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1781, 10, n. 40-43 (6, 13, 20, 27 octobre)
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MERCURE
DE
FRANCE
DÉ D.IÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles- en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles;
les Caufes célèbres; les Académies de Paris, & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers, &c. &c..
SAMEDI 6 OCTOBRE 1781 .
Or
VI
G
HATE
BIBE
Ф ARIS ,
Chez
PANCKOUCHE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Rois
NBRA
TABLE
Du mois de Septembre 1781 .
PIECES
FUGITIVES.
de Cont s nouveaux > 103
Vers à M. le Docteur Pon Difcoursfur la Vie & les Ou
fart,
Komanee ,
114
3
5
vrages de Pafcal
La Vengeance de Pluton , 119
135
Les Mufes , Conte Anacreon- Hiftoire de l'Eglife ,
8
tique
Vers à l'Affemblée ordinaire
des Savans & des Artiftes
Le Malheur des Femmes
.
49
52 Conte
Injapt on pour le Portrait de
M de ***
2 55
97
100
Ode aux Souverains,
Vers à Mile Thénard ,
Vers de Confolation d'une
Veuve à une Veuve,
AMde la Marquife de Coigny,
145
Eloges de Charles de Sainte-
Maure , Duc de Montau
152
Catéchisme fur les Morts ap
fier,
parentes , dites Afphyxies ,
173
221
Clémentine & Déformes , 207
Hiftoire abrégée de la Ville de
Saint- Quentin , &c.
Dictionnaire Univerfel des
Sciences Morale , &c.
Académie Françoiſe ,
SPECTACLES.
228
46
148 Académie Roy. de Mufiq, 87
L'Homme &le Temps , Fable , Comédie Françoife ,
193
195 Les Affiches, Conte ,
Enigmes & Logogryphes , 13
56 , 101 , 150 , 206)
NOUVELLES LITTER.
Difcours prononcés dans l'Académie
Françoife ,
Traité des Négations de la
Langue Françoife,
Annales Poètiques,
14
34
$ 8
184
Comédie Italienne, 91,186,23 @
VARIÉTÉS .
Lettre fur la Réception de
l'Orgue de S. Sulpice , 42
Réponse à la Lettre de Mde de
la Haye ,
Réponse à M. Pierre Zéphi
rinet ,
44
139
189, 235
SCIENCES ET ARTS.
Suite des Epreuves du Senti- Découverte pour la Cure des
ment , 66 Fleurs Blanches 92 Dictionnaire des Merveilles de Lettre de M. Jule de la Foſſe ,
la Nature , 236
Ilexions fur la Mufique Gravures , 45 , 93 , 142 , 190 ,
Théâtrale,
72
77
Supplément à l'Art du Serru
ter
239
46,191
Mufique ,
86 Annonces Littéraires , 46 , 94 .
143 , 191 , 239 Recueil de Pièces Fugitives &
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 OCTOBRE 1781 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE CURE ET LE LOUP , Fable.
UN Curé de Village, indulgent , débonnaire ,
Qui comprenoit , ou peu s'en faut ,
Le latin de fon Bréviaire ;
Un Erudit , un Docteur , en un mot ,
Ne reftoit pas oifif dans fon faint Presbytère.
Ce n'eft pas pour lui feul qu'il fe croyoit Docteur;
Et d'enfeigner il avoit la fureur.
La fureur d'enfeigner eft une maladie ,
"Comme touffer , être goutteux ';
Il empleyoit les trois quarts de fa vie
A donner des leçons en maître généreux.
Pas un effet dont il ne sût la caufe ;
La dire étoit fon emploi le plus doux ;
A j
f
4
MERCURE
Et n'eût-il rien fu plus que vous ,
Il vous auroit toujours enfeigné quelque chofe.
En un mot , c'étoit- là ſa ſeule paſſion.
Mais quand il eût rendu favant tout fon Village ,
Il entreprit une éducation
Fort fingulière : il eût l'ambition
D'inftruire un Loup. Il crut par-là le rendre fage,
En faire un Loup bonhomme. Un pareil Écolier
Étoit d'un naturel peu facile à plier ;
Mais patience étoit du maître l'apanage,
Par l'alphabet il fallut commencer.
A, fut le premier fon qu'il apprit , non fans peine ;
Il parvint à le prononcer ,
A le hurler au bout d'une ſemaine.
Au B , vite on le fit paffer.
Ce fut bien pis . Cent fois le maître recommence ,
Et perdant tout enſemble eſpoir & patience ,
A fa befogne eft près de renoncer.
L'inftituteur enfin , pour mieux ſe faire entendre ,
Imita le cri du Mouton ;
Il cria bé! le Loup , après mainte leçon ,
L'apprit fi bien , qu'il parvint à le rendre.
Notre nouveau Docteur après cela , fans bruit
Quitte fon maître , & va , fans plus attendre ,
De fon favoir cueillir le fruit.
Il va criant autour des bergeries :
Bé ! bé! Moutons d'aller grand train ;
Et les pauvres bêtes foudain
Dans la gueule du Loup fe trouvent englouties,
DE FRA N.C E. 3
APRÈS cela , gardons d'enfeigner les méchans :
Dans leurs mains, qu'on inftruit à choifir leur victime,
Les refforts les plus innocens
Deviennent l'inftrument du crime.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot
E mot de l'Énigmé eft Silence ; celui du
Logogryphe eft Papelard.
ÉNIGME.
Tu vois un Enfant de neuf Mères ,
Pucelles encore à préfent.
A ma table on voit tous mes pères ;
J'en ai peut-être un demi- cent.
( Par M. C.... )
LOGO GRYPH E.
DANS ANs mon tout je porte l'effroi :
Et le plus hardi je défie
De m'envisager de fang froid
Quand je ne préfente en furie.
Tranche , Lecteur , mon dernier pié ,
Je deviens doux , je fuis aimable :
Tu chercheras mon amitié ;
A iij
MERCURE
Mais de l'attraper c'eſt le diable.
Qui fait donc changement en moi ?
Et qui fait changement en toi ?
C'eft qu'avec fept pieds je peux rendre
Ce qu'avec huit j'aurois pu prendre.
( Par M. le Bar.... C. de Bond.... )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE MONDE, quinzième Nuit d'Young ,
traduite en vers François , par M. L **
de Limoges. ALimoges , chez Chapoulaud,
Imprimeur- Libraire , place des Bancs.
IL
Ly a dans ce titre un abus des termes
qu'il eft à propos de relever. Traduire , c'eft
imaginer dans fa langue des mouvemens ,
des tournures , des expreffions qui , fubftituées
aux expreflions , aux tournures , aux
mouvemens d'une langue étrangère , en rendent
d'une manière à la fois exacte & originale
, toutes les beautés de penfée , de diction
& d'harmonie. Il faut beaucoup de travail
& de talent pour furmonter ces difficultés.
Fugit hora : hoc quòd loquor , indè eft....
Hatons-nous ; le temps fuit , & nous traîne avec foi .
Le moment où je parle eft déjà loin de moi.
DE FRANCE. 7
Voilà une traduction . La vivacité de l'idée
& de la tournure d'Horace eft rendue ; &
cependant la tournure Françoife appartient
à Defpréaux. Mais qu'eft- ce que traduire du
François en François ? On fe trompe groflièrement
fi , pour avoir mis en rimes un morceau
de profe poétique , on penfe avoir traduit.
On n'a fait précisément que remplir la tâche
des Ecoliers de troifième qui , pour apprendre
le mécanisme de la Poélie Latine , verfifient
la matière que leurs Régens leur ont
dictée . Et qu'on n'objecte pas l'exemple de
Colardeau , que la Nature avoit doué
du talent le plus heureux pour les vers
François. Il eft vrai que fon imagination ,
naturellement pareffeufe , fe laiffa féduire
par la facilité de ce genre de verfification . Il
mit en vers les deux premières Nuits d'Young.
Mais on fait que ces deux effais , quoique
très - bien verfifiés , n'eurent aucun fuccès . En
général , c'eſt gâter ce qui eft bien en profe
que de le mettre en vers. Young , avec fon
ftyle long & diffus , fera néceffairement en
vers de la monotonie la plus faftidieufe ; &
fes métaphores outrées deviendront tout- àfait
extravagantes. Il réfulte qu'une traduction
en vers de la traduction des Nuits
eft un mauvais projet , qui ne peut jamais
être infpiré que par la facilité de ce travail ,
ou par la démangeaifon de verfifier de façon
ou d'autre ; de même à peu- près que les
Drames en profe ne viennent que de l'impuiffance
d'écrire en vers. Au furplus , un
A iv
$ MERCURE
travail mal conçu peut être bien exécuté;
le vrai talent fe montre par tout , quelque
chofe qu'il faffe ; & c'eft ce que M. Colardeau
a prouvé. Voyons fi fon imitateur a
fuivi en tout fon exemple , & fi en effet ſa
verfification eft louable.
<<
M. de la Harpe , qui , dans la décadence
affligeante de la Littérature , s'est toujours
montré le défenſeur ſévère du goût & de la
raifon , a reproché à Young d'exagérer les
propres fenfations , & de s'appefantir avec
une forte d'obftination fur un feul objet.
C'eft , dit- il , le propre d'un déclamateur ,
dont les idées font circonfcrites dans un
petit efpace , & qui fe replie fans ceffe fur
lui-même. L'imagination d'un Poëte cft plus
active. Elle parcourt avec rapidité les objets
qui la frappent , & les peint à grands traits.
Elle ne dit pas tout ce qu'on peut dire ; mais
elle dit tout ce qu'il y a de mieux à dire.
C'eft la différence ſpécifique du rhéteur & du
grand Écrivain. » L'examen de la Pièce qui
fait le fujet de cet article , prouvera par occafion
combien ces réflexions font juftes &
déciſives. Elle a pour titre : le Monde.
و د
ود
Traduction de M. le Tourneur.
" O toi ! qui laiffes pleuvoir fur nous un
déluge de maux pour nous forcer à répandre
des larmes vertueufes , qu'est- ce
» que ce monde ? Un amas flottant de
» nuages & de vapeurs légères qu'un rayon
» de ta lumière éleya du néant dans l'air , "
DE FRANCE
9
30
ور
» & qu'un moment aura bientôt diffipées.
" Les jours de la terre font comptés . Moins
paffagère que les enfans qu'elle nourrit ,
elle eft mortelle comme eux , & fon der-
» nier jour approche ; cependant les hom-
» mes folâtrent fur fa furface , comme fi
eux & elle étoient folides & éternels. Et
» toi , Être éternel , tu n'es qu'un rêve pour
"
» eux.
Traduction verfifiée.
Dis-nous , toi dont le glaive , en fonjufte courroux ,
Frappe l'humanité de fi terribles coups
Pour exercer nos yeux à des pleurs falutaires ,
Qu'est ce monde ? Un amas de cent vapeurs légères ,
De nuages flottans & d'élémens divers ,
Que du creux de l'abyme éleva dans les airs
Un rayon émané de ta grandeur fuprême ,
Et que ton fouffle un jour difipera de même.
La terre & fes enfans , à la mort deſtinés ,
Verrontfinir leurs jours ; ils font déterminés :
Plus ou moins courts pour eux , un peu plus longs
pour elle ,
Ils iront tous fe perdre en la nuit éternelle.
Les hommes cependant folâtrent fur fon fein
Sans s'attendre à ſa chûte , & fans craindre leur fin.
Et toi , toi leur auteur , le dirai-je ? ô blaſphême !
Tu n'es pour l'on qu'un rêve , & pour
blême.
l'autre un pro
Comment M. L ** n'a-t'il pas vu qu'en
voulant verfifier la profe de M. le Tourneur,
Av
IC. MERCURE
و د و د
il n'a fait que la défigurer , & prouver l'embarras
où il a été de chercher , à quelque
prix que ce fût , la rime & la mefure. Disnous
eft abfolument déplacé. L'Auteur attefte
Dieu par une exclamation , mais il ne
l'interroge pas. Le glaive , fon courroux , fes
coups , tous ces lambeaux de métaphores
ufees devoient - ils être fubftitués à la métaphore
d'Young, qui eft plus heureufe ? Exercer
des yeux à des pleurs falutaires , n'eft- il
pas bien ridicule ? La profe dit bien mieux :
Arracher de nos yeux des larmes ver-
» tueufes. L'expreflion ajoutée d'élémens
divers offre un véritable contre- fens. La
terre eft compofée en effet d'elémens divers ;
mais Young ne la repréfente ici que comme
un amas léger de vapeurs , un-globe de favon
qu'un rien va diffoudre. Il falloit fuivre
fon idée cette faute eft groffière ; & d'ailleurs
, y a - t'il rien de plus traînant , de plus
gêné & de plus profaïque que tout cet affemblage
de rimes ? Ce qui fuit eft plus défectueux
encore ; & fans qu'il foit befoin
que nous entrions dans de nouveaux détails
critiques , la comparaifon de la profe de M.
le Tourneur fait fentir combien les vers font
laches
, durs & chevilles. Revenons à
Yonng. I va s'efforcer de renchérir fur la
même penfée.
сс
Qu'eft - elle cette terre ? qu'un féjour
» d'êtres imaginaires & . fans réalité un
champ dont les fleurs promettent des fruits
fans jamais en produire , ou plutôt un
DE FRANCE. II
» défert fauvage où règnent l'horreur &
» l'incertitude , où les épines preffees enfanglantent
à chaque pas le pied du trifte
» voyageur. »
23
Ne croyez pas qu'il en refte - là : il revient
encore fur le même objet , il s'y appefantit.
Qu'est- elle ? qu'un océan orageux , couvert
ec
و د
"
" que
ور
» de hardis aventuriers ! tous leurs trefors
font fur les eaux. Si la fortune fouffle &
la tempête s'elève , ils n'ont point de
» feconde efperance. On les voit voguer fur
» mille vaiffeaux , dont les pavillons de cou-
» leurs differentes Hottent dans les airs .
» Tous font également agités de craintes &
d'efpérances fous le ciel le plus calme.
» Tous cinglent à pleines voiles vers le bon-
» heur. Très- peu fe font munis de la fcience
» pour bouffole , & ont pris la vertu pour
» aftre de leur voyage , & c. »
و د
و ر
On voit que dans toutes ces citations l'ima
gination d'Young n'a pas fait un pas. Il redit
fans ceffe la même idée , & cette idée eft un
lieu commun. Encore fa dernière allegorie
eft- elle prolongée pendant quatre grandes
pages. Nous nous garderons bien de les tranf
crire. Nous citerons encore moins la traduction
rimée ; & nous finirons cet article par un
paffage de Voltaire qui a beaucoup de rapport
à celui d'Young.
Le bonheur eft le port où tendent les humains ;
Les écueils font fréquens , les vents font incertains.
Le ciel , pour aborder cette rive étrangère ,
A vj
12 MERCURE
Accorde à tout mortel une barque légère.
Ainfi que les fecours , les dangers font égaux.
Qu'importe , quand l'orage a foulevé les flots ,
Que ta poupe foit peinte , & que ton mât déploie
Une voile de pourpre ou des cables de foie !
Le vent eſt ſans reſpect , il renverſe à la fois
Les bateaux des Pêcheurs & les barques des Rois.
Si quelque heureux Pilote , échappé de l'orage ,
Près du port arrivé , gagne au moins le rivage ,
Son vaiffeau , plus heureux , n'étoit pas mieux conftruit.
Mais le Pilote eft fage , & Dieu l'avoit conduit.
Ces vers charmans ne fe trouvent plus
que dans les Variantes. On eft d'abord
étonné que Voltaire les ait retranchés. Mais
fi l'on en cherche la raifon , on verra qu'il
a mieux aimé les facrifier que de tomber
dans ce défaut , fi commun à Young , de
vouloir renchérir fur lui-même , & de fe
répéter. L'Épître fur l'Égalité des Conditions
tommence aujourd'hui par une autre allégorie
plus neuve & plus piquante.
Ce monde est un grand bal , où des fous déguifés ,
Sous les rifibles noms d'Éminence & d'Alteffe ,
Penfent enffer leur être & hauffer leur baffeffe.
En vain des vanités l'appareil nous furprend.
Les mortels font égaux ; leur maſque eſt différent, &c.
Après avoir comparé le monde à un bal ,
Voltaire a fenti qu'il ne pouvoit plus le comDE
FRANCE. 13
parer à une mer , fans tomber dans des longueurs
& dans des difparates ; & qu'aux
yeux d'un homme de goût , les plus beaux
vers ne pouvoient pallier ce défaut.
ORAISON Funèbre de l'Impératrice Marie-
Thérèse d'Autriche , par M. de Sauvigny.
A Paris , chez L. Jorry , Imprimeur- Libraire
, rue de la Huchette , & chez tous
les Libraires qui vendent des Nouveautés
, 1781 .
M. L'ABBÉ DE SAUVIGNY , qui a déjà
donné des preuves de talent , tant en profe
qu'en vers , s'eft mis au nombre des Panégyriftes
de l'Impératrice Marie - Thérèſe d'Autriche.
C'eft le plus digne emploi de l'éloquence
que de célébrer les talens, & la
vertu ; & jamais Souveraine n'offrit peutêtre
un plus beau fujet de panégyrique . La
divifion de M. l'Abbé de Sauvigny nous a
paru auffi fimple qu'heureuſe. Marie - Thérèfe
fut l'Héroïne defonfiècle & la Mère de
fes Sujets. Quels plus beaux titres à la gloire
& à l'amour des hommes !
Quelques citations mettront nos Lecteurs
à portée d'apprécier le ftyle de M.
l'Abbé de Sauvigny. " Bientôt tout a changé
» de face. Celui dont la volonté feule com-
» mande aux événemens , & dirige en fecret
» les caufes auxquelles notre ignorance les
14 MERCURE
و د
attribue , l'Éternel s'eft enfin déclaré pour
" Marie - Thérèfe ; il ordonne à l'Ange de la
» victoire de marcher devant fes Armées ,
" & il fait luire au fond de fon coeur un
" rayon de la fagelfe divine. C'est elle , c'est
" cette divine fageffe qui parle par fa bouche,
foit lorfqu'elle ranime la foi de fes an-
" ciens Alliés, que fes premiers revers avoient
glacés ; foit lorfqu'en paffant de rang en
" rang elle preffe , elle exhorte , elle em-
ל כ
و ر
»
ود
و د
brâfe tous fes Guerriers du feu de fon
" courage; foit enfin lorfqu'elle trace à fest
Capitaines le plan de leurs opérations &
" le chemin de la victoire. Ses triomphes
» font auffi rapides que le furent fes difgraces.
Les Puiffances maritimes , entraî-
" nées par fes éloquentes repréſentations ,
" arment foudain pour elle. Ses vainqueurs,
chaffés de toutes leurs conquêtes, connoif-
» fent à leur tour l'épouvante & la confufion.
L'Allemagne & l'Italie font délivrées
; Gènes la fuperbe eft foumife ;
l'Alface & la Provence font ravagées ;
" la Bavière eft envahie ; tous les Peuples
» ennemis paient enfin de leur fang & de
» leurs larmes les pleurs & le fang des Autrichiens
; & le nom de Marie - Therèfe ,
qu'ils avoient voulu profcrire , porta par-
❞ tout la terreur & l'admiration
و د
و د
و د
و د
319
"
"
Citons encore un morceau de la feconde
Partie. L'Orateur s'adreffe aux Sujets de
Marie-Thérèle : « Votre Souveraine , leur
DE FRANCE. 15
» dit - il , vous rend une liberté dont vous
favez faire un fi noble ufage ; elle fait
19
plus encore , elle veut déformais que tous
» ceux dont les fervices lui font néceffaires ,
» ne donnent à l'Etat que la moitié de leur
" temps , & foient tour- à-tour foldats &
» citoyens.
"
"
» Eh ! quel eft en effet ce préjugé bar-
" bare , inconnu aux fiècles les plus éclairés
» & aux Peuples conquérans , qui fait de
» nos jours un métier du droit honorable
» de défendre la Patrie , qui fépare le
» Militaire du refte de la Nation , & qui
» en fait jufqu'à l'ennemi de fes conci-
" toyens lorfqu'il n'a plus d'autres enne-
» mis à combattre ? Quel autre préjugé
» bien plus funefte & plus barbare encore,
» interdit à tant d'hommes généreux les
» douceurs de l'hymen ? Ne foyez pas furpris
, Meffieurs , fi j'ofe ici m'élever con-
" tre cet ufage. Suprêmes Adminiftrateurs
» des Nations , Légiflateurs des Armées ,
" prêtez à ma foible voix une oreille attentive
; c'eft au nom de l'humanité que
je vous parle que dis - je ? c'eft la Religion
même qui réclame en faveur du fol-
» dat les droits de la Nature pour l'arracher
» à la débauche . Que fi l'intérêt de la population
ne vous touche point affez , celui
» des moeurs vous eft il indifférent : Penfez-
» vous que les moeurs du Guerrier ne font
» rien à fon courage ? penfez- vous que
30
ود
""
ور
و ر
1
1
4
1
16 MERCURE
» cette multitude fouvent oifive dans le
» tumulte des camps , & livrée fans retenue
à la licence d'un pareil célibat , en
» devienne plus intrépide & plus docile à
» vos loix ? Seront- ils plus attachés à leurs
drapeaux , plus fidèles à leur patrie , plus
» intéreffés à la défendre , ceux, pour qui
» vous avez rompu les liens fi puiffans qui
rendent aux autres citoyens la patrie
plus chère & plus facrée. »
و د
33
En général , ce Difcours a une marche
lumineufe , de l'ordre & de la méthode. On
a pu s'appercevoir, par nos citations , que le
ftyle a de la correction ; point d'exprelliou
hafardée , mais une fageffe qui va jufqu'à la
timidité. On y voudroit voir une éloquence
plus forte , plus d'élan. En général , c'eft un
de ces Ouvrages qui laiffent plus à defirer
qu'à reprendre.
DE FRANCE. 17
VARIÉTÉ S.
EXPOSITION des Ouvrages de Peinture ,
Sculpture & Gravure au Sallon du Louvre,
année 1781.
L'EXPOSITI
pro-
' EXPOSITION des Ouvrages des Membres de
l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture , s'eft
faite à l'ordinaire dans le Sallon du Louvre , qui ,
fuivant l'ufage , a été ouvert le 25 Août , Fête de
S. Louis. Si le Public a continué d'être privé des
ductions de quelques Artiftes qui fe prétendent découragés
par l'injuftice des Critiques , il en eft amplement
dédommagé par la fupériorité des tableaux
d'hiftoire , le premier & le plus difficile de tous les
genres. C'eft avec la plus grande fatisfaction que
les Amateurs ont.remarqué la révolution qui fe fait
dans l'École , la renaiffance de ce goût pur de deffin
qui caractériſe les temps les plus brillans de la Peinture
, & toutes les afféteries de l'École des de Troys
des Boucher & des Lemoyne, abandonnées , pour ne
fuivre que les formes & les couleurs de la Nature .
On va tâcher de rendre un compte détaillé de ces
productions avec la plus exacte impartialité , & fans
prétendre que le jugement qu'on en portera foit
celui du Public , ou doive être adopté par lui.
PORTRAITS.
>
Le Sallon offre cette année moins de portraits qu'à
l'ordinaire ; mais il en contient encore beaucoup
trop . On y voit avec plaifir celui du Roi en émail
par M. Pafquier ; celui de Madame Sophie de France,
lequel unit à beaucoup de vérité des détails très- intéreffans
; celui de M. le Comte de Vergennes , dont
18 MERCURE
les acceffoires laiffent cependant beaucoup à defirer
celui de M. Thomas , que M. Dupieffis a rendu avee
autant d'agrément que de vérité. On y admire les
émaux de M. Weyler , dont le portrait de Catinat ,
plein de caractère & de nobleffe , fait encore plus
fortement fentir le ridicule de la tête de la ftatue de
ce grand Homme , deſtinée à être exécutée en
marbre. On y remarque encore différentes miniatures
peintes par M. Hall.
›
Il feroit à defirer qu'on ne fe permît de placer
dans ce Sallon , que les portraits des perfonnes
qui , par leur naiffance leurs emplois ou
leurs talens , ont des droits à la confidération publique.
On ne peut y voir fans dégoût des gens
obfcurs , qui n'ont pas même le foible avantage
d'offrir le fpectacle d'une figure agréable , & dont
tout le mérite confifte à avoir été en état de payer
un Peintre de l'Académie . Encore , fi leur libéralité
avoit été jufqu'à faire les frais d'un portrait fufceptible
d'acceffoires intéreffans , à la faveur défquels
ils auroient attiré l'attention ; mais , non , ils fe font
bornés au plaifir ftérile de perpétuer leur figure , dont
ils auroient dû laiffer l'image fous les yeux de ceux
à qui elle peut n'être pas indifférente.
J'entends murmurer de ma févérité . Le plaifir
d'être expofé au Sallon détermine , dit-on , beaucoup
de gens à fe faire peindre , & c'est réduire à moitié
les revenus des Peintres en portraits , que d'exclure
du Sallon ceux des perfonnes auxquelles le Public
ne prend aucun intérêt. J'avoue que cette objection
eft peu faite pour toucher. Les Peintres en portraits
qui fe bornent à ce genre , font beaucoup plus récompenfés
qu'ils ne le méritent ; & fi l'on comparoit
le produit de leur cabinet à celui d'un Peintre d'hi
toire , la fupériorité de la recette du Peintre en portrait
feroit égale à celle du talent du Peintre d'hif
toires . Cependant , quelle diftance énorme entre ces
DE FRANCE.
•
deux Artiftes ! Dira- t'on que Vandick , Rubens , le
Titien , Raphaël même , ont fait des portraits ?
J'en conviens ; mais ces Ouvrages étoient , pour ces
hommes fameux , des objets de délaffement , & non
de prétention . Je le répète ; on ne doit introduire
dans le temple des Arts que les perfonnages dignes
d'y recevoir des honneurs , & la Nation ne doit rien
qu'à ceux qui , ou la gouvernent , ou l'éclairent , ou
contribuent à fon illuftration & à fon bonheur.
Nº. 1. Briſéis emmenée de la tente d'Achille ,
par M. Vien.
Ce tableau offre des beautés d'Art beaucoup plus
réelles que féduifantes. Compofition fimple , beauté
de détails , pinceau fier , deffin correct , il réunit ces
différentes qualités. Mais eft-ce là l'Achille d'Homère ?
Eft- ce là ce Héros irafcible qui vomiffoit des imprécations
contre les Dieux ? Sa douleur n'eft- elle pas
plutôt celle d'un fils à qui l'ordre d'un père refpecté
enlève une maîtreffe chérie que ce fils abandonne
avec défefpoir ? D'ailleurs ce tablean manque
de couleur ; les perſonnages mêmes , je le dis à regret
, font entièrement dépourvus de nobleffe.
2. Préparatifs du Combat de Pâris & de Ménélas ,
par M. de la Grenée , l'aîné.
L'Auteur a pris le moment où Priam & Agamemnon
jurent fur l'Autel de Jupiter de remplir les traités
qui règlentla fuite de ce combat. Ce fujet eft mal
choifi. Quel intérêt peut- il infpirer ? Il eft vrai qu'il
pouvoit prêter à une pompe dont l'Auteur n'a pas tiré
-parti. D'ailleurs , ce tableau n'a ni la fuavité ni l'ac
cord des petites compofitions du même Maître Son
Agamemnon eft un Acteur qui joue un rôle , & il a
plutôt l'air de défier le Dieu , que de faire un ferment
-à fes pieds. Quant à Priam , à peine le voit -on. Ce
ferment des deux Rois feroit un beau motif pour un
duo d'Opéra ; mais , encore une fois , ce n'eſt pas là
le fujet d'un tableau .
20 MERCURE
3. Annibal fait enlever le corps de Marcellus.
4. L'amour des Arts confole la Peinture des écrits
ridicules & envenimés de fes ennemis.
3
5. Laïs reçoit un billet accompagné d'un préfent.
6. Alcibiade aux genoux de fa Maîtreſſe , en eſt
traité avec mépris.
7. Vifitation de la Vierge.
8. Hercule & Omphale.
9. Sainte Famille.
10. Sara préſente à Abraham fa fervante Agar.
Par le même.
La fuavité du pinceau de ces tableaux attire les
regards , mais on n'éprouve , en les voyant , ni émotion
, ni admiration. Ce font des tableaux charmans ,
mais ils n'annoncent point l'homme de génie. Le
travail feul peut , avec le temps . en produire de pa
reils , & tout Artifte laborieux peut dire : io anche
fono pittore. On ne parle pas de celui du n° . 4.
Cette pauvre Mufe de la Peinture a bien de la
bonté de s'affecter des écrits ridicules ; elle doit
rire de ceux-ci , & méprifer ceux que la haine a
dictés ; mais elle ne feroit pas mal de rendre juftice
aux critiques infpirées par l'amour des Arts , & qui
contiennent des difcuffions faites pour les éclairer.
La meilleure réponse aux Critiques , feroit d'expofer
au Sallon un tableau comme celui de la mort de
Léonard de Vinci , ou de la force de celui qui repréfentoir
, à l'expofition faite il y a deux ans , le Préfident
Molé appaifant une fédition.
193. Combat des Romains & des Sabins , interrompu
par les femmes Sabines , par M. Vincent.
Quand on penfe que ce tableau eft de l'Auteur
de la fédition appaiſée par le Préfident Molé , on ne
peut que s'armer de févérité. Certainement fi le combat
des Romains & des Sabins eût paru au Sallon
de 1779 , & la fédition appaiſée à celui de 1781 ,
en auroit conçu en voyant le premier , des efpéranDE
FRANCE 21
ces réalisées par le fecond ; mais quand on penfe
qu'il faut renverser l'ordre des dates , on fe tait , &
l'on le borne à inviter un Artiſte deſtiné par la nature
à prendre place au premier rang , à faire des
efforts pour regagner ce qu'il a perdu.
IT. Combat de l'Amour & de la Chafteté , par
M. la Grenée.
Ce Tableau allégorique , d'un pinceau fuave, d'un
coloris féduifant , attire une attention particulière ,
& mérite d'être diftingué parmi le grand nombre
d'Ouvrages agréables qu'a expofés le même Artifte.
Mais ces compofitions allégoriques font- elles
de bon goût ? Écoutons l'Abbé Dubos , dans fes
Réflexions critiques fur la Poëfie & la Peinture ,
Livre qui devroit être entre les mains de tous les
Artiftes. Jofe avancer , dit-il , que rien n'a plus
fouvent écarté les bons Peintres du véritable but de
leur Art , & ne leur a fait faire plus de chofes hors
de propos , que le defir de fe faire applaudirfur la
fubtilité de leur imagination , c'est- à-dire , fur leur
efprit. Au lieu de s'attacher à l'imitation des paffions
, ils fe font plû à donner l'effor à une ima
gination capricieufe , & à forger des chimères dont
Tallégorie mystérieufe eft une énigme plus obfcure que
ne le furent jamais celles du Sphinx . Au lieu de nous
parler la langue des paffions , qui eft commune à tous
les hommes , ils ont parlé un langage qu'ils avoient
inventé eux- mêmes , & dont les expreffions proportionnées
à la vivacité de leur imagination , ne font
point à laportée du refte des hommes. Ainfi , tous les
perfonnages d'un Tableau allégorique font fouvent
muets pour les Spectateurs dont l'imagination n'eft
point du même étage que celle du Peintre. Ce fens
mystérieux eft placé fi haut , que perfonne nefauroit
y atteindre. Les Tableaux ne doivent pas être des
énigmes , & le but de la Peinture n'eft pas d'exercer
notre imagination , en lui donnant des fujets em22-
MERCURE V
&
brouillés à deviner. Son but eft de nous émouvoir
par conféquent les fujets de fes ouvrages ne fauroient
être trop faciles à entendre.
19. Mars vaincu par Minerve , par M. Doyen.
Quand un Artifte qui, en paroiffant, a donné les
plus grandes efpérances , ſe borne à expofer un feul
Tableau au Sallon , il eft permis de le juger fans ménagement.
Celui de M. Doyen a de la conleur & du
mouvement ; mais quel fujet l'Artiſte a- t- il été choifir
! Ne pourroit on pas appeler cette compofition
un amphigouri en Peinture ? C'eft une belle chofe
que l'Iliade , mais lorſqu'un Peintre n'ouvre cet Ouvrage
immortel que pour y trouver à peindre un
Héros que Minerve garantit des coups qu'on lui
porte, un Dieu qui, en tombant, jette un cri épouvantable
, & s'élance vers l'Olympe dans un tourbillon
de pouffière , il vaudroit autant lire peau- d'âne & le
petit poucet.
pour
Un Amateur des Arts , en voyant les Tableaux
deftinés le Mufæum , a dit , avec raifon , que
fans doute on en faifoit faire beaucoup afin de pouvoir
choisir.
20. Piété de Fabius Dorfo ; fon retour au Capitole
, par M. Lépicié.
Rien n'eft plus important en Peinture , comme en
Poéfie, que le choix des fujets. Je crois qu'il feroit ,
difficile d'en trouver un moins propre à être peint
que celui du Tableau de M. Lépicié. Comment rendre
dans un Tableau une action qui confifte à aller
& revenir, qui , fi elle a quelque mérite , n'en a que
dans fon enfemble,& dans le courage qu'il faut avoir
pour traverfer deux fois une armée ; d'ailleurs ,
qu'est-ce qu'un pareil fujet peut préfenter en Peinture
: Un homme qui porte des uftenfiles de facrifice
& des gens de guerre qui le regardent : quel fentiment
peut-on efpérer de faire paffer dans l'ame de
ceux aux yeux defquels eft expofée une pareille
DE FRANCE.
23
compofition ? D'ailleurs , qu'eft- ce que cette action
a en elle- même d'intéreflant ? On conçoit qu'un
inftituteur peut s'en fervir pour donner à fes
Élèves une idée du refpect que les Anciens avoient
pour le culte de leurs dieux ; mais que peut devenir
un pareil fujet dans les mains d'un Peintre ? Une
compofition froide & infignifiante , dont il eft impoffible
de deviner l'intention , fi le Peintre ne trouve
quelque moyen étranger à la Peinture de vous mettre
dans le fecret. On ne peut trop engager les Peintres
à choisir des ſujets qui n'aient pas été traités ; mas
il faut apporter dans ce choix du difcernement & du`
goût , & ne traiter que des actions fufceptibles
d'intéreffer ceux mêmes qui ne les comprennent pas.
En voilà affez fur ce Tableau , dont les détails
font peu avantageux . On paffe aux autres compofitions
de M. Lépicié.
22. Départ d'un Braconnier.
23. Un Vieillard lifant.
Ces deux Tableaux, très- agréables, ont de la cou
leur & du caractère.
24. Le Jeu de la foffette.
25. Le Jeu de carte .
Ces deux tableaux offrent de la vérité : peut-être.
à raison de leur petiteffe font ils peu foignés. Lorfque
par le choix de fes fujets & la manière de lestraiter,
on rappelle l'idée de l'école Hollandoife & Flamande,
il faut tâcher d'atteindre les perfections qu'elles
réuniffent. Sous ce petit point de vue , ces deux tableaux
ne font pas affez finis.
26. Combat des Grecs & des Troyens fur le
corps de Patrocle , par M. Brenet.
Voici encore un de ces fujets dont on a peine à
concevoir qu'un Artifte ait pu faire choix , Quel
fpectacle dégoûtant que celui d'un combat fur le
corps d'un homme mort ? Quel intérêt peut inſpirer
un cadavre foulé aux pieds ? Comment le Peintre
24
MERCURE
peut-il annoncer que ce corps difputé eft le motif du
combat ? Qu'eft - ce enfuite pour la Peinture , qu'un
Héros armé du bouclier d'une Déeffe , & qui n'a
befoin que de fa voix pour mettre en fuite fes ennemis
? Il est bien abfurde de vouloir confacrer , par
la Peinture , des faits que lear inventeur n'a fait
paffer à la postérité , qu'à la faveur du charme d'une
Poëfie , qui difparoît entièrement dans la Peinture.
Ce tableau eft d'ailleurs médiocrement compofé ;
il n'y a point de plan , point d'intelligence dans la
diftribution des lumières , & par conséquent point
d'effet.
27. Adoption d'Edipe par la Reine de Corinthe .
28. Remus & Romulus , par le même.
Ces deux compofitions font froides & n'inſpirent.
aucun intérêt. Elles ont d'ailleurs de mérite re- peu
lativement au deffin & à la couleur.
32. Martyre de Saint Étienne .
33. Converfion de Saint Paul , par de la Grenée
lejeune.
Ces deux tableaux font ceux dans lesquels cet
Artiſte a développé le plus de talent ; cependant ils
de couleut .
ont peu
34. Les fils de Tarquin admirant la vertu de
Lucrèce, par le même.
Ce tableau mérite quelque attention ; on ſent
que l'Auteur a recherché l'antique ; mais fon Tarquin
n'eft qu'un Acteur qui joue un rôle , & non
un perfounage mis en action.
C'eft un reproche qu'on peut faire à plufieurs de
nos Peintres, C'eſt au Spectacle qu'ils étudient leurs
modèles ; ils ajoutent aux afféteries du Théâtre les
afféteries de la Peinture , & s'éloignant ainfi de la
nature , ils n'excitent aucune émotion dans l'âme des
Spectateurs.
37. David inſultant à Goliath , après l'avoir
vaincu , par le même.
39. Mercure
DE FRANCE.
25
19. Mercure représentant le Commerce , répand ,
fous les aufpices de Louis XVI , l'abondance fur le
Royaume , pur le même.
Cette allégorie , deftinée pour la Salle d'affemblée
du Corps des Drapiers , n'eft ni facile à comprendre,
ni intéreffante , foit qu'on la confidère relativement
à l'invention ou à l'exécution. Ce genre de compo
fation eft d'ailleurs peu propre à décorer une Salle où
s'affemblent des Marchands . N'auroit - il pas mieux
valu mettre fous leurs yeux des traits qui honorent
le Commerce ? Henri IV , par exemple , qui témoigne
fa reconnoiffance à des Négocians de fon
Royaume, de qui il avoit reçu des fecours ; ce même
Corps des Drapiers délibérant dans la guerre dernière
, de donner un Vaiffeau au Roi. Le principal
mérite des Beaux- Arts eft d'intéreffer & d'émouvoir ;
combien ne s'honorent-ils pas lorfqu'ils font en
ployés à infpirer de la vertu !
A l'égard des petits tableaux du même Auteur ,
ils ne font ni affez ſoignés , ni deſſinés avec aſſez de
fineffe.
so. Triomphe d'Amphitrite.
51. Diane au bain , furpriſe par Actéon , par
M. Taraval.
Ces deux tableaux rappellent la manière & la
couleur de Boucher , de Lemoyne , de Detroys & de
toute cette école , dont l'impreffion s'efface heureufement
& n'a plus d'action fur nos Artiſtes , qui
femblent vouloir retourner à la nature , leur véri
table maître. On ne peut qu'inviter M. Taraval à ſe
frayer une nouvelle route. Raphaël a commencé par
fuivre la manière du Pérugin , fon maître ; mais les
tableaux de fon premier temps ne font pas ceux que
l'on couvre d'or.
53. Efquiffe d'un tableau repréfentant l'événe-
No. 40 , 6 Octobre 1781.
26 MERCURE
le
19
ment arrivé à Stockholm ,
même.
Août 1772 , par le
Ce fujet eft bien intéreffant par lui-même. M
Taraval penfe-t-il que la Vigilance , la Prudence , la
Clémence , la Force & la Fidélité ajoutent à ce que
cet événement a d'attrayant? Quelqu'un difoit , en
regardant ce tableau : Ce font apparemment des
Daines Suédoifes. Non , répondit un Plaifant , ce
font les Mattreffes du Roi,
$4. Quatre tableaux de Marine.
55. Plufieurs tableaux fous le même numéro ,
par M. Vernet.
Ce Sallon offre plufieurs tableaux de M. Vernet ,
tous d'un effet plus ou moins étonnant , & d'un accord
qui caractériſe ce Peintre , d'une fupériorité fi
décidée . Tous font peints à pleine couleur ; mais les
beautés de cet Artiſte font celles que nous lui connoiffons
depuis long-temps . C'eft toujours le même
plaifir : Toujours des perdrix , difoit le Confeffeur
d'un grand Roi..
Un feul tableau attire une attention nouvelle :
c'eft celui dont le fujet a été donné par fon propriétaire.
Il repréfente un homme & une femme,
morts de misère, fur un rocher, où ils ont été jetés par
une tempête qui n'eft pas encore entièrement finie .
Leurs mains , reftées unies , annoncent quels ont été
les derniers fentimens qui ont animé leur exiftence.
On ne peut s'arrêter devant cette compofition fans
éprouver une douce mélancolie , & il eft difficile de
n'y pas revenir. Cependant , il n'a rien de fupérieur
par l'exécution , aux autres tableaux du même Auter.
Par quel charme celui - ci obtient- il donc une
Fréférence fi marquée ? Sans doute il le doit à l'intérêt
qu'il infpire. Artiftes fupérieurs , joignez aux
charmes de vos talens , celui d'offrir des fujers
DE FRANCE. 27
propres à émouvoir ; vous multiplierez nos plaiſirs ,
& vous trouverez autant d'admirateurs que de fpectateurs
fenfibles.
17. Joueurs de boule .
58. Plufieurs tableaux fous le même numéro ,
par M. le Prince.
Quelques petits tableaux , expofés cette année ,
femblent deftinés uniquement à conftater l'existence
d'un Artiſte , aux talens duquel le Public a toujours
rendu juftice. Il feroit fouverainement injufte d'apprécier
avec févérité ces délaffemens d'un homme
dont la fanté eft fi chancelante.
59 à 71. Différentes vues de Paris , par M. de
Machy.
Ces différentes vues attirent l'attention du Public ;
la netteté & la correction de l'Architecture font le
principal mérite de ces petits tableaux . On ne peut
fe difpenfer de reprocher à l'Artifte d'avoir fouven
placé fur le devant de fes compofitions des maffes
de ruines abfolument idéales , qui empêchent de
reconnoître les monumens dont il offre l'image. Le
tableau qui repréſente les Écoles de Chirurgie eft un
exemple de ce qu'on avance ici. Cet édifice , qui eft
rendu avec la plus grande exactitude , n'eft reconnu
par perfonne , parce qu'il eft entouré de ruines , qui
n'exiftent que dans l'imagination de l'Auteur. C'eft
le portrait exact d'une femme que tout le monde
connoît , mais dont perfonne ne retrouve les traits ,
parce qu'elle a emprunté un coftume de coeffure &
de vêtement, dans lequel elle n'a été vue par perfonne.
D'ailleurs , le coftume des petites figures de ce
tableau n'a aucune vérité , Ce défaut eft commun à
tous les tableaux de M. de Machy. Si ce Peintre
place une charette , des tonneaux , enfin des accelfoires
quelconques , ils n'ont ni la forme , ni la cou-
Bij
28 MERCURE
leur locale propre à chacune de ces chofes ; cette
vérité eft cependant précieufe : on la retrouve avec
bien du plaifir dans les tableaux de l'immortel
Vernet.
78. Caftor , ou l'Etoile du matin , par M. Renou.
Ce Tableau , placé comme il eft , eft jugé trèsdéfavorablement
par tout le monde. Caftor paroît
avoir la jambe & la cuiffe caffée . Peut -être , lorfqu'il
fera vu perpendiculairement , fera - t-il d'un tout
autre effet. C'est dans le lieu de fa deſtination qu'il
faudra le juger en dernier reffort. Au refte , le choix
du fujet paroît bien bizarre.
85. Un Clair de Lune.
86. Un Soleil levant , par M. Cafanova.
On parle à regret de ces Tableaux . Ni la fabrique
du paysage , ni la couleur locale , ni les perfonnages
, rien ne rappelle la nature ni la réputation
de l'Auteur. Ces Tableaux font d'ailleurs , relativement
au matériel de la peinture ,. traités de manière
qu'il eft impoffible qu'ils fe foutiennent. Le
vernis dont ils font furchargés les décompofera fans
doute , au point qu'il eft vraisemblable qu'ils n'offriront
qu'une grande tache noire , fur laquelle fe
détacheront quelques clairs.
90. Un Payfage orné de figures & d'animaux.
Ce Tableau eft digne de l'opinion que l'on a des
talens de M. Caſanova . Il offre de la couleur , de
bonnes formes d'animaux , de l'entente & de l'effet.
On fent que l'Auteur a pris pour modèle Berghem.
Peut-être ce Tableau eft il trop fait de pratique. Il
eft en général d'une nature factice , ou tout au moins
inconnue aux habitans de nos climats.
93. Plufieurs Tableaux fous le même N • .' , par
M. Guerin.
Ges Tableaux rappellent la manière de M. Bot
DE FRANCE. 29
cher , & fur- tout fa couleur . Ils ont tout ce qu'on
peut exiger d'un Artifte qui fuit les pas d'un Maître
qui s'étoit fait une nature factice , & qui , dans fon
dernier tems , avoit une couleur plus convenable à
des éventails qu'à des Tableaux.
94. Deux Tableaux repréfentant , l'un , l'incendie
de l'Opéra ; & l'autre , l'intérieur de la Salle le lendemain
de l'incendie , par M. Robert.
Lorfqu'on fe rappelle les premiers Tableaux expofés
aux Sallons précédens par cet Artiſte , on ne
fe détermine pas ailément à juger ceux qu'il met aujourd'hui
fous les yeux du Public. Les deux dont il
eft queſtion ici , font d'une telle médiocrité , qu'on
a peine à concevoir qu'ils foient l'ouvrage de M.
Robert. Point de vérité dans la couleur , de l'architecture
fans netteté , des figures qui n'ont le coftume
A'aucun pays , tous les moyens mécaniques propres
à produire de l'effet , employés fans fuccès ; enfin
des figures placées pour voir ce qu'elles ne peuvent
pas voir: voilà le Tableau du jour. Les détails de
celui du lendemain pouvoient-ils occuper un Artifte
diftingué ? L'intérieur d'une carcaffe de bâtiment
quarré fans aucune décoration , des figures mal deffinées
qui en occupent quelques parties , & beaucoup
de fumée blanche : étoit - ce là de quoi faire un
Tableau ?
95 , 96 & 97. Tableaux & Delfins d'Architecture.
Quatre Tableaux du même Auteur , & fur - tout
neuf Deffins , exécutés avec autant d'aifance que da
fidélité , permettent d'efpérer de revoir de lui des
Tableaux dignes de fon premier tems.
105. Trois petits Tableaux de fleurs & de
fruits.
106. Une Corbeille de raifins.
154. Un vafe leulpté en bas-reliefs , rempli de
Biij
MERCURE
feurs & de fruits , fe détachant fur un fond d'Ar
chitecture.
156. Un Vafe de marbre rempli de fleurs , &
dans le bas un grouppe de fleurs & de fruits.
Les quatre Tableaux , Nos 105 & 106 , peints
par Mlle. Vallayer , font d'une exécution trèsagréable
; mais ceux de M. Van-Spaendonck , Nos
154 & 156 , font fi fupérieurs , quils forcent l'at
tention générale. Ces Tableaux conferveront -ils leur
fraîcheur & la fineffe des touches ? C'eft la grande
queftion . S'ils ont cet avantage , ils feront auffi recherchés
que ceux de Van-Huifum. Mais les huiles
graffes employées actuellement par les Artiftes
toutes les couleurs métalliques , & fur- tout les terres
colorées dont l'ufage s'eft introduit , font des agens
deftructeurs qui menacent les Tableaux de tous les
Artiftes qui emploient les préparations ordinaires.
Ne fe trouvera -t -il donc pas de Chymifte affez amateur
des Arts , pour rechercher quelles étoient les
drogues colorantes employées par Rubens , Jordans ,
Tenières , Gerard - dow , & tous les Peintres des Ecoles
Hollandoife & Flamande ? Nos Artiftes ne renonceront-
ils pas aux toiles imprimées avec les couleurs
ramaffées dans les pinuliers , qui , étant toutes d'une
nature hétérogène , fe tourmentent lorfqu'elles font
unies , & finiffent par pénétrer les couleurs dont elles
font couvertes par les Artiftes ?
118. Un Projet de Chaire à prêcher pour S.
Sulpice.
Quelque abfolu que foit le filence que nous nous
fommes impofé fur les ouvrages plus fufceptibles de
blâme que d'éloge , il ne nous eft pas poffible de
nous taire fur le projet d'une Chaire deſtinée à décorer
un Edifice qu'embelliffent déjà les ouvrages
des Bouchardon , des Pigalle & des Slodz. On a
peine à concevoir qu'on foumette au jugement du
Public une production auffi ridicule , qui reffemble
DE FRANCE. 31
à la moitié d'un tonneau , dans lequel on arrive par
deux cfcaliers dignes de conduire à la chambre de
Rofe , & derrière lequel on a étendu des draps de
Hit. Eft -ce là la Tribune dans laquelle on doit annoncer
les oracles d'un Dieu devant qui tout tremble?
Pourquoi donc ce projet feroit-il fubftitué à celui
qu'a expofé au Sallon, il y a une vingtaine d'années ,
Michel- Ange Slodz ? Qu'on les mette tous les deux
fous les yeux du Public , & qu'il juge.
127 à 133. Vues d'Italie.
Ces différentes Vues exécutées à Gouache par
M. Pérignon , font très-intéreffantes par ce qu'elles
repréfentent , & par la manière dont elles font
rendues.
144. Tableau allégorique fur la liberté accordée
aux Arts , par Edit du mois de Mars 1777. ( Morceau
de réception. )
Ce Tableau a de la couleur . Il eft difpofé de manière
à faire de l'effet. Il eft agréablement deffiné
& digne d'être un témoignage du véritable talent de
fon Auteur. Mais fi l'on examine le fujet , la ma
nière dont on a dit ce qu'on a voulu dire , on ne
pourra pas s'empêcher de crier , avec tous les gens de
goût , contre l'emploi de l'allégorie. Qu'est- ce que
c'eft que l'Etude qui eft à demi - couchée ? Qu'estce
qui caractériſe les entraves dont elle a été délivrées
? Comment repréſente - t - on un Edit ? Un
compas que l'Architecture tient dans fa main le caractériſe-
t-il plus que la Géométrie , l'Aftronomie ,
& toutes les Sciences qui ont pour objet la meſure
des grandeurs ? Où eft le temple de Mémoire ? La
Figure de la Liberté qui eft à la porte annonce-t- elle
que la liberté en eft bannie , & que pour y entrer .
il faut abfolument fe mêler dans les intrigues qui défolent
les Arts & la Littérature ? D'ailleurs , comment
l'Amour des Arts jonche-t-il de fleurs le chein
qui conduit à l'immortalité ? L'Amour des Arts
Biv
32 MERCURE
peut arracher les ronces & les épines dont ce chemin
eft embarraffé ; mais le joncher de fleurs , perfonne
n'y croira , ou il a vu de très-loin les Arts & les
Lettres . Que de chofes de dites dans un Tableau de
fept pieds de haut fur fix de large ! Quand on voit
tout cela , on eft tenté de dire avec M. Jourdain :
Ob, la belle Langue que cette Langue Turque !
145. Le feu facré rallumé à la prière d'Emilie,
la plus ancienne des Veftales , par M. Suvée.
+
Ce Tableau , dont le fujet eft fimple , eft préfenté
d'une manière claire , & il infpireroit
intérêt chez un Peuple accoutumé , par fes opinions
religieufes , à attacher une grande importance à
L'entretien du feu facré. Mais quelle part peuvent
prendre à une pareille fcène des François & des
Chrétiens ? La Peinture a-t- elle donc renoncé au
charme le plus puiffant de tous les Arts à émouvoir ?
Qu'on repréfente Coriolan arrêté , à la tête de fon
armée , par l'empire de la Piété filiale > tous les
Spectateurs feront attendris & prendront part
à cette
action. Il eft des fujets de tous les tems & de tous les
pays. Tout ce qui appartient aux fentimens naturels ,
tels que l'amour , la tendreffe paternelle , la piété
filiale , affectera indubitablement tous les hoinmes.
Mais toutes les fois que , pour prendre part à un
fujet , il faut fe rappeler les conventions fociales fur
lefquelles il eft établi , on n'y prendra jamais qu'un
intérêt de réflexion , & par conféquent très affoibli.
Mais laiffons à part le choix du fujet. Le Tableau eft
bien traité , il a de la couleur , de l'élégance , &
l'on regrette de le voir placé à une diftance où il
perd une partie de fes charmes. Le rouge des manteaux
des Veftales nuit infiniment à l'accord de ce
Tableau.
146. Vifitation de Sainte-Marie .
Ce tableau a de la couleur , de la fimplicité dans
fordonnance, Lafigure de Sainte-Elifaberh eft pleine
DE FRANCE.
33
de l'enthouſiaſme qui lui convient ; mais la Vierge
manque de nobleffe ; elle eft dans ce tableau perfon-
Rage fubalterne.
147. Le Printems.
Voilà encore une allégorie . Au moins les principaux
perfonnages de celle - ci font- ils connus. Ce
tableau eft fupérieurement fait pour fa deftination .
Il eft d'une couleur exagérée , mais néceffaire pour
l'éloignement dans lequel il doit être vu. L'ordonnance
en eſt noble. Ce morceau eſt ſupérieur à ce
qu'on a vu juſqu'à préfent de fon Auteur . On y
trouve un excellent goût de deffin , un beau choix
de nature , de la couleur & de l'effet.
! 151. Léonard de Vincy , mourant dans les bras
de François Premier , par M. Menageot.
Ce tableau eft , de tous ceux qui font exposés au
Sallon , celui qui attire l'attention la plus univerfelle
, & il eft difficile de ne pas convenir que cette
préférence foit méritée . Il préfente une compofition
fimple & noble , ordonnée avec la plus grande in
telligence , fans aucune affectation . Tous les perfonnages
font plus ou moins néceffaires à l'action . L'Artiſte
a d'ailleurs uni à une couleur forte & vraie ,
une touche mâle , de la correction , & cette expreffon
noble fans exagération , caractère des Peintres
nés avec un véritable talent. Il faut convenir que
M. Ménageot, dont les Ouvrages exposés au Sallon
de 1779 avoient beaucoup promis , a été encore audelà
des engagemens qu'il avoit contractés avec le
Public. Perfonne n'étoit plus digne de tranímettre à
la postérité un trait d'hiftoire fi honorable pour la
Peinture.
Au refte , on a reproché à la figure de la femme
qui apporte le breuvage d'être un peu grande , & l'on
a prétendu que le lit & le ciel du lit n'étoient pas en
perfpe&ive, Ces reproches , fur- tout le dernier , pafoiffent
bien hafardés. Dans le défordre inféparable
Bv
34
MERCURE
des fecours qu'exige un mourant , ce lit n'a-t-il
pu être un peu dérangé ?
pas
152. L'Étude qui veut arrêter le Tems , par le même.
Ce tableau eft le morceau de réception de l'Auteur.
Voici encore une compofition allégorique. Au
moins celle-ci eft fimple ; les perfonnages , fur- tour
le principal , font connus de tout le monde. Quelle
touche mâle & noble ! ce tableau rappelle le Carrache
, ou plutôt , il rappelle la nature choifie par un
homme de goût & de génie , qui connoît toutes les
reffources de l'Art , & qui lui - même eft destiné à
devenir un jour un modèle , s'il ne s'écarte pas de
la route qu'il s'eft frayée.
153. Apollon qui ordonne au Sommeil & à la
Mort de tranfporter en Lycie le corps de Sarpédon ,
par M. Berthélemy.
Ce tableau , qui eft le morceau de réception de
l'Auteur , annonce du talent. Il eft bien compofé ;
il a de la couleur , & eft deffiné avec goût . On fent
avec plaifit que l'Apollon du Belvédère a infpiré
fAuteur de ce tableau , à qui peut- être on auroit fu
gré de fe rapprocher encore davantage de fon modèle.
C'eſt à M. Berthélemy à tenir tout ce que ce
tableau promet.
169. La double récompenfe du mérite , par M.
Wille , fils.
Deux têtes d'une expreffon agréable , je veux dire
celles du père & de la mère , & du fatin d'une grande
vérité , rendent digne d'éloge ce tableau , qui d'ail
lears eft peint fec & entièrement dépourvu de perfpective
. L'Auteur nous a préfenté des compofitions
plus importantes & mieux traitées au précédent
Sallon.
170 à 192. Tableaux repréfentant différentes
vues & delfins dans le méme gente , par M. Houel.
Différens morceaux intéreflans pour l'Hiftoire Nawurelle
, pour celle des Cérémonies Religieufes , &
DE FRANCE. 35
des Arts , & pour le Coftume , font l'ouvrage de
cet Artiſte nouvellement agréé Ils ne fe préfente pas
pour prendre place au premier rang , mais on lui doit
la juſtice d'avoir fait un ufage auffi uule qu'agréable
du talent qu'il s'eft fenti . Ne vaut- il pas mieux confulter
les forces & en tirer parti , que de s'expofer au
ridicule , en courant une carrière qu'on n'eft pas en
état de remplir? Toutes les compofitions de M. Houel
annoncent du goût , de l'intelligence , & de la connoiffance
de fon Art.
198 & 199. Deux Vues de Chantilly.
200. Vue du Château de Bernis , par M. de
Corte
Ces trois Vues , dont la dernière eft prife dans un
genre auffi fimple que celui des deux premières , eft
richte , réuniffent toutes les qualités qu'on exige dans
les Tableaux de ce genre. Fidélité dans la reprétentation
, vérité dans la couleur locale . M. de Corte a
ajouté à ces compofitions des figures qui les animent
très -agréablement ; ils font d'ailleurs très - finis , &
on ne peut pas plus foignés. Peut-être apperçoit- on
trop qu'ils ont été faits à la chambre noire : quoi
qu'il en foit , il eft bon qu'il y ait à l'Académie un
Peintre de ce genre. Les Tableaux de celui- ci feront
toujours vus avec plaifir , & les gens les plus difficiles
les regarderont au moins comme d'excellens
Portraits.
201 Le Siége de Beauvais , par M. le Barbier.
Ce Tableau a de belles parties. On y trouve de la
couleur & du mouvement ; mais il n'offre aucune
entente dans la diftribution des lumières , point de
plans , point d'effet , & aucune vérité dans le coftume.
212. Vue prife dans la forêt de Fontainebleau ,
M. Hue.
par
Ce tableau eft un fuperbe paylage. Il rappelle
celui de Paul Poter , dont le prix a été porté fi han
deux ventes fucceffives ; mais on ne peut reprocher
B vj
༦་ MERCURE
2 l'Auteur d'avoir eu en vûe le faire d'aucun Maître.
On fent qu'il a été infpiré par la Nature ; & il eft
difficile de croire que ce tableau n'ait pas été peint
d'après elle. Il eft poffible de faire mieux , & l'Auteur
fans doute le prouvera un jour ; mais il eft très-difficile
de faire auffi bien . Au refte , les espérances
que donne lieu de concevoir M. Hue , font fondées
fur l'obfervation que toutes fes compofitions joi
gnent à l'avantage d'offrir une રે imitation parfaite de
la Nature , celui de faire beaucoup d'effet.
215. Vue des environs de Chaillot au clair de
la lune.
Cette vue donne encore une idée avantageufe des
talens du même Auteur. Entente , accord , deffin ,
couleur locale , effet , vérité dans le maintien & le
coftame des perfonnages mis en action ; ce tableau
réunit ces différentes qualités . Si elles ne font pas
portées à leur perfection , elles donnent l'efpérance
dy voir arriver l'Artifte , pourvu qu'il continue
d'étudier la Nature & de la prendre fur le fait . Mais
que deviendra cet Ouvrage avec le temps ? Il eſt
difficile de croire qu'il fe foutiendra . Il paroît peint
avec effort , & ne l'être point à pleine couleur. Il eft
d'ailleurs couvert d'un vernis tellement épais , qu'il
réfléchit les fpectateurs. Je fouhaite que ce que
j'avance ici foit une méprife. A tout événement ,
l'Auteur pourra profiter de cette obfervation , fuppofé
même qu'elle ne foit pas fondée.
On eft tenté de croire , en voyant ce tableau ,
qu'il eft digne d'être mis en pendant avec ceux de
Fimmortel Vernet ; mais le tableau voifin , fur
lequel les yeux fe tranfportent naturellement , die
au Spectateur qu'il ne faut porter de jugement
comparatif qu'en rapprochant les ouvrages de deux
Maîtres ; & l'intérêt qu'infpire M. Hue invite à
faire des voeux pour que cet Artifte réuniffe à ce
qu'il tient de la Nature , tout ce qu'il y a d'acquit
DE FRANCE. 37
dans les Ouvrages de M. Vernet.
217. Le Gentilhomme Bienfaifant.
218. L'Inftruction Villageoife.
219. Le Juge de Village.
220. La Confultation redoutée
Bucourt.
• par M. de
On voit que l'Auteur a recherché , dans ces petites
compofitions , la manière de l'école Hollandoife.
Ces tableaux font d'une couleur brillante .
On y trouve des têtes d'une expreffion fine & jufte,
Ils font agréables ; & ce Peintre peut prétendre une
place dans les cabinets de la claffe d'Amateurs qui ,
n'ayant pas les yeux ouverts fur les beautés du grand
genre , préfèrent les tableaux de Ténières à ceux de
Raphaël.
222. Tableau repréfentant une table garnie d'un
sapis de Turquie , fur lequel eft placée une tête, de
marbre , un vafe en bronze antique , &c.
. 223 , 224 , 225 & 226 , Bas-reliefs imitant la
terre cuite , le bronze & le marbre blanc,
Ces différens tableaux , de M. Sauvage , méri
sent tous les éloges dûs aux Ouvrages de ce genre ,
infiniment moins difficiles que tous ceux qui ont
pour objet la nature vivante.
311. Bélifaire reconnu par un Soldat qui avoit
fervi fous lui , au moment qu'une femme lui fait
T'aumône , par M. David.
Cet Artiſte , Agréé depuis l'ouverture du Sallon ,
y a expolé différens morceaux faits pour donner
les plus hautes efpérances
Le tableau qui repréfente Bélifaire demandant
J'aumône , eft une componition noble , fimple. Les
trois têtes principales , fur-tout celles de Bélifaire &
de l'Enfant , font de la plus noble expreflion. Le
goût de delfin de ce tableau eft exquis . Peut- être
M. David auroit-il pu donner à fon Soldat une expreflion
d'étonnement moins triviale . Ce tableau
38
MERCURE
manque d'ailleurs d'effet & de couleur ; mais ces
parties peuvent s'acquérir ; & l'on croit pouvoir
affurer que fi cet Artifte parvenoit à réunir aux
qualités qu'il a reçues de la Nature & de ſes efforts ,
l'entente des effets & le coloris , il tiendroit le premier
rang parmi les contemporains , & feroit en état
de difputer la palme aux Peintres dont le temps a
confacré la mémoire .
312. S. Roch intercédant la Vierge pour la guériſon
des Peſtiférés , par le même.
C'eft encore un tableaur digne de la plus grande
attention. Il manque , comme le précédent , d'effet
& de couleur ; mais il raſſemble des beautés de deffin ,
d'expreffion & de difpofition particulière de figures ,
qui aurent à cet Ouvrage une place diftinguée
parmi les tableaux qui décorent la capitale.
313. Le Portrait de M. le Cointe Potocki à
cheval , par le même..
Un portrait peint par un grand Peintre d'hiftoire ,
eft bien fapérieur aux productions d'un Artifte uniquement
dévoué à ce minutieux emploi. Celui- ci
refpire le Cavalier & fon courfier font animés.
Quelle élégance dans les formes ! quelle correction
dans le deffin ! Peintre deftiné à l'immortalité , ne
vous laiffez pas féduire par l'appât du gain! La gloire
vous attend , & les jouiffances qu'elle procure font
bien fupérieures à celics que l'on obtient avec de
l'or. Peut- être reprochera- t'on avec vérité à ce portrait
que les linges en font lourds : c'eft la chemiſe
d'un l'alfrenier & non celle d'un Prince qu'on a rea
préfentée.
314. Les Funérailles de Patrocle , par le même.
Cette efquiffe , très -avancée , met à portée de
juger des talens de l'Auteur pour les grandes compofitions.
Ce tableau , d'un très- grand détail , eft
cependant placé fi défavorablement qu'il eft difficile
de le juger.
DE FRANCE.
315. Trois Figures Académiques , dont une repréfente
un S. Jérôme , par le même.
Deux Études d'homme , & un S. Jérôme achèvent
de donner une idée de la fupériorité de M David,
relativement au deffin . Le S. Jérôme a même plus
de couleur que les autres tableaux du même Peintre ,
& eft mieux entendu . Mais la partie inférieure de fon
corps offre de juftes fujets de critique.
30
SCULPTURES.
No. 227. Blaife Pafcal.
Ce morceau , de M. Pajou , eft digne de la réputation
de l'Auteur. La tête de cette ftatue eft bien
celle d'un penfeur profond. On eft aisément difpofé
à croire qu'elle reffemble parfaitement . Le caractère
en eſt auſtère , & il n'eſt pas difficile de croire
à la févérité des principes de ce Philofophe. Le corps
n'eft pas auffi heureux ; il paroît manquer de nobleffe
, ou plutôt de cette élégance de formes qu'un
Artifte ne doit jamais perdre de vûe , quelque fujet
qu'il traite.
239. Vulcain préfentant les armes qu'il a forgées.
Ce morceau eft d'une compofition fimple , fupérieurement
deffiné , & d'une très - belle exécution Ne
pourroit-on pas cependant reprocher à M. Bridan ,
de n'avoir pas choifi une nature affez forte pour caractériſer
Vulcain ? Et fa figure n'eft-elle pas plustôt
celle d'un Faune que d'un Forgeron ? Quoi qu'il
en foit , ce morceau eft digne d'une grande attention.
240. Le Duc de Montaufier , Gouverneur des
Enfans de France fous Louis XIV , par M. de
Mouchy.
La compofition en eft fimple , & le coftume bien
entendu , mais la tête n'eft pas affez noble ; elle
manque d'ailleurs de caractère. Ces défauts font
faciles à réparer , en confervant même la reſſemblance
.
MERCURE
Sans n . le Silence , figure de grandeur naturelle ,
par le même.
Cette figure eft de la plus grande beauté . L'extrême
vérité de toutes les parties a fait croire qu'elle
étoit moulée fur nature. Ce reproche eft - il fondé?
En le fuppofant même , il y a encore bien du mérite
à compofer un enfemble tel que celui de cette
figure .
242. Le modèle en plâtre du Couronnement de
la principale entrée de S. Barthélemy , repréfentant
la Foi & la Charité , par M. Berruer.
Cette compofition eft pleine de chaleur & de
toutes les graces dont un pareil ſujet eft fufceptible.
La Foi eft bien ardente , l'enfant qui joint les mains
bien pénétré d'un refpect naïf ; le caractère de la
Charité eft noble & tendre.
251. Le Maréchal de Tourville.
M. Houdon a choisi l'inftant où fon Héros fe
détermine à combattre à la Hogue , quoique les
Anglois cuffent 86 Vaiffeaux , & que fon Armée ne
fût que
37
*
de 50.
Tout
annonce
l'homme
de génie
dans
ce morceau
. La
figure
du
Maréchal
eft
noble
, & fon
maintien
eft
grand
fans
affectation
. L'élément
fur
lequel
eft placée
la feène
fe devine
au défordre
qui
règne
dans
les
ajuftemens
de fon
Perfonnage
. Les
détails
en font
foignés
, & l'on
ne
s'apperçoit
pas
du
défavantage
du coftume
que
l'Artiste
a en à rendre
.
Jufqu'à
préfent
cette
Collection
des
grands
Hommes
de la Nation
a été
traitée
avec
beaucoup
de
fuccès
.
252.
Voltaire
, par
le même
.
Si l'on trouvoit dans les ruines de la Grèce & de
Rome la ftatue deftinée à tranfmettre à la postérité
T'homme qu'on peut comparer à tous les Écrivains
, & auquel on n'en peut comparer aucun , Voltaire
, on admireroit la correction & l'élégance de
DE FRANCE. 41
eet Ouvrage , & l'on défieroit les Artiftes modernes
de produire rien d'auffi parfait . Cette figure eft l'ouvrage
d'un Sculpteur vivant On lui reproche d'avoir
métamorphofé le Poëte François en Sénateur Romain
, & l'on a raifon ; mais il faut en convenir , il
auroit fallu facrifier de grandes beautés à la fatisfaction
d'être vrai.
268. Figure d'Érigone , de deux pieds de
tion.
propor
269. Tête de Veſtale , de grandeur naturelle.
Ces deux Ouvrages donnent une idée avanta
geufe des talens de M. Julien .
Les bornes de cet Ouvrage ne nous permettent
pas de faire mention de plufieurs morceaux de Sculpture
dignes d'éloge .
GRAVURES I T
DES
SINS.
On doit des éloges aux différens Graveurs dont
les Ouvrages font exposés cette année.
On diftingue les Deffins de M. Cochin ; mais la
multitude de ceux de M. Moreau , leur fupériorité &
l'efprit dont ils font pleins donnent à cet Artifte
une diftinction très-méritée . L'arrivée de J. J. Rouffeau
aux Champs Elysées eft fur-tout une compoh
tion pleine d'efprit , de vérité & de charmes.
2
MERCURE
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LEE Vendredi 21 Septembre , on a repréfenté
, pour la première fois , l'Inconnue
Perfecutée , Comédie - Opéra en trois Actes
parodice fur la Muſique d'Anfofli.
1
き
Il n'eft peut-être pas , pour un Homme
de Lettres , de travail plus ingrat que celui
qui lui fait une loi d'affujétir les idées à des
intentions données d'avance par un Muficien,
& de mesurer le rhythme de fes vers au
plus ou moins d'étendue des phraſes muſicales
qui compofent les morceaux qu'il
yeut parodier. Plufieurs raifons devroient ,
à notre avis , dégoûter abfolument de la
manie de tranſporter , d'une langue dans une
autre , les oeuvres de mufique déjà connues ,
& qui jouiffent d'une certaine réputation.
1º . Avec quelque intelligence que l'on
achève une imitation de cette nature ,...
n'en réſulte aucun avantage , aucune récom
penfe pour l'amour - propre Littéraire de
l'imitateur. 2 °. Les facrifices qu'impofe cette
efpèce de travail , ne font comptés pour
rien aux yeux des Spectateurs ; & file fuccès
de la parodie n'a pas répondu à leur attente ,
ils jugent l'Ouvrage qu'on leur préfente
comme ils jugeroient une production faite
il
>
*1
DE FRANCE. 43
fans aucune entrave , & dans toute la liberté
de l'imagination. 39. Chaque langue a fon
génie , fa profodie & fes fineffes . C'eft fur
ces trois objets que fe règle un habile Muficien
quand il travaille pour la voix , & l'on
doit fentir que , dans ce cas , rien n'eſt plus
difficile que de faifir les nuances propres à
un idiôme , & de les reporter dans un autre
avec toute leur pureté. Nous propofons
ces réflexions à tous les Écrivains qui pour
rent fe fentir entraîner par le defir de faire
connoître les compofitions des Maîtres Italiens
, en faifant paffer fur nos Théâtres leurs
Opéra bouffons traduits ou imités en tout
ou en partie. On a fans doute des exemples
de fuccès obtenus par de telles imitations ;
mais on a dû remarquer qu'ils n'ont pas été
en grand nombre , & que plus les lumières
fe font étendues , plus on a connu en France
la mufique Italienne , & moins il a été fa
cile d'en obtenir . Il faut obferver encore
que s'il eſt un Théâtre fur lequel on puiffe
porter cette forte d'Ouvrages d'une manière
un peu avantageufe , c'eft le Théâtre Italien
parce qu'avec une intrigue agréable ,
& à l'aide d'un Dialogue que l'Auteur eft le
maître de raccourcir ou d'étendre fuivant fes
befoins , un air trouve la place qui lui convient
, & produit l'effet qu'on en doit attendre.
La Scène Lyrique ne préfente pas les
mêmes facilités ; l'accord qui doit exiſter
entre toutes les parties d'un Drame , la diftribution
bien entendue qu'il faut faire des
44
MEAR CUREU
différens objets qui le compofent , lese pro
portions à établir entre les morceaux de
chant , de récitatif & de danfe , tout cela
multiplie les obftacles , & force les imitateurs
ou à devenir obſcurs à force de refferret
leur marche , ou à devenir ennuyeux à force
de l'étendre.
D'après ces obfervations , on peut croire
que nous fommes très - difpofés à traiter les
Auteurs de l'Inconnue Perfécutée avec l'indulgence
qu'ils ont demandée dans leur Préface
& dans des Lettres imprimées. Nous
laiffons à d'autres le plaifir indécent de multiplier
les farcafmes & les mauvaiſes plaifanteries
fur un Ouvrage uniquement fait
pour donner au Public la connoiffance d'une
des plus agréables compofitions d'Anfoffi ,
& nous réferverons notre févérité pour les
occafions où elle fera vraiment néceffaire.
Voici la Fable de l'Inconnue.
Laurette , époufe de Florival , fils aîné dù
Baron , s'eft introduite dans le château de
fon beau - père fans fe faire connoître , &
dans l'unique intention de lui inſpirer de
l'eftime. Devenue la brû du Baron , fans fon
confentement , elle a caufé la difgrâce de
fon mari ; & fon intention eft de réparer ,
s'il eft poffible , le mal qu'elle a fait. Elle
eft affez malheureufe pour infpirer de l'amour
, non - feulement au Baron , mais encore
au Chevalier , fon beau frère , & à
Fabrice , Valet du Chevalier. Laurette fuit
auprès de Florival qui , fous le nom de GetDE
FRANCE.
45
non , demeure dans une chaumière , que le
Baron lui a permis d'habiter, à la prière de
Laurette. Pour comble d'infortune , fon mari
la croit infidelle , parce qu'il fait qu'elle a infpiré
de l'amour à Fabrice ; mais elle parvient
à fe juſtifier. A peine a t'on appris le lieu de fa
retraite, qu'elle eft pourſuivie par tous les gens
du château ; on va enfoncer la chaumière
la porte s'ouvre , le Baron reconnoît fon fils
& Laurette ; il recule de furprife ; les deux
époux & leurs enfans fe précipitent à fes
genoux & obtiennent leur pardon .
4
La mufique de cet Ouvrage eft remplie
de traits excellens ; les motifs annoncent un
Maître ; mais les intentions du Compofiteur
n'ont pas toujours été affez habilement faifies
par le Poëte , & ne produifent pas tout l'effet
dont elles font fufceptibles.Lefinale du fecond
Acte préfente beaucoup de variété , d'agrément
& d'expreffion. Pour en bien juger , il
Faut confulter la partition d'Anfofli ; car vu
dans l'Ouvrage françois , ce morceau peut
être comparé à la gravure foible d'un fort
bon tableau.
#
ANNONCES LITTÉRAIRES.
RÉFLEXIONS générales fur l'Iſle Minorque, fur
fon climat, fur la manière de vivre de fes habitans,
& fur les maladies qui y règnent , par M. Claude-
François Pafferat de la Chapelle , Confeiller du
Roi , Médecin ci -devant de l'Armée de France dans
sette Ille, Affocié- Correſpondant de la Sqcióng
46 MERCURE
Royale des Sciences de Montpellier , 1 Vol . in- 12,
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chronologique de l'Hiftoire Univerfelle , par M. Philippe
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farines , Volume in- 8 ° . - Differtations Phyfiques
& Chimiques , par M. de Machy. Expofition
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d'Orfort.
Lettres de M. William Coxe à M. W. Metmoth,
fur l'état politique , civil & naturel de la Suiffe ,
traduites de l'Anglois , & augmentées des Obfervations
faites dans le même pays par le Traducteur
Volume in- 8 , feconde Partie . A Paris , chez
elin , Libraire , rue S. Jacques.
Faute à corriger dans le Mercure du 22 Sept.
Page 191 , article de Mufique' , Duos par Prot
Chamin , lifez: par Prot , Muficien de la Comédie
Françoife .
TABL E.
LE Cure & le Loup , Fable ,| _ triche , 13
3 Expofition des Ouvrages de
Enigme & Logogryphe, ད Peinture , &c. au Sallon du
Le Monde , quinzième Nuit Académie Royale de Mufiq.142
d'Young,
Louvre , 1781 ,
Oraifon Funèbre de l'Impéra- Annonces Littéraires ,
trice Marie- Thérèſe d'Au-|
AP PROBATION.
16
J'AT lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Octobre. Je n'y ai
Lien trouvé qui puiffe en einpêcher l'impreffion. A Paris,
sOctobre. 1781. DE SANCY ·
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 OCTOBRE 1781 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
2
ROMANCE faite à Ermenonville fur le
Tombeau de J. Jacques Rouffeau.
AIR: d'Alix & Alexis.
Vorter done: lesféjour paiſible
Où des mortels
Le plus tendre & le plus fenfible
A des autels !
C'est ici qu'un Sage repoſe
Tranquillement :
Ah ! parons au moins d'une rofe
Son monument.
APPROCHEZ , Mères défolées ,
De ce tombeau
No. 41 , 13 Octobre 1781 .
N°. C
so
MERCURE
Pour vous , de tous les maufolées
C'eft le plus beau.
J. Jacques vous apprit l'uſage
De vos pouvoirs ,
"Et vous fit ainer davantage
Tous vos devoirs.
C'EST ici que dans le filence ,
Sa plume en main ,
Il agrandiffoit la fcience
Da coeur humain.
Plus loin , voyez-vous ces boccages
Sombres & verds ?
Il s'y déroboit aux hommages
De l'Univers.
AUTOUR de cet afyle fombre ,
En ces momens ,
Ne croit-on pas voir erter l'ombre
De deux amaus ?,'
Noble Saint -Preux , fimple Julie ,
Noms adorés ,
Quelle douce mélancolie
Vous m'infpirez !
SUR cette tombe folitaire
Coulez mes pleurs !
Hélas ! il n'eft plus fur la terrecoATḥ
L'ami des moeurs.
DE
519
FRANCE.
Vous, qui n'aimez que l'impoſture ,
Fuyez ces lieux ;
Le fentiment & la nature
Furent fes Dieux.
L
( Par Mde la Comteffe de B.....)
OBSERVATIONS fur l'Ivoire & les Dents
fofiles d'Elephans , en reponse aux Objections
de M. Robert de Paul de Lamanon
inferées au Journal de Phyfique dumois de
Mai 1751 , par M. Baudon.
J'A1 long - temps étudié l'Hiſtoire des Quadrupèdes
, habitans des clima s chauds & glacés , & je
me prépare à publier leur de fcription ; j'ai examiné
d'une manière fpéciale les fofiles qu'on a découverts
de ces différens animaux . Les éléphans , leur
ivoire & leurs dents trouvés dans les quatre parties
du Monde , ont fur- tout fixé mon attention .
J'ai cru , comme nos Devarciers en Hiftoire Naturelle
, que cet ivoire & ces dents étoient des
reftes d'éléphans j'ai été & je fuis perfuadé encore
que l'ébur fofile des Anciens & des Modernes a appartenu
à des éléphans , & j'ai admiré le parti que
M. de Buffon a tiré de ces offemens follies , & la
place qu'il leur a donnée dans les Epoques de la
Nature.
J'ai
pour moi le fentiment
des plus célèbres
Natu
raliftes
. Cependant
M. de Robert
de Paul de Lamanon
vient , dans
le Journal
de Phyfique
( Cahier
du mois de Mai 1781 ) de préfenter
des argumens
,
& un nouveau
fyftême
fur ces offemens
; je crois
devoir
, pour éclaircir
cette grande
queftion
, répon
Cij
S2. MERCURE
dre à toutes les remarques qu'il a faites ; je vais lę
fuivre pas à pas , & rapporter fes propres
objections
tirées mot à mor de fa Differtation , à chacure defquelles
je me permettrai une réplique ou des remarques.
OBJECTION. « Je remarquerai , dit M. Robert
» de Paul de Lamanon , quefi on trouve une infinite
de ces dépouilles , ( d'éléphans) comme le dit M.,
Pallas , il eft impoffible qu'elles aient appartenu à
s des éléphans , page 399. "
REMARQUE. Si je critiquois en Grammairien , je
répondrois que fi l'on trouve une infinité de dépouilles
d'éléphans en Sibérie , il eft impoffible qu'elles
n'aient pas appartenu à des éléphans. M. Robert de
Paul de Lamanon veut dire fans doute qu'il eft impoffible
que les éléphans dont on a cru trouver les
dépouilles , aient vêcu en Sibérie ; car il dit : « La
population d'un animal eft relative à ce qu'il
trouve pour fa fubfiftance ; plus l'individu con-
» fomme, moins l'efpèce eft abondante ; les éléphans
» ne peuvent donc qu'être rares dans les pays qu'ils
» habitent , puifqu'il faut à chacun d'eux plus de
» cent cinquante livres d'herbe par jour , & qu'ils
en détruifent avec leurs pieds plus encore qu'ils
» n'en mangent. Jamais une auffi grande quantité
qu'on en fuppofe n'auroit pu vivre en Sibé
33
F
rie , page 399. » J'accorde volontiers au Critique
que tous les éléphans dont on trouve les offemens
n'ont pu vivre ensemble en Sibérie. Tous les François
qui ont exifté depuis Clovis juſqu'à ce jour ,
( pardonnez-moi la comparaifon ) , ne pourroient
vivre cette année du produit de nos terres ; le Critique
n'attaque ici aucun Naturalifte , car perfonne
n'a écrit que tous les éléphans aient vécu enfemble.
Si. M. Robert de Paul de Lamanon avoit diftingué
l'efpèce entière des individus vivans enſemble,
ila'cût pas propofé une telle objection. Il y a une
DE FRANCE. 1823
bien grande différence entre tous les chiens vivants
en 1781 , & les chiens qui ont vêcu depuis que l'ef=
pèce exifte . Cette objection eſt ſi petite , qu'elle ne
mérite pas d'attention .
"3
כ
nous
OBJECTION. « Dans le règne animal ( dit le
Critique ) ce ne font pas les dents ni quelques
autres parties du Squelette qui peuvent
faire diftinguer les espèces ; car chaque efpèce
n'a pas uneforme de dent qui lui appartienne ex
clufivement. »
RÉPONSE. L'Auteur , pour parler ainfi , auroit
dû attendre la publication d'un nouveau fyftême fur
les animaux claffifiés par l'inftrument dont ils fe
fervent en mangeant. Ce fyftême , plus raisonnable
que celui établi fur les griffes , les pattes & les cornes,
eft fondé fur des obfervations faites fur plus de
mille dents , tant canines que mâchelières , & fur
plus de cent mâchoires actuellement ramaffées à
grands frais ; on verra le règne animal claffé
felon cette méthode nouvelle ; mais quand même te
Public ne recevroit pas encore cet Ouvrage , on
connoît les dents crochues des animaux carnaffiers ,
la forme des défenfes des fangliers , les dents mobiles
de la vipère ces dents font tantôt recourbées
en arc, triangulaires , plattes , oblongues , rondes , à
rainures , quarrées , &c. &c. Il cft fort fingulier &
fort extraordinaire que le Critique, voulant attaquer
la reflemblance des dents foffiles d'éléphans , nous
dife que le chien & le chat ont des dents femblables ;
il falloit , pour avoir raifon dans fon fyftême , préfenter
un animal qui eût des dents parfaitement femblables
à celles fofiles des éléphans . N'eft- il pas
avéré que, jufqu'à préfent, on ne s'eft jamais trompé
fur cet objet ? Le Tablettier , le Marchand d'ivoire ,
le Tourneur le plus idiot , difent en voyant une dent
fofile d'éléphant ; voilà de l'ivoire : & dans l'ufage
commun.de la vie,on diftingue auffi aifément l'ivoire
C inj
54
MERCURE
d'éléphant , foit foffile ou non , des autres ſubſtances
foffiles animales , qu'on diftingue l'argent de l'étain.
Il faut donc , pour détruire les obfervations des plus -
illuftres Naturaliftes , préfenter un animal dont les
défenfes foient parfaitement analogues à celles des
éléphans , & alors même j'aurai autant de raifon de
dire que ces offemens foffiles font d'un éléphant ,
que le Critique en auroit de dire qu'ils font d'un
autre animal ; mais quel animal a des défenſes d'ivoire
femblables ?
OBJECTION . « Les défenfes de Canada n'étoient
accompagnées ( continue l'Auteur, d'après M. Collinfon
) d'aucune dent mollaire ni mâchelière d'éléphant....
Pourquoi les éléphans auront - ils dépofé
leurs défenfes à côté des os d'un autre ani-
» mal ? page 400. »
REMARQUE . Pourquoi ? Voilà une objection remarquable.
De la même manière que le terroir de
Paris renferme des effemens de chevaux , d'ânes &
de chiens , & c.
A cette objection je préfente une obfervation
avouée par une des Académies les plus célèbres de
J'Europe . On a trouvé un fquelette éléphantin entier
en Thuringe ; une partie fut envoyée à la Société
Royale de Londres , qui examina ces reftes
d'éléphans avec foin , & ordonna qu'ils fuffert dépofés
dans un lieu de fùreté . Voyez le Mémoire de
"I'Académie des Sciences de Paris , 17278-
OBJECTION « Ne vaut - il pas mieux croire
que tous ces os appartenorent au même animal ,
QUI AVOIT LES DÉFENSES D'ÉLÉPHANT
AVEC DES DENTS MOLLAIRES D'UN AUTRE
ANIMAL ? »
RÉPONSE . Il faut être bien hardi de créer un
animal afin de répondre à une objection , & de
s'eflayer à prouver que les dents d'éléphant n'appartiennent
point à un éléphant. Quele Critique prouve
DE FRANCE. 55
donc cette fingulière idée , & priez-le de ne pas oublier
qu'il avoue ici qu'il exifte en Sibérie des défentes
fembiables à celles des éléphans .
מ
OBJECTION « Les offemens qu'on trouve enfe
» velis dans la terre ne peuvent être attribués à des
éléphans... Les défenfes trouvées en Sibérie ont
une courbure plus confidérable, & de plus une
double courbure que n'ont pas celles d'éléphant ,
page 402. »
REMARQUE. 1. Si l'Auteur vouloit avouer qu'il
exifte au Cabinet du Roi de l'ivoire fofile exactement
analogue, il diroit vrai,
2º. Nous ferons répondre au Critique le Critique
lui- même ; il avoue , quelques phrafes plus
haut , que ces défenfes font femblables à celles
d'un éléphant . Quand on attaque une vérité , on
sexpofe à fe contredire dans la même page.
Voyez les paroles de l'Auteur dans l'objection précédente.
OBJECTION « L'ivoire foffile des environs de
Rome, qui eft au Cabinet du Roi , femblable , par
la forme & la groffeur, à un tronc d'arbre, ne peut
être pris pour une dent d'éléphant ; il n'en a point
» du tout la courbure. »
REMARQUE . Perfonne n'a écrit que ce tronc fût
la défenſe ni la dent d'un éléphant , & l'Auteur
attaque, comme ci - deffus , des fyftêmes qui n'exiftent
pas ; il trouve la différence qu'il y a de ce
tronc à une défenfe d'éléphant , & il paffe fous
filence l'analogie parfaite qui exifte entre ces. défen-
Les fofiles & l'ivoire de l'éléphant qui eſt à côté du
trone ; on y admire l'ivoire foffile coupé à deux
battans ; on y voit l'organiſation parfaitement femblable.
Ici le Critique n'attaque point la fcience ni
en galant homme ni en Critique honnête ; dans un
pareil objet il ne faut cacher ni le pour ni le contre ;
car on s'expofe à trouver des Naturaliſtes qui pré-
C iv
$6 MERCURE
1
fentent les faits qu'on paffe fous filence , parce
qu'ils font embarraffans.
ဘ
59
30
OBJECTION. Il exifte fans doute beaucoup
d'animaux que nous ne connoiffons pas ; il eft
» même très-probable que les montagnes de la Sibé
rie & du Canada en contiennent DONT NOUS
» N'AVONS AUCUNE IDÉE , page 400. Les montagnes
qui font à l'Eft de la Sibérie SONT SI
PEU CONNUES , qu'elles peuvent bien contenir au
» milieu de leurs profondes vallées des animaux
qui n'ontjamais été décrits ; dans cette hypothèſe
il ne faudroit pas chercher d'autre origine aus
grands offemens qu'on rencontre en Sibérie , dans
les environs des grandes rivières, page 401. »
#REMARQUE . Ici l'Auteur obferve , 1 ° . que les
montagnes de la Sibérie font peu connues ; 2 ° . qu'il
existe en Canada & en Sibérie des animaux dont
nous n'avons aucune idée ; cependant le Critique
raifonne en maître expérimenté fur les animaux &
fur les lieux peu connus , dit-il , & dont nous n'
aucune idée. Le Critique ne connoît ni le fyftême
qu'il attaque ni celui qu'il veut édifier. Dans cetré
objection it donne à ces reftes fotfiles une origines
terreftre , & trois pages après il dit , en terminant
fon Mémoire , que lorfque les lacs ont formé l'Océan ,
des espèces d'animaux ont péri , & leurs dépouilles
font, dit-il , à préfent dans des marais , fonds d'anciens
lacs: de- là les effemens fofiles de Hongrie ,
du Canada. L'embarras de l'Auteur fe manifefte par
fes contradictions & fes incertitudes fur les offemens
, qui font tantôt des dépôts Laqueftres tantôt
des habitans dont nous n'avons aucune idée , de
profondes vallées inconnues.
OBJECTION.
n'avons
M. Pallas à trouvé , dit l'Auteur
, en Sibérie un rhinoceros avec fa peauBen-
➜ tière , fes tendons , fes ligamens , fes cartilages
mais cet animal a été pröbablement anzené de la 22
DE FRANCE.
57
» Chine, où les rhinocéros font très-communs , ou
»par les Tartares , ou du temps de Genghiskan ,
» page 406.
.د
REMARQUE. Lorsqu'on voulut ridiculifer la
découverte des coquilles fur les hautes montagnes ,
on dir que des pélerins les y avoient portées. M. Robert
de Paul de Lamanon fait que les Tartares ont
guerroyé du Midi au Nord , & il nous dit qu'ils ont
conduit en fe battant ces animaux en Sibérie , &
pourquoi n'en pas dire autant des éléphans ?
Il étoit réfervé à l'illuftre & immortel Bufon
d'affigner la caufe de la propagation des rhinocéros
& des éléphans dans les climats du Nord. I a
prouvé que tous ces animaux y ont vécu & ont difparu
à caufe du changement du climat de chaud en
glacé , & par l'action du feu central . Ce célèbre
Naturalifte a expliqué un fait avéré par les Marf
gli , la Condamine , Sloanne , les Auteurs de l'Encyclopédie
, MM. de la Tourette , Pallas , &c . & par
Tous les Anciens qui ont connu l'ébur faſſfile. Le Critique
ne cite aucun de leurs Ouvrages , excepté M.
Collinfon , célèbre Voyageur , mais peu expérimenté
en Hifloire Naturelle , & il n'en parle que parce
qu'il croit y trouver une efpèce d'appui de fon
fyftême.
OBJECTION. « Aucun fait conftaté ne nous
prouve qu'il y ait des espèces d'animaux terrestres
qui fe foient perdues.
RÉPONSE. Aucun fait conftaté ne nous prouve
que toutes les espèces d'animaux terreftres fe foient
confervées.
OBJECTION. « Nous avons mille preuves que
des espèces aquatiques ont péri. »
RÉPONSE Donnez-en une. Les espèces , pour
avoir changé de climat , ont - elles péri ? Connoiffezvous
le fond de la mer ?
OBJECTION. « S'il y a une plus grande quan
Cy
$8
MERCURE
tité de ces grands offemens dans le Nord, c'est
parce que les grandes espèces de poiffons préfèrent
les climats les plus froids.
REMARQUE . Il y a en Sibérie , dans les animaux
aériens , des espèces de toute groffeur, principalement
des infectes. Voyez les Voyages de l'Abbé Chappe .
Il y a auffi des poiffons de toute groffeur , depuis la
baleine jufqu'au yokou.
"
OBJECTION. Les dépouilles des animaux aquatiques
, la formation des vallées , le creufement
» des rivières , l'écoulement des lacs primitifs ne
font pas, comme on voit , des hypothefes faites
» dans le cabinet , mais le réſultat d'un grand
nombre d'obfervations , & le fruit de dix-huit
cent lieues faites en me promenant. » V
OBSERVATIONS Des creufemens de rivières ,
des lacs primitifs , des origines lacueftres : voilà
bien réellement de grands mots très - fonores & de
grandes vûes , telles que l'animal à la dent d'éléphant
dont on n'a aucune idée , & aux mâchelières
d'un autre animal inconnu , tantôt habitant les vallées
peu connues du Canada ou de la Sibérie , & tantôt
d'origine lacueftre ; tout cela eft le fruit de dix huit
cent lieues faites en
promenant.
OBJECTION .
fe
Dans mon hypothèſe je n'ai
pas befoin de mouvoir le globe , de foulever la
mer , de recourir aux comètes »
RÉPONSE . 1 ° . Le globe fe meut ; 29. aucun
Auteur eftimé & connu n'a foulevé la mer pour expliquer
l'exifténce des éléphans & des rhinocéros en
Sibéric.
ود
OBJECTION. « La plupart des Ruffes penfent
que ces offemens ont appartenu à un animal qu'ils
appellent MAMMUTH.
REMARQUE . Aucun Ruffe ne le croit ; car on
ne doit pas appeler une croyance nationale , en fait
de Science , la fuperftition du petit peuple . Si M.
DE FRANCE
59
Robert de Paul de Lamanon connoiffoit les obfervations
qu'il attaque & l'hiftoire des découvertes de
l'ivoire fofile , il fauroit que s'il exifte des Idolâtres
qui croient à un mammuth , les Anciens , c'est-à - dire,
les Pères de famille civilifés & les Savans , croient
que ce font des reftes d'éléphans . Avant le déluge ,
difent ils , le pays étoit plus chaud, & les éléphans
ayant été noyés par ce déluge , ils fe trouvent enterrés
dans le limon Voyez les Mémoires de l'Académie
des Sciences , 1727.
לכ
OBJECTION. « Ne fe pourroit - il pas cependant
qu'on eût rencontré réellement un animal inconnu
d'une taille énorme, & que cette tradition
» GÉNÉRALE e Ruffie , ne fût pas dépourvue de
fondement ? »
לכ
RÉPONSE . Encore des mammuths . Je ne répondrai
rien à un Critique qui s'élève contre M. Pallas
& contre les plus célèbres Naturaliftes, pour foutenir
une fuperftition populaire de Ruffie ; qui affecte de
dire que la tradition GÉNÉRALE en Sibérie eft
d'admettre des mammuths , ce qui eft faux ; car
une ſuperſtition n'eft pas toujours une tradition ; &
encore fût-ce une tradition , elle n'eft pas générale.
Telle eft ma réponse aux objections élevées
contre les plus célèbres Naturaliftes par M. Robert
de Paul de Lamanon . Ce n'eft que l'amour de la
vérité qui m'a fait défendre les grands Hommes
qu'il attaque. Quand on veut s'aviler de leur faire
fa leçon , il faut au moins, avoir fait fes cours de
logique & de phyfique ; autrement on fe place dans
le nombre des perfonnes qui n'ayant aucune réputation
à perdre ni à compromettre en
fait de
Sciences , s'élèvent contre les grands Écrivains de
la Nation pour s'en créer une bien ou mal acquife.
C vj
ว MERCURE C
AIR de l'Inconnue Perfécutée , chanté par
Mlle AUDINOT.
Allegretto.
GEN - TIL- LES Fil -let- tes , Crai- gnez
les fleu- ret- tes , Craiguez les ardeurs
Des A- mans trom - peurs. Gentil
- les Fillet - tes , Craignez
les fleuret-
tes , Crai- gnez les ar - deurs Des
A- mans trom- peurs , des Amans
trom peurs. Ils ont un air ten- dre ,
DE
FRANCE.
61
C'eft
pour vous furpren-
dre ; Mais
fa- chez défen - dre Vos foi-bles
coeurs. Loin de Vous ren - dre
A leurs ar- deurs , fa- chez dé - fen-
--dre -
vos foi bies coeurs , fachez défen
- dre vos foi-bles ccoeurs. Gentil-
les Fil- let
tes , Crai-nez les
feu- ret- tes , Craignez les ar- deurs
62 MERCURE
Des A- mans trompeurs , des A-mans
trompeurs , Gen- til- les Fil- let - tes ,
Crai- gnez les feu - ret
tes ,
Craignez
les
ar- deurs Des A- mans trompeurs,
Crai- gnez les ar- deurs Des Amans
trompeurs , Crai- gnez les
ardeurs
, Craignez les douceurs
車
Des Amans
trompeurs ;
Ils ont un air
DE FRANCE. 63
Jc d e é q q
ten- dre , C'est pour vous fur- pren- dre ;
Mais fa chez dé - fen- dre Vos -
foibles coeurs ; Loin de Vous rendre
A leurs dou- ceurs , Sa- chez défen
· dre Vos for- bles coeurs ;
Sachez
dé- fen- dre Vos foi- bles
€oeurs.
( Paroles de M, du Rozoy , Mufique del
Signor Anfoffi. )
64
MERCURE
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eſt " Almanach des
Mufes ; celui du Logogryphe eft Pistolet ,
dans lequel fe trouve Piftole.
ÉNIGM E.
Les piés pofés fur une table ,
J'ai le corps plat , mais le dos rond ;
Et de mon pofte , où je fuis ftable ,
J'entends fouvent grand carrillon ,
Que deffus moi quatre donzelles ,
Que leur amant ne peut laſſer ,
Ne font ( les drôles de femelles ! )
Que lorsqu'il veut les careffer.
JE
( Par M. Lagachefils , à G. )
LOGOGRYPH E.
E tiens ina place dans l'Hiſtoire ,
Où ſouvent on me cite en atteſtant la gloire ;
Et je fais même encore , en vingt endroits divers ,
Faire éclore par fois de bons & méchans vers ,
Et fignaler une victoire.
De doctes cabinets , de riches pavillons
Sont embellis par ma préſence, se
DE FRANCE. 65
Tu me verras , Lecteur , annoncer la fcience
Ou la faftueufe opulence ,
1
Et figurer parmi les papillons ,
L'or , les tableaux , le marbre & les paillons ;
Quelquefois humblement perdue ,
Errer & fervir dans la rue
De fauve-garde à des haillons.
J'en ai trop dit ; mais ce trop , je fuppofe,
Ne fuffit pas , & je me décompose.
Mes huit pieds combinés t'offriront , fans effort,
Ce dont n'a pas befoin quiconque eft affez fort;
Ce qui dans nous brave la mort ;
Un hôte des forêts que le Chaffeur attaque ;
Cette belle avec qui Jupiter engendra
Deux habitans au Zodiaque ,
Et deux Héros à l'Opéra
Un être rare à Paris , en Province ,
Chez le Bourgeois & fur- tout chez le Prince ;
Un inftrument utile au Serrurier ;
A qui voyage un nombre familier ;
Un mor qui doit à cinq cent le réduire
Si tu le places devant lui ;
21
Deux pronoms perfonneis ; ce qui n'eft aujourd'hui
Qu'une Province & qui fut un Empire ,
Pays ,que Nadir ufurpas
Pour la coquette une injure cruelle ;
Le mont qui vit donner la pomme à la plus belle ,
Ou caché , dit on, par Cybèle ,'
Le fils du vieux Saturne à fes dents - échappa ;
MERCURE
Un mois de la faifon fleurie ;
Celle qu'une fupercherie
Mit dans le lit d'un des fils d'Ifaac ;
Deux notes de mufique ; un meuble de trictrac.
Taifons-nous : je m'oublie , & ton ennui m'accufe ;
Mon défaut cependant n'eft pas d'être diffuſe.
( Par M. Pat. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TABLEAU Hiftorique des quatre Grands
Hommes expofés au Sallon du Louvre
par M. Tur in fils. A Bouillon , & fa
trouve à Paris , chez Monory , Libraire ,
rue de l'ancienne Comédie Françoife.
Vol. in-
DEPUL EPUIS une vingtaine d'années , les Lettres
& les Arts font en France tout ce que
la Conftitution d'une Monarchie leur permet
pour honorer , les grands Hommes.
Les hommages que nous leur rendons , il
eft vrai , ne font relevés par aucune cérémonie
vraiement publique & nationale .
Nulle folennité dans la manière dont on
écoute leur gloire , nulle inauguration de
leurs images ; toutes les grandeurs ne difparoiffent
pas devant la vertu & le génie ,
ils me règnent pas même dans ce jour de la
DE FRANCE. 67
reconnoiffance & de l'admiration . Cependant
, dans cette abfence de tout appareil,
dans ce filence de la voix publique , dans
cette majefté fi affoiblie de la gloire , c'eft
toujours la justice qui couronne le mérite ,
c'eft la pofterité qui s'élève & qui déclare ce
qui a été utile , ce qui a été beau , ce qui à
été grand. L'Académie Françoiſe a la gloire
d'avoir décerné la première , aux grands
Hommes de la Nation , un hommage digne
d'eux. Cet exemple n'a pas été fterile. On a
bientôt propofé aux Arts les mêmes objets
que l'eloquence avoit choifis .
L'inftitution des ftatues eft bien plus récente
encore que celle des éloges Académiques
; & par cela même elle n'eft pas encore
prête d'éprouver ce refroidiffement, que
le Public commence à témoigner pour les
éloges ; & peut- être même ne l'éprouverat'elle
jamais on regardera toujours comme
le plus noble & le plus touchant emploi des
Arts , de faire revivre la phyfionomie des
grands Hommes , & de confacrer leur mémoire
par des monumens qui les rendent
préfens à la postérité . Il eft à croire que l'on
ne dira jamais encore des ftatues , comme
l'on dit , encore un éloge ? D'où vient cette
différence ? La caufe en eft peut - être dans
une inclination fecrète du coeur de l'homme ;
il n'eft ni injufte , ni infenfible , il fe plaît
même à honorer le mérite ; mais la louange ,
qui lui coûte fouvent , peut fouvent auffi l'importuner.
Dans une ftatue , il ne voit qu'unc
68 MERCURE
récompenfe qu'il décerne ; dans un éloge
on femble, le condamner à une longue admiration.
Craignons cependant de calomnier
le coeur humain. Il eft poffible que ce refroidiffement
ne foit qu'une fatiété de l'efprit
, produite par l'épuifement des beautés
propres à ce genre d'éloquence . Il eft certain
que ce genre , dans le ftyle qu'on lui a
prefcrit , paroît avoir quelque chofe de faux,
& par-là de contraire à l'intérêt . L'éloquence
eft indépendante des formes du difcours ;
elle peut entrer dans tous les fujets comme
dans toutes les espèces de talent ; mais la
marche oratoire ne convient ni à tous les
fujets , ni à tous les efprits ; elle n'eft point
fur-tout la marche naturelle des éloges , qui
ne peuvent être intéreffans fans être vrais ;
& qui , pour avoir le mérite , & même l'attrait
de la vérité , ne doivent pas rejeter une
foule de traits familiers , ni en dégrader
par une fauffe nobleffe la naïve beauté. Tout
peut réaffir au grand talent. Il a fu ici mêler
le ton de la difcuffion philofophique à celui
de l'hiftoire , animer fon ftyle des mouvemens
de la haute éloquence , l'orner
même des couleurs de la poéfie , & fe compofer
de tous ces genres particuliers un genre
nouveau , auquel il a fu conferver le mérite
effentiel de la raifon & du naturel ;
mais le grand talent même . peut ne pas arriver
toujours à ce fuccès , quand il n'en
trouve pas les moyens dans la nature de
'Ouvrage dont il s'occupe. D'ailleurs , les
DE FRANCE. 69
procédés de l'Art , par lefquels le talent eft
parvenu à cet effet s'épuiſent , & ne fe renouvellent
pas deux fois avec le même intérêt
, il est peut être dangereux de faire une
loi d'un genre aufli incertain , auffi près des.
écueils ; c'eft appeler les talens , qui ne font
pas encore gouvernés par le goût à la déclamation
, & retenir les autres dans des formes
fans effet , ou les contraindre d'en inventer
de bizarres . Plufieurs Gens de Lettres , frappés
de tous ces inconvéniens , paroiffent defirer
que l'Académie adopte un nouveau
genre d'Ouvrage pour fon concours d'éloquence.
Il me femble qu'il faudroit de plus
grands intérêts encore pour faire le facrifice
d'un genre national , d'un gente qui eft devenu
la plus belle inftitution qui foit parmi
nous pour la gloire du génie & de la vertu.
Heft d'autres remèdes aux inconvéniens que ,
je viens d'expofer. Ne peut- on pas renoncer
à ce genre de ftyle fi peu expliqué , fi peu
fixé encore , demander de l'éloquence , plutôt
que des formes oratoires ? N'eft-ce pas même
ce qui a déjà été fait ? La marche oratoire
convenoit-elle dans les éloges de Molière &
de La Fontaine? Et ces éloges , fous la plume
élégante & ingénieufe de M. de Chamfort
, n'en font - ils pas moins reftés de
bons Ouvrages ? N'en doit- il pas être de
même de l'éloge de Fontenelle ? Je ne fais
donc ici qu'interpréter une vûe de l'Acadé
mie dans le dernier choix qu'elle a fait .
Il eft auffi des moyens d'appeler dans ce
79 MERCURE
genre toutes les beautés dont il peut s'enrichir.
Il fuffit , pour cela , de choifir toujours
, dans chaque claffe des grands Hommes
, ceux qui ont le plus & le mieux fait ,
ceux qui ont donné de grandes leçons ou
laiffé de beaux monumens.
Il feroit poffible encore de choisir , d'année
en année , pour fujets d'éloges , des hommes
d'un mérite différent ; ce feroit varier en
même- temps dans les difcours le genre du
talent & du ftyle.
Comme les grands Hommes manqueront
plutôt à la louange , que la louange aux grands
Hommes , peut - être feroit - il bien auffi d'interrompre
quelquefois les éloges pour faire
paller un autre genre de Littérature ?
Par ces moyens bien fimples , on fauveroit
, ce me femble , aux Écrivains les difficultés
& les dangers des genres épuifés , &
au Public , le dégoût qui fuit l'uniformité.
Les hommes les plus éclairés font ceux qui·
dédaignent le moins des penlées étrangères , "
& j'ofe préfenter ces vûes à l'Académie ellemême
.
L'Auteur du Livre que nous annonçons
s'eft propofé uniquement un Ouvrage adapté
à la circonftance. La Sculpture vient de
créer quatre ftatues de grands Homines. La
foule qui va les admirer connoît - elle les-
Héros qu'elles reproduifent ? Il faut les luifaire
connoître . Cette idée eft jufte & heureufe.
Il femble même qu'il feroit de la
grandeur du Gouvernement , qui érige ces
DE FRANCE. 711
ftatues , de rendre en quelque forte la gloire.
de ces Héros populaire , en livrant à la foule
des Citoyens un Précis de la vie de ces
grands Hommes. Ces Précis devroient être
très- courts , très- fimples , contenir plus de
faits que de réflexions , bien faire connoître
les grands Hommes par la partie de leur
gloire que le peuple peut comprendre. Mais
ce n'en feroit pas moins aux premiers Écrivains
de la Nation que le Gouvernement
devroit confier ces Ouvrages. Les grands
Écrivains , par l'excellence de leur efprit &
l'heureuſe fenfibilité de leur ame , font les
plus propres à fe rabaiffer à la portée du
peuple , quand il le fant. Les Vies de Cornelius
-Nepos pourroient être en pluſieurs :
chofes le modèle de ce genre.
M. Turpin fils ne nous paroît pas s'être
frappé de ces vûes , ni même s'être bienrendu
compte de fon bur , du moins il a
pris un ton de récit & de ftyle tout contraire
à celui qui convenoit. Nous nous permet--
tons ce reproche & ces reflexions , parce
qu'une première erreur ne conclut rien
contre les talens d'un jeune Homme , &.
parce que M. Turpin pourra peut être en
profiter par la fuite dans la continuation de
fon plan ; c'eft à lui fur- tout que nous foumettons
ces réflexions , comme c'eft pour lhi
que nous les fiifons. Nous oferons même lui
dire que fon ftyle ne feroit bon dans aucun
genre. Des idées prefque toujours communes
, habillées des plus vieilles tournures de
こ
7.2 MERCURE
la rhétorique , ne peuvent plus réuffir dans
un temps où les Lecteurs veulent , plus que
jamais , apprendre quelque chofe , & n'être
pas choqués par le mauvais goût. M. Turpin
fils annonce du talent , ainfi que M. fon
père en a ſouvent prouvé ; mais fon talent
a grand befoin de s'épurer & de fe fortifier ;
dans ce confeil , que nous nous permettons
de lui donner , il doit voir bien moins la
dureté d'une critique que la preuve d'un
intérêt véritable.
On trouve tous les défauts de fon ftyle:
dès les premières lignes de fa Préface , qui
devoit cependant avoir une vérité & une
fimplicité particulière. Les Athéniens conse
facrèrent , par un facrifice annuel , la mé-t
" moire de Silanion & de Panafius , dont
l'un avoit peint Théfée , & l'autre avoit
» fait fa ftatue. Ils déférèrent le même honneur
au fage Conidas , qui avoit préfidé à
l'éducation de ce Héros. Ils étoient per
» fuadés qu'on pouvoit être également grand
par des vertus ou des talens .
32 Nous n'égorgeons plus les boucs & les
» géniffes fur la tombe de ceux qui ont
éclairé & fervi la Patrie ; nous payons à
» leur cendre un tribut plus noble & plus
digne d'eux. Le marbre , pour perpétuer
leurs traits , refpire fous le cifeau de nos
›› nouveaux Prométhés. Les ftatues de nos
» grands : Hommes , expofées aux regards
publics dans le palais de nos Rois , feront
» renaître de leurs cendres de dignes fuc
""
1
"> ceffeurs ;
DE FRANCE. 73
» ceffeurs ; c'eft un germe d'émulation , on
" aime à reffembler à ceux qu'on admire. »
#
On-ne peut rien de plus emphatique que
ee début ; & cependant ce n'eft pas le fond
qui en eft mauvais. En parlant de la manière
dont nous honorons nos grands Hommes ,
il étoit naturel de fe rappeler les fêtes & les
apothéoles des Anciens ; mais il falloit faire
fortir quelques idées de ce rapprochement ;
& fi l'Auteur vouloit retracer des inftitutions
majestueuſes, il devoit le faire avec une pompe
de ſtyle fimple & noble à la fois. Que M.
Turpin y réfléchiffe ; il verra qu'il ne faur
ni penfer , ni fentir , ni être inftruit pour
exceller dans ce ftyle , qui eft ordinairement
la reffource de ceux qui ne peuvent s'en
faire un propre ; qu'on life un certain nombre
d'Odes médiocres & d'Oraiſons Funèbres
écrites par des Rhéteurs , qu'on se réfigne
bien enfuite à écrire longuement fans rien
dire jamais , & l'on fera en état de produire
des pages de ce ftyle avec une facilité auffi
merveilleufe que malheureuſe.
La première Vie que l'on trouve dans ce
Recueil eft celle de Pafcal. L'Auteur , dans .
-ce fujet , comme dans plufieurs autres , avoit
à lutter contre des Ouvrages diſtingués. M.
le M. de Condorcet en a fait un éloge , &
M. l'Abbé Boffu vient de publier un Difcours
fur la vie & les Ouvrages de cet Écrivain
doublement immortel , par fes découvertes
en phyſique & par fon éloquence. Il appartenoir
à la gloire de Pafcal d'être loué par
No. 41 , 13 Octobre 1781. D
74
MERCURE
deux hommes qui réuniffent , ainsi que lui ,
le génie des Sciences au talent de bien écrire.
En admirant leurs Difcours , il m'a femblé
que l'on pouvoit regretter qu'ils n'euffent pas .
approfondi davantage le caractère de l'éloquence
de Pafcal. S'il m'étoit permis de
prendre quelque confiance dans mon jugement
, j'oferois affurer que cette omiffion
fera réparée pour le Public , par le Difcours
Préliminaire d'une traduction en vers du
Poëme le plus philofophique de toutes les
Littératures , où le jeune Traducteur * , qui
a fur-tout annoncé le mérite de la richeffe
& de l'invention dans le ftyle , a fait un
morceau plein d'idées & de verve fur le ſtyle
de Pafcal.
M. Turpin s'eft peu attaché à approfon
dir , ni même à peindre le génie de Pafcal ;
il le loue prefque toujours par des chofes
qui pourroient convenir à tout autre , &
c'eft encore un défaut dont nous ofons l'inviter
de fe corriger ; mais on trouve ſouvent
dans fon éloge des traits fort heureux. Il
exprime , par exemple , d'une manière auffi
noble qu'ingénieufel'illuftre témoignage que
le génie de Pafcal a rendu à la foi chrétienne
, en lui dévouant fes derniers travaux
: " Dioclès , en voyant Épicure dans un
temple , s'écria : quel fpectacle pour moi
» de voir Epicure dans cette demeure divine!
* M. de Fontanes , qui doit publier cet hiver une
Traduction de l'Effai fur l'Homme de Pope.
DE FRANCE.
75.
-
33
» Tous mes doutes font diffipés , la piété re-
» natt dans mon coeur, & Jupiter me paroit
véritablement grand, quand je vois Epi-
.cure profterné devant lui. Pafcal doit infpirer
le même fentiment aux incredules. »
LaVie du Maréchal de Catinat nous a paru
beaucoup mieux faite que celle de Paſcal ;
elle a davantage le mérite du genre ; elle eſt
remplie de Lettres du Maréchal & de traits
de fa vie privée ; ces traits & ces Lettres
font quelquefois préférer dans ce grand
Homme le Sage au Héros. Qui peut lire
fans la plus profonde vénération , ces lignes
d'une de fes Lettres à fon frère , au moment
où il va fervir fous le Maréchal de Villeroy ,
qu'une intrigue de Cour vient d'envoyer
dans fon Camp pour y prendre le Comman
dement fupérieur : J'étouffe le fentiment de
la difgrâce où je fuis tombé , pour avoir l'ef
prit plus libre dans l'exécution des ordres de
M. de Villeroy : je me mettrai jufqu'au cou
pour l'aider; les méchansferoient outrés , s'ils
favoient jufqu'où va mon intérieur fur cefujet.
La vertu a- t'elle des fentimens plus purs &
plus généreux ? Il s'immole à un devoir que
Porgueil trouve humiliant ; ce n'eſt pas allez
de vaincre l'orgueil , il veut encore vaincre
fa douleur. Son coeur fera calme , & fon
front fera ferein , afin que tout concourt en
lui pour affurer la gloire de fon rival , d'un
rival qui fe croyoit du talent , parce qu'il
étoit en faveur à la Cour , & qui ofoit
prendre avec lui le ton de l'ironie & celui
Dij
76
MERCURE
de l'autorité. Mais que dis - je ? Il ne voir - là
ni la gloire de fon rival ni la fienne même ;
il ne voit que le bien de la Patrie & le falut
de l'Armée. La vie de ce vrai fage eft pleine
de traits pareils. Auffi , de tous les éloges
couronnés à l'Académie , aucun n'a laiffé
un fouvenir plus touchant dans tous les
coeurs , fi ce n'eft peut-être celui de Fénelon ,
dont les vertus ont eu encore quelque chofe
de plus aimable & de plus utile. Il ne manquoit
plus à la gloire de Catinat que de
trouver des Panégyriftes dignes de lui ; fa
gloire eft confignée à jamais dans deux Ouvrages
faits pour la postérité , dont l'un ,
plein de grandes idées & de beaux mouvemens
, refpire par- tout l'enthouſiaſme de la
vertu & la fierté militaire , & dont l'autre
peut déjà être compté parmi les chef- d'oeuvres
de l'éloquence de ce fiècle. Il eſt étrange
que M. Turpin attribue ce dernier Ouvrage
à M. Thomas : M. Thomas a mérité dans
le même genre une réputation qui n'a befoin
d'être enrichie de la dépouille de perfonne.
M. Turpin a l'avantage , dans l'éloge du
Maréchal de Tourville , d'être le premier
qui ait retracé les exploits de cet illuftre
Marin. Toure fa vie répond à l'attitude fière
& audacieuſe où l'Artiſte qui a fait ſa ftatue
l'a placé. " On l'avertit que fon vaiſſeau eft
percé à l'eau , & qu'il n'a que l'alterna-
» tive de fe rendre ou d'être englouti fous
» les flots. N'avons - nous pas , dit- il , la
DE FRANCE. 77
"
reffource de fauter fur le vaiffeau ennemi ?
» Ilfaut aborder; & tout l'équipage s'écrie :
» abordons. » "
Le dernier des éloges de ce Recueil , eft
celui du Duc de Montaufier. Ceux qui ne
connoîtroient Montaufier que par la vie
faite par M. Turpin , & même par celle qui
-
rédigée en 17 .... en prendroient une
idée fort médiocre. Les faits manquent dans
la vie de ce perfonnage fi extraordinaire pour
le temps & le lieu où il fut placé , ou bien
ils n'ont rien d'important ; mais fi on les
raffemble , fi on les combine , fi on fe pénètre
bien fur tout des paroles énergiques
qu'il a laiffées , on reconnoît bientôt un des
plus beaux caractères moraux qui fût jamais ;
& à cette première indifférence qu'infpire
une vie ftérile en événemens , fuccède le
refpect & même l'admiration . On n'eſt pl us
furpris du peu d'intérêt qu'il inſpire da ns
le tableau hiftorique de M. Turpin , quand
on remarque que M. T. ne rapporte aucune
de fes paroles , & cependant où en trouver
de plus belles ?
Mes pères , difoit - il , ont toujours été
fidèles ferviteurs des Rois leurs maîtres , &
jamais leursflatteurs. Cette honnête liberté ,
dont je fais profeffion , eft un droit acquis
une poffeffion de ma famille , & la vérité eft
venue à moi de père en fils , comme une portion
de mon héritage.
Il n'avoit encore éprouvé que des contradictions
& des dégoûts dans fon Gouverne-
Diij
78 MERCURE
ment de Normandie . Il apprend que la pefte
s'y déclare ; il annonce qu'il vas'y tranfporter;
fa famille l'en détourne , & il répond : Pour
moi, je crois les Gouverneurs obligés à la réfdence,
comme les Evêques. Si l'obligation n'eft
pas fi étroite en toutes les circonftances , elle eft
du moins égale dans les calamités publiques.
Pendant l'éducation du Dauphin , dans
une de leurs conferences , le Prince s'imagine
avoir été frappé par fon Gouverneur . Comment
, Monfieur , vous me frappez? Qu'on
m'apporte mes piftolets. Apportez à Monfeigneur
fes piftolets , reprend froidement le
Duc ; il les lui fait remettre entre les mains :
Voyez , Monfeigneur , ce que vous voulez
faire? Le Prince tombe à fes genoux . =
Voilà , Monfeigneur , où conduifent les paf
fions. Ce fait n'eft imprimé nulle part ; mais
il s'eft confervé comme une tradition dans
les Familles d'Uzès & de Montaufier. Je l'ai
appris de M. le Comte de Montaufier.
Il conduit un jour le Dauphin dans une
chaumière : Voyez, Monfeigneur , c'estfous
ce chaume , c'est dans cette miférable retraite
que logent le père , la mère , les enfans ,
qui travaillentfans ceffe pour payer l'or dont
yos palais font ornés , & qui meurent defaim
pourfubvenir auxfrais de votre table.
Au moment où il quitta le Dauphin , en
qualité de Gouverneur , il lui dit : Monfeigneur
, fi vous êtes honnête- homme , vous
m'aimerez; fi vous ne l'êtes pas , vous me
haïrez, &je m'en confolerai.
DE FRANCE. 79
Qui ne connoît aufli cette fameufe Lettre
fur la prife de Philisbourg : Monfeigneur , je
ne vous fais pas de compliment fur la prife
de Philisbourg; vous aviez une bonne Armée,
des bombes , du canon , & Vauban. Je ne
vous en fais pas non plus fur ce que vous êtes
brave , c'eft une vertu héréditaire dans votre
Maifon ; mais je me réjouis avec vous de ce
que vous êtes bon , libéral, faifant valoir les
fervices de ceux qui font bien ; c'eft fur quoi
je vous fais mon compliment.
Il me femble que les amis de la vertu
confervent de telles paroles dans leur mé
moire , & les redifent avec eux- mêmes ,
comme les Amateurs de la poéfie répètent
les beaux vers dans leur folitude ; c'eft du
moins ce fentiment qui me les fait tranfcrire
ici avec un nouvel attendriffement , avec
une plus grande vénération. Quand on fonge
que cet homme fut toute la vie en faveur près
d'un Roi , on doit remercier l'Académie d'avoir
propofé aux Rois & aux Courtiſans un ſi
bel exemple. M. T. s'eft empreffé de rendre un
hommage au talent de M. Garat , qui a remporté
le premier Prix de l'Académie pour l'éloge
de Montaufier ; mais il le loue d'une ma
nière bien vague. Ne pouvoit- il apprécier le
mérite de cet Ouvrage ? Ne pouvoit- il pas
dire que c'étoit un Difcours très bien compofé
fur un plan très impofant ; tout le
Difcours n'eft que le développement d'une
feule idée , celle d'offrir dans le tableau des
vertus de Montaufier , un modèle pour les
D iv
80 MERCURE
•
Grands qui environnent le Trône , & pour
les Inftituteurs des fils des Rois ; un Difcours
où le fujet eft relevé & fécondé par une
foule de chofes profondes , ingénieufes ,
fières & gracieufes , où la plus belle éloquence
eft réunie à la meilleure philofophie dans
plufieurs morceaux , & où le ftyle , toujours
digne des pensées , annonce prefque toujours
un efprit très - jufte , très fort , trèsétendu
, une ame fenfible , une imagination.
riche & facile ; qualités qui ne font pas moins
prouvées dans plufieurs autres Écrits de M.
Garat. On peut trouver des défauts dans ce
dernier Ouvrage , comme dans d'autres du
même Écrivain ; mais voilà les beautés
qu'il faut auffi y reconnoître. Peut- être ne
récufera- t'on pas le témoignage de l'amitié ,
lorfqu'il eft rendu en même temps par la
rivalité. J'ai connu ce Difcours avant l'Académie
, & avant elle je l'avois couronné.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
LES Après- Soupers de la Société , ou Petir
Theatre Lyrique & Moralfur les Aventures
du Jour, avec des Gravures & des Airs
notés. ASybaris ; & à Paris , chez l'Auteur ,
maifon de M. Brunot , Agent de Change ,
rue des Bons-Enfans , vis - à-vis la Cour
des Fontaines.
CE Recueil eft un cadre imaginé pour faire
connoître & mettre en action les plus jolies
Hiftoriettes du jour. Chaque Volume eft
DE FRANCE. $1
compofé de quatre cahiers ; & il en paroît
un cahier tous les quinze jours . On peut dire
que c'eft une des plus jolies Éditions qui
aient été faites en France. L'Auteur eft anonyme
; mais fon Ouvrage annonce une
plume exercée , un Homme de Lettres qui ,
aux agrémens de l'efprit , joint tous les charmes
d'un ſtyle aimable & enjoué . Il a mêlé à
ces petits Drames quelques Poéfies fugitives.
Nous allons en extraire une Fable .
Les Loups , les Renards & le Chien , Fable.
DANS les États du Roi Lion ,
Les Renards & les Loups , amis de la décence ,
Se gliffent dans la Robe , entrent dans la Finance ,
Et font même à la Cour fur un affez bon ton.
Vous ne leur voyez plus l'air farouche & fauvage.
Qui les diftinguoit autrefois
Du peuple Chien ; ils ont même air , même langage
Et vivent fous les mêmes leis .
Ce n'eſt pas que la Poule échappe
Aux Renards polis & friands ;
Qu'un Loup civilifé ne croque à belles dents
L'innocent Agneau qu'il attrape :
Mais l'un & l'autre au moins fait donner aux noirceurs
Un but philofophique & des dehors aimables ;
Tant l'éducation , par des traits refpectables ,
Embellit la Nature , & fait polir les moeurs.
Un jour un Orateur à la dent meurtrière ,
(C'étoit un Loup , je m'en fouvien , ) ,
Dv
82
MERCURE
Louoit fort le bon fens de la gent moutonnière ,
Qui fe félicitoit fous la garde d'un Chien ,
Habile, mais vivant comme un homme de bien.
Je le connois , dit -il ; il eft franc & fenfible ;
C'est mon ami , j'en fais grand cas ;
Cependant ne trouvez -vous pas
Qu'il eſt d'un naturel un peu fier , fufceptible ?
Au moindre bruit , à tous propos ,
Dès
que
Vous le voyez dreffant une oreille attentive ;
Le jour , la nuit , il rode autour de votre enclos :
nous l'abordons , il eft fur le qui vive .
Que je le plains , le pauvre malheureux !
Et que craint-il de nous , amis comme nous fommes ?
Quand la paix eft jurée , être encore.foupçonneux
Comme fi cette paix cût été faite entre hommes !
Savez-vous qu'autrefois il a montré les dents
A des Renards en place , à des Loups importans ?
Savez- vous qu'en croyant bien faire
>
Il peut vous fufciter quelque fâcheuſe affaire ?
Amis , penfez-y bien , Moutons font bonnes gens :
Pour toute eſpèce un peu craintive ,
L'éloquence des Loups eft très -perfuafive.
TOUT l'Auditoire étoit féduit ;
Et puis Loups & Renards concluant que fans bruit
Leur cher ami Mouphlar devoit être éconduit ,
Il le fut en effet , tant l'alarme étoit vive.
MOURHLAR en foupirant , dit aux Chiens du Canton :
Ah ! Meffiears , je n'étois ni flatteur ni fripon ,
DE FRANCE. 83
Et vous voyez ce qui m'arrive !
Mon exemple vous offre une trifte leçon.
Soyez sûrs que le Chien qui fuit fon caractère ,
A tous les Loups du monde eft bien sûr de déplaire ,
Et que rien n'est plus fot que le peuple Mouton.
Il paroît déjà quatre cahiers de ce Recueil
, c'eſt- à- dire , un Volume entier , qui
fait defirer ceux qui doivent les fuivre .
RÉPERTOIRE Univerfel de Jurifprudence
Civile , Criminelle , Canonique & Bénéfi
ciale ; Ouvrage de plufieurs Jurifconfultes
, mis en ordre & publié par M.
Guyot , Écuyer, ancien Magiftrat , Tom .
XLI , XLII , XLIII & XLIV . A Paris ,
chez Panckoucke , hôtel de Thou , rue des
Poitevins ; & chez Dupuis , Libraire , rue
de la Harpe , près de la rue Serpente , &
fe trouve chez les principaux Libraires
de France .
LES principaux articles de ces nouveaux
Volumes font les mots Secondes Noces ,
Nullités , Parlement , Occupation ; & parmi
ceux- ci nous en avons remarqué deux qui
méritent une attention particulière de la
part des Jurifconfultes . L'un eft le mor
Secondes Noces ; il eft rempli de toutes les
connoiffances de la matière , rédigé avec
beaucoup de méthode , de critique , &
écrit d'un ftyle précis & énergique , mais
quelquefois incorrect. Il eft de M. Henry ,
Dvj b
84
MERCURE
jeune Avocat , à qui ce Dictionnaire devra
plufieurs de fes meilleurs articles .
L'autre article , que nous avons lu avec
d'autant plus d'intérêt qu'il eft rédigé par
an Jurifconfulte dont le nom n'avoit pas
encore paru dans ce Dictionnaire , eft le
mot Occupation . Ce mot tient effentiellement
à la métaphyfique de la Jurifprudence.
Comme tous les objets de ce genre , avec
quelque clarté & quelque précifion` qu'il
foit traité , il n'eft fufceptible ni d'une
analyfe ni de citations dans un Journal tel
que celui ci. Nous nous bornerons à rendre
compte de l'impreffion que nous en avons
reçue , & ici c'eft aux Jurifconfultes que
nous nous adreffons , & nous ne craignons
pas de leur annoncer un des meilleurs
morceaux que l'on ait écrit depuis longtemps
fur la Jurifprudence. Nous ofons
penfer que ceux d'entre eux qui ont le plus
de connoiffances & de réflexions fur les
grands objets de Droit Civil feront ceux
qui en feront le plus frappés. Le mérite
principal de cet article eft de rechercher
les premières notions , les premières modifications
de la propriété dans l'immenfe variété
des inftitutions particulières , & par- là
de remonter aux principes fondamentaux
de celles- ci , & d'expliquer leur relation
avec le Droit Naturel. Il falloit une grande
force de tête , une grande fagacité d'efprit
& une vafte méditation pour faifir , raffembler
& développer tous ces rapports des
DE FRANCE. $5
idées qui compofent le mot Occupation
avec les différentes parties du Droit Civil.
L'efprit philofophique dans ce morceau eft
toujours appuyé fur l'étude des détails , &
par- là il renforce , il étend les vues, en mêmetemps
qu'il affermit fa marche.
L'ordre & la méthode des idées ne diftinguent
pas moins ce morceau que les idées
mêmes. Il me femble cependant que l'on y
defireroit quelquefois des liaiſons plus développées
, & quelque chofe de plus fondu
dans toutes les nombreufes divifions dans
lefquelles il falloit claffer tous les objets &
les différentes parties des objets . Il y a un
talent des liaiſons fans lequel le procédé des
divifions a quelque chofe de fec & de contraint
qui peut embarraffer l'efprit en le fatit
guant trop , & qui nuit trop au moins au
mérite de l'intérêt , mérite auquel chaque
fujet peut afpirer , & qu'il ne faut jamais
lui ôter.
On remarque depuis quelque tems , dans
les Ecrits des Jurifconfultes , un bon emploi
de cet efprit de critique & de difcuffion qui
a fait de plus grands progrès de nos jours ; il
eft feulement à craindre que les Jurifconfultes
ne prennent auffi de leur fiècle l'habitude fi
commode de moins étudier leur fcience même
& le goût de ce ſtyle faux qui dégrade ou
dénature tout par d'infipides & de frivoles
ornemens. L'Auteur de cet excellent article
eft gardé contre ces deux écueils par la folidité
de fon efprit & l'étendue de fes con86
MERCURE
noiffances ; fon ftyle eft par - tout clair , fimple
, & d'une préciſion fouvent noble &
énergique. Cet article eft de M. de Polverel
, ancien Avocat du Parlement de Bordeaux
, aujourd'hui attaché à celui de
Paris .
SPECTACLES.
COMEDIE FRANÇOIS E.
