l'étendue , l'intérêt & l'utilité dont il eſt ſuſceptible.
[ XIX. ] LA JURISPRUDENCE ; par une Société de Jurifconfultes
( 1 ) ; rédigée & mife en ordre par M. l'Abbé
REMY , Avocat au Parlement , trois volumes in-4°.
2
DEPUIS que Montefquieu & quelques autres Hommes
de génie ont écrit fur les Loix & fur les principes
des gouvernemens il s'opère parmi nous une révolu
tion dont on fent déjà l'heureufe influence. Les bons
efprits dégoûtés des fpéculations oifeuſes , dirigeant leurs
efforts vers les connoiffances utiles , fe font appliqués à
débrouiller le cahos de notre Hiftoire & de nos Coutu
mes ; chacun d'eux s'eſt avancé , avec plus ou moins de
fuccès , dans la partie qu'il a effayé de traiter ; & , grace
à ce concours de travaux , le public commence à entrevoir
le jour , où il pourra lui-même être initié dans tous
les myſtères de ces loix qui modifient la liberté , & aux-
(1 ) Parmi les Jurifconfultes qui ont bien voulu concou
rir à la perfection de cet Ouvrage , nous devons nommer
ici M. Boiffou , qu'une mort foudaine vient d'enlever au Barreau
, & qui , depuis long-tems travailloit à rectifier les
articles de l'ancienne Encyclopédie. Un de fes confrères , non
moins verfé que lui dans la Science des Loix , s'eft chan
de finir cette partie importante de l'Ouvrage.
Fiv
128 MERCURE
quelles on eft tenu de conformer les principales actions
de la vie.
La partie du Dictionnaire encyclopédique , qui concerne
la Jurifprudence , avoit été faite pour remplir cet
objet ; mais , malgré les bons articles qu'on y trouve
( ceux fur-tout qui appartiennent au favant M. Boucher
d'Argis ) , il eft cependant impoffible de fe diffimuler
qu'un grand nombre ne pèchent , foit par une prolixité
rebutante , foit par des omiflions nuifibles , foit par des
erreurs graves .
Indépendamment des inexactitudes & des erreurs , on
eft en droit de reprocher à l'Encyclopédie un grand
nombre d'omiffions importantes : plufieurs articles annoncés
par des renvois ne fe trouvent ni dans le Dictionnaire
, ni dans fon Supplément , ni dans aucune des nouvelles
éditions. Si l'on en compare la fimple nomenclature
à celle du Répertoire univerfel de Jurifprudence ,
on reconnoîtra combien elle est défectueufe. La perfection
d'un Ouvrage de ce genre ne peut dépendre que
d'une continuité d'efforts & d'une multitude de tentatives
que le public doit foutenir chaque génération
ajoute aux travaux des précédentes ; c'eft ainfi que l'édifice
peut s'achever. On fe propofe de mettre en oeuvre
les connoiffances répandues dans le Répertoire univerſel
de Jurifprudence , de la même manière que les Auteurs
de ce dernier en ont ufé à l'égard du Dictionnaire encyclopédique.
Mais entre le Répertoire de Jurifprudence
& cette partie de l'Encyclopédie méthodique , il y aura
des caractères affez marqués pour empêcher de confondre
jamais ces deux Ouvrages. Tous les réglemens fi
variables du fifc , tous les tarifs des finances , toutes les
formules d'actes qui font développés en détail dans le
Répertoire , ne fe trouveront qu'en fimples généralités
dans l'Encyclopédie méthodique.
On s'attachera fur- tout à développer le véritable efprit
de la Jurifprudence . Les jugemens des Cours fupérieures
formant aujourd'hui une partie effentielle de notre Droit
Civil , il eft très -important de favoir au moins diftinguer
ceux qui font loi , d'avec ceux qu'on ne peut invoquer
pour la décifion des affaires de même eſpèce qui renaiſſent
chaque jour dans les Tribunaux : c'eft peu de raffembler
es Arrêts contradictoires fur chaque matière , fi l'on n'y
DE FRANCE. 129
joint pas le flambeau néceffaire pour éviter les piègesi
de la chicané.
A tout ce qui concerne la Jurifprudence civile , canonique
, bénéficiale & criminelle , on ajoutera trois grandes
branches des connoiffances humaines , qui , jufqu'à préfent
, n'ont été réunies dans aucun Dictionnaire de Droit ;
ce font les queftions les plus intéreffantes du Droit Pu - i
blic , du Droit des Gens , & du Droit Naturel , matières.
qui tiennent aux premières par une infinité de rapports ,
& dont la plus grande partie fe trouve encore ifolée , foit
dans les livres des Philofophes , foit dans les recueils des
fimples Compilateurs. On s'attachera particulièrement à
l'hiftorique des Loix , parce qu'il eft impoffible d'être
Jurifconfulte fans ces connoiffances préliminaires.
&
Les corrections qu'on fera aux anciens articles feront
diftinguées par un figne particulier , ainfi que les articles
nouveaux ces derniers feront fort nombreux , parce
qu'indépendamment des omiffions de la première Edition
de l'Encyclopédie , il eft émané du Trône une multitude
de réglemens qui ont changé l'ancien état des
chofes , tels que les loix relatives aux Ordres Religieux ,
aux Portions congrues , aux Jurandes , aux Arts & Métiers
, aux Tailles , aux Déferteurs , aux Serfs , aux Prifons
, à la Torture , au Commerce , aux Préfidiaux , & c.
A la fin de l'Ouvrage , on placera un Tableau qui fixera
l'ordre dans lequel les principaux articles fur chaque ma
tière doivent être lus , pour réunir les avantages des traités
particuliers à ceux de la forme alphabétique. Il fera ter
miné par un Catalogue des Livres de Droit les plus
eftimés , avec une Notice des meilleures Editions.
[ XX. ] LES FINANCES ; par M. DIGEON , Directeur
des Fermes , un volume in-4°.
UN Dictionnaire hiftorique , philofophique & politique
réuniffant des notions juftes -fur les différentes mas
tières des Finances , eft un Ouvrage abfolument nouveau
L'Encyclopédie ne contient qu'un petit nombre d'articles
fur cette partie , les uns rédigés par un homme ( 1 ) qui
peu inftruit des faits , s'eft jetté dans des differtations va
gues & médiocrement intéreffantes ; la plupart des autres
(1 ) M. Peffclier.
F v
༥༣༠ MERCURE
trop refferrés & copiés dans des Dictionnaires compofes
par des perfonnes à qui ces matières étoient abfolument
étrangères.
Donner une idée de l'adminiſtration des finances dans
tous les Etats de l'Europe ; préfenter une nomenclature
complète des mots néceffaires à l'intelligence des livres
écrits fur cette matière ; entrer dans tous les détails de
l'adminiftration des finances , particulière à la France ;
préfenter l'hiftoire des différentes natures d'impofitions ;
offrir des idées fur leur réformation : tel eft le plan de ce
Dictionnaire.
En le compofant , l'Auteur a eu à choisir entre deux
manières d'y procéder très -différentes. La première , de
faire un Ouvrage purement politique & philofophique ,
& d'effleurer feulement les faits & les détails : la feconde ,
de faire une collection de jurifprudence en finance , un
manuel fait pour devenir un livre claffique pour tous
ceux qui font occupés des différentes branches de cette
adminiſtration.
Entre ces deux partis on en a pris un mitoyen : on a
raffemblé les principaux faits , on s'ett efforcé de donner
de chaque objet des définitions juftes ; mais en fe renfermant
dans des bornes étroites , on a tâché d'inftruire fans
perdre entiérement de vue le defir de fe faire lire avec
quelque intérêt .
Heureux le peuple qui vit fous un gouvernement dont
la bienfaifance eft la bafe , & qui , n'ayant rien à cacher ,
ne s'enveloppe point d'un -voile myſtérieux ; qui , perfuadé
que les difcuffions impartiales ajoutent des lumières
à l'expérience , n'oppofe aucun obftacle à la publication
des ouvrages relatifs à l'adminiſtration !
Les articles qui feront marqués d'un ( D) nous ont été
fournis par une perfonne que diverfes circonftances ont
mis à portée d'acquérir des connoiffances particulières
fur les matières qui font l'objet de ce Dictionnaire ; mais
elle a defiré de n'être pas nommée.
[ XXI. ] L'ÉCONOMIE POLITIQUE ; par M. l'Abbé
BAUDEAU , un volume in- 4° . (1).
L'ÉCONOMIE politique embraffe la nature & l'ef-
M. l'Abbé de Montlinet , connu par un excellent DifDE
FKAN CE.
131
fence des gouvernemens , les devoirs & les droits des
dépofitaires de l'autorité fouveraine , leur influence fur
les propriétaires fonciers , les cultivateurs , les manufacturiers
, les négocians , les voituriers , les artifans & les
hommes dévoués aux fervices purement perfonnels .
Cette Science diftingue & claffe les citoyens par le
genre des travaux dont ils font occupés. Elle affigne les
relations qu'ils ont entre eux , l'ordre , l'enchaînement &
la dépendance réciproque de leurs fonctions diverſes ,
ainfi que les moyens de les faire tous contribuer de
mieux en mieux à la confervation , à la multiplication ,
au bien -être de l'eſpèce humaine fur la terre.
Les Arts & les Sciences , qui caractérisent l'état & la
condition des hommes dans l'analyfe économique des
empires civilifés , ont tous leurs obfervations fondamentales
, leurs principes de théorie , leurs règles de pratique.
Chacun d'eux a dans l'Encyclopédie méthodique
fon Dictionnaire particulier , qui contient , par ordre
alphabétique , tous les objets qui la compofent.
Mais la Science économique , dont l'objet eft de connoître
, de perfectionner leur enchaînement , leur correfpondance
mutuelle & leur manière de concourir au
bien général de l'humanite , doit auffi avoir fa nomencla
ture particulière . Elle a des maximes à établir ,
des conclufions
à déduire , & de grandes erreurs à combattre.
Il est aisé de voir , par le Difcours préliminaire de
l'Encyclopédie , par l'exécution du Dictionnaire & de
fes Supplémens , que cette Science n'entroit point dans
le plan des Editeurs ; & rien n'étoit moins étonnant ,
puifqu'elle commençoit à peine à fe former.
C'eft dans ces derniers tems qu'on a réuni , par une
méthode nouvelle , en un feul corps de doctrine , toutes
les connoiffances éparfes & confufes des anciens & des
modernes fur cet objet.
Intimement perfuadé que ce corps de doctrine eft le
développement le plus fimple , le plus certain , le plus
utile de la loi de juftice & de l'ordre de bienfaiſance
qui font la baſe naturelle des fociétés humaines , je me
cours fur la Mendicité , & par plufieurs Mémoires fournis at
Gouvernement fur ces objets , s'eft chargé de toute cette
partie dans ce Dictionnaire.
F vi
132 MERCURE
propofe de le développer avec toute la précifion dont
je fuis capable.
Mais plein de refpect pour les partifans des opinions
contraires , j'en rendrai compte avec la même exactitude
, prenant foin de diftinguer dans l'efprit de la plus
fcrupuleufe impartialité , les fimples affertions encore
conteftées , d'avec les principes avoués & reconnus ; les
conféquences généralement confenties , d'avec celles qui
n'ont pas ceffé d'effuyer des contradictions.
Je tâcherai d'être clair. Les grandes vérités de l'Economie
politique n'ont pas befoin d'autres ornemens.
J'expoferai dans le Difcours préliminaire l'analyſe
économique des états civilifés & l'enchaînement des
principes qui compofent la Science politique .
[ XXII. ] LE COMMERCE ; par MM. l'Abbé BAUDEAU ,
& BENOIT , Confeiller de MONSIEUR Frère du Roi ,
& ancien Profeffeur du Cours gratuit de Jurifprudence
Confulaire , un volume in-4°.
UN Dictionnaire de Commerce , faifant partie de
l'Encyclopédie méthodique , a des limites beaucoup moins
étendues que ce même Ouvrage qui feroit publié féparément
. Il faut d'abord en fupprimer toute la Géographie
commerçante , puifqu'elle fe trouve traitée dans le Dictionnaire
géographique ; il faut encore en fupprimer tout
le contentieux qui eft plus particulièrement l'objet de la
Jurifprudence . Tous les détails des Arts & Métiers méchaniques
, tout ce qui concerne les communautés , la
police des métiers , l'ordonnance des manufactures doivent
en être également fupprimés , puifque l'Encyclopédie
méthodique a un Dictionnaire à part , & le plus
étendu de tous fur ces divers objets. Notre Dictionnaire
de Commerce doit donc fe borner à l'explication de tous
les termes qui ont rapport au commerce proprement
dit ; il doit comprendre tous les détails concernant les
monnoies , foit réelles , foit fictives , les poids , les me--
fures , les compagnies de commerce , avec l'hiftoire de
leur régie & adminiftration , les banques , les confuls &
leurs fonctions , les chambres d'affurances , l'hiftoire des
urifdictions confulaires & les fonctions des juges- conls
, la manière de tenir les différens livres & d'établir
ociétés , leurs formes & formules , les changes , les
UE гаа IV
133
Ľ.
contrats maritimes & toutes les espèces de contrats
ufuels , foit pour le commerce de terre , foit pour celui
de mer , les tableaux comparés d'importation & d'exportation
, & toutes les généralités qui ont rapport au
commerce , foit confidéré en grand , foit en détail . Voilà
les objets que nous nous propofons de traiter ; nous
joindrons à la tête de cet Ouvrage un Difcours préliminaire
qui comprendra le tableau vu en grand & par voie
de comparaiſon , de tout le commerce de l'Europe & des
autres continens.
[ XXIII. ] LA MARINE ; par M. VIAL DE CLAIRBOIS ,
Ingénieur - Conftructeur de la Marine , de l'Académie
Royale du même nom ; & par M. BLONDEAU , Profeffeur
Royal en Mathématiques & en Hydrographie aux
Ecoles de la Marine , de l'Académie Royale du même
nom , de la Société Royale Patriotique de Stockholm , de
celle des Sciences & Belles - Lettres de Gotthembourg, de la
Société Académique de Cherbourg, &c. , deux volumes in-4° .
LA Marine embraffe une quantité prodigieufe d'objets ;
il y a peu de connoiffances de pratique ou de théorie
dont les Officiers des différens corps qui la compofent
ne puiffent , & même ne doivent faire ufage. Le Pilotage.
la Conftruction , la Manoeuvre , &c. font tous fondés
fur les Sciences exactes , & fur la Phyfique , que ces-perfonnes
ne peuvent plus ignorer aujourd'hui . Les Capitaines
de vaiffeau & les Commiffaires préfident aux recettes
des matières néceffaires à la conſtruction , au grément ,
à l'armement des vaiffeaux , dans lequel armement font
compriſes les chofes néceffaires à la vie , à la confervation
ou au rétabliffement de la fanté des équipages &
des états-majors.
Pénétrés de l'utilité dont pourroit être un Ouvrage
dont tous ces objets formeroient la matière , & qui y
feroient traités en détail fous la forme la plus propre à
fatisfaire aux différentes vues des Lecteurs , nous nous
fommes rendus à l'invitation qui nous a été faite de compofer
un Dictionnaire univerfel & raiſonné de Marine , pour
être joint à une Encyclopédie par ordre de matières
dont plufieurs hommes célèbres s'occupent actuellement.
Les premiers Editeurs de l'Encyclopédie ont été fi mal
fervis pour l'objet de la Marine , que nous douton
134 MERCURE
pouvoir trouver beaucoup d'articles à conferver ; fi quelques-
uns font bien faits , ce font ceux donnés depuis par
M. le Chevalier de la Coudraie , Lieutenant de vaiffeau ,
actuellement retiré . Mais l'ouvrage de M. Lefcalier nous
en fournira d'excellens , particulièrement für le détail du
grément , de la manoeuvre . Nous puiferons de même
dans les meilleures fources , pour tout ce que nous ne
tirerons pas de notre propre fonds. Indépendamment
même des connoiffances que nous devons avoir par état
de la conftruction , de la Science du Pilotage , improprement
nommé Hydrographie , & de l'Hydrographie proprement
dite , notre intention eft de confulter les meil
leurs Auteurs fur ces matières , d'en exprimer le fuc ,
pour ainfi dire , de difcuter leur façon de voir , & de ne
nous décider jamais que pour celle qui aura pour elle ,
ou l'évidence , ou la plus grande probabilité. L'art de
manoeuvrer un vaiffeau , fuivant les différentes circonftances
, ne nous étant point étranger , les articles qui le
concernent feront traités d'une manière entiéremen
nouvelle , & conforme à ce qui fe pratique.
On trouvera auffi dans notre Dictionnaire tout ce qu
concerne l'invention & l'intelligence des fignaux ; des
chofes tout-à-fait neuves fur les bouffoles de mer , les
baromètres nautiques ; fur la difficulté de fonder en
pleine mer dans les mers très-profondes , même fur les
Cartes marines.
Nous traiterons chaque article dans le plus grand détail
, mais en termes de l'art , & fans aucune périphraſe ;
attendu que tous ces termes fe trouveront expliqués en
leur lieu , notre intention étant de rendre la nomenclature
très - complette. Nous joindrons cependant à la fin
de l'Ouvrage un Vocabulaire de tous les termes de Marine
, afin de faciliter la recherche de ceux dont nous
nous ferons fervis . On trouvera en tête un Difcours
préliminaire , dont l'objet fera de donner une idée générale
& méthodique de la Marine . Il fera fuivi d'autant de
Tableaux analytiques , que la Marine contient de grandes
parties , diftinctes les unes des autres . Ces Tableaux ferviront
à faire connoître dans quel ordre l'Ouvrage entier
pourra être lu , pour tenir lieu d'un Traité fuivi de la
ence de la Marine.
s citerons les Auteurs auxquels nous aurons eu
DE FRANCE. 135
recours , par juftice & pour déterminer le degré de confiance
dû à ce qu'ils nous auront fourni.
L'Ouvrage fera accompagné de toutes les figures néceffaires
à l'intelligence complette du difcours.
Quoique toutes les parties de la Marine foient fondées
fur les Mathématiques , l'Aftronomie , la Phyfique , & c.
nous n'entrerons dans aucun détail ſcientifique fur ces
objets , notre Ouvrage faifant corps avec l'Encyclopédie
par ordre de matières , où toutes ces parties feront
traitées chacune en particulier , par des hommes d'un
mérite fupérieur. Nous aurons foin feulement d'indiquer
les parties de cette Encyclopédie qu'il faudra confulter ,
pour l'intelligence des principes fur lefquels feront fondés
nos raifonnemens.
[ XXIV. ] L'ART MILITAIRE , mis en ordre & publié par
M. DE KERALIO , Major d'Infanterie , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis , de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles-Lettres , & de celle
des Sciences de Stockholm ; & quant à l'Artillerie , par
M. DE POMMEREUIL , Capitaine au Corps Royal
d'Artillerie , deux volumes in-4°.
JE me propoſe de préfenter dans cet Ouvrage le fyftême
complet de l'Art Militaire , dans l'ordre qui m'a
paru le plus fimple & le plus conforme à la nature de cet
art. Si d'un coup- d'oeil on l'embraffe tout entier , pour y
trouver ce qu'il a d'effentiel , on voit qu'il eft exercé par
les Hommes , les Armes , & la Tactique générale. Ces trois
branches principales , fubdivifées jufques dans leurs plus
petits rameaux , donnent toutes les parties qui forment
ce grand enfemble. Celle des Hommes produit le Droit
militaire public & national , le choix , l'entretien , les
exercices , la tactique particulière : celle des Armes , les
armes de main , les méchaniques ou balliftiques des anciens
, les pyroballiftiques des modernes , où l'artillerie ,
& les armes défenfives , qui font , les armures anciennes
, & les fortifications : enfin la Tactique générale , ou
l'Art de la Guerre , produit là confidération des forces
la pofition des munitions , celle de l'armée , fes mouvemens
, fes manoeuvres. On ne peut donner ici qu'une idée
très-générale d'un auffi vafte fyftême : un Tableau enc
clopédique en expofera l'enchaînement , qui fera
"
loppé dans un Difcours préliminaire , à la tête de ce Dic
tionnaire .
Chaque partie du Systême étant traitée dans cet ordre ,
il n'y en aura point qui rentrent l'une dans l'autre , & qui
foient répétées fans néceffité. Quoique tous les articles de
cet Ouvrage , devant former un Dictionnaire , foient
difpofés alphabétiquement , il ne faudra pour y trouver
un cours complet de Science militaire , que les lire fuivant
l'ordre analytique du Systême. L'expofition qui en
fera faite dans le Difcours préliminaire , fuffiroit feule
pour diriger cette lecture : mais on la rendra plus facile
encore , en donnant les titres de tous les articles rangés
dans l'ordre fyftématique fuivant lequel ils devront
être lus.
Les matériaux de cet Ouvrage feront en partie les
articles d'Art militaire , contenus dans l'Encyclopédie ,
& dans le Supplément . Plufieurs de ces articles , n'ayant
pas été faits pour tenir place dans un plan général , feront
retouchés , remaniés , divifés , ou augmentés , fuivant
qu'il fera néceffaire ceux qui manquent feront fupplées ,
& il y en a un affez grand nombre : il y a même des
parties , qui , pour n'avoir pas été vues dans l'enfemble ,
ont échappé prefque toutes entières . Telles font , le Droit
militaire public & national , la Médecine des camps &
armées ( 1 ) , l'ancienne Milice françoiſe , la Chevalerie ,
la Milice étrangère hors de l'Europe , la Tactique particulière
: & quoique la Milice grecque & romaine ait ,
ainfi que plufieurs articles de Tactique générale , été
donnée par un Militaire très-inftruit , dans le Supplément
à l'Encyclopédie , cette fubdivifion n'eft pas encore
complette. Je fuppléerai ces omiffions par les extraits
des meilleurs Auteurs qui ont traité de l'Art Militaire
; & ce travail eft déjà fort avancé. Je l'ai fait
Ipendant les années où j'étois chargé , pour cet objet , de
l'inftruction des Elèves de l'Ecole Royale Militaire. J'ai
puifé dans les fources les plus révérées ; pour le Droit
militaire , Grotius , Pufendorf , quelquefois Locke &
Montefquieu je réunis , le mieux que je peux , le texte
de ces grands hommes , & j'ofe quelquefois y joindre
des réflexions .
Cet objet fera traité dans le Dictionnaire de Médecine,
DE FRANCE. 137
Pour l'Hiftoire Militaire ancienne , Xénophon , Céfar ,
Polybe , & leurs plus favans Commentateurs :
Pour l'Art de la Guerre , le Duc de Rohan , Santa-
Crux , Montécuculi , Feuquières , Folard , le Maréchal
de Saxe , le Roi de Pruffe :
Pour l'Art de l'Ingénieur , Vauban & Coehorn , fans
négliger de faire connoître tous les différens fyftêmes :
Pour la Tactique moderne , ceux qui en ont traité
dans ces derniers tems avec le plus de fuccès . Lorfque
je les trouverai oppofés , j'expoferai , avec impartialité ,
leurs raifons ; & , s'il y en a de nouvelles qui fe préfentent
à moi de part ou d'autre , je les y joindrai .
Il n'y aura donc rien , pour ainfi dire , qui m'appartienne
en cet Ouvrage ; fi ce n'eft l'ordre , & la généralifation
des principes. Je porterai celle - ci auffi loin qu'il
me fera poffible , parce que je la regarde comme le plus
puiffant moyen de faciliter l'acquifition & l'application
de la théorie. Je joindrai à chaque article principal , les
titres des ouvrages qui en ont traité expreffément , afin
que les Militaires ftudieux puiffent y recourir pour une
inftruction plus étendue , & fe former , s'ils le defirent ,
une bibliothèque militaire .
ARTILLERIE .
L'ARTILLERIE Occupe une place confidérable dans le
ſyſtême de l'Art militaire : j'expoferai toutes les parties
qui la compofent ; j'en ferai l'Hiftoire depuis fon origine
jufqu'à nos jours ; je parlerai du point de perfection oùfon
méchaniſme a été porté dans ces derniers tems ; des
progrès qui restent à faire à plufieurs de fes parties ; des
Ouvrages & des Auteurs qui ont traité de l'Artillerie en
France , en Angleterre , en Italie . L'hiftoire du corps de
troupes affecté à fon fervice ; l'état de fes grands maîtres ;
la formation de fes écoles ; la perfection dont ils font
fufceptibles ; l'étendue des connoiffances néceffaires aux
Officiers d'Artillerie entreront dans mon plan , & tous
ces objets feront chacun traités à leur article. Tout ce qui
concerne la poudre , le canon , le mortier , l'obufier , le
pierrier , les affuts , formeront auffi autant d'articles particuliers
, où tous ces objets feront difcutés dans le plus
grand détail. Je traiterai pareillement de tout ce qui conserne
l'Artillerie de fiège & de bataille ; des batterie
138 MERCURE
& de leur conftruction ; des armemens des pièces d'ar
tillerie ; de la tactique élémentaire & générale de l'Artil
lerie ; des caiffons & charriots en ufage ; des artifices &
de leurs détails ; de la fonderie , & de tout ce qui y a
rapport ; de la fabrication des fufils & armes blanches ;
des mines , de leur invention & de leur ufage ; de la
fappe ; des équipages d'artillerie , & du parc ; de l'appro
vifionnement des places ; de l'arfenal ; des places d'armes
; d'un nouveau plan d'un arfenal , accompagné de
toutes les ufines qui feroient néceffaires à un grand établiffement
en ce genre ; des ponts militaires , & de tout
ce qui leur eft relatif. Plufieurs objets de l'Artillerie ayant
excité de grandes difcuffions , j'expoferai , avec la plus
exacte impartialité , les opinions des deux parties , & je
n'y ajouterai la mienne qu'avec les réferves & les ménagemens
qu'exigent des objets auffi importans . Des Tableaux
analytiques embrafferont toutes les parties de
cette Science , & en préfenteront l'enfemble , ainfi que la
réunion de tous les mots particuliers , à l'article général
auquel ils ont rapport.
Plufieurs Officiers de diftinction ont donné dans l'Encyclopédie
, & dans fon Supplément , des articles effentiels
& bien faits , fur l'Art militaire , le Génie ( 1 ) &
l'Artillerie : on les confervera en entier , avec leurs noms ;
& fi on fe permet d'y toucher , on ne le fera que dans
des vues qu'eux-mêmes ne pourroient pas déſapprouver.
MANEGE ET ES CRIME.
LES Arts académiques , c'eſt-à- dire du manège & de l'efcrime
, & celui de nager , entrent néceffairement dans le
Systême de l'Art militaire . Mais comme ils n'intéreſſent
pas également tous ceux qui l'exercent , on a cru plus
commode pour le Public de réunir ces trois parties , en
un Dictionnaire particulier des Arts académiques , qui
fera imprimé à la fuite du Dictionnaire militaire.
Les Militaires , & en général tous ceux qui s'occupent
des arts & des connoiffances qu'embraffe le plan de cet
Ouvrage , relativement à la théorie ou à l'Hiftoire mili-
( 1 ) M. Potot de Montbeillard , Lieutenant-Colonel d'Arerie
, eft l'Auteur de preſque tous les articles d'Artillerie
les Supplémens ,
DE FRANCE.
139
taire , font priés de concourir par leurs fecours & leurs
lumières , à lui donner plus de perfection . S'ils veulent
bien y contribuer par des Mémoires , par des Additions ,
par des Réflexions critiques fur les articles contenus dans
I'Encyclopédie & les Supplémens , ou même par la
communication de Mémoires hiftoriques , ou d'Ouvrages
publiés en pays étrangers , & peu connus en France ;
ils font priés de les faire parvenir à M. Panckoucke , rue des
Poitevins , ou à M. de Keralio , qui fe fera un plaifir de
les nommer , & de rendre à leur zèle & à leurs talens ,
toute la juſtice qui leur fera due.
[XXV. ] LES BEAUX- ARTS ; par M. l'Abbé ARNAUD ,
de l'Académie Françoife , & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres ; & M. SUARD , de l'Académie Françoife ,
un volume in-4°.
On a beaucoup écrit fur les Beaux-Arts , & perfonne
encore ne les a définis d'une manière précife & fatisfaifante.
Chez les Grecs & chez les Romains , ces Arts
tirèrent leur dénomination du premier & du plus grand
de tous les biens , la liberté . Ils furent appellés libéraux ,
parce qu'ils faifoient partie de l'éducation des feuls hommes
libres , & nous apprenons de Pline qu'ils ne commencèrent
à dégénérer que lorfque la richeffe & la faveur
commencèrent à devenir le prix de l'adulation & de
la fervitude.
A la renaiffance des Lettres , ou plutôt de l'efprit humain
,, ( car il faut regarder comme un état de mort la
longue & profonde lethargie où l'avoit plongé la domination
des barbares ) nos aïeux , pour diftinguer ces Arts
qu'ils effayoient de ranimer , d'avec les Arts groffiers &
mechaniques , leur confervèrent la dénomination qu'y
avoient attachée les Grecs & les Romains ; ils les appellèrent
encore libéraux , quoiqu'il n'y eût plus de liberté
fur la terre.
A cette dénomination qui ; comme tant d'autres empruntées
des langues grecque & latine , n'avoit plus
aucun caractère de vérité , on en joignit une nouvelle ,
beaucoup plus vague fans doute , mais beaucoup plus
jufte , plus vraie , & dont l'ufage femble l'avoir emporté
fur celui de la première. Les Arts libéraux font aujourd'hui
plus fouvent qualifiés de Beaux-Arts ; foit pa
1
140 MERCURE
qu'ils prennent leur origine dans les plus belles facultés
de notre être , la penfée , l'imagination & le fentiment ;
foit parce que leur objet eft d'embellir toutes les productions
de la nature.
Chez les Grecs & chez les Romains , le domaine des
Arts libéraux étoit beaucoup plus étendu que ne l'eft
parmi nous celui des Beaux - Arts. Il embraffoit à la fois
la Mufique , la Danfe , tout ce qui appartient au Deffin ,
la Grammaire , l'Hiftoire , l'Eloquence , la Poéfie , la
Géométrie , la Courfe , la Lutte , l'Equitation & les
divers exercices de la Gymnaftique ; mais aujourd'hui
que notre conftitution politique n'interdit ni ne commande
ces exercices à aucune claffe particulière de citoyens
, nous réduifons communément les Beaux-Arts à
la Peinture , la Sculpture , la Gravure , l'Architecture , la
Mufique & la Danfe . Nous aurions dû fans doute nommer
l'Art de la Poéfie , & même le nommer avant tous
les autres ; mais le Dictionnaire des Belles- Lettres s'en eft
emparé , & il faut avouer que dans l'état préfent de nos
moeurs & de nos idées , la Poéfie tient encore plus aux
Lettres qu'aux Arts.
De toutes les formes d'ouvrages propres à éclairer
l'efprit fur les productions du génie , fur-tout dans les
Beaux-Arts , nous ne craignons pas d'avancer que la plus
avantageufe eft celle du Dictionnaire. Cette forme a
cela de particulier & d'utile qu'elle profcrit tout efprit
de fyftême , efprit non moins funefte aux Arts qu'aux
Sciences ; le meilleur moyen de bien faire connoître les
chofes , c'eft de définir exactement les mots , ou de faire
l'hiftoire des mots lorfqu'il n'eft pas poffible d'en donner
une définition exacte & fatis faifante.
L'Art n'eft autre chofe qu'un affemblage d'exemples ,
d'obfervations & de réflexions qui , fe prêtant mutuel
lement de la force & de la lumière , éclairent , dirigent
& affurent la marche de l'efprit ; mais faire de ces obfer .
vations des préceptes inviolables , transformer quelques
réflexions fur des exemples particuliers en loix abfolues
& générales , c'eft aller contre l'intention de nos premiers
maîtres , c'eft attaquer la liberté de l'efprit humain & le
condamner à une forte d'immobilité. Ne craignons pas de
le dire , il y a beaucoup moins d'inconvénient à aban
donner le génie à lui-même , qu'à gêner tous fes mouve
DE FRANCE. 141
mens en le tenant renfermé dans des bornes trop étroites.
L'Ouvrage que nous annonçons n'a été exécuté que
d'une manière très-imparfaite dans la grande Encyclopédie
; c'est peut-être la partie la plus négligée & la plus
fautive de cet immenfe & utile dépôt des connoiffances
humaines. La Mufique eft le feul des Beaux-Arts qui y
foit traité avec l'étendue , la fuite , l'unité de principes
& de ton qu'exige le plan que nous avons tracé. La
théorie de la Science y eft exprimée avec clarté & précifion
; les principes de goût y font préfentés non-feulement
avec élégance , mais encore avec cet intérêt , cette
chaleur d'imagination fans laquelle il n'eft guère permis
de parler des effets du plus fenfible & du plus pénétrant
de tous les Arts. A l'exception de quelques articles compofés
par M. d'Alembert , cette partie eft l'ouvrage de
J.-J. Rouffeau. Le nom de ces deux Philofophes célèbres
nous difpenfe de faire l'éloge de leur travail .
Quant aux Arts du Deffin , on trouve dans les quatre
premiers volumes de l'Encyclopédie des articles excellens
donnés par un Amateur célèbre & vraiment digne
de ce nom , qui joint à la connoiffance pratique des
Arts , un goût éclairé par une longue fuite d'études &
d'obfervations , & dont les idées nettes & préciſes font
toujours rendues par un ftyle élégant & pur . A ces traits
on reconnoîtra aifément M. Watelet , & l'on a regretté
qu'il n'eût pas complété un travail fi précieux .
On trouve encore fur plufieurs parties des Beaux-Arts
quelques articles très-bien faits , épars dans les divers
volumes de l'Encyclopédie ; mais à l'exception de ce
petit nombre d'articles , compofés par des Artiftes ou
des gens de goût , tout le refte eft plein d'imperfections ,
d'inexactitudes , d'erreurs ou d'inutilités . La plupart des
Auteurs qui écrivent fur les Arts parlent une langue
qu'ils n'entendent pas eux - mêmes ; fouvent même aux
fages obfervations des vrais connoiffeurs , ils ſubſtituent
des principes dangereux & des maximes hafardées &
fauffes ; ils égarent au lieu d'éclairer , & en cela ils font
encore plus coupables que ne l'ont été les barbares , dont
la fureur aveugle fe bornoit à détruire.
Les Auteurs du nouveau Dictionnaire ne fe font pas
diffimulé les difficultés & l'étendue de l'Ouvrage qu'ils
ont entrepris , & ils en auroient même regardé l'exé
142 MERCURE
tion comme fort au - deffus de leurs forces , s'ils ne s'étoient
affurés du fecours de quelques Artiftes & Amateurs diftingués
dont ils publieront avec reconnoiffance les noms
& les bienfaits .
Ils s'empreffent de nommer ici M. Watelet , qui veut
bien confacrer fes lumières & fes travaux à la perfection
de leur entrepriſe . M. Watelet travailloit depuis longtems
à un Dictionnaire complet de Peinture , dont l'exécution
eft déjà fort avancée : animé du zèle le plus pur &
le plus défintéreffé pour les progrès de l'art & des connoiffances
, il a renoncé généreufement au projet de publier
à part fon ouvrage , & a confenti à le fondre dans
ce nouveau Dictionnaire.
Indépendamment des autres fecours que les Editeurs
ont lieu d'efpérer , ils mettront à contribution tous les
Ecrivains étrangers ou nationaux qui ont répandu quelques
lumières fur la théorie ou les productions des Beaux-
Arts. Les Ouvrages des Léonard de Vinci , des Lomazzo ,
des Vafari , des Malvafia , des Bellori , des Zanetti , des
Winkelman , des Mengs , des Reynolds , des Cochins ,
des Depiles , des Coypels , des Félibiens , des Mariettes ,
&c. font une mine féconde d'où l'on peut tirer des obfervations
auffi utiles qu'intéreffantes fur les Arts du Deffin ;
mais lier & fondre enſemble ces matériaux épars , les
attacher à des principes communs , en former une théorie
générale & uniforme , eft une entrepriſe auffi délicate
que difficile. Les Auteurs du nouveau Dictionnaire ne
peuvent à cet égard promettre que du zèle . S'ils ofent
mêler ou même oppofer quelquefois leurs opinions à
celles des gens de l'art & des connoiffeurs , ce fera avec
la modeftie & la réferve convenables à de fimples Amateurs
, qui fentent combien , dans tout ce qui eft du domaine
de l'imagination & des fens , les principes du goût
font encore vagues , incertains & mobiles.
Une des chofes les plus difficiles dans l'exécution de
ce nouvel Ouvrage , c'eft de fe renfermer dans les bornes
que leur plan leur impoſe , fans oublier aucun détail
néceffaire.
Comme , à l'exception de la Mufique & de la Danſe ,
il y a dans les Beaux-Arts une partie purement manuelle
& méchanique , on traitera les objets qui concernent
cette partie , mais feulement lorſqu'ils feront ennoblis
DE FRANCE. 143
par l'ufage qu'en aura fait l'Artifte. Toutes les opérations ,
ainfi que toutes les actions humaines , font relevées par
leur principe ou par leurs effets ; fans doute le mouvement
de la main qui , pour produire & repréfenter une
idée , broie & emploie des couleurs , pétrit l'argille ou
abat le marbre, n'eft pas plus aviliffant que l'exercice
moins pénible de l'Ecrivain , qui , pour communiquer fes
penſées , manie & conduit la plume. Tracez des idées ,
exprimez des fentimens , peignez des paffions , préfentez
des images , qu'importe l'inftrument dont vous vous
fervez ?
[ XXVI. ] LES ARTS ET MÉTIERS ' MÉCHANIQUES ;
par une Société de Savans & d'Artiftes , ( MM. ROLAND
DE LA PLATIERE , PERIER freres , FOUGEROUX DE
BONDAROY , DESMARETZ , &c. &c. ) quatre volumes
in-4°.
Il n'y a encore aucun Ouvrage , quelles que foient les
grandes tentatives faites ailleurs , où les Arts & Métiers
méchaniques foient plus complets , plus développés , &
mieux préfentés que dans l'Encyclopédie : elle en renferme
la defcription de plus de trois cens ( 1 ) ; & c'eft particulièrement
à M. Diderot que cette riche & vafte collection
des Arts & Métiers méchaniques doit fon exiftence
; elle eft , avec la partie philofophique , une des
plus brillantes & des plus étendues de l'Encyclopédie.
Leurs procédés y font en général décrits avec affez de foin
dans le texte , & expofés fous toutes leurs formes dans
des planches nombreuſes & très-foignées. Ces avantages
fi précieux ont été reconnus univerfellement , & ont
contribué à la fortune de la première Edition de cet Ouvrage.
Cependant il faut convenir que , malgré les juftes
éloges que nous venons de donner à cette partie , elle a
des défauts & des difficultés qui exigeoient une exacte
réviſion , & une nouvelle rédaction .
(1) Plufieurs Editions contrefaites de l'Encyclopédie , in-4º:
& in-8°. , ne contiennent pas la defcription des Arts & Métiers
, qui forme la partie la plus confidérable de l'Encyclopédie
, foit relativement au Difcours , foit relativement aux
Planches. Il ne faut donc pas être étonné du bas prix de ' ces
Editions ; elles contiennent trois quarts moins que l'Ency
clopédie méthodique.
1441º. Outre le vice de la confufion de matières difparates
qui fe croifent & s'embarraffent perpétuellement
dans cette immenfe collection , où toutes les Sciences &
tous les Arts font confondus pêle - mêle ; la defcription
mème de chacun des Arts y eft tellement fubdivifée &
mutilée , qu'il eft prefque impoffible de la fuivre , & de
la raffembler entièrement. Chaque volume contient des
fragmens qui avoient été oubliés ou négligés dans les
volumes précédens , enforte que le Lecteur n'eft pas même
guidé dans la recherche des divers articles de l'Art
qu'il veut connoître .
2°.Ily a un plus grand tort à reprocher aux premiers
Rédacteurs , & qu'ils n'ont pas cru devoir eux-mêmes
diffimuler ; c'eft que le texte du difcours de beaucoup
d'Arts & Métiers , ayant été compofé fans les gravures ;
& les planches n'ayant pas toutes été faites pour cette
defcription , il en résulte que les indications font prefque
toujours fauffes , & que pour y remédier il a fallu renouveller
une explication fommaire à la tête des planches,
Cette double expofition ne s'accorde pas même avec la
première , & fouvent la contredit & la détruit .
3°. On n'a pas toujours auffi recueilli les meilleurs Traités
fur chaque Art , ou confulté l'expérience la plus fuivie
& la plus accréditée ; dès-lors on a quelquefois été
induit à donner des erreurs pour des vérités , des caprices
pour des principes , & de mauvaiſes manoeuvres
pour de bons procédés.
La publication de l'Encyclopédie a réveillé l'attention
de bons Ecrivains fur les Arts & Métiers ; & depuis quel
ques années des hommes confommés dans la théorie &
la pratique de ces Arts , ont dévoilé ce qu'on appelle les
fecrets du maître ; & ont donné des développemens clairs ,
détaillés & méthodiques. On eft donc en état de faire à
préfent un Dictionnaire raifonné des Arts & Métiers ,
plus complet , plus précis , plus méthodique que celui
qui exifte dans l'Encyclopédie. Voici comment on a en
vifagé ce travail .
Chaque Art , chaque Métier , ou une branche princi
pale d'un grand Art , feront traités de fuite & fans inter
ruption , fuivant leur ordre alphabétique ; cet ordre étant
le plus commode & le plus convenable pour l'expofition
Mes Arts & Métiers méchaniques : ainfi on trouvera au
mot
DE FRANCE.
145
mot , Aiguillier , Amidonnier , &c . , tout ce qui concerne
ces Arts.
On obfervera une marche régulière dans la defcription
de chacun de ces Arts & Métiers , en paffant du fimple
au compofé , en préfentant , autant qu'il fera poffible ,
l'hiftorique , la définition , les divifions de chacun de ces
Arts , le développement graduel des procédés qui dérivent
les uns des autres , leur régime civil & politique ,
les Réglemens de Police , & un petit nombre de propofitions
, ou plutôt d'axiomes , qui en rappelleront les principes
effentiels & conftitutifs . Enfin , on terminera chacun
de ces Arts & Métiers par le Vocabulaire exact des mots
techniques qui lui font propres & particuliers .
TELS font les titres des vingt-fix Profpectus particuliers
auxquels on peut rapporter toutes les connoiffances
humaines par leur réunion , ils forment le Profpectus
général dont nous avions à donner l'Extrait ; nous
n'avons pas cru devoir fupprimer de chaque Profpectus
l'engagement que prend chaque Auteur de mettre à la
tête de la Science ou de l'Art dont il traite , un Difcours
préliminaire qui en contienne les principes , qui en foit
comme le tableau général , & une indication précife de
l'ordre dans lequel les divers articles doivent être lus
pour former un Traité fuivi & complet de chaque Science
ou dé chaque Art ; cette indication , qui , en laiffant ſubfifter
la forme utile de Didionnaire , convertit , pour
ainsi dire , ce Dictionnaire en un Traité , eft , comme
nous l'avons dit dans le commencement , un des points
effentiels qui diftingue , quant au plan , cette Encyclopédie
méthodique , & qui fait difparoître la confufion
tant reprochée à la première , & il eft effentiel de fixer
le Lecteur fur cet engagement.
2.
Quant à la forme de Dictionnaire , il falloit , comme
nous l'avons dit encore , la conferver précieufement ,
parce qu'elle feule peut faciliter & répandre l'inftruction.
Chaque Science, chaque Art ayant fon Dictionnaire particulier
,
on trouvera aifément tous les mots , pourvu qu'on
fache à quelle Science ou à quel Art ils appartiennent .
Mais un Lecteur ignorant ( & c'eſt le grand nombre )
rencontre dans fes lectures un terme de Science ou d'Are
dont il ne fait ni la fignification ni l'uſage , il ne
pas même à quelle Science ou à quel Art ce terme a
Samedi 8 Décembre 1781 . G
146 MERCURE
tient ; où le cherchera-t-il dans l'Encyclopédie métho
dique ? faudra- t-il qu'il parcoure vingt-fix Dictionnaires
différens ?
Cette difficulté étoit trop grande pour n'avoir pas été
prévenue on la fait difparoître au moyen d'un Vocabulaire
univerfel , dernier objet dont il nous reſte à
rendre compte .
[ XXVII. ] VOCABULAIRE UNIVERSEL , fervant de
Table pour tout l'Ouvrage , un volume in- 4° .
Ce Vocabulaire comprendra tous les mots contenus
dans chacun des Dictionnaires particuliers , avec le numéro
de la page , l'indication de la colonne & le numéro
du tome de l'Ouvrage ; de forte que le Lecteur qui aura
un mot à chercher dans cette Encyclopédie méthodique
, & qui ne faura pas que ce mot eft du Dictionnaire ,
foit de Phyfique , foit de Mathématiques , ou de tout
autre , en recourant à ce Vocabulaire , trouvera dans
l'inftant l'indication du tome , de la page & de la colonne
où le mot fe trouve. Ce Vocabulaire ne fera point borné
à cet ufage . Comme il y aura dans l'Encyclopédie méthodique
une foule de mots qui comprendront des détails
, dont on n'a pu faire des articles particuliers , &
qu'on ne foupçonneroit pas dans ceux qui en font mention
, le Vocabulaire les fera connoître : ainfi , dans
un article de Géographie , où l'on aura fait mention
d'un Savant , d'un Artifte , dont on n'aura pas cru devoir
faire un article à part dans le Dictionnaire hiftorique ,
faifant partie de cette Encyclopédie , on en trouvera les
mots & les renvois au tome , dans le Vocabulaire . Il en
eft de même des chofes . Si on a parlé dans un article
d'une négociation , d'un traité de paix , d'un fait remarquable
, d'une découverte , le Vocabulaire indiquera le
tome & la page où il en eft fait mention. L'ufage de ce
Vocabulaire fera fur -tout fenfible pour diverfes parties
des connoiffances humaines , dont on n'a point jugé à
propos de faire des Dictionnaires feparés , comme la
chaffe , la pêche , &c . qu'on a traité dans les Dictionnaires
d'Hiftoire Naturelle. Le Lecteur ne fauroit où trouver
ces matières , fi le Vocabulaire ne les lui indiquoit :
en eft de même du Dictionnaire des Arts & Métiers
aniques. Comme dans ce Dictionnaire chaque Art
DE FRANCE. 147
y eft traité de fuite , & qu'on a mis à la fin de la defcription
de chacun d'eux tous les mots techniques qui en
font la langue , le Vocabulaire doit les reprendre tous ,
afin que le Lecteur puiffe y recourir au befoin . Ce Vocabulaire
fera le premier tome de l'Encyclopédie métho
dique , & il eft de la plus indifpenfable néceffité .
Il fera précédé du Difcours préliminaire de M. d'Alembert
, de l'Arbre encyclopédique du Chancelier
Bacon , de celui de MM. Diderot & d'Alembert , des
diverfes Préfaces de l'ancienne Encyclopédie , & de
l'Hiftoire de ce Dictionnaire , des différentes Editions
qui en ont été faites , & de leur appréciation. On placera
auffi , au commencement de ce premier Volume ,
le Frontispice réduit de la première Edition de l'Encyclo
pédie , & les Portraits des premiers Rédacteurs ( MM.
Diderot & d'Alembert ) , jufte hommage qu'on aime à
leur rendre , & qui ne peut être mieux placé qu'à la tête
de cette nouvelle Encyclopédie .
Après ce tribut d'une reconnoiffance éternelle payé
aux Inventeurs , n'a - t - on pas le droit d'en réclamer
beaucoup auffi pour ceux qui propofent aujourd'hui de
donner au Livre effentiellement le plus utile le plus
haut degré d'utilité poffible ? facilité d'inftruction par la
voie commode de Dictionnaires , folidité & complé
ment d'inftruction par le rapprochement & la réunion
de tous les articles d'une même Science dans chaque
Dictionnaire , & par l'indication, de l'ordre dans lequel
ces divers articles doivent être lus pour former un Traité
complet ; perfection enfin de l'inftruction par la correction
de tant de fautes , par l'addition , non-feulement de
tant d'articles particuliers , mais de grands objets &
même de Sciences entières , omifes dans l'Encyclopédie.
Le Profpectus général dont nous venons de donner
l'extrait , & tous les Profpectus particuliers qui en font
le développement , & où chaque Auteur envifage fa
fcience particulière , non-feulement en elle-même , mais
dans tous fes rapports avec le plan général , mettent
le Lecteur en état de juger s'il fut jamais une entrepriſe
plus vafte , plus noble , plus utile , plus néceffaire
même , & plus digne d'encouragement à tous égards ,
que cette Encyclopédie corrigée , & rédigée par ordr
ddee matières.
G ij
148 MERCURE
AVIS DE M. PANCKOUCKE ,
Entrepreneur de cette Édition.
NE Edition complette de l'Encyclopédie , par
ordre de matières , nous a paru fi effrayante au premier
coup-d'oeil , que , quelque habitude que , nous
ayons des grandes entrepriſes en Librairie ( 1 ) , ce n'eſt
qu'après y avoir très-mûrement penfé & avoir confidéré
la poffibilité de fon exécution fous toutes les faces , que
nous nous y fommes engagés & que nous avons réfſolu
de l'entreprendre . Nous n'ignorons pas le nombre des
Editions qui exiftent de ce grand Ouvrage , les contrefaçons
qui en ont été faites chez l'étranger , la modicité
du prix de quelques - unes de ces Editions contrefaites
; mais nous favons auffi une vérité générale en
Librairie , c'eft que lorsque l'utilité d'un livre eft bien
reconnue , lorfque le goût du Public s'eft manifeftement
déclaré en fa faveur , il y a moins de rifques à le réimprimer
, que tout autre livre nouveau , dont la vente
n'auroit point encore conftaté le ſuccès , & que ce rifque
diminue confidérablement , & donne même la plus
grande efpérance de réuffire , fi le livre eft prefque refait
à neuf (2 ) , comme il en eft ici queftion , par des Ecrivains
dignes de la confiance de la Nation & du Public
éclairé ; mais pour réuffir dans cette nouvelle entreprife ,
& mériter cette confiance , il falloit la réunion de
trois objets importans & difficiles à concilier. Le premier ,
celui d'une excellente copie , & le concours de Savans
& de Gens de Lettres connus & diftingués , qui ne
puffent pas fe charger d'une partie , s'en avouer les
Auteurs ou les Rédacteurs , fans donner au Public la
certitude que le nouveau travail dont ils alloient répondre
feroit digne de lui & de l'Ouvrage. Nous oferions
affurer , d'après les engagemens que l'on a pris avec
nous , & le mérite perfonnel des nouveaux Rédacteurs ,
que cette Edition de l'Encyclopédie méthodique aura
toute la perfection que comporte l'état actuel des ' con-
(1 ) C'eft un objet de dépenfe de près de deux millions.
2 ) Cette Encyclopédie méthodique comprendra au moins
emille articles plus que l'ancienne.
DE FRANCE. 149
noiffances humaines. Le fecond objet étoit celui d'une
belle Edition , qui , quoique beaucoup moins chère que la
première , pût la balancer , l'emporter même fur elle ,
foit pour l'exécution typographique , foit pour la grandeur
& la beauté du papier ; or le Public peut juger par
le Profpectus , qui eft le modèle exact du papier , du
format , du caractère & de la juftification de notre
Edition , qu'elle réunit tout ce que nous pouvions defirer
à cet égard. Le papier que nous employons , tant pour
l'Edition in - 4° . , que pour celle in- 8° . ( dont les prix
font les mêmes ) eft du papier grand - raifin , dont la
valeur eft le double , à Paris , de celui qu'on a employé
pour l'Encyclopédie in -folio. Le caractère eft du petit
Romain , de M. Fournier le jeune , un de nos plus célèbres
Fondeurs. Nous dirons dans un inftant les raiſons
qui nous ont déterminé à ces formats , papiers & caractères.
Le troiſième objet & le plus difficile à concilier
avec les deux autres , étoit celui d'un prix modéré . Les
Ouvrages , en grand papier , font ordinairement d'un
prix double de ceux qui font imprimés fur un papier
ordinaire ; & nos volumes , quoiqu'en grand papier , &
contenant autant de matières qu'un volume in - folio de
deux cens feuilles , & du caractère cicéro de la première
Edition de l'Encyclopédie in -folio , ne feront cependant
que du prix de 12 livres pour les Soufcripteurs ; ainfi
notre Edition réunira complettement les trois avantages
qui , feuls , pouvoient en affurer le fuccès : texte excellent
, belle Edition & bon marché.
Le parti que nous avons pris étoit le feul qui pût réunir
ces trois objets. Si on eût employé de caractère de cicéro
de l'Encyclopédie in-folio de Paris , & le même papier ,
notre Edition auroit eu quatre - vingt - quatre volumes
in-4°. , au lieu de quarante- deux , ou trente- quatre volumes
in-folio de Difcours , & elle feroit revenue , avec
les Planches réduites , à plus de 1200 livres.
Ce n'eft point auffi par luxe ( car il eût été très-déplacé
dans l'exécution d'un livre qui eft d'un ufage auffi journalier
que l'Encyclopédie ) qu'on s'eff déterminé à employer
du papier grand - raifin , au lieu de celui qu'on
nomme vulgairement quarré , c'étoit le feul moyen de
réduire le nombre des volumes à moitié , en fe fervor
en même tems , d'un caractère moyen. Non -feul-
Gij
150 MERCURE
par cette combinaifon , on a eu l'avantage de renfermer
un volume in - folio dans un volume in - 4° .; mais en
diminuant le nombre des volames , on épargne la peine
& les recherches des Lecteurs.
Nous ne vendrons féparément aucun de ces Dictionnaires
encyclopédiques , parce que notre objet n'a point
été de publier des Dictionnaires particuliers de chaque
Science ou Art , mais d'entreprendre une Encyclopédie
complette par ordre de matières. D'ailleurs la plupart de
ces Dictionnaires ne font point travaillés pour être publiés
féparément ; ils feront en rapport les uns avec les
autres , ils feront compofés dans le même efprit , dans
les mêmes vues , ils auront tous une forme , une tournure
communes , qui indiqueront qu'ils font partie du
même Ouvrage ; réunis , ils compoferont une Bibliothèque
complette & univerfelle de toutes les connoiffances
humaines , & ils pourront tenir lieu dans les cabinets
des Savans & des Amateurs peu riches , d'une
multitude d'autres livres dont l'acquifition partielle leur
coûteroit le centuple de cette Encyclopédie méthodique.
Des Volumes de Planches , de leur réduction & de
leur exécution.
Le total des Planches , contenues dans les douze volumes
in-folio de la première Edition de l'Encyclopédie
de Paris & de fon Supplément , eft de 3132 ; on peut
aifément , en fe fervant d'une échelle plus petite , les réduire
à 1200 ou 2400 in -4 ° . , fans leur rien faire perdre
de leur mérite & de leur utilité , car il y a plufieurs de
ces Planches , où les objets ont une dimenfion fi confidérable
, que M. Benard , Graveur & Deffinateur , qui
eft à la tête de cette entreprife , eft parvenu quelquefois
en mettre quatre en une , fouvent . trois & toujours.
deux . On peut actuellement voir un volume entier de
Planches de cette Encyclopédie méthodique. Un feub
exemple fera juger du travail entrepris pour la réduction
de ces Planches. La Forge des ancres en contient
treize ; on les a réduites à cinq , fans facrifier aucune
vignette , aucune figure , aucun outil.
On ne fupprimera aucune des vignettes contenues
dans les douze volumes in - folio de Planches : ces vi-
, qui font en très- grand nombre ,en font le prin
DE FRANCE. 152
cipal mérite , puifqu'elles repréfentent les atteliers des
Arts & Métiers méchaniques , & les principales opérations
de chacun de ces Arts .
De la Soufcription , de fes avantages particuliers , de la
forme des Quittances , du tems de la livraison des
volumes, & des obligations de l'Entrepreneur.
Quoique nous ayons toujours rempli avec la plus fcrupulenfe
exactitude les engagemens que nous avons pris
avec le Public , cependant , comme il eft aujourd'hui plus
en garde que jamais contre toute eſpèce de Soufcription ,
nous nous croyons obligés , dans une entrepriſe de cette
importance , de lui donner toutes les affurances qui peuvent
établir une confiance réciproque , foit pour l'exécution
de l'ouvrage , conformément au Prospectus , foit
pour le tems de la livraiſon des volumes , foit pour leur
nombre , foit enfin pour fixer irrévocablement le prix ,
après la Soufcription fermée , & faire jouir les feuls
Soufcripteurs des avantages que leur procure cette
Soufcription ; en conféquence nous prenons l'engagement
le plus folemnel de rendre tous les volumes de
cette Edition exactement conformes au Profpectus , tant
pour le papier , que pour l'impreffion , le caractère & la
juftification.
Nous nous obligeons auffi à faire paroître les premiers
volumes de l'Ouvrage , au mois de Juillet de l'année
prochaine , & à publier fucceffivement deux volumes
de Difcours , ou un volume de Difcours & un de Planches
, de manière que chaque Soufcripteur n'aura jamais .
à payer à la fois plus de 24 ou 36 livres.
L'Ouvrage entier paroîtra en vingt-trois livraiſons ,
favoir ; feize livraifons de deux volumes de Difcours ,
& une de trois , ci
& fept livraifons d'un volume de Difcours &
d'un volume de Planches , ci .
35 vol
14
49 vol.
Les Soufcripteurs' de l'in- 8° . , recevront le double de
volumes à chaque livraifon . Les Planches feront les
mêmes pour l'in-4° . & l'in-8°.; on n'auroit pu les réduire
dans ce dernier format , fans leur faire beaucoup perdre
de leur mérite.
352 MERCURE
Chaque volume in- 4° . de Difcours fera pour les
Soufcripteurs de 12 liv.
Chaque volume de Planches de 24 livres.
Les feize livraiſons de deux volumes de Difcours
24 liv. , leur coûteront
Ils ne paieront la dix-feptième livraiſon ,
compofée de trois volumes de Difcours ,
que
Les fix livraifons d'un volume de Planches
& d'un volume de Difcours à 36 liv . ,
leur coûteront . · · ·
La feptième livraiſon , compofée du Votabulaire
univerfel & d'un volume de Planthes
, ne fera auffi , pour les Soufcripteurs ,
que de ·
La Soufcription .
384 liv.
12
216
24
36
TOTAL pour les Soufcripteurs (1 ) • 672
Les Soufcripteurs ne paieront auffi l'Atlas , qui fait
partie du Dictionnaire géographique ; qu'on eft libre de
prendre ou de ne pas prendre , que 16 liv. au lieu de
24 liv.
Ainfi cette Edition , par la combinaifon du format ,
lu papier , du caractère , & de la réduction des Planhes
, quoique contenant réellement treize volumes in-
(1 ) Ceux qui ont précédemment ſouſcrit pour une Encyclopédie
par ordre de matières , fous le nom d'Amfterdam & de
Liège , publiée par le fieur Deveria , ne devoient payer leur
exemplaire que 546 livres , mais c'étoit dans le cas imaginaire
bù le nombre des Soufcripteurs feroit porté à dix mille , &
encore il n'y avoit que le premier mille des Soufcripteurs qui
ouiffoit de cet avantage. Dans la Soufcription actuelle , 1º. les
avantages font les mêmes pour tous les Soufcripteurs , foit
du premier mille , foit des mille fuivans.
2. Notre Edition de l'Encyclopédie méthodique compren
Ara moitié plus de copie que celle que l'on avoit d'abord annoncée
fous le nom de Liège.
3. Au refte , ceux de ces Soufcripteurs anciens qui ne feroient
pas fatisfaits de ces nouveaux arrangemens , font les
maîtres de fe faire rembourfer de leurs avances par les per
Tonnes chez lefquelles ils ont foufcrit , & de s'adreſſer à M.
Deveria , fauxbourg S. Jacques , près du Val-de - Grace , chez
an Crainetier , à côté de la Caferne des Gardes - Françoifes ,
27 lequel on peut auffi foufcrire pour l'Encyclopédie mé
folio de Difcours de plus que la première Edition de
l'Encyclopédie in-folio , compris fon Supplément , & le
même nombre de Planches , ne reviendra cependant
aux Soufcripteurs qu'à 672 liv.; c'eft-à- dire , à-peu-près
au tiers du prix de la première Edition in-folio , puifqu'elle
ne coûte que moitié , & qu'elle eft augmentée
de plus de moitié du Difcours .
Nous promettons que l'Ouvrage fera fini & terminé
dans cinq ans (1 ) , à compter du premier Juillet de l'année
prochaine.
Quant aux volumes de Planches , ils feront chacun
de deux cens quatre - vingt -dix à trois cens Planches in-4°. ,
& entiérement femblables pour la gravure , le tirage , le
papier, aux épreuves que l'on peut voir actuellement.
La Soufcription - eft actuellement ouverte , & on paie
en fe faifant infcrire , la fomme de 36 livres. On délivre
en même tems à chaque Soufcripteur , une quittance
d'à-compte , conçue en ces termes :
Je reconnois que Monfieur
pour un Exemplaire , format
l'Encyclopédie méthodique
a foufcrit
de
& a payé la fomme de trente -fix livres , à compte
de celle de 672 liv. prix d'un Exemplaire complet.
La préfente Reconnoiffance fervira de titre , entre les
mains du Soufcripteur , pour l'affurance pendant toute
la durée du Privilège , que les engagemens de ladite
Soufcription de l'Encyclopédie méthodique feront rigoureufement
& exactement obfervés , & que le prix
de 798 1. , après la Soufcription fermée , fera exactement
maintenu.
A l'inftant où la Soufcription fera fermée , & nous
nous y obligeons expreffément pour le premier Juillet
1782 , le prix de l'Exemplaire complet , foit in -4° . , foit
in-8°. , fera pour toutes les perfonnes qui n'auront pas
foufcrit de 798 livres , au lieu de 672 livres , fçavoir ;
Chaque volume de Diſcours ,
Chaque volume de Planches ,
•
·
14 liv.
30 liv.
( 1 ) Il y a trois ans qu'on s'occupe de cette entreprife. Nonfeulement
il y a un volume de Planches gravé , mais il y a
actuellement douze volumes au moins de copie prêts à être mis
fous preffe. Il n'y a aucune partie qui ne foit très-avancée .
154 MERCURE
Les 42 volumes de Difcours , à 14 liv. 588 liv.
Les fept volumes de Planches à 30
liv. ·
TOTAL du prix pour ceux qui n'auront pas
foufcrit ,
• 210
798
Le prix de l'Atlas fera auffi pour eux de 24 liv. an
lieu de 16 livres. 1
La Soufcription fermée , à l'époque du premier Juillet
prochain , nous nous obligeons de ne pouvoir la continuer
fous quelque prétexte que ce foit , & nous prenons
cet engagement , tant pour nous , que pour nos ayans
caufe ; de forte que fi nous venions à vendre un jour
notre fonds de Librairie , nous obligerons nos Acquéreurs
, fous toutes les peines de droit , à tenir rigoureufement
le prix de 798 livres , parce qu'il nous paroît
jufte que la portion du Public qui fait une avance de fonds ,
pour favorifer une grande entrepriſe , jouiffe exclufivement
de tous les avantages propofés par la Soufcription ,
& que l'Ouvrage ne puiffe être donné au rabais & à aucune
diminution de prix dans aucun tems .
Comme Sa Majesté nous a accordé un Privilège de
quarante années , les Soufcripteurs n'ont point à craindre
auffi que le Livre fe reproduife en France pendant
ce tems , fous aucune autre forme , qui pourroit mettre
un Entrepreneur de mauvaife foi dans le cas d'éluder tes
engagemens qu'il auroit pris avec eux . Nous nous obligeons
encore pour nous & nos ayans caufe de ne point
en permettre directement ou indirectement aucune autre
Edition , dans un format différent , d'un caractère plus
petit ou plus gros , fous aucun prétexte quelconque ,
d'additions , de corrections , d'augmentations , & c.
Tous les volumes feront délivrés en feuilles , òu
brochés en carton .
La brochure de chaque volume in - 4°. , en carton , coûtera
dix fols , & chaque volume in 8 ° . , auſſi en carton , cinq
fols.
Nous ne mettrons qu'une feule reſtriction aux conditions
rigoureufes auxquelles nous venons de nous foumettre
, en annonçant que l'Edition in -4°. n'aura que
quarante-deux volumes , & celle in 8 ° . quatre- vingt-qua
Fre , & fept volumes de Planches ; nous n'avons pu faire
eftimation que d'après un travail confidérable avec
DE FRANCE.
155
le chef Graveur , & d'après les actes que nous avons
paffés avec les Gens de Lettres & les Savans , qui travaillent
à cette Edition ; or il feroit poffible qu'il y eût
quelques volumes de plus ou de moins. Dans ce cas , on
s'en tiendra compte réciproquement ; & cependant afin
que les Soufcripteurs foient bien affurés qu'on ne veut
profiter , en aucune manière , de cette indétermination
pour augmenter à volonté , comme cela eft quelquefois
arrivé , le nombre des volumes , nous déclarons que les
volumes in-4° . excédans ne pourront être que de deux
à trois volumes de Difcours & d'un de Planches , & que
fi nous fommes néceffités à un plus grand nombre de
volumes , foit de Difcours , foit de Planches , ils feront
donnés gratis aux Soufcripteurs.
POST - SCRIPTU M.
Nous joignons à la fin de ce Mercure une page in-4° . &
deux pages in-8°. Elles font les modèles exacts des formats ,
du caractère & des juftifications des deux Editions. La page
in-4° . contient en entier , ainfi que les deux pages in-8 ° . ,
une page in-folio de l'Encyclopédie de Paris , prife au
hafard, tome III , nombre 929 , & elle eft la preuve de ce
que nous avons avancé , que chacun des volumes in- 4° .
de l'Encyclopédie méthodique comprendra , de même que les
deux volumes in-8 ° . un volume in- folio de difcours de
deux cens feuilles , du caractère de la première Encyclopédie.
Le Profpectus général paroît actuellement , & fe donne
gratis aux Soufcripteurs.
·"
GRAVURES.
PORTRAIT du R. P. Louis Petit , Prêtre de l'Oratoire,
deffiné & gravé par Letellier. Prix , 1 liv. 4fols.
A Paris , chez l'Auteur , rue des vieilles Etuves Saint
Honoré , maifon d'un Boutonnier.
•
Cinquième & fixième Livraiſons des Costumes des Dignités
, contenant les Militaires de France & de Turquie , in-fol .
Prix , 9 liv. chaque Cahier. A Paris , chez Duflos le jeur
rue S. Victor , près de la Place Maubert.
156 MERCURE DE FRANCE.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ELEMENS de la Langue Angloife , ou Méthode-pratique
pour apprendre facilement cette Langue ; par M. Siret ,
nouvelle édition , revue , corrigée & augmentée , Vol.
in-8 . Prix , 1 liv. 16 f. A Paris , chez Barrois le jeune ,
Libraire , quai des Auguftins.
La vie eft un fonge , Hiftoriette orientale , traduite du
Perfan , Volume in- 12. Prix 1 liv. 4 f. A Paris , chez le
'même Libraire .
L'Art de faire le bon Cidre , avec la manière de cultiver
les Pommiers & Poiriers , felon l'ufage de Normandie , par
M. le Marquis de Chambray , Volume in- 12 . Prix , 18f.
A Paris , chez Lamy , Libraire , quai des Auguſtins.
V
TABLE.
ERS pour mettre au bas du
Portrait de Louis XVI , p. 49
La Philofophie ancienne & moderne
, 119
L'Inconféquence, Epigramme ,ibid. La Métaphyfique , la Logique & la
Enigme & Logogryphe,
Encyclopédie méthodique ,
Les Mathématiques ,
La Phyfique,
La Médecine ,
L'Anatomie &la Phyfiologie , 68 | L'Economie politique ,
La Chirurgie ,
La Chymie,
L'Agriculture ,
La Botanique ,
116
L'Hiftoire Naturelle des
raux ,
La Géographie ancienne &
derne ,
Les Antiquités ,
L'Hiftoire ,
La Théologie,
Miné- Les Arts & Métiers méchaniques ,
100
mo- Vocabulaire nniverfel ,
107 Avis fur cette Encyclopédie , 148
110 Gravures ,
112 Annonces Littéraires ,
155
156
50 Morale , 122
51 La Grammaire & la Littérature ,
59
124
62 La Jurifprudence , 127
66 Les Finances , 129
130
71 Le Commerce , 132
74 La Marine , 133
S3 L'Art Militaire , 135
98 Les Beaux- Arts , 139
143
146
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 8 Décembre ; je n'y ai rien
uvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris , le ▼
mbre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI IS DÉCEMBRE 1781 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
Aux Mânes de M. DE MAUREPAS.
A1 d'un Roi vertueux & fenfible ,
A.
Sous fon Règne tu vis les François trop heureux ;
Tu meurs fatisfait & tranquille ;
Un Dauphin t'a fermé les yeux.
( Par M. G. de Marville. )
A M. MAYER.
De l'enjoûment chantre & modèle ,
Amant léger , ami fidèle ,
Philofophe fans vaniré ,
De Voifenon il fuit les
Et court à la célébrité
traces
En badinant avec les Grâces.
(Par M. Rochet.
Nº. 50 , 15 Décembre 1781 .
H
158
MERCURE
A UNE JOLIE FILE USE.
TILLE
ELLE qu'on peint la jeune Omphale ,
Vous tirez du fufeau qui tourne fous vos doigts ,
Un lin plus précieux que le bandeau des Rois ;
Et Pallas même en vous , admire fa rivale.
Mais quoi ? votre art l'emporte ; & je fens qu'en vos
mains
Lachéfis a remis le fil de nos deftins.
(Par M. de Saint - Ange. )
A M. l'Abbé dĘ COURNAND , Auteur
du Poëme des Styles.
ARISTOT RISTOTE, encadré dans un froid commentaire ,
Repoſe en paix dans mes rayons ;
Je le lis quelquefois , & je ne l'entends guère ,
Mais je fens cependant que fes confeils font bons.
Sur la même tablette eft l'amant de Glycère:
Cet Ariftarque des Pifons
M'enſeigne l'art des vers , l'art d'écrire & de plaire ,
Qu'on retrouve dans vos Chanfons.
Oh ! celui -là , malgré maint commentaire ,
Malgré les differtations
Et les plattes traductions
Des pédans de tout fexe , on l'entend ; nous aimons
Et fa philofophic & fa grâce légère ,
DE FRANCE. 159
Et la gaîté de fes leçons...
Dans ce Code abrégé les confeils font profonds ,
Quoiqu'il ait toujours l'air d'effleurer la matière.
Auprès d'Horace eft mon Vida ,
Ce Prélat , ce Poëte aimable ›
Qui , dès mes premiers ans , me plût & me guida :
L'élégance , le goût , un génie agréable
Refpire dans les airs que fa Mufe accorda :
Il me prend par la main , & fa voix fecourable
Me conduit fur le nont où Phébus préfida ; ´
Il me place auprès des cafcades
D'Albunée & de Tivoli ,
( Comme vous parmi leş Nayades
Et les jardins de Chantilli , )
Et mon efprit , charmé de ces fcènes champêtres
Célèbre les Bergers en attendant les Dieux .
Au-deffus de ces trois Grands Maîtres
J'ai placé Defpréaux que je crois plus grand qu'eux :
Qu'il eft riche en tableaux ! que fes vers font heureux !
Et quel Législateur cite-t'on davantage ?
Toujours clair , toujours pur, fon févère langage
De fes imitateurs fera le défeſpoir.
Sur l'horifon du goût que fon éclat recule ,
Il annonçoit un jour dont nous voyons le foir.
Ce foir eft éclairé d'un brillant crépuscule ,
Il en faut convenir quand on a lu vos vers .
Le ton en eft fenti , la doctrine en eft pure ;
Et l'on voit réunis , en cent endroits divers ,
+
Hij
160 MERCURE
La grâce , la raiſon , la plus belle nature.
Je vous l'annonce , il ne tiendra qu'à vous
D'occuper bientôt une place
A côté , deffus ou deffous
De Vida , de Boileau , d'Ariftote ou d'Horace.
Ces quatre Docteurs du Parnaffe
Difent , en vous nommant : qu'il habite avec nous !
Lo bon goût , la fageffe brille
Dans les préceptes sûrs que notre élève écrit,
Il a chanté nos lois , rempli de notre efprit,
Nous ne ferons tous cinq qu'une même famille.
(Par M. Bérenger, de l'Académie de Marſeille,
Profeffeur d'éloquence au Collège d'Orléans.)
Troisième Lettre à Madame...... ou fin du
parallèle des deux genres Dramatiques.
ENCORE NCORE un peu de courage , Madame, & nous
arrivons. Je he fais fi vous êtes bien fatisfaite des
fuites de votre curiofité pour moi , quel qu'en foit
Je résultat, je crois que je n'aurai pas à m'en plaindre.
Si je fuis parvenu à vous démontrer que j'avois
raifon , l'aveu que vous en ferez me confolera du
malheur de n'avoir pas toujours été de votre avis .
Si au contraire , fur ce chapitre , je n'ai pu réuſſir à
changer vos opinions , je crois vous avoir guérie au
moins de l'envie de me demander compte des
miennes , & j'espère que vous ne vous expoſerez
plus à lire trois grandes leures en réponse à une
queftion d'une feule phraſe .
Le genre de la Comédie n'a jamais été ni aufi
DE FRANCE 161
difficile ni auffi ingrat qu'aujourd'hui , voilà ce qui
me refte à prouver. Dans la Métromanie , le Capitoul
Baliveau , éclairé par fon gros bon fens antipoétique
, dit à fon neven Damis , en parlant des
Auteurs du fiècle de Louis XIV ,
Tu m'avoûras du moins que ces rares génies ,
Outre le don qui fut leur principal appui ,
Moiffonnoient à leut aife où l'on glane aujourd'hui .
Je n'ai pas affez d'enthoufiafme pour répondre
comme le Métromane :
Le remède eft fimple ; il faut faire comme eux ;
Ils nous ont dérobé , dérobons nos neveux .
Et je me vois forcé d'avouer que je fuis abfolument
de l'avis de M. Baliveau. Je ne crois pas ,
comme on l'a déjà dit , qu'il n'y ait plus de carac
tère à mettre au Théâtre , mais je crois que tous les
caractères primitifs ont été déjà traités ; & ceux qui
nous reftent font moins faillans , à caufe d'un malque
uniforme que la polititeffe & le ton du jour ont
mis fur tous les vifages. L'exiftence de ce mafque
cft fi réelle , que nous dinons tous les jours chez un
avare fans le foupçonner même d'économie ; que
nous voyons deux époux qui fe haïffent fans nous
en douter, & que nous caufons dans un bal avec
la femme d'un jaloux , fans nous appercevoir des
inquiétudes du mari .
S'il eft vrai , Madame , que les moeurs actuelles
de la fociété aient , pour ainfi dire , effacé toutes les
phyfionomies , que dirons- nous de ce qu'on appelle
le bon ton ? Qu'il a éteint le comique du dialogue . Il
ne s'agit point ici de chercher à définir le bon ton ,
(j'ai promis d'être laconique ) ni de difcuter lon
guement fi l'on peut le braver , ou fi l'on doit s'y
foumettre aveuglément. Je crois qu'on ne peut tra-
Hiij
162 MERCURE
duire fur la scène un Perfonnage de nos jours , fans
-lui conferver le ton qu'il a dans la fociété. Le Poëte
comique eft un peintre , & ce feroitlà pécher contre
la reffemblance ; mais il n'en eft pas moins vrai que
ce bon ton a cruellement appauvri les fources du
comique. Combien de mots elle a profcrits ! & ce
font les mots qui fourniffent le plus au rire , qui ont
fubi la profcription. George Dandin , en répondant
à fon beau père , qui , pour le confoler des déportemens
de fa femme , lui fait valoir l'avantage de fa
noble alliance , lui dit très - plaiſamment : Fort bien ,
mes enfans feront Gentilshommes , & moi je ferdi
´cocu. Voilà ce qu'on n'écriroit pas , & ce qu'on auroit
tort de vouloir écrire de nos jours. Convenez
pourtant , Madame , que fi à la place du mot de
cocu , qui fait oppofition avec celui de Gentilshommes
, on mettoit quelque périphrafe , il n'y auroit
plus rien de plaifant. Ce n'eft pas , au refte , que
j'aie plus de regret à ce mot là qu'à un autre ; mais
c'eft le premier qui s'eft trouvé fous ma plume.
}
Outre la difficulté d'obferver & de peindre les
caractères , voilà donc un nouveau tyran que trouve
dans le bon ton l'Auteur comique , tyran qui n'étend
pas fa verge foporative jufques fur le Poëte tragique.
A cette tyrannie du bon ton, joignez encore le
peu de liberté qu'on laiffe au pinceau de Thalie.
Croyez- vous , Madame , que Turcaret & tant d'autres
Comédies cuffent été jouées de nos jours ? Molière
étoit fous la fauve- garde de Louis XIV. Molière
avoit fans doute les aîles du génie ; mais il
avoit auffi cette liberté finéceffaire pour les déployer.
Aujourd'hui on auroit l'un , qu'à coup-sûrson n'obtiendroit
jamais l'autre .
Oubliez un moment , s'il eft poffible , que , dès la
naiffance de l'Art Dramatique , les Auteurs fe foot
mis en poffeffion de traiter de fripons les Procureurs
, & réfléchiffez enfuite au ton actuel de la for
DE FRANCE. 163
ciété ; vous finirez , Madame , par penfer , comme
moi , qu'on auroit condamné au moins à des ratures
un Auteur de nos jours qui fe feroit avifé de dire le
premier qu'on ne peut pas être tout-à - la- fois Procureur
& honnête homme . Ces fortes de farcafmes
ne font tolérés aujourd'hui que parec que nous y
fommes accoutumés , parce qu'ils ont frappé mille
& mille fois nos oreilles . On ne manqueroit pas de
crier maintenant au blafphême ; on diroit qu'il eft
inhumain , fcandaleux , de dévouer d'un trait de
plume un Corps entier à la honte & au ridicule ; &
malheureufement cette rigidité de la cenfure eft
peut- être déterminée par le ton actuel de la fociété.
Les anciens Cenfeurs des Spectacles étoient plus
tolérans , parce que les Spectateurs étoient moins
fujets à fe formalifer. Les Rois eux - mêmes le foumettoient
à la verge de la fatire . On fait que
Louis XII en fut frappé lui préfent en plein Théâtre
, & qu'il applaudit en fortant à cette étrange
liberté. Nos Cenfeurs actuels font plus rigides
parce que le Spectateur étant plus enclin à
s'offenfer de la critique , le repos du Public exige
peut-être qu'on foit plus févère fur les traits qui peuvent
le bleffer ; mais fi cette idée eft vraie , qu'en
réfulte-t-il ? Une idée bien plus affligeante encore :
c'eft qu'à cet égard non- feulement le mal eſt réel ,
mais qu'il eft encore fans remède , & qu'on n'a
pas même le droit de s'en plaindre. Qu'attendre d'un
efprit qui , forcé de lutter contre les difficultés multipliées
de fon Art , fe voit encore chargé de chaînes
étrangères à fon talent ; qui , au moment où fa verve
eft prête à s'allumer , fe fent glacé tout-à- coup à
l'affect des cifeaux incurtriers de la cenfure , ouverts
fans ceffe devant lui ?
Vous en attendrez fans doute , Madame , des
efforts bien moins heureux. Eh bien , le Public qui
va le juger n'en fera que plus exigeant. Qu'ai-je dit ,
Hiv
164 MERCURE
exigeant? Ce mot n'exprime qu'un goût difficile :
que fera-ce fi le Public y porte un goût dépravé ?
Voilà pourtant où nous en fommes ; & je n'effacerai
point ce mot , puifqu'il eft écrit. Déjà depuis longtemps
les demi- connoiffances , fléau des Talens &
des Arts, en circulant dans les diverſes claffes de la
fociété , avoient nui au goût dramatique. Autrefois
, à la réſerve d'un petit grouppe de vieux Connoiffeurs
dont on attendoit modeftement la déciſion ,
les Spectateurs n'apportoient guères à nos Théâtres
qu'un efprit fimple & un coeur fenfible ; il ne leur
falloit pour rire que de la gaieté ; il ne leur falloit que
des chofes touchantes pour s'attendrir. Aujourd hui
ils veulent favoir pourquoi ils rient & pourquoi ils
s'attendriffent ::
or, les demi-connoiffances qu'ils ont
acquifes font une fauffe lumière qui ne fert qu'à les
égarer , en leur infpirant une confiance aveugle qu'ils
n'avoient pas : l'envie de juger leur ôte la faculté de
fentir ; chacun d'eux enfin , affez inftruit pour voir
des défauts , pas affez pour les balancer avec les
beautés , & pour établir de juftes réſultats , s'érige à
part un petit tribunal , & Dieu fait quels arrêts en
émanent ! Tels étoient depuis long - temps nos
Juges dramatiques. Aujourd'hui , Madame , une
caufe nouvelle vient d'ajouter au défordre dont je me
plains ; la pluralité des Spectacles , qui a brouillé toutes
Jes idées & confondu tous les principes. Depuis
qu'aux Boulevards & à la Foire on a vu des Scènes ,
des Pièces même faites pour réuffir * , & qui réuffiſfoient
encore plus fur ces Théâtres qui appellent
Pindulgence : les honnêtes gens y ont couru en foule.
Au lieu de ces habitués qui , n'étant jamais diftraits
Du temps que le Sage & Piron travailloient pour les
Théâtres de la Foire , fans doute on y donnoit des Pièces
faites pour réuffir ; mais c'étoient des Opéra Comiques qui
nepouvoient pas être confondus avec le genre de la Comédie,
DE FRANCE. 165
des principes de nos grands Maîtres , favoient toujours
en faire une jufte application ; les Spectateurs
actuels de la Comédie Françoife fréquentent avec un
égal empreſſement la Foire & les Boulevards. Ce
même homme qui vient juger dans ce moment une
grande Comédie , fredonne encore une Ariette ou
récite un Calembourg; & comment voulez - vous
qu'un pareil juge , s'il peut à peine prétendre au
titre de demi - connoiffeur , fafle la diftinction
des genres , l'application des divers principes
dramatiques ? N'eft -il pas à craindre qu'il ne trouve
froid ce qui n'eft que raiſonnable ? Elt-il bien sûr
qu'il ne defirera pas à la Comédie Françoiſe ce qu'il
vient d'applaudir ailleurs , & qui ne pouvoit être
applaudi qu'ailleurs ? Ne rifque- t-il point d'approu
ver au Théâtre des Tuileries ce qui ne convient qu'à
ceux de la Foire ? Enfin, par l'habitude de voir tout
fans réfléchir à rien , ne s'expofe -t il pas au dauger
de confondre tout ?
Un obftacle des plus récens qui s'oppofe au fuce
cès des Auteurs comiques , c'eftune grimace de philofophie
& une manie de fentiment qui fe font ré
pandues dans le Public , & qui font qu'il s'indigne
au moindre trait de dureté qu'on mer dans la bouche
d'un Perfonnage , quoique ce trait convienne parfai
tement au caractère du Perſonnage. Cette obferva
tion , Madame , va peut être vous fembler d'abord
étrange & paradoxale ; mais j'espère que vous l'ap
prouverez par la réflexion. La Philofophie reflemble
à ces alimens qui ne conviennent point à toutes
fortes d'eftomachs. Ses principes , fi facrés pour l'hu
manité , demandent des efprits juftes , qui fachent
les modifier & les appliquer felon les temps & les
lieux : comme elle fait les fages , elle fait auffi des
finges & des grimaciers.
Dans une Parodie' , l'Héroïne croyant voir l'ombre
de fon Amant qui vient lui reprocher un hymen
Hv
166 MERCURE
qu'elle a contracté malgré elle , allégue pour l'appaifer
la violence de fon père : Ah! ne m'étranglepas,
lui dit-elle en tremblant , c'est mon père qui a tout
fait ; & dans l'excès de fa frayeur, elle ajoute fort plaifamment
en chantant : Va- t-en , chère ombre , étran
gler mon père. Eh bien , Madame , j'ai vu partir à ce
trait une huée d'indiguation : comment , fe difoient
fans doute tout bas ces délicats Spectateurs , une
fille qui veut qu'on aille étrangler fon père ! quelle
horreur ! Pour moi , qui ai toujours été tout auſfi
bon fils qu'un autre , j'ai ri de cette boutade comique
, très - convenable au genre & à la fituation ;
mais le fcrupule de ceux qui s'en indignoient avoit
un côté fpécieux , même lovable , & if devoit être
adopté par des perfonnes plus timorées qu'inftruites,
même par des gens éclairés qui préféreroient encore
à une réputation de goût un air de philofophie & de
fenfibilité. Tous les jours chez Molière , ce Peintre fi
énergique , je vois des traits de vérité exciter les
mêmes murmures . Cette maladie devient épidémique
; les perfonnes les plus raifonnables font entraî
nées par le grand nombre ; on ne fe rend pas compte
du motif que je viens d'énoncer , mais il n'en eft pas
moins réel ; & la preuve que cette délicateffe n'eft
que grimace d'un côté , & fottife ou facilité de
l'autre , c'eft que le moment où le Public eft devenu
fi délicat , eft celui même où il voit avec tranſport
entaffer für la Scène les atrocités les plus révoltantes,
le moment où le noir Crébillon touche à l'inftant de
nous fembler froid & doucerenx. ·
On peut encore attribuer ce penchant du Public
à s'indigner contre un trait de peinture énergique , à
ce mafque uniforme dont j'ai parlé , & quela politeffe
a mis fur tous les vifages . Accoutumé à vivre dans
le monde avec des hommes maſqués , on ne ſe fait
pas ailément à voir tomber leur mafque fur la
Scène . Vous fentez , Madame , combien cette difpeDE
FRANCE. 167
fition eft meurtrière pour l'Art de la Comédie ! que
de caractères par- là fe trouvent exclus de la Scène
comique ! Comment , par exemple , y faire paroître
l'impoli ? Chaque groffièreté qui échapperoit au Perfonnage
feroit mife fur le compte de l'Auteur , que
l'on condamneroit à coup sûr comme coupable de
mauvais ton. On auroit tort , me direz-vous en raifonnant
avec moi ; peut- être même me dira - t - on ,
cela n'eft pas poffible ; mais j'ai affez obfervé les
mouvemens du Public affemblé pour garantir la vérité
de cette aſſertion , & peut être les perfonnes qui
la rejetteront en me lifant, feroient elles des premières
à murmurer au Théâtre contre le caractère dont je
viens de parler. On fouffre Freport & le Bourru
bienfaifant ; mais remarquez , je vous prie , que çes
Perfonnages avec un mot groffier font toujours marcher
une bonne action qui intéreffe ; remarquez
enfin que chez eux la bienfaifance fait excufer l'impoliteffe,
& que l'impoliteffe ne fert qu'à relever la
bienfaifance.
Avouez maintenant , Madame , que c'eſt un être
intéreffant qu'un Auteur comique. Cependant fivous y
tenez encore , je vous pardonne fans peine votre pré-
: dilection pour fon rival . Amafer l'efprit des Belles eft
un beau privilège fans doute , intéreffer leur coeur
eft un bien plus doux emploi ; l'un obtient vos applaudiffemens
, l'autre a prefque des droits à votre
reconnoiffance. Le Poëte tragique a fait couler de
vos beaux yeux des larmes délicieufes ; vous en gardez
un long fouvenir , & fi luj -même vient s'offrir à
vos regards , il doit rappeler en vous & renouveler
de douces émotions ; mais fi fon fort eſt mérité , pardonnez-
nous au moins de lui porter envie.
Je ne finirai point, Madame , fans vous expofer
un autre motif de découragement qui de nos jours
eft réferé fur-tout au Poëte comique , & auquel
très-affurément vous êtes loin de vous attendre ; c'eft
H vj
168 MERCURE
la manie des calembourgs. A ce mot je crois vous
entendre , Madame , interrompre la lecture de ma
lettre par un long éclat de rire , & demander quel
rapport ont les calembourgs avec le Poëte comique.
Le rapport le plus funefte. Ignorez - vous que notre
Parterre avec un calembourg peut renverser un
grand Ouvrage ? Et quelle langue & quelle nation
furent jamais plus fécondes en calembourgs ? La
langue françoife eft fixée depuis long- temps , c'eftà-
dire , que depuis un temps infini les mêmes mots
reviennent fans ceffe à la bouche du même peuple
pour exprimer fes fenfations & fes idées. Nombre
d'expreffions ont été appliquées & le font tous les
jours à de nouveaux rébus , à de miférables pointes ;
qu'en arrivera-t- il ? Si l'une de ces expreffions vient à
fe montrer fur la Scène , comptez fur un fou -rire
qui va gagner tout le monde , excepté l'Auteur ;
Car il voit fouvent enterrer à ce bruit-là toutes fes
efpérances de fortune & dé gloire. Or ces rébus , ces
calembourgs fe multiplient à chaque moment , fi
bien qu'il ne restera bientôt plus de langue pour
le Poëte comique.
Enfin , Madame , me voilà au bout de ma carrière.
En quittant la Cour de Thalie il a fallu vous
dire pourquoi. Je l'ai dit affez longuement ,
finon pour vous perfuader , au moins pour vous
apprendre à m'en croire une autre fois fur ma
parole. Je fais que votre jeune parent eft tenté d'entrer
dans cette carrière ; c'eft à vous de voir fi
Vous devez lui cacher ou lui communiquer notre correfpondance.
Toute réflexion faite , Madame , je
crois que vous pouvez la lui montrer fans craindre
de le décourager . S'il a déjà la paffion de la gloire , il
eft incurable. L'amour de l'immortalité eft une folie
fans doute , mais c'eft la plus opiniâtre , comme elle
eft la plus refpectable ; car c'eft à elle que nous devons
les plus brillantes actions & les plus grandes vertus.
DE FRANCE. 169
Si vous repréſentez à notre jeune Candidat les dangers
qu'il va courir , il vous dira qu'à la première chûte
il prendra le parti de la retraite ; & à fa première
chûte , il redoublera d'efforts pour rentrer dans la
lice. Vous fentez , Madame , qu'on ne doit pas
craindre de décourager par des confeils celui qu'un
tel revers ne fait qu'enhardir. Pour moi , à qui la
Nature avoit donné non pas plus de raifon qu'à un
autre , mais bien moins d'amour pour la gloire , je
n'ai pas befoin d'être inftruit par plufieurs naufrages ;
& je ne conçois pas corament , lorsqu'on eft au port ,
on peut le réſoudre à le quitter.
