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1781, 11, n. 44-47 (3, 10, 17, 24 novembre)
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MERCURE
DE
FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ;
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers, &c. &c.
SAMEDI 3 NOVEMBRE 1781 .
THITEAT
D'EU
PARIS
Chez
PANCKOUCKE , Hôtel
rue des Poitevins
.
PARAIS
RO AL
Avec Approbation & Brevet du Roi
STOR
LIBRARY
PIÈCES
TABLE
Du mois d'Octobre 1781 .
IÈCES FUGITIVES.
Le Curé & le Loup , Fable , 3
Romance fur le Tombeau de
J. J. Rouffeau 49
83 prudence Civile , &c.
La Servitude abolie , Difcours
en vers , 103
Recueilde Pièces intereffantes ,
109
118
Obfervations fur l'Ivoire& les
Dentsfoffiles d'Eléphans, 1 La Chûte de Rufin
Air de l'Inconnue Perfecu- Opufcules Chimiques & Phy
60 fiques de M. T. Bergman,
tée ,
Vers aux jeunes Perfonnes
qui ont joué à Nanci plu- Hiftoire de France ,
114
153
fieurs Comédies de Mde de Mémoires fur les Fièvres, 171
Genlis ,
Sermons de M. l'Abbé Cam-
A M. de Landine ,
97
98 bacérès ,
Amour Oifeau , Ode Ana- Difcours en vers fur l'Aboli-
176
créantique,
le Dauphin
tion de la Servitude dans les
Domaines du Roi , 183
SPECTACLES.
99
Versfur la Naiffance de Mgr.
J 145
Vers à M. Cefar Faucher , ib . Académie Royale de Mufique ,
Chanfon à M. le Comte de
S ***
147 Comédie Françoiſe , 86
Le Philofophe Amoureux , 148
Enigmes & Logogryphes , 5,64 , | Comédie Italienne ,
42 , 127
132 .
186
89
IOI Iji VARIÉTÉ S.
Le Monde , quinzième Nuit
d' Young,
6
heur d'une partie de la Nation
, fans nuire à perfonne ,
Oraifon Funebre de l'Impera-
133
NOUVELLES LITTER. Moyen d'augmenter le Bontrice
Marie- Thérèse d'Au- SCIENCES ET ARTS.
triche , 3 Lettre au Rédacteur du Mercure
, Tableau Hiftorique des quatre
Grands Hommes expofès au Gravures ,
Sallon du Louvre,
ciété ,
66 Musique ,
92
94 , 190
191
Les Après- Soupers de la So- Annonces Littéraires , 45,95.
80
Répertoire Universel de Jurif-
143 , 191 ,
A Paris , de l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme , 1781 .
MERCURE
83
TS い
DE
FRANCE.
ك و
-I
1
1
SAMEDI 3
NOVEMBRE
1781 .
PIÈCES
FUGITIVES
EN VERS ET EN
PROSE.
VER S
AU
NOUVEAU NE
SALUTIO
OUVE
Tô toi , de mon pays
Et le tréfor &
l'efpérance.
O qu'heureufe eft ton influence !
Ta naiffance rend à Lours
Le bonheur qu'il donne à la France.
Tout un Peuple heureux en effer ,
Quand ton ceil s'ouvre à la lumière
Pleure de joie , & , fatisfair,
Il bénit le jour qui t'éclaire ;
Que fera donc ta vie entière,
Si ta naiffance eft un bienfait?
Abij
MERCURE
De ce Peuple qui t'a vu naître
Apprends à diftinguer la foi ;
Par ce qu'il eft , juge & conçoi
Ce qu'un jour encore il doit être :
Tous les coeurs volent près de toi ;
On t'aime avant de te connoître.
Si ton coeur ne peut à fon tour >
Pour prix de nos tendres hommages ,
Rendre encore amour pour amour ,
Tu vois qu'il aura quelque jour
A payer de grands arrérages.
Mais auprès de la Nation ,
Les coeurs de LOUIS , D'ANTOINETTE
Répondent pour leur Rejeton ;
Avec pareille caution ,
Sans rifque on peut doubler la dette.
OBJET des voeux les plus conftans
Cette Reine , à nos coeurs fi chère,
Te devra fes plus doux inftans ;
Tu viens d'embellir fon printemps
Du précieux titre de Mère.
Pour toi fes voeux , heureux DAUPHIN
N'ont pas prié long-temps en vain
Des Dieux la puiffance immortelle ;
Gage affuré de leurs faveurs ,
Tu viens de bonne heure auprès d'elle
Pour avoir long-temps un modèle :
Dans l'art de conquérir les coeurs.
DE FRANCE.
Sous les yeux du plus tendre Père ,
Croît , grandis , devance les ans ;
Mais avant tout , fonge à ta mère ;
Jette- lui tes bras careffans ,
Et que tes baifers innocens
Lui rendent la force première.
Ce que cherche long-temps en vain
D'Hippocrate l'Art néceffaire ,
Tes careffes , j'en fuis certain ,
En moins de rien peuvent le faire :
Le plaifir , Docteur qu'on préfère ,
Fut toujours un grand Médecin .
( Par M. Imbert. }
MADRIGA L.
L'AMOURI
'AMOUR ne quitte point Philis :
Tantôt au bord d'une onde claire ,
Près d'elle je le vois affis :
Tantôt fur les gazons Acuris.
Il pourfuit fa trace légère.
Cherche-t'elle des fleurs pour ombrager fon fein è
L'Amour fait naître fous fa main
Le narciſſe & la violette,
Écho , ne redit point aux bois
Les tendres accens de fa voix ;
A iij
MERCURE
C'eft l'Amour feul qui les répète.
Jaloux , il envie au Zéphir
Le doux foin de la rafraîchir ;
Dans l'or de fes cheveux fon haleine fe joue;
Pour relever l'albâtre de ſa joue ,
Dans unvifincarnat il trempe fon pinceau :
Sur le front de Philis il a placé fon trône ;
Dans les yeux il mit fon flambeau ,
Et de fon arc il les couronne.
Changé lui- même en nuage enchanteur ,
L'Amour de toute part la preffe & l'environne 3
Mais il n'a pu fe gliffer dans fon cour
(Par M. l'A. M. C. à M. )
LE MOYEN INFAILLIBLE , Conte."
D'ERVILLE étoit d'un rang affez diſtingué ;
d'Erville étoit riche ; d'Erville étoit jeune
encore ces titres ne garantiffent pas de
l'amour , mais ils ne font pas fuffifans pour.
fe faire aimer. Laurette n'avoit ni naiffance ,
ni fortune ; mais elle étoit jolie. D'Erville la
vit , & l'aima . Ce n'étoit pas là le plus difficile
; car , comme je l'ai déjà dit , Laurette
étoit une fille charmante : fa taille feule , à
la voir de loin , auroit fuffi pour faire des
conquêtes ; fa figure étoit encore au deffus..
Dès que d'Erville Peat vue , il ne fongea plus
qu'au moyen de la revoir ; il réuffit même
DE FRANCE.
lui parler ; mais pour ce jour là , il ne voulut
point faire connoître fes fentimens . La manière
de parler d'amour est toujours analogue
à la perfonne qui aime. L'homme
riche fait des préfens ; le Poëte envoie des
vers , des couplets ; le Petit-Maître paffe la
main fous le menton , prend un baifer ; le
Grand Seigneur fait des promeffes qu'il ne
tient guères : enfin , racontez moi une déclaration
d'amour , je vous dirai quel est
l'amant qui l'a faite. D'Erville s'annonçà
donc par de petits préfens , qui furent refufés
tant par la jeune perfonne , que par fes
parens , qui étoient pauvres , mais honnêtes.
Le genre d'amour qu'annonçoit d'Erville
n'étoit pas celui qui leur convenoit ; aufli
redoublèrent-ils d'attention auprès de Lausette
, pour la fauver des piéges de la féduction.
Mais la vertu de Laurette pouvoit fe
paffer de leur vigilance : elle étoit défendue
par une force
jeure
, par l'amour : fon
coeur ne pouvoit plus fe donner ; un Amant
plus heureux s'en étoit emparé déjà . Le jeune
Verval n'avoit pas vu Laurette fans l'aimer ,
& il ne l'avoit pas aimée fans fuccès : il ne
fit point de promeffe infidelle ; il ne hafarda
point de careffes impertinentes ; il n'envoya
ni préfens , ni petits vers ; fes regards parlèrent
pour lui , & la réponſe ne fut ni
tardive , ni défefpérante .
D'Erville rebuté , n'en fut que plus amou
reux ; & ajoutons ici qu'il avoit toutes les
qualités qui font un homme aimable. Il mit
A iv
MERCURE
dans fes pourfuites , des formes plus honmêtes
; il en vint même jufqu'à les légitimer
par des offres de mariage . Ces offres ne par
vinrent pas à vaincre le coeur de Laurette ;
mais fes parens n'y réfiftèrent point : ils fe
rangèrent du parti de d'Erville , qui eut la
liberté de la voir & de lui parler. Cette liberté
lui parut un garant de fes fuccès ; il
Comptoit ou fur l'amour , ou fur l'amourpropre
; mais par malheur l'amour avoit
dejà parlé pour un autre ; & depuis ce moment
- là , l'amour- propre né parloit plus
D'Erville avoit cru attaquer un coeur libre.
Quand il s'apperçut de fa méprife , il perdit
un peu de fa confiance , fans néanmoins fe
rebuter ; il crut feulement devoir meſurer
fes efforts aux difficultés : il devint plus em
preffé , plus complaifant. Mais fon rival ne
changeoit rien à fa manière d'aimer Laurette
, c'eft- à- dire , qu'il paroiffoit toujours
aimable , & qu'il étoit toujours aimé. D Erville
crut devoir avertir les parens , de cette
rivalité qu'on ignoroit encore ; & auffi- tôt
on défendit à Laurette de revoir jamais
Verval.
Nous avons vu la libéralité , les foins ,
la complaifance échoner contre le coeur de
Laurette. Ce nouveau procédé de d'Erville
ne fut pas plus heureux ; il n'avoit été
qu'ennuyeux jufqu'alors ; il devint bientôt
odieux. Tyrannifer l'amour , c'eft encore pis
que l'importuner ; auffi Verval n'en fut que
plus aimé. Nos deux Amans fe voyoient
DE FRANCE.
moins ; mais ils fe defiroient davantage ; ils
fe voyoient , ils s'écrivoient même , car il eft
impoffible d'anéantir toute correfpondance
entre deux coeurs qui s'aiment bien.
Que fera donc d'Erville , fi riche , fi puiffant
, fi aimable & fi peu aimé ? Il étoit
près d'abandonner les projets , & de renoncer
à la main de Laurette. Enfin , avant de
fe retirer , il prit le parti d'écrire une longue
lettre , qu'il médita long - temps , & qui étoit
conçue en ces termes :
BELLE LAURETTE ,
+
22
» Je vois que tous mes efforts pour me
faire aimer , ne fervent qu'à irriter votre
» haine. Je vois que la févérité de vos parens
devient mon propre crime. Il eſt vrai
que j'ai épanché dans leur fein tous les
chagrins de mon coeur . Ce coeur , déchiré
» par vous , n'a pu étouffer le cri de fes
douleurs. Au défaut de votre amour , il
cherchoit au moins à fe confoler par la
pitié des coeurs fenfibles . Cette pitié a
" pouffé fon zèle beaucoup plus loin queje
» ne voulois. Vos parens , par amitié pour
moi , font devenus cruels envers vous
Mais pourquoi m'en punir , inexorable
Laurette ? Si je vous avois moins aimée ,
je ne me ferois jamais plaint de vos rigueurs
; c'eft l'amour feul qui m'a rendu
coupable ; c'eft à lui de me juftifier . Ah !
pardonnez un crime bien involontaire . Je
Αν
ΤΟ MERCURE
و د
ود
"
"
و ر
23
و د
fouffre plus que vous - même de la tyrannie
de vos parens. Je fuis plus efclave
plus perfécuté que vous ; & les maux que
» vous fouffrez me font d'autant plus douloureux
, que j'en fuis l'auteur malgré
» moi. Vous me direz , belle Laurette , que
les terminer en me retirant . Il eft
je peux
vrai ; mais il m'eft impoffible de renoncer
» à vous voir , de ceffer de vous aimer.
» D'ailleurs , croyez que l'intérêt de mon
» amour n'eft pas le feul motif qui me retienne
auprès de vous ; l'envie de vous
» voir heureuſe l'emporte fur le defir de
mon propre bonheur. Je vois le fort que
je peux vous faire , & je frémis de celui
qui vous attend , fi vous me facrifiez
» à un amour que vos parens & la raifon
ont condamné. Peut- être aurois je pu
m'immoler moi même , & renoncer à
» mon amour , fi le mortel qui m'a ravi
» votre coeur , pouvoit vous rendre heu-
» reufe. Mais fi vous fentez un jour le poids
» de l'infortune , vous regretterez peut être
» un amant qui n'eftimoit fon rang & fes
richeffes , que par la faculté de vous les
offrir. Je vous en fupplie , aveugle Lau-
» rette , ne vous expofez plus au regret
» d'avoir rejeté votre bonheur , & au re-
" mords d'avoir fait un malheureux de
» l'homme qui vous a le plus tendrement
aimée. J'attends votre réponſe, qui deviendra
mon arrêt. Songez que je n'en appellerai
point ; fongez qu'un mot va faire
22
وو
22
DE FRANCE.
» le bonheur de d'Erville , ou l'éloigner de
vous pour jamais. »
Cette lettre fit grand plaisir à Laurette ,
non par les offres féduifantes qu'elle contenoit
, mais parce qu'elle fe flata qu'avec un
non , elle alloit fe délivrer d'un amant importun.
Ce non lui coûta peu ; cependant le
plaifir qu'elle avoit à l'écrire , lui fit affaifonner
au moins fon refus de quelques po
liteffes vagues ; elle marqua à d'Erville
qu'elle le regrettoit , qu'elle le regretteroit
peut- être encore plus un jour ; mais qu'elle
étoit forcée de le refufer. C'étoit-là des efpèces
de douceurs ; & l'on peut dire que
d'Erville n'avoit jamais été traité auffi bien
que le jour qu'il avoit reçu fon congé.
Ces politeffes ne le confolèrent point :
c'en eft fait , dit-il , il faut donc renoncer
à ce que j'aime , à tout ce que je pourrai jamais
aimer. La nuit qui fuivit ce cruel
congé , fut des plus longues pour d'Erville ;
fes yeux ne purent fe fermer un moment :
il ne formoit plus aucun projet ; Laurette
étoit perdue pour lui . Au milieu de fes réflexions
léthargiques , il fe fentit comme
frappé d'une idée qui lui rendit tout- à- coup
un rayon d'efpérance . D'Erville avoit de
l'efprit ; il connoiffoit le coeur humain : il
enfanta un projet affez hardi , rare , & qui
furprendra fans doute.
J'ai dit que d'Erville étoit fort riche : il en
avoit befoin pour le deffein qu'il avoit formé.
Il ceffa pendant quelque temps de voir
A vj
12
MERCURE T
Laurette il feignit de amour,
vaincre fon
& il reparut enfuite avec les feules prétentions
de l'amitié. Il dit à Laurette , que par
un effort de raifon il étoit parvenu à triompher
de fon propre coeur , & qu'il ne follicitoit
plus auprès d'elle , que le titre de fon
ami ; mais il ajouta qu'en étouffant fon
amour , il avoit toujours confervé le defir
de faire fon bonheur. " Vous allez voir ,
continua-t'il , fi mes voeux font définté-
» reffés. Je confens à vous unir à mon
rival ; je ne demande que l'emploi de
veiller fur votre fortune. J'ai une Terre
» en Normandie , que je vous prierai d'accepter
pour dot ; mais à une condition
que voici : Je veux être fur du coeur de
» votre Amant ; je veux vous éprouver l'un
& l'autre avant de vous voir unis , pour
» ne pas vous expofer à un repentir inutile.
JJ''eexxiiggee donc que vous alliez habiter avec
vos parens , cette Terre que je vous abandonne
, & qui eft fort folitaire , l'heureux
Verval ira s'y fixer au fein de votre famille.
Vous n'y ferez pas expofés à mes
importunités , à mes vilites ; je n'y paroîtrai
que lorfque j'y ferai appelé par vous.
» La maifon y eft commode & agréable , le
parc fpacieux , le jardin affez beau , mais
vous n'y verrez que Verval. Si , après y
avoir vécu pendant trois mois , vous per-
» fiftez tous deux dans le deffein de vous
époufer , ma Terre , encore un coup ,
fera Votre dor ; & je veux que votre
2
DE FRANCE
. 13
4
» mariage fe faffe dans ma Chapelle.
">
Il eft bon de redire à mes Lecteurs , que
d'Erville n'avoit nullement renoncé à fes
prétentions ; car on pourroit s'y meprendre
fort aifément. Mais , quoi ! conferver des prétentions
fur une belle, & lui ordonner de vivre
fans ceffe avec fon rival ! Vouloir défunir
deux Amans , & les laiffer toujours enfemble
! Oui , voilà juftement le projet de d'Erville.
La générofité , les foins n'avoient pu
fervir fon amour ; il n'avoit pas été plus
heureux en mettant à la gêne les deux
Amans ; il voulut voir fi , en leur laiffant
une entière liberté , il ne réuffiroit pas mieux
que par la contrainte. Les parens de Laurette
y donnèrent les mains. Peut - être quelques
perfonnes fcrupuleufes tremblent déjà
pour la vertu de Laurette , & blâment fa
famille d'avoir approuvé ce fingulier projet ;
mais fans leur dire ici , pour les raffurer ,
qu'on avoit des preuves de l'honnêteté de
Laurette , il fuffira de leur apprendre que
les parens étoient dans la confidence de
d'Erville , & qu'on n'avoit pas renoncé à
furveiller la conduire des deux Amans.
Qu'on fe figure la joie de Laurette , elle
étoit délivrée d'un Amant qu'elle ne pouvoit
fouffrir ; elle étoit réconciliée avec fes parens
qui la tyrannifoient ; elle avoit la liberté
de voir fans ceffe un Amant qu'on lui avoit
défendu de regarder ; & les faveurs de la
fortune venoient fe joindre encore aux délices
de l'amour . Ce tableau eft bien fédui14
MERCURE
fant ! Voyons ce qui réfultera de ce nouveau
genre de vie.
Les premiers jours s'écoulèrent avec une
rapidité incroyable ; & d'Erville , fans fe
montrer , veilloit à tous leurs plaifirs ; une
fête fuccédoit à l'autre , fans aucun intervalle
; on eût dit que la baguette d'Armide
avoit frappé ces lieux : chaque fpectacle
fembloit y tenir du prodige . Laurette y
voyoit fans ceffe fon Amant. Verval étoit de
tous les repas ; point de plaifir qu'elle ne
partageât avec lui ; point de bal où il ne
dansât avec elle . Mais , quelques temps
après , leurs plaifirs devinrent plus froids ,
fans qu'ils en foupçonnaffent la caufe . Quand
ils avoient un air d'ennui , ils aimoient
mieux fe croire malades , que de s'en prendre
à la fituation de leur coeur.
و د
و ر
ya
Un jour Laurette dit à Verval : « il y a
long- temps que tu ne m'as écrit , mon
» cher Verval. C'eft que je n'en ai pas befoin
, répondit- il , je te vois tous les
jours , à tout moment. Il eft vrai , répliqua
t'elle ; mais je voudrois que tu en
» cuffes befoin. Tes lettres me faifoient tant
» de plaifir ! Tiens , ne me vois pas demain.
», dans la matinée ; refte dans ton apparte-
» ment , pour avoir occafion de m'écrire. "
Le lendemain matin , Verval ne la vit point ;
& il eut plus de plaifir à lui écrire , qu'il
n'en avoir eu la veille à lui parler. Pour Laurette
, il ne manqua au plaifir qu'elle eut en
lifant cette lettre , que de l'avoir reçue fur
fus:….
DE FRANCE. 15
tivement , & d'avoir trompé , pour cela , la
vigilance de fa famille .
"
"
Une autrefois , Verval difoit à Laurette :
Te fouviens-tu , ma chère Laurette , de
» toutes les rufes que j'ai imaginées & exé-
» curées pour te voir malgré tes parens ?
Quel plaifir nous avions à mettre leur
prudencé en défaut ! que les inftans que
» nous dérobions pour nous voir avoient de
» charmes ! oui , je voudrois encore avoir
» des obftacles à vaincre , des dangers à courir
, des argus à tromper , pour te prou
" ver combien je t'aime. Et moi , lui répondit
Laurette , je voudrois aufli vivre
» dans la même contrainte , pour éprouver
» ton amour , & té convaincre du mien . »
"2
ود
Comme nos deux Anians fe trouvoient
fans avoir befoin de fe chercher , il ne leur
reftoit guère plus d'autre plaifir que celui
de s'éviter ; ils s'en faifoient quelquefois
une plaifanterie ; mais ils y goûtoient tou
jours un plaifir réel.
1
Les fêtes finirent par les ennuyer complètement
, non parce que c'étoient toujours
les mêmes plaifirs , mais parce qu'ils
étoient toujours en même compagnie : ils
ne fe plaignoient néanmoins que de la monotonie
de leurs divertiffemens ; & lorfqu'on
leur annonçoit quelque nouveau fpectacle
, ils s'écrioient tous deux en baillante
Encore une fête !
Quelquefois ils fe difoient : Amufons-
» nous à nous promener tous deux féparé16
MERCURE
T
» ment dans ces deux allées , & nous nous
» rejoindrons quand nous ferons au bout ; »
ils s'y promenoient fi lentement , fi lentement
, qu'ils étoient plus d'une heure fans
arriver au bout de l'allée ; & quand ils fe,
revoyoient , ils ne fe faifoient aucun repro
che. Enfin , ce genre de vie leur parut d'une
fatigue infupportable. Verval trouvoit li
ennuyeux de ne voir jamais que fa maîtreffe,
& Laurette , de ne voir jamais que fon
amant , qu'ils ne pouvoient plus y tenir.
C'étoit une fatiété qui alloir jufqu'au dégoût.
Chacun des deux n'ofoit faire confidence à
l'autre de ce qui fe paffoit dans fon coeur.
Ils pouvoient pourtant en hafarder l'aveu ,
& compter fur une indulgence mutuelle ;
mais ils craignoient de s'affliger l'un l'autre.
Laurette difoit tout bas : Que deviendra
Verval , s'il vient à lire dans mon ame ! Et
Verval difoit de fon côté : Pauvre Laurette
, que je te plains , fi , malgré moi , tu
viens à découvrir mon fecret !
une v
Les yeux qui veilloient fur eux ne tardèrent
pas à s'appercevoir de ce changement
, & d'Erville en eut bientôt des nouvelles.
Il demanda la permiffion de leur
faire vifite. On avoit un fi beau motif
pour la lui accorder , la reconnoiffance ! I !
fut accueilli comme un bienfaiteur ; il
l'étoit en effet dès ce moment là , car il
rompoit leur tête - à tête. Le Château fembloit
avoir pris une nouvelle face ; la promenade
étoit plus belle. On ne vit partir
DE FRANCE 17
و
d'Erville qu'à regret ; on le revit avec un
nouveau plaifir. Laurette lui favoit tant de
gré de la délivrer de l'ennui d'être feule avec
Verval, & Verval étoit fi charmé de voir
d'Erville entretenir Laurette ! Il fembloit le
remercier de l'affranchir d'un foin pénible
& faftidieux. Enfin , quand d'Erville , qui
fuivoit tous leurs mouvemens crut avoir
trouvé le moment favorable , il pria Verval
de lui céder Laurette , & Verval accorda
cette prière de l'air dont on reçoit un bienfait,
D'Erville alors offrit fa main à Laurette
, qui la reçut avec reconnoiffance , non
par amour pour lui , mais par le defir d'être
délivrée de Verval , qu'elle voyoit depuis fi
long-temps. Toute la famille fut enchantée
de cet événement ; & d'Erville , qui vouloit
que tout le monde fût content , fit la
fortune de Verval.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eft Chapeau ; celui du
Logogryphe eft Pythagore , où fe trouvent
Argo , rat, or , rage , age , Troye , Perth,
Thor , Parthe , Rote , re , trop , hare ergos
Héro , phare , port , gare.
13
mi ding doen told
ölled auty tipne shenani
18 MERCURE
>
ÉNIGME.
UOIQUE toujours j'échappe à ton intelligence ,
Lecteur , tu ne peux vivre un feul inftant fans moi ;
J'ai commencé d'exifter avec toi ,
Et c'eft de moi pourtant que tu tiens l'exiſtence ;
Dans tel lieu que tu fois nous fommes confondus ,
Mais je dois être encor quand tu ne feras plus.
LOGOGRY PH E.
PLUS commune à Paris que dans tout autre endroit ,
Je t'amufe , Lecteur , quelquefois à ma porte.
Je ne dis mot à qui me montre au doigt ;
Un perfonnage de ma forte
Pourroit bien s'en fâcher .... mais non ,
On a befoin de tout le monde.
Je fais ta réputation
A plus d'une lieue à la ronde.
Mais j'ai trop dit ; car déjà tu me tiens :
Dois -je me taire ?
Jafer eft mon défaut , car chacun a les fiens ;
Continuous , duffé je te déplaire.
• De mes huit pieds défais l'arrangement ;
Tu trouveras un animal méchant ,
Dont t'amufent les fimagrées ;
Ce que jamais les Pyrénées
N'ont vû fe diffiper , même au fein de l'été ;
DE FRANCE.
19
Un ornement de la beauté ;
Expreffion- muette ,
Pour dire ou bien nier la vérité ,
Dont fe fert à propos une amante difcrette.
Pour le coup , Lecteur , je me tais.
Ileft bien temps , dis - tu , lorfque je te connois.
( Par M. Mefnard du Montelet. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TABLEAU Général de la Cavalerie Grecque,
compofe de deux Mémoires & d'une Tra
duction du Traité de Xénophon , intitulé :
Le Commandant de la Cavalerie
des Notes , accompagné d'un détail de la
compofition de la Phalange , & précédé
d'un Mémoire fur la Guerre confidérée
comme Science , par M. Joly de Maizeroy ,
Lieutenant- Colonel d'Infanterie , de l'Académie-
Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres. A Paris , de l'Imprimerie Royale ,
& fe trouve chez Moutard , Imprimeur-
Libraire de la Reine , rue des Mathurins ,
hôtel de Cluny. Vol. in- 4
LA Guerre confidérée comme Science. C'eft
en effet le feul point de vue fous lequel elle
puiffe trouver grâce aux yeux du fage ; il
faudroit que l'art de la défenfe fût tellement
20
MERCURE
>
perfectionné , que l'attaque devint impoffible.
M. de Maizeroy , bon Militaire favant
eftimable , enlevé avant le temps aux
Lettres & à la Patrie , & regretté par beaucoup
d'honnêtes gens , eft l'Auteur de ces
divers Mémoires , lus à l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres. Il prouvé dans
le premier , par l'Hiftoire , que la guerre a
été chez les Anciens , comme dans les temps
modernes , une ſcience compliquée & profonde.
Les plus grands ennemis de la guerre,
c'eft-à- dire, les amis de l'humanité , figneront
ce Mémoire quand on voudra. Il ne
s'agit s de favoir fi la guerre eft une
fcien
aje
encore moins fi les Militaires font des hommes
précieux à l'État qu'ils défendent ; mais
fi on fait de cette fcience un ufage légitime ,
& fi hors le cas de la défenſe elle fert à
autre chofe qu'à la gloire de quelques Généraux
, & au humain .
malheur du genre
Si de cet objet général nous paffons à
Pobjet particulier de cer Ouvrage , qui eft
la Cavalerie Grecque , il importe affez peu
de favoir quel en fur l'inventeur , fi ce fut
Pollux ou Bellerophon ; mais il peut êt
Bêtre
très- utile de confidérer quel eft l'uſage que
les Grecs en ont fait dans les divers tenips
& avec quel fuccès : c'eft ce que M. de Maizeroy
développe avec beaucoup d'érudition
dans deux Mémoires , entre lefquels il a
placé la Traduction du Traité de Xénophon,
intitulé: Le Commandant de la Cavalerie.
Le même Xénophon avoit fait un autre
DE FRANCE. 21
Traite , intitulé : De l'Équitation , & M. de
Maizeroy l'avoit aufli traduit ; mais il a jugé
que fa traduction devenoit inutile , au moyen
de celle que M. du Paty de Clain , frère de
M. le Préfident du Paty , Magiftrat célèbre
par fes talens & par fes vertus , a jointe à
fon Effaifur la Théorie de l'Équitation , imprimé
en 1772. Le premier Mémoire de M. de
Maizeroy traite de l'état de la Cavalerie chez
les Grecs jufqu'à la mort d'Epaminondas ;
l'Auteur ne s'eft pas fi fcrupuleufement renfermé
dans ce qui concerne la Cavalerie ,
que ce premier Mémoire ne foit terminé par
une Defcription très- détaillée de là Phalange.
A la fuite de ce premier Mémoire & de
cette Defcription , eft la Traduction du
Traité de Xenophon , éclairci par des Notes
favantes ; de
puis le fecond Mémoire de M
Maizeroy , qui reprend l'Hiftoire de la Cavalerie
chez les Grecs , depuis la bataille de
Mantinée & la mort d'Epaminondas jufqu'à
la conquête de la Macédoine par les Romains.
•
Le temps de Lycurgue eft l'époque la
plus sûre , finon de l'établiffement d'une
Cavalerie réglée en Grèce , au moins de
l'exiftence conftante de cette Cavalerie ;
tout ce qui précède eft fabuleux ou incertain
: les Grecs employèrent rarement de le
Cavalerie dans leurs guerres jufqu'après la
bataille de Platée. Les Theffaliens , dont le
pays abondoit en chevaux excellens & on
24* MERCURE
bons pâturages , furent ceux qui s'adonnerent
le plus tót , le plus conftamment, & avec
le plus de fuccès au fervice de la Cavalerie.
Les Athéniens n'en avoient point à Macathon
; les Grecs réunis n'en avoient point ,
ou n'en avoient que très - peu , même à Platée.
" Ces deux batailles , dit M. de Maizeroy ,
ود
23
font des exemples frappans de la force de
» l'Infanterie , lorfqu'elle eft armée conve
nablement , & difpofée dans un ordre
folide. Les Armées immenfes des Perfes ,
» très- fortes en cavalerie , venoient le brifer
contre une ligne d'Infanterie comme
» contre un mur d'airain. Néanmoins
» ajoute-t'il , fi les Généraux des Perfes ,
moins ignorans , n'euffent point attaqué
» les Grecs dans des lieux où ils ne pou-
" voient profiter de l'avantage de leur nom-
» bre en le déployant , & qu'ils fe fuffent
», contentés de les harceler avec leur Cava-
» lerie , il eft probable que la guerre auroit
» tourné à leur avantage ; car les Grecs ne
→ pouvant s'oppofer par tout à leurs cour
و و
fes , auroient été forcés ou de fe retirer
ou de les combattre dans des plaines , où
le fort des armes n'auroit pu que trèsdifficilement
être favorable au petit nom-
» bre. Cette guerre fit fentir aux Grecs ce
qui leur manquoit ; & , par le confeil d'Ariftide
, ils commencèrent à avoir de la Cavalerie
dans la proportion d'un à dix avec
T'Infanterie. Ce fut à peu - près dans cette
proportion que les Athéniens l'employèrent
3
DE FRANCE. 23
dans la guerre du Péloponnèfe . M. de Maizeroy
obferve les progrès fucceffifs de la
Cavalerie chez les différens peuples de la
Grèce , les formes qu'elle prit , les divifions
qu'elle reçut , l'influence qu'elle eut fur l'événement
des batailles de Délie , de Leuctre ,
de Mantinée.
Depuis ce temps , les Grecs fe fervirent
affez conftamment de Cavalerie , mais dans
une proportion qui n'étoit fondée , le plus
fouvent , fur aucun principe de tactique ;
ni relative au pays où devoit être le théâtre
de la guerre. <« Chacun , dit M. de Mai-
» zeroy , fuivoit à cet égard plutôt les fa-
» cultés ou fon caprice , que les règles d'une
» bonne compofition. "
>
Il paroît que , jufqu'au temps d'Epami
nondas , la plus forte proportion de la Cavalerie
à l'Infanterie , a été d'environ un
dixième ; on ne la voit point augmenter jufqu'au
règne d'Alexandre , qui la porta jufqu'à
un feptième dans l'Armée qu'il conduifit
en Afie. Outre le motif de la dépenſe ,
on avoit alors diverfes raifons d'avoir une
Cavalerie peu nombreufe. 1. L'extrême
confiance que divers États de la Grèce mettoient
dans leur Infanterie pefamment armée
, dont ils avoient éprouvé dans beaucoup
d'occafions la folidité , la fermeté &
la valeur. 2 L'Infanterie légère , par laquelle
ils fuppléoient au défaut de Cavalerie ; les
habiles Généraux ayant l'art de multiplier ,
pour ainfi dire celle- ci , spar la manière
24
MERCURE
d'employer leurs Soldats armés à la légère,
& de les faire combattre mêlés avec les efcadrons.
>
La Cavalerie Theffalienne fe diftingua
beaucoup à la bataille d'Arbelles , il y avoit
dans l'Armée d'Alexandre trois efpèces dif
férentes de Cavalerie , les Lanciers , dont la
plupart étoient Macédoniens , les Theffaliens
, qui formoient ce que M. de Maizeroy
appelle l'efpèce Mitoyenne , & la
Cavalerie légère , telle que celle des Thraces
& des Archers à Cheval. Ce fut le plus beau
temps de la Cavalerie chez les Grecs , & en
général ce fut le plus beau temps de la
Grèce.
Après la mort d'Alexandre , on voit dans
les guerres de fes fucceffeurs une nombreuſe
Cavalerie , dont la proportion à l'Infanterie
eft , dit M. de Maizeroy , communément
affez convenable à leur puiffance & aux pays
où fe faifoit la guerre. Les principes établis
fous Alexandre fubfiftoient toujours à la
bataille de Gabène ; Antigone avoit vingtdeux
milles hommes d'Infanterie & neuf
mille de Cavalerie ; mais Euménès , avec
plus d'Infanterie , n'avoit que fix mille chevaux.
A la bataille d'Ipfus , l'Infanterie d'Antigone
montoit à foixante mille hommes ,
& fa Cavalerie à dix mille ; l'Armée des
Princes unis contre lui ( Prolémée , Selencus
& Lyfimaque ) étoit de foixante-quatre
mille Fantaffins & de dix mille cinq cent
Cavaliers. A la bataille de Raphie , entre
Anthiocus,
DE FRANCE. 25
Antiochus , depuis furnommé le Grand , &
Ptolémée Philopator , le premier avoit foixante
onze mille hommes d'Infanterie , tant .
pefante que légère , & fix mille chevaux ; le
fecond , quarante mille hommes de pied &
cinq mille de Cavalerie.
Quant à l'intérieur de la Grèce , où il y
eut de grands mouvemens après la mort
d'Alexandre , on continua d'y voir le même
ufage de la Cavalerie , & à peu - près dans le
même rapport avec l'Infanterie qu'auparāvant
, c'eft-à- dire , dans la proportion d'un
à dix. Antipater étant entré en Theffalies ,
avec treize mille hommes de pied & quinze
cent chevaux , les Athéniens , fous la conduite
de Léosthénès , lui opposèrent une
Armée où la Cavalerie & l'Infanterie étoient
à peu près dans la même proportion , Dans
un autre combat entre les Grecs & Léonat
qui étoit venu au fecours d'Antipater vaincu ,
l'Armée de Léonat étoit de vingt mille
hommes de pied & de deux mille de Cavalerie;
c'étoit à peu près la mêine proportion
dans l'Armée des Grecs.
Philopamen , ce fameux Général de la
Ligue des Achéens , réforma plufieurs abus
qui régnoient dans la Conftitution de la Ca→
valerie. Il l'inftruifit à faire fes manoeuvres
avec plus de foupleffe & de promptitude ;
la victoire qu'il remporta auprès de Man
tinée , fur Machanidas , Tyran de Lacédé
mone , fut en partie le fruit de ces réformes
heureuſes. f land & A «< s
No. 443 Novembre 1781. B
་
at
26 MERCURE
Lorfque les Romains eurent commencé
à fe mêler des affaires de la Grèce , le Conful
P. Sulpitius , chargé de la guerre de Macédoine
, eut d'abord quelqu'avantage dans un
combat de Cavalerie ; celle de Philippe ,
accoutumée à combattre en caracolant pour
lancer fes traits , fut déconcertée par l'attaque
brufque & fimultanée de celle des Romains
, qui ne lui donna pas le temps de
faire fes évolutions ordinaires. La Cavalerie
eut encore beaucoup de part à la victoire
que T. Q. Flaminius remporta quelque
temps après fur Philippe , à la bataille des
Cynocéphales.
Tel eft , à peu-près , le précis de ces Mémoires
, pleins de recherches curieuſes , auxquelles
une méthode plus fenfible ajouteroit
beaucoup de prix. Il y a trois chofes qu'on
ne peut trop recommander aux Savans , &
qu'en général ils négligent trop ; 1º. le choix
de fujets intéreffans , & dont on puiffe defirer
d'être inftruit . 2 °. L'ordre dans l'enſemble &
dans les détails. 3 °. Le talent d'écrire fans
lequel il n'eft point de Livre utile ; un Ouvrage
qui n'eft pas lû , étant comme un Ou;
vrage qui n'existe pas.
1
DE FRANCE.
27.
LE DROIT de Main- Morte aboli dans les
Domaines du Roi , fujet proposé par.
l'Académie Françoife , Poëme , par M. de .
Maisonneuve. A Paris , chez Esprit
au Palais Royal , & chez les Marchands
de Nouveautés .
ON a remarqué , dans l'Héroïde d'Adélaide
de Luffan au Comte de Comminges ,
par M. de Maiſonneuve , du naturel , de la
fenfibilité , une étude raifonnée & approfondie
de ces deux Écrivains fi parfaits , qui
ont fixé parmi nous la langue poétique , &
defquels Voltaire lui - même avoit coutume
de dire : Jean & Nicolas font nos maîtres
éternels ; nous leur devons du respect. Le
même talent fe reproduit dans la Pièce que
nous annonçons ; mais le cadre en eſt ſi ufé ,
& , fi l'Auteur nous permet de le dire , fi
collégial , qu'il détruit prefqu'entièrement
l'effet d'un tableau dont les détails ne manquent
pas de correction , Cift la France
perfonnage furanné , allégorique & néceffairement
froid & faftidieux , qui vient
porter aux pieds du Roi la reconnoiffance de
Les Sujets. Ce défaut principal , duquel tout
l'Ouvrage fe reffent , n'a pas permis fans
doute à l'Académie de faire mention des
beaux vers qui fe trouvent dans cette Pièce ,
vers puilés fouvent dans une ame fenfible,
*Racine & Defpréaux.
Bij
28 MERCURE
& qui appartiennent bien au fujet , mérite
rare aujourd'hui dans les compofitions Académiques.
Qublions un moment que c'eft
un perfonnage fictif qui parle ; fuppofons
que c'est un Serf qui prononce lui - même
les vers fuivans , & nous les lirons avec
intérêt.
Vois ces infortunés , voués à la misère ,
Porter du nom de Serf l'opprobre héréditaire ;
Accablés fous le faix des travaux , des tributs ,
Et comme un vil bétail achetés & vendus.
En vain d'un maître avide ils fuiroient le Domaine,
La coutume les fuit , les rappelle à leur chaîne ;
Ou fi la Loi permet qu'au prix de tout fon bien
Un Serf puiffe acheter les droits de Citoyen ,
L'efpoir ou le befoin d'un refte d'héritage
Enchaînent pour jamais la vie à l'efclavage :
Et l'habitude enfin , pour comble de malheur ,
A tant d'ignominie accoutumant fon coeur ,
Plongé dans la pareffe , il ne peut fe connoître ,
Et mérite la honte où le fort le fit naître."
Voilà , fi je ne me trompe , des vers bien
faits , & qui ont été mis , pour ainfi dire ,
à la teinture du ftyle de Boileau & de Racine.
L'abondance des matières , & les bornes
prefcrites à nos Articles ne nous permettent
pas de donner beaucoup d'étendue à l'extrait
d'une Pièce , qui , elle- même , en a fort peu.
Nous nous contenterons de citer encore
quelques vers détachés & pris au hafard.
DE FRANCE 29
Ici le joug s'étend au- delà de la vie ,
La mort n'en défend point. ·
Là , mon champ n'eſt à moi qu'autant que j'y peux
vivre ;
Le caprice d'un maître eft la loi qu'il faut fuivre.
Nal impôt n'a payé la gloire de nos armes.
La tendre humanité , la fage politique
Lui montrent à la fois fes Sujets avilis ,
Leurs talens étouffés , les Arts enfevelis ,
Les procès renaiffans , les campagnes défertes
Qu'une moiffon efclave à regret a couvertes.
L'épithète d'efclave appliquée à moiſſon,
a paru fans doute à l'Auteur um heureux
rapprochement de mots ; il s'eft trompé : ce
n'eft qu'un abus du terme poétique ; précaire
étoit la feule expreffion jufte , mais elle manquoit
d'harmonie. Nous relevons cette faute ,
parce qu'elle eft rare chez M. de Maisonneuve.
Il paroît chercher à fe garantir de cette fauffe
ambition de certains Auteurs , qui prennent
pour du neuf & du fublime l'extravagant
& le bizarre. Selon eux , Racine eſt trop
fimple , Defpréaux trop fec. A force de répérer
ces impertinences , ils viennent à bout
d'étourdir de jeunes têtes qui s'évertuent à
mettre en rimes quelques phrafes de Rouffeau
de Genève ou de M. de Buffon ,. &
B iij
30 MERCURE
s'imaginent être des Poëtes Philofophes. M.
de Maiſonneuve paroît avoir des principes
plus fains & un meilleur genre de verfification
. En choififfant un fujet heureux , qui
lui fourniffe un plan plus neuf & plus piquant
, nous ne doutons pas qu'il ne juftifie
nos éloges.
LES DEUX ODES NOUVELLES , feconde
Edition. A Paris , chez les Marchands de
Nouveautés.
CE titre annonce que les Deux Odes font
des Odes par excellence , & il faut avouer qu'il
ne promet rien qu'il ne tienne ; elles font en
effet ce qu'on appelle excellentes. L'une eft
adreffée à Mgr l'Archevêque de Paris , & l'autre
à notre très - Saint Père le Pape . L'Auteur fe
qualifie le Poëte fur fon déclin , fans doute
par humilité ; on fait que M. l'Abbé de Laur
na a des titres Littéraires plus éclatans ,
tels que le Bagnodier, les Délices de la
Ville, &c. &c. Au furplus , fa modestie eft
d'autant plus louable qu'il ne décline point.
C'est même quelque chofe de très-curieux
& de très- extraordinaire que fon génie ait
pu s'élever au -deffus de lui- même pour atteindre
au fublime de l'Ode ; l'Auteur paroît
l'avoir fenti malgré toute fon humilité.
Voici le témoignage qu'il fe rend à luimême
dans une très - humble Supplique
Monfeigneur l'Archevêque. :
De cette Ode agréez & l'hommage & l'envoi.
DE
FRANCE.
" jI
Plénière Indulgence à ma foible perſonne.
L'oeuvre eft de moi , quoiqu'aſſez bonne ,
Affez bonne , quoique de moi.
Nos Lecteurs , qui , fans doute , font dejà
charmés de ce petit morceau , nous fauroient
mauvais gré fi nous n'en mettions pas le pendant
fous leurs yeux . Le voici :
A Notre Très- Saint- Père le Pape.
Pontife à la triple Couronne ,
Qui vénérez tant mon Héros ,
Daigne votre augufte Perfonne
M'accorder quelques numéros
Des Indulgences qu'elle donne.
SPECTACLES.
Repréfentations données gratis pour la
Nailance de Mgr le DAUPHIN.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
APEIN
PEINE le Théâtre du Palais Royal a- t'il
été réduit en cendres , qu'on a préſenté, tant
au Gouvernement qu'au Public , une foule
de projets relatifs à la conftruction d'un
nouveau Spectacle Lyrique . En attendant
que les circonstances permettent non- feulement
de choisir entre ces différens projets
B iv
32 MERCURE
qui fe multiplient , dit- on , tous les jours ,
mais encore d'affigner des fonds capables de
faire face aux dépenfes que l'exécution de
l'un d'eux ne peut qu'entraîner, on a fait élever
une Salle provifoire fur un terrein vacant
au boulevard de la porte S. Martin . M. Lenoir
, Architecte , déjà connu avantageuſement
, a été chargé de cette entrepriſe , qui
a été projettée , conçue & achevée dans toutes
fes parties en moins de trois mois.
Nous n'examinerons point fi cet édifice eft
fufceptible d'éprouver des reproches de la part
des connoiffeurs en Architecture ; cette difcuffion
nous eft tout-à- fait étrangère. Nous
dirons feulement que les craintes qui ont agité
une partie de la capitale fur le plus ou moins
de folidité qu'il peut avoir, font abfolument
mal fondées.D'ailleurs, comme on l'a déjà dit,
l'épreuve que la réunion de plus de fix mille
perfonnes raffemblées vient d'en faire , en
dit beaucoup plus que tous les raiſonnemens
daus lefquels on pourroit entrer , & même
que le nom des Experts qu'on pourroit citer.
La Salle eft d'une forme circulaire.Cette figure
eft coupée par le Profcénium , qui s'avance
vers les Spectateurs , de manière que les Acteurs
principaux qui s'y préfentent , font apperçus
de toutes les places , & même de
celles que la courbure du cercle a forcé d'etablir
derrière les colonnes qui bordent l'avant-
Scène. Il n'en eft pas de même des parties
de Spectacle qui font exécutées dans les
cotés & dans l'enfoncement du Théâtre ,
DE FRANCE.
33
quelques places font privées de l'avantage
d'en jouir , il n'exifte pourtant qu'un trèspetit
nombre de loges où l'on rencontre
cer inconvénient que l'Architecte n'a pu
éviter. Le terrein fur lequel il avoit à
bâtir , ne lui a pas permis de choisir une
autre forme que la circulaire , puifqu'il
falloit retrouver en largeur ce que l'on ne
pouvoit gagner en profondeur , & cette forme
entraîne l'inconvénient dont nous avons
parlé. Au refte , cette Salle nous a parue
très agréable , la décoration en eft fimple &
faire avec goût. Le Théâtre eft d'une belle
étendue, confidéré d'une aîle à l'autre; il nous
a paru laiffer quelque chofe à defirer dans
fon étendue , prife du fond au Profcénium ;
mais cette obfervation eft plutôt relative aux
effers d'optique qu'au fervice de la Scène.
Ceft donc à l'intelligence des Décorateurs
& des Peintres qu'il faudra recommander
de ménager les points de vue qu'ils auront
à établir fur leurs toiles de fond : c'eſt à
eux à faire preuve de talent en donnant
à l'oeil une illufion que l'art peut fubftituer
à celle que le local a refufée. Au total on peut
affirmer que M. Lenoir a tiré , du terrein
qu'il avoit à remplir , un parti qui fait infi
niment d'honneur à fon adreffe & à ſon goût.
Le Samedi 27 Octobre , l'ouverture de ce
Théâtre s'eft faite par la première repréfentation
d'Adèle de Ponthieu , Tragédie Lyrique
en trois Actes. Le Poëme eft de M. de
Saint-Marc , la mufique de M. Piccini . Cette
By
MERCURE
repréſentation a été donnée gratis au peuple,
en faveur de l'heureux evenement qui a répandu
la joie dans tous les coeurs François.
>
Nous dirons peu de chofe de la première
reprefentation d'Adèle. A l'inftant où nous
écrivons , les Amateurs du Théâtre attendent
la feconde reprefentation pour porter un
jugement fur le Poëme & fur la Mufique
& nous attendrons comme eux. Le peuple
a paru goûter beaucoup le premier Acte.
Son attention à tout écouter , fon defir de
ne rien perdre , foit de la partie du chant ,
foit de la partie inftrumentale , lui a fait
garder un profond filence pendant l'exécution.
Les applaudiffemens qui s'échappoient
de temps en temps étoient interrompus par
des cris qui annonçoient le chagrin de ne pas
tout entendre. A la fin il a témoigné fa fatisfaction
par de vives acclamations , & par des
applaudiffemens nombreux.
Les premiers Sujets fe font tous diftingués
par leur zèle. On avoit établi le meilleur
ordre, tout s'eft bien paffé ; le Peuple étoit
gai , tranquille ; cette tranquillité n'a été
troublée que par des motifs qui annoncent
l'amour des François pour leur Maître. Dans.
le fein même de leurs jouiffances , tous les
Spectateurs fe rappeloient leurs Souverains,
& faifoient éclater tout haut les voeux qu'ils
formoient pour eux , & l'ivreffe dont ils
étoient animés.
"
DE FRANCE. 35
COMEDIE FRANÇOISE.
LE mercredi 24 , les Comédiens ont ouvert
leur Spectacle gratis , par une repréfentation
d'Adélaïde Duguefclin , Tragédie
de Voltaire , & de la Partie de Chaffe de
Henri IV , Comédie en trois Actes & en
profe , par M. Collé.
:
Adélaïde Duguefclin eft un roman pris
dans les moeurs françoifes , & c'eft pour
cette raifon qu'on a donné cette Tragédie
au Peuple elle a néanmoins été très - médiocrement
fentie , & nous n'en fommes
point étonnés. Il eft au Théâtre des conventions
dont l'habitude chez les uns ; &
l'étude chez les autres , donnent feules
le goût & l'intelligence. Le peuple ne peut
être guidé ni par l'une , ni par l'autre ; & s'il
eft des Ouvrages du haut genre qui puiffent
fixer fon attention & émouvoir fon âme ,
ce ne font que ceux qui préfentent des traits
de notre hiftoire , auffi connus qu'intéreffans
. C'eft pour cette raifon que le Siége de
Calais lui a fait autrefois le plus grand plaifir.
La Partie de Chaffe a été très - goûtée. Les
principaux Acteurs en ont repréfenté les
perfonnages avec les mêmes talens qu'ils y
ont déployés jufqu'ici. M. Dugazon a imaginé
d'ajouter au rôle du Bucheron , dont il
étoit chargé , quelques phrafes relatives à
l'événement qui fait encore la joie publique.
1
2
Bvj
36 MERCURE
On l'a applaudi avec tranfport. Cette pa
tite Scène , auffi gaie que placée heureufement
, étoit faite pour la circonftance ;
& le ton qui y a régné regardant principalement
le genre des Spectateurs pour
lefquels étoit la fête , ne fauroit être mis
fous les yeux de gèns plus délicats. Il en eft
des efprits comme des corps ; il faut les traiter
fuivant la nature de leur tempérament.
La fin du fpectacle a été très joyeuſe. Le
Public eft defcendu fur le Théâtre , où il a
exécuté avec les Sujets des ballets , des
danfes qui n'ont été interrompues que par
des acclamations réitérées de vive le Roi ;
vive la Reine , vive Mgr. le Dauphin.
COMÉDIE ITALIENNE.
Spectacles ordinaires.
LEE Jeudi 18 Octobre , on a joué , pour la
première fois , les Deux Sylphes , Comédie
en un acte , en vers , mêlée d'ariettes , mufique
de M. Defaugiers.
La fille d'une Fée eft menacée du plus
grand des malheurs fi elle fe rend à l'amour
d'un Dieu. Deux Sylphes , dont l'un eft fon
bon & l'autre fon mauvais génie , viennent
lui donner des confeils oppofés fur le parti
qu'elle doit prendre. Elle a un Amant dont
elle eft adorée , & qui redoute fort le mo
ment où le Dieu viendra offrir fa main. Ce
Dieu paroit , c'eft l'Amour. Il ne peut infpiDE
FRANCE.
37
rer de tendreffe , il menace ; la jeune perfonne
donne la main fans donner fon
coeur ; mais l'Amour ne s'en empare que
pour la remettre à l'Amant qu'on lui préfère.
Le fujet de ce petit ouvrage ne comportoit
pas beaucoup de chaleur , mais ce défaut
, devenu très grave aux yeux d'un Public
qui ne veut plus au Théâtre que des tableaux ,
ce défaut eft racheté par beaucoup d'efprit ,
de facilité & de grâces. La mufique a mérité
des éloges à M. Defaugiers . Peut être eût- il été
poffible de lui dommer un caractère plus
relevé ; mais le Compofiteur a probablement
craint qu'il n'en réfultât de la langueur , &
il a préferé le genre agréable dans lequel il
a parfaitement réuffi .
SCIENCES ET ART S.
ÉTABLISSEMENT des Machines à Feu ,
pourfournir des Eaux de la Seine à Paris.
Our le monde fair ati
&
T que la ville de Londres ,
moyen de neuf pompes à feu , fe trouve arrofée &
fourrie d'eau avec une profufion étonnante ,
une très- grande économie pour ceux qui l'habitent.
y a plus de cinquante ans que M. de Voltaire ,
à fon retour d'Angleterre , nous propofoit d'adopter
des établiffemens en faveur de la ville de Paris , la
plus infecte & la plus immonde de toutes les villes
du Royaume. Les voeux & les efforts de ce grand
homme n'eurent aucun fuccès ; l'on continua de
s'enthoufiafmer pour des nouveautés puériles , & de
28 MERCURE
38.
dédaigner toute innovation qui portoit un caractère
de grandeur & d'utilité nationale. Enfin , il s'eft rencontré
parmi nous deux hommes de génie ( MM.
Perrier Frères ) & une Compagnie de Capitaliftes, qui
ont eu le courage de tenter cette entrepriſe : ils ont
ofé rifquer près de deux millions pour acquérir un
emplacement , des matériaux , des atteliers , & les
inftrumens néceffaires à la conftruction de deux
machines à feu . Il a fallu non feulement tirer à
grands frais de l'Angleterre les tuyaux & les cylindres
que nos Manufactures étoient incapables d'exécuter,
mais encore fe rendre à vingt milles de Londres
, à Brimingham , pour y acheter d'un Anglois
la periniffion de conftruire à Paris des machines à
feu qu'il n'y faifoit pas lui -même. ( Depuis quelques
années , cet Étranger avoit obtenu le privilége exclufif
d'établir des Pompes à feu dans toute la France )
Grace au zèle de ces eftimables Citoyens , l'entrepriſe
a réuffi : déjà l'on admire un de ces Monumens à
l'une des extrémités de la Capitale , & ils fe propofent
de les multiplier dans tous les quartiers ou le
befoin l'exigera .
L'eau étant d'une néceffité indifpenfable , & fon
abondance ajoutant beaucoup aux aifances de la
vie', le Public verra fans doute avec fatisfaction un
établiffement fait pour remplir ce grand objet ,
qui confifte principalement à avoir dans tous les
temps de l'année & fans interruption , de l'eau faine
en telle quantité qu'on voudra , à fe procurer des
bains chez foi , fans frais & fans embarras ; fur-tout
trouver un fecours toujours prêt pour arrêter un
incendie naiffant. Les rues mêmes pourront être abondamment
arrofées pendant les féchereffes de l'été ;
rien n'empêchera qu'on ne verfe au milieu des ruiffeaux
, pendant l'hiver , une affez grande quantité
d'eau pour entraîner dans les égoûts les glaces à
demi fondues qui féjournent le long des rues ,
à
DE FRANCE. 39
tiennent impraticables , & rendent la ville fi mal faine
pour le Peuple entier qui l'habite .
Quatre grands réfervoirs très- élevés , contenant
près de cinquante mille muids d'eau , offriront un
fecours toujours certain pour les incendies ; les Braffeurs
, Teinturiers , Dégraiffeurs , Blanchiffeuses ,
&c. , qui font une confommation d'eau fort confidérable,
& pour qui toute économie eft intéreffante ,
en auront à peu de frais la quantité dont ils ont
befoin , ainfi que les Boulangers , qui font le Pain
avec l'eau des puits , infectée par la filtration des
foffes d'aifances , & de mille autres immondi ces.
La Compagnie fe propofe d'établir des Fontaines
de diftribution , placées principalement dans les
quartiers éloignés de la rivière , ou les Porteursd'eau
la puiferont fans peine , à très-bas prix , pour
l'approvifionnement des petits ménages & des particuliers
qui ne voudront point avoir de réfervoir chez
cux.
La profufion d'eau employée dans l'intérieur des
maiſons tournant au profit des rues de la ville ,
& s'y réuniflant aux eaux de propreté que le Gouvernement
peut y répandre à peu de frais , procurera
déformais un bien- être inconnu aux gens de pied ,
fur-tout celui d'un, air plus falubre à refpirer , dont
on n'a fenti jufqu'à préfent que le befoin & la privation
douloureufe.
Defcription de l'Établiſſement.
Le premier des établiffemens que la Compagnie
a fait élever , eft fitué à Chaillot , près de la grille.
On a conftruit en pierres , fous le chemin de Verfailes
, un canal de fept pieds de large , pour introduire
l'eau de la Seine dans un baffin auffi bâti
en pierres de taille , & dans lequel eft plongé le
tuyau d'afpiration des pompes : le baffin ainfi que
40
MERCURE
le canal , eft creufé de trois pieds au-deffous des plus
baffes eaux connues.
Les fieurs Périer ont conftruit fur le baffin même
un bâtiment très -folide , qui contient deux Machines
à feu de la plus grande proportion connue .
{
Chaque Machine eft compofée d'une grande
chaudière ou bouilloire de feize pieds heit, pouces
de diamètre , qui contient toujours une égale quantité
d'eau en ébulition ; la vapeur que le bouillon
nement de l'eau produit fans ceffe , eft destinée à
paffer dans un cylindre de cinq pieds de diamètre ,
pofe verticalement & garni d'un fort piſton. Deux
foupapes , qui s'ouvrent alternativement par le jeu
de la Machine , font entrer avec violence , ou deflus
ou deffous le pifton renfermé dans le cylindre , au
tant de vapeur qu'il en faut pour lui imprimer un
mouvement de haut en bas très- rapide & dans toute
la longueur du cylindre qui le contient . Chaque
fois que le pifton eft remonté au haut de fa courfe ,
une injection d'eau froide fubitement lancée audeffous
de lui par la Machine , & dans la vapeur
dilatée , la condenfe auffi- tôt , la détruit & produit
un vaide parfait dans tout l'efpace occupé par
vapeur ; au même inftant une vapeur nouvelle ,
introduite dans la partie fupérieure du cylindre, appuie
fur le pifton & le fait defcendre avec une
force , une puiffance égale à un poids de plus de
trente milliers .
Le pifton marche ainfi dans le cylindre alternativement
de haut en bas & de bas en haut , fans
terme & fans arrêt , tant que le feu de la chaudière
y tient l'eau en ébulition & fournit de la vapeur ,
qui eft ici le feul agent d'un mouvement que
nulle autre force connue ne pourroit donner à la
Machine : tout le refte eft facile à comprendre.
Ce pifton , qui monte & defcend dans le cylindre
vapeur, eft attaché à l'extrémité d'un balancier
DE FRANCE. 41
très-élevé fur ſon axe , & dont le jeu de fléau imprime
à fon autre bout le mouvement à une pompe
de 26 pouces de diamètre & de 8 pieds 4 pouces de
levée , dont le pifton aſpire l'eau du fond du baffin
qui la reçoit de la rivière. Le même balancier ,
par fon mouvement alternatif, ouvre, & ferme les
Loupapes qui permettent ou empêchent l'introduction
de la vapeur dans le cylindre ; il y fait auli
lancer l'injection d'eau froide qui produit le vuide :
il reftitue enfin à la chaudière autant d'eau qu'elle
en perd par l'ébulition & l'introduction de la vapeur
dans le cylindre ; enforte que cette Machine
n'a befoin que
d'un feul homme pour en alimenter
le fourneau . Elle donne 8 à 19 impulfions par mi-
Dute , qui produifent chacune près de 4 muids d'eau :
cette eau eft foulée par la pompe qui l'élève dans un
vaiffeau cylindrique & plein d'air comprimé , qui la
force à fon tour de monter dans les réfervoirs à
360 toifes de diftance , & à 110 pieds d'élévation
au-deffus des baffes eaux de la Seine , par un tuyau
de conduite de 22 pouces 6 lignes de diamètre commun
aux deux Machines.
Chaque Machine élève & fait monter en vingtquame
heures environ 400 mille pieds cubes d'eau ,
pefant 28 millions 800 mille livres , & compofant
48,600 muids d'eau , dans les réfervoirs conftruits
fur le haut de la montagne de Chaillot ; & c'eſt leur
élévation de 110 pieds qui permet à la Compagnie
de donner de l'eau dans tous les quartiers de Paris
fans exception.
1. Ces réfervoirs , au nombre de quatre , ont chacun
30 toifes de longueur , 10 de largeur , 9 pieds de
profondeur , & contiennent 1800 toifes cubes d'eau
de Seine .
pour
Quoique les deux Machines foient faites fe
fuppléer en cas de réparations , on a néanmoins eu
Fattention de donner affez de diamètre au tuyau qui
42
MERCURE
monte aux réſervoirs , pour pouvoir les faire marcher
enfemble en un befoin extraordinaire , tel qu'un
violent incendie.
Et pour que ce fervice effentiel fe faffe toujours
avec une profufion d'eau propre à raffurer les
Citoyens , la Compagnie fe propofe d'établir dans
toutes les rues & contre les maifons , d'espace en
efpace , de petits enfoncemens dans les murs , fermés
d'une porte de fer , qui contiendront un bour
tuyau de cair à vis , avec un robinet fourniſſant
une fi grande quantité d'eau qu'elle pourra former
un jet de 40 à 50 pieds de hauteur dans la plupart
des quartiers de Paris , attendu l'élévation des réfervoirs
d'où elle part.
de
C'eft cette difpofition qui permettra , comme on
l'a dit, d'arrofer les rues dans les féchereffes , de les
laver abondamment dans les fontes de neige,& toutes
les fois que le Gouvernement le croira néceffaire.
ས
Diftribution de l'Eau.
La diftribution fe fera par une conduite principale
en fonte de fer , d'un pied de diamètre cette
conduite arrivée à la Porte Saint-Honoré , en fuivant
la rue de Chaillot , celle Neuve de Berry &
le Fauxbourg , fe divifera en plufieurs branches
d'un plus petit diamètre , par la rue S. Honoré , le
Boulevard , la rue Neuve- des-petit- Champs , &c.
De ces conduites partiront , de diſtance en diſtance
& par des embranchemens , des tuyaux placés le
long des maifons , lefquels fourniront l'eau , par
de petits tuyaux de plomb , à tous les Abonnés.
L'eau s'élevera , dans la plupart des quartiers ,
à 12 & 15 pieds du pavé : les perfonnes qui voudront
la faire monter dans les étages fupérieurs ,
peuvent le procurer , comme on le fait à Londres ,
de petites machines peu difpendieufes , qui , receDE
FRANCE.
43
vant leur mouvement de l'eau verfée dans le réfervoir
de l'abonnement , en remonteront une partie
auffi haut qu'on le voudra . Les ficurs Périer fourniront
ces Machines à tous ceux qui en de fireront.
La Compagnie s'engage même à élever l'eau
dans les réfervoirs placés au haut des maisons qui
feront à portée des conduites principales.
L'eau fera fervie aux Soufcripteurs tous les deux
jours & à des heures réglées : leurs réservoirs s'empliront
en quelques minutes : cette manière de diftribuer
l'eau , qui eft fuivie à Londres , a l'avantage
de donner aux Entrepreneurs deux fois 24 heures
pour raccommoder un tuyau qui auroit befoin d'être
réparé , fans que le ſervice public foit interrompu.
Conditions de l'Abonnement.
ou 9
1. Les Particuliers qui defireront de l'ean
foufcriront un Abonnement fous feing privé , comme
étant plus économique , pour 3 , 6 ,
années , ou même davantage , & payeront so livres
par an pour un muid d'eau par jour , & à proportion
pour une plus grande quantité.
Pour mettre chacun à portée de connoître tout
l'avantage de la Scufcription qui lui eft offerte ,
on établit ici la proportion entre le prix moyen de
l'eau dans Paris , & celui de l'Abonnement avec la
Compagnie. La voie d'eau actuelle contient environ
trente pintes ; le muid , 250 pintes , ou huit à neuf
-voyes d'eau ; le prix, moyen de la voye d'eau eft de
2 fols ; ainfi un muid ou 8 à 9 voyes par jour, acqui
fes par les moyens ordinaires , coûtent de 17 à 18
fols , lefquels multipliés par les 365 jours de l'année,
font une fomme de plus de 300 livres , d'où il fuit
que la Compagnie offre à fes Abonnés d'un muid
d'eau par jour , pour so liv. par an , ce qui leur
conte aujourd'hui plus de cent écus ; c'est- à- dire ,
44
MERCURE.
qu'il y aura plus des 5 fixièmes d'économie pour
tous ceux qui s'abonneront avec elle .
au
Pour la facilité d'un calcul net & général , la
Compagnie a réfolu de modérer le prix de tous les
frais de conduite , de remuement de pavé & de
fourniture du tuyau de plomb qui conduira l'eau
jufqu'à la porte de chaque Abonné , prix d'une
année de fon Abonnement ; ainfi le Soufcripteur
d'un muid d'eau par jour , ou de ༠ livres
par an,
ne payera , en s'abonnant , que la fomme de so
livres , une feule fois , pour tous les frais indiqués
ci- dessus, & pour l'entretien dans tout le cours de fon
Abonnement ; celui de deux muids 100 livres ,
& ainfi en montant dans la proportion de tous les
abonnemers
و ا
2° . Le prix de l'abonnement fera toujours payé
d'avance , d'année en année ; au moyen de quoi la
Compagnie fe chargera de tous les frais , & les
Soufcripteurs économiferont le prix d'un acte d'Abonnement
par devant Notaire.
I
3. A l'expiration de l'Abonnement s'il eft
renouvelé fur le champ , le Soufcripteur ne payera
rien à la Compagnie , mais s'il y a interruption ,
fon tuyau ayant été coupé , il payera encore , pour
la nouvelle poſe & fourniture , le même prix d'une
année de fon nouvel Abonnement.
4. La Compagnie , au moyen des prix ci-deffus ,
rendra l'eau dans tous les quartiers de Paris & dans
toutes les maifons , & fe chargera de tous les frais
quelconques d'établiffement , de conduite & d'entretien
, jufqu'à la porte de chaque Soufcriptenr.
s . La Compagnie fournira , fans difficulté , une
plus grande quantité d'eau à ceux qui en auront déjà
acquis , en payant toujours annuellement ladite
fomme de 50 livres pour chaque muid d'eau d'augmentation
par jour , & les frais dans la proportion
indiquée , attendu qu'il faudra lever le pavé & chanDE
FRANCE.
45
ger le tuyau toutes les fois que la quantité d'eau demmandée
fera plus confidérable .
A mefure
Obfervation.
de conduite avanceront que les tuyaux
dans Paris , la Compagnie donnera un avis public à
tous les habitans du Quartier où s'en fera la pofe ,
de ſouſcrire leur abonnement au Bureau général de
la Compagnie : & dès- à-préſent tous les habitans du
Fauxbourg S. Honoré , depuis la Barrière de Chaillot
, celle du Roule & rues adjacentes , juſqu'à la
Porte Saint-Honoré , font prévenus que leur abonnément
fera reçu du moment actuel , jufqu'au premier
Février 1782 ; mais ils font avertis que s'ils
laissoient paffer le tuyau de conduite devant leur
Porte avant d'avoir foufcrit , la dépense qu'une
pofe particulière entraîneroit enfuite , exigeroit un
traitement à part,& beaucoup plus difpendieux pour
eux que celui de la pofe générale de chaque rue .
Le Bureau de la Compagnie eft chez les fieurs
Perrier Frères , rue de la Chauffée d'Antin ; il fera
ouvert tous les matins depuis & heures jufqu'à midi.
GRAVURES."
MONUMENT & Allègreffe , Eftampe. allégorique
deffinée par le Barbier , Peintre du Roi , & gravée
par Godefroy. Prix , 1 liv. 4 fols . A Paris , chez
l'Auteur , fue des Francs -Bourgeois , vis - à - vis la
rue de Vaugirard. La Fécondité , après avoir comblé
la France des dons de Cérès & de Bacchus , vient
encore lui apporter un Dauphin. Mars demande à fe
charger de l'éducation du Prince auquel l'Abondance
propofe l'exemple de fes Pères , qui ont mérité
46 MERCURE
l'amour des François. On voit la date de la naiffance
de ce jeune Prince fous la balance, figne du Zodiaque
dans lequel il eft né. Cette Gravure , très - agréable ,
eft beaucoup mieux . foignée qu'on ne devroit s'y
attendre , cu égard aux circonftances.
r
Le Sieur Laurent , Graveur , encouragé par l'ac
cueil qu'on a fait à l'Eſtampe repréſentant la Mort
du Chevalier d'Affas , en publiera inceffamment
trois autres non moins intéreffantes . 1º . La Valeur
récompenfée , fujet tiré de la prife de la Grenade ,
par M. le Comte d'Estaing. 2 ° . Louis XV après la
Bataille de Fontenoy . 3 ° . Henri IV après la Bataille
d'Ivry. Il fe charge de livrer ces trois morceaux
dans quinze mois . La Soufcription eft de 24 liv.
dont moitié en foufcrivant. Il faut s'adreffer à MM .
Sendrary & Compagnie , Banquiers , rue des Fontaines
, à Paris. On trouve à la même adreffe les
Ouvrages fuivans : 1º . L'Ode à la Ville de Marfeille
, fur la Statue équestre du Roi , &c . 2 ° . Poëme
fur les plaifirs de la Ville. 3 ° . Les OEuvres de M.
Devixouze.
Allégorie en l'honneur de Marie- Thérèſe. A Paris , *
chez Feffard , Graveur , rue & Ifle Saint - Louis , chez
le Charron ; Née , rue des Francs-Bourgeois ; à Verfailles
, au Bureau Royal de Correfpondance , rue
du Chenil .
La Soirée du Palais Royal , gravée par Caquet ,
d'après le Tableau de V. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint-Hyacinthe , maifon du Fourreur , & chez
Alibert , Marchand d'Eftampes , au Jardin du Palais
Royal , ou rue Fromenteau.
DE FRANCE. 47
D
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ESCRIPTION du Gouvernement de Bourgogne ,
première Partie , contenant une idée générale du Gouvernement
de Bourgogne , fuivant fes principales
divifions Géographique , Phyfique , Politique , Eccléfiaftique
, Civile & Militaire , grand in -folio . Prix ,
9 liv . A Paris , chez Née & Mafquelier , rue des
Francs-Bourgeois.
Éloge de Charles de Sainte-Maure , Duc de Montaufier
, Difcours qui a concouru pour le Prix de
l'Académie Françoife , par M. Percheron . Profeffeur
au Collège de Chartres . Vol. in- 18 . A Paris , chez
Lamy, Libraire , Quai des Auguftins.
Ode fur la Mort de l'Impératrice- Reine de Hongrie
, avec des Notes Hiftoriques , par M. Courtial.
in-8°. A Paris , chez les Libraires qui vendent les
Nouveautés.
Le Bonheur de la France , Idylle , par M. Coutouly
, in- 89 . A Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire,
quai des Auguftins .
Mémoire fur la manière de rendre incombustible
toute Salle de fpectacle , par l'Auteur du Guide de
ceux qui veulent bâtir , in - 8 ° . Prix , 6 fols. A Paris ,
chez Morin, Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques,
L'Amateur corrigé , Comédie en trois Actes , par
M. N. in-8 ° . A Paris , chez la Veuve Ballard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins , & Legras ,
Libraire , quai des Auguſtins.
Nouvelle Méthode , sûre , courte & facile pour le
traitement des perfonnes attaquées de la Rage , par
48 MERCURE
le Frère C. Duchoifel , de la Compagnie de Jéfus ,
Apothicaire de la Maifon de Pondichery, nouvelle
Édition , in 12. Prix , 8 fols, A Paris , chez Morin ,
Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques.
·L'Incrédule convaincu de la Vérité de la Religion
Chrétienne , par M... Prêtre , in - 12. Prix ,
2 liv. A Paris , chez Baftien , Libraire , rue du petit
Lion , Fauxbourg S. Germain.
··
Quarante trois & quarante quatrième Parties
des Mémoires fecrets tirés des Archives des Souverains
de l'Europe , contenant le Règne de Louis XIII,
traduit de l'Italien , z Vol. in- 12 . A Paris , chez
Nyon l'aîné , Libraire , rue du Jardinet.
Faute à corriger dans le N° . 42. Page 130 ,
lig.21 , la fonction d'un Critique , lifez : des Critiques .
Fautes à corriger dans le N°. 43. Page 187 ,
ligne 7, depréfenterlavérité, fupprimez de . Page 189,
ligne 18 , l'attention de veiller , lifez : le foin.
TABLE.
VERS au Nouveau Né ,
Madrigal,
30 Les Deux Odes Nouvelles ,
Académie Royale de Mufiq. 31
6 Comédie Françoife ,
18 Comédie Italienne ,
Etablissement des Machines à
19 Feu ,
Le Moyen Infaillible, Conte ,
Enigme & Logogryphe ,
Tableau Général de la Cavalerie
Grecque,
Le Droit de Main- morte aboli Gravures
dans les Domaines du Roi , 27 Annonces Littéraires ,
J'AI
APPROBATION.
•
36
37
.45
I lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 3 Novembre. Je n'y ai
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreflion. A Paris ,
le 2 Novembre 1781. DE SANCY
-
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 10 NOVEMBRE 1781.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Faits fur le Tombeau de J. J. Rouffeau.
CEST donc vous que je vois , lieux charmans , licux
facrés ,
Qu'habitent de Rouffeau les mânes révérés.
D'une paifible deftinée ,
Que parmi les mortels il attendoit en vain ,
Des mains de la vertu fon ombre couronnée ,
Dans le tombeau jouit enfin .
QUEL doux tranfport s'élève dans mon fein
En abordant cette Iſle fortunée !
L'air m'y femble plus doux , & le Ciel plus ferein;
De l'éclat de fa gloire elle eft environnée.
Dans un refpect filencieux ,
Divin Rouffeau , j'approche de ces lieux ,
No. 45 10 Novembre 1781. N° . C
50.
MERCURE
Qu'a confacrés ta ſublime ſageſſe ;
J'avance , & des pleurs de tendreffe
Doucement coulent de mes yeux.
Ces lieux font pleins de toi , tout ici m'intéreffe :
Les rives de ce lac , ces peupliers heureux
Comme mon coeur refpirent l'alégreffe.
POUR moi cette Ifle eft un temple facré:
Par nos derniers Neveux il fera vénéré.
Là , je viendrai fouvent adorer en filence
Des
malheureux l'ardent confolateur ,
Lẹ Dieu de la Vertu , le Dieu de
l'Éloquence ,
Et de l'humanité le tendre Bienfaiteur.
Sur ce marbre incliné , que de mon fein je preſſe,
Rempli d'une douce trifteffe ,
J'épanche mes douleurs dans le fein d'un ami.
Ah ! s'il m'entend , il en eft attendri.
QUOI ! de la vie , ainfi que la fumée ,
Le principe divin feroit évanoui !
Pour
l'immortalité notre ame fut formée ,
Et cette vie eft fon berceau ;
Ta cendre , illuftre ami , n'eft point inanimée ,
Ton ombre vit fous ce tombeau .
VENEZ , Cours
vertueux ,
venez ,
ames fenfibles ,
A ce marbre facré confier vos
douleurs ;
Venez, parmi ces peupliers paisibles ,
Honorer fes vertus & pleurer fes malheurs .
QUE ces lieux fortunés , où règne un doux filence,
Infpirent à mon coeur un calme
attendriffant !
DE FRANCE.
51
Que je quitte à regret un féjour fi touchant !
Mais je vous reverrai , temple de l'innocence.
Je reviendrai fouvent fous vos ombrages frais
Y puifer les vertus , & l'oubli de mes peines ;
Et, lois d'un monde que je hais ,
De mes erreurs brifer les chaînes ;
Loin d'un monde léger , frivole & vicieux ,
Faire de fes Écrits une profonde étude ;
Loin des méchans , des envieux ,
Goûter la paix de votre folitude.
J'y reviendrai de mon coeur défolé
Calmer les pénibles alarmes ;
Sur fon tombeau je répandrai des larmes
Et mon coeur fera confolé.
( Par M. Chauvin. )
LES DEUX CHEVAUX ,
UN
Fable imitée de l'Allemand.
Norgueilleux Courfier , fier de ſa gymnaſtique ,
Après avoir caracolé ,
Apperçut un Cheval ruſtique
A fa charrue humblement attelé.
Auffitôt de hennir ; puis fa crinière agile
Se dreffe , & flotte à qui mieux mieux;
Puis il fait , d'un air gracieux ,
Jouer fon pié fouple & docile ,
Comme un fat de la Cour fon talon
rouge : Eh bien,
Dit Dom Courfier à fon modefte frère ,
Cij
52
MERCURE
Quand auras- tu , Goujat , ce fuperbe maintien ,
Cet air majestueux, cette grâce légère ?
Paix , infolent , dit l'autre ennuyé de fes cris
Et de fon trifte verbiage ;
T
Laiffe-moi donc en paix finir mon labourage.
Eh ! fi par mes travaux , objet de ton mépris ,
Je ne rendois ce champ fertile ,
Où prendrois- tu , réponds , ogueilleux imbécile ,
L'avoine dont tu te nourris ?
CETTE Fable , affez fimple , eft née en Germanic.
Elle s'adreffe à vous , illuftres fainéans ,
Qui méprilez le Peuple , & dont l'orgueil oublie
Que tout ce qui nourrit vos airs impertinens
Eft le fruit de fon induſtrie!
Quoi ! ceux dont les utiles mains
Forment les alimens , foutien de votre vie ,
N'auroient-ils donc que vos déaains ?
Si votre rang, votre richeffe
Vous donnent plus d'u banité ,
Pourquoi donc auprès d'eux perdre , par la fierté ,
Le fruit de votre politeffe ?
Nés comme eux , vous feriez ce qu'ils vous fequblent
tous ;
Nés comme vous , peut- être ils vaudroient mieux
vous.
Quittez donc cette fierté vaine ,
que
Qui fait du riche un fot , da pauvre un malheureux.
Le monde où vous portez ce front présomptueux ,
DE FRANCE. 53
De vous le pafferoit fans peine ;
Il ne fauroit fe paffer d'eux.
LE BAISER.
Andante amorofo .
LE bai-fer , Thé- mi re , eft pour les
Sinsmey no son fla , alend of older str
coeurs Ce que le Zé-phy- re eft pour les
fleurs . Le bai-fer, Thémi-re , eft pour
les coeurs Ce que le Zé- phy-
Cij
$4 MERCURE
Fin.
re eft pour les fleurs.
Fin.
Dansles champs de Flo- re , Ce Dieu ca - reffant
, an -non ce l'Aurora Au bouton
naif- fant ; Ain- fi dans
11-
2009 A
ne a- me , Fai- te pour A
l'Amour ,
DE FRANCE.
55
→ Un bai fer de Aam- me
Eft le point du jour.
( Air de M. de Monteron , Amateur. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
"LE mot de l'Enigme eft Ame ; celui du
Logogryphe eft Enfeigne , où le trouvent
finge , neige , fein , figne.
ÉNIGM E.
LA décence & la propreté
Sont caufe de mon origine
Pourquoi faut- il qu'on me deftine
Si fouvent à la faleté ?
Pour m'approprier au fervice
Civ
$6
MERCURE
1
L'on me fait volontiers quarré ,
Et je fuis tenu très-ferré ,
Même pendant mon exercice.
On fait toujours de moi grand cas
Quand je viens d'un lointain rivage ;
Et pour éclipfer les appas ,
Philis emprunte mon ombrage.
D'un Grand que je ne nomme pas ,
Je fers à défigner l'hommage
Qu'il rend à celle qui l'engage.
LOGOGRYPHE.
Sous un habit léger , de diverſes ¿quleurs ,
J'aborde le Savant , la Petite- Maîtreffe .
Par un étrange fort , Je
les
intéreffe
,
Pour me fignaler leurs faveurs ,
Sans différer , avec adreffe
Ils plongent un fer dans mon fein.
Dans mes huit pieds , Lecteur , tu trouveras foudain
Un vafe ; un mets friant ; & puis , par analyfe,"
Dans l'écriture un Mont cité ;
Un métal amoureux de la fille d'Acrife ;
Un habitant heureux de la Sainte Cité
Une interjection qui marque la furprife ;
L'inftrument chéri du chaffeur ;
Ce qui brave les flots de la mer en fureur ;
DE FRANCE. 57
Un terme de Géométrie ;
A la pauvre Créufe un vêtement fatal;
Trois villes , une en Suiffe & deux dans la Neuſtrie ;
L'amante de Léandre ; un puant animal ;
Un attribut de la fortune ,
Que l'on voit fans raifon joint au char de Neptune.
Réuniffant mes pieds , je ſuis devant tes yeux .
Qu'ai-je dit! tu me tiens , Lecteur ingénieux .
( Par M. Lagachefils. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRAITÉ de la Séduction , confidérée dans
l'ordrejudiciaire , par M. Fournel , Avocat
au Parlement. A Paris , chez Demonille
, Imprimeur- Libraire de l'Academie
Françoife , rue Chriftine.
AVANT de rendre compte de cet eftimable
Ouvrage , nous nous permettrons quelques
réflexions fur les Ouvrages de Jurifprudence.
Nous fommes dans un moment où l'on
pourroit faire une réforme dans la manière
de traiter de cette Science , comme dans la
Légiflation même. Il m'appartient moins
qu'à perfonne d'avoir des idées utiles fur un
fi grand objet ; mais dans un moment où les
Jurifconfultes portent plus que jamais la
faine philofophie dans les études du barreau ,
Cv
:8 MERCURE
leur propofer quelques vues , c'eft provo
quer les leurs , & les appeler à des efforts
encore plus heureux.
Dès que la Légiflation s'étend & s'embarraffe
; dès qu'elle eft devenue auffi vicieuſe
dans fa rédaction , qu'immenfe par le nom
bre de fes difpofitions ; dès qu'elle ne gouverne
plus la fociété par un fyftême unique ,
il faut des hommes qui fe placent entre les
Lois & les Citoyens , pour enfeigner les unes
& diriger les autres ; il faut des Jurifcon
fultes. Leur fonction confifte dans une méditation
profonde des Lois pour bien faifir
leurs fens & leurs rapports , pour les interprêter
& les concilier ; c'eſt un foible remède
dans un grand mal ; c'est même un
-remède auffi propre à augmenter le mal qu'à
l'adoucir : l'effet ici dépend de l'efpèce des
efprits qui fe confacrent à cet emploi.
Si vous livrez la fcience des Loiss àà cceess
efprits nés efclaves de tout ce qui a été écrit
ou fait avant eux , à ces efprits étrangers à
l'art d'enchaîner des idées , comme au don
d'en concevoir , vous n'aurez bientôt pour
Jurifprudence qu'un vafte amas de contradictions
, de fubtilités , de faux principes ,
de méprifes groffières. Toutes les Lois feront
compilées & commentées ; elles en feront
moins connues , moins faciles à entendre ,
& d'une plus grande reffource pour la chicane.
Et co mine on ne peut étudier une
fcience que dans les Livres qui l'expliquent ,
l faudra dévorer à la fois tous les vices des
DE FRANCE.
39
mauvaiſes Lois , & toutes les extravagances
des mauvais efprits.
Mais fi la ſcience des Lois eft cultivée par
des hommes qui aient médité tout l'ordre
focial, qui fachent faifir dans toutes les Lois
particulières leurs principes & leur but , qui
foient, dignes d'appercevoir leurs abus , de
préparer leur réforme , qui , lorfqu'ils les
interprêtent ou les expliquent , leur donnent
toute la clarté , toute la fimplicité , tout l'accord
qu'elle peuvent recevoir ; qui aillent
toujours au fond des questions , qui écartent
à jamais ces erreurs accréditées , que les
premiers regards de la raifon repoullent
dans les ténèbres de l'école , qui mettent à la
place de ces erreurs des principes lumineux
& féconds ; quels Écrivains pourroient s'acquérir
plus de droits à la vénération & à la
reconnoiffance publiques ! La Légiflation leur
devra tous fes progrès vers la perfection ;
l'Adminiſtration de la juftice , une marche
plus sûre & plus noble ; les Magiſtrats ,
repos de la confcience , & cette douceur attachés
à de grands devoirs devenus plus faciles
; les Citoyens , une partie du respect &
de l'amour qu'ils porteront aux Lois.
ce
Malheureuſement les Jurifconfultes de
tous les pays ont été bien rarement des Philofophes.
Ceux de France n'ont fur les autres
que l'humiliante diftinction d'avoir beaucoup
plus écrit & beaucoup plus mal : on
pourroit mettre pour infcription fur toutes
nos Bibliothèques de Jurifprudence , ce titre
Cvj
რი MERCURE
17
་ ་
ferieufement donné à une de nos plus volu
mineufes rapfodies : Oceanum juris.
Qui le croiroit ? Nos meilleurs Auteurs
en Jurifprudence ont paru peu après l'époque
de la ren iffance des Lettres. De gran
des révolutions dans la Religion , dans les
Gouvernemens , dans les moeurs , la découverte
récente des Pandectes de Juftinien ,
qui firent tout-à- coup rougir les Nations de
l'Europe de la férocité & de la groffièreté
des inftitutions féodales ; cette lutte mêmede
la barbarie qui finiffoit , & de la civilifation
qui commençoit ; cette avidité d'inftruction ,
& ce befoin de changement qui appartiennent
plus particulièrement à ces temps ; tout
contribuoit à donner aux efprits , dans tous
les genres , de l'effor & de la vigueur . Cette
époque n'eft pas celle des Ouvrages perfectionnés,
mais c'eft celle des plus hardis efforts
de l'efprit humain. Les Cujas , les Dumoulin
, & après eux les Dargentré , les
Loifeau , & un petit nombre d'autres Jurif
confultes , furent des hommes peu communs.
On trouve dans leurs Écrits une vafte
connoiffance & une méditation profonde
de la partie des Lois à laquelle chacun
d'eux s'étoit particulièrement dévoué , le
projet d'y tout éclairer & même d'y tout
fimplifier , prefque toujours un grand fens ,
l'énergie d'un efprit ferme & libre , fouvent
même les traits hardis d'un efprit original ,
& un grand nombre de vues de réformes
fages & courageufes ; mais ces qualités préDE
FRANCE. 61
cieufes font dégradées par des défauts qu'on
ne peut imputer qu'à leur fiècle : un continuel
abus de l'érudition ; une marche où
l'ordre , qui eft dans les vues, ne fe retrouve
pas dans le développement des idées , des
préjugés qui rétréciffent leur génie ; des détails
fans utilité & fans mérite ; une prolixité
qui égare & fatigue ; un ſtyle qui a fouvent
l'empreinte du talent , mais qui conferve
toute la pefanteur & la bigarure des
temps où l'on n'a encore ni le fentiment ni
les principes du goût.
Nous ferions cependant trop heureux fi
tous nos Livres prefentoient ce melange du
bon & du mauvais. Les Ecrivains des générations
fuivantes , à un petit nombre près ,
n'offrent que les défauts de leurs prédéceffeurs
. Vivans daus un fiècle éclairé , ils femblent
avoir craint de participer de fes lumières
, & ils ont ifolé leur fcience ; ils femblent
encore avoir défendu à leur efprit de
penfer , & s'être donné le mot pour travailler
tous fur un plan auffi rétréci. Nonfeulement
ils ont fait reculer la Jurifprudence
; mais ils l'ont encore déshonorée , en
fubftituant aux principes des Lois & de la
Juftice éternelle, les décifions incertaines des
cas particuliers , afin que tout y devint arbitraire
& contradictoire. Du refte , ils ont
encore renchéri fur l'habitude de n'écrire
que par in-folio , & ils n'ont quitté dans
leur ftyle la bizarre groffièreté de l'érudition,
62 MERCURE
que pour adopter la féchereffe de la médio
crité ignorante.
Comment donc eft- il arrivé que la fcience
des Lois , la plus noble , la plus utile de
toutes , la plus preffante à perfectionner ,
ait été jufqu'ici celle qui a le moins participé
du progrès des lumières ? Ofons tout dire ;
cela tient au fyftême d'études adopté par
une grande partie des perfonnes du barreau.
Obligées de connoître une foule de Lois particulières
, elles fe hâtent trop d'en charger
leur mémoire ; elles ne prennent pas le
temps d'apprendre & de méditer les principes
univerfeis de la raifon & de la juftice ,
d'où toutes les Lois devroient fortir , &
auxquels il faut toujours efpérer & s'efforcer
de les ramener. A peine fe font- elles
enfoncées dans les arides détails de la Jurifprudence
, qu'elle font une efpèce de voeu
de n'en plus fortir. On a vu même des Avocats
puifer un orgueil ridicule dans cette
connoiffance des chofes litigieufes , prendre
en dédain la morale , la politique , l'hiftoire ,
la littérature , tout ce qui tient à l'étude des
Lois , tout ce qui augmente fa majefté , fon
intérêt ; eftimer Denifart bien au- deffus de
Montefquieu , & fe croire eux- mêmes égaux
à Boffuet , lorfqu'ils avoient parlé pendant
deux heures fur une queftion de pratique.
En général toutes les profeffions , toutes les
études qui doivent abforber l'homme qui
s'y applique exigeroient des efprits déjà
nourris des autres connoiffances . Toute
>>
DE FRANCE. 63
Science que l'on fépare des autres Sciences
fe rétrécit & fe dégrade , & elle communique
à l'efprit de l'homme qui la cultive la
féchereffe & la pauvreté où elle tombe ellemême.
Ajoutons encore , comme une grande
caufe de la diſtance où l'étude des Loix eft
reftée des autres Sciences , que les Livres
où il faut l'apprendre ont prefque toujours
été faits par des hommes très - médiocres.
Ceux qui avoient naturellement de grandes
vues , & qui avoient acquis de grandes lumieres
dans la profeffion d'Avocat , fe font
livrés tout entiers à la défenfe des Citoyens ,
& n'ont enrichi la Jurifprudence , que des
difcuffions que l'on trouve dans leurs Plaidoyers
& leurs Confultations morceaux
fouvent très-précieux , mais que les Compilateurs
ont prefque toujours négligé de
conferver , ou qu'ils ont gâtés en les employant
à leur manière .
>
>
Le temps eft venu où la Jurifprudence
retrouvera de bons Écrivains , & des Jurifconfultes
philofophes. Tous les Barreaux
ceux des Provinces , comme celui de la
Capitale , possèdent des hommes à qui il
ne manque que de fe fouftraire un peu à la
confiance publique , pour devenir les Ref
taurateurs de leur Science . Ne feroit- il pas
bien digne d'eux de terminer une carrière fi
utile au Public , par un fervice qui fe communiqueroit
encore à la poftérité ? Ce feroit
auffi un foin bien digne d'un bon Gouverne64
MERCURE
ment de les y appeler , & d'honorer leurs
travaux par des récompentes publiques.
Il me femble que la reftauration de la
Jurifprudence depend effentiellement de
trois chofes .
-
3
La première feroit de lier toujours les
differentes parties de la Jurifprudence entre
elles ; de chercher les points où elles
fe touchent , les règles qui leur font ou
qui peuvent leur devenir communes ; de
tendre ainfi à l'unité dans la Science , de
la préparer , & enfuite de lier la Jurifprudence
elle-même à toutes les Sciences qui
l'avoifinent : elle ne peut regagner ces grandes
vues qui dirigent tout un fyftême de la manière
la plus fimple , & qui abrègent tous
les détails , que par ce genre d'étude & de
méditation.
La feconde chofe à obferver , c'eſt d'écrire
enfin cette Science avec quelque noblelle
& quelque intérêt. Les grands progrès
d'une Science tiennent toujours à ce merite.
Un Livre bien fait & bien écrit en rend- t'il
les principes fimples , faciles , intéreffans ;
bientôt ils deviennent des idées communes
& familières. Il est étonnant que l'on ait fi
mal écrit dans la Jurifprudence. Je fais bien
qu'elle a une foule de règles pofitives , sèches
& froides par elles- mêmes , qu'elle doit fouvent
fe trainer fur une infinité de détails qui
n'ont rien que de rebutant ; mais ce n'eft pas
là proprement la Jurifprudence ; elle confifte
effentiellement dans ces grandes règles
DE FRANCE. 65
qui compofent toute l'économie des corps
politiques ; elle tient par elle même à tous
les grands intérêts de la fociété , & même
aux fentimens & aux paffions du coeur de
Ihomme. Les règles particulières , les details
ne lui appartiennent que par leurs relations
avec les grands principes de la conft turion
fociale , & ils fe relèvent & s'ennobliffent
par cette relation .
Le troisième moyen d'avancer les progrès
de l'étude de la Jurifprudence , feroit , ce
me femble , de commencer par donner de
bons Livres élémentaires. Il eft étrange que
ce genre de Livres foit celui auquel les
Hommes fupérieurs aient le moins confacré
leur génie. Aucun n'eft plus important , aucun
n'influe davantage fur toute la deftinée
d'une Science , fi je puis m'exprimer ainfi ,
& fur la jufteffe des efprits qui l'étudient ;
aucun même ne promer plus de gloire , puifque
ces Livres peuvent durer autant que la
Science même , & fe répandre par tout où
elle eft connue. Les bons Livres elémentaires
ne manquent dans aucune Science , dans
aucun Art , autant que dans la Jurifprudence
*.
* Il convient de parler ici des deux monumens
les plus précieux de notre Jurisprudence moderne.
Dans le commencement de ce fiècle , le Chancelier
d'Agueffeau , qui a annoncé dans une de fes Loix
de grandes vues pour la perfection de notre Jurif
prudence , accueillir avec un véritable zele les projets
de deux rédactions des Loix Romaines. Les
66 MERCURE
Parmi les Livres élémentaires , on peut
compter les Traités fur les principaux objets
de la Jurifprudence. L'objet du Traité que
nous annonçons , n'eft point une partie entière
de la Science ; mais par tout ce que
:
deux hommes qui conçurent ce projet en étoient
dignes , & ils nous ont laiffé deux Ouvrages excellens
; mais l'un ( Potier ) , en mettant ce qui nous
eft parvenu de le Légiflation Romaine dans l'ordre
où le bon fens la demandoit , n'a fait qu'en faciliter
l'étude l'autre ( Domat ) , en ne prenant du Droit
Romain que ce que la raifon éternelle y a mis , &
en perfectionnant par un judicieux développement ,
par des additions & des corrections , les règles qu'il
en tire , a rendu un fervice encore plus important. Il
a fait , par le beau choix des principes , par le complément
& l'ordre qu'il leur a donnés , un Livre
dont plufieurs grandes parties mériteroient de paffer
toutes entières dans un nouveau Code Civil . On ne
conçoit pas comment le Chancelier d'Agueffcau a
laiffé mourir pauvre & ignoré l'Auteur du plus utile
de nos Livres. Il eft trifte que Domat n'ait pas joui
pendant la vie de toute l'eftime qu'on lui accorde
aujourd'hui. Son mérite eft affez grand pour qu'on
ne doive pas craindre de le fixer . Il n'a jamais eu une
idée à lui ; mais il favoit fupérieurement développer ,
compléter , rectifier & claffer celles qui lui étoient fournies
dans un grand défordre . Il a mis à la tête de fon
Livre un Traité des Lois , dont l'Ordonnance eft
auffi fort belle , mais qui eft rare par la pauvreté , &
même par le ridicule des idées . Il n'a pas montré de
génie ; mais il eft digne de fervir de modèle pour
l'ordre & la diftribution des idées aux hommes de
génie. Aucun Livre peut - être n'a jamais été mieux
fait dans aucune Science.
DE FRANCE. 67
+
l'Auteur y a ramené, il forme un fujet de Livre
très-complet & très -intéreffant. L'Auteur a
déjà donne un Traité de l'adultère ; & ces
deux Ouvrages qui fe tiennent de fi près ,
faits dans les mêmes principes , & pour être
la fuite l'un de l'autre , femblent ne former
qu'un feul Ouvrage ; & peut être feroit il à
defirer qu'ils fuffent réunis dans un même
Livre , & fous un titre commun .
On trouve auffi dans tous les deux le
même genre de mérite . Dans tous les deux , le
Livre eft très- bien compofé; tous les objets ,
toutes les queſtions , toutes les déciſions qui
entrent dans le fujet , y font placés dans un
ordre net & précis ; on y remarque que
l'Auteur a fait une vafte étude des Jurifconfultes
qui ont écrit fur la même matière ,
mais qu'il emploie leurs opinions comme un
Philofophe qui commence par les apprécier
avant de les adopter ou de les rejeter.
Le Traité de la Seduction eft partagé en
trois Parties.
Dans la première , l'Auteur traite du
fimple commerce illicite , dégagé de toute circonftance
aggravante , & qui ne donne lieu
qu'à une procédure civile.
La feconde Partie eft réservée pour les féductions
qualifiées , comme le rapt de féduction
, la féduction d'une Pupille par fon Tuteur
, d'une Pénitente par fon Confeffeur , &
les autres espèces de féductions qui donnent
lieu à une procédure criminelle.
Enfin , il rejette dans la troifième Partie
68 MERCURE
plufieurs objets analogues à cette matière ,
mais qui
n'auroient pas pu fe fondre dans les
premières Parties , fans nuire à la clarté & à
la méthode de l'Ouvrage.
On prendra une idee fuffifante de la manière
dont l'Auteur difcute des queftions intéreffantes
, & de fon ftyle , dans ce morceau
fur la nature de l'action qui résulte du com
merce illicite.
ود
" Si la Jurifprudence de cette matière eſt
remplie de contradictions & d'incertitudes
, c'eft pour n'avoir pas dererminé
» d'une manière préciſe la nature de l'action
» qui appartient à une fille abufée , contre-
» l'auteur de fon déshonneur.
» La commune opinion regarde la fé
» duction comme un délit qui donne à la
" fille abufée le droit d'en pourfuivre la réparation
contre le coupable ; mais c'eſt
» vifiblement une erreur ; la féduction n'eft
» un délit ni public , ni privé.
و د
وو
وو
Il eft fenfible que ce n'eft point un dé
» lit public. Qu'y auroit- il de plus abfurde
que de donner cette qualité au commerce
illicite de deux perfonnes libres , lorf
qu'on refufe même la qualité de delit
public à la féduction opérée fur une
» femme mariée ?
و د
و د
و د
» Si la feduction n'eft pas un délit public ,
elle n'eft pas davantage un delit privé ,
capable d'ouvrir l'action en injures.
" L'action en injures a pour objet la ré-
» paration d'un dommage fouffert contre le
30
DE FRANCE
69
» gré ou à l'infu de celui qui s'en plaint ;
» mais on n'eft pas recevable à fe plaindre
» d'un événement auquel on a confenti.
"
و د
Quelques Jurifconfultes , convaincus
que l'action ouverte en faveur de la fille
» abufée , ne pouvoit être celle en injures ,
» ont donné pour principe de cette action ,
» la préfomprion d'un certain pacte , d'après
lequel le féducteur s'étoit engagé à dé-
» dommager la fille abufée du préjudice
qu'elle pourroit fouffrir dans fon honneur
les fuites du commerce illicite .
39
"
❞ par
» Mais un peu d'attention nous démontre
que cette fiction ne peut pas être le principe
de l'action accordée à la fille fé-
» duite.
45
» En effet , on fait que les pactes , ob tur-
" pem caufam n'engendrent point d'action .
" Or , ce feroit un pacte honteux , que celui
» par lequel une fille s'abandonneroit aux
» defirs d'un féducteur , dans l'efpérance
» d'une récompenfe pécuniaire .
Mais fi ces dommages-intérêts ne dé-
» rivent ni d'un délit , ni d'un pacte , à quel
» titre feront- ils donc accordés à la fille
» abufée ? C'eſt ce que je vais expliquer.
Le titre d'une fille abufée eft bien dans
» une convention préfumée faite avec fon
féducteur ; mais cette convention doit
» porter for un objet licite & conforme
" aux bonnes moeurs.
"2
و ر ا ب
" Une fille n'eft jamais cenfée fuccomber
que fous la promeffe d'être époufee ; la
70
MERCURE
" condition eft fi naturelle , fi vraisembla
" ble , fi honnête , que, de tout tems , elle a
» été fuppofée de droit , fans que la fille eût
» befoin d'en repréfenter de titre par écrit.
Lorfque la fille , devenue enceinte , ne
» trouve point fon féducteur diſpoſé à rem-
» plir la condition fous laquelle elle a eu
» la foibleffe de fe livrer à lui , elle n'a
point d'action pour le contraindre au ma
""
و د
"
riage ; mais au moins , elle a une action
» en dommages intérêts pour l'inexécution
» de la promeffe.
ود
ور
ود
» Obfervez ici que la fille , en deman-
» dant des dommages- intérêts , ne follicite
point le prix de fon déshonneur. Ce
qu'elle demande , c'eft le dédommage-
» ment réſultant de l'inexécution d'un pacte
légitime. Elle ne fe plaint pas d'un outrage
qu'elle a permis , elle fe plaint feulement
» d'une infidélité. Son titre ne dérive point
» de fa groffeffe ; la groffeffe n'eſt le
témoignage de la convention que la Loi
» veut préfumer entre les Parties. »
ور
"3
ود
ود
que
Voilà des idées juftes , nobles & neuves.
Voilà les principes qu'il faut toujours voir
dans les Loix : elles accordent une réparation
à la fille abufee. Eft- ce le prix de fon
honneur qu'elles veulent lui payer ? Non
elles refpectent une femme juſques dans fa
foibleffe ; elles ne veulent pas croire qu'elle
ait pu oublier la pudeur , fans avoir cru
mettre fa faute fous le voile du mariage. Par
ce refpect pour la pudeur , elles en conferDE
FRANCE. 71
vent, elles en répandent le fentiment. On approuve
&l'on aime aifément les principes que
M. Fournel vient d'établir ; il me femble cependant
qu'ils pourroient être critiqués à
plufieurs égards. Eft - il vrai qu'il n'y ait pas
un délit privé dans l'auteur de la groffeffe
d'une jeune fille ? Eft-il vrai qu'elle n'ait pas
reçu une injure ? Eft- il vrai que les idées
d'un délit à punir , d'une injure à venger ,
n'entrent pour rien dans la réparation que
l'on accorde à la fille féduite ? Je ne fais
que
propofer ces questions , qui exigeroient une
trop longue difcuffion .
On doit favoir gré à M. Fournel de fe
dérober quelquefois aux occupations du
Barreau , pour donner au Public des Ouvrages
auffi bien faits..
On a droit de demander au talent tous
les mérites qu'il peut acquérir. Il femble
que M. Fournel pourroit , en foignant fon
ftyle davantage , lui donner plus d'élégance
plus de nobleffe , plus de préciſion , & qu'il
augmenteroit encore le prix de fes Ouvrages
, en y admettant plus d'idées morales &
politiques.
(Cet Article eft de M. de L. C. )
72
MERCURE
COURS Complet d'Agriculture Théorique ,
Pratique, Economique , & Médecine rurale
& vétérinaire , fuivi d'une Méthode pour
étudier l'Agriculture par principes , ou
Dictionnaire Univerfel d'Agriculture , par
une Société d'Agriculteurs , & rédigé par
M. l'Abbé Rozier , Membre de plufieurs
Académies , & Auteur du Journal de
Phyfique. 6 Vol. in 4° . avec des planches
en taille - douce. Ouvrage propofé par
Soufcription , & pour lequel on n'exige
point d'argent d'avance. A Paris , rue &
hôtel Serpente.
Si j'avois un Sujet qui me produisit deux
épis de blés pour un , difoit un Monarque
digne de l'être , je le préférerois à tous les
génies politiques . C'eft que l'Art de cultiver
la terre , de la fertilifer & de lui faire produire
les grains , les fruits , les plantes & les
arbres qui fervent aux befoins de l'homme ,
eft le premier , le plus étendu & le plus ef
fentiel de tous les Arts. Pourquoi n'eft- il
donc plus ce temps où les Généraux d'Armée
cultivoient leurs champs de leurs propres
mains , & où la terre fe plaifoit à fe voir
fillonnée par des hommes couronnés de
laurier ? L'Agriculture n'eft prefque plus
qu'un vil métier qu'exercent des payfans
groffiers qui labourent , comme les araignées
filent leur toile , & les caftors bâtiffent leurs
maiſons. Les riches , les fages croiroient ils
Sadéroger
DE FRANCE.
73
déroger s'ils enfonçoient une main favante
dans le fein de la terre , pour lui ravir
fes fecrets ? La connoiffance des productions
qu'un climat reçoit pour les rendre
avec ufure , la manière la plus sûre & la plus
commode de les cultiver , l'invention de
machines moins compliquées , plus folides
& moins difpendieufes , l'art de tracer des
fillons droits , profonds & égaux , ne fontce
pas là des objets propres à fixer les amis de
l'humanité ? Eh ! qui pourroit ne pas envier
cette médaille qu'on frappa en l'honneur du
Duc de Bedfort , autour de laquelle on lifoit :
Pour avoirfemé du gland!
M. l'Abbé Rozier , rempli de refpect pour
ce Peuple- roi qui eleva un temple au Dieu
Fumier , paroît étrangement furpris que
l'Art le plus néceffaire à la vie , & qui tient
de plus près à la fageffe, n'ait, en France furtout,
ni difçiples qui l'apprennent, ni maîtres
qui l'enfeignent. C'eſt pour y répandre le
goût de ces travaux innocens , qu'il s'eft fait
un devoir de raflembler fous un même point
de vue toutes les connoiffances fur la phyfique
& l'économie rurale , & il les a puifées
dans les meilleurs fources . Nous avons lu
avec le plus grand plaifir fon article fur
les Abeilles. Il est bien éloigné de croire ,
tout ce que Pline raconte fur la police de
leur république . Il n'eft pas perfuadé ,
avec Ariftote & Virgile , qu'elles ont la
précaution , quand il fait beaucoup de
vent , de fe lefter d'un petit caillou qu'elles u elles
N° 45 , 10 Novembre 1781. D
74
MERCURE
tiennent entre leurs pattes ; mais ce qu'il
adimire , c'est la folidité de leurs édifices ,
conftruits avec une extrême délicateffe , le
plan de leurs alvéoles , la diftribution & la
Tymmétrie qui y règnent , ne diroit-on pas en
effet que ces géomètres aîlés ont eu ce problême
à réfoudre : de bâtir le plus folidement
qu'il foit poffible , dans le moindre
efpace poffible , & avec la plus grande économie
poffible. Il fera aifé d'imaginer l'intérêt
que leur Hiftorien a dû répandre fur leurs
moindres actions , lorfque nous aurons cité
une partie des idées que lui infpire un fimple
abricotier. " L'homme, toujours impérieux &
prêt à commander , veut fans ceffe foumettre
la Nature à fes volontés & à fes caprices:
on diroit que tous fes foins tendent à la
contrarier. L'arbre fe venge , donne des fruits
médiocres , & périt beaucoup plus tôt que
s'il avoit été livré à lui-même , parce que
dans cet état forcé & de fervitude , il eft
fujet à un plus grand nombre de maladies,
Les fruits de l'abricotier font pâles , aqueux
& fades en efpalier ; fucculans & bien colorés
en plein vent. L'efpalier tend toujours
à reprendre fes droits : les branches gourmandes
fe multiplient , & leur végétation
vive & rapide finit par épuifer les branches
inférieures , fi l'art du Jardinier me la retient
en captivité. Que d'infectes couvrent & vivent
fur l'efpalier ! que de feuilles cloquées !
quelle quantité de gomme fuinte de toutes
parts, & dit à l'homme : jefuistonouvrage. Si
DE FRANCE.
73
penau
contraire vous jetez un coup - d'oeil fur
l'abricotier à plein-vent , livré à lui - même ,
& non pas mutilé , fuivant l'ufage des environs
de Paris , les feuilles ne font point
cloquées , nul infecte fur l'arbre , &c. S'il y
paroît de la gomme , c'eft en petite quantité,
& encore elle eft prefque toujours dûe à
l'effet des gelées blanches du printems , qui
altèrent les jeunes pouffes , & fait refluer
l'abondance de la sève en dehors , où elle
forme la gomme. Les Chinois , plus près de
la Nature , & plus fages que nous , ignorent
Part deftructeur de charpenter , de mutiler
les arbres , & ils les laiffent fuivre leur
chant naturel. Il falloit garnir un mur , fymmétrifer
des allées , faire prendre aux arbres
une forme quelconque ; enfin , donner tout
au coup-d'oeil . Voilà l'origine de la taille .
Cet excès a été porté fi lom , que les ifs ont
repréfenté des coqs , des cerfs , des rhinocéros
, &c. Ce que je dis de la taille de l'abricotier
, paroîtra extraordinaire aux Jardiniers
, aux Amateurs ; la méthode établie a
fubjugué leurs idées. Je leur demande à mon
tour: quelle eft celle de la Nature ? La plus
parfaite , fans contredit , que l'art ait découverte
jufqu'à ce jour , eft celle des laborieux
d & induftrieux habitans de Montreuil ; mais
dans tout le refte du Royaume , les arbres
font charpentés & écrafés par la ferpette du
Jardinier. »
10
90%
C'eſt toujours avec le même courage que
M. Rozier s'élève contre les préventions de
Dij
26 MERCURE
l'habitude ; mais il s'arme fur tout con
tre ces préjugés dictés par l'ignorance , perpétués
par une forte crédulité , & fouvent
fortifiés par la charlatanerie. C'eft dans
cette vue fans doute qu'il parle de l'araignée ,
puifque la vie & les moeurs de cet infecte
intéreffent peu l'Agriculteur. Il prouve , par
des faits , que l'araignée avalée n'eft pas un
poifon . En un mot , il a vu un Membre trèsdiftingué
de l'Académie Royale des Sciences
de Paris , manger différentes efpèces d'araignées
qu'on lui préfenta , & n'en être pas
plus affecté que s'il avoit avalé un morceau
de pain : il leur trouva un goût de noifette.
Tout le monde fait que la toile de cet in
fecte , mife fur une plaie récente & peu
profonde , arrête le cours du fang , favorite
Préunion
des bords , rapproches
& main
tenus par un petit bandage.
Entre tous les articles de ce Dictionnaire ,
auffi utiles que variés , celui fur l'Accouche
ment nous a paru devoir réunir tous les
fuffrages. Avec quel art M. Rozier a levé
le voile qui cache cette opération , par
laquelle , émule de la Divinité , l'homme
devient lui-même créateur ! Sans s'expofer
à déplaire à ce fexe qui nous fait fentir
tout le prix de la vie , il prouve que
la maternité eft peut - être le feul fentiment
vrai du coeur des femmes , & que
même il a créé une ame à celles qui n'en
avoient pas. O mères ! leur dit- il , parmi
le nombre des êtres penfans qui vous ho
DE FRANCE. 77
Morent , quand , dociles élèves de la Nature
vous rempliffez dignement la charge qu'elle
vous a confice , foyez certaines que le culte
que vous méritez à plus d'un titre , vous eft
plus juftement & plus religieufement rendu
par ceux qui , comme moi , inftruits de la
multiplicité des maux qui vous affligent , fe
font dévoués à la recherche des moyens capables
de les détruire ou d'en alléger le
poids. "
M. l'Abbé Rozier , par fes talens , par
fes connoiffances & par l'ufage qu'il en
fait , mérite bien que le Public encourage
fes travaux ; nous ne doutons point que
ce premier Volume de fon Dictionnaire ne
faffe defirer les autres : puiffe - t'il tomber
entre les mains de ces gens de ville , qui ne
favent pas aimer la campagne , ne favent pas
même y être , & , quand ils y font , favent à
peine ce qu'on y fait. Peut-être apprendrontils
à aimer, à refpecter , à protéger le Cultivateur.
Peut-être parviendront - ils à penfer
, comme Caton , que le plus bel éloge
qu'on puiffe faire d'un homme , c'eft de lui
donner le titre facré de bon Laboureur. Si ,.
fous le bon & vertueux Trajan , une double
corne fut ajoutée à la main droite de l'Abondance
, ne fommes- nous pas en droit d'efpérer
de voir fous Louis XVI reparoître ce
double attribut ?
Diij
78 MERCURE
ODE à la Ville de Marfeille, au fujet de
la Statue Equeftre qu'elle doit élever au
Roi dans la principale Place formée fur
le terrein de l'Arfenal , par M. Sabatier
de Cavaillon , ancien Profeffeur d'Éloquence
, Penfionaire du Roi. A Marſeille,
de l'Imprimerie de Jean Molly , 1781 .
M. SABATIER eft connu depuis long- tems
dans la carrière des Lettres ; & il a notamment
cueilli des lauriers dans le genre lyrique
. Le projet d'une Statue qu'on doit élever
au Roi , vient de réveiller la mufe , qui fe
reffent peut - être d'un trop long repos , mais
qui rappelle & qui juftifie encore les premiers
fuccès. La marche de ce dernier Ouvrage
nous a paru pénible , & quelques négligences
ajoutent à fa longueur réelle ; mais
il y a de la nobleffe & de la chaleur , qui
lités fi effentielles au genre de l'Ode. Nous
allons en citer quelques ftrophes , qui juftifieront
cet éloge.
Déjà le Code affreux de vos Lois criminelles
S'adoucit, fe transforme en rigueurs paternelles ,
Frein plus sûr que la mort.
Les Juges bien loin d'eux chaffent les impoſtures ;
Et le coupable atteint n'éprouve pour tortures
Que les cris du remord .
QUEL fpectacle frappant ! l'équitable finance ,
Sans les impôts du Peuple , amène l'abondance
DE FRANCE.. 79
Aux branches de l'État ;
Je vois l'économie , aux vices qu'elle arrête ,
Oppofer fon égide , & dépouiller la tête
Du luxe qu'elle abbat.
Le Poëte dit ailleurs , en parlant de notre
Monarque , fi heureux aujourd'hui & fi
digne de l'être :
Voyez-le fur fon ame exercer fon empire ,
Repouffer des flatteurs , que l'intérêt inſpire ,
Le parfum dangereux.
Du fouffle des plaifirs que fes moeurs le préfervent ;
Alexandre , vainqueur des Perfes qui l'énervent ,
Eft plus efclave qu'eux.
LA Déeffe ( Thémis ) fe tait. Les tranſports de fon ame
Ont paffé dans mon coeur ; il s'agite , il s'enflamme ;
Mes chants font ennoblis.
Entends-moi , de Carthage émule généreuſe ,
Autrefois Souveraine , aujourd'hui plus heureuſe
Al'ombre de nos Lys.
Qui mieux que toi foutient leurs rameaux refpectables
?
Tu produifis toujours de Guerriers redoutables
Un glorieux effaim.
Mahon * tremble , fléchit , prêt à tomber en poudre ;
* Note de l'Auteur. Marfeille contribua beaucoup à la
Conquête de Minorque. Aufli Louis XV , pour récom-
Div
So MERCUREA
Sur ces rocs menaçans tu vois fumer la foudre
Qui partit de tou fein.
Citons encore une ftrophe que l'Auteur
adreffe aux Marfeillois :
Quel bonheur vous attend ! plein d'une humeur
jaloufe
L'Anglois veut fur la mer , que fon orgueil épouſe ,
Appefantir fes fers.
Le génie eft puiffant lorſqu'un rival l'exerce živel
Vous irez , fiers Jafons , de l'arbre du commerce
Ombrager les déferts.
On voit que M. Sabatier a vraiment le
ton lyrique. Son Ode intitulée l'Enthoufiafme
, a eu dans le temps beaucoup de
fuccès ; & l'on connoît cette belle ftrophe
de fon Ode fur Tyrrée. Il s'agit de repré
fenter l'Empire Romain.
ނ ތ
Quels font ces climats ou la terremotes with
Enfante des hommes armés ??
A leur naiffance , le tonnerre
Eclate , & les annonce aux Peuples alarmnés.
Que vois-je ? Quelle chaîne immenfe
S'étend , s'agrandit & s'avance !
Elle tient aux deux bouts de ce vafte Univers ;
En vain pour la brifer le monde entier confpire;
Le monde entier , foumis à ce nouvel Empire ,
Tombe fous le poids de fes fers.
penfer les Marfeilleís , leur fit préfent de fon Portrait s
qu'on voit dans l'Hôtel de Villed
DE FRANCE.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL
Les nouveautés qu'on devoit donner le
jour de la Touflaints au Concert Spirituel ,.
y attirètent un grand nombre d'Amateurs.
M. Perignon y exécuta pour la première
fois , fur le violon , un Conceito de Jarnowick.
Il eft rare de voir un debut plus brillant
que celui de ce jeune Virtuofe ; aufli nepeut-
on guère , à l'âge où il eft , porter plus
loin le talent de l'exécution .
M. Michel fit entendre , fur la clarinette ,
plufieurs morceaux d'une tournure commune,
mais agréable , & toujours faite pour
plaire à la multitude. d ded
Un air Italien d'Aftaritta , fut chanté avec
fuccès par Mlle Buret l'aînée ; elle a de l'ame,
un bel organe , il ne lui refte qu'à quitter
la manière des Maîtres pour en prendre
une qui lui appartienne & la caractériſe ;
elle devroit aufli s'attacher à rendre plus
doux les mouvemens de fon corps , & furtout
de fa tête.
Autrefois , le jour de la Touffaints , veille
de la Fête des Morts , on étoit dans l'ufage de
chanter , au Concert Spirituel , le Miferere
Pleaume quia été mis en mulique parungrand
nombre de bons Compofiteurs ; mais au
Dv
MERCURE
jourd'hui que tout fe perfectionne , on nous
a donné un Te Deum : auffi le Public , toujours
empreffé à faire preuve de ſon goût ,
a-t'il accueilli avec tranfport l'Auteur de ce
Motet , avant même d'en avoir entendu la
première note. Nous conviendrons qu'on y
trouve de fort belles idées : le Judex crederis
infpire un profond fentiment de terreur ; la
Prière qui le fuit plonge l'ame dans une mélancolie
touchante , & forme un heureux.
contrafte avec le fracas harmonieux du premier
morceau.
Mlle Saint- Huberti , MM. Laïs & Legros
y ont déployé les talens qu'on leur connoît.
Mais tant que Mlle Saint - Huberti dédaignera
de rectifier fa prononciation , il faudra
répéter ce qu'on lui a dit cent fois . Il femble
qu'elle ait adopté une langue particulière ,
intelligible pour elle feule ; on n'entend fortir
de fa bouche que des voyelles , prefque
jamais de confonnes ; de forte que , place
même à quatre pas de cette Cantatrice , il eft
impoffible de deviner fi elle chante du Latin ,
ou du François ou de l'Arabe..
L'attente des Amateurs n'a pas été pleinement
fatisfaite des fureurs de Saül , nouvel
Oratorio de la compofition de M. Girouft
, Surintendant de la Mufique du Roi.
L'on s'apperçoit que le ftyle de l'Auteur
commence à vieillir ; il a toujours la même
intelligence & les bons principes de son
Art; mais la fenfibilité chez lui paroît fe
refroidir; fes chants , fes cheurs , les accom
DE FRANCE 83
pagneinens reffemblent plus aux mouvemens
de la routine , qu'aux impulfions du
génie. M. Cheron a fu rendre avec toute la
véhémence poffible le morceau des fureurs
de Saul ; & M. Coufineau , chargé de la
partie de Harpe , s'en eft également bien
acquitté: l'un & l'autre ont obtenu des
applaudiffemens faits pour exciter leur émulation
.
Quelqu'accoutumé que
l'on foit aux bizarreries
du Public , nous avons vu avec furprife
le froid accueil qu'il a fait à l'Auteur
de Roland. On avoit annoncé une Cantate
nouvelle pour célébrer la naiffance de Mgr.
le Dauphin : M. le Marquis de Saint-Marc
s'étoit empressé d'en faire les paroles , & M.
Piccini la Mufique. Le Muficien s'eft préſenté
à l'Orchestre pour préfider à l'exécution de ce
morceau , fans qu'on ait daigné l'honorer de
la plus légère marque de bienveillance . On a
entenda la Cantare avec une indifférence
dont on ne peut concevoir la raifon ; car
& le Poëme & la Mufique étoient aufli
bien faits que l'avoit permis une circonftance
imprévue , & qui exigeoit la plus
grande célérité. Lorfque M. Piccini a quitté
l'orcheftre , à l'inftant même l'Auteur du
Te Deum a paru. A fon afpect , des applau
diffemens effrénés ont retenti de toutes parts,
comme pour humilier davantage l'étranger
quivenoit d'offrir à la Nationun tribut de zèle
patriotique. Reconnoît- t'on là la politelle
D vi
84
MERCURE
Françoiſe ou la mauffaderie d'un peuple fantafque
& barbare ?
Perfuadé que le Public qui lit eft fouvent
plus équitable que le Public qui entend , ou
qui croit entendre , nous allons citer les
vers de cette Cantate fi mal accueillie ; nous
regrettons de ne pouvoir y joindre le chant ,
il ne pourroit que gagner à être jugé une
feconde fois.
It a paru ce jour cher à notre espérance ;
D'une Reine adorée il remplit les fouhaits.
Le Ciel ajoute encore un foutien à la France
Dans un gage nouveau du bonheur des François .
LOUIS enfin fe voit renaître.
Que c'est un fpectacle touchant
De voir un Prince heureux , chéri , digue de l'être ,
Célébré comme Père , adoré comme Maître
Par un Peuple reconnoiffant !
VIVE LOUIS ! vive ANTOINETTE !
Ces beaux noms font par- tout chantés.
Par- tout dans les yeux enchantés ,
L'ame ſe montre fatisfaite .
Qu'avec plaisir la voix répète
Des cris que l'Amour a dictés !
2
Vive Louis , vive ANTOINETTE !
DE FRANCE.
85
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Des
confidérations auxquelles on doit
céder , ne nous laiffant à remplir dans cette
feuille qu'un très- petit nombre de lignes
nous fommes forcés de remettre au Mercure
prochain les détails que nous devons au Public
fur la mufique d'Adèle. Nous ferons
feulement aujourd'hui quelques obfervations
préliminaires , & qui nous paroiffent d'autant
plus effentielles à faire , qu'elles pourront
éclairer les gens fans paflion fur la
bonne - foi des Juges de cet Ouvrage.
On a déjà fait beaucoup de reproches à
M. Piccini , & ces reproches dits , répétés
, répandus avec tout le courage que
donne la malignité , ont été adoptés par
beaucoup de perfonnes qui ne connoiffant
point par elles -mêmes cette nouvelle compofition
, négligeront de la connoître en
conféquence du mal qu'on leur en a dit.
Ne parlons que des reproches imprimés.
Les timballes a dit un Ariftarque , les
trompettes & les autres inftrumens militaires
accompagnent trop fouvent les morceaux
de chant. Cette affertion affez vague
ne nous paroît pas infiniment refpectable ;
car on prouvera facilement qu'il y a très-peu
de morceaux de chant , proprement dits ,
qui marchent avec des inftrumens militaires.
Raymond , en parlant des périls qu'il va braver,
& du rang de Chevalier auquel il vient
ر
86 MERCURE
avec
d'être élevé , Raymond peut & doit chanter
de tels accompagnemens . Quand Alphonfe
ordonne qu'on ouvre la barrière , la
trompette fe fait encore entendre , & cela
doit être , il en eft de même quand on annonce
le combat , quand les Chevaliers entrent dans
la carrière , & il eft naturel de fentir que, dans
un Ouvrage de Chevalerie , les inftrumens
militaires devoient fouvent paroître. L'obfervation
du Critique ne feroit pourtant pas
abfolument déplacée fi elle ne portoit que
le caractère du doute. Voici ce qui lui
donne celui du reproche. Adèle , ajoutetil
, Adèle elle- même chante avec ce genre
d'accompagnement. Nous y avons fait attention
, & nous n'avons point remarqué de
timbailes ni de trompettes pendant les airs
fuivans que chante Adèle : Comment renoncer
en cejour ; Eft- ce à vous d'expofer vos
jours ; Ah! prenez pitié de mon fort ; non
plus que dans le monologue : Trifte & fu
nefte incertitude. ( 1 )Nous en avons trouvé dans
celui qu'elle chante au premier Acte , & qui
finit par ces vers :
La gloire aux combats vous appelle ;
Cueillez la palme des Guerriers :
Ma douleur fera moins cruelle
Quand je compterai vos lauriers.
(1) Les Inftrumens à vent dont le Compofitenr a fait
un fi heureux emploi dans l'accompagnement de ce Monologue
, ne fauroient être confidérés comme des Inftrumens
Militaires . On fait cette Note pour les gens dont
les connoiffances muficales ne font pas bien affurees.
1
DE FRANCE
Certainement ils sont placés , ou bien on
a en tort de crier au chef- d'oeuvre & au miracle
, quand on a entendu l'accompagnement
que M. Gluck a placé fous ce vers du cinquième
Acte d'Armide :
Notre Général vous rappelle.
L'efprit de parti peut- il égarer au point
de faire regarder comme excellent chez
un Artifte , ce que l'on trouve mauvais chez
un autre ?
O Cacas hominum mentes !
On a comparé M. Piccini à M. de la
Borde; nous ne fuivrons point cet exemple.
Le genre de chacun de ces Compofiteurs re
peut fouffrir une telle comparaifon . D'ailleurs
, il en pourroit réfalter , foit pour l'un ,
foit pour l'autre , des vérités défagréables.
Si l'on citoit les morceaux de M. de la
Borde , où il eft , dit- on , fupérieur à M. Piccini
, l'équité voudroit que l'on citât anổi
ceux où ce dernier lui eft fupérieur ; & M.
de la Borde auroit raifon de fe plaindre
puifque ne fe préfentant point à la critique
il y auroit de la malhonnêteté à l'en frapper.
*
*
Quant au défaut d'expreffion que l'on
reproche à cette compofition, il fera difficile,
fans mettre les morceaux fous les yeux des
Lecteurs , de prouver qu'il n'eft pas toujours
fondé , nous l'entreprendrons néanmoins
non pas pour ceux dont l'ame aride & sèche a
befoin d'être fecouée par les efforts les plus
vigoureux , non pas pour ceux que la prévention
égare , mais pour ceux qui cherchent
2
$9 MERCURE
la vérité , & qui l'aiment , parce que c'eft
elle qui éclaire , ou du moins qui devroit
éclairer la carrière des Arts .
Cet Opéra, fupérieurement exécuté par Mlle
Laguerre & par M. Larrivée pour ce qui regarde
les rôles d'Adèle & du Comte qu'ils ont
eu à remplir , doit valoir beaucoup d'éloges à
MM. les fujets de l'Orcheftre. Il eft impoflible
de voir un plus bel enfemble , plus de precifion
, de jufteffe , de goût & d'expreflion qu'on
en a remarqué dans la manière avec laquelle
ils ont accompagné cet Opéra . M.Rey, Direc
teur en cette partie, n'a rien négligé pour mettre
en jour les talens des fujets qu'il dirige , &
pour les rendre utiles au fuccès de M. Piccini.
Son zèle , fes foins & son intelligence font
faits pour être diftingués ; & nous nous acquittons
de ce devoir avec d'autant plus de
pllaifir , que M. Rey joint aux talens qui font la
renommée d'un Artifte, les qualités qui confti
tuent l'honnête-homme & le bon citoyen.
VARIÉTÉ S.
RÉPONSE à M. LOUIS BAUDRY ,
Fermier des Moulins de Chauny , en
Picardie , & autres Lieux.....
du
JE me hâte, mon très-cher Confrère , de vous
accufer la réception de la Lettre que vous m'avez
fait toucher hier , 15 Septembre, par le moyen
Mercure de Fracce, en réponſe à celle que je vous
avois fait tenir au mois de Juillet par le même
Courier.
DE FRANCE. 89
Je n'ai point affez d'ufage dans les écritures pour
défendre comme vous , mon cher Confrère , avec
gentille éloquence, mon avis furde danger des meules
de pierre; mais ce que je puis certifier , c'eft que de
quelque façon dont les meules foient piquées , &
quelque précaution qu'y puiffe apporter un Meûnier
entendu , on n'empêchera jamais le réfidu pierreux
de ces globes diffolubles,d'infecter plus ou moins la
farine. On aura beau vanner avec foin toute eſpèce.
grain , la mouture en gardera toujours quelques
particules fablonneufes. Je vous répète , mon cher
Confrère , qu'en Bretagne , ma patrie , cet inconvénient
eft peut-être plus fenfible que dans la Picardie ,
à caufe de la mauvaife qualité de nos meules faites
de plufieurs pièces ; mais fans chercher à trop prou
ver, j'ai plufieurs fais entendu craquer le fable mêlé
avec la farine de farrafin fous la dent du peuple qui
fe nourrit de cette denrée.
de
Les cavités nommées éveillures , rendent, par la
feule action de la meule, leurs groffièretés imbroyées
au rocailleuſes à la fin de chaque fac de mouture ;
& fi le Meunier laiffe , comme vous dites fort bien ,
ribler fon moulin , il n'en réfultera alors que du
bled & des cailloux concaffés . Vous me demandez ,
mon cher Confrère , de quelle matière je prétends
former la meule de deffous dans non fyftême propofé
? De pierre , comme celles de vos huit moulins
de Chauny . Il ne s'agit que de donner une bafe
folide à la groffe râpe de fer qui doit couvrir fa
furface.
J'ai fait dans mon pays l'expérience de mon projet
fur ce qu'on appelle des moulins à bras pour
moudre de l'avoine & du farrafin . J'ai mon neveu ,
qui , par le même moyen,tire la fleur la plus pure du
froment & du feigle.
A l'égard de l'indifférence que vous mettez entre
les émanations ferrugineufes ou pierreufes fur lef
90 MERCURE
quelles vous voulez , dites-vous , queftionner la Faculté
, je crois qu'il ne faut fur cela confulter que
celle du fens commun.
Si j'avois des Médecins à réclamer , mon cher
Confrère , ce feroit fur les infirmités de ma vieilleffe
; car je vais bientôt fortir de l'ornière de la vie
en laiflant mes Concitoyens dans celle de l'habitude.
Je fuis , mon très - cher Confrère ,
Le Bonhomme ZEPHIRINET ,
ancien Meunier à Montmartre
, retiré au Gros-
Cailloux , ce 16 Septembre
1781.
LETTRE de M. DE LAMANON aux
Auteurs du Mercure.
M ESSIEURS
3
M. BAUDON, que je n'ai pas l'honneur de
connoître, me reproche dans votre Journal de n'avoir
pas fait un cours de Logique & de Phyfique ; je
crois devoir m'abftenir de lui répondre jufqu'à ce
qu'il en ait fait un de Morale. En attendant , ceux
qui compareront mon Mémoire aux Obfervations
de M. Baudon , jugeront facilement lequel des deux
eft le galant homme & le Critique honnête. Je ne
prends aujourd'hui la plume que pour ne pas laiffer
foupçonner mes intentions à l'égard d'un auffi grand
homme que M. de Buffon , en annonçant mes Recherches
fur la nature & l'origine des montagnes ,
des vallées & des plaines ; & dans deux Mémoires ,
inférés dans le Journal de Phyfique , j'ai donné quel
ques-uns de mes réſultats : ils diffèrent à la vérité de
ceux de M. de Buffon ; mais je n'ai jamais eu la penDE
FRANCE.
fée d'attaquer les Ouvrages d'un homme de génie ,
qui font tant d'honneur à notre Nation , & que
j'admire plus que perfonne .
J'ai l'honneur d'être , & c .
R. DE PAUL DE LAMANON.
A Meffieurs les Auteurs du Mercure de
France ,fur la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN , le 22 Octobre 1781 .
Etjam pra tanto levis eft victoria dono .
Fefta placet celebrare , & juftos folvere honores ;
At belli ftrepitum gratus removere memento.
DU CERCEAU.
M.ISSI VRS •
LA Naiffance des Princes eft toujours un grand
événement pour les Peuples ; dès leur berceau ils
font déjà l'objet de l'efpérance publique , & on
cherche à deviner dans leurs moindres geftes & leur
premier fourire , la deftinée de ceux qu'ils doivent
gouverner un jour.
C'eft du moment qu'ils font nés que , dans tous
les
temps & chez tous les Peuples , des hommes ont
voulu prédire les inclinations des Fils de leurs Maitres,
& annoncer aux Nations ce qu'elles devoient
en attendre. Peut- être eft - ce à la naiffance de ces
enfans idolâtres , dès qu'on connoît leur exiſtence ,
que l'Aftrologie a dû fes progrès , & que par- tout
on a vu des Devins, des Arufpices, des Augures , des
Jongleurs & des Aftrologues. L'amour des Peuples
pour tout ce qui peur intéreffer leurs Souverains ,
parce que leur bonheur eft réciproque , a donné le
plus grand cours à l'art de la divination , & à fait
92 MERCURE
!
dans l'antiquité la réputation des Calchas , des
Tiréfias , des Névius , & dans des temps plus modernes,
d'Albufamarad'Arnold , de Merlin , de Léovice
, du Rabbin Albéneſra , du Juif Avénar , de
Luc Gauric , de Morin , de Cardan & de Noftradamus.
Nos Rois , & fur - tout Philippe - le - Hardi ,
Louis XI & Henri II , donnèrent la plus grande foi
aux prédictions , & jufqu'au commencement du dernier
fiècle , le Médecin Larivière tira l'horofcope de
Louis XIII ; & on vit encore après lui un Aftrologue
gagé par la Cour pour tirer celui de Louis XIV.
On voit la plupart des Hiftoriens anciens mar
quer la naiffance des Princes les plus renommés , ou
par des prodiges , ou par des événemens mémorables
, ou enfin par des comètes , des éclipfes & des
météores ; ainfi on obferva que le même jour qui
vit naître Alexandre , le Conquérant de l'Univers ,
& qui brûla Perfépolis , Philippe fon père avoit
vaincu les Médaores , & Eroftrate , pour s'illuftrer ,
avoit brûlé le Temple d'Éphèfe. Ainfi , lorfque Pompée
, Céfar & Charlemagne vinrent au jour , des
phénomènes céleftes avoient fixé leur fort ; & pour
annoncer la naiffance de François Premier , dit un
Hiftorien , le Soleil fut forcé de s'éclipfer une fois ,
& la Lune trois ; c'est ce qu'il appelle les effroyables
travaux des Cieux. Il n'eft pas enfin jufqu'à la
Princeffe Anne Comnène qui n'ait écrit dans le
temps , que fa naiffance avoit été fignalée par un
prodige.
Combien, Meffieurs , l'Aftrologie fe feroit dif
tinguée dans un moment fi flatteur pour la Nation !
Celle - ci poffédoit un Roi adoré , une Reine chérie ;
mais il manquoit à fes defus un Rejeton digne
d'eux , qui perpétuât , pour le bonheur de la France,
leurs bienfaits , leur douce humanité & leurs verus.
Le peuple eft dans les tranfports de la plus
DE FRANCE. 93
vive joie , l'Homme de Lettres cueille des fleurs
pour en former des guirlandes autour du berceau
da Prince qui vient de naître , & chaque François
femble prononcer avec plus de fenfibilité & de
dévouement le nom de Bourbon. Souffrez , Meffieurs
, qu'un Citoyen obfcur , mais Patriote , foufflant
fur la pouffrère qui couvre une antique lunette
aftrologique , s'en ferve en cette occafion pour vous
découvrir quelques-uns des faits qui, peut - être,n'au
roient pas échappé à nos ancêtres .
Et d'abord ils n'auroient pas oublié fans doute
cette Comète nouvelle , éclatante & lumineufe , que
M. Méchain vient d'obferver , & qui leur auroit
femblé un heureux préſage de la naiſſance & de la
gloire future d'un Dauphin.
Si je porte ma lunette fur l'Hiftoire , c'eft avec
plaifir que je vois le Prince au nombre des François
le 22 Octobre , puifque le 22 de chaque mois a été
illuftré par les événemens les plus célèbres .
Ceft le 22 Octobre que , fuivant efférius , les
Docteurs Juifs & les Arabes , Dieu arrangea la matière
& créa le Monde .
Ceft le 22 Jain , qui fervoit d'époque mémorable
à tous les Peuples de la Grèce, par la célébration ,
de cinq ans en cinq ans , des grandes Panathénées ,
fêtes renommées & pompeufes que Théſẻe , vainqueur
du Minautore , inftitua en l'honneur de Minerve
, pour la remercier de ce qu'il avoit réuni en
Royaume les douze Bourgades de l'Attique.
C'eft le 22 du même mots qu'Annibal , après
avoir franchi les Alpes , vainquit les Romains à la
bataille de Thrafimene.
C'est le 22 Décembre que Ferdinand III , Roi
d'Efpagne , vengea la Chrétienté , & chafla les
Maures des Royaumes de Séville & de Murcie.
C'eſt le 22 Août que Henti , Comte de Riche
24
MERCURE
mond , acquit le Thrône d'Angleterre par la victoire
fur Richard III.
C'est le 22 Novembre que naquit ce Charles
Guftave , qui , toujours heureux , réunit la Scanie à
fon Empire.
Mais c'eft principalement , Meffieurs , pour la
France que ce jour a été fortuné : en nous donnant
aujourd'hui un Prince defiré , il nous promet pour
long-temps encore la gloire & le bonheur.
Le 22 Juillet en effet , Charles Martel arracha la
France aux Sarrafins , les vainquit près de Tours , &
étendit fur la place leur Roi Abdérame & cent mille
hommes ( 1).
Le 22 Mai , Philippe Premier fut couronné du
vivant de fon père ( 2).
Le 22 Juillet , Godefroi de Bouillon , après avoir
brifé les fers des Chrétiens & pris Jérufalem , en fut
reconnu unanimement pour Souverain ( 3 ) .
Le 22 Août , Philippe de Valois gagna la bataille
de Montcaffel , & foumit les Flamands (4).
Le 22 Mai , Humbert , Dauphin de Viennois ,
céda fon État à la France à condition qu'on nomme
roit Dauphins les Fils aînés de nos Rois (; ) .
Le 22 Février naquit Charles VII , furnommé lé
Victorieux , parce qu'il parvint à chaffer les Anglois
qui défoloient la plupart de nos Provinces ( 6) .
Le 22 Septembre , la paix d'Arras entre le même.
Roi & le Duc de Bourgogne , finit heureuſementune
guerre funefte (7) .
Le 22 Février , Charles VIII , après avoir conquis
le Royaume de Naples , entra dans cette Ville en
triomphe , & fut reçu par les Peuples comme leur
Libérateur ( 8 ) ...
( 1 ) En 726.
1338.
---
(3 ) En 1999.- (4) En
(7) En 1435
(2) En 1059.
(s) En 1349. (6) En 1402.
(8) Ea 1494•
-
2
7
DE FRANCE. 95
Le 22 Mars , Henri IV fut reconnu pour Roi
légitime , & fit fon entréé à Paris ( 1 ) .
Le 22 Novembre , ce même Roi vengea la France
de Philibert , Duc de Savoie , qui avoit ufurpé le
Marquifat de Saluces , & fe rendit maître d'une
grande partie de fon Royaume ( 2 ).
Le 22 Septembre fuivant , naquit Anne d'Autriche
, mère de Louis XIV ( 3 ) ; & le 22 Août ,
elle épousa Louis XIII , ce qui finit pour quelque
temps la guerre.
Le 22 du même mois , Sourdis brûla la Flotte EL
pagnole près de Gatari en Biſcaye (4) .
Le 22 Juillet , le Duc de Brézé acquir des lauriers
fur mér , & vainquit les Espagnols ( 5).
Le 22 Mai , la Flotte Angloife & Hollandoife fut
battue par M. de Coetlogon , & tous les Vaiffeaux
guerre pris & coulés à fond ( 6).
de
Enfin , le 22 Avril dernier , Louis XVI a fixé des
regards confolateurs fur les fujets pauvres & malades
; & par une Ordonnance auffi remplie de fageffe
que d'humanité , il a facrifié une partie du luxe
de fa Cour pour leur accorder des lits dans les Hôpitaux
, & pour leur fournir des fecours (7) .
Ce font , Meffieurs , de pareils exemples de bienfaifance
qui forment un plus sûr préfage de la
bonté de l'ame du DAUPHIN. Sans chercher
dans les événemens paffés les cauſes de fa
gloire & de fa magnanimité futures , nous pouvons
les envifager avec plus de certitude dans les premiers
objets qui frapperont fes regards. Il appercevra au
dehors des lumières générales , un fiècle philofophe ,
la France refpectée & l'Arbitre des Nations , un
Peuple fenfible & heureux ; à la Cour
Grands inftruits , des Miniftres Sages ; & fur
(1 ) En 1994.
des
(2) En 1600. ( 3 ) En 1601.- (4 ) En
1638, (5) En 1640. (6 ) En 1703. — ( 7 ) En 1781 .
agak 1
96
MERCURE
le Trône enfin , il trouvera un Roi dont les bienfaits
nombreux fembleroient le fruit d'un long
Règne , le fouvenir de Thérèfe & le coeur géné
reux D'ANTOINETTE , fon augufte Fille.
J'ai l'honneur d'être très-refpectueufement ,
Meffieurs ,
Votre très- humble & trèsobéiffant
Serviteur ,
DELANDINE
, de Lyon,
Correfpondant de l'Académie
des Infcrip
tions & Belles-Lettres ,
&c. &c.
V
TABLE.
ERS faits fur le Tombeau Concert Spirituel ,
de J. J. Rouffeau,
Les deux Chevaux , Fable ,
Le Baifer,
88
49 Académie Royale de Mufiq. 8$
51 Réponse à M Baudry ,
53 Lettre de M. de Lamanon aux
Auteurs duMercure ,
A MM. les Auteurs du
Mercure de France , fur la
Naiffance de Mgr le Dau-
Enigme & Logogryphe 55.
Traité de la Seduction , $7
Cours Complet d'Agriculture
Théorique , &c 72
Ode à la Ville de Marfeille phim ,
781
AI
APPROBATION.
le J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sce aux ,
Mercure de France , pour le Samedi 10 Novembre . Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion, A Paris ,
le Novembre. 1781. DE SANCY.
و
MERCURE
DE FRANCE.
43
SAMEDI 17 NOVEMBRE 1781 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
COUPLE T
Sur la Naiffance de Mgr. le DAUPHIN,
Sur l'Air : Vous m'entendez-bien.
CHANTONS auffi ce bel Enfant ,
Qui fait tant d'heureux en naiffant ;
C'eft prefque notre Frère, &truda
Eh bien ! g to whet
Son Pere eft notre Père ,
Vous
m'entendez-bien.
( Par M. de F. , Capitaine de Dragons.
ཏིམ །ན ༔ལོདྷ
N°. 46, '17 Novembre 1781.01 DE
98
MERCURE
CHANSON
.
Sur l'Air : Enfin v'la qu'c'est donc bâclé.
SI I'Roi z'eft not Per à tous ,
La Rein z'eſt auſſi not Mère ;
Mes gas , réjouiffons- nous ,
A viant d'nous bailler un p'tit Frère.
N'fra pas du pié qui s'mouchra ,
Meffieurs I's Anglois vous verrez çà.
I S'RA biau com fa Maman ,
Com el i fera fenfible ,
Com fon Papa bienfaiſant ;
De Henri s'ra l'portrait visible.
Chantons du foir au matin :
Vive l'Dauphin , vive l'Dauphin !
Le Ciel devoit ce préſent
Aux vertus , aux voux d'la mère :
Il a fait en les comblant
Le bonheur de la France entière.
Mon Dieu , le joli refrein :
Vive l'Dauphin, vive l'Dauphin !
FALLOIT entende not Prélat
Annoncer s'te boun nouvelle.
Tuchou ! comme il défila
Son éloquente kirielle .
Pour fon Roi , com pour fon Dieu ,
Heft tout d'flamme , il est tout d'feu.
DE FRANCE.
TATIDIENNÉ Queu fabat
Faifoient Meffieurs d'Acquitaine !
Ils étoient auffi gais là
Qu's'ils euff combattu dans la plaine.
Ils chantoient tous le refrein :
Vive l'Dauphin , vive l'Dauphin !
Pour moi je n'favois pas trop
Si j'devois pleurer ou rire.
Mon pauv coeur alloit l'galop ;
J'étois content : je n'pouvois l'dire.
Quand l'fentiment eſt trop fort ,
Ça m'coup le fifflet tout dabord.
MATS vous vouliet eun Chanfon,
Il fallit bian vous la faire.
J'vous tiens quitt pour la façon ,
Mes amis , il n'en coûte guère
Pour dir du foir au matin:
Vive l'Dauphin , vive l'Dauphin !
QU'IL vive ce cher Enfant
Pour l'Amour , pour la Victoire !
D'la dernier goût de mon fang
Je voudrois cimenter la gloire.
Que l'diab m'emporte à l'inſtant
Si j'en dis un mot plus qu'j'n fens.
A CHANTER d'pareille fujet
Y a ben pus d'plaifir que d'peine.
Eij
100
MERCURE
Pour me payer d'ces couplets ,
N'vous gênez donc pas , belle Reine ;
Ils font , à la Rime près ,
Dans le coeur de tous les François.
Si vous croyez , malgré çà ,
Nous d'voir queuq reconnoiffance ,
Faites encor un p'tit ga ,
Madame , & j'vous baillrons quittance ;
Quand on en fait d'fi genti ,
S'roit péché de fe rallenti.
Ne craignez point , cher Papa ,
De voir croître leur Famille ;
Le bon Dieu z'y pourvoira ,
Faits- en , que Verſaille en fourmille.
Y eût-il cent Bourbons chez nous ,
Y a du pain ,
du laurier
pour tous.
Note du Rédacteur.
L'événement qui vient de combler de joie tous les
coeurs François, inſpire une infinité de Poëtes ; & les
Couplets , Épîtres , Madrigaux , &c. nous arriventen
foule de moment en moment. Cette furabondance
nous force à exclure jufqu'à des vers que nous re
grettons. Nous prions les Auteurs de ces Poéfies d'ob
ferver, 1 ° . que les bornes de notre Journal ne nous
permettent pas d'inférer un trop grand nombre de
Pièces fur le même fujet. 2 ° . Que ces fortes de vers
commencent à s'éloigner de l'occafion qui les a fait
naître. 3 ° . Enfin , que les premiers venus doivent, à
mériteégal , avoir la préférence fur les derniers.
DE FRANCE. Tot
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
MESSIEURS ,
Voici quelques Réflexions qui compofent un
parallèle des deux genres Dramatiques , la Tragé
die & la Comédie. La perfonne qui m'avoir engagé
à les écrire, exige que je leur donne de la publicité
en les faifant paroître dans votre Journal. Si
Vous croyez qu'elles puiffent amufer un moment
vos Lecteurs , vous pourrez imprimer chacune des
trois Lettres féparément , afin qu'elles n'occupent
pas un trop long efpace.
Je ne doute pas , Meffieurs , que la préférence
que je donne à la Comédie ne foulève la gravité
des Auteurs Tragiques , & qu'ils ne trouvent un
blafphême dans la moindre de mes affertions . Mais
je me fens tous les jours plus aguerri contre les imprécations
de Melpomène. Cependant je dois faire
ici une profeffion de foi qui me fauve de l'anathêine.
Je déclare donc que ma prédilection pour la Comédie
ne provient d'aucun mépris pour fa rivale ; que ce
que j'accorde à l'une n'ôte rien de ce qui eft dû à
l'autre ; que je préférerois la Tragédie à tout , fi la
Comédie n'exiftoit pas ; & qu'en un mot , je n'ai
d'autre but que de détruire un préjugé que le défaut
de réflexion a fait adopter depuis long-temps ; préjugé
funefte aux progrès d'un Art qui a fi grand be
foin d'être encouragé .
J'ai l'honneur , &c.
E iij
102 MERCURE
RÉFLEXIONS fur la Comédie , ou première
Lettre à Madame......
ENFIN , Madame , ennuyée de m'avoir rappelé
long-temps en vain fous les drapeaux de Thalie,
vous exigez au moins que je vous expofe les raisons
de mon éloignement ; il faut , vous me l'avez ré
pété encore hier , ou que je travaille pour le Théâtre,
ou que je dife pourquoi. Je dirai pourquoi , Madames
& l'un me fera beaucoup plus facile que l'autre. Mais
Cette difcuffion peur nous mener un peu loin ; &
comme j'ai adopté la deviſe du bon La Fontaine ,
les longs Ouvrages me font peur , fouffrez que je
difpofe ma courfe de manière à prendre haleine au
befoin. J'ai choifi pour cela la forme épiftolaire. Je
diviferai ma correſpondance en plus ou moins de
Lettres , plus ou moins longues , felon que l'exigera
* mon fujetou que ma pareffe le permettra. Vous
favez que, pour ce dernier point, les enfans d'Apollon
ont befoin de quelque indulgence , & j'ofe compter
fur la vôtre. Je préfume d'ailleurs que cette forme
nous fera également agréable à vous & à moi ; car
fi j'ai besoin de repos en écrivant , peut-être en au
rez-vous befoin vous-même pour me lire. Au refte ,
fi votre patience , Madame , fe trouve épuisée avant
que mon fujet le foit , vous voudrez bien m'en
avertir , & au premier fignal , je me tairai,
Je dois avant tout vous rappeler que vous avez
voulu d'abord me faire chauffer le cothurne , que
vous avez eu l'air enfuite de vous reftreindre au brodequin
, & que vous m'avez dit je me louviens de
vos expreffions ) ; fi la Tragédie vous fait peur ,
faites- nous au moins des Comédies . Cet au moins
fuppofe, Madame , que vous attachez plus de prix
& de difficulté à la Tragédie qu'à la Comédie ; &
DRE FRANCE. 103
רע
sette opinion me paroît auffi accréditée qu'elle eft
facile à détruire. C'est à la réfuter que cette première
Lettre eft confacrée . Je crois avoir pour moi les deux
moyens les plus victorieux : le raifonnement & les
faits . En foutenant , Madaine , qu'une bonne Comédie
eft plus difficile à faire qu'une bonne Tragédie
, je ne crois pas avoir beſoin de vous avertir
que j'entends parler d'une grande Comédie de caractère.
Je prévois déjà une objection , avec laquelle on
troita fans doute m'arrêter dès le premier pas. De
› deux hommes , me dira- t-on , doués d'un mérite
égal dans des genres oppofés , l'un , en ſe renfermant
dans fon genre , va faire bien & fans travail ,
ce que l'autre ne fera qu'avec peine & mal , en quit
rant le fien ; & il ne faut pas en conclure que l'un
des deux genres eft plus ou moins difficile , mais
que l'un des deux rivaux y a plus ou moins d'apnude.
Oui , fans doute ; mais il n'en eft pas moins
vrai que fi l'on connoît les deux genres , fi l'on fait
en compter & en pefer les difficultés , on peut déterminer
par le raifonnement celui qui exige plus de
qualités eftimables , & qui mérite par conféquent
un plus fort tribut de gloire. C'eft cc que je vais
effayer de faire pour les deux genres dramatiques.
Un Écolier , en fortant du Collége , peut faire
une bonne Tragédie; il eft inoui qu'on ait fait une
benne Comédie pour for coup d'effai, La première
de ces deux affertions peut fe prouver par pluſieurs
exemples ; citez-moi , je vous prie , un feul Ouvrage
qui puiffe réfuter la feconde. La première
Tragédie de Voltaire eft Edipe ;, la première Comédie
imprimée de Molière eft l'Étourdi. Trouvez-
Vous entre Edipe & Adélaïde du Guefclin , l'un
des derniers Ouvrages de fon Auteur , la différence
qu'on remarque entre l'Étourdi & le Tartuffe ?
Encore Molière avont il fait des Comédies ayam
E iv
104
MERCURE
l'Étourdi. Il arrive même affez fouvent qu'an Auteu
Tragique débute par fon Chef-d'oeuvre, comme fi la
première effervefcence de la jeuneffe lui étoit plus
néceffaire que l'étude & la méditation , comme s'il
aveit plus befoin de paffions que de génie . L'exemple
de plufieurs Écrivains pourroit juftifter aisément
cette vérité. J'en demande pardon à Melpomene :
fouvent un jeune homme donne avec fuccès une
Tragédie , avant même d'être en état d'en écrire la
Préface.
Ou l'Auteur Tragique choifit un fait corfigné
dans l'Hiftoire , ou bien il met au Théâtre un fujet
imaginé. Dans le premier cas , combien de ſecours
ne lui offre point la fource où il a puifé , foit pour
Fintrigue , foit pour les caractères ! Non - feulement
T'action qu'il a choifie lui préfente d'elle - même la
phyfionomie des perfonnages , il en trouve encore
le portrait dans les réflexions de l'Hiftorien.
Sì , au contraire , il ne doit fon fujet qu'à fon
imagination , quelles facilités n'a- t- il pas encore ?
Il n'a jamais à nous offrir que des caractères qui
n'exiftent point pour nous , ou qui n'exiftent que
loin de nous. Si je fais paroître un Conquérant ,
peut-être pas un de ceux qui l'écouteront n'aura entendu
parler un Conquérant. Là , le Peintre et
abfolument le maître de fes portraits , parce que
fes modèles font imaginaires ou abfens . Tout le
monde connoît le mot d'une Femme de la Cour , à
qui on annonçoit que le Maréchal de ..... alloit
paffer devant la porte : Que je le voie , s'écria t- elle
en courant à la fenêtre , pour favoir comment eft
fait un Héros.
Que d'embarras de moins auffi du côté de l'intrigue
! La marche & le débit plus lents des Acteurs
Tragiques , en abrégeant la longueur réelle
d'un Ouvrage, exigent du Poëte bien moins de fi
tuations dramatiques. Qu'on y réfléchiſſe un maDE
FRANCE.
105
ment ; on trouve plus de ce qu'on appelle fituation
dans nos Comédies médiocres que dans nos meilleures
Tragédies. Et combien la pompe du fpectacle
& l'éclat d'un beau vers fervent à racheter un vuide
d'action ou un moment de langueur ! Ce dernier
avantage eft inappréciable . Les beautés tragiques.
font de ces traits qui frappent , qui étonnent , &
une feule beauté de ce genre peut couvrir & effacer
une foule de défauts .
Toutes ces reffources font étrangères au Poëte
Comique. Il fe préfente nud dans l'arène ; il ne
peut fe foutenir que par la vérité des caractères , que
par la force & le nombre des fituations. Et quels
caractères encore ? Des caractères qui font connus ,
familiers même aux Spectateurs ; que chacun de
fes Juges a vus , obfervés peut- être à dîner ; qu'il
retrouvera peut- être encore à fouper ; que dis-je ,
qu'il n'a pas ceffé d'avoir fous les yeux. En effet ,
à chaque Perfonnage qui paroît fur la Scène , le
Spectateur n'a , pour ainfi dire , qu'à regarder autour
de lui pour en voir le modèle ; il eft fans ceffe à
portée de confronter la copie avec l'original , & il
s'apperçoit de la moindre diffemblance. Il n'eft
donc pas plus facile de le tromper par des beautés
fauffes , que de le féduire par un étalage brillant
& faftueux. En un mot , pour être Auteur Tragique,
il fuffit d'avoir lu ; il faut avoir vu pour devenir
Auteur Comique ; on peut fairedes Tragédies d'après
lesLivres ; on ne peut faire des Comédies que d'après
les hommes. Le coeur humain , voilà le grand Livre
qu'il faut confulter Four cela & qui trouve bien
moins de Lecteurs qu'on n'imagine. Combien de
gens , qui y regardent fans ceffe , reflemblent à ce
Villageois qui , dans tous les Livres imprimés , ne
voit que du noir & du blanc ! Mais à cette connoiffance
du coeur humain , il faut joindre encore la
Big Ev
106 MERCURE
fcience du monde & le ton de la fociété. Quelle
longue & difficile étude !
Continuons notre parallèle La Tragédie parle au
coeur, qui eft le plus indulgent de tous les Juges ; la
Comédie parle à l'efprit, qui eft toujours févère; elle
eft toujours jugée de fang- froid . Quand le coeur eft
une fois intéreffé , il ne juge plus , ou c'eſt un Juge
corrompu ; il reçoit les impreffions qu'on lui donne
fans les raifonner ; il ne cherche plus à abjurer fon
indulgence , il y perdroit tout fon plaifir ; plutôt que
de punir , en fe montrant difficile , le Poëte qui l'a
d'abord attendiri , il aimeroit mieux devenir fon
complice par une exceffive facilité ; il fupplée le
bien , pardonne au mal , ou plutôt il ne le voit
plus. Mais l'efprit qui prononce feul für un Ouvage
Comique eft bien plus à l'abri de la féduction
; il conferve toujours fa raiſon , & malheu
reufement fon amour-propre ; fi , par fa févérité ,
il vient à perdre le plaifir d'être amufé , il lui reste
encore celui de châtier d'ambitieufes prétentions ;
& ce petit triomphe le confole , le dédommage bien
amplement du plaifir qu'il a perdu ; au lieu que le
coeur quijouit eft toujours trop heureux pour appeler
l'amour-propre au fecours de fes jouiffances. Enfin ,
amufer des Spectateurs pendant cinq Actes , fans inéreffer
leurs coeurs , quelle tâche ! Amufer des Spec
rateurs François , c'eft bien pis encore. Des Specta
reurs qui s'amufent facilement, mais qui s'ennuyent
vite fi on ne répond pas à leur vivacité ! des Spectateurs
qui ne vous tiennent pas quittes des développemens ,
& qui veulent que l'action marche toujours avec rapidité
; qui , pour prononcer , n'ont jamais la pasience
ience d'attendre les réſultats ; qui n'eftiment pas une
cène par ce qu'elle promet, mais par ce
qu'elle
onne ; qui exigent que les tranfitions même foient
es beautés , & qui enfin veulent jouir de tout fans
amais rien acheter !
DE FRANCE. 107
Joignez à cela , Madame , l'embarras de faire
marcher de front une intrigue & des caractères. Si
l'intrigue domine trop , elle affoiblit les caractères ,
& l'on ne manque pas d'en faire un crime à l'Auteur
; fi elle eft trop fubordonnée , on juge la pièce
l'action ne court pas.
froide , parce que
Le feul point qui laiffe à l'Auteur Comique plus
de facilité , c'eft le ſtyle , parce qu'il peut difpofer
d'un plus vafte Dictionnaire. Les mots nobles font
moins nombreux en François que les termes familièrs.
Mais auffi fi le Poëte Comique a plus à choifir
pour les expreffions , peut - être lui eft - il plus difficile
auffi de bien choifir. La nuance de la plaifanterie
eft fi fine ! Il eft fi aifé de s'y méprendre ! Un
mot plaifant touche de bien près au ridicule . D'ailleurs
, fi je conviens que le ftyle ajoute infiniment au
mérite du Poëte Dramatique ; que même faus cette
qualité , c'eſt- à-dire , fans l'épreuve du Cabinet , il
eft impoffible à un ouvrage de furnager ; il faudra
convenir auffi c'eft la chofe dont on fe paffe le
mieux.
que ;
que
Mais il faut répondre ici à une objection qu'on ne
manquera pas de me faire . On me dira que les Poëtes
Comiques n'ont pu en général réuffir dans la Tragédie
. Quand on me prouveroit cette affertion , je
ne m'avouerois pas vaincu . Qu'après avoir réuſſi
dans la Comédie , on échoue dans le genre Tragicela
ne prouve nullement que ce dernier geare
foit plus difficile. L'axiome qui dit , qui peut le plus
peut le moins , n'eft pas toujours auffi vrai qu'on
Pimagine. Ce qui eft plus vrai , c'eft qu'en fuppofaut
le génie Tragique & le génie Comique raffemblés
dans la mêmeperfonne , le dernier doit détruire.