Nos Lecteurs fe fouviennent fans doute
des éloges que Lekain fut obtenir dans le
rôle de Nicomède. Ils fe rappelleront encore
que , dans ce perfonnage , il rendoit avec
une énergie vraiement admirable tous les
momens de nobleffe & de fierté qui font ,
du caractère de ce jeune Héros , le principal
caractère de la Tragédie de P. Corneille ;
mais ils doivent fe rappeler auffi que l'ironie
dont l'Auteur a fait un fréquent ufage dans
ce rôle , prenoit dans la bouche de Lekain
une couleur de perfifflage , un ton de myſtification
qui portoient fouvent au rire , à ce
rire que la Comédie feule doit faire éclore ,
& qui nous paroît incompatible avec le
genre héroïque. Il fuffit qu'un Artiſte ait
acquis beaucoup de réputation pour que fa
manière foit jugée excellente dans fon enfemble
& dans fes détails ; pour que l'on
DE FRANCE. $7
adopte généralement toutes fes idées en
conféquence , Lekain faifoit rire aux éclats
dans la plus grande partie du rôle de Nicomède
, & tout le monde crut qu'il étoit entré
dans les vûes du grand Corneille , de faire
rire à la repréſentation d'une Tragédie . Lorfqu'au
mois de Juin 1777 , l'Auteur de cet
Article propofa , dans un Journal juſtement
oublié à beaucoup d'égards , quelques obſervations
relatives aux nuances de nobleffe
dont l'ironie de Nicomède eft fufceptible ,
on s'éleva contre elles avec fureur , & l'Écrivain
fut très vivement invectivé : moyen de
répondre très - victorieux , comme chacun
fait , mais fur- tout auffi commode que familier
à la fottife & à la haine. La remife
de Nicomède , & le fuccès qu'y a mérité
M. Molé , ont réchauffé les enthouſiaſtes , &
le Journal de Paris s'eft vu exposé à leur
colère pour avoir dit la vérité. Tel eft ordinairement
le prix du courage & du defir
d'être utile. Nous n'en attendons point d'autre
; & malgré les cris des admirateurs fur
parole , malgré les réclamations de ces prétendus
connoiffeurs qui défendent avec une
ardeur fanatique les opinions qu'on leur a
fait adopter, nous prendrons la liberté de répé
ter ici , que M. Molé a fu donner à l'ironie de
Nicomède un caractère de nobleffe & de
fierté d'autant plus digne d'éloges , qu'il rentre
dans les convenances Tragiques , qu'il
eft parfaitement analogue au genré admi-
Fatif, & qu'il remplit le but de Corneille.
88 MERCURE
« Ce Héros de ma façon façon , dit ce grand
» Homme , dans la Préface de Nicomède ,
» fort un peu des règles de la Tragédie , en
» ce qu'il ne cherche point à faire pitié par
» l'excès de fes malheurs ; mais le fuccès
» a montré que la fermeté des grands
» coeurs , qui n'excite que de l'admiration
» dans l'âme du Spectateur , eft quelquefois
» auffi agréable que la compaffion . » L'ironie
de Nicomède ne doit donc être , comme
l'a très - bien dit le Journal de Paris , que la
jufte indignation d'un coeur fier , fenfible &
perfécuté, & non pas une fuite de farcalmes
faite tout au plus pour annoncer un perfiffleur
fpirituel & méchant. Nous avons affez
fouvent parlé de l'eftime profonde que les
talens de Lekain nous ont infpirée , pour
avoir le droit de dire que M. Molé a mieux
conçu & mieux faifi que lui une partie du
rôle de Nicomède ; & cet aveu ne fauroit
nuire à fa gloire. Ce n'eft pas pour avoir été
fans défauts qu'on a regardé Lekain comme
un Comédien fublime : c'eft pour en avoir
eu moins qu'un autre , pour avoir cherché
à vaincre , pour avoir furmonté un trèsgrand
nombre de ceux qu'il reconnoiffoit en
lui . Mais quel eft l'homme toujours juſte
avec fon amour- propre ? Quel fiècle a vû un
Artiſte parfait ?
On peut nous objecter qu'il eft impoffible
d'entendre, fans rire, certaines phrafes du rôle
de Nicomède , & que toute l'intelligence de
l'Acteur le plus confommé ne fauroit imaginer
DE FRANCE. 89
des nuances capables de diffimuler ce défaut
aux yeux des Spectateurs. Oui , nous en
conviendrons ; mais on doit obferver auffi
que Nicomède fut repréſenté en 1652 , c'eſtà-
dire , dans un temps où la langue commençoit
à fe former , où le goût n'avoit pas
encore appris à diftinguer dans le ſtyle ces
fineffes qui féparent les genres & qui mettent
chaque mot à fa place. Il faut ajouter à cette
réflexion , que la partie du goût n'étoit pas la
partie la plus brillante du talent du grand
Corneille. C'est donc beaucoup plus par les
expreffions que Corneille excite de temps en
temps le rire , même dans fes Drames les
plus tragiques , que par fes intentions , qui
annoncent toutes la nobleffe , la force , la
raifon & la logique la plus sûre . Un défaut
attaché à prefque tous les hommes de génie ,
eft de négliger quelquefois les formes , &
c'étoit fouvent celui de Corneille.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 25 Septembre , on a donné la
première repréſentation des Amours d'Été ,
Divertiffement en un Acte & en Vaudevilles ,
par MM. de Piis & Barré.
Le père Froment , Meunier , ne veut point
marier fon fils Guillot à Thérèſe , fille du
père la Ligne , pêcheur. Le Seigneur du Village
a fait publier qu'il donneroit une fomme
de fix cent livres à celui de fes habitans qui
mériteroit le prix d'une joûte extraordinairo
MERCURE
fur l'eau. Guillot eft le vainqueur ;' mais il
n'accepte point les fix cent francs, & fait
Therèle fon heritière , parce que' fa peine
va , dit- il , le faire mourir. Le père Froment
fe laiffe toucher , & conſent au bonheur des
jeunes amans.
Ce petit Ouvrage , qui complette la Collection
des Saifons de MM . de Piis & Barré ,
eft rempli de tableaux charmans . Les Scènes
acceffoires aux amours de Guillot & de
Thérèſe , préfentent des fituations agréables
& neuves au Théâtre. Les Auteurs ont
adroitement profité de deux idées connues.
L'une eft priſe d'un Conte de M. Giraud ,
qui a pour titre : la Statue de Cupidon ;
l'autre eft une imitation de cette épigramme
de l'Anthologie , traduite par Voltaire :
Léandre , conduit par l'Amour ,
En nageant difoit aux orages :
Laiffez- moi gagner les rivages ,
Ne me noyez qu'à mon retour.
Le parti qu'ils ont tiré de la première a
fait le plus grand plaifir. Nous en allons
citer quelque chofe. Le moulin du Père Froment
eft d'un côté de la rivière ; de l'autre
eft la maiſon du Père la Ligne. Thérèſe
excédée de fatigue & de chaleur , s'eft aflife à
l'ombre fur un banc de gazon, pour y prendre
quelque repos ; Guillot, après s'être débarrallë
de fon père , paffe l'eau pour aller voir fon
amante qu'il a apperçue fous le feuillage.
DE FRANCE. 91
AIR: Vous me grondez d'un ton sévère.
CE cher objet fommeille encore !
Approchons pour voir de plus près.
Quel charme ajoute à fes attraits
Le feu dont fon teint fe colore ! bis.
A l'admirer bornons nos voeux ,
Amour , Amour , c'est tout c que je veux.
( Il defcendfur le rivage. )
Ah ! fi j'ofois dans mon ivreſſe ,
Sans l'empêcher de repoſer ,
Sur fa main cueillir un baifer !
Quel beau moment pour ma tendreffe !
A ce larcin bornons nos voeux ,
Amour , Amour , c'eft tout ce que je veux.
( Il lui baife la main. )
Sans l'éveiller , fi je l'embraffe ,
Pour cette fois je fais ferment
De porter chez elle à l'inſtant
*
Ce panier dont fon bras fe laffe.
A ce larcin , &c.
(Il l'embraffe. )
Quel doux tranſport ! tout me profpère ;
Mais fuyons vite , & pour raiſon ;
Car , auffi près de la maiſon ,
Peut-être ai-je été vu du père.
* Un panier de linge que Thérèſe vient de blanchir à
la rivière.
92 MERCURE
( Guillot s'en va tout doucement : Thérèſe , qui pendant
toute cette Scène a feint de dormir , tourne la
tête , en difant :)
Et mon panier qui refte-là ,
Guillot ! Guillot ! qui me le portera ?
Nous pourrions citer d'autres Scènes tout
auffi agréables que celle- ci , mais les bornes
de cet Article s'y oppofent. Nous avons remarqué
de temps en temps des couplets qui
nous ont paru beaucoup moins piquans que
ceux qui fortent ordinairement de la plume
de MM. de Piis & Barré. Nous croyons même
qu'on en pourroit fupprimer ou refondre
quelques- uns qui font longueur. Le Divertiffement
de la fin n'eft point affez gai ; l'air n'en
eft pas heureuſement choifi : en un mot , il
termine affez froidement la fuite des jolis ta
bleaux que contient l'Ouvrage. C'eſt un ſervice
à rendre aux Auteurs , que de leur confeiller
de le refaire , & c'eft de leur part un fervice
à rendre au Public que de fuivre ce confeil.
SCIENCES ET ARTS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR,
J'AI appris que quelques perfonnes éclairées ,
qui ont entendu lire un de mes Mémoires , n'en
ont pas bien pris le fens ; j'ofe vous prier d'en inférer
le précis dans votre Journal , afin que la vérité
DE FRANCE.
93
ne fouffre pas d'une méprife , & par ma faute.
L'air qui conftitue le vent d'Eft , prefque perpétuel
fous l'Équateur , eft obligé de s'élever depuis
le moment où il entre dans l'Amérique Équinoxiale
, jufqu'à ce qu'il ait franchi la chaîne des
Cordillières , & en montant à une fi grande hau
teur fe raréfie , fe refroidit , & perd à mefure la
faculté de foutenir les vapeurs dont il s'eft fature
en paffant fur la mer Atlantique ; elles tombent em
forme de pluie fur le berceau du Maragnon , pour
faire de ce fleuve une mer d'eau douce.
Puis cet air , après s'être purgé de la forte , def
cend du haut des Cordillières fur le Pérou , reprend
à refure fa chaleur & fa denfité , & devient
afpirant : il eft donc perpétuellement fec & ferein
au Pérou .
Ce même vent d'Eft eft donc toujours & en
même temps pluvieux fur le berceau de l'Amazone
, & defféchant au Pérou .
En voici un autre exemple . La mouſſon d'Eft eft
pluvieufe au Coromandel , defféchante au Malabar
; en s'élevant fur le Coromandel pour paſſer fur
les montagnes de Gates dirigées du Nord au Sud ,
l'air fe raréfie, fe refroidit ; il dépofe par conféquent
fes vapeurs fur le Coromandel , & l'inonde ;
puis cet air, en defcendant du haut de ces montagnes
fur le Malabar, s'échauffe , fe condenſe , &
reprend fa force afpirante : c'eft une éponge defféchée.
Au contraire la mouſſon d'Oueſt" s'élève , ſe refroidit
, & dépofe en s'élevant fur le Malabar pour
paffer ces montagnes , & redefcend enfuite toute
criblée fur le Coromandel , où cherchant à recouvrer
ce qu'elle a perdu elle devient abſorbante.
La mouffon eft donc pluvieufe dans les deux
cas en s'élevant fur cette chaîne , & defféchante en
defcendant.
Après avoir montré le même phénomène dans
94
MERCURE
les Ifles de France & de Ceylan , au Cap de Bonne-
Efpérance , en Languedoc , en Abyflinie , dans le
Paraguai , en Pologne , & même à Paris , j'établiſ
fois en général que tour air qui s'élève beaucoup eſt
humide , & qu'au contraire celui qui defcend beaucoup
eft fec , ce qui eft conforme à la théorie réputée
la plus fûre , & aux relations les plus répandues.
Ceci fouffre quelques exceptions accidentelles ,
périodiques ou locales qu'on connoît ou qu'on découvrira.
On trouvera cette folution appuyée fur de
grands détails dans mes Cahiers de Cofmogonie ;.
elle m'a paru affez importante pour me faire pren
dre tous les moyens poffibles de la répandre. En lui
accordant une place dans votre Journal , vous ajouterez
un nouveau motif de reconnoiffance à la pars
faite confidération avec laquelle je ſuis ,
Monfieur,
•
Votre très-humble & trèsobéiffant
Serviteur ,
DOCARLA.
GRAVURES.
Vuz du Prieuré des deux Amans , près de
Rouen , deffinée par Lantara d'après nature , gravure
de 7 pouces de haut , fur 10 de large , par
Piquenot. A Paris , rue de l'Obfervance , vis- à -vis
la porte du Cloître des Cordeliers. Prix , 1 livré
10 fols.
Cetre Vue ne doit point être confondue avec une
foule de paysages qui font toute autre chofe que ce
que leur titre annonce Ici tout eft dans la plus
exacte vérité , foit pour l'objet principal , foit pour
les acceffoires. La montagne efcarpée fur laquelle
eft fitué le Prieuré des deux Amans , depuis le
DE FRANCE. 95
treizième ſiècle au moins , pouvoit être deffinée lous
un autre point de vue , mais il étoit impoffible d'en
faifir un plus favorable aux détails du Prieuré même.
Églife , Maifon , Terraffe , &c. tout eft rendu avec
une fcrupuleufe fidélité , & forme un enſemble fort
pittorefque. Le pendant paroîtra dans le courant du
mois : c'eft la Vue du Château de Couci , & de la
Tour dans laquelle Gabrielle de Vergi eft morte.
Collection coloriée des plus belles variétés de Tulipes
qu'on cultive dans les jardins des Fleuristes ,
Cahier fecond, in-folio , grand papier d'Hollande.
A Paris , chez M. Buc'hoz , Médecin , rue de la
Harpe , vis- à-vis la rue de Richelieu - Sorbonne.
Prix , 18 liv. Ce Cahier renferme dix Tulipes , auxquelles
on a donné les noms de différens Curieux &
Amateurs ; il eſt très -intéreſſant par le choix & la
beauté des fleurs qu'il contient , & ne le cède en
rien au premier Cahier.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ON vient de mettre en vente à l'hôtel de
Thou , rue des Poitevins , à Paris , les Tomes XV
& XVI des Oiseaux , in - 12. Prix , 6 livres en
blanc ou brochés , 7 liv. 4 fols reliés ,
On trouve les Livres fuivans chez Mérigot le
jeune , Libraire , quai des Auguſtins : 1 ° . l'Hiftoire
Naturelle & Civile de l'Ile de Minorque , avec une
Carte de cette Ifle & de fes dépendances , tels que le
Pot Mahon & le Fort Saint- Philippe , traduite de
l'Anglois , de la feconde Edition de J Armstrong ,
Volume in- 12 . Prix , 2 liv. broché : 2° . Hiftoire
d'Elife Warwick , traduite de l'Anglois , 2 Vol. in
12. Prix, 3 liv . brochés : 3 °. Journal du Voyage de
96 MERCURE
Michel de Montaigne en Italie par la Suiffe & Allemagne,
en 1581 , avec des Notes , par M. de Querlon
, 3 Vol. in- 12 petit papier , 6 liv . reliés , 2 Vol.
grand in- 12 , 6 liv. reliés , in - 4°. grand papier ,
18 liv. relié , le même in-4 ° . grand papier d'Hollande
, en feuilles , 36 livres. Le portrait de Montaigne
, fupérieurement gravé par M. de Saint -Aubin,
eft à la tête de chacune de ces Éditions. La partie
typographique eft exécutée avec tout le foin que
mérite le nom de Montaigne.
Recueil de Secrets à l'ufage des Artiftes , Volume
in- 12 . Prix , 1 livre 16 fols. A Paris , chez Laporte,
Libraire , rue des Noyers.
Traduction de Sallufte , avec le Texte & des
Notes critiques , quatrième Édition , revue & corrigée
par J. H. Dotteville , de l'Oratoire , Volume
in- 12 . Prix , a liv. 10 fols relié. A Paris , chez Onfroy
, Libraire , rue du Hutepoix.
>
TABLE.
49 ciété, 80
ROMANCE
Obfervations
fur l'Ivoire
& les Répertoire
Univerfel
de Jurif
Dentsfoffiles
d'Eléphans
, 51 prudence
Civile, &c.
Air de l'Inconnue
Perfécu-
Comédie
Françoife
,
60 Comédie
Italienne
,.
tée ,
900 83
86
89
Enigme & Logogryphe , 64 Lettre au Rédacteur du Mer-
Tableau Hiftorique des quatre cure , 9z
94
66 Annonces Littéraires, 95
Grands Hommes exposés au Gravures ,
Sallon du Louvre,
Les Après-Soupers de la Sol
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 13 Octobre. Je n'y ai
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreffion. A Paris
le 12 Octobre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 OCTOBRE 1781 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Auxjeunes Perfonnes qui ont joué à Nanci ;
le 27 Août , chez Mlle P *** , plufieurs
Comédies de Mde la Comteffe de Genlis.
JEUNES Beautés de Nanci ,
Bont la grâce modefte & les aimables charmes
Font verfer de fi douces larmes
Au fpectacle touchant des moeurs de Salenci !
Par votre jeu naïf une Mufe attendrie
Vous confacre aujourd'hui les plus juftes tributs
J'ai vu dans vos fuccès l'alliance chérie
Des Talens avec les Vertus :
J'en félicite ma Patrie.
Genlis a réuni , par des liens de fleurs
N°. 42 , 20 Octobre 1781 .
E
98
MERCURE
La Morale & les Jeux , le Théâtre & les Mours.
Qu'on aime à vous voir fur fes traces !
Que fon génie heureux s'embellit de vos grâces !
Qu'hier , avec plaifir , nous répandions des pleurs !
C'eft à vous qu'il fied bien de peindre la décence ;
De ce Portrait divin vous avez les couleurs ;
Et le tableau de l'innocence
N'eft que l'image de vos coeurs.
( Par M. François de Neufchâteau , Lieutenant-
Général du Préfidial de Mirecourt. )
A M. DE LANDINE , de plufieurs
Académies , qui vient de prononcer fon
Difcours de Réception à l'Académie de
Lyon , au moment où fa Femme lui donnoit
un Fils.
Qu
V E ce jour cft heureux pour toi !
Le Temple des Arts te réclame ,
Aimable Landine , & ta femme
Te donne un gage de ſa foi.
BÉNIS cent fois ce jour profpère
Qui , t'accordant ce double bien ,
Te voit Académicien
Au moment où tu deviens père.
Courage , jeune Citoyen ,
Peuple ta Patrie & l'éclaire ;
DE FRANCE. 99
Qui n'eft pas utile n'eft rien...
Le prix t'attend , tu peux m'en croire.
Oui , toujours la Beauté , la Gloire
Aſſembleront ſur tes cheveux
Le laurier, le myrte amoureux ,
Et prendront foin de tą mémoire.
Si leur accord eft très - heureux ,
Que d'autres que noi s'en étonnent :
Il faut bien qu'elles te couronnent ;
Tu les courtifes toutes deux.
( Par M. de Viran. )
L'AMOUR OISE AU
Ode Anacreontique à mettre en mufique ;
imitée de l'Italien.
(
L''AAMMOOUURR eft un oiſeau charmant ,
Qui , voltigeant fous la coudrette ,
Eft venu , je ne fais comment ,
Se nicher dans ma colerette.
JE fens qu'il picote mon coeur ;
Mais fon langage m'intéreffe :
S'il a toujours ce ton flatteur ,
Je le carefferai fans ceffe.
SITÔT que je n'entendrai plus
Les doux fons de fa voix perlée ,
Ei
too. MERCURE
Mes baifers feront fufpendus ,
Je lui donnerai la volée.
MAIS , hélas ! qu'est- ce que je voi ?
Il s'élève d'une aîle sûre ;
Il est loin , il fe rit de mai
Et de ma cruelle bleffure !
LAS ! à peine avoit -il chanté
Que le volage m'abandonne ,
Pourquoi cette légèreté ?
Reviens , reviens , je te pardonne.
Tu fuis fans vouloir m'écouter :
Que deviennent donc tes prømeſſes ?
Belles , s'il veut vous en compter,
Méfiez -vous de fes careffes.
S'IL ufe de tout pour
domter
Le arur d'une jeune Bergère ,
Il ne fonge qu'à la quitter
Auffi-tôt qu'il a fu lui plaire .
( Par M. Mayeur; }
DE FRANCE ΤΟΥ
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
Le mot de l'Enigme eft Chevalet de Violon ; "
celui du Logogryphe et Médaille , où fe
trouvent aide , âme , daim , Léda , ( mère de
Caftor & Pollux ) ami , lime , mille , demi ,
il, & elle , Médie , laide , Ida , Mai , Lia ,
mi , la , & dame.
ÉNIGM E.
CHEZP HEZ prefque tous les animaux
J'occupe un pofte des plus hauts ;
Il en eft fur qui je domine
Si fort , que chacun en badine.
Humains , ne vous en moquez point ;
Oui , vous avez tous , fur ce point ,
Quelque rapport avec la bête.
Chez vous , c'eſt un air plus mignon ,
C'est une forme plus honnête ,
Mais c'eſt la mêine fonction.
Quand les Dames vont en conquête
Aux promenades de Paris ,
Vous me voyez double à leur tête ,
Étalant des bijoux de prix.
Souvent , chez elles , je me prête
Aux douceurs , aux tendres aveux ,
E iij
102 MERCURE
Aux fons légers & gracieux ;
Enfin à tout ce qui les flatte .
Mais nargue des mauvais plaifans ,
Qui difent que je me dilate
A l'entretien des médifans.
( Par M. *** , de V. C. Y
LOGO GRYPH.E.
A MA naiffance on voit chez les humains
S'élever très fouvent la difcorde & la guerre ;
Je n'expofe jamais de defirs incertains ,
Et ma volonté ferme annonce une âme altière
Par cette rénftance auffi des plus grands maux
J'arrête avec fuccès le principe funeſte :
Tel aujourd'hui qui me derefte ,
Demain me doit fon bonheur , fon
repos.
Un feul rival par - tout me contraric ;
Je m'oppose à mon tour à fes plus doux projets
Notre exiftence naît de notre antipathie ,
Et le monde toujours en craignit les effets .
D'un noeud qui fait le charme ou les maux de la vie
Mon rival eft l'auteur , moi l'ennemi juré. ,
Mais il faut à la fin contenter ton envie 2.
Ami Lecteur ; décompose à ton gré ,
Aſſemble ou défunis mes trois pieds & leur formes
Deux foeurs , de qui jamais je ne fuis féparé ,
Sont mon cortège unique ; entre elles deux je forme
DE FRANCE. 103
Une ligne femblable au cercle d'un tonneau ;
On trouve auffi chez moi , fans effort de cerveau ,
Un terme dont Reſtaut parle dans fa Grammaire .
J'en ai bien affez dit , Lecteur , il faut me taire ;
Je t'entends demander quel peut être mon nom ;
Tu me vois cependant fans que tu le devines .
Mais , quoi , & déjà tu te chagrines :
Te le dirai - je ? . ma foi non .
...
( Par M. de Cormenin. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES:
LA SERVITUDE abolie , Difcours en vers ,
lu enpartie à la Séance publique de l'Académie
Françoife , le jour de S. Louis ,
25 Août 1781 , par M. le Chevalier de
Langeac. Le bien qu'on fait au monde
ajoute à mon partage. SAINT- LAMBERT.
A Paris , chez Monory , Libraire de
S. A. S. Mgr le Prince de Condé , rue de
l'ancienne Comédie Françoife.
L'ACADÉMIE Françoiſe n'a point adjugé de
Prix de Poéfie cette année : c'eſt la fecondė
fois qu'elle remet le même Prix . On a voulu
en conclure que les talens deviennent plus
rares , peut-être faut- il fe contenter de conclure
que le fujet fixé par l'Académie étoit
plus difficile que ceux que les jeunes Poëtes
E iv
T04 MERCURE
choififfent communément. Des déclamations
contre l'esclavage & en faveur de la
liberté , font faciles à faire en vers & en
profe , & cela même étoit un écueil du
fujet. Mais tracer avec précifion , & fous
des images poétiques , le caractère & les
maux de cette efpèce de Servitude qui enlève
à l'homme fa liberté , fans le réduire pourtant
à l'esclavage ; qui affervit la terre beaucoup
plus encore que celui qui la cultive ;
qui eft établi enfin fur une multitude de lois
fubtiles & barbares dont il n'eft pas aifé de
comprendre les difpofitions , dont il feroit
difficile de parler avec clarté , même en
profe ; les plus grands talens auroient pu
l'entreprendre fans obtenir tous les fuffrages
d'une Académie. On ne peut guère faire un
bel Ouvrage que fur un fujet très - heureux ;
& lorfqu'on rencontre des beautés d'un
ordre diftingué dans un fujet très difficile à
traiter , le Critique qui veut être jufte , conclud
que l'Auteur a du talent ; & cette juftice
eft bien une espèce de couronne pour
ceux qui la méritent , & l'obtiennent de
l'Académie & du Public ; car rien n'eft fi
rare que le talent , dans les temps mêmes où
l'efprit & les connoiffances deviennent des
richeffes communes & populaires. L'Académie
Françoiſe a diftingué trois Ouvrages
dans le concours des Poëtes ; celui que nous
annonçons dans ce moment eft de M. le
Chevalier de Langeac , qui , prefqu'au fortir
de l'enfance , a remporté un Prix à Paris ,
DE FRANCE. 109
& qu'on a couronné cette année à Marfeille
, au moment même où il d.fputoit le
Prix de l'Académie Françoiſe.
La critique peut trouver & reprendre faci
lement quelques incorrections , quelques
défauts de ftyle dans fon Ouvrage , & M.
le Chevalier de Langeac mérite bien qu'on
l'en avertiffe. Le vrai talent a toujours en
lui- même de quoi fe corriger ; & plus on
l'aime , plus on defire de le voir pur & fans
tache.
Après avoir rappelé dans les premiers
yers de fon Difcours la gloire de notre jeune
Monarque , qui défend la liberté des mers
contre un peuple accoutumé à s'en croire le
dominateur , M. le Chevalier de Langeac
ajoute :
Il eſt une autre gloire , & ces exploits vantés ,
Hélas ! de trop de pleurs font toujours achetés ;
Mais de fimples vertus ennoblir fa couronne ;
Mais alors que des Cours la pompe l'environne ,
Deviner le malheur , franchir l'immenfité
Qu'entre l'homme & le trône a mis la royauté ;
Mais fur l'humble attelier , le chaume folitaire ,
Sur les fillons du pauvre , attacher l'oeil d'un père ,
Y voir avec reſpect fes Flottes , fes Soldats ,
Le Peuple enfin , l'appui , la grandeur des États :
Les voilà les vertus qui commandent l'hommage ,
Les vertus dont Louis embellit fon jeune âge !
Ces idées font à la fois juftes & fenfibles ;
Ev
106 MERCURE
eltes font écrites avec cette facilité qu'on a
toujours lorfqu'on eft ému foi même des
fentimens que l'on exprime. Cette expreffion
deviner le malheur , fera fans doute critiquée
; elle nous paroît belle. Mais rien
n'eft fi commun que de voir les mêmes cho
fes remarquées par les uns comme des dé→
fauts , par les autres comme des beautés ;
cela arrive fur tout aux chofes qui ne font
pas communes , à celles qui font trouvées ,
comme difoit Boileau . Le mérite qui diftingue
particulièrement cet Ouvrage de M. le
Chevalier de Langeac , c'eft de parler fouvent
à l'ame , & de rendre des fentimens
vrais avec une fimplicité touchante . Dans la
condition de l'homme attaché à la glèbe , le
plus grand malheur lui paroît celui de tranfmettre
fon fort à fes enfans :
Il vit pour les tyrans ; & , plus infortuné,
C'est pour eux qu'il eft père , & que fon fils eſt né.
L'Auteur n'en dit pas davantage. Un Déclamateur
auroit fait là- deffus bien plus de
vers.
O honte ! quoi , d'un Dieu les Miniftres facrés
Soutiennent comme un droit ces crimes révérés ?
C'eftdans un fiècle humain que leurs vaftes domaines
S'engraiffent des fueurs du Chrétien dans les chaînes!
Malheur au Citoyen , malheur à l'étranger
Que retient dans ces lieux un féjour paffager!
S'il expire , fes biens , dénombrés avec joie ,
DE FRANCE. 107
D'un Cloître impatient vont devenir la proie.
Et le fils , dépouillé par ces hommes pieux ,
Souffre la pauvreté que promettent leurs voeux ;
Il implore un pain noir près du toit de ſes pères !
Ces crimes révérés , eft une expreffion que
M. le Chevalier de Langeac ne devoit pas fe
permettre. On n'a jamais révéré ces crimes.
On a été long temps à découvrir qu'aucune
loi , aucune autorité ne peut légitimer la
Servitude ; on la fouffroit peut être fans
murmure , mais on ne la révéroit point.
Elle a même excité des révoltes dans les temîs
où on ne ſe doutoit point encore qu'elle fûc
un crime . La révolte des Jacquets eft très célèbre
dans l'Hiftoire de France . Ces vers d'ailleurs
ont le mérite de rendre , avec énergie
& avec intérêt , plufieurs circonftances de
la Servitude des main- mortables.
Tu tremblois , jeune Roi;
Marc Aurèle adopté s'effraya comme toi.
à
Ah ! bénis ton jeune âge; il te rend plus fenfible.
Dans la guerre , tes foins le bien même eft poffible.
Tes Édits éclairés , honorant tes fujers ,
Difpenfent un bonheur ignoré de la paix.
Vrais triomphes d'un Roi ! la corvée abolie
Aux champs du Laboureur va redonner la vie.
Je te vois réparer , fagement bienfaiteur ,
Ces lieux qui près du crime enfermoient le malheur.
Juges trop empreffés de trouver un coupable ,
On peut donc l'oublier cet ufage exécrable ,
I
E vj
108 MERCURE
Qui , prêtant aux forfaits l'audace des fermens ,
Fait mentir l'innocence au milieu des tourmens !
Aux malheureux enfin les lois feront propices , &c.
Fait mentir l'innocence au milieu des tourmens
, eft un vers fublime ; & il paroît que
l'Académie a jugé qu'il n'y en avoit point
d'aufli beau dans toutes les Pièces du Concours.
Pourfuis , jeane Héros , défends l'humanité ;
Et lorfqu'à tes Sujets tu rends la liberté ,
'L'un noble orgueil pour elle enflammé leur courage.
Mais quand ta volonté , chère au peuple ruſtique ,
Terraffe des abus , reftes d'un âge antique ,
Ah ! pourquoi notre amour ne peut-il à tes yeux
Ranimer les tranfports de nos premiers aïeux ?
Alors on étoit Roi par un libre fuffrage ;
Des États affemblés on recevoit l'hommage ;
Le Peuple , aux champs de Mars , & fur un bouclier,
Élevoit en triomphe un Monarque guerrier .
Pour toi , nous rendre heureux eft un droit de naiffance
,
Tu l'obtiendrois encore de la reconnoiffance ;
Et ton Peuple attendri , toujours sûr de t'aimer ,
Te nommeroit encor s'il pouvoit te nommer.
Nous ne diffimulerons point que nous
n'avons pas pû bien comprendre ce vers ,
Ranimer les tranfports de nos premiers aïeux.
DE FRANCE. 109
Mais tout ce morceau , écrit avec une nobleffe
naturelle , eft à la fois d'une ame
libre & d'un fujer fidèle. C'eft ainfi que les
talens doivent parler aux Princes devant la
Nation qui les écoute.
Ce Difcours nous paroît devoir ajouter
beaucoup à l'idée qu'on avoit déjà du talent
de M. le Chevalier de Langeac. Il a faifi
les grandes idées du fujet , & les a rendues
avec fenfibilité ; & , dans tous les genres , en
vers & en profe , c'eft la réunion de la penfee
& du fentiment qui fait les Écrivains diftingués
.
( Cet Article eft de M. Garat. )
RECUEIL de Pièces Intéreffantes , pourfervit
à l'Hiftoire des Règnes de Louis XIII
de Louis XIV. A Paris , chez Esprit , au
Palais Royal , & Lamy , quai des Auguftins.
Prix , 3 liv. broché.
CES Pièces font celles du Procès du Comte
de Chalais , décapité en 1626. Quel étoit fon
crime ? On n'en favoit rien avant d'avoir vû
ees pièces , & on le fait fort mal après les
avoir vûes. L'Arrêt le déclare vaguement
atteint & convaincu du crime de Lèze-
Majefté , fans fpécifier autrement ce crime.
Dans le procès il n'eft guères question que
d'intrigues au fujet du mariage de Monfieur ,
Frère du Roi , avec Mademoiſelle de Montpenfier
; mariage que le Roi & la Reine-
Mère defiroient , mais que la Reine Anne
110 MERCURE
d'Autriche & Mde de Chevreuſe , ſa Confidente
, vouloient empêcher. Le Comte de
Chalais , Maître de la Garderobe du Roi ,
étoit amoureux de Mde de Chevreuſe ; il
paroît qu'elle le mêla dans ces intrigues ,
qu'il y prit part , ou au moins qu'il en eut
connoiffance. Si c'étoit- là être coupable de
lèze majefté , la moitié de la Cour l'étoit. Le
Comte de Chalais prétendoit même avoir ,
par fes confeils , empêché des réfolutions
violentes que Monfieur vouloit prendre.
Mais les Hiftoriens parlent d'un complot
d'affaffiner le Cardinal de Richelieu dans fa
maifon ou de Fleury ou de Limours ; Chalais
s'en étoit chargé , il en avoit fait la confidence
au Commandeur de Valançai , for
ami , qui , après l'en avoir fait rougir , avoit
révélé tout au Cardinal , comme fi Chalais
l'en eût chargé, afin d'obtenir fa grâce.
Si Chalais l'en avoit chargé , il n'étoit pas
coupable , & Richelieu lui avoit obligation
de la vie . Si Valançai avoit pris fur lui d'agir
au nom de Chalais pour fauver fon ami
malgré lui - même , c'étoit la même chofe par
rapport au Cardinal , & Chalais étoit innocent
à fes yeux .
Auffi dans le procès de Chalais , n'eſt il
nullement queſtion de ce complot réel ou
chimérique , contre la vie du Cardinal ; &
Valançai , qui paroît dans ce procès comme
envoyé par le Roi ou par le Cardinal avec
le Sur-Intendant d'Effiat , pour entendre les
chofes que le Comte de Chalais difoit avoir
DE FRANCE.
à leur dire, ne parle en aucune manière de ce
complot , mais feulement des intrigues concernant
le mariage de Monfieur.
Mais voici une accufation encore plus
grave. Ce n'est plus à la vie du Miniftre que
le Comte de Chalais eft accufé d'avoir attenté
, c'eft à celle du Roi lui- même. Maître
de la Garderobe , il devoit tuer le Rdi
dans fon lit ; & Monfieur , qui entroit dans
ce complot , devoit fe tenir à portée de lui
prêter main- forte . Qui eft ce qui accufoit
Chalais de ce crime ? C'étoit le Comte de
Louvigny , fon rival , amoureux comme lui
f & comme prefque toute la Cour ) de
Mde de Chevreufe. Mais Louvigny n'avoit
ni reçu la confidence , ni furpris le fecret du
Comte de Chalais ; d'où tenoit- il donc.ce
qu'il difoit ? Le voici. Louvigny étant un
jour à la chaffe du Roi , s'étoit écarté pour
ôter fes bottes , & tirer des épines qui lui
étoient entrées dans la jambe ; pendant qu'il
-étoit occupé à cette opération , il avoit entendu
diftinctement trois ou quatre perfonnes
qui parloient de ce complot , dont
ils avoient été inftruits par le Comte de
Chalais lui- même ; Louvigny étoit féparé
d'eux par une haie , & ne pouvoit les voir ,
il n'avoit pas non plus reconnu leurs voix ,
ils avoient difparu fans qu'il eût pu les fuivre
, & toutes les autres perfonnes qui dépofent
au procès de Chalais d'avoir entendu
parler de ce complot , n'en avoient entendu
parler qu'à Louvigny.
712 MERCURE
D'après une pareille hiftoire , on fent que
Louvigny étoit le véritable inventeur de la
calomnie ; & Mde de Mottéville , inftruite
fur ce point par le Marquis de Béringhen ,
Confident du Roi & de la Reine , le dit expreffement.
D'ailleurs , le récit de Louvigny
inculpe Monfieur. Or , fans vouloir ménager
le moius du monde la mémoire de ce Prince
foible , toujours tremblant & irréfolu , on
peut affurer qu'il étoit incapable , à tous
égards , d'un tel complor ; & fi cette accufation
avoit paru avoir le moindre fondement
, comment n'auroit- on pas entendu
Monfieur lui-même, judiciairement ou extrajudiciairement,
comme dans l'affaire de M. de
Cinq Mars , qui étoit beaucoup moins grave ?
1 paroît , par la nature même du fupplice
auquel M. de Chalais fut condamné , qu'on
ne tint aucun compte de cette accufation
de régicide ; & tout ce qu'on peut induire ,
& des actes du procès & du récit un peu confus
de l'Éditeur & de l'épithète d'incorrigible
qu'il donne au Comte de Chalais , c'eft
que ce jeune homme , entraîné par fon
amour pour Mde de Chevreule , avoit d'abord
pouffé le zèle jufqu'à vouloir tuer le
Cardinal , qu'il s'en étoit repenti , qu'il
avoit fait averti ce Miniftre par le Coin-
- mandeur de Valançai ; que le Cardinal à
fon tour avoit averti le Comte de Chalais
de fe retirer de toutes ces intrigues de la
Cour de Monfieur , & qu'au mépris de ces
avis , le Comte de Chalais fe laiffa de nou-
<
>
DE FRANCE.
veau entraîner par Mde de Chevreufe dans
les intrigues tramées pour empêcher le ma
riage de Monfieur : il prétendoit n'y être entré
que pour épier la conduite de Monfieur ,
& en rendre compte au Roi & au Cardinal ,
genre de défenfe qui n'étoit pas noble , &
qu'on ne peut guères croire fincère. On pouvoit
lui dire : tu te feins criminel pour te
juſtifier. Mais enfin , en fuppofant la rechûte
de Chalais dans des intrigues qui devoient
déplaire au Roi , y avoit-il là de quoi envoyer
à l'échafaud un homme de vingt ans,
à qui l'amour fervoit d'excufe , & qui n'étoit
coupable que d'une faute & non d'un
crime ?
Un exemple étoit , dit- on , néceffaire dans
ces temps de trouble & d'intrigues. L'exemple
de l'injustice n'eft jamais ni néceffaire ni
utile , & nous ne voyons pas quel autre
fruit tira le Cardinal de tous ces actes de rigueur
fi fréquens fous fon règne , fi ce n'eſt la
haine publique qui alloit toujours en croiffant.
Nous la voyons fe porter fucceffivement des
intrigues aux complots , des complots aux
foulèvemens , puis à la guerre civile ouverte;
& un an encore avant la mort du Cardinal,
le Comte de Soiffons gagnoit contre lui la
bataille de la Marfed.
L'Éditeur veut excufer le Cardinal d'avoir
éré dans la prifon recevoir les dépofitions du
Comte de Chalais , en montrant que le
Comte l'en prie lui - même dans fes lettres.
Ii l'en prie , parce qu'il croit que la préſence
114
MERCURĖ
du Cardinal , comme celle du Roi , portoit
avec elle fa grâce.
- L'Éditeur croit encore laver le Cardinal
du foupçon que fait naître la mort trop
prompte du Maréchal d'Ornano à Vincennes
, en rapportant une lettre de Bouthillier
au Cardinal , qui contient la relation de
cette mort ; cette lettre ne prouve rien.
Des Auteurs ont dit que le Cardinal étoit
amoureux de Mde de Chevreufe , & ils ont
infinué que cc'étoit un rival qu'il avoit voulu
perdre dans le Comte de Chalais . L'Éditeur
oppofe à cette tradition , des lettres de
Mde de Chevreufe , confervées parmi les
manufcrits de M. le Maréchal de Richelieu ,
& qui prouvent , dit- il , qu'elle cherchoit à
lui plaire fans qu'on voie qu'elle y ait réuffi,
Ces inductions font foibles ; & à travers
tous les voiles dont la politique , la haine &
la vengeance couvroient alors tant d'affreux
myſtères , il ne faut pas croire aifément avoir
fait une découverte , ni démentir la tradition
fur une légère apparence .
Les lettres du Comte de Chalais , tant au
Roi qu'au Cardinal , font curieufes , quoi
que plufieurs foient inintelligibles ; mais elles
ne donnent pas une opinion favorable de
cet infortuné ; elles annoncent un homme
fans caractère , fans élévation , fans dignité.
On n'en peut rien inférer non plus ni, pour
ni contre fon innocence. Il exagère tour- àtour
, & toujours affez baffement , foħ
amour pour le Roi , fon admiration pour
DE FRANCE. 115
"
le Cardinal , & l'expreffion de fes remords
& les proteftations de fon innocence . Mais
la lettre de Mde de Chalais au Roi , pour
lui demander la grâce de fon fils , cft noble,
tendre , & n'eft pas fans adreffe. “ Quand
» Dieu , dit - elle , promet pardon à ceux
» qui le demandent avec une digne repen
» tance , il enfeigne aux Rois comment ils
" en doivent uſer.... La juſtice eft un moindre
effet de la puiffance des Rois que la
» miféricorde. Le punir eft moins louable
» que le pardonner ..... Les meilleurs exemples
pour les bons font de la pitié : les
méchans deviennent plus fins & non pas
meilleurs pour les fupplices d'autrui . Sire ,
je vous demande les genoux en terre la
vie de mon fils , & de ne permettre point
que celui que j'ai nourri pour votre fer-
» vice meure pour celui d'autrui ; que cet
» enfant , que j'ai élevé fi chèrement , foit
» la défolation de ce peu de jours qui me
"
reftent ; & enfin , que celui que j'ai mis
» au monde me mette au tombeau. Hélas !
» Sire , que ne mourut - il ..... du coup qu'il
3 reçut à Saint - Jean ( d'Angely apparem-
» ment ) ou en quelqu'autre des périls où il
s'eft trouvé pour votre Service , tant à
» Montauban , Montpellier qu'autres lieux !
» ou de la main même de celui qui nous a
caufe tant de déplaifirs ! ( ceci paroît défigner
Monfieur , & n'être pas fans adreffe. )
Ayez pitié de lui , Sire..... Je vous l'ai
donné à huit ans ; il eft petit - fils du Mar
2
30
176 MERCURE
réchal de Montluc & du Préfident Jean-
» nin , & c. »>
>
Après cela , on ne peut voir qu'avec indignation
, & regarder que comme une dérifion
barbare la lettre par laquelle le Roi ,
inclinant à la très humble prière de la Dame
de Chalais, & ayant égard àfa vertu & piété,
lui remet le corps de fon fils , & accorde
que la Famille ne fera pas déchue de la Nobleffe
, comme s'il dépendoit des Rois &
des Juges de flétrir les races illuftres.
II y a dans ce procès un M. de Lamont
Exempt des Gardes du Corps qui , chargé
feulement en apparence de garder Chalais
dans fa prifon , fe charge de plus de l'ef
pionner & de redire jufqu'au moindre mot
qui échappe à ce malheureux étourdi & indifcret.
Tout , dans ces triftes temps , ref
pire l'esclavage & fert la tyrannie.
A la fuite de ce procès , on trouve une
hiftoire prétendue de la fameufe Marion de
Lorme, écrite par elle même , fous la forme
d'une Lettre aux Auteurs du Journal de Paris ,
datée des Champs Élifées , ou , felon les
propres termes du texte , de l'autre monde. *
Si cette hiftoire eft vraie , pourquoi cette
fiction ? Si elle eft fauffe , en quoi peut- elle
fervir à l'Hiftoire du Règne de Louis XIV ?
* On peut voir les Numéros 105 , 114 , 129 ,
131 , 145 du Journal de Paris 1780 ; mais les épo
ques alléguées dans ces Numéros ne fe rapportent pas
exactement à celles de l'Extrait-mortuaire qu'on va
your.
DE FRANCE. 117
paroît que cette Hiftoire de Marion n'eft
qu'un Roman , bâti fur cet extrait- mortuaire
fingulier , levé à Saint- Paul,
L'an 1740 , les Janvier , eft décédée au
» Paon blanc , rue de la Mortellerie , Marie-
» Anne Oudette Grappin , âgée de cent
trente- quatre ans & dix mois , comme il
» nous a apparu par l'extrait - baptiftaire,
» délivré le 18 Septembre 1707 , ligné &
" extrait par M. Thomas , Cure de Balheram ,
» proche Gez , en Franche - Comté, laquelle
» eft née le s Mars 1606 ; veuve en qua"
" trièmes noces de François le Brun , Pro
❤cureur- Fifcal de M. de Rhumant, quai des
Théatins ; a été inhumée le 6 dans le
> cimetière de S. Paul , fa Paroiffe, Signé,
" Moncheray , Prêtre. Collationné à l'ori
ginal , & délivré par nous , Prêtre , Bache
lier en Théologie , Vicaire de la fufdite
Paroiffe de S. Paul. A Paris , le 20 Avril
1730. Signé , Poitevin. En marge eft la
» copie de l'extrait-baptiftaire, "
»
On veut que cette Marie - Anne Oudette
Grappin ait été la fameufe Marion de Lorme ,
dont on prétend que ce premier nom étoit
le véritable , & qui mourut , dit-on , dans la
misère à cent trente - quatre ans. On remplit
fes quatre mariages & les autres événemens
de fa vie, ou par les mémoires du temps ou
par des fictions à peu - près comme on remplit
des bouts- rimés , ou , fi l'on veut des
Comparaifons plus nobles , comme M. le
Président de Broffe a rempli les lacunes do
Sallufte, ou le P. Brothier celles de Tacite,
118 MERCURE
LA CHUTE DE RUFIN , Miniftre
de Théodofe , & de fes Fils Arcadius &
Honorius , Poëme en deux Chants , traduit
de Claudien. A Bouillon , & fe trouve à
Paris , chez les Marchands de Nouveautés.
J. Ce fut dans la décadence la plus honteufe
des Lettres & de l'Empire , que parut
Claudien , génie heureux , qui brille de
beautés d'autant plus remarquables , que
pour les produire , il lui a fallu s'élever audeffus
de la foibleffe & de la turpitude de
fon fiècle . Pour parler de lui dans fon ſtyle ,
on peut le comparer à un foleil d'hiver ,
qui fe lève dans l'obfcurité des brouillards ,
& qui diffipe de temps en temps les nuages
qui l'environnent. Ses vers , toujours nobles ,
toujours élégans , toujours pleins d'une har
monie majestueufe , charmeroient toujours
fi cette majesté de fons n'étoit pas trop uniforme.
Sa manière rappelle un peu trop ce
vrrs connu ' ,
L'ennui paquit un jour de l'uniformité.
7
Cette monotonie laffe d'autant plus à la
Tongue , qu'il ignore abfolument l'art d'allier'
Le grand avec le tempéré ; & que cherchant
toujours à s'étendre , à s'élever , à s'enfler ,
fatigue fon Lecteur , & fe fatigue luimême,
Tous ces défauts n'empêchent pas
qu'il n'ait de véritables beautés , comine je
le difois tout-à - l'heure , des beautés caractérilées
par un certain , ton de force & de
grandeur dans les idées , foutenu par la no
DE FRANCE. 119
bleffe & l'harmonie des expreffions . Tel eft
l'exorde de fon invective contre Kufin.
Sape mihi dubiam traxit fententia mentem
Curarent Superi terras , an nullus ineffet
Rector , & incerto fluerent mortalia cafu ;
Nam cum difpofiti quafiffem fadera mundi ,
Prafcriptosque maris fines , annique meatus ,
Et lucis noctifque vices : tunc omnia rebar
Confilio firmata Dei , qui lege moveri
Sidera , qui fruges diverfo tempore nafci ,
Qui variam Phabem alieno jufferit igne
Compleri , folemque fuo : porrexerit undis
Littora : tellurem medio libraverit axe.
Sed cum res hominum tantâ caligine volvi
Adfpicerem , latofque diù florere nocentes
Vexarique pios ; rursùs labefacta cadebat
Relligio ; caufaque viam non fponte fequebar
Alterius ; vacuo qua currere fidera mota
Affirmat , magnumque novas per inanefiguras
Fortuna , non arte regi : qua numina fenfu
Ambiguo vel nulla putat , vel nefcia noftri.
Abftulit hunc tandem Rufini pana tumultum ,
Abfolvitque Deos ; jam non ad cu'mina rérum
Injuftos creviffe queror. Tolluntur in altum
Ut lapfu graviore ruant .
Le Traducteur paroît avoir été un pen
foutenu par la grandeur de ce début , qui
réunit la fatyre la plus forte à la morale la
plus profonde.
420 MERCURE
Souvent, je l'avouerai , mon eſprit téméraire
A douté fi les Dieux prenoient foin de la terre ,
Ou fi , foible jouet d'un pouvoir incertain ,
L'homme n'avoit pour Dieux qu'un aveugle deftin.
Quand j'admirois l'accord qui règne entre les mondes,
La barrière impofée à la fureur des ondes ,
La marche des faifons , & la nuit & le jour ,
Dont le foleil prefcrit l'abfence & le retour,
Tout m'annonçoit alors un Dieu dont le génie
Créa de l'Univers la conftante harmonie ,
Fertilifa la terre , & plaça fous le ciel
Tous ces mondes roulans dans un ordre éternel;
Un Dicu , qui du foleil allumant la matière,
Ordonna que Phébé, nous rendît ſa lumière ,
Eleva de fa main le rivage des mers ,
Et fufpendit ce globe au vafte fein des airs .
MATS quand je comparois au bonheur de l'impic .
Tous les maux qui du fage empoiſonnent la vie ,
#
Ma raifon le troubloit à cet affreux tableau ;
De la religion j'éteignois le flambeau ;
J'embrasfois à regret ce défolant ſyſtême ,
Que tout naîtfans la loi d'un Monarque fuprême,
Que dans l'immenfité , diftribués fans art ,
Ces globes enflammés ne marchent qu'au hafard
L'exiſtence des Dieux me fembloit incertaine.
Il n'en eft point , difois-je , ou fur la race humaine
» Jamais ces Dieux oififs n'ont abaiſſé les yeux.
Rufin tombe , fa mort abfout enfin les Dieux.
Que
DE FRANCE. 121
Que l'impie un moment triomphe dans le monde ,
Qu'il s'élève , fa chûte en fera plus profonde.
Quoique ces vers du Traducteur furpaffent
tellement tout le refte de fa verfion ,
qu'ils ne femblent pas de la même main , ils
font néanmoins trop foibles pour mériter
que nous entrions dans beaucoup de détails
critiques ; nous nous contenterons d'obferver
qu'ils ne font ni affez énergiques ni
affez fidèles ; & que les plus beaux traits
de l'original font tellement défigures , qu'on
les cherche en vain dans le françois. Par
exemple :
"
Qui variam Phoebem alieno jufferit igne
Compleri , Solemque fuo.
C'est- à- dire , en profe littérale , « un Dieu
" qui ordonna à inégale Phoebé de briller
d'une lumière empruntée , & au Soleil
» de la fienne propre. » Cette idée eft jufte .
& précife ; mais on ne fait pas ce que le
Traducteur a voulu dire
Un Dieu , qui du Soleil allumant la matière ,
Ordonna que Phoebé nous rendit fa lumière.
Et ce vers d'une harmonie fi heureuſe & fi
frappante :
Tolluntur in altum
Ut lapfu graviore ruant.
Eft il rendu par cette ligne de profe ?
Qu'il s'élève , fa chûte en fera plus profonde.
Il vaut mieux revenir à Claudien , qu'il
eft à propos d'apprécier dans cet Article ,
N° . 42 , 20 Octobre 1781 .
F
122 MERCURE .
plutôt que fon Traducteur , foible & profaïque
. On doit remarquer qu'il ne foutient
pas long temps ee ton de philofophie élevée
qu'il avoit pris dans fon exorde . Après ce
début, impofant & fublime, il a recours à une
allégorie commune & exagérée . Le Lecteur eft
tenté de demander à peu près comme celui
à qui on avoit montre une maiſon mefquine
dont le portail étoit grand & magnifique : Où
eft la maison de cetteporte ? Claudien fuppofe
qu'Alecton , ennuyée de laiffer le monde paifible
, affemble les futies , & leur propoſe ou
de couvrir la terre de la nuit de l'Erèbe ,
ou d'infecter les airs de la pefte , ou de foulever
les flots de l'Océan , ou de confondre
l'Olympe & les Enfers. Mégère , la plus
cruelle de toutes fes compagnes , trouve ces
défaltres trop légers , & propoſe un fléau
plus terrible encore , c'eſt Rufin. On fent
combien cette hyperbole eft outrée & gigantefque
, & que l'Auteur manque fon effet
pour paffer la mefure. Ce n'eft pas qu'il ne
rencontre fouvent de beaux traits , tels que
celui- ci du Difcours d'Alecton :
Quas Coelo Jupiter arcet ,
Theodofius terris.
Contre nos vains efforts , pour défendre ſa cauſe ,
Le Ciel a Jupiter , le Monde a Théodoſe.
Cette penſée , grande & préciſe , eſt méconnoiffable
dans le Traducteur.
Théodofe & le Roi des Puiffances célestes ,
De la Terre & des Cieux nous ont fermé l'accès.
DE FRANCE.
123
Souvent auf Claudien offre des vers
dignes de Virgile pour l'harmonie & la
beauté des images ; par exemple , quand
il compare le murmure confus de l'affemblée
des furies, à l'agitation de la mer après
un orage.
Ceu murmurat alti
12
Impacata quies pelagi , cum flamine fracto
Durat adhuc , favitque tumor , ' dubiumque per aftum
Laffa recedentis fluitant veftigia venti.
Cette defcription eft fi poétiquement ex- :
primée , qu'elle est belle encore dans le
Traducteur , quoiqu'il n'ait pas rendu les
expreffions de génie , telles que impacata .
quies , laffa recedentis venti veſtigia , &c.
Un bruit confus s'entend : tel après un orage ,
Quand de fes flots mourans la mer bat le rivage ,
Roule encor fur l'abîme un fourd mugiffement.
L'Auteur de la Henriade femble avoir eu
en vue cette comparaifon de Claudien dans
celle que l'on va lire , qui n'eft pas moins,
bien exprimée.
Il élève fa voix ; on murmure , on s'empreffe ,
On l'entoure , on l'écoute , & le tumulte ceffe ;
Ainfi dans un vaiſſeau qu'ont agité les flots ,
Quand l'air n'eft plus frappé des cris des matelots ,
On n'entend que le bruit de la proue
écumante ,
Qui fend d'un cours heureux la vague obéiffante.
Tel paroiffoit Potier dictant les juftes loix,
Et la confufion fe taifoit à la voix.
Fij
£ 24
MERCURE
OPUSCULES Chimiques & Phyfiques de
M. T. Bergman , Chevalier de l'Ordre
de Vafa , Profeffeur de Chimie à Upfal ,
&c. recueillis , revus & augmentés par
lui - même , traduits par M. de Morveau
avec des Notes , Tome premier , in 8 ° .
1780. A Dijon , chez L. N. Frantin , Imprimeur
du Roi,
•9
Il n'y a pas d'exemple qu'aucune Science
ait jamais fait des progrès auffi confidérables
& aufli rapides que ceux que nous
avons vu faire à la Chimie depuis trente
ou quarante ans ; ils font fi étonnans, qu'un
excellent Chimifte qui , depuis ce temps ,
n'auroit eu aucune connoiffance des découvertes
modernes , pourroit à peine reconnoître
cette Science , & n'entendroit prefque
plus rien à fa tournure , ni au langage
nouveau qu'elle a été obligée de fe former
pour expofer une multitude de faits nouveaux
d'idées nouvelles.
Cette belle Science , qui tient à toute la
Nature & à tous les Arts , mais qui avoit
été prise à contre- fens jufqu'au temps du
renouvellement des Sciences , ne demandoit
en effet qu'à être cultivée par des Phyficiens
judicieux , pour paffer prefque ſubitement
de l'état de l'enfance à celui d'un
coloffe. L'illuftre Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons , eft fans contredit un
de ceux de nos Contemporains auxquels
DE FRANCE. -125
nous avons l'obligation d'une fi heureufe
révolution. Homme de génie , travail leur
infatigable , ce Savant n'a point cherché à
prefenter un de ces corps complets de la
Science , un de ces fyftêmes liés qui fatisfont
par leur enfemble , & qui peuvent avoir
leur utilité , mais qui , il faut en convenir ,
paroiffent encore prématurés . Si l'on excepte
le Traité & la Table des Attractions électives,
les travaux de M. Bergman ne fe font dirigés
jufqu'à prefent que fur des objets particuliers
, mais ils font fi nombreux , qu'il n'y
a prefque plus de parties de la Chimie qu'il
n'ait enrichies de quelque découverte brillante.
Ces Differtations ifolées, qui avoient paru
en différens temps , fous différentes formes
& en différentes langues , méritoient d'être
recueillies , réimprimées; & réunies en un
même corps d'ouvrage ; c'eft à quoi s'occupe
préfentement leur illuftre Auteur.
Nous en avons déjà les deux premiers Volumes
, & fans doute que les autres fatisferont
bientôt l'empreffement des Chimiftes.
,
L'Édition d'Upfal eft en latin ; & comine
elle ne fuffiroit probablement pas à nos
befoins , un ami , un digne émule de M.
Bergman , M. de Morveau , dont le nom
les travaux , les découvertes en Chimie & le
zèle pour l'avancement de cette Science
font fi connus , a cru avec raiſon ne pouvoir
y contribuer d'une manière plus efficace
qu'en nous donnant une Édition Frank-
Fiij
126 MERCURE
çoife de cet excellent Ouvrage , en y joignant
des Notes bien propres à figurer avec
le texte.
Nous n'avons encore que le premier Volume
; il commence par un très- bon Difcours
fur la recherche de la Vérité , &
renferme onze Differtations fur l'acide
aërien , fur l'analyse des eaux en général
fur celles d'Upfal, fur la fontaine acidule
de la Paroiffe de Danemarck , fur l'eau
de la mer , fur les eaux médicinales froides
artificielles , fur les eaux médicinales chaudes
, fur l'acide du fucre , fur la préparation
de l'alun , fur le tartre antimonié ou émétique,
& enfin fur la magnéfie dufel d'epfom.
Nous n'entreprendrons point de donner
ici une idée des découvertes que renferment
ces Differtations ; il faudroit entrer
dans des détails très - longs pour en faire
fentir le mérite même aux perfonnes les
plus verfées dans la Chimie ; il nous fuffit
de dire en général qu'il n'y a aucun
de ces Mémoires où l'on ne trouve des
expériences neuves , dirigées avec fagacité
vers un but important ; des Analyſes où
l'Auteur a porté une exactitude & une précifion
prefque mathématiques & inconnues
jufqu'à ces derniers temps dans la phyſique ;
ungrand nombre de combinaiſons faites avec
intelligence, & pour compléter la démonſtration
de vérités indiquées par des Analyſes antérieures
, ou pour nous faire connoître des
êtres nouveaux ; & enfin de ces vues d'un
DE FRANCE.
127
homme de génie , qui deviennent fouvent le
germe des plus importantes découvertes.
Ceux qui voudront avoir une idée fommaire
, mais très - exacte , de celles dont la
Chimie eft jufqu'à préſent redevable à M.
Bergman , la trouveront dans l'Avertiffement
que fon favant Traducteur a mis à la tête
de ce premier Volume de l'Édition françoiſe
de ſes Opufcules.
SPECTACLES.
Second Dialogue entre un Spectateur & un
Critique.
Le S. JE vous retrouve , Monfieur , & je
vous arrête. Je prends à vous un intérêt qui
m'engage à vous communiquer de nouvelles
réflexions. Le C. L'intérêt que j'aurai
le bonheur d'infpirer aux gens honnêtes , fera
toujours , M., la plus précieufe récompenfe
de mes travaux . Je vous écouterai avec
attention , & je vous répondrai avec franchife.
Le S. Depuis notre dernière converſation
, j'ai continué de vous lire trèsexactement
, & j'ai trouvé dans vos Articles
des chofes qui peuvent vous être très - nuifibles.
Le C. Que dites vous-là ? Le S. La
vérité . Je vois votre peine , mais vous favez
nos conventions. Le C. De grâce , expliquezvous
promptement , vous m'inquiétez beau-
Fiv
128 MERCURE
coup. Le S. Laiffez- moi donc parler. D'où
vient , s'il vous plaît , que dans certaines
circonftances vous vous armez de la fevérité
la plus rigoureufe , & que dans d'autres
vous êtes d'une indulgence extrême ? Une
telle conduite implique contradiction , &
n'annonce pas une manière aufli impartiale
que celle dont vous vous targuez. Le C.
Quoi ! voilà le fujet.... Le S. Un moment.
Quand j'aurai tout dit , vous répondrez à
tout. On eft furpris de voir tour à tour la
même perfonne expofée à vos critiques &
à vos eloges . On fe plaint de ce que tantôt
vous élevez la voix pour lui faire des reproches
, tantôt pour là careffer. On va même
la
jufqu à fe plaindre de votre filence ; on lui
fuppofe des motifs , & d'après cette fuppofition
on ne balance point à vous blâmer.
Le C. Eft- ce tout ? Le S. Non . On ajoute
que vous avez pris dans la Littérature un
ton qui annonce un orgueil condamnable ,
& que cet orgueil eft prouvé par l'affectation
avec laquelle vous évitez de flatter aucun
pari . Trop foible pour n'avoir pas befoin
de fecours , vous êtes , dit on , trop vain
pour chercher un appui . Auffi devez- vous
vous attendre à voir diftribuer à d'autres ,
& fous vos yeux , les récompenfes
auxquelles
vous croirez devoir prétendre
, auffi
bien qu'à ne parvenir jamais aux honneurs
Littéraires
. Le C. En vérité , vous m'avez
caufé d'abord un effroi dont je ris à préfent.
Voilà donc les grandes raiſons qui doivent
DE FRANCE. 129
cours ,
me faire trembler ! & c'eſt vous , Monfieur ,
vous qui prêtez l'oreille à de pareils dif-
& qui vous chargez de me les rendre.
Le S. Écoutez . Tout me paroît de confequence
dans un Écrivain Polémique , & fur-tout
dans un Journaliſte. C'eſt une miffion fi delicate
, qu'on ne fauroit trop mettre fa conduite
à découvert. Répondez à toutes ces
inculpations ; fi vous me perfuadez , vous
devez croire que je faurai vous défendre .
Le C. Eh bien , Monfieur , voici mes réponfes.
1. Le ton d'un Obfervateur ne doit pas
être toujours le même. Malheur à celui qui
ne fait pas diftinguer les objets qui exigent
ou la févérité ou l'indulgence , il ne fera jamais
utile. L'Ouvrage qui , par l'audace ou
par le nom de fon Auteur , peut nuire au
goût & à la morale , le Comédien qui ,
après des études fuffifantes pour lui avoir
donné des lumières , dénature les rôles
qu'il repréfente , & traveftit les caractères
tracés par nos Maîtres , doivent certainement
être jugés avec févérité ; c'eft être
coupable que d'être foible dans ce cas.
Mais le Debutant qui entre en tremblant
dans une carrière , qui réclame les bontés de
fes Juges ; nais l'Ouvrage qui fort le premier
de la plume d'un Auteur doivent- ils être
jugés de même ? Je l'ai déjà dit ailleurs , c'eft
de l'indulgence qu'il faut dans une telle circonftance
, & n'en point avoir, eft le fait d'un
coeur malhonnête. Confultez là - deffus votre
raifon & votre délicateffe. 2 °. Il exifte dans
F v
130 MERCURE
l'Art Dramatique plus d'un fujet digne tourà
- tour d'eloges & de critiques. Celui ci , né
avec une difpofition reconnue & marquée
pour tel genre dans lequel il a tous les luffrages
, force le mien quand il s'y préſente ,
& je le lui donne publiquement .Tout- à coup
il quitte la place où fon talent brilloit , pour
en prendre une où il difparoit , je ne lui dois
que mes avis , & je les lui donne auffi. Il s'obftine
par amour- propre , je tiens ferine par
amour de l'Art ; de - là naît une fuite d'obfervations
critiques plus vigoureufes. N'eftce
pas là mon devoir ? Une telle conduite
implique-t'elle contradiction ? je vous en
fais juge. Ileft des circonftances où je metais ,
j'en conviens ; mais je ne me tais pas tou
jours par choix , la force y fait fouvent beaucoup.
J'obéis alors à la néceflité. Qui ofera
me juger fur mon filence faus en connoître
les motifs ? Ah ! Monfieur , vous avez bien
raifon de regarder la fonction d'un Critique
comme une fonction delicate ; mais vous en
penferiez bienautrement encore, fi vous faviez
quels refforts on emploie quelquefois pour
leur fermer la bouche , & de quelles chaînes
pefantes leurs mains font fouvent chargées.
Quant au reproche de partialité, il ne m'effraie
pas. C'eft la refource des médiocres & des fots.
Laillons à ces pauvres enfans le hochet qui
les amufe. La plume à la main , je n'ai d'amis
que le talent , d'ennemis que la médiocrité ,
de haine que pour le charlatanifme. Voilà ma
profeilion de foi. Je la renouvellerois -fous les
DE FRANCE. 131
yeux du Public auffi facilement que fous les
vôtres , parce que je fuis vrai . Sije me trompe,
c'eft malgre moi . 3 ° .J'ai peut-être mérité d'étre
taxe d'orgueil ; mais eft ce un orgueil ſi con -`
damnable que celui qui engage à mériter
les encouragemens des vrais Philofophes
& des honnêtes gens ? Je ne tiens à aucune
fecte ; je ne careffe aucun parti : non ;
mais je ne perfécute perfonne. Je ne
cherche point l'appui de ceux qui font
aujourd'hui les réputations & les fortunes ,
parce que le droit de dire la vérité pour &
contre tous, eft trop précieux pour que je
l'abandonne jamais. Je n'aime point les
bienfaits dont il faut être l'efclave ; & en
matière de goût , je me ferois gloire de
mon ingratitude. Vous me parlez des honneurs
littéraires , ai -je le droit d'y prétendre ?
C'eſt un extrême mérite qui devroit feul
conduire. Je connois mon infuffifance , &
j'aurai fur tant d'autres , qui ne valent peutêtre
pas mieux que moi , la pudeur au moins
de ne pas demander ce qui ne fauroit m'être
dû. D'ailleurs , la carrière que j'ai embraffée
n'eft pas le chemin qui conduit aux honneurs
dont vous me parlez ; je ne les dédaigne
pas , je n'ai pas ce fot orgueil , mais je m'en
dédommage en cherchant à me rendre digre
de l'eftime publique voilà mon honneur
à moi , il vaut bien tous les autres.
Le S. Vous m'avez convaincu , & j'en fuis
ravi ; mais je vous ai rapporté ces difcours
publics , & je voudrois que notre converfa-
€
y
F vj
132
MERCURE
tion prît de la publicité. Le C. Eh bien ,
Monfieur , elle en aura , & ce fera mon dernier
mot fur ce qui me regarde particulièrement.
Quand je réponds à des reproches qu'on répand
avec un foin auffi perfide qu'induſtrieux,
on ne manqueroit pas de réitérer ceux de
vanité, d'égoïfme , &c. & je dois éviter des
inculpations que je n'ai pas méritées . Oh !
que fi j'avois connu plus tôt tout ce qu'on
éprouve dans la miffion dont je fuis chargé
! .... Le S. Eh bien ! .... Le C. Eloignons
ces idées chagrinantes ; elles me dégoûteroient
d'un Art que j'aime. Adieu , Monfieur,
je vais me confoler en m'occupant à de
nouvelles études.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Quiproquo , Comédie en un Acte ,
que l'on vient de repréfenter à ce Spectacle
, eft un de ces Ouvrages qu'on ne peut
analyſer ou juger qu'après qu'ils font imprimés
; nous ne parlerons de celui- ci que quand
il le fera. On y trouve de l'efprit, une peinture
de nos moeurs qui n'eft pas très - morale , &
un ftyle fouvent affez incorrect pour annoncer
un Ecrivain qui n'eft pas fort exercé.
Ce petit Drame a plû à un certain nombre
d'efprits , & déplû à un plus grand nombre.
DE FRANCE. 133
VARIÉTÉ S.
MOYEN d'augmenter le Bonheur d'une partie
de la Nation , fans nuire à perfonne.
> LE Bonheur , comme l'on fait , eft , de tous les
objets de la vie humaine , le plus fimple & le plus
compliqué : c'eft en général un état de jouiffances
agréables qui nous fait aimer la vie & chérir notre
exiftence. Dans l'état fauvage, la Nature en fait prefque
tous les frais. Dans la vie fociale , le Bonheur
fe vend , s'achette , fe donne , fe tranfmet. On le
poſsède aujourd'hui , demain on en eft dépouillé. It
n'y a , dit - on , qu'un petit nombre d'individus
qu'on appelle fages ou philofophes , qui ont le fecret
de le trouver en eux-mêmes fans le faire dépendre
des autres . En attendant que cette recette devienne
générale , indiquons un moyen qui , en augmentant
nos jouiffances , pourra fervir à étendre celles de la
plupart de nos Concitoyens. Ce moyen nous paroît
fort fimple: c'eft de changer l'heure des Spectacles ,
& de les mettre tous , fans exception , à huit heures
da foir pendant neuf mois de l'année , & à neuf
heures depuis le 1 Juin jufqu'au 1 Septembre . Le
premier effet de ce changement feroit d'en produire
un dans nos moeurs , relativement à l'heure du dîner ,
qui nous paroît fort incommode dans l'état actuel
des chofes,
Autrefois le dîner , qui eſt aujourd'hui le repas le
plus confidérable des François , éroit très - léger ; il
n'y avoit point alors d'inconvénient à travailler
après diner ; ce repas avoit lieu vers les 10 heures
du matin. C'étoit véritablement le déjeûner d'aujourd'hui.
Plus d'un fiècle après , on a dîné à onze
134 MERCURE
heures. C'est encore actuellement l'heure des Collèges
, des Couvens , des Artiſans & de la très-petite
Bourgeoifie , fur-tout dans les Provinces. Au feizième
fiècle & au commencement du dix -feptième , les
bons Bourgeois de Paris, & la bonne Société, dînoient
encore à midi. C'étoit l'heure de Louis XIV ; les
Courtisans , qui alloient lui faire la cour à cette
heure , étoient obligés de dîner plus tard * . Dans les
Provinces , à Lyon , Bordeaux , Lille , &c. la bonne
Compagnie dîne encore à une heure , & le petit
Bourgeois à midi. Il n'y a pas trente ans que les
Gens de la Cour étoient les feuls qui dînaffent à deux
heures ; aujourd'hui tout le monde veut les imiter ; le
très-grand monde dîne même à trois heures. Le fouper
a fuivi les mêmes progreffions ; on a foupé à 5 , 6 ,
7 , 8 & 9 heures ; dans les grandes Maiſons , & dans
la bonne Bourgeoifie on foupe même à dix heures ;
car les Bourgeois riches veulent en tout imiter les
Grands , & ce n'eft pas un mal quand les fortunes
le
permettent ; c'eft tendre à faire difparoître fans
effort la trop grande inégalité des conditions .
Les Spectacles étant établis aux heures que nous
venons d'indiquer , il s'enfuivroit donc naturellement
un changement dans l'heure du diner , qu'on
établiroit à cinq beures ( car les heures du dîner
ont toujours été en rapport avec celles des Spectacles
** ) . Voyons comment il réfulteroit de ce
* Voyez , fur ces changemens d'heures de dîner & de
fouper , un excellent Recueil intitulé : Mêlanges tirés d'une
grande Bibliothèque .
** Les Historiens du Théâtre ne parlent point de
l'heure exacte de la repréſentation des Spectacles ; mais
voici ce que l'on peut affurer à cet égard .
Les Confrères de la Paffion eureut un fi grand fuccès ,
qu'on fut obligé , dans plufieurs Eglifes , d'avancer le temps
DE
135
FRANCE.
changement plus de plaifirs & d'avantages pour une
partie de la Nation.
1º . Toutes les affaires fe feroient fans interruption
depuis huit heures du matin jufqu'à cinq heures
du foir. On ne prendroit qu'une demie- heure dans la
journée pour un déjeûner un peu plus folide , * vers
les dix à onze heures. }
des Vêpres , afin que le Peuple pat affifter à ces amuſemens.
Le Curé de S. Euſtache fit ordonner aux Confrères de
la Paffion de ne commencer leurs Spectacles qu'après
Vêpres , ce qui attira de leur part des repréſentations , &
ils fe foumirent à n'ouvrir leurs Jeux qu'à trois heures
fonnées.
Il y a un Arrêt qui ordonne aux Comédiens d'ouvrir
leur Spectacle de bonne heure , en forte qu'on puiſſe
fortir avant la chute du jour , à caufe de la mauvaiſe
faifon & du danger de fe retirer dans Paris la nuit. Il
n'y avoit point alors de Guet , & la Capitale n'étoit ni
pavée ni éclairée . Avant Louis XIV , il y avoit peu de
Spectacles , & on les donnoit à deux & trois heures ; mais
depuis Molière , les Spectacles , quant aux heures , ont été
à peu-près permanens . Ils ont commencé à cinq heures ,
puis à cinq heures & demie, & aujourd'hui ils ne commencent
guères qu'à fix heures.
* On lit dans le Livre que nous venons de citer , une
Anecdote fur les Petits Pâtés , qui peut trouver ici fa
place .
Sous le Ministère du Chancelier de l'Hôpital , les petits
pâtés fe crioient dans toutes les rues de Paris ; il s'en
faifoit une énorme confommation . Le févère Chancelier
de l'Hôpital les regarda avec raifon dans ce temps , comine
un luxe néceffaire à réprimer. Les petits pâtés ne furent
pas défendus , mais par une Ordonnance , on défendit
de les crier. Comme le luxe eſt conſidérablement aug136
MERCURE
les
2. Les femmes gagneroient beaucoup à cet arran
gement. En général elles déteftent le dîner , que
hommes préfèrent. Elles auroient plus de temps pour
régler l'intérieur de leurs Maifons , pour veiller à
l'éducation de leurs enfans , &c. Dans l'état actuel ,
il faut convenir qu'avec le befoin que les femmes
ont de dormir plus que les hommes , quoiqu'elles
travaillent beaucoup moins , il ne leur
refte pas affez de temps pour leurs occupations intérieures
; car le luxe étant très-augmenté , on exige
d'elles aujourd'hui plus de parure , plus de recherche
& d'attention fur elles-mêmes. La toilette , qui pour
elles eft un objet de fi grande importance , & que
nous devons fi facilement leur pardonner , puifqu'elle
n'a pour objet que de nous plaire , les occupe
beaucoup plus qu'autrefois , & comme l'heure du
dîner termine la journée d'une femme pour fa famille
, puifqu'elle fe doit alors toute entière à la
Société , il faut convenir qu'il y auroit de l'avantage
à la retarder.
3. Elles y gagneroient de toutes manières ; car
la plupart des hommes qui fe font une habitude
d'aller manger chez les autres , prétextent aujourd'hui
leurs affaires pour s'en aller immédiatement
après le diner , ces parafites feroient obligés
de refter à jouer , ou à caufer, ils ' accompagneroient
les Dames aux Spectacles ou aux promenades , puifque
toutes les affaires feroient finies à cinq heures ;
menté , il feroit très- convenable , dans l'arrangement que
nous propofons , qu'on laifsât crier les petits pâtés dans
les rues pour le déjeûner des bons Bourgeois de Paris , de
dix à onze heures . A Londres , où l'on ne dîne qu'à cinq
heures , les Commerçans ,, avant ou à la fortie de la
Bourfe , déjeûnent avec des petits pâtés tout chauds , foit
de viande, foir de fruits.
DE FRANCE. 137
& une Maîtreffe de maiſon n'auroit plus le défagrément
, après avoir reçu dix Maîtres chez elle , de
fe voir prefque abandonnée , & de n'avoir pas fouvent
affez d'hommes pour faire fà partie.
4°. Cet arrangement conferveroit même plus de
moeurs dans l'intérieur d'un grand nombre de
ménages . Chez des gens d'un certain étát , qui
ont des occupations , les maris dînent & les femmes
foupent ; beaucoup d'hommes n'affiftent pas aux
foupers de leurs femmes * . Cette fingulière diftribution
des repas donne lieu à bien des défordres . Si
le diner étoit à cinq heures , il feroit commun à
toute la famille . Cette heure feroit véritablement
celle du plaifir ; le travail feroit fini , & on ne penferoit
plus qu'à jouir & à faire jouir les autres.
5 °. Des claffes entières de Citoyens trouveroient
leurs avantages dans cet arrangement. Toute la
Magiftrature , la Finance , le Commerce ue tarderoient
pas à s'y affujétir . On fermeroit tous les
Magafins à cinq heures , comme cela ſe pratique à
Londres , où l'on dîne & l'on ne foupe pas. Les
Commis de toutes espèces , les Employés des Ferrnes ,
de la Finance , les Clercs , Sous - Clercs de Notaire ,
de Procureur , &c. condamnés à travailler toute la .
journée , comme des forçats , auroient quelques
momens de relâche , & pourroient en profiter pour
perfectionner leur éducation , ou pour aller aux
Spectacles. Il n'y a perfonne qui ne confentit , même
avec plaifir , à travailler quelques heures de plus
dans la matinée , pour avoir une entière liberté à
cinq heures du foir.
** Tout ce qu'il y a de plus conſidérable dans la Magiftrature
dîne & ne foupe pas ; les femmes font tout le
contraire. Si le changement dont nous parlons avoit lieu ,
l'ouverture du Palais ne feroit plus à cinq heures du
matin.
·138
MERCURE
6º . Le dîner à deux heures coupe défagréablement
tout le travail de la journée ; il empêche qu'on
ne fe livre de fuite à fa befogne & qu'on ne la
reprenne, s'il a été un peu confidérable, ce qui n'arrive
que trop fouvent. C'eſt la correfpondance irrégulière
& vicieufe des heures de la journée , ſoit par rapport
au dîner ou au fouper , foit relativement aux Spectacles
& aux affaires , qui eft la caufe de cet empreffement
qu'ont tant de perfonnes aujourd'hui pour
quitter leur état. Les Notaires , les l'rocureurs , les
Commerçans , &c. font particulièrement dans ce cas;
leur travail les ennuie , parce qu'ils n'ont aucun moment
de repos , aucun inftant de relâche ; ils fe hâtent de
faire leur fortune , & fouvent la manquent pour
vouloir trop fe preffer. Si leurs travaux finiſfoient à
cinq heures , & qu'ils euffent cinq à fix heures abfolument
libres pour le plaifir ou le repos ( car c'eft
une manière de jouiffance après le travail ) , leur état
-leur feroit plus fupportable , & ils s'emprefferoient
moins de le quitter.
7°. Ce changement conviendroit aux Gens de
Lettres ; ils font aujourd'hui beaucoup plus répandus
qu'autrefois , ils ont pris l'habitude dangereufe
des foupers. On fe plaint que le talent diminue , &
en faut-il chercher d'autre caufe ? Croit -on que le
talent fe forme en dormant ou en jouiffant ? Le
dîner à cinq heures & les Spectacles à huit heures
feroient fürement agréables à toutes les Académies .
L'heure de leurs Séances n'eft plus en rapport avec
celles du dîner & des Spectacles ; toutes commencent
à trois heures & demie pour finir à cinq. Cetre
heure convenable autrefois, parce qu'on dînoit à midi ,
& que les Spectacles étoient à cinq heures , eft fort incommode
aujourd'hui , & c'eſt par l'impoffibilité de
concilier le dîner à deux heures avec la Séance de
l'Académie à trois , que plufieurs Gens de Lettres out
DE FRANCE. 139
préféré le fouper au dîner ; &. comme ceux des Académies
donnent le ton à toute la Littérature , ils
n'ont eu que trop d'imitateurs .
6
8°. Les avantages en feroient fur-tout fenfibles
dans les chaleurs de l'été , foit à la ville , foit à la
campagne : n'eft-il pas abfurde que dans te faifon
ce foit aux heures les plus brûlantes de la journée
que le dîner ait lieu ! C'eſt dans le moment où
il faudroit que toute la machine fe reposât , où les
animaux , bien plus fages que nous dans cette circonftance
, dorment & digèrent , que nous agiffons
& que nous faifons notre repas le plus confidérable ;
nous fatiguons notre eftomach dans l'inftant où il
feroit convenable qu'il fe reposât . En été la
grande chaleur empêche auffi bien des perfonnes
d'aller aux Spectacles ; s'ils avoient lien à neuf
heures dans cette faifon , elle ne feroit plus un
obftacle.
*
9. Nous avons dit qu'il falloit que les Spectacles
fuffent à huit heures pendant trois faifons de
l'année , & à neuf heures dans l'autre faifon : en
effet il n'en réfulteroit pas un affez grand avantage
à ne les retarder que d'une heure. Pendant
l'automne , l'hiver & le printemps , on ne peut fe
promener que de midi à trois heures en été au
contraire l'heure de la promenade eft de fept à
neuf, quand la grande chaleur eft paffée ; c'eft pourquoi
dans cette faifon il faut mettre les Spectacles à
neuf heures. Par cet arrangement on ne perdroit
rien de la promenade des Tuileries & de celle du
Palais Royal. Cette dernière feroit bien plus belle ,
plus décente de ſept à neuf que de! cette dernière
heure à celle de minuit , comme cela avoit lieu précédemment.
10. On a agité la queftion d'une feconde Salle
de Comédie Françoife. Bien des gens pensent qu'elle
149 MERCURE
ne ferviroit qu'à affoiblir la première , & que nous
n'aurions que deux mauvais Spectacles au lieu d'un
bon, parce que la concurrence feule ne fuffit pas pour
former un grand Comédien ; mais fi ce projet pouvoit
avoir lieu , les perſonnes qui en ont donné l'idée n'ont
pas fait tention que le changement d'heure dans les
Spectacles feroit ce qui le favoriferoit le plus . Donnez
des Spectacles à une heure commode & quand
tous les Citoyens auront fini leurs travaux , faites
affeoir le Parterre * , & les Salles feront toujours
remplies. De grandes recettes permettront aux Co-
´médiers de faire toutes les dépenfes qui pourront
rendre les Spectacles plus intéreffans. Le feul moyen
des fuccès continus en ce genre , c'eft que les receptes
foient bonnes .
11. C'est encore une queftion agitée par les
Moraliftes modernes , fi les petits Spectacles qui
font beaucoup moins décens que les grands & plus
multipliés , ne font pas plus nuifibles qu'utiles . Quant
à la corruption des moeurs , la queftion nous paroît
réfolue , tant pour les uns que pour les autres ';
un des inconvéniens des petits Spectacles , c'eft
T'heure à laquelle on les donne , parce que cette
heure est encore celle du travail pour la partie
du Public, en faveur de laquelle ces Spectacles ont été
établis fi on les fixoit à huit heures , comme la journée
du débitant , de l'artifan eft finie , fi ces Spectacles
entraînoient encore des inconvéniens , ils feroient
infiniment moindres pour cette portion du Public.
12 ° . Ce changement de l'heure des Spectacles en
augmenteroit confidérablement les recettes ; dans l'ar-
* Voyez fur le Parterre debout & affis , un petit Ècrit
inféré dans le Mercure , 1780.
DE FRANCE. 141
rangement actuel , une grande partie du Public qui
aime les Spectacles ne peut point en jouir ; fi toures
les affaires ceffoient à cinq heures , files heures des
Spectacles & du dîner étoient arrangées comme nous
l'avons dit , toutes les perfonnes qui ne s'en privent
qu'à regret , parce qu'elles font obligées de continuer
leurs affaires après le dîner , les fréquenteroient avec
empreffement , car il n'y a point de plaifirs moins
chers & de délaffement plus convenable après le
travail , foit de l'efprit , foit du corps.
13 ° . Le Public gagneroit beaucoup à cet arrangement
, car toutes les heures ajoutées aux travaux
de la journée tournent au profit de la Société , & les
Spectacles étant établis à huit heures au lieu de cinq ,
il en résulteroit une fomme énorme de temps employé
à fon avantage. La bonne compagnie & les
gens riches auroient auffi quelques momens de plus à
donner à leurs plaifirs.
14.Les familles qui aujourd'hui dînent & ſoupent
y trouveroient l'économie d'un repas , parce que le
dîner étant établi à cinq heures , tiendroit lieu du
fouper ; & en effet , fi l'on vouloit y faire attention ,
on verroit qu'à mesure que le luxe s'accroît dans une
Nation , on ne devroit faire qu'un repas au lieu de
deux , parce que notre eftomac ne peut pas s'étendre
en proportion de nos goûts & du nombre de
mets dont nous couvrons nos tables . La nature ne
fe prête pas impunément à tous nos defirs. Le dîner
étant aujourd'hui plus confidérable qu'autrefois , il
feroit prudent de s'y borner . Les perfornes feules
qui travaillent beaucoup , ou qui fe levent de bonne
heure , feroient un déjeûner pius ou moins folide
vers dix à onze heures.
15. Confidérons un moment ce qui regarde la
ſanté , c'eſt ce qui cous intéreffe le plus . Ce n'eft
pas parce qu'on dîne à deux & à trois heures , que le
142 MERCURE
>
dîner eft dangereux c'est parce que beaucoup de
gens ont la très-mauvaiſe habitude de travailler
après le dîner , que cette heure du repas , le plus
confidérable des François, eft très- dangereufe . Il faut
convenir que les gens occupés , travaillent aujour-`
d'hui beaucoup plus qu'autrefois ; les idées font
plus étendues ; l'ambition la vanité , toutes les
paffions qui donnent de l'activité à l'esprit ont
plus de fermentation , les occupations du Palais font
peut-être aujourd'hui décuples de ce qu'elles étoient
ily a cent ans : la chicane s'eft étendue avec les
progrès du commerce , de l'induftrie & du luxe. C'eſt
un malheur , fans doute , mais c'eſt un malheur inévitable
. C'eft dans les fociétés qui ont atteint le plus
grand degré de civilisation , que la vertu & le vice
ont le plus de charmes & d'attraits : la bonne chère
n'a jamais été plus générale & plus délicate. On
mange par cette raifon beaucoup plus qu'autrefois ;
la tête travaille davantage & on fait moins d'exercice .
Il s'enfuit donc que le dîner à deux & trois heures eft
fort dangereux , & que s'il étoit établi à cinq heures ,
& que tous les travaux ceffaffent à cette même
heure , on en feroit beaucoup plus heureux , & on
s'en porteroit mieux . On fe plaint que la Nation
perd la gaieté , le luxe en eft en partie la caufe.
L'ardeur du gain qui marche à fa fuite rend triste ,
penfif. Une loi barbare aux Maldives mettoit au
nombre des crines d'Etat de paroître trifte Sans immiter
cette tyrannie , le changement indiqué rendroit
la gaieté à la partie de la Nation qui l'a perdue.
16°. La circonftance eft peus- être favorable pour .
ordonner un changement dans l'heure des Spectacles
, c'eft un événement remarquable , fans doute
puifqu'il n'a jamais eu lieu , de voir trois nouvelles
falles de grands Spectacles prêtes à s'ouvrir en même
temps dans la Capitale . Pour opérer cette révolution
dans nos moeurs , il ne faut ni Édit, ni Ordonnances,
DE FRANCE. 143
ni Arrêt du Confeil . Un fimple ordre aux Comédiens
de changer l'heure des Spectacles fuffit , & le len
demain deux mille familles dinerent à cinq heures
du foir. Ce moyen de Bonheur eft facile : il préfente
des avantages publics & particuliers , fans entraîner
aucun inconvénient , fous quelques points de vuc
qu'on l'envisage.
( Par M. Panckoucke. )
ANNONCES LITTÉRAIRES.
DICTIONNAIRE
ICTIONNAIRE de Jurifprudence & des Arrêts,
ou nouvelle Édition du Dictionnaire de Billon
connu fous le titre de Dictionnaire des Arrêts &
Jurifprudence univerfelle des Parlemens de France
& autres Tribunaux , augmentée des matières de
Police , d'Agriculture , de Commerce , de Manufac
tures , de Finance , de Marine , de Guerre , dans le
rapport qu'elles ont avec l'adminiſtration de la Juftice
; par M Proft de Royer , ancien Lieutenant-
Général de Police de Lyon , premier Volume in-4 ° .
A Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la Roche , Imprimeur
du Gouvernement & de la Ville . Il fe
trouve chez les principaux Libraires.
-L'Épicurien , Comédie en cinq Actes & en profe,
in - 8 ° . A Paris , chez la Veuve Duchefne & Efprit ,
au Palais Royal .
Le Fou raisonnable , ou l'Anglois , Comédie ,
repréſentée en 1781 au Théâtre des Variétés amufantes
, in-8 ° . A Paris , chez Baftien , Libraire , rue
dų petit Lion.
Henriette & Lucile , ou les deux Amies , par
M. D. in- 12. Prix , 12 fols . A Paris , chez Lamy ,
Libraire, quai des Auguftins.
144 MERCURE
Traité théorique & pratique de la Végétation ,
contenant plufieurs Expériences nouvelles & démonftratives
fur l'économie végétale & fur la culture ,
par M. Muftel , 2 Vol . in- 8 ° . Prix , 9 liv. brochés.
A Paris , chez Nyon , Libraire , rue du Jardinet ;
Didot , Imprimeur- Libraire , quai des Auguftins ;
la Veuve Lachapelle , Libraire , au Palais ; & à
Rouen , chez Boucher.
La France illuftre , ou le Plutarque François
numéros 8 & 9 , contenant les Vies du Maréchal
de Maillebois & de Henri II , Duc de Montmorenci.
A Paris , chez Deflauriers , Marchand de
Papier , rue S. Honoré.
TABLE.
VERS aux jeunes Perfonncs La Chûte de Rufin ,
118
qui ont joué à Nanci plu- Opufcules Chimiques & Phyfieurs
Comédies de Mde de fiques de M. T. Bergman ,
Genlis , 97
99
124
127
AM. de Lan lire , 98 Second Dialogue entre un
L'Amour Oifeau , Ode Ana- Spectateur & un Critique,
créontique,
Enigme & Logogryphe , 101 Comédie Françoife ,
La Servitude abolie , Difcours Moyen d'augmenter le Bon
103 heur d'une partie de la Na- en vers ,
Recueilde Pièces intéreſſantes , tion ,
109 Annonces Littéraires ,
132
133
143
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 20 Octobre . Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'imorellion. A Paris ,
le 19 Octobre. 1781. DE SANCY .
MERCURE
DE FRANCE.
VERS fur la Naiffance du DAUPHIN,
Qu UE de voeux différens au Ciel faifoit la terré?
Un feul bonheur femble les combler tous.
On diroit , quand d'un Fils la Reine devient Mère ,
Que chaque Père , parmi nous ,
Retrouve un Fils privé de la lumière ;
La Veuve fidelle , un Époux ;
Et tous les Orphelins , un Père .
AM. CÉSAR FAUCHER , Officier de
Dragons qui s'applaudiffoit d'avoir
effayé le Cafque & l'Armure du Maréchal
de Lowendal.
LE Cafque du grand Lowendat
Sans doute , ami , fied fur ta tête ;
J'aime à te voir l'air de conquête
De cet illuftre Général .
Mais ce Héros dont tu portas les armes
Ne fervit Mars qu'après l'Amour.
Affez tôt il luira ce jour
J
Où ton nom aux Anglois doit caufer des alarmes 3
No. 45 , 27 Octobre 1781.°
€146
MERCURE
Céfar ! la Gloire aura fon tour.
Le printemps fuit , profite de fes charmes :
D'une Belle affiège le coeur ,
Fais répandre de douces larmes ;
De tes Rivaux heureux Vainqueur ,
Du plaifir étends le domaine :
Avant que d'être Hector , fois le Berger Pâris ;
Permets qu'on t'aime , enlève une autre Hélène ,
Et parmi nos Beautés donne & reçois un prix.
Des Boudoirs de Vénus vele aux Camps de Bellone;
Du myrthe & du laurier le mêlange est heureux ;
On t'en promet une double couronne ;
Mais pour être un Héros , il faut être amoureux.
Sur les remparts fumans de Bergen-op-foom en cendre
Aifément pour un Dien Lowendal eût paffé ;
Mais à d'autres exploits s'il n'eût pas fu prétendre ,
D'une eftime ftérile on l'eût récompenfé.
L'Amour , enfant de la paix , du filence ,
Quand ils font défarmés approche les Héros ;
Et la jeune Bergère ici comme à Bizance
A préféré toujours le mouchoir aux drapeaux.
Plus Philofophes qu'on ne penfe ,
Savantes dans l'art de jouir ,
Les femmes ont toujours préféré ( par prudence )
A des fiècles de gloire un moment de plaifir.
(Par M. Sylvain , M*** . ) ,
"
DE FRANCE 147
CHANSON
A M. le Comte DE S ***.
UN magnifique ameublement
N'embellit point ce doinicile ;
Mais des moeurs & de l'enjoûment
Notre Comte en a fait l'afyle.
SANS fafte & fans frivolité ,
`S✶✶✶ dans ces lieux champêtres
A confervé la loyauté ,
Non les portraits de fes ancêtres.
DANS La jeuneffe on vit pour lui
Soupirer toutes nos Lucrèces ;
Il a plus d'amis aujourd'hui
Qu'il n'avoit alors de maîtreffess
A TOUS fes defirs je le voi
Préférer fans ceffe les nôtres :
De nos jours chacun vit pour foi ;
Mais il ne vit que pour les autres.
POUR les malheureux qu'il connoît ,
Grand Dieu , quelle bonne aventure !
Si la fortune le traitoit
Comme l'a traité la Nature.
( Par M. l'Abbé Laferre. )
Gij
148
. MERCURE
LE PHILOSOPHE AMOUREUX.
Τουτ Tour ici-bas cède à l'Amour :
Nul être qui ne foit fenfible ;
Le mortel le plus inflexible
Lui deviendra foumis un jour.
Heureux ceux qui portent fes chaînes !
Lui feul peut remplir nos defirs ;
Et fi par fois il a fes peines ,
Plus fouvent il a fes plaifirs.
Au fein de la Philofophie ,
Joignant les vertus aux talens ,
Damon paffoit depuis long- temps
Les plus beaux inftans de fa vie.
L'homme feul occupoit ſes voeux :
Il s'épuifoit à le connoître ;.
Et par un deftin rigoureux ,
Parlant fans ceffe du bien- être ,
Ne fe voyoit jamais heureux.
Hélas , comment pouvoit- il l'être !
Son coeur étoit indifférent ;
L'Amour , ce tendre fentiment ,
Lui paraiffoit une chimère ,
Un vain & froid amuſement.…….
Que fon erreur étoit groſſière !
Le temps lui deffilla les yeux ;
Il eut le plaifir précieux
DE FRANCE. 149
De fentir , d'aimer & de plaire .
Sophie étoit dans l'âge heureux
Où l'on flatte, où l'on intéreffe ;
Mais c'étoit peu que la jeuneffe ,
Tout chez elle étoit accompli.
Elle uniffoit à fon jeune âge ,
Et ce que Minerve a de fage,
Et ce qu'Amour a de joli..
Damon la vit : foudain ſon ame
Éprouva cet ardent defir ,
Cette vive & flatteuſe flamme,
Autant agréable à fentir
Que difficile à définir .
Lors quittant la Philoſophie ,
Et tout le fatras du ſavoir ,
Il ne vit plus d'heureux espoir
Que dans un retour de Sophie.
Ainfi fut triompher l'Amour
De ce coeur trop long -temps févère.
Trop aimable enfant de Cythère ,
Tu pouvois bien prendre ton tour !
C'étoit l'inftant de la vengeance ;
Il falloit à l'objet aimé
Donner pour l'objet enflammé
Une cruelle indifférence.
Mais l'Amour est toujours trop bon :
Sophie éprouvoit pour Damon
Tout ce qu'il éprouvoit pour elle .
G iij
150
MERCURE
L'aven s'en fit avec plaifir ;
Et béniffant leur deftinée ,
Un beau jour le Dieu d'Hyménée
Cómbla leur amoureux defir.
La fombre & noire Jaloufie ,
Trifte cortège des Amours ,
N'interrompit jamais le cours
De cette union fi chérie.
Sans ceffe de leurs tendres feux
Ils fe donnoient des témoignages ,
Et fe difoient fouvent tous deux :
La raifon peut faire les fages ;
Mais l'Amour ſeul fait les heureux.
( Par M. Berton de Chambelle. }
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eſt l'Oreille'; celui
du Logogryphe eft Non.
DE FRANCE. 155
ANNA
ÉNIGM E.
NNA * me porte élégamment s
Le Militaire fièrement ;
Le Petit - Maître leftement ;
L'Homme de Robe gravement;
Le Quaker très -allidument ;
Monfieur l'Abbé négligemment ;
Le Financier infolemment ;
Le Bourgeois indifféremment ;
Le Villageois utilement.
( Par une Société de Vendangeufes , réunies
dans unjoli Château fur le bord de la Loire.)
LOGOGRYPHE.
PHILOSOPHE
HILOSOPHE éclairé , Géomètre profond ,
Au bonheur des humains je confacrai mes veilles.
Pour leur faire écouter la voix de la raiſon ,
D'un ſyſtême étonnant j'étalai les merveilles.
Je voulois dans leurs coeurs graver l'humanité ,
La fage tempérance & la frugalité,
Leur faire en tout mortel envifager un frère ,
Et bannir à jamais le démon de la guerre.
D'abord je réuffis ; un Souverain fameux
Goûta de mes leçons la fublime morale ,
* Non d'une des Vendangeuſes .
Giv
152 MERCURE
Et rendit de fes loix fes peuples amoureux .
Mais des hommes bientôt l'ignorance fatale
Me fit perdre le fruit de mes nobles travaux.`
Ils m'osèrent prêter la coupable penſée
De croire l'homme égal aux plus vils animaux ,
Et ma fecte bientôt paffa pour inſenſée.
En dire plus , Lecteur , ce feroit me nommer
Cherche ; & fi tu ne peux encor me deviner ,
Dérange les neuf pieds qui forment ma ſtructure :
Tu trouveras le nom d'un célèbre Vaiffeau ;
Un petit animal affez laid de figure ;
Un métal précieux ; un terrible fléau ;
2
Ce qu'a foin de cacher toute femme coquette ;
La ville qui des Grecs fut jadis la conquête ;
Une autre dans l'Écoffe ; un Dieu chez les Germains
Un peuple belliqueux , ennemi des Romains ;
Un Tribunal à Rome ; un ton de la muſique ;
Ce que le fage en tout évite avec raiſon ;
Le jule châtiment d'une action inique ;
Ce qui détruit fouvent les fruits de la moiffon ;
D'an célèbre nageur l'amante malheureuſe ;
Ce qui durant la nuit guide un Navigateur ;
Le point où fe termine enfin fa courfe heureufe ;
Un cri qui dans la foule aux Fantafſins fait peur.
Mais c'eft r'en dire affez , exerce ta mémoire ,
Si de trouver mon nom tu veux avoir la gloire.
( Par le Sieur Lardon , Garçon Rôtiſſeur. )
DE FRANCE. 153
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE DE FRANCE , depuis l'établif
fement de la Monarchie jufqu'au Règne.
de Louis XIV , par M. Garnier , Hilto
riographe du Roi , & de MONSIEUR ,
pour le Maine & l'Anjou , Infpecteur &
ancien Profeffeur du Collège Royal , de
l'Académie des Belles - Lettres. Tomes
XXVII & XXVIII . in- 12. Prix , 3 liv. rel.
A Paris , chez la Veuve Defaint , rue du
Foin S. Jacques , & Nyon l'aîné , rue du
Jardinet , quartier S. André-des- Arcs.
L'ABBÉ VILLY s'étoit proposé principalement
de nous faire connoître l'efprit & les
moeurs de la Nation . Il a un pinceau vif &
brillant ; mais il est souvent partial & fuperficiel.
On pourroit même l'accufer de plagiat
; il a pris la plupart des faits du Règne
de Saint Louis , partie la plus étendue &
la plus foignée de fon Ouvrage , dans l'hiftoire
de ce Prince par la Chaife , dont
il a emprunté fouvent jufqu'aur ftyle. Som
premier continuateur , Villaret , eft plein
de feu ; avant d'écrire , il s'allumoit l'imagination
par la lecture des Poëtes ; de- là
vient qu'il déclame fouvent avec chaleur ,
& qu'il s'écarte de la grave fimplicité de
-GV
154 MERCURE
genre. Son travail commence au VIIIe volume
, par le règne de Philippe de Valois , &
finit à la page 348 du XVIIe . C'est ici que
M. Garnier entre dans la carrière. Ses
neuf volumes , déjà appréciés par le public ,
prouvent qu'il la parcourt avec fuccès ; & les
deux autres , publiés depuis peu , ne feront
qu'ajouter à la réputation de l'Auteur. Le 27
renferme ce qui s'eft paffé depuis 1555 jufqu'à
la mort de Henri II , arrivée le 10 de
Juillet 1559. D'abord M. Garnier décrit la
fituation du Royaume. Il fait voir la France
guérie du long effroi que lui avoit caufé la
puiffance de Charles -Quint , étonnant à fon
tour l'Europe par la promptitude & l'immenfité
de fes armemens , comptant l'Ile de
Corfe au nombre de fes Provinces , affermie
en Italie par la poffeffion du Piémont , couverte
du côté de l'Allemagne , par la conquête
récente des trois Evêchés & d'une
partie du Luxembourg. Mais les efforts qu'il
falloit faire pour foutenir cette fupériorité
apparente , l'aliénation d'une grande partie
des Domaines de la Couronne , les Offices
de Finance & de Juftice doublés & même
triplés par des ventes fucceffives , les défordres
de la Magiftrature & du Clergé , les
progrès de la réforme dans tous les Ordres
de l'État ; enfin , l'épuifement du crédit &
des reffources , faifoit defirer ardemment
ou la paix ou une trève . Il fe tint des conférences
à ce fujet au Bourg de Marcq ,
dans la Terre d'Oye ; mais elles furent infrucDE
FRANCE. 155
tueufes ; les hoftilités continuèrent en Italie ,
& du côté des Pays - Bas. L'ambition des
Caraffe , encore plus que la politique des
Miniftres de Henri , fit conclure un Traité
de ligue entre la France , le Pape Paul IV
& le Duc de Ferrare. Charles - Quint , effrayé
d'un orage que les infirmités ne lui permettoient
pas de foutenir , s'empreffa d'abdiquer,
en faveur de Philippe fon fils , les Pays-
Bas , les Couronnes d'Eſpagne , le Nouveau-
Monde, les Scèptres de Sicile , de Sardaigne,
de Majorque & de Minorque. Mais avant de
renoncer à l'Empire , il conclut , les de
Février 1556, une trève qui donna lieu à des
anecdotes curieuſes.
Tandis que le Comte de Lalain ſe rendit en
France pour être témoin du ferment par lequel
Henri II devoit s'engager à obferver cette
trève,Coligny fut honore de la même commif
fion auprès du Roi Philippe & de l'Empereur
Charles Quint. « Le cortège de l'Amiral ,
» , dit M. Garnier , fut brillant & nombreux ,
" parce que toute la jeuneffe de la Cour
>
étoit avide de contempler un homme
» dont le nom avoit tant de fois retenti à
» fes oreilles , & qui , au moment de difpa-
» roître , imprimoit encore le refpect. Il
و د
n'y eut pas jufqu'à Bruſquet , l'un des fous
» du Roi , qui voulut être de la partie , &
» jouer un rôle. L'Ambaffadeur & fa fuite ,
» furent conduits, en arrivant , à l'audience
» de Philippe , qui devenu Souverain des
» Pays- Bas, occupoit le Palais de Bruxelles ,
G vj
156
MERCURE
و د
و ر
» ils le trouvèrent magnifiquement dé
coré ; mais un objet qu'ils ne s'atten
doient pas d'y rencontrer , les remplit de
furprife & d'indignation. Soit, inadvertance
, foit mépris , la falle d'audience
étoit meublée d'une riche tapifferie qui
repréfentoit les malheurs de François I
fa prife fous les murs de Pavie , fon embarquement
pour l'Efpagne , fa prifon à
» Madrid , fa délivrance par l'échange de
193
›
fes enfans . Forcés à dévorer cet affront
» ils ne favoient comment en marquer leur
» reffentiment , lorfque le fou qu'ils avoient
amené avec eux , les tira d'embarras &
→ rabattit l'infolent orgueil des Flamands ,
en dévoilant leur fordide avarice. Il avoit
apporté de Paris deux facs de jetons , qu'on
nommoit écus du Palais ; le lendemain
» matin , lorfque Philippe, après avoir entendu
la Meffe, prononçoit la formule du ferment
fur le Livre des Evangiles , Brusquet
& fon valet , qui s'étoient mêlés
» dans la foule , tirant de leurs facs des
poignées de faux, écus , crièrent : largeffe
dela part du Très- Puiffant Roi d'Angleterre
, & les firent voler au milieu de
l'affemblée. A ce cri , & à la vue des écus ,
tout le peuple qui rempliffoit l'Eglife , fe
précipita en foule du côté où ils tomboient.
Les Gardes même abandonnèrent
leur pofte pour en attraper leur part , ou
» les arracher des mains de ceux qui s'en
étoient faifis les premiers ; Philippe , &
و د
2
DE FRANCE. 157
33
» les deux Reines fes tantes , effrayés du
» tumulte , & des cris de cette troupe de
» forcenés , & n'en pouvant deviner la
» cause , parce qu'ils étoient trop éloignés
» du lieu de la fcène , craignirent que ce
» ne fût une confpiration formée contre
leurs jours , & allèrent fe cacher derrière
» l'Autel . Lorfque Philippe connut enfin qu'il
n'y avoit rien à craindre , il trouva la plai
» fanterie mauvaife, & ne fut trop s'il devoit
» enrire comme les autres, ou s'en offenfer. »
L'Amiral & fa fuite vifitèrent enfuite
l'Empereur qui , pour s'habituer au nouveau
genre de vie qu'il alloit embraffer ,
s'étoit retiré dans un petit Hermitage fitué
à l'une des extrémités du parc. Tout fon
appartement confiftoit en deux pièces d'une .
médiocre grandeur. Vêtu comme un fimple
Citadin , aflis dans un mauvais fauteuil où
la goutte le tenoit cloué , il ne confervoit
du fafte de la Royauté qu'une garde.choille ,
qui fe retira pour faire place aux François.
Coligny préfenta la Lettre du Roi à l'Empereur.
La politeffe & la gaîté que Charles-
Quint montra dans cette occafion , feront
plaifir à nos lecteurs. Charles s'efforçoit
d'ouvrir la Lettre de Henri ; mais comme
elle étoit enlacée avec des fils de foie , fes
doigts , couvers de nodus , & preſque perclus,
ne pouvoient les rompre. « Granvelle ,
qui fe tenoit debout derrière fon fauteuil
, voulut venir à fon fecours : com
ment donc , Monfieur d'Arras , lui dit-il ,
-39
"
758
MERCURE
ور
"
voudriez-vous que je commiffe une impoliteffe
envers le Roi mon Frère ; à Dieu ne
plaife qu'un autre que moi ouvrefa Lettre ,
» & après un nouvel effort , il l'ouvrit en
» effet. Puis regardant Coligny : « Eh bien .
» Monfieur l'Amiral , lui dit - il , ne fuis je
» pas un brave Chevalier , & n'aurois - je
,
pas bonne grâce à rompre une lance
» dans un Tournois ? » S'étant fait lire la
Lettre il entra en converfation avec
» l'Amiral : " Comment fe porte le Roi
» mon Frère ? Sire , répondit l'Ambaffa-
» deur , je l'ai laiffé en parfaite fanté. Que
vous me faites de plaifir de me l'apprendre
, car rien de ce qui le touche ne m'eft
indifférent ; nous fommes affez proches
" parens , puifque j'ai l'avantage de defcendre
, par mon ayeule , du fang illuftre des
Valois , qui a donné à la France une fuite
» fi nombreuſe de grands Rois . On m'a
» pourtant dit qu'il commençoit à grifon-
ود
33
93
5
ner.Oh ! Sire , ce n'eft rien , cinq ou fix
» cheveux qui commencent à lui blanchir
fur les tempes ; d'autres plus jeunes encore
» que lui , en ont beaucoup davantage ; &
ne s'en portent pas moins bien. Je vais à
» ce propos , dit l'Empereur , vous conter
» ce qui m'eft arrivé. J'avois à- peu - près fon
âge , lorfque revenant de mon expédi-
» tion de Tunis , je m'arrêtai quelques jours
» à Naples. M. l'Amiral , je ne fais fi vons
و د
connoiffez tous les charmes de cette Ville
enchantereffe. Un ciel pur & toujours
DE FRANCE. 759
"
"3
» ferein , d'un côté un immenſe baffin , de
l'autre des montagnes couvertes de verdure
; une jeuneffe folâtre , des femmes
vives , fpirituelles , pleines d'attraits &
» de grâces : que vous dirai je enfin ? je
fuis homme , & je voulus , comme les
» autres , eilayer de leur plaire. J'appelai
" mon Barbier , & je lui ordonnai d'arran-
" ger mes cheveux & de me parfumer.
"
32
ג כ
99
33
30
Lorfqu'il eut fini , je me regardai dans un
» miroir. Oh ! oh ! m'écriai- je , qu'eft ee
» que j'apperçois - là ? Ce n'eft rien , dit le
Barbier , trois ou quatre cheveux qui
» commencent à blanchir fur les tempes de
votre Majefté : il y en avoit plus de douze :
çà , dépêchons , qu'on les arrache bien
» vite. Savez-vous ce que j'y gagnai ? A la
» place d'un qu'on m'avoit arraché , il en
blanchit fubitement cinq ou fix autres ; &
fij'avois continué de me les faire arracher ,
» je me ferois bientôt trouvé blanc comme
» un cygne. " Promenant enfuite fes regards
fur Talfemblée : je penfe , dit il , que
Brufquet doit être ici ; je ne l'ai jamais vû ;
effayons fi je parviendrai à le diftinguer ;
» ou je me trompe fort , ou c'eſt celui- là :
" Oui , Sire , répondit l'Amiral , c'eft luimême.
Vraiment, Brufquet, tu es un magnifique
Seigneur , tu nous a joliment régalés
» avec tes écus du Palais. Dis -moi , mon
ami , te fouvient- il , d'une certaine jour-
» née des Éperons , où tu fus fi bien érrillé
» par le Maréchal de Strozzi ? Brufquet , à
"
"
"
Go MERCURE
t
qui ce fouvenir étoit fâcheux , répondit
fans fe déconcerter : oui , Sire , il m'en
fouvient parfaitement ; c'étoit juſtement
» dans le tems que vous achetiez fi cher à
" Paris ces belles émeraudes & ces gros
» rubis dont vos doigts font couverts. Il
s'éleva un grand éclat de rire dans l'affem-
» blée ; l'Empereur rit comme les autres ,
& dit me voilà bien payé de ma question
; cela m'apprendra à ne plus m'atta-
" quer à des niais de la forte. Tu ne l'es
point du tout , je te jure. »
Les faillies que nous venons de rapporter
font à la vérité très -plaifantes ; mais ne feroient-
elles pas plus dignes d'un conteur d'anecdotes
que d'un Hiftorien ? Nous ne jugerons
pas fi rigoureuſement M. Garnier , nous
croyons même que fes Lecteurs doivent lui favoir
gré de ce qu'il veut bien les délaffer de
tems entems de la longueur de fes détails militaires
& politiques. C'eft vraisemblablement
le motif qui l'a déterminé à rapporter l'aventure
qui fuit, " Le Duc de Nemours avoir
» féduit par les charmes de fa figure , &
» abufé
par de fauffes promeffes Françoife:
» de Rohan , fille d'honneur de la Reine. La.
fachant enceinte , il avoit faifi l'occafion
» du voyage d'Italie pour rompre entière-
» ment avec elle , & l'abandonner à fon
» malheureux fort ni les larmes d'une
» amante , ni les égards dus à une Maifon
» illuftre , alliée au fang Royal , n'avoient
pu le rappeler à fes premiers engage-
و د
DE FRANCE. 161
"
"
ود
» mens : il pouffa même la mauvaiſe foi
jufqu'à nier abfolument un commerce qui
n'étoit ignoré de perfonne . Deshonorée à
» la Cour de France , & retirée à celle du Roi
» de Navarre , fon proche parent , Françoiſe
» de Rohan intenta un procès au parjure ,
» & produifit contre lui un grand nombre
» de perfonnes de toute qualité , qui articulèrent
, comme témoins oculaires , des faits
» & des circonstances qui donnent une
» étrange idée de la dépravation de la Cour
» de Henri II . » Ce que raconte M. Garnier
des circonftances de la mort de Charles-
Quint , excite un intérêt d'un autre genre.
Ce Prince , après avoir tenté inutilement
d'engager fon frère , déjà Roi des Romains ,
à fe défifter de fes droits à l'Empire , pour
les tranfmettre au Roi Philippe fon fils , fe
décida enfin à envoyer aux Electeurs l'acte
de fon abdication , & fe retira dans le Monaftère
de S. Juft , fur les confins de l'Efpagne
& du Portugal. Là , fe livrant aux pratiques
d'une fombre dévotion , il fe fit enfermer
dans une bière , & y refta pendant
qu'on chantoit fur lui l'Office des Morts : il
fortit de cette lugubre Comédie avec une
fièvre qui l'enleva dans la 59e année de fon
âge , trois ans après fon abdication . « Quoiqu'il
eûr montré pendant toute la duréc
» de fon règne , une averfion décidée contre
» les Luthétiens , il ne put échapper au
foupçon d'avoir , fur la fin de fa vie ,
adopté leurs opinions. Conftantin Ponce
162 MERCURE
و د
» fon Confeffeur , & le compagnon inféparable
de fa retraite , tomba bientôt entre
» les mains des Inquifiteurs , qui le condam
» nèrent comme hérétique , & le livrèrent
" aux flammes. L'Archevêque de Tolède
» qui le vifitoit fouvent dans fa retraite , &
ور
qui lui avoit adminiftré les derniers Sacre-
» mens, fut traîné dans les prifons du Saint-
" Office , & n'évita un fort pareil à celui
» de Ponce , qu'en interjetant appel à Rome,
» où il eut le bonheur de trouver des amis,
Enfin, ce farouche Tribunal inftruifit une
procédure criminelle contre la mémoire
de l'Empereur , à l'effet de l'arracher du
» lieu Saint où il repofoit ; pour le faire fer-
» vir de pâture aux chiens & cette atro-
*
cité auroit été confommée , fi Philippe ,
» tout fuperftitieux qu'il étoit , n'eût enfin
» ouvert les yeux fur une entrepriſe qui
» commettoit les droits facrés de la Royauté ,
» & qui alloit le couvrir lui-même d'infa
» mie. » On ne fait ce qui doit étonner le
plus dans ce récit , ou la fin bizarre du
trop célèbre difciple de Machiavel , ou les
fureurs d'un Tribunal fanguinaire , que la
fuperftition s'efforça d'ajouter aux calamités
de la France.
Dès que la trève eut été conclue , les Plénipotentiaires
de Philippe nièrent qu'ils euffent
pris aucun engagement à cet égard. Le
Cardinal Caraffe , qui vint en France en qualité
de Légat , détermina le Roi à la rompre,
& à envoyer deux armées , l'une en Italie ,
DE FRANCE. 163
commandée par le Duc de Guife , l'autre en
Flandres , commandée par le Connétable de
Montmorency. Le premier , mal fecondé par
le Pape , & ayant en tête le Duc d'Albe
n'eut point de fuccès en Italie. Le fecond
s'avança vers la Ville de S. Quentin , afliégée
par le Duc de Savoie , pour y faire entrer
du fecours ; quelques troupes s'y glifferent ;
mais le Connétable , attaqué dans fa retraite,
fut vaincu & fait prifonnier avec le Maréchal
de S. André , le Comte d'Enghien ,
frère du Prince de Condé, y perdit la vie , &
le Comte de Montpenfier la liberté , ainfi
que l'Amiral de Coligny , qui , chargé de
défendre la place , fut forcé de la rendre.
Cette bataille , nommée la bataille de Saint-
Quentin , répandit la confternation dans la
France. Le Duc de Guife , rappelé fur le
champ d'Italie , obtint à fon retour le titre
de Lieutenant - Général du Royaume ; il y
rétablit la confiance par la priſe importante
de la Ville de Calais , qui étoit entre les
mains des Anglois depuis 1347 , qu'Edouard
III l'avoit prife fur Philippe - de-
Valois. Marie , Reine d'Angleterre , s'étoit
attiré cette difgrace , pour être entrée dans
la querelle de Philippe fon époux. Le Duc
de Guife fe rendit auffi maître de Guines ,
puis de Thionville. Ce grand homme vit
bientôt diminuer fa faveur , parce qu'il avoit
déplu à la Ducheffe de Valentinois . Le crédit
qu'il s'étoit acquis par fes fervices , & par
le mariage de Marie Stuart , Reine d'Ecoffe,
164 MERCURE
fa nièce , avec le Dauphin , ne put balancer
le crédit de la Favorite . Le Connétable
, chargé de la négociation de la paix ,
engagea le Duc de Savoie à y travailler par
l'efpérance de la reftitution de fes États.
Cette paix fi defirée fut enfin conclue au
Cateau- Cambrefis ; le Cardinal de Lorraine
& le Duc fon frère en défapprouvèrent les
conditions ; elle étoit l'ouvrage du Connétable
leur ennemi. Calais ne devoit appartenir
à la France que pendant huit ans , aux
termes de ce traité ; tout fut rendu de part
& d'autre , foit en Italie , foit en France ,
excepté Metz , Toul & Verdun , qui nous
reftèrent. On arrêta en même temps les
mariages d'Elifabeth fille du Roi
Philippe II , & de Marguerite
premier de ces Monarques , avec le Duc de
Savoie. Ce fut au milieu des fêtes que donna
Henri II , à l'occafion du fecond mariage
que ce malheureux Prince trouva la mort
comme tout le monde fait.sht
-
›
avec
foeur du
Tels font les principaux évènemens que M.
Garnier raconte fort au long dans le 27 Vol.
de l'Hiftoire de France . On voit que l'Auteur
a médité profondément toutes les parties de
fon fujet ; adminiſtration intérieure , fituat
tion politique , moeurs , coutumes , lois ' ,
rien ne lui a échappé . En général fon ftyle a la
fimplicité qui convient au genre hiftorique ;
il fe diftingue encore par la fagellé de fa
critique , par l'exactitude de fes recherches ,
par une impartialité qui l'éloigne de tour
DE FRANCE. 165
fanatifme , & par la netteté de fes récits ;
imais il nous paroît qu'il manque quelquefois
de préciſion , que fes tournures font
uniformes , qu'il s'appefantit fur de fafti
dieux détails des différentes conférences , &
des traités , qu'il néglige trop les portraits :
il voit toujours bien , mais il ne peint pas
affez : une marche plus rapide , un coloris
plus vif , un pinceau plus vigoureux , ajou◄
teroient beaucoup à l'intérêt de fon Ouvrage.
Excepté quelques mots , comme la conjonc→
tion d'autant que , quine fe dit guères qu'en
ftyle de pratique , & pour laquelle l'Auteur
paroît avoir de la prédilection , fe préfenter
en bon équipage , faire toucher au doigt & à
l'oeil la témérité d'une entreprife , nous n'a
vons pas remarqué dans ce volume d'expreffions
dignes de critique.
Le 28 Tome ne renferme que le règne
de François II , ce règne de fi courte durée ;)
mais fi déplorable , puifqu'il fir éclore tous
les maux qui depuis defolèrent la France.
"9
François , frêle & plaintif enfant , dit
. M. Garnier , trifte & débile adoleſcent ;
fans defirs , fans vicescomme fans vertus ,
majeur par la loi condamné par la nature
» à une éternelle minorité , alloit devenit
» un inftrument aveugle dans la main du
premier qui s'en faifiroit . » Le Duc de
Guife & le Cardinal de Lorraine , oncles
lu Roi par fa femme , s'emparèrent des
rênes du Gouvernement. Le Connétable
perdit , la charge de Grand - Maître , dans
166 MERCURE
laquelle il fut remplacé par le Duc ; il n'obtint
d'autre dédommagement que le bâton
de Maréchal de Francefurnuméraire pour fon
fils aîné. Le Cardinal Bertrand , créature de
la Ducheffe de Valentinois , rendit les Sceaux
au Chancelier Olivier , & l'adminiftration
prit une face nouvelle. Antoine de Bourbon,
Roi de Navarre , favorifa par fa lenteurà fe
rendre à la Cour , l'ambition des Guifes
qu'il trouva les Maîtres en arrivant . Foible
& indécis par caractère , protecteur mal- àdroit
de la prétendue Réforme , il ne remporta
que des humiliations & du mépris. Le
Prince de Condé fon frère , fe fubftitua
à ce Chef pufillanime ; il cachoit fous les
dehors de la diffipation une ame profonde ,
ardente & fière. La préférence que le Maréchal
de Briffac avoit obtenue pour le Gouvernement
de Picardie , excita Condé au
reffentiment & à la vengeance ; quoique
peu difpofé à embraffer une fecte chagrine ,
auftère & gênante , il fe mit à la tête des
Réformés , & fon ambition mécontente lui
tint lieu de zèle pour la nouvelle Eglife.
Vainement les Miniftres Favoris s'efforcerent-
ils de juftifier la confiance du jeune
Monarque par des Édits fages , ils augmentèrent
le nombre de leurs ennemis en faifant
révoquer les aliénations du Domaine.
Le fupplice d'Anne du Bourg fournit un nouvel
aliment à la fureur du parti ; les affemblées
nocturnes , & les manoeuvres des mécontens
fe multiplièrent . La Renaudie , Agent
DE FRANCE 167
de la Secte, parcourut & embrâfa toutes nos
Provinces ; il acheva à Nantes , par fon éloquence
, l'ouvrage que fes intrigues avoient
commencé : ce fut dans cette Ville que des
conjurés fanatiques , fous le nom d'États
Généraux de France , réfolurent d'aller trouver
le Roi les armes à la main , fous prétexte
de lui préfenter Requête. Altérés du
fang des Guifes , impatiens de dicter la loi
aan Prince incapable de gouverner par luimême
, ils devoient affurer pour toujours à
leur parti la liberté de confcience . La confpiration
éclata au mois de Mars 1560 ; la
Cour en avoit été avertie ; elle fe retira de
Blois à Amboife. La plupart des Conjurés
furent arrêtés & exécutés. Le Chanceler
Olivier mourut de douleur ; Michel de
l'Hôpital fignala fes commencemens par
l'Édit de Romorantin & par celui des fecondes
Noces. Le Prince de Condé , accufé d'avoir
eu part à la Conjuration , s'efforça de
fe juftifier ; il fut mandé avec le Roi de
Navarre aux États d'Orléans ; arrêté en arrivant
dans cette Ville , fous prétexte d'une
nouvelle confpiration , il fut condamné par
des Commiffaires à perdre la tête ; mais la
mort du Roi , arrivée les Décembre , empêcha
l'exécution de l'Arrêt , que M. de
Thou prétend avoir été dreffé & non figné.
Telle eft la fubftance des faits racontés trop
au long par M. Garnier dans le 28 Tome.
Les Règnes qui fuivent celui de François II ,
font encore plus féconds en évènemens . Si
168 MERCURE
l'eftimable Continuateur de notre Hiftoire
ne fe tient point en garde contre fa prolixité ,
il lui reste une tâche immenfe à remplir
dans l'efpace des 83 ans qu'il a à parcourir.
En fuppofant que chacun des volumes qui
doivent fuivre , renferme 18 mois feulement
, il en portera le nombre à ss
avant d'arriver jufqu'au Règne de Louis
XIV. Dans ce calcul, qu'il n'a pas fait, & qui
fûrement l'eût effrayé , nous lui accordons
un mois de grâce par volume , le Règne , de
François II n'ayant été que 17 mois . Nous
croyons avoir trouvé la principale caufe des
longueurs de M. Garnier ; par exemple , en
rendant compte de la conférence tenue près
le Bourg de Marcq , il n'omet pas un feul
mot de la difcuffion des Miniftres. Les Médiateurs
Anglois dirent que ... que... que ...
que ... que... & c. Les Plenipotentiaires François
répondirent que ... que ... que ... que....
&c.LesPlénipotentiaires de l'Empereur dirent
que... que...que ... que ... & c . Tous ces que
s'érendent depuis la page 23 du 27e Tome
jufqu'à la page 3e. Nous pourrions citer
plus de trente autres endroits qui contiennent
les mêmes détails , & le même nombre
de que ; il paroît que c'eft la tournure favorite
de M. Garnier ; il ne fauroit le montrer
trop attentif à l'éviter déformais . A l'inconvénient
d'une longueur faftidieufe , elle joint'
celui de retarder la marche de l'Hiftorien
qui doit bien fe garder de n'être qu'un Com-'
pilateur. M. Garnier a auffi le défaut da
rapporter
DE FRANCE . 169
rapporter des Harangues entières ; pare emple,
celle du Préfident Séguier au Roi Henri II,
celle de la Renaudie aux Conjurés affemblés
à Nantes ; les Harangues de Montluc , Evêque
de Valence , & de Marillac , Archevêque
de Vienne , à l'affemblée de Fontainebleau
, rempliffent 55 pages &c. A la vérité
on y trouve de la hardieffe & de l'eloquence
; mais en les refferrant , on eût pu
les rendre bien plus agréables aux Lecteurs.
Un Critique févère reprendroit dans le
28e Tome quelques autres fautes , même de
ftyle , comme y fonger à deux fois , y regar
der à deux fois , expreflions trop familières ;
fe reffentir du mépris , au lieu d'en conferver
du reflentiment ; fous le manteau d'un échange
, au lieu de , fous le prétexte d'un échange :
on dit bien , fous le manteau de la Religion ,
& de toute autre chofe qu'on peut perfonnifier
; mais on ne fauroit perfonnifier un
échange. Les Parlemens ne pouvoient digérer
qu'on fongeát à leur enlever la Juflice crimi
nelle on dit en bon François digérer fon
diner , mais non pas digérer qu'on fonge . Il
y a apparence que l'Auteur n'a point fait le
voyage de Blois , ni celui de Tours , ou du
moins qu'il n'en a pas affez remarqué la
fituation. Quoique la pofition de Bleis
foit très-riante , & domine fur une plaine
embellie par le cours de la Loire , cette
Ville n'eft pas pour cela fituée dans une
plaine riante. L'Auteur fuppofe que l'Abbave
de Marmoutier , éloignée de Tours d'un
No. 43 , 27 Octobre 1781. H
170 M BRACTURE
2
quart de lieue environ , eft aujourd'hui dans
l'enceinte des murailles de la Ville, en ditany :
Labbaye de Marmoutier qui n'étoit point
encore dans l'enceinte des murailles ; il faut
convenir que d'eft la une faute topographique
. On pourroit aufli reprocher à M. Garnier
de sêtre exprimé un peu legàrciment
dans le 27 Tome , fur le compte du Chancelier
de l'Hôpital d'avoir oppoſe quelquefois
de fimples vraisemblances à des fairs
lavérés i d'avoit cité à la marge quelques[ austorités
fufpectes , deomine celle della Pope-
Imière AGentilhomme Calviniste , quifou
>vent ; dans fon Hiſtoire de France , $ erte
autant de la vérité que dans fon Hiftoite des
Hiftoites, Malgré toutes ces taches de travail
de M. Garnier eft vraiment eftimable, Qu'il
renferme les Récits & les Harongues dans
de juftes bornes , qu'il laiffe aux Compila
teurs le dérail des difouflibos , & lastournure
trop répétée des que , qu'il anime plus
fouvent fon fiyle par des images & desi portraits
, enfin , qu'il joigne àd'elegance du ftyle ,
plus de préciſion & de forse il aura les
droits les mieux fondés à tous les luffages,
"
lob 291 291 amb 38 aul ob 291iom
wp 9riangel 21190 38 nojavisìdo'b single 190
-10 wing ub aniq 291 5Braso
sben al von 29017 256 ¿ 976
19nq el ab an9yom 291 m ) , acigenos
mit of rul , qilib sl sb no
s of moly , aslusigsinoo asibelera
9x obvildob sul sun b
U H
DEA FURANI ME . 971
2
I
3
arb un biju da nova usil ob mup
MÉMOIRES fur les Fièvres & furu la
Contagiones à la Société de Medecine
& de Philofophie d'Edimbourg par M.
-inJacques and Medecin de Hopiat du
-Roi & Hiflard ; près de orifmouth ,
19Membre du College des Médecins d'Edim-
-sbourg & Ouvrage traduit de l'Anglois,
-bɔ& augmenté de plufieurs Notes 3b par M.
211 Heirs Fouquet D.25Mon Confeilber
-us Médecin da Rot , & de Hôpital Royal
-99 Militaire , Membre deqlal Société
-UORoyale des Sciences & ides Académie
511 de Padoue , Infpecteur Général des Baux
29b Minérales du Languedoc. ValainenA
Montpellier , de Impriméricasdeo fil-F.
lin Picot's feul Imprimeur du Roi , place de
Intendance. 251820s 291 991
sliqmoƆ xus nisl li'up , 29mod zsfluj ab
-Tu nom de diAuteur 3 très avantageuſeament
connu depuis long temps dans la Mé-
-decine, & celui da Traducteur non moins
K celebre 3 fuffiront pour exciter l'attention
2 de tous ceux qui s'intéreffent à l'Are deignéris
Ilsundrouveront zehneffer dans les Mémoires
de l'un & dans les Notes de l'autre ,
cet efprit d'obfervation & cette fagacité qui
caractérisent les praticiens du premier or
dre ; des vues nouvelles fur la nature de la
contagion , fur les moyens de la prévenir
ou de la diffiper , & fur le traitement des
maladies contagieufes , y font le réſultat
dune fuite d'obſervations réfléchies . M.
Hij
172
I
MEAR CSUUR Esituly sup
Linda répandu de nouvelles lumatdes für
la Fievré jaune de l'Amerique ; & les détails
qu'il donne fur cette lefpèce de Fièvre, tont
très- intructifs , comine le dit très bien M.
Fouquet dans la Préface qu'il a miſe.àlastêre
de la Traductions même après coque M.