J'ai l'honneur , & c.
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eft la Barbe ; celui
du Logogryphe eft Tombeau , où l'on trouve
tombe.
É.NIGM E.
JE fuis une
production
De diverſes couleurs , mais de même figure ,
Changeant , felon les lieux , & de fexe & de nom ,
Sans pourtant changer de nature.
Lecteur , tu feras curieux
De favoir où le fort me place ; ·
L'été comme l'hiver , tu me vois dans la glace ,
Et je t'accompagne en tous lieux.
( Par M. Pruadere de Saint- Girons. )
170 MERCURE .
LOGOGRYP H E.
C'EST avec quatre pieds que je fuis corps folide ,
Objet de maint problême & fait en pyramide.
N'en retranchez aucun ; retournez -les trois fois ,
Et je ferai l'hymen , un élu , plus un poids.
( Par M. le Baron de Walbert. Y
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MAXIMES & Réflexions Morales
extraites de la Bruyère. A Paris , chez
Pilot , Libraire , Quai des Auguftins ,
& chez les Libraires du Palais Royal .
in- 12 . petit format. Prix , 3 liv. 3
LA première penfée des Lecteurs fur ce
Recueil intéreffant, fera peut- être un reproche.
Pourquoi un extrait de la Bruyère, dirat'on
? La Bruyère n'a pas écrit plus de deux
petits Volumes , & il y abien peu de chofes
qu'on voulût retrancher dans fon Livre. Cela
eft vrai . Mais l'on doit confidérer que cet
extrait ne détruit pas le Livre , qu'il n'en
affoiblit ni la réputation ni le mérite. Fout
n'eft pas excellent dans les excellens Écrivains
même , & l'on aime à trouver réunis
les plus beaux fruits du génie , Loin de lui
DE FRANCE. 171
être injurieux , ce choix , dans fes productions
, lui affure un culte plus vif & plus habituel.
C'est avec ces Recueils que l'homme
de goût charme fes loifirs , qu'il interrompt
fes travaux , délaffe ou ranime fon efprit ;
c'eft dans ces Recueils qu'il goûte ce qu'il y
a de plus délicieux dans l'utile & le noble
plaifir de la lecture. Les Lecteurs délicats ont
toujours defiré des Livres du genre de celui
que nous annonçons ; mais trop fouvent les
efprits les plus grofiers fe font chargés de
remplir ce voeu des efprits délicats. Aujourd'hui
cette fonction du bon goût a été
remife en de dignes mains. En lifant cet extrait
, en le comparant au Livre entier , on
remarque avec quel heureux tact le choix a
été fait. Il y a de très- belles chofes dans le
Livre qui ne font pas entrées dans le Recueil
; mais c'eft qu'on ne vouloit faire
qu'un petit Volume, & il falloit mettre de
la diverfité dans les beautés même; il falloit
fur -tout conferver de ces chofes moins faillantes
, mais qui lient entre elles les beautés ,
les préparent & les relèvent. A ce mérite
d'un choix fi bien entendu , ce Recueil joint
encore celui d'une exécution typographique
de la plus grande correction & du meilleur
goût. Ce Recueil fait partie de la Collection
que M. Didot enrichit tous les ans de plufeurs
volumes.
Sous le titre modefte de notice , ontrouve
à la tête de ce Volume un morceau fur la
Bruyère , qui rappelle un morceau pareil de
172 MERCURE
la même plume fur la Rochefoucault , &
un autre fur Madaine de Sévigne. On y reconnoît
ce goût délicat , cette implicite elégante
du ftyle , & ce complément de jufteife
dans les idées , qui fouvent en diffimule
l'étendue & la fineffe , à force de nettete & de
précision.
Ce morceau très - court , mais très - bien
fair , nous paroît deftiné à une gloire authi
touchaute que flatteufe ,, celle de mettre
enfin à fa place un grand Écrivain , jufqu'ici
très - peu apprécié. Perfonne encore n'avoit
compté la Bruyère parmi les premiers genies
de notre Littérature . Il est étrange avec
quelle indifference Voltaire en parle dans
l'article qu'il lui a accordé dans la like des
Écrivains du fiècle de Louis XIV . Le Marquis
de Vauvenargues eft prefque le feul de
tous ceux qui ont parlé de la Bruyère , qui
ait bien fenti ce talent vraiment grand &
original. Mais Vauvenargues lui-même n'a
pas l'eftime & l'autorité qui devroient appartenir
à un Écrivain qui participe à la fois
de la fage étendue d'efprit de Loke , de la
penfée originale de Montefquieu , de la
verve du ftyle de Pafcal , mêlée au goût de
la profe de Voltaire , il n'a pu faire ni la
réputation de la Bruyère ni la fienne. Il me
femble que le genre même du Livre de la
Bruyère , en le portant tour de fuite à la plus
grande célébrité , devoit reculer pour lui le
moment d'une admiration égale à fon mérite.
Son Livre fourniffoit à la malignité une
DE FRANCE. 173
ample matière d'allufions & d'applications ,
& rien ne fait fortune comme les Livres que
la malignité adopte. Son Livre n'avoit de
modèle ni pour le plan , ni pour l'exécution
chez les anciens. Cela embarraffoit
fort , pour le claffer , les Gens de Lettres qui ,
fans s'en douter , font toujours un peu menés
par les routines. D'un autre côté , il peignoit
fon fiècle , il peignoit des objets dont on étoit
environné dans la fociété , & fur- tout il avoit
rempli fon Livre de portraits. Comment
s'imaginer qu'un Peintre de portraits pût être
un homme fublime ? La Bruyère & La Fontaine
, qui du refte n'ont rien de commun ,
fe font reffemblés en ceci ; la petiteffe de
leurs fujets & un talent fans modèle ont ,
pendant long- tems , trompé ou dérouté leurs
juges.
J'oferai auffi prendre part à cette juftice
rendue enfin à un grand homme; je mêlerai
quelques réflexions à celles de l'Éditeur. J'éleverai
des doutes fur quelques - unes de fes
idées ; fur d'autres, je m'étendrai davantage : je
reconnois avec plaifir que c'eft tout ce que
me laiffe à faire un écrit où l'on ne pouvoit
tout dire , mais où il me femble que
l'on a tout apperçu.
L'Editeur commence par raffembler le
peu de faits que l'on connoiffe fur la perfonne
de la Bruyère. « Il venoit d'acheter
» une charge de Tréforier de France à Caen ,
lorfque Boffuet le fit venir à Paris pour
23
174
MERCURE
enfeigner l'Hiftoire à M. le Duc , & il
" efta jufqu'à la fin de fa vie attaché au
» Prince en qualité d'homme de Lettres.
» Il publia fon Livre des Caractères en
» 1687 , & fut reçu à l'Académie Françoiſe
" en 1693. "
و د
و د
.
» On ne connoît rien de la Famille de la
Bruyère , continue l'Editeur , & cela eſt
" fort indifférent ; mais on aimeroit à ſavoir
» quel étoit fon caractère , fon genre de
» vie , la tournure de fon efprit dans la fociété,
& c'est ce qu'on ignore auſſi .
ود
"
23
"
» Peut- être que l'obfcurité même de fa
» vie eft un affez grand éloge de fon caractère.
Il vécut dans la maifon d'un Prince ;
» il fouleva contre lui une foule d'hommes
» vicieux ou ridicules , qu'il défigna dans
30 fon Livre , ou qui s'y crurent defignés ; il
» eut tous les ennemis que donne la fatyre ,
" & ceux que donnent les fuccès ; on ne le
» voit cependant mêlé dans aucune intri-
" gue , engagé dans aucune querelle. Cette
» deftinée fuppofe , à ce qu'il me ſemble ,
» un excellent efprit , & une conduite fage
" & modefte. »
" Il me femble que fi quelque chofe pouvoit
dédommager de cette ignorance abfolue
fur le caractère & les moeurs de la Bruyère,
ce feroit cette conjecture fi jufte & fi noble.
Mais comment le réfoudre tranquillement
à ne rien connoître de la perfonne d'un des
meilleurs Moraliftes & des plus admirables
DE FRANCE.
175
Ecrivains Tous les Grands Hommes du
beau fiècle où il a vécu , nous font parvenus
avec les principaux détails de leur vie ,
comme avec les titres de leur gloire. Nous
pouvons les comparer à leurs Ouvrages &
les y reconnoître . Pourquoi la Bruyère a- t'il
une deftinée fi differente ? Il n'eft pas aifé de
le concevoir. Il n'y a donc qu'un feul monument
où l'on puiffe chercher quelque image
de cet Ecrivain , & c'eft dans fon Livre
même. Celui qui n'écrit que des Ouvrages
dramatiques peut fort bien ne pas y mettre
l'empreinte de fon ame. Obligé de faire parler
& agir des perfonnages , derrière lefquels il
doit toujours fe cacher , il adopte tour-àtour
le vice & la vertu ; à chaque inftant il
change de formes & de paffions. On peut
croire du moins qu'il n'y a rien.qui lui appartienne
en propre dans cette fucceffion &
cette variété de fentimens dont il fait s'af
fecter. Un Moralifte peut moins cacher fon
ame : on la juge fur les principes qu'il profelle.
Et s'il fe jouoit au fond de fon coeur
de fes propres maximes , fa coupable indifférence,
fon hypocrifie plus coupable perceroient
malgré lui au travers de l'exagétation
de fes idées & de la fauffe chaleur de fon
ftyle. La morale qui eft fortie du coeur a un
accent particulier auquel on ne fe méprend
pas. Qui pourroit fe refufer au plaifir d'honorer
l'ame de la Bruyère dans une foule de
traits de fon Ouvrage ? Je m'autoriferai ici
d'une de fes plus belles penfées : Il y a ,
176 MERCURE
dit- il , un goût dans l'amitié auquel ne peuvent
atteindre les hommes nés médiocres. Je
dirai de même il y a une nobleffe , une
fierté , une délicateffe dans quelques vues
morales , dans quelques fentimens qui ne
font pas à la portée des ames viles & fauffes.
Il eft doux de penfer qu'il y ait dans la phi-
Jofophie & dans l'éloquence, des beautés réfervées
au génie , qui ne s'élève & ne s'enflamme
que par la vertu & pour la vertu.
Je me plais à recueillir ici les traits de la
Bruyère qui me font le mieux préſumer du
fond de fon coeur.
»
Quelle profonde humanité dans cette penfée
! Il y a des misères fur la terre qui fai-
» fiffent le coeur : il manque à quelques-
» uns jufqu'aux alimens ; ils redoutent l'hi
" ver ; ils appréhendent de vivre. L'on
» mange ailleurs des fruits précoces ; l'on
force la terre & les faifons pour fournir
à fa délicateffe. De fimples Bourgeois ,
feulement à caufe qu'ils étoient riches ,
» ont eu l'audace d'avaler en un feul mor-
» ceau la nourriture de cent familles. Tienne
qui pourra contre de fi grandes extré
mités , je me jette & me réfugie dans la
» médiocrité . »
95
"
ود
Sa fenfibilité ne fe contente pas de gémir
& de s'indigner en contemplant le fort des
malheureux ; elle lui diete les plus belles ,
règles pour une bienfaifance active.
"
C'eft, affez pour foi d'un fidèle ami ;
" c'eft même beaucoup de l'avoir rencontré.
DE FRANCE. 177
» On ne peut en avoir trop pour le fervice
» des autres.
93
Ecoutons comment il fait aimer.
cc
Être avec les gens qu'on aime , cela
fuffit rêver , leur parler , ne leur parler
» pas , penſer à eux , penfer à d'autres ob-
» jets , mais auprès d'eux , tout eft égal. »
Il ne fait pas moins bien regretter les amis
que les aimer.
•
"
Il devroit y avoir dans le coeur des four-
» ces inépuisables de douleurs pour de certaines
pertes . L'on pleure amèrement , &
» l'on eft fenfiblement touché ; mais l'on eft
» enfuite fi foible & fi léger , que l'on fe
» confole. » Ainfi cette ame, pénétrée de fes
regrets , fe plaint à la Nature de ce qu'elle
lui a accordé des moyens de fortir de fa
douleur
Il lui appartient bien auffi d'être le Législateur
de la bienfaifance & de la reconnoif-
Lance.
« Il vaut mieux s'expofer à l'ingratitude
» que de manquer aux miférables .
"3
» Si l'on a donné à ceux que l'on aimoit ,
quelque chofe qu'il arrive , il n'y a plus
» d'occafions où l'on doive fonger à fes
» bienfaits.
A
Il y a du plaifir à rencontrer les yeux de
» celui que l'on vient d'obliger.
» Celui- là peut prendre , qui goûte un
plaifir auffi délicat à recevoir , que fon
» ami en fent à lui donner.
"
» Une grande reconnoiffance emporte
178 MERCURE
►
» avec foi beaucoup de goût & d'amitié
» pour la perfonne qui nous oblige .
33
Fofe dire que l'efprit tout feul n'eût pas
trouvé ces maximes des belles ames . Elles
naillent de nos propres fentimens. Il me
femble que là Bruyère nous donne ici des
leçons fur un bonheur qu'il avoit fouvent
goûté. En traçant ces belles maximes , il penfoit
fans doute aux perfonnes qui les lai
avoient infpirées . Ceux qui font dignes de
les adopter , favent auffi pour qui ils les recueillent
dans le fond de leur coeur.
: Ce n'eft que dans les belles ames que naif
fent les fentimens les plus aimables . D'autres
ames peuvent éprouver toute la violence
des paffions : elles feules en connoiffent
la grâce. Je demande fi l'on a jamais
inieux exprimé tout ce qu'il y a de plus enchanteur
dans l'amour que dans cette penſée ?
" Si j'accorde que dans la violence d'une
grande paffion on peut aimer quelqu'un
plus que foi-même, à qui ferai -je plus de
plaifir à ceux qui aiment ou à ceux qui
font aimés ? »
ود
و د
و ر
و د
Ce font les grâces les plus fenfibles qui
ont tourné cette charmante penfée .
Mais peut- être la vertu que la Bruyère
montre le plus eft ce courage d'un Ecrivain
fier & généreux qui prend à partie tout ce
qui outrage la vertu & les talens , tout ce qui
opprime l'humanité , tout ce qui afflige le
malheur. Il femble qu'il n'ait écrit que pour
ces grandes vengeances. Dans plufieurs enDE
FRANCE. 179
droits de fon Livre , il ofe fe rendre à luimême
une belle juftice. On fent particulièrement
que c'est lui- même qu'il peint dans le portrait
du Philofophe , dont il oppofe la tendre
popularité à la dédaigneufe infenfibilité du
riche . « Je vais , Clitiphon , à votre porte ,
» & c. » Celui qui ofoit donner de lui - même
cette image, devoit être sûr de ne l'avoir jamais
démentie. Je regrette que l'étendue de
ce morceau , qui eft un des plus fublimes de
l'Ouvrage , ne me permette pas de le citer
tout entier. Je dois me preffer de revenir à
la notice.
ور
-99
ود
" On peut confidérer la Bruyère comme
Moralifte & comme Ecrivain. Comme
" Moralifte , il paroît moins remarquable
" par la profondeur que par la fagacité.
Montaigne , étudiant l'homme en foi-
» même , avoit pénétré plus avant dans les
principes effentiels de la nature humaine.
" La Rochefoucault a préſenté l'homme
» fous un rapport plus général , en rappor-
» tant à un feul principe le reffort de toutes
» les actions humaines. La Bruyère s'eft attaché
particulièrement à obferver les diffé-
» rences que le choc des paffions fociales ,
les habitudes d'état & de profeffion établiffent
dans les moeurs & la conduite
» des hommes . Montaigne & la Rochefou-
» cault ont peint l'homme de tous les temps
& de tous les lieux ; la Bruyère a peint le
Courrifan , l'homme de Robe , le Finan-
» cier , le Bourgeois du fiècle de Louis XIV .
ور
و د
و د
880 MERCURE
"
"
» Peut-être que fa vue n'embraffoit pas un
grand horizon , & que fon efprit avoit
plus de pénétration que d'étendue. Il s'attache
trop à peindre les individus , lors
» même qu'il traite des plus grandes choſes.
» Ainfi , dans fon Chapitre intitulé : Du
» Souverain ou de la République , au milieu
» de quelques réflexions générales fur les
principes & les vices du Gouvernement ,
» il peint toujours la Cour & la Ville , le
Négociateur & le Nouvellifte . On s'atten-
» doit à parcourir avec lui les Républiques
» anciennes & les Monarchies modernes ; &
» l'on s'est étonné , à la fin du Chapitre , de
» n'être pas forti de Verfailles. »
و ر
99
"
Cet apperçu me paroît en général d'une
vue jufte & élevée ; mais je ne puis en admettre
toutes les idées fans quelques reftrictions.
J'avoue que , dans le Chapitre du
Souverain & de la République , la Bruyère
eft refté bien loin des grandes idées en politique
& en légiflation que ce Chapitre promettoit.
Je crois même qu'il n'a aucun droit
à cette grande partie de la gloire d'un Philofophe.
Il n'a effentiellement été que l'ob
fervateur de fon fiècle. Auffi eft- ce là le prin
cipal objet & le titre même de fon Livre ;
mais dans ce cercle d'obfervations & de
méditations où il s'eft renfermé , ne s'eft-il
pas montré un efprit fupérieur , un grand
Moralifte ? Son regard a embraffé tout le
fpectacle de la fociété dans une grande Monarchie,
& dans un fiècle refplendiffant de
luxe
DE FRANCE. 181
luxe & de génie. Tous les rangs , toutes les
conditions , tous les ridicules , il a prefque
tout vu , tout faifi , tout peint , tout jugé.
Son Livre est un tableau continuel ; dans
ce tableau il reproduit toute la vie eivile ,
& toujours dans une forte d'action. Il
voit tout , il peint tout en détail , il eft
vrai ; & peut - être le peintre de la fociété
doit-il toujours procéder ainfi : la vérité
pour lui dépend de la fidélité , & même de
la multitude des nuances. Auffi on peut obferver
dans la Bruyère , que toute la vivacité ,
toute la richeſſe , tout l'effet de fes peintures
tiennent au foin & à l'habileté avec lesquels
il a traité tous les détails . Mais , comme tous
les grands peintres , il remonte toujours au
type fondamental de tous les portraits . Il peint
un Courtilan , un Bourgeois , l'Homme
d'épée,l'Homme de robe, le Parvenu , le Nouvellifte
, &c.; mais c'eft toujours l'homme qu'il
montre fous cette enveloppe accidentelle ;
il faifit toujours dans le coeur- humain la paffion
analogue au vice focial qu'il décrit ; c'eft
elle qui agit fecrètement fous toutes ces
formes particulières ; elle fort de tous côtés
dans fes figures ; elle en fait la vie & le
mouvement. D'ailleurs , la Bruyère a mêlé
à fes peintures de moeurs des principes &
des leçons de morale ; & fes réflexions en
général ue font ni moins variées ni moins
belles ; c'est donc effentiellement fur la
partie philofophique de fon Livre qu'il
No. 50, 15 Décembre 1781. I
182 MERCURE
faut l'apprécier comme Moralifte. J'avoue
que , fidèle à fon plan de peindre plutôt
le monde que l'homme , il fe détourne
affez fouvent de ces grands apperçus , de ces
vaftes développemens qui font plus fréquens
, non pas dans Paſcal , dont la puiffante
raifon n'a vu l'homme qu'avec une
haine auftère , & dont l'éloquence , plus
puiffante encore , lui a fait une guerre
fublime ; uon pas dans la Rochefoucault
qui n'a vu dans le coeur humain qu'ur
feul principe qu'il a mal faifi ; non pas
dans Duclos , dont l'efprit jufte & fin a plus
généralifé fes obfervations , fans les avoir
rendues ni fi énergiques ni fi vaftes ; mais
daus Montagne , dont le génie , libre & fort ,
a vu tant d'objets dans l'étude de lui-même;
mais dans Vauvenargues , qui avoit autant
de netteté que d'élévation dans la pensée, &
à qui il n'a manqué peut- être que de la
fanté & une plus longue vie pour mériter une
gloire égale à celle de fes plus illuftres cou
temporains. Le génie de la Bruyère le porte
cependant affez fouvent dans ces grandes
penfées ; & loin de s'y trouver déplacé , il
ne s'y montre au- defous de perfonne. Ses
Chapitres des Ouvrages d'efprit , des fem
mes , du coeur , des jugemens , & fur tout
celui de l'homme, offrent un grand nombre
de hautes & vaftes idées. Dans le dernier ,
a quatre pages fur l'enfance qui fontde la
plus fublime philofophie. On voit quec'est
107
elle
&
Of
DE FRANCE. 181
plutôt par choix que par impuiffance qu'il
n'a pas plus approfondi les pafiions , les facultes
& les deftinées de l'homme. On le
voit encore dans fes tableaux du monde &
de fon fiècle. Quelle fagacité ! quelle juftelle !
quelle richeffe & quelle énergie n'offrent- elles
pas ! Un caractère , fous fon pinceau , fort
net & entier : on en a déjà vu l'original ; ou
bien on le rencontrera un jour. Ses penſées
font des révélations qu'il vous fait de ce qui
s'eft paffé dans vous même , ou de ce que
vous auriez pu appercevoir chez les autres.
Il ne dit ni plus ni moins que la chofe . Rien
d'obfcur , rien d'indécis chez lui ; il a toujours
vu ou fenti , & la vérité qu'il énonce eft
complette & évidente . Voilà ce que j'admire
dans l'Ouvrage dela Bruyère , & ce qui me faic
voir en lui un efprit du premier ordre & un
grand Moralifte. Je ne dérange rien dans la
gloire des hommes de génie qu'on lui oppofe
ici pour lui faire une place , mais j'ofe
dire qu'il ne doit pas être exclu de ce genre
de gloire. S'il y a un moindre droit , c'eft
l'objet de son Livre qu'il faut en accuſer.
Dans ce point j'ai encore plus pour contradicteur
le M. de Vauvenargues que l'Editeur;
& c'étoit une nouvelle raifon pour moi de
donner quelqu'étendue à la difcuffion de mon
avis , & c'en eft encore une de m'en défier
après l'avoir motivé. Peut-être qu'au fond
l'Éditeur ne diffère pas beaucoup de ma mamère
de penfer : La Bruyère avoit , dit- il's
I ij
184
MERCURE.
plus de fens que de philofophie. Sur certaines
chofes il a manqué en effet de philofophie
jufqu'à croire à la magie . De fon temps les
plus grands génies avoient encore une grande
erreur à travers de laquelle il voyoit bien
des objets.
Confidérons maintenant la Bruyère fous
le troifième aſpect où il eft préſenté dans la
notice. Dans cette partie , l'Auteur me permettra
encore d'examiner une de fes opinions.
33
" En lifant avec attention les Caractères
de la Bruyère , dit- il , il me femble qu'on
eft moins frappé des penfées que du ſtyle;
les tournures & les réflexions me paroif-
» fent avoir quelque choſe de plus brillant ,
» de plus fin , de plus inattendu que le fond
des chofes même , & c'eft moins l'homme
» de génie que le grand Écrivain qu'on ad-
» mire. ». "
Il n'eft pas douteux que la qualité qui
furpaffe toutes les autres dans la Bruyère ne
foit celle de grand Écrivain ; mais un grand
Ecrivain ne mérite-t'il pas le nom d'homme
de génie L'Auteur de la notice nous explique
enfuite fa penfée , & on voit que s'il
refufe au grand Ecrivain ce beau titre
d'homme de génie , il lui en accorde
prefque toute la gloire , & alors cela revient
à peu-près au même. Le mérite de grand
» Ecrivain ne fuppofe pas le génie , mais il
» demande une réunion des dons de l'efprit ,
DE FRANCE.
185
"9
auffi rare que le génie. Pour que cette
diftinction foir tout-à- fait jufte, il me semble
qu'elle ne devroit oppofer à l'homme de
génie que le bon Ecrivain. Les dons de l'efprit
fuffisent pour écrire avec fageffe , avec
élégance , quelquefois même avec une certaine
éloquence , pour faire des Livres
utiles & agréables ; & malheur à ceux qui
n'ont pas puifé dans le fentiment même du
génie le goût de deux mérites qui l'avoifihent
, & dont il a befoin pour ne pas tom
ber fouvent au-deffous de lui - même , l'eſprit
& le talent ! Mais il y a dans le grand
Ecrivain une magnificencé , une originalité
d'idées & d'expreffions qui ne peuvent être
autre chofe que le génie même. Or , ce font
à des qualités que la Bruyère pofsède à un
degré éminent. L'Auteur de la notice va
nous le prouver lui - même.
Je revendique encore pour lui le nom
d'homme de génie à un autre titre . Peutêtre
fera- t'on furpris , mais c'eft du deffein &
de la marche de fon Ouvrage que je veux
parler. Porté par goût à l'obfervation de la
fociété , il s'eft fenti appelé à la peindre ;
il ne pouvoit fuivre la manière de Montagne
, qui ne convenoit ni à fon but particulier
ni à for génie. Il ne pouvoit non
plus prendre pour modèle Cicéron & Sénèque
, qui ont traité la morale fous un autre
afpect; & d'ailleurs il devoit fur- tout éviter
ici de faire des traités à la manière de Sénèque
I iij
786 MERCURE
#
& de Cicéron. Il lui a donc fallu chercher
un cadre particulier & propre à fon plan.
Voyez combien celui qu'il a inventé eft riche
& heureux! il fe place au milieu des objets
qu'il veut contempler ; il les raffemble &
les range autour de lui il les voit comme
dans un tableau , & c'eft auf dans un tableau
qu'il les reproduit . Frappé de tant
d'objets , & toujours vivement , il en parle
avec toutes les paflions qu'ils peuvent donner.
Ici , il s'indigne ; là , il s'attendrit ; il
defcend à la plaifanterie , il remonte enfuite
à la gravité la plus févère. Ses réflexions fe
fentent auffi de la fituation où il s'eft placé;
il leur donne de la couleur & du mouvement
, il les paffionne. Il va plus loin encore
, foir qu'il penfe , foit qu'il peigne , il
s'exprime fouvent avec des formes dramatiques
, & des formes dramatiques diverfi
fiées jufqu'au prodige ; il a confidérablement
enrichi l'art d'écrire en ce genre. Par- là il
éronne , il émeut , il entraîne fans ceffe.
Telle eft la conception totale de fon Livre.
N'eft- ce pas là une conception de génie ,
une véritable & belle création ? Voilà du
moins comme j'en fuis frappé.apol
Cette invention du génie de la Bruyère reçoit,
Heft vrai , tout fon éclat de la beauté de l'exé
cution ; c'eft dans l'examen de fon ftyle que
fon fentira bien tout l'effet de la marche
qu'il a adoptée . Ici mes obfervations finiffent.
C'eft à la notice que je dois renvoyer
DE FRANCE. 187
les Lecteurs ; elle leur offrira tous les fecrets
du ftyle de la Bruyère , analyfés par le goût ,
c'est- à-dire , par un efprit excellent , joint à
un fentiment exquis. Mais dans l'avantage
de n'avoir plus à préfenter au Public que des
citations d'un morceau auffi bien fait, j'éprouve
la difficulté de les choifir. Tout le tient
dans ce morceau , & l'on ne peut guères
en féparer quelques parties , fans diminuer
leur effet. L'Auteur entre dans le détail de
tous les genres de beautés qui le frappent
dans le ftyle de la Bruyère ; il les explique ,
il apprend même à les fentir ; car dans les
Beaux - Arts on apprend à fentir comme à
penfer , & c'est un don que les hommes
bien organifés peuvent recevoir des hommes
de goût. Il faudroit citer toute cette
partie de la notice , qui eft la plus confidérable
de l'Ouvrage ; je fuis obligé de me borner
non pas aux meilleures tirades , mais à celles
qui me paroiffent fe détacher le plus aifément.
La difcuffion fur le ftyle de la Bruyère
eft précédée d'obſervations générales fur le
ftyle. En voici quelques - unes.
"
« Il en eft des tours , des figures , des liai
» fons de phrafe , comme des mots ; les uns
» & les autres ne peuvent repréfenter que
des idées , des vues de l'efprit , & ne les
représentent qu'imparfaitement.
>> Les différentes qualités du ftyle , comme
» la clarté , l'élégance , l'énergie , la couleur
» le mouvement , &c. dépendent donc effentiellement
de la nature & du choix des 39
I iv
188 MERCURE.
وو
» idées , de l'ordre dans lequel l'efprit les
difpofe , des rapports fenfibles que l'ima-"
gination y attache , des fentimens enfin
l'amé y affocie , & du mouvement
qu'elle y imprime.
ود
" que
23
» Legrand fecret de varier & de faire contrafter
les images , les formes & les mou
vemens du difcours , fuppofe un goût dê-
» licat & éclairé ; l'harmonie , tant des mots
» que de la phrafe , dépend de la fenfibilité
plus ou moins exercée de l'organe ; la correction
ne demande que la connoiffance
réfléchie de fa langue.
"Dans l'art d'écrire , comme dans tous.
» les Beaux-Arts , les germes du talent font
» l'oeuvre de la nature , & c'eft la réflexion
qui les développe & les perfectionne.
83
33
"
» Il a pu fe rencontrer quelques efprits
qu'un heureux inftinct femble avoir difpenfés
de toute étude , & qui , en s'aban-
» donnant fans art aux mouvemens de leur
imagination & de leur penfée , ont écrit
» avec grâce , avec feu , avec intérêt , mais
» ces dons naturels font rares ; ils ont des
» bornes & des imperfections très-marquées
, & ils n'ont jamais fuffi pour produire
un grand Écrivain.
99
» Je ne parle pas des anciens , chez qui
» l'élocution étoit un art fi étendu & fi compliqué
; je citerai Defpréaux & Racine
Boffuet & Montefquieu , Voltaire &
» Rouffeau ; ce n'étoit pas l'inftinct qui pro
"
DE FRANCE. 189
22
duifoit fous leur plume ces beautés & ces
grands effets auxquels notre langue doit
» tant de richeffes & de perfection , c'étoit
» le fruit du génie fans doute , mais du génie
éclairé par des études & des obfervations
profondes.
Quelque univerfelle que foit la réputation
dont jouit la Bruyère , il paroîtra peutêtre
hardi de le placer , comme Ecrivain ,
fur la même ligne que les grands Hommes
qu'on vient de citer ; mais ce n'eft qu'après
» avoir relu , étudié , médité ſes Caractères
» que j'ai été frappé de l'art prodigieux &
» des beautés fans nombre qui femblent
» mettre cet Ouvrage au rang de ce qu'il y a
de plus parfait dans notre langue. "
"
37
» Sans doute la Bruyère n'a ni les élans &
» les traits fublimes de Boffuet , ni le nom-
- bre , l'abondance & l'harmonie de Fénelon
, ni la grâce brillante & abandonnée
» de Voltaire , ni la fenfibilité profonde de
Rouffeau; mais aucun d'eux ne m'a paru
» réunir au même degré la variété , la fineſſe :
» & -l'originalité des formes & des tours
qui étonnent dans la Bruyère. Il n'y a
être pas une beauté de ftyle propre
» à notre idiôme , dont on ne trouve des
exemples & des modèles dans cet Ecri-
"
39
"
peut
» vain. »
L'Editeur n'a pas oublié un des grands
mérites du ftyle de la Bruyère.
* Ce n'eft pas feulement par la nouveauté
LV
1190
MERCURE
»
& parla variété des mouveinens & des tours
» que le talent de la Bruyère fe fait remarquer
; c'eft encore par un choix d'expref- .
Lions vives , figurées , pittorefques ; c'eſt
fur tout par ces heureufes alliances de
» mots , reſſource féconde des grands Ecri-
» vains dans une langue qui ne permet pas ,
» comme prefque toutes les autres , de créer .
» ou de compoſer des mots , ni d'en tranf-
» planter d'un idiôme étranger.
""
Nous avons cru intéreffant de chercher la.
théorie de ce genre de ftyle , c'est ce qui
nous a conduit à une differtation fur les hardieffes
de ftyle , que nous offrirons au Public
dans un des Mercures prochains. La Bruyère,
feul a fuffi pour tous les exemples dont nous.
avions befoin. Nous espérons que l'avantage
d'être rempli des plus beaux traits de cet
Ecrivain & de plufieurs des réflexions de fon
Editeur , donnera quelque prix à cette differtation.
D'après les feuls fragmens cités dans cet
article , on demandera sûrement quel eft
l'Auteur de cette notice. Les perfonnes qui
ont recueilli les Volumes publiés juſqu'ici
de la Collection de M. Didot , reconnoîtront
aisément le goût & le ſtyle du même
Editeur . Parmi toutes les manières d'écrire ,
celle qui confifteroit à fe proportionner toujours
au genre de l'Ouvrage , même à celui
qui femble borner & refferrer le talent , qui
atteindroit toujours au mieuxde ce genre , &
DE FRANCE. 197
s'y renfermeroit avec foin , qui traiteroit à
fond de grands fujets , en ne paroiffant que
les effleurer , qui feroit fage & correcte au
point de ne jamais donner lieu à la critique,
naturelle & facile au point d'enlever l'empreinte
du travail , qui feroit toujours vive
& élégante fans mouvemens marqués dans
le ftyle , & prefque fans autres ornemens
que la jufteffe heureufe & précife des idées ,
& la délicateffe des fenfations , parmi toutes
les manières d'écrire , celle- là ne feroit peutêtre
ni celle qui étonneroit le plus ni celle
qui plairoit le moins ; & les gens de goût ,
qui en fentiroient tout le mérite , n'auroient
d'autres reproches pour l'Auteur que de ne
pas faire un plus fréquent ufage d'un talent
fi heureux.
.N. B. On trouve chez Piffot les Maximes
de la Rochefoucault & l'Hiftoire de la Conjuration
de Venife, par Saint- Réal, du même
format & de même caractère.
Cet Article eft de M. L. C. )
Ivj
192 MERCURE .
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Samedi premier Décembre , on a joué ,
pour la première fois , le Rendez- Vous du
Mari , Comédie en vers & en un Àcte.
Un Comte , dont nous ignorons le nom ,
a épousé une femme , jeune , aimable &
fentible ; mais le noeud de l'hymen ne l'empêche
point d'avoir des intrigues galantes.
Pendant qu'il va porter à des femmes faciles
tes hommages que mérite la Comteffe , celleci
trouve un adorateur dans un jeune fat
nommé Melcourt , & l'un des meilleurs
amis du Comte. C'est en vain que cet ami ,
comme: an en voit tant , cherche à faire
fuccomber la Comteffe ; fidelle à fon mari,
malgré fon inconftance , elle eft infenfible à
tous les charmes de Melcourt , dont l'amourpropre
piqué , cherche à trouver quelques
moyens de vengeance .Il ſe préfente une occafion
qu'il ne laiffe point échapper : la voici
Une maîtreffe du Comte lui adreffe un billet,
par lequel elle lui indique un rendez - vous ; celui-
ci en fait part àfon ami. Aufli- tôt Melcourt
prie le Comte de le lui prêter pour quelque
tems. Son intention , dit- il , eft de s'en fervir
d'une manière adroite, & qui puiffe enfin fubjuguer
une cruelle qui lui fait une réſiſtance
DE FRANCE. 193
opiniâtre , une langoureufe dont il ne peut
réveiller le coeur endormi. Le Comte y confent.
Ce même jour le Comte donne à fouper.
On joue , on ſe met à table ; & là , fous
fa ferviette , la Comteffe trouve la lettre de
la maîtreffe de fon mari , que Melcourt y a
fu cacher. Le fat qui ne foupe point , occupe
la Scène pendant l'abſence des autres ,
& le promet le plus heureux fuccès du tour
qu'il a joué au Comte. Pendant qu'au fortir
du fouper , tout le monde paffe dans la falle
de bal , la Comteffe arrive triftement ; Melcourt
veut profiter du moment , on lui répond
de façon à l'obliger au filence; il prend
fon parti , & fort fans avoir perdu toutes les
efpérances. Inquiet de l'absence de fa femme,
le Comte quitre le bal à fon tour pour venir
la trouver de là réfulte une Scène où , après
s'être fervi de quelques faux fayans , le mari
apprend que fon intrigue eft découverte, par
la remife que fa femme lui fait de la fatale
lettre : il reconnoit.fes torts , & fe précipite
aux pieds de la Comteffe. Tout le monde arrive
, & Melcourt eft témoin du ſpectacle
de la réconciliation des époux. Le Valet qui
été porteur de la lettre , vient de la part
de fa maîtreffe favoir fi l'on y répondra
le Comte répond par ce vers , en montrant fa
femme ,
:
Madame : lu la lettre , elle aura la réponte.
Le fond de ce petit Ouvrage eft tiré d'un
Comte de M. de Champfort , imprimé dans
194 MERCURE
>
l'Almanach des Mufes , il y a une douzaine
d'années , & qui a pour titre : Le Rendezvous
inutile. Ce Conte très - court , & fur- tout
point moral , comme l'a dit l'Auteur luimême
, eut du fuccès , & il en méritoit ;
mais il y a des Anecdotes qui fuffisent pour
donner lieu à des Contes charmans , &
qui fouvent ne fourniffent pas la matière
d'une Comédie ; le Rendez - Vous inutile eft
pofitivement de ce nombre. On peut ajouter
encore que s'il eft quelquefois permis
à un Auteur comique de préfenter au Théâtre
des Drames qui ne foient pas moraux
au moins la délicateffe leur fait- elle une loi
de n'en jamais préfenter d'anti- moraux. Le
Rendez-vous du Mari mérité ce dernier reproche.
Non feulement il préfente un
homme marié oubliant fa femme pour une
femme publique ; non- feulement il offre le
tableau d'un ami méditant de fang froid le
déshonneur de fon ami , mais encore il fait
entrevoir ces deux Perfonnages comme des
hommes charmans , tellement familiarifés
avec le vice & l'adultère , qu'ils plaiſantent
tout haut de leurs projets libertins. On y
introduit un Valet de courtilanne , qu'on y
appelle tout cruement un grifon ; par- tout le
vice domine , & aucun des vicieux n'eft
puni. De bonne foi , eft- ce en repréſentant
de pareils Ouvrages que le Théâtre de la
Nation peut être appelé l'Ecole des Mours ?
De quel droit les Comédiens fe plaindrontils
encore de la rigueur avec laquelle on a
-
DE FRANCE 195
traité les Spectacles , lorfque dans un fiècle
qu'on nomme Philofophe, ils admettent des
Pièces où l'on oublie toutes les bienféances ,
tous les égards dûs à l'honnêteté publique?
Il y a fept ou huit ans qu'on ne voulut pas
permettre les repréfentations d'une Pièce de
M. Barthe, intitulée l'Ami du Mari , Ouvrage
qui , dit-on , avoit un but moral ; on a joué
cette année le Rendez-vous qui n'eft point
moral. Le temps , comme on voit , amène
bien des choſes. En voilà affez , beaucoup
trop peut- être pour une fimple annonce de
Spectacles ; nous parlerons de cet Ouvrage
eftimable du côté du ftyle , d'une manière
plus étendue quand il fera imprimé.
L'abondance des matières nous force de
remettre au Mercure prochain les articles
des autres nouveautés , tant de ce Spateacle
que de la Comédie Italienne.
ACADÉMIE.
L'ACADÉMIE DES SCIENCES a tenu le ..... du
mois dernier, fa Séance ordinaire de rentrée ; elle a
'été remplie par la lecture de plufieurs Mémoires.
1. Un Mémoire dé M. Daubenton fur un os
trouvé l'année dernière dans la rue Dauphine. M.
Daubenton croit pouvoir affurer que cet os appar
tient à la tête d'un animal de la claffe des cétacées
& du genre des cachalots. Il a réservé pour un autre
temps les preuves fur lefquelles il fonde cette affertion.
198 MERCURE
2. Un Mémoire de M Macquer , qui eft le
Profpectus d'un Traité fur l'Art de la Teinture. Ce
Traité contiendra par ordre les procédés employés
pour reindre avec les différentes ſubſtances coloiantes,
l'analyfe chimique de ces différentes fubftances
, l'examen des procédés reçus, & des vues fur
les moyens de les perfectionner ou d'en fubftituer
de plus parfaits.
3. Un Mémoire , dans lequel M. Morand a
rendu compte de fes Obfervations fur deux montagnes
brûlantes de charbon de terre , dont il donne
la defcription , & développe & explique les phénomènes.
Un Mémoire de M. de la Lande fur l'année
folaire, qu'il fixe, d'après l'examen des Obfervations
d'Hippaque , de Técho , de la Caille , de Mayer &
de M. Dagelet, à 365 minutes કે 5 fecondes , 48 minutes
48 fecondes . Ce Mémoire a été précédé d'une
Note très-courte fur les deux Comètes que les Aftronomes
obfervent actuellement. On fait que l'une
de ces Comètes, découverte à Bath au commencement
de cette année , a un mouvement très-leut , &
qu'il n'a pas encore été poffible de juger fi on ne
doit pas la regarder comme une nouvelle Planète.
5. Un Mémoire de M. Lavoilier . Cet Académieien
propofe des moyens d'éclairer les Salles de Spectacles
par des réverbères. Il explique la difpofition
qu'il veut donner à ces réverbères pour éclairer les
décorations , le fond du Théâtre , la Scène & la
Salle. Ce dernier objet , le plus difficile de tous ,
feroit rempli par des réverbères elliptiques cachés
dans la voûte , & qui ferviroient en même temps de
ventilateurs.
6°. Un Mémoire de M. Cader. L'objet de ce Mémeire
eft de prouver que les fels fédatifs que l'on
tire du borax par différens acides , diffèrent effentiellement
entre eux à raiſon des acides employés à les
DE FRANCE. 197
former ; il prouve même que l'acide qui a fervi à
tirer du borax l'alkali marin , fubfifte dans le fel fédatifproduit
par cette opération ; par exemple , la diftillation
du fel fédatif marin avec le mercure,donne
du fublimé corrofif , &c.
Il n'appartient qu'aux Savans qui cultivent les
Sciences , dont ces Mémoires foat l'objet , de les apprécier
& même fouvent de les comprendre ; au
le Public ne peut guères les écouter que dans un
filence refpectueux ; mais s'il ne peut entendre les
Savans , il fait les honerer & les aimer ; il écoute
les détails de leur vie & le précis de leurs découvertes,
comme il doit écouter des fervices rendus à
Thumanité, & une nouvelle gloire ajoutée à la gloire
de nos Arts & de nos Sciences ; il rend de dignes
hommages à la mémoire de ces hommes avec le
génie defquels il a pu rarement communiquer. On
a remarqué que ces hommes , toujours paffionnés
pour la fcience à laquelle ils fe font voués , avoient
fouvent dans leur vie de ces fingularités invincibles
dont la Nature marque fouvent les êtres à qui
elle a accordé des facultés cxtraordinaires , &
qu'ils retraçoient communément dans leurs moeurs
la bonté , la fimplicité, la candeur des premiers
âges comme l'étude les avoit féparés de nos
oeurs , & les avoit rendus à la Nature en les
abforbant dans fa contemplation . Ce fut donc
une belle & noble idée que celle d'écrire leur´
hiftoire , & d'en faire une partie de celle des
Sciences mêmes : tandis que leur mémoire , qui s'a
vance vers la poftétité , recueille à fon paffage les
hommages des contemporains , le Moralifte & le
Poëte lui-même peuvent emporter des obfervations
& des fenfations neuves de ces vies où la Nature s'eft
montrée dans fonirrégularité toujours ou piquante ou
fublime : c'eft -là autfi un bel emploi du talent d'écri
mais le talent d'écrire exige ici une foule d'autres
198 MER CUREN
.
.
tant
dons , & doit s'en enrichir encore. Un Secrétaire de
l'Académie des Sciences n'eft pas feulement placé
entre-elles & le Public, comme on l'a déjà obſervé,
il l'eft encore entre les différentes Sciences elles- même,
qui fe trouvent raffemblées dans ce Corps fouvent
fans fe connoître & s'entendre entre elles ,
leurs objets ont d'étendue & de diverfité ! C'eſt à
leur Secrétaire , c'eſt à leur Interprête à les fuivre
dans tous leurs progrès , à les rapprocher fans ceffe
les unes des autres pour l'utilité & la gloire communes
, à bien faifir leurs réfultats & à les fimplifier
, à les rendre plus faciles & plus attachantes pour
le Public , fans leur ôter leur profondeur & leur gravité
, & fans les déshonorer par de frivoles embelliffeinens.
Cette réunion des talens qui compofent
l'Homme de Lettres & de ceux qui compofent le
Savant , n'eft pas une des chofes qui étonnent le
moins dans l'efprit humain , & elle affure un rang
particulier aux Fontenelle , aux d'Alembert , aux Condorcet
dans l'ordre des Écrivains qui ont mérité une
grande renommée. M. le Marquis de Condorcet , qui
a déjà mérité d'être nommé avec fes deux modèles
par plufieurs éloges , dont ceux- ci s'honoroient euxmêmes
, en a encore prononcé un dans cette dernière
Affemblée , c'eft celui de M. Bertin , Médecin de
Ja Faculté de Paris , & Affocié Vétéran de l'Académie.
M. Bertin avoit annoncé de bonne- heure des
talens & une paffion pour l'étude de la Médecine ,
qui devoient le conduire à des découvertes du premier
ordre , & il a quelquefois réalifé ces espérances
dans quelques-uns des écrits qu'il a laiffés . Mais malheureufement
une organifation particulière , & nullement
rectifiée par l'éducation de fa jeuneffe , le
rendoit fufceptible de ces terreurs qui peuvent altérer
dans l'homme toutes les facultés phyfiques & morales.
Peu de perfonnes en ont été les victimes d'une
manière plus trifte & plus étonnante ; cet homme,
DE FRANCE. 199
?
qui cultivoit la Médecine avec beaucoup de diftinetion
, lui a fourni dans fes maladies une fonte de
phénomènes à obferver. Il paffa plufieurs années
dans un état qui partageoit fon existence entre la
raifon d'un homme fupérieur & la foibleffe d'un
cufant. Il fembloit que l'Hiftorien devoit paffer rapidement
& en gémiflant fur cette époque de la vie
de M. Bertin. Un Écrivain qui auroit cu moins de
philofophie dans l'efprit & moins de reffources dans
le talent, n'y eût pas manqué. M. de Condorcet étoit
fait pour prendre un meilleur parti ; c'eft dans les
affligeans détails des maladies de M. Bertin , qu'il a
puifé des réflexions auffi intéreffantes que profondes
fur le fort du malade & fur la deftinée de l'homme
en général . A quoi tiennent en effet & notre bonheur
& notre raifon ! Ce fentiment , répandu dans tout le
difcours , & toujours accompagné d'idées juftes &
heureufes , lui a donné un intérêt particulier ; & dans
un écrit philofophique , comme dans un des plus
célèbres Romans , les événemens de la folie ont été
la plus belle partie de l'Ouvrage . Au mérite d'avoir
été fécondé par les réflexions de l'Auteur , cet éloge
nous a para encore joindre celui de ne préfenter des
réflexions qu'où il le falloit , & dans la mesure qui
convenoit; auffi les Auditeurs , après avoir applaudi
comme à un Ouvrage qui les attachoit par les idée
& les fentimens , fe font encore retirés avec la fatisfaction
d'avoir entendu un écrit dont leur goût
avoit fonvént été flatté & jamais choqué.
( Cet Article eft de M. L, C. )
1
A
•
$
98125 12
100 MERCURE -
GRAVURES.
PLAR du Port-Vendres en Rouffillon , & Vue de
l'Obélifqué élevé au milieu de la Place de ce Port ,
premier monument érigé en France à la gloire de
Louis XVI. Cet Obélifque , conftruit en marbre du
Rouffillon , haut de 80 pieds , eft terminé par un
globe doré ou mappe- monde , fur l'axe de laquelle
s'élève une fleur de lys , image de la protection & de
rafyle que le Roi accorde à toutes les Nations..
Ces deux Gravures , chacune de 24 pouces de
hauteur fur 17 de largeur , ont été exécutées d'après
les deffins de M. de Wailly, Architecte du Roi , &
fe vendent , avec la Defcription qui y eft relative ,
chez Moithey , Ingénieur- Géographe du Roi , rue
de la Harpe , la porte -cochère vis-à-vis la Sorbonne.
Prix , 6 liv.
Vénus & Adonis , Eftampe de 14 pouces de haut
fer 10 de large ; Salmafis & Hermaphrodite , Eftampe
de même grandeur , & fervant de pendant.
Ces deux Eftampes , gravées d'après les Tableaux de
P. J. Cazes , par Jofeph Mailler , fe vendent z liv,
chacune. A Paris , chez Maillet , Graveur , rue des
Francs- Bourgecis , porte S. Michel , à côté du Jeu de
Paulme.
2
Léonard de Vincy mourant dans les bras de
François Premier , Eftampe gravée de mémoire par
C. Macret , d'après le Tableau original de M.
Menageot. Prix , a liv . 8 fols. A Paris , chez l'Auteur
, rue du Petit Bourbon , à côté de la rue de
Tournon.
2
Figures de l'Hiftoire de France , septième Liraifon
, premier cahier de la troisième Race. A
Paris , chez Lebas , Graveur du Roi , rue de la Harpe,
DE FRANCE 201
♦is-à- vis la rue Percée. Nous croyons inutile de répéter
ce qu'on a déjà dit fur le mérite de cet Ouvrage.
Tout ce qui fort de la main de M. Moreau le jeune
eft fait pour obtenir le fuffrage des Amateurs & des
Artiſtes du goût le plus févère. Cette Livraiſon renferme
18 Eltampes, avec des Précis Hiftoriques faits
par M. l'Abbé Garnier.
: Plan , élévation & coupe d'une Fontaine publique
en cinqplanches , projetté pour le Carrefour de Buffy ,
par M. Panferon. A Paris , rue des Maçons.
Carte de la Provence , deffinée d'après des manuf
crits de plufieurs Ingénieurs de la Province , par M.
Jaillot , Géographe & Auteur du ConducteurFrançois.
A Paris , chez Baffet , rue S. Jacques , au coin de
celle des Mathurins ; à Marſeille , chez André du
Seigneur , & chez les Marchands d'Eftampes des
principales Villes de Province.
Nouvelle Carte de la Partie des Indes Orien
tales , qui comprend les Poffeffions des Anglois ,
dreffée d'après leurs propres Cartes , par M. Biron
de la Tour. A Paris , chez Defnos , rue S. Jacques.
Carte très-détaillée de l'Amérique - Septentrionale ,
pour fervir à l'intelligence de la guerre actuelle , une
feuille imprimée fur grand papier & lavée de diffé
rentes couleurs , pour fervir de démarcations aux
Provinces qui compofent les États -Unis . Cette Carte
fe trouve chez M. de Beaurain , Géographe du Roi ,
rue Git-le -Coeur S. Andre-des- Arcs. Prix , 6 liv .
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ELIN, Libraire , rue Saint Jacques , près celle du
Plâtre , vient d'acquérir les Ouvrages fuivans :
Narciffe dans l'Ile de Vénus , in- 8 . , par M. F.
Malfilâtre , avec cinq figures. Prix 1 livre 4 fols.
202 MERCURE
-
Il y en a quelques Exemplaires en grand papier.
Prix , 1 livre 16 fols. Peinture des Moeurs , par
M. de la Croix , 2 Vol. in- 12 brochés. Prix,
3 liv. Hiftoire d'Emilie - Montague , 4 Parties
brochées. Prix , 3 liv . Manuel du Cavalier , par
le Baron de Sind , in- 12, fig. 2 lv. 5 fols.
Principes d'Électricité, contenant plufieurs théories
appuyées par des expériences nouvelles , avec
une analyfe des avantages fupérieurs des conduc
teurs élevés en pointe , par Mylord Mahon ; Ouvrage
traduit de l'Anglois , par M. l'Abbé N....
Vol. in-8 ° . Prix , 5 liv. 10 fols relié. A Paris , chez
le même Libraire.
Méthodes sûres & faciles pour détruire les animaux
nuifibles , tels que les loups , renards , loutres ,
fouines, belettes , loires , rats , fouris , &c. fervant
de fupplément à l'Histoire des Infectes nuifibles ,
Volume in- 12. A Paris , chez Laporte , Libraire , .
rue des Noyers.
Conférences Théologiques & Morales fur les
Commandemens du Décalogue & de l'Eglife , avec
des réfolutions de cas de confcience fur chaque matière
, à l'ufage des Miffionnaires , par le P. Daniel
de Paris ; Capucin , nouvelle Edition , augmentée de
dix-huit Conférences fur la Prière & l'Oraifon Dominicale
, 4 Vol. in- 12 . Prix , 12 liv. A Paris , chez
Greffier , Imprimeur-Libraire , rue de la Harpe. On
trouve à la même adreffe Monfieur Caffandre , ou
les effets de l'Amour & du Verd-de-gris , troifième
Édition augmentée , in - 8 ° . Prix , 1 liv. ro fols , &
le Chirurgien de Village , Comédie , par l'Auteur
de Monfieur Caffandre. Prix , 1 livre 4 fols . sm
Raoul de Normandie , ou la Conquête de la
Neufirie par les Scandinaves , par M. le Canul ,
2 Parties in- 12 . Prix 2 livres 8 fols. A Paris , chez
Mérigot le jeune , Libraire , quai des Auguftine
DE FRANCE. 203
Difcoursfur la Vie Religieufe , fuivis des Dif
cours fur l'Amour de Dieu & l'Oraifon Dominicale
, par M. l'Abbé Affelin , 2 Vol . in - 12 . A
Paris , chez l'Auteur , rue des foules , quartier de
l'Eftrapade.
Hiftoire de Ruffie tirée des Chroniques originales
, de Pièces authentiques & des meilleurs Hif
toriens de la Nation , par M. Levefque , s Vol.
in- 12. Prix , 15 liv. reliés. A Paris , chez Debure
l'aîné , Libraire , quai des Auguftins.
Tome XXXIII de l'Hiftoire Univerfelle , Supplément
de l'Hiftoire Ancienne tiré des nouvelles
Editions Angloifes , in - 8°. A Paris , chez Moutard
, Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins.
L'Immortalité de l'Ame , ou Effai fur l'excellence
de l'homme , par M. B.... Volume in- 12 . A
Paris , chez Saugrain , Libraire , quai des Auguf
tins ; Laporte , Libraire , rue des Noyers ; & à Dijon
, chez Bidault , Libraire.
Un Hollandois aux Habitans de la Grande- Bretagne
, Brochure in - 8 °. A Paris , chez Defauges ,
Libraire , rue S. Louis du Palais.
Moyens propofés pour prévenir l'Infanticide
in- 12 . A Paris , chez le même Libraire,
Grammaire Italienne réduite en fix leçons , à
l'ufage des perfonnes inftruites, par M. l'Abbé
Curioni , Profeffeur de Langue Italicune . A Paris ,
chez l'Auteur, rue de Gèvres , naifon d'un Apothicaire
; & chez Prault , Imprimeur-Libraire , quai des
Auguſtins.
Lettre fur la Monnoie fictive & fur fon ufage ,
fuivie d'une Differtation fur le Commerce , par Bellioni
, Banquier de Rome, traduit de l'Italien , Vol.
in-12 . A Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire , quai
des
Auguftins.to Tanja , 1188 suday
204 MERCURE
Eloge hiftorique de Jean Bafeilhac , dit Frère
Côme, avec des détails fur les Inftrumens qu'il a
inventés ou perfectionnés , par M. Cambon , in- 8 .
A Paris , chez la Veuve Ballard , Imprimeur- Libraire,
rue des Mathurins.
Divertiffement national à l'occafion de la Naif
fance de Monfeigneur le Dauphin , par M. Montjoie
, in-8 ". A Paris , chez les Marchands de
Nouveautés.
Almanach Géographique , ou petit Atlas Elémen
taire. A Paris , chez Defnos , Libraire , rue Saint
Jacques Prix , 12 liv. relié en maroquin , avec
Cartes enluminées. On trouve à la même adreſſe
une Collection de toutes fortes d'Almanachs & de
Cartes Géographiques.
Journal des Caufes célèbres , mois de Décembre.
A Paris , chez M. Defeffarts , Avocat , à i hôtel de
Mouchy, rue Dauphine ; & chez Mérigot le jeune ,
Libraire , quai des Auguftins . On prie MM . les Soufcripteurs
d'envoyer au plutôt leurs noms pour
fixer le nombre du tirage de l'année prochaine.
TABLE.
Aux Mânes de M. de Enigme & Logogryphe , 169
Maurepas
AM. Mayer,
A une Jolie Fileufe ,
157 Maximes de la Bruyère , 179
ibid. Comédie Françoise ,
158 Académie des Sciences ,
A M. l'Abbé de Cournand , ib. Gravures ,
192
195
200
Troisième Lettre à Mde... 160 Annonces Littéraires , 201
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 15 Décembre. Je n'ya
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A Faris ,
le 14 Décembre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 22 DÉCEMBRE 1781 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
CLAUDINE A LA COUR ,
Ou le Voyage Inutile.
C'EST donc ici qu'elle demeure ;
Après quatre ans je vais la voir !
Je craius que d'aife elle ne meure
Dès qu'elle va m'appercevoir.
O! qu'elle doit être embellie
Depuis que nous fommes abfens !
Elle étoit déjà fi jolie !
१
Et n'avoit encor que douze ans.
On ouvre.... c'eft elle , je gage....
Eh! bonjour donc , c'eft pourtant moi
Qui viens exprès de mon village
Pour te voir... Mais , eft- ce bien toi ?
N°. 51 , 22 Décembre 1781 .
K
206 MERCURE
Viens donc un peu que je te mire :
Je t'ai vu mille appas naiflans ;
Combien de nouveaux j'en admire
Que tu n'avois pas à douze ans !
EMBRASSONS-NOUS , ma chère amic.
Comment ? tu ne veux- pas ?.... Chanfons !
La friponne s'en meurt d'envie ,
Je la connois .... Que de façons !
Tu fais l'enfant... Allons morguienne ,
Combien de fois , mignone , aux champs
Je t'embraffai , qu'il t'en fouvienne ,
Lorfque tu n'avois que douze ans !
Tu boudes ?... C'eft que je tutoïe :
Pardon , c'eft l'ufage chez nous ;
Et puis , dans l'excès de ma joie,....
Mais je vais te parler par vous.
Auriez-vous perdu la parole ?
Dites.... Le fâcheux contre-tems !
Votre babil étoit fi drôle,
Lorfque vous n'aviez que
douze ans !
FAITES -MOI figne au moins , de grâce,
Par un fouris , par un regard ....
Eh ! quoi donc ? froide comme glace !
Me tromperois-je par hafard ?
Voyons.... mais plus je l'examine ,
Voilà fes yeux , voilà fes dents ,
DE FRANCE. 207
Voilà cette friponne mine
Qui me raviffoit à douze ans.-
Ne vous nommiez-vous pas Claudine ?
Moi je m'appelle encor Colin ;
Alors vous étiez fi badine !
Je fuis toujours un peu malin.
On nous voyoit fur la fougère
Jouer tous deux en vrais enfans.
Ne vous fouvient-il plus , ma chère' ,
Que jadis vous eûtes douze ans ?
Non , car il faut qu'enfin j'éclate ,
Jamais vous ne me reverrez :
Allez , vous n'êtes qu'une ingrate ;
Mais vous vous en repentirez .
C'eſt fort mal , étant du village ,
De mépriſer les payſans.
Et.... bon foir.... C'eft pourtant dommage :
Que n'a-t'elle encor fes douze ans!
( Par M. C ***. )
LA LINOTTE , Fable.
UNNE Linotte ayant un jour
Fait l'effai de fes jeunes aîles ,
Prit goût à faire en l'air maint & maint tour ,
S'ennuya des loix maternelles ,
Kij
208 MERCURE
Et réfolut d'être à son tour
Maîtreffe de maiſon . Ce goût eft de fon âge;
Il règne même en tout pays.
Vous le favez , jeune fille à Paris ,
Grille d'entrer dans ſon ménage ;
Le jeune & pétulant Marquis
Brule d'avoir les gens , fes chiens , fon équipage ;
L'oiſeau , fon nid . Le nôtre à ſon côté
Vit un chêne très-haut monté ,
}
Qui de fes longs rameaux affrontoit la tempête.
Bel arbre , dit-elle auffitôt ! 匪
i
Voilà , ma foi , ce qu'il me faut ;
Je prétends m'y loger , au faîte..
On n'aura vu perfonne encor loger fi haut.
Sur la forêt & fur la plaine
Cet arbre domine. Oh ! j'aurai
La plus belle vue ! à mon gré,
Je ferai-là comme une Reine.
Vîte à l'ouvrage ! Cela dit ,
Notre Linotte émancipée
Se met à maçonner fon nid.
Dès le foir fa maifon fut conftruite , occupée ;
Et dès le lendemain du tonnerre frappée
Elle s'écroule , & le chêne périt.
bon
Par bonheur la Linotte alors étoit abfente.
Sans nid à fon retour la belle fe lamente ;
Puis de dire à part foi : diable ! il ne fait
Loger fi haut. Cette ronce rampante
Eſt mieux mon fait. Montons y ma maiſon.
pas
DE FRANCE. 209
J'y vais être au mieux. Le tonnerre
N'en veut jamais aux heux fi bas , je le vois bien.
Ce gîte eft sûr ; le vrai moyen
De ne jamais tomber , c'eft de s'affeoir à terre.
Auffitôt un nouveau nid
Dans la brouffaille eft conftruit.
Mais les vermiffeaux , la pouffière
Sans ceffe viennent l'atliéger ;
Et même des enfans la troupe meurtrière
Lui fait voir un plus grand danger.
La Linotte enfin s'emménage
Dansun bui ffon ni trop bas ni
trop
C'eft , dit-elle , ce qu'il me faut
Pour éviter la pouffière & l'orage .
haut.
Elle y vécut tranquille , heureufe & fans effroi,
O MÉDIOCRITÉ , telle eft ta douce loi,
C'eft avoir trop que d'avoir un royaume ;
N'avoir rien , c'eſt trop peu. Bien rarement , je crois ,
On a vu le bonheur fe cacher ſous le chaume ,
Ou s'étaler fur le trône des Rois.
LE SERIN , Conte.
SERINS à vendre ! qui veut acheter des
ferins , de jolis ferins ?
Ainfi crioit un homme en paffant devant
la maifon de Joséphine . Joféphine l'entendit ;
elle courut à la fenêtre , & regarda de tous
côtés dans la rue. C'étoit un Marchaud d'Oi-
Kiij
210 MERCURE
feaux qui en portoit une grande cage fur fa
tête. Elle étoit toute pleine de ferins. Ils fautilloient
fi légèrement fur les bâtons , & gafouilloient
fi joliment , que Jofephine , emportée
par fa curiofité , faillit à fe précipiter
par la fenêtre pour les voir de plus près.
Voulez - vous acheter un ferin , Mademoifelle
, lui cria l'Oifeleur ?
Peut-être bien , lui répondit Joséphine ;
ecla ne dépend pas tout - à - fait de moi. Attendez
un peu , je vais en demander la permiffion
à mon papa.
L'Oifeleur lui promit d'attendre. Il y avoit
une large borne de l'autre côté de la rue , il
y dépofa la cage , & fe tint debout à côté.
Jofephine , dans cet intervalle , courut à la
chambre de fon père. Elle y entra toute
effoufflée , en lui criant : venez vîte , mon
papa , venez , venez.
M. DE GOURCY .
Et qu'y a- t'il donc de fi preffé , ma fille ?
JOSEPHINE.
C'est un homme qui vend des ferins. II
en a , je crois , plus d'un cent ; une grande
cage toute pleine qu'il porte fur la tête.
M. DE GOURCY.
Et pourquoi en as-tu tant de joie ?
JOSEPHINE .
Ah , mon papa , c'eſt que je veux ..... c'eſtà
-dire , fi vous me le permettez , je voudrois
bien en acheter un.
DE FRANCE. 111
M. DE GOURCY.
Et as - tu de l'argent ?
JOSEPHINE.
Oh ! j'en ai affez dans ma bourſe.
M. DE GOURCY.
Mais qui nourrira ce pauvre oifeau ?
JOSEPHINE.
Moi , moi , mon papa. Vous verrez ; il
fera bien aife de m'appartenir.
M. DE GOURCY.
Ah , je crains bien .....
· JOSEPHINE.
Et quoi donc ?
M. DE GOURCY .
Que tu ne le laiffes mourir de foif ou de
faim .
JOSEPHIN E.
Moi le laiffer mourir de foif ou de faim !
Oh , non certainement ; je ne toucherai jamais
à mon déjeûner avant que mon oiſeau
n'ait eu le fien.
M. DE GOURCY.
Joséphine ! Joséphine ! tu es bien étourdie.
Tu n'as qu'à l'oublier un jour feulement .
Joséphine donna de fi belles paroles à fon
père , elle lui fit tant de careffes , & le tirailla
fi fort par le pan de fon habt , que M. de
Gourcy voulut bien céder à l'envie de fa fille .
Kiv
212 MERCURE
Il traverfa la rue en la tenant par la main.
Ils arrivèrent à la cage , & choifirent le plus
beau ferin de toute la volière . C'étoit un
mâle, du jaune le plus brillant, avec une petite
huppe noire fur la tête .
Qui fût jamais plus content que ne l'étoit
alors Jofephine ? Elle préfenta fa bourfe à
fon père , pour qu'il y prit de quoi payer
l'oifeau . M. de Gourcy tira de la fienne de
quoi acheter une très - belle cage garnie d'une
mangeoire & d'un abreuvoir de cryftal. :
Jofephine n'eut pas plutôt inftallé le ferin
dans fon petit palais , qu'elle courut par
toute la maifon en appelant fa mère , fes
foeurs , tous les domeftiques , & leur montrant
l'oifeau que fon père avoit bien voulu
lui acheter, Lorfqu'il venoit quelques unes de
fes petites amies , les premiers mots qu'elle
leur difoit , c'étoit favez vous bien que j'ai
le plus joli ferin de tout Paris ? Il eft jaune
comme de l'or ; & il a un panache noir
comme les plumes du chapeau de maman.
C'eſt un mâle. Venez , venez , je vais vous le
montrer. Il s'appelle mimi .
Mimi fe trouvoit fort bien des foins de
Joséphine. Elle ne fongeoit , en fe levant, qu'à
lui donner du grain nouveau & de l'eau bien
pure. Lorfqu'on fervoit des biſcuits fur la
table de fon père , la part de mimi étoit
faite la première. Elle avoit toujours en réferve
des morceaux de fucre pour lui. La
cage étoit garnie de tous côtés de mouron
frais & de grappes de millet. Mimi ne fut
DE FRANCE. 213
pas ingrat à tant d'attentions ; il apprit à
diftinguer Joséphine ; & au premier pas
qu'elle faifoit dans la chambre , c'étoient des
battemens d'ailes & des cuic cuic qui ne finiffoient
pas. Joséphine le mangeoit de baifers.
Au bout de huit jours il commença à
chanter. Il fe faifoit lui-même des airs fort
jolis. Quelquefois il rouloit fi long temps fa
voix dans fon gofier , qu'on auroit cru qu'il
alloit tomber expirant de fatigue au bout de
fes cadences ; puis après s'être interrompu un
moment , il recommençoir de plus belle ,
& d'un fon fi fort & fi brillant , qu'on l'entendoit
dans toute la maifon.
Joséphine paffoit des heures entières à
l'écouter aflife auprès de fa cage. Elle laiffoit
quelquefois tomber fon ouvrage de fes mains
pour le regarder ; & lorfqu'il l'avoit régalée
d'une jolie chanfon , elle le régaloit à fon
tour d'un air de ferinette qu'il cherchoit enfuite
à répéter.
Cependant Joséphine s'accoutuma peu - àpeu
à ces plaifirs . Son père lui fit un jour préfent
d'un Livre d'Eftampes ; elle en furfi agréa
blement occupée , que mimi en fut un peu
négligé. Cuic cuic , difoit- il toujours d'auffi
loin qu'il voyoit Joféphine. Joséphine ne
Tentendoit plus . Près de huit jours s'étoient
'écoulés fans qu'il eût ni mouron frais ni bifcuit.
Il répétoit les plus jolis airs que Joféphine
lui eût appris , il en compofoit de
nouveaux pour elle , tout cela inutilement
Kv
214 MERCURE
Vraiment Jofephine avoit bien d'autres choles
en tête.
Le jour de fa fête étoit arrivé. Son parrein
lui avoit donné une grande poupée qui alloit
fur des roulettes . Cette poupée , qu'elle appeloit
Colombine , acheva de faire oublier
mimi. Depuis l'inftant qu'elle fe levoit jufqu'au
foir , elle ne s'occupoit qu'à habiller
& à deshabiller cent fois Mlle Colombine , à
lui parler & à la promener dans la chambre.
Le pauvre oiſeau étoit encore bien content
lorfqu'on lui donnoit fur la fin du jour quelque
nourriture ; quelquefois il lui arrivoit
d'attendre jufqu'au lendemain.
Enfin un jour M. de Gourcy étant à table ,
& tournant par hafard les yeux vers la cage ,
il vit que le ferin étoit couché fur le ventre ,
& qu'il haletoit avec peine : fes plumes
étoient toutes hériffées ; & il paroiffoit rond
comme un peloton . M. de Gourcy s'approche
, plus de ces cuic cuic d'amitié ; la pauvre
bête avoit à peine affez de force pour ref
pirer.
Joséphine , s'écria M. de Gourcy , qu'a
donc ton ferin ? Jofephine rougit. Ah ! mon
papa , c'eft que j'ai.... c'eft que j'ai oublié....
& elle alla toute tremblante chercher la
boîte de millet .
M. de Gourcy décrocha la cage , & vifita
la mangeoire & l'abreuvoir. Helas ! mimi
n'avoit plus un feul grain , pas une gourte
d'eau. Ah mon pauvre oifeau ! s'écria M. de
Gourcy , tu es tombé en des mains bien
DE FRANCE. 215
cruelles. Si je l'avois prévu , je ne t'aurois
jamais acheté. Toute la compagnie qui étoit
à table fe leva en frappant dans fes mains ,
& en s'écriant , le pauvre oifeau !
M. de Gourcy mit du grain dans la mangeoire
& remplit l'abreuvoir d'eau fraîche.
Il eut bien de la peine à rappeler mimi à
la vie.
Joséphine fortit de table , monta dans fa
chambre en pleurant , & mouilla tout un
'mouchoir de fes larmes.
Le lendemain M. de Gourcy ordonna
qu'on emportât l'oifeau hors de la maifon ,
& qu'on en fit préfent au fiis de M. de
Marfay, fon voifin , qui paffoit pour un enfant
très - foigneux , & qui auroit pour lui
plus d'attentions que Jofephine. Il auroit
fallu entendre les regrets & les plaintes de
la petite fille. Ah mon cher oiſeau ! mon
`pauvre mimi ! tenez , je vous le promets
bien , mon papa , je ne l'oublierai jamais un
feul inftant de ma vie. Laiffez- le moi encore
pour cette fois.
M. de Gourcy fe laiffa enfin toucher par
les prières de Joséphine , & lui rendit le
ferin. Ce ne fut pas fans lai faire une réprimande
févère & des exhortations preffantes
pour l'avenir. Cette pauvre bête , lui dit il ,
eft renfermée , & n'eſt pas en état de pourvoir
elle -même à fes befoins . Lorsqu'il re
manque quelques chofes tu peux les demander
; mais mimi ne fait pas faire entendre for
K vj
216 MERCURE
langage. Si tu lui laiffes encore fouffrir ou
la foif ou la faim .....
沪
A ces mots un torrent de larmes coula fur
les joues de Joséphine . Elle prit les mains de
fon père & les baifa ; mais la douleur l'empêcha
de proférer une parole.
Voilà Joséphine maîtreffe une feconde
fois de mimi , & mimi réconcilié de bon
coeur avec Joséphine.
Un mois après M. de Gourcy fut obligé
d'entreprendre un voyage de quelques jours
avec fa femme. Jofephine , Jofephine , ditil
en parlant à fa fille , je te recommande
bien le pauvre mimi.
A peine fes parens farent ils entrés dans
la voiture, que Jofephine courut à la cage , &
pourvut foigneufement l'oifeau de tout ce
qui lui étoit néceffaire . !
Quelques heures après elle commença à
s'ennuyer. Elle envoya chercher les petites
amies , & fa gaieté revint. Elles allèrent enfemble
à la promenade , & à leur retour
elles påfsèrent une partie de la foirée à jouer
à colin- maillard & aux quatre coins ; la
danfe vint enfuite. Enfin la petite compagnie
fe fépara fort tard , & Joséphine ſe mit au
lit haraffée de fatigue.
Le lendemain dès le point du jour , elle fe
réveilla en penfant aux amuſemens de la
veille ; fi fa gouvernante avoit voulu l'en
croire , elle auroit couru en fe levant chez
les Dlles de Saint - Maur. Il fallut attendre
jufqu'à l'après- dîner. Mais à peine eut - elle
DE FRANCE.
1217
achevé fon repas , qu'elle fe fit conduire
chez ces Demoifelles.
Et mimi ? Il fut obligé de refter feul &
de jeûner. Le jour fuivant fe paffa aufli dans
les plaifirs.
Et mimi? Il fut encore oublié .
Il en fut de même du troiſième jour.
Et mimi: Qui auroit penfé à lui dans toutes
ces diffipations?
Le quatrième jour , M. & Mme de Gourcy
revinrent de leur voyage . Joféphine ne s'étoit
guères occupée de leur retour. A peine fon
père l'eut-il embraffée , & fe fut-il informé
de fa fanté , qu'il lui dit : comment le porte
mimi ? Fort bien , s'écria Joséphine un peu
furprife ; & elle courut vers la cage pour
apporter l'oifeau.
Hélas ! la pauvre bête ne vivoit plus ; clle
étoit couchée fur le ventre , les aîles étendues
& le bec ouvert.
Joséphine pouffa un grand cri , & fe tordit
les mains. Toute la famille accourut & fut
témoin de ce malheur..
Ah mon pauvre oifeau ! s'écria M. de
Gourcy, que ta mort a été douloureuſe ! fi
je t'avois étouffé le jour de mon départ , tu
n'aurois eu qu'un moment à fouffrir , au lieu
que tu as enduré pendant plufieurs jours les
tourmens de la faim & de la foif, & que tu
es mort dans une longue & cruelle agonie.
Tu es encore bien heureux d'être délivré des
mains d'une gardienne fi impitoyable.
Joséphine auroit voulu fe cacher dans les
218 MERCURE
entrailles de la terre . Elle auroit donné tous
fes joujoux & toutes les épargnes pour racheter
la vie à mimi ; mais tout cela étoit
alors inutile.
M. de Gourcy prit l'oifeau , le fit vuider
& remplir de paille, & le fufpendit au plancher.
Joséphine n'ofoit y porter les regards , les
larmes lui venoient aux yeux toutes les fois
que, par hafard, elle l'appercevoir .Elle prioit
chaque jour fon père de l'ôter de la vue.
M. de Gourcy n'y confentit qu'après bien
des inftances. Toutes les fois qu'il échappoit
à Jofephine quelque trait d'étourderie & de
légèreté , l'oifeau étoit remis à fa place ; &
elle entendoit dire à tout le monde : pauvre
mimi, tu as fouffert une mort bien cruelle !
Nota. Cette Pièce , faite par M. Berquin ,
eft tirée d'un Ouvrage qu'il va publier fous le
titre de l'Ami des Enfans , dont il doit paroître
un Volume tous les mois , à compter
du premier Janvier prochain. La foufcription
eft ouverte chez Piffot & Barrois le
jeune , Libraires , quai des Auguftins. Elle eft
de 13 liv. 4 fols pour Paris, & de 16 liv. 4 f.
pour la Province ( 12 Volumes rendus port
franc par la pofte . ) Il faut avoir foin d'affranchir
les lettres & le port de l'argent.
DE FRANCE. 219
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'énigme eft Poil ou Barbe ;
celui du Logogryphe eft Cône , où le trouvent
noce , Énoc & once.
JE
ENIGM E.
E fuis un enfant du befoin
Multiplié par la pareſſe ;
Cependant j'exige du ſoin ,
Et fous la main qui me careſſe
Je retrouve chaque matin ,
Avec la biancheur de mon teint ,
Ma grace & ma délicateſſe.
Alors , au gré de mes talens
Je dépars à l'humaine eſpèce
Ou la gravité des vieux ans ,
Ou la fraîcheur de la jeuneſſe.
Mais le fuccès de mon adreſſe
Eft affez contraire au bon fens ;
Car je rajeunis la vieilleffe
Et je vieillis les jeunes gens.
( Par M. Th. S. D. R.
223 MERCURE
LOGO GRYPH E.
Nous fommes toutes foeurs , tant filles que garçons ,
Qui n'ayant jamais eu d'enfance ,
Prîmes pourtant naiffance
Dans de grandes maifons :
Nous paroiffons un peu décoltées
Quoique modeftes dans nos airs ,
Et quelquefois du front nous menaçons les airs
Sans être en jambes haut montées .
Nous avons bien fouvent les dehors gracieux ,
Et dans le fond du coeur nous n'en valons pas mieux.
Nous poffédons une taille légère ,
Un beau corps , de beaux traits ; mais nous ne pourrions
pas ,
Sans éprouver quelqu'embarras ,
Montrer notre derrière .
Si quelqu'un feulement
Parvenoit un beau jour à nous tourner la tête ,
Ce feroit un événement.
Hiver , Été , Dimanche ou Fête ,
Toujours le même habillement ,
Pareille humeur & mêine allure.
Mais , par plaifir , voudrois- tu difféquer
Les dix pieds que l'on voit former notre ftructure ?
Chaque coup de fcalpel t'offre une autre figure.
Je vais te faire voir , fans me rien diſloquer ,
DE FRANCE. 221
Par la perte d'un membre un ancien Philofophe ; .
Un monftre ; une apostrophe ;
Deux notes de mufique ; un ornement pompeux
Qui furmonte le Trône & qu'on porte auxfaints lieux ;
Dans fes effais un enfant malheureux ,
Qui termina fon vol au fond d'une rivière ;
Une affez piquante boiffon ;
Un fort vilain puiffon ;
De la joie un figne ordinaire ;
Ces fillons indifcrets .
Qui bravent les apprêts'
Du teint d'une coquette ;
Le fils d'un Roi dont la langue muette
Se délia dans fa frayeur ;
Des foeurs nombreufes qu'un Joueur
Aime à voir courir à ſa vue.
D'un Patriarche une épouſe connue ;
Trois mots Latins ; ſavoir , un animal ,
Une vertu Chrétienne ,
Le lieu d'un facrifice. Eh ! mon Dieu ! que de mal!
Lecteur , j'ai fait ma tâche , à préfent fais la tienne.
(Par une Dame , habitantfes Terresprès Joyeufe.)
222
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
FRAGMENS d'un Poëme fur l'Affranchiffement
des Serfs , qui ont été lus à la
Séance publique de l'Académie , par M.
Carbon de Flins des Oliviers. A Paris ,
chez les Libraires qui vendent les Nouveautés.
In-8°.
CETTE Pièce de vers eſt l'une des trois
que l'Académie avoit diftinguées. A travers
de grands défauts , l'Académie y avoit
apperçu les caractères & l'empreinte d'un
talent qui donne de véritables espérances .
Le Public a jugé comme l'Académie ; les
fragmens de cette Pièce , ainfi que ceux.de
la Pièce de M. le Ch. de Langeac , qu'on a
très - bien appréciée dans un des derniers
Mercures , ont fait fur l'Affemblée une impreffion
à peu- près égale & très - Alatreuſe
pour les deux concurrens. Dans un Journal
qui ne peut avoir rien de plus utile que d'encourager
les jeunes talens , on manqueroit
à une forte de devoir , & on feroit privé
d'une fatisfaction bien douce , fi on ne faifoit
pas connoître auffi au Public les vers de
M. de Flins ; non que ces vers foient un riche
préfent à lui faire ; ne donnons jamais aux
chofes une importance exagérée , mais parce
DE FRANCE. 223
que dans les Arts les effais d'un jeune homme
ont , pour le Public lui-même , un intérêt
particulier : il fe dépouille ici de fa févérité
ordinaire ; il gliffe légèrement fur les
défauts ; il court au devant des beautés ; il
ne juge pas encore ; il ne veut que tirer un
préfage favorable , & il jouit de fon indulgence
même. Heureufe deftinée de la jeuneffe
, de répandre ainfi fur fes Ouvrages
tout le charme attaché à l'eſpérance ! Avant
de louer les vers de M. de Flins , il faut louer
la fageffe de fon efprit ; il a fenti que fa
Pièce étoit mal compofee ; & ce n'eft pas
une Pièce qu'il préfente , c'en font uniquement
les meilleurs fragmens. N'ayant pas
l'avantage de tenir à un Ouvrage , ils pour
font tomber dans l'oubli , & il eſt à croire
que rien ne les effacera davantage de la mémoire
que les nouveaux progrès du jeune
Auteur ; mais l'idée qu'ils auront donnée de
fon talent reftera , & elle doit lui infpirer
encore plus d'émulation que de confiance;
C'eft déformais d'après cette idée qu'il fera
jugé.
Nous accompagnerons les citations de fes
vers de quelques critiques. Nous ne préten
dons pas à l'honneur de l'inftruire & de le
diriger ; nous ne voulons que l'amener à
quelques réflexions fur les beautés & les
défauts de fon ftyle ; ce fera à lui enfuite
d'apprécier & fes vers & nos obfervations .
L'Aureur commence par expofer l'iufluence
de la Philofophie fur le bonheur des
2
224
MERCURE
Peuples , & la véritable grandeur des Rois ;
il continue ainfi :
Ils font paffés ces jours de révolte & de crime ,
Ou tous ofoient régner , hors le Roi légitime ;
Où les Grands, Souverains dans l'abfence des lois
Deshéritoient enſemble & le Peuple & les Rois.
も
On voit, dès ces premiers vers, que le jeune
Poëte cherche dans fes vers une tournure
mâle & des expreflions neuves & hardies ;
mais on y voit auffi qu'il n'ufe pas encore
d'une manière sûre de ce talent , par lequel
on peut fans ceffe ajouter à l'art du ftyle
& aux richeffes des langues. Cette expreffion
deshériter eft mpofante ; elle tient
aux premiers droits de la nature , aux lois.
fondamentales de l'ordre focial ; elle préfente
encore par les effets l'idée d'une punition
redoutable : c'eft une des expreffions
que l'on peut détourner de fon fens ordinaire
avec le plus d'avantage ; on peut trèsbien
l'appliquer à des Rois & à des Peuples ;
& cela a déjà été fait. M. Thomas , dans un
des plus beaux Ouvrages de ce fiècle , dans
Eloge de Marc- Aurèle , après avoir parlé
de toutes les Lois qui ont opprimé le monde,
préfente tout le tableau de cette oppreffion
dans une chûte de phrafe d'un grand effet ,
parce qu'elle eft enrichie d'une hardieffe de
ftyle très heureufe , & par là très - irréprochable
: & le genre humain s'eft trouvé deshérité.
On a pu auli appeler les Juifs, un Peuple
DE FRANCE. 225
deshérité fur toute la terre. Il n'en eft pas
ainfi de l'ufage que M. de Flins a fait de
cette expreflion. On peut remarquer , par les
exemples que je viens de rapporter , qu'elle
fe détourne naturellement au paffif ; mais
on feroit tenté de croire qu'elle ne peut fe
détourner à l'actif , fans donner au ſtyle
quelque chofe de faux & de contraint. C'eſt
que les effets expliqués par ce mot , ont de
l'analogie avec les effets de pluſieurs autres
événemens , au lieu que la caufe dont il indique
l'action eft unique. Un héritage eſt une
fucceffion dévolue à des parens par la loi , ou
par la puiffance paternelle confacrée par la
loi. Il peut y avoir une exception à cet ordre
établi , & c'eſt cette exception que l'on entend
par le mot deshériter ; mais il eft
évident que l'exception vient de la même
fource ; il n'y a que la loi ou une puiffance
qui repréfente la loi qui puiffe deshériter. Si
un peuple a perdu fes droits par l'ufurpation
des Grands d'un Royaume , on pourra
dire , en déterminant bien d'ailleurs le fens
du mot', ce Peuple eft deshérité; ce fera exprimer
d'une manière plus forte combien cè
qui lui a été enlevé étoit facré ; mais alors en
montrant l'effet , la phrafe devra fupprimer la
caufe ; car fi vous difiez : ce Peuple a été deshérité
par les Grands du Royaume , ou l'on
ne vous entendroit plus , ou au moins on
feroit choqué de votre expreffion . Cependant
il eft une manière d'employer ce mor à
l'actif avec de la jufteffe , c'eft de l'accom226
MERCURE
que
pagner d'un mot qui retrace la force &
l'empire. Pour me fervir de la phrafe que j'ai
déjà employée en exemple , il me femble
l'on pourroit dire : la tyrannie des Grands à
deshérité le Peuple , parce que le mot de
tyrannie annonce quelque chofe qui agit
avec toute la puiffance de la loi , dont effec
tivement elle s'eft revêtue. Voilà un long
commentaire fur un mot ; mais il en eft dont
l'analyse n'eft pas facile , & ce font précifément
ceux- là qui offrent an talent d'écrire
par l'étendue de leur fignification
ou
de grandes beautés , ou de grands écarts .
L'Auteur fait enfuite cette apoftrophe aux
Grands :
Ah ! ne regrettez pas l'orageuſe puiſſance
Dont vos ayeux cruels ont déſolé la France.
Grands , vous n'avez perdu que le droit d'opprimer ;
Au milieu des rivanx que vous pouvez aimer ,
Vous êtes les appuis & la pompe du Trône ;
Veus lui rendez l'éclat dont il vous environne
Et du pouvoir des Rois , votre pouvoir ami ,
Eft dans le fecond rang pour jamais affermi.
Ifolés par l'orgueil , vos fuperbes ancêtres ,
Oppreffeurs de nos champs, ennemis de leurs maîtres ,
De fix fiècles d'opprobre ont flétri leurs Vaſſaux.
Voilà , ce me femble , des vers qui réuniffent
de l'énergie & de la grâce dans la tournure
, de la préciſion & de la couleur dans
le ftyle. On peut même dire qu'ils plaifent
DE FRANCE. 227
au goût par un travail heureux & favant.
Dans les deux premiers vers l'alliance de mots
eft fort bonne. L'expreffion de la puissance
des Grands qui défole la France , eft légitimée'
par l'épithète d'orageufe , qui a des raports
avec la défolation d'un pays. Mais le goût peut
auffi relever quelques taches dans ce morceau:
Vos fuperbes ancêtres , ifolés par l'orgueil,
ne préſente pas un fens net, fi même il
y en a un dans ces mots . Mais c'eft fur- tour'
le dernier vers qui a un défaut contre lequel
l'Auteur doit d'autant plus fe tenir en garde,
qu'il tient au genre même du talent qu'il
annonce .
Vos fuperbes ancêtres
De fixfiècles d'opprobre ont flétri leurs Vaſſaux. }
M. de Flins veut dire que les Seigneurs ,
pendant fix fiècles , ont réduit leurs vaffaux
à un fort aviliffant . Mais d'abord cette vérité
, qui réfulte fi fenfiblement de la peinture
de la fervitude de la glèbe , méritoitelle
d'être dite , & étoit- elle digne de terminer
un morceau ? D'ailleurs une penſée
de ce genre doit toujours être énoncée fimplement.
Les alliances de mots ne font que
charger & embarraffer le diſcours , quand
elles ne font pas commandées par l'apperçu
net de deux idées , ou par l'impreffion profonde
de deux fentimens qui femblent toutà-
la- fois s'appeler & fe repouffer , & qui ont
fur- tout le befoin de triompher de la con228
MERCURE
trariété apparente des mots propres à les
exprimer.
M. de Flins peint enſuite la tyrannie des
Grands & l'esclavage des anciens Serfs qui ,
Dans leurs · champs malheureux
Arrofent la moiffon qui ne croît pas pour eux .
Ce malheur de la fervitude de la glèbe , a
été faili dans un effet encore plus attendriffant
par M. le Ch. de L.
Il vit pour les tyrans , & , plus infortuné ,
C'eft pour eux qu'il eft père & que fon fils eft né.
Philippe - le-Bel affoiblit le fyftême féodal .
Tout change: un Souverain , par de fages bienfaits ,
Affermit fa couronne en vengeant fes Sujets ;
Nos tyrans divifés le détruifent eux-mêmes.
Philippe unit enfin les douze diadêmes
Qui flottoient fur le front des Pairs ufurpateurs.
Ces derniers vers me paroiffent les plus
beaux de la Pièce de M. de Flins. Il eft infiniment
heureux d'avoir trouvé dans les
fignes & les termes même de la puiffance
féodale , une image auffi poétique.
Nos maux & nos tyrans font bientôt oubliés ;
Et par la liberté , déformais enrichie ,
La France adopte enfin l'augufte Monarchie.
Mais le joug des abus s'éterd jufqu'à nos jours ;
L'homme n'eft plus efclave , & fon champ l'eft tou
jours,
La
DE FRANCE. 229
La France adopte enfin l'augufte Mònarchie
, eft un vers qui doit plaire à des Fra 1-
çois. L'homme n'eft plus esclave , & fon
champ l'eft toujours , doit plaire à ceux qui
aiment que l'on traite fon fujet.
O Mufe ! d'autres chants rediront les combats
Des enfans du föleil , des antiques Incas :
Tu nous peindras alors les ombres confolées
S'élevant au-deffus de leurs vieux mauſolées,
Et de Philadelphie animant les Héros ; *
Tu peindras nos Guerriers, & ces mille vailleaux
Qui , nés dans les forêts dont s'ombrage la France ,
Aux tribus de Boſton apportent la vengeance.
Les Lecteurs doivent fe fouvenir qu'il n'eft
pas queſtion de juger un Ouvrage , mais
d'apprécier le talent d'un jeune homme. En
trouvant ici des vers bien écrits , ils ne doivent
pas demander pourquoi l'imagination
du Poëte va fe promener en Amérique ,
lorfqu'il doit peindre l'abolition des Serfs dé
la Bourgogne & de la Franche - Comté. Il
n'y a qu'un mot à dire fur le plan de cette
Pièce , c'eft qu'elle n'en a point , & l'Auteur
lui-même en eft convaincu ; fupprimonsdonc
toutes critiques à cet égard. Mais ne
doit-on pas lui faire obferver qu'il lui eft
échappé une faute de bienféance en mêmetemps
qu'un écart de poéfic ? Il n'eft pas
* M. de Flins annonce ici un Poëme fur l'Amérique
Fengée, dont il s'occupe.