Faurre infailliblement. C'eft que la fimplicité de la
Comédie , l'esprit d'obſervation & de raifon qui lui
iconvient , doivent finir par rendre inhabile à cette
nature convenue & exagérée qui fait l'effence de la
E vj
ICS MERCURE
Tragédie. Et vous voyez , Madame , que je nevous
parle pas de l'influence naturelle de l'âge , qui emporte
par degrés certe effervefcence fi néceſſaire à la
peinture des grandes paffions.
?
Me dira - t- on encore que les Poëtes Comiques font
plus nombreux ? Je répondrai , fi l'on me fâche, que
nous n'avons qu'un Auteur Comique. Molière eft
parvenu à faire d'excellentes Comédies ; auffi eft-il
refté feul au premier rang. Affurément il y a plus de
diſtance entre Molière & Regnard , qui eft regardé
comme notre fecond Comique , qu'il n'y en a entre
Corneille , Racine , Crébillon & Voltaire. Qu'on fe
repréfente Molière & le Grand Corneille , armés de
divers chef-d'oeuvres , s'élancer dans la carrière &
cueillir les deux palmes Dramatiques. Voilà les bornes
des deux Arts pofées. De nombreux concurrens
ont déjà inondé la lice ; un Auteur Comique
Regnard , laiffe derrière lui tous les rivaux ; ilemporte
le prix ; mais il reste encore un intervalle immenfe
entre Molière & lui. De fon côté un Auteur
Tragique , Racine , voit couronner les efforts de fon
génie ; & il va s'affeoir à côté du Grand Corneille.
Que dis-je , d'autres places au premier rang , y.atten
dent encore d'autres génics. Voilà le tableau de
notre hiftoire Dramatique . Il nous prouve que Thalie
n'ouvre pas auffi ailément que fa four les portes
fon fanctuaire. Ce n'eft pas ici , Madame , l'inftant
de renouveller cette difpute interminable entre les
partifans de Corneille & ceux de Racine . Il me fuffira
de vous rappeler que de nombreux Littérateurs ont
placé au même rang ces deux illuftres Rivaux , &
que nous ne connoiffons encore perfonne qui ait fait
affeoir Regnard à côté de Molière .
de
En voilà fans doute affez , Madame , pour vous
prouver que la Comédie eft le genre Dramatique le
plus difficile à traiter. C'eft peu ; il faut vous prouver
encore que c'eft le genre le plus ingrat. C'est à
quoi j'espère réuffir , par une feconde Lettre queje tâ
DE FRANCE.
109
cherai de rendre auffi conrte que celle -ci. Après vous
avoir prouvé enfuite que le genre Comique n'a jamais
été ni auffi difficile ni aufli ingrat qu'aujourd'hui
je me flatte, Madame , que par humanité, par pitié
pour un ami , vous voudrez bien foufcrire à fon
projet de retraite , & lui pardonner de préférer un
repos certain , à une gloire auffi douteuse que pénible.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE not de l'Enigme eft Mouchoir ; celui du
Logogryphe eft Brochure , où fe trouvent
broc , hure , Horeb( montagne de l'Arabie ) ,
or, Roch , oh ! cor , roc , courbe , robe , Orbe,
Orbec , Eu , Héro , boue & roue.
ÉNIGME.
JE fuis un fruit dont à la ville ,
Ami Lecteur, on ne fait pas grand cas;
Mais auli , dans fon humble afyle,
Pour me cueillir foupire Licidas.
que
Mon fouvenir à maintes belles
A fait répandre bien des pleurs.
Ma faifon bannit les cruelles ,
Et des amans abrège les malheurs.
Croyez-moi , charmantes Bergères ,
Ne me croquez qu'à la maiſon ;
Seulette au bois , loin de vos mères ,
Le loup fort fouvent du buiffon.
( Par Mde de D....}
MERCURE
LOGO GRYPH E.
AVEC VEC neufpieds attachés à trois corps ,
J'excite de bruyans tranſports ,
Et je fais fur- tout grand tapage
Quand je m'élance dans les airs.
Je plais en profe comme en vers ,
Dans tous les temps , aujourd'hui davantage.
Difféquez- moi ; voyez deux mots facrés ,
L'un vient des Dieux , l'autre les repréſente ;
Deux , un , huit , neuf, ſept , fix , mon éclat vous enchante
.
Prenez un , huit , deux, cinq avec fix , vous aurez
Ce qu'inventa la pudeur fur la terre...
Deux , trois , fept , fix, je fais la honte d'un feftin ;
Trois , neuf , fept , fix , je fus autrefois mère
Du plus aimable libertin ,
Simple , naïf, & j'en fuis encor fière ,
Quand de fes traits la piqûre légère
Effleure au plus & n'a point de venin ..
Trois , huit & cinq je fais mauvaiſe fin.
Mais c'est trop , à mon tout fouffrez qu'on vous
ramène ;
Ami Lecteur , du plus heureux deftin ,
Ce tout eft l'annonce certaine.
( Par M. Bafileuphile. )
2
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ÉLOGE Funèbre de Meffire Claude Léger ,
Curé de S. André- des - Arcs , prononcé en
l'Eglife de cette Paroiffe , par Mellire
Jean- Baptifte- Charles Marie de Beauvais ,
Évêque de Senez. A Paris , de l'Imprimerie
de Didot l'aîné, rue Pavée Saint- Andrédes
Arcs,
"
و ر
Avertiffement de MM. les Curés de Paris.
PLUSIEURS perfonnes vertueuſes s'étant
réunies pour faire ériger un monument à
» la mémoire de feu M. Léger , Curé de
Saint -André- des- Arcs ; & M. l'Evêque
» de Sénez , un de fes anciens Difciples ,
» s'étant chargé de prononcer l'Eloge Fu-
» nèbre , les Curés de Paris , qui ont affifté
→ au Service Solennel célébré à cette occa-
"
>
fion , ont demandé à M. l'Evêque de Sénez
» la permiffion de faire imprimer cet éloge..
Ce Prélat ayant bien voulu y conſentir
ils s'empreffent de publier ce Difcours
pour l'honneur du faint- minière , pour
» l'édification générale , & afin de donner
» un témoignage public de leur vénération
» unanime pour la gloire de leur vertueux
Confrère, & de leur refpectueule recon-
33:
112 MERCURE
" noiffance pour l'illuftre Orateur qui l'a
→ célébré. »
Cet Eloge fe vend pour les Pauvres.
On voit , par cet Avertiffement des Editeurs
, quel eft l'objet de ce Difcours . Ce
n'eft pas un Prince , ce n'eft pas un Grand ,
ce n'eft pas un Citoyen tiré de la foule par
l'éclat des talens & de la gloire , dont on va
entendre l'éloge ; c'eft uniquement un hom
me qui eut des vertus , qui fit du bien , qui
a fervi la Religion & l'humanité , & qui a
emporté les regrets & la vénération de tous
ceux qui furent les témoins de fa vie. Si le
genre de cet hommage eft nouveau , il n'en
eft pas moins augufte & touchant. Ne faifons
pas à la modefte vertu cette injure de
la croire incapable de fuffire à la folennité
d'un éloge public ; il y a en elle un
attrait caché , un empire involontaire , au
quel les hommes ne favent pas réfifter.
C'eft la plus vaine des prétentions que
celle de vouloir éternifer un nom obfcur
; mais la mémoire d'un homme de bien ,
toujours chérie par elle- même , eft encore
utile par les leçons qu'elle renferme ; les
plus fimples détails de fa vie vivent fouvent
dans le fouvenir de la poftérité avec
les grandes actions des Rois . Quand Tacite
lui-même auroit écrit l'hiftoire de Trajan,
cet Ouvrage qu'il réfervoit pour la confola
tion de fa vieilleffe , l'Hiftoire de Trajan
n'auroit pas diminué l'intérêt de la vie d'ADE
FRANCE. 113
gricola. I eft des états où les vertus prennent
naturellement plus d'élévation , & acquièrent
plus d'influence ; dont tous les
devoirs font des fervices ou des bienfaits , &
furpaffent une ame commune. Un homme
qui a dignement rempli un de ces états , a
laiffé des exemples que la reconnoiffance
publique doit recueillir & environner de
tous les honneurs qui leur conviennent. Parcourez
toutes les conditions de la fociété ,
où en trouverez - vous une qui ait conftammentinieux
mérité du genre humain que celle
des Curés ? C'eft un des plus grands bienfaits
de notre Religion que l'inftitution de ce
miniſtère , inconnu dans les religions profanes
, & fi beureufement multiplié parmi
nous. Raffemblez tout ce qu'il y a de bon
parmi les hommes , la paix , la bienfaifance ,
la pureté des moeurs , le refpect & l'amour
de la Divinité , la protection des foibles , la
confolation des affligés , c'eft pour toutes ces
vertus que la fonction des Curés eft établic :
c'eft par elles qu'ils fe rendent dignes de ce
doux nom de Pafteurs des Peuples, qu'ils ont
pris à l'imitation de leur divin Inftituteur .
Auffi voyez tout ce que la Société leur doit !
Dans les villes , où ils font les appuis de
la Religion & les gardiens des bonnes moeurs,
autant qu'on peut l'être dans les grandes
Sociétés , il eft encore donné à eux -feuls
d'émouvoir les entrailles du riche , de conabattre
l'oppreffion de l'homme puiffant par
114
MERCURE
des interceffions qui ne font pas toujours
méprifées ; d'avoir un zèle au-deffus des
craintes timides & des fauffes bienféances ;
d'arracher quelque chofe aux immenfes befoins
du luxe , & de faire fubfifter , fans la
dégrader , l'extrême misère à côté de l'extrême
opulence. Dans les campagnes ,
où
ils font opprimés eux mêmes par cette perverfion
de l'ordre & de la juftice , inévita
ble dans un certain état de Société , & qui a
déshérité prefque dans tous les rangs , le travail
& les talens ; dans les campagnes , où les
gros Bénéficiers n'ont laiffé aux plus utiles
fonctions du Sacerdoce , que le loyer des
mercenaires , où les Curés ne peuvent fouvent
offrir aux malheureux qui les entour
rent , que la trifte comparaifon de leur
misère commune ; ils ne font pas vainement
implorés par les grandes détreffes , &
fouvent ils acquittent feuls la dette facrée
dont tous les biens de l'Eglife font grévés
envers les pauvres. Ils donnent au moins
leurs foins & leurs confeils ; ils font les
amis de tous les malheureux & les docteurs
des fimples ; un canton entier leur doit fouvent
tout-à-la- fois fes moeurs , fes confolations
, fes profpérités ; nulle part on ne
voit davantage combien un fimple particu
lier peut être utile, tout va bien ou tout va
mal dans une Paroiffe , fuivant le Curé qui
la dirige. Les Curés puifent dans la fublimité
de leur miflion , la fainte ambition
de ne pas refter au- deffous de leurs devoirs.
DE FRANCE.
115
On leur doit cetre juftice , que , malgré la
dégradation commune des principes & des
fentimens dans toutes les claffes de la Société
, malgré même le renverſement des anciennes
règles pour le choix des Paſteurs , la
claffe des Curés eft celle qui a le moins dégénéré
de fes premières vertus. Il eft doux
pour les gens de bien de voir enfin les vertus
de ce ministère élevées à des honneurs qui
n'ont encore été rendus qu'à l'élévation des
rangs & des dignités .
Tout devoit concoutir pour relever la
douce folennité de cet hommage rendu à la
mémoire du Curé de S. André- des - Arcs . Ce
digne Curé avoit été l'instituteur d'un grand
nombre d'Evêques dans les travaux du faim
ministère. Parmi ces Prélats , il en eft un
connu de toute la France par fon éloquence ,
& révéré par le noble emploi qu'il en a tou
jours fait . C'est ce Prélat , c'eft cet Orateu
qui , de cette même voix qui a été fouvent
l'interprète de la douleur publique dans les
pompeufes funérailles des Rois & des Princes,
va nous expofer la vie d'un homine de
bien, d'un bonCuré, qui fut fon maître & for
ami , au milieu d'un grand nombre de perfon
nes , réunies par la reconnoiffance & l'amiti
autour du tombeau de cet homme vénérable
au milieu de fa Paroiffe , devant l'Affemblé
de fes Confrères , & en préfence de l'Aute
dont il fut pendant long- temps le digne Mi
niftre. Je ne fais fi tout le monde recevra do
116 MERCURE
tous ces objets l'émotion que j'éprouve.
Mais il me femble qu'ils compofent un fpectacle
fur lequel l'imagination fe repofe avec
attendriffement , dont on doit être touché à
proportion du goût que l'on a pour la vertu;
& peut- être devroit- on mal penfer d'une
ville où un nouvel honneur pour la vertu a
fait moins de fenfation que tous ces frivoles
événeméns qui ne tiennent qu'à nos plaiſirs.
Ce qui frappe le plus dans cette cérémonie ,
c'eft l'éloge d'un Curé prononcé par un Evê:
que ; mais cette nouveauté doit encore plus
intereffer qu'étonner. Eh ! à qui convientil
nieux de fe charger des louanges de la
vertu, qu'aux hommes d'un ordre fupérieur,
qui peuvent en augmenter la gloire de toute
la majeté de leurs rangs I leur convient
encore d'apprendre au Peuple , & de fe rappeler
à eux- mêmes que toutes les dignités
doivent refpect au mérite , & que le plus
bel honneur de ceux qui les occupent ,
eft d'être dignes de le louer. Cet exemple ,
qui vient d'être donné dans l'Epifcopat , eft
deji confacré par un long ufage dans la Magiftrature
: tous les ans , dans les Difcours de
rentrée du Parlement de Paris , un des Avocats-
Généraux , & le Préſident qui eſt à la
tête de la Séance , payent un tribut d'efime
aux Avocats diftingués qui font morts
dans l'année. Cer ufage n'eft qu'un foible
efte du droit qu'avoient autrefois les Avocats
d'être appelés aux premières places de
a Magiftrature.
DE FRANCE.
117
Mais ce Difcours , qui a fait la plus belle
partie de cette cérémonie fi intéreffante &
fi digne d'être imitée , tout fimple qu'il eſt
& qu'il devoit être , ne préfentoit pas moins
de difficultés & d'écueils. Il femble qu'un
Difcours public ait befoin de grands objets.
Ira- t'on exagérer des vertus fimples & privées
pour les élever à la dignité oratoire ?
C'eſt le parti qu'un art faux a pris fouvent ,
même dans la chaire de vérité. Il eft un bien
meilleur moyen d'être éloquent dans un
éloge du genre de celui- ci , c'eft de bien fentir
tout ce qu'il y a de beau & de grand , même
dans les vertus les plus modeftes ; c'eft de
s'abandonner aux impreffions de fon ame ,
c'eft de ne vouloir pas être plus élevé que
fon fujet , c'eft fur- tout de ne chercher fes
fentimens &fes idées que dans le fujet même,
& de prendre le ton de ftyle qui convient à
la cérémonie où l'on parle. M. l'Evêque de
Sénez , dont le talent eft toujours bien dirigé
par fon ame , va nous fournir une preuve
de ce principe de goût dans fon fuccès.
D'autres fois il avoit parlé comme un Orateur
écouté de toute l'Europe ; ici il s'eft
placé dans une ſcène toute différente : il a
vu des Amis , des Confrères , une Paroiffe ,
des Evêques attirés pár le reſpect & la reconnoiffance
, voilà fon Auditoire ; & c'eft
cet Auditoire qu'il a toujours en vue : il ne
lui parle que de l'objet qui l'intéreffe , & de
la manière qui peut le mieux le toucher. Son
Difcours n'eft qu'un doux épanchement de
118 MERCURE:
la tendreffe filiale fur la mémoire d'un père
au milieu de fes enfans raffemblés pour la
bénir encore , & pour ſe chérir tous dans
cer objet commun de leur affection . L'Orateur
fe livre quelquefois à des regrets fur
d'autres pertes , à des voeux pour le bien
de la Patrie & de la Religion , à des inftructions
générales ; mais tout rentre dans ce ton
d'épanchement qui convenoit fi bien pour.
le fujer & pour l'auditoire. C'eſt ce ton vrai
qui fait l'intérêt de ce Difcours , & qui lui
donne même un intérêt général ; car le Public
ne prend part aux événemens de la vie
d'un fimple particulier , qu'autant qu'ils lui
font repréſentés avec des couleurs naïves &
fidelles: elles feules l'attachent à ces objets ;
dans les événemens publics , il veut être vivement
frappé ; dans ceux-ci , il veut être
doucement ému ; mais dès qu'une fois vous
avez trouvé le chemin de fon coeur , il
reçoit tous les fentimens que vous voulez
lui donner. Quel Lecteur , par exemple , ne
prend plaifir ici à fe placer dans cette Affemlée
de perfonnes qui ont aimé & honoré
e Curé de S. André - des Arcs , pour rendre
alli un hommage aux vertus de ce bon Curé ,
& pour fe livrer à tous les mouvemens qui
ortent de l'ame de l'Orateur ? Voilà ce que
le conçoivent jamais les Rhéteurs , qui vont
oujours chercher leur éloquence hors de
e qu'ils fentent , ou plutôt qui , dans tous
es fujets qu'ils traitent , ne voyent jamais
afte & ne fentent jamais rien. M. l'Evêque
DE FRANCE, 119
de Sénez avoit déjà donné un autre exemple
de cette manière de varier le ton des
éloges , & de donner à chacun l'intérêt qui
lui eft propre . En déplorant la mort de M. de
Broglio , Evêque de Noyon , jeune Prélat
dont toute la vie avoit été partagée entre
les efpérances qu'il avoit données, & les douleurs
qui avoient confumé la moitié de fa
vie , & dont l'Orateur étoit l'ami , il a fu
faire du charme de l'amitié le charme parti
culier de fon Difcours. Je ne puis me refufer
au plaifir d'en citer ici un des morceaux
les plus intéreffans. Rien ne peut mieux préparer
aux morceaux que je vais rapporter de
l'éloge du Curé de S. André des Arcs ; c'eft
la fin de l'exorde.
H
fi
Doleo fuper te, frater mi Jonatha. Ainfi
" David exprimoit fa douleur, à la mort d'un
jeune Prince qu'il chériffoit comme fon
frère: Doleo fuper te , frater mi Jonatha :
» decore nimis & amabilis. O mon reſpec-
» table ami ! ô mon aimable frère ! qu'il me
» foit permis de vous donner auffi ce tendre
nom : l'amitié avoit rempli l'intervalle
qui nous féparoit. Ce n'eft point à une
ombre vaine que j'adreffe mes foupirs.
» Hélas ! mes yeux ne vous voient plus
» mais ma raifon , mais ma foi m'allure que
» vous vivez toujours dans une ame immortelle
; mais je puis croire qu'en ce mo-
99
"
.
39
» ment vous nous voyez , vous nous entendez
, & que votre ame eft comme préfente
à vos obsèques. Regardez les per
120 MERCURE
"
сс
fonnés qui vous furent les plus chères ,
raffemblées autour de votre fepulcre :
» recevez les hommages & les larmes que
» nous vous offrons en préſence de votre
peuple . O vous , dans qui j'exiftois plus
» que dans moi - même ; vous , dont la gloire
» & la vertu devoient faire le bonheur de
» ma vie ! ô vous , qui m'avez donné jufqu'à
la fin des témoignages fi touchans de
» votre affection : vous que j'aimois comme
» David aimoit Jonathas , comme une mère
» aime fon fils unique : Sicut mater amat
» unicum filium , ita ego te diligebam ! Un
éloge funèbre , étoit ce là le monument
» que je devois vous dédier de ma recon-
" noiffance & de ma tendreffe ? Et comment
ma voix pourra-t'elle prononcer ce
déplorable Difcours ? Mon Dieu , vous ne
» condamnez point mon trouble & ma dé
» folation fur le tombeau d'un ami fi cher,
» JESUS lui- même a frémi , il s'eft troublé
a pleuré fur le tombeau de celui qu'il
» avoit aimé. Mais daignez fecourir ma
foibleffe ; ne permettez pas que j'oublie
dans ma douleur la fainte conftance
qui doit foutenir toujours un Miniftre de
» votre divine parole.
39
32
و د
"9
30
il
وو
-
Je ne fais fi l'amitié a jamais parlé d'une
voix plus touchante. Combien l'onction religieufe
ajoute ici à l'expreffion de la fenfi-
* Infremuit Spiritu .... Turbavit femetipfum , &
Lacrimatus eft Jefus. Joan. C. 11, .34
bilité !
A
DE FRANCE. 121
bilité ! mais que feroient mes réflexions pour
développer la beauté de ce morceau ? L'art
n'apprend pas à le faire , il n'apprendroit
pas à le fentir. Heureux donc ceux qui n'ont
befoin que d'ouvrir leur ame pour être éloquens
! c'eft le partage des belles ames de
titer ainfi leur gloire de ce qui fait leur
bonheur.
33
د
Nous allons entendre parler du Curé de
S. André- des - Arcs avec la même ſenſibilité.
Dans ce nouveau Difcours , l'Orateur termine
auffi fon exorde par une invocation aux
mânes du fujet de ſes regrets & de fes éloges.
" O mon père , mon père ! s'écrioit le
Difciple d'un Prophète au moment où fon
» maître fut enlevé de la terre , pater mi
pater mi ! ô vous qui m'aviez tenu lieu de
père depuis mon enfance ! vous qui nous
» avez tous aimés avec une pitié fi tendre &
» fi paternelle , recevez l'hommage de ma
reconnoiffance , recevez l'hommage fo-
» lennel que je vous offre au nom de tous
» vos Diſciples , au nom de tout votre peuple.
Reconnoiffez une voix dont vous
» aviez formé vous - même les premiers ac-
» cens à la fainte parole. Nous n'avons pu
» oublier combien toute apparence degloire
29
"
déplaifoit à votre fimplicité ; mais pour-
» riez-vous rejeter les honneurs que nous
» rendons en ce jour à votre mémoire ? Ce
» monument de votre vertu , c'eft auffi le
» monument de la piété de votre peuple. Si
j'entreprends votre éloge , fans doute ce
No. 46 , 17 Novembre 1781 .
*
F
P22
MERCURE
» n'eſt pas pour vous ; c'eft pour fatisfaire
» notre coeur , c'eft pour ranimer dans votre.
fidèle troupeau les fentimens vertueux
» que vous lui aviez infpirés . Puiffe le récit
de vos vertus enflammer auffi de plus en
plus le zèle & l'émulation de vos vénérables
Collègues & de leurs fidèles Coopé
rateurs, pour le falut de cette ville Royale,
le centre & la fource des moeurs de la
» Nation ! "
29.
M. l'Evêque de Sénez confidère M. Léger
dans les fonctions publiques de l'état Paftoral
, dans le ministère fecret de la direction
des ames , dans l'intérieur de fa vie privée.
Telle eft la divifion fort ſimple & fort naturelle
de ce Difcours. La première Partie eft
la plus intéreffante ; elle nous paroît auffi
fupérieure aux deux autres , non- feulement
pour l'éloquence , mais encore pour les traits
de vertus qu'elle retrace. C'eft dans celleci
que nous allons prendre prefque toutes
nos citations.
و د
" Le zèle de M. Léger ne s'étoit pas ren-
» fermé dans l'enceinte du Temple & dans
les fonctions folennelles du Ministère; il
» favoit la vigilance & l'activité continuelles
qu'un Paſteur doit étendre fur toutes les
» parties de fon troupeau. Sans porter fes
recherches au - delà des bornes de la difcrétion
( car il eft des limites que la vigilance
paftorale doit refpecter elle-même)
» fon zèle femble pénétrer, comme l'oeil de
la Providence jufques dans le fecret des
ม
99
DE FRANCE. 123
و د
≫ coeurs . Il connoît toutes les brebis ; il peut
» les appeler toutes par leur nom : proprias
» oves vocat nominatim. Oui , Mellieurs , &
» je puis le dire dans le fens le plus littéral ,
» depuis l'augufte Maifon qui décoroit alors
cette Paroiffe , jufqu'à la plus humble
» famille , point d'artilan fi obfcur , point
» d'enfant fi pauvre , dont il ne connoiffe
le nom , les moeurs , la fituation , juf-
» qu'aux traits du vifage . Proprias oves vocat
» nominatim , educit eas , & ante eus vadit. »
On ne trouvera pas moins le coeur d'un
digne Pafteur dans ce morceau :
"
و ر
86
Malgré fa confiance dans fes Coopérateurs
, il eût youlu pouvoir remplir lui
» feul toutes les fonctions Paftorales. Il s'eft
» du moins réſervé le droit de marcher le
premier , à toutes les heures de la nuit
» comme du jour , au fecours de tous les
affligés , de tous les infirmes , de tous les
» mourans. A un âge où fes propres infir-
" mités fembloient lui commander le repos ,
» combien de fois , Meffieurs , j'ai entendu
" ce vieillard vénérable fe rélever au milieu
» des ténèbres de la nuit , dans les temps les
» plus rigoureux , pour aller confoler ; ie
» ne dis pas quelque citoyen confidérable ,
» mais quelque pauvre artifan qui defroit
» de mourir dans fes bras ! Il vouloit en-
» core fuivre le pauvre jufqu'au tombeau.
Pauvres , vous vous fouviendrez toujours
" de fon affiduité aux funérailles de vos malheureux
pères , & comme il mêloit fes
و د
66
Fij
124
MERCURE
foupirs aux gémiffemens de vos familles
» défolées, Suivant la parole de J. C. il étoit
perfuadé que , dans l'Eglife , la première
prérogative d'un Chef, c'eft d'être le premier
ferviteur de tous. »
ע פ
W
C'eft fur - tout aux pauvres qu'un bon
Curé fe doit tout entier. Avec quelle énergie
M. l'Evêque de Sénez exprime cette touchante
vérité !
Loin de l'ame modefte & compatiffante
d'un Paſteur, la partialité fuperbe qui
donneroit aux riches la préférence fur le
peuple. Ce peuple, fidédaigné pour la groffièreté
apparente de fes moeurs , & fou-
» vent plus eftimable que la plupart des ri
ches avec toute leur urbanité , par la fimplicité
de fa foi & la franchiſe de la vertu ;
le peuple , voilà le premier Difciple & le
premier ami de Jefus - Chrift ; voilà le pre-
» mier ami des Pafteurs. Que les riches nous
» pardonnent cette prédilection : aux riches,
» la préférence des égards ; au peuple , la
préférence des fentimens. O vous qui étiez
fi cher à votre Paſteur , peuple reconnoiffant
, c'eft à vous de célébrer vous - même
fa pieufe popularité! Racontez avec quelle
affabilité il vous accueilloit , & il alloit
i vous vifiter lui-même dans vos fombres
» demeures ; publiez avec quelle bonté il
fe proportionnoit à l'innocente rufticité
de votre langage , par la fimplicité de fes
paroles ; avec quelle patience il écoutoit
→ les longs récits de vos chagrins & de vo
"
"DE FRANCE.
4
infortunes ! Mais , quelle eft la fenfibilité
» du peuple aux attentions de fes Chefs ! &
combien , Meffieurs , elle doit nous le
rendre encore plus cher & plus intéresfant
Bénédictions du peuple , plus glorieufes
& plus confolantes que tous les
applaudiffemens du monde le plus bril
lant ! ô Pafteurs , n'oublions jamais que
» notre meilleur juge , que notre plus bel
éloge , c'eft la voix du Peuple ! "
Dans un autre endroit , l'Orateur s'adreffe
aux Evêques :
" O nos vénérables Frères , combien nous
» devenons plus refpectables encore au mi-
» lieu d'une troupe de pauvres couverts de
» misère & d'infirmités , que lorfque nous
paroiffons dans les Temples , environnés
» de toute la pompe & de toute la majeſté
» de nos faintes cérémonies ! »
99
و و ن
On ne pouvoit rendre un plus beau fentiment
dans une plus belle image. Ces touchantes
maximes de notre Religion deviennent
encore plus auguftes dans la bouche
d'un Pontife. Que dire encore de ce prineipe
facré, qui ne conviendroit pas feulement
aux Pafteurs des Eglifes , mais à tous
ceux qui gouvernent les peuples : Aux grands
la préférence des égards , au peuple la préfé
Tence des fentimens !
Il m'en coûte de ne pas étendre cet extrait
davantage par de nouvelles citations . Quant
à des obfervations critiques , il me femble
que l'on en doit fur-tout aux bons Ouvrages ;
Fiij
126 MERCURE ?
elles font une preuve de la vive attention
avec laquelle on les a lus , & un garant des
éloges qu'on leur donne ; mais il eft des Cuvrages
fi bien fentis , fi faints par leur objet
, que leurs fautes même les font encore
aimer davantage , en prouvant que l'art n'y
a prefque eu aucune part ; & il n'eft pas en
moi de lire de tels Ouvrages avec la fevérité
de la critique.
Je trouve dans les dernières pages de cet
Éloge , un morceau que tous les Lecteurs
me fauront gré de leur préfenter encore.
ور
»
ท
(c
Qu'il me foit permis de raconter ici
devant mes Frères , le dernier témoignage
» que notre Père m'a donné de fa tendrelle.
» Au moment où il apprit que je venois
d'être placé dans un rang où fon amitié
pour moi n'auroit pu prévoir que je fulle
» appelé, foname étonnée fe réveille comme
d'un fommeil profond , quafi de gravi
fomno evigilans. Lui , qui m'avoit toujours
» tenu lieu de père ; lui , qui favoit combien
j'avois befoin de fes confeils , il s'agite ,
» il gémit de ne pouvoir exprimer le fen-
» riment qu'il éprouve. Ah ! s'écria - t'il en
foupirant , ah ! que j'aurois de chofes à lui
» dire ! Et les yeux éteints fe baignent de
» larmes. O mon refpectable ami ! ô mon
» maître ! ô mon père ! vous m'avez tout
» dit dans cette parole ; cette parole eft
» pour moi un trait de lumière qui ne fortira
jamais de mon ame : cette parole me
» répétera tous les jours de ma vie , toutes
ود
93
ود
DE FRANCE. 127
vos leçons , toutes vos vertus & tous les
témoignages de votre fainte amitié . „
On aime à voir l'Orateur devenir ainfi un
des objets de fon Difcours , quand c'eſt un
homme de bien qui ouvre fon ame , & le
Miniftre d'une grande fonction qui rend
compte des principes & des fentimens avec
lefquels il la remplit. L'Auditeur , naturellement
porté au refpect & à l'amour pour
l'homme éloquent , fe plaît à le connoître
perfonnellement ; il lui femble que l'homme
qu'il admire lui devient moins étranger :
c'eft la gloire de l'Orateur d'exciter cet intérêt
, & un de fes droits les plus touchairs
d'ofer s'y confier. En rappelant l'époque où
il a été élevé à l'Epifcopat , M. l'Evêque de
Sénez intéreffe tous ceux qui favent fentir
& honorer le mérite ; il les fait jouir une
feconde fois du plaifir fi rare & fi confolant
de voir une digne récompenfe accordée aux
talens & aux vertus.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
DE la formation des Maurs & de l'Ef
prit , ou Connoiffances néceffaires aux
jeunes Gens , & fur tout à ceux deflinés
à des Profeffions qui n'exigent point le
cours ordinaire des Études , & qui n'ont
reçu que les premiers élémens de l'Éducation.
A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue S. Jacques , in- 12 de 440 pages .
PERSONNE n'ignore que Démosthène cut
Fiv
128
MERCURE
!
pour père un Forgeron , Virgile un Boulanger
, Horace un Affranchi , Théophrafte un
Fripier , le fameux Amyot un Corroyeur ,
Lamotte un Chapelier , Rouffeau un Cordonnier
; enfin Maffillon un Tanneur. Il
eft donc vrai que ce n'eft pas toujours aux
héritiers de la fortune que la Nature prod
gue fes dons , & que fi le Temple des
Mufes s'ouvroit à ces enfans obfcurs condamnés
au mépris quefuit la pauvreté , nous
les verrions fouvent y commencer la gloire
de leurs afeux ; mais puifque le peuple n'a
pas le privilège de devenir favant ( fans
doute il en eft plus heureux ) , ne feroit - il
pas néceffaire de lui donner toutes ces
connoiffances qui peuvent le rendre plus
utile & plus précieux à la Société ? Pour
quoi faudroit - il qu'un Ouvrier , qu'un Artifte
fe bornât à cet art fi commun episko
De peindre la parole & de parler aux yeux?
Montaigne a obfervé avec raiſon que
la vérité affifte rarement à notre naiffance,
que les préjugés entourent la Sage
femme, qu'ils nous attendent au paffage , &
que la fuperftition nous applique. les mains
fur les tempes, & nous écrafe la tête & le
front. N'eft - ce pas un bien de chercher à
procurer aux jeunes Citoyens de toute ef
pèce ces inftructions faciles qui prouvent &
perfuadent la Religion , mais la Religion
telle qu'elle eft defcendue du Ciel ; de graver
profondément dans leur coeur ces prin
cipes de vertu & de probité, cet amour des
DE FRANCE. 129
moeurs & des devoirs , qui feuls établiſſent
la paix des Empires & la fûreté des Rois ,
& de les orner enfin de cet efprit folide qui
n'étouffe pas le bon fens.
C'est le projet & le defir de l'honnête
Écrivain dont nous nous empreffons de
propofer l'Ouvrage à ces jeunes Gens qui ,
fixés dans l'état analogue à leur condition ,
n'ont plus le remps de s'inftruire à l'école
des morts. Perfuadé qu'il vaut mieux avoir
une tête bien faite que bien pleine , il s'eft
contenté de raffembler dans un court Recueil
les notions élémentaires qui doivent
les intéreffer depuis l'âge de douze ans jufqu'à
dix -huit , en laiffant aux parens le foin
d'y appliquer l'efprit de leurs enfans , & aux
Maîtres celui de leurs Difciples .
Dans un Traité concis, & pourtant prefqu'entier
de Religion & de Morale , l'Auteur
n'a pas de peine à convaincre qu'un
honnête homme eft le plus bel ouvrage de
Dieu ; qu'il n'y a que le méchant qui foit
feul ; que les crimes font les véritables malheurs
; que le coeur , lorfqu'il s'ouvre aux
pallions , s'ouvre à l'ennui de la vie ; que
l'opulence confifte à rétrécir le cercle de fes
befoins ; qu'on perd tout le temps qu'on
peut mieux employer. Toutes ces maximes
font des femences précieufes à jeter dans
l'ame de la jeuneffe.
Pour fon efprit , on a mis à fa portée
toutes les connoiffances effentielles fur la
Phyfique , qui conduit à la Géographie & à
Fy
130
MERCURE
l'Hiftoire , & fur la Fable , fi néceffaire pour
découvrir les fecrets & admirer les mer .
veilles de la Peinture , de la Sculpture , &c.
La Converfation , la Langue Françoife ,
l'Ortographe , les Lettres , tous ces objets
font trop importans pour ne pas entrer dans
un Cours d'Éducation . Il donne encore une
idée de toutes les Profeffions , comme le
Commerce , l'Agriculture , les Arts mécha
niques ; enfin , de tous les befoins de la vie."
Cet Ouvrage , dans lequel l'Auteur montre
encore plus de zèle que de talens , eft
terminé par des morceaux de Poéfie choifis
dans nos plus célèbres Ecrivains. Il n'a pas
oublié ces vers du bon La Fontaine , fur
l'amitié,
Qu'un ami véritable eft une douce chofe !
Il cherche vos befoins au fond de votre coeurs
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous - même.
Un fonge , un rien , tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime. ...
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE defir de rendre à un homme de mérite
la juftice que lui refufent des détracteurs
paffionnés , ne nous entraînera point au delà
DE FRANCE.
130
des bornes que nous prefcrit l'amour de
la vérité. Venger le génie , honorer la
caufe du goût en encourageant les Artiſtes ,
eft fans doute un affez bel emploi , pour
que celui qui s'en trouve chargé n'écoute
d'autre voix que celle de la juftice & de
l'impartialité. Il en eft de la louange outrée
comme de la févérité exceffive ; fi l'une
prouve l'envie de nuire , l'autre annonce le
deffein formé de préférer à tout l'idole qu'on
s'eft élevée , & tout fyftême exclufif eſt blâmable
en matière de Littérature . Corneille
a mérité des hommages que la postérité la
plus reculée fe fera encore un devoir de
lui rendre , malgré les fuccès de Racine ; &
celui- ci , malgré les perfécutions des amis de
fon rival , tient fur le Parnaffe un rang que
lui a dû fon génie. Telle eft la fin de toutes
les querelles honteufes qu'occafionnent
involontairement les grands hommes: les gens
à parti , les êtres nuls qui s'agitent dans le
tourbillon de la fociété pour tâcher d'y jouer
un rôle , les juges du moment dictent des
arrêts que le goût brife , & le temps met
chaque chofe à fa place. Malheureuſement
pour les Artiftes , le moment de la vengeance
ou de la juftice eft long à fe préfenter ; mais
qu'eft- ce que l'amour des Arts fans l'amour
de la gloire ? Un homme véritablement entraîné
par ce double enthoufiafie , voit le
laurier qui l'attend au bout de fa carrière ,
cette noble récompenfe fuffit à fon ame , &
le dédommage de la fottife , de la haine on
132 MERCURE
de l'injuftice de fes contemporains. Il femble
que la Nature veuille fe venger, en quelque
façon , des hommes qu'elle a doués de
grands talens , en ne permettant que très- rarement
qu'ils en recueillent le fruit pendant
qu'ils exiftent.Cette bizarrerie, fi c'en eft ime,
eft une confolation pour les hommes ordinaires
; mais qu'il eft doux d'être perfécuté
comme les premiers , & d'avoir comme eux
des moyens d'échauffer la haine des fots !
Un éloge que nous avons déjà donné deux
fois à M. Piccini , & que nous lui devons
encore , c'eft celui de prouver dans chacun
des Ouvrages qu'il nous donne , les
progrès qu'il fait dans la connoiffance de
notre langue & de notre Théâtre. Le récitatif
d'Iphigénie en Tauride a paru très fupérieur
à ce qu'il avoit fait entendre juſqu'a
lors en cette partie ; celui d'Adèle eft plus
pur encore , plus ferré , plus vif , plus varié.
Le dialogue a beaucoup de vérité; on y diftingue
même de temps en temps cette modification
d'accens qui annonce l'étude des
nuances dramatiques , & rapproche les con
venances muficales du langage de la Nature.
Nous en pourrions citer vingt exemples;
nous nous contenterons d'en citer un , &
nous le prendrons dans une Scène même
dont on a contefté le mérite. Nous voulons
parler de la Scène quatrième du fecond Acte ,
où Raymond , après avoir obtenu d'Adèle
la permiffion de combattre pour elle contre
Alphonfe , fon accufateur , provoque ce
DE FRANCE. 135
Prince , & le défie. Le ftyle des deux Acteurs
eft marqué à des couleurs différentes ;
celui de Raymond annonce un jeune homme
amoureux , plein d'ardeur , & brûlant
du defir de cueillir les premiers lauriers
de la Chevalerie , en vengeant l'honneur
de fon amante outragée. Alphonse parle
comme un Guerrier déjà familier avec les
combats , & que ne peuvent effrayer les menaces
d'un jeune courage. A la fierté , à la
nobleffe de l'expreffion , cette Scène réunit
le ton de la vérité. Le moment où Raymond
détaille les premiers devoirs d'un Chevalier ,
eft écrit, avec enthoufiafme ; & cette quel
tion qu'il fait à Alphonfe: Vous reconnoillezvous
à ces traits ? ne fauroit- être rendue
d'une manière plus noble & plus naturelle.
Nous l'avons déjà dit , il est très - difficile ,
pour ne pas dire impoffible , de faire fentir
à nos Lecteurs combien nos éloges font fondés
; mais nous invitons les gens honnêtes ,
qui aiment à juger de la véracité des Écrivains
Polémiques , à entendre cette Scène au
Théâtre, à prononcer, & à nous rendre juftice .
Nous les invitons encore à écouter avec
quelque attention la Scène qui fuit celle
dont nous venons de parler. Elle fe paffe
entre le Comte de Ponthieu & Raymond. Le
jeune homme veut vengerAdèle, mais fon père
veut fe charger auffi du foin de la défendre ;
Raymond infifte ; & le brave , le refpectable
vieillard dit à part , après avoir écouté
Raymond,
134
MERCUREMais...
en bravant aujourd'hui le trépas ,
J'expofe un bien plus cher mille fois que ma vie....
Puis-je venger une fille chérie ?...'
Si l'âge trahiffoit mon bras ! ...
Combattez , cher Raymond....
Ces vers , fupérieurement rendus par M.
Larrivée , doivent au Muficien le charme
qu'ils ont à la repréfentation. C'est par- tout
le fentiment réfléhie d'un père qui tremble
que l'honneur de fa fille ne reste taché ,
fi fon courage eft trahi par fa vieilleffe. La
partie des acompagnemens n'eft pas moins
belle. L'Orcheftre exprime les mouvemens
tumultueux , le trouble intéressant d'un coeur
paternel. A la fin , un trait rapide & qui annonce
le retour de l'efpérance , élève les
accens du Comte , & lui fait dire avec
J'abandon de l'enthousiafme & de la confiance
, combattez cher Raymond. Voilà , ou
nous nous trompons fort , ce qui caracté
rife un Artifte qui fe rend compte de ce
qu'il a à peindre , qui fent ce qu'il écrit , &
qui s'identifie avec le perfonnage qu'il doit
faire parler. Encore une fois , Lecteurs impartiaux
, écoutez , & jugez non -feulement
M. Piccini , mais prononcez fur l'Auteur de
cet article.
Arrêtons - nous fur de certains détails ;
chaffons , comme l'a dit Voltaire , l'ennui de
l'uniformité , & paffons à l'examen des airs.
Le premier que chante Adèle , nous a paru
beau & plein d'expreflion. Il peint bien les
DE FRANCE. 135
tourmens d'un coeur amoureux , & qui combat
entre le plaifir d'aimer & l'honneur cruel
d'immoler fon amour au devoir . Nous devons
pourtant dire que nous y aurions defiré
des répétitions moins fréquentes. Nous n'aurons
jamais la fotte audace de vouloir raifonner
Mufique devant M. Piccini ; mais en
parlant fimplement des convenances que le
Théâtre exige , nous prendrons la liberté de
lui dire , que la répétition des mêmes traits
produit fouvent un effet contraire à celui
qu'en attend le Compofiteur ; que la nature
ne répète pas indifféremment tout ce que la
passion , le trouble ou le déſeſpoir lui fuggèrent
; & que le moyen de frapper l'ame
eft de ménager avec goût les objets fur lefquels
un coeur irrité par la douleur & par les
perfécutions , peut , & a même befoin de
revenir ainfi dans ces quatre vers ,
Difparois , avenir funefte ,
que
Laiffe un voile épais fur mes yeux ;
Soutiens , honneur impérieux ,
Le peu de force qui me refte.
il eut peut- être été plus adroit de ne répéter
les deux derniers vers , & d'oublier les
deux premiers. Adèle, en appelant l'honneur à
fon fecours , devient très- intéreffante , & cet
honneur, dont la force lui eft fi néceffaire ,
elle peut l'invoquer à plus d'une repriſe .
D'ailleurs , tous les Arts ont entre - eux une
analogie très-marquée , & l'on peut dire à un
Muficien ce que l'on a déjà dit aux Peintress
#36 MERCURE
qu'il eft quelquefois avantageux , & que
e'eft même une fineffe utile que de négli
ger certains détails pour en faire valoir
d'autres. Des ombres bien ménagées font
valoir les effets des lumières ; trop d'égalité
devient nuifible au mérite apparent d'une
compofitien quelconque , & le Théâtre eft
peut- être le tableau qui exige le plus d'adreffe
& de facrifices pour présenter les
objets d'une manière auffi piquante que
flatteufe.
Nous n'avons point les mêmes obfervations
à faire fur les autres morceaux de chant
qu'on rencontre dans le rôle d'Adèle. Çelui
qui nous a paru le plus agréable , & réunir à
la mélodie la plus douce , l'accent le plus
convenable à la fituation , eft celui qu'elle
adreffe à Raymond , quand elle veut le dé
tourner de prendre la défenfe . Ces deux
vers principalement logik ing söluna
arodais
15Vivez pour aimer votre Adèle , Com oldmgày
Vivez pour effuyer fes pleurs ,
font rendus , avec autant de grâce que
d'expreffion.
C'eft dans cet endroit que M. Piccini
mérite des éloges , pour avoir fait répéter
l'invitation
que
la Princeffe fait à son amant
de vivre pour elle , parce que ces répétitions
font dictées par la paffion , & qu'elles deviennent
alors le cri de la nature.
Le quatuor du premier Acte eft une beauté
plus muficale que dramatique. Il n'eft guères
vraisemblable que de quatre perfonnes qui
DE FRANCE. 137
forment évantail sur le devant de la Scène ,
deux chantent dans un motif gai , & deux
dans un motif trifte & même lugubre , fans
que les premiers foient frappés de la douleur
des autres. Mais s'il eft vrai , comme
nous le penfons , que la mélodie doive quelquefois
, fur le Théâtre lyrique , tenir lieu de
ce que la marche de la Scène exige imperieuſement
ailleurs , M. Piccini a rempli fon
but. Il a fait un morceau qu'on peut regarder
comme très bean ; & les applaudiffe "
mens que le Public lui a donnés , confirment,
ce que nous venons d'avancer.
Dans le rôle du Comte de Ponthieu , nous
avons remarqué deux airs qui méritent auffi
d'être avantageufement cités. Il les chante tous
deux devant Adèle : le premier dans la première
Scène du fecond Acte , & le fecond
dans la quatrième Scène du troisième. Adèle
accufée par Alphonfe , déclare à fon père le
véritable motif de cette odieuſe accufation .
Le Comte veut combattre pour elle ; Adèle
tremblante , s'écrie :
Plutôt vivre fans gloire & mourir fans vengeance.
Un air , dans lequel elle détaille les fentimens
dont fon coeur eft pénétré , arrache des larines
au Comte , qui lui répond :
Que ta tendreffe pour un père
Parle en faveur de ta vertu !
Que ton aveu noble & fincère
De Ranime mon coeur abattu , &c.
138 MERCURE
Tout ce que l'amé d'un père peut éprouver
de sensibilité , tout ce qu'elle peut lui ins
pirer de tendrelle pour une fille cherie , on
le remarque dans cet air , dont la fin eft à
la fois noble & touchante , & où l'on retrou
ve le caractère d'un vieux Chevalier , égale .
ment fufceptible d'amour pour la fille , &
derefpect pour l'honneur.
L'autre fituation n'eft pas moins frappante.
Le Comte qui a refufé à Raymond
la main d'Adèle , apprend qu'il est fon
amant aimé , que par obéillance elle été
fur le point d'époufer Alphonfe , ce même
Alphonfe qui vient de l'outrager d'une manière
fi barbare : alors il fe déclare indigne
du titre de père , & dans fa douleur al
s'écrie :
Tremblez , tremblez pères cruels !
Voyez des regrets éternels
Dans Labas de votre puiflance.
Le plus affreux des châtimens
C'eft le malheur de nos enfans ,
Quand il n'eft dû qu'à leur obéiffance.
Il feroit difficile de rendre d'une manière
* Voyez ce qu'en dit Raymond , Scène fecon de
du premier Acte. On a beaucoup reproché à M. de
Saint- Marc d'avoir donné au Comte de Ponthieu
une douleur que rien ne motivoit . Si avant de
porter un jugement auffi hafardé on avoit lu la
Scène que nous indiquons , moins de gens auroient
fait preuve de la légèreté de leurs décisions .
DE FRANCE. 139
plus énergique un fentiment de douleur auííi
profond. I eft vrai qu'on n'y diftingue pas
ces cris , ces éclats , ces convulfions de faire
avec lefquels on entraîne aujourd hui les
fuffrages des gens qu'on paffionne en les
étourdiffant ; mais on y remarque le goût
d'accord avec l'expreffion relative à la fruation
; & c'eft une louange fouvent due à
M. Piccini , que celle de fe fouvenir ,
que l'art ceffe de mériter ce nom , quand on
le fait fortir des limites prefcrites par les
principes & par le fentiment du vrai beau.
Comme on ne peut pas tout citer , nous
pafferons légèrement fur le choeur , honorons
la charmante Adèle , dont le motif eſl charmant
; fur cet autre : Fiez vous à votre an
nocence, exécuté par les Chevaliers qui propo
fent à Adèle le fecours de leurs bras, &c, c,
& nous terminerons nos éloges par l'air que
chante Alphonfe à la fin du premier Acte.
Suivons le tranfport qui m'entraine. Ce morceau
paroît avoir réuni le plus grand nombre
de fuffrages ; en effet , il peint de la manière
la plus expreffive tout ce que le dépit , la
rage & la jaloufie peuvent avoir de fureur.
La partie de l'Orchestre fur- tout nous a paru
être le réfultat d'un fentiment dicté par le
génie , & très fupérieure à celle du chant, qui
eft pourtant belle & convenable à la fituation.
Après avoir rendu à M. Piccini le tribut
d'hommages qu'on a refufé à fes talens, nous
aurons le courage que donne la vérité , celui
de lui faire quelques reproches. Si on en
-
140 ९ MERCURE's nose
excepte les deux choeurs que nous avons
cités , tous les autres choeurs de cet Opéra
nous ont paru foibles , & peu relatifs à leur
pofition. Celui du premier Acte : Amour!
que ces épouxfont dignes de ta chaîne, eft d'un
chant peu flatteur , on pourroit même dire
défagréable. Celui qui termine le fecond
Acte: Volez à la voix de l'honneur, ne paroît
pas écrit avec le fentiment qu'il eft fait pour
infpirer. Raymond fort pour aller venger
Adèle ; toute la cour du Comte veut échauf
fer fon âme ; il falloit donc employer un
motif qui tint de l'héroifme , de l'enthou
fiafme dont tous les affiftans font animés. Le
ferment n'eft point affez noble , il n'a pas
ce caractère impofant qui annonce tout ce
qu'ont d'augufte & de facré les engagemens
que prend le jeune Chevalier. Soit fouvenir
d'autres morceaux du même genre où M. Piccini
s'eft montré avec une fupériorité , pour
ainli - dire , inabordable , foit qu'ils méritent
réellement d'être régardés comme foibles ,
les Duos de cer Opéra ne nous ont pas fait
reconnoître l'Auteur de Roland & d'Atys ;
quoique la fin de celui que chantent Adèle
& le Comte au troisième Acte , foit très fupérieure
au commencement. Les airs de Ballets
nous ont paru longs. Ce n'eft pas que la
plupart d'entre eux ne préfentent des motifs
pleins de grâces, mais nous croyons qu'en géné
ral, les Airs de cette efpèce doivent être coupés
à un très petit nombre de mefures , & que
les trop étendre , c'eft leur donner de la moDE
FRANCE. 141
notonie , c'eft négliger de compofer pour la
danfe. Ce dernier objet demande une étude
particulière, & fur laquelle il feroit effentiel
d'être guidé par un Maître de Ballets intelligent,
& par un Danfeur qui réunit l'expérience
au talent.
Il y a long- temps que le Poëme eft jugé.
Réduit aujourd'hui de cinq Actes à trois , il a
une marche plus rapide ; inais, grâces à l'habitude
de porter fur la Scène lyrique des fujets
plus tragiques que ne l'exigent les conventions
musicales , on lui a reproché de la
froideur. Au refte , fans entrer ici dans une
difcuffion inutile , on peut affurer qu'il eft
affez tragique pour ne pas mériter tous les
reproches qu'on lui a faits ; qu'il eft écrit
correctement; qu'on y remarque tour- àtour
de la force , de la nobleffe , de la grâce ,
de la galanterie , l'on peut même ajouter
qu'il eſt aſſez étonnant que le fpectacle de
nos anciennes moeurs ait été reçu d'une manière
auffi indifférente par le Peuple qui a
donné la naiffance à une foule de Heros
dont la Chevalerie s'eft honorée.
A
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NTIQUITES d'Herculanum , avec leur explica
tion en françois , nº . 4. Ce quatrième Cahier , compofé
de douze Planches , contenant vingt - deux Tableaux
, eft du prix de 9 livres in- 4° . , & de 6 livres
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Nota. Un grand nombre de perfonnes qui fe
1-42 MERCURE
font fait infcrire pour les Antiquités d'Herculanum ,
négligeant de faire retirer les Cahiers à leur terme ,
M. David fe voit obligé d'employer la voie de la
foufcription pour s'aflurer le nombre de fuffrages
néceffaires à l'exécution d'une Entreprise auffi coû
teufe , & n'apporter aucun retard aux Livraisons ,
qui continueront de fe fuccéder avec exactitude tous
les trois mois : en conféquence dès ce moment les
perfonnes qui ont déjà les quatre premiers Cahiers,
& ceux qui defireront avoir l'Ouvrage , pourront
foufcrire en payant 18 liv. pour le format in-4°. &
12 liv. pour · l'in - 8 ° .• pour les numéros 5 & 6 qui
vont fuivre , & qui termineront le premier Volume.
En recevant au premier Avril le fixième Cahier , on
paiera la même fomme pour les deux Cahiers fuivans
, ainfi de fuite de fix mois en fix mois . Ceux
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98 De la Formation des Maurs
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Lettre aux Auteurs du Mercure
,
127
Enigme & Logogryphe, 109 Gravures ,
Eloge Funèbre de Meffire Clau- Annonces Littéraires ,
101 Académie Roy. de Mufiq. 130
APPROBATIO N.
141
143
ke J'AI
I lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 17 Novembre. Je n'y ai
xien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris ,
le 16 Novembre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 24 NOVEMBRE 1781.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
EPITRE écrite à bord d'un Vaiffeau
François qui croifoit fur les Sorlingues ,
en Septembre 1781 .
LA Natur , marêtre en ces affreux climats ,
Même au caur du Printemps, n'offre que des frimats,
Ce n'eff point cette Mer , en merveilles fertile ,
Célèbre par les chants d'Homère & de Virgile ;
Cette Mer ou naquit la Mère des Amours ;
O les plus belles nuits fuccèdent aux beaux jours ;
Dont les bords enchanteurs font peuplés de Syrênes;
Où les Ris & les Jeux forment d'aimables chaînes.
C'eft l'éternel féjour des autans furieux ,
Théâtre enfanglanté par des ambitieux ,
Sepulcre mérité du Nautonier avare ,
Que la fortune flatte & qu'enfin elle égare
No. 47 , 24 Novembre 1781 .
146
MERCURE
Jamais on n'y jouit de la clarté des Cicux ,
Un voile ténébreux la dérobe à nos yeux.
Du Soleil bienfaifant l'éclatante lumière
Semble s'y refufer à la trifte paupière ,
Et la pâle lueur de l'aftre de la nuit
N'y paroît qu'un inftant devant le jour qui fuit ;.
L'abîme eft fous nos pas , la foudre fur nos tétes ;
La mer mugit au loin , préſageant des tempêtes ;
Tout annonce à nos yeux les horreurs de la mort ,
Et les coeurs oppreffés foupirent vers le port.
O mortels aveuglés , la terre bienfaifante
S'offre de toutes parts à combler vos defirs ;
De votre Créateur la main toute-puiffante
Y prodigua pour vous les biens & les plaifirs.
François ambitieux , Anglois fier , mais avide ,
Renoncez pour jamais à l'élément perfide
Qui vous promet en vain la gloire & le bonheur,
J'ofe vous propofer une route plus sûre ,
Plus douce & plus conforme aux loix de la Nature ,
Et que vous trouverez au fond de votre coeur.
Que la mer vous oppoſe une vaine barrière ;
Unis , donnez des loix à la Nature entière .
Servez-vous du pouvoir que vous tenez des Cieux
Pour forcer les humains à devenir heureux .
Vous les avez inftruits , éclairés d'âge en âge ;
Que leur félicité foit encor votre ouvrage.
Vous êtes les premiers d'entre les Nations ,
Eft-ce pour vous livrer au feu des paffions ?
Par des larmes de fang on pleure une victoire ,
DE FRANCE. 147
Et fouvent le Vainqueur a détesté fa gloire.
Soyez toujours amis , Anglois , Francs & Germains . *
Enfans d'un même Dieu , ceffez d'être inhumains !
Siècle d'or fi vanté, viens régner fur la terre ,
Qu'on y puiffe oublier jufqu'au nom de la guerre !
Réunis fous tes loix tant de peuples divers ,
Et qu'un peuple d'amis rempliffe l'Univers !
(Par M. de P. G. Capitaine de Vaiff. )
LISE , Églogue.
Il n'en faut point douter , Tircis trahit mes feux ;
Je ne faurois plus long-temps m'y méprendre :
En vain je le cherche des yeux ,
Sa voix encor ne fe fait pas entendre ;
Depuis une heure , dans ces lieux ,
Je languis & l'attends ; un Berger amoureux
Au rendez -vous ne fe fait pas attendre.
DEPUIS hier au foir je ne l'ai point revu ;
Je me fouviens d'un temps où le volage ,
A me chercher étoit plus affidu
Sous ce tilleul , le plus touffu
Et le plus fombre du boccage ,
Il étoit le premier rendu;
Il ne me quittoit plus de toute la journée ,
* On entend par-là ceux qui combattent fous les Drapeaux
des Anglois contre les Infurgens.
Gij
148 MERCURE
Et maintenant je vois paffer la matinée
Sans que le perfide ait paru.
HELAS ! qui me l'a pris ? C'eſt Thémire, fans doute,
Elle étoit jaloufe de moi.
Oh! oui, n'en doutons plus , c'eft-ellIe.... Ah ! garde-toi
De lui donner , Thémire , & ton coeur & ta foi ;
Tu ne fais pas ce qu'il en coûte !
N'AUROIS-JE pas plutôt dû m'en appercevoir ?
Je me fouviens d'un trait qui me regarde ,
Qui , dans le temps , eût pu me le faire prévoir ;
Mais dans ce temps , à quoi prenois - je garde ,
Si ce n'étoit au plaifir de le voir ?
C'iroir aux noces de Carite ,
Je m'en fouviens ; ma rivale étoit là ;
Avec Tircis elle danſa ,
Il danfa bien ; l'ingrat me prit enfuite ,
Et je crus remarquer , fans en témoigner rien ,
Qu'il ne danfoit plus auſſi bien.
HIER , en le quittant , fans en être apperçue ,
Je le vis cueillir un bouquet ;
Je vis l'air attentif que le traître y mettoit,
Il le baifa même à ma vue ;
Je comptois bien qu'il me le deftinoit !
ELLE fe tut. Bientôt la jeune Life
Pâlit & détourna fes yeux de pleurs noyés;
DE FRANCE. 149
Mais en les détournant , quelle douce furpriſe !
Elle vit le bouquet, & Tircis à les pieds.
(Par M. Latour de Lamontagne. )
IMPROMPTUfur les Dangers de la Louange
& de la Sincérité.
UN Flagorneur criant à perdre haleine ,
Complimentoit prefque tous les paffans.
Un autre fou fe bouffiffoit les flancs
Pour dire à tous la vérité certaine ;
Qu'arriva-t'il à ces deux Charlatans ?
Comus à l'un fit crever la bedaine ;
L'autre , de faim , mourut en même- temps.
Seconde Lettre à Madame. ·
ou fuite du
parallèle de la Comédie & de la Tragédie.
Quz penferiez -vous , Madame , d'un homme qui
s'engageroit volontairement dans un chemin couvert
d'épines , dans un fentier raboteux & mal sûr ,
où il auroit à cheminer à travers des précipices &
fous un ciel toujours orageux ? Vous penferiez fans
doute que ce fentier épineux le conduit fur quelque
bord defiré ou la nature & les hommes doivent , ou
enchanter les fens , ou fatisfaire à fon ambition
ou remplir tous les befoins de fon coeur . Et l'on
vous difoit cet homme , après la longue & pénible
courfe , ne peut attendre , pour prix de fon zèle &
de les efforts , qu'un accueil glacé & de froids com-
•
G iij
150 MERCURE
plimens ; on ne lui faura pas plus de gré de fes longues
fatigues , que s'il ne faifoit que de quitter fon
appartement ou fon lit ; de quel il regarderiezvous
, de quel nom appelleriez-vous notre voyageur?
Prenez-y garde , Madame , vous allez prononcer
l'arrêt de celui qui , héfitant entre la Tragédie
& là Comédie , finit par fe confacrer à la
dernière. Il pourra fe dire à lui-même : mon rival ,
qui s'eft engagé fous les drapeaux de Melpomene ,
trouvera des fleurs dans la carrière , les épines feront
pour moi ; avec plus d'obftacles à vaincre ,
j'aurai moins de part à la gloire ; quand je ferai à
peine fourire , il excitera la plus profonde admiration
.
Convenez , Madame , que fi quelqu'un vous démontroit
la vérité de cette conclufion , if auroit
rempli mon but , qui eft de vous prouver , dans cette
Lettre , que la Comédie eft le genre le plus ingrat.
Four y parvenir , il ne faudroit que mettre fous vos
yeux le tableau hiftorique des repréfentations de
nos Pièces de caractère . Vous y verriez Molière , le
Dieu de la Comédie , effuyer dans ce des
genre
chûttes , ou n'obtenir que des demi- fuccès. Le feul
Tartufe eut une pleine réuflite ; & ce fuccès , qu'il
devoit obtenir par fon propre mérite , il le dut à des
circonftances locales , à la défenſe qu'on avoit faite
de ce fublime Ouvrage. Vous verriez dans ce même
tableau la Métromanie traitée comme un Ouvrage
très- ordinaire , obtenir d'abord fans affluence un
petit nombre de repréfentations. Enfin , Madame,
des Tragédies médiocres , pour ne rien dire de
pis , ont fait des fortunes incroyables , ainſi que le
Timocrate de Thomas Corneille ; a t'on vu une
Tragédie qui eut cent représentations de fuite . Les
Afteurs viurent prier le Public de leur permettre de la
fufpendre , parce qu'ils oublioient les autres Pièces de leur
Répertoire.
DE FRANCE. 151
feule Comédie médiocre ( fauf le bénéfice des cir
conftances & du moment ) faire une auffi brillante
fortune ? Que dis-je ? a-t'on vu nos chef- d'oeuvres
Comiques obtenir un fuccès qui approche de celui-là ?
Ajoutons encore une trifte vérité . Plus votre ouvrage
fe renfermera fidèlement dans le genre de la Co.
médie , plus il aura de peine à réuffir ; fon fuccès fera
plus facile s'il fe rapproche du Drame, ou de la farce.
Enfin , choififfez une Tragédie & une Comédie d'un
mérite égal , la première aura deux fois plus de repréfentations
& avec plus d'affluence . Écoutons le Public
fortant du Spectacle. Si l'on vient de voir une Tragédie
, on s'écrie avec enthoufiafme : voilà qui eſt
beau , fublime ! Si c'eſt une Comédie , on dit en
fouriant : cela eft fort joli . Heureux encore file
Poëte Comique n'entend pas dire : cela eſt drôle.
Auffi combien de gens regardent un Auteur de
Comédie comme un plaifant , un facétieux ! comment
jugeront- ils autrement un homme qui n'eft
occupé toute fa vie que des moyens de les amufer ,
de les faire rire ? Cela eft fi vrai , que nombre de
perfonnes ne croiront jamais que Molière n'ait pas
été gai . Molière trifte , lui dont on ne peut voir
une feule Scène fans rire ! ils ignorent que le rire
qu'excite une Comédie n'eft pas l'effet de la gaieté
de l'Auteur , mais le réfultat des combinaiſons de
fon génie ; comme fi , pour faire rire une affeniblée
d'honnêtes- gens , il fuffifoit de rire devant eux ;
comme le vrai comique n'étoit pas plutôt com
pofé de traits de caractère & de fituation que de
bons mots. Il eſt au contraire à préfumer qu'un
homme gai eft moins fait pour réuffir dans la Comédie
qu'un homme mélancolique. L'homme gai
eft diffipé d'ordinaire ; le mélancolique eft obfervateur
: & c'eft fur- tout l'efprit d'obfervation qui
eft le foyer du genre Comique..Regnard eft plus
Giv
152 MERCURE
- plaifant que comique , Molière eft bien plus comique
que plaifant.
Vous ferez moins étonnée , Madame , de voir le
emple de Thalie peu fréquenté , folitaire , fi vous
fongez quelles claffes de Citoyens forment les
urois quarts de nos Spectateurs : le peuple , les femmes
& les jeunes gens. Or , ces trois claffes - là doivent
préférer la Tragédie. Les jeunes gens , par leur
amour naturel pour le merveilleux ; les femmes ,
par le goût qu'elles ont pour les idées & les fentimens
romanefques ; & le peuple , parce qu'il eft
Latté d'être admis pour ainfi dire dans la confidence
des paffions & des malheurs des Héros & des Rois ,
perfonnages que le fort a placés fi loin de lui ; &
parce qu'un pareil Spectacle lui offre le tableau des
richeffes & des grandeurs , objets qui lui font étran
gers , & qui par - là frappent plus vivement fon imagination
. En vieilliffant, les hommes, qui deviennent
alors plus raisonnables que paffionnés , fe tournent
du côté de la Comédie ; les femmes , dont l'imag
nation vieillit moins , aiment toujours la Tragédie.
Ainfi , les trois quarts des Spectateurs font
le
Poëte Tragique.
pour
le
Eh bien , Madame , êtes-vous un peu touchée
du fort des Auteurs Comiques ? Vous voyez qu'ils
obtiennent à peine un quart de la gloire qui leur eft
dûe ; encore ce quart-là ne leur eft- il payé que
plus tard poffible . Souvent un célèbre Auteur Tra
gique meurt tout entier , mais il a vécu du moins ,
& il ne perd la gloire qu'au moment où il ne pourra
plus en jouir. La réputation du Poëte Comique s'affermit
de jour en jour ; mais la gloire ne commence
guère qu'au moment où fa vie finit. Comme les
Ouvrages que la méditation * enfante ne peuvent
Je crois avoir prouvé dans ma première Lettre que
le talent Comique fuppofe plus de méditation que celui
de la Tragédie.
DE FRANCE.
153
être jugés que par la réflexion , fon ; mérite eft reconnu
beaucoup plus tard. Au lieu que le fentiment ,
qui juge les Poëtes Tragiques , doit leur rendre naturellement
une juftice plus prompte ; fa vivacité eft
égale à fon indulgence, il apporte fur l'heure , à l'Auteur
de fes plaifirs, la récompenfe de fes travaux. En
un mot , tout le monde peut juger le Poëte tragi-
-que ; il ne faut pour cela qu'un coeur ou une imagination
; & tout le monde a l'un ou l'autre . Mais
pour apprécier l'Auteur Comique , il faut un efprit
éclairé par l'étude & la réflexion , ce qui n'eft pas ,
à beaucoup près , aufli commun.
On a remarqué que les Poëtes Comiques étojent
moins heureux auprès des Corps Littéraires ; qu'ils
étoient moins fouvent adoptés par les Académies ,
La raifon en eft fort fimple. C'eft que les Académies,
dans leur choix , ne confultent pas feulement le mérite,
mais la renommée d'un Auteur ; elles apprécient
tout - à - la - fois ce qu'il vaut & ce qu'on le prife ;
non feulement le tribut de gloire qui lui eft du ,
mais celui qu'on lui a payé c'eft qu'en effet une
Académie étant , pour ainfi dire , refponfable de fon
choix envers le Public , l'eftime du dernier doit être
de quelque poids dans la balance ; c'eft qu'il eft de
la dignité d'un Corps Littéraire , que chacun de fes
Membres y arrive efcorté de la confidération pu
blique , c'est enfin qu'il ne faut pas , autant qu'il eft
poffible , qu'en prononçant le nom d'un nouvel
Académicien , on foit dans le cas de demander pourquoi
l'a- t'on choifi , ou , ce qui eft peut- être pis encore
, qu'a-t'il fait ? Or , la renommée de l'Auteur
Comique et bien moins brillante ; les égards qu'om
lui doit femblent porter moins l'empreinte du devoir
A bien qu'on pourroit dire qu'il n'a pas même le
droit de fe plaindre des injuftices qu'on lui fait
Vous avez voulu , Madame , que je vous remfiffe
compte des motifs qui m'éloignent de la carrière de
Gy
·354
MERCURE
ha Comédie. C'eft vous répondre , je crois , que de
Vous prouver, comme je crois l'avoir fait , que la
Comédie eft le genre le plus ingrat , comme le plus
difficile. Je pourrois , après cela , me difpenfer de
pouffer plus loin cette differtation ; mais fi vous avez
lu ces deux Lettres fans ennui , je pafferai fur le
champ à la troifième , que j'ai promife. Vous y
verrez , Madame , que ce genre fi difficile & fi ingrat
, n'a jamais été ni auffi difficile ni auſſi ingrat
qu'il l'eft aujourd'hui.
.
de me
Après cela , Madame , vous me permettrez
borner à jouir des Ouvrages comme Spectateur, & de
- renoncer à des jouidances d'amour -propre qui coûtent
toujours beaucoup plus qu'elles ne valent.Je n'irai voir
nos jeux Dramatiques que comme Spectateur, je n'y
porterai plus ces entrailles paternelles fi propres à
s'émouvoir douloureufement ; je n'aurai que le foin
de fonger à mes plaifirs , & non l'embarras de travailler
à ma gloire ; je n'aurai point de rivaux ,, je
n'aurai que des amis ; j'aurai de l'indulgence pour
eux , parce que je fens toutes les difficultés de leur
Art dépouillé de toutes prétentions , j'applaudirai
fans fcrupule aux fruits de leurs veilles , parce que
je ne craindrai pas de diffiper mou propre bien , en
diftribuant la lomange ; enfin , Madame , j'aurai des
plaifirs moins vifs , mais je jouirai d'un bonheur plus
tranquille.
Pai l'honneur , &c,
DE FRANCE. 155
AIR DES DEUX SYLPHES.
Andance .
MON Amant eft fi- de- le & tendre
; Je n'ai plus de voeux à
for mer ; Je n'ai que des
gra- ces à ren dre ; A - - mour !
A mour ! non , je ne veux
qu'ai - mer. Non , non je ne veux
qu'ai - mer 2 > non non , je ne veux
G vj
156 MERCURE
qu'ai- mer , je ne
veux qu'aimer
, non
je ne veux qu'ai-
Fin .
mer. Sur le crime & fur l'inno
cen- ce Ta voix pro
- nonce
fans re - tour. Tu punis
par l'in dif- fé ren - ce ,
Τι
ré -com - pen fes
par
PAmous
, tu ré- com- penfes
par
DE FRANCE. 157
l'A-mour. Mon Amart & c.
( Paroles de M. Imbert , Mufique de
M. Defaugier. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercureprécédent.
LE mot de l'Enigme eft Noisette ; celui
du Logogryphe et Vive- le Roi , où le
trouvent Loi & Roi , ivoire , voile , ivre ,
Vire (ville de Normandie ) , & vol.
ÉNIGM E.
QUATRE lettres forment mon nom
Quatre temps fervent à ma gloire ;
Quatre planches à l'uniffon;
Quatre vilains en robe noire ;
Quatre cloches en carillon
Et quatre pieds fous le gazon
Affurent ma victoire.
( Par M. P.... de S. C.... , Av . au Parl. )
LOGOGRYPHE
.
PAR-TOUT où l'on fait bonne chère,
Par-tout où les plaifits fe fuivent de trop près , A
158 MERCURE
Par-tout où l'homme oifif languit , joue & digère ;
Voilà les lieux où je me plais.
Le Seigneur , le Prélat à qui je rends vifite ,
&
M'envoie au diable mille fois ;
Mais plus le bonhomme s'irrite ,
Et plus de mes fix piés je lui ferre les doigts.
On trouve tout en moi , jufqu'à la robe antique
Dont s'affubloit à Rome un grave Sénateur ;
Ce qui manque à plus d'un Auteur ,
Quoique pourtant chacun s'en pique ;
Une note de la mufique ;
Un des plus anciens Rois , géant à faire pour,
Dont le lit , comme une relique ,.
Fut confervé long -temps . C'en eft affez , Lecteur.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE COMTE DE STRAFFORD , fuite des
Nouvelles Hiftoriques , par M. d'Arnaud.
Tome fecond , troifième Nouvelle. Prix ,
3 liv. broché. A Paris , chez Delalain ,
Libraire , rue S. Jacques , vis - à - vis la rue
du Plâtre.
IL exifte un préjugé, faux ou vrai, qui femble
placer un certain genre de Romans dans
la dernière claffe des Ouvrages Littéraires ;
préjugé le plus fouvent adopté par des géDE
FRANCE. 159
nies du premier ordre , & dont les talens
fupérieurs font une eſpèce d'excufe du peu
de cas qu'ils font de ces fortes de productions.
Ils regardent ces Hiftoriertes comme
frivoles , fans difficultés , & par conféquent
fans mérite ; frivoles , parce qu'elles ne font
d'aucune utilité ; fans difficultés , parce qu'elles
ne font qu'un affemblage d'aventures dénuées
de bon fens & de vraifemblance ;
fans mérite , parce qu'elles ne font ni utiles ,
ni difficiles . Je ne parle point de ces Savans
qui ne penfent pas que, hors les Latins & les
Grecs , il puiffe fe trouver quelque chofe
digne de leur attention. Voltaire , homme
au-deffus de tout préjugé , & fait pour rendre
juftice à tous les talens , puifqu'il les
poffédoir tous , a dit : « Je fuis bien éloigné
de vouloir donner quelque prix àtous ces
» Romans dont la France eft inondée , qui
font tous , excepté Zaïde , des productions
indignes d'être lues par des efprits
folides. Qui le croiroit cependant ? Si
le nombre des Acheteurs fait juger de celui
des Lecteurs ; & fi le débit d'un Ouvrage eft
la marque la moins incertaine du mérite de
l'Auteur , & du plaifir qu'il fait , les faifeurs
de Romans font bien vengés des dédains &
des plaifanteries de ces critiques , qu'ils ont
appelé les Apoftats du fentiment.
و ر
و د
13
Quoique les Romans de M. d'Arnaud
aient beaucoup de vogue , il eft manifefte que
les réflexions générales qu'on vient de lire
n'ont aucun rapport à la nouvelle brochure
160 MERCURE
de cet Auteur célèbre, & qu'à l'exemple de
quelques uns de nos collaborateurs , nous
nous fommes amufés à faire un préambule
abfoluinent étranger au gente de l'Ouvrage
qui fait le fujet de cet Article : cela eft fi
vrai , que le fonds de cette Nouvelle eft purement
hiftorique. On en va juger par une
fimple analyſe.
Sir Thomas Wentworth , iffu d'une Famille
diftinguée , en avoit recueilli une fortune
qui répondoit à la naiffance. La Nature ,
qui l'avoit fait éloquent , lui avoit donné
un génie propre aux affaires. Jaloux d'attirer
les regards de la Nation , il étoit entré d'abord
dans le parti de l'oppofition. Alors les
querelles occafionnées par la Liturgie Angloife
, objet peu important par lui même ,
portoient l'efprit de parti aux excès les plus
furieux. Les Puritains regardoient le jeune
Wentworth comme un de leurs plus zélés
defenfeurs. Mais foit qu'il fentit l'injustice
de cet efprit d'animofité , foit qu'il ne fût
pas infenfible aux féductions de l'ambition ,
il changea de fentiment & de conduite , &
l'infortuné Charles Premier n'eut point de
Serviteur qui lui fut plus attaché. Wentworth
ne tarda pas à recevoir le prix de fon
zèle. Le Roi le créa Baron , enfuite Vicomte
& Comte de Strafford , le nomma Préſident
du Confeil d'Yorck & Vice Roi d'Irlande,
Il fut enfin le principal Miniftre , le Confeiller
& l'ami de fon Maître. Tel eft le portrait
que M. d'Arnaud trace de fon caractère
DE FRANCE. 161
• Strafford réuniffoit toutes les qualités
» qui forcent à l'eftime , fi elles n'excitent
pas l'affection . Il étoit impofant dans fon
33
maintien ; fes ennemis appeloient hauteur
» cette gravité , qui fouvent annonce une
» ame fière & indépendante des circonftan-
» ces. Il s'exprimoit avec une facilité dont
» il
il fe trouve peu d'exemples. Il y avoit ,
» obferve Clarendon , très peu de perfonnes
» avec lui qui euffent autant d'expérience &
» de capacité , ce qui fut une des caufes de
fon malheur ; car , comme il remarquoit
» les défauts des autres , il faifoit trop peu
» de cas de ce qu'ils difoient & de ce qu'ils
faifoient , & nefe repofoit que fur lui feul.
» En un mot , l'épitaphe que Syllafit pour
» lui-même , au rapport de Plutarque , lui
convient bien perfonne ne le furpaffoit à
» faire du bien àfes amis & à faire du mal à
fes ennemis. Ce qui annonce à coup sûr
» un caractère décidé & des traits marqués ,
fi ce ne font pas des vertus. »
و د
La Liturgie Anglicane avoit fait prendre
les armes aux Écolfois. Le Comte de Strafford
repréfentoit fans ceffe au Roi que l'excès
de la bonté cauferoit fa perte ; qu'il eft
des occafions où la politique doit faire taire
la clémence ; qu'il ne falloit point de grâce.
pour des Sujets qui avoient tiré l'épée . Le
Comte étoit fi rempli de ce qu'il difoit à
Charles , qu'il donna ordre , au fortir du
cabinet , qu'un Détachement de Cavalerie
allât fondre fur un quartier d'Écoffois. Ils
162 MERCURE
-
s'étoient avancés jufques fur les terres du
Comté d'Yorck. Il eft vrai qu'il y avoit des
pour-parlers , & qu'il ſe préparoit un traité ;
mais on n'étoit pas encore convenu d'une
cellation d'armes. Le Détachement eut l'avantage.
Deux ou trois Compagnies des
Rébelles furent battues , & leurs Officiers
faits prifonniers. Si on les eût pourfuivis ,
tout rentroit dans le calme , & Charles n'eût
pas porté fa tête fur un échafaud . Lefly ,
Général des Révoltés , fe plaignit : le Confeil
Anglois fut d'autant plus porté à l'entendre ,
qu'il haïffoit le Miniftre , & que l'Officier
qui avoit commandé en cette occafion éroit
Catholique Romain. On n'auroit point
voulu d'une victoire à ce prix. Le Roi fe vit
donc obligé de défendre tout acte d'hoſtilité
contre les Rébelles ; ce que Strafford
avoit prévu arriva. Leur infolence s'accrût
en proportion de la foibleffe du Roi , qui
ne les combattoit que par des conférences ;
en habile homme , il voulut du moins fe
dérober à la haine des fanatiques qui avoient
réfolu fa perte. Il voulut fe difpenfer d'aller
au Parlement , efpérant avec quelque raiſon
fon éloignement calmeroit la fureur que
fa préfence eût excitée. Le Roi le raffura ,
& lui dit: Je vous donne ma parole qu'ils ne
vous toucheront point un cheveu de la tête.
Charles aimoit tendrement Strafford , dévoué
fi généreuſement à fon ſervice ; & la
Chambre des Communes , pour ce dévoûment
même , accufa le Comte de haute traque
DE FRANCE. 163
hifon. Pym éleva fa voix contre lui , & lui
imputa quelques malverfations inévitables
dans ces temps de troubles , mais commifes
toutes pour le Service du Roi , & fur- tout
effacées par fon adminiftration dans le Gouvernement
d'Irlande , qui n'avoit eu d'autre
règle que l'intérêt de fon Maître & celui des
Peuples commis à fes foins . Selon Hume ,
il avoit payé de groffes dettes , & laiffé une
fomme confidérable à l'échiquier. Les revenus
du Royaume , qui n'avoient répondu
jamais avant lui aux charges du Gouvernement
, s'y trouvoient en égale proportion.
Une petite Armée qu'il avoit trouvée fur
pié , mais fans ordre , fut accrûe & gouvernée
avec la plus exacte diſcipline. Ce fut
par fes foins l'induftrie & tous les arts
de la paix furent introduits dans l'Irlande ,
pays encore fauvage. La marine du Royaume
fut augmentée au centuple ; les droits de
douane triplés ; la valeur des marchandiſes
du pays portée au double de celles du dehors
; les manufactures , fur- tout celles de
toiles établies , encouragées ; l'Agriculture
avancée par l'établiffement des Colonies
Angloifes & Écoffoifes ; la Religion Proteftante
enfin étendue fans einployer la perfécution
contre les Catholiques. Tant de
bienfaits ne patent juftifier cet illuftre
acculé . La Chambre des Communes lança
contre lui le Bill d'Attainder ou de conviction.
La Chambre Haute fe rendit aux follicitations
de fes ennemis , & le Bill reçut
que
164
MERCURE
la fanction des Pairs. Il falloit le confentement
du Roi pour l'exécution. Le peuple ,
féroce, demandoit ce fang à grands cris . Straf
ford apprit fa condamnation fans être ému ;
& dit , en fe fervant des propres expreffions
de l'écriture : Ne mettez pas votre confiance
dans les Princes ni dans les enfans des
hommes , parce qu'il n'y a point de falut à
fe promettre d'eux. Il pouffa même la vertu
& la fermeté jufqu'à fupplier lui -même le
Roi de confentir à fa mort ; & le Roi pouffa
la foibleffe jufqu'à figner cet acte fatal , foibleffe
infâme , & qui apprit aux Anglois à
verfer un fang plus précieux. Le malheureux
Strafford parut fur l'échafaud avec un frent
ferein. Je rends grâces au Ciel, dit- il , de me
faire envifager la mori fans effroi , & de ne
pas permettre que je fois abattu par un moment
de terreur. Je vais repofer ma tête auſſi
volontiers que je l'aie jamais fait pour dor
mir. Il fe livra aux mains de l'exécuteur ,
qui d'un feul coup termina la vie , à l'âge
de quarante- neuf ans.
Il femble qu'un fonds auffi intéreſſant
par lui-même , n'avoit befoin que de la
fimplicité de l'Hiftoire. Mais M. d'Arnaud
étoit bien sûr de lui prêter de nou
veaux charmes , en y ajoutant des acceffoires
romanefques , fur - tout en employant le
ftyle & la philofophie qui caractériſent fes
Écrits . En voici quelques traits pris au
hafard.
Le Comte entendit enfin gronder la
DE FRANCE. 165
» foudre. Peu sûr de fon maître , il penfoit
à une retraite qui le dérobât aux coups
» de la tempête , page 397.
1
و و »L'exploliondelaminequ'onapprêtoit
» depuis fi long- temps fe fir dans la Cham-
» bre des Communes , page 309.
ן כ
"
#
»
" Tous ces poifons furent verfés à grands
flots , & jufqu'au dégoût , page 331 .
"
» Mon coeur eft plein de mes moyens de
défenfe ; il brûle de s'épancher. On veut
fans doute que je me debatte contre le fer
qui fe lève pour m'égorger : j'aime à croire
qu'on ne demande pas à égorger la victime
» de fang-froid ; qu'on accorde du moins
» au facrifice cet appareil qui en diminue
l'horreur aux yeux indifférens ; qu'en un
mot , il y a encore quelque pudeur dans
» ces ames affamées de ma perte , & c.
» page 333.3
"
» On ne fait qui domina le plus dans ces
imputations de la rage ou de la ftupidité.
» Le feul réſultat qu'on en puiffe tirer eft
» une vérité convaincante , qu'il n'eft point
» de créature plus malfaifante & plus privée
, même de l'inftinet que l'homme ,
lorfqu'il eft abandonné à la violence de
» fes paffions , page 329. ”
DJ
"
23
Et ailleurs ,
«L'animal ingrat , c'est l'épithète caractéristique
qu'on doit donner à cette créa-
" ture qui , fans la Religion , feroit fouvent
» au-deffous de la bête féroce. »»
166 MERCURE
TABLETTES Anecdotes & Hiftoriques
des Rois de France , depuis Pharamond
jufqu'à Louis XV, St. Volume in-
A Paris , chez Couturier , Lamy & Laporte,
Libraires.
SI Térence pouvoit déjà dire de fon
temps : Nullum eſt jam dictum quod non
dictum fit prius , devons nous être étonnés
des ftériles productions du nôtre ? Jaloux
de donner à nos anciens Ouvrages une nouvelle
forme ou plus utile , ou plus commode
, ou plus agréable , un ami des Lettres ,
pour peu qu'il fache écrire , compile , compile
, compile ; mais de tous les Livres , en
eft-il un qui ait paru fous tant de faces que
l'Hiftoire de France depuis Nicole Gilles
jufqu'à l'inimitable de Thou , notre Tite-
Live : tantôt dans des Abrégés Chronologiques
, tantôt dans des Tableaux Généalogiques
, elle a préfenté des faits dénués de circonftances
, & par conféquent d'intérêt . Ici ,
pour vaincre le dégoût & la pareffe des jeunes
gens , on a imaginé des demandes &
des réponses : là , on récite des vers techniques
, peut-être encore plus obfcurs que
bizarres. Il ne reftoit plus qu'un moyen ,
c'étoit de réunir fous un point de vue les
anecdotes , les paroles remarquables , les
penfées ingénieufes , les bons mots , les
apophtegmes de nos Rois , & M. Dreux du
Radier eft le premier qui ait pris cette peine.
DE FRANCE. 167
·
Perfonne n'exigera de lui fans doute qu'il
intéreffe dans les détails de la première
Race. Que dire d'un Clotaire , qui fe baignoit
dans le fang de fes neveux ? Il eſt
vrai qu'à la feconde époque de la Monarchie
il eft plus facile de s'étendre fur ce
Charles Martel , le modèle des Héros.
Quoique Louis II n'ait été ni bon fils , ni
bon père , ni bon mari , ni bon ami , ni
bonfujet , ni bon Roi , & qu'il n'ait point
payé cent écus empruntés à la ville de Komans
, qui garde toujours fon billet , il mérite
une place dans un Recueil d'actions finguliè
res. Ce Prince , affez original pourfaire exécuter
un concert par des pourceaux dans
l'Abbaye de Baignes , protégea les Sciences ;
il vit, fans jaloufie Marguerite d'Ecoffe ,
fon époule , baifer la bouche du célèbre
Alain Chartier pendant qu'il dormoit. Il
favorifa autfi les Arts ; nous lui devons la
taille de la pierre , & c'eft lui qui obligea les
Chanoines de Loches de garder dans leur
Choeur le tombeau d'Agnès Sorel , dont
deux Anges foutiennent l'oreiller fur lequel
la tête repofe enfin , croiroit - on que
ce Maître du Monde , qui fe crut obligé de
faire jurer aux grands Seigneurs de fa Cour
qu'ils ne fe tueroient point , ne manquoit ni
de raifon ni d'efprit . Il comparoit les Myda
qui ont beaucoup de livres & ne lifent jamais
, aux boffus chargés d'un poids qu'ils
ne voient point , & il étoit lui - même un
aveugle qui portoit des lunettes.
168 MERCURE
66
Mais pourquoi jeter nous- mêmes un
coup d'oeil rapide fur nos Rois ? C'eſt M.
du Radier , leur juge , que nous fommes
chargés de faire connoître ; il va raconter à
nos Lecteurs un beau trait de Charles VIII.
Pendant le pillage de Tufcanella , une
Demoiselle, d'une extrême beauté, vint ſe
jeter à les pieds , & le fupplier de mettre
fon honneur à l'abri de l'incontinence du
foldat . Le Roi la prit fous la protection ;
mais en la garantiffant de l'infulte qu'elle
avoit lieu de craindre , il lui trouva tant de
charmes qu'il ne put s'empêcher d'attenter
lui -même à un honneur dont il s'étoit rendu
garant. Il étoit dans fa première jeunefle , &
il aimoit les Dames ; il parla pour lui -même,
& expliqua fes defirs en Prince qui veut les
voir fatisfaits. Ils alloient l'être en effet ,
lorfque la Demoiselle , qui cédoit peut- être
plus par néceffité que par goût , apperçut
dans le cabinet où ils étoient un tableau de
la Vierge , tenant fon Fils entre fes bras.
Ah ! Sire , s'écria-t- elle , au nom de cette
Vierge pure & fainte ne m'arrachez pas ce
que j'ai confervé jufqu'ici . Charles VIII fut
touché de fa prière , accompagnée de larmes ;
les fiennes même coulèrent , & condamnant
fes defirs , il renvoya cette Demoiselle , lui
accorda une dor proportionnée à la naiffance
, & fit remettre en liberté , fans rançon
, tous les parens , & un jeune homme
avec qui elle étoit fiancée , & tous fes alliés
faits prifonnices. » Cette action rappelle
naturellement
DE FRANCE. 169
naturellement celle de Scipion , qui , jeune
& vainqueur , fut refpecter le malheur &
l'innocence d'une belle captive ; mais M.
Dreux , qui nous paroît un peu lâche dans
fon ftyle comme dans les remarques , trouve
que la tempérance des Romains n'eft que
politique , parce qu'il devoit l'exemple à fes
troupes , & que celle de Charles eft vertueufe
! Oui fans doute , quoique , pour
devenir politique , il eût fuffi au Monarque
de fe rappeler ce principe : Regis ad exemplum
totus componitur orbis.
Et pourquoi fuppofer dans le coeur des
grands Hommes d'autres motifs , pour être
bons & fages, que l'amour de leurs devoirs ?
Que ne nous eft- il permis , en parcourant
la nouvele Galerie de M. du Radier , de renouveller
nos hommages au Reftaurateur
des Lettres , à ce rival de Charles Quint ,
qui s'honoroit du titre de premier Gentilhomme
de France ! Qu'il nous paroît
grand , François Premier , lorfqu'il va s'en
tretenir avec Robert Etienne , & admirer fes
chef - d'oeuvres typographiques ! Il favoit
qu'Augufte fe levoit pour faluer Virgile ;
que cet Empereur difputoit à Mécène
la première place dans le coeur d'Horace ;
que Vefpafien fe félicitoit de l'amitié de
Pline l'aîné ; Trajan , de celle de Pline le
jeune ; Laurent de Médicis, de celle de Politien
? Rempli d'une tendreffe refpectueufe
pour tous les Savans & les Artiftes , il vit
mourir entre les bras Léonard de Vinci ,
No. 47 , 24 Novembre 1781 . N°. H
170 MERCURE
& Raphaël lui légua cette pierre précieufe
que l'Art ofa placer parmi les joyaux de
La Couronne , lors même que la Nature Y
eut mis le fancy & le pitt.
Ce Roi barbare qui tira lui-même fur fes
enfans dans ce jour affreux où le fanatifine déchira
le fein de la France , eut auffi le goût des
Lettres , mais fi nous fommes obligés d'admirer
des vers de Charles IX ; du moins
en ne nous empêchera pas de dire avec
Gharron : C'est grand dommage que les mé
chans nefoient pas des fots, Au reste , pen
fons qu'il étoit l'élève d'Amyot , & nous
ferons moins étonnés qu'il ait écrit avec tant
de nobleffe à Ronfard :
L'Art de faire des vers , dût- on s'en indigner ,
Doit être à plus haut prix que celui de régner ;
Tous deux également nous portons des couronnes,
Mais Roi je les reçu , Poëte tu les donnes.
Ton efprit, enflammé d'une célefte ardeur ,
Éclate par foi-même , & moi par ma grandeur.
Si d'un côté , des Dieux j'ai cherché l'avantage,
Ronfard eft leur mignon , & je fuis leur image,
Ta lyre, qui ravit par de fi doux accords ,
T'affervit les efprits, dont je n'ai que les corps
Elle t'en rend le maître , & té fait introduire
Où le plus fier tyran ne peut avoir d'empire .
Ces vers devoient flattet & bleifer à-lar
fois l'amour- propre de Ronfard ; car sil
trouvoit un ami dans fon Prince, il y trou
DE FRANCE. 1711
voit auffi un maître. Pour nous , nous nous
permettrons de douter encore que Charles
IX ait écrit avec tant de fineffe , de
clarté & de facilité.
Dans des Tablettes de France , M. Dreux
ne pouvoit guères paffer fous filence les
bons mots d'Henri IV, quoique tout le
monde les connoille ; mais ce qu'on ne fait
peut- être pas , c'est que ce Prince prioit
Dieu à deux genoux , les mains jointes &
les yeux au Ciel; c'eft qu'à la challe jamais
on ne lançoir le cerf qu'il n'ôtât fon chapeau
, & ne fit le figne de la croix. Eft - on
curieux de connoître tous les préfages finiftres
qui annoncèrent la mort du meilleur
des Rois : Les fréquentes éclipfes de foleil
& de lune depuis 1604 jufqu'en 1610 ,
le tonnerre tombé fur l'Églife de Notre-
Dame de Paris , les débordemens des riviè
res, les comètes , les tremblemens de terre ,
un billet trouvé fur un Autel de Montargis ,
une image de Saint Louis qui, dans une Eglife,
verfa des pleurs , enfin le taureau des environs
de Pau qui fe précipita dans une rivière,
tout cela avertiffoit bien la France qu'un
grand Rouleau d'Angoulême devoit affaffiner
le père du peuple , & M. Dreux fe plaît
à recueillir tous ces contes eft ce là remplir
l'Epigraphe qu'il a choifie ? Et prodeje
& delectare. Il n'eft pas plus philofophe dans
le choix des traits qui doivent caractériſer
un homme. Veut - il nous prouver que
Louis XIII étoit chafte, il rapporte qu'une
Hij
MERCURE
172
Demoiselle
, affiftant à ſon dîner un peu découverte
, il retint dans fa bouche une
gorgée de vin , & la rejeta fur la gorge de la Demoiſelle
; & comme il ne penfe pas tout-à- fait comme le Jefuite Barri , que cette
gorge méritoit bien cette gorgée , il prétend
que Louis XIII eût pu donner à fa leçon un tonplus doux. Louis XIV lui- même devient
petit à nos yeux, lorfque fon panegyrifte, pour nous démontrer
qu'il avoit autant de jugement
que de mémoire
, nous affure qu'il
reconnut
un domeſtique
du Duc de.... aux boucles d'or de fon ma.tre qu'il portoit.
Devroit
on s'occuper
de ces hiftoriettes
quand on parle d'un Prince qui ne trouve
point d'égal pendant un règne de plus de
cinquante
ans , où l'on voit quatre Empereurs
en Allemagne
, trois Rois en Espagne,
Lept en Angleterre
, cinq en Pologne , quatre
en Suède , quatre en Danemarck
, quarre en Portugal , fix Sultans fur le trône Ottoman , quatre Empereurs
dans la Chine & trois
Sophis en Perfe ? S'il n'eft pas permis d'exiger qu'un laborieux
Collecteur d'anecdotes ait le génie , le
caractère & le ftyle d'un Hiftorien , il eft
indifpenfable du moins que fa diction foit
pure, fes penfées nobles , fes réflexions cour
tes & fentées , qu'il y ait de l'ordre & de la
clarté dans les faits , & que le fuperflu & le frivole ne prennent jamais la place de l'utile
& de Fagréable.
DE FRANCE. 153
Avis fur la Correfpondance de la Société
Royale de Médecine , &fur les objets dont
cette Compagnie eft chargée , in- 4°. 1781 .
Méthode que l'on peut fuivre dans la
rédaction des Obfervations Météorologiques,
&c. in-4°. 1781. Détail des
Expériences faites pour déterminer les propriétés
de la dentelaire dans le traitement
de la gale , in-4° . 1781. Réflexions
fur la nature & le traitement des Maladies
les plus répandues pendant l'année, 1781 ,
& fur- tout dans la faifon actuelle , in - 4 .
lues dans la Séance tenue au Louvre le
18 Septembre de cette année, par la Société
Royale de Médecine.
LA Société Royale de Médecine publie ,
comme l'Académie Royale des Sciences , la
Collection de fes Mémoires & Obfervations ,
dans des Volumes qui paroiffent chaque
année , & qui font compofés de deux Par
ties , l'Hiftoire & les Mémoires . Déjà ceux
de 1776 , 1777 & 1778 ont été rendus
publics , & le Volume de 1779 , qui eſt maintenant
fous preffe , fera bientôt mis en
yente chez Didot le jeune , Imprimeur- Libraire
de cette Compagnie ; mais il y a certains
Mémoires dont l'impreffion feroit trop
différée s'il falloit attendre qu'ils fuffent inférés
parmi ceux de l'année dans laquelle ils
ont été lus. La Société Royale prend alors le
Hiij
174
MERCURE
parti très- fage de les publier féparément :
ceux que nous annonçons font dans ce cas.
1. Dans l'un on trouve des avis intérelfans
fur la manière la plus utile de feconder
les travaux de cette Compagnie , dont
la Correfpondance et très - étendue & trèsactive.
Il eft en effet néceffaire que tous les
Co- opérateurs fuivent à peu près le même
plan , afin de mettre de l'harmonie dans
cette grande entreprife. C'eft principalement
aux épidémies régnantes que la Société
Royale donne le plus d'attention , foir pour
en recueillir l'hiftoire , foit pour aller au
fecours de ceux qui en font attaqués ; elle
offre fes fervices dans ce genre avec une genérofité
qui mérite beaucoup de reconnoiffance
de la part du Public. La Société
Royale invite en même-temps les Médecins
& Phyficiens à lui faire parvenir leurs Obe
fervations fur les divers objets de Médecinepratique,
qui ont tous une place marquée
dans les Volumes qu'elle publie .
2. L'influence de l'atmosphère fur les
maladies régnantes , n'eft pas encore à beaucoup
près déterminée. Pour réfoudre ce problème
important , la Société Royale a engagé
les Correfpondans à fe procarer des
inftrumens propres à faire de bonnes Obfervations
Météorologiques , & à y joindre
un tableau des maladies de chaque année. Il
eft facile de s'affurer , en examinant ce qu'elle
a publié pour trois années , que l'on n'a en
DE FRANCE.
17
65775
core rien fait d'anfi étendu dans ce genre.
Le Mémoire qu'elle vient de faire paroître ,
a pour objet de donner une nouvelle perfection
à ces Recherches , & d'apprendre à
chaque Obfervateur la manière la plus fûre
& la plus fimple en même temps de trouver
la température moyenne du pays qu'il·
habite.
3. En faifant de nouvelles tentatives pour
découvrir une méthode propre à guérir
promptement & fûrement la gale contrac
tée par communication , comme il arrive
dans les cafernes , les areliers , les hôpitaux
& les prifons , la Société Royale s'eft propofé
des vues d'utilité publique qui feront
fur tout bien fenties par les Adminiſtrateurs
de ces divers établiffemens. La plante ap
pelée par Linnæus Plumbage Europea , en
françois la Dentelaire , a produit dans le
traitement de cette maladie les effets les
plus fatisfaifans. L'épreuve en a été faite à
Paris, dans la Maifon de la Pitié , avec les
précautions qu'exige l'ufage d'un remède
nouveau. Les fecours néceffaires ont été
fournis par .. MM . de l'Adminiftration , &
en particulier par M. Brun , Chirurgien en
chef, & M. Girardeau , fecond Chirurgien ,
qui ont été témoins de ces Expériences . Il
feroit trop long d'en donner ici le détail. Il
fuffira de dire , d'après le rapport des Commiffaires
de la Société Royale , qu'il eft démontré
que la racine de Dentelaire , prépa
2
Hiv
176
MERCURE
rée comme on l'indique, guérit promptement
& fûrement la gale , qu'elle eft exempte de
tous les dangers de la répercuffion , & que
fon ufage entraîne avec lui moins de défagrément
& de dégoût que les méthodes employées
jufqu'ici dans le traitement de cette
maladie.
4. Il régna en 1779 , pendant l'Automne
, des dyffenteries épidémiques qui
furent fur- tout très-funeftes dans la Bretagne
, dans le Maine &. dans le Poitou . La
Société Royale publia alors une méthode de
traitement qui fut répandue dans les Provinces
, où elle produifit les plus grands
avantages. Cette année la conftitution automnale
eft très marquée , & la Société
Royale , qui a été confultée de toutes parts
fur la nature & le traitement des fièvres
actuellement très- répandues , s'eft détermi
née à publier les Réflexions à ce fujet. Les
Commiffaires nommés pour faire ce travail ,
ne fe font pas contentés de décrire ces maladies
, d'indiquer les fecours les plus utiles
en pareil cas , & de prévenir les peuples fur
les abus qu'il importe le plus d'éviter , on y
trouve une difcuffion très favante fur la
place qu'il convient d'affigner à ces fortes de
fièvres , & fur leur rapport avec celles qui
ont été obfervées par les meilleurs Auteurs.
Cette érudition lage n'eft point déplacée
dans un Écrit qui doit être adreffé aux Mé
decins & aux Chirurgiens les plus inftruits
des différentes Provinces.
•
DE FRANCE
177
Ces travaux donnent la plus grande idée
du zèle avec lequel la Société Royale remplit
les vues de fon inftitution . L. Ń.
TRAITE Théorique & Pratique de la .
Végétation ; contenant plufieurs Expériences
nouvelles & démonftratives fur
L'Économie végétale & fur la Culture des
Arbres. 2 Volumes grand in 8 ° . Prix ,
9 liv. brochés . A Rouen , chez le Boucher ,
& à Paris , chez Nyon , rue du Jardinet ,
Durand neveu , rue Galande , Didot , quai
des Auguſtins , & la Veuve Lachapelle ,
au Palais.
L'AUTEUR de cet Ouvrage intéreffant s'eft
déjà fait connoître avantageufement par fes
Recherches fur l'Économie rurale , & particulièrement
par un excellent Mémoire fur la
Culture des Pommes de Terre & la manière
d'enfaireduPain. M. Muftel, qui paroît s'être
dévoué au bien public , nous fait part d'un
grand nombre d'expériences , dont la plupart
font faites pour piquer la curiofité, & mériter
l'attention des Phyficiens , des Naturaliſtes
& des Agriculteurs . Après avoir combattu
les opinions de quelques Auteurs , avec autant
d'honnêteté que de modeftie , M. Muftel
établit une théorie nouvelle qui n'a rien de
fyftématique , puifqu'elle eft fondée fur l'experience.
Cette théorie , dégagée de quelques
erreurs accréditées , paroît lumineufe
Hv
178 MERCURE
& perfuafive pour ceux qui ne font pas trop
attachés aux préjugés reçus. Cet Ouvrage,
rempli d'idées neuves & de découvertes.
utiles , eft du nombre de ceux qui méritent
d'être diftingués de la multitude d'Écrits fur
PAgriculture qui ont paru & paroiffent jour
nellement. Il eft imprimé fous l'approbation
& les aufpices de l'Académie des Scien
ces de Rouen . L'utilité particulière de cet
Ouvrage, eft de remédier à l'infüffifance des
Traités d'Agriculture fimplement pratiques ,
qui donnent des méthodes fans les expliquer
, & des principes genéraux fans avoir
égard à la nature du terrein , au climat , &
autres circonftances qui doivent faire varier
la culture. Ce qui rend fi rares les bons
Traités fur l'Agriculture , c'eft que nos grands
Cultivateurs n'écrivent pas , & nos bons
Ecrivains ne cultivent point. Il faut être
Phyficien & Cultivateur , il faut des années
d'expériences & d'obfervations fuivies pour
faire un Ouvrage tel qu'eft celui que nous
donne M. Muftel.
SPECTACLES.
COMEDIE
FRANÇOISE.
M. GARNIER , Acteur de la Troupe de
Lyon , a débuté , le 29 Octobre , par le rôle
de Xipharès dans Mithridate , &c. &c.
DE FRANCE. 179
*
Le grand , le très - grand , le plus grand
défaut que les Comédiens aient à reprocher
à ce jeune Debutant , eft d'avoir paliè publiquement
pour l'Élève de l'Auteur de ces
Articles. Ce titre lui a fait refufer la pers
million de faire fes premiers effais für la
Theatie de Paris , & c'eft encore lui qui occafionnera
fa retraite en Province. M. Garnier
a debuté à Lyon il y a fix mois. Son
debut fut d'autant moins brillant , qu'il fe
préfentoit avec toute la timidité d'un homme
qui n'a jamais paru en Public , & à côté
de M. Molé, dont le nom & le talent abforboient
tous les fuffrages . Du travail & ducourage
lui ont quelque temps après ,
procuré des fuccès proportionnés à fes difpofitions
. Le befoin de remplacer M. Monvel
l'a fait appeler à Paris , le Public paroît
l'avoir goûte malgré fes défauts , parce qu'on
lui a trouvé des qualités ; mais il n'a poin
d'amis au Spectacle , d'autres Sujets ſe préc
fentent , & l'on peut préfumer qu'il n'aura
pas la préférence. Au furplus , ces Acteurs
paroîtront ; il eft jufte que celui d'entre eux
qui , dans l'âge le plus fufceptible de progrès
, montrera le plus d'aptitude , foit pré--
féré aux autres. Nous attendrons ce mo-
2.
Heft réellement Élève de M. Dugazon : M. de
C. lui a donné quelques avis de loin en loin , ce qui
ae fuffit pas , à beaucoup près , pour unc édur
sation Dramatique.
faire:
ELvjj
180
MERCURE
ment pour comparer ces jeunes Comédiens
, & l'intérêt que nous prenons à
celui - ci , fera une raifon pour qu'il foit jugé
par nous-mêmes avec le plus de févérité.
Le Lundi 12 de ce mois , on a donné ,
pour la première fois , la Difcipline Mili
taire du Nord , Drame en cinq Actes , qui
a reparu , pour la feconde fois , le furlendemain
, réduit en quatre Actes.
,
Ce Drame , plutôt traduit qu'imité de
l'Allemand , préfente une action bien fimple.
Le Comte de Walton met l'épée à la main
devant fon Colonel , qui eft en même- tems
fon beau- frère , parce que celui ci veut l'exvoyer
aux arrêts. Arrêté , jugé & condamné
dans l'inftant même où la femme vient lui.
rendre une vifite au camp , il eft fur le point
d'avoir la tête caffée ; mais l'arrivée du Généraliffime
, dont il a fauvé les jours , l'ar
rache à la mort , & le rend en même-rems
à la rendreffe d'une femme chérie , à fes
amis & à l'amour des Soldats dont il eftadoré.
En lifant l'affiche qui indiquoit la première
répréſentation de ce Drame , nous avons cru
lire l'annonce d'un Ouvrage fur la Tactique
du Nord , & au Théâtre , nous n'avons
apperçu qu'un fait relatif à toutes les difciplines
militaires de l'Europe. Nous avons
êté un peu furpris de voir le Comte de WalDE
FRANCE. 181
ton annoncé comme un Officier inftruit >
fage & raisonnable , perdre la tête , & faire
l'action d'un extravagant pour une punition
commune , fouvent infligée dans tous les
camps , & qui n'a rien de deshonorant en
elle- même. Deux foldats de fon Régiment
ont déferté du piquet pendant la nuit ; un tel
événement a penſé mettre le camp au pouvoir
de l'ennemi ; le bon ordre veut que
l'Officier qui a confié le falut de l'armée à de
pareils hommes , foit puni de fa légèreté ; rien
de plus fimple. Pourquoi le Comte de Walton,
qui prêche fans ceffe la fubordination &
l'exactitude , agit- il fi contradictoirement à
fes principes ? Au refte , ily a dans cette Pièce
deux fituations très-intéreffantes , le moment
où arrivè la Comteffe de Walton , & celui
où, devant elle , les foldats viennent ſe jeter
aux pieds de leur Colonel pour lui demander
la vie du Comte , & l'inftruifent , fans le
vouloir , du fort qui attend fon mari. Après
cela , on ne trouve guères que des chofes
communes écrites d'un ftyle affez médiocre, &
qui ne peuvent que rappeler des objets qu'on a
portés plufieurs fois fur notre Scène. Où en
eft réduit notre Théâtre , puifque nous allons
chercher des Ouvrages Dramatiques fur les
Scènes étrangères , fur les Scènes qui doivent
leur exiftence à la nôtre. Un gros
Seigneur de la Bourgogne faifoit boire fon vin
par les domeftiques , & ne pouvoit s'abreuver
que de liqueurs fortes : en fommesnous
là ?
182 MERCURE
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi , 8 Novembre , on a donné la
première représentation de Lucette & Lucas ,
Comédie en un Acte , mêlée d'ariettes.
Cette Pièce,qui fe reffent un peu de l'âge
où l'Aureur l'a compofée , offre néanmoins
de l'efprit , de la facilité , des traits qui promettoient
déjà le talent que l'Auteur * a montré
depuis. En général , les couplers en font
bien tournés , & préfentent des idées agréables..
La Mufique eft de Mlle D. Z. fille du Mucien
de ce nom. Nous avons déjà eu plufieurs
fois occafion de rendre hommage à la touche
gracieufe , naturelle & facile de M.D.Z.
Nous devons les mêmes éloges à Mlle fa
fille qui , par ce début , promet de marcher
quelque jour avec un très grand succès fur
les traces de fon inftituteur.
Le lendemain , on a joué pour la première
fois , l'Amant trop prévenu de lui - même ,
Comédie nouvelle en deux Actes & en
vers.
Un Conte de M. Marmontel a fourni le
* Les deux Oncles & l'Amour conjugal ont été
its depuis cette petite Pièces
DE FRANCE. 183
fujet de ce petit Ouvrage. Un Colonel , pour
éprouver fa Maîtreffe, feint de revenir de
l'armée avec un oeil de moins & une jambe de
bois. Inftruite des intentions de fon amant ,
l'amante fait prendre des habits d'homme à
une de fes amies , qu'elle fait paffer pour
le rival du Colonel . Tout fe découvre , &
l'explication eft fuivie du mariage des deux
amans.
Si on en excepte une Scène où le Colonel'
défie fon prétendu rival, Scène qui a fait quel
que plaifir ; on n'a rien remaiqué dans cet
Ouvrage qui annonçât du talent. La première
repréfentation en a été froidement reçue ;
la feconde a été très-orageuſe , & l'Ouvrage
n'a pu fe traîner jufqu'à la fin . On a crié à la
févérité , on a eu tort ; c'étoit juſtice.
SCIENCES ET ART S..
DÉCOUVERT E.
AUJOURD'H
UJOURD'HUI que nos forêts fe dégradent fenfiblement
, qu'on coupe les arbres avant leur maturité
, & qu'on les met en oeuvre fans attendre qu'ils
foient fecs , il eft fans doute d'une grande importance
pour la Menuiserie , pour le Charronage &
pour une multitude d'autres Arts , d'avoir un moyen
qui remédie à ces inconvéniens. Après plufieurs anées
de tentatives , le Steur Migneron eft parvenu à
184
MERCURE
le découvrir : poffeffeur du fecret de donner une plus
grande folidité aux bois de toute efpèce , foit jeunes ,
foit vieux , il n'a pas craint de foumettre fon fecret
& fes expériences à l'examen de l'Académie la plus
éclairée de l'Europe ; le jugement qu'elle en a porté eft
bien fait pour l'encourager & lui mériter la confiance
du Public. Nous allons rapporter les réſultats
de quelques-unes des épreuves faites par l'Académie
des Sciences fur les Bois du Sieur Migneron.
Les Commiffaires de cette Compagnie s'étant
tranfportés dans fon Atelier, y ont choifi cinq efpèces
de bois différens ; favoir , de l'orme , du chêne,
du hêtre , du frêne & du noyer. Ces bois étoient
débités en morceaux bien égaux , chacun de deux
pouces d'équarriffage & de trente pouces de longueur.
Le fieur Migneron a fait bouillir ces bois
pendant une heure & demie dans de l'eau , à laquelle
il avoit fait les additions convenables , &
enfuite il les a fait fécher pendant deux jours dans
une étuve.
On a eu la précaution de pefer exactement ces.
morceaux de bois chacun trois fois ; favoir , avant
d'avoir bouilli dans la préparation , immédiatement
en fortant de la chaudière , & deux jours après lorf
qu'ils étoient fecs ou réputés tels.
Chacun des morceaux de bois fur lefquels on a
fait des épreuves , a été placé horizontalement , portant
neuf lignes par chaque bout, fur deux établis de
Menuifier. On a placé jufte dans fon milieu une
boucle de fer à laquelle étoit attaché un plat de
balance affez grand pour contenir un grand nombre
de poids de cinquante livres ; on a chargé ce plat
dans chaque expérience jufqu'à ce que le morceau
de bois fe rompiît. Un morceau de chacun de ces
bois a été éprouvé fans avoir reçu aucune prépara
tion , & un autre après avoir bouilli pendant une
}
DE FRANCE. 185
heure & demie dans la préparation du fieur Migneron,
& féché enfuite pendant deux jours à l'étuve,
Des différens bois foumis à l'épreuve , l'erme feul
étoit abfolument verd ; il avoit été pris dans un
tronçon d'arbre nouvellement coupé dans le jardin
du Luxembourg, & il avoit encore de petites branches
garnies de feuilles bien fraîches : les autres
bois étoient fecs.
Le morceau d'orme crud n'ayant reçu aucune
préparation , a été rompu par un poids de fix cent
cinquante livres ; le pareil morceau de même bois
préparé , ne l'a été que par le poids de deux mille
cinq cent foixante-quinze livres. Le chêne non préparé
a été rompu par un poids de dix - neuf cent
livres ; le pareil morceau de chêne bouilli dans la
préparation du fieur Migneron l'a été par un
poids , de deux mille deux cent cinquante livres .
Le hêtre crud dix - huit cent cinquante livres.
Le hêtre préparé deux mille fept cent livres . Le
frêne crud dix- huit cent livres ; le même préparé
deux mille fept cent livres . Le noyer crud treize
cent livres ; le même préparé quatorze cent cinquante
livres,
On voit que dans ces expériences il y a eu des
différences très- confidérables dans l'augmentation
de force de bois ; cette différence a été depuis
cent vingt- cinq livres jufqu'à près de dix -huit
cent livres.
La différence très- grande qu'il y a eu entre les
réfultats de ces expériences, a engagé MM . les Commiffaires
à les réitérer fur le chêne & fur l'orme , en
ne les faifant bouillir que dans l'eau pure pour connoître
plus au jufte le degré de force que l'opération
du fieur Migneron pouvoit ajouter au bois ;
d'autant plus que le fieur Migneron convient qu'en
Angleterre & dans quelques autres pays , on eft dans
186
MERCURE
Y
l'ufage de faire bouillir ainfi les bois dans l'eau
avant de les employer.
On a choisi pour cela deux morceaux de bois
d'orme & deux de bois de chêne de mêmes dimenfions
que ceux des expériences précédentes , & auffi
femblables d'ailleurs qu'il a été poffible ; ces quatre
morceaux de bois ont été bouillis à gros bouillons
dans de l'eau pure pendant une heure & demie.
Les quatre morceaux de bois ont été féchés commé
fes précédens à l'étuve pendant deux jours , & ont
été ramenés à très-peu près à leur même poids , le
chêne avec quelques onces de diminution , & l'orme
au contraire avec une petite augmentation..
Ces bois ont été foumis à l'épreuve des poids , &
mis en comparaifon avec des morceaux de bois de
même efpèce & de même dimenfion qui n'avoient
fubi aucune décoction .
Le résultat de ces nouvelles épreuves a été que le
bois de chêne crud a été rompu dès qu'il a été chargé
du poids de feize cent quatre- vingt- cinq livres &
demie ; un des morceaux du même chêne bouilli à
T'eau fimple , a caffé au poids de douze cent quatrevingt-
cinq livrés & demie ; le fecond morceau de
chêne borili de même à l'eau fimple, a caffé aupoids
de quatorze cent trente - cinq livres & demic. Le
morceau de bois d'orme non bouilli a caffé comme
le chêne non bouilli au poids de feize cènt quatrevingt-
cing livres & demie ; un des morceaux du
même bois bouilli à l'eau fimple , a caffé au poids de
quatorze cent quarante - cinq livres & demie ,
Fautre au poids de treize cent quatre -vingt - cinq
livres & demie.
Ces nouvelles expériences indiquent que la décoc
tion des bois à l'eau fimple n'augmente pas la force
des bois , & qu'au contraire elle la diminue.
Mais en général il paroît avantageux de les
faire bouillir , avant de les employer , fur tout ·
DE FRANCE. 187
lorfqu'ils font verds . La defficcation beaucoup plus
prompte , qui en eft la fuite , fait découvrir en peu
de
temps dans le bois des gerçures & autres fentes
qui font d'abord infenfibles , & ne le deviennent
quelquefois qu'affez long - temps après qu'ils font
employés quand on n'a pas pris cette précaution .
Après avoir fait couper des morceaux de bois préparés
par le ficur Migneron , avec des cifeaux & des
fermoirs , on a obfervé que les outils mordoient
plus difficilement fur ce bois que fur celui qui n'avoit
pas reçu de préparation ; que les outils avce
lefquels on travailloit le bois du fieur Migneron
avoient befoin d'être affûtés plus fouvent que
pour le bois non préparé ; que les copeaux enlevés
étoient bien unis , & la furface du bois d'un beau
liffe.
Telles font les épreuves faites par MM. Beaumé ,
Macquer & Fontanieu, fur un objet aufli intéreffant
pour les Arts. L'Auteur de cette Découverte , le
fieur Migueron , vient d'établir , rue des Brodeurs ,
barrière de Sève , une Fabrique de Voitures faites
avec les bois durcis & préparés. Les ferrures qui
entreront dans la compofition de ces Voitures ,
telles
qu'effieux , arcs , refforts , feront mises à l'épreuve ,
avant d'être employées , en préfence des perfonnes
qui les commanderont. On trouvera chez lui des
plans , des devis & des échantillons pour tous les
ouvrages qui font de fa compétence Les curieux
qui voudroient connoître plus en détail les différentes
épreuves qui ont été faites par l'Académie pour
conftater le mérite de la nouvelle Découverte dont
il s'agit ici, pourront s'adreffer au fieur Migneron ,
qui les leur inettra fous les yeux avec le rappo
motivé de cette Compagnie.
188 MERCURE
GRAVURES.
LE Retour du Laboureur , Eſtampe d'environ 22
pouces de large fur 16 de haut , gravée par Ingouf
le jeune , d'après le tableau de Ch. Benazech. Prix ,
12 liv. A Paris , chez les frères Campions , rue Saint
Jacques. Cette compofition , dans le genre de
Greuze , peut figurer à côté des Eftampes les plus intéreffantes
qu'on ait faites d'après ce Peintre ; elle
donne l'idée laplus favorable du talent de M. Ingouf.
Collection coloriée des plus belles variétés de Jacintes
qu'on montre aux Curieux dans les Jardins Fleuristes
Harlem, faifant fuite aux Etrennes de Flore. A Paris ,
chez M. Buchoz , Directeur de cet Ouvrage , rue de
la Harpe , vis-à- vis la Place Sorbonne . Parmi ces
Jacintes , celles qui portent le nom de la Reine de
France & la Cramoifie Royale, nous ont paru d'une
beauté rare.
Deux Eftampes préfentées au Roi & à la Reine ,
dont les fujets font allégoriques à la Naiffance de
Monfeigneur le Dauphin.
Dans l'une le Roi préfente le Dauphin à la France,
& la France le montre au Peuple , qui témoigne fa
joie par des cris d'alégreffe. Le Roi eft appuye fur la
Juftice , qui foule aux pieds les vices. La Sageffe défignée
par Minerve , répand fur le Peuple les tréfors
de la terre. Deux Génies , dont l'un tient une branche
d'olivier & l'autre de laurier foutiennent la couronne.
Dans l'autre Eftampe la Reine préfente un Dauphin
à la France , elle est entourée des Vertus , qui la
caractérisent. On voit près d'elle la Douceur , défignée
par un mouton , l'Amour conjugal par une
DE FRANCE. 189
colombe , l'Amour du Peuple par le pélican , qui fe
faigne pour nourrir fes petits , la Sageffe qui la couronne
de fleurs & tient un bouquet de lys & de rofes,
l'Abondance qui répand des fruits , & les Graces qui
ornent de fleurs la couronne qu'elles foutiennent.
L'invention de ces allégories eft de M. Cochin , &
l'exécution de M. Longueil. Le prix de chacune eſt de
36 fols ; elles fe vendent chez M. Longueil , rue de
Sève , vis-à- vis les Incurables.
-Naiffance de Henri IV. « Si tôt qu'il fut né ,
Henri d'Albret , fon grand père , le prit dans
» fes bras , le baifa . Il donna à la fille une chaîne
» d'or , qu'il lui mit au cou , & fon teftament enfermé
dans une boëte d'or , en lui difant voilà qui
» eft à vous , voici ce qui eft pour moi. Il le mit
» dans le pan de fa robe. »
Cette Compofition , peinte & gravée par M. Bounieu
, Peintre du Roi , nous a paru très-intéreſſante ;
elle fe vend 16 liv. chez l'Auteur , aux Tuileries
cour de l'Orangerie .
Eftampe, au bas de laquelle on lit :
Dès long-temps une tige & fi belle & fi chère
Te devoit un Dauphin , ô France , applaudis-toi ;
Ila déjà les traits , les grâces de fa mère ,
Il fera l'héritier des vertus de ton Rol.
Elle eft dédiée à la Reine , par le Sieur Campona ,
Peintre ordinaire de fon Cabiner Elle fe vend 3 liv.
A Paris , chez Joullain , Quai de la Mégifferic. Cette
Eftampe eft une des plus belles qui ait paru dans ce
genre.
» Vue du Château de Coucy , proche Noyon, & de la
Tour dans laquelle eft morte Gabrielle de Vergy .
dédiée à M. Thiroux de Crofne , gravée par Picquenot
, d'après Brwandel. A Paris , chez le Graveur
190 MERCURE
rue de l'Obfervance , la porte - cochère enface de la
porte du Cloître des Cordeliers ; prix , 1 liv, 10 fols .
Cette Eftampe fait pendant au Prieuré des deux
Amans.
MUSIQUE.
Six Chanfons des Après -foupers de la Société,
petit Théâtre Lyrique & Moral , avec accompagnement
de Guitarre & un Violen ad libitum ; dédié à
la Folie , par un Amateur. Prix , 3 liv . A Paris , chez
l'Auteur des Après-Soupers de la Société , maifon de
M. Brunot , Confeiller du Roi , Agent de Change,
rue des Bons-Enfans , vis - à - vis la Cour des Fontaiues
du Palais Royal .
ANNONCES LITTÉRAIRES.
EUVRES UVRES Complettes de Marivaux , de l'Acadé
mie Françoife , 12 Vol in - 8 ° . avec le Portrait de
l'Auteur. Prix broché , 66 liv. & 78 relié. A Paris ,
chez la Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques.
On prie MM . les Soufcripteurs de faire retirer leurs
Exemplaires.
Shakespeare , traduit de l'Anglois , par M. le
Tourncur. Tomes XII & XIII in- 8 ° . A Paris , chez
l'Auteur , cul- de-fac S. Dominique , & chez Mérigot
le jeune , Libraire , quai des Auguftins.
L'Alegreffe Villageoife , Divertiffement en un
Acte & en profe, mêlé de Chants & de Danfes , à
l'occafion de la Naiffance du Dauphin , par M. B.
in-8 . A Paris , chez Defauges , rue S. Louis du
Palais
¢
DE FRANCE. 191
r
Ode fur la Naiffance de Mgr. le Dauphin, par
J. Piron. A Paris , chez Defchamps , Libraire , rue
5. Jacques.
Les Deux Sylphes , Comédie en un Acte & en vers
mêlée d'Ariettes , par M. Imbert , repréſentée par
les Comédiens Italiens le 18 Octobre 1781. A Paris ,*
chez Baftien , Libraire , rue du Petit- Lion.
Réflexions Philofophiques & Patriotiques fur la
préfente Guerre avec la Grande- Bretagne, & celles
qui l'ont précédées depuis unfiècle. in- 8 ° . A Angers,
chez Jahyer , Imprimeur du Roi ; & à Paris , chez
Onfroy , Quai des Auguftins.
2
Traité Complet de la Culture des Orangers & des
Citroniers , fuivi d'un Traité de la Culture des Grenadiers
, Genets, Jafmins , Lauriers , Myrtes & autres
Arbuftes , fervant d'ornemens aux Jardins, in- 18.
Prix , 1 liv. 10 fols relié. A Paris , chez Lamy ,
Libraire , Quai des Auguſtins.
L'Antonéide , ou la Naiffance du Dauphin & de
Madame, Poëme en fept Chants , par M. Peyrand
de Beaufol , in - 8 ° , Prix , 1 livre 10 fols. A Paris ,
chez la Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques.
Traité des Fleurs qui fe cultivent en hiver , avec
la manière de les conferver pour les faire fleurir ere
toutefaifon , in- 12 . Prix , 1 livré 16 fols broché, A
Paris , chez Lamy, Libraire , quai des Auguftins.
Recueil Hiftorique & Chronologique de Faits
mémorables , pour fervir à l'Hiftoire Générale de la
Marine & à celle des Découvertes , nouvelle Édition ,
augmentée d'un Tableau des principaux Événemens
Maritimes depuis le commencemeut de la guerre prés
fente jufqu'à nos jours , 2 Vol . in - 12 . Prix , 6 livres
reliés. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet ; & Onfroy, Libraire , rue du Hurepoix.
192
MERCURE
ر ک
L'Oracle accompli , Églogue fur la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , in- 8 °. A Paris , chez
Lamy , Libraire , quai des Auguftins.
Songe de Madame de France à l'occafion de la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin fon Frère ,
in-4 . A Paris , chez Cellot , Imprimeur- Libraire ,
rue Dauphine.
Piffot , Libraire à Paris , vient de mettre fous
preffe l'Abrégé du troisième Voyage de Cook , ou
un Journal de l'Expédition faite par ordre du Roi
d'Angleterre dans la mer du Sud en 1776 , 1777 ,
& 1779. Il paroîtra vers la fin de Décembre.
L'Impromptitude du Jour, ou la Fête Champêtre,
Divertiffement en un Acte & en Vaudevilles à l'occafion
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
par M. Raté , in-8 ° . A Paris , chez Defuos, Libraire,
rue S. Jacques.
TABLE.
EPITRE écrite à bord d'un Avis fur la Correspondance de
Vaiffeau François ,
Life , Eglogue ,
Impromptu,
145 la Société Royale de Méde
147 cine , &c. 153
149 Traité Théorique & Pratique
ibid. de la Végétation ,
155 Comédie Françoife ,
157 Comédie Italienne ,
Seconde Lettre à Mde...,
Air des Deux Sylphes ,
Enigme & Logogryphe ,
Le Comte de Strafford , 158 Découverte,
Tablettes , Anecdotes & Hif Gravures ,
toriques des Rois de France , Mufique
166 Annonces Littéraires ,
APPROBATION.
177
178
182
183
1.88
190
ibid.
Je J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sce aux
Mercure de France , pour le Samedi 24 Novembre. Jen'y ai
sien trouvé qui puiffe en einpêcher l'impreffion. A Paris,
18 23 Novembre, 1781. DE SANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 1er. Septemb.
LES troubles qui continuent de régner
en Egypte , forcent la Porte de tourner fon
attention de ce côté ; & on parle déjà d'une
Armée conſidérable qu'elle fe propoſe d'y
envoyer. La Romélie n'eft pas plus tranquille
; il s'y eft élevé également une révolte ,
qui s'eft manifeftée principalement dans le
diftrict de Kirkilisk. Les Commandans qu'on
y avoir envoyés pour punir les féditieux , ne
fe font pas préfentés avec des forces capables
d'en impofer & de les faire refpecter ; ils
ont été maffacrés eux- mêmes par les mutins ,
ainfi que la plupart des foldats qu'ils avoient
à leurs ordres.
Les excès produits par l'intolérance des
Schifmatiques Grecs , ne font pas vus ici
généralement du même oeil . Le Patriarche
eft parvenu à faire tolérer fa conduite en
3 Novembre 1781.
( 2 )
faifant des préfens aux Gens en place ; les
Gens de Loi le difent & s'en plaignent hautement.
Ces murmures délignent plusieurs
perfonnes ils n'épargnent pas même le
Grand-Vifir , qui paroît avoir renoncé à la
modération & au défintéreffement qui l'ont
diftingué dans fon premier miniftère,
RUSSIE. .
De PÉTERSBOURG , le 21 Septembre.
L'INOCULATION des jeunes Grands-Ducs ,
Alexandre & Conftantin , a eu le fuccès le
plus heureux ; ils ne tarderont pas à être
parfaitement rétablis , & le départ de LL,
AA. II. le Grand-Duc & la Grande- Ducheffe ,
eft , dit- on , fixé au 27 de ce mois ; Madame
la Générale de Soltikoff fera du voyage ,
MM. de Pieffchejow & de Schats , Officiers ,
l'un des Cuiraffiers , l'autre de la Marine ,
ainfi que le Chirurgien Major de la Cour ,
& le Médecin , du Corps Krufe , les accom
pagneront. Après avoir parcouru l'Italie ,
LL. AA. II. fe rendront par Strasbourg &
Monbeillard , dans les Provinces-Unies , Qu
elles défirent voir fur- tout les chantiers de
Sardam , près d'Amfterdam , que Pierre- le
Grand honora de fa préfence , & dans lefquels
il ne dédaigna point de manier la hache
& le cifeau des conftructeurs..
Le Miniftre Autrichien vient de faire
partir un Courier pour Vienne ; on ditque
dépêches dont il eft chargé ne font pas
( 3 )
feulement relatives au départ du Grand Duc
& de la Grande Ducheffe , mais encore à la
neutralité armée , à laquelle on affure toujours
qué l'Empereur veut accéder.
DANEMAR CK.
3
"
De COPENHAGUE , le 2 Octobre.
MADAME la Princeffe Sophie-Frédérique
eft toujours à Friedensbourg , où elle fe
rétablit par degrés . La Princeffe morte dont
elle eft accouchée , a été embaumée & expofée
pendant' 2 jours fur un lit de parade ;
après quoi elle a été portée de Friedensbourg
à Rofchild , dans la grande Eglife où font les
fépultures de nos Rois.
On croit que le Capitaine du vaiffeau
Américain qui , l'année dernière , tira fur
un vaiffeau Anglois mouillé dans l'un des
ports de la Norwège , & qui fut arrêté en
conféquence de cette violation du territoire ,
& conduit de force à Chriftianfand , va être
remis en liberté. Il a prouvé de la manière
la plus évidente , que l'attentat avoit été
commis fans fon ordre & dans un premier
mouvement de haîne de la part de ſon équipage
, irrité par les huées infultantes de celui
du vaiffeau Anglois .
La charge de deux vaiffeaux de notre
Compagnie des Indes Orientales a été vendue
à l'encan ces jours derniers , & à un
très-haut prix. Cela n'étonne point , depuis
que les Hollandois , les plus grands appro
a 2
( 4 )
vifionneurs du monde , n'approvisionnent
perfonne. Cette vente a fait monter jufqu'à
1800 rixdahlers les actions de cette Compagnie
, qui n'avoient été que de 500 au
renouvellement de fa chartre. Notre Compagnie
des Indes Occidentales doit faire
auffi des bénéfices confidérables , puifque les
actions qui n'ont été achetées d'abord que
100 rixdahlers , fe vendent maintenant 700
& plus. Il en eft de même des actions de
la Compagnie du Nord ; elles font à préſent
de 160 rixdahlers , au lieu de 100 qu'elles
valoient à la création de cette Compagnie.
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 2 Octobre.
LES vaiffeaux de guerre le Roi Guftave ,
la Sophie Madeleine , l'Adolphe Frédéric , le
Lion de Gothie , le Frédéric Roi , & la corvette
le Triton , qui avoient croifé pendant
tout l'Eté fur nos côtes de la mer du Nord
& de la Baltique , font rentrés dans le port
de Carlfcrone , où ils font depuis le 21 du
mois dernier. On dit qu'on les défarmera
en partie.
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 4 Septembre.
Le Roi part demain matin pour aller au-de
vant du Grand Duc & de la Grande- Ducheffe
de Ruffie. La République lui a affigné 50,000
(5)
+
ducats pour ce voyage . On dit que L. A. I.
s'arrêteront s jours à Wifniowice ; elles
font attendues à Belitz vers le 9 du mois
prochain. Les Gardes deſtinées à parader dans
les Provinces Autrichiennes , en chaque
endroit où ces illuftres voyageurs pafferont
la nuit , font déjà établies par - tout. Outre
le Comte de Brigido , Gouverneur Général
de la Pologne Autrichienne , le Comte de
Harrach a été nommé pour recevoir L. A. I.
à Kiow , & le Comte de Kaunitz , ci - devant
Ambaffadeur à Naples , eft défigné pour
faire les honneurs près de leurs perſonnes.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 7 Octobre.
LES de ce mois l'Empereur arriva dans
cette capitale de retour de fon voyage en
Moravie & en Bohême. Après avoir pris
le divertiffement de la chaffe à Stammerfdorff
, il vint coucher le foir dans cette
réfidence. L'Archiduc Maximilien y étoit
de retour de la veille ; il avoit été à Clagenfurt
& à Infpruck pour y voir Meſdames
les Archiducheffes fes foeurs.
On dit que l'Archiduc François , fils aîné
'du Grand-Duc de Tofcane , doit épouſer
cet hiver la jeune Princeffe de Wurtemberg
, foeur de S. A. I. Madame la Grande-
Ducheffe de Ruffie. Le Prince a eu 13 ans le
12 Février , & la Princeffe 14 le 21 Avril.
Les magnifiques cafernes bâties dans la
a 3
( 6 )
rue d'Alfter , font achevées , & 6 batail
lons y font logés . On ne doute plus que le
camp d'artillerie tracé dans les environs de
Simering n'ait lieu ; mais comme il fera
formé plus tard , il ne s'y trouvera que 400
artilliers.og met on avauso ob substringbo
Dé FRANCFORT ler Octobre.03
་
SUR les inftances preffantes & réitérées
des Miniftres impériaux , les Etats du cercle
du Haut-Rhin ont envoyé & fait affembler
des commiffaires , afin de régler les routes
pour la marche des troupes Impériales , &
en établir de nouvelles en plus grand nom
bre . Suivant le nouveau plan qui a été
formé à cet effet , il y a actuellement
18 chemins différens par lefquels les troupes
& les recrues Impériales pourront mar
cher vers les pays héréditaires & en revenir
; le cercle du Haut- Rhin doit s'affembler
pour ratifier ces nouveaux arrangemens
, & fixer le prix des vivres que les
troupes recevront en paffant par les pays
du cercle.
Depuis quelque tems on a formé dans
le Palatinat un plan pour établir un Evêché.
particulier dans le Palatinat & les Duchés
de Juliers & de Berg ; on affure que le Pape
eft porté à l'approuver.
bach ·
Les difpures inteftines des Chartreux , de Mauerchen
Day Baffe Autriche , dans le quartier du bas
Wiener-Wald,écrit- on de Vienne, ont donné occafion
d'examiner les titres de ces Religieux, & il en eft
efulté que leur fuppreffion a été décidée . On affure
( 7 )
que leurs biens feront appropriés à un Hopital
d'Enfans , Trouvés , & que de leur
des cafernes pour les troupes. Quant à eux , on les
ir mai on on fera
fera paffer dans une Maifon clauftrale , qu'on
fuppofe généralement devoir être celle de Gamen «
Les différens qui fe font élevés dans la
République de Genève ne font pas encore
conciliés. La lettre fuivante écrite de Suiffe
donnera une idée de l'état cù en font les
affaires de cette République.
Les louables Cantons de Zurich & de Berne
n'ayant pas jugé devoir acquiefcer à quelques points
préliminaires que les Négatifs de Genève avoient
demandé , & que le Miniftre de France defiroit qui
fuffent réglés avant toute tentative pour la pacification
de cette ville , l'affaire a été agitée deux fois
au Confeil du Roi ; & après une mûre délibération
fur la nature & les caufes des diffentions de Genève ,
S. M. a féconnu loin à la tran de contribuer
que
quillité de cette petite République qu'elle a toujours
honorée de fa bienveillance , la garantie qu'elle lui
avoit accordée en 1738 , conjointement avec les
louables Cantons de Zurich & de Berne , n'avoit
feryi qu'à alimenter l'efprit de difcorde & les paffions.
qui agitent quelques- uns de fes concitoyens ; &
confiderant d'ailleurs combien les différens d'une
petite peuplade font peu dignes d'occuper les Mi
niftres d'un grand Roi , & combien il leur eft facile
d'être induits en erreur fur des fujets auffi minutieux
, S. M. a fait écrire aux deux louables Cantons,
co- Garants avec elle des règlemens de 1738 , & à la
République de Genève , que le Roi fe tient pour
dégagé des fiens formés avec lefdits louables Cantons
en 1738 , pour la garantie du Gouvernement de
Genève , & qu'elle leur laiffe le foin de travailler à ſa
pacification .
La lettre de M. le Comte de Vergennes
a 4
( 8 )
r
au magnifique Confeil de Genève eft du
28 Septembre dernier.
--
--
» MM. , la médiation de 1738 avoit non feulement
rétabli la paix dans votre République , mais vous
avoit encore procuré vingt-cinq ans de la plus grande
prospérité. Celle de 1767 produifit un effet contraire
; elle devint la fource des divifions qui vous
tourmentent aujourd'hui , parce qu'après avoir prononcé
fur vos différends , les deux Cantons de
Zurich & de Berne , co-Garants avec le Roi de votre
Gouvernement , ne voulurent pas mettre le fceau au
jugement de garantie. L'amitié du feu Roi pour
les Cantons , l'efpérance de vous voir corriger infenfiblement
les vices d'un accord précipité , déter
minèrent ce Monarque à fermer les yeux fur ce qui
s'étoit fait d'irrégulier & de contraire à la garantie
& à fes vues falutaires pour votre bonheur. De
nouvelles divifions étant réfultées principalement des
loix que vous vous étiez donnés dans un moment de
trouble ; le Roi , héritier de la bienveillance de fes
auguftes ancêtres pour votre République , faifoit
depuis deux ans de vains efforts pour vous engager
à en prévenir les fuites , lorfqu'enfin les circonftances
ont obligé S. M. & les deux Cantons à réunir leurs
Plénipotentiaires à Soleure pour travailler à pacifier
vos différends . S. M. avoit eu occafion de remar
quer dans tout le cours des négociations préalables ,
que les deux Cantons étoient très-peu difpofés à
adopter fes fentimens foit fur la néceffité de
s'occuper promptement de vous pacifier , foit fur
les moyens d'y procéder. Les conférences de
Soleure ont démontré à S. M. qu'elle s'étoit vainement
flattée de vaincre les obftacles qui naîtroient
de la part des deux Cantons au fuccès d'une nouvelle
médiation. Une lettre que j'ai reçue depuis peu
de leur part , en complette la preuve . En perlévérant
dans le deffein de fe tenir uni aux deux Cantons pour
pacifier votre République , le Roi , Meffieurs , s'expo
>
―
( 9 )
en
feroit à voir dégénérer un acte de juftice & de bon
voifinage , en un fujet de difcuffien , peut -être interminable
entre S. M. & fes co - Garants , & par
conféquent à prolonger vos malheurs par une fuite
imprévue des mesures que fon augufté ayeul avoit
adoptées pour vous en garantir. S. M. a pris
confeil de fa prudence , de fon amitié pour d'anciens
alliés , de fa bonne volonté pour vous , & , après
une mûre délibération , elle vient de faire déclarer
aux deux Cantons de Zurich & de Berne , qu'elle fe
tient pour dégagée des liens formés avec eux en
1738 , pour la garantie du Gouvernement de Genève ,
& que jamais elle ne réclamera leur concours à
l'exécution de cet acte. Pár une fuite des fentimens
de S. M. pour votre République , elle laiffe
aux deux Cantons le foin de vous pacifier , leur
obfervant néanmoins de ne pas donner les mains
une réfolution qui dénatureroit votre Gouvernement
au point d'en faire une Démocrație tumultueule . Je
n'ai pas befoin de vous dire , Meffieurs , combien
S. M. feroit intéreffée à l'empêcher. Le Roi , en
renonçant à un engagement devenu inutile & même
dangereux , vu le changement qui s'eft fait depuis
1738 en Suiffe , dans la manière d'envifager vos
intérêts , eft bien éloigné de fe regarder comme
difpenfé de veiller à votre indépendance & à votre
bonheur. Dans l'état de fermentation où vous
êtes , il eft malheureufement néceffaire de prévoir
qu'il pourroit furvenir parmi vous tels actes de
violence que le Roi , comme protecteur de votre
République , comme intéreffé à la tranquillité , feroit
obligé de réprimer, S. M. a pris des mesures en
conféquence : elle m'ordonne de vous déclarer
Meffieurs , qu'elle prend tous les Ordres de votre
Etat fous fa protection , & que fi qui que ce foit
attentoit à la vie ou à laliberté d'aucun des individus
de la République , fans que le Gouvernement eût &
employât la force néceffaire pour l'en punir , S. M.
as
--
--
-
•
( 10 )
2.
fe charge de ce foin , ainfi que de rétablir fur- le
champ le bon ordre parmi vous , par tous les moyens
que fa puiffance lui met en main. - Quiconque
voudroit faire regarder cet acte de protection , deveng
néceffaire pour prévenir votre perte , comme une
entreprife contre votre liberté , ne pourroit le faire
qu'à mauvaise intention . S. M. veut qu'il n'y ait dans
Genève , ni oppreffeurs ni opprimés ; & elle prête à
la République la force qu'un parti pourroit lui ravir.
Après vous avoir raffurés , MM. , contre toute
tentative qui pourroit vous plonger dans les horreurs
de la guerre civile , S. M. augure affez bien de vos
concitoyens , pour croire que ces précautions feront
fuperflues , & que les partis qui vous divifent , écou
teront les paroles de paix qui leur feront portées par
les deux Cantons. Une chofe qui intérelle fur
tout le Roi , & à laquelle vous ne pouvez ,
MM. ,
avoir trop d'attention , c'eſt que vous devez faire
enforte que ce foient toujours les perfonnes les plus
fages , les plus intègres & les plus intéreffées à l'indépendance
de votre ville qui influent dans fon gow
vernement. Je ſuis très - parfaitement , &c.
IT ALI E.namo al web >
DUUL
De LIVOURNE , le 30 Septembre.
2
S
Le Grand-Duc toujours occupé de la
profpérité du commerce , vient d'abroger
les loix qui défendent l'entrée , la fortie &
le tranfit de certaines marchandifes dans le
Duché. S. A. R. ayant remarqué que l'induftrie
& l'application des fujets recevoient
trop d'entraves , de la mutiplicité des inpôts
, & des anciennes diftinctions des Seigneuries
& Territoires , elle a fupprimé toutes
les diftinctions de territoires en les réu(
11 )
niffant en un feul , & les affujettiffant à un
impôt unique.
200
» La Maiſon Religieufe des Céleftins , écrit-on
de Florence , compofée de fept individus , nombre
infuffifant pour remplir les devoirs de leur inftitution
, & d'ailleurs tous étrangers , a été fupprimée
le 15 de ce mois. Ces Religieux deffervoient une
Cure qui a été confiée à des Prêtres féculiers. Le
Grand- Duc a affuré une penfion de écus à l'Abbé
une de 110 au Curé , & une de 100 à chacun des
autres Membres de la maiſon , avec permiffion de
pouvoir en jouir où bon leur femblera. Ce Prince
leur a fait diftribuer de plus 25 écus à chacun
pour leur voyage , ainfi que pour les meubles qu'ils
avoient dans leurs chambres refpectives , Les biens
de cette Maifon fupprimée , rapportant annuellement
7 à 800 écus de revenu , pafferont , dit on , à l'administration
de l'Hopital - Général de la Ville.
Bepuis quelques jours , nos Magifttats de Police
One reprimandé , grièvement en pqblic les femmes
dont Wajaltements ne paroifoit , pas répondre aux
vues du Ministère pour la réforme dans les habits,
Ils ont même enlevé à quelques- unes des fleurs
& d'autres ornemens de tête. Cette févérité n'étant
pas fondée fur une loi expreffe , a déplu fur- tout
aux Marchands , qui profitoient du goût des Femmes
pour les modes étrangères & nouvelles «<,
On dit que la République de Veniſe défirant
envoyer un Miniftre à la Cour de
Ruffie , a chargé celui qu'elle entretient à
la Cour de Vienne , d'en parler à l'Ambaffadeur
de Ruffie & de l'engager à appuyer
auprès de S. M. I. le defir qu'elle a
formé.
On mande de Rome que la Secrétairerie
d'Etat a ordonné l'armement de quelques
ཙྪཱ ཙ སཏི
(( 12 )
bâtimens armés qui doivent fortir de Civita-
Vecchia au commencement du mois prochain
pour couvrir les côtes pontificales ,
& les défendre contre les corfaires Algériens
& Tunifiens qui infeftent la Méditerranée.
1
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 22 Octobre..
惠
210
LA Gazette extraordinaire de la Cour da
I15S de ce mois , n'a pas rempli l'attente de
la nation ; elle apprend qu'il y a eu un combat
, mais elle apprend en même-tems , que
nous avons eu du défavantage , que les forces
de nos ennemis font fupérieures dans
l'Amérique feptentrionale ; que l'objet de
l'Amiral Graves de débarquer des renforts
au Lord Cornwallis & d'empêcher tes
François de débarquer ceux qu'ils condui
foient aux Américains n'a pu être exécuté.
Un de nos papiers a préfenté fur cette fa
meufe relation les réflexions fuivantes
qui paroiffent être d'un homme qui n'eft
pas du parti de la Cour , mais qui voit
bien.
·
» Je me déterminai , dit l'Amiral Graves , à porter
au Sud , dans l'eſpoir d'intercepter l'une des flottes
Françoiles & peut-être toutes les deux . Que le
Contre Amiral ait eu l'efpoir d'intercepter l'efcadre
de M. de Barras , parti de Rhode- Ifland le 25
Août , avec huit vaiffeaux de ligne , c'étoit bien
fait à lui , d'efpérer ; mais qu'il ait eu celu
d'intercepter la flotte de M. de Graffe , lorfqu'il
I
( 13 )
-
n'a paru devant la baie de Cheſapeak , qu'avec
vaiffeaux de ligne , les feules forces qu'il a pu raf
fembler , cela paroît un peu fort. Cette étrange
efpérance n'eft affurément point dans les dépêches ;
c'eft le Ministère feul qui a parlé . Les Fran
çois ajoute-t-il , avoient en croifière devant le
Cap ( Henri ) une frégate qui les rejoignit à notre
approche ; immédiatement après , leur flotte parut
fous voile, &c. - Cela montre la fupériorité avec
laquelle M. de Graſſe a manoeuvré . Mouillé par le
travers de la baie de Chéfapeak , il s'eft trouvé
fous voile au moment où il a été inftruit de l'artivée
des ennemis & les a combattus . La
flotte de S. M. , dit notre Amiral , confiftuit en
19 vaiffeaux de ligne ; la ligne Françoiſe étoit
formée de 24 voiles . Qu'eft. ce que l'Amiral
entend par voiles Cette expreflion voiles fignific
vaiffeaux de ligne , frégates , corvettes cutters
&c. & pourquoi ne pas dire 24 vaiffeaux de ligne.
Lorfque la Fortunée revint de l'avant- garde , j'ap
pris que les vaiffeaux avoient tant fouffert , &c .
C'eſt un terrible aven que celui-ci . Le
Contre Amiral Drake , qui montoit la Princeffe ,
ajoute M. de Graves , fit paffer fon pavillon à bord
de l'Alcide ; le Shrew bury prit des ris , fes deux
mâts de hune , changea les vergues de fes huniers,
& effuya d'ailleurs beaucoup d'avaries , &c . & c .
-
Nous
L'Amiral avoue dans cette partie de fa dépêche
fix vaiffeaux , la Princeffe , le Shrewbury , l'Intrépide
, le Montagu , le Terrible & l'Ajax qui font
très maltraités ; & cela en fait 6 fur 19 .
palsâmes la journée entière du 6 , continue-t- il , en
vue les uns des autres . Le 8 , le vent fraîchit ; le Ter
rible fit fignal de détreffe. Je fis diftribuer fur les
vaiffeaux de la flotte fa provifion d'eau & de vivres ;
ce quiprit toute la journée du 11 , enfuite on mit le
feu au corps du vaiffeau ; & fur les 9 heures du foir
je remontai vers la Chéfapéak , & c . Que s'eſt-il
pallé le 7 & depuis le 8 jufqu'au 11 , qua fait l'A(
14 )
miral. Ce jour- là fur le foir , il a remonté vers la
Chéfapéak , & pourquoi faire ? Informé que la flotte.
Françoife entière mouilloit en dedans du Cap de ma
nière à en bloquer le paflage. Je me déterminai alors.
( ce font les expreffions ) à me rendre à New -Yorck
avec la flotte avant l'équinoxe.- Entendra qui pourra
cette Relation ; elle n'eft pas plus claire que celles
données jufqu'à préfent par nos Amiraux ou plutôt
par la Cours il ne faut excepter que celle de Par
ker dans laquelle il a rendu compte de fon combat
contre l'Amiral Zoutman. Il réfulte de celle- ci
que nous avons été battus ; que M. de Graffe (a
débarqué les troupes au nombre de 3 ou 4000 hom.
mes qu'il avoit avec lui ; ces troupes ont dû le réunir
au corps du Marquis de la Fayette , & le Lord Cornwallis
hors d'état de réfifter à la fupériorité des ennemis
par mer & par terre , a , dit- on , abandonné
fon polte avantageux de Portsmouth pour le retirer
à Worceſter. On ne peut qu'être inquiet de fa
fituation ; il n'a nul efpoir de fecours , toute communication
eft interrompue entre New Yorck & les
Provinces Méridionales D
On peut demander après cela au Gazetier
de New-Yorck , qui dit qu'il n'y a plus un
feul rebelle dans une partie du Sud , où eft
notre armée conquérante & où font les
nombreux partifans du Gouvernement Britannique
?
On a été fort étonné , écrit- on dans un papier
Américain , d'apprendre que les Anglois s'autorifoient
d'une interprétation arbitraire de quelques
articles de la capitulation de Penſacola , pour croire
que leurs troupes prifes dans cette place pouvoient
fervir contre l'Amérique - Septentrionale , parce
qu'elle n'avoit aucun traité d'alliance avec l'Elpagne;
mais quelques perfonnes penfent que la claufe
de la capitulation qui porte , que la garnifon de
Penſacola ne fervira ni contre l'Espagne ni contre
( 15 )
*
fes alliés , ne pourroit être interprétée , ainfi qu'on
le fait aujourd'hui , que dans le cas où les places
que poffede encore l'Angleterre en Amérique ne
feroient attaquécs que par des Américains feulement.
Une armée & une efcadre Françoiſes nous
offrant des alliés de l'Espagne à combattre , com
ment éviter le fens précis de la claufe dont on vient
de parler Le Congrès ayant été inftruit du projet
qu'avoit la garnifon de Penfacola de venir groffit
le nombre de fes ennemis , avoit donné les ordres
de fe faifir de tous les bâtimens Parlementaires
Espagnols , malgré le pavillon de Trève , dont leur
deffein détruifoit entièrement l'effet ; en conféquence
, plufieurs avoient été pris à la hauteur de la
Delaware , par les deux Armateurs le Holker & le
Fier-Américain , qui les conduifoient à Philadel
phie , lorfqu'ils ont été repris par les bâtimens
le Général- Arnold & la Surprife , & envoyés à
New-York , où ils fe font rejoints au refte de la
fotte , chargée de la garnifon qui a capitulé , &
qui étoit compofée de 15 voiles. Les 13 & 14
Juillet , le Général Campbell , qui commandoit à
Penfacola , accompagné de plufieurs autres Offi
ciers , eft arrivé lui-même ; quoiqu'on eût dit qu'il
devoit être conduit à la Havane , attendu que depuis
la capitulation il avoit enfreint quelques-unes des
conditions auxquelles il s'étoit foumis cc ,
+
249
La plupart des lettres particulières arrivées
par la Médée , ont apporté la confirmation
de la prife du Héro , paquebot à
bord duquel s'étoit embarqué le Lord Rawdon
pour revenir en Angleterre. Il a été
pris par l'efcadre Françoife commandée par
M. de Barras. Selon les mêmes lettres le
bâtiment de tranfport le Jofeph , & 6 autres
navires allant de St-Chriftophe à New-
Yorck chargés de rum , & c. pour l'ufage
( 16 )
de la garnifon , ont été interceptés auffi par
le Comte de Graffe & conduits dans la
Chéfapéack ,
aux Franço ou ces provifions ferviront
& aux La frégate
qui eſcortoit ce petit convoi a eu le bonheur
de s'échapper..
On recommence à parler du retour de
P'Amiral Rodney aux Indes Occidentales ;
il fe trouve du moins dans une pofition
qui doit lui faire defirer de reprendre fon
commandement ; fi 300,000 liv . fterl. qu'on
dit qu'il a gagnés pendant fa campagne ,
peuvent lui faire defirer le repos , la manière
dont il a acquis cette fortune l'expofe
à de grands procès ; d'un autre côté
le Général Waugham & l'ancien Gouverneur
de Tabago fe plaignent amèrement
de lui ; fon éloignement le mettroit
l'abri de toutes les tracafferies qui le menacent
; & s'il lui arrivoit quelque évènement
heureux dans une nouvelle campagne
, il pourroit faire tomber tous les embarras
qu'on lui prépare.
12
Il eft arrivé dans nos ports 18 vaiffeaux
de la Compagnie des Indes , qu'on évalue
l'un dans l'autre à 150,000 liv . ft . Les actions
de la Compagnie ont augmenté de 3 p. 100
depuis l'arrivée de cette flotte . On attend
encore 13 vaiffeaux pour le commencement
de Janvier.s
Quoi qu'il en foit de ce qu'a fait le
Commodore Jonhstone , fon expédition eft
manquée, s'il revient en Europe , & fi on
l'attend , comme on le dit , inceffamment
717 )
dans nos ports , les forces Françoifes aug
mentées par celles de M. de Suffren , vont
être fupérieures dans l'Inde , &, quoiqu'on
dife de l'état de nos établiffemens , ils font
vigoureufement menacés. Plus on ana
lyfe les dernières relations de l'Inde , plus
' on les trouve très - incertaines & très-inquiétantes
pour l'avenir. La fuivante peut
jetter quelque jour fur les opérations
d'Hyder- Aly .
"
peur ,
» Lorfque Sir Eyre Coote eut pris Carongalee , il
marcha vers Arcot avec fon armée , divifée en trois
colonnes , dans la ferme intention de tenter un affaut
fur le camp des ennemis , ou de les attirer à un engagement
: mais Hyder- Aly eut malheureufement , par
fes Hircas , avis de ces deffeins , & fit dire à fon fils
qui étoit à Pondichéry , de venir le joindre avec
40,000 hommes. Cela obligea le Général de changer
fon deffein & de fe retirer à Madras. Hyder-Aly
regardant cette retraite comme un effet de la
envoya fon fils pour le harceler : mais le Général
ayant fait une marche forcée pendant la nuit , furprit
le fils d'Aly dans fon camp , & le força à fe retirer
avec une perte confidérable. Le Général tirant alors
avantage de ce fuccès fignalé , dirigea immédiatement
fa marche vers Arcot ; mais Hyder- Aly avoit déja
envoyé fon gros canon & fon infanterie à Bangalore ,
le plus fort de fes établiffemens dans le pays de
Myfore ; le même jour , il renvoya fon fils après Sir
Eyre Coote , laiffant une partie de l'infanterie dans le
fort d'Arcot , & prenant fa route vers le fud. Sir
Eyre le fuivit alors de près ; il rencontra même ſon
arrière-garde avec le bagage à Tiagar ; & s'il avoit
eu de la cavalerie , il auroit pu couper cette arrièregarde
, ou forcer Hyder-Aly à rilquer une action
générale , qu'il évite conftamment avec le gros de
fon armée. De Tiagar , Hyder prit fa route vers
( 18 )
Wadiarpolam & Arrialore , pour traverfer la rivière
de Coleroone & détruire la ville &c. , dans le voifinage
de Trichionopolies mais il changea fon plan &
marcha vers le pays de Tanjour , fans oublier ,
fuivant fa coutume , de brûler les villages & de tout
détruire fur fon paffage. Sir Eyre ne refta pas oifif : il
prit les forts de Mulavaigle , de Colar , de Kiftna
gerie , & s'étant affuré de divers paffages importans
il marcha à la rencontre de l'ennemi" ; mais Hyder
avoit fait une retraite précipitée , & laiffe le Général
maîne de tout le Carnatic. Hyder Aly , avant
d'arriver dans le Tanjour , avoit invité le Roi de ce
pays à le joindre pour venger les maux qu'il avoit
efluyés des Anglois ; mais il ne voulut pas y cons
fenrir ; Aly voulut alors le contraindre par des mele
même fuccès ; il fit même dire
naces , queais avec
-
fi l'armée , en paffant par le Tanjour , venoit à
y faire du dégât , il avoit cent mille hommes pour
Ja repouffet. Cela intimida fi fort Aly , qu'au village
de Pollour il fit pendre trois foldats , pour avoir
volé quelques légumes dans le jardin d'un pauvre
homme, Hyder-Aly fut auffi grandement trompé
dans les fecours qu'il attendoit du puiffant Prince de
Nezamvan -Aly- Cawn ; il employa tous les artifices
Foffibles pour l'attirer de nouveau en duette ve
guerre avec
la Compagnie ; mais il ne put y réuffit , ' ce Prince ne
pouvoir oublier combien il avoit payé cher la folic
d'avoir autrefois combattu la Compagnie. Les Offi
ciers François qui font dans l'armée de Hyder-Aly ,
n'ont jamais fervi leur Patrie en cette qualité ; ce
font des déferteurs renégats , fans honneur & fans
talens : : pour preuve de cela , nous dirons feulement
qu'à la bataille de Vaniombody , un corps entier de
cavalerie Françoife , Officiers & foldats , au fervice
d'Aly pour cent pagodes par homme , volèrent fous
les drapeaux de la Compagnie au premier fignal :
cette défection n'empêche pas Aly d'aimer le François
; il en fait fon Saumey ou fon Dieu ; car Hydet
n'eft pas Mufulman , mais de l'ancienne Religion des
( 19 )
-
Gentoux. La mort du Colonel Parker qui fut tué
dans la dernière action , fut une grande perte pout
le fervice ; il s'étoit diftingué par un courage intrépide
, joint au jugement le plus fain . Il fut blefé
dangereufement a l'affaut de la ville d'Amadabar &
quoiqu'il ne fût pas encore guéri , il voulut le trouver
à la bataille , ou il a péri . Son mérite en qualité de
guerrier ne furpaffoit pas fes vertus , fa probité , fon
defintérellement . On l'a vu refufer de faire une for
tune brillante , lorfqu'il triompha dans le pays de
Romilla .
Le parlement qui devoit s'affembler le
18 de ce mois , a été prorogé au 27 du
prochain. Un des principaux objets que
l'Adminiftration lui propofera , fera un
changement à faire dans la
ta erres , des
pour en rendre la levée plus égale par
tout le Royaume , & en même-tems plus
avantageufe au tréfor.
On apprend par un vaiffeau Danois ,
que M. Whitehill , le dernier Gouverneur
de Madras , s'étoit en Anglerre à boarqué pour revenir
de
la Compagnie, que M. Cotsford s'étoit aufli
embarqué.
Taxes perpétuelles levées depuis le commencement
Maxspede la guerre avec l'Amérique.