Linenca publiésfur cette Fièvre dans un des
premiers Volumes des Tranfactions Philo
Sophiquesal to obпo 16 Smp lupau
Get Ouvrage contient deux Mémoires ,
où l'Auteuryafans, saftreindnerà dai forme
didactique des Chapitres & ides Paragras
phes expofe des la manière la plus metre
& la plus précife , ce qu'une pratiqucode
plufieurs années lui a fait obfervernfurl la
manière dont la contagion les propage y fud
fesfymptômes fur les effets fur les
moyens des plus efficaces pour purifien les
objets qui la communiquent , & fur llamé
thode curative la plus appropriée aux Bièvres
contagienfes, plon on pel
Il réfulte des obfervations de MatLond,
1 ° . que l'air de la mer eft en général drèsfalutaire
pourvu bu qu'on y foit bien fourni
de vivres de bonne qualité, z1.¿Que les
Fièvres connues fous différentes dénomina
tions peuvent êtrel contagienfes , fans être
malignes ni mortelles. Que les vêtemens
d'un malade , infecté d'une Fièvre contas
gieufe, font plus capables de communiquer
la contagion que le corps même du malade.
4°. Que non feulement la laine , lebcocon ,
le linge communiquent la contagion , mais
DE FRANCE. 173
2
que plufieurs autres fubftances dans les
chambres & autres lieux habités par les imalades
peuvent la communiquer , rels que les
poutres , des chaifesles bois deli & les
diversiuftenfiles qui fervent àl'ufage des
malades.ieplasmalignité d'intensité
le dangen des maladies contagieufest dé
pendent de lavature fpécifique des miafmes
ou du vemin contagieux qui les produit. 6º.
Que , quel que foit l'endroit où le venin fe
cacheg & quelle que foit la fubftance à laquelle
il adhère , l'air le plus pur & les ventilations
le mieux exéciées, font des moyens
infuffifans pour chaffer ce venin ou pour en
affoibhir Factivité.up solissiq aniq st e
al La meilleureanéthode de purifier des vailfeaux
sales mailons & tous les objets qui
peuvent avoit été infectés eft , felon M. Lind ,
la fumée bien ménagées ko on n'a pour cela ,
» diteil qu'à introduire dans l'endroit
quidi venti purifier, un feu descharbon ,
» fur lequel on placera quelques barons de
pbfoufrel ; & après avoir amfi difpofe les
schofes & best vapeurs commençant à
s'éleverision aura foin de fermer bien exactement
les portes & des fenêtres , & de
des tenir ainfi bien fermées pendant dix
» ou douze heures.noo Iberoir que da pra
tique moderne d'allunerndengrands feux
en plein air , eft fondée fur des principes
très précaire , & peut avoir des inconvé
nieris qu'il conjecture provenirndlanelaltération
dell'air produite par l'action du feu.
kismigamos al supiaumbüijoquil
bois
11950 960 $152
Po 31
174 drgs) amor . 10-2014
221004es celle du MERCURE
La fumée
ée qu'il eftime le plus , après ce
S 2Pour
, pour purifier un air
de la poudre à canon ; & il en fait un ufage
cu un air infecte , c'eft celle
ordinaire , parce qu'elle ne bleffe point les
que
ardes
poumons. La méthode
d'étaler les hardes
hors de la maifon, pour les faire Techer ou
acrer, fans les avoir OP KUSTEN
predablement
fumigees,
peut
avoit renforcelupolup
90001975
vent fec eft capable d'en repandre les ma-
Ja contagion
,
lignes influences
.
air humide
2011
GI
M
moins danarty
of
29M Lind a étendu beaucoup plus lom
Sabit
qu'on ne l'avoit fait jufqu'à préfent , les
de la contagion ; il pretend que les
Fièvres les plus ordinaires & les poste
gerentes font fouvent contagieufes ,
qu'on ne peut pas plus nier qu'elles le
foient , parce que tous ceux qui y font exa
poles men font point atteints ,
28002008 290
9000006 2
&
ne peut
nier que le quinquina & le mercure ffolent
druge nature specifique contre les Fres
intermittentes & contre les maladies vene
riennes ,
para font attaqu
Sparce que ces remèdes ne guerite
feur pas tous ceux qui font attaqués de ces
maladies.
TEC 10 Soup 19 20
mala
disfrifoob
shades aigties , felon cer
» Auteur , les felles , principalement
fr2 tes
filles
» font très- fetides , font ce qu'il y a de plus
capable de communiquer
infection
. Vien
nent enfuite le fouffle de la refpitation
& enfin les émanations
du corps des ma-
» lades attaqués
de Fievres. "
93
2013 s'effets de
» ces moyens de contagion font plus
DE FRANCE.
A
175
moins prompts plus ou moins fenfibles ,
felon de tempérament des perfonnes qui qui en
font atteintes . Quelques - unes en comparent
L'impreffion a celle d'une odeur acre & pé- & pénetrante,
qui defcendroit dans Leftomach ;
cr
15553fornent
chez quelques - unes , ils fe bornent à de lim
ples frilans qui n'ont pas de fuites , chez
d'autres enfin , le venin contagieux ne fe
developpe qué lorfque des caufes étrangères ,
telles qu'un froid fubit , un air humide ou
un exces dans le boire & dans le manger
viennent le mettre en mouvement .
Hom
billet
92701091
751
(M. Lind eft perfuade que dans ces fotres
de Fièvres la médecine doit s'écarter de Ta dela
marche ordinaire , & que le plus court delai
peut donner lieu à des accidens , que tout le
Bedes
pouvoir de l'Art de guerir n'eft plus enfaite
capable d'éloigner. En confequence on doit
donnerfur le champ un leger emetique dans
le temps même de ces friffons , par lefquels
la maladie s'annonce , avant que la Fièvie
foit bien établie , & que la plenitude & la
1531
durere du pouls ne puiffent rendre l'opération
de ce remède dangereufe. Rien n'eit
plus interellant que la Note par laquelle M.
once
Fouquet appuie le point de doctrine de M.
Lind.
celties
91065 291 201
Ce dernier Médecin affure que le remède
qui lui a le plus conftamment, reuli après
I emetique , ceft les ve ficatoires. Après avoir
laiffe paffer vingt quatre ou trente- fix heures ,
à compter du moment de l'opération des
yellicatoires , il évacue modérément une
iv 290
176 MERCURE
feconde fois les premières voies avec la rhutbarbe
, mêlée à une petite quantité de tartre
vitriolé. Les fomentations d'eau chaudė >
mêlée avec un peu de vinaigre , faites fur
lesjambes font très propres , felon lui § à
calmer l'infomnielle délire & les convulfions.
Les autres remèdes que M. Lind emploie
font , felon les circonftances , les antimomaux
, le camphre , de nître juda oracine
de ferpentaire de Virginie , &c. nodstou
Con Ouvrage , tant par les faits qui y font
préfentés 3 que par les inductions théoriques
& pratiques que l'Auteur en tides & auxquelles
les Notes de M. Fouquet donnent
on nouveau poids y a tous les avantages qui
peuventa le rendre précieux aux gens de
BArti & outiles amp Publicpen contribuant à
kas perfection d'ane des plus intéreffantes
parties de la Médecine , qui eft l'Hiftoire des
Maladies Epidémiques. 29. sup
upidq152 915 90,19imba'bot
USERMONS de M. l'Abbé Cambacérès
Prédicateur du Roi Chanoine & Archiodiacre
de l'Églife de Montpelliery 3 Vol .
sin-12.9A Paris , chez Mérigot le jeune ,
Libraire, quai des Auguſtins, insit el
> noup ashnod aol anoms2 54 £ £ası
}
RASSEMBLER les Citoyens dans les
Temples , aux pieds des Autels , leur enfeigner
la fagefle d'une manière touchameli &
folide , & toujours leur fournir de houvelles
raifons pour aimer leurs devoirs deur
Princes la Patrie & les Loix : quelle inftituq
ob 1 100 noigdali slab soivist
juma 3), amynos , rotan shamia h
SAUSA 1
€
- el 39v6 2910vasóimo1q 251 ao 2
2
91161 96 91DЕp FiRq An N ClЕa¸sa77
tion plus noble & plus utile all avoit donc
mifon l'Abbé de Saint Pierre, d'ailurer que
2 fila Puddicationonjétoit point établic , il
-Iferois de la bonne Politique & d'unilbon
·Gouvernaineupdethénablistaux addpensofde
L'Etat , ne fatinee quel pour empechciala
prefcriptionide dh , vedtumCidéron & obémofthene
, qui , aidu hauth de danstribuie ,
lançoient les afoudres de l'eloquence), ne
as occupoientifque dal foqtoutes Empires ;
un vrai Minikrer de al Chpire succupeldu
nbonheur des homids , puilquel fondomploigeft
de faire du monde entier un peuple
de frères . Mais debrous des Orateurs
Chrétiens,quel eft celui qui ait jamaisneux
asrempli les defirs de l'Eglife & de l'Etat ? Ne
feroit- ce pas xo Capucin donth parle la
Bruyère , que les courtifans même furent
forcés d'admirer , ce Père Séraphin , qui fir
déferten la Chapelle de Verſailles , & à qui
Bourdaloue rendit noblement juſtice ,
Idorfqu'interrogé par Louis XIV fur ce qu'il
speofoit de ce Millionnaire , il répondit avec
la franchiferdun grand homme Sire , on
rend à fes Sermons les bourfes qu'on a cou-
20péasabuxuvien el 1882Aн
C
19
Mais dans la Acantière des Maffillon fautsibproforice
les fleurs de Béloquence à Serastilodéfendu
à unel Apôtre de montrex
la vérite fous des images fublimes , pauthériques
& terribles & & idemployer au
fervice de la Religion cet art de plaire ,
d'instruire & de toucher, commefi unglaive
I
Hy
ПОИЛЯ
vi
95 91104310
19 109350B
1781st 31 MET 105593 alloques MERCURE
feroit moins tranchant pour être plus poli
& orné de pierreries , ou qu'une armée, pour
être plus brillante & bien rangee en bataillé
en fut moins propre à combatre & a vaincre.
Ceft une, peulée de M. l'Abbé Cambace
res qui paroit perfuadé que l'Evangile
befoin de parure , fur tout dans ce fiècle,
ou , comme l'a remarque, le Peintre des
mours Phabitude des mets les plus exqui
degoula produit le degout, & la fatiété
mais s'il
cours
Pompeux & yeheniens , i ne Graint pas
efprit qui tue le genie & le
fentiment , & il femble penfer comme le
starts t
remuer
fent la necellite A d'intereffer , de
Auditoire par des
moins,Cus
Prince des des
Chretiens
296
ame
qui difoit
bien que fouvent on sectiei sudubong s'écrie : Cela eft bon.
cela eft bien , mais je n'aime pas entend e
стор
fouyent , chi cela elt beau.
Cet a
ces
principes
de
gout
que
M.
Can-
118
SD
baceres doit la reputation dent if à jour ,
mais fur- tout au zele avec lequel il a compro
135
battu la Philofophie , qu'il appelle le vice
favori de fon fiècle. Il refpectoit fans
ute ces Sages qui ont acquis par leurs
talens & leurs vertus le droit d'inftruite les
hommes , qui répandent dans leurs écrits
ces vérités erernelles fur lefquelles fepofent
l'intérêt des Nations , la fûreté des Rois , la
liberté , la juftice ; mais il cherchoit à terraller
ces ennemis du Ciel qui ont palle de l'extrême
imbécillite qui croit tout, à l'extrême audace
qui ne croit rien ; & c'eft alors qu'il leur
LOVE
DE FRANCE. 179
Some
rappelle ce fiècle ou un Turenne fe faifoit
eo
inftruire de la Religion comme un imple
Cathecumene, où le grand Corneille , Traducteur
de l'Imitation , humilioit fon gente
devant le livre le plus fimple ; ou Racing
MTTOOS
alloit avec fon livre de prreres , tefland Ta
femme fous for bras & Ton His par la main ,
écouter fon Pafteur. Il les préfère à tous les
Sages du Lycee & du Portique , qui , felon
navoient que des vertus orgueilleufes,
des vertus intereffees , des vertus politiques
des vertus de goût & de tempérament, & il
imagine un exemple pour pretive .
fiche paffe dans les rues de Conftantiao
ple; un pauvre lui demande Faumône il
il
2014291 239001, 296.
91906 S
รา มองไม 29b ISU
Un
Sarrete
& nappercevant
qu'un
IJO S. TI
-mos, עקר
inalheureux dont l'extérieur n'avoit rien
qubeasins
,
de rebutant , il poutfuit la marche fans
daigner ni l'écouter ni le fecourir. Le pauvre
& lui crie : Eh ! donnez l'aumone
a A ce mot de Betfaire , de
Belifaire
cet ancien fa
de l'Empereut , du plus
grand Seigneur de la Cour , du Général des
Armees , du Vainqueur des Nations , d'un
Capitaine i juſtement célèbre , réduit par fa
difgrace à l'indigence, & à la misère , le
155can depilarenatit
,
Fiche setonne admire , s'attendrit, verfe
des Tarmes fur le fort de ce grand homme
& lui prodigue fes 'dons : étoit - ce verfu ?
eroit- ce charité? Non : il l'avoit refufée à
No :21l'avoit
T'homme, & ne l'avoit accordée qu'au Héros,
Ceft le droit d'un Miniftre de Dieu
BETOT
de defcendre dans le coeur de Phomme,
211159 2709201
ہ و ا
Le
180 MERCU REI
dapprofondir fes vices ,& fes motifs bpour
nous , obliges de croire aux vertus humaines,
de les admirer même , puifqu'elles fout an
bien pour la fociété , puilions nous du
moins voir tout l'Univers perfuaden197
Qu'un Mortel bienfaifant approche oche de Dieu même.
sript ipl, raburger 5 ob pu
M. l'Abbé Cambacérès l'a bien fenti
dans fon Sermon fur l'aumône. Le riche
cft un Ange de paix & de confolationi placé
entre Dieu & les hommes pour achever Ha
diftribution des biens de la terre ; cleft l'Ama
balladeur du Ciel & comme l'Apôtre de la
Providence , obligé de la faire connoîtrepà
ceux qui l'ignorent , de la difculper auprès
de ceux qui l'accufent , & tel que laftre du
jour , dont la marche, éclatante parle à tous
les yeux de la gloire de fon Auteur , le riche
par les bienfaits parle au coeur de tous les
hommes de la Sagefle & de la Bonté . Divine
; felon qu'il eft avare ou généreux ,
fenfible ou inexorable , il devient pour les
peuples un objet ou de terreur ou de confolation
un Dieu , s'il eft bienfaiſant ; un
monftre, s'il eft barbare. Et il en eft de ces
monftres , fi la peinture que fait M. Can Bla
bacérès du pauvre eft audi vraie qu'elle aft
touchante. « Qu'est - ce qu'un pauvret Cent
an être ifolé, proferit , trifte rebut de la Na
ture entière, qui femble comme échappé la
la Providence, qui rampe avec dédain fur la
furface de la terre , à qui la misère a comme
mprime fur le front un caractère de honte
&
DIE FRANCE. 181
&q d'ignominie : errant , fugitif & comme
retranché du refte des humains , Temblable
à ceslieux que la foudre a frappés , & dont
on approche qu'en tremblant oh he le
rencontre qu'avec peine , on ne l'approche
qu'avec horreur , ceft , ce femble , lui fajie
honneur que de le regarder , lui faire, grace
que de lui parler : humanite en lui n'a plus
sde droits , le malheur plus de dignite ; on he
le plaint même , on ne le fecourt qu'avec
dégoût , & réduit à rougir de fon existence ,
Hemble qu'en devenant malheureux il a
ceffe d'être homme, ? Nous aimons à croite Att
sque ce tableau et un peu charge car fi les
zriches oublient quelquefois qu'ils font les
dépofitaires plutôt que les maîtres de leurs
biens ; & que la Providence , qui s'eft respofée
fur les parens , de l'education des familles
, fur les Légiflateurs du gouvernemende
la fociété 333fur les Rois de la
conduite des Empires , fe repofe fur eu:
zdu foin des pauvres slotoxant to storite
>
Nous n'entreprendrons point de juftifier
apar des cltations le jugement que nous
acroyons devoir porter Tur les Sermons de
MAPAbbé Canabacétes . En general, tous fes
plans , affez importans pour meriter d'être
fremplis , nous ont toujours paru auffi fimples
que clairs , fes preuves lumineufes &
diftinctes ; mais ils n'ont pas cette progreffion
marquée qui gradue l'intérêt des faits ,
la force du raformement & la chaleur des
souvenens oratoires . On peut encore lui
182 IM ) E RACẦU RET
reprocher l'amplification , le retour des
mêmes idées , des apoftrophes & des exclamations
inutiles , & tout cela exclud cette
eloquence douce & coulante qui sintinue
fans effort dansl'ame & y réveille les plus
tendres affections. Mais fi nous avons juge
fur cette maxime de Fénelon , qu'un bon
difcours eft celui où l'on ne peut rien re
trancher fans couper dans le vif, empreffons-
nous de convenir qu'il n'esagere jamais
les devoirs du Chriftianifme , que fa
morale peut toujours être rreduite en prati
que, puifqu'il ne change point en préceptes
les fimples confeils , & que fouvent il plaide
la caufe de la Religion avec le langage du
coeur mais fur-tout Lendons juftice a l'art
heureux avec lequel il fait profiter d'un trait
dhiftoire. Yeur il nous démontrer qu'à ce
moment qui va féparer le temps, & eer l'eternité
, le monde , les Royaumes , les grandeurs
& les biens ne nous paroiffent plus qu'un
édifice de cendre qu'un fouffle va renverfer
il nous rappelle mice Conquerant , ce Héros
fi célèbre , qui , après avoir porte fes
armes victorieuſes dans les trois parties du
Monde connues après avoir renverfer les
Trônes & les Empires , enchaine à fon char
les peuples 180 les Roik, tetrafle enfin duimêmepar
la mort au milieu de fon camp
appelle auprès de lui des principaux Chefs
de fon armée il fe fait apporter en leur prér
fence Fétendard qui lavoit tait de fois con
duit fes légions redoutables au combat ià
1
DE FRAN GE. 183
t
J
la victoire , il veut qu'on y attache le drap
lugabre qui doit bientôt l'envelopper dans
le cercueil & ordonne à un deles opremiers
Officiers dé ranger fon armée en ba
taille , de promener de Pang en rang de drapeau
funebre , en criant à haute voix : Voilà
ce qui reffe au grand Saladin de toute fa
gloire , & de
& ce qu'il emporte de la conquête
du Monde.dival- anbrogios and bas
Enfin , d'après la lecture des Sermons de
M. l'Abbé Cambaceres , Hous ferions fachés
qu'il eût Tuivi les confers de M. de Mohotif,
qui
ui confeille aux Prédicateurs de ne jamais
paffer la demi heure. Nous convenons icependant
avec lui que trop fouvent un auditoire
n'eft
compote
que de vieillards qui
n'entendent pont de difitaits qui n'écoutent
pas , de financiers qui s'alloupillent ,
Femmelettes qui babillent , de petits mattres
qui fieht , &c. & nosom of
C
sen
C
up 2019 inslioteq non sn amaid zal
DISCOURS en Vers 'fur l'Abolition de la
Servitude dans les Domaines du Roty par
29 M. Gudin dela Brenellerie . in 89A Paris ,
ubchez Demonville , Imprimeur de l'Aca-
2adémie Françoife , rue Chriftine, obrota
15 nel gidoits evrique el 29 ₹
-DE tous les Peuples quil oot cultivé les
Lettres avec fuccès , le François eft fans
doute celui qui a eu le plus de inéthode , c'eft
notre mérite particulier , c'eft norre caractère
national , & tous les étrangers en conviennent
; cette méthode fait le charme de
19
184
ME RCUBE0112
sh
nos meilleurs Ouvrages ; pourquoi donc les
Pièces de poélie que l'on envoie depuis quelque
temps au concours de l'Académie Francoife
, en font elles prefque toutes dépourvues
? Si l'on fait un Poëme ou une Epitre ,
pourquoit soublie ton qu'une Epitre å fes
divifions , & qu'un Pocine doit avoir une
fable Ce n'eft point pour M. Gudin que
nous avons écrit ces lignes , il devientoune
exception à la règle générale; quand on écrit
fur la Liberté , il faut écrire librement ; four
fied alors jufqu'aux fimes croiféés d'eft le
thithme qu'il a choifi , & c'est un mérite qu'il
a de plus ; il a d'ailleurs, approfondi fon
fujet , & c'eft un autre mérite qu'il a tout
feul . Nous allons mettre le Public à portée
thenien enig
d'en juger . Après avoir annonce qu'il v
M
chanter les avantages de la Liberté, il ajoute
n'en peu de moftefs dignes de les chanter 003
Je crois l'étre , du moins je ne fais poiffe e ne point datter," P
Je n'ai pointa des Grands étápanos Ouvrages,
Décoré de leurs noms le faîte de mes pages.
Si j'écrivis un mot , c'est toi qui l'as dicté ,
J'ai vécu pour toi feule pour la vérité ,
روتملا
va
Quoiqu'on ait reproché à M. Gudin de
manquer d'ordre dans fon Difcours , de
toutes les Pièces qu'on a faites fur ce fujet ,
c'eft pourtant celle qui a le plan le plus fuivi.
Il parcourt d'abord les faftes de nos aïeux ,
& fair, avec beaucoup de clarté , une peinture
très- animée du Gouvernement féodal.
DE FRANCE. 185
Cette
pe ans
eft d'une heureuſe précision
dans les trois vets fuivans :
21 och Touping ( 292017DC ammollism
-Dans la confufion fur d'Europe étendue pb 29251
Les titres étoient touth Phomme feal in croit tiens
-Efelaves ou tytans , huil étoit Cityen lig
sung to smo ut dol 12 5 29v
2 ) Sugerigle premierativas laifrance de ocet
Erat d'anarchies Etat gigrices à fou courage
& falpolitiques fortits de fa langucur
mortelle, & l 2902il 295 3059 2067% egon
y no basu jalma une alega al enginee
L'homme moins opprime connut une Patrie
300906570II 521159 JUST TI
lindulties boil .
On vit naître l'honneur & germer l'ine
life Richelieu" acheva l'ouvrage de Suger ; en
' affermiffant le Trône il tendit la liberté aux
Sujets , ceux- ci en furent plus heureux , &
le Souverain mieux obéi . Tel eft le plan de
M. Gudin , on voit qu'il eft fage & regulier . Citons encore
un vers , c'eft le
régulier.
plus beau de
toute la Pièce , & l'un des plus philofophiques
qu'on ait faits mom ub , ambi ziono al
Le Roi d'un Feuple libre eſt ſeul un Roi puiſſant.
.299£q 29m ob erîŝi al zmon zugl´ak broom !
3fb.b an'] iup iur fleb , 10m nu aivins's
ob uibo
sh ,
bridy el mog Lalal for woq pɔby feit
'upiouQ Més
no anish sabr b Tompse
19 25 mil 291ift & none 2926i¶ oleorget
ivint aulq el only of up slip surtig , dan
is 2011 ob 29fint zal biodeb
c -aise le sb quooured sovint
debol momainsywod ub 59min£-2913 :
q
186 MERCURE
20 (091 43 20ms)
TO S e
Ronnis : PEÑO ‹T A CLES. 297buot
9719gaxa solis, ang Helm nobisimbs'l job
Sitio ob stilidilistar
ICOME DIE ERAN ÇOL$F• b
191919 191nalang sb ;
IWE Same dit vingt Octobre , on a remis
Olympie , Tragedie de Voltaire.lbusigach
Cet Ouvrage , mis au Théâtre le 17 Mars
1764 , avoit eté imprimé un an avant d'être
jone , & d'impreffion n'avoit point parle en
fa faveur, aufli la première reprefentation
furielle ouageute la feconde eut plus de
fuccès , meanmoins on continua de regarder
detten Tragedien.comme une des plus més
diocres productions de Voltaire, Quant aux
Écrits Périodiques , ils s'expliquerent trèsdiverſement
fur elle, Voltaire vivoit alors ;
il écrivait fur toutes les matières , tantôt
avec le courage d'un Philofophe qui veut
éclairer des hommes , tantor avec l'ardage
d'un Ecrivain, accourume à fronder ouver
rement les préjuges & les opinions, &
d'une part il s'étoit fait un monde dieanes
mis , de l'autre il avoit une cabale puiffance;
en conféquence, on fe livra des deux côtés à
tous les excès auxquels la prevention ens
traîne. Seize années écoulées & la mort du
Héros ont un peu atténué l'énergie des ent sent
thouhaftes & la haine des détracteurs. Il
exifte pourtant encore des arfenaux où les
uns forgent des pétards qu'ils lancent de
2
DE FRANCE. 187
temps en temps fur le tombeau du grand
Homme , & où les autres preparent des
foudres qu'ils deftinent a punir les profanes ,
dont l'admiration n'eft pas affez exagéree
pour croire à l'infaillibilite de Voltaire. Rire
de toutes ces fidientes fureurs eft le parti
qu'il faut prendre ; de prefenter la verité telle
qiron le võit , võilàfè ? qu'on doitraux gens
defintéreffes , & c'eſt le parti auquel nous
nous fixons , sodŢ parent , Ser12 ÞJ
* Olympie n'eſt point un bel Ouvrage į
mais on y trouve de très grandes beautest
Le caractère de Callandrea dela fierté de
la noblete , de l'energie & de la fentibilitéz
il contrafte heureufement avec celui d'An
figone , qui pourroit séanmoins êtrennarqué
affe plus grande traits 2 Celur diOlympie
eft fo be, ainfi que celui de statira 'action
eft intereffante pendane les rois premiers
Actes , elle ceffe de l'être dans les deux autres.
Du moment où glych pie begouvé lamères
où elle à la que Calfandrera empoisonnéifon
pere,qu'il a porte le poignard dans le fein de
Statira on fent que cette malheureufe Prins
ceffe doit étouffer Vamour que Caffandre lui
amfite maison fent au qu'elle ne peut
époufer Antigone ; dès lors tome incertitude
ceffe plus d'efpérance plus d'intérêt . Les
perſonniges d'ailleurs ne font que répéter
dans les deux derniers Actes ce qu'ils ont dit
plus d'une fois dans les précédens ; & malgré
la mort de Statira , malgré le bûcher qu'on
lui dlève, & dans lequel le précipite Olym
188 MERCURE
pie , malgré la fin tragique de Caffandre ,
le dénouement n'a rien de touchant , & neft
aux yeux des gens de goût qu'unog nu sioss II
Enea fement Phoibles aventures.
-1Ddas les Ouvrages médiocres, des grands
sun 72contre toujours
2010V 20on
Hothes ?
Te caractère .
ju
wiehdopak
cütque
amt de chifmatite
; un retrouve ce paracet
tère dans Olympie: Avec quel plaifir 99
entend ces vers dans la bouche de Hiero
phantem
251 209 21
Has 9506 11091 90191099
vich up Hélas ! tous les humains
ont besoin de clémence, J
Si Dieu n'quyroit
fes bras qu'à la feute innocenciol
Qui viendroit
dans ce temple antener les Autek ? ǝb Dieu fit du repentir la vertu des mortels
a mo [ ii la
Telleſt l'ordre éternel à qui le m'abandonne
Que la terre eft coupable
, & qué le ciel pardonners
.I
do
aula.pl
, aquioll5556
200
2016 21
sido
Voilà le langage d'un Miniftre des Autels
c'eſt à ce langige que l'on reconnoir
l'Oracle
d'un Dieu de paix , & que lame te fent pea nérrée de refpect & d'amour pour la Reli- gion. On pourroit citer un grand nombre de tirades aufli belles & plus longues
que celle b
ci, quoique moins attachantes
par leur objet
mais il faut fe bornegal'espace
qui nouerefte
& appliquer
à Voltaire ces deux vers que die Caffandre
à Antigone
en parlant d'Alexandres
QUP STIDIO 1827 not 36 molin el ab 9013
Vers Olympic , Scène Vodu toimub
& qu'on croiroir pris de la tharfale de Brébeufidé
abgundo fa alla S
ibnshlo É FPRºA N C E.
farduerai fes
défauts ; mais
,
qui qu'il en puifle être
Il étoit ungrand Homme , & c'étoit notre Maître,
Avant d'achever cet article , nous , obferverbis
que tous avons vu
prife les Prêtrelles qui accompagnent l'Hier
on Yaves quelque fur -i
rophante , potter pour ornement de cohdans
le Teniple d'Ephele , ce qu'on appelle ann
jourd'hun des Croix à la Jeannette, Nous ob
encore
Son
Pendant
le
récit
que
Statira fait de les malheurs , les mêmes Prêt
treffes qui doivent écouter ce récit avec au
tant d'attention que d'attendriffement , caufoient
deux à deux, & rioient probablement
des petits événemens domeftiques qu'elles fe
racontoient. Il ne faut pas s'étonner après !
cela fi l'on néglige l'illusion théâtrale dans les
objets principaux , puifqu'on n'a pas même
l'attention de veiller aux acceffoires les plus
fimples Quesdfivecht devenit les talens dans
deveneraires
un Theatre.com d'on n'a pas plus de refpect
pour l'Arts & porte Publicting sb word
des
Mi la Rive airenar la plus grande partie
du rôles de Calandre avec beaucoup
d'intelligence & ddful sdevons
éloges à Mille Rocour dont le talent
pris dans lep Pestanage ! de Statira , un
effor qui donne les plus hemcules elperances,
elle yla inntré de l'esanden , de la vérité
, de la raiſon , & l'on peur croire que
du travail & du courage la rendront propre
à bien remplir l'emploi des Remes , dont
elle eft chargée .
AM RACIREA
2617296 907,20over silouple d t
ub dojam Ali VoURES
Tol.
asiq 291 2b 21usluoɔ 29h iolqnisl sb 8 sgaoism
U
N'MEDALTON d'un platre très fin r
Jeftant M. le Comte de Maurepas & fon revers de
Médaille. Prix de chacune fous glace plaire
To fols , & en rouge in maftique compore de
foufre , & ne changeant jamais de couleur
A Paris, chez aire , de l'ancienne Académie de
S. Lue , rue des Prêtfes - Saint- Germain- l'Auxerrois.
M sb ollam , 5000d702 al 251g PropsM 256 901
Defcription Générale de la France, Gouverne
ment de l'Ile de France. Dixième Livraiſon. Elle
commence au N ° . 21 & finit au N°. 28. >
6.
Le No. 21 efla condd Vae dh lalais de Trianon,
prife du côté de l'entrée, Cette Vue fait pendant de
celle qu'on a donnée dans la précédente Livraison .
II Le No : zz eft la quartième Vue de Verfalles
prire de la grille qui fepare la cour du Château
d'avec celle des Miniftres. On y a repréfenté le monicht
du les Gardes Françoiles & les Gardes Stifles
font fous les armes en attendant le Ro
2:
X
-is Le NoA-23 eft une cinquième de la ville du
Château de Versailles , pine de la liauteur du bois
de Satory ville menrods!
Le No. 24 , Vue de la ville de Pontoife ! prife de
la plaine de Montbuiffon.
C
Le No. sepréfente la Vue du
Montmorenci
specente
Montmorenci , prife du village de Deuil.
sb
XUD
Château de
ci - devant
TI
Le No. 26 eft la Vire de l'e Adam , prife , du
bas des ferraffes da pare en face du Château.
ab 3991
Le No. 24 eft la première Vue de Paqueduc
d'Arcuell pite dans l'enclos du vieux Chateau.
Se No 28 Le
die leng pritesVines d ( callar
la mene feuille. Ces Eftampes te trouvent Paris ,
DEяFRAINI CAE. 191
chez Née & Mafquelier , Graveurs , rue des Francs-
Bourgeois.
Étude pour le lais où il efa fait mention du
mélange & de l'emploi des couleurs dans les plans
de fortifications & las Cartes Topographiques, but
Je heur,Panferon aution Profeffeur de Delfin à
l'Esple Royale Militaire, ci devant Infpecteur des
Bâtimens de SAS. Monfeigneur le Prince de
Conti , & Profeffleurisms 10632
ab Get Quyrage utile aux Architectes , Ingenieurs
& Arpenteurs, fe vend 6 liv. A Paris , chez l'Autent,
rue des Maçons , près la Sorbonne , maifon de M.
Bevaffeur, Graveur. o sb slimi nitqi
<
8
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da Menuilier ; chaque Cahier livres, & fols :
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l'abonnement eft de 15 liv. pour Paris , & 18 livres
pour la Province ob alliv si obouv ..
ob
J
233333
nonindian shamisiq al
NONCES
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T lived hepalliy ubolinggoroM
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gers de la Garde ordinaire du Roi , des Piges de
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Libraire , rue Dauphine ; Mufier , Libraire , quai des
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Brunet, Libraire , rue Mauconfeil , à côté de la
Comédie Italienne , vient d'acquérir les Euvres
Dramatiques de M. Mercier, 2 Vol. in- 8 ° . avec
fix figures . Prix , 4 liv. Idem , 2 Vol. in - 12 fans
figures Prix , livre 16 fols. I
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différentes méthodes qui peuvent abréger l'étude de
cette Science & en faciliter l'ufage , par le P. Buffier,
onzième Édition , revue , corrigée & augmentée ,
par M. Pingré , Chanoine Régulier & Bibliothécaire
de Sainte Geneviève , de l'Académie Royale des
Sciences , Aftronome général de la Marine , 1 Vol.
in- 1 de 452 pages , auquel on a joint un Traité de
la Sonère & des Cartes A Paris , chez Barrois l'aîné,
Libraire , quai des Auguftins , près le Pont Saint
Michel.
TABLE.
147
176
VERS à M. César Faucher , Sermons de M. l'Abbé “Cam-
Officier de Dragons , 14 bacérès ,
Chanfon à M. le Comte de Difcours en vers fur l'Aboli-
S*** tion de la Servitude dans les
Le Philofophe Amoureux , 148 Domaines du Roi ,
Enigme & Logogryphe , 151 Comédie Françoiſe ,
Hiftoire de France , # 13 Gravures ,
Mémoires fur les Fièvres & fur Mufique ,
la Contagion ,
1
183
186
190
191
171 Annonces Littéraires , ibid.
AP PROBATION.
J'AII lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Octobre. Je n'y ai
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreilion. A Faris ,
le 26 Octobre 1781. DE SANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
Z
10 .
RUSSIE.
De PÉTERS BOURG , le 28 Août.
LE Comte de Panin eſt attendu ici vers
le 15 du mois prochain ; le féjour qu'il a
fait fur les terres a , dit- on , parfaitement
rétabli fa fanté , que le travail avoit altérée
le repos étoit le véritable remède dont il
avoit befoin .
Le magafin de chanvre qui avoit été fi
fort endommagé par l'incendie de l'année
dernière eft non- feulement tout- àfait
réparé , mais il en a été encore bâti un
autre auffi grand , fur un terrein fort éloigné
du premier , afin que s'il arrivoit un
défaftre pareil à celui que l'on a effuyé , la
perte des Marchands ne foit pas auffi confidérable.
La quantité de nouveaux édifices ,
tant publics que particuliers , qui fe conftruifent
dans cette Capitale , eft inconcevable;
dans prefque toutes les rues , & là où
6 Octobre 1781. a
2
( 2 )
il n'y avoit autrefois que des cabanes , on
voit s'élever des palais magnifiques.
DANEMAR CK.
De COPENHAGUE , le 12 Septembre.
NOTRE Compagnie des Indes orientales
a perdu un de fes vaiffeaux , auquel le feu
a pris , & qui a totalement brûlé dans la
rade de Canton , en Chine. Les Directeurs
de cette Compagnie & ceux qui ont part à
fa direction & à fes bénéfices , fe font réunis
pour préfenter une requête au Roi , ils
fupplient S. M. de vouloir bien leur accorder
un autre vaiffeau à la place de celui
qu'ils ont perdu , & que l'état des finances
de la Compagnie ne permet pas de remplacer
auffi promptement qu'il feroit néceffaire
pour fon commerce .
30 navires Anglois , dont la plupart fortent
du port de Pétersbourg , font arrivés
dernièrement à Elfeneur , avec d'immenfes
cargaifons de munitions navales , & fur-tout
de bois & de chanvre. Les Anglois ne fe
contentent pas de venir eux-mêmes dans la
Baltique charger ces munitions , ainſi que du
bin , du goudron & du fer ; ils employent
auffi des navires neutres , & en particulier
ceux de Dantzick. Les François & les Elpagnols
ont auffi fait de grandes proviſions
de ce genre cet Eté dans la Baltique ; les
Anglois n'ont eu garde d'inquiéter les navires
neutres dont ces Puiffances fe font
( 3 )
fervis ; ils n'ont pas cru devoir avoir partout
les mêmes procédés qu'ils ont eu avec
les
Hollandois.
SUÈDE.
De
STOCKHOLM le 12
Septembre.
>
ON s'occupe
beaucoup ici du projet formé
pendant la dernière Diète , pour une
affurance générale des édifices
incendiés
& d'un règlement à obſerver lorſque le feu
fe
inanifefte quelque part. Le Roi avoit fait
remettre ces deux projets aux chefs des
divers
départemens pour favoir leur fentiment
fur ces objets ; comme ils fe font
trouvés très-oppofés , S. M. a confié l'examen
de cette affaire au Baron Charles de
Sparre , à M. Samuel Sandels , M. de Stokenftroein
, au Bourg-meftre
Eckerman ,
& à
l'Affeffeur
Lagerhielm.
I
Le
Collége de la
Chambre
Royale a publiéune
Ordonnance qui
fufpend , à
compter
dui de ce mois jufqu'au 1 Mai de l'année
prochaine , tous les impôts & droits fur
les bleds
importés de
l'Etranger ; cette fufpenfion
va
jufqu'au 1 Juin pour ceux qui
viendront
d'Archangel. Tous les navires
étrangers , fans
exception ,
jouiront de la
liberté dont
jouiffent ceux de la Nation
d'apporter des bleds ici.
Les
derniers avis que la Cour a reçus
du
Chevalier
Grubbe , qui
commande l'efcadre
du Roi ,
portent que cette
efcadre
a 2
( 4 )
après avoir refté quelques jours à Fleckero ;
en Norwege , en avoit remis à la voile , &
que les navires & les équipages étoient en
bon état.
ALLEMAGNE
De VIENNE , le 14 Septembre. ………
>
L'EMPEREUR arriva ici le 7 de ce mois ;
le 9 il affifta à la proceffion folemnelle qui
fe fait annuellement à pareil jour , en actions
de graces de la levée du fiége de cette Capitale
par les Turcs en 1683 ; la nuit du
même jour il partit pour aller voir le camp
de Moravie , d'où il paffera en Bohême . On
croit qu'il pourra bien faire un voyage à
Triefte , Fiume & Zeng , pour vifiter ces
trois ports de mer , que fon intention eft
dit-on , de voir encore cette année . Il peut
en avoir le tems jufqu'à l'arrivée du Grand-
Duc de Ruffie , qui n'eft plus attendu que
vers la mi-Novembre , parce que le départ
de ce Prince & de fon époufe ne doit avoir
lieu que lorsqu'on fera fûr du fuccès de la
petite vérole que l'on vient d'inoculer aux
deux jeunes Grands Ducs. Le couronnement
de S. M. I. eft , à ce qu'on affure , renvoyé
à Pannée prochaine.
sa
On apprend de Bade qu'il eft défendu
d'exporter hors du Royaume de Hongrie des
efpèces en argent , depuis que l'on s'eft apperçu
que les Grecs qui en font ordinaire(
5 )
་
ment le commerce , en tranfportoient une
très-grande quantité en Turquie.
On dit qu'à l'avenir il y aura dans cette
Capitale 10,000 hommes en garnifon. Il
fera aifé de les loger , nos cafernes font
très-vaftes & très-belles .
Les dernières lettres de Conftantinople
portent , que le 8 du mois dernier une des
Sultanes du Grand- Seigneur eft accouchée
heureuſement d'une fille.
De HAMBOURG , le 16 Septembre.
I
LA croifière de l'efcadre Suédoise pour
la protection du commerce & de la navigation
des neutres , devoit finir le 8 de ce
mois ; des ordres envoyés à l'Amiral Grube
qui la commande , la feront prolonger encore
quelque tems ; on prétend inême qu'elle
durera tant qu'on attendra des vaiffeaux
Hollandois dans ces parages . La Confédération
neutre confidère naturellement cette
Nation fous un autre point de vue que les
autres Nations en guerre ; elle doit être à
fes yeux à la fois neutre & belligérante ,
en vertu de leur traité avec elle & de la
déclaration de la Grande-Bretagne ; on ne
voit peut être pas quel avantage il en résulte
pour les Hollandois ; on ne les empêchera
pas de fe battre , & ils doivent fentir que
c'eft à eux à fe mettre en état de n'être
point battus , à n'attendre dans le Nord
que des médiations , & à fe tourner ailleurs
pour avoir du fecours .
a 3
( 6.)
Selon les lettres de Londres les Miniftres
de Pétersbourg & de Berlin ont donné connoiffance
à la Cour Britannique de l'acceffion
du Roi de Pruffe à la neutralité armée
& cette notification a été froidement
accueillie. On connoit les mouvemens que
cette Cour s'eft donnés pour mettre des
entraves au commerce des bois de conf
truction que faifoient les Hollandois en
vertu du traité de 1674 ; on demande ce
qu'elle fera pour empêcher les Pruffiens
de s'emparer de ce commerce ? L'article
2 de l'Ordonnance de Sa Majefté Pruffienne,
du 30 Avril , montre affez qu'elle ne fouffrira
pas qu'on apporte aucun obftacle à
fes fujets .
Les Navigateurs Pruffiens , eft-il dit dans cet article ,
peuvent , fur des navires Pruffiens , apporter toutes
les marchandifes qui ne font ni prohibées , ni des
munitions de guerre proprement dites , aux Puiffances
belligérantes , auffi-bien qu'aux neutres ; &
S. M. attend de l'équité & de l'amitié des Puiffances
en guerre, qu'elles ne permettront pas que les navires
Pruffiens , chargés de mâts , de bois , de chanvre
de goudron ou d'autres effets femblables qui ne font
pas des munitions de guerre proprement dites , mais
qi par la fuite peuvent le devenir , foient , par leurs
vailleaux armés , moleftés , enlevés , & par - là le
commerce Pruffien ruiné. S. M. Pruflienne promettant
de s'intéreffer vivement pour la caufe de
fes fujets dans tous les cas de cette nature c
Selon les mêmes lettres de Londres , le
Ministère Britannique n'a pas reçu avec
moins de froideur la propofition qui lui
a été faite par les Cours du Nord , relati(
5 )
vement à une fufpenfion d'armes entre la
République des Provinces-Unies & la Grande-
Bretagne.
S'il en faut croire des lettres de Pologne
, les Ruffes au nombre de 8000 hom .
ines font entrés en Podolie ; & à Choczim
la garnifon Turque a été augmentée jufqu'à
10,000 hommes ; on fe propofoit de
la renforcer encore.
&
»Le paffage des fauterelles , écrit- on de Lemberg, a
fait beaucoup de mal dans cette province , dont plu
fieurs endroits ont été ravagés , & fur-tout Snyatin ,
où l'on en vit fondre quelques effains les Aoûr ;
ils ne formoient que l'avant - garde des troupes plus
nombreuses qui pafsèrent le 12 , dirigeant leur route
fur Horodenka , & plus loin. Lorfqu'on les vit partir ,
on fur fort furpris de les voir voler 6 heures de fuite .
fans fe repofer , & formant un nuage épais . Leur
nombre doit être bien plus grand en Podolie ; un de
nos Négocians , que les affaires y avoient appellé ,
dit que chemin faifant , il avoit vu une étendue de 7
milles de Pologne , qui en étoit toute couverte ,
en bien des endroits un pied de haut les unes fur les
autres. Cela préfage , pour l'année prochaine , une
famine inévitable , fur-tout depuis que la fécherelle
& les chaleurs ont laiffé à peine aux gens de la cam→
pagne de quoi fubfifter . On a dû obferver depuis
plufieurs années , ajoutent les mêmes lettres , que
l'on pouvoit employer avec avantage les écus de
convention , tant de l'Autriche que de la Saxe &
autres pays dans les places de l'Empire Ottoman ;
il n'y avoit prefque pas de Turcs qui ne cherchâffent
de tous côtés à s'en procurer ; mais on remarque
actuellement qu'au lieu de chercher à en ramaffer ,
ils les donnent eux-mêmes en paiement «.
On apprend de Drefde que le Prince Chara
4
( 8 )
6
les Maximilien , frère de l'Electeur de Saxe ;
y eft mort le 8 de ce mois , à la fuite d'une
maladie de langueur , âgé d'environ 29
ans.
ITALI E.
De LIVOURNE , le 6 Septembre.
LES deux familles du Gouverneur de
Mahon & du Capitaine du Port , ainfi
que les autres Angloifes arrivées ici de
Minorque fur un bâtiment Vénitien , ayant
fini leur quarantaine , ont été admifes à pratique
; on a fu par ces paffagers' que c'eſt
la nuit du 19 au 20 du mois dernier ,
que le Duc de Crillon a débarqué , &
qu'il étoit maître de toute Ifle , à l'exception
du fort St - Philippe .
Le Grand-Duc a fait préfent à l'Arche
vêché de Florence de la inaifon & de l'Eglife
Abbatiale de Fiefole , ci- devant occupée
par les Chanoines de Latran , avec
tous les revenus qui y font annexés . On
croit que l'Archevêque en fera un Séminaire.
S. A. R. a fait défendre à tous les Reli
gieux de quelque inftitution qu'ils foient
de fe mêler à l'avenir de la direction ſpirituelle
des Couvens de Religieufes ; il leur
eft encore enjoint de remettre à ces Couvents
les livres qui pourroient leur appar
tenir. (
7
29.00) 19LTA
Selon les lettres de Naples , on a appris
12
2077260-2013 262 979m 140 21
9 h
que deux galiotes du Roi fe font emparées
près de la Sicile d'un chebec barbarefque
ayant à bord so hommes , & qui conduifoit
en amarre 2 petits bateaux qu'il avoit
pris un peu auparavant fans les équipages ,
qui avoient eu le bonheur de fe fauver à
terre . Ce convoi a été conduit à Trapani .
ESPAGNE.
22 *
De MADRID , le 12 Septembre.
,
LE fecond Officier que M. le Duc de
Crillon a envoyé pour rendre compte au
Roi de la fituation de fon armée , eft venu
preffer en même - tens l'embarquement des
renforts qui lui font deftinés , & fur- tout
celui de la groffe artillerie qui lui eft , néceffaire
aujourd'hui qu'on voit beaucoup de
facilité à réduire le fort St Philippe . La
légère contufion que le Général a reçue
ne peut avoir aucune fuite fâcheufe ; elle ne
l'a pas empêché de fortir tous les jours & de
faire toutes les difpofitions néceffaires pour
refferrer de plus en plus les forts enne
mis, Le Commandant de la Marine de fon
côté aoré au Général Murray tour espoir
de recevoir aucun fecours par mer. Ses
vaiffeaux & fes petits bâtimens de guerre
bloquoient le port & toutes les anfes voi
fines. Les matelots enhardis par les premier
fuccès , font rentrés dans le port , &
parvenus jufques fous les glacis de la place ,
ils ont enlevé trois gros navires qu'ils n'aa
s
( 10 )
voient pu emmener la première fois qu'ils
abordèrent les trois frégates de guerre dont
ils s'emparèrent. On imprime les dépêches
de nos Généraux relatives à cette expédi
rion , ainfi que l'inventaire des effets &
des denrées dont ils fe font rendus maî
tres , & qu'on dit être immenfes.
Une goëlette de la Martinique , écrit-on de
Cadix , arrivée dans ce port le 6 en 40 jours de
traverfée , nous apprend que le 29 Juillet , jour de
fon départ de Fort-Royal , le convoi de Marſeille
qui s'étoit arrêté ici pendant quelque - tems , & qui
en étoit forti fous l'escorte de 3 frégates le 28 Juin
dernier , avoit heureuſement mouillé à Fort Royal.
Il auroit couru les plus grands rifques , s'il fût
arrivé deux jours plutôt aux attérages de la Martinique
, l'Amiral Rodney ne s'en étant éloigné que
le 27 , deux jours avant l'apparition de ce convoi.
Le Journal d'Algéfiras du 24 au 29 du
mois dernier , contient les détails fuivans.
Il est entré dans la place deux bélandres ,
mais on
ne ' eft pas apperçu qu'elles ayent apporté des munitions.
Ces navires ne portent ordinairement que
les dépêches de la Cour de Londres. Le feu de la
place a été très modéré pendant les 7 à 8 derniers
jours , & nous avons réglé le nôtre fur celui des
ennemis. Ils travaillent toujours avec beaucoup
d'empressement à augmenter les parapets & les for
tifications , plaçant derrière elles quelques batteries ,
dans l'intention , fans doute , d'incommoder davantage
nos barques lorfqu'elles s'approchent. La nuit
du 27 , ces barques , commandées comme ci- devant
par D. Géronimo de Bueras , fortirent & prirent la
pofition la plus avantageufe pour battre les lignes de
la place ; elles firent un feu très -vif , & causèrent
dans ces lignes un incendie qui augmenta pendant
--
( in )
affez long-tems ; mais cette circonftance qui , d'un
côté , nous fervoit à mieux diriger notre feu , nous
devint nuiſible de l'autre , en ce que la grande flamme
qui s'éleva en l'air , & qui éclaira toute cette partie
de l'horifon , rendit plus vifible la pofition & la
diftance refpective de nos barques canonnières & bom.
bardes. En effet les ennemis firent jouer fur elles
toutes leurs batteries , à boulets & à mitrailles ,
deforte que nous eûmes deux artilleurs bleffés ; cependant
elles continuèrent leur feu jufqu'à ce que le
vent & la mer les forcèrent de fe retirer , ce qu'elles
exécutèrent dans le meilleur ordre. Une tartane
marchande a difparu de la baie la nuit du 28 , &
ron croit qu'elle a été dans la Méditerranée. Deux
grenadiers du 73e régiment ayant defcendu la mur
furent apperçus ; ontira fur eux du canon à mitrai
les ; l'un fut tué , l'autre qui a eu le bonheur de fe
fauver , n'a rien déposé .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 22 Septembre.
Le retour de l'Amiral Rodney , dans un
moment où la nation le croyoit occupé à
juftifier la promeffe qu'il avoit faite à l'Amirauté
de prendre fa revanche fur M. de
Graffe du combat malheureux de l'Amiral
Hood , & de la perte de Tabago , a caufé
un mécontentement général ; les alarmes
qu'on avoit au fujet de New Yorck , & que
l'on cherchoit vainement à fe déguifer , paroiffent
augmenter ; on s'attend à recevoir
bientôt de ce côté les plus fâcheufes nouvelles.
On affure , & cela eft vraisemblable ,
que le Général Clinton a demandé à diffé
3.6
( 12 )
rentes repriſes au Lord Germaine , un rengu
fort de troupes , fans lequel il déclare qu'il
ne peut répondre même des opérations dé
fenfives , parce qu'il fera obligé d'avoir
moins de poftes , & d'affoiblir infiniment ,
par là fa confiftance dans le pays . D'un autre
côté on dit que le Lord Cornwallis a fait last
même demande d'un renfort au Ministère , &
par la même raifon, parce qu'il lui eft impofli
ble de rien opérer de décifif fans un corpso
fuffifant & fur- tout de cavalerie dans un
pays très ouvert. Mais le Gouvernement n'a
point répondu aux voeux de ces deux Généraux
qu'il laiffe dans l'embarras , & dont
nous apprendrons peut- être des défaftres .
qu'on auroit pu prévenir.
"
है
On eft très- inquiet fur l'iffue du fiége de
New-Yorck que M. de Graffe doit aller favorifer
par mer & auquel on fait que l'Amiral
Hood ne peut oppofer que des forces
inférieures , qui fe trouvent encore diminuées
par le Gibraltar de 80 canons que,
PAmiral Rodneya jugé à propos de ramener
& par le vaiffeau de 60 qui efcorte la flotte
de la Jamaique. Les partifans de cet Amiral
avoient tant fait de bruit de fes, talens que
la Nation y avoit la plus grande confiance ;
elle a commencé par regarder fon retour ,
comme nuifible aux opérations militaires...
qui demandent un homme hardi ,mentre÷15
prenant & actif ; mais on eft revenu de 1,
l'opinion qui attribuoit toutes ces qualités }
à l'Amical Rodney, Qu'a t-il fait en effera !
{
( 13 )
1 dans fa longue campagne ? Il s'eft emparé de
Saint Euftache Ifle fans défenſe , & qui
devoit le rendre à la première fommation ;
il a été forcé de renoncer à fon entrepriſe
fur Saint-Vincent ; il a même échoué à la
tentative qu'il a faite fur la petite Ifle de i
la Defirade ; & il a laiffé prendre Tabago."
Toutes ces obfervations portent la Nation '
à croire que nos forces navales feront mieux
fous les ordres de l'Amiral Hood que fous
les fiens ; on regrette feulement qu'elles ne
foient pas plus confidérables. Le Gouvernement
fonge bien à les renforcer du Prothée
& de l'Agamemnon de 64 canons ; mais il
faut que ces vaiffeaux arrivent en Amérique
; iront- ils aux Ifles chercher l'Amirali
Hood , ou iront- ils , tout droit à New Yorck,
où il paroît qu'il doit avoir fuivi les Fran
çois ? Ils n'ont que l'une de ces deux routes
à prendre , mais jufqu'à ce qu'ils foient parvenus
au terme de leur voyage , il fe fera
paffé bien des chofes qui peuvent rendre leur
arrivée inutile ; d'ailleurs ce renfort eft- if
proportionné aux befoins ?
Cette fituation des chofes , donne lieu aux
réflexions les plus fâcheufes contre l'Amiral
Rodney. Ses amis , fes ennemis & les perfonnes
impartiales , s'étonnent qu'il ait ofé
revenir ; les uns & les autres ne voient dans
cette démarche que l'effet de l'envie qu'il
avoit de mettre à l'abri de tout accident le
fruit de les déprédations & de fes brigandages
, ( tout le monde tranche à préfent le
1
( 14 Į
mot) , à St-Eustache. Pour le fauver plus
fûrement , il a quitté la flotte des Ifles qu il
devoit eſcorter jufques dans nos ports , inais
il a fenti qu'il lui étoit plus facile d'éviter les
ennemis en marchant feul qu'avec un gros
convoi. Son Adjoint , le Général Vaughan ,
revient auffi ; mais on n'a pas appris fans
quelque furprise que l'Amiral au lieu de le
prendre fur fon vaiffeau , l'ait laiffé s'embarquer
à bord d'une mauvaiſe frégate ; on
en conclut qu'il s'eft élevé quelque démêlé
entre l'Amiral & le Général. Ils fe font parfaitement
accordés lorfqu'il a été queftion
de piller St-Eustache ; on préfume qu'ils ne
l'ont pas été lorsqu'il a fallu en venir au
partage. C'est ce qui arrive ordinairement.
Où fera le trouble , s'il n'eft pas en enfer
dit à cette occafion un de nos papiers ? On s'attend
que les deux Généraux donneront à la Nation
quelque fcène ſcandaleuſe ; on ne doute pas
que le Colonel Ferguffon , ci-devant Gouverneur
de Tabago , & qui eſt arrivé depuis quelque tems
ne demande à Rodney ce qu'il entendoit par cette
expreffion au fujet de la prife de Tabago , dont il
étoit fi étonné , qu'il falloit qu'il fût arrivé quel
que chofe de bien extraordinaire. Déja quelquesuns
de ces paragraphes , avant - coureurs des
grandes querelles , tels que ceux qui parurent après
le combat d'Oueffant , fe gliffent dans nos feuilles
publiques ; quelques amis de l'Amiral ont répondu
& ont récriminé , c'eft de cette manière
que s'embarqua la fameu e affaire de l'Amiral
Keppel & de Pallifer , qui finit par priver la Nation
du fervice utile de deux Officiers qui avoient
l'un & l'autre des talens & de l'expérience. A
15 )
cette occafion on ne fauroit trop applaudir à la réflexion
d'une de nos gazettes , qui , après avoir
parlé d'un démêlé furvenu entre un Amiral François
& un Officier foas fes ordres , ajoute : -
Nos ennemis ont comme nous leurs Keppels &
kurs Pallifer ; mais tel eſt l'avantage des Gouvernemens
, où la bonne & mauvaiſe conduite de
fes fujets s'examine dans le filence du cabinet
que l'Univers ne fera point fcandalifé de l'éclat
que produifent parmi nous ces fortes de difcuffions
; & la publicité des délits qui trouvent une
punition dans le filence même , auquel on les condamne
, n'ira pas de bord en bord allumer dans la
flotte ennemie l'efprit de parti & de faction " ,
Nos nouvelles des ifles portent qu'on
n'eft pas fans inquiétude à la Jamaïque . Auffitôt
qu'on afu que M. de Graffe étoit arrivé au
Cap ,on a craint qu'au lieu d'aller à Rhode
Ifland , il ne fe réunît à D. Jofeph Solano ,
& qu'il ne fit une entrepriſe fur cette ifle.
Nos lettres qui font du 31 Juillet , portent ,
que tant que les François refteront dans
cette ftation , les habitans , en vertu de la
proclamation de la loi martiale , fe mettront
fous les armes . On ne croit pas en général
ici que ce foit l'intention de nos ennemis
de deſcendre dans cette ifle , ils s'occupent
fans doute au Cap à embarquer des troupes ,
pour les conduire à Rhode Island ; mais dans:
l'incertitude où ils laiffent les iffes fur leurs
projets , l'Amiral Hood doit refter auffi dans :
ces parages ; & fi M. de Graffe fe rend
enfuite à Rhode-Iſland , il force par - là l'A-`
miral Hood à ne partir qu'en même- tems
( 16 )
pour New-Yorck , où cependant il feroit
intéreffant qu'il le prévînt.
Un courier arrivé le 19 au foir de Plymouth
a rapporté que l'efcadre de l'Amiral
, Darby confiftant en 26 vaiffeaux de ligne
& 7 frégates , étoit le 17 à la hauteur
de Start , & que 2 autres vaiffeaux ſe diſpofoient
à appareiller pour l'aller joindre.
A préfent qu'on fait la flotte combinée
rentrée , il a moins befoin de forces fupérieures.
Si nous nous félicitons de ce
qu'elle n'a rien fait , nous ne pouvons nous
diffimuler que fon apparition fur - nos côtes
nous a réduit à l'inaction ; que pendant
ce tems aucun renfort n'eft partis pour les
différentes parties du monde où il étoit
néceffaire d'en envoyer .
Nous avons donné dernièrement le précis
des nouvelles de l'Inde , nous y joindrons
ici les détails que la Compagnie en
a publié le 18 de ce mois.
La Compagnie a reçu par la voie de terre des
Lettres de Bombay , en date des 31 Mars & 30
Avril 1781 , par lefquelles elle eft informée que
les Marattes ont refufé les propofitions de paix
qui leur ont été offertes . Toutes les acquifitions
que le Gouvernement de Bombay s'étoit propofé
de faire dans le cours de la guerre ayant été faites,
il a pris , de concert avec le Général Goddard , la
réfolution de borner les opérations militaires à un
plan de pure défenfe ; de veiller à la fûreté & à la
confervation de ces acquifitions & des autres pof
feffions de la Compagnie , à la fûreté de Bombay
à la tédiction des dépenfes extraordinaires mili
taires , & à protéger , autant qu'il feroit poffibic ,
717 )
―
la Préfidence du Fort- Saint - George. On fit , en con
féquence , les préparatifs néceffaires pour envoyer
à cette Préfidence toutes les troupes de fon Diftrict :
opération qui a dû renforcer confidérablement l'are
mée aux ordres du Général Coote. D'après ce
plan , le Général Goddard évacua Bhoregant , ou
il s'étoit propofé d'établir un poste fortifié , & il
fit marcher vers Panwell , pour y dépofer fes mu
nitions , fes bagages , & agir conformément aut
fystême de défense qui avoit été , concerté. → L'ar
rière-garde, fut confidérablement harcelée dans fa
marche par les corps nombreux de Cavalerie &
d'Infanterie , qui chargèrent les troupes de la Compagnie
avec un degré d'audacé qu'on ne peut attribuer
qu'à la joie extravagante que produifoit en
eux l'apparence d'une retraite. Les troupes de la
Compagnie le comportêrene en cette occafion avec
leur courage ordinaire , & rendirent inutiles tous
les efforts que fit l'Ennemi , foit pour rompre la
ligne , foit pour enlever les bagages. Mais comme
le pays , par fa pofition , favorifoit la manière
dont les Indiens difpofoient leurs attaques , les
troupes de la Compagnie , pendant deux jours de
marche , eurent 3 Officiers & 55 Soldats tués ; 15
Officiers & 193 Soldats bleſſes . On n'a trouvé que
peu d'Européens parmi les tués & bleffés ; mais
le Colonel Parker , qui commandoir l'arriète-garde ,
a reçu une bleffure mortelle . La Lettre du 31
Mars porte , que le Général Coote avoit repris
Carangoly , & que l'Ennemi avoit retiré les trou
pes avec lesquelles , pendant plufieurs femaines , il
avoit affiégé Veloure , Permacoil & Wandiwash ;
qu'Hyder-Aly étoit occupé à enlever d'Arcot fa
groffe artillerie & fes munitions ; mais c'étoit une
opinion générale qu'il ne retireroit pas fon armée
fans hafarder une bataille .
喘
من
Malgré ces bonnes nouvelles , les actions
de la Compagnie font tombées le 19 de 2
eidinog sidral Pop C
( 18 )
t
pour cent. On a été fort étonné de cette
baiffe extraordinaire ; le motif en a d'a
bord échappé à tout le monde ; il paroît
qu'aujourd'hui l'on commence à le foup.
çonner. Les avantages que l'on fait fonner
fi haut , ne font peut-être pas auffi brillans
qu'on nous les préfente ; il eft fi aifé
de fabriquer des nouvelles qui viennent
de contrées auffi éloignées ; avant qu'elles
puiffent être démenties , elles ont déja
produit leur effet . Le tems où le Parle
ment doit fe rafflembler approche ; & il
faut bien que le difcours que le Roi doit
prononcer contienne quelque choſe ; l'Amérique
& les Illes ne préfentent rien de
bien fatisfaifant à dire à la nation ; on s'eft
retourné du côté de l'Inde ; & cette raifon
étoit fuffifante pour exagérer au moins nos
avantages. Ce qui nous fait rabattre beau¬
coup de leur éclat , c'eft que la Compa
gnie a demandé au Gouvernement 4 vaiffeaux
de ligne pour eſcorter la flotte qui
fera prête à appareiller vers la fin du mois
prochain. Cette eſcorte ne fe bornera pas
à affurer leur voyage ; elle fervira à renforcer
nos efcadres dans 1 Inde. Pour nous
tranquillifer , on affure que l'on a fait depuis
peu de nouveaux ouvrages à Bombay
, de manière que cette place n'a plus
rien à craindre.
1
Le bruit court auffi qu'un yaiffeau de
guerre de so canons & 7 vaiffeaux de la
Compagnie venant de l'Ile Ste - Hélène 3
( 19 )
où
font arrivés heureufement à Lisbonne ,
ils fe propofent d'attendre un fort convoi.
Les grandes nouvelles qu'on débite du
Commodore Johnftone ne prennent pas
autant qu'on le defireroit ; on a beau annoncer
des lettres d'un Officier du Renown
de so canons , qui a été à San Salvador
fur la rivière de la Plata , vis - à - vis de Bugnos-
Ayres , où il avoit précédé le Commodore
pour en annoncer l'arrivée aux naturels
du pays ; on ne doute plus ici que
c'eft l'impoffibité de fe rendre dans l'Inde
& la néceffité de fe réparer des dommages
qu'il a reçus dans fa rencontre avec le
Commandeur de Suffren , qui l'ont conduit
dans ces parages. On n'ajoute guère de
foi à fes grands projets fur la côté du
Chili , où il ira favorifer la rebellion , en
paffant par le détroit de Magellan dans la
mer du Sud. C'eft dans l'Inde qu'il rendroit
de véritables fervices à la nation , &
c'eft-là qu'il fe portera fans doute auffi-tôt
qu'il fera réparé.
D'après les difficultés que le floop l'Hélène
a éprouvées pour entrer dans Gibraltar
il eft naturel de conclure que les autres
cutters que nous équipons à grands frais
pour porter des fecours à cette place , ne
pourront échapper à la vigilance des Efpagnols
, fur-tout lorfque l'efcadre de D. Louis
de Cordova fera rentrée à Cadix. Quoique
dife le Gouvernement de l'efpoir que le
Commandant a de tenir bon , nous ne pou
( 20 )
vons nous flatter de conferver cette place.
Mahon , qui l'approvifionnoit de tems en
tems , ne peut plus lui rendre de fervices
& nous ne croyons pas que le Fort Saint-
Philippe puiffe réfifter à l'armée formidable
qui l'a invefti, Quoiqu'on ait tour lieu de
préfumer que le Général Murray & le Chevalier
William Dapper le défendront jufqu'à
la dernière extrémité , la fituation actuelle
de nos affaires nous mettant dans l'impoffibilité
abfolue de leur envoyer aucun fecours ,
tout ce que nous avons à faire , eſt de nous
réfigner de notre mieux à cette perte , &
dé l'imputer aux évènemens de la guerre .
On affure , dit un autre de nos papiers publics
que le Fort Saint Philippe , avec quelque habileté
qu'il foit défendu , ne peut foutenir un fiége de plus
de deux mois , à moins qu'il ne reçoive des fecours
d'Angleterre , que fa Garnifon ne foit augmentée ,
& qu'on ne lui envoie en outre des munitions de
toute cfpèce , attendu que par les derniers Etats des
Revues , il paroît que le Général Murray n'a pas
affez de troupes , relativement aux ouvrages qu'elles
ont à garnir , & à un fervice auffi pénible qui exigeroit
qu'elles fuflent relevées plus fouvent qu'elles
pe peuvent l'être .. Le Gouverneur Murray eſt
un Officier qui joint à une longue expérience , une
bravoure décidée , mais qui malheureuſement l'em.
porte quelquefois par- delà les bornes de la prudence.
Il a été le premier Gouverneur de Québec
après la conquête de cette Place dans la dernière
guerre. Lorsque les François voulurent la reprendre
, au lieu de fe tenir dans la Ville , & de profiter
de l'avantage des fortifications pour le défendre
contre l'Ennemi , il fortit de la Place pour aller
lui préfenter le combat , cù il fut battu complete
( 21 )
ment , & fi complettement même que fi les François
euffent fçu profiter de leur victoire , nous aurions
perdu Québec & toute la Province , & parconféquent
le fruit de trois brillantes campagnes.
Mais il eft vraisemblable que l'âge & l'expérience ,
en mûriſſant la tête , auront amorti cette extrême
vivacité. Ce Général eft frère du Lord Elibank &
da célèbre Alexandre Murray , & oncle du Commodore
Johnſtone dont le caractère offre un contrafte
fi frappant avec celui de fon père & de fon
frère Pulteney Johnſtone qui font froids & glacés,
tandis qu'il a hérité de toute la chaleur de fon
oncle le Général Murray que l'on fait être trèsabfolu
dans fon autorité & audacieux jufqu'à
la témérité.
* I wi
Il eft fingulier , dit à cette occafion un de nos
papiers , qu'une opération , qui avoit pour objet
l'avantage d'un Etat , tourne fouvent à fon préju
dice. Lorfque nous primes poffeffion , pour la première
fois , de l'Ile de Minorque , les chemins de
Citadella & du Port Fornello à la Ville de Mahon
étoient impraticables pour toute espèce de voitures.
Il n'y avoit que des ânes & des gens de pied qui
puffent y pafler ; encore n'étoir ce qu'avec beaucoup
de peine. Lorsque le Général Kane fut nommé
au Gouvernement de l'Ifle , il rendit ces routes
i belles & fi larges que deux voitures pourroient y
pafler de front. Mais ces travaux qui avoient pour
objet l'intérêt des habitans , nous ont fait perdre
l'Ile dans la dernière guerre. Comme le débarquement
au Port-Mahon Tous le feu même des batteries
du Fort - Saint - Philippe , étoit une entrepriſe
trop périlleufe , ce fut à Citadella même & à Porto-
Fornello , que les François effectuèrent leur defcente
. Au moyen des routes que nous avions faites
, ils fe rendirent de la à Mahon avec la plus
grande commodité , lau lieu que fi les chemins ful
fent reftés dans l'état où ils étoient auparavant , il
.( 22 )
n'auroit fallu qu'une poignée de Soldats pour les
arrêter & peut- être fauver l'Ifle.
"
.. On a fait l'état fuivant des troupes de
terre levées fur l'établiffement de la Grande-
Bretagne depuis le 29 Septembre 1774 ,
jufqu'au 29 Septembre 1781 , fans y.comprendre
les milices & les fencibles.
Du 29 Sept. 1774 au 29 Sept. 1775 ..
1775
1776
1777
1778
-1779
1780
35.755 hom.
-1776 11,063.
1777... 6,882.
1778235978.9
1779 .. 16,154.
3780 85,233.
1781 • · 10,000.
Total . 119,965.
Comme l'année 1781 n'eſt pas finie , on a pris un
terme moyen , & on a porté à 10,000 le nombre
d'hommes levés cette année.
L'état de nos finances devient tous les
jours plus déplorable. La Banque fe propoſe
de faire une opération qui prouve combien
fon crédit eft précaire ; les détails fuivans
que nous fournit un de nos papiers , donnent
une jufte idée de l'opération , de fon motif,
& des circonstances alarmantes qui la déterminent.
» La Banque d'Angleterre , regardée comme un
Corps inébranlable , fuivant toujours fans altération
les mêmes principes , & très- éloignée d'adopter des
variations , qui dans tout établiſſement de Finances
indiquent la difette de fonds ou l'épuisement de
moyens comme tout le refte du Corps de la Na
tion , fe reffent d'une guerre funefte , qui ne s'eft
foutenue jufqu'ici que par la méthode ruineufe d'anticiper
fur nos reffources futures , & de confommer
: ( 23 )
d'avance les moyens des générations fuivantes , les
Directeurs ont réfolu d'en porter le dividende de
5 & demi à 6 pour cent. La réfolution n'en a pas
encore été finalement arrêtée ; mais , foumiſe comme
la Banque l'eft aujourd'hui à toutes les volontés
du Ministère , l'on ne doute point , qu'elle ne paffe
par voie de ballotage. On eft extrêmement furpris
de cette détermination , puiſque la Banque a confenti
récemment à faire au Gouvernement , un prêt de 2
millions à 3 pour cent , fous condition du renouvellement
de la Chartre , & qu'ainfi , pour remplir
cet engagement , elle a befoin de les espèces. L'on
fait qu'il s'en faut de beaucoup depuis quelque tems ,
que fa Caiffe abonde en argent comptant , vu l'ex
portation continuelle qu'on eft dans la néceffité
d'en faire pour folder la balance défavantageufe
de la Nation en général & de la Banque en parti.
culier avec ſes Créanciers étrangers . Mais l'étonnement
ceffe , en apprenant qu'en revanche du demi
pour cent d'augmentarion , que les Actionnaires
alloient recevoir , les Directeurs avoient réfolu de
faire un appel général , & d'exiger , de la part des
Actionnaires , une augmentation de 8 pour cent de
leur capital ; de forte que chaque Propriétaire de
1oco l . ft. dans les fonds de la Banque fera obligé
d'y fournir encore 80 1. ft. , pour porter ainfi fon
action à 1080 liv. ft. Le fimple calcul arithmétique
prouve déjà le taux raineux de cette levée d'argent ,
puifqu'en donnant un demi pour cent par an pour
une augmentation de Capital de 8 pour roo , la ban
que emprunte fur le pied de 6 trois quarts pour too . Et
quelle eft aujourd'hui en Europe la Nation , réduite
à cette extrémité . Mais l'opération est encore plus
alarmante pour le crédit de la G. B. , lorfqu'on en
confidère la cauſe originelle. C'eſt l'influence que
le Ministère a fu gagner fur la Direction , comine
fur tous les autres Corps publics , fi l'on en excepre
peut- être les Propriétaires de la Compagnie des
Indes. Le Gouvernement , preflé chaque année par
( 24 )
le befoin d'argent , a eu recours à la Banque ; &
celle ci n'a jamais cru devoir le refuſer à fes defirs :
pour remplir les emprunts annuels , elle a mis
chaque fois en circulation de nouveaux billets pour
le montant des fommes dont on avoit befoin ;
mais , en abuſant ainfi de fon crédit au gré de
l'Adminiftration , ou en l'étendant du moins au- delà
des bornes que la prudence auroit dû lui preferire,
elle a multiplié fon papier au point qu'il paffe aujourd'hui
d'une façon énorme la proportion du
fonds réel , dont il n'eft que le figne repréſentatif.
La caiffe s'épaifant en même-tems par les remifes
en efpèces qu'on eft obligé d'envoyer fans ceffe à
l'Etranger , les Directeurs ont craint , qu'ils ne fe
viffent enfin hors d'état de faire face aux payemens
des billets qu'on viendroit tous les jours leur
préfenter en plus grand nombre , pour les convertir
en argent comptant. Et c'eft ainfi que par dégrés
ils le font vu réduits à l'opération dangereufe de
procurer environ millions ,
9
argent de Hol
lande , à raifon de fix & trois quarts pour cent
d'intérêt , pour en former un accroiflement additionel
au fonds primitif -C'est donc - là qu'aboutit
l'entrepriſe téméraire d'une guerre quadruple , entreprife
que les Ecrivains falariés par nos Miniftres.
ont fouvent tenté de juftifier d'après l'idée auffi
chimérique qu'abfurde du crédit inépuiſable de
l'Angleterre <<.
fe
On peut fe faire une idée de l'opinion
que fe forme l'Europe de l'état de crife où
nous nous trouvons , par cette lettre écrite
d'Amfterdam , & qui préfente un tableau
malheureufement trop vrai.
23
L'Angleterre commence à reffentir de plus en
plus les effets funeftes de la guerre , qu'elle a fi
légèrement déclarée aux Provinces- Unies ; & malheureufement
trop tard pour elle , elle éprouve
མ་
que,
( 25 )
que, tandis qu'elle fe plaignoit des Hollandois
comme fournillant à fes ennemis les moyens de lui
faire la guerre , il n'y a pas eu de Nation en Europe ,
qui lait plus aidée que la Hollande , à foutenir les
efforts de fes adverfaires réunis. C'eft une vérité ,
dont les Politiques n'ont jamais douré , que l'expérience
a prouvée après la prife de St -Eustache ;
& que l'opération , à laquelle la Banque d'Angleterre
vient d'être forcée , achève de vérifier. Les
frais immenfes de la guerie obligeant l'Adminiftration
à des emprunts qui , depuis 1755 , le font
accrus chaque année dans une progreffion étonnante
, elle a créé , pour y fuffire , une maſſe
énorme de papiers . Cette méthode étoit ruineufe ,
il est vrai ; mais les cffets ne s'en feroient fait
fentir qu'à la fin de la guerre , lorsque le Gouver
nement auroit ceffé de faire des emprunts , parce
que les Hollandois employoient les intérêts mêmes
de leurs fonds en placemens nouveaux , & qu'ainfi
les espèces reftant dans le Royaume , la valeur
repréfentée par le papier étoit fous la main ; le
réfultat de la création trop multipliée n'étoit qu'éloigné
; & l'on étoit pour le moment en état de
continuer la guerre la plus difpendieufe que l'Angleterre
ait faite depuis fon exiftence. Cette abondance
de circulation contribuoit à faire entrer l'argent
dans les coffres du Miniſtère , parce que les
étrangers , ue fixant leur attention que fur la facilité
qu'ils avoient pour le préfent de convertir leur
papier en argent comptant , ne s'embarrafoient
pas de l'avenir & ne faifoient pas même difficulté
d'envoyer leurs efpèces en Angleterre . La guerre
déclarée à la Hollande , a mis un terme à l'illusion.
Cette Nation , la feule parmi celles de l'Europe
qui ait une influence marquée fur les fonds Anglois ,
a celé de s'y intéreffer. La balance en argent a
commencé dès - lors à être au défavantage de l'Angleterre
; & pour folde de compte , l'on a dû
6 Octobre 1781. b
( 26 )
exporter des espèces fonnantes , tandis que le papier
feu eft refté. La Banque fent actuellement a quelle
maffe énorme celui - ci s'eft accru , & combien feu
la proportion a été gardée entre l'or & l'argent.
effectif dans la circulation & le paier , qui n'en eft
que le représentatif. Craignant donc que , fon
crédit factice s'ébranlant à mesure que la difette des
métaux augmente , elle ne fûc bien- tôt accablée
par la multi ude de billets , qui fe présenteroient
pour le remboursement , elle a pris le parti extrême
de faire un appel de tous fes Actionnaires ,
pour augmenter leur capital originel de 8 pour
cent. Par ce moyen , elle fe procure une fomme
de 862,400 liv. fterling , mais à quelles conditions ?
Il n'eft guères poffible de s'en figurer de plus oné.
reufes. D'abord elle paiera de ce capital un intérêt
de 6 & trois quarts pour cent . Enfuite , elle ne
reçoit la fomme additionnelle que fur le pied
de la valeur originelle de cent pour cent , tandis
que la valeur actuelle de fes actions , fur la Place,
eft de 116 pour cent. Ces deux circonftances.ne
prouvent elles pas évidemment que la Banque fe
défie de fon crédit , & qu'elle eft dans un befoin fi
preffant d'efpèces , qu'elle eft indifférente fur les
moyens de les trouver , même à un taux d'intérêt,
nfuraire ? Encore eft- il douteux que les Actionnaires
fe laiffent féduire par un appas qui n'offre rien de
permanent. L'on fait que le dividende ne fe fixe que
par femeftre , & qu'au femeftre prochain , il pent
être remis à cinq & demi pour cent. Quelle sûreté
Jes Intéreffés ont -ils donc de retirer de leur nouveau
fournillement le même avantage pour l'avenir ? Afin
de les raffurer , on leur préfente un bilan , fuivant
lequel le Gouvernement doit à la Banque un capital
de 11,686,800 liv. fterling à pour cent d'intérêt ,
tandis que la Banque ne doit à fes Actionnaires qu'un
capiral de 10,780,000 liv . fterling ; de forte qu'en
dédaifant même le nouveau fourniffement de 8 pout(
27 )
- cent , il refte en fa faveur un furplus de 44,400 liv.
fterling. Mais il en eft de ce calcul comme des autres
affertions Miniftérielles , fondées ordinairement fur
des déguifemens & des réticences . En l'offrant au
Public , l'on oublie de remarquer en même tems
qu'on y évalue la créance de la Banque à la charge
du Gouvernement fur le pied du capital originel
tandis qu'en effet on ne doit l'eftimer qu'à fa valeur
réelle felon le prix actuel des Annuités confolidées'
à pour cent , qui , en y comprenant même les
intérêts échus depuis les Juillet , n'eft que de 56
& demi pour cent ; de façon qu'au lieu de 11,686,800
liv . fterling , le fonds de la Banque en créance fur
le Gouvernement eft dans la réalité feulement de
6,603,043 1. ſterl .— Qu'on juge , d'après cet exposé
fimple & véridique , à quel degré d'impuiflance
l'Angleterre le trouve réduite par l'effet d'une guerre
qu'elle a entrepriſe uniquement fur le faux espoir que
fes adhérens lui ont donné relativement à la difpofition
générale des efprits dans les Provinces- Unies, &
qu'on juge en même-tems combien les Hollandois
en facrifiant un gain momentané & précaire à des
avantages plus folides & plus patriotiques , font les
maîtres de forcer la G. B. à demander la paix à des
conditions juftes & honorables «.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 2 Octobre.
S. M. a nommé la Comteffe de Villefort
Sous - Gouvernante des Enfans de France ,
en furvivance de la Comteffe d'Aumale.
L'Abbé Pezzana eut l'honneur de préfenter
à la Reine le 22 du mois dernier , les
Tomes VII , VIII & IX de la nouvelle
édition des OEuvres complettes de Métaftab
2
( 28 )
fe ( 1 ) . Cette édition eft une des plus belles
peut-être qui aient été faites ; on peut affurer
avec vérité qu'elle eft digne du grand
Poète dont on a recueilli les ouvrages . Les
eftampes de cette livraiſon qui eft la cinquième
, forment une fuite également rare
& précieufe qu'on n'a vue depuis longtems.
Il y a deux deffins de M. Cipriani de
Londres , deux de M. Cochin , quatre de
M. Moreau , & un de M. Martini . Les deux
de M. Cipriani font gravées par M. Bartolozzi
, le premier Graveur de l'Europe ;
celles de M. Cochin , par le célèbre Carmona
à Madrid , & par M. de St- Aubin ;
celles de M. Moreau , par M. Porporati
à Turin , & MM . le Mire , Prevoft & Simonet
à Paris. On ne fauroit exprimer l'émulation
& le zèle que tous ces habiles
Graveurs ont apporté dans leur ouvrage , &
les talens qu'ils ont mis dans l'exécution .
Comme les Soufcripteurs en Italie & en
Allemagne fe font réunis pour demander
qu'on joignît auffi des eftampes aux petites
pièces , M. l'Abbé Pezzana s'empreffe de les
fatisfaire . Cela en formera 35 à 36 de plus ,
qui feront exécutées avec le même foin.
Le Roi a nommé à la charge de Meftre.
de-Camp-Lieutenant -Infpecteur des Carabiniers
, vacante par la mort du Marquis
de Payanne , le Comte de Chabrillan , Maréchal
- de- Camp & Capitaine des Gardesdu
Corps de Monfieur. Il a eu , le 23 de ce
(1 )Cette belle & magnifique Edition ſe vend chez Mo
lini , Libraire , rue du Jardinet.
( 29 )
mois , l'honneur d'être préfenté , en cettè
qualité , à LL. MM. par Monfieur.
La Cour prendra le deuil le premier
Octobre , pour quinze jours , à l'occafion
de la mort du Prince Charles -Maximilien
de Saxe , frère de l'Electeur.
De PARIS , le 2 Octobre.
UN Courier extraordinaire de Cadix nous
a annoncé l'arrivée du convoi de Marfeille
, parti du Cap le 29 Juillet . Les lettres
que ce courier a apportées font du 10
Sept. , & contiennent les détails fuivans :
>
» Hier , nous vîmes arriver dans cette baie , 12
bâtimens venant du Câp Saint - Domingue , d'où ils
étoient partis le 29 Juillet , au nombre de 15. Ce
convoi appartient tout entier à Marſeille , excepté
5 navires qui font du Ponent. Les nouvelles qu'il
nous donne de ces parages , font les fuivantes. Le
Comte de Graffe , parti le s Juillet de la Martinique ,
mouilla au Cap le 16 du même mois avec toute
fa flotte & environ 150 voiles ; il a eu le malheur de
perdre , dans fa traverſée , la frégate l'Inconftante
qui a brûlé à la vue du Cap Tiburon , & dont on
n'a pu fauver que go hommes de l'équipage . On étoit
occupé à embarquer au Cap, les bataillons d'Agénois ,
de Gâtinois & de Touraine , avec lesquels M. de
Graffe & toute fa flotte doivent faire voile le s Août
pour l'Amérique Septentrionale. M. de Monteil
étoit au Cap en même tems que la grande flotte ;
un de fes vaiffeaux , l'Intrépide , de 74 canons , a cu
le même fort que l'Inconftante ; il a brûlé entiè
tement , par accident , dans la rade du Cap «.
-
C'eft pendant la route de la Martinique
au Cap que l'Inconftante a brûlé ; quant à
b3
( 30 )
Intrépide , il étoit dans la rade ; on faifoit
une diftribution de tafia aux Matelots ;
le feu prit à une barrique & fe communiqua
avec tant de rapidité , que tout fecours
devint inutile ; heureufement perfonne
n'a péri. Les troupes que M. de Graffe embarque
au Cap montent à 3000 hommes ;
il emmenera le plus de vaiffeaux qu'il pour
ra. Le Général François ne trouvera point
l'Amiral Rodney à New-Yorck. Cet Amiral
qui promettoit après la défaite de l'Amiral
Hood , & la prife de Tabago , de
rendre la fin de la campagne funefte aux
François , eft revenu en Angleterre où il
eft arrivé le 16 du mois dernier , avec le
Gibraltar & une frégate. Il aura été fort
étonné en mettant pied à terre d'apprendre
que le Gouvernement a mis en fequeftre
'les 2,000,000 liv. fterl. que lui doivent les
Affureurs de la flotte de St - Eustache . Cette
précaution a été priſe d'après les différentes
réclamations des Négocians étrangers intéreffés
au commerce de St-Euftache'; cetté
reftitution doit fervir à les dédommager de
ce qu'ils ont perdu , & à prouver du moins
que le Gouvernement n'étoit point complice
de tous les brigandages commis par
fes délégués. Quoi qu'il en foit , c'eſt à
'Amiral Hood que M. de Graffe aura maintenant
affaire ; on eft fort impatient d'ap
prendre fon arrivée à New-Yorck , & les
détails de la campagne qui doit avoir été
ouverte dans ces parages. On l'attendoit
< (13.1. )
pour commencer le fiége de New-Yorck , &
les nouvelles que nous devons bientôt recevoir
de ces contrées ne fauroient être plus
importantes.
Les papiers Anglois en ont publié beaucoup
fur la pofition du Général Clinton à
New-Yorck , & fur celle des François &
des Américains qui menacent cette place ,
fur la prétendue méfintelligence entre les
derniers , & la prétendue de faite du Marquis
de la Fayette dans la Virginie , & c. & c.
On ſera bien aiſe de leur oppofer les détails
fuivans écrits par un Officier de l'armée
combinée au camp de Philippsbourg , le 20
Juillet.
» Le corps François , aux ordres de M. le Comte
de Rochambeau , partit de New- Yorck le 10 Juin ,
& campa à la Providence jufqu'au 19 ; ce même
jour , il fe mit en marche jufqu'à Waterman's-taven ;
le zo à Plain-Field ; le 21 à Windham ; le 22 à
Bolton ; le 23 à Strafford , où il féjourna , le 24 &
de 25 ; le 26 à Bréack- Neck ; le 29 à New-Town.
On devoit féjourner dans ce dernier endroit pendant
deux jours ; mais un courier que M. de Rochambeau
reçut dans la nuit du 30 au premier Juillet,
fit battre la générale à 2 heures du matin , & furle-
champ , l'armée le mit en marche , & vint camper
à Ridge-Bury ; le 2 à Berford ; le 3 à Norr Caltle ,
où elle féjourna en attendant les ordres du Général
Washington , qui la fit partir le 6 Juillet , pour
venir occuper le camp de Philippsbourg , dans une
pofition très avantageufe. L'armée Américaine a
reçu les François très cordialement , & le grand
homme qui la commande , paroît flatté d'être à la
tête d'un corps de troupes Françoifes . —La marche
de l'armée par des chemins difficiles , traînant à fa
·
b 4
32
) fuite une nombreufe artillerie , & un convoi de
vivres , a été pénible. Elle a été de plus de zoo
milles par des chaleurs exceffives dont on n'a pas
'd'idée en,
Europe. Les troupes en ont été un peu
abattues ; mais leur courage & leur volonté ne
l'ont point été. Leur ardeur eft toujours la même ,
& il leur tarde d'en faire l'effai . On ne doit pas être
inquier en France de la réputation qu'elles acquerror.t
dans le Nouveau-Monde ; & fi elles n'ajoutent pas
un nouveau luftre à la gloire des armes Françoifes ,
elles n'y porteront certainement aucune atteinte.
L'armée combinée , dans la pofition qu'elle
Occupe , n'est qu'à dix milles de New-Yorck , mais
elle n'eft pas affez forte pour attaquer cette place.
Les Américains ne font qu'au nombre de 5 à 6000
hommes de troupes Continentales ; les François ne
paffent pas ce nombre ; mais le Général Washing on
attend 6000 hommes des braves milices du Nord ,
& encore 5 à 6000 hommes de troupes Continentales
. Lorfque tout fera réuni , il fera poffible de
faire quelque tentative ; mais pour frapper de grands
coups ; il faut une fupériorité navale , & l'arrivée
de M. de Graffe dans nos mers , peut feule la donner.
S.
Le 3 de ce mois , il y a eu une petite affaire entre
un détachement de l'armée Américaine & un corps
Anglois forti de New Yorck. Quatre à 500 Anglois
s étoient avancés jufqu'à Weft- Cheafter. Le Général
Washington fit auffi-tôt embarquer fur la rivière
Hudfon , le Général Lincoln , avec 600 hommes,
pour tourner les Anglois , pendant qu'il s'avançoit
avec 2000 hommes pour foutenir Lincoln , & que
Ja légion de Lauzun , à laquelle on avoit fait forcer
plufieurs marches , devoit attaquer en tête ; mais
au lieu de 4 à 500 hommes , on en trouva 3000.
Il n'y avoit pas d'autre parti à prendre que celoi
de fe retirer , le Général Lincoln étoit trop avancé
pour n'être pas atteint dans fa retraite . Il fot joint
par les ennemis , fe battit avec la plus grande vigueur,
1
( 33 )
eut 60 hommes tués ou bleffés , & fe retira dans le
meilleur ordre à la faveur de l'audace avec laquelle
le Général Washington , quoique, inférieur , le porta
en avant pour le foutenir. La légion de Lauzun ,
trop éloignée , n'a eu aucune part à cette petite action .
-
On peut dire , avec vérité , que l'armée , fur-tout
celle des Américains , n'eft pas celle de Darius. Les
circonftances ont banni le luxe. On ne calcule plus
fur les tables le nombre d'entrées & d'entremêts ;
mais le nombre des convives & des livres de viande
dont on peut diſpoſer ; on ne fert point de vin au
commencement des repas , il est réservé pour la fin ,
& les fautés fe trouvent très - bien de ce régime.
— M. le Marquis de la Fayette vient encore de fe
diftinguer & de juftifier la bonne opinion que les
François & les Américains ont de lui ; il a entièrement
défait l'arrière -garde du Lord Cornwallis . Ce fuccès
eft la fuire de la conduite parfaite qu'il a tenue , &
de la jufteffe des manoeuvres qu'il a exécutées depuis
qu'il commande en Virginie. Il a forcé fucceffivement
le Général Anglois à l'évacuation de cette Province ;
& déja les ennemis le font retirés jufqu'à Williamsbourg,
C'est un grand avantage pour les opérations
futures en ce pays ".
Le Dauphin Royal , écrit on de Breft ,' ayant
befoin d'un raloub , eſt entré dans le port . Le Protecteur
& le Guerrier de 74 , y font entrés le 20 ,
pour être armés en flûtes , ainfi que l'Alexandre &
le Hardi de 64 , qu'on eft occupé à défarmer . On
prépare de même toutes les fûres du Roi , auxquelles
on joindra plufieurs gros navires marchands que
M. de Macnemara doit amener de Bordeaux pour le
transport de 10,000 hommes qui doivent s'embarquer
dans le courant du mois d'Octobre. Le
•
Terrible , que commande M. de la Mothe Piquer
ayant touché en rentrant fur la roche du Menguan
paffera cette femaine dans le baffin . La Bretagne ,
doublée en cuivre l'hiver dernier, rentrera dans le bafbs
( 34 )
---
fin la femaine prochaine ; il a plus de 60 feuilles de
cuivre traînanres.- - La Couronne eft fortie du baffin
de Recouvrance, le 18 , la marée étant affez forte pour
ne pas laiffer de doute fur le fuccès de cette opération
qu'on avoit jugé à propos de retarder , pour ne
pas expofer ce vaiffeau . Le Pégase lera plutôt
prêt qu'on ne le penfoit ; il pourra être lancé à l'eau
le 15 Octobre.— On doit conſtruire pour le printems
2 frégates portant 18 , dont l'une fera probablement
commandée par M. le Chevalier de Macnemara
qui en a fait la demande , préférant avec
raifon de commander une de ces frégates à un
vailleau , en ce qu'il eft impoffible que l'on trouve
des bâtimens de cette clalle plus fort que foi , & qu'il
eft moralement sûr qu'on en trouvera de plus
foibles. On a reçu ordre d'expédier en avifo ,
avec la plus grande célérité , la frégate l'Emeraude
commandée par M. de Sufannet , la corvette la Cérès
& le cutter l'Efpion . Ces trois bâtimens doivent
partir inceffamment , les uns difent pour l'Espagne ,
les autres pour la Nouvelle- Angleterre. La quantité
de vivres qu'on leur fait prendre donne lieu de penfer
que leur voyage fera de tong cours «.
Les lettres de Breft du 24 annoncent l'arrivée
d'un convoi de St - Malo de 63 voiles ,
& celle du navire la Catherine du port de
200 tonneaux , chargé de bois de conftruction
pour l'Angleterre , prife faite par le cutter
la Mothe- Piquet de Breft.
» On vient de recevoir , écrit-on de Marſeille en
date du 14 , l'ordre de fréter des bâtimens juſqu'à
concurrence de 8000 tonneaux , pour transporter à
Mahon l'armée auxiliaire ; les navires Espagnols
qu'on croyoit pouvoir fe charger de ce foin , feront
affez occupés à Barcelone , où ils vont prendre la
groffe artillerie & un nouveau corps de troupes , pour
qu'on ait été obligé de préparer ici d'autres bâtimens
( 35 )
-
de tranſport. L'embarquement fe fera à Toulon , où
-eft déja le régiment de Lyonnois ; Royal Suédois &
Bouillon font à Aix ; Bretagne eft en marche ; en
forte que cette divifion pourra mettre à la voile
avant la fin du mois. Le convoi du Languedoc
& de la côte , d'environ 40 voiles , eft heureufement
entré ces jours derniers dans ce port , fous l'efcorte
de la corvette du Roi la Sardine ; depuis le 27 Août
jufqu'au 11 Septembre , il eft arrivé ici 47 bâtimens.;
il y en a plusieurs qui viennent d'Alicante , de Barcelone
, de Carthagêne , & même un venart de
Séville , ce qui prouve que depuis l'expédition contre
Minorque , les Espagnols fréquentent plus librement
'notre port «.
Les relations que la Cour d'Eſpagne a
reçues de l'expédition de Mahon , ne parlent
point de la déſertion des 400 homines ,
annoncée par des lettres de Toulon ; cette
nouvelle paroît en conféquence fufpecte ,
& on ne fauroit trop fe défier de celles qui
viennent des ports.
Ce
» Le Duc de Crillon , écrit- on de Mahon , n'at.
tend pour commencer le fiége du fort St - Philippe ,
que le renfort de troupes , & la groffe artillerie que
Les vaiffeaux ont été chercher à Barcelone .
font des François , qui volontaires fur l'efcadre Efpagnole
, ont erlevé , l'épée à la main , 6 navires
réfugiés fous le glacis du fort , & dont 3 étoient
richement chargés . M. Eyries , Capitaine de port &
Chevalier de St Louis , commandoit les Chaloupes
à cette hardie expédition , M. Vatage , Provençal
comme Eyries , s'eft fort diftingué dans cette occafion.
Le Général Murray avoit été averti par un
bâtiment expédié de Gênes , du deffein des Epagnols
trois jours avant leur débarquement ; il avoit méprifé
cet avis , & le 19 vers les 11 heures de la matinée
, lorfqu'on découvrit les vaiffeaux , il n'eut que
b 6
( 36 )
le tems de faire embarquer fa femme & quelques autres
perfonnes , & d'enlever àla hâte des provifions
de bouche ; il entra dans le fort à 5 heures du foir ;
& la première divifion des Efpagnols mit pied à terre
dans l'ifle une heure après. M. de Crillon a trouvé
dans le port cent navires tant gros que petits , parmi
lefquels il y avoit 14 corfaires qui étoient en armement.
Mais la plupart de ces bâtimens deviennent
inutiles aujourd'hui , que le Général Murray a fermé
le port en coulant bas 16 gros navires à fon entrée
de inanière que les bâtimens pourront bien toujours
approcher du fort St -Philippe , mais non le dépaſſer
pour s'enfoncer dans le port. La quantité de inunitions
de guerre & de provifions de bouche qu'on a
trouvées à Mahon , n'a rien d'étonnant quand on
réfléchit que cette ifle étoit chargée de ravitailler
Gibraltar la plus grande partie de l'année ; on n'eft
pas plus furpris des richeffes en marchandifes de
tous genres qui y étoient également. C'étoit le dépôt
des prifes de tous les corfaires dans la Méditerranée ,
& de routes les denrées que fourniffoit le commerce
du Levant. Plufieurs . prifonniers François renvoyés
par le Général Murray & plufieurs dames
Angloifes font arrivés à Marſeille à bord d'un Parlementaire.
Le lendemain on y vit arriver scc Juifs
auxquels M. de Crillon avoit permis d'emporter
leurs effets. M. Eyries qui commandoit le bâtiment
Parlementaire , a été à Aix demander au Commendant
de la Province la permiffion de débarquer tous
ces Hébreux ; il devoit delà paffer à Avignon pour
obtenir du Vice- Légat , que la Synagogue de cette
ville reçûr dans fon fein fes frères exilés .
prifonniers François qui fortent du fort St Philippe ,
difent qu'il eft affez bien approvifionné en viande
falée, mais qu'il manque de farine, de bois & d'autres
objets de première néceflité «
Les
Une defcription du fort St Philippe ne
peut qu'intéreffer dans la circonftance pré(
37 )
fente ; nous offrirons celle- ci à nos Lecteurs.
» Les approches de ce Fort font défendues par
un rocher , qui oblige les affiegeants à transporter
beaucoup de terres pour le couvrir & élever leurs
batteries. Le glacis & le chemin_couvert font
également taillés dans le roc , palifladés , minés ,
contreminés & garnis de batteries de canon qui en
défendent les approches ; des lanettes & de petits
forts de diftance en diftance auffi munis d'artillerie
défendent le glacis & les chemins couverts . Chacun
de ces ouvrages eft enceint d'un follé de 20 pieds
de profondeur , taillé dans le roc vif; avec une
galerie couverte à crénaux pour ſe mettre à l'abri
Tous les ouvrages extérieurs ont des communica .
tions fouterraines entr'eux & le corps de la Place
avec une infinité de retraites pour les troupes ;
toutes ces communications taillées dans le roc ,
difpenfent de relever les gardes , parce que les
troupes employées à la défenfe de ces ouvrages y
font en fûreté & à l'abri . Les lunettes ont de plus
des communications à tez du terrain ou des chemins
couverts , paliſſadés & garnis de diſtance en
diftance de batteries de canon & de mortiers . Dans
les fouterrains où les communications forment un
labyrinthe , font creufés des puits à Bafcules pour
y arrêter l'ennemi , s'il pouvoit parvenir à s'en
emparer , & des traverfes qui roulent fur un pivot
& garnies de fufils que l'on peut faire partichau
même moment. Le corps de la place , environné
d'un chemin couvert contreminé , eft défendu par
des contregardes & demi-lunes ; les murs hauts de
60 pieds , défendus par un foflé de 36 , font taillés
dans le roc , & dans le foflé une galerie a merlettes
communique à des logemens pour les troupes
qui fervent à fa défenfe. La Tour enfin , effoun
quarré flanqué de 4 petits baftions dont les murs
( 38 )
ont environ 80 pieds de hauteur & le feffé 40 de
profondeur , également taillé dans le roc , avec une
galerie & des logemens comme aux autres ouvrages.
L'intérieur de la Tour forme une place d'armes
de 18 perches environ en quarré ; trois corps de
cafernes & magafins taillés dans le roc & à l'épreuve
de la bombe regnent autour , au- deffus s'élève le
mur qui domine tous les ouvrages extérieurs & la
campagne . Depuis 1756 juſqu'à ce jour , la Cour
de Londres a encore ajouté aux dépenses faites pour
ces fortifications & pour d'autres dans l'ifle ,
fomme d'environ un million & demi de liv. ft. «.
une
Une lettre de Morlaix porte qu'il en eſt
parti le 17 pour Breft , 12 pièces de canon
du parc d'artillerie , établi en cette
ville , & qu'on y attendoit dans le courant
du mois prochain 1700 hommes en détachemens
de différens corps.
Selon une lettre de St - Malo on arme
à Nantes un vailfeau de 54 canons , un
de 42 , & un de 36 , qui feront commandés
par MM. de la Vieuville de St-Malo.
On affrette à Bordeaux pour le compte
du Roi 28 navires de 400 tonneaux , 20
autres de moindre port , & on a pris
les noms de 20 encore pour être employés
au moment qu'on le croira néceffaire.
» Le ſamedi , 18 Août dernier, nous écrit-on
vers les 5 heures du foir , une grêle , dont les grains
gros comme un oeuf & quelques uns plus , pouffée
par un vent impétueux , eft tombée pendant 20 à 25
minutes fur les Villages du l'etit- Noire , Hotelans
& Longvy ; les chanvres , les millets , les maïs ont
été abîmés ; les toîts en tuile brifés , les jardins &
vergers ravagés , plufieurs perfonnes bleffées ; heu
reufement aucune n'a péri. On a trouvé dans des
(
39
"
morceaux de cette grêle jufqu'à du gravier. De
puis ce jour les arbres & la vigne dépouillés de leurs
feuilles & de leurs fruits ; ont repouffé comme au
printems. On voir actuellement des feuilles & des
fleurs nouvelles fur les pommiers & pruniers ; de
nouveaux raifins fur les treilles ; les jardins reverdiffent
, & on mange des afperges comme au printems.
C'eft aux Phyficiens & aux Naturaliftes à faire
leurs obfervations là- deffus «.
M. Guimberteau , Curé de Boreffes
Guifangeard , Montaudron & fes Annexes
, vient de nous faire part des deux
faits fuivans , qui méritent d'être rapportés.
» La nommée Marie Rouffeau , femme de Pierre
Laval , Mâçon , du Bourg de Guifangeard , Annexe
de Borelles , Diocèfe de Saintes , Election de Barbefieux
, accoucha fort heureufement ces jours
derniers de deux enfans mâles qui n'avoient qu'un
feul corps ; ils étoient face à face , fe tenoient depuis
un peu au- deffous du col jufqu'au deffous du nombril
, leurs têtes étoient biens conformées , abfolument
reffemblans de figure ; ils avoient chacun
leur échine , chacun deux bras , chacun leurs feffes ,
cuiffes , jambes & pieds , tout proportionné ; mais
ils n'avoient qu'une feule poitrine , vraisemblable
ment un feul eftomach & un feul ventre , puifqu'il
n'y avoit qu'un feul cordon ombilical qui pendoit
entre leurs quatres cuiffes , ce cordon étoit plus gros
que d'ordinaire , ils n'ont point été portés à l'Eglife ,
parce qu'ils n'ont vécu que demi-heure après leur
naiffance , mais ils ont reçu le Baptême à la maifon.
La mere releva trois jours après & reprit les travaux
ordinaires ; il ne paroît pas qu'elle ait rien perdu de
fes forces ni de fon embonpoint malgré un accouche
ment auffi laborieux , & fi récent . Sa grand- mere qui
mourut l'année dernière , avoit fait fa première
Communion en 1709. - Voici l'autre fait : la fem(
40 )
me du nommé Anfonneau , dit Gazeau , Tailleur
d'habits , du Bourg & Paroifle d'Iviers , près Châlais
, même Diocèfe & même Election , Paroiffe limitrophe
de la mienne , accoucha il y a un an de
trois enfans qui tous furent baptifés à l'Eglife ;
tout-à-l'heure elle vient d'accoucher fort heureufe
ment de deux enfans , de forte qu'en l'espace de
moins d'un an , elle a eu cing enfans ; les trois premiers
enfans font morts , mais les deux derniers ſe
portent parfaitement bien.
Le Bailliage de Saint - Quentin a rendu ,
le 17 du mois dernier , une Sentence au
fujet d'une inhumation faite dans une
Eglife ; en voici le prononcé.
Nous condamnons le Chapitre de l'Eglife Royale
de Saint- Quentin en 25 livres d'amende , pour
avoir , au mépris de la Déclaration du Roi du 10
Mars 1778 , inhumé le fieur Broyard , Curé de la
Paroifle de Saint- Eloi , dans l'Eglife de ladite Paroiffe
, fans caveau , le 27 Août dernier : Faifons
défenfes auxdits Sieurs du Chapitre de récidiver
fous plus grande peine , & faifie de leur temporel ;
faifant droit fur les conclufions des Gens du Roi ,
ordonnons à tous Foffoyeurs de creufer les foffes
pour les enterremens , au moins à fix pieds de profondeur
, & d'une longueur & largeur convenables ,
fous peine de prifon .
On vient de nous adreffer un remède
contre la galle ; cette maladie , eft malheureufement
trop commune , & fur- tout
dans les vaiffeaux , où l'échauffement eſt
très - conſidérable. La recette eft très fimple ;
on nous garantit fon efficacité , qui eft en
effer prouvée par nombre d'expériences. La
voici.
Au moment qu'on fent une demangeaiſon , on
( 41 )
Le fait ordinairement faigner , & le lendemain on
prend une pinte d'huile d'olive qu'on fait bouillit
pendant vingt - quatre heures , dans laquelle on
mettra une poignée de feuilles de laurier - roſe ,
qu'on laillera infufer pendant cet intervalle , & le
tout bien confommé , on ſe frotte dans les join
tures feulement pendant trois nuits de fuite.
François Jeanneret , Procureur fifcal du
village & paroiffe de Mont- Gueux , près de
Troies en Champagne , vient d'être remarié ,
le 30 Août , au bout de so années & demie
de mariage : lui & fa femme font âgés
de 74 ans chacun ; il s'eft trouvé à cette cérémonie
deux fils , trois filles & cinq petitsenfans
, preſque tous en âge d'être mariés
eux- mêmes.
Marie - Louife - Henriette - Jeanne de la
Tour-d'Auvergne , Princeffe de Bouillon ,
époufe de A. Jules Hercule de Rohan
Prince de Rohan & de Guémenée , Duc
de Montbafon , Pair de France , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , eft morte
en cette ville..
Jeanne Angelique la Bourré , veuve de
M. Jean Baptifte Pothenot , Ecuyer , Gentilhomme
ordinaire du Roi , Capitaine de
Cavalerie à St- Domingue, Seigneur de Cha
tres , des Boullets , Jorrie & autres lieux ,
en Brie , est morte en fon Château des
Boullets le 11 du mois dernier , âgée de
72 ans .
Michel Martin , Prêtre du Diocèle de
Paris , né le 2 Juillet 1688 , nommé en
1706. Chanoine de la Collégiale de Sainte-
>
( 42 )
Marie -Magdeleine de Verdun , & en 1713
Chanoine de la Cathédrale de ladite ville ;
ayant toujours confervé une entière & parfaite
connoiffance , eft mort le 9 du mois
dernier dans la 93e année de fon âge.
Sebaſtien François Bigot , Vicomte de
Morogues , Lieutenant- Général des armées
navales , ancien Inspecteur Général de l'Artillerie
de la Marine , eft mort en fon Châ
teau de Ville-Fayer en Sologne , le 26
Aoûr , dans la 86è année de fon âge .
•
Jacques de Sonzeilles , Chevalier de
l'Ordre de Saint-Jean de Jérufalem , ancien
Commandeur de l'Hémeril , Commandeur
de Montferrand , Grand - Prieur
d'Auvergne , eft mort le 6 de ce mois dans
fa 75e année.
Les Numéros fortis au tirage de la Lo
terie Royale de France, du premier de ce
mois , font : 20 , 23 , 42 , 67 & 68.
BRUXELLES , le 2 Octobre.
SELON des lettres du Texel , le Contre-
'Amiral Van Braam , qui avoit mis à la voile
le de ce mois , y eft rentré le 16 avec
fon efcadre , les vaiffeaux de la Compagnie
& le convoi pour la Baltique , à l'exception
des frégates le Phénix , le Zéphyr , la
Thétis , la Bellone & l'Expédition , qui
étoient reftées à l'ouvert du Port. Elles ajoutent
que le Prince Guillaume , de 74 , après
( 43 )
avoir long - tems mouillé dans la Meufe ;
n'en eft forti que pour aller échouer , deux
jours après , fur le Zuiderhaux , près du
Texel , par la faute du Pilote-Côtier. On dit
qu'il fait déja de l'eau , quoiqu'on en ait
retiré les canons , les apparaux , & c. & on
craint qu'il ne foit perdu fins refource .
On ne fait pas encore fi cette eſcadre eft
reffortie ; on fait que les vaiffeaux Anglois ,
fous les ordres du Capitaine Dickſon , croifoient
fur les côres , à la hauteur du Texel
& plufieurs vaiffeaux , arrivés dans ce Port ,
ont rapporté qu'ils avoient pallé près des
côtes au ful-fud-eft du Vlie , à travers une
flotte Angloife compofée de 18 vaiffeaux
de guerre .
» Le fameux corfaire le Chaffeur , ci - devant le
Niet Vervagt , écrit - on de la Haye , à préfent .
commandé par le. Capitaine Tureg, rencontra pendant
fa croifière un convoi Anglois ; il fe gliffa
au milieu à la faveur de la nuit , & s'empara d'un
vaiffeau qu'il rançonna. Il rentra une feconde fois
dans le convoi , & fe rendit maître de trois navires
qu'il rançonna de même ; ayant été apperçu
& le voyant chailé par deux des meilleurs voiliers
du convoi , il jetta tout fon canon à la mer
pour faciliter la fuite . Les Anglois continuèrent
leur pourfuite , ce qui n'empêcha pas le corfaire ,
lorfqu'il fe vit à une certaine diſtance , & à portée
d'un bâtiment marchand , de prendre la réfolution
fubite de l'attaquer ; comme il n'avoit plus de
canons , il fe fervit de fes petites armes à feu ,
le força de fe rendre & le rançonna prefqu'en
préfence de l'ennemi . Malheureufement le vent
tomba, lorsqu'il fut à la hauteur de s'Graveland ;
›
1
( 44)
le calme arrêta auffi les ennemis ; mais ils miren?
leurs barques en mer avec quelques canons légers
& des gens hardis & bien armés. Les barques en
vironnèrent alors l'Armateur , qui n'avoit d'autre
reffource que de le faire échouer ; fon équipage fautta
dans l'efquif avec une précipitation qui fit
périr cinq hommes. Deux des barques ennemies
s'approchèrent alors de la rive pour piller le
vaiffeau ; mais ils furent obligés de s'éloigner ,
par le feu vigoureux des troupes qui le trouvoient
fur le rivage , fous le commandement du Colonel
Daniel. Tout l'équipage & tout ce qu'on put
fauver du vaiffeau fe trouvent à préfent à Scheve
ningue L'équipage , loin d'être rebuté , feroir monté
à l'inftant fur un autre corfairer s'il s'en étoit trouvé
un à Scheveningue. Un d'entr'eux qui avoit failli à
périr , s'est écrié avec le plus grand fang froid :
Il arrive des accidens bien étonnans dans la vie ;
je travaillois il n'y a guères que 13 jours comme
Maçon à Middlebourg : & maintenant jefais naufrage
à s'Gravefand «.
Le Quartier de Weftergo , dont nous avons
déja rapporté une première propofition
vient d'en faire une feconde qui a paffé
dans fon affemblée tenue à Leuwarden le
3 du mois dernier ; elle a toujours pour
objet la fameufe affaire de la ville d'Amfterdam
avec le Duc de Brunſwick.
"Le Quartier perfiftant dans fon avis fur le 24e
point dans la dernière affemblée Provinciale extraor
dinaire formé à l'afferblée des Etats , elt d'opinion
que pour le développer d'une manière plus détaillée
& principalement en vertu de la réfolution de L. H.
P. du 2 Juiller 1781 , fon devoir elt de déclarer que
fa furprife eft fans égale de voir , par le contenu de
"
( 45 )
cette réfolution , que L. H. P. fe foient arrogé la
Connoiffance & la décifion provifionnelle d'une caufe
qui , fuivant la conftitution originelle & fondamentale
de cette République , ne peut ni ne doit être
foumise à la décifion des Etats tefpectifs des Provinces
particulières , ni à celle de l'illuftre affemblée
de L. H. P. , puifque toutes les questions judicielles
( au nombre defquelles doit fans doute être placé le
cas du Seigneur Duc , comme le trouvant lélé par
de prétendues inculpations injurieufes de la part de
la ville d'Amfterdam ) felon la réſolution légale prife
par les Etats fouverains de ces pays , ne peuvent être
foumifes qu'au for des cours de Juftice & y être
poursuivies , au cas que la perfonne le prétendant
léfée voulût en inftituer une action ; & comme le
Quartier confidère encore que toutes les réfolutions
de cette nature formées avec autant de précipitation
( que la fufmentionnée du 2 Juillet ) & oppolées à la
conftitution fondamentale du gouvernement louable
de la République étant portées à la conclufion , mili
tent directement contre toute loi & contre le bon
ordre , l'obfervation defquels chaque province au
fein de laquelle réfide uniquement la fouveraineté , a
le pouvoir inconteftable d'exiger réellement de fes
Comités à la généralité prévoyant en outre les
fuites les plus defagréables & les plus à craindre pour
la chère Patrie en général , & pour les Membres
fouverains de l'Etat en particulier qui pourroient
réfulter de la formation de pareilles réfolutions
illégales , le Quartier propofe aux trois autres de
déclarer par la voie de miffive à L. H. P. , que les
Etats de Frife défavouent totalement & fans réferve
la conduite de MM. leurs Comités
:
'blée de L. H. P. relativement à
l'affem.
1.
réfolution fufmentionnée
, & que les Etats , mus par les raifons
alléguées précédemment , regardent ladite réfolution
comme illégale & de nulle valeur.
( 46 )
Une lettre de Mahon en date du 8 Septembre
contient les détails fuivans.
» Le Général Murray s'étant ap perçu que chaque
nuit , des troupes de la marine Elpagnole , mélées
avec des volontaires François , alioient enlever , fous
le canon de la place , des frégates & autres bâtimens
qui s'y étoient réfugiés , a píis le parti de faire couler
bas 13 bâtimens qui couroient le même danger ,
& a formé ainfi une eſpèce de chaîne qui barre le
port de notre côté , mais qui le met lui- même hors
d'état de recevoir aucune espèce de ſecours ; à
moins que le vent ne fût fingulièrement favorable
aux bâtiment qui fe préfenteroient pour entrer ; &
lorfque notre Général aura reçu la groffe artillerie
qu'il attend , une feule batterie dont il a affigné
l'emplacemeat , fermera abfolument tout paffage aux
hâtimens qui tenteroient de ravitailler la place.
>
Dans les différentes furpriſes de nuit pour enlever
les bâtimens afcrés fous le Fort St Philippe
les Officiers & les Matelots fe font conduits avec
autant de valeur que de prudence ; & quoique l'ennemi
fit fur eux un feu continuel de moufqueterie ,
nous n'avons qu'un matelot bleſſé qui a eu les quatre
doigts de la main emportés par une balle . Le Général
a rendu compte de l'intrépidité de ces guerriers
à la Cour d'Espagne , en demandant pour eux
des récompenſes . --On évalue à un million de livres
les différentes prifes faites depuis l'invafion de
life : elles confiftent en 150 bâtimens , parmi lefquels
on compte 12 corfaires. Quant aux magafins
remplis d'effets appartenans au Roi d'Angleterre
, & faifis par nos troupes , il y en a 53 tant
grands que petits. Le Général Murray a écrit
a M. le Duc de Crillon une lettre dans laquelle il
remercie Son Excellence, des attentions qu'elle a eues
pour les Dames Angloifes qui ont préfenté requête
à notre Général dans la vue d'obtenir la permiffion
+
47
de fortir de l'ifle. Le Général Murray lui propofe
en même-tems de faire conduire en France 22 Efpagnols
& 17 François qui font prifonn ers dans
le Fort St- Philippe , & de nommer un Commiffaire
pour traiter de leur conduite & de leur échange :
enfin ce Gouverneur témoigne au Duc de Crillon
fon regret de ce que l'artillerie a été dirigée contre
lui le jour qu'il reçut la bleffre dont nous avons
parlé ; & il l'ailure que s'il l'avoit reconnu , il l'au
roit faic faluer par 21 cops de canons à poudre.
Avec cete lettre , notre Général a reçu du Gouverneur
Murray une jolie jument de race Africaine .
ןכ
Dans la réponse , le Duc de Crillon acquiefce
aux arrangemens propofés par Sir Murray aù fuj t
des Dames Angloifes & des prifonniers Espagnols
& François . » Il eſt jufte , dit- il , que nous les délivrions
, en vous délivrant vous même de cet embarras
..... Je ferois bien fâché que V. Exc. fût
mauvais gré aux Officiers de fon artillerie , qui
m'ont couvert deux fois le pierres , dont l'une m'a
fait une légère contufion à la tête . Ces Meffieurs
n'ont fait que leur devoir : j'uſerai avec reconnoiffance
de la jument que vous m'envoyez , en attendant
que je demande au Roi mon Maître la
permiffion de recevoir de vous ce préfent. Je n'ai
pas la même reconnoiffance de l'attention de tirer
fur moi ; je ferai fort aife , Monfieur , que nous nous
traitions en ami , lorſque la paix nous le permettra ;
mais je vous déclare que je vous eftime trop pour
ne pas vous traiter en ennemi , tant que la guerre
durera. J'espère que vous me ferez le même hon
neur ; je vous en prie avec la plus vive inftance
, & c. «
On apprend par des lettres de l'ifle de
Gorée en Afrique , que le bâtiment Anglois
le Jofeph & la Marie , Capitaine Anderſon ,
y a été brûlé par les Infulaires pendant la
( 48 )
nuit & tandis que l'équipage repofoit. Tout
a péri excepté le Capitaine , le Contre- Martre
& deux hommes , qui ayant échappé à
l'incendie , ont été affaffinés avant qu'ils
aient pu gagner le fort.
Selon des lettres d'Angleterre , on y a
reçu un état des forces Britanniques à New-
Yorck & dans les environs: on compte 4800
Anglois , 6000´ Allemands , 3600 Améri- ,
cains loyaux & 3000 hommes de milices , de
foldats de ville & autres , ce qui fait 17,400
hommes , defquels après avoir tiré ce qu'il
faut pour la défenfe des lignes & des trois
ifles Staten , Yorck & Long- Ifland , il refte
9000 hommes prêts à fortir contre le Gé
néral Washington au cas qu'il faffe quelque
mouvement pour attaquer la place. Ce détail
feroit bien fait pour tranquillifer les
Anglois , fi on ne lifoit pas dans plufieurs
de nos papiers que le Général Clinton nous
demande 12,000 hommes , ce qui eſt fait
pour jetter quelque doute fur l'état cideffus.
༡༠
D'après une lettre de Carlfcroon , du 6
de ce mois , & divers autres témoignages
on eft fondé jufqu'à préfent à croire que le
vaiffeau Anglois la Princeffe - Amélie , de 90 :
canons , n'est point rentré au Nore quinze'
jours après la célèbre action de Doggers'Bank
, comme l'ont dit les papiers de
Londres ; mais qu'il a coulé à fond fur les
côtes de Norwège.
JOURNAL POLITIQUE
: DE BRUXELLES.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 11 Aott.
LA réponſe de la Porte aux repréſentations
de l'Internonce de la Cour de Vienne
relativement à la prife faite par les Algériens
de 5 navires portant pavillon Impérial , a
été qu'elle étoit très- difpofée à employer les
moyens qui dépendroient d'elle pour porter
la Régence d'Alger à les reftituer ou à indemnifer
les Propriétaires ; mais qu'elle ne
croyoit pas pouvoir ufer d'un ton d'autorité
& de rigueur , parce que les tems étoient
trop changés , pour qu'elle pût s'en promettre
l'effet défiré. Elle a dépêché un Capigi
Bachi fur une caravelle à Alger , où il va
réclamer ces 5 navires au nom du Grand-
Seigneur ; le Capitan Bacha a ordre d'écrire
au Dey pour appuyer cette réclamation.
Mais il ne paroît pas que la Porte fe croie
obligée d'indemnifer elle-même les Autri-
13 Octobre 1781. C
( 50 )
chiens , fi Alger ne veut point relâcher cette
priſe.
La perfécution qu'éprouvent les Grecs unis
n'a point encore pris fin ; les Ulemas ou
Gens de loi qui forment ici le Clergé Ottoman
, ont cependant décidé que l'oppreffion
dont ufe le Patriarche Arménien envers ceux
de fa Nation qui ont embraffé le rit latin
eft contraire à la loi Mahometane , qui
défend d'inquiéter pour leur religion ceux
qui payent la capitation au Souverain. Le
Muphti muni de cette décifion , a follicité
lui-même S. H. en faveur de la partie de fes
Sujets vexés par le Métropolitain Grec. Il
paroît que fa démarche n'a pas été vue de
bon oeil . Pendant que le Chef de la religion
confeille la tolérance , la politique la croit
dangereufe. Le Gouvernement fuppofe que
quelques Puiffances étrangères ont encouragé
les Arméniens à s'unir aux Latins dans
l'efpoir de les déterminer à quitter l'Empire
Ottoman. Si l'on croit empêcher les émigrations
par la perfécution , on fe trompe ; fon
effet infaillible doit être de les favorifer.
DANEMARC K.
De COPENHAGUE , le 18 Septembre.
LE Convoi Anglois parti du Sund à la
fin du mois dernier , a été vu le S5 de celuici
fur le banc de Jutland ; & fi les vents
lui ont été favorables , il doit être maintenant
arrivé en Angleterre.
Depuis le 11 , 24 navires Anglois font
fortis du Sund pour entrer dans la mer du
Nord , & il en eft arrivé 18 qui viennent
d'Hull pour prendre des chargemens dans
la Baltique. Čes jours derniers il est arrivé
une frégate de 36 canons , de la même Nation
; elle doit être fuivie de quelques autres
bâtimens de guerre , qui efcorteront les
vaiffeaux qui fe trouveront prêts à retourner
en Angleterre.
Le navire de guerre la Sophie- Madeleine ,
qui a croifé fur les côtes de Norwege pendant
l'Eté dernier , revient dans ce port ;
on croit que le Roi le vend à la Compagnie
Aliatique , pour remplacer celui qu'elle a
perdu dans la rade de Canton.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 18 Septembre.
LES lettres de Prague nous apprennent
que tous les régimens qui doivent former
un camp près de cette ville y font arrivés ,
& font toutes leurs difpofitions pour entrer
dans le camp le 20 de ce mois. On fe flatte
d'y voir l'Empereur à fon retour de Théréfianople
, dont il a été vifiter les fortifications
en partant d'ici.
Le 12 de ce mois nous avons eu ici une
très-vive alarme ; le feu avoit pris le matin.
au Maître- Autel de l'Eglife de la Madeleine ,
voifine de la Métropole de S. Etienne. L'Archiduc
Maximilien fut des premiers à voler
C 2
( 52 )
au fecours. Le Clergé , les Troupes & la
Police tournèrent toute leur attention fur
les moyens de couper le cours des flammes ;
elles fe concentrèrent dans l'Eglife , dont
l'intérieur , les orgues , la charpente , furent
réduits en cendres. Heureufement le tems
étoit calme , & l'incendie ne s'eft pas étendu
plus loin.
Selon des lettres de Milan , le Prince ,
fils aîné de S. A. R. l'Archiduc Ferdinand
Gouverneur de Milan , eft attaqué d'une
maladie de langueur . Madame l'Archiducheffe
, fa mère , ne le quitte ni jour ni
puit , & lui prodigue ces foins tendres
que l'enfant du pauvre trouve dans celle à
qui il doit le jour , & que rien ne peut
remplacer.
De HAMBOURG , le 20 Septembre.
On parle de nouveau de paix ; & cette
efpérance flatteufe ne laiffe pas de féduire
quoiqu'on ne voit point encore fur quoi elle
peut être fondée , les opérations militaires
fur toutes les parties du Globe où s'étend
le théâtre de la guerre actuelle , ne paroiffent
pas avoir préparé tout-à-fait cet évènement
les négociations qui fe font dans le
filence du cabinet , & dont la marche & les
effets échappent à la curiofité publique , peuvent
avoir eu plus d'activité & plus d'influence
; quoiqu'il en foit , on revient à la
nouvelle répandue tant de fois d'un Congrès
qui s'affemblera à Vienne,
53
» M. J. Adams , dit à cette occafion un de nos
papiers , eft depuis long-tems en Hollande , & n'attend
que le moment de déployer le caractère de
Miniftre Plénipotentiaire des Etats - Unis auprès de
cette affemblée . On ne doute pas que les Puiffances
neutres , c'eft-à-dire celles qui compofent la neutralité
armée , n'y interviennent comme médiatrices.
On est toujours perfuadé que l'indépendance de
l'Amérique Septentrionale fera toujours la bafe des
négociations , & que quant au refte , les chofes feront
mifes à- peu- près fur le pied où elles étoient
avant la guerre. Que cet évènement foit rapproché
ou retardé , on regarde l'acceffion du Roi de Pruffe à
la neutralité armée comme un moyen puiſſant
d'adhésion & de cohérence entre les parties qui la
compofent ; les Puiffances belligérantes n'ont pu que
voir cette acceffion avec plaifir ; elle les affure du
moins qu'aucune des Puiffances maritimes qui compofent
cette union , ne pourra s'en détacher pour fe
joindre à l'une d'elles ; elle offre en même tems à
l'Europe un motif de fécurité , & l'empêche de
craindre que le feu de la guerre ne s'étende plus
loin , ce qui auroit pu arriver , fi la confédération
étoit venue à fe diffoudre , & que chaque partie eût
pu prendre parti dans la guerre felon les intérêts ou
Les affections ".
On apprend du Duché de Wurtemberg
que nombre de familles s'en expatrient ; la
plupart des mâles qui craignent d'être forcés
de paffer en Amérique , entraînent avec eux
leurs parens , & vont chercher de nouveaux
afyles où leur liberté perfonnelle fera affurée.
On en a vu arriver un grand nombre à
Berlin ; & on les a envoyés auffi- tôt partie
dans la Siléfie , partie dans la Pruffe occidentale
, munis d'argent & de lettres de
c 3
( 54 )
protection pour les Gouverneurs des Villes
où ils doivent paffer & de celles où ils s'arrêteront.
» Un nouvel évènement , écrit - on de Vienne , fert
encore à démontrer la néceffité de la réfolution qu'a
pris l'Empereur de refferrer à jamais dans des bornes
étroites tout ce qui tient à l'Ordre Eccléfiaftique.
Différentes lettres écrites par les Ordres Religieux
de l'Autriche à leurs Généraux à Rome , ont été
dit- on , interceptées . On n'a pas été étonné ni bleffé
des plaintes affez naturelles qu'ils faifoient de leur
fituation , parce que ces plaintes font les derniers
foupirs d'une autorité mourante. Mais on y parloit
des moyens à prendre pour envoyer à Rome des
fommes d'argent ; on affure que l'on prend toutes
les précautions pour arrêter cette correfpondance
& que l'Empereur a dit fur ce fujet , qu'il auroit
recours aux moyens les plus rigoureux pour empêcher
une pareille contrebande.
Selon d'autres lettres , le projet de réformer
la Garde-noble Hongroiſe pour le
fervice de S. M. I. doit être bientôt exécuté.
Elle fera compofée de 2 Capitaines de Cavalerie
& de 60 Cavaliers.
La Hongrie a fourni cette année une
quantité incroyable de cuivre ; il en a été
transporté 38,000 quintaux de Triefte en
Efpagne pour doubler les vaiffeaux & les
frégates de la marine de ce Royaume.
Le commerce de Ruffie tire auffi de la
Bohême & de l'Autriche , beaucoup de
cuivre & de fer ; & l'on voit continuellement
des barques chargées de ces objets
( 55 )
fur le Danube pour fe rendre à la mer
Noire , & de-là dans les ports de Ruffie
qui font fur cette mer.
On mande de Dantzick que la récolte des
grains a été excellente en Pologne ; mais
faute de navires on ne peut les tranfporter .
à l'étranger. Le fret y eft très -haut depuis
que les Provinces -Unies font en guerre ; mais
il baiffera bientôt , car on conftruit tant de
navires pour profiter de ce haut prix , qu'il
y en aura bientôt plus qu'il n'en faut.
» La direction du Cercle de Franconie , a prononcé
le 21 Août dernier un jugement remarquable. Voici
le fait qui y a donné lieu . Les Comtes de Wertheim
ayoient élevé le jour de la Fête-Dieu , une barrière
à un certain endroit de leur territoire , pour empêcher
que la proceffion des fujets du Prince Evêque
Catholique de Wurtzbourg ne pafsât fur leurs
terres , ainfi que cela s'étoit toujours pratiqué. Le
porte-croix qui ofa franchir la barrière , fut terraffé
& laiffé pour mort fous fa croix ; le Prêtre qui
portoit le S. Sacrement fut enfuite renversé d'un coup
de botte dans l'eftomac , tandis que les fujets des
deux Communions fe battoient réciproquement. Sur
les plaintes des Catholiques , la direction du Cercle
a tenu une Seffion , dans laquelle il a été arrêté que
de pareils attentats étant contre le bon ordre & la
tranquillité publique , contraires aux conſtitutions &
au fpécial mandement Impérial , il feroit fait aux
Comtes de Wertheim une févère admonition , avec
injonction de ne plus fe porter à l'avenir à de pareils
excès , qu'autrement le Cercle fe trouveroit forcé de
les punir comme ils l'auroient mérité er .
4
( 36 )
ITALIE.
De LIVOURNE , le 12 Septembre.
ON mande de Rome que le Pape tiendra
un confiftoire le 17 de ce mois ; l'examen
des Evêques qui doivent y être propofés eft
fixé au 14 ; on croit que S. S. nommera
deux Cardinaux.
» L'harmonie , déja fi précaire entre le St - Siége
& la Cour de Naples , ajoutent ces lettres , vient
encore d'être troublée par une querelle d'étiquette.
La Secrétairerie d'état de Rome a refuſé au Prince
de Cimitelle le titre d'Excellence , parce qu'il n'appartient
qu'aux feuls Ambaſſadeurs , & que ce Prince
n'eft revêtu que du caractère de Miniſtre Plénipotentiaire
de S. M. Sicilienne . Le Prince de Cimitelle
croit y avoir d'autres droits . On dit que l'Auditeur
de la Nonciature Pontificale à Naples s'étant rendu
chez le Marquis Della Sambucca , premier Miniftre
du Roi , pour lui expofer les raifons du St - Siége ,
en refufant le titre d'Excellence au Prince , ne reçut
point d'autre réponſe , finon que S. M. regardoit
ce refus comme un nouveau déplaifir que lui faifoit
la Cour de Rome . On craint de voir partir au premier
jour le Prince de Cimitelle fans prendre
congé «<
,
Les lettres de Mogador portent que
l'Ambaffadeur de Suède a préſenté à l'Empereur
de Maroc , les munitions de guerre.
que fon Souverain l'avoit chargé de lui
remettre , & qu'il a déclaré en même-tems
qu'il ne devoit pas s'attendre à en recevoir
jamais d'autres de S. M. Suédoife . Cela n'a
( 57 )
pas empêché le Prince Maure de donner
des marques de fon eftime pour la Nation
Suédoife. Dans le même-tems la Reine de
Portugal a fait remettre à ce Prince une pendule
ornée de pierreries , & lui a fait dire
que les 200,000 piaftres en or qu'il defiroit
étoient prêtes , & qu'il n'avoit qu'à indiquer
le port où il defiroit qu'elles fuflent tranf-
-portées.