Nº. 51, 22 Décembre 1781 .
L
230 MERCURE
dans les convenances qu'un jeune homme
parle dans fes premiers vers des poëmes qu'il
Le propofe de faire. Suivant les circonstances
ou les âges , la même chofe touche à l'intérêt
ou au ridicule. Je fais bien qu'il ne faut
pas enchaîner les talens fous toutes nos bien :
feances de fociété ; mais il eft des convenances
établies par la raifon elle-même , &
que le goût des Poëtes créeroit dans leurs
fictions , s'il ne les rencontroit déjà dans nos
moeurs.
A mesure que nous avançons , nous avons
de plus longues tirades à citer , & des tirades
de meilleurs vers,
Le Poëte parle toujours à fa Mufc.
Aujourd'hui , chante un Prince ami du Laboureur,,
Bon , fans avoir connu la leçon du malheur ;
Le vois-tu près du trône appeler la Sageffe ,
S'étonnant d'être admife auprès de la jeuneſſe ,
Nous donner la vistoire & l'efpoir de la paix ,
Et l'exemple des moeurs, le plus grand des bienfaits!
Déjà des orphelins , innocens & flétris ,
Qui n'ont point d'une mère obtenu le fouris
Par leur maître adoptés , croiffent & le béniffent ;
Les aufpices du pauvre à ſa voix s'agrandiſſent.
Moins de pleurs vont couler dans l'obſcure priſonz
Il réforme ces loix qu'accuſoit la raiſon ,
Ces loix dont l'art cruel , épiant ſes victimes ,
DE FRANCE 231
1
.
Avant de les prouver ofoit punir les crimes.
Ah ! du moins qu'entourés des heureux qu'il a faits ,
Il life fes vertus fur leurs fronts fatisfaits !
Le vieil Agriculteur , qui jadis pour un maître
Déchiroir le fillen où l'épi devoit naître ,
De ferviles travaux foixante ans accablé ,
Près de fa tombe enfin à l'efpoir appelé
Se confole , & déjà des plaines enrichies
Recueille librement les moiffons affranchies.
Le père , aux fils aimés qui lui ferment les yeux ,
Pourra léguer le champ où pleuroient fes aïeux ;
Pour eux il le féconde , & l'arbre qu'il cultive
Le couvrira du moins de fon ombre tardive.
O vous , Rois des hameaux & Citoyens des Cours !"
Vous qui , près de Louis , l'admirez tous les jours ,
Seul bien de tous vos biens que mon cecur vous envie )
Sans doute à l'imiter fa bonté vous convie ;
Mais fon pouvoir s'eft tu ; Louis , à des François ,
Ne veut rien ordonner , pas même les bienfaits :
Il ne commande pas , mais fon exemple invite.
Hy a encore des vers foibles , mais il y
en a peu de mauvais dans ce long morceau
; il y en a un grand nombre où le goût
eft joint au talent. En général , on y fent
un homme né pour bien écrire en vers , &
fans doute pour bien traiter un fujet , lorfqu'il
aura appris à porter dans l'étude de fes
fujets l'efprit , l'énergie & l'art que l'on remarque
fouvent dans fon ftyle. Il s'eft en-
Lij
232 MERCURE
core ici rencontré plufieurs fois avec M. le
Chev. de Langeac , quelquefois avec avantage
, fouvent avec infériorité. Bon , fans
avoir connu la leçon du malheur , me paroît
mieux que deviner le malheur. Mais il eft
bien loin de ce vers fur la Queſtion , que
l'on a juftement appelé un vers fublime ,
Fait mentir l'innocence au milieu des tourmens.
C'eft à regret que je termine cet extrait
par une critique ; mais je crois devoir à l'intérêt
qu'infpire le talent de l'Auteur , de
l'avertir du fens faux qui fe trouve dans
fes derniers vers. Comment n'a- t'il pas apperçu
qu'on ne peut pas louer un Prince de
ne rien ordonner à fes Sujets ; on ne gouverne
pas fans cela. Ce qu'on devroit furtout
ordonner , ce feroit les bienfaits , s'ils
pouvoient être commandés. Il y a quelque
chofe de peu réfléchi dans cette idée , qui n'a
qu'un faux éclat.
( Cet Article eft de M. L. C. )
LE Nouvel Anacreon François , ou les Après-
Soupers de Paphos , par M. G *** . A
Paris , chez los Marchands de Nouveautés.
» Nous croyons que l'Auteur d'un bon
» Ouvrage doit fe garder de trois chofes ,
» du Titre , de l'Epître Dédicatoire & de
» la Préface ; les autres doivent fe garder
d'une quatrième , c'eft d'écrire . » C'eft
l'avis que Voltaire donne aux Auteurs. On
DE FRANCE. 233
ne peut trop le leur rappeler , aujourd'hui
que la manie d'écrire eft une forte d'épidé
mie qui femble répandue fur tous les efprits,
& que le charlatanifme des titres eft pouffé
jufqu'au ridicule . Fiffiez -vous revivre l'imagination
douce & brillante du Chantre de
Téos , cuffiez -vons le fecret de cette fleur
de Poélie qui embellit , fes aimables productions
; on ne vous pardonneroit pas de
vous arroger à vous- même le nom d'Anaeréon
François. Mais fi vos Chanfons different
autant de celles du Poëte Grec que
POvide en belle humeur de d'Affouci , furnommé
le finge de Scarron , diffère de l'Ovide
Romain , à quoi ne vous expofez vous
pas ? Pourquoi , vous dira -t'on , affimiler à
des Odes auffi poétiques que voluptueufes ,
auffi délicates qu'ingénieufes , des couplets
burlesques & d'une gaieté triviale ? Il y a
bien loin affurément de l'Ode d'Anacréon
intitulée l'Éloge de la Rofe , à la Chanfon
du Bouquet de Romarin. L'une a été inſpirée
par les Grâces & par Apollon ; l'autre par
Tabarin & par la Mufe des Carrefours. La
plupart des Chanfons de ce Recueil reffemblent
plus ou moins à celle du Bouquet de
Romarin. Il ne faut pour écrire en ce genre ,
ni goùt ni étude , mais feulement une forte
de bizarrerie d'efprit avec une imagination
bouffonne. La belle choſe d'habiller de rimes
grotefques de vieilles équivoques ramaffées
dans les boues des halles ! Comme nous
écrivons pour tous les âges & tous les états ,
Lij
-234 MERCURE
藠
nous nous garderons bien de préfenter à
nos Lecteurs de pareilles boufoneries, même
pour en infpirer le dégoût . Nous aimons
mieux dire au rimeur Chanfonnier , avec
l'Auteur du Poëme des Styles ,
'N'imitez pas , groffièrement badin ,
Des Boulevards l'obfcèné baladin.
De telles moeurs la choquante peinture
Bleffe les fens , fait rougir la Nature.
Je plains un coeur par le vice gâté ,
Qui croit y voir de la fimplicité.
Ne venez pas non plus , bravant l'uſage,
Me bégayer le jargon du village.
Je ne dis pas qu'un mot un peu vieilli
Par le bon goût , ne puiffe être accueilli ;
Qu'un tour naïf, familier à nos pères ,
Ne plaife encore , ainfi que leurs manières,
Avec fuccès La Fontaine & Rouffeau ,
De nos Gaulois empruntant le pinceau ,
Rajeuniffoient des phrafes furannées.
Mais fobrement ufez de ce fecours ;
Le fimple même , en ornant fes difcours
N'y fouffre point de fleurs déjà fanées.
t
་ ! ྩོ
ش ا ب
Voilà ce qu'il ne faut jamais oublier ,
quelque chofe qu'on écrive. Boileau ne
pouvoit pardonner , même à Molière , d'eftropier
la langue en faifant parler des
payfans ; il faut , difoit- il , leur faire tenir
des difcours proportionnés à leur état fans
qu'il en coûte rien à la pureté du langage. Que
DE FRANCE.
1233
diroit-il , aujourd'hui que la plupart de nos
vaudevilles nefont qu'un patois groflièrement
eftropić. M. G *** tombe rarement dans ce
défaut. Le fien eft l'équivoque ordurière . Il
allégueroit vainement en fa faveur le genre
de Vadé. Ce genre , quoique pauvre & mefquin
, ne doit pas être confondu avec le burlefque.
Celui- ci ne peint rien ; l'autre , au
contraire , peint la Nature , baffe à la vérité ,
mais qui , pour certaines gens , n'eft point
fans agrémens. C'eft Téniers qui repréfente
avec vérité une guinguette , des gens du peuple
danfans , des Soldats buvans & fumant
leur pipe. Mais de mauvais quolibers en
chanfon , des calembourgs groffiers feront
toujours d'un goût à réprouver. Si des couplets
de ce genre font les Après- Soupers de
Paphos , c'eft apparemment de cette Paphos
où l'on trouve , pour me fervir des expreffions
de l'ingénieux Defmahis ,
Le fcandale au lieu du myſtère .
La débauche au lieu du plaifir.
Pétrone y paroît trop auftère ,
On le quitta pour Tigellin.
Canadie en chaffa Glycère ,
Et l'Albane à la main légère
Fut remplacé pour l'Arétin .
Liv
MERCURE
HISTOIRE Générale des Provinces- Unies
par MM. Desjardins & Sellius . 8 Vol
in-4°. A Paris , chez Nyan l'aîné , rue du
Jardinet .
Si l'Hiftoire , ce témoin de tous les âges
doit être l'école de tous les hommes , quel
peuple plus digne de fes pinceaux que
celui qui eft devenu riche dans un pays
pauvre N'est- ce pas un bel exemple à donner
au monde de ce que peuvent l'amour du
travail & la fimplicité des moeurs ? Les Hollandois
, refferrés dans l'État le plus borné de
notre Continent , toujours en guerre contre
un élément terrible qui les fubmerge , font
parvenus à fixer l'abondance fous un ciel rigoureux
: leur commerce s'eft étendu dans
les deux hémifphères , & leurs villes font
devenues les magafins de l'Univers . Leur
Hiftoire doit donc être un fpectacle auffi
eurieux que magnifique. Celle- ci eft rangée
fous cinq périodes. La première renferme
ce qui s'eft paffé avant l'entrée des
Romains dans la Baffe- Germanie ; la feconde
parle de la domination des Empereurs ; la
troifième raconte l'invafion des Francs , leur
Gouvernement & celui des Rois de la brancho
Germanique ; la quatrième commence
avec les Comtes , & la cinquième à l'établiffement
de la République. Mais quelles fcènes
atéreffantes offrent fur- tout les Tomes V &
DE FRANCE 237
VI ! l'efprit de réforme qui faifit quelques
Provinces , achève de les mettre en combuftion.
La rigueur des placards , la multiplication
des Évêchés , l'introduction du Concile
de Trente , effarouchent les peuples. La
préférence que Philippe II donne aux étrangers
dans la nomination des Charges , bletle
les Seigneurs, Les États fe plaignent. Les liens
de la fociété fe rompent. L'incrédulité , le
fanatifme & le libertinage produisent l'efprit
de fédition. La populace pille les Monaftères
& les Eglifes , brife les images , & les libelles
fe répandent dans la ville. L'Inquifition ouvre
les Tribunaux , & le Confeil de Sang
condamne & fait exécuter les Seigneurs. Les
Profcrits fe raffemblent fous le Prince d'Orange
, & font des prodiges de valeur fur
terre & fur mer. Le feu s'allume de toutes
parts, & la guerre , qui dure près d'un fiècle ,
coûte à l'Espagne un des plus beaux feurons
de la Couronne. Les hoftilités font inter
rompues par la pacification de Gand & par
l'union d'Utrecht. Mais le progrès de la réforme
alarme les Provinces Catholiques
qui fe féparent des autres. La guerre recom
mence , & les États offrent la Souveraineté
des Provinces à l'Angleterre. Élifabeth la
refufe & les fecourt.. Enfin le pavillon de
la République paroît dans toutes les mèrs.
Elle bat les Efpagnols & les Portugais , &
forme des établiffemens dans les deux Indes..
Le tumulte des armes n'interrompr point
fanattention pour l'avancement des Sciences
Lv
238 MERCURE
& des Arts. Enfin fes flottes , foutenues de
l'ailliance des François , forcent l'Espagne ,
jépuisée d'hommes & d'argent , à reconnoître
a liberté des Provinces- Unies.
Nous ne doutons point que certe Hiftoire
ne fixe l'attention des Politiques, fur- tout dans
le moment préfent , our cette République a
été obligée de prendre part à la guerre qui
ravage depuis plufieurs années l'Amérique.
L'article du Commerce nous a paru favamment
traité. MM. Desjardins & Sellius l'ont
pris à fa naiffance, ils parcourent fes progrès,
& le fuivent dans l'établiffement de fes manufactures.
Ils détaillent l'origine & les fuccès
des navigations des Hollandois , leurs
pêches & leurs relations avec tous les pays
de l'Europe. Ils rendent compte de leurs expéditions
navales pour le commerce contre
les villes anféatiques , contre les Efpagnols
& les Portugais , de leurs conquêtes dans les
deux Indes , de leurs établiffemens , forts ,
comptoirs , colonies , de l'érection de la
Compagnie des Indes Orientales , des Chambres
qui dirigent fon commerce & des réglé
mens qui s'obfervent fur leurs Aottes. De- là
ils paffent à la Compagnie des Indes Occidentales
, expliquent les caufes de fa décadence
, fon renouvellement , l'origine &
les progrès des Sociétés particulières de Surinam
& de Berbice.
Comme la Géographie eft l'oeil de l'Hif
toire, qu'elle feule fauve de l'oubli l'étendue ,
les limites & les noms des pays & des peu
DE FRANCE. 239
ples , il étoit très néceffaire de placer des
Cartes de tous les âges , fur-tout dans l'Hiftoire
de ces Provinces , plus expofées qu'aucune
autre partie de l'Europe aux ravages de
l'Océan. Celles que nous avons fous les yeux
nous paroiffent auffi favantes qu'exactes. En
un mot , les laborieux Ecrivains qui ont eu
le courage de débrouiller un chaos fi informe,
n'ont rien négligé pour fe faire lire avec au
tant d'utilité que d'intérêt.
L'ART de nager , avec des Avis pour fe
baigner utilement , par Thévenot , Volume
in- 12 , avec figures , quatrième Edition ,"
revue & augmentée. A Paris , chez
Lamy , Libraire , quai des Auguftins.
CET Ouvrage , qui doit fon origine à
Thévenot , célèbre par fes Voyages , compread
quatre Parties. La première confifte
dans une Differtation favante fur l'ancienneté
des bains , leur ufage & leur utilité ; la
feconde , qui eft à proprement parler le véritable
Ouvrage de Thévenot , renferme des
Leçons inftructives fur l'Art de nager ; la
troifième eft. compofée d'un Recueil de
tout ce que l'Auteur a pu trouver d'intéreſ→
fant fur les corps qui furnagent , & à la
faveur defquels on peut traverfer les fleuves
, fe foutenir & marcher dans le fein des
mers en cas de naufrage ; la quatrième , qui
ne paroîtra pas la moins importante ,
offre, d'après M, Gardanne & quelques cau-
L vi
240
MERCURE
tres Médecins connus , différens moyens de
reffufciter les noyés. L'Ouvrage eft terminé
par une Differtation fur les bains des Orientaux
; on y voit le détail des avantages &
des inconvéniens qui réfultent du fréquent
ufage que font ces Peuples de toutes espèces
de bains.
Depuis longtemps on defiroit, un Ouvrage
méthodique fur une matière auffi
inté effante. Ceux qui veulent fe former
dans l'Arr de nager , pourroient fans doute
trouver des obfervations utiles, dans Thévenot;
mais cet Ecrivain a fi fort négligé le
ftyle de fon Ouvrage , les idées en font f
obfcures , les principes fi peu intelligibles ,
que le commun des Lecteurs n'en peut
faire aucun ufage. Celui que nous avons
fous les yeux mérite à tous égards la préférence,
foit par la clarté qui y règne , foit
par les chofes nouvelles qu'il renferme.
SPECTACLES.
COMEDIE FRANÇOISE.
LE Mercredi 12 de ce mois , on a donné
la première repréfentation de Jeanne de
Naples , Tragédie en cinq Actes, par M. de
Harpe.
Jeanne a époufé André de Hongrie , pour
biz aux ordres de fon aïeul Robers Le
DE FRANCE. 245
Prince de Tarente qu'elle aimoit , & qui
aimoit en elle fa Couronne , l'a conduite à
permettre qu'on affaflinât fon époux . A
peine le crime a t'il été commis , que Louis ,
Roi de Hongrie , a menacé de venger fon
2 frère. Le Prince a quitté les intérêts de la
Reine , & s'eft propofe , à la faveur du crédit
dont il jouit auprès des États , d'épouſer
Amélie , Princeflè qui a des droits au Trône.
Louis vient en effet venger André & alliéger
Naples. Tarente ne le combat point ; une
Strêve eft accordée. Louis , entré dans Naples
avec mille des fiens, traite avec le Prince, &
exige que la Reine foit dépofée. Tarente y
fouferit : le Roi de Hongrie ajoute qu'il demande
la main d'Amélie qu'il aime , & qui lui
a déjà été réfufée ; mais qu'il renonce à tous
les droits qu'elle a au Trône de Naples.
L'ambitieux Tarente ne croit point à cette
générosité , & annonce un refus de la part
des Etats. Cependant , la Reine abandonnée
par un ingrar , entourée de tous les malheurs
, fur le point de fe voir détrônée , reproche
au Prince fon ingratitude ; toujours
guidé par les circonftances , celui- ci lui
prend qu'il a feint de quitter fon parti pour
attirer Louis dans Naples ; que dans la nuit
même il va tomber fous le même poignard
qui a privé fon frère du jour. La Reine fremit
& rejette cet affreux deffein ; le Prince
y perfifte & fort : tour- à-coup Montefcale ,
Grand Jufticier de Naples , vient lui appaendre
que Tarente , dy confentement des
ap242
MERCURE 7
Etats , doit époufer Amélie. Indignée , elle
inftruit Louis du crime nouveau que l'on prépare.
Celui - ci quitte les murs de Naples , &
revient donner un nouvel affaut ; le danger
de Naples engage les Etats & Tarente à confentir
que Louis époufe Amélie , en renonçant
à tous les droits qu'elle a au Trône ;
Louis , de fon côté , demande que Jeanne
foit dépofée , & confent à l'élection de Tarente.
Les Etats affemblés vont voir ce
Traité mis à exécution quand la Reine y
paroît , s'accufe aux yeux de Louis , fait
connoître fon complice & fe poignarde.
Louis auffitôt met l'épée à la main , défie le
Prince , qui tombe fous fes coups ; & , content
de la main d'Amélie , il abandonne Naples
pour retourner dans fes Etats.
Au moment où l'on écrit cet Article , la
Tragédie de Jeanne de Naples a eu trois
repréſentations avec le fuccès le plus brillant
, tant par le concours des Spectateurs
que par la vivacité des applaudiffemens . On
convient affez généralement que le fujet en
eft intéreffant , & que l'Ouvrage eft rempli
des plus grandes beautés. A l'égard des endroits
qui peuvent prêter à la critique , nous
en réfervons l'examen à un autre Mercure.
Si jamais le talent de Mme Veftris a mérité
les encouragemens les plus flatteurs , c'eft
fans doute dans le rôle de Jeanne de Naples ,
où elle a déployé tout ce qu'elle a d'énergie
& de fenfibilité. Le rôle impofant & ferme
de Montefcale , & le caractère impétueux &
DEES FRANCE.
243
noble du Roi de Hongrie ont été très-bien
rendus , l'un par M. Brizard , l'autre par
M. de la Rive.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE
E Lundi 26 Novembre , on a donné
pour la première fois le Baifer , Féerie en
trois Actes , Mufique de M. Champein .
La Fée Azurine unit fon fils Alamir à la
Princeffe Zélie ; mais fi , dans la journée ,
Alamir prend un feul baifer à Zélie , celleci
doit tomber fous la puiffance de l'Enchanteur
Phanor dont elle eft aimée. Le fatal baifer
eft pris , Phanor enlève la Princeffe , & l'enferme
fur le bord de la mer dans une tour
inacceffible. La Fée ; fous la figure d'une
vieille Magicienne amie de Phanor , trompe
l'Enchanteur , s'introduit dans la tour, délivre
la Princeffe & la rend à fon fils .
2 Beaucoup de facilité , de gentilleffe & de
grâces ne peuvent fauver de la langueur inféparable
de prefque tous les fujets de féerie.
L'Auteur de cet Ouvrage annonce trop de
falens , pour qu'on ne l'engage point à quitter
ce genre froid, & qui ne parle guère qu'à
l'efprit. M. Champcin a élevé très- haut le
ftyle de cette nouvelle compofition ; il en eft
réfulté peut-être beaucoup de févérité de la
part de ceux qui ont cru y appercevoir une
prétention déplacée . Nous l'engageons auffi à
chercher des Ouvrages où le coeur foit pour
quelque chofe , où il puiffe faire parler le
244 MERCURE
langage des paffions : car c'eft -là que le talent
d'un Muficien Dramatique fe fait réellement
connoître.
SCIENCES ET ARTS.
EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur de
la Defcription de l'Art d'exploiter les
Mines de charbon de terre , à M. de
Joubert , Tréforier Général des États de
Languedoc , fur les Fourneaux qualifiés
FOURNEAUX A ÉPURER LE CHARBON
DE TERRE.
JE fuis effectivement , Monfeur
& ancien Camarade , plus en état que perfónne
de vous indiquer tout ce qui a rapport aux
tentatives faites en France , concernant la prépara
tion qualifiée ÉPUREMENT du charbon de terre. En
1777, j'en ai donné la première époque , page 1218
de la Defcription de l'Art d'exploiter les Mines de
charbon , dans un article intitulé : TENTATIVES.
FAITES EN LANGUEDOC. En 1779 , j'ai repris
fört en détail l'hiftoire de la continuation de ces
Effais , page 1587 ; vous verrez que votre Province
eft précisément une de celles ou on a commencé à
en faire , & que cette opération de débitumer le chasbon
de terre pour le réduire en braife , remonte em
France à feu M. Jars , de l'Académie , à M. de
Genfaune , Correfpondant de l'Académie , & à M.,
le Chevalier de la Houlière.
Quoi qu'il en foir , Monfieur & ancien came
3
DE FRANCE. 247
1
sade , vous me demandez aujourd'hui ce que je penfe
fur le fond du procédé employé par le fieur Ling,
fous les qualifications de SECRET , de Décou-
VERTE , & dont il fe dit l'Auteur ; je ne ferois pås
en état de répondre précisément à votre queftion ,
c'eſt-à- dire , de vous affirmer en quoi confifte ce
SECRET mystérieux , fans un voyage que je viens
de faire aux portes de Toulouſe.
J'ai eu occafion de m'arrêter dans le Quercy , &
d'aller vifiter les mines de charbon du Rouergue
dans le Mandement d'Albin ; je ne pouvois manquer
d'être informé ( & je l'étois dès le mois de
Février ) que près du château de M. d'Arcambal , en
Quercy, il y avoit un atelier d'EPUREMENT de charbon
de terre : je n'étois pas homme à laiſſer échapper
une auffi belle occafion de me convaincre par
mes yeux que l'opération du fieur Ling étoit décrite
dans mon Ouvrage comme je l'avois foupçonné.
Voyez à ce fujet ma lettre à M. Leroy , imprimée
dans plufieurs Journaux . Lors des premiers mouve
mens faits pour folliciter ce Privilège D'ÉPUREMENT
, je fus par les perfonnes de la Bibliothèque
du Roi , que l'on étoit venu très - fouvent lire & confulter
la dernière partie de mon Ouvrage ; je me
doutai de l'objet dont on s'occupoit effectivement.
Voici maintenant la mèche découverte.
Le Lundi 18 Juin dernier , étant à Cahors , je
gagnai en herborifant le village de Galletife ( qui
fe prononce Gailecies ) , fur le bord du Lot , près
Sagenac. Il faut paffer près du château du Boufquet
, dont M. d'Arcambal eft Seigneur , comme
on me l'avoit écrit d'Albin au mois de Février , à
l'occafion du voyage que M. Vaffal , un des Agens
du fieur Ling , étoit venu faire à ces mines au mois
de Septembre 1780. J'étois accompagné dans ma
courfe d'un jeune Eccléfiaftique du Diocèle de
Cahors ( M. de la Caflagne ) , neveu d'un Cha246
-MER
CURE
2
noine de la Cathédrale , fi je ne me trompe. M.
l'Evêque de Cahors , notre ancien camarade de
collége , s'étoit propofé d'aller auffi ce même jour
Voir cette fabrication ; mais il n'y fut pas..
Je n'étois point attendu à l'atelier de Galletife.
Ayant été d'abord à même , par la pofition de eet
atelier fur le penchant d'une colline ( qu'il me falloit
defcendre pour y arriver ) , de le voir chemin
faifant par-deffus le mur , de reconnoître enfuite
que la porte en étoit ouverte , & qu'il y avoit
des travailleurs , nous gagnâmes l'entrée mon compagnon
& moi pour en profiter ; j'aurois pu m'en
difpenfer , à vous dire vrai, & retourner fur mes pas ;
j'avois tout vu fort à mon aife par deffus le mur
& reconnu que les fourneaux D'ÉPUREMENT font
exactement les mêmes que ceux décrits dans l'ex-
-plication des planches de mon Ouvrage ( pages 1f74
& 1575 ) , qui avoient été employés par M. le
Comte de Stuard , & qui ont été détaillés depuis dans
l'ordre de conftruction en 1779 , par M. de Gen
fanne (Journal de Phyfique, Novembre , page 337) .
Vous ferez peut-être bien-aife fur cela de favoir ,
Monfieur & ancien Camarade , quelle relation i
peut y avoir entre le SECRET prétendu du ficur
Ling & la conftruction publiée par M. de Genfanne.
La chofe eft fort fimple. Ce dernier a affuré
M. le Chevalier de Solages , Seigneur de Crameaux,
& je tiens cette Anecdote de M. le Prieur d'Albin,
que J. P. Ling étoit un ouvrier maçon dont M. de
Genfanne s'étoit fervi pour conftruire les fourneaux
à débitumer le charbon de terre ; que cet ouvrier ,
inftruit de cette conftruction , avoit décampé , &
étoit venu à Paris . Au furplus , M. le Comte de
Stuard ne conftruifoit pas autrement les fourneaux ;
je ne dois cependant pas oublier de vous dire que le
heur Ling prétend que M. de Stuard a été fon
diève.
DE FRANCE. 247
Je reviens à l'atelier de Galletife ; j'y vis fix
fourneaux, abfolument les mêmes (je le répète ) que
ceux que j'ai décrits ; par cette raiſon je ne vous en
donne point le détail : ils étoient fur un même alignement
; plufieurs étoient en réparation ; on étoit
occupé à en DRESSER un pour être MIS EN FEU
fous peu de jours ; je partois le fur-lendemain ; je
n'y fuis point retourné : cela étoit fort inutile.
A
Ainh , Monfieur & ancien Camarade , le degré
de perfection dont la préparation angloife n'appro
choit pas , felon L'AVIS AUX MAÎTRES DI
FORGES publié en 1780 , confifte uniquement à
maçonner la place à charbon en briques , à y ména .
ger des rigoles & à conftruire de même le ceintre
en briques à demeure , ce qui effectivement mamtient
la PILE ou MEULE de charbon , & accélère en même
temps le DRESSAGE ; mais il eft clair que cela a été
pratiqué à Montbard & à Ardinghem en 1775 avant
le feur Ling ; il eft encore évident que cette perfection
a été publiée en 1779 , & que le fieur Ling ne paroît
pas pouvoir être regardé Auteur de la méthode de
purifier le charbon de terre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
LE
Signé, MORAND.
GRAVURES.
E Sieur Fortin , Ingénieur-Méchanicien du Rol
pour les Globes & Sphères , visht d'affocier à fes
travaux le Steur Delamarche , connu déjà par des
effais eftimables en Géographie & en Aftronomie.
On trouve chez eux , rue de la Harpe, près la rue
du Foin , 1. des Globes & des Sphères de toutes
grandeurs , depuis 3. jusqu'à 18 pouces de diamètre ;
les nouveaux Globes célefte & terreftre de 12 pouces ;
248 MERCURE
le Célefte de M. Meffier , Aftronome de la Marine ,
&c. contenant les nouvelles Découvertes en Aftre
nomie , les Nébuleufes obfervées par lui & par M.
Méchain. 2 ° . Le Globe terreftre fait par le fieur
Fortin , contenant les nouvelles Découvertes en
Géographie, tirées des Voyages du célèbre Capitaine
Cook & de plufieurs autres Voyageurs. 3 ° . Des Cartes
collées fur bois & découpées,pour inftruire & amuler
les enfans. Le prix de chaque Carte eft de 12 liv.
On trouve chez les mêmes des Atlas céleftes &
terreftres de différentes grandeurs ; des Cartes Géographiques
fur toutes les parties du Globe , en une,
deux & quatre feuilles ; le Tableau des Mathématiques
avec fon explication ; des Planifphères & la
nouvelle Édition des Hémisphères céleftes de Robert
de Vaugendy ; des Lotos géographiques , avec une
inftruction pour ce jeu ; des Planétaires ou Sphères
de Copernic mouvantes ; la nouvelle. Machine géocyclique
citée dans l'Aftronomie de M. de la Lande,
& expliquée dans la Cofmographie de M. Menrelle
des Globes célettes à poles mobiles pour
démontrer la préceffion des équinoxes , & pour l'iptelligence
de l'Ouvrage de M. Dupuis fur l'origine
des Conftellations, & beaucoup d'autres Ouvrages
qui feront détaillés dans un nouveau Catalogue qui
paroîtra à la fin de cette année .
Carte Géographique & Topographique de différens
Diocèfes , & autres Cartes , qui fe trouvent à Paris,
chez Dezauche , Succeffeur des Sicurs Delifle &
Buache , premiers Géographes da Roi, & chargé de
l'Entrepôt- Général des Cartes de la Maime , rue des
Noyers , près celle des Anglois. Diocèle de
Rouen , Carte Topographique en fix feuilles ;
Diocèse de Lifieux , en deux feuilles , par M. Danville
; nouvelle Carte de l'Evêché de Rennes , Diocèle
de Senlis , de Beauvais , de Dijon , de Comminge,
DE FRANCE. 249
de Touloufe , de Cafties , de Lavaur , de Montpellier
, de Beziers , de Narbonne , &c. &c.
L'on trouve chez le même tous les détails de la
France , tant par Gouvernemens Militaires que par
Généralités. Tous les Cercles & Électorats d'AÎlemagne
& de l'Italie , tels que le Piémont , en 20
feuilles , la République de Gènes , le Duché de Milan
& les Évêchés de Trente , &c. Le Neptune Oriental,
par M. d'Après de Mannevilette , nouvelle Édition ,
tant in - folio qu'in- quarto. Le Neptune Américo-
Septentrional , &c.
Plan Géographique de l'Ile de Minorque , avec
l'explication des endroits où la defcente des Efpagnols
a été faite , felon l'original envoyé par M. le
Duc de Crillon . Prix , 15 fols . A Paris , chez la
Chauffée , Graveur , rue S. Jacques , vis- à-vis la
Fontaine S. Severin.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
OD Jur la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
, & fur les Avantages remportés récemment par
les Armées du Roi , par M. Courtial , in - 8 ° . A
Paris , chez Lamy , Libraire , quai des Auguftins,
*
Les après Soupers de la Société, petit Théâtre
Lyrique & Moral fur les aventures du jour. A Sybaris
& à Paris , chez l'Auteur , rue des Bons-Enfans ,
vis -à- vis la cour des fontaines . — Théâtre de M. de
Sauvigny, Tome I , même adreffe que ci - deffus.
-
Sainte Bible , traduite en François , avec l'Explication
du fens littéral & du fens fpirituel , tirée
des Saints Pères & des Auteurs Eccléfiaftiques ,
Tome I , in-8 °. A Paris , chez Befprez , Imprimeur ,
2009- MERCURE
&
Libraire , rue S. Jacques ; & à Niſmes , chez Pierre
Beaume , Imprimeur- Libraire. ( Voyez le Profpectus
fur la Couverture du Nº . so de notre Journal )
L'honnête Homme , par M. l'Abbé Moydieu ,
Chanoine de l'Églife de Troie , 2 Vol . in- 12. Prix ,
3 liv. A Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire ,
quai des Auguftins ; Barrois le jeune , Libraire ,
quai des Auguftins ; & Lefclapart , Libraire , Pont
Notre- Dame.
Epitre à un Anonyme qui a rendu la liberté à
deux cent prifonniers pour mois de nourrice , le
jour de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
par M. Richard , in- 8 ° . A Paris , chez les Marchands
de Nouveautés.
Almanach Hiftorique de la Ville , Diocèfe &
Bailliage de Sens. Prix , 12 fols. A Sens , chez
Tarbé ; & à Paris , chez Gogué & Née de la Rochelle
, Libraires , quai des Auguftius. On trouve
à la même adreffe un Mémoire qui enfeigne une
atitude orès-aifée & très-naturelle pour guérir les
Fluxions de poitrine & autres Maladies , par M.
Freffon , Marchand Braffeur, feconde Edition. Prix,
❝ fols.
Difcours publics & Éloges , auxquels on a joint
une Lettre où l'Auteur développe le plan annoncé
dans l'un de fes Difcours pour réformer la Jurifprudence
, par M.... Avocat Général , 3 Vol. in- 12.
A Paris , chez Simon , Imprimeur du Parlement ,
rue Mignon-Saint-André-des-Arcs,
De l'influence des affections de l'ame fur les ma
ladies nerveufes des femmes , avec le traitement qui
convient à ces maladies , par M. de Beauchefne ,
Médecin de MONSIEUR , Volume in- 8 ° . A Paris
chez Méquignon , Libraire , rue des Cordeliers.
DE FRANCE. 2501
Euvres de M. le Chevalier Antoine- Raphaël
Mengs , in-8 ° . Prix , 3 liv . broché. A Paris , chez
Conturier fils , Libraire , quai des Auguftins. On
trouve chez le même Libraire les Lettres familières
de M. Winckelmann , 2 Vol. in- 8 ° . Prix , 7 l . 10 f
----
Nouvelle Méthode sûre , courte & facile pour le
traitement des perfonnes attaquées de la Rage , par
le Frère C. Choifel , de la Compagnie de Jéfus ,
Apothicaire de la Miffion de Pondichéry, nouvelle
Édition in - 12 . A Paris , chez Morin , Imprimeur
Libraire , rue S. Jacques,
Lettre fur les Expériences des frictions glaciales
pour la guérifon de la pefte & autres maladies putrides
,, par M. D. Samoïlowitz , Docteur en Médecine
, in - 8 ° . A Paris , chez Leclerc , Libraire ,
quai des Auguftins .
Recherches Hiftoriques fur l'état de la Religion
Chrétienne au Japon , relativement à la nation Hol
landoife , traduites du Hollandois de M. le Baron
Onno- Swier de Haren , in- 12 . Prix , 1 livre 4 fols
broché. A Paris, chez Couturier fils , Libraire ,
quai des Auguftins ,
Grammatica Hebraica Francifci Mafclefii , punetis
Mafforecticis libera , edita à Luca Franc,
Lalande , Presbytero Orator. D. J. quarta Edit.
precedentibus brevior & emendatior , Vol, in-
8 °. Parifiis , apud B. Morin , via Jacobea .
Entretiens d'Angélique pour exciter les jeunes
Perfonnes du fexe à l'amour & à la pratique de la
Vertu , par une jeune Demoiselle , Volume in- 12 .
A Paris , chez B. Morin , Imprimeur- Libraire , rue
S. Jacques.
** Les Bizarreries du Deftin , ou Mémoires de
152
MERCURE
2
Miladi Kilmar , publiés par M. l'Abbé Sabatier ,
de Caftres , nouvelle Édition , revue & corrigée .
2 Vol. in- 12 . A Paris , chez Moutard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins.
Difcours fur la Naiffance de Monfeigneur le Dau
phin , prononcé au Musée de Paris le 15 Novembre
1781 par M. l'Abbé Cordier de Saint-Firmin , Membre
de cette Société inſtituée le 17 Novembre 1780 ,
in-4° . A Paris , chez Valleyre , Imprimeur - Libraire ,
rue de la Vieille- Bouclerie.
Les Adieux de l'Arbre de Cracovie , in - 8 ° .
A Paris , chez les Libraires qui vendent les Nouyeautés
.
Faute à corriger dans le dernier Mercure.
Page 194 , ligne 12 , à un Auteur Dramatique ,
lifez aux Auteurs Dramatiques.
TA B LE
CLAUDINE à la Cour , 205 L'Art de Nager
La Linotte , Fable. 207 Comédie Françoiſe ,
Le Serin , Conte,
239
240
209 Comédie Italienne, 243
Extrait d'une Lettre de l'Auteur
de la Defcription de
l'Art d'exploiter les Mines
'de Charbon de Terre , à M.
Enigme & Logogryphe , 219
Fragmens d'un Poeme fur
l'Affranchiffement des Serfs,
222
Le Nouvel Anacreon François , de Joubert ,
232 Gravures ,
Hiftoire Générale des Provin- Annonces Littéraires ,
ces- Unies , 2361
244
247
249
APPROBATION
.
le
J'AI
lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 22 Décembre. Je n'y a
ien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreflion. A Paris,
21 Décembre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE FRANCE
.
SAMEDI 29 DÉCEMBRE 1781 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Sur la Mort de M. DE MAUREPAS.
C'est eft fait, il n'eft plus ΕΝ , ce Miniftre fublime,
Dont les deffeins hatdis confondoient nos rivaux.
Sa gloire , fes vertus , & cent ans de travaux ,
Dans les mains du trépas , qui le prend pour victime ?
Ne peuvent enchaîner la dévorante faulx.
Il meurt , & par ce coup la Sageffe luprême
Apprend à l'Augufte Louis ,
Quepour donner des lois aux deux Mondes foumis ,
Il n'a befoin que de lui-même .
( Par M. l'Abbé J...y , d'Harmonyville.)
X
No. 52 , 29 Décembre 1781 .
M
254 MERCURE
L'OPTIMISME ,
Épître à M. le Vicomte DE T***.
Les chagrins fuivent l'alegreſſe ;
Le plaifir fuccède au chagrin ;
Le fage reconnoît fans ceffe.
Que le mal eft auprès du bien.
La plus aimable Souveraine
A fon Époux donnoit un Fils ;
Elle est belle , elle eft Mère & Reine ,
Nos voeux , les fiens étoient remplis...
Eh bien , ce Neftor qu'on révère,
Que fon Monarque & (on pays
Avoient tous deux choisi pour père,
Couché fur un lit de douleurs
Défendoit la vieilleſſe auguſte
Contre la mort , defpote injufte
Qui ne jonit que par nos pleurs.
Toi-même , à la fouffrance en proie ,
Loin de nous étois retenu ;
Tous les coeurs , au ſein de la joie ,
Sembloient demander T **
Et lorfque la mort ſur ta tête
Tenoit fon glaive ſuſpendu,
Dans ma douleur j'ai reconnu
La douleur de toute ame honnête
Et l'empire de la vertu.
DE FRANCE. '25'5
Mais la fièvre qui te dévore
Va bientôt fortir de ton fein ;
Tu vis, & changeant mon refrein ,
Quand je pourrai te voit encore ,
Je m'écrirai que tout eft bien .
Ja réclame.ton indulgence.
Pour t'égayer ou t'endormir ,
( Tous les deux font un bien , je penfe.
Et, Laffone en doit convenir ,
Sunt figne de convaleſcence , )
Je voudrois , mais en confidence ,
Sur la Cour caufer avec toi ;'
Tu la connois en confcience,
Et je fuis , j'en donne ma foi ,
Auffi difcret .. qu'on l'eſt en France.
Voyons , ne diffimulons rien ;
Et dans une égale balance
Pefons le mal avec le bien.
AVANT tout, configne à ta porte
Ces gens de Cour , petits & grands ,
Tous ces valets , ces courtisans ,
Bruyante & légère cohorte ,
Qui s'empreffe , accourt ou s'enfuit ,
Qui rit & pleure , approuve & blâme
Selon que le Dieu de leur ame ,
Le Dieu du moment les conduit.
J'ai vu cette foule inſenſte bang w
'I
Mi
256
MERCURE
( Et le fpectacle eſt toujours neuf )
Le matin chercher ſa penſée
Et fon idole à l'oeil de boeuf.
Le foir , ces parjures oracles ,
Méprifant leurs propres Héros ,
Chantoient , adorateurs nouveaux ,
Un autre Dieu , d'autres miracles.
J'en pourrois nominer aujourd'hui
Plus d'un... Mais non , de la prudence.
J'ai , dans l'art de me taire inftruit ,
Su profiter de ton filence.
Après tout , ces mêmes efprits ,
Si peu conftans dans leurs fuffrages ,
Pour le même objet réunis
Raffemblent fur lui leurs hommages :
Tout chante ANTOINETTE & LOUIS.
C'eft la première fois , peut-être,
Que d'un vrai zèle tranfporté ,"
Un flatteur , en louant fon maître
Ne peut trahir la vérité.
Et moi , j'irois , cenfeur févère ,
Fronder tour , & n'eſtimer rien !
Non , le fage le plus auſtère
Auprès du mal trouve le bien
JE hafardois cette maxime
Chez le cynique Valençais ,
Qui croit les fautes des forfaits ,
D'un fentiment doux fait un crime,
DE
257
FRANCE.
Et qui pourtant veut qu'on l'eftime
Comme on eftime Nivernois.
Trouver le bien , quelle démence ,
Me dit-il avec véhémence ,
A la Cour , chez des courtifans!
Cruels & lâches complaiſans ,
Oui , c'est avec cette indulgence
Que, prodiguant un fade encens ,
Et des Grands flattant l'infolence ,
Vous perpétuez leur enfance
Par des menfonges careffans.
Non , non , il u'eſt plus d'eſpérance.
Tous les coeurs , tous font corrompus ;
• En vain je cherche des verrus
Je ne trouve que la licence .
Connoiflez-vous ce pays-là ?
Profcrite par la défiance ,
L'amitié , délaiffant la France ,
S'enfuit au Monometapa.
Être honnête - homme eft ridicule ;
L'honneur & même le fcrupule
Étoient fort bons pour nos aïeux ;
De l'égoïsme impérieux
Tout porte le froid caractère.
Il n'eft plus de fils , plus de père.
L'hymen , renverſant ſes Autels','
A rompu ces noeuds éternels
Qui confacroient nos deftinées ,
Et reproduifant nos defirs ;
Miit
278. ,
MERCURE
Tenoient nos ames enchaînées
A nos devoirs , à nos p'aifirs.
L'Amour même a perdu fes charmes ;
Sans traits , fans pudeur , fans flambeau ,
Il ne fait plus verfer des larmes :
Il ne lui refte qu'un bandeau.
Que je méprife & hais les hommes !
Que je regrette Juvénal !
C'est bien en ce fiècle fatal ,
Ce fiècle de fer où nous fommes,
Que rien n'eft bien & tout eft mal.
Le fermon eft un peu brutal ;
Un anathême auffi finiftre
Fut , je crois , le but très-moral
D'un Abbé qui , digne Miniftre ,
A Verſailles d'un ton fort trifte.
Prêchoit après le carnaval.
Pourquoi ces aris , cette colère ?
Où trouver des hommes parfaits ?
Ils font rares ; mais fur la terre
La vertu n'eſt pas étrangère
Elle exifte chez les François,
Je doute , pour parler fans feinte ,
Qu'on la trouve dans nos boudoirs,
A la toilette d'Araminte
Le matin , encor moins les foirs.
Je fais que d'un air d'innocence
On fe permet , avec efprit ,
DE FRANCE. 259
Deux petits mots de médifance
Que perfonne ne contredit.
Je fais qu'on fait cas de l'envie ,
Et qu'on ne fauroit , fans humeur,
Sans s'afficher comme cenſeur ,
Se refufer la calomnie.
Je fais , qu'auffi gais que prudens ,
Des.... légèretés de leurs femmes
Nos maris font les confidens ,
Ce qui prouve,de bonnes antes;
Et que pour amufer ces Dames ,
Occuper par des traits plaifans
Leurs vapeurs ou leurs infomnies ,
Ils racontent , difcrets amats ,
Leurs pathétiques perfidies.
Je fais.... Mais quel funefte emploi
De chercher le mal pour le peindre ?
Que le Philofophe eft à plaindre
Lorſqu'il ne voit autour de foi
Tous les humains que pour les craindre !
Pour moi , Sujet & Citoyen ,
Plus que jamais je crois au bien ;
Et dans les vertus du Monarque
J'apperçois l'infaillible marquet
De notre bonheur & du fien.
Le vice doit fuir la prefence:
C'est ainsi qu'un reptile obfcut ,
Du foleil craignant l'influence ,
Et l'éclat brillant d'un jour pur ,"
*
Miv
260 MERCURE
Fuit , & le Dieu de la lumière ,
Verfant fes feux & fes bienfaits ,
Pour les habitans fatisfaits ,
Orne & fertilife la terre ,
Et jouit des dons qu'il a faits.
Louis a droit au même hommage.
Avili près de fes égaux ,
L'homme , par un barbare ufage ,
Sur le fol , témoin de ſes maux , .. A.
Et fécondé par fes travaux ,
Refpiroit l'air de l'esclavage.
Preffé par l'espoir ou l'ennui ,
S'il cherchoit un ciel moins févère
Le fentiment de fa misère
Et fes fers marchoient avec lui ;
Et des Sujets , foumis & braves , -
De l'hymen fuyant les douceurs ,
Craignoient d'engendrer des efclaves
Nés pour l'opprobre & pour les pleurs.
L'humanité compatiſſante ,
L'aimable & fainte humanité ,
Sous une forme intéreſſante
A préfenté la liberté ;
Le vrai bonheur fuivoit leurs traces ;
LOUIS , confondant tous leurs traits ,
Crut voir ANTOINETTE ou les Grâces; :
Ils étoient sûrs de leurs fuccès .
Ses Sujets , dans ce jour profpère ,
Ses enfans , l'ont nommé leur père ;
DE FRANCE. 261
Et ce qu'avoit fait notre amour ,
Par reconnoiffance à fon tour ,
La Nature vient de le faire .
Croiffez , digne objet de nos voeux
Et vous , Rivaux impérieux ,
Craignez de Graffe & fa Victoire ;
L'inftant qui nous rendit heureux
Doit être l'inftant de la gloire.
Que pour fêter un jour fi beau ,
Au fein de l'ivreffe publique ,
Caftries préfente à ton berceau
La Liberté de l'Amérique ;
Et que Vergennes & la Paix ,
Réunis par la politique ,
Reftent près du Trône à jamais.
A UN AMI , qui vouloit que l'Auteur lui
fit des Verspour le premier Jour de l'An.
DAANNSS peu fe termine l'année ;
Un nouvel an va commencer,
Et vous exigez qu'en puînée
Ma Mufe aille vous l'annoncer.
Ami , c'eſt par trop me preiſer ,
Et mon embarras eft extrême.
Rimeur naïf & fans détour ,
Que vous dirai -je , en ce grand jour ,
Damon , finon que je vous aire bodie
M▾
262 MERCUREC
Rien , mon féal ; mais l'an fuivant
Je vous en pourrai dire autant;
Car je vous aimerai de même.
( Par M. Durivage Guillaume , Avocat. )
Extrait du Traité DE PLUTARQUE :
Comment il faut faire lire les Poëtes aux
Jeunes-Gens. Traduit par M. Sétis. *
LA Poéfie n'a point d'attraits pour des efprits
groffiers & ftupides. C'eft dans ce fens
qu'il faut entendre le mot de Simonides.
On lui demandoit pourquoi les Theffaliens
étoient les feuls dans la Grèce qu'il ne trompât
point. Ils font trop fors , dit- il , pour que
je les trompe. Gorgias appeloit la Tragédie
une véritable impofture ; mais , ajoutoit- il ,
celui qui en impofe ainfi eft plus droit qu'un
autre , & celui qui s'en laiſſe impoſer , plus
fage. Que ferons nous donc ? Faut-il embar-
M. Sélis , Profeffeur au Collège de Louis- le-
Grand , & Maître du jeune Bourler de ce même
College , dont le Roi de Pruffe a récompenfé les
talens naiffans , ( Voyez le Merc. du 22 Sept. ) vient
d'être Aggrégé par ce même Prince à l'Académie de
Berlin , au nombre des Affociés Étrangers. Il doit
cet honneur à fes Ouvrages qu'il avoit envoyés à ce
Monarque , & à fes heureux fuccès dans l'édu ation
de la jeuneffe confiée à fes foins . L'Académie a témoigné
à M. Sélis combien elle étoit fatisfaite de
cette Aggrégation.
DE FRANCE.
263
quer les jeunes gens à la fuite d'Epicure ,
qui fe déclare contre les vers , leur boucher
fes oreilles avec de la cire , comrne fit Ulyffe
à fes compagnons , & paffer à toutes voiles
devant la Poéfie ; ou , fans fuir ainfi , fe.contenter
de les munir d'excellens conſeils , &
de les hier , pour ainsi dire , à la raifon ?
N'eft- ce pas en les conduifant bien & en les
obfervant avec attention , que nous leur ferons
éviter le danger de ces chants fi gracieux
?
Le féroce Lycurgue , le fils de Dryas, étoit
fou , fans doute , lorfqu'il fit couper toutes
les vignes de fon Royaume , parce que l'on
s'enivroit & qu'il s'enfuivoit des défordres.
Il étoit fi fimple d'amener de l'eau près de
ces vignobles , & de corriger un Dieu infenfe
, comme Platon appelle Bacchus , par
le fecours d'un Dieu fobre. L'eau mêlée dans
le vin en prévient les mauvais effets & n'en
empêche pas les bons. Refpectons la Poéfie ,
& n'allons pas detruire la vigne des Mules.
Sachons feulement réprimer la licence de ces
fictions feduifantes qu'on étale au Théâtre.
C'eft quand nous verrons ces branches préfomptueufes
s'egarer , qu'il faut prendre la
ferpette & arrêter leur effor. Mais quand la
Poche ne fe borne pas à plaire & à traiter
des fujets vuides & ftériles , affocions - lui la
Philofophie. Les fictions des Poëtes rendront
les connoiffances philofophiques plus faciles
& plus agreables aux jeunes gens , comme la
mandragore , qui vient auprès des vignes ;
Mvj
264
MERCURE
infufée dans du vin , elle procure à ceux qui
en boivent un affoupiffement plus doux. Le
jeune homme qui fe deftine à la Philofophie
De rejettera donc point les écrits des Poëtes.
Les Poëtes font inenteurs , tantôt volontairement
, tantôt malgré eux. Volontairement,
parce que la plupart des Lecteurs ne
veulent que s'amufer , & qu'il faut leur
plaire , à quoi le menfonge eft plus propre
fans doute que l'auftère vérité. Jamais ni le
charme des vers , ni la majefté du ſtyle , ni
le choix des figures , ni le mérite de l'enfemble
& du plan ne rendront la vérité auffi
piquante qu'une fable bien faite . La couleur
en peinture a plus d'effet que le fimple trait,
parce qu'elle repréfente mieux la figure humaine
, & que l'illufion qu'elle produit eft
naturelle. Ainfi en Poéfie le menfonge , lorfqu'il
s'y mêle un air de vérité , frappe plus
& plaît davantage que les vers les mieux
travaillés où il n'entre point de fiction .
·
On trouve quelquefois chez des Poëtes
fameux , & excellens d'ailleurs , des traits
également abfurdes & révoltans contre les
Dieux , contre les grands Hommes & contre
la vertu. Le Lecteur qui , dans ces occafions
, croit d'abord ce qu'il lit , n'embraffe ,
au lieu de la vérité , que des erreurs dangereufes.
Mais fuppofons un homme conyaincu
que la Poésie n'eft que preſtige , ſe
DE FRANCE. 265
rappelant fans ceffe ce principe , & fait en
un mot pour l'apostropher elle - même en
ces termes : ..
a
Omonftre plus trompeur que le fphinx
des Thebains , pourquoi ce front ride quand
je te vois fourire , pourquoi m'abuſes - tu
quand tu fembles m'inftruire ? Un pareil
homme n'a rien à craindre de la Poéfie. Il
fe blâmera lui même d'avoir eu peur que
Neptune n'ouvrit réellement la terre , & ne
découvrît la rive défolée du ftyx . Il n'aimera
pas les larmes qu'Achille & Agamemnon
verfent dans les enfers , & les regrets auxquels
ils s'abandonnent , & leurs mains , fans
force & fans vie , tendues vers Ulyffe. Si
par hafard il eft affecté de ces peintures chimériques
, s'il fe fent troublé , s'il cède à
l'enchantement , il fe dira bien vîte :
Revole à la lumière , & vas par ces merveilles
De ta feiame crédule étonner les oreilles.
Dans bien des occafions les Poëtes falfifient
les chofes mêmes fans avoir intention de
les falfifier , ils croient eux-mêmes les erreurs
qu'ils mettent en avant. Cette ſentence :
C'eft Jupiter , c'eft lui qui sème au loin la guerre.
Et cette autre :
Le Ciel jaloux veut- il qu'une maifon périffe ,
Il fait naître un prétexte , & l'homme eft fon complice.
Et cent traits pareils que l'on trouve chez
les Poëtes ne viennent que de cur ignorance
266 MERCURE
eu des idées fauffes qu'ils ont fur la Divinité.
Ils pentent ce qu'ils difent , & nous trompent
d'autant plus facilement qu'ils font de
bonne- foi , ceux des Poëtes qui regardent
comme un malheur de mourir ou d'être privés
de la fepulture , qui s'abandonnent aux
plaintes à ce fujet , qui trahiffent leur frayeur
& difent :
Ah ! reftez près de moi , ne m'abandonnez pas
Sans enterrer mon corps , fans pleurer mon trépas.
Ou bien ,
Il meurt , fon ame fuit en proie à la trifteffe.
Hélas ! tout eft perdu , vigueur , beauté , jeuneffe.
Ou enfin ,
Je fuis fi jeune encore ! Eh ! laiffez -moi le jour.
Le jour , ce bien fi doux que l'on perd fans retour.
Ne me contraignez pas , victime malheureuſe ,
De voir, avant le temps , la rive ténébreuſe.
Il eft vifible que les Poëtes qui s'expriment
ainfi font réellement perfuadés de ces erreurs.
Ils n'en troublent que mieux nos efprits ,
fur tout quand ils les trouvent pleins des
mêmes préjugés.
Traduction de l'Épitre d'Horace à Fufcus
Ariftius. Livre Ier , Épître 10 .
HORACE , l'amateur des champs , à Fufcus ,
l'amateur de la ville , falut. Ainfi nous differons
de goû fur un point , mais c'eſt le feul,
fur tout le refte nous frateinifons , & l'on
DE FRANCE. 267
nous prendroit preſqué pour deux jumeaux.
Ce que l'un veut , l'autre le veut. Ce que
P'un rejette , l'autre le rejette auffi . Nous
fommes les deux pigeons de la Fable , vieillis
enfemble. Mais vous , vous ne fortez point
du nid , & moi j'aime à admirer les ruiffeaux
d'une charmante campagne , les rochers tapiffés
de mouffe , les bois . Que voulez- vous ?
Je commence à vivre , je fuis fur le trône au
moment où je me fépare de tous ces vains
objets que vous & tant d'autres élevez avec
complaifance jufqu'au ciel. Tel qu'un efclave
de Pontife qui fuit dégoûté de la pâtifferie
des offrandes , je veux du pain , c'eft da
pain qu'il me faut ; je le prefère au miel des
gâteaux friands. S'il eft vrai qu'il faut vivre
conformément au vou de la Nature , s'il importe
de bien choisir le lieu où l'on veut
élever fa demeure , dites , connoiffez- vous
un fejour préférable à celui des pailibles
campagnes ? En eft- il où les hivers foient
plus tièdes , où les zéphirs foient plus frais ,
& modèrent par une plus douce haleine les
fureurs du chien célefte , & l'agitation violente
du lion que pénètrent les rayons brûlans
du foleil ? En eft- il où le fommeil foit
mois troublé par les chagrins ennemis ? Le
gazon des prés a - t'il une odeur moins fuave,
úne couleur moins riante que vos pavés de
marbre d'Afrique ? L'eau , qui dans les rues
s'efforce de rompre le plomb des canaux
fouterrains , eft elle plus pure que celle
qu'entraîne une pente naturelle , & qui court
268 MERCURE
avec un bruit flatteur ? Voyez avec quel
foin , parmi vos riches colonnades , on élève
un bois artificiel , comme on vante une maifon
d'où la vue fe prolonge fur une vafte
campagne. Armez-vous , & chaffez la Nature
; elle revient , elle revole ; elle fait , par
un charme fecret , forcer peu- à-peu nos injuftes
dégoûts ; elle refte victorieufe . Non ,
le Marchand qui ne diftingue point la pourpre
de Sydon de l'étoffe groffière qu'on
trempe à Aquino dans une couleur fallifiée ,
n'eft pas expofe à un dommage plus certain ,
n'éprouvera pas de plus cuifans regrets que
l'homme qui ne difcerne pas les vrais biens
des biens apparens. Quiconque jouit fans
modération des faveurs du fort , fera renverfé
fi le fort change. Ce qu'on aime avec
paflion on le quitte avec regret . Fuyez tout
ce qui eft élevé. On peut , fous un toît pauvre
, furpaffer en bonheur & les Rois & les
favoris des Rois . Le cerf, vainqueur du cheval
, après de longs combats , le chaffa des
pâturages , leur domaine commun ; celuici
, las d'une vaine réfiftance , implora le
fecours de l'homme & reçut un frein ; mais
lorfqu'il fe retiroit victorieux à fon tour ,
grâces à cette force nouvelle , il ne put renverfer
le Cavalier monté fur fon dos , il ne
put fe délivrer du mors : image de l'homme,
à qui la crainte de l'indigence a fait perdre
la liberté , ce bien plus précieux que l'or. Le
lâche il portera toujours un maître , il fera
toujours affervi , parce qu'il ne fait point
DE FRANCE. 269
être content de peu. Quand la fortune d'un
homme contrarie fes principes , je la compare
à une chauffure trop large qui vous
fait tomber , ou à une chauffure trop étroite
qui vous bleffe. Soyez content de votre
fort , Ariftius , voila la vraie fageffe . Pour
moi , gourmandez -moi bien , j'y confens , fi
vous me voyez amaffer au delà du néceffaire
& me tourmenter fans relâche . L'argent
eft notre tyran ou notre efclave , mais
naturellement . il devroit fuivre & non mener
fon maître.
J'ai dicté cette Lettre pour vous , auprès
des débris de la Chapelle de Vacuna , plein
du regret de ne vous avoir point ici avec
moi , du reſte ſatisfait & joyeux.
(Par le même. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'énigme eft Perruque ; celui
du Logogryphe eft Cariatides , en fupprimant
l'a , Caritides , où l'on trouve idre , à , ré ,
fi dais , Icare , cidre , raie , ris , rides ,
Atis cartes à jouer , Sara , Aries , Caritas
& Ara.
ÉNIGM E.
SANS nous la beauté ne peut plaire ,
Et nous pouvons donner un charme à la laideur350k
270 MERCURE
Sans nous l'Ouvrage d'un Auteur
Refte long-temps chez fon Libraire.
Sans nous il n'eft pas de talent ;
Nous faifons aimer la Peinture ;
Nous embellifons la Sculpture ;
Jufqu'à la noble Architecture ,
Tout reçoit nos dons bienfaifans.
Mais c'est trop te mettre à la gêne ;
Lecteur , je me laiffe toucher.
Va chez Églé , fans foin ni peine
Tu nous verras fans nous chercher.
LOGOGRYPHE.
Au defir U defir de briller je dus mon exiſtence ;
Chez plus d'une Dacheffe on me trouve toujours ,
Et l'Actrice , à Paris , la Dame de Finance
Empruntent de mon fein l'éclat de leurs atours.
Mais fi l'on me coupe la tête ,
Mon fort pour lors eft différent ;
Car on me voit fur une bête
Devenir le jouet du vent.
Dans cet état, fâcheux , s'il te plait , cher Lecteur ,
D'ôtermon dernier pied , crains- en dọnc la fottiſe !!
Je fuis l'accent de ta douleur,
Ou bien celui de ta furpriſe.
( Par un Officier de Royal Étranger. )
DE FRANCE. 271
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SECOND Livre des Métamorphofes en
vers François , par M. de Saint- Ange.
Vol. in-8°.
UNE traduction en vers d'un Poëme Latin,
doit avoir beaucoup de critiques & très peu
de bons juges. Il y a peu de gens en France
à qui l'on puiffe dire aujourd'hui : Docte
fermonum utriufque lingua.
L'étude du Latin a été néceffairement négligée
depuis qu'on a été obligé d'employer
une partie de fon temps à l'étude des langues
modernes , & qu'on a pu s'inftruire dans
des Ouvrages François de prefque tout ce
qu'il importe à un homme de favoir. Enfin
les Ouvrages de Sciences , les feuls qu'on
écrive encore en Latin , font formés prefque
en entier de termes techniques qui appartiennent
à toutes les langues , & font liés enfemble
par des phrafes d'une conftruction fi fimple ,
que pourvu qu'on entende la matière qu'ils
traitent , on n'a befoin pour les lire que
d'une connoiffance fuperficielle de la langue
Larine.
Ainfi , le mérite de la difficulté vaincue
& celui de faire fentir dans la traduction
272 MERCURE
tout ce qu'il eft poffible d'y conferver des
fineffes , des grâces , de la propriété des termes
qu'on trouve dans l'original , font également
perdus pour la plupart de ceux mêmes
qui lifent le Poëte dans fa langue naturelle ,
tandis que tous les Lecteurs font frappés de
l'efpèce d'air étranger que la traduction la
plus parfaite conferve & doir conferver ; &
alors on reproche au Poëte François , ce que,
par l'effet de l'admiration qu'on eft convenu
d'avoir pour les anciens , on n'auroit point
ofé ne pas trouver beau dans l'original.
Heureufement pour M. de Saint- Ange, le
fonds des Métamorphofes d'Ovide eft fi
piquant , & le Traducteur poſsède fi bien
l'art de peindre en vers François les détails
agréables , qu'il devroit craindre moins la
critique que perfonne ; & s'il en a cffuyé de
fi rigoureuſes , c'eft fans doute parce que fes
Critiques lui reconnoiffent un talent trop
décidé pour craindre de l'étouffer ou de lui
nuire en déployant toute leur févérité.
Le meilleur moyen de mettre ceux de nost
Lecteurs qui n'ont pas lu M. de Saint - Ange ,
à portée de juger fa traduction , eft de leur
en faire connoître quelques morceaux , en
mettant en même temps le Latin fous leurs
усих.
FORMA mihi nocuit. Nam cum per littora lentis
Paffibus , ut foleo , fummâ fpatiarer arenâ ;
Vidit , & incaluit pelagi Deus : utque precando
Tempora cum blandis abfumpfit inauia verbis ;
DE FRANCE. 273
Vim parat , & fequitur. Fugio , denfumque relinque
Littus , & in molli nequicquam laffor arenâ.
Inde Deos , hominefque voco ; nec contigit ullum ;
Vox mea mortalem : mota eft pro virgine Virgo
Auxiliumque tulit . Tendebam brachia coelo :
Brachia coeperunt levibus nigrefsere pennis.
Rejicere ex humeris veftem molibur ; at illa
Pluma erat ; inque cutem radices egerat imas.
Plangere nuda meis conabar pectora palmis :
Sed neque jampalmas , nec pectora nuda gerebam.
Currebam ; nec , ut ante , pedes retinebat arenâ :
Sed fummâ tollebar humo . Mox attaper auras
Evehor , & data fum comes inculpata Minerva.
+
HELAS ! ma beauté feule a fait tous mes malheurs.
Unjour qu'au bord des mers je marchois incertaine ,
Seule , & comme fouvent encore je m'y promène ,
Le Dieu des eaux me voit , s'enflamine & me pourfuit.
Sous mes pas chancelans le fable gliſſe & fuit.
Des mortels & des Dieux j'implore l'affiftance ;
J'étois vierge ; une Vierge embraffa ma défenſe ,
Pallas entend mes cris , & vers elle tendus ,
Je vois foudain mes bras de plumes revêtus ,
Ma robe à longs replis traîne au loin fur ma trace ;
Je veux la rejeter ; un duvet la remplace..
En vain dans ma douleur je veux frapper mon fein ;
Je n'agite qu'une aîle , & je n'ai plus de main.
Mes pieds plus déliés ne preffent plus l'arène ,
E mes alles déjà ne l'effleurent qu'à peine.
274
MERCURET
Je m'élève , & dans l'air je rejoignis Pallas ;
Et , fon oiſeau chéri , j'accompagnai ſes pas.
ILLA forte die cafta de more puella
Vertice fuppofito feftas in Palladis arces
Para coronatis portabant facra caniftris.
Inde revertentes Deus afpicit ales , iterque
Non agit in rectum : fed in orbem curvat eundem .
Ut volucris vifis rapidiffima Milvius extis ,
Dum timet , & denfi circumftant facra miniftri;
Flectitur in gyrum. Nec longius audet aqire ;
Spemquefuam motis avidus circumvolat alis.
Sic fuper Acteas agilis Cylienius arces
Inclinat curfus ; & eafdem circinat auras.
J
QUANTOfplendidior , quam cætera fydera fulget
Lucifer ; & quanto , quam Lucifer , aurea Phoebe ;
Tanto virginibus preftantior omnibus Herfe
Ibat : eratque decus pompe comitumquefuarum
Obftupuitforma Jove natus : & athere pendens,
Non fecus exarfit , quam eum balearica plumbum
Fundajacit . Volat illud , & incandefcit eundo :
Et quos non habuit , fub nubibus invenit ignes.
VERTIT iter; coloque petit diverfa relicto ;
Nec fe diffimulat. Tanta eft fiducia forma.
Qua quamquamjufta eft; curd tamen adjuvat illam :
Permulcet que comam , chlamydemque ut pendeat aptè
Collocat : ut limbus , totumque appareat aurum ; ».
DE FRANCE.
275
Ut teres in dextrâ , quâ fomnos ducit , & arcet ,
Virgafit : ut terfis niteant talaria plantis.
Ce jour-là , par haſard , étoit un jour de fête.
Dans des corbeilles d'or qui couronnoient leur têre
Trois cent vierges en pompe , à l'autel de Pal¦as
Alloient offrir des dons moins purs que leurs appas.
Le Dieu , qui dans fon vol les voit fortir du temple
Se balance dans l'air , voltige , les contemple ,
S'arrête , & de fa route interrompant le
Vole , revole en cercle , & forme cent détours.
Tel l'avide Milan , témoin d'un facrifice ,
S'il voit du haut des airs les flancs d'une géniſſe
Palpiter fur l'autel des Prêtres entouré ;
Retenu par la peur , par la faim attiré ,
cours
Il s'élève , il s'abaiſſe , il va , revient , tournoie,
Et des regards au moins il dévore fa proie.
AUTANT brille Vénus entre mille aftres d'or ,
Autant plus que Vénus Diane brille encor ,
Autant Herfé, parmi la pompe folemnelle ,
Entre mille beautés paroiffoit la plus belle.
Frappé de fes attraits , le fils de Jupiter
La voir, brûle , defire, & s'enflamme dans l'air."
Tel le plomb qu'a lancé la fronde d'un Numide ,
Fend l'air , vole , s'échauffe en fa courſe rapide ,
Et trouve fous la nue un feu qu'il n'avoit pas.
TAI
Le Dieu , loin de l'Olympe , a volé für fes pas.
Jeune , aimable , il paroît fous fa propre figure's ?
276
MERCURE
Mais le defir de plaire ajoute à ſa parure,
Une odeur d'ambroiſie embaume ſes cheveux.
Sa robe , qui retombe à replis onduleux ,
Développe l'argent de fa frange perlée.
Il rehauffe l'éclat de fa chauffure aîlée.
Son fceptre, entrelacé de deux ferpens divins ,
Se balance avec grâce agité dans fes mains .
Sceptri gravitate relittà ,
Ille pater reétorque Deûm ; cui dextra trifulcis
Ignibus armata eft , qui nutu concutit orbem ;
Indicitur tauri faciem ; miſtuſque juvencis
Mugit , & in teneris formofus obambulat herbis.
Quippe color nivis eft ; quam nec veftigia duri
Calcavere pedis , nec folvit aquaticus aufter.
Colla toris extant ; armis palcaria pendent :
Cornua parva quidemque fed quæ contendére poffis.
Facta manu , purâque magis pellucida gemma,
Nulla in fronte mina ; necformidabile lumen :
Pacem vultus habet, Miratur Agenore nata, "
Quod tamformofus , quod pralia nulla minetur.
Sed quamvis mitem metuit contingere primè.
Mox adit: &flores ad çandida porrigit ora.
Gaudet amans. Et dum veniat ſperata voluptas ,
Ofcula dat manibus : vixjam , vix caterca differt.
Et nunc alludit, viridique exfultat in herba:
Nunc latus infulvis niveum deponis arenis :
Paulatimque
metu dempto ; modo peitora prabet
Virginea plaudenda manu ; modo cornua fertis
Impedienda
DE FRANCE. 277
Impedienda novis . Aufa eft quoque regia virgo ,
Nefcia quem premeret , tergo confidere tauri.
Tum Deus à terrâ ; ficcoque à littore , fenfim
Falfa pedum primis veftigia ponit in undis.
Inde abit ulterius , mediique per aquora ponti
Fert pradam. Pavet hac : littuſque ablata relictum
Refpicit ; & dextrâ cornu tenet ; altera dorfo
Impofita eft. Tremula finuantur flamine veftes.
CE Dieu, père des Dieux , devant qui le Ciel tremble ,
Dont la main flamboyante étincelle d éclairs ,
Oubliant ce haut rang de Roi de l'Univers ,
D'un taureau tout-à- coup emprunte la figure.
Parmi ceux d'Agénor il foule la verdure ;
Il erre dans la plaine , & femble , avec fierté ,
Aux regards éblouis , promener ſa beauté.
Son poil paffe en blancheur la neige la plus pure ,
Qui de la pluie encor n'a point fenti l'injure .
Son fanon à longs plis flotte fur fes genoux.
Le plus fier des taureaux , il en eft le plus doux ;
Ses cornes fur fon front fe courbent avec grâce ;
Son regard eft paifible , & n'a rien qui menace.
Europe avance , héſite , approche de plus près.
Elle admire fon front où refpire la paix ,
Et de fon poil fuifant la neige éblouiſfante .
Elle cueille des fleurs que fa main lui préſente,
De ces foins , en fecret , le Dieu s'enorgueillit :
Il baife avec les fleurs la main qui les cueillit :
Il triomphe , il jouit d'un bonheur qu'il eſpère ,
No. 52 , 29 Décembre 1781. N
2783 MERCURE
Et que dans les tranſports avec peine il diffèrep
Tantôt fur l'herbe rendre il bondit mollement p
Sur l'arène tantôt couché tranquillement ,
Il préfente fon dos à la main délicate
Qui , plus hardie alors , le careffe & le flatte.
Il fe laiſſe enchaîner de guirlandes de fleurs.
La fille d'Agénor a perdu fes frayeurs.
Crédule ! elle, ofe enfin, dans fon erreur extrême
Au dos du raviffeur fe livrer elle-même.
Orgueilleur de fa charge , il fe lève , & d'abord
A pas lents & trompeurs il s'éloigne du bord.g
Tout-à-coup à la nage il fend la mer profonde.
La Princeffe frémit, tremble, & du fein de l'onde
Regarde le rivage & le regarde en vain ,
On la voit fur le dos de ce taureau divin,
Se tenir d'une main à fa corne puiffante
Et de Pautre abaiffer fa robe voltigeaute, N
Nous avons mieux aimé citer des morceaux
un peu longs qu'un plus grand nombre
de morceaux plus courts , parce que les
Lecteurs en verront mieux le ton de l'Ou-"
vrage , la manière du Poëte , les beautés &
les défauts de la traduction. Nous ne leur
faifons pas l'injure de marquer ce qu'ils doivent
admirer ou critiquer. Il fembleroit , à
la manière dont certains Journaux préfentent
leurs Critiques , que le Journaliſte foit
un Profeffeur , & les Lecteurs d'humbles
Ecoliers dont il eftchargé de former le juge
ment & le goût,amá) kauja di
And
DE FRANCE 279%
Nous allons rapporter maintenant quelques
vers ifolés , fur lefquels nous nous per-r
mettrons quelques obfervations bis 193
Fable de Phaeton, rat stadista is
༨༠༡ ༩ ༥
Facies non omnibus uha , w
Nec diverfa tamen qualem decet effe fororums :
Chacune , fans avoir une même figure,
Ont cet air reffemblant qui fied bien à des fours.
#u.
Il étoit difficile de rendre le Latin avec
plus de précifion , quoique peut- être le pre
mier vers ne foit pas fans reproche.
Signaque fexforibus dextris , totidemquefiniftris.
Et les fignes des mois , aux deux pans ciſelés ,
Six à droit , fix à gauche , y brillent étoilés.
Nous citons ces vers , parce qu'on les a
tournés en ridicule ; & nous obferverons
que l'idée des fignes du zodiaque , gravés
moitié par moitié fur les battans de la porte
du palais du Soleil , font une image un peu
mefquine; qu'il falloit pourtant la rendre en
François, qu'elle eft ici rendue avec exactitude
& du même ton que dans l'original , ou tongue
dans cet endroit , comune dans beaucoup
d'autres , on ne peut s'empêcher d'appercevoir
une légère nuance de plaifanterie.
Nous citerons , comme un modèle de
cifion , ces vers fur les faifons.
où
Verque novum ftabat cinétum florente corona:
Stabat nuda Eftas , & Spicea ferta gempat ; 3
A
:
Nij
280 MERCURE.
Stabat & Autumnus calcatisfordidus 'uvis ,
Et glacialis Hyems canos hirfuta capillos.
La paroît , couronné d'une treffe de fleurs ,
Le Printemps , au front jeune , aux riantes couleurs ;
L'Été , qui , les bras nuds , tient des gerbes dorées s
L'Automne , le front ceint de grappes colorées ,
Tout fouillé des raifins que fes pieds ont preffés ;
Et l'Hiver , aux cheveux de neiges hériſſés .
Sors tua mortalis ; non eft mortale quod optus.
Tes deflins font d'un homme, & non pas tes fouhaits.
Voltaire a dit :
Tes deftins font d'un homme , & tes voeux font d'un
Dieu.
Mais Ovide ajoute que les Dieux mêmes
n'oferoient conduire le char du foleil ; il
falloit donc rendre le non mortale d'une manière
rigoureuſe , & c'est ce qu'a fait M. de
Saint-Ange.
Fable de Califto.
Et ofcula jungit ,
Nec moderata fatis , nec fic à virgine danda.
Et lui donne un baifer dont la chaleur dément
Le fexe de Diane , & décèle un amant,
Cette traduction et heureufe , & l'eft
d'autant plus , que de tels vers font , pour
ainfi dire , intraduifibles ; mais nous obferverons
que la traduction ne rend pas le nec
fic du latin , Ovide a eu foin de laiffer à l'imaDE
FRANCE. 181
gination du Lecteur à deviner en quoi un
baifer de Jupiter peut différer d'un baifer de
Diane. Le nec fic n'eft pas du tout la répétition
de nec moderata fatis , qui eft rendu
ici par chaleur.
Quâ venata foret fylvå narrare parentem
Impedit amplexu ; nec fe fine crimine prodit.
Sa bouche avec la fienne , ardente à fe confondre,
Intercepte les mots qu'elle veut lui répondre.
Ces vers François. rendent bien le premier
vers & la moitié du fecond ; mais la
dernière moitié , Nec fe fine crimine prodit ,
n'eft pas traduite ; elle eft inutile fans doute
à la clarté du recit , ce qui fuit eft fuffifant ;
mais nous croyons que l'Auteur auroit de
faire quelques efforts pour rendre ce demivers.
C'eft Jupiter , c'eft le père des Dieux
dont il eft queftion ; & le mot de crimen ,
appliqué par un Poëte Latin à une action
commife par le premier des Dieux que le
peuple Romain adoroit , eft une preuve
marquée de l'efprit dans lequel le Poëme eft
compofé. Un Dieu qui ne fe trahit , qui ne
fe fait reconnoître qu'en achevant un crime ,
eft une plaifanterie fi piquante contre les
fuperftitions populaires de Rome , qu'il ne
falloit point la paffer fous filence.
Enfin , dans la Fable d'Aglaure , Mercure
lui propofe de favorifer fon amour pour fa
foeur Herfé ,
Tu tantum fida forori
Efe velis , prolifque mea matertera dici.
N iij
282 END BRACU RIET
J'aime la jeune Herfé: confidente fidelle ,oob wi
Soyez tante des fils que je veux avoir d'elle.
Ce dernier vers fuffiroit tout-feulypour
prouver que M. de St-Ange eft appelé par la
Nature à traduise le Livre charmant des
Métamorphofes, sol dintsupisng, aritest
TRAITÉ des Érections des Bénéfices , par
-M. Laubry , Docteur en Théologie, Avocats
au Parlement , Volume in- 12 . A
Paris chez Demonville , Imprimeur-
Libraires 1781.Lojtros ar net aan 237
up
*
2 noblaut nå bur
CE Traité eft la fuite de celui des Unions,
compofé par le même Auteur; Ouvrages qui
embraffent les queſtions les plus importantes
du Droit Public Eccléfiaftique. enoug
Cleft aux Miniftres de l'Eglife que font
confiés parmi nous le dépôt de la morale ,
l'administration du culte & la manutention
du patrimoine des pauvres. Ce Livre eft done
utile à l'Homme d'Erat comme au Prêtre, &
au Jurifconfulte. Il importe même à tout
Citoyen de connoître les titres de ceux qui
exercent les fonctions publiques. 25
Dans la répartition primitive des emplois
eccléfiaftiques & des domaines qui y font
attachés l'on n'a confulté que le bien commum;
mais lorsque dans la profpérité des
fociétés les anciennes peuplades s'agrandiffent
, lorfque des habitations nombreuſes
couvrent des territoires autrefois déferts , il
DEI FRAIN CIË . 23 .
+
faut donner des auxiliaires à l'ancien, PPal
teur , dont la follicitude ne fuffit plus au
troupeau ;
il faut donner de nouveaux Miniftres
à ces nouveaux Citoyens trop éloignés
de l'ancien furveillant. Bientôt l'aug
mentation des Prêtres néceflite celle des
Pontifes. Quelquefois les révolutions des
États entraînent celle de la Hiérarchie formée
d'abord fur le modèle de la divifion
des Gouvernemens civils . Il peut être dangereux
de lailler à un étranger , au fujet
d'une puiffauce rivale , cette grande influence
que donne toujours le pouvoir fpirituel
& la juriſdiction que les Princes y ont
annexée : de- là les érections des Succurfales
, des Cures , des Evêchés , des Métropoles
& des Patriarchats .
Quand les fonctions de deux Offices penvent
être remplies fans inconvénient par
une même perfonne ; quand les maux paffagers
qui avoient provoqué certains étar
bliffemens n'exiftent plus , bu que la cotruption
des moeurs empêche de camexer les
anciennes inftitutions à leur utilité: primitive
, alors il faut fupprimer ces Titulaires
parafites , qui dévorent la fubſtance des
pauvres mais les loix & la difcipline ( exigent
que les biens des Titulaires détruits
fervent à la dotation des véritables ouvriers ,
& à des fondations réellement avantageuſes :
de-là les unions des Bénéfices fimples, des
Monaftères & des Chapitres à des Bénéfices
à charge d'ames , à des Hôpitaux , à des
Niv
254 MERCURE
*
Colléges , à des Retraites pour les infirmes ,
les orphelins & les vieillards , à des Ateliers
de charité pour les indigens . Cependant , un
écueil quelquefois auffi dangereux que tous
les abus , c'est l'efprit d'innovation . Quoique
la deftination des biens eccléfiaftiques foit
toujours fubordonnée à l'avantage de l'Eglife
, & qu'à cet égard la propriété des Titulaires
ne foit qu'un dépôt entre leurs
mains , toutefois leur exiftence légale ne
peut être livrée ni aux paffions , ni aux caprices
, ni à la précipitation du defpotifme
ni aux variations des opinions & des fyftêmes
, ni à la cupidité & à l'ambition de ceux
dont les richelles font déjà un objet de ſcane
dale ; c'eft pour cela que les caufes qui doi
vent déterminer les unions & les érections.
font confacrées par des règles fages & par
des ufages qui en tiennent lieu; auffi ces rè
gles & ces ufages eux mêmes font- ils fous la
fauvegarde de formes rigoureuſes , dont
l'infraction anéantit tout acte d'union &
d'érection.
Tels font les objets difcutés dans les deux
Traités de M. l'Abbé Laubry ; rien de ce
que comportoient des fujets auffi importans
n'a échappé à fa fagacité. Ses principes.
ont toujours pour bafe les Ordonnances, les
Arrêts & ce qu'on appelle le droit nouveau,
mais fur tout l'ancienne difcipline , fans
laquelle l'on ne peut pénétrer l'efprit , ni
par conféquent faire l'application des loix
modernes. Les ufages , les formes actuelles
-
DE FRANC'È. 189
font par tout rapprochés des principes ,
comme l'obferve l'Auteur. « Celui qui ne
fait que la théorie, eft toujours embarraffé
dans la pratique ; lors même qu'il lui
arrive de bien décider , il fe défie de fon
» propre jugement , & n'ofe fortir de fon
incertitude . »
En général, M. Laubry a fu profiter des
progrès de la raifon dans ce fiècle, fans bleffer
les vrais principes de fon état .
93
Ainfi, après avoir juftifié l'excellence de
la vie religieufe , comme étant la pratique
du Chriftianifme dans toute fa perfec-
» tion , M. Laubry obferve que le Concile
de Latran fe plaignoit déjà de la multiplication
des Ordres monaftiques , & crail
gnoit qu'ils n'apportaffent le défordre &
la confafion ; dans un temps où cepent
dant l'on ne connoiffoit que les Ordres
» de S. Benoît , de S. Auguftin & quelques
» Réformes ; dans un temps où l'ignorance
& la corruption du Clergé féculier est
geoient , pour ainsi dire , l'établiſſement
d'une autre eſpèce de Clergé of end
21 , Les nouveaux établiffemens , ajouter
» il , font ordinairement plus fetvens cue
» les anciens ; mais on fait , par la funefte
expérience de tous les fiècles , que la nu-
» ture de tous les établiffemens humains ef
de dégénérer promptement rarement an
» a vu les Monaftères fe foutenir plus de
scent ans dans leur première fervetraile
140Aufurplus ces deux Traités fordel at
و د
"9
Nv
196 MERCUR
s
avec beaucoup de methode & declarté,
fans embarraller le texte de cette foule de
citations qui furchargent fi fouvent les
Traités de cette nature on est that evapora
Nous ne doutons pas que , formé par
ees premiers Ouvrages , encourage par leurs
fuccès , M. l'Abbe Laubry ne donne plùs de
précifion à fon tyle , plus de profondeursa
fes idées, plus de développement dans les
rapports oubliés des fujets qu'il arate avec
lé bien général , fur-tour plus de vigueur
& de détails dans l'expofition & da defenfe
des droits trop méconnus du foibles de
fubalterne & du peuplé. " "sugmitib not
Jufqu'à quand les Publiciftes négligeront
ils ce qui devroit être unique ou du
moins la principale méditation des ames
fortes & génércules ? Les prétentions de
ceux qui ont les richeffes , le crédity qui
peuvent donner des places , des pentions &
des bénéfices , trouvent toujours affezɔde
defenfeufs ; ils en ont niême raremek
befoin: 22
cheb egliby , 20191)
Sans doute la Jurifprudence deviendrok
trop arbitraire fi fon perdoit de vue les
ufages actuels pour ne fe livrer qu'à des
fpéculations d'un mieux être fouvent chi
merique . Difcurer en Philofophe , d'après
les rages & la doctrine reçus vite efte
devoir du Jurifconfulte dans la défenfe des
procès particuliers ; mais dans les livres il
doit aller plus loin ; il doit ouvrir les yeux
du Législateur fur la foule des abus; il doit
DE FRANCE. 287
lui, propofer de fages réformes : tels furent
Dumoulin & d'Argentré , dont les Etats
de Paris & de Bretagne ont confacré les
projets dans les nouvelles rédactions de leurs
Coutumes.
22 M. Laubry fe plaint de ce qu'on reproche
aux Ecclefiaftiques qui s'occupent du droit
canon , de corrompre la pureté des maximes
& des vrais principes de cette fcience. Ce
n'eft pas ici le lieu d'examiner fi l'Auteur a
raifon de fe plaindre , & fi l'ordre des Avocats
a le droit de vexer impunément les Ec
cléfiaftiques youés au Barreau , & qui s'y
font diftingués dans tous les temps. Le
droit canon eft établi fur l'Ecriture & fur
les Pères, qui, par-tout, prefcrivent la fou
million envers les Magiftrats politiques ,
l'efprit de modération & de douceur dans
legouvernement intérieur de l'Eglife , la
charité dans l'adminiftration des richelles
que les peuples lui ont confacrée : autfi eft ce
en partie à des Avocats , à des Magiftrats
Clercs , verfés dans l'étude des Ecritures &
des Pères, que l'Eglife de France doit la deftruction
des erreurs ultramontaines , le rés
tabliffement de fes libertés , la confervation
des reftes de droit du fecond Ordre, Ces
libertés , ces droits ont ils jamais eu de Defenfeurs
plus fages & plus profonds que M
Abbé Mey, cet émule modefte des Gerfon,
des Van-Efpen & des Fleury long borg
*** 211 2100 nob 4.nol asiq alle sol
sob li jeuds cab sigot ol wh iligal o
Nv
288 MERCURE
L'ANTONÉIDE , ou la Naiffance du
Dauphin & de Madame , Poeme en fept
Chants, par M. Peyraud de Beaufol. Prix,
1 liv . 10 fols. A Paris , chez la Veuve
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , au
Temple du Goût.
UN ancien proverbe populaire dit que
tous les Poëtesfont fous. Il n'eſt pas queſtion
ici de prouver que ce vieux dicton eft faux
& abfurde , & que rien n'exige tant de raifon
que de bons vers. On fait que les hardieffes
même du ftyle poétique fuppofent les com
binaifons les plus réfléchies & les plus juftes.
Il y a plus : la raifon du Poete doit être d'au-i
tant plus fage & d'autant plus lumineufe
qu'elle eft chargé de porter le flambeau du
goût devant l'imagination , & de régler fa
marche fans néanmoins la trop allervir.
Mais il faut convenir que l'on connoît cer
tains rimeurs à cervelle détraquée qui ne
juftifient que trop le proverbe populaire. I
y a des efprits faux , attaqués de la maladie de
la rime comme d'une folie réelle , & dont
les conceptions étranges prouvent la déraifon
la plus complette . Aujourd'hui même
Il en eft jufqu'à trois que je pourrois citer.
*
& qui ont accoutumé le Public à voir pa
roître de temps en temps des vers qui
femblent fortir des petites maifons
& qui prouvent du moins que tous lesfous
DE FRANCE. 289
ne font pas Poëtes. Il ne manquoit plus que
de trouver quelqu'un qui fut à la fois l'un
& l'autre. Tel eft le phénomène qu'offre
l'Antonéïde. On y trouve , par un contraſte
curieux & fingulier , des détails charmans ,
ingénieux , poétiques , mêlés parmi un fatras
de vers extravagans , ridicules , & dénorans
la folie la plus marquée. Il ne faut rien
dire du plan ; c'eſt un affemblage inconcevable
d'idées incohérentes , de conceptions
vagues & abfolument étrangères à
la naiffance de Monfeigneur le Dauphin .
C'eft le délire d'un cerveau malade , dont
les idées n'ont ni pié ni tête.
Cujus velut agri fomnia , vana
Fingentur fpecies , ut nec pes nec caput uni
Reddatur forma.
) . "
On en va juger par le fommaire de chaque
Chant , copié fidèlement d'après l'Auteur.
C'eft une chofe vraiment curieufe , au - deffus
de toute imagination, & qui ne peut qu'amufer
ceux de nos Lecteurs qui aiment à voir
portée au fuprême degré de perfection la
bizarrerie d'un efprit qui raifónne irraifon
nablement . 24
Chant Premier.
2e Defcription du Jardin du Luxembourg ,
» ou l'Auteur eft fuppofe fe promener le
319 Décembre 778 , jour du premier ac²
» couchement dla Reine. Inyocation au
-Dieu du Jour , pour en obtenir une teni
298 MERCAR E A
"
» pérature fajnë ; raifón de la demande qu'l
fait. Vent du Nord qui fe lève pour s'op
pofer aux bienfaits du Dieu du Jour , &
répandre un froid mortel fur l'horizon.
AJO ARENS
Chant Second.
"
tob groom at 41235016 Rebubiupul
L'aquilon dontɔ on vient de préparer
l'arrivée part du Nord. Le vent du Midi ,
au premier fouffle de ce riyal , fort de fa
≫ caverne , & part en même temps. Les
deux rivaux s'envifagent des extrémités du
• monde ; ils arrivent l'un & l'autre, veuz
lent régner feuls fur la France Combat dea
» deux vents qui glacent ou infectent les
» airs : leur fureur le rallentit tout- à- coup;
sils font forcés de réunir leurs forces contre
» celles du Dien du Jour qui , exauçant les
* Voeux du Poëte , fe prépare à les chaffer
loin des rivages de la Seine g 25
Chant Troifieme.lga
anng «
⠀ Le Dieu du Jour , qui acmis plufieurs
➡y Divinités dans fon partiy attaque les
deux vents digués contre lui anouveau
combat. Victoire du DieuaLés vents regagnent
, l'un de Nord , lastre de Midi.