En 1776. Timbre fur les actes
Sur les papiers -nouvelles , 200
Sur les cartes à jouer ,es ob svo16
Droit additionnel fur les carroffes
En 1777. Taxes fur les domeſtiques , 1120
Timbre ,
30,000
2. 18,000
P00 6,000)
ex19,000
Droit additionnel fur le verre, five mos
Sur les ventes par encanyad aoi að no
73,000
105,000
55,000
45,000
37,000
242,000
( 20 )
En 1778. Taxe fur les loyer des maifons , 264,000
Droit additionnel fur les vins ,
72,000
336,000
En 1779. Taxe fur taxe , c'eſt à- dire , furles
droits de Donane & d'Accife ,
charge additionnelle des pour cent fur
Taxe fur les chevaux de poſte ,
314,000
164,000
478,000
En 1780. Taxe additionnelle fur la dreche , 310,000
Droit additionnel fur les petits vins Anglois
, 20,617
-Sur les efprits de liqueurs Anglois , 34,557
Sur le brandevin ,
31,316
Sur le rum ( taffia ) ,
70,958
Second droit additionnel fur les vins , 72,000
Droit additionnel fur l'exportation du
charbon , 12,899
5 p. c . d'addition fur les taxes ci- deſſus ,
Droit additionnel fur le fel ,
46,193
69,000
21,000
Additionnels fur le timbre ,
Pour obtenir la licence de vendre du thé , 9081
701,616
En 1781.5 p. c. fur la drêche, excepté le
malt , le favon , la chandelle & les peaux , 150,000
Efcompte des Douanes , 167,000
Taxe d'un fol 3 fartings par livre detabac , 61,000
d'un demi-fol par livre de fucre , -
Etablis depuis.
Droit fur le papier ,
Sur les almanachs ,
Totaux des fix années.
326,000
100,000
10,000
814,000
2,644,616
La dette nationale étoit le 5 Juillet 1781 ,
177,206,000 liv. ft. ―
de
L'intérêt levé annuellement
fur le public , eft de 6,812,000 l . ft. - Tels font les
fonds faits & les taxes levées afin de payer ' aux
créanciers publics l'intérêt de la dette nationale. La
( 21 )
dette dont les fonds ne font pas faits , peut être
comptée comme ci-après ..
Dette de la marine au 1er Janvier 1782 ,
environ
Extraordinaires des guerres
Vote de crédit de la feffion dernière
Dette de l'artillerie
9,000,000
3,000,000
1,000,000
1,000,000
Somme à voter pour les extraordinaires
de la marine
1,000,000
Billets de l'Echiquier en circulation ,
environ 4,000,000
2,000,000 Emprunté de la Banque d'Angleterre
21,000,000
En fuppofant que lorsqu'on aura fait des fonds
pour cette fomme , l'emprunt ou le marché convenu
avec le public , foit comme il l'a été pendant les deux
ou trois dernières années , négocié à 5 & demi p. c. ,
l'intérêt annuel à payer fur ces 21 millions , fera de
I , Iss,000
Récapitulation .
S
Principal dont les fonds étoient faits le
, ci $ Juillet 1781 ,
Principal dont les fonds n'étoient pas
faits le 1er Janvier 1782.
Total de la dette nationale à cette
dernière époque
L'intérêt payé, pour lequel on a pourvu
177,206,000
-21,000,000
198,206,000
par des taxes , étoit les Juillet 1781 de 6,889,000
L'intérêt à payer à raison des dettes pour
lefquelles les fonds ne font point
faits , fera au premier Janvier de
Et les deux enſemble de
1,155,000
8,044,000
Ainfi le 1er Janvier 1782 , la partie de la dette
rationale pour laquelle il n'y a point de fonds fairs ,
montera à 198,206,000 , & l'intérêt à 8,044,000 ,
ce qui , à peu de chofe près , eſt le double de ce que
le public payoit en taxes , avant la guerresactuelle
,
l'intérêt annuel étant au 1er Janvier 1776 d'environ
€ 4,300,000 livres ſterling.s
( 22 )
moo at FRANCE,abi und k
De VERSAILLES , le 16 Octobre
D
LES détails de ce qui s'eſt paſlé à l'oc
cafion des couches de la Reine , ne peuvent
qu'intéreffer la Nation , dont elles ont rempli
les voeux & l'attente . On a obfervé tout le cérémonial
qui a lieu à la naiffance d'un Dau
phin ; & cet évènement heureux ne s'étoit
pas renouvellé en France depuis 1729.
1
» Le 22 de ce mois , la Reine ayant fenti quel
ques douleurs , qui annonçoient fes couches prochaines
, la Princeffe de Lamballe , Surintendante
defa Maifon , fe rendit auprès de S. M. ,
qui avoit ordonné qu'on allât l'avertir. Dès que
cette Princeffe fut arrivée , elle donna ordre d'avertir
Monfieur, Madame , Monfeigneur le Comte d'Artois ,
Mefdames Adelaide, Victoire & Sophie de France ,
qui fe rendirent auffi -tôt chez la Reine . Le Roi ne
fut point averti , parce qu'il étoit déjà auprès de
S. M. Madame Comteffe d'Artois ne le fut point
parce qu'elle étoit iindifpofée. Les autres Princes
& Princeffes di Sang le furent fur le champ Le
Garde des Sceaux de France , & tous les Miniftres
& Secrétaires d'Etat ayant été également avertis ,
fe rendirent auffi dans le grand cabinet de la Reine ,
dont l'appartement fut à l'inftant rempli des Seigneurs
& Dames de la Cour. S. M. qui avoit eu
un travail d'environ deux heures , accoucha trèsheureuſement
à une heure vingt- trois minutes après
midi , d'un Prince dont la force & la fanté donnent
les plus grandes efpérances pour la confervation
de fes jours. Le Roi qui n'avoit pas quitté la
Reine pendant les douleurs , & qui n'avoit ceffé de
lui donner des preuves de la tendreffe , parut , dans
le moment de la naiffance de Monfeigneur le
Dauphin, touché de la joie la plus pure & la plus
23
W
of
attendriffante ; elle étoit peinte fur le vifage de S
M. , qui fut témoin de celle de toute la Cour , &
des voeux qu'elle faifoit pour fon bonheur & pour
celuii
de la Reine. Lorfque l'on eut donné , en
préfence du Roi , les premiers foins à Monfeigneur
le Dauphin , le Roi rentra chez la Reine , & lui
annonça qu'elle étoit accouchée d'un
Prince
. S. M.
ayant auffi-tôr demandé à le voir , il lui fut apporté,
par la Princeffe de Guémenée , Gouvernante des
Enfans de France , accompagnée des trois Sous-
Gouvernantes. En fortant de chez la Reine , cette
Princeffe porta dans fon appartement Monfeigneur
le Dauphin , que le Prince de Tingry , Capitaine
des Gardes- du Corps du Roi en quartier , conduifit
conformément aux ordres que le Roi lui avoit
donnés de quitter fon fervice près fa Perſonne
pour accompagner Monfeigneur le Dauphin jufque
dans fon appartement , où le trouvèrent , pour
fervir près de lui , un Lieutenant & un Sous- Lieutenant
des Gardes - du- Corps du Roi. Une falle des
Gardes-du -Corps y étoit établie , ainfi que, toutes
les perfonnes que le Roi avoit précédemment
nommées pour le fervir. Ce jour , vers les trois ,
heures de l'après - midi , Monfeigneur le Dauphin
fur baptifé par le Prince Louis de Rohan , Cardmal
de Guémenée Grand- Aumônier de France , en
préfence du fieur Broquevielle , Curé de la Paroiffe
Notre -Dame , & tenu fur les fonds de baptême ,
par Monfieur , au nom de l'Empereur , & par
Malame Elifabeth de France , au nom de Madame
la Princefie de Piémont ; le Roi étant préfent , ainfi
que ceux des Princes & Princeffes du Sang , qui
avoient eu le tems de fe rendre aflez - tôt à la Cour
Munfeigneur le Dauphin a éré nommé Louis-
Jofeph-Xavier-François . Après le baptême , Monfeigneur
le Dauphin ayant été reconduit dans fon
appartement, le Comte de Vergennes , Miniftre
& Secretaire d'Etat au département des Affaires
Etrangères , Grand- Tréforier des Ordres du Roi ,
( 22 )
-
lui porta le Cordon & la Croix de l'Ordre du
Saint- Elprit , & le Marquis de Ségur , Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département de la Guerre ,
la Croix de Saint Louis , conformément aux ordres
que ces deux Miniftres avoient reçus du Roi . —
S. M. , ainfi que toute la Cour , affifta , après le
baptême , au Te Deum , qui fut chanté à cette
occafion dans la Chapelle du Château , par la
Mufique du Roi . Auffi- tôt que la Reine fut
accouchée , le Comte de Croifmart , Lieutenant des
Gardes-du-Corps du Roi , de la Compagnie de
Beauvau , de fervice auprès de la Reine , alla à
Paris , par ordre du Roi , annoncer cette heureuſe
nouvelle au Corps- de-Ville , qui s'étoit déjà affem.
blé , d'après les ordres que S. M. lui en avoit
envoyés peu de tems auparavant. Le Comte de
Vergennes , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
département des Affaires Etrangères , étant rentré
chez lui , dépêcha des Couriers extraordinaires
aux Ambaffadeurs & aux Miniftres du Roi dans
les Cours Etrangères , pour leur faire part de
cette heureufe nouvelle ; & tous ces Couriers
partirent à quatre heures & demie de l'après midi .
Le Miniftre de la Marine ainfi que les autres Miniftres
, firent également part de cette nouvelle
dans leurs différens départemens . Le Roi paffa plufieurs
fois dans la journée chez la Reine , & alla
voir Monfeigneur le Dauphin. Sur les huit
heures & demie du foir du même jour , on tira
dans la place d'Armes un très -beau feu d'artifice ,
que le Roi vit du balcon de fon appartement ,
ainfi que toute la Cour . Ce feu fut fuivi d'une
illumination générale dans la Ville. Les Princes du
Sang & tous les Seigneurs de la Cour , eurent
l'honneur de faire leurs révérences au Roi , à l'oc
cafion de l'accouchement de la Reine & de la naiffance
de Monfeigneur le Dauphin. Le lendemain
matin les Princeffes du Sang , curent auffi l'honneur
de faire leurs révérences S. M. à cette occafion ,
&
( 25 )
-
& les Dames de la Cour l'après-midi . "Le Corps
des Ambaffadeurs & Miniftres Errangers , compli
menta le Roi fur le même fujet. Le Premier Préfident
du Parlement de Paris , & tous les Chefs
des différentes Cours , eurent auffi l'honneur de
complimenter S. M. à cette occafion. Pendant
les trois jours qui ont fuivi la naiſſance de Monfeigneur
le Dauphin , les boutiques ont été fermées
à Versailles , & la Ville a été illuminée. Le Peuple
qui n'a ceffé de remplir les cours du Château , a
témoigné , par les cris réitérés de vive le Roi ,
la Reine & Monfeigneur le Dauphin , la jeie
inexprimable qu'il reffent de l'heureux accouchement
de la Reine & de la naiffance de Monfeigneur
le Dauphin ".
La Comteffe de Geftas a eu l'honneur
d'être préfentée le 21 de ce mois au Roi &
à la Famille Royale par la Marquife de Lordas.
De PARIS , le 30 Octobre.
Le rapport vague des matelots Anglois
mis fur la Princelle Neire , lorfque la Médée
eut pris ce corfaire , que l'équipage François
a trouvé le moyen de reprendre & de ramener
à Morlaix , s'eft confirmée. La Médée
portoit à Londres les dépêches de l'Amiral
Graves , & fa relation du combat qu'il a
foutenu contre M. de Graffe à l'entrée de
la Chéfapeak. Malgré l'attention du Miniftère
Anglois , qui a fans doute fort tronqué
cette dépêche , il n'en réfulte pas moins que
l'efcadre Angloife a beaucoup fouffert , &
que l'Amiral a brûlé un vaifleau de 74 canons
, dans le défeſpoir de le fauver & de
l'empêcher de tomber entre nos mains. On
3 Novembre 1781 . b
( 26 )
14
attend avec la plus vive impatience la rela
tion de M. de Graffe. On fe flatte que fon
combat aura eu les fuites les plus avantageufes
& les plus décifives . Si , comme le
dit l'Amiral Graves , M. de Graffe n'a combattu
qu'avec 24 vaiffeaux , on fait qu'il en
avoit 28 , & 4 par conféquent ont pu être
pendant le combat dans la Chéfapeak à la
recherche des navires Anglois qui s'y trou
voient . On ne peut pas affurer que le Lord
Cornwallis ne fe foit pas embarqué avant
l'arrivée de notre flotte ; cependant le projet
de l'Amiral Graves & l'attention qu'a eue
M. de Graffe de lui fermer l'entrée de la
Baie , donnent lieu de croire que le Lord
Cornwallis étoit encore à Portſmouth. Les
premières nouvelles de l'efcadre nous tireront
de toute incertitude à cet égard ,
Quant au Commodore Johnſtone qu'on
difoit à Buenos -Ayres , & qui s'eft trouvé
auprès du Cap de Bonne - Efpérance , il eft
fort douteux que fa fameufe capture enrichiffe
fon efcadre. On a fu il y a trois mois ,
& toutes les Gazettes l'ont publié , qu'il étoit
arrivé au Caps vaiffeaux de la Compagnie
Hollandoife , dont les cargaiſons avoient été
miſes à terre ; fi cela eft , la perte des Hollandois
, en cette occafion , eft très- peu de
chofe, Cette fuppofition s'établit encore par
le filence du Commodore Johnſtone , qui
ne dit rien de la cargaifon de ces bâtimens.
Vain & exagérateur comme il eft , il n'auroit
pas manqué de nous en donner le détail &
( 27 )
même de l'enfler , témoin tout ce qu'il nous
a raconté de M. de Suffren & du vaiffeau
l'Annibal; témoin les 40,000 liv. fterl. en
lingots d'or , trouvés fur le vaiffeau qui alloit
à Ceylan , tandis que l'on fait que c'eft principalement
de l'argent qu'on porte aux Indes
& à la Chine , où l'or eft à un taux
bien plus modéré qu'en Europe . Enfin
quand même ces bâtimens auroient eu tous
leurs chargemens , cette prife ne fera guère
profitable au Gouvernement Anglois , elle
n'enrichira que Johnstone & quelques - uns
defes Officiers . Mais fon expédition aéchoué ;
le grand objet de fon armement eft totalement
manqué. Il eft clair aujourd'hui que
la Cour de Londres n'avoit mis en mer tant
de forces , & n'avoit fait une dépenfe auffi
confidérable , que pour s'emparer du Cap
de Bonne Efpérance ; & fans la rencontre de
M. de Suffren , peut - être Johnstone l'auroitil
enlevé. Les Hollandois doivent fentir le
fervice fignalé que nous leur avons rendu.
Les navires , écrit - on de Toulon , qui doivent
tranfporter dans l'Ile de Minorque les quatre régimens
cantonnés aux environs de cette Ville , font
arrivés , & on a commencé à embarquer les effets ,
les vivres & les munitions qui leur font néceflaires.
Leur départ ne peut être que prochain . On parle de
l'arrivée de quatre autres régimens qui doivent
avoir la même deftination. Ily a en rade un
convoi de Marféille pour le Levant. Il mettra à la
voile au premier bon vent , & fera eſcorté par les
frégates la Lutine & le Montréal. Les autres fré
gates & corvettes qui font en rade , escorteront le
conyoi deftiné pour Ile de Minorque. La fré
bz
( 28 )
gate l'lfis eft fur le point d'être lancée à la mer.
Les vaiffeaux de 74 le Suffifant & le Médiateur ,
feront finis avant la fin de l'année ; on y
avec beaucoup d'activité «.
travaille
On fait par d'autres lettres que les troupes
ont appareillé de Toulon le 21 à 5 heures du
S
matin par un bon vent , qui , s'il a continé , a
dû les porter à Mahon dans 3 jours .
On lit dans une lettre de Bayonne , en
date du 20 de ce mois , les détails fuivans.
Le convoi de la Havane attendu avec tant d'impatience
eft enfin arrivé à Cadix le 10 de ce mois
fous l'efcorte de quatre vaiffeaux de ligne ; voici
l'état de fon chargement connu :
8,672,114 piaftres fortes , 732 furons d'indigo ,
25 quintaux d'écaille , 47,574 cuirs , 856 balles
de coton , 706 balles de jalap , 262 balles de falfepa
reille , 5655 balles de tabac , 4479 furons de coche
nille , 3400 quintaux de cuivre , 1514 furons de
cacao 21,672 quintaux de bois de campêche ,.
82,033 caiffes de fucre , 26 balles de vanille , 76
balles de poivre.
,
Ce chargement connu eft eftimé environ cent
millions , & on eftime que ce qui n'eft pas connu ,
Feut monter au quart du connu , c'est - à - dire , à en
viron 25 millions.
Suivant les lettres de Cadix on y prépare un
armement pour l'Amérique , de quatre vaiffeaux de
ligne & de quelques frégates & d'un embarquement
de sooo hommes .
Ce ne fera guère que vers le commencement
du mois prochain que M. de Crillon
recevra tous les renforts qu'il attend , & que
le fiége du Fort St-Philippe commencera.
En attendant les nouvelles intéreffantes
que l'on attend , tant de l'ile de Minorque ,
que des autres parties du théâtre de la guerre,
((29 )
& fur-tout de l'Ainérique feptentrionale ,
la nation fe livre aux tranfports & à la joie
que lui infpire la naiffance du Dauphin . Ce
fut le 22 à une heure 25 minutes qu'arriva
cet évènement intéreffant ; à 2 heures 10
minutes , cette grande nouvelle fut annoncée
à Paris par le canon de la Ville . Le
foir du même jour les habitans firent éclater
leur joie par des illuminations ; le lendemain
& le jour fuivant elles furent ordonnées
dans toute la capitale ; il y eut
des réjouiffances dans tous les quartiers ;
on jetta de l'argent au peuple ; on fit des
diftributions de viandes & de pain. Vendredi
dernier le Roi eft venu à Notre-
Dame faire chanter un Te Deum en actions
de graces de l'heureux accouchement de
la Reine. Les réjouiffances ont été répétées
ce jour-là.
Ce grand évènement a fourni à plufieurs
citoyens vertueux & bienfaifans l'occafion
de manifefter leur joie d'une manière bien
intéreffante. L'un d'eux , qui ne s'eft point
fait connoître , auffi-tôt qu'il eut appris cette
nouvelle , écrivit aux Tréforiers de la Compagnie
de l'Affiftance des Prifonniers , pour
leur faire part de l'intention où il étoit de
délivrer à cette occafion un certain nombre
de prifonniers pour dettes de mois de nourrices
, dont il leur déféroit le choix ; le
lendemain 23 il leur envoya pour cet objet
une fomme de 15000 liv. Il n'a point voulu
que fon nom foit connu ; mais on a penfé
( 30 )
qu'on n'offenferoit pas fa modeftie en annonçant
au Public cette belle action qui caractérife
le vif attachement dont les François
font pénétrés pour la Famille Royale.
La fomme de 15000 liv. qu'il a donnée a
fervi à la délivrance de 106 hommes &
de 88 femmes. La Compagnie d'Affiftance
des Prifonniers fit célébrer le furlendemain
une Melle en actions de graces , à la fuite
de laquelle il y eut une nouvelle délivrance
de prifonniers pour pareilles dettes
de mois de nourrices. Il refte beaucoup
d'infortunés qui n'ont pu participer à ces
oeuvres de bienfaifance , non compris ceux
que la crainte de l'emprifonnement a rendus
fugitifs dans l'efpérance que la naiffance
d'un Dauphin les rendroit à leurs familles que
la mifère les avoit forcés d'abandonner.
Pami les circonftances qui ont fuivi la cou
che de la Reine , ily en a de très-intérellantes
que nous nous empreffons de rapporter. La
Reine avoit confenti , dit-on , à n'être inf
truite du fexe de fon enfant que quelques
jours après fon accouchement , de crainte que
la joie ou le mécontentement qu'elle éprou
veroit , ne lui causâffent quelque révolution
funefte. Cette loi n'a pas été obfervée ; on
ajoute que le jour de fes couches , après le
baptême , le Roi étant auprès de S.M. & parlant
avec elle de fon enfant , la Reine parut
fi réfignée à accepter fans murmure ce que
le Ciel lui avoit donné , & elle lui répéta
tant de fois que fi fes voeux avoient tou(
31 )
jours été pour un fils , le bien du Royau
me , le contentement particulièr de S. M.
pouvoient feuls les lui faire former , que
le Roi ſe décida à ne lui plus cacher qu'elle
avoit donné un Dauphin à la France . S. M.
le lui apprit de la manière la plus noble &
en même tems la plus délicate. Il fe leva
& dit qu'on apporte M. le Dauphin à la
Reine. A ces mots la Reine fe fouleva fur
fon lit , tendit les bras au Roi , & ces deux
auguftes époux , étroitement embraffés , répandirent
des larmes de tendreffe , bien délicieufes
fans doute , puifqu'ils ne s'apper-
Curent pas que Monfeigneur le Dauphin
étoit déja à côté d'eux.
Les réjouiffances qui ont eu lieu dans la
capitale auront lieu dans toutes les provinces
& par-tout où il y a des François .
En attendant que les détails nous en parviennent
, nous donnerons ici ceux de la
fête célébrée à Strasbourg à l'occafion du
fiècle révolu qui s'eft écoulé depuis que
cette ville eft fous la domination de la
France.
» La ville de Strasbourg , depuis fa réunion à la
France en 1681 , ayant joui d'une tranquillité conftante
, & de plufieurs avantages qu'elle n'avoit pas
connus dans les fiècles précédents , a cru devoir
donner un témoignage public de fes fentimens à
cet égard. Elle a defiré célébrer le 30 Septembre
de cette année , jour féculaire de la fignature de
fa capitulation . Les Magiftrats ont pri M. le Marquis
de Ségur , Miniftre d'Etat , ayant Strasbourg
dans fon département , d'en obtenir l'agrément de
b
4
( 32 )
S. M. qui a daigné approuver les premiers plans
de cette fête & accueillir avec bonté ce renouvellement
d hommage. Comme dès les premières
années de la foumiffion , les Magiftrats d'alors
avoient fait frapper une médaille portant l'infcription
adferta urbis tranquillitate : La tranquillité
de la Ville affurée à jamais. Les Magiftrats actuels
ont penfé qu'un des premiers monuments de la
reconnoiffance publique devoit être de conftater
l'accompliffement de cette efpèce de prophétie par
une nouvelle médaille . Ils ont fait publier à ce
fujet un Programme & propofer un prix pour
l'infcription de cette médaille ; elle porte d'un côté
l'effigie de Louis XVI , & de l'autre côté ces mots
argentoratum felix votis fecularibus 1781 .
Cette médaille deffinée & gravée par un bourgeois ,
eft frappée aux frais de la Ville ; en or , pour
être
préfentée à L. M. , à la Famille Royale , aux Mi
niftres , & aux Chefs de la Province ; & en argent
pour être diftribuée aux perfonnes illuftres qui ont
affifté à la fête , aux Magiftrats & aux Citoyens
notables , dits les Echevins ; il en fera déposé quel
ques- unes aux bibliothèques du Roi & de la Ville.
Les Magiftrats ont cru ne pouvoir mieux faire
que de prier le Chef même que le Roi a mis à
leur tête , de préfenter cette médaille à S. M.; &
ce fera après cette préfentation que fe fera la diftribution
des autres médailles à la Cour , à Paris
& à Strasbourg. Pour marquer cette époque
féculaire par des réjouiffances publiques ; les Magiftrats
ont ordonné des fêtes dont on va donner
quelques détails . Mais ils doivent à leurs Conci
toyens la juftice de prévenir de ce qui ne peut fe
rendre dans une defcription ; favoir , la vivacité ,
la fincérité , l'unanimité des fentimens qui ont
généralement éclatés à cette occafion . Les Magiftrats
doivent également rendre témoignage à la manière
dont tous les ordres fupérieurs de la Ville , le
( ;; )
Clergé , le Militaire , la Nobleffe & même les
Etrangers ont concouru avec la Bourgeoisie à rendre
dette fête plus brillante & plus joyeuſe . S. A. -
――
R. Madame la Princeffe Chriftine de Saxe , tante
du Roi , que les Magiftrats ont cru pouvoir pren.
dre la liberté d'inviter , a bien voulu fe rendre de
fon château en cette Ville pour honorer de fa
préfence quelques-unes des folemnités . Dès le
famedi , veille de la fête , tout le Magiftrat & le
Corps de l'Univerfité fe raffemblèrent la matin dans
le grand Auditoire de l'Univerfité , où il fut prononcé
en latin , par le Profefleur d'Eloquence , un
Panégyrique du Roi , précédé d'une Cantate latine ,
formant une forte de Poëme féculaire à l'imitation
de celui d'Horace , & exécuté en mufique.
M. le Marquis de la Salle , Commandant la Province
, l'Etat- Major , quelques Princes Etrangers ,
& les députés des Corps invités par ceux du Magiftrat
& par des Programmes imprimés , affiftèrent
à cet éloge Académique. Mais ce qui a donné
un éclat inexprimable à cette première folemnité ,
c'eft le portrait en pied de S. M. qui y a paru
placé fous un dais . Ce portrait que le Roi avoit
daigné accorder à la Ville étoit arrivé la veille
& ce don précieux ne pouvoit jamais venir plus à
propos ; il eft refté pendant quelques jours expofé
aux regards du public dont l'affluence & l'empreffement
ont répondu à l'intérêt qu'il devoit infpirer.
-
Ce même jour , M. le Préteur - Royal donna
un grand répas à tous les ordres de la Magiftrature
& aux Profeffeurs de l'Univerfité. Le foir il y eut
grand concert public dans lequel on répéta , pour
la fatisfaction des Dames & des Etrangers , la
Cantare exécutée le matin & différens morceaux
de mufique choifis . Le Dimanche 30 Septembre ,
jour féculaire de la capitulation , la fête s'eft an
noncée dès les fept heures du matin par des falves
du canon de la place , que le Commandant avoit
G
bs
(
3434
)
--
été autorisé de faire tirer par une lettre du Miniſtre
de la Guerre ; cette lettre que M. le Marquis de
la Salle a cru pouvoir communiquer au Magiftrat ,
contient un témoignage précieux de la fatisfaction.
du Roi , qui daigne applaudir au zèle que cette
Ville marque pour fon fervice dans toutes les
circonftances qui s'en préfentent. Elle fera a jamais
dans les regiltres de la Ville un des plus beaux
monuments de cette fête , & en eft la récompenfe
la plus précieufe . Les Magiftrats ayant jugé
d'après le coeur bienfaisant du Roi , ne pouvoir
mieux caractériser la fête que par des oeuvres
publiques de bienfaifance , ont pensé que la dota
tion de plufieurs files Bourgeoiles , pauvres , répondroit
à cette intention. En conféquence , la
Ville & quelques-uns des principaux Magiftrats , à
l'exemple de M. le Préteur - Royal , ont doté zo
de ces filles , & les Corps des Maîtriſes , ainfi que
les Magiftrats & Echevins préposés , ont concouru
à l'envi pour procurer à ces établitfemens tous les
avantages defirables . Les mariages des 10 filles
Catholiques fe font célébrés d'une manière folemnelle
, en l'Eglife Cathédrale à 7 heures du matin ,
en préfence de M. le Préteur Royal , des députés
des Tribus chargés d'accompagner les dix paires ,
& d'un grand concours de peuple. Le Curé dans
fon exhortation a parlé des fentimens que les nou-
>veaux mariés devoient avoir pour le Roi , & qu'ils
devoient infpirer à leurs enfans . Les premiers nés
-de ces enfans auront chacun un préfent de 100
liv. de la Ville ou des Magiftrats.
- A dix heures
du matin , les Magiftrats de la Confeffion d'Augsbourg
en corps & en habits de cérémonie , précédés
des Gardes & des Sergents de la Ville , &
des Enfans orphelins , fe font rendus en l'Eglife
neuve , qui eft le principal Temple de cette religion
; l'on y a chanté le Cantique traduit du
Te Deum. Dans le Prêche , il a été principa
( 35 )
lement queftion des fentimens que la religion , la
reconnoiffance & le patrioti me prefcrivent à tous
les Citoyens de cette Ville. Les mariages des 10
filles Luthériennes ont fuivi . Plufieurs Officiers-
Généraux de cette religion, invités par les députés
du Magiftrat & par billets , & plufieurs E rangers
de diſtinction ont affifté a ce Te Deum Le canon
de la place a fait des falves dans le même tems.
-
-
S. A. S. Monfeigneur le Cardinal Prince de
Rohan , Evêque de Strasbourg , & le grand Chapitre
ayant accueilli la demande des Magiftrats à
ce qu'il fut chanté un Te Deum folemnel , en
Eglife Cathédrale , il a eu lieu ce même jour , à
Fiffue des vêpres . La nef étoit garnie d'une double
haie de Grenadiers , & d'une file des Orphelins ,
Enfans- Trouvés , & des pauvres entretenus par les
foins des Magiftrats. Le Corps de Ville s'y eft
rendu en habits de cérémonie. M. le Marquis de
la Salle précédé de fes gardes , a occupé le Prie-
Dieu au milieu du choeur. Le Te Deum exécuté
en mufique a été entonné par S. A. Monseigneur
le Prince de Salm , Evêque de Tournay , revétu
de fes habits Pontificaux. Plufieurs des grands
Comtes Etrangers y ont affifté ; l'Etat - Major , les
Officiers de la garnifon , & le Corps de la Nobleife
de la Baffe Alface , invités par les députés du
Magiftrat , y ont occupé leurs bancs dans le choeur.
Les Chapitres & les Communautés Religieufes de
la Ville ont bien voulu s'y rendre en habits de
cheur. S. A. R. Madame la Princeffe de Saxe , ha
également affifté à cet hommage religieux , dans
une tribune du choeur décorée. Le coup d'oeil
d'une affemblée fi diftinguée , la réunion de tous
les Princes & Seigneurs , le nombre des Officiers-
Généraux , pré ens à cette folemnité , lui ont donné
une dignité & une pompe vraiment impofantes. Le
Magiftrat fatté de trouver en cette occafion ya
témoignage fi public des attentions de tous fes
---
b 6
( 36 ).
Corps , a fenti tout le prix de l'union & de la
bonne intelligence qu'il cherche à entretenir avec
Tous les ordres fupérieurs , dont les vues bienfai
fantes peuvent concourir au bonheur de cette Ville.
---
-
Sur les banquettes en avant des bancs du Magiftrat
, on avoit placé les nouveaux mariés , intéreffés
par une reconnoiffance plus particulière ,
à réunir leurs ferventes prières aux voeux de cette
augufte affemblée , pour la profpérité de S. M. &
celle de la Famille Royale. La fonnerie de toutes
les cloches , & les falves du canon du rempart ont
annoncé aux Habitans la célébration de ce devoir
religieux d'affection & de reconnoiffance ; & l'affluence
a été telle que malgré l'étendue de notre
Cathédrale , fon enceinte n'y a pas fuffi , & qu'une
foule de peuple innombrable couvroit la place qui
entoure ce bel édifice. Après ce Te Deum , les
nouveaux mariés de l'une & l'autre religion fe fon
rendus , chaque paire à la falle de leur Tribu , for
lefquelles les Echevins & Corps des Tribus , leur
avoient fait préparer des repas pour eux & leurs
proches. Les Echevins & principaux des Tribus
firent les honneurs de ces régals. A la fuite
des repas , on a fait danfer toute la Bourgeoisie
fur les 22 falles de Tribus , & ces réjouiffances où
la décence s'eft trouvée unie à la gaieté la plus
franche , ont duré juſqu'au lendemain. L'honneur
que M. le Marquis de la Salle a fait à la
Bourgeoisie , de faire avec fa famille la tournée
de toutes leurs joyeuſes affemblées , & les témoi
grages de bonté & d'affabilité dont il a , ainfi
que M. le Préteur- Royal , comblé les mariés & la
Bourgeoisie réunie fur toutes les Tribus , ont porté
jufqu'à l'entoufiafme les fentimens d'amour & de
refpect pour les Chefs ; fentimens déja devenus fr
habituels à toutes les claffes d'Habitans.
Beaucoup de perfonnes de diftinction , beaucoup
d'Etrangers & autres , ont ſuivi l'exemple du Com
A
( 37 )
-
mandant ; tous ont été témoins des marques de
joie & d'affection pour le Gouvernement qui écla
toient par-tout , & en même tems du bon ordre
qui s'obfervoit. La Ville avoit fait répartir fur ces
falles de danfes bourgeoifes , 110 mefures de vin ,
& les Tribus ont fourni tous les autres rafraîchilfemens
néceffaires . On avoit également envoyé ,
dans les cazernes à la garnifon , du vin , & quelqu'argent
pour fuppléer à l'ordinaire de chaque
chambrée. Il s'en est également fait une diftribution
à tous les habitans non bourgeois , même à
ceux qui demeurant hors des murs , ne pouvoient
prendre part aux réjouiffances de la Ville. Les
établiffemens de charité , les maiſons des pauvres ,
des enfans - trouvés , des orphelins & I hôpital bourgeois
, partagèrent également les fêtes de cette
journée , par les douceurs qui leur avoient été ménagées
, foit aux frais de la Ville , foit par les foins
des Magiftrats , leurs Directeurs . Les Couvents
d'ordres Mandiants reçurent les mêmes facilités
de prendre part à la joie générale. Sur le foir -
---
on donna un spectacle Allemand , fur le fecond
théâtre de la Ville , pour tout le peuple qui y
entra gratuitement. Les Magiftrats dans la vue de
varier les plaifirs du public , lui avoient préparé
à deffein ce genre de réjouiffances , & avoient fait
appeller une troupe Allemande qui fe trouvoit dans
le voisinage. La repréfentation fut précédée par
une petite pièce , ou fête analogue à la circonftance
, relevée par des ballets & une décoration
brillante. Ce prologue a rappellé d'une manière
intéreffante , aux Spectateurs , les motifs de leurs
téjouiffances , & les fentimens qui les raſſembloient ,
Tous les traits qui avoient rapport au Roi , ont
été faifis & applaudis avec tranſport , Au
jour tombant toute la ville fut illuminée ; la tour
de la Cathédrale garnie dans toute la hauteur de
pots à feu , fur le fignal de l'illumination générale ,
( 38 )
eette flèche majestueufe bien éclairée , préfentoit le
coup-d'oeil le plus agréable & le plus impofants -
Tous les particuliers , tous les corps , & même les
Etrangers habitans la ville , ont difputé d'émulation
pour luminer les façades . S. A R. , Madame la
Princeffe de Saxe , avoit fait décorer celle de fon
hôtel , ainfi que Mgr le Cardinal de Rohan , MM. les
Grands Comtes , les Princes des Deux - Ponts &
Darmstadt & le Corps de la Nobleffe ont concouru
de la manière la plus marquée à l'effet général de
l'illumination . Beaucoup de façades étoient ornées de
tranfparents & d'emblêmes. Plufieurs Tribus & corps
de Métiers , en réaniffant fous des allégories ingé
nieufes les avantages & témoignages de protection
qu'ils ont reçu depuis un fiècle du Gouvernement ',
ont tâché d'exprimer les motifs particuliers , ont
cherché par des devifes & infcriptions à faire diftinguer
leur zèle & leur dévouement à la Couronne.
L'hôtel de M. le Préteur-Royal , déja diftingué par
la magnificence & le goût de l'illumination , l'a été
plus avantageulement encore par le nombre &
1 heureux choix des emblêmes. M. le Préteur-
Royal donna ce foir un grand fouper à S. A. R. ,
Madame la Princetle de Saxe , aux Princes & Seigneurs
Etrangers , & aux Dames de la Nobleffe & du Militaire.
A minuit , s'ouvrit dans la Saile de la
Comédie Françoife , aux frais de la Ville ; un grand
bal paté pour toutes les perfonnes de diftinction &
les citoyens notables . Des rafraîchiffemens en tout
genre firent aufli fournis par la Ville & en abon-
Les réjouiflances & les danfes de la Bourgeoifie
continuèrent également toute la nuit . On
ne fauroit s'empêcher de remarque que dans toutes
les parties de la fêre , malgré le plus grand concours ,
& les témoignages les plus éclatans de l'allégrefle
générale , il n'y a pas eu le moindre accident funefte
ni aucune de ces indécences qui pourroient ne pas
étonner dans des affemblées nombreuſes d'un peuple
dance.
喬
-
( 39 )
défordre. -
fivré à l'impreffion de la joie & à la facilité da
· Cette circonftance conſtate le bon
naturel du peuple & l'empire qu'avoit fur lui Pidée
du Prince qui étoit l'objet de la fête. Les Magiftrats
reconnoiflent encore que cet avantage lanisfailant a
été maintenu & affuré par les foins prévenans de
l'Etat Major , & par les attentions des Chefs &
Préposés des Tribus qui les furveilloient .
Lundi , lendemain de la fête , M. le Préreur-Royal
traita fplendidement M. le Marquis de la Salle
Commandant de la Place , tous les Chefs Militaires
de la vil e , les Princes & Seigneurs Etrangers attirés
par ces fetes & MM. du Corps de la Nobleffe.
--- Le
Le foir du même lundi , il y eur par les ordres &
aux frais de la Ville à la Comédie Françoife une
repréſentation des deux Comtelles ( Opéra ) & d'une
petite pièce faite exprès pour la Fê.e , ayant pour titre
la Tribut ou la Fête féculaire , compofée par M,
Rochon de Chabannes . Un grand nombre de paffages
, mais fur-tout les traits & les couplers ayant
rapport au Roi & à la Reine , ont été vivement
applaudis , S. A. R. y a affifté , ainfi que plufieurs
Princes & Princeffes Etrangèles , & toutes les perfonnes
de diftinction & notables de la ville .
Pendant le même tems on donna au Théâtre Alle .
mand une feconde représentation également gratuise
de la Comédie de la veille . On réferva feulement
dans la falle une place d'honneur pour les quarante
nouveaux mariés. Après la Comédie , M. le Préteur-
Royal donna un grand fouper aux Dames de
Magiftrat & autres Dames de la ville ; il fur fuivi
d'une danfe qui dura jufqu'an lendemain. La famille
de M. le Marquis de la Salle & p'ufieurs Dames de
la nobleffe , ainfi que des Princes & Seigneurs Errangers
, vinrent fe joindre à la compagnie , & tendre
la fête plus vive & plus -brillante ,
M. le Marquis
de la Salle termina ces fêtes par un grad diner
qu'il donna le 2 Octobre à M. le Préteur -Royal &
( 40 )
aux Magiftrats. Tels font les détails des réjouiffances
données à Strasbourg à l'époque féculaire de
fa foumiffion à la France . Elles font le mouvement
du coeur & l'hommage pur & naïf des fujets fenfibles
& reconnoiflans. Le fentiment en fait le mérite , &
doit conſerver à cette relation un intérêt que les
détails ne mériteroient pas par eux - mêmes.
fentimens qui ont dicté & marqué ces fêres , Le per
pétueront & pafferont à nos neveux avec le fouvenir
des folemnités & réjouiffances par lefquelles les
Magiftrats & citoyens de Strasbourg ont tâché
d'exprimer leur fidélité , leur affection à la Couronne
& leur amour pour le Roi , leur Souverain .
Les
L'Académie Royale des Sciences , Belles - Lettres
& Arts de Rouen , regrette de n'avoir pu adjuger
de prix à aucun des Mémoires envoyés depuis deux
ans , pour le concours qu'elle avoit proposé en
ces termes: Quels avantages réfülteroient particu
lièrement pour la Province de Normandie , de l'établissement
d'une administration Provinciale ?
Elle renonce à ce Programme , ainfi qu'à fa demande
d'une Notice Critique & Raifonnée des
Hiftoriens de la Normandie ou Neuftrie , depuis
l'origine connue jufqu'à ce fiècle ; elle propofe
pour prix des Belles- Lettres qu'elle defire décerner
dans fa Séance publique de 1782 , l'éloge de Anne-
Hylarion de Coftentin , Comte de Tourville ,
Maréchal , Vice- Amiral de France , & Général
des Armées navales du Roi. Cette famille illuf
tre eft du pays de Coſtentin en Baffe -Normandie.-
L'Académie avoit prorogé à 1781 le Prix des
Sciences , deftiné à celui , qui d'après une théorie
étayée d'expériences , affigneroit le plus exactement
la différence entre la Craie , la Pierre à
chaux la Marne & la Terre des Os , que la
plupart des Chymiftes ont jufqu'à préfent confondues
dans la claffe des Terres calcaires. De
tous les Concurrens pendant deux années , un feul
•
( 41 )
a embraffé l'étendue de la Queſtion effentielle &
de fes Corollaires , dans un in- 4. de plus de cent
pages , fous l'épigraphe : Utile dulci. Le prix
lui a donc été adjugé , & l'ouverture du billet a
indiqué pour Auteur M. Quatremere Dijonval
Ecuyer , qui en 1775 remporta le prix propofé
par l'Académie des Sciences , fur l'Analyse de l'Indigo.
Un autre Mémoire , dont l'épigraphe eft :
Felix qui rerum potuit cognofcere caufas , a trèsbien
traité une partie de la Queftion , mais malheureufement
il a négligé les autres . La Compagnie
ne pourra rendre un hommage public aux
talens de l'Auteur , qu'autant qu'il permettra que
fon nom foit connu , c'eft à-dire , que le billet cacheté
foit ouvert. Elle demande pour le fujer du
Prix des Sciences à décerner en 1782. Jufqu'à quel
point & à quelles conditions peut - on compter dans
le traitement des Maladies fur le Magnétisme &
fur l'Electricité , tant pofitive que négative ? La
théorie doit être appuyée par des faits . L'appareil
des expériences doit être aflez détaillé , pour que
l'on puiffe les répéter au befoin. Chacun des Prix
eft une Médaille d'or , de la valeur de trois cents
livres. Les Mémoires lifiblement écrits en François
ou en Latin , feront adreffés , francs de port , avant
le premier Juillet 1782 ; favoir à M. HAILLET
DE COURONNE Lieutenant Général au Siége
Criminel du Bailliage , Secrétaire- Perpétuel pour
la partie des Belles- Lettres : Et à M. L. A. D'AMBOURNEY
, Négociant à Rouen , Secrétaire Perpétuel
pour la partie des Sciences.
?
:
Charles de Salignac , Comte de Fénelon ,
Meftre de Camp de Cavalerie , Chevalier
de l'Ordre Royal de St Louis , Comman- .
deur des Ordres Royaux , Militaires & Hofpitaliers
de St- Lazare & du Mont- Carmel ,
eft mort le premier de ce mois âgé de 81
( 42 )
ans , & a été enterré dans l'Eglife Collégiale
& Paroiffiale de Lamballe.
Jean-André- Hercules de Roffet de Fleury ,
Chevalier non Profès de l'Ordre de Saint-
Jean de Jérufalem , Lieutenant - Général des
Armées du Roi , Gouverneur de Montlouis
en Rouffillon , Commandeur de la Commanderie
Magiftrale de Piéton , eft mort
le 21 de ce mois , dans la 56e. année de
fon âge .
Henri Ruffo de Calabre , des Princes de
Scilla & Pullazzolo , des Ducs de la Guar
dia-Lombarda , des Comtes de Sinopole , &c.
Archimandrite & Abbé Commendataire de
Saint- Barthélemi du Trigona au Royaume
de Naples , eft mort à Chaillot le 10 de ce
mois , dans la 74e. année de fon âge.
Antoinette-Benigne Bouhier de Lantenay,
époufe de Galiot-Louis Aubert , Marquis de
Tourny , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint-Louis , eft morte au Chateau
de la Falaife , le 14 du préfent mois.
Maurice Filtz - Gérald de Geraldin , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de St- Louis , ci - devant
Capitaine Commandant au Régiment de Bulkley ,
eft mort à Versailles le 13 Octobre 1781 , dans la
86me année de fon âge . Cet Officier , originaire
d'une famille illuftre d'Irlande , étoit le plus ancien
de tous les Officiers Irlandois au Service de la
France ; il a été 42 ans dans le Régiment de Bulkley ,
qu'il a eu l'honneur de commander à la bataille de
Lawfeldt , où il reçur plafieurs bleffures , doar une
au bas ventre , qui l'ont obligé de fe retirer avec
( 43 )
une penfion du feu Roi . A la même affaire , il eut
la douleur de perdre fon fils unique , qui fut tué
à fes côtés. Ce refpectable Vieillard a confervé
jufqu'au dernier moment fa tête & fa gaité ;
laiffe une épouſe âgée de près de 80 ans .
De BRUXELLES , le 30 Octobre.
Selon les lettres de Hollande , il paroît
décidé qu'il ne partira aucune flotte mar
chande pour la Baltique & pour le Nord.
Le Stadhouder a écrit à L. H. P. qu'il
avoit cru devoir ufer de la plus grande
circonfpection pour la confervation des
vaiffeaux de la République & des navires
marchands ; qu'il a pris à cet égard les
avis du Vice - Amiral Hartsing , du Contre-
Amiral Van- Braam & de tous les autres
Officiers Commandans qui avoient été
nommés pour fervir fous ce dernier , &
que tous ces avis portoient en fubftance
qu'il n'eft pas convenable dans la faifon
préfente de faire partir un convoi pour
la Baltique ni autour du Nord , parce
qu'une telle expédition feroit contraire à
tous les principes de la navigation & de
la guerre. Mais on obferve en attendant
que les bois peuvent manquer aux
tiers de la République , & qu'il feroit intéreffant
de s'en approvifionner.
chan-
Le 12 de ce mois , les Négocians
intéreffés
au commerce
de Surinam & de Curaçao
, préfentèrent
une Requête aux Etats-
Généraux , pour leur demander
un nombre
( 44 )
fuffifant de vailleaux pour escorter les 17
Batimens qu'ils ont armés de 400 pièces
de canoa & de 1200 hommes , afin qu'ils
puiffent fe rendre en fûreté aux Indes Occidentales
, & pour obtenir en cas de retard
les
dédommagemens fixés par la réfolution
qu'ils ont prife le 31 Juillet.
" On apprend de Lisbonne , en date du 21 Septerabre
, que le vaifeau Portugais le Nettuno
Grande y étoit arrivé de la Chine le 15. Il étoit
parti de Canton le 18 Janvier ; à cette date douze
varffeaux de la Compagnie des Indes richement
chargés , avoient ali mis à la voile de Canton.
A la hauteur des Ides de France & de Bourbon,
le vaiffeau Portugais en rencontra cinq autres de
la méme compagnie , dont les Caritaines lui dirent
qurant dans une grande détreffe , & manquant
fur-tout de vivres pour continuer leur route jul
qu'à Sainte Helène , ils étoient dans la trifte néceffité
d'entrer at Cap- de-Bonne- Espérance , pour
s'y ravitailler , duffent les Habitans de cette Colonie
Hollandoife s'emparer de leurs vaiſſeaux &
de leurs équipages. Le Confeil de guerre qu'a
demandé le Capitaine Bruin du vaiffeau naufragé
fur le Haax , a commencé les féances le 7 de
ce mois. On fait que le Lieutenant Koelberg , cet
étranger fi célèbre par fes délations contre le Capiraine
Bruin , a demandé fa démiffion & n'a pu
l'obtenir. On dit qu'il doit être interrogé lui même
fur plus de 200 articles tous relatifs à la let
tre qu'il a écrite au Baron de Lynden , ci - devant
Ambaffadeur de la République en Suède , & que
ce dernier a cru devoir remettre aux Etats-Géné
raux ; on dit qu'il a déja fubi un interrogatoire de
quatre à cinq heures en préfence des Membres du
Collège de l'Amirauté de Rotterdam « .
( 45 ) で
Les Etats de Hollande ont arrêté dans
leur affemblée du 20 de ce mois , un placard
contre l'impreffion du libelle féditieux
dont on a parlé , intitulé : Au Peuple des
Pays-Bas. On promet 14,000 florins à celui
qui en découvrira l'Auteur.
» Ce libelle , écrit - on de la Haie , eft dirigé
contre le Prince en particulier , & le Stathouderat
en général . C'est une Philippique furieuſe deſtinée
à foulever la canaille contre l'autorité établie. Les
placards qu'on lance contr'elle , ne feront peut-être
que la multiplier. Nous ne favons comment finira
l'affaire qui a donné lieu à cette pièce fatyrique
& à bien d'autres. Commes elles paffent chez les
étrangers , où l'on n'a pas toujours des connoiffances
juftes pour mettre en état de prononcer , il
eft bon de vous rappeller quelques obfervations,
On croit peut-être que les Etats d'une Province
font le Tribunal des Villes , & les Etats - Généraux
le Tribunal des Provinces ; cela n'eft point vrai,
Les Etats Provinciaux font un Sénat , un Corps
purement législatif , compofé de tous les Députés
des Membres intégrans , & qui n'a point de pou
voir exécutif. Les Etats- Généraux font un Corps
purement diplomatique qui n'a aucun pouvoir , ni
législatif , ni exécutif fur aucunes des Provinces ;
pas plus que le Corps diplomatique des Miniftres
étrangers réfidans ici , n'en a fur aucune des Nations
de l'Europe . Les Etats -Généraux font à la
vérité les Légiſlateurs & les Juges en dernier reffort
de ce qu'on appelle pays de la Généralité
conquis ; mais ce n'eft qu'en qualité de Médiateur
de la confédération. Chaque Province a fa Cour
de Juſtice , à la Jurifdiction de laquelle les Villes
ne font cependant pas foumifes ; car chaque Ville
eſt fouveraine ; ce ne font que les particuliers ,
comme particuliers , qui dépendent des Cours de
( 46 )
Juftice. C'est ce qui fait fentir l'impropriété de
la démarche du Duc de Brunſwick , en s'adreffant
aux Etats - Généraux pour avoir fatisfaction de MM.
d'Amfterdam . Les Etats -Généraux ne font que l'or
gane par lequel les Souverains étrangers & les
Souverains confédérés des Pays-Bas fe parlent.Ilsagif
fent dans cela d'après leurs inftructions ; & lorsqu'il
fe préfente des cas fur lefquels ces inftructions fe
tailent , ils doivent faire rapport à leurs Com
mettans refpectifs , & en attendre des éclairciffe
mens avant de donner leur avis..
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 24 Octobre."
La Baie d'Agoa de Saldanha où le Commodore
Johnſtone a furpris les vaifleaux de l'Inde Hollan
dois, eft à 70 milles au Nord du Cap de Bonne- Efpé
rance par lat. 33 d. 20 S. , longit, 16 d. 20 E. Il eſt
bien étrange que ces vaiſleaux Hollandois. M. de
Suffren avoit dû inftruire de l'approche de l'ennemi ,
ayent resté à l'ancre dans une Baie ouverte
au lieu
de fe mettre à l'abri fous les Forts du Cap ou fous
les canons de l'efcadre Françoiſe à Falle Baie. I
que
و
Les hourques dont le Commodore Johnſtone a
fait mention & qu'il n'a pas pu emmener de labaie
de Saldanha , font des bâtimens de 20 tonneaux
employés par les Hollandois dans le commerce du
pays ; elles portent deux mâts & font gréées d'une
manière particulière à l'Eft , à peu- près comme nos
fénauts , afin de ferrer davantage le vent pour
aller
plus vite.
Les avis font actuellement partagés , relativement
au Commodore Johnſtone , les uns difent qu'il eft
attendu en Angleterre , d'autres au contraire que
c'eft l'Amiral Hugues qui revient avec le Superbe
& un autre vaiffeau qui ont befoin d'être réparés , &
que le Commodore Johnftone aura le commandement
en chef de nos forces navales dans l'Inde.
( 47 )
L'heureufe arrivée d'une partie de notre flotte
de l'Inde eft encore un nouveau bienfait de la Providence
qui nous a traités avec tant de faveur dans
tout le cours de cette guerre. En effet ce n'eft que
par un effet du hafard que toute notre flotte de la
Chine n'eft pas tombée entre les mains de l'ennemi .
Les vaiffeaux qui la compofoient , qui avoient tous
des voies d'eau , firent les plus grands efforts pour
relâcher au Cap afin de s'y réparer. Ils ignoroient
notre rupture avec les Hollandois qui n'auroient pas
manqué de s'emparer de nos vaiffeaux s'ils le fuflent
ainfi livrés à leur difcrétion. Mais heureufement le
vent a tellement contrarié leurs maneuvres pour
entrer au Cap , qu'ils furent obligés d'abandonner
leur projet & de fe rendre à Ste- Hélène d'où ils
font tous arrivés ici fans accident. On peut regarder
cette nouvelle comme très- authentique.
Nous apprenons du Sud , écrit-on de New -Yorck ,
que quarante Officiers Anglois font allés en partic
de plaifir à 15 milles de Charles- Town en prenant
avec eux environ 30 Chevaux- Légers pour leur
fervir d'escorte. Ils fe font rendus dans un endroit
où les attendoit un fort bon diners préparé avec
beaucoup d'élégance . A peine étoient-ils à table
que des hôtes fort peu agréables appellés Continentaux
, avoient déja inveſti la maiſon , paffé la
plupart des Gardes au fil de l'épée & fait les Officiers
prifonniers. Les Américains après avoir dévoré
le dîner qui n'avoit pas été préparé pour eux fe
font retirés avec leurs prifonniers.
Le Lord Cornwallis ne peut plus attendre d'autres
fecours
que ceux que lui auront peut -être donné les
vents de l'équinoxe , en forçant M. de Graffe de rentrer à Bofton . On reconnoît actuellement combien
l'Amiral Rodney a eu tort d'envoyer quatre de ſes meilleurs vaiffeaux à la Jamaïque. On eft cependant
toujours dans la crainte que les frégates & les navires
( 48 )
attachés à l'armée du Lord Cornwallis , ne folent
pris par l'efcadre du Comte de Graffe.
On n'a encore reçu aucunes nouvelles d'Améri
que. Le Gouvernement attend d'heure en heure des
dépêches avec la plus grande anxiété , leur contenu
devant régler , felon toutes les apparences , les plans
pour les opérations de la campagne prochaine. Le
Roi prend intérêt à cet objets en partant de Saint-
James le 21 de ce mois , il a donné les ordres les plus
pofitifs qu'en cas qu'il arrivât quelques nouvelles
d'Amérique, elles lui fuffent envoyées fur- le-champ ,
fans en faire, fuivant l'ufage , un extrait pour les
Miniftres.
On affure que le Gouvernement a envoyé des
ordres à l'Amiral Darby pour qu'il quitte promptement
fa croisière que l'on croit être dans le golphe
de Gafcogne , & qu'il revienne en Angleterre . Auffi
tôt après fon arrivée , on dit qu'il fera expédié en
toute diligence 7 vaiffeaux de ligne doublés en cuivre
pour l'Amérique Septentrionale , avec s mille hom
mes tirés de tous les régimens actuellement en
Angleterre & en Irlande . Le public donne le commandement
de ces vaiffeaux à l'Amiral Rodney , &
l'on affure déja qu'il partira à la fin de Novembre.
Les cutters qui vont au fecours de Gibraltar , font
percés pour 24 canons de 12. Ils font tous fins voi
liers , & n'ont rien à redouter qu'un calme plat qui
les expoferoit à l'attaque des chaloupes qu'ils ne
pourroient point éviter , tirant beaucoup d'eau , à
caufe de leur charge. Le Gouvernement a déja appris
la perte de 6 navires vivriers qu'on envoyoit à Gi
braltar , ces qui eft d'autant plus fâcheux , que les
befoins commencent à fe faire vivement fentir dans
cette place. Les lettres de l'Amiral Edwards , ent --
de
de
St
-Jean
de
Terre
- Neuve
, les
20
Août
&
28
Septembre , ne parlent que de la prife de quelques
vailleaux & point de celle de la Magicienne , de 32
canons , qu'on difoit tombée entre les mains,
JOURNAL
POLITIQUE
1..
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
De PETERSBOURG , les Octobre.
LE Grand-Duc & la Grande- Ducheffe font
partis de Czarsko-Zélo le zodu mois dernier ;
LL. AA. II . ont pris leur route par Narva
pour le rendre à Pleskow & à Mohilow
d'où elles iront à Vienne où elles feront
quelque féjour. De - là elles prendront la
route de l'Italie ; elles poufferont jufqu'à
Naples où elles fe propofent de paffer
l'hiver.
Demain l'Impératrice eft attendue dans
cette Capitale où nous nous flattons de la
pofféder jufqu'au retour de la belle faifon.
Le Sénat dirigeant vient d'ordonner
conformément aux volontés de S. M. I..
une nouvelle levée de recrues dans toute
l'étendue de l'Empire pour completter l'armée
Ruffe. Cette levée fera d'un homme
fur
500 habitans de chaque lieu .
10 Novembre 1781
( so) Les Couriers arrivés dernièrement dell
Conftantinople
, ont été congédiés avant-hier
par le Comte d'Oftermann , qui à cette oca
cafion leur diftribua les préfens d'ufage , &
les chargea de la réponfe de l'Impératrice
buX
deftinée pour le Grand+Vifir, el guid
Le Prince Orlow & les Comtes Iwan &
Alexis fes frères , font arrivés depuis quel
ques jours de leur voyage dans les pays
etrangers, & ont déja paru à la Cour h
DANEMARCK
.
DDELS
ENEUR , le 13 Octobre!!
anonymi zal ench sup
JAMAIS le commerce
de la Baltique n'a
été plus floriffant , & jamais la Douane du
Sund n'a vu paffer un fi grand nombre de
vaiffeaux que dans la guerre préfente. Les
gros tems de l'automne , & les dangers de la navigation
dans nos parages pendant cette
faiſon , n'en ont point ralenti l'activité. De 29 du mois dernier , il arriva de la Baltr
que dans le Sund , 96 navires de différentes
nations , dont f4 Anglois venant pour la
plupart de Pétersbourg
, Lego ils furent
fuivis par 12 autres , dont une groffe fré
gate marchande
montée de so canons. Le ƒ
on a
Sund
entrer
de
la
mer
du
Nord
dans
leb
Sund 85 bâtimens fous divers pavillons
entre autres une frégate Angloife & le vaibe
feau de guerre de la même nation l'Amér
rique de 64 canons . Ces deux derniers font
venus pour prendre fous leur efforte und
( A )
flotte de près de 45 voiles qui eft partie
aujourd'hui , & dont la cargaifon eft à tous
égards un objet de la plus grande valeur
pour l'Angleterre dans les circonftances
préfentes oil a oinogi sí oh sa: 151260)
Hier le Kilduino frégare de guerre Ruffe
do 26 canons à pafféle Sund venant
d'Archangel & allant à Pétersbourg. A
La Ville d'Embden , frégate marchande
d'Amierdash & deftinée pour la Grenade ,
eft arrivée à Mandahl en Norwège pour
s'y faire réparer.
On mande de Dantzick qu'une dyffenterie
très-meurtrière règne dans fes environs. On
Pattribue aux chaleurs excellives de l'été.
dernier Dog GERINDA
ALLEMAGNE. T
De VIENNE, le 18 Octobre.
91150 jusbried 39gryse cou dink KROBARVAM SÅ
On parle beaucoup d'un nouveau camp
qui fera , dit-on , formé dans les environs
de cette ville pour l'amuſement du Grand-
Duc & de la Grande-Ducheffe de Ruffie
pendant le féjour qu'ils feront dans cette
Capitale. Sh 251386 $ 1 @
La dernière commiffion fur la formation
de la Garde Noble Polonoife a fini fon
travail. Cette Garde fera compofée de 42
Gentilhommes Polonois , fous un uniforme
magnifique. in dsb orso ob past
Les Juifs établis à Neuheufel dans la
Hautes
écabembraffé
la
religion"
C 2
( 21)
chrétienne , & ont été baptités à Ternau
avec la plus grande folemnité. On voit que
les derniers règlemens en faveur des Ifraë
lites établis dans les Etats héréditaires , n'ont
pas été un obftacle à leur converfion . C'eft
une réponse à ceux qui prêchent contre la
tolérance , & qui croient que c'eſt par
Pintolérance
qu'on ramène quelquefois à
la vérité. On peut leur oppofer encore ce
bel Edit de l'Empereur en faveur de toutes
les communions
du Chriftianifme
dans fes
Etats. Cette pièce importante doit être
confervée dans tous les Papiers publics ;
elle eft conçue ainfi.b Seger121W
»Convaincu, des effets pernicieux de la contrainte
des confciences & des avantages effentiels qu'une
vraie tolérance chrétienne procure à la Religion & à l'Etat , S. M. l'Empereur & Roi a trouvé bon d'établir
à cet égard les règles fuivantes , & d'enjoindre
à ceux qu'il appartient de s'y conformer inva
riablement & avec la plus grande exactitude. 19. L'exercice
privé de religion fera permis dès à préfent aux Proteftans , foit de la Confeflion Helyétique ,
foit de celle d'Augsbourg , dans tous les lieux où ils
ſe trouveront en nombre fuffifant , & où leurs facaltés
le leur permettront , fans confidérer fi autre-
2 Par fois celá étoit ou n'étoit pas d'ufage.
l'exercice privé de la religion , on deir entendre
que , quoiqu'il ne fait pas permis aux Proteftans
& Grecs non - Unis , d'avoir dans leurs Maifons de
prieres ou à leurs Eglifes , des fonneries ou des
tours , ni de leur donner une
une entrée qui annonceroit
une Eglife , néanmoiss il leur fera parfaitement
libre de bâtir de pareils édifices , où ils voudront ,
& d'exercer leur culte , foit dans leur enceinte ,
foit au-dehors ; & chez des malades , dans quelque
( 53 )
-
-
lieu qu'ils fe trouvent. 3. Dans les lieux où il
eft déja accordé aux Proteftans & Grecs non - Unis
une liberté plus étendue en matière de religion ,
les chofes resteront fur l'ancien pied. 4 ° . Dans
des provinces & villes où , jufqu'à préfent les Proteftans
& Grecs non- Unis n'étoient point qualifiés
à poffeder des biens & à obtenir l'incolat , ni à
parvenir à la bourgeoifie , au droit de maîtrife , aux
dignités académiques & aux emplois civils , S. M.
fe propofé d'accorder , à l'avenir , conftamment &
fans difficulté ces différentes prérogatives par voie
de difpenfe.. On n'obligera , dans aucun cas ,
ceux qui ne profeffent pas la religion catholique ,
de prêter ferment , d'après une formule qui ne fe
roit pas conforme à leurs principes de religion ,
ni d'affifter aux Proceffions & autres exercices de la
religion dominante , quand ils ne le feroient pas
de leur propre mouvement. 6º. Dans les
élections & collations des emplois civils , on
n'aura aucun égard à la différence de religion ,
mais on prendra uniquement en confidération
la probité , la capacité & la conduite morale
& chrétienne des Afpirans , ainfi que cela fe pratique
avec beaucoup de fuccès & fans le moindre
inconvénient , dans le Militaire. Cette fouveraine
réſolution a été notifiée aux divers Dépar
temens de la Capitale & des Provinces , aux Officiers
des Cercles , aux Univerfités , aux propriétaires
des Seigneuries & aux Magiftrats Municipaux
, avec ordre de s'y conformer exactement
& de veiller à la ponctuelle exécution . Les mêmes
ordres ont auffi été donnés aux Chancelleries de
Hongrie & de Tranfilvanie , & au Confeil de
guerre , rant relativement à l'état militaire en général
, que par rapport aux diftricts dont l'adminif
tration lui eft confiée , ainfi qu'aux départemens
des Pays - Bas & de l'Italie : le tout néanmoins fans
préjudicier à des droits plùs étendus , dont , en
1
C 3
165490
matière de religion , jouiffent déja joen Hongric
& en Tranfilvanie , les &penny! Proteftans , en vertu de
la Conftitution du Pays , & les Grecs non- Unis par
leur priviléges.
L'Ordonnance concernant la tranflation
des cimetières hors de la ville eft fous
preſſe. On dit qu'un ddeess moyens qu'on
emploie pour trouver moins de réfiftance
à ce changement de la part des Cures ,
' eft de leur abandonner les terreins des cimetières
enfermés dans les villes , fous la
feule condition d'acheter au dehors des
murs , le terrein néceſſaire conftruire
de nouveaux.
291003 2180100
en
Selon des lettres de Péterwaradin , on y
a effuyé un violent incendie ; on en ignore
encore les détails ; mais il faut qu'il ait été
terrible , puifqu'il n'a pas confumé moins
de so maifons.
On écrit d'Hermanftadt en Tranfilvanie ,
que le 21 Août dernier , les Etats de Hongrie
ont prêté le ferment de foi & hom
qu'à cette occafion il y a eu de
mage , & qu'a
très-belles fêtes .
33 De HAMBOURG , le 20 Octobre
anisgy el cams quarryptoxa cuiq se
On parle toujours de l'acceffion prochaine
de l'Empereur à la neutralité armée ; on
eft fort curieux de favoir la manière dont
les Anglois prendront cet évènement , qui
paroît le préparer depuis quelque tems ,
& s'acheminer maintenant à la conclufion.
On le rellouvient que lorfque la Hollande
scrut devoir adopter ce jufte moyen de dé
fenfe , l'Angleterre lui déclara la guerre ;
elley fur excitée par l'état de foibleffe de la
marine de la République , qui l'empêchoit
alors de la craindre. Elle a été plus modérée
& plus prudente quand elle a vu le
Roi de Pruffe fe joindre à la confédération
du Nord , elle ne le fera pas moins fi elle
voit la Cour de Vienne fuivre ce grand
exemple. Toutes ces Puiffances n'ont pas
un égal intérêt à la liberté de la navigation
; mais toutes ont des vaiffeaux en mer,
un commerce maritime plus ou moins
étendu , & chacune pour fa part doit vouloir
qu'il n'éprouve aucune entrave ; la
Voix qui s'élève contre les prétentions Britanniques
eft générale ;
il faudra qu'elle fes
abandonne , & il n'eft pas vraisemblable
qu'elle fonge à les foutenir contre l'Europe
entière , décidée enfin à réclamer contre
fes ufurpations. Il paroît que cette guerre
quels qu'en foient les évènemens , ne finira
pas fans affurer l'indépendance de l'Amérique
, rendre les mers libres , & brifer
le fceptre qui les tyrannifoit. Le commerce
ne fera plus exclufivement entre les mains
deda G. B. Toutes les Puiffances le partageront
, & ce moyen feul affoiblira un
pouvoir dont elle a eu l'imprudence d'abufer.
Depuis le commencement de la
guerre , fon pavillon n'eft plus dominant
fur la Méditerrannée peut- être difparoîtra-
t- il auffi bientôt du Levant. Les Etats
,
C 4
( 56 )
qui font à portée d'y faire le commerce }
s'en occuperont fans doute avec activité
Le torrent Wildebeck , qui d'une très-haute
montagne le précipite au pied du village de Ziller,
écrit-on d'Infpruck , a groffi tout- à- coup prodigieufement
les de ce mois , entraînant avec lui d'énor
mes rochers mêlés d'arbres déracinés , & s'élevant
au-deffus des digues du pays qu'il couvrit de cailloux
& de fable , fous lefquels il enfevelit , pour ainfi dire ,
la nouvelle Eglife de St-Jean - Baptifte , où les Prêtres
réfugiés avec partie des habitans , furent forcés de
refter huit heures. Le torrent s'étant heureuſement
épuifé , ces infortunés ne fe trouvèrent pas dans une
fituation moins douloureuſe après en être fottis, lorfqu'ils
apperçurent leurs maifons fous des tas de
pierres & de fable à travers lefquels ils ne pouvoient
aller chercher une fubfiftance que les lieux circon
voifins , autfi cruellement traités , ne pouvoient leur
fournir. La Régence a donné des ordres pour pour,
voir aux befoins de ces infortunés «.
39
Le nouveau Régiment formé dans ce pays .
écrit-on d'Hanovre , eft de rooo hommes ; il a été
completté en peu de tems , à caufe des conditions
avantageufes qu'on a propofées à ceux qui vouloient
entrer dans le fervice . On dit qu'il doit être employé
dans les Indes Orientales. Les deux premières compagnies
ont déja été envoyées à Stade où il doit arri
ver des bâtimens de tranfport pour tranſporter le
Régiment en Angleterre «.
ITALI E..
De LIVOURNE , les
s
Octobre.
ON apprend de Triefte que le vaiffeau
Impérial le Petit Prince Kaunitz , venant
des Indes Orientales , eft entré dans ce port
le 23 du mois dernier ; fa cargaifon con
fifte en 3758 caiffes & 266 boîtes de dif57.)
férentes fortes de thé , comme auffi en
4200 pièces de Nanquin jaune , & 1014
pièces de Gelamita .
» Le Roi , écrit-on de Naples , vient de ftatuer à
l'égard des Religieux de fes Etats qui fe difputoient
fouvent le pas,, jufques dans les cérémonies de
l'Eglife , qu'à l'avenir les Dominicains auroient la
préféance fur les Conventuels , les Obfervantins &
les Capucins, On trouvera bien fingulier , dans bien
des endroits , que des difputes de ce genre ayent
exigés pour être terminées , l'intervention du
Souverain. Un Coup de vent affreux a ſubmergé
ces jours paffés une barque venant d'Ifchia , ayant à
bord 16 paffagers qui ont tous péri, il ne s'eft fauvé
que quelques matelots , Parmi ceux qui le font noyés ,
on compte un frère du Duc de Dura , & un autre du
Duc de Fratta-Piccola.c.
Les mêmes lettres ajoutent qu'il eft arrivé
à Naples un courier extraordinaire de
Venife , qui s'eft embarqué à Otrante pour
porter à Corfou des dépêches importantes
& relatives aux armemens de la Répu
blique .
Le Conful d'Efpagne réfidant ici , écrit- on de
Gênes, a reçu de fa Cour ordre de faire annoncer dans
fes divers départemens que les troupes Eſpagnoles
s'étant mifes en poffeffion de l'ifle de Minorque , à
l'exception du fort St-Pilippe qu'elles tiennent blo
qué , S. M. C. répute pour nulles & de nul effet les
patentes expédiées pour la courfe par l'Amirauté
Angloife de cette ifle ; qu'en conféquence tous les
corfaires qui , en vertu de femblables attaches , commettront
des hoftilités , feront traités comme pirates.
Cette déclaration ayant été faite , le corfaire André
Rofe a défarmé dans ce port , & ayant donné congé
à la plus grande partie de fon équipage qui étoit
Angloife , il eft retourné à Minorque avec un paffe(
58 )
J
5009
ces
lettre de
port du Conful, Efpagnol. On affure gue dans de
port de Villefranche , deux autres corfaires défarment
également , ainfi que quelqu'autres à Cagliari;
mais on ignore le parti que prendront 4 de d
corfaires qui fe trouvent à Livourne , & dont les
équipages font en grande partie étrangers , patticulièrement
celui qui porte le nom de la Guépe , &
dont le Capitaine même aft Anglois niduo
Il y avoit apparence , lit-on dans une
Nice , que les corfaires Roule &
quile
trouvoient à Villefranche & qui y faifoient quarantaine
défarmeroient lorfqu'ils feroient admis à
pratiques mais après une conférence qu'ils learent
avec le Conful Anglois , ils réfolurent d'aller en
courle à Livourne , où réfident leurs Armateurs ;
alors &z matelots Minorquois , Chirurgien & 7
Africains les ont abandonnés & ont fait route pour
Marseille , les premiers avec un paffe-port du Conful
Efpagnol , pour fe rendre de la dans leur partric , &
les Africains avec un paffe-port de celui de France,
Probablement les autres mariniers de l'équipage des
deux corfaires fuivront l'exemple des premiers ; &
les fieurs Roulx & Théodoric feront obligés de les
remplacer par des gens d'un autre pays , s'ils veu- lent aller à Livourne A4 Z
doDe TU RIN les6 Octobre
LE 24 du mois dernier , le Roi tint Cha
pitre de l'Ordre fuprême de l'Annonciade
pour la réception des Chevaliers créés depuis
1771. Le lendemain le Comte de Marcolini
ayant déployé à Montcalier for caractère
d'Ambaffadeur extraordinaire de l'E
Jecteur de Saxe , fit la demande de Madame
Caroline pour le Prince Antoine -Clément
de Saxe, Le même jour , il y eur appartement
le foir chez la Reine à Montcalier ,
( 59 )
TO
& feu d'artifice ; le Dimanche , anniverfaire
de la naiffance de Madame la Princeffe de .
Piémont , il y eut bal. Le 24 , l'Ambaffadeur
de Saxe donna à la nobleffe bal &
fouper dans fa maifon de Turin. Havoit
fait conftruire d'après les deffins du Comte
Roubiland , un fallon magnifique , plus
agréable encore par l'élégance & le goût
des ornemens où l'on avoit établi une
table de 2 so couverts . Le 25 , le Roi donna
Stupinitza une fête avec illumination ;
Ambafludeur de Saxe en donna une le 26
à Turin. Le 18 le contrat de mariage fut
figné à Montcalier par toute la Famille
Royale & par les trois plus anciens Chevaliers
de l'Annonciade. Le lendemain la
bénédiction nuptiale fut donnée à Montcalier
par l'Archevêque de Turin ; le Prince
de Piémont avoit la procuration du Prince
' de Saxel do moral omobold P 18 xlund 55-20) cal
slav dva zynd erine and ima pah isy 122alaman
ESPAGNE
., is valls anal
>
F
De MADRID le 20 Octobre.
LES vaiſſeaux du Roi le Guerrier , ÞArrogant
& le Gaillard , qu'on avoit appelçus
le de la côte , jettèrent le 8 à midi
l'ancre dans la baie de Cadix. Ils apportent
le trefor & une partie des fruits de la
Havanne . Le 18 Août étant à 15 lieues de
la Bermude ils fe féparèrent par ordre
de la Cour du convoi confiftant en 68
voiles efcortées par un vaiffeau de ligne
cd fregates. On croir que ce convoi tou-
>
C 6
1609
chera aux Canaries , & que les 6 vaiffeaux
fortis dernièrement ont été à fa rencontre.
Nous ne l'attendons que dans quinze jours.
Les vaiffeaux de ligne apportent en argent
& en or pour environ 9 millions de piaſtres
, dont 7 millions appartiennent au
Commerce; outre cela , ils ont à bord 3414
furons de cochenille & 732 d'indigo . Le
refte des fruits eft répandu fur les bâtimens
du convoi , dont les chargemens confiftent
principalement en cacao , en bois de campêche
, fucres , &c . La totalité des cargaifons
de cette riche flotte peut être portée
à So millions de livres tournois ; fon arrivée
a comblé de joie le Commerce &
Cadix principalement.
Vendredi dernier on reçut à Cadix l'ordre
de fréter des bâtimens jufqu'à concurrence
de 6000 tonneaux , deſtinés à recevoir
4000 hommes de troupes . On ignore
fi ce corps paffera dans nos poffeffions d'Amérique
ou à Mahon . 1
» La frégate du Roi le Rofaire , écrit- on de
Barcelone , a mouillé aujourd'hui ici ( 16 ) , venant
de Mahon. Elle a mis à terre quelques Coldats &
marelots prifonniers de guerre , des Chirurgiens , 16
femmes & 20 enfans. Elle amenoit encore Maures
& leur Interprète . Tout ce monde a été placé dans
le dépôt des Préfides , jufqu'à ce que l'on fache ce
que la Cour aura déterminé à leur égard. Il eft venu
en même-tems 6 déferteurs Anglois , auxquels on
donner des paffe - ports , puifque , felon les loix
du Royaume , ils ne peuvent pas s'arrêter dans les
Domaines de S. M. Les Officiers de la frégate
rapportent que tant qu'ils ont été dans les eaux dè
( 61 )
Mahon , ils ont entendu une vive canonnade & un
bruit de moufqueterie qui duroit depuis plus de
9 heures , & qui avoit pour objet l'attaque du pofte
où ils favoient que M. de Crillon avoit placé cent
de fes meilleurs Grenadiers ; fi le Commandant de
la place a voulu les débufquer , M. de Crillon n'aura
pas manqué de les faire foutenir ; & les premiers
avis que nous recevrons de la Place, nous apprendront
de quel côté aura été l'avantage «,
Nos nouvelles de cette Ifle vont jufqu'au
27 Septembre. Elles nous ont manqué jufqu'à
préfent , parce qu'il a régné un vent
fi fort & fi contraire , qu'il a rendu impoffible
l'arrivée & l'entrée des bâtimens ,
& retardé par conféquent la defcente des
troupes , de l'artillerie , des munitions &
des autres objets qu'on fait être partis de
Barcelone & de nos autres ports. Pendant
ce tems , le Duc de Crillon s'eft occupé
des difpofitions & des mefures qu'exigeoit
l'état actuel des chofes en faifant
réparer les chemins depuis le port de Fornella
& depuis les différens parages & les
cales les plus voifines de Mahon , pour
les rendre plus commodes & propres à
faciliter le débarquement des fecours qui
doivent s'y préfenter.
,
» Notre armée campée , ajoutent ces nouvelles , a
toujours tenu la Place ennemie fi refferrée par une chaî
ne de poftes à portée du coup de fufil , que perfonne n'a
pu y entrer ni en fortir . Conféquemment à one reconnoiffance
que le Duc de Crillon avoit faite à
différens poftes , jufqu'au pied même de l'efplanade ,
il ordonna que dans la nuit da 14 , quelques Volon .
taires de Catalogne attaquâffent des gardes - avancées
que l'ennemi tenoit hors de l'eftacade ; cette opé(
62 )
notre
ration fe fit avec tant de vivacité & de fuccès ,
qu'elles furent obligées de fe renfermer dans fe
effe le
chemin couvert , fans quque nous ayons perdu un
feul homme à cette attaque , quoique les Anglois
fiffent un feu terrible de deſſus leurs remparts ;
comme le Général avoit prévu cette ripofte de la
Place, & qu'il y avoit à craindre qu'elle ne jeuật
quelque alarme dans notre camp , fi on ignorolt
la caufe de cette nouveauté , il en avoit fait donner
avis au Commandant de jour , mais avec réſerve ,
en le chargeant de tenir cet avis fecret , & de laiffer
les Officiers & les troupes prendre des meſures qui
feroient néceffaires dans le cas d'une furprifes, quoi.
qu'il di bientôt les faire, retirer . Le réfilter fat
tel que l'avoit prévu le Duc en un inftant la troupe s
fut fous les armes & difpofée à tout ce qu'on voudroit
Tui faire entreprendre . Le jour fuivant , le Général
parat au amp , & y fut reçu avec les mêmes acclamations
dont le foldat l'a toujours accueillis - Ser
la nouvelle qu'on eut des difpofitions de l'ennemi
Pour quelque ouvrage nouveau du côté de la Cale
de Saint Etienne , il fut attaqué dans la nuit du 18 ,
& on eut l'avantage de le furprendre & de le faire
rentrer dans fe Fort , fans perte d'aucun. homme de
notre côté , mais on peut eut croire que certe action lui
a tré plus funeſte , fi l'on en juge par les gémil
femens des bleffés qu'ils ont retirés & dont les
plaintes ont été entenduesSpar nos troupes, → Le
Dug de Grillon s'étant foulagé de l'embarras que dui
cauleit la garde des prifonniers & nombre de familles,
Grecques & Juives eu befoin diane gat .
niſon moins forte à Mahon , & il a fait campende
régiment de l'Amérique avec ceux qui compofeat
¿l'armées, pimennal vasváb mol faid booH
14A NAGOLDE TERRE usboort
vorerada palate Dua Terimal ob pohovor
not De LONDRES , le 29 Octobre.
ON attend toujours
311 031 0g 3otus nology
urs avec impatience des
( 63 )
7
3
nouvelles de l'Amérique Septentrionale .
Depuis l'arrivée des dépêches de l'Amiral
Graves , on a lieu d'être fort inquiet fur
la fituation du Lord Cornwallis . Suivant
les derniers rapports , fon armée étoit compofée
des 233 33 , 43 , 71 , 76 & 80° régimens
d'infanterie , du corps des Chaffeurs
de la Reine , de deux régimens d'Anfpach
, du régiment Hellois de du Buy &
de la légion de Tarleton ; partie de ces
troupes fous les ordres du Général même ,
étoit à Suffolk le corps de Tarleton à
Richmond , & celui que cominandoit cidevant
le Général Arnold , à Portsmouth.
Les Miniftres femblent craindre de recevoir
avec les premières dépêches de ce pays ,
les articles de la capitulation du Lord Cornwallis.
Cette alarme eft tellement fondée ,
qu'ils ont jugé néceffaire de raffurer la nation
par des eſpérances ; & la lettre fuiyante
qui a été imprimée dans la plupart des
-papiers fur lefquels ils ont quelque influence
, paroît être entièrement leur buvrage.
T
1533
›
Quoique la dernière action entre les efcadres
Françoife & Angloife devant la Chéfapeak ne
fe foit point terminée d'une manière auffi farisfalfante
que les amis de ce pays auroient pale delirer ,
obna cru voir par la relations même de ce combar
que l'Amirab Graves lors de la jonction avec
Hood , bien- loin d'éviter l'ennemi , comme les
frondeurs ne ceffoient de le publier , a été le premier
à l'aller chercher. Si la traverfée de l'Amiral
Digby cût été plus courte de quelques jours , fon
renfort auroit pu rendre très - différent l'évènement
de ce combat. Au furplus , ccoommmmee le Public feroit
( 64 )
très- excufable de voir avec chagrin que notre efca
dre eft retournée à New-Yorck en laiffant ainfi
les François paifibles poffeffeurs de la Cheſapeak ,
on le prie de donner quelque attention aux confidérations
fuivantes , qui femblent très importan
tes. Il paroît , par le N. B. ajouté à la fin de
la Gazette de la Cour , que l'Amiral Graves avoit
fermé fon paquet lorfqu'il a été joint par le Pru
dent , vaiffeau frais de 64 canons , & que l'Amiral
Digby venoit de paroître fur la côte avec trois vail
feaux qui ne faifoient que fortir du chantier, &
du nombre defquels eft le Prince George , de 98 (1).
En examinant donc avec foin la relation de l'Amiral
Graves , il eft aifé de voir que fur fes 19 vailfeaux
, il n'y en a que 12 qui aient donné. Au
moins n'y a-t il pas eu un feul homme tué ni bleffé
à bord d'aucun des fept vaiffeaux reftans. Nous
avions perdu le Terrible , un des douze qui ont
combattu. Le Shrewbury , Intrépide , le Montague
& l'Ajax font les feuls que l'on cite comme
ayant reçu des dommages confidérables ; la Princeffe
aura eu bientôt remplacé fon grand mât de
hune. Actuellement donc que l'efcadre eft renfor
cée par l'arrivée de l'Amiral Digby, avec le Prince
George de 98 canons , le Canada , de 74 , le Lion
& le Prudent , de 64 , n'eft - il pas raifonnable de
fuppofer que cet Amiral , qui va prendre le commandement
en chef, mettra la voile fans perdre
de tems , four aller chercher les François , en
ne laiffant dans le port que les vaiffeaux défemparés.
Il eſt impoffible que nous ayons tant fouffert
dans le dernier combat fans que les François
(1 ) Il femble que l'annonce de l'arrivée de Digby , méri
toit bien que M. Graves rouvrit fon paquet ; fur-tout quand
on confidère qu'il a avec lui un fils du Roi , que depuis fon
départ on n'en a point de nouvelles , que fa traversée paroît
avoir été longue , & qu'on doit avoir des inquietudes qu'un
mot auroit diffipées ; après cela on peut douter que Digby
fut arrivé.
( 65 )
aient été maltraités à proportion. En conféquence
fi nous n'avons pas hésité de les attaquer avec
19 vaiffeaux , nous pouvons le faire une feconde
fois avec d'autant plus de confiance , que nous avons
le même nombre de bâtimens tous en très-bon état .
Voilà ce qui porte à croire que nous ne tarderons
pas à recevoir de meilleures nouvelles de l'Amérique
Septentrionale , fur- tout fi l'Amiral Digby
eft renforcé par le vaiffeau le Robufte , de 74 canons
, & deux ou trois autres des vaiffeaux de so,
qui font partie de l'efcadre de New- Yorck ; favoir :
le Centurion , le Chatam , le Warwick & l'Adamant,
tous bâtimens qui peuvent actuellement
combattre , & qui , à l'exception de l'Adamant ,
paroiffent n'avoir pris aucune part au dernier engagement.
Quoique l'Amiral ne parle. dans fa relation
ni du Robufte , ni des autres vaiffeaux , on a lieu
de croire qu'il les avoit laiffés pour la défenſe de
Sandy-Hook. Dans ce cas , les vaiffeaux défemparés
pourront remplir le même objet en reftant à l'ancre ,
quoique peut- être ils ne foient pas en affez bon état
pour tenir la mer. Il eft donc évident que l'Amiral
Digby peut aller attaquer l'ennemi , puifque
les cinq vaiffeaux de ligne perdus ou défemparés
font remplacés par cinq autres tous frais & qu'il
en a de plus quatre autres de so en état de lui
rendre le plus grand fervice . Tout ce que l'on doit
appréhender , c'eft que les François ne jugent pas
a propos de l'attendre « .
Ces efpérances ne prennent pas autant que
le Ministère le defireroit. On fait que cette
prétendue égalité qu'on donne à l'Amiral
Digby, s'il eft arrivé, n'eft qu'une fuppofition,
Lorfqu'il retournera chercher M. de Graffe
il le trouvera renforcé par M. de Barras ,
qui lui a conduit 8 vaiffeaux ; & l'on fe
rappelle qu'il en avoit 28 avec lui , & que.
((+66) )
J
asil, alcombattu ravec : 24 feulement joc'eft
qu'il n'en avoit pas befoin ; les 4 autres
étoient dans la Chéfapéak , où ils ont fans
doute pris ou coulé à fond les frégates de
l'armée de Cornwallis . Ce fervice a dû être
rempli , & l'armée Françoife eft forte de
36 vaiffeaux ; s'il n'a pas cherché à renouveller
le combat que l'Amiral Graves åvolte
qu'il n'étoit pas en état de recommencer
lui-même , c'eft que fon grand objet étoit
de nous barrer la Chefapéak , de nous empêcher
de débarquer 2000 hommes que nous
a conduifions au Lond Cornwallis & defe
conferver sla liberté de faire defcendre à
terre les 3 à 4000 François qu'il avoit avec
lui pour renforcer le Marquis de la Fayette.
» Le Gouvernement a beau faire , dit un de nos
papiers , il ne diffipe pas nos inquiétudes , & elles ne
peuvent être plus fondées. Nous favons de trèsbonne
part que 2 régimens devoient s'embarquer à
St Chriftophe pour New -Yorck , quelques jours
avant que l'Amiral Hood quittât les Illes ; & comme
on n'a point eu de nouvelles qu'ils, foient arrivés à
leur deſtination , ni qu'ils fe foient fauvés avec la
frégate qui les efcortoit , on a lieu de craindre qu'ils
ne le foient trouvés à bord des bâtimens qui ont été
conduits dans la Chéfapéak par l'efcadre du Comte
de Graffe, Nous craignons d'apprendre auffi que 1
bâtimens marchands une foient tombés dans cette
forte. D'un autre côté , on aſſure que le Gouvernement
vient de recevoir la nouvelle authentique , de
la prife du 29e régiment d'infanterie les Améri
cains , qui lui ont ferm le paffage lors de fa retraite de
agelors de la retraite de
Six à Charles-Town, & l'ont tellement invefti
Ninety-Six
-qu'il n'en eſt pas échappé un ſeul homme. Ce corps
&
€
((867) )
palloit pour être un des mieux difciplinés de toutes
nos troupes , & il n'y avoit que peu de mois qu'il
fut arrivé en Amérique. Les lettre de Philadelphic
du 25 Juillet , préparoient à cet évènement. » Selon
les dernières nouvelles de la Caroline , lit- on dans
ces lettres , le Lord Rawdon , à fon retour de
Ninety - Six , en avoit renforcé la garnifon de 100
hommes. Il s'étoit retiré enfuite à Charles Town ,
où venoient le joindre les troupes qui s'étoient miles
en marche d'Orangebourg qui en eft éloigné de so
milles. Il paroit que la mortalité qui a ravagé l'armée
de ce Lord , doit être attribuée uniquement à la
marche forcée qu'il a fait faire aux troupes , auffinor
après deur arrivée , & dont il n'a retiré d'autre
savantage que celui de fecourir pour fortpeu de tems
le pofte de Ninety- Six , puifqu'il y a lieu de préfumer
que le brave & infatigable Major Gréen a
reparu devant cette place , & l'a complettement
inveftie &. On a fy depuis en effet qu'elle n'étoit
%
plus
plus en notre pouvoir.
6
-
inse
Pour nous raffurer encore fur le fort de
la Virginie & du Lord Cornwallis , on ne
manque pas de publier que Mode Graffe
sa dû retourner aux Ifles dans le mois d'Octobre
, pour escorter les flottes marchandes
len Europe ; on en conclut qu'en ce cas le
Lord Cornwallis n'a pas dû tarder à rece-
US3511
des fecours de New-Yorck. Mais on
demande fi après le combat de Septembre ,
M. de Graffe aura quitté ces parages avant
-d'avoir terminé l'affaire de la Virginie &
du Général S'il n'eft pas vraisemblable
qu'après avoir porté les plus grands coups
de ce côté , il aura étéstàa New York,
& fi cet objet fi intéreffant pour nos en- 2
( 68 )
nemis , ne l'aura pas emporté fur le foin
d'escorter une flotte qui , après tout , peur
partir plus tard ; il eft au moins douteux
que les François ne confervent pas toutes
leurs forces dans l'Amérique Septentrionale
& dans les Ifles ; la marche apparente des
opérations actuelles , fe dirige toute entière
de ces côtés ; & il y a lieu de croire que
c'est là que, reftera fixé le théâtre de la
guerre.
Les Espagnols paroiffent auffi y porter
leurs efforts ; un vaifleau arrivé , dit- on , de
St -Auguftin , rapporte du moins que cette
ville eft inveftie par une efcadre de 10
vaiffeaux de ligne avec so tranfports , à
bord defquels il y a 400 hommes de trou
pes. Si cette nouvelle fe confirme , on peut
encore s'atendre à la perte de cette place
où nous n'avons que 250 hommes de
troupes réglées , ce qui completteroit la
conquête des deux Florides que l'Espagne
n'a cellé d'avoir en vue , depuis la ceffion
qu'elle nous en a faite à la dernière paix,
» Le Miniſtère , lit - on dans prefque tous nos
papiers publics , travaille depuis quelques mois à
un plan de réconciliation avec les Américains ; il a ,
dit-on , été remis aux principaux Membres du Congrès
, qui l'ont approuvé , jugeant que ce plan de
vroit être accepté pour le bien- être des deux nations ;
mais qu'il devoit être , avant tout , confirmé &
ratifié par le Parlement Britannique , avant qué le
Congrès pût délibérer fur les articles . On ajoute
que cet avis eft arrivé avec les dernières lettres de
Sir Henri Clinton ; qu'il en fera queftion dans les
( 69 )
-
premières féances du Parlement ; que ces articles
font tenus fort fecrets , & que l'on ne doute nullement
que le plan ne réuffiffe . Ceux qui connoiffent
les affaires de l'Amérique , les difpofitions des
elprits dans cette partie du monde , les engagemens
du Congrès avec les Puiffances étrangères , & l'or
gueil d'une nation qui fe regarde déjà comme une
nouvelle République , favent bien que les Améri
cains ne traiteront jamais qu'en ftipulant expreffément
leur indépendance. Ils regardent , en conféquence
& aveć raifon , tous les rapports contraires,
comme des impoftures miniftérielles , pour difpofer
la Nation aux demandes qu'on eft obligé de faire à
la rentrée du Parlement , qui doit s'aflembler le 27
du mois prochain. Il ne feroit cependant pas étonnant
que le Ministère penfat férieufement au rétabliffement
de la paix ; car les charges des habitans
des trois Royaumes font confidérablement aggravées
depuis 1776 , ou le commencement de la
guerre avec l'Amérique , comme il paroît par le
calcul fuivant. En l'anné 1776 , les charges fur le
peuple furent aggravées de 73 , coo liv. fter ; en
1777 de 242,000 ; en 1778 de 336,000 ; en 1779 de
378,000 ; en 1780 de 701,606 ; en 1781 de 110,000.
Les Juillet 1781 , la dette nationale montoit à
177,206,000 liv. fterl. , & fi on y ajoute les 21
millions , négociés en l'année préfente , la dette
nationale montera le premier Janvier 1782 , à cent
quatre-vingt-dix -neuf millions de livres sterlings ,
dont les intérêts forment chaque année un total de
huit millions ; ce qui revient à -peu-près à la moitié
de plus qu'avant le commencement de la préſente
guerre ; les intérêts fe trouvoient au premier Janviet
1776 à quatre millions & trois cens mille livres
fterlings NALANG
2
1
A tous les motifs que nous avons de dou
ter dú fuccès de nos efforts pour nous ré
((70 ))
concilier avec nos colonies , on peutjoin
dre cette lettres de Philadelphie du 20
Juillet .
30
9 40
new
s
Le Congrès a nommé cinq perfonnes qu'il a
autorifées à faire un emprunt dans l'étendue des
Etats - Unis , en faveur des citoyens vertueux de la
Caroline Méridionale qui ont généreufement préféré
une pauvreté paflagère & l'exil , à la liberté & à
l'abondance dont ils auroient jour pour le moment
s'ils avoient voulu fe foumettre à l'eflavage Bri
tannique. Les fommes qu'on prêtera feront garanties
par le Congrès, & remboursées par l'Etat de la Gatos
line Meridionale. On efpère que les vrais Américains
faifiropt cette occafion de montreràvos ennemis
que les habitans des Erats - Unis méritent réellement
le nom de frères qu'ils fe donnent réciproquement "
On a beaucoup d'inquiétudes pour la
flotte de la Jamaïque. Il a régné dans le
mois d'Août des vents violents qui pourroient
lui avoir fait beaucoup de tort fi elle
avoit mis à la voile on efpere que felle
a attendu qu'ils fullent pallés , elle fera par
tie à rems pour éviter ceux qui règnent enq
Novembre & en Décembreus & vdansoon?
cas nous nous flattons de la voir arriver
heureufement.
S
f
ERU -
Le Général Mathews fuccède , dit- on,
au Général Vaughan dans la place de Coma
mandant en Chef de nos troupes aux ifles
du Vent. Ce Général eft non-feulement ai
má de tous les Officiers avec lefquels il
forvi jeilea fu fe concilier encore l'effime
de tous les riches habitans de nos illes.
On espère que le choix qu'on a fait de lui «
pour un commandement de cette impor-
T
race pranimera l'union fi néceffaire au bien?
général , & qui avoit été entièrement
déb
truite par l'ignorance
ou par la rapacité
de fes prédécefleurs
.
t
62
1
as Les vailleaux de la Compagnie des Indes , def
tinés pour cette partie du monde , écrit - on de
Portsmouth font arrivés le 23 dans ce porr ,
fous le convoi du floop de guerre le Merlin '
ces bâtimens reſteront ici jufqu'à ce qu'ils foient
joints par quelques autres vailleaux de la Compagnie
ayant même deftination , & qu'on ait nommé
un convoi pour les efcorrer à Sainte - Hélène , ou
une partie de ce convoi fe joindra aux vailleaur
qi doivent revenir en Angleterre avec les prifes
faites par le Commodore Johnſtone , tandis que
l'autre continuera la route pour l'Inde. On
prétend qu'un des vaiffeaux Hollandois pris à Sal
dahna , ne viendra point en Angleterie. Comme ce
bâtiment eft chargé d'articles qui manquent dans
l'Inde , il ira , de Sainte-Hélène avec la flotte de la
Compagnie a quelques - uns de nos établiſſemens
our le navite & la cargaifon feront vendus. On dit
que des bâtimens ont erd affares ces jours derniers
pour 170,000 liv. fterling, La Compagnie attend
encore 13 vailleaux , qui doivent arriver avant les i
Fêtes de Noel. Il en doit partir auffi 16 pour l'Inde
avant cette époque. On dit qu'ils partiront vers
la mi -Novembre ; mais très
feront
lieu de
pas prêts à la fortainement ils ne
une
croire que le Lord de l'Amitauté leur don19 S
efcotte affez confiderable pour qu'ils n'aient pas a
craindre de fort de ceux qui font tombés l'année
dernière entre les mains des Eſpagnols . —Le Renowne
arrivé avec la flotte de l'Inde , n'étoit pas le vailleau
que l'on avoit cavoyé à Sainte Hélène. C'eſt à
Annibal , de so , que l'on a donné cette miffion
& il n'y écoit point encore arrivé lorfque la dotte
Floqmi 91150 ob Jasmsbuanxide is 100q
བར
Tx
( 72 )
en eft partie. Quant au Renown , il n'avoit été
expédié que pour l'attendre aux Açores « .
Nos Papiers ont fupputé les pertes que
les Hollandois ont faites depuis le commencement
de la guerre. S'il faut les en
croire , ils ont plus perdu en 10 mois que
les quatre autres Puiffances belligérantes ;
ils ont perdu pour plus de 3 millions ſterl.
à St-Euftache , plus d'un million & demi
en navires marchands , & plus d'un autre
million par less vaifleaux de leur Compagnie
des Indes enlevés par Johnſtone ,
fans compter la perte de plufieurs riches
colonies.
Le Parlement d'Irlande affemblé le ୨ de
ce mois , a continué fes féances juſqu'au 11
qu'il s'eft ajourné au 29. On ne lui a fait
encore aucune demande de fubfides de la
part du Roi , mais on lui a infinué que
puifque S. M. opéroit par fes fages difpofitions
l'accroiffement du commerce , des
manufactures , de l'agriculture & de la
pêche de l'Irlande , ce Royaume devoit à
fon tour contribuer au maintien du crédit
national , à l'entretien du Gouvernement &
à la fûreté publique. Les Communes dans
leur réponſe au difcours du Vice-Roi , ont
promis leur affiftance pécuniaire ainfi que
leur fidélité & leur attachement au Roi &
à' la Grande- Bretagne .
En attendant les nouvelles importantes
qui doivent arriver inceffamment , on ne
fera pas fâché de trouver ici le tableau fuivant
( 73 )
vant de l'état des affaires à l'époque actuelle.
Nous nous empreflons de le tranfcrire , parce
qu'il contient quelques réflexions fur les dernières
dépêches de nos Commandans ſur
mer.
Dans le combat de la Ché apeak , notre efcadre
étoit inférieure à celle de l'ennemi ; cependant malgré
cette inégalité de forces fur 19 vaiffeaux que
nous avions , il y en a 7 qui n'ont pris aucune
part à l'action , & qui ont laiffé tranq illement battre
les douze autres par 24 vaiffeaux ennemis. Une
telle conduite dénote nécellairement ou bien peu
de capacité de la part du Commandant , ou défobéiffance
entière à fes ordres . Lorfqu'il fe trouvé
une grande disparité dans le nombre ou dans la
force , le vrai courage & l'habileté confiſtent à employer
heureufement tous les petits vaiffeaux contre
ceux de la grande efcadre qui en font féparés sz
détachés. Dans cette affaire , nous avons adopté
un plan tout- à- fait oppofé ; auffi avons -nous eu un
contre- Amiral fi maltraité , qu'il a été obligé de
changer fon pavillon , quatre autres vaiſſeaux ont
prodigieufement fouffert , & l'un d'eux , le Terrible
, s'eft trouvé tellement avarié , qu'il a été
condamné par un confeil de guerre à être brûlé.
Qui croiroit que pendant que nous étions fi horri
blement battus d'un côté , un Vice Amiral n'a pas
été touché non plus que toute la diviſion ! c'eſt
un mystère que le tems nous dévoilera .
"
Pour nous confoler ou nous dédommager de
nos pertes , qu'avons-nous fait à l'ennemi ? Rien
abfolument rien , autant que nous en pouvons juger
par la relation que les Miniftres ont publiée. L'ennemi
étoit mouillé à la baie de Chéfapeak , il en
eft forti dès qu'il a vu notre eſcadre ; il l'a combattue
auffi long- tems que cela lui convenoit , & il a
repris fa ftation dans le même mouillage quand il
l'a jugé à propos.
10 Novembre 1781.
d
( 74 )
Il y a dans la même relation un paffage fi obfcur,
qu'il n'eft pas poffible de l'entendre . » Dans l'état
» délâbré où nous étions , nous n'eumes point
envie d'attaquer l'ennemi , qui ne parut pas non
plus difpofé à renouveller le combat . Quoi !
nous n'eumes point envie d'attaquer une efcadre
Françoiſe mouillée en dedans du Cap , & qui en
fermoir l'entrée , ainfi qu'il eft dit dans le même
paragraphe. A-t- on jamais vu un paradoxe de cette
nature ? Et quel parti prit notre Amiral ? Il fe
conforma à la réfolution prife par le confeil de
guerre , & il fe détermina à aller à New-Yorck
avec l'efcadre avant l'équinoxe , au lieu d'attaquer
les François , qui étoient mouillés fur nos propres
territoires qui bravoient notre efcadre. Nous defirerions
bien fincèrement que les François n'aient
pas envie de le fuivre , & de le bloquer , lui , fa
Hotte & notre armée à New - Yorck . Cependant
comme les François & les Américains font actuellement
les maîtres dans la Virginie & dans la Caro-
Jine , que deviendra le Lord Cornwallis , fon ar
mée & tous les détachemens ? A quoi doivent-ils
tous s'attendre ? Qu à une deſtruction totale , ou
à une captivité honteufe.
>
De l'Ouest paffons à l'Eft , ou plutôt au Sud , J &
nous verrons les grands exploits du Commodore
Johnſtone. Il eft curieux de revenir fur les
premières dépêches , & de voir comme il s'eft défolé
d'être obligé d'éviter M. de Suffren une fe
conde fois , de peur de ne plus pouvoir exécuter
l'entreprise pour laquelle il avoit été envoyé. C'eft
fans doute pour cette railon qu'il a pris le parti
de laiffer les François , après le combat de Saint-
Jago continuer leur voyage , au moyen de quoi
ils l'ont devancé & ont fait avorter fes projets.
Il eft inutile de demander ce que le Commodore
pour lesSpauvres Rois & Princes de Ternate
de Nidore , ainfi que pour leurs familles ref
fait
( 75 )
pectives long tems opprimées. Les Miniftres fe
taifent là - deffus comme fur beaucoup d'autres
chofes .
Enfin , qu'eft devenu le Commodore ? D'où a
t-il écrit ? Où devoit- il aller ? Pourfuit-il fon voyage
dans l'Inde ? Revient-il en Angleterre ? Tout
eft un fecret pour la Nation.
On préfume que la grande efcadre partage fes
vifites entre les côtes de la France & celles de
l'Espagne , attendant les flottes marchandes de ces
Puillances à leur rentrée , comme elles attendoient
les nôtres il y a quelque tems , avec cette différence
quelle attend celles des ennemis trop tôt
& les nôtres trop tard.
120
L'efcadre du Nord obferve toujours les Hollandois
qui fortent & qui entrent, Peut-être quelvaiffeaux
peuvent l'épier fous pavillon neutre ,
mais une grande efcadre ne pourroit le faire fans
être
regardée d'un très-mauvais oeil de notre part
en dépit du Roi de Pruffe & de toute la neutralité
armée .
Le Parlement d'Irlande s'eft affemblé. Il a vu
fon nouveau Vice- Roi , il a entendu fa harangue.
Les Membres fe font regardés , ils ont parlé ,
ont rédigé une ad effe & fe font féparés.
FRANCE.
ils
De VERSAILLES , le 6 Novembre;
LE 28 du mois dernier , au matin , le Parlement
de Paris , la Chambre des Compres
la Cour des Aides , la Cour des Monnoies
& le Corps- de-Ville de Paris , conduits par
M. de Nantouiller & M. Watronville
Maître & Aide des Cérémonies , préfentés
par M. Amelot , Secrétaire d'Etat ayant
d 2
( 76 )
lé département de Paris , furent admis à
l'Audience du Roi , & le complimentèrent
fur la naiffance de Monfeigneur le Dauphin.
Les Chefs de ces Compagnies porterent
la parole. Elles eurent enfuite l'honneur
de complimenter Monfeigneur le
Dauphin .
L'après-midi le Grand- Confeil , l'Univerfité
, l'Académie Françoife furent conduits
de la même manière & préfentés au
Roi , & enfuite à Monfeigneur le Dauphin.
S. M. a nommé à l'Evêché de Châlonsfur-
Saône , l'Abbé du Chilleau , Aumônier
de la Reine , Vicaire- Général de Metz , &
à l'Abbaye de St - Rambert , Ordre de St-
Benoît , Diocèle de Lyon , l'Abbé de Chantemerle
, Vicaire- Général de Valence.
L'Infirmerie Royale fondée ici par Louis
XIV. , n'étant plus proportionnée aux be.
foins des habitans , vu l'accroiffement confidérable
de la population , le Roi fur les
repréſentations du Maréchal Duc de Marchy
a donné , par lettres- patentes , une
nouvelle forme à cet établiffement , S. M.
a augmenté en même-tems de 20,000 liv,
la dotation annuelle , & ordonné la conftruction
de bâtimens plus fpacieux .
De PARIS , le 6 Novembre.
ON attend avec la plus vive impatience
des nouvelles de l'Amérique Septentrionale.
Les dépêches de M. de Graffe concernant
les opérations de notre efcadre & de notre
( 77 )
armée ne peuvent qu'être importantes. Des
puis qu'on eft affuré que l'Amiral Graves
conduifoit 2000 hommes dans la Chéfapéak
, on ne doute plus que le Lord Cornwallis
n'ait gardé fa pofition , & qu'il n'ait
été entouré par les trois corps d'armée qui
marchoient vers Portſmouth .
S'il faut en croire un bâtiment forti
d'Oftende & arrivé à Nantes , il a rencontré
le 18 de ce mois près de Portſmouth
la flotte de la Jamaïque ; mais il n'a compté
que 68 voiles , ce qui feroit fuppofer que
plufieurs s'étoient féparées vers le cap Clear.
Cette nouvelle eft encore très - vague , &
on en a plufieurs qui font très- contradictoires
. On écrivoit il y a quelques jours
d'un autre port , que cette flotte avoit été
accueillie à fa feconde fortie vers les premiers
jours du mois d'Août , par un ouragan
qui l'avoit détruite en partie. Nous
ne crûmes pas devoir nous arrêter à cet
avis , parce qu'on avoit à Londres des lettres
de cette ifle en date du 10 Août , qui
ne faifoient aucune mention de cet accident.
En voici cependant une espèce de
confirmation. Nous n'entreprendrons pas
de concilier ces rapports contradictoires ;
nous nous contenterons de les copier ; le
tems les débrouillera .
» On voit ici , écrit-on de la Rochelle , une
lettre du Cap François , en date du 27 Août , par
laquelle on apprend que la flotte de la Jamaïque
s'étant hafardée de remettre en mer , a été difd
3
( 78 )
perfée deux jours après par un coup de vent qui a
jetté 73 navires fur la côte même de l'Ifle ; deux
frégates de l'efcorte ont eu le même fort. Le 12
Août , on ignoroit encore ce qu'étoient devenus
les autres navires du convoi , ainfi que le vaiffeau
de ligne chargé de l'escorte.
Selon
une
autre lettre de SaSaint- Domingue
, en
& non
date du 29 Août ,
l'ouragan a caufé beaucoup de
dégâts à la Jamaïque ,
principalement à Kingston ,
dont il a détruit les
principales
fortifications. La
date de ces ravages eft du 18 Août
des premiers jours du même mois , ce qui ne pou
voit pas s'accorder avec les avis de Londres, Le bâ
timent qui a apporté ces triftes nouvelles pour
l'Angleterre , eft parti le 2 , Septembre des Cayes,
où l'ouragan ne s'étoit pas fait fentir non plus
qu'au Cap c
$7.
20:15
3D
Ces détails , ceux fur -tout de cette dernière
lettre ,
paroiffent d'un grand poids ; on ne
peut tarder à recevoir des nouvelles décifives
qui juftifieront ou démentiront le rapport
du bâtiment d'Oftende. Le Capitaine
qui a pu s'être trompé fur ce point , raconte
auffi que le 19 il a rencontré l'Amiral Darby
qui faifoit route vers Portſmouth . Ainfi voilà
la riche flotte de l'Efpagne à peu- près en
fûreté. Il eft bien à fouhaiter que le convoi
de St -Domingue, qu'on attend vers la fin de
l'année arrive auffi fans accident.
100
Le convoi de la Havane n'eft,point arrivé,
comme nous l'avions dit , le lendemain
que parurent les vaiffeaux de regiftre ; c'eſt
fur un avis de Bayonne que l'on l'a annoncé.
Nos lettres de Cadix du 12 de ce mois ne par
lent que de l'arrivée de la frégate Françoile
A.A
( 79 )
Aurore ; elle a été envoyée pour fervir d'efcorte
aux bâtimens François qui doivent
paffer le détroit.
Le 18 de ce mois , écrit- on de Breft , la frégate
la Cléopâtre , commandée par M. le Comte
de la Croix , Capitaine de vaiffeau , eft arrivée ici
avec la corvette le Serin & le Faucon.
-
,
--
Le
Roi a accordé 1200 liv . de penfion à la veuve de
M. Gafquet. Le 20 , l'Amphitrite commandéé
par M. de Tarrade , Capitaine de vaiffeau , eft
partie pour le rendre à l'Orient , où elle va pren
dre fous fon eſcorte plufieurs bâtimens du convoi
deftiné pour ce port. Le même jour eft arrivé
un convoi de Nantes composé de 12 à 15
voiles , chargé de bois de conftruction , de munitions
de guerre & de bouche , efcorté par la
frégate l'Attalante , aux ordres de M. de la Faye ,
Capitaine de vaiffeau." La Couronne a été don
née à M. de la Motte- Piquet , & on travaille à
l'armement de ce beau vaiffeau avec beaucoup d'ac
tivité. On ne met pas moins de célérité dans l'é,
quipement des efcadres deftinées à eſcorter les convois
des Indes & de l'Amérique ; avant la fin du
mois de Novembre , tout fera en état de mettre à
la voile <<.
Ce n'eft que le 22 Octob. que les troupes &
les bâtimens deftinés pour Minorque furent
entièrement hors du port de Toulon . Comme
le vent étoit très bon & qu'il fe foutenoit
le 24 , on écrit de Marfeille qu'ils ont
pu aborder à leur deftination 3 ou 4 jours
après leur départ .
Nous apprenons par les mêmes lettres
du 24 que la barque du Roi l'Eclair ,
commandée par M. de Sade , Enſeigne de
vaiffeaux , s'eft emparé d'un navire forti de
d4
[ ( 80 )
Livourne avec pavillon impérial. Mais l'équipage
& le Capitaine même étant Anglois
, & les
connoiffemens n'étant pas non
plus en bonne forme , il paroît que le bâtiment
fera condamné . Sa cargaifon , confiftant
en ballots de foie , eft eftimée plus de
1500 mille livres . M. de Sade a conduit
cette riche prife à Toulon .
念:
ce
Selon les lettres de Londres , le Commodore
Johaftone revient avec les vaiffeaux.
de l'Inde qui doivent toucher à Sainte-
Hélène & avec fes prifes. Le Capitaine de la
Bombarde écrit , dit-on , que fi ces prifes
arrivent à bon port , il aura pour fa part
quelques
centaines de guinées. Dans c
cas , il fe pourroit que les Hollandois n'euffent
pas déchargé leurs vaiffeaux , mais il
n'eft pas
vraisemblable alors qu'ils les
euffent laiffés
imprudemment dans une baie
ouverte. On fe rappelle du moins que l'Agent
du Roi au Cap de Bonne Espérance
avoit donné avis il y a trois mois que ces
vailleaux étoient déchargés.
Quoiqu'il en
foit , Johnſtone a envoyé dans l'Inde fon
convoi avec les vaiffeaux le Héros , le
Montmouth , & 2 frégates aux ordres du
Capitaine Wood , il ramène le Jupiter &
l'Ifis.
Parmi les traits de bonheur & de bravoure qu'offre
fréquemment la petite guerre fur mer écrit-on des
Sables en voici un qui mérite d'être cité. Le Capitaine
Naudin , de ce port , commandant un bric
de cent tonneaux , venant de Bayonne , avec un
chargement pour Nantes , avoit fuivi un convoi qui
( 81 )
ferendoit à Breft, & s'en étoit féparé par le travers du
Pilier petit fort , fur un îlot, près Noirmoutier, pour
rentrer dans la rivière de Nantes ; il n'imaginoit
pas que dans ces parages , après le paffage d'une
flotte , il pourroit rencontrer un corfaire ennemi ;
il en trouva un de Jerfey , armé de 2 canons de
3 à 4 livres , & n'ayant plus que 12 hommes d'équipage
, parce qu'il avoit mis les autres fur différentes
prifes. Le bricq n'étoit armé que de deux pierriers
, fix hommes & deux mouffes ; il fe battit
pendant une heure & demie ; au bout de ce tems ,
les munitions lui manquèrent , & il amena . L'Anglois
envoya fix hommes à bord , & fit conduire
au fien les fix François ; on mit les menotes à
quatre matelots , & on laiffa en liberté le Capitaine
Naudin & un jeune homme , qu'il dit être fon
Pilote. Soit que les Anglois mis fur la prife fe fuf
fent enivrés , ou qu'ils ne connuffent pas la côte ,
ils touchèrent pendant la nuit fur un banc de ro
ches. Le Capitaine Anglois imagina , pour fauver
fa prife , de déferrer les matelots François , avec
promeffe de ne plus les enchaîner , s'ils parvenoient
à la dégager. La propofition fut acceptée , la prife
remife à flot , & les matelots laiffés libres à leur
retour. Comme on avoit paffé la nuit à travailler ,
tout le monde alla fe coucher ; le Capitaine Naudin
étoit avec le Capitaine corfaire ; il ſe réveilla
le premier , & voyant fon ennemi dans le plus pro
fond fommeil , il fut tenté de le tuer avec un couteau
de chaffe qu'il trouva fous fa main ; mais il
répugna à attaquer un homme endormi ; il fe contenta
de fortir & de l'enfermer dans la chambre.
Il monta fur le pont & s'approcha du Timonier
fous les pieds duquel étoit la caille d'armes ; il le
frappa de fon couteau de chaffe . Celui- ci bieffé
fe jetta fur lui , & le terraffa en pouffant de grands
cris , qui heureufement attirerent d'abord deux
François , qui dégagèrent leur Capitaine , s'armeds
>
( 82 )
rent , & forcèrent les matelots Anglois qui accou
roient , à fe réfugier à fond de cale , où on les
enferma. Le Capitaine Naudin , maître du corfaire,
reprit fon bâtiment , rentra dans le port de Painbeuf
, où , comme il faifoit brun , il fut pris d'a .
bord pour Anglois , quoique le pavillon François
fût élevé au-deffus de l'Anglois renversé , &c. "
La fanté de la Reine déja fi chère à la
nation , & qui le devient de plus en plus
s'il eft poffible , depuis qu'elle a donné un
héritier au trône , va auffi bien qu'on peut
le défirer ; depuis plufieurs jours on ne
donne plus de bulletin. Mgr. le Dauphin
fe porte à merveille ; on dit qu'il pèfe 13 "
livres & qu'il a 22 pouces de long. Sa nour
rice eft la femme d'un Jardinier des envi
rons de Paris , que le Roi a diftingué de
routes celles qui lui avoient été préſentées.
Tous ces détails ne peuvent pas être indifférens
pour les François , & on nous faura
gré de nous y être arrêtés.
Toutes les Paroiffes de Paris ont fait des
proceffions générales en actions de graces
de la naiſſance de Mgr. le Dauphin. Le Man
dement de l'Archevêque de Paris à ce fujet
contient le paffage fuivant, mut
Les efpérances que nous concevons aujour
d'hui , mes T. C. F. , font d'autant plus fondées ,
qu'en fuivant l'exemple qu'il a reçu de fon augufte
& vertueux Père , le Roi voudra préfider lui- mê
me à l'éducation du Dauphin ; il fe fera un devoir
de lui inculquer ces grandes maximes qu'il
Souverain n'eft revêtu de
a prifes pour règle de fa conduite ; il lui dira qu'un
la puiflance fuprême
que pour l'employer au bonheur de les fujets ;
( 83 )
qu'étant l'image de Dieu fur la terre , c'eſt à lui
de punir le vice , de récompenfer la vertu , &
d'arrêter par fes exemples comme par fes loix , le
torrent des mauvaites moeurs qui tôt ou tard
entraîne la ehûte des plus puiffans empires ; qu'il
doit à la Religion une protection fincère & conftante
, & que c'eft peu qu'il la protège , s'il ne la,
pratique pas lui-même , s'il n'en accomplit tous les
préceptes , & s'il ne refpecte tout ce qui appartient
à fon culte. Quelle force n'auront pas les leçons
paternelles foutenues de l'exemple ! quel plus für
moyen de s'inftruire dans le grand art de régner
que d'avoir fans ceffe fous les yeux le modèle
dun bon Roi ! telle fera la deftinée du Prince qui
vient de naître . Une douce & heureufe habitode
lui rendra comme naturelle l'obfervation des
devoirs qu'il aura un jour à remplir. Il puifera dans
le coeur & dans les exemples de fon augufte Mère
cette bonté qui rend l'autorité auffi aimable qu'elle
eft refpectable ; cette fenfibilité qui voudroit pouvoir
elfuyer les larmes de tous les malheureux ;
cette bienfaifance qui fait fes délices de pourvoir
à leurs befoins oe .
On apprend d'Auch , que le Régiment
de Dragons du Roi fe rendit le 28 Septembre
dernier dans l'Eglife Métropolitaine
de cette ville pour la cérémonie de la Bénédiction
de fes nouveaux guidons , qui fut
faite par l'Evêque de Lefcars. Les Officiers
de ce corps réunis aux Chanoines du Chapitre
, allèrent chercher dans le Palais Archiepifcopal
, le Prélat qu'ils accompagnerent
jufqu'au pied de l'autel qui avoit été
dreffé dans la nef. Le Prévôt du Chapitre
célébra la Meffe ; à l'Evangile l'Evêque de
Lefcars monta en Chaire & prononça un
d 6
( ((84 )
difcours analogue à la circonftance , & après
la Meffe on fit la Bénédiction des guidons.
Le Comte de Viella , Meftre de Camp en
fecond , commandant le régiment en l'abfence
du Marquis de la Fayette , donna un
repas de corps auquel furent invités les
Officiers du régiment , le Chapitre , les
Magiftrats , les notables de la ville & les
principaux Membres de la nobleffe de la
Province.
Nous avons parlé , d'après une lettre de
Rouen , d'un Arrêt du Parlement de cette
ville , rendu en faveur des Exécuteurs de
la Haute-Juftice de plufieurs villes de Normandie.
Leur réclamation que nous étions
tenté de regarder comme une plaifanterie ,
eft réellement un fait ; l'objet peut en paroître
curieux ; c'eft à ce titre que nous
le mettrons fous les yeux de nos Lecteurs.
Le Journal intéreffant des Cauſes Célèbres
nous le fournit ( * ) . ?) 26 Jam
Ces Exécuteurs ont exposé qu'à la fin de Mars
dernier , dit- on dans le vu de l'Arrêt , ils avoient
déja porté leurs plaintes au Ministère public ; que
ce Magiftrat avoit vu depuis la rebellion du 18
mars dernier , l'urgente néceffité d'arrêter , de réprimer
l'audace d'une popolace inconféquente &
effrénée. Un Requifitoire donné par le Magiftrat
(* ) Ce Journal intéreffant & curieux eft l'Ouvrage de M.
des Effarts, Avocat, chez lequel on fouferit , rue Dauphine
àl'Hôtel de Mouy , & chez Mérigot le jeune, Quai des Auguftins.
Le prix de la foufcription eft de 18 liv . pour Paris &
de 24pour la Province. Ondélivre les annéesprécédentes au
prix de la foufcription ; mais on ne vend aucun volume féparé.
( 85 )
été fuivi d'un Arrêt de la Cour , affiché le 3
Avril dernier. Par cette loi provifoire , le public
ne peut plus méconnoître ce qu'il ne devoit jamais
oblier , c'eft-à - dire , qu'il faut que force demeure
à juftice. Voilà pour l'état des expofans , voici
pour leurs perfonnes. Le Procureur. Général les a
renvoyés à fe pourvoir en la Grand- Chambre , fur
le furplus de leurs demandes. Il feroit fuperflu de
répéter les faits , les autorités , moyens des Expofans
; chacun des Magiftrats a un exemplaire
de leur Requête. Depuis la diftribution du Mémoire
des Expofans , quelques-uns de leurs ennemis
fe font avifé de faire circuler des menaces verbales
, même écrites , & des lettres anonymes . A
défaut de moyens deftructifs de ceux des Expofans ,
leurs ennemis fecrets ont eu l'indifcrétion de tenir
des propos fales & menaçans. Les Expofans l'ont dit
& ils le répètent , un vice dans l'éducation a entretenu
un faux préjugé contr'eux ; ils fe plaifent
à croire que la Cour n'a pas eu de part aux menaces
dont ils fe contentent de plaindre les auteurs ;
& c'eſt là où ils bornent leur vengeance. Le 19
Mars , leurs enfans ,étoient au Spectacle , au par
terre , fort tranquilles ; leur préfence déplut à plu
fieurs perfonnes au point qu'ils y furent infultés
battus , & même mis dehors par un des Grenadiers
de la Garde , à qui ils demandèrent quel étoit leur
dénonciateur , afin de le traduire devant le Commillaire
de fervice ; nonobftant leurs réclamations
On les fit fortir. Quant à l'objet principal de leurs
réclamations , en ce qui eft relatif à leurs perfonnes
, ils demandent à jouir tranquillement de
la liberté de fréquenter les lieux publics . Ils prou
vent qu'aucune loi , aucun jugement ne leur a in
terdit cette faculté. Des perfonnes prétendent que
les hommes pourvus de l'Office des Expofans , font
& leur familie , gens infâmes ; mais quelle idée
ces perfonnes ont - elles donc de la légiflation 2
( 86 )
Quelles notions ont elles de la raifon proprement
dite ? Quoi , en France , il faut que le Juge infor
me & juge que cet homme eft de bonnes religion ,
vie & moeurs, Quoi , pour être reçu à l'Office
d'Exécuteur , il faut être reconnu & avéré bon
Catholique Romain & Citoyen de moeurs irréprochables
; & avec ces bonnes qualités , on veut
que cet homme foit infâme. La profeffion des Expofans
, dit le Procureur- Général , dans fon Réqui
fitoire du 30 Mars , ne peut offenfer que celui dont
l'ame naturellement portée au vice , à l'oifiveté
qui en eft la mère , fe révolte à l'idée feule des
peines & des fupplices dont la crainte le contient.
Tout homme honnête les laifle tranquilles par-tout
où ils ne troublent point l'ordre public ; d'ail
leurs ils font fous une protection plus particulière
des loix. D'après les faits ci- deffus exactement
appuyés de pièces juftificatives , la Cour ne peat
qu'appercevoir la confédération puniffable que des
têtes mal organifées imaginent pour altérer , intercepter
la liberté & l'état des Expofans . Il eft
conféquemment bien vifible que fans l'autorité de
la Cour , ils ne feroient pas en fûreté & n'oferoient
fe préfenter nulle part. C'eft pour l'éviter qu'ils
ont recours à l'autorité de la Cour , à ce qu'il lui
plaife vu les faits & pièces juftificatives , fai
fant droit fur le tout , ordonner , 1º , que conformément
à l'Arrêt du 7 Novembre 1681 , publié
le 20 Février 1683 , défenſes feront itérati
vement faites à toutes perfonnes de traiter les Ex
pofans , leurs familles , ni ceux employés à leur
fervice , de Bourreau , fous telles peines qu'il plaira
à la Cour d'arbitrer , ainfi que fon application
contre chaque contrevenant. 2°. Que de pareilles
défenfes feront faites & fous les mêmes peines , à
toutes perfonnes d'intercepter la liberté des Expofans
dans les lieux publics , tels que les Eglifes ,
les promenades , les fpectacles & autres endroits
y & Dupilusiayrii X sppineshoddw
( 87 )
publics ; ordononner que l'Arrêt à intervenir fera
lu , publié & affiché , tant dans cette Ville , Caen ,
Coutances , que dans tous les Baillages & Hautes-
Juftices du reffort de la Cour «<.
L'Ariêt du Parlement eft du 7 Juillet
1781 ; il a été conforme à ces conclufions ;
l'amende prononcée eft de 100 livres ; &
il a été imprimé fous le titre d'Arrêt notable
du Parlement de Rouen , & c.
La lettre fuivante nous a été adreffée par
un Militaire Chevalier de St-Louis . Après
avoir paffé fes premières années au fervice
de fa patrie , il veut occuper les dernières
à lui former des défenfeurs .
Mon
Je me fuis attaché , dans ma jeuneffe, à m'inftruire
des parties relatives à mon état , que j'ai pratiquées
pendant la force de l'âge ; & actuellement que je
ne fuis plus en activité , & dans le tems que l'on fait
apprécier les connoiffances , je crois devoir en faire
ufage pour l'avantage de la Société. Car d'être utile
à fes femblables dans le cours de fa vie , & particulièrement
fur le retour de l'âge , c'eſt une exiftance
réelle pour l'homme qui penfe : mais en
qualité de père , & fenfible pour toute la jeuneſſe ,
c'eft elle que j'ai particulièrement en vue. —
intention , M. , eft d'établir , chez moi , une Inftitu
tion de Téchnologie Militaire , ou parties acceffoires
& dépendantes de l'Art de la guerre , c'est - à - dire
de l'éducation complette du Militaire & Citoyen ,
pour une douzaine d'Elèves fans cependant
prétendre me borner à ce nombre que je pourrai
porter à 18 ou 20 fuivant la fatisfaction
qu'on pourra avoir de l'exécution de mes vues .
Voici le plan de l'Inftitution . 19. Un Cours de
Mathématique contenant le Calcul numérique démontré
, la Géométrie Pratique démontrée ,
Méchanique & l'Hydraulique , pour préliminaire
( 88 )
aux objets fuivans . 2 ° . La Fortification des Places
& Poftes , dans lequel Traité je donnerai mon fyf
tême de la Place de sûreté . 3 ° . L'Attaque & la
Défenfe des Places & des Poftes , la Caftramétation
& les principes généraux de Tactique ; c'eft ce que
je nomme Technologie Militaire, 4 ° . La Géographie
Chronologique , Hiftorique & Phyfique , & l'Hiftoire
générale , mais (péciale du Royaume de France . 5 .
Un Précis de Phyfique rendue fenfible par les expériences
, & la Morale de l'Homme , afin de lui faire
connoître les devoirs envers Dieu , lui-même & fes
femblables , tant en fociété civile que politique &
générale ; & une connoiffance des principaux Arts ,
& Métiers . 6 °. La Mufique , les Armes , la Danfe ,
le Deflin , le Maniement du fufil & les Evolutions ;
avec l'étude de la Langue Italienne pour les François
, & de la Françoile pour les Etrangers , & à
monter à cheval. 7º . Si , M. , le féjour de la ville
fournit les moyens pour l'inftruction Théorique ,
celui de la campagne étant utile d'ailleurs pour la
fanté , l'eft fpécialement pour la pratique de ce
qu'on a appris ; ainfi je me propofe d'y tenir quatie
mois les Elèves qui me feront confiés , dans les
environs de Paris , depuis Juin jufqu'au mois de
Septembre compris , & on profitera de ce féjour
pour y infinuer le ton de la bonne compagnie , par
la fréquentation des honnêtes gens qui fe trouveront
dans le voifinage ; & de plus , c'eft pendant ce tems
qu'on y donnera des notions d'Agriculture & d'Hil
toire Naturelle. Je n'admettrai point d'Elèves
qu'ils n'aient fait leur première Communion , &
qu'ils n'aient 13 ans ; qu'ils ne foient Nobles & réputés
tels par l'état de leurs pères , & ils paieront 1200 ,
& 2400 liv. par an , par quartier , & toujours en
avance , & de plus , 150 en entrant pour la four
niture du lit , linge de table , draps , couverts , étuis
de Mathématique.
Ceux du prix de 1200 liv. feront logés , chauffés
( 89 )
& éclairés en commun , & recevront toutes les inftructions
portées dans les cinq premiers articles .
Et à l'égard de ceux qui paieront 2400 livres , ils
recevront , de plus , celles mentionnées dans le
fixième article , & auront une chambre à part ,
chauffés & éclairés dans leur appartement , & fervis
ſpécialement , coëffés , & blanchis. Pour obvier ,
M. , aux évènemens qui peuvent farvenir plus facilement
à une perfonne qu'à deux , je me ſuis deftiné
un Subftitur , & en même- tems pour me feconder ,
un homme de mérite , qui a fait une brillante éducation
en Ruffie , & une de diftinction à Paris.— Tel
fera l'emploi du tems pour MM. les Elèves. Deux
jours de chaque femaine feront confacrés aux inftructions
de la Téchnologie Militaire & la Mufique.
>
Deux feront deftinés aux Armes , la Danfe , le
Deffin , à monter à cheval , & à l'étude d'une des
Langues annoncées , Et les deux autres à l'Hif
toire , la Géographic & la Morale , dont dans l'un
des deux ils affifteront à des expériences de Phyfique
, & l'autre à aller voir dans les Atteliers les
principaux Arts & Métiers.
Pendant les quarre
mois de campagne , où l'on ménera un Deffinateur-
Géomètre Pratique , & un Maître d'Evolutions
on y exercera MM. les Elèves , relativement à
ces chofes ; & c'eft pendant ce tems qu'on leur
donnera des notions d'Hiftoire Naturelle & d'Agriculture.
Și ma fortune me permettoit de former
des hommes à mes propres dépens , je m'en ferois
un devoir ; mais elle ne me permet pas cette géné
rofité : cependant je me propofe de prendre un feptième
en nombre par chaque Elève , moyennant
600 liv. de penfion & 15 liv. d'entrée une fois
payé , pour y recevoir toutes les inftructions de
ceux qui en paieront 1200 ; & de plus , je
les entretiendrai , pourvu qu'ils foient fils & petitsfils
de Militaires Capitaines , qui aient fervi 25 ans.
&dont le père foit Chevalier de Saint- Louis , chargé
( 90 )
de plus de quatre enfans , & dont la fortune foit au
deffous de 2000 liv. de rente : les autres Elèves ne
feront point informés de cette grace. J'ai l'honneur
d'être , &c. Signé DE MAUGONNE , Chevalier de
St Louis , Barrière de l'Univerfité , maifon du ficur
Robfy , Marbrier du Roi.
P. S. Par les précautions que je prendrai d'avoir des
Inftituteurs-Conducteurs , perfonnes fages & de bonnes
moeurs , en proportion du nombre des Elèves, les
parens pourront le difpenfer d'avoir perfonne auprès
de leurs enfans ; cependant s'ils en veulent avoir ,
cela donnera lieu à fupplément de prix , c'eſt - àdire
, 600 liv. de penfion pour le Gouverneur , &
400 liv. pour le Domeftique.
こ
L'Académie Françoife a rendu un hommage
à la mémoire & aux vertus de Charles
de Sainte- Maure , Duc de Montaufier ,
en propofant fon éloge pour le fujet du,
Prix qu'elle a diftribué cette année. MM.
Garat & de la Crételle ont peint le caractère
de ce grand homme ; M. Gaucher , de
l'Académie des Arts de Rome , vient de
nous en préfenter les traits ; ce portrait
gravé avec beaucoup de foin , eft d'après
le tableau original que M. le Comte de
Montaufier a bien voulu lui
connoît le burin de l'Artifte ; il fuffit de
2 Confier. On
le nommer pour annoncer qu'on y trouvera
la grace , le fini & la force qui caractérifent
toutes les productions ( * ). Celle- ci
mérite une place diftinguée dans tous les
cabinets.
A
( * ) Ce portrait fe vend chez l'Auteur , rue St-Jacques ,
porte cochère vis-à-vis St-Yves , prix 1 liv. 16 fols .
- Jenidak b yourut me
( 91 ).
J
BRUXELLES
, le 6 Novembre,
L'EMPEREUR
inftruit du dégât que les
fangliers font dans les terres cultivées &
du dommage qu'ils caufent aux Laboureurs,
a fait publier un Edit par lequel il ordonne
de détruire ou de parquer toutes les bêtes
fauves & même celles des forêts domaniales
ou des autres chaffes ou garennes
de S. M. I. d'ici au mois de Décembre
prochain.
Selon les lettres de Hollande , l'Ambaffadeur
de la République
à Conftantinople
écrivit le 11 Septembre dernier à L. H. P.
les particularités
fuivantes. Nous reçumes la femaine dernière , par la voie de Baffora & d'Alexandrie
, des nouvelles de l'In- de , qui font très-contradictoires
, & dont l'Ambaſfadeur
Britannique prétend avoir reçu pour la troi- fième fois la confirmation
. Elles portent , dit-il que les troupes de la Compagnie
Angloifes ont
entièrement fubjugué les Marattes qu'Hyder, Aly fe trouve dans une pofition des plus critiques , & que l'efcadre Françoife seft trouvée dans la néceffité de quitter la côte de Madras , fans avoir pu caufer
le moindre préjudice aux Anglois. D'un autre cô . té l'Ambaffadeur
de France a reçu des lettres qui annoncent que les Marattes ont remportés de grands avantages fur les troupes de la Compagnie
Angloife , & que 11 vaiffeaux & frégates de guerre
François étoient arrivés au Golfe Perfique.
remarqué en général que fi leerfique.
- On
fe parta- gent entre ces deux relations
oppofées , le plus grand nommbre
eft pour la dernière , parce qu'on fait que les Anglois exagèrent
,quelquefois
, &
quelquefois
aufli falfifient ils les nouvelles
qu'il eft
de leur intérêt de débiter «.
( 92 )
Selon les mêmes lettres de Hollande ,
on y a reçu des lettres de St-Thomas en
date du 13 Août dernier , où l'on lit que
deux corfaires de Curaçao s'étoient emparés
de 4 bâtimens Anglois , en avoient repris
un François , chargé d'indigo & de café ,
& qu'étant enfuite débarqué dans une petite
Ifle fous Tortola , ils l'ont détruite , &
en ont enlevé 200 Nègres & tous les bef
tiaux , après avoir mis le feu aux maifons.
il
» Si l'on confidère bien , lit- on dans une lettre
d'Amfterdam , l'entreprife de Johnſtone au Cap ,
il faut la ranger au nombre de ces coups dé
main imprévus & hardis , qui peuvent mettre
en défaut la prudence la plus active. Le vaiffeau
des Indes qu'il prit en mer, lui donna les infor
mations fur la manière dont il pourroit s'emparer
des navires qui mouilloient dans la baie de Saldanha.
Tirant habilement avantage des ténèbres ,
fe gliffa comme un voleur dans cette baie , &
pour ne pas donner le tems à M. de Suffren de venir
le couper par derrière , il avoit déja gagné la
haute-mer à minuit , avec fa proie. Il est heu
renx que M. de Suffren fe foit trouvé au Cap. On
lui doit la confervation de cet établiſſement , qu'un
homme auffi entreprenant que Johnſtone n'auroit
pas manqué d'attaquer. Si ces cinq vaiffeaux fe
fuffent trouvés dans la Baie- Fals , fous fa protection
, ils étoient fauvés : comme ils étoient armés
en guerre , M. de Suffren eût pu s'en fervir pour
attaquer Johnftone avec avantage , ainfi
ftone aura pu fe renforcer en les prenant. C'eſt
le plus grand avantage qu'il a retiré dans cette
audacieufe entrepriſe , puiſqu'on affure que ces cinq
navires , après leur arrivée des Indes au Cap , y
ont été déchargés , & enfuite envoyés à la baie de
Saldanha , pour y être en fûreté & à l'abri des
ouragans. Ce qui fortifie cette fuppoficion , c'est
que John((
93 93 )
que les bâtimens en queition paroiffent avoir été
en partie défarmés. Le Commodore Johnſtone
écrit lai- même : » Qu'à fon approche , ces vaiffeaux
déferloient les voiles du mât de mifaine ,
lefquelles à cet effet , avoient été laiffées aux vergues
, pour pouvoir fe faire échouer. Enfuite il
ajoute qu'il avoit retiré les voiles d'un houcre
caché derrière l'Ifle des Brebis , & que l'on s'étoit
flatté de pouvoir dérober à la connoiſſance «. D'où
l'on fe croit autorifé à inférer , que puiſqu'on a
tâché de mettre en fûreté la voilure de ces navires
, on aura fans doute veillé encore davantage à
la confervation de leurs riches catgaifons. En ou
tre , le Commodore Britannique fait bien mention
dans fa lettre , de la charge du vaiffeau le Held-
Woltemade & de fa valeur ; mais il ne dit pas un
mot des cargaifons des navires dont il s'eft emparé
dans la baie de Saldanha ; quelques papiers Anglois
les évaluent gratuitement à un million de liv ,
fterl . A dire vrai , le Ministère Britannique a ſeulement
fait inférer dans le London - Gazette , un
extrait de la relation de Johnſtone , & a conféquemment
dérobé quelques particularités : car ce n'eft
pas fa coutume de paffer fons filence les chofes qui
lui font favorables . Or , fuppofé que M. Johnſtone
fe fût rendu maître de vaiffeaux richement chargés ,
cet avantage eût été trop du goût des Miniftres
Britanniques , pour ne pas en informer le Public.
Cependant , comme d'un autre côté , des lettres
particulières d'Angleterre annoncent le retour du
Commodore , qu'elles font même mention de fon
arrivée à Sainte-Hélène , d'où il a écrit la lettre
datée du 21 Août , on ne peut guère s'imaginer
qu'il revienne avec une feule prife & quatre
mens vuides , même à demi- confumés par les flammes
; & qu'il faut que ces navires fe trouvent encore
chargés , afin de mettre le plutôt poffible fa
capture en fûreté. C'eſt au temps . nous apprendre
ce qu'il faut en croire. Toutefois fi la nonvelle du
à
bâti(
94 )
retour de M. Johnstone eft confirmée , il en ré
fultera du moins la certitude qu'il n'a pas conti
nué fon voyage pour tenter quelque entrepriſe fur
Batavia , ou toute autre poffeffion aux Indes Orien
tales. Et comme on fait que M. de Suffren a dé
barqué avec 1200 hommes , & qu'il a fous lui
vaiffeaux de ligne & plufieurs frégates , on ne doute
pas qu'il ne mette l'établiſſement du Cap à l'abri
de toute invaſion.
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 31 Octobre..
Il n'eſt arrivé aucun des paquebots attendus avec
tant d'impatience & d'inquiétude . Nous fommes
toujours entre l'efpoir & la crainte ; il faut avouer
cependant que la fituation des Miniftres eft encore
plus cruelle que la nôtre. En effet , la première malle
d'Amérique peut apporter leur fentence de mort , ou
du moins l'ordre de leur retraite , fi la Nation , fa.
crifiée trop long- tems , connoît enfin ce qu'elle fe
doit. Se dépouillera- t- elle de l'argent qui lui refte
pour fournir aux frais d'une nouvelle campagne aulli
infructueufe que les précédentes , ou faut-il qu'elle
dife adieu aux Américains en leur donnant le falut
de la liberté ? Voilà ce que la crife prochaine va
décider. Des milliers de nos propres citoyens l'attendent
comme le fignal d'aller habiter ce pays de
liberté , qui eft pour eux la terre de promiffion , ou
de fe rendre dans nos prifons fans efpoir d'en jamais
fortir.
1
Les dernières dépêches de New-Yorck en étoient
parties au mois de Septembre dernier . Comme il y
avoit alors dans ce port une flotte confidérable fur
le point de mettre à la voile , on croit que le Général
Clinton , inftruit de l'arrivée de l'ennemi dans ces
mers avec des forces redoutables , a mis un embargo
fur tous les bâtimens qui étoient à New - Yorck.
Cette conjecture explique au moins pourquoi nous
fommes fi long- tems fans recevoir des nouvelles
d'Amérique . Le Lord Dunmore conduit en 27
( 9 ; )
Virginie pour 27,000 liv. ft. d'artillerie & de munitions
qui tomberont entre les mains des François ,
file Lord Cornwallis ne peut leur réſiſter.
On peut juger par le tableau fuivant du produit
annuel de l'ile de Tabago. 40,000 bariques de fucre
à 16 liv. ft. chacune , 640,000 liv . ft. 2000 poinçons
de rum à 10 1. ft. , 20,000 l . ft. , divers autres
articles , 40,000 1. ft . Total , 700,000 liv . ft .
Les approvifionnemens pour la marine font fi
nombreux , qu'on ne fe fouvient pas d'avoir vu
depuis long- tems une auffi grande activité dans les
préparatifs néceffaires pour ce fervice.
Il s'eft tenu depuis dix jours de fréquens confeils
relativement aux préparatifs immenfès qui fe font
actuellement à Breft , à Toulon & dans les autres
ports de France , & que l'on fuppofe deſtinés pour
les ifles de l'Amérique. Le réfultat des délibérations
a été de mettre cette affaire fous les yeux du Parlement
auffi - tôt qu'il fera affemblé , & de demander
fur-le-champ des fubfides proportionnés à la cir
conftance , pour envoyer fans délai les plus grandes
forces dans cette partie du monde. Ces fubfides
joints à ce qu'il fera néceffaire de lever pour le déficit
des autres fervices , ont été évalués par les Miniftres
à la fomme exorbitante de 30,000,000 liv. ft.
La flotte que nous attendons de la Jamaïque , celle
qui va partir pour l'Inde , & les prifes Hollandoifes.
de Johnstone , feront trois objets importans pour
l'efcadre de Breft , fi elle fort de ce port.
L'Amiral Edouard eft attendu dans peu de Terre-
Neuve avec un convoi de vaiffeaux marchands
venant des bancs de Terre- Neuve , de Halifax &
d'autres parties de l'Amérique.
Le 29 , l'Amirauté a reçu la nouvelle de l'arrivée
du Commodore Keitt Stewart aux Dunes avec les
vaiffeaux fuivans : le Berwick de 74 , la Princeſſe
Amélie de 80 , la Bellona de 74 , le Samfon de 64 ,
le Bienfaifant de 64 , & le Buffalo de 64. Le Commodore
a laiffé au Texel 6 vailleaux d'une force
( 96 )
à Londres.
-
-
inférieure. Le 31 le Commodore Stevart eft arrivé
On a envoyé des ordres le lendemain
aux Dunes pour que les vailleaux qu'il a ramené de la
mer du Nord , aillent à Portfmouth pour fe réparer
& remettre en mer le plus promptement poffible.
L'Amirauté a expédié des ordres aux Comman
dans de la marine à Portſmouth & à Plymouth ,
pour détacher des floops , bons voiliers , pour aller
au- devant de l'Amiral Darby pour hâter fon retour.
On a pareillement ordonné au Chevalier Richard
Hughes , Commandant la marine aux Dunes ,
preſſer les matelots des vaiſſeaux de la Compagnie
des Indes.
de
Le 14e. régiment a dû s'embarquer le 26 à Portf
mouth pour Gibraltar , & il fera efcorté par l'Of-.
trech de 14, & qui eft chargé de munitions pour la
garnifon de cette place.
On a befoin de 7 mille matelots pour équipper les
vaiffeaux de guerre que l'or prépare actuellementa
dans les différens ports du Royaume , & qui feront>
en état dans un mois ou fix femaines.
Si nous avions eu le bon efprit d'éviter au moins
pour quelque-tems encore une rupture ouverte avec
les Hollandois , nous aurions été en état d'envoyer
des fecours à Minorque. Mais a &tuellement la G. B.
a les mains liées par fes ennemis , dont les forces
fupérieures aux fiennes dans toutes les parties du
monde , livrent nos fortereffes fans défenſe à leurs
armes.
Le Royal- George , le Dublin & l'Emerald font
arrivés le 29 à Spithéad . Ils avoient quitté la grande
efcadre 8 jours auparavant , à la hauteur du Cap
Finisterre . Elle ne devoit point quitter cette fiation
avant le 1er Novembre prochain. Ces bâtimens ,
ainfi que le Foudroyant qui a relâché à Plymouth ,
ont été forcés de rentrer pour fe réparer ,
faifant
beaucoup de voies d'eau ; on fuppofe que la grande
efcadre le divifera en deux parties , l'une
mouth & l'autre pour Plymouth.
pour
Portf
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 25 Septemb.
LE Ramadan , ce tems de jeûne pendant
lequel les Turcs paffent le jour à dormir &
la nuit à fe réjouir , a été terminé le 18
de ce mois ; le même jour S. H. revint de
fa maifon de plaifance de Befchich -Tafchi
pour recevoir les complimens de fes Miniftres
à l'occafion de la fête du Bairam.
Auffi -tôt après cette cérémonie elle retourna
à la campagne d'où elle eft revenue hier.
On publiera inceffamment les changemens
qui ont été faits dans les
,
emplois
& on apprend entre autres que
Gendſch , Méhémet- Pacha , a été nommé
Gouverneur de Belgrade , & qu'Hamid-
Effendi a été déclaré Terfana - Emini , ou
Sur-Intendant des Chantiers & Arfenaux."
Il a été envoyé au Capitan - Bacha un Firman
qui lui ordonne de ramener fa flotte dans
de cette Capitale.
17 Novembre 1781 .
le
port
( 98 )
M. de Bulgakow , nouvel Envoyé de
l'Impératrice de Ruffie , doit avoir le 27 de
ce mois la première audience folemnelle du
Grand . Vifir. M. de Stachieff doit partir le
10 du mois prochain.
L'Internonce de la Cour de Vienne a eu
plufieurs conférences avec le Reis - Effendi ,
au fujet de la réclamation qu'il a eu ordre
de faire de quelques navires impériaux pris
par les Algériens , malgré les paffe-ports de
la Porte. Il a voulu voir les dépêches du
Divan à la Régence d'Alger , & après avoir
obtenu par fa perfévérance & fa fermeté cette
communication , il a déclaré qu'il n'en étoit
pas content ; il a obtenu qu'on en écriroit
d'autres , & même , ajoute- t - on , qu'on les
concerteroit avec lui.
Il est beaucoup queftion d'un traité de
commerce avec une Puiffance de l'Europe ;
on ajoute que celui conclu autrefois par
la Porte avec le Roi des Deux , Siciles , lui
fervira de modèle , & qu'on en retranchera
feulement l'article qui a rapport aux Puiffances
Barbarefques .
Les Grecs Schifmatiques , écrit- on d'Angoury ,
autrefois Ancyre , ville de la Natolie , ne font pas
plus tolérans ici qu'à Conftantinople ; mais ils n'y
font pas également protégés. Il eſt mort cès jours
derniers un chef de famille Catholique ; le Papas
Schifmatique a refufé de l'enterrer , fous le prétexte
de diverfité de Religion . Le fils du défunt à été ſe
plaindre à l'Aga , qui par bonheur étoit un ancien
ami de fon père. Celui-ci a mandé fur-le- champ le
Papas , qui a beaucoup parlé , & beaucoup dérai
a
( 99 )
fonné . L'Aga , à qui la controverfe donne de l'humeur
, a tiré fon cimeterre , lai a coupé le nez ,
& a juré , par Mahomet , qu'il en feroit autant de
fes deux oreilles , fi le mort n'étoit pas enterré décemment
avant les 24 heures ".
On apprend que M. Garzani , nouveau
Bayle de la République de Veniſe , & qu'on
attend ici inceffaminent , a déja paffé les
Dardanelles.
RUSSI E.
De PÉTERSBOURG , le 14 Octobre.
LE 6 de ce mois l'Impératrice eft revenue
avec toute fa Cour dans cette Capitale ; le
lendemain on a célébré un jour d'actions'
de graces pour le fuccès de l'inoculation
des enfans du Grand-Duc. Le Baron Dimfdale
qui a dirigé fi heureufement cette opé- ,
ration , fe difpofe à retourner en Angleterre
comblé des bienfaits de S. M. I. On lui a
donné 10,000 liv. de récompenfe & 1000
pour les frais de fón voyage.
Sahim-Gueray , Kan Régnant de Crimée ,
a envoyé au Prince Conftantin , fils aîné du
Grand-Duc , un habit complet tel qu'en
portent les Princes Tartares , avec le carquois
& les flèches. Le tout eft richement
orné de perles & de pierres précieufes d'une
valeur confidérable.
Il eft arrivé dernièrement un Courier
Anglois ; on dit qu'il apporte la réponſe de
la Cour aux repréfentations faites à S. M. B.
par la neutralité armée fur la guerre dée
2
( 100 )
clarée à la Hollande. On ne dit point quelle
eft cette réponse ; mais on a lieu de croire
qu'elle n'eft pas telle que la République
paroît la défirer.
Le retard du convoi Hollandois qui devoit
venir dans la Baltique , ne laiffera pas
d'influer fur le commerce du Nord ; on avoi
préparé beaucoup de marchandifes qui devoient
être chargées en retour fur ce convoi
; & on en attendoit quantité d'autres
qu'il devoit apporter. Celles-ci commencent
à devenir rares & à enchérir ; elles fe
vendent déja so pour 100 plus cher ; cette
augmentation peut s'accroître encore , file
convoi n'arrive pas cette année.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 20 Octobre,
ON parle beaucoup ici d'un traité de
commerce entre notre Cour & celle de
Berlin. On affure qu'il doit leur procurer
de grands avantages réciproques , &
qu'il ne tardera pas à être conclu.
Notre Compagnie Afiatique a réfolu
d'envoyer à la Chine plufieurs vaiffeaux
auffi-tôt que la faifon favorable pour commencer
ce voyage fera arrivée . Les vaiffeaux
qui y font deftinés , font le Mars , la Prin
ceffe Charlotte- Amélie , la Princeffe- Sophie-
Madeleine. Elle compte faire partir en
même-tems pour l'Inde le Rigennes- Neuske
, le Friderikfwager , & le Tranquebar.
( 101 )
Selon quelques lettres de St - Pétersbourg
on a eu de vives inquiétudes pour la fanté
du Comte de Panin. Son indifpofition
étoit une forte indigeftion. Heureufement
une faignée & d'autres remèdes adminiftrés
avec fageffe l'ont rendu aux voeux de la
nation & des Cours de l'Europe qui ont
eu avec lui des relations diplomatiques .
On mande d'Helfingor , que le 19 les bâ .
timens Hollandois qui attendoient depuis
long- tems un convoi , font partis pour ve
nir ici où ils pafferont , dit - on , l'hiver.
ALLEMAGNE
.
De VIENNE , le 24 Octobre .
LE Prince- Evêque de Brixen a reçu avanthier
l'inveftiture de cette Principauté épifcopale
, dans la perfonne de fon Minitre
Plénipotentiaire le Comte de Brands , Chanoine
du Chapitre de Brixen .
On a reçu par un Courier de Pétersbourg
la nouvelle du départ du Grand-Duc & de
la Grande Dacheffe de Ruffie . Suivant le
plan de leur route , ils doivent arriver ici
le 12 du mois prochain . Comme on croit
que ce voyage pourra être l'occafion de quelques
liaifons plus étroites entre la Maifon
d'Autriche & celle de Wirtemberg , le nouveau
Miniftre du Duc régnant eut le 17 de
ce mois l'honneur de remettre les lettres de
créance à l'Empereur.
La première fête qu'on donnera au Grands
e 3
( 102 )
Duc & à la Grande-Ducheffe fera le jour de
la Sainte - Elifabeth ; il y aura cour & un
dîner de 300 couverts . La deuxième aura
lieu le jour de Sainte- Catherine au Château
de Schonbrun ; il y aura grand dîner , comédie
& bal. L'Empereur fe rendra au commencement
du mois prochain à Brinn
pour y recevoir L. A. Î.
Indépendamment du culte privé que l'Empereur
a accordé aux Proteftans , on affure
qu'ils auront auffi la permiffion de fe marier
avec des Catholiques , & que lorfque le cas
du divorce fe préfentera , les Proteftans feront
jugés d'après les principes de leur religion.
De HAMBOURG , le 26 Octobre.
LES lettres de Pétersbourg portent qu'il
y a été ouvert une négociation entre cette
Cour & celle de Lisbonne pour un Traité
de commerce ; s'il fe conclur , comme on a
licu de le préfumer , la mer Baltique devien
dra bientôt le rendez vous général des navires
de toutes les Nations. Ils y feront
appellés par les denrées & les productions
néceffaires à la marine de tous les Peuples.
Celles qu'ils y porteront en échange don
neront une nouvelle activité au commerce
du Nord . On ne croit pas que l'Angleterre
fe permette d'infulter à la fois tant de pavillons
réunis par une confédération folemnelle
; & il y a lieu de penfer qu'elle ne
fera pas tentée de fe faire de nouveaux en(
toz )
nemis de tous les Etats qui ont adopté le
fyftême de liberté , deftructif de fon acte de
navigation & de fa fupériorité maritime .
» On prétend , lit -on dans un de nos papiers ,
que la Cour de Vienne a fait fonder la Porte au fujet
d'un échange de quelques Districts . Il confiftereit ,
di -on de la part de l'Empereur , à céder une pattie
de la Province de Cernéié , fituée du côté de la
rivière de Pruth ; les Turcs céderoient à l'Empereur
une partie du pays fitué fur le Serak , rivière de la
Meljavie. Le but de S. M. I. , dans cet échange ,
eft de rendre la communication plus facile entre la
Tranfylvanie & fes nouveaux Etats de Pologne . Ses
troupes , pour s'y rendre , font obligées de faire un
long détour par les montagnes . Les limites de la
partie de la Moldavie que la Porte a déja cédée en
1775 à la Maifon d'Autriche , feront rendues par cet
રે
échange , & on en formeroit d'autres moins fujettes
à des différens . Comme le Diftrict que l'Empereur
veut céder à la Porte tient au territoire de Choczim ,
qui eft actuellement peu de chofe , & que cette Fortereffe
Ottomane obtiendroit par-là une étendue de
terrein plus confidérable , il paroît que cet arrangement
re peut que convenir aux deux Puiffances .
Par conféquent , on ne croit pas que cette négociarion
puifle rencontrer des obſtacles de la part de
la Porte , malgré les inquiétudes qu'elle a à l'égard
de fes poffeffions Européennes , aux moindres mouvemens
de la Maifon d'Autriche «,
On apprend de Berlin que S. M. Pruffienne
a ordonné de conftruire un fort près
de Ditterbach , vers le lieu où dans la dernière
guerre le Général Wurmfer attaqua le
régiment de Thadden .
23
Il y a peu de tems , écrit - on de Wurtzbourg ,
qu'un homme , âgé de 100 ans & 6 mois , arriva
ici en deux jours , à pied , du Bourg de Tladund ,
€ 4.
( 104 )
qui eft éloigné de 20 lieues. L'objet de fon voyage
étoit d'obtenir , pour un de fes fils d'un fecond
lit , une place vacante de Maître d'Ecole. L'Evêque ,
auquel il a préfenté fa requête , furpris de voir ce
Vieillard dans cet état de fanté & de vigueur , a
voulu le garder quelques jours , l'a fait habiller
complettement , l'a fait manger à la table , & a fait
tirer fon portrait par le Peintre de fa Cour. Lè
Prélat ne s'eft point borné à ces attentions ; il a
affigné à ce Centenaire une penfion viagère , lui a
fait préfent d'une fomme d'argent , & l'a fait reconduire
chez lui dans une de fes voitures «<.
On mande de Drefde que la Princeffe de
Savoie , époufe du Prince Antoine de Saxe ,
frere de l'Electeur , devoit faire fon entrée
le 24. A fon arrivée il devoit être fait une
décharge de 100 pièces de canon , & une
feconde pendant le Te Deum.
ITALIE .
De LIVOURNE , le 18 Octobre.
LE vaiffeau impérial le Petit Prince de
Kaunitz dont nous avons annoncé l'arrivée
le 23 Septembre dernier à Triefte , étoit
parti de la Chine le 15 Janvier. L'état que
nous avions donné de fa cargaison étoit
imparfait ; en voici un plus exact. 350 caiffes
& 80 demi-caiffes de thé-boe , 900 caiffes
de thé- congo , 1300 de thé - cinglo , 91 boîtes
de thé foatkoan , 275 boîtes de thé- pecoa ,
400 caiffes de thé- hyfan , 10 cailles de
thé dans des boîtes de plomb , 12 caiffes
de thé verd 100 caiffes & 200 demi
2
୨୦୦
( 105 )`
caiffes de thé hyfankin , 6 caiffes de porcelaine
, 42 ballors de toiles de Nankin de
100 pièces chaque ballot , 260 faifceaux de
joncs à chaifes , 6. caiffes de papiers peints
& 1104 pièces de fpianter.
-L'huile d'olive étant devenue très - rare ,
le Pape auffi attentif à protéger l'induſtrie
qu'à fuppléer aux befoins de fes ſujets , a
permis dans tout l'Etat eccléfiaftique l'entrée
& l'ufage de l'huile qui eft extraite des pepins
de raifins . Il a invité tous les particu
liers à demander le privilége de la fabrique
de cette huile pour telle ville qu'ils choiſiront
en fe conformant , foit pour les bâtimens
foit pour la manipulation à l'établiffement
d'Antoine Chiozzi , qui a ce privilége pour
Rome & pour fon District.
ESPAGNE. J
De BARCELONE , le 25 Octobre:
LE convoi de la Havane qu'on attend à
Cadix n'y étoit point encore le 17 de ce
mois. On a lieu d'efpérer qu'il ne tardera
pas à paroître ; plufieurs navires neutres
prétendent l'avoir rencontré le 10 & le 12
de ce mois ; mais ils varient fur la route
qu'ils lui font tenir.
Nous avons reçu des nouvelles de Mahon
en date du 16 de ce mois ; elles nous apprennent
d'abord une légère efcarmouche
qui eut lieu le 27 Septembre. Le Come
mandant du fort avoit envoyé fur des bas
es
( 106 )
teaux un corps de troupes pour détruire
le fort St- Philippe ; comme l'intention du
Duc de Crillon étoit de le détruire pour
élever dans cet endroit une batterie pour
battre une partie du port , il laiffa faire cet
ouvrage aux Anglois fans les inquiéter , &
le jour d'après qu'ils fe furent retirés , il fit
achever par fes troupes cette démolition.
Les détails les plus intéreffans qu'on a de
cette ifle font de ce mois .
Le 9 , notre Général ayant confié le commandement
de l'armée à Don Félix Bufch , partit .du
camp à la pointe du jour , accompagné du Marquis
& du Comte de Crillon , fes fils , de Don Carlos
le Maure , Chef du Génie , du Prince de Sangro ,
l'un de fes Aides -de-Camp , pour aller à Fornella ,
& enfuite à Ciudadella , dans le deffein de reconnoître
ce Port , & de le mettre à l'abri d'un coup
de main. Le même jour , fur le midi , les ennemis
détachèrent une barque armée , avec des troupes à
bord , fur l'extrémité de notre droite au bord de la
mer: ils paroiffoient avoir deux objets ; le premier ,
de reconnoître une batterie que nous avons dans
cette partie ; & le fecond , d'attirer toute notre
attention de ce côté . Ils firent fortir en même-tems
cinquante hommes du Fort Malborough , comme
s'ils avoient voulu attaquer la batterie , en mêmetems
par terre & par mer. Les poftes établis
dans cette partie repoufsèrent également les deux
attaques ; mais Don Félix Bufch ayant été informé
de cetre double attaque , fit renforcer ces poftes par
250 hommes , en cas que l'ennemi revînt à la charge
: il ne reparut plus ; & cette journée , ainfi que
celle du lendemain fe paffa fans autre évènement.