De TURIN , le 14 Septembre.
à Le Roi fe rendra , le 22 de ce mois ,
Moutelieri pour y donner audience au
Comte de Marcolm , Ambaffadeur extraordinaire
de l'Electeur de Saxe ; c'eft dans cette
audience que fe fera la demande de la Princeffe
Caroline-Antoinette de Savoie , fille de
S. M. pour le Prince Antoine de Saxe. Le
foir , il y aura illumination & feu d'artifice
au Château , le 29 le mariage fe fera par
procuration , & le 30 la Princeffe partira
pour Drefde.
On écrit de Gênes que le toît de l'Hopital
des femmes incurables étant tombé par
vétufté , il a écrafé 14 malades & 2 Religienfes.
La frayeur a rendu les autres plus
malades qu'elles ne l'étoient.
ESPAGNE.
De MADRID , le 15 Septembre."
Nous apprenons de Cadix qu'il y eft
cs
( 58 )
arrivé une frégate de la Havane , qui y a
débarqué les 3 Officiers Généraux , D. Bonnet
, D. Navarro & D. Navia.
น
On imprime la lifte des effets que nos troupes
ont faifis à Minorque. Il y a entr'autres : 19. un
Arſenal très vafte , rempli de bois de conftruction ,
de matériaux , de voiles , de cordages propres à
des vaiffeaux du premier rang , & en affez grande
quantité , pour équiper une forte efcadre ; 2 ° . 160
canons tant de bronze que de fer , depuis 4 jufqu'à
12 livres de bailes ; 3 ° . 25000 piaftres fortes
en argent ; 4°. un plan fait par un Ingénieur
pour des mines & autres objets de défenfe ; sº.
grands magafins remplis de bled , un de faïotes ,
un d'autres grains , avec toutes fortes de provifions
de bouche , un cinquieme contenant des effets
pris par des corfaires Mahonois , & vendus
par eux au Roi d'Angleterre ; 6º. fix frégates
corfaires & quatre chébecs prêts à mettre à la
voile & armés en courfe ; 7° . vingt bâtimens de
transports chargés de comeftibles . On continue
l'inventaire de tous ces effets , dont la valeur eft
très -conſidérable ; on voit par ces détails combien
cette invafion eft importante , relativement à la
fûreté de notre commerce dans la Méditerranée.
Les Anglois ont fait beaucoup de bruir
des troubles furvenus au Pérou , & continuent
d'en reparler encore , ils les ont préfentés
fous un point de vue fi faux , que
la Cour a pris le parti d'en donner une
relation exacte & authentique , dont nous
donnerons ici la fubftance.
» D. Antonio Arriaga , Corrégidor d'un diſtrict
de la province de Tinta , informé de la vie fcandaleufe
d'un Curé , le menaça d'un châtiment
févère , s'il ne fe corrigeoit pas . Celui - ci n'en
159 )
&
commit que plus d'excès , & Arriaga le fit arrêter .
L'Evêque de Cufco excommunia le Corregidor ,
& il en réfulta deux partis dans le peuple ; mais
le Métropolitain de Lima , mieux inftruit des
faits , leva l'excommunication , & cette affaire
paroiffoit affoupie. Cependant Arriaga eut ordre
de faire un rôle des habitans de fon diſtrict ,
fe préparoit à l'exécuter. Le premier Cacique
Tupac-Aymaru ayant invité le Corregidor à dîner ,
le fit faifir au moment où il alloit fe mettre à
table & conduire en prifon. Ce Cacique a pris
le nom de D. Jofeph- Cafimir- Boniface Tupamara ;
il n'a que 38 ans , & defcend de la Famille Royale
des Incas , privée du Trône en 1541 par la mort
d'Atahualpa . Il refufa au prifonnier la permiffion
d'écrire , fit inftruire fon procès à la hâte , le
força de figner des lettres circulaires pour ordonner
aux principaux Caciques de fe rendre fans délai à
Tinta , afin d'y afſiſter à une exécution que le Roi
avoit expreffément commandé de faire le jour de
Saint- Charles. Ce jour fatal arriva , & dès la veille ,
Tupac fit lire à Arriaga ſa ſentence de mort. Celuici
innocent , mais fans défenfe , fe réfigna humblement
à ſon ſort , & demanda inftamment les fecours
de la religion , qui lui furent accordés . Le 4 Novembre
1780 , vers midi , l'infortuné Corregidor
fut conduit fous une forte eſcorte d Indiens , au
milieu d'un concours immenfe de peuple , au lieu
de fon fupplice. Le Cacique Tupac marchoit à la
tête fur un cheval blanc , fuivi de tous les autres
Caciques montés fur des chevaux noirs . Le patient
fut revêtu d'un habit de capucin ; on lut fa fentence
à haute voix , & l'on eut foin d'appuyer fur ces
mots : Par ordre très- exprès du Roi. Il n'y avoit
point de bourreau ; & Tupac condamna un mulâtre ,
efclave d'Arriaga , à pendre fon maître. Ce pauvre
mulâtre pria , preffa , conjura , pour être difpenfé
d'une fonction fi révoltante ; mais il fallut obéir ,
C 6
( 60 )
& comme il s'en acquitta mal , la corde fe brifa ,
& il tomba de la potence avec le Corregidor.
Alors les religieux , témoins de cette fanglante
tragédie , fe jettèrent aux pieds du Cacique , & lui
dirent qu'en pareil cas la juftice Espagnole fait
grace aux coupables. Tupac inexorable perfifta , &
après avoir laillé 3 jours entiers le cadavre expofé ,
il lui fit faire des funérailles honorables . Cependant ,
craignant les fuites d'un pareil attentat , Tupac
raffembla 200 hommes de milice , & sooo Indiens :
inftruit de ces démarches , le Corregidor de Cufco
envoya promptement 300 hommes de milice de
fon diftrict , & ordonna à l'Officier d'arrêter ce
Cacique turbulent. Ce petit corps ayant trouvé
dans fa route une colonie d'Indiens qui lui parut
déferte , eut l'imprudence d'entrer dans les maifons
& de s'y endormir ; mais bientôt une troupe d'Indiens
fondit brufquement fur ces 300 hommes
& en paffa plus de 160 au fil de l'épée . Le refte
fe réfugia dans une églife , à laquelle Tupac fit
mettre le feu. Il n'en échappa que 7 qui apportèrent
cette fâcheuſe nouvelle à Cuſco . Enflé de ce
fuccès , Tupac écrivit aux Caciques de diverfes
provinces de fe faifir des Corrégidors , & de faire
des levées pour réfifter aux troupes qui feroient
envoyées contre lui. H fe vantoit d'être lui-même
à la tête d'une armée de 25,000 hommes bien
difciplinés & bien armés . Il avoit envoyé fon propre
coufin à Azangaro ; mais ce Cacique , fidèle au
Roi , communiqua fa lettre au Corregidor . L'exprès
qui l'avoit apportée fut pendu. Plein de reſſentiment ,
Tupac accourt dans la province d'Azangaro , la
met toute à feu & à fang. Cependant les Corrégidors
de Cufco , Gampa , Montevideo , avoient
raffemblé 28 , oco hommes , y compris 2 compa
gnies du régiment de Savoie. L'Evêque de Cufco ,
de fon côté , avoit fait prendre les armes à tous fes
parens & aux eccléfiaftiques de fon Diocèfe. On
( 61 )
avoit affaire à un Cacique puiffant . Tupac- Aymare,
déja riche par lui- même , avoit trouvé so mille
piaftres fortes dans la maifon du Corregidor pendu
par fes ordres , & 40 mille dans celle d'un Alguazil
qui lui avoit échappé. Il a beaucoup de courage ,
de grands talens : il a été bien élevé dans le Collégé
de Cufco , & outre qu'il étoit pourvu de
quelques petits canons , il avoit arboré l'étendard
des Incas , qui pouvoit lui attirer bien du monde .
D'ailleurs , l'établiffement d'une Douane à Arequipa
y avoit caufé des mécontentemens ; les mutins
avoient pris les armes , ils avoient démoli & pillé
la maifon du Douanier. Toutes ces circonstances
alarmantes firent prendre le parti de la négociation.
On a fait des conceffions à ce Cacique redoutable ,
& tous les troubles ont été pacifiés « .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 29 Septembre.
Nous fommes encore dans l'attente des
nouvelles de l'Amérique Septentrionale ;
nos inquiétudes fur New-Yorck vont toujours
en augmentant ; tout ce qu'on débite
de cette place eft très-vague & très- contrádictoire
; les 2988 Allemands qui y ont été.
conduits de Brême fous l'escorte de l'Amphion
, font arrivés , dit- on , après 93 jours
de traverfée. On publioit que le foin avec
lequel nous faifions le blocus de la Delaware
avoit plongé les rebelles dans la
confternation , parce que leur commerce
avec la Havane étoit intercepté ; ces belles
nouvelles ne pouvoient durer qu'un tems.
On prévoyoit que l'arrivée de M. de Graffe
( 62 )
fuffiroit pour balayer la Delaware , fi dans
fa route il prenoit le parti de vifiter les côtés
du Sud ; s'il a marché droit à Rhode→
Ifland avec des forces fupérieures comme
il le pouvoit , puifque l'on affure qu'il eft
parti du Cap avec 31 à 32 vaiſſeaux de
ligne , il eſt maître de la mer , & le fiége
de New-Yorck peut être pouffé avec activité.
Le bruit court déja que le Gouver
nement a reçu des avis récens par lefquels
il eft informé que l'efcadre Françoife eft
arrivée dans l'Amérique feptentrionale
qu'elle y a débarqué un corps confidérable
de troupes , qui ont joint auffi-tôt l'armée
de Washington , qui immédiatement après
cette jonction a marché vers la place. Au
moment du départ de ces lettres elle en étoit
déja à 20 milles. On craignoit malgré le
foin avec lequel on a exagéré le nombre
& l'ardeur de la garnifon qu'elle ne foit
trop foible pour réfifter. Le Général Clinton
à diverfes reprifes a été obligé d'envoyer
beaucoup de renforts au Lord Cornwallis ,
ce qui a diminué confidérablement les forces
qu'il pouvoit oppofer à l'ennemi. Malgré
ces envois en Virginie , il paroît que.
nos affaires n'y avancent guère ; le Marquis
de la Fayette , les Généraux Wayne , Morgan
, Campbel y ont de fi grandes forces ,
qu'il a été impoffible au Lord Cornwallis
d'y remporter aucun avantage décifif.
35
La campagne , difent les lettres de cette Province
, eft à-peu - près finie. Le pays produit une
K
( 63 )
grande quantité de goudron , de térébenthine , de
bois de conftruction , & généralement tous les ar
ticles de la première néceffité pour notre marine ;
ainfi nous tirerions les plus grands avantages de
cette conquête. Mais il refte à favoir fi brûler quelques
magafins de tabac , épars çà & là à diverſes
diftances le long de la côte , eft le vrai moyen de
fubjuguer une province où il n'y a point de villes
puifque les petites qui s'y voyoient , ont déja été réduites
en cendres . En Europe , quand on s'eft emparé
des Villes ,on s'eft rendu maître des campagnes ; mais
en Amérique, c'est tout le contraire ; c'est ce qui rend
cette vafte contrée impotfible à conquérir. Ce font
fur-tout les Espagnols qui nous ont trompés dans
notre attente. Au moment de notre rupture avec cette
couronnne , toute la Nation , le Ministère même ,
croyoit avoir trouvé une occafion unique de s'indemnifer
des frais de la guerre. En un mot c'étoit
les Espagnols qui devoient payer. A la prife de leur
flotte par Rodney , ces efpérances augmentèrent
encore ; mais nous avons payé bien cher cette efpé-t
rance d'un moment, les prifes qu'ils ont faites fur
nous font immenfes . L'expédition du fort St- Juan &
celle d'Omoa nous ont épuifés dans les Antilles . La
perte de toute la Floride , celle de Minorque &
bientôt celle de Gibraltar , nous montrent l'imprudence
que nous avons eue de ne pas prévenir une
rupture dont les faites font fi terribles pour nous « .
Selon des lettres de la Caroline , le Lord
Rawdon a donné des ordres le 17 Juin pour
évacuer & démolir le pofte de Ninety-Six ,
& il s'eft retiré à Orangeburgh , à 80 milles
de Charles-Town , pour loger l'Armée.
Le Général Green a quitté fa dernière
pofition fur la Salceda , & s'eft retiré fur
l'Ennorée. Il a paffé cette dernière rivière
( 64 )
P
au gué d'Hendrick avec une précipitation
extraordinaire , étant pourſuivi de près par
le Lord Rawdon , qui n'étoit qu'à deux
heures de marche de lui.
Nous ne devons pas tarder à recevoir des
nouvelles de ces contrées ; nous attendons
actuellement d'un moment à l'autre les paquebots
de la Virginie & de New-Yorck qui
doivent les apporter. Nous ne devons pas
non plus tarder à en recevoir de la Jamaïque
; celles qui nous font arrivées précédemment
nous donnent des inquiétudes
pour le convoi qui en avoit appareillé en
Juiller , & qui , fur l'avis de l'approche de
M. de Graffe , étoit rentré le 21 à Port-Royal.
On a été enchanté d'apprendre que cette
riche flotte confiftant en 186 voiles , portant
42,509 tonneaux , 3733 hommes , &
1909 canons , avoit évité de tomber entré
les mains de l'ennemi. Mais on ajoute que
l'Amiral Hood ne devoit faire voile qu'avec
11 vaiffeaux pour la Nouvelle- Angleterre
, ce qui y rendroit fa préfence abfolument
nulle , fur-tout fi les François y en
conduifent 28 , comme on le prétend.
20
La plupart de nos papiers annoncent que
le 21 de ce mois on a débarqué du vaiffeau
le Gibraltar , de 80 canons , que l'Amiral
Rodney a ramené d'Amérique , une caiffe
qu'on dit contenir la correfpondance illicite
des Anglo- Américains ; cette nouvelle ,
fi elle étoit fondée , pourroit fervir à faire
diverfion aux bruits fâcheux qu'on ne ceffe
( 65 )
de répandre fur cet Amiral ; de pareils écrits
pourroient occuper nos Gazettes autant que
le Gouvernement , & mettre fin aux réflexions
que les premiers contiennent fur cet
Officier , d'abord déifié & maintenant blâmé
-par toute la Nation.
On annonçoit une guerre prête à s'élever
entre le Colonel Ferguſon & l'Amiral Rodney
; les premières hoftilités viennent de
commencer à l'occafion de la publication
faite dans la Gizette de la Cour des articles
de la capitulation de Tabago. Le Gouverneur
de cette ifle a vu avec furpriſe que cet
acte a été inféré d'une manière ifolée dans
la Gazette , fans qu'on y ait joint aucune
partie des dépêches qui l'accompagnent.
Piqué fur-tout de quelques expreffions de
la lettre de l'Amiral Rodney du 29 Juin ,
qui fembloit infinuer que l'Ifle-s'étoit rendue
fans défenſe , il a cru devoir publier des
détails.
Il réfulte de la relation du Colonel Ferguson ,
que ce fut le 25 Mai qu'il fut informé de l'approche
de l'efcadre ennemie , que fur le champ il
expédia en exprès à l'Amiral Rodney , & que cet
exprès délivra le 26 Mai fa dépêche à bord du
Sandwich ; que l'ennemi débarqua le 24 à la grande
Baie de Courlande avec très peu de perte ; qu'après
avoir fommé vainement le Gouverneur de
rendre l'Ifle , il expédia la nuit du 24 au 25 un
exprès à la Martinique pour demander du fecours ;
qu'il pourfuivit fes attaques jufqu'au 30 , qu'on
apprit en même tems l'approche de l'Amiral
Drake & l'arrivée de la flotte entière du
Comte de Graffe ; que les hommes que le Colo766
)
nel Ferguſon avoit fous les armes , confiftoient en
427, non compris 40 Nègres , favoir 4 Canonniers du
Corps Royal d'Artillerie , 207 Fufiliers du 86e . rêgiment
, 15 foldats appartenant à l'Artillerie de
l'Ifle , 181 Fufiliers de milices , & 20 Soldats . Sir
George , obferve le Colonel , non content de grof.
fir le nombre des défenfeurs de l'Ifle , diminue celui
des François qui l'attaquoient ; il ajoute qu'il
faut qu'ilfoit arrivé quelque chofe d'extraordinainaire
pour avoir déterminé le Gouverneur Fergufon
à capituler. Mais je crois que tout le monde
trouvera bien plus extraordinaire qu'un Amiral
Anglois ayant 21 vaiffeaux de ligne à fes ordres ,
ait fouffert qu'une efcadre ennemie de quatre vaiffeaux
ou frégates , & quelques floops , affiégeât
pendant dix jours confécutifs une colonie Angloife
où il pouvoit fe rendre en 24 heures , fans donner
de fecours à cette lfle , fans tâcher de détruire
l'efcadre affiégeante . Cela paroît , dis -je , plus extraor
dinaire qu'il ne l'eft , qu'une ville fans fortifications
quelconques , défendue par 427 hommes feulement ,
fans avoir même de couvert pour les défendre
de l'inclémence de l'air , n'ait pu tenir que dix
jours contre une armée de Vétérans , dont le nom.
bre excédoit cinq fois celui des affliégés . Peut-être
auffi paroîtroit - il également extraordinaire que la
flotte Françoise entière fût arrivée avec des troupes
de la Martinique à Tabago , avant que l'efcadre
Angloife y foit arrivée de la Barbade , quoique
l'exprès que j'avois expédié à Sir George Rodney
, fût parti 36 heures avant que le Général de
Blanchelande eût expédié un cutter pour demander
du renfort ; car tout le monde fait que la traverfée
de Tabago à la Martinique , foit en allant
foit en venant , eft plus que le double de celle de
Tabago à la Barbade , pour aller & pour revenir.
Cette récrimination très - vive mérite
fans doute une réplique ; l'Amiral Rod(
67 )
ney n'a pas cru que fa dignité lui per
mit de la faire en fon nom ; mais il en
a paru une qui n'a fûrement pas fatisfait
les Lecteurs. Il ne juftifie point . comment
ayant été averti le premier , & devant arriver
avant les François , il n'eft venu qu'après
eux. Cette affaire aura fans doute des
fuites qui entraîneront des difcuffions d'où
jailliront quelques lumières. M. Ferguſon
demande , dit - on , que fa conduite foit
examinée par une Cour d'enquêtes compofée
d'un certain nombre d'Officiers - Généraux
; mais on doute que l'enquête foit
admife ; comme il dit que c'eft le Major
Stanhope qui commandoit les troupes réglées
lors de la reddition de l'Ifle , qui a
figné la capitulation , le bruit court que
le Major fera jugé par un conſeil de guerre.
Quoique fa conduite puiffe être blamable
en cette occafion , tous nos Militaires conviennent
qu'il ne pouvoit obtenir des conditions
plus douces & plus honorables.
" On ne peut , dit un de nos papiers à l'occa
fion de ces débats & de la prife de Tabago , donner
trop d'éloges à la générofité des François ,
lorfqu'ils fe font rendus maîtres de cette lile.
Après la reddition de cette place , le Marquis de
Bouillé ne s'eft point emparé de la propriété des
habitans ; il n'a point fait vendre leurs biens à
l'enchère ; il n'en a point mis le produit dans fa
poche ; mais il s'eft comporté envers eux comme
un vainqueur qui connoît toute l'humanité qu'on
doit aux vaincus. Ce n'eft pas ainfi que s'eft
conduit Mylord Euſtache. Aufli la Cour déſapprou
---
( 68 )
we-t-elle fa conduite. Lorfqu'il a paru le 26 at
lever du Roi , il a été reçu très -froidement . Il y
a déja 80 actions intentées contre lui au fujet de
l'affaire de St- Euftache« .
L'humeur a pu dicter ce paragraphe ;
d'autres papiers qui peut- être voyent d'un
autre ceil les actions du Chevalier Rodney
, difent qu'il retournera à fon commandement
dans les Ifles vers le mois de-
Décembre prochain , & qu'il n'eft venu en
Angleterre avec la permiffion de fon Souverain
, que pour rétablir fa fanté qui va
de mieux en mieux , & foigner fes affaires
qui ne vont pas moins bien ; la plus
importante étoit fans doute de tranf
porter en Europe les richeffes qu'il a acquifes
par les moyens que tout le monde
fait & qu'on affure être confidérables.
- Pendant qu'on annonce que Rodney
tournera en Amérique , on revient à ce
qu'on a dit fi fouvent du retour du Chevalier
Clinton en Europe ; on parle auffi
du départ prochain du Lord Dunmore pour
la Virginie , où il va rentrer en poſſeſſion
de fon Gouvernement ; mais on demande
comment il gouvernera une Province qui
n'eft pas encore à l'Angleterre , & où il
ne trouvera perfonne difpofé à recevoir les
ordres que dans les lieux où féjournera notre
armée.
La plupart des nouvelles apportées par le pa
quebot le Carteret , arrivé dernièrement de Charles-
Town , dit un de nos papiers , ont été communiquées
au public. En voici une cependant que l'on ne con(
69 )
noiffoit point encore. Il y avoit quelque tems que
les Américains formoient le projet de s'emparer de
cette ville . Ils s'affembloient en grand nombre dans
ſes environs , & ils ont même eu fouvent la hardieffe
de s'approcher à trois milles des lignes . Dans
une de ces excurfions , un de leurs détachemens
composé d'environ cent hommes avec un Officier à
leur tête , tomba dans une embuſcade , & tous les
Rebelles qui compofoient ce corps furent faits pri
fonniers. Leur Commandant , nommé Gaines
obtint du Gouverneur de Charles-Town la permiſſion
de retourner chez lui , à condition qu'il ne porteroit
plus les armes contre S. M. Britannique . Mais Gaines
ayant été repris peu de tems après à la tête d'un
détachement de Rebelles , il fur jugé par un Confeil
de guerre qui le condamna à être pendu . Cette
Sentence devoit être exécutée le 13 Août , qui étoit
le lendemain du jour que le paquebot a mis à la
voile.
Le 27 il est arrivé à l'Amirauté un Exprès
du Général Vaughan ; il nous a appris l'arrivée
heureuſe de la flotte des Iles du Vent
dans la rade de Corke ; ce Général eft venu
fur le Boreas en qualité de paffager , & a
débarqué à Corke dans l'intention de profiter
du premier convoi pour l'Angleterre.
Le Kitty , de Liverpool , eft arrivé de la Jamaïque
à Kinfale avec une riche prife Françoise quf
alloit du Cap François à Marseille. Ce bâtiment a
rapporté que le Comte de Graffe étoit arrivé au
Cap dans le mois de Juillet avec 27 vaiffeaux de
ligne , 4500 hommes , & les vailleaux marchands
de la Martinique. Il a pris au Cap 4 vaiffeaux avec
environ 4000 hommes , & il comptoit en partir le 3
Août pour Rhodes - Inland , dans l'intention d'y
joindre l'efcadre de M. de Barras , & d'attaquer
New-Yorck. La flotte marchande de St- Domingue
devoit attendre fon retour d'Amérique.
'( 70 )
,
On dit qu'un Courier de Kinſale a apporté
au Lord Germaine la nouvelle de
P'arrivée de 6 vaiffeaux de la Compagnie
des Indes fous l'efcorte de 2 vaiffeaux de
guerre. On attend ici de jour en jour l'Amiral
Hughes qui eft revenu avec ces vaiffeaux
, & déja l'on dit que le Commodore
Johnſtone lui fuccédera dans le Commandement
de l'efcadre en ſtation dans l'Inde ;
ce bruit qui paroît prendre , montre affez ce
que l'on penfe de fa relâche à Buenos- Ayres,
& fait tomber tous les grands projets qu'on
lui fuppofoit dans ce moment ; en effet , il
feroit bien fingulier que nous employâffions
dans le midi de l'Amérique des forces
dont nous avons un fi preffant befoin aux
Indes ; nos affaires n'y font pas dans une
auffi belle pofition qu'on a prétendu le faire
croire. Toutes les belles relations dont on
a fait tant de bruit , n'ont pas empêché les
Actions de bailler ; nos fuccès fe bornent
à avoir arrêté Hyder-Ali dans fes fuccès ,
& à avoir prévenu les mauvais effets que
fa victoire , fur le Général Munro , devoit
entraîner. Ceux qui prétendent être dans le
fecret , difent ici tout bas qu'Hyder-Ali a
raffemblé de grandes forces , & qu'il menace
la Compagnie autant qu'il l'a fait précédemment
; ce qui ne laiffe pas d'alarmer
infiniment les Actionnaires.
ל » Nous avons ici , lit - on dans une lettre de
Tranquebar , une grande quantité de munitions.
pour les Anglois. Hyder Aly en ayant eu connoif.
fance , pria le Gouverneur Danois de les lui re(
71 )
mettre , ou du moins de ne point les livrer aux
Anglois. Mais pendant cet intervalle , fix vaiffeaux
de cette Nation font arrivés & ont emporté cest
munitions. Hyder Aly n'en a pas plutôt été informé
, qu'il a protefté que s'il reprenoit l'avantage
fur les Anglois , il viendroit nous rendre à Tranquebar
une vifite qui ne nous feroit pas infiniment
agréable auffi faifons-nous les préparatifs les plus
vigoureux pour notre défenſe «.
Dans l'arrêté des comptes des débiteurs
& des créanciers de la Compagnie des Indes
du premier Mars au premier Septembre
1781 , il y a eu en faveur de la Compagnie
une balance de plus de 700,000 liv.
fterl. & à peu près une fomme auffi confidérable
en caiffe. Cette fomme a été laiffée
à la Compagnie avec l'approbation du Gouvernement
, pour fournir aux dépenses
extraordinaires.
On a frété
pour
envoyer
dans
ces
contrées
le Bute
, l'Ankerwithe
, le Shrewsbury
,
le Talbot
, le Gatton
, le British
- King
,
Europa
, le Godfrey
& le Royal
- George
.
Ces
vaiffeaux
font
pour
le fervice
de l'année
prochaine
, avec
quelques
autres
qui
en portent
le nombre
à 27 ; chacun
prendra
à bord
pour
fon fervice
260
hommes
de troupes
de terre
; le total
des
troupes
ainfi
embarquées
fera
de 7020
homines
.
Ils rempliront
fi complettement
les vaiffeaux
, qu'il
a été
ordonné
de ne prendre
aucunes
femmes
paffagères
. On
a auffi
limité
les priviléges
des Capitaines
des vaiffeaux
dans
ce qui
regarde
leur
propriété
( 72 )
privée. Le volume qu'il leur étoit permis
de charger pour leur compte étoit de 55
tonneaux , on l'a réduit à 18 , afin de ménager
de la place pour le tranſport des
troupes , mais pour les dédommager de
cette diminution qu'ils éprouvent , on leur.
a permis de charger du cuivre qui étoit
autrefois prohibé ; & cet article eft , diton
, de fi bonne défaite dans l'Inde , qu'on
prétend que les 18 tonneaux leur rapporteront
l'équivalent de so de toute autre efpèce
de marchandiſes.
Le 27 de ce mois il eft arrivé un exprès
de l'Amiral Darby , qui eft venu ſur un
cutter à Portſmouth ; tout ce qu'il a rapporté
c'eſt que cet Amiral avoit quitté les
Sorlingues dans la matinée du 23 avec 26
vaiffeaux de ligne . Selon les uns il doit
refter en mer avec fon efcadre jufqu'à la fin
du mois prochain , à moins que quelque
circonftance particulière ne rendît fa croifière
inutile. Selon d'autres ſon eſcadre n'eft
fortie que pour aller au fecours de Gibraltar
& de Minorque ; mais en général on croit
peu à cette deſtination ; il ne fuffiroit pasde
paffer le Détroit & d'entrer dans la Méditerranée
, il faudroit en fortir enfuite
& cela pourroit fouffrir de grandes difficultés.
On croit que l'on ſe bornera à expédier
le plus de bâtimens qu'on pourra pour la première
de ces places , où quelques uns pourront
du moins arriver , fi tous n'y réuffiffent pas. Il
y a dans les Dunes 3 cutters prêts , dit - on , à
mettre
( 73 )
mettre à la voile , avec des provifions pour
cette deftination.
Quelques reproches que l'on puiffe faire au Lord
Sandwich , il eft cependant vrai de dire qu'il eft
celui de tous les Lords de l'Amirauté qui a veillé
avec le plus de foin à la confervation de la marine
Britannique. Si nous avions eu à la tête de ce département
un Haw ke ou un Anfon dans le tems où
l'armée navale combinée de France & d'Espagne eſt
entrée dans la Manche , notre eſcadre , d'après leurs
ordres , auroit peut- être eu la témérité de rifquer le
combat contre des forces aufli fupérieures. Qu'en
feroit-il réfulté ? la moitié de nos vaiffeaux auroit
été détruite , & l'autre très- maltraitée. Le Lord
Sandwich a fagement prévenu un tel défaftre.
L'Amiral Darby qui avoit reçu à plufieurs repriſes
l'ordre pofitif de veiller de près fur les mouvemens
des ennemis , eft rentré en toute diligence à Torbay
aux premières nouvelles de leur approche ; auffi ,
grace à Dieu & à la prévoyance du Lord Sandwich
nos vaiffeaux font fains & faufs.
Le Commodore Stewart remplace l'Amiral
Parker dans fon commandement ; on dit
qu'avant de le nommer , on a prié l'Amiral
de faire encore une croiſière fur les côtes de
Hollande ; mais il s'y eft refuſé abſolument.
La Grande-Bretagne avoit au 24 Juin dernier
142,000 hommes à fa folde ; fi la guerre
continue il en faudra 18,000 de plus l'année
prochaine. Les fonds néceffaires feront
auffi très-confidérables ; on parle déjà de 17
millions fterlings , & vraisemblablement ils
ne fuffiront pas.
Au milieu de ces embarras on parle tou-
13 Octobre 1781. d
( 74 )
jours de paix ; elle eft fans doute néceffaire
, on prétend qu'il en eft queſtion , que
les Cours de Vienne & de Pétersbourg ont
fait des ouvertures . On ne doute pas que
la Hollande ne fe prête facilement à celles
qu'on lui fera ; mais il n'en eft pas de même
de la France & de l'Eſpagne ; la première
ne fe départira pas de la condition préliminaire
de l'indépendance de l'Amérique ; la
feconde , quoiqu'elle n'ait fait aucune alliance
avec les États- Unis , ni reconnu leur
indépendance , a auffi des difficultés a élever
; l'Angleterre ne voudra pas céder fur
tous les points ; & ce grand ouvrage ne
nous paroît pas encore près de fon exécution
. On prétend que fi l'accommodement
n'a pas lieu , il y aura une alliance offenfive
& défenfive entre la France , l'Espagne
& les Provinces-Unies ; ces trois Puiffances
alors pourront unir toutes leurs forces pour
établir l'indépendance Américaine que nous
ne voyons pas que nous puiffions nous
difpenfer de reconnoître un jour , après
avoir inutilement répandu beaucoup de
fang & épuifé nos trésors .
Sous le règne de la Reine Anne , dit un de nos
papiers , époque à laquelle l'activité de notre carrefpondance
politique répondoit & contribuoit fans
doute à celle de nos fuccès , la dépenſe annuelle de
nos Miniftres , dans les pays étrangers , ne montoit
qu'à 45,000 liv. fterling. Pendant l'Adminiftration
de M. Pitt , qui fembloit avoir les clefs de tous
les Cabinets de l'Europe , elle n'a pas excédé 50,000
liv.; & actuellement , qu'à en juger par les opérations
( 75 )
du Gouvernement , nous ne favons pas un mot de ce
qui fe paffe chez nos voisins , l'état des fonds pour
ce fervice eft porté a la fomme exorbitante de 90,000
liv . fterl.
Les vaiffeaux de guerre deftinés pour la
ftation de l'Amérique Septentrionale viennent
de recevoir l'ordre de fe difpofer à
partir au premier avis.
La petite vérole exerce fes ravages dans
plufieurs endroits.
a offert
Un de nos papiers , du 24 , rapporte que depuis
plufieurs femaines , il en eft mort à Deptford ,
depuis 10 jufqu'à 20 perfonnes. On n'ignore pas
que la Faculté , à fon grand honneur
d'inoculer , gratis , les pauvres , pour prévenir
dans les Paroiffes le cruel ravage de ce fléau . Le
defir & le zèle de la Faculté pour fauver la vie des
hommes , fe font trouvés fruftrés par un préjugé fi
nuifible qu'entretiennent quelques perfonnes qui ne
ceffent de déclamer contre l'inoculation . Les habitans
de Deptford defirent de raffembler tout ce qu'a obfervé
M. de la Condamine , relativement à la pecite
vérole naturelle & à l'inoculation . On peut comparer
la petite vérole naturelle à une rivière qu'il
faut paffer , & l'inoculation au bateau qui offre un
moyen pour la paffer avec sûreté . Il y a cependant
bien des perfonnes qui fe noient en négligeant ce
moyen de paffage . A cette heureuſe comparaiſon
établie par feu M. de la Condamine , on peut ajouter ,
dans ton Traité en faveur de l'Inoculation , le fublime
parallèle tiré de la Ste. Ecriture. » Je vais vous
» demander une chofe ; les Loix prefcrivent - elies
» de préférer de fauver la vie à la détruire ? « Ce
feroit un grand fervice à rendre à l'Angleterre , que
ce Gouvernement , par des encouragemens pour une
inftitution auffi falutaire que l'inoculation , la rendîffent
plus générale pour parvenir aux moyens d'épar
gner la vie des hommes .
"
d z
( 76 )
FRANCE.
De VERSAILLES , le 9 Octobre.
Le Roi a nommé à la charge de Meftrede-
Camp-Lieutenant-Infpecteur des Carabiniers
, vacante par la mort du Marquis
de Poyanne , le Comte de Chabrillant ,
Maréchal-de-Camp & Capitaine des Gardesdu
Corps de Monfieur. Il a eu l'honneur
d'être préſenté , en cette qualité , à LL.
MM. par Monfieur.
Le 30 du mois dernier LL. MM. & la
Famille Royale , fignèrent le contrat de
mariage du Chevalier de Croiſmare , Sous-
Lieutenant des Gardes-du- Corps du Roi ,
avec Mademoiſelle de Courmon , & celui
du Préſident de Leudeville avec Mademoifelle
de Jourdain.
2
Le même jour le Baron de Choifeul , Ambaffadeur
du Roi près le Roi de Sardaigne ,
qui eft de retour en cette Cour par congé
eut l'honneur d'être préfenté à S. M. par
le Miniftre des Affaires étrangères.
De PARIS , le 9 Octobre,
2
It eft arrivé à Rochefort un cutter expédié
par M. de Graffe. On dit que ce Général
donne avis qu'il eft forti du Cap avec
toutes les forces , confiftant en 28 vaiffeaux
de ligne , & qu'ayant choifi la route du
canal de Bahama , il a débouqué heureuſe(
77 )
I
ment , puifqu'il étoit le 22 Août par le travers
de St-Auguſtin . C'eſt de cette hauteur
qu'il a expédié fon cutter ; ainfi l'on juge
que fa flotte aura pu être avant le 1 Octobre
devant Rhode-Ifland , s'il y dirige directement
fon cours , & s'il ne s'arrête pas
fur les côtes des Provinces du Sud , qu'il
a cependant l'intention de reconnoître. Il
trouvera vraisemblablement en arrivant à
Shandy-Hook l'Amiral Hood , & peut-être
Drake , réunis à l'Amiral Graves. Quant à
l'Amiral Digby , comme il n'eft parti qu'en
Juillet , & qu'on doit lui fuppofer 55 à 60
jours de traversée , il pourroit bien être
intercepté par notre flotte.
1
C'eft M. Negrier , Lieutenant de vaiſſeau ,
commandant le cutter arrivé à Rochefort ,
qui a été expédié par M. de Graffe , dont
les dépêches font du 22 Août ; on dit qu'il
n'a perdu l'Armée de vue que 2 jours après
avoir reçu les dépêches ; elle étoit alors à
25 lieues à l'Eft du Cap St- Auguſtin . M.
de Graffe n'a point de bâtimens de tranfport
; fa petite Armée eft à bord des vaiffeaux
, & confifte en 3464 hommes , fans
compter la garnifon ordinaire des vaiffeaux.
On affure que les Officiers font perfuadés
que leur destination eft pour la Baie de la
Cheſapeak. C'eft auffi ce que l'on croit ici ;
& dans peu nous faurons comment le Général
Cornwallis fe fera tiré de la fituation.
critique où il fera réduit. Il ne peut attendre
aucun fecours de New-Yorck , notre
*
d 3
( 78 )
flotte étant maitrelle de la mer ; car on ne
peut raifonnablement penfer que l'Amiral
Hood , qui n'aura tout au plus que 20 vaiffeaux
, cherche à fe meſurer avec notre
Armée , qui doit être compofée de 59 ' ,
après la jonction de M. de Barras ; ceux
qui ne lui en donnent que 37 , ne comptent
point l'Expériment & le Romulus.
Les lettres de St-Domingue donnent les
détails fuivans de l'incendie de l'Intrépide.
» Du Cap François le 27 Juillet. Un accident
funefte a tenu Lundi dernier toute la ville en alarmes
, & nous nous fommes vus menacés d'une deftruction
totale. Le feu prit à l'Intrépide de 74 canons.
Les fecours les plus prompts & les mieux ordonnés
ne purent arrêter l'activité de cet horrible incendie ,
& l'on fut forcé de faire échouer le vaiffeau près du
petit carénage. Par bonheur le tems étoit calme ; fi la
brife avoit été telle que le jour précédent , telle que
la furveille , c'étoit fait de tout ce qui étoit en rade.
Le feu enveloppoit tous les vaiffeaux , & le port &
la ville étoient détruits de fond en comble. On parvint
à retirer toute la poudre qui étoit à bord de
l'Intrépide , excepté trois ou quatre barriques qu'il
ne fut pas poffible d'enlever. Il n'y avoit plus d'efpoir
de fauver ce vaiffeau ; l'équipage par ordre du
Capitaine l'avoit abandonné , & M. Dupleffis Pafcaut
reftoit conftamment à bord avec les Officiers ; leurs
prières , & les fupplications de fon fils , jeune homme
de 14 ou 15 ans , ne purent l'engager à defcendre
avec eux dans la chaloupe . Il étoit déterminé
à périr avec fon vaiffeau. Il embraffa tendrement
fon fils & lui ordonna de s'éloigner ainfi qu'à fes
Officiers . Ce jeune homme obéit à fon pere ; mais
ce fut pour le fauver. Il fe fit conduire fur le champ
( 79 ) ( 79.
à bord de la Ville de Paris , & fe précipitant aux
pieds du Général , fes fanglots lui expliquèrent la réfolution
défefpérée de fon pere , & le defir qu'il
avoit de l'arracher à une mort inévitable ou de
périr avec lui . Auffi- tôt un canot partit avec ordre
au Capitaine de l'Intrépide de venir à bord du Général
; ce brave Officier fut forcé d'obéir ; & le canot
qui le reçut étoit à peine à so pas de l'Intrépide
que ce vaiffeau fauta en l'air «.
Le Journal que nous recevons du port
de Breft , ne va que juſqu'au 28 du mois
dernier.
1
» Le 18' , la Victoire , corfaire de Dunkerque ,
& l'Aigle , de Calais , font entrés en rade ; le premier
amenoit une prife chargée de tabac ,
de .
voilures , &c. qui fortoit de Londres. Depuis le
18 jufqu'au 24 inclufivement , les vaiffeaux la
Bretagne , le Terrible , le Protecteur , le Guerrier,
le Dauphin-Royal & le Robufte , font entrés dans
le port , pour y recevoir quelques réparations .
Le 22 , eft entré en rade l'Agatha , chargée de diverſes
marchandiſes , prife du corfaire l'Aigle . -
Le 24 , la frégate la Renommée & le lougre le
Tartare , ont appareillé de la rade avec un con .
voi. Le 25 , la frégate l'Attalante a appareillé
pour croiler. Le 27 , le Fanfaron & la
Victoire ont mis à la voile pour le même objet .
Le 28 , l'Etourdi & l'Espiegle viennent d'appareiller
de la rade. Le courier de Cadix nous a
appris l'arrivée de 13 navires Provençaux ; ils avoient
été débarqués par la frégate la Concorde , qui
alloit annoncer à la Nouvelle- Angleterre l'approche
du Comte de Graffe «<.
--
Des lettres particulières de Breft . & poftérieures
au Journal du Port , ajoutent les
détails fuivans.
d 4
( 80 )
» On dit qu'on a fufpendu le défarmement du
Protecteur & du Guerrier , qui devoient être mis
en flûtes. L'Alexandre & le Hardi le font déja.
Le chargement de ces deux nouvelles Alûtes & de
toutes les autres qui fe trouvent ici , fera fait la femaine
prochaine. M. de Macnemara amenera de
Bordeaux les autres navires néceffaires pour le
tranfport des troupes. Cet habile Croifeur vient
encore de s'emparer d'un corfaire de 18 canons.
Chaque jour il nous arrive des trains d'artillerie .
-
- -
M. de Vaudreuil a , dit-on , reçu les ordres da Roi
pour l'efcadre qui doit fortir de ce port , & qu'on
porte aujourd'hui à dix vaiffeaux de ligne , & dont
il a le commandement : on ajoute qu'on lui laiffe la
liberté de choifir fes Capitaines. On ne parle
plus d'envoyer nos vaiffeaux à Cadix , fur-tout ceux
à trois ponts. La Bretagne & le Terrible ne pouvant
entrer dans les baffins que dans les grandes marées
ne feront pas prêts auffi- tôt qu'on le defireroir
; mais caréner des vaiffeaux de cette force
à flot , ce feroit les fatiguer beaucoup . On a
fignalé d'Oueffant 52 voiles , parmi lesquelles plu
fieurs vaiffeaux de guerre . Ce pourroit bien être
l'armée de Darby , ou plutôt quelque convoi des
Indes Occidentales qu'attendent les Anglois «.
Le Lord Sandwich eft très-malade , & fi
fon état n'eſt pas déſeſpéré , il alarme du
moins la partie de la Nation , qui applaudit
à fon adminiftration ; voilà ce que les
dernières nouvelles de Londres nous apprennent
de plus important ; nous favons
déjà que l'Amiral Rodney a été reçu avec
froideur dans la Capitale , & le Cabinet de
St-James n'a vu qu'avec peine l'adhéſion du
Roi de Pruffe à la neutralité armée . Il n'a
781 )
point encore fait de réponſe à la notification
qui lui en a été faite ; & fi les Miniftres
Anglois continuent de ne pas approuver
cette démarche , fous prétexte que l'Impératrice
de Ruffie ne peut pas faire jouir un
tiers des avantages qui lui ont été accordés ,
les Anglois pourroient s'attirer un nouvel
ennemi fur les bras avant la fin de l'hiver .
-
» On a reçu ici des nouvelles de 1 Inde , écriton
d'un de nos ports ; elles font toutes antérieures
à celles qui nous font venues de Londres ; s'il faut
en croire les rapports , il paroît vrai que M.
d'Orves eft retourné à l'Ile de France. Il étoit
arrivé à Pondichery le 20 Janvier , après cent
jours de traversée . Ayant confommé la plus grande
partie de fes vivres pendant ce long trajet , il
n'en a pu tirer de la côte , & s'eft vu forcé de s'éloigner
fans avoir pu caufer aucun dommage à
l'ennemi . Nous recevons encore des nouvelles
de cette partie du monde par un endroit d'où ordinairement
on ne les attend point. Un bâtiment
parti de la côte de Coromandel eſt entré à la
Martinique. Il faut qu'il ait quitté l'Inde dans le
mois de Février , puifqu'il fait mention de la ftation
de M. d'Orves devant Madras , & qu'il n'annonce
pas fon retour à l'Ile de France . Une anecdote
horrible qu'il nous apprend , & que toute
l'Europe ignoroit , c'eft que les Anglois ayant
mis à prix la tête d'Hider Aly , ce Prince a fait
couper fur le champ le bras droit à tous les prifonniers
Anglois , tant Officiers que foldats , qui étoient
en fon pouvoir «.
On n'a point de nouvelles ultérieures de
Mahon ; le Fort St - Philippe eft maintenant
bloqué ; mais on n'en peut commencer l'atd
s
( 82 )
taque en règle que lorfque fes renforts &
la groffe artillerie qu'on attend y feront arrivés.
19 ,
» On avoit compté , écrit- on de Toulon en
date du 23 du mois dernier , fur les bâtimens Efpagnols
, pour paffer nos troupes à Malion , mais
ils font néceffaires pour prendre des canons & des
renforts à Carthagêne. On a pris en conféquence
d'autres arrangemens , & on frette à Marſeille ,
pour le compte du Roi , une quarantaine de bâtimens
qui arriveront ici à la fin de ce mois. -La
corvette la Badine , commandée par M. de Vence,
Le prépara dès le 20 pour mettre à la voile pour
conduire à Mahon le Comte de Crillon , Colonel
du régiment de Bretagne. Ce régiment arriva le
partie à la Valette , partie à Souliers ; les
vents contraires ont jufqu'à préfent empêché ce
bâtiment de mettre à la voile , mais on croit qu'il
appareillera ce foir. Le Marquis de Bouzolles ,
Brigadier & Colonel du régiment de Lyonnois ,
a été nommé Commandant en fecond de l'armée
qui paffe à Minorque fous les ordres du Baron
de Falkenhayn. Le Comte de Crillon Brigadier ,
commandera la brigade Françoife , & le Comte
de Spare , Colonel de Royal Suédois , commandera
la brigade Allemande. Le Major du régiment de
Bretagne a été fait Major- Général de l'armée.-
La frégate l'Aurore , commandée par M. de Cypierre
, eft partie pour Marſeille , où elle doit prendre
fous fon convoi quelques bâtimens deſtinés
pour Cadix. On écrit de ce port que M. de Malmet
, Commiffaire du Roi pour la vente du terrein
de l'Arfenal de Marſeille , eft attendu inceffamment
pour terminer cette affaire & pour régler
le traitement de ceux qui étoient établis dans cet
Arfenal ",
1
( 8 ; )
On apprend que le Duc de Crillon a
annoncé dans l'ifle , par une proclamation ,
que toutes les propriétés particulières feront
respectées , y compris même celles des
corfaires qui rentreront avec des priſes qu'ils
auront faites avant la date de la defcente
des Eſpagnols à Minorque ; les armateurs
ont été avertis en même-tems de rappeller
ceux de leurs Capitaines qui fe feront retirés
dans les ports d'Italie , & on leur a notifié
qu'ils répondroient des faits ultérieurs de
ceux-ci . On donnera des lettres de marque
pour l'Espagne aux corfaires qui voudront
continuer la courfe .
33
» Le fieur François Moriffe , Chirurgien de Tournecoupe
, fut appelle le premier Septembre de la
préfente année 1781 , dans la paroiffe de Mongaillard
, au Diocèfe de Lectoure ; je l'y accompagnai
je vis dans la maifon de Pierre Truilhé
un Enfant mâle , né le 21 Mai 1781 , parfaitement
conformé , à cela près que fa tête étoit ,
lorfqu'il naquit , d'un tiers plus volumineuse que
dans l'état naturel ; il avoit les deux dents canines
à la mâchoire inférieure , fa tête a augmenté
prodigieufement depuis fa naiffance jufqu'au premier
Septembre de la même année , elle a trente
pouces de circonférence , & vingt- quatre du trou
occipital jufqu'à la partie inférieure du coronal
il y a un écartement de future de tous les os qui
forment la boîte offeufe du crâne de cinq à fix pouces
des uns aux autres : j'eftime qu'elle pèfe environ
vingt- cinq livres. Il dort prefque toujours ; il ne
s'éveille que lorfqu'il a faim ; il appelle très- diftinctement
les père & mère ; il tette peu , mais en
revanche il mange une livre & demie de pain tous
les deux jours.
d 6
( 84 )
Le 12 du mois dernier le tonnerre tomba
au hameau de Mezieres , Paroiffe de Maudetour
, dans le Vexin François , fur une
ferme qui appartient à M. le Marquis de
Rancher , Officier aux Gardes Françoiſes ;
les prompts fecours qu'apportèrent les habitans
des villages voifins , les foins & l'activité
des Officiers de Juftice de la ville de
Magny & de la Maréchauffée préfervèrent
les beftiaux ; mais on ne put fauver la récolte
du Fermier , un des meilleurs Laboureurs
du canton , chargé de fix enfans . On
évalue fa perte à plus de 20,000 livres ; &
fa fituation eft d'autant plus fâcheuſe , qu'il
ne lui refte pas de grains pour enfemencer
fes terres cette année. Les perſonnes charitables
qui voudront l'aider de quelques
fecours , font priées de les adreffer à Magny
à M. Santerre , Notaire Royal , ou à
Paris à M. Dulion , Notaire , rue Chriftine.
Les ouvrages de M. Franklin , écrit-on de Breft ,
le recueil utile de M. l'Abbé Rofier , & plufieurs
autres ouvrages , ont fourni des preuves fans replique
de l'utilité des para tonnerre conducteurs , ou
préfervateurs électriques , mais ces ouvrages font
peu lus par certaines perfonnes qui , jugeant fur
parole ou d'après leurs préventions , croyent encore
ces inventions , ou inuriles , ou dangereufes . Votre
Journal , beaucoup plus répandu , a déja fourni des
preuves de faits du contraire ; les faits font la métaphifique
du plus grand nombre ; en voici un nouveau
dans ce genre que je vous prie de placer dans
votre prochain nº . Le 15 Septembre , vers 10
heures da matin , commença ici un orage qui dura .
な
( 85 )
―
jufqu'à plus de midi , & fut très violent vers 11
heures & 11 heures & demie , les éclairs & les coups
de tonnerre fe fuccédant alors avec la plus grande
rapidité. Le tonnerre éclata plufieurs fois , foit dans
la rade , foit fur quelques maifons , fans caufer
aucun mal réel , que beaucoup de frayeur à quelques
perfonnes peu accoutumées à un pareil fracas ,
affez rare dans ce pays - ci . Dans le plus fort de
Forage , de tonnerre éclata fur une maison fituée
vis -à-vis la Citadelle ( nommée ici le Château ) ,
& occupée par le fieur Grifon , & s'attaqua à des
crochets de fer qu'on a coutume de fixer aux
chevrons des combles des maifons couvertes d'ar-
'doifes , pour la commodité des Couvreurs . En
fuivant ces crochets fous les ardoifes , il en enleva
quelques-unes , pénétra dans le grenier , puis dans
une manfarde au-deffous , en fortit par la fenêtre
fur le jardin , pour s'attacher à un canal de fer
blanc qui paffe fous la fenêtre de cette manfarde ,
& fous le bord du toît pour en recevoir l'eau , &
la conduire dans une grande futaille enterrée , au
moyend'un tuyau , audi de fer blanc , qui defcend du
canal prefque verticalement dans la futaille . Il fuivit
le canal & le tuyau qu'il cribla en plufieurs endroits , &
fe perdit dans l'eau dont la futaille étoit pleine . Il
paroît très -évident que dans cette occafion le canal ,
le tuyau & l'eau de la futaille , ont fait l'office d'un
Préfervateur ; il paroît même hors de doute qu'un
femblable appareil feroit toujours très utile ; il feroit
feulement à defirer que le métal en fût plus
épais. Peut-être pourroit - on faire defcendre le fil
de fer d'un Préfervateur ordinaire dans le tuyau ,
d'où le tonnerre iroit fe perdre dans l'eau de la
futaille . Pendant cet orage , il est tombé beaucoup
de très-groffe grêle dans la campagne , point dans
la Ville,
" → Pendant ce même orage on fonnoit à Reconvrance
( une des parties de la Ville de Breft ) & à
( 86 )
—
Breft , ce qu'on auroit dû empêcher , puiſqu'il ek
certain que cela eft dangereux. A la rigueur ,
pour que l'appareil qui paroît avoir fauvé la maifon
du fieur Grifon , fûr toujours auffi efficace , je fens
qu'il devroit être ifolé comme un Préſervateur ;
mais peut -être fuffiroit - il que les crochets qui le
fixent ordinairement aux murs fuffent enduits d'un
vernis commun à l'huile .
L'Académie des Sciences , Belles- Lettres & Arts
de Marſeille , avoit cette année trois Prix à diftribuer
, un d'Eloquence , & deux de Poéfie . Le Prix
d'Eloquence , deftiné à l'Eloge de Louis de Vendôme
, Gouverneur de Provence , Généraliffime des
Armées de France & d'Espagne , a été rélervé pour
l'année prochaine, & le Sujet fera le même.Une Epître,
Colomb dans les fers , à Ferdinand & Ifabelle ,
après la découverte de l'Amérique. Epigr. Mais
je mourrai du moinsfans avoir pardonné. Warwick,
par M. le Chevalier de Langeac , a remporté le
premier Prix de Poéfie ; de très beaux Vers , an
Plan intéreffant , de grandes idées , une expreffion
qui y répond & toujours foutenue , ont entraîné le
fuffrage de l'Académie. Le fecond Prix de Poéfie
a été adjugé à un Poëme fur la Liberté des Mers ,
par Coeuilh , réfident à Paris . Un fecond Poëme fur
le même Sujet , Epigraphe. Non illi imperium Pelagi
a eu l'acceffit. -Le 25 Août de l'année prochaine ,
l'Académie , outre le Prix deftiné à l'Eloge de Louis
de Vendôme , aura un fecond Prix d'Eloquence à
diftribuer , dont le Sujet fera l'Eloge de Cook , Voyageur
célèbre. Ces Prix feront chacun une Médaille
d'or de la valeur de 300 livres ; les Ouvrages feront
adreffés , francs de port , à M. Mourraille , Secrétaire
perpétuel de l'Académie , rue du Tapis - Vert , & ils
ne feront reçus que jufqu'au 15 de Mai.
Pierre Rochefort d'Ailly de St -Vidal ,
Abbé Commendataire de Bouvet , Dio(
87 )
cèfe d'Auxerre , eft décédé à Lyon le 26
Septembre dernier , âgé de 63 ans .
Marie-Anne-Thérèſe de Chamborant- la-
Claviere , Comteffe de Mory , ci -devant
Daine d'Honneur de la Princeffe de Conty ,
eft morte en cette ville , Hôtel de Conty
le 29 du mois dernier âgée de 47 ans.
Déclaration du Roi , du 3 Septembre , enre
giftrée au Parlement le 7. Par nos Lettres
en forme d'Edit , du mois d'Août 1777 ,
Nous avons autorisé les Prévôt des Marchands
& Echevins de notre bonne Ville de Paris
, à emprunter 600,000 livres de Rentes perpétuelles
ou viagères , dont le produit feroit verfé en
notre Tréfor Royal. L'extinction fucceffive d'une
portion des rentes viagères conftituées en vertu de
notredit Edit , jointes aux économies qui ont été
faites fur les dépenfes de notredite Ville , laiffant
libre une partie des fonds qui étoient destinés au
payement des arrérages de cet Emprunt : les Prévôt
des Marchands & Echevins nous ont offert d'ouvrir
un nouvel Emprunt au premier Octobre prochain ,
& de le porter jufqu'à 750,000 livres de Rentes
perpétuelles , s'il nous plaifoit leur affurer un fonds
proportionné au montant des intérêts , & prendre
des engagemens pour contribuer au remboursement
des capitaux. Et comme la durée de la guerre nous
oblige à des dépenfes extraordinaires , Nous nous
fommes déterminé à accepter une propofition qui
ne fera pas moins avantageufe à nos Finances , qu'à
ceux de nos Sujets qui auront des fonds à placer .
1º. Les Prévôt des Marchands & Echevins de notre
bonne Ville de Paris , feront & demeureront autorifés
par notre préſente Déclaration , à conftituer
jufqu'à concurrence de 750,000 livres par an , ca
Rentes perpétuelles à Cinq pour cent ; defquelles
( 88 )
Rentes lefdits Prévôt des Marchands & Echevins
pourront ftipuler dans les Contrats la jouiffance à
compter du premier jour du Quartier dans lequel
les capitaux en auront été fournis , avec exemption
des deux Vingtièmes & quatre fous pour livre du
premier, & généralement de toutes impofitions préfentes
& à venir. 2 °. Autorifons pareillement lefdits
Prévôt des Marchands & Echevins , à affecter &
hypothéquer, jufqu'à dûe concurrence , au payement
defdites rentes , la partie libre des revenus du Do.
maine de la Ville & les différens Octrois à elle con.
cédés ; comme auffi fpécialement , & par privilége
& préférence , le fonds annuel ci-après ' fixé , que
nous ferons verfer à la Caiffe de notredite Ville ,
pour fournir auxdits payemens. 3 ° . Tous les Etran
gers non naturalifés , même ceux Sujets des Puiffances
avec lefquelles nous pourrions être en
guerre , foit qu'ils demeurent ou non dans les pays
de notre obéiffance , pourront acquérir lesdites Rentes
& en jouir , ainfi que nos propres Sujets , pour
en difpofer par donation entre-vifs ou par teftament,
en principaux & arrérages ; & , en cas qu'ils n'en
euffent pas difpofé de leur vivant , voulons que leurs
Héritiers , Donataires , Légataires , ou autres Repréfentaus
, leur fuccèdent dans la propriété desdites
Rentes , pour en jouir de même que ceux au profit
defquels elles auront été conftituées : En conféquence
, voulons également que lesdites Rentes
foient exemptes de toutes Lettres de marque & de
repréfailles , Droits d'aubaine , bâtardife , confifcation
, ou autres qui pourroient nous appartenir , &
auxquels nous avons renoncé & renonçons. 4°.
Permettons également aux Communautés féculières
& régulières , Hopitaux , Fabriques , & autres Gens
de Main-morte , d'acquérir lefdites Rentes , fans
être tenus de payer , pour raiſon d'icelles , aucon
Droit d'amortiflement , ni autres, 5 °. L'Emprunt
( 89 )
fera ouvert à compter du premier Octobre prochain
; & les capitaux , dont les moindres parties
ne pourront être au-deffous de mille livres de principal
, feront fournis en deniers comptants , entre les
mains du fieur Buffault , Receveur général des Domaines
, Deniers patrimoniaux & communs de
notredite Ville , qui en expédiera les Récépiffés en
la forme ufitée , pour fur iceux être les Contrats de
conftitution paffés par les Prévôts des Marchands
& Echevins , foit fur la tête des Acquéreurs , foit fur
celle des perfonnes qu'ils auront fait défigner dans
lefdits Récépiffés , & pardevant tels Notaires att
Châtelet de Paris que lesdits Acquéreurs choiſiront,
auxquels les groffes defdits Contrats feront délivrées
gratis , nous chargeant de pourvoir aux frais d'iceux.
6º. Les arrérages defdites Rentes feront payés
en deux termes égaux , de fix en fix mois , par ledit
Receveur général de notredite Ville , dans le même
ordre & en la même forme & manière que ceux
des autres Rentes dûes par notredite Ville . 7 ° . Petmettons
aux Propriétaires defdites Rentes , d'en
tranfmettre la propriété par la voie de la reconftitution
; en conféquence , autorifons lesdits Prévôt
des Marchands & Echevins , ainfi que ledit Receveur
général de notredite Ville , à recevoir de ceux qui
Le préfenteront pour être fubrogés aux premiers &
fabféquens Acquéreurs defdites rentes , les deniers
comptans qui leur feront offerts, pour en être conftitué
de nouvelles & pareilles en remplacement de celles
qui feront remboursées avec les deniers fournis par
les nouveaux Acquéreurs ; lefquels Contrats de reconftitution
feront numérotés des mêmes numéros
que ceux des Contrats remboursés . 8 °. Ledit figur
Buffault remettra entre les mains du fieur Micault
d'Harvelay , Garde de notre Tréfor Royal , qui lui
en expédiera , à ſa décharge , quittance libellée &
( 90 )
contrôlée , la fomme qui fera produite par ledit
Emprunt , pour en êtie par ledit fieur Micault d'Harvelay
, respectivement fait recette envers nous en
la forme ordinaire . 9 ° . Et pour mettre les Prévôt
des Marchands & Echevins en état de fubvenir au
payement des arrérages defdites Rentes , fans prendre
fur les revenus ordinaires de ladite Ville , nous
leur avons , par ces Préfentes , attribué & attribuons
un fonds annuel de 750,000 livres , à compter du
premier Octobre prochain ; auquel fonds nous avons
affecté & hypothéqué par privilége & préférence ,
même à la partie de notre Tréfor Royal ,
les
pro.
duits libres de notre Ferme générale des Aides ,
Entrées de Paris & Droits y joins fur laquelle ,
en tant que de befoin , nous avons auxdits Prévôt
des Marchands & Echevins , fait & faiſons par ces
Préfentes toutes délégations néceffaires. 10° . Le
fonds déterminé & délégué par l'article précédent ,
ſera verſé annuellement par l'Adjudicataire de nos
Fermes générales , à la Caiffe de notredite Ville , fur
les Quittances ou Récépifiés de fon Receveur général.
11. Autorifons lefdits Prévôt des Marchands
& Echevins , à remboarfer des deniers appartenans
à notredite Ville les capitaux deflites Rentes , au
moyen de quoi elles appartiendront à notredite
Ville ; & au défaut de fonds libres de leur part ,
voulons qu'à commencer en la feconde année , qui
fuivra la publication de la paix , il foit verté de
notre Tréfor Royal dans la Caiffe de ladite Ville ,
une fomme annuelle de 300,000 livres , pour ,
avec les fommes qui proviendront de l'extinction
fucceffive des Rentes viagères créées par notre Edit
de 1777 , être employée auxdits rembourfemens ,
lefquels , en ce cas , auront lieu à notre profit.
Déclaration du Roi , donnée à Verſailles le 28
Août 1781 , regiftrée en Parlement le 5 Septembre
( 91 )
fuivant , concernant les Appcls comme d'abus , &
les demandes en Régale.
De BRUXELLES , je 9 Octobre.
DEPUIS le 7 du mois dernier , il n'eft
plus permis de s'embarquer à Douvres fur
le paquebot qui part de ce port pour
Oftende , ni fur tout autre bâtiment , à
moins que les paffagers ne foient munis
d'un paffeport du Gouvernement.
Le rôle brillant qu'a jou le Marquis
de Pombal , fous le règne précédent , & les
fuites de fa difgrace éclatante fous celuici
, répandent de l'intérêt fur tout ce qui
regarde cet homme célèbre . Tandis que
les uns le repréfentent comme un des premiers
Adminiftrateurs de ce fiècle , comme
le Miniftre qui a rendu le plus de fervices
au Portugal , d'autres le peignent comme
le plus arbitraire des Defpotes , le politique
le plus dangereux , & c. Le décret que la
Reine vient de rendre répandra t- il quelque
jour au milieu de ces contradictions ? Le
Voici :
33
Après avoir jugé par des raifons légales qu'il
ne convenoit pas à mon fervice que le Marquis de
Pombal remplit davantage les fonctions de Secré
taire d'Etat au département des affaires intérieures ;
je lui ai ordonné de quitter ma Capitale , & d'aller
fixer fon féjour dans la ville de Pombal . Je ne
me ferois pas attendu , après cet acte de clémence
, que dans une occafion où il avoit à répliquer
( 92 )
*
dans un procès civil intenté contre lui , il eût ofé
produire au grand jour une défenſe de ſa conduite
durant le cours de fon miniftère ; ce que j'ai défapprouvé
par un décret Royal du 3 Septembre
1779. L'ayant fait interroger & entendre fur différens
chefs d'accufations formées contre lui , non
feulement ils ne s'eft pas purgé , mais par fes réponfes
& par les diverfes perquifitions que j'ai fait
faire , les accufations intentées contre lui ont été
aggravées ; & le total ayant été examiné par une
aflemblée de Juges auxquels j'avois recommandé
cette cauſe , ils décidèrent que le Marquis de Pombal
étoit criminel & méritoit une punition exemplaire.
J'ai eu égard à fon âge fort avancé ; je
n'ai pas fait exécuter cet Arrêt , préférant la clé .
mence à la juftice , outre que le Marquis , en déteftant
fon extravagance téméraire , me demanda
pardon . En conféquence , mon bon plaifir eft de
l'exempter de la punition corporelle qui devoit lui
être infligée , & de lui ordonner de fe tenir éloigné
de la Cour à la diftance de vingt milles , jufqu'à ce
que je lui ordonne le contraire ; laiffant néanmoins
dans leur entier & libres toutes les prétentions lé
gales que ma Couronne & mes Finances , ainfi
que quelques-uns de mes Sujets , peuvent avoir ,
pour , au moyen de Juges compétens , être indemnifés
des pertes ; dommages & intérêts que le
Marquis auroit pu leur caufer ; ma volonté royale
ne tend uniquement qu'à l'exempter de la punition
corporelle requife pour la fatisfaction de la Juftice
, & nullement de ce qui eſt dû aux parties & à
mon héritage royal ; pouvant les Parties & mes
Procureurs Royaux , faire ufage des moyens légaux
& compétens dudit Marquis , foit durant
Ja vie foit après fon décès. Le Confeil de la Cour
( 93 )
doit comprendre de cette manière , & mettre à
exécution ce décret , dont j'envoie copie à tous les
Tribunaux & autres Cours de Judicature , pour
lefquels étoit deftiné celui du 3 Septembre 1779 ".
Ce décret eft du 16 Août dernier , au
Palais de Quélus ; on voit par fon contenu
que le Marquis conferve fa tête , mais que
lui & fes héritiers font exposés à une foule
de procès auffi défagréables que déſavantageux
.
Selon les lettres de Hollande , le vaiffeau
le Prince Guillaume de 74 canons , échoué
fut le Haax , eft totalement perdu. On en
a fauvé les canons , les voiles , & c. Le 20
il perdit fon grand mât , & le 24 il fut
entièrement fracaffé ; fes débris ont été jettés
fur la côte . On travaille avec ardeur
dans les chantiers à réparer les pertes que
la Marine a effuyées. La conftruction des
vailleaux neufs le Ziericzee & le Goës de
64 canons , eft déja fort avancée à Fleffingue
, où l'on vient de commencer celle d'un
troisième vaiffeau de 60 & d'une frégate
de 40. L'Amiral Van Braam continue de
mouiller avec fon efcadre au Texel ; &
on ignore à préfent fi elle, en appareillera
avant l'hiver. Le Confeil d'Etat fe propoſe ,
ajoutent ces lettres , de remettre inceffamment
à l'affemblée des Etats-Généraux une
nouvelle pétition extraordinaire de 10 millions
de florins pour fubvenir aux dépen(
94 )
fes qu'exige l'exécution du plan connu relatif
à la conftruction de 52 vaiffeaux de
guerre ; dès que cette pétition aura paffé ,
on entamera une négociation pour trouver
ces 10 millions .
» L'affaire entre le Duc de Brunfwick & la
ville d'Amfterdam , écrit- on de la Haye , fe complique
de plus en plus ; le trait fuivant peut don-`
ner une idée du point d'animofité où les chofes
font portées. Ua Aubergifte de cette Ville , dont
la maifon a pour enfeigne au Duc de Brunſwick ,
trouva un matin fous la porte une lettre anonyme.
dans laquelle on lui enjoignoit , fous les plus terribles
menaces , de retirer fon enfeigne , & de lui
en fubftituer une autre à fon gré. L'Aubergiſte a
dénoncé le fait au Magiftrat , qui lui a ordonné de
conferver fon enfeigne , & lui a promis de veiller
à ce qu'on ne lui fit aucune infulte. On affure que
malgré la précaution qu'on a eue de faire veiller .
une patrouille autour de la maifon , l'Aubergiſte
a reçu un fecond avis de retirer fon enfeigne.
Les villes d'Alkmaar & de Hoorn fe joindront ,
dit- on , aux huit autres de la province de Hollande
contre le Duc. Cette province , ajoute-t- on , eft
fortement réfolue de foutenir fes droits & fa fouveraineté
indépendante , contre les prétentions de la
généralité. Ce grand procès ne peut donc être inf
truit que dans la province de Hollande ; & on
conclut qu'il ne fera jamais jugé , ou qu'il le fera
en faveur de MM . d'Amſterdam « .
» M. le Comte d'Aranda , écrit- on de Paris , a
reçu par un Courier extraordinaire un avis de la rentrée
de l'armée Eſpagnole à Cadix , où elle a mouillé
le 23 Septembre en bon état ; il ne manquoit aucun
( 95 )
-
de
bâtiment , le Brillant s'étant réuni à la flotte 7
ou 8 jours après qu'il eut fu la route qu'elle avoit
prife. Le 21 il étoit entré dans le même port
Cadix une goélette de la Caroline Septentrionale ,
d'où elle étoit partie le 17 Août ; le Capitaine a dépofé
que le 10 du même mois , il y avoit eu une action
entre le Général Gréen & le Lord Rawdon ,
dans laquelle ce dernier avoit été battu complettement
ayant laiffé soo hommes tués ou bleffés fur
le champ de bataille ; fa retraite vers Charles Town
étoit coupée & on étoit à fa pourfaire . - En Virgioie
tout le difpofoit aufli favorablement. Le Lord
Cornwallis forcé de rétrograder , avoit abandonné
Williamsbourg qu'occupoit M. de la Fayette . Comme
il n'y a rien que de très - croyable dans ce rapport
, on ne doute pas ici de ſa véracité . Nos lettres
de Cadix du 18 Septembre , portent ce qui fuit .
-La frégate de guerre de S. M. la Sainte - Lucie, qui
mouilla fous Rotta Jeudi dernier , eft entrée dans la
baie. Il n'eft permis à perfonne d'approcher de cette
frégate , & il n'en eft encore defcendu que l'Officier
chargé des paquets de la Cour que nous vîmes partir
en pofte le jour de l'arrivée de la frégate fous Rotta.
Tout ce qui s'eft débité jufqu'à préfent fur la mif
fion & fur les avis qu'elle apporte ne peut être que
de vagues conjectures . On ne doutoit pas d'abord
qu'elle n'amenât les Commandans de la Havane ;
aujourd'hui l'on prétend favoir qu'ils viennent fur
un autre bâtiment , avec le riche convoi que nous
attendons de Cuba. Au retour de l'Officier qui a
porté les dépêches de la Cour , il nous fera permis
d'aborder la frégate , & nous faurons la raifon
qui oblige le Capitaine d'en défendre l'approche
avec tant de févérité «,
Nos Lecteurs auront trouvé dans le
( 96 )
Numéro 38 de ce Journal , à la page 162 ,
la note fuivante.
95
Quelques villes de la Suiffe ayant confervé ,
fous le Gouvernement Républicain , le fyftême des.
Communautés ou corporations , fyftême affez con
venable lorsque ce pays étoit gouverné par les
Empereurs d'Allemagne ; Berne , Lucerne , Fribourg
& Soleure étoient ariftocratiques , c'est - à- dire entre
les mains de quelques familles opulentes ; d'au
tres , telles que Bâle , Zurich & Schaffhaufen
étoient démocratiques , chaque Bourgeois prenant
part à l'adminiftration . Les villes ont étendu leur
pouvoir dérivé de l'ancien fyftême des corporations ,
fur les territoires de leurs cantons refpectifs ; &
les habitans des villes s'arrogeant toute l'autorité ,
gouvernent leurs cultivateurs comme leurs fujets.
En vain les Suiffes , en fecouant le joug de la
Maifon d'Autriche , bannirent-ils la nobleffe ; les
villes & même dans certains cas les Plébeyens de
ces villes qui ont ufurpé un pouvoir exhorbitant ,
fecondés par l'efprit de ces anciennes affociations
ont trouvé le moyen de s'emparer de l'autorité
fuprême ". Nous nous empreffons de défavouer.
l'affertion qui concerne la nobleffe. Il eft faux que
les Suiffes ( à l'exception du Gouvernement de Bâle )
aient jamais banni la nobleffe ; & fi une partie de
celle qui exiftoit dans le pays avant la formation
des Républiques , a voulu dans la fuite fuivre le
fort des Ducs d'Autriche , auxquels elle s'étoit attachée
; l'hiftoire prouve qu'une partie plus nom.
breufe a pris le parti contraire , & a follicité ou
accepté les droits de citoyen dans les nouveaux
Gouvernemens ; & même depuis que les ennobliffemens
font en ufage , il y a dans la Suiffe un nombre
confidérable de familles ennoblies par des Prins
ces étrangers.
*
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSI E.
De PÉTERSBOURG , le 11 Septembre.
L'INOCULAT
INOCULATION des jeunes Grands- Ducs
Alexandre & Conftantin a été faite heureufement
; on a lieu de fe promettre leur
prompt rétabliffement ; ils font aufli bien
que peut le permettre leur état. On ſe
Harte que fous peu de jours , ils feront parfaitement
hors d'affaire ; & d'après cette
efpérance , on dit que le départ du Grand-
Duc & de la Grande- Ducheffe pour le
voyage qu'ils doivent faire en Allemagne
& en Italie eft fixé au 27 ou au 28 de ce
mois. La fuite de LL. AA. II. fera , dit-on ,
de 80 perfonnes . Le Miniſtre de l'Empereur
a expédié un exprès à Vienne pour donner
avis de l'époque de leur départ & du tems
où elles pourront arriver .
20 Octobre 1781. e
( 68 )
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 17 Septembre.
MADAME la Princeffe Sophie - Frédérique,
épouſe du Prince héréditaire , eft accouchée ,
le 19 de ce mois , d'une Princeffe morte.
Ce trifte accident ne donne , heureusement ,
point d'inquiétude fur la fanté de S. A. R.
qui fe trouve affez bien.
L'efcadre Suédoife compofée de 8 vaiffeaux
de guerre aux ordres du contre- Ami
ral Grubbe , & ftationnée depuis quelque
tems au Sund , a paffé avant - hier devant
cette rade ; elle a repris la route de Carlfcron
.
Le 18 de ce mois un cutter Anglois entra
dans le Sund d'où il remit à la voile peu
d'heures après fon arrivée . Quelques perfonnes
prétendent qu'il y avoit été envoyé.
par le Commodore Keith -Stewart, pour donner
, à la frégate de guerre de fa nation.
qui s'y trouvoit , l'ordre d'en partir ; elle ne
prendra fous fon convoi que les vaiffeaux
deflinés pour l'Ecoffe.
Le Roi a nommé Lieutenans Colonels
d'Infanterie les Princes Frédéric - Charles-
Emile & Chrétien - Augufte de Holftein-
Auguftbourg. Par un ordre émané du Ca
binet , S. M. a prononcé la peine de caffasion
contre tous les Officiers qui feront
trouvés préfens à quelque émeute populaire
dans cette réfidence.
( 99 )
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 21 Septembre.
Ce n'est que depuis peu que nous avons
été inftruits ici de la perte du vaiffeau de
guerre la Sophie- Albertine qui a péri corps
& biens fur les côtes de Hollande ; on en
a été fort touché ; ce vaiffeau étoit celui-là
même à bord duquel le feu avoit pris à
Carlfcron , lorfque le Roi s'y rendit avant
le départ de l'efcadre. Son Capitaine , M.
Ziergovel , s'étoit conduit , dans cette occafion
, avec tant de prudence , de fangfroid
& d'intrépidité , que S. M. l'avoit créé
fur le champ Chevalier de l'ordre de
1'Epée.
La récolte des fourrages a été très- mauvaiſe
cette année dans le Royaume , l'Académie
des Sciences de cette Ville , chargée
de rechercher les moyens d'y fuppléer pour
la nourriture des beftiaux , a publié une
lifte des végétaux qu'on peut leur donner
dans les différentes Provinces du Royaume.
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 22 Septembre.
LES dernières lettres de Pétersbourg neus
ont appris le départ prochain du Grand-
Duc & de la Grande-Ducheffe . Ils prendront
leur route par la Wolhynie , ils s'arrêteront à
Wifniowice, bourg appartenant au Comte de
e 2
( 100 )
Mnifzeck , Maréchal de Cour de Lithuanie ,
qui s'y eft déja rendu pour les recevoir.
LL. AA. II . s'y arrêteront 7 à 8 jours ; on
préfume que le Roi pourra s'y trouver
également incognito , afin d'avoir une entrevue
avec elles. Auffi-tôt qu'elles mettront le
pied fur les terres de la République , il leur
fera donné une garde d'honneur de troupes
Polonoifes , qui les accompagnera jufqu'aux
frontières.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 24 Septembre.
LES manoeuvres du camp de Moravie
ont fini le 18 de ce mois , & S. M. après
avoir fait diftribuer aux foldats une paye
extraordinaire de 4 jours , eft parti pour
aller voir celui de Bohême.
On prépare tout pour la réception du
Grand - Duc & de la Grande-Ducheffe de
Ruffie ; le Comte de Rofemberg , Grand
Chambellan , a remis aux Fourriers de la
Cour , la lifte de la fuite de LL . AA . II . ,
en leur enjoignant de faire préparer des
quartiers pour les recevoir ; l'Ambaſſadeur
de Ruffie ira au - devant d'elles jufqu'à
Olmutz ; toutes les villes par lesquelles
elles pafferont , feront garnies de troupes
pour leur faire honneur , & on leur donnera
à Olmutz & à Brinn des fêtes bril
lantes ,
( 101 )
Les Mines de Hongrie s'exploitent avec
le plus grand fuccès ; le to de ce mois
on a tranfporté dans les magafins de Pref
bourg , du côté du Danube , 60 voitures
chargées de tonnes d'or & d'argent en efpèces.
20
Le fyftême de l'Empereur relativement
aux affaires Eccléfiaftiques , fe développe
journellement avec énergie. L'Ordonnance
fuivante en date du io de ce mois , eft une
fuite de ce fyftême .
Le bien général , non moins que le bien particulier
de chacun de nos vaffaux & fujets , exigeant
que pour obtenir difpenfe en matière de mariage fur
l'un ou l'autre des empêchemens , connus fous le
nom d'Impedimenta Canonica , ils n'ayent plus befoin
de prendre leurs recours à Rome , ou ailleurs ,
ils n'auront qu'à requérir duement à cet effet leurs
Archevêques ou Evêques refpectifs qui la leur accorderont
, moyennant des droits très-modiques ,
payables à la Chancellerie. Comme par une fuire de
nos foins paternels à l'égard de tous nos fujets , nous
avons fait paffer fur cet objet , qui ne regarde que
la difcipline extérieure de l'Eglife , ( laquelle peut
fubir les changemens que les circonftances pourroient
exiger ) nos ordres très - gracieux à tous les
Archevêques & Evêques , qua ordinarios , pour
qu'en certe qualité ils ayent à exercer fur ce point
le pouvoir qu'ils tiennent immédiatement de Dieu ,
& qu'a l'exemple de leurs prédéceffenrs , ils difpenfent
de leur propre droit , toutes les fois que les
motifs allégués l'exigeront , fur tous les empêchemens
canoniques en matière de mariage , à moins
que ces empêchemens ne foient fondés fur le droit
divin ou naturel. C'eſt à ces cauſes que nous défene
3
( 102 )
dons férieufement , fous de grièves peines , & fous
celle de nullité de la difpenfe obtenue , à un chacun
de quelqu'état qu'il puiffe être , de s'adreffer à Rome
ou aux Nonciatures , par conféquent , à qui que ce
foit , à l'exception de l'Ordinaire , pour obtenir difpenfe
fur les impedimenta canonica matrimonnii ;
ayant envoyé notre défenſe très -expreffe à tous les
Curés de marier aucun couple qui feroit dans le cas
d'avoir befoin de difpenfe , s'il lui en préfentoit une
autre que celle de fon Evêque ordinaire : c'est à ces
ordres que tous nos vaffaux & fujets de ces pays
feront tenus d'obtempérer & de fe conformer exacte.
ment , car tel eft notre bon plaifir & c. « .
S'il faut en croire une Gazette qui s'imprime
à Florence , il y a eu ordre dans
toutes les Secrétaireries de la Cour de
Rome , de fufpendre l'expédition de toute
efpèce d'écrits , bulles & brefs relatifs à
h direction fpirituelle des habitans de l'Ausriche
& de la Lombardie Autrichienne.
'De HAMBOURG , le 26 Septembre.
ད ། ་
LA neutralité armée formée d'abord par
les Puiffances Maritimes qui avoient le plus
grand intérêt à la liberté du commerce &
de la navigation , paroît acquérir de jour
en jour plus de confiftance ; les Puiffances
qui font très - redoutables fur terre , & que
la pofition de leurs Erats n'a pas mis dans
le cas de le devenir fur mer , ou qui n'y
ont pas fongé , ont fensi l'importance d'alfurer
auffi à leur commerce la fûreté & la
protection dont il avoit befoin , & s'em(
103 )
*
preffent d'entrer dans la grande confédération
du Nord pour cet objet. Nous avons
annoncé l'acceffion du Roi de Pruffe ; on
ne tardera pas à parler de celle de l'Empereur
; elle eft déja en négociation , & ce
fera bientôt fans doute une affaire terminée.
Ces démarches annoncent l'opinion
générale des Souverains fur la liberté des
mers , & fur l'injuſtice du defpotifme affecté
par les Anglois fur cet élément. Il
n'eft pas vraisemblable qu'ils puiffent fe
flatter de le conferver , & d'empêcher la
promulgation d'un Code maritime qui remettra
toutes les nations à leur place. Ils
doivent voir du moins que toute l'Europe
eft contre leurs prétentions .
En attendant que le tems annonce ce
grand évènement qui fera époque dans ce
fiècle , on prétend qu'il s'en prépare d'autres
fur terre ; il n'eft queſtion de rien moins
que de l'élection d'un Roi des Romains ,
& de la recréation d'un neuvième Electorat
, depuis que la Bavière & la Paleſtine
font réunis dans la même main. On ajoute
que Wurtemberg - Stuttgard & Heffe- Caffel
font fur les rangs .
» Les biens des Jésuites de la Bavière , lit-on dans
quelques uns de nos papiers , dont la rente annuelle
monte à 150,0oc florins , feront , dit- on , alloués
du confentement de Rome , fi le Duc des Deux-
·Ponts y foufcrit , à l'ordre de Malte , qui en fondera
un nouveau Prieuré & 12 Commanderies . Un fils
naturel de l'Electeur aura le Prieuré ; tous les Chevaliers
féculiers auront la liberté de fe marier ; inais
e 4
( 104 )
*
il y aura auffi des Prébendes pour les Chevaliers
célibataires . L'inftruction publique de la jeuneffe ,
dont les Jéfuites étoient chargés , paſſera aux Bénédictins
& aux Bernardins «<.
Le Roi de Pruffe vient de permettre le
libre exercice de leur religion aux Catho
liques du Comté de Marck , qui ont déja
célébré la Meffe à Hottingen , où l'on va
lear bâtir une Eglife .
>> Le Comte de Nofti: z , écrit- on de Berlin , paffe
de l'Ambaffade de Suède à celle d'Espagne . Il eft ,
dit- on , chargé de travailler à l'établiffement d'une
Compagnie Royale Pruffienne de commerce , fous
la protection de S. M. C. , pour importation des
toiles de Siléfie , non par des navires Hambourgeois
ou Hollandeis , comme ci -devant , mais par des
navires Pruffiens , dans toute l'étendue de l'Espagne
ainfi que pour l exportation des laines de ce Royaume
dont les manufactures de draps étrangers en Siléfie ,
ou dont les autres parties des Etats du Roi de Pruffe
pourront avoir befoin . Cet établiffement , s'il a lieu ,
nous procurera les laines d'Espagne à meilleur marché
que nous ne les avons eues par le paſſé , parce
que rous les aurons de la première main , & il empêchera
d'enrichir l'étranger de l'argent du frêt ,
quelquefois affez haut , que nous coûtoit l'exporta
tion de nos toiles . On va établir , par ordre
du Roi , à Fridérikfthal , village près d'Orengenburg ,
une fabrique dépendante de celle de l'horlogerie de
notre ville , qui n'eft que pour l'affemblage ; elle
fera a l'miration de la célèbre fabrique des environs ,
de Neuchâtel en S iffe , pour la conftruction de
-toutes les parties d'une montre. Les ouvriers en
feront tirés de Genève. Ils auront chacun une maison
avec verger , jardin potager & pairie pour la nourriture
de quelques beftiaux ; on leur avancera , en y
entrant , une certaine fomme d'argent. Le Roi donne
7105 )
60,000 rixdalers , pour la conftruction de cette
colonie d'Horlogers agricoles. Il y a une femme,
veuve d'un chaffeur , habitante de Sichen , près de
Potsdam , qui a 120 ans ; elle ne fe fert point de
lunettes ; elle dirige elle-même les petites affaires ;
& on l'a vue danfer trois menuets à la dernière fête
de fon village , finon avec la légèreté , du moins
avec la gaité de la jeuneffe.
ITALIE.
De LIVOURNE , le 11 Septembre.
LES lettres de Rome portent que les réformes
introduites dans les Etats de la
maifon d'Autriche , y font beaucoup de
fenfation. Il s'eft tenu plufieurs Confeils
fur les mefures que doit prendre le St-
Siége fur ce fujet ; mais il ne tranfpire
rien de leur réfultat . On dit feulement que
pour diffiper ce nuage qui ſemble s'élever ,
on fe propofe de travailler à une réforme
des Ordres Religieux ; mais les Généraux
qui réfident dans cette capitale font des
repréfentations qui ne laiffent pas d'embarraffer.
"» Sidi Muftapha Coggia , écrit- on de Tunis , étant
allé en pélerinage à la Mecque , a été remplacé dans
la charge de Premier Minifire du Bey , par Sidi
Imaël Kiaya , fon- gendre ; celui ci eft le même qui
fe réfugia de Tunis à Livourne , il y a quelques
années avec une fuite nombreuſe & de grandes
richeffes ; mais il fe réconcilia bientôt avec le Bey
par le moyen de fon époufe. Il eſt d'un caractère qui
porte à la paix , & on ne doute pas que les Etats
de l'Europe ne puiffent , à l'aide de quelques préfens ,
le
,
es
( 106 )
fe conferver en bonne intelligence avec cette Régence
s'ils le veulent «.
Nos lettres de Conftantinople font mention
d'une petite émeute arrivée le 18 fur
le cimetière des Arméniens , où l'on venoit
d'apporter un cadavre. La garde du Boftangi
Bachi accourur fur le champ ; mais
foit qu'elle ne le pût ou qu'elle ne le
voulût pas , elle n'arrêta pas tellement le
défordre qu'il n'y eût quelques perfonnes
bleffées , entr'autrès quelques domeftiques
des Miniftres étrangers que la curiofité avoit
imprudemment attirés . Aú départ des lettres
on s'occupoit de la recherche des cou
pables.
ESPAGNE.
De MADRID , le 20 Septembre..
LA Cour en faifant occuper l'ifle de
Minorque par fes troupes , ne s'étoit d'abord
propofé que de fermer aux Corfaires
qui infeftent fes côtes , le feul afyle qu'ils
euffent dans la Méditerranée , & fur- tout
d'enlever à Gibraltar fes fubfiftances & fes
rafraîchiffemens . Il n'étoit pas néceffaire
pour cela d'emporter le Fort St Philippe ,
& la première intention n'étoit pas de le
réduire par la force. Ce n'eft que depuis
l'invafion de nos troupes & d'après les
confeils de nos Généraux , qu'on s'eft décidé
à tenter certe entreprife. La lettre
fuivante écrite par un de nos Officiers à
107 Y
Mahon en date du 9 de ce mois , fera voir
que l'efpérance du fuccès n'eft pas fans
fondement.
3
» Les bâtimens de tranfpo't font partis pour
Barcelone , où ils vont prendre les renforts de
troupes 60 canons & 30 mortiers.. Vous allez
croire pour cela que le fiége eit décidé ; point du
tout ; nous attendons les ordres du Roi à ce fujer.
Il est vrai que le réſultat du Conſeil de guerre tenu
ici il y a quelques jours , & dans lequel ce grand
objet a été examiné fous toutes fes faces , nous fait
efpérer l'agrément de la Cour, Le Général avoit
demandé aux Directeurs du Génie & de l'Artillerie ',
19. file Fort pouvoit être attaqué. 2 ° . Au cas qu'on
pût l'attaquer avec quelqu'efpoir de fuccès , fi les
5000 hommes de renfort qu'on attendoit , fuffiroient
avec l'armée pour le réduire . Les Chefs ont tenu
pour l'affirmative , & le Général a envoyé leur
décifion au Roi. Ce qui a occafionné cette unanimité
dans les avis , malgré que plufieurs Officiers , & moi
le premier, avant d'avoir débarqués ici , fuffions d'un
fentiment contraire , c'eſt la connoiffance que l'on a
obtenue par les paviers & les plans de l'Ingénieur
Anglois , de l'état de la place & du petit nombre de
foldats qui la défendent , y ayant tout au plus 1500
hommes de bonnes troupes , les 500 autres étant des
payfans & des matelots qu'on a enlevés & renfermés
à la hâte dans le Fort. Or , il eft impoffible ,
avec fi peu de monde , de garnir tous les ouvrages
& de faire le fervicejournalier qu'exige leur défenfe
fans que la garnifon ne foit bientôt accablée de
fatigue & réduite à fe rendre. Pour nous qui n'avons
plus de grandes chaleurs à craindre , bien pourvus
de vivres & de rafraîchiffemens de toute eſpèce ,
nous prefferons nos travaux gaiement ; & la grande
quantité de fafcines , de gabions & c . , qu'on a apportés
ici , & dont on peut encore fe fervir , nous
e 6
( 108 )
rendra les approches de la place moins difficiles
qu'on n'avoit lieu de le penfer, puifque ces matériaux
mêlés avec le quart de terre ordinaire , établiront
une bonne tranchée ; on fait qu'il eft impoffible ici
de l'ouvrir , n'y ayant que des rochers & pas un
pouce de terre à trois quarts de lieue aux environs
du Fort ".
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 9 Octobre.
Nos inquiétudes fur notre pofition dans
l'Amérique Septentrionale occafionnées &
fortifiées par la difette des nouvelles de ces
contrées , font encore augmentées depuis
l'arrivée du paquebot le Light Foot , qui
a mouillé à Douvres le 3 de ce mois , venant
de Charles-Town , d'où il étoit parti
le premier Septembre. Le filence que garde
la Cour fur les dépêches qu'il a apportées ,
fait préfumer qu'elles font mauvaiſes ; car
elle n'auroit pas manqué de les publier
pour peu qu'elles euffent été favorables.
Les lettres particulières apportées par ce
paquebot , confirment cette conjecture ; les
provifions de toute efpèce , portent- elles
font d'une cherté exceffive dans la Caroline
; pour fournir à la fubfiftance de nos
troupes , on a été forcé de décharger les
bâtimens prêts à partir avec du riz pour
l'Angleterre , les orages & les tempêtes
avoient fort endommagé les vaiffeaux du
commerce mouillés dans ces parages , &
on étoit fort inquiet du Bitish-Hero , qui ,
( 109 )
parti des Dunes le 8 Juin avec une cargaifon
confidérable , n'avoit pas encore paru
le premier Septembre.
Ces lettres ne préfentent pas la fituation
du Lord Cornwallis fous un point de vue
plus favorable ; elles difent qu'on avoit
appris avant le départ du paquebot , qu'elle
ne pouvoit être plus critique ; les Généraux
Gréen , la Fayette & Wayne , avoient réuſſi
à former leur jonction , & à moins d'un
renfort confidérable qu'il ne pouvoir recevoir
, fon armée étoit menacée du fort de
celle de Burgoyne.
La lettre fuivante contient les détails
d'une affaire dans la Virginie avec le Marquis
de la Fayette , elle eft du 17 Juillet.
Après ma dernière lettre , l'armée fe porta fur le
côté de la rivière qui avoifine James Town . On fit
d'abord paffer les voitures , les chevaux & les bagages
de l'armée à Cobham. Le lendemain dans l'aprèsmidi
, le Marquis de la Fayette , informé que l'armée
entière avoit paffé la rivière à l'exception de
l'arrière-garde , forte de soc hommes , fut affez
hardi pour nous attaquer . La brigade du Lieutenant-
Colonel Dundas , & les 80e , 76e & 43e régimens
faifoient front au Marquis de la Fayette. Il fit un feu
violent fur nos premiers détachemens , dont le plus
avancé étoit compofé du 76e régiment , commandé
par le Lieutenant Balvaird du 80e régiment. Ce détachement
foutint l'attaque avec fermeté & affez
long- tems . Balvaird fut bleffé mortellement au
commencement de l'action . Mais heureufement le
Lieutenant Alfton des grenadiers du 80e régiment
arriva à l'inftant même , & prit le commandement .
Les bleſſures nombreufes qu'il reçut ne l'empêchè-
Adr
( 110 )
rent pas de donner les ordres. Le Lieutenant
Wemyss
du 76e régiment
, prit auffi-tôt le commandement
,
& tout le paffa dans le meilleur
ordre , jufqu'au
moment
où il reçut un coup de feu au vifage. Le détachement
ne fe retira cependant
qu'après en avoir
reçn ordre du Général
Cornwallis
. Le Capitaine
Tytler du soe régiment
, fit tirer plufieurs
fois
fur l'ennemi
par fon détachement
, mais ce corps cut
également
ordre de fe retirer & de fe joindre à fon
régiment
. Le Marquis
de la Fayette fit avancer
fon
corps avec quelques
pièces de canons . Nous nous
mîmes aufli en marche , & le Marquis fe trouva en
face du 76e & du 80e régimens. Le feu commença
des deux côtés à la diftance
de 50 toifes . On nous fit
mettre la bayonnerre
au bout du fufil , & l'ennemi
prit la fuite. Nous le pour'uivîmes
avec un feu bien
foutenu
pendant l'espace d'un mille & demi . Le 76e
régiment
s'empara
d'une pièce de 6 liv . , & le 8oe en
prit une autre . Le Lieutenant
Alfton eft mort de
fes bleffures ; le Lieutenant
Cumming
du soe régiment
eft hors de danger , ainfi que le Lieutenant
Wemyss
. Il y a eu en tout 14 tués & 48 bleffés.
-
Les lettres de New-Yorck ne nous offrent
rien de bien flatteur. Elles font du 14 Août.
» Tout eft ici dans le même état ; nos troupes ,
partie campées , partie dans cette ville , font dans
une inaction totale ; & il ne paroît pas qu'on ait
formé aucun projet pour cette faifon . Le Général
Washington & le Comte de Rochambeau , dont
Farmée eft d'environ 10 à 12000 hommes , fe font
approchés deux fois jufqu'à 5 ou 6 milles de Kingsbridge
, à la vue de nos forces , & ne fe font pas
avancés plus loin ; ils fe font retirés enfuite à Iz
milles d'ici , où ils font encore . On ne femble pas
difpofé ici à leur livrer baraille ; la rafon qui
s'y oppofe , eft un fecret connu de notre Général
feul . Nous apprenons que nos troupes font
extrêmement referrées à Charles- Town , où elles
(mm )
--
ont été forcées d'abandonner nombre de poftes ertérieurs
, & de chercher leur sûreté plus près de la
ville. Le Lord Cornwallis a rencontré beaucoup
d'oppofition dans fa marche par l'intérieur des deux
Carolines , ce qui a fort affeibli fon armée. On dit
pourtant qu'il a rempli l'objet de fa miffion , qui ,
autant que je l'ai pu favoir , étoit fimplement de
parvenir en Virginie où il a établi un pofte à Portsmouth
, & où il fe propoſe d'en fixer un autre à
Yorck- Town ; mais on craint que les Américains
renforcés dans cette Province ne lui oppofent des
obftacles infurmontables . — Il nous eft arrivé
environ 3000 hommes de troupes Allemandes , qui
renforceront un peu notre arm'e qui , malgré cela
ne fera pas en état d'exécuter de grandes chofes cetre
année , & qui paroît devoir le borner à ſe tenir für
la défenfive. L'efcadre de l'Amiral Graves ,
ftationnée fur nos côtes , a tenu la mer pendant un
mois nous ignorons où elle eft actuellement. It
circule ici des rapports fuivant lefquels M. de Graffe
eft en route avec 28 vaiffeaux de ligne & des troupes ;
s'il arrive avant notre flotte , nous ferons dans une
pofition vraiement critique , & elle ne le fera pas
moins , s'il n'arrive qu'après , & que l'Amiral Hood
ne nous amène que 11 vaiffeaux ; que pourront ces
forces jointes à celles de Graves , contre celles de
M. de Graffe & de M. de Barras , qui ne feront pas
moins de 38 vaiffeaux ? Le commerce ici eft
ab(olument arrêté , & l'on ne fe flate pas qu'il fe
ranimera ; la ville eft remplie de marchandifes .
Nous avons trop peu de troupes & trop peu de
poffeffions dans ce pays pour les confommer. Notre
perspective eft fi trifte , que chaque Commerçant doit
Le décourager ; je me ferois rendu en Virginie , mais
le fort de cette Province n'eft pas plus cerrain ,
Occupée par un petit nombre de nos troupes , qui
ne garniffent que 2 ou 3 poftes environnés de toutes
parts par l'ennemi ; il faut donc attendre qu'il arrive
( 112 )
du changement , & ce changement ne paroît pas
éloigné , les forces Américaines étant déja trèsformidables
& augmentant tous les jours.
On eft un peu étonné après avoir lu cette
lettre, du prochain départ du Lord Dunmore
pour aller reprendre fes fonctions de Gouverneur
de la Virginie ; on obſerve ici que
le Gouvernement auroit pu mieux prendre
fon tems pour l'y envoyer. Quant au retour
du Général Clinton , il ne furprend perfonne
; ce Général doit être bien las d'une
guerre qui s'éternife & dont le fuccès eft
au moins incertain ; il fera remplacé par le
Lord Cornwallis à qui l'on doit faire paffer
les Patentes de Commandant- Général de
nos forces dans l'Amérique Septentrionale.
Elles partiront fans doute avec la flotte defnée
pour New-Yorck & la Caroline ; on
affure qu'elle eft prête. Tous les bâtimens
qui doivent la compofer fe rendent à Portsmouth
, & les vaiffeaux de guerre deſtinés
à les efcorter ont défaffourché , dit- on , le 4.
Le Lord Dunmore s'embarquera fur l'Af
trée ; & le Général Mathews qui va remplacer
le Général Vaughan dans les ifles ,
s'embarquera en même-tems fur le Rotterdam
avec le Colonel Thomfon .
Le premier paquebot que le Gouverne .
ment attend de New-Yorck , eft le Duc de
Cumberland , qui devoit partir immédiatement
après l'arrivée du Chevalier Samuel
Hood.
On attend avec la plus grande impatience
( 113 )
un paquebot de la Virginie chargé de dépêches
du Lord Cornwallis , d'autant plus
qu'une lettre particulière communiquée à
l'Amirauté , porte qu'un vaiffeau marchand
a rencontré un bâtiment de la Virginie qui
lui a dit avoir à bord des dépêches de ce
Général. Ce rapport s'accrédite encore plus
par une lettre particulière , que l'Amirauté
a pareillement reçue , & qui , d'après certaines
circonftances , donne tout lieu de
croire que ce bâtiment eft le paquebot
la Charlotte , Capitaine Clarke , & qu'il
eft parti de Charles -Town le 2 Août .
L'Amirauté a été auffi informée par des
avis particuliers , qu'on a vu le Chevalier
Samuel Hood avec l'efcadre fous fes ordres
à deux journées de New- York. Selon
ce rapport , tous les vaiffeaux de cette efcadre
étoient en bon état .
Le vaiffeau Parlementaire le Héros , arrivé
dernièrement à Corke de Charles-
Town , a rapporté que la difette des provifions
dans cette ville a forcé nos bâtimens
qui y avoient chargé du riz de le remettre
à terre.
Il eft venu des plaintes au Gouvernement
de la part des Marchands de Charles-
Town dans la Caroline Méridionale au
fujet de la Chambre du Commerce de cette
Place , qui exempte tout homme qui a
contracté des dettes depuis la réduction de
cette Place , d'être pourfuivi par fes créanciers
, & qui en même-tems permet qu'on
( 114 )
commence des pourfuites contre ceux qui
avoient des dettes avant la prife de Charles
-Town. ifts le
On a reçu avis que la flotte de la Jamaïque
n'avoit pas mis à la voile pour
l'Europe le 10 Août , comme on l'avoit
dit .
On doute fort que le Chevalier Rodney
reprenne un commandement , à moins que
ce n'en foit un de repréfentation feulement
, comme celui de l'efcadre de la Manche.
Comme il a réalisé environ 30,000
liv. fterl. de rente , & qu'il eft d'un âge.
fort avancé , fes amis le follicitent fortement
de paffer le refte de fa vie dans le
repos. Comme d'un autre côté Sa Majesté
lui a dit qu'elle le difpenfoit de fes fervices
au dehors , on penfe qu'il ne fortira
plus d'Angleterre , cù il affiftera de tems
en tems aux Confeils qui fe tiendront fur
les affaires de notre Marine.
On parle toujours de paix ; l'Impératrice
de Ruffie a , dit- on , fait propofer à notre
Cour , d'entrer en négociation avec un
Agent du Congrès ; on prétend que fidèle
à fes principes , elle a fait répondre par le
Lord Stormont , que loin de reconnoître
l'indépendance de l'Amérique , l'Angleterre
ne vouloit traiter avec elle que comme un
maître avec ſes ſujets . On fent que l'orgueil
Britannique mettra le plus grand cbftacle
à la paix ; mais peut- être devroit it
ne pas attendre la dernière extrémité pour
( 115 )
plier ? Qu'a -t- il obtenu juſqu'à préfent ? Quel
eft l'effet de nos efforts pour foumettre les
Américains ? Quel eft le langage de tous les
Généraux qui font revenus de cette partie
du monde ? Il n'a jamais varié , & on affure
que le Général Clinton en tient un pareil
& qu'il déclare pofitivement que l'Amérique
eft à jamais perdue pour l'Angleterre.
Cette vérité ne fera fentie par le Gouverne
ment que lorsqu'il aura épuifé la nation.
Chaque année que dure la guerre amène
ce moment ; le commerce qui en fait la
richeffe perd iminenfément ; on peut en
juger par le calcul fuivant.
Avant la guerre , nous exportions annuellement
en Afrique
En Hollande
En France ,
En Italie ,
·
•
En Espagne ,
Méditerranée ,
En Turquie ,
Amérique Sept.
•
·
·
·
La Grenade & Ines conquiles.
464,878 liv . fterl.
3,853,857
208,765
764,198
1,318,355
120,574
70,000
2,6173987
360,000
Total
9,778,804
En réduisant ce que nous
pouvons fournir par les navires
neutres montant à
Refte , perte nette , annucllement
, • ·
3,778,804
6,000,000 .
On n'a point de nouvelles de l'Amiral
Darby ; ceux qui fuppofent qu'il a ordre
( 116 )
d'approvifionner Gibraltar & Mahon , ne
font pas attention qu'il n'a aucun bâtiment
de tranfport avec lui , & que s'il fe rendoit
dans fes places , il ne pourroit leur
fournir que des munitions qu'il tireroit
de fes vaiffeaux , & dont il pourroit avoir
befoin , fi après avoir rempli cette miſſion ,
il fe trouvoit attaqué à fon retour. Son
grand objet eft de protéger la rentrée de
nos Hottes. Son efcadre eft compofée de
27 vaiffeaux , ſavoir , 3 de 100 canons
4 de 98 , deux de 90 , un de 80 , 12 de
74 , 4 de 64 & un de 60.
Le Commodore Keith Stewart avec fon
efcadre , croife dans la mer du Nord , &
veille fur tous les mouvemens des Hollandois
, qui , s'ils fortent du Texel , le trouveront
facilement , s'ils ont envie de fe
mefurer encore une fois avec nous.
I
Le 28 du mois dernier , la Compagnie des Indes
a tenu l'affemblée générale de fes Actionnaires
qui a lieu ordinairement tous les trois mois . Le
Préfident ayant notifié que les comptes des quartiers
étoient prêts , ils furent lus. Il parut d'après
la comparaison des dettes depuis le 1 Mars jufqu'au
1 Septembre 1781 , que la Compagnie avoit en
fa faveur une balance de 700,500 liv. fterl . omre
un numéraire à peu près pareil en caiffe . Cette
fomme , fuivant le dernier accord fait avec le
Gouvernement , doit être regardée comme tombée
extraordinairement entre les mains de la Compagnie.
M. Fitz Gérald ayant pris en confidération
la manière déguifée des comptes du Quartier ,
prouva que la balance étoit un peu moindre en faveur
de la Compagnie , obferva la quantité des
--
( 117 )
-
lettres de change acceptées, & le plaignit de ce qu'on
ne faifoit aucune différence entre les dettes folides ,
qui étoient payées , & celles qui étoient portees en
compte.
Le Préfident répondit , en renvoyant à
quelque memorandum jettés en ligne de compte, & fit
un tableau général des affaires qui , fuivant lui, étoient
beaucoup plus avantageufes qu'on ne le croit. Il
y avoit toute apparence que la pafx étoit faite avec
les Marattes , & que Hyder Aly étoit abfolument
chaffé du Carnatic . Le Général Smith ne peignit
pas les affaires de la Compagnie fous un
jour auffi avantageux ; il fit craindre que dans un
an elle ne fût engagée dans une dette qu'elle fe
roit hors d'état d'acquitter , fe plaignant des groffes
lettres de change qu'il falloit acquitter ,
& montrant des craintes que les vaiffeaux n'arri
vaffent pas à tems . Le Préfident répliqua que quoique
la Compagnie fe füt engagée à payer une fomme
de 300,000 liv. ſterl. , il n'y en avoit cependant
que 400,000 à payer dans peu ; que la Com..
pagnie attendoit 31 vaiffeaux , dont la cargaifon
refteroit quelques mois dans les magaſins , felon
l'ufage , &c.
L'arrivée de ces vaifleaux fait l'eſpoir
des Actionnaires & de la nation ; on difoit
qu'il en étoit déja entré 6 dans le port de
Kinfale ; le Ministère en avoit reçu en effet
Pavis ; mais il ne venoit pas du port où
l'on les difoit mouillés , & il s'eft trouvé
que cette nouvelle étoit venue de la mer ,
& qu'elle étoit fauffe ; en attendant qu'ils
paroiffent , on a les noms des 31 qui font
attendus. Il y en a 11 qui viennent du
Bengale & de Madras , un de Bombay , un
de Bencoolens , 18 de la Chine .
Toutes les nouvelles favorables de l'Inde
( 118 )
paroiffent avoir été exagérées , on en avoit
befoin avant l'affemblée des Actionnaires ;
mais perfonne n'y a plus aucune confiance.
» Les lettres du Cap du 29 Juillet , dit un de
nos papiers , fe réuniffent pour dire que les affaires
de la Compagnie font dans l'état le plus déplorable
; que le bruit général étoit qu'elle avoit perdu
Madras , & que l'armée de l'onake avoit été
difperfée dans fa route pour Bombay , & que les
propofitions offertes par les Anglois avoient été
rejettées des Marattes & d'Hyder Aly. Si cette
nouvelle fe confirme , elle pourroit accélérer l'effet
des négociations , qui , dit-on , fe feront cette
année pour la paix , & nous rendra moins difficiles
fur la condition , fans laquelle on ne peut pas l'efpérer
, l'indépendance de l'Amérique «<.
Le parti que vient de prendre la direction
de la Banque fixe toujours l'attention générale
; nos papiers offrent journellement
des réflexions fur cet objet ; en voici quelques-
unes qui méritent d'être rapportées .
ג כ » La dernière opération du Ministère , relativement
aux fonds publics , a furpris & confterné
tous les Intéreffés , quoiqu'elle fut une conféquence
naturelle de l'état de détreſſe où nous jette la continuation
d'une guerre malheureufe . Les 8 pour
cent , retirés de la Banque ont déſabuſé ceux qui
s'imaginoient qu'elle n'avoit rien de commun avec
la dette Nationale & que les actions de Banque
étoient les plus folides de toutes.´ Le Gouverneur
& les Directeurs de la Banque ont déclaré pofitivement
que tout l'argent déposé en espèces dans
la Banque , par les premiers Actionnaires , a été
prété au Gouvernement. Cette notification imprévue
a donné lieu aux queftions fuivantes . Dans
( 119 )
―
quel'e vue les premiers Actionnaires ont-ils fourni
des fonds pour l'érection de la Banque ? N'étoit- ce
pas afin qu'ils y reftallent pour repréſenter le papier'
qu'on leur donneroit en échange , pour y retourner
& le reprendre dans le befoin , mais non pour l'y
laiffer à jamais , comme ils feront obligés de le
faire en le donnant à intérêt au Gouvernement ?
Puifqu'actuellement les Directeurs , fuivant leur
aveu , ont , foit en efpèces , foit en billets de Banque
, fourni au Gouvernement plus que le premier
fonds dépofé , avec quoi feront -ils en état de payer
les fommes primitives , quand on voudra faire
réaliser le papier qui les repréfente. Les Actionnaires
feront-ils refponfables dans ce cas. Il eft vrai ,
que les Orfévres ont paffé un contrat avec la Banque ,
pour lui en fournir en tems de befoin : mais , ti
les demandes font exorbitantes , les moyens leur ,
manqueront auffi. En 1746 , dans le tems que le
Prétendant étoit en Angleterre & que tout le monde
courut à la Banque pour avoir fon capital ,
Banque fe vit obligée de recourir à un appel . Les
Banquiers & les Orfévres fe rendirent à la Banque.
Pour gagner du tems , ils firent les paiemens en
groffes espèces d'argent , & comme le Prétendant
ne tarda pas à être chaffé , l'argent fut bientôt .
rapporté . Il est étonnant que la Banque fut obligée
à un appel & à une rufe , dans un tems où elle
ne prêtoit pas encore au Gouvernement.
une chofe connue que les Hollandois font plus
intéreffés dans la Banque que dans aucun autre
fonds : on évalue à un quatrième la part qu'ils y
ont. Le meilleur moyen que puiffe avoir à préfent
l'Angleterre , pour le procurer , non du papier ,
mais des espèces fonnantes , eft de faire un rappel
dans la Banque. Les Anglois ont fi bonne opinion
de la confiance des Hollandois ; ils comptent tellement
fur leur intelligence , toujours , difent-ils
guidée par l'intérêt du moment , que , pour les
―
la
C'eft
( 120 )
-
encourager à céder les 80 livres fterl. , on leur
promet un demi pour cent de plús pour chaque
dividende . Faut- il beaucoup de pénétration pour
ne pas fentir que les actions de la Banque , dans un
danger de banqueroute Nationale , feroient les plus
mauvais fonds d'Angleterre ? Les intérêts que paient
les annuités & les autres fonds les empêchent d'elfuyer
une faillite ; mais il n'en eſt pas ainfi de la
Banque. Elle n'eft pas obligée de payer un dividende
aux Intéreffés ; elle peut , les 6 mois fuivans ,
diminuet fon dividende de 5 , 4 , 3 , 2 I pour
cent , ou même n'en rien payer du tout , fans qu'elle
paroiffe pour cela faire banqueroute. Il eft affez
probable que , fi les Financiers Britanniques peuvent
réaffir dans cet effai , ils continueront dans la
faite à emprunter fous promeffe d'un plus gros
dividende four 6 mois , & lorfqu'ils auront répété
cette manoeuvre au point de ne plus trouver de
Prêteurs , ils cefferont à l'inftant de payer le dividende
. Le Gouvernement pourroit alors trouver de
l'argent fans intérêt , au lieu de faire des emprunts
fi onéreux «< .
Ces obfervations paroiffent généralement
juftes ; elles mettent peut- être en état d'apprécier
le crédit public en Angleterre ; c'eft
une machine qui n'a pour baſe qu'une excelfive
crédulité , & dont les refforts font trop
forcés pour pouvoir réfifter long-tems .
و د » Il eft vraisemblable , dit le célèbreHume
dans fes Effais politiques , que le crédit
national s'écroulera tout d'un coup par les
fuites inévitables des guerres , des défaites ,
des malheurs & même des victoires & des
conquêtes. Il me femble , en voyant les
Princes & les peuples fe battre avec fureur
au milieu de leurs dettes , que je vois
un
( 121 )
un combat à coups de bâton dans une
boutique de porcelaine , où tout eft facrifié
au gain & au plaifir . Comment attendrionsnous
que le Souverain refpecteroit une
efpèce de propriété aufli onéreufe pour lui
& pour les peuples , en voyant qu'il fe
foucie fi peu de leur vie & de leurs poffeffions
? Le tems viendra cù tous les nouyeaux
fonds créés ne fuffiront pas pour les
befoins préfens , qu'il n'y aura pas de foufcription
fuffifante pour tout le capital qu'on
vouloit négocier , foit que la caifle rationale
foit épuifée & qu'il n'y ait pas affez
d'efpèce chez les particuliers , foit que le
crédit du Royaume ait commencé à chan
celer ".
FRANCE.
De VERSAILLES , le 16 Octobre.
LE 7 de ce mois , le Rei a nommé à
l'Abbaye de Belle- Perche , Ordre de Cireaux ,
Diocèle de Montauban , l'Evêque de Montauban
; à l'Abbaye de Sep Fentaines , Ordre
de Prémontré , Diocèfe de Langres
l'Abbé de Beaumont , Vicaire Géntial de
Blois ; à l'Abbaye de Lure , Ordre de Saint-
Benoît , Diocèle de Sifteron , I Abbé Rouffeau
, Vicaire - Général d'Alby ; à 1 Abbaye
régulière de Vicoigne , Ordre de Pr monté ,
Diocèfe d'Arras , Dom Grenier , Religieux
de cette Abbaye ; à l'Abbaye de la Pitié- Dieu
de l'Epeau , Ordre de Cîteaux , Diocèfe du
20 Octobre 1781. f
( 122 )
Mans , l'Abbé Gros de Befplas , Vicaire-
Général de Befançon , Aumônier de Monfieur
, fur la préfentation de ce Prince en
vertu de fon Apanage..
LL. MM. & la Famille Royale fignèrent
le même jour le contrat de mariage du
Marquis de Balivière , Capitaine des Grenadiers
avec rang de Colonel , dans le
Régiment de S. M. avec Mademoiſelle
de Priolo.
>
De PARIS , le 16 Octobre.
ON a le journal de M. de Graffe , depuis
fon départ du Cap François , juſqu'au 23
Août. On y voit qu'il a pris la route du
canal de Bahama , de préférence à celle du
débouquement ordinaire des Caïques . On
fait qu'aucune Armée ne s'y étoit riſquée
depuis celle de l'Amiral Bofcawen , lorfque
dans la dernière guerre , il fut attaquer la
Havane. Cette navigation , que dans ce
tems - là les pilotes Efpagnols regardèrent
comme extravagante , & qui , felon eux
devoit être fi funefte à l'Armée Angloife ,
fe fit cependant fans aucun accident facheux.
Cer exemple juftifioit M. de Graſſe ,
qui s'eft auffi bien tiré que l'Amiral Anglois
de ce paffage , qu'on croyoit dangereux . Il
avoit de bonnes raifons de choisir cette
route ; il pouvoit intercepter la flotte de la
Jamaïque , & protéger en même- tems le
retour d'une frégate , dont la perte auroit
( 123 )
entraîne de grands inconvéniens pour le
fervice de fon Armée .
» Ce Général appareilla du Cap François le s
Août , avec 28 , vaiffeaux de ligne , 4 frégates &
3 cutters , parmi lefquels étoit la Mouche , prife,
Angloife , faite à Tabago , fur laquelle eft venu
M. de Negrier , qui a apporté ces détails . —— Le
premier Août , M. de Graffe avoit expédié M. de
Glandeves avec s vaiffeaux & une frégate ( l'Inconftante
) , pour raffembler les convois des Cayes,
du Mole , & c. Ce fut dans cette occafion que l'Inconftante
périt par le feu. Le jour du départ de
l'armée ( les ) , l'Actionnaire , commandé par
M. de Borderu , rentra au Cap ; c'eft le feul vaiffeau
qui y foit refté. Le 9 , le ralliement de la
divifion de M. de Glandeves ſe fit fur la Tortue .
Le 13 , l'armée prit des pilotes à Baracoa ( port de
l'Ile de Cuba ). Avant d'entrer dans le vieux canal
, M. de Graffe eut connoiffance d'une frégate ,
qu'il fit chaffer & qu'on ne put joindre . L'armée
s'arrêta près d'un jour devant le port de Matanzas ,
pour y attendre la frégate l'Aigrette , qui avoit
été chercher 500,000 piaftres a la Havanne ,
>
Le 20 le canal étoit débouqué & le 23 étant dans
le Sud- Oucft de Saint- Auguftin à vingt lieues
environ de distance de ce port , M. de Graffe expédia
la Mouche. M. de Negrier , qui commandoit
ce cutter , ne perdit l'armée de vue que le lendemain.
La traverfée de cet Officier n'a pas été
fort longue , par le foin qu'il eut de chercher les
vents variables . Parvenu aux attérages de France
il fe trouva le 22 Septembre au milieu de la flotte
de Darby , qui alors faifoit route au Nord Nord-
Eft , les vents au Nord- Ouest , étant par la latitude
des Glenans , à environ 100 lieues . La Mou
che n'eft pas trop bonne voiliere , & M. de Negrier
n'échappa aux cnnemis que par Thaf
z
>
( 124 )
bileté de fes manoeuvres , qui firent croie à
différens vaiffeaux qu'il avoit été arraiſonné par
d'autres . Il continua ainfi fa route fans être inquietté.
Il fut forcé de relâcher à Rochefort au
lieu de Brest , où il devoit aller mouiller , a cauſe
du mauvais état du cutter , qui faifoit beaucoup
d'eau , & du fervice des pomies , dont fon équipage
commençoit à être fatigué «.
Il paroît certain que M. de Graffe va
d'abord dans la Chéfapeak ; les troupes de
débarquement qu'il a avec lui font aux
ordres de M. de Saint-Simon . Ce corps compofé
de plus de 3000 hommes , pourra être
augmenté par les différens piquets en garnifon
fur les vaiffeaux , formant environ
1800 hommes , & dans un befoin preffant
par les troupes de la marine. A chaque moment
nous nous attendons à recevoir les
premières nouvelles des opérations de cette
Armée .
›
» On lit , écrit- on de Nantes , dans une lettre
datée des 12 & 16 Août , du camp de M. de
Rochambeau , que les frégates l'Hermione & l'Af
trée ont attaqué à l'embouchure du fleuve Saint-
Laurent , cinq frégates Angloifes , deux deſquelles
de 26 canons , & les autres de 20 ; qu'elles en
ont pris une de 20 ; qu'une autre de 26 avoit
amené , mais que la mer étant trop grofle pour
l'amariner , elle s'étoit échappée pendant la nuit .
Il eft dit dans la même lettre , à la date du 16
Août , que la frégate la Concorde venoit d'arriver
au moment même , annonçant la venue de M. de
Graffe , avec 28 vaiffeaax de ligne & 5000 hommes
de troupes de débarquement . La flotte de
M. de Graffe , jointe à l'efcadre de M. de Barras
nous donnera dans ces mers 38 vailleaux de ligne ,
-
( 125 )
& par conféquent une fupériorité avec laquelle
nous devons efférer de grands fuccès de cette
campagne.«.
C'eft par le cutter fur lequel eft venu
M. Negriér , qu'on a fu les deux rencontres
dans lefquelles la Fée s'eft diftinguée . Elle fe
battit d'abord contre un vaiffeau à 2 batteries
, & le maltraita fi fort , qu'il fut obligé
de s'éloigner le lendemain. Elle cut affaire
contre la Nymphe , frégate de fa force , qui
nous a appartenu . L'équipage de la Fée eft
perfuadé que la Nymphe a coulé bas . M.
Boubé qui a foutenu ces deux combats , n'eft
Lieutenant de vaiffeau que de la dernière
promotion. Il n'avoit le commandement de
la Fée que par la mort de M. de St -Marfault.
Le 2 Août ayant été à la Comédie ,
au Cap , il y reçut de l'Allemblée les applaudiffemens
les plus flatteurs.
Les lettres de Cadix du 21 ne nous apprennent
rien de nouveau. A cette époque ,
il n'étoit pas encore permis d'approcher de
la frégate la Sainte- Lucie ; & le Commerce
étoit toujours perfuadé que le convoi de la
Havane étoit en route ; on fixoit même le
jour de fon départ au 23 Juillet ; & comme
la Sainte Lucie étoit partie le 27 du même
mois , & qu'elle étoit inftruite du nombre
des vaiffeaux , de leur efcorte , & c . on en
concluoit que toute communication étoit
défendue avec ſon équipage , afin de tenir
ces notions fecrettes. On ne pense pas de
même ici ; nous fommes perfuadés au conf3
( 126 )
>
traire que le convoi de la Havane ne mettra
en mer que dans le mois d'Octobre . 1 °. Parce
qu'on attend à la Havane le retour de deux
vaiffeaux qu'on a expédiés pour la Vera-
Crux , & qui doivent apporter des fruits &
de l'argent. 2 ° . Si ce précieux convoi étoit
en route depuis le 23 Juillet , la Cour d'Efpagne
auroit envoyé au - devant de lui la
Hotte de D. Louis de Cordova. 3 ° . Enfin
& c'eft la meilleure raifon que nous puiffions
donner , mais qu'on ne peut pas favoir
encore à Cadix , les lettres de M. de Graffe
du 22 Août ne font pas mention que ce
convoi ait appareillé ; cependant il ne pouvoit
manquer d'en être inftruit , foit par fon
féjour à Matanzas , port à 6 lieues de la
Havane , foit par le retour de l'Aigrette ,
qui n'a quitté ce dernier port que le 14
Août.
-
» Le renfort des troupes qu'on raſſembloit à
Barcelone , écrit-on de Madrid , les munitions
qu'on préparoit à Alicante & à Carthagêne , ont
été embarquées & ont fait voile pour Mahon .
On porte à l'armée 60 canons , dont 40 de 24
livres. Il n'y avoit que 9 mortiers à Barcelone ;
le camp de Saint-Roch fournira tous les autres
qui font néceffaires à M. de Crillon. · La Cour
a fait imprimer une relation des premieres opérations
de ce Général . L'article le plus important eft
celui où il eft queftion des préparatifs que le Général
a ordonnés pour combler le port de Mahon ,
& le rendre déformais inacceffible à tous bâtimens.
Nous avions que c'étoit le feul projet de
la Cour , avant qu'elle fongeât à faire le fiége
du Fort Saint- Philippe. Elle eft toujours détermi
( 127 )
•
―
née à l'exécuter , parce que quand même cette
poffeffion lui resteroit , elle n'a pas befoin du port,
puifqu'elle a de plus beaux chantiers à Carthagène
& d'autres lieux de refuge fur les côtes . Ainfi on
peut regarder Port-Mahon comme totalement perdu
pour les deux Nations , & le Fort St- Philippe
devient par conféquent déformais inutile , puifqu'il
n'a plus rien à protéger. Une autre circonftance
que nous ignorions , & qu'on a appris par
tous les Officiers qui viennent de l'armée , c'eft
que les Anglois avoient détruit le Fort Marlborough
, long- tems avant qu'il fût queftion d'attaquer
Minorque. Ils ont penfé que tous ces ouvrages
extérieurs emploieroient plus de troupes qu'ils
n'avoient envie d'en maintenir à Mahon . La
relation de la Cour contient différentes lettres de
M. le Duc de Crillon & du Général Murray
remplies d'égards & de politeffes . Elle ne donne
pas encore l'inventaire de tout ce qui a été trouvé
dans l'Ifle appartenant au Roi d'Angleterre , mais
elle porte , à vue d'oeil , la totalité de cette capture
à 6 millions de piaftres ( 24 millions tournois ) :
fi cela eft , le Général a eu raifon de comparer ce
butin à celui de Saint-Eustache «.
--
,
Selon les dernières lettres & les derniers
papiers qu'on a reçus de Londres ,
les amis de l'Amiral Rodney font courir
le bruit qu'il retournera en Amérique
dès que fa fanté fera rétablie ; en ce cas ,
il ne tardera pas à partir , puifque l'air
natal en débarquant paroît l'avoir guéri
de toutes fes incommodités.
Le mécontentement qu'a marqué la Cour
Britannique de l'acceffion du Roi de Pruffe
à la neutralité armée , fe foutient toujours
de la manière la plus vifible. S'il continue ,
£ 4
( 128 )
le cabinet de St James fe prépare peut- être
de nouveaux embarras . Et fi le bruit qui
fe répond à préfent de l'acceffion prochaine
de l'Empereur à cette même neutralité , fe
confirme , on eft fort curieux de voir comment
il prendra ce nouvel évènement.
Auffi - tôt qu'on a été informé en Angleterre
du départ de M. de Graffe , l'Amirauté
a fait armer 2 vaiffeaux & 4 frégates
chargés d'aller renforcer l'efcadre de New-
Yorck ; cette flottille n'étant pas encore
prête , il a dû fe détacher 2 vaiffeaux de
l'armée de Darby pour le même objet.
On croit que la feule deftination de cet
Amiral , eft de croifer & de protéger l'arrivée
des convois . Cependant celui des
Iles du Vent n'a pas eu befoin de fa protection
; il est arrivé fur les côtes d'Irlande
fans avoir été inquiété. Quelques Politiques
Anglois voudroient que l'Amiral allât
maintenant ravitailler Gibraltar & Mahon ,
parce que , difent- ils , la flotte une fois débarraffée
de ce foin , pourroit être prête
à tenir la mer dès le printems & empêcher
la réunion des efcadres combinées ; mais
ces fpéculateurs ne font pas attention qu'il
faut au moins deux mois pour raffembler
les vivres , les munitions & les bâtimens.
de tranfport néceffaires pour ce ravitaillement.
Actuellement qu'il n'y a plus d'armée
combinée en mer , on peut s'occuper de
la croifière de nos corfaires. Le plus fort
( 129 )
& le meilleur voilier d'entr'eux , l'Aigle ,
Capitaine d'Albarade , qui avoit été audevant
de la flotte de la Jamaïque , vient
d'entrer à Dunkerque . Le mauvais tems
l'avoit forcé de faire le tour des trois
Royaumes , & n'a, s'il n'a pas rencontré ce
qu'il cherchoit , du moins il s'eft emparé
de trois navires . L'um eft une belle frégate
armée pour la côte d'Afrique ; elle fe
rendoit à Oftende pour y prendre le pavillon
Impérial . Le fecond eft un bâtiment
chargé de lin fin , de chanvre , & c. , & le
troiſième portoit des bois de conſtruction.
L'Aigle a déposé fes prifes à Dunkerque ,
& eft fortie peu de tems après . H n'y avoit
pas 4 heures qu'elle s'étoit éloignée , qu'on
entendit une vive canonnade qui dura demi
-heure ; mais l'Aigle marche fupé ieurement
; elle fe propsfoit de traverfer la
Manche , fans craindre les vaiffeaux de .
ligne qu'on pourroit mettre à fa pourfuite.
Des lettres poftérieures de Dunkerque of
frent à ces fujet les détails fuivans :
» La canonnade que nous avons entendue le
jour que l'Agle avoit remis à la voile , fat un
combat que ce corfaire foutint contre deux frégates,
dont l'une de 36 canons , l'arre de 22 , & deux
cutters . L'une des frégates (l'Arianne ) & un cutter
prodigieufement maltraités. revinrent aux
Dunes , le 4 de ce mois , & fur leur rapport ,
un vaiffeau de ligne & 4- frégates mirent à la voile .
Deux frégates furent devant Oftende ; le vafleau
vint reconnoître Dunkerque , & les deux autres
frégates , le port de Calais ; mais l'Aigle étoit
fs
( 130 )
déja bien loin , & cette flottille rentra aux Dunes
fans avoir pu trouver ni le corfaire François , ni
la frégate de 36 canons , & le cutter , qui ont difparu
depuis le jour du combat. Ces détails ont
été donnés par un Smugler ( bâtiment contrebandier
) arrivé à Dunkerque , & venant des Dunes ,
d'où il étoit parti les «.
L'hommage public rendu à un citoyen
vertueux par une Cour Souveraine , mérite
une place dans ce Journal ; c'eſt à ce
titre que nous tranfcrirons le difcours fuivant
prononcé par M. de la Thebaudiere ,
Procureur- Général du Roi au Confeil Supérieur
du Cap , Ifle St- Domingue , à la
réception de M. de Lilancourt , en qualité
de Commandant en chef par interim ,
des Ifles fous le Vent de l'Amérique. M.
de Lilancourt avoit gouverné deux fois la
Colonie par interim. Des ordres de la Cour
lui avoient fait remettre le commandement
à M. de Renaud ; il lui a été rendu le 15
Juillet dernier , à la fatisfaction & aux
voeux de tous les Colons. M. de la Thebaudiere
n'a été que l'organe de leurs fentimens.
M. Qu'il eft flatteur pour notre ministère d'être
l'organe de l'amour que vous portent tous les Ordres
de la Colonie : leurs voeux parvenus jufqu'aux
pieds du Trône , vous font rappeller aujourd'hui
une administration dont ils euffent defiré que vous
n'euffiez jamais été éloigné . Qu'il eft glorieux pour
vous d'y trouver en même- tems la récompenfe de
vos fervices & le prix de la vertu ainfi fous un
Roi jufte , environné des plus fages Miniftres
le mérite , la modération & la patience font tôt ou
( 131 )
&
zard récompenfés. La Colonic va retrouver
la douceur de vos précédentes adminiſtrations
tel eft l'empire de la vertu , que chacun vous confidère
déja comme fon protecteur & ſon ami.
-
Chacun fait déja qu'il repofera comme à l'abri
des loix , que fa liberté comme fes poffeffions feront
inviolablement respectées , & que vous veillerez
avec la plus févère attention à ce que l'on fuive
votre exemple dans toutes les parties de votre
Gouvernement. - Chacun fait que vous n'ajouterez
point aux dépenses extraordinaires que néceffiteront
les circonstances actuelles par des conftructions
étrangères à la défenfe de la Colonie , & qui ,
par cette raifon , doivent être remifes à des tems
plus heureux . Chacun fait que vous accueillerez
les repréſentations avec plaifir ; que vous écouterez
fes plaintes avec bonté; que vous apprendrez
à la plupart de ceux qui commandent , que c'eft
compromettre la dignité du commandement , &
non pas l'exercer ; que c'eft outrager & non pas
punir , que d'ajouter l'ombre même de la violence , à
plus forte raifon l'injure , à la févérité des ordies.