Le plus beau jour fait régner la phis faine
température La France , qui efpère que
» l'accouchement
de la Reine en fera plus liveReine
heureux , fe livre à la joie. Caractère de
la Nation. Inftanti de colèrencontre les
Écrivains quiont pris àtâche del'amilie,
Apoſtrophe à la Reines Voeuxulcola Francs
"
»
DE FURCASNICE. น
en faveur de certe Princeffe Le Cielsen
trouvre.Apparition d'uneDivinité entourée
d'un grand nombre d'efprits.xt stoc
Chant Quatrième.
1.
» Inquiétudes du Poete fur la nature des
Divinités qu'il apperçois & fur da raifon
qui les détermine à apparoître à la France,
Furlefte nouvelle de l'état de la Reine,
Tout s'abandonne au chagrin. Le Poëte
s'adreffe at Dieu du Jour; qui étoit aufli
de Dieu de la Médecine. Naiffance du premier
enfant de la Reine Le Poëte eft
* tranſporté dans l'enceinte du château de
Verfailles par fon Génie.uk
Chani Cinquième.
Tall Le Poëte, tranſporté au château de Verfailles
par fon Génie , y trouve les Cha-
» grins éplorés & plaintifs. Il prête l'oreille
à leurs gémillemens , qui l'inftruifent du
mortel ziévanouiffement de la Reine. Il
loupetes yeux for limpuillance des Divi-
Sivés qu'il a implorées. Il a recours au vrai
Dieny Iblereconnoît dans la Divinité
&
ême , don't apparitionului avoit déjà
icdufe des inquiétudes, & , de concert avec
ada France jil lui adreffe des voeuxqms? »
Chant Sixieme.
92 ab 919Bots ? 2018 8979
250 LaoFrance rébelle encore aux décrets
aidu Ciel , nên obcient rien ; elle fe met en
cétat aleɔlui être agréable . L'Éterneleft prot
262 MERCURE!
» à defcendres la France fe foamer religieu
fement à tout ce qui lui plaira ordonner
» fur le fort de la Reine.
20
"
Chant Septième.
Defcente de l'Éternel. Effets de fa préfence
fur les Êtres fenfibles & infenfibles.
( N. B. Les murs du château de Versailles ,
fes donjons , fes toits , les arbres du parc
les animaux de la ménagerie s'agenouillent
devant l'Éternel. ) « Son difcours à la Reine ,
» qu'il rappelle à la vie , & à qui il annonce
un Dauphin . La Princeffe qui vient de
» naître fe montre déjà fenfible au bienfait
» que fon augufte Mère en a reçu . Ce pre-
» mier fentiment d'un coeur à peine formé ,
و ر
و د
la rend agréable à Dieu. Il lui parle &
» donne des confeils aux deux Princeffes ,
four & fille du Maréchal de Soubife , qui
» doivent en conduire & éclairer l'enfance ,
» & qui bientôt doivent préfider à l'éducation
de fes auguftes Frères. L'Eternel re-
» monte aux cieux . La Reine , pleine de
l'efprit de Dieu , prédit le temps de la
» naiffance du Dauphin , la deftipée de ce
» Prince & celle de fes auguftes Frères. La
France , par l'organe du Poëte , prononce
un Hymne où la reconnoiffance parle le
» langage de l'amour divin . »
و ر
93
وو
Hle faut avouer , l'imagination fublime
des Scuderis & des Chapelains n'a rien conçu
qui approche d'n plan aufli vafte & anili
DE FRANCE. 193
fécond. Au furplus , comme les grands talens
font toujours modeftes , l'Auteur commence
ainfi fa Préface.
" On voit à peu-près les défauts que les
» hommes de génie pourront reconnoître
» dans l'enfemble de ce Poëme , & les in-
» corrections que les gens de goût pourront
» y furprendre dans les détails . »
Certes , il faudroit avoir bien peu de génie
pour trouver à redire au plan qu'on vient
de lire; & encore moins de goût pour ne pas
admirer des détails pareils à ceux-ci.
Page 13.
Le Soleil crible les nuages.
Page 14.
Les hivers confternés & fur la glace épars ,
Ouvrent pour l'écouter des oreilles timides ;
Et plus fombres encor , mille fois plus humides
Fondent en pleurs de toutes parts.
Page 18.
L'aquilonfuit laffé vers les antres du Nord ,
Avec les frimats qu'il entraîne ;
Déjà fur l'éternelle chaîne
Des cryftaux montueux qu'ébranle fon abord ,
*
Il s'affied , il bâille , il s'endort ,
Aux piés de l'ourfefouveraine
De cet épouvantable bord.
26
Convenez- en , Monfieur le Poëtefur votre
2494 AMBRGURE
declina, Monfieurs len Poste de Conches ,
Monfieur le Poëte Chevalier du luxe, qui as
tendez lefauteuil vous, les illuftres dufiécle,
vous êtes vaincus.
Cedite Romaniferiptores , cedite grail, wokang
Nefcio quid majus nafcitur Iliade,
son 1.
Pour nous , qui ne fommes ni hommes de
génie comme vous , ni hommes de goût
comme vous, nous fommes peut-être comme
ce fatyre ( ce font les propres expreffions de
M. de Beaufel en parlant des Ecrivains du
fiècle de Louis - le - Grand ) ' qui prétendoit
qu'Apollon ne jouoit pas bien de la flute ;
mais dûffions - nous être écorchés tout vifs
comme lui , nous ne pouvons déguifer que
même les vers cités tout - à - l'heure , nous
offrent fouvent dans l'expreffion des tours
rauques ou barbares qui brifent le tympan de
nos oreilles , & dans les idées attachées aux
mots dont l'Auteur fe fert pour exprimer les
fiennes , une incohérence qui révolte notre ef
prit , &fait tomberfon Livre de nos mains.
Mais en récompenfe nous avons remar
qué avec plaifir plufieurs morceaux qui faifoient
un effet bien différent fur nos oreilles
& notre efprit. Tels font quelques détails
tirés de la defcription du Luxembourg :
Gai promenoir , où les Amours ,
Modeftement affis , foupirent près des Grâces ,
Ou , badins étourdis , en pourfuivent les traces ,
Et quelquefois en froiffent les atours 3
DE FRANCE. 295
Omon plus cher Parnaffe ! Oma chère Vauclufe ,
Qui vites mon génie au fortir da berceau !
O des domaines de ma Muſe
Le plus antique & le plus beau !
Où quelquefois , laffe de la rumeut confute
Dont Paris chaque jour marteile mon cerveau ,
Ya Je viens chercher la paix qu'il me refuferat
Je viens ouïr à l'ombre d'un ormeau 3203
Le Aageolet de quelqué jeune oiſeau, 1 84770
Cher alyle de mes ennuis ,
いく
¢
Où quelquefois encor rêveur & folitaire,
Loin des profânes que je fuis , A
Amoureux d'une idée ou ſublime ou légère ,
Je viens , impatient du flence des nuits ,
Allier la raifon ,févère
23.
A la rime que je pourfuís.
Je ne viens plus à de vaines penleds મૈં
Donner d'agréables couleurs
Ni.de, mes , fortunes paffées
Redire les longues horreurs...
ر ا د
12:67
1g.
Il femble qu'on life des vers de Greffer.
C'eft là la douce harmonie , fa période poetaque
& cadencée. Le flageolet d'un jeune otfeau
eft une expreffion neuve & heureufement
trouvée. Quel contraſte avec les vers
cités ci- deffus , ils reffemblent aux vers de
fAbbé Delaunai ! Voici un autre morceau
abfoluinent dans la manière de Chaulieu ,
296
MERCURE
lorfqu'il a le plus de grâces : c'eſt une invo
cation à Apollon.
Père aimable de l'harmonie ,
J'attends de toi cette faveur ;
Je n'implore point ton génie
Pour donner à ma poéle
De la grâce & de la chaleur :
Qu'elle naiffe à la fantaifie
De mon efprit & de mon coeur.
Quelquefois l'Auteur peint comme La
Fontaine. Quoi de plus agréable & de plus
pittorefque que l'image fuivante !
Tandis que des deux vents la famille enfantine
Se difperfe , tourne & badine ,
En parcourant la plaine & les vallons ,
Et fait voler la feuille aride & blême
Qui fe difperfe , tourne & badine elle-même
Dans le cercle des tourbillons.
Toute la Nature foumife
Se reffent du combat de ces tyrans jaloux ,
Et tombe fous les contre- coups
Du choc qui les croife & brife,
DE FRANCE. 297
2 :
SCIENCES ET ARTS.
LES
DÉCOUVERTE.
* "
ES Sieurs BERNARD & LABOUREAU ayant
découvert la compofition d'un Vernis qui n'a au- '
cunes des influences dangereufes de ceux qu'on emploie
journellement , ont préfenté leur découverte à
la Faculté de Médecine ; elle a nommé des Commiffaires
pour l'examiner ; & après différentes expé
riences , ils en ont rendu le compte fuivant : 1 °. il
n'entre dans ces compofitions ni eſprit-de - vin ni
huile , foit graffe , foit effentielle , ni aucun principe
réfineux , & toutes les fubftances qui fervent à
les former font innocentes par elles-mêmes , & ne
peuvent acquérir , par leur mêlange , aucune vertų
malfaifante.
2º. Elles ne peuvent exhaler & n'exhalent en
effet aucune odeur.
3. Etendues fur de la peinture , foit en détrempe,
foit àl'huile la plus fétide, & appliquées fur une peinture
déjà vernie mais dont le vernis donne lui- même une
edeur forte, placées fur du bois impreigné de fubftances
odorantes , & c. elles ont la propriété d'enchaîner
tellement les émanations nuifibles ou feulement
défagréables , qu'il n'en exhale plus aucune particule
odorante ; de forte qu'on pourroit , fans nul rifque .
pour la fanté , coucher dans un appartement le
jour même que l'on auroit bien recouvert de ces -
préparations toutes les peintures qui s'y trouveroient.
Tel a été le rapport de MM. le Roux des Tillets ,
2989 MERCURE
Profeffeur de Pharmacie ; du Mangin , Profeffeur
de Pharmacie ; d'Arcet , Profeffeur de Chimie ;
Nollan , Profeffeur de Matière Médicale ; &
Philip , Doyen de la Faculté.
Le fieur Delafoffe , demeurant rue du Carroufel ,
vis - a- vis les Écuries du Roi , fait & vend ces Vernis
, de l'invention des fieurs Laboureau & Bernard.
Les Perfonnes qui lui adrefferont des lettres , font,
priées de les affranchir , fi elles defirent en recevoir
la réponse.
V 90 29ghtETO 25137DA
GRAVURES.
,
Ls Sources de la Vie & du Bonheur , gravées
par Caroline Licotier d'après le Tableau de
Gibelin. L'Amour agrefte , imité de l'antique ,
& gravé par A. E G. Ces deux Eftampes , de même
grandeur , fe vendent à Paris , chez Joullain , quar
de la Mégiflerie.
Fresh
Carte de la partie de la Virginie ou l'Armée de
France & des Etats- Unis de l'Amérique ont fait prifonnière
Armée Angloife commandée par le Lord
Cornwalis, le 19 Octobre 1781 , Prix, 12 fols. A
Paris , chez Colubrier , Graveur , rue Saint Jacques
à la ville de Rouen ; & chez Mme de la Gardette ,
Marchande d'Eftampe , rue du Roule.
Fr
Plan de l'invafion de l'Ile de Minorque par
Armée Espagnole aux ordres de M. Le Duc de
Crillon , le 19 Août 1781. Prix, 11o0 fols en blanc,
& 12 fols lavé. A Paris , chez M. Brion de la Tour,
rne S. Jacques , maifon de MM. Campion , à la
ville de Rouen.
གན
TA 1990 7
3
DE FRANCE 2099
MUSIQUE
Lɛ Petit Souper , ou l'Abbé qui veut parvenir.
Second Cahier des Après - Soupers de la Société,
Opéra -Comique en un Acte , mufique par M. D. L.
C. Prix , 9 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue des Bons-
Enfans , vis à -vis la cour des Fontaines du
Palais
Royal , & aux Adreffes ordinaires de Mufique.
Mufique des Vendangeurs , Divertiffement en un
Acte & en Vaudevilles , par MM. Piis & Barré.
Prix , I liv. 16 fols. A Paris , au Bureau du fieur
Lawalle-l'Écuyer , cour du Commerce , en entrant
par la rue des Foffés S. Germain- des - Prés.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
MEMOIRES du Comte de Grammont , par le
Comte Antoine Hamilton , 2 Vol . peut format.
Kichardet , Poëme , 2 Vol. petit format. A Paris ,
chez les Libraires qui vendent les Nouveautés.
༣ Vie de l'Infant Dom Henri de Portugal, Auteur
des premières Découvertes qui ont ouvert aux Européens
la route des Indes , Ouvrage traduit du Portugais
, par M. l'Abbé de Cournand , 2 Vol. iz
Prix , 2 liv . 8 fols brochés. A Paris , chez Laporte,
Libraire, rue des Noyers.
Svie
ie de Barberouffe , Général des Armées navales
de Soliman II , Empereur des Turcs , Vol. in- 12 .
A Paris , chez Belin , Libraire , rue S. Jacques.
U <77 37
Traité de l'Anthraix ou de la Puftule maligne,
par M. Chambon , Docteur de la Faculté de Médecine
de Paris , Volume in - 12. A Paris , chez
Belin , Libraire , rue S. Jacques.
3.00 . MERCURE
Obfervation fur l' Allaitement des enfans , par
M. Levret , Accoucheur de Mme la Dauphine , Vol.
in- 12 . A Paris , chez Méquignon l'aîné, Libraire ,
rue des Cordeliers.
Catalogue des Livres de feu M. Millet , dont
la vente commencera le 14 Janvier , rue de Richelieu
, maifon en face du Café de Foy , Vol. in- 8 °.
A Paris , chez Lamy , Libraire , quai des Auguf
tins.
Differtation fur l' Allaitement des enfans par
leurs mères , Ouvrage couronné par la Faculté de
Médecine de Paris en 1779 , par M. Landais , Docteur
en Médecine , in - 8 ° . Prix , I livre 4 fols.
A Paris , chez Méquignon , Libraire , rue des Cordeliers.
On trouve à la même adreſſe un Mémoire
fur les fymptômes & le traitement de la Maladie
Vénérienne dans les enfans nouveaux nés , par
M. Doublet , Docteur- Régent de la Faculté de Mé
decine de Paris , Volume in 12. Prix , 1 livre
4 fols .
-
-
•
Ꮴ
..
TABLE.
ERSfur la Mort de M. de Second Livre des Metamor-
-Maurepas , 253 phofes en vers François , 271
L'Optimisme ; Epitre à M. le Traité des Erections des Bené
Vicomte de T ***
A un Ami ,
> 254 282 fices ,
261 L'Antonéide , ou la Naiſſance
du Dauphin & de Madame,
Extrait du Traité de Plutarque
,
2621
Traduction de l'Epitre d'Ho - Gravures ,
race à Fufcus Ariftius , 266 Mufique ,
288
298
299.
Enigme & Logogryphe , 269 | Annonces Littéraires , ibid.
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 29 Décembre. Je n'y ai
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreflion . A Paris ,
le 28 Décembre 1781. DE SANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE
De CONSTANTINOPLE , le r2 Octobre.
LA négociation de l'Internonce de la
Cour de Vienne avec le Reis - Effendi au
fujet de la réclamation faite par le premier
des navires Impériaux & Tofcans enlevés
par des corfaires Algériens , a été terminée
par une déclaration que le dernier a remife
par écrit , & qui contient en ſubſtance
que la Porte s'en tenoit au traité de Belgrade
de 1739 , par lequel elle s'engageoit
à rendre uniquement les vaiffeaux Impériaux
que les Dulcignotes faifiroient dans
le golfe de Venife. Il n'y eft point queſtion
des Puiffances Barbarefques ; & il s'agifloit
encore moins des Algériens avec lesquels
la Cour Impériale étoit alors en guerre.
Sur la réponſe faite au Reis- Effendi que les
Firmans de S. H. promettoient , en termes
exprès , fa protection contre les Algériens ,
1er. Décembre 1781.
( 2 )
comme contre les Dulcignotes , il a répliqué
qu'ils n'avoient été conçus ainſi que par un
abus de la Chancellerie qui' feroit rectifié ;
il a infifté fur ce que la Porte n'eft obligée
par le traité de Belgrade qu'à employer fes
bons offices & fa médiation auprès de la
Regence d'Alger , & non à la contraindre
par la force. En conféquence de cette déclaration
il partira inceffamment un Commiffaire
Turc pour Alger ; il a ordre d'y
faire les plus vives inftances , & de nè rien
négliger pour obtenir la fatisfaction que demande
la Cour de Vienne.
"
» Aly-Mourat-Kan , écrit-on de Bagdad en date
du 29 Août , parti d'Iſpahan au mois de Juin avec
une armée conſidérable , après 3 jours de marche
rencontra le fils de Sadik-Kan à la tête d'un corps
de troupes ; il l'obligea , après un combat des plus
opiniâtres , de prendre la fuite & de ſe retirer à deux
journées de Schiras où il avoit reçu un renfort de
nouvelles troupes . Aly-Mourat-Kan l'ayant fuivi tans
fa retraite & engagé une feconde action fur battu
à fon tour ; & Sadik-Kan vainqueur s'eft retiré à
Schiras , où I on croit que Mourat-Aly-Kan pourra
bien aller l'attaquer de nouveau . L'on dit qu'après
s'être remis de fa défaite , il a déja commencé
le blocus de certe place. Tel eft l'état actuel dès
chofes. On écrit de Mafcare fur les côtes de l'Arabie
heureuſe , en date du 10 Juillet , qu'un vaiffeau
Anglois venant de Bengale , pourfuivi par s vaiffeaux
François a eu le bonheur de leur échapper & d'entrer
dans le port de Malcate. Les 5 vailleaux , ajoute-t-on ,
s'étoient emparé , deux jours auparavant , près de
Razalgate , d'un autre navire Anglois , Capitaine
Philipp qui fe ren fit de Baffora à Bombay. Ils ont
pris auffi un vailleau de l'Iman de Mafcate chargé
S
>
tichement d'étoffes de Surate , de toiles de Madras ,
de café , de fucre & d'indigo , ainfi que deux barques
de café appartenant au même Iman. Le vailleau &
les barques étoient deftinés pour Gulle & Gadel ; ils
ne font tombes entre les mains des François qu'après
un combat très - vif , où il y a eu 13 hommes de tués
du côté des François , & 33 de celui des Mafcates.
S'il faut en croire la même let tre , 12 vailleaux de
guerre François & 3 frégates ont paru devant Madras
& y ont , dit-on , débarqué 6000 hommes qui
fe font joints à l'armée d'Hyder-Aly qui continue
le fiége de Madras « .
RUSSIE,
De PÉTERS BOURG , le 23 Octobre.
L'IMPERATRICE a fait depuis peu une
promotion confidérable en faveur du Corps
du Génie & de l'Artillerie. Dans le dernier ,
le Général- Major Charles Wulff a été fait
Lieutenant Général ; les Colonels Marteus ,
Bruckman , Zembulatow & Sudowfschi- .
kow , ont obtenu le grade de Major-Genéral
; & 8 Majors celui de Colonels . Pour
le Corps du Génie , les Colonels Brams &
Tanilof ont été faits Généraux-Majors , &
3 Lieutenans - Colonels ont été faits Colonels.
La petite Ruffie eft maintenant répartie
en 3 Gouvernemens différens , dont le Feld-
Maréchal Comte de Romanzow a été chargé
de faire l'ouverture par un ordre exprès de
S. M. I. en date du 27 Septembre Le Gouvernement
de Kiovie forme 1 Cercles ,
2 2
4 )
•
dont l'ouverture réelle fe fera le 11 No
vembre ; celui de Czernigow , compofé d'autant
de Cercles , fera mis en activité dans
le mois de Décembre. Le dernier , celui de
Nord-Novogrod , qui a un nombre égal de
Cercles , ne fera ouvert qu'en Janvier pro
chain .
On dit que S. M. I. a réfolu de faire
équiper une grande flotte de navires de
guerre pour l'année prochaine.
De
DANEMARCK. 553 3
COPENHAGUE , le 9 Novembre.
Il y a actuellement dans le Sund 3 frégates
Britanniques , dont l'une de so & les
deux autres de 26 canons , font deftinées à
protéger le retour de 47 navires Anglois ;
il y a auffi So vailleaux de différentes Nations
qui mettront inceffamment à la voile
pour la mer du Nord. Parmi ces derniers
eft une frégate Suédoiſe , chargée d'eſcorter
quelques bâtimens de la même Nation.
Le 29 du mois dernier une frégate Portugaife
paffa le Sund ; elle venoit d'Opporto
& fe rendoit à Pétersbourg. Le même jour
45 navires fortirent du Détroit pour entrer
dans la mer du Nord ; dans ce nombre étoit
le Mars , dont le Roi a fait préſent à notre
Compagnie Afiatique , & 26 bâtimens Anglois
qui avoient formé un convoi entr'eux.
Ils feront fuivis le lendemain par 35 bâti(
s ):
mens neutres , dont plufieurs fous pavillon
Suédois.
La Reine Douairière vient de faire préfent
à M. de Guldberg , Confeiller Privé &
Secrétaire d'Etat , d'une maison de campagne
fituée à Friedensbourg , qui a appartenu
ci-devant à M. de Schleth , premier Valetde-
chambre du Roi , de qui S. M. l'avoit
achetée pour cet effet avec tous les ameublemens.
Le procès du Capitaine Schionning acculé
de n'avoir pas protégé convenablement
un convoi qui lui avoit été confié , contre
l'attaque de corfaires 3 Anglois , vient d'être
terminé. Le Jugement de la Commiffion
chargée de l'inftruction de l'affaire , a été
confirmé par le Roi & publié. Il remet cer
Officier en liberté , mais il le caffe , & le
déclare inhabile à fervir S. M. Le Lieutenant
de Berger qui commandoit fous lui la
frégate le Bornholm , & qui , jufqu'à préfent
, avoit été aux arrêts dans une maifon
particulière , fera transféré au nouveau
Holm , où il gardera priſon pendant 6
mois.
Une eftafette de Norwége , a apporté ici
les papiers & lettres des 3 vaiffeaux de la
Compagnie Hollandoife des Indes qui
mouillent à Drontheim , afin qu'ils puiffent
être expé liés promptement à leur deftination
ultérieure.
a 3
( 6 )
ALLEMAGNE.
De VIEN NB , les Novembre.
L'EMPEREUR donna le 29 du mois dernier
l'inveftiture de la Principauté & Abbaye
de Corvey au Prélat Théodore Baron
de Brabeck , qui fut repréfenté à cette céré
monie par le Comte François-Louis de Attems
, Tréforier de la Cathédrale de St-
Etienne de cette ville.
S. M. I. vient d'accorder fa protection
aux Comtes de Proli & de Boltz , qui ont
donné une nouvelle activité au commerce
de la Maifon d'Autriche , & leur a permis
d'arborer le pavillon Impérial fur les vaiffeaux
qu'ils ont armés.
On mande de Presbourg qu'on y com
mence les préparatifs pour le Couronnement
de l'Empereur , en qualité de Roi, de Hongrie.
Les ravages des fauterelles dans les environs
de la Pologne Autrichienne , ont
attiré l'attention du Gouvernement. Parmi
les moyens qu'on a pris contre ce fléau , ou
du moins contre quelques uns de fes effets ,
on a enjoint à tous les Payfans de les ramaffer
auffi- ôt qu'elles paroîtront ; il leur fera
donné pour récompenfe 15 creutzers pour
chaque demi- boiffeau de ces infectes. Celui
des Baillifs qui les fera détruire avec le plus
d'activité & de fuccès , recevra une gratification
de so ducats .
( 7)
De HAMBOURG , le ro Novembre."
On parle toujours de l'acceffion de la
Cour de Vienne à la neutralité armée ;
celle du Roi de Pruffe femble y préparer.
Si cette réunion' de tant de Souverains au
principe commun de la liberté des mers ,
n'eft d'aucune utilité aux nations belligérantes
, elle confolidera du moins la tranquillité
des Etats neutres. On ne croit pas
que l'Angleterie fe hafarde à fe les attirer
tous fur les bras en ordonnant à fes Amiraux
de fouiller tous les bâtimens comme
par le paffé. Il lui en coûtera fans doute
de revenir fur fes principes maritimes qu'une
longue habitude , & la condefcendance de
l'Europe l'ont accoutumée à regarder comme
établis Elle effaye encore d'en impofer par
une fierté qui n'eft pas accompagnée de
confiance. On dit qu'elle a répondu fur ce.
ton à la notification que la Cour de Berlin
lui a fait faire de fon acceffion à la
neutralité.
» 1 ° . Il ne peut réſulter aucune nouvelle obligation
pour l'Angleterre , d'un traité auquel elle n'a cu
aucune part. 2 °. Il ne peut être réfulté aucun droit
nouveau pour le Roi de Pruffe d'un traité fait entre
l'Angleterre & la Ruffie . 3 ° . Sur les proteftations
d'amitié & d'impartialité de la part de S. M. P. le
Ministère Anglois obferve que ce font des gages précieux
de l'empreffement avec lequel S. M. P. réprimera
l'abus notoire qu'on fait de fon pavillon à Embden
, en l'accordant aux navires Hollandois ; abus
qui ne pourroit , s'il duroit encore , que compro-
2 4
( 8 )
mettre d'une manière notable l'immunité du pavillon
Pruffien «.
On doute affez généralement ici que ce
foit la réponfe de l'Angleterre, La décla
ration ultérieure du Roi de Pruffe relative-"
ment au commerce & à la navigation de
fes fujets pendant la guerre préfente , a été
au-devant de ces reproches fi elle a précédé
la réponse ; on y a fatisfait fi elle n'eft
venue qu'après ; & dans l'un & l'autre cas
il eft vraisemblable que la dernière partie
de la réponſe du Cabinet Britannique n'a
point été faite , ou qu'elle ne contient que
des mots.
La Cour de Londres ayant fait lever à
Hanovre un nouveau Régiment , qui eft
le' quinzième de l'Infanterie de l'Electorat
& qu'on dit deftiné à fervir aux Indes orientales
, ce Corps confiftant en 1000 hommes ,"
aux ordres du Colonel Rimbold , a été tran
porté par eau de Stade jufqu'à Brunhaufen ,
où il s'eft embarqué le 28 du mois dernier , à
bord de quatre bâtimens de tranfport Anglois.
La levée d'un feizième Régiment fera , dit-on,
bientôt faite , attendu qu'on eft déja aſſuré
de plufieurs centaines d'hommes ; mais on
ne dit point encore que ce dernier Régiment
doive fuivre celui qui le précède : on parle
de quelques autres Corps Allemands qui
doivent paffer à la folde de la G. B. ,
Il circule ici des copies d'une lettre circulaire
adreffée par M. Belliffoni , Nonce
du St -Siége , aux Religieux de la Baviere
& du Haut Palatinat.)
No
3
( 9 )
1
» S. A. S. E. P. ayant j gé à propos de créer une
Langue particulière de l'ordre de Saint - Tean , dans
fes Etats du Cercle de Bavière , en faveur de la
Nobleffe nationale , a demandé le confentement de
S. S. , tant pour l'établitlement de cette nouvelle
inftitution générale , que pour la fuppreffion de
quelques Monaftères , dont les revenus puffent
être appliqués à fonder de nouvelles Commande-,
ries. Quoique S. S. n'eût pas confenti à la fuppreffion
en tout comme elle étoit propofée , elle
avoit cependant déclaré que l'intention de S. A. S. E.
étoit louable & irrépréhenfible , & qu'elle avoit
agréé fa propofition ultérieure , d'affigner pour le
fentien annuel du nouvel ord e Eccléfiaftique des
Chevaliers , le revenu de 150 jufqu'à 180,000 florins
, à prendre fur le fuperflu des revenus des.
Monaftères. A cet effet , le Nonce a reçu plein
pouvoir de S. S. pour examiner l'état de la recette
& de la dépenfe de chaque Monaftère . pour faire
la répartition de ladite fomme à prendre fur tous
les ordres Religieux , à proportion de leurs biens.*
Chaque Monaftère doit lui remettre un état exact
de fa recette & de fa dépenfe depuis dix ans
pour en déterminer une fomme jufte & fixe de dépenfe
& de recette , & de faire contribuer chaque
Monaftère felon fes facultés plus ou moins gran ,
des. Le Nonce s'eft réfervé de s'informer en perfonne
, conjointement avec quelques Officiers Electoraux
, au moindre foupçon d'infidélité dans ledit
état de recete & de dépenses , 0
ITALIE.
De LIV OURNE , le 31 Octobre.
LA femaine dernière , on vit à la hauteur
de ce port deux frégates de guerre Fran
çoifes qui prirent le large auffi -tôt après
as
( 10 )
avoir mis en fûreté deux bâtimens de Corfe
qui vinrent mouiller dans ce port , fans
être inquiétés.
Le Bey de cette Régence , lit-on dans des lettres
d'Alger , âgé de plus de 80 ans , eft dangereufement
malade. S'il venoit à mourir , trois
prétendans font prêts à fe difputer le trône. Ces
prétendans font l'Aga des Janiffaires , l'Intendant
des Jardins , & le Secrétaire des Haras . La
méfintelligence furvenue entre la France & cette
Régence , a la fource dans la demande faite par la
première , de réprimer les corfaires , & de les em
pêcher de faire , contre la foi des traités , des prifes
fur les côtes de France , d Efpagne & d'Italie
tandis qu'il ne leur eft pas permis d'en approcher
de plus de 30 milles. Le ministère Algérien avoit
oppofé griefs à griefs , en réclamant un corfaire
de 16 canons enlevé avec deux de fes prifes fur
la côte de Gênes , par une galère Génoife , il y a
environ deux ans ; il redemandoit encore l'équi
page & 30,000 fequins pour la valeur des deux
prifes. Les chofes en étoient là , quand la frégate
la Précieufe arriva le 19 Septembre. Le Che
valier de Vialis qui la commandoit eut fur-le-champ
audience du Bey ; le 21 , harmonie étoit rérablie
, & le 29 , la Précieufe remit à la voile pour
Toulon «<.
ESPAGNE.
JA
De MADRID , le. S Novembre.
LE brigantin le Victorieux , venant de la
Martinique & entré à Cadix le 29 Octobre
, a apporté la nouvelle de l'heureuſe
arrivée du convoi de Bordeaux , compofé
de 87 navires. Celui que nous attendons de
( in )
la Havane n'a point encore paru ; ce qui ôte
prefque l'efpoir de le voir bientôt arrivé
c'eft qu'un bâtiment qui vient des Canaries
, dont il eft parti il y a 21 jours , n'a
eu aucune connoiffance de cette riche flotte
qui cependant a ordre de toucher à une de
ces Ifles.
Nos croifeurs ayant été avertis que 3
cutters Anglois attendoient fur la côre d'Afrique
un vent favorable qui les poufsât dans
le canal , ont été à leur rencontre ; ils en
ont pris deux le 26 du mois dernier ; le
troifième leur a échappé à la faveur de la
nuit. Ces deux cutters font montés comme
celui pris le 23 par des Lieutenans de vaiffeaux
de la Marine Royale ; ils portoient
des bombes , des grenades , des boulets
& c. Nous avons été inftruits que le mau
vais tems avoit forcé quelques autres cutters
approvifionneurs de fe réfugier à Lisbonne ,
nos frégates & nos bélandres les attendoient
à l'embouchure du Détroit , & il leur fera
difficile de pénétrer dans Gibraltar. Cet
armement qui doit coûter immenfément à
l'Angleterre , fervira à approvifionner le
camp de St-Roch ; & nous renverrons aux
Anglois les boulets que nous leur avons
pris.
Le Journal que nous avons de Mahon
vá du 16 juſqu'au 26 Octobre .
Le 16 , les escadrons des dragons du régiment
d'Almanza campèrent , & toutes les bêtes de femme
qui font dans l'ifle pafsèrent au port de Fornella , &
a 6
( 12 )
-
-
à la cale de la Mofquitta , pour tranfporter au ipare
tous les effets de l'artillerie. - Le même jour , 30
grenadiers & 12 dragons renforcèrent le poite que
nous occupons dans la petite ifle où eft placé l'hopital
, & on y conſtruifit une batterie de 4 canons
de 12 livres de balle . Cette précaution a en mémetems
pour objet de prévenir les defleins de l'ennemi
contre l'arfenal : on preffe la conſtruction d'une
chaîne avec laquelle le port doit être batré : les
batteries de l'arfenal ont ordre d'être toujours piêtes
à faire feu , un Officier de marine eft fans ceffe
occupé à faire des rondes dans le port . On a auffi
porté à 200 hommes les travailleurs à la batterie de
lá Mola. Le 17 , on acheva la batterie de Benazaï
montée de 8 canons , ainfi que celle de Cala Pedrera
montée de 6 tous de 24 livres de balle : dans cette
dernière il fera ajouté 4 mortiers à plaque , & on
a déja nommé les canonniers qui doivent les fervir.
On continue avec activité les ouvrages & les chemins
de la Mola . Le 18 , la plus grande partie
du convoi forti de Barcelone , arriva au port de
Fornella avec le refte des troupes deftinées pour
cette expédition , les Ingénieurs , les Officiers d'artillerie
, & tous les effets attachés au traim : ils vont
paffer au parc par ter e , & les canons feront conduits
par mer à la cale de la Molquitta , d'où ils pafferont
par le nouveau chemin qui a été fait exprès à la
cale de la Rata , & enfuite dans les batteries où ils
doivent être placés. Pendant la nuit du même
jour , on tranfporta à la batterie de Cala Pedrera les
mortiers qui y font deftinés : malgré la vivacité
du feu des ennemis , & malgré 36 bombes qu'ils
nous envoyèrent , nous n'avons eu dans cette occafion
qu'un grenadier du régiment de Naples légèrement
blefié. La même nuit , on fit fortir du port an
chébec Mahonnois , en le paffant fous le feu de
l'ennemi , pour le conduire à la cale d'Alcofar , où il
fera armé en guerre. Le Général le deftine , ainfi que
-
--
--
( D3 )
>
I'
#
-
deux autres qui font au port Fornella , à former une
flottille de corfaires pour croifer à l'entrée du port
de Mahon. Le 19 au matin , le Général Don
Ventura Morena , qui commande la marine , le
Marquis & le Comte de Crillon , fe rendirent à la
cale de la Moſquitta , où ils arrêtèrent d'élever une
batterie de 3 pièces de 12 pour défendre cette cale :
le feu des ennemis ne nous a fait aucun dommage.
Le 21 , la
Le 20 , les troupes venues de Barcelone & qui
étoient débarquées à Fornella le 18 , arrivèrent au
quartier général. A. 11 heures du foir , un foldat ,
Irlandois de nation , qui étoit en fentinelle dans un
poſte avancé du château , déferta : il déclara que les
ennemis attendent une frégate qui doit arriver de
Livourne avec des vivres & 300 hommes qui proviennent
fans doute des équipages de différens corfaires
de l'ifle difperfés dans les ports d'Italie : ce
déferteur affure que la garnifon eft pourvue de vivres
pour neef mois , & que les alliégés louent beaucoup
Ja vigoureufe défenfe que firent les 14 Efpagnols
forcés dans la tour des fignaux le 11 de ce mois ;
enfin , il ajoute que dans cette occafion les Anglois
eurent 4 hommes tués & 8 bleflés .
frégate du Roi le Rofaire arriva de Barcelone avec
3 bâtimens de tranffort , qui ont à bord 7 Officiers
d'artillerie , 24 pièces de canons de bronze de 24 , &
plufieurs autres de 16 & de 12 , ainfi qu'un mortier
à plaque. Le 22 , on conduifit au parc d'artillerie
8 canons de 24. Le Major-général & le Maréchalgénéral
- des - logis , allèrent reconnoître tous les
poftes. A 11 heures du foir , le Comte de la Tourd'Auvergne
, volontaire François , Don Jofeph Carboneh,
Don Antoine Porta , 2 fergens & 30 volontaires
de Catalogne , fortirent du camp dans le deffein
d'enclover les canons d'une batterie que les ennemis
ont élevée en dedans & au pied du chemin couvert
du fort d'Anftruther , dont le feu porte au mont du
Philippet : leur projet étoit de brûler cette batterie
e.
( 14 )
-
& d'enlever les canonniers ; mais fe trouvant fur les
lieux , tandis qu'ils faifoient les préparatifs néceffai
res pour exécuter cette hardie entreprife , ils s'ap→
perçurent qu'ils avoient été découverts , puifque les
fentinelles leur jettoient des pierres dont un de nos
fergens fut bleffé . Alors le Capitaine Carbonel ne
voulant pas s'expofer à manquer fon coup , fe retira
fans aucune perte : il eut d'autant plus de raifon d'en
agir ainfi , que les ennemis firent bientôt un feu
prodigieux de canons , de mortiers & de grenades
qu'ils dirigeoient vers nos différens poftes ; cepen→
dant nous n'elluyâmes d'autre perte que celle d'un
payfan qui fut tué avec fon mulet chargé de paille.
Le 23 , à la pointe du jour , lorfque les piquets
qui foutiennent les grands - gardes & qui renforcent
les poftes le reuroient au camp , les ennemis firent
une fortie au nombre de 4 à 500 hommes en deux
divifions , ils fe portoient vers la batterie que nous
avons entre Cala Pedrera & Cala Fons ; mais une de
nos grands-gardes , compofée de 12 volontaires de
Catalogne & commandée par un Caporal , les ayant
arrêtés , ils commencèrent contre elle un feu trèsvif
anquel les nôtres répondirent fans abandonner
leur pofte , malgré la grande fupériorité de l'ennemi :
les piquets du camp accoururent tout de fuite au feu .
Le Général , informé de cet évènement , envoya des
ordres à la brigade de Burgos , la plus voifine de ce
pofte , pour aller la foutenir en même tems il
détacha un corps de grenadiers pour marcher fur les
derrières de l'ennemi & lui couper la retraite : enfuite
il monta lui-même à cheval avec les deux fils & fes .
Aides-de-camp de garde , & fe porta vers le lieu
menacé ; mais les ennemis s'étoient déja retirés
précipitamment , après avoir perdu 12 hommes .
Nous avons un volontaire de Catalogne tué , pour
avoir voulu à corps découvert défendre ce pofte , &
un fergent du même régiment bleffé d'un éclat de
bombe , ainfi qu'un foldat Suille d'un coup de fufil.
-
·
voiture . -
Le 14 , on apprit que la plus grande partie des
bâtimens qui compofent le convoi de Toulon étoit
arrivée à Fornella , & le debarquement commencé.
Le Baron de Falkenhayn , commandant l'armée
Françoife , ayant mandé fon arrivée au Duc de
Crillon , ce Général lui envoya le Comte de Crillon
fon fils pour le recevoir , & le conduire ici dans fa
Le 25 , le Baron de Falkenhayn arriva
chez le Général à huit heures du foir , & lui appric
que toutes les troupes Françoifes étoient arrivées à
Fornella en deux jours & demi , depuis leur départ
de Toulon. Le 26 , notre Général monta à cheval
à 8 heures du matin avec le Baron de Falkenhayn ,
pour lui montrer l'emplacement du camp que les
troupes Françoifes doivent occuper à la gauche de
celui des Efpag ols , dont ils ne feront léparés que
par le port. Notre Général a déja fait préparer
d'avance plufieurs moyens de communication entre
les deux camps ".
ANGLETERRE.
De
LONDRES , le 20 Novembre.
CHAQUE jour augmente notre impatience
& notre anxiété fur les nouvelles que nous
devons recevoir de l'Amérique Septentrionale.
Le paquebot le Lively parti de New-
Yorck le 19 Octobre , a débarqué à Falmouth
en 28 jours de traverfée , le Capi- .
taine Manly qui a remis à l'Amirauté deux
dépêches du contre-Amiral Graves. La Cour
en a publié le 17 les extraits fuivans. La
première en date. de New-Yorck le 16 Oc
tobre.
Vous voudrez bien informer les Lords de l'Amirauté
que la Santa- Marguerita , de 44 , eft arrivée
( 16 )
Le
.
ici le 7 , venant de Cork avec une flotte marchande
de 42 bâtimens deftinés pour New-Yorck.
Cargerfort , que j'avois envoyé à Hallifax , eft rentré
ici le 8 avec un navire fretté pour le Roi de France
& deftiné pour le Cap François . Il étoit chargé
d'une grande quantité de mâts. Le Torbay & le
Prince William font arrivés ici le 11 Septembre ,
s'érant féparés le 21 Septembre de la flotte de la
Jamaïque . La Nymphe , après avoir croisé dans le
Cap Henri , vient de rentrer auffi avec s prifes qu'elle
a faites avec l'Amphion.
La feconde ett datée à bord du London
devant le Shandy-Hook le 19 Octobre.
-
Il ne m'a pas été poffible dans ma dernière lettre
de fixer le jour de mon départ : les vaiffeaux fortoient
pourtant auffi-tôt qu'ils étoient prêts. Le 17
je profitai de la marée , & l'efcadre appareilla , à
l'exception du Schrwbury , du Montagu & de l'Eu
ropex. Le foir même , je defce dis à Sandy Hook.
Je fis embarquer le lendemain matin à bord de
mes vaiffeaux les 7149 hommes qui étoient fur les
tranfports , & je mis àà la voile
efcadre , compo'ée de 25 vaiffeaux de ligne , 2 de
so , & 8 frégares . Nous avons paflé la Barre fans
aucun accident. On découvre au large one flotte
qui paroît être Angloife , faifant route vers le Hook.
Le plus avancé porte notre pavillon. Cette flotte
eft celle que convoie le Centurion ; elle gouverne
droit fur le Hook.
A
e avec toute mon
Le Capitaine Manly qui a appareillé avec
la florre , la quitta le lendemain à la hauteur
des Caps de la Delaware ; il nous a appris
les détails fuivans. Le contre-Amiral avoit
été nommé , comme l'on fait , pour commander
la flotte des Ifles fous le vent ; & à
fon arrivée Graves qui eft fon ancien
devoit paffer à celles du Vent. Mais la Cour
"
( 17 )
qui avoit fait ici cet arrangement , n'avoit
pas prévu que la fituation de Cornwallis
& la fupériorité des François , ne permettoient
pas de féparer quelques vaiffeaux
d'une flotte déjà inférieure , pour envoyerun
contre-Amiral dans une ſtation éloignée
de la Baie de Chéfapeak , où il étoit néceffaire
de porter toutes nos forces. Il fut tenu '
en conféquence un confeil de guerre , qui
décida que Graves ne s'éloigneroit point
qu'il conferveroit fon commandement jufqu'à
nouvel ordre , & Digby a été le preinier
à ouvrir cet avis.
Voilà donc l'efcadre de New-Yorck par
tie , le Capitaine Manly dir que le vent a
été à l'eft depuis le 19 , jour du départ de
notre Armée navale , jufqu'au 21 ; qu'alors
it a fanté au nord-eft , où il eft refté pendant
10 jours ; ce vent étant le meilleur pour
aller de New-Yorck à la Chéfapeak , on
penfe qu'elle y fera arrivée avant la fin du
mois. On s'attend en conféquence à une
action , & on n'eft pas fans inquiétude furl'iffue
de cette expédition , malgré le foin
que l'on prend de nous raffurer , en vantant
la difpofition générale de l'armée & de la
flotte. Le Prince Guillaume Henri , au moment
du départ du Lively , a écrit ces mots
au Roi , à la Reine & à la Famille Royale :
Nous mettons à la voile pour aller joindre &
battre les François. On reconnoît dans cette
lettre laconique , l'ardeur naturelle à un Prince
de fon âge , & peut-être l'effet des leçons
( 18 )
de les inftituteurs , nos Généraux & nos Amiraux
, qui dans leurs dépêches ne doutent
de rien. Il feroit fâcheux que ce bel augure
ne fûr pis juftifié par l'évènement ; que le
premier Prince du Sang Royal qui a mis le
pied fur le Continent de l'Amérique , n'y
arrivât que pour être témoin d'une défaite ,
ou pour voir un Général Anglois fe rendre
prifonnier de guerre avec toute fon armée.
Le projet des François étoit de renouveller
en Virginie l'évènement de Saratoga ; & le
jour du départ de la flotte , eft précisément
l'époque de la prife du Général Burgoyne
& de fon armée. Le Gouvernement attend
fous peu de jours un vaiffeau qui lui apportera
des nouvelles ; on dit que l'Amiral
Graves a promis d'en expédier un à fon
arrivée dans la Chéfapeak , où l'on a lieu
de craindre qu'il n'arrive trop tard , & au
moment où nous n'y aurons ni Général ,
ni Armée à délivrer & à fecourir.
» Le mois de Septembre dernier , dit un de nos
papiers , doit avoir été un tems de crife terrible pour
le Lord Cornwallis . Dans les premiers jours de ce
mois , il écrivit au Chevalier Clinton qu'il n'avoit
que pour fix femaines de provifions ; au premier Octobre
, époque du départ du Colonel Conway , le
Général Clinton n'avoit trouvé encore aucun jour
pour le fecourir , & il ne faifoit que fe difpofer à
tenter cette entreprife ha ardeule avec toute l'efcadres
il ne reftoit alors guère plus d'une femaine avant le
jour de la famine , & fon fort dont la nouvelle ne
pent tarder à parvenir en Angleterre devoit être décidé
inceflamment. En général les premières dépê
ches de l'Amérique doivent être de la plus grande
( 19 )
importance ; les Miniftres les attendent avec une
inquiétude difficile à exprimer ; & il eft certain que
fles nouvelles four auffi mauvaiſes qu'on a lieu de
l'appréhender , il s'enfuivra infailliblement une révolution
dans le Ministère .
Si telle a été réellement la pofition du
Lord Cornwallis au 1 Octobre , il est fort
à craindre que l'Amiral Graves & le Général
Clinton ne paroiffent dans la Chéfapeak
qu'après fa reddition . Cela feroit d'autant
plus fâcheux , qu'il paroît par le nombre des
troupes qu'avoit le Lord Cornwallis , la
quantité de canons qu'il avoit raſſemblés ,
que notre intention étoit de nous établir
dans la Virginie , pour agir de- là du côté
du fud. Nos grandes conquêtes de ces côtés
fe réduiront à rien , & ces Provinces , où
felon nos Papiers miniftériels & les Gazettes
de New-Yorck nous avons tant d'amis feront
perdues abfolument
pour nous.
C'eft une chofe remarquable , obferve un de nos
papiers , que la Virginie , qui montre actuellement
tant d'ardeur pour la caufe de la rebellion ; a été
celle de toutes nos poffeffions la plus loyale & la
plus attachée à la Monarchie. Les Virginiens , fous
leur Gouverneur Berkeley , ont été les derniers de
tous les fujets Britanniques à abj ter la royauté ,
& les premiers à fé déclarer ouvertement pour elle
par la fuite. En effet , auffi-tôt que la no velle de la
mort de Cromwell arriva en Virginie , les habitans
rappellèrent leur favori Berkeley au Gouvernement
de cette Colonie , qu'il avoit eu précédemment , &
qui étoit alors vacant par la mort de Gouverneur
rebelle nommé par Cromwell . Mais Berkeley , loin
de fe rendre à ces obligeantes invitations , déclara
( 20 )
qu'il ne ferviroir jamais que les héritiers légitimes
du Monarque détrôné. Les Virginiens fe prévalant
de cette déclaration , le forcèrent d'être leur Gouverneur
, & ils fe déclarèrent ouvertement pour Charles ·
II , dans un tems où les amis de ce Prince avoient
à peine la moindre lueur d'efpérance de le voir se
monter fur le Trône de les ancêtres , & il fut
proclamé Roi en Virginie avant de l'être à Londres.
Une lettre de Québec , venue par Halifax
, nous apprend que le Gouverneur a
envoyé des ordres pour réparer les fortifications
de Montréal & mettre cette place .
en état de défenfe , parce qu'il a appris
qu'auffi- tôt que les lacs feront glacés , les
Américains & les François iront faire une
incurfion dans cette Province.
On affure que le Vice-Amiral Rodney
doit partir inceffamment pour l'Amérique
avec 13 vaiffeaux de ligne , & on dit que
le Prince Edouard , quatrième fils du Roi ,
doit auffi l'accompagner ; ce fera le fecond
Prince Royal qui aura été dans le nouveau
monde ; il paroît que les cris qu'à excités
fa conduite à St - Euſtache n'ont pas diminué
la faveur dont il jouit ; il vient d'être
élevé aux places de Vice- Amiral de la Grande-
Bretagne , de Lieutenant de l'Amirauté. &
de Lieutenant des vaiffeaux & mers du
Royaume de la Grande-Bretagne , vacantes
par la mort du Lord Hawke. Sir George
Darby fuccède au Chevalier Rodney dans
fes places de Contre- Amiral de la G. B. & de
l'Amirauté , ainfi que dans celle de Contre-
Amiral des vaiffeaux & mers du Royaume.
1
( 21 )
On fe rappelle que cet Officier a ravitaillé
Gibraltar ; on compte fur fa fortune
pour fecourir encore cette place , & on croit
qu'il partira bientôt avec les vaiffeaux fuivans
le Royal George & le Victory de
rio canons ; le Namur , le Duke , le Quéen ,
POcéan , le Formidable de 98 ; le Foudroyant,
le Gibraltar de So ; le Vaillant , le Čourageux
, Alexandre , l'Hercule , l'Arrogant ,
la Défenfe , le Fame , le Marlborough de
74 ; l'Africa , l'Agamemnon , l'Inflexible ,
le Nonfuch , le Repulfe de 64.
Les détachemens des vaiffeaux pour l'Inde
& pour les Illes feront pris fur cette efcadre
après que Gibraltar & Minorque au-
- ront été fecourus ; mais en comptant fur
la fortune de Rodney , on ne laiffe pas de
craindre qu'il foit moins heureux cette fois ;
lorfqu'il eut le bonheur d'entrer à Gibraltar
la premiere fois , la flotte Efpagnole ne
fortit pas de Cadix ; fon bonheur pourroit
l'abandonner , fi les Efpagnols font des dif
pofitions pour s'oppofer à fon paffage.
Le tems de la ftation du Chevalier Edouard
Hughes aux Indes , étant fur le point d'expirer
, S. M. a nommé pour le relever l'Amiral
Hyde-Parker. Cependant le Chevalier
Richard Bickerton doit partir à bord
du Gibraltar pour convoyer la flotte de
l'Inde ; mais on croit qu'il n'ira que jufqu'au
cap de Bonne- Efpérance , où on lui fuppofe
la commiffion d'attaquer cette place
avec les troupes de la Compagnie , & de
la réduire s'il eft poffible.
( 22 )
Tel eft le tableau que l'on a fait de la répartition
des forces navales pour la campagne prochaine.
Station de l'Amérique - Septentrionale Amiraux
Hood & Digby , 14 vaifleaux de ligne. Iles du
Vent , le Chevalier George-Rodney & l'Amiral
Drake 26 va.ffeaux de ligne. Jamaïque , Graves , &
vainteaux. Indes - Orientales , Chevalier Richard
Bickerfton , 12 vailleaux. Terre-Neuve , l'Amirał
Gambier , I vailleau . Cet Amiral doit relever
l'Amiral Edwards dans cette ſtation . — Les vaiſſeaux
de la Compagnie qui doivent partir pour Bombay
avec le convoi , font le Major , le Hawke ,le Wor
cefter , le Royal- Bishop , le Royal- Henri
Norfolk , le Comie Talbot , le Morfe , la Cérès ,
Alfred , le Calcutta & le Gange. Ces vailleaux
transporteront le régiment des recrues Allemandes
qui ont été levées dans l'Electorat de Hanovre.
-
-
le
S'il faut en croire le rapport d'un particulier
venu tout récemment du fort Saint-
Georges , l'Amiral Hugues a mis à la voile
pour aller attaquer Manille . Ses forces confiftent
en 6 vaiffeaux de ligne & 3 frégates ;
il a embarqué à bord de cette efcadre un
gros corps de troupes de la Compagnie pour
renforcer celles de Marine qui compofent
la garnison de fes bâtimens ; fon objet étant
de faire taire la batterie de St - Philippe , ce
qui ne peut s'effectuer que par une attaque
fur terre.
On prétend , dit un de nos papiers , que le Chevalier
Hughes étoit parti pour une expédition contre
Manille ; mais comme il y a déja quelque tems qu'on
n'a reçu des nouvelles de l'Inde , ce bruit ne peut être
fondé que fur de fimples conjectures. L'Ifle. 'de
Manille , autrement appellée . Luconie , eft la principale
des Philippines , qui forment dans la mer
d'Ale une chaîne d'environ 400 milles de long fur
L
( 23 ).
100 de large. Les Espagnols y portent des marchandifes
de toute efpèce , favoir de l'argent de
la Nouvelle Espagne , du Mexique & du Pérou ;
des diamans de Golconde , des foies , du thé , ainfi
que des porcelaines & de la poudre d'or du Japon &
de la Chine. Ils font partir tous les ans deux gros
vailfeaux de Manille pour Acapulco au Mexique ,
où ces bâtimens conduifent des marchandiles , en
retour defquelles ils rapportent de l'argent . C'eſt
près de cette Ifle qu'en 1743 , l'Amiral s'empara du
fameux vailleau l'Acapulco , chargé de trésors immenfes
avec lesquels il revint l'année ſuivante en
Angleterre.
Chaque jour il fe tient des Confeils à
St-James ; & on fait dans la ville des rap- .
ports fort oppofés de ce qui s'y palle ; on
prétend cependant que la grande queſtion
qu'on y agite eft de favoir fi nous devons
retirer ou non nos efcadres & nos troupes
de l'Amérique Septentrionale. La majeure
partie de la nation eft depuis long- tems
déclarée pour l'affirmative ; & le tableau de
la guerre actuelle en Amérique , le peu de
progrès que nous avons fuit depuis qu'elle
dure , appuye fortement fon opinion . }
» C'eft après avoir confervé Bofton pendant un
an , après avoir perdu la bataille de Lexington ,
brûlé Charles - Town & dépenfé s millions , que
nous fumes obligés en 1775 de nous retirer à New-
Yorck.Nous prîmes poffeffion de New-Yorck ,
des Jerſeys , & de Rhodes - Ifland en 1776. Nous
perdimes 8000 hommes dans cette campagne , &
le Pays conquis fut livré à toutes les horreurs de
la guerre civile. - Au commencement de la campagne
de 1777 , nous fortîmes des Jerſeys pour
envahir la Penfylvanie & Philadelphie la Capitale.
-
( 24 )
•
Dix mille braves gens perdirent la vie dans cette
campagne qui nous coûta plus de dix millions. Le
Général Burgoyne fut fait prifonnier à Saratoga
avec toute fon armée , & le Congrès prit une confiftance
refpectable.
-Philadelphie ainfi que en 1778 , nous évacuâmes
-
toute la Penfylvanie , & la
honte nous accompagna par-tout en traverfant les
Jerfeys. Rhodes-Inland fut bien-tôt dévasté , livré
au pillage & non content de voir des frères le battre
contre des frères , les Sauvages accoururent à notre
voix pour apporter dans notre querelle une foif
inextinguible de fang & de rapines. La même
guerre produifit les mêmes effets en 1779. Les
fuccès furent balancés , & fi nous fimes des progrès
au Sud , nous fûmes repouflés dans le Nord ; & la
Géorgie fut prife en même-tems qu'on nous chaffoit
de la rivière du Nord. Tout paroiffoit propice
à l'ouverture de la campagne de 1780. La prife de
la Caroline Méridionale & l'affaire de Cambden
fembloient annoncer au Gouvernement Britannique ,
· qu'il ne tarderoit pas à dominer de nouveau fur ce
vafte Continent. Ces efperances Aateules s'écrou-s
lèrent bien-tôt après l'échec qui préceda la fin de
la campagne. Ferguson , Commandant Américain
fut borner nos conquêtes. Tarleton à la tête de
800 Vétérans fut défait entièrement au commencement
de 1480. Depuis ce moment tout eft indécis ,
tout eft incertain , & nos fpéculations ne font que
nous replonger de plus en plus dans les ténèbres .
-
Nous avons remporté quelques , avantages à
Guilford , à Cambden & à James -Town . Nous
avons traversé un Pays immenfe , en laiſſant à
chaque pas des traces de notre férocité , par- tout
des Provinces ruinées , des habitations brûlées &
des Pays fertiles convertis en deferts jonchés de
morts. Qui peut nous confoler d'être la cauſe de
tant de maux ? Nos trésors font épuisés notre
commerce eft ruiné , & des milliers de nos Citoyens
ont verfé leur fang inutilement. Voilà des faits
>
qui
( 252)
qui doivent ouvrir les yeux de ceux qui ſe laiſſent
abufer par le Ministère. Eft-ce avec une conduite
femblable que nous pouvons espérer de recouvrer
jamais la poffeffion d'un pays que nous ne ceffons
d'accabler de maux & de baigner de fang «< ?
Les évènemens de la fin de cette année
ajouteront fans doute une nouvelle forceà
ce tableau ; & fi nous apprenons en effet
la reddition du Lord Cornwallis , qui n'étonnera
plus , parce qu'on s'y attend , le
parti de l'Oppofition n'aura- t- il pas beau
jeu pour demander qu'on mette fin à cette
guerre qui n'a produit aucun avantage &
qui prouve que jamais l'Amérique ne rentrera
dans la dépendance , à moins qu'elle
ne le veuille bien ; que nous ne pouvons
l'y forcer , & que nous n'avons pas pris
le parti de la ramener par la maniere dont
nous nous fommes conduits avec elle . Le
difcours du Roi au Parlement , dont la
rentrée approche , fera fans doute très- embarraffant
; jufqu'à préfent on lui a préſenté
des efpérances en perfpective ; aucune ne
s'eft réalisée ; quelles font celles qu'on lui
offrira aujourd'hui , & quelles font celles.
auxquelles il pourra prêter quelque confiance.
On ne voit pas que la Cour fe décide
à finir la guerre avec l'Amérique ; il
n'eft queftion que de grands préparatifs
pour la continuer ; 20,000 hommes ont
reçu ordre de fe tenir prêts à s'embarquer
au printems prochain ; & en conféquence
il fera fait une augmentation dans la Milice
pour la défenfe intérieure du Royau-
1er. Décembre 1781. b
( 26 )
me. Mais 20,000 hommes fuffiront- ils ? On
compte qu'il ne fera befoin , en Virginie ,
que de renforcer l'armée de Cornwallis ,
& peut-être faudra-t- il la remplacer. On
remarque à cette occafion que depuis le
commencement des troubles en Amérique ,
on a levé 31 régimens d'Infanterie & 4 de
Dragons . En 1772 , l'armée confiftoit en
18 régimens de Dragons & 71 d'Infanterie ;
la feconde eft actuellement portée à 102 ,
& les premiers à 22 .
On dit que le Parlement à ſa rentrée
doit s'occuper d'abord d'une enquête fur
l'état de notre marine , & fur la fupériorité
des efcadres de la maifon de Bourbon
dans toutes les parties du monde . Cer objet
n'eft pas le feul qui méritera fon attention;
il fera queftion de faire les fonds de l'année
prochaine.
Ils feront , à ce que prétendent quelques papiers ,
levés plutôt qu'il n'eft d'afage de le faire ; les amis
des Miniftres ont déja conféré fur cet objet
avec plufieurs des perfonnes qui ont foufcrit
au dernier emprunt ; en leur obfervant que fi elles
s'arrangeoient des termes précédens avec quelques
variations à raifon de l'augmentation du capital &
de la baiffe actuelle des fonds , elles auroient la préférence
de cette foufcription . Le plan fuivant , à ce
qu'on ajoute , a été propolé .
Chaque fou ' cripteur pour la fomme
de 100 liv. fterl . recevra liv. fterl.
150 liv. fterl. en action de 3 pour 100
évalués à 54 ci.
25 liv . ſterl. en actions de 4 pour 100
· ·
81 15
f ( 27 )
évalués à 68 ci •
sh. 6 pence , en courtes annuités
au taux de onze ans d'achat , ci .
3 billets de loterie par chaque 1000
liv. fter . évalués 13 liv . fterl. chacun
, ci.
Total
liv .
17
18 O
103 18 0
18 sh.
par Qui
donneroient une prime de 3
chaque
foufcription de 100 liv. fterl . On ne donneroit
que trois billets de loterie par chaque 1000
liv. foufcrits , parce que l'emprunt doit être de 16
millions.
Une partie de la flotte de la
Jamaïque
eft deja entrée dans nos ports , & fur cette
nouvelle les actions ont hauffé hier d'un
demi pour cent , mais un quart d'heure
après elles
baifsèrent d'un quart.
Le 9 de ce mois , le
Commodore Keith-
Stewart prit congé du Roi pour le rendre
au Nore , où il doit attendre fes derniers
ordres pour aller reprendre fa ftation dans
la mer du Nord .
On dit que la frégate le Prefton a coulé
bas fur la côte -de
Hollande pendant le dernier
ouragan ; elle croifoit au Texel avec
le Dolphin, & on n'a pas entendu parler
de ces deux vaiffeaux depuis.
C'est
l'Angleterre , dit un de nos papiers , qui a
commencé la première à doubler en cuivre les vaiffeaux
de guerre . La France , convaincue de l'utilité
de ce procédé , n'a pas tardé à fuivre cer exemple.
On peut juger des profits que font les Hongrois en
fourniffant aux Puiffances
belligérantes des matériaux
néceffaires pour ces doublures en cuivre , puifqu'on
fait qu'ils ont envoyé cette année en E'pagne
b 2
( 28 ) 1
par la voie de Triefte 38,000 quintaux de cuivre , ce
qui eft prouvé par les livres de la Douane de Triefte,
Il y a à Deptfort un cutter qu'on double en cuir ,
pour éprouver fon efficacité contre la morfure des
vers. Ce cuir eft préparé d'une manière particulière
s'endurcit dans l'eau. On prétend que fervant de
doublure aux vaiffeaux , il durera autant que le
cuivre qui eft fi fort en ufage aujourd'hui .
On prétend que le Congrès a refolu de
demander M. Laurens , toujours détenu à
la Tour , en échange du Général Burgoyne,
".
On a reçu de Dublin les détails fuivans
de la féance de la Chambre des Communes
le 8 de ce mois . Il s'agiffoit des fubfides,
M, Henry Flodd dit qu'avant que la Chambre e
formât en comité , il jetteroit un coup-d'oeil fur
la fituation du pays. Il obferva que la plus grande
dette que la Nation eût contractée avant la der
nière guerre , étoit de 271,000 liv. fterl . Qu'entre
l'année 1733 , & le commencement de cette
guerre , cette dette avoit été acquittée : que le Duc
de Devonshire , en 1742 , fe fit un mérite près de
Ja Chambre de ce que , malgré la guerre il n'avoit
pas été formé de demande additionnelle ; que toutes
Jes charges de l'établiffement furent liquidées en
17445 qu'à la fin de la dernière guerre , la Nation
Ine devoit que 530,000 livres jufqu'à l'année 1761 ;
qu'il étoit naturel de fuppofer qu'en tems de paix la
dette nationale diminueroit , mais que c'étoit le fort
de ce pays injudicieux de l'accumuler. Qu'en 1771 ;
la dette nationale étoit de 780,000 liv. , c'eſt- à-dire ,
d'un tiers de plus , & qu'en 1779 elle étoit de
1,757,000 liv. , de forte que dans le cours d'un
an elle avoit été portée à plus de la totalité de
fon montant lors de la dernière guerre , qui cependant
avoit été très-difpendieule ; que depuis 1779,
cette même dette s'étoit accrue de 67,000 liv. , &
( 19 )
qu'actuellement il étoit dû , en y comprenant les
annuités , 2,367, coo liv. fterl.; que comme l'on
difoit qu'il feroit demandé à préfent 300,000 liv. ,
l'enſemble fe monteroit à 2,667,000 liv. , de manière
que dans le cours de quatre ans on auroit
contracté une dette de 1,200,000 , au - delà de celle
qui s'étoit accumulée à raifon de toutes les guerres
précédentes . Cet état concis des affaires , conti
nua-t- il , dans un pays qui n'a point de finances , doit
frapper tout le monde d'étonnement ; pallant enfuite
rapidement en revue toutes les taxes exiftantes ,
il finit par prouver que , pendant que l'Angleterre ,
plongée dans la guerre & les calamités , combattant
le monde entier , n'avoit pas augmenté fon ancienne
dette de plus d'un huitième , l'Irlande avoit laiffé accroître
la fienne d'un quart , dans l'efpace de 10
ans , quoiqu'elle n'eût pas eu de guerre à foutenir.
Le Parlement continue d'emprunter fans adopter
un feul moyen de retranchement , & fe trouve actuellement
dans un état qui demande immédiatement
l'enquête la plus ftricte : j'espère qu'on ne précipitera
pas un comité de fubfides , fans avoir arrêté un plan
auffi bien conçu que le demandent la fatalité des
circonftances , & fur - tout la baiffe furvenue dans la
valeur des terres ; je defire donc que le comité des
fubfides foit différé juſqu'à Mardi ; alors fi l'on met
fur le tapis quelque fyftême propofable , je n'y
formerai aucune oppofition. » M. Flood finit par
demander en forme de motion , que le comité
s'ajournât jufqu'à Mardi , & il fut fecondé dans
cette motion par M. O'Hara .
- Le Procureur-
Général répondit que M. Flood avoit mal établi
& fubverti l'ordre de la véritable fituation de l'Irlande
, ajoutant qu'il pouvoit au moment même
mettre fous la conſidération de la Chambre un
fyftême contre lequel il imaginoit qu'il ne s'éleveroit
aucune objection. M. Flood repliqua que
fi l'on n'avoit d'autre vue que d'emprunter encore
b 3
( 30 )
de l'argent , il étoit certain que le comité des fubfides
étoit prêt , mais que ce n'étoit pas un ſyſtême de 2
ans qui pouvoir guérir les plaies du Royaume : qu'on
avoit befoin d'un fyftême durable & permanent qui
opérât le bien public , lorſqu'il ne refteroir plus de
Chambre.
ל כ
8
» Le Procureur- Général foutint avec chaleur que
loin d'être un pays en décadence , l'Irlande étoit
actuellement au faîte de la profpérité. Que c'étoit la
mode de trouver à redire à tout. Que fi l'on le plaignoit
d'abus & de détreffes , Dieu merci , elles
étoient idéales , & il obferva que la profpérité du
Royaume augmenteroit néceffairement les dépenfes.
-
M. Flood repliqua encore qu'en parlant de la
décadence du pays , il vouloit dire feulement que les
revenus courans de l'Irlande ne répondoient pas à
fes dépenfes courantes , & qu'il n'y avoit point de
nation plus malheureufe que celle qui hypothéquoit
journellement tout fon avoir. Quelques autres
Membres parlèrent pour & contre la motion , &
après de longs débats fur la queftion de l'ajournement
au Mardi , 49 voix furent pour l'affirmative ,
& 155 pour la négative, La Chambre fe forma
enfuite en Comité de fubfides ; on demanda 300,000
liv. ft . au- delà des fubfidés ordinaires , pour être
levées par des billets d'emprunt à 4 pour cent , à
l'exception de 40,000 l. qui feroient levées par les
billets de l'Echiquier. Le Procureur- Général avança
que cette opération ne coûteroit pas un fol à la
nation , parce que l'emprunt devoit être fupporté
deux loteries de 40 , coo billets , à raifon de s
1. ft. chaque , dont les lots feroient payés argent
Le Comité procéda enfuite au refte
des fubfides , & paffa aux octrois de 65,000 liv . ft.
de primes , outre sooo 1. adjugées pour être diftri-
⚫buées aux manufactures de Coron , de Marli & de
fil , &c.
par
comprant.
(31 )
•
FRANCE.
De VERSAILLES , le 27 Novembre.
L'ÉTAT de la Reine ne laiffant plus rien
à défirer , S. M. qui le 9 de ce mois avoit
vu toutes les perfonnes qui ont les entrées
de la Chambre tant chez le Roi que chez
la Reine , admit le 18 à lui faire leur
cour tous les Seigneurs & Dames de la
Cour ; le lendemain , après avoir entendu la
Meffe chez elle , elle fe rendit à la Chapelle
du Château , où elle fut relevée par
l'Evêque Duc de Laon , fon grand Aumônier.
La fanté de Mgr. le Dauphin fe fortifie
de jour en jour.
Le 11 de ce mois le Marquis d'Avaray
prêta ferment entre les mains du Roi pour
la Lieutenance générale de l'Orléanois , que
S. M. lui avoit accordée. S. M. a aulli accordé
au Comte d'Avaray , Maître de la
Garde- robe de Monfieur , en furvivance ,
. les entrées de fa Chambre.
•
Le même jour, le Roi & la Famille Royale
> fignèrent le contrat de mariage du Marquis
de Leyffin avec Mademoifelle de Galliffet.
3
S. M. a nommé à l'Evêché de Mariana
& Allia , en Corfe , le P. Peynau du Verdier
, Prêtre de l'Oratoire , Vicaire Général
de Tours ; à l'Abbaye de la Charité , Ordre
de Câteaux , Diocèle de Befançon , l'Archevêque
de Befançon ; à celle de Bonlieu
même Ordre , Diocèfe de Bordeaux , l'Abbé
b 4
(( 32 ) )
de Bovet , Vicaire - Général d'Arras ; à la
Coadjutorerie de l'Abbaye régulière de S.
Paul , Ordre de S. Benoît , Diocèfe de Beauvais
, la Dame d'Aumale , Religieufe de ladite
Abbaye. 2
PONE
De PARIS , le 27 Novembre.
LE fupplément à la Gazette de France de
Mardi dernier , que nous avons joint à
norre dernier Journal , contient la relation
la plus fidèle qu'on puiffe défirer des opérations
de l'armée & de la flotte . Quelquesuns
des Journaux de ces mêmes opérations ,
offrent des détails peu fufceptibles d'entrer
dans une relation de la Cour , mais qui
peuvent être placés ici , & que nos Lecteurs
ne liront pas fans intérêt.i
-
» Le Duc de Lauzun eft venu fur la frégate la
Surveillante , commandée par M. de Cillart ; M.
Duplellis Pafcaut , Capitaine du vaiſſeau l'Intrépide ,
qui brûla à la rade du Cap , étoit fur la même fregate
, & a apporté les dépêches du Comte de Graffe.
La Surveillante a encore amené le Lord Rawdon
& fa femme , le frère du Lord Cornwallis , & le
Major Général de l'armée Angloife. Ces deux
derniers nè fe font pas arrêtés à Breft. Ils font
partis fur-le-champ pour l'Angleterre . M. de Lauzun ,
parti le 24 Octobre de la Chéfapéak , n'a mis que
122 jours de traversée pour ſe rendre à Breft , où il
mouilla le 15 Novembre au foir. On dit que la
frégate l'Amazone , 'qui porte M. de Charlus , fils
du Miniftre de la Marine , M. de Rochambeau , fils
du Général de ce nom , M. de Deux-Ponts , Meftrede-
Camp du Régiment Royal Deux- Ponts , a dû
appareiller prefque ea même-tems , M. le Duc de
-
C
[
( 33 )
---
à
Lauzun a été fort bien reçu de S. M.; la lettre de
M. le Comte Rochambeau au Roi , étoit on ne peut
plus flatteule pour lui ; avec la moitié moins de
monde , il culbuta Tarleton , qui auroit été pris
fans la bonté des chevaux de la troupe. Ces chevaux
, au nombre de 300 , font à nous par la capitulation
. On les dit excellens , & bien mei leurs que
ceux de la Légion de Lauzun , qui en général étoit
mal montée . Le Comte de Rochambeau ne fe
décida à faire attaquer les redoutes , qu'afin de terminer
promptement un fiége qu'on ne vouloir pas
prolonger jufqu'à l'entrée de l'hiver. M. le Ba on
de Viomefil ( e diftingua cette occaſion , ainſi que
M. de Deux-Ponts , Meftre- le-Camp en fecond du
Régiment Royal Deux- Ponts , gi ayant fauté le
premier dans les retranchemens , donna la main à un
grenadier pour l'aider à le fuivre , & ayant vu tomber
ce grenadier mort , retira fa main , & la prefenta ,
avec beaucoup de fang-froid , à un fecond. Les
Américaios furent animés dans leur, attaque par le
ifuccès de celle des François , qu'ils voyoient par
de fignaux dont on étoit convenu . Les grenadiers
,de Gâtinis & ceux de Royal Deux-Ponis , furent
les premiers qui pénétrèrent dans la redoute ; on
fut étonné d'y trouver M. le Vicomte de Damas ,
qui y étoit entré des premiers ; il étoit venu à cette
attaque à l'infu du Général , dont il étoit un dés
Aides- de- Camp . Ce font l'artillerie & les bombes
qui ont réduit Cornwallis , & tout étoit fi bien
difpofé , qu'en Officier du Génie écrit qu'il a bien
fait de demander à capituler le 17 , car le lendemain
il auroit pu le faire fauter . On prétend
cependant que Cornwallis ne s'eft rendu que parce
qu'il avoit épuifé toutes les munitions ' de guerre ,
n'ayant plus un feul boulet ni poudre. Il avoit
d'abord demandé une fufpenfion d'armes de vingtquatre
heures ; on le refufa ; il tint bon ; alors on
le canonna , avec 80 bouches-à-feu , pendant toate
bs
) (( 342)
-
pour
la journée du 16 , au point qu'il fut obligé de demander
grace le lendemain. Les talens & les qualités
perfonnelles de ce Général , lui ont obtenu une
capitulation affez honorable ; elle l'auroit même été
davantage , fi le Général Washington & le Marquis
de la Fayette n'avoient voulu témoigner aux Anglois
qu'ils avoient été fenfibles à la rigueur qu'ils murent
dans la capitulation de Charles -Town. On dit
que les armées alliées ont perdu environ soo hommes
à ce fiége ; & cette perte eft bien peu de choſe.
le grand avantage qui en eft réfulté . Le feul Officier
d'artillerie qui ait été tué , eft M. de la Loges ; les
autres Officiers fupérieurs connus qui ont été bleffés
légèrement , font M. le Comte de Deux-Ponts , &
MM. de Dillon , Le Chevalier de Lameth , neveu
de M. le Maréchal de Broglie , Aide- Maréchal-
Général-des -Logis , eft le plus grièvement bleffé ;
il a la rotule & l'une des cuiffes fracaffées ; on eſpère
pourtant le fauver. Celui qui a le plus contribué
au fuccès de cette grande entreprife , eft fans contredit
le Marquis de la Fayette ; c'eft lui qui a ſuivi
pas à pas Cornwallis , qui l'a fans ceffe harcelé , qui
l'a acculé dans Yorck , & qui a préparé fa perte.
Aufli les Américains , comme les François & les
ennemis même font le plus grand éloge de ce Général
, qui eſt encore fort jeune , dont toutes
les démarches ont annoncé le génie da guerrier
& dont on admire la douceur & la fimplicité
de fes moeurs , & fon fang-froid réuni au coup-d'oeil
le plus sûr. Le Lord Cornwallis , enchanté des
grandes qualités de fon ennemi , a demandé à différentes
repriſes de traiter avec lui , & de ne remettre
fes armes qu'à lui feul ; le modefte guerrier a toujours
refufé , & l'a renvoyé à Washington , fon
Général. Le Lord Cornwallis donna à dîner le
11 au Duc de Lauzun qui , revenant de Glocefter ,
paffoit au Parc ; ce Général étoit affez gai , & on
le trouva fort aimable. Le lendemain le Vicomte
·
---
(835 ) )
de Damas alla l'inviter à dîner de la part de M.
de Rochambeau. Ce jour-là , il parut plus trifte
que de coutume. Ce n'eft pas qu'il ait rien à fe
reprocher ; il ne fe plaint que de Clinton , & il a ,
dit -il , dans fes mains de quoi prouver que s'il eût
reçu les munitions qu'il demandoit , fi on l'avoit
taiffe libre d'abandonner Yorck , fon armée auroit
* été lauvée. Il devoit s'embarquer pour New-Yorck ,
d'où il paffera en Angleterre.
•
L'état de la garnifon d'Yorck , lors de
la capitulation , ne fe trouvant pas dans la
relation que nous avons publiée , nous la
placerons ici.
Deux Colonels , 8 Lieutenans - Colonels , 11
Majors , 25 Capitaines , 89 Lieutenans , 36 Enfeigues
, 12 Adjudans 20 Quartiers -Maîtres , 10
Chirurgiens , 22 Aides , 2 Chapelain , 295 Sergens ,
121 Tambours , 3295 Soldats . Malades , 90 Sergens
, 44 Tambours , 1741 Soldats ; en tout 5823 ,
non compris la garnifon de Glocefter , formant
avec celle d'Yorck & les Matelots environ 7500
hommes. Vingt-deux drapeaux , 170 canons de tout
calibre , dont 75 de bronze , 8 morriers , 43 bâtimens
pris , le Charon , de so , brûlé ; la Guadeloupe
, de 14 , coulée bas ; l'Iris & le Richemont ,
de 32 , pris , &c .
On prétend que les troupes d'Anspach ,
deux jours après la capitulation , offrirent ,
Officiers & Soldats , au Duc de Lauzun ,
de fervir dans fa Légion . M. de Lauzun leur
répondit qu'ils appartenoient aux Américains
, & qu'il ne pouvoit les prendre au
fervice du Roi de France , fans l'agrément
du Roi , fon Maître , & celui du Congrès.
M. de la Fayette écrit à fa femme : » la
prife de Cornwallis eft la récompenſe la
b 6
( 36 )
plus agréable pour moi , elle m'a fait oublier
les chagrins , les peines & les foucis
que les talens fupérieurs de mon ennemi
n'avoient que trop raffembles autour de moi
pendant toute la campagne. , and
La frégate l'Andromaque eft arrivée. On
l'attendoit avec impatience , fur-tout depuis
qu'on avoit appris par les lettres de Londres
, que le paquebot le Lively , expédié de
New- Yorck , avoit apporté la nouvelle que
l'Amiral Graves avoit appareillé le 19 avec
25 vaiffeaux de ligue & des bâtimens de
transport portant fooo hommes , avec la
réfolution , fuivant l'expreffion du jeune
Prince , de joindre & de battre les François.
L'Andromaque n'eft en effet partie que le
31 Octobre , & elle nous apprend que l'Amiral
Graves fe préfenta le 27 devant la
Chefapéak ; M. de Graffe occupé à rembarquer
les troupes & fon artillerie s'emboffa.
L'Anglois ne jugea pas à propos de l'atta
quer ; il fe contenta de parader le 28 ;
le 29 au foir on ne voyoit plus que le haut
de fes mâts ; il retournoit à New York.
M. de Graffe appareilla le 31 pour les Antilles
; on croit qu'il y attaquera St- Chriftophe
. On dit que M. de Rochambeau
hivernera en Virginie , & que M. de la
Fayette fe propofe d'aller rejoindre le Géné
ral Gréen pour refferrer ou peut- être attaquer
Charles-Town.
&
On eft fort curieux d'apprendre quel effet
aurà produit cette grande nouvelle à Lon
( 37 )
dres ; on eft très perfuadé que le cabinet de
St-James en l'apprenant aura eu bien du
regret d'avoir permis l'impreffion de l'élan
du jeune Prince dans les Gazettes .
Un courier extraordinaire nous apprend
l'arrivée du convoi de la Havane à Cadix ;
il est entré dans la baye le 7 de ce mois.
Le vaiffeau & les trois frégates qui l'efcortoient
ont pris , chemin faifant , une frégate
Angloife . Ils ont mis 101 jours à la traversée .
Tout le prépare à Breft pour le départ
des grands convois ; le Marquis de Vaudreuil
eft parti d'ici pour fe rendre dans ce ports
les autres Officiers font déjà à bord de leurs
vaiffeaux & fi le tems le permet tout fera ,
dit-on , dehors avant la fin de ce mois. Le
régiment qui eft revenu du Ferrol & qui fe
trouve au bas de la rivière de Rochefort
s'incorporera à cette armée. Quant à la fré
gate la Néréide , qui porte à St- Domingue
M. de Bellecombe & M. de Bongars , elle
avoit defcendu la rivière de Bordeaux , &
n'attendoit que le vent favorable pour mettre
à la voile.
Il ne reste plus dans le port , lit-on dans une
lettre du 19 que les vaiffeaux le Triomphant , lė
Pégafe & le Terrible ; les deux premiers font prêts &
iro ten rade au premier beau tems ; le Terrible y fera
le 25 ainfi que le refte des tranfports qui confiftent"
en 8 bâtimens , qui font act ellement en chargement.
M. de Vaudreuil eft arrivé avant-hier . Les troupes
ont commencé à s'embarquer hier , & continuent
de s'embarquer ; le 25 au plus tard toutes feront
à bord des bâtimens. M. de Guichen viens
--
1
( 38 )
prendre ici le commandement de l'armée. - On
a fretté à St-Malo , pour le compte du Roi , tous
les bâtimens de 150 tonneaux & au-deffus « .
> Le corfaire l'Aigle , qu'on avoit dit pris ,
ne l'a point été. Les nouvelles qu'on en a
reçu portent , qu'il a été obligé de faire
'une feconde fois le tour des trois Royaumes
; après s'être débarraffé de la frégate &
de la corvette qui le combattirent à fa fortie
de Dunkerque , il apprit que plufieurs vaiffeaux
de Darby rentroient dans la Manche ;
il crut devoir en conféquence changer de
route , & il préféra celle du nord ; il n'a
fait dans ce long trajet qu'une petite prife
qu'il a envoyée à l'Orient.
Les Officiers Municipaux de la ville de
Poligny , en Franche- Comté ont reçu de
la part de M. d'Aftorg , Enſeigne des vaiffeaux
du Roi , âgé de 21 ans , une fomme
de 600 liv. pour être diftribuée aux Pauvres
de leur Ville , à l'occafion de la naiflance de
Mgr. le Dauphin . Ils ont demandé la publicité
de la lettre de ce jeune Officier à fon
père ; elle fait trop d'honneur à l'humanité
pour qu'on puiffe fe refufer à leurs défirs.
" Je vous avois prié de trouver bon que je vous
file paffer une partie des fonds provenans de ma
part de la prife du convoi de St -Eustache , comme
une foible preuve de ma reconnoiffance de tous
les facrifices que vous avez faits pour moi : vous
vous êtes refufé à certe prière , & vous m'avez
laiffé la difpofition entière de cette fomme. Votre
générofité m'eft d'avance un für garant de l'approbation
que vous donnerez à l'ufage auquel j'en
( 39 )
deftine une portion. L'évènement heureux de la
naiffance du Dauphin , dont nous recevons aujourd'hui
la nouvelle , m'infpire l'idée d'en faire partager
la joie générale aux plus pauvres de nos compatriotes
, en foulageant leur misère de mon fuperflu.
Je vous prie donc , cher papa , de vouloir bien leur
faire compter la fomme de 600 livres que vous
remettrez aux Officiers Municipaux , qui les em
ploteront à payer les impôts des plus indigens
dont ils peuvent plus aifément connoître les befoins .
Vous m'avez fi fouvent perfuadé , en le pratiquant ,
que le plus grand plaifir eft de faire des heureux ,
que je ferois bien coupable de l'oublier lorsque la
circonftance me permet de vous imiter «<.
Les Ouvriers Imprimeurs en lettres ont
fait chanter Dimanche dernier dans l'Eglife
Paroiffiale de S. Etienne- du Mont , une Meffe
folemnelle & un Te Deum en mufique , en
action de graces de l'heureux accouchement
de la Reine & de la naiffance de Mgr.
le Dauphin. Cette cérémonie pieuſe , intéreffante
par fon objet & par le zèle qui l'a
infpirée , fait honneur à ceux qui l'ont fait
exécuter. La mufique qui a fait le plus grand
plaifir , étoit de la compofition de M. l'Abbé
Lepreux , Maître de Mufique de S. Germainl'Auxerrois
.
La lettre fuivante qui nous a été adreffée
de Joigny , traite d'un objet trop intéreffant
pour l'humanité , pour que nous négligions
de lui donner toute la publicité qu'elle
mérite.
On a vu dans la Gazette de France du 12 Octobre
, & dans un de vos Journaux , que dans la
ville de Joigny en Champagne , un homme étant
( 40 )
imprudemment defcendu dans fa cave , où il y
avoit du vin nouveau en fermentation , avoit été
fuffoqué ; & qu'un de les parens , qui étoit accouru
pour le retier , avoit failli de fubir le même
fort. J'ai été témoin de ce funette accident ; mon
état m'appelloit auprès de ces infortunés , & je
puis dire qu'il n'a pas tenu à mes foins , ni à ceux
de mes Confrères , que nous les ayons rappellés
tous les deux à la vie: -Cet évènement n'eft
pas nouveau dans notre Ville. Tous les habitans
favent qu'en une feale année , il en périt cinq ou
fix , & cependant ils n'en font pas plus prudens.
Tel eft l'homme , & fur-tout l'homme du peuple.
Un danger qu'il ne conçoit pas n'en eft pas un
pour lui ; tour au plus eft-il fufceptible d'une efpèce
de crainte qu'une malheureuſe témérité lui
fait bientôt oublier. O vous , qui dans chaque
pays veillez à la tranquillité , Magiftrats vertueux ,
Vous vous occupez auffi de fa confervation . C'eft
dans la vue de feconder votre zèle , que je vous
fais part aujourd'hui de mes réflexions . Je les ai
faites comme Médecin , & elles tendent à remédier
par la fuite à l'accident qui vient de fe paffer
fos mes yeux . Je m'adreilerai particulièrement
à la police de mon endroit , mais par- tout
où l'on prépare des liqueurs fermentefcibles , on
peut avor befoin des précautions que je vais indiquer.
Joigny fitué , comme la plupart dés
pays vignobles , fur la pente d'une montagne ,
nous fo rait des caves fuperbes , mais nous n'avons
pas communément ce qu'on appelle des celliers
. "Ce n'est donc pas dans des endroits au rezde-
chauffée , vaftes , & d'une conftruation propre
à recevoir différens courans d'air , que le
molt eft dép fé en fortant du preffoir ; c'eft dans
des fouterrains profonds , où l'air de l'atmosphère
ne pénètre fouvent que par un trou ou par la
porte , quand toutefois celle-ci eft percée dans la
( 41 )
rue & qu'on la laiffe ouverte. Un tel endroit ne
doit pas tarder à être rempli des vapeurs qu'exhale
la liqueur qui y eft renfermée . Selon l'abondance
ou la qualité de la récolte , ces vapeurs font plus ou
moins fortes , mais dans le fait , elles font toujours
d'une nature meurtrière. Elles conftituent le vrai gaz
méphitique , autrement dit l'air fixe de Priestley ,J'a
cide crayeux de M. Lavoifier ; ces différentes dénominations
lui ont été données à mesure qu'on
en a connu les propriétés ; mais nous avons actuellement
, d'après les recherches de ces fayans
Chymiftes , que c'eft un être de fon eſpèce , un des
principes conftitutifs des corps , & qu'il exifte aufli
naturellement dans le raifin que dans la craie , par
exemple. Ce feroit peut-être le cas de faire ici
l'énumération des différens mixtes dans la compofition
defquels il entre ; mais comme nous voulons
être courts , nous nous contenterons de le
confidérer dans la craie , avec d'autant plus de taifon
, qu'il eft à propos de faire faifir le rapport qui
fe trouve entre ces deux fubftances . Nous avons
dit, que le gaz méphitique exiftoit auffi naturellement
dans le raifin que dans la craie. Le travail
de la fermentation le fait échapper de celui- là ,
comme il eft chaffé de celle-ci par la violence du
feu. La craie ainfi dépouillée de fon gaz eft réduite
en chaux. Il est donc effentiel de remarquer
que cette chaux que tout le monde connoît , n'eſt
autre chofe que de la craie , moins du gaz méphitique
. Nous rappellerons en outre combien la
chaux eft avide d'eau ; on faura qu'elle n'a pas
moins de tendance à fe recombiner avec le principe
qu'elle a perdu pour revenir plus ou moins
dans fon premier état, Ceci étant bien obfervé
, voici quels font les moyens que nous croyons
capables de prévenir le méphitis ou d'y remédier.
Ce font nos caves qui fervent toujours , ici de fujet
, & nous difons , 1 ° . qu'on ne fauroit leur donner
-
( 42 )
erop d'ouverture pour y laiffer pénétrer autant qu'il eft
poffible l'air extérieur. Deux foupiraux rempliront
mieux cet objet , quand ils feront oppotés que quand
ils feront de front. Il feroit à propos que toutes les
portes communiquaflent avec le dehors , & qu'on les
tînt conftamment ouvertes , pendant le tems'au moins
que le vin nouveau eft dans fon plus grand feu.
- Une cave aura beau être bien percée , elle renfermerà
toujours plus ou moins de gaz méphitique.
Nous fouhaiterions qu'on obligeât chaque particulier
, dans le tems qu'on entonne les vins , d'avoir
plufieurs baquets remplis de chaux vive , & divifée
de manière qu'elle préfente beaucoup de furface. Il
n'eft pas besoin d'expliquer le bien qui doit en
réfulter. On fent parfaitement , d'après ce qui
vient d'être dir , que certe chaus abforbera continuellement
le gaz qui s'échappera des tonneaux
& qu'elle parifiera d'autant l'atmosphère de la cave .
L'eau fe combineai merveilleufement avec lui. Elle
peut donc être employée avec avantage , mais
nous croyons que ce feroit en certain ca & d'une
certaine manière. Je m'explique fi un homme
étoit malheureufement refté dans une cave , &
qu'on ne pûr l'en retrer ans s'expofer foi-même ;
voici ce qu'il faudroit faire. Tandis que des ouvriers
perceroient la voûte pour donner iffue aux
vapeurs renfermées , on établiroit une espèce de
ventilateur , par le moyen du feu à la porte , ou
à un des foupiraux . Enfuite par le trou qu'on au
roit fait à la voûte , ou par le premier foupirail,
on jettetoit une bonne quantité de chaux par
delfus , on verferoit de l'eau en proportion , &
autfi-tôt une fumée de s'élever , comme on le voit
tous les jours. Cette fumée n'eſt autre chose que
-de l'eau réduite en vapeur. C'eft dans cet état
de diviſion extrême qu'elle peut agir le plus convenablement.