Le 11 , le Duc de Crillon revint au camp રે
une heure après minuit , & le difpofa à prendre
-
( 107 )
-
quelque repos , lorfqu'à fix heures du matin , il
fur informé qu'à cinq heures les ennemis avoient
débarqué du côté du Fort Philippet , dans la
cale de Sandi-bay , un corps de troupes , & un
autre derrière la Tour des Signaux , & qu'ils avoient
furpris 80 travailleurs fans armes , qui avoient ordre
de fe replier à la première alerte , vers un pofte inexpugnable
: on avoit pofté à cet effet douze fentinelles
qui devoient les avertir par des coups de fufil , dès
l'inftant qu'ils verroient s'approcher des barques ennemies
. On trouvoit par cet arrangement le moyen
d'épargner à l'armée la fatigue de 1000 hommes de
garde néceffaires pour défendre une hauteur où on
peut arriver par trois rades différentes , & on préparoit
l'emplacement des batteries , & la facilité des
communications & des travaux , fans autre rifque
que celui d'abandonner un terrein découvert , où
l'ennemi ne pouvoit fonger à fe loger. Le Brigadier
Don Gafpard Bracha , de garde au camp , en
donnant avis au Duc de Crillon de ce mouvement
de l'ennemi , l'informa en même-tems qu'il venoit
d'envoyer un détachement de 1 so hommes au pofte
attaqué , & le Général , en fortant , rencontra en
effet ce détachement ; mais informé bientôt que
l'ennemi avoit du canon , & un corps de 800 hommes
, & qu'il étoit maître de toute la montagne
appellée la Mola , où eft la Tour des Signaux , il
fit marcher fur - le- champ du canon , & 2000
hommes compofés de grenadiers , de chaffeurs , &
de Régiment des dragons à pied d'Almanza. Don
Ventura Caro , Colonel de ce Régiment , comman
doit l'avant - garde de ce corps : Don Félix Buſch
étoit à la droite de l'armée , & le Duc de Crillon
lui-même fe mit à la tête des troupes pour commander
l'attaque. L'ennemi voyant cette vive & bonne
difpofition , n'eut rien de plus preffé que de fe rembarquer
avec précipitation , en nous abandonnant
fes outils : il fut impoffible de joindre fon arrièree
6
( 108 )
•
•
garde , parce que nos troupes eurent à faire une
lieue de plus que lui , par des chemins impraticables
, afin d'éviter le feu du Fort Saint - Philippe
qui balayoit la route , par laquelle les troupes Anglofes
fe retirèrent. 11 paroît que le but des ennemis
étoit , 1 °. de s'emparer de la Tour des Signaux ,
où les 12 foldats qui s'y étoient retirés le font
défendus avec une valeur fignalée , & jufqu'au moment
qu'ils ont reconnu qu'on alloit les faire fauter ;
ce qui n'empêchera pas que ce bâtiment ne nous
foit toujours de la même utilité.
A 10 heures
du matin du même jour , la Tour des Signaux ,
& tous nos poftes , dans cette partie , ont été repris
& les travaux de la batterie que notre Général
yeur y élever fe continuent : il eſt décidé à foutenir
ce pofte , dont le feu défendra en même-tems
l'entrée du Port , & battra de revers la redoute
de la Reine en conféquence ,-il y a laiffé un corps
de 1000 hommes , fous les ordres du Comte de
Cifuentes , Maréchal - de - Camp ,, & du Colonch
Don Ventura Caro.
-
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 3 Novembre.
Les nouvelles de l'Amérique nous manquent
encore ; on ne pense pas que nos
Généraux & nos Amiraux n'en ayent point
envoyé ; on croit plutôt qu'elles ont été
interceptées. Le bruit fe répand du moins
que les trois paquebots qui nous manquent
ont été pris. En attendant tout augmente
Tes inquiétudes que nous avons fur le
Lord Cornwallis & fur fon aimée. Il pa
roit démontré à préfent que ces fameuses
Bettres que nous avions interceptées , dont
&
7109 )
1
nos Généraux , & d'après eux le Ministère
croyoient que nous tirerions un fi grand
avantage , n'étoient qu'un piége dans lequel
nos ennemis nous ont fait tomber. Le Général
Clinton , perfuadé que les François
& les Américains réunis formoient des
deffeins contre New-Yorck s'étoit hâté de
dépêcher au Lord Cornwallis l'ordre de
lui renvoyer 3000 hommes. Si ce corps s'eft
détaché de la Virginie elle eft réduite à
4000. Si le Général Clinton , mieux inftruit ,
a pu contremander à tems cet envoi , elle
fera de 7000 ; on le defire ici ; mais on n'en
conçoit pas pour cela de plus grandes eſpérances
, malgré l'affectation avec laquelle
on cherche à répandre que nos ennemis.
n'ont que 10 à 12,000 hommes . Ce nombre
eft déja fupérieur , & nous avons bien des
raifons de croire qu'il l'eft encore davantage.
Le Marquis de la Fayette , après la réunion
des Généraux Vayne & Gréen , a sooo
hommes de troupes Continentales , M. de
Rochambeau lui a conduir fooo François ;.
M. de Graffe en avoit 3 ou 4000 avec lui
& le Général Washington avoit envoyé 2000
hommes; & les milices avoient ordre de le
joindre de toutes parts . Cet état des chofes ,
quand même il feroit exagéré , rend la pofition
du Lord Cornwallis très- critique ; &
ce n'eft pas fans inquiétude qu'on attend de
fes nouvelles.
Depuis celles apportées par la Médée , les
Confeils ont été très- fréquens à St-James ;
( 110 )
on affure que dans l'un on a pris la réfolution
d'oppofer les efforts les plus vigoureux
à ceux que la France femble vouloir faire
dans cette partie du monde pour terminer
la guerre. On prétend qu'on s'eft décidé en
conféquence à faire partir le Chevalier Rodney
avec 7 vaiffeaux de ligne , choifis parmi
nos meilleurs voiliers ; il emmenera avec lui
toutes les troupes réglées dont nous pouvons
nous paffer dans les trois Royaumes ; il fera
voile fur-le- champ pour le Continent ; mais
cette nouvelle ne prend pas généralement
dans la Nation. Sir George Rodney eft actuellement
occupé à prendre les eaux de
Bath & de Briftol. Il femble d'ailleurs qu'il
ne peut partir avant que les procès qu'on
lui intente ne foient terminés , & les enquêtes
auxquelles ils doivent donner lieu ,
entraîneront du tems. Quand même il partiroit
à préfent , ce qui n'eft pas poffible ,
la campagne eft à fa fin fur le Continent , &
il ne pourroit y arriver qu'après que les
grands coups y auront été portés .
Ce qu'il y a de für , c'eft que le Roi n'a jamais
été aufli inquiet qu'il le paroît être aujourd'hui ,
relativement à la nouvelle du débarquement des
troupes Françoiles fur les bords de la Chéfapeak.
Il ne s'entretient que de la délivrance de fon brave
Cornwallis . S. M. a eu plufieurs conférences
avec différens Officiers- Généraux , relativement à
la fituation actuelle de ce Général ; & les éclaircilfemens
qu'on lui donne , ne font qu'ajouter à fon
inquiétude. En effet , le Lord Cornwallis ayant paflé
le Roanoke , doit le trouver de tous côtés enfermé
( 111 )
par l'ennemi , & les Généraux Wayne , la Fayette
& Rochambeau l'auront déja forcé à une action
décifive. Le mauvais état de l'efcadre , depuis le
dernier combat , l'empêche d'agir & de porter des
fecours en Virginie.
que
» Si les premiers avis qu'on recevra de l'Amérique,
dit un de nos papiers , font autfi défavorables
la nature des circonftances femble le préfager ,
il eft décidé que la première propofition qui fera faite
à la rentrée du Parlement , par l'Adminiftration mê.
me , fera conforme à celle que l'O, poſition n'a ceflé
de renouveller à l'ouverture de chaque feffion depuis
le commencement de la guerre , c'est - à- dire qu'elle
propofera de retirer toutes les troupes Britanniques
de l'Amérique feptentrionale , d'en faire paffer aux
Indes occidentales , & de tranfporter le refte en
Europe , pour réunir tous les efforts de la nation
contre la Maifon de Bourbon , tâcher de recouvrer
aux Antilles les ifles que nous y avons perdues ,
de dégoûter les Espagnols de leurs tentatives contre
Gibraltar & Minorque , & s'il fe peut enfin , agir
offenfivement & artaquer nos ennemis par tout où ils
font invulnérables . Sur quoi d'ailleurs faire rouler
le difcours de rentrée , qui devroit déja être prêt &
dont on n'a pu rédiger encore une feule période ?
Ne pouvant parler de victoires on parleta de modération
à l'égard des Américains & de redoublement
de vigueur contre nos ennemis naturels . Voilà
plus de motifs qu'il n'en faut pour juftifier une
demande de fubfides. Que pourra dire l'Oppofition
lorfqu'on lui accordeta fon point favori , lorfqu'on
laiffera en raix fes chers Américains pour diriger
tous les efforts de la nation contre fes anciens ennemis
«.
On a vu arriver fucceffivement plufieurs
flottes marchandes ; on fe flatte de voir
paroître encore bientôt celle de la Jamaïque.
Le paquebot le Vigilant , arrivé à
( 112 )
Briſtol , & parti de la Jamaïque le 6 Septembre
, nous apprend que cette flotte a
mis à la voile les 20 , 21 & 22 Août en
3 divifions , efcortées par la Princeffe Royale
de 90 canons , l'Albion , le Torbay & le
Ramillies de 74 , le Prince William de 643
le Janus de 44 , & quelques frégates . Mais
il paroît , d'après ces récits , que cette flotte
ne nous arrivera pas entière , & qu'avant
fon départ elle a effuyé des avaries confidérables.
» Nos lettres de Kingfton & de Montego - Bay,
apportées par le Vigilant , écrit -on de Bristol ,portent
que le 1er Août fur les 8 heures du foir , il s'éleva un
Ouragan terrible qui dura plufieurs heures & alla
toujours en augmentant. Il a caufé des ravages confidérables
dans plufieurs parties de l'ifle , & fur-tout
aux navires mouillés dans le port de Kingſton. 73
voiles furent enlevées de leurs ancres & jettées fur
le rivage où ellessont plus ou moins fouffert . Cette
même flotte de la Jamaïque qu'on attend , forcée de
rentrer dans le port royal , comme on l'a fu , y
étoit alors à l'ancre en majeure partie . 2 de ces navires
furent coulés bas ; 24 autres furent jettés fur
la côte de Mufquito . La ville fouffrit beaucoup de
la violence réunie des vents & de la pluie ; ce
que ceux- ci n'abattirent pas fut renversé par des
torrens , dont le cours irréfiftible fe foutint , pendant
quelques heures. Le vaiffeau du Roi le Pélican
& Roebuck ont péri ; quelques floops ont
couru le même rifque , mais on eſpère encore de les
fauver. La frégate la Southampton qui venoit de
foutenir un combat avec une frégate Françoise à la
hauteur de Cap , accueillie par cet ouragan , a été dés
mâtée & jettée fur le rivage où elle étoit encores
Toutes les plantations ont plus ou moins fouffert,
( 113 )
Les plus maltraitées font celles des Diftris de
Westmoreland , de St- Ann & de St -Mary , où les
cannes à fucre ont été confidérablement endommagées.
Si la flotte de Cork n'étoit pas heureuſement
arrivée la famine auroit achevé de défoler
cette Ifle efle apportoit 15000 barils de farine
& beaucoup de bifcuit. Elle a paru au moment
où 6 épis de bled ſe vendoient un écu . Les provifions
qu'elle a apportées n'empêchent cependant pas que
la farine ne fe vende encore 11 liv. fterl. la barique .
Les lettres de Montego-Bay & d'Hanover n'annoncent
pas tant de naufrages ; mais elles difent que les
récoltes , tant de grains , que de cannes à fucre font
totalement perdues , & que les habitans e retrou
vent à peu près dans la pofition où ils étoient après
l'ouragan du 3 Octobre de l'année dernière.
On attend avec impatience des détails
plus circonftanciés des effets de cet ouragan
; il femble que les élémens fe réuniffent
à nos ennemis pour nous faire beaucoup
de mal.
On eft revenu du beau rêve qui faifoit
marcher l'Amiral Darby & fa flotte au fecours
de Gibraltar & de Minorque ; cette
idée n'avoit pas laiffé de prendre auprès des
perfonnes qui ne confidèrent pas qu'il n'avoit
avec lui aucun fecours utile à porter
à ces places qui demandoient toutes deux
des approvifionnemens , & la dernière des
hommes qui lui manquent. On a ſu que
tandis qu'on le croyoit bien loin , il y a longtems
qu'il croifoit entre le cap Cléar &
Oueffant. Le Foudroyant , le Royal George
& le Dublin , qui font rentrés en faisant
beaucoup d'eau , annoncent qu'il y a beau
( 114 )
coup de malades , & fur tout de petite vérole
à bord de la flotte ; on s'attend à la
voir rentrer inceffamment.
on ,
Le Commodore Keith Stewart en quittant
fa ftation devant le Texel , y a , ditlaiffé
6 vaiffeaux de moindre force ,
formant le refte de fon efcadre . On fuppofe
qu'il ignore que la flotte que nous
attendons de la Baltique , partie le 13 d'Helfingor
, fous l'escorte de l'Afrique & du Lord
Amherst , ayant été accueillie par un coup
de vent , a été forcée de regagner un port
de Norwege ; on ne doute pas que les
Hollandois ne profitent de fon éloignement.
» M. Pitt avoit pour maxime de ne jamais tolérer
des hoftilités , foit de nos amis , foit de nos enne.
mis déclarés , mais de frapper toujours les premiers
coups . Déterminé à ne point fuivre d'autre
fyftême , il fut obligé d'abandonner les rênes du
Gouvernement , & nous ne fumes pas long- tems à
reconnoître la perte de cet homme qui avoit conduit
une guerre glorieufe , en regardant ceux qui
conclurent l'ignominieufe paix de 1763. La Suède
nous fait actuellement des hoftilités ouvertes fous
le mafque de la neutralité , & nos Miniftres ferment
les yeux . N'eſt-il pas ignominieux qu'un
feul vaiffeau de ligne Suédois ait fait paisiblement
entrer dans le Texel , fous la protection de fon
pavillon , toute la flotte Hollandoife , en défiant
avec fierté les dix vaiffeaux de guerre Anglois de
toucher à la proie qu'ils avoient fi long- temps &
infructueufement attendue. Quel contrafte étonnant
de barbarie & de lâcheté d'un côté , nous
renonçons à notre ancienne gloire , & de l'autre ,
par notre vengeance , nous faifons horreur à l'humanité.
( 115 )
On a imprimé dans la plupart de nos
papiers le tableau fuivant des principales
actions qui ont eu lieu depuis le commencement
des troubles de l'Amérique juſqu'à
la fin de 1780. Il peut , malgré fes inexactitudes
, piquer un moment la curiofité de
nos Lecteurs , & c'eft à ce titre que nous
le leur préfentons.
CH
>
En 1774 , le 14 Juin commencement de la
difpute . En 1775 le 6 Avril , affaire de
Lexington ; le 17 Juin , attaque à Bunkér' Hill .
En 1776 , le 17 Avril , Bofton évacué ; le 8
Juin , Américains repoufiés à Trois Rivers ; le
28 , attaque à Sullivan's- Ifland ; 27 Août , défaite
des Américains à Long-liland ; 15 Septembre ,
New-Yorck évacué par les Américains ; 11 Octobre
, flotte Américaine défaite fur le Lac Champlain
; le 12 , action à White- Plains ; 29 , défaite
des Américains à Kingsbridge ; 13 Novembre ,
prife de Montréal par les Américains ; 16 , prife
du Fort Washington ; 18 , prife du Fort Lée ; 8
Décembre , réduction de Rhode Iſland ; 25 , bataille
de Trenton. En 1777 , le 24 Avril , deftruction
du magafin de Peck's Kill ; 27 , deftruction de Danbury;
1 Juillet , Américains délogés de Ticonderago
; 11 Septembre , bataille de Brandiwine ; le
4 Octobre , engagement à German- Town ; priſe
des Forts Clinton & Mangomery ; 15 , Convention
de Saratoga ; 15 Novembre , piife de Mud Inland.
En 1778 , le 8 Août , François repouffés à
Rhode- Ifland ; 29 , retraite des Américains de
Rhode Island ; Septembre , deftruction des magafins
Américains dans la baie de Bedfort ; 13 Décembre
prie de Sainte-Lucie fur les François ;
18 , repouflés à Sainte Lucie .
En
1779 ,
le 18 Juin , prife de Saint - Vincent par les
François ; 9 Octobre , le Comte d'Estaing re(
116 )
pouffé en Géorgie ; 20 , prife du Fort Omoa, -
En 1780 , le 2 Mai , priſe de Charles- Town ; le 17
Août , bataille de Camden.
Ce tableau , comme nous l'avons obfervé,
n'eft rien moins qu'exact ; mais on n'avoit
pas intention de le rendre tel. Il offre quantité
d'omiſſions , entr'autres celle de la priſe
& du combat de la Grenade par le Comte
d'Eftaing. On fait repouffer les François à
Rodhe-liland , tandis qu'ils ne fortirent que
pour aller chercher l'Amiral Howe qu'ils
vouloient forcer au combat , & qui l'évita
par la tempête qui fépara les deux armées ,
& après laquelle la Françoife fe réunit à
Bofton , où elle s'étoit donné rendez- vous .
Les 3 pour Ico confolidés ſont à 555 avant la
guerre avec l'Amérique ils étoient à 90. Ce taux
fait trembler pour le crédit public.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 13 Novembre.
L'ÉTAT de la Reine continue d'être de
plus en plus fatisfaiſant ; S. M. a reçu le
2 de ce mois toutes les perfonnes qui ont
les grandes entrées chez LL. MM .
Le 4 le Chapitre de l'Eglife de Paris eut
l'honneur de complimenter le Roi à l'occafion
de la naiffance de Monfeigneur le
Dauphin. L'Abbé de Montagu , Doyen ,
portoit la parole. Il eut enfuite l'honneur
de complimenter Monfeigneur le Dauphin.
Le même jour les Confuls de Paris &
·
( 117 )
les fix corps des Marchands ayant à leur
tête M. le Noir , Confeiller d'Etat , Lieutenant-
Général de Police , & M. Moreau ,
Confeiller d'Etat , Procureur du Roi , préfentés
par le Duc de Coffé , Gouverneur
de Paris , furent admis à complimenter S. M.
fur le même fujet. La Compagnie de l'Arquebufe
de Paris , préfentée également par
le Gouverneur de Paris , eut auffi le même
honneur ; S. M. accorda aux Chevaliers un
Prix en l'honneur de la naiffance de Mgr.
le Dauphin , & nomma pour y tirer en fon
nom le Duc de Coffé , Colonel de la Compagnie
.
Le foir du même jour , il fut chanté dans
toutes les Eglifes de Verfailles un Te Deum
qui fut fuivi d'une illumination générale.
De PARIS , le 13 Novembre.
ON fe flatte de recevoir inceffamment
des nouvelles de M. de Graffe ; il eft vraifemblable
qu'il n'aura expédié le bâtiment
qui doit les apporter qu'au moment de la
fin de la campagne dans l'Amérique Septentrionale
, pour donner en une fois le
détail de toutes les opérations qui ont fuivi
le combat de la Chefapéack & que fon
iffue a dû faciliter. En attendant on a lieu
de tirer les meilleurs augures de ce que
l'Amiral Graves lui-même a dit de ce combat
; quant à tout ce que les papièrs Anglois
débitent des prifes faites par M. de
Graffe , il y a fans doute beaucoup de vrai
( 118 )
femblance ; mais il y a encore de l'incer
titude à l'exception des 7 vaiffeaux munitionnaires
fortis de St-Chriftophe.
On attend avec impatience la confirmation
de ce qu'ils racontent de l'attaque de
St.Auguftin par les Eſpagnols . Les opinions
fe partagent fur ce dernier fait , les uns n'en
doutent pas , parce qu'en effet il eft vrai
femblable ; felon les autres , il fe peut
que ce qui aura donné lieu à l'alarme fonnée
à cette occafion foit la rencontre
que quelque navire aura faite du convoi
de la Havane , compofé d'environ 64 bâtimens
, qui ayant mis à la voile le 19
Août , a dû paffer quelques jours après à la
vue des côtes de la Floride , & dans ce cas ,
la garnifon de St- Auguftin n'auroit eu qu'une
fauffe alarme.
›
Quant à l'arrivée de ce convoi , on n'en
avoit point encore de nouvelles à Madrid
le 25 du mois dernier. Nos lettres de Cadix.
portent que nos vaiffeaux l'Illuftre & le
St-Michel prennent des vivres pour fix mois.
S'il faut en croire quelques autres lettres ,
D. Bonnet , qui eft fans doute arrivé fur
les vaiffeaux de ligne partis de la Havane ,
a été nommé fecond Commandant de la
flotte de D. Louis de Cordova.
La Cour a reçu ces jours derniers la
nouvelle que le riche convoi de Bordeaux ,
parti le 21 Juillet pour la Mattinique , eft
arrivé le 30 Août en fort bon état . Ce
convoi efcorté par deux frégates , la Cou(
119 )
rageufe & l'Amazone , aux ordres du Chevalier
de Villages , Capitaine de vaiſſeau ,
étoit compofé de 92 voiles , formant 31,477.
tonneaux.
Les lettres de la Martinique qui anoncent
cette heureufe nouvelle , & qui parlent
de la joie qu'a caufée l'arrivée du
convoi , font du 18 Septembre. Elles nous
apprennent que les Anglois ne craignant plus
pour leurs Illes , à caufe de l'éloignement
de nos efcadres , avoient détaché 12 à 1400
hommes pour une expédition contre la
Guyane Hollandoife. On avoit fait fortir
auffi- tôt de Fort- Royal 3 frégates & quelques
autres petits bâtimens armés pour intercepter
le convoi ennemi , qui n'eſt ſoutenu
que par une foible eſcorte.
Les frégates du Roi la Médée & la Galathée
, en ftation à la Martinique , ont
pris dans ces parages une corvette Angloife
& 2 navires de la Compagnie Angloiſe des
Indes , qui avoient touché à la Barbade ,
& qui valent quelques millions . Il faut que
ces bâtimens ayent effuyé de bien mauvais
tems pour avoir été obligés de venir fe
réfugier aux Antilles . Le 3 Septembre il y
a eu un coup de vent & un rat de mer à
la Martinique ; on ne dit pas que les rivières
en fe débordant aient caufé des dom-*
mages confidérables .
Le bruit s'étoit répandu qu'un coup de
vent qui avoit eu lieu la nuit du 2.3 au
24 du mois dernier , avoit difperfé le con(
120 )
voi parti de Toulon pour Minorque ; 2 ou
3 tartanes font revenues en effet à Toulon ;
on n'en a pas été inquiet , parce que depuis
l'invasion de Minorque il n'y a point
de corfaires dans ces parages . On a fu
depuis que le convoi a continué fa
route & qu'il eft arrivé à Mahon. II
faut que le coup de vent n'ait pas été
de durée , & que fur-tout il ne fe foit pas
étendu bien loin , puifqu'on ne l'a
fenti à Marſeille .
le
4
pas
ref
M. le Prince de Robecq , écrit-on de Dunker
que , vient d'obtenir de S. M. un brevet de Lieute
nant de frégate du Roi pour l'intrépide Dowlin
Capitaine du corfaire la Fantaisie doublé en cuivre ,
armé de 14 canons de 4 liv. de bales & 56 hommes
d'équipage . Pendant 3 mois de croifière ,il a fait 48.
prifes qui font eftimées un million & demi argent
de France. Le 10 Juillet il arriva à Morlaix avec 15
rançons montant à 6350 guinées ; Aout avec
9 montant à 10,280 guinées ; le 14 avec 4 mon
à
tant à 5600 ; le 18 Septembre avec 9 montant
6070 , & le 23 Octobre avec 8 montant à 4460.
Total , 32,760 guinées qui a 25 liv . par guinée font
8.19,000.liv. Plus , une prife chargée de vivres, vendue
à Morlaix 30,000 livres , une autre priſe allant de
Corck à Sainte-Lucie , chargée de vivres & autres
marchandifes , eftimée 120,000 livres , une autre
riche prife chargée de draps , toiles , quincaillerie
allant de Liverpool à Charles- Town , eftimée
550,000 ; total , 1,519,000 . Les armateurs de ce
corfaire font MM . Aget & Kenni de Dunkerque «
Les lettres d'Espagne ne difent rien de
Gibraltar. Il faut cependant que le camp
de St-Roch continue de tems en tems fon
feu , puifqu'on lit dans les papiers An
glois ;
( 121 )
glois , que le Major de Gibraltar , Officier
eftimé , appellé Burke , a été tué par un
boulet de canon au moment où il faifoit
une partie de Whift avec quelques Officiers
, dont deux ont été bleffés grièvement
du même coup.
D. Louis Arguedas , écrit- on de Cadix , Lieutenant
de Vaiffeau , avoit appareillé de ce port le
28 Février , à bord de la bélandre de S. M. la
Trucha. Cet Officier , chargé d'aller obferver à St-
Domingue l'éclipfe du 23 Avril , étoit muni d'un
paffe-port de la Cour de Londres pour ſa fûreté ,
attendu l'utilité générale de fa miffion pour tous
les peuples polices ; mais les corfaires Anglois font
auffi peu retenus par des confidérations de cette
nature , que par les ordres & les paffe - ports de leur
propre Gouvernement. Le 9 Mars , à la hauteur
des Canaries , la bélandre fut vifitée par une frégate
Angloife nommée la Matilde , dont l'équipage
ouvrit de force les malles & ballors du bâtiment
Eſpagnol , pilla la majeure partie des effets , &
enleva une grande quantité de vivres & le peu
d'armes qui , du confentement même de l'Angle
terre , étoient à bord de ce bâtiment , dans le cas où la
tempête l'auroit jetté fur quelque côte fauvage ou
pour quelqu'autre évènement imprévu . Les Anglois
commirent encore une infinité d'autres excès , &
différentes perfonnes de l'équipage éprouvèrent les
effets de leur violence. Le premier Avril , à la
hauteur de l'Ile de St Martin , la bélandre Efpagnole
fut chaffée par deux brigantins Anglois : l'un
d'eux la laiffa continuer fa route , après avoir examisé
fes papiers , en la prévenant néanmoins que
le Capitaine de l'autre brigantin étoit un très méchant
homme . & que pour n'être pas témoin de
fes excès , il alloit mettre toutes les voiles au vent
& s'éloigner le plus promptement qu'il lui feroit
17 Novembre 1781.
f
( 122 )
poffible. En effet , le fieur William Bartom , Ca
pitaine de cet autre bâtiment nommé la Vénus ,
envoya , fur les fix heures du foir , fa chaloupe à
la bélandre , pour forcer les principaux Officiers de.
paffer à fon bord. Alors , Tans s'embarraffer du
paffe-port donné au Capitaine Efpagnol , ni de fes
autres papiers , il déclara le bâtiment de bonne prife;"
& fous prétexte de donner chaffe à deux bâtimens
qu'on apperçut le lendemain , il fit defcendré les
Officiers à fond de cale , fermer les écoutilles , &
reçut avec le plus grand mépris leurs repréfentations
pendant ce tems - là , fes gens enlevoient
de la bélandre tout ce qu'ils jugeoient à propos. Le
9, le bâtiment Efpagnol entra avec un pavillon de
prife dans l'Ile Angloife de Tortola pour y être
condamné, & le brigantin ennemi refta à une certaine
diftance de la côte . Les Anglois avoient jetté
à la mer tous les papiers qu'ils avoient pu trouver,
pour ôter à D. Louis de Arguedas tous les moyens
de défenſe : cependant ce Capitaine en ayant confervé
quelques-uns , il les préfenta au Gouverneur
Anglois de l'Ifle qui déclara la bélandre libre. Mais
D. Louis de Arguedas étant retourné à fon bord
pour continuer fon voyage , vit avec le plus grand
chagrin le dégât qui y avoit été fait la nuit précédente
par les Officiers & l'équipage du brigantin
Anglois , encouragés par la préfence du Capitaine
lui-même , qui s'étoit déguifé en matelot pour par
ticiper à ces excès. Les inftrumens , les provifions ,
les uftenfiles , les habits , tout avoit été enlevé par
l'ennemi , qui ne laiſſa exactement rien aux gens
de l'équipage. Sur les plaintes du Commandant Ef
pagnol , le Gouverneur prit connoiffance de cetattentat
; mais pendant ce tems le Brigantin avoir
difparu , & il eft vraisemblable que ce nouveau délit
ne fera qu'augmenter la lifte nombreuse de toutes
les vexations de cette nature commifes impunément
par les corfaires de la Grande-Bretagne a Canon
( 123 )
La lettre fuivante qui nous a été écrite
de Rochefort , contient les détails d'une
épreuve faite à l'Ile d'Aix , & dont le fuccès
mérite la plus grande publicité.
D'après les ordres de M. le Marquis de Ségur ;
le 7 Octobre , on a fait l'épreuve du Fort en bois ,
conftruit par les méthodes , & fous la direction de
M. le Marquis de Montalembert. Les Commiſſaires
nommés , étoient , pour le Département de la guerre ,..
M. le Marquis de Voyer , Lieutenant - Général ,
Commandant en fecond dans la Province ; M. le
Marquis de Montalembert , Maréchal - de - Camp ;
M. Dajot, Maréchal- de- Camp , Directeur du Génie ;
M. Divoley , Colonel , Directeur d'Artillerie ; &
pour le Département de la Marine ; M. de la Touche
Tréville , Commandant du Département de Rochefort
, remplacé , pour caufe de maladie , par M..
d'Aubeaton, Capitaine de vaiffeaux ; M. de Bélugard ,
idem , M. le Chevalier de la Clocheterie , Lieutenant
de vaiffeaux. L'objet de cette épreuve étoit de s'affurer
de la folidité de la conftruction' dudit Fort
contre la commotion & l'explofion de fon propre
feu . Le motif en étoit , l'idée qu'avoient prife ou
donnée plufieurs perfonnes , qu'une batterie de ca
nons de 36 établie au premier étage fur un plancher,
ayant fous elle une batterie de même calibre , &
furmontée enfin d'une terraffe fur laquelle eft établie
une batterie de pièces de 12 , ne pouvoit former un
édifice affez folide pour réfifter à l'effort du few
confidérable que fourniffoit la défenſe.
apprécier cette opinion , on a fait faire d'abord un se
feu à volonté , & tel qu'il s'exécute pendant un
combat , de la totalité des bouches-à-feu , au nombre
de 68 pièces , dont 57. de 36 , & 11 de 12. Ce feu
a duré une demi- heure , pendant laquelle lesdites
pièces , fervies chacane par 3 hommes feulement ,
ont tiré à raison d'un coup par 5 minutes. - On
Pour
f2
( 124)
a eu lieu d'obferver , pendant ce feu , que le fervice
fe faifoit facilement dans ces batteries fermées , &
que la fumée, dont quelques perfonnes craignoient
l'inconvénient , n'y apportoit aucune incommodité.
On a fait faire enfuite , 1 ° . une falve de la totalité
de la batterie du rez - de - chauffée , de 16 pièces de
36 , fervies & tirées enfemble. 2. Une femblable
de la batterie du prémier étage de 41 pièces auffi
de 36. 3 °. Une idem , de la batterie élevée en terraffe
au-deffus du Fort , & armée de i'r pièces de 12. 4° . Et
enfin une décharge générale des 68 pièces qui arment
les 3 batteries : la totalité defdites pièces fervies &
tirées enfemble. Les Commitfaires nommés n'ont
trouvé dans l'examen qu'ils ont fait dudit Fort ,
après cette épreuve , aucune dégradation d'aucon
genre.Il s'étoit rendu à l'Ifle d'Aix , à cette époque
vraiment intéreffante , une grande quantité de Mili
taires de différens corps & de tous les grades , qui
tous ont témoigné leur fatisfaction de la manière
la moins équivoque & la plus flareufe pour l'Auteur.
-
Nous avons donné dans un de nos Journaux
, d'après M. de Courcelles , un moyen
de purifier l'eau corrompue. M. Blondeau
nous a adreffé fur ce fujer la lettre fuivante
de Breft ; l'objet en eft trop important pour
la Marine , pour que nous ne nous empreffions
pas de la tranfcrire.
» Je viens de lire dans votre Journal du 15 Septembre
, p. 129 , l'extrait d'une lettre fur un moyen
de rendre porable l'eau corrompue , qu'on trouve
dans l'Ouvrage pofthme de feu M. de Courcelles ,
- premier Médecin de la Marine à Breft , fur le régime
des Marins. Je penfe , comme l'Auteur de
lettre , que le moven indiqué dans cet Ouvrage ,
d'après M. Hales ( & non Haley ) , mérite d'être
préféré à celui que le fieur Bouebe a fait eflayer
ici , parce que celui-ci eft plus difpendieux , plus
cette
( 125 )
embarraffant , & n'a pas , comme l'autre , le fuffrage
d'une longue expérience en mer. Mais me fera -
t-il permis de demander ce qui vaut mieux ou de
laiffer corrompre l'eau pour avoir le plaifir de la
purifier enfuite, comme l'on peut, ou de l'empêcher de
fe corrompre dans les plus longues campagnes , &
dans les climats les plus chauds ? On trouve ce
moyen dans le quatrième Cahier du Journal de
Marine ,, pag. 144. Je vais le tranfcrire , parce
qu'ayant pour lui le fuffrage le plus complet de
l'expérience,il ne peut être que très-urile de le faire
connoître. Après avoir combujé les futailles à
l'ordinaire , empliffez - les d'eau ; mettez environ
deux livres de chaux vive dans chacune , fi ce font
des pièces de quatre , & dans les autres à proportion.
( l'excès ne peut pas nuire ) . Laiflez les fu
tailles en cet état pendant ƒ à 6 jours ; verfez
cette eau , rincez les futailles deux fois , puis empliffez-
les de l'eau deftinée à faire le voyage , pour
laquelle on ne prendra que les précautions ordinaires.
Ce moyen a été éprouvé avec le plus grand
fuccès dans les voyages de Marfeille à l'Ife de
France , & de l'Ile de France à Marſeille ; l'an
defquels , au moins , dura fix mois fans relâche.
-On prétend , je le fais , que ce moyen a été tenté
à Breft fans fuccès. Il feroit fingulier que cela
fat vrai & que je n'en fuffe rien , moi réfidant à
Breft & à qui l'on doit la publication de cette
méthode , des preuves de fon efficacité , de fa
théorie complette , & des moyens d'en faire uſage
par-tout. Si cela eft , on aura employé un mauvais
expédient publié d'abord par erreur dans un règlement
de M. de Sartine , pour la propreté des vaiffeaux
, leur falubrité & la fanté des équipages , &
corrigé enfuite , au moyen d'un carton ordre
de ce Miniftre , & d'après mes repréſentations . -
Que cela foit ou non , les bons efprits diront
*
{
›
> par
£ 3
( 126 )
(
toujours que ce moyen , confeillé par l'expérien
ce, ne peut être rejetté avec raifon , que d'après
des expériences bien authentiques. Jufques- là on
fera porté à croire que nous avons un très- bon
expédient pour empêcher l'eau de fe corrompre ,
& qu'il vaudroit mieux l'employer, que de la laiffer
fe putréfier pour la purifier enfuite tant bien
que mal. M. Duret , très - habile Chirurgien de
cette Ville , & qui a fervi long-tems fur les vailfeaux
du Roi , m'a dit avoir vu des accidens trèsgraves
caufés par l'ufage de l'ea corrompue ,
quelques foins qu'on prît pour la rendre potable.
Les dernières lettres de Breft annoncent
le départ de la Sybille , qui va porter dans
l'Amérique Septentrionale de l'argent & des
habits pour nos troupes. Elles ne difent
rien de l'armement ; mais elles s'étendent
fur les fêtes & les réjouiffances publiques
qui ont eu licu à l'occafion de la naiffance
du Dauphin . C'eft le corps de la Marine
qui en a fait les frais. Elles ont duré trois
jours , & l'illumination des vaiffeaux qui
étoient en rade , préfentoit à ce qu'on affure
le fpectacle le plus brillant qu'il foit
poffible d'imaginer. M. d'Hector , Com
inandant à Breft , & M. le Vicomte de
Rochechouart , commandant l'armée , com
me le plus ancien Officier général , ont
' fait les honneurs de ces fêres.
On affure que le Roi d'Angleterre a chargé
un Miniftre étranger réfidant ici , de complimenter
de fa part S. M. fur la naiffance
de Mgr. le Dauphin.
( 127 )'
Le 4 de ce mois , le Te Deum a été
chanté dans toutes les Eglifes du Diocèſe
de Paris, Verfailles s'eft diftiguée à cette occafion
par fes fêtes. Les illuminations des
principales Eglifes , celles de l'Hôtel de la
Guerre , de la pièce des Suiffes , étoient
fort brillantes & du meilleur goût. Le Roi
qui avoit promis aux Harangères de Paris ,
qui font appellées dans plufieurs de nos
papiers publics , les Dames de la Halle
de leur donner à dîner , les fit traiter magnifiquement
ce jour- là . Elles étoient au nombre
de 120. La Cour s'amufa , dit- on ,
beaucoup un moment de la groffe joie de
cette compagnie turbulente. Tous les Corps
de Métiers de Verfailles ont été pendant
huit jours fous les fenêtres de l'appartement
de Monfeigneur le Dauphin , & fous celles
de l'appartement du Roi , offrir leurs hom
mages . Ils étoient précédés de Meneftriers.
& les Syndics portoient un chef d'oeuvre de
leur art , ou une marque caractéristique de
leurs occupations. Les Serruriers avoient
une ferrure. Le Roi fe la fit apporter , &
chercha à découvrir lui - même le reffort
fecret de cette pièce ; S. M. parvint à le
trouver ; mais au moment où la ferrure
s'ouvrit , elle fut agréablement furpriſe d'en
voir fortir un dauphin en acier , fort artiftement
travaillé . Elle fut fi contente de
cette galanterie , qu'elle donna 30 louis de
fa poche au Corps des Serruriers , fans ce
f 4
( 128 )
qui leur revenoit de la Princeffe de Guémenée
, Gouvernante des Enfans de France ,
chargée de diftribuer de l'argent à toutes
ces corporations,
"
Le fieur Hériffon , Maître Arquebufier , inventeur
de nouveaux refforts de voiture qu'il a préfentés
à l'Académie Royale des Sciences , fous la
dénomination de refforts François , qui joignent
au mérite d'une folidité inaltérable celui de
rendre les voitures fi douces , que même en cou
rant la pofte & dans les plus mauvais chemins ,
on peut y lire & écrire fans fatigue , inftruit que
différens Ouvriers ont tenté de les contrefaire ,
croit devoir prévenir le public pour le garantir des
accidens qui pourroient réfulter de l'ufage de
refforts qui ne reffembleroient aux fiens que par
la forme , que l'on ne peut compter fur la bonté
de ces refforts , qu'autant qu'on les aura vu réfifter
aux épreuves que MM. les Commiffaires de
l'Académie ont fait fubir à ceux du hieur Hérif
fon , qui confiftent à les charger de huit cents
pelant , à les faire jouer en cet état , & enfuite
leur faire effuyer le choc fubit d'un poids de
400 livres tombant de dix pouce de haut & vérifier
après s'ils n'ont pas perdu plus que 3 ou 4
lignes de la hauteur qu'ils avoient avant l'épreuve
ce que l'on doit mefurer & conftater avant de les
charger. On verra tous les jours une Voiture montée
fur ces nouveaux Refforts , chez le Sr. Hériffon , en
fon Attelier , rue du Bout du Monde , la feconde porte
cochère à droite en entrant par la rue du Petit Carreau.
Il ne délivre aucuns Refforts qu'il ne leur ait
fait fubir les épreuves ci-deffus en préſence des Acquéreurs
, & donné fon billet de garantie.
•
Le fieur Louis-François Blondel , ancien
Maître de Pofte , route du Havre , âgé de
J
( 129 )
73 ans , né à Launay , dans la même Paroiffe
& la même maiſon où il a été marié
en 1731 , avec Marie- Magdeleine de Caux ,
âgée de 63 ans , a renouvellé la soe année
de fon mariage dans le même lieu & la
même Eglife. Le couple étoit affifté de leur
oncle & tante , M. & Madame Robertgendry
, l'un âgé de 82 ans & l'autre de 77 ,
qui ont eux -mêmes 56 ans de mariage. Cette
cérémonie s'eft faite le 29 Octobre dernier
dans l'Eglife de Launay , pays de Caux ,
Diocèle de Rouen , par le Curé de Povelle
leur fils. Ils ont deux autres fils encore
2 filles & 16 petits - enfans.
mena-
ERRATA. Au numéro précédent , page 85
ligne 19 , au lieu de ces mots ils fe plaisent à
croire que LA COUR n'a pas eu de part aux
ces ; lifez ils fe plaisent à croire que Le Cave
' & . n'a pas eu de part aux menaces , J. A
La frégate la Magicienne , de 32 canons , commandée
par M. de la Bouchettiere , Capitaine de
vaiffeau , partie de Portsmouth dans l'Amérique
Septentrionale le 31 Août , rencontra , le premier
Septembre , le vaiffeau le Chatham , percé pour 62.
canons & en ayant so de montés du calibre de 24
à fa première batterie . Après un combat de 3 heures ,
ayant eu fes mâts percés de plufieurs boulets , fes
vergues coupées , toutes les manoeuvres hachées
voyant que le peu de vent ne lui permettoit pas
d'échapper à l'ennemi , qui avoit une marche fupérieure
, elle fe rendit , pour ménager le fang des
braves fujets du Roi qui avoient combattu fi vaillamment
, malgré la fupériorité des forces de l'Anfs
glois. La frégate a eu 32 hommes tués & 54 blclés. Un matelot , nommé Nicolas d'Achicourt , natif de
Boulogne , étendu fur le gaillard & prêt à expirer , faifit la main, du Capitaine , & lui dit : Je vais mourir ; mais je regrette moins la vie que de voir
la frégate au pouvoir de l'ennemi .
raux,
"
Règlement concernant les prifes que des corfaires
François conduiront dans les ports des Eras Géné raux des Provinces - Unies , & celles que les cot- faires defdits Etats - Généraux amèneront dans les ports de France. » S. M. voulant faire connoître
fes intentions fur les prifes que fes fujets pourront
conduire dans les ports des Etats- Généraux des Provinces - Unies , & fur celles e
que les corfaires
defdits Etats- Généraux conduiroient
dans les ports
de fon Royaume , elle a ordonné & ordonne ce qui
fuit : 1 ° . Les prifes qui auront été faites par les corfaires François fur les ennemis de S. M. , pourront
être conduites dans les ports des Etats Géné foit pour mettre lefdits corfaires en état de
continuer leurs courfes , foit même pour que les
prifes
y
foient vendues s'il eft néceffaire. 20. Dans
le cas d'une fimple relâche , les Capitaines conduc
teurs des prifes , feront tenus de faire devant les Juges du lieu , une déclaration fommaire des cir
conftances de la prife , des motifs de la relâche , & de requérir lefdits Juges de fe tranfporter à bord
des bâtimens pris , pour appofer les fcellés ou faire la defcription de ce qui ne pourra être mis fous lefdits fcellés , pour êrre ledit état vérifié en France
par les Officiers de l'Amirauté , fur l'expédition
que l'Officier conducte r de la prife fera tenu de rapporter & de dépofer au Greffe . 3 ° . Les mar
chandifes fujettes à dépériffement
, ou même d'au tres marchandifes
s'il eft néceffaire , pour pourvoir
( 131 )
aux befoins des bâtimens pendant le tems de la relâche
, pourront être vendus dans lefdits, ports des
Etats- Généraux , fur la permiflion qui en fera obtenue
du Juge du lieu par le conducteur de la prife ;
à la charge de faire faire ladite vente par les Officiers
publics à ce prépofés , & de rapporter en France
des expéditions , tant des procédures que du procèsverbal
de vente. 4. En cas que les conducteurs des
prifes aient été autorisés par les Armateurs ou le
Capitaine du corfaire preneur , à faire vendre lef
dites prifes dans les ports des Etats- Généraux , ils
feront renus de requérir le Juge du lieu , de fatisfaire
aux formalités prefcrites par l'article 41 de
la déclaration de S. M. du 24 Juin 1778 , & de
rapporter en France l'expédition defdites procédures .
5. Les expéditions defdites procédures , & les
pièces originales & tranflatées , feront adreffées au
Secrétaire Général de la Marine , à Paris , pour
être procédé au jugement de la prife par le Confeil
des Prifes ; après quoi , le Capitaine conducteur
de prife , ou fon Commiffionnaire , pourront requérir
la vente provifoire des marchandifes &
effers fujets à dépériffement , & même la vente définitive
defdites prifes & de toutes les marchandiles
de leur chargement , en la forme & ainfi qu'il a été
preferit pour les prifes conduites dans les ports
du Royaume , par l'article 45 de ladite déclaration
du 24 Juin 1778. 6°. Le déchargement , l'inventaire
, la vente & la livraifon defdites prifes & des
marchandifes , feront faits avec les formalités qui
font en ufage dans les ports des Etats- Généraux.
Les Capitaines conducteurs des prifes , feront tenus
de rapporter les liquidations particulières ou états
fommaires du produit defdites prifes , & des frais
faits à l'occafion d'icelles , pour être lefdites liquidations
particulières ou états fommaires , dépofés
f 6
( 132 )
par l'Armateur an Greffe de l'Amirauté du lieu de
l'armément , au terme de l'article 7 de la décla
ration du 24 Juin 1778 , & l'Arrêt du Confeil du
4 Mars dernier ; & les Jugemens de bonne prife,
feront envoyés auxdites Amirautés du lieu de l'ar-
Tomement , pour y être enregistrés . 79. Tous les
prifonniers qui fe trouveront , foit à bord des
corfaires François qui relâcheront dans les ports
des Etats - Généraux , foit à bord des prifes qui y
feront conduites , feront remis fans délai aux Gou
verneurs ou Magiftrats des lieux , pour être gardés,
au nom de S. M. & nourris à fes frais , ainsi qu'il
en fera ufé dans les ports de France pour les prifonniers
faits par les corfaires Hollandois . Seront
néanmoins tenus les Capitaines qui ramèneront des
prifes dans les ports du Royaume, pour y être
vendues, de retenir deux ou trois prifonniers principaux
, pour être interrogés par les Officiers de
l'Amirauté , & fervir à l'inftruction . 8. Les corfaires
des Etats-Généraux , pourront conduire ou
faire conduire leurs prifes dans tous les ports de
la domination de S. M. , foit pour y refter en relâ.
che , jufqu'à ce qu'elles foient en état de retourner
à la mer , foit pour y être vendues définitivement.
9. Dans le cas d'une fimple relâche , les conduc
teurs de prifes feront tenus de faire , dans les vingr
quatre heures de l'arrivée , leur déclaration devant
les Officiers de l'Amirauté , lefquels fe tranfporte
ront à bord des bâtimens pris , pour appofer les
fcellés & faire une defcription fommaire de ce qui
ne pourra pas être compris fous lesdits fcellés , fans
qu'il foit permis de rien débarquer du bord defdires
prifes , fous les peines portées par les Arrêts & Règlemens
de S. M. 109. Permet néanmoins S. M. auxdits
corfaires des Etats -Généraux de faire vendre
dans les ports les marchandiſes fujettes à dépériffement
, ou même d'autres marchandiſes , pour
ལ
( 133 )
pourvoir aux befoins des bâtimens , pendant le
tems de la relâche ; à la charge d'en demander
par requête la permiflion aux Officiers des Amirautés
par- devant lefquels il fera procédé à ladite
vente. 11. Lorfque les fujets des Etats-Généraux
voudront faire vendre leurs prifes dans les ports
du Royaume , le Capitaine qui aura fait la prife ,
ou l'Officier qui aura été chargé de la conduire ,
feront tenus de requérir les Officiers de l'Amirauté
de fatisfaire aux formalités prefcrites par l'article 42
de la Déclaration de S. M. du 24 Juin 1778 , & fera
vente faite conjointement avec le Conful , ou chargé
d'affaires des Etats-Généraux , s'il y en a , finon
en préfence du fondé de pouvoirs du corfaire - preneur
, & feront les expéditions desdites procédures
& pièces originales adreffées au Secrétaire de l'Amirauré
des Etats- Généraux , d'où le vaiffeau de guerre
, ou le corfaire-preneur dépendra , pour y être
procédé au Jugement de la prife. 12 ° . Les Capitaines
conducteurs des prifes , ou leurs commiffionnaires
, pourront requérir les Officiers des Amirautés
de procéder à la vente provifoire des marchandifes
& effets fujets à dépériffement , & même
à la vente définitive des prifes & de toutes les marchandifes
de leur chargement , lorsqu'elles leur
paroîtront conftamment ennemies , d'après les
pièces de bord & les interrogatoires des prifonniers
, ainsi qu'il eft prefcrit pour les prifes faites
par les corfaires François , par l'article 45 de la
Déclaration du 24 Jain 1778. 130. Le décharge.
ment , l'inventaire & la livraifon defdites prifes &
des marchandifes , feront faits en préfence des Amirautés
, dont les vacations au déchargement , à
l'inventaire & à la livraiſon des marchandifes ,dferont
réduites à moitié , au terme de l'article 52 de la
Déclaration du 24 Juin 1778 ; lefdits Officiers ne
procéderont à des liquidations particulières du pro(
134 )
duit des prifes , que lorfqu'ils en feront requis par
les parties intéreffées : Mais dans tous les cas où
il pourroit être queftion de délivrer plufieurs expédi
tions , il ne fera payé a Greffier pour les feconde
& troifième , que le prix du papier timbré & les frais
d'écriture , le tout conformément au tarif de 1770.
14° Les marchandifes provenantes des prifes faites
par les corfaires des Etats - Généraux , feront fujettes
aux mêmes droits & aux mêmes formalités que
celles provenantes des prifes faites par les corfaires
François , ainfi qu'il eft porté par l'Arrêt du Confeil
du 27 Août 1778 , lequel fera exécuté pour
piifes faites par lefdits corfaires des Etats-Généraux.
15. Les corfaires des Etats- Généraux pourront
remettre dans les ports , aux Commiffaires des
ports & arfenaux de la Marine , les prifonniers
dont ils feront chargés , & il fera donné des ordres
par S. M. > pour que lefdits prifonniers foient
conduits , gardés & nourris dans les places &
châteaux , aux frais des Etats - Généraux , & délivrés
à leur première requifition , foit pour être
échangés , foit pour être transférés ailleurs « .
و
que
les
fuit :
y compris
le
boeuf ou
fix de
Arrêt du Confeil du Roi , du 28 Août 1781 ,
rendu au profit de M. le Marquis de Sourches .
"Comte de Mouhoreau ; contre les Dames Abbeffe
& Religieufes de Fontenfault , qui fixe les droits
de leur Bac audit Mouhoreau , ainfi
1. par perfonne à pied , fix deniers . 29. Par muler ,
cheval ou âne , chargé on non
Conducteur & Canallier , un fol. 3
vache , un fol. 4° . par cochon ou
niers. 5. par brebis , trois deniers .
tier ou pochée de bled ou farine , un fol . 7 ° . par
barique de vin , trois fols . 89. par charrette de
foin fans charrette , vingt - quatre fols . 9. par
charrette de gros bois
de tuſſeaux , trente fols . 11. par yoiture à deux
, vingt fols. 10. par cent
· par
veau ,
6º. par Lep(-
135 )
roues , vingt fols. 12 ° . par voiture à quatre roues,
quarante fols.
De
BRUXELLES , le 13 Novembre.
Selon des lettres de Lisbonne , le Roi
eut le 3 du mois denier un accident à la
chaffe ; le carroffe dans lequel il ſe trouvoit
verfa , & S. M. fe blefla à la tête . Elle fut
auli-tôt faignée par précaution ; maintenant
elle fe trouve très -bien . Les mêmes
lettres portent que la reine a bien voulu
changer pour quelque tems l'exil du Marquis
de Pombal , en lui permettant d'aller -
faire ufage des bains de Lafcaldas. On continue
la réviſion des procès des grands exilés
fous le règne précédent , & on affure
que S. M. s'expliquera bientôt à ce ſujer.
Tandis que d'après ce que publient les
Anglois , on conjecture que partie des bâtimens
pris par le Commodore Johnstone
à la baie de Saldanha étoient chargés , on ne
ceffe pas en Hollande d'élever des doutes
fur cette queftion.
33
:
Que penfer de fa relation , lit -on dans une
lettre il écrit que le 9 Juillet , un vaiffeau de fon
efcadre qu'il avoit envoyé à la découverte , lui a
amené le navire de la Compagnie des Indes Orien→
tales de Hollande le Held-Woltemade , Capitaine
Vrolyk , en route vers le cap de Bonne - Espérance
pont Ceylan ; & le Capitaine Hollandois Ifaac-Louis
de Bollan , bien auffi croyable que le Commodore
Anglois , écrit en date du 16 Mai , que , forti du
Texel , le 18 Décembre 1780 , avec le hourque de
( 136 )
la fufdite Compagnie le Katwyk Aan-Shyn , ileft
arrivé au cap de Bonne-Efpérance le 20 Avril , &
que ce même jour le Held-Woltemade venoit d'en
mettre à la voile pour Ceylan. Comment eft - il
poffible que le Held-Woltemade , navigeant au-delà
du Cap, ait été pris en deçà ? La narration du
Commodore préfente bien d'autres contradictions à
digérer. Comment le Gouverneur du Cap a -t-il
laiffé partir , fans eſcorte , les vaiffeaux de la Com
pagnie fachant que la guerre étoit déclarée ? Pourquoi
n'en a-t-il pas fait décharger & emmagasiner
les cargaifons ? Pourquoi ne les a-t-il pas armés
Pour la défenfe du Cap ? Suppofons que le Gouverneur
les ait laiffé partir , que faifoient ces vaiffeaux
dans la baie de Saldagne , où il n'y a ni port ni
habitans ? Ils fortoient à peine du Cap. Ou étoient
ces Rois de Ternate & de Tidor , avant l'arrivée
des Anglois ? n'étoient - ils fous la garde de
fonne ? Si quelque Officier de la Compagnie devoit
veiller à leur conduite, comment leur a- t - il permis
de prendre une chaloupe & de venir , à la face des
équipages Hollandois qui brûloient leurs propres
navires , fe rendre aux Anglois ? Qu'a fait Jobultone
de ces malheureux Rois ? Il ne nous le dit pas.
Nous les verrons fans doute à Londres , & comme
depuis leur départ de Robben- Eyland , ils auront eu
le tems d'examiner la baie de Saldagne , ils nous
donneront quelques éclairciffemens fur la Géogra
phie Hottentote de M. le Commodore. Je refpecte
la Cour de Londres ; je crois fermement qu'elle ne
fait imprimer , dans fes Gazettes extraordinaires,
que ce qu'elle a reçu réellement mais je crois auffi
qu'on lui en impofe en raifon du quarré de la dif
tance des lieux d'où elle reçoit les dépêches . De
forte qu'une nouvelle de Gibraltar à plus de probabilité
qu'une de New - Yorck & une de New-
Yorck plus qu'une de Madras , & c . «,
243 ppm 25
1
( 137 )
Sur la propofition faite par le Stathouder
aux Etats-Généraux le 22 du mois dernier ,
il fera créé un corps de marine . Cet objet
n'a pas fouffert les lenteurs ordinaires ; il
n'en eft pas de même de l'interminable
affaire du Duc de Brunſwick avec le Magiftrat
d'Amfterdam . Si plufieurs provinces
font difpofées à donner fatisfaction à ce
Prince , d'autres regardant les reproches
qu'on lui fait comme très-graves & très importans
à approfondir , demandent qu'on
les difcute & que MM. d'Amfterdam développent
leurs motifs & les mettent avec
leurs preuves fous les yeux de la généralité.
Tel eft entre autres le fondement de l'avis
de Etats d'Overyffel .
M. de Capellen de Marſch qui s'eſt rendu
célèbre par fon patriotifine & par fes difcours
aux affemblées des Etats de Gueldres
en a prononcé un dans celle du 20 Octobre
, à l'occafion de la demande du Roi de
France pour une négociation des millions
de florins fous la garantie de la République .
Le voici.
»La convocation prématurée de cette affemblée
devant fervir , en fuivant l'exemple des autres
Membres du corps fédératif , à hâter le confentement
de V. N. P. à la négociation de cinq millions de
florins fous la garantie de cet Etat , me fait , ainfi
qu'à quiconque prend à coeur la fituation critique
de la patrie , defirer ardemment que nous entrions
enfin dans l'opinion & la perfuafion qu'il eft plus que
tems de répondre aux offres multipliées & même
aux marques effectives de l'amitié de la Cour de
( 138 )
France , à fa difpofition de conclure une alliance
étroite avec cette République , alliance fi néceffaire
pour parvenir , par des mefures unanimes , à combattre
avec vigueur & à réduire à la raiſon un
ennemi redoutable. V. N. P. favent par quelles
rufes & cabales les Bretons , nos éternels ennemis ,
font parvenus , foit par leur influence traîtreufe audedans
, foit par leurs attaques perfides, au -dehors ,
à conduire cet Etat au bord de fa ruine inévitable ,
fans que nous ayons pris nos précautions à tems
pour infifter auprès d'un allié auffi naturel & auffi
néceffaire pour nous , afin de fe joindre à lui contre
un feul & même ennemi. Oubli impardonnable !
adminiftration qu'on ne pourra jamais juftifier , &
qui demande certainement un prompt changement
que la Nation attend avec impatience ; il montrera
qu'on n'a négligé aucun des moyens pour faire
échouer les attaques infidieufes d'un ennemi toujours
menaçant . Au milieu des fuites amères de
cette guerre malheureuſe , l'indolence avec laquelle
on conduit les affaires doit mécontenter un
peuple prêt de facrifier les biens & fa vie pour
la patrie. Qui peut défavouer que la melure
ne foit à fon comble ; que cette Nation ne foit
autorifée à demander à fes Repréfentans , à V. N.
P. , que fans délai , fans perte de tems , avant qu'il
foit trop tard , on prenne des mesures efficaces pour
arrêter les progrès d'un ennemi fi formidable ,
par des fecours de dehors , foit par une conduite
unanime & vigoureufe au dedans, afin d'empêcher par
là que la liberté & la profpérité ne nous échappent
pour toujours. V. N. P. , accoutumées à prévenir
les confédérés >
ne pourroient - elles pas faire , au
nom de cette Province , toutes les inftances poffibles
auprès des confédérés pour travailler aux moyens
les plus propres & les plus efficaces de conclure une
alliance avec la France , & fe décider par les meil
foit
( 139 )
leures combinaifons avec S. M. T. C. pour
la campagne prochaine. Perfonne ne peut révoquer
en doute la néceflité preffante de ces melures
, à moins de nous expofer de gaieté de coeur
au danger de perdre pour toujours notre commerce
& notre navigation ; de voir nos poffeffions Orientales
& Occidentales expofées à être prifes ou dévaltées.
Ce font cependant les colonnes de l'édifice
de cet Etat , les fources de notre profpérité ; leur
décadence & leur anéantiſſement doivent entraîner
à-la-fois la ruine de cette République . · Il eft donc
naturel que nous agiffions de concert avec les ennemis
de notre ennemi ; ainfi je propofe aux confidérations
férieufes de V. N. P. , s'il ne feroit pas
à propos , pour cet Etat , d'accepter les offres &
les invitations fi affectueules , fi néceffaires & fi
avantageufes des Etats de l'Amérique. Aucune indulgence
, aucune lâche condefcendance pour l'Angleterre
ne fauroient nous empêcher de reconnoître
l'indépendance d'une République qui s'eft , à notre
exemple glorieux , procuré la liberté par fon courage
, & qui eft encore occupée à fe fouftraire vaillamment
à la tyrannie de l'ennemi des deux Nations.
Qui nous empêche de former des alliances étroites
avec ce Peuple vertueux & puiſſant , qui nous affectionne
sûrement plus qu'aucun autre peuple , &
nous donne des marques de fon inclination. Combien
notre indifférence fur ce point diffère de la
conduite que tinrent nos ancêtres qui , convaincus
de la néceffité de fe joindre aux ennemis de notre
ennemi , firent alliance avec les Portugais , au moment
où ceux -ci ſe foulevèrent contre l'Espagne ?
Qui ne voit que la formation de pareilles alliances
fi néceffaires accélérera la conclufion d'une paix générale
& honorable pour nous . Il eft de mon devoir,
N. & P. S , de vous parler franchement ; parce que
je fuis convaincu qu'en continuant à tromper ains
( 140 )
les espérances légitimes de la Nation , on pourroit
augmenter fon mécontentement & fes foupçons
déja affez remarquables. Cette Nation patiente , qui ,
après avoir jufqu'à préfent fourni & prodigué tant de
bien & de fang , prendroit -elle en mauvaiſe part qu'on
exigeât des rendemens de compte fur l'adminiftration
publique ? que l'on infiftât fur un examen des
caufes de nos malheurs ? La défiance & le méconten
tement font généraux ; qui ne tremble fur les fuites
affreufes de murmures qui croiffent de la forte ?
n'entend-on pas les petits auffi bien que les grands
s'écrier : N'eft il pas étonnant que depuis plufieurs
années , après avoir verfé des fommes pour la
conftruction de vaiffeaux , notre marine n'ait pas
encore été mife fur un pied à faire respecter notre
commerce& notre navigation, & qu'en général notre
marine eft , avec les fuites les plus déplorables ,
outrop morcelée ou hors d'état de tenir tête à notre
ennemi ? Peut-on blâmer la Nation d'éclater en
plaintes de n'avoir point eu la protection néceſſaire
pour les branches étendues de fon commerce que
les traités autorifent , lorfque les puiffances du nord,
peu difpofées à ufer de condefcendance avec l'Angleterre
, pourfuivent & affurent leur navigation
fur nos débris. N'eft-ce pas une chofe digne de
réflexion qu'on n'ait pas accepté l'offre magnanime
d'une neutralité armée , & qu'après avoir hélité fept
mois entiers , nous y ayons accédé lorsqu'il étoit
trop tard & que nous ne pouvions en réclamer lès
avantages ; ces griefs & d'autres encore donnent dés
raifons fuffifantes de plainte. On l'avoit flattée d'un
examen des caufes de l'extrême lenteur à défendre
la patrie contre un ennemi redoutable & actif. A-ton
fatisfait à cette promeffe ? travaille-t-on actuelle
ment avec plus d'ardeur & avec le zèle requis à
combattre un ennemi odieux ? s'oppofe -t-on comme
on le doit aux fuites dangereufes de fes intrigues
( 141 )
au-dedans comme au-dehors ? & quoiqu'on foit
pleinement convaincu qu'il n'a pas tenu aux Seigneurs
des Etats de Hollande encore moins à la ville
d'Amfterdam de faire mettre notre marine dans un
état convenable de défenſe , il refte encore à demander
s'il paroît fuffilamment , d'après les rapports
donnés , qu'aucun des Colléges d'Amirauté n'ait été
en défaut.
N'attribue-t-on pas dans toute l'étendue des ſept
Provinces-Unies , à l'influence de Mgr le Prince
de Brunfwick fur l'efprit de Monfeigneur le
Stadhouder , Héréditaire , les caufes principales du
malheur & des défaftres qu'effuie ce pays ? La nation
ne demande-t-elle pas à cris redoublés l'éloignement
du Duc ? l'averfion & la haine contre ce Prince ne
font-elles pas montées au point qu'une politique
prudente exigeroit qu'on écoutât la voix du peuple ,
d'autant plus que jufqu'à ce jour le Duc ne s'eft pas
encore purgé devant la Nation de ce dont diverfes
perfonnes refpectables de l'union l'ont inculpé fi
publiquement ? La Nation peut-elle fe contenter de
la déclaration prononcée par L. H. P. , pour abſou
dre le Duc d'une manière auffi inconftitutionelle
& illégale ? Les réfolutions juftificatoires de quelques-
uns des confédérés peuvent - elles , devant le
Tribunal de la Nation , laver ce Seigneur du blâme
dont il eft inculpé ? Qui oferoit affirmer que dan's
cette affaire tout ait été régulièrement traité , conformément
à l'ordre & à la conftitution du Gou
vernement ? Et la conduite des Comités de cette
Province à la généralité , tenue à cet égard , n'eftelle
pas des plus répréhenfibles , au point que je
me,flatte qu'à l'avenir V. N. P. veilleront efficacement
contre de pareilles tranfgreffions des bornes
de l'autorité qui leur eft confiée . Les plaintes &
les prétentions do Dac n'auroient jamais dû devenir
l'objet délibératif des Etats de cette Province : la
postérité aura peine à croire qu'on ait pu trouver
bon , fans examen préalable fur la légalité ou l'ir- ·
( 142 )
régularité de cette démarche , le 21 Juillet de la
même année , de prendre à la pluralité des voix
une réfolution juftificatoire & en tout fens flatteule
pour le Duc ; réfolution qui tend à préfenter
fous un jour défavorable les efforts les plus
louables , faits par de refpectables Membres de
la Confédération , pour le falut de la patrie ; efforts
cependant , que le tems couronnera d'une
gloire bien méritée , & qui , felon toutes les apparences
, feront appuyées encore plus vigoureufe
ment. C'eſt par-là que tout efpoir de délivrance
n'eft pas encore perdu ; & fi l'unanimité & la
bonne foi , ( dont V. N. P. ainfi que moi , demandent
au Ciel le retour ) doivent renaître dans notre
République , il faut qu'on commence par faire
difparoître la grande pierre d'achoppement , qui
eft devenue l'objet d'une averfion générale & pouffée
à fon dernier période. Le Duc , à qui l'on attribue
une politique fi profonde , pouvant concevoir
que fa préfence eft bien-loin d'être utile à
la Patrie , il faut s'étonner de ce qu'à l'exemple
d'autres Perfonnes publiques , il n'a pas déja
rempli le defir & le voeu du Peuple en s'éloignant.
C'eft le fentiment le plus douloureux de la fituation
déplorable de la Patrie , qui m'a porté à expofer
l'un & l'autre à V. N. P. pleinement convaincu
qu'elles concourront avec les autres Con
fédérés à s'oppofer avec un zèle redoublé aux
progrès ultérieurs de violence externe & interne ,
& à procurer à une Nation opprimée , outragée &
réduite au défefpoir , une fatisfaction convenable ,
en la mettant en état de rétablir ce qui eft ruiné ,
& de venger les infultes qu'on a effuyées. Pour
atteindre ce but falutaire & d'une manière efficace ,
je fuis d'avis qu'à raifon des importans motifs
allégués , en prenne de la part de cet Etat , de
la manière la plus propre & la plus convenable ,"
ainfi qu'avec la plus grande célérité , des arrange
mens de protection mutuelle ; que des Traités
#
( 143 )
>
d'amitié foient conclus avec S. M. T. C. & la République
des Treize-Etats de l'Amérique , comme
l'unique moyen , conjointement avec nos propres
efforts , de forcer l'ennemi à une paix honorable
pour nous , à l'exécuter dans tous fes points , &
à rétablir le droit des Gens qu'il a fi indignement
violé . Je ne doute pas que V. N. P. ne jugent
ces propofitions dignes de leurs délibérations ; je
les leur foumets refpectueufement ; & comme le
Jugement de la Nation & de la Poftérité fur ma
façon d'agir & de penfer dans ces occurrences , ne
m'eft pas indifférent , je requiers que ma propofition
foit inférée dans le Récès de ce Quartier.
PRÉCIS DES GAZETTES ANG , du 6 Novembre,
Il eft arrivé des nouvelles d'Amérique du 25.
Septembre. En attendant que la Cour publie les lettres
du Général Clinton , apportées par M. Conway , Colonel
du premier Régiment des Gardes , fur le paquebot
le Duc de Cumberland , on en a une da Général
Washington au Préfident du Congrès , datée de
Chefter le 5 Septembre.
voyer à V. E, la copie d'une lettre du Général Gift.
Elle annonce l'arrivé de M. de Graffe dans la Chéfa
péak avec 28 vaiffeaux de ligne . Je fuis charmé
d'annoncer moi - même cette bonne nouvelle à V. E,
qui voudra bien accepter mes fincères félicitations
fur cet heureux évènement.
-
» J'ai l'honneur d'en-
Lettre du Général Gift , datée de Baltimore le
4 Septembre. Je fuis charmé de pouvoir vous
apprendre qu'un cutter de 18 canons , commandé
par M. de Calone , vient d'arriver ici chargé des
dépêches de M. le Comte de Graffe pour V. E. Le
Général François eft entré dans la Chéfapéak le 26
Août. Le lendemain il a débarqué 3000 hommes fur
la rive méridionale de la rivière James , qui vont fe
joindre à l'armée que commande le Marquis de la
Fay ette, L'efcadre s'eft emparée dans la traverſée
d'un paquebot de Charles-Town qui retournoit en
Europe avec le Lord Rawdon .
-
L'efcadre, après
144 }
--
avoir pris fa ftation entre le cap Henri & Middle-
Ground , a détaché trois vaiffeaux de ligne & une
frégate pour la rivière de Yorck , où ils ont pris un
vaiffeau percé pour 12 canons .
- M. de Calone m'a
dit qu'il avoit quitté l'efcadre le 3 Septembre , & que
les ordres de fon Général étoient de vous faire remettre
ces dépêches par un Officier ; mais ce dernier
ne pouvant pas partit fur-le-champ , j'ai cru qu'il
étoit important de vous envoyer cette nouvelle par
un Exprès , afin que V. E. puifle faire fes difpofi
tions fans aucun retard. Je viens d'ordonner à tous
les navires qui fe trouvoient ici de mettre à la voile
fur-le-champ pour recevoir les troupes à la tête de
l'Elke.
7
Le Général Washington étoit les Septembre
Chefter , en Penfilvanie. Le 10 il a du fe trouver à
la tête de l'Elk .
Le bruit eft général que M. de Graffe a pris trois.
frégates Angloiles .
-La Commiffion qui a été nommée à New-Yorck
pour infpecter l'Ajax , a décidé d'un accord unanime
que ce vaiffeau ne pouvoit plus fervir ; nonobl
tant , l'Amiral a ordonné qu'il foit mis en répara
tion , pour qu'il ne foit point dit que les François lur
ont détruit deux vaiffeaux.. L'Amiral Digby,
actuellement à Shandy-Hook , avoit à bord de fes
vaiffeaux 200 , 300 liv. ſtu On dit qu'Arnold s'eft
emparé des forts O-Crombell & Gre wold ; il a pris
& brûlé plufieurs bâtimens marchands ; fa perte
totale en morts eft de 44 , & de 127 bleffés.
Le Vice - Amiral Péter - Parker revient avec la
flotte de la Jamaïque à bord du Ruby Le Contre-
Amital Rawley prend à fa place le commandement
de la ftation de la Jamaïque.F
L'Amirauté a reçu hier , la nouvelle de la rentrée
de l'efcadre de l'Amiral Darby à Torbay. Plufieurs !
de fes vaiffeaux (ont en mauvais état , fur-tout ceux
3 ponts & quelque --uns de 74 Il y en a , dit-on ,
10 qui feront obligés d'entrer dans les chantiers .
à
JOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 24 Octobre.
ON compte actuellement dans le Sund 78
bâtimens deftinés pour la mer du Nord ,
& qui doivent mettre à la voile au premier
bon vent ; jufqu'à préfent le tems a été trèsorageux
fur mer , & fur terre nous avons
eu beaucoup de neige & de grêle. Un houker
Suédois , qui alloit de Gothembourg à
Landfcrone , a échoué fur la côte de Setland
às milles d'ici. On a fauvé l'équipage ; mais
la cargaison qui confiftoit en harangs , paroît
, au moins en partie , fort hafardée.
Il eft arrivé ici trois bâtimens venant
d'Irlande , avec une cargaifon confiftant en
viande , poiffon , huile de poiffon , laine &
foufre. Le Gouvernement s'occupe des
moyens de faire fleurir de plus en plus le
commerce ; il eft actuellement queftion d'un
arrangement qui ne peut que concourir à
24 Novembre 1781. g
( 146 )
ce but ; il s'agit entr'autres de faciliter la communication
entre les Etats de S. M. en Europé
, & les lles qu'elle pofsède dans les Indes
Occidentales , dont nous venons de voir
arriver en bon état 2 bâtimens richement
chargés en café & en fucre.
Une frégate Ruffe vient de mouiller à
l'ifle de Roem ; elle vient de la mer du
nord.
POLOGNE..
De DANTZICK , le 30 Octobre.
TOUTES les lettres que l'on reçoit des
parties de la Pologne que traverſe le Roi
pour gagner Vieznovice , où S. M. va joindre
le Grand- Duc & la Grande-Ducheffe
de Ruffie qui doivent y paffer , ne contiennent
que les détails des tranfports de joie
que la nation a fait éclater. Il y avoit cinquante
ans qu'on n'avoit vu de Rois dans
ces Diftricts de la République . Les Gentilshommes
peu aifés , que leur fortune &
leurs affaires retiennent éloignés de Varfovie
, fe font empreffés de fe rendre fur fon
paffage & de lui offrir les chevaux qui lui
font néceffaires , & il n'en eft aucun qui
n'ait regagné fa demeure très -fatisfait de
l'accueil qu'il a reçu de S. M. Ce voyage
peut avoir des fuites heureufes ; en faifant
connoître le Monarque à fes fujets , il lui
en affurera l'attachement & la fidélité.
Le froid commence à devenir rigoureux;
( 147 )
il gèle déja , & on s'attend à voir la navigation
interrompue fous peu de jours. Le
prix du feigle hauffe en conféquence ; il eft
actuellement de 250 à 260 florins par laft ;
y a toute apparence qu'il augmentera encore
plus vers le printems prochain.
il
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 31 Octobre.
LA Cour reçut avant-hier , par un cou
rier , la nouvelle de l'heureufe délivrance
de la Reine de France , qui a donné le jour
à un Prince. Le lendemain , il y eut gala
& l'Empereur reçut les complimens de félicitation
du haut Clergé , des grands Officiers
& des Miniftres étrangers ; S. M. I.
dîna en public avec l'Archiduc Maximilien
, & le foir il y eut fpectacle gratis à
tous les théâtres de la ville.
L'Empereur ayant permis aux Etats del
la baſſe Autriche de lui envoyer une députation
, elle eut lieu le 13 de ce mois ;'
S. M. I. dans l'audience qu'elle donna aux
Députés , leur reinit l'état des matières que
devoit traiter la Dière Provinciale qui a été
ouverte le 22.
Le 4 de ce mois , écrit- on de Péterwaradin , deux
Négocians Ruffes font arrivés ici avec trois bâtimens
chargés de faalx & d'autres fers travaillés de
la Styrie ; ils continueront leur route fur le Danube :
pour la mer Noire , d'où ils fe rendront en Roffie.
Déformais toutes les Marchandifes feront ainfi tranfg
2
( 148 )
portés par eau . L'Aga des Janiffaires , Ofman
Effendi , qui avoit été exilé il y a un an, eft revenu
à Belgrade où il a été remis en poffeffion de fes dignités
par un Firman du Grand- Seigneur. On mande
de Semlin , dans la haute Hongrie , qu'il eft arrivé
près de cette ville fur le Séva , un gros navire conf
truit en frégate & venant de la Croatie . On a mis
tant de foin dans fa conftruction , que non-feulement
fa marche eft légère , mais qu'il peut auffi être
employé fur de petites rivières dont les eaux font
bafles. Il doit prendre une catgaifon à Semlin ,
aller à Vienne «<
&
On attend avec impatience l'ordre Impérial
qui profcrira les enterremens dans
la ville & les fauxbourgs ; comme les emplacemens
deftinés aux cimetières hors des
limites de la ville font déja défignés , on
fe flatte qu'il paroîtra inceffamment. → IL Il y a quelque-tems , lit-on daus une lettre
d'Edenbourg dans la baffe- Hongrie , qu'on a trouvé
à Douczke , près de Debrezin , des écailles dans
lefquelles il y avoit des perles. L'intérieur de l'écaille
eft auffi noir que celle d'une tortue ; l'écaille eft
large d'environ 6 pouces , & fe trouve à 3 ou 4 pieds
fous l'eau. C'eft fur-tout aux environs de la Theife ,
où le pays eft plat & marécageux , que ces perles
ont été trouvées «.
De HAMBOURG , le 3 Novembre.
LE Confeil Aulique de l'Empire a prononcé
depuis peu une Sentence entre le
Prince - Evêque de Spire & le Chapitre de
la même ville , qui contient une décifion
remarquable fur les Chapitres .
» Ceux-ci s'étoient regardés jufqu'à préfent com
me co-Régens des Evêques ; ce qui avoit fouvent
( 149 )
eu des fuites contraires au bien- être du Pays , fur
tout à la mort du Prince - Evêque. Le Chapitre
établiffoit alors & aboliffoit des loix , difpofoit des
finances & du fort des Employés des Collégés , qui
étoient d'autant plus à plaindre , fi pendant la précédente
Régence , ils avoient eu le malheur de déplaire
au Chapitre , ou même à un feul Tréfoncier,
que quelquefois les nouveaux Evêques étoient obligés
par leur capitulation d'approuver les changemens
faits par le Chapitre. Tous ces priviléges
viennent d'être annullés par la Sentence, du Confeil
Aulique. Il y eft dit que S. M. 1. ne laiffe plus
aux Chapitres , le Siége vacant , que le pouvoir de
faire ce que la feule néceffité exige , & cela même
encore par provifion ; un Tréfoncier ne pourra recevoir
au décès d'un Prince- Evêque que 150 florins
pour le deuil & 600 s'il eft revêtu de la charge
de Gouverneur. Par la même Sentence les Evêques ,
comme Vaffaux de l'Empereur , obtiennent une
autorité illimitée & le droit de confidérer les Chapitres
comme leurs premiers fujets . L'on affure
que les Chapitres doivent fe réunir , pour faire
leurs repréfentations à cet égard à l'Empereur & à
la Diète de l'Empire «.
Fly
On dit que l'Empereur , aux Ordonnances
intéreffantes qu'il a déja publiées , fe
propofe d'en ajouter une dont l'objet eft
de déterminer jufqu'à quel point les fujets
de S. M. I. dans les Etats héréditaires font
tenus d'obéir aux Seigneurs des terres , quels
font les droits de ces derniers fur leurs vaffaux
, & les punitions qu'on peut leur infliger
dans les divers délits qu'ils peuvent
commettre à cet égard ? Il y a long-tems
qu'une pareille loi étoit devenue néceffaire
pour protéger le foible & le pauvre contre
8 3
( 150 )
le fort & le riche. Les uns & les autres
font également fujets du Souverain , & ont
le même droit à fa protection ; & la tolérance
civile ne mérite pas moins fon attention
que la tolérance religieufe. Il a parufur
ce dernier objet plufieurs Ouvrages ; l'un
d'eux intitulé : Mémoire intéreſſant adreffé à
tous les Souverains Laïcs de la Religion Catholique
, vient d'être imprimé à Francfort ;
l'objet de l'Auteur eft d'établir les prérogatives
& les droits de l'Empereur contre
les affertions des Ecrivains ultramontains.
Parmi les Ouvrages répréhenfibles qui
paroiffent quelquefois , il y en a qui feroient
voués en naiffant à l'oubli qu'ils méritent
, fi l'autorité & le zèle ne fe réunifloient
pas fouvent pour les profcrire . Telle eft
une petite pièce de vers qui a été publiée
à Liége , & dont on ignoreroit l'exiftence fans
le Mandement que le Prince Evêque a
publié à cette occafion .
» Ce n'eft point fans la plus vive douleur que
nous venons de voir s'élever du fein des brebis
confiées à nos foins , un homme turbulent affez
audacieux pour ofer publier , par une témérité
inouie , une Pièce de vers infultante pour tous les
genres d'autorité. Ne pouvant ni tolérer , ni dif
fimuler une entreprife auffi hardie , nous jugeons
devoir rendre publique l'indignation que nous
avons reffentie à la lecture de cette Pièce fcandaleufe
portant le titre de la Nymphe de Spa à l'Abbé
Raynal , dont nous entendons punir l'auteur felon
la rigueur des loix. Comme nous n'avons rien
de plus à coeur que d'écarter de nos peuples le
fouffle empoisonné de l'irréligion , & de les pré(
15 )
1
t
Venir contre cette funefte épidémie qui par-tout
ailleurs fait les plus grands ravages ; nous vous
conjurous N. T. C. F. de conferver avec foin le
précieux trésor de la foi , dont vous connoiſſez
l'excellence & le prix ; fermes & inébranlables dans
la religion de nos peres qui a toujours fleuri dans
ce Diocèfe , & qui par fon éclat en a fait une portion
diftinguée de l'héritage de J. C. vous n'aurez
que de mépris & de l'horreur pour ces fophifmes
& les attentats d'une philofophie in enfée qui ofe
s'élever contre Dieu & blafphemer contre nos
Mystères « .
Le Roi de Pruffe a rendu une Ordonnance
ultérieure concernant le commerce
maritime de fes fujets pendant la préfente
guerre.
S. M. a déja fuffisamment fait connoître dans fa
première déclaration du 30 Avril de cette année ,
qu'elle vouloit obferver une exacte neutralité pendant
la préfente guerre maritime , & que fon intertion
étoit de diriger la navigation de fes fujets d'une
manière , qu'en faifant ufage de leur liberté naturelle
, ils n'en abufent pas au préjudice des Puiffances
belligérantes , & à un point que celles - ci puiffent
s'en plaindre avec fondement : cependant,,
comme l'on apprend par la voie publique & par
quelques plaintes qui ont été portées , que des Négocians
étrangers & qui appartiennent aux Nations
belligérantes fe fervent du pavillon Pruffien pour
faire un commerce non permis , S. M. déclare folemnellement
par la présente , qu'elle n'accordera
jamais l'ufage de fon pavillon ni fes paffe- ports qu'à
ceux qui font les fujets véritables & actuels , & qui
en cette qualité font effentiellement domiciliés & ont
des biens , des maifons & des poffetſions dans fes
Etats. Si d'autres navigateurs étrangers , & qui ne
font pas pourvus de paffe -ports Pruffiens , fe fervent
$ 4
( 152 )
-
du pavillon Pruffien , ce que perfonne ne peut empêcher
en pleine mer , S. M. ne leur accordera ai
protection ni foutien , mais les abandonnera plutôt
à leur fort. Dans ce cas , conime on ne fauroit imputer
au pavillon Pruffien l'abus qu'en font les
étrangers , ce que S. M. ne peut pas détourner , elle
attend auffi de la juftice des puiffances belligérantes
qu'elles n'en feront rien reflentir à fes fujets & à
leurs vaiffeaux . - Comme c'eft une règle sûre &
générale du droit des gens , que ce n'eft pas tant
le pavillon que les paffe-ports du Souverain qui
conftatent la neutralité & la sûreté des navigateurs ,
S. M. a jugé néceffaire de déclarer , pour prévenir
tout abus poffible , & elle ordonne par la Préfente
de la manière la plus préciſe à tous les fujets qui
naviguent & trafiquent par mer , que quand ils
veulent envoyer des vaiffeaux & des cargallons dans
des mers & régions éloignées , ils doivent demander
à l'avenir les paffe-ports néceffaires , non comme
jufqu'à préfent aux Magiftrats des villes & aux
Colléges fubordonnés , mais au Miniftre du Dpartement
des Affaires Etrangères à Berlin , lequel
leur fera expédier des paffe-ports en due forme
fous le fceau Royal , après qu'ils auront exhibé
les connoiflemens fités , une fpécification exacte
de la cargaifon , & des preuves authentiques attef
tées par les Magiftrats & les Chambres des Finances
de chaque Province , que les propriétaires & fréteurs
du vaiffeau & de fa cargaifon , qui doivent tous y
être nommés , font des fujets véritables & actuels
de S. M. & qu'ils fe font qualifiés par-là pour un
paffe-port. On excepte de cette Ordonnance les
navigateurs Pruffiens , qui refient dans la Baltique
& ne vont pas au-delà du Sund & des deux Belts .
Ceux-ci pourront , pour ne point perdre de tems ,
chercher leurs paffe -ports aux endroits ufités jufqu'ici
& ceux qui partent des ports d'Oftfrife , font
de petits voyages dans la mer du Nord , ainfi qu'aux
3
côres de la G. B. & des Provinces-Unies , & ne
voudroient pas demander des paffe -ports en Cour,
à caufe de l'éloignement & de la brièveté du tems
& de leur cargaifon peu confidérable , pourront fe
pourvoir des paffe- ports néceffaires , comme par le
pallé , auprès du Magiftrar de la ville d'Emden &
auprès de la Chambre Royale des Finances établie
en Oftfrife , qui eft particulièrement chargée de
veiller à l'autenticité de ces fortes de pafle -ports
& d'en prévenir tout abus. Cette Ordonnance
ultérieure , qu'on manifefte par la préfente , doit
fervir d'explication & de fupplément a celle du 30
Avril de cette année , de manière que l'une & l'autre
fervent de règle invariable à tous les fujets du Roi
qui voguent & trafiquent par mer «<,
ཞཱ -
-
La Princeffe Royale de Pruffe eft de nouveau
enceinte ; les prières publiques à cette
occafion ont été commencées le 14 du
mois dernier.
C'eft le 24 Octobre que la Princeffe de
Sardaigne a fait fon entrée publique à
Drefde ; le Prince Antoine de Saxe fon futur
époux avoit été au- devant d'elle ; les
fêtes ont été très -brillantes à cette occafion.
Le même jour , à huit heures du foir , l'illuftre
couple reçut la bénédiction nuptiale
dans la Chapelle de la Cour ; & les réjouillances
qui commencèrent ce jour continuèrent
le lendemain & les jours fuivans..
D'après un état imprimé les troupes
Electorales montent à 24,353 hommies
effectifs , la cavalerie eft compofée de 32
efcadrons ou de 5143 hommes , & l'infanterie
de 27 bataillons ou de 16,170 hòm-
% S
( 154 )
mes. Les 3040 hommes reftans compofent
des corps légers & l'artillerie.
On lit dans le Journal de Correfpondance
du Profeffeur Schloczer à Gottingue
, l'article fuivant daté de l'Ukraine Polonoife.
» L'été dernier plus de 300 familles Juives font
parties de la Lithuanie pour la Paleſtine . La liberté
qu'on accorde aujourd'hui aux Juifs à Jéruſalem ,
eft la caufe de ces émigrations . Il leur eft permis
d'y faire le commerce , conftruire des maifons ,
bâtir des villages dans le voifinage de Jérufalem ,
& de labourer la terre , &c. Beaucoup de Juifs
s'imaginent que Dieu leur fera la grace de les
raffembler à la fin dans le pays de leurs peres. - En
effet lorfqu'on confidère que les Juifs , qui font
en grand nombre en Pologne , y vivent dans l'oppreffion
, que malgré leur extrême pauvreté ils envoient
encore annuellement des fommes d'argent
à Jérufalem , que fouvent des familles entières
quittent leur pays natal pour fe rendre à Jérulalem
, il eft très-probable qu'à la fin ils formeront
un grand peuple aſſemblé dans un même pays.
ITALIE.
De LIVOURNE , le 25 Octobre.
Les règlemens favorables au commerce
& à l'induftrie des habitans de ce grand
Duché , fe multiplient tous les jours. Le
Souverain ne s'occupe que des moyens de
faire fleurir fes Etats & de rendre heureux
fes peuples. Il y a peu de pays où ces deux
-grands objets fi dignes de l'attention des
Princes , aient été plus conftamment füivis
( 155 )
& plus exactement remplis . Par une nouvelle
Ordonnance on vient de fupprimer
tous les priviléges exclufifs accordés pour
forger & pour vendre le fer. On a publié
en même -tems un nouveau tarif des droits
que doit payer cet article intéreffant de
confommation , foit en mine , foit en barre ,
foit en ferraille. La forme prefcrite à cet
égard eft la même que celle qui eft établie
pour toutes les autres marchandiſes ;
c'eft modifier l'impôt & en même- tems en
fimplifier la perception .
t
Selon des lettres de Palerme il eft arrivé
un convoi François de 70 voiles venant
du Levant ; mais comme on craignoit
qu'il n'y eût à bord quelque refte de
contagion , le Confeil de la ville a ordonné
une quarantaine de 14 jours à tous
les bâtimens qui font venus ou qui viendront
de ces parages..
ESPAGNE.
De CADIx , le 26 Octobre.
LE convoi de la Havane ne paroît point
encore quoiqu'il n'ait qu'une foible efcorte
, nous ne craignons rien pour lui , nos
ennemis n'ayant aucune efcadre dans nos
parages.
Le 20 de ce mois les vaiffeaux & les frégates,
fortis dans le mois dernier , font rentrés
dans cette baie .Ils n'ont pas été , comme
on le croyoit , au devant du refte du convoi .
g 6
( 156 )
Une frégate du Roi a conduit hier ici une
Corvette Angloife deftinée pour Gibraltar ,
une de celles fans doute que depuis longtems
on nous menaçoit de voir fortir de la
Tamife. Elle portoit 2000 bombes , des
canons de 12 , de 24 & de 36 livres de
balles , des boulets , de la poudre , 5 à 6
caifles de mèches & autres munitions , &c.
Si les Anglois croient approvifionner la
place de cette manière , ils fe trompent ; ce
ne fera que par un vent violent d'oueft que
leurs corvettes pourront échapper à nos
croifeurs.
Il vient d'entrer auffi dans ce port un
brigantin François , qu'on dit être commandé
par un Officier de la Marine Royale , qui
a eu le bras emporté dans un engagement
foutenu contre un vaiffeau fupérieur , à la
vûe de notre côte.
La Gazette de Madrid nous annonce l'arrivée
d'une caiche Angloife , qui a débarqué
à la Corogne 100 prifonniers François faits
fur une frégate prife par le Chatham : cette
frégate ne peut être que la Magicienne. On
lit dans ce même article que les nouvelles
apportées par ce Parlementaire , placent la
flotte Françoife à Rhode-Ifland. Il femble
que le Rédacteur de cet article n'auroit pas
dû oublier que M. de Graffe & M. de Barras
font dans la Chéfapeak ; il ne devoit faire
nul cas de ce rapport , mais nous apprendre
ce que nous avons fu par les lettres particulières
, que ces pauvres prifonniers font
( 1571
arrivés à la Corogne totalement dénués de
tout , & mourant de faim dans toute la
rigueur du terme .
D. Bonnet , Lieutenant Général des Armées
navales , & plus ancien que D. Gaſton ,
a été nommé Commandant en fecond de la
flotte de D. Louis de Cordova . Il étoit revenu
ici fur les vaiffeaux de ligne de la
Havane.
Les 2 vaiffeaux qui avoient été de l'expédition
de Mahon , font arrivés ici le 23 .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 10 Novembre.
>
LA Cour a publié le 6 de ce mois les
nouvelles arrivées d'Amérique le 3. Elles
ont été apportées par le Colonel Conway
parti de New Yorck le 10 Octobre à bord
du paquebot le Cumberland. Elles n'ont pas
mérité une Gazette extraordinaire ; elles
confiftent en une fuite de lettres du Général
Clinton , qui confirment ce que nous
favions déja , & dont on n'a donné que des
extraits. La première eft du 7 Septembre
& contient ce qui fuit.
Dans mes dépêches du zo Août , je vous ai informé
que le Ginéral Washington avoit fubitement
quitté fon camp de White- Plains ; voici quels ont été
fes mouvemens fubfequens . Il paffa le Croton le
19 Août , & fe pofta à quelques milles de cette rivière
. Les 23 & 245 il paffa la rivière North , & par
fa pofition . parut menacer Staten-Ifland juſqu'au
29 qu'il marcha fubitement vers la Delaware ; je
( 158 )
:
crus d'abord que c'étoit une feinte ; mais apprenant
enfuite qu'il avoit paffé cette rivière avec une partie
de fon avant-garde , & qu'il parloit publiquement de
l'arrivée du Comte de Graffe , que l'on attendoit à
chaque moment dans la Chéfapeak pour coopérer
avec lui je fis fur-le-champ par terre & par eau
tous les efforts poffibles pour communiquer
mes
foupçons au Lord Cornwallis , l'affurant en mêmetemps
que je le renforcerois , en mettant en ufage
tous les moyens poffibles , ou que je ferois en fa faveur la diverfion qui me paroîtroit la plus avanta- geufe. Comme
en conféquence des avis que
j'avois reçus de la flotte de Rhode-Iſland dont j'ai
fait mention dans ma dernière dépêche , le Contre-
Amiral Graves avoit fait voile d'ici le 31 Août dernier avec fon efcadre & celle de Sir Samuel Hood ;
que d'ailleurs le Lord Cornwallis , dans fes lettres 3I Août & du 2 du courant que j'ai reçues le 4
& le 6 , m'informoit que le Comte de Graffe étroit
dans la Chéfapéak avec un armément confidérable , je m'attends d'un moment à l'autre à apprendre que le Contre-Amiral Graves ou a intercepté M. de
du
>
Barras , ou a attaqué la flotte dans la baie , peutêtre
l'un & l'autre ; en attendant , j'ai fait embarquer
4000 hommes , avec lesquels j'irai moi-même au
fecours du Lord Cornwallis auffi-tôt que j'apprendrai
que le paffage d'ici jufqu'à lui eft ouvert.
La feconde lettre du Général eft du 12
du même mois ; ce qu'on en donne ici
eft uniquement confacré aux dérails de
l'expédition du Général Arnold contre New-
London.
Le corps que j'avois chargé de l'expédition
contre New-London , eft revenu , après avoir détruit
tout ce qui s'y trouvoit de vailfeaux ( à l'ex
ception d'environ 16 , qui ont échappé en remon
tant la rivière ) , & une quantité immenfe de
( 159 )
munitions navales ; de marchandifes tirées tant
d'Europe que des deux Indes ; je fuis fâché cependant
de ce qu'en exécutant cet important fervice
la ville ait été brûlée fans qu'on ait pu l'empêcher ,
par l'effet de l'explofion d'une grande quantité de
pondre qui fe trouva être dans les magafins auxquels
on avoit mis le feu . Le Brigadier - Général
Arnold fait les plus grands éloges de la bonne
conduire , de l'excellente difcipline & de la bravóure
de tous les officiers & foldats qui l'ont accompagné
dans cette expédition ; mais comme je
penfe que les expreffions font trop foibles pour
leur rendre toure la juftice qui leur eft due , je me
bornerai à obferver que l'affaut de Griswold ( que
l'on repréſente comme étant un ouvrage trèsfort
) emporté comme il l'a été par un coup de
main , malgré la défenfe très -opiniâtre de la garnifon
, fera indubitablement redouter à l'ennemi
l'ardeur des troupes Britanniques , & que la mémoire
s'en confervera au plus grand honneur des
40 & 54me régimens qui ont livré cet affaut
quoique pour le préfent , nous ne puiffions trop
déplorer la perte confidérable qu'ils ont faite de
tant de braves officiers & foldats qui ont fuccombé
dans l'attaque , & c.
La perte faite par le Général Arnold
monte à un Major , un Enſeigne , 2 Sergents
, & 44 Fufiliers tués , & à un Lieutenant-
Colonel , 3 Capitaines , 2 Lieutenans ,
2 Enfeignes , 8 Sergents , 2 Tambours &
127 Fufiliers bleffés . Un Capitaine , un
Lieutenant & un Enfeigne font morts depuis
de leurs bleffures.
Cette lettre eft fuivie du rapport d'Arnold
. On y lit qu'il avoit donné ordre au
Capitaine le Maire , de l'artillerie royale ,
( 160 )
>
de détruire un magaſin très - conſidérable de
poudre , & des cafernes pour 300 hommes
qu'on avoit trouvés dans le fort Grifwold ;
cer Officier fit en conféquence une tentative
qui ne réuffit pas ; il reçut ordre d'en faire
une feconde , & il aura l'honneur , ajoute
Arnold à Clinton , de vous expliquer pourquoi
ce fecond ordre ne fut pas exécuté. On
prétend ici d'après une lettre particulière
de New- Yorck , en date du 27 Septembre ,
que la raifon qu'il a craint d'écrire , & qui
a été fans doute fupprimée de la dépêche
du Chevalier Henri Clinton , c'eſt qu'au
moment où les troupes du Roi prenoient
poffeffion de ce Fort , le Général Arnold
reçut avis que des forces fupérieures aux
fiennes venoient de Rhode - Iſland pour le
bloquer , & qu'en conféquence il fe retira
avec précipitation à Plumb-Ifland avec fes
troupes qui évacuèrent le Fort avant d'avoir
eu le tems d'en déplacer une feule
pierre.
La dernière lettre du Général Clinton eft
du 26 Septembre.
Le jour après que j'eus fermé ma dépêche du 12 ,
j'en reçus une de l'Amiral , datée du 9 , par laquelle
il m'informoit que l'ennemi étant maître abfolu de
la Chéfapéak , rien ne pouvoit entrer dans la rivière
York , à moins que ce ne fût pendant la nuit ,
& cela au rifque infini de tout ce que l'on tenteroit
de faire parvenir par eau : il m'apprenoit en mêmetems
que le 5 , il avoit eu une action partielle avec
la flotte Françoife , forte de 24 vaiffeaux de ligne ,
& que depuis les deux flottes n'avoient ceffé d'être
( 161 )
én vue l'une de l'autre : ces avis ne permettant pas
que dans ces circonftances on fit partir immédiatement
le renfort , je tins un confeil d'Officiers - Généraux
qui , unanimement , pensèrent comme moi ,
qu'il valoit mieux attendre jufqu'à ce que des nouvelles
plus favorables du Contre-Amiral Graves ,
ou l'arrivée de l'Amiral Digby , rendiffent moins
périlleux le tranfport du renfort ; mais notre flotte
étant arrivée au Hook le 19 , on tint avec toute
l'expédition poffible un Confeil de guerre , compofé
des Officiers à pavillon & des Officiers - Généraux :
les minutes de ce Confeil vous informeront que l'on
réunira les efforts de la flotte & de l'armée pour
former une jonction avec l'efcadre & l'armée qui fe
trouvent en Virginie : le Contre-Amiral Digby eft
arrivé devant le Hoock le 14 courant. Le Lieutepant-
Colonel Conway des Gardes -à -pied de S. M. ,
après avoir fervi en Virginie pendant toute la campagne
, eft venu depuis peu ici ; toutes les opérations
actives ayant ceffé de ce côté , je lui avois donné la
permiffion de paffer en Europe pour les affaires
privées , mais apprenant que les François étoient
dans la Chéfapéak , il defiroit y retourner & m'accompagner
dans cette expédition ; penfant qu'il
feroit plus utile en Angleterre , vu fa connoiffance
parfaite de la fituation dans laquelle il a laiffé le
Lord Cornwallis , j'ai réufli à l'engager à fe charger
de mes dépêches ; permettez que je vous réfère à lui.
Ces dépêches font fuivies d'une lettre
du Contre-Amiral Graves , en date du 26 ;
il fe contente de dire au fujet de M. de
Graffe , qu'il paroît qu'il arriva à la hauteur
du Cap Henri le même jour que Sir
Samuel Hood arriva devant Shandy -Hook.
Elle eft fuivie d'une du Contre- Amiral
Digby en date du 25 à la hauteur de Shandy-
Hook.
1 ( 162 )
»Vous recevrez avec cette lettre un journal de
la navigation des vailleaux que je commande depuis .
que je fuis parti de l'Angleterre , d'après lequel j'ef
père que Leurs Seigneuries feront convaincues ,
qu'il n'y a pas eu un moment de perdu pour
tâcher
de fe rendre ici , quoique je trouve que le brigantin
le Lively qui a fait voile après nous , y eft arrivé
depuis un temps affez confidérable. J'attends à préfent
avec le Canada & le Lion le moment de
pafler la Barre , mais je crains que le vent ne nous
ferve pas aujourd'hui. Quoiqu'il en foit , comme
nous fommes tous en très -bonne fanté , & ne
manquons que de très-peu de chofe , je ne doute pas
que nous ne foyons auffi-tôt prêts qu'une grande
partie de la flotte. La Perfévérance qui s'étoit féparée
de nous il y a quelques jours , fe trouve
être ici . J'aurois différé de vous écrire jufqu'à ce
que je faffe entré dans le port , mais j'apprends que
quelque vaiffeau fait voile immédiatement pour
l'Angleterre , & je ne veux pas perdre l'occafion de
vous informer de mon arrivée «
Ces dépêches ne nous apprennent rien
de plus important que ce que nous favions
déja . Elles ont encore ajouté à nos inquié
tudes fur la fituation du Lord Cornwallis
& de fon armée. On porte toujours celle- ci
à 7000 hommes ; & cet article n'eſt pas auffi
fûr qu'on le défireroit ; car il paroît que le
Général Clinton trompé par les mouvemens
du Général Washington , qui fembloient
confirmer les prétendus plans qu'il
avoit interceptés , & qui n'avoient été dreflés
que pour les faire intercepter & donner
le change , a cru avoir befoin de 3000 hom
mes , & a diminué d'autant cette armée
de la Virginic . On ne porte les troupes en(
163 )
1
;
nemies qu'à 20,100 hommes , confiſtant en
6000 de Washington , 500 de M. de
Rochambeau , 3000 avec M. de Graffe ,
800 avec M. de Barras , 2500 avec M. de
la Fayette , autant avec le Général Wayne ,
& 800 tirés des garnifons de vailleaux ; ce
nombre eſt déja bien fort & bien alarmant
il l'eft bien davantage lorfqu'on fonge
qu'au lieu de 3500 , M. de Rochambeau
doit en avoir conduit 4 ou 5ooo . Cela
n'empêche pas que dans nos papiers on
ne montre encore de la confiance ; en fuppolant
7000 hommes à Cornwallis , on les
regarde comme des troupes bien exercées
& bien difciplinées ; & on ne fait pas à
"nos ennemis l'honneur d'avoir la même
opinion de toutes leurs troupes ; mais dans
ce nombre on ne fonge pas qu'il y a , en
confervant le calcul le plus bas , celui qui
a été fit ici , 9100 hommes de troupes
Françoifes , qui fûrement font au moins
aufli bien exercées , auffi bien difciplinées
que les nôtres . Ces réflexions ne raffurent
pas.
!
ཝཱ
Le coup d'oeil jetté fur nos forces navales
, ne produit pas non plus un grand
effet ; nos efcadres réunies de l'Amiral Graves
& de Sir Samuel Hood , avec le renfort
heureufement arrivé de Digby , ne portent
pas nos vaiffeaux au delà de 25. Nous
n'en donnons que 33 aux François ; mais
on fait que M. de Graffe qui n'a combatru
qu'avec 24 , en avoit réellement 28 ; que
( 164 )
les quatre qui n'ont pas pris part aù com
bat du 5 Septembre , étoient dans la Chéfapéak
, occupés fans doute à débarquer
les troupes amenées par M. de Graffe , &
à éloigner les frégates attachées au fervice
de l'armée de Cornwallis. Qu'on joigne à
ces 28 vaiffeaux , les 8 avec lefquels M.
de Barras eft parti de New- Port & ' eſt arrivé
dans la Chéfapéak , nos ennemis en
ont 36 au lieu de 33 , ce qui ne facilite
pas les efforts que nos Généraux & nos
Amiraux fe propofent de faire pour dégager
le Lord Cornwallis , qui doit être actuellement
enfermé par les ennemis .
» Leur projet , dit un de nos papiers , eft d'écrafer
cettte petite armée. Ils ont fait prendre parfaitement
le change au Général Clinton , en lui fai
fant craindre pour New-Yorck , tandis que leur
intention étoit de réunir toutes leurs forces contre
le Lord Cornwallis . Le Comte de Rochambeau
étoit parti pour joindre les corps aux ordres de M.
de la Fayette & du Général Wayne ; & le Général
Washington , après avoir amufé le Général Clinton
quelques jours de plus , a pris la même route
avec 5 ou 6coo hommes. Leur entrepriſe a été
combinée avec beaucoup d'art , & l'on doit ici
en craindre infiniment le fuccès. Le Comte de
Graffe eft abfolument maître de la Chéfapeak &
de tous les paffages ; il les tient fi bien fermés ,
que la force feule peut les ouvrir à nos troupes , &
nous ne fommes pas en état de l'employer. Le
Chevalier Clinton , quoique fupérieur en forces
au Général Washington , n'a pa le fuivre , & s'eft
trouvé réduit à une inaction abfolue . Son unique
reffource eft dans la flotte ; mais on fait que plufieurs
vaiffeaux de cette flotte ont été fi maltraités
( 165 )
dans le combat dus , qu'il a été impoffible de les
avoir complettement réparés avant les premiers
jours d'Octobre ; & à cette époque , les ennemis
fupérieurs dans la Virginie , & maîtres de la Chéfapeak
, ont pu avoir achevé leur entreprife . Dans
le cas où elle auroit été avec plus de lenteur , nous
n'avons que 25 vaiffeaux à oppofer à 36 , & l'ef
poir de parvenir à forcer le paffage de la Cheſapeak ,
eft d'autant moins fondé , que dans le premier
combat qui nous a fermé ce paffage , l'inégalité
étoit encore moindre. D'ailleurs , la pofition de
M. de Graffe paroît telle , que felon les circonftances
, il eft maître d'accepter ou de refufer le combat
; & qu'il n'eft pas aifé de l'y forcer dans le cas
où il ne feroit pas de fon intérêt de le rifquer. Pour
tirer le Lord Cornwallis du mauvais pas dans lequel
il fe trouve , il faut donc qu'avec 25 vaiffeaux
nos ennemis parviennent à en battre complettement
36 .
Depuis que le Commodore Keith -Stewart
a quitté fa ftation devant le Texel , il eſt
forti de ce port un convoi Hollandois fous
l'efcorte de la frégate Suédoife le Jaramas.
Cet évènement a fourni les réflexions fuivantes
à un de nos papiers.
Nous pouvons affurer le Public , d'après une
autorité très refpectable , que 44 Navires Marchands
Hollandois, deftinés pour différens ports
de la Baltique , ont fait voile le 10 Octobre du
port de Vlie , fous pavillon Suédois , & fous la
protection de la Frégate Suédoife , le Jaramas
de 44 canons. Ils furent rencontrés bientôt après
par un Vaiffeau de guerre Anglois ; mais le
Commandant de la frégate Suédoile réclama abfolument,
ces bâtimens Marchands , & les protégea
comme propriété Suédoife , quoiqu'il foit publiquement
coanu en Hollande , qu'ils font tous
( 166 )
de propriété Hollandoite , quoique deſtinés pour
des Ports Suédois , & que cette protection a été
achetée pour une fomme confidérable d'argent.
Voilà les effets de la convention de neutralité
armée , fi préjudiciable a l'Anglererre. Les Hollandois
font à préfent à même de continuer leur
commerce fous pavillon Ruffe , Danois , Suédois .
ou Pruffien ; & is peuvent acheter la protection
des Vaiffeaux de guerre de ces Puiffances confé
dérées à bien meilleur marché que d'aimer euxmêmes
des convois : Et , fi nos Vailleaux de
guerre attaquoient ou molefloient ces convois
neutres , ce feroit aux Puiflances confédérées un
prétexte fufflant pour demander la fatisfaction
la plus exorbitante , ou pour déclarer une rup
ture ouverte avec nous . Notre Ministère a été
dûement informé de ces circonftances ; mais la
crainte de la moindre querelle avec aucune des
Cours confédérées , lui fait paffer le tout fous
Ца morne filence. Oh ! Angleterre , quelle eſt
aujourd'hui votre humiliation !
Ce papier n'eft pas le feul qui s'exprime
ainfi & qui crie à la vengeance contre
les Neutres confédérés,
*
4
La protection , dit un autre , dont le com
merce de nos ennemis déclarés jouit , fous prétexte
du pavillon neutre , eft l'attaque la plus
infidieufe qu'on puiffe faire contre ce pays , attaque
plus formidable peut - être , que les hoftilités
ouvertes de route la Marine combinée du
Nord , ajoutées à la grande confédération avec
Jaquelle nous fommes déja en Guerre. Par un
coup hardi contre cette neutralité armée , nous
pourrions rendre au moins notre chûte plus honorable
, en nous vengeant de la trahifon . En effet ,
il eft dur pour la fuprématie Britannique de devoir
refpecter des Puiffances , dont la Marine étoit à
peine connue il y a un fiècle , & de n'ofer exer(
167 )
cer fa vengeance qu'envers la Nation patiente
à laquelle nous faifons l'honneur de l'appeller
notre allié naturel. Malheureufement , quel que
foit notre courage national , une dette publique
de 216 millions 211 mille 409 liv. fteri. eft ailez
propre à nous enfeigner la modération envers
tout le monde , excepté la Hollande.
L'Amiral Darby eft enfin rentré , comme
nous l'avons annoncé. Son efcadre entière
mouille actuellement à Plymouth & à Spithéad.
Comme on craint que l'efcadre de
Breft ne faififfe cet inftant pour fortit , &
qu'on craint toujours pour la flotte de la
Jamaïque jufqu'à ce qu'elle foit rentrée ,
le Gouvernement à envoyé des ordres pour
approvifionner fur le champ 12 des vaiffeaux
qu'il a ramenés , & qui font en état
de remettre le plus promptement en mer,
On fait que plufieurs de fes vaiffeaux , &
fur-tout ceux du premier & du fecond
rang , ont beaucoup fouffert dans cette longue
& inutile croifière, Il n'y a que ceuxdu
troisième & du quatrième rang qui pourront
être le plutôt réparés.
6
Dans cet état des chofes , avec moins
de vaiffeaux que nous n'en aurions befoin
forcés d'en conferver en Europe , d'en envoyer
en Afie & en Amérique , il ne nous
en refte plus affez pour faire paffer des
fecours à Gibraltar & à Minorque ; on fe
flatte içi que ces places font en état de
tenir jufqu'à ce qu'il fe préfente une circonftance
heureufe qui nous facilitera les
moyens de les délivrer.
( 168 )
» On nous mande d'Anvers , lit-on dans nos pas
piers , qu'on y a reçu la nouvelle qu'il existe un
traité déja figné entre la France & la Hollande ,
mais dont les ratifications ne doivent s'échanger
pour éviter tout foupçon d'artifice , que fix femaines
après cette fignature. Les deux Puiffances
s'y garantiffent , dit-on , leurs domaines d'Alie ,
Afrique & d'Amérique , tels qu'ils étoient le
jour de la fignature , & elles étendent cette garantie
aux conquêtes qu'elles pourront faire à l'ennemi
commun avant la paix. Un nouveau tarif de
commerce y eft arrêté entre les deux Nations . La
France y garantit encore , & pour toujours , la
conftitution actuelle de la République des Provinces-
Unies. Quoique ce traité foit poffible , quoique
plufieurs Membres de l'Etat l'aient defiré ,
demandé même , on doute ici qu'il ait été conclu.
Nous demanderions volontiers quels font les motifs
de ce doute Nous n'en voyons d'autre que la crainte
qu'il ne foit conclu , parce qu'il eft entièrement
contre nous ; mais devons-nous nous flatter , après
les procédés que nous avons eus à l'égard de la
Hollande , qu'elle confervera des ménagemens pour
nous«< ?
On attend toujours le retour du Com
modore Johnſtone. Nos papiers avoient ,
même déja annoncé qu'il étoit dans nos
ports ; mais cette nouvelle ne s'eft pas vérifiée.
Tous les jours on apprend quelques
particularités de fa fameuse expédition qu'il
a manquée par fon avidité.
On prétend que tous les vaiffeaux de la Compa
gnie Orientale deftinés pour les Indes , à l'exception
de trois chargés de troupes , avoient quitté ce Com- "
modore à environ 300 lienes marines du cap pour
poursuivre leur route. Au cas de difperfion , leur
rendez-vous avoit été indiqué à l'ifle de Madagascar ,
&
"
( 169 )
& après s'y être pourvu d'eau fraîche & d'autres
provifions néceffaires , ils devoient diriger leur cours
vers Anjago , fur la côte de Malabar , pour y prendre
des informations touchant la pofition de Sir Edward
Hughes , & l'état des affaires fur la côte de Coromandel,
avant d'arriver dans ces lieux. On jugeoit trop
dangereux de faire directement voile pour Madras ,
avant qu'ils fuffent comment tout y alloit. Or ,
comme du côté du cap tout a été auffi fubitement
fini , il y beaucoup d'apparence que le Général
Meadows , avec les tranfports & les trois navires de
la Compagnie Orientale portant des troupes , arteindra
les autres vailleaux de la même Compagnie
avant leur départ de Madagafcar. Il eft certain que
ce Général abordera à cette ifle ; & fi M. de Suffren
n'en a pas eu avis , la jonction de M. Meadows avec
le refte des vaiffeaux de la Compagnie , feroit un
évènement fort heureux. Mais s'il arrivoit que M.
de Suffren les fuivit & furprît tous ces vaiffeaux
réunis à l'ifle en queſtion , comme il a fait à St-Jago ',
alors la prife des navires de la Compagnie Hollan
doife nous coûteroit bien cher. Notre efcorte eft
compofée de deux vaiffeaux de ligne , d'un de so
canons , de 2 ou 3 frégates : forces trop inférieures
pour pouvoir tenir tête à l'eſcadre que commande.
M. de Suffren.
Depuis que le Cap de Bonne Efpérance
a échappé au projet de conquête que nous
avions formé , on a publié dans tous nos
papiers , une defcription de cette poffeffion
qui peut intéreffer dans la circonftance préfente.
Les Hollandois ayant befoin d'un Port pour y ravitailler
leurs vaiffeaux venant des Indes , on y allant ,
s'établirent au Cap en 1650. Le projet en fut donné
par un Chirurgien nommé Van Riebeck. Les premies s
Colons n'eurent que 60 acres de terre , du bled , ch
bétail, des uftenfiles & des filles de joie tirées des H
24 Novembre 1781 . h
( 170 )
pitaux.Les natifs du paysfont nommés Hottentots ,lls
fe partagent en Tribus, dont chacune forme un village
indépendant. Leurs cabannes , couvertes de peaux ,
font fi bafles qu'on ne peut y entrer qu'en fe giffant
fur les mains & fur les genoux . Les Hollandois ne
les habitent qu'en tems de pluie , & ne s'en fervent
guères d'ailleurs que pour y ferrer leurs provifions
& leurs effets. Les troupeaux font communs à tout
le village , & chacun les garde à fon tour. Chaque
jour on fait une ronde exacte , & fi l'on apperçoit
un tigre ou un léopard , tout le village , armé de
pieux très - aigus & de flèches empoisonnées , le
raffemble & court à la chaffe. Ils paffent la plus
grande partie de leur tems couchés à leur porte,
fumant. Ils ont un ordre inftitué en l'honneur de
ceux qui ont tué quelque bête fauvage . Riebeck
paya 4000 liv. fterl . la partie du pays qu'occupèrent
les premiers Colons , & depuis , cet Etabliffement a
coûté aux Hollandois deux millions fterling.Il
y a au Cap environ 12 mille Européens , tant Hollandois
qu'Allemands & réfugiés François , dont une
partie réfide dans la capitale & dans les autres villes ;
le refte eft difperfé le long des côtes à la diſtance
de so lieues. Le terrein eft généralement fablonneux
& n'eſt bon qu'en certains endroits. Les
Colons s'établirent d'abord où ils trouvèrent de
l'eau , du bois & des terres fertiles.
dois du Cap font les premiers qui aient tiré des
Efclaves de Madagascar : les François ont fuivi leur
exemple. Les Cultivateurs font aujourd'hui un petit
nombre de Malayes qui , n'étant pas faits au climat ,
ne font guères propres au travail . Les Hottentots
trouvent un charme inexprimable dans la vie indo
lente qu'ils mènent dans leurs déferts . Rien ne peut
les en arracher , & quoique enlevés de chez eux au
berceau & inftruits dans les manières , la Religion
& le Commerce des Hollandois , une fois de retour
chez eux , ils renoncent à cette vie européenne . Les
plus pauvres fervent les Hollandois pendant 2 ou 3
→
- Les Hollan(
171 )
11 ans , & quand le terme de leur engagement eft expiré ,
ils rejoignent leur famille. La dîme du bled ,
du vin , les droits de la Douane & les autres impôts
rapportent à la Compagnie environ dix mille liv .
fterling. Les draps , fils & coton , poterie , charbon
qu'elle vend au Cap , leur valent encore deux mille
livies fterling . Ils redirent auffi un petit profit de
60 lecks ( le leck pèle do ze cents livres ) de vin
rouge , & environ 90 lecks de blanc qu'ils envoient
annuellement en Europe. Ce vin ne fe trouve qu'en
deux endroits , près de Conftance. On l'auroit pur
fans le profit que, le Gouverneur trouve en per-
,
>
mettant aux Cultivateurs de le mêler avec le vin
des vignobles voifius. Ce qui refte du vrai vin du
Cap fe vend , aux étrangers qui y touchent , fur le
pied de fchelings & demi la bouteille. Les
dépenfes de cet Etabliffement furpaffent les profits
annuels ; de forte que fon utilité fe borne à fournir
des provifions aux vaiffeaux , & à offrir un Port
sûr aux valeaux de la Compagnie des Indes . Le
ciel eft beau , ferein & tempéré. Les vaiffeaux s'y
fourniffent de beurre de farine , de vins & de
végétaux pour leur voyage ou même pour les
Colonies. La Compagnie , aveuglée par fon avidité
, abforbe fans ceffe l'induftrie des Cultivateurs .
On les force de vendre leurs denrées à un fi bas
prix , que depuis long - tems ils ne peuvent pas fe
procurer les premiers befoins. La tyrannie eft même
pouffée jufqu'à les empêcher de vendre leur fuperflu
aux Etrangers . Cette baffe jaloufie des Membres de
la Compagnie vient de ce qu'ils font perfuadés qu'en
ôtant aux autres Nations la facilité de trouver au
Cap des rafraîcheffemens , ils abandonneront le
commerce de l'Inde . Cependant dans les cas urgens
, le Gouverneur a ordre de fournir les vaiſſeaux
étrangers de tout ce qui peut leur être néceffaire.
Dans la dernière guerre , le Gouverneur Tolbac
donna un exemple d'équité dont aucun de ſes prédé
h 2
( 172 )
ceffeurs ne s'étoit piqué. Il fixa le prix des den
récs fur un pied qui encourageoit les Cultivateurs ,
& qui invitoit en même- tems l'étranger à acheter.
-
Le Cap peut être attaqué du côté de Table-Bay
où eft le fort & la ville. C'eft une rade ouverte ,
où la violence de la mer n'eft rompue que par une
petite ifler Les mois de Juin , Juillet , Août & Septembre
font une faifon dangereufe pour la navi
gation. 25 vaiffeaux y périrent en 1722 , & 7 ca
1736. Falle-Bay où les François font à préfent
feroit un endroit préférable pour l'attaque. Quoique
ce lieu foit à 30 milles de la ville du Cap , par
mer , il n'en eft qu'à 3 milles par terre. On pourroit
débarquer à Falfe - Bay avec bien de la fûreté ,
& les troupes s'empareroient du Morne qui commande
le fort , où il n'y a que 3 ou 400 hommes
tout au plus . Il ne faudroit qu'un jour de bombar
dement pour réduire le Cap , & la perte de cette
place mettroit les Hollandois dans l'impoffibilité de
fecourir les établiffemens qu'ils ont dans l'Inde,
FRANCE,
De VERSAILLES , le 20 Novembre.
M. Gerard , Confeiller d'Etat , Préteur
Royal de Strasbourg , eut l'honneur de préfenter
au Roi , le 4 de ce mois , la Médaille
frappée à l'occafion de l'époque féculaire
de la foumiffion de cette Ville à la Couronne.
Le Comte d'Abzac de Mayac , qui avoit
eu précédemment l'honneur d'être préfenté
au Roi , eut le même jour celui de monter
dans les carroffes de S. M. & de chaffer
avec elle.
De PARIS , le 20 Novembre.
On vient enfin de recevoir des nouvelles
de l'Amérique Septentrionale , elles ont rem
( 173 )
,
pli l'attente qu'on avoit conçue des opérations
de M. de Graffe , & des armées combinées
de MM, de Rochambeau , Washington ,
de la Fayette & de Wayne. M. le Duc de Lauarrivé
hier au foir à Verfailles , nous a
appris que le Lord Cornwallis , que ces préparatifs
menaçoient , s'eft rendu , le 19 , avec
les troupes qu'il commandoit , au Général
Washington & à M. de Rochambeau. Cette
nouvelle heureufe ne pouvoit arriver dans
des circonftances plus favorables. Les détails
que l'on fait , en attendant la relation que la
Cour doit publiér , font : que le 29 Septembre
toutes les troupes Françoifes & Américaines
formant environ 20,000 hommes
étoient raffemblées & avoient commencé
les approches ; le Lord Cornwallis s'étoit
retiré à Yorck , ville de la Virginie fur la rivière
de ce nom ; MM. Washington & de
Rochambeau firent attaquer deux redoutes ,
l'une par M. de la Fayette , l'autre par M. de
Viomefnil ; ces redoutes ayant été emportées
on forma une nouvelle parallèle ; le Lord
Cornwallis fit une fortie inutile , & le 19
Octobre il capitula , il fortit de la place avec
les honneurs de la guerre & il eft prifonnier
avec toute fon armée , forte de 6000 hommes
environ. M. le Duc de Lauzun , Colonel de
la Légion de ce nom , & M. Dupleffis Paſcau ,
Capitaine de vaiffeau , avoient été chargés
d'apporter cette nouvelle & celle du combat
naval dus Août ; ils ont débarqué à Brest
après 22 jours de traverfée. Nous nous emh
;
( 174 )
prefferons de donner ces relations détaillées
auffi-tôt qu'elles paroîtront .
La petite Armée partie de Toulon pour
Mahon y eft arrivée en moins de 12 heures.
Tous les tranfports difperfés par la tempête
s'étoient réunis fous leur eſcorte , & les trois
tartanes qui feules étoient revenues à Toulon
, en repartirent 2 jours après .
» Notre convoi , lit - on dans une lettre de ce
port , en date du 29 Octobre , a eu la traverfée
la plus courte & la plus heureuſe
pouvoit defirer. Les troupes ont débarqué à Mahon
le 24 ; ainfi le coup de vent qu'il reçut avoit été
exagéré par les bâtiment de tranfport qui revinrent
ici . L'une des frégates de l'escorte qui nous a apporté
cette bonne nouvelle , nous apprend que le
23 le Commandant du Fort ayant fait fortit des
troupes fur deux colonnes , pour détruire une bat
terie à laquelle M. de Crillon faifoit travailler , ce
détachement fut repouffé ; il laiffa 10 hommes fur
la place , & emporta quantité de bleffés . On ignore
fi depuis l'arrivée de M. le Baron de Falkenhayn ,
le fiége du Fort Saint - Philippe a été réfolu , ou bien,
ce qui feroit plus fûr , fi l'on a continué d'établir
des batteries qui puiffent battre toutes les cales &
empêcher par-là le ravitaillement de la place ,
qui alors tombera d'elle - même. M. de Vialis ,
qui avoit été envoyé à Alger fur une frégate du
Roi , pour arranger quelques difcuffions élevées
par cette Régence , eft de retour ; il a rempli fa
miffion avec beaucoup d'habileté , & tout s'eft arrangé
à la fatisfaction de fa Cour. On ajoute
même que le Divan d'Alger qui , par le blocus de
Mahon , n'a plus aucun lieu de relâche dans nos
mers pour fes vaiffeaux , eft décidé à offiir aux
Espagnols ou la paix ou la trève , afin de pouvoir
fréquenter les pa ages de l'Oueſt & du Nord com
me par le paffé «‹ .
( 175 )
Dans le moment où tout fe prépare pour
le fiége du fort Saint- Philippe , on ne peut
qu'accueillir un plan de cette place importante
, telle qu'elle eft actuellement en 1781 .
Celui que vient de publier M. de Longchamps
fils , Ingénieur- Géographe , réunit
au mérite de l'exactitude , toute la perfection
dont le burin de ces fortes d'ouvrages
eft fufceptible. Il devient néceffaire à
tous ceux qui voudront fuivre les opérations
de ce fiége ( 1 ).
Selon des lettres de Breft , on y a reçu
la nouvelle que les frégates la Réfolue & la
Cybelle , font arrivées heureufement à leur
deftination dans l'Amérique Septentrionale ,
où elles ont porté des fommes confidérables
. Ces lettres ajoutent qu'il paroît certain
que plufieurs vaiffeaux ne tarderont pas à
appareiller ; que tous ceux de ce port font
actuellement en rade , à l'exception du
Guerrier & du Protecteur , & que les troupes
commençoient à s'embarquer. On ne pourra
point avoir le journal de ce port que lorfque
le grand armement aura mis en mer.
כ
Quelque foin qu'on apporte , écrit - on de
Bayonne , à n'envoyer que des nouvelles pofitives ,
on eft quelquefois trompé. On l'a été ici fur l'arrivée
du convoi de la Havane à Cadix ; la note de
fon chargement eft exacte ; mais il n'y a encore
que les galions qui foient arrivés . Le reste du
convoi chargé en marchandifes , n'a point paru ;
( 1 ) Ce plan ſupérieurement gravé & enluminé fe trouve
chez M. de Longchamps fils , Ingénieur Géographe , Collége
des Cholets.
h 4
( 1766
& fon retardement , qui n'alarme point encore ,
inquiette au moins les intéreffés ..
--
#
>
La nouvelle
de l'arrivée aux Antilles du convoi de Bordeaux ,
eft très-pofitive. Un de nos Négocians a reçu par
un courier exprès de Cadix , les détails fuivans :
Par le vaillean François le Victorieux , parti
de Saint- Pierre le 7 Septembre , entré ici aujour
d'hui ( 29 Octobre ) , il y a une heure , & dont
le Capitaine vient de defcendre à terre nous
avons appris que les navires du convoi de Bordeaux
parti le 21 Juillet dernier , étoient tous
arrivés à Fort Royal le 29 Août , fous l'efcorte
des frégates l'Amazone & la Capricieuse , qui ont
fait dans la traverfée une prife d'un navire Anglois
monté de 30 canons. Ce convoi a couru le plus
grand rifque aux Attérages des Ifles . Il s'eft trouvé
dans fon centre trois vaiffeaux de guerre Anglois
qui s'y étoient mêlés pendant la nuit , & qui n'eu
rent rien de plus preffé que de faire ufage de toutes
leurs voiles pour l'abandonner & gagner Sainte-
Lucie. Le bruit avoit couru que M. de la Motte-
Piquet retournoit aux Illes avec fix vaiffeaux. Les
expéditions Efpagnoles qui avoient été faites aux
Afturies , & qui avoient été s'incorporer dans ce
convoi , étoient placées fur les aîles . Ces vaiffeaux
furent pris par les Anglois pour des vaiffeaux de
ligne François , & ce fut ce qui occafionna leur retraite
précipitée. Les bâtimens deftinés pour
le Cap , tant ceux qui fe trouvoient déja à la Mar
tinique , que ceux du convoi de Provence , parti
d'ici fous l'efcorte des frégates l'Alcefte & la Sé
rieufe , & ceux de Bordeaux qui venoient d'arri
ver , devoient partir le 25 Septembre , fous l'efcorte
des frégates l'Alcefte & la Sérieuse , & la
corvette la Blonde. Il est vrai que deux vaif
'feaux de l'expédition de Johnſtone , étoient arrivés
à Sainte- Lucie pour s'y réparer. Il n'étoit pas
queftion du retour du convoi pour France , & fon
préfume que ce ne feroit qu'au retour de M. de
-
( 177 ) .
Graffe , qui avoit enlevé au Cap tous les équipages
des navires marchands «<.
Le bruit de la priſe de Madras s'eft répandu
depuis quelques jours . Cette nouvelle
écrite , difoit-on de Conftantinople par l'Ambaffadeur
de France , a fait d'abord la plus
grande fortune. On a dit qu'elle étoit venue
par Alep & par Baflora : maintenant elle
trouve quelques incrédules ; & les fentimens
fe trouvant partagés , il faut en attendre la
confirmation. On prétend que la fixième
bombe tirée par Hyder Aly , mit le feu à un
magafin à poudre du fort George , & que
cette exploſion rendit les affiégeans maîtres
de cette place importante. Comme nous
femmes affurés que M. d'Orves étoit retourné
à l'Ile de France , il faut fi cette
place a été prife véritablement , que quelque
accident tel que celui dont on parle
l'ait fait tomber au pouvoir d'Hyder- Aly ,
qui d'ailleurs avoit des intelligences parmi
les Sipayes qui la défendoient.
La lettre fuivante d'un brave Officier qui
a vécu long-tems dans l'Inde , & qui a connu
particulièrement Hyder-Aly au fervice duquel
il a commandé en chef un corps de
troupes Européennes , ne peut qu'intéreffer
nos Lecteurs. A ce titre bien fuffifant pour
nous engager à la leur mettre fous les
yeux , s'en joint un autre , celui de réfuter
une lettre que nous avoient fourni les
Papiers Anglois.
Vous avez inféré, M,, dans votreJournal du Samehs
( 178 )
ל כ
55
di , 3 Novembre , pag. 17 , une lettre , que vous
annoncez comme devant donner des éclairciffemens
fur les opérations des armées d'Hyder- Ali - Khan &
des Anglois ; on doit d'autant moins compter fur
la véracité de l'Ecrivain de cette lettre au fujet des
opérations des deux armées , lorfqu'on y lit ce
paragraphe abfurde dans lequel il dit : » Les Officiers
François , qui font dans l'armée d'Hyder- d
Aly , n'ont jamais fervi leur patrie , en cette
qualité , ce font des déferteurs fans honneur &
fans talens ; pour preuve de cela , nous direns
feulement qu'à la bataille de Vaniombodi , un
» corps entier de cavalerie Françoile , Officiers &
» foldats au fervice d'Aly , pour cent pagodes par
homme , volèrent fous les drapeaux de la Com
pagnie. Cette défection n'empêche pas Aly d'aimer
les François ; il en fait fon Saumée ou fon Dieu ;
car Hyder n'eft pas Mufulman , mais de la Religion
des Gentoux. « Or , ce paragraphe annonce
la plus grande ignorance , & le deffein formel d'injurier
la nation Françoife . Je puis certifier , M. ,
qu'il y a dans l'armée d'Hyder -Aly-Khan , des
Officiers qui ont fervi en France en cette qualité
ayant l'eftime de leurs Supérieurs , avec qui ils ont
toujours entretenu correfpondance. Depuis le
malheureux évènement de la prife de Pondichery,
fous M. de Lally , qui a obligé plufieurs Officiers
François de chercher afyle dans l'armée d'Hyder ,
il y a toujours eu des Officiers auprès de ce Prince ,
parmi lefquels il y a eu des gens de qualité , & des
Officiers décorés & de grade fupérieur . Le fieur de
Lallée , il eft vrai , n'a été que Sergent en France ;
mais il eft Gentilhomme , & appartient à des gens
de nom qui occupent à Paris des places diftinguées ;
& fi on pouvoit reprocher à quelqu'un d'avoir été
Sergent , ce reproche tomberoit auffi fur plufieurs
Généraux & Colonels Anglois qui ont été Sergens
& n'en font pas moins eſtimables.- Le reprochede
-
2
( 179 )
-
renégats , qu'on fait à tous les Européens d'Hyder ,
eft d'autant plus abiurde , qu'il n'en exifte peut-être
pas un dans toute l'Inde ; & qu'on peut aflurer ,
avec vérité , qu'il n'y en a jamais eu dans les Etats
d'Hyder , ce Prince étant le Potentat le plus tolérant
qui ait jamais exifté ; & tous les Chrétiens de fon
armée , blancs ou noirs , qui forment un corps
d'environ 6000 hommes , portent des croix dans
leurs drapeaux. Un Européen qui fe feroit Mahométan
chez Hyder , s'expoferoit à la diminution de
fa paie , fous le prétexte que ne pouvant plus
boire de vin , il n'a pas beſoin d'une fi forte paie ;
c'est du moins l'excufe dont fe fert Hyder , lorfque
les Indiens lui demandent pourquoi il donne aux Européens
une paiè triple des Indiens . L'ignorance
de l'Auteur de la lettre fe montre encore dans ce qu'il
dit qu'Hyder fait fon Saumée ( * ) ou fon Dieu des
François , & qu'il n'eft point Mufulman , mais Gentou .
Le nom feul d'Hyder prouve qu'il eft Mahométan ;
ce nom eft commun chez les Arabes , les Perfans
& les Mogols ; la Capitale de la Soubabie du Décan ,
fe nomme Hyder- Abab , qui , dans l'idiôme Perfan
que parlent les Indiens Mahométans , fignifie le
repos d'Hyder : mais ce qui ôte tout doute fur la
Religion d'Hyder , c'eſt qu'il a épousé la fæeur de
Moctum -Ali-Khan , qui eft reconnu pour le Chef
des Seyed ou des defcendans de Mahomet par Ali ,
fon coufin , & fa fille Fatime . L'Auteur de cette
lettre reproche encore aux François de l'armée
d'Hyder d'avoir déferté & volé fous les drapeaux
de la Compagnie Angloife , Officiers & Soldats
pour la modique fomme de 100 pagodes par homme :
j'avois depuis long-tems le defir de faire connoître la
politique perfide du Gouvernement Anglois de l'Inde ;
( 1 ) Sami en langue Malabare fignifie Saint , les Malabares
donnent ce nom à leurs Divinités fubalternes ,
leurs Prêtres , à leurs Supérieurs , &c .
h 6
( 180 )
je fuis enchanté qu'un Anglois m'en fourniffé l'occa
fion , & en même-tems celle de parler de la dé
fertion d'une cinquantaine de huffards d'Hyder , dont
la plupart , & leur Capitaine même , n'étoient pas
François ; je fus la victime de cette défertion qui me
fit tomber entre les mains des Anglois , qui me
firent fouffrir les plus cruelles perfecutions , que
je puis prouver par les lettres originales du Gou
verneur Bourchier. Le Gouvernement de Madras
ne parvint à débaucher cette petite troupe que par
la contrefaction & la fuppofition de lettres fauffement
attribuées au Gouverneur & au Confeil de Pondichéry
, & par les intrigues de Religieux que les
Gouverneurs Anglois de l'Inde n'ont accueilli , lor
qu'ils ont été expulfés d'ailleurs , qu'afin de s'en
fervir d'émiffaires & d'efpions ; les commiffions de
Lieutenant -Colonel , de Capitaines , de Lieutenans ,
Sous - Lieutenans & Commiffaires accordées aux
traîtres que les Anglois avoient féduits , prouvent
que tout le monde ne s'étoit pas contenté de 100
pagodes ; & le don de ces 100 pagodes n'eft autre
chofe qu'une friponnerie du Gouvernement Anglois,
qui ayant promis de payer les chevaux volés àHyder
par les huffards , au lieu de les payer à leur valeur ,
qui étoit de 5oo roupies au moins fans l'équipement ,
ne voulut les payer que 100 pagodes , vafant 350
roupies. Ayant commandé les Européens de
l'armée d'Hyder , & n'ayant point renoncé de retourner
auprès de ce Prince , il étoit de mon devoir
de répondre à une lettre calomnieufe contre les François
qui font & ont été au fervice d'Hyder - Ali-
Khan . J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c. Signé,
MAYSTRE DE LA TOUR.
Madame , fille du Roi , a eu il y a quelques
jours une indifpofition qui fembloit
annoncer la petite vérole ; déja , par ordre
du Roi , Madame la Princeffe de Guémené
avoit quitté Mgr, le Dauphin pour paffer
( 181 )
auprès de Madame ; cette Princeffe eft actuellement
rétablie & il n'eft plus queftion
de petite vérole .
L'entrée de la Reine à Paris qu'on croyoit
fixée au ro du mois prochain , eft dit- on
remiſe au mois de Janvier ; il paroît décidé
que S. M. ira dîner à l'Hôtel de Ville ;
& on parle d'un feu d'artifice fur la rivière
entre le Pont Royal & le Pont Neuf.
On s'eft empreffé dans toutes les Provinces
du Royaume de remercier le Ciel de
l'heureufe délivrance de la Reine , de la
nailfance d'un Dauphin ; par- tout le zèle
& l'amour fe font réunis pour célébrer cet
heureux évènement par des actes de religion
& de bienfaifance & par des fêtes . Les
relations que nous en recevons fe multiplient
, & leur nombre ne permet pas de
leur donner la place que nous défirerions ;
d'ailleurs elles fe reffemblent toutes ; ce font
les mêmes fentimens qui les ont dictées.
Forcés de nous borner , nous nous arrêterons
à celle que M. le Duc de Croy , Coinmandant
en Picardie , a donné à Calais le 4
de ce mois.
» La fête fut annoncée à fept heures du matin par
18 coups de canon , tirés au baftion de la Coulevrine
; au dernier on battit la générale & on fonna
toutes les cloches. Alors toute la Ville arbora le
pavillon blanc qui garnit en plein tout le haut des
rues. Le mandement ayant été lu au prône , au
fortir de la grand❜meffe il y eut diftribution de 1200
pains , moitié à la Ville moitié au Courgain de
délivrance de prifonniers . A midi on tira encore
7182 )
18 coups de canon au même endroit , & au dernier
toutes les cloches fe firent encore entendre. - Vers
les quatre heures , le Duc de Croy , précédé des
gardes & accompagné de MM . les Magiftrats , fe
rendit à l'églife , ou deux compagnies de grenadiers
bordoient la haye , tous les Corps étoient alors
dans le choeur. Il y eut proceffion , falut , après
lequel on chanta le Te Deum avec beaucoup de
pompe. - Vers cinq heures on fortit de l'églife , &
le Duc de Croy avec fon cortége alla au milieu de
la grande place , où les grenadiers faifoient le cercle
, allumer le grand feu de joie avec le Mayeur.
Alors les troupes rangées fur les remparts firent ,
ainfi que tous les canons de la Ville & des Forts ,
trois décharges de feu roulant. Après le feu de
joie allumé , on commença la comédie que le Duc
de Croy donnoit gratis au peuple , & qui finit par
la partie de chaffe de Henri IV & des couplets analogues
au moment que des coeurs Calaiflens chantent
d'eux-mêmes ; auffi le peuple fit voir par fes cris
d'allégreffe qu'il ne dégénéroit pas de fes ayeux.
―
A huit heures & demie on s'affembla à l'Hôtel -de-
Ville , où les 400 perfonnes invitées par billets
trouvèrent fur de petites tables en bas , qui fe renouvelloient
fans ceffe , à fouper chaud & où chacun
s'arrangea fuivant fa compagnie. A dix heures
on tira le grand feu d'artifice , la communication
du Courgain reftant toujours ouverte. Après le feu
on battit la retraite des troupes. Le feu fini , le bal
commença dans la belle falle de l'Hôtel-de-Ville ,
que le Duc de Croy avoit très-bien fait orner &
décorer , ce bal dura , à cinq contre- danfes à la
fois , toute la nuit , ainſi qu'en bas , le fervice en
chaud , ou plus de 500 perfonnes furent bien fervies
, de même que les rafraîchiffements en haut.
Le fouper des 100 grenadiers de garde fut entr'autres
remarquable par leur joie franche & leurs
( 183 )
acclamations. Peu après le feu d'artifice fini
on commença à lâcher les 4 fontaines de vin des
quatre coins de la Place , où il y avoit auffi quatre
échaffauts pour
les violons , de forte que , le tems
ayant été beau & calme , le peuple eut à boire &
à danfer toute la nuit , & fes cris continuels de
vive le Roi marquoient fa fatisfaction . Le lende
main tous les foldats de la garnifon eurent une
ample récréation. Tout fe paila avec une joie &
un ordre parfaits «.
>
Le 29 Octubre les Penfionnaires du Collége
d'Harcourt firent célébrer une Meffe
folemnelle fuivie d'un Te Deum , à l'occafion
de la naiffance de Mgr. le Dauphin :
ils ont enfuite délivré 6 prifonniers détenus
pour dettes de mois de nourrice au Fortl'Evêque
; parmi ces prifonniers fe trouvoit
une femme qui n'étoit dans cette prifon
que de la veille , mais bien intéreffante
par le motif qui l'y détenoit. Cette femme
étant venue vcir fon mari , le trouva fouffrant
& malade ; auffi- tôt elle s'offric à demeurer
à fa place , & força fon mari de
retourner chez lui pour y trouver un repos
qu'il ne pouvoit trouver en prifon . Le
Ciel a promptement récompenfé cet acte
de tendreffe conjugále & de générofité peư
commune.
» On écrit du Mans , que le tonnerre tombé fur
le clocher de Saint - Chriftophe- de-Jambert , à une
lieue de Frenay - le - Vicomte , un nommé Pierre
Donet , charpentier , avoit , par fon intrépide activité
, arrêté les progrès d'un incendie qui menaçoit
toute la Ville. Cet ouvrier , parvenu à la voûte de
l'églife , fe porta de folive en folive , à plus de
40 pieds au-deus. Une pièce de bois l'arrête , il
( 184 )
la coupe avec une petite hache dont il s'étoit muni ,
il le fait enfuite un paffage en brifant tout ce qui
s'oppole à lui , pour parvenir au-deffus de la couverture
en dehors du clocher. Il s'y pratique des
marches , & s'élève jufqu'au fommet où étoit le
feu. Au moyen d'une corde , on lui fait paffer de
l'eau dans des cruches , & par ce travail de plus de
deux heures , qui l'expofeit à la fonte des plombs
dont il fut brûlé en plufieurs endroits fans abandonner
fon entreprife , il vient à bout d'éteindre le
feu , & d'être ainfi , en bravant les plus grands
dangers , le fauveur de la Ville. Le même jour &
à la même heure , le feu du ciel eft tombé fur la
maifon du moulin de Combre , à une demilieue
de Saint-Chriftophe , deux demeftiques y ont
été tués , ainsi qu'un paffager qui s'y étoit réfugié
Four fe garantir de la pluie «.
Les incendies fe font fort multipliés
cette année , & peut- être jamais ils n'ont
commis plus de ravages.
» Un Amateur de l'Opéra , frappé de la deftruction
de notre dernière falle , vient de faire paroître ,
au prix de 6 fols , une brochure dans laquelle il
propofe férieufement de bâtir une falle incombuftible
, dans laquelle il n'entrera point de bois. Les
loges feroient de taule , le théâtre de fer , les couliffes
& les plafonds de ferblanc , les poulies de
cuivre & les cordes de fil d'archal ; il paroît qu'il
n'a oublié que des habits d'amiante pour les Acteurs .
•
Un autre a perfectionné les aîles pour voler ; &
il démontre que s'il parvient à donner à la queue
néceſſaire aux hommes volans , l'activité des aîles
les voyages en l'air feront auffi faciles que prompts.
Cette découverte feroit infiniment précieufe dans le
moment actuel , pour faire arriver promptement
les nouvelles dont il fera poffible que les porteurs
foient témoins ; les couriers aîlés planeroient fur les
( 185 )
armées , fur les efcadres , & quand ils leur auroient
vu faire quelque grande chofe , ils viendroient à tire
d'aîle nous informer de ce qu'ils auroient vu .
Le Bureau Académique d'Ecriture , préfidé par M.
Lenoir , Confeiller d'Etat , Lieutenant -Général de
Police , & par M. Moreau , Confeiller d'Etat , Procureur
du Roi au Châtelet , tint le huit de ce mois ,
dans la grand'Salle des Mathurins , fa féance publique
de rentiée. M. Harger , Secrétaire , ouvrit la féance
par la lecture d'un Mémoire contenant le précis
des travaux dont le Bureau s'eft occupé pendant
l'année , fur l'Ecriture , les Calcuis , la Vérification
des Ecritures & la Grammaire Françoiſe. En traitant
de l'Ecriture , M. Harger fit voir que les Ecritures
curfives étoient tellement dégénérées , que la plupart
étoient illifibles ; & pour y remédier , il indique la
méthode d'enfeignement , la feule dont le fuccès
puiffe être alfaré. En traitant de la Grammaire Françoife
, il fit obferver les avantages que toutes les
Profeffions retireroient , fi les jeunes gens , que l'on
ne deftine point aux états pour lesquels la langue
Latine eft néceffaire , fe bornoient à l'étude du
François , qui , riche en bons Auteurs , leur procureroit
le tems d'acquérir un bonne Ecriture , &
les livreroit plutôt aux objets qui doivent un
jour décider de leur fortune. M. Vallain luc
enſuite un Mémoire fur la vérification des Ecritures
qu'il termina par quelques réflexion fur l'heureux
Evènement qui intéreffe tous les François . M. de
Courcelle lut l'Eloge de Rollignol , le plus grand
Ecrivain que la France ait eu. M. Haiy termina
la féance par des réflexions folides fur la néceffité
de s'occuper des anciens caractères pour l'intelligence
des Chartres ou Diplômes.
La Séance a été précédée d'un Te Deum , en
l'Eglife defdits Mathurins , en actions de graces
de l'heureux Accouchement de la Reine & de la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin. La Mufique
étoit de M. de Launay , Ordinaire du Concert
( 186 )
Spirituel , & elle fut exécutée par les Amateurs
du Concert de M. Perrier , Négociant , connu fous
le nom de Concert d'Amis.
BRUXELLES , le 20 Novembre.
LES Directeurs de la Compagnie Hollandoife
des Indes orientales , ont reçu de
Cadix quelques caiffes avec des lettres &
papiers de l'Inde qui y étoient arrivés à bord
de ces navires de retour. Parmi ces lettres
il s'en trouve quantité pour les particuliers
dont la diftribution n'avoit pas encore
été faite ; on eſpère qu'elles donneront quelques
lumières fur l'état des affaires dans
cette partie du monde.
Au départ des dernières lettres de Hollande
toutes les provinces , à l'exception
de la Zélande , avoient déja confenti à l'ouverture
de l'emprunt dont on a parlé ; il
eft de 5 millions de florins à 4 pour 100
d'intérêt .
» Malgré plufieurs déclarations de différentes
Provinces en faveur du Duc de Brunſwick , écrit-on
de Campeu , il s'en faut de beaucoup que les efprits
foient unanimes fur ce fujet dans les Provinces mê
mes qui lui font le plus favorables , fon plan de s'adreffer
aux Etats - Généraux ne pouvant manquer
d'augmenter la divifion en reffufcitant l'ancienne
difpute fur les droits des Juftices provinciales. On
a remarqué que le Duc n'étant pas attaqué dans fa
qualité de Feld- Maréchal , c'eft le Tribunal de la
Province où il réfide qu'il devoit invoquer ; c'é
toit à lui de prononcer fur cette affaire , auffi a-t- on
vu la plupart des villes de Hollande fe ranger à l'avis
des Villes qui confervent leurs droits. On affure que
( 187 )
celles d'Akmnar & de Schoonoven fe font jointes
aux huit grandes villes qui avoient condamné la
démarche du Duc ".
La médaille gravée en mémoire de la
glorieufe action du 5 Août dernier , entre
l'efcadre Angloife aux ordres du Vice-Amiral
Parker , & l'efcadre Hollandoife commandée
par le Vice-Amiral Zoutman , va
être diftribuée . On voit d'un côté la Victoire
ayant l'extrémité d'un pied fur le devant
d'un vaiffeau , tenant d'une main une
couronne de laurier , de l'autre une branche
de palmier entrelacée d'une branche
d'olivier. Le devant du vaiffeau repréſente
la tête d'un lion & les 7 flèches qui font
les armes de l'union Belgique. On lit audeffus
: Dogger Bank se . Aug. 1781 ; au
tour, pax quæritur bello. Au revers eft une
guirlande de laurier , au milieu de laquelle
on lit eximia virtutis præmium : au tour :
munificentia Principis Auriaci.
:
Il est beaucoup queftion dans les Papiers
Anglois d'une paix particulière & féparée
avec la Hollande ; s'il faut les en croire ,
c'eft l'objet d'une grande négociation. On
prétend que dans la République les efprits
font partagés fur la queftion s'il faut fe
réunir aux François , agir de concert avec
eux , & frapper de grands coups qui amèneront
une paix générale , ou s'il vaut mieux
agir féparément comme on pourra en attendant
qu'on puiffe faire une paix particulière
: Cette queſtion a été agitée en Hol(
188 )
lande dans le Papier périodique dont nous
avons parlé fouvent intitulé : Politique Hollandois
. Le précis des raifonnemens de l'Auteur
fur cette queftion ne peut qu'intéreffer
dans les circonftances préfentes , & jetter
un nouveau jour fur les intérêts de la République
au milieu du choc des opinions & des
partis qui malheureufement la diviſent encore.
Sommes - nous une puiffance terrienne ou une
puiffance maritime ? Ou plutôt pouvons- nous ima
giner que nous conferverons une marine marchande
, fans avoir une marine guerriere qui la protege ?
Quand même nous ferions une paix particulière
avec l'Angleterre , cette paix feroit - elle affutée , fi
nous ne sommes pas plus qu'auparavant en état
de la faire refpecter ? Mais cette paix particulière ,
dont on ne ceffe de faire retenti le fon impofant ,
n'eft qu'un piége groffer four nous tenir dans
l'inaction . A quelles conditions , chers concitoyens ,
cette paix particulière fe feroit elle ? Vous deman
deriez la reftitution ou l'inadmiffion de toutes les
pertes que vous avez effuyées de la plus injufte &
de la plus violente des aggreffions . Croyez-vous
que le ministère Britannique vous accorderoit cette
demande ? Suppofé même qu'il fût difpofé à vous
l'accorder , feroit-il en état , dans l'épuisement où
il fe trouve , d'acquitter fa promeffe Eft- il à croire
, qu'après avoir condamné tant de prifes faites
en tems de paix , il fe relâcheroit fur celles faites
depuis la guerre ? Vous n'avez donc à espérer aucune
indemnifation . Vous demanderiez aux Anglois
la reftitution de Saint-Euftache , de Deme
raty & d'Effequebo. Les Anglois vous rendront - ils
Saint Euftache , eux qui ont mis tant d'im
portance à cette conquête au point de la regarder
comme l'acheminement le plus certain à la réduc
( 189 )
tion de toutes les poffeffions de leurs ennemis en
Amérique ? Ce ministère orgueilleux reviendroitil
ainfi fur les pas , ou plutôt s'expoferoit- il aux
malheurs terribles dont cette Ifle étoit , felon lui ,
la fource inépuisable ? Ainfi les Anglois ne reftitueroient-
ils pas Saint- Euftache. Lorfque Sir George
Rodney faifoit , fans fortir de cette Ifle , la conquête
de Demerary & d'Effequebo , & recevoit
faftueulement l'hommage des lâches colons de ces
deux derniers établiffemças , il les indiquoit à la
Cour de Londres comme des branches de richelles
qu'il feroit facile de multiplier à l'infini : il avoit
raifon , & ces deux établiſſemens pourroient produire
des revenus immenfes fous une adminiſtration
éclairée , fage & patriotique. Croyez - vous
que les Anglois , voyant tous leurs établiſſemens
fur le continent de l'Amériqne Sept, échapper de
leurs mains , & étant exposés au danger de perdre
encore leurs ifles , nous abandonneront Ellequebo
& Demerary ? Vous demanderez que les
Anglois vous permettent de jouir des priviléges de
la neutralité armée qu'ils conviennent de s'en
tenir à cette loi vaiffeau franc , cargaiſon franche ,
& ne gênent plus le tranfport des munitions nava
les . Mais nc fentez vous pas que ces trois conceffions
enchaînées P'une à l'autre , ne Vous
feront jamais accordées. , parce que la jouif..
fance de ces avantages a été la vraie caufe des
hoftilités Angloifes , & qu'ils auroient alors les
mêmes dangers à craindre de notre active
induftric. Si ces avantages nous font refufés
c'en est fait de notre commerce, La guerre
nous cauferoit - elle de plus grands maux ?
Ainfi , de quel côté que vous vous tourniez , vous
n'avez , ni en faisant la paix avec l'Angleterre , ni
en vous joignant à elle contre les ennemis , qu'une
perfpective finiftre devant les yeux. Vous n'avez
rien à efpérer que lorfque l'Angleterre fera réduite
( 190 )
-
à la néceffité de vous accorder des conditions
équitables.... L'Etat n'a donc plus d'espoir que
dans de grands efforts & des armemens refpectables.
Ceft le feul moyen d'ouvrir la liberté des mers
à notre navigation , de la maintenir pendant la paix ;
& même hâter le retour de la paix & d'en confolider
la durée en la rendant générale . Toutes les claffes des
citoyens font également intéreflées à ces melures ,
les propriétaires des biens fonds , les négocians
, les rentiers même. La folidité des fonds
Anglois diminue à proportion de la durée de la
guerre ; & fi des coups vigoureux ne forcent l'Angleterre
à fe prêter à des conditions de paix , fi
l'époque de cet heureux évènement eft encore bien
éloignée , elle fera peu à peu hors d'état de faire.
honneur à fes engagemens. Il ne faut pas cher
cher à fe tromper foi-même. Nous fommes tellement
impliqués dans cette guerre , qu'il nous eft
à-peu-près impoffible d'en fortir de nous-mêmes.
Les inconvéniens d'une paix particulière font fi
compliqués & en fi grand nombre , qu'il eft prefqu'abfurde
d'en nourrir l'efpérance . Les Anglomanes
difent eux-mêmes que nous avons perdu , par
cette rupture , le meilleur & le plus fûr de nos alliés
. Nous devons donc en chercher ailleurs ; &
les plus naturels font les puiflances qui ont à
combattre le même ennemi que nous. On cherche
à jetter des foupçons fur la France. Des calomniateurs
hypocrites ayant toujours le nom de Dieu
à la bouche , pour diftiller le poison avec plus
d'art , ont pris à tâche de vous prévenir contre
cette nation , & d'exalter vos ennemis. La France
vient cependant de fauver un de nos principaux
établiffemens. Si Louis XVI avoir fuivi une politique
infidieufe & moins noble , il eût abandonné
le Cap de Bonne-Efpérance à l'avide ambition des
Anglois. Il ne l'eût fait attaquer que lorsqu'il
auroit pu en faire une acquifition légitime , en
( 191 )
l'enlevant aux ennemis . La générofité de Louis XVI
mérite donc toute notre confiance . Il eft donc de
la faine politique de former une ligue avec ce Monarque
, & de concerter avec lui les opérations de
la guerre , &c.
PRÉCIS DES GAZETTES ANG . du 11 Novembre.
Le Confeil de guerre tenu le 10 Septembre à
New-Yorck pour délibérer fur les opérations futures ,
& fur les moyens de faire paffer des tecours efficaces
à Cornwallis , a décidé que malgré la fupériorité de
l'ennemi , il falloit faire par mer quelque attaque gé
nérale & vigoureufe ; que pour cet effet l'efcadre
fortiroit de Sandy-Hook vers le 13 Octobre ; avant
ce tems , il y avoit beaucoup de rifque à paffer la
Barre ; & Cornwallis avoit informé Clinton' que fes
provifions pouvoient aller jufqu'à la fin d'Octobre.
Clinton dans fes dépêches particulières , inftruit le
Gouvernement que le Confeil a décidé qu'il ira en
perfonne au fecours de Cornwallis avec 5000 hommes
, qu'il a été ordonné de préparer un nombre
fuffifant de tranfports qui les prendront à bord &
partiront avec Digby : il ajoute que felon les avis
qu'il a reçus , l'efcadre Françoife eft de 33 vaiſſeaux
fans ceux de so canons , qu'il eft porté à la croire
de 26 , contre lefquels nous n'avons à oppoſer que
25 vaiffeaux de ligne , outre le Centurion qui vaut
un vaiffeau de 60. Cette fupériorité de l'ennemi
continue-t-il , fera de peu de conféquence s'il refte
dans la Chéfapéak , parce que dans cette pofition il
ne pourroit faire combattre tous fes vaiffeaux.
-
Le7 Septembre Washington eft arrivé à Williamsbourg
; l'armée qui s'étoit embarquée dans différens
endroits étoit attendue le 14 à la rivière de James.
Le Lord Cornwallis a mis fon armée à la demiration
; le nombre de ſes malades eſt infini ; & il a
fait tuer tous les chevaux inutiles pour les manger.
On affure que M. de la Fayette à déja refuſé des
propofitions de ce Général . '
M. de Barras parti le 23 Août de New-Port , eſt
( 192
entré dans la baie de Chéfapéak pendant que M. de
Gralle avoit été au-devant des Anglois ; il apris
dans la travertée 2 vaiffeaux vivricis , & on dit un
yalear de 44. Il y a 2 vailleaux François mouil
fés dans James -River pour empêcher les Angloisde
fe retirer à Yorck River ou au Cayes.
-
Le Général Green'a laillé Sautée - River pour rel
ferrer Charles Town de plus en plus. - Les Anglois
fe font retirés d'Orangebourg ; les Généraux Mar
ran & Sumpter ont entouré les lignes de l'ennemi
& grettent fes mouvemens.
Un particulier arrivé de Baltimore , lit- on,
dans une lettre de Philadelphie du 2 Octobre , nous
allure qu'avant de quitter cette place , un Officier de
diftinction de l'armée de Gréen l'a informé que ce
Général venoit de remporter une victoire impor
tante fur l'ennemi à Mork'sCorner ou aux environs,
dans la Caroline méridionale , que l'ennemi avoit
beaucoup d'hommes tués , bieflés ou pris ; que de
notre côté nous avions entre 2 & 300 tués ou bieffés ;
qu'on difoit le Colonel Washington au nombre de
ces derniers. On ne dit point la date de cette affaire
auffi ne la donnons-nos point commeun fair .
On dit que le Romulus de€ 44 & la Gentille de
font arrivés à Annapolis pour embarquer
troupes qu'ils doivent débarquer à Burwell.Ferry
en Virginie, On apprend , lit-on , dans une lettre
de Morristown , le 26 Septembre , que 2 vailleaux
de ligne Anglois ont été condamnés depuis leur arrivée
à New-Yorck , comme ne pouvant plas fervir.
32
-
des
» Il eft arrivé , écrit-on de Boſton , du 10 Septembre
, deux particuliers venant de Providence,
par lefquels on apprend qu'il étoit arrivé le 17 de
ce mois à New-Yorck , à New-London un bâtiment
Parlementaire qui a apporté la nouvelle que l'eftadre
Angloife étoit arrivée dans le post de New-Yorck
confidérablement endommagée , & qu'il manquoit
2 gros vaifleaux ; qu'on avoit débarqué de deflus
l'efcadre 1500 hommes qui avoient été envoyés à
l'hopital auffi tôt après leur arrivée «
DE
FRANCE
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ;
les Caufes célèbres ; les Académies de Paris & des
Provinces; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers, &c. &c.
SAMEDI 3 NOVEMBRE 1781 .
THITEAT
D'EU
PARIS
Chez
PANCKOUCKE , Hôtel
rue des Poitevins
.
PARAIS
RO AL
Avec Approbation & Brevet du Roi
STOR
LIBRARY
PIÈCES
TABLE
Du mois d'Octobre 1781 .
IÈCES FUGITIVES.
Le Curé & le Loup , Fable , 3
Romance fur le Tombeau de
J. J. Rouffeau 49
83 prudence Civile , &c.