-
-
- - L'Ha-
Le Colon ofe fur- tout fe flatter , & vous ne le
tromperez fûrement pas dans les espérances , que
vous n'agraverez point par des corvées & des travaux
forcés , ou mal entendus , les maux inféparables
de la guerre , & les calamités attachées à
l'intempérie des faifons qui défolent malheureuſement
la Colonie depuis quelques années .
bitant des Villes fe flatte également que le produit
de fes maifons ne fera point abforbé par des projets
ruineux. La ville du Cap attend fur - tout de
votre fageffe , Monfieur , que vous daignerez prendre
en confidération qu'elle n'a pas befoin de fecours
éloignés pour fuppléer à la pénurie de fes
eaux , qu'elle eft environnée de tous côtés de fources
abondantes , que l'on peut y conduire fans de
£ 6
( 132 )
très-grands -frais , après en avoir indemnifé les propriétaires.-
Tous les Colons favent que vous n'aurez
égard qu'au mérite dans la diftribution des emplois &
des graces , & qu'à la vertu néceffiteufe dans la
diftribution des terres à concéder , ayant foin d'écarter
loin de vous ces ambitieux qui ne les folli .
citent que pour en faire un trafic contraire aux vues
da Prince , à l'intérét de la Colonie , & réprouvé
par les loix. La correfpondance de la Métropole
avec la Colonie , ne fera point interceptée Nos
gazettes & nos papiers publics feront irrévocable .
ment fupprimés , ou rendas à leur première & véritable
deſtination , on n'y trouvera point , à la
honte d'une fage police , aux rifques d'allumer
dans les Sociétés une guerre civile , l'éloge facré
d'un Gouvernement lage & jufte à côté de la
fatyre la plus ridicule & la plus méprifable. Ce
ne fera point fur-tout à des gazettes de cette efpèce
, imprimées par votre permiffion , que vous
remettrez le foin trompeur d'un éloge équivoque .
Vous graverez vous - même le fouvenir touchant de
vos bienfaits dans tous les coeurs , Nos voix ellesmêmes
, nos voix les porteront jufqu'aux pieds
du Trône , & nos regiftres les confacreront à la
postérité. Enfin , M. , les Magiftrats favent que
loin de chercher à brifer le glaive des loix , vous
ferez le premier à le foutenir dans leurs mains . Ils
favent que jaloux de concourir au bonheur public
, de vous conferver l'eftime générale que votre
ancienne adminiſtration vous a méritée , vous
refpecterez le caractère que le Prince leur a imprimé
, & le pouvoir que vous partagerez avec
eux , de rendre la juftice aux Peuples .
Ils favent que vous ne vous ferez point une
étude de miner fourdement leur autorité , de gê
ner leurs fuffrages. Ils favent que fi l'intrigee ,
la paffion , comine nous l'avons malheureuſement
--
(
133 )
vu par le paffé , s'élèvent contre leurs Arrêts ,
ne feta du moins que l'intrigue des parties & leur
paffion aveugle . Iis fe plaisent a penfer que
vous vous emprefferez d'être leur défenteur auprès
du Prince; que vous vous attacherez fur - tout à
détruire les imputations calomnieuſle qui auroient
pu être imaginées pour rendre leur zèle fufpect , &
fe venger de la droiture de leurs intentions , de la
pureté de leur conduite , de leur attachement aux
loix ; enfin de la fermeté inféparable de leurs devoirs
, & fans laquelle ils ne feroient dignes ni
de la confiance du Souverain , ni de la vénération
des Peuples. C'eft l'expérience d'une conduite auffi
fage de votre part , qui a déterminé cette augufte
Compagnie à faire auprès de vous , M. , & à configner
dans fes regiftres cette démarche flatteufe ,
qui en fignalant fes regrets , couronnoit des mains
de la Juftice même la fin de votre adminiſtration :
démarche d'autant plus honorable pour vous , que
vous êtes le premier qui en ayez fourni l'exemple .
Aucun de vos prédéceffeurs n'avoit eu l'avantage ?
de recevoir la députation d'une Cour fouveraine ,
venant lui témoigner les regrets de voir pater le
Gouvernement en d'autres mains. On vous
ajme , M.; ce mot qui retentit fi rarement à l'oreille
d'un chef , doit porter l'attendriſſement dans
votre ame , nous ne craignons pas de le dire ; c'eſt
dans la Colonie plus que par-tout ailleurs › que
l'attachement que l'on a pour un Chef eft une
preuve infaillible de la bonté de fon Gouvernement
, & cette preuve vous est plei ement acquife ,
Monfieur ; mais plus tous les coeurs volent au devant
de vous , plus certe nombreuſe Affemblée
vous témoigne d'allégreffe , plus vous devez re.
doubler d'efforts pour tendre la ficuation heureuſe ,
& nous faire oublier le malheur que nous avons
tous d'exister à deux mille lieues du Trône, L émi--
gration continuelle & prefque toujours prématurée
( 134 )
-
des propriétaires , en eft une fuite funefte pour le
bonheur & la profpérité des Colonies , c'eſt un
malheur public que vous préviendrez par la douceur
de votre Gouvernement. On fuit avec empreffement
, on abandonne avec mépris à des efclaves
une terre dévorante où la liberté civile
& perfonnelle font fans ceffe en danger , les pro
priétés fans appui , les loix du Souverain lui-même
fans exécution. Il fut peut-être un tems où le
frein des loix & de la confiance ont été impuiffans ;
mais que de luftres il s'eft déja écoulé depuis l'enfance
de la Colonie , que fes deftructeurs ingrats ,
enrichis prefque tous de fes bienfaits , la mécon
noiffoient & la calomnioient peut-être pour l'oppri
mer plus fûrement , vous le favez vous- même , M.
& vous le favez par expérience ; vous l'avez gou
vernée deux fois en chef , avez- vous trouvé l'obéiffance
en défaut ? Vous ne commandiez , il eſt
vrai , que des chofes juftes adaptées aux circonftances
comme aux facultés d'un chacun ; mais
l'obéiffance a-t-elle manqué dans les tems même les
plus difficiles , & pour les objets les moins néceffai-
Daignez , M. , faire parvenir ces inté
reffantes vérités jufqu'aux pieds du Trône . Préfentées
par vous , elles ne peuvent qu'acquérir une
nouvelle force , c'est une juftice , c'eft un hom
mage que vous devez à un Peuple fidèle , à des
Colons pleins d'amour , de foumiffion & de refpect
pour leur Roi ; cette tâche ne coûtera fûre.
ment pas à votre coeur , puifqu'elle fera l'expreffion
des fentimens que vous avez reconnu chez
tous les habitans de cette Colonie ; faites-les vivre
fous les loix du Prince augufte que le Ciel
leur a donné pour leur bonheur. Que l'Ordonnance
du premier Février 1766 , concernant le Gouvernement
civil de cette Colonie que celle du 18
Mars fuivant , fur les enregistremens dans nos
res ? -
( 135 )
Confeils , deviennent enfin la bafe unique , la rè
gle inviolable de votre adminiſtration , & de celle
de vos fucceffeurs . Qu'il eft doux pour un Administrateur
vertueux • & plus jaloux d'étendre fes
bienfaits que fon autorité , de voir dans les Ordonnances
du Souverain le guide précieux de fon
adminiſtration , & le gage infaillible de ſes ſuccès.
-
C'est ainsi que votre Gouvernement dans toutes
fes parties fervira de modèle à vos Succeffeurs.
Puiffent les nôtres , dans des jours de folemnité
pareille , n'en parler juſques dans ce Temple de
la Juftice & de la vérité qu'avec l'éloge & l'attendriffement
dûs à la bienfaiſance la plus conftante
& la plus éclairée !
M. de Lilancourt répondit ainfi à ce
difcours.
MM. Ramené parmi vous aujourd'hui par une
grace particulière de Sa Majefté , dans une place à
laquelle des évènemens dont nous avons tous gémi
, m'avoient déja porté deux fois ; je regarderois
fans contredit ce jour- ci comme le plus
beau de mes jours , fi la fenfibilité & la reconnoiffance
ne me rappelloient dans ce moment
MM, celui auquel , par une diſtinction unique , vos
regiftres offrent la preuve de l'intérêt auffi vif
qu'honorable que vous prites , il y a un an , au motif
qui le détermina ; en faififfant ce moment même
, MM. , pour vous exprimer le fouvenir que
j'en conferve , j'espère que vous regarderez l'expreffion
de ma jufte reconnoiffance , comme un
garant de mes difpofitions à le cultiver , & de
mon efpoir de retrouver en vous celles qui doivent
affurer par notre concours mutuel le bien du
fervice de Sa Majefté , & le bonheur de la Colonie.
Vous ne voyez fans doute , ainfi que moi,
MM . , dans ce que vient de vous dire , M. le
Procureur Général , que la preuve d'une amitié,
prévenue , jointe au tableau fidèle des devoirs que
-
-
( 136 )
je devois remplir. Si je ne refpectois ſa modeftie ,
j'aurois l'honneur de vous dire à mon tour les
reffources dont cette amitié m'a été , & les fecours
que je m'en promets encore. La bonté
paternelle de S. M. nous promet , MM. , dès que
les befoins de l'état pourront le permettre , un chef
qu'il nous a fuffi de voir un inflast , pour prévoir
le bonheur dont fes vertus nous feront jouir.-
M. le Marquis de Vaudreuil lui méme m'autorife
MM. , à fixer l'incertitude à laquelle ce retardement
pourroit donner lieu . Puiffe ce moment
MM. , n'être pas éloigné ? Et puiflé -je , avec le
fecours de vos lumières , faire fupporter fans impatience
, les momens qui doivent encore s'écouler.
Les orages ont été très-fréquens cette
année ; la Guienne en a fur- tout beaucoup
fouffert ; nous copierons les détails fuivans
que nous a fait paffer un de nos Abonnés
à la Sauvetat de Caumont près Marmande .
>
Le mois de Juin dernier s'eft paffé en orages
& en pluies continuelles , qui ont donné
des grêles , des débordemens , & fair perdre la
moitié des foins & des blés , & détérioré la qualité
de ce qui eft échappé de ces fléaux. Il reftoit encore
les vignes qui promettoient par leur abondante
production un dédommagement de la perte des
autres récoles & faifoient tout l'efpoir des Cultivateurs
. Mais le 18 Août , tout a été perdu fans
reffource ; ce jour , que l'on n'oubliera de long- tems
dans ce pays , a confommé la reine des habitans .
Plufieurs s'élevèrent fucceffivement & de
tous les côtés , dans l'après midi ; ils grondèrent
tantôt tous à la - fois , & tantôt tour à tour, Vers
les 7 heures de foir , ils commencèrent à fe croifer
ou à fe confondre , le bruit affreux des éclats & la
vivacité des éclairs qui fe fuccédoient fans inter
---
orages
( 137 )
ruption , femblorent annoncer aux habitans effrayés ,
les malheurs dont ils étoient menacés. A neuf
heures , il tomba une grêle fi forte , qu'elle détruifit
abſolument tout ce qui s'y trouva expofé.
Les vignes farent dépouillées de leur fruit & de
leurs feuilles , les paimpres furent mis en pièces ,
& les feps eux-mêmes furent meurtris , déchirés ,
& plufieurs arrachés . Les arbres à fruit , les bois
taillis & de futaye furent également maltraités. Les
chanvres & le bled d'Inde furent hachés. Les maifons
farent découvertes , les tuiles mifes en pièces ,
de même que les lattes , feuilles ou planches minces
qui foutiennent les tuilles fur les charpentes. Les
maifons furent inondées , les meubles & les denrées
qu'elles renfermoient farent mouillés comme s'ils
avoient été dehors , les habitans ne favoient où ſe
mettre à couvert , & ne trouvèrent , après l'orage ,
ni linge , ni habits fecs pour changer. La grêle
qui fit ce dégât horrible, étoit d'une groffeur énorme
, on en vit de plus grofle que la tête d'un
enfant , on en pefa le lendemain qui fe trouvèrent
du poids de cinq livres & demie , on en retrouva
huit jours après dans un foflé plein d'eau groffe
comme des oeufs de poule. On n'a jamais rien
vu dans ce pays , ni oui dire de pareil à cette
grêle , qui a dévasté plus de 150 Paroifles dans les
Elections de Bazes , Agen & Sarlat . M. L'Intendant
de Bordeaux a envoyé , fur les lieux , des
Commiffaires pour vérifier ces dégâts ; il fe propofe
de folliciter , des bontés de Sa Majefté ,
foulagement extraordinaire pour les malheureux
habitans qui en ont été la victime.
Une lettre de Mandre-fur- Vair , contient
les détails fuivans de l'incendie qui a détruit
ce village.
Le 4 , vers les 11 heures du matin , pendant
qu'on étoit à la Melle , le feu prit avec vie(
138 )
lence dans ce village. De 107 maiſons qui le
compofoient , près de 100 ont été réduites en cendres
; l'Eglife ,de Presbytère & le fuperbe château
de M. Favancourt , Seigneur du lieu , tout a été la
proie des flammes. Les pertes ont été eftimées à
266,310 liv. , celle de l'Eglife 25,000 liv . Les autres
objets à la charge de la Communauté , font monter
la perte à 100 mille écus , fans compter le château &
fes dépendances. 18 Laboureurs aiſés ont perdu leurs
habitations & leurs récoltes. Plus de 70 manoeuvres
ont été privés de leurs maiſons & de leurs mobiliers :
enfin , pour comble de malheur , au rapport des
experts maçons , les murailles font calcinées de
manière à ne pouvoir fervir. La défolation de ces
pauvres habitans ne fauroit être plus grande. Les
cris d'un peuple au défeſpoir & les hideux aſpects de
ces mars noirs & croulans , portent dans l'ame une
impreffion déchirante . Si quelque chofe peut adoucir
l'effet de ce triſte tableau , c'eſt le récit de l'intérêt ,
& des fecours qu'on s'eft empreffé de porter à ces
malheureux incendiés . Madame la Ducheffe de Coffe
qui étoit encore aux Eaux de Contrexéville , lors
de ce fatal accident a donné des preuves touchantes
& vraiement fublimes de cette fenfibilité
active , caractère qu'elle a foutenu toute fa vie.
Malame la Ducheffe de Mailly , que fes vertus
diftinguent autant que fon rang & toutes les autres
perfonnes de marque qui font à Contrexéville , fe
font réunis à Madame de Coffé , pour former une
contribution dont le produit doit fuffire à l'enfemencement
des terres du village incendié . M. l'Intendant
de Lorraine , au bruit de ce défaftre , y elt
accouru , & a fait diftribuer des planches à ces malheureufes
victimes , pour fe barraquer pendant l'hiver.
Les perfonnes qui auront la charité d'envoyer quelques
fecours à ces malheureux incendiés , peuvent
les adrefler à M. François de Neufchâteau , Lieute
nant-Général & Subdélégué à Mirecourt , chargé
( 139 )
par M. l'Intendant de Lorraine , des détails relatifs à
ce funefte évènement.
I
Selon des lettres de Joigny en Champagne
, les vins qu'on y a recueillis cette année
font en grande abondance ; mais ils ont une
qualité dont les plus vieux Habitans n'avoient
point d'idée , & qui a été funeſte à
quelques Particuliers , qui n'ont pas pris les
précautions néceffaires pour entrer dans leurs
caves. La vapeur en a fuffoqué plufieurs ,
& l'un d'eux y a péri le 1 de ce mois , parce
qu'on n'a pu le retirer affez-tôt , & qu'il a
fallu pour cela crever la voûte de la cave ,
tant la vapeur méphitique avoit de force.
Son beau-frère qui l'avoit fuivi a été de
même fuffoqué au bas de l'efcalier , d'où il
a été plus aifé de le retirer. On leur a adminiftré
également les fecours indiqués ;
mais ils n'ont rappellé à la vie que le dernier.
Les Médecins de la ville , & M. Chamouin
, jeune Médecin des Hopitaux du
Roi , ont montré le plus grand zèle dans
cette occafion ; & les Officiers de Police
ont porté leurs foins à prévenir de pareils
malheurs , par les avis qu'ils ont fait répandre.
·
» Le 9 de ce mois , vers les 4 heures du matin
, M. Mechain , Aftronome Hydrographe du
dépôt général de la Marine , a découvert une
nouvelle Comère dans la conſtellation du Cancer ;
elle n'étoit point perceptible à la vue fimple ; fa
lumière très -foible , étoit encore diminuće par celle
de la lune. A heures 56 minutes tems vrai ,
Paſcenſion droite de la Comète étoit de 126 de(
140 )
grés 60 minutes : fa déclinaison boréale , 18 degrés
59 minutes ; l'afceufion droite a augmenté
du 9 au 10 , en 24 heures , de 12 minutes & demie
; la déclinaifon a auffi augmenté de 22 minutes
& demie . On a vu a Airas , pendant
le cours du mois dernier , quatre Auro es boréales
, le 4 , le 18 , le 23 & le 25. Les deux
premières ont été très- foibles ; la troisième étoit
remarquable , mais la quatrième l'eût emporté ſur
celle - ci par fon éclat , s'il avoit été poffible de
l'obferver. Le ciel , pendant la durée de ce phé,
nomène , a prelque toujours été couvert ; on ne
l'a apperçue qu'un inftant vers ies 11 heures du
foir. L'Etoile polaire , la petite Ourfe , & une
partie de la giande , étoient enveloppées d'une
lumière auffi vive que celle des charbons ardens .
Cette Aurore boréale a été précédée d'une pluie
abondante mélée de grêle , qui a duré 2 ou 3
heures «.
Michel Roland , Comte des Efcctais de
Chantilly , eft mort en fon Château des
Efcotais en Touraine , le 31 Août dernier ,
âgé de 73 ans.
Claude Henri Gafton , Marquis de Scepeaux
, Lieutenant Général des Armées du
Roi , Gouverneur du fort de l'Eſcarpe , eft
mort le 26 Septembre dernier , en fon Château
de Moulin -Vieux , Province du Maine ,
âgé de 69 ans .
Marie-Antoinette de la Rivoire de la Tourette
, veuve de Louis- Hercule Portales
Marquis de la Cheze , Lieutenant- Général
des Armées du Roi , eft morte à Grenoble
le 29 du mois dernier , âgée de 61 ans.
( 141 )
4
De BRUXELLES , le 16 Octobre.
LES lettres de Lisbonne portent que le
Comte d'Oeyras , fils du Marquis de Pombal
, & Chambellan du Roi , fe rendit à
la Cour le lendemain du jour où la Reine
avoit prononcé le Jugement que nous avons
rapporté , & eut l'honneur de baifer la
main de S. M. & de la remercier de la
clémence qui l'avoit portée à faire grace
de la vie à fon père qui fe trouve attaqué
d'une paralyfie qui fait déſeſpérer de fa
vie.
Le Capitaine d'un navire Portugais qui vient
de rentrer dans un de nos ports , écrit - on de
Lisbonne en date du 4 de ce mois , rapporte que
15 jours avant fon arrivée , il avoit rencontré
les navires de guerre Hollandois commandés par
le Contre-Amiral Comte de Bilandt & le Capitaine
Charmans , faifant cours pour Madere ; que
le lendemain il avoit auffi rencontré une ef
cadre Angloife forte de 6 vaiffeaux de ligne &
4 frégates , aux ordres de l'Amiral Digby , qui
avoit d'abord détaché z vaiffeaux de 74 canons
& 2 frégates , à la pourfuite des vaiffeaux Hollandois
«.
On n'étoit pas fans inquiétude en Hollande
fur le fort de ces vaiffeaux , lorſqu'on
a appris qu'ils étoient entrés dans le Tage
le 7 de ce mois. Au refte , felon ce rapport
, l'Amiral Digby , parti en Juiller pour
l'Amérique , où fon arrivée eft preffante ,
n'eft pas encore à fa deftination , puifque
le 17 ou le 18 Août il n'étoit pas encore
fort éloigné des parages d'Europe.
( 142 )
» Deux lettres de Curaçao , en date du pre
mier & du dernier Mai , écrit-on d'Amfterdam ,
nous donnent fur l'état de cette Ifle les nouvelles
les plus agréables . Le commerce à la vérité n'y
a pas la même activité qu'en tems de paix ; mais
tous les habitans font réfolus de ſe défendre jufqu'à
la dernière extrémité ; ils font diftribués en
milices ; les batteries ont été portées dans les endroits
les plus expofés . L'état des dépenses
pour l'équipement des 52 vaiffeaux , pour l'achèvement
de 24 & la conftruction des 8 qui ont été
perdus ou pris , & qui doivent être prêts en 1782,
a été envoyé le 21 du mois dernier aux Amirautés
refpectives . Il monte à 9,271,498 florins ,
dont la répartition fe fera de la manière fuivante :
L'Amirauté de la Meuſe , 2,055,235 ; celle d'Amfterdam
, 2,334,707 ; celle de Zélande , 1,470,7543
celle du quartier du Nord , 1,789,250 ; & celle
de Frife , 1,621,552 cc ,
Selon d'autres lettres , il. eft forti du
Vlie & du Texel , une flotte de 66 na
vires marchands , qui font tous neutres ;
cette flotte eft deftinée pour Konigsberg ,
Copenhague , Lubeck , Stettin , Stralfund ,
Pétersbourg , Riga , Stockolm , la mer Baltique
& autres ports du Nord .
2.
Le 24 Septembre , fur les 10 heures du foir ,
écrit- on de Fleffingue , après avoir entendu un
cri perçant & lugubre , on découvrit du vaiffeau
de guerre le Schiedam , un débris de navire flottant
, fur lequel étoit affis un homme qui fut
fauvé dans la chaloupe du vaiſſeau ; c'étoit un
Ruffe ; & autant qu'on a pu comprendre de fon
récit , il s'étoit trouvé à bord d'une frégate mar
chande de fa Nation , échouée la veille à 3 milles
de Fleffingue. Cette frégate commandée par le
Patron Andries Roonburg, venue d'Amſterdam &
( 143 )
destinée pour Barcelone , étoit chargée de grains ,
de poiffons , de fuif & de goudron . Le même
homme rapporte encore que l'équipage de la frégate
étoit compofé de 24 homines , dont 8 s'étoient
jettés à l'eau fur les débris du navire
mais qu'il ignoroit fi quelqu'un d'eux s'étoit fauvé.
On apprend que le Patron & trois matelots , accrochés
à quelques folives du navire naufragé
ont abordé le de ce mois à la côte , près de
Zoutelanden «.
* Les effets de la divifion fe font encore
fentir en Hollande ; les Ecrivains qui ont
épousé l'un ou l'autre parti , fuivant leurs
liaifons , leurs intérêts ou leurs principes ,
font paroître journellement des écrits . Quelques
uns ont attiré l'attention du Gouver
irement & donné lieu aux loix qui ont été
publiées dans diverfes Provinces contre les
libelles. Celle d'Utrecht , qui a donné le
premier exemple de cette févérité vient
de févir contre un écrit intitulé : Aan het
Volk van Nederland , au peuple des Pays-
Bas. Il faut qu'il foit bien vif & bien répréhenfible
, puifqu'en le prohibant , on
promet 1400 florins de récompenſe à celui
qui en fera connoître l'Auteur. Le placard
le profcrit comme contenant un grand
nombre d'imputations calomnieufes & méchantes
contre le Stadhouder , fes pères &
mères , & les Princes d'Orange Guillaume ,
Maurice , Frédéric Henri , Guillaume II &
Guillaume III , fes illuftres prédéceffeurs ;
tendant à renverfer la forme actuelle de
la Régence , & à introduire une Démo
cratie ou Régence du Peuple , & c . & c .
((144 )
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 10 Octobre.
On ignore toujours où eft l'Amiral Darby ; un
Officier a bord du Sceptre écrit ainfi :
"
Il y a quinze jours que nous croifons pour cher
cher la grande efcadre , & conformémeut à nos inftructions
, nous avons parcouru le golfe de Gaſcogne;
delà , nous avons été preique jufqu'à Madère , & en
fuite nous fommes revenus par le Cap Clear fur la
côte d'Irlande , d'où nous avons gagné Plymouth où
nous fommes actuellement. Nos ordres portoient de
joindre l'Amiral Darby , mais nous n'avons jamais
pu le trouver , & nous n'avons pas même rencontré
un bâtiment qui en fût des nouvelles. Nous préfumons
qu'il eſt allé au fecours de Minorque «. --Beaucoup
de gens perfiftent à croire qu'auffi - tôt qu'on
a cu avis de l'arrivée des flottes que nous attendions
des ifles & de la Jamaïque , il a été envoyé des ordres
à l'Amiral Darby d'aller tout de fuite avec la
grande efcadre au fecours de Minorque , & d'ef
corter en même tems dans le golfe de Gascogne les
croifeurs qui font fortis dernièrement pour porter
des fecours à Gibraltar . On parle beaucoup de
fecourir Minorque , & le Public s'épuife en conjectures
à ce fujet. Les uns affurent que l'Amiral
Darby s'eft féparé de la grande efcadre pour cette
expédition. Selon d'autres, il eft plus probable qu'eile
a été confiée au Chevalier John - Roff, & c'eft pour
cette raison que l'Amiral Kempenfelt a été envoyé
pour avoir un commandement dans la grande eſcadre.
:
---
On ne fauroit fe former une idée de l'impatience
avec laquelle nos Miniftres attendent des ·
nouvelles peut- être en viendra- t- il qui acheve
ront de lever le voile épais qui les a jufqu'ici
empêché de voir leur folle & chimérique entreprife
".
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE..
web t
De CONSTANTINOPLE , le 25 Aoûúc.
18
MESSIEURS de Stachieff & de Bulgakow
n'ont pu obtenir avant les fêtes du
Ramazan , l'un fon audience de congé ;
l'autre fa première audience du Grand-Seigneur.
Ils n'y feront admis qu'après le Beiram
, & le premier fera en conféquence
forcé de fufpendre fon départ pour retourner
en Ruffie jufqu'au commencement d'Octobre
prochain.
L'intolérance des Grecs Schifmatiques
envers leurs compatriotes qui ont embraffé
le Rit latin , a donné lieu ces jours derniers
à une fcène très-grave par les fuites qu'elle
auroit pu avoir . Un Barattaire ou Protégé
Arménien du Comte de Saint-Prieft , étant
mort , fa famille demanda au Patriarche
Grec la permiffion de l'enterrer avec les
27 Octobre 1781.
( 146 )
formalités d'ufage. Malheureufement le Barattaire
avoit été l'un des principaux Chefs
Arméniens qui fe font réunis à 1 Eglife Latine
, & le Patriarche ne voulut pas confentir
à ſon inhumation ; il fallut s'adreffer à la
Porte ; le Reis Effendi auprès duquel l'Ambaffadeur
de France, appuya les inftances de
la famille du défunt , ne donna qu'un ordre
verbal ; & lorfque l'ordre n'eft pas par écrit
on ne le respecte pas toujours ici. Quelques
Boftangis arrêtèrent le convoi quoiqu'il fût
fous lefcorre de' 3 'Janiffaires & de Tchoa- 4
dars on Porte -chaifes de l'Ambaffadeur . On
voulut s'opposer à cette violence, il s'enfuivit
une rixe dans laquelle plufieurs domeftiques
furent maltraités. Sur les plaintes de M.
de Saint- Prieft , on a arrêté 7 Boftangis qui
ont dépofé qu'ils avoient reçu 2000 piafties
des Arméniens Schifmatiques pour troubler
le convoi ; la Porte a déclaté qu'elle
étoit prête à les pun
de mort & donner
toute la fatisfaction que l'on exigeroit. L'Ambaffadeur
a répondu qu'il ne défiroit point la
mort des 7 Boftangis mais qu'il verroit avec
plaifir punir leurs inftigateurs d'une manière
exemplaire parce qu'il n'y avoit ni fureté
ni tranquillité à eſpérer tant qu'on ne remonteroit
pas à la fource des défordres actuels.
1,200
Le Chevalier Agoftini , récemment arrivé dans
cette ville , écrit -on d'Alexandrie , a arboré fur la
maifon le pavillon Impérial , en qualité de Conful
des Cours de Vienne & de Florence , d'après une
( 147 )
convention paffée entre lui & le grand Douanier du
Caire , pour établir un commerce réglé entre l'Egypte
& les ports de Sienne & de Trieste . On croit que les
Négocians feront un nouvel effort pour remettre en
activité la Compagnie de Commerce établie il y a
quelques années au Caire , fous la direction du Comte
de Sternberg. Le momentt
actuel paroît du moins
tres favorable à de pareilles entreprifes «.
Subio me up squick 98 Just ob
RUSSIE.
De PETERSBOURG , le 14 Septembre.
LE Comte de Panin eft arrivé avant-hier
dans cette Capitale ; hier , il a été à Czarsko-
Zelo faire fa cour à S. M. I. Il ne paroît
pas qu'il reprenne immédiatement les fonctions
de fon ministère , puifque Mercredi
dernier , le Vice-Chancelier en annonçint
fon retour aux Miniftres étrangers , leur
déclara que les conférences continueroient
d'avoir lieu chez lui tous les Mardis.
On parle beaucoup d'un traité de commerce
entre cette Cour & celle de Lisbonne.
Le Vice Chancelier , le Comte de Woronzow
, Préfident du Collége de commerce ,
le Confeiller d'Etat Bakunin , & le Général
Major Besbarodkin , qui ont été nommés
Plénipotentiaires pour cet effet , ont de fréquentes
conférences avec le Miniftre de
Portugal.
DANEMAR CK.
(1
nommés
De COPENHAGUE , le 25 Septembre.
La Compagnie Afiatique fait équiper
& 2
7148 )
cinq vaiffeaux deſtinés pour la Chine , &
trois pour les Indes Orientales . On travaille
avec beaucoup d'activité au vaiffeau le
Mars , que le Roi a donné à la Compagnie
; il fera commandé par le Capitaine
With , & doit aller en Chine.
Vingt-fix bâtimens Anglois font partis
il y a quatre jours pour la mer du Nord ,
fans convoi.
On compte actuellement dans le Sund
quatre - vingts bâtimens marchands , au
nombre defquels il y en a quarante-fept
Anglois & une frégate de convoi , deftinés
pour la même mer.
POLOGNE.
De DANTZICK , le 25 Septembre.
ON affure que le Roi de Pologne ſe rendraà
Wyfzourci, en Lithuanie , pour y voir à
leur paffage le Grand- Duc & la Grande-
Ducheffe de Ruffie ; on dit même qu'une
partie des équipages de S. M, a déja pris
les devans.
La quantité prodigicufe de navires que
l'on conftruit ici , a excité quelque défiance
parmi les Officiers de la Douane Pruffienne
, qui foupçonnent que quelques - uns
peuvent être pour le compte des étrangers.
Les habitans de cette ville font en confé(
149 )
.
quence obligés dans le cas où un bâtiment
ne reviendroit pas pour le compte de
Dantzick , de donner caution pour acquitter
les mêmes droits de Douane que pour tous
les autres effets fabriqués.
Le grand bâtiment de 650 lafts conftruit
depuis peu ici de bois de ſapin , chargé de
bois de conftruction & deftiné felon les
uns pour Amfterdam , & felon d'autres
pour l'Irlande , doit paffer inceffamment la
Douane ; on eft fort curieux de favoir fur
quel pied ce navire fera taxé. Le commerce
languit & dépérit ici à l'exception de celui
de bois de conftruction qui eft des plus
floriffans , & dont on continue à faire de
grands envois en Angleterre.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 2 Octobre.
Tous les préparatifs font faits dans les
appartemens deftinés à L. A. I. le Grand
Duc & la Grande-Ducheffe de Ruffie ; ils
porteront pendant leur voyage le nom de
Comte & de Comteffe du Nord.
Le jeune Prince Ferdinand de Wurtem
berg , frère de la Grande-Ducheffe de Ruffie ,
entre au fervice de l'Empereur avec rang
de Lieutenant-Colonel. S. M. I. a bien
voulu en fa faveur déroger à l'ufage de
n'admettre aucun Officier dans fes troupes,
g:3
( 150 )
quel que foit fon rang , qu'en qualité de
Lieutenant.
·
Le mauvais tems , écrit on de Prague , a décidé
l'Empereur à terminer les manoeuvres de
nos troupes quatre jours plutôt qu'il ne fe le propoſoit.
C'eſt le 25 que camp a Elevé. La veille
, S. M. I. étoit venue voir la vifle & le théâtre.
Le lendemain , elle revint pour vinter le nouveau
théâtre du Comte Noflitz , & le grand hopital de
la nouvelle ville . Elle coucha au Palais- Royal.
Le 26 , elle prit connoiffance des arrangemens
faits dans les divers départemens , & s'occupa l'après-
midi de l'adminiftration des hopitaux , dont
elle vifita les chambres les unes après les autres ,
elle paffa enfuite aux cafernes , & de- là à l'Opéra
Italien. Le 27 , elle a quitté cette ville pour fe
rendre à Théréfianople « .
On annonce pour le 15 du mois prochain
à Témefwar & dans cette capitale ,
la vente de 35 terres des domaines du
Bannat de Témefwar. On évalue la fomme
qu'elles doivent produire à près de S millions
de florins d'Empire.rei
Les chaleurs ont été fi grandes en Hongrie
, qu'on a été obligé de renvoyer à la
nuit les travaux qu'exigeoit la culture de
la terre , & qué les neiges des monts Krapak
, accumulées fur leur fommer depuis
des fiècles , fe font fondues .
De HAMBOURG , le 3 Octobre.
DANS ce moment où l'on ne reçoit aucunes
nouvelles des opérations militaires
( isi )
qui doivent avoir lieu dans les quatre par
ties du monde , on recommence à parler
de paix & du Congrès qui doit s'affembler
pour travailler à ce grand ouvrage , qui
paroît encore très-difficile dans l'inftant
actuel , mais qui pourra l'être moins felon
les nouvelles qu'on s'attend à recevoir de
l'Amérique Septentrionale. Vienne eſt toujours
le lieu défigné pour la tenue de ce
Congrès ; mais on n'entend point dire encore
que les Miniftres qui doivent s'y rendre
foient nommés.
Selon des lettres de Vienne , il a été
envoyé à l'Abbé de Ste Dorothée en Autriche
, une dépêche qui lui annonce que
l'Empereur fécularife fon Abbaye en lui
affignant 4000 florins de penſion par an ,
& donnant une penſion alimentaire à chacun
des Religieux qui la compofoient. On
dit que trois autres Abbayes auront dans
peu le même fort.
» Le plan de tolérance qui caractérife le Gouver
nement de S. M. I. , lit- on dans une de ces lettres
fe pourfuit avec beaucoup d'activité . Plufieurs de
fes domaines étant remplis de fujets de communions
Proteftantes , ou entourés d'Etats où ces communions
dominent , on fent combien la tolérance peut
y faire fleurir la population , le commerce & tous
les arts , qui contribuent à augmenter l'éclat & la
puiffance d'un Empire. Ce font les effets qu'on attend
de la réfolution finale qui vient , affure-t- on , d'être
prife d'accorder aux Proteftans le droit d'acheter des
biens fonds , & de conftruire des maifons où ils
8 4
( 152 )
pourront pratiquer les exercices de leur culte. Ces
maifons feront à - peu- près comme les Eglifes des
Catholiques en Hollande , c'eft- à-dire , fans tour ,
fans cloches , & fans porte qui donne fur la rue «<,
ITALIE.
De LIVOURNE , le 25 Septembre.
ON a reçu par le Levant la confirmation
de la vengeance terrible qu'Hyder- Aly à
priſe des Anglois qui avoient mis fa tête
à prix , en faifant couper le bras droit à
tous les prifonniers qu'il avoit de cette
nation . Si le Prince Indien s'eft vengé en
barbare , comme le difent les Anglois ,
ils en avoient donné l'exemple en fe conduifant
auparavant en barbares.
On mande de Naples que le Roi a envoyé
aux Curés de la terre d'Otrante , ordre
de publier gratis les bancs de mariage
, ainfi qu'en agiffent les Curés du Diocèfe
de Naples , d'adminiftrer également
gratis tous les Sacremens , & de ne prendre
généralement qu'un Carlin par chaque
acte d'atteftation .
Le 17 de ce mois , écrit- on de Gênes , la pinque
armée de la compagnie du Secours , eft entrée dans
ce port. Elle avoit à fa fuite une tartane Génoiſe
chargée de bled , qu'elle a repris fur une galiote
Tuniſienne qui s'en étoit emparée , & qu'elle a
combattue avec tant d'ardeur , qu'elle l'a coulée à
fond , en fauvant cependant l'équipage . Cet équipage
confifte en 29 Barbarefques qui ont été faits
prifonniers , & que la pinque a amenés ici les fers
aux pieds & aux mains .
( 153 )
-Ceux des corfaires Mahonois qui étoient
en courfe quand le Duc de Crillon a fait
fa defcente dans l'Ifle de Minorque , y rentrent
fucceffivement , afin de n'être point
déclarés rebelles au Roi d'Eſpagne , & même
pour prendre dés lettres de marque
de S. M. C. On affure que le Général Murray
n'a pas un feul Minorcain avec lui dans
le fort St- Philippe , parce que les habitans
de l'Ifle n'ont jamais voulu fe former en
milices , quoique depuis deux ans fur- tout
ce Général les y ait follicités. Le Roi d'Efpagne
pour le mieux concilier les efprits ,
les a exemptés pour dix ans ,
d'un gros
droit qu'ils payoient au Gouvernement
Britannique.
»Le 18 de ce mois , écrit- on de Rome , vers les
4 heures du matin , le tonnerre tomba fur une des
falles du Palais . Tout fut en alarmes , mais il n'y
eut aucun dommage. Le tonnerre paffa enfuite dans
unappartement du Cardinal Jean- Baptifte Rezzonico ,
Secrétaire des Mémoriaux . Le plancher en fut un
peu endommagé. Le Pape ne fut point réveillé par
le fracas ; & pour qu'on ne crût pas que cet accident
avoit pris fur fa fanté , il fe montra le lendemain
au peuple , en fe rendant à l'Eglife de Saint-
Euftache .
ESPAGNE.
De CADIX le 30 Septembre.
,
LE 23 de ce mois notre Armée eft rentrée
dans cette baie en affez bon état , quoiqu'elle
ait tenu une croifière de 63 jours.
Le 25 , 6 vaiffeaux de ligne , une frégate
& S
( 154 )
& une bélandre ont appareillé. La fortie de
ces vaiffeaux a caufé beaucoup de joie au
commerce , qui s'imagine qu'ils vont audevant
du convoi de la Havane , dont on
croit toujours le départ certain. On ne peut
cependant tirer à cet égard aucune lumière
de la frégate la Sainte- Lucie , dont l'approche
eft encore défendue avec la même inquiétude.
M. O-Reilly , notre Gouverneur ,
ayant cru devoir envoyer à fon bord un de
fes Adjudans , pour favoir fi elle n'auroit pas
quelque befoin , le Capitaine en feufervant
du porte voix , a ordonné à la chaloupe qui
portoit l'Adjudant de fe retirer. On préfume
que ce mystère n'a pour objet que de cacher
la nouvelle du départ de la flotte de la Havane
; on eut craint fi elle s'étoit répandue
trop tôt , qu'elle n'eût paffé trop promptement
en Portugal , d'où elle auroit été bientôt
fue à Londres , où l'on auroit pu prendre
le parti d'envoyer quelques vaiffeaux pour
l'intercepter.
On écrit d'Algéfiras qu'on ne donne
pas un moment de relâche à la garniſon de
Gibraltar. Les lignes de St Roch deviennent
de jour en jour plus redoutables. On a pouffé
les travaux bien au- delà de la batterie de
St- Charles ; & on a conſtruit d'autres ouvrages
, où l'on doit placer deux nouvelles batteries
de canons & de mortiers. Les ennemis
qui redoutent ces approches ont fait un
feu d'enfer pendant quelques jours ; mais
les travaux n'ont pas été interrompust , &
( 155 )
l'ouvrage a été achevé fans grande perte ,
quelques foldats ayant été légèrement bleffés
, & n'y ayant eu de tué qu'un fergent
des Gardes Wallones.
» Nous formes informés , écrit -on de Barcelone
, que le premier convoi parti d'ici pour Minorque
, a été retenu par les vents contraires , &
qu'il eft encore fur les côtes de Catalogne. Les
mêmes vents ont empêché le fecond de mettre à
la voile. Le Marquis de Crillon , arrivé aujourd'hui
( le 27 ), fe propofe de paffer à Mahon avec
le fecond convoi . Les Mahonois qui ont été faits
prifonniers , & qui ont déclaré avoir ( connoiffance
des parties du Fort Saint - Philippe qui font minées
, ont été renvoyés par ordre du Roi au
Duc de Crillon : & s'ils réuffiffent à faire éven-
?
ter les mines , il leurrfera donné une récompenfe
proportionnée à la grandeur du fervice . Le Général
a ajouté à la demande de 100 mille facs à
terre , une feconde demande de pareil nombre ,
& il paroît bien décidé que le fiége commencera
immédiatement après l'arrivée des fecours qui lui
font envoyés de toutes parts «.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 13 Octobre.
in th
Nous ne fommes pas plus inftruits aujourd'hui
que nous l'étions au commencement
,de ce mois de ce qui fe paffe dans
l'Amérique Septentrionale ; les paquebots
arrivés fucceffivement de Charles -Town
& de New-Yorck n'ont donné lieu à aucune
Gazette extraordinaire ; & la Gazette
ordinaire de la Cour eft muette fur tous
8 6
( 156 )
les évènemens que nous fommes fi inté
reffés à favoir. Ceux qui ont des liaiſons
fur le continent de l'Amérique , ſe plaignent
de la ftérilité des lettres qui leur
viennent de cette partie du monde. Ils en
concluent naturellement que les affaires y
font dans une pofition très-critique , & que
fur- tout dans les Provinces du Sud , la
campagne a été fort infructueufe. On n'a
plus de confiance aux Gazettes de New-...
Yorck qui peignoient notre fituation fous le
jour le plus avantageux ; on s'étonne de
Faudace avec laquelle elles ont affuré que
les Américains avoient établi une banque
qui n'avoit pu fe remplir faute d'argent ;
on ne peut fe diffimuler cependant qu'ils
n'en manquent pas ; & on demande où
refteroient donc les fommes qu'envoient
journellement la France & l'Angleterre , &
la valeur des prifes nombreufes qu'ils ne)
ceffent de faire. ,
Mobik isild
On dit qu'on a des dépêches du Chevalier
Clinton qui vont jufqu'au 20 Août ;
elles doivent contenir un récit détaillé des
opérations du Général Washington & du
Comte de Rochambeau ; & il fant qu'elles
ne nous foient pas favorables puifque l'on
n'a pas jugé à propos de nous en inftruire.
On fe contente de dire que ces deux Généraux
, après avoir paru devant la place
avec une armée nombreuſe , fe font retirés
à New Caftle , à 6 milles plus au nord du
côté des plaines Blanches ; on leur fuppofe
( 157 )
toujours le deffein d'attaquer New-York ;
mais il paroît qu'ils ne font que menacer
cette ville , & que leur grand projet eft
de favorifer les opérations dans le fud ,
où le Lord Cornwallis aura une rude attaque
à foutenir , & qui fera fecondée
peut- être par les forces navales des François.
On n'eft pas mieux inftruit de ce qu'a
fait ce Général dans la Virginie ; on prétend
que les dépêches qu'on en a reçues
vont jufqu'au 12 Août ; mais on n'en fait
pas davantage ; le Gouvernement n'a pas
même publié le compte que le Lord Cornwallis
avoit rendu de l'affaire du 6 Juillet
entre fon armée & les troupes de Penfylvanie
fous le Général Wayne. On peut
oppofer à la relation qui en a été publiée à
New-York , la fuivante tirée d'une lettre
du Marquis de la Fayette au Major Général
Gréen , datée d'Ambler's - Plantation
be 8 Juillet.
, » Le 4 de ce mois les ennemis évacuérent
Williamsburgg, où quelques magaſins tombèrent
entre nos mains ; ils fe retirèrent le long de la
rivière James , fous le canon de leurs vaiffeaux.
Le lendemain nous nous avançâmes à 9 milles du
camp Anglois. Le 6 je détachai un corps avancé
aux ordres du Général Wayne , pour reconnoître
la fituation de l'ennemi . Il attaqua vigoureufement
quelques uns de leurs piquets , & plufieurs de nos
chaffeurs donnèrent , en cette occafion , des preuves
de leur adreffe . Après m'être affuré le Lord
Cornwallis avoit renvoyé fes bagages & pris pofte
-
que
t
( 158 )
dans un camp ouvert protégé par ſes vaiffeaux ,
je joignis le détachement que je trouvai vivement
engagé avec l'ennemi. Le Major Galvan , dont la
conduite mérite toutes fortes d'éloges , avoit fait
placer en front une pièce de canon . L'armée Angloife
s'avança auffi- tôt fur un petit bois qu'occupoit le
Général Wayne ; fon corps compofé de Penfylva.
nicas , n'excédoit pas le nombre de 800 hommes ,
avec 3 pièces de canon , & malgré cette grande
difproportion , ils fe précipitèrent fur l'ennemi ,
dont les flancs s'étendoient beaucoup au - delà de
ceux du détachement ; il s'enfuivit une vive efcarmouche
, mais notre grande infériorité en nombre
d'hommes , me fit donner ordre au Général Wayné
de te retirer à un demi- mille du champ de bataille ,
dans un endroit où j'avois fait marcher en hâte l'in
fanterie légère , & où les deux troupes réunies
devoient le mettre en bataille. Nous rellâmes dans
cette pofition jufqu'à minuit , mais l'ennemi paffant
le lendemain la rivière , abandonna fon camp , qui
fut auffi tôt occupé par le Général Muhlenberg.
D'après les rapports qui nous parviennent , les
ennemis ont perdu confidérablement dans cette
action : le détachement du Général Wayne a beau
coup fouffert , fans cependant perdre un Officier.
On nous a tué beaucoup de chevaux , ce qui nous
mettoit dans l'impoffibilité de mouvoir notre ar
tillerie ; mais il eft affez glorieux pour le Général
Wayne & les troupes de fon détachement , d'avoir
attaqué avec une avant garde toute l'armée Bri
tannique au milieu de fon camp , & de l'avoir
obligée , par un feu bien foutenu , de précipiter
fa retraite au- delà de la rivière . Bleiles. Ca
pitaines , Lieutenans , 7 Sergens & 82 Soldats,
Tués . 4 Sergens , 24 Soldats . Egarés . 12 hommes.
5
S'il faut en croire quelques - uns de nos
papiers , divers avis de l'Amérique Septen
( 159 )
D
2
trionale annoncent qu'on a vu la flotte
de l'Amiral Hood à deux journées de New-
York , & celle de France à 4 , & on en conclut
qu'elles arriveront à peu de diſtance
l'une de l'autre. Mais il n'eft pas encore
bien décidé que M. de Graffe fe dirige de
cencôté. Om croit toujours qu'il va vers
le fud ; & il ne feroit pas étonnant que
l'armée Françoife de M. de Rochambeau ,
qui , après s'être éloignée de 20 milles de
New-York, s'eft encore retirée à 60 milles ,
ne prit auffi la route de la Virginie . Ce
motif de fon mouvement eft au moins
plus vraisemblable que celui que lui prête
la Gazette de New-Yorck ; elle dir qu'elle
n'a pris ce parti que pour empêcher les
défertions , & tout le monde fait qu'elles
font infiniment moins fréquentes chez nos
ennemis que chez les Anglois. Une lettre
de Philadelphie en date du 15 Août, confirme
nos conjectures fur la deftination de
Parmée & de l'efcadre Françoife.
.
"
2
L'efcadre du Comte de Graffe a paru à la hauteur
de la Caroline ; elle n'a point de bâtimens
de tranport mais les dont elle eft
troupes
chargée , au nombre de 4000 hommes , fans compter
celles de la marine, font à bord des vaiffeaux
de l'efcadre. D'après les dernières nouvelles du
Sud , les Anglois ont évacué Ninety- Six , après en
avoir détruit les ouvrages , & le font retirés à
Monks-Corner , à 26 milles de Charles - Town. On a
lieu de croire qu'ils feront bientôt obligés de fe
retirer dans cette capitale , pour chercher un abri
contre les forces Américaines qui les entourent.
( 160 )
Quelques-uns de nos détachemens font poftés entre
Mouks-Corner & Charles -Town ; mais ils ne font
pas allez nombreux pour empêcher la retraite de
l'ennemi. Nos affaires prennent de ce côté l'aspect
le plus fatisfaifant. Un corps de nos troupes n'eft
qu'à 3 milles de Charles-Town , & prefque tout le
pays s'eft foumis armes victorieufes du Général
Gréen . On ajoute
de
grande
partie
du
renfort
récemment arrivé à Charles-Town , eft morte de
fatigues , & de l'influence du climat fur des hommes
qui n'y étoient pas accoutumés.
-- Le Colonel Lée
a fait 800 prifonniers & un butin immenſe à Auguſta
dont il s'eft emparé ; George-Town a été évacué,
L'intrépide Paul-Jones , cet Armateur fi redou
table fur les côtes d'Angleterre , vient d'être remer
cié folemnellement par le Congrès , de la prudence &
du courage avec lefquels il a foutenu l'honneur du
pavillon Américain , dans fes différentes entrepriſes
pour la liberté des Etats- Unis ; cette réfolution eft
du Avril
14
Les mêmes lettres ajoutent que le territoire
de la Georgie & de la Caroline eft fi
bien nettoyé de troupes Angloifes , que les
Gouverneurs de ces deux Etats qui étoient
auprès du Congrès , font retournés prendre
poffeffion de leurs Gouvernemens refpectifs
. Tous ces détails ne manquent pas de
ramener l'attention fur le prochain départ
du Lord Dunmore , & fur la bonne- foi de
ceux qui croient qu'une Province eft foumife
parce qu'on y a détruit quelques maifons
; on donne pour devile au Lord Dunmore
: Vacua fe jacter in aula.
On n'a pas plus de nouvelles des ifles
que de l'Amérique Septentrionale . On dit
( 161 )
toujours que l'Amiral Rodney en reprendra
la route en Décembre prochain. Cependant
la Nation en doute. Ce n'eft pas , s'il faut
en croire quelques avis particuliers , que
cet Amiral n'ait befoin d'y retourner pour
fes intérêts. Lorfqu'il a fait la fameufe vente
des effets qu'il a pris à St -Euftache , il a admis
aux achats toutes les Nations ; plufieurs
maifons françoiſes de la Guadeloupe ont
acquis quantité d'articles dans cette occa→
fion ; il eft vrai que leurs noms n'ont point
paru , mais Rodney ne les ignoroit pas. Il a
pris le parti feulement de déclarer de contrebande
tout ce qui étoit provifions de
bouche & munitions de guerre ; & les Adjudicataires
ne pouvant les faire tranfporter
chez eux , font obligés de les vendre dans
St-Euſtache même. On raconte cette parti
cularité de cette grande vente . L'Amiral
exigeoit du comptant ; il falloit payer le prix
des effets adjugés avant les 24 heures ; fi ce
terme s'écouloit , le prix étoit augmenté dé
20 pour 100 ; s'il le prolongeoit juſqu'aux
36 heures , il l'étoit de 40. On prétend que
l'Amiral a enterré à Ste-Lucie plufieurs caiffes
d'argent qu'il n'a pu emporter avec lui ,
ou qu'il n'a pas voulu rifquer ; & dans
ce cas il n'eft pas étonnant qu'il défire
fon retour dans des parages cù il a laiffé
une grande partie de fa fortune.
"
Le Cerberus & le Québec , de 32 canons ,
le Gréen , vaiffeau munitionnaire armé , &
d'autres tranſports , qui depuis fix femaines
( 162 )
,
attendoient que les cfcadres combinées rentrâffent
dans leurs ports ont appareillé
le 28 Septembre pour Québec , comme la
faifon eft avancée , ils fe propofent de paffer
l'hiver à Halifax.
tinés
» Nous fommes arrivés ici , lit-on dans une lettre
à bord du Dedalus , de Saint-Jean dans l'lfle
de Terre-Neuve , le 23 Juillet , après une traverfée
ennuyeufe. Un grand nombre de bâtimens def
pour cette place & pour Québec , ont perdu
leur convoi ; beaucoup de ceux pour Terre-Neuve
ont été pris ; nous fommes fûrs de dix. Nous
avons pris en route un joli vaiffeau Américain
de 18 canons , appellé le Royal-Louis , & deux
corfaires , dont l'un de 16 & l'autre de 26.
Toute certe côte fourmille de cette vermine. On
dit qu'il y en a plus de 20 qui attendent la flotte
de Québec pour l'intercepter . Notre petite efcadre
eft compofée du Dedalus , de 31 ; de l'Oiseau &
de la Vénus de 18 ; de la Bruně , de 21 ; du
Fairy , de 16 ; du Cygne & de la Ducheffe de
Cumberland , de 14 ".
On ignore toujours où eft l'Amiral Darby;
on ne croit guère à l'opinion de ceux qui
l'envoyent a Gibraltar ou à Mahon ; on penfe
généralement qu'il croife pour favorifer la
rentrée de nos flottes .
» Il femble , dit à cette occafion un de nos papiers
, que la fortune fe plaife à protéger les fau
tes & les négligences même du Chef de l'Amirauté.
La florte des Ifles devoit partir en Juillet , Rodney
trop foible pour lui former un convoi , la retint
jufqu'au premier Août , & c'est ce retard qui
l'a fauvée de l'armée combinée. Auffi le parti de
l'Oppofition affure- t- il que les Miniftres , pour
marquer à la Providence toute leur reconnoillan.
ce, ont fixé un jour d'actions de graces qui doi
( 163 )
•
vent commencer par ces mots remplis également
d'humilité & de vérité : Non nobis , Domine , non
nobis ; ce n'eft point nous , ce n'eft point nous
Seigneur , qui avons protégé les biens de nos
Compatriotes ; c'est aux vents & au hafard qu'ils
doivent tout cc.
Le Commodore Keith Stewart croife
dit-on , toujours devant le Texel ; il attend
lesHollandois à leur fortie ; mais il
paroît que ceux- ci inftruits de fa croifière
refteront dans leur port. Le Commodore
efpère du moins enlever la grande flotte que
les Négocians de la République attendent
des ifles ; mais il eft douteux auffi qu'elle ne
foit pas prévenue & qu'elle ne change pas
de route.
On raconte l'anecdote fuivante fur l'Amiral
Parker , & on dit qu'elle a donné lieu à
la promotion du Commodore Stewart à
fon commandement. Avant le combat de
Doggers-Bank , l'Amiral avoit demandé un
brûlot , & fa demande peut - être mal entendue
ne fut point exécutée. Lorfque le
Roi vint à fon bord après le combat , pour
lui marquer fa reconnoiffance , l'Amiral ne
manqua pas de lui dire qu'avec un feul
brûlor , il auroit fait fauter 4 vaiffeaux Hol
landois. S. M. ne put déguifer fa furpriſe,
L'Amiral demanda des forces fupérieures ;
& quelques jours après , il apprit que le
renfort étoit accordé , mais que le Commodore
Keith Stewart étoit nommé à fa
place.
On lit dans un de nos papiers cette autre
( 164 )
anecdote fur la croifière pénible de cet
Amiral.
» L'Amiral Parker étant forti des Dunes avec fon
efcadre pour aller croifer dans la mer d'Ecoffe
une jeune femme , dont le Prétendu étoit à bord
d'un des vaiffeaux de l'efcadre , étant déguisée en
matelot , monta à bord du vaiffeau de fon amant.
Elle ne fut découverte qu'à la rade de Leith ; le
Capitaine lui offrit avec beaucoup d'honnêteté de
la defcendre à terre , difant qu'il feroit trop inhumain
de l'expofer à la merci des vents dans un endroit
auffi éloigné de fon pays. Cette Héroïne , ainfi
que neaf autres femmes qui étoient fur l'efcadre ,
refusèrent cette propoſition , & affiftèrent au combat
naval avec l'efcadre Hollandoife. Elles furent
d'une grande utilité par les fervices qu'elles rendirent
aux bleffés dans l'entrepont du Chirurgien «.
On attend avec impatience la rentrée du
Parlement . Les uns la difent fixée au 18 Novembre
, les autres au 28 ; ce terme paroît
encore bien éloigné , il furprend ceux qui
croient que le befoin que le Lord North a
d'argent devoit le rapprocher ; mais en raffemblant
le Parlement pour lui en demander
, il faut avoir quelques bonnes nouvelles
à lui annoncer. Il eft de fait que nous
n'en avons aucune ; il eft même à craindre
que celles que l'on attend ne foient pas de
nature à confoler la nation ; mais en ce cas
on fe flatte qu'elles pourront fervir à accé
lérer la paix , & que le Parlement la demandera
avec cette énergie fi connue autrefois
de la nation Angloife. On dit que le
Miniſtère commence à s'ennuyer de la guerre
, & qu'il travaille fecrètement à la faire
1165 )
finir. Les Puiffances du Nord feront, à ce que
l'on affure , médiatrices de la paix avec la
Hollande , & l'on ajoute que le Roi pour
faciliter celle avec la Maifon de Bourbon ,
s'eft enfin décidé à reconnoître l'indépendance
de l'Amérique feptentrionale , pourvu
que l'Efpagne reconnoiffe auffi celle des colonies
méridionales. Il n'eft pas vraiſemblable
qu'on propofe une pareille condition.
L'Amérique méridionale eft foumife , elle
ne fe plaint point de fon Gouvernement
actuel , elle n'a point fecoué le joug , elle
ne s'eft point déclarée indépendante ; & elle
eft en conféquence dans un cas bien différent.
Un des Membres les plus diftingués du
Corps Légiflatif, fe prépare , dit- on , à propofer
dans le prochain Parlement la callation
de plufieurs loix pénales contre les Catholiques
Romains . Elles font telles , dit un
de nos papiers , qu'un homme de cette religion
ayant un cheval de so à 100 guinées
feroit contraint de le donner pour cinq au
premier Turc , Juif ou Athée qui le lui demanderoit.
La conduite loyale & zélée qu'ils
ont fait éclater dans les circonftances préfentes
, exige l'abolition de ces loix barbares
& abfurdes, Les Irlandois dont la plus grande
partie font de cette religion ſe font fignalés
par leur courage patriotique.
A l'arrivée de M. John Irvine à Corke , pour
y prendre le commandement des troupes à la dernière
rumeur , il y trouva le crédit tellement baiffé ,
( 166 )
ACL 1F
qu'il avoit beau s'adreffer aux premiers Banquiers
pour avoir la fomme de 600 liv . fterl . , perfonne
ne pouvoit la lui avancer. La caiffe , qui étoit entre
les mains des Collecteurs , étoit entièrement épuifée,
Dans ces circonftances , n'ayant d'autres reffources
que de s'adreffer au Tréfor à Dublin , M.
Gold , Négociant Catholique Romain , fut informé
de l'embarras & de la pofition défagréable où fe
trouvoit ce Commandant , n'ignorant pas les fàcheufes
fuites que pourroit entraîner le manque d'argent
, il lui offrit fur- le- champ non - feulement la
fomme demandée , mais il lui apporta encore le
lendemain une fomme de sooo liv. fterling , en
informant ce Général , qu'en lluuii ddoonnnnant avis quelques
jours avant, it lui procurera 100,000 liyv. feterl.
Le Général informa auffi ôt le Gouvernement
procédé généreux & vraiment patriotique de M.
Gold. On envoya fur - le - champ un Exprès à ce
digne Citoyen , pour lui faire , de la part du Miniftère
, des remerciments , d'avoir dans
d'alarme & de danger prouvé que la différence de
Religion ne lui a pas fait oublier qu'il étoit Ir.
landois .
sun
du
moment
» On lit dans une lettre de Dublin du 26 .
Septembre dernier , un fait affez plaifant qui
montre quelles inquiétudes les corfaires
François répandent fur les côtes , & combien
on y eft fujer à des frayeurs paniques,
Un Ingénieur-Géographe , étant chargé par les
Commiflaires des Barrières d'aller mefurer & lever
le plan d'un terrain , fitué près de Drogheda , il fut
remarqué au moment qu'il faifoit feess obfervations
fur la montagne de Dublin , d'où l'on domine fur
toute la Ville. Le bruit couroit alors que quelques
corfaires vouloient tenter une defcente , ce Géographe
ayant un air étranger , les habitans le prirent
pour un Ingénieur François occupé à tracer une batte,
tie. L'alarme le répandit à Drogheda , les Volontaires
crièrent aux armes , & le pauvre Géographe , au
( 167 )
bout de quelques minutes , fe trouva environné
d'une petite armée. Il eut beau , pour prouver fon
innocence , leur faire les plus grandes proteftations ,
on l'amena à Drogheda , comme prifonnier , & on
l'y retine pendant plufieurs jours , jufqu'à ce qu'on
eût eu le tems de recevoir des répontes de Dublin
qui atteftoient fon innocence «.
L'avis fuivant inféré dans la plupart de
nos papiers peut donner aux étrangers une
idée de la manière dont la police fe fait
dans cette capitale , & combien nous aurions
befoin de la mettre fur le pied cù elle
eft à Paris.
Attendu que la nuit paffée ( celle du 26 au 27
Septembre ) une vingtaine de jeunes gens ont ,
avec barbarie , jeté par terre , & infulté avec indécence
toutes les femmes qu'ils ont rencontré dans
le King- Street , Covent Garden , Catherin- Street ,
& Holliwel Street , où ils ont mis fin à leurs plai
firs inhumains , à la vue de cinq Meffieurs courageux
qui les ont mis en fuite , fans avoir pu le faifir
d'aucun d'eux ; on prie ceux qui , dans cette
troupe , n'étoient que fpectateurs , de ne plus fe
trouver en cette infâme Compagnie , s'ils ne veulent
s'expofer aux punitions févères que méritent
les ennemis du beau fexe. On préfume que les fcélérats
en queftion font de jeunes Chirurgiens qui
revenoient d'une leçon.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 23 Octobre.
LE II de ce mois le Baron de Breteuil
Ambaffadeur extraordinaire à la Cour de
Vienne , qui étoit de retour par congé , eur
l'honneur d'être préfenté à S. M. par le
Miniftre des Affaires étrangères , & de prendre
congé pour retourner à fa deftination ,
( 168 )
Le 14 S. M. a nommé à l'Evêché de
Saintes , l'Abbé de la Rochefoucault , ancien
Agent général du Clergé de France.
£
Le même jour LL. MM. & la Famille
Royale fignèrent le contrat de mariage du
Baron de Corberon , Metre-de- Camp de
Dragons , Miniftre Plénipotentiaire du Roi
près le Duc des Deux- Ponts , avec Made
moiſelle de Behmersma , tron ก
-
1
"
1
Hier la Reine qui avoit commencé à reffentir
quelques ddoouulleeuurrss vers les 9 heures du
matin , eft accouchée très-heureufement ,
une heure 23 minutes , & arempli les voeux
& l'attente de la Nation en lui donnant un!
Dauphin qui a été baptifé le même jour à ¹z
heures. La fanté de la Reine eft auffi bonne
que fon état le ppeetrinier.
sheliums of 3151 51 2 sgnomt£2 ab , zonsoline2
DeviPART§§le- 23 Octobregist
bjoibed & sol , idegbЯ & slimut simang alag
Nous avons des lettres du Camp de Phiso
lipsbourg , dans l'Amérique Septentrionale ?
en date dusi 6 Août. Elles nous offrent fem
2)
journal des opérations de l'Armée Françoife
i
le 1 Juin juſqu'à cette époque,
de s
On ne fera pas fâché de le trouver ici s'il
te depuis le 1 Juin juſqu'à cette
répète quelquefois ce que l'on a vu dans la
lettre que nous avons inférée dans le Jourdsh
nal du 6 de ce mois , il donne plus de dé
tails , qui méritent d'être connus.
>
2eq jwa'ni now
» L'infanterie de Lauzun qui étoit reftée à Newport
eft partie le 4 Juin pour Providence ; la brigade
de Bourbonnois sy rendit le 10 , & celle de
Soiffonnois le 11. Elle y fejourna jufqu'au 18. L'infanterie
de Lauzun en étoit partie le 14 pour joindre
( 169 )
οι
dre les Huffards du même Corps à Libanon ,
ils avoient pallé l'hiver. L'asmée marcha fur quatre
divifions . Le régiment de Bourbonnois , avec un
quart de l'artillerie , partit le 18 de Providence
& alla camper le même jour à Waters- mans-
Tavern , le 19 a Piainfield , le 20 à Windham , qui
eft un charmant endroit , le 21 à Bolton , & le
22 a Hartford , où on féjourna le 23 & le 24.
Cette Ville eft bâtie parallèlement à la rivière qui
porte fon nom ; l'armée étoit campée a Eaft-
Hartfort ; Saintonge y arriva le 25 , & on en partit
ce jour - la pour Farmington ; le 26 , on fut à
Baron's Tavern , le 27 a Breack Neck , ie 28 a Newtown
, où nous devions fejourner les 29 , 30 & 31
Juip & premier Juillet , pour y réunir toute l'armée .
Le projet d'une expédition nous ôta ce féjour , &
l'armée marcha fur deux divifions . Les régimens
de Bourbonnois & de Royal Deux- Ponts , & moitié
de l'artillerie formèrent la première ; ceux de
Soiffonnois , de Saintonge & le rette de l'artillerie ,
formèrent la feconde La première divifion campa
le premier Juillet à Redgeburg , le 2 à Bedford
où la légion de Lauzun , qui avoit couvert notre
gauche , arriva en même tems que nous. Au moment
où l'on croyoit qu'elle aloit camper , elle
fe remit en marche , & continua toute la nuit &
la journée du lendemain. Jamais on ne vit plus
d'ardeur dans les troupes. L'infanterie marcha auffi
vite que la cavalerie , & fit 66 milles fans s'arrê
ter & prefque fans manger ; les foldats s'étant
débarraffé de leur pain pour aller plus vite , il
n'y eut pas un traîneur : malheureuſement l'expédition
n'eut pas de fuite , les ennemis n'ayant pu être
furpris. Le 3 Juillet , nous campames à North-
Caltle. Cette journée ne fut que de 5 milles ,, &
la feconde divifion nous y joignit. Auffi-tôt qu'elle
fut arrivée , l'ordre fut donné d'être prêt à marcher.
Le régiment de Saintonge & l'artillerie at-
27 Octobre 1781.
300
A
h
( 170 )
1
tachée à la feconde divifion ; n'eurent point de féjour
depuis Hartford , & firent une marche forcée le
2 & le 32 L'exécution de cet ordre tenoit au
fuccès de l'expédition que les Américains avoient
projetcée fur les Laceys aux environs de Kings
bridge a Cheſter & New Roch Belgaum attendity
on avec impatience une lettre de M. de Lauzun .
Elle arriva le 4 au foirmais elle nous apprit
qu'une patrouille ennemie en ayant rencontré aine
des Americains avoit échangé avee elle quelques
coups de fofil 30& que ce bruit ayant prévenu les
Anglois de leur arrivée oils étoient fortis de
Kingsbridge avec des forces fupérieures . Le Géné
ral Lincoln , quibcommnae doit bles Américains ,
enleva un pofte avance compofé d'un Lieutenant
& des hommes & dans un engagement affez
chaudqisilperdir die ou douze hemmes : les Anglois
en perdirent beaucoup plus , & entr'autres un
Capitaine Hellois , qui mourut le lendemain de
fes bleffures. M. de Lauzun ne put arriver qu'à
la fin de l'engagement & dans le menient ed
Lincoln fe relitoit ; il fit de très belles manoeuvres
pour empêcher qu'on ne le coupât , réuffit parfai
tement & vint camper à White-plains Ley ,
le Général Washington vint voir l'armée Françoife
à NordCaſtle , dina chez le Chevalier de Chatellux
, & partit pour rejoindre fon camp , après
avoir fait le tour du nôtre. Le 6 notre armée
partit de Nort - Caſtle , pour venir camper ici .
La gauche de notre camp eft appuyée à Brunk-
River , & notre droire du côté des Américains. La
légion de Lauzun'eft campéeà ( White-plains 24
milles de noirs . — Le pays que nous avons couru
eſt très montueux ; nous croyions que nous allions
trouver ici une furface unie & telle que le nom
Fannonce ; mais tout eſt montagnes & vallées . Ce
pays , qui étoit en 1766 le théâtre de la guerre ,
& qui le trouve encore aujourd huí livré aux in(
171 )
ว V
curfions des deux partis , eft tout- à - fait ruiné , la
dévaſtation y eft générale ; on ne rencontre plus
que trois ou quatre maiſons à White-plains , &
une douzaine à Philisbourg , elles font à une demi-
lieue les unes des autres , & dans le plus mauvais
état poffible ; ce font les logemens de nos Généraux,
L'intérieur nous offre le ipectacle de la plus
grande mifere , fuite malheureufe des guerres civiles
. Le 1s Juillet , 2 fiégates Angloifes ,
floops , une galère & deux chaloupes armées , remontèrent
la rivière du Nord , dans l'intention de
détruire un établiſſement de fours que nous avons
fait à Tarry, Town , dont nous fommes éloignés
de fept milles. A dix heures & demie , ils tirerent
fur des bateaux qui étoient dans l'anfe les uns
étoient chargés de farine pour nous , les autres de
quelques pièces de canons pour les Américains. Un
fergent & douze hommes de Soiffonnois qui étoient
de garde aux fours , entrèrent dans l'eau à mis
corps & par un feu foutenu , défendirent les
bareaux contre les chaloupes armées , éteignirent
le feu qu'elles y avoient , mis ; une légion Améti
caine qui étoit campée près de là , s'y tranſporta
pour empêcher la defcente nous y envoyames
deux pièces de 112 & 2 sobuſiers ; le lit de la ri
vière eft affez large pour que de petites frégates
puiffent pafler hors de la portée du canon . La ga
lère remonta la rivière un peu plus haut que Tarry-
Town , & prit un bateau chargé de 10,000 ratious
de pain & des habits de la légion Américaine ,
commandée par le Colonel, Shellen ; on fit def
cendre le lendemain nos pièces de canon , & les
Américains y ajoutèrent une pièce de 18 & deux
de 12 alors les frégates ennemies fe firent touer
par leurs chaloupes , pour le mettre hors de la
portée de notre canon. Le 17 , les frégates redefcendirent
à New- Yorck , un obafier mit le feu à
l'une d'elles il ne tarda pas à être éteint , mais la
发膏
h 2
( 172
29169911 200 96
2918
peur fit jetter 20 à 25 hommes à la mer ; deux
abordèrent à Dobbs -Ferry , & les autres au rivage
oppofé . Les deux piifonniers ddiirent que la fregate
avoit eu un homme tue & quelques bleffes.
bataillon de Grenadier de Bour- la
ID 192.21011
Le 21 Juillet à la retraite
bonnois , le & de Chal
feurs de cette brigade , un bataillon de celle de
SB 51 209001750 291106,
Soiffonnois & les Volontaires étrangers de Lauzun
011 29 791061 100 99 9 1910
avec fix
pièces
de
quatre
, deux
de
12
&
deux
obufiers
, fe
mirent
en
marche
pour
pre
TAS
Pour
protéger
la
reconnoillance
que
le
Général
Washington
&
M.
de
Rochambeau
vouloient
faire
des
forts
Tryon
,
Clinton
, Washington
, &c. une
grande
partie
de
l'armée
Américaine
a marché
auffi
; la
reconnoif-
55
fance, s'eft faite de la maniere la
Pod
101
5b
étendue & avec tout le fuccès poffible elle
jufqu'au bord du Sound ; on a fait quelques prifonpiers
Le Comte de Vauban & le Comte de Damas,
Aides-de-Camp de M. de Rochambeau , ont fait
спадна le leur. Celui du Comte de Damas a failli
à lui coûter cher , fon cheval ayant eu la jambe ayant eu la jambe
caflée , il l'a défellé , débridé devant la batterie
ennemie , a chargé lui- même la felle fur un cheval
de Huffard , eft monté en croupe derrière lui ,
eft venu rejoindre les Généraux . M. Bertier a tué
fon prifonnier , qui après s'être rendu à lui , Tufa
lâché un coup de piftolet.
&
Trois frégates
Romulus , la Gentille & l'Ariel ayant a bord
es troupes de terre & de
des
le Baron d'Angeli , tentèrent
commandées par
10 une expedition
ISUSMA 216105
dans le Sound ; ils débarquerent les troupes dans
2100 21011 2100 2119
la baie de Huntingdon , & fe mirent en marche pour
elles rencontrerent un
brûler des
magas ,
patiffades & d'un large föffé.
fort environne de trois
wind Soft 2052 Safion & 9115
Les
ennemis
tirerent
Helt feroit
imprudent de
tirèrent
à mitrailles
, & M. d'Angeli
croyant
que fans canons
troupes
refter plus long-tems , fit
embarquer les soldats
& fe retira, Un Américain & un de nos
( 173 )
moururent de leurs bleffures.
91fb.
-
L'Aftrée & deux
de nos frégates étant le 21 Juillet S. E. & N. O..
du Cap nord de l'Ifle Royale , curent connoiffance
de vingt voiles qui doubloient l'Ile de Statari
trois , s'en détacher
les reconnoître.
M. de la Peyroute , commandant Free , ' après
les avoir approché , fe mit en devoir de les challer.
Deux autres bâtimens le détachérent du convoi
tinrent le vent pour rallier les trois autres for
SI
pour
6450696 19906119 2518300
-00391 & 1209101 UPC
295 7
de
20
918
"
" &
merent ainfi leur ligne . L'Allégeance , de 2 2 canous
de 9 ; le Vernon , de 24 ; le Charles - Town de
26 de99 &21d10e1 6 ; le
de 14 de 9 & de 6 de 4. Le combat s'engagea
& jeYacht
a fix heures & demie. L'Aftree s'attacha aur Charles- heures &
Town ; Hermione l'engagea à
BURN EXTERIOR elle tom- 1106
ba fur le travers de l'Aftree , qui lui ayant tafe
fon grand mât de hune , la força d'amener ; le
qui fe trouvoit par le travers de l'Her
Brute
les trois autres tinrent le
vent ;un fixième de 18 canons n'a pas voulu pren-
Yacht
bimo
qui
mione , amena
P
36
1262
dre part au combat. L'Aftrée a cu trois hommes
tués & bleflés ; l'Hermione en a perdu autant
a eu douze bleffés. Du nombre de ces derniers , eft
M. Goury , Officier Auxiliaire , blené grièvement
a la cuiffe. Le pilote qui commandoit le Yacht ,
a dépolé en arrivant aà Bolton que nos fregates
s'étoient emparé de trois autres bâtimens matchands
l'un venant de la Barbade , le fecond de New- Yorck,
& l'autre de Le 21 Juillet
Frégates rencontrèrent la Biche , fregate Angloife ,
ain qu'un corfaire Américain , que celui-ci
160259basmmo
2060
ebec.
29106
15904
deux
avoit
qui
is depuis trois 10
310oranguk
ce dernier
& Hermione tira une volée fur la Biched qu
n'a du fon falut qu'a l'approche des terres ou elle qu'une
baie a
étoit ; elle a donné
РІБП
30313711220001900
buvelle
T'entrée de la
nuit , & comme il faifoit un tems épouvantable
,
nos frégates ne purent la poursuivre. Le Corfaite
Américain
eft arrivé a Bofton.
34819Juillet ,
IMA U 11131 31
h3
f 174
la frégate la Concorde eft arrivée à Newport ; elle
a annoncé l'arrivée très -prochaine de M. de Graffe,
qu'elle a quitté le 28 Juin à Saint- Domingue. Depuis
ce tenis , il y a grande corteft ondance avec,
M. de Barras , grande conférence avec Washingzou.
Ce que je puis aflirter, c'est qu'il règne la plus
entre nos
& de mer,
&
Ce
des
fêtes nouvelles
. Les Anglois
ont évacué
le fort
de Ninety
Six dans la Caroline
Les Américams
ont pris Augufta
la garoifouffez
confidérable
,
eft fortie avec tous les honneurs
de la guerre. —
Les 12 ou 3 CO hommes
pris par les
les Efpagnols
à Penſacola
, & qui fe font engagé a ne plus porter
les armes
contre l'Amérique
, ont été envoyés
à
New-Yorck
d'ou on affare qu'ils font partis
pour le Canada.A
290 tmmo150
do
Heya
plufieurs
jours
qu'un
Courier
extraordinaire
venu de Madrid
nous avoit
appris
qu'il étoit entré à la Corogne
zune
frégate
Françoife
dont le Commandant
avoit pris la pofte pour febrendresicis
Cet
Officier
arrivale
Viades
ce mois
c'eſt M.
de Capellis
Commandant
Ariel , frégate
que Paul-Jones
avoit conduit
en Amérique
,
& qui ne pouvant
fervir
au Congrès
, alété
cédée
à M. de Barras. Mi de Capellis
vient
de Rhodés
-Ifind
, d'où il appareilla
le 25
Aoûr avec Vefcadre
de M. de Barras
compofée
de 8 vaiffeaux
de digne & deg. Hûtes ,
portant
une quantité
immenfe
de provifions
& de munitions
de guerre
avec du gros
canon
& 8co hommes
. On un'a laiffé
à
Rhode
Island
que les milices
néceffaires
à
la défenfe
de l'ifle , & le port est défenda
grande patront
tous
les jours
( 175 )
13
par un nouveau fort , par le Fantafque , de
74 canons , & une flûte qu'on a armée. M.
de Barras va dans la Baie de Cheſapeak fe
réunir à M. de Graffe. Comme il veut éviter
les flottes Angloifes , il ne prolongera pas
la côte , en forte que fa traverfée fera longue
& qu'il ne compte entrer dans la Chelapeak
que le 20 ou le 25 Septembre. M. de
Capellis préfume qu'il aura eu un fort beau
tems , le vent ayant été conftamment nord ,
pendant le tems qu'il a navigué avec lui ,
& ne paroillant pás devoir changer . se
2
91797.91. 2914 011 2011
Le plan de nos Généraux paroît être de
détruire l'armée du Lord Cornwallis & de .
chaffer entièrement les Anglois des Provinces
du Sud avant l'hiver . En conféquence
cette expédition doit être appuyée de toutes
les sforces de M. de Rochambeau ; & fon
3narmée qui le 16 Août étoit aux Plainesblanches
, andû fe mettre en mouvement
Mef24 pour entrer en Virginie , où elle arrivera
à peu près dans le même tems que
Befcadre ,nayant au moins pour un mois
de marche. Le Lord Cornwallis inftruit fans
indoute de ce projet s'étoit rapproché de Portsmouth
où il felfortifioit . Son camp ouvert
-du côté de la mer , préfentoit déja du côté
¿ de la terre un front allez redoutable . 5ooo
ethommes le défendent ; mais comme il fera
advivement attaqué , & que le Général n'a
nul fecours à attendre de la mer , il y a
apparence qu'il y fera forcé .
Les Américains préparent des chaloupes
h 4-
( 176 )
2
niglish
& autres bâtimens armés qui ferviront à
la flotte de M. de Graffe pour approcher
de la côte , & de tranſport aux troupes de
M. de la Fayette qui doivent defcendre la
rivière James. Ce Général a 4000 hommes
d'excellentes troupes continentales fans
compter les milices qu'on y goignets da
5ooou qu'amène M. de Graffe , & 4000 de
l'armée de M. de Rochambeau , & qu'on
juge ſi la fituation du Lord Cornwallis eft
critique. Pendant ce tems-là le Général Washington
tiendra tête au Général Clinton
Celui-ci ne peut envoyer par terre aucun
renfort danslev Sad & coinme nous fome
maîtres de la el ne les rifquera
pas fur cet élément. Ainfi tout nous pro
mes
met les
fin de
97:
2
ICO UD
SUR STEP VI
Et
ages
les p
So
décififs décififs pour la
de cette campagne
sb xus.hiny xust
Un bâtiment Américain , arrivé à Cadix le z4
du mois dernier , lit on, dans une lettres de nos
ports , y a apporté des lettres de Philadelphiey ens
date du 6 Août. Elles difent que le Lord Cornwallis
ne pouvant le foutenir en Virginie , alloit s'em-
New -Yorck ,
barquerpour conduire
for real
s'em
tandis que la cavalerie ,fous les ordres de Tarleton
avoit ordre d'aller couvrir Charles - Town. M. de
la Fayette l'avoit tellement harraffé pendant toutes
les marches forcées qu'il avoit été obligé de faire
que fa armée étoit fort diminuée en arrivant
petite
a incurfion plus de 3000
hommes au Général Anglois de ce nombre
près de 2000 ont été faits prifonniers par les Américains
. Ombe fouhaitoit , à Philadelphie que ou f
vaiffeaux dans la Chesapeak pour ache var derainers
les ennemis de ce côté. M. de la Fayette , tranquille
(
177. )
- Nos
pour la Virginie , avoit détaché les Généraux Wayne
& Morgan , qui devoient fe joindre à Gréen , &
refferrer les ennemis dans Charles Town .
nouvelles de la Virginie , apportées par M. de
Capellis font d'une date bien poltérieure à celles
qu'on a reçues à Cadix, puifqu'elles font du zo Août.
Il paroît qu'alors le Lord Cornwallis avoit changé
de dellein , que lom de fonger à fe rembarquer , il
fortifioit le pofte qu'il aveic choifi près de Portsmouth',
du côté de la terres comme nous !l'a appris
M. de Capellis , fon camp étoit affez bien fortifié.
H cherchoit de même à le rendre refpectable du côté
de la mer. Pour cela ,il avoit fait emboffer 2 vaiffeaux
de 44 canons , tirant très peu d'eau & par conféquent
à l'abri de l'artillerie des vailleaux de ligne.
Il n'y aura que l'Expériment & le Romulus qui
pourront être employés à l'attaque de ce pofte ; s'il
eft vrai cependant que l'armée Françoife a deux
mortiers qu'elle doit placer fur des galiotes , les
placarmée
deux vaiffeaux de 44 ne pourront pas refifter à
leur feu. Actuellement le fort de Cornwallis paroît
décidé & à tout moment nous pourrons recevoir
des nouvelles de cette expédition , qui , fi elle réuſſit
parfaitement peue terminer la guerre da a upra
On crit de Londres que l'Amiral Hood
eftt entré dans la Cheſapeak le 3 Septembre
, avec 15 ou 17 vaiffeaux. On defireroit
ici que cela fût vrai , nous ferions alors
fans inquiétude pour M. de Barras
findans fa route il ne trouvoit que l'efcadre
de l'Amital Graves , il peut lui tenir
tête, M. de Graffe a pu arriver dans
la baye de Chefapéack le 4 ou le 6 Septembre
; il pourra fe mefurer avec l'Amiral
Hood , & la partie fera égale quand
MOTSETS A
aiden 25.90
,
1
hs
car
( 178 )
même à cette époque ce dernier fe feroit
réuni à l'Amiral Graves.
On ne doute plus ici que le convoi de
la Havane ne foit en route. Sa traversée
fera longue , puifqu'il y a apparence qu'il
ges
vient par les Canaries. L'efcadre qui eft
fortie de Cadix va l'attendre au cap Cantin.
Elle est partie le furlendemain de la
rentrée de l'armée de D. Louis de Cordova ;
cette circonftance prouve la néceflré où
étoient les Espagnols de fe féparer de bonne
heure de la flotte Françoife , pour être à
portée d'envoyer au devant d'un convoi
auffi précieux ; & ils ne font
trop- tôt à Cadix ,
+
pas
arrivés
Le fecret que la Cour d'Espagne , écrit-on d'un
de nos ports , a fait du départ du convoi de la
Havane avoit pour objet d'empêcher que les
Anglois en fuffent inftruiss
Anglois en fullent inftruits ; notre Cour paroît
avoir gardé le même filence. On dit qu'il exifte
une lettre de M. de Grafle , écrite après fondébouquement
si il y rend compte de quelques dépêches
qu'il avoit reçues de M. le Comte de
Rochambeau , & du beſoin preffant qu'avoit ce
Général de 1,200.000 liv M. de Graffe chercha
à fe procurer cette fomme parmi les habitans
du Cap yemais il fut impoffible de la trouver ;
il envoya la frégate l'Aigrette à la Havane. Le
Commandant de ce port , fit connoître , aux prin.
cipaux habitans , le befoin de l'armée Françoile ;
fur le champ , tout le monde fe cottifa ; les Dames
fur tout portèrent leur argent & même leurs
bijoux , & dans la journée , on forma soo coo
piaftres ( 2,500,000 liv. ) que l'Aigrette porta à
·
#
( 179 )
"
M. de Graffe , qui écrivit de Matanzas aux Dames
de la Havane , pour les remercier du fervice eſſentiel
qu'elles rendo: ent en cette occafion à l'armée Francoife
, & il les loua de ce devoutment patriotiqué ,
digne de la générosité Espagnole , & qui feut nous
récompenfe de ce que nous a nous avons fait à Penſacola
pourle
les Efpagnols. On ajoute , d'après la même
lettre , que fur la demande de M. de Graffe , M.
de Solano a envoyé une eſcadre à Saint - Domingue ,
où elle a dû a river le 20. Août 2
Rien de fi hafardé , de fi contradictoire
& de fi abfurde que tout ce que les papiers
Anglois débitent depuis 15 jours au fujet
de l'Amiral Darby & de fes projets. Les
avis venus de Londres en mêlne -tems ', s'ils
ne font pas auffi ridicules que les rêveries
des Gazetiers , ne font pas du moins plus
inftructifs . On ne favoit rien de Darby à
Londres , depuis le 25 Septembre ; nous
avons été plus heureux , une lettre de Breft
en date du 15 de ce mois nous donne les
avis fuivans.9 , } } at
L'Emeraude , frégate du Roi , commandée
par M. de Sufannet , eft entrée en rade
le 12 an foir ; elle rapporte que le 4 , étant en
croifière à l'ouvert de la Manche , elle . fe trouva
près de la flotte Angloife , qu'elle reconnut être
compofée de 32 voiles , dont 25 ou 26 étoient
I des vanfeaux de ligne. Deux frégates & un vaiffeau
-de 74 fe détachèrent pour chaffer l'Emeraude ;
› mais la mer étoit fi groffey le tems fi brumeux ,
214& M. de Sufannet manevra fi bien , qu'il échappa
au danger éminent qui le menaçoit d'être enveloppé .
Ia continué fa croisière encore quelques jours
-avant de revenir à Breſt , & il n'a plus revu l'armée
A 6
( 180 )
519
0
Angloife. Ainfi , Darby ne cherche qu'à protéger
la rentrée de fes convois , & non à courir vers les
Açores pour intercepter les nôtres , encore moins
ceux des Efpagnols. - Le corfaire la Princeffe
Noire , pris par la frégate Angloife la Médée
& repris par 60 François laifles à bord , qui le
font révoltés contre les 40 ennemis qui l'avoient
amarine, eft arrivé à Morlaix. Les Anglois de la
à
Médée difent qu'il y a eu un combat dans la baie de
Chéfapéak entre les 29 vailleaux de M. de Graffe ,
& les 19 de l'Amiral Hood . Le filence des Anglois
& notre fupériorité , paroîtroient déterminer à des
conjectures favorables . Le Pégafe , de 74
canons , a été lancé aujourd'hui à la 2010 mer avec le
plus grand fuccès t
ab ray
On écrit de Toulon , en date du 1o que?
les troupes auroient été embarquées ficles !
vents , contraires avoient, permis aux bâti
mens de tranfport de quitter Marfeille. Les
mêmes vents n'ont permis à aucun navire
de venir de Mahon , & depuis 8 jours on
n'avoit point de nouvelles de cette ille. Lesn
derniers avis que nous en avons reçus font b
venus par Barcelone , ils font mention de
quelques coups de fufils échangés entre les
gardes avancées , & des inquiétudes qu'avoient
données au Général Murray les Mahonois
enfermés dans le Fort qui Font forcé
à les renvoyer , anmoqmi As iup 19100 ml
t
M. Dagoret de Robinieres Habitant de Paris' , V
vient de doter au village de Chavignolles fous b
Sancerre , deux Rofieres; après avoir été élues à
la pluralité des voix par les fept , plus ancienss
Habitans du lieu , leur mariage a éténcélébrédex
To de ce mois , par M. Poupart , Archiprêtre
Curé de Sancerre , qui a prononcé un Difcours
( 181 )
analogue à la circonftance . Les deux Rofières ont
été conduites à la Chapelle de Clavignolles , &
ramenées au bruit de la moufqueterie de deux
troupes de jeunes villageois qui bordoient la haie ;
par M. , Dagoret, des Robinieres & M. B...
Confeiller au Parlement ; Pautre , par M. Dagoret
des Gravieres , Procureur du Roi au Siége de la
Monnote , & M. G... , Subdélégué de l'Intendance
de Berry. La cérémonie a été précédée & fuivie
de diftribution d'argent , de fruits & de dragées ,
& la fête a été accompagnée de danfes , de feftins
& de chanfons analogues. Pour perpétuer cet établiffement
propre à exciter l'émulation de la vertu ,
M. Dagoret des Robinieres , animé d'un zèle vraivient
fonds de 4000 liv. , produffano i superpétuité un
de rente ,
deftiné à doter tous les deux ans une fille du village
de Chavignolles , qui fera élue par les plus
anciens Habitans du lieu , pourvu toutefois qu'ils
n'aient ni fille , ni' petite fille dans le cas d'être
nommées Rofieres ; & pour qu'une fille puifle être.
élue, il faudra qu'elle ait au moins vingt ans, & .
moins de trente- un. Une des conditions de la fondation
left autfi que le Garçon choiff par la Rofière
, foit né à Chavignolles , ou qu'il y foit demeurant
depuis cinq ou fix ans. quoq
On lit dans une lettre de Rouen , en date
du 21 du mois dernier , les détails fuivans ;
les uns peuvent intéreffer nos Lecteurs par
leur objet qui eft important , les autres peuvent
l'égayer , & nous ne garantirons pas
les
derniers. longized () sh spelliv US 19150
Vous croyez peut-être que les Arrêts de notre
Parlement fur les Cimetières font tombés à l'eau ,
point du tout le Cimetière de St - Martin du Pont &
de St- Séver , eft placé vis - à - vis St Yon , il contient 2
acres , ( l'acre contient 160 verges ) & le mur en eft
( 182 )
déja fait. C'eſt le Parlement qui choifit & achette les
terrains propres ; il vient de choisir une pièce de
terre près le Cimetière de St - Gervais , pour, fervir
aux Paroiffes de St -Herbland , St- Lô , St - Jean &
autres , en tout 17 Paroities pour de Cimetière - ci ,
qui contient près de quatre acres ; lemur doit être
achevé pour la fin de Novembre prochain. Le
Parlement taxe chaque Raroiffen, tantopour frais
d'acquifition , que frais de clôture , fuivant de nombre
des morts qui fortent de chaque Paroiffe année
commune , le tout aux frais des Fabriques ; ainſi
nous n'aurons plus de Cimetière en ville , mais cinq
au-dehors , & c. Je n'ai putrouver le Mémoire du
Maître des oeuvres , l'Imprimeur m'a dit que le fieur
Ferret les a tous diftribués lui-même à fes connoiffances
; il n'avoit point de Partie adverſe , c'eft laimeme
qui a préfenté fon Mémoire au Procureur-
Général , pour avoir la liberté de le trouver dorénavant
, lui & es gens , dans tous les lieux publics ,
comme fpectacks & promenades , ce qui lui a été
accordé , fous peine de cent livres d'amende contre
ceux qui les infulteront ou qui les appelleront
Bourreaux . Je fuis bien fâché de ne pas avoir pu
avoir fon Mémoire qui eft très-curieux capiendo
-
Germain Chateignier de la Chaigueraye ,
ancien Comte de Lyon , ancien Aumônier
du Roi , Evêque de Saintes , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Saint-
Pierre de Bourgueil , Ordre de St-Benoît
Congrégation de St - Maur , Diocèfe d'Angers
, eft mort en fon Palais Epilcopaluble
29 du mois dernier dans la 67e . année de
fon âge.
93on of asid
>
Les Numéros fortis au tirage la Loterie
Royale de France le 16 de ce mois , font :
1,836, 90,024 , 196 can wash izvan 256
159
( 183 )
C
Edit du Roi , portant création de quarante,huir
offices de Receveurs- Généraux des Finances , donné
à Verſailles au mois d'Octobre , & egiftré à la
Chambre des Comptes , le 16 du même mois .
» Par notie Edit du mois d'Avril 1781 , nous
avons fupprimé quarante huit offices , de Receveurs .
> Généraux des Finances, qui avoient été anciennement
établis dans les pays d'Election & dans les
pays conquis ; & nous avons ordonné que la reseite
& la dépenfe des impofitions de ces vingt quatre
généralités feroient faites à l'avenir collectivement
par une compagme com ofte de doaze des anciens
Officier fupprimés ; à la charge , par chacun d'eux ,
de dépofer en notre Trefor Royal , une fumme
d'un million de livres par forme de cautionnement.
Nous en avons enfuite nomme huit autres en qua.
té d'Adjoints & furvivanciers. Nous avions efpéré
que cette portion importante de nos revenus feroit
adminiftrée fous cette nouvelle forme avec plus
d'économie , d'exait de & de célunté
nous formes informés que , malgré le zèle & iintelligence
de cette compagnie, malgré les mesures
qu'e le a prifes pour la d'ftibution du travail , une
correfpondance auffi active & auffi multipliée , ne
pouvoit pas être fuivie par une compagnie , &
qu'il lui feroit dificile de maintenir l'ordre dans la
comptabilité , & l'économie dans les de penfes , furtout
que le renouvellement fucceflif des exercices
augmémera les détails . Nous avons donc
jugé qu'il étoit indifpenfable de revenir à l'ordre
ancien , comme dans les premières années du règne
oldui fen Roi notre très honové : Seigneur & aïcul .
3 Ce rétabliſſement fera , d'autant plus utile au
bien de notre fervice , qu'en créant de nouveaux
offices fous de nouvelless conditions , Nous avons
pris les précautions convenables pous prévenir les
abus inféparables des anciens établiſſemens , pour
faire rentrer dans nos mains l'entière difpofition
-
Mais
( 184 )
X 19.
rol
de ces offices , & qu'en réduifant à un taux uni
forme & plus modéré , les attributions qui étoient
attachées aux anciens , en chargeant ces nouveaux
Officiers de tous frais & de toute garantie , nous
remplirons les vues d'ordre & d'économie que
nous nous étions propofés, fans courir le rifque.
de la confufion entre ces différens, exercices, ela
1 ° , Nous avons éteint & fupprimé , éteignons, &
fupprimons , à compter du premier Janvier, 1782 ,
la compagnie des douze Receveurs Généraux des
Finances créée & inftituée par l'article IV de
notre Edit du mois d'Avril 1780 , pour remplic
collectivement toutes les fonctions des quarante
huit Receveurs - Généraux fupprimés par ledit Edit
2 °. Et
et de la même autorités nous avons créé &
érigé , créons & érigeons en titre d'offices formés
& héréditaires , deux offices de nos Confeillers-
Receveurs Généraux de nos Finances , dans cha
cune des, vingt - quatre Provinces & Généralités ,
dont l'état arrêté en notre Confeil , fera mis fous
le contre- fcel de notre préfent Edit, Ceux
que nous jugerons à propos de pourvoir defdits:
offices , feront alternativement , d'année en année ,
à compter du premier Janvier prochain , da recette I
de toutes les fommes qui feront levées par nos b
ordres , fur les Provinces & Généralités dont ilsb
feront Receveurs-Généraux ; & ils verferont toutes
lefdites fommes en notre Tréfer-Royal. 4 You
lons en conféquence , que les Receveurs particuros
liers des impofitions des élections de dites Génév
ralités , foient tenus de remettre fans délai
fans divertiffement , au Receveur Général de lan
Province qui fera en exercice , toutes les formesh
de deniers qu'ils auront été chargés de lever furs
lefdires élections , par les mandemens & commifen
fions qui leur auront été adreffés par nos ordres,
5. Les Receveurs - Généraux créés par notre préfent
Edit , jouiront de tous les droits , honneurs ,
( 185 )
prérogatives & priviléges dont jouiffoient ceux
que nous avons fupprimés par notre Edit du
mais d'Avril 1786. 6 ° . La finance des nouveaux
offices , ſera & demeurera fixée à la fomme pour
laquelle chaqun d'eux eft employé dans le rôle que
nous avons arrêté en notre Confeil; & qui ſera
mis fous le contre - feel de notre préfent Edit "! "Voulons
™™ que ceux des anciens Receveurs - Généraux
auxquels nous jugerons à propos de conférer lun
des nouveaux offices , foient admis à donner en
payement de ladite finance , celle à laquelle leur
ancien office a été fixe par le rôle arrêté en notre
Confeil au mois d'Avril 1772 , ' en conféquence de
Edit de Février 1771 , & qu'il en foit afé
de même à l'égard des cautinnemens qui ont
fournis par les douze Receveurs - Géfiéra 1x établis
par l'Edie du mois d'Avril 781.. Dans le cas
253
ant été
2015 mort
où l'un defdits offices
deviendroit
par
démiſſion ou autrement ; il ne
t
ت ا
→
permis de le vendre au- delà du prix de la finance fixée par ledie rôle ; déclarons nulles & de nul effet toutes conventions
contraires. Voulons qu'en cas de contravention
Love vendeur foit condamné à la reſtitution
de l'excédent
, au profit de PHopital des Enfans Trouvés
& que l'acquéreur
Toft incapable
de pofféder à l'avenir aucunes charges ou emplois de finance.28
Ceux qui prêteront leurs deniers
pour l'acquifition
defdits offices , auront hypothèque
& privilége fpécial fur iceux , par privilége à tous autres créanciers ,Nous exceptés ; duquel pri- vilege il fera fait mention dans les quittances de financequr
feront expédiées par les Gardes de notre Trefor Royal Entendons que les créanciers
déjamaffectés
par privilége fur le montant des anciennes finances , confervent leur droit d'antériorité
far les nouveaux prêtents ; permettons
à cer effée aux Réceveurs -Généraux de faire inférer
à cet égard , dans les quittances de nos Gardes
2
2310 291 Cate
( 186 )
:
du Tréfor Royal , les déclarations néceffaires, pour
opérer toute fûreté en faveur des anciens cleanciers
privilégiés . 9 ° . Avons accordé & accordons
à chacun desdits Receveurs Généraux , four leur
tenir lieu de gages , l'intérêt de la finance de leur
office à raison de cing pour cent par an , voulons
que , fur lefdis gages , il leur foit fait , chaque
année , la retenue du dixième & de la capitation .
Au moyen desdites retenues , nous exemptons
lefdits Receveurs Généraux & leurs fucceffeurs ,
du ceptième, denier , & du payement du dixième
d'amortillement & les déchargeons à toujours
5.
defdites impofitions & de toutes
Preprélentatives
ou équivalentes à icelles . 10. Les taxations
dont jouilloient les anciens, Receye rs . Généraux
des Finances demeureront réduires a trois deniers
pour livre ffeeuulleemmeenntt), fur le montant de
de chacune
des différentes natures dimpofitions dont ils feront
le recouvrement. Autorifons lefdits Receveurs-
Généraux à retenir par leurs mains le montant
defdites taxations . 11 ° . La caifle commune des
Recettes - Générales , établie par Déclaration du 10
Jabi 1716 , continuera dêtreAadminiftrée par ceux
des Receveurs créés par le préfeat Edit , que nous
nous réservons de choisir. Nous nous réfervons
pareillement de nommer le Caiflier de ladite caifle.
12°. Nofdits Receveurs -Généraux ferons tenus de
compter de toutes leurs recettes & dépenfes , en
note Confeil, pár état aŭ vrái , & enfuite en nos
Chambres des Comptes , dans les délais préferits
par les Déclarations des 3 Février & § Mai 1772 ;
& en ce qui concerne les épices des comptes de
defdites
recettes générales , voulons qu'elles demeu .
rent fixées aux mêmes fommes portées par les
lettres patentes enregistrées en nos Chambres des
Comptes , notamment pour notre Chambre 'des
Compres de Paris , par les lettres du premier Mai
773. 13. Ceux des anciens Receveurs - Généraux
( 187 )
·
dont les cffices ont été fupprimés par notredit
Edit du mois d'Avril 1780 , auxquels nous jugerons
à propos d'accorder l'agrément de l'un des offices
créés par le préfent Edit pour la même généralité ,
'feront difpenfès de prendre de nouvelles provifions
& de prêter un nouveau ferment voulons qu'ils
exercent lefdits nouveaux offices en vertu de leurs
anciennes provifions & receptions. 14. Les veuves
enfans & héritiers des anciens Receveurs- Généraux
décédés avant ou depuis la fuppreffion ordonnée
par ledit Edit du mois d'Avril 1780 , enſemble
ceux defdits anciens Receveurs-Généraux qui n'auront
point été pourvus d'aucun des nouveaux offices
* créés
Par notre préfent Edit , feront tenus de fe
conformer aux difpofitions des articles 11 & 111
de celui dudit mois d'Avril 1786 , que nous voulons
être exécutés à leur égard fuivant leur formé &
Y
2
teneur «,
V
b 2016 910919lub 29)
} A 51 790097
BRUXELLES , le 23 Octobre.
2.2017 %
ON apprend de Hollande que l'affaire
- de la ville d'Amfterdam & du Duc de
Brunſwick fait toujours beaucoup de bruit ;
" Tes Etats de Hollande & de Weftftife ont
ouvert le 10 de ce mois la féance dans
laquelle s'attend qu'ils prendront une
réfolution, définitive fur cet objet
on
Le Duc de la Vauguyon a préſenté le 3
de ce mois aux Etats-Généraux un mémoire
pour appuyer les réclamations du fieur Fall ,
Capitaine du Corfaire de Dunkerque le
Sans Peur, Ce Corfaire après s'être emparé
du bâtiment Anglois la Liberté , fe, trouvant
à la hauteur de Fleffingue , fut forcé par
les vents contraires de gagner cette rade &
60
( 188 )
AS 116
d'y conduire fa prife. Le Commandant
après avoir examiné fes papiers lui permit
de fe placer comme il jugeroit à propos ,
mais on ne dui offrir ni ne lui donna point
de pilote' ; on ne le prévint pas même que
pour rendre l'entrée plus difficile à l'ennemi
, on avoit ôté une balife qui indiquoit
le banc de fable appellé le Callos il échoua
fur ce banc avec fa prife ; il fit les fignaux
de détreffe pour avoir du fecours , & ce
ne fur qu'une heure après qu'il lui vint une
chaloupe avec quelques matelots. Ceux - ci
voyant le danger où étoient les 2 bâtimens ,
retournerent chercher d'autres bateaux qui
n'arriverent que 2 heures après le Sanst
Peur fut remis à flot la prife reſta engravée
. On l'allégea autant qu'on put . Le lendemain
on voulut aller fauver les effets de
la prife , le Capitaine Brouwer s'y oppola ,
& prétendit que le Sans, Peur n'y avoit plus
aucun droit. Le défaut de apilores a feul
caufé cette pertes Amirauté a déja décidé
que la prife échouée & les effets qu'elle
renfermoit appartenoient au
1
mais le Capitaine réclame des dédommaine
Tecla Sans-Peur
gemens de la part de Brouwer , & les Etats-
Généraux ont envoyé fon mémoire à l'Amic
rauté de la Meufen pour qu'elle leur donné
des informations fur la prise en question .
La Société Zélandoife des Sciences a
l'année 17839 le Prix qu'elle devoir donner cette
année au meilleur Mémoire Chronologique de tous
les Auteurs & Ecrits foit de ce Pays ,folt d'ail
teg unis anol alsinelle qona 230s bb 285 1 212
2
( 189 )
a
leurs , qui fervent à éclairer l'Hiftoire & les Antiquités
des Pays- Bas , depuis le commencement du
Gouvernement des Comtes , jufqu'à préfent . ' Eile
propofe une autre Médaille d'or pour le compte
de la Société des Arts & des Sciences établie à
Batavia , à la folution de cette double queftion :
1° De quelle grandeur doit être l'arc de l'avantvaiffeau
ou de la proue , pour être propre à fendre
aifément la mer , afin d'avancerpromptement , & à
Suffire en même tems pour prévenirle trop grand enfoncementdu
vailleau& de facharge,par l'impreffion
des voiles qui font de fervice ? De quelle grandeur
doit être l'arc de tout le vaiffeau fur la ligne du
vaiffeau chargé , pour faciliter a virer promptement
de bord ,foit vent d'avant ou vent d'arrière ?
toute
Certe queftion amené naturellement l'obfervation
que l'Art de la construction n'a pas encore été porté à
La perfection, Il ne l'eft nulle part 3 on peut
s'en convaincre par ce paffage qui termine la defcription
de l'Art de la Mâture , qui fait partie de
la belle & magnifique Defcription des Arts , ap
prouvée par l'Académie Royale des Sciences, de
Patis publiée par les foins . Cette citation ne peut
quintéreffer nos Lecteurs , dans les circonstances
préfentes. Si la Defcription de l'état actuel de
' Art de la Mâture , dit l'Auteurs en finiſſant ,
fait connoître comment on forme les mâts , & avec
quelle folidité on les étab it fur les vaiffeaux , elle
annonce aufli l'incertitude qui
devrai lieu que chaque mât doftcore , & fur
occuper fur un
vaiffeau , & la hauteur réelle à laquelle chacun doit
s'élever. En multipliant les mâts d'un valeau , on
s'eft fouftrait en partie aux dangers des erreurs qui
pouvoient réfulter de l'ignorance de leurs places ; &
en divifant la voilure en plufieurs voiles féparées ,
on s'eft ménagé les moyens de varier , & d'accommoderaux
circonftances la hauteur du point velique.
Mais fi ces défauts trop effentiels font ainfi palliés ,
( 190 )
ils n'exiftent pas moins , & il refte toujours à faire
la recherche importante foit du lien réel des mâts ,
foit des bornes précifes de leur hauteur. Cette incertitude
en produit néceffairement fur l'état réel de
la conftruction des vaiffeaux ; elle s'oppofe , au ju
gement qu'on voudroit porter fur la perfection à laquelle
a pu atteindre l'Architecture navale. En effet ,
le varf au le mieux conformé rempliroit mal la jufte
attente de ion auteur & des connoiffeurs , fi une
mâture convenable ne fecondoit pas les contours
heureux qu'on auroit donnés a fa carène , & réciproquement
la mâture d'un va fleau feroit inutilement
la meilleure poffible , relativement à ce
feau ; fi d'ailleurs la forme dde celui-ci n'étoit pas
douée de qualités brillantes..... "CCeetttte double recherche
dépend particulièrement de la connoilmlaannccee
des vraies loix de la réfifiance de l'eau ; & c'éft
Pignorance de ces loix qui retarde en partie les
progrès foit de la fcience de la mâture , foit de
yaif
l'architecture navale. Ces loix déco ferviront
fans do te a preferire des règles de mâture
plus précifes . Mais l'Art du Mâteur n'eſt pas fufcep, ”
tible d'éprouver , à une telle époque ,
One
he grande
révolution . La defcription de cet Art , telle que je
la donne aujourd'hui , ne peut donc alors effuyer'
d'autres changemens que dans l'expofé des fondemens
nouveaux qui ferviront de baſe aux nouvelles
règles (*).
&
900
91376
( * ) La´deſcription des Arts fe trouve à Par trouve Paris chez
le heur Montard , Imprimeur Libraire de la Reine & de
l'Academie Royale des Sciences ruedes Mathurins , Hồn
tel de luny, Cette collection précieufe eft portée aujourd'hui
à 86 cahiers , fur lefquels M. Moutard a obtenu
de la par de fes prédéceffeurs des facilités qui le mettent
en état de diminuer de deux cinquièmes les prix des Arts
anciens , vendus féparément ; ils cauroient en tout 118% liv .
16 f. , & ils ne reviennent plus aux acheteurs qu'à 491 liv.
14 f. Ceux même qui , n'ayant aucun cahier , voudront
avoir la Collection entière auront une remife de moitié ,
& ne la payeront que 640 liv . , ils feront maîtres de l'ac(
191 )
On lit dans une lettre de Cadix en date
du z de ce mois les détails fuivans :
Nous venons de recevoir de Buenos - Ayres les
nouvelles les plus fatisfaifantes par un bâtiment
courier qui fit voile de Monte-Video le 7 Juillet.
Le Vice-Roi avoit é é inftruit par , différens avilos
de l'armement de l'efcadre de Jonhitone , & de
fes projets , ur Buenos-Ayres. Il écrit qu'il l'attend
de pied ferme , & que tout eft difpofé pour le
recevoir de manière à le faire repentir ddee ta témérité
, s'il le préfente fur la Plata Les dépêches
qu'il a reçues de l'intérieur lui apprennent que la
révolte du Pérou eft éteinte & qe le chef a été
pris . il fe nommoit Tupac-Aymaru ; pour féduire
un peuple foible & crédule , il le difoit de la race
des Incas ; il portoit l'habillement & les autres
marques de Souveraineté de ces anciens enfans du
Soleil . Il étoit parvenu à raffembler une armée
plus confidérable par le nombre que redoutable
Par fa valeur , avec laquelle il avoit dévasté quelques
Provinces & commis des horreurs qui démentoient
fa céleste origine. On avoit été obligé de
mettre fa tête à prix , & de faire avancer de Lima,
de Cufco & des autres places les troupes & les
milices fous les ordres de D. B. Vallé. Le 9 Mars
cet Officier à la tête de 17,000 hommes , marcha
contre les révoltés , campés fur une montagne auprès
d'un village que Tupac appelloit fa capitale.
Ils abandonnèrent leur pofte à l'approche des Efpa-
1
quérir en 3 paiemens égaux ; favoir , 240 liv. en retirant les
24 premiers cahiers , autant en retirant les 25 fuivans , &
160 liv. en retirant les 6 autres . Depuis que M. Moutard eft
propriétaire de cette importante Collection il la continue ;
il a publié 3 nouveaux cahiers qui portent la Collection à
89, il en a autres fous preffe , dont l'Art de la Voilure ,
P'Art d Layetier & Art du Maçon font nouveaux ; l'Art
de la Teinture en foie , l'Art du Tuillier & Briquetier font
des réimpreffions
N. B.L'An de la Voilure paroîtra à la St- Martin 1781.
( 192 )
gnols & vinrent fe ranger en bataille dans la
plaine , où ils furent battus & diiperfés . Plufieurs
péritent dans une rivière en fe fauvant à la nage.
Tupac la traverfa à cheval , & fut arrêté en antivant
a l'autre bord par un Cacique de fa faction
qui le livra aux Efpagnols, On trouva dans fon
cmp 6 pièces de canon d'un calibre lupérieur a ĉtux
des Espagnols. Comment cette artillerie a-t elle été
transporice à 400 lieues dans les terres , fans que
le Gouvernement en ait été inftruit , c'eft ce que
T'on ignore . La femme , les enfans & l'oncle de
Tupac font au pouvoir des vainqueurs , ainfi que
6 caitles d'argenterie & 2 males de papiers contenant
fa correfpondance , & qui donneront toutes
les notions qu'on pourra defirer fur les prometeurs
& les agens de cette rebellion . D. B. Vallé
fit pendre 18 rebelles en entrant dans la capitale
de Tupac ; ce chef , ſa famille & les principaux
Officiers ont été envoyés à Cuſco. La bataille ou
plutôt la déroute des Indiens , où les Eſpagnols
ne perdirent que 3 hommes eut lieu le 6 Avril.
Voilà ce que nous avons pu tranfcrire à la hâte
des lettres de Buenos Ayres ; la Cour donnera fans
doute des détails plus circonftanciés .
Selon des lettres du Havre , un vaiffeau
Portugais venant de Lisbonne a déposé que
le 15 de ce mois , il a été arraifonné par
Farmée de Darby , avec laquelle il paffa
la journée. La Hlotte Angloife étoit alors
forte de 19 vailleaux de ligne. Le lendemain
il s'éloigna ; Darby prenoit la route
de Plimouth , dont il n'étoit éloigné que
de 15 lieues. On ne doute pas qu'il ne
foit rentré vers le 20 , en laiffant quelquesuns
de fes vaiffeaux en croiſière.
DE
FRANCE
DÉ D.IÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles- en
vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles;
les Caufes célèbres; les Académies de Paris, & des
Provinces ; la Notice des Édits , Arrêts ; les Avis
particuliers, &c. &c..
SAMEDI 6 OCTOBRE 1781 .
Or
VI
G
HATE
BIBE
Ф ARIS ,
Chez
PANCKOUCHE , Hôtel de Thou
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Rois
NBRA
TABLE
Du mois de Septembre 1781 .
PIECES
FUGITIVES.
de Cont s nouveaux > 103
Vers à M. le Docteur Pon Difcoursfur la Vie & les Ou
fart,
Komanee ,
114
3
5
vrages de Pafcal
La Vengeance de Pluton , 119
135
Les Mufes , Conte Anacreon- Hiftoire de l'Eglife ,
8
tique
Vers à l'Affemblée ordinaire
des Savans & des Artiftes
Le Malheur des Femmes
.
49
52 Conte
Injapt on pour le Portrait de
M de ***
2 55
97
100
Ode aux Souverains,
Vers à Mile Thénard ,
Vers de Confolation d'une
Veuve à une Veuve,
AMde la Marquife de Coigny,
145
Eloges de Charles de Sainte-
Maure , Duc de Montau
152
Catéchisme fur les Morts ap
fier,
parentes , dites Afphyxies ,
173
221
Clémentine & Déformes , 207
Hiftoire abrégée de la Ville de
Saint- Quentin , &c.
Dictionnaire Univerfel des
Sciences Morale , &c.
Académie Françoiſe ,
SPECTACLES.
228
46
148 Académie Roy. de Mufiq, 87
L'Homme &le Temps , Fable , Comédie Françoife ,
193
195 Les Affiches, Conte ,
Enigmes & Logogryphes , 13
56 , 101 , 150 , 206)
NOUVELLES LITTER.
Difcours prononcés dans l'Académie
Françoife ,
Traité des Négations de la
Langue Françoife,
Annales Poètiques,
14
34
$ 8
184
Comédie Italienne, 91,186,23 @
VARIÉTÉS .
Lettre fur la Réception de
l'Orgue de S. Sulpice , 42
Réponse à la Lettre de Mde de
la Haye ,
Réponse à M. Pierre Zéphi
rinet ,
44
139
189, 235
SCIENCES ET ARTS.
Suite des Epreuves du Senti- Découverte pour la Cure des
ment , 66 Fleurs Blanches 92 Dictionnaire des Merveilles de Lettre de M. Jule de la Foſſe ,
la Nature , 236
Ilexions fur la Mufique Gravures , 45 , 93 , 142 , 190 ,
Théâtrale,
72
77
Supplément à l'Art du Serru
ter
239
46,191
Mufique ,
86 Annonces Littéraires , 46 , 94 .
143 , 191 , 239 Recueil de Pièces Fugitives &
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 OCTOBRE 1781 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE CURE ET LE LOUP , Fable.
UN Curé de Village, indulgent , débonnaire ,
Qui comprenoit , ou peu s'en faut ,
Le latin de fon Bréviaire ;
Un Erudit , un Docteur , en un mot ,
Ne reftoit pas oifif dans fon faint Presbytère.
Ce n'eft pas pour lui feul qu'il fe croyoit Docteur;
Et d'enfeigner il avoit la fureur.
La fureur d'enfeigner eft une maladie ,
"Comme touffer , être goutteux ';
Il empleyoit les trois quarts de fa vie
A donner des leçons en maître généreux.
Pas un effet dont il ne sût la caufe ;
La dire étoit fon emploi le plus doux ;
A j
f
4
MERCURE
Et n'eût-il rien fu plus que vous ,
Il vous auroit toujours enfeigné quelque chofe.
En un mot , c'étoit- là ſa ſeule paſſion.
Mais quand il eût rendu favant tout fon Village ,
Il entreprit une éducation
Fort fingulière : il eût l'ambition
D'inftruire un Loup. Il crut par-là le rendre fage,
En faire un Loup bonhomme. Un pareil Écolier
Étoit d'un naturel peu facile à plier ;
Mais patience étoit du maître l'apanage,
Par l'alphabet il fallut commencer.
A, fut le premier fon qu'il apprit , non fans peine ;
Il parvint à le prononcer ,
A le hurler au bout d'une ſemaine.
Au B , vite on le fit paffer.
Ce fut bien pis . Cent fois le maître recommence ,
Et perdant tout enſemble eſpoir & patience ,
A fa befogne eft près de renoncer.
L'inftituteur enfin , pour mieux ſe faire entendre ,
Imita le cri du Mouton ;
Il cria bé! le Loup , après mainte leçon ,
L'apprit fi bien , qu'il parvint à le rendre.
Notre nouveau Docteur après cela , fans bruit
Quitte fon maître , & va , fans plus attendre ,
De fon favoir cueillir le fruit.
Il va criant autour des bergeries :
Bé ! bé! Moutons d'aller grand train ;
Et les pauvres bêtes foudain
Dans la gueule du Loup fe trouvent englouties,
DE FRA N.C E. 3
APRÈS cela , gardons d'enfeigner les méchans :
Dans leurs mains, qu'on inftruit à choifir leur victime,
Les refforts les plus innocens
Deviennent l'inftrument du crime.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot
E mot de l'Énigmé eft Silence ; celui du
Logogryphe eft Papelard.
ÉNIGME.
Tu vois un Enfant de neuf Mères ,
Pucelles encore à préfent.
A ma table on voit tous mes pères ;
J'en ai peut-être un demi- cent.
( Par M. C.... )
LOGO GRYPH E.
DANS ANs mon tout je porte l'effroi :
Et le plus hardi je défie
De m'envisager de fang froid
Quand je ne préfente en furie.
Tranche , Lecteur , mon dernier pié ,
Je deviens doux , je fuis aimable :
Tu chercheras mon amitié ;
A iij
MERCURE
Mais de l'attraper c'eſt le diable.
Qui fait donc changement en moi ?
Et qui fait changement en toi ?
C'eft qu'avec fept pieds je peux rendre
Ce qu'avec huit j'aurois pu prendre.
( Par M. le Bar.... C. de Bond.... )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE MONDE, quinzième Nuit d'Young ,
traduite en vers François , par M. L **
de Limoges. ALimoges , chez Chapoulaud,
Imprimeur- Libraire , place des Bancs.
IL
Ly a dans ce titre un abus des termes
qu'il eft à propos de relever. Traduire , c'eft
imaginer dans fa langue des mouvemens ,
des tournures , des expreffions qui , fubftituées
aux expreflions , aux tournures , aux
mouvemens d'une langue étrangère , en rendent
d'une manière à la fois exacte & originale
, toutes les beautés de penfée , de diction
& d'harmonie. Il faut beaucoup de travail
& de talent pour furmonter ces difficultés.
Fugit hora : hoc quòd loquor , indè eft....
Hatons-nous ; le temps fuit , & nous traîne avec foi .
Le moment où je parle eft déjà loin de moi.
DE FRANCE. 7
Voilà une traduction . La vivacité de l'idée
& de la tournure d'Horace eft rendue ; &
cependant la tournure Françoife appartient
à Defpréaux. Mais qu'eft- ce que traduire du
François en François ? On fe trompe groflièrement
fi , pour avoir mis en rimes un morceau
de profe poétique , on penfe avoir traduit.
On n'a fait précisément que remplir la tâche
des Ecoliers de troifième qui , pour apprendre
le mécanisme de la Poélie Latine , verfifient
la matière que leurs Régens leur ont
dictée . Et qu'on n'objecte pas l'exemple de
Colardeau , que la Nature avoit doué
du talent le plus heureux pour les vers
François. Il eft vrai que fon imagination ,
naturellement pareffeufe , fe laiffa féduire
par la facilité de ce genre de verfification . Il
mit en vers les deux premières Nuits d'Young.
Mais on fait que ces deux effais , quoique
très - bien verfifiés , n'eurent aucun fuccès . En
général , c'eſt gâter ce qui eft bien en profe
que de le mettre en vers. Young , avec fon
ftyle long & diffus , fera néceffairement en
vers de la monotonie la plus faftidieufe ; &
fes métaphores outrées deviendront tout- àfait
extravagantes. Il réfulte qu'une traduction
en vers de la traduction des Nuits
eft un mauvais projet , qui ne peut jamais
être infpiré que par la facilité de ce travail ,
ou par la démangeaifon de verfifier de façon
ou d'autre ; de même à peu- près que les
Drames en profe ne viennent que de l'impuiffance
d'écrire en vers. Au furplus , un
A iv
$ MERCURE
travail mal conçu peut être bien exécuté;
le vrai talent fe montre par tout , quelque
chofe qu'il faffe ; & c'eft ce que M. Colardeau
a prouvé. Voyons fi fon imitateur a
fuivi en tout fon exemple , & fi en effet ſa
verfification eft louable.
<<
M. de la Harpe , qui , dans la décadence
affligeante de la Littérature , s'est toujours
montré le défenſeur ſévère du goût & de la
raifon , a reproché à Young d'exagérer les
propres fenfations , & de s'appefantir avec
une forte d'obftination fur un feul objet.
C'eft , dit- il , le propre d'un déclamateur ,
dont les idées font circonfcrites dans un
petit efpace , & qui fe replie fans ceffe fur
lui-même. L'imagination d'un Poëte cft plus
active. Elle parcourt avec rapidité les objets
qui la frappent , & les peint à grands traits.
Elle ne dit pas tout ce qu'on peut dire ; mais
elle dit tout ce qu'il y a de mieux à dire.
C'eft la différence ſpécifique du rhéteur & du
grand Écrivain. » L'examen de la Pièce qui
fait le fujet de cet article , prouvera par occafion
combien ces réflexions font juftes &
déciſives. Elle a pour titre : le Monde.
و د
ود
Traduction de M. le Tourneur.
" O toi ! qui laiffes pleuvoir fur nous un
déluge de maux pour nous forcer à répandre
des larmes vertueufes , qu'est- ce
» que ce monde ? Un amas flottant de
» nuages & de vapeurs légères qu'un rayon
» de ta lumière éleya du néant dans l'air , "
DE FRANCE
9
30
ور
» & qu'un moment aura bientôt diffipées.
" Les jours de la terre font comptés . Moins
paffagère que les enfans qu'elle nourrit ,
elle eft mortelle comme eux , & fon der-
» nier jour approche ; cependant les hom-
» mes folâtrent fur fa furface , comme fi
eux & elle étoient folides & éternels. Et
» toi , Être éternel , tu n'es qu'un rêve pour
"
» eux.
Traduction verfifiée.
Dis-nous , toi dont le glaive , en fonjufte courroux ,
Frappe l'humanité de fi terribles coups
Pour exercer nos yeux à des pleurs falutaires ,
Qu'est ce monde ? Un amas de cent vapeurs légères ,
De nuages flottans & d'élémens divers ,
Que du creux de l'abyme éleva dans les airs
Un rayon émané de ta grandeur fuprême ,
Et que ton fouffle un jour difipera de même.
La terre & fes enfans , à la mort deſtinés ,
Verrontfinir leurs jours ; ils font déterminés :
Plus ou moins courts pour eux , un peu plus longs
pour elle ,
Ils iront tous fe perdre en la nuit éternelle.
Les hommes cependant folâtrent fur fon fein
Sans s'attendre à ſa chûte , & fans craindre leur fin.
Et toi , toi leur auteur , le dirai-je ? ô blaſphême !
Tu n'es pour l'on qu'un rêve , & pour
blême.
l'autre un pro
Comment M. L ** n'a-t'il pas vu qu'en
voulant verfifier la profe de M. le Tourneur,
Av
IC. MERCURE
و د و د
il n'a fait que la défigurer , & prouver l'embarras
où il a été de chercher , à quelque
prix que ce fût , la rime & la mefure. Disnous
eft abfolument déplacé. L'Auteur attefte
Dieu par une exclamation , mais il ne
l'interroge pas. Le glaive , fon courroux , fes
coups , tous ces lambeaux de métaphores
ufees devoient - ils être fubftitués à la métaphore
d'Young, qui eft plus heureufe ? Exercer
des yeux à des pleurs falutaires , n'eft- il
pas bien ridicule ? La profe dit bien mieux :
Arracher de nos yeux des larmes ver-
» tueufes. L'expreflion ajoutée d'élémens
divers offre un véritable contre- fens. La
terre eft compofée en effet d'elémens divers ;
mais Young ne la repréfente ici que comme
un amas léger de vapeurs , un-globe de favon
qu'un rien va diffoudre. Il falloit fuivre
fon idée cette faute eft groffière ; & d'ailleurs
, y a - t'il rien de plus traînant , de plus
gêné & de plus profaïque que tout cet affemblage
de rimes ? Ce qui fuit eft plus défectueux
encore ; & fans qu'il foit befoin
que nous entrions dans de nouveaux détails
critiques , la comparaifon de la profe de M.
le Tourneur fait fentir combien les vers font
laches
, durs & chevilles. Revenons à
Yonng. I va s'efforcer de renchérir fur la
même penfée.
сс
Qu'eft - elle cette terre ? qu'un féjour
» d'êtres imaginaires & . fans réalité un
champ dont les fleurs promettent des fruits
fans jamais en produire , ou plutôt un
DE FRANCE. II
» défert fauvage où règnent l'horreur &
» l'incertitude , où les épines preffees enfanglantent
à chaque pas le pied du trifte
» voyageur. »
23
Ne croyez pas qu'il en refte - là : il revient
encore fur le même objet , il s'y appefantit.
Qu'est- elle ? qu'un océan orageux , couvert
ec
و د
"
" que
ور
» de hardis aventuriers ! tous leurs trefors
font fur les eaux. Si la fortune fouffle &
la tempête s'elève , ils n'ont point de
» feconde efperance. On les voit voguer fur
» mille vaiffeaux , dont les pavillons de cou-
» leurs differentes Hottent dans les airs .
» Tous font également agités de craintes &
d'efpérances fous le ciel le plus calme.
» Tous cinglent à pleines voiles vers le bon-
» heur. Très- peu fe font munis de la fcience
» pour bouffole , & ont pris la vertu pour
» aftre de leur voyage , & c. »
و د
و ر
On voit que dans toutes ces citations l'ima
gination d'Young n'a pas fait un pas. Il redit
fans ceffe la même idée , & cette idée eft un
lieu commun. Encore fa dernière allegorie
eft- elle prolongée pendant quatre grandes
pages. Nous nous garderons bien de les tranf
crire. Nous citerons encore moins la traduction
rimée ; & nous finirons cet article par un
paffage de Voltaire qui a beaucoup de rapport
à celui d'Young.
Le bonheur eft le port où tendent les humains ;
Les écueils font fréquens , les vents font incertains.
Le ciel , pour aborder cette rive étrangère ,
A vj
12 MERCURE
Accorde à tout mortel une barque légère.
Ainfi que les fecours , les dangers font égaux.
Qu'importe , quand l'orage a foulevé les flots ,
Que ta poupe foit peinte , & que ton mât déploie
Une voile de pourpre ou des cables de foie !
Le vent eſt ſans reſpect , il renverſe à la fois
Les bateaux des Pêcheurs & les barques des Rois.
Si quelque heureux Pilote , échappé de l'orage ,
Près du port arrivé , gagne au moins le rivage ,
Son vaiffeau , plus heureux , n'étoit pas mieux conftruit.
Mais le Pilote eft fage , & Dieu l'avoit conduit.
Ces vers charmans ne fe trouvent plus
que dans les Variantes. On eft d'abord
étonné que Voltaire les ait retranchés. Mais
fi l'on en cherche la raifon , on verra qu'il
a mieux aimé les facrifier que de tomber
dans ce défaut , fi commun à Young , de
vouloir renchérir fur lui-même , & de fe
répéter. L'Épître fur l'Égalité des Conditions
tommence aujourd'hui par une autre allégorie
plus neuve & plus piquante.
Ce monde est un grand bal , où des fous déguifés ,
Sous les rifibles noms d'Éminence & d'Alteffe ,
Penfent enffer leur être & hauffer leur baffeffe.
En vain des vanités l'appareil nous furprend.
Les mortels font égaux ; leur maſque eſt différent, &c.
Après avoir comparé le monde à un bal ,
Voltaire a fenti qu'il ne pouvoit plus le comDE
FRANCE. 13
parer à une mer , fans tomber dans des longueurs
& dans des difparates ; & qu'aux
yeux d'un homme de goût , les plus beaux
vers ne pouvoient pallier ce défaut.
ORAISON Funèbre de l'Impératrice Marie-
Thérèse d'Autriche , par M. de Sauvigny.
A Paris , chez L. Jorry , Imprimeur- Libraire
, rue de la Huchette , & chez tous
les Libraires qui vendent des Nouveautés
, 1781 .
M. L'ABBÉ DE SAUVIGNY , qui a déjà
donné des preuves de talent , tant en profe
qu'en vers , s'eft mis au nombre des Panégyriftes
de l'Impératrice Marie - Thérèſe d'Autriche.
C'eft le plus digne emploi de l'éloquence
que de célébrer les talens, & la
vertu ; & jamais Souveraine n'offrit peutêtre
un plus beau fujet de panégyrique . La
divifion de M. l'Abbé de Sauvigny nous a
paru auffi fimple qu'heureuſe. Marie - Thérèfe
fut l'Héroïne defonfiècle & la Mère de
fes Sujets. Quels plus beaux titres à la gloire
& à l'amour des hommes !
Quelques citations mettront nos Lecteurs
à portée d'apprécier le ftyle de M.
l'Abbé de Sauvigny. " Bientôt tout a changé
» de face. Celui dont la volonté feule com-
» mande aux événemens , & dirige en fecret
» les caufes auxquelles notre ignorance les
14 MERCURE
و د
attribue , l'Éternel s'eft enfin déclaré pour
" Marie - Thérèfe ; il ordonne à l'Ange de la
» victoire de marcher devant fes Armées ,
" & il fait luire au fond de fon coeur un
" rayon de la fagelfe divine. C'est elle , c'est
" cette divine fageffe qui parle par fa bouche,
foit lorfqu'elle ranime la foi de fes an-
" ciens Alliés, que fes premiers revers avoient
glacés ; foit lorfqu'en paffant de rang en
" rang elle preffe , elle exhorte , elle em-
ל כ
و ر
»
ود
و د
brâfe tous fes Guerriers du feu de fon
" courage; foit enfin lorfqu'elle trace à fest
Capitaines le plan de leurs opérations &
" le chemin de la victoire. Ses triomphes
» font auffi rapides que le furent fes difgraces.
Les Puiffances maritimes , entraî-
" nées par fes éloquentes repréſentations ,
" arment foudain pour elle. Ses vainqueurs,
chaffés de toutes leurs conquêtes, connoif-
» fent à leur tour l'épouvante & la confufion.