Interpofée dans toute la maffe du
Aaide aëriforme , elle diffoudra donc tout ce qu'elle
( 43 )
doit diffoudre , tandis que la chaux en abforbera
ce qu'il lui en faut pour le neutralifer . Nous
fammes perfuadés que fi les premières précautions
indiquées n'avoient pas empêché un homme
de courir les rifques d'être fuffoqué , cellesci
employées avec célérité , mettroient les affiftans
dans le cas de le retirer à tems pour lui adminiftrer
avec fuccès les fecours ordinaires . Ces
fecours font ceux que le Gouvernement a fi fagement
publiés contre l'Afphixie des noyés & celle
caufée par la vapeur du charbon. Nous remarquerons
feulement , puifque nous en avons l'occafion
, que dans ces différens cas , on fait en général
un abus de l'alkali volatil Auor. Sous la
fauffe idée que ce remède eft un fpécifique , on en
ufe avec prodigalité . On en porte dans le nez du
fujet , on lui en fait prendre par la bouche , &
cela fans melure. Cependant il n'eft pas plus fpécifique
que le vinaigre radical , que l'acide fulphureux
volatil , &c. Comme il n'agit efficacement
que parce qu'il pénètre , il réveille l'irritabilité ;
mais auffi il a cela de commun avec eux , que
plus il eft doué de cette propriété , & plus il eft
cauftique. Eu égard donc à cette caufticité & aux
mauvais effets qui peuvent en résulter , on ne fau
roit être trop circonfpect , fur tout lorsqu'on
J'emploie à l'intérieur. Je fuis , &c . Signé , CHAMORIN
, Médecin des Hopitaux militaires.
-
On a célébré le 3 Septembre dernier dans
l'Eglife de Royville , le renouvellement du
mariage de Pierre-Adrien le François , ancien
Procureur au Bailliage d'Argues , âgé
de 80 ans , & de Jeanne Lheurre fa femme ,
âgée de 81. Le Curé de la Paroiffe a prononcé
avant la Meffe un difcours analogue
à la cérémonie , & on a chanté un Te Deum
après. Les époux revinrent de l'Eglife au fon
( 44 )
des inftrumens . Le repas donné à cette occafion
fut de 80 couverts ; il fut fuivi d'un
Bal que le couple ouvrit , & cette fête refpira
la gaieté.
S
Une Société Littéraire , connue, fous le nom de
Mufée de Paris , fit fa rentrée le 15 Novembre
dans fon local . L'affemblée étoit belle & nombreuſe.
Entre les Difcours ou Mémoires qui y furent
lus on peut citer ceux-ci : M. Murft , fur
l'Echelle des Etres ; M. le Changeux , fur les Mots
qui embraffent les extrêmes en fait d'idées ; M.
du Caila , fur la différence de niveau entre les deux
Océans , & les changemens que cauferoit au globe
la rupture de l'Ifthme qui unit les deux Amériques ;
M. de Sonnerat , fur les dernières révolutioos du
Pégu ; M. de Laleu , fur la Jurifprudence Crimi
nelle ; M. l'Abbé Brifard , la feconde partie de
l'Eloge d'Henri IV , confidéré dans la paix ; M.
l'Abbé Cordier , un difcours fur la Naiffance
de M. le Dauphin ; M. de Piis termina la
Séance par l'Eloge en vers du Vaudeville ; MM.
Neveu & l'Abbé Vogleo dirigèrent la mufique
par laquelle certe Société termine fes Séances,
Quelques-uns des Artiftes qui en font membres ,
avoient orné la Salle d'ouvrages intéreffans de leur
façon ; M. Houel , en Tableaux ; MM. Godefroy
& Ponce , en Gravures. Si le tems l'avoit permis,
MM . l'Abbé Rouffier , Geraud , Fontanes , Pin
geron , auroient occupé la fcène à leur tour.
Jean-Frédéric Phelypeaux , Comte de Maurepas
, Commandeur des Ordres du Roi .
Miniftre d'Etat , & Chef du Confeil Royal
des Finances , eft décédé , le 21 Novembre ,
au Château de Verſailles , dans la 81. an
née de fon âge.
Alderic- Louis , Comte de Clément- du(
45 )
Mez , Seigneur de Befancourt- du -Wault ;
& c . Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de St-Louis , eft mort dans fa terre
de Befancourt , Diocèle de Beauvais , le
28 du mois dernier dans la 41e année de
fon âge,
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France , du 16 de ce mois ,
font : 83 , 36 , 40 , 32,76.
BRUXELLES , le 27 Novembre.
S'IL faut en croire plufieurs lettres de
Hollande , l'Empereur pour éviter les frais -
immenfes de réparations qu'exigeroient les
villes fortes , connues dans la République
fous le nom de villes des Barrieres , a réfolu
de les faire détruire toutes , fans exception
, d'en vendre le terrein , & que ce projet
a été déjà notifié aux Etats-Généraux par le
Baron de Reifchach .
Nos troupes , ajoutent à ce fujet ces lettres
feront alors obligées de quitter ces places , & par
cette opération , la République recouvrera 6 à 7000
hommes qui pourront fervir dans nos garniſons ,
tandis que les frais employés ci-devant à leur entretien
chez l'étranger , pourront être appliqués à
l'augmentation de notre marine qui feule forme la
véritable barrière de l'état . A confidérer ces choles
fous le vrai point de vue militaire & politique ,
toutes ces places fortes , dont font hériffées les frontières
des deux Etats , n'en impofent à aucun des deux
voifins ; elles ne tiennent jamais contre les progrès
faits dans l'art des attaques , & ne font qu'augmenter
( 16 )
l'effufion du fang humain . Les villes ouvertes feroient
mieux défendues que les villes fortifiées , par la
difficulté qu'éprouveroit un conquérant à s'y établir
& à y fubfifter. On en voit l'exemple dans la guerre
actuelle de l'Amérique , où les Anglois n'ont.pu
conferver Boſton ni Philadelphie , & ne tiennent que
dans les places fortifiées . Le fyftême d'une milice
nationale , combinée avec un petit nombre feulement
de troupes réglées feroit la meilleure défenſe , non--
feulement pour une République mais encore pour
des Etats Monarchiques de terre «<.
Le Confeil de guerre tenu à bord du
Zwaluwe , à l'ancre dans le Nieuwediep ,
fur le Capitaine de Bruin , Capitaine de
haut-bord, à l'occafion de la perte du vaiffeau
le Prince Guillaume , a été prononcé le 1
de ce mois. Cet Officier a été déclaré coupable
de négligence , d'imprudence , d'inattention
, & de n'avoir pas fait ce qu'il pouvoit
& devoit pour fauver fon vaiffeau ; il.
a été en conféquence démis du fervice , &
condamné aux frais du Confeil de guerre
& aux dépens du Procès. Son Pilote condamné
aux mêmes frais & dépens , dépofé
de fon emploi , l'a été encore à fubir trois
fois l'eftrapade navale , & à être fouetté de
la corde à la difcrétion des Commiffaires
du Confeil.
" Le 16 de ce mois , écrit-on de la Haye , le Duc
de Brunswich s'eft rendu chez le Président de femaine
de L. H. P. , il a déclaré. Que pour prévenir les
interprétations erronées que quelques Membres des
Provinces refpectives paroiffent avoir données au fens
de fon adreffe à L. H. P. du 21 Juin; il a jugé devoir
déclarer que fon intention n'a jamais été de leur
( 47.)
demander un examen juridique fur fon affaire , ni
en conféquence une fatisfaction immédiate , & encore
moins de révoquer en doute la haute ſouveraineté &
la jurifdiction par lui refpectée qui appartient à
chacune des Provinces ; mais feulement pour récla
meren qualité de Feld - Maréchal de cet état , la
haute protection de L. H. P. , qui l'ont revêtu de ce
caractère , en conféquence duquel il jugeoit que le
blâme jetté fur la perfonne ne fauroit leur être indifférent
, aux fins & à l'effet d'en être purgé par leur
haute intervention , au lieu & de la manière convena→
ble. Que cela eft d'autant plus évident que dès que
L. H. P. eurent pris la réfolution du 2 Juillet , il
déclara le 4 du même mois au Président de l'Allemblée
en propres termes , qu'il n'avoit pas porté directement
fes plaintes à L H. P. , ce qui comparé à la première
adreffe , manifefte clairement ( comme il s'en flatte )
fon intention d'avoir par- là demandé à L. H. P.
qu'elles faffent enforte qu'il foit purgé d'une manière.
convenable du blâme jetté fur lui , & que L. H. P.
dirigent les chofes de manière qu'il puifle être juſtifié
aux yeux du monde entier . Sur ce a les Députés
des Provinces refpectives ont été priés d'en donner
une connoiſſance préalable aux Etats leurs principaux ,
afin que fur les délibérations relatives a la miffive du
Duc du 21 Juin , il foit fait telle réflexion que L.
H. P. jugeront convenable. L'accutation d'Amf
terdam ne pole cependant que fur une vérité générale
que les affaires ont été mal dirigées ; & fur une autre
vérité non moins générale , qu'ane perfonne qui a
perdu la confiauce de la nation , avec qui les princi
paux Chefs du Gouvernement ne font pas d'accord ,
devroit renoncer aux affaires politiques «.
-
-
On vient , écrit - on d'un port de France , de recevoir
des nouvelles du Cap de Bonne-Efpérance ,
& par conféquent de M. de Suffrein , par un bâtiment
Hollandois arrivé à Cadix en 64 jours de
traverſée. Ces dépêches feront fans doute bientôt
( 48 )
publiques. Tout ce qui en a tranfpiré , c'eſt que
dans l'affaire de Saint-Jago , Annibal eft le
vaiffeau qui fouffrit le plus . M. de Suffrein parle
de ce combat comme d'une rencontre fort heureufe
, puifqu'elle lui a procuré le moyen de retarder
le départ de la flotte Angloife , & de faire,
manquer fon expédition en arrivant avant elle au
Cap. Il paroît que malgré les avis & les repréſentations
, les Capitaines Hollandois voulurent aller
mouiller à Saldanha , bien perfuadés que Johnſtone
ne pourroit pas les découvrir dans cette baie. Ces
vaiffeaux avoient en entier leur chargement ; M.
de Suffrein le confirme , dit-on , & s'il avoit eu
d'autres droits que celui de la fimple repréfentation ,
certainement ils ne feroient point tombés entre les
mains de Johnſtone. Les nouvelles de l'Inde que
l'on avoit au Cap , étoient de vieille date ; on y favoit
feulement que M. de d'Orves étoit retourné à la
côte de Coromandel , avec des munitions de guerre
& un corps de troupes confidérable. Ainfi l'avis'
de Baffora , qui fait attaquer Madras au mois d'Août ,'
par les François réunis à Hyder- Aly ,'n'eſt pas toutà-
fait dénué de fondement . Une lettre de Conf--
tantinople porte , pour la deuxième fois , la nouvelle
de la prife de Madras ; on en parle d'une manière
encore plus pofitive & plus certaine , le Bacha de
Bagdad ayant envoyé un Courier à Conftantinople
pour y donner cette nouvelle. Le Capitaine d'un
bâtiment Américain , qui vient de mouiller à l'Orient ,'
rapporte que le Général Gréen s'étant approché
de Charles -Town , reçut un petit échec ; mais il
fut fi bien prendre fa revanche le 8 Octobre dernier ‚†
qu'il tua ou prit 1200 hommes aux Anglois. Les
Américains ont auffi beaucoup fouffert par ce com
La nouvelle de la capitulation de Cornwallis
a été fue à Rhode-Ifland le 25 Octobre , & on a reçu
un papier-nouvelle de Providence de cette date qui
en donne les détails.
bat.
-
JOURNAL
POLITIQUE
DE
BRUXELLES.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 12 Octobre.
LE Baron de Stachieff , ancien Miniftre
Plénipotentiaire de Ruffie à la Porte , a
achevé les préparatifs de fon voyage pour
retourner à Pétersbourg ; il s'embarquera
inceffamment fur une frégate de guerre de
fa nation. M. de Bulgakow qui le remplace ,
a pris depuis fon arrivée la geſtion des affaires
de fa Cour.
On parle toujours du Traité de commerce
entre l'Eſpagne & la Porte ; on affure mêine
qu'il eft prêt à fe conclure , & que l'on eft
convenu de tous les points qui doivent en
faire la bafe. La Porte agit , dit- on , à ce
fujet avec la plus grande circonfpection , &
veut établir , entr'autres , une parfaite neutralité
, dans le cas où l'une ou l'autre des
deux Puiffances fera engagée dans une
guerre.
On apprend par différentes lettres qu'il
8 Décembre 1781. C
( 50 )
règne beaucoup de mécontentemens dans
la Servie ; & on n'eft pas ici fans quelque
crainte que les troubles qui s'y font élevés
ne fe communiquent aux autres Provinces.
RUSSI E.
De PETERSBOURG , le 25 Octobre.
Les nouvelles que nous recevons de
LL. AA . II. ne fauroient être plus fatisfaifantes
; les deux jeunes Grands - Ducs font
préfentement rétablis aujourd'hui ; & cette
circonftance rendra plus brillante & plus
gaie la fête qu'on doit célébrer demain à
l'occafion de l'anniverfaire de la naiffance
de la Grande -Ducheffe.
Sahim Gueray , Chan de Crimée , ayant
défiré un titre au fervice de S. M. I. , elle
vient de le nommer Capitaine de la Garde
Préobrazienne.
La nouvelle ville de Cherfon , conſtruite
par les ordres de l'Impératrice , ne tardera
pas à devenir fous fa protection une ville
floriffante. On y élève une Eglife Cathé
drale , qui fera dédiée à Sainte Catherine ,
& dont la première pierre a été pofée le
30 Août dernier. On a dépofé dans fes premiers
fondemens les différentes eſpèces de
monnoies frappées au coin de l'Impératrice ,
le portrait de cette Augufte Souveraine , &
une plaque avec une infcription , marquant
l'époque à laquelle on a commencé cet
édifice.
( SI )
POLOGNE.
De VARSOVIE , le s Novembre.
UN Courier arrivé ici de Wifniowicz
nous a apporté la nouvelle de l'arrivée du
Grand - Duc & de la Grande - Ducheffe de
Ruffie dans cette ville , où ils ont fait leur entrée
le 31 du mois dernier. Le 22 , LL, AA. II.
étoient arrivées à Kiow au bruit du canon ,
& avoient été reçues par le Feld- Maréchal
Comte de Romanzow & par un très - grand
nombre de Généraux & d'autres Officiers
-Ruffes. Le Général Komerzewski avoit été
les complimenter de la part du Roi. Elles
s'y reposèrent deux jours , & fe rendirent
enfuite à Wifniowicz , où.S. M. les attendoit
; elle étoit arrivée le 16 dans cette dernière
ville , où elle avoit été reçue avec le plus
vif empreffement par la nobleffe . LL. AA.
II. ont dû féjourner dans cette ville jufqu'au
3 de ce mois.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 14 Novembre.
LE Grand- Duc & la Grande - Ducheffe
de Ruffie , font attendus inceffamment dans
cette capitale . L'Empereur a été au-devant
d'eux ; on dir que ces illuftres voyageurs
refteront ici un mois ; le 25 de ce mois ,
il y aura bal à Schonbrun ; 3000 billets .
d'entrée feront diftribués aux gens de con-
€ 2
( 52 )
dition , & aux Employés de la Chancellerie .
L'Empereur a donné au Secrétaire de
l'Ambaffade de France une bague précieuſe ,
montée en brillans , à l'occafion de l'heureux
accouchement de la Reine de France.
On croit que le Comte Dominique de
Kaunitz ira à Verfailles en qualité d'Ambaffadeur
extraordinaire , pour féliciter le
Roi & la Reine de la naiffance du Dauphin.
Le 28 du mois dernier , le Chevalier
Foscarini , Ambaffadeur de la République
de Veniſe auprès de cette Cour , eut de
S. M. I. une audience dans laquelle il prit
congé le même jour , le Chevalier Sebaftien
Fofcarini , fon frère , qui le remplace
dans fon pofte , fut conduit à l'audience
de S. M. I. & lui remit fes lettres
de créance.
;
Ce fut le 26 du mois dernier que l'Edit
de l'Empereur en faveur des Proteftans , fut
envoyé à tous les Cercles du Royaume de
Bohême , avec injonction de s'y conformer,
& de recevoir fans difficultés ceux qui, ayant
quitté le Royaume pour caufe de religion ,
voudront y revenir. On regarde comme une
fuite des difpofitions favorables de cet Edit ,
la nomination que l'Empereur à faire du Baron
de Wurmfer , Lieutenant- Général de
fes armées , à la place de Chambellan fervant
auprès de fa perfonne. C'est le premier
Proteftant qui ait été admis à faire.
les fonctions de cette dignité.
a
La petite vérole a fait de grands ravages
( 53 )
dans cette ville. On prétend qu'il en eft
mort près de 600 enfans , & on a obfervé
qu'auc une des perfonnes qui ont été inoculées
n'en a été la victime.
De FRANCFORT , le 18 Novembre.
S'IL faut en croire quelques nouvelles
des frontières de la Pologne , il y a des
mouvemens dans la Crimée , à l'occafion
des mécontentemens qui fe font élevés
parmi les Tartares. On ne donne aucune
particularité , qui prête à cette nouvelle le
moindre degré de certitude ; mais on ajoute
que 7 à 8 régimens qui fe trouvent dans l'intérieur
de l'Empire Ruffe , ont reçu ordre de
marcher de ce côté.
On dit que le féjour du Grand- Duc &
de la Grande- Ducheffe de Ruffie à Vienne
ne fera que de 4 femaines au plus ; de- là
ces illuftres Voyageurs fe rendront en Italie
; ils feront au printems une vifite à la
Cour de Wurtemberg , & pafferont l'été à
parcourir la France & la Hollande . Pendant
leur féjour à Vienne , on donnera l'Opéra
d'Iphigénie en Tauride , du Chevalier
Gluck.
» Le de ce mois , écrit-on de Nuremberg ,
à l'occafion du féjour que fit ici la Princeffe de
Sardaigne , époufe du Prince Antoine de Saxe , le
Magiftrat lai envoya une députation pour la complimenter
& lui offir les préfens que la Ville eft
dans l'ufage de pré enter aux Princes & Prince fles ;
ils confiftent en vins du pays de divers cantons
& en vin étranger , en poiffon de plufieurs espèces
c 3
( 54 )
& en avoine. La Princeffe reçut la députation de
la manière la plus flatteufe , & accepta le préfent ,
mais elle ordonna fur-le-champ de le faire diftribuer
aux pauvres. Le Magiftrat inftruit de l'intention
de la Princeffe , convertit le préfent en argent
& le fit diftribuer , au nom de la Princeffe , aux pauvres
dans les maifons & à ceux qui font dans les
divers Hopitaux de la Ville "<
Selon des lettres de Brinn , le Prince de
Radziwill ayant , négligé depuis 14 ans de
faire payer à fon époufe qui eft à Vienne
la fomme annuelle de 12,000 florins qu'il
lui doit pour fon entretien , l'Empereur a
donné des ordres pour faifir fes biens dans
le Royaume de Gallicie , & les vendre publiquement
jufqu'à la concurrence de la
fomme dûe à Madame fon épouſe.
» Nous avons vu encore une fois notre Souverain
, écrit-on de Manheim , & tout nous fait craindre
que ce ne foit pour la dernière fois ; il paroît
décidé à fixer dorénavant fon féjour à Munich où il
eft retourné ; on dit que pendant fon voyage il a eu
une entrevue avec le Prince Evêque de Wurtzbourg ,
pour convenir de quelques arrangemens relatifs au
commerce des deux pays & fur-tout à celui du
fel. Peu avant fon départ S. A. S. E. a établi
ici une maison pour les enfans orphelins des Soldats
morts à fon fervice. Ils y feront entretenus &
élevés jufqu'à un certain âge & de manière qu'ils
pourront devenir utiles à l'Etat . Le Général de Hohenhaufen
, Général des troupes Palatines & Gouverneur
de cette Ville , en a été nommé prote&eur.
ITALI E.
De NAPLES , le 15 Octobre.
Le Roi vient de faire publier l'Edit ſui(
55 )
vant , adreffé à tous les députés des vivres
de cette capitale .
» Le Roi ayant fait attention aux repréſentations
des Membres de la députation établie dans cette
capitale pour les vivres , tant fur les caufes de la
diminution des revenus publics , que relativement
aux moyens de procurer au peuple l'abondance , S.
M. a fait fur chacun de ces objets les réflexions
fuivantes. — 1º . La députation a obfervé qu'avanc
1764 , les revenus de la ville fe montoient à 125,226
ducats 60 grains , & la dépense annuelle à 95,581 :
que depuis 1765 , 5 branches de ces revenus qui
rapportoient annuellement 26,706 ducats ont manqué,
& que d'un autre côté les dettes ont augmenté de
15,928 ducats 76 grains , à raifon des pertes que la
ville a faite de 2,442,132 ducats 58 grains , tant fur
les grains que fur les huiles ; le Roi eft d'avis qu'il
faudroit bien examiner l'état des rentes , des charges
& des dépenfes , pour voir s'il n'y en a point de
fuperflues qu'on puiffe retrancher ou diminuer , &
qu'il faudroit toujours avoir un compte de trois ans
auffi clair que détaillé. 2º. La Députation a prouvé
qu'avant l'année 1764 , l'approvifionnement du grain
pour Naples étoit de 120,000 méfures de grain ,
dites tomola , qu'on a enfuite porté à 300,000 ,
lequel approvifionnement a été & eft dans les années
fertiles très -préjudiciable , parce que le grain réduit
en farine a caufé une perte qui , dans l'efpace de 17
années , a été jufqu'à la ſomme de 291,316 ducats ,
& dans les années ftériles cet approvifionnement ne
fuffifoit pas , puifqu'il en falloit pour Naples deux
millions de mefures par an . S. M. juge à cet égard
qu'on devroit s'occuper du moyen de conferver le
grain d'une année à l'autre comme on fait en Sicile ,
où on le garde pendant 3 ans. 3 ° . La Députation
propofe de faire rendre à la ville les rentes dont
elle jouiffoit ci-devant , & en premier lieu le droit
de louer des magasins pour y vendre la farine avec
C 4
( 56⋅)
un privilége exclufif. Le Roi obferve fur ce point que
ce privilége exclufif a été prohibé par le Roi fon père,
& qu'en 1780 , on ordonna que rien ne feroit innové
à cet égard , par la raifon que le prix du loyer des
magafins retomberòit fur les citoyens qui , ou payeroient
la farine plus cher , ou l'auroient d'une qualité
inférieure. 4°. Quant aux droits de moccia , le Roi
penfe que coníme en 1775 la Chambre a formé un
nouveau tarif qui eft refté en partie fufpendu , on
pourroit partager ce droit & le faire obferver en
deux parties qui ne feroient point à charge au bas
peuple , & n'occafionneroient point de murmures.
5. La Députation ayant fait voir qu'on ne trouve
plus à louer les fept places où l'on vend la farice , à
caule de la réferve des 60 mille tomola qui ne
doivent le répartir que fur ces fept poftes , & fur
l'autre auffi de la ville au marché , à caufe de la condition
de l'obligation d'un Négociant. La décifion
du Roi fur ce point eft qu'on pourroit fupprimer la
condition de l'obligation du Négociant , & horner
la réserve à la fele portion qui répond aux poftes
de la ville fans rien innover par rapport aux marchands
de farine. 6º. A l'égard du carolin qu'on veut
faire payer de plus aux vendeurs de macaroni , quand
le prix du grain fera an -deffous de 21 carolins par
tomolo , on défendra l'introduction des pâtes travaillés
en filière , ou du moins on obligera ceux qui
en introduiront à les vendre fur le pied de la taxe ,
& à payer 20 grains par cantaro . S. M. informée
le corps des faifeurs de macaroni a demandé que
l'affiette s'établît fuivant le prix courant des grains ,
ce que la ville n'a pas voulu accorder , & que les
ouvriers nommés Torrefi ont offert de travailler les
pâtes fur le pied de limpôt. S. M. juge qu'on ne
devroit pas innover en faifant payer le carolin en
queftion quand le grain coûte moins de 21 carolins
ou en introduifant les pâtes de dehors , en les vendant
fur le pied de l'impôt. D'ailleurs ce point à
que
eft
Lat
IOV
tor
pe
( 57 )
befoin d'être examiné férieufement . 7°. Pour ce qui
eft de la défenfe qui a été faite aux fermiers -royaux
& aux fours-royaux d'acheter du grain de la terre de
Labour. S. M. penfe que 40 mille tomola des foursroyaux
font une bien petite quantité vis - à -vis des
2 millions de tomola qui fe confomment dans Naples ,
& qui fervent pour la confommation de la capitale
même. Et cette permiffion d'acheter les 40 mille
tomola a été donnée fur la même demande à 1 Elu du
peuple. 8. Quant à la défenfe qui a été faite de
travailler la fleur de farine dans les fours du Roi , S.
M. obferve que cette défenſe a été faite pour ne pas
donner occafion aux fabriquans d'employer les grains
de la terre de Labour. On l'a cependant permis aux
fermiers des fours- royaux , parce qu'ils ont la permiffion
d'acheter 40 mille tomola de grains dans la
terre de Labour. De forte que pourvu qu'on n'excède
pas cette quantité , que ce foit pour fleur de farine ,
ou que ce foit pour les fours , il n'en réſultera point
d'inconvénient. 9° . Pour ce qui eft d'encourager les
habitans des provinces à femer , S. M. répond que
l'enfemencement des terres s'eft accru dans la terre
de Labour , vu la facilité que les habitans ont de
débiter leurs grains . Mais dans les autres provinces ,
l'enfemencement a diminué , foit par l'impuiffance
des Colons foit par la prohibition de tirer ces grains.
Tant qu'on laiffera la liberté de les tirer des provinces
, l'enfemencement augmentera toujours . D'ailleurs
, d'après la confultation de la Junte des vivres ,
on a déja infinué aux Barons du Royaume d'encourager
le cours des grains par la femence . 10º . Sur la
prohibition qu'on propofe de faire de tirer les grains
des provinces , & de ne les mettre que pour le fuperfu
, S. M. dit qu'on ne permet la traite des grains
qu'après qu'on a affuré l'abondance & qu'on eft
certain qu'il y a du fuperflu . Peut-être auffi cette
défenfe noiroit-elle plus qu'elle ne ferviroit . 11º ,
Quant à la propofition d'abolir les fours-royaux ,
C S
( 58 )
S. M. penfe que dans le cas où il y a abondance de
grains , on ne peut mieux faire que de le converir
en pain , & les fours ne nuifent point : que mène
dans le cas de la rareté du grain , les fours fervent
encore , & leur multiplicité contente le peuple pour
la quantité & la qualité . 12 ° . Sur le projet de charger
la ville de Naples da foin de fournir le marché de
farine & de l'y faire vendre par l'Elu du peuple , S.
M. ctoit qu'il ne faut pas innover fur cela , parce
que cet ulage eft introduit d'ancienne date , que
jufqu'ici il n'en a réſulté aucun inconvénient , au lieu
qu'il pourroit y en avoir fi l'on y faifoit quelque
changement : que d'ailleurs ce point ayant été loumis
dès 1775 à l'examen de la Chambre Royale qui n'a
rien décidé , on pourroit demander aujourd'hui fon
avis . 13. Pour la liberté à donner aux Univerfités
de fe fournir de grains , S. M. croit que cela eft convenable
& doit le pratiquer ainfi en n'en chargeant
que les Univerfités qui font dans l'ufage de le faire.
14. A l'égard de ce qu'on propofe de remettre les
Confuls de la ville dans les places étrangères afin
d'en recevoir les avis néceffaires , S. M. croit que
fes Confuls peuvent donner ces avis tout auffi bien.
Je vous fais part de tout ce que ci-deffus pour votre
intelligence , par l'ordre exprès du Roi.
ESPAGNE.
De CADIX , le 8 Novembre.
LE convoi fi long- tems attendu de la
Havane eft entré heureufement hier dans
ce port. Il eft en très- bon état ; il n'y manque
que 2 navires qui ont difparu il y a huit
jours ; comme le convoi n'a point rencontré
de voiles ennemics , il y a lieu d'efpérer
que ces traîneurs auront le même bonheur.
( 59 )
La traversée de cette flotte a été très - longue
, puifqu'elle a duré 101 jours ; le vaiffeau
Anglois qu'ont pris , chemin faifant
le vaiffeau & les trois frégates qui efcortoient
ce riche convoi , eft une frégate
de 40 canons.
Les Généraux de la Havane qui font
arrivés , ont obtenu plufieurs graces de la
Cour ; on fait que M. Bonnet eft employé
dans l'efcadre d'Europe ; D. Jofeph Navarro
, vient d'être nommé Commandant
de la Province d'Eftramadure .
Avant-hier un courier du Cabinet vint
annoncer à nos Chefs que la Reine de
France étoit accouchée d'un Dauphin . Les
vaiffeaux François mouillés dans la baye
firent à cette occafion plufieurs décharges
de leur artillerie , & hier notre armée fit
une triple falve pour célébrer cet heureux
évènement.
Les chébecs du Roi ont pris un quatrième
cutter Anglois , chargé comme les
autres de munitions de guerre. Celui- ci
étoit déja entré dans le canal , & tandis
que tous nos croifeurs étoient acharnés à
fa pourfuite , une bélandre Angloiſe & deux
autres petits bâtimens fe font gliffés dans
la place. Le feu s'eft fort rallenti des deux
côtés depuis huit jours devant Gibraltar.
Nos nouvelles de Minorque portent que
le Général Murray , alléché par les petits
avantages que lui procuroient fes fréquentes
forties , vient de perdre 200 hommes qui
C 6
( 60 )
font tombés dans une embufcade. Si cela
eft , il ne s'amufera plus dorénavant à faire
une petite guerre qui , dans tous les cas ,
ne peut lui être fort profitable .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 27 Novembre.
LES nouvelles que nous attendions avec
tant d'inquiétude , font enfin arrivées ; elles
ont détruit toutes les efpérances que nous
confervions encore depuis que nous favions"
que notre efcadre , & un corps confidérable
de troupes étoient partis de New-Yorck
le 19 du mois dernier pour aller délivrer
le Lord Cornwallis .
Le 25 de ce mois au foir , M. Melcomb
Capitaine du floop le Rattlefnake eſt arrivé à
l'Amirauté avec des dépêches du contre- Amiral
Graves , datées du 29 Octob . , par lefquelles
on a reçu la fâcheufe nouvelle de la prife du
Lord Cornwallis & de toute fon armée . M.
Melcomb débite que la première nouvelle de
ce funefte évènement a été apportée par un
Pilote de la part de l'Amiral Graves & confirmée
enfuite par deux Nègres qui avoient
defcendu la Chéfapeak fur des bateaux plats
& s'étoient rendus auprès de la flotte fans
être apperçus de l'ennemi . Ils ont tous déclaré
qu'ils avoient vu les drapeaux Anglois roulés
dans leurs étuis , & ceux de France flortant
au-deflus d'eux dans les lignes Britanniques.
Au départ du Rattlesnake l'efcadre
( 61 )
Angloife ne fe propoſoit point de paſſer la
barre de New-Yorck , mais feulement de
fe rendre à Sandy- Hook fous peu de jours ,
afin d'y prendre des munitions néceffaires
pour aller enfuite aux Ifles fans aucun délai .
Il paroît par ces détails que notre eſcadre
n'a point cherché à combattre les François
en arrivant devant la Chéfapeak fi elle les
y a trouvés. On a lieu de craindre même
d'après des lettres particulières de New-
Yorck , que les avantages de l'ennemi fur le
Continent ne foient fuivis de nouveaux qu'ils
peuvent avoir le tems de fe procurer aux
Antilles. Ces lettres du moins font craindre
que lefcadre Françoife
ne fe porte à la Jamaïque
avec les troupes qui yfont embarquées.
Si les François tentent cette expédi
tion ils y auront , dit - on , tout le fuccès
poffible , la Jamaïque n'ay int aucune force
navale qui puiffe s'oppofer à leurs opérations ,
& cette Ifle malgré les fortifications
manquant
de troupes pour la défendre.
Cette nouvelle défefpérante ne pouvoit
arriver dans des ci conftances plus fâcheufes ;
le Gouvernement l'a apprife l'avant- veille
même de la rentrée du Parlement qui s'eft
faite aujourd'hui , le difcours du Roi devenoit
très embarraflant à rédiger ; le tems
manquoit , & il étoit impoffible de cacher à
la Nation un évènement auffi fâcheux , le
fecond dont l'Hiftoire de cette guerre fera
mention , & dont l'Amérique a été le théâtre
. La reddition d'un corps d'armée entier
( 62 )
avec fon Général à nos ennemis. Cet aveu
étoit mortifiant , mais il étoit néceffaire ; &
c'eft ainfi que S. M. s'eft exprimée.
Milords & Meffieurs , à la dernière Affemblée du
Parlement , je vous ai fait connoître la_pofition
embarraffante où le trouvoient alors les affaires publiques.
Je vous ai repréfenté les projets & la réfolution
avec laquelle j'étois déterminé à perſévérer
dans la défenfe de mes Etats , contre les forces réunies
de mes ennemis , en attendant une paix compatible
avec la dignité de ma couronne , l'intérêt
permanent & la tranquillité de mon peuple. Malheureufement
, la guerre eft encore prolongée par
cette ambition inquiète , qui la première a décidé nos
ennemis à la commencer , & qui ne ceffe de contrarier
mes defirs ardens & mes efforts continuels pour
le rétabliffement de la tranquillité publique. Souverain
d'un peuple libre , je ne répondrois pas au dépôt
qu'il m'a confié , je ne reconnoîtrois pas le zèle
conftant & l'attachement fincère de mes fujets à
ma perfonne , à ma famille & à mon Gouvernement
, fi je confentois à facrifier aux voux que je
forme pour la paix , & au bien-être paffager de mes
fujets , les droits effentiels & les intérêts permanens
dont la défenfe & le foutien feront toujours la force
& la fûreté de ce pays . Vous avez dû être fatisfais
de la perfpective favorable que préfentent
nos affades dans l'Inde , & de l'heureuſe arrivée des
Attes marchandes de mes Royaumes ; mais cette
année le fuccès de mes efforts réitérés pour défendre
toute l'étendue des poffeffions de ma couronne ,
n'a point répondu à l'équité & à la droiture de mes
vues. Je vous apprends avec la plus vive douleur que
les évènemens de la guerre ont été très - malheureux
pour mes armes en Virginie , puifqu'ils le font terminés
par la perte de mon armée dans cette pro-
- Je n'ai rien négligé pour éteindre l'efprit
de rébellion que nos ennemis ont trouvé le moyen
de fomenter & d'entretenir dans les colonies . J'ai
vince. ―
( 63 )
cherché à rendre à mes jets abufés d'Amérique ,
tous les avantages & tout le bonheur dont ils jouiffoient
en obéiffant aux Loix ; mais le revers que nous
venons d'effuyer vous appelle avec force à concourir
& à m'aſſiſter avec la plus grande fermeté , pour
faire avorter les projets de nos ennemis qui font
auffi préjudiciables aux intérêts de l'Amérique , qu'à
ceux de la Grande-Bretagne. Dans la dernière
fellion vous étiez déja très - avancés dans vos enquêtes
fur l'état de nos poffeffions & de nos revenus
.Jans l'Inde. Je ne doute nullement que vous ne
repreniez le fil de cette délibération importante
avec le même efprit & la même modération , &
vous continuerez à examiner auffi avec la même
attention & la même ardeur comment ces p : ovinces
éloignées peuvent être contenues & gouvernées
fans le moindre danger , à l'avantage de l'Angleterre
, & quels font les moyens les plus p: opres à
faire le bonheur des naturels du pays .
---
Meffieurs de la Chambre des Communes , je ferai
mettre fous vos yeux les eftimations pour l'année
prochaine. Je m'en rapporte à votre fagette & à
votre patriotifme pour régler les fubfides qu'exigeront
nos affaires . Parmi toutes les conféquen
ces fâcheufes qu'entraîne la continuation de la guerre
actuelle , je vois avec les regrets les plus vifs la néceffité
indifpenfable où je me trouve de charger encore
de nouvelles taxes mes fidèles fujets .
Milords & Meffieurs , Puifque nous fommes engagés
dans cette grande & importante querelle , je
conferve, pour la pourfuivre, une confiance inaltérable
dans la protection de la divine Providence &
une entière conviction de la juftice de ma cauſe.
Je fuis perfuadé que par le concours & le foutien de
mon Parlement , par la bravoure de mes efcadres &
de mes armées , & par la réunion & l'enſemble des
efforts , des moyens & des reffources de mon peuple
, je rendrai à toutes mes poffeffions les avantages
d'une paix honorable & folide .
( 64 )
Ce difcours annonce le deffein de continner
la guerre , & l'efpérance qu'on a que
la Nation continuera de fournir les fubfides
qui font néceffaires. Cependant on ne voit
pas quel espoir nous refte de faire des progrès
fur le Continent. Le fort du Lord Cornwallis
dans la Virginie , décide néceffairement
celui de Charles -Town & de Wilmington.
En effet , la perte de fon armée entraînera
en même- tems celle de tous les avantages
que nous retirions des deux Carolines ,
puifqu'il devient très difficile , pour ne pas
dire impoffible , de protéger les plantations
des Loyaliftes , & en général tous
les Habitans qui fe font foumis au Gouvernement
Britannique. Quant aux places de
guerre , il faut fuppofer qu'on aura la fageffe
de ne pas les conferver , fi elles ne
fervent plus de clef pour faire le commerce
du pays.
» On affure , dit un de nos papiers , que dans le
dernier Confeil tenu fur les affaires de l'Amérique ,
il a été décidé que s'il arrivoit quelque difgrace à
l'armée du Lord Cornwallis , on fe borneroit à une
guerre maritime contre les Colonies rebelles . En
conféquence on rendroit New-Yorck imprenable ,
en y jettant 15 à 20,000 hommes de troupes choifies
& on laifferoit toujours dans cette ftation une
forte efcadre pour détruire le commerce des Rebelles
, & or profiter des divifions qui ne peuvent
manquer de farvenir entre les Américains & leurs
alliés . Il femble qu'on devroit être bien revenu aujourd'hui
de l'efpoir qu'on ne ceffe de prendre en ces
divifions ; depuis qu'on en annonce , nous fommes
encore bien loin d'en voir les effets ; nous obfervons
( 65 )
au contraire une grande harmonie entre les peuples
alliés ; & c'eſt à ce concert que nous devons la
perte d'une de nos plus belles armées dans cette
partie du monde ; c'eft cet accord qui a fait réufhr
le plan qu'ils avoient formé pour fa deftruction , &
qui combiné dans le camp de Washington & de
Rochambeau auprès de New-Yorck & à St-Domingue
avec M. de Graſſe , a été exécuté avec tant de
fuccès en Virginie.
Si nous pouvions ajouter quelque confiance
aux Gazettes de New-Yorck , antérieures
à l'évènement fâcheux de la Virginie ,
le Colonel Stewart a vaincu le 8 Septembre à
Entow Springs le Général Gréen . Selon
ces Gazettes le Colonel n'avoit que 2000
hommes , & les Américains 5000. L'action
avoit été chaude ; le Colonel avoit été d'abord
défait & fait prifonnier à la droite ;
mais le Colonel Cruger qui commandoit la
gauche , ayant eu l'avantage de fon côté
vint le délivrer & battre les ennemis , qui
laissèrent 250 morts & 400 prifonniers.
Les Gazettes de New - Yorck ne donnent
en effet ces relations qu'en précis &
fur des oui- dire , car on n'en a point d'officielles.
Mais le Congrès en a publié une
du Général Gréen , lui-même , adreffée au
Préfident du Congrès , & datée du Quartier-
Général à Martin's Tavern , près de Feguffon's
Swamps , dans la Caroline du Sud le
11 Septembre ; & il eft clair , d'après les
détails de l'affaire , que ce font nos troupes
qui ont été battues.
( 66 )
» M. , dans la dépêche du 25 d'Août , j'ai informé
V. E. que nous étions en marche pour Friday's-
Ferry , afin de former une jonction avec les troupes
de l'Etat & un corps de milice qu'on aflembloit en
ce lieu , & attaquer l'armée Angloife campée près
de M. -Lord's- Ferry . Le 27 notre arrivée à
Friday's-Ferry , je reçus avis que l'ennemi ſe retiroit
; nous traversâmes la rivière à Howel's-Ferry
& prîmes pofte à Mothe's- Plantation , où j'appris
que les ennemis s'étoient arrêtés à Entow's -Springs ,
à environ 40 milles au-deffous de nous ; qu'ils y
avoient reçu des renforts , & qu'ils le préparoient
à y établir un pofte fixe : pour les en empêcher , je
me déterminai à hafarder un engagement , quoique
nous leur fuffions de beaucoup inférieurs en nombre.
Nous nous mîmes en marche le 5 Septembre , &
nous avançâmes à petites journées autant pour déguifer
notre intention , que pour donner au Général
Marion , qui avoit été détaché , le tems de nous
rejoindre ; ce qu'il fit le 7 à Burdell's-Plantation
à 7 milles du camp ennemi. Nous nous mîmes
en marche le 8 , à quatre heures du matin pour
attaquer l'ennemi. Notre ligne de front étoit compofée
de quatre petits bataillons de milice , deux
de la Caroline du Nord , & deux de la Caroline
du Sud. Notre feconde ligne confiftoit en trois
petites brigades de troupes Continentales , une de
la Caroline du Nord , une de Virginie & une de
Maryland. Le Lieutenant - Colonel Lée avec fa
légion , couvroit notre flanc droit , & le Lieutenant-
Colonel Endeffon avec les troupes de l'Etat , notre
gauche. Le Lieutenant-Colonel Washington , avec
fa Cavalerie & les troupes de l'Etat de la Delawarre ,
formeient un corps de réferve ; deux pièces de canon
de 3 avançoient avec la ligne de front , & 2 pièces
de 6 avec la feconde ligne . La légion & les troupes
de l'Etat formoient notre corps avancé , & devoient
fe retirer fur les flancs quand l'ennemi ſe formeroit
-
2
( 67 )
en bataille, Nous marchâmes en cet ordre à l'attaque
la légion & les troupes de l'Etat rencontrèrent
un parti de la cavalerie ennemie & d'infanterie à
environ 4 milles de leur camp ; ils les chargèrent
vivement avec la bayonnette & les mirent en fuite ,
& il y en eut plufieurs de morts & de bleffés.
Comme nous fupposâmes que c'étoit le corps avancé
de l'ennemi , notre ligne de front reçut ordre de
fe former , la légion & les troupes de prendre leur
pofition fur les flancs . Tout le pays eft couvert de
bois depuis le lieu où l'action commença , juſqu'à
Entow's - Springs . Le feu commença à 2 ou 3 milles
du camp Anglois : la milice reçut ordre d'avancer
en faifant feu : les poftes avancés de l'ennemi furent
obligés de fe retirer , le feu redoubla , la légion
& des troupes de l'Etat chargèrent l'ennemi de près ;
les Officiers fe conduifirent avec la plus grande
bravcure , & la milice fe fit le plus grand honneur
par fon courage & fa fermeté ; mais le feu de
l'ennemi qui continuoit d'avancer , étant de beaucoup
fupérieur au nôtre , elle fut obligée de reculer.
La brigade de la Caroline du Nord , commandée
par le Général Summer , reçut ordre de
la foutenir ; cette brigade étoit compofée de nouvelles
levées qui n'étoient enrôlées que depuis un
mois , & néanmoins elle fe battit avec une opiniâtreté
qui auroit fait honneur aux meilleurs Vétérans
, & il eft difficile de dire ce qu'on doit le plus
admirer de la valeur des Officiers ou de la bravoure
des foldats ; ils firent un feu vif & bien foutenu ,
que l'ennemi fendit avec un courage égal & digne
d'une meilleure caufe. Dans ce moment de l'action ,
les Virginiens fous le Colonel Campbell , & les
Marylandois fous le Colonel Williams , s'avancèrent
fous le feu de l'ennemi , d'une car.onnade redoutable
& d'une pluie de balles , avec tant d'ardeur , d'ordre
& d'intrépidité , qu'ils renversèrent tout ce qui fe
préfenta , & l'ennemi fut mis en déroute de tous
( 68 )
-
-
les côtés . Le Lieutenant-Colonel Lée tourna le
flanc gauche de l'ennemi , & le chargea en queue
pendant que les troupes de Virginie & de Maryland
le chargeoient en front. Le Colonel Hampton , qui
commandoit les troupes de l'Etat , chargea un parti ,
far lequel il fit plus de 100 prifonniers. Le Colonel
Washington avança avec le corps de réferve fur la
gauche , où l'ennemi fembloit encore le diſpoſer à
faire réfiftance , & le chargea fi impétueufement
avec la cavalerie & un corps d'infanterie , qu'il n'eut
pas le tems de fe rallier. Nous pourfuivimes
de près l'ennemi après l'avoir rompu , jufqu'à ce
que nous eûmes atteint fon camp ; un grand nombre
de prifonniers tomboit continuellement dans nos
mains , & quelques centaines de fugitifs fe fauvèrent
vers Charles -Town , mais un parti ſe jeta dans une
maifon de brique de trois étages , auprès des fources
; d'autres prirent pofte dans un jardin paliffadé
& dans des taillis impénétrables ; leur arrière-garde
étant couverte par les fources & des chemins creux ,
l'ennemi recommença le combat . On fit les plus
grand efforts pour les déloger . Le Lieutenant-Colonel
Washington fit l'impoffible pour pénétrer au
travers d'un bouquet de bois fort épais , mais il le
trouva impraticable ; fon cheval fut tué fous lui ;
il fut bleffé & fait prifonnier. On fit avancer 4
canons de fix livres devant la maiſon , ſavoir , deux
des nôtres , & deux que l'ennemi avoit abandonnés ;
mais le feu qu'on faifoit de cette maiſon & du bois
étoit fi violent , qu'il fut impoffible de la forcer ,
& même d'emmener l'artillerie quand les troupes
eurent ordre de fe retirer la plupart des
Officiers & des Soldats qui fervoient ces pièces ,
farent tués ou bleflés . Washington ayant fuccombé
dans fon attaque fur la gauche , la legion
n'ayant pas réuffi fur la droite , voyant a fi que
notre infanterie étoit fort maltraitée par le feu de
:
( 69 )
l'ennemi , & nos munitións prefque entièrement
confumées , quoique les Officiers & les Soldats
continuaffent à fe diftinguer par la plus héroïque
valeur , je crus qu'il étoit à propos de fe mettre
à l'abri du feu de la maiſon , & de faire retirer
les troupes à quelque diftance des bois , ne penfant
pas qu'il convint de poafler plus loin notre avantage ,
& perfuadé que l'ennemi ne pourroit tenir les poltes
que quelques heures , & que nous aurions plus beau
jeu à l'attaquer dans fa retraite , qu'a nous opiniâtrer
à le déloger , ce qui nous expofuit a une perte confidérable.
Nous raflemblâmes, tous nos bleffés ,
excepté ceux qui étoient trop avant fous le feu de
la maiſon & nous nous retirâmes fur le terrein
que nous occupions le matin , ne trouvant pas d'eau
plus près , & nos troupes accablées de chaleur ayant
le plus grand befoin de rafraichiffemens après un
combat continu de quatre heures . Je laiffai fur le
champ de bataille un fort piquet . J'envoyai le lendemain
de bonne heure le Colonel Lée & le Général
Marion entre Entow's & Charles - Town , pour
prévenir les renforts qui viendroient au fecours de
Î'ennemi, ou retarder leur marche, s'ils entreprenoient
de fe retirer , & donner lieu à l'armée de tomber
fur leur arrière-garde , & de completter nos fuccès.
Nous laifsâmes deux pièces d'artillerie dans les mains
de l'ennemi , & nous emmenâmes une des leurs.
-Le foir du les ennemis fe retirèrent la fant
plus de 70 de leurs bleifés derrière eux , & plus de
1000 armes qu'ils avoient rompues & cachées dans
les fources d'Entow's ; ils défoncèrent 20 ou 30
barils de rum , & détruifirent une grande quantité
d'autres provifions qu'ils ne pouvoient pas emporter.
Nous les pourfuivîmes auffi-tôt que nous eûmes, avis
de leur retraite , mais ils formèrent une jonction avec
le Major Arthur ; le Général Marion & le Colonel
Lée n'ayant pas des forces fuffifantes pour l'empêcher
à notre approche , les ennemis fe retirèrent :
་ ས་
9 ,
( 70-)
dans les environs de Charles -Town. Nous avons
fait soo prifonniers , y compris les bleflés que
l'ennemi a laiffé derrière lui , & je pense qu'ils
n'ont pas moins de 600 hommes tant tués que
bleffés. Les fugitifs , qui fe fauvèrent du champ
de bataille , répandirent une telle alarme , que les
ennemis brûlèrent leurs provifions à Dorchester , &
abandonnèrent leur pofte à Fair - Lawn. Un grand
nombre de gens , tant Nègres qu'autres , étoient
employés à jetter des arbres de la route jufqu'à
quelques milles de diftance de Charles - Town. II
n'y a que la maifon de brique & la force fingu
lière de leur pofition d'Entow's qui ait empêché
les restes de l'armée Angloiſe de tomber entièrement
dans nos mains. Nous les avons pourſuivis jufqu'à
Entow's , mais ne pouvant les atteindre , nous
nous repoferons un ou deux jours en ce lieu , &
nous reprendrons enfuite notre ancienne pofition
fur les hauteurs de la Santée . Je me crois redevable
de la victoire que j'ai remportée à l'ufage
vigoureux que les Virginiens , les Marylandois &
une partie de l'infanterie ont fait de la bayonnette ;
je ne puis affez me louer de la conduite & du courage
de toutes nos troupes «.
-
-
Morts des troupes Continentales : Lieutenant-
Colonel , Capitaines , 4 Officiers inférieurs , 4
Sergens , 98 Soldats. Bleffés : 2 Lieutenans-
Colonels , 7 Capitaines , 20 Lieutenans & Sous-
Lieutenans , 24 Sergens , 209 Soldats. TOTAL .
408 hommes.
--
Morts des troupes de l'Etat & des milices : I
Major , 4 Officiers inférieurs , 4 Sergens , 16 Soldats.
Bleffés : Lieutenans - Colonels , 6 Capitaines ,
5 Officiers inférieurs , 8 Sergens , 91 Soldats . Egarés :
8 Soldats . TOTAL. 146 hommes . TOTAL des
tués , bleffés , égarés des troupes Continentales , de
l'Etat & des milices , 554 hommes.
-
( 71 )
A ces détails nous joindrons la lettre
fuivante que l'on a reçue de Philadelphie ,
en date du 3 Octobre , elle montre combien
peu font fondées les efpérances que
l'on ne ceffe de nous donner depuis longtems
de la foumiffion de nos Colonies ;
& les mouvemens des différens Etats-
Unis pour affirmer leur Indépendance &
leur Gouvernement , avant les grands avantages
qu'ils ont remportés , peuvent faire
juger de la nouvelle confiance que va leur
inſpirer leur dernier triomphe.
» Un exprès arrivé de la Géorgie nous
a apporté la nouvelle que les habitans fe
font affemblés dans la ville d'Augufta , &
que le Gouvernement y ayant été rétabli
dans une forme régulière , ils ont choifi
l'honorable Natham Brownfon pour leur
Gouverneur , & quatre Délégués pour repréfenter
cet Etat en Congrès. Cet exprès
étoit porteur de lettres qui annoncent la
plus ferme réfolution de la part des Géorgiens
, de courir toutes fortes de dangers
& de fouffrir les plus grands malheurs ,
plutôt que de rentrer fous la domination
des Anglois.
On ne fauroit trop admirer le courage
que les Géorgiens ont montré dans un
long cours d'infortunes. Ils ont abandonné
leurs établiffemens & leurs maifons ,
ont habité des montagnes , erré dans les
bois & vécu de la chaffe & de la pêche ;
preflés d'un côté par les Anglois , de l'autre
( 72 )
par les Sauvages , ils ont réfifté à toutes
ces difficultés & attendu des temps plus
heureux , qui paroiffent enfin arriver.
Le nouveau Gouverneur , peu après fon
élection , a publié la proclamation fuivante :
Comme la crife préfente exige les plus
vigoureux efforts de la part de chaque
individu , pour finir la glorieuſe conteftation
dans laquelle nous fommes engagés ,
& que la juftice requiert que le poids des
difficultés à furmonter pour parvenir à cet
heureux période foit également partagé ;
& comme la fituation préfente de la
Géorgie demande l'affiftance de tous fes
Citoyens , en conféquence d'un réfolvé
de l'honorable Chambre d'affemblée de
cet Etat , je publie cette proclamation ,
par laquelle il eft ordonné à tous ceux
qui fe regardent comme Citoyens , d'y
revenir dans les époques ci - après prefcrites
; favoir , s'ils font dans la Caroline
du Sud , dans l'efpace de trente jours ;
dans la Caroline du Nord , foixante jours ;
dans la Virginie , quatre- vingt -dix jours ;
& s'ils font plus au Nord , quatre mois.
Nous affurons par ces préfentes tous ceux
qui négligeront ou refuferont de s'y conformer
, qu'en conféquence du fufdit réfolvé
leurs propriétés foncières feront
chargées d'une triple taxe , à commencer
de l'échéance des termes fixés pour leur
retour.
Signé de ma main , & fcellé du grand
fceau
( 73 )
fceau de l'Etat , à Augufta , le 24 Août
1781 , la fixième année de l'indépendancede
l'Amérique.
Signé , N. BROWNSON.
Le Congrès n'a reçu à Philadelphie ,
que le 17 Octobre , la nouvelle de la
victoire remportée par le Général Gréen
le 8 de Septembre. La bataille s'eſt donnée
à feize lieues de Charles Town ; l'armée
Américaine étoit compofée d'environ 900
hommes de troupes réglées , & de 1200
hommes de milices. Les Anglois , qui
venoient d'être renforcés par un détachement
de la garniſon de Charles- Town ,
avoient environ 1800 hommes. Les troupes
Américaines ont montré le plus grand courage
, joint à beaucoup de fang- froid. Les
milices qui plioient d'abord fous le feu
régulier des troupes , ont été ralliées jufqu'à
trois fois , les troupes continentales
n'ont prefque fait ufage que de la bayonnette
; celles du Maryland n'ont point fait
de quartier , & crioient à l'ennemi : Souvenez
- vous de Cambden. Le nombre des
tués , bleffés ou égarés , monte às ou 600
du côté des Américains ; les Anglois ont
eu , fuivant le Général Gréen , environ
600 hommes tués & bleffés , & il leur a
fait S à 600 prifonniers . Ils ont jetté leurs
armes dans la déroute , & le Général Gréen
a pris au-delà de 1000 fufils , & plufieurs
autres effets utiles à fon armée. Il eft plus
démontré que jamais que Charles - Town
8 Décembre 1781. d
( 74 )
& Savannah font tout ce que les Anglois
poſsèdent au Sud , & qu'ils ne peuvent
s'en éloigner fans s'expofer à une deftruction
totale . Les fuccès continus du
Général Gréen l'ont mis en état de déli- .
vrer , par des échanges , tous les priſonniers
Américains faits lors de la capitulation de
Charles Town , & tous ceux qui furent
faits à Campden ; il a en outre 1500 prifonniers
contre lefquels les Anglois n'ont
aucun échange à propoſer.
L'affaire d'Entow's Spring a précédé l'évènement
de la Virginie ; on fent combien il a dû
enflammer le courage des Américains , & il eſt
vraisemblable que leurs troupes victorieufes
feront quelques mouvemens pour nous chaffer
encore de Charles- Town. Pour défendre
cette place avec fuccès , il nous faudroit des
forces navales qu'on pût employer de ce côté ;
mais on ne doit pas préfumer que l'Amiral
Graves fe détermine à y faire paffer quelques
vailleaux ; il ne fauroit diminuer les forces, &
il paroît qu'il n'a rien de plus preflé que
de retourner aux Ifles avec toute fon efcadre
, pour s'oppofer , fi cela eft poffible , aux
entrepriſes de M. de Graffe , qui eft parti
pour s'y rendre , & fans doute avec des
forces proportionnées aux projets qu'il a
formés . Il a déjà une avance fur notre efcadre
, qui a été obligée de ramener à New-
Yorck les troupes qu'elle y avoit embarquées
; & quand elle arrivera , peut -être
trouvera-t-elle quelqu'un de nos établiffe(
75 )
mens déjà entre les mains de nos ennemis ;
& fi elle arrive avant que M. de Graffe ait
pu rien tenter , fera- t - elle en état de lui
oppofer des obſtacles ? Ne fera- t- elle pas
encore inférieure.
Tout prouve la néceffité de faire paſſer
le plus promptement poffible des renforts
aux Antilles ; c'eſt l'Amiral Rodney qui
fera chargé de les conduire . On prétend
que le 23 il a pris congé du Roi ; cet Amiral
qui conferve toujours fon caractère &
qui eft beaucoup plus actif en paroles qu'en
actions , difoit il y a quelques jours : Je
vais retourner aux Ifles , & tout ce que je
defire eft de rencontrer M. de Graffe. Un de
fes amis lui obferva que ce voeu étoit louable
, mais qu'il avoit déja eu les occafions
de le rencontrer , & que jamais il n'avoit
eu plus beau jeu que lorſqu'avec 2 2 vaiffeaux
il fe préfenta à la hauteur de Tabago , &
ne parut y être venu que pour voir comment
l'ennemi prenoit une Ifle. Il eft à
craindre qu'il ne profite pas mieux des occafions
qu'il aura de s'en approcher encore ; en
général on trouve que cet Officier vanté
n'a rien fait que quand il s'eft trouvé avec
des forces très-fupérieures , ou devant des
ennemis fans défenſe.
C'eft le 29 de ce mois qu'il doit , dit-on , partir
de Portſmouth . Le Gouvernement qui a formé
pour la troisième fois le deffein de ravitailler Gibraltar
, qui n'a été exécuté que la première , charge
l'Amiral Rodney de cette entreprife devenueplus
difficile , parce qu'il faut en même- tems ſed
2
1876 )
courir Minorque. Il fortira avec les divifions de
l'Amiral Kempenfeld , & de l'Amiral Bickerston , qui
réunies à la fienne formeront une efcadre de 27 vailfeaux
de ligne . Ses inftructions font , dit-on , d'ailer
bloquer le port de Cadix , où il arrêtera la flotte
Efpagnole pendant que quelques vaiffeaux de so
canons & des fregates iront porter les fecours à Gibraltar
& à Minorque. Cette grande affaire terminée
, il prendra la route des Antilles avec fept vailfeaux
; l'Amiral Bickerſton conduira fa diviſion
dans l'Inde , & l'Amiral Kempenfeld reviendra
avec le refte dans la Manche. On affure que le
tout eft préparé pour le départ du Prince Edouard ,
qui doit toujours faire campagne avec Rodney en
qualité de Garde de la marine «.
L'arrivée de la flotte de la Jamaïque ,
dont une lettre de Portfmouth fait mention ,
a fourni tous les matelots dont on avoit
befoin pour armer complettement les vaiffeaux
de guerre qui ont ordre d'appareiller.
L'état des troupes de terre deftinées à
paffer en Afie les porte à 6000 hommes ,
dont 4000 Allemands & le refte Anglois;
ils s'embarqueront fur la flotte de l'Inde ,
& à leur arrivée notre établi fement mili
taire dans cette partie du monde fera de
12,000 hommes , fans les Sipayes qui font
au fervice de la Compagnie. Quoiqu'on
preffe leur embarquement & l'équipement
de tous les navires , on ne croit pas qu'ils
foient prêts à partir avant le 10 du mois
prochain , ce qui retarde d'autant le départ
de Rodney , qui doit mettre à la voile
avec eux , & par conféquent le- ravitaillement
des deux places , après lequel feul il
( 77 )
doit aller en Amérique. Pendant cet in
tervalle , il eft très-poffible que l'on nous
y ait porté de grands coups . M. de Graffe
y eft actuellement , & il n'est pas fûr que
Amiral Graves l'ait fuivi de bien près.
Les premières nouvelles qui viendront de
ces contrées ne peuvent qu'être intéreſfantes.
» Le Gouvernement , dit une gazette qui ne voit
pas les chofes en beau , n'a jamais été plus embarraffé
qu'aujourd'hui ; la Cour & fes Partifans ne
ceffoient de dire autrefois , il faut humilier l'Amé- 、
rique & la forcer de tomber aux pieds du trône ;
ce langage fuperbe eft bien baillé ; on ne parle plus
à préfent que de réconciliation aux termes les plus
avantageux qu'il fera poffible d'obtenir. Quant aux
autres Puiffances contre lefquelles nous foutenons
une guerre fi difpendieuſe & fi inégale , on convient
auffi , quelqu'humiliant que foit cet aveu , qu'il
faut s'arranger avec elles le plutôt poffible «.
Le difcours du Roi au Parlement montre
en effet des voeux pour la paix .
:
>> On dit que le Prince de Gallitzin , Ambaſſadeur
de Ruffie , a demandé aux Etats - Généraux quelles
feroient les conditions auxquelles fa Souveraine pour.
roit travailler à une pacification particulière entre
la République & l'Angleterre ; M. de Simolin a été
chargé de faire la même demande au Cabinet de
St-James & le Ministère de Ruffie mettra la main
à l'oeuvre dès qu'il aura l'avis & les prétentions
des deux Adverfaires. Les gens au fait n'ont point
confiance au fuccès de ces négociations , & ne les
regardent que comme un moyen de laiffer gagner
du tems & du terrein à l'Angleterre. — M. Dreyer ,
Envoyé extraordinaire de Danemarck à Londres
avoit proposé la médiation de fa Cour & de celle
--
>
d 3
( 78 )
en
de Suède pour le même objet ; mais le Ministère
Britannique l'a remercié de fes bons offices
ajoutant qu'il s'en tiendroit à la médiation de la
Ruflie. Il a déclaré en même-tems à cer Envoyé ,
que le Roi d'Angleterre avoit confenti d'entrer en
négociation avec la République , attendu qu'il voyoit
que la partie la plus faine de la nation inclinoit pour
la paix ajoutant au furplus , que ce n'étoit qu'à
regret qu'il s'étoit porté à rompre avec cette République.
On prétend que le Baron de Waffenaar ,
Miniftre des Etats -Généraux à Pétersbourg a eu des démêlés
très-vits avec le Comte d'Oftermann au fujet
des intérêts politiques , des deux Nations ; & qu'en
conféquence la Cour de Rullie a fait demander fon
rappel. On fait que M. de Waffenaar , Membre
du Corps des Nobles de la Province de Hollande ,
eft du parti de la ville d'Amfterdam,
-
D'après le relevé fait dans les divers Départemens
, pour être mis fous les yeux du
Parlement , il fe trouve que la guerre nous
a coûté cette année 30 millions ſterling ,
dépense qui excède de beaucoup celle d'aucune
année , foit de la guerre actuelle , foit
de toutes les autres guerres que nous avons
jamais eues.
» Tout ce que nos Miniftres craignent le plus à la
prochaine rentrée du Parlement , ce font les reproches
des gentilshommes de nos provinces , de la crédulité
defquels ils ſe font joué fi cruellement en les
engageant d'une année à l'autre à fournir aux frais
de la guerre en Amérique , fur l'aſſurance qu'à la fin
de cette guerre notre revenu fe montera au point de
réduire confidérablement la taxe des terres . On peut
voir comment ils ont réuffi , en jettant les yeux fur
l'apperçu fuivant.
Au commencement de nos divifions avec l'Amé
rique , les terres ſe vendoient 33 années de revenu ;
( 79 )
aujourd'hui , elles font à 19. La guerre de 1756 ,
depuis fon origine jufqu'au dernier moment , quoiqu'on
ait emprunté 12 millions par an , n'a pas
fait baiffer les terres de la valeur du revenu
d'une année. Que ceux qui vantent notre prospérité
actuelle, réfléchiffent un inftant fur ce fait fi notoire ,
qu'il feroit ridicule de fe donner la peine de vouloir
le prouver. Le revenu des terres eft aujourd'hui tombé
d'une manière vraiment affligeante ; au lieu que
dans tout le cours de la dernière guerre , il a
conftamment hauffé . La balance du commerce avec
tout le monde dans l'année 1756 , étoit de plus
de 6 millions en notre faveur ; la même balance
en 1780 , p'étoit que de deux millions cent mille
livres , les deux balances prifes fur les livres mêmes
de la Douane. Dans la première période , il n'y
avoit communément que 8 ou 10 bills paffés par
an pour les grandes navigations publiques , & l'on
n'a vu aucune de celles - ci avoir lieu les deux
dernières années . Enfin , qu'on le mette fous les
yeux l'effet que produit la misère de l'Etat , c'eftà-
dire celle des Particuliers. Dans les années 1759 ,
60 & 61 , toute la Grande-Bretagne ne préfentoit
qu'un fpectacle de profpérité générale , mais aujourd'hui
quelle différence ! La Couronne eft riche ,
mais le peuple meurt de faim.
La Banque d'Angleterre devoit être le
dépôt facré des tréfors de la nation , & il
eft inconcevable que les Directeurs foient
légalement autorifés à fe lier d'intérêt
avec le Gouvernement , au point de
partager avec nos Miniftres leurs profits
& leurs pertes. Cette réflexion fe trouve
dans tous nos papiers qui ont copié la lettre
fuivante adreffée à l'Imprimeur du Général
Advertifer.
d 4
780 )
M , je vous prie d'informer le Public , & fure
tour les Intéreffés , qu'au lieu d'un million & demi
du dernier Emprunt qui avoit été mis en dépôt à
la Banque , n'y ayant que le premier paiement de
fait , & qui doit être mis en vente fur la Place vers
le 15 ( ainfi que vous l'avez annoncé par votre
Feaille d'aujourd'hui ) , il y en a pour 4millions du
même Emprunt qui feront mis en vente fur la Place
vers le même jour 15 , qui étant la dernière époque
accordée aux très - refpectables favoris du Lord North
( les fieurs Robinſon & Atkinſon ) pour débiter
leur Papier. Et je vous prie de mettre fous les
yeux du Public une lifte de ces Soufcripteurs , la
Nation ayant incontestablement droit de connoître
qui font ces célèbres Créfus , dans un tems de difette.
Et fi les Directeurs de la Banque refuſent de
donner cet lifte , vous devrez adreſſer un mot à
M. Byng , ou à quelques - uns des principaux Membres
de la Banque , du nombre de ceux qui ont
propofé l'Emprunt dans la dernière Seffion , afin
qu'ils donnent la lifte de ces refpectables noms,
Le 12 Novembre 1781 .
La feffion actuelle du Parlement ne manquera
pas de devenir intéreffante ; en atendant
les détails des débats qui vont s'ouvrir ,
nous placerons ici quelques anecdotes que
nous fourniffent nos papiers , & qui peuvent
faire plaifir à nos Lecteurs .
Un particulier qui arrive de l'Amérique , affure
que le Général John Laurens , fils du malheureux
Laurens , prifonnier à la Tour , eft adoré de toute la
Nation. A une érudition profonde , il joint le caractère
le plus affable , & au courage le plus éprouvé
tous les fentimens d'humanité poffibles.
Le Général Vernon , Lieutenant -Gouverneur de la
Tour , a eu une entreyue avec M. Laurens , enfermé
(( 81 )
dans cette prifon , où il eft traité avec la plus grande
barbarie. Le Général Vernon , qui n'avoit appris que
par les papiers publics la fituation réelle de ce prifonnier
, en a un peu adouci les rigueurs . Mais le Gouvernement
refuſe toujours d'allouer à M. Laurens
les fix fchellings & huit deniers par jour qu'il eft fi
autorifé à réclamer. Il lui refufe (& cette rigueur eft
peut-être la plus cruelle de toutes ) la liberté de voir
fes amis & fon fils même , fans un ordre particulier.
Enfin M. Laurens n'a pas la confolation de pouvoir
écrire un mot , l'ufage des plumes , de l'encre & du
papier lui étant abfolument interdit. On ne lui permet
non plus que de lire les papiers Miniftériels.
Il y a actuellement dans l'armée Américaine un
jeune homme nommé Charles Washington Clarke ,
ayant rang de Capitaine , qui eft filleul & petit-neveu
du Général Washington . Ce jeune homme paffa du
Comté de Northampton en Amérique , peu après le
commencement des troubles. Ce Capitaine Clarke a
au moment préfent un frère qui eft fimple foldat au
fervice du Roi, & qui a paffé dernièrement en Amérique
avec quelques autres recrues tirées de Chatham .
Si ces deux frères viennent à fe rencontrer enfemble
dans un même combat , quelle cruelle fituation pour
eux d'être obligés de faire céder la tendreffe fraternelle
à l'amour de la patrie . Cette guerre peut bien
s'appeller une guerre de famille , puifque les pères
combattent contre leurs fils , les fils contre leurs
pères & les frères contre leurs frères .
FRANCE.
De VERSAILLES le 3 Décembre.
و
LE 25 du mois dernier , le Comte de
Chabannes a prêté ferment entre les mains
du Roi pour la place de premier Ecuyer
de Madame Adélaïde de France , vacante
ds
( 82 )
par la mort du Comte de Chabannes , fon
père.
De PARIS , le 3 Décembre.
EN parlant dans le dernier Journal de
la frégate l'Andromaque , nous avons oublié
de parler de la promptitude avec laquelle
elle a fait fa traverfée ; elle n'a mis que
19 jours ; la Surveillante n'en avoit mis
que 22 ; & les deux frégates parties à fi
peu d'intervalle l'une de l'autre , ne pouvoient
arriver plus promptement. Les dépêches
apportées par l'Andromaque , ont
donné le nombre jufte des prifonniers faits
à Yorck & à Glocefter ; les premières notes
qui le portoient à 7500 hommes n'étoient
pas exactes ; il faut ajouter à ce nombre
1100 hommes ; ce qui fait en tout 8500
prifonniers en comprenant tout , foldats &
mariniers. L'armée Angloife étoit par conféquent
avant le fiége d'Yorck de 10,000
hommes.
Avec les mêmes dépêches on a reçu l'extrait
de l'ordre du 20 Octobre , qui étoit
conçu ainfi.
» Le Général félicite l'Armée du glorieux évènement
de la jo rnée d'hier ; les preuves génére fes
que S. M T. C. a données de fon attachement à la
Caufe de l'Amérique , doivent en détrompant les
efprits les plus abufés parmi nos ennemis , les convaincre
des conféquences heureufes & décifives de
cette alliance , & infpirer à tous les Citoyens des
Etats-Unis les fentimens de la plus inaltérable reconnoillance.
Une flotte la plus nombreuſe & la
-
( 83 )
plus puiffante qui ait encore paru dans ces mers
commandée par un Amiral , dont le bonheur & les
talens promettoient les plus grands fuccès ; une.
Armée compofée de la manière la plus diftinguée ,
font des gages
tant en Officiers , qu'en Soldats ,
fignalés de fon affection pour les Etats - Unis , &
c'est le concours de ces forces puiffantes qui nous a
affuré le fuccès éclatant que nous venons d'obtenir,
- Le Général profite de cette occafion pour prier
S. E. le Comte de Rochambeau , de recevoir le
témoignage de la vive reconnoiffance pour les confeils
& l'affiftance qu'il a reçu de lui dans tous les
tems . Il défire de faire parvenir l'expreffion la plus
vive de fes remerciemens aux Généraux Baron de
Viomenil , Chevalier de Chaftellux , Marquis de
St-Simon & Comte de Viomenil , & au Brigadier-
Général de Choify ( qui a cu un commandement
féparé de la manière gloriene avec laquelle ils
ont travaillé au fuccès de la Caufe commune. Il
efpère que le Comte de Rochambeau voudra bien
témoigner à l'Armée qu'il commande immédiatement
, la haute opinion qu'il conferve du mérite
diftingué des Officiers & Soldats des différens corps ;
& il le prie de préfenter , en fon nom , aux régimens
de Gâtinois & de Deux - Ponts les deux pièces d'artillerie
de bronze qu'ils ont enlevées aux ennemis
& il fouhaite qu'ils les confervent comme un témoignage
du courage avec lequel ils ont pris , l'épée à
la main , la redoute des ennemis la nuit du 14 , &
qu'elles fervent à perpétuer le fouvenir d'une occafion
, dans laquelle les Officiers & Soldats ont mon .
tré la plus noble émulation & le courage le plus
diftingué.
Si le Général remercioit en particulier
tous ceux qui l'ont mérité , il faudroit qu'il nommât
toute l'Armée ; mais il fe croit obligé , par ſon inclination
, fon devoir & fa reconnoiffance , à témoigner
les obligations qu'il a aux Majors-Généraux
Lincoln , Marquis de la Fayette & Stuben , pour les
-
d 6
( 84 )
bonnes difpofitions qu'ils ont faites dans les tran
chées ; au Général du Portail & au Colonel Querener
, pour la vigueur & la ſcience , qui ont brillé
dans la conduite des travaux ; & au Général Kuon
& au Colonel d'Aboville , pour le foin & l'attention
infatigable avec lesquels ils ont accéléré le tranf
port de l'artillerie & des munitions , auffi-bien que
pour leur difpofition judicieufe & l'activité qu'ils
ont montré dans les batreries ; il prie les Officiers
qu'il vient de nommer , de faire parvenir les remerciemens
aux Officiers & aux Soldats des corps qu'ils
commandent refpectivement. Le Général fe
rendroit fingulièrement coupable d'une ingratitude ,
qu'il efpère qu'on ne pourra jamais lui reprocher ,
s'il omettoit de témoigner dans les termes les plus
énergiques à S. E. le Gouverneur Nelſon , fa reconnoiffance
des fecours qu'il a reçu de lui perfonnel
tement , ainfi que de la Milice qu'il commande , &
qui a mérité par fon activité , fon émulation &
fon courage , les applaudiffemens les plus diftingués.
L'importance du coup que les Etats- Unis
viennent de frapper , fera un ample dédommage.
ment de la fatigue & des dangers que toute l'Armée
a foutenus avec tant de patriotifme & de fermeté.
Pour que fa joie publique foit
générale dans toutes les troupes , le Général
ordonne que tous les Soldats qui pourroient être
en piifon , foient mis en liberté & rejoignent leurs
corps refpectifs . — On célébrera demain le Service
Divin dans toutes les brigades & divifions . - Le
Commandant en chef recommande à toutes les
troupes qui ne feront pas de fervice , d'y affifter
avec cette attention férieufe , & cette reconnoiffance
profonde , que nous devons aux marques réitérées
& frappantes de la protection de la Providence .
La frégate l'Engageante , qui a mouillé
à Breft quatre jours après l'Andromaque ,
n'a pas eu une trayerfée moins courte
( 85 )
elle nous apporte des nouvelles de M. le
Comte de Graffe , en date du 1 Novembre
. Ce Général n'étoit point malade ,
comme le bruit s'en étoit répandu . Il quittoit
la Chéfapéak pour retourner aux Antilles
; on dit qu'il conduit avec lui toutes
fes forces & l'efcadre de M. de Barras ;
on lui fuppofe en conféquence des projets
que les Anglois ne pourront l'empêcher
d'exécuter ; l'Amiral Graves occupé à ramener
à New-Yorck les troupes qu'il a
trop tard conduites au fecours de Cornwallis
, & à en faire peut-être paffer une
partie à Charles Town , ne retournera pas
affez - tôt aux Antilles pour y arriver en
même-tems que M. de Graffe ; & quand
il feroit poffible qu'il y arrivât prefque auffitôt
, il fe retrouvera vis à - vis de lui avec
la même infériorité qui la empêché de rien
tenter dans la Chéſapeak.
La grande nouvelle de la prife du Lord
Cornwallis a été bientôt répandue fur le
Continent de l'Amérique.
» On a reçu hier , lit-on dans une lettre de Bofton
, le 27 Octobre , par un exprès dépêché à M.
Hencook , la nouvelle de la priſe du Lord Cornwallis
& du corps de troupes qu'il commandoit ,
par l'armée alliée & l'armée navale de France ,
commandée par M. de Graffe . Les Américains regardent
cet évènement comme décifif pour leur
liberté ; ils béniffent Louis XVI , il ſe boit beau- .
coup de vin de Madere à fa fanté. La fiégate
la Réfolue , a mouillé ici le 25 Août avec deux
navires qu'elle avoit fous fon eſcorte , & une prife
qu'elle a fait chemin faifant , Sa deſtination étoir
( 86 )
pour Philadelphie ; mais fur l'avis que reçut le 13
Août M. le Chevalier de Langle qui la commande ,
par un corfaire Américain , que M. de Graſſe
n'étoit point encore arrivé dans la Cheſapeak ,
que M. de Barras étoit toujours à Newport , &
que les Anglois croifoient depuis le Cap Henri
jufqu'à Sandy-Hook , il prit le parti de diriger fa
route fur Boston , pour ne pas rifquer la fomme
confidérable qu'il avoit à bord pour le compte
du Congrès , & les cargaifons de fes bâtimens de
convoi fort intéreffantes pour les Etats -Unis «<,
Cette lettre a été apportée par l'Engageante
, qui vient de Bofton , & qui fans
doute avoit eu ordre d'aller reconnoître
la Chéfapeak , afin d'y prendre les dépêches
de nos Généraux .
C'eſt par la mêine frégate , arrivée à
l'Orient en 22 jours de traversée , que nous
avons eu la confirmation & les détails de l'affaire
qui a eu lieu le 8 Septembre dernier
à Entow's Springs , dans la Caroline Septentrionale
, entre les Généraux Gréen & Stewart.
La perte des Anglois eft d'environ
1100 hommes , dont 500 priſonniers & 600
morts ou bleffes 1 .
» La flotte & le convoi , écrit -on de Brest , pourront
mettre en mer le 2 Décembre , fi le temps
le permet. Tout eft en rade aujourd'hui ( 25 Novembre
) , à l'exception de trois vaiffeaux qui doi-
(1 ) Les Lecteurs curieux de fuivre , fur la Carte ,
les opérations des armées des Puiffances belligérantes dans
les deux Indes nous fauront gré de leur indiquer ici celles
des Etats-Unis de l'Amérique Septentrionale & de la
partie des Indes Orientales , qui comprend les vaftes poffeffions
Angloifes. Elles fe trouvent à Paris chez Defnos
rue St-Jacques , au Globe ; & le prix des deux , enlumi
nées , eft de 1 liv. fols.
( 87 )
vent s'y rendre dans trois jours. Il paroît qu'il
n'y a rien pour l'Inde dans cet armement . Les
feuls vailleaux qui y vont actuellement , font
P'Illuftre & le Saint- Michel. On croit que la fiégate
la Gracieuse , & les deux gabaries qui fortirent
de Toulon le 9 de ce mois , ont été à Cadix
joindre ces deux vaiffeaux pour faire route
avec eux. Les vailleaux de guerre qui fordiront de
Breft font au nombre de vigt. M. de Guichen
en prendra le commandement. Sept ou huir s'en
fépareront à une certaine hauteur , fous les ordres
de M. de Vaudreuil ; & les autres , après avoir
efcorté le convoi jufques hors des Caps , iront à
Cadix fe réunir à l'armée Espagnole «.
Il y a aujourd'hui 8 jours que le Te Deum
a été chanté à Notre- Dame , en action de
graces de la victoire & des autres avantages
remportés en Amérique fur les Anglois ;
on a obfervé que le jour de cette action de
graces étoit le 27 , & précisément celui où
le Parlement d'Angleterre a fait fa rentrée .
Les frégates le Montréal , la Lutine & la
Pleyade , ont mis à la voile le 31 Octobre , pour
aller prendre à Marseille un convoi de 80 bâtimens
qu'elles font chargées de conduire au Levant . Les
Régimens de Lyonnois , Bretagne , Bouillon , &
Royal- Suédois , cantonnés aux environs de cet : e
ville , s'occupent des difpofitions de leur embarquement
, qui ne fauroit être fort éloigné . La
conftruction des vaiffeaux le Suffifant & le Dictateur
avance rapidement ; la frégate l'Iris ne tardera
pas à être mise à l'eau . On attend d'un moment
à l'autre des nouvelles de Mahon . Suivant les
dernières lettres tout fe difpofort pour commencer le
fiége ; & il régnoit autant d'ardeur que d'union dans
les deux arm es . On arme à Marſeille des bâtimens
pour les Illes ; on ignore quelles feront les
-
-
( 38 ' )
Frégates deftinées à les convoyer. M. Barry qui
a été nommé Commiffaire-Général des Colonies à
la Grenade eft arrivé de Paris , & doit partir fur les
premiers bâtimens deſtinés pour les Illes . M. Blancard .
l'accompagne en qualité d'Ecrivain principal , titre
qui avoit été fupprimé par l'Ordonnance de 1765 «.
On écrit de Dunkerque que plufieurs
corfaires de ce port font en croisière , & que
le corfaire le Renard a fait une petite prife
chargée de houblon , qui étoit venue avec
confiance mouiller à la rade de Dunkerque ,
fe croyant à la vue d'Oftende.
9,
2
Ce fut le 9 Novembre au matin qu'on
commença à découvrir à Cadix le convoi
de la Havane . Quelques bâtimens entrèrent
le même jour , ils furent faivis par d'autres
le 8 ; & le il en reftoit encore à la vue ;
ce convoi , difent les mêmes lettres a
beaucoup fouffert faute de vivres , & n'avoit
pas affez de bâtimens de guerre pour
éviter fa difperfion . Selon les mêmes lettres
, un chébec Eſpagnol s'eft encore emparé
d'une bélandre Angloife chargée de
comestibles ; elle étoit fortie de Liverpool
pour aller à Gibraltar.
Dans la promotion faite à Vienne le 14
Septembre de l'Ordre de la Croix - Etoilée ,
Dame Elifabeth- Catherine de Fraigue de
Chaudon , Vicomteffe de Briailles , a été
reçue au nombre des Dames de l'Ordre
illuftre de la Croix-Etoilée de S. M. A. l'impératrice
Reine.
M. de Reynaud , Brigadier des armées
du Roi , Lieutenant au Gouvernement gé
7891
néral de St-Domingue , arrivé depuis peu
de cette colonie , eut l'honneur d'être préfenté
en cette qualité au Roi le 22 du mois
dernier par M. le Marquis de Caftries. Cet
Officier employé dans la colonie de Saint-
Domingue depuis plus de 20 ans , après
avoir eu déja une fois le commandement
par interim , vient de la gouverner en chef
pendant dix- huit mois. Son nom feul fuffir
à fon éloge ; fes fervices & fes talens univerfellement
connus , lui ont mérité l'eftime
non-feulement de la France & de fes alliés
, mais de fes ennemis mêmes ; les éloges
qu'on pourroit donner à fon adminiſtration ,
ne fauroient ajouter à l'opinion générale ,
qui eft la récompenfe des bons citoyens.
Les réjouiffances & les fêtes fe font multipliées
dans le Royaume à l'occafion de la
naiffance de Mgr. le Dauphin . Une particularité
intéreffante à remarquer dans celles
qui ont eu lieu à Rouen , c'eft que M. le
Préfident Bigot , qui en 1754 avoit préfidé
le Parlement pendant la Chambre des Vacations
, & qui par conféquent avoit eu
l'honneur de célébrer la naiffance du Roi ,
a rappellé cet évènement par l'infcription
fuivante qu'il fit placer à la porte fur une
pyramide au-deffous des armes du Roi &
de la Reine : Olim patri , hodiè nato par
munus amoris.
Le Roi , par un Arrêt de fon Confeil
dus Octobre dernier , a donné à l'Académie
des Sciences & Belles - Lettres de
( 90 )
Marſeille , l'Obfervatoire de la Marine ;
ci-devant attaché à l'Arfenal de la même
ville. M. Malouet , Commiffaire du Roi
chargé de l'exécution des ordres de S. M.
en ce qui concerne le Département de la
Marine à Marseille , a été chargé de remettre
à l'Académie les bâtimens , meubles
& inftrumens dépendans de l'Obfervatoire.
M. le Marquis de Caftries en adreffant
l'Arrêt du Confeil de S. M. au Commiffaire
le 20 Octobre dernier , lui écrivit la
lettre fuivante :
"
» Je vous prie , Monfieur , en remettant cet
Arrêt à l'Accadémie affemblée , de témoigner à
tous les Membres qui la compofent , combien je
fuis flatté d'avoir pu , en contribuant à leur procurer
une marque particulière des bontés de S. M.,
feur donner une preuve certaine de mon eftime
& de l'empreffement que je mettrai toujours à
faire valoir auprès du Roi le zèle qu'ils témoignent
pour l'accroiflement des Sciences qu'ils cultivent ,
& particulièrement des connoiffances Aftronomiques
qui font très-intéreſſantes pour la Marine.
M. Malouet a rempli cette commiffion
le 29 Octobre , & le 7 Novembre , l'Académie
, pénétrée de reconnoiffance , a arrêté
dans une féance extraordinaire :
לכ
Qu'elle célébrera à l'avenir l'époque féculaire
du 10 Décembre 1481 , où Marfeille & la Provence
furent réunies à la Couronne ; & qu'à cet
effet , elle fera chanter un Te Deum folemnel ;
ce qui aura lieu le 10 Décembre prochain , après
trois fiècles écoulés . S. M. chargeant déformais
la Compagnie de la direction de fon Obfervatoire
à Marseille , & M. le Marquis de Caftries ajoutant
à cette grace du Roi dont l'Académie lui eft re-
-
( 91 )
devable , les témoignages les plus flatteurs de fon
eftime & de fa bienveillance , il a été arrêté que
ce Miniftre feroit prié de faire parvenir à S. M.
l'hommage de nos très -humbles remercimens &
de notre profond refpect . - Que le nom de Caftries
feroit infcrit dans nos Regiftres à côté de celui
de Villars . Que dans tous les difcours publics ,
M. le Marquis de Caftries feroit nommé comine le
Bienfaiteur , ainfi que les Fondateurs & Protecteurs
de l'Académie. Que ce Minifte feroit prié d'agréer
le titre d'Académicien honoraire , & la demande
que la Compagnie lui fait de fon portrait .
-L'Académie ne pouvant oublier ce qu'elle doit à
un ancien Miniftre , qui , le premier , à bien voulu
concourir à fon établiſſement , & lui procurer un
traitement annuel , a arrêté que M. Necker , cidevant
Directeur-Général des Finances , feroit inf
crit dans la Lifte comme Académicien honoraire ,
& fon nom affocié à celui du Miniftré Bienfaiteur
auquel elle doit fon établiſſement actuel . Que
copie collationnée de la préfente délibération fera
envoyée à M. le Marquis de Caftries , & une feconde
expédition à M. Malouet , Commiffaire du
Roi , par deux Députés de la Compagnie chargés
de lui renouveller fes remerciemens. L'Académie
a de plus arrêté que le Procès-verbal de cette Séance
& de la précédente feroient rendus publics «.
a
Le 13 Novembre , M. André Lamoureux de la
Noüe , commandant la brigade de Maréchauffée
en la ville de Dunleroy en Berry , & Dame
Louife-Marguerite Thévet , après avoir donné ,
pendant cinquante ans , l'exemple de l'union la
plus édifiante , ont renouvellé leur mariage dans
I'Eglife de St- Etienne dudit Danleroy , leur paroife.
Cette époque concourt avec le jour & la
date de leur mariage en 1731. Ces deux époux ,
qui jouiffent de la réputation la plus étendue & la
mieux méritée , accompagnés de leurs enfants &
7 92
petits-enfants , affiftés de la brigade de Maréchauf
fée en armes , oat eu la confolation de le voir
entourés d'une foule de fpectateurs qui chantoient
tout haut leurs louanges. Toutes les perionnes de
diſtinction de la ville , & même des environs , fe
font empreilés de leur venir rendre en ce moment
un témoignage public de leur eftime. La cérémonie
a été faite par M. Mouton , Vice- Archiprêtre
Curé de ladite Paroiffe , qui a prononcé un dif
cours analogue à la circonftance .
Le comte de Maurepas , mort à Versailles
le 21 de ce mois , a été transféré le lendemain
en cette ville pour y être enterré en l'égliſe
Saint-Germain - l'Auxerrois , lieu de la fépul
ture des Phélypeaux , dont la famille a donné
tant de Miniftres à la France. Il fuffit à l'éloge
du Comte de dire que le Roi a témoigné le
plus grand regret de fa perte.
Le fervice de terre a perdu un Officier
Général de beaucoup de mérite , M.
le Baron de Wimpfen , Maréchal de Camp.
Anne de Beauharnois , veuve de Guil
laume Bouvyer de la Motte , Marquis de
Capoy, ancien Colonel d'Infanterie , Grand-
Bailli & Gouverneur des ville & château
de Montargis , eft morte au Couvent des
Dames de St Domingue de Montargis le 10
du mois dernier dans la 68e année de fon
âge.
M. le Prince de Liftenois , Vice- Amiral ,
eft mort le 14 de ce mois , en fon Château
de Cefy en Bourgogne , dans la 67e . année
de fon âge.
Le Comte de Moges , Maréchal des camps
( 93 )
& armées du Roi , eft mort en fon châ
tean de St-George en Normandie , dans fa
65e année.
BRUXELLES , le 3 Décembre.
LE motif qui , dit on , a déterminé l'Empereur
à démolir les fortifications des places
dites de Barriere , c'eft le mauvais état où
elles fe trouvent , les frais qu'elles coûteroient
à réparer , & la certitude qu'elles ne
feroient pas une réfiftance égale à une armée
de 100,000 hommes bien difciplinés & bien
conduits. On ne comprend pas dans les
fortifications à détruire celles de Luxembourg
ni le Château d'Anvers ; mais celles
de Namur , de Tournai, d'Ypres , de Furnes
& de Dendermande , où fuivant les divers
traités de Barriere , la Hollande a le droit
d'entretenir garnifon . La République voit cet
arrangement avec plaifir , parce qu'il lui
rend 6 à 7000 hommes dont elle peut augmenter
fa marine ; il en résulte auffi que le
parti qui s'oppose à l'augmentation des
troupes de terre fera plus fondé dans fon
oppofition , & à infifter à ce qu'on tourne
tous les efforts du côté de la mer , où eft
l'ennemi.
On a ici des copies de la lettre d'un Officier
parti avec M. de Suffren , en date du
Cap de Bonne-Efpérance le 11 Août ; elle
offre un journal qui ne peut qu'intéreffer
nos Lecteurs.
» Jerofite du départ d'un bâtiment pour vous
faire raffer un extrait de mon Journal qui vous
donnera une idée de tout ce qui s'eſt pallé de(
94 )
>
--
-
--
puis que nous fommes fortis de Breft , & des
nouvelles de notre fituation. Le 22 Mars , le
Général fit fignal d'appareiller à 7 heures , ce qui
fut exécuté avec tant de célérité , qu'à neuf heures
& demie , prefque toute la flotte étoit fous voiles .