La Servitude abolie , Difcours
en vers , 103
Recueilde Pièces intereffantes ,
109
118
Obfervations fur l'Ivoire& les
Dentsfoffiles d'Eléphans, 1 La Chûte de Rufin
Air de l'Inconnue Perfecu- Opufcules Chimiques & Phy
60 fiques de M. T. Bergman,
tée ,
Vers aux jeunes Perfonnes
qui ont joué à Nanci plu- Hiftoire de France ,
114
153
fieurs Comédies de Mde de Mémoires fur les Fièvres, 171
Genlis ,
Sermons de M. l'Abbé Cam-
A M. de Landine ,
97
98 bacérès ,
Amour Oifeau , Ode Ana- Difcours en vers fur l'Aboli-
176
créantique,
le Dauphin
tion de la Servitude dans les
Domaines du Roi , 183
SPECTACLES.
99
Versfur la Naiffance de Mgr.
J 145
Vers à M. Cefar Faucher , ib . Académie Royale de Mufique ,
Chanfon à M. le Comte de
S ***
147 Comédie Françoiſe , 86
Le Philofophe Amoureux , 148
Enigmes & Logogryphes , 5,64 , | Comédie Italienne ,
42 , 127
132 .
186
89
IOI Iji VARIÉTÉ S.
Le Monde , quinzième Nuit
d' Young,
6
heur d'une partie de la Nation
, fans nuire à perfonne ,
Oraifon Funebre de l'Impera-
133
NOUVELLES LITTER. Moyen d'augmenter le Bontrice
Marie- Thérèse d'Au- SCIENCES ET ARTS.
triche , 3 Lettre au Rédacteur du Mercure
, Tableau Hiftorique des quatre
Grands Hommes expofès au Gravures ,
Sallon du Louvre,
ciété ,
66 Musique ,
92
94 , 190
191
Les Après- Soupers de la So- Annonces Littéraires , 45,95.
80
Répertoire Universel de Jurif-
143 , 191 ,
A Paris , de l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT ,
rue de la Harpe , près S. Côme , 1781 .
MERCURE
83
TS い
DE
FRANCE.
ك و
-I
1
1
SAMEDI 3
NOVEMBRE
1781 .
PIÈCES
FUGITIVES
EN VERS ET EN
PROSE.
VER S
AU
NOUVEAU NE
SALUTIO
OUVE
Tô toi , de mon pays
Et le tréfor &
l'efpérance.
O qu'heureufe eft ton influence !
Ta naiffance rend à Lours
Le bonheur qu'il donne à la France.
Tout un Peuple heureux en effer ,
Quand ton ceil s'ouvre à la lumière
Pleure de joie , & , fatisfair,
Il bénit le jour qui t'éclaire ;
Que fera donc ta vie entière,
Si ta naiffance eft un bienfait?
Abij
MERCURE
De ce Peuple qui t'a vu naître
Apprends à diftinguer la foi ;
Par ce qu'il eft , juge & conçoi
Ce qu'un jour encore il doit être :
Tous les coeurs volent près de toi ;
On t'aime avant de te connoître.
Si ton coeur ne peut à fon tour >
Pour prix de nos tendres hommages ,
Rendre encore amour pour amour ,
Tu vois qu'il aura quelque jour
A payer de grands arrérages.
Mais auprès de la Nation ,
Les coeurs de LOUIS , D'ANTOINETTE
Répondent pour leur Rejeton ;
Avec pareille caution ,
Sans rifque on peut doubler la dette.
OBJET des voeux les plus conftans
Cette Reine , à nos coeurs fi chère,
Te devra fes plus doux inftans ;
Tu viens d'embellir fon printemps
Du précieux titre de Mère.
Pour toi fes voeux , heureux DAUPHIN
N'ont pas prié long-temps en vain
Des Dieux la puiffance immortelle ;
Gage affuré de leurs faveurs ,
Tu viens de bonne heure auprès d'elle
Pour avoir long-temps un modèle :
Dans l'art de conquérir les coeurs.
DE FRANCE.
Sous les yeux du plus tendre Père ,
Croît , grandis , devance les ans ;
Mais avant tout , fonge à ta mère ;
Jette- lui tes bras careffans ,
Et que tes baifers innocens
Lui rendent la force première.
Ce que cherche long-temps en vain
D'Hippocrate l'Art néceffaire ,
Tes careffes , j'en fuis certain ,
En moins de rien peuvent le faire :
Le plaifir , Docteur qu'on préfère ,
Fut toujours un grand Médecin .
( Par M. Imbert. }
MADRIGA L.
L'AMOURI
'AMOUR ne quitte point Philis :
Tantôt au bord d'une onde claire ,
Près d'elle je le vois affis :
Tantôt fur les gazons Acuris.
Il pourfuit fa trace légère.
Cherche-t'elle des fleurs pour ombrager fon fein è
L'Amour fait naître fous fa main
Le narciſſe & la violette,
Écho , ne redit point aux bois
Les tendres accens de fa voix ;
A iij
MERCURE
C'eft l'Amour feul qui les répète.
Jaloux , il envie au Zéphir
Le doux foin de la rafraîchir ;
Dans l'or de fes cheveux fon haleine fe joue;
Pour relever l'albâtre de ſa joue ,
Dans unvifincarnat il trempe fon pinceau :
Sur le front de Philis il a placé fon trône ;
Dans les yeux il mit fon flambeau ,
Et de fon arc il les couronne.
Changé lui- même en nuage enchanteur ,
L'Amour de toute part la preffe & l'environne 3
Mais il n'a pu fe gliffer dans fon cour
(Par M. l'A. M. C. à M. )
LE MOYEN INFAILLIBLE , Conte."
D'ERVILLE étoit d'un rang affez diſtingué ;
d'Erville étoit riche ; d'Erville étoit jeune
encore ces titres ne garantiffent pas de
l'amour , mais ils ne font pas fuffifans pour.
fe faire aimer. Laurette n'avoit ni naiffance ,
ni fortune ; mais elle étoit jolie. D'Erville la
vit , & l'aima . Ce n'étoit pas là le plus difficile
; car , comme je l'ai déjà dit , Laurette
étoit une fille charmante : fa taille feule , à
la voir de loin , auroit fuffi pour faire des
conquêtes ; fa figure étoit encore au deffus..
Dès que d'Erville Peat vue , il ne fongea plus
qu'au moyen de la revoir ; il réuffit même
DE FRANCE.
lui parler ; mais pour ce jour là , il ne voulut
point faire connoître fes fentimens . La manière
de parler d'amour est toujours analogue
à la perfonne qui aime. L'homme
riche fait des préfens ; le Poëte envoie des
vers , des couplets ; le Petit-Maître paffe la
main fous le menton , prend un baifer ; le
Grand Seigneur fait des promeffes qu'il ne
tient guères : enfin , racontez moi une déclaration
d'amour , je vous dirai quel est
l'amant qui l'a faite. D'Erville s'annonçà
donc par de petits préfens , qui furent refufés
tant par la jeune perfonne , que par fes
parens , qui étoient pauvres , mais honnêtes.
Le genre d'amour qu'annonçoit d'Erville
n'étoit pas celui qui leur convenoit ; aufli
redoublèrent-ils d'attention auprès de Lausette
, pour la fauver des piéges de la féduction.
Mais la vertu de Laurette pouvoit fe
paffer de leur vigilance : elle étoit défendue
par une force
jeure
, par l'amour : fon
coeur ne pouvoit plus fe donner ; un Amant
plus heureux s'en étoit emparé déjà . Le jeune
Verval n'avoit pas vu Laurette fans l'aimer ,
& il ne l'avoit pas aimée fans fuccès : il ne
fit point de promeffe infidelle ; il ne hafarda
point de careffes impertinentes ; il n'envoya
ni préfens , ni petits vers ; fes regards parlèrent
pour lui , & la réponſe ne fut ni
tardive , ni défefpérante .
D'Erville rebuté , n'en fut que plus amou
reux ; & ajoutons ici qu'il avoit toutes les
qualités qui font un homme aimable. Il mit
A iv
MERCURE
dans fes pourfuites , des formes plus honmêtes
; il en vint même jufqu'à les légitimer
par des offres de mariage . Ces offres ne par
vinrent pas à vaincre le coeur de Laurette ;
mais fes parens n'y réfiftèrent point : ils fe
rangèrent du parti de d'Erville , qui eut la
liberté de la voir & de lui parler. Cette liberté
lui parut un garant de fes fuccès ; il
Comptoit ou fur l'amour , ou fur l'amourpropre
; mais par malheur l'amour avoit
dejà parlé pour un autre ; & depuis ce moment
- là , l'amour- propre né parloit plus
D'Erville avoit cru attaquer un coeur libre.
Quand il s'apperçut de fa méprife , il perdit
un peu de fa confiance , fans néanmoins fe
rebuter ; il crut feulement devoir meſurer
fes efforts aux difficultés : il devint plus em
preffé , plus complaifant. Mais fon rival ne
changeoit rien à fa manière d'aimer Laurette
, c'eft- à- dire , qu'il paroiffoit toujours
aimable , & qu'il étoit toujours aimé. D Erville
crut devoir avertir les parens , de cette
rivalité qu'on ignoroit encore ; & auffi- tôt
on défendit à Laurette de revoir jamais
Verval.
Nous avons vu la libéralité , les foins ,
la complaifance échoner contre le coeur de
Laurette. Ce nouveau procédé de d'Erville
ne fut pas plus heureux ; il n'avoit été
qu'ennuyeux jufqu'alors ; il devint bientôt
odieux. Tyrannifer l'amour , c'eft encore pis
que l'importuner ; auffi Verval n'en fut que
plus aimé. Nos deux Amans fe voyoient
DE FRANCE.
moins ; mais ils fe defiroient davantage ; ils
fe voyoient , ils s'écrivoient même , car il eft
impoffible d'anéantir toute correfpondance
entre deux coeurs qui s'aiment bien.
Que fera donc d'Erville , fi riche , fi puiffant
, fi aimable & fi peu aimé ? Il étoit
près d'abandonner les projets , & de renoncer
à la main de Laurette. Enfin , avant de
fe retirer , il prit le parti d'écrire une longue
lettre , qu'il médita long - temps , & qui étoit
conçue en ces termes :
BELLE LAURETTE ,
+
22
» Je vois que tous mes efforts pour me
faire aimer , ne fervent qu'à irriter votre
» haine. Je vois que la févérité de vos parens
devient mon propre crime. Il eſt vrai
que j'ai épanché dans leur fein tous les
chagrins de mon coeur . Ce coeur , déchiré
» par vous , n'a pu étouffer le cri de fes
douleurs. Au défaut de votre amour , il
cherchoit au moins à fe confoler par la
pitié des coeurs fenfibles . Cette pitié a
" pouffé fon zèle beaucoup plus loin queje
» ne voulois. Vos parens , par amitié pour
moi , font devenus cruels envers vous
Mais pourquoi m'en punir , inexorable
Laurette ? Si je vous avois moins aimée ,
je ne me ferois jamais plaint de vos rigueurs
; c'eft l'amour feul qui m'a rendu
coupable ; c'eft à lui de me juftifier . Ah !
pardonnez un crime bien involontaire . Je
Αν
ΤΟ MERCURE
و د
ود
"
"
و ر
23
و د
fouffre plus que vous - même de la tyrannie
de vos parens. Je fuis plus efclave
plus perfécuté que vous ; & les maux que
» vous fouffrez me font d'autant plus douloureux
, que j'en fuis l'auteur malgré
» moi. Vous me direz , belle Laurette , que
les terminer en me retirant . Il eft
je peux
vrai ; mais il m'eft impoffible de renoncer
» à vous voir , de ceffer de vous aimer.
» D'ailleurs , croyez que l'intérêt de mon
» amour n'eft pas le feul motif qui me retienne
auprès de vous ; l'envie de vous
» voir heureuſe l'emporte fur le defir de
mon propre bonheur. Je vois le fort que
je peux vous faire , & je frémis de celui
qui vous attend , fi vous me facrifiez
» à un amour que vos parens & la raifon
ont condamné. Peut- être aurois je pu
m'immoler moi même , & renoncer à
» mon amour , fi le mortel qui m'a ravi
» votre coeur , pouvoit vous rendre heu-
» reufe. Mais fi vous fentez un jour le poids
» de l'infortune , vous regretterez peut être
» un amant qui n'eftimoit fon rang & fes
richeffes , que par la faculté de vous les
offrir. Je vous en fupplie , aveugle Lau-
» rette , ne vous expofez plus au regret
» d'avoir rejeté votre bonheur , & au re-
" mords d'avoir fait un malheureux de
» l'homme qui vous a le plus tendrement
aimée. J'attends votre réponſe, qui deviendra
mon arrêt. Songez que je n'en appellerai
point ; fongez qu'un mot va faire
22
وو
22
DE FRANCE.
» le bonheur de d'Erville , ou l'éloigner de
vous pour jamais. »
Cette lettre fit grand plaisir à Laurette ,
non par les offres féduifantes qu'elle contenoit
, mais parce qu'elle fe flata qu'avec un
non , elle alloit fe délivrer d'un amant importun.
Ce non lui coûta peu ; cependant le
plaifir qu'elle avoit à l'écrire , lui fit affaifonner
au moins fon refus de quelques po
liteffes vagues ; elle marqua à d'Erville
qu'elle le regrettoit , qu'elle le regretteroit
peut- être encore plus un jour ; mais qu'elle
étoit forcée de le refufer. C'étoit-là des efpèces
de douceurs ; & l'on peut dire que
d'Erville n'avoit jamais été traité auffi bien
que le jour qu'il avoit reçu fon congé.
Ces politeffes ne le confolèrent point :
c'en eft fait , dit-il , il faut donc renoncer
à ce que j'aime , à tout ce que je pourrai jamais
aimer. La nuit qui fuivit ce cruel
congé , fut des plus longues pour d'Erville ;
fes yeux ne purent fe fermer un moment :
il ne formoit plus aucun projet ; Laurette
étoit perdue pour lui . Au milieu de fes réflexions
léthargiques , il fe fentit comme
frappé d'une idée qui lui rendit tout- à- coup
un rayon d'efpérance . D'Erville avoit de
l'efprit ; il connoiffoit le coeur humain : il
enfanta un projet affez hardi , rare , & qui
furprendra fans doute.
J'ai dit que d'Erville étoit fort riche : il en
avoit befoin pour le deffein qu'il avoit formé.
Il ceffa pendant quelque temps de voir
A vj
12
MERCURE T
Laurette il feignit de amour,
vaincre fon
& il reparut enfuite avec les feules prétentions
de l'amitié. Il dit à Laurette , que par
un effort de raifon il étoit parvenu à triompher
de fon propre coeur , & qu'il ne follicitoit
plus auprès d'elle , que le titre de fon
ami ; mais il ajouta qu'en étouffant fon
amour , il avoit toujours confervé le defir
de faire fon bonheur. " Vous allez voir ,
continua-t'il , fi mes voeux font définté-
» reffés. Je confens à vous unir à mon
rival ; je ne demande que l'emploi de
veiller fur votre fortune. J'ai une Terre
» en Normandie , que je vous prierai d'accepter
pour dot ; mais à une condition
que voici : Je veux être fur du coeur de
» votre Amant ; je veux vous éprouver l'un
& l'autre avant de vous voir unis , pour
» ne pas vous expofer à un repentir inutile.
JJ''eexxiiggee donc que vous alliez habiter avec
vos parens , cette Terre que je vous abandonne
, & qui eft fort folitaire , l'heureux
Verval ira s'y fixer au fein de votre famille.
Vous n'y ferez pas expofés à mes
importunités , à mes vilites ; je n'y paroîtrai
que lorfque j'y ferai appelé par vous.
» La maifon y eft commode & agréable , le
parc fpacieux , le jardin affez beau , mais
vous n'y verrez que Verval. Si , après y
avoir vécu pendant trois mois , vous per-
» fiftez tous deux dans le deffein de vous
époufer , ma Terre , encore un coup ,
fera Votre dor ; & je veux que votre
2
DE FRANCE
. 13
4
» mariage fe faffe dans ma Chapelle.
">
Il eft bon de redire à mes Lecteurs , que
d'Erville n'avoit nullement renoncé à fes
prétentions ; car on pourroit s'y meprendre
fort aifément. Mais , quoi ! conferver des prétentions
fur une belle, & lui ordonner de vivre
fans ceffe avec fon rival ! Vouloir défunir
deux Amans , & les laiffer toujours enfemble
! Oui , voilà juftement le projet de d'Erville.
La générofité , les foins n'avoient pu
fervir fon amour ; il n'avoit pas été plus
heureux en mettant à la gêne les deux
Amans ; il voulut voir fi , en leur laiffant
une entière liberté , il ne réuffiroit pas mieux
que par la contrainte. Les parens de Laurette
y donnèrent les mains. Peut - être quelques
perfonnes fcrupuleufes tremblent déjà
pour la vertu de Laurette , & blâment fa
famille d'avoir approuvé ce fingulier projet ;
mais fans leur dire ici , pour les raffurer ,
qu'on avoit des preuves de l'honnêteté de
Laurette , il fuffira de leur apprendre que
les parens étoient dans la confidence de
d'Erville , & qu'on n'avoit pas renoncé à
furveiller la conduire des deux Amans.
Qu'on fe figure la joie de Laurette , elle
étoit délivrée d'un Amant qu'elle ne pouvoit
fouffrir ; elle étoit réconciliée avec fes parens
qui la tyrannifoient ; elle avoit la liberté
de voir fans ceffe un Amant qu'on lui avoit
défendu de regarder ; & les faveurs de la
fortune venoient fe joindre encore aux délices
de l'amour . Ce tableau eft bien fédui14
MERCURE
fant ! Voyons ce qui réfultera de ce nouveau
genre de vie.
Les premiers jours s'écoulèrent avec une
rapidité incroyable ; & d'Erville , fans fe
montrer , veilloit à tous leurs plaifirs ; une
fête fuccédoit à l'autre , fans aucun intervalle
; on eût dit que la baguette d'Armide
avoit frappé ces lieux : chaque fpectacle
fembloit y tenir du prodige . Laurette y
voyoit fans ceffe fon Amant. Verval étoit de
tous les repas ; point de plaifir qu'elle ne
partageât avec lui ; point de bal où il ne
dansât avec elle . Mais , quelques temps
après , leurs plaifirs devinrent plus froids ,
fans qu'ils en foupçonnaffent la caufe . Quand
ils avoient un air d'ennui , ils aimoient
mieux fe croire malades , que de s'en prendre
à la fituation de leur coeur.
و د
و ر
ya
Un jour Laurette dit à Verval : « il y a
long- temps que tu ne m'as écrit , mon
» cher Verval. C'eft que je n'en ai pas befoin
, répondit- il , je te vois tous les
jours , à tout moment. Il eft vrai , répliqua
t'elle ; mais je voudrois que tu en
» cuffes befoin. Tes lettres me faifoient tant
» de plaifir ! Tiens , ne me vois pas demain.
», dans la matinée ; refte dans ton apparte-
» ment , pour avoir occafion de m'écrire. "
Le lendemain matin , Verval ne la vit point ;
& il eut plus de plaifir à lui écrire , qu'il
n'en avoir eu la veille à lui parler. Pour Laurette
, il ne manqua au plaifir qu'elle eut en
lifant cette lettre , que de l'avoir reçue fur
fus:….
DE FRANCE. 15
tivement , & d'avoir trompé , pour cela , la
vigilance de fa famille .
"
"
Une autrefois , Verval difoit à Laurette :
Te fouviens-tu , ma chère Laurette , de
» toutes les rufes que j'ai imaginées & exé-
» curées pour te voir malgré tes parens ?
Quel plaifir nous avions à mettre leur
prudencé en défaut ! que les inftans que
» nous dérobions pour nous voir avoient de
» charmes ! oui , je voudrois encore avoir
» des obftacles à vaincre , des dangers à courir
, des argus à tromper , pour te prou
" ver combien je t'aime. Et moi , lui répondit
Laurette , je voudrois aufli vivre
» dans la même contrainte , pour éprouver
» ton amour , & té convaincre du mien . »
"2
ود
Comme nos deux Anians fe trouvoient
fans avoir befoin de fe chercher , il ne leur
reftoit guère plus d'autre plaifir que celui
de s'éviter ; ils s'en faifoient quelquefois
une plaifanterie ; mais ils y goûtoient tou
jours un plaifir réel.
1
Les fêtes finirent par les ennuyer complètement
, non parce que c'étoient toujours
les mêmes plaifirs , mais parce qu'ils
étoient toujours en même compagnie : ils
ne fe plaignoient néanmoins que de la monotonie
de leurs divertiffemens ; & lorfqu'on
leur annonçoit quelque nouveau fpectacle
, ils s'écrioient tous deux en baillante
Encore une fête !
Quelquefois ils fe difoient : Amufons-
» nous à nous promener tous deux féparé16
MERCURE
T
» ment dans ces deux allées , & nous nous
» rejoindrons quand nous ferons au bout ; »
ils s'y promenoient fi lentement , fi lentement
, qu'ils étoient plus d'une heure fans
arriver au bout de l'allée ; & quand ils fe,
revoyoient , ils ne fe faifoient aucun repro
che. Enfin , ce genre de vie leur parut d'une
fatigue infupportable. Verval trouvoit li
ennuyeux de ne voir jamais que fa maîtreffe,
& Laurette , de ne voir jamais que fon
amant , qu'ils ne pouvoient plus y tenir.
C'étoit une fatiété qui alloir jufqu'au dégoût.
Chacun des deux n'ofoit faire confidence à
l'autre de ce qui fe paffoit dans fon coeur.
Ils pouvoient pourtant en hafarder l'aveu ,
& compter fur une indulgence mutuelle ;
mais ils craignoient de s'affliger l'un l'autre.
Laurette difoit tout bas : Que deviendra
Verval , s'il vient à lire dans mon ame ! Et
Verval difoit de fon côté : Pauvre Laurette
, que je te plains , fi , malgré moi , tu
viens à découvrir mon fecret !
une v
Les yeux qui veilloient fur eux ne tardèrent
pas à s'appercevoir de ce changement
, & d'Erville en eut bientôt des nouvelles.
Il demanda la permiffion de leur
faire vifite. On avoit un fi beau motif
pour la lui accorder , la reconnoiffance ! I !
fut accueilli comme un bienfaiteur ; il
l'étoit en effet dès ce moment là , car il
rompoit leur tête - à tête. Le Château fembloit
avoir pris une nouvelle face ; la promenade
étoit plus belle. On ne vit partir
DE FRANCE 17
و
d'Erville qu'à regret ; on le revit avec un
nouveau plaifir. Laurette lui favoit tant de
gré de la délivrer de l'ennui d'être feule avec
Verval, & Verval étoit fi charmé de voir
d'Erville entretenir Laurette ! Il fembloit le
remercier de l'affranchir d'un foin pénible
& faftidieux. Enfin , quand d'Erville , qui
fuivoit tous leurs mouvemens crut avoir
trouvé le moment favorable , il pria Verval
de lui céder Laurette , & Verval accorda
cette prière de l'air dont on reçoit un bienfait,
D'Erville alors offrit fa main à Laurette
, qui la reçut avec reconnoiffance , non
par amour pour lui , mais par le defir d'être
délivrée de Verval , qu'elle voyoit depuis fi
long-temps. Toute la famille fut enchantée
de cet événement ; & d'Erville , qui vouloit
que tout le monde fût content , fit la
fortune de Verval.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eft Chapeau ; celui du
Logogryphe eft Pythagore , où fe trouvent
Argo , rat, or , rage , age , Troye , Perth,
Thor , Parthe , Rote , re , trop , hare ergos
Héro , phare , port , gare.
13
mi ding doen told
ölled auty tipne shenani
18 MERCURE
>
ÉNIGME.
UOIQUE toujours j'échappe à ton intelligence ,
Lecteur , tu ne peux vivre un feul inftant fans moi ;
J'ai commencé d'exifter avec toi ,
Et c'eft de moi pourtant que tu tiens l'exiſtence ;
Dans tel lieu que tu fois nous fommes confondus ,
Mais je dois être encor quand tu ne feras plus.
LOGOGRY PH E.
PLUS commune à Paris que dans tout autre endroit ,
Je t'amufe , Lecteur , quelquefois à ma porte.
Je ne dis mot à qui me montre au doigt ;
Un perfonnage de ma forte
Pourroit bien s'en fâcher .... mais non ,
On a befoin de tout le monde.
Je fais ta réputation
A plus d'une lieue à la ronde.
Mais j'ai trop dit ; car déjà tu me tiens :
Dois -je me taire ?
Jafer eft mon défaut , car chacun a les fiens ;
Continuous , duffé je te déplaire.
• De mes huit pieds défais l'arrangement ;
Tu trouveras un animal méchant ,
Dont t'amufent les fimagrées ;
Ce que jamais les Pyrénées
N'ont vû fe diffiper , même au fein de l'été ;
DE FRANCE.
19
Un ornement de la beauté ;
Expreffion- muette ,
Pour dire ou bien nier la vérité ,
Dont fe fert à propos une amante difcrette.
Pour le coup , Lecteur , je me tais.
Ileft bien temps , dis - tu , lorfque je te connois.
( Par M. Mefnard du Montelet. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TABLEAU Général de la Cavalerie Grecque,
compofe de deux Mémoires & d'une Tra
duction du Traité de Xénophon , intitulé :
Le Commandant de la Cavalerie
des Notes , accompagné d'un détail de la
compofition de la Phalange , & précédé
d'un Mémoire fur la Guerre confidérée
comme Science , par M. Joly de Maizeroy ,
Lieutenant- Colonel d'Infanterie , de l'Académie-
Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres. A Paris , de l'Imprimerie Royale ,
& fe trouve chez Moutard , Imprimeur-
Libraire de la Reine , rue des Mathurins ,
hôtel de Cluny. Vol. in- 4
LA Guerre confidérée comme Science. C'eft
en effet le feul point de vue fous lequel elle
puiffe trouver grâce aux yeux du fage ; il
faudroit que l'art de la défenfe fût tellement
20
MERCURE
>
perfectionné , que l'attaque devint impoffible.
M. de Maizeroy , bon Militaire favant
eftimable , enlevé avant le temps aux
Lettres & à la Patrie , & regretté par beaucoup
d'honnêtes gens , eft l'Auteur de ces
divers Mémoires , lus à l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres. Il prouvé dans
le premier , par l'Hiftoire , que la guerre a
été chez les Anciens , comme dans les temps
modernes , une ſcience compliquée & profonde.
Les plus grands ennemis de la guerre,
c'eft-à- dire, les amis de l'humanité , figneront
ce Mémoire quand on voudra. Il ne
s'agit s de favoir fi la guerre eft une
fcien
aje
encore moins fi les Militaires font des hommes
précieux à l'État qu'ils défendent ; mais
fi on fait de cette fcience un ufage légitime ,
& fi hors le cas de la défenſe elle fert à
autre chofe qu'à la gloire de quelques Généraux
, & au humain .
malheur du genre
Si de cet objet général nous paffons à
Pobjet particulier de cer Ouvrage , qui eft
la Cavalerie Grecque , il importe affez peu
de favoir quel en fur l'inventeur , fi ce fut
Pollux ou Bellerophon ; mais il peut êt
Bêtre
très- utile de confidérer quel eft l'uſage que
les Grecs en ont fait dans les divers tenips
& avec quel fuccès : c'eft ce que M. de Maizeroy
développe avec beaucoup d'érudition
dans deux Mémoires , entre lefquels il a
placé la Traduction du Traité de Xénophon,
intitulé: Le Commandant de la Cavalerie.
Le même Xénophon avoit fait un autre
DE FRANCE. 21
Traite , intitulé : De l'Équitation , & M. de
Maizeroy l'avoit aufli traduit ; mais il a jugé
que fa traduction devenoit inutile , au moyen
de celle que M. du Paty de Clain , frère de
M. le Préfident du Paty , Magiftrat célèbre
par fes talens & par fes vertus , a jointe à
fon Effaifur la Théorie de l'Équitation , imprimé
en 1772. Le premier Mémoire de M. de
Maizeroy traite de l'état de la Cavalerie chez
les Grecs jufqu'à la mort d'Epaminondas ;
l'Auteur ne s'eft pas fi fcrupuleufement renfermé
dans ce qui concerne la Cavalerie ,
que ce premier Mémoire ne foit terminé par
une Defcription très- détaillée de là Phalange.
A la fuite de ce premier Mémoire & de
cette Defcription , eft la Traduction du
Traité de Xenophon , éclairci par des Notes
favantes ; de
puis le fecond Mémoire de M
Maizeroy , qui reprend l'Hiftoire de la Cavalerie
chez les Grecs , depuis la bataille de
Mantinée & la mort d'Epaminondas jufqu'à
la conquête de la Macédoine par les Romains.
•
Le temps de Lycurgue eft l'époque la
plus sûre , finon de l'établiffement d'une
Cavalerie réglée en Grèce , au moins de
l'exiftence conftante de cette Cavalerie ;
tout ce qui précède eft fabuleux ou incertain
: les Grecs employèrent rarement de le
Cavalerie dans leurs guerres jufqu'après la
bataille de Platée. Les Theffaliens , dont le
pays abondoit en chevaux excellens & on
24* MERCURE
bons pâturages , furent ceux qui s'adonnerent
le plus tót , le plus conftamment, & avec
le plus de fuccès au fervice de la Cavalerie.
Les Athéniens n'en avoient point à Macathon
; les Grecs réunis n'en avoient point ,
ou n'en avoient que très - peu , même à Platée.
" Ces deux batailles , dit M. de Maizeroy ,
ود
23
font des exemples frappans de la force de
» l'Infanterie , lorfqu'elle eft armée conve
nablement , & difpofée dans un ordre
folide. Les Armées immenfes des Perfes ,
» très- fortes en cavalerie , venoient le brifer
contre une ligne d'Infanterie comme
» contre un mur d'airain. Néanmoins
» ajoute-t'il , fi les Généraux des Perfes ,
moins ignorans , n'euffent point attaqué
» les Grecs dans des lieux où ils ne pou-
" voient profiter de l'avantage de leur nom-
» bre en le déployant , & qu'ils fe fuffent
», contentés de les harceler avec leur Cava-
» lerie , il eft probable que la guerre auroit
» tourné à leur avantage ; car les Grecs ne
→ pouvant s'oppofer par tout à leurs cour
و و
fes , auroient été forcés ou de fe retirer
ou de les combattre dans des plaines , où
le fort des armes n'auroit pu que trèsdifficilement
être favorable au petit nom-
» bre. Cette guerre fit fentir aux Grecs ce
qui leur manquoit ; & , par le confeil d'Ariftide
, ils commencèrent à avoir de la Cavalerie
dans la proportion d'un à dix avec
T'Infanterie. Ce fut à peu - près dans cette
proportion que les Athéniens l'employèrent
3
DE FRANCE. 23
dans la guerre du Péloponnèfe . M. de Maizeroy
obferve les progrès fucceffifs de la
Cavalerie chez les différens peuples de la
Grèce , les formes qu'elle prit , les divifions
qu'elle reçut , l'influence qu'elle eut fur l'événement
des batailles de Délie , de Leuctre ,
de Mantinée.
Depuis ce temps , les Grecs fe fervirent
affez conftamment de Cavalerie , mais dans
une proportion qui n'étoit fondée , le plus
fouvent , fur aucun principe de tactique ;
ni relative au pays où devoit être le théâtre
de la guerre. <« Chacun , dit M. de Mai-
» zeroy , fuivoit à cet égard plutôt les fa-
» cultés ou fon caprice , que les règles d'une
» bonne compofition. "
>
Il paroît que , jufqu'au temps d'Epami
nondas , la plus forte proportion de la Cavalerie
à l'Infanterie , a été d'environ un
dixième ; on ne la voit point augmenter jufqu'au
règne d'Alexandre , qui la porta jufqu'à
un feptième dans l'Armée qu'il conduifit
en Afie. Outre le motif de la dépenſe ,
on avoit alors diverfes raifons d'avoir une
Cavalerie peu nombreufe. 1. L'extrême
confiance que divers États de la Grèce mettoient
dans leur Infanterie pefamment armée
, dont ils avoient éprouvé dans beaucoup
d'occafions la folidité , la fermeté &
la valeur. 2 L'Infanterie légère , par laquelle
ils fuppléoient au défaut de Cavalerie ; les
habiles Généraux ayant l'art de multiplier ,
pour ainfi dire celle- ci , spar la manière
24
MERCURE
d'employer leurs Soldats armés à la légère,
& de les faire combattre mêlés avec les efcadrons.
>
La Cavalerie Theffalienne fe diftingua
beaucoup à la bataille d'Arbelles , il y avoit
dans l'Armée d'Alexandre trois efpèces dif
férentes de Cavalerie , les Lanciers , dont la
plupart étoient Macédoniens , les Theffaliens
, qui formoient ce que M. de Maizeroy
appelle l'efpèce Mitoyenne , & la
Cavalerie légère , telle que celle des Thraces
& des Archers à Cheval. Ce fut le plus beau
temps de la Cavalerie chez les Grecs , & en
général ce fut le plus beau temps de la
Grèce.
Après la mort d'Alexandre , on voit dans
les guerres de fes fucceffeurs une nombreuſe
Cavalerie , dont la proportion à l'Infanterie
eft , dit M. de Maizeroy , communément
affez convenable à leur puiffance & aux pays
où fe faifoit la guerre. Les principes établis
fous Alexandre fubfiftoient toujours à la
bataille de Gabène ; Antigone avoit vingtdeux
milles hommes d'Infanterie & neuf
mille de Cavalerie ; mais Euménès , avec
plus d'Infanterie , n'avoit que fix mille chevaux.
A la bataille d'Ipfus , l'Infanterie d'Antigone
montoit à foixante mille hommes ,
& fa Cavalerie à dix mille ; l'Armée des
Princes unis contre lui ( Prolémée , Selencus
& Lyfimaque ) étoit de foixante-quatre
mille Fantaffins & de dix mille cinq cent
Cavaliers. A la bataille de Raphie , entre
Anthiocus,
DE FRANCE. 25
Antiochus , depuis furnommé le Grand , &
Ptolémée Philopator , le premier avoit foixante
onze mille hommes d'Infanterie , tant .
pefante que légère , & fix mille chevaux ; le
fecond , quarante mille hommes de pied &
cinq mille de Cavalerie.
Quant à l'intérieur de la Grèce , où il y
eut de grands mouvemens après la mort
d'Alexandre , on continua d'y voir le même
ufage de la Cavalerie , & à peu - près dans le
même rapport avec l'Infanterie qu'auparāvant
, c'eft-à- dire , dans la proportion d'un
à dix. Antipater étant entré en Theffalies ,
avec treize mille hommes de pied & quinze
cent chevaux , les Athéniens , fous la conduite
de Léosthénès , lui opposèrent une
Armée où la Cavalerie & l'Infanterie étoient
à peu près dans la même proportion , Dans
un autre combat entre les Grecs & Léonat
qui étoit venu au fecours d'Antipater vaincu ,
l'Armée de Léonat étoit de vingt mille
hommes de pied & de deux mille de Cavalerie;
c'étoit à peu près la mêine proportion
dans l'Armée des Grecs.
Philopamen , ce fameux Général de la
Ligue des Achéens , réforma plufieurs abus
qui régnoient dans la Conftitution de la Ca→
valerie. Il l'inftruifit à faire fes manoeuvres
avec plus de foupleffe & de promptitude ;
la victoire qu'il remporta auprès de Man
tinée , fur Machanidas , Tyran de Lacédé
mone , fut en partie le fruit de ces réformes
heureuſes. f land & A «< s
No. 443 Novembre 1781. B
་
at
26 MERCURE
Lorfque les Romains eurent commencé
à fe mêler des affaires de la Grèce , le Conful
P. Sulpitius , chargé de la guerre de Macédoine
, eut d'abord quelqu'avantage dans un
combat de Cavalerie ; celle de Philippe ,
accoutumée à combattre en caracolant pour
lancer fes traits , fut déconcertée par l'attaque
brufque & fimultanée de celle des Romains
, qui ne lui donna pas le temps de
faire fes évolutions ordinaires. La Cavalerie
eut encore beaucoup de part à la victoire
que T. Q. Flaminius remporta quelque
temps après fur Philippe , à la bataille des
Cynocéphales.
Tel eft , à peu-près , le précis de ces Mémoires
, pleins de recherches curieuſes , auxquelles
une méthode plus fenfible ajouteroit
beaucoup de prix. Il y a trois chofes qu'on
ne peut trop recommander aux Savans , &
qu'en général ils négligent trop ; 1º. le choix
de fujets intéreffans , & dont on puiffe defirer
d'être inftruit . 2 °. L'ordre dans l'enſemble &
dans les détails. 3 °. Le talent d'écrire fans
lequel il n'eft point de Livre utile ; un Ouvrage
qui n'eft pas lû , étant comme un Ou;
vrage qui n'existe pas.
1
DE FRANCE.
27.
LE DROIT de Main- Morte aboli dans les
Domaines du Roi , fujet proposé par.
l'Académie Françoife , Poëme , par M. de .
Maisonneuve. A Paris , chez Esprit
au Palais Royal , & chez les Marchands
de Nouveautés .
ON a remarqué , dans l'Héroïde d'Adélaide
de Luffan au Comte de Comminges ,
par M. de Maiſonneuve , du naturel , de la
fenfibilité , une étude raifonnée & approfondie
de ces deux Écrivains fi parfaits , qui
ont fixé parmi nous la langue poétique , &
defquels Voltaire lui - même avoit coutume
de dire : Jean & Nicolas font nos maîtres
éternels ; nous leur devons du respect. Le
même talent fe reproduit dans la Pièce que
nous annonçons ; mais le cadre en eſt ſi ufé ,
& , fi l'Auteur nous permet de le dire , fi
collégial , qu'il détruit prefqu'entièrement
l'effet d'un tableau dont les détails ne manquent
pas de correction , Cift la France
perfonnage furanné , allégorique & néceffairement
froid & faftidieux , qui vient
porter aux pieds du Roi la reconnoiffance de
Les Sujets. Ce défaut principal , duquel tout
l'Ouvrage fe reffent , n'a pas permis fans
doute à l'Académie de faire mention des
beaux vers qui fe trouvent dans cette Pièce ,
vers puilés fouvent dans une ame fenfible,
*Racine & Defpréaux.
Bij
28 MERCURE
& qui appartiennent bien au fujet , mérite
rare aujourd'hui dans les compofitions Académiques.
Qublions un moment que c'eft
un perfonnage fictif qui parle ; fuppofons
que c'est un Serf qui prononce lui - même
les vers fuivans , & nous les lirons avec
intérêt.
Vois ces infortunés , voués à la misère ,
Porter du nom de Serf l'opprobre héréditaire ;
Accablés fous le faix des travaux , des tributs ,
Et comme un vil bétail achetés & vendus.
En vain d'un maître avide ils fuiroient le Domaine,
La coutume les fuit , les rappelle à leur chaîne ;
Ou fi la Loi permet qu'au prix de tout fon bien
Un Serf puiffe acheter les droits de Citoyen ,
L'efpoir ou le befoin d'un refte d'héritage
Enchaînent pour jamais la vie à l'efclavage :
Et l'habitude enfin , pour comble de malheur ,
A tant d'ignominie accoutumant fon coeur ,
Plongé dans la pareffe , il ne peut fe connoître ,
Et mérite la honte où le fort le fit naître."
Voilà , fi je ne me trompe , des vers bien
faits , & qui ont été mis , pour ainfi dire ,
à la teinture du ftyle de Boileau & de Racine.
L'abondance des matières , & les bornes
prefcrites à nos Articles ne nous permettent
pas de donner beaucoup d'étendue à l'extrait
d'une Pièce , qui , elle- même , en a fort peu.
Nous nous contenterons de citer encore
quelques vers détachés & pris au hafard.
DE FRANCE 29
Ici le joug s'étend au- delà de la vie ,
La mort n'en défend point. ·
Là , mon champ n'eſt à moi qu'autant que j'y peux
vivre ;
Le caprice d'un maître eft la loi qu'il faut fuivre.
Nal impôt n'a payé la gloire de nos armes.
La tendre humanité , la fage politique
Lui montrent à la fois fes Sujets avilis ,
Leurs talens étouffés , les Arts enfevelis ,
Les procès renaiffans , les campagnes défertes
Qu'une moiffon efclave à regret a couvertes.
L'épithète d'efclave appliquée à moiſſon,
a paru fans doute à l'Auteur um heureux
rapprochement de mots ; il s'eft trompé : ce
n'eft qu'un abus du terme poétique ; précaire
étoit la feule expreffion jufte , mais elle manquoit
d'harmonie. Nous relevons cette faute ,
parce qu'elle eft rare chez M. de Maisonneuve.
Il paroît chercher à fe garantir de cette fauffe
ambition de certains Auteurs , qui prennent
pour du neuf & du fublime l'extravagant
& le bizarre. Selon eux , Racine eſt trop
fimple , Defpréaux trop fec. A force de répérer
ces impertinences , ils viennent à bout
d'étourdir de jeunes têtes qui s'évertuent à
mettre en rimes quelques phrafes de Rouffeau
de Genève ou de M. de Buffon ,. &
B iij
30 MERCURE
s'imaginent être des Poëtes Philofophes. M.
de Maiſonneuve paroît avoir des principes
plus fains & un meilleur genre de verfification
. En choififfant un fujet heureux , qui
lui fourniffe un plan plus neuf & plus piquant
, nous ne doutons pas qu'il ne juftifie
nos éloges.
LES DEUX ODES NOUVELLES , feconde
Edition. A Paris , chez les Marchands de
Nouveautés.
CE titre annonce que les Deux Odes font
des Odes par excellence , & il faut avouer qu'il
ne promet rien qu'il ne tienne ; elles font en
effet ce qu'on appelle excellentes. L'une eft
adreffée à Mgr l'Archevêque de Paris , & l'autre
à notre très - Saint Père le Pape . L'Auteur fe
qualifie le Poëte fur fon déclin , fans doute
par humilité ; on fait que M. l'Abbé de Laur
na a des titres Littéraires plus éclatans ,
tels que le Bagnodier, les Délices de la
Ville, &c. &c. Au furplus , fa modestie eft
d'autant plus louable qu'il ne décline point.
C'est même quelque chofe de très-curieux
& de très- extraordinaire que fon génie ait
pu s'élever au -deffus de lui- même pour atteindre
au fublime de l'Ode ; l'Auteur paroît
l'avoir fenti malgré toute fon humilité.
Voici le témoignage qu'il fe rend à luimême
dans une très - humble Supplique
Monfeigneur l'Archevêque. :
De cette Ode agréez & l'hommage & l'envoi.
DE
FRANCE.
" jI
Plénière Indulgence à ma foible perſonne.
L'oeuvre eft de moi , quoiqu'aſſez bonne ,
Affez bonne , quoique de moi.
Nos Lecteurs , qui , fans doute , font dejà
charmés de ce petit morceau , nous fauroient
mauvais gré fi nous n'en mettions pas le pendant
fous leurs yeux . Le voici :
A Notre Très- Saint- Père le Pape.
Pontife à la triple Couronne ,
Qui vénérez tant mon Héros ,
Daigne votre augufte Perfonne
M'accorder quelques numéros
Des Indulgences qu'elle donne.
SPECTACLES.
Repréfentations données gratis pour la
Nailance de Mgr le DAUPHIN.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
APEIN
PEINE le Théâtre du Palais Royal a- t'il
été réduit en cendres , qu'on a préſenté, tant
au Gouvernement qu'au Public , une foule
de projets relatifs à la conftruction d'un
nouveau Spectacle Lyrique . En attendant
que les circonstances permettent non- feulement
de choisir entre ces différens projets
B iv
32 MERCURE
qui fe multiplient , dit- on , tous les jours ,
mais encore d'affigner des fonds capables de
faire face aux dépenfes que l'exécution de
l'un d'eux ne peut qu'entraîner, on a fait élever
une Salle provifoire fur un terrein vacant
au boulevard de la porte S. Martin . M. Lenoir
, Architecte , déjà connu avantageuſement
, a été chargé de cette entrepriſe , qui
a été projettée , conçue & achevée dans toutes
fes parties en moins de trois mois.
Nous n'examinerons point fi cet édifice eft
fufceptible d'éprouver des reproches de la part
des connoiffeurs en Architecture ; cette difcuffion
nous eft tout-à- fait étrangère. Nous
dirons feulement que les craintes qui ont agité
une partie de la capitale fur le plus ou moins
de folidité qu'il peut avoir, font abfolument
mal fondées.D'ailleurs, comme on l'a déjà dit,
l'épreuve que la réunion de plus de fix mille
perfonnes raffemblées vient d'en faire , en
dit beaucoup plus que tous les raiſonnemens
daus lefquels on pourroit entrer , & même
que le nom des Experts qu'on pourroit citer.
La Salle eft d'une forme circulaire.Cette figure
eft coupée par le Profcénium , qui s'avance
vers les Spectateurs , de manière que les Acteurs
principaux qui s'y préfentent , font apperçus
de toutes les places , & même de
celles que la courbure du cercle a forcé d'etablir
derrière les colonnes qui bordent l'avant-
Scène. Il n'en eft pas de même des parties
de Spectacle qui font exécutées dans les
cotés & dans l'enfoncement du Théâtre ,
DE FRANCE.
33
quelques places font privées de l'avantage
d'en jouir , il n'exifte pourtant qu'un trèspetit
nombre de loges où l'on rencontre
cer inconvénient que l'Architecte n'a pu
éviter. Le terrein fur lequel il avoit à
bâtir , ne lui a pas permis de choisir une
autre forme que la circulaire , puifqu'il
falloit retrouver en largeur ce que l'on ne
pouvoit gagner en profondeur , & cette forme
entraîne l'inconvénient dont nous avons
parlé. Au refte , cette Salle nous a parue
très agréable , la décoration en eft fimple &
faire avec goût. Le Théâtre eft d'une belle
étendue, confidéré d'une aîle à l'autre; il nous
a paru laiffer quelque chofe à defirer dans
fon étendue , prife du fond au Profcénium ;
mais cette obfervation eft plutôt relative aux
effers d'optique qu'au fervice de la Scène.
Ceft donc à l'intelligence des Décorateurs
& des Peintres qu'il faudra recommander
de ménager les points de vue qu'ils auront
à établir fur leurs toiles de fond : c'eſt à
eux à faire preuve de talent en donnant
à l'oeil une illufion que l'art peut fubftituer
à celle que le local a refufée. Au total on peut
affirmer que M. Lenoir a tiré , du terrein
qu'il avoit à remplir , un parti qui fait infi
niment d'honneur à fon adreffe & à ſon goût.
Le Samedi 27 Octobre , l'ouverture de ce
Théâtre s'eft faite par la première repréfentation
d'Adèle de Ponthieu , Tragédie Lyrique
en trois Actes. Le Poëme eft de M. de
Saint-Marc , la mufique de M. Piccini . Cette
By
MERCURE
repréſentation a été donnée gratis au peuple,
en faveur de l'heureux evenement qui a répandu
la joie dans tous les coeurs François.
>
Nous dirons peu de chofe de la première
reprefentation d'Adèle. A l'inftant où nous
écrivons , les Amateurs du Théâtre attendent
la feconde reprefentation pour porter un
jugement fur le Poëme & fur la Mufique
& nous attendrons comme eux. Le peuple
a paru goûter beaucoup le premier Acte.
Son attention à tout écouter , fon defir de
ne rien perdre , foit de la partie du chant ,
foit de la partie inftrumentale , lui a fait
garder un profond filence pendant l'exécution.
Les applaudiffemens qui s'échappoient
de temps en temps étoient interrompus par
des cris qui annonçoient le chagrin de ne pas
tout entendre. A la fin il a témoigné fa fatisfaction
par de vives acclamations , & par des
applaudiffemens nombreux.
Les premiers Sujets fe font tous diftingués
par leur zèle. On avoit établi le meilleur
ordre, tout s'eft bien paffé ; le Peuple étoit
gai , tranquille ; cette tranquillité n'a été
troublée que par des motifs qui annoncent
l'amour des François pour leur Maître. Dans.
le fein même de leurs jouiffances , tous les
Spectateurs fe rappeloient leurs Souverains,
& faifoient éclater tout haut les voeux qu'ils
formoient pour eux , & l'ivreffe dont ils
étoient animés.
"
DE FRANCE. 35
COMEDIE FRANÇOISE.
LE mercredi 24 , les Comédiens ont ouvert
leur Spectacle gratis , par une repréfentation
d'Adélaïde Duguefclin , Tragédie
de Voltaire , & de la Partie de Chaffe de
Henri IV , Comédie en trois Actes & en
profe , par M. Collé.
:
Adélaïde Duguefclin eft un roman pris
dans les moeurs françoifes , & c'eft pour
cette raifon qu'on a donné cette Tragédie
au Peuple elle a néanmoins été très - médiocrement
fentie , & nous n'en fommes
point étonnés. Il eft au Théâtre des conventions
dont l'habitude chez les uns ; &
l'étude chez les autres , donnent feules
le goût & l'intelligence. Le peuple ne peut
être guidé ni par l'une , ni par l'autre ; & s'il
eft des Ouvrages du haut genre qui puiffent
fixer fon attention & émouvoir fon âme ,
ce ne font que ceux qui préfentent des traits
de notre hiftoire , auffi connus qu'intéreffans
. C'eft pour cette raifon que le Siége de
Calais lui a fait autrefois le plus grand plaifir.
La Partie de Chaffe a été très - goûtée. Les
principaux Acteurs en ont repréfenté les
perfonnages avec les mêmes talens qu'ils y
ont déployés jufqu'ici. M. Dugazon a imaginé
d'ajouter au rôle du Bucheron , dont il
étoit chargé , quelques phrafes relatives à
l'événement qui fait encore la joie publique.
1
2
Bvj
36 MERCURE
On l'a applaudi avec tranfport. Cette pa
tite Scène , auffi gaie que placée heureufement
, étoit faite pour la circonftance ;
& le ton qui y a régné regardant principalement
le genre des Spectateurs pour
lefquels étoit la fête , ne fauroit être mis
fous les yeux de gèns plus délicats. Il en eft
des efprits comme des corps ; il faut les traiter
fuivant la nature de leur tempérament.
La fin du fpectacle a été très joyeuſe. Le
Public eft defcendu fur le Théâtre , où il a
exécuté avec les Sujets des ballets , des
danfes qui n'ont été interrompues que par
des acclamations réitérées de vive le Roi ;
vive la Reine , vive Mgr. le Dauphin.
COMÉDIE ITALIENNE.
Spectacles ordinaires.
LEE Jeudi 18 Octobre , on a joué , pour la
première fois , les Deux Sylphes , Comédie
en un acte , en vers , mêlée d'ariettes , mufique
de M. Defaugiers.
La fille d'une Fée eft menacée du plus
grand des malheurs fi elle fe rend à l'amour
d'un Dieu. Deux Sylphes , dont l'un eft fon
bon & l'autre fon mauvais génie , viennent
lui donner des confeils oppofés fur le parti
qu'elle doit prendre. Elle a un Amant dont
elle eft adorée , & qui redoute fort le mo
ment où le Dieu viendra offrir fa main. Ce
Dieu paroit , c'eft l'Amour. Il ne peut infpiDE
FRANCE.
37
rer de tendreffe , il menace ; la jeune perfonne
donne la main fans donner fon
coeur ; mais l'Amour ne s'en empare que
pour la remettre à l'Amant qu'on lui préfère.
Le fujet de ce petit ouvrage ne comportoit
pas beaucoup de chaleur , mais ce défaut
, devenu très grave aux yeux d'un Public
qui ne veut plus au Théâtre que des tableaux ,
ce défaut eft racheté par beaucoup d'efprit ,
de facilité & de grâces. La mufique a mérité
des éloges à M. Defaugiers . Peut être eût- il été
poffible de lui dommer un caractère plus
relevé ; mais le Compofiteur a probablement
craint qu'il n'en réfultât de la langueur , &
il a préferé le genre agréable dans lequel il
a parfaitement réuffi .
SCIENCES ET ART S.
ÉTABLISSEMENT des Machines à Feu ,
pourfournir des Eaux de la Seine à Paris.
Our le monde fair ati
&
T que la ville de Londres ,
moyen de neuf pompes à feu , fe trouve arrofée &
fourrie d'eau avec une profufion étonnante ,
une très- grande économie pour ceux qui l'habitent.
y a plus de cinquante ans que M. de Voltaire ,
à fon retour d'Angleterre , nous propofoit d'adopter
des établiffemens en faveur de la ville de Paris , la
plus infecte & la plus immonde de toutes les villes
du Royaume. Les voeux & les efforts de ce grand
homme n'eurent aucun fuccès ; l'on continua de
s'enthoufiafmer pour des nouveautés puériles , & de
28 MERCURE
38.
dédaigner toute innovation qui portoit un caractère
de grandeur & d'utilité nationale. Enfin , il s'eft rencontré
parmi nous deux hommes de génie ( MM.
Perrier Frères ) & une Compagnie de Capitaliftes, qui
ont eu le courage de tenter cette entrepriſe : ils ont
ofé rifquer près de deux millions pour acquérir un
emplacement , des matériaux , des atteliers , & les
inftrumens néceffaires à la conftruction de deux
machines à feu . Il a fallu non feulement tirer à
grands frais de l'Angleterre les tuyaux & les cylindres
que nos Manufactures étoient incapables d'exécuter,
mais encore fe rendre à vingt milles de Londres
, à Brimingham , pour y acheter d'un Anglois
la periniffion de conftruire à Paris des machines à
feu qu'il n'y faifoit pas lui -même. ( Depuis quelques
années , cet Étranger avoit obtenu le privilége exclufif
d'établir des Pompes à feu dans toute la France )
Grace au zèle de ces eftimables Citoyens , l'entrepriſe
a réuffi : déjà l'on admire un de ces Monumens à
l'une des extrémités de la Capitale , & ils fe propofent
de les multiplier dans tous les quartiers ou le
befoin l'exigera .
L'eau étant d'une néceffité indifpenfable , & fon
abondance ajoutant beaucoup aux aifances de la
vie', le Public verra fans doute avec fatisfaction un
établiffement fait pour remplir ce grand objet ,
qui confifte principalement à avoir dans tous les
temps de l'année & fans interruption , de l'eau faine
en telle quantité qu'on voudra , à fe procurer des
bains chez foi , fans frais & fans embarras ; fur-tout
trouver un fecours toujours prêt pour arrêter un
incendie naiffant. Les rues mêmes pourront être abondamment
arrofées pendant les féchereffes de l'été ;
rien n'empêchera qu'on ne verfe au milieu des ruiffeaux
, pendant l'hiver , une affez grande quantité
d'eau pour entraîner dans les égoûts les glaces à
demi fondues qui féjournent le long des rues ,
à
DE FRANCE. 39
tiennent impraticables , & rendent la ville fi mal faine
pour le Peuple entier qui l'habite .
Quatre grands réfervoirs très- élevés , contenant
près de cinquante mille muids d'eau , offriront un
fecours toujours certain pour les incendies ; les Braffeurs
, Teinturiers , Dégraiffeurs , Blanchiffeuses ,
&c. , qui font une confommation d'eau fort confidérable,
& pour qui toute économie eft intéreffante ,
en auront à peu de frais la quantité dont ils ont
befoin , ainfi que les Boulangers , qui font le Pain
avec l'eau des puits , infectée par la filtration des
foffes d'aifances , & de mille autres immondi ces.
La Compagnie fe propofe d'établir des Fontaines
de diftribution , placées principalement dans les
quartiers éloignés de la rivière , ou les Porteursd'eau
la puiferont fans peine , à très-bas prix , pour
l'approvifionnement des petits ménages & des particuliers
qui ne voudront point avoir de réfervoir chez
cux.
La profufion d'eau employée dans l'intérieur des
maiſons tournant au profit des rues de la ville ,
& s'y réuniflant aux eaux de propreté que le Gouvernement
peut y répandre à peu de frais , procurera
déformais un bien- être inconnu aux gens de pied ,
fur-tout celui d'un, air plus falubre à refpirer , dont
on n'a fenti jufqu'à préfent que le befoin & la privation
douloureufe.
Defcription de l'Établiſſement.
Le premier des établiffemens que la Compagnie
a fait élever , eft fitué à Chaillot , près de la grille.
On a conftruit en pierres , fous le chemin de Verfailes
, un canal de fept pieds de large , pour introduire
l'eau de la Seine dans un baffin auffi bâti
en pierres de taille , & dans lequel eft plongé le
tuyau d'afpiration des pompes : le baffin ainfi que
40
MERCURE
le canal , eft creufé de trois pieds au-deffous des plus
baffes eaux connues.
Les fieurs Périer ont conftruit fur le baffin même
un bâtiment très -folide , qui contient deux Machines
à feu de la plus grande proportion connue .
{
Chaque Machine eft compofée d'une grande
chaudière ou bouilloire de feize pieds heit, pouces
de diamètre , qui contient toujours une égale quantité
d'eau en ébulition ; la vapeur que le bouillon
nement de l'eau produit fans ceffe , eft destinée à
paffer dans un cylindre de cinq pieds de diamètre ,
pofe verticalement & garni d'un fort piſton. Deux
foupapes , qui s'ouvrent alternativement par le jeu
de la Machine , font entrer avec violence , ou deflus
ou deffous le pifton renfermé dans le cylindre , au
tant de vapeur qu'il en faut pour lui imprimer un
mouvement de haut en bas très- rapide & dans toute
la longueur du cylindre qui le contient . Chaque
fois que le pifton eft remonté au haut de fa courfe ,
une injection d'eau froide fubitement lancée audeffous
de lui par la Machine , & dans la vapeur
dilatée , la condenfe auffi- tôt , la détruit & produit
un vaide parfait dans tout l'efpace occupé par
vapeur ; au même inftant une vapeur nouvelle ,
introduite dans la partie fupérieure du cylindre, appuie
fur le pifton & le fait defcendre avec une
force , une puiffance égale à un poids de plus de
trente milliers .
Le pifton marche ainfi dans le cylindre alternativement
de haut en bas & de bas en haut , fans
terme & fans arrêt , tant que le feu de la chaudière
y tient l'eau en ébulition & fournit de la vapeur ,
qui eft ici le feul agent d'un mouvement que
nulle autre force connue ne pourroit donner à la
Machine : tout le refte eft facile à comprendre.
Ce pifton , qui monte & defcend dans le cylindre
vapeur, eft attaché à l'extrémité d'un balancier
DE FRANCE. 41
très-élevé fur ſon axe , & dont le jeu de fléau imprime
à fon autre bout le mouvement à une pompe
de 26 pouces de diamètre & de 8 pieds 4 pouces de
levée , dont le pifton aſpire l'eau du fond du baffin
qui la reçoit de la rivière. Le même balancier ,
par fon mouvement alternatif, ouvre, & ferme les
Loupapes qui permettent ou empêchent l'introduction
de la vapeur dans le cylindre ; il y fait auli
lancer l'injection d'eau froide qui produit le vuide :
il reftitue enfin à la chaudière autant d'eau qu'elle
en perd par l'ébulition & l'introduction de la vapeur
dans le cylindre ; enforte que cette Machine
n'a befoin que
d'un feul homme pour en alimenter
le fourneau . Elle donne 8 à 19 impulfions par mi-
Dute , qui produifent chacune près de 4 muids d'eau :
cette eau eft foulée par la pompe qui l'élève dans un
vaiffeau cylindrique & plein d'air comprimé , qui la
force à fon tour de monter dans les réfervoirs à
360 toifes de diftance , & à 110 pieds d'élévation
au-deffus des baffes eaux de la Seine , par un tuyau
de conduite de 22 pouces 6 lignes de diamètre commun
aux deux Machines.
Chaque Machine élève & fait monter en vingtquame
heures environ 400 mille pieds cubes d'eau ,
pefant 28 millions 800 mille livres , & compofant
48,600 muids d'eau , dans les réfervoirs conftruits
fur le haut de la montagne de Chaillot ; & c'eſt leur
élévation de 110 pieds qui permet à la Compagnie
de donner de l'eau dans tous les quartiers de Paris
fans exception.
1. Ces réfervoirs , au nombre de quatre , ont chacun
30 toifes de longueur , 10 de largeur , 9 pieds de
profondeur , & contiennent 1800 toifes cubes d'eau
de Seine .
pour
Quoique les deux Machines foient faites fe
fuppléer en cas de réparations , on a néanmoins eu
Fattention de donner affez de diamètre au tuyau qui
42
MERCURE
monte aux réſervoirs , pour pouvoir les faire marcher
enfemble en un befoin extraordinaire , tel qu'un
violent incendie.
Et pour que ce fervice effentiel fe faffe toujours
avec une profufion d'eau propre à raffurer les
Citoyens , la Compagnie fe propofe d'établir dans
toutes les rues & contre les maifons , d'espace en
efpace , de petits enfoncemens dans les murs , fermés
d'une porte de fer , qui contiendront un bour
tuyau de cair à vis , avec un robinet fourniſſant
une fi grande quantité d'eau qu'elle pourra former
un jet de 40 à 50 pieds de hauteur dans la plupart
des quartiers de Paris , attendu l'élévation des réfervoirs
d'où elle part.
de
C'eft cette difpofition qui permettra , comme on
l'a dit, d'arrofer les rues dans les féchereffes , de les
laver abondamment dans les fontes de neige,& toutes
les fois que le Gouvernement le croira néceffaire.
ས
Diftribution de l'Eau.
La diftribution fe fera par une conduite principale
en fonte de fer , d'un pied de diamètre cette
conduite arrivée à la Porte Saint-Honoré , en fuivant
la rue de Chaillot , celle Neuve de Berry &
le Fauxbourg , fe divifera en plufieurs branches
d'un plus petit diamètre , par la rue S. Honoré , le
Boulevard , la rue Neuve- des-petit- Champs , &c.
De ces conduites partiront , de diſtance en diſtance
& par des embranchemens , des tuyaux placés le
long des maifons , lefquels fourniront l'eau , par
de petits tuyaux de plomb , à tous les Abonnés.
L'eau s'élevera , dans la plupart des quartiers ,
à 12 & 15 pieds du pavé : les perfonnes qui voudront
la faire monter dans les étages fupérieurs ,
peuvent le procurer , comme on le fait à Londres ,
de petites machines peu difpendieufes , qui , receDE
FRANCE.
43
vant leur mouvement de l'eau verfée dans le réfervoir
de l'abonnement , en remonteront une partie
auffi haut qu'on le voudra . Les ficurs Périer fourniront
ces Machines à tous ceux qui en de fireront.
La Compagnie s'engage même à élever l'eau
dans les réfervoirs placés au haut des maisons qui
feront à portée des conduites principales.
L'eau fera fervie aux Soufcripteurs tous les deux
jours & à des heures réglées : leurs réservoirs s'empliront
en quelques minutes : cette manière de diftribuer
l'eau , qui eft fuivie à Londres , a l'avantage
de donner aux Entrepreneurs deux fois 24 heures
pour raccommoder un tuyau qui auroit befoin d'être
réparé , fans que le ſervice public foit interrompu.
Conditions de l'Abonnement.
ou 9
1. Les Particuliers qui defireront de l'ean
foufcriront un Abonnement fous feing privé , comme
étant plus économique , pour 3 , 6 ,
années , ou même davantage , & payeront so livres
par an pour un muid d'eau par jour , & à proportion
pour une plus grande quantité.
Pour mettre chacun à portée de connoître tout
l'avantage de la Scufcription qui lui eft offerte ,
on établit ici la proportion entre le prix moyen de
l'eau dans Paris , & celui de l'Abonnement avec la
Compagnie. La voie d'eau actuelle contient environ
trente pintes ; le muid , 250 pintes , ou huit à neuf
-voyes d'eau ; le prix, moyen de la voye d'eau eft de
2 fols ; ainfi un muid ou 8 à 9 voyes par jour, acqui
fes par les moyens ordinaires , coûtent de 17 à 18
fols , lefquels multipliés par les 365 jours de l'année,
font une fomme de plus de 300 livres , d'où il fuit
que la Compagnie offre à fes Abonnés d'un muid
d'eau par jour , pour so liv. par an , ce qui leur
conte aujourd'hui plus de cent écus ; c'est- à- dire ,
44
MERCURE.
qu'il y aura plus des 5 fixièmes d'économie pour
tous ceux qui s'abonneront avec elle .
au
Pour la facilité d'un calcul net & général , la
Compagnie a réfolu de modérer le prix de tous les
frais de conduite , de remuement de pavé & de
fourniture du tuyau de plomb qui conduira l'eau
jufqu'à la porte de chaque Abonné , prix d'une
année de fon Abonnement ; ainfi le Soufcripteur
d'un muid d'eau par jour , ou de ༠ livres
par an,
ne payera , en s'abonnant , que la fomme de so
livres , une feule fois , pour tous les frais indiqués
ci- dessus, & pour l'entretien dans tout le cours de fon
Abonnement ; celui de deux muids 100 livres ,
& ainfi en montant dans la proportion de tous les
abonnemers
و ا
2° . Le prix de l'abonnement fera toujours payé
d'avance , d'année en année ; au moyen de quoi la
Compagnie fe chargera de tous les frais , & les
Soufcripteurs économiferont le prix d'un acte d'Abonnement
par devant Notaire.
I
3. A l'expiration de l'Abonnement s'il eft
renouvelé fur le champ , le Soufcripteur ne payera
rien à la Compagnie , mais s'il y a interruption ,
fon tuyau ayant été coupé , il payera encore , pour
la nouvelle poſe & fourniture , le même prix d'une
année de fon nouvel Abonnement.
4. La Compagnie , au moyen des prix ci-deffus ,
rendra l'eau dans tous les quartiers de Paris & dans
toutes les maifons , & fe chargera de tous les frais
quelconques d'établiffement , de conduite & d'entretien
, jufqu'à la porte de chaque Soufcriptenr.
s . La Compagnie fournira , fans difficulté , une
plus grande quantité d'eau à ceux qui en auront déjà
acquis , en payant toujours annuellement ladite
fomme de 50 livres pour chaque muid d'eau d'augmentation
par jour , & les frais dans la proportion
indiquée , attendu qu'il faudra lever le pavé & chanDE
FRANCE.
45
ger le tuyau toutes les fois que la quantité d'eau demmandée
fera plus confidérable .
A mefure
Obfervation.
de conduite avanceront que les tuyaux
dans Paris , la Compagnie donnera un avis public à
tous les habitans du Quartier où s'en fera la pofe ,
de ſouſcrire leur abonnement au Bureau général de
la Compagnie : & dès- à-préſent tous les habitans du
Fauxbourg S. Honoré , depuis la Barrière de Chaillot
, celle du Roule & rues adjacentes , juſqu'à la
Porte Saint-Honoré , font prévenus que leur abonnément
fera reçu du moment actuel , jufqu'au premier
Février 1782 ; mais ils font avertis que s'ils
laissoient paffer le tuyau de conduite devant leur
Porte avant d'avoir foufcrit , la dépense qu'une
pofe particulière entraîneroit enfuite , exigeroit un
traitement à part,& beaucoup plus difpendieux pour
eux que celui de la pofe générale de chaque rue .
Le Bureau de la Compagnie eft chez les fieurs
Perrier Frères , rue de la Chauffée d'Antin ; il fera
ouvert tous les matins depuis & heures jufqu'à midi.
GRAVURES."
MONUMENT & Allègreffe , Eftampe. allégorique
deffinée par le Barbier , Peintre du Roi , & gravée
par Godefroy. Prix , 1 liv. 4 fols . A Paris , chez
l'Auteur , fue des Francs -Bourgeois , vis - à - vis la
rue de Vaugirard. La Fécondité , après avoir comblé
la France des dons de Cérès & de Bacchus , vient
encore lui apporter un Dauphin. Mars demande à fe
charger de l'éducation du Prince auquel l'Abondance
propofe l'exemple de fes Pères , qui ont mérité
46 MERCURE
l'amour des François. On voit la date de la naiffance
de ce jeune Prince fous la balance, figne du Zodiaque
dans lequel il eft né. Cette Gravure , très - agréable ,
eft beaucoup mieux . foignée qu'on ne devroit s'y
attendre , cu égard aux circonftances.
r
Le Sieur Laurent , Graveur , encouragé par l'ac
cueil qu'on a fait à l'Eſtampe repréſentant la Mort
du Chevalier d'Affas , en publiera inceffamment
trois autres non moins intéreffantes . 1º . La Valeur
récompenfée , fujet tiré de la prife de la Grenade ,
par M. le Comte d'Estaing. 2 ° . Louis XV après la
Bataille de Fontenoy . 3 ° . Henri IV après la Bataille
d'Ivry. Il fe charge de livrer ces trois morceaux
dans quinze mois . La Soufcription eft de 24 liv.
dont moitié en foufcrivant. Il faut s'adreffer à MM .
Sendrary & Compagnie , Banquiers , rue des Fontaines
, à Paris. On trouve à la même adreffe les
Ouvrages fuivans : 1º . L'Ode à la Ville de Marfeille
, fur la Statue équestre du Roi , &c . 2 ° . Poëme
fur les plaifirs de la Ville. 3 ° . Les OEuvres de M.
Devixouze.
Allégorie en l'honneur de Marie- Thérèſe. A Paris , *
chez Feffard , Graveur , rue & Ifle Saint - Louis , chez
le Charron ; Née , rue des Francs-Bourgeois ; à Verfailles
, au Bureau Royal de Correfpondance , rue
du Chenil .
La Soirée du Palais Royal , gravée par Caquet ,
d'après le Tableau de V. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint-Hyacinthe , maifon du Fourreur , & chez
Alibert , Marchand d'Eftampes , au Jardin du Palais
Royal , ou rue Fromenteau.
DE FRANCE. 47
D
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ESCRIPTION du Gouvernement de Bourgogne ,
première Partie , contenant une idée générale du Gouvernement
de Bourgogne , fuivant fes principales
divifions Géographique , Phyfique , Politique , Eccléfiaftique
, Civile & Militaire , grand in -folio . Prix ,
9 liv . A Paris , chez Née & Mafquelier , rue des
Francs-Bourgeois.
Éloge de Charles de Sainte-Maure , Duc de Montaufier
, Difcours qui a concouru pour le Prix de
l'Académie Françoife , par M. Percheron . Profeffeur
au Collège de Chartres . Vol. in- 18 . A Paris , chez
Lamy, Libraire , Quai des Auguftins.
Ode fur la Mort de l'Impératrice- Reine de Hongrie
, avec des Notes Hiftoriques , par M. Courtial.
in-8°. A Paris , chez les Libraires qui vendent les
Nouveautés.
Le Bonheur de la France , Idylle , par M. Coutouly
, in- 89 . A Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire,
quai des Auguftins .
Mémoire fur la manière de rendre incombustible
toute Salle de fpectacle , par l'Auteur du Guide de
ceux qui veulent bâtir , in - 8 ° . Prix , 6 fols. A Paris ,
chez Morin, Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques,
L'Amateur corrigé , Comédie en trois Actes , par
M. N. in-8 ° . A Paris , chez la Veuve Ballard , Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins , & Legras ,
Libraire , quai des Auguſtins.
Nouvelle Méthode , sûre , courte & facile pour le
traitement des perfonnes attaquées de la Rage , par
48 MERCURE
le Frère C. Duchoifel , de la Compagnie de Jéfus ,
Apothicaire de la Maifon de Pondichery, nouvelle
Édition , in 12. Prix , 8 fols, A Paris , chez Morin ,
Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques.
·L'Incrédule convaincu de la Vérité de la Religion
Chrétienne , par M... Prêtre , in - 12. Prix ,
2 liv. A Paris , chez Baftien , Libraire , rue du petit
Lion , Fauxbourg S. Germain.
··
Quarante trois & quarante quatrième Parties
des Mémoires fecrets tirés des Archives des Souverains
de l'Europe , contenant le Règne de Louis XIII,
traduit de l'Italien , z Vol. in- 12 . A Paris , chez
Nyon l'aîné , Libraire , rue du Jardinet.
Faute à corriger dans le N° . 42. Page 130 ,
lig.21 , la fonction d'un Critique , lifez : des Critiques .
Fautes à corriger dans le N°. 43. Page 187 ,
ligne 7, depréfenterlavérité, fupprimez de . Page 189,
ligne 18 , l'attention de veiller , lifez : le foin.
TABLE.
VERS au Nouveau Né ,
Madrigal,
30 Les Deux Odes Nouvelles ,
Académie Royale de Mufiq. 31
6 Comédie Françoife ,
18 Comédie Italienne ,
Etablissement des Machines à
19 Feu ,
Le Moyen Infaillible, Conte ,
Enigme & Logogryphe ,
Tableau Général de la Cavalerie
Grecque,
Le Droit de Main- morte aboli Gravures
dans les Domaines du Roi , 27 Annonces Littéraires ,
J'AI
APPROBATION.
•
36
37
.45
I lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 3 Novembre. Je n'y ai
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreflion. A Paris ,
le 2 Novembre 1781. DE SANCY
-
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 10 NOVEMBRE 1781.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Faits fur le Tombeau de J. J. Rouffeau.
CEST donc vous que je vois , lieux charmans , licux
facrés ,
Qu'habitent de Rouffeau les mânes révérés.
D'une paifible deftinée ,
Que parmi les mortels il attendoit en vain ,
Des mains de la vertu fon ombre couronnée ,
Dans le tombeau jouit enfin .
QUEL doux tranfport s'élève dans mon fein
En abordant cette Iſle fortunée !
L'air m'y femble plus doux , & le Ciel plus ferein;
De l'éclat de fa gloire elle eft environnée.
Dans un refpect filencieux ,
Divin Rouffeau , j'approche de ces lieux ,
No. 45 10 Novembre 1781. N° . C
50.
MERCURE
Qu'a confacrés ta ſublime ſageſſe ;
J'avance , & des pleurs de tendreffe
Doucement coulent de mes yeux.
Ces lieux font pleins de toi , tout ici m'intéreffe :
Les rives de ce lac , ces peupliers heureux
Comme mon coeur refpirent l'alégreffe.
POUR moi cette Ifle eft un temple facré:
Par nos derniers Neveux il fera vénéré.
Là , je viendrai fouvent adorer en filence
Des
malheureux l'ardent confolateur ,
Lẹ Dieu de la Vertu , le Dieu de
l'Éloquence ,
Et de l'humanité le tendre Bienfaiteur.
Sur ce marbre incliné , que de mon fein je preſſe,
Rempli d'une douce trifteffe ,
J'épanche mes douleurs dans le fein d'un ami.
Ah ! s'il m'entend , il en eft attendri.
QUOI ! de la vie , ainfi que la fumée ,
Le principe divin feroit évanoui !
Pour
l'immortalité notre ame fut formée ,
Et cette vie eft fon berceau ;
Ta cendre , illuftre ami , n'eft point inanimée ,
Ton ombre vit fous ce tombeau .
VENEZ , Cours
vertueux ,
venez ,
ames fenfibles ,
A ce marbre facré confier vos
douleurs ;
Venez, parmi ces peupliers paisibles ,
Honorer fes vertus & pleurer fes malheurs .
QUE ces lieux fortunés , où règne un doux filence,
Infpirent à mon coeur un calme
attendriffant !
DE FRANCE.
51
Que je quitte à regret un féjour fi touchant !
Mais je vous reverrai , temple de l'innocence.
Je reviendrai fouvent fous vos ombrages frais
Y puifer les vertus , & l'oubli de mes peines ;
Et, lois d'un monde que je hais ,
De mes erreurs brifer les chaînes ;
Loin d'un monde léger , frivole & vicieux ,
Faire de fes Écrits une profonde étude ;
Loin des méchans , des envieux ,
Goûter la paix de votre folitude.
J'y reviendrai de mon coeur défolé
Calmer les pénibles alarmes ;
Sur fon tombeau je répandrai des larmes
Et mon coeur fera confolé.
( Par M. Chauvin. )
LES DEUX CHEVAUX ,
UN
Fable imitée de l'Allemand.
Norgueilleux Courfier , fier de ſa gymnaſtique ,
Après avoir caracolé ,
Apperçut un Cheval ruſtique
A fa charrue humblement attelé.
Auffitôt de hennir ; puis fa crinière agile
Se dreffe , & flotte à qui mieux mieux;
Puis il fait , d'un air gracieux ,
Jouer fon pié fouple & docile ,
Comme un fat de la Cour fon talon
rouge : Eh bien,
Dit Dom Courfier à fon modefte frère ,
Cij
52
MERCURE
Quand auras- tu , Goujat , ce fuperbe maintien ,
Cet air majestueux, cette grâce légère ?
Paix , infolent , dit l'autre ennuyé de fes cris
Et de fon trifte verbiage ;
T
Laiffe-moi donc en paix finir mon labourage.
Eh ! fi par mes travaux , objet de ton mépris ,
Je ne rendois ce champ fertile ,
Où prendrois- tu , réponds , ogueilleux imbécile ,
L'avoine dont tu te nourris ?
CETTE Fable , affez fimple , eft née en Germanic.
Elle s'adreffe à vous , illuftres fainéans ,
Qui méprilez le Peuple , & dont l'orgueil oublie
Que tout ce qui nourrit vos airs impertinens
Eft le fruit de fon induſtrie!
Quoi ! ceux dont les utiles mains
Forment les alimens , foutien de votre vie ,
N'auroient-ils donc que vos déaains ?
Si votre rang, votre richeffe
Vous donnent plus d'u banité ,
Pourquoi donc auprès d'eux perdre , par la fierté ,
Le fruit de votre politeffe ?
Nés comme eux , vous feriez ce qu'ils vous fequblent
tous ;
Nés comme vous , peut- être ils vaudroient mieux
vous.
Quittez donc cette fierté vaine ,
que
Qui fait du riche un fot , da pauvre un malheureux.
Le monde où vous portez ce front présomptueux ,
DE FRANCE. 53
De vous le pafferoit fans peine ;
Il ne fauroit fe paffer d'eux.
LE BAISER.
Andante amorofo .
LE bai-fer , Thé- mi re , eft pour les
Sinsmey no son fla , alend of older str
coeurs Ce que le Zé-phy- re eft pour les
fleurs . Le bai-fer, Thémi-re , eft pour
les coeurs Ce que le Zé- phy-
Cij
$4 MERCURE
Fin.
re eft pour les fleurs.
Fin.
Dansles champs de Flo- re , Ce Dieu ca - reffant
, an -non ce l'Aurora Au bouton
naif- fant ; Ain- fi dans
11-
2009 A
ne a- me , Fai- te pour A
l'Amour ,
DE FRANCE.
55
→ Un bai fer de Aam- me
Eft le point du jour.
( Air de M. de Monteron , Amateur. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
"LE mot de l'Enigme eft Ame ; celui du
Logogryphe eft Enfeigne , où le trouvent
finge , neige , fein , figne.
ÉNIGM E.
LA décence & la propreté
Sont caufe de mon origine
Pourquoi faut- il qu'on me deftine
Si fouvent à la faleté ?
Pour m'approprier au fervice
Civ
$6
MERCURE
1
L'on me fait volontiers quarré ,
Et je fuis tenu très-ferré ,
Même pendant mon exercice.
On fait toujours de moi grand cas
Quand je viens d'un lointain rivage ;
Et pour éclipfer les appas ,
Philis emprunte mon ombrage.
D'un Grand que je ne nomme pas ,
Je fers à défigner l'hommage
Qu'il rend à celle qui l'engage.
LOGOGRYPHE.
Sous un habit léger , de diverſes ¿quleurs ,
J'aborde le Savant , la Petite- Maîtreffe .
Par un étrange fort , Je
les
intéreffe
,
Pour me fignaler leurs faveurs ,
Sans différer , avec adreffe
Ils plongent un fer dans mon fein.
Dans mes huit pieds , Lecteur , tu trouveras foudain
Un vafe ; un mets friant ; & puis , par analyfe,"
Dans l'écriture un Mont cité ;
Un métal amoureux de la fille d'Acrife ;
Un habitant heureux de la Sainte Cité
Une interjection qui marque la furprife ;
L'inftrument chéri du chaffeur ;
Ce qui brave les flots de la mer en fureur ;
DE FRANCE. 57
Un terme de Géométrie ;
A la pauvre Créufe un vêtement fatal;
Trois villes , une en Suiffe & deux dans la Neuſtrie ;
L'amante de Léandre ; un puant animal ;
Un attribut de la fortune ,
Que l'on voit fans raifon joint au char de Neptune.
Réuniffant mes pieds , je ſuis devant tes yeux .
Qu'ai-je dit! tu me tiens , Lecteur ingénieux .
( Par M. Lagachefils. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRAITÉ de la Séduction , confidérée dans
l'ordrejudiciaire , par M. Fournel , Avocat
au Parlement. A Paris , chez Demonille
, Imprimeur- Libraire de l'Academie
Françoife , rue Chriftine.
AVANT de rendre compte de cet eftimable
Ouvrage , nous nous permettrons quelques
réflexions fur les Ouvrages de Jurifprudence.
Nous fommes dans un moment où l'on
pourroit faire une réforme dans la manière
de traiter de cette Science , comme dans la
Légiflation même. Il m'appartient moins
qu'à perfonne d'avoir des idées utiles fur un
fi grand objet ; mais dans un moment où les
Jurifconfultes portent plus que jamais la
faine philofophie dans les études du barreau ,
Cv
:8 MERCURE
leur propofer quelques vues , c'eft provo
quer les leurs , & les appeler à des efforts
encore plus heureux.
Dès que la Légiflation s'étend & s'embarraffe
; dès qu'elle eft devenue auffi vicieuſe
dans fa rédaction , qu'immenfe par le nom
bre de fes difpofitions ; dès qu'elle ne gouverne
plus la fociété par un fyftême unique ,
il faut des hommes qui fe placent entre les
Lois & les Citoyens , pour enfeigner les unes
& diriger les autres ; il faut des Jurifcon
fultes. Leur fonction confifte dans une méditation
profonde des Lois pour bien faifir
leurs fens & leurs rapports , pour les interprêter
& les concilier ; c'eſt un foible remède
dans un grand mal ; c'est même un
-remède auffi propre à augmenter le mal qu'à
l'adoucir : l'effet ici dépend de l'efpèce des
efprits qui fe confacrent à cet emploi.
Si vous livrez la fcience des Loiss àà cceess
efprits nés efclaves de tout ce qui a été écrit
ou fait avant eux , à ces efprits étrangers à
l'art d'enchaîner des idées , comme au don
d'en concevoir , vous n'aurez bientôt pour
Jurifprudence qu'un vafte amas de contradictions
, de fubtilités , de faux principes ,
de méprifes groffières. Toutes les Lois feront
compilées & commentées ; elles en feront
moins connues , moins faciles à entendre ,
& d'une plus grande reffource pour la chicane.
Et co mine on ne peut étudier une
fcience que dans les Livres qui l'expliquent ,
l faudra dévorer à la fois tous les vices des
DE FRANCE.
39
mauvaiſes Lois , & toutes les extravagances
des mauvais efprits.
Mais fi la ſcience des Lois eft cultivée par
des hommes qui aient médité tout l'ordre
focial, qui fachent faifir dans toutes les Lois
particulières leurs principes & leur but , qui
foient, dignes d'appercevoir leurs abus , de
préparer leur réforme , qui , lorfqu'ils les
interprêtent ou les expliquent , leur donnent
toute la clarté , toute la fimplicité , tout l'accord
qu'elle peuvent recevoir ; qui aillent
toujours au fond des questions , qui écartent
à jamais ces erreurs accréditées , que les
premiers regards de la raifon repoullent
dans les ténèbres de l'école , qui mettent à la
place de ces erreurs des principes lumineux
& féconds ; quels Écrivains pourroient s'acquérir
plus de droits à la vénération & à la
reconnoiffance publiques ! La Légiflation leur
devra tous fes progrès vers la perfection ;
l'Adminiſtration de la juftice , une marche
plus sûre & plus noble ; les Magiſtrats ,
repos de la confcience , & cette douceur attachés
à de grands devoirs devenus plus faciles
; les Citoyens , une partie du respect &
de l'amour qu'ils porteront aux Lois.
ce
Malheureuſement les Jurifconfultes de
tous les pays ont été bien rarement des Philofophes.
Ceux de France n'ont fur les autres
que l'humiliante diftinction d'avoir beaucoup
plus écrit & beaucoup plus mal : on
pourroit mettre pour infcription fur toutes
nos Bibliothèques de Jurifprudence , ce titre
Cvj
რი MERCURE
17
་ ་
ferieufement donné à une de nos plus volu
mineufes rapfodies : Oceanum juris.
Qui le croiroit ? Nos meilleurs Auteurs
en Jurifprudence ont paru peu après l'époque
de la ren iffance des Lettres. De gran
des révolutions dans la Religion , dans les
Gouvernemens , dans les moeurs , la découverte
récente des Pandectes de Juftinien ,
qui firent tout-à- coup rougir les Nations de
l'Europe de la férocité & de la groffièreté
des inftitutions féodales ; cette lutte mêmede
la barbarie qui finiffoit , & de la civilifation
qui commençoit ; cette avidité d'inftruction ,
& ce befoin de changement qui appartiennent
plus particulièrement à ces temps ; tout
contribuoit à donner aux efprits , dans tous
les genres , de l'effor & de la vigueur . Cette
époque n'eft pas celle des Ouvrages perfectionnés,
mais c'eft celle des plus hardis efforts
de l'efprit humain. Les Cujas , les Dumoulin
, & après eux les Dargentré , les
Loifeau , & un petit nombre d'autres Jurif
confultes , furent des hommes peu communs.
On trouve dans leurs Écrits une vafte
connoiffance & une méditation profonde
de la partie des Lois à laquelle chacun
d'eux s'étoit particulièrement dévoué , le
projet d'y tout éclairer & même d'y tout
fimplifier , prefque toujours un grand fens ,
l'énergie d'un efprit ferme & libre , fouvent
même les traits hardis d'un efprit original ,
& un grand nombre de vues de réformes
fages & courageufes ; mais ces qualités préDE
FRANCE. 61
cieufes font dégradées par des défauts qu'on
ne peut imputer qu'à leur fiècle : un continuel
abus de l'érudition ; une marche où
l'ordre , qui eft dans les vues, ne fe retrouve
pas dans le développement des idées , des
préjugés qui rétréciffent leur génie ; des détails
fans utilité & fans mérite ; une prolixité
qui égare & fatigue ; un ſtyle qui a fouvent
l'empreinte du talent , mais qui conferve
toute la pefanteur & la bigarure des
temps où l'on n'a encore ni le fentiment ni
les principes du goût.
Nous ferions cependant trop heureux fi
tous nos Livres prefentoient ce melange du
bon & du mauvais. Les Ecrivains des générations
fuivantes , à un petit nombre près ,
n'offrent que les défauts de leurs prédéceffeurs
. Vivans daus un fiècle éclairé , ils femblent
avoir craint de participer de fes lumières
, & ils ont ifolé leur fcience ; ils femblent
encore avoir défendu à leur efprit de
penfer , & s'être donné le mot pour travailler
tous fur un plan auffi rétréci. Nonfeulement
ils ont fait reculer la Jurifprudence
; mais ils l'ont encore déshonorée , en
fubftituant aux principes des Lois & de la
Juftice éternelle, les décifions incertaines des
cas particuliers , afin que tout y devint arbitraire
& contradictoire. Du refte , ils ont
encore renchéri fur l'habitude de n'écrire
que par in-folio , & ils n'ont quitté dans
leur ftyle la bizarre groffièreté de l'érudition,
62 MERCURE
que pour adopter la féchereffe de la médio
crité ignorante.
Comment donc eft- il arrivé que la fcience
des Lois , la plus noble , la plus utile de
toutes , la plus preffante à perfectionner ,
ait été jufqu'ici celle qui a le moins participé
du progrès des lumières ? Ofons tout dire ;
cela tient au fyftême d'études adopté par
une grande partie des perfonnes du barreau.
Obligées de connoître une foule de Lois particulières
, elles fe hâtent trop d'en charger
leur mémoire ; elles ne prennent pas le
temps d'apprendre & de méditer les principes
univerfeis de la raifon & de la juftice ,
d'où toutes les Lois devroient fortir , &
auxquels il faut toujours efpérer & s'efforcer
de les ramener. A peine fe font- elles
enfoncées dans les arides détails de la Jurifprudence
, qu'elle font une efpèce de voeu
de n'en plus fortir. On a vu même des Avocats
puifer un orgueil ridicule dans cette
connoiffance des chofes litigieufes , prendre
en dédain la morale , la politique , l'hiftoire ,
la littérature , tout ce qui tient à l'étude des
Lois , tout ce qui augmente fa majefté , fon
intérêt ; eftimer Denifart bien au- deffus de
Montefquieu , & fe croire eux- mêmes égaux
à Boffuet , lorfqu'ils avoient parlé pendant
deux heures fur une queftion de pratique.
En général toutes les profeffions , toutes les
études qui doivent abforber l'homme qui
s'y applique exigeroient des efprits déjà
nourris des autres connoiffances . Toute
>>
DE FRANCE. 63
Science que l'on fépare des autres Sciences
fe rétrécit & fe dégrade , & elle communique
à l'efprit de l'homme qui la cultive la
féchereffe & la pauvreté où elle tombe ellemême.
Ajoutons encore , comme une grande
caufe de la diſtance où l'étude des Loix eft
reftée des autres Sciences , que les Livres
où il faut l'apprendre ont prefque toujours
été faits par des hommes très - médiocres.
Ceux qui avoient naturellement de grandes
vues , & qui avoient acquis de grandes lumieres
dans la profeffion d'Avocat , fe font
livrés tout entiers à la défenfe des Citoyens ,
& n'ont enrichi la Jurifprudence , que des
difcuffions que l'on trouve dans leurs Plaidoyers
& leurs Confultations morceaux
fouvent très-précieux , mais que les Compilateurs
ont prefque toujours négligé de
conferver , ou qu'ils ont gâtés en les employant
à leur manière .
>
>
Le temps eft venu où la Jurifprudence
retrouvera de bons Écrivains , & des Jurifconfultes
philofophes. Tous les Barreaux
ceux des Provinces , comme celui de la
Capitale , possèdent des hommes à qui il
ne manque que de fe fouftraire un peu à la
confiance publique , pour devenir les Ref
taurateurs de leur Science . Ne feroit- il pas
bien digne d'eux de terminer une carrière fi
utile au Public , par un fervice qui fe communiqueroit
encore à la poftérité ? Ce feroit
auffi un foin bien digne d'un bon Gouverne64
MERCURE
ment de les y appeler , & d'honorer leurs
travaux par des récompentes publiques.
Il me femble que la reftauration de la
Jurifprudence depend effentiellement de
trois chofes .
-
3
La première feroit de lier toujours les
differentes parties de la Jurifprudence entre
elles ; de chercher les points où elles
fe touchent , les règles qui leur font ou
qui peuvent leur devenir communes ; de
tendre ainfi à l'unité dans la Science , de
la préparer , & enfuite de lier la Jurifprudence
elle-même à toutes les Sciences qui
l'avoifinent : elle ne peut regagner ces grandes
vues qui dirigent tout un fyftême de la manière
la plus fimple , & qui abrègent tous
les détails , que par ce genre d'étude & de
méditation.
La feconde chofe à obferver , c'eſt d'écrire
enfin cette Science avec quelque noblelle
& quelque intérêt. Les grands progrès
d'une Science tiennent toujours à ce merite.
Un Livre bien fait & bien écrit en rend- t'il
les principes fimples , faciles , intéreffans ;
bientôt ils deviennent des idées communes
& familières. Il est étonnant que l'on ait fi
mal écrit dans la Jurifprudence. Je fais bien
qu'elle a une foule de règles pofitives , sèches
& froides par elles- mêmes , qu'elle doit fouvent
fe trainer fur une infinité de détails qui
n'ont rien que de rebutant ; mais ce n'eft pas
là proprement la Jurifprudence ; elle confifte
effentiellement dans ces grandes règles
DE FRANCE. 65
qui compofent toute l'économie des corps
politiques ; elle tient par elle même à tous
les grands intérêts de la fociété , & même
aux fentimens & aux paffions du coeur de
Ihomme. Les règles particulières , les details
ne lui appartiennent que par leurs relations
avec les grands principes de la conft turion
fociale , & ils fe relèvent & s'ennobliffent
par cette relation .
Le troisième moyen d'avancer les progrès
de l'étude de la Jurifprudence , feroit , ce
me femble , de commencer par donner de
bons Livres élémentaires. Il eft étrange que
ce genre de Livres foit celui auquel les
Hommes fupérieurs aient le moins confacré
leur génie. Aucun n'eft plus important , aucun
n'influe davantage fur toute la deftinée
d'une Science , fi je puis m'exprimer ainfi ,
& fur la jufteffe des efprits qui l'étudient ;
aucun même ne promer plus de gloire , puifque
ces Livres peuvent durer autant que la
Science même , & fe répandre par tout où
elle eft connue. Les bons Livres elémentaires
ne manquent dans aucune Science , dans
aucun Art , autant que dans la Jurifprudence
*.
* Il convient de parler ici des deux monumens
les plus précieux de notre Jurisprudence moderne.
Dans le commencement de ce fiècle , le Chancelier
d'Agueffeau , qui a annoncé dans une de fes Loix
de grandes vues pour la perfection de notre Jurif
prudence , accueillir avec un véritable zele les projets
de deux rédactions des Loix Romaines. Les
66 MERCURE
Parmi les Livres élémentaires , on peut
compter les Traités fur les principaux objets
de la Jurifprudence. L'objet du Traité que
nous annonçons , n'eft point une partie entière
de la Science ; mais par tout ce que
:
deux hommes qui conçurent ce projet en étoient
dignes , & ils nous ont laiffé deux Ouvrages excellens
; mais l'un ( Potier ) , en mettant ce qui nous
eft parvenu de le Légiflation Romaine dans l'ordre
où le bon fens la demandoit , n'a fait qu'en faciliter
l'étude l'autre ( Domat ) , en ne prenant du Droit
Romain que ce que la raifon éternelle y a mis , &
en perfectionnant par un judicieux développement ,
par des additions & des corrections , les règles qu'il
en tire , a rendu un fervice encore plus important. Il
a fait , par le beau choix des principes , par le complément
& l'ordre qu'il leur a donnés , un Livre
dont plufieurs grandes parties mériteroient de paffer
toutes entières dans un nouveau Code Civil . On ne
conçoit pas comment le Chancelier d'Agueffcau a
laiffé mourir pauvre & ignoré l'Auteur du plus utile
de nos Livres. Il eft trifte que Domat n'ait pas joui
pendant la vie de toute l'eftime qu'on lui accorde
aujourd'hui. Son mérite eft affez grand pour qu'on
ne doive pas craindre de le fixer . Il n'a jamais eu une
idée à lui ; mais il favoit fupérieurement développer ,
compléter , rectifier & claffer celles qui lui étoient fournies
dans un grand défordre . Il a mis à la tête de fon
Livre un Traité des Lois , dont l'Ordonnance eft
auffi fort belle , mais qui eft rare par la pauvreté , &
même par le ridicule des idées . Il n'a pas montré de
génie ; mais il eft digne de fervir de modèle pour
l'ordre & la diftribution des idées aux hommes de
génie. Aucun Livre peut - être n'a jamais été mieux
fait dans aucune Science.
DE FRANCE. 67
+
l'Auteur y a ramené, il forme un fujet de Livre
très-complet & très -intéreffant. L'Auteur a
déjà donne un Traité de l'adultère ; & ces
deux Ouvrages qui fe tiennent de fi près ,
faits dans les mêmes principes , & pour être
la fuite l'un de l'autre , femblent ne former
qu'un feul Ouvrage ; & peut être feroit il à
defirer qu'ils fuffent réunis dans un même
Livre , & fous un titre commun .
On trouve auffi dans tous les deux le
même genre de mérite . Dans tous les deux , le
Livre eft très- bien compofé; tous les objets ,
toutes les queſtions , toutes les déciſions qui
entrent dans le fujet , y font placés dans un
ordre net & précis ; on y remarque que
l'Auteur a fait une vafte étude des Jurifconfultes
qui ont écrit fur la même matière ,
mais qu'il emploie leurs opinions comme un
Philofophe qui commence par les apprécier
avant de les adopter ou de les rejeter.
Le Traité de la Seduction eft partagé en
trois Parties.
Dans la première , l'Auteur traite du
fimple commerce illicite , dégagé de toute circonftance
aggravante , & qui ne donne lieu
qu'à une procédure civile.
La feconde Partie eft réservée pour les féductions
qualifiées , comme le rapt de féduction
, la féduction d'une Pupille par fon Tuteur
, d'une Pénitente par fon Confeffeur , &
les autres espèces de féductions qui donnent
lieu à une procédure criminelle.
Enfin , il rejette dans la troifième Partie
68 MERCURE
plufieurs objets analogues à cette matière ,
mais qui
n'auroient pas pu fe fondre dans les
premières Parties , fans nuire à la clarté & à
la méthode de l'Ouvrage.
On prendra une idee fuffifante de la manière
dont l'Auteur difcute des queftions intéreffantes
, & de fon ftyle , dans ce morceau
fur la nature de l'action qui résulte du com
merce illicite.
ود
" Si la Jurifprudence de cette matière eſt
remplie de contradictions & d'incertitudes
, c'eft pour n'avoir pas dererminé
» d'une manière préciſe la nature de l'action
» qui appartient à une fille abufée , contre-
» l'auteur de fon déshonneur.
» La commune opinion regarde la fé
» duction comme un délit qui donne à la
" fille abufée le droit d'en pourfuivre la réparation
contre le coupable ; mais c'eſt
» vifiblement une erreur ; la féduction n'eft
» un délit ni public , ni privé.
و د
وو
وو
Il eft fenfible que ce n'eft point un dé
» lit public. Qu'y auroit- il de plus abfurde
que de donner cette qualité au commerce
illicite de deux perfonnes libres , lorf
qu'on refufe même la qualité de delit
public à la féduction opérée fur une
» femme mariée ?
و د
و د
و د
» Si la feduction n'eft pas un délit public ,
elle n'eft pas davantage un delit privé ,
capable d'ouvrir l'action en injures.
" L'action en injures a pour objet la ré-
» paration d'un dommage fouffert contre le
30
DE FRANCE
69
» gré ou à l'infu de celui qui s'en plaint ;
» mais on n'eft pas recevable à fe plaindre
» d'un événement auquel on a confenti.
"
و د
Quelques Jurifconfultes , convaincus
que l'action ouverte en faveur de la fille
» abufée , ne pouvoit être celle en injures ,
» ont donné pour principe de cette action ,
» la préfomprion d'un certain pacte , d'après
lequel le féducteur s'étoit engagé à dé-
» dommager la fille abufée du préjudice
qu'elle pourroit fouffrir dans fon honneur
les fuites du commerce illicite .
39
"
❞ par
» Mais un peu d'attention nous démontre
que cette fiction ne peut pas être le principe
de l'action accordée à la fille fé-
» duite.
45
» En effet , on fait que les pactes , ob tur-
" pem caufam n'engendrent point d'action .
" Or , ce feroit un pacte honteux , que celui
» par lequel une fille s'abandonneroit aux
» defirs d'un féducteur , dans l'efpérance
» d'une récompenfe pécuniaire .
Mais fi ces dommages-intérêts ne dé-
» rivent ni d'un délit , ni d'un pacte , à quel
» titre feront- ils donc accordés à la fille
» abufée ? C'eſt ce que je vais expliquer.
Le titre d'une fille abufée eft bien dans
» une convention préfumée faite avec fon
féducteur ; mais cette convention doit
» porter for un objet licite & conforme
" aux bonnes moeurs.
"2
و ر ا ب
" Une fille n'eft jamais cenfée fuccomber
que fous la promeffe d'être époufee ; la
70
MERCURE
" condition eft fi naturelle , fi vraisembla
" ble , fi honnête , que, de tout tems , elle a
» été fuppofée de droit , fans que la fille eût
» befoin d'en repréfenter de titre par écrit.
Lorfque la fille , devenue enceinte , ne
» trouve point fon féducteur diſpoſé à rem-
» plir la condition fous laquelle elle a eu
» la foibleffe de fe livrer à lui , elle n'a
point d'action pour le contraindre au ma
""
و د
"
riage ; mais au moins , elle a une action
» en dommages intérêts pour l'inexécution
» de la promeffe.
ود
ور
ود
» Obfervez ici que la fille , en deman-
» dant des dommages- intérêts , ne follicite
point le prix de fon déshonneur. Ce
qu'elle demande , c'eft le dédommage-
» ment réſultant de l'inexécution d'un pacte
légitime. Elle ne fe plaint pas d'un outrage
qu'elle a permis , elle fe plaint feulement
» d'une infidélité. Son titre ne dérive point
» de fa groffeffe ; la groffeffe n'eſt le
témoignage de la convention que la Loi
» veut préfumer entre les Parties. »
ور
"3
ود
ود
que
Voilà des idées juftes , nobles & neuves.
Voilà les principes qu'il faut toujours voir
dans les Loix : elles accordent une réparation
à la fille abufee. Eft- ce le prix de fon
honneur qu'elles veulent lui payer ? Non
elles refpectent une femme juſques dans fa
foibleffe ; elles ne veulent pas croire qu'elle
ait pu oublier la pudeur , fans avoir cru
mettre fa faute fous le voile du mariage. Par
ce refpect pour la pudeur , elles en conferDE
FRANCE. 71
vent, elles en répandent le fentiment. On approuve
&l'on aime aifément les principes que
M. Fournel vient d'établir ; il me femble cependant
qu'ils pourroient être critiqués à
plufieurs égards. Eft - il vrai qu'il n'y ait pas
un délit privé dans l'auteur de la groffeffe
d'une jeune fille ? Eft-il vrai qu'elle n'ait pas
reçu une injure ? Eft- il vrai que les idées
d'un délit à punir , d'une injure à venger ,
n'entrent pour rien dans la réparation que
l'on accorde à la fille féduite ? Je ne fais
que
propofer ces questions , qui exigeroient une
trop longue difcuffion .
On doit favoir gré à M. Fournel de fe
dérober quelquefois aux occupations du
Barreau , pour donner au Public des Ouvrages
auffi bien faits..
On a droit de demander au talent tous
les mérites qu'il peut acquérir. Il femble
que M. Fournel pourroit , en foignant fon
ftyle davantage , lui donner plus d'élégance
plus de nobleffe , plus de préciſion , & qu'il
augmenteroit encore le prix de fes Ouvrages
, en y admettant plus d'idées morales &
politiques.
(Cet Article eft de M. de L. C. )
72
MERCURE
COURS Complet d'Agriculture Théorique ,
Pratique, Economique , & Médecine rurale
& vétérinaire , fuivi d'une Méthode pour
étudier l'Agriculture par principes , ou
Dictionnaire Univerfel d'Agriculture , par
une Société d'Agriculteurs , & rédigé par
M. l'Abbé Rozier , Membre de plufieurs
Académies , & Auteur du Journal de
Phyfique. 6 Vol. in 4° . avec des planches
en taille - douce. Ouvrage propofé par
Soufcription , & pour lequel on n'exige
point d'argent d'avance. A Paris , rue &
hôtel Serpente.
Si j'avois un Sujet qui me produisit deux
épis de blés pour un , difoit un Monarque
digne de l'être , je le préférerois à tous les
génies politiques . C'eft que l'Art de cultiver
la terre , de la fertilifer & de lui faire produire
les grains , les fruits , les plantes & les
arbres qui fervent aux befoins de l'homme ,
eft le premier , le plus étendu & le plus ef
fentiel de tous les Arts. Pourquoi n'eft- il
donc plus ce temps où les Généraux d'Armée
cultivoient leurs champs de leurs propres
mains , & où la terre fe plaifoit à fe voir
fillonnée par des hommes couronnés de
laurier ? L'Agriculture n'eft prefque plus
qu'un vil métier qu'exercent des payfans
groffiers qui labourent , comme les araignées
filent leur toile , & les caftors bâtiffent leurs
maiſons. Les riches , les fages croiroient ils
Sadéroger
DE FRANCE.
73
déroger s'ils enfonçoient une main favante
dans le fein de la terre , pour lui ravir
fes fecrets ? La connoiffance des productions
qu'un climat reçoit pour les rendre
avec ufure , la manière la plus sûre & la plus
commode de les cultiver , l'invention de
machines moins compliquées , plus folides
& moins difpendieufes , l'art de tracer des
fillons droits , profonds & égaux , ne fontce
pas là des objets propres à fixer les amis de
l'humanité ? Eh ! qui pourroit ne pas envier
cette médaille qu'on frappa en l'honneur du
Duc de Bedfort , autour de laquelle on lifoit :
Pour avoirfemé du gland!
M. l'Abbé Rozier , rempli de refpect pour
ce Peuple- roi qui eleva un temple au Dieu
Fumier , paroît étrangement furpris que
l'Art le plus néceffaire à la vie , & qui tient
de plus près à la fageffe, n'ait, en France furtout,
ni difçiples qui l'apprennent, ni maîtres
qui l'enfeignent. C'eſt pour y répandre le
goût de ces travaux innocens , qu'il s'eft fait
un devoir de raflembler fous un même point
de vue toutes les connoiffances fur la phyfique
& l'économie rurale , & il les a puifées
dans les meilleurs fources . Nous avons lu
avec le plus grand plaifir fon article fur
les Abeilles. Il est bien éloigné de croire ,
tout ce que Pline raconte fur la police de
leur république . Il n'eft pas perfuadé ,
avec Ariftote & Virgile , qu'elles ont la
précaution , quand il fait beaucoup de
vent , de fe lefter d'un petit caillou qu'elles u elles
N° 45 , 10 Novembre 1781. D
74
MERCURE
tiennent entre leurs pattes ; mais ce qu'il
adimire , c'est la folidité de leurs édifices ,
conftruits avec une extrême délicateffe , le
plan de leurs alvéoles , la diftribution & la
Tymmétrie qui y règnent , ne diroit-on pas en
effet que ces géomètres aîlés ont eu ce problême
à réfoudre : de bâtir le plus folidement
qu'il foit poffible , dans le moindre
efpace poffible , & avec la plus grande économie
poffible. Il fera aifé d'imaginer l'intérêt
que leur Hiftorien a dû répandre fur leurs
moindres actions , lorfque nous aurons cité
une partie des idées que lui infpire un fimple
abricotier. " L'homme, toujours impérieux &
prêt à commander , veut fans ceffe foumettre
la Nature à fes volontés & à fes caprices:
on diroit que tous fes foins tendent à la
contrarier. L'arbre fe venge , donne des fruits
médiocres , & périt beaucoup plus tôt que
s'il avoit été livré à lui-même , parce que
dans cet état forcé & de fervitude , il eft
fujet à un plus grand nombre de maladies,
Les fruits de l'abricotier font pâles , aqueux
& fades en efpalier ; fucculans & bien colorés
en plein vent. L'efpalier tend toujours
à reprendre fes droits : les branches gourmandes
fe multiplient , & leur végétation
vive & rapide finit par épuifer les branches
inférieures , fi l'art du Jardinier me la retient
en captivité. Que d'infectes couvrent & vivent
fur l'efpalier ! que de feuilles cloquées !
quelle quantité de gomme fuinte de toutes
parts, & dit à l'homme : jefuistonouvrage. Si
DE FRANCE.
73
penau
contraire vous jetez un coup - d'oeil fur
l'abricotier à plein-vent , livré à lui - même ,
& non pas mutilé , fuivant l'ufage des environs
de Paris , les feuilles ne font point
cloquées , nul infecte fur l'arbre , &c. S'il y
paroît de la gomme , c'eft en petite quantité,
& encore elle eft prefque toujours dûe à
l'effet des gelées blanches du printems , qui
altèrent les jeunes pouffes , & fait refluer
l'abondance de la sève en dehors , où elle
forme la gomme. Les Chinois , plus près de
la Nature , & plus fages que nous , ignorent
Part deftructeur de charpenter , de mutiler
les arbres , & ils les laiffent fuivre leur
chant naturel. Il falloit garnir un mur , fymmétrifer
des allées , faire prendre aux arbres
une forme quelconque ; enfin , donner tout
au coup-d'oeil . Voilà l'origine de la taille .
Cet excès a été porté fi lom , que les ifs ont
repréfenté des coqs , des cerfs , des rhinocéros
, &c. Ce que je dis de la taille de l'abricotier
, paroîtra extraordinaire aux Jardiniers
, aux Amateurs ; la méthode établie a
fubjugué leurs idées. Je leur demande à mon
tour: quelle eft celle de la Nature ? La plus
parfaite , fans contredit , que l'art ait découverte
jufqu'à ce jour , eft celle des laborieux
d & induftrieux habitans de Montreuil ; mais
dans tout le refte du Royaume , les arbres
font charpentés & écrafés par la ferpette du
Jardinier. »
10
90%
C'eſt toujours avec le même courage que
M. Rozier s'élève contre les préventions de
Dij
26 MERCURE
l'habitude ; mais il s'arme fur tout con
tre ces préjugés dictés par l'ignorance , perpétués
par une forte crédulité , & fouvent
fortifiés par la charlatanerie. C'eft dans
cette vue fans doute qu'il parle de l'araignée ,
puifque la vie & les moeurs de cet infecte
intéreffent peu l'Agriculteur. Il prouve , par
des faits , que l'araignée avalée n'eft pas un
poifon . En un mot , il a vu un Membre trèsdiftingué
de l'Académie Royale des Sciences
de Paris , manger différentes efpèces d'araignées
qu'on lui préfenta , & n'en être pas
plus affecté que s'il avoit avalé un morceau
de pain : il leur trouva un goût de noifette.
Tout le monde fait que la toile de cet in
fecte , mife fur une plaie récente & peu
profonde , arrête le cours du fang , favorite
Préunion
des bords , rapproches
& main
tenus par un petit bandage.
Entre tous les articles de ce Dictionnaire ,
auffi utiles que variés , celui fur l'Accouche
ment nous a paru devoir réunir tous les
fuffrages. Avec quel art M. Rozier a levé
le voile qui cache cette opération , par
laquelle , émule de la Divinité , l'homme
devient lui-même créateur ! Sans s'expofer
à déplaire à ce fexe qui nous fait fentir
tout le prix de la vie , il prouve que
la maternité eft peut - être le feul fentiment
vrai du coeur des femmes , & que
même il a créé une ame à celles qui n'en
avoient pas. O mères ! leur dit- il , parmi
le nombre des êtres penfans qui vous ho
DE FRANCE. 77
Morent , quand , dociles élèves de la Nature
vous rempliffez dignement la charge qu'elle
vous a confice , foyez certaines que le culte
que vous méritez à plus d'un titre , vous eft
plus juftement & plus religieufement rendu
par ceux qui , comme moi , inftruits de la
multiplicité des maux qui vous affligent , fe
font dévoués à la recherche des moyens capables
de les détruire ou d'en alléger le
poids. "
M. l'Abbé Rozier , par fes talens , par
fes connoiffances & par l'ufage qu'il en
fait , mérite bien que le Public encourage
fes travaux ; nous ne doutons point que
ce premier Volume de fon Dictionnaire ne
faffe defirer les autres : puiffe - t'il tomber
entre les mains de ces gens de ville , qui ne
favent pas aimer la campagne , ne favent pas
même y être , & , quand ils y font , favent à
peine ce qu'on y fait. Peut-être apprendrontils
à aimer, à refpecter , à protéger le Cultivateur.
Peut-être parviendront - ils à penfer
, comme Caton , que le plus bel éloge
qu'on puiffe faire d'un homme , c'eft de lui
donner le titre facré de bon Laboureur. Si ,.
fous le bon & vertueux Trajan , une double
corne fut ajoutée à la main droite de l'Abondance
, ne fommes- nous pas en droit d'efpérer
de voir fous Louis XVI reparoître ce
double attribut ?
Diij
78 MERCURE
ODE à la Ville de Marfeille, au fujet de
la Statue Equeftre qu'elle doit élever au
Roi dans la principale Place formée fur
le terrein de l'Arfenal , par M. Sabatier
de Cavaillon , ancien Profeffeur d'Éloquence
, Penfionaire du Roi. A Marſeille,
de l'Imprimerie de Jean Molly , 1781 .
M. SABATIER eft connu depuis long- tems
dans la carrière des Lettres ; & il a notamment
cueilli des lauriers dans le genre lyrique
. Le projet d'une Statue qu'on doit élever
au Roi , vient de réveiller la mufe , qui fe
reffent peut - être d'un trop long repos , mais
qui rappelle & qui juftifie encore les premiers
fuccès. La marche de ce dernier Ouvrage
nous a paru pénible , & quelques négligences
ajoutent à fa longueur réelle ; mais
il y a de la nobleffe & de la chaleur , qui
lités fi effentielles au genre de l'Ode. Nous
allons en citer quelques ftrophes , qui juftifieront
cet éloge.
Déjà le Code affreux de vos Lois criminelles
S'adoucit, fe transforme en rigueurs paternelles ,
Frein plus sûr que la mort.
Les Juges bien loin d'eux chaffent les impoſtures ;
Et le coupable atteint n'éprouve pour tortures
Que les cris du remord .
QUEL fpectacle frappant ! l'équitable finance ,
Sans les impôts du Peuple , amène l'abondance
DE FRANCE.. 79
Aux branches de l'État ;
Je vois l'économie , aux vices qu'elle arrête ,
Oppofer fon égide , & dépouiller la tête
Du luxe qu'elle abbat.
Le Poëte dit ailleurs , en parlant de notre
Monarque , fi heureux aujourd'hui & fi
digne de l'être :
Voyez-le fur fon ame exercer fon empire ,
Repouffer des flatteurs , que l'intérêt inſpire ,
Le parfum dangereux.
Du fouffle des plaifirs que fes moeurs le préfervent ;
Alexandre , vainqueur des Perfes qui l'énervent ,
Eft plus efclave qu'eux.
LA Déeffe ( Thémis ) fe tait. Les tranſports de fon ame
Ont paffé dans mon coeur ; il s'agite , il s'enflamme ;
Mes chants font ennoblis.
Entends-moi , de Carthage émule généreuſe ,
Autrefois Souveraine , aujourd'hui plus heureuſe
Al'ombre de nos Lys.
Qui mieux que toi foutient leurs rameaux refpectables
?
Tu produifis toujours de Guerriers redoutables
Un glorieux effaim.
Mahon * tremble , fléchit , prêt à tomber en poudre ;
* Note de l'Auteur. Marfeille contribua beaucoup à la
Conquête de Minorque. Aufli Louis XV , pour récom-
Div
So MERCUREA
Sur ces rocs menaçans tu vois fumer la foudre
Qui partit de tou fein.
Citons encore une ftrophe que l'Auteur
adreffe aux Marfeillois :
Quel bonheur vous attend ! plein d'une humeur
jaloufe
L'Anglois veut fur la mer , que fon orgueil épouſe ,
Appefantir fes fers.
Le génie eft puiffant lorſqu'un rival l'exerce živel
Vous irez , fiers Jafons , de l'arbre du commerce
Ombrager les déferts.
On voit que M. Sabatier a vraiment le
ton lyrique. Son Ode intitulée l'Enthoufiafme
, a eu dans le temps beaucoup de
fuccès ; & l'on connoît cette belle ftrophe
de fon Ode fur Tyrrée. Il s'agit de repré
fenter l'Empire Romain.
ނ ތ
Quels font ces climats ou la terremotes with
Enfante des hommes armés ??
A leur naiffance , le tonnerre
Eclate , & les annonce aux Peuples alarmnés.
Que vois-je ? Quelle chaîne immenfe
S'étend , s'agrandit & s'avance !
Elle tient aux deux bouts de ce vafte Univers ;
En vain pour la brifer le monde entier confpire;
Le monde entier , foumis à ce nouvel Empire ,
Tombe fous le poids de fes fers.
penfer les Marfeilleís , leur fit préfent de fon Portrait s
qu'on voit dans l'Hôtel de Villed
DE FRANCE.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL
Les nouveautés qu'on devoit donner le
jour de la Touflaints au Concert Spirituel ,.
y attirètent un grand nombre d'Amateurs.
M. Perignon y exécuta pour la première
fois , fur le violon , un Conceito de Jarnowick.
Il eft rare de voir un debut plus brillant
que celui de ce jeune Virtuofe ; aufli nepeut-
on guère , à l'âge où il eft , porter plus
loin le talent de l'exécution .
M. Michel fit entendre , fur la clarinette ,
plufieurs morceaux d'une tournure commune,
mais agréable , & toujours faite pour
plaire à la multitude. d ded
Un air Italien d'Aftaritta , fut chanté avec
fuccès par Mlle Buret l'aînée ; elle a de l'ame,
un bel organe , il ne lui refte qu'à quitter
la manière des Maîtres pour en prendre
une qui lui appartienne & la caractériſe ;
elle devroit aufli s'attacher à rendre plus
doux les mouvemens de fon corps , & furtout
de fa tête.
Autrefois , le jour de la Touffaints , veille
de la Fête des Morts , on étoit dans l'ufage de
chanter , au Concert Spirituel , le Miferere
Pleaume quia été mis en mulique parungrand
nombre de bons Compofiteurs ; mais au
Dv
MERCURE
jourd'hui que tout fe perfectionne , on nous
a donné un Te Deum : auffi le Public , toujours
empreffé à faire preuve de ſon goût ,
a-t'il accueilli avec tranfport l'Auteur de ce
Motet , avant même d'en avoir entendu la
première note. Nous conviendrons qu'on y
trouve de fort belles idées : le Judex crederis
infpire un profond fentiment de terreur ; la
Prière qui le fuit plonge l'ame dans une mélancolie
touchante , & forme un heureux.
contrafte avec le fracas harmonieux du premier
morceau.
Mlle Saint- Huberti , MM. Laïs & Legros
y ont déployé les talens qu'on leur connoît.
Mais tant que Mlle Saint - Huberti dédaignera
de rectifier fa prononciation , il faudra
répéter ce qu'on lui a dit cent fois . Il femble
qu'elle ait adopté une langue particulière ,
intelligible pour elle feule ; on n'entend fortir
de fa bouche que des voyelles , prefque
jamais de confonnes ; de forte que , place
même à quatre pas de cette Cantatrice , il eft
impoffible de deviner fi elle chante du Latin ,
ou du François ou de l'Arabe..
L'attente des Amateurs n'a pas été pleinement
fatisfaite des fureurs de Saül , nouvel
Oratorio de la compofition de M. Girouft
, Surintendant de la Mufique du Roi.
L'on s'apperçoit que le ftyle de l'Auteur
commence à vieillir ; il a toujours la même
intelligence & les bons principes de son
Art; mais la fenfibilité chez lui paroît fe
refroidir; fes chants , fes cheurs , les accom
DE FRANCE 83
pagneinens reffemblent plus aux mouvemens
de la routine , qu'aux impulfions du
génie. M. Cheron a fu rendre avec toute la
véhémence poffible le morceau des fureurs
de Saul ; & M. Coufineau , chargé de la
partie de Harpe , s'en eft également bien
acquitté: l'un & l'autre ont obtenu des
applaudiffemens faits pour exciter leur émulation
.
Quelqu'accoutumé que
l'on foit aux bizarreries
du Public , nous avons vu avec furprife
le froid accueil qu'il a fait à l'Auteur
de Roland. On avoit annoncé une Cantate
nouvelle pour célébrer la naiffance de Mgr.
le Dauphin : M. le Marquis de Saint-Marc
s'étoit empressé d'en faire les paroles , & M.
Piccini la Mufique. Le Muficien s'eft préſenté
à l'Orchestre pour préfider à l'exécution de ce
morceau , fans qu'on ait daigné l'honorer de
la plus légère marque de bienveillance . On a
entenda la Cantare avec une indifférence
dont on ne peut concevoir la raifon ; car
& le Poëme & la Mufique étoient aufli
bien faits que l'avoit permis une circonftance
imprévue , & qui exigeoit la plus
grande célérité. Lorfque M. Piccini a quitté
l'orcheftre , à l'inftant même l'Auteur du
Te Deum a paru. A fon afpect , des applau
diffemens effrénés ont retenti de toutes parts,
comme pour humilier davantage l'étranger
quivenoit d'offrir à la Nationun tribut de zèle
patriotique. Reconnoît- t'on là la politelle
D vi
84
MERCURE
Françoiſe ou la mauffaderie d'un peuple fantafque
& barbare ?
Perfuadé que le Public qui lit eft fouvent
plus équitable que le Public qui entend , ou
qui croit entendre , nous allons citer les
vers de cette Cantate fi mal accueillie ; nous
regrettons de ne pouvoir y joindre le chant ,
il ne pourroit que gagner à être jugé une
feconde fois.
It a paru ce jour cher à notre espérance ;
D'une Reine adorée il remplit les fouhaits.
Le Ciel ajoute encore un foutien à la France
Dans un gage nouveau du bonheur des François .
LOUIS enfin fe voit renaître.
Que c'est un fpectacle touchant
De voir un Prince heureux , chéri , digue de l'être ,
Célébré comme Père , adoré comme Maître
Par un Peuple reconnoiffant !
VIVE LOUIS ! vive ANTOINETTE !
Ces beaux noms font par- tout chantés.
Par- tout dans les yeux enchantés ,
L'ame ſe montre fatisfaite .
Qu'avec plaisir la voix répète
Des cris que l'Amour a dictés !
2
Vive Louis , vive ANTOINETTE !
DE FRANCE.
85
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Des
confidérations auxquelles on doit
céder , ne nous laiffant à remplir dans cette
feuille qu'un très- petit nombre de lignes
nous fommes forcés de remettre au Mercure
prochain les détails que nous devons au Public
fur la mufique d'Adèle. Nous ferons
feulement aujourd'hui quelques obfervations
préliminaires , & qui nous paroiffent d'autant
plus effentielles à faire , qu'elles pourront
éclairer les gens fans paflion fur la
bonne - foi des Juges de cet Ouvrage.
On a déjà fait beaucoup de reproches à
M. Piccini , & ces reproches dits , répétés
, répandus avec tout le courage que
donne la malignité , ont été adoptés par
beaucoup de perfonnes qui ne connoiffant
point par elles -mêmes cette nouvelle compofition
, négligeront de la connoître en
conféquence du mal qu'on leur en a dit.
Ne parlons que des reproches imprimés.
Les timballes a dit un Ariftarque , les
trompettes & les autres inftrumens militaires
accompagnent trop fouvent les morceaux
de chant. Cette affertion affez vague
ne nous paroît pas infiniment refpectable ;
car on prouvera facilement qu'il y a très-peu
de morceaux de chant , proprement dits ,
qui marchent avec des inftrumens militaires.
Raymond , en parlant des périls qu'il va braver,
& du rang de Chevalier auquel il vient
ر
86 MERCURE
avec
d'être élevé , Raymond peut & doit chanter
de tels accompagnemens . Quand Alphonfe
ordonne qu'on ouvre la barrière , la
trompette fe fait encore entendre , & cela
doit être , il en eft de même quand on annonce
le combat , quand les Chevaliers entrent dans
la carrière , & il eft naturel de fentir que, dans
un Ouvrage de Chevalerie , les inftrumens
militaires devoient fouvent paroître. L'obfervation
du Critique ne feroit pourtant pas
abfolument déplacée fi elle ne portoit que
le caractère du doute. Voici ce qui lui
donne celui du reproche. Adèle , ajoutetil
, Adèle elle- même chante avec ce genre
d'accompagnement. Nous y avons fait attention
, & nous n'avons point remarqué de
timbailes ni de trompettes pendant les airs
fuivans que chante Adèle : Comment renoncer
en cejour ; Eft- ce à vous d'expofer vos
jours ; Ah! prenez pitié de mon fort ; non
plus que dans le monologue : Trifte & fu
nefte incertitude. ( 1 )Nous en avons trouvé dans
celui qu'elle chante au premier Acte , & qui
finit par ces vers :
La gloire aux combats vous appelle ;
Cueillez la palme des Guerriers :
Ma douleur fera moins cruelle
Quand je compterai vos lauriers.
(1) Les Inftrumens à vent dont le Compofitenr a fait
un fi heureux emploi dans l'accompagnement de ce Monologue
, ne fauroient être confidérés comme des Inftrumens
Militaires . On fait cette Note pour les gens dont
les connoiffances muficales ne font pas bien affurees.
1
DE FRANCE
Certainement ils sont placés , ou bien on
a en tort de crier au chef- d'oeuvre & au miracle
, quand on a entendu l'accompagnement
que M. Gluck a placé fous ce vers du cinquième
Acte d'Armide :
Notre Général vous rappelle.
L'efprit de parti peut- il égarer au point
de faire regarder comme excellent chez
un Artifte , ce que l'on trouve mauvais chez
un autre ?
O Cacas hominum mentes !
On a comparé M. Piccini à M. de la
Borde; nous ne fuivrons point cet exemple.
Le genre de chacun de ces Compofiteurs re
peut fouffrir une telle comparaifon . D'ailleurs
, il en pourroit réfalter , foit pour l'un ,
foit pour l'autre , des vérités défagréables.
Si l'on citoit les morceaux de M. de la
Borde , où il eft , dit- on , fupérieur à M. Piccini
, l'équité voudroit que l'on citât anổi
ceux où ce dernier lui eft fupérieur ; & M.
de la Borde auroit raifon de fe plaindre
puifque ne fe préfentant point à la critique
il y auroit de la malhonnêteté à l'en frapper.
*
*
Quant au défaut d'expreffion que l'on
reproche à cette compofition, il fera difficile,
fans mettre les morceaux fous les yeux des
Lecteurs , de prouver qu'il n'eft pas toujours
fondé , nous l'entreprendrons néanmoins
non pas pour ceux dont l'ame aride & sèche a
befoin d'être fecouée par les efforts les plus
vigoureux , non pas pour ceux que la prévention
égare , mais pour ceux qui cherchent
2
$9 MERCURE
la vérité , & qui l'aiment , parce que c'eft
elle qui éclaire , ou du moins qui devroit
éclairer la carrière des Arts .
Cet Opéra, fupérieurement exécuté par Mlle
Laguerre & par M. Larrivée pour ce qui regarde
les rôles d'Adèle & du Comte qu'ils ont
eu à remplir , doit valoir beaucoup d'éloges à
MM. les fujets de l'Orcheftre. Il eft impoflible
de voir un plus bel enfemble , plus de precifion
, de jufteffe , de goût & d'expreflion qu'on
en a remarqué dans la manière avec laquelle
ils ont accompagné cet Opéra . M.Rey, Direc
teur en cette partie, n'a rien négligé pour mettre
en jour les talens des fujets qu'il dirige , &
pour les rendre utiles au fuccès de M. Piccini.
Son zèle , fes foins & son intelligence font
faits pour être diftingués ; & nous nous acquittons
de ce devoir avec d'autant plus de
pllaifir , que M. Rey joint aux talens qui font la
renommée d'un Artifte, les qualités qui confti
tuent l'honnête-homme & le bon citoyen.
VARIÉTÉ S.
RÉPONSE à M. LOUIS BAUDRY ,
Fermier des Moulins de Chauny , en
Picardie , & autres Lieux.....
du
JE me hâte, mon très-cher Confrère , de vous
accufer la réception de la Lettre que vous m'avez
fait toucher hier , 15 Septembre, par le moyen
Mercure de Fracce, en réponſe à celle que je vous
avois fait tenir au mois de Juillet par le même
Courier.
DE FRANCE. 89
Je n'ai point affez d'ufage dans les écritures pour
défendre comme vous , mon cher Confrère , avec
gentille éloquence, mon avis furde danger des meules
de pierre; mais ce que je puis certifier , c'eft que de
quelque façon dont les meules foient piquées , &
quelque précaution qu'y puiffe apporter un Meûnier
entendu , on n'empêchera jamais le réfidu pierreux
de ces globes diffolubles,d'infecter plus ou moins la
farine. On aura beau vanner avec foin toute eſpèce.
grain , la mouture en gardera toujours quelques
particules fablonneufes. Je vous répète , mon cher
Confrère , qu'en Bretagne , ma patrie , cet inconvénient
eft peut-être plus fenfible que dans la Picardie ,
à caufe de la mauvaife qualité de nos meules faites
de plufieurs pièces ; mais fans chercher à trop prou
ver, j'ai plufieurs fais entendu craquer le fable mêlé
avec la farine de farrafin fous la dent du peuple qui
fe nourrit de cette denrée.
de
Les cavités nommées éveillures , rendent, par la
feule action de la meule, leurs groffièretés imbroyées
au rocailleuſes à la fin de chaque fac de mouture ;
& fi le Meunier laiffe , comme vous dites fort bien ,
ribler fon moulin , il n'en réfultera alors que du
bled & des cailloux concaffés . Vous me demandez ,
mon cher Confrère , de quelle matière je prétends
former la meule de deffous dans non fyftême propofé
? De pierre , comme celles de vos huit moulins
de Chauny . Il ne s'agit que de donner une bafe
folide à la groffe râpe de fer qui doit couvrir fa
furface.
J'ai fait dans mon pays l'expérience de mon projet
fur ce qu'on appelle des moulins à bras pour
moudre de l'avoine & du farrafin . J'ai mon neveu ,
qui , par le même moyen,tire la fleur la plus pure du
froment & du feigle.
A l'égard de l'indifférence que vous mettez entre
les émanations ferrugineufes ou pierreufes fur lef
90 MERCURE
quelles vous voulez , dites-vous , queftionner la Faculté
, je crois qu'il ne faut fur cela confulter que
celle du fens commun.
Si j'avois des Médecins à réclamer , mon cher
Confrère , ce feroit fur les infirmités de ma vieilleffe
; car je vais bientôt fortir de l'ornière de la vie
en laiflant mes Concitoyens dans celle de l'habitude.
Je fuis , mon très - cher Confrère ,
Le Bonhomme ZEPHIRINET ,
ancien Meunier à Montmartre
, retiré au Gros-
Cailloux , ce 16 Septembre
1781.
LETTRE de M. DE LAMANON aux
Auteurs du Mercure.
M ESSIEURS
3
M. BAUDON, que je n'ai pas l'honneur de
connoître, me reproche dans votre Journal de n'avoir
pas fait un cours de Logique & de Phyfique ; je
crois devoir m'abftenir de lui répondre jufqu'à ce
qu'il en ait fait un de Morale. En attendant , ceux
qui compareront mon Mémoire aux Obfervations
de M. Baudon , jugeront facilement lequel des deux
eft le galant homme & le Critique honnête. Je ne
prends aujourd'hui la plume que pour ne pas laiffer
foupçonner mes intentions à l'égard d'un auffi grand
homme que M. de Buffon , en annonçant mes Recherches
fur la nature & l'origine des montagnes ,
des vallées & des plaines ; & dans deux Mémoires ,
inférés dans le Journal de Phyfique , j'ai donné quel
ques-uns de mes réſultats : ils diffèrent à la vérité de
ceux de M. de Buffon ; mais je n'ai jamais eu la penDE
FRANCE.
fée d'attaquer les Ouvrages d'un homme de génie ,
qui font tant d'honneur à notre Nation , & que
j'admire plus que perfonne .
J'ai l'honneur d'être , & c .
R. DE PAUL DE LAMANON.
A Meffieurs les Auteurs du Mercure de
France ,fur la Naiffance de Monfeigneur
le DAUPHIN , le 22 Octobre 1781 .
Etjam pra tanto levis eft victoria dono .
Fefta placet celebrare , & juftos folvere honores ;
At belli ftrepitum gratus removere memento.
DU CERCEAU.
M.ISSI VRS •
LA Naiffance des Princes eft toujours un grand
événement pour les Peuples ; dès leur berceau ils
font déjà l'objet de l'efpérance publique , & on
cherche à deviner dans leurs moindres geftes & leur
premier fourire , la deftinée de ceux qu'ils doivent
gouverner un jour.
C'eft du moment qu'ils font nés que , dans tous
les
temps & chez tous les Peuples , des hommes ont
voulu prédire les inclinations des Fils de leurs Maitres,
& annoncer aux Nations ce qu'elles devoient
en attendre. Peut- être eft - ce à la naiffance de ces
enfans idolâtres , dès qu'on connoît leur exiſtence ,
que l'Aftrologie a dû fes progrès , & que par- tout
on a vu des Devins, des Arufpices, des Augures , des
Jongleurs & des Aftrologues. L'amour des Peuples
pour tout ce qui peur intéreffer leurs Souverains ,
parce que leur bonheur eft réciproque , a donné le
plus grand cours à l'art de la divination , & à fait
92 MERCURE
!
dans l'antiquité la réputation des Calchas , des
Tiréfias , des Névius , & dans des temps plus modernes,
d'Albufamarad'Arnold , de Merlin , de Léovice
, du Rabbin Albéneſra , du Juif Avénar , de
Luc Gauric , de Morin , de Cardan & de Noftradamus.
Nos Rois , & fur - tout Philippe - le - Hardi ,
Louis XI & Henri II , donnèrent la plus grande foi
aux prédictions , & jufqu'au commencement du dernier
fiècle , le Médecin Larivière tira l'horofcope de
Louis XIII ; & on vit encore après lui un Aftrologue
gagé par la Cour pour tirer celui de Louis XIV.
On voit la plupart des Hiftoriens anciens mar
quer la naiffance des Princes les plus renommés , ou
par des prodiges , ou par des événemens mémorables
, ou enfin par des comètes , des éclipfes & des
météores ; ainfi on obferva que le même jour qui
vit naître Alexandre , le Conquérant de l'Univers ,
& qui brûla Perfépolis , Philippe fon père avoit
vaincu les Médaores , & Eroftrate , pour s'illuftrer ,
avoit brûlé le Temple d'Éphèfe. Ainfi , lorfque Pompée
, Céfar & Charlemagne vinrent au jour , des
phénomènes céleftes avoient fixé leur fort ; & pour
annoncer la naiffance de François Premier , dit un
Hiftorien , le Soleil fut forcé de s'éclipfer une fois ,
& la Lune trois ; c'est ce qu'il appelle les effroyables
travaux des Cieux. Il n'eft pas enfin jufqu'à la
Princeffe Anne Comnène qui n'ait écrit dans le
temps , que fa naiffance avoit été fignalée par un
prodige.
Combien, Meffieurs , l'Aftrologie fe feroit dif
tinguée dans un moment fi flatteur pour la Nation !
Celle - ci poffédoit un Roi adoré , une Reine chérie ;
mais il manquoit à fes defus un Rejeton digne
d'eux , qui perpétuât , pour le bonheur de la France,
leurs bienfaits , leur douce humanité & leurs verus.
Le peuple eft dans les tranfports de la plus
DE FRANCE. 93
vive joie , l'Homme de Lettres cueille des fleurs
pour en former des guirlandes autour du berceau
da Prince qui vient de naître , & chaque François
femble prononcer avec plus de fenfibilité & de
dévouement le nom de Bourbon. Souffrez , Meffieurs
, qu'un Citoyen obfcur , mais Patriote , foufflant
fur la pouffrère qui couvre une antique lunette
aftrologique , s'en ferve en cette occafion pour vous
découvrir quelques-uns des faits qui, peut - être,n'au
roient pas échappé à nos ancêtres .
Et d'abord ils n'auroient pas oublié fans doute
cette Comète nouvelle , éclatante & lumineufe , que
M. Méchain vient d'obferver , & qui leur auroit
femblé un heureux préſage de la naiſſance & de la
gloire future d'un Dauphin.
Si je porte ma lunette fur l'Hiftoire , c'eft avec
plaifir que je vois le Prince au nombre des François
le 22 Octobre , puifque le 22 de chaque mois a été
illuftré par les événemens les plus célèbres .
Ceft le 22 Octobre que , fuivant efférius , les
Docteurs Juifs & les Arabes , Dieu arrangea la matière
& créa le Monde .
Ceft le 22 Jain , qui fervoit d'époque mémorable
à tous les Peuples de la Grèce, par la célébration ,
de cinq ans en cinq ans , des grandes Panathénées ,
fêtes renommées & pompeufes que Théſẻe , vainqueur
du Minautore , inftitua en l'honneur de Minerve
, pour la remercier de ce qu'il avoit réuni en
Royaume les douze Bourgades de l'Attique.
C'eft le 22 du même mots qu'Annibal , après
avoir franchi les Alpes , vainquit les Romains à la
bataille de Thrafimene.
C'est le 22 Décembre que Ferdinand III , Roi
d'Efpagne , vengea la Chrétienté , & chafla les
Maures des Royaumes de Séville & de Murcie.
C'eſt le 22 Août que Henti , Comte de Riche
24
MERCURE
mond , acquit le Thrône d'Angleterre par la victoire
fur Richard III.
C'est le 22 Novembre que naquit ce Charles
Guftave , qui , toujours heureux , réunit la Scanie à
fon Empire.
Mais c'eft principalement , Meffieurs , pour la
France que ce jour a été fortuné : en nous donnant
aujourd'hui un Prince defiré , il nous promet pour
long-temps encore la gloire & le bonheur.
Le 22 Juillet en effet , Charles Martel arracha la
France aux Sarrafins , les vainquit près de Tours , &
étendit fur la place leur Roi Abdérame & cent mille
hommes ( 1).
Le 22 Mai , Philippe Premier fut couronné du
vivant de fon père ( 2).
Le 22 Juillet , Godefroi de Bouillon , après avoir
brifé les fers des Chrétiens & pris Jérufalem , en fut
reconnu unanimement pour Souverain ( 3 ) .
Le 22 Août , Philippe de Valois gagna la bataille
de Montcaffel , & foumit les Flamands (4).
Le 22 Mai , Humbert , Dauphin de Viennois ,
céda fon État à la France à condition qu'on nomme
roit Dauphins les Fils aînés de nos Rois (; ) .
Le 22 Février naquit Charles VII , furnommé lé
Victorieux , parce qu'il parvint à chaffer les Anglois
qui défoloient la plupart de nos Provinces ( 6) .
Le 22 Septembre , la paix d'Arras entre le même.
Roi & le Duc de Bourgogne , finit heureuſementune
guerre funefte (7) .
Le 22 Février , Charles VIII , après avoir conquis
le Royaume de Naples , entra dans cette Ville en
triomphe , & fut reçu par les Peuples comme leur
Libérateur ( 8 ) ...
( 1 ) En 726.
1338.
---
(3 ) En 1999.- (4) En
(7) En 1435
(2) En 1059.
(s) En 1349. (6) En 1402.
(8) Ea 1494•
-
2
7
DE FRANCE. 95
Le 22 Mars , Henri IV fut reconnu pour Roi
légitime , & fit fon entréé à Paris ( 1 ) .
Le 22 Novembre , ce même Roi vengea la France
de Philibert , Duc de Savoie , qui avoit ufurpé le
Marquifat de Saluces , & fe rendit maître d'une
grande partie de fon Royaume ( 2 ).
Le 22 Septembre fuivant , naquit Anne d'Autriche
, mère de Louis XIV ( 3 ) ; & le 22 Août ,
elle épousa Louis XIII , ce qui finit pour quelque
temps la guerre.
Le 22 du même mois , Sourdis brûla la Flotte EL
pagnole près de Gatari en Biſcaye (4) .
Le 22 Juillet , le Duc de Brézé acquir des lauriers
fur mér , & vainquit les Espagnols ( 5).
Le 22 Mai , la Flotte Angloife & Hollandoife fut
battue par M. de Coetlogon , & tous les Vaiffeaux
guerre pris & coulés à fond ( 6).
de
Enfin , le 22 Avril dernier , Louis XVI a fixé des
regards confolateurs fur les fujets pauvres & malades
; & par une Ordonnance auffi remplie de fageffe
que d'humanité , il a facrifié une partie du luxe
de fa Cour pour leur accorder des lits dans les Hôpitaux
, & pour leur fournir des fecours (7) .
Ce font , Meffieurs , de pareils exemples de bienfaifance
qui forment un plus sûr préfage de la
bonté de l'ame du DAUPHIN. Sans chercher
dans les événemens paffés les cauſes de fa
gloire & de fa magnanimité futures , nous pouvons
les envifager avec plus de certitude dans les premiers
objets qui frapperont fes regards. Il appercevra au
dehors des lumières générales , un fiècle philofophe ,
la France refpectée & l'Arbitre des Nations , un
Peuple fenfible & heureux ; à la Cour
Grands inftruits , des Miniftres Sages ; & fur
(1 ) En 1994.
des
(2) En 1600. ( 3 ) En 1601.- (4 ) En
1638, (5) En 1640. (6 ) En 1703. — ( 7 ) En 1781 .
agak 1
96
MERCURE
le Trône enfin , il trouvera un Roi dont les bienfaits
nombreux fembleroient le fruit d'un long
Règne , le fouvenir de Thérèfe & le coeur géné
reux D'ANTOINETTE , fon augufte Fille.
J'ai l'honneur d'être très-refpectueufement ,
Meffieurs ,
Votre très- humble & trèsobéiffant
Serviteur ,
DELANDINE
, de Lyon,
Correfpondant de l'Académie
des Infcrip
tions & Belles-Lettres ,
&c. &c.
V
TABLE.
ERS faits fur le Tombeau Concert Spirituel ,
de J. J. Rouffeau,
Les deux Chevaux , Fable ,
Le Baifer,
88
49 Académie Royale de Mufiq. 8$
51 Réponse à M Baudry ,
53 Lettre de M. de Lamanon aux
Auteurs duMercure ,
A MM. les Auteurs du
Mercure de France , fur la
Naiffance de Mgr le Dau-
Enigme & Logogryphe 55.
Traité de la Seduction , $7
Cours Complet d'Agriculture
Théorique , &c 72
Ode à la Ville de Marfeille phim ,
781
AI
APPROBATION.
le J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sce aux ,
Mercure de France , pour le Samedi 10 Novembre . Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion, A Paris ,
le Novembre. 1781. DE SANCY.
و
MERCURE
DE FRANCE.
43
SAMEDI 17 NOVEMBRE 1781 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
COUPLE T
Sur la Naiffance de Mgr. le DAUPHIN,
Sur l'Air : Vous m'entendez-bien.
CHANTONS auffi ce bel Enfant ,
Qui fait tant d'heureux en naiffant ;
C'eft prefque notre Frère, &truda
Eh bien ! g to whet
Son Pere eft notre Père ,
Vous
m'entendez-bien.
( Par M. de F. , Capitaine de Dragons.
ཏིམ །ན ༔ལོདྷ
N°. 46, '17 Novembre 1781.01 DE
98
MERCURE
CHANSON
.
Sur l'Air : Enfin v'la qu'c'est donc bâclé.
SI I'Roi z'eft not Per à tous ,
La Rein z'eſt auſſi not Mère ;
Mes gas , réjouiffons- nous ,
A viant d'nous bailler un p'tit Frère.
N'fra pas du pié qui s'mouchra ,
Meffieurs I's Anglois vous verrez çà.
I S'RA biau com fa Maman ,
Com el i fera fenfible ,
Com fon Papa bienfaiſant ;
De Henri s'ra l'portrait visible.
Chantons du foir au matin :
Vive l'Dauphin , vive l'Dauphin !
Le Ciel devoit ce préſent
Aux vertus , aux voux d'la mère :
Il a fait en les comblant
Le bonheur de la France entière.
Mon Dieu , le joli refrein :
Vive l'Dauphin, vive l'Dauphin !
FALLOIT entende not Prélat
Annoncer s'te boun nouvelle.
Tuchou ! comme il défila
Son éloquente kirielle .
Pour fon Roi , com pour fon Dieu ,
Heft tout d'flamme , il est tout d'feu.
DE FRANCE.
TATIDIENNÉ Queu fabat
Faifoient Meffieurs d'Acquitaine !
Ils étoient auffi gais là
Qu's'ils euff combattu dans la plaine.
Ils chantoient tous le refrein :
Vive l'Dauphin , vive l'Dauphin !
Pour moi je n'favois pas trop
Si j'devois pleurer ou rire.
Mon pauv coeur alloit l'galop ;
J'étois content : je n'pouvois l'dire.
Quand l'fentiment eſt trop fort ,
Ça m'coup le fifflet tout dabord.
MATS vous vouliet eun Chanfon,
Il fallit bian vous la faire.
J'vous tiens quitt pour la façon ,
Mes amis , il n'en coûte guère
Pour dir du foir au matin:
Vive l'Dauphin , vive l'Dauphin !
QU'IL vive ce cher Enfant
Pour l'Amour , pour la Victoire !
D'la dernier goût de mon fang
Je voudrois cimenter la gloire.
Que l'diab m'emporte à l'inſtant
Si j'en dis un mot plus qu'j'n fens.
A CHANTER d'pareille fujet
Y a ben pus d'plaifir que d'peine.
Eij
100
MERCURE
Pour me payer d'ces couplets ,
N'vous gênez donc pas , belle Reine ;
Ils font , à la Rime près ,
Dans le coeur de tous les François.
Si vous croyez , malgré çà ,
Nous d'voir queuq reconnoiffance ,
Faites encor un p'tit ga ,
Madame , & j'vous baillrons quittance ;
Quand on en fait d'fi genti ,
S'roit péché de fe rallenti.
Ne craignez point , cher Papa ,
De voir croître leur Famille ;
Le bon Dieu z'y pourvoira ,
Faits- en , que Verſaille en fourmille.
Y eût-il cent Bourbons chez nous ,
Y a du pain ,
du laurier
pour tous.
Note du Rédacteur.
L'événement qui vient de combler de joie tous les
coeurs François, inſpire une infinité de Poëtes ; & les
Couplets , Épîtres , Madrigaux , &c. nous arriventen
foule de moment en moment. Cette furabondance
nous force à exclure jufqu'à des vers que nous re
grettons. Nous prions les Auteurs de ces Poéfies d'ob
ferver, 1 ° . que les bornes de notre Journal ne nous
permettent pas d'inférer un trop grand nombre de
Pièces fur le même fujet. 2 ° . Que ces fortes de vers
commencent à s'éloigner de l'occafion qui les a fait
naître. 3 ° . Enfin , que les premiers venus doivent, à
mériteégal , avoir la préférence fur les derniers.
DE FRANCE. Tot
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
MESSIEURS ,
Voici quelques Réflexions qui compofent un
parallèle des deux genres Dramatiques , la Tragé
die & la Comédie. La perfonne qui m'avoir engagé
à les écrire, exige que je leur donne de la publicité
en les faifant paroître dans votre Journal. Si
Vous croyez qu'elles puiffent amufer un moment
vos Lecteurs , vous pourrez imprimer chacune des
trois Lettres féparément , afin qu'elles n'occupent
pas un trop long efpace.
Je ne doute pas , Meffieurs , que la préférence
que je donne à la Comédie ne foulève la gravité
des Auteurs Tragiques , & qu'ils ne trouvent un
blafphême dans la moindre de mes affertions . Mais
je me fens tous les jours plus aguerri contre les imprécations
de Melpomène. Cependant je dois faire
ici une profeffion de foi qui me fauve de l'anathêine.
Je déclare donc que ma prédilection pour la Comédie
ne provient d'aucun mépris pour fa rivale ; que ce
que j'accorde à l'une n'ôte rien de ce qui eft dû à
l'autre ; que je préférerois la Tragédie à tout , fi la
Comédie n'exiftoit pas ; & qu'en un mot , je n'ai
d'autre but que de détruire un préjugé que le défaut
de réflexion a fait adopter depuis long-temps ; préjugé
funefte aux progrès d'un Art qui a fi grand be
foin d'être encouragé .
J'ai l'honneur , &c.
E iij
102 MERCURE
RÉFLEXIONS fur la Comédie , ou première
Lettre à Madame......
ENFIN , Madame , ennuyée de m'avoir rappelé
long-temps en vain fous les drapeaux de Thalie,
vous exigez au moins que je vous expofe les raisons
de mon éloignement ; il faut , vous me l'avez ré
pété encore hier , ou que je travaille pour le Théâtre,
ou que je dife pourquoi. Je dirai pourquoi , Madames
& l'un me fera beaucoup plus facile que l'autre. Mais
Cette difcuffion peur nous mener un peu loin ; &
comme j'ai adopté la deviſe du bon La Fontaine ,
les longs Ouvrages me font peur , fouffrez que je
difpofe ma courfe de manière à prendre haleine au
befoin. J'ai choifi pour cela la forme épiftolaire. Je
diviferai ma correſpondance en plus ou moins de
Lettres , plus ou moins longues , felon que l'exigera
* mon fujetou que ma pareffe le permettra. Vous
favez que, pour ce dernier point, les enfans d'Apollon
ont befoin de quelque indulgence , & j'ofe compter
fur la vôtre. Je préfume d'ailleurs que cette forme
nous fera également agréable à vous & à moi ; car
fi j'ai besoin de repos en écrivant , peut-être en au
rez-vous befoin vous-même pour me lire. Au refte ,
fi votre patience , Madame , fe trouve épuisée avant
que mon fujet le foit , vous voudrez bien m'en
avertir , & au premier fignal , je me tairai,
Je dois avant tout vous rappeler que vous avez
voulu d'abord me faire chauffer le cothurne , que
vous avez eu l'air enfuite de vous reftreindre au brodequin
, & que vous m'avez dit je me louviens de
vos expreffions ) ; fi la Tragédie vous fait peur ,
faites- nous au moins des Comédies . Cet au moins
fuppofe, Madame , que vous attachez plus de prix
& de difficulté à la Tragédie qu'à la Comédie ; &
DRE FRANCE. 103
רע
sette opinion me paroît auffi accréditée qu'elle eft
facile à détruire. C'est à la réfuter que cette première
Lettre eft confacrée . Je crois avoir pour moi les deux
moyens les plus victorieux : le raifonnement & les
faits . En foutenant , Madaine , qu'une bonne Comédie
eft plus difficile à faire qu'une bonne Tragédie
, je ne crois pas avoir beſoin de vous avertir
que j'entends parler d'une grande Comédie de caractère.
Je prévois déjà une objection , avec laquelle on
troita fans doute m'arrêter dès le premier pas. De
› deux hommes , me dira- t-on , doués d'un mérite
égal dans des genres oppofés , l'un , en ſe renfermant
dans fon genre , va faire bien & fans travail ,
ce que l'autre ne fera qu'avec peine & mal , en quit
rant le fien ; & il ne faut pas en conclure que l'un
des deux genres eft plus ou moins difficile , mais
que l'un des deux rivaux y a plus ou moins d'apnude.
Oui , fans doute ; mais il n'en eft pas moins
vrai que fi l'on connoît les deux genres , fi l'on fait
en compter & en pefer les difficultés , on peut déterminer
par le raifonnement celui qui exige plus de
qualités eftimables , & qui mérite par conféquent
un plus fort tribut de gloire. C'eft cc que je vais
effayer de faire pour les deux genres dramatiques.
Un Écolier , en fortant du Collége , peut faire
une bonne Tragédie; il eft inoui qu'on ait fait une
benne Comédie pour for coup d'effai, La première
de ces deux affertions peut fe prouver par pluſieurs
exemples ; citez-moi , je vous prie , un feul Ouvrage
qui puiffe réfuter la feconde. La première
Tragédie de Voltaire eft Edipe ;, la première Comédie
imprimée de Molière eft l'Étourdi. Trouvez-
Vous entre Edipe & Adélaïde du Guefclin , l'un
des derniers Ouvrages de fon Auteur , la différence
qu'on remarque entre l'Étourdi & le Tartuffe ?
Encore Molière avont il fait des Comédies ayam
E iv
104
MERCURE
l'Étourdi. Il arrive même affez fouvent qu'an Auteu
Tragique débute par fon Chef-d'oeuvre, comme fi la
première effervefcence de la jeuneffe lui étoit plus
néceffaire que l'étude & la méditation , comme s'il
aveit plus befoin de paffions que de génie . L'exemple
de plufieurs Écrivains pourroit juftifter aisément
cette vérité. J'en demande pardon à Melpomene :
fouvent un jeune homme donne avec fuccès une
Tragédie , avant même d'être en état d'en écrire la
Préface.
Ou l'Auteur Tragique choifit un fait corfigné
dans l'Hiftoire , ou bien il met au Théâtre un fujet
imaginé. Dans le premier cas , combien de ſecours
ne lui offre point la fource où il a puifé , foit pour
Fintrigue , foit pour les caractères ! Non - feulement
T'action qu'il a choifie lui préfente d'elle - même la
phyfionomie des perfonnages , il en trouve encore
le portrait dans les réflexions de l'Hiftorien.
Sì , au contraire , il ne doit fon fujet qu'à fon
imagination , quelles facilités n'a- t- il pas encore ?
Il n'a jamais à nous offrir que des caractères qui
n'exiftent point pour nous , ou qui n'exiftent que
loin de nous. Si je fais paroître un Conquérant ,
peut-être pas un de ceux qui l'écouteront n'aura entendu
parler un Conquérant. Là , le Peintre et
abfolument le maître de fes portraits , parce que
fes modèles font imaginaires ou abfens . Tout le
monde connoît le mot d'une Femme de la Cour , à
qui on annonçoit que le Maréchal de ..... alloit
paffer devant la porte : Que je le voie , s'écria t- elle
en courant à la fenêtre , pour favoir comment eft
fait un Héros.
Que d'embarras de moins auffi du côté de l'intrigue
! La marche & le débit plus lents des Acteurs
Tragiques , en abrégeant la longueur réelle
d'un Ouvrage, exigent du Poëte bien moins de fi
tuations dramatiques. Qu'on y réfléchiſſe un maDE
FRANCE.
105
ment ; on trouve plus de ce qu'on appelle fituation
dans nos Comédies médiocres que dans nos meilleures
Tragédies. Et combien la pompe du fpectacle
& l'éclat d'un beau vers fervent à racheter un vuide
d'action ou un moment de langueur ! Ce dernier
avantage eft inappréciable . Les beautés tragiques.
font de ces traits qui frappent , qui étonnent , &
une feule beauté de ce genre peut couvrir & effacer
une foule de défauts .
Toutes ces reffources font étrangères au Poëte
Comique. Il fe préfente nud dans l'arène ; il ne
peut fe foutenir que par la vérité des caractères , que
par la force & le nombre des fituations. Et quels
caractères encore ? Des caractères qui font connus ,
familiers même aux Spectateurs ; que chacun de
fes Juges a vus , obfervés peut- être à dîner ; qu'il
retrouvera peut- être encore à fouper ; que dis-je ,
qu'il n'a pas ceffé d'avoir fous les yeux. En effet ,
à chaque Perfonnage qui paroît fur la Scène , le
Spectateur n'a , pour ainfi dire , qu'à regarder autour
de lui pour en voir le modèle ; il eft fans ceffe à
portée de confronter la copie avec l'original , & il
s'apperçoit de la moindre diffemblance. Il n'eft
donc pas plus facile de le tromper par des beautés
fauffes , que de le féduire par un étalage brillant
& faftueux. En un mot , pour être Auteur Tragique,
il fuffit d'avoir lu ; il faut avoir vu pour devenir
Auteur Comique ; on peut fairedes Tragédies d'après
lesLivres ; on ne peut faire des Comédies que d'après
les hommes. Le coeur humain , voilà le grand Livre
qu'il faut confulter Four cela & qui trouve bien
moins de Lecteurs qu'on n'imagine. Combien de
gens , qui y regardent fans ceffe , reflemblent à ce
Villageois qui , dans tous les Livres imprimés , ne
voit que du noir & du blanc ! Mais à cette connoiffance
du coeur humain , il faut joindre encore la
Big Ev
106 MERCURE
fcience du monde & le ton de la fociété. Quelle
longue & difficile étude !
Continuons notre parallèle La Tragédie parle au
coeur, qui eft le plus indulgent de tous les Juges ; la
Comédie parle à l'efprit, qui eft toujours févère; elle
eft toujours jugée de fang- froid . Quand le coeur eft
une fois intéreffé , il ne juge plus , ou c'eſt un Juge
corrompu ; il reçoit les impreffions qu'on lui donne
fans les raifonner ; il ne cherche plus à abjurer fon
indulgence , il y perdroit tout fon plaifir ; plutôt que
de punir , en fe montrant difficile , le Poëte qui l'a
d'abord attendiri , il aimeroit mieux devenir fon
complice par une exceffive facilité ; il fupplée le
bien , pardonne au mal , ou plutôt il ne le voit
plus. Mais l'efprit qui prononce feul für un Ouvage
Comique eft bien plus à l'abri de la féduction
; il conferve toujours fa raiſon , & malheu
reufement fon amour-propre ; fi , par fa févérité ,
il vient à perdre le plaifir d'être amufé , il lui reste
encore celui de châtier d'ambitieufes prétentions ;
& ce petit triomphe le confole , le dédommage bien
amplement du plaifir qu'il a perdu ; au lieu que le
coeur quijouit eft toujours trop heureux pour appeler
l'amour-propre au fecours de fes jouiffances. Enfin ,
amufer des Spectateurs pendant cinq Actes , fans inéreffer
leurs coeurs , quelle tâche ! Amufer des Spec
rateurs François , c'eft bien pis encore. Des Specta
reurs qui s'amufent facilement, mais qui s'ennuyent
vite fi on ne répond pas à leur vivacité ! des Spectateurs
qui ne vous tiennent pas quittes des développemens ,
& qui veulent que l'action marche toujours avec rapidité
; qui , pour prononcer , n'ont jamais la pasience
ience d'attendre les réſultats ; qui n'eftiment pas une
cène par ce qu'elle promet, mais par ce
qu'elle
onne ; qui exigent que les tranfitions même foient
es beautés , & qui enfin veulent jouir de tout fans
amais rien acheter !
DE FRANCE. 107
Joignez à cela , Madame , l'embarras de faire
marcher de front une intrigue & des caractères. Si
l'intrigue domine trop , elle affoiblit les caractères ,
& l'on ne manque pas d'en faire un crime à l'Auteur
; fi elle eft trop fubordonnée , on juge la pièce
l'action ne court pas.
froide , parce que
Le feul point qui laiffe à l'Auteur Comique plus
de facilité , c'eft le ſtyle , parce qu'il peut difpofer
d'un plus vafte Dictionnaire. Les mots nobles font
moins nombreux en François que les termes familièrs.
Mais auffi fi le Poëte Comique a plus à choifir
pour les expreffions , peut - être lui eft - il plus difficile
auffi de bien choifir. La nuance de la plaifanterie
eft fi fine ! Il eft fi aifé de s'y méprendre ! Un
mot plaifant touche de bien près au ridicule . D'ailleurs
, fi je conviens que le ftyle ajoute infiniment au
mérite du Poëte Dramatique ; que même faus cette
qualité , c'eſt- à-dire , fans l'épreuve du Cabinet , il
eft impoffible à un ouvrage de furnager ; il faudra
convenir auffi c'eft la chofe dont on fe paffe le
mieux.
que ;
que
Mais il faut répondre ici à une objection qu'on ne
manquera pas de me faire . On me dira que les Poëtes
Comiques n'ont pu en général réuffir dans la Tragédie
. Quand on me prouveroit cette affertion , je
ne m'avouerois pas vaincu . Qu'après avoir réuſſi
dans la Comédie , on échoue dans le genre Tragicela
ne prouve nullement que ce dernier geare
foit plus difficile. L'axiome qui dit , qui peut le plus
peut le moins , n'eft pas toujours auffi vrai qu'on
Pimagine. Ce qui eft plus vrai , c'eft qu'en fuppofaut
le génie Tragique & le génie Comique raffemblés
dans la mêmeperfonne , le dernier doit détruire.
Faurre infailliblement. C'eft que la fimplicité de la
Comédie , l'esprit d'obſervation & de raifon qui lui
iconvient , doivent finir par rendre inhabile à cette
nature convenue & exagérée qui fait l'effence de la
E vj
ICS MERCURE
Tragédie. Et vous voyez , Madame , que je nevous
parle pas de l'influence naturelle de l'âge , qui emporte
par degrés certe effervefcence fi néceſſaire à la
peinture des grandes paffions.