L'Allemagne & l'Italie font délivrées
; Gènes la fuperbe eft foumife ;
l'Alface & la Provence font ravagées ;
" la Bavière eft envahie ; tous les Peuples
» ennemis paient enfin de leur fang & de
» leurs larmes les pleurs & le fang des Autrichiens
; & le nom de Marie - Therèfe ,
qu'ils avoient voulu profcrire , porta par-
❞ tout la terreur & l'admiration
و د
و د
و د
و د
319
"
"
Citons encore un morceau de la feconde
Partie. L'Orateur s'adreffe aux Sujets de
Marie-Thérèle : « Votre Souveraine , leur
DE FRANCE. 15
» dit - il , vous rend une liberté dont vous
favez faire un fi noble ufage ; elle fait
19
plus encore , elle veut déformais que tous
» ceux dont les fervices lui font néceffaires ,
» ne donnent à l'Etat que la moitié de leur
" temps , & foient tour- à-tour foldats &
» citoyens.
"
"
» Eh ! quel eft en effet ce préjugé bar-
" bare , inconnu aux fiècles les plus éclairés
» & aux Peuples conquérans , qui fait de
» nos jours un métier du droit honorable
» de défendre la Patrie , qui fépare le
» Militaire du refte de la Nation , & qui
» en fait jufqu'à l'ennemi de fes conci-
" toyens lorfqu'il n'a plus d'autres enne-
» mis à combattre ? Quel autre préjugé
» bien plus funefte & plus barbare encore,
» interdit à tant d'hommes généreux les
» douceurs de l'hymen ? Ne foyez pas furpris
, Meffieurs , fi j'ofe ici m'élever con-
" tre cet ufage. Suprêmes Adminiftrateurs
» des Nations , Légiflateurs des Armées ,
" prêtez à ma foible voix une oreille attentive
; c'eft au nom de l'humanité que
je vous parle que dis - je ? c'eft la Religion
même qui réclame en faveur du fol-
» dat les droits de la Nature pour l'arracher
» à la débauche . Que fi l'intérêt de la population
ne vous touche point affez , celui
» des moeurs vous eft il indifférent : Penfez-
» vous que les moeurs du Guerrier ne font
» rien à fon courage ? penfez- vous que
30
ود
""
ور
و ر
1
1
4
1
16 MERCURE
» cette multitude fouvent oifive dans le
» tumulte des camps , & livrée fans retenue
à la licence d'un pareil célibat , en
» devienne plus intrépide & plus docile à
» vos loix ? Seront- ils plus attachés à leurs
drapeaux , plus fidèles à leur patrie , plus
» intéreffés à la défendre , ceux, pour qui
» vous avez rompu les liens fi puiffans qui
rendent aux autres citoyens la patrie
plus chère & plus facrée. »
و د
33
En général , ce Difcours a une marche
lumineufe , de l'ordre & de la méthode. On
a pu s'appercevoir, par nos citations , que le
ftyle a de la correction ; point d'exprelliou
hafardée , mais une fageffe qui va jufqu'à la
timidité. On y voudroit voir une éloquence
plus forte , plus d'élan. En général , c'eft un
de ces Ouvrages qui laiffent plus à defirer
qu'à reprendre.
DE FRANCE. 17
VARIÉTÉ S.
EXPOSITION des Ouvrages de Peinture ,
Sculpture & Gravure au Sallon du Louvre,
année 1781.
L'EXPOSITI
pro-
' EXPOSITION des Ouvrages des Membres de
l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture , s'eft
faite à l'ordinaire dans le Sallon du Louvre , qui ,
fuivant l'ufage , a été ouvert le 25 Août , Fête de
S. Louis. Si le Public a continué d'être privé des
ductions de quelques Artiftes qui fe prétendent découragés
par l'injuftice des Critiques , il en eft amplement
dédommagé par la fupériorité des tableaux
d'hiftoire , le premier & le plus difficile de tous les
genres. C'eft avec la plus grande fatisfaction que
les Amateurs ont.remarqué la révolution qui fe fait
dans l'École , la renaiffance de ce goût pur de deffin
qui caractériſe les temps les plus brillans de la Peinture
, & toutes les afféteries de l'École des de Troys
des Boucher & des Lemoyne, abandonnées , pour ne
fuivre que les formes & les couleurs de la Nature .
On va tâcher de rendre un compte détaillé de ces
productions avec la plus exacte impartialité , & fans
prétendre que le jugement qu'on en portera foit
celui du Public , ou doive être adopté par lui.
PORTRAITS.
>
Le Sallon offre cette année moins de portraits qu'à
l'ordinaire ; mais il en contient encore beaucoup
trop . On y voit avec plaifir celui du Roi en émail
par M. Pafquier ; celui de Madame Sophie de France,
lequel unit à beaucoup de vérité des détails très- intéreffans
; celui de M. le Comte de Vergennes , dont
18 MERCURE
les acceffoires laiffent cependant beaucoup à defirer
celui de M. Thomas , que M. Dupieffis a rendu avee
autant d'agrément que de vérité. On y admire les
émaux de M. Weyler , dont le portrait de Catinat ,
plein de caractère & de nobleffe , fait encore plus
fortement fentir le ridicule de la tête de la ftatue de
ce grand Homme , deſtinée à être exécutée en
marbre. On y remarque encore différentes miniatures
peintes par M. Hall.
›
Il feroit à defirer qu'on ne fe permît de placer
dans ce Sallon , que les portraits des perfonnes
qui , par leur naiffance leurs emplois ou
leurs talens , ont des droits à la confidération publique.
On ne peut y voir fans dégoût des gens
obfcurs , qui n'ont pas même le foible avantage
d'offrir le fpectacle d'une figure agréable , & dont
tout le mérite confifte à avoir été en état de payer
un Peintre de l'Académie . Encore , fi leur libéralité
avoit été jufqu'à faire les frais d'un portrait fufceptible
d'acceffoires intéreffans , à la faveur défquels
ils auroient attiré l'attention ; mais , non , ils fe font
bornés au plaifir ftérile de perpétuer leur figure , dont
ils auroient dû laiffer l'image fous les yeux de ceux
à qui elle peut n'être pas indifférente.
J'entends murmurer de ma févérité . Le plaifir
d'être expofé au Sallon détermine , dit-on , beaucoup
de gens à fe faire peindre , & c'est réduire à moitié
les revenus des Peintres en portraits , que d'exclure
du Sallon ceux des perfonnes auxquelles le Public
ne prend aucun intérêt. J'avoue que cette objection
eft peu faite pour toucher. Les Peintres en portraits
qui fe bornent à ce genre , font beaucoup plus récompenfés
qu'ils ne le méritent ; & fi l'on comparoit
le produit de leur cabinet à celui d'un Peintre d'hi
toire , la fupériorité de la recette du Peintre en portrait
feroit égale à celle du talent du Peintre d'hif
toires . Cependant , quelle diftance énorme entre ces
DE FRANCE.
•
deux Artiftes ! Dira- t'on que Vandick , Rubens , le
Titien , Raphaël même , ont fait des portraits ?
J'en conviens ; mais ces Ouvrages étoient , pour ces
hommes fameux , des objets de délaffement , & non
de prétention . Je le répète ; on ne doit introduire
dans le temple des Arts que les perfonnages dignes
d'y recevoir des honneurs , & la Nation ne doit rien
qu'à ceux qui , ou la gouvernent , ou l'éclairent , ou
contribuent à fon illuftration & à fon bonheur.
Nº. 1. Briſéis emmenée de la tente d'Achille ,
par M. Vien.
Ce tableau offre des beautés d'Art beaucoup plus
réelles que féduifantes. Compofition fimple , beauté
de détails , pinceau fier , deffin correct , il réunit ces
différentes qualités. Mais eft-ce là l'Achille d'Homère ?
Eft- ce là ce Héros irafcible qui vomiffoit des imprécations
contre les Dieux ? Sa douleur n'eft- elle pas
plutôt celle d'un fils à qui l'ordre d'un père refpecté
enlève une maîtreffe chérie que ce fils abandonne
avec défefpoir ? D'ailleurs ce tablean manque
de couleur ; les perſonnages mêmes , je le dis à regret
, font entièrement dépourvus de nobleffe.
2. Préparatifs du Combat de Pâris & de Ménélas ,
par M. de la Grenée , l'aîné.
L'Auteur a pris le moment où Priam & Agamemnon
jurent fur l'Autel de Jupiter de remplir les traités
qui règlentla fuite de ce combat. Ce fujet eft mal
choifi. Quel intérêt peut- il infpirer ? Il eft vrai qu'il
pouvoit prêter à une pompe dont l'Auteur n'a pas tiré
-parti. D'ailleurs , ce tableau n'a ni la fuavité ni l'ac
cord des petites compofitions du même Maître Son
Agamemnon eft un Acteur qui joue un rôle , & il a
plutôt l'air de défier le Dieu , que de faire un ferment
-à fes pieds. Quant à Priam , à peine le voit -on. Ce
ferment des deux Rois feroit un beau motif pour un
duo d'Opéra ; mais , encore une fois , ce n'eſt pas là
le fujet d'un tableau .
20 MERCURE
3. Annibal fait enlever le corps de Marcellus.
4. L'amour des Arts confole la Peinture des écrits
ridicules & envenimés de fes ennemis.
3
5. Laïs reçoit un billet accompagné d'un préfent.
6. Alcibiade aux genoux de fa Maîtreſſe , en eſt
traité avec mépris.
7. Vifitation de la Vierge.
8. Hercule & Omphale.
9. Sainte Famille.
10. Sara préſente à Abraham fa fervante Agar.
Par le même.
La fuavité du pinceau de ces tableaux attire les
regards , mais on n'éprouve , en les voyant , ni émotion
, ni admiration. Ce font des tableaux charmans ,
mais ils n'annoncent point l'homme de génie. Le
travail feul peut , avec le temps . en produire de pa
reils , & tout Artifte laborieux peut dire : io anche
fono pittore. On ne parle pas de celui du n° . 4.
Cette pauvre Mufe de la Peinture a bien de la
bonté de s'affecter des écrits ridicules ; elle doit
rire de ceux-ci , & méprifer ceux que la haine a
dictés ; mais elle ne feroit pas mal de rendre juftice
aux critiques infpirées par l'amour des Arts , & qui
contiennent des difcuffions faites pour les éclairer.
La meilleure réponse aux Critiques , feroit d'expofer
au Sallon un tableau comme celui de la mort de
Léonard de Vinci , ou de la force de celui qui repréfentoir
, à l'expofition faite il y a deux ans , le Préfident
Molé appaifant une fédition.
193. Combat des Romains & des Sabins , interrompu
par les femmes Sabines , par M. Vincent.
Quand on penfe que ce tableau eft de l'Auteur
de la fédition appaiſée par le Préfident Molé , on ne
peut que s'armer de févérité. Certainement fi le combat
des Romains & des Sabins eût paru au Sallon
de 1779 , & la fédition appaiſée à celui de 1781 ,
en auroit conçu en voyant le premier , des efpéranDE
FRANCE 21
ces réalisées par le fecond ; mais quand on penfe
qu'il faut renverser l'ordre des dates , on fe tait , &
l'on le borne à inviter un Artiſte deſtiné par la nature
à prendre place au premier rang , à faire des
efforts pour regagner ce qu'il a perdu.
IT. Combat de l'Amour & de la Chafteté , par
M. la Grenée.
Ce Tableau allégorique , d'un pinceau fuave, d'un
coloris féduifant , attire une attention particulière ,
& mérite d'être diftingué parmi le grand nombre
d'Ouvrages agréables qu'a expofés le même Artifte.
Mais ces compofitions allégoriques font- elles
de bon goût ? Écoutons l'Abbé Dubos , dans fes
Réflexions critiques fur la Poëfie & la Peinture ,
Livre qui devroit être entre les mains de tous les
Artiftes. Jofe avancer , dit-il , que rien n'a plus
fouvent écarté les bons Peintres du véritable but de
leur Art , & ne leur a fait faire plus de chofes hors
de propos , que le defir de fe faire applaudirfur la
fubtilité de leur imagination , c'est- à-dire , fur leur
efprit. Au lieu de s'attacher à l'imitation des paffions
, ils fe font plû à donner l'effor à une ima
gination capricieufe , & à forger des chimères dont
Tallégorie mystérieufe eft une énigme plus obfcure que
ne le furent jamais celles du Sphinx . Au lieu de nous
parler la langue des paffions , qui eft commune à tous
les hommes , ils ont parlé un langage qu'ils avoient
inventé eux- mêmes , & dont les expreffions proportionnées
à la vivacité de leur imagination , ne font
point à laportée du refte des hommes. Ainfi , tous les
perfonnages d'un Tableau allégorique font fouvent
muets pour les Spectateurs dont l'imagination n'eft
point du même étage que celle du Peintre. Ce fens
mystérieux eft placé fi haut , que perfonne nefauroit
y atteindre. Les Tableaux ne doivent pas être des
énigmes , & le but de la Peinture n'eft pas d'exercer
notre imagination , en lui donnant des fujets em22-
MERCURE V
&
brouillés à deviner. Son but eft de nous émouvoir
par conféquent les fujets de fes ouvrages ne fauroient
être trop faciles à entendre.
19. Mars vaincu par Minerve , par M. Doyen.
Quand un Artifte qui, en paroiffant, a donné les
plus grandes efpérances , ſe borne à expofer un feul
Tableau au Sallon , il eft permis de le juger fans ménagement.
Celui de M. Doyen a de la conleur & du
mouvement ; mais quel fujet l'Artiſte a- t- il été choifir
! Ne pourroit on pas appeler cette compofition
un amphigouri en Peinture ? C'eft une belle chofe
que l'Iliade , mais lorſqu'un Peintre n'ouvre cet Ouvrage
immortel que pour y trouver à peindre un
Héros que Minerve garantit des coups qu'on lui
porte, un Dieu qui, en tombant, jette un cri épouvantable
, & s'élance vers l'Olympe dans un tourbillon
de pouffière , il vaudroit autant lire peau- d'âne & le
petit poucet.
pour
Un Amateur des Arts , en voyant les Tableaux
deftinés le Mufæum , a dit , avec raifon , que
fans doute on en faifoit faire beaucoup afin de pouvoir
choisir.
20. Piété de Fabius Dorfo ; fon retour au Capitole
, par M. Lépicié.
Rien n'eft plus important en Peinture , comme en
Poéfie, que le choix des fujets. Je crois qu'il feroit ,
difficile d'en trouver un moins propre à être peint
que celui du Tableau de M. Lépicié. Comment rendre
dans un Tableau une action qui confifte à aller
& revenir, qui , fi elle a quelque mérite , n'en a que
dans fon enfemble,& dans le courage qu'il faut avoir
pour traverfer deux fois une armée ; d'ailleurs ,
qu'est-ce qu'un pareil fujet peut préfenter en Peinture
: Un homme qui porte des uftenfiles de facrifice
& des gens de guerre qui le regardent : quel fentiment
peut-on efpérer de faire paffer dans l'ame de
ceux aux yeux defquels eft expofée une pareille
DE FRANCE.
23
compofition ? D'ailleurs , qu'eft- ce que cette action
a en elle- même d'intéreflant ? On conçoit qu'un
inftituteur peut s'en fervir pour donner à fes
Élèves une idée du refpect que les Anciens avoient
pour le culte de leurs dieux ; mais que peut devenir
un pareil fujet dans les mains d'un Peintre ? Une
compofition froide & infignifiante , dont il eft impoffible
de deviner l'intention , fi le Peintre ne trouve
quelque moyen étranger à la Peinture de vous mettre
dans le fecret. On ne peut trop engager les Peintres
à choisir des ſujets qui n'aient pas été traités ; mas
il faut apporter dans ce choix du difcernement & du`
goût , & ne traiter que des actions fufceptibles
d'intéreffer ceux mêmes qui ne les comprennent pas.
En voilà affez fur ce Tableau , dont les détails
font peu avantageux . On paffe aux autres compofitions
de M. Lépicié.
22. Départ d'un Braconnier.
23. Un Vieillard lifant.
Ces deux Tableaux, très- agréables, ont de la cou
leur & du caractère.
24. Le Jeu de la foffette.
25. Le Jeu de carte .
Ces deux tableaux offrent de la vérité : peut-être.
à raison de leur petiteffe font ils peu foignés. Lorfque
par le choix de fes fujets & la manière de lestraiter,
on rappelle l'idée de l'école Hollandoife & Flamande,
il faut tâcher d'atteindre les perfections qu'elles
réuniffent. Sous ce petit point de vue , ces deux tableaux
ne font pas affez finis.
26. Combat des Grecs & des Troyens fur le
corps de Patrocle , par M. Brenet.
Voici encore un de ces fujets dont on a peine à
concevoir qu'un Artifte ait pu faire choix , Quel
fpectacle dégoûtant que celui d'un combat fur le
corps d'un homme mort ? Quel intérêt peut inſpirer
un cadavre foulé aux pieds ? Comment le Peintre
24
MERCURE
peut-il annoncer que ce corps difputé eft le motif du
combat ? Qu'eft - ce enfuite pour la Peinture , qu'un
Héros armé du bouclier d'une Déeffe , & qui n'a
befoin que de fa voix pour mettre en fuite fes ennemis
? Il est bien abfurde de vouloir confacrer , par
la Peinture , des faits que lear inventeur n'a fait
paffer à la postérité , qu'à la faveur du charme d'une
Poëfie , qui difparoît entièrement dans la Peinture.
Ce tableau eft d'ailleurs médiocrement compofé ;
il n'y a point de plan , point d'intelligence dans la
diftribution des lumières , & par conséquent point
d'effet.
27. Adoption d'Edipe par la Reine de Corinthe .
28. Remus & Romulus , par le même.
Ces deux compofitions font froides & n'inſpirent.
aucun intérêt. Elles ont d'ailleurs de mérite re- peu
lativement au deffin & à la couleur.
32. Martyre de Saint Étienne .
33. Converfion de Saint Paul , par de la Grenée
lejeune.
Ces deux tableaux font ceux dans lesquels cet
Artiſte a développé le plus de talent ; cependant ils
de couleut .
ont peu
34. Les fils de Tarquin admirant la vertu de
Lucrèce, par le même.
Ce tableau mérite quelque attention ; on ſent
que l'Auteur a recherché l'antique ; mais fon Tarquin
n'eft qu'un Acteur qui joue un rôle , & non
un perfounage mis en action.
C'eft un reproche qu'on peut faire à plufieurs de
nos Peintres, C'eſt au Spectacle qu'ils étudient leurs
modèles ; ils ajoutent aux afféteries du Théâtre les
afféteries de la Peinture , & s'éloignant ainfi de la
nature , ils n'excitent aucune émotion dans l'âme des
Spectateurs.
37. David inſultant à Goliath , après l'avoir
vaincu , par le même.
39. Mercure
DE FRANCE.
25
19. Mercure représentant le Commerce , répand ,
fous les aufpices de Louis XVI , l'abondance fur le
Royaume , pur le même.
Cette allégorie , deftinée pour la Salle d'affemblée
du Corps des Drapiers , n'eft ni facile à comprendre,
ni intéreffante , foit qu'on la confidère relativement
à l'invention ou à l'exécution. Ce genre de compo
fation eft d'ailleurs peu propre à décorer une Salle où
s'affemblent des Marchands . N'auroit - il pas mieux
valu mettre fous leurs yeux des traits qui honorent
le Commerce ? Henri IV , par exemple , qui témoigne
fa reconnoiffance à des Négocians de fon
Royaume, de qui il avoit reçu des fecours ; ce même
Corps des Drapiers délibérant dans la guerre dernière
, de donner un Vaiffeau au Roi. Le principal
mérite des Beaux- Arts eft d'intéreffer & d'émouvoir ;
combien ne s'honorent-ils pas lorfqu'ils font en
ployés à infpirer de la vertu !
A l'égard des petits tableaux du même Auteur ,
ils ne font ni affez ſoignés , ni deſſinés avec aſſez de
fineffe.
so. Triomphe d'Amphitrite.
51. Diane au bain , furpriſe par Actéon , par
M. Taraval.
Ces deux tableaux rappellent la manière & la
couleur de Boucher , de Lemoyne , de Detroys & de
toute cette école , dont l'impreffion s'efface heureufement
& n'a plus d'action fur nos Artiſtes , qui
femblent vouloir retourner à la nature , leur véri
table maître. On ne peut qu'inviter M. Taraval à ſe
frayer une nouvelle route. Raphaël a commencé par
fuivre la manière du Pérugin , fon maître ; mais les
tableaux de fon premier temps ne font pas ceux que
l'on couvre d'or.
53. Efquiffe d'un tableau repréfentant l'événe-
No. 40 , 6 Octobre 1781.
26 MERCURE
le
19
ment arrivé à Stockholm ,
même.
Août 1772 , par le
Ce fujet eft bien intéreffant par lui-même. M
Taraval penfe-t-il que la Vigilance , la Prudence , la
Clémence , la Force & la Fidélité ajoutent à ce que
cet événement a d'attrayant? Quelqu'un difoit , en
regardant ce tableau : Ce font apparemment des
Daines Suédoifes. Non , répondit un Plaifant , ce
font les Mattreffes du Roi,
$4. Quatre tableaux de Marine.
55. Plufieurs tableaux fous le même numéro ,
par M. Vernet.
Ce Sallon offre plufieurs tableaux de M. Vernet ,
tous d'un effet plus ou moins étonnant , & d'un accord
qui caractériſe ce Peintre , d'une fupériorité fi
décidée . Tous font peints à pleine couleur ; mais les
beautés de cet Artiſte font celles que nous lui connoiffons
depuis long-temps . C'eft toujours le même
plaifir : Toujours des perdrix , difoit le Confeffeur
d'un grand Roi..
Un feul tableau attire une attention nouvelle :
c'eft celui dont le fujet a été donné par fon propriétaire.
Il repréfente un homme & une femme,
morts de misère, fur un rocher, où ils ont été jetés par
une tempête qui n'eft pas encore entièrement finie .
Leurs mains , reftées unies , annoncent quels ont été
les derniers fentimens qui ont animé leur exiftence.
On ne peut s'arrêter devant cette compofition fans
éprouver une douce mélancolie , & il eft difficile de
n'y pas revenir. Cependant , il n'a rien de fupérieur
par l'exécution , aux autres tableaux du même Auter.
Par quel charme celui - ci obtient- il donc une
Fréférence fi marquée ? Sans doute il le doit à l'intérêt
qu'il infpire. Artiftes fupérieurs , joignez aux
charmes de vos talens , celui d'offrir des fujers
DE FRANCE. 27
propres à émouvoir ; vous multiplierez nos plaiſirs ,
& vous trouverez autant d'admirateurs que de fpectateurs
fenfibles.
17. Joueurs de boule .
58. Plufieurs tableaux fous le même numéro ,
par M. le Prince.
Quelques petits tableaux , expofés cette année ,
femblent deftinés uniquement à conftater l'existence
d'un Artiſte , aux talens duquel le Public a toujours
rendu juftice. Il feroit fouverainement injufte d'apprécier
avec févérité ces délaffemens d'un homme
dont la fanté eft fi chancelante.
59 à 71. Différentes vues de Paris , par M. de
Machy.
Ces différentes vues attirent l'attention du Public ;
la netteté & la correction de l'Architecture font le
principal mérite de ces petits tableaux . On ne peut
fe difpenfer de reprocher à l'Artifte d'avoir fouven
placé fur le devant de fes compofitions des maffes
de ruines abfolument idéales , qui empêchent de
reconnoître les monumens dont il offre l'image. Le
tableau qui repréſente les Écoles de Chirurgie eft un
exemple de ce qu'on avance ici. Cet édifice , qui eft
rendu avec la plus grande exactitude , n'eft reconnu
par perfonne , parce qu'il eft entouré de ruines , qui
n'exiftent que dans l'imagination de l'Auteur. C'eft
le portrait exact d'une femme que tout le monde
connoît , mais dont perfonne ne retrouve les traits ,
parce qu'elle a emprunté un coftume de coeffure &
de vêtement, dans lequel elle n'a été vue par perfonne.
D'ailleurs , le coftume des petites figures de ce
tableau n'a aucune vérité , Ce défaut eft commun à
tous les tableaux de M. de Machy. Si ce Peintre
place une charette , des tonneaux , enfin des accelfoires
quelconques , ils n'ont ni la forme , ni la cou-
Bij
28 MERCURE
leur locale propre à chacune de ces chofes ; cette
vérité eft cependant précieufe : on la retrouve avec
bien du plaifir dans les tableaux de l'immortel
Vernet.
78. Caftor , ou l'Etoile du matin , par M. Renou.
Ce Tableau , placé comme il eft , eft jugé trèsdéfavorablement
par tout le monde. Caftor paroît
avoir la jambe & la cuiffe caffée . Peut -être , lorfqu'il
fera vu perpendiculairement , fera - t-il d'un tout
autre effet. C'est dans le lieu de fa deſtination qu'il
faudra le juger en dernier reffort. Au refte , le choix
du fujet paroît bien bizarre.
85. Un Clair de Lune.
86. Un Soleil levant , par M. Cafanova.
On parle à regret de ces Tableaux . Ni la fabrique
du paysage , ni la couleur locale , ni les perfonnages
, rien ne rappelle la nature ni la réputation
de l'Auteur. Ces Tableaux font d'ailleurs , relativement
au matériel de la peinture ,. traités de manière
qu'il eft impoffible qu'ils fe foutiennent. Le
vernis dont ils font furchargés les décompofera fans
doute , au point qu'il eft vraisemblable qu'ils n'offriront
qu'une grande tache noire , fur laquelle fe
détacheront quelques clairs.
90. Un Payfage orné de figures & d'animaux.
Ce Tableau eft digne de l'opinion que l'on a des
talens de M. Caſanova . Il offre de la couleur , de
bonnes formes d'animaux , de l'entente & de l'effet.
On fent que l'Auteur a pris pour modèle Berghem.
Peut-être ce Tableau eft il trop fait de pratique. Il
eft en général d'une nature factice , ou tout au moins
inconnue aux habitans de nos climats.
93. Plufieurs Tableaux fous le même N • .' , par
M. Guerin.
Ges Tableaux rappellent la manière de M. Bot
DE FRANCE. 29
cher , & fur- tout fa couleur . Ils ont tout ce qu'on
peut exiger d'un Artifte qui fuit les pas d'un Maître
qui s'étoit fait une nature factice , & qui , dans fon
dernier tems , avoit une couleur plus convenable à
des éventails qu'à des Tableaux.
94. Deux Tableaux repréfentant , l'un , l'incendie
de l'Opéra ; & l'autre , l'intérieur de la Salle le lendemain
de l'incendie , par M. Robert.
Lorfqu'on fe rappelle les premiers Tableaux expofés
aux Sallons précédens par cet Artiſte , on ne
fe détermine pas ailément à juger ceux qu'il met aujourd'hui
fous les yeux du Public. Les deux dont il
eft queſtion ici , font d'une telle médiocrité , qu'on
a peine à concevoir qu'ils foient l'ouvrage de M.
Robert. Point de vérité dans la couleur , de l'architecture
fans netteté , des figures qui n'ont le coftume
A'aucun pays , tous les moyens mécaniques propres
à produire de l'effet , employés fans fuccès ; enfin
des figures placées pour voir ce qu'elles ne peuvent
pas voir: voilà le Tableau du jour. Les détails de
celui du lendemain pouvoient-ils occuper un Artifte
diftingué ? L'intérieur d'une carcaffe de bâtiment
quarré fans aucune décoration , des figures mal deffinées
qui en occupent quelques parties , & beaucoup
de fumée blanche : étoit - ce là de quoi faire un
Tableau ?
95 , 96 & 97. Tableaux & Delfins d'Architecture.
Quatre Tableaux du même Auteur , & fur - tout
neuf Deffins , exécutés avec autant d'aifance que da
fidélité , permettent d'efpérer de revoir de lui des
Tableaux dignes de fon premier tems.
105. Trois petits Tableaux de fleurs & de
fruits.
106. Une Corbeille de raifins.
154. Un vafe leulpté en bas-reliefs , rempli de
Biij
MERCURE
feurs & de fruits , fe détachant fur un fond d'Ar
chitecture.
156. Un Vafe de marbre rempli de fleurs , &
dans le bas un grouppe de fleurs & de fruits.
Les quatre Tableaux , Nos 105 & 106 , peints
par Mlle. Vallayer , font d'une exécution trèsagréable
; mais ceux de M. Van-Spaendonck , Nos
154 & 156 , font fi fupérieurs , quils forcent l'at
tention générale. Ces Tableaux conferveront -ils leur
fraîcheur & la fineffe des touches ? C'eft la grande
queftion . S'ils ont cet avantage , ils feront auffi recherchés
que ceux de Van-Huifum. Mais les huiles
graffes employées actuellement par les Artiftes
toutes les couleurs métalliques , & fur- tout les terres
colorées dont l'ufage s'eft introduit , font des agens
deftructeurs qui menacent les Tableaux de tous les
Artiftes qui emploient les préparations ordinaires.
Ne fe trouvera -t -il donc pas de Chymifte affez amateur
des Arts , pour rechercher quelles étoient les
drogues colorantes employées par Rubens , Jordans ,
Tenières , Gerard - dow , & tous les Peintres des Ecoles
Hollandoife & Flamande ? Nos Artiftes ne renonceront-
ils pas aux toiles imprimées avec les couleurs
ramaffées dans les pinuliers , qui , étant toutes d'une
nature hétérogène , fe tourmentent lorfqu'elles font
unies , & finiffent par pénétrer les couleurs dont elles
font couvertes par les Artiftes ?
118. Un Projet de Chaire à prêcher pour S.
Sulpice.
Quelque abfolu que foit le filence que nous nous
fommes impofé fur les ouvrages plus fufceptibles de
blâme que d'éloge , il ne nous eft pas poffible de
nous taire fur le projet d'une Chaire deſtinée à décorer
un Edifice qu'embelliffent déjà les ouvrages
des Bouchardon , des Pigalle & des Slodz. On a
peine à concevoir qu'on foumette au jugement du
Public une production auffi ridicule , qui reffemble
DE FRANCE. 31
à la moitié d'un tonneau , dans lequel on arrive par
deux cfcaliers dignes de conduire à la chambre de
Rofe , & derrière lequel on a étendu des draps de
Hit. Eft -ce là la Tribune dans laquelle on doit annoncer
les oracles d'un Dieu devant qui tout tremble?
Pourquoi donc ce projet feroit-il fubftitué à celui
qu'a expofé au Sallon, il y a une vingtaine d'années ,
Michel- Ange Slodz ? Qu'on les mette tous les deux
fous les yeux du Public , & qu'il juge.
127 à 133. Vues d'Italie.
Ces différentes Vues exécutées à Gouache par
M. Pérignon , font très-intéreffantes par ce qu'elles
repréfentent , & par la manière dont elles font
rendues.
144. Tableau allégorique fur la liberté accordée
aux Arts , par Edit du mois de Mars 1777. ( Morceau
de réception. )
Ce Tableau a de la couleur . Il eft difpofé de manière
à faire de l'effet. Il eft agréablement deffiné
& digne d'être un témoignage du véritable talent de
fon Auteur. Mais fi l'on examine le fujet , la ma
nière dont on a dit ce qu'on a voulu dire , on ne
pourra pas s'empêcher de crier , avec tous les gens de
goût , contre l'emploi de l'allégorie. Qu'est- ce que
c'eft que l'Etude qui eft à demi - couchée ? Qu'estce
qui caractériſe les entraves dont elle a été délivrées
? Comment repréſente - t - on un Edit ? Un
compas que l'Architecture tient dans fa main le caractériſe-
t-il plus que la Géométrie , l'Aftronomie ,
& toutes les Sciences qui ont pour objet la meſure
des grandeurs ? Où eft le temple de Mémoire ? La
Figure de la Liberté qui eft à la porte annonce-t- elle
que la liberté en eft bannie , & que pour y entrer .
il faut abfolument fe mêler dans les intrigues qui défolent
les Arts & la Littérature ? D'ailleurs , comment
l'Amour des Arts jonche-t-il de fleurs le chein
qui conduit à l'immortalité ? L'Amour des Arts
Biv
32 MERCURE
peut arracher les ronces & les épines dont ce chemin
eft embarraffé ; mais le joncher de fleurs , perfonne
n'y croira , ou il a vu de très-loin les Arts & les
Lettres . Que de chofes de dites dans un Tableau de
fept pieds de haut fur fix de large ! Quand on voit
tout cela , on eft tenté de dire avec M. Jourdain :
Ob, la belle Langue que cette Langue Turque !
145. Le feu facré rallumé à la prière d'Emilie,
la plus ancienne des Veftales , par M. Suvée.
+
Ce Tableau , dont le fujet eft fimple , eft préfenté
d'une manière claire , & il infpireroit
intérêt chez un Peuple accoutumé , par fes opinions
religieufes , à attacher une grande importance à
L'entretien du feu facré. Mais quelle part peuvent
prendre à une pareille fcène des François & des
Chrétiens ? La Peinture a-t- elle donc renoncé au
charme le plus puiffant de tous les Arts à émouvoir ?
Qu'on repréfente Coriolan arrêté , à la tête de fon
armée , par l'empire de la Piété filiale > tous les
Spectateurs feront attendris & prendront part
à cette
action. Il eft des fujets de tous les tems & de tous les
pays. Tout ce qui appartient aux fentimens naturels ,
tels que l'amour , la tendreffe paternelle , la piété
filiale , affectera indubitablement tous les hoinmes.
Mais toutes les fois que , pour prendre part à un
fujet , il faut fe rappeler les conventions fociales fur
lefquelles il eft établi , on n'y prendra jamais qu'un
intérêt de réflexion , & par conféquent très affoibli.
Mais laiffons à part le choix du fujet. Le Tableau eft
bien traité , il a de la couleur , de l'élégance , &
l'on regrette de le voir placé à une diftance où il
perd une partie de fes charmes. Le rouge des manteaux
des Veftales nuit infiniment à l'accord de ce
Tableau.
146. Vifitation de Sainte-Marie .
Ce tableau a de la couleur , de la fimplicité dans
fordonnance, Lafigure de Sainte-Elifaberh eft pleine
DE FRANCE.
33
de l'enthouſiaſme qui lui convient ; mais la Vierge
manque de nobleffe ; elle eft dans ce tableau perfon-
Rage fubalterne.
147. Le Printems.
Voilà encore une allégorie . Au moins les principaux
perfonnages de celle - ci font- ils connus. Ce
tableau eft fupérieurement fait pour fa deftination .
Il eft d'une couleur exagérée , mais néceffaire pour
l'éloignement dans lequel il doit être vu. L'ordonnance
en eſt noble. Ce morceau eſt ſupérieur à ce
qu'on a vu juſqu'à préfent de fon Auteur . On y
trouve un excellent goût de deffin , un beau choix
de nature , de la couleur & de l'effet.
! 151. Léonard de Vincy , mourant dans les bras
de François Premier , par M. Menageot.
Ce tableau eft , de tous ceux qui font exposés au
Sallon , celui qui attire l'attention la plus univerfelle
, & il eft difficile de ne pas convenir que cette
préférence foit méritée . Il préfente une compofition
fimple & noble , ordonnée avec la plus grande in
telligence , fans aucune affectation . Tous les perfonnages
font plus ou moins néceffaires à l'action . L'Artiſte
a d'ailleurs uni à une couleur forte & vraie ,
une touche mâle , de la correction , & cette expreffon
noble fans exagération , caractère des Peintres
nés avec un véritable talent. Il faut convenir que
M. Ménageot, dont les Ouvrages exposés au Sallon
de 1779 avoient beaucoup promis , a été encore audelà
des engagemens qu'il avoit contractés avec le
Public. Perfonne n'étoit plus digne de tranímettre à
la postérité un trait d'hiftoire fi honorable pour la
Peinture.
Au refte , on a reproché à la figure de la femme
qui apporte le breuvage d'être un peu grande , & l'on
a prétendu que le lit & le ciel du lit n'étoient pas en
perfpe&ive, Ces reproches , fur- tout le dernier , pafoiffent
bien hafardés. Dans le défordre inféparable
Bv
34
MERCURE
des fecours qu'exige un mourant , ce lit n'a-t-il
pu être un peu dérangé ?
pas
152. L'Étude qui veut arrêter le Tems , par le même.
Ce tableau eft le morceau de réception de l'Auteur.
Voici encore une compofition allégorique. Au
moins celle-ci eft fimple ; les perfonnages , fur- tour
le principal , font connus de tout le monde. Quelle
touche mâle & noble ! ce tableau rappelle le Carrache
, ou plutôt , il rappelle la nature choifie par un
homme de goût & de génie , qui connoît toutes les
reffources de l'Art , & qui lui - même eft destiné à
devenir un jour un modèle , s'il ne s'écarte pas de
la route qu'il s'eft frayée.
153. Apollon qui ordonne au Sommeil & à la
Mort de tranfporter en Lycie le corps de Sarpédon ,
par M. Berthélemy.
Ce tableau , qui eft le morceau de réception de
l'Auteur , annonce du talent. Il eft bien compofé ;
il a de la couleur , & eft deffiné avec goût . On fent
avec plaifit que l'Apollon du Belvédère a infpiré
fAuteur de ce tableau , à qui peut- être on auroit fu
gré de fe rapprocher encore davantage de fon modèle.
C'eſt à M. Berthélemy à tenir tout ce que ce
tableau promet.
169. La double récompenfe du mérite , par M.
Wille , fils.
Deux têtes d'une expreffon agréable , je veux dire
celles du père & de la mère , & du fatin d'une grande
vérité , rendent digne d'éloge ce tableau , qui d'ail
lears eft peint fec & entièrement dépourvu de perfpective
. L'Auteur nous a préfenté des compofitions
plus importantes & mieux traitées au précédent
Sallon.
170 à 192. Tableaux repréfentant différentes
vues & delfins dans le méme gente , par M. Houel.
Différens morceaux intéreflans pour l'Hiftoire Nawurelle
, pour celle des Cérémonies Religieufes , &
DE FRANCE. 35
des Arts , & pour le Coftume , font l'ouvrage de
cet Artiſte nouvellement agréé Ils ne fe préfente pas
pour prendre place au premier rang , mais on lui doit
la juſtice d'avoir fait un ufage auffi uule qu'agréable
du talent qu'il s'eft fenti . Ne vaut- il pas mieux confulter
les forces & en tirer parti , que de s'expofer au
ridicule , en courant une carrière qu'on n'eft pas en
état de remplir? Toutes les compofitions de M. Houel
annoncent du goût , de l'intelligence , & de la connoiffance
de fon Art.
198 & 199. Deux Vues de Chantilly.
200. Vue du Château de Bernis , par M. de
Corte
Ces trois Vues , dont la dernière eft prife dans un
genre auffi fimple que celui des deux premières , eft
richte , réuniffent toutes les qualités qu'on exige dans
les Tableaux de ce genre. Fidélité dans la reprétentation
, vérité dans la couleur locale . M. de Corte a
ajouté à ces compofitions des figures qui les animent
très -agréablement ; ils font d'ailleurs très - finis , &
on ne peut pas plus foignés. Peut-être apperçoit- on
trop qu'ils ont été faits à la chambre noire : quoi
qu'il en foit , il eft bon qu'il y ait à l'Académie un
Peintre de ce genre. Les Tableaux de celui- ci feront
toujours vus avec plaifir , & les gens les plus difficiles
les regarderont au moins comme d'excellens
Portraits.
201 Le Siége de Beauvais , par M. le Barbier.
Ce Tableau a de belles parties. On y trouve de la
couleur & du mouvement ; mais il n'offre aucune
entente dans la diftribution des lumières , point de
plans , point d'effet , & aucune vérité dans le coftume.
212. Vue prife dans la forêt de Fontainebleau ,
M. Hue.
par
Ce tableau eft un fuperbe paylage. Il rappelle
celui de Paul Poter , dont le prix a été porté fi han
deux ventes fucceffives ; mais on ne peut reprocher
B vj
༦་ MERCURE
2 l'Auteur d'avoir eu en vûe le faire d'aucun Maître.
On fent qu'il a été infpiré par la Nature ; & il eft
difficile de croire que ce tableau n'ait pas été peint
d'après elle. Il eft poffible de faire mieux , & l'Auteur
fans doute le prouvera un jour ; mais il eft très-difficile
de faire auffi bien . Au refte , les espérances
que donne lieu de concevoir M. Hue , font fondées
fur l'obfervation que toutes fes compofitions joi
gnent à l'avantage d'offrir une રે imitation parfaite de
la Nature , celui de faire beaucoup d'effet.
215. Vue des environs de Chaillot au clair de
la lune.
Cette vue donne encore une idée avantageufe des
talens du même Auteur. Entente , accord , deffin ,
couleur locale , effet , vérité dans le maintien & le
coftame des perfonnages mis en action ; ce tableau
réunit ces différentes qualités . Si elles ne font pas
portées à leur perfection , elles donnent l'efpérance
dy voir arriver l'Artifte , pourvu qu'il continue
d'étudier la Nature & de la prendre fur le fait . Mais
que deviendra cet Ouvrage avec le temps ? Il eſt
difficile de croire qu'il fe foutiendra . Il paroît peint
avec effort , & ne l'être point à pleine couleur. Il eft
d'ailleurs couvert d'un vernis tellement épais , qu'il
réfléchit les fpectateurs. Je fouhaite que ce que
j'avance ici foit une méprife. A tout événement ,
l'Auteur pourra profiter de cette obfervation , fuppofé
même qu'elle ne foit pas fondée.
On eft tenté de croire , en voyant ce tableau ,
qu'il eft digne d'être mis en pendant avec ceux de
Fimmortel Vernet ; mais le tableau voifin , fur
lequel les yeux fe tranfportent naturellement , die
au Spectateur qu'il ne faut porter de jugement
comparatif qu'en rapprochant les ouvrages de deux
Maîtres ; & l'intérêt qu'infpire M. Hue invite à
faire des voeux pour que cet Artifte réuniffe à ce
qu'il tient de la Nature , tout ce qu'il y a d'acquit
DE FRANCE. 37
dans les Ouvrages de M. Vernet.
217. Le Gentilhomme Bienfaifant.
218. L'Inftruction Villageoife.
219. Le Juge de Village.
220. La Confultation redoutée
Bucourt.
• par M. de
On voit que l'Auteur a recherché , dans ces petites
compofitions , la manière de l'école Hollandoife.
Ces tableaux font d'une couleur brillante .
On y trouve des têtes d'une expreffion fine & jufte,
Ils font agréables ; & ce Peintre peut prétendre une
place dans les cabinets de la claffe d'Amateurs qui ,
n'ayant pas les yeux ouverts fur les beautés du grand
genre , préfèrent les tableaux de Ténières à ceux de
Raphaël.
222. Tableau repréfentant une table garnie d'un
sapis de Turquie , fur lequel eft placée une tête, de
marbre , un vafe en bronze antique , &c.
. 223 , 224 , 225 & 226 , Bas-reliefs imitant la
terre cuite , le bronze & le marbre blanc,
Ces différens tableaux , de M. Sauvage , méri
sent tous les éloges dûs aux Ouvrages de ce genre ,
infiniment moins difficiles que tous ceux qui ont
pour objet la nature vivante.
311. Bélifaire reconnu par un Soldat qui avoit
fervi fous lui , au moment qu'une femme lui fait
T'aumône , par M. David.
Cet Artiſte , Agréé depuis l'ouverture du Sallon ,
y a expolé différens morceaux faits pour donner
les plus hautes efpérances
Le tableau qui repréfente Bélifaire demandant
J'aumône , eft une componition noble , fimple. Les
trois têtes principales , fur-tout celles de Bélifaire &
de l'Enfant , font de la plus noble expreflion. Le
goût de delfin de ce tableau eft exquis . Peut- être
M. David auroit-il pu donner à fon Soldat une expreflion
d'étonnement moins triviale . Ce tableau
38
MERCURE
manque d'ailleurs d'effet & de couleur ; mais ces
parties peuvent s'acquérir ; & l'on croit pouvoir
affurer que fi cet Artifte parvenoit à réunir aux
qualités qu'il a reçues de la Nature & de ſes efforts ,
l'entente des effets & le coloris , il tiendroit le premier
rang parmi les contemporains , & feroit en état
de difputer la palme aux Peintres dont le temps a
confacré la mémoire .
312. S. Roch intercédant la Vierge pour la guériſon
des Peſtiférés , par le même.
C'eft encore un tableaur digne de la plus grande
attention. Il manque , comme le précédent , d'effet
& de couleur ; mais il raſſemble des beautés de deffin ,
d'expreffion & de difpofition particulière de figures ,
qui aurent à cet Ouvrage une place diftinguée
parmi les tableaux qui décorent la capitale.
313. Le Portrait de M. le Cointe Potocki à
cheval , par le même..
Un portrait peint par un grand Peintre d'hiftoire ,
eft bien fapérieur aux productions d'un Artifte uniquement
dévoué à ce minutieux emploi. Celui- ci
refpire le Cavalier & fon courfier font animés.
Quelle élégance dans les formes ! quelle correction
dans le deffin ! Peintre deftiné à l'immortalité , ne
vous laiffez pas féduire par l'appât du gain! La gloire
vous attend , & les jouiffances qu'elle procure font
bien fupérieures à celics que l'on obtient avec de
l'or. Peut- être reprochera- t'on avec vérité à ce portrait
que les linges en font lourds : c'eft la chemiſe
d'un l'alfrenier & non celle d'un Prince qu'on a rea
préfentée.
314. Les Funérailles de Patrocle , par le même.
Cette efquiffe , très -avancée , met à portée de
juger des talens de l'Auteur pour les grandes compofitions.
Ce tableau , d'un très- grand détail , eft
cependant placé fi défavorablement qu'il eft difficile
de le juger.
DE FRANCE.
315. Trois Figures Académiques , dont une repréfente
un S. Jérôme , par le même.
Deux Études d'homme , & un S. Jérôme achèvent
de donner une idée de la fupériorité de M David,
relativement au deffin . Le S. Jérôme a même plus
de couleur que les autres tableaux du même Peintre ,
& eft mieux entendu . Mais la partie inférieure de fon
corps offre de juftes fujets de critique.
30
SCULPTURES.
No. 227. Blaife Pafcal.
Ce morceau , de M. Pajou , eft digne de la réputation
de l'Auteur. La tête de cette ftatue eft bien
celle d'un penfeur profond. On eft aisément difpofé
à croire qu'elle reffemble parfaitement . Le caractère
en eſt auſtère , & il n'eſt pas difficile de croire
à la févérité des principes de ce Philofophe. Le corps
n'eft pas auffi heureux ; il paroît manquer de nobleffe
, ou plutôt de cette élégance de formes qu'un
Artifte ne doit jamais perdre de vûe , quelque fujet
qu'il traite.
239. Vulcain préfentant les armes qu'il a forgées.
Ce morceau eft d'une compofition fimple , fupérieurement
deffiné , & d'une très - belle exécution Ne
pourroit-on pas cependant reprocher à M. Bridan ,
de n'avoir pas choifi une nature affez forte pour caractériſer
Vulcain ? Et fa figure n'eft-elle pas plustôt
celle d'un Faune que d'un Forgeron ? Quoi qu'il
en foit , ce morceau eft digne d'une grande attention.
240. Le Duc de Montaufier , Gouverneur des
Enfans de France fous Louis XIV , par M. de
Mouchy.
La compofition en eft fimple , & le coftume bien
entendu , mais la tête n'eft pas affez noble ; elle
manque d'ailleurs de caractère. Ces défauts font
faciles à réparer , en confervant même la reſſemblance
.
MERCURE
Sans n . le Silence , figure de grandeur naturelle ,
par le même.
Cette figure eft de la plus grande beauté . L'extrême
vérité de toutes les parties a fait croire qu'elle
étoit moulée fur nature. Ce reproche eft - il fondé?
En le fuppofant même , il y a encore bien du mérite
à compofer un enfemble tel que celui de cette
figure .
242. Le modèle en plâtre du Couronnement de
la principale entrée de S. Barthélemy , repréfentant
la Foi & la Charité , par M. Berruer.
Cette compofition eft pleine de chaleur & de
toutes les graces dont un pareil ſujet eft fufceptible.
La Foi eft bien ardente , l'enfant qui joint les mains
bien pénétré d'un refpect naïf ; le caractère de la
Charité eft noble & tendre.
251. Le Maréchal de Tourville.
M. Houdon a choisi l'inftant où fon Héros fe
détermine à combattre à la Hogue , quoique les
Anglois cuffent 86 Vaiffeaux , & que fon Armée ne
fût que
37
*
de 50.
Tout
annonce
l'homme
de génie
dans
ce morceau
. La
figure
du
Maréchal
eft
noble
, & fon
maintien
eft
grand
fans
affectation
. L'élément
fur
lequel
eft placée
la feène
fe devine
au défordre
qui
règne
dans
les
ajuftemens
de fon
Perfonnage
. Les
détails
en font
foignés
, & l'on
ne
s'apperçoit
pas
du
défavantage
du coftume
que
l'Artiste
a en à rendre
.
Jufqu'à
préfent
cette
Collection
des
grands
Hommes
de la Nation
a été
traitée
avec
beaucoup
de
fuccès
.
252.
Voltaire
, par
le même
.
Si l'on trouvoit dans les ruines de la Grèce & de
Rome la ftatue deftinée à tranfmettre à la postérité
T'homme qu'on peut comparer à tous les Écrivains
, & auquel on n'en peut comparer aucun , Voltaire
, on admireroit la correction & l'élégance de
DE FRANCE. 41
eet Ouvrage , & l'on défieroit les Artiftes modernes
de produire rien d'auffi parfait . Cette figure eft l'ouvrage
d'un Sculpteur vivant On lui reproche d'avoir
métamorphofé le Poëte François en Sénateur Romain
, & l'on a raifon ; mais il faut en convenir , il
auroit fallu facrifier de grandes beautés à la fatisfaction
d'être vrai.
268. Figure d'Érigone , de deux pieds de
tion.
propor
269. Tête de Veſtale , de grandeur naturelle.
Ces deux Ouvrages donnent une idée avanta
geufe des talens de M. Julien .
Les bornes de cet Ouvrage ne nous permettent
pas de faire mention de plufieurs morceaux de Sculpture
dignes d'éloge .
GRAVURES I T
DES
SINS.
On doit des éloges aux différens Graveurs dont
les Ouvrages font exposés cette année.
On diftingue les Deffins de M. Cochin ; mais la
multitude de ceux de M. Moreau , leur fupériorité &
l'efprit dont ils font pleins donnent à cet Artifte
une diftinction très-méritée . L'arrivée de J. J. Rouffeau
aux Champs Elysées eft fur-tout une compoh
tion pleine d'efprit , de vérité & de charmes.
2
MERCURE
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LEE Vendredi 21 Septembre , on a repréfenté
, pour la première fois , l'Inconnue
Perfecutée , Comédie - Opéra en trois Actes
parodice fur la Muſique d'Anfofli.
1
き
Il n'eft peut-être pas , pour un Homme
de Lettres , de travail plus ingrat que celui
qui lui fait une loi d'affujétir les idées à des
intentions données d'avance par un Muficien,
& de mesurer le rhythme de fes vers au
plus ou moins d'étendue des phraſes muſicales
qui compofent les morceaux qu'il
yeut parodier. Plufieurs raifons devroient ,
à notre avis , dégoûter abfolument de la
manie de tranſporter , d'une langue dans une
autre , les oeuvres de mufique déjà connues ,
& qui jouiffent d'une certaine réputation.
1º . Avec quelque intelligence que l'on
achève une imitation de cette nature ,...
n'en réſulte aucun avantage , aucune récom
penfe pour l'amour - propre Littéraire de
l'imitateur. 2 °. Les facrifices qu'impofe cette
efpèce de travail , ne font comptés pour
rien aux yeux des Spectateurs ; & file fuccès
de la parodie n'a pas répondu à leur attente ,
ils jugent l'Ouvrage qu'on leur préfente
comme ils jugeroient une production faite
il
>
*1
DE FRANCE. 43
fans aucune entrave , & dans toute la liberté
de l'imagination. 39. Chaque langue a fon
génie , fa profodie & fes fineffes . C'eft fur
ces trois objets que fe règle un habile Muficien
quand il travaille pour la voix , & l'on
doit fentir que , dans ce cas , rien n'eſt plus
difficile que de faifir les nuances propres à
un idiôme , & de les reporter dans un autre
avec toute leur pureté. Nous propofons
ces réflexions à tous les Écrivains qui pour
rent fe fentir entraîner par le defir de faire
connoître les compofitions des Maîtres Italiens
, en faifant paffer fur nos Théâtres leurs
Opéra bouffons traduits ou imités en tout
ou en partie. On a fans doute des exemples
de fuccès obtenus par de telles imitations ;
mais on a dû remarquer qu'ils n'ont pas été
en grand nombre , & que plus les lumières
fe font étendues , plus on a connu en France
la mufique Italienne , & moins il a été fa
cile d'en obtenir . Il faut obferver encore
que s'il eſt un Théâtre fur lequel on puiffe
porter cette forte d'Ouvrages d'une manière
un peu avantageufe , c'eft le Théâtre Italien
parce qu'avec une intrigue agréable ,
& à l'aide d'un Dialogue que l'Auteur eft le
maître de raccourcir ou d'étendre fuivant fes
befoins , un air trouve la place qui lui convient
, & produit l'effet qu'on en doit attendre.
La Scène Lyrique ne préfente pas les
mêmes facilités ; l'accord qui doit exiſter
entre toutes les parties d'un Drame , la diftribution
bien entendue qu'il faut faire des
44
MEAR CUREU
différens objets qui le compofent , lese pro
portions à établir entre les morceaux de
chant , de récitatif & de danfe , tout cela
multiplie les obftacles , & force les imitateurs
ou à devenir obſcurs à force de refferret
leur marche , ou à devenir ennuyeux à force
de l'étendre.
D'après ces obfervations , on peut croire
que nous fommes très - difpofés à traiter les
Auteurs de l'Inconnue Perfécutée avec l'indulgence
qu'ils ont demandée dans leur Préface
& dans des Lettres imprimées. Nous
laiffons à d'autres le plaifir indécent de multiplier
les farcafmes & les mauvaiſes plaifanteries
fur un Ouvrage uniquement fait
pour donner au Public la connoiffance d'une
des plus agréables compofitions d'Anfoffi ,
& nous réferverons notre févérité pour les
occafions où elle fera vraiment néceffaire.
Voici la Fable de l'Inconnue.
Laurette , époufe de Florival , fils aîné dù
Baron , s'eft introduite dans le château de
fon beau - père fans fe faire connoître , &
dans l'unique intention de lui inſpirer de
l'eftime. Devenue la brû du Baron , fans fon
confentement , elle a caufé la difgrâce de
fon mari ; & fon intention eft de réparer ,
s'il eft poffible , le mal qu'elle a fait. Elle
eft affez malheureufe pour infpirer de l'amour
, non - feulement au Baron , mais encore
au Chevalier , fon beau frère , & à
Fabrice , Valet du Chevalier. Laurette fuit
auprès de Florival qui , fous le nom de GetDE
FRANCE.
45
non , demeure dans une chaumière , que le
Baron lui a permis d'habiter, à la prière de
Laurette. Pour comble d'infortune , fon mari
la croit infidelle , parce qu'il fait qu'elle a infpiré
de l'amour à Fabrice ; mais elle parvient
à fe juſtifier. A peine a t'on appris le lieu de fa
retraite, qu'elle eft pourſuivie par tous les gens
du château ; on va enfoncer la chaumière
la porte s'ouvre , le Baron reconnoît fon fils
& Laurette ; il recule de furprife ; les deux
époux & leurs enfans fe précipitent à fes
genoux & obtiennent leur pardon .
4
La mufique de cet Ouvrage eft remplie
de traits excellens ; les motifs annoncent un
Maître ; mais les intentions du Compofiteur
n'ont pas toujours été affez habilement faifies
par le Poëte , & ne produifent pas tout l'effet
dont elles font fufceptibles.Lefinale du fecond
Acte préfente beaucoup de variété , d'agrément
& d'expreffion. Pour en bien juger , il
Faut confulter la partition d'Anfofli ; car vu
dans l'Ouvrage françois , ce morceau peut
être comparé à la gravure foible d'un fort
bon tableau.
#
ANNONCES LITTÉRAIRES.
RÉFLEXIONS générales fur l'Iſle Minorque, fur
fon climat, fur la manière de vivre de fes habitans,
& fur les maladies qui y règnent , par M. Claude-
François Pafferat de la Chapelle , Confeiller du
Roi , Médecin ci -devant de l'Armée de France dans
sette Ille, Affocié- Correſpondant de la Sqcióng
46 MERCURE
Royale des Sciences de Montpellier , 1 Vol . in- 12,
Prix , 2 liv. 10 fols relié. A Paris , chez Moutard ',
Imprimeur- Libraire de la Reine , hôtel de Cluny ,
rue des Mathurins.
Obfervations Medico- Chimiques fur le Cancer,
par M. Martinet, Curé de Soulaines , Volume in- 8 °.
A Paris , chez Didot le jeune , Imprimeur de
Monfieur.
Richard III, Parodie de Richard III , en Vaudevilles
, repréſentée par les Comédiens Italiens en
1781 , in- 8°. Prix , livre 4 fols . A Paris , chez
Brunet , Libraire, rue Mauconfeil.
Le Droit de Main-morte aboli dans les Domaines
du Roi , Poëme , par M. de Maifon - Neuve , in-
8. A Paris , chez Efprit , Libraire , au Palais Royal.
Les Giboulées de l'Hiver , par M. M... in- 8 ° .
Prix, 1 liv. 10 fols . A Paris , chez Guillot , Libraire,
rue de la Harpe: On trouve à la même adreffe
les Fruits de l'Automne , par le même Auteur.
Difcours en vers fur l'Abolition de la Servitude
dans les Domaines du Roi , par M. Gudin de
la Brenellerie , in - 8 ° . A Paris , chez Demonville ,
Imprimeur- Libraire , rue Chriftine.
Les Maris corrigés , Comédie en trois Actes &
en profe , repréſentée par les Comédiens Italiens en
1781 , in- 8 ° . Prix , 1 liv. 10 fols . A Paris , chez la
Veuve Duchefue , Libraire , rue S. Jacques.
Volume XIII de l'Hiftoire Univerfelle, traauite
de l'Anglois , contenant l'Hiftoire des Indiens
, des Chinois , des Efpagnols , des Gaulois , &
deux Differtations fur la manière dont l'Amérique a
été peuplée , & fur l'indépendance des Arabes , in-
8. A Paris , chez Moutard, Imprimeur - Libraire
DE FRANCE. 47
Yue des Mathurins. Les Perfonnes qui n'ont pas encore
renouvelé leurs foufcriptions pour les Tomes
fuivans , font priées de le faire inceffamment , afin
de recevoir le trente - unième Volume dans le cousant
de ce mois.
Élémens de Mathématiques à l'ufage des Écoles
de Philofophie du College Royal de Toulouse , par
M. l'Abbé Martin , Volume in - 8 ° . A Touloufe ,
chez Robert , Imprimeur - Libraire ; & à Paris ,
chez Laporte , Libraire , rue des Noyers.
-
·Fables nouvelles , avec un Eſſai de Traduction
vers françois de quelques Élégies de Tibulle ,
· par M. de Saint - Marcel , Volume in- 8 ° . Prix ,
2 liv. broché. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire ,
rue du Jardinet. On trouve à la même adreffe ,
1 les Pommes de terre confidérées relativement
à la fanté & à l'économie , par M. Parmentier
Volume in-12 . Prix , 1 liv. 10 fols ; 2 °. Analyfe
chronologique de l'Hiftoire Univerfelle , par M. Philippe
de Pretot , Volume in- 12 . Prx , 2 liv. 3 º. Effai
fur les Langues en général, & fur la Langue Fran
foife en particulier , par M. Sablier , Volume in-
8°, Prix , 2 liv.
-
-
Récréations Phyfiques & Chimiques traduites de
Allemand de Model , avec des Obfervntions &
des Additions , 2 Vol. in- 8 ° . Expériences &
Obfervations relatives à l'analyse des blés & des
farines , Volume in- 8 ° . - Differtations Phyfiques
& Chimiques , par M. de Machy. Expofition
raifonnée des différentes méthodes d'adminif
trer le mercure dans les maladies vénériennes , pré.
cédée de l'examen des préfervatifs , par M. Horne,
Docteur en Médecine , Volume in - 8 ° . Prix , 5 liv .
relié. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet & Barrois l'aîné Libraire , quai des
Auguftins
48
MERCURE
La Nature confidérée fous fes différens afpects ,
par M. Buc'hoz , Médecin de Monfieur , in - 12 ,
Tome III A Paris , chez l'Auteur , rue de la Harpe,
& Saugrain , Libraire , quai des Auguſtins.
Traité de l'Apoplexie & de la Paralyfie , mis à
la portée de tout le monde , par M. Ponfart , Docteur
en Médecine , Volume in- 12 . Prix , 2 liv. A
Paris , chez l'Auteur , rue de l'Éperon , à l'hôtel
d'Orfort.
Lettres de M. William Coxe à M. W. Metmoth,
fur l'état politique , civil & naturel de la Suiffe ,
traduites de l'Anglois , & augmentées des Obfervations
faites dans le même pays par le Traducteur
Volume in- 8 , feconde Partie . A Paris , chez
elin , Libraire , rue S. Jacques.
Faute à corriger dans le Mercure du 22 Sept.
Page 191 , article de Mufique' , Duos par Prot
Chamin , lifez: par Prot , Muficien de la Comédie
Françoife .
TABL E.
LE Cure & le Loup , Fable ,| _ triche , 13
3 Expofition des Ouvrages de
Enigme & Logogryphe, ད Peinture , &c. au Sallon du
Le Monde , quinzième Nuit Académie Royale de Mufiq.142
d'Young,
Louvre , 1781 ,
Oraifon Funèbre de l'Impéra- Annonces Littéraires ,
trice Marie- Thérèſe d'Au-|
AP PROBATION.
16
J'AT lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Octobre. Je n'y ai
Lien trouvé qui puiffe en einpêcher l'impreffion. A Paris,
sOctobre. 1781. DE SANCY ·
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 OCTOBRE 1781 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
2
ROMANCE faite à Ermenonville fur le
Tombeau de J. Jacques Rouffeau.
AIR: d'Alix & Alexis.
Vorter done: lesféjour paiſible
Où des mortels
Le plus tendre & le plus fenfible
A des autels !
C'est ici qu'un Sage repoſe
Tranquillement :
Ah ! parons au moins d'une rofe
Son monument.
APPROCHEZ , Mères défolées ,
De ce tombeau
No. 41 , 13 Octobre 1781 .
N°. C
so
MERCURE
Pour vous , de tous les maufolées
C'eft le plus beau.
J. Jacques vous apprit l'uſage
De vos pouvoirs ,
"Et vous fit ainer davantage
Tous vos devoirs.
C'EST ici que dans le filence ,
Sa plume en main ,
Il agrandiffoit la fcience
Da coeur humain.
Plus loin , voyez-vous ces boccages
Sombres & verds ?
Il s'y déroboit aux hommages
De l'Univers.
AUTOUR de cet afyle fombre ,
En ces momens ,
Ne croit-on pas voir erter l'ombre
De deux amaus ?,'
Noble Saint -Preux , fimple Julie ,
Noms adorés ,
Quelle douce mélancolie
Vous m'infpirez !
SUR cette tombe folitaire
Coulez mes pleurs !
Hélas ! il n'eft plus fur la terrecoATḥ
L'ami des moeurs.
DE
519
FRANCE.
Vous, qui n'aimez que l'impoſture ,
Fuyez ces lieux ;
Le fentiment & la nature
Furent fes Dieux.
L
( Par Mde la Comteffe de B.....)
OBSERVATIONS fur l'Ivoire & les Dents
fofiles d'Elephans , en reponse aux Objections
de M. Robert de Paul de Lamanon
inferées au Journal de Phyfique dumois de
Mai 1751 , par M. Baudon.
J'A1 long - temps étudié l'Hiſtoire des Quadrupèdes
, habitans des clima s chauds & glacés , & je
me prépare à publier leur de fcription ; j'ai examiné
d'une manière fpéciale les fofiles qu'on a découverts
de ces différens animaux . Les éléphans , leur
ivoire & leurs dents trouvés dans les quatre parties
du Monde , ont fur- tout fixé mon attention .
J'ai cru , comme nos Devarciers en Hiftoire Naturelle
, que cet ivoire & ces dents étoient des
reftes d'éléphans j'ai été & je fuis perfuadé encore
que l'ébur fofile des Anciens & des Modernes a appartenu
à des éléphans , & j'ai admiré le parti que
M. de Buffon a tiré de ces offemens follies , & la
place qu'il leur a donnée dans les Epoques de la
Nature.
J'ai
pour moi le fentiment
des plus célèbres
Natu
raliftes
. Cependant
M. de Robert
de Paul de Lamanon
vient , dans
le Journal
de Phyfique
( Cahier
du mois de Mai 1781 ) de préfenter
des argumens
,
& un nouveau
fyftême
fur ces offemens
; je crois
devoir
, pour éclaircir
cette grande
queftion
, répon
Cij
S2. MERCURE
dre à toutes les remarques qu'il a faites ; je vais lę
fuivre pas à pas , & rapporter fes propres
objections
tirées mot à mor de fa Differtation , à chacure defquelles
je me permettrai une réplique ou des remarques.
OBJECTION. « Je remarquerai , dit M. Robert
» de Paul de Lamanon , quefi on trouve une infinite
de ces dépouilles , ( d'éléphans) comme le dit M.,
Pallas , il eft impoffible qu'elles aient appartenu à
s des éléphans , page 399. "
REMARQUE. Si je critiquois en Grammairien , je
répondrois que fi l'on trouve une infinité de dépouilles
d'éléphans en Sibérie , il eft impoffible qu'elles
n'aient pas appartenu à des éléphans. M. Robert de
Paul de Lamanon veut dire fans doute qu'il eft impoffible
que les éléphans dont on a cru trouver les
dépouilles , aient vêcu en Sibérie ; car il dit : « La
population d'un animal eft relative à ce qu'il
trouve pour fa fubfiftance ; plus l'individu con-
» fomme, moins l'efpèce eft abondante ; les éléphans
» ne peuvent donc qu'être rares dans les pays qu'ils
» habitent , puifqu'il faut à chacun d'eux plus de
» cent cinquante livres d'herbe par jour , & qu'ils
en détruifent avec leurs pieds plus encore qu'ils
» n'en mangent. Jamais une auffi grande quantité
qu'on en fuppofe n'auroit pu vivre en Sibé
33
F
rie , page 399. » J'accorde volontiers au Critique
que tous les éléphans dont on trouve les offemens
n'ont pu vivre ensemble en Sibérie. Tous les François
qui ont exifté depuis Clovis juſqu'à ce jour ,
( pardonnez-moi la comparaifon ) , ne pourroient
vivre cette année du produit de nos terres ; le Critique
n'attaque ici aucun Naturalifte , car perfonne
n'a écrit que tous les éléphans aient vécu enfemble.
Si. M. Robert de Paul de Lamanon avoit diftingué
l'efpèce entière des individus vivans enſemble,
ila'cût pas propofé une telle objection. Il y a une
DE FRANCE. 1823
bien grande différence entre tous les chiens vivants
en 1781 , & les chiens qui ont vêcu depuis que l'ef=
pèce exifte . Cette objection eſt ſi petite , qu'elle ne
mérite pas d'attention .
"3
כ
nous
OBJECTION. « Dans le règne animal ( dit le
Critique ) ce ne font pas les dents ni quelques
autres parties du Squelette qui peuvent
faire diftinguer les espèces ; car chaque efpèce
n'a pas uneforme de dent qui lui appartienne ex
clufivement. »
RÉPONSE. L'Auteur , pour parler ainfi , auroit
dû attendre la publication d'un nouveau fyftême fur
les animaux claffifiés par l'inftrument dont ils fe
fervent en mangeant. Ce fyftême , plus raisonnable
que celui établi fur les griffes , les pattes & les cornes,
eft fondé fur des obfervations faites fur plus de
mille dents , tant canines que mâchelières , & fur
plus de cent mâchoires actuellement ramaffées à
grands frais ; on verra le règne animal claffé
felon cette méthode nouvelle ; mais quand même te
Public ne recevroit pas encore cet Ouvrage , on
connoît les dents crochues des animaux carnaffiers ,
la forme des défenfes des fangliers , les dents mobiles
de la vipère ces dents font tantôt recourbées
en arc, triangulaires , plattes , oblongues , rondes , à
rainures , quarrées , &c. &c. Il cft fort fingulier &
fort extraordinaire que le Critique, voulant attaquer
la reflemblance des dents foffiles d'éléphans , nous
dife que le chien & le chat ont des dents femblables ;
il falloit , pour avoir raifon dans fon fyftême , préfenter
un animal qui eût des dents parfaitement femblables
à celles fofiles des éléphans . N'eft- il pas
avéré que, jufqu'à préfent, on ne s'eft jamais trompé
fur cet objet ? Le Tablettier , le Marchand d'ivoire ,
le Tourneur le plus idiot , difent en voyant une dent
fofile d'éléphant ; voilà de l'ivoire : & dans l'ufage
commun.de la vie,on diftingue auffi aifément l'ivoire
C inj
54
MERCURE
d'éléphant , foit foffile ou non , des autres ſubſtances
foffiles animales , qu'on diftingue l'argent de l'étain.
Il faut donc , pour détruire les obfervations des plus -
illuftres Naturaliftes , préfenter un animal dont les
défenfes foient parfaitement analogues à celles des
éléphans , & alors même j'aurai autant de raifon de
dire que ces offemens foffiles font d'un éléphant ,
que le Critique en auroit de dire qu'ils font d'un
autre animal ; mais quel animal a des défenſes d'ivoire
femblables ?
OBJECTION . « Les défenfes de Canada n'étoient
accompagnées ( continue l'Auteur, d'après M. Collinfon
) d'aucune dent mollaire ni mâchelière d'éléphant....
Pourquoi les éléphans auront - ils dépofé
leurs défenfes à côté des os d'un autre ani-
» mal ? page 400. »
REMARQUE . Pourquoi ? Voilà une objection remarquable.
De la même manière que le terroir de
Paris renferme des effemens de chevaux , d'ânes &
de chiens , & c.
A cette objection je préfente une obfervation
avouée par une des Académies les plus célèbres de
J'Europe . On a trouvé un fquelette éléphantin entier
en Thuringe ; une partie fut envoyée à la Société
Royale de Londres , qui examina ces reftes
d'éléphans avec foin , & ordonna qu'ils fuffert dépofés
dans un lieu de fùreté . Voyez le Mémoire de
"I'Académie des Sciences de Paris , 17278-
OBJECTION « Ne vaut - il pas mieux croire
que tous ces os appartenorent au même animal ,
QUI AVOIT LES DÉFENSES D'ÉLÉPHANT
AVEC DES DENTS MOLLAIRES D'UN AUTRE
ANIMAL ? »
RÉPONSE . Il faut être bien hardi de créer un
animal afin de répondre à une objection , & de
s'eflayer à prouver que les dents d'éléphant n'appartiennent
point à un éléphant. Quele Critique prouve
DE FRANCE. 55
donc cette fingulière idée , & priez-le de ne pas oublier
qu'il avoue ici qu'il exifte en Sibérie des défentes
fembiables à celles des éléphans .
מ
OBJECTION « Les offemens qu'on trouve enfe
» velis dans la terre ne peuvent être attribués à des
éléphans... Les défenfes trouvées en Sibérie ont
une courbure plus confidérable, & de plus une
double courbure que n'ont pas celles d'éléphant ,
page 402. »
REMARQUE. 1. Si l'Auteur vouloit avouer qu'il
exifte au Cabinet du Roi de l'ivoire fofile exactement
analogue, il diroit vrai,
2º. Nous ferons répondre au Critique le Critique
lui- même ; il avoue , quelques phrafes plus
haut , que ces défenfes font femblables à celles
d'un éléphant . Quand on attaque une vérité , on
sexpofe à fe contredire dans la même page.
Voyez les paroles de l'Auteur dans l'objection précédente.
OBJECTION « L'ivoire foffile des environs de
Rome, qui eft au Cabinet du Roi , femblable , par
la forme & la groffeur, à un tronc d'arbre, ne peut
être pris pour une dent d'éléphant ; il n'en a point
» du tout la courbure. »
REMARQUE . Perfonne n'a écrit que ce tronc fût
la défenſe ni la dent d'un éléphant , & l'Auteur
attaque, comme ci - deffus , des fyftêmes qui n'exiftent
pas ; il trouve la différence qu'il y a de ce
tronc à une défenfe d'éléphant , & il paffe fous
filence l'analogie parfaite qui exifte entre ces. défen-
Les fofiles & l'ivoire de l'éléphant qui eſt à côté du
trone ; on y admire l'ivoire foffile coupé à deux
battans ; on y voit l'organiſation parfaitement femblable.
Ici le Critique n'attaque point la fcience ni
en galant homme ni en Critique honnête ; dans un
pareil objet il ne faut cacher ni le pour ni le contre ;
car on s'expofe à trouver des Naturaliſtes qui pré-
C iv
$6 MERCURE
1
fentent les faits qu'on paffe fous filence , parce
qu'ils font embarraffans.
ဘ
59
30
OBJECTION. Il exifte fans doute beaucoup
d'animaux que nous ne connoiffons pas ; il eft
» même très-probable que les montagnes de la Sibé
rie & du Canada en contiennent DONT NOUS
» N'AVONS AUCUNE IDÉE , page 400. Les montagnes
qui font à l'Eft de la Sibérie SONT SI
PEU CONNUES , qu'elles peuvent bien contenir au
» milieu de leurs profondes vallées des animaux
qui n'ontjamais été décrits ; dans cette hypothèſe
il ne faudroit pas chercher d'autre origine aus
grands offemens qu'on rencontre en Sibérie , dans
les environs des grandes rivières, page 401. »
#REMARQUE . Ici l'Auteur obferve , 1 ° . que les
montagnes de la Sibérie font peu connues ; 2 ° . qu'il
existe en Canada & en Sibérie des animaux dont
nous n'avons aucune idée ; cependant le Critique
raifonne en maître expérimenté fur les animaux &
fur les lieux peu connus , dit-il , & dont nous n'
aucune idée. Le Critique ne connoît ni le fyftême
qu'il attaque ni celui qu'il veut édifier. Dans cetré
objection it donne à ces reftes fotfiles une origines
terreftre , & trois pages après il dit , en terminant
fon Mémoire , que lorfque les lacs ont formé l'Océan ,
des espèces d'animaux ont péri , & leurs dépouilles
font, dit-il , à préfent dans des marais , fonds d'anciens
lacs: de- là les effemens fofiles de Hongrie ,
du Canada. L'embarras de l'Auteur fe manifefte par
fes contradictions & fes incertitudes fur les offemens
, qui font tantôt des dépôts Laqueftres tantôt
des habitans dont nous n'avons aucune idée , de
profondes vallées inconnues.
OBJECTION.
n'avons
M. Pallas à trouvé , dit l'Auteur
, en Sibérie un rhinoceros avec fa peauBen-
➜ tière , fes tendons , fes ligamens , fes cartilages
mais cet animal a été pröbablement anzené de la 22
DE FRANCE.
57
» Chine, où les rhinocéros font très-communs , ou
»par les Tartares , ou du temps de Genghiskan ,
» page 406.
.د
REMARQUE. Lorsqu'on voulut ridiculifer la
découverte des coquilles fur les hautes montagnes ,
on dir que des pélerins les y avoient portées. M. Robert
de Paul de Lamanon fait que les Tartares ont
guerroyé du Midi au Nord , & il nous dit qu'ils ont
conduit en fe battant ces animaux en Sibérie , &
pourquoi n'en pas dire autant des éléphans ?
Il étoit réfervé à l'illuftre & immortel Bufon
d'affigner la caufe de la propagation des rhinocéros
& des éléphans dans les climats du Nord. I a
prouvé que tous ces animaux y ont vécu & ont difparu
à caufe du changement du climat de chaud en
glacé , & par l'action du feu central . Ce célèbre
Naturalifte a expliqué un fait avéré par les Marf
gli , la Condamine , Sloanne , les Auteurs de l'Encyclopédie
, MM. de la Tourette , Pallas , &c . & par
Tous les Anciens qui ont connu l'ébur faſſfile. Le Critique
ne cite aucun de leurs Ouvrages , excepté M.
Collinfon , célèbre Voyageur , mais peu expérimenté
en Hifloire Naturelle , & il n'en parle que parce
qu'il croit y trouver une efpèce d'appui de fon
fyftême.
OBJECTION. « Aucun fait conftaté ne nous
prouve qu'il y ait des espèces d'animaux terrestres
qui fe foient perdues.
RÉPONSE. Aucun fait conftaté ne nous prouve
que toutes les espèces d'animaux terreftres fe foient
confervées.
OBJECTION. « Nous avons mille preuves que
des espèces aquatiques ont péri. »
RÉPONSE Donnez-en une. Les espèces , pour
avoir changé de climat , ont - elles péri ? Connoiffezvous
le fond de la mer ?
OBJECTION. « S'il y a une plus grande quan
Cy
$8
MERCURE
tité de ces grands offemens dans le Nord, c'est
parce que les grandes espèces de poiffons préfèrent
les climats les plus froids.
REMARQUE . Il y a en Sibérie , dans les animaux
aériens , des espèces de toute groffeur, principalement
des infectes. Voyez les Voyages de l'Abbé Chappe .
Il y a auffi des poiffons de toute groffeur , depuis la
baleine jufqu'au yokou.
"
OBJECTION. Les dépouilles des animaux aquatiques
, la formation des vallées , le creufement
» des rivières , l'écoulement des lacs primitifs ne
font pas, comme on voit , des hypothefes faites
» dans le cabinet , mais le réſultat d'un grand
nombre d'obfervations , & le fruit de dix-huit
cent lieues faites en me promenant. » V
OBSERVATIONS Des creufemens de rivières ,
des lacs primitifs , des origines lacueftres : voilà
bien réellement de grands mots très - fonores & de
grandes vûes , telles que l'animal à la dent d'éléphant
dont on n'a aucune idée , & aux mâchelières
d'un autre animal inconnu , tantôt habitant les vallées
peu connues du Canada ou de la Sibérie , & tantôt
d'origine lacueftre ; tout cela eft le fruit de dix huit
cent lieues faites en
promenant.
OBJECTION .
fe
Dans mon hypothèſe je n'ai
pas befoin de mouvoir le globe , de foulever la
mer , de recourir aux comètes »
RÉPONSE . 1 ° . Le globe fe meut ; 29. aucun
Auteur eftimé & connu n'a foulevé la mer pour expliquer
l'exifténce des éléphans & des rhinocéros en
Sibéric.
ود
OBJECTION. « La plupart des Ruffes penfent
que ces offemens ont appartenu à un animal qu'ils
appellent MAMMUTH.
REMARQUE . Aucun Ruffe ne le croit ; car on
ne doit pas appeler une croyance nationale , en fait
de Science , la fuperftition du petit peuple . Si M.
DE FRANCE
59
Robert de Paul de Lamanon connoiffoit les obfervations
qu'il attaque & l'hiftoire des découvertes de
l'ivoire fofile , il fauroit que s'il exifte des Idolâtres
qui croient à un mammuth , les Anciens , c'est-à - dire,
les Pères de famille civilifés & les Savans , croient
que ce font des reftes d'éléphans . Avant le déluge ,
difent ils , le pays étoit plus chaud, & les éléphans
ayant été noyés par ce déluge , ils fe trouvent enterrés
dans le limon Voyez les Mémoires de l'Académie
des Sciences , 1727.
לכ
OBJECTION. « Ne fe pourroit - il pas cependant
qu'on eût rencontré réellement un animal inconnu
d'une taille énorme, & que cette tradition
» GÉNÉRALE e Ruffie , ne fût pas dépourvue de
fondement ? »
לכ
RÉPONSE . Encore des mammuths . Je ne répondrai
rien à un Critique qui s'élève contre M. Pallas
& contre les plus célèbres Naturaliftes, pour foutenir
une fuperftition populaire de Ruffie ; qui affecte de
dire que la tradition GÉNÉRALE en Sibérie eft
d'admettre des mammuths , ce qui eft faux ; car
une ſuperſtition n'eft pas toujours une tradition ; &
encore fût-ce une tradition , elle n'eft pas générale.
Telle eft ma réponse aux objections élevées
contre les plus célèbres Naturaliftes par M. Robert
de Paul de Lamanon . Ce n'eft que l'amour de la
vérité qui m'a fait défendre les grands Hommes
qu'il attaque. Quand on veut s'aviler de leur faire
fa leçon , il faut au moins, avoir fait fes cours de
logique & de phyfique ; autrement on fe place dans
le nombre des perfonnes qui n'ayant aucune réputation
à perdre ni à compromettre en
fait de
Sciences , s'élèvent contre les grands Écrivains de
la Nation pour s'en créer une bien ou mal acquife.
C vj
ว MERCURE C
AIR de l'Inconnue Perfécutée , chanté par
Mlle AUDINOT.
Allegretto.
GEN - TIL- LES Fil -let- tes , Crai- gnez
les fleu- ret- tes , Craiguez les ardeurs
Des A- mans trom - peurs. Gentil
- les Fillet - tes , Craignez
les fleuret-
tes , Crai- gnez les ar - deurs Des
A- mans trom- peurs , des Amans
trom peurs. Ils ont un air ten- dre ,
DE
FRANCE.
61
C'eft
pour vous furpren-
dre ; Mais
fa- chez défen - dre Vos foi-bles
coeurs. Loin de Vous ren - dre
A leurs ar- deurs , fa- chez dé - fen-
--dre -
vos foi bies coeurs , fachez défen
- dre vos foi-bles ccoeurs. Gentil-
les Fil- let
tes , Crai-nez les
feu- ret- tes , Craignez les ar- deurs
62 MERCURE
Des A- mans trompeurs , des A-mans
trompeurs , Gen- til- les Fil- let - tes ,
Crai- gnez les feu - ret
tes ,
Craignez
les
ar- deurs Des A- mans trompeurs,
Crai- gnez les ar- deurs Des Amans
trompeurs , Crai- gnez les
ardeurs
, Craignez les douceurs
車
Des Amans
trompeurs ;
Ils ont un air
DE FRANCE. 63
Jc d e é q q
ten- dre , C'est pour vous fur- pren- dre ;
Mais fa chez dé - fen- dre Vos -
foibles coeurs ; Loin de Vous rendre
A leurs dou- ceurs , Sa- chez défen
· dre Vos for- bles coeurs ;
Sachez
dé- fen- dre Vos foi- bles
€oeurs.
( Paroles de M, du Rozoy , Mufique del
Signor Anfoffi. )
64
MERCURE
Explication de l'Énigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eſt " Almanach des
Mufes ; celui du Logogryphe eft Pistolet ,
dans lequel fe trouve Piftole.
ÉNIGM E.
Les piés pofés fur une table ,
J'ai le corps plat , mais le dos rond ;
Et de mon pofte , où je fuis ftable ,
J'entends fouvent grand carrillon ,
Que deffus moi quatre donzelles ,
Que leur amant ne peut laſſer ,
Ne font ( les drôles de femelles ! )
Que lorsqu'il veut les careffer.
JE
( Par M. Lagachefils , à G. )
LOGOGRYPH E.
E tiens ina place dans l'Hiſtoire ,
Où ſouvent on me cite en atteſtant la gloire ;
Et je fais même encore , en vingt endroits divers ,
Faire éclore par fois de bons & méchans vers ,
Et fignaler une victoire.
De doctes cabinets , de riches pavillons
Sont embellis par ma préſence, se
DE FRANCE. 65
Tu me verras , Lecteur , annoncer la fcience
Ou la faftueufe opulence ,
1
Et figurer parmi les papillons ,
L'or , les tableaux , le marbre & les paillons ;
Quelquefois humblement perdue ,
Errer & fervir dans la rue
De fauve-garde à des haillons.
J'en ai trop dit ; mais ce trop , je fuppofe,
Ne fuffit pas , & je me décompose.
Mes huit pieds combinés t'offriront , fans effort,
Ce dont n'a pas befoin quiconque eft affez fort;
Ce qui dans nous brave la mort ;
Un hôte des forêts que le Chaffeur attaque ;
Cette belle avec qui Jupiter engendra
Deux habitans au Zodiaque ,
Et deux Héros à l'Opéra
Un être rare à Paris , en Province ,
Chez le Bourgeois & fur- tout chez le Prince ;
Un inftrument utile au Serrurier ;
A qui voyage un nombre familier ;
Un mor qui doit à cinq cent le réduire
Si tu le places devant lui ;
21
Deux pronoms perfonneis ; ce qui n'eft aujourd'hui
Qu'une Province & qui fut un Empire ,
Pays ,que Nadir ufurpas
Pour la coquette une injure cruelle ;
Le mont qui vit donner la pomme à la plus belle ,
Ou caché , dit on, par Cybèle ,'
Le fils du vieux Saturne à fes dents - échappa ;
MERCURE
Un mois de la faifon fleurie ;
Celle qu'une fupercherie
Mit dans le lit d'un des fils d'Ifaac ;
Deux notes de mufique ; un meuble de trictrac.
Taifons-nous : je m'oublie , & ton ennui m'accufe ;
Mon défaut cependant n'eft pas d'être diffuſe.
( Par M. Pat. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TABLEAU Hiftorique des quatre Grands
Hommes expofés au Sallon du Louvre
par M. Tur in fils. A Bouillon , & fa
trouve à Paris , chez Monory , Libraire ,
rue de l'ancienne Comédie Françoife.
Vol. in-
DEPUL EPUIS une vingtaine d'années , les Lettres
& les Arts font en France tout ce que
la Conftitution d'une Monarchie leur permet
pour honorer , les grands Hommes.
Les hommages que nous leur rendons , il
eft vrai , ne font relevés par aucune cérémonie
vraiement publique & nationale .
Nulle folennité dans la manière dont on
écoute leur gloire , nulle inauguration de
leurs images ; toutes les grandeurs ne difparoiffent
pas devant la vertu & le génie ,
ils me règnent pas même dans ce jour de la
DE FRANCE. 67
reconnoiffance & de l'admiration . Cependant
, dans cette abfence de tout appareil,
dans ce filence de la voix publique , dans
cette majefté fi affoiblie de la gloire , c'eft
toujours la justice qui couronne le mérite ,
c'eft la pofterité qui s'élève & qui déclare ce
qui a été utile , ce qui a été beau , ce qui à
été grand. L'Académie Françoiſe a la gloire
d'avoir décerné la première , aux grands
Hommes de la Nation , un hommage digne
d'eux. Cet exemple n'a pas été fterile. On a
bientôt propofé aux Arts les mêmes objets
que l'eloquence avoit choifis .
L'inftitution des ftatues eft bien plus récente
encore que celle des éloges Académiques
; & par cela même elle n'eft pas encore
prête d'éprouver ce refroidiffement, que
le Public commence à témoigner pour les
éloges ; & peut- être même ne l'éprouverat'elle
jamais on regardera toujours comme
le plus noble & le plus touchant emploi des
Arts , de faire revivre la phyfionomie des
grands Hommes , & de confacrer leur mémoire
par des monumens qui les rendent
préfens à la postérité . Il eft à croire que l'on
ne dira jamais encore des ftatues , comme
l'on dit , encore un éloge ? D'où vient cette
différence ? La caufe en eft peut - être dans
une inclination fecrète du coeur de l'homme ;
il n'eft ni injufte , ni infenfible , il fe plaît
même à honorer le mérite ; mais la louange ,
qui lui coûte fouvent , peut fouvent auffi l'importuner.
Dans une ftatue , il ne voit qu'unc
68 MERCURE
récompenfe qu'il décerne ; dans un éloge
on femble, le condamner à une longue admiration.
Craignons cependant de calomnier
le coeur humain. Il eft poffible que ce refroidiffement
ne foit qu'une fatiété de l'efprit
, produite par l'épuifement des beautés
propres à ce genre d'éloquence . Il eft certain
que ce genre , dans le ftyle qu'on lui a
prefcrit , paroît avoir quelque chofe de faux,
& par-là de contraire à l'intérêt . L'éloquence
eft indépendante des formes du difcours ;
elle peut entrer dans tous les fujets comme
dans toutes les espèces de talent ; mais la
marche oratoire ne convient ni à tous les
fujets , ni à tous les efprits ; elle n'eft point
fur-tout la marche naturelle des éloges , qui
ne peuvent être intéreffans fans être vrais ;
& qui , pour avoir le mérite , & même l'attrait
de la vérité , ne doivent pas rejeter une
foule de traits familiers , ni en dégrader
par une fauffe nobleffe la naïve beauté. Tout
peut réaffir au grand talent. Il a fu ici mêler
le ton de la difcuffion philofophique à celui
de l'hiftoire , animer fon ftyle des mouvemens
de la haute éloquence , l'orner
même des couleurs de la poéfie , & fe compofer
de tous ces genres particuliers un genre
nouveau , auquel il a fu conferver le mérite
effentiel de la raifon & du naturel ;
mais le grand talent même . peut ne pas arriver
toujours à ce fuccès , quand il n'en
trouve pas les moyens dans la nature de
'Ouvrage dont il s'occupe. D'ailleurs , les
DE FRANCE. 69
procédés de l'Art , par lefquels le talent eft
parvenu à cet effet s'épuiſent , & ne fe renouvellent
pas deux fois avec le même intérêt
, il est peut être dangereux de faire une
loi d'un genre aufli incertain , auffi près des.
écueils ; c'eft appeler les talens , qui ne font
pas encore gouvernés par le goût à la déclamation
, & retenir les autres dans des formes
fans effet , ou les contraindre d'en inventer
de bizarres . Plufieurs Gens de Lettres , frappés
de tous ces inconvéniens , paroiffent defirer
que l'Académie adopte un nouveau
genre d'Ouvrage pour fon concours d'éloquence.
Il me femble qu'il faudroit de plus
grands intérêts encore pour faire le facrifice
d'un genre national , d'un gente qui eft devenu
la plus belle inftitution qui foit parmi
nous pour la gloire du génie & de la vertu.
Heft d'autres remèdes aux inconvéniens que ,
je viens d'expofer. Ne peut- on pas renoncer
à ce genre de ftyle fi peu expliqué , fi peu
fixé encore , demander de l'éloquence , plutôt
que des formes oratoires ? N'eft-ce pas même
ce qui a déjà été fait ? La marche oratoire
convenoit-elle dans les éloges de Molière &
de La Fontaine? Et ces éloges , fous la plume
élégante & ingénieufe de M. de Chamfort
, n'en font - ils pas moins reftés de
bons Ouvrages ? N'en doit- il pas être de
même de l'éloge de Fontenelle ? Je ne fais
donc ici qu'interpréter une vûe de l'Acadé
mie dans le dernier choix qu'elle a fait .
Il eft auffi des moyens d'appeler dans ce
79 MERCURE
genre toutes les beautés dont il peut s'enrichir.
Il fuffit , pour cela , de choifir toujours
, dans chaque claffe des grands Hommes
, ceux qui ont le plus & le mieux fait ,
ceux qui ont donné de grandes leçons ou
laiffé de beaux monumens.
Il feroit poffible encore de choisir , d'année
en année , pour fujets d'éloges , des hommes
d'un mérite différent ; ce feroit varier en
même- temps dans les difcours le genre du
talent & du ftyle.
Comme les grands Hommes manqueront
plutôt à la louange , que la louange aux grands
Hommes , peut - être feroit - il bien auffi d'interrompre
quelquefois les éloges pour faire
paller un autre genre de Littérature ?
Par ces moyens bien fimples , on fauveroit
, ce me femble , aux Écrivains les difficultés
& les dangers des genres épuifés , &
au Public , le dégoût qui fuit l'uniformité.
Les hommes les plus éclairés font ceux qui·
dédaignent le moins des penlées étrangères , "
& j'ofe préfenter ces vûes à l'Académie ellemême
.
L'Auteur du Livre que nous annonçons
s'eft propofé uniquement un Ouvrage adapté
à la circonftance. La Sculpture vient de
créer quatre ftatues de grands Homines. La
foule qui va les admirer connoît - elle les-
Héros qu'elles reproduifent ? Il faut les luifaire
connoître . Cette idée eft jufte & heureufe.
Il femble même qu'il feroit de la
grandeur du Gouvernement , qui érige ces
DE FRANCE. 711
ftatues , de rendre en quelque forte la gloire.
de ces Héros populaire , en livrant à la foule
des Citoyens un Précis de la vie de ces
grands Hommes. Ces Précis devroient être
très- courts , très- fimples , contenir plus de
faits que de réflexions , bien faire connoître
les grands Hommes par la partie de leur
gloire que le peuple peut comprendre. Mais
ce n'en feroit pas moins aux premiers Écrivains
de la Nation que le Gouvernement
devroit confier ces Ouvrages. Les grands
Écrivains , par l'excellence de leur efprit &
l'heureuſe fenfibilité de leur ame , font les
plus propres à fe rabaiffer à la portée du
peuple , quand il le fant. Les Vies de Cornelius
-Nepos pourroient être en pluſieurs :
chofes le modèle de ce genre.
M. Turpin fils ne nous paroît pas s'être
frappé de ces vûes , ni même s'être bienrendu
compte de fon bur , du moins il a
pris un ton de récit & de ftyle tout contraire
à celui qui convenoit. Nous nous permet--
tons ce reproche & ces reflexions , parce
qu'une première erreur ne conclut rien
contre les talens d'un jeune Homme , &.
parce que M. Turpin pourra peut être en
profiter par la fuite dans la continuation de
fon plan ; c'eft à lui fur- tout que nous foumettons
ces réflexions , comme c'eft pour lhi
que nous les fiifons. Nous oferons même lui
dire que fon ftyle ne feroit bon dans aucun
genre. Des idées prefque toujours communes
, habillées des plus vieilles tournures de
こ
7.2 MERCURE
la rhétorique , ne peuvent plus réuffir dans
un temps où les Lecteurs veulent , plus que
jamais , apprendre quelque chofe , & n'être
pas choqués par le mauvais goût. M. Turpin
fils annonce du talent , ainfi que M. fon
père en a ſouvent prouvé ; mais fon talent
a grand befoin de s'épurer & de fe fortifier ;
dans ce confeil , que nous nous permettons
de lui donner , il doit voir bien moins la
dureté d'une critique que la preuve d'un
intérêt véritable.
On trouve tous les défauts de fon ftyle:
dès les premières lignes de fa Préface , qui
devoit cependant avoir une vérité & une
fimplicité particulière. Les Athéniens conse
facrèrent , par un facrifice annuel , la mé-t
" moire de Silanion & de Panafius , dont
l'un avoit peint Théfée , & l'autre avoit
» fait fa ftatue. Ils déférèrent le même honneur
au fage Conidas , qui avoit préfidé à
l'éducation de ce Héros. Ils étoient per
» fuadés qu'on pouvoit être également grand
par des vertus ou des talens .
32 Nous n'égorgeons plus les boucs & les
» géniffes fur la tombe de ceux qui ont
éclairé & fervi la Patrie ; nous payons à
» leur cendre un tribut plus noble & plus
digne d'eux. Le marbre , pour perpétuer
leurs traits , refpire fous le cifeau de nos
›› nouveaux Prométhés. Les ftatues de nos
» grands : Hommes , expofées aux regards
publics dans le palais de nos Rois , feront
» renaître de leurs cendres de dignes fuc
""
1
"> ceffeurs ;
DE FRANCE. 73
» ceffeurs ; c'eft un germe d'émulation , on
" aime à reffembler à ceux qu'on admire. »
#
On-ne peut rien de plus emphatique que
ee début ; & cependant ce n'eft pas le fond
qui en eft mauvais. En parlant de la manière
dont nous honorons nos grands Hommes ,
il étoit naturel de fe rappeler les fêtes & les
apothéoles des Anciens ; mais il falloit faire
fortir quelques idées de ce rapprochement ;
& fi l'Auteur vouloit retracer des inftitutions
majestueuſes, il devoit le faire avec une pompe
de ſtyle fimple & noble à la fois. Que M.
Turpin y réfléchiffe ; il verra qu'il ne faur
ni penfer , ni fentir , ni être inftruit pour
exceller dans ce ftyle , qui eft ordinairement
la reffource de ceux qui ne peuvent s'en
faire un propre ; qu'on life un certain nombre
d'Odes médiocres & d'Oraiſons Funèbres
écrites par des Rhéteurs , qu'on se réfigne
bien enfuite à écrire longuement fans rien
dire jamais , & l'on fera en état de produire
des pages de ce ftyle avec une facilité auffi
merveilleufe que malheureuſe.
La première Vie que l'on trouve dans ce
Recueil eft celle de Pafcal. L'Auteur , dans .
-ce fujet , comme dans plufieurs autres , avoit
à lutter contre des Ouvrages diſtingués. M.
le M. de Condorcet en a fait un éloge , &
M. l'Abbé Boffu vient de publier un Difcours
fur la vie & les Ouvrages de cet Écrivain
doublement immortel , par fes découvertes
en phyſique & par fon éloquence. Il appartenoir
à la gloire de Pafcal d'être loué par
No. 41 , 13 Octobre 1781. D
74
MERCURE
deux hommes qui réuniffent , ainsi que lui ,
le génie des Sciences au talent de bien écrire.
En admirant leurs Difcours , il m'a femblé
que l'on pouvoit regretter qu'ils n'euffent pas .
approfondi davantage le caractère de l'éloquence
de Pafcal. S'il m'étoit permis de
prendre quelque confiance dans mon jugement
, j'oferois affurer que cette omiffion
fera réparée pour le Public , par le Difcours
Préliminaire d'une traduction en vers du
Poëme le plus philofophique de toutes les
Littératures , où le jeune Traducteur * , qui
a fur-tout annoncé le mérite de la richeffe
& de l'invention dans le ftyle , a fait un
morceau plein d'idées & de verve fur le ſtyle
de Pafcal.
M. Turpin s'eft peu attaché à approfon
dir , ni même à peindre le génie de Pafcal ;
il le loue prefque toujours par des chofes
qui pourroient convenir à tout autre , &
c'eft encore un défaut dont nous ofons l'inviter
de fe corriger ; mais on trouve ſouvent
dans fon éloge des traits fort heureux. Il
exprime , par exemple , d'une manière auffi
noble qu'ingénieufel'illuftre témoignage que
le génie de Pafcal a rendu à la foi chrétienne
, en lui dévouant fes derniers travaux
: " Dioclès , en voyant Épicure dans un
temple , s'écria : quel fpectacle pour moi
» de voir Epicure dans cette demeure divine!
* M. de Fontanes , qui doit publier cet hiver une
Traduction de l'Effai fur l'Homme de Pope.
DE FRANCE.
75.
-
33
» Tous mes doutes font diffipés , la piété re-
» natt dans mon coeur, & Jupiter me paroit
véritablement grand, quand je vois Epi-
.cure profterné devant lui. Pafcal doit infpirer
le même fentiment aux incredules. »
LaVie du Maréchal de Catinat nous a paru
beaucoup mieux faite que celle de Paſcal ;
elle a davantage le mérite du genre ; elle eſt
remplie de Lettres du Maréchal & de traits
de fa vie privée ; ces traits & ces Lettres
font quelquefois préférer dans ce grand
Homme le Sage au Héros. Qui peut lire
fans la plus profonde vénération , ces lignes
d'une de fes Lettres à fon frère , au moment
où il va fervir fous le Maréchal de Villeroy ,
qu'une intrigue de Cour vient d'envoyer
dans fon Camp pour y prendre le Comman
dement fupérieur : J'étouffe le fentiment de
la difgrâce où je fuis tombé , pour avoir l'ef
prit plus libre dans l'exécution des ordres de
M. de Villeroy : je me mettrai jufqu'au cou
pour l'aider; les méchansferoient outrés , s'ils
favoient jufqu'où va mon intérieur fur cefujet.
La vertu a- t'elle des fentimens plus purs &
plus généreux ? Il s'immole à un devoir que
Porgueil trouve humiliant ; ce n'eſt pas allez
de vaincre l'orgueil , il veut encore vaincre
fa douleur. Son coeur fera calme , & fon
front fera ferein , afin que tout concourt en
lui pour affurer la gloire de fon rival , d'un
rival qui fe croyoit du talent , parce qu'il
étoit en faveur à la Cour , & qui ofoit
prendre avec lui le ton de l'ironie & celui
Dij
76
MERCURE
de l'autorité. Mais que dis - je ? Il ne voir - là
ni la gloire de fon rival ni la fienne même ;
il ne voit que le bien de la Patrie & le falut
de l'Armée. La vie de ce vrai fage eft pleine
de traits pareils. Auffi , de tous les éloges
couronnés à l'Académie , aucun n'a laiffé
un fouvenir plus touchant dans tous les
coeurs , fi ce n'eft peut-être celui de Fénelon ,
dont les vertus ont eu encore quelque chofe
de plus aimable & de plus utile. Il ne manquoit
plus à la gloire de Catinat que de
trouver des Panégyriftes dignes de lui ; fa
gloire eft confignée à jamais dans deux Ouvrages
faits pour la postérité , dont l'un ,
plein de grandes idées & de beaux mouvemens
, refpire par- tout l'enthouſiaſme de la
vertu & la fierté militaire , & dont l'autre
peut déjà être compté parmi les chef- d'oeuvres
de l'éloquence de ce fiècle. Il eſt étrange
que M. Turpin attribue ce dernier Ouvrage
à M. Thomas : M. Thomas a mérité dans
le même genre une réputation qui n'a befoin
d'être enrichie de la dépouille de perfonne.
M. Turpin a l'avantage , dans l'éloge du
Maréchal de Tourville , d'être le premier
qui ait retracé les exploits de cet illuftre
Marin. Toure fa vie répond à l'attitude fière
& audacieuſe où l'Artiſte qui a fait ſa ftatue
l'a placé. " On l'avertit que fon vaiſſeau eft
percé à l'eau , & qu'il n'a que l'alterna-
» tive de fe rendre ou d'être englouti fous
» les flots. N'avons - nous pas , dit- il , la
DE FRANCE. 77
"
reffource de fauter fur le vaiffeau ennemi ?
» Ilfaut aborder; & tout l'équipage s'écrie :
» abordons. » "
Le dernier des éloges de ce Recueil , eft
celui du Duc de Montaufier. Ceux qui ne
connoîtroient Montaufier que par la vie
faite par M. Turpin , & même par celle qui
-
rédigée en 17 .... en prendroient une
idée fort médiocre. Les faits manquent dans
la vie de ce perfonnage fi extraordinaire pour
le temps & le lieu où il fut placé , ou bien
ils n'ont rien d'important ; mais fi on les
raffemble , fi on les combine , fi on fe pénètre
bien fur tout des paroles énergiques
qu'il a laiffées , on reconnoît bientôt un des
plus beaux caractères moraux qui fût jamais ;
& à cette première indifférence qu'infpire
une vie ftérile en événemens , fuccède le
refpect & même l'admiration . On n'eſt pl us
furpris du peu d'intérêt qu'il inſpire da ns
le tableau hiftorique de M. Turpin , quand
on remarque que M. T. ne rapporte aucune
de fes paroles , & cependant où en trouver
de plus belles ?
Mes pères , difoit - il , ont toujours été
fidèles ferviteurs des Rois leurs maîtres , &
jamais leursflatteurs. Cette honnête liberté ,
dont je fais profeffion , eft un droit acquis
une poffeffion de ma famille , & la vérité eft
venue à moi de père en fils , comme une portion
de mon héritage.
Il n'avoit encore éprouvé que des contradictions
& des dégoûts dans fon Gouverne-
Diij
78 MERCURE
ment de Normandie . Il apprend que la pefte
s'y déclare ; il annonce qu'il vas'y tranfporter;
fa famille l'en détourne , & il répond : Pour
moi, je crois les Gouverneurs obligés à la réfdence,
comme les Evêques. Si l'obligation n'eft
pas fi étroite en toutes les circonftances , elle eft
du moins égale dans les calamités publiques.
Pendant l'éducation du Dauphin , dans
une de leurs conferences , le Prince s'imagine
avoir été frappé par fon Gouverneur . Comment
, Monfieur , vous me frappez? Qu'on
m'apporte mes piftolets. Apportez à Monfeigneur
fes piftolets , reprend froidement le
Duc ; il les lui fait remettre entre les mains :
Voyez , Monfeigneur , ce que vous voulez
faire? Le Prince tombe à fes genoux . =
Voilà , Monfeigneur , où conduifent les paf
fions. Ce fait n'eft imprimé nulle part ; mais
il s'eft confervé comme une tradition dans
les Familles d'Uzès & de Montaufier. Je l'ai
appris de M. le Comte de Montaufier.
Il conduit un jour le Dauphin dans une
chaumière : Voyez, Monfeigneur , c'estfous
ce chaume , c'est dans cette miférable retraite
que logent le père , la mère , les enfans ,
qui travaillentfans ceffe pour payer l'or dont
yos palais font ornés , & qui meurent defaim
pourfubvenir auxfrais de votre table.
Au moment où il quitta le Dauphin , en
qualité de Gouverneur , il lui dit : Monfeigneur
, fi vous êtes honnête- homme , vous
m'aimerez; fi vous ne l'êtes pas , vous me
haïrez, &je m'en confolerai.
DE FRANCE. 79
Qui ne connoît aufli cette fameufe Lettre
fur la prife de Philisbourg : Monfeigneur , je
ne vous fais pas de compliment fur la prife
de Philisbourg; vous aviez une bonne Armée,
des bombes , du canon , & Vauban. Je ne
vous en fais pas non plus fur ce que vous êtes
brave , c'eft une vertu héréditaire dans votre
Maifon ; mais je me réjouis avec vous de ce
que vous êtes bon , libéral, faifant valoir les
fervices de ceux qui font bien ; c'eft fur quoi
je vous fais mon compliment.
Il me femble que les amis de la vertu
confervent de telles paroles dans leur mé
moire , & les redifent avec eux- mêmes ,
comme les Amateurs de la poéfie répètent
les beaux vers dans leur folitude ; c'eft du
moins ce fentiment qui me les fait tranfcrire
ici avec un nouvel attendriffement , avec
une plus grande vénération. Quand on fonge
que cet homme fut toute la vie en faveur près
d'un Roi , on doit remercier l'Académie d'avoir
propofé aux Rois & aux Courtiſans un ſi
bel exemple. M. T. s'eft empreffé de rendre un
hommage au talent de M. Garat , qui a remporté
le premier Prix de l'Académie pour l'éloge
de Montaufier ; mais il le loue d'une ma
nière bien vague. Ne pouvoit- il apprécier le
mérite de cet Ouvrage ? Ne pouvoit- il pas
dire que c'étoit un Difcours très bien compofé
fur un plan très impofant ; tout le
Difcours n'eft que le développement d'une
feule idée , celle d'offrir dans le tableau des
vertus de Montaufier , un modèle pour les
D iv
80 MERCURE
•
Grands qui environnent le Trône , & pour
les Inftituteurs des fils des Rois ; un Difcours
où le fujet eft relevé & fécondé par une
foule de chofes profondes , ingénieufes ,
fières & gracieufes , où la plus belle éloquence
eft réunie à la meilleure philofophie dans
plufieurs morceaux , & où le ftyle , toujours
digne des pensées , annonce prefque toujours
un efprit très - jufte , très fort , trèsétendu
, une ame fenfible , une imagination.
riche & facile ; qualités qui ne font pas moins
prouvées dans plufieurs autres Écrits de M.
Garat. On peut trouver des défauts dans ce
dernier Ouvrage , comme dans d'autres du
même Écrivain ; mais voilà les beautés
qu'il faut auffi y reconnoître. Peut- être ne
récufera- t'on pas le témoignage de l'amitié ,
lorfqu'il eft rendu en même temps par la
rivalité. J'ai connu ce Difcours avant l'Académie
, & avant elle je l'avois couronné.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
LES Après- Soupers de la Société , ou Petir
Theatre Lyrique & Moralfur les Aventures
du Jour, avec des Gravures & des Airs
notés. ASybaris ; & à Paris , chez l'Auteur ,
maifon de M. Brunot , Agent de Change ,
rue des Bons-Enfans , vis - à-vis la Cour
des Fontaines.
CE Recueil eft un cadre imaginé pour faire
connoître & mettre en action les plus jolies
Hiftoriettes du jour. Chaque Volume eft
DE FRANCE. $1
compofé de quatre cahiers ; & il en paroît
un cahier tous les quinze jours . On peut dire
que c'eft une des plus jolies Éditions qui
aient été faites en France. L'Auteur eft anonyme
; mais fon Ouvrage annonce une
plume exercée , un Homme de Lettres qui ,
aux agrémens de l'efprit , joint tous les charmes
d'un ſtyle aimable & enjoué . Il a mêlé à
ces petits Drames quelques Poéfies fugitives.
Nous allons en extraire une Fable .
Les Loups , les Renards & le Chien , Fable.
DANS les États du Roi Lion ,
Les Renards & les Loups , amis de la décence ,
Se gliffent dans la Robe , entrent dans la Finance ,
Et font même à la Cour fur un affez bon ton.
Vous ne leur voyez plus l'air farouche & fauvage.
Qui les diftinguoit autrefois
Du peuple Chien ; ils ont même air , même langage
Et vivent fous les mêmes leis .
Ce n'eſt pas que la Poule échappe
Aux Renards polis & friands ;
Qu'un Loup civilifé ne croque à belles dents
L'innocent Agneau qu'il attrape :
Mais l'un & l'autre au moins fait donner aux noirceurs
Un but philofophique & des dehors aimables ;
Tant l'éducation , par des traits refpectables ,
Embellit la Nature , & fait polir les moeurs.
Un jour un Orateur à la dent meurtrière ,
(C'étoit un Loup , je m'en fouvien , ) ,
Dv
82
MERCURE
Louoit fort le bon fens de la gent moutonnière ,
Qui fe félicitoit fous la garde d'un Chien ,
Habile, mais vivant comme un homme de bien.
Je le connois , dit -il ; il eft franc & fenfible ;
C'est mon ami , j'en fais grand cas ;
Cependant ne trouvez -vous pas
Qu'il eſt d'un naturel un peu fier , fufceptible ?
Au moindre bruit , à tous propos ,
Dès
que
Vous le voyez dreffant une oreille attentive ;
Le jour , la nuit , il rode autour de votre enclos :
nous l'abordons , il eft fur le qui vive .
Que je le plains , le pauvre malheureux !
Et que craint-il de nous , amis comme nous fommes ?
Quand la paix eft jurée , être encore.foupçonneux
Comme fi cette paix cût été faite entre hommes !
Savez-vous qu'autrefois il a montré les dents
A des Renards en place , à des Loups importans ?
Savez- vous qu'en croyant bien faire
>
Il peut vous fufciter quelque fâcheuſe affaire ?
Amis , penfez-y bien , Moutons font bonnes gens :
Pour toute eſpèce un peu craintive ,
L'éloquence des Loups eft très -perfuafive.
TOUT l'Auditoire étoit féduit ;
Et puis Loups & Renards concluant que fans bruit
Leur cher ami Mouphlar devoit être éconduit ,
Il le fut en effet , tant l'alarme étoit vive.
MOURHLAR en foupirant , dit aux Chiens du Canton :
Ah ! Meffiears , je n'étois ni flatteur ni fripon ,
DE FRANCE. 83
Et vous voyez ce qui m'arrive !
Mon exemple vous offre une trifte leçon.
Soyez sûrs que le Chien qui fuit fon caractère ,
A tous les Loups du monde eft bien sûr de déplaire ,
Et que rien n'est plus fot que le peuple Mouton.
Il paroît déjà quatre cahiers de ce Recueil
, c'eſt- à- dire , un Volume entier , qui
fait defirer ceux qui doivent les fuivre .
RÉPERTOIRE Univerfel de Jurifprudence
Civile , Criminelle , Canonique & Bénéfi
ciale ; Ouvrage de plufieurs Jurifconfultes
, mis en ordre & publié par M.
Guyot , Écuyer, ancien Magiftrat , Tom .
XLI , XLII , XLIII & XLIV . A Paris ,
chez Panckoucke , hôtel de Thou , rue des
Poitevins ; & chez Dupuis , Libraire , rue
de la Harpe , près de la rue Serpente , &
fe trouve chez les principaux Libraires
de France .
LES principaux articles de ces nouveaux
Volumes font les mots Secondes Noces ,
Nullités , Parlement , Occupation ; & parmi
ceux- ci nous en avons remarqué deux qui
méritent une attention particulière de la
part des Jurifconfultes . L'un eft le mor
Secondes Noces ; il eft rempli de toutes les
connoiffances de la matière , rédigé avec
beaucoup de méthode , de critique , &
écrit d'un ftyle précis & énergique , mais
quelquefois incorrect. Il eft de M. Henry ,
Dvj b
84
MERCURE
jeune Avocat , à qui ce Dictionnaire devra
plufieurs de fes meilleurs articles .
L'autre article , que nous avons lu avec
d'autant plus d'intérêt qu'il eft rédigé par
an Jurifconfulte dont le nom n'avoit pas
encore paru dans ce Dictionnaire , eft le
mot Occupation . Ce mot tient effentiellement
à la métaphyfique de la Jurifprudence.
Comme tous les objets de ce genre , avec
quelque clarté & quelque précifion` qu'il
foit traité , il n'eft fufceptible ni d'une
analyfe ni de citations dans un Journal tel
que celui ci. Nous nous bornerons à rendre
compte de l'impreffion que nous en avons
reçue , & ici c'eft aux Jurifconfultes que
nous nous adreffons , & nous ne craignons
pas de leur annoncer un des meilleurs
morceaux que l'on ait écrit depuis longtemps
fur la Jurifprudence. Nous ofons
penfer que ceux d'entre eux qui ont le plus
de connoiffances & de réflexions fur les
grands objets de Droit Civil feront ceux
qui en feront le plus frappés. Le mérite
principal de cet article eft de rechercher
les premières notions , les premières modifications
de la propriété dans l'immenfe variété
des inftitutions particulières , & par- là
de remonter aux principes fondamentaux
de celles- ci , & d'expliquer leur relation
avec le Droit Naturel. Il falloit une grande
force de tête , une grande fagacité d'efprit
& une vafte méditation pour faifir , raffembler
& développer tous ces rapports des
DE FRANCE. $5
idées qui compofent le mot Occupation
avec les différentes parties du Droit Civil.
L'efprit philofophique dans ce morceau eft
toujours appuyé fur l'étude des détails , &
par- là il renforce , il étend les vues, en mêmetemps
qu'il affermit fa marche.
L'ordre & la méthode des idées ne diftinguent
pas moins ce morceau que les idées
mêmes. Il me femble cependant que l'on y
defireroit quelquefois des liaiſons plus développées
, & quelque chofe de plus fondu
dans toutes les nombreufes divifions dans
lefquelles il falloit claffer tous les objets &
les différentes parties des objets . Il y a un
talent des liaiſons fans lequel le procédé des
divifions a quelque chofe de fec & de contraint
qui peut embarraffer l'efprit en le fatit
guant trop , & qui nuit trop au moins au
mérite de l'intérêt , mérite auquel chaque
fujet peut afpirer , & qu'il ne faut jamais
lui ôter.
On remarque depuis quelque tems , dans
les Ecrits des Jurifconfultes , un bon emploi
de cet efprit de critique & de difcuffion qui
a fait de plus grands progrès de nos jours ; il
eft feulement à craindre que les Jurifconfultes
ne prennent auffi de leur fiècle l'habitude fi
commode de moins étudier leur fcience même
& le goût de ce ſtyle faux qui dégrade ou
dénature tout par d'infipides & de frivoles
ornemens. L'Auteur de cet excellent article
eft gardé contre ces deux écueils par la folidité
de fon efprit & l'étendue de fes con86
MERCURE
noiffances ; fon ftyle eft par - tout clair , fimple
, & d'une préciſion fouvent noble &
énergique. Cet article eft de M. de Polverel
, ancien Avocat du Parlement de Bordeaux
, aujourd'hui attaché à celui de
Paris .
SPECTACLES.
COMEDIE FRANÇOIS E.
Nos Lecteurs fe fouviennent fans doute
des éloges que Lekain fut obtenir dans le
rôle de Nicomède. Ils fe rappelleront encore
que , dans ce perfonnage , il rendoit avec
une énergie vraiement admirable tous les
momens de nobleffe & de fierté qui font ,
du caractère de ce jeune Héros , le principal
caractère de la Tragédie de P. Corneille ;
mais ils doivent fe rappeler auffi que l'ironie
dont l'Auteur a fait un fréquent ufage dans
ce rôle , prenoit dans la bouche de Lekain
une couleur de perfifflage , un ton de myſtification
qui portoient fouvent au rire , à ce
rire que la Comédie feule doit faire éclore ,
& qui nous paroît incompatible avec le
genre héroïque. Il fuffit qu'un Artiſte ait
acquis beaucoup de réputation pour que fa
manière foit jugée excellente dans fon enfemble
& dans fes détails ; pour que l'on
DE FRANCE. $7
adopte généralement toutes fes idées en
conféquence , Lekain faifoit rire aux éclats
dans la plus grande partie du rôle de Nicomède
, & tout le monde crut qu'il étoit entré
dans les vûes du grand Corneille , de faire
rire à la repréſentation d'une Tragédie . Lorfqu'au
mois de Juin 1777 , l'Auteur de cet
Article propofa , dans un Journal juſtement
oublié à beaucoup d'égards , quelques obſervations
relatives aux nuances de nobleffe
dont l'ironie de Nicomède eft fufceptible ,
on s'éleva contre elles avec fureur , & l'Écrivain
fut très vivement invectivé : moyen de
répondre très - victorieux , comme chacun
fait , mais fur- tout auffi commode que familier
à la fottife & à la haine. La remife
de Nicomède , & le fuccès qu'y a mérité
M. Molé , ont réchauffé les enthouſiaſtes , &
le Journal de Paris s'eft vu exposé à leur
colère pour avoir dit la vérité. Tel eft ordinairement
le prix du courage & du defir
d'être utile. Nous n'en attendons point d'autre
; & malgré les cris des admirateurs fur
parole , malgré les réclamations de ces prétendus
connoiffeurs qui défendent avec une
ardeur fanatique les opinions qu'on leur a
fait adopter, nous prendrons la liberté de répé
ter ici , que M. Molé a fu donner à l'ironie de
Nicomède un caractère de nobleffe & de
fierté d'autant plus digne d'éloges , qu'il rentre
dans les convenances Tragiques , qu'il
eft parfaitement analogue au genré admi-
Fatif, & qu'il remplit le but de Corneille.
88 MERCURE
« Ce Héros de ma façon façon , dit ce grand
» Homme , dans la Préface de Nicomède ,
» fort un peu des règles de la Tragédie , en
» ce qu'il ne cherche point à faire pitié par
» l'excès de fes malheurs ; mais le fuccès
» a montré que la fermeté des grands
» coeurs , qui n'excite que de l'admiration
» dans l'âme du Spectateur , eft quelquefois
» auffi agréable que la compaffion . » L'ironie
de Nicomède ne doit donc être , comme
l'a très - bien dit le Journal de Paris , que la
jufte indignation d'un coeur fier , fenfible &
perfécuté, & non pas une fuite de farcalmes
faite tout au plus pour annoncer un perfiffleur
fpirituel & méchant. Nous avons affez
fouvent parlé de l'eftime profonde que les
talens de Lekain nous ont infpirée , pour
avoir le droit de dire que M. Molé a mieux
conçu & mieux faifi que lui une partie du
rôle de Nicomède ; & cet aveu ne fauroit
nuire à fa gloire. Ce n'eft pas pour avoir été
fans défauts qu'on a regardé Lekain comme
un Comédien fublime : c'eft pour en avoir
eu moins qu'un autre , pour avoir cherché
à vaincre , pour avoir furmonté un trèsgrand
nombre de ceux qu'il reconnoiffoit en
lui . Mais quel eft l'homme toujours juſte
avec fon amour- propre ? Quel fiècle a vû un
Artiſte parfait ?
On peut nous objecter qu'il eft impoffible
d'entendre, fans rire, certaines phrafes du rôle
de Nicomède , & que toute l'intelligence de
l'Acteur le plus confommé ne fauroit imaginer
DE FRANCE. 89
des nuances capables de diffimuler ce défaut
aux yeux des Spectateurs. Oui , nous en
conviendrons ; mais on doit obferver auffi
que Nicomède fut repréſenté en 1652 , c'eſtà-
dire , dans un temps où la langue commençoit
à fe former , où le goût n'avoit pas
encore appris à diftinguer dans le ſtyle ces
fineffes qui féparent les genres & qui mettent
chaque mot à fa place. Il faut ajouter à cette
réflexion , que la partie du goût n'étoit pas la
partie la plus brillante du talent du grand
Corneille. C'est donc beaucoup plus par les
expreffions que Corneille excite de temps en
temps le rire , même dans fes Drames les
plus tragiques , que par fes intentions , qui
annoncent toutes la nobleffe , la force , la
raifon & la logique la plus sûre . Un défaut
attaché à prefque tous les hommes de génie ,
eft de négliger quelquefois les formes , &
c'étoit fouvent celui de Corneille.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 25 Septembre , on a donné la
première repréſentation des Amours d'Été ,
Divertiffement en un Acte & en Vaudevilles ,
par MM. de Piis & Barré.
Le père Froment , Meunier , ne veut point
marier fon fils Guillot à Thérèſe , fille du
père la Ligne , pêcheur. Le Seigneur du Village
a fait publier qu'il donneroit une fomme
de fix cent livres à celui de fes habitans qui
mériteroit le prix d'une joûte extraordinairo
MERCURE
fur l'eau. Guillot eft le vainqueur ;' mais il
n'accepte point les fix cent francs, & fait
Therèle fon heritière , parce que' fa peine
va , dit- il , le faire mourir. Le père Froment
fe laiffe toucher , & conſent au bonheur des
jeunes amans.
Ce petit Ouvrage , qui complette la Collection
des Saifons de MM . de Piis & Barré ,
eft rempli de tableaux charmans . Les Scènes
acceffoires aux amours de Guillot & de
Thérèſe , préfentent des fituations agréables
& neuves au Théâtre. Les Auteurs ont
adroitement profité de deux idées connues.
L'une eft priſe d'un Conte de M. Giraud ,
qui a pour titre : la Statue de Cupidon ;
l'autre eft une imitation de cette épigramme
de l'Anthologie , traduite par Voltaire :
Léandre , conduit par l'Amour ,
En nageant difoit aux orages :
Laiffez- moi gagner les rivages ,
Ne me noyez qu'à mon retour.
Le parti qu'ils ont tiré de la première a
fait le plus grand plaifir. Nous en allons
citer quelque chofe. Le moulin du Père Froment
eft d'un côté de la rivière ; de l'autre
eft la maiſon du Père la Ligne. Thérèſe
excédée de fatigue & de chaleur , s'eft aflife à
l'ombre fur un banc de gazon, pour y prendre
quelque repos ; Guillot, après s'être débarrallë
de fon père , paffe l'eau pour aller voir fon
amante qu'il a apperçue fous le feuillage.
DE FRANCE. 91
AIR: Vous me grondez d'un ton sévère.
CE cher objet fommeille encore !
Approchons pour voir de plus près.
Quel charme ajoute à fes attraits
Le feu dont fon teint fe colore ! bis.
A l'admirer bornons nos voeux ,
Amour , Amour , c'est tout c que je veux.
( Il defcendfur le rivage. )
Ah ! fi j'ofois dans mon ivreſſe ,
Sans l'empêcher de repoſer ,
Sur fa main cueillir un baifer !
Quel beau moment pour ma tendreffe !
A ce larcin bornons nos voeux ,
Amour , Amour , c'eft tout ce que je veux.
( Il lui baife la main. )
Sans l'éveiller , fi je l'embraffe ,
Pour cette fois je fais ferment
De porter chez elle à l'inſtant
*
Ce panier dont fon bras fe laffe.
A ce larcin , &c.
(Il l'embraffe. )
Quel doux tranſport ! tout me profpère ;
Mais fuyons vite , & pour raiſon ;
Car , auffi près de la maiſon ,
Peut-être ai-je été vu du père.
* Un panier de linge que Thérèſe vient de blanchir à
la rivière.
92 MERCURE
( Guillot s'en va tout doucement : Thérèſe , qui pendant
toute cette Scène a feint de dormir , tourne la
tête , en difant :)
Et mon panier qui refte-là ,
Guillot ! Guillot ! qui me le portera ?
Nous pourrions citer d'autres Scènes tout
auffi agréables que celle- ci , mais les bornes
de cet Article s'y oppofent. Nous avons remarqué
de temps en temps des couplets qui
nous ont paru beaucoup moins piquans que
ceux qui fortent ordinairement de la plume
de MM. de Piis & Barré. Nous croyons même
qu'on en pourroit fupprimer ou refondre
quelques- uns qui font longueur. Le Divertiffement
de la fin n'eft point affez gai ; l'air n'en
eft pas heureuſement choifi : en un mot , il
termine affez froidement la fuite des jolis ta
bleaux que contient l'Ouvrage. C'eſt un ſervice
à rendre aux Auteurs , que de leur confeiller
de le refaire , & c'eft de leur part un fervice
à rendre au Public que de fuivre ce confeil.
SCIENCES ET ARTS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR,
J'AI appris que quelques perfonnes éclairées ,
qui ont entendu lire un de mes Mémoires , n'en
ont pas bien pris le fens ; j'ofe vous prier d'en inférer
le précis dans votre Journal , afin que la vérité
DE FRANCE.
93
ne fouffre pas d'une méprife , & par ma faute.
L'air qui conftitue le vent d'Eft , prefque perpétuel
fous l'Équateur , eft obligé de s'élever depuis
le moment où il entre dans l'Amérique Équinoxiale
, jufqu'à ce qu'il ait franchi la chaîne des
Cordillières , & en montant à une fi grande hau
teur fe raréfie , fe refroidit , & perd à mefure la
faculté de foutenir les vapeurs dont il s'eft fature
en paffant fur la mer Atlantique ; elles tombent em
forme de pluie fur le berceau du Maragnon , pour
faire de ce fleuve une mer d'eau douce.
Puis cet air , après s'être purgé de la forte , def
cend du haut des Cordillières fur le Pérou , reprend
à refure fa chaleur & fa denfité , & devient
afpirant : il eft donc perpétuellement fec & ferein
au Pérou .
Ce même vent d'Eft eft donc toujours & en
même temps pluvieux fur le berceau de l'Amazone
, & defféchant au Pérou .
En voici un autre exemple . La mouſſon d'Eft eft
pluvieufe au Coromandel , defféchante au Malabar
; en s'élevant fur le Coromandel pour paſſer fur
les montagnes de Gates dirigées du Nord au Sud ,
l'air fe raréfie, fe refroidit ; il dépofe par conféquent
fes vapeurs fur le Coromandel , & l'inonde ;
puis cet air, en defcendant du haut de ces montagnes
fur le Malabar, s'échauffe , fe condenſe , &
reprend fa force afpirante : c'eft une éponge defféchée.
Au contraire la mouſſon d'Oueſt" s'élève , ſe refroidit
, & dépofe en s'élevant fur le Malabar pour
paffer ces montagnes , & redefcend enfuite toute
criblée fur le Coromandel , où cherchant à recouvrer
ce qu'elle a perdu elle devient abſorbante.
La mouffon eft donc pluvieufe dans les deux
cas en s'élevant fur cette chaîne , & defféchante en
defcendant.
Après avoir montré le même phénomène dans
94
MERCURE
les Ifles de France & de Ceylan , au Cap de Bonne-
Efpérance , en Languedoc , en Abyflinie , dans le
Paraguai , en Pologne , & même à Paris , j'établiſ
fois en général que tour air qui s'élève beaucoup eſt
humide , & qu'au contraire celui qui defcend beaucoup
eft fec , ce qui eft conforme à la théorie réputée
la plus fûre , & aux relations les plus répandues.
Ceci fouffre quelques exceptions accidentelles ,
périodiques ou locales qu'on connoît ou qu'on découvrira.
On trouvera cette folution appuyée fur de
grands détails dans mes Cahiers de Cofmogonie ;.
elle m'a paru affez importante pour me faire pren
dre tous les moyens poffibles de la répandre. En lui
accordant une place dans votre Journal , vous ajouterez
un nouveau motif de reconnoiffance à la pars
faite confidération avec laquelle je ſuis ,
Monfieur,
•
Votre très-humble & trèsobéiffant
Serviteur ,
DOCARLA.
GRAVURES.
Vuz du Prieuré des deux Amans , près de
Rouen , deffinée par Lantara d'après nature , gravure
de 7 pouces de haut , fur 10 de large , par
Piquenot. A Paris , rue de l'Obfervance , vis- à -vis
la porte du Cloître des Cordeliers. Prix , 1 livré
10 fols.
Cetre Vue ne doit point être confondue avec une
foule de paysages qui font toute autre chofe que ce
que leur titre annonce Ici tout eft dans la plus
exacte vérité , foit pour l'objet principal , foit pour
les acceffoires. La montagne efcarpée fur laquelle
eft fitué le Prieuré des deux Amans , depuis le
DE FRANCE. 95
treizième ſiècle au moins , pouvoit être deffinée lous
un autre point de vue , mais il étoit impoffible d'en
faifir un plus favorable aux détails du Prieuré même.
Églife , Maifon , Terraffe , &c. tout eft rendu avec
une fcrupuleufe fidélité , & forme un enſemble fort
pittorefque. Le pendant paroîtra dans le courant du
mois : c'eft la Vue du Château de Couci , & de la
Tour dans laquelle Gabrielle de Vergi eft morte.
Collection coloriée des plus belles variétés de Tulipes
qu'on cultive dans les jardins des Fleuristes ,
Cahier fecond, in-folio , grand papier d'Hollande.
A Paris , chez M. Buc'hoz , Médecin , rue de la
Harpe , vis- à-vis la rue de Richelieu - Sorbonne.
Prix , 18 liv. Ce Cahier renferme dix Tulipes , auxquelles
on a donné les noms de différens Curieux &
Amateurs ; il eſt très -intéreſſant par le choix & la
beauté des fleurs qu'il contient , & ne le cède en
rien au premier Cahier.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ON vient de mettre en vente à l'hôtel de
Thou , rue des Poitevins , à Paris , les Tomes XV
& XVI des Oiseaux , in - 12. Prix , 6 livres en
blanc ou brochés , 7 liv. 4 fols reliés ,
On trouve les Livres fuivans chez Mérigot le
jeune , Libraire , quai des Auguſtins : 1 ° . l'Hiftoire
Naturelle & Civile de l'Ile de Minorque , avec une
Carte de cette Ifle & de fes dépendances , tels que le
Pot Mahon & le Fort Saint- Philippe , traduite de
l'Anglois , de la feconde Edition de J Armstrong ,
Volume in- 12 . Prix , 2 liv. broché : 2° . Hiftoire
d'Elife Warwick , traduite de l'Anglois , 2 Vol. in
12. Prix, 3 liv . brochés : 3 °. Journal du Voyage de
96 MERCURE
Michel de Montaigne en Italie par la Suiffe & Allemagne,
en 1581 , avec des Notes , par M. de Querlon
, 3 Vol. in- 12 petit papier , 6 liv . reliés , 2 Vol.
grand in- 12 , 6 liv. reliés , in - 4°. grand papier ,
18 liv. relié , le même in-4 ° . grand papier d'Hollande
, en feuilles , 36 livres. Le portrait de Montaigne
, fupérieurement gravé par M. de Saint -Aubin,
eft à la tête de chacune de ces Éditions. La partie
typographique eft exécutée avec tout le foin que
mérite le nom de Montaigne.