L'armée , en comprenant les tranfports & les convois
, étoit de plus de 200 voiles . - Le 23 , nous
donnames chaffe à un petit navire que nous reconnumes
être Eſpagnol . Les 24, 25 & 26
navigation libre , fans rien voir à la mer. —
Le 27 , le cutter l'Alert , de 16
, que le Comte
de Graffe vouloit renvoyer , fut à bord chercher
les paquets. Les 28 & 29 , les cinq vaiffeaux
& le convoi de l'Inde fe féparèrent de la grande
armée & le Commandant fignala la route au
Les 30 Mars & 1 Avril , nous découvrimes
à quatre heures du matin l'Ifle de Madère ,
& le Général fit faire l'arrière- garde au Vengeur
de 64 . 4 & 5 , nous découvrimes à
cinq heures du matin l'Ifle de Palme , une des Canaries
; nous découvrimes auffi dans la même journée
, le Pic de Ténériffe , qui nous reftoit à environ
vingt cinq lieues . Les 6 7 & 8 , nous découvrimes
l'Ile de Fer , par où paffe notre premier
méridien ; & à fept heures , le Commandant
d'un convoi pour le Sénégal que nous avions eſcorté
juſqu'à cette hauteur , fit fon fignal de ralliement ,
& continua fa route . Les 9 , 10 & 11 , étant
fous le Tropique du Cancer , le Commandant mit
fon pavillon en berne , pour rendre les honneurs
funèbres à M. le Vicomte de Sourches , notre Co-
S. S. O.
-
----
Les 3 "
---
-
lonel , qui venoit de mourir. - Les 12 , 13 , 14
& 15 , au coucher du foleil , nous apperçumes
1'Ile de Bonnavifta , l'une du Cap - Verd , le Général
indiqua la route de Saint-Jago , la principale de
ces Ifles . Le 16 , nous apperçumes le matin
l'Ile de May , & peu après Saint-Jago. Le Commandant
fignala au vaiffeau l'Artéfien de 64 , de
chaffer en avant pour découvrir la rade. L'Artéfien
( 75 )
ayant fait fignal des vaiffeaux ennemis , notre Commandant
fignala le branle bas général. Nous nous
avançames en ordre de bataille , & à dix heures &
demie , le Commandant ayant mis & afluré fon
pavillon d'un coup de canon à boulet , les vaiffeaux
Anglois répondirent de toutes leurs volées. Nous
paflames au milieu d'une flotte de 40 vaiffeaux
faifant feu des deux bords , & chargeant jufqu'à
la gueule. L'Annibal , de 74 , fe trouvant entre
quatre vaiffeaux de guerre , fit & effuya un feu
des plus vifs ; le combat foutenu par ce vaiffeau ,
eft peut-être un des plus furieux de la guerre ; il faut
que l'ennemi ait été bien maltraité puifque voyant
le vaiffeau démâté de tous mâts , il n'a pas voulu recommencer.
L'Annibal étant retombé fons le vent
hors de la portée du canon ennemi , le Sphinx , de 64 ,
le plus à la portée , le prit à la remorque ; l'ennemi
voyant notre manoeuvre crut peut - être qu'il
nous intimideroit , ou qu'il nous feroit abandon
ner le vaiſſeau en appareillant ; mais fans nous déconcerter
, nous formâmes une ligne ferrée , & lui
offrimes le combat ; alors l'ennemi fuivant la coutume
des Anglois , ne voyant que des coups à
gagner , ne voulut pas l'accepter. Le malheur fur
que notre vailleau fût démâté de tous les mâts
fans cela nous l'y aurions bien forcé . Nous paffames
la nuit à nous réparer , & nous mimes nos
feux pour nous faire voir à l'ennemi. Le 17 ,
nous
rétablimes
le branle
bas , & nous
envoyâmes
du fecours
à l'Annibal
. Nous
fumes
que M. de
Tremigon
, Capitaine
de ce vaiſſeau
, avoit
été
tué , ainfi
que deux
Officiers
de marine
, deux
de
nos
Meffieurs
; il y a eu 200
hommes
hors
de
combat
, & plus de 100 dans les 4 autres
vaiſſeaux
.
-Nous
nous
fommes
occupés
à nous
réparer
jufqu'au
4 Mai
que nous
avons
paffé
la ligne.
Le 24 Mai , nous
avons
paffé
l'Ile de laTrinité
; le
26 , le Tropique
du Capricorne
., Le 10 Juin ,
Artéfien
ayant
fignalé`un
bâtiment
le Com-
-
>
--
( 96 )
mandant fit fignal de chaffe ; elle dura jufqu'au
foir , & nous étions près de le joindre lorfque la
nuit nous le déroba. Nous nous ralliâmes au ſignal
du Commandant . Le 21 au matin , nous découvrimes
la terre , ayant bon vent pour entrer.
Nous mouillâmes au milieu de la baie à minuit.
-
-- Le
Le lendemain 22 , nous appareillâmes , & le
foir , nous mouillâmes dans Sunons - Bay.
24 au matin , toutes les troupes Françoiles deftinées
à la défenſe du Cap , débarquèrent & fe mirent
en marche , ayant à leur tête M. de Conway,
Colonel de Pondichery . Nous nous arrêtâmes à
un camp qui étoit à moitié chemin de la ville , &
nous y co châmes . Le 25 nous nous remimes
en marche , & à dix heures & demie , nous nous
trouvâmes à la porte de la ville, où nous entrâmes au
bruit du canon de la Ville. Nous fommes dans un fort
beau pays , mais très cher. MM. les Hollandois
donnent à tous les Officiers une piafire par jour ,
& au foldat la nourriture . Nous travaillons tous
les jours à nous fortifier & à nous oppoſer à la
plus vigourenie attaque. Le 20 Juillet , les ennemis
entrèrent à la baie de Saldanha , & y trouvèrent
fix bâtimens Hollandois , auxquels à leur
approche on avoit mis le feu ; mais cette précaution
ayant été piife trop tard , & mal exécutée ,
les Anglois en ont emmené 4 ; fi le bonheur ,
plutôt files Hollandois , depuis un mois que nous
étions ici , euffent mis plus de célérité à fournir
les aggrêts pour nous réparer , nous aurions été
attaquer , & peut- être nous aurions pris l'ennemi ;
car à peine nous a -t-il fu à 30 lieues de lui , qu'il
a appareillé . Nous avons très - fûrement vaincu dans
la baie de Praya , puifque nous avons lauvé le
Cap , fait échouer les projets de l'ennemi contre
cette Colonie ; que nous l'avons tellement défemparé
, qu'il craint notre rencontre , & que tout
notre mal fe rédeit a un feul vaiffeau qui a eu le
malheur d'être démâté . Le 2 Août , le cadre
Françoile a appareillé pour l'Ile de France ".
-
ou
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E:
De CONSTANTINOPLE , le Is Octobre.
LE Commiffaire nommé par la Porte pour
aller réclamer à Alger les vaiffeaux Impériaux
doat fe font emparés les corfaires de
cette Régence , ſe diſpoſe à partir pour fa
deftination . Il fera accompagné d'un Négociant
Allemand , que le Miniftre Autrichien
a nommé Agent des Négocians intéreffés à
la cargaison de ces navires. Pour donner
plus d'éclat au Commiflaire Ottoman , il
doit être honoré avant fon départ du titre
de Capidgi -Bachi ou Chambellan . On ignore
quel fera l'effet de fa négociation ; mais on
fait que le Reis Effendi a déclaré que s'il
ne réuffit pas à obtenir la reftitution des
bâtimens réclamés , la Porte eft décidée à
n'accorder aucune indemnifation , parce
que fuivant le Traité de Belgrade , elle
Is Décembre 1781,
e
( 98 )
n'en doit que pour les bâtimens pris par les
Dulcignotes dans la mer Adriatique.
Il y a toujours des troubles dans la Romélie
; les Peuples tourmentés par leur Bacha
ont pris les armes ; les troupes de l'Empire
envoyées contre eux ont été taillées en
pièces ; & on va en envoyer de nouvelles
qui feront affez refpectables pour ne pas
craindre le même fort.
RUSSIE.
De PETERSBOURG , le 6 Novembre.
L'ACCESSION de l'Empereur à la neutralité
eft à préfent une affaire terminée . L'acte
qu'on attendoit de Vienne eft arrivé ; &
l'échange de la ratification s'eft fait ces jours
derniers entre les Plénipotentiaires refpectifs
. L'acte de l'Empereur relativement aux
différends au fujet de la prééminence , eft
dans la même forme que celui par lequel
il accéda en 1772 au Traité de partage de
la Pologne.
A l'égard du Traité de commerce avec
la Cour de Portugal , les négociations ne
font pas encore fort avancées ; le Miniftre
de Lisbonne attend encore des inftructions
& des pouvoirs néceffaires pour aller en
avant ; il s'agit , dit -on , de favoir fi la Reine
de Portugal voudra , comme on le défire
ici , accepter le principe de la neutralité
armée comme une bafe du Traité .
( و و )
La Cour a reçu la réponse de celle d'Angleterre
aux repréſentations de S. M. I. au
fujet de la déclaration de guerre à la Hollande
, elle en a fait part fur le-champ aux
Cours de Stockholm & de Copenhague ;
la femaine dernière elle a expédié un Courier
qui paffera à la Haie , d'où il portera
à Londres des dépêches relatives à la réponſe
de cette Puiffance.
M. Markow qui a fucceffivement occupé
la place de Secrétaire d'Ambaſſade à Varfovie
& en Hollande , qui a accompagné
le Prince de Repnin en qualité de Maître
de cérémonie d'Ambaflade , & qui depuis
quelque tems eft Confeiller de Chancellerie
au département de l'expédition Françoife
pour les Affaires étrangères , a été nommé
Miniftre de l'Impératrice , Adjoint au Prince
de Gallitzin , Ambaffadeur de S. M. I. au-'
près des Etats- Généraux des Provinces -Unies.
DANEMARCK.
و
De COPENHAGUE , le 9 Novembre.
- LE Duc de Wurtemberg Stutgard doit
venir ici inceffamment. On a préparé le
Château de Rofenbourg pour le recevoir.
On croit que S. A. S. paffera tout l'hiver
dans ce pays .
Les bâtimens le Prince- Frédéric & le
Repftorf font partis pour les Indes Orientales
avec des cargaifons pour le compte
de divers particuliers .
1
e 2
( 100 )
Par les vaiffeaux de la Compagnie Afiatique
arrivés dernièrement de la Chine ,
on a appris que les vaiffeaux Hollandois
de la Compagnie des Indes pris par les Anglois
près le Cap de Bonne-Efpérance ,
avoient déja déchargé la plus grande partie
de leurs cargaifons avant la capture.
Il a été permis aux bâtimens Hollandois
qui fe trouvent dans les ports de Norwége ,
& qui n'ofent pas les quitter à caufe des
corfaires ennemis , d'y vendre leurs cargai
fons en payant les droits. Le Roi a nommé
M. Jean - Adolphe Kioge au Gouvernement
des poffeffions Danoifes fur la côte de Guinée
, vacant par la mort de M. Hemfen.
Le 4 , il eft arrivé dans le Sund un
vaiffeau de guerre Anglois de so canons , &
2 frégates de la même Nation de 26 canons
chacune ; on compte dans le Sund 125 bâtimens
deftinés pour la mer du Nord ; il y en a
dans ce nombre 65 Anglois que le vaiffeau
& les frégates de guerre doivent pren
dre fous leur eſcorte ; dans le fefte il y a
plufieurs navires Suédois qui partiront au
premier bon vent fous l'efcorte d'une frégate
de leur Nation ,
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 18 Octobre.
LE Baron de Breteuil , Ambaffadeur
de la Cour de France ici , eft arrivé le
6 de ce mois ; le 10 le Prince Frédéric
( 101 )
Eugêne de Wurtemberg & fa famille ont
fait leur entrée dans cette Capitale. L'Empereur
avoit été au - devant d'eux juſqu'à
Burkerfdorf. Le Grand-Duc & la Grande-
Ducheffe de Ruffie ne font attendus que
le 24 de ce mois .
Un Sculpteur Italien travaille ici depuis
18 mois à la ftatue de l'Empereur ; elle
eft de beau marbre & de 4 pieds & demi
de hauteur. La reffemblance des traits eft ,
dit-on , parfaite. On efpère que cet ouvrage
fera fini pour l'arrivée du Grand - Duc & de
la Grande- Ducheffe . On dit que pendant
leur féjour dans cette Capitale , S. M. I.
fera la cérémonie de l'inveftiture des Etats
de Bavière à la Maifon Palatine.
و
Il vient d'être défendu à tous les Libraires
de faire venir de l'étranger , des Bréviaires
, des Miffels , des Livres de Choeur
& d'autres relatifs aux ordres religieux . Il
a été également défendu aux Récollets de
quêter pour la Paleſtine , & aux Trinitaires
de faire des Collectes pour la délivrance
des Chrétiens tombés entre les mains des
Turcs . S. M. I. fe propofe d'affigner des
fonds à ces objets , & de veiller à leur emploi.
Il vient de fortir des preffes de l'Académie
Impériale de Prague , une excellente
traduction Allemande de l'Ancien &
du Nouveau Teftament ; il fera permis à
tout le monde de poffèder ce livre & de
le lire.
e 3
( 102 )
S. M. I. par une Ordonnance en date
du 11 Octobre dernier , a confirmé la Loi
qui défend au Clergé régulier , c'eſt- àdire
aux Religieux , de rien acquérir par
voie de teftament ni ab inteftat , au- delà de
1500 florins.
On mande de la Croatie qu'on commence
à conſtruire des ponts fur la rivière
de Draw qu'on ne pouvoit fouvent pas
paffer en hiver. Cette rivière charie des
grains d'or qui eft très- fin ; on a vu quel .
quefois des hommes laborieux en retirer
en un jour pour la valeur de plufieurs du
cats.
De HAMBOURG , le 20 Novembre.
LA Confédération du Nord que les Anglois
s'étoient flattés d'affoiblir & peut-être
de diffoudre en déclarant la guerre à la
Hollande , n'a fait que le fortifier de plus
en plus ; on a vu le Roi de Pruffe y accéder
; l'Empereur vient de fuivre cet exemple
, & ces deux Puiffances réunies aux
Puillances maritimes , rendent la neutralité
armée bien redoutable ; peut- être approchons-
nous du tems où laffée de réclamer
contre les injuftices & les vexations , elle
fe fera la juftice qu'elle n'a pu obtenir jufqu'à
préfent. Ce qui femble appuyer forte
ment cette conjecture , c'eft que les Anglois
ne reviennent pas encore à la modération ,
& qu'une de leurs frégates a enlevé un navire
Ruffe chargé de munitions navales
( 103 )
pour l'Espagne , & l'a conduit en Ecoffe
au mépris des droits des nations , & notamment
de ceux de la neutralité armée.
כ כ
L'Allemagne , dit un de nos papiers , paroi
foit avoir adopté le fyftême de ne plus fe dépeupler
pour aller faire confommer la population en Amérique
; la néceffité a cependant encore engagé le
Roi d'Angleterre à tirer de fon Electorat d'Hannovre
deux Régimens de 1000 hommes chacun ,
qui fe font embarqués de Stade. Les Anglois pré-
-tendent que plufieurs Princes Allemands vont faire
aufli quelques nouvelles ventes d'hommes à la
Grande - Bretagne ; ils affurent qu'un corps refpectable
des troupes du Nord ira grollir les armées
britanniques dans le Nouveau-Monde . Cette nouvelle
a paru fi extraordinaire aux Politiques , qu'ils
refufent abfolument d'y croire . Ils pensent avec
raifon que la neutralité armée eft une confédération
trop utile aux Souverains qui la compofent ,
pour que le chef de ce grand & admirable fystême
puiffe y renoncer formellement , en aidant un ennemi
puiffant qu'il eft de l'intérêt de toute l'Europe
de réprimer. Ce n'eft pas la premiere fois
que les papiers Anglois fe permettent ces petites
rufes , pour femer la défiance entre les Etats qu'ils
regardent comme ennemis de leur nation ; mais tout
attefte qu'ils n'obtiendront aucune foi pour cette nou
velle affertion de leur part. Il eft de fait que
44 vaiffeaux Hollandois , deſtinés pour la Mer Baltique
, font partis , dit- on , le io du mois dernier
fous pavillon Suédois , & fous l'escorte de
la frégate de cette nation , le Jarramas , de 44
canons. Cette protection eft viſiblement l'ouvrage
de la neutralité armée . Comment peut - on vraifemblablement
fuppofer que cette même neutralité
voudroit fe nuire à elle - même , en donnant des
fecours à la feule puiffance qui fe plaint d'elle &
de les effets «.
e 4
( 104 )
On dit que la République de Ragufe
s'eft fouftraite à la protection de la Porte
pour le mettre entièrement fous celle de
l'Empereur. Si ce changement.eft vrai , il
peut en réfulter de grands avantages pour
le commerce de Triefte. On forme dans
cette ville beaucoup de fpéculations , nonfeulement
du côté des Indes orientales , mais
de celui des Indes occidentales où l'on fe
propofe d'ouvrir un commerce. Un des plus
confidérables Négocians cherche à en établir
un direct & immédiat , entre le Levant
& Triefte , qui auroit alors une liaifon
parfaite avec les Pays-Bas Autrichens ,
Oftende & Nieuport. On s'occupe également
d'un projet de commerce avec l'Egypte.
La ville s'agrandit tous les jours &
on ybâtit annuellement des maifons en pierre
ayant 2 à 3 étages . Tout femble annoncer
que ce port pourroit être un jour un des
plus fréquentés de l'Europe .
» L'Electeur , écrit - on de Mayence , voulant
rendre notre Univerfité plus floriffante , vient de
fupprimer trois de nos Couvens , favoir , la Chartreufe
, près de cette ville , le Monaftère d'Alten-
Munſter , & la maiſon de Sainte-Claire. L'Univerfité
vient d'être mise en poffeffion de tous les biens ,
meubles & immeubles qui leur appartenoient. Les
Commiffaires nommés par l'Electeur , fe font rendus
le 15 de ce mois à 9 heures du matin dans des
voitures de la Cour aux endroits défignés ; ils
ont annoncé aux Religieux affemblés les ordres du
Souverain ; & après la prife de poffeffion , ils fe
font fait livrer par les Supérieurs les clefs des Monaftères
. Au bout d'une heure , tout fut réglé
( 105 )
avec la plus grande tranquillité. Les Religieux &
Religieufes foumis à cette fuppreffion , continueront
néanmoins de vivre en cominunauté , en obfervant
l'ancienne difcipline , & faifant le fervice divin
comme ci-devant. Une Commillion nommée par
le Prince eft chargée de pourvoir à l'entretien des
individus , fans qu'ils fouffrent aucune diminution
dans ce qui leur étoit antérieurement accordé . Le
même jour , l'Univerfité fe rendit au Palais Electoral
pour remercier S. A. de fes foins paternels
pour fon accroiffement «.
ESPAGNE.
De CADIX , le 15 Novembre.
LA partie de notre convoi que le vent
contraire avoit retenu au dehors eft heureufement
entré ces jours derniers. Il manquoit
encore 3 navires que nous avons vu
pouffés vers le Levant ; nous apprenons que
l'un d'eux a mouillé à Tanger ; le deuxième
eft à la vue du port & le troisième ne peut
pas être fort éloigné . Les fruits les plus
précieux étoient fur les vaiffeaux de ligne .
La cargaifon du convoi confifte principalement
en fucre ; & on peut évaluer cette
feule partie à 16 millions tournois.
Un paquebot de Buéños- Ayres , arrivé
ces jours derniers , ne nous apprend autre
chofe finon que les chefs des révoltés ont
été exécutés dans les différens Diftricts qu'ils
avoient infeftés de leurs brigandages.
Une bélandre qui a mouillé le 13 dans
cette baie , venant de la Havanne en 55
es
( 106 )
jours de traversée , rapporte que peu de
jours avant fon départ , il étoit entré à la
Havanne 2 vaiffeaux de ligne fortis de la
Vera-Crux , apportant 4 millions & demi de
piaftres en efpèces & pour 2 millions de
fruits pour le compte du Roi & du commerce.
Le 12 de ce mois D. Navia eft parti pour
Madrid où il eft mandé. La Cour a changé
la deftination de D. Bonnet ; cet Officier
quitte la flotte pour le commandement général
du Blocus de Gibraltar , auquel il a
été nommé à la place du Lieutenant-Général
de Varcanzel , qui fe retire à cauſe de
fon grand âge & de fa foible fanté.
Nos croifeurs enlèvent de tems en tems
quelques bâtimens qui , avides de gain
cherchent à pénétrer dans Gibraltar , la
bélandre qui y entra le 31 , eft le feul des
navires du Roi équipés en Angleterre qui
ait apporté des munitions de guerre & des
paquets de la Cour. Des déferteurs Anglois
venus à Algéfiras donnent la plus mauvaiſe
idée des difpofitions de la garniſon . Elle a
cependant ration entière ; mais c'est parce
que les vivres déja gâtés ne peuvent fe
conferver davantage & qu'il faut les confommer
plutôt que de les jetter ; la boiffon
feule commence à lui manquer ainfi que
le charbon. Du refte les vifites de nos
chaloupes canonnières ne lui laiffent pas
paffer une nuit tranquille , & les lignes de
St-Roch l'inquiètent pendant le jour . Un
( 107 )
de ces déferteurs rapporte à ce fujer que la
veille une bombe tomba près du Général
au moment de la parade , au point qu'il
fut obligé comme toute fa troupe de mettre
fur le champ ventre à terre pour n'être pas
bleffé par les éclats . On fe promet beaucoup
d'effets des nouvelles batteries de canons
& de mortiers qu'on élève en avant de la
principale batterie appellée de St- Charles.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 1er. Décembre.
CE n'eft que le 27 du mois dernier , le
jour même de la rentrée du Parlement , au
moment où le Roi annonçoit au Parlement
les nouvelles fâcheufes qu'il avoit
reçues le 25 , que la Gazette de la Cour
a publié l'extrait de quelques lettres qu'elle
avoit reçues fur ce malheureux évènement.
La première datée à bord du London devant
la Chéfapéak le 24 Octobre eft du
Général Clinton.
» La flotte aux ordres du Contre- Amiral Graves ,
mit à la voile de Sandy - Hook le 19 courant , &
arriva le 24 à la hauteur du cap Charles , où nous
cûmes la mortification d'apprendre que le Lord
Cornwallis avoit propofé le 17 des termes de
capitulation à l'ennemi ; cet avis nous fut apporté
par un pilote du Charon & quelques autres perfonnes
qui , quittant le rivage , nous dirent qu'elles
s'étoient échappées d York le 18 , & que depuis le
jour précédent , elles n'y avoient entendu aucun
feu. La frégate la Nymphe qui arriva le lendemain
e 6
( 103 )
de New York , m'apporta une lettre du Lord
Cornwallis en date du 15 , qui n'annonçant de fa
part que la perte de tout efpoir , ne me donne
que trop lieu de craindre que ces avis ne foient
vrais depuis ce tems là jufqu'au moment actuel ,
nous avons battu la mer à la hauteur des Caps ,
contrariés par des vents variables & des bouriafques
, fans pouvoir parvenir à nous procurer aucune
information ultérieure , fi ce n'eft de la part de
deux hommes pris fur un canot dont le rapport
eft exactement conforme aux précédens . = Comparant
donc les avis reçus par ces différentes perfonnes
& plufieurs autres qui nous font parvenus,
depuis , avec la lettre du Lord Cornwallis , nous
ne pouvons douter qu'il n'ait capitulé , & que malheureufement
nous ne foyons arrivés trop tard pour
le fecourir, ce qui étant l'objet unique de l'expédition
, l'Amiral s'eft dérerminé à retourner à Sandy-
Hook avec fa flotte ".
La lettre du Comte de Cornwallis dont
il eſt queſtion dans la précédente contenoit
l'avis fuivant :
» Dans la foirée d'hier , l'ennemi a emporté d'af
faut mes deux redoutes avancées de la gauche ;
& pendant la nuit , il les a jointes par des communications
à fa feconde parallèle , qu'il travaille
actuellement à perfectionner. Actuellement ma
à
fituation devient très - critique , nous n'ofons pas
pointer un feul canon fur leurs anciennes batteries ,
je m'attends à voir ouvrir demain matin leurs
nouvelles l'expérience a prouvé que nos ouvrages
de terre fraîchement employée ne réſiſtent pas
leur puiffante artillerie , de forte que nous ferons
bientôt exposés à foutenir un affaut dans des onvrages
ruinés , dans une mauvaiſe pofition & avec
des forces diminuées quant au nombre d'hommes .
Le falut de la place cft donc fi précaire , que
je ne puis demander que la flotte & l'armée courent
de grands rifques en tâchant de nous fauver ".
---
( 109 )
A ces dépêches la Gazette en a joint une
du contre- Amiral Graves qui n'apprend
rien de plus que le regret d'être arrivé trop
tard , & la néceffité où il eft de ramener
à New-York les 7000 hommes qu'il conduifoit
au fecours de Cornwallis. Tout cela
ne nous apprend point comment nous avons
perdu la Virginie , une armée , fon Général
; heureufement la Gazette de France que
nous avons reçue a fuppléé à tous ces
détails qui ont été traduits fur le champ
dans tous nos papiers , & auxquels quelques-
uns en ont joint d'autres qu'ils ont
recueillis de diverfes lettres particulières ,
& dont quelques- uns font curieux & finguliers.
לכ
» Quand on examine la relation publiée en France ,
on ne peut s'empêcher de rendre juſtice à l'activité
& aux autres qualités du Lord Cornwallis ; mais en
même-tems il ſemble qu'on ne peut s'empêcher de
convenir auffi qu'il auroit pu mieux fe défendre. Il
avoit choisi une mauvaife pofition , & avoit embraflé
une trop grande étendue de terrain . Quelques Officiers
prétendent qu'il eût pu attaquer avec avantage
M. de Saint-Simon , lorſqu'il aborda à James-Town ,
puifqu'il n'avoit pas la moitié du monde de Cornwallis.
Il n'a pas retardé les progrès du fiége par
des forties , comme il le pouvoit , le jour du tranfport
de l'artillerie devant Yorck , ce qui étoit le
moment le plus favorable pour lui dont il n'a pas
profité. Au lieu de tomber d'abord fur le corps
François avec toutes les forces , il ufa de petits
moyens pour s'en débarraffer. Il fit jetter dans tous
les puits des têtes de boeufs , des chevaux morts , &
même des cadavres de Nègres. L'armée Françoise
fouffit , à la vérité , de la difette d'eau ; mais elle
( 110 )
pouvoit être autrement inquiétée . C'eft avec les
mêmes armes qu'on prétend qu'il avoit cherché auparavant
à détruire la petite armée de M. de la
Fayette , & l'on n'imagineroit pas le moyen qu'il
avoit employé pour cela. Il faifoit inoculer tous les
Nègres qui défertoient leurs plantations , ou qu'il`
pouvoit enlever , & les forçoit après cela de rétrograder
, & d'aller porter la contagion dans le camp
Américain , & porter les milices à déferter pour la
fuir. La vigilance du Marquis de la Fayette mit
toujours en défaut cette rule , finon nouvelle , du
moins barbare. Une obfervation à faire au fujet de
la capitulation , c'est que le Colonel Laurens qui
étoit au nombre des Officiers qui l'ont dreffée , eft
précisément le fils de l'ancien Préfident du Congrès
que nous tenons enfermé dans la tour de Londres.
On dit que cet Officier retarda de quelques heures
la fignature de cette capitulation , parce qu'il defiroit
que la liberté fût rendue à fon père en échange de
celle du Lord Cornwallis. Le Général répondit
qu'il ne pouvoit figner un article qui l'affimiloit à un
particulier ou à un chef civil , & qu'ayant été pris
les armes à la main , on ne pouvoit traiter de fon
échange qu'avec un Officier de fon grade. M. Laurens
fe relâ ha de fa prétention , & la capitulation
fut fignée. On ne décidera pas ici fi la raison de
Cornwallis étoit bonne. Il faut que le Congrès ne
le croie pas , puifqu'on affure qu'il va rappeller le
Général Burgoyne , fi on ne lui rend point M. Laurens.
Il a d'ailleurs en fon pouvoir tant d'Officiers
d'un rang diftingué , qu'il peut auffi détenir dans une
tour , qu'on peut douter que notre Cour fe décide à
retenir encore long-tems l'ancien Préfident du
Congrès «.
L'on ne manque pas d'obferver ici que
la marche de l'armée Françoife , depuis les
Plaines blanches jufqu'à Yorck- Towny
( III )
prouve combien nous avons aliéné le Con
tinent , où nous ne pouvons nous engager
fans être continuellement harcelés ; tandis
que les François ont tout le monde pour
eux ; on venoit de 8 , 10 & 12 lieues à
la rencontre des foldats François ; on leur
apportoit des gâteaux , de la bière & d'autres
rafraîchiffemens.
Nous ne pouvons nous empêcher d'en convenir
, dit un de nos papiers , & quoiqu'il en coûte
à le dire , jamais plan d'opérations militaires n'a été
plus habilement concerté , plus prudemment conduit
& plus heureufement exécuté que celui d'envelopper
& d'enlever le corps du Comte de Cornwallis
. Et tandis que ce projet dépendoit de combinaifons
aufli multipliées que lointaines , dont une
feule manquée eût pu faire échouer l'entrepriſe
entière , elles ont toutes été remplies a point nommé.
Il est démontré aujourd'hui que les lettres interceptées
du Général Washington n'avoient été fabriquées
que pour tromper Sir Henri Clinton , & lui faire
croire qu'on méditoit une attaque contre New-
Yorck , tandis que dans le fait les préparatifs de
Washington n'avoient pour but que la prife de
Cornwallis & de fon armée , de concert avec les
François à leur arrivée dans la Chéfapéak «.
Nos armes fi malheureuſes en Virginie
ne l'ont pas été moins dans la Caroline ,
où il eft démontré que le Général Gréen a
battu le Colonel Stewart. Nous ne nous
étions flatté de l'avantage que d'après une
Gazette de New- Yorck en date du premier
Octobre ; & fins doute fi nous l'avions
obtenu , le Général Clinton , dans fes dépêches
poftérieures à cette date , n'auroit pas
( 112 )
laiffé ignorer cet évènement au Gouvernement
qui a befoin de confolation . Nous
avons vu la relation du Général Gréen ; on
peut y joindre cette lettre datée de Congarée
, le 14 Septembre.
" Je vous félicite de votre fuccès du 8 de ce
mois à Entaw. L'Ennemi y a eu plus d'onze cents
hommes , tant tués que bleffés & faits prifonniers ;
plus de vingt de leurs . Officiers font entre nos
mains , entr'autres leur Adjudant - Général . Ils fe
font retirés vers Monk's - Cornet. Le Général Marion
, les Colonels Lée & Mallum fe font avancés
en front avec leur Cavalerie , & font à chaque
moment des Prifonniers. Hyrne , Commiffaire des
Prifonniers a déjà une Lifte de cinq cents trente
prifonniers des Troupes Britanniques . Vous verrez,
par les ordres généraux que le Général Gréen a
fait publier dans fon camp après l'action , que la
victoire eft complette ; qu'on ne peut faire aucun
fond for un billet que les Anglois firent circuler à
Charles - Town , où ils s'attribuoient la victoire , &
mettoient au nombre de leurs prifonniers le Colonel
Washington. Au contraire , dans les ordres
généraux que je vous envoie , vous verrez que le
Géneral Gréen le félicite , ainfi que les autres Officiers
, fur fa conduite & fa bravoure «<.
L'extrait fuivant des ordres Généraux
publiés dans le camp du Général Gréen , le
9 Septembre , c'est- à-dire , le lendemain du
combat , ne laiffe pas de doute fur l'évènement
d'une action fur laquelle la Cour garde
le filence le plus profond.
» Le Général préfente les plus vifs remercimens
à tous les Officiers & Soldats de l'armée pour leurs
efforts extraordinaires dans la bataille bien foutenue
d'hier. C'eft pour lui un plaiſir infini de trouver
( 113 )
l'occafion d'avouer l'extrême fatisfaction qu'il a des
Troupes en général. La Milice , commandée par le
Général Marion & Pickens , & par le Colonel Mulmody
, ont répondu à fes plus ardentes efpérances .
Les Troupes de l'Etat , commandées par les Colonels
Handerfon , Humpton , Middleton , Polk &
Hummond le font conduites avec la bravoure & la
fermeté qui caractérisent les Enfans de la Liberté.
La brigade de Nord - Caroline , commandée par le
Brigadier- général Summer , compofée de trois bataillons
, commandés par le Lieutenant - colonel Ash ,
par les Majors Armftrung & Blaunt , firent éclater
une confiance qui fait honneur à de jeunes Soldats.
La brigade de Maryland , commandée par le Lieutenant-
colonel Howard & le Major Hardman , &
la brigade de Virginie, commandée par le Colonel
Campbell , compofée du premier & troisième régimens
, commandés par les Majors Sucad & Capitaine
Edmond , firent paroître des traits éclatans de
cette intrépidité & de ces talens militaires que les
plus vieilles Troupes égalent rarement. Le corps
de l'Infanterie légère , commandé par les Capitaines
Rirker & Rudolf , mérite les applaudiffemens les
plus relevés pour la grande activité. La Cavalerie ,
commandée par les Lieutenans -colonels Washington
& Lée , foutient de la manière la plus courageufe
cette haute réputation qu'ils ont acquife par des
fervices répétés & glorieux ; & le corps d'Artillerie
, commandé par les Capitaines Brown & Gains
( quoique infortunés ) méritent une attention particulière
pour l'ardeur avec laquelle ils ont exécuté
tous les ordres. C'eſt à une forte maifon de brique
que les Bretons ont dû l'avantage de garantir les
reftes de l'armée Britannique de captivité ; & prefque
le manque d'eau a rendu , après l'action , la retraite
néceflaire vers cette Place. La Victoire n'a
pas laiffé d'être complette , & nous n'avons qu'à
regretter la perte de quelques-uns de nos braves
料
7114 )
Officiers & Soldats , dont les morts glorieufes mé
ritent d'être enviées. Le Général préſente ſes vifs
remercimens au Major Hyrne , au Capitaine Pearce
& à fes Aides de- camp Pendlaton & Shubrick , qui
ont renda des fervices importans , par leur activité.
Le Général le juge lui - même particulierement redevable
au Colonel Kufciska & au Major Furfythe
pour leurs fervices volontaires dans la campagne :
Et comme il ne peut s'étendre actuellement en
détails , il efpère que les autres Officiers dans les
divers Départemens , confidéreront qu'il n'oublie pas
leurs différens efforts pour le bien du ſervice . Les
Officiers de l'armée auront la bonté de faire une
lifte des noms , du rang & des Officiers Britanni .
ques , dont quinze ont reçu la parole fur le champ
de bataille , & immédiatement le compte des tués , -
bleffés & de ceux qui manquent «.
Nous nous attendons à apprendre bientôt
la nouvelle de la réduction de la Caroline
par les Américains ; nous ne voyons pas
comment nous pouvons conferver une Province
, où nous n'avons exactement que
Charles- Town . Nos inquiétudes ne font
pas moindres du côté des Antilles ; nos
papiers , pour nous raffurer , prétendent
que l'Amiral Graves a dû appareiller de
New-Yorck le 3 Novembre pour la Jamaïque
avec le London , de 98 canons , & que
l'Amiral Hood mettroit à la voile en mêmetems
avec 18 vaiffeaux de ligne pour les
Ifles , tandis que le refte de l'efcadre
refteroit à New - Yorck avec l'Amiral
Digby. Mais d'abord le départ de Graves
& de Hood ne peut avoir cu lieu
le 3 Novembre. Le 29 Octobre ils étoient
( 115 )
devant la Cheſapeak , & ils écrivoient qu'ils
alloient retourner à New-Yorck , où ils
auront pu arriver au plutôt le 6 Novembre.
Il leur aura fallu débarquer les troupes &
embarquer quelques provifions. Pendant ce
tems le Comte de Graffe pourfuit fa route ,
& il arrivera le premier. Si , comme cela
eft vraisemblable , il conduit avec lui toute
fon efcadre , qu'oppoferons-nous aux entreprifes
qu'il pourra tenter avec tant de fupériorité.
Les Négocians intéreffés au commerce
de la Jamaïque , ont été le 29 porter
leurs craintes & leurs inquiétudes au Lord
Sandwich , qui les a affurés que l'Amiral
Rodney partiroit inceffamment avec une
efcadre pour cette ftation , mais on craint
qu'il ne puiffe partir auffi-tôt qu'il feroit
néceffaire. On préfume que l'efcadre qui
s'équipe pour cet effet ne fera prête à appareiller
que vers la fin de ce mois. Rodney
doit partir pour Portfmouth , afin d'en preffer
l'équipement. Elle fera , dit- on , de 12
vaiffeaux de ligne. Mais fi avant de fe rendre
à ſa deſtination il va tenter d'approvifionner
Gibraltar & Minorque , ce fera une nouvelle
perte de tems , & s'il y réuffit , nous
pourrions avoir déjà fait en Amérique quelques
pertes au moins auffi fenfibles . Quand
il pourroit le mettre en route à préfent ,
nous n'avons pas lieu d'être moins inquiets.
M. de Graffe eft actuellement de retour aux
Ifles où vraisemblablement il n'eft pas
oifif; & nous pouvons recevoir des nou-
,
( 116 )
velles fâcheufes avant que Rodney y foit
arrivé .
La campagne Parlementaire va devenir
très-active ; le 27 on étoit inftruit de la priſe
de Cornwallis ; on imagina que cet évènement
donneroit lieu à des débats piquans ,
& les portes du Parlement furent affiégées
par une foule fi confidérable , que les Membres
eurent beaucoup de peine à y entrer.
L'attente ne fut pas tout-à- fait reinplie ; les
premiers débats roulèrent fur l'adreffe de
remerciemens au Roi de fon gracieux difcours.
Les Lords Southampton & Walfingham
haranguèrent d'abord pour inviter la
Chambre haute à ne montrer aucun découragement
à fe roidir contre les difficultés ;
& l'adreffe conçue ainfi pafla & fut préfentée
le 28 au Roi.
les
Nous , les Sujets fidèles & foumis de V. M. ,
Lords fpirituels & temporels affemblés en Parlement ,
demandons la permiffion de faire remercier humblement
V. M. pour le très - gracieux difcours
qu'elle a prononcé du haut de fon trône. Nous
fommes également indignés & affligés de voir la
guerre fe prolonger par cette ambition inquiète ,
qui la première a décidé les ennemis de V. M. a
la commencer & qui continue à contrarier vos
defirs & vos efforts pour rendre la tranquillité
publique . Pénétrés de la plus fincère gratitude ,
nous reconnoiflons la fagcffe de V. M. , & fes
foins foutenus pour rendre le bien-être à fes peuples
, nous en avons des preuves dans les voeux
que nous formons pour la paix , & dans la réfolution
que vous avez priſe de ne jamais facrifier à ce defir
& au bien-être paffager de vos fujets , les droits
›
( 117 )
effentiels & les intérêts permanents dont la défenfe
& le foutien feront toujours la force & la sureté
Nous fommes très- ati faits de la
de ce Pays.
--
>
perfpective favorable que préfentent nos affaires
dans l'Inde , & de 1 heureuſe arrivée des nombreuſes
flottes marchandes de ces Royaumes . Nous voyons
avec regret que les efforts de V. M. pour défendre
toute l'étendue des poffeffions de fa Couronne
n'ont point été accompagnés de fuccès égal à la
droiture & à la juftice de ſes vues . Et nous gémiffons
de voir que les évènemens de la guerre
ont été auffi malheureux pour vos armes en Virginie.
Nous fommes auifi très-reconnoiffans de
la follicitude paternelle que V. M. a montrée pour
le bonheur de fon peuple dans la tentative que
V. M. n'a ceffé de faire pour éteindre l'efprit de
rebellion que nos ennemis ont trouvé le moyen
de fomenter & d'entretenir dans les Colonies d'Amérique
, & pour rendre à vos fujets abufés dans cette
partie du monde tous les avantages & tout le
bonheur dont ils jouiffoient en obéillant aux loix.
Nous demandons la permiffion d'affurer V. M. que
nous concourrons & l'affifterons avec fermeté pour
faire avorter les projets de nos ennemis , qui font
aufli préjudiciables aux intérêts de l'Amérique , qu'à
ceux de la G. B, Nous reprendrons , fans perdre
de tems , nos délibérations fur l'état des pofleflions
& des revenus de la G. B. dans l'Inde , nous en
reprendrons le fil avec le même efprit & la même
modération , & nous continuerons à examiner auffi
avec la même attention & la même ardeur comment
ces Provinces, éloignées peuvent être gouvernée , &
contenues fans le moindre danger à l'avantage de
l'Angleterre , & quels feront les moyens les plus
propres à faire le bonheur des naturels du Pays.
Etant décidés à n'éviter ni les difficultés , ni les
dangers pour défendre notre Patrie , conferver fes
droits & fes intérêts , nous continuerons à réunir
( 118 )
nos efforts pour foutenir cette grande & importante
querelle dans laquelle nous fommes engagés .- Nous
nous repofons fur la protection de la divine Providence
dans une cauſe auffi jufte , & nous fommes
perfuadés que par notre concours & par notre fou
tien , par la bravoure des efcadres & des armées
de V. M. , & par la réunion & l'enſemble des efforts ,
des moyens & des reffources de fon peuple , V. M.
trouvera les moyens de endre vains les projets
ambitieux de vos ennemis , & rendra à toutes les
Poffeflions les avantages d'une paix honorable &
folide.
Le Roi fit à cette adreſſe la réponſe ſuivante.
Milords , je vous remercie de votre Adreffe remplie
de zèle & de foumiffion ; les affurances que vous
me donnez de votre concours & de votre foutien
dans la pourfuite de la grande & importante que
relle dans laquelle nous fommes engagés , m'ont
fait le plus vif plaifir , & auront fans doute les effets
les plus falutaires . Je tâcherai toujours d'employer
vos fecours du mieux qu'il me fera poffible pour
parvenir au feul objet que j'ai en vue , celui d'une
paix honorable & folide.
Cette adreffe ne paffa pas fans oppofition
. Le Comte de Shelburne propofa de
ne conferver que les deux premiers paragraphes
, de fupprimer le refte & d'y ſubſtituer.
» Nous travaillerons tous enſemble &
fans aucun délai , à propoſer & à rédiger les
confeils que nous devons mettre aux pieds
du Roi pour animer les efforts & diriger
les forces de manière à gagner la confiance.
des fujets ". L'amendement fut rejetté à la
pluralité de 75 voix , dont 10 par procuration
, contre 31. Les Lords Richmont , Fitz
( 119 )
William & Rockingham , firent la protef
tation fuivante. » Pour les raifons fi fouvent
alléguées , & toujours en vain depuis
7 ans , contre la continuation ruineufe de
la guerre faite par les Miniftres de S. M. aux
peuples de l'Amérique Septentrionale , raifons
qu'il eft inutile de répéter parce qu'elles
ne font que trop malheureufement confirmées
par l'énormité de nos dépenfes réité- 4
rées , & par la perte que nous venons de
faire d'une feconde armée ".
L'adreffe de la Chambre des Communes
fut propofée également le 27 ; les amendemens
furent rejettés , & elle fut préfentée
le 29. On remarqua dans les débats à
ce fujet que le Lord Germaine en parlant
de la prife du Lord Cornwallis , déclara
que ce malheur étoit l'effet de la trop grande
fupériorité de l'efcadre Françoife fur la nô
tre dans cette partie du monde. M. Fox
ne laiffa pas tomber cette affertion . Mylord ,
dit- il , au Miniftre , lorfque le tems fera
venu de faire une motion contre le Lord
Sandwich , je vous préviens que je vous
fommerai de dépofer contre ce premier Lord
de l'Amirauté.
Après les premiers débats occafionnés par
cette adreffe , il fut demandé , la veille du
jour qu'elle fut préfentée , rapport de la réfolution
qui y étoit relative ; ce qui donna
lieu à plufieurs nouveaux débats qui devinrent
très vifs .
M. William Wake obferva que le jour précédent
( 120 )
on avoit infifté fur la néceffité d'une . union de
toutes les parties , pour augmenter les forces du
Gouvernement , & mettre la Nation en état
de faire des efforts proportionnés aux circonf
tances. Il ajouta : Si par le mot union on entend
qu'il faut fe déterminer unanimement à continuer
la guerre d'Amérique , je déclare que jamais cette
union n'aura lieu dans cette Chambre , tant que
j'aurai le pouvoir de voter contre cette guerre ,
que je regarde comme deftructive pour la G. B. ,
&abfolument impraticable. Je regarde, dit M. Philip
Jenning Clerk , comme coupables de la plus haute
trahifon , tous ceux qui ont contribué à la continuation
de la guerre d'Amérique après la préfentation
de la pétition apportée du Congrès par M.
Penn. Elle refpiroit un efprit de juftice & de loyauté;
fon langage étoit refpectueux & honnête. Le Congrès
y déclaroit expreffément qu'il étoit porté &
tout prêt à accéder à toutes conditions compatibles
avec la liberté , & propres à maintenir l'honneur
de la Métropole. Que pouvions - nous defirer de
plus décent & de plus utile ? Mais cette pétition a
été rejettée. On n'a pas voulu entendre M. Penn ,
& de là font venues toutes nos calamités . En conféquence
je m'oppofe à une adreffe qui , par la teneur
, engage la Chambre à continuer la guerre
d'Amérique. M. Duncombe s'éleva auffi avec la
plus grande force contre l'adreffe projettée. Le Lord
North , dit-il , fait fonner bien haut les reffources
que nous avons pour continuer la guerre. Si ce Miniftre
entend par -là ce que nous avons dans notre
bourſe , il peut fe faire qu'il s'y trouve encore
quelques guinées ; mais quant à la Nation en général
, le cas eft bien différent , & on ne fait que
trop qu'elle eft réduite à la plus affreufe mifere.
D'ailleurs la guerre d'Amérique eft univerfellement
odieufe , & je fuis convaincu , malgré la diverfité
apparente des opinions , qu'il n'y a pas un feul
Membre
( 121 )
→
:
Membre de cette Chambre qui ne reconnoiffe dans
le fond de fon coeur que la guerre d'Amériq e n'a
fervi qu'à épuifer le fang & les trésors de la Nation
, dont la ruine eft inévitable , fi on ne fe hâte
point de la délivrer de ce fléau . M. Williams
prononça un très - long difcours contre le projet
d'adreffe en particulier , & contre la guerre d'Amérique
en général . Voici comme il débuta
Avant de prendre la réfolution définitive de préfenter
au Roi une adreffe par laquelle la Chambre
contracte l'engagement le plus formel de pourfuivre
la guerre d'Amérique & de continuer fon
appui au fyftême funefte qui , du faîte de la gloire
& de la profpérité , a conduit 1 Angleterre au dernier
degré de misère & d'abjection , fignat d'une deftruction
inévitable , fi l'on ne prévient cette crife
prochaine par le développement le plus prompt
de tout ce qui nous refte de courage & de forces ;
avant , dis-je , de prendre une réfolution fi intéreffante
, je vous conjure de vous arrêter un moment
pour confidérer ce que vous allez faire . L'a treffe
actuellement fous les yeux de la Chambre , a été
rédigée dans les termes les plus hypocrites & les
plus captieux ; & fi dans une circonftance auffi critique
que l'eft , de l'aveu général , celle où nous
nous trouvons , nous fouffrons que cette adreffe foit
donnée au public comme l'expreffion des vra s fentimens
de la Chambre ; ce fera pour nous un furcroît
d'humiliation qui mettra le comble à nos
difgraces , à moins que l'on re compte pour rien
le malheur de tromper le Roi , de déshonorer le
jugement de la Chambre & de dégrader fa dignité
, d'infulter la Nation , & d'amener des évènemens
qui ne peuvent manquer d'entraîner la haine
même de l'Empire . Dans un moment où le coeur
de tous les citoyens eft ferré par la nouvelle d'un
défaftre terrible , le Parlement d'un peuple libre
doit-il fe rendre l'écho des paroles qu'un Miniftre
Is Décembre 1781.
f
( 122 )
accoutumé par un long exercice à l'art de la féduction
, a mis dans la bouche du Roi , mais
qui étoient à tous égards indignes de S. M..... Le
Lord North , en parlant de la guerre d'Amérique ,
a dit qu'il l'avoit toujours regardée & qu'il la regardoit
encore comme une guerre juſte & néceffaire
, fondée fur la réclamation de l'exercice modéré
d'un droit reconnu de tout le monde. La
premiere partie de cette propofition eſt depuis fi
long-tems difcutée dans toute l'Europe , qu'il n'y a
plus rien à dire fur cet objet. Quant à la néceffité
de la guerre , elle ne peut avoir pour motif
que fes avantages , & malheureufement on ne fait,
que trop à quoi s'en tenir fur cet article. On
pourroit croire au moins , d'après les affurances
réitérées des Miniftres , que ceux des Américains
qui font reftés fidèles au Roi , devoient compter fur
la protection la plus efficace . Si la Chambre eft
curieufe de favoir comment le Gouvernement a tenu
parole en cette occafion comme en beaucoup
d'autres , je la fupplie de le faire repréfenter les
articles de la capitulation du Lord Cornwallis , &
de jetter les yeux fur la réponse à l'art . 10 ; elle y
verra que tous les amis de la Grande-Bretagne ,
tous les Loyaliftes , que de fauffes eſpérances &
des promeffes perfides avoient engagé à fe joindre
au Lord Cornwallis bien - loin d'être protégés ,
ont été abandonnés à la Juſtice civile du pays ! .....
›
Loin que l'adreffe engage ceux qui ont voté
pour elle , dit le Lord Avocat , à voter à l'avenir
autrement que d'après leur opinion fondée fur
des circonftances & des raifons particulières
cette adreffe eft fi vague & fi générale qu'elle n'engage
perfonne à aucun vote fpécial , & encore
moins la Chambre à faire la guerre . Je m'explique:
par le mot guerre , j'entends la guerre Américaine.
Il eft certain que fi dans l'adreffe il étoit
parlé de guerre Américaine , cette expreffion don(
123 )
neroit lieu à une foule d'objections & de débats.
Ceux qui opinent pour qu'on y renonce abfolument
nous diroient s'ils veulent auffi qu'on abandonne
Halifax , New-York & Charles-Town , (fuppofé
que ces places foient encore à nous ) . Je ne parle
point du Canada , je me borne à ce que nous appellons
proprement l'Amérique Septentrionale. D'un
autre côté , ceux qui prétendent que la politique
exige que l'Angleterre envoie des renforts en Amérique
& qu'elle continue une guerre offenfive , déduiroient
à la Chambre les motifs qui ont déterminé
leur opinion .... Au furplus , les Miniftres ne
tarderont pas à nous faire part de leurs idées fur
cet objet , & il eft inutile de les prévenir. J'obſerverai
feulement que dans les circonftances critiques où
nous nous trouvons , il est néceffaire de fe décider
le plus promptement poffible , & j'ajouterai qu'il
n'y a rien de bon à attendre d'une adminiftration
dont les Membres font continuellement divifés entr'eux.
Dans notre embarras actuel , fi un Miniftre
trouve de l'oppofition à ce qu'il propofe , il
devroit fe retirer. Le principe le plus facré de notre
conftitution , eft que le Roi ne peut pas faire le
mal , & lorfque le Monarque prononce , on doit
croire que le Cabinet fuivra le plan adopté par le
Souverain. Au furplus , je ne prétends point atta
quer , par ce que je viens de dire , aucun des
Membres de l'adminiftration , ni le Lord North
dont j'approuverai toujours la conduite tant publique
que privée. Je fuis bien convaincu que
l'adreffe , ainfi qu'elle eft conçue , préfente uniquement
l'efpèce de langage que le Parlement eft
cenfé devoir tenir convenablement à fon Souverain.
Et je prie inftamment qu'on ne m'attribue
point dans cette Chambre un fens que je déclare
n'être pas celui qu'on veut leur donner. - M. Fox
félicita enfuite M. Pitt d'avoir arraché du Lord
Avocat-Général un difcours auffi vigoureux & auffi
-
-
f 2
( 124 )
Franc . Il demanda au Lord Avocat quand viendroit
le jour que les Miniftres s'expliqueroient définiti
vement fur le fujet de la guerre. Le Lord Avocat-
Général répondit que ce feroit quand le Parle,
ment voteroit les fonds néceffaires pour envoyer
de nouvelles troupes à la place de celles que commandoit
Cornwallis. M. Burke prononça un
difcours pour rejetter l'adreffe & infifta avec cha
leur fur la cruauté qu'il y auroit d'abandonner à
la juftice civile des Américains , les malheureux
Loyalistes qui ont été faits prifonniers à York,
Town , & il fit le tableau le plus touchant de la
cruelle deftinée qui les attend , en conféquence du
dixième article de la capitulation.
A 7 heures la Chambre fut aux voix , il y en eut
131 pour le rapport , & 54 contre.
FRANCE.
DeVERSAILLES , le 11 Décembre.
LE 2 de ce mois M. le Fevre de Caumartin
, Prevôt des Marchands de la Ville
de Paris , remercia le Roi & toute la Famille
Royale , à l'occafion de fa nomination à la
place de Confeiller d'Etat , vacante par la
mort de M. Dufour de Villeneuve , & prit
le lendemain féance au Confeil en cette
qualité.
De PARIS , le 11 Décembre.
Aux détails que nous avons donnés de
la grande expédition des armées de terre &
de mer combinées , Françoife & Américaine,
dans la Virginie , on nous faura gré d'en
joindre quelques - uns que nous tirons de
( 125 )
la relation d'un Officier-Général de l'armée
Françoiſe , qui n'a prefque pas quitté la
tranchée.
» Depuis le départ de l'armée de Philadelphie ,
elle s'eft portée à grandes journées fur Head- of- Elk ,
à la naiffance de la baye de Chéſapéak . Là les
Généraux réfolurent de faire embarquer toute leur
artillerie , excepté celle des bataillons & les hommes
qui y étoient attachés ; de joindre à la première
tous les grenadiers & chaffeurs de l'armée Françoife
, l'infanterie légère de l'armée Américaine ,
& l'infanterie de la Légion de Lauzun. Le commandement
de ces troupes fut donné pour les Américains
au Général Lincoln , & pour les François à
M. de Cuftine. L'objet de cet embarquement étoit
d'accélérer l'arrivée des troupes qui devoient reflerrer
Cornwallis , & mettre à l'abri de toute irruption
de fa part , celles qui le contenoient entre la rivière
de James & celle d'York , & d'éviter un tranſport
de notre artillerie pendant plus de 300 milles . 1300
hommes , tant d'artillerie que de l'élite de l'armée
Françoife , 1000 Américains de l'élite de leur armée ,
ainfi que toute l'artillerie & les approvifionnemens
furent embarqués dans des barques prefques toutes
mal gréées ; la navigation pouvoit n'être que de s
ou 6 jours pour parcourir en longueur une mer
de plus de 370 milles de long , que l'on eft convenu
d'appeller la baie de Chéfapéak ; en conféquence ,
toutes les provifions que nous pûmes à grand peine
nous procurer , depuis le départ de l'armée dans
un pays qui reffemble plutôt à un défert qu'à une
contrée faite pour être l'habitation des hommes
furent quelques boeufs , dont on fit cuire la moitié
& faler le refte ; il y en avoit pour quatre jours ;
& pour fuppléer aux vivres da refte de cette traverfée
, il fat donné à chaque homme , Officier
comme Soldat , une livre de fromage , cela étoit
.
£
3
( 126 )
accompagné d'un peu de rum & de bifcuit pour
17 jours . Le Général Lincoln refta à Head- of- Elk
pour l'embarquement du refte des troupes de l'armée
Américaine , dans des bâtimens qui devoient arriver
fucceffivement. Le 12 , à quatre heures après midi ,
il remit le commandement des Américains à M. de
Cuftine , dont la flotte , compofée de 70 voiles ,
appareilla une heure après , pour le rendre dans la
rivière de James , où elle n'a débarqué que le
douzième jour , ayant éprouvé fur la baie toutes
les contradictions , coups de vent fur coups de
vent & orages ; cependant le bonheur a fait arriver
le tout à bon port , le 23 Septembre , à Colledge-
Crick , où le débarquement s'effectua , ainfi que
la jonction avec les troupes du Marquis de Saint-
Simon , & celles du Marquis de la Fayette , à
Williamsburg . L'armée arrivée le 26 , débarqua ;
le 27 tout le réunit au camp de Williamsburg.
-Le 28 , à la pointe du jour , les armées réunies ,
compofées de régimens François , & d'environ
3600 Américains , marchèrent fur York fans équipages
, & avec très-peu de moyens de fubfiſtance.
L'armée n'avoit avec elle que fon artillerie de
campagne ; l'avant - garde en étoit faite par des
volontaires , au nombre de 220 , aux ordres du
Baron de Saint - Simon , & de 1400 grenadiers &
chaffeurs , le tout aux ordres de M. le Baron de
Viomenil , & fous lui M. de Caftine. La marche
fe fit fans aucun empêchement de la part des
Anglois ; il n'y eut que quelques coups de fufil tirés
par leurs poftes avancés , en fe repliant ; ils étoient
prévenus de notre marche , & leurs poftes n'étoient
pas à plus d'un mille de leur camp. Ils occupoient
alors les ouvrages de la droite de leur pofition
actuelle dans York , & un camp dont le front étoit
garni d'abattis de redoutes , & de batteries ; ils
fe contentèrent de tirer quelques volées de canons
le jour de notre arrivée , pour répondre aux recon-
3
( 127 )
noiffances qui fe firent. Tous les poftes avancés
ayant été repliés , on fut à portée de voir jufqu'à
leur front. La marche des Américains , le 29,
donna infiniment d'inquiétude à Cornwallis pour fon
flanc gauche , cependant il garda la même pofition.
Le 30 , les Américains ayant paffé un grand marais
de l'autre côté duquel ils campèrent , & fur lequel
on établit une communication immenfe du camp
François au leur , & ayant tâté le même jour la
droite des ennemis , dont on reconnut la pofition ;
ceux-ci craignant une attaque de vive force dans
une pofition trop étendue , fe retirèrent dans la nuit ,
& à la pointe du jour , on trouva tous leurs poftes
évacués , leur camp abandonné ; on les vit renfermés
dans leurs retranchemens d'Yorck , où pour les
cerner , après avoir fait occuper les redoutes qu'ils
avoient abandonnées , on y en ajouta deux autres .
Depuis l'époque de notre arrivée ici , jufqu'au s
Octobre , ils ont toujours canonné à la valeur d'un
coup de canon par 4 minutes , ce qui n'a jamais
interrompu les travaux faits fous le feu de leurs
batteries ; ils n'avoient , jufqu'à cette époque , fait
autre chofe que tuer to Américains , bleffer 2
tuer un François , & bleffer 2 , dont un Officier.
La nuit du 6 an 7 , l'on furprit aux ennemis l'ouverture
de la tranchée , les poftes qui couvroient
les travailleurs avoient été placés fi avantageufement
, les ennemis avoient eu fi peu la poflibilité
d'avoir connoillance de ce qui fe paffoit , que le 7 à la
pointe du jour , ils fe virent entourés de la première
parallèle , qui , quoiqu'en partie dans un terrein
rempli de fouches & très- difficile , a été travaillé
avec tant de vigueur , qu'au jour il ne reftoit plus
qu'à élargir ; & toutes les troupes étoient parfaitement
couvertes ; ils n'ont rien ofé tenter fur cette
parallèle , qui eût dû coûter 1500 hommes au moins
à élever , s'ils avoient pu en avoir connoiffance &
prendre les moyens qu'il leur étoit facile d'employer
£ 4
( 128 )
pour s'y oppofer. Au lieu de cela , les François n'ont
eu que deux feuls hommes bleifés , & les Américains
aucun. Cette parallèle étoit élevée à 250 toifes des
ouvrages des ennemis ; l'on fut quatre jours tant à
la perfectionner qu'à élever les batteries. Cornwallis
avoit perfuadé à les troupes que pour les attaquer ,
nous n'avions d'autres armes que du canon de campagne
; notre filence pendant quatre jours de tranchée
ouverte , avoit accrédité cette opinion ; à la
fin du quatrième , 74 bouches-à-feu démafquées ,
tant de canon de 16 que de 24 , mortiers & obufiers ,
imprimèrent dans cette armée un refpect profond ,
qui fut témoigné non -feulement par leur filence ,
mais par le foin extrême que prirent les Anglois
de fe cacher de ce feu meurtrier & confécutif; il
fut dirigé avec tant de fuccès , que dans la nuit du
quatrième au cinquième jour , le feu prit à deux
vaiffeaux , dont le Charon à deux batteries , ce qui
les a privés d'une grande quantité de munitions qui
étoit encore fur ce vaiffeau ; jamais fpectacle plus
horrible & plus beau n'a pu s'offrir à l'oeil ; dans
une nuit obfcure , tous les fabords ouverts , jettant
des gerbes de feu , les coups de canons qui en partoient
, l'afpect de toute la rade , les vaiffeaux fous
leurs huniers , fuyant le vaiffeau enflammé , & c.
Les Anglois avoient en avant de leur ligne deux
rangs de redoutes fortifiées d'abattis , & bien fraifées
de paliffades ; jufqu'au 11 , on s'occupa fur- tout à
celles de leur gauche qui commandoient la rivière
de York , à les chauffer avec vigueur.
nuit du 11 au 12 , on éleva la feconde parallèle ,
& celle du 13 au 14 , fut réfolu l'atraque des redoutes
avancées ; notre canon avoit fait peu d'effet fur
l'abattis & même fur les paliffades , n'ayant aucune
batterie élevée pofitivement contr'elles . Dix Charpentiers
, avec des haches affilées , faifoient l'avantgarde
, avec so Chaffeurs portant des fafcines ,
un bataillon de 400 Grenadiers aux ordres du
La
( 129 )
Comte Guillaume de Deux - Ponts , ayant fous lui
M. de l'Eftrade , Lieutenant - Colonel du Régiment
de Gâtinois ; il étoit foutenu par le fecond bataillon
de ce Régiment , deux compagnies de Chafleurs auxiliaires
, & deux pièces de canon , aux ordres de
M. de Roftin , Colonel du premier Régiment de
tranchée. Le Baron de Viomenil , qui commandoit
toute la tranchée ce jour-là , voulut être en chef
à l'attaque , dont les difpofitions avoient été faites
pendant le jour , & laiTa M. de Cuftine , commandant
la tranchée. L'attaque des Américains
devoit le faire en même tems à la redoute de la
gauche des ennemis , qui , battue par trois batteries
depuis l'ouverture de la tranchée , étoit en trèsmauvais
état ; deux autres fauffes attaques devoient
fe faire pour partager l'attention des ennemis . — La
redoute qu'attaquoient les Américains , fit peu de
réfiftance ; l'infanterie légère y prit 19 hommes
So qui la défendoient s'étoient enfuis en partie à
l'avance ; il n'en fut pas de même de celle qu'attaquoient
les François ; les Grenadiers des troupes
d'Anfpach , de Heffe & Anglois , au nombre de 160 ,
s'y maintinrent avec vigueur ; mais nos Charpentiers
, fans héfirer , coupèrent les branches des
abattis , la paliffade de la redoute , & les Grenadiers
, fans tarder un inftant , malgré le feu des
ennemis , couronnèrent le parapet & emportèrent
cet ouvrage , où l'on a pris 39 hommes , & tué
21 ; le refte s'enfuit & ne put être atteint . La
fermeté des troupes , la décifion du Comte Guillaume
, font faites pour faire honneur aux uns &
aux autres ; cette attaque nous a coûté 70 Grenadiers
ou Chaffeurs tués ou bleffés , & plufieurs
Officiers . Le Comte Guillaume lui-même voulant
voir par-deffus le parapet de la redoute après l'avoir
prife, un coup de canon , qui lui a envoyé une motte de
fable , a fait craindre pendant plufieurs heures qu'il
ne fût aveuglé ; fa bleffure n'aura aucune fuite fa-
>
fs
( 130 )
cheufe . La terreur des ennemis fut telle , que s'étant
crus allallis de toute part , il partit de tout le front
de leurs ouvrages un feu de moufqueterie qui fe
foutint près de 10 minutes fur la tranchée. Dans
la même nuit , la feconde parallèle fut achevée ,
les redoutes prifes y fervirent de point d'appui ,
& à la pointe du jour , elles furent perfectionnées .
ainfi que la communication qui y conduifoit. La nuit
fuivante , fe commencèrent les batteries , & enfin
le
17. à la pointe du jour , elles furent toutes prêtes
à tirer , & le firent avec un tel fuccès , qu'à neuf
heures du matin Cornwallis , fans avoir été fommé ,
envoya un Parlementaire pour propofer de capituler.
Le Marquis de Saint-Simon ayant été bleſſe
à la tranchée , M. de Cultine , qui la commandoit
fous lui , envoya le Parlementaire au Général Améicain
, il fut convenu que l'on n'interromproit
point le feu , & que fans plus tarder , il recommenceroit
; quelques minutes après , un fecond
Parlementaire étant revenu , demandant avec inftance
la ceffation du feu , le Brigadier François
auquel il s'adreffa à la tranchée , ne put répondre
autre chofe , que n'ayant aucun titre pour recevoir
des propofitions , il n'avoit , pour répondre , que
du canon dont il alloit dans l'inftant recommencer
Fufage , ce qui fut exécuté ; & à deux heures après
midi , Cornwallis , avec inftance & prières redoublées
, obtint la ceffation du feu des batteries , qui
faifoient un tel effet , que dès le lendemain fes
retranchemens devenoient infoutenables de toute
part ; auffi a - t -il accepté une capitulation calquée
à-peu-près fur celle de Charles - Town. Par cette
capitulation , 16 Régimens Anglois ou Heffois fe
font rendus prifonniers de guerre à 7000 François
& 3600 Américains . La perte , pour l'Angleterre
peut être évaluée à plus de 40 millions ;
car outre un vaiffeau de guerre , quatre frégates
ou corvettes , l'artillerie de campagne de l'armée
---
( 131 )
& c.
de Cornwallis , des fubfiftances pour cette armée
pour plus de 4 mois , tout l'attirail de campagne ,
Cet évènement a été précédé d'un combat
naval qui a coûté à l'Angleterre un vailleau de 74 ,
qui a coulé bas , deux vaiffeaux mis hors de fervice
, & quatre frégates prifes. Par ces deux évènemens
, la Virginie & tout le Sud font délivrés ;
il ne reftera à l'Angleterre , dans toute la Caroline ,
que la feule ville de Charles- Town.
L'état de la garniſon priſonnière à Yorck
& à Glocefter , confiftoit en 8 bataillons
Anglois , un des Gardes , un des 17e , 23e ,
33e & 43e régimens ; un des 7ie , 76e &
8oe des Montagnards Ecoffois , non compris
les Chaffeurs de l'Armée , la Légion
Britannique & l'infanterie légère , & en 8
bataillons Allemands ; favoir 2 du régiment
du Prince Héréditaire & 2 du régiment de
Bok , Heffois , 2 du régiment d'Anfpach &
2 du régiment de Bareuth . Le complet de
chaque régiment Anglois fervant en Amérique
eft de 804 hommes.
La campagne ne pouvoit finir d'une ma
nière plus glorieufe fur le Continent ( 1 ) ;
elle va continuer aux Antilles , où M. de
(1)Pour fuivre les marches & les opérations des armées
combinées , on ne peut guère fe difpenfer de recourir aux
Cartes ; celle de l'Amérique Septentrionale , par M. le
Chevalier de Beaurain , Géographe du Roi , Penfionnaire
de S. M. , eft très -détaillée , & a été dreffée pour fervir
à l'intelligence de la guerre actuelle. Cette Carte gravée
avec foin , imprimée fur grand papier , eft enluminée de
couleurs diftinctives pour la connoiffance des différentes
Provinces qui compofent les Etats- Unis de l'Amérique
Septentrionale. Le prix en eft de 6 liv . , & elle fe trouve chez
M. le Chevalier de Beaurain , rue Gift-le-Coeur St -André,
f 6
( 132 )
Graffe eft retourné , & où les Anglois doivent
l'avoir fuivi le plutôt qu'il leur a été
poflible , pour s'opposer aux entrepriſes
qu'il peut former ; le Commandant François
qui y eft maintenant & qui a dû les
précéder , a peut- être dans le moment actuel
tenté déjà quelque chofe , & les nouvelles
de fes opérations nous arriveront vraifemblablement
dans le mois prochain.
Tout le préparoit depuis long-tems en
Europe pour envoyer des renforts aux Antilles.
L'efcadre armée à Breft étoit déjà en
rade à la fin du mois dernier.
Elle confifte , felon quelques lettres , dans les
aiffeaux la Bretagne , le Majeftueux , le Royal-
Louis , le Terrible & l'Invincible , de 110 canons,
tous doublés en cuivre ; la Couronne , de 80 ; le
Pegaze , le Robufte , le Fendant , le Zodiaque ,
le Magnifique , l'Actif, le Bien- Aimé , le Brave ,
Argonaute , le Protecteur & le Guerrier , de 74 ;
Je Dauphin-Royal , de 70 ; le Lion , l'Indien , de
64 ; le Hardi , l'Alexandre , de même force ,
armés en flûte , & ayant leurs canons dans la
cale. Les troupes font toutes à bord des tranfports
qui doivent marcher ſous la protection de cette efcadre.
M. de Guichen en prend le commandement ,
il doit la conduire avec le convoi jufqu'à une
certaine hauteur. Ce convoi continuera fa route
pour les Ifles , fous l'efcorte de plufieurs vaiffeaux
de guerre aux ordres de M. de Vaudreuil ; & M.
de Guichen fe rendra à Cadix avec le reſte. Cette
efcadre a dû partir le 7 de ce mois , fi le vent a
été favorable.
Le bruit fe foutient que M. de Buffy ;
dont le nom eft fi cher & fi célèbre dans
l'Inde , s'eft déterminé à y retourner ; il eft
( 133 )
parti il y a quelque tems pour fes terres , d'où
il prendra la route de Cadix , où il s'embarquera
fur l'Illuftre de 74 canons. Ce
vaiffeau & le St - Michel de 64 , font depuis
long- tems dans ce port ; on les dit deſtinés
à aller joindre dans l'Inde les efcadres réunies
de M. d'Orves & de M. de Suffren.
Nos nouvelles de ces contrées font de la
fin de Juillet dernier ; ce font celles qu'on
avoit reçues au Cap de Bonne-Espérance ,
& que M. de Suffren a fait paffer avec fes
dépêches. Nous n'avons point d'autres détails
que ceux- ci , qu'on lit dans une lettre
de Cadix .
Le vaiffeau le Grandbourg , venant du Cap
de Bonne-Efpérance , en 63 jours , avec des dépêches
de M. de Suffren , eft heureuſement arrivé
dans ce port le 7 au matin . M. Dordelin , ci-devant
Capitaine de la Compagnie des Indes , qui fe
trouvoit au Cap en attendant l'occafion de revenir
en France pour raifon de fanté , étoit porteur des
paquets qui ont été expédiés en France par un courier
, M. Dor lelin n'ayant pas été en état de les
porter lui -même . Nous avons eu par ce bâtiment
des letires des Officiers de M. de Suffren , & nous
avons fu par M. Dordelin les détails fuivans .
M. de Suffren craignant de manquer d'eau , fe détermina
à relâcher au Cap-Verd pour en faire ; &
ayant découvert que Johnſtone étoit à Sant-Jago ,
il fe propofa d'aller mouiller dans le même endroit
, bien perfuadé que le Commodore Anglois
ne fouffriroit pas à fes côtés un ennemi fupérieur ,
& que l'imprudence du chef donneroit lieu an
combat. Ce qu'il avoit prévu arriva Johnſtone
n'eut pas plutôt apperçu le premier vaifeau François
, qu'il fit tirer fur lui ; celui-ci ripoſta , &
:
(
134) )
l'affaire fe trouva engagée. M. de Suffren fe mettant
à la tête de fon efcadre , alla mouiller à la
pointe de pistolet des Anglois. L'Annibal qui le
fuivoit , en fit de même ; l'Artéfien , qui venoit
` après , aborda un des vaiffeaux Ang ois ; mais M.
de Cardaillac ayant été tué dans le même inftant ,
ce vaiffeau reprit le large ; cependant le Sphinx &
le Vengeur n'ayant pu le mouiller où ils devoient
par rapport aux courans , combattoient à la voile ,
ce qui fut cau'e quee les vaiffeaux le Héros & l'Annibal
le trouvèrent exposés à tout le feu des Anglois
& des Forts que ces premiers avoient garnis
de monde. Malgré cela les deux vaiffeaux combattirent
une heure & un quart dans cette pofition ,
jufqu'à ce que M. de Suffren voyant l'Annibal
démâté , fit fignal au Vengeur de venir le remor
quer. Les Anglois fortirent peu de tems après ;
mais l'efcadre Françoife s'étant mife en ligne ,
ils jugèrent à propos de s'en retourner. M. de
Suffren fit route pour le Cap de Bonne- Espérance
. Il arriva à Falfebay le 21 Juin , & tour le
convoi , à l'exception d'un bâtiment , y entra dans
la huitaine. Il y a eu 37 hommes tués fur le Hé-
& 100 fur l'Annibal , dont 4 Officiers , au
nombre defquels eft M. de Trem gnon , Capitaine ;
8 à 10 fur chacun des autres vaiffeaux . La Fine
avoit précédé M. de Suffren au Cap ; & fur la première
nouvelle qu'on y avoit reçue par la Sylphide
de la déclaration de guerre , le Confeil de la Compagnie
avoit déterminé de fufpendre le départ de
neufbâtimens qui y étoient , & craignant que les
efforts des Anglois ne fe tournaffent contre le Cap ,
ils en avoient envoyé cinq dans la Baie de Saldanha
, & quatre à Fallebay. Ce font les premiers ,
dont quatre ont été pris , & un brûlé . Ils avoient
mis à terre toutes les marchandifes fines ; malgré
cela , M. Dordelin eftime cette perte de dix à douze
millions de livres , Le Cap étoit dans le plus déplora
ros ,
( 135 )
---
ble état ; il n'y avoit que 400 hommes de garnifon &
point de canons. M. de Suffren y a laiflé des trou
pes , & il vient d'y arriver de l'artillerie de l'Ile de
France. - Johnítone n'a été que deux jours à Sal
danha , & on juge qu'il a été faire de l'eau à Madagascar.
M. de Suffren n'a pu que raccommoder
très - imparfaitement fes vaiffeaux , faute de mâture
; malgré cela la frégate de guerre la Confolante
, qui lui portoit des paquets de M. d'Orves ,
étant arrivée , il a appareillé le 26 Acût pour l'Ife
de France , & pen de jours après , le convoi devoit
en faire de même fous lefcorte de l'Annibal.
- M. d'Orves étoit de retour à Ile de France ,
après avoir confommé fes vivres à la côte de Coromandel
, fans avoir pu les y remplacer ; il n'avoit
fait que des prifes de peu de con.équence ; mais
fon aparition devant Pondichery avoit caufé un
bon effet ; car les Anglois préfumant que nous venions
en reprendre poffeffion , avoient fait fortir
1000 Européens & 1500 Sipayes de Madras , aux
ordres du Général Munro , qui tous ont été coupés
par Hyder-Aly , & forcés de fuir dans le Tanjacur,
où il y a apparence qu'ils feront détruits . M.
d'Orves n'a pu trouver l'Amiral Hugues , parce
qu'il s'eft trouvé renfermé dans Bombay . En géné
ral , il paroît que les affaires des Anglois vent trèsmal
dans ce pays - là , & que M. d'Orves éroit
bien déterminé à y retourner dès que M. de Suffren
feroit arrivé «.
-
Selon d'autres lettres de Cadix , la Cour a
envoyé coup fur coup des Couriers pour pref
fer l'équipement & l'approvifionnement
des navires chargés du tranfport des
4000 hommes qu'on croyoit deftinés pour
l'Amérique. Ce convoi auquel on donne 6
vaiffeaux de ligne d'efcorte pourra , diton
, partir le 15 de ce mois. On ne fait
( 136 )
pas non plus fi le fiége du fort St- Philippe
eft décidé , ou fi l'on fe contentera de continuer
le blocus de cette place & de combler
le port.
» M. de Serçay , parti du Cap le 14 Octobre
dernier , apporte la nouvelle intéreffante pour le
commerce , de l'arrivée au Cap du nombreux convoi
qui avoit relâché à la Martinique fous l'efcorte
de l'Amazone. Il nous apprend en même tems qu'il
devoit partir dans les derniers jours d'Octobre ,
ou a commencement de Novembre , un convoi
d'environ 80 bâtimens marchands , fous l'efcorte
du Minotaure & de l'Actionnaire . Ce font les bâtimens
qui attendoient depuis long- tems dans cette
Colonie. Ceux qui y ont été conduits par M. de
Gralle , attendoient fon retour pour partir. Le Chevalier
de Serçay , qui a apporté ces nouvelles , s'étoit
embarqué fur le cutter la Levrette , qu'il commandoit
, & qui ayant fait une voie d'eau , l'a
obligé de relâcher aux Açores , où il a frété un
petit bâtiment Portuguais qui l'a amené à Breft «.
Nous nous empreffons de publier la
lettre fuivante , qui en corrigeant quelques
fautes échappées à l'impreffion d'un de nos
Journaux , offre des détails qui peuvent
intéreffer nos Lecteurs.
Dans votre Journal du 27 Octobre , page 172 ,
vous avez mis , M. Bertier a tué fon prifonnier ;
il falloit mettre M. Berthier. Cet Officier eft fils
de M. Berthier , Chevalier de l'Ordre du Roi , &
de l'Ordre Royal & Militaire de St -Louis , Gouverneur
de l'Hôtel de la Guerre. Dans le Journal
fuivant , No. 8 , page. 318 , en parlant des illuminations
de Verfailles , vous avez dit que celles
de la pièce des Suiffes étoient très - brillantes :´il
n'y a rien eu d'illuminé ni deffus , ni autour de
cette pièce d'eau. C'eft de l'Hôtel de la Guerre
( 137 )
dont on a voulu parler. Il y avoit dix mille
lampions , terrines & godets de couleur , arcitement
placés & diftribués tant fur la façade de zeo pieds
de long des Hôtels de la Guerre , Marine & Affaires
Etrangères , que fur les combles à l'Italienne defdits
Hôtels , où il y avoit dix pièces de canon de
huit en repréſentation ; ces dix pièces ont fait 11
décharges d'artifice brillant , accompagné de 11
décharges de moufqueterie de la Compagnie des
bas-Officiers & Soldats de la garde de cet Hôtel ,
placés entre les 10 pièces de canon , lefquels avoient
à chaque décharge une gerbe de feu Chinois au
bout de leur fufil , qui prenoient toutes feu enſemble
à chaque fignal qui étoit donné par 12 Tambours ;
la charge de canon & de moufqueterie formoit
une haie de 200 pieds de longueur en feu Chinois ,
& brilloir à 40 pieds au - defus de l'illumination
parmi laquelle haie tomboit enfuite par - devant
'illumination en pluie de feu jufqu'à terre . Ces
11 décharges , qui ont duré deux heures , étoient
accompagnées , pendant leur durée , d'un bruit de
guerre en pétards & tambours , & d'un orcheſtre
de Muficiens qui continuoient dans les intervalles
des charges , & étoient placés à portee du Public.
La nuit du 20 au 21 du mois dernier le
feu prit à l'Hôtel-de-Ville de Pont- à-Mouffon.
On ne s'apperçut de l'incendie que quand
les appartemens de derrière fur les prifons
parurent tout en feu . Les flammes fe communiquèrent
aux Greffes du Bailliage de la
Ville , qui ont été réduits en cendres . Tout
ce que l'on a pu faire a été de conferver les
bâtimens voisins par les fecours les plus
prompts . Ces exemples trop multipliés doivent
déterminer à des conftructions de voûtes
pour les dépôts publics , qui font pour
la plupart dans des bâtimens de bois .
( 138 )
La Jurifdiction Confulaire de Paris a fait
le 8 du mois dernier , dans fa Salle d'Audience
, l'ouverture du Cours gratuit de
Conférences fur le Commerce , dont elle a
formé l'année dernière l'établiffement pour
l'inftruction des jeunes Négocians. MM . les
Députés de Commerce , tant de Paris que
d'autres Villes , les Gardes des Six Corps des
Marchands , ainfi qu'un grand nombre de
Citoyens diftingués y ont affifté . M. Gorneau
, un des Agréés de la Jurifliction pour
porter la parole , s'étant chargé de faire le
Cours pendant la préfente année , prononça
à cette occafion un difcours divifé en
deux parties. La première faifoit connoître
les avantages du Commerce , tant en grand
que dans fes parties ; la protection & les
diftinctions qu'il mérite , & qui lui font accordées
, foit en France , foit chez les Nations
voisines. La feconde traitoit des devoirs
des Négocians & des connoiffances
néceffaires aux perfonnes qui fe deſtinent à
cette profeffion. La folidité des principes ,
la jufteffe des idées , la fidélité des tableaux ,
en un mot l'éloquence de ce difcours
ont attiré à M. Gorneau les applaudiffemens
de toute l'affemblée. Connu depuis longtems
d'une manière avantageufe par la
clarté & la précifion qu'il met dans fes
plaidoyers , cette circonftance n'a fait que
confirmer l'opinion qu'on avoit déjà de fes
talens & de fes connoiffances , & donne
lieu d'attendre de ce Cours les plus heureux
( 139 )
effets . Les conférences commencent à 6
heures préciſes , & fe continueront tous les
Jeudis de chaque femaine jufqu'à Pâques.
» Une Société Académique , écrit - on de Cherbourg
, s'eft formée ici en 1755. Elle ne fut d'abord
compofée que de quelques perfonnes qui
ancient les Sciences & les Belles - Lettres . Ce petit
établiflement excita l'émulation . De nouveaux Académiciens
fe préfentèrent , & on compra bientôt
parmi eux les perfonnages les plus refpectables ;
alors ils défirèrent d'avoir une existence moins
obfcure. Ils follicitèrent l'approbation du feu Roi ,
& S, M. voulut bien leur permettre de tenir deux
Séances publiques par an. La Société ainfi autorisée
voulant répondre aux vûes du Gouvernement , propola
d'abord un prix chaque année pour les Elèves
d'Hygrographie ; mais c'eft principalement à l'étude
de l'Hiftoire naturelle du pays que les Membres
de cette Académie s'appliquent , fans négliger néanmoins
ce qui concerne les progrès de la navigation
& du commerce. Elle fe propofe de former un
Cabinet d'Hiftoire naturelle du pays , dans lequel
elle raffemblera toutes les productions de la Nature
qu'on trouve à Cherbourg & dans fes environs . Elle
fe fatte que cette collection ne tardera pas à être
complette. Les Naturaliftes y verront d'un coupd'oeil
ce qu'ils n'auroient pu appercevoir qu'avec
beaucoup de tems & de peines , & qu'après avoir
parcouru une grande étendue de terrein.
La
Société Académique tient deux Séances publiques ;
la première , le premier Vendredi après le Dimanche
de Quafimodo ; & la feconde , le premier Vendredi
de Septembre. Voici la notice des Ouvrages qui
ont été lus aux deux Séances publiques de cette
année . Première Séance. 1º . Un Mémoire de
M. des Effarts , Secrétaire , fur de nouvelles végé
tations métalliques , ou dendrites artificielles . 2 ° .
Un Mémoire de M. de la Ville , Docteur en Mé(
140 )
decine , fur le lait de différentes espèces d'animaux ,
relativement à l'ufage qu'on en pourroit faire , pour
fuppléer au lait de femme. 3 °. L'Eloge Hiftorique
de M. l'Abbé d'Aigremont , Affocié Titulaire de la
Société , par M. l'Abbé Michel . 4° . L'Explication
de plufieurs Synonymes François , par M. Watel ,
Docteur en Droit. çº . Un Mémoire de M. de Colleville
, Maire de Ville de Valognes , fur l'utilité
des Adminiftrations Provinciales. 6. L'Eloge de
M. l'Abbé d'Aigremont , par M. Revel des Chénées ,
Avocat du Roi à Valognes : plufieurs petites Pièces
en vers , par le même. 7º . Un Mémoire contenant
dee Obfervations Météorologiques pendant les années
1779 & 1780 , par M. des Effaits , Secrétaire.
8. Une Fable en vers , par M *** . Seconde
Séance . 1 ° . Une Differtation fur les Avaries , par
M. Groult , Docteur en Droit maritime. 2º . Une
Préface d'un Dictionnaire Géographique de l'Amérique
Septentrionale , traduit de l'Anglois , par M.
D ***. 3 ° . Plufieurs Pièces de vers François , par
M. Revel des Chénées. 4 ° . Un Difcours fur le
Fueur , par M. Vaftel , Docteur en Droit. 5º . Une
Fable & la Traduction d'une Ode de Catulle , en
vers François , par M ***. 6 ° . Un Mémoire fur
l'Influence de la lumière , fur des aiguilles aimantées
fufpendues dans des vaiſſeaux fermés ; phénomène
intéreflant , relativement à la Théorie du
magnétifme & de la lumière , par M. des Effarts ,
Secrétaire.
-
Ce dernier Mémoire de M. des Effarts renferme
des obfervations & des expériences neuves , fur la
variation diurne des aiguilles aimantées , expofées
à la lumière du Soleil , foit directe , foit réfléchie ,
à l'air libre , ou dans des appartemens , & fufperdues
avec différens fils , dans des vales de verre
de bois & de métal , les uns vuides , les autres
pleins d'eau. Il paroît réfalter de ces Expériences
, que la lumière combinée avec la chaleur , &
même la chaleur fans lumière , influe fur les varia-
--
( 141 )
tions diurnes des aiguilles aimantées , ainfi fufpendues
, indépendamment de l'électricité & du magnétifme
, en les failant décliner tantôt à l'eft ,
tantôt à l'ouest , felon le côté d'où elle vient , en
agiffant fur elle , par voie d'attraction . Ces effets
font bien plus fenfibles fur des aiguilles non
aimantées , faites avec du cuivre ; M. des Effarts a
obfervé que la lumière réfléchie & prefque dépourvue
de chaleur , agit fur elles , par voie d'impul
fion , foit qu'elles foient fufpendues dans des vafes
vuides ou pleins d'eau ; & qu'au contraire la lumière
combinée avec la chaleur , agit toujours par attraction
, ce qui arrive même en réuniflant les rayons
folaires , avec une lentille , fur l'extrémité de ces
aiguilles ; fait qui paroît contraire aux notions reçues
fur la progreffion de la lumière , & qui est trèsfavorable
au fyftême de l'attraction. Ces Expériences
paroiffant devoir jetter un nouveau jour fur
la Théorie du magnétifme du feu & de la lumière ,
M. des Effarts fe propofe de faire paroître dans peu
fon Mémoire fur cette matière .
--
BRUXELLES , le 11 Décembre.
SELON des lettres de Hollande la province
d'Utrecht a confenti aux 2,294,400
florins de fubfides pour la Compagnie des
Indes orientales , mais à condition que les
provinces de Hollande & de Zélande renonceront
à exiger le centième & les deux
centième denier des habitans d'Utrecht , à
raifon des actions qu'ils ont dans les deux
Compagnies orientale & occidentale , &
dans les autres effets de la Généralité . La
Gueldre a confenti à la pétition de 9,271,489
florins pour la conftruction complette des
vaiffeaux, à celle de 200,000 floris pour
foutenir les Directeurs de l'établiflement
( 142 )
des Berbices ; à celle de 799,200 pour des
allèges ; & enfin à la levée d'un corps de
mariniers de 10,000 hommes . Cette levée a
eu auffi le confentement de la Frife qui
y a mis quelques reſtrictions ; ayant examiné
enfuite fi dans les circonstances préfentes
il n'étoit pas expédient que la République
s'unît aux ennemis de la G. B.
elle a décidé pour l'affirmative ; la propofition
faite en conféquence a été acceptée
par les autres provinces. Il eft tems en effet
que la République prenne un parti ; elle
a dû voir qu'en tardant à s'allier avec la
France & l'Amérique , l'Angleterre s'opiniâtrera
davantage à garder comme une indemnifation
les poffeffions enlevées aux Etats-
Généraux ; & les François & les Américains
peuvent pour le venger de leur indifférence
s'occuper très-peu des intérêts de LL. HH.
PP. qu'aucun Traité d'ailleurs ne les obligeroit
de prendre en confidération ; ces réflexions
n'échappent pas à la partie faine
de la Nation.
Le Major général Gréen , écrit-on de Londres ,
commandant l'armée Américaine dans le département
méridional , inftruir que le Colonel Ifaac
Hayne , commandant un régiment de Milice au
fervice des Etats-Unis , ayant été pris par un détachement
Anglois , après un emprisonnement rigoureux
dans la Prévôté de Charles-Town , avoit
été condamné à mort & exécuté , & que par ce
fait le cartel convenu entre les Commandans des
deux armées pour l'échange des prifonniers , avoit
éré violé , publia le 26 Août dernier , au quartier
général de Cambden , une proclamation , par laquelle
il déclara que fon intention étoit d'ufer de
( 143 )
la guerre.
repréfailles contre d'auffi révoltantes infractions
aux loix de l'humanité ; ne regardant comme objets
de ces juftes repréfailles , que les Officiers
des Troupes Britanniques , & nullement les Américains
féduits qui auroient joint leur armée..... Ce
Général s'y plaint fur-tout de la néceffité où il fe
trouve de recourir à des mefures fi contraires aux
fentimens d'humanité & aux principes de générofité
avec lesquels il fouhaiteroit qu'on continuât
On voit ici un tableau des pertes
comparées des Puiffances en guerre , & il en réfulte
que la perte des vaiffeaux François eft de 37 ;
celle des Espagnols , de 18 ; celle de la Hollande ,
de 7 ; celle des Américains , de 32 ; & celle de
l'Angleterre , de 82 ; en forte que la perte totale
des quatre Puiffances nos ennemies , n'eft en total
que de 12 vaiffeaux de plus . Il eft vrai qu'à compter
les canons notre perte n'eft que de 2030 ;
& celle des quatre Puiffances , de 3370 fauf erreur.