?
Me dira - t- on encore que les Poëtes Comiques font
plus nombreux ? Je répondrai , fi l'on me fâche, que
nous n'avons qu'un Auteur Comique. Molière eft
parvenu à faire d'excellentes Comédies ; auffi eft-il
refté feul au premier rang. Affurément il y a plus de
diſtance entre Molière & Regnard , qui eft regardé
comme notre fecond Comique , qu'il n'y en a entre
Corneille , Racine , Crébillon & Voltaire. Qu'on fe
repréfente Molière & le Grand Corneille , armés de
divers chef-d'oeuvres , s'élancer dans la carrière &
cueillir les deux palmes Dramatiques. Voilà les bornes
des deux Arts pofées. De nombreux concurrens
ont déjà inondé la lice ; un Auteur Comique
Regnard , laiffe derrière lui tous les rivaux ; ilemporte
le prix ; mais il reste encore un intervalle immenfe
entre Molière & lui. De fon côté un Auteur
Tragique , Racine , voit couronner les efforts de fon
génie ; & il va s'affeoir à côté du Grand Corneille.
Que dis-je , d'autres places au premier rang , y.atten
dent encore d'autres génics. Voilà le tableau de
notre hiftoire Dramatique . Il nous prouve que Thalie
n'ouvre pas auffi ailément que fa four les portes
fon fanctuaire. Ce n'eft pas ici , Madame , l'inftant
de renouveller cette difpute interminable entre les
partifans de Corneille & ceux de Racine . Il me fuffira
de vous rappeler que de nombreux Littérateurs ont
placé au même rang ces deux illuftres Rivaux , &
que nous ne connoiffons encore perfonne qui ait fait
affeoir Regnard à côté de Molière .
de
En voilà fans doute affez , Madame , pour vous
prouver que la Comédie eft le genre Dramatique le
plus difficile à traiter. C'eft peu ; il faut vous prouver
encore que c'eft le genre le plus ingrat. C'est à
quoi j'espère réuffir , par une feconde Lettre queje tâ
DE FRANCE.
109
cherai de rendre auffi conrte que celle -ci. Après vous
avoir prouvé enfuite que le genre Comique n'a jamais
été ni auffi difficile ni aufli ingrat qu'aujourd'hui
je me flatte, Madame , que par humanité, par pitié
pour un ami , vous voudrez bien foufcrire à fon
projet de retraite , & lui pardonner de préférer un
repos certain , à une gloire auffi douteuse que pénible.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE not de l'Enigme eft Mouchoir ; celui du
Logogryphe eft Brochure , où fe trouvent
broc , hure , Horeb( montagne de l'Arabie ) ,
or, Roch , oh ! cor , roc , courbe , robe , Orbe,
Orbec , Eu , Héro , boue & roue.
ÉNIGME.
JE fuis un fruit dont à la ville ,
Ami Lecteur, on ne fait pas grand cas;
Mais auli , dans fon humble afyle,
Pour me cueillir foupire Licidas.
que
Mon fouvenir à maintes belles
A fait répandre bien des pleurs.
Ma faifon bannit les cruelles ,
Et des amans abrège les malheurs.
Croyez-moi , charmantes Bergères ,
Ne me croquez qu'à la maiſon ;
Seulette au bois , loin de vos mères ,
Le loup fort fouvent du buiffon.
( Par Mde de D....}
MERCURE
LOGO GRYPH E.
AVEC VEC neufpieds attachés à trois corps ,
J'excite de bruyans tranſports ,
Et je fais fur- tout grand tapage
Quand je m'élance dans les airs.
Je plais en profe comme en vers ,
Dans tous les temps , aujourd'hui davantage.
Difféquez- moi ; voyez deux mots facrés ,
L'un vient des Dieux , l'autre les repréſente ;
Deux , un , huit , neuf, ſept , fix , mon éclat vous enchante
.
Prenez un , huit , deux, cinq avec fix , vous aurez
Ce qu'inventa la pudeur fur la terre...
Deux , trois , fept , fix, je fais la honte d'un feftin ;
Trois , neuf , fept , fix , je fus autrefois mère
Du plus aimable libertin ,
Simple , naïf, & j'en fuis encor fière ,
Quand de fes traits la piqûre légère
Effleure au plus & n'a point de venin ..
Trois , huit & cinq je fais mauvaiſe fin.
Mais c'est trop , à mon tout fouffrez qu'on vous
ramène ;
Ami Lecteur , du plus heureux deftin ,
Ce tout eft l'annonce certaine.
( Par M. Bafileuphile. )
2
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
ÉLOGE Funèbre de Meffire Claude Léger ,
Curé de S. André- des - Arcs , prononcé en
l'Eglife de cette Paroiffe , par Mellire
Jean- Baptifte- Charles Marie de Beauvais ,
Évêque de Senez. A Paris , de l'Imprimerie
de Didot l'aîné, rue Pavée Saint- Andrédes
Arcs,
"
و ر
Avertiffement de MM. les Curés de Paris.
PLUSIEURS perfonnes vertueuſes s'étant
réunies pour faire ériger un monument à
» la mémoire de feu M. Léger , Curé de
Saint -André- des- Arcs ; & M. l'Evêque
» de Sénez , un de fes anciens Difciples ,
» s'étant chargé de prononcer l'Eloge Fu-
» nèbre , les Curés de Paris , qui ont affifté
→ au Service Solennel célébré à cette occa-
"
>
fion , ont demandé à M. l'Evêque de Sénez
» la permiffion de faire imprimer cet éloge..
Ce Prélat ayant bien voulu y conſentir
ils s'empreffent de publier ce Difcours
pour l'honneur du faint- minière , pour
» l'édification générale , & afin de donner
» un témoignage public de leur vénération
» unanime pour la gloire de leur vertueux
Confrère, & de leur refpectueule recon-
33:
112 MERCURE
" noiffance pour l'illuftre Orateur qui l'a
→ célébré. »
Cet Eloge fe vend pour les Pauvres.
On voit , par cet Avertiffement des Editeurs
, quel eft l'objet de ce Difcours . Ce
n'eft pas un Prince , ce n'eft pas un Grand ,
ce n'eft pas un Citoyen tiré de la foule par
l'éclat des talens & de la gloire , dont on va
entendre l'éloge ; c'eft uniquement un hom
me qui eut des vertus , qui fit du bien , qui
a fervi la Religion & l'humanité , & qui a
emporté les regrets & la vénération de tous
ceux qui furent les témoins de fa vie. Si le
genre de cet hommage eft nouveau , il n'en
eft pas moins augufte & touchant. Ne faifons
pas à la modefte vertu cette injure de
la croire incapable de fuffire à la folennité
d'un éloge public ; il y a en elle un
attrait caché , un empire involontaire , au
quel les hommes ne favent pas réfifter.
C'eft la plus vaine des prétentions que
celle de vouloir éternifer un nom obfcur
; mais la mémoire d'un homme de bien ,
toujours chérie par elle- même , eft encore
utile par les leçons qu'elle renferme ; les
plus fimples détails de fa vie vivent fouvent
dans le fouvenir de la poftérité avec
les grandes actions des Rois . Quand Tacite
lui-même auroit écrit l'hiftoire de Trajan,
cet Ouvrage qu'il réfervoit pour la confola
tion de fa vieilleffe , l'Hiftoire de Trajan
n'auroit pas diminué l'intérêt de la vie d'ADE
FRANCE. 113
gricola. I eft des états où les vertus prennent
naturellement plus d'élévation , & acquièrent
plus d'influence ; dont tous les
devoirs font des fervices ou des bienfaits , &
furpaffent une ame commune. Un homme
qui a dignement rempli un de ces états , a
laiffé des exemples que la reconnoiffance
publique doit recueillir & environner de
tous les honneurs qui leur conviennent. Parcourez
toutes les conditions de la fociété ,
où en trouverez - vous une qui ait conftammentinieux
mérité du genre humain que celle
des Curés ? C'eft un des plus grands bienfaits
de notre Religion que l'inftitution de ce
miniſtère , inconnu dans les religions profanes
, & fi beureufement multiplié parmi
nous. Raffemblez tout ce qu'il y a de bon
parmi les hommes , la paix , la bienfaifance ,
la pureté des moeurs , le refpect & l'amour
de la Divinité , la protection des foibles , la
confolation des affligés , c'eft pour toutes ces
vertus que la fonction des Curés eft établic :
c'eft par elles qu'ils fe rendent dignes de ce
doux nom de Pafteurs des Peuples, qu'ils ont
pris à l'imitation de leur divin Inftituteur .
Auffi voyez tout ce que la Société leur doit !
Dans les villes , où ils font les appuis de
la Religion & les gardiens des bonnes moeurs,
autant qu'on peut l'être dans les grandes
Sociétés , il eft encore donné à eux -feuls
d'émouvoir les entrailles du riche , de conabattre
l'oppreffion de l'homme puiffant par
114
MERCURE
des interceffions qui ne font pas toujours
méprifées ; d'avoir un zèle au-deffus des
craintes timides & des fauffes bienféances ;
d'arracher quelque chofe aux immenfes befoins
du luxe , & de faire fubfifter , fans la
dégrader , l'extrême misère à côté de l'extrême
opulence. Dans les campagnes ,
où
ils font opprimés eux mêmes par cette perverfion
de l'ordre & de la juftice , inévita
ble dans un certain état de Société , & qui a
déshérité prefque dans tous les rangs , le travail
& les talens ; dans les campagnes , où les
gros Bénéficiers n'ont laiffé aux plus utiles
fonctions du Sacerdoce , que le loyer des
mercenaires , où les Curés ne peuvent fouvent
offrir aux malheureux qui les entour
rent , que la trifte comparaifon de leur
misère commune ; ils ne font pas vainement
implorés par les grandes détreffes , &
fouvent ils acquittent feuls la dette facrée
dont tous les biens de l'Eglife font grévés
envers les pauvres. Ils donnent au moins
leurs foins & leurs confeils ; ils font les
amis de tous les malheureux & les docteurs
des fimples ; un canton entier leur doit fouvent
tout-à-la- fois fes moeurs , fes confolations
, fes profpérités ; nulle part on ne
voit davantage combien un fimple particu
lier peut être utile, tout va bien ou tout va
mal dans une Paroiffe , fuivant le Curé qui
la dirige. Les Curés puifent dans la fublimité
de leur miflion , la fainte ambition
de ne pas refter au- deffous de leurs devoirs.
DE FRANCE.
115
On leur doit cetre juftice , que , malgré la
dégradation commune des principes & des
fentimens dans toutes les claffes de la Société
, malgré même le renverſement des anciennes
règles pour le choix des Paſteurs , la
claffe des Curés eft celle qui a le moins dégénéré
de fes premières vertus. Il eft doux
pour les gens de bien de voir enfin les vertus
de ce ministère élevées à des honneurs qui
n'ont encore été rendus qu'à l'élévation des
rangs & des dignités .
Tout devoit concoutir pour relever la
douce folennité de cet hommage rendu à la
mémoire du Curé de S. André- des - Arcs . Ce
digne Curé avoit été l'instituteur d'un grand
nombre d'Evêques dans les travaux du faim
ministère. Parmi ces Prélats , il en eft un
connu de toute la France par fon éloquence ,
& révéré par le noble emploi qu'il en a tou
jours fait . C'est ce Prélat , c'eft cet Orateu
qui , de cette même voix qui a été fouvent
l'interprète de la douleur publique dans les
pompeufes funérailles des Rois & des Princes,
va nous expofer la vie d'un homine de
bien, d'un bonCuré, qui fut fon maître & for
ami , au milieu d'un grand nombre de perfon
nes , réunies par la reconnoiffance & l'amiti
autour du tombeau de cet homme vénérable
au milieu de fa Paroiffe , devant l'Affemblé
de fes Confrères , & en préfence de l'Aute
dont il fut pendant long- temps le digne Mi
niftre. Je ne fais fi tout le monde recevra do
116 MERCURE
tous ces objets l'émotion que j'éprouve.
Mais il me femble qu'ils compofent un fpectacle
fur lequel l'imagination fe repofe avec
attendriffement , dont on doit être touché à
proportion du goût que l'on a pour la vertu;
& peut- être devroit- on mal penfer d'une
ville où un nouvel honneur pour la vertu a
fait moins de fenfation que tous ces frivoles
événeméns qui ne tiennent qu'à nos plaiſirs.
Ce qui frappe le plus dans cette cérémonie ,
c'eft l'éloge d'un Curé prononcé par un Evê:
que ; mais cette nouveauté doit encore plus
intereffer qu'étonner. Eh ! à qui convientil
nieux de fe charger des louanges de la
vertu, qu'aux hommes d'un ordre fupérieur,
qui peuvent en augmenter la gloire de toute
la majeté de leurs rangs I leur convient
encore d'apprendre au Peuple , & de fe rappeler
à eux- mêmes que toutes les dignités
doivent refpect au mérite , & que le plus
bel honneur de ceux qui les occupent ,
eft d'être dignes de le louer. Cet exemple ,
qui vient d'être donné dans l'Epifcopat , eft
deji confacré par un long ufage dans la Magiftrature
: tous les ans , dans les Difcours de
rentrée du Parlement de Paris , un des Avocats-
Généraux , & le Préſident qui eſt à la
tête de la Séance , payent un tribut d'efime
aux Avocats diftingués qui font morts
dans l'année. Cer ufage n'eft qu'un foible
efte du droit qu'avoient autrefois les Avocats
d'être appelés aux premières places de
a Magiftrature.
DE FRANCE.
117
Mais ce Difcours , qui a fait la plus belle
partie de cette cérémonie fi intéreffante &
fi digne d'être imitée , tout fimple qu'il eſt
& qu'il devoit être , ne préfentoit pas moins
de difficultés & d'écueils. Il femble qu'un
Difcours public ait befoin de grands objets.
Ira- t'on exagérer des vertus fimples & privées
pour les élever à la dignité oratoire ?
C'eſt le parti qu'un art faux a pris fouvent ,
même dans la chaire de vérité. Il eft un bien
meilleur moyen d'être éloquent dans un
éloge du genre de celui- ci , c'eft de bien fentir
tout ce qu'il y a de beau & de grand , même
dans les vertus les plus modeftes ; c'eft de
s'abandonner aux impreffions de fon ame ,
c'eft de ne vouloir pas être plus élevé que
fon fujet , c'eft fur- tout de ne chercher fes
fentimens &fes idées que dans le fujet même,
& de prendre le ton de ftyle qui convient à
la cérémonie où l'on parle. M. l'Evêque de
Sénez , dont le talent eft toujours bien dirigé
par fon ame , va nous fournir une preuve
de ce principe de goût dans fon fuccès.
D'autres fois il avoit parlé comme un Orateur
écouté de toute l'Europe ; ici il s'eft
placé dans une ſcène toute différente : il a
vu des Amis , des Confrères , une Paroiffe ,
des Evêques attirés pár le reſpect & la reconnoiffance
, voilà fon Auditoire ; & c'eft
cet Auditoire qu'il a toujours en vue : il ne
lui parle que de l'objet qui l'intéreffe , & de
la manière qui peut le mieux le toucher. Son
Difcours n'eft qu'un doux épanchement de
118 MERCURE:
la tendreffe filiale fur la mémoire d'un père
au milieu de fes enfans raffemblés pour la
bénir encore , & pour ſe chérir tous dans
cer objet commun de leur affection . L'Orateur
fe livre quelquefois à des regrets fur
d'autres pertes , à des voeux pour le bien
de la Patrie & de la Religion , à des inftructions
générales ; mais tout rentre dans ce ton
d'épanchement qui convenoit fi bien pour.
le fujer & pour l'auditoire. C'eſt ce ton vrai
qui fait l'intérêt de ce Difcours , & qui lui
donne même un intérêt général ; car le Public
ne prend part aux événemens de la vie
d'un fimple particulier , qu'autant qu'ils lui
font repréſentés avec des couleurs naïves &
fidelles: elles feules l'attachent à ces objets ;
dans les événemens publics , il veut être vivement
frappé ; dans ceux-ci , il veut être
doucement ému ; mais dès qu'une fois vous
avez trouvé le chemin de fon coeur , il
reçoit tous les fentimens que vous voulez
lui donner. Quel Lecteur , par exemple , ne
prend plaifir ici à fe placer dans cette Affemlée
de perfonnes qui ont aimé & honoré
e Curé de S. André - des Arcs , pour rendre
alli un hommage aux vertus de ce bon Curé ,
& pour fe livrer à tous les mouvemens qui
ortent de l'ame de l'Orateur ? Voilà ce que
le conçoivent jamais les Rhéteurs , qui vont
oujours chercher leur éloquence hors de
e qu'ils fentent , ou plutôt qui , dans tous
es fujets qu'ils traitent , ne voyent jamais
afte & ne fentent jamais rien. M. l'Evêque
DE FRANCE, 119
de Sénez avoit déjà donné un autre exemple
de cette manière de varier le ton des
éloges , & de donner à chacun l'intérêt qui
lui eft propre . En déplorant la mort de M. de
Broglio , Evêque de Noyon , jeune Prélat
dont toute la vie avoit été partagée entre
les efpérances qu'il avoit données, & les douleurs
qui avoient confumé la moitié de fa
vie , & dont l'Orateur étoit l'ami , il a fu
faire du charme de l'amitié le charme parti
culier de fon Difcours. Je ne puis me refufer
au plaifir d'en citer ici un des morceaux
les plus intéreffans. Rien ne peut mieux préparer
aux morceaux que je vais rapporter de
l'éloge du Curé de S. André des Arcs ; c'eft
la fin de l'exorde.
H
fi
Doleo fuper te, frater mi Jonatha. Ainfi
" David exprimoit fa douleur, à la mort d'un
jeune Prince qu'il chériffoit comme fon
frère: Doleo fuper te , frater mi Jonatha :
» decore nimis & amabilis. O mon reſpec-
» table ami ! ô mon aimable frère ! qu'il me
» foit permis de vous donner auffi ce tendre
nom : l'amitié avoit rempli l'intervalle
qui nous féparoit. Ce n'eft point à une
ombre vaine que j'adreffe mes foupirs.
» Hélas ! mes yeux ne vous voient plus
» mais ma raifon , mais ma foi m'allure que
» vous vivez toujours dans une ame immortelle
; mais je puis croire qu'en ce mo-
99
"
.
39
» ment vous nous voyez , vous nous entendez
, & que votre ame eft comme préfente
à vos obsèques. Regardez les per
120 MERCURE
"
сс
fonnés qui vous furent les plus chères ,
raffemblées autour de votre fepulcre :
» recevez les hommages & les larmes que
» nous vous offrons en préſence de votre
peuple . O vous , dans qui j'exiftois plus
» que dans moi - même ; vous , dont la gloire
» & la vertu devoient faire le bonheur de
» ma vie ! ô vous , qui m'avez donné jufqu'à
la fin des témoignages fi touchans de
» votre affection : vous que j'aimois comme
» David aimoit Jonathas , comme une mère
» aime fon fils unique : Sicut mater amat
» unicum filium , ita ego te diligebam ! Un
éloge funèbre , étoit ce là le monument
» que je devois vous dédier de ma recon-
" noiffance & de ma tendreffe ? Et comment
ma voix pourra-t'elle prononcer ce
déplorable Difcours ? Mon Dieu , vous ne
» condamnez point mon trouble & ma dé
» folation fur le tombeau d'un ami fi cher,
» JESUS lui- même a frémi , il s'eft troublé
a pleuré fur le tombeau de celui qu'il
» avoit aimé. Mais daignez fecourir ma
foibleffe ; ne permettez pas que j'oublie
dans ma douleur la fainte conftance
qui doit foutenir toujours un Miniftre de
» votre divine parole.
39
32
و د
"9
30
il
وو
-
Je ne fais fi l'amitié a jamais parlé d'une
voix plus touchante. Combien l'onction religieufe
ajoute ici à l'expreffion de la fenfi-
* Infremuit Spiritu .... Turbavit femetipfum , &
Lacrimatus eft Jefus. Joan. C. 11, .34
bilité !
A
DE FRANCE. 121
bilité ! mais que feroient mes réflexions pour
développer la beauté de ce morceau ? L'art
n'apprend pas à le faire , il n'apprendroit
pas à le fentir. Heureux donc ceux qui n'ont
befoin que d'ouvrir leur ame pour être éloquens
! c'eft le partage des belles ames de
titer ainfi leur gloire de ce qui fait leur
bonheur.
33
د
Nous allons entendre parler du Curé de
S. André- des - Arcs avec la même ſenſibilité.
Dans ce nouveau Difcours , l'Orateur termine
auffi fon exorde par une invocation aux
mânes du fujet de ſes regrets & de fes éloges.
" O mon père , mon père ! s'écrioit le
Difciple d'un Prophète au moment où fon
» maître fut enlevé de la terre , pater mi
pater mi ! ô vous qui m'aviez tenu lieu de
père depuis mon enfance ! vous qui nous
» avez tous aimés avec une pitié fi tendre &
» fi paternelle , recevez l'hommage de ma
reconnoiffance , recevez l'hommage fo-
» lennel que je vous offre au nom de tous
» vos Diſciples , au nom de tout votre peuple.
Reconnoiffez une voix dont vous
» aviez formé vous - même les premiers ac-
» cens à la fainte parole. Nous n'avons pu
» oublier combien toute apparence degloire
29
"
déplaifoit à votre fimplicité ; mais pour-
» riez-vous rejeter les honneurs que nous
» rendons en ce jour à votre mémoire ? Ce
» monument de votre vertu , c'eft auffi le
» monument de la piété de votre peuple. Si
j'entreprends votre éloge , fans doute ce
No. 46 , 17 Novembre 1781 .
*
F
P22
MERCURE
» n'eſt pas pour vous ; c'eft pour fatisfaire
» notre coeur , c'eft pour ranimer dans votre.
fidèle troupeau les fentimens vertueux
» que vous lui aviez infpirés . Puiffe le récit
de vos vertus enflammer auffi de plus en
plus le zèle & l'émulation de vos vénérables
Collègues & de leurs fidèles Coopé
rateurs, pour le falut de cette ville Royale,
le centre & la fource des moeurs de la
» Nation ! "
29.
M. l'Evêque de Sénez confidère M. Léger
dans les fonctions publiques de l'état Paftoral
, dans le ministère fecret de la direction
des ames , dans l'intérieur de fa vie privée.
Telle eft la divifion fort ſimple & fort naturelle
de ce Difcours. La première Partie eft
la plus intéreffante ; elle nous paroît auffi
fupérieure aux deux autres , non- feulement
pour l'éloquence , mais encore pour les traits
de vertus qu'elle retrace. C'eft dans celleci
que nous allons prendre prefque toutes
nos citations.
و د
" Le zèle de M. Léger ne s'étoit pas ren-
» fermé dans l'enceinte du Temple & dans
les fonctions folennelles du Ministère; il
» favoit la vigilance & l'activité continuelles
qu'un Paſteur doit étendre fur toutes les
» parties de fon troupeau. Sans porter fes
recherches au - delà des bornes de la difcrétion
( car il eft des limites que la vigilance
paftorale doit refpecter elle-même)
» fon zèle femble pénétrer, comme l'oeil de
la Providence jufques dans le fecret des
ม
99
DE FRANCE. 123
و د
≫ coeurs . Il connoît toutes les brebis ; il peut
» les appeler toutes par leur nom : proprias
» oves vocat nominatim. Oui , Mellieurs , &
» je puis le dire dans le fens le plus littéral ,
» depuis l'augufte Maifon qui décoroit alors
cette Paroiffe , jufqu'à la plus humble
» famille , point d'artilan fi obfcur , point
» d'enfant fi pauvre , dont il ne connoiffe
le nom , les moeurs , la fituation , juf-
» qu'aux traits du vifage . Proprias oves vocat
» nominatim , educit eas , & ante eus vadit. »
On ne trouvera pas moins le coeur d'un
digne Pafteur dans ce morceau :
"
و ر
86
Malgré fa confiance dans fes Coopérateurs
, il eût youlu pouvoir remplir lui
» feul toutes les fonctions Paftorales. Il s'eft
» du moins réſervé le droit de marcher le
premier , à toutes les heures de la nuit
» comme du jour , au fecours de tous les
affligés , de tous les infirmes , de tous les
» mourans. A un âge où fes propres infir-
" mités fembloient lui commander le repos ,
» combien de fois , Meffieurs , j'ai entendu
" ce vieillard vénérable fe rélever au milieu
» des ténèbres de la nuit , dans les temps les
» plus rigoureux , pour aller confoler ; ie
» ne dis pas quelque citoyen confidérable ,
» mais quelque pauvre artifan qui defroit
» de mourir dans fes bras ! Il vouloit en-
» core fuivre le pauvre jufqu'au tombeau.
Pauvres , vous vous fouviendrez toujours
" de fon affiduité aux funérailles de vos malheureux
pères , & comme il mêloit fes
و د
66
Fij
124
MERCURE
foupirs aux gémiffemens de vos familles
» défolées, Suivant la parole de J. C. il étoit
perfuadé que , dans l'Eglife , la première
prérogative d'un Chef, c'eft d'être le premier
ferviteur de tous. »
ע פ
W
C'eft fur - tout aux pauvres qu'un bon
Curé fe doit tout entier. Avec quelle énergie
M. l'Evêque de Sénez exprime cette touchante
vérité !
Loin de l'ame modefte & compatiffante
d'un Paſteur, la partialité fuperbe qui
donneroit aux riches la préférence fur le
peuple. Ce peuple, fidédaigné pour la groffièreté
apparente de fes moeurs , & fou-
» vent plus eftimable que la plupart des ri
ches avec toute leur urbanité , par la fimplicité
de fa foi & la franchiſe de la vertu ;
le peuple , voilà le premier Difciple & le
premier ami de Jefus - Chrift ; voilà le pre-
» mier ami des Pafteurs. Que les riches nous
» pardonnent cette prédilection : aux riches,
» la préférence des égards ; au peuple , la
préférence des fentimens. O vous qui étiez
fi cher à votre Paſteur , peuple reconnoiffant
, c'eft à vous de célébrer vous - même
fa pieufe popularité! Racontez avec quelle
affabilité il vous accueilloit , & il alloit
i vous vifiter lui-même dans vos fombres
» demeures ; publiez avec quelle bonté il
fe proportionnoit à l'innocente rufticité
de votre langage , par la fimplicité de fes
paroles ; avec quelle patience il écoutoit
→ les longs récits de vos chagrins & de vo
"
"DE FRANCE.
4
infortunes ! Mais , quelle eft la fenfibilité
» du peuple aux attentions de fes Chefs ! &
combien , Meffieurs , elle doit nous le
rendre encore plus cher & plus intéresfant
Bénédictions du peuple , plus glorieufes
& plus confolantes que tous les
applaudiffemens du monde le plus bril
lant ! ô Pafteurs , n'oublions jamais que
» notre meilleur juge , que notre plus bel
éloge , c'eft la voix du Peuple ! "
Dans un autre endroit , l'Orateur s'adreffe
aux Evêques :
" O nos vénérables Frères , combien nous
» devenons plus refpectables encore au mi-
» lieu d'une troupe de pauvres couverts de
» misère & d'infirmités , que lorfque nous
paroiffons dans les Temples , environnés
» de toute la pompe & de toute la majeſté
» de nos faintes cérémonies ! »
99
و و ن
On ne pouvoit rendre un plus beau fentiment
dans une plus belle image. Ces touchantes
maximes de notre Religion deviennent
encore plus auguftes dans la bouche
d'un Pontife. Que dire encore de ce prineipe
facré, qui ne conviendroit pas feulement
aux Pafteurs des Eglifes , mais à tous
ceux qui gouvernent les peuples : Aux grands
la préférence des égards , au peuple la préfé
Tence des fentimens !
Il m'en coûte de ne pas étendre cet extrait
davantage par de nouvelles citations . Quant
à des obfervations critiques , il me femble
que l'on en doit fur-tout aux bons Ouvrages ;
Fiij
126 MERCURE ?
elles font une preuve de la vive attention
avec laquelle on les a lus , & un garant des
éloges qu'on leur donne ; mais il eft des Cuvrages
fi bien fentis , fi faints par leur objet
, que leurs fautes même les font encore
aimer davantage , en prouvant que l'art n'y
a prefque eu aucune part ; & il n'eft pas en
moi de lire de tels Ouvrages avec la fevérité
de la critique.
Je trouve dans les dernières pages de cet
Éloge , un morceau que tous les Lecteurs
me fauront gré de leur préfenter encore.
ور
»
ท
(c
Qu'il me foit permis de raconter ici
devant mes Frères , le dernier témoignage
» que notre Père m'a donné de fa tendrelle.
» Au moment où il apprit que je venois
d'être placé dans un rang où fon amitié
pour moi n'auroit pu prévoir que je fulle
» appelé, foname étonnée fe réveille comme
d'un fommeil profond , quafi de gravi
fomno evigilans. Lui , qui m'avoit toujours
» tenu lieu de père ; lui , qui favoit combien
j'avois befoin de fes confeils , il s'agite ,
» il gémit de ne pouvoir exprimer le fen-
» riment qu'il éprouve. Ah ! s'écria - t'il en
foupirant , ah ! que j'aurois de chofes à lui
» dire ! Et les yeux éteints fe baignent de
» larmes. O mon refpectable ami ! ô mon
» maître ! ô mon père ! vous m'avez tout
» dit dans cette parole ; cette parole eft
» pour moi un trait de lumière qui ne fortira
jamais de mon ame : cette parole me
» répétera tous les jours de ma vie , toutes
ود
93
ود
DE FRANCE. 127
vos leçons , toutes vos vertus & tous les
témoignages de votre fainte amitié . „
On aime à voir l'Orateur devenir ainfi un
des objets de fon Difcours , quand c'eſt un
homme de bien qui ouvre fon ame , & le
Miniftre d'une grande fonction qui rend
compte des principes & des fentimens avec
lefquels il la remplit. L'Auditeur , naturellement
porté au refpect & à l'amour pour
l'homme éloquent , fe plaît à le connoître
perfonnellement ; il lui femble que l'homme
qu'il admire lui devient moins étranger :
c'eft la gloire de l'Orateur d'exciter cet intérêt
, & un de fes droits les plus touchairs
d'ofer s'y confier. En rappelant l'époque où
il a été élevé à l'Epifcopat , M. l'Evêque de
Sénez intéreffe tous ceux qui favent fentir
& honorer le mérite ; il les fait jouir une
feconde fois du plaifir fi rare & fi confolant
de voir une digne récompenfe accordée aux
talens & aux vertus.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
DE la formation des Maurs & de l'Ef
prit , ou Connoiffances néceffaires aux
jeunes Gens , & fur tout à ceux deflinés
à des Profeffions qui n'exigent point le
cours ordinaire des Études , & qui n'ont
reçu que les premiers élémens de l'Éducation.
A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue S. Jacques , in- 12 de 440 pages .
PERSONNE n'ignore que Démosthène cut
Fiv
128
MERCURE
!
pour père un Forgeron , Virgile un Boulanger
, Horace un Affranchi , Théophrafte un
Fripier , le fameux Amyot un Corroyeur ,
Lamotte un Chapelier , Rouffeau un Cordonnier
; enfin Maffillon un Tanneur. Il
eft donc vrai que ce n'eft pas toujours aux
héritiers de la fortune que la Nature prod
gue fes dons , & que fi le Temple des
Mufes s'ouvroit à ces enfans obfcurs condamnés
au mépris quefuit la pauvreté , nous
les verrions fouvent y commencer la gloire
de leurs afeux ; mais puifque le peuple n'a
pas le privilège de devenir favant ( fans
doute il en eft plus heureux ) , ne feroit - il
pas néceffaire de lui donner toutes ces
connoiffances qui peuvent le rendre plus
utile & plus précieux à la Société ? Pour
quoi faudroit - il qu'un Ouvrier , qu'un Artifte
fe bornât à cet art fi commun episko
De peindre la parole & de parler aux yeux?
Montaigne a obfervé avec raiſon que
la vérité affifte rarement à notre naiffance,
que les préjugés entourent la Sage
femme, qu'ils nous attendent au paffage , &
que la fuperftition nous applique. les mains
fur les tempes, & nous écrafe la tête & le
front. N'eft - ce pas un bien de chercher à
procurer aux jeunes Citoyens de toute ef
pèce ces inftructions faciles qui prouvent &
perfuadent la Religion , mais la Religion
telle qu'elle eft defcendue du Ciel ; de graver
profondément dans leur coeur ces prin
cipes de vertu & de probité, cet amour des
DE FRANCE. 129
moeurs & des devoirs , qui feuls établiſſent
la paix des Empires & la fûreté des Rois ,
& de les orner enfin de cet efprit folide qui
n'étouffe pas le bon fens.
C'est le projet & le defir de l'honnête
Écrivain dont nous nous empreffons de
propofer l'Ouvrage à ces jeunes Gens qui ,
fixés dans l'état analogue à leur condition ,
n'ont plus le remps de s'inftruire à l'école
des morts. Perfuadé qu'il vaut mieux avoir
une tête bien faite que bien pleine , il s'eft
contenté de raffembler dans un court Recueil
les notions élémentaires qui doivent
les intéreffer depuis l'âge de douze ans jufqu'à
dix -huit , en laiffant aux parens le foin
d'y appliquer l'efprit de leurs enfans , & aux
Maîtres celui de leurs Difciples .
Dans un Traité concis, & pourtant prefqu'entier
de Religion & de Morale , l'Auteur
n'a pas de peine à convaincre qu'un
honnête homme eft le plus bel ouvrage de
Dieu ; qu'il n'y a que le méchant qui foit
feul ; que les crimes font les véritables malheurs
; que le coeur , lorfqu'il s'ouvre aux
pallions , s'ouvre à l'ennui de la vie ; que
l'opulence confifte à rétrécir le cercle de fes
befoins ; qu'on perd tout le temps qu'on
peut mieux employer. Toutes ces maximes
font des femences précieufes à jeter dans
l'ame de la jeuneffe.
Pour fon efprit , on a mis à fa portée
toutes les connoiffances effentielles fur la
Phyfique , qui conduit à la Géographie & à
Fy
130
MERCURE
l'Hiftoire , & fur la Fable , fi néceffaire pour
découvrir les fecrets & admirer les mer .
veilles de la Peinture , de la Sculpture , &c.
La Converfation , la Langue Françoife ,
l'Ortographe , les Lettres , tous ces objets
font trop importans pour ne pas entrer dans
un Cours d'Éducation . Il donne encore une
idée de toutes les Profeffions , comme le
Commerce , l'Agriculture , les Arts mécha
niques ; enfin , de tous les befoins de la vie."
Cet Ouvrage , dans lequel l'Auteur montre
encore plus de zèle que de talens , eft
terminé par des morceaux de Poéfie choifis
dans nos plus célèbres Ecrivains. Il n'a pas
oublié ces vers du bon La Fontaine , fur
l'amitié,
Qu'un ami véritable eft une douce chofe !
Il cherche vos befoins au fond de votre coeurs
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous - même.
Un fonge , un rien , tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime. ...
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE defir de rendre à un homme de mérite
la juftice que lui refufent des détracteurs
paffionnés , ne nous entraînera point au delà
DE FRANCE.
130
des bornes que nous prefcrit l'amour de
la vérité. Venger le génie , honorer la
caufe du goût en encourageant les Artiſtes ,
eft fans doute un affez bel emploi , pour
que celui qui s'en trouve chargé n'écoute
d'autre voix que celle de la juftice & de
l'impartialité. Il en eft de la louange outrée
comme de la févérité exceffive ; fi l'une
prouve l'envie de nuire , l'autre annonce le
deffein formé de préférer à tout l'idole qu'on
s'eft élevée , & tout fyftême exclufif eſt blâmable
en matière de Littérature . Corneille
a mérité des hommages que la postérité la
plus reculée fe fera encore un devoir de
lui rendre , malgré les fuccès de Racine ; &
celui- ci , malgré les perfécutions des amis de
fon rival , tient fur le Parnaffe un rang que
lui a dû fon génie. Telle eft la fin de toutes
les querelles honteufes qu'occafionnent
involontairement les grands hommes: les gens
à parti , les êtres nuls qui s'agitent dans le
tourbillon de la fociété pour tâcher d'y jouer
un rôle , les juges du moment dictent des
arrêts que le goût brife , & le temps met
chaque chofe à fa place. Malheureuſement
pour les Artiftes , le moment de la vengeance
ou de la juftice eft long à fe préfenter ; mais
qu'eft- ce que l'amour des Arts fans l'amour
de la gloire ? Un homme véritablement entraîné
par ce double enthoufiafie , voit le
laurier qui l'attend au bout de fa carrière ,
cette noble récompenfe fuffit à fon ame , &
le dédommage de la fottife , de la haine on
132 MERCURE
de l'injuftice de fes contemporains. Il femble
que la Nature veuille fe venger, en quelque
façon , des hommes qu'elle a doués de
grands talens , en ne permettant que très- rarement
qu'ils en recueillent le fruit pendant
qu'ils exiftent.Cette bizarrerie, fi c'en eft ime,
eft une confolation pour les hommes ordinaires
; mais qu'il eft doux d'être perfécuté
comme les premiers , & d'avoir comme eux
des moyens d'échauffer la haine des fots !
Un éloge que nous avons déjà donné deux
fois à M. Piccini , & que nous lui devons
encore , c'eft celui de prouver dans chacun
des Ouvrages qu'il nous donne , les
progrès qu'il fait dans la connoiffance de
notre langue & de notre Théâtre. Le récitatif
d'Iphigénie en Tauride a paru très fupérieur
à ce qu'il avoit fait entendre juſqu'a
lors en cette partie ; celui d'Adèle eft plus
pur encore , plus ferré , plus vif , plus varié.
Le dialogue a beaucoup de vérité; on y diftingue
même de temps en temps cette modification
d'accens qui annonce l'étude des
nuances dramatiques , & rapproche les con
venances muficales du langage de la Nature.
Nous en pourrions citer vingt exemples;
nous nous contenterons d'en citer un , &
nous le prendrons dans une Scène même
dont on a contefté le mérite. Nous voulons
parler de la Scène quatrième du fecond Acte ,
où Raymond , après avoir obtenu d'Adèle
la permiffion de combattre pour elle contre
Alphonfe , fon accufateur , provoque ce
DE FRANCE. 135
Prince , & le défie. Le ftyle des deux Acteurs
eft marqué à des couleurs différentes ;
celui de Raymond annonce un jeune homme
amoureux , plein d'ardeur , & brûlant
du defir de cueillir les premiers lauriers
de la Chevalerie , en vengeant l'honneur
de fon amante outragée. Alphonse parle
comme un Guerrier déjà familier avec les
combats , & que ne peuvent effrayer les menaces
d'un jeune courage. A la fierté , à la
nobleffe de l'expreffion , cette Scène réunit
le ton de la vérité. Le moment où Raymond
détaille les premiers devoirs d'un Chevalier ,
eft écrit, avec enthoufiafme ; & cette quel
tion qu'il fait à Alphonfe: Vous reconnoillezvous
à ces traits ? ne fauroit- être rendue
d'une manière plus noble & plus naturelle.
Nous l'avons déjà dit , il est très - difficile ,
pour ne pas dire impoffible , de faire fentir
à nos Lecteurs combien nos éloges font fondés
; mais nous invitons les gens honnêtes ,
qui aiment à juger de la véracité des Écrivains
Polémiques , à entendre cette Scène au
Théâtre, à prononcer, & à nous rendre juftice .
Nous les invitons encore à écouter avec
quelque attention la Scène qui fuit celle
dont nous venons de parler. Elle fe paffe
entre le Comte de Ponthieu & Raymond. Le
jeune homme veut vengerAdèle, mais fon père
veut fe charger auffi du foin de la défendre ;
Raymond infifte ; & le brave , le refpectable
vieillard dit à part , après avoir écouté
Raymond,
134
MERCUREMais...
en bravant aujourd'hui le trépas ,
J'expofe un bien plus cher mille fois que ma vie....
Puis-je venger une fille chérie ?...'
Si l'âge trahiffoit mon bras ! ...
Combattez , cher Raymond....
Ces vers , fupérieurement rendus par M.
Larrivée , doivent au Muficien le charme
qu'ils ont à la repréfentation. C'est par- tout
le fentiment réfléhie d'un père qui tremble
que l'honneur de fa fille ne reste taché ,
fi fon courage eft trahi par fa vieilleffe. La
partie des acompagnemens n'eft pas moins
belle. L'Orcheftre exprime les mouvemens
tumultueux , le trouble intéressant d'un coeur
paternel. A la fin , un trait rapide & qui annonce
le retour de l'efpérance , élève les
accens du Comte , & lui fait dire avec
J'abandon de l'enthousiafme & de la confiance
, combattez cher Raymond. Voilà , ou
nous nous trompons fort , ce qui caracté
rife un Artifte qui fe rend compte de ce
qu'il a à peindre , qui fent ce qu'il écrit , &
qui s'identifie avec le perfonnage qu'il doit
faire parler. Encore une fois , Lecteurs impartiaux
, écoutez , & jugez non -feulement
M. Piccini , mais prononcez fur l'Auteur de
cet article.
Arrêtons - nous fur de certains détails ;
chaffons , comme l'a dit Voltaire , l'ennui de
l'uniformité , & paffons à l'examen des airs.
Le premier que chante Adèle , nous a paru
beau & plein d'expreflion. Il peint bien les
DE FRANCE. 135
tourmens d'un coeur amoureux , & qui combat
entre le plaifir d'aimer & l'honneur cruel
d'immoler fon amour au devoir . Nous devons
pourtant dire que nous y aurions defiré
des répétitions moins fréquentes. Nous n'aurons
jamais la fotte audace de vouloir raifonner
Mufique devant M. Piccini ; mais en
parlant fimplement des convenances que le
Théâtre exige , nous prendrons la liberté de
lui dire , que la répétition des mêmes traits
produit fouvent un effet contraire à celui
qu'en attend le Compofiteur ; que la nature
ne répète pas indifféremment tout ce que la
passion , le trouble ou le déſeſpoir lui fuggèrent
; & que le moyen de frapper l'ame
eft de ménager avec goût les objets fur lefquels
un coeur irrité par la douleur & par les
perfécutions , peut , & a même befoin de
revenir ainfi dans ces quatre vers ,
Difparois , avenir funefte ,
que
Laiffe un voile épais fur mes yeux ;
Soutiens , honneur impérieux ,
Le peu de force qui me refte.
il eut peut- être été plus adroit de ne répéter
les deux derniers vers , & d'oublier les
deux premiers. Adèle, en appelant l'honneur à
fon fecours , devient très- intéreffante , & cet
honneur, dont la force lui eft fi néceffaire ,
elle peut l'invoquer à plus d'une repriſe .
D'ailleurs , tous les Arts ont entre - eux une
analogie très-marquée , & l'on peut dire à un
Muficien ce que l'on a déjà dit aux Peintress
#36 MERCURE
qu'il eft quelquefois avantageux , & que
e'eft même une fineffe utile que de négli
ger certains détails pour en faire valoir
d'autres. Des ombres bien ménagées font
valoir les effets des lumières ; trop d'égalité
devient nuifible au mérite apparent d'une
compofitien quelconque , & le Théâtre eft
peut- être le tableau qui exige le plus d'adreffe
& de facrifices pour présenter les
objets d'une manière auffi piquante que
flatteufe.
Nous n'avons point les mêmes obfervations
à faire fur les autres morceaux de chant
qu'on rencontre dans le rôle d'Adèle. Çelui
qui nous a paru le plus agréable , & réunir à
la mélodie la plus douce , l'accent le plus
convenable à la fituation , eft celui qu'elle
adreffe à Raymond , quand elle veut le dé
tourner de prendre la défenfe . Ces deux
vers principalement logik ing söluna
arodais
15Vivez pour aimer votre Adèle , Com oldmgày
Vivez pour effuyer fes pleurs ,
font rendus , avec autant de grâce que
d'expreffion.
C'eft dans cet endroit que M. Piccini
mérite des éloges , pour avoir fait répéter
l'invitation
que
la Princeffe fait à son amant
de vivre pour elle , parce que ces répétitions
font dictées par la paffion , & qu'elles deviennent
alors le cri de la nature.
Le quatuor du premier Acte eft une beauté
plus muficale que dramatique. Il n'eft guères
vraisemblable que de quatre perfonnes qui
DE FRANCE. 137
forment évantail sur le devant de la Scène ,
deux chantent dans un motif gai , & deux
dans un motif trifte & même lugubre , fans
que les premiers foient frappés de la douleur
des autres. Mais s'il eft vrai , comme
nous le penfons , que la mélodie doive quelquefois
, fur le Théâtre lyrique , tenir lieu de
ce que la marche de la Scène exige imperieuſement
ailleurs , M. Piccini a rempli fon
but. Il a fait un morceau qu'on peut regarder
comme très bean ; & les applaudiffe "
mens que le Public lui a donnés , confirment,
ce que nous venons d'avancer.
Dans le rôle du Comte de Ponthieu , nous
avons remarqué deux airs qui méritent auffi
d'être avantageufement cités. Il les chante tous
deux devant Adèle : le premier dans la première
Scène du fecond Acte , & le fecond
dans la quatrième Scène du troisième. Adèle
accufée par Alphonfe , déclare à fon père le
véritable motif de cette odieuſe accufation .
Le Comte veut combattre pour elle ; Adèle
tremblante , s'écrie :
Plutôt vivre fans gloire & mourir fans vengeance.
Un air , dans lequel elle détaille les fentimens
dont fon coeur eft pénétré , arrache des larines
au Comte , qui lui répond :
Que ta tendreffe pour un père
Parle en faveur de ta vertu !
Que ton aveu noble & fincère
De Ranime mon coeur abattu , &c.
138 MERCURE
Tout ce que l'amé d'un père peut éprouver
de sensibilité , tout ce qu'elle peut lui ins
pirer de tendrelle pour une fille cherie , on
le remarque dans cet air , dont la fin eft à
la fois noble & touchante , & où l'on retrou
ve le caractère d'un vieux Chevalier , égale .
ment fufceptible d'amour pour la fille , &
derefpect pour l'honneur.
L'autre fituation n'eft pas moins frappante.
Le Comte qui a refufé à Raymond
la main d'Adèle , apprend qu'il est fon
amant aimé , que par obéillance elle été
fur le point d'époufer Alphonfe , ce même
Alphonfe qui vient de l'outrager d'une manière
fi barbare : alors il fe déclare indigne
du titre de père , & dans fa douleur al
s'écrie :
Tremblez , tremblez pères cruels !
Voyez des regrets éternels
Dans Labas de votre puiflance.
Le plus affreux des châtimens
C'eft le malheur de nos enfans ,
Quand il n'eft dû qu'à leur obéiffance.
Il feroit difficile de rendre d'une manière
* Voyez ce qu'en dit Raymond , Scène fecon de
du premier Acte. On a beaucoup reproché à M. de
Saint- Marc d'avoir donné au Comte de Ponthieu
une douleur que rien ne motivoit . Si avant de
porter un jugement auffi hafardé on avoit lu la
Scène que nous indiquons , moins de gens auroient
fait preuve de la légèreté de leurs décisions .
DE FRANCE. 139
plus énergique un fentiment de douleur auííi
profond. I eft vrai qu'on n'y diftingue pas
ces cris , ces éclats , ces convulfions de faire
avec lefquels on entraîne aujourd hui les
fuffrages des gens qu'on paffionne en les
étourdiffant ; mais on y remarque le goût
d'accord avec l'expreffion relative à la fruation
; & c'eft une louange fouvent due à
M. Piccini , que celle de fe fouvenir ,
que l'art ceffe de mériter ce nom , quand on
le fait fortir des limites prefcrites par les
principes & par le fentiment du vrai beau.
Comme on ne peut pas tout citer , nous
pafferons légèrement fur le choeur , honorons
la charmante Adèle , dont le motif eſl charmant
; fur cet autre : Fiez vous à votre an
nocence, exécuté par les Chevaliers qui propo
fent à Adèle le fecours de leurs bras, &c, c,
& nous terminerons nos éloges par l'air que
chante Alphonfe à la fin du premier Acte.
Suivons le tranfport qui m'entraine. Ce morceau
paroît avoir réuni le plus grand nombre
de fuffrages ; en effet , il peint de la manière
la plus expreffive tout ce que le dépit , la
rage & la jaloufie peuvent avoir de fureur.
La partie de l'Orchestre fur- tout nous a paru
être le réfultat d'un fentiment dicté par le
génie , & très fupérieure à celle du chant, qui
eft pourtant belle & convenable à la fituation.
Après avoir rendu à M. Piccini le tribut
d'hommages qu'on a refufé à fes talens, nous
aurons le courage que donne la vérité , celui
de lui faire quelques reproches. Si on en
-
140 ९ MERCURE's nose
excepte les deux choeurs que nous avons
cités , tous les autres choeurs de cet Opéra
nous ont paru foibles , & peu relatifs à leur
pofition. Celui du premier Acte : Amour!
que ces épouxfont dignes de ta chaîne, eft d'un
chant peu flatteur , on pourroit même dire
défagréable. Celui qui termine le fecond
Acte: Volez à la voix de l'honneur, ne paroît
pas écrit avec le fentiment qu'il eft fait pour
infpirer. Raymond fort pour aller venger
Adèle ; toute la cour du Comte veut échauf
fer fon âme ; il falloit donc employer un
motif qui tint de l'héroifme , de l'enthou
fiafme dont tous les affiftans font animés. Le
ferment n'eft point affez noble , il n'a pas
ce caractère impofant qui annonce tout ce
qu'ont d'augufte & de facré les engagemens
que prend le jeune Chevalier. Soit fouvenir
d'autres morceaux du même genre où M. Piccini
s'eft montré avec une fupériorité , pour
ainli - dire , inabordable , foit qu'ils méritent
réellement d'être régardés comme foibles ,
les Duos de cer Opéra ne nous ont pas fait
reconnoître l'Auteur de Roland & d'Atys ;
quoique la fin de celui que chantent Adèle
& le Comte au troisième Acte , foit très fupérieure
au commencement. Les airs de Ballets
nous ont paru longs. Ce n'eft pas que la
plupart d'entre eux ne préfentent des motifs
pleins de grâces, mais nous croyons qu'en géné
ral, les Airs de cette efpèce doivent être coupés
à un très petit nombre de mefures , & que
les trop étendre , c'eft leur donner de la moDE
FRANCE. 141
notonie , c'eft négliger de compofer pour la
danfe. Ce dernier objet demande une étude
particulière, & fur laquelle il feroit effentiel
d'être guidé par un Maître de Ballets intelligent,
& par un Danfeur qui réunit l'expérience
au talent.
Il y a long- temps que le Poëme eft jugé.
Réduit aujourd'hui de cinq Actes à trois , il a
une marche plus rapide ; inais, grâces à l'habitude
de porter fur la Scène lyrique des fujets
plus tragiques que ne l'exigent les conventions
musicales , on lui a reproché de la
froideur. Au refte , fans entrer ici dans une
difcuffion inutile , on peut affurer qu'il eft
affez tragique pour ne pas mériter tous les
reproches qu'on lui a faits ; qu'il eft écrit
correctement; qu'on y remarque tour- àtour
de la force , de la nobleffe , de la grâce ,
de la galanterie , l'on peut même ajouter
qu'il eſt aſſez étonnant que le fpectacle de
nos anciennes moeurs ait été reçu d'une manière
auffi indifférente par le Peuple qui a
donné la naiffance à une foule de Heros
dont la Chevalerie s'eft honorée.
A
GRAVURES.
NTIQUITES d'Herculanum , avec leur explica
tion en françois , nº . 4. Ce quatrième Cahier , compofé
de douze Planches , contenant vingt - deux Tableaux
, eft du prix de 9 livres in- 4° . , & de 6 livres
l'in - 8 °. A Paris , chez David , Graveur , rue des
Noyers.
Nota. Un grand nombre de perfonnes qui fe
1-42 MERCURE
font fait infcrire pour les Antiquités d'Herculanum ,
négligeant de faire retirer les Cahiers à leur terme ,
M. David fe voit obligé d'employer la voie de la
foufcription pour s'aflurer le nombre de fuffrages
néceffaires à l'exécution d'une Entreprise auffi coû
teufe , & n'apporter aucun retard aux Livraisons ,
qui continueront de fe fuccéder avec exactitude tous
les trois mois : en conféquence dès ce moment les
perfonnes qui ont déjà les quatre premiers Cahiers,
& ceux qui defireront avoir l'Ouvrage , pourront
foufcrire en payant 18 liv. pour le format in-4°. &
12 liv. pour · l'in - 8 ° .• pour les numéros 5 & 6 qui
vont fuivre , & qui termineront le premier Volume.
En recevant au premier Avril le fixième Cahier , on
paiera la même fomme pour les deux Cahiers fuivans
, ainfi de fuite de fix mois en fix mois . Ceux
qui n'auront pas foufcrit paieront chaque Cahier
in-4°. 12 livres & 8 livres l'in - 8 ° . On les recevra
francs de port par la polte dans tout le Royaume.
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Compagnie , Marchands Merciers , rue de l'Arbre-
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par an , aux mois d'Avril , Juillet , Octobre & Janvier.
M. d'Agory mérite bien les encouragemens du
Public , puifqu'il fe fait un devoir de fournir gratis
à fes Soufcripteurs de nouvelles Épreuves de fon.
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des autres.
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144 MERCURE
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faite d'après celles de 1659 , 1724 & 1739 , eftrèsfoignée
pour le caractère , le papier & la correction
typographique. On doit applaudir au zèle des Éditeurs.
Leur Entrepriſe eft digne de l'Auteur, l'un
des plus grands Moraliftes qui ait exiſté.
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Palais Royal.
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Mgr. le Dauphin,
Chanfon ,
97 des Arcs ,
111
98 De la Formation des Maurs
& de l'Esprit,
Lettre aux Auteurs du Mercure
,
127
Enigme & Logogryphe, 109 Gravures ,
Eloge Funèbre de Meffire Clau- Annonces Littéraires ,
101 Académie Roy. de Mufiq. 130
APPROBATIO N.
141
143
ke J'AI
I lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 17 Novembre. Je n'y ai
xien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris ,
le 16 Novembre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 24 NOVEMBRE 1781.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
EPITRE écrite à bord d'un Vaiffeau
François qui croifoit fur les Sorlingues ,
en Septembre 1781 .
LA Natur , marêtre en ces affreux climats ,
Même au caur du Printemps, n'offre que des frimats,
Ce n'eff point cette Mer , en merveilles fertile ,
Célèbre par les chants d'Homère & de Virgile ;
Cette Mer ou naquit la Mère des Amours ;
O les plus belles nuits fuccèdent aux beaux jours ;
Dont les bords enchanteurs font peuplés de Syrênes;
Où les Ris & les Jeux forment d'aimables chaînes.
C'eft l'éternel féjour des autans furieux ,
Théâtre enfanglanté par des ambitieux ,
Sepulcre mérité du Nautonier avare ,
Que la fortune flatte & qu'enfin elle égare
No. 47 , 24 Novembre 1781 .
146
MERCURE
Jamais on n'y jouit de la clarté des Cicux ,
Un voile ténébreux la dérobe à nos yeux.
Du Soleil bienfaifant l'éclatante lumière
Semble s'y refufer à la trifte paupière ,
Et la pâle lueur de l'aftre de la nuit
N'y paroît qu'un inftant devant le jour qui fuit ;.
L'abîme eft fous nos pas , la foudre fur nos tétes ;
La mer mugit au loin , préſageant des tempêtes ;
Tout annonce à nos yeux les horreurs de la mort ,
Et les coeurs oppreffés foupirent vers le port.
O mortels aveuglés , la terre bienfaifante
S'offre de toutes parts à combler vos defirs ;
De votre Créateur la main toute-puiffante
Y prodigua pour vous les biens & les plaifirs.
François ambitieux , Anglois fier , mais avide ,
Renoncez pour jamais à l'élément perfide
Qui vous promet en vain la gloire & le bonheur,
J'ofe vous propofer une route plus sûre ,
Plus douce & plus conforme aux loix de la Nature ,
Et que vous trouverez au fond de votre coeur.
Que la mer vous oppoſe une vaine barrière ;
Unis , donnez des loix à la Nature entière .
Servez-vous du pouvoir que vous tenez des Cieux
Pour forcer les humains à devenir heureux .
Vous les avez inftruits , éclairés d'âge en âge ;
Que leur félicité foit encor votre ouvrage.
Vous êtes les premiers d'entre les Nations ,
Eft-ce pour vous livrer au feu des paffions ?
Par des larmes de fang on pleure une victoire ,
DE FRANCE. 147
Et fouvent le Vainqueur a détesté fa gloire.
Soyez toujours amis , Anglois , Francs & Germains . *
Enfans d'un même Dieu , ceffez d'être inhumains !
Siècle d'or fi vanté, viens régner fur la terre ,
Qu'on y puiffe oublier jufqu'au nom de la guerre !
Réunis fous tes loix tant de peuples divers ,
Et qu'un peuple d'amis rempliffe l'Univers !
(Par M. de P. G. Capitaine de Vaiff. )
LISE , Églogue.
Il n'en faut point douter , Tircis trahit mes feux ;
Je ne faurois plus long-temps m'y méprendre :
En vain je le cherche des yeux ,
Sa voix encor ne fe fait pas entendre ;
Depuis une heure , dans ces lieux ,
Je languis & l'attends ; un Berger amoureux
Au rendez -vous ne fe fait pas attendre.
DEPUIS hier au foir je ne l'ai point revu ;
Je me fouviens d'un temps où le volage ,
A me chercher étoit plus affidu
Sous ce tilleul , le plus touffu
Et le plus fombre du boccage ,
Il étoit le premier rendu;
Il ne me quittoit plus de toute la journée ,
* On entend par-là ceux qui combattent fous les Drapeaux
des Anglois contre les Infurgens.
Gij
148 MERCURE
Et maintenant je vois paffer la matinée
Sans que le perfide ait paru.
HELAS ! qui me l'a pris ? C'eſt Thémire, fans doute,
Elle étoit jaloufe de moi.
Oh! oui, n'en doutons plus , c'eft-ellIe.... Ah ! garde-toi
De lui donner , Thémire , & ton coeur & ta foi ;
Tu ne fais pas ce qu'il en coûte !
N'AUROIS-JE pas plutôt dû m'en appercevoir ?
Je me fouviens d'un trait qui me regarde ,
Qui , dans le temps , eût pu me le faire prévoir ;
Mais dans ce temps , à quoi prenois - je garde ,
Si ce n'étoit au plaifir de le voir ?
C'iroir aux noces de Carite ,
Je m'en fouviens ; ma rivale étoit là ;
Avec Tircis elle danſa ,
Il danfa bien ; l'ingrat me prit enfuite ,
Et je crus remarquer , fans en témoigner rien ,
Qu'il ne danfoit plus auſſi bien.
HIER , en le quittant , fans en être apperçue ,
Je le vis cueillir un bouquet ;
Je vis l'air attentif que le traître y mettoit,
Il le baifa même à ma vue ;
Je comptois bien qu'il me le deftinoit !
ELLE fe tut. Bientôt la jeune Life
Pâlit & détourna fes yeux de pleurs noyés;
DE FRANCE. 149
Mais en les détournant , quelle douce furpriſe !
Elle vit le bouquet, & Tircis à les pieds.
(Par M. Latour de Lamontagne. )
IMPROMPTUfur les Dangers de la Louange
& de la Sincérité.
UN Flagorneur criant à perdre haleine ,
Complimentoit prefque tous les paffans.
Un autre fou fe bouffiffoit les flancs
Pour dire à tous la vérité certaine ;
Qu'arriva-t'il à ces deux Charlatans ?
Comus à l'un fit crever la bedaine ;
L'autre , de faim , mourut en même- temps.
Seconde Lettre à Madame. ·
ou fuite du
parallèle de la Comédie & de la Tragédie.
Quz penferiez -vous , Madame , d'un homme qui
s'engageroit volontairement dans un chemin couvert
d'épines , dans un fentier raboteux & mal sûr ,
où il auroit à cheminer à travers des précipices &
fous un ciel toujours orageux ? Vous penferiez fans
doute que ce fentier épineux le conduit fur quelque
bord defiré ou la nature & les hommes doivent , ou
enchanter les fens , ou fatisfaire à fon ambition
ou remplir tous les befoins de fon coeur . Et l'on
vous difoit cet homme , après la longue & pénible
courfe , ne peut attendre , pour prix de fon zèle &
de les efforts , qu'un accueil glacé & de froids com-
•
G iij
150 MERCURE
plimens ; on ne lui faura pas plus de gré de fes longues
fatigues , que s'il ne faifoit que de quitter fon
appartement ou fon lit ; de quel il regarderiezvous
, de quel nom appelleriez-vous notre voyageur?
Prenez-y garde , Madame , vous allez prononcer
l'arrêt de celui qui , héfitant entre la Tragédie
& là Comédie , finit par fe confacrer à la
dernière. Il pourra fe dire à lui-même : mon rival ,
qui s'eft engagé fous les drapeaux de Melpomene ,
trouvera des fleurs dans la carrière , les épines feront
pour moi ; avec plus d'obftacles à vaincre ,
j'aurai moins de part à la gloire ; quand je ferai à
peine fourire , il excitera la plus profonde admiration
.
Convenez , Madame , que fi quelqu'un vous démontroit
la vérité de cette conclufion , if auroit
rempli mon but , qui eft de vous prouver , dans cette
Lettre , que la Comédie eft le genre le plus ingrat.
Four y parvenir , il ne faudroit que mettre fous vos
yeux le tableau hiftorique des repréfentations de
nos Pièces de caractère . Vous y verriez Molière , le
Dieu de la Comédie , effuyer dans ce des
genre
chûttes , ou n'obtenir que des demi- fuccès. Le feul
Tartufe eut une pleine réuflite ; & ce fuccès , qu'il
devoit obtenir par fon propre mérite , il le dut à des
circonftances locales , à la défenſe qu'on avoit faite
de ce fublime Ouvrage. Vous verriez dans ce même
tableau la Métromanie traitée comme un Ouvrage
très- ordinaire , obtenir d'abord fans affluence un
petit nombre de repréfentations. Enfin , Madame,
des Tragédies médiocres , pour ne rien dire de
pis , ont fait des fortunes incroyables , ainſi que le
Timocrate de Thomas Corneille ; a t'on vu une
Tragédie qui eut cent représentations de fuite . Les
Afteurs viurent prier le Public de leur permettre de la
fufpendre , parce qu'ils oublioient les autres Pièces de leur
Répertoire.
DE FRANCE. 151
feule Comédie médiocre ( fauf le bénéfice des cir
conftances & du moment ) faire une auffi brillante
fortune ? Que dis-je ? a-t'on vu nos chef- d'oeuvres
Comiques obtenir un fuccès qui approche de celui-là ?
Ajoutons encore une trifte vérité . Plus votre ouvrage
fe renfermera fidèlement dans le genre de la Co.
médie , plus il aura de peine à réuffir ; fon fuccès fera
plus facile s'il fe rapproche du Drame, ou de la farce.
Enfin , choififfez une Tragédie & une Comédie d'un
mérite égal , la première aura deux fois plus de repréfentations
& avec plus d'affluence . Écoutons le Public
fortant du Spectacle. Si l'on vient de voir une Tragédie
, on s'écrie avec enthoufiafme : voilà qui eſt
beau , fublime ! Si c'eſt une Comédie , on dit en
fouriant : cela eft fort joli . Heureux encore file
Poëte Comique n'entend pas dire : cela eſt drôle.
Auffi combien de gens regardent un Auteur de
Comédie comme un plaifant , un facétieux ! comment
jugeront- ils autrement un homme qui n'eft
occupé toute fa vie que des moyens de les amufer ,
de les faire rire ? Cela eft fi vrai , que nombre de
perfonnes ne croiront jamais que Molière n'ait pas
été gai . Molière trifte , lui dont on ne peut voir
une feule Scène fans rire ! ils ignorent que le rire
qu'excite une Comédie n'eft pas l'effet de la gaieté
de l'Auteur , mais le réfultat des combinaiſons de
fon génie ; comme fi , pour faire rire une affeniblée
d'honnêtes- gens , il fuffifoit de rire devant eux ;
comme le vrai comique n'étoit pas plutôt com
pofé de traits de caractère & de fituation que de
bons mots. Il eſt au contraire à préfumer qu'un
homme gai eft moins fait pour réuffir dans la Comédie
qu'un homme mélancolique. L'homme gai
eft diffipé d'ordinaire ; le mélancolique eft obfervateur
: & c'eft fur- tout l'efprit d'obfervation qui
eft le foyer du genre Comique..Regnard eft plus
Giv
152 MERCURE
- plaifant que comique , Molière eft bien plus comique
que plaifant.
Vous ferez moins étonnée , Madame , de voir le
emple de Thalie peu fréquenté , folitaire , fi vous
fongez quelles claffes de Citoyens forment les
urois quarts de nos Spectateurs : le peuple , les femmes
& les jeunes gens. Or , ces trois claffes - là doivent
préférer la Tragédie. Les jeunes gens , par leur
amour naturel pour le merveilleux ; les femmes ,
par le goût qu'elles ont pour les idées & les fentimens
romanefques ; & le peuple , parce qu'il eft
Latté d'être admis pour ainfi dire dans la confidence
des paffions & des malheurs des Héros & des Rois ,
perfonnages que le fort a placés fi loin de lui ; &
parce qu'un pareil Spectacle lui offre le tableau des
richeffes & des grandeurs , objets qui lui font étran
gers , & qui par - là frappent plus vivement fon imagination
. En vieilliffant, les hommes, qui deviennent
alors plus raisonnables que paffionnés , fe tournent
du côté de la Comédie ; les femmes , dont l'imag
nation vieillit moins , aiment toujours la Tragédie.
Ainfi , les trois quarts des Spectateurs font
le
Poëte Tragique.
pour
le
Eh bien , Madame , êtes-vous un peu touchée
du fort des Auteurs Comiques ? Vous voyez qu'ils
obtiennent à peine un quart de la gloire qui leur eft
dûe ; encore ce quart-là ne leur eft- il payé que
plus tard poffible . Souvent un célèbre Auteur Tra
gique meurt tout entier , mais il a vécu du moins ,
& il ne perd la gloire qu'au moment où il ne pourra
plus en jouir. La réputation du Poëte Comique s'affermit
de jour en jour ; mais la gloire ne commence
guère qu'au moment où fa vie finit. Comme les
Ouvrages que la méditation * enfante ne peuvent
Je crois avoir prouvé dans ma première Lettre que
le talent Comique fuppofe plus de méditation que celui
de la Tragédie.
DE FRANCE.
153
être jugés que par la réflexion , fon ; mérite eft reconnu
beaucoup plus tard. Au lieu que le fentiment ,
qui juge les Poëtes Tragiques , doit leur rendre naturellement
une juftice plus prompte ; fa vivacité eft
égale à fon indulgence, il apporte fur l'heure , à l'Auteur
de fes plaifirs, la récompenfe de fes travaux. En
un mot , tout le monde peut juger le Poëte tragi-
-que ; il ne faut pour cela qu'un coeur ou une imagination
; & tout le monde a l'un ou l'autre . Mais
pour apprécier l'Auteur Comique , il faut un efprit
éclairé par l'étude & la réflexion , ce qui n'eft pas ,
à beaucoup près , aufli commun.
On a remarqué que les Poëtes Comiques étojent
moins heureux auprès des Corps Littéraires ; qu'ils
étoient moins fouvent adoptés par les Académies ,
La raifon en eft fort fimple. C'eft que les Académies,
dans leur choix , ne confultent pas feulement le mérite,
mais la renommée d'un Auteur ; elles apprécient
tout - à - la - fois ce qu'il vaut & ce qu'on le prife ;
non feulement le tribut de gloire qui lui eft du ,
mais celui qu'on lui a payé c'eft qu'en effet une
Académie étant , pour ainfi dire , refponfable de fon
choix envers le Public , l'eftime du dernier doit être
de quelque poids dans la balance ; c'eft qu'il eft de
la dignité d'un Corps Littéraire , que chacun de fes
Membres y arrive efcorté de la confidération pu
blique , c'est enfin qu'il ne faut pas , autant qu'il eft
poffible , qu'en prononçant le nom d'un nouvel
Académicien , on foit dans le cas de demander pourquoi
l'a- t'on choifi , ou , ce qui eft peut- être pis encore
, qu'a-t'il fait ? Or , la renommée de l'Auteur
Comique et bien moins brillante ; les égards qu'om
lui doit femblent porter moins l'empreinte du devoir
A bien qu'on pourroit dire qu'il n'a pas même le
droit de fe plaindre des injuftices qu'on lui fait
Vous avez voulu , Madame , que je vous remfiffe
compte des motifs qui m'éloignent de la carrière de
Gy
·354
MERCURE
ha Comédie. C'eft vous répondre , je crois , que de
Vous prouver, comme je crois l'avoir fait , que la
Comédie eft le genre le plus ingrat , comme le plus
difficile. Je pourrois , après cela , me difpenfer de
pouffer plus loin cette differtation ; mais fi vous avez
lu ces deux Lettres fans ennui , je pafferai fur le
champ à la troifième , que j'ai promife. Vous y
verrez , Madame , que ce genre fi difficile & fi ingrat
, n'a jamais été ni auffi difficile ni auſſi ingrat
qu'il l'eft aujourd'hui.
.
de me
Après cela , Madame , vous me permettrez
borner à jouir des Ouvrages comme Spectateur, & de
- renoncer à des jouidances d'amour -propre qui coûtent
toujours beaucoup plus qu'elles ne valent.Je n'irai voir
nos jeux Dramatiques que comme Spectateur, je n'y
porterai plus ces entrailles paternelles fi propres à
s'émouvoir douloureufement ; je n'aurai que le foin
de fonger à mes plaifirs , & non l'embarras de travailler
à ma gloire ; je n'aurai point de rivaux ,, je
n'aurai que des amis ; j'aurai de l'indulgence pour
eux , parce que je fens toutes les difficultés de leur
Art dépouillé de toutes prétentions , j'applaudirai
fans fcrupule aux fruits de leurs veilles , parce que
je ne craindrai pas de diffiper mou propre bien , en
diftribuant la lomange ; enfin , Madame , j'aurai des
plaifirs moins vifs , mais je jouirai d'un bonheur plus
tranquille.
Pai l'honneur , &c,
DE FRANCE. 155
AIR DES DEUX SYLPHES.
Andance .
MON Amant eft fi- de- le & tendre
; Je n'ai plus de voeux à
for mer ; Je n'ai que des
gra- ces à ren dre ; A - - mour !
A mour ! non , je ne veux
qu'ai - mer. Non , non je ne veux
qu'ai - mer 2 > non non , je ne veux
G vj
156 MERCURE
qu'ai- mer , je ne
veux qu'aimer
, non
je ne veux qu'ai-
Fin .
mer. Sur le crime & fur l'inno
cen- ce Ta voix pro
- nonce
fans re - tour. Tu punis
par l'in dif- fé ren - ce ,
Τι
ré -com - pen fes
par
PAmous
, tu ré- com- penfes
par
DE FRANCE. 157
l'A-mour. Mon Amart & c.
( Paroles de M. Imbert , Mufique de
M. Defaugier. )
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercureprécédent.
LE mot de l'Enigme eft Noisette ; celui
du Logogryphe et Vive- le Roi , où le
trouvent Loi & Roi , ivoire , voile , ivre ,
Vire (ville de Normandie ) , & vol.
ÉNIGM E.
QUATRE lettres forment mon nom
Quatre temps fervent à ma gloire ;
Quatre planches à l'uniffon;
Quatre vilains en robe noire ;
Quatre cloches en carillon
Et quatre pieds fous le gazon
Affurent ma victoire.
( Par M. P.... de S. C.... , Av . au Parl. )
LOGOGRYPHE
.
PAR-TOUT où l'on fait bonne chère,
Par-tout où les plaifits fe fuivent de trop près , A
158 MERCURE
Par-tout où l'homme oifif languit , joue & digère ;
Voilà les lieux où je me plais.
Le Seigneur , le Prélat à qui je rends vifite ,
&
M'envoie au diable mille fois ;
Mais plus le bonhomme s'irrite ,
Et plus de mes fix piés je lui ferre les doigts.
On trouve tout en moi , jufqu'à la robe antique
Dont s'affubloit à Rome un grave Sénateur ;
Ce qui manque à plus d'un Auteur ,
Quoique pourtant chacun s'en pique ;
Une note de la mufique ;
Un des plus anciens Rois , géant à faire pour,
Dont le lit , comme une relique ,.
Fut confervé long -temps . C'en eft affez , Lecteur.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE COMTE DE STRAFFORD , fuite des
Nouvelles Hiftoriques , par M. d'Arnaud.
Tome fecond , troifième Nouvelle. Prix ,
3 liv. broché. A Paris , chez Delalain ,
Libraire , rue S. Jacques , vis - à - vis la rue
du Plâtre.
IL exifte un préjugé, faux ou vrai, qui femble
placer un certain genre de Romans dans
la dernière claffe des Ouvrages Littéraires ;
préjugé le plus fouvent adopté par des géDE
FRANCE. 159
nies du premier ordre , & dont les talens
fupérieurs font une eſpèce d'excufe du peu
de cas qu'ils font de ces fortes de productions.
Ils regardent ces Hiftoriertes comme
frivoles , fans difficultés , & par conféquent
fans mérite ; frivoles , parce qu'elles ne font
d'aucune utilité ; fans difficultés , parce qu'elles
ne font qu'un affemblage d'aventures dénuées
de bon fens & de vraifemblance ;
fans mérite , parce qu'elles ne font ni utiles ,
ni difficiles . Je ne parle point de ces Savans
qui ne penfent pas que, hors les Latins & les
Grecs , il puiffe fe trouver quelque chofe
digne de leur attention. Voltaire , homme
au-deffus de tout préjugé , & fait pour rendre
juftice à tous les talens , puifqu'il les
poffédoir tous , a dit : « Je fuis bien éloigné
de vouloir donner quelque prix àtous ces
» Romans dont la France eft inondée , qui
font tous , excepté Zaïde , des productions
indignes d'être lues par des efprits
folides. Qui le croiroit cependant ? Si
le nombre des Acheteurs fait juger de celui
des Lecteurs ; & fi le débit d'un Ouvrage eft
la marque la moins incertaine du mérite de
l'Auteur , & du plaifir qu'il fait , les faifeurs
de Romans font bien vengés des dédains &
des plaifanteries de ces critiques , qu'ils ont
appelé les Apoftats du fentiment.
و ر
و د
13
Quoique les Romans de M. d'Arnaud
aient beaucoup de vogue , il eft manifefte que
les réflexions générales qu'on vient de lire
n'ont aucun rapport à la nouvelle brochure
160 MERCURE
de cet Auteur célèbre, & qu'à l'exemple de
quelques uns de nos collaborateurs , nous
nous fommes amufés à faire un préambule
abfoluinent étranger au gente de l'Ouvrage
qui fait le fujet de cet Article : cela eft fi
vrai , que le fonds de cette Nouvelle eft purement
hiftorique. On en va juger par une
fimple analyſe.
Sir Thomas Wentworth , iffu d'une Famille
diftinguée , en avoit recueilli une fortune
qui répondoit à la naiffance. La Nature ,
qui l'avoit fait éloquent , lui avoit donné
un génie propre aux affaires. Jaloux d'attirer
les regards de la Nation , il étoit entré d'abord
dans le parti de l'oppofition. Alors les
querelles occafionnées par la Liturgie Angloife
, objet peu important par lui même ,
portoient l'efprit de parti aux excès les plus
furieux. Les Puritains regardoient le jeune
Wentworth comme un de leurs plus zélés
defenfeurs. Mais foit qu'il fentit l'injustice
de cet efprit d'animofité , foit qu'il ne fût
pas infenfible aux féductions de l'ambition ,
il changea de fentiment & de conduite , &
l'infortuné Charles Premier n'eut point de
Serviteur qui lui fut plus attaché. Wentworth
ne tarda pas à recevoir le prix de fon
zèle. Le Roi le créa Baron , enfuite Vicomte
& Comte de Strafford , le nomma Préſident
du Confeil d'Yorck & Vice Roi d'Irlande,
Il fut enfin le principal Miniftre , le Confeiller
& l'ami de fon Maître. Tel eft le portrait
que M. d'Arnaud trace de fon caractère
DE FRANCE. 161
• Strafford réuniffoit toutes les qualités
» qui forcent à l'eftime , fi elles n'excitent
pas l'affection . Il étoit impofant dans fon
33
maintien ; fes ennemis appeloient hauteur
» cette gravité , qui fouvent annonce une
» ame fière & indépendante des circonftan-
» ces. Il s'exprimoit avec une facilité dont
» il
il fe trouve peu d'exemples. Il y avoit ,
» obferve Clarendon , très peu de perfonnes
» avec lui qui euffent autant d'expérience &
» de capacité , ce qui fut une des caufes de
fon malheur ; car , comme il remarquoit
» les défauts des autres , il faifoit trop peu
» de cas de ce qu'ils difoient & de ce qu'ils
faifoient , & nefe repofoit que fur lui feul.
» En un mot , l'épitaphe que Syllafit pour
» lui-même , au rapport de Plutarque , lui
convient bien perfonne ne le furpaffoit à
» faire du bien àfes amis & à faire du mal à
fes ennemis. Ce qui annonce à coup sûr
» un caractère décidé & des traits marqués ,
fi ce ne font pas des vertus. »
و د
La Liturgie Anglicane avoit fait prendre
les armes aux Écolfois. Le Comte de Strafford
repréfentoit fans ceffe au Roi que l'excès
de la bonté cauferoit fa perte ; qu'il eft
des occafions où la politique doit faire taire
la clémence ; qu'il ne falloit point de grâce.
pour des Sujets qui avoient tiré l'épée . Le
Comte étoit fi rempli de ce qu'il difoit à
Charles , qu'il donna ordre , au fortir du
cabinet , qu'un Détachement de Cavalerie
allât fondre fur un quartier d'Écoffois. Ils
162 MERCURE
-
s'étoient avancés jufques fur les terres du
Comté d'Yorck. Il eft vrai qu'il y avoit des
pour-parlers , & qu'il ſe préparoit un traité ;
mais on n'étoit pas encore convenu d'une
cellation d'armes. Le Détachement eut l'avantage.
Deux ou trois Compagnies des
Rébelles furent battues , & leurs Officiers
faits prifonniers. Si on les eût pourfuivis ,
tout rentroit dans le calme , & Charles n'eût
pas porté fa tête fur un échafaud . Lefly ,
Général des Révoltés , fe plaignit : le Confeil
Anglois fut d'autant plus porté à l'entendre ,
qu'il haïffoit le Miniftre , & que l'Officier
qui avoit commandé en cette occafion éroit
Catholique Romain. On n'auroit point
voulu d'une victoire à ce prix. Le Roi fe vit
donc obligé de défendre tout acte d'hoſtilité
contre les Rébelles ; ce que Strafford
avoit prévu arriva. Leur infolence s'accrût
en proportion de la foibleffe du Roi , qui
ne les combattoit que par des conférences ;
en habile homme , il voulut du moins fe
dérober à la haine des fanatiques qui avoient
réfolu fa perte. Il voulut fe difpenfer d'aller
au Parlement , efpérant avec quelque raiſon
fon éloignement calmeroit la fureur que
fa préfence eût excitée. Le Roi le raffura ,
& lui dit: Je vous donne ma parole qu'ils ne
vous toucheront point un cheveu de la tête.
Charles aimoit tendrement Strafford , dévoué
fi généreuſement à fon ſervice ; & la
Chambre des Communes , pour ce dévoûment
même , accufa le Comte de haute traque
DE FRANCE. 163
hifon. Pym éleva fa voix contre lui , & lui
imputa quelques malverfations inévitables
dans ces temps de troubles , mais commifes
toutes pour le Service du Roi , & fur- tout
effacées par fon adminiftration dans le Gouvernement
d'Irlande , qui n'avoit eu d'autre
règle que l'intérêt de fon Maître & celui des
Peuples commis à fes foins . Selon Hume ,
il avoit payé de groffes dettes , & laiffé une
fomme confidérable à l'échiquier. Les revenus
du Royaume , qui n'avoient répondu
jamais avant lui aux charges du Gouvernement
, s'y trouvoient en égale proportion.
Une petite Armée qu'il avoit trouvée fur
pié , mais fans ordre , fut accrûe & gouvernée
avec la plus exacte diſcipline. Ce fut
par fes foins l'induftrie & tous les arts
de la paix furent introduits dans l'Irlande ,
pays encore fauvage. La marine du Royaume
fut augmentée au centuple ; les droits de
douane triplés ; la valeur des marchandiſes
du pays portée au double de celles du dehors
; les manufactures , fur- tout celles de
toiles établies , encouragées ; l'Agriculture
avancée par l'établiffement des Colonies
Angloifes & Écoffoifes ; la Religion Proteftante
enfin étendue fans einployer la perfécution
contre les Catholiques. Tant de
bienfaits ne patent juftifier cet illuftre
acculé . La Chambre des Communes lança
contre lui le Bill d'Attainder ou de conviction.
La Chambre Haute fe rendit aux follicitations
de fes ennemis , & le Bill reçut
que
164
MERCURE
la fanction des Pairs. Il falloit le confentement
du Roi pour l'exécution. Le peuple ,
féroce, demandoit ce fang à grands cris . Straf
ford apprit fa condamnation fans être ému ;
& dit , en fe fervant des propres expreffions
de l'écriture : Ne mettez pas votre confiance
dans les Princes ni dans les enfans des
hommes , parce qu'il n'y a point de falut à
fe promettre d'eux. Il pouffa même la vertu
& la fermeté jufqu'à fupplier lui -même le
Roi de confentir à fa mort ; & le Roi pouffa
la foibleffe jufqu'à figner cet acte fatal , foibleffe
infâme , & qui apprit aux Anglois à
verfer un fang plus précieux. Le malheureux
Strafford parut fur l'échafaud avec un frent
ferein. Je rends grâces au Ciel, dit- il , de me
faire envifager la mori fans effroi , & de ne
pas permettre que je fois abattu par un moment
de terreur. Je vais repofer ma tête auſſi
volontiers que je l'aie jamais fait pour dor
mir. Il fe livra aux mains de l'exécuteur ,
qui d'un feul coup termina la vie , à l'âge
de quarante- neuf ans.
Il femble qu'un fonds auffi intéreſſant
par lui-même , n'avoit befoin que de la
fimplicité de l'Hiftoire. Mais M. d'Arnaud
étoit bien sûr de lui prêter de nou
veaux charmes , en y ajoutant des acceffoires
romanefques , fur - tout en employant le
ftyle & la philofophie qui caractériſent fes
Écrits . En voici quelques traits pris au
hafard.
Le Comte entendit enfin gronder la
DE FRANCE. 165
» foudre. Peu sûr de fon maître , il penfoit
à une retraite qui le dérobât aux coups
» de la tempête , page 397.
1
و و »L'exploliondelaminequ'onapprêtoit
» depuis fi long- temps fe fir dans la Cham-
» bre des Communes , page 309.
ן כ
"
#
»
" Tous ces poifons furent verfés à grands
flots , & jufqu'au dégoût , page 331 .
"
» Mon coeur eft plein de mes moyens de
défenfe ; il brûle de s'épancher. On veut
fans doute que je me debatte contre le fer
qui fe lève pour m'égorger : j'aime à croire
qu'on ne demande pas à égorger la victime
» de fang-froid ; qu'on accorde du moins
» au facrifice cet appareil qui en diminue
l'horreur aux yeux indifférens ; qu'en un
mot , il y a encore quelque pudeur dans
» ces ames affamées de ma perte , & c.
» page 333.3
"
» On ne fait qui domina le plus dans ces
imputations de la rage ou de la ftupidité.
» Le feul réſultat qu'on en puiffe tirer eft
» une vérité convaincante , qu'il n'eft point
» de créature plus malfaifante & plus privée
, même de l'inftinet que l'homme ,
lorfqu'il eft abandonné à la violence de
» fes paffions , page 329. ”
DJ
"
23
Et ailleurs ,
«L'animal ingrat , c'est l'épithète caractéristique
qu'on doit donner à cette créa-
" ture qui , fans la Religion , feroit fouvent
» au-deffous de la bête féroce. »»
166 MERCURE
TABLETTES Anecdotes & Hiftoriques
des Rois de France , depuis Pharamond
jufqu'à Louis XV, St. Volume in-
A Paris , chez Couturier , Lamy & Laporte,
Libraires.
SI Térence pouvoit déjà dire de fon
temps : Nullum eſt jam dictum quod non
dictum fit prius , devons nous être étonnés
des ftériles productions du nôtre ? Jaloux
de donner à nos anciens Ouvrages une nouvelle
forme ou plus utile , ou plus commode
, ou plus agréable , un ami des Lettres ,
pour peu qu'il fache écrire , compile , compile
, compile ; mais de tous les Livres , en
eft-il un qui ait paru fous tant de faces que
l'Hiftoire de France depuis Nicole Gilles
jufqu'à l'inimitable de Thou , notre Tite-
Live : tantôt dans des Abrégés Chronologiques
, tantôt dans des Tableaux Généalogiques
, elle a préfenté des faits dénués de circonftances
, & par conféquent d'intérêt . Ici ,
pour vaincre le dégoût & la pareffe des jeunes
gens , on a imaginé des demandes &
des réponses : là , on récite des vers techniques
, peut-être encore plus obfcurs que
bizarres. Il ne reftoit plus qu'un moyen ,
c'étoit de réunir fous un point de vue les
anecdotes , les paroles remarquables , les
penfées ingénieufes , les bons mots , les
apophtegmes de nos Rois , & M. Dreux du
Radier eft le premier qui ait pris cette peine.
DE FRANCE. 167
·
Perfonne n'exigera de lui fans doute qu'il
intéreffe dans les détails de la première
Race. Que dire d'un Clotaire , qui fe baignoit
dans le fang de fes neveux ? Il eſt
vrai qu'à la feconde époque de la Monarchie
il eft plus facile de s'étendre fur ce
Charles Martel , le modèle des Héros.
Quoique Louis II n'ait été ni bon fils , ni
bon père , ni bon mari , ni bon ami , ni
bonfujet , ni bon Roi , & qu'il n'ait point
payé cent écus empruntés à la ville de Komans
, qui garde toujours fon billet , il mérite
une place dans un Recueil d'actions finguliè
res. Ce Prince , affez original pourfaire exécuter
un concert par des pourceaux dans
l'Abbaye de Baignes , protégea les Sciences ;
il vit, fans jaloufie Marguerite d'Ecoffe ,
fon époule , baifer la bouche du célèbre
Alain Chartier pendant qu'il dormoit. Il
favorifa autfi les Arts ; nous lui devons la
taille de la pierre , & c'eft lui qui obligea les
Chanoines de Loches de garder dans leur
Choeur le tombeau d'Agnès Sorel , dont
deux Anges foutiennent l'oreiller fur lequel
la tête repofe enfin , croiroit - on que
ce Maître du Monde , qui fe crut obligé de
faire jurer aux grands Seigneurs de fa Cour
qu'ils ne fe tueroient point , ne manquoit ni
de raifon ni d'efprit . Il comparoit les Myda
qui ont beaucoup de livres & ne lifent jamais
, aux boffus chargés d'un poids qu'ils
ne voient point , & il étoit lui - même un
aveugle qui portoit des lunettes.
168 MERCURE
66
Mais pourquoi jeter nous- mêmes un
coup d'oeil rapide fur nos Rois ? C'eſt M.
du Radier , leur juge , que nous fommes
chargés de faire connoître ; il va raconter à
nos Lecteurs un beau trait de Charles VIII.
Pendant le pillage de Tufcanella , une
Demoiselle, d'une extrême beauté, vint ſe
jeter à les pieds , & le fupplier de mettre
fon honneur à l'abri de l'incontinence du
foldat . Le Roi la prit fous la protection ;
mais en la garantiffant de l'infulte qu'elle
avoit lieu de craindre , il lui trouva tant de
charmes qu'il ne put s'empêcher d'attenter
lui -même à un honneur dont il s'étoit rendu
garant. Il étoit dans fa première jeunefle , &
il aimoit les Dames ; il parla pour lui -même,
& expliqua fes defirs en Prince qui veut les
voir fatisfaits. Ils alloient l'être en effet ,
lorfque la Demoiselle , qui cédoit peut- être
plus par néceffité que par goût , apperçut
dans le cabinet où ils étoient un tableau de
la Vierge , tenant fon Fils entre fes bras.
Ah ! Sire , s'écria-t- elle , au nom de cette
Vierge pure & fainte ne m'arrachez pas ce
que j'ai confervé jufqu'ici . Charles VIII fut
touché de fa prière , accompagnée de larmes ;
les fiennes même coulèrent , & condamnant
fes defirs , il renvoya cette Demoiselle , lui
accorda une dor proportionnée à la naiffance
, & fit remettre en liberté , fans rançon
, tous les parens , & un jeune homme
avec qui elle étoit fiancée , & tous fes alliés
faits prifonnices. » Cette action rappelle
naturellement
DE FRANCE. 169
naturellement celle de Scipion , qui , jeune
& vainqueur , fut refpecter le malheur &
l'innocence d'une belle captive ; mais M.
Dreux , qui nous paroît un peu lâche dans
fon ftyle comme dans les remarques , trouve
que la tempérance des Romains n'eft que
politique , parce qu'il devoit l'exemple à fes
troupes , & que celle de Charles eft vertueufe
! Oui fans doute , quoique , pour
devenir politique , il eût fuffi au Monarque
de fe rappeler ce principe : Regis ad exemplum
totus componitur orbis.
Et pourquoi fuppofer dans le coeur des
grands Hommes d'autres motifs , pour être
bons & fages, que l'amour de leurs devoirs ?
Que ne nous eft- il permis , en parcourant
la nouvele Galerie de M. du Radier , de renouveller
nos hommages au Reftaurateur
des Lettres , à ce rival de Charles Quint ,
qui s'honoroit du titre de premier Gentilhomme
de France ! Qu'il nous paroît
grand , François Premier , lorfqu'il va s'en
tretenir avec Robert Etienne , & admirer fes
chef - d'oeuvres typographiques ! Il favoit
qu'Augufte fe levoit pour faluer Virgile ;
que cet Empereur difputoit à Mécène
la première place dans le coeur d'Horace ;
que Vefpafien fe félicitoit de l'amitié de
Pline l'aîné ; Trajan , de celle de Pline le
jeune ; Laurent de Médicis, de celle de Politien
? Rempli d'une tendreffe refpectueufe
pour tous les Savans & les Artiftes , il vit
mourir entre les bras Léonard de Vinci ,
No. 47 , 24 Novembre 1781 . N°. H
170 MERCURE
& Raphaël lui légua cette pierre précieufe
que l'Art ofa placer parmi les joyaux de
La Couronne , lors même que la Nature Y
eut mis le fancy & le pitt.
Ce Roi barbare qui tira lui-même fur fes
enfans dans ce jour affreux où le fanatifine déchira
le fein de la France , eut auffi le goût des
Lettres , mais fi nous fommes obligés d'admirer
des vers de Charles IX ; du moins
en ne nous empêchera pas de dire avec
Gharron : C'est grand dommage que les mé
chans nefoient pas des fots, Au reste , pen
fons qu'il étoit l'élève d'Amyot , & nous
ferons moins étonnés qu'il ait écrit avec tant
de nobleffe à Ronfard :
L'Art de faire des vers , dût- on s'en indigner ,
Doit être à plus haut prix que celui de régner ;
Tous deux également nous portons des couronnes,
Mais Roi je les reçu , Poëte tu les donnes.
Ton efprit, enflammé d'une célefte ardeur ,
Éclate par foi-même , & moi par ma grandeur.
Si d'un côté , des Dieux j'ai cherché l'avantage,
Ronfard eft leur mignon , & je fuis leur image,
Ta lyre, qui ravit par de fi doux accords ,
T'affervit les efprits, dont je n'ai que les corps
Elle t'en rend le maître , & té fait introduire
Où le plus fier tyran ne peut avoir d'empire .
Ces vers devoient flattet & bleifer à-lar
fois l'amour- propre de Ronfard ; car sil
trouvoit un ami dans fon Prince, il y trou
DE FRANCE. 1711
voit auffi un maître. Pour nous , nous nous
permettrons de douter encore que Charles
IX ait écrit avec tant de fineffe , de
clarté & de facilité.
Dans des Tablettes de France , M. Dreux
ne pouvoit guères paffer fous filence les
bons mots d'Henri IV, quoique tout le
monde les connoille ; mais ce qu'on ne fait
peut- être pas , c'est que ce Prince prioit
Dieu à deux genoux , les mains jointes &
les yeux au Ciel; c'eft qu'à la challe jamais
on ne lançoir le cerf qu'il n'ôtât fon chapeau
, & ne fit le figne de la croix. Eft - on
curieux de connoître tous les préfages finiftres
qui annoncèrent la mort du meilleur
des Rois : Les fréquentes éclipfes de foleil
& de lune depuis 1604 jufqu'en 1610 ,
le tonnerre tombé fur l'Églife de Notre-
Dame de Paris , les débordemens des riviè
res, les comètes , les tremblemens de terre ,
un billet trouvé fur un Autel de Montargis ,
une image de Saint Louis qui, dans une Eglife,
verfa des pleurs , enfin le taureau des environs
de Pau qui fe précipita dans une rivière,
tout cela avertiffoit bien la France qu'un
grand Rouleau d'Angoulême devoit affaffiner
le père du peuple , & M. Dreux fe plaît
à recueillir tous ces contes eft ce là remplir
l'Epigraphe qu'il a choifie ? Et prodeje
& delectare. Il n'eft pas plus philofophe dans
le choix des traits qui doivent caractériſer
un homme. Veut - il nous prouver que
Louis XIII étoit chafte, il rapporte qu'une
Hij
MERCURE
172
Demoiselle
, affiftant à ſon dîner un peu découverte
, il retint dans fa bouche une
gorgée de vin , & la rejeta fur la gorge de la Demoiſelle
; & comme il ne penfe pas tout-à- fait comme le Jefuite Barri , que cette
gorge méritoit bien cette gorgée , il prétend
que Louis XIII eût pu donner à fa leçon un tonplus doux. Louis XIV lui- même devient
petit à nos yeux, lorfque fon panegyrifte, pour nous démontrer
qu'il avoit autant de jugement
que de mémoire
, nous affure qu'il
reconnut
un domeſtique
du Duc de.... aux boucles d'or de fon ma.tre qu'il portoit.
Devroit
on s'occuper
de ces hiftoriettes
quand on parle d'un Prince qui ne trouve
point d'égal pendant un règne de plus de
cinquante
ans , où l'on voit quatre Empereurs
en Allemagne
, trois Rois en Espagne,
Lept en Angleterre
, cinq en Pologne , quatre
en Suède , quatre en Danemarck
, quarre en Portugal , fix Sultans fur le trône Ottoman , quatre Empereurs
dans la Chine & trois
Sophis en Perfe ? S'il n'eft pas permis d'exiger qu'un laborieux
Collecteur d'anecdotes ait le génie , le
caractère & le ftyle d'un Hiftorien , il eft
indifpenfable du moins que fa diction foit
pure, fes penfées nobles , fes réflexions cour
tes & fentées , qu'il y ait de l'ordre & de la
clarté dans les faits , & que le fuperflu & le frivole ne prennent jamais la place de l'utile
& de Fagréable.
DE FRANCE. 153
Avis fur la Correfpondance de la Société
Royale de Médecine , &fur les objets dont
cette Compagnie eft chargée , in- 4°. 1781 .
Méthode que l'on peut fuivre dans la
rédaction des Obfervations Météorologiques,
&c. in-4°. 1781. Détail des
Expériences faites pour déterminer les propriétés
de la dentelaire dans le traitement
de la gale , in-4° . 1781. Réflexions
fur la nature & le traitement des Maladies
les plus répandues pendant l'année, 1781 ,
& fur- tout dans la faifon actuelle , in - 4 .
lues dans la Séance tenue au Louvre le
18 Septembre de cette année, par la Société
Royale de Médecine.
LA Société Royale de Médecine publie ,
comme l'Académie Royale des Sciences , la
Collection de fes Mémoires & Obfervations ,
dans des Volumes qui paroiffent chaque
année , & qui font compofés de deux Par
ties , l'Hiftoire & les Mémoires . Déjà ceux
de 1776 , 1777 & 1778 ont été rendus
publics , & le Volume de 1779 , qui eſt maintenant
fous preffe , fera bientôt mis en
yente chez Didot le jeune , Imprimeur- Libraire
de cette Compagnie ; mais il y a certains
Mémoires dont l'impreffion feroit trop
différée s'il falloit attendre qu'ils fuffent inférés
parmi ceux de l'année dans laquelle ils
ont été lus. La Société Royale prend alors le
Hiij
174
MERCURE
parti très- fage de les publier féparément :
ceux que nous annonçons font dans ce cas.
1. Dans l'un on trouve des avis intérelfans
fur la manière la plus utile de feconder
les travaux de cette Compagnie , dont
la Correfpondance et très - étendue & trèsactive.
Il eft en effet néceffaire que tous les
Co- opérateurs fuivent à peu près le même
plan , afin de mettre de l'harmonie dans
cette grande entreprife. C'eft principalement
aux épidémies régnantes que la Société
Royale donne le plus d'attention , foir pour
en recueillir l'hiftoire , foit pour aller au
fecours de ceux qui en font attaqués ; elle
offre fes fervices dans ce genre avec une genérofité
qui mérite beaucoup de reconnoiffance
de la part du Public. La Société
Royale invite en même-temps les Médecins
& Phyficiens à lui faire parvenir leurs Obe
fervations fur les divers objets de Médecinepratique,
qui ont tous une place marquée
dans les Volumes qu'elle publie .
2. L'influence de l'atmosphère fur les
maladies régnantes , n'eft pas encore à beaucoup
près déterminée. Pour réfoudre ce problème
important , la Société Royale a engagé
les Correfpondans à fe procarer des
inftrumens propres à faire de bonnes Obfervations
Météorologiques , & à y joindre
un tableau des maladies de chaque année. Il
eft facile de s'affurer , en examinant ce qu'elle
a publié pour trois années , que l'on n'a en
DE FRANCE.
17
65775
core rien fait d'anfi étendu dans ce genre.
Le Mémoire qu'elle vient de faire paroître ,
a pour objet de donner une nouvelle perfection
à ces Recherches , & d'apprendre à
chaque Obfervateur la manière la plus fûre
& la plus fimple en même temps de trouver
la température moyenne du pays qu'il·
habite.
3. En faifant de nouvelles tentatives pour
découvrir une méthode propre à guérir
promptement & fûrement la gale contrac
tée par communication , comme il arrive
dans les cafernes , les areliers , les hôpitaux
& les prifons , la Société Royale s'eft propofé
des vues d'utilité publique qui feront
fur tout bien fenties par les Adminiſtrateurs
de ces divers établiffemens. La plante ap
pelée par Linnæus Plumbage Europea , en
françois la Dentelaire , a produit dans le
traitement de cette maladie les effets les
plus fatisfaifans. L'épreuve en a été faite à
Paris, dans la Maifon de la Pitié , avec les
précautions qu'exige l'ufage d'un remède
nouveau. Les fecours néceffaires ont été
fournis par .. MM . de l'Adminiftration , &
en particulier par M. Brun , Chirurgien en
chef, & M. Girardeau , fecond Chirurgien ,
qui ont été témoins de ces Expériences . Il
feroit trop long d'en donner ici le détail. Il
fuffira de dire , d'après le rapport des Commiffaires
de la Société Royale , qu'il eft démontré
que la racine de Dentelaire , prépa
2
Hiv
176
MERCURE
rée comme on l'indique, guérit promptement
& fûrement la gale , qu'elle eft exempte de
tous les dangers de la répercuffion , & que
fon ufage entraîne avec lui moins de défagrément
& de dégoût que les méthodes employées
jufqu'ici dans le traitement de cette
maladie.
4. Il régna en 1779 , pendant l'Automne
, des dyffenteries épidémiques qui
furent fur- tout très-funeftes dans la Bretagne
, dans le Maine &. dans le Poitou . La
Société Royale publia alors une méthode de
traitement qui fut répandue dans les Provinces
, où elle produifit les plus grands
avantages. Cette année la conftitution automnale
eft très marquée , & la Société
Royale , qui a été confultée de toutes parts
fur la nature & le traitement des fièvres
actuellement très- répandues , s'eft détermi
née à publier les Réflexions à ce fujet. Les
Commiffaires nommés pour faire ce travail ,
ne fe font pas contentés de décrire ces maladies
, d'indiquer les fecours les plus utiles
en pareil cas , & de prévenir les peuples fur
les abus qu'il importe le plus d'éviter , on y
trouve une difcuffion très favante fur la
place qu'il convient d'affigner à ces fortes de
fièvres , & fur leur rapport avec celles qui
ont été obfervées par les meilleurs Auteurs.
Cette érudition lage n'eft point déplacée
dans un Écrit qui doit être adreffé aux Mé
decins & aux Chirurgiens les plus inftruits
des différentes Provinces.
•
DE FRANCE
177
Ces travaux donnent la plus grande idée
du zèle avec lequel la Société Royale remplit
les vues de fon inftitution . L. Ń.
TRAITE Théorique & Pratique de la .
Végétation ; contenant plufieurs Expériences
nouvelles & démonftratives fur
L'Économie végétale & fur la Culture des
Arbres. 2 Volumes grand in 8 ° . Prix ,
9 liv. brochés . A Rouen , chez le Boucher ,
& à Paris , chez Nyon , rue du Jardinet ,
Durand neveu , rue Galande , Didot , quai
des Auguſtins , & la Veuve Lachapelle ,
au Palais.
L'AUTEUR de cet Ouvrage intéreffant s'eft
déjà fait connoître avantageufement par fes
Recherches fur l'Économie rurale , & particulièrement
par un excellent Mémoire fur la
Culture des Pommes de Terre & la manière
d'enfaireduPain. M. Muftel, qui paroît s'être
dévoué au bien public , nous fait part d'un
grand nombre d'expériences , dont la plupart
font faites pour piquer la curiofité, & mériter
l'attention des Phyficiens , des Naturaliſtes
& des Agriculteurs . Après avoir combattu
les opinions de quelques Auteurs , avec autant
d'honnêteté que de modeftie , M. Muftel
établit une théorie nouvelle qui n'a rien de
fyftématique , puifqu'elle eft fondée fur l'experience.
Cette théorie , dégagée de quelques
erreurs accréditées , paroît lumineufe
Hv
178 MERCURE
& perfuafive pour ceux qui ne font pas trop
attachés aux préjugés reçus. Cet Ouvrage,
rempli d'idées neuves & de découvertes.
utiles , eft du nombre de ceux qui méritent
d'être diftingués de la multitude d'Écrits fur
PAgriculture qui ont paru & paroiffent jour
nellement. Il eft imprimé fous l'approbation
& les aufpices de l'Académie des Scien
ces de Rouen . L'utilité particulière de cet
Ouvrage, eft de remédier à l'infüffifance des
Traités d'Agriculture fimplement pratiques ,
qui donnent des méthodes fans les expliquer
, & des principes genéraux fans avoir
égard à la nature du terrein , au climat , &
autres circonftances qui doivent faire varier
la culture. Ce qui rend fi rares les bons
Traités fur l'Agriculture , c'eft que nos grands
Cultivateurs n'écrivent pas , & nos bons
Ecrivains ne cultivent point. Il faut être
Phyficien & Cultivateur , il faut des années
d'expériences & d'obfervations fuivies pour
faire un Ouvrage tel qu'eft celui que nous
donne M. Muftel.
SPECTACLES.
COMEDIE
FRANÇOISE.
M. GARNIER , Acteur de la Troupe de
Lyon , a débuté , le 29 Octobre , par le rôle
de Xipharès dans Mithridate , &c. &c.
DE FRANCE. 179
*
Le grand , le très - grand , le plus grand
défaut que les Comédiens aient à reprocher
à ce jeune Debutant , eft d'avoir paliè publiquement
pour l'Élève de l'Auteur de ces
Articles. Ce titre lui a fait refufer la pers
million de faire fes premiers effais für la
Theatie de Paris , & c'eft encore lui qui occafionnera
fa retraite en Province. M. Garnier
a debuté à Lyon il y a fix mois. Son
debut fut d'autant moins brillant , qu'il fe
préfentoit avec toute la timidité d'un homme
qui n'a jamais paru en Public , & à côté
de M. Molé, dont le nom & le talent abforboient
tous les fuffrages . Du travail & ducourage
lui ont quelque temps après ,
procuré des fuccès proportionnés à fes difpofitions
. Le befoin de remplacer M. Monvel
l'a fait appeler à Paris , le Public paroît
l'avoir goûte malgré fes défauts , parce qu'on
lui a trouvé des qualités ; mais il n'a poin
d'amis au Spectacle , d'autres Sujets ſe préc
fentent , & l'on peut préfumer qu'il n'aura
pas la préférence. Au furplus , ces Acteurs
paroîtront ; il eft jufte que celui d'entre eux
qui , dans l'âge le plus fufceptible de progrès
, montrera le plus d'aptitude , foit pré--
féré aux autres. Nous attendrons ce mo-
2.
Heft réellement Élève de M. Dugazon : M. de
C. lui a donné quelques avis de loin en loin , ce qui
ae fuffit pas , à beaucoup près , pour unc édur
sation Dramatique.
faire:
ELvjj
180
MERCURE
ment pour comparer ces jeunes Comédiens
, & l'intérêt que nous prenons à
celui - ci , fera une raifon pour qu'il foit jugé
par nous-mêmes avec le plus de févérité.
Le Lundi 12 de ce mois , on a donné ,
pour la première fois , la Difcipline Mili
taire du Nord , Drame en cinq Actes , qui
a reparu , pour la feconde fois , le furlendemain
, réduit en quatre Actes.
,
Ce Drame , plutôt traduit qu'imité de
l'Allemand , préfente une action bien fimple.
Le Comte de Walton met l'épée à la main
devant fon Colonel , qui eft en même- tems
fon beau- frère , parce que celui ci veut l'exvoyer
aux arrêts. Arrêté , jugé & condamné
dans l'inftant même où la femme vient lui.
rendre une vifite au camp , il eft fur le point
d'avoir la tête caffée ; mais l'arrivée du Généraliffime
, dont il a fauvé les jours , l'ar
rache à la mort , & le rend en même-rems
à la rendreffe d'une femme chérie , à fes
amis & à l'amour des Soldats dont il eftadoré.
En lifant l'affiche qui indiquoit la première
répréſentation de ce Drame , nous avons cru
lire l'annonce d'un Ouvrage fur la Tactique
du Nord , & au Théâtre , nous n'avons
apperçu qu'un fait relatif à toutes les difciplines
militaires de l'Europe. Nous avons
êté un peu furpris de voir le Comte de WalDE
FRANCE. 181
ton annoncé comme un Officier inftruit >
fage & raisonnable , perdre la tête , & faire
l'action d'un extravagant pour une punition
commune , fouvent infligée dans tous les
camps , & qui n'a rien de deshonorant en
elle- même. Deux foldats de fon Régiment
ont déferté du piquet pendant la nuit ; un tel
événement a penſé mettre le camp au pouvoir
de l'ennemi ; le bon ordre veut que
l'Officier qui a confié le falut de l'armée à de
pareils hommes , foit puni de fa légèreté ; rien
de plus fimple. Pourquoi le Comte de Walton,
qui prêche fans ceffe la fubordination &
l'exactitude , agit- il fi contradictoirement à
fes principes ? Au refte , ily a dans cette Pièce
deux fituations très-intéreffantes , le moment
où arrivè la Comteffe de Walton , & celui
où, devant elle , les foldats viennent ſe jeter
aux pieds de leur Colonel pour lui demander
la vie du Comte , & l'inftruifent , fans le
vouloir , du fort qui attend fon mari. Après
cela , on ne trouve guères que des chofes
communes écrites d'un ftyle affez médiocre, &
qui ne peuvent que rappeler des objets qu'on a
portés plufieurs fois fur notre Scène. Où en
eft réduit notre Théâtre , puifque nous allons
chercher des Ouvrages Dramatiques fur les
Scènes étrangères , fur les Scènes qui doivent
leur exiftence à la nôtre. Un gros
Seigneur de la Bourgogne faifoit boire fon vin
par les domeftiques , & ne pouvoit s'abreuver
que de liqueurs fortes : en fommesnous
là ?
182 MERCURE
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi , 8 Novembre , on a donné la
première représentation de Lucette & Lucas ,
Comédie en un Acte , mêlée d'ariettes.
Cette Pièce,qui fe reffent un peu de l'âge
où l'Aureur l'a compofée , offre néanmoins
de l'efprit , de la facilité , des traits qui promettoient
déjà le talent que l'Auteur * a montré
depuis. En général , les couplers en font
bien tournés , & préfentent des idées agréables..
La Mufique eft de Mlle D. Z. fille du Mucien
de ce nom. Nous avons déjà eu plufieurs
fois occafion de rendre hommage à la touche
gracieufe , naturelle & facile de M.D.Z.
Nous devons les mêmes éloges à Mlle fa
fille qui , par ce début , promet de marcher
quelque jour avec un très grand succès fur
les traces de fon inftituteur.
Le lendemain , on a joué pour la première
fois , l'Amant trop prévenu de lui - même ,
Comédie nouvelle en deux Actes & en
vers.
Un Conte de M. Marmontel a fourni le
* Les deux Oncles & l'Amour conjugal ont été
its depuis cette petite Pièces
DE FRANCE. 183
fujet de ce petit Ouvrage. Un Colonel , pour
éprouver fa Maîtreffe, feint de revenir de
l'armée avec un oeil de moins & une jambe de
bois. Inftruite des intentions de fon amant ,
l'amante fait prendre des habits d'homme à
une de fes amies , qu'elle fait paffer pour
le rival du Colonel . Tout fe découvre , &
l'explication eft fuivie du mariage des deux
amans.
Si on en excepte une Scène où le Colonel'
défie fon prétendu rival, Scène qui a fait quel
que plaifir ; on n'a rien remaiqué dans cet
Ouvrage qui annonçât du talent. La première
repréfentation en a été froidement reçue ;
la feconde a été très-orageuſe , & l'Ouvrage
n'a pu fe traîner jufqu'à la fin . On a crié à la
févérité , on a eu tort ; c'étoit juſtice.
SCIENCES ET ART S..
DÉCOUVERT E.
AUJOURD'H
UJOURD'HUI que nos forêts fe dégradent fenfiblement
, qu'on coupe les arbres avant leur maturité
, & qu'on les met en oeuvre fans attendre qu'ils
foient fecs , il eft fans doute d'une grande importance
pour la Menuiserie , pour le Charronage &
pour une multitude d'autres Arts , d'avoir un moyen
qui remédie à ces inconvéniens. Après plufieurs anées
de tentatives , le Steur Migneron eft parvenu à
184
MERCURE
le découvrir : poffeffeur du fecret de donner une plus
grande folidité aux bois de toute efpèce , foit jeunes ,
foit vieux , il n'a pas craint de foumettre fon fecret
& fes expériences à l'examen de l'Académie la plus
éclairée de l'Europe ; le jugement qu'elle en a porté eft
bien fait pour l'encourager & lui mériter la confiance
du Public. Nous allons rapporter les réſultats
de quelques-unes des épreuves faites par l'Académie
des Sciences fur les Bois du Sieur Migneron.
Les Commiffaires de cette Compagnie s'étant
tranfportés dans fon Atelier, y ont choifi cinq efpèces
de bois différens ; favoir , de l'orme , du chêne,
du hêtre , du frêne & du noyer. Ces bois étoient
débités en morceaux bien égaux , chacun de deux
pouces d'équarriffage & de trente pouces de longueur.
Le fieur Migneron a fait bouillir ces bois
pendant une heure & demie dans de l'eau , à laquelle
il avoit fait les additions convenables , &
enfuite il les a fait fécher pendant deux jours dans
une étuve.
On a eu la précaution de pefer exactement ces.
morceaux de bois chacun trois fois ; favoir , avant
d'avoir bouilli dans la préparation , immédiatement
en fortant de la chaudière , & deux jours après lorf
qu'ils étoient fecs ou réputés tels.
Chacun des morceaux de bois fur lefquels on a
fait des épreuves , a été placé horizontalement , portant
neuf lignes par chaque bout, fur deux établis de
Menuifier. On a placé jufte dans fon milieu une
boucle de fer à laquelle étoit attaché un plat de
balance affez grand pour contenir un grand nombre
de poids de cinquante livres ; on a chargé ce plat
dans chaque expérience jufqu'à ce que le morceau
de bois fe rompiît. Un morceau de chacun de ces
bois a été éprouvé fans avoir reçu aucune prépara
tion , & un autre après avoir bouilli pendant une
}
DE FRANCE. 185
heure & demie dans la préparation du fieur Migneron,
& féché enfuite pendant deux jours à l'étuve,
Des différens bois foumis à l'épreuve , l'erme feul
étoit abfolument verd ; il avoit été pris dans un
tronçon d'arbre nouvellement coupé dans le jardin
du Luxembourg, & il avoit encore de petites branches
garnies de feuilles bien fraîches : les autres
bois étoient fecs.
Le morceau d'orme crud n'ayant reçu aucune
préparation , a été rompu par un poids de fix cent
cinquante livres ; le pareil morceau de même bois
préparé , ne l'a été que par le poids de deux mille
cinq cent foixante-quinze livres. Le chêne non préparé
a été rompu par un poids de dix - neuf cent
livres ; le pareil morceau de chêne bouilli dans la
préparation du fieur Migneron l'a été par un
poids , de deux mille deux cent cinquante livres .
Le hêtre crud dix - huit cent cinquante livres.
Le hêtre préparé deux mille fept cent livres . Le
frêne crud dix- huit cent livres ; le même préparé
deux mille fept cent livres . Le noyer crud treize
cent livres ; le même préparé quatorze cent cinquante
livres,
On voit que dans ces expériences il y a eu des
différences très- confidérables dans l'augmentation
de force de bois ; cette différence a été depuis
cent vingt- cinq livres jufqu'à près de dix -huit
cent livres.
La différence très- grande qu'il y a eu entre les
réfultats de ces expériences, a engagé MM . les Commiffaires
à les réitérer fur le chêne & fur l'orme , en
ne les faifant bouillir que dans l'eau pure pour connoître
plus au jufte le degré de force que l'opération
du fieur Migneron pouvoit ajouter au bois ;
d'autant plus que le fieur Migneron convient qu'en
Angleterre & dans quelques autres pays , on eft dans
186
MERCURE
Y
l'ufage de faire bouillir ainfi les bois dans l'eau
avant de les employer.
On a choisi pour cela deux morceaux de bois
d'orme & deux de bois de chêne de mêmes dimenfions
que ceux des expériences précédentes , & auffi
femblables d'ailleurs qu'il a été poffible ; ces quatre
morceaux de bois ont été bouillis à gros bouillons
dans de l'eau pure pendant une heure & demie.
Les quatre morceaux de bois ont été féchés commé
fes précédens à l'étuve pendant deux jours , & ont
été ramenés à très-peu près à leur même poids , le
chêne avec quelques onces de diminution , & l'orme
au contraire avec une petite augmentation..
Ces bois ont été foumis à l'épreuve des poids , &
mis en comparaifon avec des morceaux de bois de
même efpèce & de même dimenfion qui n'avoient
fubi aucune décoction .
Le résultat de ces nouvelles épreuves a été que le
bois de chêne crud a été rompu dès qu'il a été chargé
du poids de feize cent quatre- vingt- cinq livres &
demie ; un des morceaux du même chêne bouilli à
T'eau fimple , a caffé au poids de douze cent quatrevingt-
cinq livrés & demie ; le fecond morceau de
chêne borili de même à l'eau fimple, a caffé aupoids
de quatorze cent trente - cinq livres & demic. Le
morceau de bois d'orme non bouilli a caffé comme
le chêne non bouilli au poids de feize cènt quatrevingt-
cing livres & demie ; un des morceaux du
même bois bouilli à l'eau fimple , a caffé au poids de
quatorze cent quarante - cinq livres & demie ,
Fautre au poids de treize cent quatre -vingt - cinq
livres & demie.
Ces nouvelles expériences indiquent que la décoc
tion des bois à l'eau fimple n'augmente pas la force
des bois , & qu'au contraire elle la diminue.
Mais en général il paroît avantageux de les
faire bouillir , avant de les employer , fur tout ·
DE FRANCE. 187
lorfqu'ils font verds . La defficcation beaucoup plus
prompte , qui en eft la fuite , fait découvrir en peu
de
temps dans le bois des gerçures & autres fentes
qui font d'abord infenfibles , & ne le deviennent
quelquefois qu'affez long - temps après qu'ils font
employés quand on n'a pas pris cette précaution .
Après avoir fait couper des morceaux de bois préparés
par le ficur Migneron , avec des cifeaux & des
fermoirs , on a obfervé que les outils mordoient
plus difficilement fur ce bois que fur celui qui n'avoit
pas reçu de préparation ; que les outils avce
lefquels on travailloit le bois du fieur Migneron
avoient befoin d'être affûtés plus fouvent que
pour le bois non préparé ; que les copeaux enlevés
étoient bien unis , & la furface du bois d'un beau
liffe.
Telles font les épreuves faites par MM. Beaumé ,
Macquer & Fontanieu, fur un objet aufli intéreffant
pour les Arts. L'Auteur de cette Découverte , le
fieur Migueron , vient d'établir , rue des Brodeurs ,
barrière de Sève , une Fabrique de Voitures faites
avec les bois durcis & préparés. Les ferrures qui
entreront dans la compofition de ces Voitures ,
telles
qu'effieux , arcs , refforts , feront mises à l'épreuve ,
avant d'être employées , en préfence des perfonnes
qui les commanderont. On trouvera chez lui des
plans , des devis & des échantillons pour tous les
ouvrages qui font de fa compétence Les curieux
qui voudroient connoître plus en détail les différentes
épreuves qui ont été faites par l'Académie pour
conftater le mérite de la nouvelle Découverte dont
il s'agit ici, pourront s'adreffer au fieur Migneron ,
qui les leur inettra fous les yeux avec le rappo
motivé de cette Compagnie.
188 MERCURE
GRAVURES.
LE Retour du Laboureur , Eſtampe d'environ 22
pouces de large fur 16 de haut , gravée par Ingouf
le jeune , d'après le tableau de Ch. Benazech. Prix ,
12 liv. A Paris , chez les frères Campions , rue Saint
Jacques. Cette compofition , dans le genre de
Greuze , peut figurer à côté des Eftampes les plus intéreffantes
qu'on ait faites d'après ce Peintre ; elle
donne l'idée laplus favorable du talent de M. Ingouf.
Collection coloriée des plus belles variétés de Jacintes
qu'on montre aux Curieux dans les Jardins Fleuristes
Harlem, faifant fuite aux Etrennes de Flore. A Paris ,
chez M. Buchoz , Directeur de cet Ouvrage , rue de
la Harpe , vis-à- vis la Place Sorbonne . Parmi ces
Jacintes , celles qui portent le nom de la Reine de
France & la Cramoifie Royale, nous ont paru d'une
beauté rare.
Deux Eftampes préfentées au Roi & à la Reine ,
dont les fujets font allégoriques à la Naiffance de
Monfeigneur le Dauphin.
Dans l'une le Roi préfente le Dauphin à la France,
& la France le montre au Peuple , qui témoigne fa
joie par des cris d'alégreffe. Le Roi eft appuye fur la
Juftice , qui foule aux pieds les vices. La Sageffe défignée
par Minerve , répand fur le Peuple les tréfors
de la terre. Deux Génies , dont l'un tient une branche
d'olivier & l'autre de laurier foutiennent la couronne.
Dans l'autre Eftampe la Reine préfente un Dauphin
à la France , elle est entourée des Vertus , qui la
caractérisent. On voit près d'elle la Douceur , défignée
par un mouton , l'Amour conjugal par une
DE FRANCE. 189
colombe , l'Amour du Peuple par le pélican , qui fe
faigne pour nourrir fes petits , la Sageffe qui la couronne
de fleurs & tient un bouquet de lys & de rofes,
l'Abondance qui répand des fruits , & les Graces qui
ornent de fleurs la couronne qu'elles foutiennent.
L'invention de ces allégories eft de M. Cochin , &
l'exécution de M. Longueil. Le prix de chacune eſt de
36 fols ; elles fe vendent chez M. Longueil , rue de
Sève , vis-à- vis les Incurables.
-Naiffance de Henri IV. « Si tôt qu'il fut né ,
Henri d'Albret , fon grand père , le prit dans
» fes bras , le baifa . Il donna à la fille une chaîne
» d'or , qu'il lui mit au cou , & fon teftament enfermé
dans une boëte d'or , en lui difant voilà qui
» eft à vous , voici ce qui eft pour moi. Il le mit
» dans le pan de fa robe. »
Cette Compofition , peinte & gravée par M. Bounieu
, Peintre du Roi , nous a paru très-intéreſſante ;
elle fe vend 16 liv. chez l'Auteur , aux Tuileries
cour de l'Orangerie .
Eftampe, au bas de laquelle on lit :
Dès long-temps une tige & fi belle & fi chère
Te devoit un Dauphin , ô France , applaudis-toi ;
Ila déjà les traits , les grâces de fa mère ,
Il fera l'héritier des vertus de ton Rol.
Elle eft dédiée à la Reine , par le Sieur Campona ,
Peintre ordinaire de fon Cabiner Elle fe vend 3 liv.
A Paris , chez Joullain , Quai de la Mégifferic. Cette
Eftampe eft une des plus belles qui ait paru dans ce
genre.
» Vue du Château de Coucy , proche Noyon, & de la
Tour dans laquelle eft morte Gabrielle de Vergy .
dédiée à M. Thiroux de Crofne , gravée par Picquenot
, d'après Brwandel. A Paris , chez le Graveur
190 MERCURE
rue de l'Obfervance , la porte - cochère enface de la
porte du Cloître des Cordeliers ; prix , 1 liv, 10 fols .
Cette Eftampe fait pendant au Prieuré des deux
Amans.
MUSIQUE.
Six Chanfons des Après -foupers de la Société,
petit Théâtre Lyrique & Moral , avec accompagnement
de Guitarre & un Violen ad libitum ; dédié à
la Folie , par un Amateur. Prix , 3 liv . A Paris , chez
l'Auteur des Après-Soupers de la Société , maifon de
M. Brunot , Confeiller du Roi , Agent de Change,
rue des Bons-Enfans , vis - à - vis la Cour des Fontaiues
du Palais Royal .
ANNONCES LITTÉRAIRES.
EUVRES UVRES Complettes de Marivaux , de l'Acadé
mie Françoife , 12 Vol in - 8 ° . avec le Portrait de
l'Auteur. Prix broché , 66 liv. & 78 relié. A Paris ,
chez la Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques.
On prie MM . les Soufcripteurs de faire retirer leurs
Exemplaires.
Shakespeare , traduit de l'Anglois , par M. le
Tourncur. Tomes XII & XIII in- 8 ° . A Paris , chez
l'Auteur , cul- de-fac S. Dominique , & chez Mérigot
le jeune , Libraire , quai des Auguftins.
L'Alegreffe Villageoife , Divertiffement en un
Acte & en profe, mêlé de Chants & de Danfes , à
l'occafion de la Naiffance du Dauphin , par M. B.
in-8 . A Paris , chez Defauges , rue S. Louis du
Palais
¢
DE FRANCE. 191
r
Ode fur la Naiffance de Mgr. le Dauphin, par
J. Piron. A Paris , chez Defchamps , Libraire , rue
5. Jacques.
Les Deux Sylphes , Comédie en un Acte & en vers
mêlée d'Ariettes , par M. Imbert , repréſentée par
les Comédiens Italiens le 18 Octobre 1781. A Paris ,*
chez Baftien , Libraire , rue du Petit- Lion.
Réflexions Philofophiques & Patriotiques fur la
préfente Guerre avec la Grande- Bretagne, & celles
qui l'ont précédées depuis unfiècle. in- 8 ° . A Angers,
chez Jahyer , Imprimeur du Roi ; & à Paris , chez
Onfroy , Quai des Auguftins.
2
Traité Complet de la Culture des Orangers & des
Citroniers , fuivi d'un Traité de la Culture des Grenadiers
, Genets, Jafmins , Lauriers , Myrtes & autres
Arbuftes , fervant d'ornemens aux Jardins, in- 18.
Prix , 1 liv. 10 fols relié. A Paris , chez Lamy ,
Libraire , Quai des Auguſtins.
L'Antonéide , ou la Naiffance du Dauphin & de
Madame, Poëme en fept Chants , par M. Peyrand
de Beaufol , in - 8 ° , Prix , 1 livre 10 fols. A Paris ,
chez la Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques.
Traité des Fleurs qui fe cultivent en hiver , avec
la manière de les conferver pour les faire fleurir ere
toutefaifon , in- 12 . Prix , 1 livré 16 fols broché, A
Paris , chez Lamy, Libraire , quai des Auguftins.
Recueil Hiftorique & Chronologique de Faits
mémorables , pour fervir à l'Hiftoire Générale de la
Marine & à celle des Découvertes , nouvelle Édition ,
augmentée d'un Tableau des principaux Événemens
Maritimes depuis le commencemeut de la guerre prés
fente jufqu'à nos jours , 2 Vol . in - 12 . Prix , 6 livres
reliés. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet ; & Onfroy, Libraire , rue du Hurepoix.
192
MERCURE
ر ک
L'Oracle accompli , Églogue fur la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , in- 8 °. A Paris , chez
Lamy , Libraire , quai des Auguftins.
Songe de Madame de France à l'occafion de la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin fon Frère ,
in-4 . A Paris , chez Cellot , Imprimeur- Libraire ,
rue Dauphine.
Piffot , Libraire à Paris , vient de mettre fous
preffe l'Abrégé du troisième Voyage de Cook , ou
un Journal de l'Expédition faite par ordre du Roi
d'Angleterre dans la mer du Sud en 1776 , 1777 ,
& 1779. Il paroîtra vers la fin de Décembre.
L'Impromptitude du Jour, ou la Fête Champêtre,
Divertiffement en un Acte & en Vaudevilles à l'occafion
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin ,
par M. Raté , in-8 ° . A Paris , chez Defuos, Libraire,
rue S. Jacques.
TABLE.
EPITRE écrite à bord d'un Avis fur la Correspondance de
Vaiffeau François ,
Life , Eglogue ,
Impromptu,
145 la Société Royale de Méde
147 cine , &c. 153
149 Traité Théorique & Pratique
ibid. de la Végétation ,
155 Comédie Françoife ,
157 Comédie Italienne ,
Seconde Lettre à Mde...,
Air des Deux Sylphes ,
Enigme & Logogryphe ,
Le Comte de Strafford , 158 Découverte,
Tablettes , Anecdotes & Hif Gravures ,
toriques des Rois de France , Mufique
166 Annonces Littéraires ,
APPROBATION.
177
178
182
183
1.88
190
ibid.
Je J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sce aux
Mercure de France , pour le Samedi 24 Novembre. Jen'y ai
sien trouvé qui puiffe en einpêcher l'impreffion. A Paris,
18 23 Novembre, 1781. DE SANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
De CONSTANTINOPLE , le 1er. Septemb.
LES troubles qui continuent de régner
en Egypte , forcent la Porte de tourner fon
attention de ce côté ; & on parle déjà d'une
Armée conſidérable qu'elle fe propoſe d'y
envoyer. La Romélie n'eft pas plus tranquille
; il s'y eft élevé également une révolte ,
qui s'eft manifeftée principalement dans le
diftrict de Kirkilisk. Les Commandans qu'on
y avoir envoyés pour punir les féditieux , ne
fe font pas préfentés avec des forces capables
d'en impofer & de les faire refpecter ; ils
ont été maffacrés eux- mêmes par les mutins ,
ainfi que la plupart des foldats qu'ils avoient
à leurs ordres.
Les excès produits par l'intolérance des
Schifmatiques Grecs , ne font pas vus ici
généralement du même oeil . Le Patriarche
eft parvenu à faire tolérer fa conduite en
3 Novembre 1781.
( 2 )
faifant des préfens aux Gens en place ; les
Gens de Loi le difent & s'en plaignent hautement.
Ces murmures délignent plusieurs
perfonnes ils n'épargnent pas même le
Grand-Vifir , qui paroît avoir renoncé à la
modération & au défintéreffement qui l'ont
diftingué dans fon premier miniftère,
RUSSIE. .
De PÉTERSBOURG , le 21 Septembre.
L'INOCULATION des jeunes Grands-Ducs ,
Alexandre & Conftantin , a eu le fuccès le
plus heureux ; ils ne tarderont pas à être
parfaitement rétablis , & le départ de LL,
AA. II. le Grand-Duc & la Grande- Ducheffe ,
eft , dit- on , fixé au 27 de ce mois ; Madame
la Générale de Soltikoff fera du voyage ,
MM. de Pieffchejow & de Schats , Officiers ,
l'un des Cuiraffiers , l'autre de la Marine ,
ainfi que le Chirurgien Major de la Cour ,
& le Médecin , du Corps Krufe , les accom
pagneront. Après avoir parcouru l'Italie ,
LL. AA. II. fe rendront par Strasbourg &
Monbeillard , dans les Provinces-Unies , Qu
elles défirent voir fur- tout les chantiers de
Sardam , près d'Amfterdam , que Pierre- le
Grand honora de fa préfence , & dans lefquels
il ne dédaigna point de manier la hache
& le cifeau des conftructeurs..
Le Miniftre Autrichien vient de faire
partir un Courier pour Vienne ; on ditque
dépêches dont il eft chargé ne font pas
( 3 )
feulement relatives au départ du Grand Duc
& de la Grande Ducheffe , mais encore à la
neutralité armée , à laquelle on affure toujours
qué l'Empereur veut accéder.
DANEMAR CK.
3
"
De COPENHAGUE , le 2 Octobre.
MADAME la Princeffe Sophie-Frédérique
eft toujours à Friedensbourg , où elle fe
rétablit par degrés . La Princeffe morte dont
elle eft accouchée , a été embaumée & expofée
pendant' 2 jours fur un lit de parade ;
après quoi elle a été portée de Friedensbourg
à Rofchild , dans la grande Eglife où font les
fépultures de nos Rois.
On croit que le Capitaine du vaiffeau
Américain qui , l'année dernière , tira fur
un vaiffeau Anglois mouillé dans l'un des
ports de la Norwège , & qui fut arrêté en
conféquence de cette violation du territoire ,
& conduit de force à Chriftianfand , va être
remis en liberté. Il a prouvé de la manière
la plus évidente , que l'attentat avoit été
commis fans fon ordre & dans un premier
mouvement de haîne de la part de ſon équipage
, irrité par les huées infultantes de celui
du vaiffeau Anglois .
La charge de deux vaiffeaux de notre
Compagnie des Indes Orientales a été vendue
à l'encan ces jours derniers , & à un
très-haut prix. Cela n'étonne point , depuis
que les Hollandois , les plus grands appro
a 2
( 4 )
vifionneurs du monde , n'approvisionnent
perfonne. Cette vente a fait monter jufqu'à
1800 rixdahlers les actions de cette Compagnie
, qui n'avoient été que de 500 au
renouvellement de fa chartre. Notre Compagnie
des Indes Occidentales doit faire
auffi des bénéfices confidérables , puifque les
actions qui n'ont été achetées d'abord que
100 rixdahlers , fe vendent maintenant 700
& plus. Il en eft de même des actions de
la Compagnie du Nord ; elles font à préſent
de 160 rixdahlers , au lieu de 100 qu'elles
valoient à la création de cette Compagnie.
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 2 Octobre.
LES vaiffeaux de guerre le Roi Guftave ,
la Sophie Madeleine , l'Adolphe Frédéric , le
Lion de Gothie , le Frédéric Roi , & la corvette
le Triton , qui avoient croifé pendant
tout l'Eté fur nos côtes de la mer du Nord
& de la Baltique , font rentrés dans le port
de Carlfcrone , où ils font depuis le 21 du
mois dernier. On dit qu'on les défarmera
en partie.
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 4 Septembre.
Le Roi part demain matin pour aller au-de
vant du Grand Duc & de la Grande- Ducheffe
de Ruffie. La République lui a affigné 50,000
(5)
+
ducats pour ce voyage . On dit que L. A. I.
s'arrêteront s jours à Wifniowice ; elles
font attendues à Belitz vers le 9 du mois
prochain. Les Gardes deſtinées à parader dans
les Provinces Autrichiennes , en chaque
endroit où ces illuftres voyageurs pafferont
la nuit , font déjà établies par - tout. Outre
le Comte de Brigido , Gouverneur Général
de la Pologne Autrichienne , le Comte de
Harrach a été nommé pour recevoir L. A. I.
à Kiow , & le Comte de Kaunitz , ci - devant
Ambaffadeur à Naples , eft défigné pour
faire les honneurs près de leurs perſonnes.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 7 Octobre.
LES de ce mois l'Empereur arriva dans
cette capitale de retour de fon voyage en
Moravie & en Bohême. Après avoir pris
le divertiffement de la chaffe à Stammerfdorff
, il vint coucher le foir dans cette
réfidence. L'Archiduc Maximilien y étoit
de retour de la veille ; il avoit été à Clagenfurt
& à Infpruck pour y voir Meſdames
les Archiducheffes fes foeurs.
On dit que l'Archiduc François , fils aîné
'du Grand-Duc de Tofcane , doit épouſer
cet hiver la jeune Princeffe de Wurtemberg
, foeur de S. A. I. Madame la Grande-
Ducheffe de Ruffie. Le Prince a eu 13 ans le
12 Février , & la Princeffe 14 le 21 Avril.
Les magnifiques cafernes bâties dans la
a 3
( 6 )
rue d'Alfter , font achevées , & 6 batail
lons y font logés . On ne doute plus que le
camp d'artillerie tracé dans les environs de
Simering n'ait lieu ; mais comme il fera
formé plus tard , il ne s'y trouvera que 400
artilliers.og met on avauso ob substringbo
Dé FRANCFORT ler Octobre.03
་
SUR les inftances preffantes & réitérées
des Miniftres impériaux , les Etats du cercle
du Haut-Rhin ont envoyé & fait affembler
des commiffaires , afin de régler les routes
pour la marche des troupes Impériales , &
en établir de nouvelles en plus grand nom
bre . Suivant le nouveau plan qui a été
formé à cet effet , il y a actuellement
18 chemins différens par lefquels les troupes
& les recrues Impériales pourront mar
cher vers les pays héréditaires & en revenir
; le cercle du Haut- Rhin doit s'affembler
pour ratifier ces nouveaux arrangemens
, & fixer le prix des vivres que les
troupes recevront en paffant par les pays
du cercle.
Depuis quelque tems on a formé dans
le Palatinat un plan pour établir un Evêché.
particulier dans le Palatinat & les Duchés
de Juliers & de Berg ; on affure que le Pape
eft porté à l'approuver.
bach ·
Les difpures inteftines des Chartreux , de Mauerchen
Day Baffe Autriche , dans le quartier du bas
Wiener-Wald,écrit- on de Vienne, ont donné occafion
d'examiner les titres de ces Religieux, & il en eft
efulté que leur fuppreffion a été décidée . On affure
( 7 )
que leurs biens feront appropriés à un Hopital
d'Enfans , Trouvés , & que de leur
des cafernes pour les troupes. Quant à eux , on les
ir mai on on fera
fera paffer dans une Maifon clauftrale , qu'on
fuppofe généralement devoir être celle de Gamen «
Les différens qui fe font élevés dans la
République de Genève ne font pas encore
conciliés. La lettre fuivante écrite de Suiffe
donnera une idée de l'état cù en font les
affaires de cette République.
Les louables Cantons de Zurich & de Berne
n'ayant pas jugé devoir acquiefcer à quelques points
préliminaires que les Négatifs de Genève avoient
demandé , & que le Miniftre de France defiroit qui
fuffent réglés avant toute tentative pour la pacification
de cette ville , l'affaire a été agitée deux fois
au Confeil du Roi ; & après une mûre délibération
fur la nature & les caufes des diffentions de Genève ,
S. M. a féconnu loin à la tran de contribuer
que
quillité de cette petite République qu'elle a toujours
honorée de fa bienveillance , la garantie qu'elle lui
avoit accordée en 1738 , conjointement avec les
louables Cantons de Zurich & de Berne , n'avoit
feryi qu'à alimenter l'efprit de difcorde & les paffions.
qui agitent quelques- uns de fes concitoyens ; &
confiderant d'ailleurs combien les différens d'une
petite peuplade font peu dignes d'occuper les Mi
niftres d'un grand Roi , & combien il leur eft facile
d'être induits en erreur fur des fujets auffi minutieux
, S. M. a fait écrire aux deux louables Cantons,
co- Garants avec elle des règlemens de 1738 , & à la
République de Genève , que le Roi fe tient pour
dégagé des fiens formés avec lefdits louables Cantons
en 1738 , pour la garantie du Gouvernement de
Genève , & qu'elle leur laiffe le foin de travailler à ſa
pacification .
La lettre de M. le Comte de Vergennes
a 4
( 8 )
r
au magnifique Confeil de Genève eft du
28 Septembre dernier.
--
--
» MM. , la médiation de 1738 avoit non feulement
rétabli la paix dans votre République , mais vous
avoit encore procuré vingt-cinq ans de la plus grande
prospérité. Celle de 1767 produifit un effet contraire
; elle devint la fource des divifions qui vous
tourmentent aujourd'hui , parce qu'après avoir prononcé
fur vos différends , les deux Cantons de
Zurich & de Berne , co-Garants avec le Roi de votre
Gouvernement , ne voulurent pas mettre le fceau au
jugement de garantie. L'amitié du feu Roi pour
les Cantons , l'efpérance de vous voir corriger infenfiblement
les vices d'un accord précipité , déter
minèrent ce Monarque à fermer les yeux fur ce qui
s'étoit fait d'irrégulier & de contraire à la garantie
& à fes vues falutaires pour votre bonheur. De
nouvelles divifions étant réfultées principalement des
loix que vous vous étiez donnés dans un moment de
trouble ; le Roi , héritier de la bienveillance de fes
auguftes ancêtres pour votre République , faifoit
depuis deux ans de vains efforts pour vous engager
à en prévenir les fuites , lorfqu'enfin les circonftances
ont obligé S. M. & les deux Cantons à réunir leurs
Plénipotentiaires à Soleure pour travailler à pacifier
vos différends . S. M. avoit eu occafion de remar
quer dans tout le cours des négociations préalables ,
que les deux Cantons étoient très-peu difpofés à
adopter fes fentimens foit fur la néceffité de
s'occuper promptement de vous pacifier , foit fur
les moyens d'y procéder. Les conférences de
Soleure ont démontré à S. M. qu'elle s'étoit vainement
flattée de vaincre les obftacles qui naîtroient
de la part des deux Cantons au fuccès d'une nouvelle
médiation. Une lettre que j'ai reçue depuis peu
de leur part , en complette la preuve . En perlévérant
dans le deffein de fe tenir uni aux deux Cantons pour
pacifier votre République , le Roi , Meffieurs , s'expo
>
―
( 9 )
en
feroit à voir dégénérer un acte de juftice & de bon
voifinage , en un fujet de difcuffien , peut -être interminable
entre S. M. & fes co - Garants , & par
conféquent à prolonger vos malheurs par une fuite
imprévue des mesures que fon augufté ayeul avoit
adoptées pour vous en garantir. S. M. a pris
confeil de fa prudence , de fon amitié pour d'anciens
alliés , de fa bonne volonté pour vous , & , après
une mûre délibération , elle vient de faire déclarer
aux deux Cantons de Zurich & de Berne , qu'elle fe
tient pour dégagée des liens formés avec eux en
1738 , pour la garantie du Gouvernement de Genève ,
& que jamais elle ne réclamera leur concours à
l'exécution de cet acte. Pár une fuite des fentimens
de S. M. pour votre République , elle laiffe
aux deux Cantons le foin de vous pacifier , leur
obfervant néanmoins de ne pas donner les mains
une réfolution qui dénatureroit votre Gouvernement
au point d'en faire une Démocrație tumultueule . Je
n'ai pas befoin de vous dire , Meffieurs , combien
S. M. feroit intéreffée à l'empêcher. Le Roi , en
renonçant à un engagement devenu inutile & même
dangereux , vu le changement qui s'eft fait depuis
1738 en Suiffe , dans la manière d'envifager vos
intérêts , eft bien éloigné de fe regarder comme
difpenfé de veiller à votre indépendance & à votre
bonheur. Dans l'état de fermentation où vous
êtes , il eft malheureufement néceffaire de prévoir
qu'il pourroit furvenir parmi vous tels actes de
violence que le Roi , comme protecteur de votre
République , comme intéreffé à la tranquillité , feroit
obligé de réprimer, S. M. a pris des mesures en
conféquence : elle m'ordonne de vous déclarer
Meffieurs , qu'elle prend tous les Ordres de votre
Etat fous fa protection , & que fi qui que ce foit
attentoit à la vie ou à laliberté d'aucun des individus
de la République , fans que le Gouvernement eût &
employât la force néceffaire pour l'en punir , S. M.
as
--
--
-
•
( 10 )
2.
fe charge de ce foin , ainfi que de rétablir fur- le
champ le bon ordre parmi vous , par tous les moyens
que fa puiffance lui met en main. - Quiconque
voudroit faire regarder cet acte de protection , deveng
néceffaire pour prévenir votre perte , comme une
entreprife contre votre liberté , ne pourroit le faire
qu'à mauvaise intention . S. M. veut qu'il n'y ait dans
Genève , ni oppreffeurs ni opprimés ; & elle prête à
la République la force qu'un parti pourroit lui ravir.
Après vous avoir raffurés , MM. , contre toute
tentative qui pourroit vous plonger dans les horreurs
de la guerre civile , S. M. augure affez bien de vos
concitoyens , pour croire que ces précautions feront
fuperflues , & que les partis qui vous divifent , écou
teront les paroles de paix qui leur feront portées par
les deux Cantons. Une chofe qui intérelle fur
tout le Roi , & à laquelle vous ne pouvez ,
MM. ,
avoir trop d'attention , c'eſt que vous devez faire
enforte que ce foient toujours les perfonnes les plus
fages , les plus intègres & les plus intéreffées à l'indépendance
de votre ville qui influent dans fon gow
vernement. Je ſuis très - parfaitement , &c.
IT ALI E.namo al web >
DUUL
De LIVOURNE , le 30 Septembre.
2
S
Le Grand-Duc toujours occupé de la
profpérité du commerce , vient d'abroger
les loix qui défendent l'entrée , la fortie &
le tranfit de certaines marchandifes dans le
Duché. S. A. R. ayant remarqué que l'induftrie
& l'application des fujets recevoient
trop d'entraves , de la mutiplicité des inpôts
, & des anciennes diftinctions des Seigneuries
& Territoires , elle a fupprimé toutes
les diftinctions de territoires en les réu(
11 )
niffant en un feul , & les affujettiffant à un
impôt unique.
200
» La Maiſon Religieufe des Céleftins , écrit-on
de Florence , compofée de fept individus , nombre
infuffifant pour remplir les devoirs de leur inftitution
, & d'ailleurs tous étrangers , a été fupprimée
le 15 de ce mois. Ces Religieux deffervoient une
Cure qui a été confiée à des Prêtres féculiers. Le
Grand- Duc a affuré une penfion de écus à l'Abbé
une de 110 au Curé , & une de 100 à chacun des
autres Membres de la maiſon , avec permiffion de
pouvoir en jouir où bon leur femblera. Ce Prince
leur a fait diftribuer de plus 25 écus à chacun
pour leur voyage , ainfi que pour les meubles qu'ils
avoient dans leurs chambres refpectives , Les biens
de cette Maifon fupprimée , rapportant annuellement
7 à 800 écus de revenu , pafferont , dit on , à l'administration
de l'Hopital - Général de la Ville.
Bepuis quelques jours , nos Magifttats de Police
One reprimandé , grièvement en pqblic les femmes
dont Wajaltements ne paroifoit , pas répondre aux
vues du Ministère pour la réforme dans les habits,
Ils ont même enlevé à quelques- unes des fleurs
& d'autres ornemens de tête. Cette févérité n'étant
pas fondée fur une loi expreffe , a déplu fur- tout
aux Marchands , qui profitoient du goût des Femmes
pour les modes étrangères & nouvelles «<,
On dit que la République de Veniſe défirant
envoyer un Miniftre à la Cour de
Ruffie , a chargé celui qu'elle entretient à
la Cour de Vienne , d'en parler à l'Ambaffadeur
de Ruffie & de l'engager à appuyer
auprès de S. M. I. le defir qu'elle a
formé.
On mande de Rome que la Secrétairerie
d'Etat a ordonné l'armement de quelques
ཙྪཱ ཙ སཏི
(( 12 )
bâtimens armés qui doivent fortir de Civita-
Vecchia au commencement du mois prochain
pour couvrir les côtes pontificales ,
& les défendre contre les corfaires Algériens
& Tunifiens qui infeftent la Méditerranée.
1
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 22 Octobre..
惠
210
LA Gazette extraordinaire de la Cour da
I15S de ce mois , n'a pas rempli l'attente de
la nation ; elle apprend qu'il y a eu un combat
, mais elle apprend en même-tems , que
nous avons eu du défavantage , que les forces
de nos ennemis font fupérieures dans
l'Amérique feptentrionale ; que l'objet de
l'Amiral Graves de débarquer des renforts
au Lord Cornwallis & d'empêcher tes
François de débarquer ceux qu'ils condui
foient aux Américains n'a pu être exécuté.
Un de nos papiers a préfenté fur cette fa
meufe relation les réflexions fuivantes
qui paroiffent être d'un homme qui n'eft
pas du parti de la Cour , mais qui voit
bien.
·
» Je me déterminai , dit l'Amiral Graves , à porter
au Sud , dans l'eſpoir d'intercepter l'une des flottes
Françoiles & peut-être toutes les deux . Que le
Contre Amiral ait eu l'efpoir d'intercepter l'efcadre
de M. de Barras , parti de Rhode- Ifland le 25
Août , avec huit vaiffeaux de ligne , c'étoit bien
fait à lui , d'efpérer ; mais qu'il ait eu celu
d'intercepter la flotte de M. de Graffe , lorfqu'il
I
( 13 )
-
n'a paru devant la baie de Cheſapeak , qu'avec
vaiffeaux de ligne , les feules forces qu'il a pu raf
fembler , cela paroît un peu fort. Cette étrange
efpérance n'eft affurément point dans les dépêches ;
c'eft le Ministère feul qui a parlé . Les Fran
çois ajoute-t-il , avoient en croifière devant le
Cap ( Henri ) une frégate qui les rejoignit à notre
approche ; immédiatement après , leur flotte parut
fous voile, &c. - Cela montre la fupériorité avec
laquelle M. de Graſſe a manoeuvré . Mouillé par le
travers de la baie de Chéfapeak , il s'eft trouvé
fous voile au moment où il a été inftruit de l'artivée
des ennemis & les a combattus . La
flotte de S. M. , dit notre Amiral , confiftuit en
19 vaiffeaux de ligne ; la ligne Françoiſe étoit
formée de 24 voiles . Qu'eft. ce que l'Amiral
entend par voiles Cette expreflion voiles fignific
vaiffeaux de ligne , frégates , corvettes cutters
&c. & pourquoi ne pas dire 24 vaiffeaux de ligne.
Lorfque la Fortunée revint de l'avant- garde , j'ap
pris que les vaiffeaux avoient tant fouffert , &c .
C'eſt un terrible aven que celui-ci . Le
Contre Amiral Drake , qui montoit la Princeffe ,
ajoute M. de Graves , fit paffer fon pavillon à bord
de l'Alcide ; le Shrew bury prit des ris , fes deux
mâts de hune , changea les vergues de fes huniers,
& effuya d'ailleurs beaucoup d'avaries , &c . & c .
-
Nous
L'Amiral avoue dans cette partie de fa dépêche
fix vaiffeaux , la Princeffe , le Shrewbury , l'Intrépide
, le Montagu , le Terrible & l'Ajax qui font
très maltraités ; & cela en fait 6 fur 19 .
palsâmes la journée entière du 6 , continue-t- il , en
vue les uns des autres . Le 8 , le vent fraîchit ; le Ter
rible fit fignal de détreffe. Je fis diftribuer fur les
vaiffeaux de la flotte fa provifion d'eau & de vivres ;
ce quiprit toute la journée du 11 , enfuite on mit le
feu au corps du vaiffeau ; & fur les 9 heures du foir
je remontai vers la Chéfapéak , & c . Que s'eſt-il
pallé le 7 & depuis le 8 jufqu'au 11 , qua fait l'A(
14 )
miral. Ce jour- là fur le foir , il a remonté vers la
Chéfapéak , & pourquoi faire ? Informé que la flotte.
Françoife entière mouilloit en dedans du Cap de ma
nière à en bloquer le paflage. Je me déterminai alors.
( ce font les expreffions ) à me rendre à New -Yorck
avec la flotte avant l'équinoxe.- Entendra qui pourra
cette Relation ; elle n'eft pas plus claire que celles
données jufqu'à préfent par nos Amiraux ou plutôt
par la Cours il ne faut excepter que celle de Par
ker dans laquelle il a rendu compte de fon combat
contre l'Amiral Zoutman. Il réfulte de celle- ci
que nous avons été battus ; que M. de Graffe (a
débarqué les troupes au nombre de 3 ou 4000 hom.
mes qu'il avoit avec lui ; ces troupes ont dû le réunir
au corps du Marquis de la Fayette , & le Lord Cornwallis
hors d'état de réfifter à la fupériorité des ennemis
par mer & par terre , a , dit- on , abandonné
fon polte avantageux de Portsmouth pour le retirer
à Worceſter. On ne peut qu'être inquiet de fa
fituation ; il n'a nul efpoir de fecours , toute communication
eft interrompue entre New Yorck & les
Provinces Méridionales D
On peut demander après cela au Gazetier
de New-Yorck , qui dit qu'il n'y a plus un
feul rebelle dans une partie du Sud , où eft
notre armée conquérante & où font les
nombreux partifans du Gouvernement Britannique
?
On a été fort étonné , écrit- on dans un papier
Américain , d'apprendre que les Anglois s'autorifoient
d'une interprétation arbitraire de quelques
articles de la capitulation de Penſacola , pour croire
que leurs troupes prifes dans cette place pouvoient
fervir contre l'Amérique - Septentrionale , parce
qu'elle n'avoit aucun traité d'alliance avec l'Elpagne;
mais quelques perfonnes penfent que la claufe
de la capitulation qui porte , que la garnifon de
Penſacola ne fervira ni contre l'Espagne ni contre
( 15 )
*
fes alliés , ne pourroit être interprétée , ainfi qu'on
le fait aujourd'hui , que dans le cas où les places
que poffede encore l'Angleterre en Amérique ne
feroient attaquécs que par des Américains feulement.
Une armée & une efcadre Françoiſes nous
offrant des alliés de l'Espagne à combattre , com
ment éviter le fens précis de la claufe dont on vient
de parler Le Congrès ayant été inftruit du projet
qu'avoit la garnifon de Penfacola de venir groffit
le nombre de fes ennemis , avoit donné les ordres
de fe faifir de tous les bâtimens Parlementaires
Espagnols , malgré le pavillon de Trève , dont leur
deffein détruifoit entièrement l'effet ; en conféquence
, plufieurs avoient été pris à la hauteur de la
Delaware , par les deux Armateurs le Holker & le
Fier-Américain , qui les conduifoient à Philadel
phie , lorfqu'ils ont été repris par les bâtimens
le Général- Arnold & la Surprife , & envoyés à
New-York , où ils fe font rejoints au refte de la
fotte , chargée de la garnifon qui a capitulé , &
qui étoit compofée de 15 voiles. Les 13 & 14
Juillet , le Général Campbell , qui commandoit à
Penfacola , accompagné de plufieurs autres Offi
ciers , eft arrivé lui-même ; quoiqu'on eût dit qu'il
devoit être conduit à la Havane , attendu que depuis
la capitulation il avoit enfreint quelques-unes des
conditions auxquelles il s'étoit foumis cc ,
+
249
La plupart des lettres particulières arrivées
par la Médée , ont apporté la confirmation
de la prife du Héro , paquebot à
bord duquel s'étoit embarqué le Lord Rawdon
pour revenir en Angleterre. Il a été
pris par l'efcadre Françoife commandée par
M. de Barras. Selon les mêmes lettres le
bâtiment de tranfport le Jofeph , & 6 autres
navires allant de St-Chriftophe à New-
Yorck chargés de rum , & c. pour l'ufage
( 16 )
de la garnifon , ont été interceptés auffi par
le Comte de Graffe & conduits dans la
Chéfapéack ,
aux Franço ou ces provifions ferviront
& aux La frégate
qui eſcortoit ce petit convoi a eu le bonheur
de s'échapper..
On recommence à parler du retour de
P'Amiral Rodney aux Indes Occidentales ;
il fe trouve du moins dans une pofition
qui doit lui faire defirer de reprendre fon
commandement ; fi 300,000 liv . fterl. qu'on
dit qu'il a gagnés pendant fa campagne ,
peuvent lui faire defirer le repos , la manière
dont il a acquis cette fortune l'expofe
à de grands procès ; d'un autre côté
le Général Waugham & l'ancien Gouverneur
de Tabago fe plaignent amèrement
de lui ; fon éloignement le mettroit
l'abri de toutes les tracafferies qui le menacent
; & s'il lui arrivoit quelque évènement
heureux dans une nouvelle campagne
, il pourroit faire tomber tous les embarras
qu'on lui prépare.
12
Il eft arrivé dans nos ports 18 vaiffeaux
de la Compagnie des Indes , qu'on évalue
l'un dans l'autre à 150,000 liv . ft . Les actions
de la Compagnie ont augmenté de 3 p. 100
depuis l'arrivée de cette flotte . On attend
encore 13 vaiffeaux pour le commencement
de Janvier.s
Quoi qu'il en foit de ce qu'a fait le
Commodore Jonhstone , fon expédition eft
manquée, s'il revient en Europe , & fi on
l'attend , comme on le dit , inceffamment
717 )
dans nos ports , les forces Françoifes aug
mentées par celles de M. de Suffren , vont
être fupérieures dans l'Inde , &, quoiqu'on
dife de l'état de nos établiffemens , ils font
vigoureufement menacés. Plus on ana
lyfe les dernières relations de l'Inde , plus
' on les trouve très - incertaines & très-inquiétantes
pour l'avenir. La fuivante peut
jetter quelque jour fur les opérations
d'Hyder- Aly .
"
peur ,
» Lorfque Sir Eyre Coote eut pris Carongalee , il
marcha vers Arcot avec fon armée , divifée en trois
colonnes , dans la ferme intention de tenter un affaut
fur le camp des ennemis , ou de les attirer à un engagement
: mais Hyder- Aly eut malheureufement , par
fes Hircas , avis de ces deffeins , & fit dire à fon fils
qui étoit à Pondichéry , de venir le joindre avec
40,000 hommes. Cela obligea le Général de changer
fon deffein & de fe retirer à Madras. Hyder-Aly
regardant cette retraite comme un effet de la
envoya fon fils pour le harceler : mais le Général
ayant fait une marche forcée pendant la nuit , furprit
le fils d'Aly dans fon camp , & le força à fe retirer
avec une perte confidérable. Le Général tirant alors
avantage de ce fuccès fignalé , dirigea immédiatement
fa marche vers Arcot ; mais Hyder- Aly avoit déja
envoyé fon gros canon & fon infanterie à Bangalore ,
le plus fort de fes établiffemens dans le pays de
Myfore ; le même jour , il renvoya fon fils après Sir
Eyre Coote , laiffant une partie de l'infanterie dans le
fort d'Arcot , & prenant fa route vers le fud. Sir
Eyre le fuivit alors de près ; il rencontra même ſon
arrière-garde avec le bagage à Tiagar ; & s'il avoit
eu de la cavalerie , il auroit pu couper cette arrièregarde
, ou forcer Hyder-Aly à rilquer une action
générale , qu'il évite conftamment avec le gros de
fon armée. De Tiagar , Hyder prit fa route vers
( 18 )
Wadiarpolam & Arrialore , pour traverfer la rivière
de Coleroone & détruire la ville &c. , dans le voifinage
de Trichionopolies mais il changea fon plan &
marcha vers le pays de Tanjour , fans oublier ,
fuivant fa coutume , de brûler les villages & de tout
détruire fur fon paffage. Sir Eyre ne refta pas oifif : il
prit les forts de Mulavaigle , de Colar , de Kiftna
gerie , & s'étant affuré de divers paffages importans
il marcha à la rencontre de l'ennemi" ; mais Hyder
avoit fait une retraite précipitée , & laiffe le Général
maîne de tout le Carnatic. Hyder Aly , avant
d'arriver dans le Tanjour , avoit invité le Roi de ce
pays à le joindre pour venger les maux qu'il avoit
efluyés des Anglois ; mais il ne voulut pas y cons
fenrir ; Aly voulut alors le contraindre par des mele
même fuccès ; il fit même dire
naces , queais avec
-
fi l'armée , en paffant par le Tanjour , venoit à
y faire du dégât , il avoit cent mille hommes pour
Ja repouffet. Cela intimida fi fort Aly , qu'au village
de Pollour il fit pendre trois foldats , pour avoir
volé quelques légumes dans le jardin d'un pauvre
homme, Hyder-Aly fut auffi grandement trompé
dans les fecours qu'il attendoit du puiffant Prince de
Nezamvan -Aly- Cawn ; il employa tous les artifices
Foffibles pour l'attirer de nouveau en duette ve
guerre avec
la Compagnie ; mais il ne put y réuffit , ' ce Prince ne
pouvoir oublier combien il avoit payé cher la folic
d'avoir autrefois combattu la Compagnie. Les Offi
ciers François qui font dans l'armée de Hyder-Aly ,
n'ont jamais fervi leur Patrie en cette qualité ; ce
font des déferteurs renégats , fans honneur & fans
talens : : pour preuve de cela , nous dirons feulement
qu'à la bataille de Vaniombody , un corps entier de
cavalerie Françoife , Officiers & foldats , au fervice
d'Aly pour cent pagodes par homme , volèrent fous
les drapeaux de la Compagnie au premier fignal :
cette défection n'empêche pas Aly d'aimer le François
; il en fait fon Saumey ou fon Dieu ; car Hydet
n'eft pas Mufulman , mais de l'ancienne Religion des
( 19 )
-
Gentoux. La mort du Colonel Parker qui fut tué
dans la dernière action , fut une grande perte pout
le fervice ; il s'étoit diftingué par un courage intrépide
, joint au jugement le plus fain . Il fut blefé
dangereufement a l'affaut de la ville d'Amadabar &
quoiqu'il ne fût pas encore guéri , il voulut le trouver
à la bataille , ou il a péri . Son mérite en qualité de
guerrier ne furpaffoit pas fes vertus , fa probité , fon
defintérellement . On l'a vu refufer de faire une for
tune brillante , lorfqu'il triompha dans le pays de
Romilla .
Le parlement qui devoit s'affembler le
18 de ce mois , a été prorogé au 27 du
prochain. Un des principaux objets que
l'Adminiftration lui propofera , fera un
changement à faire dans la
ta erres , des
pour en rendre la levée plus égale par
tout le Royaume , & en même-tems plus
avantageufe au tréfor.