Recueil de Secrets à l'ufage des Artiftes , Volume
in- 12 . Prix , 1 livre 16 fols. A Paris , chez Laporte,
Libraire , rue des Noyers.
Traduction de Sallufte , avec le Texte & des
Notes critiques , quatrième Édition , revue & corrigée
par J. H. Dotteville , de l'Oratoire , Volume
in- 12 . Prix , a liv. 10 fols relié. A Paris , chez Onfroy
, Libraire , rue du Hutepoix.
>
TABLE.
49 ciété, 80
ROMANCE
Obfervations
fur l'Ivoire
& les Répertoire
Univerfel
de Jurif
Dentsfoffiles
d'Eléphans
, 51 prudence
Civile, &c.
Air de l'Inconnue
Perfécu-
Comédie
Françoife
,
60 Comédie
Italienne
,.
tée ,
900 83
86
89
Enigme & Logogryphe , 64 Lettre au Rédacteur du Mer-
Tableau Hiftorique des quatre cure , 9z
94
66 Annonces Littéraires, 95
Grands Hommes exposés au Gravures ,
Sallon du Louvre,
Les Après-Soupers de la Sol
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 13 Octobre. Je n'y ai
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreffion. A Paris
le 12 Octobre 1781. DE SANCY.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 OCTOBRE 1781 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Auxjeunes Perfonnes qui ont joué à Nanci ;
le 27 Août , chez Mlle P *** , plufieurs
Comédies de Mde la Comteffe de Genlis.
JEUNES Beautés de Nanci ,
Bont la grâce modefte & les aimables charmes
Font verfer de fi douces larmes
Au fpectacle touchant des moeurs de Salenci !
Par votre jeu naïf une Mufe attendrie
Vous confacre aujourd'hui les plus juftes tributs
J'ai vu dans vos fuccès l'alliance chérie
Des Talens avec les Vertus :
J'en félicite ma Patrie.
Genlis a réuni , par des liens de fleurs
N°. 42 , 20 Octobre 1781 .
E
98
MERCURE
La Morale & les Jeux , le Théâtre & les Mours.
Qu'on aime à vous voir fur fes traces !
Que fon génie heureux s'embellit de vos grâces !
Qu'hier , avec plaifir , nous répandions des pleurs !
C'eft à vous qu'il fied bien de peindre la décence ;
De ce Portrait divin vous avez les couleurs ;
Et le tableau de l'innocence
N'eft que l'image de vos coeurs.
( Par M. François de Neufchâteau , Lieutenant-
Général du Préfidial de Mirecourt. )
A M. DE LANDINE , de plufieurs
Académies , qui vient de prononcer fon
Difcours de Réception à l'Académie de
Lyon , au moment où fa Femme lui donnoit
un Fils.
Qu
V E ce jour cft heureux pour toi !
Le Temple des Arts te réclame ,
Aimable Landine , & ta femme
Te donne un gage de ſa foi.
BÉNIS cent fois ce jour profpère
Qui , t'accordant ce double bien ,
Te voit Académicien
Au moment où tu deviens père.
Courage , jeune Citoyen ,
Peuple ta Patrie & l'éclaire ;
DE FRANCE. 99
Qui n'eft pas utile n'eft rien...
Le prix t'attend , tu peux m'en croire.
Oui , toujours la Beauté , la Gloire
Aſſembleront ſur tes cheveux
Le laurier, le myrte amoureux ,
Et prendront foin de tą mémoire.
Si leur accord eft très - heureux ,
Que d'autres que noi s'en étonnent :
Il faut bien qu'elles te couronnent ;
Tu les courtifes toutes deux.
( Par M. de Viran. )
L'AMOUR OISE AU
Ode Anacreontique à mettre en mufique ;
imitée de l'Italien.
(
L''AAMMOOUURR eft un oiſeau charmant ,
Qui , voltigeant fous la coudrette ,
Eft venu , je ne fais comment ,
Se nicher dans ma colerette.
JE fens qu'il picote mon coeur ;
Mais fon langage m'intéreffe :
S'il a toujours ce ton flatteur ,
Je le carefferai fans ceffe.
SITÔT que je n'entendrai plus
Les doux fons de fa voix perlée ,
Ei
too. MERCURE
Mes baifers feront fufpendus ,
Je lui donnerai la volée.
MAIS , hélas ! qu'est- ce que je voi ?
Il s'élève d'une aîle sûre ;
Il est loin , il fe rit de mai
Et de ma cruelle bleffure !
LAS ! à peine avoit -il chanté
Que le volage m'abandonne ,
Pourquoi cette légèreté ?
Reviens , reviens , je te pardonne.
Tu fuis fans vouloir m'écouter :
Que deviennent donc tes prømeſſes ?
Belles , s'il veut vous en compter,
Méfiez -vous de fes careffes.
S'IL ufe de tout pour
domter
Le arur d'une jeune Bergère ,
Il ne fonge qu'à la quitter
Auffi-tôt qu'il a fu lui plaire .
( Par M. Mayeur; }
DE FRANCE ΤΟΥ
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
Le mot de l'Enigme eft Chevalet de Violon ; "
celui du Logogryphe et Médaille , où fe
trouvent aide , âme , daim , Léda , ( mère de
Caftor & Pollux ) ami , lime , mille , demi ,
il, & elle , Médie , laide , Ida , Mai , Lia ,
mi , la , & dame.
ÉNIGM E.
CHEZP HEZ prefque tous les animaux
J'occupe un pofte des plus hauts ;
Il en eft fur qui je domine
Si fort , que chacun en badine.
Humains , ne vous en moquez point ;
Oui , vous avez tous , fur ce point ,
Quelque rapport avec la bête.
Chez vous , c'eſt un air plus mignon ,
C'est une forme plus honnête ,
Mais c'eſt la mêine fonction.
Quand les Dames vont en conquête
Aux promenades de Paris ,
Vous me voyez double à leur tête ,
Étalant des bijoux de prix.
Souvent , chez elles , je me prête
Aux douceurs , aux tendres aveux ,
E iij
102 MERCURE
Aux fons légers & gracieux ;
Enfin à tout ce qui les flatte .
Mais nargue des mauvais plaifans ,
Qui difent que je me dilate
A l'entretien des médifans.
( Par M. *** , de V. C. Y
LOGO GRYPH.E.
A MA naiffance on voit chez les humains
S'élever très fouvent la difcorde & la guerre ;
Je n'expofe jamais de defirs incertains ,
Et ma volonté ferme annonce une âme altière
Par cette rénftance auffi des plus grands maux
J'arrête avec fuccès le principe funeſte :
Tel aujourd'hui qui me derefte ,
Demain me doit fon bonheur , fon
repos.
Un feul rival par - tout me contraric ;
Je m'oppose à mon tour à fes plus doux projets
Notre exiftence naît de notre antipathie ,
Et le monde toujours en craignit les effets .
D'un noeud qui fait le charme ou les maux de la vie
Mon rival eft l'auteur , moi l'ennemi juré. ,
Mais il faut à la fin contenter ton envie 2.
Ami Lecteur ; décompose à ton gré ,
Aſſemble ou défunis mes trois pieds & leur formes
Deux foeurs , de qui jamais je ne fuis féparé ,
Sont mon cortège unique ; entre elles deux je forme
DE FRANCE. 103
Une ligne femblable au cercle d'un tonneau ;
On trouve auffi chez moi , fans effort de cerveau ,
Un terme dont Reſtaut parle dans fa Grammaire .
J'en ai bien affez dit , Lecteur , il faut me taire ;
Je t'entends demander quel peut être mon nom ;
Tu me vois cependant fans que tu le devines .
Mais , quoi , & déjà tu te chagrines :
Te le dirai - je ? . ma foi non .
...
( Par M. de Cormenin. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES:
LA SERVITUDE abolie , Difcours en vers ,
lu enpartie à la Séance publique de l'Académie
Françoife , le jour de S. Louis ,
25 Août 1781 , par M. le Chevalier de
Langeac. Le bien qu'on fait au monde
ajoute à mon partage. SAINT- LAMBERT.
A Paris , chez Monory , Libraire de
S. A. S. Mgr le Prince de Condé , rue de
l'ancienne Comédie Françoife.
L'ACADÉMIE Françoiſe n'a point adjugé de
Prix de Poéfie cette année : c'eſt la fecondė
fois qu'elle remet le même Prix . On a voulu
en conclure que les talens deviennent plus
rares , peut-être faut- il fe contenter de conclure
que le fujet fixé par l'Académie étoit
plus difficile que ceux que les jeunes Poëtes
E iv
T04 MERCURE
choififfent communément. Des déclamations
contre l'esclavage & en faveur de la
liberté , font faciles à faire en vers & en
profe , & cela même étoit un écueil du
fujet. Mais tracer avec précifion , & fous
des images poétiques , le caractère & les
maux de cette efpèce de Servitude qui enlève
à l'homme fa liberté , fans le réduire pourtant
à l'esclavage ; qui affervit la terre beaucoup
plus encore que celui qui la cultive ;
qui eft établi enfin fur une multitude de lois
fubtiles & barbares dont il n'eft pas aifé de
comprendre les difpofitions , dont il feroit
difficile de parler avec clarté , même en
profe ; les plus grands talens auroient pu
l'entreprendre fans obtenir tous les fuffrages
d'une Académie. On ne peut guère faire un
bel Ouvrage que fur un fujet très - heureux ;
& lorfqu'on rencontre des beautés d'un
ordre diftingué dans un fujet très difficile à
traiter , le Critique qui veut être jufte , conclud
que l'Auteur a du talent ; & cette juftice
eft bien une espèce de couronne pour
ceux qui la méritent , & l'obtiennent de
l'Académie & du Public ; car rien n'eft fi
rare que le talent , dans les temps mêmes où
l'efprit & les connoiffances deviennent des
richeffes communes & populaires. L'Académie
Françoiſe a diftingué trois Ouvrages
dans le concours des Poëtes ; celui que nous
annonçons dans ce moment eft de M. le
Chevalier de Langeac , qui , prefqu'au fortir
de l'enfance , a remporté un Prix à Paris ,
DE FRANCE. 109
& qu'on a couronné cette année à Marfeille
, au moment même où il d.fputoit le
Prix de l'Académie Françoiſe.
La critique peut trouver & reprendre faci
lement quelques incorrections , quelques
défauts de ftyle dans fon Ouvrage , & M.
le Chevalier de Langeac mérite bien qu'on
l'en avertiffe. Le vrai talent a toujours en
lui- même de quoi fe corriger ; & plus on
l'aime , plus on defire de le voir pur & fans
tache.
Après avoir rappelé dans les premiers
yers de fon Difcours la gloire de notre jeune
Monarque , qui défend la liberté des mers
contre un peuple accoutumé à s'en croire le
dominateur , M. le Chevalier de Langeac
ajoute :
Il eſt une autre gloire , & ces exploits vantés ,
Hélas ! de trop de pleurs font toujours achetés ;
Mais de fimples vertus ennoblir fa couronne ;
Mais alors que des Cours la pompe l'environne ,
Deviner le malheur , franchir l'immenfité
Qu'entre l'homme & le trône a mis la royauté ;
Mais fur l'humble attelier , le chaume folitaire ,
Sur les fillons du pauvre , attacher l'oeil d'un père ,
Y voir avec reſpect fes Flottes , fes Soldats ,
Le Peuple enfin , l'appui , la grandeur des États :
Les voilà les vertus qui commandent l'hommage ,
Les vertus dont Louis embellit fon jeune âge !
Ces idées font à la fois juftes & fenfibles ;
Ev
106 MERCURE
eltes font écrites avec cette facilité qu'on a
toujours lorfqu'on eft ému foi même des
fentimens que l'on exprime. Cette expreffion
deviner le malheur , fera fans doute critiquée
; elle nous paroît belle. Mais rien
n'eft fi commun que de voir les mêmes cho
fes remarquées par les uns comme des dé→
fauts , par les autres comme des beautés ;
cela arrive fur tout aux chofes qui ne font
pas communes , à celles qui font trouvées ,
comme difoit Boileau . Le mérite qui diftingue
particulièrement cet Ouvrage de M. le
Chevalier de Langeac , c'eft de parler fouvent
à l'ame , & de rendre des fentimens
vrais avec une fimplicité touchante . Dans la
condition de l'homme attaché à la glèbe , le
plus grand malheur lui paroît celui de tranfmettre
fon fort à fes enfans :
Il vit pour les tyrans ; & , plus infortuné,
C'est pour eux qu'il eft père , & que fon fils eſt né.
L'Auteur n'en dit pas davantage. Un Déclamateur
auroit fait là- deffus bien plus de
vers.
O honte ! quoi , d'un Dieu les Miniftres facrés
Soutiennent comme un droit ces crimes révérés ?
C'eftdans un fiècle humain que leurs vaftes domaines
S'engraiffent des fueurs du Chrétien dans les chaînes!
Malheur au Citoyen , malheur à l'étranger
Que retient dans ces lieux un féjour paffager!
S'il expire , fes biens , dénombrés avec joie ,
DE FRANCE. 107
D'un Cloître impatient vont devenir la proie.
Et le fils , dépouillé par ces hommes pieux ,
Souffre la pauvreté que promettent leurs voeux ;
Il implore un pain noir près du toit de ſes pères !
Ces crimes révérés , eft une expreffion que
M. le Chevalier de Langeac ne devoit pas fe
permettre. On n'a jamais révéré ces crimes.
On a été long temps à découvrir qu'aucune
loi , aucune autorité ne peut légitimer la
Servitude ; on la fouffroit peut être fans
murmure , mais on ne la révéroit point.
Elle a même excité des révoltes dans les temîs
où on ne ſe doutoit point encore qu'elle fûc
un crime . La révolte des Jacquets eft très célèbre
dans l'Hiftoire de France . Ces vers d'ailleurs
ont le mérite de rendre , avec énergie
& avec intérêt , plufieurs circonftances de
la Servitude des main- mortables.
Tu tremblois , jeune Roi;
Marc Aurèle adopté s'effraya comme toi.
à
Ah ! bénis ton jeune âge; il te rend plus fenfible.
Dans la guerre , tes foins le bien même eft poffible.
Tes Édits éclairés , honorant tes fujers ,
Difpenfent un bonheur ignoré de la paix.
Vrais triomphes d'un Roi ! la corvée abolie
Aux champs du Laboureur va redonner la vie.
Je te vois réparer , fagement bienfaiteur ,
Ces lieux qui près du crime enfermoient le malheur.
Juges trop empreffés de trouver un coupable ,
On peut donc l'oublier cet ufage exécrable ,
I
E vj
108 MERCURE
Qui , prêtant aux forfaits l'audace des fermens ,
Fait mentir l'innocence au milieu des tourmens !
Aux malheureux enfin les lois feront propices , &c.
Fait mentir l'innocence au milieu des tourmens
, eft un vers fublime ; & il paroît que
l'Académie a jugé qu'il n'y en avoit point
d'aufli beau dans toutes les Pièces du Concours.
Pourfuis , jeane Héros , défends l'humanité ;
Et lorfqu'à tes Sujets tu rends la liberté ,
'L'un noble orgueil pour elle enflammé leur courage.
Mais quand ta volonté , chère au peuple ruſtique ,
Terraffe des abus , reftes d'un âge antique ,
Ah ! pourquoi notre amour ne peut-il à tes yeux
Ranimer les tranfports de nos premiers aïeux ?
Alors on étoit Roi par un libre fuffrage ;
Des États affemblés on recevoit l'hommage ;
Le Peuple , aux champs de Mars , & fur un bouclier,
Élevoit en triomphe un Monarque guerrier .
Pour toi , nous rendre heureux eft un droit de naiffance
,
Tu l'obtiendrois encore de la reconnoiffance ;
Et ton Peuple attendri , toujours sûr de t'aimer ,
Te nommeroit encor s'il pouvoit te nommer.
Nous ne diffimulerons point que nous
n'avons pas pû bien comprendre ce vers ,
Ranimer les tranfports de nos premiers aïeux.
DE FRANCE. 109
Mais tout ce morceau , écrit avec une nobleffe
naturelle , eft à la fois d'une ame
libre & d'un fujer fidèle. C'eft ainfi que les
talens doivent parler aux Princes devant la
Nation qui les écoute.
Ce Difcours nous paroît devoir ajouter
beaucoup à l'idée qu'on avoit déjà du talent
de M. le Chevalier de Langeac. Il a faifi
les grandes idées du fujet , & les a rendues
avec fenfibilité ; & , dans tous les genres , en
vers & en profe , c'eft la réunion de la penfee
& du fentiment qui fait les Écrivains diftingués
.
( Cet Article eft de M. Garat. )
RECUEIL de Pièces Intéreffantes , pourfervit
à l'Hiftoire des Règnes de Louis XIII
de Louis XIV. A Paris , chez Esprit , au
Palais Royal , & Lamy , quai des Auguftins.
Prix , 3 liv. broché.
CES Pièces font celles du Procès du Comte
de Chalais , décapité en 1626. Quel étoit fon
crime ? On n'en favoit rien avant d'avoir vû
ees pièces , & on le fait fort mal après les
avoir vûes. L'Arrêt le déclare vaguement
atteint & convaincu du crime de Lèze-
Majefté , fans fpécifier autrement ce crime.
Dans le procès il n'eft guères question que
d'intrigues au fujet du mariage de Monfieur ,
Frère du Roi , avec Mademoiſelle de Montpenfier
; mariage que le Roi & la Reine-
Mère defiroient , mais que la Reine Anne
110 MERCURE
d'Autriche & Mde de Chevreuſe , ſa Confidente
, vouloient empêcher. Le Comte de
Chalais , Maître de la Garderobe du Roi ,
étoit amoureux de Mde de Chevreuſe ; il
paroît qu'elle le mêla dans ces intrigues ,
qu'il y prit part , ou au moins qu'il en eut
connoiffance. Si c'étoit- là être coupable de
lèze majefté , la moitié de la Cour l'étoit. Le
Comte de Chalais prétendoit même avoir ,
par fes confeils , empêché des réfolutions
violentes que Monfieur vouloit prendre.
Mais les Hiftoriens parlent d'un complot
d'affaffiner le Cardinal de Richelieu dans fa
maifon ou de Fleury ou de Limours ; Chalais
s'en étoit chargé , il en avoit fait la confidence
au Commandeur de Valançai , for
ami , qui , après l'en avoir fait rougir , avoit
révélé tout au Cardinal , comme fi Chalais
l'en eût chargé, afin d'obtenir fa grâce.
Si Chalais l'en avoit chargé , il n'étoit pas
coupable , & Richelieu lui avoit obligation
de la vie . Si Valançai avoit pris fur lui d'agir
au nom de Chalais pour fauver fon ami
malgré lui - même , c'étoit la même chofe par
rapport au Cardinal , & Chalais étoit innocent
à fes yeux .
Auffi dans le procès de Chalais , n'eſt il
nullement queſtion de ce complot réel ou
chimérique , contre la vie du Cardinal ; &
Valançai , qui paroît dans ce procès comme
envoyé par le Roi ou par le Cardinal avec
le Sur-Intendant d'Effiat , pour entendre les
chofes que le Comte de Chalais difoit avoir
DE FRANCE.
à leur dire, ne parle en aucune manière de ce
complot , mais feulement des intrigues concernant
le mariage de Monfieur.
Mais voici une accufation encore plus
grave. Ce n'est plus à la vie du Miniftre que
le Comte de Chalais eft accufé d'avoir attenté
, c'eft à celle du Roi lui- même. Maître
de la Garderobe , il devoit tuer le Rdi
dans fon lit ; & Monfieur , qui entroit dans
ce complot , devoit fe tenir à portée de lui
prêter main- forte . Qui eft ce qui accufoit
Chalais de ce crime ? C'étoit le Comte de
Louvigny , fon rival , amoureux comme lui
f & comme prefque toute la Cour ) de
Mde de Chevreufe. Mais Louvigny n'avoit
ni reçu la confidence , ni furpris le fecret du
Comte de Chalais ; d'où tenoit- il donc.ce
qu'il difoit ? Le voici. Louvigny étant un
jour à la chaffe du Roi , s'étoit écarté pour
ôter fes bottes , & tirer des épines qui lui
étoient entrées dans la jambe ; pendant qu'il
-étoit occupé à cette opération , il avoit entendu
diftinctement trois ou quatre perfonnes
qui parloient de ce complot , dont
ils avoient été inftruits par le Comte de
Chalais lui- même ; Louvigny étoit féparé
d'eux par une haie , & ne pouvoit les voir ,
il n'avoit pas non plus reconnu leurs voix ,
ils avoient difparu fans qu'il eût pu les fuivre
, & toutes les autres perfonnes qui dépofent
au procès de Chalais d'avoir entendu
parler de ce complot , n'en avoient entendu
parler qu'à Louvigny.
712 MERCURE
D'après une pareille hiftoire , on fent que
Louvigny étoit le véritable inventeur de la
calomnie ; & Mde de Mottéville , inftruite
fur ce point par le Marquis de Béringhen ,
Confident du Roi & de la Reine , le dit expreffement.
D'ailleurs , le récit de Louvigny
inculpe Monfieur. Or , fans vouloir ménager
le moius du monde la mémoire de ce Prince
foible , toujours tremblant & irréfolu , on
peut affurer qu'il étoit incapable , à tous
égards , d'un tel complor ; & fi cette accufation
avoit paru avoir le moindre fondement
, comment n'auroit- on pas entendu
Monfieur lui-même, judiciairement ou extrajudiciairement,
comme dans l'affaire de M. de
Cinq Mars , qui étoit beaucoup moins grave ?
1 paroît , par la nature même du fupplice
auquel M. de Chalais fut condamné , qu'on
ne tint aucun compte de cette accufation
de régicide ; & tout ce qu'on peut induire ,
& des actes du procès & du récit un peu confus
de l'Éditeur & de l'épithète d'incorrigible
qu'il donne au Comte de Chalais , c'eft
que ce jeune homme , entraîné par fon
amour pour Mde de Chevreule , avoit d'abord
pouffé le zèle jufqu'à vouloir tuer le
Cardinal , qu'il s'en étoit repenti , qu'il
avoit fait averti ce Miniftre par le Coin-
- mandeur de Valançai ; que le Cardinal à
fon tour avoit averti le Comte de Chalais
de fe retirer de toutes ces intrigues de la
Cour de Monfieur , & qu'au mépris de ces
avis , le Comte de Chalais fe laiffa de nou-
<
>
DE FRANCE.
veau entraîner par Mde de Chevreufe dans
les intrigues tramées pour empêcher le ma
riage de Monfieur : il prétendoit n'y être entré
que pour épier la conduite de Monfieur ,
& en rendre compte au Roi & au Cardinal ,
genre de défenfe qui n'étoit pas noble , &
qu'on ne peut guères croire fincère. On pouvoit
lui dire : tu te feins criminel pour te
juſtifier. Mais enfin , en fuppofant la rechûte
de Chalais dans des intrigues qui devoient
déplaire au Roi , y avoit-il là de quoi envoyer
à l'échafaud un homme de vingt ans,
à qui l'amour fervoit d'excufe , & qui n'étoit
coupable que d'une faute & non d'un
crime ?
Un exemple étoit , dit- on , néceffaire dans
ces temps de trouble & d'intrigues. L'exemple
de l'injustice n'eft jamais ni néceffaire ni
utile , & nous ne voyons pas quel autre
fruit tira le Cardinal de tous ces actes de rigueur
fi fréquens fous fon règne , fi ce n'eſt la
haine publique qui alloit toujours en croiffant.
Nous la voyons fe porter fucceffivement des
intrigues aux complots , des complots aux
foulèvemens , puis à la guerre civile ouverte;
& un an encore avant la mort du Cardinal,
le Comte de Soiffons gagnoit contre lui la
bataille de la Marfed.
L'Éditeur veut excufer le Cardinal d'avoir
éré dans la prifon recevoir les dépofitions du
Comte de Chalais , en montrant que le
Comte l'en prie lui - même dans fes lettres.
Ii l'en prie , parce qu'il croit que la préſence
114
MERCURĖ
du Cardinal , comme celle du Roi , portoit
avec elle fa grâce.
- L'Éditeur croit encore laver le Cardinal
du foupçon que fait naître la mort trop
prompte du Maréchal d'Ornano à Vincennes
, en rapportant une lettre de Bouthillier
au Cardinal , qui contient la relation de
cette mort ; cette lettre ne prouve rien.
Des Auteurs ont dit que le Cardinal étoit
amoureux de Mde de Chevreufe , & ils ont
infinué que cc'étoit un rival qu'il avoit voulu
perdre dans le Comte de Chalais . L'Éditeur
oppofe à cette tradition , des lettres de
Mde de Chevreufe , confervées parmi les
manufcrits de M. le Maréchal de Richelieu ,
& qui prouvent , dit- il , qu'elle cherchoit à
lui plaire fans qu'on voie qu'elle y ait réuffi,
Ces inductions font foibles ; & à travers
tous les voiles dont la politique , la haine &
la vengeance couvroient alors tant d'affreux
myſtères , il ne faut pas croire aifément avoir
fait une découverte , ni démentir la tradition
fur une légère apparence .
Les lettres du Comte de Chalais , tant au
Roi qu'au Cardinal , font curieufes , quoi
que plufieurs foient inintelligibles ; mais elles
ne donnent pas une opinion favorable de
cet infortuné ; elles annoncent un homme
fans caractère , fans élévation , fans dignité.
On n'en peut rien inférer non plus ni, pour
ni contre fon innocence. Il exagère tour- àtour
, & toujours affez baffement , foħ
amour pour le Roi , fon admiration pour
DE FRANCE. 115
"
le Cardinal , & l'expreffion de fes remords
& les proteftations de fon innocence . Mais
la lettre de Mde de Chalais au Roi , pour
lui demander la grâce de fon fils , cft noble,
tendre , & n'eft pas fans adreffe. “ Quand
» Dieu , dit - elle , promet pardon à ceux
» qui le demandent avec une digne repen
» tance , il enfeigne aux Rois comment ils
" en doivent uſer.... La juſtice eft un moindre
effet de la puiffance des Rois que la
» miféricorde. Le punir eft moins louable
» que le pardonner ..... Les meilleurs exemples
pour les bons font de la pitié : les
méchans deviennent plus fins & non pas
meilleurs pour les fupplices d'autrui . Sire ,
je vous demande les genoux en terre la
vie de mon fils , & de ne permettre point
que celui que j'ai nourri pour votre fer-
» vice meure pour celui d'autrui ; que cet
» enfant , que j'ai élevé fi chèrement , foit
» la défolation de ce peu de jours qui me
"
reftent ; & enfin , que celui que j'ai mis
» au monde me mette au tombeau. Hélas !
» Sire , que ne mourut - il ..... du coup qu'il
3 reçut à Saint - Jean ( d'Angely apparem-
» ment ) ou en quelqu'autre des périls où il
s'eft trouvé pour votre Service , tant à
» Montauban , Montpellier qu'autres lieux !
» ou de la main même de celui qui nous a
caufe tant de déplaifirs ! ( ceci paroît défigner
Monfieur , & n'être pas fans adreffe. )
Ayez pitié de lui , Sire..... Je vous l'ai
donné à huit ans ; il eft petit - fils du Mar
2
30
176 MERCURE
réchal de Montluc & du Préfident Jean-
» nin , & c. »>
>
Après cela , on ne peut voir qu'avec indignation
, & regarder que comme une dérifion
barbare la lettre par laquelle le Roi ,
inclinant à la très humble prière de la Dame
de Chalais, & ayant égard àfa vertu & piété,
lui remet le corps de fon fils , & accorde
que la Famille ne fera pas déchue de la Nobleffe
, comme s'il dépendoit des Rois &
des Juges de flétrir les races illuftres.
II y a dans ce procès un M. de Lamont
Exempt des Gardes du Corps qui , chargé
feulement en apparence de garder Chalais
dans fa prifon , fe charge de plus de l'ef
pionner & de redire jufqu'au moindre mot
qui échappe à ce malheureux étourdi & indifcret.
Tout , dans ces triftes temps , ref
pire l'esclavage & fert la tyrannie.
A la fuite de ce procès , on trouve une
hiftoire prétendue de la fameufe Marion de
Lorme, écrite par elle même , fous la forme
d'une Lettre aux Auteurs du Journal de Paris ,
datée des Champs Élifées , ou , felon les
propres termes du texte , de l'autre monde. *
Si cette hiftoire eft vraie , pourquoi cette
fiction ? Si elle eft fauffe , en quoi peut- elle
fervir à l'Hiftoire du Règne de Louis XIV ?
* On peut voir les Numéros 105 , 114 , 129 ,
131 , 145 du Journal de Paris 1780 ; mais les épo
ques alléguées dans ces Numéros ne fe rapportent pas
exactement à celles de l'Extrait-mortuaire qu'on va
your.
DE FRANCE. 117
paroît que cette Hiftoire de Marion n'eft
qu'un Roman , bâti fur cet extrait- mortuaire
fingulier , levé à Saint- Paul,
L'an 1740 , les Janvier , eft décédée au
» Paon blanc , rue de la Mortellerie , Marie-
» Anne Oudette Grappin , âgée de cent
trente- quatre ans & dix mois , comme il
» nous a apparu par l'extrait - baptiftaire,
» délivré le 18 Septembre 1707 , ligné &
" extrait par M. Thomas , Cure de Balheram ,
» proche Gez , en Franche - Comté, laquelle
» eft née le s Mars 1606 ; veuve en qua"
" trièmes noces de François le Brun , Pro
❤cureur- Fifcal de M. de Rhumant, quai des
Théatins ; a été inhumée le 6 dans le
> cimetière de S. Paul , fa Paroiffe, Signé,
" Moncheray , Prêtre. Collationné à l'ori
ginal , & délivré par nous , Prêtre , Bache
lier en Théologie , Vicaire de la fufdite
Paroiffe de S. Paul. A Paris , le 20 Avril
1730. Signé , Poitevin. En marge eft la
» copie de l'extrait-baptiftaire, "
»
On veut que cette Marie - Anne Oudette
Grappin ait été la fameufe Marion de Lorme ,
dont on prétend que ce premier nom étoit
le véritable , & qui mourut , dit-on , dans la
misère à cent trente - quatre ans. On remplit
fes quatre mariages & les autres événemens
de fa vie, ou par les mémoires du temps ou
par des fictions à peu - près comme on remplit
des bouts- rimés , ou , fi l'on veut des
Comparaifons plus nobles , comme M. le
Président de Broffe a rempli les lacunes do
Sallufte, ou le P. Brothier celles de Tacite,
118 MERCURE
LA CHUTE DE RUFIN , Miniftre
de Théodofe , & de fes Fils Arcadius &
Honorius , Poëme en deux Chants , traduit
de Claudien. A Bouillon , & fe trouve à
Paris , chez les Marchands de Nouveautés.
J. Ce fut dans la décadence la plus honteufe
des Lettres & de l'Empire , que parut
Claudien , génie heureux , qui brille de
beautés d'autant plus remarquables , que
pour les produire , il lui a fallu s'élever audeffus
de la foibleffe & de la turpitude de
fon fiècle . Pour parler de lui dans fon ſtyle ,
on peut le comparer à un foleil d'hiver ,
qui fe lève dans l'obfcurité des brouillards ,
& qui diffipe de temps en temps les nuages
qui l'environnent. Ses vers , toujours nobles ,
toujours élégans , toujours pleins d'une har
monie majestueufe , charmeroient toujours
fi cette majesté de fons n'étoit pas trop uniforme.
Sa manière rappelle un peu trop ce
vrrs connu ' ,
L'ennui paquit un jour de l'uniformité.
7
Cette monotonie laffe d'autant plus à la
Tongue , qu'il ignore abfolument l'art d'allier'
Le grand avec le tempéré ; & que cherchant
toujours à s'étendre , à s'élever , à s'enfler ,
fatigue fon Lecteur , & fe fatigue luimême,
Tous ces défauts n'empêchent pas
qu'il n'ait de véritables beautés , comine je
le difois tout-à - l'heure , des beautés caractérilées
par un certain , ton de force & de
grandeur dans les idées , foutenu par la no
DE FRANCE. 119
bleffe & l'harmonie des expreffions . Tel eft
l'exorde de fon invective contre Kufin.
Sape mihi dubiam traxit fententia mentem
Curarent Superi terras , an nullus ineffet
Rector , & incerto fluerent mortalia cafu ;
Nam cum difpofiti quafiffem fadera mundi ,
Prafcriptosque maris fines , annique meatus ,
Et lucis noctifque vices : tunc omnia rebar
Confilio firmata Dei , qui lege moveri
Sidera , qui fruges diverfo tempore nafci ,
Qui variam Phabem alieno jufferit igne
Compleri , folemque fuo : porrexerit undis
Littora : tellurem medio libraverit axe.
Sed cum res hominum tantâ caligine volvi
Adfpicerem , latofque diù florere nocentes
Vexarique pios ; rursùs labefacta cadebat
Relligio ; caufaque viam non fponte fequebar
Alterius ; vacuo qua currere fidera mota
Affirmat , magnumque novas per inanefiguras
Fortuna , non arte regi : qua numina fenfu
Ambiguo vel nulla putat , vel nefcia noftri.
Abftulit hunc tandem Rufini pana tumultum ,
Abfolvitque Deos ; jam non ad cu'mina rérum
Injuftos creviffe queror. Tolluntur in altum
Ut lapfu graviore ruant .
Le Traducteur paroît avoir été un pen
foutenu par la grandeur de ce début , qui
réunit la fatyre la plus forte à la morale la
plus profonde.
420 MERCURE
Souvent, je l'avouerai , mon eſprit téméraire
A douté fi les Dieux prenoient foin de la terre ,
Ou fi , foible jouet d'un pouvoir incertain ,
L'homme n'avoit pour Dieux qu'un aveugle deftin.
Quand j'admirois l'accord qui règne entre les mondes,
La barrière impofée à la fureur des ondes ,
La marche des faifons , & la nuit & le jour ,
Dont le foleil prefcrit l'abfence & le retour,
Tout m'annonçoit alors un Dieu dont le génie
Créa de l'Univers la conftante harmonie ,
Fertilifa la terre , & plaça fous le ciel
Tous ces mondes roulans dans un ordre éternel;
Un Dicu , qui du foleil allumant la matière,
Ordonna que Phébé, nous rendît ſa lumière ,
Eleva de fa main le rivage des mers ,
Et fufpendit ce globe au vafte fein des airs .
MATS quand je comparois au bonheur de l'impic .
Tous les maux qui du fage empoiſonnent la vie ,
#
Ma raifon le troubloit à cet affreux tableau ;
De la religion j'éteignois le flambeau ;
J'embrasfois à regret ce défolant ſyſtême ,
Que tout naîtfans la loi d'un Monarque fuprême,
Que dans l'immenfité , diftribués fans art ,
Ces globes enflammés ne marchent qu'au hafard
L'exiſtence des Dieux me fembloit incertaine.
Il n'en eft point , difois-je , ou fur la race humaine
» Jamais ces Dieux oififs n'ont abaiſſé les yeux.
Rufin tombe , fa mort abfout enfin les Dieux.
Que
DE FRANCE. 121
Que l'impie un moment triomphe dans le monde ,
Qu'il s'élève , fa chûte en fera plus profonde.
Quoique ces vers du Traducteur furpaffent
tellement tout le refte de fa verfion ,
qu'ils ne femblent pas de la même main , ils
font néanmoins trop foibles pour mériter
que nous entrions dans beaucoup de détails
critiques ; nous nous contenterons d'obferver
qu'ils ne font ni affez énergiques ni
affez fidèles ; & que les plus beaux traits
de l'original font tellement défigures , qu'on
les cherche en vain dans le françois. Par
exemple :
"
Qui variam Phoebem alieno jufferit igne
Compleri , Solemque fuo.
C'est- à- dire , en profe littérale , « un Dieu
" qui ordonna à inégale Phoebé de briller
d'une lumière empruntée , & au Soleil
» de la fienne propre. » Cette idée eft jufte .
& précife ; mais on ne fait pas ce que le
Traducteur a voulu dire
Un Dieu , qui du Soleil allumant la matière ,
Ordonna que Phoebé nous rendit fa lumière.
Et ce vers d'une harmonie fi heureuſe & fi
frappante :
Tolluntur in altum
Ut lapfu graviore ruant.
Eft il rendu par cette ligne de profe ?
Qu'il s'élève , fa chûte en fera plus profonde.
Il vaut mieux revenir à Claudien , qu'il
eft à propos d'apprécier dans cet Article ,
N° . 42 , 20 Octobre 1781 .
F
122 MERCURE .
plutôt que fon Traducteur , foible & profaïque
. On doit remarquer qu'il ne foutient
pas long temps ee ton de philofophie élevée
qu'il avoit pris dans fon exorde . Après ce
début, impofant & fublime, il a recours à une
allégorie commune & exagérée . Le Lecteur eft
tenté de demander à peu près comme celui
à qui on avoit montre une maiſon mefquine
dont le portail étoit grand & magnifique : Où
eft la maison de cetteporte ? Claudien fuppofe
qu'Alecton , ennuyée de laiffer le monde paifible
, affemble les futies , & leur propoſe ou
de couvrir la terre de la nuit de l'Erèbe ,
ou d'infecter les airs de la pefte , ou de foulever
les flots de l'Océan , ou de confondre
l'Olympe & les Enfers. Mégère , la plus
cruelle de toutes fes compagnes , trouve ces
défaltres trop légers , & propoſe un fléau
plus terrible encore , c'eſt Rufin. On fent
combien cette hyperbole eft outrée & gigantefque
, & que l'Auteur manque fon effet
pour paffer la mefure. Ce n'eft pas qu'il ne
rencontre fouvent de beaux traits , tels que
celui- ci du Difcours d'Alecton :
Quas Coelo Jupiter arcet ,
Theodofius terris.
Contre nos vains efforts , pour défendre ſa cauſe ,
Le Ciel a Jupiter , le Monde a Théodoſe.
Cette penſée , grande & préciſe , eſt méconnoiffable
dans le Traducteur.
Théodofe & le Roi des Puiffances célestes ,
De la Terre & des Cieux nous ont fermé l'accès.
DE FRANCE.
123
Souvent auf Claudien offre des vers
dignes de Virgile pour l'harmonie & la
beauté des images ; par exemple , quand
il compare le murmure confus de l'affemblée
des furies, à l'agitation de la mer après
un orage.
Ceu murmurat alti
12
Impacata quies pelagi , cum flamine fracto
Durat adhuc , favitque tumor , ' dubiumque per aftum
Laffa recedentis fluitant veftigia venti.
Cette defcription eft fi poétiquement ex- :
primée , qu'elle est belle encore dans le
Traducteur , quoiqu'il n'ait pas rendu les
expreffions de génie , telles que impacata .
quies , laffa recedentis venti veſtigia , &c.
Un bruit confus s'entend : tel après un orage ,
Quand de fes flots mourans la mer bat le rivage ,
Roule encor fur l'abîme un fourd mugiffement.
L'Auteur de la Henriade femble avoir eu
en vue cette comparaifon de Claudien dans
celle que l'on va lire , qui n'eft pas moins,
bien exprimée.
Il élève fa voix ; on murmure , on s'empreffe ,
On l'entoure , on l'écoute , & le tumulte ceffe ;
Ainfi dans un vaiſſeau qu'ont agité les flots ,
Quand l'air n'eft plus frappé des cris des matelots ,
On n'entend que le bruit de la proue
écumante ,
Qui fend d'un cours heureux la vague obéiffante.
Tel paroiffoit Potier dictant les juftes loix,
Et la confufion fe taifoit à la voix.
Fij
£ 24
MERCURE
OPUSCULES Chimiques & Phyfiques de
M. T. Bergman , Chevalier de l'Ordre
de Vafa , Profeffeur de Chimie à Upfal ,
&c. recueillis , revus & augmentés par
lui - même , traduits par M. de Morveau
avec des Notes , Tome premier , in 8 ° .
1780. A Dijon , chez L. N. Frantin , Imprimeur
du Roi,
•9
Il n'y a pas d'exemple qu'aucune Science
ait jamais fait des progrès auffi confidérables
& aufli rapides que ceux que nous
avons vu faire à la Chimie depuis trente
ou quarante ans ; ils font fi étonnans, qu'un
excellent Chimifte qui , depuis ce temps ,
n'auroit eu aucune connoiffance des découvertes
modernes , pourroit à peine reconnoître
cette Science , & n'entendroit prefque
plus rien à fa tournure , ni au langage
nouveau qu'elle a été obligée de fe former
pour expofer une multitude de faits nouveaux
d'idées nouvelles.
Cette belle Science , qui tient à toute la
Nature & à tous les Arts , mais qui avoit
été prise à contre- fens jufqu'au temps du
renouvellement des Sciences , ne demandoit
en effet qu'à être cultivée par des Phyficiens
judicieux , pour paffer prefque ſubitement
de l'état de l'enfance à celui d'un
coloffe. L'illuftre Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons , eft fans contredit un
de ceux de nos Contemporains auxquels
DE FRANCE. -125
nous avons l'obligation d'une fi heureufe
révolution. Homme de génie , travail leur
infatigable , ce Savant n'a point cherché à
prefenter un de ces corps complets de la
Science , un de ces fyftêmes liés qui fatisfont
par leur enfemble , & qui peuvent avoir
leur utilité , mais qui , il faut en convenir ,
paroiffent encore prématurés . Si l'on excepte
le Traité & la Table des Attractions électives,
les travaux de M. Bergman ne fe font dirigés
jufqu'à prefent que fur des objets particuliers
, mais ils font fi nombreux , qu'il n'y
a prefque plus de parties de la Chimie qu'il
n'ait enrichies de quelque découverte brillante.
Ces Differtations ifolées, qui avoient paru
en différens temps , fous différentes formes
& en différentes langues , méritoient d'être
recueillies , réimprimées; & réunies en un
même corps d'ouvrage ; c'eft à quoi s'occupe
préfentement leur illuftre Auteur.
Nous en avons déjà les deux premiers Volumes
, & fans doute que les autres fatisferont
bientôt l'empreffement des Chimiftes.
,
L'Édition d'Upfal eft en latin ; & comine
elle ne fuffiroit probablement pas à nos
befoins , un ami , un digne émule de M.
Bergman , M. de Morveau , dont le nom
les travaux , les découvertes en Chimie & le
zèle pour l'avancement de cette Science
font fi connus , a cru avec raiſon ne pouvoir
y contribuer d'une manière plus efficace
qu'en nous donnant une Édition Frank-
Fiij
126 MERCURE
çoife de cet excellent Ouvrage , en y joignant
des Notes bien propres à figurer avec
le texte.
Nous n'avons encore que le premier Volume
; il commence par un très- bon Difcours
fur la recherche de la Vérité , &
renferme onze Differtations fur l'acide
aërien , fur l'analyse des eaux en général
fur celles d'Upfal, fur la fontaine acidule
de la Paroiffe de Danemarck , fur l'eau
de la mer , fur les eaux médicinales froides
artificielles , fur les eaux médicinales chaudes
, fur l'acide du fucre , fur la préparation
de l'alun , fur le tartre antimonié ou émétique,
& enfin fur la magnéfie dufel d'epfom.
Nous n'entreprendrons point de donner
ici une idée des découvertes que renferment
ces Differtations ; il faudroit entrer
dans des détails très - longs pour en faire
fentir le mérite même aux perfonnes les
plus verfées dans la Chimie ; il nous fuffit
de dire en général qu'il n'y a aucun
de ces Mémoires où l'on ne trouve des
expériences neuves , dirigées avec fagacité
vers un but important ; des Analyſes où
l'Auteur a porté une exactitude & une précifion
prefque mathématiques & inconnues
jufqu'à ces derniers temps dans la phyſique ;
ungrand nombre de combinaiſons faites avec
intelligence, & pour compléter la démonſtration
de vérités indiquées par des Analyſes antérieures
, ou pour nous faire connoître des
êtres nouveaux ; & enfin de ces vues d'un
DE FRANCE.
127
homme de génie , qui deviennent fouvent le
germe des plus importantes découvertes.
Ceux qui voudront avoir une idée fommaire
, mais très - exacte , de celles dont la
Chimie eft jufqu'à préſent redevable à M.
Bergman , la trouveront dans l'Avertiffement
que fon favant Traducteur a mis à la tête
de ce premier Volume de l'Édition françoiſe
de ſes Opufcules.
SPECTACLES.
Second Dialogue entre un Spectateur & un
Critique.
Le S. JE vous retrouve , Monfieur , & je
vous arrête. Je prends à vous un intérêt qui
m'engage à vous communiquer de nouvelles
réflexions. Le C. L'intérêt que j'aurai
le bonheur d'infpirer aux gens honnêtes , fera
toujours , M., la plus précieufe récompenfe
de mes travaux . Je vous écouterai avec
attention , & je vous répondrai avec franchife.
Le S. Depuis notre dernière converſation
, j'ai continué de vous lire trèsexactement
, & j'ai trouvé dans vos Articles
des chofes qui peuvent vous être très - nuifibles.
Le C. Que dites vous-là ? Le S. La
vérité . Je vois votre peine , mais vous favez
nos conventions. Le C. De grâce , expliquezvous
promptement , vous m'inquiétez beau-
Fiv
128 MERCURE
coup. Le S. Laiffez- moi donc parler. D'où
vient , s'il vous plaît , que dans certaines
circonftances vous vous armez de la fevérité
la plus rigoureufe , & que dans d'autres
vous êtes d'une indulgence extrême ? Une
telle conduite implique contradiction , &
n'annonce pas une manière aufli impartiale
que celle dont vous vous targuez. Le C.
Quoi ! voilà le fujet.... Le S. Un moment.
Quand j'aurai tout dit , vous répondrez à
tout. On eft furpris de voir tour à tour la
même perfonne expofée à vos critiques &
à vos eloges . On fe plaint de ce que tantôt
vous élevez la voix pour lui faire des reproches
, tantôt pour là careffer. On va même
la
jufqu à fe plaindre de votre filence ; on lui
fuppofe des motifs , & d'après cette fuppofition
on ne balance point à vous blâmer.
Le C. Eft- ce tout ? Le S. Non . On ajoute
que vous avez pris dans la Littérature un
ton qui annonce un orgueil condamnable ,
& que cet orgueil eft prouvé par l'affectation
avec laquelle vous évitez de flatter aucun
pari . Trop foible pour n'avoir pas befoin
de fecours , vous êtes , dit on , trop vain
pour chercher un appui . Auffi devez- vous
vous attendre à voir diftribuer à d'autres ,
& fous vos yeux , les récompenfes
auxquelles
vous croirez devoir prétendre
, auffi
bien qu'à ne parvenir jamais aux honneurs
Littéraires
. Le C. En vérité , vous m'avez
caufé d'abord un effroi dont je ris à préfent.
Voilà donc les grandes raiſons qui doivent
DE FRANCE. 129
cours ,
me faire trembler ! & c'eſt vous , Monfieur ,
vous qui prêtez l'oreille à de pareils dif-
& qui vous chargez de me les rendre.
Le S. Écoutez . Tout me paroît de confequence
dans un Écrivain Polémique , & fur-tout
dans un Journaliſte. C'eſt une miffion fi delicate
, qu'on ne fauroit trop mettre fa conduite
à découvert. Répondez à toutes ces
inculpations ; fi vous me perfuadez , vous
devez croire que je faurai vous défendre .
Le C. Eh bien , Monfieur , voici mes réponfes.
1. Le ton d'un Obfervateur ne doit pas
être toujours le même. Malheur à celui qui
ne fait pas diftinguer les objets qui exigent
ou la févérité ou l'indulgence , il ne fera jamais
utile. L'Ouvrage qui , par l'audace ou
par le nom de fon Auteur , peut nuire au
goût & à la morale , le Comédien qui ,
après des études fuffifantes pour lui avoir
donné des lumières , dénature les rôles
qu'il repréfente , & traveftit les caractères
tracés par nos Maîtres , doivent certainement
être jugés avec févérité ; c'eft être
coupable que d'être foible dans ce cas.
Mais le Debutant qui entre en tremblant
dans une carrière , qui réclame les bontés de
fes Juges ; nais l'Ouvrage qui fort le premier
de la plume d'un Auteur doivent- ils être
jugés de même ? Je l'ai déjà dit ailleurs , c'eft
de l'indulgence qu'il faut dans une telle circonftance
, & n'en point avoir, eft le fait d'un
coeur malhonnête. Confultez là - deffus votre
raifon & votre délicateffe. 2 °. Il exifte dans
F v
130 MERCURE
l'Art Dramatique plus d'un fujet digne tourà
- tour d'eloges & de critiques. Celui ci , né
avec une difpofition reconnue & marquée
pour tel genre dans lequel il a tous les luffrages
, force le mien quand il s'y préſente ,
& je le lui donne publiquement .Tout- à coup
il quitte la place où fon talent brilloit , pour
en prendre une où il difparoit , je ne lui dois
que mes avis , & je les lui donne auffi. Il s'obftine
par amour- propre , je tiens ferine par
amour de l'Art ; de - là naît une fuite d'obfervations
critiques plus vigoureufes. N'eftce
pas là mon devoir ? Une telle conduite
implique-t'elle contradiction ? je vous en
fais juge. Ileft des circonftances où je metais ,
j'en conviens ; mais je ne me tais pas tou
jours par choix , la force y fait fouvent beaucoup.
J'obéis alors à la néceflité. Qui ofera
me juger fur mon filence faus en connoître
les motifs ? Ah ! Monfieur , vous avez bien
raifon de regarder la fonction d'un Critique
comme une fonction delicate ; mais vous en
penferiez bienautrement encore, fi vous faviez
quels refforts on emploie quelquefois pour
leur fermer la bouche , & de quelles chaînes
pefantes leurs mains font fouvent chargées.
Quant au reproche de partialité, il ne m'effraie
pas. C'eft la refource des médiocres & des fots.
Laillons à ces pauvres enfans le hochet qui
les amufe. La plume à la main , je n'ai d'amis
que le talent , d'ennemis que la médiocrité ,
de haine que pour le charlatanifme. Voilà ma
profeilion de foi. Je la renouvellerois -fous les
DE FRANCE. 131
yeux du Public auffi facilement que fous les
vôtres , parce que je fuis vrai . Sije me trompe,
c'eft malgre moi . 3 ° .J'ai peut-être mérité d'étre
taxe d'orgueil ; mais eft ce un orgueil ſi con -`
damnable que celui qui engage à mériter
les encouragemens des vrais Philofophes
& des honnêtes gens ? Je ne tiens à aucune
fecte ; je ne careffe aucun parti : non ;
mais je ne perfécute perfonne. Je ne
cherche point l'appui de ceux qui font
aujourd'hui les réputations & les fortunes ,
parce que le droit de dire la vérité pour &
contre tous, eft trop précieux pour que je
l'abandonne jamais. Je n'aime point les
bienfaits dont il faut être l'efclave ; & en
matière de goût , je me ferois gloire de
mon ingratitude. Vous me parlez des honneurs
littéraires , ai -je le droit d'y prétendre ?
C'eſt un extrême mérite qui devroit feul
conduire. Je connois mon infuffifance , &
j'aurai fur tant d'autres , qui ne valent peutêtre
pas mieux que moi , la pudeur au moins
de ne pas demander ce qui ne fauroit m'être
dû. D'ailleurs , la carrière que j'ai embraffée
n'eft pas le chemin qui conduit aux honneurs
dont vous me parlez ; je ne les dédaigne
pas , je n'ai pas ce fot orgueil , mais je m'en
dédommage en cherchant à me rendre digre
de l'eftime publique voilà mon honneur
à moi , il vaut bien tous les autres.
Le S. Vous m'avez convaincu , & j'en fuis
ravi ; mais je vous ai rapporté ces difcours
publics , & je voudrois que notre converfa-
€
y
F vj
132
MERCURE
tion prît de la publicité. Le C. Eh bien ,
Monfieur , elle en aura , & ce fera mon dernier
mot fur ce qui me regarde particulièrement.
Quand je réponds à des reproches qu'on répand
avec un foin auffi perfide qu'induſtrieux,
on ne manqueroit pas de réitérer ceux de
vanité, d'égoïfme , &c. & je dois éviter des
inculpations que je n'ai pas méritées . Oh !
que fi j'avois connu plus tôt tout ce qu'on
éprouve dans la miffion dont je fuis chargé
! .... Le S. Eh bien ! .... Le C. Eloignons
ces idées chagrinantes ; elles me dégoûteroient
d'un Art que j'aime. Adieu , Monfieur,
je vais me confoler en m'occupant à de
nouvelles études.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Quiproquo , Comédie en un Acte ,
que l'on vient de repréfenter à ce Spectacle
, eft un de ces Ouvrages qu'on ne peut
analyſer ou juger qu'après qu'ils font imprimés
; nous ne parlerons de celui- ci que quand
il le fera. On y trouve de l'efprit, une peinture
de nos moeurs qui n'eft pas très - morale , &
un ftyle fouvent affez incorrect pour annoncer
un Ecrivain qui n'eft pas fort exercé.
Ce petit Drame a plû à un certain nombre
d'efprits , & déplû à un plus grand nombre.
DE FRANCE. 133
VARIÉTÉ S.
MOYEN d'augmenter le Bonheur d'une partie
de la Nation , fans nuire à perfonne.
> LE Bonheur , comme l'on fait , eft , de tous les
objets de la vie humaine , le plus fimple & le plus
compliqué : c'eft en général un état de jouiffances
agréables qui nous fait aimer la vie & chérir notre
exiftence. Dans l'état fauvage, la Nature en fait prefque
tous les frais. Dans la vie fociale , le Bonheur
fe vend , s'achette , fe donne , fe tranfmet. On le
poſsède aujourd'hui , demain on en eft dépouillé. It
n'y a , dit - on , qu'un petit nombre d'individus
qu'on appelle fages ou philofophes , qui ont le fecret
de le trouver en eux-mêmes fans le faire dépendre
des autres . En attendant que cette recette devienne
générale , indiquons un moyen qui , en augmentant
nos jouiffances , pourra fervir à étendre celles de la
plupart de nos Concitoyens. Ce moyen nous paroît
fort fimple: c'eft de changer l'heure des Spectacles ,
& de les mettre tous , fans exception , à huit heures
da foir pendant neuf mois de l'année , & à neuf
heures depuis le 1 Juin jufqu'au 1 Septembre . Le
premier effet de ce changement feroit d'en produire
un dans nos moeurs , relativement à l'heure du dîner ,
qui nous paroît fort incommode dans l'état actuel
des chofes,
Autrefois le dîner , qui eſt aujourd'hui le repas le
plus confidérable des François , éroit très - léger ; il
n'y avoit point alors d'inconvénient à travailler
après diner ; ce repas avoit lieu vers les 10 heures
du matin. C'étoit véritablement le déjeûner d'aujourd'hui.
Plus d'un fiècle après , on a dîné à onze
134 MERCURE
heures. C'est encore actuellement l'heure des Collèges
, des Couvens , des Artiſans & de la très-petite
Bourgeoifie , fur-tout dans les Provinces. Au feizième
fiècle & au commencement du dix -feptième , les
bons Bourgeois de Paris, & la bonne Société, dînoient
encore à midi. C'étoit l'heure de Louis XIV ; les
Courtisans , qui alloient lui faire la cour à cette
heure , étoient obligés de dîner plus tard * . Dans les
Provinces , à Lyon , Bordeaux , Lille , &c. la bonne
Compagnie dîne encore à une heure , & le petit
Bourgeois à midi. Il n'y a pas trente ans que les
Gens de la Cour étoient les feuls qui dînaffent à deux
heures ; aujourd'hui tout le monde veut les imiter ; le
très-grand monde dîne même à trois heures. Le fouper
a fuivi les mêmes progreffions ; on a foupé à 5 , 6 ,
7 , 8 & 9 heures ; dans les grandes Maiſons , & dans
la bonne Bourgeoifie on foupe même à dix heures ;
car les Bourgeois riches veulent en tout imiter les
Grands , & ce n'eft pas un mal quand les fortunes
le
permettent ; c'eft tendre à faire difparoître fans
effort la trop grande inégalité des conditions .
Les Spectacles étant établis aux heures que nous
venons d'indiquer , il s'enfuivroit donc naturellement
un changement dans l'heure du diner , qu'on
établiroit à cinq beures ( car les heures du dîner
ont toujours été en rapport avec celles des Spectacles
** ) . Voyons comment il réfulteroit de ce
* Voyez , fur ces changemens d'heures de dîner & de
fouper , un excellent Recueil intitulé : Mêlanges tirés d'une
grande Bibliothèque .
** Les Historiens du Théâtre ne parlent point de
l'heure exacte de la repréſentation des Spectacles ; mais
voici ce que l'on peut affurer à cet égard .
Les Confrères de la Paffion eureut un fi grand fuccès ,
qu'on fut obligé , dans plufieurs Eglifes , d'avancer le temps
DE
135
FRANCE.
changement plus de plaifirs & d'avantages pour une
partie de la Nation.
1º . Toutes les affaires fe feroient fans interruption
depuis huit heures du matin jufqu'à cinq heures
du foir. On ne prendroit qu'une demie- heure dans la
journée pour un déjeûner un peu plus folide , * vers
les dix à onze heures. }
des Vêpres , afin que le Peuple pat affifter à ces amuſemens.
Le Curé de S. Euſtache fit ordonner aux Confrères de
la Paffion de ne commencer leurs Spectacles qu'après
Vêpres , ce qui attira de leur part des repréſentations , &
ils fe foumirent à n'ouvrir leurs Jeux qu'à trois heures
fonnées.
Il y a un Arrêt qui ordonne aux Comédiens d'ouvrir
leur Spectacle de bonne heure , en forte qu'on puiſſe
fortir avant la chute du jour , à caufe de la mauvaiſe
faifon & du danger de fe retirer dans Paris la nuit. Il
n'y avoit point alors de Guet , & la Capitale n'étoit ni
pavée ni éclairée . Avant Louis XIV , il y avoit peu de
Spectacles , & on les donnoit à deux & trois heures ; mais
depuis Molière , les Spectacles , quant aux heures , ont été
à peu-près permanens . Ils ont commencé à cinq heures ,
puis à cinq heures & demie, & aujourd'hui ils ne commencent
guères qu'à fix heures.
* On lit dans le Livre que nous venons de citer , une
Anecdote fur les Petits Pâtés , qui peut trouver ici fa
place .
Sous le Ministère du Chancelier de l'Hôpital , les petits
pâtés fe crioient dans toutes les rues de Paris ; il s'en
faifoit une énorme confommation . Le févère Chancelier
de l'Hôpital les regarda avec raifon dans ce temps , comine
un luxe néceffaire à réprimer. Les petits pâtés ne furent
pas défendus , mais par une Ordonnance , on défendit
de les crier. Comme le luxe eſt conſidérablement aug136
MERCURE
les
2. Les femmes gagneroient beaucoup à cet arran
gement. En général elles déteftent le dîner , que
hommes préfèrent. Elles auroient plus de temps pour
régler l'intérieur de leurs Maifons , pour veiller à
l'éducation de leurs enfans , &c. Dans l'état actuel ,
il faut convenir qu'avec le befoin que les femmes
ont de dormir plus que les hommes , quoiqu'elles
travaillent beaucoup moins , il ne leur
refte pas affez de temps pour leurs occupations intérieures
; car le luxe étant très-augmenté , on exige
d'elles aujourd'hui plus de parure , plus de recherche
& d'attention fur elles-mêmes. La toilette , qui pour
elles eft un objet de fi grande importance , & que
nous devons fi facilement leur pardonner , puifqu'elle
n'a pour objet que de nous plaire , les occupe
beaucoup plus qu'autrefois , & comme l'heure du
dîner termine la journée d'une femme pour fa famille
, puifqu'elle fe doit alors toute entière à la
Société , il faut convenir qu'il y auroit de l'avantage
à la retarder.
3. Elles y gagneroient de toutes manières ; car
la plupart des hommes qui fe font une habitude
d'aller manger chez les autres , prétextent aujourd'hui
leurs affaires pour s'en aller immédiatement
après le diner , ces parafites feroient obligés
de refter à jouer , ou à caufer, ils ' accompagneroient
les Dames aux Spectacles ou aux promenades , puifque
toutes les affaires feroient finies à cinq heures ;
menté , il feroit très- convenable , dans l'arrangement que
nous propofons , qu'on laifsât crier les petits pâtés dans
les rues pour le déjeûner des bons Bourgeois de Paris , de
dix à onze heures . A Londres , où l'on ne dîne qu'à cinq
heures , les Commerçans ,, avant ou à la fortie de la
Bourfe , déjeûnent avec des petits pâtés tout chauds , foit
de viande, foir de fruits.
DE FRANCE. 137
& une Maîtreffe de maiſon n'auroit plus le défagrément
, après avoir reçu dix Maîtres chez elle , de
fe voir prefque abandonnée , & de n'avoir pas fouvent
affez d'hommes pour faire fà partie.
4°. Cet arrangement conferveroit même plus de
moeurs dans l'intérieur d'un grand nombre de
ménages . Chez des gens d'un certain étát , qui
ont des occupations , les maris dînent & les femmes
foupent ; beaucoup d'hommes n'affiftent pas aux
foupers de leurs femmes * . Cette fingulière diftribution
des repas donne lieu à bien des défordres . Si
le diner étoit à cinq heures , il feroit commun à
toute la famille . Cette heure feroit véritablement
celle du plaifir ; le travail feroit fini , & on ne penferoit
plus qu'à jouir & à faire jouir les autres.
5 °. Des claffes entières de Citoyens trouveroient
leurs avantages dans cet arrangement. Toute la
Magiftrature , la Finance , le Commerce ue tarderoient
pas à s'y affujétir . On fermeroit tous les
Magafins à cinq heures , comme cela ſe pratique à
Londres , où l'on dîne & l'on ne foupe pas. Les
Commis de toutes espèces , les Employés des Ferrnes ,
de la Finance , les Clercs , Sous - Clercs de Notaire ,
de Procureur , &c. condamnés à travailler toute la .
journée , comme des forçats , auroient quelques
momens de relâche , & pourroient en profiter pour
perfectionner leur éducation , ou pour aller aux
Spectacles. Il n'y a perfonne qui ne confentit , même
avec plaifir , à travailler quelques heures de plus
dans la matinée , pour avoir une entière liberté à
cinq heures du foir.
** Tout ce qu'il y a de plus conſidérable dans la Magiftrature
dîne & ne foupe pas ; les femmes font tout le
contraire. Si le changement dont nous parlons avoit lieu ,
l'ouverture du Palais ne feroit plus à cinq heures du
matin.
·138
MERCURE
6º . Le dîner à deux heures coupe défagréablement
tout le travail de la journée ; il empêche qu'on
ne fe livre de fuite à fa befogne & qu'on ne la
reprenne, s'il a été un peu confidérable, ce qui n'arrive
que trop fouvent. C'eſt la correfpondance irrégulière
& vicieufe des heures de la journée , ſoit par rapport
au dîner ou au fouper , foit relativement aux Spectacles
& aux affaires , qui eft la caufe de cet empreffement
qu'ont tant de perfonnes aujourd'hui pour
quitter leur état. Les Notaires , les l'rocureurs , les
Commerçans , &c. font particulièrement dans ce cas;
leur travail les ennuie , parce qu'ils n'ont aucun moment
de repos , aucun inftant de relâche ; ils fe hâtent de
faire leur fortune , & fouvent la manquent pour
vouloir trop fe preffer. Si leurs travaux finiſfoient à
cinq heures , & qu'ils euffent cinq à fix heures abfolument
libres pour le plaifir ou le repos ( car c'eft
une manière de jouiffance après le travail ) , leur état
-leur feroit plus fupportable , & ils s'emprefferoient
moins de le quitter.
7°. Ce changement conviendroit aux Gens de
Lettres ; ils font aujourd'hui beaucoup plus répandus
qu'autrefois , ils ont pris l'habitude dangereufe
des foupers. On fe plaint que le talent diminue , &
en faut-il chercher d'autre caufe ? Croit -on que le
talent fe forme en dormant ou en jouiffant ? Le
dîner à cinq heures & les Spectacles à huit heures
feroient fürement agréables à toutes les Académies .
L'heure de leurs Séances n'eft plus en rapport avec
celles du dîner & des Spectacles ; toutes commencent
à trois heures & demie pour finir à cinq. Cetre
heure convenable autrefois, parce qu'on dînoit à midi ,
& que les Spectacles étoient à cinq heures , eft fort incommode
aujourd'hui , & c'eſt par l'impoffibilité de
concilier le dîner à deux heures avec la Séance de
l'Académie à trois , que plufieurs Gens de Lettres out
DE FRANCE. 139
préféré le fouper au dîner ; &. comme ceux des Académies
donnent le ton à toute la Littérature , ils
n'ont eu que trop d'imitateurs .
6
8°. Les avantages en feroient fur-tout fenfibles
dans les chaleurs de l'été , foit à la ville , foit à la
campagne : n'eft-il pas abfurde que dans te faifon
ce foit aux heures les plus brûlantes de la journée
que le dîner ait lieu ! C'eſt dans le moment où
il faudroit que toute la machine fe reposât , où les
animaux , bien plus fages que nous dans cette circonftance
, dorment & digèrent , que nous agiffons
& que nous faifons notre repas le plus confidérable ;
nous fatiguons notre eftomach dans l'inftant où il
feroit convenable qu'il fe reposât . En été la
grande chaleur empêche auffi bien des perfonnes
d'aller aux Spectacles ; s'ils avoient lien à neuf
heures dans cette faifon , elle ne feroit plus un
obftacle.
*
9. Nous avons dit qu'il falloit que les Spectacles
fuffent à huit heures pendant trois faifons de
l'année , & à neuf heures dans l'autre faifon : en
effet il n'en réfulteroit pas un affez grand avantage
à ne les retarder que d'une heure. Pendant
l'automne , l'hiver & le printemps , on ne peut fe
promener que de midi à trois heures en été au
contraire l'heure de la promenade eft de fept à
neuf, quand la grande chaleur eft paffée ; c'eft pourquoi
dans cette faifon il faut mettre les Spectacles à
neuf heures. Par cet arrangement on ne perdroit
rien de la promenade des Tuileries & de celle du
Palais Royal. Cette dernière feroit bien plus belle ,
plus décente de ſept à neuf que de! cette dernière
heure à celle de minuit , comme cela avoit lieu précédemment.
10. On a agité la queftion d'une feconde Salle
de Comédie Françoife. Bien des gens pensent qu'elle
149 MERCURE
ne ferviroit qu'à affoiblir la première , & que nous
n'aurions que deux mauvais Spectacles au lieu d'un
bon, parce que la concurrence feule ne fuffit pas pour
former un grand Comédien ; mais fi ce projet pouvoit
avoir lieu , les perſonnes qui en ont donné l'idée n'ont
pas fait tention que le changement d'heure dans les
Spectacles feroit ce qui le favoriferoit le plus . Donnez
des Spectacles à une heure commode & quand
tous les Citoyens auront fini leurs travaux , faites
affeoir le Parterre * , & les Salles feront toujours
remplies. De grandes recettes permettront aux Co-
´médiers de faire toutes les dépenfes qui pourront
rendre les Spectacles plus intéreffans. Le feul moyen
des fuccès continus en ce genre , c'eft que les receptes
foient bonnes .
11. C'est encore une queftion agitée par les
Moraliftes modernes , fi les petits Spectacles qui
font beaucoup moins décens que les grands & plus
multipliés , ne font pas plus nuifibles qu'utiles . Quant
à la corruption des moeurs , la queftion nous paroît
réfolue , tant pour les uns que pour les autres ';
un des inconvéniens des petits Spectacles , c'eft
T'heure à laquelle on les donne , parce que cette
heure est encore celle du travail pour la partie
du Public, en faveur de laquelle ces Spectacles ont été
établis fi on les fixoit à huit heures , comme la journée
du débitant , de l'artifan eft finie , fi ces Spectacles
entraînoient encore des inconvéniens , ils feroient
infiniment moindres pour cette portion du Public.
12 ° . Ce changement de l'heure des Spectacles en
augmenteroit confidérablement les recettes ; dans l'ar-
* Voyez fur le Parterre debout & affis , un petit Ècrit
inféré dans le Mercure , 1780.
DE FRANCE. 141
rangement actuel , une grande partie du Public qui
aime les Spectacles ne peut point en jouir ; fi toures
les affaires ceffoient à cinq heures , files heures des
Spectacles & du dîner étoient arrangées comme nous
l'avons dit , toutes les perfonnes qui ne s'en privent
qu'à regret , parce qu'elles font obligées de continuer
leurs affaires après le dîner , les fréquenteroient avec
empreffement , car il n'y a point de plaifirs moins
chers & de délaffement plus convenable après le
travail , foit de l'efprit , foit du corps.
13 ° . Le Public gagneroit beaucoup à cet arrangement
, car toutes les heures ajoutées aux travaux
de la journée tournent au profit de la Société , & les
Spectacles étant établis à huit heures au lieu de cinq ,
il en résulteroit une fomme énorme de temps employé
à fon avantage. La bonne compagnie & les
gens riches auroient auffi quelques momens de plus à
donner à leurs plaifirs.
14.Les familles qui aujourd'hui dînent & ſoupent
y trouveroient l'économie d'un repas , parce que le
dîner étant établi à cinq heures , tiendroit lieu du
fouper ; & en effet , fi l'on vouloit y faire attention ,
on verroit qu'à mesure que le luxe s'accroît dans une
Nation , on ne devroit faire qu'un repas au lieu de
deux , parce que notre eftomac ne peut pas s'étendre
en proportion de nos goûts & du nombre de
mets dont nous couvrons nos tables . La nature ne
fe prête pas impunément à tous nos defirs. Le dîner
étant aujourd'hui plus confidérable qu'autrefois , il
feroit prudent de s'y borner . Les perfornes feules
qui travaillent beaucoup , ou qui fe levent de bonne
heure , feroient un déjeûner pius ou moins folide
vers dix à onze heures.
15. Confidérons un moment ce qui regarde la
ſanté , c'eſt ce qui cous intéreffe le plus . Ce n'eft
pas parce qu'on dîne à deux & à trois heures , que le
142 MERCURE
>
dîner eft dangereux c'est parce que beaucoup de
gens ont la très-mauvaiſe habitude de travailler
après le dîner , que cette heure du repas , le plus
confidérable des François, eft très- dangereufe . Il faut
convenir que les gens occupés , travaillent aujour-`
d'hui beaucoup plus qu'autrefois ; les idées font
plus étendues ; l'ambition la vanité , toutes les
paffions qui donnent de l'activité à l'esprit ont
plus de fermentation , les occupations du Palais font
peut-être aujourd'hui décuples de ce qu'elles étoient
ily a cent ans : la chicane s'eft étendue avec les
progrès du commerce , de l'induftrie & du luxe. C'eſt
un malheur , fans doute , mais c'eſt un malheur inévitable
. C'eft dans les fociétés qui ont atteint le plus
grand degré de civilisation , que la vertu & le vice
ont le plus de charmes & d'attraits : la bonne chère
n'a jamais été plus générale & plus délicate. On
mange par cette raifon beaucoup plus qu'autrefois ;
la tête travaille davantage & on fait moins d'exercice .
Il s'enfuit donc que le dîner à deux & trois heures eft
fort dangereux , & que s'il étoit établi à cinq heures ,
& que tous les travaux ceffaffent à cette même
heure , on en feroit beaucoup plus heureux , & on
s'en porteroit mieux . On fe plaint que la Nation
perd la gaieté , le luxe en eft en partie la caufe.
L'ardeur du gain qui marche à fa fuite rend triste ,
penfif. Une loi barbare aux Maldives mettoit au
nombre des crines d'Etat de paroître trifte Sans immiter
cette tyrannie , le changement indiqué rendroit
la gaieté à la partie de la Nation qui l'a perdue.
16°. La circonftance eft peus- être favorable pour .
ordonner un changement dans l'heure des Spectacles
, c'eft un événement remarquable , fans doute
puifqu'il n'a jamais eu lieu , de voir trois nouvelles
falles de grands Spectacles prêtes à s'ouvrir en même
temps dans la Capitale . Pour opérer cette révolution
dans nos moeurs , il ne faut ni Édit, ni Ordonnances,
DE FRANCE. 143
ni Arrêt du Confeil . Un fimple ordre aux Comédiens
de changer l'heure des Spectacles fuffit , & le len
demain deux mille familles dinerent à cinq heures
du foir. Ce moyen de Bonheur eft facile : il préfente
des avantages publics & particuliers , fans entraîner
aucun inconvénient , fous quelques points de vuc
qu'on l'envisage.
( Par M. Panckoucke. )
ANNONCES LITTÉRAIRES.
DICTIONNAIRE
ICTIONNAIRE de Jurifprudence & des Arrêts,
ou nouvelle Édition du Dictionnaire de Billon
connu fous le titre de Dictionnaire des Arrêts &
Jurifprudence univerfelle des Parlemens de France
& autres Tribunaux , augmentée des matières de
Police , d'Agriculture , de Commerce , de Manufac
tures , de Finance , de Marine , de Guerre , dans le
rapport qu'elles ont avec l'adminiſtration de la Juftice
; par M Proft de Royer , ancien Lieutenant-
Général de Police de Lyon , premier Volume in-4 ° .
A Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la Roche , Imprimeur
du Gouvernement & de la Ville . Il fe
trouve chez les principaux Libraires.
-L'Épicurien , Comédie en cinq Actes & en profe,
in - 8 ° . A Paris , chez la Veuve Duchefne & Efprit ,
au Palais Royal .
Le Fou raisonnable , ou l'Anglois , Comédie ,
repréſentée en 1781 au Théâtre des Variétés amufantes
, in-8 ° . A Paris , chez Baftien , Libraire , rue
dų petit Lion.
Henriette & Lucile , ou les deux Amies , par
M. D. in- 12. Prix , 12 fols . A Paris , chez Lamy ,
Libraire, quai des Auguftins.
144 MERCURE
Traité théorique & pratique de la Végétation ,
contenant plufieurs Expériences nouvelles & démonftratives
fur l'économie végétale & fur la culture ,
par M. Muftel , 2 Vol . in- 8 ° . Prix , 9 liv. brochés.
A Paris , chez Nyon , Libraire , rue du Jardinet ;
Didot , Imprimeur- Libraire , quai des Auguftins ;
la Veuve Lachapelle , Libraire , au Palais ; & à
Rouen , chez Boucher.
La France illuftre , ou le Plutarque François
numéros 8 & 9 , contenant les Vies du Maréchal
de Maillebois & de Henri II , Duc de Montmorenci.
A Paris , chez Deflauriers , Marchand de
Papier , rue S. Honoré.
TABLE.
VERS aux jeunes Perfonncs La Chûte de Rufin ,
118
qui ont joué à Nanci plu- Opufcules Chimiques & Phyfieurs
Comédies de Mde de fiques de M. T. Bergman ,
Genlis , 97
99
124
127
AM. de Lan lire , 98 Second Dialogue entre un
L'Amour Oifeau , Ode Ana- Spectateur & un Critique,
créontique,
Enigme & Logogryphe , 101 Comédie Françoife ,
La Servitude abolie , Difcours Moyen d'augmenter le Bon
103 heur d'une partie de la Na- en vers ,
Recueilde Pièces intéreſſantes , tion ,
109 Annonces Littéraires ,
132
133
143
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 20 Octobre . Je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'imorellion. A Paris ,
le 19 Octobre. 1781. DE SANCY .
MERCURE
DE FRANCE.
VERS fur la Naiffance du DAUPHIN,
Qu UE de voeux différens au Ciel faifoit la terré?
Un feul bonheur femble les combler tous.
On diroit , quand d'un Fils la Reine devient Mère ,
Que chaque Père , parmi nous ,
Retrouve un Fils privé de la lumière ;
La Veuve fidelle , un Époux ;
Et tous les Orphelins , un Père .
AM. CÉSAR FAUCHER , Officier de
Dragons qui s'applaudiffoit d'avoir
effayé le Cafque & l'Armure du Maréchal
de Lowendal.
LE Cafque du grand Lowendat
Sans doute , ami , fied fur ta tête ;
J'aime à te voir l'air de conquête
De cet illuftre Général .
Mais ce Héros dont tu portas les armes
Ne fervit Mars qu'après l'Amour.
Affez tôt il luira ce jour
J
Où ton nom aux Anglois doit caufer des alarmes 3
No. 45 , 27 Octobre 1781.°
€146
MERCURE
Céfar ! la Gloire aura fon tour.
Le printemps fuit , profite de fes charmes :
D'une Belle affiège le coeur ,
Fais répandre de douces larmes ;
De tes Rivaux heureux Vainqueur ,
Du plaifir étends le domaine :
Avant que d'être Hector , fois le Berger Pâris ;
Permets qu'on t'aime , enlève une autre Hélène ,
Et parmi nos Beautés donne & reçois un prix.
Des Boudoirs de Vénus vele aux Camps de Bellone;
Du myrthe & du laurier le mêlange est heureux ;
On t'en promet une double couronne ;
Mais pour être un Héros , il faut être amoureux.
Sur les remparts fumans de Bergen-op-foom en cendre
Aifément pour un Dien Lowendal eût paffé ;
Mais à d'autres exploits s'il n'eût pas fu prétendre ,
D'une eftime ftérile on l'eût récompenfé.
L'Amour , enfant de la paix , du filence ,
Quand ils font défarmés approche les Héros ;
Et la jeune Bergère ici comme à Bizance
A préféré toujours le mouchoir aux drapeaux.
Plus Philofophes qu'on ne penfe ,
Savantes dans l'art de jouir ,
Les femmes ont toujours préféré ( par prudence )
A des fiècles de gloire un moment de plaifir.
(Par M. Sylvain , M*** . ) ,
"
DE FRANCE 147
CHANSON
A M. le Comte DE S ***.
UN magnifique ameublement
N'embellit point ce doinicile ;
Mais des moeurs & de l'enjoûment
Notre Comte en a fait l'afyle.
SANS fafte & fans frivolité ,
`S✶✶✶ dans ces lieux champêtres
A confervé la loyauté ,
Non les portraits de fes ancêtres.
DANS La jeuneffe on vit pour lui
Soupirer toutes nos Lucrèces ;
Il a plus d'amis aujourd'hui
Qu'il n'avoit alors de maîtreffess
A TOUS fes defirs je le voi
Préférer fans ceffe les nôtres :
De nos jours chacun vit pour foi ;
Mais il ne vit que pour les autres.
POUR les malheureux qu'il connoît ,
Grand Dieu , quelle bonne aventure !
Si la fortune le traitoit
Comme l'a traité la Nature.
( Par M. l'Abbé Laferre. )
Gij
148
. MERCURE
LE PHILOSOPHE AMOUREUX.
Τουτ Tour ici-bas cède à l'Amour :
Nul être qui ne foit fenfible ;
Le mortel le plus inflexible
Lui deviendra foumis un jour.
Heureux ceux qui portent fes chaînes !
Lui feul peut remplir nos defirs ;
Et fi par fois il a fes peines ,
Plus fouvent il a fes plaifirs.
Au fein de la Philofophie ,
Joignant les vertus aux talens ,
Damon paffoit depuis long- temps
Les plus beaux inftans de fa vie.
L'homme feul occupoit ſes voeux :
Il s'épuifoit à le connoître ;.
Et par un deftin rigoureux ,
Parlant fans ceffe du bien- être ,
Ne fe voyoit jamais heureux.
Hélas , comment pouvoit- il l'être !
Son coeur étoit indifférent ;
L'Amour , ce tendre fentiment ,
Lui paraiffoit une chimère ,
Un vain & froid amuſement.…….
Que fon erreur étoit groſſière !
Le temps lui deffilla les yeux ;
Il eut le plaifir précieux
DE FRANCE. 149
De fentir , d'aimer & de plaire .
Sophie étoit dans l'âge heureux
Où l'on flatte, où l'on intéreffe ;
Mais c'étoit peu que la jeuneffe ,
Tout chez elle étoit accompli.
Elle uniffoit à fon jeune âge ,
Et ce que Minerve a de fage,
Et ce qu'Amour a de joli..
Damon la vit : foudain ſon ame
Éprouva cet ardent defir ,
Cette vive & flatteuſe flamme,
Autant agréable à fentir
Que difficile à définir .
Lors quittant la Philoſophie ,
Et tout le fatras du ſavoir ,
Il ne vit plus d'heureux espoir
Que dans un retour de Sophie.
Ainfi fut triompher l'Amour
De ce coeur trop long -temps févère.
Trop aimable enfant de Cythère ,
Tu pouvois bien prendre ton tour !
C'étoit l'inftant de la vengeance ;
Il falloit à l'objet aimé
Donner pour l'objet enflammé
Une cruelle indifférence.
Mais l'Amour est toujours trop bon :
Sophie éprouvoit pour Damon
Tout ce qu'il éprouvoit pour elle .
G iij
150
MERCURE
L'aven s'en fit avec plaifir ;
Et béniffant leur deftinée ,
Un beau jour le Dieu d'Hyménée
Cómbla leur amoureux defir.
La fombre & noire Jaloufie ,
Trifte cortège des Amours ,
N'interrompit jamais le cours
De cette union fi chérie.
Sans ceffe de leurs tendres feux
Ils fe donnoient des témoignages ,
Et fe difoient fouvent tous deux :
La raifon peut faire les fages ;
Mais l'Amour ſeul fait les heureux.
( Par M. Berton de Chambelle. }
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eſt l'Oreille'; celui
du Logogryphe eft Non.
DE FRANCE. 155
ANNA
ÉNIGM E.
NNA * me porte élégamment s
Le Militaire fièrement ;
Le Petit - Maître leftement ;
L'Homme de Robe gravement;
Le Quaker très -allidument ;
Monfieur l'Abbé négligemment ;
Le Financier infolemment ;
Le Bourgeois indifféremment ;
Le Villageois utilement.
( Par une Société de Vendangeufes , réunies
dans unjoli Château fur le bord de la Loire.)
LOGOGRYPHE.
PHILOSOPHE
HILOSOPHE éclairé , Géomètre profond ,
Au bonheur des humains je confacrai mes veilles.
Pour leur faire écouter la voix de la raiſon ,
D'un ſyſtême étonnant j'étalai les merveilles.
Je voulois dans leurs coeurs graver l'humanité ,
La fage tempérance & la frugalité,
Leur faire en tout mortel envifager un frère ,
Et bannir à jamais le démon de la guerre.
D'abord je réuffis ; un Souverain fameux
Goûta de mes leçons la fublime morale ,
* Non d'une des Vendangeuſes .
Giv
152 MERCURE
Et rendit de fes loix fes peuples amoureux .
Mais des hommes bientôt l'ignorance fatale
Me fit perdre le fruit de mes nobles travaux.`
Ils m'osèrent prêter la coupable penſée
De croire l'homme égal aux plus vils animaux ,
Et ma fecte bientôt paffa pour inſenſée.
En dire plus , Lecteur , ce feroit me nommer
Cherche ; & fi tu ne peux encor me deviner ,
Dérange les neuf pieds qui forment ma ſtructure :
Tu trouveras le nom d'un célèbre Vaiffeau ;
Un petit animal affez laid de figure ;
Un métal précieux ; un terrible fléau ;
2
Ce qu'a foin de cacher toute femme coquette ;
La ville qui des Grecs fut jadis la conquête ;
Une autre dans l'Écoffe ; un Dieu chez les Germains
Un peuple belliqueux , ennemi des Romains ;
Un Tribunal à Rome ; un ton de la muſique ;
Ce que le fage en tout évite avec raiſon ;
Le jule châtiment d'une action inique ;
Ce qui détruit fouvent les fruits de la moiffon ;
D'an célèbre nageur l'amante malheureuſe ;
Ce qui durant la nuit guide un Navigateur ;
Le point où fe termine enfin fa courfe heureufe ;
Un cri qui dans la foule aux Fantafſins fait peur.
Mais c'eft r'en dire affez , exerce ta mémoire ,
Si de trouver mon nom tu veux avoir la gloire.
( Par le Sieur Lardon , Garçon Rôtiſſeur. )
DE FRANCE. 153
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE DE FRANCE , depuis l'établif
fement de la Monarchie jufqu'au Règne.
de Louis XIV , par M. Garnier , Hilto
riographe du Roi , & de MONSIEUR ,
pour le Maine & l'Anjou , Infpecteur &
ancien Profeffeur du Collège Royal , de
l'Académie des Belles - Lettres. Tomes
XXVII & XXVIII . in- 12. Prix , 3 liv. rel.
A Paris , chez la Veuve Defaint , rue du
Foin S. Jacques , & Nyon l'aîné , rue du
Jardinet , quartier S. André-des- Arcs.
L'ABBÉ VILLY s'étoit proposé principalement
de nous faire connoître l'efprit & les
moeurs de la Nation . Il a un pinceau vif &
brillant ; mais il est souvent partial & fuperficiel.
On pourroit même l'accufer de plagiat
; il a pris la plupart des faits du Règne
de Saint Louis , partie la plus étendue &
la plus foignée de fon Ouvrage , dans l'hiftoire
de ce Prince par la Chaife , dont
il a emprunté fouvent jufqu'aur ftyle. Som
premier continuateur , Villaret , eft plein
de feu ; avant d'écrire , il s'allumoit l'imagination
par la lecture des Poëtes ; de- là
vient qu'il déclame fouvent avec chaleur ,
& qu'il s'écarte de la grave fimplicité de
-GV
154 MERCURE
genre. Son travail commence au VIIIe volume
, par le règne de Philippe de Valois , &
finit à la page 348 du XVIIe . C'est ici que
M. Garnier entre dans la carrière. Ses
neuf volumes , déjà appréciés par le public ,
prouvent qu'il la parcourt avec fuccès ; & les
deux autres , publiés depuis peu , ne feront
qu'ajouter à la réputation de l'Auteur. Le 27
renferme ce qui s'eft paffé depuis 1555 jufqu'à
la mort de Henri II , arrivée le 10 de
Juillet 1559. D'abord M. Garnier décrit la
fituation du Royaume. Il fait voir la France
guérie du long effroi que lui avoit caufé la
puiffance de Charles -Quint , étonnant à fon
tour l'Europe par la promptitude & l'immenfité
de fes armemens , comptant l'Ile de
Corfe au nombre de fes Provinces , affermie
en Italie par la poffeffion du Piémont , couverte
du côté de l'Allemagne , par la conquête
récente des trois Evêchés & d'une
partie du Luxembourg. Mais les efforts qu'il
falloit faire pour foutenir cette fupériorité
apparente , l'aliénation d'une grande partie
des Domaines de la Couronne , les Offices
de Finance & de Juftice doublés & même
triplés par des ventes fucceffives , les défordres
de la Magiftrature & du Clergé , les
progrès de la réforme dans tous les Ordres
de l'État ; enfin , l'épuifement du crédit &
des reffources , faifoit defirer ardemment
ou la paix ou une trève . Il fe tint des conférences
à ce fujet au Bourg de Marcq ,
dans la Terre d'Oye ; mais elles furent infrucDE
FRANCE. 155
tueufes ; les hoftilités continuèrent en Italie ,
& du côté des Pays - Bas. L'ambition des
Caraffe , encore plus que la politique des
Miniftres de Henri , fit conclure un Traité
de ligue entre la France , le Pape Paul IV
& le Duc de Ferrare. Charles - Quint , effrayé
d'un orage que les infirmités ne lui permettoient
pas de foutenir , s'empreffa d'abdiquer,
en faveur de Philippe fon fils , les Pays-
Bas , les Couronnes d'Eſpagne , le Nouveau-
Monde, les Scèptres de Sicile , de Sardaigne,
de Majorque & de Minorque. Mais avant de
renoncer à l'Empire , il conclut , les de
Février 1556, une trève qui donna lieu à des
anecdotes curieuſes.
Tandis que le Comte de Lalain ſe rendit en
France pour être témoin du ferment par lequel
Henri II devoit s'engager à obferver cette
trève,Coligny fut honore de la même commif
fion auprès du Roi Philippe & de l'Empereur
Charles Quint. « Le cortège de l'Amiral ,
» , dit M. Garnier , fut brillant & nombreux ,
" parce que toute la jeuneffe de la Cour
>
étoit avide de contempler un homme
» dont le nom avoit tant de fois retenti à
» fes oreilles , & qui , au moment de difpa-
» roître , imprimoit encore le refpect. Il
و د
n'y eut pas jufqu'à Bruſquet , l'un des fous
» du Roi , qui voulut être de la partie , &
» jouer un rôle. L'Ambaffadeur & fa fuite ,
» furent conduits, en arrivant , à l'audience
» de Philippe , qui devenu Souverain des
» Pays- Bas, occupoit le Palais de Bruxelles ,
G vj
156
MERCURE
و د
و ر
» ils le trouvèrent magnifiquement dé
coré ; mais un objet qu'ils ne s'atten
doient pas d'y rencontrer , les remplit de
furprife & d'indignation. Soit, inadvertance
, foit mépris , la falle d'audience
étoit meublée d'une riche tapifferie qui
repréfentoit les malheurs de François I
fa prife fous les murs de Pavie , fon embarquement
pour l'Efpagne , fa prifon à
» Madrid , fa délivrance par l'échange de
193
›
fes enfans . Forcés à dévorer cet affront
» ils ne favoient comment en marquer leur
» reffentiment , lorfque le fou qu'ils avoient
amené avec eux , les tira d'embarras &
→ rabattit l'infolent orgueil des Flamands ,
en dévoilant leur fordide avarice. Il avoit
apporté de Paris deux facs de jetons , qu'on
nommoit écus du Palais ; le lendemain
» matin , lorfque Philippe, après avoir entendu
la Meffe, prononçoit la formule du ferment
fur le Livre des Evangiles , Brusquet
& fon valet , qui s'étoient mêlés
» dans la foule , tirant de leurs facs des
poignées de faux, écus , crièrent : largeffe
dela part du Très- Puiffant Roi d'Angleterre
, & les firent voler au milieu de
l'affemblée. A ce cri , & à la vue des écus ,
tout le peuple qui rempliffoit l'Eglife , fe
précipita en foule du côté où ils tomboient.
Les Gardes même abandonnèrent
leur pofte pour en attraper leur part , ou
» les arracher des mains de ceux qui s'en
étoient faifis les premiers ; Philippe , &
و د
2
DE FRANCE. 157
33
» les deux Reines fes tantes , effrayés du
» tumulte , & des cris de cette troupe de
» forcenés , & n'en pouvant deviner la
» cause , parce qu'ils étoient trop éloignés
» du lieu de la fcène , craignirent que ce
» ne fût une confpiration formée contre
leurs jours , & allèrent fe cacher derrière
» l'Autel . Lorfque Philippe connut enfin qu'il
n'y avoit rien à craindre , il trouva la plai
» fanterie mauvaife, & ne fut trop s'il devoit
» enrire comme les autres, ou s'en offenfer. »
L'Amiral & fa fuite vifitèrent enfuite
l'Empereur qui , pour s'habituer au nouveau
genre de vie qu'il alloit embraffer ,
s'étoit retiré dans un petit Hermitage fitué
à l'une des extrémités du parc. Tout fon
appartement confiftoit en deux pièces d'une .
médiocre grandeur. Vêtu comme un fimple
Citadin , aflis dans un mauvais fauteuil où
la goutte le tenoit cloué , il ne confervoit
du fafte de la Royauté qu'une garde.choille ,
qui fe retira pour faire place aux François.
Coligny préfenta la Lettre du Roi à l'Empereur.
La politeffe & la gaîté que Charles-
Quint montra dans cette occafion , feront
plaifir à nos lecteurs. Charles s'efforçoit
d'ouvrir la Lettre de Henri ; mais comme
elle étoit enlacée avec des fils de foie , fes
doigts , couvers de nodus , & preſque perclus,
ne pouvoient les rompre. « Granvelle ,
qui fe tenoit debout derrière fon fauteuil
, voulut venir à fon fecours : com
ment donc , Monfieur d'Arras , lui dit-il ,
-39
"
758
MERCURE
ور
"
voudriez-vous que je commiffe une impoliteffe
envers le Roi mon Frère ; à Dieu ne
plaife qu'un autre que moi ouvrefa Lettre ,
» & après un nouvel effort , il l'ouvrit en
» effet. Puis regardant Coligny : « Eh bien .
» Monfieur l'Amiral , lui dit - il , ne fuis je
» pas un brave Chevalier , & n'aurois - je
,
pas bonne grâce à rompre une lance
» dans un Tournois ? » S'étant fait lire la
Lettre il entra en converfation avec
» l'Amiral : " Comment fe porte le Roi
» mon Frère ? Sire , répondit l'Ambaffa-
» deur , je l'ai laiffé en parfaite fanté. Que
vous me faites de plaifir de me l'apprendre
, car rien de ce qui le touche ne m'eft
indifférent ; nous fommes affez proches
" parens , puifque j'ai l'avantage de defcendre
, par mon ayeule , du fang illuftre des
Valois , qui a donné à la France une fuite
» fi nombreuſe de grands Rois . On m'a
» pourtant dit qu'il commençoit à grifon-
ود
33
93
5
ner.Oh ! Sire , ce n'eft rien , cinq ou fix
» cheveux qui commencent à lui blanchir
fur les tempes ; d'autres plus jeunes encore
» que lui , en ont beaucoup davantage ; &
ne s'en portent pas moins bien. Je vais à
» ce propos , dit l'Empereur , vous conter
» ce qui m'eft arrivé. J'avois à- peu - près fon
âge , lorfque revenant de mon expédi-
» tion de Tunis , je m'arrêtai quelques jours
» à Naples. M. l'Amiral , je ne fais fi vons
و د
connoiffez tous les charmes de cette Ville
enchantereffe. Un ciel pur & toujours
DE FRANCE. 759
"
"3
» ferein , d'un côté un immenſe baffin , de
l'autre des montagnes couvertes de verdure
; une jeuneffe folâtre , des femmes
vives , fpirituelles , pleines d'attraits &
» de grâces : que vous dirai je enfin ? je
fuis homme , & je voulus , comme les
» autres , eilayer de leur plaire. J'appelai
" mon Barbier , & je lui ordonnai d'arran-
" ger mes cheveux & de me parfumer.
"
32
ג כ
99
33
30
Lorfqu'il eut fini , je me regardai dans un
» miroir. Oh ! oh ! m'écriai- je , qu'eft ee
» que j'apperçois - là ? Ce n'eft rien , dit le
Barbier , trois ou quatre cheveux qui
» commencent à blanchir fur les tempes de
votre Majefté : il y en avoit plus de douze :
çà , dépêchons , qu'on les arrache bien
» vite. Savez-vous ce que j'y gagnai ? A la
» place d'un qu'on m'avoit arraché , il en
blanchit fubitement cinq ou fix autres ; &
fij'avois continué de me les faire arracher ,
» je me ferois bientôt trouvé blanc comme
» un cygne. " Promenant enfuite fes regards
fur Talfemblée : je penfe , dit il , que
Brufquet doit être ici ; je ne l'ai jamais vû ;
effayons fi je parviendrai à le diftinguer ;
» ou je me trompe fort , ou c'eſt celui- là :
" Oui , Sire , répondit l'Amiral , c'eft luimême.
Vraiment, Brufquet, tu es un magnifique
Seigneur , tu nous a joliment régalés
» avec tes écus du Palais. Dis -moi , mon
ami , te fouvient- il , d'une certaine jour-
» née des Éperons , où tu fus fi bien érrillé
» par le Maréchal de Strozzi ? Brufquet , à
"
"
"
Go MERCURE
t
qui ce fouvenir étoit fâcheux , répondit
fans fe déconcerter : oui , Sire , il m'en
fouvient parfaitement ; c'étoit juſtement
» dans le tems que vous achetiez fi cher à
" Paris ces belles émeraudes & ces gros
» rubis dont vos doigts font couverts. Il
s'éleva un grand éclat de rire dans l'affem-
» blée ; l'Empereur rit comme les autres ,
& dit me voilà bien payé de ma question
; cela m'apprendra à ne plus m'atta-
" quer à des niais de la forte. Tu ne l'es
point du tout , je te jure. »
Les faillies que nous venons de rapporter
font à la vérité très -plaifantes ; mais ne feroient-
elles pas plus dignes d'un conteur d'anecdotes
que d'un Hiftorien ? Nous ne jugerons
pas fi rigoureuſement M. Garnier , nous
croyons même que fes Lecteurs doivent lui favoir
gré de ce qu'il veut bien les délaffer de
tems entems de la longueur de fes détails militaires
& politiques. C'eft vraisemblablement
le motif qui l'a déterminé à rapporter l'aventure
qui fuit, " Le Duc de Nemours avoir
» féduit par les charmes de fa figure , &
» abufé
par de fauffes promeffes Françoife:
» de Rohan , fille d'honneur de la Reine. La.
fachant enceinte , il avoit faifi l'occafion
» du voyage d'Italie pour rompre entière-
» ment avec elle , & l'abandonner à fon
» malheureux fort ni les larmes d'une
» amante , ni les égards dus à une Maifon
» illuftre , alliée au fang Royal , n'avoient
pu le rappeler à fes premiers engage-
و د
DE FRANCE. 161
"
"
ود
» mens : il pouffa même la mauvaiſe foi
jufqu'à nier abfolument un commerce qui
n'étoit ignoré de perfonne . Deshonorée à
» la Cour de France , & retirée à celle du Roi
» de Navarre , fon proche parent , Françoiſe
» de Rohan intenta un procès au parjure ,
» & produifit contre lui un grand nombre
» de perfonnes de toute qualité , qui articulèrent
, comme témoins oculaires , des faits
» & des circonstances qui donnent une
» étrange idée de la dépravation de la Cour
» de Henri II . » Ce que raconte M. Garnier
des circonftances de la mort de Charles-
Quint , excite un intérêt d'un autre genre.
Ce Prince , après avoir tenté inutilement
d'engager fon frère , déjà Roi des Romains ,
à fe défifter de fes droits à l'Empire , pour
les tranfmettre au Roi Philippe fon fils , fe
décida enfin à envoyer aux Electeurs l'acte
de fon abdication , & fe retira dans le Monaftère
de S. Juft , fur les confins de l'Efpagne
& du Portugal. Là , fe livrant aux pratiques
d'une fombre dévotion , il fe fit enfermer
dans une bière , & y refta pendant
qu'on chantoit fur lui l'Office des Morts : il
fortit de cette lugubre Comédie avec une
fièvre qui l'enleva dans la 59e année de fon
âge , trois ans après fon abdication . « Quoiqu'il
eûr montré pendant toute la duréc
» de fon règne , une averfion décidée contre
» les Luthétiens , il ne put échapper au
foupçon d'avoir , fur la fin de fa vie ,
adopté leurs opinions. Conftantin Ponce
162 MERCURE
و د
» fon Confeffeur , & le compagnon inféparable
de fa retraite , tomba bientôt entre
» les mains des Inquifiteurs , qui le condam
» nèrent comme hérétique , & le livrèrent
" aux flammes. L'Archevêque de Tolède
» qui le vifitoit fouvent dans fa retraite , &
ور
qui lui avoit adminiftré les derniers Sacre-
» mens, fut traîné dans les prifons du Saint-
" Office , & n'évita un fort pareil à celui
» de Ponce , qu'en interjetant appel à Rome,
» où il eut le bonheur de trouver des amis,
Enfin, ce farouche Tribunal inftruifit une
procédure criminelle contre la mémoire
de l'Empereur , à l'effet de l'arracher du
» lieu Saint où il repofoit ; pour le faire fer-
» vir de pâture aux chiens & cette atro-
*
cité auroit été confommée , fi Philippe ,
» tout fuperftitieux qu'il étoit , n'eût enfin
» ouvert les yeux fur une entrepriſe qui
» commettoit les droits facrés de la Royauté ,
» & qui alloit le couvrir lui-même d'infa
» mie. » On ne fait ce qui doit étonner le
plus dans ce récit , ou la fin bizarre du
trop célèbre difciple de Machiavel , ou les
fureurs d'un Tribunal fanguinaire , que la
fuperftition s'efforça d'ajouter aux calamités
de la France.
Dès que la trève eut été conclue , les Plénipotentiaires
de Philippe nièrent qu'ils euffent
pris aucun engagement à cet égard. Le
Cardinal Caraffe , qui vint en France en qualité
de Légat , détermina le Roi à la rompre,
& à envoyer deux armées , l'une en Italie ,
DE FRANCE. 163
commandée par le Duc de Guife , l'autre en
Flandres , commandée par le Connétable de
Montmorency. Le premier , mal fecondé par
le Pape , & ayant en tête le Duc d'Albe
n'eut point de fuccès en Italie. Le fecond
s'avança vers la Ville de S. Quentin , afliégée
par le Duc de Savoie , pour y faire entrer
du fecours ; quelques troupes s'y glifferent ;
mais le Connétable , attaqué dans fa retraite,
fut vaincu & fait prifonnier avec le Maréchal
de S. André , le Comte d'Enghien ,
frère du Prince de Condé, y perdit la vie , &
le Comte de Montpenfier la liberté , ainfi
que l'Amiral de Coligny , qui , chargé de
défendre la place , fut forcé de la rendre.
Cette bataille , nommée la bataille de Saint-
Quentin , répandit la confternation dans la
France. Le Duc de Guife , rappelé fur le
champ d'Italie , obtint à fon retour le titre
de Lieutenant - Général du Royaume ; il y
rétablit la confiance par la priſe importante
de la Ville de Calais , qui étoit entre les
mains des Anglois depuis 1347 , qu'Edouard
III l'avoit prife fur Philippe - de-
Valois. Marie , Reine d'Angleterre , s'étoit
attiré cette difgrace , pour être entrée dans
la querelle de Philippe fon époux. Le Duc
de Guife fe rendit auffi maître de Guines ,
puis de Thionville. Ce grand homme vit
bientôt diminuer fa faveur , parce qu'il avoit
déplu à la Ducheffe de Valentinois . Le crédit
qu'il s'étoit acquis par fes fervices , & par
le mariage de Marie Stuart , Reine d'Ecoffe,
164 MERCURE
fa nièce , avec le Dauphin , ne put balancer
le crédit de la Favorite . Le Connétable
, chargé de la négociation de la paix ,
engagea le Duc de Savoie à y travailler par
l'efpérance de la reftitution de fes États.
Cette paix fi defirée fut enfin conclue au
Cateau- Cambrefis ; le Cardinal de Lorraine
& le Duc fon frère en défapprouvèrent les
conditions ; elle étoit l'ouvrage du Connétable
leur ennemi. Calais ne devoit appartenir
à la France que pendant huit ans , aux
termes de ce traité ; tout fut rendu de part
& d'autre , foit en Italie , foit en France ,
excepté Metz , Toul & Verdun , qui nous
reftèrent. On arrêta en même temps les
mariages d'Elifabeth fille du Roi
Philippe II , & de Marguerite
premier de ces Monarques , avec le Duc de
Savoie. Ce fut au milieu des fêtes que donna
Henri II , à l'occafion du fecond mariage
que ce malheureux Prince trouva la mort
comme tout le monde fait.sht
-
›
avec
foeur du
Tels font les principaux évènemens que M.
Garnier raconte fort au long dans le 27 Vol.
de l'Hiftoire de France . On voit que l'Auteur
a médité profondément toutes les parties de
fon fujet ; adminiſtration intérieure , fituat
tion politique , moeurs , coutumes , lois ' ,
rien ne lui a échappé . En général fon ftyle a la
fimplicité qui convient au genre hiftorique ;
il fe diftingue encore par la fagellé de fa
critique , par l'exactitude de fes recherches ,
par une impartialité qui l'éloigne de tour
DE FRANCE. 165
fanatifme , & par la netteté de fes récits ;
imais il nous paroît qu'il manque quelquefois
de préciſion , que fes tournures font
uniformes , qu'il s'appefantit fur de fafti
dieux détails des différentes conférences , &
des traités , qu'il néglige trop les portraits :
il voit toujours bien , mais il ne peint pas
affez : une marche plus rapide , un coloris
plus vif , un pinceau plus vigoureux , ajou◄
teroient beaucoup à l'intérêt de fon Ouvrage.
Excepté quelques mots , comme la conjonc→
tion d'autant que , quine fe dit guères qu'en
ftyle de pratique , & pour laquelle l'Auteur
paroît avoir de la prédilection , fe préfenter
en bon équipage , faire toucher au doigt & à
l'oeil la témérité d'une entreprife , nous n'a
vons pas remarqué dans ce volume d'expreffions
dignes de critique.
Le 28 Tome ne renferme que le règne
de François II , ce règne de fi courte durée ;)
mais fi déplorable , puifqu'il fir éclore tous
les maux qui depuis defolèrent la France.
"9
François , frêle & plaintif enfant , dit
. M. Garnier , trifte & débile adoleſcent ;
fans defirs , fans vicescomme fans vertus ,
majeur par la loi condamné par la nature
» à une éternelle minorité , alloit devenit
» un inftrument aveugle dans la main du
premier qui s'en faifiroit . » Le Duc de
Guife & le Cardinal de Lorraine , oncles
lu Roi par fa femme , s'emparèrent des
rênes du Gouvernement. Le Connétable
perdit , la charge de Grand - Maître , dans
166 MERCURE
laquelle il fut remplacé par le Duc ; il n'obtint
d'autre dédommagement que le bâton
de Maréchal de Francefurnuméraire pour fon
fils aîné. Le Cardinal Bertrand , créature de
la Ducheffe de Valentinois , rendit les Sceaux
au Chancelier Olivier , & l'adminiftration
prit une face nouvelle. Antoine de Bourbon,
Roi de Navarre , favorifa par fa lenteurà fe
rendre à la Cour , l'ambition des Guifes
qu'il trouva les Maîtres en arrivant . Foible
& indécis par caractère , protecteur mal- àdroit
de la prétendue Réforme , il ne remporta
que des humiliations & du mépris. Le
Prince de Condé fon frère , fe fubftitua
à ce Chef pufillanime ; il cachoit fous les
dehors de la diffipation une ame profonde ,
ardente & fière. La préférence que le Maréchal
de Briffac avoit obtenue pour le Gouvernement
de Picardie , excita Condé au
reffentiment & à la vengeance ; quoique
peu difpofé à embraffer une fecte chagrine ,
auftère & gênante , il fe mit à la tête des
Réformés , & fon ambition mécontente lui
tint lieu de zèle pour la nouvelle Eglife.
Vainement les Miniftres Favoris s'efforcerent-
ils de juftifier la confiance du jeune
Monarque par des Édits fages , ils augmentèrent
le nombre de leurs ennemis en faifant
révoquer les aliénations du Domaine.
Le fupplice d'Anne du Bourg fournit un nouvel
aliment à la fureur du parti ; les affemblées
nocturnes , & les manoeuvres des mécontens
fe multiplièrent . La Renaudie , Agent
DE FRANCE 167
de la Secte, parcourut & embrâfa toutes nos
Provinces ; il acheva à Nantes , par fon éloquence
, l'ouvrage que fes intrigues avoient
commencé : ce fut dans cette Ville que des
conjurés fanatiques , fous le nom d'États
Généraux de France , réfolurent d'aller trouver
le Roi les armes à la main , fous prétexte
de lui préfenter Requête. Altérés du
fang des Guifes , impatiens de dicter la loi
aan Prince incapable de gouverner par luimême
, ils devoient affurer pour toujours à
leur parti la liberté de confcience . La confpiration
éclata au mois de Mars 1560 ; la
Cour en avoit été avertie ; elle fe retira de
Blois à Amboife. La plupart des Conjurés
furent arrêtés & exécutés. Le Chanceler
Olivier mourut de douleur ; Michel de
l'Hôpital fignala fes commencemens par
l'Édit de Romorantin & par celui des fecondes
Noces. Le Prince de Condé , accufé d'avoir
eu part à la Conjuration , s'efforça de
fe juftifier ; il fut mandé avec le Roi de
Navarre aux États d'Orléans ; arrêté en arrivant
dans cette Ville , fous prétexte d'une
nouvelle confpiration , il fut condamné par
des Commiffaires à perdre la tête ; mais la
mort du Roi , arrivée les Décembre , empêcha
l'exécution de l'Arrêt , que M. de
Thou prétend avoir été dreffé & non figné.
Telle eft la fubftance des faits racontés trop
au long par M. Garnier dans le 28 Tome.
Les Règnes qui fuivent celui de François II ,
font encore plus féconds en évènemens . Si
168 MERCURE
l'eftimable Continuateur de notre Hiftoire
ne fe tient point en garde contre fa prolixité ,
il lui reste une tâche immenfe à remplir
dans l'efpace des 83 ans qu'il a à parcourir.
En fuppofant que chacun des volumes qui
doivent fuivre , renferme 18 mois feulement
, il en portera le nombre à ss
avant d'arriver jufqu'au Règne de Louis
XIV. Dans ce calcul, qu'il n'a pas fait, & qui
fûrement l'eût effrayé , nous lui accordons
un mois de grâce par volume , le Règne , de
François II n'ayant été que 17 mois . Nous
croyons avoir trouvé la principale caufe des
longueurs de M. Garnier ; par exemple , en
rendant compte de la conférence tenue près
le Bourg de Marcq , il n'omet pas un feul
mot de la difcuffion des Miniftres. Les Médiateurs
Anglois dirent que ... que... que ...
que ... que... & c. Les Plenipotentiaires François
répondirent que ... que ... que ... que....
&c.LesPlénipotentiaires de l'Empereur dirent
que... que...que ... que ... & c . Tous ces que
s'érendent depuis la page 23 du 27e Tome
jufqu'à la page 3e. Nous pourrions citer
plus de trente autres endroits qui contiennent
les mêmes détails , & le même nombre
de que ; il paroît que c'eft la tournure favorite
de M. Garnier ; il ne fauroit le montrer
trop attentif à l'éviter déformais . A l'inconvénient
d'une longueur faftidieufe , elle joint'
celui de retarder la marche de l'Hiftorien
qui doit bien fe garder de n'être qu'un Com-'
pilateur. M. Garnier a auffi le défaut da
rapporter
DE FRANCE . 169
rapporter des Harangues entières ; pare emple,
celle du Préfident Séguier au Roi Henri II,
celle de la Renaudie aux Conjurés affemblés
à Nantes ; les Harangues de Montluc , Evêque
de Valence , & de Marillac , Archevêque
de Vienne , à l'affemblée de Fontainebleau
, rempliffent 55 pages &c. A la vérité
on y trouve de la hardieffe & de l'eloquence
; mais en les refferrant , on eût pu
les rendre bien plus agréables aux Lecteurs.
Un Critique févère reprendroit dans le
28e Tome quelques autres fautes , même de
ftyle , comme y fonger à deux fois , y regar
der à deux fois , expreflions trop familières ;
fe reffentir du mépris , au lieu d'en conferver
du reflentiment ; fous le manteau d'un échange
, au lieu de , fous le prétexte d'un échange :
on dit bien , fous le manteau de la Religion ,
& de toute autre chofe qu'on peut perfonnifier
; mais on ne fauroit perfonnifier un
échange. Les Parlemens ne pouvoient digérer
qu'on fongeát à leur enlever la Juflice crimi
nelle on dit en bon François digérer fon
diner , mais non pas digérer qu'on fonge . Il
y a apparence que l'Auteur n'a point fait le
voyage de Blois , ni celui de Tours , ou du
moins qu'il n'en a pas affez remarqué la
fituation. Quoique la pofition de Bleis
foit très-riante , & domine fur une plaine
embellie par le cours de la Loire , cette
Ville n'eft pas pour cela fituée dans une
plaine riante. L'Auteur fuppofe que l'Abbave
de Marmoutier , éloignée de Tours d'un
No. 43 , 27 Octobre 1781. H
170 M BRACTURE
2
quart de lieue environ , eft aujourd'hui dans
l'enceinte des murailles de la Ville, en ditany :
Labbaye de Marmoutier qui n'étoit point
encore dans l'enceinte des murailles ; il faut
convenir que d'eft la une faute topographique
. On pourroit aufli reprocher à M. Garnier
de sêtre exprimé un peu legàrciment
dans le 27 Tome , fur le compte du Chancelier
de l'Hôpital d'avoir oppoſe quelquefois
de fimples vraisemblances à des fairs
lavérés i d'avoit cité à la marge quelques[ austorités
fufpectes , deomine celle della Pope-
Imière AGentilhomme Calviniste , quifou
>vent ; dans fon Hiſtoire de France , $ erte
autant de la vérité que dans fon Hiftoite des
Hiftoites, Malgré toutes ces taches de travail
de M. Garnier eft vraiment eftimable, Qu'il
renferme les Récits & les Harongues dans
de juftes bornes , qu'il laiffe aux Compila
teurs le dérail des difouflibos , & lastournure
trop répétée des que , qu'il anime plus
fouvent fon fiyle par des images & desi portraits
, enfin , qu'il joigne àd'elegance du ftyle ,
plus de préciſion & de forse il aura les
droits les mieux fondés à tous les luffages,
"
lob 291 291 amb 38 aul ob 291iom
wp 9riangel 21190 38 nojavisìdo'b single 190
-10 wing ub aniq 291 5Braso
sben al von 29017 256 ¿ 976
19nq el ab an9yom 291 m ) , acigenos
mit of rul , qilib sl sb no
s of moly , aslusigsinoo asibelera
9x obvildob sul sun b
U H
DEA FURANI ME . 971
2
I
3
arb un biju da nova usil ob mup
MÉMOIRES fur les Fièvres & furu la
Contagiones à la Société de Medecine
& de Philofophie d'Edimbourg par M.
-inJacques and Medecin de Hopiat du
-Roi & Hiflard ; près de orifmouth ,
19Membre du College des Médecins d'Edim-
-sbourg & Ouvrage traduit de l'Anglois,
-bɔ& augmenté de plufieurs Notes 3b par M.
211 Heirs Fouquet D.25Mon Confeilber
-us Médecin da Rot , & de Hôpital Royal
-99 Militaire , Membre deqlal Société
-UORoyale des Sciences & ides Académie
511 de Padoue , Infpecteur Général des Baux
29b Minérales du Languedoc. ValainenA
Montpellier , de Impriméricasdeo fil-F.
lin Picot's feul Imprimeur du Roi , place de
Intendance. 251820s 291 991
sliqmoƆ xus nisl li'up , 29mod zsfluj ab
-Tu nom de diAuteur 3 très avantageuſeament
connu depuis long temps dans la Mé-
-decine, & celui da Traducteur non moins
K celebre 3 fuffiront pour exciter l'attention
2 de tous ceux qui s'intéreffent à l'Are deignéris
Ilsundrouveront zehneffer dans les Mémoires
de l'un & dans les Notes de l'autre ,
cet efprit d'obfervation & cette fagacité qui
caractérisent les praticiens du premier or
dre ; des vues nouvelles fur la nature de la
contagion , fur les moyens de la prévenir
ou de la diffiper , & fur le traitement des
maladies contagieufes , y font le réſultat
dune fuite d'obſervations réfléchies . M.
Hij
172
I
MEAR CSUUR Esituly sup
Linda répandu de nouvelles lumatdes für
la Fievré jaune de l'Amerique ; & les détails
qu'il donne fur cette lefpèce de Fièvre, tont
très- intructifs , comine le dit très bien M.
Fouquet dans la Préface qu'il a miſe.àlastêre
de la Traductions même après coque M.
Linenca publiésfur cette Fièvre dans un des
premiers Volumes des Tranfactions Philo
Sophiquesal to obпo 16 Smp lupau
Get Ouvrage contient deux Mémoires ,
où l'Auteuryafans, saftreindnerà dai forme
didactique des Chapitres & ides Paragras
phes expofe des la manière la plus metre
& la plus précife , ce qu'une pratiqucode
plufieurs années lui a fait obfervernfurl la
manière dont la contagion les propage y fud
fesfymptômes fur les effets fur les
moyens des plus efficaces pour purifien les
objets qui la communiquent , & fur llamé
thode curative la plus appropriée aux Bièvres
contagienfes, plon on pel
Il réfulte des obfervations de MatLond,
1 ° . que l'air de la mer eft en général drèsfalutaire
pourvu bu qu'on y foit bien fourni
de vivres de bonne qualité, z1.¿Que les
Fièvres connues fous différentes dénomina
tions peuvent êtrel contagienfes , fans être
malignes ni mortelles. Que les vêtemens
d'un malade , infecté d'une Fièvre contas
gieufe, font plus capables de communiquer
la contagion que le corps même du malade.
4°. Que non feulement la laine , lebcocon ,
le linge communiquent la contagion , mais
DE FRANCE. 173
2
que plufieurs autres fubftances dans les
chambres & autres lieux habités par les imalades
peuvent la communiquer , rels que les
poutres , des chaifesles bois deli & les
diversiuftenfiles qui fervent àl'ufage des
malades.ieplasmalignité d'intensité
le dangen des maladies contagieufest dé
pendent de lavature fpécifique des miafmes
ou du vemin contagieux qui les produit. 6º.
Que , quel que foit l'endroit où le venin fe
cacheg & quelle que foit la fubftance à laquelle
il adhère , l'air le plus pur & les ventilations
le mieux exéciées, font des moyens
infuffifans pour chaffer ce venin ou pour en
affoibhir Factivité.up solissiq aniq st e
al La meilleureanéthode de purifier des vailfeaux
sales mailons & tous les objets qui
peuvent avoit été infectés eft , felon M. Lind ,
la fumée bien ménagées ko on n'a pour cela ,
» diteil qu'à introduire dans l'endroit
quidi venti purifier, un feu descharbon ,
» fur lequel on placera quelques barons de
pbfoufrel ; & après avoir amfi difpofe les
schofes & best vapeurs commençant à
s'éleverision aura foin de fermer bien exactement
les portes & des fenêtres , & de
des tenir ainfi bien fermées pendant dix
» ou douze heures.noo Iberoir que da pra
tique moderne d'allunerndengrands feux
en plein air , eft fondée fur des principes
très précaire , & peut avoir des inconvé
nieris qu'il conjecture provenirndlanelaltération
dell'air produite par l'action du feu.
kismigamos al supiaumbüijoquil
bois
11950 960 $152
Po 31
174 drgs) amor . 10-2014
221004es celle du MERCURE
La fumée
ée qu'il eftime le plus , après ce
S 2Pour
, pour purifier un air
de la poudre à canon ; & il en fait un ufage
cu un air infecte , c'eft celle
ordinaire , parce qu'elle ne bleffe point les
que
ardes
poumons. La méthode
d'étaler les hardes
hors de la maifon, pour les faire Techer ou
acrer, fans les avoir OP KUSTEN
predablement
fumigees,
peut
avoit renforcelupolup
90001975
vent fec eft capable d'en repandre les ma-
Ja contagion
,
lignes influences
.
air humide
2011
GI
M
moins danarty
of
29M Lind a étendu beaucoup plus lom
Sabit
qu'on ne l'avoit fait jufqu'à préfent , les
de la contagion ; il pretend que les
Fièvres les plus ordinaires & les poste
gerentes font fouvent contagieufes ,
qu'on ne peut pas plus nier qu'elles le
foient , parce que tous ceux qui y font exa
poles men font point atteints ,
28002008 290
9000006 2
&
ne peut
nier que le quinquina & le mercure ffolent
druge nature specifique contre les Fres
intermittentes & contre les maladies vene
riennes ,
para font attaqu
Sparce que ces remèdes ne guerite
feur pas tous ceux qui font attaqués de ces
maladies.
TEC 10 Soup 19 20
mala
disfrifoob
shades aigties , felon cer
» Auteur , les felles , principalement
fr2 tes
filles
» font très- fetides , font ce qu'il y a de plus
capable de communiquer
infection
. Vien
nent enfuite le fouffle de la refpitation
& enfin les émanations
du corps des ma-
» lades attaqués
de Fievres. "
93
2013 s'effets de
» ces moyens de contagion font plus
DE FRANCE.
A
175
moins prompts plus ou moins fenfibles ,
felon de tempérament des perfonnes qui qui en
font atteintes . Quelques - unes en comparent
L'impreffion a celle d'une odeur acre & pé- & pénetrante,
qui defcendroit dans Leftomach ;
cr
15553fornent
chez quelques - unes , ils fe bornent à de lim
ples frilans qui n'ont pas de fuites , chez
d'autres enfin , le venin contagieux ne fe
developpe qué lorfque des caufes étrangères ,
telles qu'un froid fubit , un air humide ou
un exces dans le boire & dans le manger
viennent le mettre en mouvement .
Hom
billet
92701091
751
(M. Lind eft perfuade que dans ces fotres
de Fièvres la médecine doit s'écarter de Ta dela
marche ordinaire , & que le plus court delai
peut donner lieu à des accidens , que tout le
Bedes
pouvoir de l'Art de guerir n'eft plus enfaite
capable d'éloigner. En confequence on doit
donnerfur le champ un leger emetique dans
le temps même de ces friffons , par lefquels
la maladie s'annonce , avant que la Fièvie
foit bien établie , & que la plenitude & la
1531
durere du pouls ne puiffent rendre l'opération
de ce remède dangereufe. Rien n'eit
plus interellant que la Note par laquelle M.
once
Fouquet appuie le point de doctrine de M.
Lind.
celties
91065 291 201
Ce dernier Médecin affure que le remède
qui lui a le plus conftamment, reuli après
I emetique , ceft les ve ficatoires. Après avoir
laiffe paffer vingt quatre ou trente- fix heures ,
à compter du moment de l'opération des
yellicatoires , il évacue modérément une
iv 290
176 MERCURE
feconde fois les premières voies avec la rhutbarbe
, mêlée à une petite quantité de tartre
vitriolé. Les fomentations d'eau chaudė >
mêlée avec un peu de vinaigre , faites fur
lesjambes font très propres , felon lui § à
calmer l'infomnielle délire & les convulfions.
Les autres remèdes que M. Lind emploie
font , felon les circonftances , les antimomaux
, le camphre , de nître juda oracine
de ferpentaire de Virginie , &c. nodstou
Con Ouvrage , tant par les faits qui y font
préfentés 3 que par les inductions théoriques
& pratiques que l'Auteur en tides & auxquelles
les Notes de M. Fouquet donnent
on nouveau poids y a tous les avantages qui
peuventa le rendre précieux aux gens de
BArti & outiles amp Publicpen contribuant à
kas perfection d'ane des plus intéreffantes
parties de la Médecine , qui eft l'Hiftoire des
Maladies Epidémiques. 29. sup
upidq152 915 90,19imba'bot
USERMONS de M. l'Abbé Cambacérès
Prédicateur du Roi Chanoine & Archiodiacre
de l'Églife de Montpelliery 3 Vol .
sin-12.9A Paris , chez Mérigot le jeune ,
Libraire, quai des Auguſtins, insit el
> noup ashnod aol anoms2 54 £ £ası
}
RASSEMBLER les Citoyens dans les
Temples , aux pieds des Autels , leur enfeigner
la fagefle d'une manière touchameli &
folide , & toujours leur fournir de houvelles
raifons pour aimer leurs devoirs deur
Princes la Patrie & les Loix : quelle inftituq
ob 1 100 noigdali slab soivist
juma 3), amynos , rotan shamia h
SAUSA 1
€
- el 39v6 2910vasóimo1q 251 ao 2
2
91161 96 91DЕp FiRq An N ClЕa¸sa77
tion plus noble & plus utile all avoit donc
mifon l'Abbé de Saint Pierre, d'ailurer que
2 fila Puddicationonjétoit point établic , il
-Iferois de la bonne Politique & d'unilbon
·Gouvernaineupdethénablistaux addpensofde
L'Etat , ne fatinee quel pour empechciala
prefcriptionide dh , vedtumCidéron & obémofthene
, qui , aidu hauth de danstribuie ,
lançoient les afoudres de l'eloquence), ne
as occupoientifque dal foqtoutes Empires ;
un vrai Minikrer de al Chpire succupeldu
nbonheur des homids , puilquel fondomploigeft
de faire du monde entier un peuple
de frères . Mais debrous des Orateurs
Chrétiens,quel eft celui qui ait jamaisneux
asrempli les defirs de l'Eglife & de l'Etat ? Ne
feroit- ce pas xo Capucin donth parle la
Bruyère , que les courtifans même furent
forcés d'admirer , ce Père Séraphin , qui fir
déferten la Chapelle de Verſailles , & à qui
Bourdaloue rendit noblement juſtice ,
Idorfqu'interrogé par Louis XIV fur ce qu'il
speofoit de ce Millionnaire , il répondit avec
la franchiferdun grand homme Sire , on
rend à fes Sermons les bourfes qu'on a cou-
20péasabuxuvien el 1882Aн
C
19
Mais dans la Acantière des Maffillon fautsibproforice
les fleurs de Béloquence à Serastilodéfendu
à unel Apôtre de montrex
la vérite fous des images fublimes , pauthériques
& terribles & & idemployer au
fervice de la Religion cet art de plaire ,
d'instruire & de toucher, commefi unglaive
I
Hy
ПОИЛЯ
vi
95 91104310
19 109350B
1781st 31 MET 105593 alloques MERCURE
feroit moins tranchant pour être plus poli
& orné de pierreries , ou qu'une armée, pour
être plus brillante & bien rangee en bataillé
en fut moins propre à combatre & a vaincre.
Ceft une, peulée de M. l'Abbé Cambace
res qui paroit perfuadé que l'Evangile
befoin de parure , fur tout dans ce fiècle,
ou , comme l'a remarque, le Peintre des
mours Phabitude des mets les plus exqui
degoula produit le degout, & la fatiété
mais s'il
cours
Pompeux & yeheniens , i ne Graint pas
efprit qui tue le genie & le
fentiment , & il femble penfer comme le
starts t
remuer
fent la necellite A d'intereffer , de
Auditoire par des
moins,Cus
Prince des des
Chretiens
296
ame
qui difoit
bien que fouvent on sectiei sudubong s'écrie : Cela eft bon.
cela eft bien , mais je n'aime pas entend e
стор
fouyent , chi cela elt beau.
Cet a
ces
principes
de
gout
que
M.
Can-
118
SD
baceres doit la reputation dent if à jour ,
mais fur- tout au zele avec lequel il a compro
135
battu la Philofophie , qu'il appelle le vice
favori de fon fiècle. Il refpectoit fans
ute ces Sages qui ont acquis par leurs
talens & leurs vertus le droit d'inftruite les
hommes , qui répandent dans leurs écrits
ces vérités erernelles fur lefquelles fepofent
l'intérêt des Nations , la fûreté des Rois , la
liberté , la juftice ; mais il cherchoit à terraller
ces ennemis du Ciel qui ont palle de l'extrême
imbécillite qui croit tout, à l'extrême audace
qui ne croit rien ; & c'eft alors qu'il leur
LOVE
DE FRANCE. 179
Some
rappelle ce fiècle ou un Turenne fe faifoit
eo
inftruire de la Religion comme un imple
Cathecumene, où le grand Corneille , Traducteur
de l'Imitation , humilioit fon gente
devant le livre le plus fimple ; ou Racing
MTTOOS
alloit avec fon livre de prreres , tefland Ta
femme fous for bras & Ton His par la main ,
écouter fon Pafteur. Il les préfère à tous les
Sages du Lycee & du Portique , qui , felon
navoient que des vertus orgueilleufes,
des vertus intereffees , des vertus politiques
des vertus de goût & de tempérament, & il
imagine un exemple pour pretive .
fiche paffe dans les rues de Conftantiao
ple; un pauvre lui demande Faumône il
il
2014291 239001, 296.