Il s'en faut bien que la prife que nous
avons faite de l'Ile Saint-Euſtache , foit à l'a vantage
de notre commerce national ; les demandes
du boeuf falé qu'on tiroit de nos Négocians , font
tellement diminuées , qu'ils feront cette année une
perte confidérable fur les beftiaux dont ils s'étoient
approvifionnés à l'ordinaire.
,
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 2 Décembre.
Le Prince Guillaume - Henri n'eft pas encore
Lieutenant ; il recevra ce grade en Amérique , où
après la première affaire heureufe qu'il y aura dans
cette partie du monde , on doit faire une promotion
générale fur l'efcadre.
On a remis la première campagne du Prince,
Edward au printems prochain. Il doit s'embarquer
fur la graude efca dre que commandera l'Amiral
Lockhart-Rofs .
Il y a plus de fix mois qu'on a offert au Lord
Cornwallis le titre de Marquis, Voici ce qu'il écrivit
à ce fujet au Lord Germaine : Je vous fupplie de
faire mes plus humbles remercimens à S. M. pour
( 144 )
-
fès bonnes intentions , & de lui repréſenter en
même-tems tout le danger de ma polition . Avec
le peu de troupes que j'ai , trois victoires de plus
acheveroient de me ruiner , fi le renfort que je
demande n'arrive pas. Jufqu'à ce que j'en aie reçu
un qui me donne quelqu'efpoir de terminer henreufement
mon expédition , je vous prie de ne me
parler ni d'honneurs ni de récompenfès . La prife
de ce Lord a obligé les Miniftres de refaire encore
le difcours que le Roi devoit prononcer à la rentrée
du Parlement. On affure que c'est pour la troiſième
fois que ce difcours a été retouché.
Ces nouvelles
très - fâcheufes ont excité un foulèvement :
général contre notre querelle avec l'Amérique , &
T'on fuppofe qu'il le tiendra inceffamment dans toutes
les Proviuces d'Angleterre des affemblées pour ſup
plier le Roi de terminer fur-le-champ une guerre
auffi défaftreufe .
-
Lorfque la flotte de la Jamaïque eft partie de
cette Ifle , les provifions de toute eſpèce y étoient
fi rares , que les vaiffeaux de guerre n'avoient pu
s'en procurer que pour cinq femaines , & les vaif
feaux marchands , à peine pour un mois . Ainfi ,
probablement , les vaiffeaux qui ne font pas rentrés
en Angleterre auront relâché dans quelque port
pour s'y fournir de ce qui leur manquoit.
On prétend que le Parlement va prendre en
confidération l'emploi de l'argent octroyé pour la
lifte civile , attendu que ce fonds eft déjà arriéré ,
de quatre quartiers. Comme cela ne peut provenir
que de la mauvaiſe application des fommes appro
priées à la lifte civile qui depuis quelques années
a été confidérablement augmentée , il eft certain
que cet abus mérite toute l'attention du Parlement.
Un Journalier de Londres qui étoit fingulièrement
attaché à ſa femme , eut le malheur de la
perdre au mois d'Octobre dernier. Comme il avoit
fait vou de ne pas lui furvivre d'un mois , il vient
de remplir fa promeffe , & on l'a trouvé pendu
dans fa chambre.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 20 Octobre.
SA Hauteffe vient de faire expédier des ordres
en Afie pour faire marcher fur- le - champ
14 bataillons du côté de Bender ; un corps
de Janiffaires en vertu de pareils ordres
s'eft déja mis en marche pour ſe rendre
dans cette place. Les troubles qui fe font
élevés dans plufieurs parties de l'Empire
ont décidé le Gouvernement à renforcer les
garniſons des places importantes , où au befoin
on trouvera des troupes à portée de
paffer dans tous les lieux où leur préſence
deviendra néceffaire.
>
Selon des lettres de Belgrade il y a eu
un foulèvement qui pourroit avoir des fuites
fâcheufes. Halil , Chef des féditieux , eft entré
dans la Ville à la tête de 200 hommes
auxquels fe joignirent 30 Turcs ; il s'empara
d'abord de quelques quartiers ; mais
on parvint à l'en chaffer & à difperfer les
22 Décembre 1781. £
( 146 )
mutins. Il y a eu dans le combat donné
à cette occafion environ 30 hommes tués
de part & d'autre ; mais comme on n'a pas
réuffi à fe faifir d'Halil , on craint de fa
part quelque nouvelle tentative ; & on
prend les mesures néceffaires pour la déconcerter
.
RUSSIE.
De PETERSBOURG , le 9 Novembre.
L'AUGMENTATION de la Marine eft un
des objets qui occupent actuellement S. M. I.;
fon intention paroît être de profiter des
reffources que la poſition de cet Empire fur
plufieurs mers , fes forêts & les autres moyens
de conftruction lui donnent , pour l'élever au
rang des Puiffances maritimes les plus confidérables.
Le Procureur- Général qui eft en
même-tems Tréforier- Général a , dit- on , ordre
de faire les arrangemens néceffaires pour
trouver les fommes dont on a befoin pour
cet effet. En attendant , il eft 'décidé que
l'efcadre qui fortira de nos ports le printems
prochain fera plus forte que cette
année .
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 21 Novembre.
LA frégate la Bornholm de 36 canons eft
en rade depuis quelques jours ; elle eſt deftinée
à porter à Alger les préfens du Roi
( 147 )
à cette Régence , & de-là elle paffera aux
Indes occidentales ; cette frégate eft la même
que commandoit ci -devant le Capitaine
Schionning , dégradé ainfi que fon Lieutenant
par un Confeil de guerre. La dégra
dation qu'a fubi le Lieutenant eft particulière
à ce Royaume ; il n'eft point caffé
formellement , mais il doit , avec la paie
de matelot , en faire toutes les fonctions
pendant 6 mois . On dit que le Roi touché
de compaffion pour le fort de Madame de
Schionning , lui a fait une penfion de 300
rixdalers .
Le Capitaine Ziervogel qui commandoit
la frégate le Cronenburg , échouée l'année
dernière près de Schagen , aura , dit-on ,
le même fort que le Capitaine Schionning.
On fait une levée de troupes pour completter
les garnifons de nos poffeffions dans
les Indes orientales. La Princeffe Charlotte-
Amélie , vaiffeau de notre Compagnie Afiatique
, deftiné pour Canton en Chine , eſt
en rade depuis le 17 de ce mois.
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 21 Novembre.
LL. MM. & le Prince Royal font de
retour dans cette Capitale depuis le 16 de
ce mois ; la Nation a fignalé ce jour par des
réjouiffances. Il ne s'en paffe aucun depuis
la révolution qu'elle ne fe félicite de l'heureux
évènement qui a remis l'autorité eng
2
( 148 )
tre les mains d'un Souverain qui ne s'en
fert que pour fon bonheur ( 1 .
Les vaiffeaux la Terra Nova , la Louiſe-
Ulrique & le Prince Guftave deftinés pour
les Indes orientales partiront encore cette
année.
Le Roi , par un refcrit adreffé au Collége
de Commerce , a rétabli la liberté du Coinmerce
des beftiaux entre la Suède & la
Pomeranie , parce que l'épizootie qui l'avoit
fait fufpendre a ceffé. Mais comme elle
règne encore dans le Mecklenbourg , il reftera
fufpendu , quant à cette partie , jufqu'à
nouvel ordre.
La femme d'un foldat , âgée de 34 ans ,
& demeurant à Lokolax en Finlande , eft
accouchée dernièrement de quatre enfans ,
dont trois font venus vivans au monde &
ont été baptifés.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 25 Novembre.
LE Grand-Duc & la Grande Ducheffe de
Ruffie font arrivés ici le 21 de ce mois.
L'Empereur qui les accompagnoit avoit été
(1 ) L'Hiftoire de cette révolution ne fauroit être plus
intéreffante. Elle vient d'être écrite par M. Jacques le
Scene des Maifons , qui y a joint une analyfe de l'Hiftoire
de Suède pour développer les vraies cauſes de cet évènement.
Elle forme un vol . in- 12 que l'on trouve à Paris chezle heur
Moutard , Imprimeur- Libraire de la Reine , de Madame &
de Madame la Comteffe d'Artois , rue des Mathurins , Hôtel
de Cluny.
( 149 )
au-devant d'eux jufqu'à Troppau ; ils ont
dîné à Laugarten , d'où ils ont été conduits
au Château , dans les appartemens qui leur
avoient été préparés. Aujourd'hui ils vont
à Schonbrun , où l'on célèbrera la fête de
Sainte- Catherine ; il y aura une table de
200 couverts & un bal maſqué . On ſe flatte
de pofféder ici LL. AA . II . pendant un
mois.
L'Empereur a fait préfent à la Princeffe
Elifabeth de Wurtemberg , le jour de fa
fête , d'un collier de diamans évalué audelà
de 130,000 florins. L'Impératrice de
Ruffie lui en a fait préfenter auffi un par
fon Ambaffadeur le Prince de Gallitzin .
On apprend par les lettres d'Oftende que
le commerce y augmente de jour en jour ;
plufieurs riches Négocians Anglois s'y font
établis , & y ont attiré une troupe de Comédiens
de leur Nation . Le commerce de
Triefte ne fleurit pas moins ; d'après une
évaluation qu'on trouve dans prefque tous
nos papiers & qu'on dit exacte , les maifons
de commerce de cette Ville ont gagné en
2 ans plus de 5 millions.
On a déjà accordé ici le droit de Bourgeoifie
à 2 Maîtres Tailleurs Proteftans , &
on affure que plufieurs Imprimeurs des mêmes
Communions s'établiront inceffamment
dans cette Ville . L'Edit de tolérance en faveur
des Proteftans , vient de paroître ; les
lettres circulaires de la Régence de la Baffeg
3
( 150 )
Autriche pour lui fervir d'explication , font
conçues ainfi.
De par S. M. I. R. A. La Régence de la Baffe-
Autriche fait favoir au Public par ces préfentes ,
que S. M. convaincue des effets pernicieux de la
contrainte des , confciences & des avantages effentiels
qu'une vraie tolérance procure à la Religion
& à l'Etat , elle a réfolu très - gracieuſement , pat
fon décret de ce jour , 13 Octobre , & a trouvé
bon d'accorder aux Proteftans de la Confeflion
Helvé ique & de celle d'Ausbourg , & aux Grecs
non - unis , l'exercice privé de leus Religion dans
tous les lieux , & fans confidérer fi autrefois cet
exercice étoit ou n'étoit pas d'ufage. La Religion
Catholique aura feule la prérogative d'un exercice
public de Religion , & il fera permis aux deux
Religions proteftantes & aux Grecs non - unis ;
d'avoir un exercice privé de Religion dans tous
les endroits où le nombre de perfonnes ci- deſſous
déterminé & les facultés des Habitans , les rendront
praticables & où les non- Catholiques ne font pas déja
dans la poffeffion d'un exercice public . A ces cau
fes , S. M. ordonne particulièrement ce qui fuit :
1º. Il fera remis à fes fujets non -Catholiques
où il s'en trouvera cent families , d'avoir un Pat
teur , & de conftruire une maifon de prieres & une
école. Cette permiflion aura auffi fon effet lorfqu'une
partie de ces familles demeurera dans l'arrondiffement
de quelques lieues de l'endroit où
fera bârie la maifon de prieres . Ceux qui demerrent
plus loin , pourront fe rendre auffi fouvent
qu'ils le jugeront à propos , à la maifon de prieres
la plus proche de leurs demeures , pourvu
qu'elle fe trouve dans les Etats Héréditaires de
S. M. Il fera libre à tous Pafteurs , qui devront
être natifs du pays , de les vifiter de fe
rendre chez les malades & de les affifter de tous
"
( 151 )
les fecours fpirituels ; mais il leur eft défendu ,
fous des peines très -graves , d'empêcher l'un ou
l'autre des malades de faire venir chez lui un
Prêtre Catholique. - Quant aux maiſons de prieres,
S. M. ordonne expreffément elles n'auront ni fonneries
ni Tours , & il ne fera pas permis de leur donner
une entrée publique qui annonceroit une Eglife ,
à moins que cela ne foit déja autrement établi
dans quelques endroits au reſte , il fera parfaitement
libre aux non-Catholiques de bâtir de pareils
édifices de telle manière qu'ils le jugeront à propos
, & ils pourront exercer librement leur culte
tant dans l'endroit même de la maiſon des prieres ,
que dans les endroits annexés à cette maiſon , & y
adminiftrer les Sacremens. Les enterremens fe feront
publiquement & en préfence & fous la conduite
de leur Pafteur. 29. Il leur fera accordé
d'établir des Maîtres d'école qui feront entretenus
aux frais des Communautés , mais la Direction
des écoles les infpectera quant à l'ordre & à la
méthode d'enfeigner. 3 °. Il fera permis aux Habitans
non-Catholiques d'un endroit , de fe choifir
un Paſteur lorfqu'ils le doteront & l'entretiendront
; mais dans le cas où les Magiftrats s'en
chargeroient , ceux-ci auront le droit de le préfenter
; S. M. cependant s'en réſerve la confirmation
de la manière fuivante ; favoir : que ces confirmations
feront expédiées par les confiftoires proteltans
, s'il y en a dans une province ; & s'il n'y en
a point , elles le feront par ceux qui font établis
dans la principauté de Tefchen ou dans la Hongrie,
& ce jufqu'à ce que les circonftances exigent d'en'
établir pour chaque pays en particulier. 4 ° . Les
droits de Stole feront réfervés aux Curés des Paroifles
, ainfi que cela fe pratique en Silésie. 5º .
Les Tribunaux civils des provinces connoîtront
conjointement avec l'un ou l'autre des Paſteurs ou
des Théologiens Proteftans ou Grecs non-unis de
1
g 4
( 152 )
leurs affaires de religion , & les décideront conformément
à leurs principes dans cette matière ,
fauf néanmoins le recours au Confeil de la Cour.
6. Les reverfales ufitées jufqu'à préfent à l'occafion
des mariages des non- Catholiques , par lef
quelles ils s'engageoient d'élever leurs enfans dans
la Religion Catholique & Romaine , feront fupprimées
, & tous les enfans fans diftinction de fexe
feront élevés dans la Religion Catholique , lorfque
le pere fera de cette Religion : ce fera une
prérogative de la religion dominante. Mais dans
le cas où le pere feroit de la Religion Proteftante
& la mere de la Religion Catholique , les garçons
fuivront la religion du pere , & les filles celle de
la mere. 7. Les non-Catholiques pourront à l'avenir
, & par voie de difpenfe , acquérir des maifons
& autres biens - fonds , parvenir à la bourgeoifie
& aux droits de maîtrife , & être admis
aux dignités académiques & aux emplois civils ;
ils ne feront tenus de prêter ferment que d'après
une formule conforme à leurs principes de religion
, & on ne pourra les obliger d'affifter aux
proceffions & autres exercices de la Religion dominante
, quand ils ne le feroient pas de bonne
volonté. Dans les élections & collations des emplois
civils , on n'aura aucun égard à la différence
de religion , mais on prendra uniquement en confidération
la probité , la capacité & la conduite
morale & chrétienne des Afpirans , ainfi que cela
fe pratique journellement , & avec beaucoup de
fuccès & fans le moindre inconvénient dans le mi-
Jitaire. Les difpenfes ci-deffus pour l'acquifition
de biens-fonds & pour l'obtention de la bourgeoifie
& des droits de maintien feront accordées fans
difficultés par les Colléges des Cercles pour les
villes municipales , & par les Adminiſtrateurs des
Domaines pour les villes propres & royales , &
par la Régence pour les endroits où il n'y en aura
―
( 153 )
point. Mais dans le cas où il arriveroit qu'il
faudroit refufer les difpenfes follicitées , on en
fera le rapport à la Régence avec les motifs
qui y ont déterminé , & celle-ci fera tenue d'en
informer la Cour pour prendre à ce fujet la décifion
fouveraine. Quant au droit d'Incolat , la difpenfe
en fera donnée dans la Chancellerie de Bohême
& d'Autriche , fur l'avis préalable des Colléges
provinciaux. Tout ce qui eft deffus , fera
publié pour que perfonne n'en ignore & s'y conforme
avec obéiffance .
-
Par un Edit en date du 1 de ce mois ,
S. M. I. a aboli entièrement la fervitude en
Siléfie , en Bohême & en Moravie.
De HAMBOURG , le 27 Novembre.
LE Général- Major de Faucitt , au ſervice
de la Grande-Bretagne , a été renvoyé en
Allemagne , pour tâcher d'y ménager de
nouveaux enrôlemens devenus néceffaires.
Il ne trouvera pas beaucoup de difficultés de
la part des Princes , qui trouvent à tirer
parti des hommes en les livrant à raifon
de 30 liv. fterl . par tête ; mais ce marché
ne paroît plus du goût des peuples qui
voient avec peine qu'il n'eft pas encore
revenu un feul des hommes enlevés par
les enrôlemens précédens ; leur répugnance
met de grands obſtacles aux nouveaux que
l'on propofe , fans doute au grand regret
des acheteurs , & peut- être à celui des
vendeurs.
On dit que le Baron de Kniphaufen qui
a commandé en chef les troupes Heffoifes
% 5
( 154
) .
en Amérique va revenir de ce fervice où
il a perdu un oeil ; & qu'il fera remplacé
par le Lieutenant- Général dé Lofsberg qui
commande fous lui.
Le projet d'effectuer une paix particulière
entre l'Angleterre & la Hollande paroît
dit- on , occuper la Cour de Ruffie fur-rout
depuis qu'elle a reçu la dernière réponſe
de celle de Londres . S'il faut en croire nos
papiers publics celle- ci a accepté la médiation
de la Ruffie , mais fans le concours de
la Suède , du Danemarck ; cette négociation
, fi elle a lieu , ne peut qu'être avantageufe
à l'Angleterre dans les circonstances
préfentes ; quand même elle ne réuffiroit pas,
elle peut traîner les affaires en longueur ,
endormir la République par l'eſpoir d'une
pacification prochaine , & faire gagner à
la G. B. un tems qu'elle mettra fûrement
à profit , fi les Hollandois , comme cela eſt à
craindre , fe contentent de négocier fans armer.
»Parmi le grand nombre d'étrangers que l'arrivée
du Grand - Duc & de la Grande - Ducheffe de
Ruffie a attirés ici , écrit-on de Vienne , on diftingue
Mylady Darby , plufieurs Anglois & des Officiers
François d'un mérite diftingué. Il y en aun à qui il
eft arrivé une avanture aflez fingulière . Il revenoit de
la Ruffic & de la Crimée par la Pologne. En paffant
par Zator en Gallicie , il fut arrêté par un Officier
de Juftice qui prétexta le fignalement d'un quidam
qu'on recherchoit , mais qui paroiffoit n'avoir pour
but que de lui enlever des papiers importans dont
on le foupçonnoit chargé. Comme on ne les trouva
pas , il fut relâché fur- le-champ. Arrivé ici il s'eft
( 155 )
plaint ; mais c'étoit une mépriſe à laquelle il n'a pas
donné de fuite. Un pareil accident étoit arrivé quelque-
tems auparavant à un courier Espagnol qui
portoit des dépêches à l'Ambaffadeur de Madrid qui
étoit alors à Ofen en Hongrie . Le Juge d'un village
l'arrêta , prit fes papiers , les envoya à la Cour qui
les fit rendre à l'Ambaffadeur , & punit le Juge imprudent
en le deftituant de fon emploi «.
On prétend que la neuvième dignité Electorale
fera conférée fous peu de tems à une
ancienne maiſon Princière d'Allemagne.
Le Sénat de Ratisbonne vient de fuppri
mer plufieurs fêtes ; ce font les troisièmes
jours des trois grandes fêtes , Noël , Pâque
& Pentecôte , celles de St-André , Saint-
Thomas , St- Mathieu , St-Jacques & Saint- .
Philipe , St- Pierre & St -Paul , St Jaques ,
St-Barthelemi , St -Mathée & St-Jude. Ces
fêtes feront célébrées les Dimanches qui
les précèdent ou les fuivent , felon les circonftances.
Les gelées , écrit- on de Dantzick , ont déja commencé
; ce qui fait craindre que la navigation ne foit
bientôt interrompue. Le bled a hauffé de prix ; on
paye le laft de feigle de 250 à 260 florins . A la
fin du mois d'Octobre , on a fenti aux environs de
Ludomir , dans l'Ukraine , quelques fecouffes de
tremblement de terre ; on en a éprouvé auffi quelques
-unes dans plufieurs endroits de la Moldavic.
On dit toujours qu'il règne beaucoup de méconrement
parmi les Tartares de Crimée , & que
Impératrice de Ruffie a donné des ordres pour y
faire marcher 7 régimens.
8 6
( 156 )
ESPAGNE.
De CADIX , le 23 Novembre.
DIX-HUIT bâtimens de Marfeille , venant
de la Martinique & du Cap François , ont
mouillé ici fous l'efcorte de la frégate la
Sérieufe , commandée par M. de Coriolis ;
ce convoi annonce l'approche d'un autre
beaucoup plus confidérable appartenant en
entier aux ports du Ponent. La Sérieufe a
pris dans fa traversée , 2 navires chargés de
falaifons eftimés 140,000 liv.
La nuit du 12 au 13 de ce mois , une
bélandre Angloife fut affez heureufe pour
paffer fans être apperçue , & à la pointe du
jour elle fe trouva mouillée hors de tout
danger. Dans la journée 2 autres bélandres
qui cherchoient auffi à fe gliffer dans la
place , n'y trouvèrent pas la même facilité.
Poursuivies par la frégate la Ste-Barbe ,
l'une d'elles fut prife à l'abordage ; l'autre
entra dans le canal , mais elle fur pourfuivie
par nos chébecs , qui en ont renda
bon compte. La première a été conduite à
Algéfiras , & s'appelle la Réfolution , montant
20 canons. C'étoit une de ces bélandres
qu'on favoit avoir touché à Lisbonne ;
elle portoit 3000 bombes & beaucoup de
comeftibles.
Nous apprenons dans le moment que
deux autres cutters de ceux qui s'étoient
réfugiés à Lisbonne à caufe du mauvais
( 157 )
tems , ont été pris par nos corfaires fur la
côte de Galice.
Il eft arrivé ici coup fur coup deux couriers
avec ordre de la Cour de preffer l'armement
des tranfports qui doivent recevoir
4000 hommes de troupes . Ce convoi auquel
on donne 6 vaiffeaux de ligne pour
l'eſcorter , pourra mettre en mer avant le
15 du mois prochain .
ANGLETERRE.
De
LONDRES , le 9 Décembre.
LA fenfation qu'ont caufé les dernières
nouvelles de l'Amérique feptentrionale ,
n'eft point encore affoiblie ; pendant qu'elles
fourniffent des matières aux débats du Parlement
& aux fpéculations de nos Politiques
, le Gouvernement qu'elles n'occupent
pas moins , travaille à empêcher du
moins que nos ennemis nous portent des
coups plus fenfibles . Les papiers qui s'impriment
fous l'influence miniftérielle , ne
manquent pas d'annoncer que le Général
Clinton , auffi - tôt qu'il eut reçu la nouvelle
de la prife du Lord Cornwallis , envoya
plufieurs Ingénieurs à Charles - Town ,
pour agir de concert avec le célèbre
Moncrieff , à qui Savanah dut fon falut
en 1778. Ils ont ordre de mettre Charles-
Town dans le meilleur état de défenfe. Selon
eux la ville ne manque ni de proviſions
ni de munitions ; quant à la garniſon on
,
( 158 )
la dit compofée de près de sooo hommes ;
en raffemblant les poftes du voiſinage , il
eft poffible , difent-ils , d'y réunir une armée
de 7000 , qui fuffisent pour défendre cette
place.
Pendant que l'on cherche à nous raffurer
fur fon fort , il y a d'autres papiers qui
annoncent que déjà les Américains l'ont
inveftie avec de fi grandes forces , que le
Colonel Balfour qui y commande , craint
de fe trouver hors d'état de réfifter , à moins
qu'il ne reçoive de preffans & de prompts
fecours.
Quoiqu'il en foit , cette ville nous refte encore.
Le Gouvernement qui fe flatte de la conſerver , fe
propofe , dit-on , de faire des places d'armes de
Savanah , de Charles -Tewn , de New-Yorck &
d'Hallifax , & d'y établit d'affez fortes garnifons
pour les mettre à l'abri de toute infulte. On ne
parle pas de moins de 30,000 hommes pour cet
effet , & ce n'eft pas trop , fi l'on confidère que ces
points font très - éloignés les uns des autres , que des
garnifons ifolées , pour ainfi dire , à de fi grandes diftances
, ne pouvant avoir de liaiſons entre elles & fe
fecourir réciproquement , ont befoin d'être affez
fories pour fe foutenir feules . Tout ce qui embarraffe
, c'eft la difficulté de fe procurer tant de monde,
Les régimens des gardes paroiffent deftinés à ce
fervice , ou du moins la plus grande partie , car ils
fedifpofent déja à paffer en revue. Il a été expédié le
premier de ce mois des ordres en Irlande pour faire
difpofer à s'embarquer plufieurs des corps qui y font
en garnifon ; le 49e régiment d'infanterie revenu
l'année dernière de Ste-Lucie pour ſe recruter , travaille
à force à fe mettre au complet pour retourner
dans le nouveau-monde ; on compte auffi fur de
( 159 )
nombreuses recrues Allemandes . Mais tout cela n'eft
point prêt encore , & ne pourra partir qu'au printems.
Le bruit du départ de M. de Gralle pour
les Illes donne de nouvelles & de juftes
alarmes. Ceux qui difent que le parti qu'il
a pris eft avantageux pour nous , en ce que
fans efcadre les armées réunies de M. de
Rochambeau & du Général Washington
n'auront pas de grands fuccès dans la Caroline
, ne les diffipent pas . Ces deux Provinces
refpirent en effet peut - être ; mais
croit-on que Graves reftera fur le Continent
pour y défendre nos poftes ? Dans ce cas
que deviendroient nos Iles ? Et s'il va à
leur fecours , qui peut s'opposer aux progrès
des armées de terre contre Charles-
Town , fi cette ville n'a point de défenſe
par mer. Il femble que les deux alternatives
ne fauroient être plus inquiétantes .
Les fecours que follicitent nos poffeffions des
Ifles ne fauroient être plus preffans ; l'Amiral Rodney
eft deſtiné pour les y conduire ; on s'empreffe
de dire ici qu'à fon arrivée il trouvera les Amiraux
Graves & Hood , & qu'alors nous aurons dans ces
parages une armée refpectable. Mais quand y arrivera-
t-il ? combien de vaiffeaux y conduira-t-il ? &
jufqu'à ce qu'il paroiffe , combien y en aurons-nous ?
Si M. de Graffe a emmené avec lui M. de Barras , il
doit avoir 36 vaiffeaux de ligne. Ce parti , s'il l'a
pris , ainfi que cela eft vraisemblable , a dû forcer
l'Amiral Graves a emmener auffi toutes les forces ,
parce que ce qu'il en laifferoit dans l'Amérique-Septentrionale
feroit inutile , & que d'ailleurs il n'a pas
trop de 25 vailleaux qui compofent toute fon efcadre
pour en fuivre 36. Si les François ont des projets
( 160 )
ils les ont combinés fans doute avec les Espagnols ;
& depuis le départ du dernier convoi de la Havane ,
il eft refté dans cette Ifle 13 à 14 vaiſſeaux de ligne
qui peuvent avoir joint l'efcadre Françoife . Il eft
poffible qu'elle foit à préfent de 49 vaiſſeaux , auxquels
nous n'en avons à oppofer que 25 .
Les renforts que doit mener Rodney font
encore dans nos Ports , & avant leur départ
, il peut en être forti de Breſt & de
Cadix qui prefferont fon départ , & feront
abandonner l'entreprife de ravitailler Gibraltar
& Minorque , qui prendroit trop
de tems ; car quelque foin que l'on mette
à l'armement de fon efcadre , il paroît démontré
impoffible qu'elle foit en état de
mettre à la voile avant le 20 ou le 25 de
ce mois.
Le 2 de ce mois , écrit - on de Portſmouth ,
T'efcadre de l'Amiral Kempenfeld a mis à la voile
pour une croisière ; elle eft compofée des vaiffeaux
le Victory , la Britannia , de 100 canons ; le
Drake , le Queen , de 98 ; l'Union , de 90 ; l'Edgar
, l'Alexandre , le Vailiant , le Courageux ,
de 74 ; l'Agamemnon , de 64 ; le Medway , de 60 ;
le Renown , de 50 ; la Prudente & le Monfieur
de 36 ; la Tyfiphone , brûlot. Cela fait 12 vailfeaux
& deux frégares. On parle très - diverſement
de leur deſtination. Suivant quelques perfonnes , ils
vont croifer depuis 10 jufqu'à 30 lieues au S. O.
du Cap Féar en Irlande , pour allet à la rencontre
de la flotte de Québec , de quelques traîneurs de
l'efcadre de la Jamaïque , qui n'eft pas toute arrivée
, & dont il manque feize vaiffeaux pour le
feul port de Londres , & du fameux Commodore
Johnſtone , dont le retour a été annoncé , & dont
le retard inquiette d'autant plus , que c'étoit un
bruit ces jours derniers , que l'ennemi l'avoit in(
161 )
tercepté avec toutes fes prifes. Selon d'autres ,
cette efcadre va croifer à la hauteur des Açores ,
pour intercepter la flotte Françoile qui vient de
Saint-Domingue ; mais on a lieu de craindre que
nous nous y foyons pris trop tard. Quelques perfonnes
prétendent qu'elle fera jointe à Plymouth
par trois ou quatre vaiffeaux de guerre , & qu'elle
ira dans le golfe de Gafcogne pour empêcher la
jonction des efcadres Françoiſe & Espagnole qui
doivent aller aux Ifles. Mais on fuppofe alors
qu'elle trouvera ces eſcadres iſolées ; on ne fonge pas
qu'elles ne fortiront pas feules de leurs ports , & qu'il
il y a des forces refpectables. Un des Officiers Anglois
faits prifonniers en Virginie , revenus en
Europe fur la Surveillante , & de retour ici depuis
quelques jours , difoit dernièrement : la chofe
qui m'a le plus étonné , a été de voir dans la
baie de Chesapeak 50 bâtimens de guerre Franfois
, dont 37 vaiffeaux de ligne ; & j'en ai
trouvé en arrivant à Brest 40 , dont 19 de ligne,
tous prêts à faire voile. D'après cela , il paroît
qu'on ne doit pas faire des voeux pour que l'Amiral
Kempenfeld rencontre les François.
Le bruit de la paix particulière avec la Hollande
qui avoit fi heureufement fait hauffer
les actions avant l'arrivée de la nouvelle de la
prife du Lord Cornwallis , fe foutient ; il
fe confirme du moins que les négociations
`vont commencer , mais on ne pense pas
qu'elles aient un grand fuccès ; elles traîneront
fûrement en longueur ; & fi la Cour
qui paroît n'y avoir confenti que parce
qu'elle avoit befoin d'une hauffe dans les
fonds à l'ouverture du Parlement , obtient
par-là d'endormir la République , pendant
qu'elle continuera d'agir hoftilement elle(
162 )
même , ce fera un grand avantage. Ses vues
font trop claires pour n'être pas pénétrées
par la Hollande. Quoi qu'il en foit , voici
l'acceptation de la médiation de la Ruffie ,
donnée par le Vicomte de Stormont au
Miniftre de l'Impératrice.
>
L'alliance qui a ſubſiſté un fi grand nombre d'années
entre la G. B. & les E. G. , a toujours été confidérée
par S. M. comme une liaiſon , fondée ſur les
relations les plus naturelles , conforme aux intérêts
des deux Nations , & effentielle à leur bien- être
réciproque . Le Roi a tout fait de fon côté pour
maintenir ces liens & pour les raffermir , & , fi la
conduite de L. H. P. avoit répondu à celle de S. M.
ils fubfifteroient encore dans toute leur force . Mais ,
depuis le commencement des troubles actuels , l'unique
retour , dont la République a payé l'amitié
conftante du Roi , eft l'abandon des principes d'une
Alliance , dont le premier objet étoit la défenſe mutuelle
des deux Nations ; un refus opiniâtre de remplir
les obligations les plus facrées ; une violation
journelle des traités les plus folemnels ; une affiſtance
donnée aux ennemis mêmes , contre lesquels le
Roi avoit droit de demander du ſecours ; un aſyle
accordé aux pirates Américains dans les ports Hollandois
, en violation publique des ftipulations les
plus claires ; & , pour combler la meſure , un déni
de juftice & de fatisfaction pour l'affront fait à la
dignité du Roi par une ligue fecrette avec les ſujets
rébelles. Ces griefs accumulés ont impofé au Roi
la néceffité du parti qu'il a pris avec le regret
le
plus fenfible. En expofant au publicles motifs qui
avoient rendu cette rupture inévitable , le Roi a attri
bué la conduite de la République à la vraie caufe
l'influence malheureufe d'une faction , qui facrifioit
l'intérêt de la nation à des vues particulieres mais
il a en même-tems manifefté le defir le plus fincere
( 163 )
de ramener la République au fyflême d'étroite
union , d'alliance efficace , & de protection réciproque
, qui a tant contribué au bien -être & à la
gloire des deux Etats. Lorfque l'Impératrice de
Ruffie offrit fes bons offices pour effectuer une
paix particuliere , le Roi témoigna la reconnoillance
de cette nouvelle preuve d'une amitié qui lui eft
fi précieufe , & évita d'expofer la Médiation de S.
M. au danger d'une Négociation infructueufe : il a
expliqué les raifons qui lui perfuadoient , que dans
la difpofition actuelle de la République gouvernée
par une faction , toute réconciliation durant la
guerre avec la France ne feroit qu'une réconciliation
apparente & donneroit au parti , qui domine
dans la République , l'occafion de reprendre le rôle
d'un Auxiliaire fecret de tous les ennemis du Roi
fous le mafque d'une Alliance fimulée avec la G. B.
Mais , s'il exifte quelques indices d'un changement
dans cette difpofition , fi l'intervention puiflante de
S. M peut effectuer ce changement & ramener
la République aux principes , que la partie la plus
fage de la nation n'a jamais abandonnés , S. M. ſera
prête à traiter d'une paix féparée avec L. H. P.;
& Elle fouhaite , que l'impératrice foit l'unique Médiatrice
de cette paix. Elle a été la première à offrir
fes bons offices ; & une intervention auffi efficace
& auffi puiffante que la fienne ne fauroit gagner
en poids & en influence par l'acceffion des Alliés
les plus refpectables . L'amitié de l'Impératrice envers
les deux Nations , l'intérêt que fon empire a
à leur bien- être réciproque , fon impartialité connuc
& les vues élevées , font autant de garants de
la maniere dont Elle conduira ce falutaire ouvrage
: Et dans une Négociation , qui a pour but de
terminer une guerre , caufée par la violation des
traités & par un affront fait à la Couronne d'un
Roi , S. M. s'en rapporte avec autant de fatisfaction
que de confiance à la Médiation d'une Sou(
164 )
veraine , qui tient pour facrée la foi des traités , qui
connoît fi bien le prix de la dignité des Souverains ,
& qui a maintenu la fienne durant fon glorieux
Regne avec tant de fermeté & de grandeur.
On dit que le Chevalier Hugues revient
des Indes avec l'immenfe fortune de deux
cents mille livres fterling.
Cet exemple de richelles accumulées ainfi par
nos Généraux , dit un de nos papiers , ramène une
réflexion qu'on a fouvent faite , & qui n'eft peut-être
que trop fondée , que nos Amiraux conduifent mieux
leurs propres affaires que celles de leur Nation . Le convoi
dont le Commodore Johnstone s'eft laillé précéder
dans l'Inde par M. de Suffren, parce qu'il vouloit mettre
dans fes coffres les cargaifons de quelques vaiffeaux
Hollandois qui revenoient des Indes . Rodney n'a
rien fait aux Antilles que déménager les riches magafins
de Saint - Eustache ; l'Amiral Grave , l'année
dernière , a laiffé arriver M. de Ternay & l'armée
de Rochambeau avant lui à Rhode-Ifland , parce
qu'il a perdu 8 jours pour enlever le vaiffeau François
le Furgès , chargé de Marchandifes des Indes ; &
au lieu de précéder des jours comme il le pouvoit ,
l'efcadre Françoiſe , qui alors n'eût pu débarquer , il
ne farut que 3 jours après elle. Tout cela prouve que
l'on eft plus avide aujourd'hui d'or que de gloire.
Et c'eft pour une guerre ainfi conduite que la Nation
s'épuife. Quels que foient les talens du Lord North ,
il ne peut manquer de fe trouver très -embarraſſé
au Parlement , lorsqu'il fera queftion de fubfides ,
que pourra-t-il dire fur l'affiftance que nous attendons
de la Ruffie , fur les tréfors du Mexique & du
Pérou que Johnstone devoit nous rapporter , & fur
l'alliance que nous devious contracter avec l'Empereur
? C'eft fur ces efpérances qu'il avoit féduit le
Parlement; quelles font celles qui lui ferviront pour
obtenir un nouvel emprunt ? Le dernier , qui n'étoit
que de 12 millions , en a coûté réellement 21 à la
7 165 )
Nation ; la guerre actuelle a augmenté fa dette de
80 millions fterling ; & l'année prochaine portera
vraisemblablement cette augmentation à 100 « .
Cet accroiffement prodigieux de la dette
nationale invite naturellement à jetter un
coup-d'oeil fur ce qu'elle étoit ancienneiment.
Les calculs du Chevalier Nickolls
commencent à l'acceffion du Roi Guillaume,
& vont juſqu'à l'an 1752 ; nos Lecteurs ne
feront pas fâchés de les trouver ici .
Lorfque Guillaume monta fur le Trône , la
fomme des dettes de la Nation étoit de 700,000 liv.
fterling. Son règne , en 13 ans , porta la dépenfe de
la nation à 70 millions fterling , dont dix reſtoient
dûs à la mort. Les deux années & demie de la Reine
Anne coûtèrent 75 millions à la Nation , dont la
dette , en 1714 , paſſoit 53 millions. Les 13 années
de George I. ne les augmentèrent ni ne les diminuèrent.
Après les 11 premières années de George
II , les états de la dette nationale reconnue en Parlement
, celles de la marine non comprifes , la portoient
au-delà de 46 millions ſterling. La guerre de
1740 à 1748 , la fit monter à 71 millions ; en 1752 ,
elle étoit à 77 (*) cc.
L'accroiffement qu'elle a reçu pendant la
dernière guerre , depuis & pendant celleci
, eft réellement effrayant. On n'eft pas
étonné alors des plaintes vigoureufes du
parti de l'Oppofition & de la chaleur qu'elles
(1) Nous avons emprunté ces calculs des Remarques
fur les avantages & les défavantages de laFrance &
de la Grande-Bretagne par rapport au commerce & aux autres
fources de la puissance des Etats , par le Chevalier
John Nickolls. La traduction de cet excellent Ouvrage fe
trouve à Paris , chez de Lalain le jeune , Libraire , rue St-
Jacques à la Science , qui vient d'en publier la troisième
édition .
( .166 )
jettent dans les débats Parlementaires . Ce
fut le 30 du mois dernier qu'il fut queftion
dans la Chambre des Communes d'un Comité
de fubfides . Cette féance intéreffante
& les fuivantes méritent des détails.
-
Le Général Smith prévint que le 3 Décembre ,
il feroit une motion , à l'effet de nommer un Comité
pour une Enquête fur la Cour ſuprême de
Judicature dans le Bengale , & le Lord North déclara
qu'il en feroit auffi une pour reprendre l'examen
des affaires de la Compagnie , relativement à
la guerre des Marartes . M. Burke rappella à la
Chambre que dans la Seffion précédente , il avoit
fait la motion d'une Enquête , relativement à la
confifcation des propriétés dans les Ifles que nous
avons conquifes , & particulierement à St -Euſtache ;
mais que l'abfence du Chevalier Rodney & du
Général Vaughan l'avoit déterminé à retirer certe
motion. Comme la même conſidération ne ſubſiſte
plus , ajouta-t- il , je propofe qu'il foit fait une information
à part , & cela le plutôt poffible , puif_
que ces deux Commandans font fur le point de
remettre en mer. Je prie au furplus l'Amiral Rodney
d'affigner lui - même le temps qui lui fera le
plus convenable. Le Chevalier Rodney répon
dit qu'il approuvoit fort l'Enquête , & qu'on ne
pouvoit la commencer trop-tôt à fon gré ; & il fe
mit alors à fire les Lettres qu'il avoit écrites aux
Commandans en Amérique & au Gouverneur de la
Jamaïque . Mais l'Orateur l'interrompit en difant ,
qu'il le préfenteroit un temps plus propre pour
faire cette lecture. L'Amiral nomma le 4 Décembre
, mais le Lord North obferva qu'il ne falloit
pas croire que l'on pût entendre les chefs d'accu-
Lation ce jour là. J'ignore, reprit à ce fujet M. Burke,
fi j'aurai quelques chefs d'accufation à produire
contre l'Amiral . Il pourroit le faire qu'ils portal.
fent fur le Lord North lui-même ; fi le Chevalier
( 167 )
Rodney déclare qu'il n'a rien fait que d'après les
ordres de la Cour , l'accufation ne tombera plus
fur lui ; fans cela , le cas fera différent. L'Amiral
Rodney déclara qu'avec ou fans ordres , il fe feroit
conduit à St-Euſtache comme il a fait. Le
Chevalier Grey- Cooper ayant dit à l'occafion de la
retraite des Miniftres actuels, qu'elle feroit un fujet de
triomphe pour la Maifon de Bourbon , & que c'étoit
une raifon de plus pour ne point defirer de changer
l'adminiſtration , il fut relevé par M. Fox . O Maifon
de Bourbon ! eft- il poffible que vous défiriez
la retraite de nos Miniftres. Quel excès d'ingratitude
ou de démence ? Mais non , la France & l'ELpagne
ne font capables ni de l'une ni de l'autre.
Nos Miniftres font depuis long - temps les meilleurs
amis de ces Puiffances ! Ne leur ont-ils pas
donné Saint-Vincent , la Grenade , la Dominique ,
Tabago & les Florides ? Ce n'eft pas tout ce que
les Miniftres ont fait pour eux ; qu'est- ce que la
Grenade & Tabago , en comparaison de la moitié
de l'Amérique qu'elle leur ont pareillement cédée.
Loin de croire que la Maifon de Bourbon faffe des
voeux pour leur deftitution ; je fuis perfuadé , au
contraire , qu'elle n'a rien de plus à coeur que de
les voir toujours en place. En effet , ne pourroientils
pas avoir pour fucceffeurs quelques-uns de ces
hommes dont le nom feroit connoître à l'Europe
que la dignité , l'intérêt & la gloire de la Nation
ne feront pas toujours facrifiés à de viles confidérations.............
Les Commandans de nos forces de
terre & de mer , ne méritent point les reproches
qui leur font faits ; s'ils ont échoué dans leurs entrepriſes
, il ne faut s'en prendre qu'à nos Miniftres
quí les ont employés à des opérations impraticables.
Le Lord Cornwallis eft actuellement inculpé
pour les mêmes motifs qui ont exposé à tant de
calomnies mon ami le Général Burgoyne. J'entends
dire auffi que l'Amiral Graves n'a point fait fon
devoir , & je ne doute point que le Chevalier Clin(
168 )
ton ne foit bientôt en butte aux mêmes imputations.
Tout le malheur provient de l'impoffibilité
de foumettre l'Amérique ou de réuffir dans aucune
expédition tendante à cet objet. Les François commencent
toujours par un plan fage ; enfuite ils le
font exécuter par des forces affez conſidérables ,
pour en affurer le fuccès. Quand nous voulons les
attaquer , nos forces leur font toujours inférieures
& nous n'arrivons que quand tout eft perdu. Nous
reffemblons à cet Athlète dont parloit Démoftènes ,
qui portoit toujours la main à l'endroit où l'on
venoit de le frapper. Le droit de refufer les fubfides
que la Couronne demande eſt conſtitutionel ,
& remonte jufqu'aux temps les plus reculés . Il eft
vrai que depuis la révolution , il n'y a point d'exemple
d'un tel refus ; mais c'eft qu'heureufement
depuis la révolution il n'y a point d'exemple
d'aucune époque où le Royaume ſe ſoit trouvé
dans des circonftances comme celles où nous fom
mes. En effet , pourquoi voterions - nous des fubfides
? Seroit-ce pour les livrer à des Miniftres en
qui nous ne pouvons pas avoir de confiance ?
Fournirons-nous encore une autre armée au Secrétaire
d'Amérique pour être facrifiée , ainfi que celles
de Burgoyne & de Cornwallis ? ...... M. Adams
dit , que ce refus pouvoit avoir les fuites les plus
funeftes pour le Royaume , & que fi le Parlement
s'oppofoit à l'octroi des fubfides , il n'y avoit pas
d'autre parti à prendre que de licencier nos armées
& de détruire nos vaiffeaux. La motion pour ſe
former en comité de fubfides , paffa à la pluralité
de 172 voix contre 77 .
-
G
Le 4 Décembre M. Burke revint à fon enquête relative
à Saint - Eustache , & à la conduite des
Généraux . » Certe enquête , dit - il , éclaircira des
faits importans , & j'en démontrerai clairement
l'évidence à la Chambre , en lui produifant un
témoin qui s'expliquera à la Batre. Les deux
Commandans n'ont été probablement que les
inftrumens
( 169 )
>
inftrumens du Miniftère , & ils doivent me favoir
gré de leur fournir une occafion auſſi favorable
de juftifier leur conduite devant les Repréfentans
de la Nation. Aux objections du Lord Germaine ,
M. Burke répondit : c'eft ici une queftion d'Etat .
qui ne regarde point les Tribunaux. Le caractère
de la Nation a été flétri fon honneur & fon
humanité offenfés. Saint - Euftache n'avoit point
de canons que ceux qui étoient montés fur la
batterie du Salut. Toute la garnifon confiftoit en
60 hommes. Trois corfaires auroient fuffi pour
s'en emparer , & cependant l'efcadre a été employée
contre cette Jéricho , qui fe feroit rendue
au fon d'une trompette. Elle s'eft foumiſe à difcrétion
; les habitans n'ayant fait aucune défenfe ,
devoient être traités comme de nouveaux fujets ;
mais fans égard à l'âge , au fexe , aux états , on
s'empara des regiftres , des marchandifes & de
l'argent , on preffa les efclaves de trahir leurs
Maîtres . Les marchandifes furent vendues à l'encan
, ainfi que toutes les cargaifons ; les Généraux
devinrent Secrétaires , & les Secrétaires devinrent
Généraux ; de forte que l'ennemi s'eft procuré
des fournitures pour moitié moins d'argent qu'elles
ne lui euffent coûté par - tout ailleurs , & je puis
prouver à la Chambre que beaucoup de marchandifes
, parmi lefquelles fe trouvent plufieurs
pièces de toiles à voile , ont été portées à la
Guadeloupe fur un vaiffeau Anglois . Il est vrai
que les acheteurs ont agi avec prudence ; car confidérant
ce brigandage comme un acte d'inhumanité
, ils ont demandé caution , d'abord pour l'argent
qu'ils donnoient , & enfuite pour les marchandifes
qui leur étoient livrées . Les Marchands
Anglois ont préfenté requête pour éviter la confifcation
; on leur a répondu : l'Ife eft Hollandoife ,
le Gouvernement Hollandois , & tout ce qui y eft l'eft
auffi . Ainfi , nos Marchands font devenus Hollandois.
Les Américains ont été traités cruellement , les
22 Décembre 1781.
h
( 170 )
Juifs avec une atrocité inouïe. L'un d'eux , âgé de
70 ans , fut dépouillé , & on s'empara de l'argent
qu'il avoit dans la doublure de fon habit. Je puis
produire l'habit & le Juif. Je fais bien que les
Commandans le font plaints que les Juifs emportoient
leurs propriétés ; mais cette excufe frivole
me rappelle ce bon Irlandois qui , craignant que
fa femme ne prît trop de goût pour le féjour de
la ville de Londres , l'emmena dans une de fes
terres en Irlande. Il fut beaucoup blâmé ; s'il eût
enlevé la femme d'un autre , ce n'eût été rien ,
mais on lui fit un crime de s'en aller avec la
fienne. J'obferverai encore que nous n'avons attaqué
les Illes ennemies qu'après qu'elles eurent été
défolées par un coup de vent. Je ne vois d'exemple
d'une pareille conduite que dans Gulliver. C'eſt
un ufage conftant parmi les Lilliputiens d'attaquer
leurs voifins après un tremblement de terre. Je
demanderai en outre que l'Amiral Rodney fe juftific
fur la prife de Tabago , où au lieu d'envoyer
peu de forces avec l'Amiral Drake il eût dû aller
lui-même. » J'espère , écrivit-il après cet évènement ,
rendre bon compte des François à la fin de la
campagne ". Quel compte en a-t-il rendu ? Est-ce
fon retour en Angleterre fur le Gibraltar qu'il
auroit dû laiffer aux Ifles ? Eft- ce la prife du Lord
Cornwallis & de 7000 hommes ? Eft- ce la fituation
critique de la Jamaïque , qui peut -être eft aujour
d'hui entre les mains de l'ennemi . Le Chevalier
Rodney fe juftifia en déclarant qu'il avoit écrit
au Miniftre qu'il regardoit les richeffes trouvées à
Saint -Eustache , comme celles de l'Etat , & non
comme la propriété de fes habitans . Les fujets
Anglois , qui fe trouvoient dans la Place , fourniffoient
des provifions & des munitions aux ennemis
de leur pays ; beaucoup de Marchands étoient
convaincus d'une femblable trahison . Il proteſta
n'avoir aucune connoiffance des actes d'oppreffion
énoncés ci-deſſus , & déclara qu'il n'avoit que du
―
( 171 )
―
mépris pour les Rebelles & leurs partifans. Quant
à Tabago , il dit que les faits établis dans la
Gazette juftifioient fuffisamment la conduite , &
qu'au furplus , il avoit annoncé qu'il croyoit qu'on
devoit garder la Chéfapeak . Le Général Vaughan
parla de même fur les actes d'oppreffion qui lui
étoient inconnus ; trois motifs , dit - il , avoient
déterminé la vente des biens confifqués : le pillage
continuel exercé par les habitans & la foldatefque ;
le danger de voir brûler les munitions par des
incendiaires ; & enfin la néceffité de convertir tout
en argent , fi l'efcadre & l'armée changeoient de
ftation. Cette fameufe motion divifée en 3 à la
requifition du Lord Mahon , fut rejettée à la pluralité
de 163 voix contre 89 .
-
Les , la Chambre s'étant formée en Comité
de fubfides , le Lord Lisburne parla ainfi : « Dans
la circonftance actuelle , on doit faire les plus
grands efforts pour réfifter à la confedération for.
midable , armée contre la Grande-Bretagne . Je propofe
donc de voter un nombre de matelots plus
confidérable que nous n'avons jamais eu . L'année
derniere , le Parlement en a voté 90,000 : il en
faut 100,000 pour celle - ci , quoi qu'à la vérité
nous ayons pour le moment moins de vaiſſeaux
en commiffion. Nous en avions l'année dernière
98 de ligne , il n'y en a actuellement que 92 :
on en a perdu fix , y compris le Terrible ; mais
outre ces 92 , il y en a 17 retirés de commiſſion
par le dommage qu'ils ont fouffert dans le courant
de l'année , & quelques-uns feront bientôt en
état de mettre à la mer. Avec ces bâtimens bien
réparés , & 10 neufs , nous pourrons avoir à la
mer , dans le courant de l'année prochaine 106
vaiffeaux de ligne . Le nombre de nos bâtimens de
tout rang actuellement en commiffion , monte à
405. Le corps de troupes de la marine a été augmenté
de cinq compagnies , ce qui le porte à
ISI compagnies . Je demande donc qu'un nombre
h 2
( 172 ) .
de matelots n'excédant pas 100,000 , y compris
21,305 foldats de marine , foit voté pour l'année
1782 , & qu'il foir octroyé pour leur entretien
, 4 liv. fterl. par mois pour chaque homme.
M, Hufley accufa l'Amirauté de ne point faire
pour l'augmentation de la marine tout ce que les
circonftances exigent , & que le public a droit
d'attendre de l'argent énorme voté pour ce fetvice,
Il existe plufieurs ports , tels que Briftol , &
un autre appellé Chappel , auprès de Southamp
ton , où il n'avoit vu fur les chantiers que des
frégates & un feul vaiffeau de 64 , tandis qu'on
pouvoit y conftruire des vaiffeaux du premier
rang. Il ajoute qu'étant allé à Portſmouth même ,
au lieu du bruit & du tumulte que l'activité des
travaux auroit dû y occafionner , il y a trouvé
tout aufli calme & auffi tranquille que dans le tems
de la plus profonde paix, Je conviens , pourfuivit,
il , qu'on y a laillé deux vaiffeaux , le Saint - George
, de 90 , le Warrior , de 75 ; mais le premier
étoit refté fix ans dans fa forme , de manière qu'il
éroit déja pourri. On doit toujours voter le plus
grand nombre d'hommes poffible pour la marine,
Ler qu'on en a yoté 80 , oco , les Miniftres prétendent
qu'il y en a 90,000 d'employés ; mais
comme cet excédent eſt un moyen qui les met à
portée d'augmenter les dettes de la marine , on
devroit toujours en voter plus que moins . En conféquence
je demande qu'il foit fait un amendement
à la motion , & qu'au lieu de 100,000 matelots ,
on en vote 110,000 «e, Le Lord North , après
avoir dit que jamais aucun Parlement n'avoit vcté
un auffi grand nombre de matelots que celui de
100,000 demandé par le Lord Lisburne , ajouta ;
-
à l'époque la plus brillante de la dernière guerre ,
on n'a pas octroyé plus de 85,000 matelots , &
auparavant le nombre ordinaire étoit de 60 à
75,000 . Une augmentation de 10,000 , ainfi que le
demande M. Hulley, en occafionneroit une de plus de
7173 )
sco,ooo livres fterlings dans la dépenfe . A
quoi bon impofer encore fur la Nation cette nouvelle
charge , fous prétexte que cette addition aux
dépenfes de la marine peut ou doit réduire celles
des autres départemens . La Chambre penfe-t- elle
qu'il faille diminuer nos forces de terre ? Dans ce
cas , les Octrois feront faits en conféquence . Mais
qu'y a-t-il de commun entre cette réduction &
l'objet actuel du débat ? Elle n'empêchera pas
l'Amirauté de faire tous les efforts pour le procurer
le plus d'hommes qu'il lui fera poffible.
Quant à l'établissement de paix , je ne l'ai jamais
porté à plus de 16,00p matelots ..... Au furplus ,
en fuppofant que les opérations de terre feroient
beaucoup moins étendues , encore faut-il une armée
pour la défenſe intérieure de la Grande-
Bretagne avec fes poffeflions . Or , la marine &
l'armée doivent coopérer enfemble , & tous les
efforts de l'une feroient infructueux fans le corcours
de l'autre . En conféquence , je perfifte à
croire qu'il ne doit être fait aucun changement à
la motion du Lord Lisburne. Les 100,000 hommes
furent votés à raifon de 4 liv. fterl. par
mois pour chaque homme .
FRANCE.
De VERSAILLES , le 18 Décembre.
Le Comte d'Egmont- Pignatelly , Grandd'Espagne
, prêta le 9 de ce mois ferment
de fidélité entre les mains du Roi pour le
gouvernement de la province de Saumur
& Saumurois , vacant par la mort du Comtede
Broglie .
De PARIS , le 18 Décembre.
LA flotte de Breft formant 19 vaifleaux de
ligne , 14 fiégates , plufieurs cutters , & corh
3
( 174 )
1
餐
vettes & environ 60 bâtimens de tranſport ;
au nombre defquels font 10 flûtes du Roi ,
& fur lefquelles on ne compte pas moins
de 10,000 hommes embarqués , eſt partie le
10 de ce mois ; dès le 3 à 8 heures du matin ,
le coup de canon pour appareiller avoit été
tiré ; mais les vents n'ont pas fecondé les
voeux de la flotte jufqu'au ro , qu'il s'eft
élevé un vent de S. E. affez frais.
4
On fait qu'elle eft aux ordres de M. le
Comte de Guichen , & que M. le Marquis
de Vaudreuil doit s'en féparer avec fept
vaiffeaux , & la plupart des tranfports , pour
fe rendre aux Antilles , où il paroît que
la guerre , qui eft finie jufqu'au printems
prochain dans l'Amérique Septentrionale ,
va être continuée & pouffée avec vigueur.
Les difpofitions dont on eft inftruit préparent
à de grandes opérations. M. de
Graffe , qui a amené avec lui l'efcadre de
M. le Comte de Barras , a 36 vaiffeaux ;
les 7 que lui conduit M. de Vaudreuil ,
1 ; que doit lui amener le Marquis de Solano
de la Havanne , 6 qui partent de
Cadix avec 4000 hommes de troupes ,
porteront les efcadres combinées de France
& d'Efpagne , dans ces mers , à 62 vaiffeaux
de ligne , 24,000 hommes de troupes réglées
, & à 6000 volontaires . On ne voit
aucune poffeffion Angloife en état de faire
de la réfiftance contre des forces auffi
confidérables , & on a lieu de croire que
la Jamaïque eft menacée.
Il fe peut que les Anglois , auffitôt qu'ils
( 175 )
feront inftruits de ces préparatifs , abandonnent
le projet de ravitailler Gibral
tar & Minorque , qu'ils laiffent ces places
à elles-mêmes & fe hâtent de faire
partir Rodney. Mais dans ce cas il lui eft
impoffible d'arriver avant les François , &
d'y conduire des forces en état de croifer
leurs opérations. Si le fentiment de cette
impoffibilité dirige leur attention fur les
deux places menacées en Europe , l'efcadre
de Rodney ne peut arriver devant Cadix
avant celle de M. le Comte de Guichen ,
& alors la commiffion dont on veut que
cet Amiral foit chargé , devient plus difficile
qu'elle ne l'étoit il y a deux ans. Quoiqu'en
difent les Anglois , on fait qu'il ne
peut mettre en mer avant le 20 ou le 25
de ce mois.
» Le convoi de St-Domingue , écrit-on de Breft
en date du 7 , qui avoit été annoncé depuis deux jours
par un bâtiment particulier , eft arrivé hier au foir
en-dehors du goulet ; les vents étant forcés de la
partie du S. S. E. , il a été contraint de mouiller
dans la rade de Bertheaume , & ce n'eft que fur les
2 heures de l'après -midi au flot , que la plus grande
partie eft entrée dans notre rade . En partant de St-
Domingue , ce convoi , le plus riche que l'on ait vu
depuis long-tems , puifqu'on l'eftime près de 80
millions , étoit compofé de plus de 160 voiles.
Elles étoient efcortées par le vaiffean l'Actionnaire
de 64 canons , commandé par M. de Boifderu ; le
Fier de so , par M. d'Olabaras ; le Minotaure , armé
en flûte , ayant fa feconde batterie › par M.
Duclefneur , & la Fée , frégate portant du 12 ,
M. Boubée. On eftime qu'à l'attérage il y a eu 30à 40
par
h 4
f176 )
bâtimens difperfés par un coup de vent ; mais on
efpère qu'ils fe rallieront dans la journée de demain ,
le tems paroiffant devoir changer . La traversée a
été très-heureufe , excepté pour le vaiffeau l'Union ,
armé en flûte , frété pour le Roi , & chargé de
fucre & de café , qu'on a été obligé d'abandonner
coulant bas d'eau , après toutes fois qu'on en eut
retiré l'équipage & une partie de la cargaifon. - Le
convoi de Bordeaux qui étoit fi fort attendu , a enfin
paru ce matin fur Pennemarck ; quelques bâtimens
font déja entrés en rade , & le refte mouillera à
Bertheaume , s'il ne peut entrer dans le goulet avant
la nuit. La réunion de tous ces convois dans notre
rade forment un enfemble de plus de 400 bâtimens
& l'appareil le plus impofant «.
Ce convoi a refté 42 jours en
route ; le vent forcé qui l'a conduit dans
le Port étoit contraire à la fortie de l'Armée.
Selon les mêmes lettres , M. de la Motte-
Piquet n'étoit pas encore à bord le 7 ; mais
il guérilloit à vue- d'oeil ; il eft , dit- on , même
chargé d'une miffion particulière ; il ſe ſéparera
de la flotte avec le Dauphin Royal ,
qu'il monte , & un autre vaiffeau , avec la
frégate l'Engageante.
Malgré ce que le Roi d'Angleterre a dit
dans fon difcours au Parlement de la fituation
avantageufe de fes établiſſemens dans
l'Inde , on a de fortes raifons de croire
qu'elles y font en mauvais état. Depuis
long- tems les nouvelles de Conftantinople
annoncent la prife de Madras , qui eft encore
incertaine. On affure en Hollande que
l'Ambaffadeur de la République a cru devoir
annoncer cette prife à LL. HH. PP..
La Porte , écrivoit-il le 26 Octobre , a reçu
( 177 )
ces jours- ci des lettres du Pacha de Bagdad qui
dépeignent les affaires des Anglois dans l'li de d'une
façon bien différente de celle dont l'Ambaſſadeur
Britannique les repréfentoit il y a peu de tems . Suivant
les informations du Pacha , Hyder- Aly , atta.
qué par le Général Coote dans une place du Carnatic
, avoit eu le bonheur de le repouffer , & même
de remporter fur lui un avantage fi décifif , que ce
Prince Indien , fecondé par les forces Françoifes ,
avoit mis le fiége devant Madras , & déja il étoit
maître de cette ville ainfi que du fort St - George. La
prompte reddition de cette place ayant été occafionnée
par l'accident d'une bombe qui fit fauter le magaſin
poudre. Les mêmes avis ajoutent qu'après cette
perte , les Anglois avoient été obligés d'évacuer
prefque toute la prefqu'ifle de l'Inde ; plufieurs Négocians
de Conftantinople ont reçu des lettres qui
contiennent les mêmes avis , & l'un d'eux m'a
afluré que la vérité en étoit hors de doute . Si elles
fe confirment , on ne fauroit s'empêcher de remar
quer que la Grande-Bretagne éprouve les coups les
plus fenfibles dans une partie du monde où fes
hoftilités prématurées fembloient lui avoir affuré une
fupériorité décidée pour tout le refte de la guerre « .
Selon des lettres de Marfeille le Grand-
Vifir lui-même a donné cette nouvelle à
l'Ambaffadeur de France ; il lui a porté en
même-tems des plaintes contre quelques
corfaires , qui arrêtent tous les bâtimens
naviguans dans le Golfe Perfique . Il a prié
M. de St-Prieft d'empêcher qu'ils ne molleftaffent
les neutres. En conféquence l'Ambaffadeur
a dépêché fur-le- champ à Baffora
l'Evêque de Babylone , pour enjoindre aux
corfaires de ne plus troubler la navigation
des Sujets du Grand Seigneur. Ces faits fur
bs
( 178 )
lefquels on peut compter prouvent qu'en
effet les Anglois font très-foibles fur ces
mers ; mais on ne croit pas pour cela qu'ils
aient perdu Madras. C'eft fans doute la
Ville Noire , qui eft tombée au pouvoir
d'Hyder- Aly. Quant au Fort St-George il
ne paroît pas qu'il ait pu l'emporter , à
' moins qu'un accident ne l'ait rendu maître
de ce boulevart. D'ailleurs on fait que M.
d'Orves qui eût pu le feconder , ayant épuisé
fes vivres , & ne pouvant les renouveller fur
cette côte, a été forcé de l'abandonner , & d'al
ler ravitailler fes vaiffeaux à l'Ile de France.
»Nous n'avons point de nouvelles de Mahon ,
ajoutent les lettres de Marfeille , depuis la fortie
malheureuſe que fit le Général Murray , dans laquelle
fon détachement coupé perdit plufieurs hommes tués
fur la place , & 200 prifonniers. Nous favons que
les croifeurs Efpagnols font plus heureux vers Gibraltar
qu'à Minorque ; ils ont intercepté prefque
tous les cutters fortis d'Angleterre avec des munitions
de guerre & de bouche pour la première de
ces places. Ils laiflent aborder dans les calles près
du fort St-Philippe , la plupart des Tartanes & autres
petits bâtimens qui s'y préfentent. Ce ne font pas
les affiégés qui manquent aujourd'hui de provifions
& qui fouffrent de la difette , ce font les affiégeans ;
l'Ile ne peut pas nourrir l'armée , & comme l'Efpagne
n'a pas de magaſins prochains , les Généraux
ont dépêché en Provence pour demander des vivres
& en preffer l'embarquement «<,
M. l'Archevêque de Paris eft mort Mercredi
dernier au foir. Ce Prélat que fa
charité & fes vertus chrétiennes ont rendu
fi refpectable , étoit né en 1703 ; il avoit
été nommé à l'Evêché de Bayone , enfuite
( 179 )
à l'Archevêché de Vienne , d'où il paffa
à Paris en 1746. Parmi le grand nombre
d'Evêques dignes de le remplacer , le public
en défigne plufieurs .
Il y a quinze jours que l'Ecole Royale Militaire
de Vendôme , tenue par la Congrégation de l'Oratoire
, a célébré la Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin avec tout le zèle dont des coeurs François
font fufceptibles. MM. les Officiers du Corps des
Carabiniers en quartier en cette Ville , ayant defiré
fe joindre aux Elèves du Roi & aux Penfionnaires ,
ont donné à la Fête plus de luftre & de folemnité.
Un détachement de cent Carabiniers & les Elèves ,
fous les armes , avec leurs drapeaux , les tambours
& les trompettes des deux Corps réunis , formoient
dans la nef un coup-d'oeil impofant. Après le Te
Deum & l'Exaudiat , il y eut un Motet exécuté
par les Elèves , & une Bénédiction folemnelle ; on
fe rendit enfuite dans la grande Cour , où les troupes
formèrent un quarré & environnèrent le bûcher qui
fut allumé par le Commandant des Carabiniers , le
Supérieur de la Maiſon , & M. Ingrand , Elève-
Penfionnaire , Sujet de la première diftinction ; alors
les boîtes fe firent entendre ; aux cris de vive le
Roi fuccédèrent des falves de moufqueterie ; après
quoi les Elèves allèrent reconduire le détachement
des Carabiniers jufqu'à l'extrémité de la rue , ſe mirent
en bataille & leur rendirent les honneurs ufités.
A fix heures du foir , il y eut illumination dans
la Cour de Penfion . Les Elèves en avoient fait de
charmantes en coquilles , & leurs devifes ne l'étoient
pas moins , entr'autres celle- ci : cara Deum foboles.
L'emblême repréfentoit le Génie de la France , offrant
un enfant au Ciel : elle eft d'autant plus heureuſe
qu'elle fait également allufion à l'Ecole Militaire.
A 8 heures du foir , on tira un feu d'artifice ;
cette feconde Fête du jour fut terminée par un
fouper que la Maiſon donna à MM . les Officiers
des Carabiniers. h 6
( 180 )
-
--
La fuite de cette Fête a été marquée par un évènement
qui fait également honneur & aux Inftituteurs
& à la Jeuneffe qui leur eft confiée. Les Elèves
ayant appris que la Maiſon fe propofoit de marier
& de doter une fille , vinrent demander au Supérieur
la permiffion de faire auffi un mariage, & qu'ils y contribueroient
de leurs menus plaifirs ; l'occafion étoit
trop belle pour la laiffer échapper. Mais , mes
enfans , il vous en coûtera 200 livres n'importe ;
nous y confentons ; il y aura deux mariages , la
Fête en fera plus belle , nous donnons avec plaifir
ce que nous avons , en attendant que nous verfions
notre fang pour la Patrie. Le Supérieur donna à
leur bienfaifance l'éloge qu'elle méritoit , & le furlendemain
du Te Deum , tous les Elèves conduisirent
les futurs époux à l'Eglife ; la cérémonie ſe termina
par un Te Deum & une Prière pour le Roi , & les
nouveaux mariés furent reconduits à la Salle qu'on
leur avoit préparée pour le repas de noce , avec la
même pompe qu'on avoit obfervée pour les mener à
P'Eglife ; les deux principaux Officiers-Elèves conduifoient
les mariées par la main , les pères & mères
les accompagnoient de l'autre côté , fuivoient le
Curé & le Supérieur ; un corps d'Elèves faifoit la
clôture. Indépendamment des 200 livres de dot pour
chaque fille , la Maiſon a habillé de pied en cap
l'homme & la femme , & a fourni à tous les frais
de la noce .
On trouve dans le Journal des Caufes
Célèbres de ce mois une cauſe concernant
le commerce des chevaux , & dont la décifion
ne peut qu'intéreffer le public ( 1 ).
30 Depuis que le luxe , dit M. des Effarts , a
(1 ) On peut fe procurer chez M. des Effarts , Avocat , rue
Dauphine , Hôtel de Mouhy , les 7 années de ce Journal ,
piquant au prix de 162 liv . Ceux qui s'adreſſeront directement
à lui pourront avoir la Collection en payant 108 liv.
feulement , & le prix de la foufcription de 1782.
( 181 )
pénétré dans toutes les conditions de la Société ;
la vente des chevaux eft devenue une branche de
commerce très -importante : elle a fur-tout éprouvé
des augmentations confidérables depuis que les voitures
fe font multipliées dans la Capitale & dans les
principales villes du Royaume. Autrefois les grands
Seigneurs & les gens en place avoient feuls des
carrolles aujourd'hui il n'eft point d'homme un
peu aifé qui n'ait une voiture & des chevaux ; fouyent
même des gens fans fortune , & de la plus
baffe extraction , fe permettent ce luxe pour acquérir
cette efpèce de confidération que l'on attache dans
le monde à ceux qui ont un carrofle & des chevaux.
Si des pères de famille ne dévoroient pas leur patrimoine
, & ne laiffoient pas fouvent à leurs enfans
fa perfpective effrayante de la plus affreufe misère ,
pour fournir aux dépenfes qu'entraîne ce luxe ; fi des
Négocians & des gens d'affaires n'y employoient pas
les fruits de leur induftries fi enfin une foule d'intriguans
, fans état & fans biens , ne faifoient pas ufage
de tous les moyens qu'ils peuvent trouver , pour fe
procurer cette jouiffance , on pourroit fermer les
yeux fur ce genre de luxe ; mais les fuites qu'il entraîne
ont trop de rapports avec la corruption du
fècle , pour être envifagés avec indifférence par
thomme qui s'intéreffe au bonheur public . - Parmi
les dépenfes qu'entraîne ce luxe , les pertes qu'on
éprouve tous les jours par les accidens qui arrivent
aux chevaux , & fur-tout par l'adreffe perfide des
marchands , qui favent cacher les vices dont font
attaqués ces animaux qu'ils expofent en vente
offroient au zèle des magiftrats un abus très -dangereux
à réformer. La Jurifprudence des différentes
Cours du Royaume avoit déja pris des précautions
contre la mauvaise foi des Marchands de chevaux ,
en les affujettiflant , dans certains cas , à reprendre
ceux qu'ils auroient vendus ; mais on defirojt
depuis long - tems des précautions encore pluts
étendues. L'occafion de faire un nouveau Règlement
( 182 )
ont
s'eft préfentée récemment au Parlement de Paris.
Voici les faits qui y ont donné lieu . Des Marchands
avoient vendu des chevaux attaqués de cornage &
de fifflage ; ceux qui les avoient achetés ,
foutenu que ces vices devoient être mis au nombre
des cas redhibitoires qui obligent les vendeurs à
reprendre leurs chevaux. Cette question portée au
Parlement , y a été difcutée & approfondie par M.
l'Avocat-Général Séguier , & fur fes conclufions ,
il'eft intervenu Arrêt , le 25 Janvier 1781 , qui a
ordonné que le fifflage & le cornage feroient déformais
au nombre de cas redhibitoires «<,
Les Habitans du quai de Gêvres & des
Ponts- au-change & Notre- Dame , ont préfenté
au Prevôt des Marchands & Echevins
de la Ville de Paris un Mémoire , pour obtenir
l'exécution des règlemens rendus par
le Bureau de la Ville , relativement à la
police des bateaux des boucheries de l'Apport-
Paris , règlemens qui , en laiſſant aux
Bouchers la facilité d'apporter dans un bateau
les immondices de leurs tueries , leur
enjoignent expreffément de les faire enlever
chaque jour & de grand matin , pour éviter
la corruption qu'un plus long féjour eft capable
d'engendrer. Ce Mémoire a été appuyé
d'un Rapport de M. Cadet de Vaux ,
Cenfeur Royal , Infpecteur général des objets
de falubrité fur l'état actuel de la vouffure
du quai de Gêvres & du quai Pelletier.
Parmi les obfervations contenues dans ce
Mémoire & le Rapport , on lit celles - ci.
Les habitans croyent devoir infifter plus pofitivement
auprès de M. le Prevôt des Marchands & de
MM. du Bureau de la Ville de Paris , fur le mauvais
( 183 )
état actuel de la fanté de nombre d'habitans du
voifinage , état qui fort de la claffe des maladies
ordinaires , & fait un genre de maladies particulières
fuite du mauvais air qu'on refpire dans les environs.
Cet état confiſte dans un mal de tête aflez habituel ,
un défaut d'appetit , des affections ftomacales & ner→
veufes & de la laffitude dans les membres accompagnée
d'affoupiffement . Les femmes & les enfans
beaucoup plus fédentaires & dont la conftitution eft
plus délicate , font néceffairement plus affectés de
cet air empoisonné . On obſervera que les maladies
fexuelles y font beaucoup plus fréquentes qu'ailleurs.
Et comment cet air ne produiroit-il pas un effet
dangereux fur l'économie animale , puifque les métaux
ne peuvent résister à fon impreffion , & que dans
les magafins des Marchands on ne diftingue point les
matières d'or & d'argent d'avec le cuivre & le plomb.
Le Prevôt des Marchands & les Echevins
de la Ville de Paris ont rendu le 7 Septembre
dernier une Sentence qui preferit l'obfervation
des règlemens , & condamne en
cent livres d'amende l'Entrepreneur de l'enlèvement
des immondices , qui a négligé de
le faire de la manière & aux heures prefcrites.
De BRUXELLES , le 18 Décembre.
"
LE Gouvernement des Pays- Bas Autrichiens
a répondu aux éclairciffemens demandés
par les Etats-Généraux fur les places
de Barrières que l'Empereur vouloit démanteler
, que S. M. I. n'en exceptoit aucune
de celles des lieux de fa domination où
il fe trouvoit garnifon Hollandoife , & qu'elle
attendoit de L. H. P. qu'elles feroient par(
184 )
venir le plutôt poffible les ordres néceffaires
aux Généraux & Officiers qui commandoient
leurs troupes dans ces places . Cette
difpofition répond parfaitement au parti qui,
dans la République , ne ceffe depuis le commencement
de la guerre , de folliciter des
augmentations dans les troupes de terre ,
& de s'oppofer par-là à celle qui eft devenue
fi néceffaire dans les troupes de mer.
S'il faut en croire quelques lettres de la
Haye , le Duc de Brunswick fait travailler
à un Mémoire juftificatif de fa conduite
depuis qu'il eft entré au fervice de la République
; & après l'avoir rendu public pour
confondre fes ennemis , il prendra le parti
de fe retirer ; & fes partilans même paroiffent
defirer qu'il prenne cette réfolution
autant pour fon repos & l'intérêt de fa
gloire ,, que pour la tranquillité de l'Etat en
général .
» Le Prince de Gallitzin , ajoutent ces lettres , a
demandé qu'il fut nommé un Comité fecret pour
conférer avec lui fur les conditions d'un accommodement
avec l'Angleterre. On s'eft contenté de
l'adreffer à M. de Brantzen , Député aux Etats-
Généraux pour la Province de Gueldres ; ils ont
déja eu quelques conférences enfemble , mais on
doute toujours beaucoup ici du fuccès de fes dé-'
marches pour une pacification. On croit que l'Angletere
ne les a provoquées , & ne feint de s'y prêter,"
que pour nous amufer , nous divifer encore davantage
dans nos opinions , empêcher que nous nous
mettions en état de défenfe , & faire échouer par-là
le projet d'une alliance avec fes ennemis. Il eft
toujours fort queſtion d'un traité offenſif & défenfif
718599
avec la France. La Province de Frife a fait pro
pofer , il y a quelque tems , cette négociation par
fes Députés aux Etats -Généraux , & les inftructions
néceffaires leur ont été données depuis une propo
fition du Quartier d'Ooftergo à la dernière affemblée
des Etats de la Province. Il vouloit aufli qu'on
reconnût l'indépendance de l'Amérique , & qu'on
traitât avec elle , & qu'en agiffant avec fermeté ,
conformément à la gloire & aux intérêts de la
République , on détruisît les foupçons qu'elle avoit
donnés , que fon inaction & fa lenteur devoient
moins s'attribuer à fa foibleffe qu'à fon penchant
pour l'Angleterre. Les quartiers du plat pays
de Weftergo & de Seven-wouden jugèrent que la
reconnoiffance de l'indépendance de l'Amérique
étoit fujette à trop de difficultés pour le préfent ;
mais ils approuvèrent le Traité avec la France . Les
Villes qui forment la quatrième Chambre de l'Etat
de Frife , n'a pas encore jugé à propos de fe déclarer
«.
Selon des lettres d'Amfterdam , on y a
reçu du Cap de Bonne- Efpérance des avis
qui portent que les François fe font emparés
des navires Anglois de la Compagnie
des Indes , qu'ils ont conduits à St-Maurice .
Nous avons donné dans un de nos Journaux
la relation de la prife de la bélandre Eſpagnole
la Trocha , commandée par D. Louis Arguedas
; fa deftination étoit d'aller obferver à St-
Domingue l'éclipfe de foleil du 23 Avril , &
elle fut troublée malgré les paffe- ports de la
Cour de Londres , que les vaitfeaux du Roi
& les corfaires de cette Nation ne refpectent
pas toujours ; le Liber- Navigator , commandé
par le Chevalier de Kerguelin , a
éprouvé les mêmes traitemens dont les paffe(
71861)
ports de l'Amirauté Angloiſe ne l'ont pas
mieux garanti. L'objet de fon voyage intéreffoit
également les Sciences . Ce n'eft pas
ainfi que la France s'eft conduite ; dès le
commencement de la guerre , elle s'empreffa
d'allurer la liberté la plus entière de la navigation
au Capitaine Cook ( 1 ) , & de protéger
un grand homme occupé de travaux utiles
aux Sciences , & méritant les égards de
toutes les Puifances belligérantes . M. de
Kerguelin a dépofé fes réclamations dans le
Mémoire fuivant , au fujer de la détention
de fon vaiffeau conduit à Kinfale à la fin
de Juillet 1781.
» Tout le monde fera furpris , qu'un navire deftiné
à faire voyage de long cours , pour vaquer
à la découverte de chofes utiles , néceffaires &
avantageufes à la navigation , conftruit , nommé
& défigné par le concours & l'autorité de deux
Puiffances en guerre , ait pu être arrêté dès le commencement
de fa marche , par un corfaire de la
nation , d'où font émanés des paffeports en régle ,
qui mettoient ce navire fous la protection de cette
même Nation , & même de toutes les Puiffances.
On fera encore dans une plus grande furpriſe
d'apprendre , que le Commandant de ce navire &
fes compagnons de voyage , après que la connoiffance
de cette capture fut parvenue à l'Amirauté
d'Angleterre , qui avoit permis & autorifé la conf-
(1 ) La publication du dernier voyage de ce Navigateur
célèbre eit attendue avec impatience ; en attendant, qu'elle
paroiffe , un des Officiers qui l'accompagnoient en a donné
une relation très- intéreffante. La traduction Françoise en
eft fous preffe , & fera en vente dans les premiers jours de
Janvier prochain , à Paris chez Piffot , Libraire , Quai des
Auguftins.
71879
truction de ce navire , en vertu de paffeports en
règle , aient été déclarés prifonniers de guerre , &
traités avec dureté dans leur captivité . Tel eft
cependant le fort du fieur de Kerguelen , Commandant
du navire Liber- Navigator & de tout fon
équipage. On ne peut concevoir un pareil évènement
, fans fuppofer un délit majeur , en la perfonne
du Commandant ; mais les feuls délits qui
font oppofés , aux termes de la lettre de M. Stephens
, Secrétaire de l'Amirauté d'Angleterre , font
feulement. 1 °. Que le bâtiment étant plus petit
qu'il n'avoit été permis de le faire , le corfaire étoit
juftifié de l'avoir arrêté. 2 °. Que par les papiers
trouvés dans le bâtiment , le projet du voyage pa-
Foiffant différent de celui pour lequel les paffeports
avoient été accordés , les Armateurs du corfaire
commenceroient un procès légal contre le bâtiment ,
& qu'en attendant ils étoient prifonniers de guerre.
-Les intéreflés à l'armement du navire Liber-Navigator
ne pouvant foutenir leurs intérêts juridi
quement , eu égard aux circonftances de la guerre ,
qui interrompt toute communication entre la France
& l'Angleterre ; & leur naturel & unique défenfeur ,
commandant de leur navire , étant contre le droit
des gens en captivité , n'ont d'autre reſſource pour
plaider leur caufe , que d'avoir recours aux papiers
publics , pour faire parvenir à toutes les Puiffances
de l'Europe , intéreffées à maintenir les droits des
Nations , la connoiſſance d'un procédé auſſi inoui ;
mais encore pour éclairer le Tribunal même de la
Nation Angloife , dont la religion a été évidemment
furprise par la mauvaiſe foi & l'avidité du
corfaire , qui l'a excité à déclarer prifonniers de
guerre le fieur de Kerguelen & fes compagnons de
voyage , contre la foi des paffeports émanés de
fon autorité , fous des prétextes frivoles , faux &
Luppolés. -Que le navire Liber-Navigator ,
conftruit & dénommé par le concours , l'autorité
& l'approbation de l'Amirauté d'Angle(
188 )
-
--
tèrfe , foit de moindre force que ce que ladite
Amirauté à permis de le faire , peut-on en induire
un délit qui en autorife la faifie ? — Jamais on n'a
imputé à délit , de ne pas ufer de l'étendue d'une
permiffion . Si le navire a été conftruit d'une force
inférieure à la permiffion , ce n'a été que pour qu'il
fût moins fufpect à la Nation qui accordoit en tems
de guerre la liberté de la navigation . -- S'il eût été
fupérieur en forces , c'eût été pour-lors un moyen
capable de le faire fufpecter de fraude & de mau
vaife foi . Le navire eft inférieur à la permiffion ,
il n'eft donc point en faute ; le corfaire ne peut
donc être juftifié d'avoir arrêté ce navire privilégié
, mis fous la fauve-garde & la protection de
fa nation. On pourroit dire au plus , en faveur
du corfaire , que la différence de la force du navire
a occafionné la méprife. Mais comment peut-il
être juftifié , après la vérification faite à l'Amirauté
des palleports accordés au navire ; pourquoi
n'a - t - il pas confenti dès lors à fon relâche-
& pourquoi a - t - il fouffert que des
gens libres , dans une pofition plus favorable.
que les Nations neutres , puifqu'ils étoient , par
leurs paffe-ports , fous la protection de l'Angleterre ,
fuffent déclarés prifonniers de guerre ? C'eft ce qui
rend le corfaire à tous égards inexcufable ; la méprife
ne pouvoit être l'effet que du moment . Il étoit à
même de reconnoître ce navire , non-feulement par
la défignation du nom convenu avec l'Amirauté d'Ângleterre
, mais encore par la défignation de celui
qui étoit prépofé à le commander. Les défenfeurs
du navire Liber- Navigator , n'argüent pas préci
fément d'injustice la décifion provifoire de l'Ami
rauté d'Angleterre contre le Commandant & premier
Compagnon de voyage , parce qu'ils ne connoiffent
pas fuffifamment les règles de la forme
judiciaire de la puiffance Britannique ; mais fuivant
le Droit commun des Nations , ils paroiffent autorifés
à réclamer contre une pareille décision , qui ne
ment "
( 189 )
pouvoit être rendue que dans le casd'un délit prouvé.
Le premier chef d'accufation , loin d'avoir pu
opérer la détention de ces Voyageurs , devoit , au
contraire , affurer la libération du navire & de l'équi
page . Le fecond chef d'accufation eft que
par les papiers , trouvés dans le bâtiment
» le projet du voyage paroît différent de celui pour
» lequel le paffe-port a été accordé « . Pour pouvoirjuger
fainement du mérite de cette accufation , il
faut favoir quels genres de papiers ont été trouvés
fur ce navire ; fi les papiers peuvent prouver quelque
affociation ou intelligence avec les ennemis de la
Nation Angloife. Voilà un délit majeur digne de
punition contre l'Auteur & les adhérens de cette
affociation ; mais dans ce cas , les accufés , au lieu
d'être prifonniers de guerre , doivent être conftitués
comme prifonniers ordinaires de l'Etat , & leur
procès doit être fait en la forme ordinaire , preſcrite
par la loi . Si le délit majeur n'eft commis que par
le Commandant du navire , la peine de ce délit ne
peut tomber que fur lui . Et dans ce cas , les affociés
, feulement intérefiés pour l'objet principal de
la recherche des chofes utiles à la navigation , doivent
être abfous avec dommages & intérêts coutre
le principal accufé , tant pour raifon de leur détention
, que pour les pertes réfultantes de l'inexécution
du voyage. Si les papiers , au contraire ,
ne font , comme il y a lieu de le préfumer , que
des lettres particulières , à remettre à des habitans
de quelques Ines , comme celles de France ou de i
Bourbon ; il n'y a en ce cas aucun délit , parce que ;
ces lettres n'ont été données aux Voyageurs que
pour établir leur crédit dans tous les lieux où le
navire , pour les befoins , viendroit relâcher ; mais
ces lettres ne font autre chose que des recomman
dations utiles aux porteurs. Il ne peut donc y
avoir en ce cas aucun objet de délit , & on ne peut
induire de pareils écrits , que le Commandant dụ
Liber-Navigator ait changé fa deſtination . Los
( 190 )
paffe -ports ; qui accordent la liberté de la navi.
gation pour aller à la découverte des choſes utiles
à la marine , feroient illufoires , fi l'Obſervateur
n'avoit la liberté d'aborder telles ou telles parties
duglobe ; cette liberté doit lui être acquiſe dans toute
l'étendue , pourvu qu'il s'abftienne de tout commerce
illicite avec les ennemis de la Nation dont
il a obtenu le privilége de navigation libre. Mais on
peut affurer avec confiance , que de tous les écrits
dont le navire étoit porteur , il n'y en a pas un
feul d'où l'on puiffe induire une accufation grave .
Il doit donc paffer pour conftant que le navire.
Liber - Navigator a été arrêté fans aucune caufe
légitime ; conféquemment , que le corfaire qui a
fait induement cette Prife , doit être condamné en
tous les dommages & intérêts réſultans du retardement
du voyage , même des frais que le retardement
a occafionné , avec reftitution entière & en
bon état de tous les effets du Commandant & de
tout l'équipage. Les intéreffés à l'armement du navire
Liber Navigator ont démontré , avec évidence ,
l'injuftice & l'illégalité de la prife de leur navire ;
ils finiflent par fupplier toutes les Puiffances inté,
reffées à maintenir le droit des Nations , d'interpoter
leur autorité pour faire rendre juftice à nombre
de Particuliers , qui n'ont facrifié une partie de leur
fortune pour le bien de la navigation , que fur la
foi des pale ports accordés par l'Amirauté Angloiſe.
On apprend par des lettres de Madrid ,
qu'on y a arrêté un Particulier qui y étoit
arrivé depuis quelques jours de Lisbonne ,
& qui avoit été reconnu par un Officier
Espagnol pour un homme qu'il avoit vu
aux fers au Pérou . On prétend que c'eſt le
fameux ex Jéfuite Arifmandi , dont on parla
tant il y a 8 ou 9 mois , quand le Commodore
Anglois Jonhstone partit pour fon
expédition imaginaire des Indes.
( 191 )
PRÉCIS DES GAZETTES ANG . du 11 Décembre.
On affure que l'Amiral Rodney ne doit mener
aux Antilles que huit vaiffeaux de ligne , dont un
de 90 , quatre de 74 , & trois de 64. Le départ
de ce Géneral eft fi précipité qu'il n'attendra
point les navires marchands qui ne font pas en état
de mettre en mer.-M. Guy Carleton doit avoir un
commandement en Amérique. - Le bruit court
mais perfonne n'y croit , que le Miniftre de Ruf
fie a offert au Roi des fubfides de l'Impératrice fa
Souveraine.
-
Un bâtiment qui arrive des Ifles de l'Amérique ,
écrit- on de Corke , en date du 29 Novembre ,
afſure avoir rencontré l'Amiral Hood faifant route
des Inles du vent. Le maître du navire ajoute que
cet Amiral avoit appareillé de New-Yorck le 3
Novembre. Les Agents du Gouvernement difent
que l'on embarquera beaucoup de troupes dans ce
port vers le mois de Février , & ils font préparer
des vivres en grande quantité.
--
La défenfe de l'Irlande fera confiée l'année prochaine
aux Milices & aux Volontaires , la plus
grande partie des troupes de ce Royaume devant
s'embarquer pour l'Amérique . Le Gouvernement
n'ayant reçu aucunes nouvelles du Chevalier Wrigt ,
Commandant en Géorgie , & ayant appris que Don
Solano avoit entrepris une expédition fecrette , eft ,
dit-on , dans de vives inquiétudes fur le fort de
cette province.
» L'Amiral Rodney , écrit -on de Portsmouth le
9 Décembre , vient d'arriver ici ; il a huffé fon pavillon
à bord de l'Arrogant , de 74. Le vent ayant
été très-fort depuis fon arrivée , tout le monde
s'empreffe à montrer fon zèle & les travaux vont
une rapidité inconcevable . Les ouvriers
travaillent nuit & jour dans les chantiers aux
vaiffeaux qui font en conftruction.
de 74 canons , eft arrivé ici des Dunes.
frégates la Minerve & la Daphné ont mis hier à
Ja voile pour Lisbonne , ayant fous leur convoi
avec
- Le Fame ,
-- Les
( 192 )
*
plusieurs bâtimens marchands. On apprend de
Torbay que l'Amiral Kemperfeld a pris & envoyé
à Portsmouth un bâtiment François qui étoit venu
reconnoître fon efcadre . La frégate l'Artois -
a pris fur les Hollandois deux corfaires apparte
nans à la ville d'Amfterdam ; l'un fe nomme l'Hercules
& l'autre le Mars , ils font percés pour 24
Le Samfon , de 64 , eft arrivé au
Sund le 19 de Novembre avec trois frégates . Ce
fera pour cette année le dernier convoi que l'on
fournira au commerce de la Baltique.
canons.