On apprend par un vaiffeau Danois ,
que M. Whitehill , le dernier Gouverneur
de Madras , s'étoit en Anglerre à boarqué pour revenir
de
la Compagnie, que M. Cotsford s'étoit aufli
embarqué.
Taxes perpétuelles levées depuis le commencement
Maxspede la guerre avec l'Amérique.
En 1776. Timbre fur les actes
Sur les papiers -nouvelles , 200
Sur les cartes à jouer ,es ob svo16
Droit additionnel fur les carroffes
En 1777. Taxes fur les domeſtiques , 1120
Timbre ,
30,000
2. 18,000
P00 6,000)
ex19,000
Droit additionnel fur le verre, five mos
Sur les ventes par encanyad aoi að no
73,000
105,000
55,000
45,000
37,000
242,000
( 20 )
En 1778. Taxe fur les loyer des maifons , 264,000
Droit additionnel fur les vins ,
72,000
336,000
En 1779. Taxe fur taxe , c'eſt à- dire , furles
droits de Donane & d'Accife ,
charge additionnelle des pour cent fur
Taxe fur les chevaux de poſte ,
314,000
164,000
478,000
En 1780. Taxe additionnelle fur la dreche , 310,000
Droit additionnel fur les petits vins Anglois
, 20,617
-Sur les efprits de liqueurs Anglois , 34,557
Sur le brandevin ,
31,316
Sur le rum ( taffia ) ,
70,958
Second droit additionnel fur les vins , 72,000
Droit additionnel fur l'exportation du
charbon , 12,899
5 p. c . d'addition fur les taxes ci- deſſus ,
Droit additionnel fur le fel ,
46,193
69,000
21,000
Additionnels fur le timbre ,
Pour obtenir la licence de vendre du thé , 9081
701,616
En 1781.5 p. c. fur la drêche, excepté le
malt , le favon , la chandelle & les peaux , 150,000
Efcompte des Douanes , 167,000
Taxe d'un fol 3 fartings par livre detabac , 61,000
d'un demi-fol par livre de fucre , -
Etablis depuis.
Droit fur le papier ,
Sur les almanachs ,
Totaux des fix années.
326,000
100,000
10,000
814,000
2,644,616
La dette nationale étoit le 5 Juillet 1781 ,
177,206,000 liv. ft. ―
de
L'intérêt levé annuellement
fur le public , eft de 6,812,000 l . ft. - Tels font les
fonds faits & les taxes levées afin de payer ' aux
créanciers publics l'intérêt de la dette nationale. La
( 21 )
dette dont les fonds ne font pas faits , peut être
comptée comme ci-après ..
Dette de la marine au 1er Janvier 1782 ,
environ
Extraordinaires des guerres
Vote de crédit de la feffion dernière
Dette de l'artillerie
9,000,000
3,000,000
1,000,000
1,000,000
Somme à voter pour les extraordinaires
de la marine
1,000,000
Billets de l'Echiquier en circulation ,
environ 4,000,000
2,000,000 Emprunté de la Banque d'Angleterre
21,000,000
En fuppofant que lorsqu'on aura fait des fonds
pour cette fomme , l'emprunt ou le marché convenu
avec le public , foit comme il l'a été pendant les deux
ou trois dernières années , négocié à 5 & demi p. c. ,
l'intérêt annuel à payer fur ces 21 millions , fera de
I , Iss,000
Récapitulation .
S
Principal dont les fonds étoient faits le
, ci $ Juillet 1781 ,
Principal dont les fonds n'étoient pas
faits le 1er Janvier 1782.
Total de la dette nationale à cette
dernière époque
L'intérêt payé, pour lequel on a pourvu
177,206,000
-21,000,000
198,206,000
par des taxes , étoit les Juillet 1781 de 6,889,000
L'intérêt à payer à raison des dettes pour
lefquelles les fonds ne font point
faits , fera au premier Janvier de
Et les deux enſemble de
1,155,000
8,044,000
Ainfi le 1er Janvier 1782 , la partie de la dette
rationale pour laquelle il n'y a point de fonds fairs ,
montera à 198,206,000 , & l'intérêt à 8,044,000 ,
ce qui , à peu de chofe près , eſt le double de ce que
le public payoit en taxes , avant la guerresactuelle
,
l'intérêt annuel étant au 1er Janvier 1776 d'environ
€ 4,300,000 livres ſterling.s
( 22 )
moo at FRANCE,abi und k
De VERSAILLES , le 16 Octobre
D
LES détails de ce qui s'eſt paſlé à l'oc
cafion des couches de la Reine , ne peuvent
qu'intéreffer la Nation , dont elles ont rempli
les voeux & l'attente . On a obfervé tout le cérémonial
qui a lieu à la naiffance d'un Dau
phin ; & cet évènement heureux ne s'étoit
pas renouvellé en France depuis 1729.
1
» Le 22 de ce mois , la Reine ayant fenti quel
ques douleurs , qui annonçoient fes couches prochaines
, la Princeffe de Lamballe , Surintendante
defa Maifon , fe rendit auprès de S. M. ,
qui avoit ordonné qu'on allât l'avertir. Dès que
cette Princeffe fut arrivée , elle donna ordre d'avertir
Monfieur, Madame , Monfeigneur le Comte d'Artois ,
Mefdames Adelaide, Victoire & Sophie de France ,
qui fe rendirent auffi -tôt chez la Reine . Le Roi ne
fut point averti , parce qu'il étoit déjà auprès de
S. M. Madame Comteffe d'Artois ne le fut point
parce qu'elle étoit iindifpofée. Les autres Princes
& Princeffes di Sang le furent fur le champ Le
Garde des Sceaux de France , & tous les Miniftres
& Secrétaires d'Etat ayant été également avertis ,
fe rendirent auffi dans le grand cabinet de la Reine ,
dont l'appartement fut à l'inftant rempli des Seigneurs
& Dames de la Cour. S. M. qui avoit eu
un travail d'environ deux heures , accoucha trèsheureuſement
à une heure vingt- trois minutes après
midi , d'un Prince dont la force & la fanté donnent
les plus grandes efpérances pour la confervation
de fes jours. Le Roi qui n'avoit pas quitté la
Reine pendant les douleurs , & qui n'avoit ceffé de
lui donner des preuves de la tendreffe , parut , dans
le moment de la naiffance de Monfeigneur le
Dauphin, touché de la joie la plus pure & la plus
23
W
of
attendriffante ; elle étoit peinte fur le vifage de S
M. , qui fut témoin de celle de toute la Cour , &
des voeux qu'elle faifoit pour fon bonheur & pour
celuii
de la Reine. Lorfque l'on eut donné , en
préfence du Roi , les premiers foins à Monfeigneur
le Dauphin , le Roi rentra chez la Reine , & lui
annonça qu'elle étoit accouchée d'un
Prince
. S. M.
ayant auffi-tôr demandé à le voir , il lui fut apporté,
par la Princeffe de Guémenée , Gouvernante des
Enfans de France , accompagnée des trois Sous-
Gouvernantes. En fortant de chez la Reine , cette
Princeffe porta dans fon appartement Monfeigneur
le Dauphin , que le Prince de Tingry , Capitaine
des Gardes- du Corps du Roi en quartier , conduifit
conformément aux ordres que le Roi lui avoit
donnés de quitter fon fervice près fa Perſonne
pour accompagner Monfeigneur le Dauphin jufque
dans fon appartement , où le trouvèrent , pour
fervir près de lui , un Lieutenant & un Sous- Lieutenant
des Gardes - du- Corps du Roi. Une falle des
Gardes-du -Corps y étoit établie , ainfi que, toutes
les perfonnes que le Roi avoit précédemment
nommées pour le fervir. Ce jour , vers les trois ,
heures de l'après - midi , Monfeigneur le Dauphin
fur baptifé par le Prince Louis de Rohan , Cardmal
de Guémenée Grand- Aumônier de France , en
préfence du fieur Broquevielle , Curé de la Paroiffe
Notre -Dame , & tenu fur les fonds de baptême ,
par Monfieur , au nom de l'Empereur , & par
Malame Elifabeth de France , au nom de Madame
la Princefie de Piémont ; le Roi étant préfent , ainfi
que ceux des Princes & Princeffes du Sang , qui
avoient eu le tems de fe rendre aflez - tôt à la Cour
Munfeigneur le Dauphin a éré nommé Louis-
Jofeph-Xavier-François . Après le baptême , Monfeigneur
le Dauphin ayant été reconduit dans fon
appartement, le Comte de Vergennes , Miniftre
& Secretaire d'Etat au département des Affaires
Etrangères , Grand- Tréforier des Ordres du Roi ,
( 22 )
-
lui porta le Cordon & la Croix de l'Ordre du
Saint- Elprit , & le Marquis de Ségur , Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département de la Guerre ,
la Croix de Saint Louis , conformément aux ordres
que ces deux Miniftres avoient reçus du Roi . —
S. M. , ainfi que toute la Cour , affifta , après le
baptême , au Te Deum , qui fut chanté à cette
occafion dans la Chapelle du Château , par la
Mufique du Roi . Auffi- tôt que la Reine fut
accouchée , le Comte de Croifmart , Lieutenant des
Gardes-du-Corps du Roi , de la Compagnie de
Beauvau , de fervice auprès de la Reine , alla à
Paris , par ordre du Roi , annoncer cette heureuſe
nouvelle au Corps- de-Ville , qui s'étoit déjà affem.
blé , d'après les ordres que S. M. lui en avoit
envoyés peu de tems auparavant. Le Comte de
Vergennes , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
département des Affaires Etrangères , étant rentré
chez lui , dépêcha des Couriers extraordinaires
aux Ambaffadeurs & aux Miniftres du Roi dans
les Cours Etrangères , pour leur faire part de
cette heureufe nouvelle ; & tous ces Couriers
partirent à quatre heures & demie de l'après midi .
Le Miniftre de la Marine ainfi que les autres Miniftres
, firent également part de cette nouvelle
dans leurs différens départemens . Le Roi paffa plufieurs
fois dans la journée chez la Reine , & alla
voir Monfeigneur le Dauphin. Sur les huit
heures & demie du foir du même jour , on tira
dans la place d'Armes un très -beau feu d'artifice ,
que le Roi vit du balcon de fon appartement ,
ainfi que toute la Cour . Ce feu fut fuivi d'une
illumination générale dans la Ville. Les Princes du
Sang & tous les Seigneurs de la Cour , eurent
l'honneur de faire leurs révérences au Roi , à l'oc
cafion de l'accouchement de la Reine & de la naiffance
de Monfeigneur le Dauphin. Le lendemain
matin les Princeffes du Sang , curent auffi l'honneur
de faire leurs révérences S. M. à cette occafion ,
&
( 25 )
-
& les Dames de la Cour l'après-midi . "Le Corps
des Ambaffadeurs & Miniftres Errangers , compli
menta le Roi fur le même fujet. Le Premier Préfident
du Parlement de Paris , & tous les Chefs
des différentes Cours , eurent auffi l'honneur de
complimenter S. M. à cette occafion. Pendant
les trois jours qui ont fuivi la naiſſance de Monfeigneur
le Dauphin , les boutiques ont été fermées
à Versailles , & la Ville a été illuminée. Le Peuple
qui n'a ceffé de remplir les cours du Château , a
témoigné , par les cris réitérés de vive le Roi ,
la Reine & Monfeigneur le Dauphin , la jeie
inexprimable qu'il reffent de l'heureux accouchement
de la Reine & de la naiffance de Monfeigneur
le Dauphin ".
La Comteffe de Geftas a eu l'honneur
d'être préfentée le 21 de ce mois au Roi &
à la Famille Royale par la Marquife de Lordas.
De PARIS , le 30 Octobre.
Le rapport vague des matelots Anglois
mis fur la Princelle Neire , lorfque la Médée
eut pris ce corfaire , que l'équipage François
a trouvé le moyen de reprendre & de ramener
à Morlaix , s'eft confirmée. La Médée
portoit à Londres les dépêches de l'Amiral
Graves , & fa relation du combat qu'il a
foutenu contre M. de Graffe à l'entrée de
la Chéfapeak. Malgré l'attention du Miniftère
Anglois , qui a fans doute fort tronqué
cette dépêche , il n'en réfulte pas moins que
l'efcadre Angloife a beaucoup fouffert , &
que l'Amiral a brûlé un vaifleau de 74 canons
, dans le défeſpoir de le fauver & de
l'empêcher de tomber entre nos mains. On
3 Novembre 1781 . b
( 26 )
14
attend avec la plus vive impatience la rela
tion de M. de Graffe. On fe flatte que fon
combat aura eu les fuites les plus avantageufes
& les plus décifives . Si , comme le
dit l'Amiral Graves , M. de Graffe n'a combattu
qu'avec 24 vaiffeaux , on fait qu'il en
avoit 28 , & 4 par conféquent ont pu être
pendant le combat dans la Chéfapeak à la
recherche des navires Anglois qui s'y trou
voient . On ne peut pas affurer que le Lord
Cornwallis ne fe foit pas embarqué avant
l'arrivée de notre flotte ; cependant le projet
de l'Amiral Graves & l'attention qu'a eue
M. de Graffe de lui fermer l'entrée de la
Baie , donnent lieu de croire que le Lord
Cornwallis étoit encore à Portſmouth. Les
premières nouvelles de l'efcadre nous tireront
de toute incertitude à cet égard ,
Quant au Commodore Johnſtone qu'on
difoit à Buenos -Ayres , & qui s'eft trouvé
auprès du Cap de Bonne - Efpérance , il eft
fort douteux que fa fameufe capture enrichiffe
fon efcadre. On a fu il y a trois mois ,
& toutes les Gazettes l'ont publié , qu'il étoit
arrivé au Caps vaiffeaux de la Compagnie
Hollandoife , dont les cargaiſons avoient été
miſes à terre ; fi cela eft , la perte des Hollandois
, en cette occafion , eft très- peu de
chofe, Cette fuppofition s'établit encore par
le filence du Commodore Johnſtone , qui
ne dit rien de la cargaifon de ces bâtimens.
Vain & exagérateur comme il eft , il n'auroit
pas manqué de nous en donner le détail &
( 27 )
même de l'enfler , témoin tout ce qu'il nous
a raconté de M. de Suffren & du vaiffeau
l'Annibal; témoin les 40,000 liv. fterl. en
lingots d'or , trouvés fur le vaiffeau qui alloit
à Ceylan , tandis que l'on fait que c'eft principalement
de l'argent qu'on porte aux Indes
& à la Chine , où l'or eft à un taux
bien plus modéré qu'en Europe . Enfin
quand même ces bâtimens auroient eu tous
leurs chargemens , cette prife ne fera guère
profitable au Gouvernement Anglois , elle
n'enrichira que Johnstone & quelques - uns
defes Officiers . Mais fon expédition aéchoué ;
le grand objet de fon armement eft totalement
manqué. Il eft clair aujourd'hui que
la Cour de Londres n'avoit mis en mer tant
de forces , & n'avoit fait une dépenfe auffi
confidérable , que pour s'emparer du Cap
de Bonne Efpérance ; & fans la rencontre de
M. de Suffren , peut - être Johnstone l'auroitil
enlevé. Les Hollandois doivent fentir le
fervice fignalé que nous leur avons rendu.
Les navires , écrit - on de Toulon , qui doivent
tranfporter dans l'Ile de Minorque les quatre régimens
cantonnés aux environs de cette Ville , font
arrivés , & on a commencé à embarquer les effets ,
les vivres & les munitions qui leur font néceflaires.
Leur départ ne peut être que prochain . On parle de
l'arrivée de quatre autres régimens qui doivent
avoir la même deftination. Ily a en rade un
convoi de Marféille pour le Levant. Il mettra à la
voile au premier bon vent , & fera eſcorté par les
frégates la Lutine & le Montréal. Les autres fré
gates & corvettes qui font en rade , escorteront le
conyoi deftiné pour Ile de Minorque. La fré
bz
( 28 )
gate l'lfis eft fur le point d'être lancée à la mer.
Les vaiffeaux de 74 le Suffifant & le Médiateur ,
feront finis avant la fin de l'année ; on y
avec beaucoup d'activité «.
travaille
On fait par d'autres lettres que les troupes
ont appareillé de Toulon le 21 à 5 heures du
S
matin par un bon vent , qui , s'il a continé , a
dû les porter à Mahon dans 3 jours .
On lit dans une lettre de Bayonne , en
date du 20 de ce mois , les détails fuivans.
Le convoi de la Havane attendu avec tant d'impatience
eft enfin arrivé à Cadix le 10 de ce mois
fous l'efcorte de quatre vaiffeaux de ligne ; voici
l'état de fon chargement connu :
8,672,114 piaftres fortes , 732 furons d'indigo ,
25 quintaux d'écaille , 47,574 cuirs , 856 balles
de coton , 706 balles de jalap , 262 balles de falfepa
reille , 5655 balles de tabac , 4479 furons de coche
nille , 3400 quintaux de cuivre , 1514 furons de
cacao 21,672 quintaux de bois de campêche ,.
82,033 caiffes de fucre , 26 balles de vanille , 76
balles de poivre.
,
Ce chargement connu eft eftimé environ cent
millions , & on eftime que ce qui n'eft pas connu ,
Feut monter au quart du connu , c'est - à - dire , à en
viron 25 millions.
Suivant les lettres de Cadix on y prépare un
armement pour l'Amérique , de quatre vaiffeaux de
ligne & de quelques frégates & d'un embarquement
de sooo hommes .
Ce ne fera guère que vers le commencement
du mois prochain que M. de Crillon
recevra tous les renforts qu'il attend , & que
le fiége du Fort St-Philippe commencera.
En attendant les nouvelles intéreffantes
que l'on attend , tant de l'ile de Minorque ,
que des autres parties du théâtre de la guerre,
((29 )
& fur-tout de l'Ainérique feptentrionale ,
la nation fe livre aux tranfports & à la joie
que lui infpire la naiffance du Dauphin . Ce
fut le 22 à une heure 25 minutes qu'arriva
cet évènement intéreffant ; à 2 heures 10
minutes , cette grande nouvelle fut annoncée
à Paris par le canon de la Ville . Le
foir du même jour les habitans firent éclater
leur joie par des illuminations ; le lendemain
& le jour fuivant elles furent ordonnées
dans toute la capitale ; il y eut
des réjouiffances dans tous les quartiers ;
on jetta de l'argent au peuple ; on fit des
diftributions de viandes & de pain. Vendredi
dernier le Roi eft venu à Notre-
Dame faire chanter un Te Deum en actions
de graces de l'heureux accouchement de
la Reine. Les réjouiffances ont été répétées
ce jour-là.
Ce grand évènement a fourni à plufieurs
citoyens vertueux & bienfaifans l'occafion
de manifefter leur joie d'une manière bien
intéreffante. L'un d'eux , qui ne s'eft point
fait connoître , auffi-tôt qu'il eut appris cette
nouvelle , écrivit aux Tréforiers de la Compagnie
de l'Affiftance des Prifonniers , pour
leur faire part de l'intention où il étoit de
délivrer à cette occafion un certain nombre
de prifonniers pour dettes de mois de nourrices
, dont il leur déféroit le choix ; le
lendemain 23 il leur envoya pour cet objet
une fomme de 15000 liv. Il n'a point voulu
que fon nom foit connu ; mais on a penfé
( 30 )
qu'on n'offenferoit pas fa modeftie en annonçant
au Public cette belle action qui caractérife
le vif attachement dont les François
font pénétrés pour la Famille Royale.
La fomme de 15000 liv. qu'il a donnée a
fervi à la délivrance de 106 hommes &
de 88 femmes. La Compagnie d'Affiftance
des Prifonniers fit célébrer le furlendemain
une Melle en actions de graces , à la fuite
de laquelle il y eut une nouvelle délivrance
de prifonniers pour pareilles dettes
de mois de nourrices. Il refte beaucoup
d'infortunés qui n'ont pu participer à ces
oeuvres de bienfaifance , non compris ceux
que la crainte de l'emprifonnement a rendus
fugitifs dans l'efpérance que la naiffance
d'un Dauphin les rendroit à leurs familles que
la mifère les avoit forcés d'abandonner.
Pami les circonftances qui ont fuivi la cou
che de la Reine , ily en a de très-intérellantes
que nous nous empreffons de rapporter. La
Reine avoit confenti , dit-on , à n'être inf
truite du fexe de fon enfant que quelques
jours après fon accouchement , de crainte que
la joie ou le mécontentement qu'elle éprou
veroit , ne lui causâffent quelque révolution
funefte. Cette loi n'a pas été obfervée ; on
ajoute que le jour de fes couches , après le
baptême , le Roi étant auprès de S.M. & parlant
avec elle de fon enfant , la Reine parut
fi réfignée à accepter fans murmure ce que
le Ciel lui avoit donné , & elle lui répéta
tant de fois que fi fes voeux avoient tou(
31 )
jours été pour un fils , le bien du Royau
me , le contentement particulièr de S. M.
pouvoient feuls les lui faire former , que
le Roi ſe décida à ne lui plus cacher qu'elle
avoit donné un Dauphin à la France . S. M.
le lui apprit de la manière la plus noble &
en même tems la plus délicate. Il fe leva
& dit qu'on apporte M. le Dauphin à la
Reine. A ces mots la Reine fe fouleva fur
fon lit , tendit les bras au Roi , & ces deux
auguftes époux , étroitement embraffés , répandirent
des larmes de tendreffe , bien délicieufes
fans doute , puifqu'ils ne s'apper-
Curent pas que Monfeigneur le Dauphin
étoit déja à côté d'eux.
Les réjouiffances qui ont eu lieu dans la
capitale auront lieu dans toutes les provinces
& par-tout où il y a des François .
En attendant que les détails nous en parviennent
, nous donnerons ici ceux de la
fête célébrée à Strasbourg à l'occafion du
fiècle révolu qui s'eft écoulé depuis que
cette ville eft fous la domination de la
France.
» La ville de Strasbourg , depuis fa réunion à la
France en 1681 , ayant joui d'une tranquillité conftante
, & de plufieurs avantages qu'elle n'avoit pas
connus dans les fiècles précédents , a cru devoir
donner un témoignage public de fes fentimens à
cet égard. Elle a defiré célébrer le 30 Septembre
de cette année , jour féculaire de la fignature de
fa capitulation . Les Magiftrats ont pri M. le Marquis
de Ségur , Miniftre d'Etat , ayant Strasbourg
dans fon département , d'en obtenir l'agrément de
b
4
( 32 )
S. M. qui a daigné approuver les premiers plans
de cette fête & accueillir avec bonté ce renouvellement
d hommage. Comme dès les premières
années de la foumiffion , les Magiftrats d'alors
avoient fait frapper une médaille portant l'infcription
adferta urbis tranquillitate : La tranquillité
de la Ville affurée à jamais. Les Magiftrats actuels
ont penfé qu'un des premiers monuments de la
reconnoiffance publique devoit être de conftater
l'accompliffement de cette efpèce de prophétie par
une nouvelle médaille . Ils ont fait publier à ce
fujet un Programme & propofer un prix pour
l'infcription de cette médaille ; elle porte d'un côté
l'effigie de Louis XVI , & de l'autre côté ces mots
argentoratum felix votis fecularibus 1781 .
Cette médaille deffinée & gravée par un bourgeois ,
eft frappée aux frais de la Ville ; en or , pour
être
préfentée à L. M. , à la Famille Royale , aux Mi
niftres , & aux Chefs de la Province ; & en argent
pour être diftribuée aux perfonnes illuftres qui ont
affifté à la fête , aux Magiftrats & aux Citoyens
notables , dits les Echevins ; il en fera déposé quel
ques- unes aux bibliothèques du Roi & de la Ville.
Les Magiftrats ont cru ne pouvoir mieux faire
que de prier le Chef même que le Roi a mis à
leur tête , de préfenter cette médaille à S. M.; &
ce fera après cette préfentation que fe fera la diftribution
des autres médailles à la Cour , à Paris
& à Strasbourg. Pour marquer cette époque
féculaire par des réjouiffances publiques ; les Magiftrats
ont ordonné des fêtes dont on va donner
quelques détails . Mais ils doivent à leurs Conci
toyens la juftice de prévenir de ce qui ne peut fe
rendre dans une defcription ; favoir , la vivacité ,
la fincérité , l'unanimité des fentimens qui ont
généralement éclatés à cette occafion . Les Magiftrats
doivent également rendre témoignage à la manière
dont tous les ordres fupérieurs de la Ville , le
( ;; )
Clergé , le Militaire , la Nobleffe & même les
Etrangers ont concouru avec la Bourgeoisie à rendre
dette fête plus brillante & plus joyeuſe . S. A. -
――
R. Madame la Princeffe Chriftine de Saxe , tante
du Roi , que les Magiftrats ont cru pouvoir pren.
dre la liberté d'inviter , a bien voulu fe rendre de
fon château en cette Ville pour honorer de fa
préfence quelques-unes des folemnités . Dès le
famedi , veille de la fête , tout le Magiftrat & le
Corps de l'Univerfité fe raffemblèrent la matin dans
le grand Auditoire de l'Univerfité , où il fut prononcé
en latin , par le Profefleur d'Eloquence , un
Panégyrique du Roi , précédé d'une Cantate latine ,
formant une forte de Poëme féculaire à l'imitation
de celui d'Horace , & exécuté en mufique.
M. le Marquis de la Salle , Commandant la Province
, l'Etat- Major , quelques Princes Etrangers ,
& les députés des Corps invités par ceux du Magiftrat
& par des Programmes imprimés , affiftèrent
à cet éloge Académique. Mais ce qui a donné
un éclat inexprimable à cette première folemnité ,
c'eft le portrait en pied de S. M. qui y a paru
placé fous un dais . Ce portrait que le Roi avoit
daigné accorder à la Ville étoit arrivé la veille
& ce don précieux ne pouvoit jamais venir plus à
propos ; il eft refté pendant quelques jours expofé
aux regards du public dont l'affluence & l'empreffement
ont répondu à l'intérêt qu'il devoit infpirer.
-
Ce même jour , M. le Préteur - Royal donna
un grand répas à tous les ordres de la Magiftrature
& aux Profeffeurs de l'Univerfité. Le foir il y eut
grand concert public dans lequel on répéta , pour
la fatisfaction des Dames & des Etrangers , la
Cantare exécutée le matin & différens morceaux
de mufique choifis . Le Dimanche 30 Septembre ,
jour féculaire de la capitulation , la fête s'eft an
noncée dès les fept heures du matin par des falves
du canon de la place , que le Commandant avoit
G
bs
(
3434
)
--
été autorisé de faire tirer par une lettre du Miniſtre
de la Guerre ; cette lettre que M. le Marquis de
la Salle a cru pouvoir communiquer au Magiftrat ,
contient un témoignage précieux de la fatisfaction.
du Roi , qui daigne applaudir au zèle que cette
Ville marque pour fon fervice dans toutes les
circonftances qui s'en préfentent. Elle fera a jamais
dans les regiltres de la Ville un des plus beaux
monuments de cette fête , & en eft la récompenfe
la plus précieufe . Les Magiftrats ayant jugé
d'après le coeur bienfaisant du Roi , ne pouvoir
mieux caractériser la fête que par des oeuvres
publiques de bienfaifance , ont pensé que la dota
tion de plufieurs files Bourgeoiles , pauvres , répondroit
à cette intention. En conféquence , la
Ville & quelques-uns des principaux Magiftrats , à
l'exemple de M. le Préteur - Royal , ont doté zo
de ces filles , & les Corps des Maîtriſes , ainfi que
les Magiftrats & Echevins préposés , ont concouru
à l'envi pour procurer à ces établitfemens tous les
avantages defirables . Les mariages des 10 filles
Catholiques fe font célébrés d'une manière folemnelle
, en l'Eglife Cathédrale à 7 heures du matin ,
en préfence de M. le Préteur Royal , des députés
des Tribus chargés d'accompagner les dix paires ,
& d'un grand concours de peuple. Le Curé dans
fon exhortation a parlé des fentimens que les nou-
>veaux mariés devoient avoir pour le Roi , & qu'ils
devoient infpirer à leurs enfans . Les premiers nés
-de ces enfans auront chacun un préfent de 100
liv. de la Ville ou des Magiftrats.
- A dix heures
du matin , les Magiftrats de la Confeffion d'Augsbourg
en corps & en habits de cérémonie , précédés
des Gardes & des Sergents de la Ville , &
des Enfans orphelins , fe font rendus en l'Eglife
neuve , qui eft le principal Temple de cette religion
; l'on y a chanté le Cantique traduit du
Te Deum. Dans le Prêche , il a été principa
( 35 )
lement queftion des fentimens que la religion , la
reconnoiffance & le patrioti me prefcrivent à tous
les Citoyens de cette Ville. Les mariages des 10
filles Luthériennes ont fuivi . Plufieurs Officiers-
Généraux de cette religion, invités par les députés
du Magiftrat & par billets , & plufieurs E rangers
de diſtinction ont affifté a ce Te Deum Le canon
de la place a fait des falves dans le même tems.
-
-
S. A. S. Monfeigneur le Cardinal Prince de
Rohan , Evêque de Strasbourg , & le grand Chapitre
ayant accueilli la demande des Magiftrats à
ce qu'il fut chanté un Te Deum folemnel , en
Eglife Cathédrale , il a eu lieu ce même jour , à
Fiffue des vêpres . La nef étoit garnie d'une double
haie de Grenadiers , & d'une file des Orphelins ,
Enfans- Trouvés , & des pauvres entretenus par les
foins des Magiftrats. Le Corps de Ville s'y eft
rendu en habits de cérémonie. M. le Marquis de
la Salle précédé de fes gardes , a occupé le Prie-
Dieu au milieu du choeur. Le Te Deum exécuté
en mufique a été entonné par S. A. Monseigneur
le Prince de Salm , Evêque de Tournay , revétu
de fes habits Pontificaux. Plufieurs des grands
Comtes Etrangers y ont affifté ; l'Etat - Major , les
Officiers de la garnifon , & le Corps de la Nobleife
de la Baffe Alface , invités par les députés du
Magiftrat , y ont occupé leurs bancs dans le choeur.
Les Chapitres & les Communautés Religieufes de
la Ville ont bien voulu s'y rendre en habits de
cheur. S. A. R. Madame la Princeffe de Saxe , ha
également affifté à cet hommage religieux , dans
une tribune du choeur décorée. Le coup d'oeil
d'une affemblée fi diftinguée , la réunion de tous
les Princes & Seigneurs , le nombre des Officiers-
Généraux , pré ens à cette folemnité , lui ont donné
une dignité & une pompe vraiment impofantes. Le
Magiftrat fatté de trouver en cette occafion ya
témoignage fi public des attentions de tous fes
---
b 6
( 36 ).
Corps , a fenti tout le prix de l'union & de la
bonne intelligence qu'il cherche à entretenir avec
Tous les ordres fupérieurs , dont les vues bienfai
fantes peuvent concourir au bonheur de cette Ville.
---
-
Sur les banquettes en avant des bancs du Magiftrat
, on avoit placé les nouveaux mariés , intéreffés
par une reconnoiffance plus particulière ,
à réunir leurs ferventes prières aux voeux de cette
augufte affemblée , pour la profpérité de S. M. &
celle de la Famille Royale. La fonnerie de toutes
les cloches , & les falves du canon du rempart ont
annoncé aux Habitans la célébration de ce devoir
religieux d'affection & de reconnoiffance ; & l'affluence
a été telle que malgré l'étendue de notre
Cathédrale , fon enceinte n'y a pas fuffi , & qu'une
foule de peuple innombrable couvroit la place qui
entoure ce bel édifice. Après ce Te Deum , les
nouveaux mariés de l'une & l'autre religion fe fon
rendus , chaque paire à la falle de leur Tribu , for
lefquelles les Echevins & Corps des Tribus , leur
avoient fait préparer des repas pour eux & leurs
proches. Les Echevins & principaux des Tribus
firent les honneurs de ces régals. A la fuite
des repas , on a fait danfer toute la Bourgeoisie
fur les 22 falles de Tribus , & ces réjouiffances où
la décence s'eft trouvée unie à la gaieté la plus
franche , ont duré juſqu'au lendemain. L'honneur
que M. le Marquis de la Salle a fait à la
Bourgeoisie , de faire avec fa famille la tournée
de toutes leurs joyeuſes affemblées , & les témoi
grages de bonté & d'affabilité dont il a , ainfi
que M. le Préteur- Royal , comblé les mariés & la
Bourgeoisie réunie fur toutes les Tribus , ont porté
jufqu'à l'entoufiafme les fentimens d'amour & de
refpect pour les Chefs ; fentimens déja devenus fr
habituels à toutes les claffes d'Habitans.
Beaucoup de perfonnes de diftinction , beaucoup
d'Etrangers & autres , ont ſuivi l'exemple du Com
A
( 37 )
-
mandant ; tous ont été témoins des marques de
joie & d'affection pour le Gouvernement qui écla
toient par-tout , & en même tems du bon ordre
qui s'obfervoit. La Ville avoit fait répartir fur ces
falles de danfes bourgeoifes , 110 mefures de vin ,
& les Tribus ont fourni tous les autres rafraîchilfemens
néceffaires . On avoit également envoyé ,
dans les cazernes à la garnifon , du vin , & quelqu'argent
pour fuppléer à l'ordinaire de chaque
chambrée. Il s'en est également fait une diftribution
à tous les habitans non bourgeois , même à
ceux qui demeurant hors des murs , ne pouvoient
prendre part aux réjouiffances de la Ville. Les
établiffemens de charité , les maiſons des pauvres ,
des enfans - trouvés , des orphelins & I hôpital bourgeois
, partagèrent également les fêtes de cette
journée , par les douceurs qui leur avoient été ménagées
, foit aux frais de la Ville , foit par les foins
des Magiftrats , leurs Directeurs . Les Couvents
d'ordres Mandiants reçurent les mêmes facilités
de prendre part à la joie générale. Sur le foir -
---
on donna un spectacle Allemand , fur le fecond
théâtre de la Ville , pour tout le peuple qui y
entra gratuitement. Les Magiftrats dans la vue de
varier les plaifirs du public , lui avoient préparé
à deffein ce genre de réjouiffances , & avoient fait
appeller une troupe Allemande qui fe trouvoit dans
le voisinage. La repréfentation fut précédée par
une petite pièce , ou fête analogue à la circonftance
, relevée par des ballets & une décoration
brillante. Ce prologue a rappellé d'une manière
intéreffante , aux Spectateurs , les motifs de leurs
téjouiffances , & les fentimens qui les raſſembloient ,
Tous les traits qui avoient rapport au Roi , ont
été faifis & applaudis avec tranſport , Au
jour tombant toute la ville fut illuminée ; la tour
de la Cathédrale garnie dans toute la hauteur de
pots à feu , fur le fignal de l'illumination générale ,
( 38 )
eette flèche majestueufe bien éclairée , préfentoit le
coup-d'oeil le plus agréable & le plus impofants -
Tous les particuliers , tous les corps , & même les
Etrangers habitans la ville , ont difputé d'émulation
pour luminer les façades . S. A R. , Madame la
Princeffe de Saxe , avoit fait décorer celle de fon
hôtel , ainfi que Mgr le Cardinal de Rohan , MM. les
Grands Comtes , les Princes des Deux - Ponts &
Darmstadt & le Corps de la Nobleffe ont concouru
de la manière la plus marquée à l'effet général de
l'illumination . Beaucoup de façades étoient ornées de
tranfparents & d'emblêmes. Plufieurs Tribus & corps
de Métiers , en réaniffant fous des allégories ingé
nieufes les avantages & témoignages de protection
qu'ils ont reçu depuis un fiècle du Gouvernement ',
ont tâché d'exprimer les motifs particuliers , ont
cherché par des devifes & infcriptions à faire diftinguer
leur zèle & leur dévouement à la Couronne.
L'hôtel de M. le Préteur-Royal , déja diftingué par
la magnificence & le goût de l'illumination , l'a été
plus avantageulement encore par le nombre &
1 heureux choix des emblêmes. M. le Préteur-
Royal donna ce foir un grand fouper à S. A. R. ,
Madame la Princetle de Saxe , aux Princes & Seigneurs
Etrangers , & aux Dames de la Nobleffe & du Militaire.
A minuit , s'ouvrit dans la Saile de la
Comédie Françoife , aux frais de la Ville ; un grand
bal paté pour toutes les perfonnes de diftinction &
les citoyens notables . Des rafraîchiffemens en tout
genre firent aufli fournis par la Ville & en abon-
Les réjouiflances & les danfes de la Bourgeoifie
continuèrent également toute la nuit . On
ne fauroit s'empêcher de remarque que dans toutes
les parties de la fêre , malgré le plus grand concours ,
& les témoignages les plus éclatans de l'allégrefle
générale , il n'y a pas eu le moindre accident funefte
ni aucune de ces indécences qui pourroient ne pas
étonner dans des affemblées nombreuſes d'un peuple
dance.
喬
-
( 39 )
défordre. -
fivré à l'impreffion de la joie & à la facilité da
· Cette circonftance conſtate le bon
naturel du peuple & l'empire qu'avoit fur lui Pidée
du Prince qui étoit l'objet de la fête. Les Magiftrats
reconnoiflent encore que cet avantage lanisfailant a
été maintenu & affuré par les foins prévenans de
l'Etat Major , & par les attentions des Chefs &
Préposés des Tribus qui les furveilloient .
Lundi , lendemain de la fête , M. le Préreur-Royal
traita fplendidement M. le Marquis de la Salle
Commandant de la Place , tous les Chefs Militaires
de la vil e , les Princes & Seigneurs Etrangers attirés
par ces fetes & MM. du Corps de la Nobleffe.
--- Le
Le foir du même lundi , il y eur par les ordres &
aux frais de la Ville à la Comédie Françoife une
repréſentation des deux Comtelles ( Opéra ) & d'une
petite pièce faite exprès pour la Fê.e , ayant pour titre
la Tribut ou la Fête féculaire , compofée par M,
Rochon de Chabannes . Un grand nombre de paffages
, mais fur-tout les traits & les couplers ayant
rapport au Roi & à la Reine , ont été vivement
applaudis , S. A. R. y a affifté , ainfi que plufieurs
Princes & Princeffes Etrangèles , & toutes les perfonnes
de diftinction & notables de la ville .
Pendant le même tems on donna au Théâtre Alle .
mand une feconde représentation également gratuise
de la Comédie de la veille . On réferva feulement
dans la falle une place d'honneur pour les quarante
nouveaux mariés. Après la Comédie , M. le Préteur-
Royal donna un grand fouper aux Dames de
Magiftrat & autres Dames de la ville ; il fur fuivi
d'une danfe qui dura jufqu'an lendemain. La famille
de M. le Marquis de la Salle & p'ufieurs Dames de
la nobleffe , ainfi que des Princes & Seigneurs Errangers
, vinrent fe joindre à la compagnie , & tendre
la fête plus vive & plus -brillante ,
M. le Marquis
de la Salle termina ces fêtes par un grad diner
qu'il donna le 2 Octobre à M. le Préteur -Royal &
( 40 )
aux Magiftrats. Tels font les détails des réjouiffances
données à Strasbourg à l'époque féculaire de
fa foumiffion à la France . Elles font le mouvement
du coeur & l'hommage pur & naïf des fujets fenfibles
& reconnoiflans. Le fentiment en fait le mérite , &
doit conſerver à cette relation un intérêt que les
détails ne mériteroient pas par eux - mêmes.
fentimens qui ont dicté & marqué ces fêres , Le per
pétueront & pafferont à nos neveux avec le fouvenir
des folemnités & réjouiffances par lefquelles les
Magiftrats & citoyens de Strasbourg ont tâché
d'exprimer leur fidélité , leur affection à la Couronne
& leur amour pour le Roi , leur Souverain .
Les
L'Académie Royale des Sciences , Belles - Lettres
& Arts de Rouen , regrette de n'avoir pu adjuger
de prix à aucun des Mémoires envoyés depuis deux
ans , pour le concours qu'elle avoit proposé en
ces termes: Quels avantages réfülteroient particu
lièrement pour la Province de Normandie , de l'établissement
d'une administration Provinciale ?
Elle renonce à ce Programme , ainfi qu'à fa demande
d'une Notice Critique & Raifonnée des
Hiftoriens de la Normandie ou Neuftrie , depuis
l'origine connue jufqu'à ce fiècle ; elle propofe
pour prix des Belles- Lettres qu'elle defire décerner
dans fa Séance publique de 1782 , l'éloge de Anne-
Hylarion de Coftentin , Comte de Tourville ,
Maréchal , Vice- Amiral de France , & Général
des Armées navales du Roi. Cette famille illuf
tre eft du pays de Coſtentin en Baffe -Normandie.-
L'Académie avoit prorogé à 1781 le Prix des
Sciences , deftiné à celui , qui d'après une théorie
étayée d'expériences , affigneroit le plus exactement
la différence entre la Craie , la Pierre à
chaux la Marne & la Terre des Os , que la
plupart des Chymiftes ont jufqu'à préfent confondues
dans la claffe des Terres calcaires. De
tous les Concurrens pendant deux années , un feul
•
( 41 )
a embraffé l'étendue de la Queſtion effentielle &
de fes Corollaires , dans un in- 4. de plus de cent
pages , fous l'épigraphe : Utile dulci. Le prix
lui a donc été adjugé , & l'ouverture du billet a
indiqué pour Auteur M. Quatremere Dijonval
Ecuyer , qui en 1775 remporta le prix propofé
par l'Académie des Sciences , fur l'Analyse de l'Indigo.
Un autre Mémoire , dont l'épigraphe eft :
Felix qui rerum potuit cognofcere caufas , a trèsbien
traité une partie de la Queftion , mais malheureufement
il a négligé les autres . La Compagnie
ne pourra rendre un hommage public aux
talens de l'Auteur , qu'autant qu'il permettra que
fon nom foit connu , c'eft à-dire , que le billet cacheté
foit ouvert. Elle demande pour le fujer du
Prix des Sciences à décerner en 1782. Jufqu'à quel
point & à quelles conditions peut - on compter dans
le traitement des Maladies fur le Magnétisme &
fur l'Electricité , tant pofitive que négative ? La
théorie doit être appuyée par des faits . L'appareil
des expériences doit être aflez détaillé , pour que
l'on puiffe les répéter au befoin. Chacun des Prix
eft une Médaille d'or , de la valeur de trois cents
livres. Les Mémoires lifiblement écrits en François
ou en Latin , feront adreffés , francs de port , avant
le premier Juillet 1782 ; favoir à M. HAILLET
DE COURONNE Lieutenant Général au Siége
Criminel du Bailliage , Secrétaire- Perpétuel pour
la partie des Belles- Lettres : Et à M. L. A. D'AMBOURNEY
, Négociant à Rouen , Secrétaire Perpétuel
pour la partie des Sciences.
?
:
Charles de Salignac , Comte de Fénelon ,
Meftre de Camp de Cavalerie , Chevalier
de l'Ordre Royal de St Louis , Comman- .
deur des Ordres Royaux , Militaires & Hofpitaliers
de St- Lazare & du Mont- Carmel ,
eft mort le premier de ce mois âgé de 81
( 42 )
ans , & a été enterré dans l'Eglife Collégiale
& Paroiffiale de Lamballe.
Jean-André- Hercules de Roffet de Fleury ,
Chevalier non Profès de l'Ordre de Saint-
Jean de Jérufalem , Lieutenant - Général des
Armées du Roi , Gouverneur de Montlouis
en Rouffillon , Commandeur de la Commanderie
Magiftrale de Piéton , eft mort
le 21 de ce mois , dans la 56e. année de
fon âge .
Henri Ruffo de Calabre , des Princes de
Scilla & Pullazzolo , des Ducs de la Guar
dia-Lombarda , des Comtes de Sinopole , &c.
Archimandrite & Abbé Commendataire de
Saint- Barthélemi du Trigona au Royaume
de Naples , eft mort à Chaillot le 10 de ce
mois , dans la 74e. année de fon âge.
Antoinette-Benigne Bouhier de Lantenay,
époufe de Galiot-Louis Aubert , Marquis de
Tourny , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint-Louis , eft morte au Chateau
de la Falaife , le 14 du préfent mois.
Maurice Filtz - Gérald de Geraldin , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de St- Louis , ci - devant
Capitaine Commandant au Régiment de Bulkley ,
eft mort à Versailles le 13 Octobre 1781 , dans la
86me année de fon âge . Cet Officier , originaire
d'une famille illuftre d'Irlande , étoit le plus ancien
de tous les Officiers Irlandois au Service de la
France ; il a été 42 ans dans le Régiment de Bulkley ,
qu'il a eu l'honneur de commander à la bataille de
Lawfeldt , où il reçur plafieurs bleffures , doar une
au bas ventre , qui l'ont obligé de fe retirer avec
( 43 )
une penfion du feu Roi . A la même affaire , il eut
la douleur de perdre fon fils unique , qui fut tué
à fes côtés. Ce refpectable Vieillard a confervé
jufqu'au dernier moment fa tête & fa gaité ;
laiffe une épouſe âgée de près de 80 ans .
De BRUXELLES , le 30 Octobre.
Selon les lettres de Hollande , il paroît
décidé qu'il ne partira aucune flotte mar
chande pour la Baltique & pour le Nord.
Le Stadhouder a écrit à L. H. P. qu'il
avoit cru devoir ufer de la plus grande
circonfpection pour la confervation des
vaiffeaux de la République & des navires
marchands ; qu'il a pris à cet égard les
avis du Vice - Amiral Hartsing , du Contre-
Amiral Van- Braam & de tous les autres
Officiers Commandans qui avoient été
nommés pour fervir fous ce dernier , &
que tous ces avis portoient en fubftance
qu'il n'eft pas convenable dans la faifon
préfente de faire partir un convoi pour
la Baltique ni autour du Nord , parce
qu'une telle expédition feroit contraire à
tous les principes de la navigation & de
la guerre. Mais on obferve en attendant
que les bois peuvent manquer aux
tiers de la République , & qu'il feroit intéreffant
de s'en approvifionner.
chan-
Le 12 de ce mois , les Négocians
intéreffés
au commerce
de Surinam & de Curaçao
, préfentèrent
une Requête aux Etats-
Généraux , pour leur demander
un nombre
( 44 )
fuffifant de vailleaux pour escorter les 17
Batimens qu'ils ont armés de 400 pièces
de canoa & de 1200 hommes , afin qu'ils
puiffent fe rendre en fûreté aux Indes Occidentales
, & pour obtenir en cas de retard
les
dédommagemens fixés par la réfolution
qu'ils ont prife le 31 Juillet.
" On apprend de Lisbonne , en date du 21 Septerabre
, que le vaifeau Portugais le Nettuno
Grande y étoit arrivé de la Chine le 15. Il étoit
parti de Canton le 18 Janvier ; à cette date douze
varffeaux de la Compagnie des Indes richement
chargés , avoient ali mis à la voile de Canton.
A la hauteur des Ides de France & de Bourbon,
le vaiffeau Portugais en rencontra cinq autres de
la méme compagnie , dont les Caritaines lui dirent
qurant dans une grande détreffe , & manquant
fur-tout de vivres pour continuer leur route jul
qu'à Sainte Helène , ils étoient dans la trifte néceffité
d'entrer at Cap- de-Bonne- Espérance , pour
s'y ravitailler , duffent les Habitans de cette Colonie
Hollandoife s'emparer de leurs vaiſſeaux &
de leurs équipages. Le Confeil de guerre qu'a
demandé le Capitaine Bruin du vaiffeau naufragé
fur le Haax , a commencé les féances le 7 de
ce mois. On fait que le Lieutenant Koelberg , cet
étranger fi célèbre par fes délations contre le Capiraine
Bruin , a demandé fa démiffion & n'a pu
l'obtenir. On dit qu'il doit être interrogé lui même
fur plus de 200 articles tous relatifs à la let
tre qu'il a écrite au Baron de Lynden , ci - devant
Ambaffadeur de la République en Suède , & que
ce dernier a cru devoir remettre aux Etats-Géné
raux ; on dit qu'il a déja fubi un interrogatoire de
quatre à cinq heures en préfence des Membres du
Collège de l'Amirauté de Rotterdam « .
( 45 ) で
Les Etats de Hollande ont arrêté dans
leur affemblée du 20 de ce mois , un placard
contre l'impreffion du libelle féditieux
dont on a parlé , intitulé : Au Peuple des
Pays-Bas. On promet 14,000 florins à celui
qui en découvrira l'Auteur.
» Ce libelle , écrit - on de la Haie , eft dirigé
contre le Prince en particulier , & le Stathouderat
en général . C'est une Philippique furieuſe deſtinée
à foulever la canaille contre l'autorité établie. Les
placards qu'on lance contr'elle , ne feront peut-être
que la multiplier. Nous ne favons comment finira
l'affaire qui a donné lieu à cette pièce fatyrique
& à bien d'autres. Commes elles paffent chez les
étrangers , où l'on n'a pas toujours des connoiffances
juftes pour mettre en état de prononcer , il
eft bon de vous rappeller quelques obfervations,
On croit peut-être que les Etats d'une Province
font le Tribunal des Villes , & les Etats - Généraux
le Tribunal des Provinces ; cela n'eft point vrai,
Les Etats Provinciaux font un Sénat , un Corps
purement législatif , compofé de tous les Députés
des Membres intégrans , & qui n'a point de pou
voir exécutif. Les Etats- Généraux font un Corps
purement diplomatique qui n'a aucun pouvoir , ni
législatif , ni exécutif fur aucunes des Provinces ;
pas plus que le Corps diplomatique des Miniftres
étrangers réfidans ici , n'en a fur aucune des Nations
de l'Europe . Les Etats -Généraux font à la
vérité les Légiſlateurs & les Juges en dernier reffort
de ce qu'on appelle pays de la Généralité
conquis ; mais ce n'eft qu'en qualité de Médiateur
de la confédération. Chaque Province a fa Cour
de Juſtice , à la Jurifdiction de laquelle les Villes
ne font cependant pas foumifes ; car chaque Ville
eſt fouveraine ; ce ne font que les particuliers ,
comme particuliers , qui dépendent des Cours de
( 46 )
Juftice. C'est ce qui fait fentir l'impropriété de
la démarche du Duc de Brunſwick , en s'adreffant
aux Etats - Généraux pour avoir fatisfaction de MM.
d'Amfterdam . Les Etats -Généraux ne font que l'or
gane par lequel les Souverains étrangers & les
Souverains confédérés des Pays-Bas fe parlent.Ilsagif
fent dans cela d'après leurs inftructions ; & lorsqu'il
fe préfente des cas fur lefquels ces inftructions fe
tailent , ils doivent faire rapport à leurs Com
mettans refpectifs , & en attendre des éclairciffe
mens avant de donner leur avis..
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 24 Octobre."
La Baie d'Agoa de Saldanha où le Commodore
Johnſtone a furpris les vaifleaux de l'Inde Hollan
dois, eft à 70 milles au Nord du Cap de Bonne- Efpé
rance par lat. 33 d. 20 S. , longit, 16 d. 20 E. Il eſt
bien étrange que ces vaiſleaux Hollandois. M. de
Suffren avoit dû inftruire de l'approche de l'ennemi ,
ayent resté à l'ancre dans une Baie ouverte
au lieu
de fe mettre à l'abri fous les Forts du Cap ou fous
les canons de l'efcadre Françoiſe à Falle Baie. I
que
و
Les hourques dont le Commodore Johnſtone a
fait mention & qu'il n'a pas pu emmener de labaie
de Saldanha , font des bâtimens de 20 tonneaux
employés par les Hollandois dans le commerce du
pays ; elles portent deux mâts & font gréées d'une
manière particulière à l'Eft , à peu- près comme nos
fénauts , afin de ferrer davantage le vent pour
aller
plus vite.
Les avis font actuellement partagés , relativement
au Commodore Johnſtone , les uns difent qu'il eft
attendu en Angleterre , d'autres au contraire que
c'eft l'Amiral Hugues qui revient avec le Superbe
& un autre vaiffeau qui ont befoin d'être réparés , &
que le Commodore Johnftone aura le commandement
en chef de nos forces navales dans l'Inde.
( 47 )
L'heureufe arrivée d'une partie de notre flotte
de l'Inde eft encore un nouveau bienfait de la Providence
qui nous a traités avec tant de faveur dans
tout le cours de cette guerre. En effet ce n'eft que
par un effet du hafard que toute notre flotte de la
Chine n'eft pas tombée entre les mains de l'ennemi .
Les vaiffeaux qui la compofoient , qui avoient tous
des voies d'eau , firent les plus grands efforts pour
relâcher au Cap afin de s'y réparer. Ils ignoroient
notre rupture avec les Hollandois qui n'auroient pas
manqué de s'emparer de nos vaiffeaux s'ils le fuflent
ainfi livrés à leur difcrétion. Mais heureufement le
vent a tellement contrarié leurs maneuvres pour
entrer au Cap , qu'ils furent obligés d'abandonner
leur projet & de fe rendre à Ste- Hélène d'où ils
font tous arrivés ici fans accident. On peut regarder
cette nouvelle comme très- authentique.
Nous apprenons du Sud , écrit-on de New -Yorck ,
que quarante Officiers Anglois font allés en partic
de plaifir à 15 milles de Charles- Town en prenant
avec eux environ 30 Chevaux- Légers pour leur
fervir d'escorte. Ils fe font rendus dans un endroit
où les attendoit un fort bon diners préparé avec
beaucoup d'élégance . A peine étoient-ils à table
que des hôtes fort peu agréables appellés Continentaux
, avoient déja inveſti la maiſon , paffé la
plupart des Gardes au fil de l'épée & fait les Officiers
prifonniers. Les Américains après avoir dévoré
le dîner qui n'avoit pas été préparé pour eux fe
font retirés avec leurs prifonniers.
Le Lord Cornwallis ne peut plus attendre d'autres
fecours
que ceux que lui auront peut -être donné les
vents de l'équinoxe , en forçant M. de Graffe de rentrer à Bofton . On reconnoît actuellement combien
l'Amiral Rodney a eu tort d'envoyer quatre de ſes meilleurs vaiffeaux à la Jamaïque. On eft cependant
toujours dans la crainte que les frégates & les navires
( 48 )
attachés à l'armée du Lord Cornwallis , ne folent
pris par l'efcadre du Comte de Graffe.
On n'a encore reçu aucunes nouvelles d'Améri
que. Le Gouvernement attend d'heure en heure des
dépêches avec la plus grande anxiété , leur contenu
devant régler , felon toutes les apparences , les plans
pour les opérations de la campagne prochaine. Le
Roi prend intérêt à cet objets en partant de Saint-
James le 21 de ce mois , il a donné les ordres les plus
pofitifs qu'en cas qu'il arrivât quelques nouvelles
d'Amérique, elles lui fuffent envoyées fur- le-champ ,
fans en faire, fuivant l'ufage , un extrait pour les
Miniftres.
On affure que le Gouvernement a envoyé des
ordres à l'Amiral Darby pour qu'il quitte promptement
fa croisière que l'on croit être dans le golphe
de Gafcogne , & qu'il revienne en Angleterre . Auffi
tôt après fon arrivée , on dit qu'il fera expédié en
toute diligence 7 vaiffeaux de ligne doublés en cuivre
pour l'Amérique Septentrionale , avec s mille hom
mes tirés de tous les régimens actuellement en
Angleterre & en Irlande . Le public donne le commandement
de ces vaiffeaux à l'Amiral Rodney , &
l'on affure déja qu'il partira à la fin de Novembre.
Les cutters qui vont au fecours de Gibraltar , font
percés pour 24 canons de 12. Ils font tous fins voi
liers , & n'ont rien à redouter qu'un calme plat qui
les expoferoit à l'attaque des chaloupes qu'ils ne
pourroient point éviter , tirant beaucoup d'eau , à
caufe de leur charge. Le Gouvernement a déja appris
la perte de 6 navires vivriers qu'on envoyoit à Gi
braltar , ces qui eft d'autant plus fâcheux , que les
befoins commencent à fe faire vivement fentir dans
cette place. Les lettres de l'Amiral Edwards , ent --
de
de
St
-Jean
de
Terre
- Neuve
, les
20
Août
&
28
Septembre , ne parlent que de la prife de quelques
vailleaux & point de celle de la Magicienne , de 32
canons , qu'on difoit tombée entre les mains,
JOURNAL
POLITIQUE
1..
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
De PETERSBOURG , les Octobre.
LE Grand-Duc & la Grande- Ducheffe font
partis de Czarsko-Zélo le zodu mois dernier ;
LL. AA. II . ont pris leur route par Narva
pour le rendre à Pleskow & à Mohilow
d'où elles iront à Vienne où elles feront
quelque féjour. De - là elles prendront la
route de l'Italie ; elles poufferont jufqu'à
Naples où elles fe propofent de paffer
l'hiver.
Demain l'Impératrice eft attendue dans
cette Capitale où nous nous flattons de la
pofféder jufqu'au retour de la belle faifon.
Le Sénat dirigeant vient d'ordonner
conformément aux volontés de S. M. I..
une nouvelle levée de recrues dans toute
l'étendue de l'Empire pour completter l'armée
Ruffe. Cette levée fera d'un homme
fur
500 habitans de chaque lieu .
10 Novembre 1781
( so) Les Couriers arrivés dernièrement dell
Conftantinople
, ont été congédiés avant-hier
par le Comte d'Oftermann , qui à cette oca
cafion leur diftribua les préfens d'ufage , &
les chargea de la réponfe de l'Impératrice
buX
deftinée pour le Grand+Vifir, el guid
Le Prince Orlow & les Comtes Iwan &
Alexis fes frères , font arrivés depuis quel
ques jours de leur voyage dans les pays
etrangers, & ont déja paru à la Cour h
DANEMARCK
.
DDELS
ENEUR , le 13 Octobre!!
anonymi zal ench sup
JAMAIS le commerce
de la Baltique n'a
été plus floriffant , & jamais la Douane du
Sund n'a vu paffer un fi grand nombre de
vaiffeaux que dans la guerre préfente. Les
gros tems de l'automne , & les dangers de la navigation
dans nos parages pendant cette
faiſon , n'en ont point ralenti l'activité. De 29 du mois dernier , il arriva de la Baltr
que dans le Sund , 96 navires de différentes
nations , dont f4 Anglois venant pour la
plupart de Pétersbourg
, Lego ils furent
fuivis par 12 autres , dont une groffe fré
gate marchande
montée de so canons. Le ƒ
on a
Sund
entrer
de
la
mer
du
Nord
dans
leb
Sund 85 bâtimens fous divers pavillons
entre autres une frégate Angloife & le vaibe
feau de guerre de la même nation l'Amér
rique de 64 canons . Ces deux derniers font
venus pour prendre fous leur efforte und
( A )
flotte de près de 45 voiles qui eft partie
aujourd'hui , & dont la cargaifon eft à tous
égards un objet de la plus grande valeur
pour l'Angleterre dans les circonftances
préfentes oil a oinogi sí oh sa: 151260)
Hier le Kilduino frégare de guerre Ruffe
do 26 canons à pafféle Sund venant
d'Archangel & allant à Pétersbourg. A
La Ville d'Embden , frégate marchande
d'Amierdash & deftinée pour la Grenade ,
eft arrivée à Mandahl en Norwège pour
s'y faire réparer.
On mande de Dantzick qu'une dyffenterie
très-meurtrière règne dans fes environs. On
Pattribue aux chaleurs excellives de l'été.
dernier Dog GERINDA
ALLEMAGNE. T
De VIENNE, le 18 Octobre.
91150 jusbried 39gryse cou dink KROBARVAM SÅ
On parle beaucoup d'un nouveau camp
qui fera , dit-on , formé dans les environs
de cette ville pour l'amuſement du Grand-
Duc & de la Grande-Ducheffe de Ruffie
pendant le féjour qu'ils feront dans cette
Capitale. Sh 251386 $ 1 @
La dernière commiffion fur la formation
de la Garde Noble Polonoife a fini fon
travail. Cette Garde fera compofée de 42
Gentilhommes Polonois , fous un uniforme
magnifique. in dsb orso ob past
Les Juifs établis à Neuheufel dans la
Hautes
écabembraffé
la
religion"
C 2
( 21)
chrétienne , & ont été baptités à Ternau
avec la plus grande folemnité. On voit que
les derniers règlemens en faveur des Ifraë
lites établis dans les Etats héréditaires , n'ont
pas été un obftacle à leur converfion . C'eft
une réponse à ceux qui prêchent contre la
tolérance , & qui croient que c'eſt par
Pintolérance
qu'on ramène quelquefois à
la vérité. On peut leur oppofer encore ce
bel Edit de l'Empereur en faveur de toutes
les communions
du Chriftianifme
dans fes
Etats. Cette pièce importante doit être
confervée dans tous les Papiers publics ;
elle eft conçue ainfi.b Seger121W
»Convaincu, des effets pernicieux de la contrainte
des confciences & des avantages effentiels qu'une
vraie tolérance chrétienne procure à la Religion & à l'Etat , S. M. l'Empereur & Roi a trouvé bon d'établir
à cet égard les règles fuivantes , & d'enjoindre
à ceux qu'il appartient de s'y conformer inva
riablement & avec la plus grande exactitude. 19. L'exercice
privé de religion fera permis dès à préfent aux Proteftans , foit de la Confeflion Helyétique ,
foit de celle d'Augsbourg , dans tous les lieux où ils
ſe trouveront en nombre fuffifant , & où leurs facaltés
le leur permettront , fans confidérer fi autre-
2 Par fois celá étoit ou n'étoit pas d'ufage.
l'exercice privé de la religion , on deir entendre
que , quoiqu'il ne fait pas permis aux Proteftans
& Grecs non - Unis , d'avoir dans leurs Maifons de
prieres ou à leurs Eglifes , des fonneries ou des
tours , ni de leur donner une
une entrée qui annonceroit
une Eglife , néanmoiss il leur fera parfaitement
libre de bâtir de pareils édifices , où ils voudront ,
& d'exercer leur culte , foit dans leur enceinte ,
foit au-dehors ; & chez des malades , dans quelque
( 53 )
-
-
lieu qu'ils fe trouvent. 3. Dans les lieux où il
eft déja accordé aux Proteftans & Grecs non - Unis
une liberté plus étendue en matière de religion ,
les chofes resteront fur l'ancien pied. 4 ° . Dans
des provinces & villes où , jufqu'à préfent les Proteftans
& Grecs non- Unis n'étoient point qualifiés
à poffeder des biens & à obtenir l'incolat , ni à
parvenir à la bourgeoifie , au droit de maîtrife , aux
dignités académiques & aux emplois civils , S. M.
fe propofé d'accorder , à l'avenir , conftamment &
fans difficulté ces différentes prérogatives par voie
de difpenfe.. On n'obligera , dans aucun cas ,
ceux qui ne profeffent pas la religion catholique ,
de prêter ferment , d'après une formule qui ne fe
roit pas conforme à leurs principes de religion ,
ni d'affifter aux Proceffions & autres exercices de la
religion dominante , quand ils ne le feroient pas
de leur propre mouvement. 6º. Dans les
élections & collations des emplois civils , on
n'aura aucun égard à la différence de religion ,
mais on prendra uniquement en confidération
la probité , la capacité & la conduite morale
& chrétienne des Afpirans , ainfi que cela fe pratique
avec beaucoup de fuccès & fans le moindre
inconvénient , dans le Militaire. Cette fouveraine
réſolution a été notifiée aux divers Dépar
temens de la Capitale & des Provinces , aux Officiers
des Cercles , aux Univerfités , aux propriétaires
des Seigneuries & aux Magiftrats Municipaux
, avec ordre de s'y conformer exactement
& de veiller à la ponctuelle exécution . Les mêmes
ordres ont auffi été donnés aux Chancelleries de
Hongrie & de Tranfilvanie , & au Confeil de
guerre , rant relativement à l'état militaire en général
, que par rapport aux diftricts dont l'adminif
tration lui eft confiée , ainfi qu'aux départemens
des Pays - Bas & de l'Italie : le tout néanmoins fans
préjudicier à des droits plùs étendus , dont , en
1
C 3
165490
matière de religion , jouiffent déja joen Hongric
& en Tranfilvanie , les &penny! Proteftans , en vertu de
la Conftitution du Pays , & les Grecs non- Unis par
leur priviléges.
L'Ordonnance concernant la tranflation
des cimetières hors de la ville eft fous
preſſe. On dit qu'un ddeess moyens qu'on
emploie pour trouver moins de réfiftance
à ce changement de la part des Cures ,
' eft de leur abandonner les terreins des cimetières
enfermés dans les villes , fous la
feule condition d'acheter au dehors des
murs , le terrein néceſſaire conftruire
de nouveaux.
291003 2180100
en
Selon des lettres de Péterwaradin , on y
a effuyé un violent incendie ; on en ignore
encore les détails ; mais il faut qu'il ait été
terrible , puifqu'il n'a pas confumé moins
de so maifons.
On écrit d'Hermanftadt en Tranfilvanie ,
que le 21 Août dernier , les Etats de Hongrie
ont prêté le ferment de foi & hom
qu'à cette occafion il y a eu de
mage , & qu'a
très-belles fêtes .
33 De HAMBOURG , le 20 Octobre
anisgy el cams quarryptoxa cuiq se
On parle toujours de l'acceffion prochaine
de l'Empereur à la neutralité armée ; on
eft fort curieux de favoir la manière dont
les Anglois prendront cet évènement , qui
paroît le préparer depuis quelque tems ,
& s'acheminer maintenant à la conclufion.
On le rellouvient que lorfque la Hollande
scrut devoir adopter ce jufte moyen de dé
fenfe , l'Angleterre lui déclara la guerre ;
elley fur excitée par l'état de foibleffe de la
marine de la République , qui l'empêchoit
alors de la craindre. Elle a été plus modérée
& plus prudente quand elle a vu le
Roi de Pruffe fe joindre à la confédération
du Nord , elle ne le fera pas moins fi elle
voit la Cour de Vienne fuivre ce grand
exemple. Toutes ces Puiffances n'ont pas
un égal intérêt à la liberté de la navigation
; mais toutes ont des vaiffeaux en mer,
un commerce maritime plus ou moins
étendu , & chacune pour fa part doit vouloir
qu'il n'éprouve aucune entrave ; la
Voix qui s'élève contre les prétentions Britanniques
eft générale ;
il faudra qu'elle fes
abandonne , & il n'eft pas vraisemblable
qu'elle fonge à les foutenir contre l'Europe
entière , décidée enfin à réclamer contre
fes ufurpations. Il paroît que cette guerre
quels qu'en foient les évènemens , ne finira
pas fans affurer l'indépendance de l'Amérique
, rendre les mers libres , & brifer
le fceptre qui les tyrannifoit. Le commerce
ne fera plus exclufivement entre les mains
deda G. B. Toutes les Puiffances le partageront
, & ce moyen feul affoiblira un
pouvoir dont elle a eu l'imprudence d'abufer.
Depuis le commencement de la
guerre , fon pavillon n'eft plus dominant
fur la Méditerrannée peut- être difparoîtra-
t- il auffi bientôt du Levant. Les Etats
,
C 4
( 56 )
qui font à portée d'y faire le commerce }
s'en occuperont fans doute avec activité
Le torrent Wildebeck , qui d'une très-haute
montagne le précipite au pied du village de Ziller,
écrit-on d'Infpruck , a groffi tout- à- coup prodigieufement
les de ce mois , entraînant avec lui d'énor
mes rochers mêlés d'arbres déracinés , & s'élevant
au-deffus des digues du pays qu'il couvrit de cailloux
& de fable , fous lefquels il enfevelit , pour ainfi dire ,
la nouvelle Eglife de St-Jean - Baptifte , où les Prêtres
réfugiés avec partie des habitans , furent forcés de
refter huit heures. Le torrent s'étant heureuſement
épuifé , ces infortunés ne fe trouvèrent pas dans une
fituation moins douloureuſe après en être fottis, lorfqu'ils
apperçurent leurs maifons fous des tas de
pierres & de fable à travers lefquels ils ne pouvoient
aller chercher une fubfiftance que les lieux circon
voifins , autfi cruellement traités , ne pouvoient leur
fournir. La Régence a donné des ordres pour pour,
voir aux befoins de ces infortunés «.
39
Le nouveau Régiment formé dans ce pays .
écrit-on d'Hanovre , eft de rooo hommes ; il a été
completté en peu de tems , à caufe des conditions
avantageufes qu'on a propofées à ceux qui vouloient
entrer dans le fervice . On dit qu'il doit être employé
dans les Indes Orientales. Les deux premières compagnies
ont déja été envoyées à Stade où il doit arri
ver des bâtimens de tranfport pour tranſporter le
Régiment en Angleterre «.
ITALI E..
De LIVOURNE , les
s
Octobre.
ON apprend de Triefte que le vaiffeau
Impérial le Petit Prince Kaunitz , venant
des Indes Orientales , eft entré dans ce port
le 23 du mois dernier ; fa cargaifon con
fifte en 3758 caiffes & 266 boîtes de dif57.)
férentes fortes de thé , comme auffi en
4200 pièces de Nanquin jaune , & 1014
pièces de Gelamita .
» Le Roi , écrit-on de Naples , vient de ftatuer à
l'égard des Religieux de fes Etats qui fe difputoient
fouvent le pas,, jufques dans les cérémonies de
l'Eglife , qu'à l'avenir les Dominicains auroient la
préféance fur les Conventuels , les Obfervantins &
les Capucins, On trouvera bien fingulier , dans bien
des endroits , que des difputes de ce genre ayent
exigés pour être terminées , l'intervention du
Souverain. Un Coup de vent affreux a ſubmergé
ces jours paffés une barque venant d'Ifchia , ayant à
bord 16 paffagers qui ont tous péri, il ne s'eft fauvé
que quelques matelots , Parmi ceux qui le font noyés ,
on compte un frère du Duc de Dura , & un autre du
Duc de Fratta-Piccola.c.
Les mêmes lettres ajoutent qu'il eft arrivé
à Naples un courier extraordinaire de
Venife , qui s'eft embarqué à Otrante pour
porter à Corfou des dépêches importantes
& relatives aux armemens de la Répu
blique .
Le Conful d'Efpagne réfidant ici , écrit- on de
Gênes, a reçu de fa Cour ordre de faire annoncer dans
fes divers départemens que les troupes Eſpagnoles
s'étant mifes en poffeffion de l'ifle de Minorque , à
l'exception du fort St-Pilippe qu'elles tiennent blo
qué , S. M. C. répute pour nulles & de nul effet les
patentes expédiées pour la courfe par l'Amirauté
Angloife de cette ifle ; qu'en conféquence tous les
corfaires qui , en vertu de femblables attaches , commettront
des hoftilités , feront traités comme pirates.
Cette déclaration ayant été faite , le corfaire André
Rofe a défarmé dans ce port , & ayant donné congé
à la plus grande partie de fon équipage qui étoit
Angloife , il eft retourné à Minorque avec un paffe(
58 )
J
5009
ces
lettre de
port du Conful, Efpagnol. On affure gue dans de
port de Villefranche , deux autres corfaires défarment
également , ainfi que quelqu'autres à Cagliari;
mais on ignore le parti que prendront 4 de d
corfaires qui fe trouvent à Livourne , & dont les
équipages font en grande partie étrangers , patticulièrement
celui qui porte le nom de la Guépe , &
dont le Capitaine même aft Anglois niduo
Il y avoit apparence , lit-on dans une
Nice , que les corfaires Roule &
quile
trouvoient à Villefranche & qui y faifoient quarantaine
défarmeroient lorfqu'ils feroient admis à
pratiques mais après une conférence qu'ils learent
avec le Conful Anglois , ils réfolurent d'aller en
courle à Livourne , où réfident leurs Armateurs ;
alors &z matelots Minorquois , Chirurgien & 7
Africains les ont abandonnés & ont fait route pour
Marseille , les premiers avec un paffe-port du Conful
Efpagnol , pour fe rendre de la dans leur partric , &
les Africains avec un paffe-port de celui de France,
Probablement les autres mariniers de l'équipage des
deux corfaires fuivront l'exemple des premiers ; &
les fieurs Roulx & Théodoric feront obligés de les
remplacer par des gens d'un autre pays , s'ils veu- lent aller à Livourne A4 Z
doDe TU RIN les6 Octobre
LE 24 du mois dernier , le Roi tint Cha
pitre de l'Ordre fuprême de l'Annonciade
pour la réception des Chevaliers créés depuis
1771. Le lendemain le Comte de Marcolini
ayant déployé à Montcalier for caractère
d'Ambaffadeur extraordinaire de l'E
Jecteur de Saxe , fit la demande de Madame
Caroline pour le Prince Antoine -Clément
de Saxe, Le même jour , il y eur appartement
le foir chez la Reine à Montcalier ,
( 59 )
TO
& feu d'artifice ; le Dimanche , anniverfaire
de la naiffance de Madame la Princeffe de .
Piémont , il y eut bal. Le 24 , l'Ambaffadeur
de Saxe donna à la nobleffe bal &
fouper dans fa maifon de Turin. Havoit
fait conftruire d'après les deffins du Comte
Roubiland , un fallon magnifique , plus
agréable encore par l'élégance & le goût
des ornemens où l'on avoit établi une
table de 2 so couverts . Le 25 , le Roi donna
Stupinitza une fête avec illumination ;
Ambafludeur de Saxe en donna une le 26
à Turin. Le 18 le contrat de mariage fut
figné à Montcalier par toute la Famille
Royale & par les trois plus anciens Chevaliers
de l'Annonciade. Le lendemain la
bénédiction nuptiale fut donnée à Montcalier
par l'Archevêque de Turin ; le Prince
de Piémont avoit la procuration du Prince
' de Saxel do moral omobold P 18 xlund 55-20) cal
slav dva zynd erine and ima pah isy 122alaman
ESPAGNE
., is valls anal
>
F
De MADRID le 20 Octobre.
LES vaiſſeaux du Roi le Guerrier , ÞArrogant
& le Gaillard , qu'on avoit appelçus
le de la côte , jettèrent le 8 à midi
l'ancre dans la baie de Cadix. Ils apportent
le trefor & une partie des fruits de la
Havanne . Le 18 Août étant à 15 lieues de
la Bermude ils fe féparèrent par ordre
de la Cour du convoi confiftant en 68
voiles efcortées par un vaiffeau de ligne
cd fregates. On croir que ce convoi tou-
>
C 6
1609
chera aux Canaries , & que les 6 vaiffeaux
fortis dernièrement ont été à fa rencontre.
Nous ne l'attendons que dans quinze jours.
Les vaiffeaux de ligne apportent en argent
& en or pour environ 9 millions de piaſtres
, dont 7 millions appartiennent au
Commerce; outre cela , ils ont à bord 3414
furons de cochenille & 732 d'indigo . Le
refte des fruits eft répandu fur les bâtimens
du convoi , dont les chargemens confiftent
principalement en cacao , en bois de campêche
, fucres , &c . La totalité des cargaifons
de cette riche flotte peut être portée
à So millions de livres tournois ; fon arrivée
a comblé de joie le Commerce &
Cadix principalement.
Vendredi dernier on reçut à Cadix l'ordre
de fréter des bâtimens jufqu'à concurrence
de 6000 tonneaux , deſtinés à recevoir
4000 hommes de troupes . On ignore
fi ce corps paffera dans nos poffeffions d'Amérique
ou à Mahon . 1
» La frégate du Roi le Rofaire , écrit- on de
Barcelone , a mouillé aujourd'hui ici ( 16 ) , venant
de Mahon. Elle a mis à terre quelques Coldats &
marelots prifonniers de guerre , des Chirurgiens , 16
femmes & 20 enfans. Elle amenoit encore Maures
& leur Interprète . Tout ce monde a été placé dans
le dépôt des Préfides , jufqu'à ce que l'on fache ce
que la Cour aura déterminé à leur égard. Il eft venu
en même-tems 6 déferteurs Anglois , auxquels on
donner des paffe - ports , puifque , felon les loix
du Royaume , ils ne peuvent pas s'arrêter dans les
Domaines de S. M. Les Officiers de la frégate
rapportent que tant qu'ils ont été dans les eaux dè
( 61 )
Mahon , ils ont entendu une vive canonnade & un
bruit de moufqueterie qui duroit depuis plus de
9 heures , & qui avoit pour objet l'attaque du pofte
où ils favoient que M. de Crillon avoit placé cent
de fes meilleurs Grenadiers ; fi le Commandant de
la place a voulu les débufquer , M. de Crillon n'aura
pas manqué de les faire foutenir ; & les premiers
avis que nous recevrons de la Place, nous apprendront
de quel côté aura été l'avantage «,
Nos nouvelles de cette Ifle vont jufqu'au
27 Septembre. Elles nous ont manqué jufqu'à
préfent , parce qu'il a régné un vent
fi fort & fi contraire , qu'il a rendu impoffible
l'arrivée & l'entrée des bâtimens ,
& retardé par conféquent la defcente des
troupes , de l'artillerie , des munitions &
des autres objets qu'on fait être partis de
Barcelone & de nos autres ports. Pendant
ce tems , le Duc de Crillon s'eft occupé
des difpofitions & des mefures qu'exigeoit
l'état actuel des chofes en faifant
réparer les chemins depuis le port de Fornella
& depuis les différens parages & les
cales les plus voifines de Mahon , pour
les rendre plus commodes & propres à
faciliter le débarquement des fecours qui
doivent s'y préfenter.
,
» Notre armée campée , ajoutent ces nouvelles , a
toujours tenu la Place ennemie fi refferrée par une chaî
ne de poftes à portée du coup de fufil , que perfonne n'a
pu y entrer ni en fortir . Conféquemment à one reconnoiffance
que le Duc de Crillon avoit faite à
différens poftes , jufqu'au pied même de l'efplanade ,
il ordonna que dans la nuit da 14 , quelques Volon .
taires de Catalogne attaquâffent des gardes - avancées
que l'ennemi tenoit hors de l'eftacade ; cette opé(
62 )
notre
ration fe fit avec tant de vivacité & de fuccès ,
qu'elles furent obligées de fe renfermer dans fe
effe le
chemin couvert , fans quque nous ayons perdu un
feul homme à cette attaque , quoique les Anglois
fiffent un feu terrible de deſſus leurs remparts ;
comme le Général avoit prévu cette ripofte de la
Place, & qu'il y avoit à craindre qu'elle ne jeuật
quelque alarme dans notre camp , fi on ignorolt
la caufe de cette nouveauté , il en avoit fait donner
avis au Commandant de jour , mais avec réſerve ,
en le chargeant de tenir cet avis fecret , & de laiffer
les Officiers & les troupes prendre des meſures qui
feroient néceffaires dans le cas d'une furprifes, quoi.
qu'il di bientôt les faire, retirer . Le réfilter fat
tel que l'avoit prévu le Duc en un inftant la troupe s
fut fous les armes & difpofée à tout ce qu'on voudroit
Tui faire entreprendre . Le jour fuivant , le Général
parat au amp , & y fut reçu avec les mêmes acclamations
dont le foldat l'a toujours accueillis - Ser
la nouvelle qu'on eut des difpofitions de l'ennemi
Pour quelque ouvrage nouveau du côté de la Cale
de Saint Etienne , il fut attaqué dans la nuit du 18 ,
& on eut l'avantage de le furprendre & de le faire
rentrer dans fe Fort , fans perte d'aucun. homme de
notre côté , mais on peut eut croire que certe action lui
a tré plus funeſte , fi l'on en juge par les gémil
femens des bleffés qu'ils ont retirés & dont les
plaintes ont été entenduesSpar nos troupes, → Le
Dug de Grillon s'étant foulagé de l'embarras que dui
cauleit la garde des prifonniers & nombre de familles,
Grecques & Juives eu befoin diane gat .
niſon moins forte à Mahon , & il a fait campende
régiment de l'Amérique avec ceux qui compofeat
¿l'armées, pimennal vasváb mol faid booH
14A NAGOLDE TERRE usboort
vorerada palate Dua Terimal ob pohovor
not De LONDRES , le 29 Octobre.
ON attend toujours
311 031 0g 3otus nology
urs avec impatience des
( 63 )
7
3
nouvelles de l'Amérique Septentrionale .
Depuis l'arrivée des dépêches de l'Amiral
Graves , on a lieu d'être fort inquiet fur
la fituation du Lord Cornwallis . Suivant
les derniers rapports , fon armée étoit compofée
des 233 33 , 43 , 71 , 76 & 80° régimens
d'infanterie , du corps des Chaffeurs
de la Reine , de deux régimens d'Anfpach
, du régiment Hellois de du Buy &
de la légion de Tarleton ; partie de ces
troupes fous les ordres du Général même ,
étoit à Suffolk le corps de Tarleton à
Richmond , & celui que cominandoit cidevant
le Général Arnold , à Portsmouth.
Les Miniftres femblent craindre de recevoir
avec les premières dépêches de ce pays ,
les articles de la capitulation du Lord Cornwallis.
Cette alarme eft tellement fondée ,
qu'ils ont jugé néceffaire de raffurer la nation
par des eſpérances ; & la lettre fuiyante
qui a été imprimée dans la plupart des
-papiers fur lefquels ils ont quelque influence
, paroît être entièrement leur buvrage.
T
1533
›
Quoique la dernière action entre les efcadres
Françoife & Angloife devant la Chéfapeak ne
fe foit point terminée d'une manière auffi farisfalfante
que les amis de ce pays auroient pale delirer ,
obna cru voir par la relations même de ce combar
que l'Amirab Graves lors de la jonction avec
Hood , bien- loin d'éviter l'ennemi , comme les
frondeurs ne ceffoient de le publier , a été le premier
à l'aller chercher. Si la traverfée de l'Amiral
Digby cût été plus courte de quelques jours , fon
renfort auroit pu rendre très - différent l'évènement
de ce combat. Au furplus , ccoommmmee le Public feroit
( 64 )
très- excufable de voir avec chagrin que notre efca
dre eft retournée à New-Yorck en laiffant ainfi
les François paifibles poffeffeurs de la Cheſapeak ,
on le prie de donner quelque attention aux confidérations
fuivantes , qui femblent très importan
tes. Il paroît , par le N. B. ajouté à la fin de
la Gazette de la Cour , que l'Amiral Graves avoit
fermé fon paquet lorfqu'il a été joint par le Pru
dent , vaiffeau frais de 64 canons , & que l'Amiral
Digby venoit de paroître fur la côte avec trois vail
feaux qui ne faifoient que fortir du chantier, &
du nombre defquels eft le Prince George , de 98 (1).
En examinant donc avec foin la relation de l'Amiral
Graves , il eft aifé de voir que fur fes 19 vailfeaux
, il n'y en a que 12 qui aient donné. Au
moins n'y a-t il pas eu un feul homme tué ni bleffé
à bord d'aucun des fept vaiffeaux reftans. Nous
avions perdu le Terrible , un des douze qui ont
combattu. Le Shrewbury , Intrépide , le Montague
& l'Ajax font les feuls que l'on cite comme
ayant reçu des dommages confidérables ; la Princeffe
aura eu bientôt remplacé fon grand mât de
hune. Actuellement donc que l'efcadre eft renfor
cée par l'arrivée de l'Amiral Digby, avec le Prince
George de 98 canons , le Canada , de 74 , le Lion
& le Prudent , de 64 , n'eft - il pas raifonnable de
fuppofer que cet Amiral , qui va prendre le commandement
en chef, mettra la voile fans perdre
de tems , four aller chercher les François , en
ne laiffant dans le port que les vaiffeaux défemparés.
Il eſt impoffible que nous ayons tant fouffert
dans le dernier combat fans que les François
(1 ) Il femble que l'annonce de l'arrivée de Digby , méri
toit bien que M. Graves rouvrit fon paquet ; fur-tout quand
on confidère qu'il a avec lui un fils du Roi , que depuis fon
départ on n'en a point de nouvelles , que fa traversée paroît
avoir été longue , & qu'on doit avoir des inquietudes qu'un
mot auroit diffipées ; après cela on peut douter que Digby
fut arrivé.
( 65 )
aient été maltraités à proportion. En conféquence
fi nous n'avons pas hésité de les attaquer avec
19 vaiffeaux , nous pouvons le faire une feconde
fois avec d'autant plus de confiance , que nous avons
le même nombre de bâtimens tous en très-bon état .
Voilà ce qui porte à croire que nous ne tarderons
pas à recevoir de meilleures nouvelles de l'Amérique
Septentrionale , fur- tout fi l'Amiral Digby
eft renforcé par le vaiffeau le Robufte , de 74 canons
, & deux ou trois autres des vaiffeaux de so,
qui font partie de l'efcadre de New- Yorck ; favoir :
le Centurion , le Chatam , le Warwick & l'Adamant,
tous bâtimens qui peuvent actuellement
combattre , & qui , à l'exception de l'Adamant ,
paroiffent n'avoir pris aucune part au dernier engagement.
Quoique l'Amiral ne parle. dans fa relation
ni du Robufte , ni des autres vaiffeaux , on a lieu
de croire qu'il les avoit laiffés pour la défenſe de
Sandy-Hook. Dans ce cas , les vaiffeaux défemparés
pourront remplir le même objet en reftant à l'ancre ,
quoique peut- être ils ne foient pas en affez bon état
pour tenir la mer. Il eft donc évident que l'Amiral
Digby peut aller attaquer l'ennemi , puifque
les cinq vaiffeaux de ligne perdus ou défemparés
font remplacés par cinq autres tous frais & qu'il
en a de plus quatre autres de so en état de lui
rendre le plus grand fervice . Tout ce que l'on doit
appréhender , c'eft que les François ne jugent pas
a propos de l'attendre « .
Ces efpérances ne prennent pas autant que
le Ministère le defireroit. On fait que cette
prétendue égalité qu'on donne à l'Amiral
Digby, s'il eft arrivé, n'eft qu'une fuppofition,
Lorfqu'il retournera chercher M. de Graffe
il le trouvera renforcé par M. de Barras ,
qui lui a conduit 8 vaiffeaux ; & l'on fe
rappelle qu'il en avoit 28 avec lui , & que.
((+66) )
J
asil, alcombattu ravec : 24 feulement joc'eft
qu'il n'en avoit pas befoin ; les 4 autres
étoient dans la Chéfapéak , où ils ont fans
doute pris ou coulé à fond les frégates de
l'armée de Cornwallis . Ce fervice a dû être
rempli , & l'armée Françoife eft forte de
36 vaiffeaux ; s'il n'a pas cherché à renouveller
le combat que l'Amiral Graves åvolte
qu'il n'étoit pas en état de recommencer
lui-même , c'eft que fon grand objet étoit
de nous barrer la Chefapéak , de nous empêcher
de débarquer 2000 hommes que nous
a conduifions au Lond Cornwallis & defe
conferver sla liberté de faire defcendre à
terre les 3 à 4000 François qu'il avoit avec
lui pour renforcer le Marquis de la Fayette.
» Le Gouvernement a beau faire , dit un de nos
papiers , il ne diffipe pas nos inquiétudes , & elles ne
peuvent être plus fondées. Nous favons de trèsbonne
part que 2 régimens devoient s'embarquer à
St Chriftophe pour New -Yorck , quelques jours
avant que l'Amiral Hood quittât les Illes ; & comme
on n'a point eu de nouvelles qu'ils, foient arrivés à
leur deſtination , ni qu'ils fe foient fauvés avec la
frégate qui les efcortoit , on a lieu de craindre qu'ils
ne le foient trouvés à bord des bâtimens qui ont été
conduits dans la Chéfapéak par l'efcadre du Comte
de Graffe, Nous craignons d'apprendre auffi que 1
bâtimens marchands une foient tombés dans cette
forte. D'un autre côté , on aſſure que le Gouvernement
vient de recevoir la nouvelle authentique , de
la prife du 29e régiment d'infanterie les Améri
cains , qui lui ont ferm le paffage lors de fa retraite de
agelors de la retraite de
Six à Charles-Town, & l'ont tellement invefti
Ninety-Six
-qu'il n'en eſt pas échappé un ſeul homme. Ce corps
&
€
((867) )
palloit pour être un des mieux difciplinés de toutes
nos troupes , & il n'y avoit que peu de mois qu'il
fut arrivé en Amérique. Les lettre de Philadelphic
du 25 Juillet , préparoient à cet évènement. » Selon
les dernières nouvelles de la Caroline , lit- on dans
ces lettres , le Lord Rawdon , à fon retour de
Ninety - Six , en avoit renforcé la garnifon de 100
hommes. Il s'étoit retiré enfuite à Charles Town ,
où venoient le joindre les troupes qui s'étoient miles
en marche d'Orangebourg qui en eft éloigné de so
milles. Il paroit que la mortalité qui a ravagé l'armée
de ce Lord , doit être attribuée uniquement à la
marche forcée qu'il a fait faire aux troupes , auffinor
après deur arrivée , & dont il n'a retiré d'autre
savantage que celui de fecourir pour fortpeu de tems
le pofte de Ninety- Six , puifqu'il y a lieu de préfumer
que le brave & infatigable Major Gréen a
reparu devant cette place , & l'a complettement
inveftie &. On a fy depuis en effet qu'elle n'étoit
%
plus
plus en notre pouvoir.
6
-
inse
Pour nous raffurer encore fur le fort de
la Virginie & du Lord Cornwallis , on ne
manque pas de publier que Mode Graffe
sa dû retourner aux Ifles dans le mois d'Octobre
, pour escorter les flottes marchandes
len Europe ; on en conclut qu'en ce cas le
Lord Cornwallis n'a pas dû tarder à rece-
US3511
des fecours de New-Yorck. Mais on
demande fi après le combat de Septembre ,
M. de Graffe aura quitté ces parages avant
-d'avoir terminé l'affaire de la Virginie &
du Général S'il n'eft pas vraisemblable
qu'après avoir porté les plus grands coups
de ce côté , il aura étéstàa New York,
& fi cet objet fi intéreffant pour nos en- 2
( 68 )
nemis , ne l'aura pas emporté fur le foin
d'escorter une flotte qui , après tout , peur
partir plus tard ; il eft au moins douteux
que les François ne confervent pas toutes
leurs forces dans l'Amérique Septentrionale
& dans les Ifles ; la marche apparente des
opérations actuelles , fe dirige toute entière
de ces côtés ; & il y a lieu de croire que
c'est là que, reftera fixé le théâtre de la
guerre.
Les Espagnols paroiffent auffi y porter
leurs efforts ; un vaifleau arrivé , dit- on , de
St -Auguftin , rapporte du moins que cette
ville eft inveftie par une efcadre de 10
vaiffeaux de ligne avec so tranfports , à
bord defquels il y a 400 hommes de trou
pes. Si cette nouvelle fe confirme , on peut
encore s'atendre à la perte de cette place
où nous n'avons que 250 hommes de
troupes réglées , ce qui completteroit la
conquête des deux Florides que l'Espagne
n'a cellé d'avoir en vue , depuis la ceffion
qu'elle nous en a faite à la dernière paix,
» Le Miniſtère , lit - on dans prefque tous nos
papiers publics , travaille depuis quelques mois à
un plan de réconciliation avec les Américains ; il a ,
dit-on , été remis aux principaux Membres du Congrès
, qui l'ont approuvé , jugeant que ce plan de
vroit être accepté pour le bien- être des deux nations ;
mais qu'il devoit être , avant tout , confirmé &
ratifié par le Parlement Britannique , avant qué le
Congrès pût délibérer fur les articles . On ajoute
que cet avis eft arrivé avec les dernières lettres de
Sir Henri Clinton ; qu'il en fera queftion dans les
( 69 )
-
premières féances du Parlement ; que ces articles
font tenus fort fecrets , & que l'on ne doute nullement
que le plan ne réuffiffe . Ceux qui connoiffent
les affaires de l'Amérique , les difpofitions des
elprits dans cette partie du monde , les engagemens
du Congrès avec les Puiffances étrangères , & l'or
gueil d'une nation qui fe regarde déjà comme une
nouvelle République , favent bien que les Améri
cains ne traiteront jamais qu'en ftipulant expreffément
leur indépendance. Ils regardent , en conféquence
& aveć raifon , tous les rapports contraires,
comme des impoftures miniftérielles , pour difpofer
la Nation aux demandes qu'on eft obligé de faire à
la rentrée du Parlement , qui doit s'aflembler le 27
du mois prochain. Il ne feroit cependant pas étonnant
que le Ministère penfat férieufement au rétabliffement
de la paix ; car les charges des habitans
des trois Royaumes font confidérablement aggravées
depuis 1776 , ou le commencement de la
guerre avec l'Amérique , comme il paroît par le
calcul fuivant. En l'anné 1776 , les charges fur le
peuple furent aggravées de 73 , coo liv. fter ; en
1777 de 242,000 ; en 1778 de 336,000 ; en 1779 de
378,000 ; en 1780 de 701,606 ; en 1781 de 110,000.
Les Juillet 1781 , la dette nationale montoit à
177,206,000 liv. fterl. , & fi on y ajoute les 21
millions , négociés en l'année préfente , la dette
nationale montera le premier Janvier 1782 , à cent
quatre-vingt-dix -neuf millions de livres sterlings ,
dont les intérêts forment chaque année un total de
huit millions ; ce qui revient à -peu-près à la moitié
de plus qu'avant le commencement de la préſente
guerre ; les intérêts fe trouvoient au premier Janviet
1776 à quatre millions & trois cens mille livres
fterlings NALANG
2
1
A tous les motifs que nous avons de dou
ter dú fuccès de nos efforts pour nous ré
((70 ))
concilier avec nos colonies , on peutjoin
dre cette lettres de Philadelphie du 20
Juillet .
30
9 40
new
s
Le Congrès a nommé cinq perfonnes qu'il a
autorifées à faire un emprunt dans l'étendue des
Etats - Unis , en faveur des citoyens vertueux de la
Caroline Méridionale qui ont généreufement préféré
une pauvreté paflagère & l'exil , à la liberté & à
l'abondance dont ils auroient jour pour le moment
s'ils avoient voulu fe foumettre à l'eflavage Bri
tannique. Les fommes qu'on prêtera feront garanties
par le Congrès, & remboursées par l'Etat de la Gatos
line Meridionale. On efpère que les vrais Américains
faifiropt cette occafion de montreràvos ennemis
que les habitans des Erats - Unis méritent réellement
le nom de frères qu'ils fe donnent réciproquement "
On a beaucoup d'inquiétudes pour la
flotte de la Jamaïque. Il a régné dans le
mois d'Août des vents violents qui pourroient
lui avoir fait beaucoup de tort fi elle
avoit mis à la voile on efpere que felle
a attendu qu'ils fullent pallés , elle fera par
tie à rems pour éviter ceux qui règnent enq
Novembre & en Décembreus & vdansoon?
cas nous nous flattons de la voir arriver
heureufement.
S
f
ERU -
Le Général Mathews fuccède , dit- on,
au Général Vaughan dans la place de Coma
mandant en Chef de nos troupes aux ifles
du Vent. Ce Général eft non-feulement ai
má de tous les Officiers avec lefquels il
forvi jeilea fu fe concilier encore l'effime
de tous les riches habitans de nos illes.
On espère que le choix qu'on a fait de lui «
pour un commandement de cette impor-
T
race pranimera l'union fi néceffaire au bien?
général , & qui avoit été entièrement
déb
truite par l'ignorance
ou par la rapacité
de fes prédécefleurs
.
t
62
1
as Les vailleaux de la Compagnie des Indes , def
tinés pour cette partie du monde , écrit - on de
Portsmouth font arrivés le 23 dans ce porr ,
fous le convoi du floop de guerre le Merlin '
ces bâtimens reſteront ici jufqu'à ce qu'ils foient
joints par quelques autres vailleaux de la Compagnie
ayant même deftination , & qu'on ait nommé
un convoi pour les efcorrer à Sainte - Hélène , ou
une partie de ce convoi fe joindra aux vailleaur
qi doivent revenir en Angleterre avec les prifes
faites par le Commodore Johnſtone , tandis que
l'autre continuera la route pour l'Inde. On
prétend qu'un des vaiffeaux Hollandois pris à Sal
dahna , ne viendra point en Angleterie. Comme ce
bâtiment eft chargé d'articles qui manquent dans
l'Inde , il ira , de Sainte-Hélène avec la flotte de la
Compagnie a quelques - uns de nos établiſſemens
our le navite & la cargaifon feront vendus. On dit
que des bâtimens ont erd affares ces jours derniers
pour 170,000 liv. fterling, La Compagnie attend
encore 13 vailleaux , qui doivent arriver avant les i
Fêtes de Noel. Il en doit partir auffi 16 pour l'Inde
avant cette époque. On dit qu'ils partiront vers
la mi -Novembre ; mais très
feront
lieu de
pas prêts à la fortainement ils ne
une
croire que le Lord de l'Amitauté leur don19 S
efcotte affez confiderable pour qu'ils n'aient pas a
craindre de fort de ceux qui font tombés l'année
dernière entre les mains des Eſpagnols . —Le Renowne
arrivé avec la flotte de l'Inde , n'étoit pas le vailleau
que l'on avoit cavoyé à Sainte Hélène. C'eſt à
Annibal , de so , que l'on a donné cette miffion
& il n'y écoit point encore arrivé lorfque la dotte
Floqmi 91150 ob Jasmsbuanxide is 100q
བར
Tx
( 72 )
en eft partie. Quant au Renown , il n'avoit été
expédié que pour l'attendre aux Açores « .
Nos Papiers ont fupputé les pertes que
les Hollandois ont faites depuis le commencement
de la guerre. S'il faut les en
croire , ils ont plus perdu en 10 mois que
les quatre autres Puiffances belligérantes ;
ils ont perdu pour plus de 3 millions ſterl.
à St-Euftache , plus d'un million & demi
en navires marchands , & plus d'un autre
million par less vaifleaux de leur Compagnie
des Indes enlevés par Johnſtone ,
fans compter la perte de plufieurs riches
colonies.
Le Parlement d'Irlande affemblé le ୨ de
ce mois , a continué fes féances juſqu'au 11
qu'il s'eft ajourné au 29. On ne lui a fait
encore aucune demande de fubfides de la
part du Roi , mais on lui a infinué que
puifque S. M. opéroit par fes fages difpofitions
l'accroiffement du commerce , des
manufactures , de l'agriculture & de la
pêche de l'Irlande , ce Royaume devoit à
fon tour contribuer au maintien du crédit
national , à l'entretien du Gouvernement &
à la fûreté publique. Les Communes dans
leur réponſe au difcours du Vice-Roi , ont
promis leur affiftance pécuniaire ainfi que
leur fidélité & leur attachement au Roi &
à' la Grande- Bretagne .
En attendant les nouvelles importantes
qui doivent arriver inceffamment , on ne
fera pas fâché de trouver ici le tableau fuivant
( 73 )
vant de l'état des affaires à l'époque actuelle.
Nous nous empreflons de le tranfcrire , parce
qu'il contient quelques réflexions fur les dernières
dépêches de nos Commandans ſur
mer.
Dans le combat de la Ché apeak , notre efcadre
étoit inférieure à celle de l'ennemi ; cependant malgré
cette inégalité de forces fur 19 vaiffeaux que
nous avions , il y en a 7 qui n'ont pris aucune
part à l'action , & qui ont laiffé tranq illement battre
les douze autres par 24 vaiffeaux ennemis. Une
telle conduite dénote nécellairement ou bien peu
de capacité de la part du Commandant , ou défobéiffance
entière à fes ordres . Lorfqu'il fe trouvé
une grande disparité dans le nombre ou dans la
force , le vrai courage & l'habileté confiſtent à employer
heureufement tous les petits vaiffeaux contre
ceux de la grande efcadre qui en font féparés sz
détachés. Dans cette affaire , nous avons adopté
un plan tout- à- fait oppofé ; auffi avons -nous eu un
contre- Amiral fi maltraité , qu'il a été obligé de
changer fon pavillon , quatre autres vaiſſeaux ont
prodigieufement fouffert , & l'un d'eux , le Terrible
, s'eft trouvé tellement avarié , qu'il a été
condamné par un confeil de guerre à être brûlé.
Qui croiroit que pendant que nous étions fi horri
blement battus d'un côté , un Vice Amiral n'a pas
été touché non plus que toute la diviſion ! c'eſt
un mystère que le tems nous dévoilera .
"
Pour nous confoler ou nous dédommager de
nos pertes , qu'avons-nous fait à l'ennemi ? Rien
abfolument rien , autant que nous en pouvons juger
par la relation que les Miniftres ont publiée. L'ennemi
étoit mouillé à la baie de Chéfapeak , il en
eft forti dès qu'il a vu notre eſcadre ; il l'a combattue
auffi long- tems que cela lui convenoit , & il a
repris fa ftation dans le même mouillage quand il
l'a jugé à propos.
10 Novembre 1781.
d
( 74 )
Il y a dans la même relation un paffage fi obfcur,
qu'il n'eft pas poffible de l'entendre . » Dans l'état
» délâbré où nous étions , nous n'eumes point
envie d'attaquer l'ennemi , qui ne parut pas non
plus difpofé à renouveller le combat . Quoi !
nous n'eumes point envie d'attaquer une efcadre
Françoiſe mouillée en dedans du Cap , & qui en
fermoir l'entrée , ainfi qu'il eft dit dans le même
paragraphe. A-t- on jamais vu un paradoxe de cette
nature ? Et quel parti prit notre Amiral ? Il fe
conforma à la réfolution prife par le confeil de
guerre , & il fe détermina à aller à New-Yorck
avec l'efcadre avant l'équinoxe , au lieu d'attaquer
les François , qui étoient mouillés fur nos propres
territoires qui bravoient notre efcadre. Nous defirerions
bien fincèrement que les François n'aient
pas envie de le fuivre , & de le bloquer , lui , fa
Hotte & notre armée à New - Yorck . Cependant
comme les François & les Américains font actuellement
les maîtres dans la Virginie & dans la Caro-
Jine , que deviendra le Lord Cornwallis , fon ar
mée & tous les détachemens ? A quoi doivent-ils
tous s'attendre ? Qu à une deſtruction totale , ou
à une captivité honteufe.
>
De l'Ouest paffons à l'Eft , ou plutôt au Sud , J &
nous verrons les grands exploits du Commodore
Johnſtone. Il eft curieux de revenir fur les
premières dépêches , & de voir comme il s'eft défolé
d'être obligé d'éviter M. de Suffren une fe
conde fois , de peur de ne plus pouvoir exécuter
l'entreprise pour laquelle il avoit été envoyé. C'eft
fans doute pour cette railon qu'il a pris le parti
de laiffer les François , après le combat de Saint-
Jago continuer leur voyage , au moyen de quoi
ils l'ont devancé & ont fait avorter fes projets.
Il eft inutile de demander ce que le Commodore
pour lesSpauvres Rois & Princes de Ternate
de Nidore , ainfi que pour leurs familles ref
fait
( 75 )
pectives long tems opprimées. Les Miniftres fe
taifent là - deffus comme fur beaucoup d'autres
chofes .
Enfin , qu'eft devenu le Commodore ? D'où a
t-il écrit ? Où devoit- il aller ? Pourfuit-il fon voyage
dans l'Inde ? Revient-il en Angleterre ? Tout
eft un fecret pour la Nation.
On préfume que la grande efcadre partage fes
vifites entre les côtes de la France & celles de
l'Espagne , attendant les flottes marchandes de ces
Puillances à leur rentrée , comme elles attendoient
les nôtres il y a quelque tems , avec cette différence
quelle attend celles des ennemis trop tôt
& les nôtres trop tard.
120
L'efcadre du Nord obferve toujours les Hollandois
qui fortent & qui entrent, Peut-être quelvaiffeaux
peuvent l'épier fous pavillon neutre ,
mais une grande efcadre ne pourroit le faire fans
être
regardée d'un très-mauvais oeil de notre part
en dépit du Roi de Pruffe & de toute la neutralité
armée .
Le Parlement d'Irlande s'eft affemblé. Il a vu
fon nouveau Vice- Roi , il a entendu fa harangue.
Les Membres fe font regardés , ils ont parlé ,
ont rédigé une ad effe & fe font féparés.
FRANCE.
ils
De VERSAILLES , le 6 Novembre;
LE 28 du mois dernier , au matin , le Parlement
de Paris , la Chambre des Compres
la Cour des Aides , la Cour des Monnoies
& le Corps- de-Ville de Paris , conduits par
M. de Nantouiller & M. Watronville
Maître & Aide des Cérémonies , préfentés
par M. Amelot , Secrétaire d'Etat ayant
d 2
( 76 )
lé département de Paris , furent admis à
l'Audience du Roi , & le complimentèrent
fur la naiffance de Monfeigneur le Dauphin.
Les Chefs de ces Compagnies porterent
la parole. Elles eurent enfuite l'honneur
de complimenter Monfeigneur le
Dauphin .
L'après-midi le Grand- Confeil , l'Univerfité
, l'Académie Françoife furent conduits
de la même manière & préfentés au
Roi , & enfuite à Monfeigneur le Dauphin.
S. M. a nommé à l'Evêché de Châlonsfur-
Saône , l'Abbé du Chilleau , Aumônier
de la Reine , Vicaire- Général de Metz , &
à l'Abbaye de St - Rambert , Ordre de St-
Benoît , Diocèle de Lyon , l'Abbé de Chantemerle
, Vicaire- Général de Valence.
L'Infirmerie Royale fondée ici par Louis
XIV. , n'étant plus proportionnée aux be.
foins des habitans , vu l'accroiffement confidérable
de la population , le Roi fur les
repréſentations du Maréchal Duc de Marchy
a donné , par lettres- patentes , une
nouvelle forme à cet établiffement , S. M.
a augmenté en même-tems de 20,000 liv,
la dotation annuelle , & ordonné la conftruction
de bâtimens plus fpacieux .
De PARIS , le 6 Novembre.
ON attend avec la plus vive impatience
des nouvelles de l'Amérique Septentrionale.
Les dépêches de M. de Graffe concernant
les opérations de notre efcadre & de notre
( 77 )
armée ne peuvent qu'être importantes. Des
puis qu'on eft affuré que l'Amiral Graves
conduifoit 2000 hommes dans la Chéfapéak
, on ne doute plus que le Lord Cornwallis
n'ait gardé fa pofition , & qu'il n'ait
été entouré par les trois corps d'armée qui
marchoient vers Portſmouth .
S'il faut en croire un bâtiment forti
d'Oftende & arrivé à Nantes , il a rencontré
le 18 de ce mois près de Portſmouth
la flotte de la Jamaïque ; mais il n'a compté
que 68 voiles , ce qui feroit fuppofer que
plufieurs s'étoient féparées vers le cap Clear.
Cette nouvelle eft encore très - vague , &
on en a plufieurs qui font très- contradictoires
. On écrivoit il y a quelques jours
d'un autre port , que cette flotte avoit été
accueillie à fa feconde fortie vers les premiers
jours du mois d'Août , par un ouragan
qui l'avoit détruite en partie. Nous
ne crûmes pas devoir nous arrêter à cet
avis , parce qu'on avoit à Londres des lettres
de cette ifle en date du 10 Août , qui
ne faifoient aucune mention de cet accident.
En voici cependant une espèce de
confirmation. Nous n'entreprendrons pas
de concilier ces rapports contradictoires ;
nous nous contenterons de les copier ; le
tems les débrouillera .
» On voit ici , écrit-on de la Rochelle , une
lettre du Cap François , en date du 27 Août , par
laquelle on apprend que la flotte de la Jamaïque
s'étant hafardée de remettre en mer , a été difd
3
( 78 )
perfée deux jours après par un coup de vent qui a
jetté 73 navires fur la côte même de l'Ifle ; deux
frégates de l'efcorte ont eu le même fort. Le 12
Août , on ignoroit encore ce qu'étoient devenus
les autres navires du convoi , ainfi que le vaiffeau
de ligne chargé de l'escorte.
Selon
une
autre lettre de SaSaint- Domingue
, en
& non
date du 29 Août ,
l'ouragan a caufé beaucoup de
dégâts à la Jamaïque ,
principalement à Kingston ,
dont il a détruit les
principales
fortifications. La
date de ces ravages eft du 18 Août
des premiers jours du même mois , ce qui ne pou
voit pas s'accorder avec les avis de Londres, Le bâ
timent qui a apporté ces triftes nouvelles pour
l'Angleterre , eft parti le 2 , Septembre des Cayes,
où l'ouragan ne s'étoit pas fait fentir non plus
qu'au Cap c
$7.
20:15
3D
Ces détails , ceux fur -tout de cette dernière
lettre ,
paroiffent d'un grand poids ; on ne
peut tarder à recevoir des nouvelles décifives
qui juftifieront ou démentiront le rapport
du bâtiment d'Oftende. Le Capitaine
qui a pu s'être trompé fur ce point , raconte
auffi que le 19 il a rencontré l'Amiral Darby
qui faifoit route vers Portſmouth . Ainfi voilà
la riche flotte de l'Efpagne à peu- près en
fûreté. Il eft bien à fouhaiter que le convoi
de St -Domingue, qu'on attend vers la fin de
l'année arrive auffi fans accident.
100
Le convoi de la Havane n'eft,point arrivé,
comme nous l'avions dit , le lendemain
que parurent les vaiffeaux de regiftre ; c'eſt
fur un avis de Bayonne que l'on l'a annoncé.
Nos lettres de Cadix du 12 de ce mois ne par
lent que de l'arrivée de la frégate Françoile
A.A
( 79 )
Aurore ; elle a été envoyée pour fervir d'efcorte
aux bâtimens François qui doivent
paffer le détroit.
Le 18 de ce mois , écrit- on de Breft , la frégate
la Cléopâtre , commandée par M. le Comte
de la Croix , Capitaine de vaiffeau , eft arrivée ici
avec la corvette le Serin & le Faucon.
-
,
--
Le
Roi a accordé 1200 liv . de penfion à la veuve de
M. Gafquet. Le 20 , l'Amphitrite commandéé
par M. de Tarrade , Capitaine de vaiffeau , eft
partie pour le rendre à l'Orient , où elle va pren
dre fous fon eſcorte plufieurs bâtimens du convoi
deftiné pour ce port. Le même jour eft arrivé
un convoi de Nantes composé de 12 à 15
voiles , chargé de bois de conftruction , de munitions
de guerre & de bouche , efcorté par la
frégate l'Attalante , aux ordres de M. de la Faye ,
Capitaine de vaiffeau." La Couronne a été don
née à M. de la Motte- Piquet , & on travaille à
l'armement de ce beau vaiffeau avec beaucoup d'ac
tivité. On ne met pas moins de célérité dans l'é,
quipement des efcadres deftinées à eſcorter les convois
des Indes & de l'Amérique ; avant la fin du
mois de Novembre , tout fera en état de mettre à
la voile <<.
Ce n'eft que le 22 Octob. que les troupes &
les bâtimens deftinés pour Minorque furent
entièrement hors du port de Toulon . Comme
le vent étoit très bon & qu'il fe foutenoit
le 24 , on écrit de Marfeille qu'ils ont
pu aborder à leur deftination 3 ou 4 jours
après leur départ .
Nous apprenons par les mêmes lettres
du 24 que la barque du Roi l'Eclair ,
commandée par M. de Sade , Enſeigne de
vaiffeaux , s'eft emparé d'un navire forti de
d4
[ ( 80 )
Livourne avec pavillon impérial. Mais l'équipage
& le Capitaine même étant Anglois
, & les
connoiffemens n'étant pas non
plus en bonne forme , il paroît que le bâtiment
fera condamné . Sa cargaifon , confiftant
en ballots de foie , eft eftimée plus de
1500 mille livres . M. de Sade a conduit
cette riche prife à Toulon .
念:
ce
Selon les lettres de Londres , le Commodore
Johaftone revient avec les vaiffeaux.
de l'Inde qui doivent toucher à Sainte-
Hélène & avec fes prifes. Le Capitaine de la
Bombarde écrit , dit-on , que fi ces prifes
arrivent à bon port , il aura pour fa part
quelques
centaines de guinées. Dans c
cas , il fe pourroit que les Hollandois n'euffent
pas déchargé leurs vaiffeaux , mais il
n'eft pas
vraisemblable alors qu'ils les
euffent laiffés
imprudemment dans une baie
ouverte. On fe rappelle du moins que l'Agent
du Roi au Cap de Bonne Espérance
avoit donné avis il y a trois mois que ces
vailleaux étoient déchargés.
Quoiqu'il en
foit , Johnſtone a envoyé dans l'Inde fon
convoi avec les vaiffeaux le Héros , le
Montmouth , & 2 frégates aux ordres du
Capitaine Wood , il ramène le Jupiter &
l'Ifis.
Parmi les traits de bonheur & de bravoure qu'offre
fréquemment la petite guerre fur mer écrit-on des
Sables en voici un qui mérite d'être cité. Le Capitaine
Naudin , de ce port , commandant un bric
de cent tonneaux , venant de Bayonne , avec un
chargement pour Nantes , avoit fuivi un convoi qui
( 81 )
ferendoit à Breft, & s'en étoit féparé par le travers du
Pilier petit fort , fur un îlot, près Noirmoutier, pour
rentrer dans la rivière de Nantes ; il n'imaginoit
pas que dans ces parages , après le paffage d'une
flotte , il pourroit rencontrer un corfaire ennemi ;
il en trouva un de Jerfey , armé de 2 canons de
3 à 4 livres , & n'ayant plus que 12 hommes d'équipage
, parce qu'il avoit mis les autres fur différentes
prifes. Le bricq n'étoit armé que de deux pierriers
, fix hommes & deux mouffes ; il fe battit
pendant une heure & demie ; au bout de ce tems ,
les munitions lui manquèrent , & il amena . L'Anglois
envoya fix hommes à bord , & fit conduire
au fien les fix François ; on mit les menotes à
quatre matelots , & on laiffa en liberté le Capitaine
Naudin & un jeune homme , qu'il dit être fon
Pilote. Soit que les Anglois mis fur la prife fe fuf
fent enivrés , ou qu'ils ne connuffent pas la côte ,
ils touchèrent pendant la nuit fur un banc de ro
ches. Le Capitaine Anglois imagina , pour fauver
fa prife , de déferrer les matelots François , avec
promeffe de ne plus les enchaîner , s'ils parvenoient
à la dégager. La propofition fut acceptée , la prife
remife à flot , & les matelots laiffés libres à leur
retour. Comme on avoit paffé la nuit à travailler ,
tout le monde alla fe coucher ; le Capitaine Naudin
étoit avec le Capitaine corfaire ; il ſe réveilla
le premier , & voyant fon ennemi dans le plus pro
fond fommeil , il fut tenté de le tuer avec un couteau
de chaffe qu'il trouva fous fa main ; mais il
répugna à attaquer un homme endormi ; il fe contenta
de fortir & de l'enfermer dans la chambre.
Il monta fur le pont & s'approcha du Timonier
fous les pieds duquel étoit la caille d'armes ; il le
frappa de fon couteau de chaffe . Celui- ci bieffé
fe jetta fur lui , & le terraffa en pouffant de grands
cris , qui heureufement attirerent d'abord deux
François , qui dégagèrent leur Capitaine , s'armeds
>
( 82 )
rent , & forcèrent les matelots Anglois qui accou
roient , à fe réfugier à fond de cale , où on les
enferma. Le Capitaine Naudin , maître du corfaire,
reprit fon bâtiment , rentra dans le port de Painbeuf
, où , comme il faifoit brun , il fut pris d'a .
bord pour Anglois , quoique le pavillon François
fût élevé au-deffus de l'Anglois renversé , &c. "
La fanté de la Reine déja fi chère à la
nation , & qui le devient de plus en plus
s'il eft poffible , depuis qu'elle a donné un
héritier au trône , va auffi bien qu'on peut
le défirer ; depuis plufieurs jours on ne
donne plus de bulletin. Mgr. le Dauphin
fe porte à merveille ; on dit qu'il pèfe 13 "
livres & qu'il a 22 pouces de long. Sa nour
rice eft la femme d'un Jardinier des envi
rons de Paris , que le Roi a diftingué de
routes celles qui lui avoient été préſentées.
Tous ces détails ne peuvent pas être indifférens
pour les François , & on nous faura
gré de nous y être arrêtés.
Toutes les Paroiffes de Paris ont fait des
proceffions générales en actions de graces
de la naiſſance de Mgr. le Dauphin. Le Man
dement de l'Archevêque de Paris à ce fujet
contient le paffage fuivant, mut
Les efpérances que nous concevons aujour
d'hui , mes T. C. F. , font d'autant plus fondées ,
qu'en fuivant l'exemple qu'il a reçu de fon augufte
& vertueux Père , le Roi voudra préfider lui- mê
me à l'éducation du Dauphin ; il fe fera un devoir
de lui inculquer ces grandes maximes qu'il
Souverain n'eft revêtu de
a prifes pour règle de fa conduite ; il lui dira qu'un
la puiflance fuprême
que pour l'employer au bonheur de les fujets ;
( 83 )
qu'étant l'image de Dieu fur la terre , c'eſt à lui
de punir le vice , de récompenfer la vertu , &
d'arrêter par fes exemples comme par fes loix , le
torrent des mauvaites moeurs qui tôt ou tard
entraîne la ehûte des plus puiffans empires ; qu'il
doit à la Religion une protection fincère & conftante
, & que c'eft peu qu'il la protège , s'il ne la,
pratique pas lui-même , s'il n'en accomplit tous les
préceptes , & s'il ne refpecte tout ce qui appartient
à fon culte. Quelle force n'auront pas les leçons
paternelles foutenues de l'exemple ! quel plus für
moyen de s'inftruire dans le grand art de régner
que d'avoir fans ceffe fous les yeux le modèle
dun bon Roi ! telle fera la deftinée du Prince qui
vient de naître . Une douce & heureufe habitode
lui rendra comme naturelle l'obfervation des
devoirs qu'il aura un jour à remplir. Il puifera dans
le coeur & dans les exemples de fon augufte Mère
cette bonté qui rend l'autorité auffi aimable qu'elle
eft refpectable ; cette fenfibilité qui voudroit pouvoir
elfuyer les larmes de tous les malheureux ;
cette bienfaifance qui fait fes délices de pourvoir
à leurs befoins oe .
On apprend d'Auch , que le Régiment
de Dragons du Roi fe rendit le 28 Septembre
dernier dans l'Eglife Métropolitaine
de cette ville pour la cérémonie de la Bénédiction
de fes nouveaux guidons , qui fut
faite par l'Evêque de Lefcars. Les Officiers
de ce corps réunis aux Chanoines du Chapitre
, allèrent chercher dans le Palais Archiepifcopal
, le Prélat qu'ils accompagnerent
jufqu'au pied de l'autel qui avoit été
dreffé dans la nef. Le Prévôt du Chapitre
célébra la Meffe ; à l'Evangile l'Evêque de
Lefcars monta en Chaire & prononça un
d 6
( ((84 )
difcours analogue à la circonftance , & après
la Meffe on fit la Bénédiction des guidons.
Le Comte de Viella , Meftre de Camp en
fecond , commandant le régiment en l'abfence
du Marquis de la Fayette , donna un
repas de corps auquel furent invités les
Officiers du régiment , le Chapitre , les
Magiftrats , les notables de la ville & les
principaux Membres de la nobleffe de la
Province.
Nous avons parlé , d'après une lettre de
Rouen , d'un Arrêt du Parlement de cette
ville , rendu en faveur des Exécuteurs de
la Haute-Juftice de plufieurs villes de Normandie.
Leur réclamation que nous étions
tenté de regarder comme une plaifanterie ,
eft réellement un fait ; l'objet peut en paroître
curieux ; c'eft à ce titre que nous
le mettrons fous les yeux de nos Lecteurs.
Le Journal intéreffant des Cauſes Célèbres
nous le fournit ( * ) . ?) 26 Jam
Ces Exécuteurs ont exposé qu'à la fin de Mars
dernier , dit- on dans le vu de l'Arrêt , ils avoient
déja porté leurs plaintes au Ministère public ; que
ce Magiftrat avoit vu depuis la rebellion du 18
mars dernier , l'urgente néceffité d'arrêter , de réprimer
l'audace d'une popolace inconféquente &
effrénée. Un Requifitoire donné par le Magiftrat
(* ) Ce Journal intéreffant & curieux eft l'Ouvrage de M.
des Effarts, Avocat, chez lequel on fouferit , rue Dauphine
àl'Hôtel de Mouy , & chez Mérigot le jeune, Quai des Auguftins.
Le prix de la foufcription eft de 18 liv . pour Paris &
de 24pour la Province. Ondélivre les annéesprécédentes au
prix de la foufcription ; mais on ne vend aucun volume féparé.
( 85 )
été fuivi d'un Arrêt de la Cour , affiché le 3
Avril dernier. Par cette loi provifoire , le public
ne peut plus méconnoître ce qu'il ne devoit jamais
oblier , c'eft-à - dire , qu'il faut que force demeure
à juftice. Voilà pour l'état des expofans , voici
pour leurs perfonnes. Le Procureur. Général les a
renvoyés à fe pourvoir en la Grand- Chambre , fur
le furplus de leurs demandes. Il feroit fuperflu de
répéter les faits , les autorités , moyens des Expofans
; chacun des Magiftrats a un exemplaire
de leur Requête. Depuis la diftribution du Mémoire
des Expofans , quelques-uns de leurs ennemis
fe font avifé de faire circuler des menaces verbales
, même écrites , & des lettres anonymes . A
défaut de moyens deftructifs de ceux des Expofans ,
leurs ennemis fecrets ont eu l'indifcrétion de tenir
des propos fales & menaçans. Les Expofans l'ont dit
& ils le répètent , un vice dans l'éducation a entretenu
un faux préjugé contr'eux ; ils fe plaifent
à croire que la Cour n'a pas eu de part aux menaces
dont ils fe contentent de plaindre les auteurs ;
& c'eſt là où ils bornent leur vengeance. Le 19
Mars , leurs enfans ,étoient au Spectacle , au par
terre , fort tranquilles ; leur préfence déplut à plu
fieurs perfonnes au point qu'ils y furent infultés
battus , & même mis dehors par un des Grenadiers
de la Garde , à qui ils demandèrent quel étoit leur
dénonciateur , afin de le traduire devant le Commillaire
de fervice ; nonobftant leurs réclamations
On les fit fortir. Quant à l'objet principal de leurs
réclamations , en ce qui eft relatif à leurs perfonnes
, ils demandent à jouir tranquillement de
la liberté de fréquenter les lieux publics . Ils prou
vent qu'aucune loi , aucun jugement ne leur a in
terdit cette faculté. Des perfonnes prétendent que
les hommes pourvus de l'Office des Expofans , font
& leur familie , gens infâmes ; mais quelle idée
ces perfonnes ont - elles donc de la légiflation 2
( 86 )
Quelles notions ont elles de la raifon proprement
dite ? Quoi , en France , il faut que le Juge infor
me & juge que cet homme eft de bonnes religion ,
vie & moeurs, Quoi , pour être reçu à l'Office
d'Exécuteur , il faut être reconnu & avéré bon
Catholique Romain & Citoyen de moeurs irréprochables
; & avec ces bonnes qualités , on veut
que cet homme foit infâme. La profeffion des Expofans
, dit le Procureur- Général , dans fon Réqui
fitoire du 30 Mars , ne peut offenfer que celui dont
l'ame naturellement portée au vice , à l'oifiveté
qui en eft la mère , fe révolte à l'idée feule des
peines & des fupplices dont la crainte le contient.
Tout homme honnête les laifle tranquilles par-tout
où ils ne troublent point l'ordre public ; d'ail
leurs ils font fous une protection plus particulière
des loix. D'après les faits ci- deffus exactement
appuyés de pièces juftificatives , la Cour ne peat
qu'appercevoir la confédération puniffable que des
têtes mal organifées imaginent pour altérer , intercepter
la liberté & l'état des Expofans . Il eft
conféquemment bien vifible que fans l'autorité de
la Cour , ils ne feroient pas en fûreté & n'oferoient
fe préfenter nulle part. C'eft pour l'éviter qu'ils
ont recours à l'autorité de la Cour , à ce qu'il lui
plaife vu les faits & pièces juftificatives , fai
fant droit fur le tout , ordonner , 1º , que conformément
à l'Arrêt du 7 Novembre 1681 , publié
le 20 Février 1683 , défenſes feront itérati
vement faites à toutes perfonnes de traiter les Ex
pofans , leurs familles , ni ceux employés à leur
fervice , de Bourreau , fous telles peines qu'il plaira
à la Cour d'arbitrer , ainfi que fon application
contre chaque contrevenant. 2°. Que de pareilles
défenfes feront faites & fous les mêmes peines , à
toutes perfonnes d'intercepter la liberté des Expofans
dans les lieux publics , tels que les Eglifes ,
les promenades , les fpectacles & autres endroits
y & Dupilusiayrii X sppineshoddw
( 87 )
publics ; ordononner que l'Arrêt à intervenir fera
lu , publié & affiché , tant dans cette Ville , Caen ,
Coutances , que dans tous les Baillages & Hautes-
Juftices du reffort de la Cour «<.
L'Ariêt du Parlement eft du 7 Juillet
1781 ; il a été conforme à ces conclufions ;
l'amende prononcée eft de 100 livres ; &
il a été imprimé fous le titre d'Arrêt notable
du Parlement de Rouen , & c.
La lettre fuivante nous a été adreffée par
un Militaire Chevalier de St-Louis . Après
avoir paffé fes premières années au fervice
de fa patrie , il veut occuper les dernières
à lui former des défenfeurs .
Mon
Je me fuis attaché , dans ma jeuneffe, à m'inftruire
des parties relatives à mon état , que j'ai pratiquées
pendant la force de l'âge ; & actuellement que je
ne fuis plus en activité , & dans le tems que l'on fait
apprécier les connoiffances , je crois devoir en faire
ufage pour l'avantage de la Société. Car d'être utile
à fes femblables dans le cours de fa vie , & particulièrement
fur le retour de l'âge , c'eſt une exiftance
réelle pour l'homme qui penfe : mais en
qualité de père , & fenfible pour toute la jeuneſſe ,
c'eft elle que j'ai particulièrement en vue. —
intention , M. , eft d'établir , chez moi , une Inftitu
tion de Téchnologie Militaire , ou parties acceffoires
& dépendantes de l'Art de la guerre , c'est - à - dire
de l'éducation complette du Militaire & Citoyen ,
pour une douzaine d'Elèves fans cependant
prétendre me borner à ce nombre que je pourrai
porter à 18 ou 20 fuivant la fatisfaction
qu'on pourra avoir de l'exécution de mes vues .
Voici le plan de l'Inftitution . 19. Un Cours de
Mathématique contenant le Calcul numérique démontré
, la Géométrie Pratique démontrée ,
Méchanique & l'Hydraulique , pour préliminaire
( 88 )
aux objets fuivans . 2 ° . La Fortification des Places
& Poftes , dans lequel Traité je donnerai mon fyf
tême de la Place de sûreté . 3 ° . L'Attaque & la
Défenfe des Places & des Poftes , la Caftramétation
& les principes généraux de Tactique ; c'eft ce que
je nomme Technologie Militaire, 4 ° . La Géographie
Chronologique , Hiftorique & Phyfique , & l'Hiftoire
générale , mais (péciale du Royaume de France . 5 .
Un Précis de Phyfique rendue fenfible par les expériences
, & la Morale de l'Homme , afin de lui faire
connoître les devoirs envers Dieu , lui-même & fes
femblables , tant en fociété civile que politique &
générale ; & une connoiffance des principaux Arts ,
& Métiers . 6 °. La Mufique , les Armes , la Danfe ,
le Deflin , le Maniement du fufil & les Evolutions ;
avec l'étude de la Langue Italienne pour les François
, & de la Françoile pour les Etrangers , & à
monter à cheval. 7º . Si , M. , le féjour de la ville
fournit les moyens pour l'inftruction Théorique ,
celui de la campagne étant utile d'ailleurs pour la
fanté , l'eft fpécialement pour la pratique de ce
qu'on a appris ; ainfi je me propofe d'y tenir quatie
mois les Elèves qui me feront confiés , dans les
environs de Paris , depuis Juin jufqu'au mois de
Septembre compris , & on profitera de ce féjour
pour y infinuer le ton de la bonne compagnie , par
la fréquentation des honnêtes gens qui fe trouveront
dans le voifinage ; & de plus , c'eft pendant ce tems
qu'on y donnera des notions d'Agriculture & d'Hil
toire Naturelle. Je n'admettrai point d'Elèves
qu'ils n'aient fait leur première Communion , &
qu'ils n'aient 13 ans ; qu'ils ne foient Nobles & réputés
tels par l'état de leurs pères , & ils paieront 1200 ,
& 2400 liv. par an , par quartier , & toujours en
avance , & de plus , 150 en entrant pour la four
niture du lit , linge de table , draps , couverts , étuis
de Mathématique.
Ceux du prix de 1200 liv. feront logés , chauffés
( 89 )
& éclairés en commun , & recevront toutes les inftructions
portées dans les cinq premiers articles .
Et à l'égard de ceux qui paieront 2400 livres , ils
recevront , de plus , celles mentionnées dans le
fixième article , & auront une chambre à part ,
chauffés & éclairés dans leur appartement , & fervis
ſpécialement , coëffés , & blanchis. Pour obvier ,
M. , aux évènemens qui peuvent farvenir plus facilement
à une perfonne qu'à deux , je me ſuis deftiné
un Subftitur , & en même- tems pour me feconder ,
un homme de mérite , qui a fait une brillante éducation
en Ruffie , & une de diftinction à Paris.— Tel
fera l'emploi du tems pour MM. les Elèves. Deux
jours de chaque femaine feront confacrés aux inftructions
de la Téchnologie Militaire & la Mufique.
>
Deux feront deftinés aux Armes , la Danfe , le
Deffin , à monter à cheval , & à l'étude d'une des
Langues annoncées , Et les deux autres à l'Hif
toire , la Géographic & la Morale , dont dans l'un
des deux ils affifteront à des expériences de Phyfique
, & l'autre à aller voir dans les Atteliers les
principaux Arts & Métiers.
Pendant les quarre
mois de campagne , où l'on ménera un Deffinateur-
Géomètre Pratique , & un Maître d'Evolutions
on y exercera MM. les Elèves , relativement à
ces chofes ; & c'eft pendant ce tems qu'on leur
donnera des notions d'Hiftoire Naturelle & d'Agriculture.
Și ma fortune me permettoit de former
des hommes à mes propres dépens , je m'en ferois
un devoir ; mais elle ne me permet pas cette géné
rofité : cependant je me propofe de prendre un feptième
en nombre par chaque Elève , moyennant
600 liv. de penfion & 15 liv. d'entrée une fois
payé , pour y recevoir toutes les inftructions de
ceux qui en paieront 1200 ; & de plus , je
les entretiendrai , pourvu qu'ils foient fils & petitsfils
de Militaires Capitaines , qui aient fervi 25 ans.
&dont le père foit Chevalier de Saint- Louis , chargé
( 90 )
de plus de quatre enfans , & dont la fortune foit au
deffous de 2000 liv. de rente : les autres Elèves ne
feront point informés de cette grace. J'ai l'honneur
d'être , &c. Signé DE MAUGONNE , Chevalier de
St Louis , Barrière de l'Univerfité , maifon du ficur
Robfy , Marbrier du Roi.
P. S. Par les précautions que je prendrai d'avoir des
Inftituteurs-Conducteurs , perfonnes fages & de bonnes
moeurs , en proportion du nombre des Elèves, les
parens pourront le difpenfer d'avoir perfonne auprès
de leurs enfans ; cependant s'ils en veulent avoir ,
cela donnera lieu à fupplément de prix , c'eſt - àdire
, 600 liv. de penfion pour le Gouverneur , &
400 liv. pour le Domeftique.
こ
L'Académie Françoife a rendu un hommage
à la mémoire & aux vertus de Charles
de Sainte- Maure , Duc de Montaufier ,
en propofant fon éloge pour le fujet du,
Prix qu'elle a diftribué cette année. MM.
Garat & de la Crételle ont peint le caractère
de ce grand homme ; M. Gaucher , de
l'Académie des Arts de Rome , vient de
nous en préfenter les traits ; ce portrait
gravé avec beaucoup de foin , eft d'après
le tableau original que M. le Comte de
Montaufier a bien voulu lui
connoît le burin de l'Artifte ; il fuffit de
2 Confier. On
le nommer pour annoncer qu'on y trouvera
la grace , le fini & la force qui caractérifent
toutes les productions ( * ). Celle- ci
mérite une place diftinguée dans tous les
cabinets.
A
( * ) Ce portrait fe vend chez l'Auteur , rue St-Jacques ,
porte cochère vis-à-vis St-Yves , prix 1 liv. 16 fols .
- Jenidak b yourut me
( 91 ).
J
BRUXELLES
, le 6 Novembre,
L'EMPEREUR
inftruit du dégât que les
fangliers font dans les terres cultivées &
du dommage qu'ils caufent aux Laboureurs,
a fait publier un Edit par lequel il ordonne
de détruire ou de parquer toutes les bêtes
fauves & même celles des forêts domaniales
ou des autres chaffes ou garennes
de S. M. I. d'ici au mois de Décembre
prochain.
Selon les lettres de Hollande , l'Ambaffadeur
de la République
à Conftantinople
écrivit le 11 Septembre dernier à L. H. P.
les particularités
fuivantes. Nous reçumes la femaine dernière , par la voie de Baffora & d'Alexandrie
, des nouvelles de l'In- de , qui font très-contradictoires
, & dont l'Ambaſfadeur
Britannique prétend avoir reçu pour la troi- fième fois la confirmation
. Elles portent , dit-il que les troupes de la Compagnie
Angloifes ont
entièrement fubjugué les Marattes qu'Hyder, Aly fe trouve dans une pofition des plus critiques , & que l'efcadre Françoife seft trouvée dans la néceffité de quitter la côte de Madras , fans avoir pu caufer
le moindre préjudice aux Anglois. D'un autre cô . té l'Ambaffadeur
de France a reçu des lettres qui annoncent que les Marattes ont remportés de grands avantages fur les troupes de la Compagnie
Angloife , & que 11 vaiffeaux & frégates de guerre
François étoient arrivés au Golfe Perfique.
remarqué en général que fi leerfique.
- On
fe parta- gent entre ces deux relations
oppofées , le plus grand nommbre
eft pour la dernière , parce qu'on fait que les Anglois exagèrent
,quelquefois
, &
quelquefois
aufli falfifient ils les nouvelles
qu'il eft
de leur intérêt de débiter «.
( 92 )
Selon les mêmes lettres de Hollande ,
on y a reçu des lettres de St-Thomas en
date du 13 Août dernier , où l'on lit que
deux corfaires de Curaçao s'étoient emparés
de 4 bâtimens Anglois , en avoient repris
un François , chargé d'indigo & de café ,
& qu'étant enfuite débarqué dans une petite
Ifle fous Tortola , ils l'ont détruite , &
en ont enlevé 200 Nègres & tous les bef
tiaux , après avoir mis le feu aux maifons.
il
» Si l'on confidère bien , lit- on dans une lettre
d'Amfterdam , l'entreprife de Johnſtone au Cap ,
il faut la ranger au nombre de ces coups dé
main imprévus & hardis , qui peuvent mettre
en défaut la prudence la plus active. Le vaiffeau
des Indes qu'il prit en mer, lui donna les infor
mations fur la manière dont il pourroit s'emparer
des navires qui mouilloient dans la baie de Saldanha.
Tirant habilement avantage des ténèbres ,
fe gliffa comme un voleur dans cette baie , &
pour ne pas donner le tems à M. de Suffren de venir
le couper par derrière , il avoit déja gagné la
haute-mer à minuit , avec fa proie. Il est heu
renx que M. de Suffren fe foit trouvé au Cap. On
lui doit la confervation de cet établiſſement , qu'un
homme auffi entreprenant que Johnſtone n'auroit
pas manqué d'attaquer. Si ces cinq vaiffeaux fe
fuffent trouvés dans la Baie- Fals , fous fa protection
, ils étoient fauvés : comme ils étoient armés
en guerre , M. de Suffren eût pu s'en fervir pour
attaquer Johnftone avec avantage , ainfi
ftone aura pu fe renforcer en les prenant. C'eſt
le plus grand avantage qu'il a retiré dans cette
audacieufe entrepriſe , puiſqu'on affure que ces cinq
navires , après leur arrivée des Indes au Cap , y
ont été déchargés , & enfuite envoyés à la baie de
Saldanha , pour y être en fûreté & à l'abri des
ouragans. Ce qui fortifie cette fuppoficion , c'est
que John((
93 93 )
que les bâtimens en queition paroiffent avoir été
en partie défarmés. Le Commodore Johnſtone
écrit lai- même : » Qu'à fon approche , ces vaiffeaux
déferloient les voiles du mât de mifaine ,
lefquelles à cet effet , avoient été laiffées aux vergues
, pour pouvoir fe faire échouer. Enfuite il
ajoute qu'il avoit retiré les voiles d'un houcre
caché derrière l'Ifle des Brebis , & que l'on s'étoit
flatté de pouvoir dérober à la connoiſſance «. D'où
l'on fe croit autorifé à inférer , que puiſqu'on a
tâché de mettre en fûreté la voilure de ces navires
, on aura fans doute veillé encore davantage à
la confervation de leurs riches catgaifons. En ou
tre , le Commodore Britannique fait bien mention
dans fa lettre , de la charge du vaiffeau le Held-
Woltemade & de fa valeur ; mais il ne dit pas un
mot des cargaifons des navires dont il s'eft emparé
dans la baie de Saldanha ; quelques papiers Anglois
les évaluent gratuitement à un million de liv ,
fterl . A dire vrai , le Ministère Britannique a ſeulement
fait inférer dans le London - Gazette , un
extrait de la relation de Johnſtone , & a conféquemment
dérobé quelques particularités : car ce n'eft
pas fa coutume de paffer fons filence les chofes qui
lui font favorables . Or , fuppofé que M. Johnſtone
fe fût rendu maître de vaiffeaux richement chargés ,
cet avantage eût été trop du goût des Miniftres
Britanniques , pour ne pas en informer le Public.
Cependant , comme d'un autre côté , des lettres
particulières d'Angleterre annoncent le retour du
Commodore , qu'elles font même mention de fon
arrivée à Sainte-Hélène , d'où il a écrit la lettre
datée du 21 Août , on ne peut guère s'imaginer
qu'il revienne avec une feule prife & quatre
mens vuides , même à demi- confumés par les flammes
; & qu'il faut que ces navires fe trouvent encore
chargés , afin de mettre le plutôt poffible fa
capture en fûreté. C'eſt au temps . nous apprendre
ce qu'il faut en croire. Toutefois fi la nonvelle du
à
bâti(
94 )
retour de M. Johnstone eft confirmée , il en ré
fultera du moins la certitude qu'il n'a pas conti
nué fon voyage pour tenter quelque entrepriſe fur
Batavia , ou toute autre poffeffion aux Indes Orien
tales. Et comme on fait que M. de Suffren a dé
barqué avec 1200 hommes , & qu'il a fous lui
vaiffeaux de ligne & plufieurs frégates , on ne doute
pas qu'il ne mette l'établiſſement du Cap à l'abri
de toute invaſion.
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 31 Octobre..
Il n'eſt arrivé aucun des paquebots attendus avec
tant d'impatience & d'inquiétude . Nous fommes
toujours entre l'efpoir & la crainte ; il faut avouer
cependant que la fituation des Miniftres eft encore
plus cruelle que la nôtre. En effet , la première malle
d'Amérique peut apporter leur fentence de mort , ou
du moins l'ordre de leur retraite , fi la Nation , fa.
crifiée trop long- tems , connoît enfin ce qu'elle fe
doit. Se dépouillera- t- elle de l'argent qui lui refte
pour fournir aux frais d'une nouvelle campagne aulli
infructueufe que les précédentes , ou faut-il qu'elle
dife adieu aux Américains en leur donnant le falut
de la liberté ? Voilà ce que la crife prochaine va
décider. Des milliers de nos propres citoyens l'attendent
comme le fignal d'aller habiter ce pays de
liberté , qui eft pour eux la terre de promiffion , ou
de fe rendre dans nos prifons fans efpoir d'en jamais
fortir.
1
Les dernières dépêches de New-Yorck en étoient
parties au mois de Septembre dernier . Comme il y
avoit alors dans ce port une flotte confidérable fur
le point de mettre à la voile , on croit que le Général
Clinton , inftruit de l'arrivée de l'ennemi dans ces
mers avec des forces redoutables , a mis un embargo
fur tous les bâtimens qui étoient à New - Yorck.
Cette conjecture explique au moins pourquoi nous
fommes fi long- tems fans recevoir des nouvelles
d'Amérique . Le Lord Dunmore conduit en 27
( 9 ; )
Virginie pour 27,000 liv. ft. d'artillerie & de munitions
qui tomberont entre les mains des François ,
file Lord Cornwallis ne peut leur réſiſter.
On peut juger par le tableau fuivant du produit
annuel de l'ile de Tabago. 40,000 bariques de fucre
à 16 liv. ft. chacune , 640,000 liv . ft. 2000 poinçons
de rum à 10 1. ft. , 20,000 l . ft. , divers autres
articles , 40,000 1. ft . Total , 700,000 liv . ft .
Les approvifionnemens pour la marine font fi
nombreux , qu'on ne fe fouvient pas d'avoir vu
depuis long- tems une auffi grande activité dans les
préparatifs néceffaires pour ce fervice.
Il s'eft tenu depuis dix jours de fréquens confeils
relativement aux préparatifs immenfès qui fe font
actuellement à Breft , à Toulon & dans les autres
ports de France , & que l'on fuppofe deſtinés pour
les ifles de l'Amérique. Le réfultat des délibérations
a été de mettre cette affaire fous les yeux du Parlement
auffi - tôt qu'il fera affemblé , & de demander
fur-le-champ des fubfides proportionnés à la cir
conftance , pour envoyer fans délai les plus grandes
forces dans cette partie du monde. Ces fubfides
joints à ce qu'il fera néceffaire de lever pour le déficit
des autres fervices , ont été évalués par les Miniftres
à la fomme exorbitante de 30,000,000 liv. ft.
La flotte que nous attendons de la Jamaïque , celle
qui va partir pour l'Inde , & les prifes Hollandoifes.
de Johnstone , feront trois objets importans pour
l'efcadre de Breft , fi elle fort de ce port.
L'Amiral Edouard eft attendu dans peu de Terre-
Neuve avec un convoi de vaiffeaux marchands
venant des bancs de Terre- Neuve , de Halifax &
d'autres parties de l'Amérique.
Le 29 , l'Amirauté a reçu la nouvelle de l'arrivée
du Commodore Keitt Stewart aux Dunes avec les
vaiffeaux fuivans : le Berwick de 74 , la Princeſſe
Amélie de 80 , la Bellona de 74 , le Samfon de 64 ,
le Bienfaifant de 64 , & le Buffalo de 64. Le Commodore
a laiffé au Texel 6 vailleaux d'une force
( 96 )
à Londres.
-
-
inférieure. Le 31 le Commodore Stevart eft arrivé
On a envoyé des ordres le lendemain
aux Dunes pour que les vailleaux qu'il a ramené de la
mer du Nord , aillent à Portfmouth pour fe réparer
& remettre en mer le plus promptement poffible.
L'Amirauté a expédié des ordres aux Comman
dans de la marine à Portſmouth & à Plymouth ,
pour détacher des floops , bons voiliers , pour aller
au- devant de l'Amiral Darby pour hâter fon retour.
On a pareillement ordonné au Chevalier Richard
Hughes , Commandant la marine aux Dunes ,
preſſer les matelots des vaiſſeaux de la Compagnie
des Indes.
de
Le 14e. régiment a dû s'embarquer le 26 à Portf
mouth pour Gibraltar , & il fera efcorté par l'Of-.
trech de 14, & qui eft chargé de munitions pour la
garnifon de cette place.
On a befoin de 7 mille matelots pour équipper les
vaiffeaux de guerre que l'or prépare actuellementa
dans les différens ports du Royaume , & qui feront>
en état dans un mois ou fix femaines.
Si nous avions eu le bon efprit d'éviter au moins
pour quelque-tems encore une rupture ouverte avec
les Hollandois , nous aurions été en état d'envoyer
des fecours à Minorque. Mais a &tuellement la G. B.
a les mains liées par fes ennemis , dont les forces
fupérieures aux fiennes dans toutes les parties du
monde , livrent nos fortereffes fans défenſe à leurs
armes.
Le Royal- George , le Dublin & l'Emerald font
arrivés le 29 à Spithéad . Ils avoient quitté la grande
efcadre 8 jours auparavant , à la hauteur du Cap
Finisterre . Elle ne devoit point quitter cette fiation
avant le 1er Novembre prochain. Ces bâtimens ,
ainfi que le Foudroyant qui a relâché à Plymouth ,
ont été forcés de rentrer pour fe réparer ,
faifant
beaucoup de voies d'eau ; on fuppofe que la grande
efcadre le divifera en deux parties , l'une
mouth & l'autre pour Plymouth.
pour
Portf
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 25 Septemb.
LE Ramadan , ce tems de jeûne pendant
lequel les Turcs paffent le jour à dormir &
la nuit à fe réjouir , a été terminé le 18
de ce mois ; le même jour S. H. revint de
fa maifon de plaifance de Befchich -Tafchi
pour recevoir les complimens de fes Miniftres
à l'occafion de la fête du Bairam.
Auffi -tôt après cette cérémonie elle retourna
à la campagne d'où elle eft revenue hier.
On publiera inceffamment les changemens
qui ont été faits dans les
,
emplois
& on apprend entre autres que
Gendſch , Méhémet- Pacha , a été nommé
Gouverneur de Belgrade , & qu'Hamid-
Effendi a été déclaré Terfana - Emini , ou
Sur-Intendant des Chantiers & Arfenaux."
Il a été envoyé au Capitan - Bacha un Firman
qui lui ordonne de ramener fa flotte dans
de cette Capitale.
17 Novembre 1781 .
le
port
( 98 )
M. de Bulgakow , nouvel Envoyé de
l'Impératrice de Ruffie , doit avoir le 27 de
ce mois la première audience folemnelle du
Grand . Vifir. M. de Stachieff doit partir le
10 du mois prochain.
L'Internonce de la Cour de Vienne a eu
plufieurs conférences avec le Reis - Effendi ,
au fujet de la réclamation qu'il a eu ordre
de faire de quelques navires impériaux pris
par les Algériens , malgré les paffe-ports de
la Porte. Il a voulu voir les dépêches du
Divan à la Régence d'Alger , & après avoir
obtenu par fa perfévérance & fa fermeté cette
communication , il a déclaré qu'il n'en étoit
pas content ; il a obtenu qu'on en écriroit
d'autres , & même , ajoute- t - on , qu'on les
concerteroit avec lui.
Il est beaucoup queftion d'un traité de
commerce avec une Puiffance de l'Europe ;
on ajoute que celui conclu autrefois par
la Porte avec le Roi des Deux , Siciles , lui
fervira de modèle , & qu'on en retranchera
feulement l'article qui a rapport aux Puiffances
Barbarefques .
Les Grecs Schifmatiques , écrit- on d'Angoury ,
autrefois Ancyre , ville de la Natolie , ne font pas
plus tolérans ici qu'à Conftantinople ; mais ils n'y
font pas également protégés. Il eſt mort cès jours
derniers un chef de famille Catholique ; le Papas
Schifmatique a refufé de l'enterrer , fous le prétexte
de diverfité de Religion . Le fils du défunt à été ſe
plaindre à l'Aga , qui par bonheur étoit un ancien
ami de fon père. Celui-ci a mandé fur-le- champ le
Papas , qui a beaucoup parlé , & beaucoup dérai
a
( 99 )
fonné . L'Aga , à qui la controverfe donne de l'humeur
, a tiré fon cimeterre , lai a coupé le nez ,
& a juré , par Mahomet , qu'il en feroit autant de
fes deux oreilles , fi le mort n'étoit pas enterré décemment
avant les 24 heures ".
On apprend que M. Garzani , nouveau
Bayle de la République de Veniſe , & qu'on
attend ici inceffaminent , a déja paffé les
Dardanelles.
RUSSI E.
De PÉTERSBOURG , le 14 Octobre.
LE 6 de ce mois l'Impératrice eft revenue
avec toute fa Cour dans cette Capitale ; le
lendemain on a célébré un jour d'actions'
de graces pour le fuccès de l'inoculation
des enfans du Grand-Duc. Le Baron Dimfdale
qui a dirigé fi heureufement cette opé- ,
ration , fe difpofe à retourner en Angleterre
comblé des bienfaits de S. M. I. On lui a
donné 10,000 liv. de récompenfe & 1000
pour les frais de fón voyage.
Sahim-Gueray , Kan Régnant de Crimée ,
a envoyé au Prince Conftantin , fils aîné du
Grand-Duc , un habit complet tel qu'en
portent les Princes Tartares , avec le carquois
& les flèches. Le tout eft richement
orné de perles & de pierres précieufes d'une
valeur confidérable.
Il eft arrivé dernièrement un Courier
Anglois ; on dit qu'il apporte la réponſe de
la Cour aux repréfentations faites à S. M. B.
par la neutralité armée fur la guerre dée
2
( 100 )
clarée à la Hollande. On ne dit point quelle
eft cette réponse ; mais on a lieu de croire
qu'elle n'eft pas telle que la République
paroît la défirer.
Le retard du convoi Hollandois qui devoit
venir dans la Baltique , ne laiffera pas
d'influer fur le commerce du Nord ; on avoi
préparé beaucoup de marchandifes qui devoient
être chargées en retour fur ce convoi
; & on en attendoit quantité d'autres
qu'il devoit apporter. Celles-ci commencent
à devenir rares & à enchérir ; elles fe
vendent déja so pour 100 plus cher ; cette
augmentation peut s'accroître encore , file
convoi n'arrive pas cette année.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 20 Octobre,
ON parle beaucoup ici d'un traité de
commerce entre notre Cour & celle de
Berlin. On affure qu'il doit leur procurer
de grands avantages réciproques , &
qu'il ne tardera pas à être conclu.
Notre Compagnie Afiatique a réfolu
d'envoyer à la Chine plufieurs vaiffeaux
auffi-tôt que la faifon favorable pour commencer
ce voyage fera arrivée . Les vaiffeaux
qui y font deftinés , font le Mars , la Prin
ceffe Charlotte- Amélie , la Princeffe- Sophie-
Madeleine. Elle compte faire partir en
même-tems pour l'Inde le Rigennes- Neuske
, le Friderikfwager , & le Tranquebar.
( 101 )
Selon quelques lettres de St - Pétersbourg
on a eu de vives inquiétudes pour la fanté
du Comte de Panin. Son indifpofition
étoit une forte indigeftion. Heureufement
une faignée & d'autres remèdes adminiftrés
avec fageffe l'ont rendu aux voeux de la
nation & des Cours de l'Europe qui ont
eu avec lui des relations diplomatiques .
On mande d'Helfingor , que le 19 les bâ .
timens Hollandois qui attendoient depuis
long- tems un convoi , font partis pour ve
nir ici où ils pafferont , dit - on , l'hiver.
ALLEMAGNE
.
De VIENNE , le 24 Octobre .
LE Prince- Evêque de Brixen a reçu avanthier
l'inveftiture de cette Principauté épifcopale
, dans la perfonne de fon Minitre
Plénipotentiaire le Comte de Brands , Chanoine
du Chapitre de Brixen .
On a reçu par un Courier de Pétersbourg
la nouvelle du départ du Grand-Duc & de
la Grande Dacheffe de Ruffie . Suivant le
plan de leur route , ils doivent arriver ici
le 12 du mois prochain . Comme on croit
que ce voyage pourra être l'occafion de quelques
liaifons plus étroites entre la Maifon
d'Autriche & celle de Wirtemberg , le nouveau
Miniftre du Duc régnant eut le 17 de
ce mois l'honneur de remettre les lettres de
créance à l'Empereur.
La première fête qu'on donnera au Grands
e 3
( 102 )
Duc & à la Grande-Ducheffe fera le jour de
la Sainte - Elifabeth ; il y aura cour & un
dîner de 300 couverts . La deuxième aura
lieu le jour de Sainte- Catherine au Château
de Schonbrun ; il y aura grand dîner , comédie
& bal. L'Empereur fe rendra au commencement
du mois prochain à Brinn
pour y recevoir L. A. Î.
Indépendamment du culte privé que l'Empereur
a accordé aux Proteftans , on affure
qu'ils auront auffi la permiffion de fe marier
avec des Catholiques , & que lorfque le cas
du divorce fe préfentera , les Proteftans feront
jugés d'après les principes de leur religion.
De HAMBOURG , le 26 Octobre.
LES lettres de Pétersbourg portent qu'il
y a été ouvert une négociation entre cette
Cour & celle de Lisbonne pour un Traité
de commerce ; s'il fe conclur , comme on a
licu de le préfumer , la mer Baltique devien
dra bientôt le rendez vous général des navires
de toutes les Nations. Ils y feront
appellés par les denrées & les productions
néceffaires à la marine de tous les Peuples.
Celles qu'ils y porteront en échange don
neront une nouvelle activité au commerce
du Nord . On ne croit pas que l'Angleterre
fe permette d'infulter à la fois tant de pavillons
réunis par une confédération folemnelle
; & il y a lieu de penfer qu'elle ne
fera pas tentée de fe faire de nouveaux en(
toz )
nemis de tous les Etats qui ont adopté le
fyftême de liberté , deftructif de fon acte de
navigation & de fa fupériorité maritime .
» On prétend , lit -on dans un de nos papiers ,
que la Cour de Vienne a fait fonder la Porte au fujet
d'un échange de quelques Districts . Il confiftereit ,
di -on de la part de l'Empereur , à céder une pattie
de la Province de Cernéié , fituée du côté de la
rivière de Pruth ; les Turcs céderoient à l'Empereur
une partie du pays fitué fur le Serak , rivière de la
Meljavie. Le but de S. M. I. , dans cet échange ,
eft de rendre la communication plus facile entre la
Tranfylvanie & fes nouveaux Etats de Pologne . Ses
troupes , pour s'y rendre , font obligées de faire un
long détour par les montagnes . Les limites de la
partie de la Moldavie que la Porte a déja cédée en
1775 à la Maifon d'Autriche , feront rendues par cet
રે
échange , & on en formeroit d'autres moins fujettes
à des différens . Comme le Diftrict que l'Empereur
veut céder à la Porte tient au territoire de Choczim ,
qui eft actuellement peu de chofe , & que cette Fortereffe
Ottomane obtiendroit par-là une étendue de
terrein plus confidérable , il paroît que cet arrangement
re peut que convenir aux deux Puiffances .
Par conféquent , on ne croit pas que cette négociarion
puifle rencontrer des obſtacles de la part de
la Porte , malgré les inquiétudes qu'elle a à l'égard
de fes poffeffions Européennes , aux moindres mouvemens
de la Maifon d'Autriche «,
On apprend de Berlin que S. M. Pruffienne
a ordonné de conftruire un fort près
de Ditterbach , vers le lieu où dans la dernière
guerre le Général Wurmfer attaqua le
régiment de Thadden .
23
Il y a peu de tems , écrit - on de Wurtzbourg ,
qu'un homme , âgé de 100 ans & 6 mois , arriva
ici en deux jours , à pied , du Bourg de Tladund ,
€ 4.
( 104 )
qui eft éloigné de 20 lieues. L'objet de fon voyage
étoit d'obtenir , pour un de fes fils d'un fecond
lit , une place vacante de Maître d'Ecole. L'Evêque ,
auquel il a préfenté fa requête , furpris de voir ce
Vieillard dans cet état de fanté & de vigueur , a
voulu le garder quelques jours , l'a fait habiller
complettement , l'a fait manger à la table , & a fait
tirer fon portrait par le Peintre de fa Cour. Lè
Prélat ne s'eft point borné à ces attentions ; il a
affigné à ce Centenaire une penfion viagère , lui a
fait préfent d'une fomme d'argent , & l'a fait reconduire
chez lui dans une de fes voitures «<.
On mande de Drefde que la Princeffe de
Savoie , époufe du Prince Antoine de Saxe ,
frere de l'Electeur , devoit faire fon entrée
le 24. A fon arrivée il devoit être fait une
décharge de 100 pièces de canon , & une
feconde pendant le Te Deum.
ITALIE .
De LIVOURNE , le 18 Octobre.
LE vaiffeau impérial le Petit Prince de
Kaunitz dont nous avons annoncé l'arrivée
le 23 Septembre dernier à Triefte , étoit
parti de la Chine le 15 Janvier. L'état que
nous avions donné de fa cargaison étoit
imparfait ; en voici un plus exact. 350 caiffes
& 80 demi-caiffes de thé-boe , 900 caiffes
de thé- congo , 1300 de thé - cinglo , 91 boîtes
de thé foatkoan , 275 boîtes de thé- pecoa ,
400 caiffes de thé- hyfan , 10 cailles de
thé dans des boîtes de plomb , 12 caiffes
de thé verd 100 caiffes & 200 demi
2
୨୦୦
( 105 )`
caiffes de thé hyfankin , 6 caiffes de porcelaine
, 42 ballors de toiles de Nankin de
100 pièces chaque ballot , 260 faifceaux de
joncs à chaifes , 6. caiffes de papiers peints
& 1104 pièces de fpianter.
-L'huile d'olive étant devenue très - rare ,
le Pape auffi attentif à protéger l'induſtrie
qu'à fuppléer aux befoins de fes ſujets , a
permis dans tout l'Etat eccléfiaftique l'entrée
& l'ufage de l'huile qui eft extraite des pepins
de raifins . Il a invité tous les particu
liers à demander le privilége de la fabrique
de cette huile pour telle ville qu'ils choiſiront
en fe conformant , foit pour les bâtimens
foit pour la manipulation à l'établiffement
d'Antoine Chiozzi , qui a ce privilége pour
Rome & pour fon District.
ESPAGNE. J
De BARCELONE , le 25 Octobre:
LE convoi de la Havane qu'on attend à
Cadix n'y étoit point encore le 17 de ce
mois. On a lieu d'efpérer qu'il ne tardera
pas à paroître ; plufieurs navires neutres
prétendent l'avoir rencontré le 10 & le 12
de ce mois ; mais ils varient fur la route
qu'ils lui font tenir.
Nous avons reçu des nouvelles de Mahon
en date du 16 de ce mois ; elles nous apprennent
d'abord une légère efcarmouche
qui eut lieu le 27 Septembre. Le Come
mandant du fort avoit envoyé fur des bas
es
( 106 )
teaux un corps de troupes pour détruire
le fort St- Philippe ; comme l'intention du
Duc de Crillon étoit de le détruire pour
élever dans cet endroit une batterie pour
battre une partie du port , il laiffa faire cet
ouvrage aux Anglois fans les inquiéter , &
le jour d'après qu'ils fe furent retirés , il fit
achever par fes troupes cette démolition.
Les détails les plus intéreffans qu'on a de
cette ifle font de ce mois .