Un détachement de l'armée du Général Heath
lit - on dans une lettre de Philadelphie du 17 Octobre
, commandée par le Major Trefcott , s'eft
emparé le 3 de ce mois du Fort Slongo & de
Long- land. Deux Capitaines , un Lieutenant & 18
particuliers furent faits prifonniers ; il y en a eu
deux tués & deux bleffés. Le Major Heath s'eft
emparé de 4 canons , d'un de fonte de trois livres
de balles , & d'une grande quantité d'argent , de
munitions , de marchandifes & d'habits .
Lorfque M. Laurens fut informé que le Lord
Cornwallis avoit pénétré dans la Virginie , il dit :
Ce Général pourra brûler du tabac & détruire
quelques maifons , comme a fait Arnold ,
mais
s'il ne revient pas bientôt fur les pas , il éprou
→ vera certainement le fort de Burgoyne «. Quand
an l'a inftruir que ce Lord avoit été fait priſonnier
, il dit : » Je ne me réjouis du malheur de
>> perfonne. Cet évènement peut avoir des fuites
» favorables pour les deux partis ; mais ce qu'il
» y a de sûr , c'eft que Cornwallis
ni aucun
de fes Officiers , ne fera traité auffi inhumai-
» nement que moi « . Après avoir plaint le fort
des malheureux Américains exceptés de la capitulation
par l'article 10 il a ajouté : » Au refte ,
ces Américains ne font peut-être pas au nombre
de so , & ne paffent certainement pas celui
de soo. Il y en aura fort peu de condamnés
à mort , & parmi ces derniers , il ne fe trouvera
» pas un feul homme de marque.
23
כ כ
3
X
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TUR QUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 1er. Novemb
LE Capitan- Pacha eft arrivé ici le 23 du
mois dernier, avec le vaiffeau qu'il monte &
quelques galiotes . Après avoir eu une audience
du Grand -Vifir , il eft retourné à fon
bord pour y attendre fes autres vaiffeaux.
Lorfqu'ils feront raffemblés il fera fon entrée
publique.
On travaille avec beaucoup d'activité à
réparer les fortifications d'Ifmaïl , d'Ilraïlow
& d'Ifaccia , fur le Danube. Ces trois
fortereffes font fort connues depuis la dernière
guerre avec les Ruffes .
Le Commiffaire de la Porte cft parti avec
M. Timoni , Agent de l'Empereur , fur un
bâtiment Ragufain , pour fe rendre à Alger .
On attend avec impatience ce que la Régence
décidera , relativement aux bâtimens
Autrichiens réclamés par l'Internonce Im
périal .
29 Décembre 1781. i
( 194 )
RUSSI E.
De PÉTERS BOURG , le 15 Novembre.
,
LA Comteffe de Romanzoff , mère du
Maréchal de ce nom , Grande- Maitreffe de
la Cour , & Dame de l'Ordre de Sainte-
Catherine , vient de tenir fur les Fonds de
Baptême , la Comteffe Apraxine , fon arrière-
petite-fille , au nom de l'Impératrice ,
qui a bien voulu en être la marraine . Le
parrain eft le Grand-Duc Alexandre. Madame
de Romanzoff eft née & a été mariée
fous le règne de Pierre- le-Grand .
L'augmentation que l'Impératrice veut
faire à fa marine , la portera à 54 vaiffeaux
de ligne ; elle n'eft actuellement que de 34.
On dit que les ordres font donnés pour
conftruire ici en même-tems fur nos chantiers
10 vaiffeaux de 100 canons. Il y aura
toujours 10 , tant vaiffeaux que frégates ,
dans le nouveau port de Cherfon , fur la
mer Noire.
On dit qu'outre les troupes qui , depuis
quelque tems ont déjà été envoyées du côté
de la Crimée , 8 autres régimens ont reçu
ordre de prendre le même chemin.
DANEMARCK.
.
De COPENHAGUE , le 25 Novembre.
LA Compagnie de la Baltique vient d'acheter
en Hollande 4 gros vaiſſeaux , pour
( 195 )
les envoyer aux Indes Orientales ; & elle a
réfolu d'en acheter encore d'autres pour la
même deftination .
La Chambre générale de Douane pour
le commerce des Ifles Danoifes , dans , les
Indes Occidentales , & pour celui de la
Guinée , a réfolu lei de ce mois d'établir
des Comptoirs de Lettres , pour faciliter la
correfpondance entre la Capitale & les
Ifles. Il y en aura un ici & un dans chacune
des trois Ifles. Les lettres pour cette
deftination feront remifes au Comptoir de
cette Ville , en payant fur-le - champ le port
dont la taxe eft modérée. Le Comptoir de
Copenhague fera ouvert le premier Janvier
prochain , & ceux des Ifles quatre
femaines après la publication de la réfolution
de la Chambre .
» Depuis huit jours , écrit- on de Chriftiansand ,
en date du 7 de ce mois , il eft arrivé ici & dans les
autres ports de Norwège , près de 300 voiles de
diverfes Nations . On compte dans ce nombre une
flotte Angloife d'environ 250 bâtimens , fous l'ef
corte de l'Africa de 64 , & d'une frégate de 20
canons. La femaine dernière quelques navigateurs
ont rencontré , à 3 milles de ce port, un gros bâtiment
Anglois qui avoit perdu fon gouvernail ; ils l'ont
conduit heureufement à Mandal . Ils recevront pour ce
fervice 6000 rixdales , d'après la convention faite
avec le Capitaine «.
-
Il y a actuellement dans le Sund 156
bâtimens , parmi lesquels on compte 2 vaiffeaux
de guerre Anglois & 2 frégates , ayant
fous leur eſcorte 143 navires.
i 2
( 196 )
Un bâtiment venant de Bordeaux , &
allant à Stetin avec une cargaifon de vin
& de planches , a péri pendant un orage
près de Laifoë ; l'équipage s'eft fauvé.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , les Décembre.
LES fêtes fe fuccèdent tous les jours depuis
l'arrivée du Comte & de la Comteſſe
du Nord ; ces illuftres Voyageurs employent
tout le tems qu'elles leur laiffent à visiter
ce que cette Capitale & fes environs offrent
de curieux.
Le Prince de Gallitzin , Ambaffadeur de
PImpératrice de Ruflie , a diftribué les préfens
de fa Souveraine aux Miniftres de
l'Empereur ; le Prince de Kaunitz , Grand-
Chancelier , a reçu une boîte avec le portrait
de l'Impératrice , richement garnie de
diamans ; on l'évalue à 35,000 florins ; le
Prince de Gallitzin en a reçu auffi une
montée en diamans.
L'Empereur toujours occupé du bien de fes
fujets a voulu donner à Carlo -Pago , près de Zeng ,
en Dalmatie , un nouveau port qui offrira des
avantages au commerce. La fituation choifie eft d'autant
plus avantageufe , que les deux prefqu'îles qui
avancent dans la mer forment naturellement ce port
qui a plus de deux lieues d'étendue . Les plus grands
vailicaux de guerre pourront y mouiller en fûreté
contre les flots & les vents. La chauffée de Carlſtadt
que l'Empereur a fait élever à grands frais , & qui
portera fans doute le nom de Chauffée Jofephine ,
conduit directement à ce nouveau port ; un Lieu(
197 )
tenant-Colonel du Corps du Génie , a été chargé de
fe rendre fur les lieux pour mettre fin à cette glorieufe
entreprife. On bâtira fur la chauffe ; & on s'attend
à voir fe former bientôt des Villages & des Auberges
pour la commodité des voyageurs & des voituriers «
L'Edit par lequel l'Empereur a aboli la
fervitude en Bohême , eft conçu ainfi .
Ayant reconnu que l'abolition de la fervitude &
l'établiſſement d'une foumiffion modérée à la place ,
d'après l'exemple de nos Etats héréditaires d'Autri-
" che' , avoient l'influence la plus heureufe fur la culture
du pays , fur l'induftrie des habitans , & que
la raifon & l'humanité plaidoient en faveur de la
liberté , nous avons trouvé bon d'abolir entièrement
& dès -à-préfent la fervitude , & de fubftituer à fa
place une foumiflion modérée ; à ces cauſes , & en
vertu de notre pouvoir légitime , nous avons prefcrit
& prefcrivons aux Seigneurs territoriaux & à
leurs Employés , ainfi qu'à nos fujets , ce qui fuit :
1 °. Tous les fujets ou vaffaux quelconques , pourront
fe marier après avoir notifié préalablement leur ma
riage au Seigneur , & en avoir obtenu le certificat de
préfentation qui leur fera délivré gratuitement. 2 ° .
Il fera libre à chacun des fujets ou vaffaux de quitter
le domaine de fon Seigneur , & de s'établir ou de
s'engager ailleurs dans le pays , en obfervant toute
fois le règlement pour l'enrôlement ; mais lorfque
quelque fajet ou vallal des Seigneurs quittera fon
ancien Seigneur pour s'établir ailleurs , il fera obligé
de lui demander un congé , pour conftater qu'il eft
quitte envers lui des devoirs auxquels il étoit tenu ;
ce congé lui fera donné gratuitement , & fera préfenté
par lui au nouveau Seigneur. 3. Tous les
fujets ou vaffaux, quelconques pourront apprendre
des arts , des métiers & c . , comme ils le jugeront
à propos , & il leur fera permis de gagner leur vie
par-tout où ils voudront fans avoir befoin de prendre
pour cette raison des lettres de congé. 4º. Ils
13
( 198 )
ferent difpenfés de faire à l'avenir aucuns fervices
pour leurs Seigneurs. s . Ceux , cependant , qui font
orphelins de rère & de mère , ferent obligés , par
rapport à la turèle faite gratuitement par les Seigneurs
, de faire des fervices à la Cour pendant les
années ufitées en pareil cas ; ce tems de fervice ne
pourra pourtant pas furpaffer l'espace de trois ans ,
& il n'aura lieu que dans les endroits cù il eft d'ufage.
6°. Outre les preftations en nature & en argent
dépendantes du fol & auxquelles les fujets on vallaux
feront tenus même après la fuppreffion de la fervitude
, & qui font déterminés par des règlemens faits
à ce fijet pour nos Etats héréditaires de Bohême ,
les fujets ou vaffaux ne pourront plus être impofés
d'aucune autre manière ; & comme ils ne font plus
à confidérer comme des feifs , rien ne pourra
plus être exigé d'eux à titre de fervitude . —
Du refte il eft entendu que les vallaux demeureront
obéiifans à leurs Seigneurs , conformément
aux loix qui fubfifteront toujours , quoique la fervitude
foit abrogée par le préfent Edit. Donné à
Vienne , le premier Novembre 1781 .
L'Ordonnance en faveur des Juifs étabis
en Bohême contient les difpofitions
fuivantes :
1º. Tous les actes , contrats , teftamens , comptes,
livres de commerce , & c . feront faits , dans l'intervalle
de deux ans , dans la langue des Tribu
naux & Greffes du pays qu'ils habitent , fous
peine de nullité . Il ne leur fera permis de
fe fervir de leur langue nationale que dans leur
culte . On établira une école judaïque , conformément
au plan des écoles normales , laquelle fera
fous l'infpection de la Direction des écoles , fans
que cependant cet établirlement puifle être contraire
à leur culte & à leur doctrine. 2. Les Juifs feront
tenus d'envoyer aux écoles principales & normales
de bons fujets de leur Nation , pour y être for(
199 )
cole.
-
-
més à devenir des Précepteurs & des Maîtres d'é-
La Direction des écoles Chrétiennes fera
obligée d'aflifter aux examens qui fe feront dans
les écoles Juives , & elle veillera à ce qu'il s'y in
troduife des livres élémentaires & autres , pour le
fervice des écoles qui , fans préjudicier à leur Religion
, renferment une morale adaptée à la morale
philofophique. On y employera les livres élémentaires
qui font dans les écoles Chrétiennes , pour
apprendre l'orthographe , la grammaire , la géographie
, l'hiftoire & la géométrie , en laiffant de
côté tout ce qui ne convient pas à leur fyftême de
Religion . 3. Dans les endroits où il n'y aura pas
d'écoles Juives , les enfans des Juifs feront envoyés
aux écoles Chrétiennes , pour y être inftruits
dans toutes les connoiffances utiles & conformes à
leur Religion. Il fera auffi permis aux jeunes gens
de la Nation Juive d'aller aux Univerſités des Etats
héréditaires & d'y faire leurs études. 4. Il fera peraux
Juifs comme aux autres fujets de lire tous les livies
approuvés ; & lorfqu'ils voudront en faire venir
de l'Etranger , its feront obligés d'en demander
la permiffion , & tenus encore de les foumettre à
la cenfure , comme ceux qui s'imprimeront dans
leuis Imprimeries. Quant à l'état civil des Juifs ,
S. M. I. leur permet de prendre à bail pour 20
années , & même pour un tems plus long , dans les
endroits où ils font tolérés , & non par- tout le
Fays , des terres en friche & auffi des terres cultivées
, pourvu qu'elles n'appartiennent point à des
fujets contribuables. Ils pourront même acquérir
légalement la propriété des terres en embrailant la
Religion chrétienne. Comme les Juifs ont trèspeu
de connoiffance dans l'Agriculture , il leur
fera permis de prendre à leur fervice , fous certaines
conditions , & feulement pour quelques années
, des garçons laboureurs Chrétiens , pour en
apprendre la manière de labourer la terre. La nai
4
7 200 )
tion Juive pourra auffi faire le charriage & ap
prendre des métiers & des profeffions chez des
maîtres Chrétiens ; & les Artiſans Juifs fe conformeront
aux ftatuts & règlemens des corps de métier
dans chaque province ou endroit où ils exerceront.
It en fera de même lorfque les Juifs apprendront
la peinture , la fculpture & les autres
arts libéraux . Il leur fera auffi permis de
travailler dans les fabriques & de faire le commerce
en gros & en détail ; enfin ils pourront
établir toutes les manufactures que les loix ont jugé
être des travaux libres , comme la filature , la
oilerie , & c.
De HAMBOURG , le 12 Décembre.
>
LES recrues que le Colonel Faucitt eft
venu négocier en Allemagne vont avec
beaucoup de lenteur ; jufqu'à préſent l'appui
qu'il reçoit de différentes Cours le
zèle même avec lequel elles ont pris föin
de charger des Officiers à leur fervice du
foin de recruter , ne produifent pas beaucoup
de foldats. Les levées faites en Allemagne
depuis qu'on a commencé à y ouvrir
un marché , dont l'homme eft limarchandife
que vendent & payent d'autres
hommes , ont épuifé bien des endroits ; &
les deux Régimens Hanovriens , levés dernièrement
pour les Indes orientales , ont
encore augmenté la difette de cette denrée ,
devenue de premier befoin pour l'Angleterre.
Ce qui n'encourage pas davantage
les recrues , c'eft qu'un bâtiment de transport
parti le 28 Octobre dernier avec les troupes
Hanovriennes , eft rentré dans l'Elbe avec 250
( 201 )
hommes malades qui ne lui ont pas permis
de fuivre le convoi ; il eft revenu travailler
à leur ét bliffement , & attendre une nouvelle
flotte à laquelle il fe joindra , fi fa cargaifon
peut foutenir le voyage.
S'il faut en croire quelques lettres de Vienne
, l'Empereur pourfuivant avec fermeté fes
projets de réforme , a , dit - on , le deffein de
fupprimer tous les Couvens de Religieufes de
fes Etats , à l'exception de ceux des Urfulines
& de Sainte-Elifabeth. Chaque Religieufe ,
ajoute- t on , auroit la liberté de fe fécularifer
avec une penfion viagère , ou d'aller paffer le
refte de les jours dans les Couvens qu'on
conferve ; mais ceux- ci qui , obferve-t - on
font déja très- peuplés , ne pourroient en recevoir
un grand nombre. On prétend que
l'Edit a dû paroître à la fin de Novembre.
>
» La Secrétairerie d'Etat de Naples , chargée des
affaires Eccléfiaftiques , a envoyé au Grand- Aumônier
un ordre du Roi pour mettre en féqueftre les
revenus de trois riches Abbayes , celles de San- Léonardo
delle matine dont le revenu eft de 25,000 ducats
, de Sant- Angelo in vultu qui en rend 7000 ,
& de Sant- Angelo in formis qui n'eft que de 3000.
Ces Abbayes furent dès l'année dernière reconnues
pour être du Patronage Roval . S. M. s'en réferve
l'ufage que fa fageffe Ini dictera En attendant on
payera fur les revenus de la première l'Avocat qui a
fi bien défendu les droits Royaux «.
Le 8 de ce mois le Roi de Pruffe a donné
une Déclaration ultérieure fervant d'éclairciffement
à celles des 30 Avril & 3 Novembre
dernier concernant la navigation
is
( 202 )
de fes fujets pendant la guerre actuelle.
1º. Il eft hors de doute que les navires Prudens
qui ont mis en mer avant la publication de l'Ordonnance
du 3 Novembre , & qui par conféquent
n ont pu fe munir des paffe- ports requis par
cette Ordonnance , ne fauroient être ſoumis à cette
nouvelle loi , & que le défaut de paffeports fignés
des Miniftres du département des affaires étrangères
à Berlin , ne doit leur préjudicier en aucunes
manières néanmoins pour prévenir & lever toute
difficulté à cet égard , on ftatue & ordonne par la
Préfente , que l'obligation de fe pourvoir des paffeports
de la Cour , ne datera que du rer . Janvier
de l'année 17812. 2 °. L'exemption des pafleports de
la Cour , accordée par la déclaration du 3 Novembre
, aux petits bâtimens au-deffous de so tonneaux
, qui fans for ir du Canal , trafiquent uniquement
fur la mer Baltique & dans celle du Nord ,
leur eft confirmée par la Préfente , & ils pourront
comme ci -devant s'adreffer aux Amirautés ou Chambres
de guerre des Provinces refpectives , aux Magiftrats
des lieux , auxquels on a enjoint itérativement
de veiller à ce qu'il ne fe commette point d'abus
, & à ce que ces paffeports ne foient accordés
qu'à des fujets actuels & domiciliés dans les Etats
du Roi ; l'intention de S. M. en affujettiffant les
navires commerçant au loin aux paſſeports pris à la
Chancellerie d'Etat , & fignés des Miniftres du département
des affaires étrangères , n'étoit que
procurer à ces navires une entière fûreté , &
Les garantir , autant qu'il eft poffible , des difgraces
qui pourroient leur furvenir. 3 ° . Comme il n'eft
guère poffible aux Patrons des vaiffeaux d'envoyer
à Berlin des connoiffemens complets & exacts de
leurs cargaifons avant de les avoir chargées , ceux
qui feront dans le cas d'exiger des paffeports de la
Cour , feront feulement tenus de joindre à leur
demande des certificats généraux de la part des
de
( 203 )
Amirautés , Chambres ou Magiftrats refpectifs ,
qui conftateront la propriété du vailleau & indiqueront
la qualité des marchandiſſes , & en quoi
doivent confifter les cargaifons à faire ; ce qui
fuffira aux Miniftres du département , pour juger
de la légitimité de leurs demandes ; à condition
cependant qu'ils en communiqueront des connoiffemens
juftes & exacts aux Colléges ou Magiftrats
du lieu où le vaiffeau fera chargé , pour en obtenir
les atteftations ufitées jufqu'ici , fur la quantité
de leurs cargaifons . 4 ° . Quoique par l'Ordonnance
du
30 Avril , on ait confeillé à tous les Sujets Pruffiens
de n'exercer la navigation & le commerce de
la mer que pour leur compte , & avec des effets leur
appartenant en propre , & que dans la déclaration du
3 Novembre , on ait fait mention que les fréteurs
& propriétaires des vaiffeaux , pour être autorifés
à demander les paffeports de la Cour , feront obligés
d'artefter par des certificats authentiques qu'ils
font véritablement fujets du Roi , on déclare par
la Préfente , que la première reſtriction n'érant
qu'un confeil donné pour encourager le commerce
national , & la feconde n'ayant été faite
que par un motif de la plus fcrupuleufe précaution
, on n'a point entendu par-là prohiber aux fujets
& navigateurs Pruffiens , qui feront manis des
paffe-ports néceffaires , tout commerce étranger , &
même de charger leurs vaiffeaux , conformément
au fecond article de la déclaration du 30 Avril ,
de marchandiſes & effets appartenant même aux
nations belligérantes , pourvu que la deftination
de ces effets ne foit point pour quelque port
ou place bloqués ou affiégés ; & en ce cas ils
pourront s'affurer de la protection royale que
S. M. leur accorde à l'exemple & felon les mêmes
principes reçus & publiés à ce fujet par d'autres
puiffances . Cet éclairciffement fervira à prévenir
toute interprétation erronée qu'on pourroit faire
i 6
204
1
de la déclaration du 3 Novembre. 5 °. Les Commandans
ou Officiers des vaiffeaux Pruffiens , arrivés
au lieu de leur deftination , feront vifer & examiner
leurs paffeports par le Conful du Roi , s'il
s'y en trouve un , afin que celui- ci certifie que ce
font les mêmes qui ont été donnés à leur navire.
69. Les mêmes Commandans auront l'attention de
fe munir en outre de leurs paffe -ports , des Ordonnances
des 30 Avril & 3 Novembre , ainfi que de
la préfente Déclaration : elles leur ferviront nonfeulement
d'inftruction & de règle , mais les mettront
à même de jaſtifier leur conduite en toute
Occurrence. S'il arrivoit cependant qu'un de ces navires
Pruffens fût trouvé en mer peu en règle
& dépourvu des paffe-ports néceffaires , cela
feul ne pourroit autorifer les Commandans des
vaiffeaux armés des nations belligérantes à l'arrêter
ou à s'en emparer , à moins qu'il ne fût trouvé
dans le cas d'une contravention manifefte aux
droits des gens & de la neutralité que Sa Majeſté
a embraffée .
ESPAGNE.
De MADRID , le 4 Décembre.
LA marine vient de perdre un excellent
Officier par la mort de D. Vincent Doz ,
Chef- d'efcadre , qui vient de mourir dans
un âge très avancé. On ne fait pas encore
fi D. Bonnet a refufé le commandement
du blocus de Gibraltar ; jufqu'à préfent il
refte attaché à la flotte dont il eft le fecond
Commandant.
» Les nouvelles batteries élevées en avant de
celles de St -Charles , écrit- on du camp de St-Roch ,
ont café affez d'inquiétude aux Anglois pour les
décider à faire une fortie par la porte de terre , ce
( 205 )
qu'ils n'avoient pas ofé tenter jufqu'ici . Ce fut dans
la nuit du 26 au 27 de ce mois , que 8 compagnies
de grenadiers & 2 régimens vinrent attaquer vers
les 3 heures du matin , au moment du coucher de
la lune , les batteries élevées de ce côté . Comme la
garde qui les défendoit étoit foible , & hors d'état
de réfifter , l'ennemi eut le tems d'enclouer quelques
canons & de détruire quelques mortiers ; il mit le
feu aux ouvrages. Il y a eu quelques hommes tués ,
bleffés & faits prifonniers. Un volontaire du régiment
d'Aragon , en fentinelle dans ces poftes avarcés
, jetta bien l'alarme , il parvint même à défarmer
un foldat Anglois qu'il fit prifonnier . Mais les ennemis
eurent le tems d'achever leur opération. On a
appris , dit-on , par ce feul prifonnier
que cette
forrie n'a été entreprise que d'après les avis & les
renfeignemens d'un Caporal & d'un foldat déferteurs
des gardes Vallones , qui ont guidé les Anglois dans
leur marche nocturne , à l'endroit qu'ils favoient
qu'on pouvoit furprendre . Si les grandes gardes de
cavalerie avoient été averties , la retraite de l'ennemi
auroit été sûrement coupée ; on accufe de
négligence 'Officier qui commandoit la tranchée.
cette nuit , & on faura par l'enquête qu'on va faire ,
fi c'est à lui ou à quelqu'autre qu'on doit fe prendre
de cet évènement , qui heureufement n'a pas eu les
fuites qu'on craignoit , puifque le dégât eft prefque
réparé , & qui avertira d'être toujours fur les gardes .
On a parlé fi diverfement & d'une manière
fi obfcure de l'ex-Jéfuite enlevé d'un
paquebot Efpagnol , accueilli par la Cour
de Londres qui le plaça fur Pefcadre du
Commodore Juhnftone , & enfin emprisonné
dernièrement , qu'on ne fera pas fàché
de trouver ici tour ce qu'on a pu recueillir
fur ce perfonnage fingulier.
Cet homme dit fe nommer Arifinendi , & quoique
( 206 )
ce nom fcit fort commun dans la Navarre & dans
quelqu'autres parties de l'Elpagne , on ne le croit
pas né en Europe , mais dans l'Ile de St-Domingue.
Il avoit paflé , on ne fait comment , fur le Continent ,
& il demeuroit dans la ville de Cordoue , dans le
Tucuman. Soit que par fes menées ou par fes propos
il eût indifpofé contre lui l'Adminiſtrateur des revenus
du Roi , cet Officier public crut devoir l'envoyer
par-devant le Vice-Roi de Buenos-Ayres , pour
qu'il examinât fa conduite. Arifmendi partit fous
la garde d'un feul homme dont il lui fut facile de
fe débarrailer ; en entrant dans Buenos-Ayres , il
fut fe réfugier chez les Pères de la Mercy. Là , il ſe
do na comme Jéfaite , & comme Religieux inne.
cent & perfécuté . Cet afyle ne le mit pourtant pas
à l'abri des recherches de l'Adminiſtration , qui
mit tout en oeuvre pour découvrir s'il étoit vérita
blement Prêtre ou Jéfuite ; Arifmendi ne put jamais
prouver ce qu'il avançoit ; il ne fur jamais poffible
de favoir s'il avoir quelque teinture des Belles -Lettres.
Cependant plufieurs faits étant à la charge de cet
intrigant , le Vice-Roi ne jugea pas à propos de
le garder dans le pays , & l'envoya en Europe fur
un bâtiment qui faifoit voile de la Plata ; il n'étoit
point chargé de fers à bord , comme on l'a débité
en Angleterre. Il avoit toute fa liberté comme les
aurres paffagers , & il n'en profitoit que pour vivre
avec les matelots , joier & s'enivrer avec eux. Le
Capitaine , l'Aumônier du navire , voulurent fouvent
l'admettre dans leur compagnie , & l'enlever à cette
vie crapulenfe. Ils ne purent jamais vaincre fes
habitudes , & le prétendu Jéſuite raffa tout le tems de
la traversée à côté d'un grand coffre où il avoit placé
quantité de bouteilles d'eau- de-vie , ou fur le pont ,
à jouer avec les matelots . Le navire fut pris , comme
l'on fait , & conduit dans un port d'Ecoffe , Ariſmendi
continua de jouer fon rôle , & rénffit au point que
le Cabinet de St-James l'envoya chercher à grands
( 207 )
frais , & lui affigna 8 guinées par ſemaine pour
fa nourriture. Le Capitaine , le Pilote & quelques
paffagers du bâtimens Etpagnol vinrent aufli quel-
-que- ems après à Londres Inftruits par les bruits
publics de la fortune d'Arifmendi , & des projets
que la Cour de Londres formoit d'après les connoiffances
que cet homme a oit de l'Amérique Epagnole
, ils le virent , & la preuve qu'il n'avoit
aucun plan de formé contre les intérêts de fa patrie ,
c'est qu'il confentit à fe laiffer tranfporer fur le
Continent. Un bâtiment l'attendoit à Douvres ; il fe
mit en route ; mais felon fa courume , il s'arrêta à
chaque porte pour y boire & enfuite pour dormir ,
de manière que ne le voyant pas de retour un foir
chez lui , les émiffaires du Gouvernement fe répandirent
fur le chemin , & on le trouva dans un
cabaret d'où on le ramena à Londres . Les Espagnols
qui l'emmenoient furent alors relégués à 20 lieues
de la Capitale , avec défenfe d'y revenir. Il et
conftat que dans ce tems l'armement de Jonhstone
étoit deftiné contre les poffeffions Efpagnoles . Les
offres éblouifantes que ce Commodore fir au pilote
du bâtiment fur lequel avoit été pris Arifmendi , en
fourniffent la preuve , ainfi 1 accueil fait à cet
avanturier , par cela feul qu'il pouvoit donner quelques
renfeignemens fur ces provinces éloignées . Les
préparatifs de M. de Suffren dérangèrent ce plan ; &
alors fealement la Cour de Londres changea la
deftination de Jonhstone. Cependant Ariſmen i étoit
embarqué fur la flotte ; & il fut jetté à St-Jago , où
'étant déformais inutile au Commodore , il fut
envoyé à Rio-Janéiro , fur un bâtiment frété par
quelques Anglois. Il n'y fut pas plutôt , qu'il porta
ombrage au Vice-Roi qui le fit partir pour Lisbonne.
Là , il trouva le moyen d'entretenir notre Ambaf
fadeur des affaires de l'Amérique Espagnole , &
comme il parut en raifonner pertinemment , l'Ambaffadeur
crur qu'il pourroit être utile au Miniftre
que
(-208 )
des Indes , à qui il le recommanda à Madrid. C'eſt à
la feconde entrevue qu'il eut avec les Miniftres du
Roi que , reconnu par un Officier venu de Buenos-
Ayres avec lui , il a été arrêté . A juger de cet avanturier
par les moeurs & fa conduite , c'eft un homme
vil & un imbécille ; mais fi l'on réfléchit qu'il a pu
intéreffer à fon fort les Miniftres de plufieurs Puiffances
, & donner de l'ombrage à quelques autres , il
ne doit pas être un homme ordinaire «.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 16 Décembre.
LA néceffité de faire paffer des fecours
aux Ifles , où leur arrivée eft urgente , occupe
toujours le Ministère ; nos papiers ne
manquent pas d'annoncer que Sir George
Rodney y conduit 15 vaiffeaux ; qu'il y
trouvera l'Amiral Arbuthnot , qui a eu ordre
de fuivre le Comte de Graffe , & qu'alors
il aura une fupériorité décidée ; on ne
doute pas ici que l'Amiral Kempenfeld ne
bloque le port de Breft , & qu'il n'empêche
Pefcadre qui doit en partir , de mettre à la
voile , jufqu'à ce que Rodney ait eu aflez
d'avance pour arriver avant elle ; mais il
fe peut que Kempenfeld ne rempliffe pas
cette commiffion ; qu'il ne foit arrivé trop
tard devant Breft , & que les François n'aient
la primiuré que nous voulons nous affurer
; ce qu'il y a de fûr , c'eft que ce n'eft
que le que l'Amiral Rodney a fait fignal
de défaffourcher à Portsmouth , & le même
jour les vaiffeaux ont defcendu vers Ste
( 209 )
Hélène ; ils confiftent dans l'Arrogant , le
Conqueror , le Fame de 74 ; l'Anfon , le
Protée , l'Yarmouth de 64 , & la frégate la
Flore de 36. Cela ne fait en tout que fix
vaiffeaux ; il doit être joint à Ste -Hélène
par le Répulfe & le Nonfuch de 64 , qui
font fortis de Plymouth le 11 , ce qui porteroit
fon efcadre à huit ; ce nombre eft
encore bien éloigné des 15 qu'on lui donne ;
fi l'Amiral Kempenfeld lui en donne 7 des
fiens , il n'en a que onze , & il n'en ramèneroit
plus que 4 dans nos ports , où
nous avons befoin d'en avoir un plus grand
nombre , fur- tout dans un moment où nous
ne pouvons nous paffer d'une efcadre en
Europe , & où il faut que nous en envoyons
auffi une dans l'Inde . Il eft impoffible que
Rodney puiffe emmener avec lui autant de
vaiffeaux qu'il en auroit befoin dans des
parages où M. de Graffe paraît en avoir
déja 36 , où les renforts de Breft peuvent
arriver en même-tems que les nôtres , où
il peut en arriver également de Cadix &
de la Havane , où nous favons que les Epagnols
ont encore 13 à 14 vaiffeaux.
Ce qui fait préfumer que l'Amiral Kempenfeld
n'empêchera pas le départ de l'efcadre
de Breft , c'eft que le 6 de ce mois
il étoit aux Sorlingues ; & au lieu de s'y
arrêter , il auroit dû marcher fur le champ
auprès du port qui nous inquiète , & où
vraisemblablement il n'auroit pas fait grand
chofe , puifque les François pouvoient for(
210 )
tir avec des forces bien fupérieures ; il eft
de fait que fur tous les points du théâtre
de la guerre , notre infériorité devant eux
eft réellement alarmante.
Ce n'est point le Général Vaughan qui
retourne en Amérique avec l'Amiral Rodney
; c'eft le Général Mathew qui le remplace
dans le commandement des Ifles ; &
il eft embarqué à bord de l'Arrogant. Le
foin de raſſembler le convoi deſtiné pour
ces contrées & les tranſports chargés de munitions
& de troupes , peut avoir encore
retardé le départ de l'Amiral ; le 11 , le
97e régiment qui doit paffer à Antigoa ,
n'étoit pas encore embarqué. On croit que
le plus grand nombre des troupes partira
dans un autre moment.
Nous apprenons , lit-on dans un de nos papiers ,
qu'il a été mis un embargo fur tous les bâtimens
dans les Ifles de l'Amérique , pour les empêcher
d'aller à la Barbade , & cet évènement donne les
plus graudes inquiétudes fur le fort de cette Ifle ,
fi précieufe pour la Grande-Bretagne. Celui la Jamaïque
n'eft pas moins alarmant. » Nous travaillons
, écrit un habirant de cette Ifle , avec la
plus grande vivacité , à réparer les ravages du
dernier ouragan dans les Comtés d'Hanover & du
Weft-Moreland . Nous relevons nos maiſons , qui
n'auront déformais qu'un feul étage . Les vents
terribles du mois d'Août n'ont point fait heureufement
de dommage confidérable à nos cannes à
fucre , parce qu'elles n'étoient pas affez hautes .
Nous avons d'ailleurs été fort maltraités dans nos
plantations , ce qui a porté à un prix exceffif toutes
les denrées néceffaires à la fubfiftance des habitans
, & même celles pour la nourriture des Nè(
211 )
--
gres . Notre fort feroit affreux , fi dans ce moment
nous venions à être attaqués . On affure , ajoute
le même papier , que le Lord Cornwallis , qui revient
en Angleterre , y eft attendu vers Noël . On
eft généralement d'avis que ce Lord auroit dù refufer
de figner toute capitulation , plutôt que de
figner le dixieme article. Se rendre à difcrétion
étoit tout ce qui pouvoit lui arriver de pis , &
cela valoit mieux que de rifquer la vie d'un millier
de braves Américains , dont l'unique crime
étoit d'avoir perfifté à défendre les droits de la
Grande -Bretagne , d'avoir été fidèles à leur Souverain
, & attachés à leur Mère- patrie . Une circonf
rance qui aggrave fa cataſtrophe , c'eft que le chef
des Chéroquis , defcendant du fameux Outacite ,
qui , fur les premiers fuccès de ce Lord , penchoir
à faire la paix avec nous , va s'attacher plus que
jamais au parti de la France & des Américains
«.
Une remarque affez générale que l'on
fait ici , c'eft que le Général Burgoyne n'a
été pris par les Américains que parce que les
Commandans des efcadres Angloifes s'éloignèrent
pour aller à la baie de Chéfapéak
, & le Lord Cornwallis n'a été forcé
de fe rendre que parce que nos Amiraux
n'ont pas éré dans cette baie. Tout le monde
s'accorde à rejetter fur nos Miniftres le
mauvais fuccès des campagnes dont ils paroiffent
feuls avoir formé les plans ; mais
les Généraux qui les ont exécutés ne font
peut-être pas à l'abri de tout reproche. On
ne conçoit pas comment le Lord Cornwallis
a pu quitter la Caroline , pour entrer dans
la Virginie où il n'avoit aucune place dans
laquelle il pût tenir , fans s'être affuré du
7 212 )
moins de fes derrières pour éviter le fort qu'il
a effuyé. Il ne devoit pas être dans le préjugé
qui nous donne tant d'amis en Amé
rique ; il étoit fur les lieux ; il devoit favoir
qu'il entroit dans une Province ennemie
où tout le monde étoit contre lui , & il
femble qu'avant de s'y engager , il auroit
dû examiner ce qu'il pourroit ; un Géné-
Fal habile & prudent calcule les chances ,
prévoit celles qui font contre lui , & ſe
prépare d'avance à у remédier.
Nos défaftres ont été grands en Amérique ;
on n'a pu les diffimuler à la Nation ; le feul
objet confolant que nous a offert le difcours
du Roi au Parlement eft l'affurance que
notre fituation étoit plus avantageufe dans
l'Inde . Mais n'a- t - il point été trompé Il eft
fi facile quand on parle de lieux fi éloigués
dont les nouvelles arrivent lentement de publier
ce que l'on veut , que peu de perfonnes
ont cru à ce qu'en en difoit de
favorable ; & depuis quelques jours les
papiers les plus attachés au Ministère ont
publié ce paragraphe qu'on eft bien étonné
qu'ils n'aient pas adouci , puifqu'ils ne le
fupprimoient pas.
22 La Compagnie des Indes vient de recevoir de
ces Contrées des avis de la nature la plus alarmante
relativement aux progrès & aux déprédations d'Hyder-
Aly. Le pavillon François flotte actuellement
à Ceylan comme au Cap de Bonne - Efpérance . S'ils
fe maintiennent dans la poffeffion de cette Ifle ,
tout ce que nous poffédons dans cette partie du
monde , fe trouve dans une pofition très - précaire.
( -213 )
Les ports de cette Ifle font les plus vafles & les
plus commodes qui exiftent dans l'Inde , & donnent
des avantages qui peuvent nous caufer le
plus grand préjudice . En formant de cette fle le
rendez-vous général de leur marine & de leurs forces
de terre , les François feront en état de faifir
toutes les occafions qui fe préfenteront de débarquer
ou fur la côte de Malabar , ou fur la côte
de Coromandel ; ils pourront fe rendre maîtres
facilement de Bombay , & cette Ifle , quoiqu'elle
ne foit pas bien avantageufe par les productions ,
eft de la plus grande importance en tems de gi erre ,
par fes arfenaux & fes ports ; fa perte feroit fuivie
des effets les plus funeftes aux intérêts de la Compagnie
«,
>
Les fecours que nous devons envoyer
dans cette contrée , ne font pas moins preffans
que ceux qu'attendent l'Amérique &
les Ifles . D'après des états de revue envoyés
de New-Yorck , il paroît que notre
armée ne va pas au -delà de 9400 hommes ,
& le Parlement en paye plus de 13000.
Il faut s'empreffer de la recruter , de remplacer
celle de Cornwallis , d'envoyer de
nouveaux corps ; ces befoins urgens mettent
à découvert les embarras dans lesquels
fe trouve le Gouvernement. La difette des
matelots eft fi grande , qu'on va faire une
preffe générale tant fur mer que fur terre.
Les Officiers de ce dernier fervice ne font
pas moins embarraffés que ceux de la Marine
, pour faire des hommes , malgré les
gros engagemens qu'ils propofent.
Prefque tous les régimens tant nationaux
qu'étrangers , employés au-dedans & au dehors
en Europe , & dans les deux Indes , font
( 214 )
incomplets , & le Colonel Barré a dit chez
les Communes , qu'il en connoiffoit plufieurs
qui marcheroient en ordre de bataille dans
les galeries de la Chambre fans incommoder
perfonne. Il ajouta que l'armée Britannique
étoit totalement réduite par la
prife du Lord Cornwallis , par la défertion
& les maladies ; & qu'il prouveroit qu'elle
n'alloit point à 40,000 hommes effectifs.
On peut juger de l'exceffive dépenſe de
la nation pour l'armée & la marine , par
l'obfervation fuivante , & qui eft exacte.
Les eftimations de l'armée , y compris l'artillerie
& les extraordinaires qui ont monté
cette année à près de cinq millions , s'élèveront
l'année prochaine à 11 ; ainfi tandis
que les fonds faits pour la marine , y compris
les dettes de ce département , n'excèdent
pas huit millions fterling , le Gouvernement
a le courage d'en dépenfer 11 &
plus pour l'armée , apparemment dans l'efpérance
flatteufe que la campagne de 1782
fe terminera par la prife d'une autre armée
Britannique.
Il est démontré à préfent que nous ne
poffédons plus au Sud que Charles-Town
& Savanah , & que nos troupes qui y font
refferrées , ne peuvent s'en écarter fans s'expofer
à une deftruction certaine ; le Général
Gréen a remporté tant d'avantages fur
elles , & leur a fait tant de prifonniers , qu'il
s'eft vu en état de remettre en liberté , par
des échanges , tous les prifonniers faits à
Charles-Town lors de la capitulation de
( 215 )
cette ville , & enfuite à Camden ; il fe
trouve avoir encore 1500 Anglois prifonniers
, contre lefquels nous n'avons point
d'Américains à propoſer en échange. Voilà
notre pofition dans une contrée que nous
prétendons foumettre par la force des armes
, où l'on ne reçoit en effet les loix de
la Métropole , que lorſque nous y fommes
en état de les faire refpecter. Les habitans
de la Géorgie ont rétabli le Gouvernement ,
& M. Nicolas Brownfon a ppuubblliiéé la la proclamation
fuivante peu de teins après fon
élection.
» Comme la crife préfente exige les plus vigoureux
efforts de la part de chaque individu pour
finir la glorieufe conteftation dans laquelle nous
fommes engagés , & que la juftice requiert que
le poids des difficultés à furmonter pour parvenir
à cette heureufe époque , foit également partagé ,
& que la fituation préfente de la Géorgie demande
l'affiftance de tous les Citoyens : à ces cauſes &
en vertu d'une réfolution de l'honorable Chambre
d'Aſſemblée de cet Etat , je publie la Préſente
pour ordonner à tous ceux qui fe regardent comme
citoyens , d'y revenir dans les délais ci-après prefcrits
; favoir s'ils font dans la Caroline du Sud
dans l'espace de 30 jours ; dans la Caroline du
Nerd , 60 jours ; dans la Virginie , 90 jours ; &
s'ils font plus au Nord , quatre mois . Nous affurons
par ces Préfentes tous ceux qui négligeront
ou refuferont de s'y conformer , qu'en conféquence
de la fufdite réfolution , leurs propriétés foncières
feront chargées d'une triple taxe , à commencer
de l'échéance des termes fixés pour leur retour « .
Ces faits ramènent les réflexions fur la
néceffité de mettre fin à la guerre Américaine.
( 216. )
On a déja fait dans un de nos papiers une infinité
d'objections contre la continuation . En voici
une qui nous, paroît péremptoire. Les Miniftres alfurent
qu'il eft poffible de prendre fur le nombre des
Troupes néceffaires à notre défenſe intérieure , une
armée complette de 25,000 hommes effectifs pour
l'envoyer en Amérique. Je veux bien admettre cette
fuppofition comme un fait . Je paffe encore fur les
difficultés de fe procurer à point - nommé tous les
bâtimens néceffaires pour tranfporter un fi grand
nombre de Troupes : j'admets encore qu'on embarquera
eu même-tems la totalité des provifions néceffaires
pour leur fubfiftance , ou du moins que le
refte fuivra de près. Enfin , quoique ces Troupes
ne puiffent partir que par détachemens , & que la
multiplicité de ces envois doive naturellement
multiplier le danger , je confens encore à croire
qu'il n'arrivera point d'accident , & que toutes ces
divifions parviendront heureufement à leurs deftimations
refpectives . Il eft impoffible , j'imagine , de
montrer plus de complaitance. Mais , en admettant
toutes ces hypothèſes , je n'ai plus qu'une queſtion
à faire ; lorfque toutes ces troupes feront arrivées
en Amérique , quand feront - elles en état d'agir ?
On fent bien qu'il ne s'agit point de répondre par
une fimple affertion. Un point auffi intéreſſant ne
peut être décidé que par des faits , & en voici.
Dès le commencement du mois de Novembre 175,
le Gouvernement s'eft déterminé , comme à préfent , à
prendre des mesures efficaces , & on a mis en oeuvre
tous les moyens poffibles pour ouvrir la campagne
avec la plus grande vigueur . Nous avions
alors 7000 hommes à Bofton & 3000 à Halifax ,
qui fe trouvèrent de bonne heure au rendez-vous.
Le nombre des Troupes envoyées d'Europe , montoit
à 16000 hommes , & la réunion générale ne
fur effectuée que le 17 Août devant Staten Island .
Les Miniftres ne peuvent donc conſidérer avec trop
d'attention
( 217 )
cette
d'attention la nouvelle confidération que je foumets
à leur examen. Quelque formidable que puiffe être
l'armée Britannique , & en fuppofant qu'elle ne foit
arrêtée par aucun obftacle dans fa traversée ,
armée fera peut-être en état de porter quelque coup
efficace & décifif fur le Continent de I Amérique
Septentrionale dans le courant de l'année 1782 ?
Sans quoi les préparatifs deftinés pour occuper l'Adminiſtration
pendant le Printems prochain , & les
promeffes de triomphes dont elle leurre la Nation
n'ont , dans le fait , pour objet que la campagne de
1783.
Ces réflexions commencent à prendre
généralement ; le découragement s'empare
de la nation , & le peuple Anglois prouve
bien aujourd'hui par fa conduite , qu'il fe
laiffe aufli facilement accabler de fes malheurs
qu'étourdir de fes victoires . Les citoyens de
tous les ordres fe raffemblent dans les taw
vernes , dans les cafés & dans les places
publiques ; les forces redoutables que les
ennemis de la nation réuniffent par terre ,
répandént l'alarme & la confternation dans
tous les coeurs . On entend par- tour former
des voeux pour la paix , & il fort de toutes
les plumes des écrits pleins d'éloquence &
de vigueur pour engager le Roi à finir une
guerre qui achève de ruiner l'Etat. M. Fox ,
à la dernière affemblée de Weſtminſter - Hall ,
a propofé au nom de la cité de Weftminfter
, une adreffe de remontrance à S. M.
و د
Depuis le commencement de cette guerre funefte,
dit ce Membre zélé du parti de l'Oppofition , le
Roi , pour défendre fes poffeffions en Amérique ,
n'a fait qu'accumulerimpôts fur impôts , fans qu'aucun
2 Décembre 1781.
( 218 )
fuccès ait pu nous encourager à fupporter tous les
fardeaux dont nous fommes écrafés. Combien les
bons Patriotes ne doivent - ils point être effrayés
lorfqu'ils comparent notre pofition préfente à celle
où étoit la Grande -Bretagne lorfque le Lord Chatham
conduifoit les affaires. Jamais le nom Anglois ne
fut plus redouté , & jamais la Nation n'eut un poids
plus impofant dans la balance politique de l'Europe .
L'or que Louis XIV femoit dans nos Conſeils , n'étoit
qu'un foible moyen auprès de ceux que les François
emploient aujourd'hui . En aucun tems & en aucun
âge , on n'a vu une politique auffi fublime . Par la
fageffe , par l'enfemble & par la conduite de leurs
plans , ils ont fçu tourner contre nous nos propres
armes , Louis XIV gagnoit nos Miniftres avec fon
argent ; mais à préfent c'eft avec notre argent même
que Louis XVI réveille la cupidité de nos Miniftres ,
& les oblige à feconder fes vues. Si vos fermes
remontrances font remplies du respect que nous
devons au Roi d'un peuple libre , je ne doute point
qu'elles ne foient reçues avec bonté par un Prince
qui nous doit fa Couronne .
Le projet d'humble adreffe , pérition &
remontrance des Electeurs & autres habitans
qui payent les taxes au Gouvernement
& réfident dans la Cité & liberté de Weftminfter
, propofé par M. Fox , eft le fuis
vant.
Très -gracieux Souverain , pénétrés du fentiment
profond des dangers qui nous environnent , effrayés
fur notre fort & fur celui de notre poftérité , animés
de la plus vive follicitude pour la gloire d'un Pays
auffi renommé par fa juftice & par fon humanité
que par l'éclat de fes armes , nous approchons de
votre Trône avec les fentimens dont les Citoyens
doivent être affectés dans une crife aufli alarmante ,
maiş en même-tems avec le refpect dû au Monarque
( 219 )
-
d'un peuple libre , & à un Prince de l'illuftre Maifon
de Brunſwick, à laquelle nous fommes attachés d'une
manière particulière par tous les liens de la gratitude
& de l'affection. Nous avons appris , avec le plus
grand chagrin , la déclaration faite par V. M. dans
un difcours aux deux Chambres du Parlement , que
fon intention eft de perfévérer dans un fyftême qui
a attiré tant de défaftres fur la Grande - Bretagne.
Un peuple libre & offenfé ne peut s'empêcher d'élever
la voix contre une telle déclaration . Nous fommes
pénétrés du refpect que nous devons à V.M. , mais
dans une circonftance auffi critique & auffi funefte ,
flatter c'eft trahir . Les Miniftres de V. M. , par
de fauffes affertions & des fuggeftions infidicules ,
out engagé V. M. & la Nation dans une guerre que
la nature réprouve , & dont elle fe venge par nos
difgraces. Les conféquences de cette illufion ont été
les pertes fouffertes par le commerce de ce Pays
pertes irréparables , & qu'on peut regarder comme
le fignal de fon entière deſtruction . La décadence
de plufieurs branches précieufes de nos Manufactures
n'eft déja que trop fenfible , & la fupériorité des
forces navales de l'ennemi fur les vôtres dans prefque
toutes les parties du Monde , prive fouvent nos
Fabriques des matières précieufes dont elles ont
befoin , ou du moins les met dans la fituation la
plus précaire fur cet objet. La valeur des propriétés
foncières dans toute l'étendue du Royaume ,
eft tombée à un point qui donne les plus vives alar-
Les capitaux des fujets de V. M. dans les
fonds publics , font diminués de plus d'un tiers de
lear valeur. Le crédit public eft prefqu'entièrement
anéanti par l'intérêt énorme des emprunts
publics , intérêt bien au- deffus de celui qui eft alloué
par la loi dans toutes les tranfactions particulières.
Ceux de nos frères en Amérique qui s'étoient laiffés
féduire par les promeffes des Miniftres de V. M. ,
& par les proclamations de vos Généraux , ont été
mes.
-
k 2
( 220 )
-
livrés à la merci de leurs ennemis par les armées
de V. M. Les efcadres de V. M. ont perdu leur
ancienne fupériorité ; vos armées ont été faites piifonnières
; vos pofleflions ont été perdues , & les
fidèles fujets de V. M. ont été chargés de taxes ,
portées au point qu'on ne pourroit s'empêcher de
les regarder comme un fléau infupportable , quand
même nos victoires auroient été auffi éclatantes
que nos défaites ont été honteuses , quand même
l'accroiffement des poffeffions de V. M. auroit été
auffi confidérable que le démembrement de l'Empire a
été cruel & défaftreux. En conféquence , nous
fupplions humblement V. M. de vouloir bien prendre
en confidération toutes ces circonftances & de
comparer la fituation actuelle de vos poſſeſſions avec
ce degré prodigieux de profpérité auquel la fagetle
des Rois vos ancêtres , le courage & la bravoure de
la nation Britannique , & la faveur de la divine
Providence , qui accompagne naturellement les principes
de juftice & d'humanité , ont jadis élevé cet
Empire fortuné , que toutes le nations civilifées regardoient
avec autant d'admiration que de jaloufic.
Nous conjurons V. M. de ne point perfifter plus
long- tems dans l'illufion dont la Nation eft enfin
revenue , & de vouloir bien renoncer entièrement ,
& pour toujours , au projet d'employer la force
pour ramener nos frères d'Amérique à l'obéiſſance ,
une funefte expérience n'ayant que trop fait connoître
l'impoffibilité de pourfuivre un tel plan ſans
mettre dans le danger le plus imminent tout ce qui
refte de poffeffions a V. M. dans l'Amérique .- Notre
objet eft de déclarer à V. M. , à l'Europe , à l'Amérique
elle-même , toute l'horreur que nous infpire
la continuation de cette guerre contre nature &
défaftreufe , qui ne peut produire d'autre effet que
d'aliéner à tout jamais les efprits de nos frères , les
Américains , avec lefquels nous espérons toujours
de renouer les noeuds de la correspondance & de
l'amitié , fi néceſſaires à la profpérité du commerce
( 221)
de ce Royaume. En conféquence , nous fupplions
humblement V. M. de vouloir bien éloigner de fa
préfence & de fes confeils toutes les perfonnes tant
publiques que privées dont les avis ont donné lieu'
aux mefures que nous déplorons , & de donner à
tout Univers , par cette démarche éclatante , un
gage affuré de la réfolution formelle que V. M. a
prife d'abandonner un fyftême incompatible avec les
intérêts de votre Couronne & la prospérité de vos
peuples.
On s'attend que la Ville fera auffi des
remontrances fur cet objet ; le Lord Maire ,
à la réquifition des Alderman Bull , Watkin-
Lewes , Turner & Chrichton , accompagnés
de 200 notables , a convoqué une af
femblée générale du Corps Municipal , &
on s'attend que les principaux Membres de
Poppofition au Parlement , en feront de
même pendant les vacances de Noël , dans
leurs Comtés , Villes & Bourgs refpectifs .
On croit que ces mouvemens pourront
avoir un effet plus décifif que ceux que
le parti anti -miniftériel s'eft donné précédemment.
Les réflexions publiées journellement
dans nos papiers font bien faites pour
animer le peuple & le porter à prendre le
parti de s'adreffer directement au Roi.
» Auffi-tôt après la honteufe défaite de Saratoga
, dit une de nos feuilles publiques , la France
s'eft déclarée en faveur des Américains avec lef
quels elle s'eft liée ouvertement. L'Eſpagne s'y eſt
bientôt jointe . Nous voici à préfent aux prifes avec
les Hollandois . Telle a été la chaîne des malheurs
qui fe font fuccédés depuis cette première cataltrophe.
Cependant quoiqu'ils nous aient fait perdre
k 3
( 222 )
notre gloire & l'eftime des autres Nations , nous
n'avons demandé compte à perfonne des fautes qui
ont entraîné tant de facrifices ; & pourtant il
s'eft déja écoulé quatre ans ; on n'a cité ni le Général
qui s'eft rendu , ni le Miniftre fur les inftructions
duquel il avoit agi ; ni même les Subalzernes
de fon Département , enfin perfonne. Une
Nation qui a fouffert une fois l'infamie , devoit
s'attendre à l'éprouver encore : auffi avons - nous
vu arriver la même fcène avec des circonstances
encore plus aggravantes ; & toutes ces calamités
viennent d'une femblable conduite & des mêmes
bévues répétées par le même Miniſtère . La Nation
continuera-t- elle à fermer les yeux fur des
énormités qui entraînent notre ruine ? Ne demandera-
t-elle pas juſtice ? Fiat juftitia , ruat Coelum.
Notre Ministère a été affez heureux pour fermer
la bouche à tous les Officiers qui font revenus
d'Amérique , tant ceux qui s'y font couronnés de
gloire , que ceux qui s'y font couverts de honte.
Il est parvenu à les faire taire tous , de forte
que la Nation eft restée dans une parfaite ignorance
de ce qu'il lui importoit le plus de favoir,
Cornwallis fe taira-t-il de même ? Voudra-t-il parta- -
ger l'ignominie de ce défaftre avec ceux qui l'ont
trahi & facrifié ? Efpérons qu'il mettra au grand
jour les caufes fecrettes & les agens cachés de
cette te ible cataftrophe. On a déja publié que
le fort de Charles- Town , de fa garnifon & des
corps détachés dans la province , dépendoient de
celui de l'armée de Cornwallis. Il y a toujours à
préfimer que Charles-Town tombera entre les
mains de l'ennemi avec toutes fes dépendances.
M. de Graffe fort de la Chéfapeak tout rayonnant
de gloire avec une efcadre & des troupes , & marche
vers nos Ifles. Peuvent- elles lui réfifter ?
N'auroit-il pas mieux valu que l'aimée de Cornwallis
y fût allée , plutôt que de l'enterrer toute
vive en Virginie ? Gibraltar & Mahon ne font
( 223 )
toujours point ravitaillés. Tout fait attendre avec
anxiété les nouvelles de l'Inde . La faifon peut bien
nous empêcher de croifer fur les côtes de Hollande
; mais qui empêchoit notre efcadre des
Dunes de s'oppofer au paffage de l'Amiral Byland ,
par la Manche ; four pallier cette faute , on nous
amufe de la fauffe perfpective d'une paix , à laquelle
nous ne croirons que fur de meilleurs garans
. Tout prouve la néceflité de renoncer à la
guerre d'Amérique , pour la faire plus heureufement
ailleurs .
Cette opinion eft celle de la plupart des
Membres du Parlement ; elle paroît aufli
celle de quelques Miniftres auxquels dans
les féances du 12 & du 14 de ce mois , dans
la Chambre des Communes , il eft échappé
des aveux précieux , & qu'on trouvera dans
le détail de ces deux féances.
» Le 12 , le Chevalier James-Lowther , après un
difcours , où il déplora les malheurs de l'Etat & la
fituation critique où il fe trouve , fit la motion
fuivante , favoir : 1 ° . Que la Chambre étoit perfuadée
que nos armées en Amérique n'avoient rien
fait jufqu'à préfent pour protéger nos amis , &
pour nuire à nos ennemis. 2°. Qu'il n'étoit pas
de l'intérêt de la G. B. de continuer plus longtemps
la guerre en Amérique. Cette propofition
fut fecondée par M. Powis » D'année en
année , fous différens prétextes , dit-il , on a creufs
les précipices ouverts fous nos pas ; aujourd'hui
nous fommes arrivés au bord de l'abyme ; encore
un pas , & nous y tombons. Quels que foient
les motifs qui nous ont été préfentés en diverfes
époques pour la continuation de la guerre , ils ne
font plus de faifon. Après les pertes réitérées que
nous avons faites , notre fermeté ne mérite que
le nom d'entêtement , & notre attachement à nos
k 4
( 224 )
53
ود
5כ
anciens principes de parti , s'il continuoit plus
long-temps , deviendroit une preuve de notre
folie. M. Powis cita alors un paffage de la décadence
de l'Empire Romain , par M. Gibbon , où cer
Hiftorien donne un apperçu des affaires fous l'Empereur
Honorius , lorfque l'Europe fut défolée par
l'invafion d'Alaric . On avoit fous fon règne
la fotre politique de paroître présomptueux en
proportion des malheurs qui accabloient l'Etat.
La perte des Provinces ne faifoit qu'enfer l'orgueil
du Souverain , & du défaut d'armées on
» tiroit de grandes espérances pour les victoires à
» venir. Les Miniftres étoient alors fi opiniâtrés
» qu'aucun homme n'entroit en place qu'après
» avoir juré de leur obéir aveuglément ; &
quelque mauvaiſe iffue que dûffent avoir les
» guerres entrepriſes , elles étoient toujours foute-
" nues par toute l'influence de l'autorité ». Qui
ne croiroit , continua M. Powis , que cet Hiftorien
, en parlant ainfi , avoit fous les yeux une
époque bien plus proche de lui , que celle d'Honorius
; mais fongeons à nous-mêmes , revenons
du miférable entérement qui nous a mis à deux
doigts de notre perte ; & avant de délibérer fur
l'octroi des fubfides qu'on nous demande pour
une guerre qui fait tous nos malheurs , adoptons
la propofition du Chevalier Lowther. L'Orateur
expofa la queſtion relative à ces motions.
Le Lord North s'y oppofa & dit que les motions
qu'on propofoit à la Chambre étoient prématurées.
Si les Membres avoient eu la patience
d'attendre l'ordre du jour , on auroit répondu à
tout ; mais puifque l'on veut forcer le Gouvernement
à déclarer fes intentions & les projets , je
me vois obligé, comme Miniftre , de donner mon avis
avec toute la franchiſe que peuvent allier une faine
politique & les intérêts de la Nation ; je fais
que la Chambre peut croire , d'après l'état qui lui
a été préfenté de l'armée , & d'après les fubfides
-
( 225 )
.
confidérables demandés & obtenus pour la Marine ,
que le deffein du Gouvernement n'eft pas de
faire une guerre auffi étendue fur le Continent'
Américain , qu'on l'avoit d'abord projetté , d'autant
que l'expérience nous a prouvé que ce centre
de guerre fur un terrein auffi vaſte ne peut être
que dangereux . La prudence ne me permet pas
de répondre en pleine Chambre à des queftions
que fuivant toutes les règles de la politique on
n'auroit pas dû me faire. Examinons à préfent
l'extrême abfurdité de la feconde réfolution comprife
dans la motion . Elle eft exprimée en termes
fi généraux , qu'on y comprend toute eſpèce
de guerre , tant continentale que navale . Croit-on
qu'il foit fi facile de féparer les Américains de
leurs grands & chers alliés ? Voudroit - on que
nous nous montraffions infenfibles à la violence
& aux déprédations des Américains & des François
Malgré tous les malheurs que nous avons
effuyés dans cette guerre , convenons que nous
devions la foutenir , & que nous ne l'avons entreprise
que pour défendre les droits de la G. B.
Les Membres de l'Oppofition font eux- mêmes convenus
que les perfonnes les plus intègres , & dont
le rang & la richeffe excluoient tout foupçon de
partialité & de dépendance , avoient été d'avis de
faire cette guerre . M. Grenville , en rappellant
la douleur que le feu Lord Chatam avoit fait
éclater à la nouvelle de l'affaire de Saratoga
ajouta que le coeur de ce digue Patriote auroit
éprouvé une émotion encore plus cruelle , s'il eût
affez vécu pour avoir à déplorer un malheur femblable
dans la prife du Lord Cornwallis & de fon
armée ; il prétendit même que cet évènement étoit
infiniment plus défaftreux que le premier , & que
les conféquences en feroient beaucoup plus funeftes
fi on ne fe hâtoit de les prévenir , en adoptant
la motion du Chevalier James-Lowther
>
ks
( 226 )
autre
dont le fuccès étoit le feul moyen qui reftât de
fauver l'Angleterre. Le Général Burgoyne s'éleva
contre le projer de conferver des Ports en Amérique.
Le pays , dit-il , eft beaucoup trop vafte pour
qu'il foit poffible de tirer aucun avantage d'un
pareil fyftême. D'ailleurs j'ai encore un
motif pour appuyer la motion , c'eſt l'impoffibilité
phyfique de recouvrer l'Amérique par la force
des armes . Des fpéculations infidieufes m'avoient
autrefois fait adopter cette opinion . Mais je ne
rougis point d'avouer que l'expérience m'en a
démontré l'abfurdité. En effet , j'ai trouvé l'efprit
d'indépendance le plus décidé dans toutes les Provinces
de ce vafte Continent , & parmi toutes les
claffes de fes habitans ; ce fentiment eft intimement
lié à l'exiftence des Américains , & il n'y a
pas de force humaine qui puiffe le déraciner de
leur coeur.
M. Fox appuya vigoureuſement la
motion. La meilleure maniere , dit -il , de juger
de ce qu'on peut faire , c'eft d'examiner ce qui a
déja été fait. On prétend que la motion eſt déraiſonnable
, en ce qu'elle nous engage à retirer
nos troupes d'Amérique , & à abandonner entierement
cette guerre , fans mettre aucune condition
à une telle condefcendance . Moi je foutiens que
dans la nature des chofes on ne peut adopter
un fyftême plus réfléchi. En effet il faudroit
que les Américains n'euffent pas le fens commun
pour être les premiers à nous faire des ouvertares
qui ne pourroient manquer de les rendre
au moins très fufpects à leurs nouveaux alliés . La
démarche que la motion nous indique , ferviroit
non-feulement à nous concilier la confiance des
Américains mais encore à répandre parmi les
François & les Espagnols l'inquiétude , & même
des foupçons fur la force & la durée d'une union
dont ils favent bien que la néceffité feule & la
néceffité la plus impérieufe a ferré les noeuds maļ
affortis. Quant au projet d'avoir au moins
"
>
,
›
( 227 )
des ports en Amérique , je crois que ce feroit
une extravagance d'en vouloir feulement conferver
un feul. Ces ports , comme Gibraltar , feroient
autant de poids que nous aurions au cou ,
& nos efcadres n'auroient plus d'autre occupation
que d'y approvifionner des garnisons conftamment
affamées. Il ne faut donc point faire les chofes à
moitié , mais renoncer complettement , & pour
jamais , à la guerre d'Amérique «. La Cham
bre étant allée aux voix , la motion fut rejettée
à la pluralité de 220 contre 179 .
Le 14 , le Secrétaire de la Guerre produifit les
eftimations de l'armée pour l'année prochaine , en
détaillant le nombre d'hommes & les fommes d'argent
dont on aura befoin , il dit , qu'on avoit perdu
une grande quantité de Soldats à Sainte - Lucie
& dans d'autres Ines , par l'infalubrité du climat
dont l'influence leur a été d'autant plus dangereufe
, que les ouragans ayant renversé leurs baraques
, ils fe font trouvés fans abri . Le nombre des
hommes néceflaire pour la prochaine campagne
monte à 186,000 , & l'argent à 4,800,000 liv . ft.
Le Colonel Barré parla enfuite . Il eft bien fingulier
, dit-il , que les Miniftres aient le front de
venir tous les ans demander des fommes exorbitantes
pour l'entretien d'hommes , qui n'exiftent que
fur le papier. En effet , plufieurs corps qui devroient
avoir 800 hommes , ne font que de 600 ; on n'en
compte pas plus de 380 dans ceux de 500 , & le
deficit eft pour tout le refte dans la même proportion.
Comment donc fe peut-il faire qu'on en
demande tous les ans quelques milliers de plus ,
qu'on n'en a jamais juftifié dans les Etats . Je ne
prétends point dire que les Miniftres du Roi mettent
dans leurs poches cet excédent ; mais je vous
drois au moins que l'on produisît un compte clair
& précis de fon emploi ......... Quant à la mortalité
qui a détruit nos Troupes à Sainte- Lucie , je n'en
h 6
( 228 )
fuis nullement furpris ; car la plupart des hommes
dont elles étoient compolées , n'étoient propres
aucun fervice au moment de leur embarquement.
Il y en avoit même qui étoient dans un fi déplorable
état qu'à leur arrivée à Portimouth , on ne
leur a pas permis de monter à bord des bâtimens.
Le Lord George Germaine fit une obſervation
remarquable. Les eftimations , qui font depuis plufieurs
jours fur le Bureau , prouvent clairement ,
dit-il , qu'on n'a point pourvu au deficit que caufe
la prife de l'armée aux ordres du Lord Cornwallis :
En conféquence , il eft aifé de voir que la guerre ne
fera point menée comme par le pallé. Je ne puis
difconvenir que nous n'ayons éprouvé plufieurs
évènemens très-fàcheux . Malgré cela , on a cru
qu'il ne falloit point reconnoître l'indépendance de
l'Amérique , parce qu'autant vaudroit livrer l'Angleterre
jà fes Ennemis ; il fe peut faire que les
Miniftres du Roi ne feront pas tous de la même
opinion fur certains objets , mais ils s'accordent
tous dans la réfolution de ne plus envoyer de
Troupes en Amérique . Le Lord North dit que
l'objet de la propofition n'étoit pas de faire une
guerre Continentale en Amérique ; que par conféquent
il croyoit que les armées ne feroient pas
des marches & des contremarches comme auparavant
, & qu'il ne pourroit pas encore affurer fi les
poftes feroient confervés où ils font aujourd'hui .
- Il s'éleva enfuite une difcuffion entre le Général
Conway & le Lord North , au fujet de l'expreffion
de guerre Continentale. Le Général prétendit
que fi les Tronpes devoient refter où elles étoient
cette guerre devoit être qualifiée de Continentale,
& il demanda fi elle devoit être auffi une guerre
offenfive Le Lord North répondit qu'il croyoit
feulement qu'on ne feroit pas faire des marches &
des contremarches aux Troupes comme ci-devant ,
& qu'ainfi , quoique ce fût une guerre Continentale
, ce ne feroit pas une guerre intérieure , &
( 229 )
-
qu'on ne pouvoit pas prétendre que ce fut une
guerre offenfive. M. William Pitt reprocha au
Lord North de ne s'être pas expliqué clairement.
Ce Miniftre , dit-il , a parlé d'une manière fi équivoque
, que , d'après ce qu'il a établi , la guerre en
queftion n'eft ni intérieure , ni continentale , ni
offenfive ; il faut que ce foit une guerre de pofte.....
Le Comte Nogent dit qu'il croyoit toujours
poffible de faire accepter la paix à l'Amérique ;
qu'il n'étoit pas de l'intérêt de l'Europe que cette
partie du Nouveau-Monde fût indépendante ; que
fon indépendance ruineroit les Hollandois , &
qu'elle feroit perdre aux Puiffances du Nord le
commerce qu'elles font en munitions navales ; que
par conféquent elles devoient defirer la paix avec
l'Amérique . - La Chambre ayant été aux voix , la
propofition du Secrétaire de la Guerre paſſa à la
pluralité de 82 .
-
On dit que le Lord Huntingdon a reçu
des lettres du Lord Rawdon , par lesquelles
celui- ci lui annonce fon heureuſe arrivée
à Breft . Le Lord Rawdon fe loue infiniment
des politeffes qu'il a reçues de M. de
Graffe , du Duc de Lauzun & d'autres
Officiers François . Il fait entre autres les
plus grands éloges du Duc de Lauzun qui ,
dit- il , a eu pour lui pendant toute la traverfée
les attentions de l'ami le plus inti-
& qui en arrivant à Breft , s'eft occupé
des affaires de fon prifonnier de préférence
aux fiennes.
On dit fur l'accommodement entre la
Grande Bretagne & la Hollande , que la
première confent à reftituer St - Eustache ,
Berbice & Effequebo ; qu'elle renonce à ce
que les Etats- Généraux tiennent les enga(
230)
mens qui fubfiftent entre les deux nations ;
que les captures faites de part & d'autre
demeurent aux capteurs , & L. H. P. défavoueront
le traité provifoire fait entre
les particuliers de la ville d'Amſterdam &
des Agens de ce Congrès Américain. On
prête peu de foi à ce bruit ; un pareil traité
ne feroit qu'humiliant pour la Hollande
qui dans le fait auroit l'air d'un écolier
qui a manqué à fon Régent , & qui ne
reçoit fon pardon qu'après avoir été puni.
S. M. T. C. , lit-on dans une lettre de Bofton du
8 Octobre , ayant jugé à propos d'établir un Confulat
indépendant pour les quatre Etats de l'Eft ,
M. Philippe-Jofeph de Létombe , conful Général
eft arrivé ici de Philadelphie le 28 Septembre avec
fon Vice-Conful pour remplir cette pla.e importante.
Le 3 de ce mois , S. E. le Gouverneur , a
donné un repas fplendide au Commandant & aux
Officiers des vaiffeaux de S. M. T. C. , actuellement
dans ce port , au Conful Général de France ,
arrivé depuis peu , & à un grand nombre de particuliers
& de Dames de diftinction . Le fouper a
été précédé d'un feu d'artifice très -brillant & trèsbien
exécuté. Le lendemain les Négocians de cette
ville ont donné une fête femblable , où le Conful
de France a pareillement afliſté , & où entre un
grand nombre de toafts , on a porté celui - ci : A
t'honorable Conful Général du département de l'Eft.
›
On trouve dans une autre gazette de Boſton du
27 Octobre , une déclaration de M. John Hancock
Gouverneur de l'Etat de Maffachuffet , par laquelle
ce Gouverneur annonce dans les formes ufitées la
nomination de M. de Létombe , en qualité de
Confu ! Général . Il ajoute qu'en conféquence les
priviléges , prééminence & autorité légalement attachés
à cette place lui font dûs , & qu'il a ordonné
(( 231 )
que fa commiffion fût enregistrée au Bureau du
Secrétaire. Cette déclaration ou notification , en
date du 25 Octobre , eft fignée par M. Hancock
, & contre-fignée par le fieur John Arny , fon
Secrétaire.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 25 Décembre.
LE IS de ce mois , le Baron de Blome ,
Envoyé extraordinaire
de la Cour de Danemarck
, préfenta au Roi les Gerfaux d'Ilande
, que le Roi de Danemarck
eft dans l'ufage
de faire annuellement
à S. M..
Le 15 , LL. MM. & la Famille Royale
fignèrent le contrat de mariage du Comte
de Tropez avec Mademoiſelle de Choiſeul-
Meufe , Chanoineffe de St- Louis de Metz ,
& celui du Comte de Beaufort avec Mademoiſelle
de Coutance. Le même jour la
Marquise de Puységur eut l'honneur d'être
préfentée à LL. MM. & à la Famille Royale
par la Comtelle de Kercado.
De PARIS , le 25 Décembre.
LES lettres de Breft qui nous ont appris
le départ de l'efcadre aux ordres de M. le
Comte de Guichen , qui a eu lieu le 10
de ce mois , ont raffuré fur la fanté de M.
de la Motte Piquet . Ce brave Officier éprouvoit
depuis quelque tems un accès violent
de goutte ; il n'en étoit point encore remis
le 7 ; mais ne voulant manquer au¬
( 232 )
cune occafion de fervir fa patrie , il s'étoit
fait porter le même jour à fon bord.
La lettre fuivante qu'un hafard heureux
a fait tomber entre nos mains , ne fauroit
avoir trop de publicité ; elle honore à la
fois l'Officier qui l'a écrite & celui qui a
pu inſpirer en fa faveur des fentimens auffi
nobles & auffi généreux. M. le Comte le
Begue , Capitaine de vaiffeau , commandant
alors le Magnanime , l'adreffa le 23 Juillet
dernier à M. le Comte de Graffe lors de
l'incendie du vaiffeau l'Intrépide dans la rade
du Cap.
» Mon Général, je ne me permets d'autre réflexion
fur le malheur qui arrive à un de vos vaifleaux ,
que la perte pour vous d'un de vos meilleurs Capitaines.
Son mérite eft trop connu pour que j'aie
befoin de vous en parler. Comme je n'ai que le
bien général en vue , je confidère pour rien le
commandement que le Roi m'a donné. Ordonnez
à M. du Pleffis Pafcault de venir à mon bord ;
dès le moment je fuis fous les ordres : il eft ruiné
; mais je tiendrai la table , que rien ne le gêne.
Ma bonne volonté pour le fervice n'eft point à
comparer à celle de M. du Pleffis Pafcault , infiniment
plus capable que moi. Je fuis donc à vos ordres
& aux fiens fans répugnance. Je crains peu
que ma propofition acceptée puiffe me faire tort.
Tant pis pour ceux qui me jugeront ainfi ; le bien
feul me guide. Je fuis , &c. «
On le flattoit depuis que Minorque eft
occupée , que les corfaires Anglois difparoîtroient
totalement de la Méditerranée ;
il y en a cependant encore quelques - uns
qui , s'il faut en croire quelques lettres de
Marſeille , fe font emparé de 2 vaiſſeaux
( 233 )
allant aux les qu'ils ont conduit à Livourne.
Il faut efpérer que les croifeurs Eſpagnols
parviendront à les chaffer entièrement , &
qu'ils veilleront fur tout au détroit , pour
qu'il ne s'en gliffe aucun. Ceux ci paroiffent
être un refte de ceux qui , chaffés de
l'Ifle , fe font réfugiés dans quelques ports
neutres.
On n'a point de nouvelles ultérieures de
Mahon depuis le 19 Novembre que le fiége
a commencé & la tranchée a été ouverte ( 1 ) .
Nous ne pouvons refuſer une place aux
obfervations fuivantes qu'on nous a adreffées
fur une note inférée dans le Mercure
du 21 Septembre , à la fuite de l'extrait
du Cathéchifme fur les Afphyxies , où à
propos des poëles hydrauliques , on dit que
cette manière de chauffer les appartemens
n'eft point faine & peut caufer des affections
fcorbutiques aux enfans.
Cette affertion , obferve-t -on , tend à priver l'humanité
d'un fecours précieux en beaucoup de cas ;
( 1) M. Brion de la Tour , Ingénieur Géographe du Roi ,
vient de faire graver une Carte de l'Ifle de Minorque , avec
un plan détaillé des ouvrages du Fort St- Philippe . Cette
Carte qui offre les mouvemens de l'armée Espagnole lors
de l'invafion de l'Ifle, devient néceffaire à tous ceux qui veulent
fuivre les opérations du fiége . Elle fe trouve chez l'Auteur,
maifon de M. Campin, Marchand d'Eftampes à la ville
de Rouen , au bas de la rue St -Jacques , & Efnauts & Rapilly,
à la ville de Coutances , rue St-Jacques : prix 10 fols en
blanc & 12 fols lavée. Le même Ingénieur Géographe a
fait graver auffi la Carte de la Virginie , où l'armée combinée
de France & des Etats- Unis a fait prifonnière l'armée
du Lord Cornwallis , on la trouve aux mêmes adreffes & au
même prix.
( 234 )
MM. les Commiffaires de la Faculté de Médecine
ont jugé que quant aux avantages qui intéreffent
la fauté , ce poële peut être très-utile , en parant
d'abord aux inconvéniens des poëles ordinaires
, dont la chaleur âcre & sèche affecte fenfi
blement le tiffu délicat des organes de la refpiration
, occafionne une crifpation dans toute la furface
des pores de la tranfpiration , produit des
toux & autres incommodités ; qu'ils ne connoiffent
point de moyen plus naturel pour adminif
niftrer les fumigations humides , les bains de vapeurs
, foit pour corriger les miafmes chariés
dans l'air & la féchereffe , foit pour porter au
poumon des médicamens vulnéraires & balfamiques
; que tous ces avantages réunis leur faifoient
eftimer qu'en préfentant des vues oeconomiques ,
ce poële peut être regardé comme très - utile à la
fanté à plus d'un titre , foit en évitant l'inconvénient
des poëles ordinaires pour les perfonnes
qui fe porent bien , foit en fourniſſant le moyen
d'adminiftrer plufieurs médicamens dans bien des
maladies . L'Auteur de la note a pu être trompé , &
ne pas connoître la conftruction du poële hydrauli
que , tel qu'il a été préfenté à l'Académie Royale
des Sciences en 1770 , & foumis à l'examen de
MM. de la Faculté de Médecine pendant tout
l'hiver fuivant ; ce poële ne donne de vapeur
humide qu'en raifon de la chaleur sèche du fourneau
fur lequel eft à la vérité adaptée une cuvette
dans toute la largeur , mais elle n'y eft point à
découvert ; elle eft furmontée dans toute fa circonférence
d'un chapiteau fort élevé & clos de
toute part , de manière que la vapeur qui s'y élève
retombe dans la cuvette ; il ne s'en échappe par
les joints qu'en proportion de l'ardeur du foyer, &
elle ne peut paroître fenfiblement dans l'appartement
qu'à volonté , en donnant plus ou moins
d'ouverture au chapiteau : fi le feu cft pouilé au
( 235 )
dégré de l'eau bouillante , l'évaporation eft fans
doute plus confidérable , mais aufft la chaleur du
fourneau étant plus forte , l'air qui en eft defféché ,
a befoin d'une plus grande humidité pour fe loutenir
au même dégré d'élafticité ; c'eft cette compenfation
qui rend l'appartement chaud fans féchereffe
& fans excès d'humidité , & on a éprouvé avec un
hygromètre très -fenfible , que dans le tems d'une
grande ébullition l'air extérieur , fans gelée sèche ,
étoit encore plus humide que celui de l'intérieur.
D'ailleurs , cette légère humidité , comme l'ont
obfervé les Médecins , entretient la foupleffe de la
peau & facilite la tranſpiration , ne fe porte - t-on
pas mieux dans la belle faifon , quand une douce
humidité remplit l'atmosphère , que quand une cha
leur brûlante en deffèche l'air . C'eft cette chaleur
falubre & naturelle du printems que l'Auteur des
Poëles hydrauliques a cherché à imiter au milieu
des rigueurs de l'hiver : Obligé par état d'être une
partie de fa vie dans fon cabinet , chauffé par un
feu de poële ordinaire , les mauvaifes faifons lui
étoient toujours funeftes ; depuis quinze ans qu'il
fe fert du poële hydraulique , il les paffe avec
tranquilité , & fouvent même fans rhume ; il a
éprouvé que dans les commencemens de cette incommodité
, elle fe diffipoit fur une abondance de
vapeurs dans l'appartement ; ce moyen , qui eft ordonné
en beaucoup de maladies , fe procure auffi
long-tems & auffi abondamment qu'on le défire , en
ouvrant le chapitean & foutenant l'ébullition ; c'eſt
alors qu'on peut s'appercevoir d'une humidité fenfible
: mais quelqu'effet qui en réſulte , on n'en doit
pas conclure que ces poêles font mal-fains , puifqu'au
contraire ce prétendu défaut eft falutaire en
beaucoup d'occafions . Au furplus , l'humidité ne
peut être fcorbutique & mal- faine , qu'autant qu'elle
eft chargée de vapeurs nuifibles ,&c. comme celle qui
fort du plâtre nouvellement employé , des bâtimens
( 236 )
neufs , celle des caves , des fouterrains , des bas
humides & infects , des lieux où font renfermées
beaucoup de perfonnes , &c. Dans tous ces cas ,
l'air eft encore plus mal- fain s'il eft froid ; car l'humidité
froide eft toujours dangereufe , au lieu
qu'une vapeur chaude causée par une eau pure ne
peut être nuifible ; tous ceux qui , par état , font
continuellement dans une atmosphère chargée d'humidité
comme les Teinturiers , Chapeliers , Etuviftes
& autres , n'en font ni moins robuftes , ni
moins fains , au lieu qu'il eft notoire que tous
ceux qui font exposés par habitude à des chaleurs
sèches , font fujets à quantité de maladies chroniques
& mortelles . Bien loin donc d'attribuer une
qualité dangereufe à ces poëles , les vrais amis de
I'humanité doivent , au contraire , les prôner & les
procurer aux Gens délicats , aux fédentaires & aux
valétudinaites ; car cette manière de chauffer les
appartemens eft même plus faine que celle des feux
de cheminée qui ont toujours l'inconvénient de la
chaleur sèche.
Le ro de ce mois , les Chevaliers de l'Arquebufe
ont tiré aux flambeaux en préſence
du Corps de Ville , les prix que le Roi leur
avoit accordés. Le premier prix a été remporté
par M. Deville , le fecond par M.
Dupleffis Bertaux. M. le Marquis de Coffé
a tiré au nom de S. M. le coup royal.
On mande de St -Dizier en Champagne ,
que la nuit du 22 du mois dernier , le feu a
pris aux granges , écuries & bûchers d'une
veuve chargée de cinq enfans ; ils ont été
la proie des flammes , ainſi que tout ce qu'ils
contenoient ; & fans les promps fecours &
le zèle actif de tous les citoyens , le principal
fauxbourg ( celui de la Noues ) eût été
( 237 )
confumé par l'incendie. Dans le moment
où le danger étoit le plus alarmant , S. A.
Eminentiffime le Prince Louis , Cardinal de
Rohan , paffant par cette ville pour fe rendre
à Strasbourg , fit arrêter fa voiture ,
fe tranfporta dans les endroits où les fecours
étoient plus néceffaires , & donna foixante
& dix louis à ceux qui avoient le plus
fouffert. Les perfonnes qui , animées par
l'exemple de ce Prince bienfaiſant , voudront
faire paffer quelques fecours aux incendiés
, font priés de les remettre à M.
Guillaume , jeune , Notaire , rue Neuve des
Petits-Champs , où à M. le Blanc , Négociant
, paffage de Lefdiguières , à Paris , près
la Baftille.
La nuit du 9 au 10 Novembre , le feu fe manifefta
dans un des quartiers les plus ferrés de la ville
de Saint-Flour ; trois maifons furent dans l'inftant
embrafées ; deux perfonnes y ont péri , & une douzaine
ont été plus ou moins grièvement bleffées .
Par les ordres qu'ont donné fort à propos le Lieutenant-
général de Police & le Maire , & les fecours
qu'y ont apporté les habitans de tous états , les
flammes ont été concentrées dans leur enceinte ; mais
ce n'a pas été fans la crainte de voir coafumé dans
peu de tems tout le quartier. Le vent du Nord
qui fouffloit , avoit communiqué le feu aux maifons
voifines . Le Maire , par la préſence & fon activité
a préſervé la maifon des Dames Vifitandines . M.
l'Abbé Vagron , Chanoine & Grand - Vicaire , a
prefque à lui feul arrêté le progrès des flammes
qui avoient communiqué aux maifons oppofées de
la rue . Malgré les débris des pierres & des bois
enflammés qui en défendoient l'approche , il y eft
( 238 )
entré feul par deux fois , & par fon zèle &
fon intrépidité , y a introduit la manoeuvre déja
découragée , qui a garanti la perte de plus de 20
maifons ; plufieurs familles y ont perdu tous leurs
effets , & font entièrement ruinées . Si quelques
ames fenfibles vouloient procurer quelques fecours
à ces infortunés , on les prie de les adreffer à M.
Spy des Urnes , Maire de la ville de St -Flour.
Suzanne Col , veuve de François Parquet
, Ecuyer , Sieur du Maine , eft morte
à la Rochefoucault âgée de 101 ans , n'ayant
éprouvé aucune infirmité avant fa mort.
René- Dinan- Anne- François de Botterel ;
Comte de la Bretonnière , &c. ancien Officier
au Régiment des Gardes Françoifes
Gouverneur &: Commandant pour le Roi
des Ville & Château de Dinan , Chevalier
de l'Ordre Militaire de St-Louis , eft mort
à Dinan le 20 du mois dernier.
Le fieur Goffelin , Horloger , rue du Loup , à Bor
deaux , étant mort le 30 Août dernier , les Demoifelles
fes filles defireroient favoir dès nouvelles de
leur frère , abſent depuis quelques années , tant pour
lui faire part de cet évènement , que pour l'inviter à
venir dans fa patrie , afin de terminer plufieurs affaires
de famille & reprendre l'état de fon pere. On croit
qu'il eft paflé en Angleterre & qu'il a pris le nom de
Geliflon ; on prie les perfonnes qui pourront en don
ner des nouvelles de vouloir bien les communiquer
aux Demoiſelles Goffelin , rue du Loup , à Bordeaux.
De BRUXELLES , le 25 Décembre.
LES Ordonnances rendues par S. M. I.
pour défendre aux Religieux de s'adreffer
dorénavant à leurs Supérieurs réfidens à
Rome , & pour ordonner à tous les fujets
de recourir à leurs Evêques lorfqu'ils vou(
239 )
dront obtenir des difpenfes de mariage en
tre parens , au lieu de les faire demander
à la Cour de Rome , vont , dit-on , être
publiées inceffamment dans les Pays - Bas ,
ces loix ne tarderont pas à être en vigueur
dans tous les Etats héréditaires de S. M. I.
On attend le confentement des Etats-Généraux
des Provinces-Unies à la demande
de l'Empereur , relativement aux barrières.
On dit cependant qu'ils ont déja envoyé
aux garnifons de toutes ces places l'ordre
de les évacuer , à l'exception de celle de
Namur au fujet de laquelle L. H. P. fe font
réfervées de faire quelques repréfentations
à S. M. I.
, ayant
On apprend de la Haye qu'une députa
tion de Négocians d'Amfterdam fe rendit
le 7 de ce mois à l'audience du Stathou
der pour le prier de faire jouir , le plutôt
poffible , leurs navires , au nombre de 19
prêts à partir pour les Indes occidentales
de l'efcorte des vaiffeaux de guerre qui leur
avoit été affurée ; le Stathouder
pris en leur préfence l'avis du Lieutenant-
Amiral Baron de Waffenaar , & des Vice-
Amiraux Hartfink , Reynfe , Comte de
Bylandt , & Zoutman , qui penfèrent tous
'que la route du nord que ce convoi devoit
prendre étoit ou impraticable ou
trop dangereufe dans la faifon préfente
il décida que fon départ feroit différé julqu'au
printems prochain.
» On nous amufe maintenant de l'espoir d'une
réconciliation avec l'Angleterre , lit- on dans quel(
240 )
ques lettres de Hollande ; mais quand elle feroit
aufli prochaine & auffi probable qu'elle l'eft peu ,
elle ne pourra jamais tourner qu'à notre préjudice &
à notre abaiffement. La réponſe du Vicomte de
Stormont à l'Ambaffadeur de Ruffie pour accepter
la médiation de fa Souveraine , eft remplie de ce
ton de hauteur & de mépris que l'on a vu dans tous
les difcours & écrits Anglois , où il eft queftion de
la République. A les en croire , on diroit que ce
n'eft que par faveur , par un pur motif d'indulgence ,
qu'ils veulent bien confentir à traiter de paix avec
nous , & nous recevoir de nouveau en grace. Mais
fi nous acceptons cette paix fans obtenir aucune
indemnifation , notre honneur national ne feroit-il
pas flétri pour toujours ? Nous aurions été attaqués
& dépouillés de la manière la plus injufte , la plus
violente & la plus infolente , & nous ferions réduits
à bénir l'ennemi de ce qu'il nous anroit encore laiffé.
Et dans quel tems ! dans un tems où cette Puiſſance ,
abattue , humiliée de tous côtés , auroit pu être
forcée par quelques efforts ordinaires de notre côté, à
recevoir les loix de quatre ennemis victorieux par
leur réunion. Quoiqu'il en foit ,
on dit que
bafladeur de Rullie a défigné la ville de Pétersbourg
pour y tenir les conférences , où l'on doit traiter de
notre accommodement particulier avec l'Angleterre ;
il faut efpérer que du moins on conviendra d'une
fufpenfion d'hoftilités pendant la durée des négociations
; car , dans le cas contraire , il feroit peffible
, vu l'éloignement des lieux , qu'elles traînâffent
affez en longueur pour donner aux Anglois le tems
de nous enlever les poffeffions qui nous reſtedt encore
au-dehors. C'eft cependant au moment où il eſt
queftion de ces négociations de paix , que la Zélande
a paffé la réfolution de contracter immédiatement
une alliance avec la France . Cette détermination
paroît avoir vivement alarmé le parti Anglois
& il part dépêches fur dépêches pour eflayer , sil
eft encore tems , de la faire révoquer , ou du moins
de la modifier de manière qu'elle n'ait aucun effet ".
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