Le 9 , notre Général ayant confié le commandement
de l'armée à Don Félix Bufch , partit .du
camp à la pointe du jour , accompagné du Marquis
& du Comte de Crillon , fes fils , de Don Carlos
le Maure , Chef du Génie , du Prince de Sangro ,
l'un de fes Aides -de-Camp , pour aller à Fornella ,
& enfuite à Ciudadella , dans le deffein de reconnoître
ce Port , & de le mettre à l'abri d'un coup
de main. Le même jour , fur le midi , les ennemis
détachèrent une barque armée , avec des troupes à
bord , fur l'extrémité de notre droite au bord de la
mer: ils paroiffoient avoir deux objets ; le premier ,
de reconnoître une batterie que nous avons dans
cette partie ; & le fecond , d'attirer toute notre
attention de ce côté . Ils firent fortir en même-tems
cinquante hommes du Fort Malborough , comme
s'ils avoient voulu attaquer la batterie , en mêmetems
par terre & par mer. Les poftes établis
dans cette partie repoufsèrent également les deux
attaques ; mais Don Félix Bufch ayant été informé
de cetre double attaque , fit renforcer ces poftes par
250 hommes , en cas que l'ennemi revînt à la charge
: il ne reparut plus ; & cette journée , ainfi que
celle du lendemain fe paffa fans autre évènement.
Le 11 , le Duc de Crillon revint au camp રે
une heure après minuit , & le difpofa à prendre
-
( 107 )
-
quelque repos , lorfqu'à fix heures du matin , il
fur informé qu'à cinq heures les ennemis avoient
débarqué du côté du Fort Philippet , dans la
cale de Sandi-bay , un corps de troupes , & un
autre derrière la Tour des Signaux , & qu'ils avoient
furpris 80 travailleurs fans armes , qui avoient ordre
de fe replier à la première alerte , vers un pofte inexpugnable
: on avoit pofté à cet effet douze fentinelles
qui devoient les avertir par des coups de fufil , dès
l'inftant qu'ils verroient s'approcher des barques ennemies
. On trouvoit par cet arrangement le moyen
d'épargner à l'armée la fatigue de 1000 hommes de
garde néceffaires pour défendre une hauteur où on
peut arriver par trois rades différentes , & on préparoit
l'emplacement des batteries , & la facilité des
communications & des travaux , fans autre rifque
que celui d'abandonner un terrein découvert , où
l'ennemi ne pouvoit fonger à fe loger. Le Brigadier
Don Gafpard Bracha , de garde au camp , en
donnant avis au Duc de Crillon de ce mouvement
de l'ennemi , l'informa en même-tems qu'il venoit
d'envoyer un détachement de 1 so hommes au pofte
attaqué , & le Général , en fortant , rencontra en
effet ce détachement ; mais informé bientôt que
l'ennemi avoit du canon , & un corps de 800 hommes
, & qu'il étoit maître de toute la montagne
appellée la Mola , où eft la Tour des Signaux , il
fit marcher fur - le- champ du canon , & 2000
hommes compofés de grenadiers , de chaffeurs , &
de Régiment des dragons à pied d'Almanza. Don
Ventura Caro , Colonel de ce Régiment , comman
doit l'avant - garde de ce corps : Don Félix Buſch
étoit à la droite de l'armée , & le Duc de Crillon
lui-même fe mit à la tête des troupes pour commander
l'attaque. L'ennemi voyant cette vive & bonne
difpofition , n'eut rien de plus preffé que de fe rembarquer
avec précipitation , en nous abandonnant
fes outils : il fut impoffible de joindre fon arrièree
6
( 108 )
•
•
garde , parce que nos troupes eurent à faire une
lieue de plus que lui , par des chemins impraticables
, afin d'éviter le feu du Fort Saint - Philippe
qui balayoit la route , par laquelle les troupes Anglofes
fe retirèrent. 11 paroît que le but des ennemis
étoit , 1 °. de s'emparer de la Tour des Signaux ,
où les 12 foldats qui s'y étoient retirés le font
défendus avec une valeur fignalée , & jufqu'au moment
qu'ils ont reconnu qu'on alloit les faire fauter ;
ce qui n'empêchera pas que ce bâtiment ne nous
foit toujours de la même utilité.
A 10 heures
du matin du même jour , la Tour des Signaux ,
& tous nos poftes , dans cette partie , ont été repris
& les travaux de la batterie que notre Général
yeur y élever fe continuent : il eſt décidé à foutenir
ce pofte , dont le feu défendra en même-tems
l'entrée du Port , & battra de revers la redoute
de la Reine en conféquence ,-il y a laiffé un corps
de 1000 hommes , fous les ordres du Comte de
Cifuentes , Maréchal - de - Camp ,, & du Colonch
Don Ventura Caro.
-
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 3 Novembre.
Les nouvelles de l'Amérique nous manquent
encore ; on ne pense pas que nos
Généraux & nos Amiraux n'en ayent point
envoyé ; on croit plutôt qu'elles ont été
interceptées. Le bruit fe répand du moins
que les trois paquebots qui nous manquent
ont été pris. En attendant tout augmente
Tes inquiétudes que nous avons fur le
Lord Cornwallis & fur fon aimée. Il pa
roit démontré à préfent que ces fameuses
Bettres que nous avions interceptées , dont
&
7109 )
1
nos Généraux , & d'après eux le Ministère
croyoient que nous tirerions un fi grand
avantage , n'étoient qu'un piége dans lequel
nos ennemis nous ont fait tomber. Le Général
Clinton , perfuadé que les François
& les Américains réunis formoient des
deffeins contre New-Yorck s'étoit hâté de
dépêcher au Lord Cornwallis l'ordre de
lui renvoyer 3000 hommes. Si ce corps s'eft
détaché de la Virginie elle eft réduite à
4000. Si le Général Clinton , mieux inftruit ,
a pu contremander à tems cet envoi , elle
fera de 7000 ; on le defire ici ; mais on n'en
conçoit pas pour cela de plus grandes eſpérances
, malgré l'affectation avec laquelle
on cherche à répandre que nos ennemis.
n'ont que 10 à 12,000 hommes . Ce nombre
eft déja fupérieur , & nous avons bien des
raifons de croire qu'il l'eft encore davantage.
Le Marquis de la Fayette , après la réunion
des Généraux Vayne & Gréen , a sooo
hommes de troupes Continentales , M. de
Rochambeau lui a conduir fooo François ;.
M. de Graffe en avoit 3 ou 4000 avec lui
& le Général Washington avoit envoyé 2000
hommes; & les milices avoient ordre de le
joindre de toutes parts . Cet état des chofes ,
quand même il feroit exagéré , rend la pofition
du Lord Cornwallis très- critique ; &
ce n'eft pas fans inquiétude qu'on attend de
fes nouvelles.
Depuis celles apportées par la Médée , les
Confeils ont été très- fréquens à St-James ;
( 110 )
on affure que dans l'un on a pris la réfolution
d'oppofer les efforts les plus vigoureux
à ceux que la France femble vouloir faire
dans cette partie du monde pour terminer
la guerre. On prétend qu'on s'eft décidé en
conféquence à faire partir le Chevalier Rodney
avec 7 vaiffeaux de ligne , choifis parmi
nos meilleurs voiliers ; il emmenera avec lui
toutes les troupes réglées dont nous pouvons
nous paffer dans les trois Royaumes ; il fera
voile fur-le- champ pour le Continent ; mais
cette nouvelle ne prend pas généralement
dans la Nation. Sir George Rodney eft actuellement
occupé à prendre les eaux de
Bath & de Briftol. Il femble d'ailleurs qu'il
ne peut partir avant que les procès qu'on
lui intente ne foient terminés , & les enquêtes
auxquelles ils doivent donner lieu ,
entraîneront du tems. Quand même il partiroit
à préfent , ce qui n'eft pas poffible ,
la campagne eft à fa fin fur le Continent , &
il ne pourroit y arriver qu'après que les
grands coups y auront été portés .
Ce qu'il y a de für , c'eft que le Roi n'a jamais
été aufli inquiet qu'il le paroît être aujourd'hui ,
relativement à la nouvelle du débarquement des
troupes Françoiles fur les bords de la Chéfapeak.
Il ne s'entretient que de la délivrance de fon brave
Cornwallis . S. M. a eu plufieurs conférences
avec différens Officiers- Généraux , relativement à
la fituation actuelle de ce Général ; & les éclaircilfemens
qu'on lui donne , ne font qu'ajouter à fon
inquiétude. En effet , le Lord Cornwallis ayant paflé
le Roanoke , doit le trouver de tous côtés enfermé
( 111 )
par l'ennemi , & les Généraux Wayne , la Fayette
& Rochambeau l'auront déja forcé à une action
décifive. Le mauvais état de l'efcadre , depuis le
dernier combat , l'empêche d'agir & de porter des
fecours en Virginie.
que
» Si les premiers avis qu'on recevra de l'Amérique,
dit un de nos papiers , font autfi défavorables
la nature des circonftances femble le préfager ,
il eft décidé que la première propofition qui fera faite
à la rentrée du Parlement , par l'Adminiftration mê.
me , fera conforme à celle que l'O, poſition n'a ceflé
de renouveller à l'ouverture de chaque feffion depuis
le commencement de la guerre , c'est - à- dire qu'elle
propofera de retirer toutes les troupes Britanniques
de l'Amérique feptentrionale , d'en faire paffer aux
Indes occidentales , & de tranfporter le refte en
Europe , pour réunir tous les efforts de la nation
contre la Maifon de Bourbon , tâcher de recouvrer
aux Antilles les ifles que nous y avons perdues ,
de dégoûter les Espagnols de leurs tentatives contre
Gibraltar & Minorque , & s'il fe peut enfin , agir
offenfivement & artaquer nos ennemis par tout où ils
font invulnérables . Sur quoi d'ailleurs faire rouler
le difcours de rentrée , qui devroit déja être prêt &
dont on n'a pu rédiger encore une feule période ?
Ne pouvant parler de victoires on parleta de modération
à l'égard des Américains & de redoublement
de vigueur contre nos ennemis naturels . Voilà
plus de motifs qu'il n'en faut pour juftifier une
demande de fubfides. Que pourra dire l'Oppofition
lorfqu'on lui accordeta fon point favori , lorfqu'on
laiffera en raix fes chers Américains pour diriger
tous les efforts de la nation contre fes anciens ennemis
«.
On a vu arriver fucceffivement plufieurs
flottes marchandes ; on fe flatte de voir
paroître encore bientôt celle de la Jamaïque.
Le paquebot le Vigilant , arrivé à
( 112 )
Briſtol , & parti de la Jamaïque le 6 Septembre
, nous apprend que cette flotte a
mis à la voile les 20 , 21 & 22 Août en
3 divifions , efcortées par la Princeffe Royale
de 90 canons , l'Albion , le Torbay & le
Ramillies de 74 , le Prince William de 643
le Janus de 44 , & quelques frégates . Mais
il paroît , d'après ces récits , que cette flotte
ne nous arrivera pas entière , & qu'avant
fon départ elle a effuyé des avaries confidérables.
» Nos lettres de Kingfton & de Montego - Bay,
apportées par le Vigilant , écrit -on de Bristol ,portent
que le 1er Août fur les 8 heures du foir , il s'éleva un
Ouragan terrible qui dura plufieurs heures & alla
toujours en augmentant. Il a caufé des ravages confidérables
dans plufieurs parties de l'ifle , & fur-tout
aux navires mouillés dans le port de Kingſton. 73
voiles furent enlevées de leurs ancres & jettées fur
le rivage où ellessont plus ou moins fouffert . Cette
même flotte de la Jamaïque qu'on attend , forcée de
rentrer dans le port royal , comme on l'a fu , y
étoit alors à l'ancre en majeure partie . 2 de ces navires
furent coulés bas ; 24 autres furent jettés fur
la côte de Mufquito . La ville fouffrit beaucoup de
la violence réunie des vents & de la pluie ; ce
que ceux- ci n'abattirent pas fut renversé par des
torrens , dont le cours irréfiftible fe foutint , pendant
quelques heures. Le vaiffeau du Roi le Pélican
& Roebuck ont péri ; quelques floops ont
couru le même rifque , mais on eſpère encore de les
fauver. La frégate la Southampton qui venoit de
foutenir un combat avec une frégate Françoise à la
hauteur de Cap , accueillie par cet ouragan , a été dés
mâtée & jettée fur le rivage où elle étoit encores
Toutes les plantations ont plus ou moins fouffert,
( 113 )
Les plus maltraitées font celles des Diftris de
Westmoreland , de St- Ann & de St -Mary , où les
cannes à fucre ont été confidérablement endommagées.
Si la flotte de Cork n'étoit pas heureuſement
arrivée la famine auroit achevé de défoler
cette Ifle efle apportoit 15000 barils de farine
& beaucoup de bifcuit. Elle a paru au moment
où 6 épis de bled ſe vendoient un écu . Les provifions
qu'elle a apportées n'empêchent cependant pas que
la farine ne fe vende encore 11 liv. fterl. la barique .
Les lettres de Montego-Bay & d'Hanover n'annoncent
pas tant de naufrages ; mais elles difent que les
récoltes , tant de grains , que de cannes à fucre font
totalement perdues , & que les habitans e retrou
vent à peu près dans la pofition où ils étoient après
l'ouragan du 3 Octobre de l'année dernière.
On attend avec impatience des détails
plus circonftanciés des effets de cet ouragan
; il femble que les élémens fe réuniffent
à nos ennemis pour nous faire beaucoup
de mal.
On eft revenu du beau rêve qui faifoit
marcher l'Amiral Darby & fa flotte au fecours
de Gibraltar & de Minorque ; cette
idée n'avoit pas laiffé de prendre auprès des
perfonnes qui ne confidèrent pas qu'il n'avoit
avec lui aucun fecours utile à porter
à ces places qui demandoient toutes deux
des approvifionnemens , & la dernière des
hommes qui lui manquent. On a ſu que
tandis qu'on le croyoit bien loin , il y a longtems
qu'il croifoit entre le cap Cléar &
Oueffant. Le Foudroyant , le Royal George
& le Dublin , qui font rentrés en faisant
beaucoup d'eau , annoncent qu'il y a beau
( 114 )
coup de malades , & fur tout de petite vérole
à bord de la flotte ; on s'attend à la
voir rentrer inceffamment.
on ,
Le Commodore Keith Stewart en quittant
fa ftation devant le Texel , y a , ditlaiffé
6 vaiffeaux de moindre force ,
formant le refte de fon efcadre . On fuppofe
qu'il ignore que la flotte que nous
attendons de la Baltique , partie le 13 d'Helfingor
, fous l'escorte de l'Afrique & du Lord
Amherst , ayant été accueillie par un coup
de vent , a été forcée de regagner un port
de Norwege ; on ne doute pas que les
Hollandois ne profitent de fon éloignement.
» M. Pitt avoit pour maxime de ne jamais tolérer
des hoftilités , foit de nos amis , foit de nos enne.
mis déclarés , mais de frapper toujours les premiers
coups . Déterminé à ne point fuivre d'autre
fyftême , il fut obligé d'abandonner les rênes du
Gouvernement , & nous ne fumes pas long- tems à
reconnoître la perte de cet homme qui avoit conduit
une guerre glorieufe , en regardant ceux qui
conclurent l'ignominieufe paix de 1763. La Suède
nous fait actuellement des hoftilités ouvertes fous
le mafque de la neutralité , & nos Miniftres ferment
les yeux . N'eſt-il pas ignominieux qu'un
feul vaiffeau de ligne Suédois ait fait paisiblement
entrer dans le Texel , fous la protection de fon
pavillon , toute la flotte Hollandoife , en défiant
avec fierté les dix vaiffeaux de guerre Anglois de
toucher à la proie qu'ils avoient fi long- temps &
infructueufement attendue. Quel contrafte étonnant
de barbarie & de lâcheté d'un côté , nous
renonçons à notre ancienne gloire , & de l'autre ,
par notre vengeance , nous faifons horreur à l'humanité.
( 115 )
On a imprimé dans la plupart de nos
papiers le tableau fuivant des principales
actions qui ont eu lieu depuis le commencement
des troubles de l'Amérique juſqu'à
la fin de 1780. Il peut , malgré fes inexactitudes
, piquer un moment la curiofité de
nos Lecteurs , & c'eft à ce titre que nous
le leur préfentons.
CH
>
En 1774 , le 14 Juin commencement de la
difpute . En 1775 le 6 Avril , affaire de
Lexington ; le 17 Juin , attaque à Bunkér' Hill .
En 1776 , le 17 Avril , Bofton évacué ; le 8
Juin , Américains repoufiés à Trois Rivers ; le
28 , attaque à Sullivan's- Ifland ; 27 Août , défaite
des Américains à Long-liland ; 15 Septembre ,
New-Yorck évacué par les Américains ; 11 Octobre
, flotte Américaine défaite fur le Lac Champlain
; le 12 , action à White- Plains ; 29 , défaite
des Américains à Kingsbridge ; 13 Novembre ,
prife de Montréal par les Américains ; 16 , prife
du Fort Washington ; 18 , prife du Fort Lée ; 8
Décembre , réduction de Rhode Iſland ; 25 , bataille
de Trenton. En 1777 , le 24 Avril , deftruction
du magafin de Peck's Kill ; 27 , deftruction de Danbury;
1 Juillet , Américains délogés de Ticonderago
; 11 Septembre , bataille de Brandiwine ; le
4 Octobre , engagement à German- Town ; priſe
des Forts Clinton & Mangomery ; 15 , Convention
de Saratoga ; 15 Novembre , piife de Mud Inland.
En 1778 , le 8 Août , François repouffés à
Rhode- Ifland ; 29 , retraite des Américains de
Rhode Island ; Septembre , deftruction des magafins
Américains dans la baie de Bedfort ; 13 Décembre
prie de Sainte-Lucie fur les François ;
18 , repouflés à Sainte Lucie .
En
1779 ,
le 18 Juin , prife de Saint - Vincent par les
François ; 9 Octobre , le Comte d'Estaing re(
116 )
pouffé en Géorgie ; 20 , prife du Fort Omoa, -
En 1780 , le 2 Mai , priſe de Charles- Town ; le 17
Août , bataille de Camden.
Ce tableau , comme nous l'avons obfervé,
n'eft rien moins qu'exact ; mais on n'avoit
pas intention de le rendre tel. Il offre quantité
d'omiſſions , entr'autres celle de la priſe
& du combat de la Grenade par le Comte
d'Eftaing. On fait repouffer les François à
Rodhe-liland , tandis qu'ils ne fortirent que
pour aller chercher l'Amiral Howe qu'ils
vouloient forcer au combat , & qui l'évita
par la tempête qui fépara les deux armées ,
& après laquelle la Françoife fe réunit à
Bofton , où elle s'étoit donné rendez- vous .
Les 3 pour Ico confolidés ſont à 555 avant la
guerre avec l'Amérique ils étoient à 90. Ce taux
fait trembler pour le crédit public.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 13 Novembre.
L'ÉTAT de la Reine continue d'être de
plus en plus fatisfaiſant ; S. M. a reçu le
2 de ce mois toutes les perfonnes qui ont
les grandes entrées chez LL. MM .
Le 4 le Chapitre de l'Eglife de Paris eut
l'honneur de complimenter le Roi à l'occafion
de la naiffance de Monfeigneur le
Dauphin. L'Abbé de Montagu , Doyen ,
portoit la parole. Il eut enfuite l'honneur
de complimenter Monfeigneur le Dauphin.
Le même jour les Confuls de Paris &
·
( 117 )
les fix corps des Marchands ayant à leur
tête M. le Noir , Confeiller d'Etat , Lieutenant-
Général de Police , & M. Moreau ,
Confeiller d'Etat , Procureur du Roi , préfentés
par le Duc de Coffé , Gouverneur
de Paris , furent admis à complimenter S. M.
fur le même fujet. La Compagnie de l'Arquebufe
de Paris , préfentée également par
le Gouverneur de Paris , eut auffi le même
honneur ; S. M. accorda aux Chevaliers un
Prix en l'honneur de la naiffance de Mgr.
le Dauphin , & nomma pour y tirer en fon
nom le Duc de Coffé , Colonel de la Compagnie
.
Le foir du même jour , il fut chanté dans
toutes les Eglifes de Verfailles un Te Deum
qui fut fuivi d'une illumination générale.
De PARIS , le 13 Novembre.
ON fe flatte de recevoir inceffamment
des nouvelles de M. de Graffe ; il eft vraifemblable
qu'il n'aura expédié le bâtiment
qui doit les apporter qu'au moment de la
fin de la campagne dans l'Amérique Septentrionale
, pour donner en une fois le
détail de toutes les opérations qui ont fuivi
le combat de la Chefapéack & que fon
iffue a dû faciliter. En attendant on a lieu
de tirer les meilleurs augures de ce que
l'Amiral Graves lui-même a dit de ce combat
; quant à tout ce que les papièrs Anglois
débitent des prifes faites par M. de
Graffe , il y a fans doute beaucoup de vrai
( 118 )
femblance ; mais il y a encore de l'incer
titude à l'exception des 7 vaiffeaux munitionnaires
fortis de St-Chriftophe.
On attend avec impatience la confirmation
de ce qu'ils racontent de l'attaque de
St.Auguftin par les Eſpagnols . Les opinions
fe partagent fur ce dernier fait , les uns n'en
doutent pas , parce qu'en effet il eft vrai
femblable ; felon les autres , il fe peut
que ce qui aura donné lieu à l'alarme fonnée
à cette occafion foit la rencontre
que quelque navire aura faite du convoi
de la Havane , compofé d'environ 64 bâtimens
, qui ayant mis à la voile le 19
Août , a dû paffer quelques jours après à la
vue des côtes de la Floride , & dans ce cas ,
la garnifon de St- Auguftin n'auroit eu qu'une
fauffe alarme.
›
Quant à l'arrivée de ce convoi , on n'en
avoit point encore de nouvelles à Madrid
le 25 du mois dernier. Nos lettres de Cadix.
portent que nos vaiffeaux l'Illuftre & le
St-Michel prennent des vivres pour fix mois.
S'il faut en croire quelques autres lettres ,
D. Bonnet , qui eft fans doute arrivé fur
les vaiffeaux de ligne partis de la Havane ,
a été nommé fecond Commandant de la
flotte de D. Louis de Cordova.
La Cour a reçu ces jours derniers la
nouvelle que le riche convoi de Bordeaux ,
parti le 21 Juillet pour la Mattinique , eft
arrivé le 30 Août en fort bon état . Ce
convoi efcorté par deux frégates , la Cou(
119 )
rageufe & l'Amazone , aux ordres du Chevalier
de Villages , Capitaine de vaiſſeau ,
étoit compofé de 92 voiles , formant 31,477.
tonneaux.
Les lettres de la Martinique qui anoncent
cette heureufe nouvelle , & qui parlent
de la joie qu'a caufée l'arrivée du
convoi , font du 18 Septembre. Elles nous
apprennent que les Anglois ne craignant plus
pour leurs Illes , à caufe de l'éloignement
de nos efcadres , avoient détaché 12 à 1400
hommes pour une expédition contre la
Guyane Hollandoife. On avoit fait fortir
auffi- tôt de Fort- Royal 3 frégates & quelques
autres petits bâtimens armés pour intercepter
le convoi ennemi , qui n'eſt ſoutenu
que par une foible eſcorte.
Les frégates du Roi la Médée & la Galathée
, en ftation à la Martinique , ont
pris dans ces parages une corvette Angloife
& 2 navires de la Compagnie Angloiſe des
Indes , qui avoient touché à la Barbade ,
& qui valent quelques millions . Il faut que
ces bâtimens ayent effuyé de bien mauvais
tems pour avoir été obligés de venir fe
réfugier aux Antilles . Le 3 Septembre il y
a eu un coup de vent & un rat de mer à
la Martinique ; on ne dit pas que les rivières
en fe débordant aient caufé des dom-*
mages confidérables .
Le bruit s'étoit répandu qu'un coup de
vent qui avoit eu lieu la nuit du 2.3 au
24 du mois dernier , avoit difperfé le con(
120 )
voi parti de Toulon pour Minorque ; 2 ou
3 tartanes font revenues en effet à Toulon ;
on n'en a pas été inquiet , parce que depuis
l'invasion de Minorque il n'y a point
de corfaires dans ces parages . On a fu
depuis que le convoi a continué fa
route & qu'il eft arrivé à Mahon. II
faut que le coup de vent n'ait pas été
de durée , & que fur-tout il ne fe foit pas
étendu bien loin , puifqu'on ne l'a
fenti à Marſeille .
le
4
pas
ref
M. le Prince de Robecq , écrit-on de Dunker
que , vient d'obtenir de S. M. un brevet de Lieute
nant de frégate du Roi pour l'intrépide Dowlin
Capitaine du corfaire la Fantaisie doublé en cuivre ,
armé de 14 canons de 4 liv. de bales & 56 hommes
d'équipage . Pendant 3 mois de croifière ,il a fait 48.
prifes qui font eftimées un million & demi argent
de France. Le 10 Juillet il arriva à Morlaix avec 15
rançons montant à 6350 guinées ; Aout avec
9 montant à 10,280 guinées ; le 14 avec 4 mon
à
tant à 5600 ; le 18 Septembre avec 9 montant
6070 , & le 23 Octobre avec 8 montant à 4460.
Total , 32,760 guinées qui a 25 liv . par guinée font
8.19,000.liv. Plus , une prife chargée de vivres, vendue
à Morlaix 30,000 livres , une autre priſe allant de
Corck à Sainte-Lucie , chargée de vivres & autres
marchandifes , eftimée 120,000 livres , une autre
riche prife chargée de draps , toiles , quincaillerie
allant de Liverpool à Charles- Town , eftimée
550,000 ; total , 1,519,000 . Les armateurs de ce
corfaire font MM . Aget & Kenni de Dunkerque «
Les lettres d'Espagne ne difent rien de
Gibraltar. Il faut cependant que le camp
de St-Roch continue de tems en tems fon
feu , puifqu'on lit dans les papiers An
glois ;
( 121 )
glois , que le Major de Gibraltar , Officier
eftimé , appellé Burke , a été tué par un
boulet de canon au moment où il faifoit
une partie de Whift avec quelques Officiers
, dont deux ont été bleffés grièvement
du même coup.
D. Louis Arguedas , écrit- on de Cadix , Lieutenant
de Vaiffeau , avoit appareillé de ce port le
28 Février , à bord de la bélandre de S. M. la
Trucha. Cet Officier , chargé d'aller obferver à St-
Domingue l'éclipfe du 23 Avril , étoit muni d'un
paffe-port de la Cour de Londres pour ſa fûreté ,
attendu l'utilité générale de fa miffion pour tous
les peuples polices ; mais les corfaires Anglois font
auffi peu retenus par des confidérations de cette
nature , que par les ordres & les paffe - ports de leur
propre Gouvernement. Le 9 Mars , à la hauteur
des Canaries , la bélandre fut vifitée par une frégate
Angloife nommée la Matilde , dont l'équipage
ouvrit de force les malles & ballors du bâtiment
Eſpagnol , pilla la majeure partie des effets , &
enleva une grande quantité de vivres & le peu
d'armes qui , du confentement même de l'Angle
terre , étoient à bord de ce bâtiment , dans le cas où la
tempête l'auroit jetté fur quelque côte fauvage ou
pour quelqu'autre évènement imprévu . Les Anglois
commirent encore une infinité d'autres excès , &
différentes perfonnes de l'équipage éprouvèrent les
effets de leur violence. Le premier Avril , à la
hauteur de l'Ile de St Martin , la bélandre Efpagnole
fut chaffée par deux brigantins Anglois : l'un
d'eux la laiffa continuer fa route , après avoir examisé
fes papiers , en la prévenant néanmoins que
le Capitaine de l'autre brigantin étoit un très méchant
homme . & que pour n'être pas témoin de
fes excès , il alloit mettre toutes les voiles au vent
& s'éloigner le plus promptement qu'il lui feroit
17 Novembre 1781.
f
( 122 )
poffible. En effet , le fieur William Bartom , Ca
pitaine de cet autre bâtiment nommé la Vénus ,
envoya , fur les fix heures du foir , fa chaloupe à
la bélandre , pour forcer les principaux Officiers de.
paffer à fon bord. Alors , Tans s'embarraffer du
paffe-port donné au Capitaine Efpagnol , ni de fes
autres papiers , il déclara le bâtiment de bonne prife;"
& fous prétexte de donner chaffe à deux bâtimens
qu'on apperçut le lendemain , il fit defcendré les
Officiers à fond de cale , fermer les écoutilles , &
reçut avec le plus grand mépris leurs repréfentations
pendant ce tems - là , fes gens enlevoient
de la bélandre tout ce qu'ils jugeoient à propos. Le
9, le bâtiment Efpagnol entra avec un pavillon de
prife dans l'Ile Angloife de Tortola pour y être
condamné, & le brigantin ennemi refta à une certaine
diftance de la côte . Les Anglois avoient jetté
à la mer tous les papiers qu'ils avoient pu trouver,
pour ôter à D. Louis de Arguedas tous les moyens
de défenſe : cependant ce Capitaine en ayant confervé
quelques-uns , il les préfenta au Gouverneur
Anglois de l'Ifle qui déclara la bélandre libre. Mais
D. Louis de Arguedas étant retourné à fon bord
pour continuer fon voyage , vit avec le plus grand
chagrin le dégât qui y avoit été fait la nuit précédente
par les Officiers & l'équipage du brigantin
Anglois , encouragés par la préfence du Capitaine
lui-même , qui s'étoit déguifé en matelot pour par
ticiper à ces excès. Les inftrumens , les provifions ,
les uftenfiles , les habits , tout avoit été enlevé par
l'ennemi , qui ne laiſſa exactement rien aux gens
de l'équipage. Sur les plaintes du Commandant Ef
pagnol , le Gouverneur prit connoiffance de cetattentat
; mais pendant ce tems le Brigantin avoir
difparu , & il eft vraisemblable que ce nouveau délit
ne fera qu'augmenter la lifte nombreuse de toutes
les vexations de cette nature commifes impunément
par les corfaires de la Grande-Bretagne a Canon
( 123 )
La lettre fuivante qui nous a été écrite
de Rochefort , contient les détails d'une
épreuve faite à l'Ile d'Aix , & dont le fuccès
mérite la plus grande publicité.
D'après les ordres de M. le Marquis de Ségur ;
le 7 Octobre , on a fait l'épreuve du Fort en bois ,
conftruit par les méthodes , & fous la direction de
M. le Marquis de Montalembert. Les Commiſſaires
nommés , étoient , pour le Département de la guerre ,..
M. le Marquis de Voyer , Lieutenant - Général ,
Commandant en fecond dans la Province ; M. le
Marquis de Montalembert , Maréchal - de - Camp ;
M. Dajot, Maréchal- de- Camp , Directeur du Génie ;
M. Divoley , Colonel , Directeur d'Artillerie ; &
pour le Département de la Marine ; M. de la Touche
Tréville , Commandant du Département de Rochefort
, remplacé , pour caufe de maladie , par M..
d'Aubeaton, Capitaine de vaiffeaux ; M. de Bélugard ,
idem , M. le Chevalier de la Clocheterie , Lieutenant
de vaiffeaux. L'objet de cette épreuve étoit de s'affurer
de la folidité de la conftruction' dudit Fort
contre la commotion & l'explofion de fon propre
feu . Le motif en étoit , l'idée qu'avoient prife ou
donnée plufieurs perfonnes , qu'une batterie de ca
nons de 36 établie au premier étage fur un plancher,
ayant fous elle une batterie de même calibre , &
furmontée enfin d'une terraffe fur laquelle eft établie
une batterie de pièces de 12 , ne pouvoit former un
édifice affez folide pour réfifter à l'effort du few
confidérable que fourniffoit la défenſe.
apprécier cette opinion , on a fait faire d'abord un se
feu à volonté , & tel qu'il s'exécute pendant un
combat , de la totalité des bouches-à-feu , au nombre
de 68 pièces , dont 57. de 36 , & 11 de 12. Ce feu
a duré une demi- heure , pendant laquelle lesdites
pièces , fervies chacane par 3 hommes feulement ,
ont tiré à raison d'un coup par 5 minutes. - On
Pour
f2
( 124)
a eu lieu d'obferver , pendant ce feu , que le fervice
fe faifoit facilement dans ces batteries fermées , &
que la fumée, dont quelques perfonnes craignoient
l'inconvénient , n'y apportoit aucune incommodité.
On a fait faire enfuite , 1 ° . une falve de la totalité
de la batterie du rez - de - chauffée , de 16 pièces de
36 , fervies & tirées enfemble. 2. Une femblable
de la batterie du prémier étage de 41 pièces auffi
de 36. 3 °. Une idem , de la batterie élevée en terraffe
au-deffus du Fort , & armée de i'r pièces de 12. 4° . Et
enfin une décharge générale des 68 pièces qui arment
les 3 batteries : la totalité defdites pièces fervies &
tirées enfemble. Les Commitfaires nommés n'ont
trouvé dans l'examen qu'ils ont fait dudit Fort ,
après cette épreuve , aucune dégradation d'aucon
genre.Il s'étoit rendu à l'Ifle d'Aix , à cette époque
vraiment intéreffante , une grande quantité de Mili
taires de différens corps & de tous les grades , qui
tous ont témoigné leur fatisfaction de la manière
la moins équivoque & la plus flareufe pour l'Auteur.
-
Nous avons donné dans un de nos Journaux
, d'après M. de Courcelles , un moyen
de purifier l'eau corrompue. M. Blondeau
nous a adreffé fur ce fujer la lettre fuivante
de Breft ; l'objet en eft trop important pour
la Marine , pour que nous ne nous empreffions
pas de la tranfcrire.
» Je viens de lire dans votre Journal du 15 Septembre
, p. 129 , l'extrait d'une lettre fur un moyen
de rendre porable l'eau corrompue , qu'on trouve
dans l'Ouvrage pofthme de feu M. de Courcelles ,
- premier Médecin de la Marine à Breft , fur le régime
des Marins. Je penfe , comme l'Auteur de
lettre , que le moven indiqué dans cet Ouvrage ,
d'après M. Hales ( & non Haley ) , mérite d'être
préféré à celui que le fieur Bouebe a fait eflayer
ici , parce que celui-ci eft plus difpendieux , plus
cette
( 125 )
embarraffant , & n'a pas , comme l'autre , le fuffrage
d'une longue expérience en mer. Mais me fera -
t-il permis de demander ce qui vaut mieux ou de
laiffer corrompre l'eau pour avoir le plaifir de la
purifier enfuite, comme l'on peut, ou de l'empêcher de
fe corrompre dans les plus longues campagnes , &
dans les climats les plus chauds ? On trouve ce
moyen dans le quatrième Cahier du Journal de
Marine ,, pag. 144. Je vais le tranfcrire , parce
qu'ayant pour lui le fuffrage le plus complet de
l'expérience,il ne peut être que très-urile de le faire
connoître. Après avoir combujé les futailles à
l'ordinaire , empliffez - les d'eau ; mettez environ
deux livres de chaux vive dans chacune , fi ce font
des pièces de quatre , & dans les autres à proportion.
( l'excès ne peut pas nuire ) . Laiflez les fu
tailles en cet état pendant ƒ à 6 jours ; verfez
cette eau , rincez les futailles deux fois , puis empliffez-
les de l'eau deftinée à faire le voyage , pour
laquelle on ne prendra que les précautions ordinaires.
Ce moyen a été éprouvé avec le plus grand
fuccès dans les voyages de Marfeille à l'Ife de
France , & de l'Ile de France à Marſeille ; l'an
defquels , au moins , dura fix mois fans relâche.
-On prétend , je le fais , que ce moyen a été tenté
à Breft fans fuccès. Il feroit fingulier que cela
fat vrai & que je n'en fuffe rien , moi réfidant à
Breft & à qui l'on doit la publication de cette
méthode , des preuves de fon efficacité , de fa
théorie complette , & des moyens d'en faire uſage
par-tout. Si cela eft , on aura employé un mauvais
expédient publié d'abord par erreur dans un règlement
de M. de Sartine , pour la propreté des vaiffeaux
, leur falubrité & la fanté des équipages , &
corrigé enfuite , au moyen d'un carton ordre
de ce Miniftre , & d'après mes repréſentations . -
Que cela foit ou non , les bons efprits diront
*
{
›
> par
£ 3
( 126 )
(
toujours que ce moyen , confeillé par l'expérien
ce, ne peut être rejetté avec raifon , que d'après
des expériences bien authentiques. Jufques- là on
fera porté à croire que nous avons un très- bon
expédient pour empêcher l'eau de fe corrompre ,
& qu'il vaudroit mieux l'employer, que de la laiffer
fe putréfier pour la purifier enfuite tant bien
que mal. M. Duret , très - habile Chirurgien de
cette Ville , & qui a fervi long-tems fur les vailfeaux
du Roi , m'a dit avoir vu des accidens trèsgraves
caufés par l'ufage de l'ea corrompue ,
quelques foins qu'on prît pour la rendre potable.
Les dernières lettres de Breft annoncent
le départ de la Sybille , qui va porter dans
l'Amérique Septentrionale de l'argent & des
habits pour nos troupes. Elles ne difent
rien de l'armement ; mais elles s'étendent
fur les fêtes & les réjouiffances publiques
qui ont eu licu à l'occafion de la naiffance
du Dauphin . C'eft le corps de la Marine
qui en a fait les frais. Elles ont duré trois
jours , & l'illumination des vaiffeaux qui
étoient en rade , préfentoit à ce qu'on affure
le fpectacle le plus brillant qu'il foit
poffible d'imaginer. M. d'Hector , Com
inandant à Breft , & M. le Vicomte de
Rochechouart , commandant l'armée , com
me le plus ancien Officier général , ont
' fait les honneurs de ces fêres.
On affure que le Roi d'Angleterre a chargé
un Miniftre étranger réfidant ici , de complimenter
de fa part S. M. fur la naiffance
de Mgr. le Dauphin.
( 127 )'
Le 4 de ce mois , le Te Deum a été
chanté dans toutes les Eglifes du Diocèſe
de Paris, Verfailles s'eft diftiguée à cette occafion
par fes fêtes. Les illuminations des
principales Eglifes , celles de l'Hôtel de la
Guerre , de la pièce des Suiffes , étoient
fort brillantes & du meilleur goût. Le Roi
qui avoit promis aux Harangères de Paris ,
qui font appellées dans plufieurs de nos
papiers publics , les Dames de la Halle
de leur donner à dîner , les fit traiter magnifiquement
ce jour- là . Elles étoient au nombre
de 120. La Cour s'amufa , dit- on ,
beaucoup un moment de la groffe joie de
cette compagnie turbulente. Tous les Corps
de Métiers de Verfailles ont été pendant
huit jours fous les fenêtres de l'appartement
de Monfeigneur le Dauphin , & fous celles
de l'appartement du Roi , offrir leurs hom
mages . Ils étoient précédés de Meneftriers.
& les Syndics portoient un chef d'oeuvre de
leur art , ou une marque caractéristique de
leurs occupations. Les Serruriers avoient
une ferrure. Le Roi fe la fit apporter , &
chercha à découvrir lui - même le reffort
fecret de cette pièce ; S. M. parvint à le
trouver ; mais au moment où la ferrure
s'ouvrit , elle fut agréablement furpriſe d'en
voir fortir un dauphin en acier , fort artiftement
travaillé . Elle fut fi contente de
cette galanterie , qu'elle donna 30 louis de
fa poche au Corps des Serruriers , fans ce
f 4
( 128 )
qui leur revenoit de la Princeffe de Guémenée
, Gouvernante des Enfans de France ,
chargée de diftribuer de l'argent à toutes
ces corporations,
"
Le fieur Hériffon , Maître Arquebufier , inventeur
de nouveaux refforts de voiture qu'il a préfentés
à l'Académie Royale des Sciences , fous la
dénomination de refforts François , qui joignent
au mérite d'une folidité inaltérable celui de
rendre les voitures fi douces , que même en cou
rant la pofte & dans les plus mauvais chemins ,
on peut y lire & écrire fans fatigue , inftruit que
différens Ouvriers ont tenté de les contrefaire ,
croit devoir prévenir le public pour le garantir des
accidens qui pourroient réfulter de l'ufage de
refforts qui ne reffembleroient aux fiens que par
la forme , que l'on ne peut compter fur la bonté
de ces refforts , qu'autant qu'on les aura vu réfifter
aux épreuves que MM. les Commiffaires de
l'Académie ont fait fubir à ceux du hieur Hérif
fon , qui confiftent à les charger de huit cents
pelant , à les faire jouer en cet état , & enfuite
leur faire effuyer le choc fubit d'un poids de
400 livres tombant de dix pouce de haut & vérifier
après s'ils n'ont pas perdu plus que 3 ou 4
lignes de la hauteur qu'ils avoient avant l'épreuve
ce que l'on doit mefurer & conftater avant de les
charger. On verra tous les jours une Voiture montée
fur ces nouveaux Refforts , chez le Sr. Hériffon , en
fon Attelier , rue du Bout du Monde , la feconde porte
cochère à droite en entrant par la rue du Petit Carreau.
Il ne délivre aucuns Refforts qu'il ne leur ait
fait fubir les épreuves ci-deffus en préſence des Acquéreurs
, & donné fon billet de garantie.
•
Le fieur Louis-François Blondel , ancien
Maître de Pofte , route du Havre , âgé de
J
( 129 )
73 ans , né à Launay , dans la même Paroiffe
& la même maiſon où il a été marié
en 1731 , avec Marie- Magdeleine de Caux ,
âgée de 63 ans , a renouvellé la soe année
de fon mariage dans le même lieu & la
même Eglife. Le couple étoit affifté de leur
oncle & tante , M. & Madame Robertgendry
, l'un âgé de 82 ans & l'autre de 77 ,
qui ont eux -mêmes 56 ans de mariage. Cette
cérémonie s'eft faite le 29 Octobre dernier
dans l'Eglife de Launay , pays de Caux ,
Diocèle de Rouen , par le Curé de Povelle
leur fils. Ils ont deux autres fils encore
2 filles & 16 petits - enfans.
mena-
ERRATA. Au numéro précédent , page 85
ligne 19 , au lieu de ces mots ils fe plaisent à
croire que LA COUR n'a pas eu de part aux
ces ; lifez ils fe plaisent à croire que Le Cave
' & . n'a pas eu de part aux menaces , J. A
La frégate la Magicienne , de 32 canons , commandée
par M. de la Bouchettiere , Capitaine de
vaiffeau , partie de Portsmouth dans l'Amérique
Septentrionale le 31 Août , rencontra , le premier
Septembre , le vaiffeau le Chatham , percé pour 62.
canons & en ayant so de montés du calibre de 24
à fa première batterie . Après un combat de 3 heures ,
ayant eu fes mâts percés de plufieurs boulets , fes
vergues coupées , toutes les manoeuvres hachées
voyant que le peu de vent ne lui permettoit pas
d'échapper à l'ennemi , qui avoit une marche fupérieure
, elle fe rendit , pour ménager le fang des
braves fujets du Roi qui avoient combattu fi vaillamment
, malgré la fupériorité des forces de l'Anfs
glois. La frégate a eu 32 hommes tués & 54 blclés. Un matelot , nommé Nicolas d'Achicourt , natif de
Boulogne , étendu fur le gaillard & prêt à expirer , faifit la main, du Capitaine , & lui dit : Je vais mourir ; mais je regrette moins la vie que de voir
la frégate au pouvoir de l'ennemi .
raux,
"
Règlement concernant les prifes que des corfaires
François conduiront dans les ports des Eras Géné raux des Provinces - Unies , & celles que les cot- faires defdits Etats - Généraux amèneront dans les ports de France. » S. M. voulant faire connoître
fes intentions fur les prifes que fes fujets pourront
conduire dans les ports des Etats- Généraux des Provinces - Unies , & fur celles e
que les corfaires
defdits Etats- Généraux conduiroient
dans les ports
de fon Royaume , elle a ordonné & ordonne ce qui
fuit : 1 ° . Les prifes qui auront été faites par les corfaires François fur les ennemis de S. M. , pourront
être conduites dans les ports des Etats Géné foit pour mettre lefdits corfaires en état de
continuer leurs courfes , foit même pour que les
prifes
y
foient vendues s'il eft néceffaire. 20. Dans
le cas d'une fimple relâche , les Capitaines conduc
teurs des prifes , feront tenus de faire devant les Juges du lieu , une déclaration fommaire des cir
conftances de la prife , des motifs de la relâche , & de requérir lefdits Juges de fe tranfporter à bord
des bâtimens pris , pour appofer les fcellés ou faire la defcription de ce qui ne pourra être mis fous lefdits fcellés , pour êrre ledit état vérifié en France
par les Officiers de l'Amirauté , fur l'expédition
que l'Officier conducte r de la prife fera tenu de rapporter & de dépofer au Greffe . 3 ° . Les mar
chandifes fujettes à dépériffement
, ou même d'au tres marchandifes
s'il eft néceffaire , pour pourvoir
( 131 )
aux befoins des bâtimens pendant le tems de la relâche
, pourront être vendus dans lefdits, ports des
Etats- Généraux , fur la permiflion qui en fera obtenue
du Juge du lieu par le conducteur de la prife ;
à la charge de faire faire ladite vente par les Officiers
publics à ce prépofés , & de rapporter en France
des expéditions , tant des procédures que du procèsverbal
de vente. 4. En cas que les conducteurs des
prifes aient été autorisés par les Armateurs ou le
Capitaine du corfaire preneur , à faire vendre lef
dites prifes dans les ports des Etats- Généraux , ils
feront renus de requérir le Juge du lieu , de fatisfaire
aux formalités prefcrites par l'article 41 de
la déclaration de S. M. du 24 Juin 1778 , & de
rapporter en France l'expédition defdites procédures .
5. Les expéditions defdites procédures , & les
pièces originales & tranflatées , feront adreffées au
Secrétaire Général de la Marine , à Paris , pour
être procédé au jugement de la prife par le Confeil
des Prifes ; après quoi , le Capitaine conducteur
de prife , ou fon Commiffionnaire , pourront requérir
la vente provifoire des marchandifes &
effers fujets à dépériffement , & même la vente définitive
defdites prifes & de toutes les marchandiles
de leur chargement , en la forme & ainfi qu'il a été
preferit pour les prifes conduites dans les ports
du Royaume , par l'article 45 de ladite déclaration
du 24 Juin 1778. 6°. Le déchargement , l'inventaire
, la vente & la livraifon defdites prifes & des
marchandifes , feront faits avec les formalités qui
font en ufage dans les ports des Etats- Généraux.
Les Capitaines conducteurs des prifes , feront tenus
de rapporter les liquidations particulières ou états
fommaires du produit defdites prifes , & des frais
faits à l'occafion d'icelles , pour être lefdites liquidations
particulières ou états fommaires , dépofés
f 6
( 132 )
par l'Armateur an Greffe de l'Amirauté du lieu de
l'armément , au terme de l'article 7 de la décla
ration du 24 Juin 1778 , & l'Arrêt du Confeil du
4 Mars dernier ; & les Jugemens de bonne prife,
feront envoyés auxdites Amirautés du lieu de l'ar-
Tomement , pour y être enregistrés . 79. Tous les
prifonniers qui fe trouveront , foit à bord des
corfaires François qui relâcheront dans les ports
des Etats - Généraux , foit à bord des prifes qui y
feront conduites , feront remis fans délai aux Gou
verneurs ou Magiftrats des lieux , pour être gardés,
au nom de S. M. & nourris à fes frais , ainsi qu'il
en fera ufé dans les ports de France pour les prifonniers
faits par les corfaires Hollandois . Seront
néanmoins tenus les Capitaines qui ramèneront des
prifes dans les ports du Royaume, pour y être
vendues, de retenir deux ou trois prifonniers principaux
, pour être interrogés par les Officiers de
l'Amirauté , & fervir à l'inftruction . 8. Les corfaires
des Etats-Généraux , pourront conduire ou
faire conduire leurs prifes dans tous les ports de
la domination de S. M. , foit pour y refter en relâ.
che , jufqu'à ce qu'elles foient en état de retourner
à la mer , foit pour y être vendues définitivement.
9. Dans le cas d'une fimple relâche , les conduc
teurs de prifes feront tenus de faire , dans les vingr
quatre heures de l'arrivée , leur déclaration devant
les Officiers de l'Amirauté , lefquels fe tranfporte
ront à bord des bâtimens pris , pour appofer les
fcellés & faire une defcription fommaire de ce qui
ne pourra pas être compris fous lesdits fcellés , fans
qu'il foit permis de rien débarquer du bord defdires
prifes , fous les peines portées par les Arrêts & Règlemens
de S. M. 109. Permet néanmoins S. M. auxdits
corfaires des Etats -Généraux de faire vendre
dans les ports les marchandiſes fujettes à dépériffement
, ou même d'autres marchandiſes , pour
ལ
( 133 )
pourvoir aux befoins des bâtimens , pendant le
tems de la relâche ; à la charge d'en demander
par requête la permiflion aux Officiers des Amirautés
par- devant lefquels il fera procédé à ladite
vente. 11. Lorfque les fujets des Etats-Généraux
voudront faire vendre leurs prifes dans les ports
du Royaume , le Capitaine qui aura fait la prife ,
ou l'Officier qui aura été chargé de la conduire ,
feront tenus de requérir les Officiers de l'Amirauté
de fatisfaire aux formalités prefcrites par l'article 42
de la Déclaration de S. M. du 24 Juin 1778 , & fera
vente faite conjointement avec le Conful , ou chargé
d'affaires des Etats-Généraux , s'il y en a , finon
en préfence du fondé de pouvoirs du corfaire - preneur
, & feront les expéditions desdites procédures
& pièces originales adreffées au Secrétaire de l'Amirauré
des Etats- Généraux , d'où le vaiffeau de guerre
, ou le corfaire-preneur dépendra , pour y être
procédé au Jugement de la prife. 12 ° . Les Capitaines
conducteurs des prifes , ou leurs commiffionnaires
, pourront requérir les Officiers des Amirautés
de procéder à la vente provifoire des marchandifes
& effets fujets à dépériffement , & même
à la vente définitive des prifes & de toutes les marchandifes
de leur chargement , lorsqu'elles leur
paroîtront conftamment ennemies , d'après les
pièces de bord & les interrogatoires des prifonniers
, ainsi qu'il eft prefcrit pour les prifes faites
par les corfaires François , par l'article 45 de la
Déclaration du 24 Jain 1778. 130. Le décharge.
ment , l'inventaire & la livraifon defdites prifes &
des marchandifes , feront faits en préfence des Amirautés
, dont les vacations au déchargement , à
l'inventaire & à la livraiſon des marchandifes ,dferont
réduites à moitié , au terme de l'article 52 de la
Déclaration du 24 Juin 1778 ; lefdits Officiers ne
procéderont à des liquidations particulières du pro(
134 )
duit des prifes , que lorfqu'ils en feront requis par
les parties intéreffées : Mais dans tous les cas où
il pourroit être queftion de délivrer plufieurs expédi
tions , il ne fera payé a Greffier pour les feconde
& troifième , que le prix du papier timbré & les frais
d'écriture , le tout conformément au tarif de 1770.
14° Les marchandifes provenantes des prifes faites
par les corfaires des Etats - Généraux , feront fujettes
aux mêmes droits & aux mêmes formalités que
celles provenantes des prifes faites par les corfaires
François , ainfi qu'il eft porté par l'Arrêt du Confeil
du 27 Août 1778 , lequel fera exécuté pour
piifes faites par lefdits corfaires des Etats-Généraux.
15. Les corfaires des Etats- Généraux pourront
remettre dans les ports , aux Commiffaires des
ports & arfenaux de la Marine , les prifonniers
dont ils feront chargés , & il fera donné des ordres
par S. M. > pour que lefdits prifonniers foient
conduits , gardés & nourris dans les places &
châteaux , aux frais des Etats - Généraux , & délivrés
à leur première requifition , foit pour être
échangés , foit pour être transférés ailleurs « .
و
que
les
fuit :
y compris
le
boeuf ou
fix de
Arrêt du Confeil du Roi , du 28 Août 1781 ,
rendu au profit de M. le Marquis de Sourches .
"Comte de Mouhoreau ; contre les Dames Abbeffe
& Religieufes de Fontenfault , qui fixe les droits
de leur Bac audit Mouhoreau , ainfi
1. par perfonne à pied , fix deniers . 29. Par muler ,
cheval ou âne , chargé on non
Conducteur & Canallier , un fol. 3
vache , un fol. 4° . par cochon ou
niers. 5. par brebis , trois deniers .
tier ou pochée de bled ou farine , un fol . 7 ° . par
barique de vin , trois fols . 89. par charrette de
foin fans charrette , vingt - quatre fols . 9. par
charrette de gros bois
de tuſſeaux , trente fols . 11. par yoiture à deux
, vingt fols. 10. par cent
· par
veau ,
6º. par Lep(-
135 )
roues , vingt fols. 12 ° . par voiture à quatre roues,
quarante fols.
De
BRUXELLES , le 13 Novembre.
Selon des lettres de Lisbonne , le Roi
eut le 3 du mois denier un accident à la
chaffe ; le carroffe dans lequel il ſe trouvoit
verfa , & S. M. fe blefla à la tête . Elle fut
auli-tôt faignée par précaution ; maintenant
elle fe trouve très -bien . Les mêmes
lettres portent que la reine a bien voulu
changer pour quelque tems l'exil du Marquis
de Pombal , en lui permettant d'aller -
faire ufage des bains de Lafcaldas. On continue
la réviſion des procès des grands exilés
fous le règne précédent , & on affure
que S. M. s'expliquera bientôt à ce ſujer.
Tandis que d'après ce que publient les
Anglois , on conjecture que partie des bâtimens
pris par le Commodore Johnstone
à la baie de Saldanha étoient chargés , on ne
ceffe pas en Hollande d'élever des doutes
fur cette queftion.
33
:
Que penfer de fa relation , lit -on dans une
lettre il écrit que le 9 Juillet , un vaiffeau de fon
efcadre qu'il avoit envoyé à la découverte , lui a
amené le navire de la Compagnie des Indes Orien→
tales de Hollande le Held-Woltemade , Capitaine
Vrolyk , en route vers le cap de Bonne - Espérance
pont Ceylan ; & le Capitaine Hollandois Ifaac-Louis
de Bollan , bien auffi croyable que le Commodore
Anglois , écrit en date du 16 Mai , que , forti du
Texel , le 18 Décembre 1780 , avec le hourque de
( 136 )
la fufdite Compagnie le Katwyk Aan-Shyn , ileft
arrivé au cap de Bonne-Efpérance le 20 Avril , &
que ce même jour le Held-Woltemade venoit d'en
mettre à la voile pour Ceylan. Comment eft - il
poffible que le Held-Woltemade , navigeant au-delà
du Cap, ait été pris en deçà ? La narration du
Commodore préfente bien d'autres contradictions à
digérer. Comment le Gouverneur du Cap a -t-il
laiffé partir , fans eſcorte , les vaiffeaux de la Com
pagnie fachant que la guerre étoit déclarée ? Pourquoi
n'en a-t-il pas fait décharger & emmagasiner
les cargaifons ? Pourquoi ne les a-t-il pas armés
Pour la défenfe du Cap ? Suppofons que le Gouverneur
les ait laiffé partir , que faifoient ces vaiffeaux
dans la baie de Saldagne , où il n'y a ni port ni
habitans ? Ils fortoient à peine du Cap. Ou étoient
ces Rois de Ternate & de Tidor , avant l'arrivée
des Anglois ? n'étoient - ils fous la garde de
fonne ? Si quelque Officier de la Compagnie devoit
veiller à leur conduite, comment leur a- t - il permis
de prendre une chaloupe & de venir , à la face des
équipages Hollandois qui brûloient leurs propres
navires , fe rendre aux Anglois ? Qu'a fait Jobultone
de ces malheureux Rois ? Il ne nous le dit pas.
Nous les verrons fans doute à Londres , & comme
depuis leur départ de Robben- Eyland , ils auront eu
le tems d'examiner la baie de Saldagne , ils nous
donneront quelques éclairciffemens fur la Géogra
phie Hottentote de M. le Commodore. Je refpecte
la Cour de Londres ; je crois fermement qu'elle ne
fait imprimer , dans fes Gazettes extraordinaires,
que ce qu'elle a reçu réellement mais je crois auffi
qu'on lui en impofe en raifon du quarré de la dif
tance des lieux d'où elle reçoit les dépêches . De
forte qu'une nouvelle de Gibraltar à plus de probabilité
qu'une de New - Yorck & une de New-
Yorck plus qu'une de Madras , & c . «,
243 ppm 25
1
( 137 )
Sur la propofition faite par le Stathouder
aux Etats-Généraux le 22 du mois dernier ,
il fera créé un corps de marine . Cet objet
n'a pas fouffert les lenteurs ordinaires ; il
n'en eft pas de même de l'interminable
affaire du Duc de Brunſwick avec le Magiftrat
d'Amfterdam . Si plufieurs provinces
font difpofées à donner fatisfaction à ce
Prince , d'autres regardant les reproches
qu'on lui fait comme très-graves & très importans
à approfondir , demandent qu'on
les difcute & que MM. d'Amfterdam développent
leurs motifs & les mettent avec
leurs preuves fous les yeux de la généralité.
Tel eft entre autres le fondement de l'avis
de Etats d'Overyffel .
M. de Capellen de Marſch qui s'eſt rendu
célèbre par fon patriotifine & par fes difcours
aux affemblées des Etats de Gueldres
en a prononcé un dans celle du 20 Octobre
, à l'occafion de la demande du Roi de
France pour une négociation des millions
de florins fous la garantie de la République .
Le voici.
»La convocation prématurée de cette affemblée
devant fervir , en fuivant l'exemple des autres
Membres du corps fédératif , à hâter le confentement
de V. N. P. à la négociation de cinq millions de
florins fous la garantie de cet Etat , me fait , ainfi
qu'à quiconque prend à coeur la fituation critique
de la patrie , defirer ardemment que nous entrions
enfin dans l'opinion & la perfuafion qu'il eft plus que
tems de répondre aux offres multipliées & même
aux marques effectives de l'amitié de la Cour de
( 138 )
France , à fa difpofition de conclure une alliance
étroite avec cette République , alliance fi néceffaire
pour parvenir , par des mefures unanimes , à combattre
avec vigueur & à réduire à la raiſon un
ennemi redoutable. V. N. P. favent par quelles
rufes & cabales les Bretons , nos éternels ennemis ,
font parvenus , foit par leur influence traîtreufe audedans
, foit par leurs attaques perfides, au -dehors ,
à conduire cet Etat au bord de fa ruine inévitable ,
fans que nous ayons pris nos précautions à tems
pour infifter auprès d'un allié auffi naturel & auffi
néceffaire pour nous , afin de fe joindre à lui contre
un feul & même ennemi. Oubli impardonnable !
adminiftration qu'on ne pourra jamais juftifier , &
qui demande certainement un prompt changement
que la Nation attend avec impatience ; il montrera
qu'on n'a négligé aucun des moyens pour faire
échouer les attaques infidieufes d'un ennemi toujours
menaçant . Au milieu des fuites amères de
cette guerre malheureuſe , l'indolence avec laquelle
on conduit les affaires doit mécontenter un
peuple prêt de facrifier les biens & fa vie pour
la patrie. Qui peut défavouer que la melure
ne foit à fon comble ; que cette Nation ne foit
autorifée à demander à fes Repréfentans , à V. N.
P. , que fans délai , fans perte de tems , avant qu'il
foit trop tard , on prenne des mesures efficaces pour
arrêter les progrès d'un ennemi fi formidable ,
par des fecours de dehors , foit par une conduite
unanime & vigoureufe au dedans, afin d'empêcher par
là que la liberté & la profpérité ne nous échappent
pour toujours. V. N. P. , accoutumées à prévenir
les confédérés >
ne pourroient - elles pas faire , au
nom de cette Province , toutes les inftances poffibles
auprès des confédérés pour travailler aux moyens
les plus propres & les plus efficaces de conclure une
alliance avec la France , & fe décider par les meil
foit
( 139 )
leures combinaifons avec S. M. T. C. pour
la campagne prochaine. Perfonne ne peut révoquer
en doute la néceflité preffante de ces melures
, à moins de nous expofer de gaieté de coeur
au danger de perdre pour toujours notre commerce
& notre navigation ; de voir nos poffeffions Orientales
& Occidentales expofées à être prifes ou dévaltées.
Ce font cependant les colonnes de l'édifice
de cet Etat , les fources de notre profpérité ; leur
décadence & leur anéantiſſement doivent entraîner
à-la-fois la ruine de cette République . · Il eft donc
naturel que nous agiffions de concert avec les ennemis
de notre ennemi ; ainfi je propofe aux confidérations
férieufes de V. N. P. , s'il ne feroit pas
à propos , pour cet Etat , d'accepter les offres &
les invitations fi affectueules , fi néceffaires & fi
avantageufes des Etats de l'Amérique. Aucune indulgence
, aucune lâche condefcendance pour l'Angleterre
ne fauroient nous empêcher de reconnoître
l'indépendance d'une République qui s'eft , à notre
exemple glorieux , procuré la liberté par fon courage
, & qui eft encore occupée à fe fouftraire vaillamment
à la tyrannie de l'ennemi des deux Nations.
Qui nous empêche de former des alliances étroites
avec ce Peuple vertueux & puiſſant , qui nous affectionne
sûrement plus qu'aucun autre peuple , &
nous donne des marques de fon inclination. Combien
notre indifférence fur ce point diffère de la
conduite que tinrent nos ancêtres qui , convaincus
de la néceffité de fe joindre aux ennemis de notre
ennemi , firent alliance avec les Portugais , au moment
où ceux -ci ſe foulevèrent contre l'Espagne ?
Qui ne voit que la formation de pareilles alliances
fi néceffaires accélérera la conclufion d'une paix générale
& honorable pour nous . Il eft de mon devoir,
N. & P. S , de vous parler franchement ; parce que
je fuis convaincu qu'en continuant à tromper ains
( 140 )
les espérances légitimes de la Nation , on pourroit
augmenter fon mécontentement & fes foupçons
déja affez remarquables. Cette Nation patiente , qui ,
après avoir jufqu'à préfent fourni & prodigué tant de
bien & de fang , prendroit -elle en mauvaiſe part qu'on
exigeât des rendemens de compte fur l'adminiftration
publique ? que l'on infiftât fur un examen des
caufes de nos malheurs ? La défiance & le méconten
tement font généraux ; qui ne tremble fur les fuites
affreufes de murmures qui croiffent de la forte ?
n'entend-on pas les petits auffi bien que les grands
s'écrier : N'eft il pas étonnant que depuis plufieurs
années , après avoir verfé des fommes pour la
conftruction de vaiffeaux , notre marine n'ait pas
encore été mife fur un pied à faire respecter notre
commerce& notre navigation, & qu'en général notre
marine eft , avec les fuites les plus déplorables ,
outrop morcelée ou hors d'état de tenir tête à notre
ennemi ? Peut-on blâmer la Nation d'éclater en
plaintes de n'avoir point eu la protection néceſſaire
pour les branches étendues de fon commerce que
les traités autorifent , lorfque les puiffances du nord,
peu difpofées à ufer de condefcendance avec l'Angleterre
, pourfuivent & affurent leur navigation
fur nos débris. N'eft-ce pas une chofe digne de
réflexion qu'on n'ait pas accepté l'offre magnanime
d'une neutralité armée , & qu'après avoir hélité fept
mois entiers , nous y ayons accédé lorsqu'il étoit
trop tard & que nous ne pouvions en réclamer lès
avantages ; ces griefs & d'autres encore donnent dés
raifons fuffifantes de plainte. On l'avoit flattée d'un
examen des caufes de l'extrême lenteur à défendre
la patrie contre un ennemi redoutable & actif. A-ton
fatisfait à cette promeffe ? travaille-t-on actuelle
ment avec plus d'ardeur & avec le zèle requis à
combattre un ennemi odieux ? s'oppofe -t-on comme
on le doit aux fuites dangereufes de fes intrigues
( 141 )
au-dedans comme au-dehors ? & quoiqu'on foit
pleinement convaincu qu'il n'a pas tenu aux Seigneurs
des Etats de Hollande encore moins à la ville
d'Amfterdam de faire mettre notre marine dans un
état convenable de défenſe , il refte encore à demander
s'il paroît fuffilamment , d'après les rapports
donnés , qu'aucun des Colléges d'Amirauté n'ait été
en défaut.
N'attribue-t-on pas dans toute l'étendue des ſept
Provinces-Unies , à l'influence de Mgr le Prince
de Brunfwick fur l'efprit de Monfeigneur le
Stadhouder , Héréditaire , les caufes principales du
malheur & des défaftres qu'effuie ce pays ? La nation
ne demande-t-elle pas à cris redoublés l'éloignement
du Duc ? l'averfion & la haine contre ce Prince ne
font-elles pas montées au point qu'une politique
prudente exigeroit qu'on écoutât la voix du peuple ,
d'autant plus que jufqu'à ce jour le Duc ne s'eft pas
encore purgé devant la Nation de ce dont diverfes
perfonnes refpectables de l'union l'ont inculpé fi
publiquement ? La Nation peut-elle fe contenter de
la déclaration prononcée par L. H. P. , pour abſou
dre le Duc d'une manière auffi inconftitutionelle
& illégale ? Les réfolutions juftificatoires de quelques-
uns des confédérés peuvent - elles , devant le
Tribunal de la Nation , laver ce Seigneur du blâme
dont il eft inculpé ? Qui oferoit affirmer que dan's
cette affaire tout ait été régulièrement traité , conformément
à l'ordre & à la conftitution du Gou
vernement ? Et la conduite des Comités de cette
Province à la généralité , tenue à cet égard , n'eftelle
pas des plus répréhenfibles , au point que je
me,flatte qu'à l'avenir V. N. P. veilleront efficacement
contre de pareilles tranfgreffions des bornes
de l'autorité qui leur eft confiée . Les plaintes &
les prétentions do Dac n'auroient jamais dû devenir
l'objet délibératif des Etats de cette Province : la
postérité aura peine à croire qu'on ait pu trouver
bon , fans examen préalable fur la légalité ou l'ir- ·
( 142 )
régularité de cette démarche , le 21 Juillet de la
même année , de prendre à la pluralité des voix
une réfolution juftificatoire & en tout fens flatteule
pour le Duc ; réfolution qui tend à préfenter
fous un jour défavorable les efforts les plus
louables , faits par de refpectables Membres de
la Confédération , pour le falut de la patrie ; efforts
cependant , que le tems couronnera d'une
gloire bien méritée , & qui , felon toutes les apparences
, feront appuyées encore plus vigoureufe
ment. C'eſt par-là que tout efpoir de délivrance
n'eft pas encore perdu ; & fi l'unanimité & la
bonne foi , ( dont V. N. P. ainfi que moi , demandent
au Ciel le retour ) doivent renaître dans notre
République , il faut qu'on commence par faire
difparoître la grande pierre d'achoppement , qui
eft devenue l'objet d'une averfion générale & pouffée
à fon dernier période. Le Duc , à qui l'on attribue
une politique fi profonde , pouvant concevoir
que fa préfence eft bien-loin d'être utile à
la Patrie , il faut s'étonner de ce qu'à l'exemple
d'autres Perfonnes publiques , il n'a pas déja
rempli le defir & le voeu du Peuple en s'éloignant.
C'eft le fentiment le plus douloureux de la fituation
déplorable de la Patrie , qui m'a porté à expofer
l'un & l'autre à V. N. P. pleinement convaincu
qu'elles concourront avec les autres Con
fédérés à s'oppofer avec un zèle redoublé aux
progrès ultérieurs de violence externe & interne ,
& à procurer à une Nation opprimée , outragée &
réduite au défefpoir , une fatisfaction convenable ,
en la mettant en état de rétablir ce qui eft ruiné ,
& de venger les infultes qu'on a effuyées. Pour
atteindre ce but falutaire & d'une manière efficace ,
je fuis d'avis qu'à raifon des importans motifs
allégués , en prenne de la part de cet Etat , de
la manière la plus propre & la plus convenable ,"
ainfi qu'avec la plus grande célérité , des arrange
mens de protection mutuelle ; que des Traités
#
( 143 )
>
d'amitié foient conclus avec S. M. T. C. & la République
des Treize-Etats de l'Amérique , comme
l'unique moyen , conjointement avec nos propres
efforts , de forcer l'ennemi à une paix honorable
pour nous , à l'exécuter dans tous fes points , &
à rétablir le droit des Gens qu'il a fi indignement
violé . Je ne doute pas que V. N. P. ne jugent
ces propofitions dignes de leurs délibérations ; je
les leur foumets refpectueufement ; & comme le
Jugement de la Nation & de la Poftérité fur ma
façon d'agir & de penfer dans ces occurrences , ne
m'eft pas indifférent , je requiers que ma propofition
foit inférée dans le Récès de ce Quartier.
PRÉCIS DES GAZETTES ANG , du 6 Novembre,
Il eft arrivé des nouvelles d'Amérique du 25.
Septembre. En attendant que la Cour publie les lettres
du Général Clinton , apportées par M. Conway , Colonel
du premier Régiment des Gardes , fur le paquebot
le Duc de Cumberland , on en a une da Général
Washington au Préfident du Congrès , datée de
Chefter le 5 Septembre.
voyer à V. E, la copie d'une lettre du Général Gift.
Elle annonce l'arrivé de M. de Graffe dans la Chéfa
péak avec 28 vaiffeaux de ligne . Je fuis charmé
d'annoncer moi - même cette bonne nouvelle à V. E,
qui voudra bien accepter mes fincères félicitations
fur cet heureux évènement.
-
» J'ai l'honneur d'en-
Lettre du Général Gift , datée de Baltimore le
4 Septembre. Je fuis charmé de pouvoir vous
apprendre qu'un cutter de 18 canons , commandé
par M. de Calone , vient d'arriver ici chargé des
dépêches de M. le Comte de Graffe pour V. E. Le
Général François eft entré dans la Chéfapéak le 26
Août. Le lendemain il a débarqué 3000 hommes fur
la rive méridionale de la rivière James , qui vont fe
joindre à l'armée que commande le Marquis de la
Fay ette, L'efcadre s'eft emparée dans la traverſée
d'un paquebot de Charles-Town qui retournoit en
Europe avec le Lord Rawdon .
-
L'efcadre, après
144 }
--
avoir pris fa ftation entre le cap Henri & Middle-
Ground , a détaché trois vaiffeaux de ligne & une
frégate pour la rivière de Yorck , où ils ont pris un
vaiffeau percé pour 12 canons .
- M. de Calone m'a
dit qu'il avoit quitté l'efcadre le 3 Septembre , & que
les ordres de fon Général étoient de vous faire remettre
ces dépêches par un Officier ; mais ce dernier
ne pouvant pas partit fur-le-champ , j'ai cru qu'il
étoit important de vous envoyer cette nouvelle par
un Exprès , afin que V. E. puifle faire fes difpofi
tions fans aucun retard. Je viens d'ordonner à tous
les navires qui fe trouvoient ici de mettre à la voile
fur-le-champ pour recevoir les troupes à la tête de
l'Elke.
7
Le Général Washington étoit les Septembre
Chefter , en Penfilvanie. Le 10 il a du fe trouver à
la tête de l'Elk .
Le bruit eft général que M. de Graffe a pris trois.
frégates Angloiles .
-La Commiffion qui a été nommée à New-Yorck
pour infpecter l'Ajax , a décidé d'un accord unanime
que ce vaiffeau ne pouvoit plus fervir ; nonobl
tant , l'Amiral a ordonné qu'il foit mis en répara
tion , pour qu'il ne foit point dit que les François lur
ont détruit deux vaiffeaux.. L'Amiral Digby,
actuellement à Shandy-Hook , avoit à bord de fes
vaiffeaux 200 , 300 liv. ſtu On dit qu'Arnold s'eft
emparé des forts O-Crombell & Gre wold ; il a pris
& brûlé plufieurs bâtimens marchands ; fa perte
totale en morts eft de 44 , & de 127 bleffés.
Le Vice - Amiral Péter - Parker revient avec la
flotte de la Jamaïque à bord du Ruby Le Contre-
Amital Rawley prend à fa place le commandement
de la ftation de la Jamaïque.F
L'Amirauté a reçu hier , la nouvelle de la rentrée
de l'efcadre de l'Amiral Darby à Torbay. Plufieurs !
de fes vaiffeaux (ont en mauvais état , fur-tout ceux
3 ponts & quelque --uns de 74 Il y en a , dit-on ,
10 qui feront obligés d'entrer dans les chantiers .
à
JOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 24 Octobre.
ON compte actuellement dans le Sund 78
bâtimens deftinés pour la mer du Nord ,
& qui doivent mettre à la voile au premier
bon vent ; jufqu'à préfent le tems a été trèsorageux
fur mer , & fur terre nous avons
eu beaucoup de neige & de grêle. Un houker
Suédois , qui alloit de Gothembourg à
Landfcrone , a échoué fur la côte de Setland
às milles d'ici. On a fauvé l'équipage ; mais
la cargaison qui confiftoit en harangs , paroît
, au moins en partie , fort hafardée.
Il eft arrivé ici trois bâtimens venant
d'Irlande , avec une cargaifon confiftant en
viande , poiffon , huile de poiffon , laine &
foufre. Le Gouvernement s'occupe des
moyens de faire fleurir de plus en plus le
commerce ; il eft actuellement queftion d'un
arrangement qui ne peut que concourir à
24 Novembre 1781. g
( 146 )
ce but ; il s'agit entr'autres de faciliter la communication
entre les Etats de S. M. en Europé
, & les lles qu'elle pofsède dans les Indes
Occidentales , dont nous venons de voir
arriver en bon état 2 bâtimens richement
chargés en café & en fucre.
Une frégate Ruffe vient de mouiller à
l'ifle de Roem ; elle vient de la mer du
nord.
POLOGNE..
De DANTZICK , le 30 Octobre.
TOUTES les lettres que l'on reçoit des
parties de la Pologne que traverſe le Roi
pour gagner Vieznovice , où S. M. va joindre
le Grand- Duc & la Grande-Ducheffe
de Ruffie qui doivent y paffer , ne contiennent
que les détails des tranfports de joie
que la nation a fait éclater. Il y avoit cinquante
ans qu'on n'avoit vu de Rois dans
ces Diftricts de la République . Les Gentilshommes
peu aifés , que leur fortune &
leurs affaires retiennent éloignés de Varfovie
, fe font empreffés de fe rendre fur fon
paffage & de lui offrir les chevaux qui lui
font néceffaires , & il n'en eft aucun qui
n'ait regagné fa demeure très -fatisfait de
l'accueil qu'il a reçu de S. M. Ce voyage
peut avoir des fuites heureufes ; en faifant
connoître le Monarque à fes fujets , il lui
en affurera l'attachement & la fidélité.
Le froid commence à devenir rigoureux;
( 147 )
il gèle déja , & on s'attend à voir la navigation
interrompue fous peu de jours. Le
prix du feigle hauffe en conféquence ; il eft
actuellement de 250 à 260 florins par laft ;
y a toute apparence qu'il augmentera encore
plus vers le printems prochain.
il
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 31 Octobre.
LA Cour reçut avant-hier , par un cou
rier , la nouvelle de l'heureufe délivrance
de la Reine de France , qui a donné le jour
à un Prince. Le lendemain , il y eut gala
& l'Empereur reçut les complimens de félicitation
du haut Clergé , des grands Officiers
& des Miniftres étrangers ; S. M. I.
dîna en public avec l'Archiduc Maximilien
, & le foir il y eut fpectacle gratis à
tous les théâtres de la ville.
L'Empereur ayant permis aux Etats del
la baſſe Autriche de lui envoyer une députation
, elle eut lieu le 13 de ce mois ;'
S. M. I. dans l'audience qu'elle donna aux
Députés , leur reinit l'état des matières que
devoit traiter la Dière Provinciale qui a été
ouverte le 22.
Le 4 de ce mois , écrit- on de Péterwaradin , deux
Négocians Ruffes font arrivés ici avec trois bâtimens
chargés de faalx & d'autres fers travaillés de
la Styrie ; ils continueront leur route fur le Danube :
pour la mer Noire , d'où ils fe rendront en Roffie.
Déformais toutes les Marchandifes feront ainfi tranfg
2
( 148 )
portés par eau . L'Aga des Janiffaires , Ofman
Effendi , qui avoit été exilé il y a un an, eft revenu
à Belgrade où il a été remis en poffeffion de fes dignités
par un Firman du Grand- Seigneur. On mande
de Semlin , dans la haute Hongrie , qu'il eft arrivé
près de cette ville fur le Séva , un gros navire conf
truit en frégate & venant de la Croatie . On a mis
tant de foin dans fa conftruction , que non-feulement
fa marche eft légère , mais qu'il peut auffi être
employé fur de petites rivières dont les eaux font
bafles. Il doit prendre une catgaifon à Semlin ,
aller à Vienne «<
&
On attend avec impatience l'ordre Impérial
qui profcrira les enterremens dans
la ville & les fauxbourgs ; comme les emplacemens
deftinés aux cimetières hors des
limites de la ville font déja défignés , on
fe flatte qu'il paroîtra inceffamment. → IL Il y a quelque-tems , lit-on daus une lettre
d'Edenbourg dans la baffe- Hongrie , qu'on a trouvé
à Douczke , près de Debrezin , des écailles dans
lefquelles il y avoit des perles. L'intérieur de l'écaille
eft auffi noir que celle d'une tortue ; l'écaille eft
large d'environ 6 pouces , & fe trouve à 3 ou 4 pieds
fous l'eau. C'eft fur-tout aux environs de la Theife ,
où le pays eft plat & marécageux , que ces perles
ont été trouvées «.
De HAMBOURG , le 3 Novembre.
LE Confeil Aulique de l'Empire a prononcé
depuis peu une Sentence entre le
Prince - Evêque de Spire & le Chapitre de
la même ville , qui contient une décifion
remarquable fur les Chapitres .
» Ceux-ci s'étoient regardés jufqu'à préfent com
me co-Régens des Evêques ; ce qui avoit fouvent
( 149 )
eu des fuites contraires au bien- être du Pays , fur
tout à la mort du Prince - Evêque. Le Chapitre
établiffoit alors & aboliffoit des loix , difpofoit des
finances & du fort des Employés des Collégés , qui
étoient d'autant plus à plaindre , fi pendant la précédente
Régence , ils avoient eu le malheur de déplaire
au Chapitre , ou même à un feul Tréfoncier,
que quelquefois les nouveaux Evêques étoient obligés
par leur capitulation d'approuver les changemens
faits par le Chapitre. Tous ces priviléges
viennent d'être annullés par la Sentence, du Confeil
Aulique. Il y eft dit que S. M. 1. ne laiffe plus
aux Chapitres , le Siége vacant , que le pouvoir de
faire ce que la feule néceffité exige , & cela même
encore par provifion ; un Tréfoncier ne pourra recevoir
au décès d'un Prince- Evêque que 150 florins
pour le deuil & 600 s'il eft revêtu de la charge
de Gouverneur. Par la même Sentence les Evêques ,
comme Vaffaux de l'Empereur , obtiennent une
autorité illimitée & le droit de confidérer les Chapitres
comme leurs premiers fujets . L'on affure
que les Chapitres doivent fe réunir , pour faire
leurs repréfentations à cet égard à l'Empereur & à
la Diète de l'Empire «.
Fly
On dit que l'Empereur , aux Ordonnances
intéreffantes qu'il a déja publiées , fe
propofe d'en ajouter une dont l'objet eft
de déterminer jufqu'à quel point les fujets
de S. M. I. dans les Etats héréditaires font
tenus d'obéir aux Seigneurs des terres , quels
font les droits de ces derniers fur leurs vaffaux
, & les punitions qu'on peut leur infliger
dans les divers délits qu'ils peuvent
commettre à cet égard ? Il y a long-tems
qu'une pareille loi étoit devenue néceffaire
pour protéger le foible & le pauvre contre
8 3
( 150 )
le fort & le riche. Les uns & les autres
font également fujets du Souverain , & ont
le même droit à fa protection ; & la tolérance
civile ne mérite pas moins fon attention
que la tolérance religieufe. Il a parufur
ce dernier objet plufieurs Ouvrages ; l'un
d'eux intitulé : Mémoire intéreſſant adreffé à
tous les Souverains Laïcs de la Religion Catholique
, vient d'être imprimé à Francfort ;
l'objet de l'Auteur eft d'établir les prérogatives
& les droits de l'Empereur contre
les affertions des Ecrivains ultramontains.
Parmi les Ouvrages répréhenfibles qui
paroiffent quelquefois , il y en a qui feroient
voués en naiffant à l'oubli qu'ils méritent
, fi l'autorité & le zèle ne fe réunifloient
pas fouvent pour les profcrire . Telle eft
une petite pièce de vers qui a été publiée
à Liége , & dont on ignoreroit l'exiftence fans
le Mandement que le Prince Evêque a
publié à cette occafion .
» Ce n'eft point fans la plus vive douleur que
nous venons de voir s'élever du fein des brebis
confiées à nos foins , un homme turbulent affez
audacieux pour ofer publier , par une témérité
inouie , une Pièce de vers infultante pour tous les
genres d'autorité. Ne pouvant ni tolérer , ni dif
fimuler une entreprife auffi hardie , nous jugeons
devoir rendre publique l'indignation que nous
avons reffentie à la lecture de cette Pièce fcandaleufe
portant le titre de la Nymphe de Spa à l'Abbé
Raynal , dont nous entendons punir l'auteur felon
la rigueur des loix. Comme nous n'avons rien
de plus à coeur que d'écarter de nos peuples le
fouffle empoisonné de l'irréligion , & de les pré(
15 )
1
t
Venir contre cette funefte épidémie qui par-tout
ailleurs fait les plus grands ravages ; nous vous
conjurous N. T. C. F. de conferver avec foin le
précieux trésor de la foi , dont vous connoiſſez
l'excellence & le prix ; fermes & inébranlables dans
la religion de nos peres qui a toujours fleuri dans
ce Diocèfe , & qui par fon éclat en a fait une portion
diftinguée de l'héritage de J. C. vous n'aurez
que de mépris & de l'horreur pour ces fophifmes
& les attentats d'une philofophie in enfée qui ofe
s'élever contre Dieu & blafphemer contre nos
Mystères « .
Le Roi de Pruffe a rendu une Ordonnance
ultérieure concernant le commerce
maritime de fes fujets pendant la préfente
guerre.
S. M. a déja fuffisamment fait connoître dans fa
première déclaration du 30 Avril de cette année ,
qu'elle vouloit obferver une exacte neutralité pendant
la préfente guerre maritime , & que fon intertion
étoit de diriger la navigation de fes fujets d'une
manière , qu'en faifant ufage de leur liberté naturelle
, ils n'en abufent pas au préjudice des Puiffances
belligérantes , & à un point que celles - ci puiffent
s'en plaindre avec fondement : cependant,,
comme l'on apprend par la voie publique & par
quelques plaintes qui ont été portées , que des Négocians
étrangers & qui appartiennent aux Nations
belligérantes fe fervent du pavillon Pruffien pour
faire un commerce non permis , S. M. déclare folemnellement
par la présente , qu'elle n'accordera
jamais l'ufage de fon pavillon ni fes paffe- ports qu'à
ceux qui font les fujets véritables & actuels , & qui
en cette qualité font effentiellement domiciliés & ont
des biens , des maifons & des poffetſions dans fes
Etats. Si d'autres navigateurs étrangers , & qui ne
font pas pourvus de paffe -ports Pruffiens , fe fervent
$ 4
( 152 )
-
du pavillon Pruffien , ce que perfonne ne peut empêcher
en pleine mer , S. M. ne leur accordera ai
protection ni foutien , mais les abandonnera plutôt
à leur fort. Dans ce cas , conime on ne fauroit imputer
au pavillon Pruffien l'abus qu'en font les
étrangers , ce que S. M. ne peut pas détourner , elle
attend auffi de la juftice des puiffances belligérantes
qu'elles n'en feront rien reflentir à fes fujets & à
leurs vaiffeaux . - Comme c'eft une règle sûre &
générale du droit des gens , que ce n'eft pas tant
le pavillon que les paffe-ports du Souverain qui
conftatent la neutralité & la sûreté des navigateurs ,
S. M. a jugé néceffaire de déclarer , pour prévenir
tout abus poffible , & elle ordonne par la Préfente
de la manière la plus préciſe à tous les fujets qui
naviguent & trafiquent par mer , que quand ils
veulent envoyer des vaiffeaux & des cargallons dans
des mers & régions éloignées , ils doivent demander
à l'avenir les paffe-ports néceffaires , non comme
jufqu'à préfent aux Magiftrats des villes & aux
Colléges fubordonnés , mais au Miniftre du Dpartement
des Affaires Etrangères à Berlin , lequel
leur fera expédier des paffe-ports en due forme
fous le fceau Royal , après qu'ils auront exhibé
les connoiflemens fités , une fpécification exacte
de la cargaifon , & des preuves authentiques attef
tées par les Magiftrats & les Chambres des Finances
de chaque Province , que les propriétaires & fréteurs
du vaiffeau & de fa cargaifon , qui doivent tous y
être nommés , font des fujets véritables & actuels
de S. M. & qu'ils fe font qualifiés par-là pour un
paffe-port. On excepte de cette Ordonnance les
navigateurs Pruffiens , qui refient dans la Baltique
& ne vont pas au-delà du Sund & des deux Belts .
Ceux-ci pourront , pour ne point perdre de tems ,
chercher leurs paffe -ports aux endroits ufités jufqu'ici
& ceux qui partent des ports d'Oftfrife , font
de petits voyages dans la mer du Nord , ainfi qu'aux
3
côres de la G. B. & des Provinces-Unies , & ne
voudroient pas demander des paffe -ports en Cour,
à caufe de l'éloignement & de la brièveté du tems
& de leur cargaifon peu confidérable , pourront fe
pourvoir des paffe- ports néceffaires , comme par le
pallé , auprès du Magiftrar de la ville d'Emden &
auprès de la Chambre Royale des Finances établie
en Oftfrife , qui eft particulièrement chargée de
veiller à l'autenticité de ces fortes de pafle -ports
& d'en prévenir tout abus. Cette Ordonnance
ultérieure , qu'on manifefte par la préfente , doit
fervir d'explication & de fupplément a celle du 30
Avril de cette année , de manière que l'une & l'autre
fervent de règle invariable à tous les fujets du Roi
qui voguent & trafiquent par mer «<,
ཞཱ -
-
La Princeffe Royale de Pruffe eft de nouveau
enceinte ; les prières publiques à cette
occafion ont été commencées le 14 du
mois dernier.
C'eft le 24 Octobre que la Princeffe de
Sardaigne a fait fon entrée publique à
Drefde ; le Prince Antoine de Saxe fon futur
époux avoit été au- devant d'elle ; les
fêtes ont été très -brillantes à cette occafion.
Le même jour , à huit heures du foir , l'illuftre
couple reçut la bénédiction nuptiale
dans la Chapelle de la Cour ; & les réjouillances
qui commencèrent ce jour continuèrent
le lendemain & les jours fuivans..
D'après un état imprimé les troupes
Electorales montent à 24,353 hommies
effectifs , la cavalerie eft compofée de 32
efcadrons ou de 5143 hommes , & l'infanterie
de 27 bataillons ou de 16,170 hòm-
% S
( 154 )
mes. Les 3040 hommes reftans compofent
des corps légers & l'artillerie.
On lit dans le Journal de Correfpondance
du Profeffeur Schloczer à Gottingue
, l'article fuivant daté de l'Ukraine Polonoife.
» L'été dernier plus de 300 familles Juives font
parties de la Lithuanie pour la Paleſtine . La liberté
qu'on accorde aujourd'hui aux Juifs à Jéruſalem ,
eft la caufe de ces émigrations . Il leur eft permis
d'y faire le commerce , conftruire des maifons ,
bâtir des villages dans le voifinage de Jérufalem ,
& de labourer la terre , &c. Beaucoup de Juifs
s'imaginent que Dieu leur fera la grace de les
raffembler à la fin dans le pays de leurs peres. - En
effet lorfqu'on confidère que les Juifs , qui font
en grand nombre en Pologne , y vivent dans l'oppreffion
, que malgré leur extrême pauvreté ils envoient
encore annuellement des fommes d'argent
à Jérufalem , que fouvent des familles entières
quittent leur pays natal pour fe rendre à Jérulalem
, il eft très-probable qu'à la fin ils formeront
un grand peuple aſſemblé dans un même pays.
ITALIE.
De LIVOURNE , le 25 Octobre.
Les règlemens favorables au commerce
& à l'induftrie des habitans de ce grand
Duché , fe multiplient tous les jours. Le
Souverain ne s'occupe que des moyens de
faire fleurir fes Etats & de rendre heureux
fes peuples. Il y a peu de pays où ces deux
-grands objets fi dignes de l'attention des
Princes , aient été plus conftamment füivis
( 155 )
& plus exactement remplis . Par une nouvelle
Ordonnance on vient de fupprimer
tous les priviléges exclufifs accordés pour
forger & pour vendre le fer. On a publié
en même -tems un nouveau tarif des droits
que doit payer cet article intéreffant de
confommation , foit en mine , foit en barre ,
foit en ferraille. La forme prefcrite à cet
égard eft la même que celle qui eft établie
pour toutes les autres marchandiſes ;
c'eft modifier l'impôt & en même- tems en
fimplifier la perception .
t
Selon des lettres de Palerme il eft arrivé
un convoi François de 70 voiles venant
du Levant ; mais comme on craignoit
qu'il n'y eût à bord quelque refte de
contagion , le Confeil de la ville a ordonné
une quarantaine de 14 jours à tous
les bâtimens qui font venus ou qui viendront
de ces parages..
ESPAGNE.
De CADIx , le 26 Octobre.
LE convoi de la Havane ne paroît point
encore quoiqu'il n'ait qu'une foible efcorte
, nous ne craignons rien pour lui , nos
ennemis n'ayant aucune efcadre dans nos
parages.
Le 20 de ce mois les vaiffeaux & les frégates,
fortis dans le mois dernier , font rentrés
dans cette baie .Ils n'ont pas été , comme
on le croyoit , au devant du refte du convoi .
g 6
( 156 )
Une frégate du Roi a conduit hier ici une
Corvette Angloife deftinée pour Gibraltar ,
une de celles fans doute que depuis longtems
on nous menaçoit de voir fortir de la
Tamife. Elle portoit 2000 bombes , des
canons de 12 , de 24 & de 36 livres de
balles , des boulets , de la poudre , 5 à 6
caifles de mèches & autres munitions , &c.
Si les Anglois croient approvifionner la
place de cette manière , ils fe trompent ; ce
ne fera que par un vent violent d'oueft que
leurs corvettes pourront échapper à nos
croifeurs.
Il vient d'entrer auffi dans ce port un
brigantin François , qu'on dit être commandé
par un Officier de la Marine Royale , qui
a eu le bras emporté dans un engagement
foutenu contre un vaiffeau fupérieur , à la
vûe de notre côte.
La Gazette de Madrid nous annonce l'arrivée
d'une caiche Angloife , qui a débarqué
à la Corogne 100 prifonniers François faits
fur une frégate prife par le Chatham : cette
frégate ne peut être que la Magicienne. On
lit dans ce même article que les nouvelles
apportées par ce Parlementaire , placent la
flotte Françoife à Rhode-Ifland. Il femble
que le Rédacteur de cet article n'auroit pas
dû oublier que M. de Graffe & M. de Barras
font dans la Chéfapeak ; il ne devoit faire
nul cas de ce rapport , mais nous apprendre
ce que nous avons fu par les lettres particulières
, que ces pauvres prifonniers font
( 1571
arrivés à la Corogne totalement dénués de
tout , & mourant de faim dans toute la
rigueur du terme .
D. Bonnet , Lieutenant Général des Armées
navales , & plus ancien que D. Gaſton ,
a été nommé Commandant en fecond de la
flotte de D. Louis de Cordova . Il étoit revenu
ici fur les vaiffeaux de ligne de la
Havane.
Les 2 vaiffeaux qui avoient été de l'expédition
de Mahon , font arrivés ici le 23 .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 10 Novembre.
>
LA Cour a publié le 6 de ce mois les
nouvelles arrivées d'Amérique le 3. Elles
ont été apportées par le Colonel Conway
parti de New Yorck le 10 Octobre à bord
du paquebot le Cumberland. Elles n'ont pas
mérité une Gazette extraordinaire ; elles
confiftent en une fuite de lettres du Général
Clinton , qui confirment ce que nous
favions déja , & dont on n'a donné que des
extraits. La première eft du 7 Septembre
& contient ce qui fuit.
Dans mes dépêches du zo Août , je vous ai informé
que le Ginéral Washington avoit fubitement
quitté fon camp de White- Plains ; voici quels ont été
fes mouvemens fubfequens . Il paffa le Croton le
19 Août , & fe pofta à quelques milles de cette rivière
. Les 23 & 245 il paffa la rivière North , & par
fa pofition . parut menacer Staten-Ifland juſqu'au
29 qu'il marcha fubitement vers la Delaware ; je
( 158 )
:
crus d'abord que c'étoit une feinte ; mais apprenant
enfuite qu'il avoit paffé cette rivière avec une partie
de fon avant-garde , & qu'il parloit publiquement de
l'arrivée du Comte de Graffe , que l'on attendoit à
chaque moment dans la Chéfapeak pour coopérer
avec lui je fis fur-le-champ par terre & par eau
tous les efforts poffibles pour communiquer
mes
foupçons au Lord Cornwallis , l'affurant en mêmetemps
que je le renforcerois , en mettant en ufage
tous les moyens poffibles , ou que je ferois en fa faveur la diverfion qui me paroîtroit la plus avanta- geufe. Comme
en conféquence des avis que
j'avois reçus de la flotte de Rhode-Iſland dont j'ai
fait mention dans ma dernière dépêche , le Contre-
Amiral Graves avoit fait voile d'ici le 31 Août dernier avec fon efcadre & celle de Sir Samuel Hood ;
que d'ailleurs le Lord Cornwallis , dans fes lettres 3I Août & du 2 du courant que j'ai reçues le 4
& le 6 , m'informoit que le Comte de Graffe étroit
dans la Chéfapéak avec un armément confidérable , je m'attends d'un moment à l'autre à apprendre que le Contre-Amiral Graves ou a intercepté M. de
du
>
Barras , ou a attaqué la flotte dans la baie , peutêtre
l'un & l'autre ; en attendant , j'ai fait embarquer
4000 hommes , avec lesquels j'irai moi-même au
fecours du Lord Cornwallis auffi-tôt que j'apprendrai
que le paffage d'ici jufqu'à lui eft ouvert.
La feconde lettre du Général eft du 12
du même mois ; ce qu'on en donne ici
eft uniquement confacré aux dérails de
l'expédition du Général Arnold contre New-
London.
Le corps que j'avois chargé de l'expédition
contre New-London , eft revenu , après avoir détruit
tout ce qui s'y trouvoit de vailfeaux ( à l'ex
ception d'environ 16 , qui ont échappé en remon
tant la rivière ) , & une quantité immenfe de
( 159 )
munitions navales ; de marchandifes tirées tant
d'Europe que des deux Indes ; je fuis fâché cependant
de ce qu'en exécutant cet important fervice
la ville ait été brûlée fans qu'on ait pu l'empêcher ,
par l'effet de l'explofion d'une grande quantité de
pondre qui fe trouva être dans les magafins auxquels
on avoit mis le feu . Le Brigadier - Général
Arnold fait les plus grands éloges de la bonne
conduire , de l'excellente difcipline & de la bravóure
de tous les officiers & foldats qui l'ont accompagné
dans cette expédition ; mais comme je
penfe que les expreffions font trop foibles pour
leur rendre toure la juftice qui leur eft due , je me
bornerai à obferver que l'affaut de Griswold ( que
l'on repréſente comme étant un ouvrage trèsfort
) emporté comme il l'a été par un coup de
main , malgré la défenfe très -opiniâtre de la garnifon
, fera indubitablement redouter à l'ennemi
l'ardeur des troupes Britanniques , & que la mémoire
s'en confervera au plus grand honneur des
40 & 54me régimens qui ont livré cet affaut
quoique pour le préfent , nous ne puiffions trop
déplorer la perte confidérable qu'ils ont faite de
tant de braves officiers & foldats qui ont fuccombé
dans l'attaque , & c.
La perte faite par le Général Arnold
monte à un Major , un Enſeigne , 2 Sergents
, & 44 Fufiliers tués , & à un Lieutenant-
Colonel , 3 Capitaines , 2 Lieutenans ,
2 Enfeignes , 8 Sergents , 2 Tambours &
127 Fufiliers bleffés . Un Capitaine , un
Lieutenant & un Enfeigne font morts depuis
de leurs bleffures.
Cette lettre eft fuivie du rapport d'Arnold
. On y lit qu'il avoit donné ordre au
Capitaine le Maire , de l'artillerie royale ,
( 160 )
>
de détruire un magaſin très - conſidérable de
poudre , & des cafernes pour 300 hommes
qu'on avoit trouvés dans le fort Grifwold ;
cer Officier fit en conféquence une tentative
qui ne réuffit pas ; il reçut ordre d'en faire
une feconde , & il aura l'honneur , ajoute
Arnold à Clinton , de vous expliquer pourquoi
ce fecond ordre ne fut pas exécuté. On
prétend ici d'après une lettre particulière
de New- Yorck , en date du 27 Septembre ,
que la raifon qu'il a craint d'écrire , & qui
a été fans doute fupprimée de la dépêche
du Chevalier Henri Clinton , c'eſt qu'au
moment où les troupes du Roi prenoient
poffeffion de ce Fort , le Général Arnold
reçut avis que des forces fupérieures aux
fiennes venoient de Rhode - Iſland pour le
bloquer , & qu'en conféquence il fe retira
avec précipitation à Plumb-Ifland avec fes
troupes qui évacuèrent le Fort avant d'avoir
eu le tems d'en déplacer une feule
pierre.
La dernière lettre du Général Clinton eft
du 26 Septembre.
Le jour après que j'eus fermé ma dépêche du 12 ,
j'en reçus une de l'Amiral , datée du 9 , par laquelle
il m'informoit que l'ennemi étant maître abfolu de
la Chéfapéak , rien ne pouvoit entrer dans la rivière
York , à moins que ce ne fût pendant la nuit ,
& cela au rifque infini de tout ce que l'on tenteroit
de faire parvenir par eau : il m'apprenoit en mêmetems
que le 5 , il avoit eu une action partielle avec
la flotte Françoife , forte de 24 vaiffeaux de ligne ,
& que depuis les deux flottes n'avoient ceffé d'être
( 161 )
én vue l'une de l'autre : ces avis ne permettant pas
que dans ces circonftances on fit partir immédiatement
le renfort , je tins un confeil d'Officiers - Généraux
qui , unanimement , pensèrent comme moi ,
qu'il valoit mieux attendre jufqu'à ce que des nouvelles
plus favorables du Contre-Amiral Graves ,
ou l'arrivée de l'Amiral Digby , rendiffent moins
périlleux le tranfport du renfort ; mais notre flotte
étant arrivée au Hook le 19 , on tint avec toute
l'expédition poffible un Confeil de guerre , compofé
des Officiers à pavillon & des Officiers - Généraux :
les minutes de ce Confeil vous informeront que l'on
réunira les efforts de la flotte & de l'armée pour
former une jonction avec l'efcadre & l'armée qui fe
trouvent en Virginie : le Contre-Amiral Digby eft
arrivé devant le Hoock le 14 courant. Le Lieutepant-
Colonel Conway des Gardes -à -pied de S. M. ,
après avoir fervi en Virginie pendant toute la campagne
, eft venu depuis peu ici ; toutes les opérations
actives ayant ceffé de ce côté , je lui avois donné la
permiffion de paffer en Europe pour les affaires
privées , mais apprenant que les François étoient
dans la Chéfapéak , il defiroit y retourner & m'accompagner
dans cette expédition ; penfant qu'il
feroit plus utile en Angleterre , vu fa connoiffance
parfaite de la fituation dans laquelle il a laiffé le
Lord Cornwallis , j'ai réufli à l'engager à fe charger
de mes dépêches ; permettez que je vous réfère à lui.
Ces dépêches font fuivies d'une lettre
du Contre-Amiral Graves , en date du 26 ;
il fe contente de dire au fujet de M. de
Graffe , qu'il paroît qu'il arriva à la hauteur
du Cap Henri le même jour que Sir
Samuel Hood arriva devant Shandy -Hook.
Elle eft fuivie d'une du Contre- Amiral
Digby en date du 25 à la hauteur de Shandy-
Hook.
1 ( 162 )
»Vous recevrez avec cette lettre un journal de
la navigation des vailleaux que je commande depuis .
que je fuis parti de l'Angleterre , d'après lequel j'ef
père que Leurs Seigneuries feront convaincues ,
qu'il n'y a pas eu un moment de perdu pour
tâcher
de fe rendre ici , quoique je trouve que le brigantin
le Lively qui a fait voile après nous , y eft arrivé
depuis un temps affez confidérable. J'attends à préfent
avec le Canada & le Lion le moment de
pafler la Barre , mais je crains que le vent ne nous
ferve pas aujourd'hui. Quoiqu'il en foit , comme
nous fommes tous en très -bonne fanté , & ne
manquons que de très-peu de chofe , je ne doute pas
que nous ne foyons auffi-tôt prêts qu'une grande
partie de la flotte. La Perfévérance qui s'étoit féparée
de nous il y a quelques jours , fe trouve
être ici . J'aurois différé de vous écrire jufqu'à ce
que je faffe entré dans le port , mais j'apprends que
quelque vaiffeau fait voile immédiatement pour
l'Angleterre , & je ne veux pas perdre l'occafion de
vous informer de mon arrivée «
Ces dépêches ne nous apprennent rien
de plus important que ce que nous favions
déja . Elles ont encore ajouté à nos inquié
tudes fur la fituation du Lord Cornwallis
& de fon armée. On porte toujours celle- ci
à 7000 hommes ; & cet article n'eſt pas auffi
fûr qu'on le défireroit ; car il paroît que le
Général Clinton trompé par les mouvemens
du Général Washington , qui fembloient
confirmer les prétendus plans qu'il
avoit interceptés , & qui n'avoient été dreflés
que pour les faire intercepter & donner
le change , a cru avoir befoin de 3000 hom
mes , & a diminué d'autant cette armée
de la Virginic . On ne porte les troupes en(
163 )
1
;
nemies qu'à 20,100 hommes , confiſtant en
6000 de Washington , 500 de M. de
Rochambeau , 3000 avec M. de Graffe ,
800 avec M. de Barras , 2500 avec M. de
la Fayette , autant avec le Général Wayne ,
& 800 tirés des garnifons de vailleaux ; ce
nombre eſt déja bien fort & bien alarmant
il l'eft bien davantage lorfqu'on fonge
qu'au lieu de 3500 , M. de Rochambeau
doit en avoir conduit 4 ou 5ooo . Cela
n'empêche pas que dans nos papiers on
ne montre encore de la confiance ; en fuppolant
7000 hommes à Cornwallis , on les
regarde comme des troupes bien exercées
& bien difciplinées ; & on ne fait pas à
"nos ennemis l'honneur d'avoir la même
opinion de toutes leurs troupes ; mais dans
ce nombre on ne fonge pas qu'il y a , en
confervant le calcul le plus bas , celui qui
a été fit ici , 9100 hommes de troupes
Françoifes , qui fûrement font au moins
aufli bien exercées , auffi bien difciplinées
que les nôtres . Ces réflexions ne raffurent
pas.
!
ཝཱ
Le coup d'oeil jetté fur nos forces navales
, ne produit pas non plus un grand
effet ; nos efcadres réunies de l'Amiral Graves
& de Sir Samuel Hood , avec le renfort
heureufement arrivé de Digby , ne portent
pas nos vaiffeaux au delà de 25. Nous
n'en donnons que 33 aux François ; mais
on fait que M. de Graffe qui n'a combatru
qu'avec 24 , en avoit réellement 28 ; que
( 164 )
les quatre qui n'ont pas pris part aù com
bat du 5 Septembre , étoient dans la Chéfapéak
, occupés fans doute à débarquer
les troupes amenées par M. de Graffe , &
à éloigner les frégates attachées au fervice
de l'armée de Cornwallis. Qu'on joigne à
ces 28 vaiffeaux , les 8 avec lefquels M.
de Barras eft parti de New- Port & ' eſt arrivé
dans la Chéfapéak , nos ennemis en
ont 36 au lieu de 33 , ce qui ne facilite
pas les efforts que nos Généraux & nos
Amiraux fe propofent de faire pour dégager
le Lord Cornwallis , qui doit être actuellement
enfermé par les ennemis .
» Leur projet , dit un de nos papiers , eft d'écrafer
cettte petite armée. Ils ont fait prendre parfaitement
le change au Général Clinton , en lui fai
fant craindre pour New-Yorck , tandis que leur
intention étoit de réunir toutes leurs forces contre
le Lord Cornwallis . Le Comte de Rochambeau
étoit parti pour joindre les corps aux ordres de M.
de la Fayette & du Général Wayne ; & le Général
Washington , après avoir amufé le Général Clinton
quelques jours de plus , a pris la même route
avec 5 ou 6coo hommes. Leur entrepriſe a été
combinée avec beaucoup d'art , & l'on doit ici
en craindre infiniment le fuccès. Le Comte de
Graffe eft abfolument maître de la Chéfapeak &
de tous les paffages ; il les tient fi bien fermés ,
que la force feule peut les ouvrir à nos troupes , &
nous ne fommes pas en état de l'employer. Le
Chevalier Clinton , quoique fupérieur en forces
au Général Washington , n'a pa le fuivre , & s'eft
trouvé réduit à une inaction abfolue . Son unique
reffource eft dans la flotte ; mais on fait que plufieurs
vaiffeaux de cette flotte ont été fi maltraités
( 165 )
dans le combat dus , qu'il a été impoffible de les
avoir complettement réparés avant les premiers
jours d'Octobre ; & à cette époque , les ennemis
fupérieurs dans la Virginie , & maîtres de la Chéfapeak
, ont pu avoir achevé leur entreprife . Dans
le cas où elle auroit été avec plus de lenteur , nous
n'avons que 25 vaiffeaux à oppofer à 36 , & l'ef
poir de parvenir à forcer le paffage de la Cheſapeak ,
eft d'autant moins fondé , que dans le premier
combat qui nous a fermé ce paffage , l'inégalité
étoit encore moindre. D'ailleurs , la pofition de
M. de Graffe paroît telle , que felon les circonftances
, il eft maître d'accepter ou de refufer le combat
; & qu'il n'eft pas aifé de l'y forcer dans le cas
où il ne feroit pas de fon intérêt de le rifquer. Pour
tirer le Lord Cornwallis du mauvais pas dans lequel
il fe trouve , il faut donc qu'avec 25 vaiffeaux
nos ennemis parviennent à en battre complettement
36 .
Depuis que le Commodore Keith -Stewart
a quitté fa ftation devant le Texel , il eſt
forti de ce port un convoi Hollandois fous
l'efcorte de la frégate Suédoife le Jaramas.
Cet évènement a fourni les réflexions fuivantes
à un de nos papiers.
Nous pouvons affurer le Public , d'après une
autorité très refpectable , que 44 Navires Marchands
Hollandois, deftinés pour différens ports
de la Baltique , ont fait voile le 10 Octobre du
port de Vlie , fous pavillon Suédois , & fous la
protection de la Frégate Suédoife , le Jaramas
de 44 canons. Ils furent rencontrés bientôt après
par un Vaiffeau de guerre Anglois ; mais le
Commandant de la frégate Suédoile réclama abfolument,
ces bâtimens Marchands , & les protégea
comme propriété Suédoife , quoiqu'il foit publiquement
coanu en Hollande , qu'ils font tous
( 166 )
de propriété Hollandoite , quoique deſtinés pour
des Ports Suédois , & que cette protection a été
achetée pour une fomme confidérable d'argent.
Voilà les effets de la convention de neutralité
armée , fi préjudiciable a l'Anglererre. Les Hollandois
font à préfent à même de continuer leur
commerce fous pavillon Ruffe , Danois , Suédois .
ou Pruffien ; & is peuvent acheter la protection
des Vaiffeaux de guerre de ces Puiffances confé
dérées à bien meilleur marché que d'aimer euxmêmes
des convois : Et , fi nos Vailleaux de
guerre attaquoient ou molefloient ces convois
neutres , ce feroit aux Puiflances confédérées un
prétexte fufflant pour demander la fatisfaction
la plus exorbitante , ou pour déclarer une rup
ture ouverte avec nous . Notre Ministère a été
dûement informé de ces circonftances ; mais la
crainte de la moindre querelle avec aucune des
Cours confédérées , lui fait paffer le tout fous
Ца morne filence. Oh ! Angleterre , quelle eſt
aujourd'hui votre humiliation !
Ce papier n'eft pas le feul qui s'exprime
ainfi & qui crie à la vengeance contre
les Neutres confédérés,
*
4
La protection , dit un autre , dont le com
merce de nos ennemis déclarés jouit , fous prétexte
du pavillon neutre , eft l'attaque la plus
infidieufe qu'on puiffe faire contre ce pays , attaque
plus formidable peut - être , que les hoftilités
ouvertes de route la Marine combinée du
Nord , ajoutées à la grande confédération avec
Jaquelle nous fommes déja en Guerre. Par un
coup hardi contre cette neutralité armée , nous
pourrions rendre au moins notre chûte plus honorable
, en nous vengeant de la trahifon . En effet ,
il eft dur pour la fuprématie Britannique de devoir
refpecter des Puiffances , dont la Marine étoit à
peine connue il y a un fiècle , & de n'ofer exer(
167 )
cer fa vengeance qu'envers la Nation patiente
à laquelle nous faifons l'honneur de l'appeller
notre allié naturel. Malheureufement , quel que
foit notre courage national , une dette publique
de 216 millions 211 mille 409 liv. fteri. eft ailez
propre à nous enfeigner la modération envers
tout le monde , excepté la Hollande.
L'Amiral Darby eft enfin rentré , comme
nous l'avons annoncé. Son efcadre entière
mouille actuellement à Plymouth & à Spithéad.
Comme on craint que l'efcadre de
Breft ne faififfe cet inftant pour fortit , &
qu'on craint toujours pour la flotte de la
Jamaïque jufqu'à ce qu'elle foit rentrée ,
le Gouvernement à envoyé des ordres pour
approvifionner fur le champ 12 des vaiffeaux
qu'il a ramenés , & qui font en état
de remettre le plus promptement en mer,
On fait que plufieurs de fes vaiffeaux , &
fur-tout ceux du premier & du fecond
rang , ont beaucoup fouffert dans cette longue
& inutile croifière, Il n'y a que ceuxdu
troisième & du quatrième rang qui pourront
être le plutôt réparés.
6
Dans cet état des chofes , avec moins
de vaiffeaux que nous n'en aurions befoin
forcés d'en conferver en Europe , d'en envoyer
en Afie & en Amérique , il ne nous
en refte plus affez pour faire paffer des
fecours à Gibraltar & à Minorque ; on fe
flatte içi que ces places font en état de
tenir jufqu'à ce qu'il fe préfente une circonftance
heureufe qui nous facilitera les
moyens de les délivrer.
( 168 )
» On nous mande d'Anvers , lit-on dans nos pas
piers , qu'on y a reçu la nouvelle qu'il existe un
traité déja figné entre la France & la Hollande ,
mais dont les ratifications ne doivent s'échanger
pour éviter tout foupçon d'artifice , que fix femaines
après cette fignature. Les deux Puiffances
s'y garantiffent , dit-on , leurs domaines d'Alie ,
Afrique & d'Amérique , tels qu'ils étoient le
jour de la fignature , & elles étendent cette garantie
aux conquêtes qu'elles pourront faire à l'ennemi
commun avant la paix. Un nouveau tarif de
commerce y eft arrêté entre les deux Nations . La
France y garantit encore , & pour toujours , la
conftitution actuelle de la République des Provinces-
Unies. Quoique ce traité foit poffible , quoique
plufieurs Membres de l'Etat l'aient defiré ,
demandé même , on doute ici qu'il ait été conclu.
Nous demanderions volontiers quels font les motifs
de ce doute Nous n'en voyons d'autre que la crainte
qu'il ne foit conclu , parce qu'il eft entièrement
contre nous ; mais devons-nous nous flatter , après
les procédés que nous avons eus à l'égard de la
Hollande , qu'elle confervera des ménagemens pour
nous«< ?
On attend toujours le retour du Com
modore Johnſtone. Nos papiers avoient ,
même déja annoncé qu'il étoit dans nos
ports ; mais cette nouvelle ne s'eft pas vérifiée.
Tous les jours on apprend quelques
particularités de fa fameuse expédition qu'il
a manquée par fon avidité.
On prétend que tous les vaiffeaux de la Compa
gnie Orientale deftinés pour les Indes , à l'exception
de trois chargés de troupes , avoient quitté ce Com- "
modore à environ 300 lienes marines du cap pour
poursuivre leur route. Au cas de difperfion , leur
rendez-vous avoit été indiqué à l'ifle de Madagascar ,
&
"
( 169 )
& après s'y être pourvu d'eau fraîche & d'autres
provifions néceffaires , ils devoient diriger leur cours
vers Anjago , fur la côte de Malabar , pour y prendre
des informations touchant la pofition de Sir Edward
Hughes , & l'état des affaires fur la côte de Coromandel,
avant d'arriver dans ces lieux. On jugeoit trop
dangereux de faire directement voile pour Madras ,
avant qu'ils fuffent comment tout y alloit. Or ,
comme du côté du cap tout a été auffi fubitement
fini , il y beaucoup d'apparence que le Général
Meadows , avec les tranfports & les trois navires de
la Compagnie Orientale portant des troupes , arteindra
les autres vailleaux de la même Compagnie
avant leur départ de Madagafcar. Il eft certain que
ce Général abordera à cette ifle ; & fi M. de Suffren
n'en a pas eu avis , la jonction de M. Meadows avec
le refte des vaiffeaux de la Compagnie , feroit un
évènement fort heureux. Mais s'il arrivoit que M.
de Suffren les fuivit & furprît tous ces vaiffeaux
réunis à l'ifle en queſtion , comme il a fait à St-Jago ',
alors la prife des navires de la Compagnie Hollan
doife nous coûteroit bien cher. Notre efcorte eft
compofée de deux vaiffeaux de ligne , d'un de so
canons , de 2 ou 3 frégates : forces trop inférieures
pour pouvoir tenir tête à l'eſcadre que commande.
M. de Suffren.
Depuis que le Cap de Bonne Efpérance
a échappé au projet de conquête que nous
avions formé , on a publié dans tous nos
papiers , une defcription de cette poffeffion
qui peut intéreffer dans la circonftance préfente.
Les Hollandois ayant befoin d'un Port pour y ravitailler
leurs vaiffeaux venant des Indes , on y allant ,
s'établirent au Cap en 1650. Le projet en fut donné
par un Chirurgien nommé Van Riebeck. Les premies s
Colons n'eurent que 60 acres de terre , du bled , ch
bétail, des uftenfiles & des filles de joie tirées des H
24 Novembre 1781 . h
( 170 )
pitaux.Les natifs du paysfont nommés Hottentots ,lls
fe partagent en Tribus, dont chacune forme un village
indépendant. Leurs cabannes , couvertes de peaux ,
font fi bafles qu'on ne peut y entrer qu'en fe giffant
fur les mains & fur les genoux . Les Hollandois ne
les habitent qu'en tems de pluie , & ne s'en fervent
guères d'ailleurs que pour y ferrer leurs provifions
& leurs effets. Les troupeaux font communs à tout
le village , & chacun les garde à fon tour. Chaque
jour on fait une ronde exacte , & fi l'on apperçoit
un tigre ou un léopard , tout le village , armé de
pieux très - aigus & de flèches empoisonnées , le
raffemble & court à la chaffe. Ils paffent la plus
grande partie de leur tems couchés à leur porte,
fumant. Ils ont un ordre inftitué en l'honneur de
ceux qui ont tué quelque bête fauvage . Riebeck
paya 4000 liv. fterl . la partie du pays qu'occupèrent
les premiers Colons , & depuis , cet Etabliffement a
coûté aux Hollandois deux millions fterling.Il
y a au Cap environ 12 mille Européens , tant Hollandois
qu'Allemands & réfugiés François , dont une
partie réfide dans la capitale & dans les autres villes ;
le refte eft difperfé le long des côtes à la diſtance
de so lieues. Le terrein eft généralement fablonneux
& n'eſt bon qu'en certains endroits. Les
Colons s'établirent d'abord où ils trouvèrent de
l'eau , du bois & des terres fertiles.
dois du Cap font les premiers qui aient tiré des
Efclaves de Madagascar : les François ont fuivi leur
exemple. Les Cultivateurs font aujourd'hui un petit
nombre de Malayes qui , n'étant pas faits au climat ,
ne font guères propres au travail . Les Hottentots
trouvent un charme inexprimable dans la vie indo
lente qu'ils mènent dans leurs déferts . Rien ne peut
les en arracher , & quoique enlevés de chez eux au
berceau & inftruits dans les manières , la Religion
& le Commerce des Hollandois , une fois de retour
chez eux , ils renoncent à cette vie européenne . Les
plus pauvres fervent les Hollandois pendant 2 ou 3
→
- Les Hollan(
171 )
11 ans , & quand le terme de leur engagement eft expiré ,
ils rejoignent leur famille. La dîme du bled ,
du vin , les droits de la Douane & les autres impôts
rapportent à la Compagnie environ dix mille liv .
fterling. Les draps , fils & coton , poterie , charbon
qu'elle vend au Cap , leur valent encore deux mille
livies fterling . Ils redirent auffi un petit profit de
60 lecks ( le leck pèle do ze cents livres ) de vin
rouge , & environ 90 lecks de blanc qu'ils envoient
annuellement en Europe. Ce vin ne fe trouve qu'en
deux endroits , près de Conftance. On l'auroit pur
fans le profit que, le Gouverneur trouve en per-
,
>
mettant aux Cultivateurs de le mêler avec le vin
des vignobles voifius. Ce qui refte du vrai vin du
Cap fe vend , aux étrangers qui y touchent , fur le
pied de fchelings & demi la bouteille. Les
dépenfes de cet Etabliffement furpaffent les profits
annuels ; de forte que fon utilité fe borne à fournir
des provifions aux vaiffeaux , & à offrir un Port
sûr aux valeaux de la Compagnie des Indes . Le
ciel eft beau , ferein & tempéré. Les vaiffeaux s'y
fourniffent de beurre de farine , de vins & de
végétaux pour leur voyage ou même pour les
Colonies. La Compagnie , aveuglée par fon avidité
, abforbe fans ceffe l'induftrie des Cultivateurs .
On les force de vendre leurs denrées à un fi bas
prix , que depuis long - tems ils ne peuvent pas fe
procurer les premiers befoins. La tyrannie eft même
pouffée jufqu'à les empêcher de vendre leur fuperflu
aux Etrangers . Cette baffe jaloufie des Membres de
la Compagnie vient de ce qu'ils font perfuadés qu'en
ôtant aux autres Nations la facilité de trouver au
Cap des rafraîcheffemens , ils abandonneront le
commerce de l'Inde . Cependant dans les cas urgens
, le Gouverneur a ordre de fournir les vaiſſeaux
étrangers de tout ce qui peut leur être néceffaire.
Dans la dernière guerre , le Gouverneur Tolbac
donna un exemple d'équité dont aucun de ſes prédé
h 2
( 172 )
ceffeurs ne s'étoit piqué. Il fixa le prix des den
récs fur un pied qui encourageoit les Cultivateurs ,
& qui invitoit en même- tems l'étranger à acheter.
-
Le Cap peut être attaqué du côté de Table-Bay
où eft le fort & la ville. C'eft une rade ouverte ,
où la violence de la mer n'eft rompue que par une
petite ifler Les mois de Juin , Juillet , Août & Septembre
font une faifon dangereufe pour la navi
gation. 25 vaiffeaux y périrent en 1722 , & 7 ca
1736. Falle-Bay où les François font à préfent
feroit un endroit préférable pour l'attaque. Quoique
ce lieu foit à 30 milles de la ville du Cap , par
mer , il n'en eft qu'à 3 milles par terre. On pourroit
débarquer à Falfe - Bay avec bien de la fûreté ,
& les troupes s'empareroient du Morne qui commande
le fort , où il n'y a que 3 ou 400 hommes
tout au plus . Il ne faudroit qu'un jour de bombar
dement pour réduire le Cap , & la perte de cette
place mettroit les Hollandois dans l'impoffibilité de
fecourir les établiffemens qu'ils ont dans l'Inde,
FRANCE,
De VERSAILLES , le 20 Novembre.
M. Gerard , Confeiller d'Etat , Préteur
Royal de Strasbourg , eut l'honneur de préfenter
au Roi , le 4 de ce mois , la Médaille
frappée à l'occafion de l'époque féculaire
de la foumiffion de cette Ville à la Couronne.
Le Comte d'Abzac de Mayac , qui avoit
eu précédemment l'honneur d'être préfenté
au Roi , eut le même jour celui de monter
dans les carroffes de S. M. & de chaffer
avec elle.
De PARIS , le 20 Novembre.
On vient enfin de recevoir des nouvelles
de l'Amérique Septentrionale , elles ont rem
( 173 )
,
pli l'attente qu'on avoit conçue des opérations
de M. de Graffe , & des armées combinées
de MM, de Rochambeau , Washington ,
de la Fayette & de Wayne. M. le Duc de Lauarrivé
hier au foir à Verfailles , nous a
appris que le Lord Cornwallis , que ces préparatifs
menaçoient , s'eft rendu , le 19 , avec
les troupes qu'il commandoit , au Général
Washington & à M. de Rochambeau. Cette
nouvelle heureufe ne pouvoit arriver dans
des circonftances plus favorables. Les détails
que l'on fait , en attendant la relation que la
Cour doit publiér , font : que le 29 Septembre
toutes les troupes Françoifes & Américaines
formant environ 20,000 hommes
étoient raffemblées & avoient commencé
les approches ; le Lord Cornwallis s'étoit
retiré à Yorck , ville de la Virginie fur la rivière
de ce nom ; MM. Washington & de
Rochambeau firent attaquer deux redoutes ,
l'une par M. de la Fayette , l'autre par M. de
Viomefnil ; ces redoutes ayant été emportées
on forma une nouvelle parallèle ; le Lord
Cornwallis fit une fortie inutile , & le 19
Octobre il capitula , il fortit de la place avec
les honneurs de la guerre & il eft prifonnier
avec toute fon armée , forte de 6000 hommes
environ. M. le Duc de Lauzun , Colonel de
la Légion de ce nom , & M. Dupleffis Paſcau ,
Capitaine de vaiffeau , avoient été chargés
d'apporter cette nouvelle & celle du combat
naval dus Août ; ils ont débarqué à Brest
après 22 jours de traverfée. Nous nous emh
;
( 174 )
prefferons de donner ces relations détaillées
auffi-tôt qu'elles paroîtront .
La petite Armée partie de Toulon pour
Mahon y eft arrivée en moins de 12 heures.
Tous les tranfports difperfés par la tempête
s'étoient réunis fous leur eſcorte , & les trois
tartanes qui feules étoient revenues à Toulon
, en repartirent 2 jours après .
» Notre convoi , lit - on dans une lettre de ce
port , en date du 29 Octobre , a eu la traverfée
la plus courte & la plus heureuſe
pouvoit defirer. Les troupes ont débarqué à Mahon
le 24 ; ainfi le coup de vent qu'il reçut avoit été
exagéré par les bâtiment de tranfport qui revinrent
ici . L'une des frégates de l'escorte qui nous a apporté
cette bonne nouvelle , nous apprend que le
23 le Commandant du Fort ayant fait fortit des
troupes fur deux colonnes , pour détruire une bat
terie à laquelle M. de Crillon faifoit travailler , ce
détachement fut repouffé ; il laiffa 10 hommes fur
la place , & emporta quantité de bleffés . On ignore
fi depuis l'arrivée de M. le Baron de Falkenhayn ,
le fiége du Fort Saint - Philippe a été réfolu , ou bien,
ce qui feroit plus fûr , fi l'on a continué d'établir
des batteries qui puiffent battre toutes les cales &
empêcher par-là le ravitaillement de la place ,
qui alors tombera d'elle - même. M. de Vialis ,
qui avoit été envoyé à Alger fur une frégate du
Roi , pour arranger quelques difcuffions élevées
par cette Régence , eft de retour ; il a rempli fa
miffion avec beaucoup d'habileté , & tout s'eft arrangé
à la fatisfaction de fa Cour. On ajoute
même que le Divan d'Alger qui , par le blocus de
Mahon , n'a plus aucun lieu de relâche dans nos
mers pour fes vaiffeaux , eft décidé à offiir aux
Espagnols ou la paix ou la trève , afin de pouvoir
fréquenter les pa ages de l'Oueſt & du Nord com
me par le paffé «‹ .
( 175 )
Dans le moment où tout fe prépare pour
le fiége du fort Saint- Philippe , on ne peut
qu'accueillir un plan de cette place importante
, telle qu'elle eft actuellement en 1781 .
Celui que vient de publier M. de Longchamps
fils , Ingénieur- Géographe , réunit
au mérite de l'exactitude , toute la perfection
dont le burin de ces fortes d'ouvrages
eft fufceptible. Il devient néceffaire à
tous ceux qui voudront fuivre les opérations
de ce fiége ( 1 ).
Selon des lettres de Breft , on y a reçu
la nouvelle que les frégates la Réfolue & la
Cybelle , font arrivées heureufement à leur
deftination dans l'Amérique Septentrionale ,
où elles ont porté des fommes confidérables
. Ces lettres ajoutent qu'il paroît certain
que plufieurs vaiffeaux ne tarderont pas à
appareiller ; que tous ceux de ce port font
actuellement en rade , à l'exception du
Guerrier & du Protecteur , & que les troupes
commençoient à s'embarquer. On ne pourra
point avoir le journal de ce port que lorfque
le grand armement aura mis en mer.
כ
Quelque foin qu'on apporte , écrit - on de
Bayonne , à n'envoyer que des nouvelles pofitives ,
on eft quelquefois trompé. On l'a été ici fur l'arrivée
du convoi de la Havane à Cadix ; la note de
fon chargement eft exacte ; mais il n'y a encore
que les galions qui foient arrivés . Le reste du
convoi chargé en marchandifes , n'a point paru ;
( 1 ) Ce plan ſupérieurement gravé & enluminé fe trouve
chez M. de Longchamps fils , Ingénieur Géographe , Collége
des Cholets.
h 4
( 1766
& fon retardement , qui n'alarme point encore ,
inquiette au moins les intéreffés ..
--
#
>
La nouvelle
de l'arrivée aux Antilles du convoi de Bordeaux ,
eft très-pofitive. Un de nos Négocians a reçu par
un courier exprès de Cadix , les détails fuivans :
Par le vaillean François le Victorieux , parti
de Saint- Pierre le 7 Septembre , entré ici aujour
d'hui ( 29 Octobre ) , il y a une heure , & dont
le Capitaine vient de defcendre à terre nous
avons appris que les navires du convoi de Bordeaux
parti le 21 Juillet dernier , étoient tous
arrivés à Fort Royal le 29 Août , fous l'efcorte
des frégates l'Amazone & la Capricieuse , qui ont
fait dans la traverfée une prife d'un navire Anglois
monté de 30 canons. Ce convoi a couru le plus
grand rifque aux Attérages des Ifles . Il s'eft trouvé
dans fon centre trois vaiffeaux de guerre Anglois
qui s'y étoient mêlés pendant la nuit , & qui n'eu
rent rien de plus preffé que de faire ufage de toutes
leurs voiles pour l'abandonner & gagner Sainte-
Lucie. Le bruit avoit couru que M. de la Motte-
Piquet retournoit aux Illes avec fix vaiffeaux. Les
expéditions Efpagnoles qui avoient été faites aux
Afturies , & qui avoient été s'incorporer dans ce
convoi , étoient placées fur les aîles . Ces vaiffeaux
furent pris par les Anglois pour des vaiffeaux de
ligne François , & ce fut ce qui occafionna leur retraite
précipitée. Les bâtimens deftinés pour
le Cap , tant ceux qui fe trouvoient déja à la Mar
tinique , que ceux du convoi de Provence , parti
d'ici fous l'efcorte des frégates l'Alcefte & la Sé
rieufe , & ceux de Bordeaux qui venoient d'arri
ver , devoient partir le 25 Septembre , fous l'efcorte
des frégates l'Alcefte & la Sérieuse , & la
corvette la Blonde. Il est vrai que deux vaif
'feaux de l'expédition de Johnſtone , étoient arrivés
à Sainte- Lucie pour s'y réparer. Il n'étoit pas
queftion du retour du convoi pour France , & fon
préfume que ce ne feroit qu'au retour de M. de
-
( 177 ) .
Graffe , qui avoit enlevé au Cap tous les équipages
des navires marchands «<.
Le bruit de la priſe de Madras s'eft répandu
depuis quelques jours . Cette nouvelle
écrite , difoit-on de Conftantinople par l'Ambaffadeur
de France , a fait d'abord la plus
grande fortune. On a dit qu'elle étoit venue
par Alep & par Baflora : maintenant elle
trouve quelques incrédules ; & les fentimens
fe trouvant partagés , il faut en attendre la
confirmation. On prétend que la fixième
bombe tirée par Hyder Aly , mit le feu à un
magafin à poudre du fort George , & que
cette exploſion rendit les affiégeans maîtres
de cette place importante. Comme nous
femmes affurés que M. d'Orves étoit retourné
à l'Ile de France , il faut fi cette
place a été prife véritablement , que quelque
accident tel que celui dont on parle
l'ait fait tomber au pouvoir d'Hyder- Aly ,
qui d'ailleurs avoit des intelligences parmi
les Sipayes qui la défendoient.
La lettre fuivante d'un brave Officier qui
a vécu long-tems dans l'Inde , & qui a connu
particulièrement Hyder-Aly au fervice duquel
il a commandé en chef un corps de
troupes Européennes , ne peut qu'intéreffer
nos Lecteurs. A ce titre bien fuffifant pour
nous engager à la leur mettre fous les
yeux , s'en joint un autre , celui de réfuter
une lettre que nous avoient fourni les
Papiers Anglois.
Vous avez inféré, M,, dans votreJournal du Samehs
( 178 )
ל כ
55
di , 3 Novembre , pag. 17 , une lettre , que vous
annoncez comme devant donner des éclairciffemens
fur les opérations des armées d'Hyder- Ali - Khan &
des Anglois ; on doit d'autant moins compter fur
la véracité de l'Ecrivain de cette lettre au fujet des
opérations des deux armées , lorfqu'on y lit ce
paragraphe abfurde dans lequel il dit : » Les Officiers
François , qui font dans l'armée d'Hyder- d
Aly , n'ont jamais fervi leur patrie , en cette
qualité , ce font des déferteurs fans honneur &
fans talens ; pour preuve de cela , nous direns
feulement qu'à la bataille de Vaniombodi , un
» corps entier de cavalerie Françoile , Officiers &
» foldats au fervice d'Aly , pour cent pagodes par
homme , volèrent fous les drapeaux de la Com
pagnie. Cette défection n'empêche pas Aly d'aimer
les François ; il en fait fon Saumée ou fon Dieu ;
car Hyder n'eft pas Mufulman , mais de la Religion
des Gentoux. « Or , ce paragraphe annonce
la plus grande ignorance , & le deffein formel d'injurier
la nation Françoife . Je puis certifier , M. ,
qu'il y a dans l'armée d'Hyder -Aly-Khan , des
Officiers qui ont fervi en France en cette qualité
ayant l'eftime de leurs Supérieurs , avec qui ils ont
toujours entretenu correfpondance. Depuis le
malheureux évènement de la prife de Pondichery,
fous M. de Lally , qui a obligé plufieurs Officiers
François de chercher afyle dans l'armée d'Hyder ,
il y a toujours eu des Officiers auprès de ce Prince ,
parmi lefquels il y a eu des gens de qualité , & des
Officiers décorés & de grade fupérieur . Le fieur de
Lallée , il eft vrai , n'a été que Sergent en France ;
mais il eft Gentilhomme , & appartient à des gens
de nom qui occupent à Paris des places diftinguées ;
& fi on pouvoit reprocher à quelqu'un d'avoir été
Sergent , ce reproche tomberoit auffi fur plufieurs
Généraux & Colonels Anglois qui ont été Sergens
& n'en font pas moins eſtimables.- Le reprochede
-
2
( 179 )
-
renégats , qu'on fait à tous les Européens d'Hyder ,
eft d'autant plus abiurde , qu'il n'en exifte peut-être
pas un dans toute l'Inde ; & qu'on peut aflurer ,
avec vérité , qu'il n'y en a jamais eu dans les Etats
d'Hyder , ce Prince étant le Potentat le plus tolérant
qui ait jamais exifté ; & tous les Chrétiens de fon
armée , blancs ou noirs , qui forment un corps
d'environ 6000 hommes , portent des croix dans
leurs drapeaux. Un Européen qui fe feroit Mahométan
chez Hyder , s'expoferoit à la diminution de
fa paie , fous le prétexte que ne pouvant plus
boire de vin , il n'a pas beſoin d'une fi forte paie ;
c'est du moins l'excufe dont fe fert Hyder , lorfque
les Indiens lui demandent pourquoi il donne aux Européens
une paiè triple des Indiens . L'ignorance
de l'Auteur de la lettre fe montre encore dans ce qu'il
dit qu'Hyder fait fon Saumée ( * ) ou fon Dieu des
François , & qu'il n'eft point Mufulman , mais Gentou .
Le nom feul d'Hyder prouve qu'il eft Mahométan ;
ce nom eft commun chez les Arabes , les Perfans
& les Mogols ; la Capitale de la Soubabie du Décan ,
fe nomme Hyder- Abab , qui , dans l'idiôme Perfan
que parlent les Indiens Mahométans , fignifie le
repos d'Hyder : mais ce qui ôte tout doute fur la
Religion d'Hyder , c'eſt qu'il a épousé la fæeur de
Moctum -Ali-Khan , qui eft reconnu pour le Chef
des Seyed ou des defcendans de Mahomet par Ali ,
fon coufin , & fa fille Fatime . L'Auteur de cette
lettre reproche encore aux François de l'armée
d'Hyder d'avoir déferté & volé fous les drapeaux
de la Compagnie Angloife , Officiers & Soldats
pour la modique fomme de 100 pagodes par homme :
j'avois depuis long-tems le defir de faire connoître la
politique perfide du Gouvernement Anglois de l'Inde ;
( 1 ) Sami en langue Malabare fignifie Saint , les Malabares
donnent ce nom à leurs Divinités fubalternes ,
leurs Prêtres , à leurs Supérieurs , &c .
h 6
( 180 )
je fuis enchanté qu'un Anglois m'en fourniffé l'occa
fion , & en même-tems celle de parler de la dé
fertion d'une cinquantaine de huffards d'Hyder , dont
la plupart , & leur Capitaine même , n'étoient pas
François ; je fus la victime de cette défertion qui me
fit tomber entre les mains des Anglois , qui me
firent fouffrir les plus cruelles perfecutions , que
je puis prouver par les lettres originales du Gou
verneur Bourchier. Le Gouvernement de Madras
ne parvint à débaucher cette petite troupe que par
la contrefaction & la fuppofition de lettres fauffement
attribuées au Gouverneur & au Confeil de Pondichéry
, & par les intrigues de Religieux que les
Gouverneurs Anglois de l'Inde n'ont accueilli , lor
qu'ils ont été expulfés d'ailleurs , qu'afin de s'en
fervir d'émiffaires & d'efpions ; les commiffions de
Lieutenant -Colonel , de Capitaines , de Lieutenans ,
Sous - Lieutenans & Commiffaires accordées aux
traîtres que les Anglois avoient féduits , prouvent
que tout le monde ne s'étoit pas contenté de 100
pagodes ; & le don de ces 100 pagodes n'eft autre
chofe qu'une friponnerie du Gouvernement Anglois,
qui ayant promis de payer les chevaux volés àHyder
par les huffards , au lieu de les payer à leur valeur ,
qui étoit de 5oo roupies au moins fans l'équipement ,
ne voulut les payer que 100 pagodes , vafant 350
roupies. Ayant commandé les Européens de
l'armée d'Hyder , & n'ayant point renoncé de retourner
auprès de ce Prince , il étoit de mon devoir
de répondre à une lettre calomnieufe contre les François
qui font & ont été au fervice d'Hyder - Ali-
Khan . J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c. Signé,
MAYSTRE DE LA TOUR.
Madame , fille du Roi , a eu il y a quelques
jours une indifpofition qui fembloit
annoncer la petite vérole ; déja , par ordre
du Roi , Madame la Princeffe de Guémené
avoit quitté Mgr, le Dauphin pour paffer
( 181 )
auprès de Madame ; cette Princeffe eft actuellement
rétablie & il n'eft plus queftion
de petite vérole .
L'entrée de la Reine à Paris qu'on croyoit
fixée au ro du mois prochain , eft dit- on
remiſe au mois de Janvier ; il paroît décidé
que S. M. ira dîner à l'Hôtel de Ville ;
& on parle d'un feu d'artifice fur la rivière
entre le Pont Royal & le Pont Neuf.
On s'eft empreffé dans toutes les Provinces
du Royaume de remercier le Ciel de
l'heureufe délivrance de la Reine , de la
nailfance d'un Dauphin ; par- tout le zèle
& l'amour fe font réunis pour célébrer cet
heureux évènement par des actes de religion
& de bienfaifance & par des fêtes . Les
relations que nous en recevons fe multiplient
, & leur nombre ne permet pas de
leur donner la place que nous défirerions ;
d'ailleurs elles fe reffemblent toutes ; ce font
les mêmes fentimens qui les ont dictées.
Forcés de nous borner , nous nous arrêterons
à celle que M. le Duc de Croy , Coinmandant
en Picardie , a donné à Calais le 4
de ce mois.
» La fête fut annoncée à fept heures du matin par
18 coups de canon , tirés au baftion de la Coulevrine
; au dernier on battit la générale & on fonna
toutes les cloches. Alors toute la Ville arbora le
pavillon blanc qui garnit en plein tout le haut des
rues. Le mandement ayant été lu au prône , au
fortir de la grand❜meffe il y eut diftribution de 1200
pains , moitié à la Ville moitié au Courgain de
délivrance de prifonniers . A midi on tira encore
7182 )
18 coups de canon au même endroit , & au dernier
toutes les cloches fe firent encore entendre. - Vers
les quatre heures , le Duc de Croy , précédé des
gardes & accompagné de MM . les Magiftrats , fe
rendit à l'églife , ou deux compagnies de grenadiers
bordoient la haye , tous les Corps étoient alors
dans le choeur. Il y eut proceffion , falut , après
lequel on chanta le Te Deum avec beaucoup de
pompe. - Vers cinq heures on fortit de l'églife , &
le Duc de Croy avec fon cortége alla au milieu de
la grande place , où les grenadiers faifoient le cercle
, allumer le grand feu de joie avec le Mayeur.
Alors les troupes rangées fur les remparts firent ,
ainfi que tous les canons de la Ville & des Forts ,
trois décharges de feu roulant. Après le feu de
joie allumé , on commença la comédie que le Duc
de Croy donnoit gratis au peuple , & qui finit par
la partie de chaffe de Henri IV & des couplets analogues
au moment que des coeurs Calaiflens chantent
d'eux-mêmes ; auffi le peuple fit voir par fes cris
d'allégreffe qu'il ne dégénéroit pas de fes ayeux.
―
A huit heures & demie on s'affembla à l'Hôtel -de-
Ville , où les 400 perfonnes invitées par billets
trouvèrent fur de petites tables en bas , qui fe renouvelloient
fans ceffe , à fouper chaud & où chacun
s'arrangea fuivant fa compagnie. A dix heures
on tira le grand feu d'artifice , la communication
du Courgain reftant toujours ouverte. Après le feu
on battit la retraite des troupes. Le feu fini , le bal
commença dans la belle falle de l'Hôtel-de-Ville ,
que le Duc de Croy avoit très-bien fait orner &
décorer , ce bal dura , à cinq contre- danfes à la
fois , toute la nuit , ainſi qu'en bas , le fervice en
chaud , ou plus de 500 perfonnes furent bien fervies
, de même que les rafraîchiffements en haut.
Le fouper des 100 grenadiers de garde fut entr'autres
remarquable par leur joie franche & leurs
( 183 )
acclamations. Peu après le feu d'artifice fini
on commença à lâcher les 4 fontaines de vin des
quatre coins de la Place , où il y avoit auffi quatre
échaffauts pour
les violons , de forte que , le tems
ayant été beau & calme , le peuple eut à boire &
à danfer toute la nuit , & fes cris continuels de
vive le Roi marquoient fa fatisfaction . Le lende
main tous les foldats de la garnifon eurent une
ample récréation. Tout fe paila avec une joie &
un ordre parfaits «.
>
Le 29 Octubre les Penfionnaires du Collége
d'Harcourt firent célébrer une Meffe
folemnelle fuivie d'un Te Deum , à l'occafion
de la naiffance de Mgr. le Dauphin :
ils ont enfuite délivré 6 prifonniers détenus
pour dettes de mois de nourrice au Fortl'Evêque
; parmi ces prifonniers fe trouvoit
une femme qui n'étoit dans cette prifon
que de la veille , mais bien intéreffante
par le motif qui l'y détenoit. Cette femme
étant venue vcir fon mari , le trouva fouffrant
& malade ; auffi- tôt elle s'offric à demeurer
à fa place , & força fon mari de
retourner chez lui pour y trouver un repos
qu'il ne pouvoit trouver en prifon . Le
Ciel a promptement récompenfé cet acte
de tendreffe conjugále & de générofité peư
commune.
» On écrit du Mans , que le tonnerre tombé fur
le clocher de Saint - Chriftophe- de-Jambert , à une
lieue de Frenay - le - Vicomte , un nommé Pierre
Donet , charpentier , avoit , par fon intrépide activité
, arrêté les progrès d'un incendie qui menaçoit
toute la Ville. Cet ouvrier , parvenu à la voûte de
l'églife , fe porta de folive en folive , à plus de
40 pieds au-deus. Une pièce de bois l'arrête , il
( 184 )
la coupe avec une petite hache dont il s'étoit muni ,
il le fait enfuite un paffage en brifant tout ce qui
s'oppole à lui , pour parvenir au-deffus de la couverture
en dehors du clocher. Il s'y pratique des
marches , & s'élève jufqu'au fommet où étoit le
feu. Au moyen d'une corde , on lui fait paffer de
l'eau dans des cruches , & par ce travail de plus de
deux heures , qui l'expofeit à la fonte des plombs
dont il fut brûlé en plufieurs endroits fans abandonner
fon entreprife , il vient à bout d'éteindre le
feu , & d'être ainfi , en bravant les plus grands
dangers , le fauveur de la Ville. Le même jour &
à la même heure , le feu du ciel eft tombé fur la
maifon du moulin de Combre , à une demilieue
de Saint-Chriftophe , deux demeftiques y ont
été tués , ainsi qu'un paffager qui s'y étoit réfugié
Four fe garantir de la pluie «.
Les incendies fe font fort multipliés
cette année , & peut- être jamais ils n'ont
commis plus de ravages.
» Un Amateur de l'Opéra , frappé de la deftruction
de notre dernière falle , vient de faire paroître ,
au prix de 6 fols , une brochure dans laquelle il
propofe férieufement de bâtir une falle incombuftible
, dans laquelle il n'entrera point de bois. Les
loges feroient de taule , le théâtre de fer , les couliffes
& les plafonds de ferblanc , les poulies de
cuivre & les cordes de fil d'archal ; il paroît qu'il
n'a oublié que des habits d'amiante pour les Acteurs .
•
Un autre a perfectionné les aîles pour voler ; &
il démontre que s'il parvient à donner à la queue
néceſſaire aux hommes volans , l'activité des aîles
les voyages en l'air feront auffi faciles que prompts.
Cette découverte feroit infiniment précieufe dans le
moment actuel , pour faire arriver promptement
les nouvelles dont il fera poffible que les porteurs
foient témoins ; les couriers aîlés planeroient fur les
( 185 )
armées , fur les efcadres , & quand ils leur auroient
vu faire quelque grande chofe , ils viendroient à tire
d'aîle nous informer de ce qu'ils auroient vu .
Le Bureau Académique d'Ecriture , préfidé par M.
Lenoir , Confeiller d'Etat , Lieutenant -Général de
Police , & par M. Moreau , Confeiller d'Etat , Procureur
du Roi au Châtelet , tint le huit de ce mois ,
dans la grand'Salle des Mathurins , fa féance publique
de rentiée. M. Harger , Secrétaire , ouvrit la féance
par la lecture d'un Mémoire contenant le précis
des travaux dont le Bureau s'eft occupé pendant
l'année , fur l'Ecriture , les Calcuis , la Vérification
des Ecritures & la Grammaire Françoiſe. En traitant
de l'Ecriture , M. Harger fit voir que les Ecritures
curfives étoient tellement dégénérées , que la plupart
étoient illifibles ; & pour y remédier , il indique la
méthode d'enfeignement , la feule dont le fuccès
puiffe être alfaré. En traitant de la Grammaire Françoife
, il fit obferver les avantages que toutes les
Profeffions retireroient , fi les jeunes gens , que l'on
ne deftine point aux états pour lesquels la langue
Latine eft néceffaire , fe bornoient à l'étude du
François , qui , riche en bons Auteurs , leur procureroit
le tems d'acquérir un bonne Ecriture , &
les livreroit plutôt aux objets qui doivent un
jour décider de leur fortune. M. Vallain luc
enſuite un Mémoire fur la vérification des Ecritures
qu'il termina par quelques réflexion fur l'heureux
Evènement qui intéreffe tous les François . M. de
Courcelle lut l'Eloge de Rollignol , le plus grand
Ecrivain que la France ait eu. M. Haiy termina
la féance par des réflexions folides fur la néceffité
de s'occuper des anciens caractères pour l'intelligence
des Chartres ou Diplômes.
La Séance a été précédée d'un Te Deum , en
l'Eglife defdits Mathurins , en actions de graces
de l'heureux Accouchement de la Reine & de la
Naiffance de Monfeigneur le Dauphin. La Mufique
étoit de M. de Launay , Ordinaire du Concert
( 186 )
Spirituel , & elle fut exécutée par les Amateurs
du Concert de M. Perrier , Négociant , connu fous
le nom de Concert d'Amis.
BRUXELLES , le 20 Novembre.
LES Directeurs de la Compagnie Hollandoife
des Indes orientales , ont reçu de
Cadix quelques caiffes avec des lettres &
papiers de l'Inde qui y étoient arrivés à bord
de ces navires de retour. Parmi ces lettres
il s'en trouve quantité pour les particuliers
dont la diftribution n'avoit pas encore
été faite ; on eſpère qu'elles donneront quelques
lumières fur l'état des affaires dans
cette partie du monde.
Au départ des dernières lettres de Hollande
toutes les provinces , à l'exception
de la Zélande , avoient déja confenti à l'ouverture
de l'emprunt dont on a parlé ; il
eft de 5 millions de florins à 4 pour 100
d'intérêt .
» Malgré plufieurs déclarations de différentes
Provinces en faveur du Duc de Brunſwick , écrit-on
de Campeu , il s'en faut de beaucoup que les efprits
foient unanimes fur ce fujet dans les Provinces mê
mes qui lui font le plus favorables , fon plan de s'adreffer
aux Etats - Généraux ne pouvant manquer
d'augmenter la divifion en reffufcitant l'ancienne
difpute fur les droits des Juftices provinciales. On
a remarqué que le Duc n'étant pas attaqué dans fa
qualité de Feld- Maréchal , c'eft le Tribunal de la
Province où il réfide qu'il devoit invoquer ; c'é
toit à lui de prononcer fur cette affaire , auffi a-t- on
vu la plupart des villes de Hollande fe ranger à l'avis
des Villes qui confervent leurs droits. On affure que
( 187 )
celles d'Akmnar & de Schoonoven fe font jointes
aux huit grandes villes qui avoient condamné la
démarche du Duc ".
La médaille gravée en mémoire de la
glorieufe action du 5 Août dernier , entre
l'efcadre Angloife aux ordres du Vice-Amiral
Parker , & l'efcadre Hollandoife commandée
par le Vice-Amiral Zoutman , va
être diftribuée . On voit d'un côté la Victoire
ayant l'extrémité d'un pied fur le devant
d'un vaiffeau , tenant d'une main une
couronne de laurier , de l'autre une branche
de palmier entrelacée d'une branche
d'olivier. Le devant du vaiffeau repréſente
la tête d'un lion & les 7 flèches qui font
les armes de l'union Belgique. On lit audeffus
: Dogger Bank se . Aug. 1781 ; au
tour, pax quæritur bello. Au revers eft une
guirlande de laurier , au milieu de laquelle
on lit eximia virtutis præmium : au tour :
munificentia Principis Auriaci.
:
Il est beaucoup queftion dans les Papiers
Anglois d'une paix particulière & féparée
avec la Hollande ; s'il faut les en croire ,
c'eft l'objet d'une grande négociation. On
prétend que dans la République les efprits
font partagés fur la queftion s'il faut fe
réunir aux François , agir de concert avec
eux , & frapper de grands coups qui amèneront
une paix générale , ou s'il vaut mieux
agir féparément comme on pourra en attendant
qu'on puiffe faire une paix particulière
: Cette queſtion a été agitée en Hol(
188 )
lande dans le Papier périodique dont nous
avons parlé fouvent intitulé : Politique Hollandois
. Le précis des raifonnemens de l'Auteur
fur cette queftion ne peut qu'intéreffer
dans les circonftances préfentes , & jetter
un nouveau jour fur les intérêts de la République
au milieu du choc des opinions & des
partis qui malheureufement la diviſent encore.
Sommes - nous une puiffance terrienne ou une
puiffance maritime ? Ou plutôt pouvons- nous ima
giner que nous conferverons une marine marchande
, fans avoir une marine guerriere qui la protege ?
Quand même nous ferions une paix particulière
avec l'Angleterre , cette paix feroit - elle affutée , fi
nous ne sommes pas plus qu'auparavant en état
de la faire refpecter ? Mais cette paix particulière ,
dont on ne ceffe de faire retenti le fon impofant ,
n'eft qu'un piége groffer four nous tenir dans
l'inaction . A quelles conditions , chers concitoyens ,
cette paix particulière fe feroit elle ? Vous deman
deriez la reftitution ou l'inadmiffion de toutes les
pertes que vous avez effuyées de la plus injufte &
de la plus violente des aggreffions . Croyez-vous
que le ministère Britannique vous accorderoit cette
demande ? Suppofé même qu'il fût difpofé à vous
l'accorder , feroit-il en état , dans l'épuisement où
il fe trouve , d'acquitter fa promeffe Eft- il à croire
, qu'après avoir condamné tant de prifes faites
en tems de paix , il fe relâcheroit fur celles faites
depuis la guerre ? Vous n'avez donc à espérer aucune
indemnifation . Vous demanderiez aux Anglois
la reftitution de Saint-Euftache , de Deme
raty & d'Effequebo. Les Anglois vous rendront - ils
Saint Euftache , eux qui ont mis tant d'im
portance à cette conquête au point de la regarder
comme l'acheminement le plus certain à la réduc
( 189 )
tion de toutes les poffeffions de leurs ennemis en
Amérique ? Ce ministère orgueilleux reviendroitil
ainfi fur les pas , ou plutôt s'expoferoit- il aux
malheurs terribles dont cette Ifle étoit , felon lui ,
la fource inépuisable ? Ainfi les Anglois ne reftitueroient-
ils pas Saint- Euftache. Lorfque Sir George
Rodney faifoit , fans fortir de cette Ifle , la conquête
de Demerary & d'Effequebo , & recevoit
faftueulement l'hommage des lâches colons de ces
deux derniers établiffemças , il les indiquoit à la
Cour de Londres comme des branches de richelles
qu'il feroit facile de multiplier à l'infini : il avoit
raifon , & ces deux établiſſemens pourroient produire
des revenus immenfes fous une adminiſtration
éclairée , fage & patriotique. Croyez - vous
que les Anglois , voyant tous leurs établiſſemens
fur le continent de l'Amériqne Sept, échapper de
leurs mains , & étant exposés au danger de perdre
encore leurs ifles , nous abandonneront Ellequebo
& Demerary ? Vous demanderez que les
Anglois vous permettent de jouir des priviléges de
la neutralité armée qu'ils conviennent de s'en
tenir à cette loi vaiffeau franc , cargaiſon franche ,
& ne gênent plus le tranfport des munitions nava
les . Mais nc fentez vous pas que ces trois conceffions
enchaînées P'une à l'autre , ne Vous
feront jamais accordées. , parce que la jouif..
fance de ces avantages a été la vraie caufe des
hoftilités Angloifes , & qu'ils auroient alors les
mêmes dangers à craindre de notre active
induftric. Si ces avantages nous font refufés
c'en est fait de notre commerce, La guerre
nous cauferoit - elle de plus grands maux ?
Ainfi , de quel côté que vous vous tourniez , vous
n'avez , ni en faisant la paix avec l'Angleterre , ni
en vous joignant à elle contre les ennemis , qu'une
perfpective finiftre devant les yeux. Vous n'avez
rien à efpérer que lorfque l'Angleterre fera réduite
( 190 )
-
à la néceffité de vous accorder des conditions
équitables.... L'Etat n'a donc plus d'espoir que
dans de grands efforts & des armemens refpectables.
Ceft le feul moyen d'ouvrir la liberté des mers
à notre navigation , de la maintenir pendant la paix ;
& même hâter le retour de la paix & d'en confolider
la durée en la rendant générale . Toutes les claffes des
citoyens font également intéreflées à ces melures ,
les propriétaires des biens fonds , les négocians
, les rentiers même. La folidité des fonds
Anglois diminue à proportion de la durée de la
guerre ; & fi des coups vigoureux ne forcent l'Angleterre
à fe prêter à des conditions de paix , fi
l'époque de cet heureux évènement eft encore bien
éloignée , elle fera peu à peu hors d'état de faire.
honneur à fes engagemens. Il ne faut pas cher
cher à fe tromper foi-même. Nous fommes tellement
impliqués dans cette guerre , qu'il nous eft
à-peu-près impoffible d'en fortir de nous-mêmes.
Les inconvéniens d'une paix particulière font fi
compliqués & en fi grand nombre , qu'il eft prefqu'abfurde
d'en nourrir l'efpérance . Les Anglomanes
difent eux-mêmes que nous avons perdu , par
cette rupture , le meilleur & le plus fûr de nos alliés
. Nous devons donc en chercher ailleurs ; &
les plus naturels font les puiflances qui ont à
combattre le même ennemi que nous. On cherche
à jetter des foupçons fur la France. Des calomniateurs
hypocrites ayant toujours le nom de Dieu
à la bouche , pour diftiller le poison avec plus
d'art , ont pris à tâche de vous prévenir contre
cette nation , & d'exalter vos ennemis. La France
vient cependant de fauver un de nos principaux
établiffemens. Si Louis XVI avoir fuivi une politique
infidieufe & moins noble , il eût abandonné
le Cap de Bonne-Efpérance à l'avide ambition des
Anglois. Il ne l'eût fait attaquer que lorsqu'il
auroit pu en faire une acquifition légitime , en
( 191 )
l'enlevant aux ennemis . La générofité de Louis XVI
mérite donc toute notre confiance . Il eft donc de
la faine politique de former une ligue avec ce Monarque
, & de concerter avec lui les opérations de
la guerre , &c.
PRÉCIS DES GAZETTES ANG . du 11 Novembre.
Le Confeil de guerre tenu le 10 Septembre à
New-Yorck pour délibérer fur les opérations futures ,
& fur les moyens de faire paffer des tecours efficaces
à Cornwallis , a décidé que malgré la fupériorité de
l'ennemi , il falloit faire par mer quelque attaque gé
nérale & vigoureufe ; que pour cet effet l'efcadre
fortiroit de Sandy-Hook vers le 13 Octobre ; avant
ce tems , il y avoit beaucoup de rifque à paffer la
Barre ; & Cornwallis avoit informé Clinton' que fes
provifions pouvoient aller jufqu'à la fin d'Octobre.
Clinton dans fes dépêches particulières , inftruit le
Gouvernement que le Confeil a décidé qu'il ira en
perfonne au fecours de Cornwallis avec 5000 hommes
, qu'il a été ordonné de préparer un nombre
fuffifant de tranfports qui les prendront à bord &
partiront avec Digby : il ajoute que felon les avis
qu'il a reçus , l'efcadre Françoife eft de 33 vaiſſeaux
fans ceux de so canons , qu'il eft porté à la croire
de 26 , contre lefquels nous n'avons à oppoſer que
25 vaiffeaux de ligne , outre le Centurion qui vaut
un vaiffeau de 60. Cette fupériorité de l'ennemi
continue-t-il , fera de peu de conféquence s'il refte
dans la Chéfapéak , parce que dans cette pofition il
ne pourroit faire combattre tous fes vaiffeaux.
-
Le7 Septembre Washington eft arrivé à Williamsbourg
; l'armée qui s'étoit embarquée dans différens
endroits étoit attendue le 14 à la rivière de James.
Le Lord Cornwallis a mis fon armée à la demiration
; le nombre de ſes malades eſt infini ; & il a
fait tuer tous les chevaux inutiles pour les manger.
On affure que M. de la Fayette à déja refuſé des
propofitions de ce Général . '
M. de Barras parti le 23 Août de New-Port , eſt
( 192
entré dans la baie de Chéfapéak pendant que M. de
Gralle avoit été au-devant des Anglois ; il apris
dans la travertée 2 vaiffeaux vivricis , & on dit un
yalear de 44. Il y a 2 vailleaux François mouil
fés dans James -River pour empêcher les Angloisde
fe retirer à Yorck River ou au Cayes.
-
Le Général Green'a laillé Sautée - River pour rel
ferrer Charles Town de plus en plus. - Les Anglois
fe font retirés d'Orangebourg ; les Généraux Mar
ran & Sumpter ont entouré les lignes de l'ennemi
& grettent fes mouvemens.
Un particulier arrivé de Baltimore , lit- on,
dans une lettre de Philadelphie du 2 Octobre , nous
allure qu'avant de quitter cette place , un Officier de
diftinction de l'armée de Gréen l'a informé que ce
Général venoit de remporter une victoire impor
tante fur l'ennemi à Mork'sCorner ou aux environs,
dans la Caroline méridionale , que l'ennemi avoit
beaucoup d'hommes tués , bieflés ou pris ; que de
notre côté nous avions entre 2 & 300 tués ou bieffés ;
qu'on difoit le Colonel Washington au nombre de
ces derniers. On ne dit point la date de cette affaire
auffi ne la donnons-nos point commeun fair .
On dit que le Romulus de€ 44 & la Gentille de
font arrivés à Annapolis pour embarquer
troupes qu'ils doivent débarquer à Burwell.Ferry
en Virginie, On apprend , lit-on , dans une lettre
de Morristown , le 26 Septembre , que 2 vailleaux
de ligne Anglois ont été condamnés depuis leur arrivée
à New-Yorck , comme ne pouvant plas fervir.
32
-
des
» Il eft arrivé , écrit-on de Boſton , du 10 Septembre
, deux particuliers venant de Providence,
par lefquels on apprend qu'il étoit arrivé le 17 de
ce mois à New-Yorck , à New-London un bâtiment
Parlementaire qui a apporté la nouvelle que l'eftadre
Angloife étoit arrivée dans le post de New-Yorck
confidérablement endommagée , & qu'il manquoit
2 gros vaifleaux ; qu'on avoit débarqué de deflus
l'efcadre 1500 hommes qui avoient été envoyés à
l'hopital auffi tôt après leur arrivée «
Qualité de la reconnaissance optique de caractères