91906 S
รา มองไม 29b ISU
Un
Sarrete
& nappercevant
qu'un
IJO S. TI
-mos, עקר
inalheureux dont l'extérieur n'avoit rien
qubeasins
,
de rebutant , il poutfuit la marche fans
daigner ni l'écouter ni le fecourir. Le pauvre
& lui crie : Eh ! donnez l'aumone
a A ce mot de Betfaire , de
Belifaire
cet ancien fa
de l'Empereut , du plus
grand Seigneur de la Cour , du Général des
Armees , du Vainqueur des Nations , d'un
Capitaine i juſtement célèbre , réduit par fa
difgrace à l'indigence, & à la misère , le
155can depilarenatit
,
Fiche setonne admire , s'attendrit, verfe
des Tarmes fur le fort de ce grand homme
& lui prodigue fes 'dons : étoit - ce verfu ?
eroit- ce charité? Non : il l'avoit refufée à
No :21l'avoit
T'homme, & ne l'avoit accordée qu'au Héros,
Ceft le droit d'un Miniftre de Dieu
BETOT
de defcendre dans le coeur de Phomme,
211159 2709201
ہ و ا
Le
180 MERCU REI
dapprofondir fes vices ,& fes motifs bpour
nous , obliges de croire aux vertus humaines,
de les admirer même , puifqu'elles fout an
bien pour la fociété , puilions nous du
moins voir tout l'Univers perfuaden197
Qu'un Mortel bienfaifant approche oche de Dieu même.
sript ipl, raburger 5 ob pu
M. l'Abbé Cambacérès l'a bien fenti
dans fon Sermon fur l'aumône. Le riche
cft un Ange de paix & de confolationi placé
entre Dieu & les hommes pour achever Ha
diftribution des biens de la terre ; cleft l'Ama
balladeur du Ciel & comme l'Apôtre de la
Providence , obligé de la faire connoîtrepà
ceux qui l'ignorent , de la difculper auprès
de ceux qui l'accufent , & tel que laftre du
jour , dont la marche, éclatante parle à tous
les yeux de la gloire de fon Auteur , le riche
par les bienfaits parle au coeur de tous les
hommes de la Sagefle & de la Bonté . Divine
; felon qu'il eft avare ou généreux ,
fenfible ou inexorable , il devient pour les
peuples un objet ou de terreur ou de confolation
un Dieu , s'il eft bienfaiſant ; un
monftre, s'il eft barbare. Et il en eft de ces
monftres , fi la peinture que fait M. Can Bla
bacérès du pauvre eft audi vraie qu'elle aft
touchante. « Qu'est - ce qu'un pauvret Cent
an être ifolé, proferit , trifte rebut de la Na
ture entière, qui femble comme échappé la
la Providence, qui rampe avec dédain fur la
furface de la terre , à qui la misère a comme
mprime fur le front un caractère de honte
&
DIE FRANCE. 181
&q d'ignominie : errant , fugitif & comme
retranché du refte des humains , Temblable
à ceslieux que la foudre a frappés , & dont
on approche qu'en tremblant oh he le
rencontre qu'avec peine , on ne l'approche
qu'avec horreur , ceft , ce femble , lui fajie
honneur que de le regarder , lui faire, grace
que de lui parler : humanite en lui n'a plus
sde droits , le malheur plus de dignite ; on he
le plaint même , on ne le fecourt qu'avec
dégoût , & réduit à rougir de fon existence ,
Hemble qu'en devenant malheureux il a
ceffe d'être homme, ? Nous aimons à croite Att
sque ce tableau et un peu charge car fi les
zriches oublient quelquefois qu'ils font les
dépofitaires plutôt que les maîtres de leurs
biens ; & que la Providence , qui s'eft respofée
fur les parens , de l'education des familles
, fur les Légiflateurs du gouvernemende
la fociété 333fur les Rois de la
conduite des Empires , fe repofe fur eu:
zdu foin des pauvres slotoxant to storite
>
Nous n'entreprendrons point de juftifier
apar des cltations le jugement que nous
acroyons devoir porter Tur les Sermons de
MAPAbbé Canabacétes . En general, tous fes
plans , affez importans pour meriter d'être
fremplis , nous ont toujours paru auffi fimples
que clairs , fes preuves lumineufes &
diftinctes ; mais ils n'ont pas cette progreffion
marquée qui gradue l'intérêt des faits ,
la force du raformement & la chaleur des
souvenens oratoires . On peut encore lui
182 IM ) E RACẦU RET
reprocher l'amplification , le retour des
mêmes idées , des apoftrophes & des exclamations
inutiles , & tout cela exclud cette
eloquence douce & coulante qui sintinue
fans effort dansl'ame & y réveille les plus
tendres affections. Mais fi nous avons juge
fur cette maxime de Fénelon , qu'un bon
difcours eft celui où l'on ne peut rien re
trancher fans couper dans le vif, empreffons-
nous de convenir qu'il n'esagere jamais
les devoirs du Chriftianifme , que fa
morale peut toujours être rreduite en prati
que, puifqu'il ne change point en préceptes
les fimples confeils , & que fouvent il plaide
la caufe de la Religion avec le langage du
coeur mais fur-tout Lendons juftice a l'art
heureux avec lequel il fait profiter d'un trait
dhiftoire. Yeur il nous démontrer qu'à ce
moment qui va féparer le temps, & eer l'eternité
, le monde , les Royaumes , les grandeurs
& les biens ne nous paroiffent plus qu'un
édifice de cendre qu'un fouffle va renverfer
il nous rappelle mice Conquerant , ce Héros
fi célèbre , qui , après avoir porte fes
armes victorieuſes dans les trois parties du
Monde connues après avoir renverfer les
Trônes & les Empires , enchaine à fon char
les peuples 180 les Roik, tetrafle enfin duimêmepar
la mort au milieu de fon camp
appelle auprès de lui des principaux Chefs
de fon armée il fe fait apporter en leur prér
fence Fétendard qui lavoit tait de fois con
duit fes légions redoutables au combat ià
1
DE FRAN GE. 183
t
J
la victoire , il veut qu'on y attache le drap
lugabre qui doit bientôt l'envelopper dans
le cercueil & ordonne à un deles opremiers
Officiers dé ranger fon armée en ba
taille , de promener de Pang en rang de drapeau
funebre , en criant à haute voix : Voilà
ce qui reffe au grand Saladin de toute fa
gloire , & de
& ce qu'il emporte de la conquête
du Monde.dival- anbrogios and bas
Enfin , d'après la lecture des Sermons de
M. l'Abbé Cambaceres , Hous ferions fachés
qu'il eût Tuivi les confers de M. de Mohotif,
qui
ui confeille aux Prédicateurs de ne jamais
paffer la demi heure. Nous convenons icependant
avec lui que trop fouvent un auditoire
n'eft
compote
que de vieillards qui
n'entendent pont de difitaits qui n'écoutent
pas , de financiers qui s'alloupillent ,
Femmelettes qui babillent , de petits mattres
qui fieht , &c. & nosom of
C
sen
C
up 2019 inslioteq non sn amaid zal
DISCOURS en Vers 'fur l'Abolition de la
Servitude dans les Domaines du Roty par
29 M. Gudin dela Brenellerie . in 89A Paris ,
ubchez Demonville , Imprimeur de l'Aca-
2adémie Françoife , rue Chriftine, obrota
15 nel gidoits evrique el 29 ₹
-DE tous les Peuples quil oot cultivé les
Lettres avec fuccès , le François eft fans
doute celui qui a eu le plus de inéthode , c'eft
notre mérite particulier , c'eft norre caractère
national , & tous les étrangers en conviennent
; cette méthode fait le charme de
19
184
ME RCUBE0112
sh
nos meilleurs Ouvrages ; pourquoi donc les
Pièces de poélie que l'on envoie depuis quelque
temps au concours de l'Académie Francoife
, en font elles prefque toutes dépourvues
? Si l'on fait un Poëme ou une Epitre ,
pourquoit soublie ton qu'une Epitre å fes
divifions , & qu'un Pocine doit avoir une
fable Ce n'eft point pour M. Gudin que
nous avons écrit ces lignes , il devientoune
exception à la règle générale; quand on écrit
fur la Liberté , il faut écrire librement ; four
fied alors jufqu'aux fimes croiféés d'eft le
thithme qu'il a choifi , & c'est un mérite qu'il
a de plus ; il a d'ailleurs, approfondi fon
fujet , & c'eft un autre mérite qu'il a tout
feul . Nous allons mettre le Public à portée
thenien enig
d'en juger . Après avoir annonce qu'il v
M
chanter les avantages de la Liberté, il ajoute
n'en peu de moftefs dignes de les chanter 003
Je crois l'étre , du moins je ne fais poiffe e ne point datter," P
Je n'ai pointa des Grands étápanos Ouvrages,
Décoré de leurs noms le faîte de mes pages.
Si j'écrivis un mot , c'est toi qui l'as dicté ,
J'ai vécu pour toi feule pour la vérité ,
روتملا
va
Quoiqu'on ait reproché à M. Gudin de
manquer d'ordre dans fon Difcours , de
toutes les Pièces qu'on a faites fur ce fujet ,
c'eft pourtant celle qui a le plan le plus fuivi.
Il parcourt d'abord les faftes de nos aïeux ,
& fair, avec beaucoup de clarté , une peinture
très- animée du Gouvernement féodal.
DE FRANCE. 185
Cette
pe ans
eft d'une heureuſe précision
dans les trois vets fuivans :
21 och Touping ( 292017DC ammollism
-Dans la confufion fur d'Europe étendue pb 29251
Les titres étoient touth Phomme feal in croit tiens
-Efelaves ou tytans , huil étoit Cityen lig
sung to smo ut dol 12 5 29v
2 ) Sugerigle premierativas laifrance de ocet
Erat d'anarchies Etat gigrices à fou courage
& falpolitiques fortits de fa langucur
mortelle, & l 2902il 295 3059 2067% egon
y no basu jalma une alega al enginee
L'homme moins opprime connut une Patrie
300906570II 521159 JUST TI
lindulties boil .
On vit naître l'honneur & germer l'ine
life Richelieu" acheva l'ouvrage de Suger ; en
' affermiffant le Trône il tendit la liberté aux
Sujets , ceux- ci en furent plus heureux , &
le Souverain mieux obéi . Tel eft le plan de
M. Gudin , on voit qu'il eft fage & regulier . Citons encore
un vers , c'eft le
régulier.
plus beau de
toute la Pièce , & l'un des plus philofophiques
qu'on ait faits mom ub , ambi ziono al
Le Roi d'un Feuple libre eſt ſeul un Roi puiſſant.
.299£q 29m ob erîŝi al zmon zugl´ak broom !
3fb.b an'] iup iur fleb , 10m nu aivins's
ob uibo
sh ,
bridy el mog Lalal for woq pɔby feit
'upiouQ Més
no anish sabr b Tompse
19 25 mil 291ift & none 2926i¶ oleorget
ivint aulq el only of up slip surtig , dan
is 2011 ob 29fint zal biodeb
c -aise le sb quooured sovint
debol momainsywod ub 59min£-2913 :
q
186 MERCURE
20 (091 43 20ms)
TO S e
Ronnis : PEÑO ‹T A CLES. 297buot
9719gaxa solis, ang Helm nobisimbs'l job
Sitio ob stilidilistar
ICOME DIE ERAN ÇOL$F• b
191919 191nalang sb ;
IWE Same dit vingt Octobre , on a remis
Olympie , Tragedie de Voltaire.lbusigach
Cet Ouvrage , mis au Théâtre le 17 Mars
1764 , avoit eté imprimé un an avant d'être
jone , & d'impreffion n'avoit point parle en
fa faveur, aufli la première reprefentation
furielle ouageute la feconde eut plus de
fuccès , meanmoins on continua de regarder
detten Tragedien.comme une des plus més
diocres productions de Voltaire, Quant aux
Écrits Périodiques , ils s'expliquerent trèsdiverſement
fur elle, Voltaire vivoit alors ;
il écrivait fur toutes les matières , tantôt
avec le courage d'un Philofophe qui veut
éclairer des hommes , tantor avec l'ardage
d'un Ecrivain, accourume à fronder ouver
rement les préjuges & les opinions, &
d'une part il s'étoit fait un monde dieanes
mis , de l'autre il avoit une cabale puiffance;
en conféquence, on fe livra des deux côtés à
tous les excès auxquels la prevention ens
traîne. Seize années écoulées & la mort du
Héros ont un peu atténué l'énergie des ent sent
thouhaftes & la haine des détracteurs. Il
exifte pourtant encore des arfenaux où les
uns forgent des pétards qu'ils lancent de
2
DE FRANCE. 187
temps en temps fur le tombeau du grand
Homme , & où les autres preparent des
foudres qu'ils deftinent a punir les profanes ,
dont l'admiration n'eft pas affez exagéree
pour croire à l'infaillibilite de Voltaire. Rire
de toutes ces fidientes fureurs eft le parti
qu'il faut prendre ; de prefenter la verité telle
qiron le võit , võilàfè ? qu'on doitraux gens
defintéreffes , & c'eſt le parti auquel nous
nous fixons , sodŢ parent , Ser12 ÞJ
* Olympie n'eſt point un bel Ouvrage į
mais on y trouve de très grandes beautest
Le caractère de Callandrea dela fierté de
la noblete , de l'energie & de la fentibilitéz
il contrafte heureufement avec celui d'An
figone , qui pourroit séanmoins êtrennarqué
affe plus grande traits 2 Celur diOlympie
eft fo be, ainfi que celui de statira 'action
eft intereffante pendane les rois premiers
Actes , elle ceffe de l'être dans les deux autres.
Du moment où glych pie begouvé lamères
où elle à la que Calfandrera empoisonnéifon
pere,qu'il a porte le poignard dans le fein de
Statira on fent que cette malheureufe Prins
ceffe doit étouffer Vamour que Caffandre lui
amfite maison fent au qu'elle ne peut
époufer Antigone ; dès lors tome incertitude
ceffe plus d'efpérance plus d'intérêt . Les
perſonniges d'ailleurs ne font que répéter
dans les deux derniers Actes ce qu'ils ont dit
plus d'une fois dans les précédens ; & malgré
la mort de Statira , malgré le bûcher qu'on
lui dlève, & dans lequel le précipite Olym
188 MERCURE
pie , malgré la fin tragique de Caffandre ,
le dénouement n'a rien de touchant , & neft
aux yeux des gens de goût qu'unog nu sioss II
Enea fement Phoibles aventures.
-1Ddas les Ouvrages médiocres, des grands
sun 72contre toujours
2010V 20on
Hothes ?
Te caractère .
ju
wiehdopak
cütque
amt de chifmatite
; un retrouve ce paracet
tère dans Olympie: Avec quel plaifir 99
entend ces vers dans la bouche de Hiero
phantem
251 209 21
Has 9506 11091 90191099
vich up Hélas ! tous les humains
ont besoin de clémence, J
Si Dieu n'quyroit
fes bras qu'à la feute innocenciol
Qui viendroit
dans ce temple antener les Autek ? ǝb Dieu fit du repentir la vertu des mortels
a mo [ ii la
Telleſt l'ordre éternel à qui le m'abandonne
Que la terre eft coupable
, & qué le ciel pardonners
.I
do
aula.pl
, aquioll5556
200
2016 21
sido
Voilà le langage d'un Miniftre des Autels
c'eſt à ce langige que l'on reconnoir
l'Oracle
d'un Dieu de paix , & que lame te fent pea nérrée de refpect & d'amour pour la Reli- gion. On pourroit citer un grand nombre de tirades aufli belles & plus longues
que celle b
ci, quoique moins attachantes
par leur objet
mais il faut fe bornegal'espace
qui nouerefte
& appliquer
à Voltaire ces deux vers que die Caffandre
à Antigone
en parlant d'Alexandres
QUP STIDIO 1827 not 36 molin el ab 9013
Vers Olympic , Scène Vodu toimub
& qu'on croiroir pris de la tharfale de Brébeufidé
abgundo fa alla S
ibnshlo É FPRºA N C E.
farduerai fes
défauts ; mais
,
qui qu'il en puifle être
Il étoit ungrand Homme , & c'étoit notre Maître,
Avant d'achever cet article , nous , obferverbis
que tous avons vu
prife les Prêtrelles qui accompagnent l'Hier
on Yaves quelque fur -i
rophante , potter pour ornement de cohdans
le Teniple d'Ephele , ce qu'on appelle ann
jourd'hun des Croix à la Jeannette, Nous ob
encore
Son
Pendant
le
récit
que
Statira fait de les malheurs , les mêmes Prêt
treffes qui doivent écouter ce récit avec au
tant d'attention que d'attendriffement , caufoient
deux à deux, & rioient probablement
des petits événemens domeftiques qu'elles fe
racontoient. Il ne faut pas s'étonner après !
cela fi l'on néglige l'illusion théâtrale dans les
objets principaux , puifqu'on n'a pas même
l'attention de veiller aux acceffoires les plus
fimples Quesdfivecht devenit les talens dans
deveneraires
un Theatre.com d'on n'a pas plus de refpect
pour l'Arts & porte Publicting sb word
des
Mi la Rive airenar la plus grande partie
du rôles de Calandre avec beaucoup
d'intelligence & ddful sdevons
éloges à Mille Rocour dont le talent
pris dans lep Pestanage ! de Statira , un
effor qui donne les plus hemcules elperances,
elle yla inntré de l'esanden , de la vérité
, de la raiſon , & l'on peur croire que
du travail & du courage la rendront propre
à bien remplir l'emploi des Remes , dont
elle eft chargée .
AM RACIREA
2617296 907,20over silouple d t
ub dojam Ali VoURES
Tol.
asiq 291 2b 21usluoɔ 29h iolqnisl sb 8 sgaoism
U
N'MEDALTON d'un platre très fin r
Jeftant M. le Comte de Maurepas & fon revers de
Médaille. Prix de chacune fous glace plaire
To fols , & en rouge in maftique compore de
foufre , & ne changeant jamais de couleur
A Paris, chez aire , de l'ancienne Académie de
S. Lue , rue des Prêtfes - Saint- Germain- l'Auxerrois.
M sb ollam , 5000d702 al 251g PropsM 256 901
Defcription Générale de la France, Gouverne
ment de l'Ile de France. Dixième Livraiſon. Elle
commence au N ° . 21 & finit au N°. 28. >
6.
Le No. 21 efla condd Vae dh lalais de Trianon,
prife du côté de l'entrée, Cette Vue fait pendant de
celle qu'on a donnée dans la précédente Livraison .
II Le No : zz eft la quartième Vue de Verfalles
prire de la grille qui fepare la cour du Château
d'avec celle des Miniftres. On y a repréfenté le monicht
du les Gardes Françoiles & les Gardes Stifles
font fous les armes en attendant le Ro
2:
X
-is Le NoA-23 eft une cinquième de la ville du
Château de Versailles , pine de la liauteur du bois
de Satory ville menrods!
Le No. 24 , Vue de la ville de Pontoife ! prife de
la plaine de Montbuiffon.
C
Le No. sepréfente la Vue du
Montmorenci
specente
Montmorenci , prife du village de Deuil.
sb
XUD
Château de
ci - devant
TI
Le No. 26 eft la Vire de l'e Adam , prife , du
bas des ferraffes da pare en face du Château.
ab 3991
Le No. 24 eft la première Vue de Paqueduc
d'Arcuell pite dans l'enclos du vieux Chateau.
Se No 28 Le
die leng pritesVines d ( callar
la mene feuille. Ces Eftampes te trouvent Paris ,
DEяFRAINI CAE. 191
chez Née & Mafquelier , Graveurs , rue des Francs-
Bourgeois.
Étude pour le lais où il efa fait mention du
mélange & de l'emploi des couleurs dans les plans
de fortifications & las Cartes Topographiques, but
Je heur,Panferon aution Profeffeur de Delfin à
l'Esple Royale Militaire, ci devant Infpecteur des
Bâtimens de SAS. Monfeigneur le Prince de
Conti , & Profeffleurisms 10632
ab Get Quyrage utile aux Architectes , Ingenieurs
& Arpenteurs, fe vend 6 liv. A Paris , chez l'Autent,
rue des Maçons , près la Sorbonne , maifon de M.
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différentes méthodes qui peuvent abréger l'étude de
cette Science & en faciliter l'ufage , par le P. Buffier,
onzième Édition , revue , corrigée & augmentée ,
par M. Pingré , Chanoine Régulier & Bibliothécaire
de Sainte Geneviève , de l'Académie Royale des
Sciences , Aftronome général de la Marine , 1 Vol.
in- 1 de 452 pages , auquel on a joint un Traité de
la Sonère & des Cartes A Paris , chez Barrois l'aîné,
Libraire , quai des Auguftins , près le Pont Saint
Michel.
TABLE.
147
176
VERS à M. César Faucher , Sermons de M. l'Abbé “Cam-
Officier de Dragons , 14 bacérès ,
Chanfon à M. le Comte de Difcours en vers fur l'Aboli-
S*** tion de la Servitude dans les
Le Philofophe Amoureux , 148 Domaines du Roi ,
Enigme & Logogryphe , 151 Comédie Françoiſe ,
Hiftoire de France , # 13 Gravures ,
Mémoires fur les Fièvres & fur Mufique ,
la Contagion ,
1
183
186
190
191
171 Annonces Littéraires , ibid.
AP PROBATION.
J'AII lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Octobre. Je n'y ai
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreilion. A Faris ,
le 26 Octobre 1781. DE SANCY.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
Z
10 .
RUSSIE.
De PÉTERS BOURG , le 28 Août.
LE Comte de Panin eſt attendu ici vers
le 15 du mois prochain ; le féjour qu'il a
fait fur les terres a , dit- on , parfaitement
rétabli fa fanté , que le travail avoit altérée
le repos étoit le véritable remède dont il
avoit befoin .
Le magafin de chanvre qui avoit été fi
fort endommagé par l'incendie de l'année
dernière eft non- feulement tout- àfait
réparé , mais il en a été encore bâti un
autre auffi grand , fur un terrein fort éloigné
du premier , afin que s'il arrivoit un
défaftre pareil à celui que l'on a effuyé , la
perte des Marchands ne foit pas auffi confidérable.
La quantité de nouveaux édifices ,
tant publics que particuliers , qui fe conftruifent
dans cette Capitale , eft inconcevable;
dans prefque toutes les rues , & là où
6 Octobre 1781. a
2
( 2 )
il n'y avoit autrefois que des cabanes , on
voit s'élever des palais magnifiques.
DANEMAR CK.
De COPENHAGUE , le 12 Septembre.
NOTRE Compagnie des Indes orientales
a perdu un de fes vaiffeaux , auquel le feu
a pris , & qui a totalement brûlé dans la
rade de Canton , en Chine. Les Directeurs
de cette Compagnie & ceux qui ont part à
fa direction & à fes bénéfices , fe font réunis
pour préfenter une requête au Roi , ils
fupplient S. M. de vouloir bien leur accorder
un autre vaiffeau à la place de celui
qu'ils ont perdu , & que l'état des finances
de la Compagnie ne permet pas de remplacer
auffi promptement qu'il feroit néceffaire
pour fon commerce .
30 navires Anglois , dont la plupart fortent
du port de Pétersbourg , font arrivés
dernièrement à Elfeneur , avec d'immenfes
cargaifons de munitions navales , & fur-tout
de bois & de chanvre. Les Anglois ne fe
contentent pas de venir eux-mêmes dans la
Baltique charger ces munitions , ainſi que du
bin , du goudron & du fer ; ils employent
auffi des navires neutres , & en particulier
ceux de Dantzick. Les François & les Elpagnols
ont auffi fait de grandes proviſions
de ce genre cet Eté dans la Baltique ; les
Anglois n'ont eu garde d'inquiéter les navires
neutres dont ces Puiffances fe font
( 3 )
fervis ; ils n'ont pas cru devoir avoir partout
les mêmes procédés qu'ils ont eu avec
les
Hollandois.
SUÈDE.
De
STOCKHOLM le 12
Septembre.
>
ON s'occupe
beaucoup ici du projet formé
pendant la dernière Diète , pour une
affurance générale des édifices
incendiés
& d'un règlement à obſerver lorſque le feu
fe
inanifefte quelque part. Le Roi avoit fait
remettre ces deux projets aux chefs des
divers
départemens pour favoir leur fentiment
fur ces objets ; comme ils fe font
trouvés très-oppofés , S. M. a confié l'examen
de cette affaire au Baron Charles de
Sparre , à M. Samuel Sandels , M. de Stokenftroein
, au Bourg-meftre
Eckerman ,
& à
l'Affeffeur
Lagerhielm.
I
Le
Collége de la
Chambre
Royale a publiéune
Ordonnance qui
fufpend , à
compter
dui de ce mois jufqu'au 1 Mai de l'année
prochaine , tous les impôts & droits fur
les bleds
importés de
l'Etranger ; cette fufpenfion
va
jufqu'au 1 Juin pour ceux qui
viendront
d'Archangel. Tous les navires
étrangers , fans
exception ,
jouiront de la
liberté dont
jouiffent ceux de la Nation
d'apporter des bleds ici.
Les
derniers avis que la Cour a reçus
du
Chevalier
Grubbe , qui
commande l'efcadre
du Roi ,
portent que cette
efcadre
a 2
( 4 )
après avoir refté quelques jours à Fleckero ;
en Norwege , en avoit remis à la voile , &
que les navires & les équipages étoient en
bon état.
ALLEMAGNE
De VIENNE , le 14 Septembre. ………
>
L'EMPEREUR arriva ici le 7 de ce mois ;
le 9 il affifta à la proceffion folemnelle qui
fe fait annuellement à pareil jour , en actions
de graces de la levée du fiége de cette Capitale
par les Turcs en 1683 ; la nuit du
même jour il partit pour aller voir le camp
de Moravie , d'où il paffera en Bohême . On
croit qu'il pourra bien faire un voyage à
Triefte , Fiume & Zeng , pour vifiter ces
trois ports de mer , que fon intention eft
dit-on , de voir encore cette année . Il peut
en avoir le tems jufqu'à l'arrivée du Grand-
Duc de Ruffie , qui n'eft plus attendu que
vers la mi-Novembre , parce que le départ
de ce Prince & de fon époufe ne doit avoir
lieu que lorsqu'on fera fûr du fuccès de la
petite vérole que l'on vient d'inoculer aux
deux jeunes Grands Ducs. Le couronnement
de S. M. I. eft , à ce qu'on affure , renvoyé
à Pannée prochaine.
sa
On apprend de Bade qu'il eft défendu
d'exporter hors du Royaume de Hongrie des
efpèces en argent , depuis que l'on s'eft apperçu
que les Grecs qui en font ordinaire(
5 )
་
ment le commerce , en tranfportoient une
très-grande quantité en Turquie.
On dit qu'à l'avenir il y aura dans cette
Capitale 10,000 hommes en garnifon. Il
fera aifé de les loger , nos cafernes font
très-vaftes & très-belles .
Les dernières lettres de Conftantinople
portent , que le 8 du mois dernier une des
Sultanes du Grand- Seigneur eft accouchée
heureuſement d'une fille.
De HAMBOURG , le 16 Septembre.
I
LA croifière de l'efcadre Suédoise pour
la protection du commerce & de la navigation
des neutres , devoit finir le 8 de ce
mois ; des ordres envoyés à l'Amiral Grube
qui la commande , la feront prolonger encore
quelque tems ; on prétend inême qu'elle
durera tant qu'on attendra des vaiffeaux
Hollandois dans ces parages . La Confédération
neutre confidère naturellement cette
Nation fous un autre point de vue que les
autres Nations en guerre ; elle doit être à
fes yeux à la fois neutre & belligérante ,
en vertu de leur traité avec elle & de la
déclaration de la Grande-Bretagne ; on ne
voit peut être pas quel avantage il en résulte
pour les Hollandois ; on ne les empêchera
pas de fe battre , & ils doivent fentir que
c'eft à eux à fe mettre en état de n'être
point battus , à n'attendre dans le Nord
que des médiations , & à fe tourner ailleurs
pour avoir du fecours .
a 3
( 6.)
Selon les lettres de Londres les Miniftres
de Pétersbourg & de Berlin ont donné connoiffance
à la Cour Britannique de l'acceffion
du Roi de Pruffe à la neutralité armée
& cette notification a été froidement
accueillie. On connoit les mouvemens que
cette Cour s'eft donnés pour mettre des
entraves au commerce des bois de conf
truction que faifoient les Hollandois en
vertu du traité de 1674 ; on demande ce
qu'elle fera pour empêcher les Pruffiens
de s'emparer de ce commerce ? L'article
2 de l'Ordonnance de Sa Majefté Pruffienne,
du 30 Avril , montre affez qu'elle ne fouffrira
pas qu'on apporte aucun obftacle à
fes fujets .
Les Navigateurs Pruffiens , eft-il dit dans cet article ,
peuvent , fur des navires Pruffiens , apporter toutes
les marchandifes qui ne font ni prohibées , ni des
munitions de guerre proprement dites , aux Puiffances
belligérantes , auffi-bien qu'aux neutres ; &
S. M. attend de l'équité & de l'amitié des Puiffances
en guerre, qu'elles ne permettront pas que les navires
Pruffiens , chargés de mâts , de bois , de chanvre
de goudron ou d'autres effets femblables qui ne font
pas des munitions de guerre proprement dites , mais
qi par la fuite peuvent le devenir , foient , par leurs
vailleaux armés , moleftés , enlevés , & par - là le
commerce Pruffien ruiné. S. M. Pruflienne promettant
de s'intéreffer vivement pour la caufe de
fes fujets dans tous les cas de cette nature c
Selon les mêmes lettres de Londres , le
Ministère Britannique n'a pas reçu avec
moins de froideur la propofition qui lui
a été faite par les Cours du Nord , relati(
5 )
vement à une fufpenfion d'armes entre la
République des Provinces-Unies & la Grande-
Bretagne.
S'il en faut croire des lettres de Pologne
, les Ruffes au nombre de 8000 hom .
ines font entrés en Podolie ; & à Choczim
la garnifon Turque a été augmentée jufqu'à
10,000 hommes ; on fe propofoit de
la renforcer encore.
&
»Le paffage des fauterelles , écrit- on de Lemberg, a
fait beaucoup de mal dans cette province , dont plu
fieurs endroits ont été ravagés , & fur-tout Snyatin ,
où l'on en vit fondre quelques effains les Aoûr ;
ils ne formoient que l'avant - garde des troupes plus
nombreuses qui pafsèrent le 12 , dirigeant leur route
fur Horodenka , & plus loin. Lorfqu'on les vit partir ,
on fur fort furpris de les voir voler 6 heures de fuite .
fans fe repofer , & formant un nuage épais . Leur
nombre doit être bien plus grand en Podolie ; un de
nos Négocians , que les affaires y avoient appellé ,
dit que chemin faifant , il avoit vu une étendue de 7
milles de Pologne , qui en étoit toute couverte ,
en bien des endroits un pied de haut les unes fur les
autres. Cela préfage , pour l'année prochaine , une
famine inévitable , fur-tout depuis que la fécherelle
& les chaleurs ont laiffé à peine aux gens de la cam→
pagne de quoi fubfifter . On a dû obferver depuis
plufieurs années , ajoutent les mêmes lettres , que
l'on pouvoit employer avec avantage les écus de
convention , tant de l'Autriche que de la Saxe &
autres pays dans les places de l'Empire Ottoman ;
il n'y avoit prefque pas de Turcs qui ne cherchâffent
de tous côtés à s'en procurer ; mais on remarque
actuellement qu'au lieu de chercher à en ramaffer ,
ils les donnent eux-mêmes en paiement «.
On apprend de Drefde que le Prince Chara
4
( 8 )
6
les Maximilien , frère de l'Electeur de Saxe ;
y eft mort le 8 de ce mois , à la fuite d'une
maladie de langueur , âgé d'environ 29
ans.
ITALI E.
De LIVOURNE , le 6 Septembre.
LES deux familles du Gouverneur de
Mahon & du Capitaine du Port , ainfi
que les autres Angloifes arrivées ici de
Minorque fur un bâtiment Vénitien , ayant
fini leur quarantaine , ont été admifes à pratique
; on a fu par ces paffagers' que c'eſt
la nuit du 19 au 20 du mois dernier ,
que le Duc de Crillon a débarqué , &
qu'il étoit maître de toute Ifle , à l'exception
du fort St - Philippe .
Le Grand-Duc a fait préfent à l'Arche
vêché de Florence de la inaifon & de l'Eglife
Abbatiale de Fiefole , ci- devant occupée
par les Chanoines de Latran , avec
tous les revenus qui y font annexés . On
croit que l'Archevêque en fera un Séminaire.
S. A. R. a fait défendre à tous les Reli
gieux de quelque inftitution qu'ils foient
de fe mêler à l'avenir de la direction ſpirituelle
des Couvens de Religieufes ; il leur
eft encore enjoint de remettre à ces Couvents
les livres qui pourroient leur appar
tenir. (
7
29.00) 19LTA
Selon les lettres de Naples , on a appris
12
2077260-2013 262 979m 140 21
9 h
que deux galiotes du Roi fe font emparées
près de la Sicile d'un chebec barbarefque
ayant à bord so hommes , & qui conduifoit
en amarre 2 petits bateaux qu'il avoit
pris un peu auparavant fans les équipages ,
qui avoient eu le bonheur de fe fauver à
terre . Ce convoi a été conduit à Trapani .
ESPAGNE.
22 *
De MADRID , le 12 Septembre.
,
LE fecond Officier que M. le Duc de
Crillon a envoyé pour rendre compte au
Roi de la fituation de fon armée , eft venu
preffer en même - tens l'embarquement des
renforts qui lui font deftinés , & fur- tout
celui de la groffe artillerie qui lui eft , néceffaire
aujourd'hui qu'on voit beaucoup de
facilité à réduire le fort St Philippe . La
légère contufion que le Général a reçue
ne peut avoir aucune fuite fâcheufe ; elle ne
l'a pas empêché de fortir tous les jours & de
faire toutes les difpofitions néceffaires pour
refferrer de plus en plus les forts enne
mis, Le Commandant de la Marine de fon
côté aoré au Général Murray tour espoir
de recevoir aucun fecours par mer. Ses
vaiffeaux & fes petits bâtimens de guerre
bloquoient le port & toutes les anfes voi
fines. Les matelots enhardis par les premier
fuccès , font rentrés dans le port , &
parvenus jufques fous les glacis de la place ,
ils ont enlevé trois gros navires qu'ils n'aa
s
( 10 )
voient pu emmener la première fois qu'ils
abordèrent les trois frégates de guerre dont
ils s'emparèrent. On imprime les dépêches
de nos Généraux relatives à cette expédi
rion , ainfi que l'inventaire des effets &
des denrées dont ils fe font rendus maî
tres , & qu'on dit être immenfes.
Une goëlette de la Martinique , écrit-on de
Cadix , arrivée dans ce port le 6 en 40 jours de
traverfée , nous apprend que le 29 Juillet , jour de
fon départ de Fort-Royal , le convoi de Marſeille
qui s'étoit arrêté ici pendant quelque - tems , & qui
en étoit forti fous l'escorte de 3 frégates le 28 Juin
dernier , avoit heureuſement mouillé à Fort Royal.
Il auroit couru les plus grands rifques , s'il fût
arrivé deux jours plutôt aux attérages de la Martinique
, l'Amiral Rodney ne s'en étant éloigné que
le 27 , deux jours avant l'apparition de ce convoi.
Le Journal d'Algéfiras du 24 au 29 du
mois dernier , contient les détails fuivans.
Il est entré dans la place deux bélandres ,
mais on
ne ' eft pas apperçu qu'elles ayent apporté des munitions.
Ces navires ne portent ordinairement que
les dépêches de la Cour de Londres. Le feu de la
place a été très modéré pendant les 7 à 8 derniers
jours , & nous avons réglé le nôtre fur celui des
ennemis. Ils travaillent toujours avec beaucoup
d'empressement à augmenter les parapets & les for
tifications , plaçant derrière elles quelques batteries ,
dans l'intention , fans doute , d'incommoder davantage
nos barques lorfqu'elles s'approchent. La nuit
du 27 , ces barques , commandées comme ci- devant
par D. Géronimo de Bueras , fortirent & prirent la
pofition la plus avantageufe pour battre les lignes de
la place ; elles firent un feu très -vif , & causèrent
dans ces lignes un incendie qui augmenta pendant
--
( in )
affez long-tems ; mais cette circonftance qui , d'un
côté , nous fervoit à mieux diriger notre feu , nous
devint nuiſible de l'autre , en ce que la grande flamme
qui s'éleva en l'air , & qui éclaira toute cette partie
de l'horifon , rendit plus vifible la pofition & la
diftance refpective de nos barques canonnières & bom.
bardes. En effet les ennemis firent jouer fur elles
toutes leurs batteries , à boulets & à mitrailles ,
deforte que nous eûmes deux artilleurs bleffés ; cependant
elles continuèrent leur feu jufqu'à ce que le
vent & la mer les forcèrent de fe retirer , ce qu'elles
exécutèrent dans le meilleur ordre. Une tartane
marchande a difparu de la baie la nuit du 28 , &
ron croit qu'elle a été dans la Méditerranée. Deux
grenadiers du 73e régiment ayant defcendu la mur
furent apperçus ; ontira fur eux du canon à mitrai
les ; l'un fut tué , l'autre qui a eu le bonheur de fe
fauver , n'a rien déposé .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 22 Septembre.
Le retour de l'Amiral Rodney , dans un
moment où la nation le croyoit occupé à
juftifier la promeffe qu'il avoit faite à l'Amirauté
de prendre fa revanche fur M. de
Graffe du combat malheureux de l'Amiral
Hood , & de la perte de Tabago , a caufé
un mécontentement général ; les alarmes
qu'on avoit au fujet de New Yorck , & que
l'on cherchoit vainement à fe déguifer , paroiffent
augmenter ; on s'attend à recevoir
bientôt de ce côté les plus fâcheufes nouvelles.
On affure , & cela eft vraisemblable ,
que le Général Clinton a demandé à diffé
3.6
( 12 )
rentes repriſes au Lord Germaine , un rengu
fort de troupes , fans lequel il déclare qu'il
ne peut répondre même des opérations dé
fenfives , parce qu'il fera obligé d'avoir
moins de poftes , & d'affoiblir infiniment ,
par là fa confiftance dans le pays . D'un autre
côté on dit que le Lord Cornwallis a fait last
même demande d'un renfort au Ministère , &
par la même raifon, parce qu'il lui eft impofli
ble de rien opérer de décifif fans un corpso
fuffifant & fur- tout de cavalerie dans un
pays très ouvert. Mais le Gouvernement n'a
point répondu aux voeux de ces deux Généraux
qu'il laiffe dans l'embarras , & dont
nous apprendrons peut- être des défaftres .
qu'on auroit pu prévenir.
"
है
On eft très- inquiet fur l'iffue du fiége de
New-Yorck que M. de Graffe doit aller favorifer
par mer & auquel on fait que l'Amiral
Hood ne peut oppofer que des forces
inférieures , qui fe trouvent encore diminuées
par le Gibraltar de 80 canons que,
PAmiral Rodneya jugé à propos de ramener
& par le vaiffeau de 60 qui efcorte la flotte
de la Jamaique. Les partifans de cet Amiral
avoient tant fait de bruit de fes, talens que
la Nation y avoit la plus grande confiance ;
elle a commencé par regarder fon retour ,
comme nuifible aux opérations militaires...
qui demandent un homme hardi ,mentre÷15
prenant & actif ; mais on eft revenu de 1,
l'opinion qui attribuoit toutes ces qualités }
à l'Amical Rodney, Qu'a t-il fait en effera !
{
( 13 )
1 dans fa longue campagne ? Il s'eft emparé de
Saint Euftache Ifle fans défenſe , & qui
devoit le rendre à la première fommation ;
il a été forcé de renoncer à fon entrepriſe
fur Saint-Vincent ; il a même échoué à la
tentative qu'il a faite fur la petite Ifle de i
la Defirade ; & il a laiffé prendre Tabago."
Toutes ces obfervations portent la Nation '
à croire que nos forces navales feront mieux
fous les ordres de l'Amiral Hood que fous
les fiens ; on regrette feulement qu'elles ne
foient pas plus confidérables. Le Gouvernement
fonge bien à les renforcer du Prothée
& de l'Agamemnon de 64 canons ; mais il
faut que ces vaiffeaux arrivent en Amérique
; iront- ils aux Ifles chercher l'Amirali
Hood , ou iront- ils , tout droit à New Yorck,
où il paroît qu'il doit avoir fuivi les Fran
çois ? Ils n'ont que l'une de ces deux routes
à prendre , mais jufqu'à ce qu'ils foient parvenus
au terme de leur voyage , il fe fera
paffé bien des chofes qui peuvent rendre leur
arrivée inutile ; d'ailleurs ce renfort eft- if
proportionné aux befoins ?
Cette fituation des chofes , donne lieu aux
réflexions les plus fâcheufes contre l'Amiral
Rodney. Ses amis , fes ennemis & les perfonnes
impartiales , s'étonnent qu'il ait ofé
revenir ; les uns & les autres ne voient dans
cette démarche que l'effet de l'envie qu'il
avoit de mettre à l'abri de tout accident le
fruit de les déprédations & de fes brigandages
, ( tout le monde tranche à préfent le
1
( 14 Į
mot) , à St-Eustache. Pour le fauver plus
fûrement , il a quitté la flotte des Ifles qu il
devoit eſcorter jufques dans nos ports , inais
il a fenti qu'il lui étoit plus facile d'éviter les
ennemis en marchant feul qu'avec un gros
convoi. Son Adjoint , le Général Vaughan ,
revient auffi ; mais on n'a pas appris fans
quelque furprise que l'Amiral au lieu de le
prendre fur fon vaiffeau , l'ait laiffé s'embarquer
à bord d'une mauvaiſe frégate ; on
en conclut qu'il s'eft élevé quelque démêlé
entre l'Amiral & le Général. Ils fe font parfaitement
accordés lorfqu'il a été queftion
de piller St-Eustache ; on préfume qu'ils ne
l'ont pas été lorsqu'il a fallu en venir au
partage. C'est ce qui arrive ordinairement.
Où fera le trouble , s'il n'eft pas en enfer
dit à cette occafion un de nos papiers ? On s'attend
que les deux Généraux donneront à la Nation
quelque fcène ſcandaleuſe ; on ne doute pas
que le Colonel Ferguffon , ci-devant Gouverneur
de Tabago , & qui eſt arrivé depuis quelque tems
ne demande à Rodney ce qu'il entendoit par cette
expreffion au fujet de la prife de Tabago , dont il
étoit fi étonné , qu'il falloit qu'il fût arrivé quel
que chofe de bien extraordinaire. Déja quelquesuns
de ces paragraphes , avant - coureurs des
grandes querelles , tels que ceux qui parurent après
le combat d'Oueffant , fe gliffent dans nos feuilles
publiques ; quelques amis de l'Amiral ont répondu
& ont récriminé , c'eft de cette manière
que s'embarqua la fameu e affaire de l'Amiral
Keppel & de Pallifer , qui finit par priver la Nation
du fervice utile de deux Officiers qui avoient
l'un & l'autre des talens & de l'expérience. A
15 )
cette occafion on ne fauroit trop applaudir à la réflexion
d'une de nos gazettes , qui , après avoir
parlé d'un démêlé furvenu entre un Amiral François
& un Officier foas fes ordres , ajoute : -
Nos ennemis ont comme nous leurs Keppels &
kurs Pallifer ; mais tel eſt l'avantage des Gouvernemens
, où la bonne & mauvaiſe conduite de
fes fujets s'examine dans le filence du cabinet
que l'Univers ne fera point fcandalifé de l'éclat
que produifent parmi nous ces fortes de difcuffions
; & la publicité des délits qui trouvent une
punition dans le filence même , auquel on les condamne
, n'ira pas de bord en bord allumer dans la
flotte ennemie l'efprit de parti & de faction " ,
Nos nouvelles des ifles portent qu'on
n'eft pas fans inquiétude à la Jamaïque . Auffitôt
qu'on afu que M. de Graffe étoit arrivé au
Cap ,on a craint qu'au lieu d'aller à Rhode
Ifland , il ne fe réunît à D. Jofeph Solano ,
& qu'il ne fit une entrepriſe fur cette ifle.
Nos lettres qui font du 31 Juillet , portent ,
que tant que les François refteront dans
cette ftation , les habitans , en vertu de la
proclamation de la loi martiale , fe mettront
fous les armes . On ne croit pas en général
ici que ce foit l'intention de nos ennemis
de deſcendre dans cette ifle , ils s'occupent
fans doute au Cap à embarquer des troupes ,
pour les conduire à Rhode Island ; mais dans:
l'incertitude où ils laiffent les iffes fur leurs
projets , l'Amiral Hood doit refter auffi dans :
ces parages ; & fi M. de Graffe fe rend
enfuite à Rhode-Iſland , il force par - là l'A-`
miral Hood à ne partir qu'en même- tems
( 16 )
pour New-Yorck , où cependant il feroit
intéreffant qu'il le prévînt.
Un courier arrivé le 19 au foir de Plymouth
a rapporté que l'efcadre de l'Amiral
, Darby confiftant en 26 vaiffeaux de ligne
& 7 frégates , étoit le 17 à la hauteur
de Start , & que 2 autres vaiffeaux ſe diſpofoient
à appareiller pour l'aller joindre.
A préfent qu'on fait la flotte combinée
rentrée , il a moins befoin de forces fupérieures.
Si nous nous félicitons de ce
qu'elle n'a rien fait , nous ne pouvons nous
diffimuler que fon apparition fur - nos côtes
nous a réduit à l'inaction ; que pendant
ce tems aucun renfort n'eft partis pour les
différentes parties du monde où il étoit
néceffaire d'en envoyer .
Nous avons donné dernièrement le précis
des nouvelles de l'Inde , nous y joindrons
ici les détails que la Compagnie en
a publié le 18 de ce mois.
La Compagnie a reçu par la voie de terre des
Lettres de Bombay , en date des 31 Mars & 30
Avril 1781 , par lefquelles elle eft informée que
les Marattes ont refufé les propofitions de paix
qui leur ont été offertes . Toutes les acquifitions
que le Gouvernement de Bombay s'étoit propofé
de faire dans le cours de la guerre ayant été faites,
il a pris , de concert avec le Général Goddard , la
réfolution de borner les opérations militaires à un
plan de pure défenfe ; de veiller à la fûreté & à la
confervation de ces acquifitions & des autres pof
feffions de la Compagnie , à la fûreté de Bombay
à la tédiction des dépenfes extraordinaires mili
taires , & à protéger , autant qu'il feroit poffibic ,
717 )
―
la Préfidence du Fort- Saint - George. On fit , en con
féquence , les préparatifs néceffaires pour envoyer
à cette Préfidence toutes les troupes de fon Diftrict :
opération qui a dû renforcer confidérablement l'are
mée aux ordres du Général Coote. D'après ce
plan , le Général Goddard évacua Bhoregant , ou
il s'étoit propofé d'établir un poste fortifié , & il
fit marcher vers Panwell , pour y dépofer fes mu
nitions , fes bagages , & agir conformément aut
fystême de défense qui avoit été , concerté. → L'ar
rière-garde, fut confidérablement harcelée dans fa
marche par les corps nombreux de Cavalerie &
d'Infanterie , qui chargèrent les troupes de la Compagnie
avec un degré d'audacé qu'on ne peut attribuer
qu'à la joie extravagante que produifoit en
eux l'apparence d'une retraite. Les troupes de la
Compagnie le comportêrene en cette occafion avec
leur courage ordinaire , & rendirent inutiles tous
les efforts que fit l'Ennemi , foit pour rompre la
ligne , foit pour enlever les bagages. Mais comme
le pays , par fa pofition , favorifoit la manière
dont les Indiens difpofoient leurs attaques , les
troupes de la Compagnie , pendant deux jours de
marche , eurent 3 Officiers & 55 Soldats tués ; 15
Officiers & 193 Soldats bleſſes . On n'a trouvé que
peu d'Européens parmi les tués & bleffés ; mais
le Colonel Parker , qui commandoir l'arriète-garde ,
a reçu une bleffure mortelle . La Lettre du 31
Mars porte , que le Général Coote avoit repris
Carangoly , & que l'Ennemi avoit retiré les trou
pes avec lesquelles , pendant plufieurs femaines , il
avoit affiégé Veloure , Permacoil & Wandiwash ;
qu'Hyder-Aly étoit occupé à enlever d'Arcot fa
groffe artillerie & fes munitions ; mais c'étoit une
opinion générale qu'il ne retireroit pas fon armée
fans hafarder une bataille .
喘
من
Malgré ces bonnes nouvelles , les actions
de la Compagnie font tombées le 19 de 2
eidinog sidral Pop C
( 18 )
t
pour cent. On a été fort étonné de cette
baiffe extraordinaire ; le motif en a d'a
bord échappé à tout le monde ; il paroît
qu'aujourd'hui l'on commence à le foup.
çonner. Les avantages que l'on fait fonner
fi haut , ne font peut-être pas auffi brillans
qu'on nous les préfente ; il eft fi aifé
de fabriquer des nouvelles qui viennent
de contrées auffi éloignées ; avant qu'elles
puiffent être démenties , elles ont déja
produit leur effet . Le tems où le Parle
ment doit fe rafflembler approche ; & il
faut bien que le difcours que le Roi doit
prononcer contienne quelque choſe ; l'Amérique
& les Illes ne préfentent rien de
bien fatisfaifant à dire à la nation ; on s'eft
retourné du côté de l'Inde ; & cette raifon
étoit fuffifante pour exagérer au moins nos
avantages. Ce qui nous fait rabattre beau¬
coup de leur éclat , c'eft que la Compa
gnie a demandé au Gouvernement 4 vaiffeaux
de ligne pour eſcorter la flotte qui
fera prête à appareiller vers la fin du mois
prochain. Cette eſcorte ne fe bornera pas
à affurer leur voyage ; elle fervira à renforcer
nos efcadres dans 1 Inde. Pour nous
tranquillifer , on affure que l'on a fait depuis
peu de nouveaux ouvrages à Bombay
, de manière que cette place n'a plus
rien à craindre.
1
Le bruit court auffi qu'un yaiffeau de
guerre de so canons & 7 vaiffeaux de la
Compagnie venant de l'Ile Ste - Hélène 3
( 19 )
où
font arrivés heureufement à Lisbonne ,
ils fe propofent d'attendre un fort convoi.
Les grandes nouvelles qu'on débite du
Commodore Johnftone ne prennent pas
autant qu'on le defireroit ; on a beau annoncer
des lettres d'un Officier du Renown
de so canons , qui a été à San Salvador
fur la rivière de la Plata , vis - à - vis de Bugnos-
Ayres , où il avoit précédé le Commodore
pour en annoncer l'arrivée aux naturels
du pays ; on ne doute plus ici que
c'eft l'impoffibité de fe rendre dans l'Inde
& la néceffité de fe réparer des dommages
qu'il a reçus dans fa rencontre avec le
Commandeur de Suffren , qui l'ont conduit
dans ces parages. On n'ajoute guère de
foi à fes grands projets fur la côté du
Chili , où il ira favorifer la rebellion , en
paffant par le détroit de Magellan dans la
mer du Sud. C'eft dans l'Inde qu'il rendroit
de véritables fervices à la nation , &
c'eft-là qu'il fe portera fans doute auffi-tôt
qu'il fera réparé.
D'après les difficultés que le floop l'Hélène
a éprouvées pour entrer dans Gibraltar
il eft naturel de conclure que les autres
cutters que nous équipons à grands frais
pour porter des fecours à cette place , ne
pourront échapper à la vigilance des Efpagnols
, fur-tout lorfque l'efcadre de D. Louis
de Cordova fera rentrée à Cadix. Quoique
dife le Gouvernement de l'efpoir que le
Commandant a de tenir bon , nous ne pou
( 20 )
vons nous flatter de conferver cette place.
Mahon , qui l'approvifionnoit de tems en
tems , ne peut plus lui rendre de fervices
& nous ne croyons pas que le Fort Saint-
Philippe puiffe réfifter à l'armée formidable
qui l'a invefti, Quoiqu'on ait tour lieu de
préfumer que le Général Murray & le Chevalier
William Dapper le défendront jufqu'à
la dernière extrémité , la fituation actuelle
de nos affaires nous mettant dans l'impoffibilité
abfolue de leur envoyer aucun fecours ,
tout ce que nous avons à faire , eſt de nous
réfigner de notre mieux à cette perte , &
dé l'imputer aux évènemens de la guerre .
On affure , dit un autre de nos papiers publics
que le Fort Saint Philippe , avec quelque habileté
qu'il foit défendu , ne peut foutenir un fiége de plus
de deux mois , à moins qu'il ne reçoive des fecours
d'Angleterre , que fa Garnifon ne foit augmentée ,
& qu'on ne lui envoie en outre des munitions de
toute cfpèce , attendu que par les derniers Etats des
Revues , il paroît que le Général Murray n'a pas
affez de troupes , relativement aux ouvrages qu'elles
ont à garnir , & à un fervice auffi pénible qui exigeroit
qu'elles fuflent relevées plus fouvent qu'elles
pe peuvent l'être .. Le Gouverneur Murray eſt
un Officier qui joint à une longue expérience , une
bravoure décidée , mais qui malheureuſement l'em.
porte quelquefois par- delà les bornes de la prudence.
Il a été le premier Gouverneur de Québec
après la conquête de cette Place dans la dernière
guerre. Lorsque les François voulurent la reprendre
, au lieu de fe tenir dans la Ville , & de profiter
de l'avantage des fortifications pour le défendre
contre l'Ennemi , il fortit de la Place pour aller
lui préfenter le combat , cù il fut battu complete
( 21 )
ment , & fi complettement même que fi les François
euffent fçu profiter de leur victoire , nous aurions
perdu Québec & toute la Province , & parconféquent
le fruit de trois brillantes campagnes.
Mais il eft vraisemblable que l'âge & l'expérience ,
en mûriſſant la tête , auront amorti cette extrême
vivacité. Ce Général eft frère du Lord Elibank &
da célèbre Alexandre Murray , & oncle du Commodore
Johnſtone dont le caractère offre un contrafte
fi frappant avec celui de fon père & de fon
frère Pulteney Johnſtone qui font froids & glacés,
tandis qu'il a hérité de toute la chaleur de fon
oncle le Général Murray que l'on fait être trèsabfolu
dans fon autorité & audacieux jufqu'à
la témérité.
* I wi
Il eft fingulier , dit à cette occafion un de nos
papiers , qu'une opération , qui avoit pour objet
l'avantage d'un Etat , tourne fouvent à fon préju
dice. Lorfque nous primes poffeffion , pour la première
fois , de l'Ile de Minorque , les chemins de
Citadella & du Port Fornello à la Ville de Mahon
étoient impraticables pour toute espèce de voitures.
Il n'y avoit que des ânes & des gens de pied qui
puffent y pafler ; encore n'étoir ce qu'avec beaucoup
de peine. Lorsque le Général Kane fut nommé
au Gouvernement de l'Ifle , il rendit ces routes
i belles & fi larges que deux voitures pourroient y
pafler de front. Mais ces travaux qui avoient pour
objet l'intérêt des habitans , nous ont fait perdre
l'Ile dans la dernière guerre. Comme le débarquement
au Port-Mahon Tous le feu même des batteries
du Fort - Saint - Philippe , étoit une entrepriſe
trop périlleufe , ce fut à Citadella même & à Porto-
Fornello , que les François effectuèrent leur defcente
. Au moyen des routes que nous avions faites
, ils fe rendirent de la à Mahon avec la plus
grande commodité , lau lieu que fi les chemins ful
fent reftés dans l'état où ils étoient auparavant , il
.( 22 )
n'auroit fallu qu'une poignée de Soldats pour les
arrêter & peut- être fauver l'Ifle.
"
.. On a fait l'état fuivant des troupes de
terre levées fur l'établiffement de la Grande-
Bretagne depuis le 29 Septembre 1774 ,
jufqu'au 29 Septembre 1781 , fans y.comprendre
les milices & les fencibles.
Du 29 Sept. 1774 au 29 Sept. 1775 ..
1775
1776
1777
1778
-1779
1780
35.755 hom.
-1776 11,063.
1777... 6,882.
1778235978.9
1779 .. 16,154.
3780 85,233.
1781 • · 10,000.
Total . 119,965.
Comme l'année 1781 n'eſt pas finie , on a pris un
terme moyen , & on a porté à 10,000 le nombre
d'hommes levés cette année.
L'état de nos finances devient tous les
jours plus déplorable. La Banque fe propoſe
de faire une opération qui prouve combien
fon crédit eft précaire ; les détails fuivans
que nous fournit un de nos papiers , donnent
une jufte idée de l'opération , de fon motif,
& des circonstances alarmantes qui la déterminent.
» La Banque d'Angleterre , regardée comme un
Corps inébranlable , fuivant toujours fans altération
les mêmes principes , & très- éloignée d'adopter des
variations , qui dans tout établiſſement de Finances
indiquent la difette de fonds ou l'épuisement de
moyens comme tout le refte du Corps de la Na
tion , fe reffent d'une guerre funefte , qui ne s'eft
foutenue jufqu'ici que par la méthode ruineufe d'anticiper
fur nos reffources futures , & de confommer
: ( 23 )
d'avance les moyens des générations fuivantes , les
Directeurs ont réfolu d'en porter le dividende de
5 & demi à 6 pour cent. La réfolution n'en a pas
encore été finalement arrêtée ; mais , foumiſe comme
la Banque l'eft aujourd'hui à toutes les volontés
du Ministère , l'on ne doute point , qu'elle ne paffe
par voie de ballotage. On eft extrêmement furpris
de cette détermination , puiſque la Banque a confenti
récemment à faire au Gouvernement , un prêt de 2
millions à 3 pour cent , fous condition du renouvellement
de la Chartre , & qu'ainfi , pour remplir
cet engagement , elle a befoin de les espèces. L'on
fait qu'il s'en faut de beaucoup depuis quelque tems ,
que fa Caiffe abonde en argent comptant , vu l'ex
portation continuelle qu'on eft dans la néceffité
d'en faire pour folder la balance défavantageufe
de la Nation en général & de la Banque en parti.
culier avec ſes Créanciers étrangers . Mais l'étonnement
ceffe , en apprenant qu'en revanche du demi
pour cent d'augmentarion , que les Actionnaires
alloient recevoir , les Directeurs avoient réfolu de
faire un appel général , & d'exiger , de la part des
Actionnaires , une augmentation de 8 pour cent de
leur capital ; de forte que chaque Propriétaire de
1oco l . ft. dans les fonds de la Banque fera obligé
d'y fournir encore 80 1. ft. , pour porter ainfi fon
action à 1080 liv. ft. Le fimple calcul arithmétique
prouve déjà le taux raineux de cette levée d'argent ,
puifqu'en donnant un demi pour cent par an pour
une augmentation de Capital de 8 pour roo , la ban
que emprunte fur le pied de 6 trois quarts pour too . Et
quelle eft aujourd'hui en Europe la Nation , réduite
à cette extrémité . Mais l'opération est encore plus
alarmante pour le crédit de la G. B. , lorfqu'on en
confidère la cauſe originelle. C'eſt l'influence que
le Ministère a fu gagner fur la Direction , comine
fur tous les autres Corps publics , fi l'on en excepre
peut- être les Propriétaires de la Compagnie des
Indes. Le Gouvernement , preflé chaque année par
( 24 )
le befoin d'argent , a eu recours à la Banque ; &
celle ci n'a jamais cru devoir le refuſer à fes defirs :
pour remplir les emprunts annuels , elle a mis
chaque fois en circulation de nouveaux billets pour
le montant des fommes dont on avoit befoin ;
mais , en abuſant ainfi de fon crédit au gré de
l'Adminiftration , ou en l'étendant du moins au- delà
des bornes que la prudence auroit dû lui preferire,
elle a multiplié fon papier au point qu'il paffe aujourd'hui
d'une façon énorme la proportion du
fonds réel , dont il n'eft que le figne repréſentatif.
La caiffe s'épaifant en même-tems par les remifes
en efpèces qu'on eft obligé d'envoyer fans ceffe à
l'Etranger , les Directeurs ont craint , qu'ils ne fe
viffent enfin hors d'état de faire face aux payemens
des billets qu'on viendroit tous les jours leur
préfenter en plus grand nombre , pour les convertir
en argent comptant. Et c'eft ainfi que par dégrés
ils le font vu réduits à l'opération dangereufe de
procurer environ millions ,
9
argent de Hol
lande , à raifon de fix & trois quarts pour cent
d'intérêt , pour en former un accroiflement additionel
au fonds primitif -C'est donc - là qu'aboutit
l'entrepriſe téméraire d'une guerre quadruple , entreprife
que les Ecrivains falariés par nos Miniftres.
ont fouvent tenté de juftifier d'après l'idée auffi
chimérique qu'abfurde du crédit inépuiſable de
l'Angleterre <<.
fe
On peut fe faire une idée de l'opinion
que fe forme l'Europe de l'état de crife où
nous nous trouvons , par cette lettre écrite
d'Amfterdam , & qui préfente un tableau
malheureufement trop vrai.
23
L'Angleterre commence à reffentir de plus en
plus les effets funeftes de la guerre , qu'elle a fi
légèrement déclarée aux Provinces- Unies ; & malheureufement
trop tard pour elle , elle éprouve
མ་
que,
( 25 )
que, tandis qu'elle fe plaignoit des Hollandois
comme fournillant à fes ennemis les moyens de lui
faire la guerre , il n'y a pas eu de Nation en Europe ,
qui lait plus aidée que la Hollande , à foutenir les
efforts de fes adverfaires réunis. C'eft une vérité ,
dont les Politiques n'ont jamais douré , que l'expérience
a prouvée après la prife de St -Eustache ;
& que l'opération , à laquelle la Banque d'Angleterre
vient d'être forcée , achève de vérifier. Les
frais immenfes de la guerie obligeant l'Adminiftration
à des emprunts qui , depuis 1755 , le font
accrus chaque année dans une progreffion étonnante
, elle a créé , pour y fuffire , une maſſe
énorme de papiers . Cette méthode étoit ruineufe ,
il est vrai ; mais les cffets ne s'en feroient fait
fentir qu'à la fin de la guerre , lorsque le Gouver
nement auroit ceffé de faire des emprunts , parce
que les Hollandois employoient les intérêts mêmes
de leurs fonds en placemens nouveaux , & qu'ainfi
les espèces reftant dans le Royaume , la valeur
repréfentée par le papier étoit fous la main ; le
réfultat de la création trop multipliée n'étoit qu'éloigné
; & l'on étoit pour le moment en état de
continuer la guerre la plus difpendieufe que l'Angleterre
ait faite depuis fon exiftence. Cette abondance
de circulation contribuoit à faire entrer l'argent
dans les coffres du Miniſtère , parce que les
étrangers , ue fixant leur attention que fur la facilité
qu'ils avoient pour le préfent de convertir leur
papier en argent comptant , ne s'embarrafoient
pas de l'avenir & ne faifoient pas même difficulté
d'envoyer leurs efpèces en Angleterre . La guerre
déclarée à la Hollande , a mis un terme à l'illusion.
Cette Nation , la feule parmi celles de l'Europe
qui ait une influence marquée fur les fonds Anglois ,
a celé de s'y intéreffer. La balance en argent a
commencé dès - lors à être au défavantage de l'Angleterre
; & pour folde de compte , l'on a dû
6 Octobre 1781. b
( 26 )
exporter des espèces fonnantes , tandis que le papier
feu eft refté. La Banque fent actuellement a quelle
maffe énorme celui - ci s'eft accru , & combien feu
la proportion a été gardée entre l'or & l'argent.
effectif dans la circulation & le paier , qui n'en eft
que le représentatif. Craignant donc que , fon
crédit factice s'ébranlant à mesure que la difette des
métaux augmente , elle ne fûc bien- tôt accablée
par la multi ude de billets , qui fe présenteroient
pour le remboursement , elle a pris le parti extrême
de faire un appel de tous fes Actionnaires ,
pour augmenter leur capital originel de 8 pour
cent. Par ce moyen , elle fe procure une fomme
de 862,400 liv. fterling , mais à quelles conditions ?
Il n'eft guères poffible de s'en figurer de plus oné.
reufes. D'abord elle paiera de ce capital un intérêt
de 6 & trois quarts pour cent . Enfuite , elle ne
reçoit la fomme additionnelle que fur le pied
de la valeur originelle de cent pour cent , tandis
que la valeur actuelle de fes actions , fur la Place,
eft de 116 pour cent. Ces deux circonftances.ne
prouvent elles pas évidemment que la Banque fe
défie de fon crédit , & qu'elle eft dans un befoin fi
preffant d'efpèces , qu'elle eft indifférente fur les
moyens de les trouver , même à un taux d'intérêt,
nfuraire ? Encore eft- il douteux que les Actionnaires
fe laiffent féduire par un appas qui n'offre rien de
permanent. L'on fait que le dividende ne fe fixe que
par femeftre , & qu'au femeftre prochain , il pent
être remis à cinq & demi pour cent. Quelle sûreté
Jes Intéreffés ont -ils donc de retirer de leur nouveau
fournillement le même avantage pour l'avenir ? Afin
de les raffurer , on leur préfente un bilan , fuivant
lequel le Gouvernement doit à la Banque un capital
de 11,686,800 liv. fterling à pour cent d'intérêt ,
tandis que la Banque ne doit à fes Actionnaires qu'un
capiral de 10,780,000 liv . fterling ; de forte qu'en
dédaifant même le nouveau fourniffement de 8 pout(
27 )
- cent , il refte en fa faveur un furplus de 44,400 liv.
fterling. Mais il en eft de ce calcul comme des autres
affertions Miniftérielles , fondées ordinairement fur
des déguifemens & des réticences . En l'offrant au
Public , l'on oublie de remarquer en même tems
qu'on y évalue la créance de la Banque à la charge
du Gouvernement fur le pied du capital originel
tandis qu'en effet on ne doit l'eftimer qu'à fa valeur
réelle felon le prix actuel des Annuités confolidées'
à pour cent , qui , en y comprenant même les
intérêts échus depuis les Juillet , n'eft que de 56
& demi pour cent ; de façon qu'au lieu de 11,686,800
liv . fterling , le fonds de la Banque en créance fur
le Gouvernement eft dans la réalité feulement de
6,603,043 1. ſterl .— Qu'on juge , d'après cet exposé
fimple & véridique , à quel degré d'impuiflance
l'Angleterre le trouve réduite par l'effet d'une guerre
qu'elle a entrepriſe uniquement fur le faux espoir que
fes adhérens lui ont donné relativement à la difpofition
générale des efprits dans les Provinces- Unies, &
qu'on juge en même-tems combien les Hollandois
en facrifiant un gain momentané & précaire à des
avantages plus folides & plus patriotiques , font les
maîtres de forcer la G. B. à demander la paix à des
conditions juftes & honorables «.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 2 Octobre.
S. M. a nommé la Comteffe de Villefort
Sous - Gouvernante des Enfans de France ,
en furvivance de la Comteffe d'Aumale.
L'Abbé Pezzana eut l'honneur de préfenter
à la Reine le 22 du mois dernier , les
Tomes VII , VIII & IX de la nouvelle
édition des OEuvres complettes de Métaftab
2
( 28 )
fe ( 1 ) . Cette édition eft une des plus belles
peut-être qui aient été faites ; on peut affurer
avec vérité qu'elle eft digne du grand
Poète dont on a recueilli les ouvrages . Les
eftampes de cette livraiſon qui eft la cinquième
, forment une fuite également rare
& précieufe qu'on n'a vue depuis longtems.
Il y a deux deffins de M. Cipriani de
Londres , deux de M. Cochin , quatre de
M. Moreau , & un de M. Martini . Les deux
de M. Cipriani font gravées par M. Bartolozzi
, le premier Graveur de l'Europe ;
celles de M. Cochin , par le célèbre Carmona
à Madrid , & par M. de St- Aubin ;
celles de M. Moreau , par M. Porporati
à Turin , & MM . le Mire , Prevoft & Simonet
à Paris. On ne fauroit exprimer l'émulation
& le zèle que tous ces habiles
Graveurs ont apporté dans leur ouvrage , &
les talens qu'ils ont mis dans l'exécution .
Comme les Soufcripteurs en Italie & en
Allemagne fe font réunis pour demander
qu'on joignît auffi des eftampes aux petites
pièces , M. l'Abbé Pezzana s'empreffe de les
fatisfaire . Cela en formera 35 à 36 de plus ,
qui feront exécutées avec le même foin.
Le Roi a nommé à la charge de Meftre.
de-Camp-Lieutenant -Infpecteur des Carabiniers
, vacante par la mort du Marquis
de Payanne , le Comte de Chabrillan , Maréchal
- de- Camp & Capitaine des Gardesdu
Corps de Monfieur. Il a eu , le 23 de ce
(1 )Cette belle & magnifique Edition ſe vend chez Mo
lini , Libraire , rue du Jardinet.
( 29 )
mois , l'honneur d'être préfenté , en cettè
qualité , à LL. MM. par Monfieur.
La Cour prendra le deuil le premier
Octobre , pour quinze jours , à l'occafion
de la mort du Prince Charles -Maximilien
de Saxe , frère de l'Electeur.
De PARIS , le 2 Octobre.
UN Courier extraordinaire de Cadix nous
a annoncé l'arrivée du convoi de Marfeille
, parti du Cap le 29 Juillet . Les lettres
que ce courier a apportées font du 10
Sept. , & contiennent les détails fuivans :
>
» Hier , nous vîmes arriver dans cette baie , 12
bâtimens venant du Câp Saint - Domingue , d'où ils
étoient partis le 29 Juillet , au nombre de 15. Ce
convoi appartient tout entier à Marſeille , excepté
5 navires qui font du Ponent. Les nouvelles qu'il
nous donne de ces parages , font les fuivantes. Le
Comte de Graffe , parti le s Juillet de la Martinique ,
mouilla au Cap le 16 du même mois avec toute
fa flotte & environ 150 voiles ; il a eu le malheur de
perdre , dans fa traverſée , la frégate l'Inconftante
qui a brûlé à la vue du Cap Tiburon , & dont on
n'a pu fauver que go hommes de l'équipage . On étoit
occupé à embarquer au Cap, les bataillons d'Agénois ,
de Gâtinois & de Touraine , avec lesquels M. de
Graffe & toute fa flotte doivent faire voile le s Août
pour l'Amérique Septentrionale. M. de Monteil
étoit au Cap en même tems que la grande flotte ;
un de fes vaiffeaux , l'Intrépide , de 74 canons , a cu
le même fort que l'Inconftante ; il a brûlé entiè
tement , par accident , dans la rade du Cap «.
-
C'eft pendant la route de la Martinique
au Cap que l'Inconftante a brûlé ; quant à
b3
( 30 )
Intrépide , il étoit dans la rade ; on faifoit
une diftribution de tafia aux Matelots ;
le feu prit à une barrique & fe communiqua
avec tant de rapidité , que tout fecours
devint inutile ; heureufement perfonne
n'a péri. Les troupes que M. de Graffe embarque
au Cap montent à 3000 hommes ;
il emmenera le plus de vaiffeaux qu'il pour
ra. Le Général François ne trouvera point
l'Amiral Rodney à New-Yorck. Cet Amiral
qui promettoit après la défaite de l'Amiral
Hood , & la prife de Tabago , de
rendre la fin de la campagne funefte aux
François , eft revenu en Angleterre où il
eft arrivé le 16 du mois dernier , avec le
Gibraltar & une frégate. Il aura été fort
étonné en mettant pied à terre d'apprendre
que le Gouvernement a mis en fequeftre
'les 2,000,000 liv. fterl. que lui doivent les
Affureurs de la flotte de St - Eustache . Cette
précaution a été priſe d'après les différentes
réclamations des Négocians étrangers intéreffés
au commerce de St-Euftache'; cetté
reftitution doit fervir à les dédommager de
ce qu'ils ont perdu , & à prouver du moins
que le Gouvernement n'étoit point complice
de tous les brigandages commis par
fes délégués. Quoi qu'il en foit , c'eſt à
'Amiral Hood que M. de Graffe aura maintenant
affaire ; on eft fort impatient d'ap
prendre fon arrivée à New-Yorck , & les
détails de la campagne qui doit avoir été
ouverte dans ces parages. On l'attendoit
< (13.1. )
pour commencer le fiége de New-Yorck , &
les nouvelles que nous devons bientôt recevoir
de ces contrées ne fauroient être plus
importantes.
Les papiers Anglois en ont publié beaucoup
fur la pofition du Général Clinton à
New-Yorck , & fur celle des François &
des Américains qui menacent cette place ,
fur la prétendue méfintelligence entre les
derniers , & la prétendue de faite du Marquis
de la Fayette dans la Virginie , & c. & c.
On ſera bien aiſe de leur oppofer les détails
fuivans écrits par un Officier de l'armée
combinée au camp de Philippsbourg , le 20
Juillet.
» Le corps François , aux ordres de M. le Comte
de Rochambeau , partit de New- Yorck le 10 Juin ,
& campa à la Providence jufqu'au 19 ; ce même
jour , il fe mit en marche jufqu'à Waterman's-taven ;
le zo à Plain-Field ; le 21 à Windham ; le 22 à
Bolton ; le 23 à Strafford , où il féjourna , le 24 &
de 25 ; le 26 à Bréack- Neck ; le 29 à New-Town.
On devoit féjourner dans ce dernier endroit pendant
deux jours ; mais un courier que M. de Rochambeau
reçut dans la nuit du 30 au premier Juillet,
fit battre la générale à 2 heures du matin , & furle-
champ , l'armée le mit en marche , & vint camper
à Ridge-Bury ; le 2 à Berford ; le 3 à Norr Caltle ,
où elle féjourna en attendant les ordres du Général
Washington , qui la fit partir le 6 Juillet , pour
venir occuper le camp de Philippsbourg , dans une
pofition très avantageufe. L'armée Américaine a
reçu les François très cordialement , & le grand
homme qui la commande , paroît flatté d'être à la
tête d'un corps de troupes Françoifes . —La marche
de l'armée par des chemins difficiles , traînant à fa
·
b 4
32
) fuite une nombreufe artillerie , & un convoi de
vivres , a été pénible. Elle a été de plus de zoo
milles par des chaleurs exceffives dont on n'a pas
'd'idée en,
Europe. Les troupes en ont été un peu
abattues ; mais leur courage & leur volonté ne
l'ont point été. Leur ardeur eft toujours la même ,
& il leur tarde d'en faire l'effai . On ne doit pas être
inquier en France de la réputation qu'elles acquerror.t
dans le Nouveau-Monde ; & fi elles n'ajoutent pas
un nouveau luftre à la gloire des armes Françoifes ,
elles n'y porteront certainement aucune atteinte.
L'armée combinée , dans la pofition qu'elle
Occupe , n'est qu'à dix milles de New-Yorck , mais
elle n'eft pas affez forte pour attaquer cette place.
Les Américains ne font qu'au nombre de 5 à 6000
hommes de troupes Continentales ; les François ne
paffent pas ce nombre ; mais le Général Washing on
attend 6000 hommes des braves milices du Nord ,
& encore 5 à 6000 hommes de troupes Continentales
. Lorfque tout fera réuni , il fera poffible de
faire quelque tentative ; mais pour frapper de grands
coups ; il faut une fupériorité navale , & l'arrivée
de M. de Graffe dans nos mers , peut feule la donner.
S.
Le 3 de ce mois , il y a eu une petite affaire entre
un détachement de l'armée Américaine & un corps
Anglois forti de New Yorck. Quatre à 500 Anglois
s étoient avancés jufqu'à Weft- Cheafter. Le Général
Washington fit auffi-tôt embarquer fur la rivière
Hudfon , le Général Lincoln , avec 600 hommes,
pour tourner les Anglois , pendant qu'il s'avançoit
avec 2000 hommes pour foutenir Lincoln , & que
Ja légion de Lauzun , à laquelle on avoit fait forcer
plufieurs marches , devoit attaquer en tête ; mais
au lieu de 4 à 500 hommes , on en trouva 3000.
Il n'y avoit pas d'autre parti à prendre que celoi
de fe retirer , le Général Lincoln étoit trop avancé
pour n'être pas atteint dans fa retraite . Il fot joint
par les ennemis , fe battit avec la plus grande vigueur,
1
( 33 )
eut 60 hommes tués ou bleffés , & fe retira dans le
meilleur ordre à la faveur de l'audace avec laquelle
le Général Washington , quoique, inférieur , le porta
en avant pour le foutenir. La légion de Lauzun ,
trop éloignée , n'a eu aucune part à cette petite action .
-
On peut dire , avec vérité , que l'armée , fur-tout
celle des Américains , n'eft pas celle de Darius. Les
circonftances ont banni le luxe. On ne calcule plus
fur les tables le nombre d'entrées & d'entremêts ;
mais le nombre des convives & des livres de viande
dont on peut diſpoſer ; on ne fert point de vin au
commencement des repas , il est réservé pour la fin ,
& les fautés fe trouvent très - bien de ce régime.
— M. le Marquis de la Fayette vient encore de fe
diftinguer & de juftifier la bonne opinion que les
François & les Américains ont de lui ; il a entièrement
défait l'arrière -garde du Lord Cornwallis . Ce fuccès
eft la fuire de la conduite parfaite qu'il a tenue , &
de la jufteffe des manoeuvres qu'il a exécutées depuis
qu'il commande en Virginie. Il a forcé fucceffivement
le Général Anglois à l'évacuation de cette Province ;
& déja les ennemis le font retirés jufqu'à Williamsbourg,
C'est un grand avantage pour les opérations
futures en ce pays ".
Le Dauphin Royal , écrit on de Breft ,' ayant
befoin d'un raloub , eſt entré dans le port . Le Protecteur
& le Guerrier de 74 , y font entrés le 20 ,
pour être armés en flûtes , ainfi que l'Alexandre &
le Hardi de 64 , qu'on eft occupé à défarmer . On
prépare de même toutes les fûres du Roi , auxquelles
on joindra plufieurs gros navires marchands que
M. de Macnemara doit amener de Bordeaux pour le
transport de 10,000 hommes qui doivent s'embarquer
dans le courant du mois d'Octobre. Le
•
Terrible , que commande M. de la Mothe Piquer
ayant touché en rentrant fur la roche du Menguan
paffera cette femaine dans le baffin . La Bretagne ,
doublée en cuivre l'hiver dernier, rentrera dans le bafbs
( 34 )
---
fin la femaine prochaine ; il a plus de 60 feuilles de
cuivre traînanres.- - La Couronne eft fortie du baffin
de Recouvrance, le 18 , la marée étant affez forte pour
ne pas laiffer de doute fur le fuccès de cette opération
qu'on avoit jugé à propos de retarder , pour ne
pas expofer ce vaiffeau . Le Pégase lera plutôt
prêt qu'on ne le penfoit ; il pourra être lancé à l'eau
le 15 Octobre.— On doit conſtruire pour le printems
2 frégates portant 18 , dont l'une fera probablement
commandée par M. le Chevalier de Macnemara
qui en a fait la demande , préférant avec
raifon de commander une de ces frégates à un
vailleau , en ce qu'il eft impoffible que l'on trouve
des bâtimens de cette clalle plus fort que foi , & qu'il
eft moralement sûr qu'on en trouvera de plus
foibles. On a reçu ordre d'expédier en avifo ,
avec la plus grande célérité , la frégate l'Emeraude
commandée par M. de Sufannet , la corvette la Cérès
& le cutter l'Efpion . Ces trois bâtimens doivent
partir inceffamment , les uns difent pour l'Espagne ,
les autres pour la Nouvelle- Angleterre. La quantité
de vivres qu'on leur fait prendre donne lieu de penfer
que leur voyage fera de tong cours «.
Les lettres de Breft du 24 annoncent l'arrivée
d'un convoi de St - Malo de 63 voiles ,
& celle du navire la Catherine du port de
200 tonneaux , chargé de bois de conftruction
pour l'Angleterre , prife faite par le cutter
la Mothe- Piquet de Breft.
» On vient de recevoir , écrit-on de Marſeille en
date du 14 , l'ordre de fréter des bâtimens juſqu'à
concurrence de 8000 tonneaux , pour transporter à
Mahon l'armée auxiliaire ; les navires Espagnols
qu'on croyoit pouvoir fe charger de ce foin , feront
affez occupés à Barcelone , où ils vont prendre la
groffe artillerie & un nouveau corps de troupes , pour
qu'on ait été obligé de préparer ici d'autres bâtimens
( 35 )
-
de tranſport. L'embarquement fe fera à Toulon , où
-eft déja le régiment de Lyonnois ; Royal Suédois &
Bouillon font à Aix ; Bretagne eft en marche ; en
forte que cette divifion pourra mettre à la voile
avant la fin du mois. Le convoi du Languedoc
& de la côte , d'environ 40 voiles , eft heureufement
entré ces jours derniers dans ce port , fous l'efcorte
de la corvette du Roi la Sardine ; depuis le 27 Août
jufqu'au 11 Septembre , il eft arrivé ici 47 bâtimens.;
il y en a plusieurs qui viennent d'Alicante , de Barcelone
, de Carthagêne , & même un venart de
Séville , ce qui prouve que depuis l'expédition contre
Minorque , les Espagnols fréquentent plus librement
'notre port «.
Les relations que la Cour d'Eſpagne a
reçues de l'expédition de Mahon , ne parlent
point de la déſertion des 400 homines ,
annoncée par des lettres de Toulon ; cette
nouvelle paroît en conféquence fufpecte ,
& on ne fauroit trop fe défier de celles qui
viennent des ports.
Ce
» Le Duc de Crillon , écrit- on de Mahon , n'at.
tend pour commencer le fiége du fort St - Philippe ,
que le renfort de troupes , & la groffe artillerie que
Les vaiffeaux ont été chercher à Barcelone .
font des François , qui volontaires fur l'efcadre Efpagnole
, ont erlevé , l'épée à la main , 6 navires
réfugiés fous le glacis du fort , & dont 3 étoient
richement chargés . M. Eyries , Capitaine de port &
Chevalier de St Louis , commandoit les Chaloupes
à cette hardie expédition , M. Vatage , Provençal
comme Eyries , s'eft fort diftingué dans cette occafion.
Le Général Murray avoit été averti par un
bâtiment expédié de Gênes , du deffein des Epagnols
trois jours avant leur débarquement ; il avoit méprifé
cet avis , & le 19 vers les 11 heures de la matinée
, lorfqu'on découvrit les vaiffeaux , il n'eut que
b 6
( 36 )
le tems de faire embarquer fa femme & quelques autres
perfonnes , & d'enlever àla hâte des provifions
de bouche ; il entra dans le fort à 5 heures du foir ;
& la première divifion des Efpagnols mit pied à terre
dans l'ifle une heure après. M. de Crillon a trouvé
dans le port cent navires tant gros que petits , parmi
lefquels il y avoit 14 corfaires qui étoient en armement.
Mais la plupart de ces bâtimens deviennent
inutiles aujourd'hui , que le Général Murray a fermé
le port en coulant bas 16 gros navires à fon entrée
de inanière que les bâtimens pourront bien toujours
approcher du fort St -Philippe , mais non le dépaſſer
pour s'enfoncer dans le port. La quantité de inunitions
de guerre & de provifions de bouche qu'on a
trouvées à Mahon , n'a rien d'étonnant quand on
réfléchit que cette ifle étoit chargée de ravitailler
Gibraltar la plus grande partie de l'année ; on n'eft
pas plus furpris des richeffes en marchandifes de
tous genres qui y étoient également. C'étoit le dépôt
des prifes de tous les corfaires dans la Méditerranée ,
& de routes les denrées que fourniffoit le commerce
du Levant. Plufieurs . prifonniers François renvoyés
par le Général Murray & plufieurs dames
Angloifes font arrivés à Marſeille à bord d'un Parlementaire.
Le lendemain on y vit arriver scc Juifs
auxquels M. de Crillon avoit permis d'emporter
leurs effets. M. Eyries qui commandoit le bâtiment
Parlementaire , a été à Aix demander au Commendant
de la Province la permiffion de débarquer tous
ces Hébreux ; il devoit delà paffer à Avignon pour
obtenir du Vice- Légat , que la Synagogue de cette
ville reçûr dans fon fein fes frères exilés .
prifonniers François qui fortent du fort St Philippe ,
difent qu'il eft affez bien approvifionné en viande
falée, mais qu'il manque de farine, de bois & d'autres
objets de première néceflité «
Les
Une defcription du fort St Philippe ne
peut qu'intéreffer dans la circonftance pré(
37 )
fente ; nous offrirons celle- ci à nos Lecteurs.
» Les approches de ce Fort font défendues par
un rocher , qui oblige les affiegeants à transporter
beaucoup de terres pour le couvrir & élever leurs
batteries. Le glacis & le chemin_couvert font
également taillés dans le roc , palifladés , minés ,
contreminés & garnis de batteries de canon qui en
défendent les approches ; des lanettes & de petits
forts de diftance en diftance auffi munis d'artillerie
défendent le glacis & les chemins couverts . Chacun
de ces ouvrages eft enceint d'un follé de 20 pieds
de profondeur , taillé dans le roc vif; avec une
galerie couverte à crénaux pour ſe mettre à l'abri
Tous les ouvrages extérieurs ont des communica .
tions fouterraines entr'eux & le corps de la Place
avec une infinité de retraites pour les troupes ;
toutes ces communications taillées dans le roc ,
difpenfent de relever les gardes , parce que les
troupes employées à la défenfe de ces ouvrages y
font en fûreté & à l'abri . Les lunettes ont de plus
des communications à tez du terrain ou des chemins
couverts , paliſſadés & garnis de diſtance en
diftance de batteries de canon & de mortiers . Dans
les fouterrains où les communications forment un
labyrinthe , font creufés des puits à Bafcules pour
y arrêter l'ennemi , s'il pouvoit parvenir à s'en
emparer , & des traverfes qui roulent fur un pivot
& garnies de fufils que l'on peut faire partichau
même moment. Le corps de la place , environné
d'un chemin couvert contreminé , eft défendu par
des contregardes & demi-lunes ; les murs hauts de
60 pieds , défendus par un foflé de 36 , font taillés
dans le roc , & dans le foflé une galerie a merlettes
communique à des logemens pour les troupes
qui fervent à fa défenfe. La Tour enfin , effoun
quarré flanqué de 4 petits baftions dont les murs
( 38 )
ont environ 80 pieds de hauteur & le feffé 40 de
profondeur , également taillé dans le roc , avec une
galerie & des logemens comme aux autres ouvrages.
L'intérieur de la Tour forme une place d'armes
de 18 perches environ en quarré ; trois corps de
cafernes & magafins taillés dans le roc & à l'épreuve
de la bombe regnent autour , au- deffus s'élève le
mur qui domine tous les ouvrages extérieurs & la
campagne . Depuis 1756 juſqu'à ce jour , la Cour
de Londres a encore ajouté aux dépenses faites pour
ces fortifications & pour d'autres dans l'ifle ,
fomme d'environ un million & demi de liv. ft. «.
une
Une lettre de Morlaix porte qu'il en eſt
parti le 17 pour Breft , 12 pièces de canon
du parc d'artillerie , établi en cette
ville , & qu'on y attendoit dans le courant
du mois prochain 1700 hommes en détachemens
de différens corps.
Selon une lettre de St - Malo on arme
à Nantes un vailfeau de 54 canons , un
de 42 , & un de 36 , qui feront commandés
par MM. de la Vieuville de St-Malo.
On affrette à Bordeaux pour le compte
du Roi 28 navires de 400 tonneaux , 20
autres de moindre port , & on a pris
les noms de 20 encore pour être employés
au moment qu'on le croira néceffaire.
» Le ſamedi , 18 Août dernier, nous écrit-on
vers les 5 heures du foir , une grêle , dont les grains
gros comme un oeuf & quelques uns plus , pouffée
par un vent impétueux , eft tombée pendant 20 à 25
minutes fur les Villages du l'etit- Noire , Hotelans
& Longvy ; les chanvres , les millets , les maïs ont
été abîmés ; les toîts en tuile brifés , les jardins &
vergers ravagés , plufieurs perfonnes bleffées ; heu
reufement aucune n'a péri. On a trouvé dans des
(
39
"
morceaux de cette grêle jufqu'à du gravier. De
puis ce jour les arbres & la vigne dépouillés de leurs
feuilles & de leurs fruits ; ont repouffé comme au
printems. On voir actuellement des feuilles & des
fleurs nouvelles fur les pommiers & pruniers ; de
nouveaux raifins fur les treilles ; les jardins reverdiffent
, & on mange des afperges comme au printems.
C'eft aux Phyficiens & aux Naturaliftes à faire
leurs obfervations là- deffus «.
M. Guimberteau , Curé de Boreffes
Guifangeard , Montaudron & fes Annexes
, vient de nous faire part des deux
faits fuivans , qui méritent d'être rapportés.
» La nommée Marie Rouffeau , femme de Pierre
Laval , Mâçon , du Bourg de Guifangeard , Annexe
de Borelles , Diocèfe de Saintes , Election de Barbefieux
, accoucha fort heureufement ces jours
derniers de deux enfans mâles qui n'avoient qu'un
feul corps ; ils étoient face à face , fe tenoient depuis
un peu au- deffous du col jufqu'au deffous du nombril
, leurs têtes étoient biens conformées , abfolument
reffemblans de figure ; ils avoient chacun
leur échine , chacun deux bras , chacun leurs feffes ,
cuiffes , jambes & pieds , tout proportionné ; mais
ils n'avoient qu'une feule poitrine , vraisemblable
ment un feul eftomach & un feul ventre , puifqu'il
n'y avoit qu'un feul cordon ombilical qui pendoit
entre leurs quatres cuiffes , ce cordon étoit plus gros
que d'ordinaire , ils n'ont point été portés à l'Eglife ,
parce qu'ils n'ont vécu que demi-heure après leur
naiffance , mais ils ont reçu le Baptême à la maifon.
La mere releva trois jours après & reprit les travaux
ordinaires ; il ne paroît pas qu'elle ait rien perdu de
fes forces ni de fon embonpoint malgré un accouche
ment auffi laborieux , & fi récent . Sa grand- mere qui
mourut l'année dernière , avoit fait fa première
Communion en 1709. - Voici l'autre fait : la fem(
40 )
me du nommé Anfonneau , dit Gazeau , Tailleur
d'habits , du Bourg & Paroifle d'Iviers , près Châlais
, même Diocèfe & même Election , Paroiffe limitrophe
de la mienne , accoucha il y a un an de
trois enfans qui tous furent baptifés à l'Eglife ;
tout-à-l'heure elle vient d'accoucher fort heureufe
ment de deux enfans , de forte qu'en l'espace de
moins d'un an , elle a eu cing enfans ; les trois premiers
enfans font morts , mais les deux derniers ſe
portent parfaitement bien.
Le Bailliage de Saint - Quentin a rendu ,
le 17 du mois dernier , une Sentence au
fujet d'une inhumation faite dans une
Eglife ; en voici le prononcé.
Nous condamnons le Chapitre de l'Eglife Royale
de Saint- Quentin en 25 livres d'amende , pour
avoir , au mépris de la Déclaration du Roi du 10
Mars 1778 , inhumé le fieur Broyard , Curé de la
Paroifle de Saint- Eloi , dans l'Eglife de ladite Paroiffe
, fans caveau , le 27 Août dernier : Faifons
défenfes auxdits Sieurs du Chapitre de récidiver
fous plus grande peine , & faifie de leur temporel ;
faifant droit fur les conclufions des Gens du Roi ,
ordonnons à tous Foffoyeurs de creufer les foffes
pour les enterremens , au moins à fix pieds de profondeur
, & d'une longueur & largeur convenables ,
fous peine de prifon .
On vient de nous adreffer un remède
contre la galle ; cette maladie , eft malheureufement
trop commune , & fur- tout
dans les vaiffeaux , où l'échauffement eſt
très - conſidérable. La recette eft très fimple ;
on nous garantit fon efficacité , qui eft en
effer prouvée par nombre d'expériences. La
voici.
Au moment qu'on fent une demangeaiſon , on
( 41 )
Le fait ordinairement faigner , & le lendemain on
prend une pinte d'huile d'olive qu'on fait bouillit
pendant vingt - quatre heures , dans laquelle on
mettra une poignée de feuilles de laurier - roſe ,
qu'on laillera infufer pendant cet intervalle , & le
tout bien confommé , on ſe frotte dans les join
tures feulement pendant trois nuits de fuite.
François Jeanneret , Procureur fifcal du
village & paroiffe de Mont- Gueux , près de
Troies en Champagne , vient d'être remarié ,
le 30 Août , au bout de so années & demie
de mariage : lui & fa femme font âgés
de 74 ans chacun ; il s'eft trouvé à cette cérémonie
deux fils , trois filles & cinq petitsenfans
, preſque tous en âge d'être mariés
eux- mêmes.
Marie - Louife - Henriette - Jeanne de la
Tour-d'Auvergne , Princeffe de Bouillon ,
époufe de A. Jules Hercule de Rohan
Prince de Rohan & de Guémenée , Duc
de Montbafon , Pair de France , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , eft morte
en cette ville..
Jeanne Angelique la Bourré , veuve de
M. Jean Baptifte Pothenot , Ecuyer , Gentilhomme
ordinaire du Roi , Capitaine de
Cavalerie à St- Domingue, Seigneur de Cha
tres , des Boullets , Jorrie & autres lieux ,
en Brie , est morte en fon Château des
Boullets le 11 du mois dernier , âgée de
72 ans .
Michel Martin , Prêtre du Diocèle de
Paris , né le 2 Juillet 1688 , nommé en
1706. Chanoine de la Collégiale de Sainte-
>
( 42 )
Marie -Magdeleine de Verdun , & en 1713
Chanoine de la Cathédrale de ladite ville ;
ayant toujours confervé une entière & parfaite
connoiffance , eft mort le 9 du mois
dernier dans la 93e année de fon âge.
Sebaſtien François Bigot , Vicomte de
Morogues , Lieutenant- Général des armées
navales , ancien Inspecteur Général de l'Artillerie
de la Marine , eft mort en fon Châ
teau de Ville-Fayer en Sologne , le 26
Aoûr , dans la 86è année de fon âge .
•
Jacques de Sonzeilles , Chevalier de
l'Ordre de Saint-Jean de Jérufalem , ancien
Commandeur de l'Hémeril , Commandeur
de Montferrand , Grand - Prieur
d'Auvergne , eft mort le 6 de ce mois dans
fa 75e année.
Les Numéros fortis au tirage de la Lo
terie Royale de France, du premier de ce
mois , font : 20 , 23 , 42 , 67 & 68.
BRUXELLES , le 2 Octobre.
SELON des lettres du Texel , le Contre-
'Amiral Van Braam , qui avoit mis à la voile
le de ce mois , y eft rentré le 16 avec
fon efcadre , les vaiffeaux de la Compagnie
& le convoi pour la Baltique , à l'exception
des frégates le Phénix , le Zéphyr , la
Thétis , la Bellone & l'Expédition , qui
étoient reftées à l'ouvert du Port. Elles ajoutent
que le Prince Guillaume , de 74 , après
( 43 )
avoir long - tems mouillé dans la Meufe ;
n'en eft forti que pour aller échouer , deux
jours après , fur le Zuiderhaux , près du
Texel , par la faute du Pilote-Côtier. On dit
qu'il fait déja de l'eau , quoiqu'on en ait
retiré les canons , les apparaux , & c. & on
craint qu'il ne foit perdu fins refource .
On ne fait pas encore fi cette eſcadre eft
reffortie ; on fait que les vaiffeaux Anglois ,
fous les ordres du Capitaine Dickſon , croifoient
fur les côres , à la hauteur du Texel
& plufieurs vaiffeaux , arrivés dans ce Port ,
ont rapporté qu'ils avoient pallé près des
côtes au ful-fud-eft du Vlie , à travers une
flotte Angloife compofée de 18 vaiffeaux
de guerre .
» Le fameux corfaire le Chaffeur , ci - devant le
Niet Vervagt , écrit - on de la Haye , à préfent .
commandé par le. Capitaine Tureg, rencontra pendant
fa croifière un convoi Anglois ; il fe gliffa
au milieu à la faveur de la nuit , & s'empara d'un
vaiffeau qu'il rançonna. Il rentra une feconde fois
dans le convoi , & fe rendit maître de trois navires
qu'il rançonna de même ; ayant été apperçu
& le voyant chailé par deux des meilleurs voiliers
du convoi , il jetta tout fon canon à la mer
pour faciliter la fuite . Les Anglois continuèrent
leur pourfuite , ce qui n'empêcha pas le corfaire ,
lorfqu'il fe vit à une certaine diſtance , & à portée
d'un bâtiment marchand , de prendre la réfolution
fubite de l'attaquer ; comme il n'avoit plus de
canons , il fe fervit de fes petites armes à feu ,
le força de fe rendre & le rançonna prefqu'en
préfence de l'ennemi . Malheureufement le vent
tomba, lorsqu'il fut à la hauteur de s'Graveland ;
›
1
( 44)
le calme arrêta auffi les ennemis ; mais ils miren?
leurs barques en mer avec quelques canons légers
& des gens hardis & bien armés. Les barques en
vironnèrent alors l'Armateur , qui n'avoit d'autre
reffource que de le faire échouer ; fon équipage fautta
dans l'efquif avec une précipitation qui fit
périr cinq hommes. Deux des barques ennemies
s'approchèrent alors de la rive pour piller le
vaiffeau ; mais ils furent obligés de s'éloigner ,
par le feu vigoureux des troupes qui le trouvoient
fur le rivage , fous le commandement du Colonel
Daniel. Tout l'équipage & tout ce qu'on put
fauver du vaiffeau fe trouvent à préfent à Scheve
ningue L'équipage , loin d'être rebuté , feroir monté
à l'inftant fur un autre corfairer s'il s'en étoit trouvé
un à Scheveningue. Un d'entr'eux qui avoit failli à
périr , s'est écrié avec le plus grand fang froid :
Il arrive des accidens bien étonnans dans la vie ;
je travaillois il n'y a guères que 13 jours comme
Maçon à Middlebourg : & maintenant jefais naufrage
à s'Gravefand «.
Le Quartier de Weftergo , dont nous avons
déja rapporté une première propofition
vient d'en faire une feconde qui a paffé
dans fon affemblée tenue à Leuwarden le
3 du mois dernier ; elle a toujours pour
objet la fameufe affaire de la ville d'Amfterdam
avec le Duc de Brunſwick.
"Le Quartier perfiftant dans fon avis fur le 24e
point dans la dernière affemblée Provinciale extraor
dinaire formé à l'afferblée des Etats , elt d'opinion
que pour le développer d'une manière plus détaillée
& principalement en vertu de la réfolution de L. H.
P. du 2 Juiller 1781 , fon devoir elt de déclarer que
fa furprife eft fans égale de voir , par le contenu de
"
( 45 )
cette réfolution , que L. H. P. fe foient arrogé la
Connoiffance & la décifion provifionnelle d'une caufe
qui , fuivant la conftitution originelle & fondamentale
de cette République , ne peut ni ne doit être
foumise à la décifion des Etats tefpectifs des Provinces
particulières , ni à celle de l'illuftre affemblée
de L. H. P. , puifque toutes les questions judicielles
( au nombre defquelles doit fans doute être placé le
cas du Seigneur Duc , comme le trouvant lélé par
de prétendues inculpations injurieufes de la part de
la ville d'Amfterdam ) felon la réſolution légale prife
par les Etats fouverains de ces pays , ne peuvent être
foumifes qu'au for des cours de Juftice & y être
poursuivies , au cas que la perfonne le prétendant
léfée voulût en inftituer une action ; & comme le
Quartier confidère encore que toutes les réfolutions
de cette nature formées avec autant de précipitation
( que la fufmentionnée du 2 Juillet ) & oppolées à la
conftitution fondamentale du gouvernement louable
de la République étant portées à la conclufion , mili
tent directement contre toute loi & contre le bon
ordre , l'obfervation defquels chaque province au
fein de laquelle réfide uniquement la fouveraineté , a
le pouvoir inconteftable d'exiger réellement de fes
Comités à la généralité prévoyant en outre les
fuites les plus defagréables & les plus à craindre pour
la chère Patrie en général , & pour les Membres
fouverains de l'Etat en particulier qui pourroient
réfulter de la formation de pareilles réfolutions
illégales , le Quartier propofe aux trois autres de
déclarer par la voie de miffive à L. H. P. , que les
Etats de Frife défavouent totalement & fans réferve
la conduite de MM. leurs Comités
:
'blée de L. H. P. relativement à
l'affem.
1.
réfolution fufmentionnée
, & que les Etats , mus par les raifons
alléguées précédemment , regardent ladite réfolution
comme illégale & de nulle valeur.
( 46 )
Une lettre de Mahon en date du 8 Septembre
contient les détails fuivans.
» Le Général Murray s'étant ap perçu que chaque
nuit , des troupes de la marine Elpagnole , mélées
avec des volontaires François , alioient enlever , fous
le canon de la place , des frégates & autres bâtimens
qui s'y étoient réfugiés , a píis le parti de faire couler
bas 13 bâtimens qui couroient le même danger ,
& a formé ainfi une eſpèce de chaîne qui barre le
port de notre côté , mais qui le met lui- même hors
d'état de recevoir aucune espèce de ſecours ; à
moins que le vent ne fût fingulièrement favorable
aux bâtiment qui fe préfenteroient pour entrer ; &
lorfque notre Général aura reçu la groffe artillerie
qu'il attend , une feule batterie dont il a affigné
l'emplacemeat , fermera abfolument tout paffage aux
hâtimens qui tenteroient de ravitailler la place.
>
Dans les différentes furpriſes de nuit pour enlever
les bâtimens afcrés fous le Fort St Philippe
les Officiers & les Matelots fe font conduits avec
autant de valeur que de prudence ; & quoique l'ennemi
fit fur eux un feu continuel de moufqueterie ,
nous n'avons qu'un matelot bleſſé qui a eu les quatre
doigts de la main emportés par une balle . Le Général
a rendu compte de l'intrépidité de ces guerriers
à la Cour d'Espagne , en demandant pour eux
des récompenſes . --On évalue à un million de livres
les différentes prifes faites depuis l'invafion de
life : elles confiftent en 150 bâtimens , parmi lefquels
on compte 12 corfaires. Quant aux magafins
remplis d'effets appartenans au Roi d'Angleterre
, & faifis par nos troupes , il y en a 53 tant
grands que petits. Le Général Murray a écrit
a M. le Duc de Crillon une lettre dans laquelle il
remercie Son Excellence, des attentions qu'elle a eues
pour les Dames Angloifes qui ont préfenté requête
à notre Général dans la vue d'obtenir la permiffion
+
47
de fortir de l'ifle. Le Général Murray lui propofe
en même-tems de faire conduire en France 22 Efpagnols
& 17 François qui font prifonn ers dans
le Fort St- Philippe , & de nommer un Commiffaire
pour traiter de leur conduite & de leur échange :
enfin ce Gouverneur témoigne au Duc de Crillon
fon regret de ce que l'artillerie a été dirigée contre
lui le jour qu'il reçut la bleffre dont nous avons
parlé ; & il l'ailure que s'il l'avoit reconnu , il l'au
roit faic faluer par 21 cops de canons à poudre.
Avec cete lettre , notre Général a reçu du Gouverneur
Murray une jolie jument de race Africaine .
ןכ
Dans la réponse , le Duc de Crillon acquiefce
aux arrangemens propofés par Sir Murray aù fuj t
des Dames Angloifes & des prifonniers Espagnols
& François . » Il eſt jufte , dit- il , que nous les délivrions
, en vous délivrant vous même de cet embarras
..... Je ferois bien fâché que V. Exc. fût
mauvais gré aux Officiers de fon artillerie , qui
m'ont couvert deux fois le pierres , dont l'une m'a
fait une légère contufion à la tête . Ces Meffieurs
n'ont fait que leur devoir : j'uſerai avec reconnoiffance
de la jument que vous m'envoyez , en attendant
que je demande au Roi mon Maître la
permiffion de recevoir de vous ce préfent. Je n'ai
pas la même reconnoiffance de l'attention de tirer
fur moi ; je ferai fort aife , Monfieur , que nous nous
traitions en ami , lorſque la paix nous le permettra ;
mais je vous déclare que je vous eftime trop pour
ne pas vous traiter en ennemi , tant que la guerre
durera. J'espère que vous me ferez le même hon
neur ; je vous en prie avec la plus vive inftance
, & c. «
On apprend par des lettres de l'ifle de
Gorée en Afrique , que le bâtiment Anglois
le Jofeph & la Marie , Capitaine Anderſon ,
y a été brûlé par les Infulaires pendant la
( 48 )
nuit & tandis que l'équipage repofoit. Tout
a péri excepté le Capitaine , le Contre- Martre
& deux hommes , qui ayant échappé à
l'incendie , ont été affaffinés avant qu'ils
aient pu gagner le fort.
Selon des lettres d'Angleterre , on y a
reçu un état des forces Britanniques à New-
Yorck & dans les environs: on compte 4800
Anglois , 6000´ Allemands , 3600 Améri- ,
cains loyaux & 3000 hommes de milices , de
foldats de ville & autres , ce qui fait 17,400
hommes , defquels après avoir tiré ce qu'il
faut pour la défenfe des lignes & des trois
ifles Staten , Yorck & Long- Ifland , il refte
9000 hommes prêts à fortir contre le Gé
néral Washington au cas qu'il faffe quelque
mouvement pour attaquer la place. Ce détail
feroit bien fait pour tranquillifer les
Anglois , fi on ne lifoit pas dans plufieurs
de nos papiers que le Général Clinton nous
demande 12,000 hommes , ce qui eſt fait
pour jetter quelque doute fur l'état cideffus.
༡༠
D'après une lettre de Carlfcroon , du 6
de ce mois , & divers autres témoignages
on eft fondé jufqu'à préfent à croire que le
vaiffeau Anglois la Princeffe - Amélie , de 90 :
canons , n'est point rentré au Nore quinze'
jours après la célèbre action de Doggers'Bank
, comme l'ont dit les papiers de
Londres ; mais qu'il a coulé à fond fur les
côtes de Norwège.
JOURNAL POLITIQUE
: DE BRUXELLES.
TURQUI E.
De CONSTANTINOPLE , le 11 Aott.
LA réponſe de la Porte aux repréſentations
de l'Internonce de la Cour de Vienne
relativement à la prife faite par les Algériens
de 5 navires portant pavillon Impérial , a
été qu'elle étoit très- difpofée à employer les
moyens qui dépendroient d'elle pour porter
la Régence d'Alger à les reftituer ou à indemnifer
les Propriétaires ; mais qu'elle ne
croyoit pas pouvoir ufer d'un ton d'autorité
& de rigueur , parce que les tems étoient
trop changés , pour qu'elle pût s'en promettre
l'effet défiré. Elle a dépêché un Capigi
Bachi fur une caravelle à Alger , où il va
réclamer ces 5 navires au nom du Grand-
Seigneur ; le Capitan Bacha a ordre d'écrire
au Dey pour appuyer cette réclamation.
Mais il ne paroît pas que la Porte fe croie
obligée d'indemnifer elle-même les Autri-
13 Octobre 1781. C
( 50 )
chiens , fi Alger ne veut point relâcher cette
priſe.
La perfécution qu'éprouvent les Grecs unis
n'a point encore pris fin ; les Ulemas ou
Gens de loi qui forment ici le Clergé Ottoman
, ont cependant décidé que l'oppreffion
dont ufe le Patriarche Arménien envers ceux
de fa Nation qui ont embraffé le rit latin
eft contraire à la loi Mahometane , qui
défend d'inquiéter pour leur religion ceux
qui payent la capitation au Souverain. Le
Muphti muni de cette décifion , a follicité
lui-même S. H. en faveur de la partie de fes
Sujets vexés par le Métropolitain Grec. Il
paroît que fa démarche n'a pas été vue de
bon oeil . Pendant que le Chef de la religion
confeille la tolérance , la politique la croit
dangereufe. Le Gouvernement fuppofe que
quelques Puiffances étrangères ont encouragé
les Arméniens à s'unir aux Latins dans
l'efpoir de les déterminer à quitter l'Empire
Ottoman. Si l'on croit empêcher les émigrations
par la perfécution , on fe trompe ; fon
effet infaillible doit être de les favorifer.
DANEMARC K.
De COPENHAGUE , le 18 Septembre.
LE Convoi Anglois parti du Sund à la
fin du mois dernier , a été vu le S5 de celuici
fur le banc de Jutland ; & fi les vents
lui ont été favorables , il doit être maintenant
arrivé en Angleterre.
Depuis le 11 , 24 navires Anglois font
fortis du Sund pour entrer dans la mer du
Nord , & il en eft arrivé 18 qui viennent
d'Hull pour prendre des chargemens dans
la Baltique. Čes jours derniers il est arrivé
une frégate de 36 canons , de la même Nation
; elle doit être fuivie de quelques autres
bâtimens de guerre , qui efcorteront les
vaiffeaux qui fe trouveront prêts à retourner
en Angleterre.
Le navire de guerre la Sophie- Madeleine ,
qui a croifé fur les côtes de Norwege pendant
l'Eté dernier , revient dans ce port ;
on croit que le Roi le vend à la Compagnie
Aliatique , pour remplacer celui qu'elle a
perdu dans la rade de Canton.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 18 Septembre.
LES lettres de Prague nous apprennent
que tous les régimens qui doivent former
un camp près de cette ville y font arrivés ,
& font toutes leurs difpofitions pour entrer
dans le camp le 20 de ce mois. On fe flatte
d'y voir l'Empereur à fon retour de Théréfianople
, dont il a été vifiter les fortifications
en partant d'ici.
Le 12 de ce mois nous avons eu ici une
très-vive alarme ; le feu avoit pris le matin.
au Maître- Autel de l'Eglife de la Madeleine ,
voifine de la Métropole de S. Etienne. L'Archiduc
Maximilien fut des premiers à voler
C 2
( 52 )
au fecours. Le Clergé , les Troupes & la
Police tournèrent toute leur attention fur
les moyens de couper le cours des flammes ;
elles fe concentrèrent dans l'Eglife , dont
l'intérieur , les orgues , la charpente , furent
réduits en cendres. Heureufement le tems
étoit calme , & l'incendie ne s'eft pas étendu
plus loin.
Selon des lettres de Milan , le Prince ,
fils aîné de S. A. R. l'Archiduc Ferdinand
Gouverneur de Milan , eft attaqué d'une
maladie de langueur . Madame l'Archiducheffe
, fa mère , ne le quitte ni jour ni
puit , & lui prodigue ces foins tendres
que l'enfant du pauvre trouve dans celle à
qui il doit le jour , & que rien ne peut
remplacer.
De HAMBOURG , le 20 Septembre.
On parle de nouveau de paix ; & cette
efpérance flatteufe ne laiffe pas de féduire
quoiqu'on ne voit point encore fur quoi elle
peut être fondée , les opérations militaires
fur toutes les parties du Globe où s'étend
le théâtre de la guerre actuelle , ne paroiffent
pas avoir préparé tout-à-fait cet évènement
les négociations qui fe font dans le
filence du cabinet , & dont la marche & les
effets échappent à la curiofité publique , peuvent
avoir eu plus d'activité & plus d'influence
; quoiqu'il en foit , on revient à la
nouvelle répandue tant de fois d'un Congrès
qui s'affemblera à Vienne,
53
» M. J. Adams , dit à cette occafion un de nos
papiers , eft depuis long-tems en Hollande , & n'attend
que le moment de déployer le caractère de
Miniftre Plénipotentiaire des Etats - Unis auprès de
cette affemblée . On ne doute pas que les Puiffances
neutres , c'eft-à-dire celles qui compofent la neutralité
armée , n'y interviennent comme médiatrices.
On est toujours perfuadé que l'indépendance de
l'Amérique Septentrionale fera toujours la bafe des
négociations , & que quant au refte , les chofes feront
mifes à- peu- près fur le pied où elles étoient
avant la guerre. Que cet évènement foit rapproché
ou retardé , on regarde l'acceffion du Roi de Pruffe à
la neutralité armée comme un moyen puiſſant
d'adhésion & de cohérence entre les parties qui la
compofent ; les Puiffances belligérantes n'ont pu que
voir cette acceffion avec plaifir ; elle les affure du
moins qu'aucune des Puiffances maritimes qui compofent
cette union , ne pourra s'en détacher pour fe
joindre à l'une d'elles ; elle offre en même tems à
l'Europe un motif de fécurité , & l'empêche de
craindre que le feu de la guerre ne s'étende plus
loin , ce qui auroit pu arriver , fi la confédération
étoit venue à fe diffoudre , & que chaque partie eût
pu prendre parti dans la guerre felon les intérêts ou
Les affections ".
On apprend du Duché de Wurtemberg
que nombre de familles s'en expatrient ; la
plupart des mâles qui craignent d'être forcés
de paffer en Amérique , entraînent avec eux
leurs parens , & vont chercher de nouveaux
afyles où leur liberté perfonnelle fera affurée.
On en a vu arriver un grand nombre à
Berlin ; & on les a envoyés auffi- tôt partie
dans la Siléfie , partie dans la Pruffe occidentale
, munis d'argent & de lettres de
c 3
( 54 )
protection pour les Gouverneurs des Villes
où ils doivent paffer & de celles où ils s'arrêteront.
» Un nouvel évènement , écrit - on de Vienne , fert
encore à démontrer la néceffité de la réfolution qu'a
pris l'Empereur de refferrer à jamais dans des bornes
étroites tout ce qui tient à l'Ordre Eccléfiaftique.
Différentes lettres écrites par les Ordres Religieux
de l'Autriche à leurs Généraux à Rome , ont été
dit- on , interceptées . On n'a pas été étonné ni bleffé
des plaintes affez naturelles qu'ils faifoient de leur
fituation , parce que ces plaintes font les derniers
foupirs d'une autorité mourante. Mais on y parloit
des moyens à prendre pour envoyer à Rome des
fommes d'argent ; on affure que l'on prend toutes
les précautions pour arrêter cette correfpondance
& que l'Empereur a dit fur ce fujet , qu'il auroit
recours aux moyens les plus rigoureux pour empêcher
une pareille contrebande.
Selon d'autres lettres , le projet de réformer
la Garde-noble Hongroiſe pour le
fervice de S. M. I. doit être bientôt exécuté.
Elle fera compofée de 2 Capitaines de Cavalerie
& de 60 Cavaliers.
La Hongrie a fourni cette année une
quantité incroyable de cuivre ; il en a été
transporté 38,000 quintaux de Triefte en
Efpagne pour doubler les vaiffeaux & les
frégates de la marine de ce Royaume.
Le commerce de Ruffie tire auffi de la
Bohême & de l'Autriche , beaucoup de
cuivre & de fer ; & l'on voit continuellement
des barques chargées de ces objets
( 55 )
fur le Danube pour fe rendre à la mer
Noire , & de-là dans les ports de Ruffie
qui font fur cette mer.
On mande de Dantzick que la récolte des
grains a été excellente en Pologne ; mais
faute de navires on ne peut les tranfporter .
à l'étranger. Le fret y eft très -haut depuis
que les Provinces -Unies font en guerre ; mais
il baiffera bientôt , car on conftruit tant de
navires pour profiter de ce haut prix , qu'il
y en aura bientôt plus qu'il n'en faut.
» La direction du Cercle de Franconie , a prononcé
le 21 Août dernier un jugement remarquable. Voici
le fait qui y a donné lieu . Les Comtes de Wertheim
ayoient élevé le jour de la Fête-Dieu , une barrière
à un certain endroit de leur territoire , pour empêcher
que la proceffion des fujets du Prince Evêque
Catholique de Wurtzbourg ne pafsât fur leurs
terres , ainfi que cela s'étoit toujours pratiqué. Le
porte-croix qui ofa franchir la barrière , fut terraffé
& laiffé pour mort fous fa croix ; le Prêtre qui
portoit le S. Sacrement fut enfuite renversé d'un coup
de botte dans l'eftomac , tandis que les fujets des
deux Communions fe battoient réciproquement. Sur
les plaintes des Catholiques , la direction du Cercle
a tenu une Seffion , dans laquelle il a été arrêté que
de pareils attentats étant contre le bon ordre & la
tranquillité publique , contraires aux conſtitutions &
au fpécial mandement Impérial , il feroit fait aux
Comtes de Wertheim une févère admonition , avec
injonction de ne plus fe porter à l'avenir à de pareils
excès , qu'autrement le Cercle fe trouveroit forcé de
les punir comme ils l'auroient mérité er .
4
( 36 )
ITALIE.
De LIVOURNE , le 12 Septembre.
ON mande de Rome que le Pape tiendra
un confiftoire le 17 de ce mois ; l'examen
des Evêques qui doivent y être propofés eft
fixé au 14 ; on croit que S. S. nommera
deux Cardinaux.
» L'harmonie , déja fi précaire entre le St - Siége
& la Cour de Naples , ajoutent ces lettres , vient
encore d'être troublée par une querelle d'étiquette.
La Secrétairerie d'état de Rome a refuſé au Prince
de Cimitelle le titre d'Excellence , parce qu'il n'appartient
qu'aux feuls Ambaſſadeurs , & que ce Prince
n'eft revêtu que du caractère de Miniſtre Plénipotentiaire
de S. M. Sicilienne . Le Prince de Cimitelle
croit y avoir d'autres droits . On dit que l'Auditeur
de la Nonciature Pontificale à Naples s'étant rendu
chez le Marquis Della Sambucca , premier Miniftre
du Roi , pour lui expofer les raifons du St - Siége ,
en refufant le titre d'Excellence au Prince , ne reçut
point d'autre réponſe , finon que S. M. regardoit
ce refus comme un nouveau déplaifir que lui faifoit
la Cour de Rome . On craint de voir partir au premier
jour le Prince de Cimitelle fans prendre
congé «<
,
Les lettres de Mogador portent que
l'Ambaffadeur de Suède a préſenté à l'Empereur
de Maroc , les munitions de guerre.
que fon Souverain l'avoit chargé de lui
remettre , & qu'il a déclaré en même-tems
qu'il ne devoit pas s'attendre à en recevoir
jamais d'autres de S. M. Suédoife . Cela n'a
( 57 )
pas empêché le Prince Maure de donner
des marques de fon eftime pour la Nation
Suédoife. Dans le même-tems la Reine de
Portugal a fait remettre à ce Prince une pendule
ornée de pierreries , & lui a fait dire
que les 200,000 piaftres en or qu'il defiroit
étoient prêtes , & qu'il n'avoit qu'à indiquer
le port où il defiroit qu'elles fuflent tranf-
-portées.
De TURIN , le 14 Septembre.
à Le Roi fe rendra , le 22 de ce mois ,
Moutelieri pour y donner audience au
Comte de Marcolm , Ambaffadeur extraordinaire
de l'Electeur de Saxe ; c'eft dans cette
audience que fe fera la demande de la Princeffe
Caroline-Antoinette de Savoie , fille de
S. M. pour le Prince Antoine de Saxe. Le
foir , il y aura illumination & feu d'artifice
au Château , le 29 le mariage fe fera par
procuration , & le 30 la Princeffe partira
pour Drefde.
On écrit de Gênes que le toît de l'Hopital
des femmes incurables étant tombé par
vétufté , il a écrafé 14 malades & 2 Religienfes.
La frayeur a rendu les autres plus
malades qu'elles ne l'étoient.
ESPAGNE.
De MADRID , le 15 Septembre."
Nous apprenons de Cadix qu'il y eft
cs
( 58 )
arrivé une frégate de la Havane , qui y a
débarqué les 3 Officiers Généraux , D. Bonnet
, D. Navarro & D. Navia.
น
On imprime la lifte des effets que nos troupes
ont faifis à Minorque. Il y a entr'autres : 19. un
Arſenal très vafte , rempli de bois de conftruction ,
de matériaux , de voiles , de cordages propres à
des vaiffeaux du premier rang , & en affez grande
quantité , pour équiper une forte efcadre ; 2 ° . 160
canons tant de bronze que de fer , depuis 4 jufqu'à
12 livres de bailes ; 3 ° . 25000 piaftres fortes
en argent ; 4°. un plan fait par un Ingénieur
pour des mines & autres objets de défenfe ; sº.
grands magafins remplis de bled , un de faïotes ,
un d'autres grains , avec toutes fortes de provifions
de bouche , un cinquieme contenant des effets
pris par des corfaires Mahonois , & vendus
par eux au Roi d'Angleterre ; 6º. fix frégates
corfaires & quatre chébecs prêts à mettre à la
voile & armés en courfe ; 7° . vingt bâtimens de
transports chargés de comeftibles . On continue
l'inventaire de tous ces effets , dont la valeur eft
très -conſidérable ; on voit par ces détails combien
cette invafion eft importante , relativement à la
fûreté de notre commerce dans la Méditerranée.
Les Anglois ont fait beaucoup de bruir
des troubles furvenus au Pérou , & continuent
d'en reparler encore , ils les ont préfentés
fous un point de vue fi faux , que
la Cour a pris le parti d'en donner une
relation exacte & authentique , dont nous
donnerons ici la fubftance.
» D. Antonio Arriaga , Corrégidor d'un diſtrict
de la province de Tinta , informé de la vie fcandaleufe
d'un Curé , le menaça d'un châtiment
févère , s'il ne fe corrigeoit pas . Celui - ci n'en
159 )
&
commit que plus d'excès , & Arriaga le fit arrêter .
L'Evêque de Cufco excommunia le Corregidor ,
& il en réfulta deux partis dans le peuple ; mais
le Métropolitain de Lima , mieux inftruit des
faits , leva l'excommunication , & cette affaire
paroiffoit affoupie. Cependant Arriaga eut ordre
de faire un rôle des habitans de fon diſtrict ,
fe préparoit à l'exécuter. Le premier Cacique
Tupac-Aymaru ayant invité le Corregidor à dîner ,
le fit faifir au moment où il alloit fe mettre à
table & conduire en prifon. Ce Cacique a pris
le nom de D. Jofeph- Cafimir- Boniface Tupamara ;
il n'a que 38 ans , & defcend de la Famille Royale
des Incas , privée du Trône en 1541 par la mort
d'Atahualpa . Il refufa au prifonnier la permiffion
d'écrire , fit inftruire fon procès à la hâte , le
força de figner des lettres circulaires pour ordonner
aux principaux Caciques de fe rendre fans délai à
Tinta , afin d'y afſiſter à une exécution que le Roi
avoit expreffément commandé de faire le jour de
Saint- Charles. Ce jour fatal arriva , & dès la veille ,
Tupac fit lire à Arriaga ſa ſentence de mort. Celuici
innocent , mais fans défenfe , fe réfigna humblement
à ſon ſort , & demanda inftamment les fecours
de la religion , qui lui furent accordés . Le 4 Novembre
1780 , vers midi , l'infortuné Corregidor
fut conduit fous une forte eſcorte d Indiens , au
milieu d'un concours immenfe de peuple , au lieu
de fon fupplice. Le Cacique Tupac marchoit à la
tête fur un cheval blanc , fuivi de tous les autres
Caciques montés fur des chevaux noirs . Le patient
fut revêtu d'un habit de capucin ; on lut fa fentence
à haute voix , & l'on eut foin d'appuyer fur ces
mots : Par ordre très- exprès du Roi. Il n'y avoit
point de bourreau ; & Tupac condamna un mulâtre ,
efclave d'Arriaga , à pendre fon maître. Ce pauvre
mulâtre pria , preffa , conjura , pour être difpenfé
d'une fonction fi révoltante ; mais il fallut obéir ,
C 6
( 60 )
& comme il s'en acquitta mal , la corde fe brifa ,
& il tomba de la potence avec le Corregidor.
Alors les religieux , témoins de cette fanglante
tragédie , fe jettèrent aux pieds du Cacique , & lui
dirent qu'en pareil cas la juftice Espagnole fait
grace aux coupables. Tupac inexorable perfifta , &
après avoir laillé 3 jours entiers le cadavre expofé ,
il lui fit faire des funérailles honorables . Cependant ,
craignant les fuites d'un pareil attentat , Tupac
raffembla 200 hommes de milice , & sooo Indiens :
inftruit de ces démarches , le Corregidor de Cufco
envoya promptement 300 hommes de milice de
fon diftrict , & ordonna à l'Officier d'arrêter ce
Cacique turbulent. Ce petit corps ayant trouvé
dans fa route une colonie d'Indiens qui lui parut
déferte , eut l'imprudence d'entrer dans les maifons
& de s'y endormir ; mais bientôt une troupe d'Indiens
fondit brufquement fur ces 300 hommes
& en paffa plus de 160 au fil de l'épée . Le refte
fe réfugia dans une églife , à laquelle Tupac fit
mettre le feu. Il n'en échappa que 7 qui apportèrent
cette fâcheuſe nouvelle à Cuſco . Enflé de ce
fuccès , Tupac écrivit aux Caciques de diverfes
provinces de fe faifir des Corrégidors , & de faire
des levées pour réfifter aux troupes qui feroient
envoyées contre lui. H fe vantoit d'être lui-même
à la tête d'une armée de 25,000 hommes bien
difciplinés & bien armés . Il avoit envoyé fon propre
coufin à Azangaro ; mais ce Cacique , fidèle au
Roi , communiqua fa lettre au Corregidor . L'exprès
qui l'avoit apportée fut pendu. Plein de reſſentiment ,
Tupac accourt dans la province d'Azangaro , la
met toute à feu & à fang. Cependant les Corrégidors
de Cufco , Gampa , Montevideo , avoient
raffemblé 28 , oco hommes , y compris 2 compa
gnies du régiment de Savoie. L'Evêque de Cufco ,
de fon côté , avoit fait prendre les armes à tous fes
parens & aux eccléfiaftiques de fon Diocèfe. On
( 61 )
avoit affaire à un Cacique puiffant . Tupac- Aymare,
déja riche par lui- même , avoit trouvé so mille
piaftres fortes dans la maifon du Corregidor pendu
par fes ordres , & 40 mille dans celle d'un Alguazil
qui lui avoit échappé. Il a beaucoup de courage ,
de grands talens : il a été bien élevé dans le Collégé
de Cufco , & outre qu'il étoit pourvu de
quelques petits canons , il avoit arboré l'étendard
des Incas , qui pouvoit lui attirer bien du monde .
D'ailleurs , l'établiffement d'une Douane à Arequipa
y avoit caufé des mécontentemens ; les mutins
avoient pris les armes , ils avoient démoli & pillé
la maifon du Douanier. Toutes ces circonstances
alarmantes firent prendre le parti de la négociation.
On a fait des conceffions à ce Cacique redoutable ,
& tous les troubles ont été pacifiés « .
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 29 Septembre.
Nous fommes encore dans l'attente des
nouvelles de l'Amérique Septentrionale ;
nos inquiétudes fur New-Yorck vont toujours
en augmentant ; tout ce qu'on débite
de cette place eft très-vague & très- contrádictoire
; les 2988 Allemands qui y ont été.
conduits de Brême fous l'escorte de l'Amphion
, font arrivés , dit- on , après 93 jours
de traverfée. On publioit que le foin avec
lequel nous faifions le blocus de la Delaware
avoit plongé les rebelles dans la
confternation , parce que leur commerce
avec la Havane étoit intercepté ; ces belles
nouvelles ne pouvoient durer qu'un tems.
On prévoyoit que l'arrivée de M. de Graffe
( 62 )
fuffiroit pour balayer la Delaware , fi dans
fa route il prenoit le parti de vifiter les côtés
du Sud ; s'il a marché droit à Rhode→
Ifland avec des forces fupérieures comme
il le pouvoit , puifque l'on affure qu'il eft
parti du Cap avec 31 à 32 vaiſſeaux de
ligne , il eſt maître de la mer , & le fiége
de New-Yorck peut être pouffé avec activité.
Le bruit court déja que le Gouver
nement a reçu des avis récens par lefquels
il eft informé que l'efcadre Françoife eft
arrivée dans l'Amérique feptentrionale
qu'elle y a débarqué un corps confidérable
de troupes , qui ont joint auffi-tôt l'armée
de Washington , qui immédiatement après
cette jonction a marché vers la place. Au
moment du départ de ces lettres elle en étoit
déja à 20 milles. On craignoit malgré le
foin avec lequel on a exagéré le nombre
& l'ardeur de la garnifon qu'elle ne foit
trop foible pour réfifter. Le Général Clinton
à diverfes reprifes a été obligé d'envoyer
beaucoup de renforts au Lord Cornwallis ,
ce qui a diminué confidérablement les forces
qu'il pouvoit oppofer à l'ennemi. Malgré
ces envois en Virginie , il paroît que.
nos affaires n'y avancent guère ; le Marquis
de la Fayette , les Généraux Wayne , Morgan
, Campbel y ont de fi grandes forces ,
qu'il a été impoffible au Lord Cornwallis
d'y remporter aucun avantage décifif.
35
La campagne , difent les lettres de cette Province
, eft à-peu - près finie. Le pays produit une
K
( 63 )
grande quantité de goudron , de térébenthine , de
bois de conftruction , & généralement tous les ar
ticles de la première néceffité pour notre marine ;
ainfi nous tirerions les plus grands avantages de
cette conquête. Mais il refte à favoir fi brûler quelques
magafins de tabac , épars çà & là à diverſes
diftances le long de la côte , eft le vrai moyen de
fubjuguer une province où il n'y a point de villes
puifque les petites qui s'y voyoient , ont déja été réduites
en cendres . En Europe , quand on s'eft emparé
des Villes ,on s'eft rendu maître des campagnes ; mais
en Amérique, c'est tout le contraire ; c'est ce qui rend
cette vafte contrée impotfible à conquérir. Ce font
fur-tout les Espagnols qui nous ont trompés dans
notre attente. Au moment de notre rupture avec cette
couronnne , toute la Nation , le Ministère même ,
croyoit avoir trouvé une occafion unique de s'indemnifer
des frais de la guerre. En un mot c'étoit
les Espagnols qui devoient payer. A la prife de leur
flotte par Rodney , ces efpérances augmentèrent
encore ; mais nous avons payé bien cher cette efpé-t
rance d'un moment, les prifes qu'ils ont faites fur
nous font immenfes . L'expédition du fort St- Juan &
celle d'Omoa nous ont épuifés dans les Antilles . La
perte de toute la Floride , celle de Minorque &
bientôt celle de Gibraltar , nous montrent l'imprudence
que nous avons eue de ne pas prévenir une
rupture dont les faites font fi terribles pour nous « .
Selon des lettres de la Caroline , le Lord
Rawdon a donné des ordres le 17 Juin pour
évacuer & démolir le pofte de Ninety-Six ,
& il s'eft retiré à Orangeburgh , à 80 milles
de Charles-Town , pour loger l'Armée.
Le Général Green a quitté fa dernière
pofition fur la Salceda , & s'eft retiré fur
l'Ennorée. Il a paffé cette dernière rivière
( 64 )
P
au gué d'Hendrick avec une précipitation
extraordinaire , étant pourſuivi de près par
le Lord Rawdon , qui n'étoit qu'à deux
heures de marche de lui.
Nous ne devons pas tarder à recevoir des
nouvelles de ces contrées ; nous attendons
actuellement d'un moment à l'autre les paquebots
de la Virginie & de New-Yorck qui
doivent les apporter. Nous ne devons pas
non plus tarder à en recevoir de la Jamaïque
; celles qui nous font arrivées précédemment
nous donnent des inquiétudes
pour le convoi qui en avoit appareillé en
Juiller , & qui , fur l'avis de l'approche de
M. de Graffe , étoit rentré le 21 à Port-Royal.
On a été enchanté d'apprendre que cette
riche flotte confiftant en 186 voiles , portant
42,509 tonneaux , 3733 hommes , &
1909 canons , avoit évité de tomber entré
les mains de l'ennemi. Mais on ajoute que
l'Amiral Hood ne devoit faire voile qu'avec
11 vaiffeaux pour la Nouvelle- Angleterre
, ce qui y rendroit fa préfence abfolument
nulle , fur-tout fi les François y en
conduifent 28 , comme on le prétend.
20
La plupart de nos papiers annoncent que
le 21 de ce mois on a débarqué du vaiffeau
le Gibraltar , de 80 canons , que l'Amiral
Rodney a ramené d'Amérique , une caiffe
qu'on dit contenir la correfpondance illicite
des Anglo- Américains ; cette nouvelle ,
fi elle étoit fondée , pourroit fervir à faire
diverfion aux bruits fâcheux qu'on ne ceffe
( 65 )
de répandre fur cet Amiral ; de pareils écrits
pourroient occuper nos Gazettes autant que
le Gouvernement , & mettre fin aux réflexions
que les premiers contiennent fur cet
Officier , d'abord déifié & maintenant blâmé
-par toute la Nation.
On annonçoit une guerre prête à s'élever
entre le Colonel Ferguſon & l'Amiral Rodney
; les premières hoftilités viennent de
commencer à l'occafion de la publication
faite dans la Gizette de la Cour des articles
de la capitulation de Tabago. Le Gouverneur
de cette ifle a vu avec furpriſe que cet
acte a été inféré d'une manière ifolée dans
la Gazette , fans qu'on y ait joint aucune
partie des dépêches qui l'accompagnent.
Piqué fur-tout de quelques expreffions de
la lettre de l'Amiral Rodney du 29 Juin ,
qui fembloit infinuer que l'Ifle-s'étoit rendue
fans défenſe , il a cru devoir publier des
détails.
Il réfulte de la relation du Colonel Ferguson ,
que ce fut le 25 Mai qu'il fut informé de l'approche
de l'efcadre ennemie , que fur le champ il
expédia en exprès à l'Amiral Rodney , & que cet
exprès délivra le 26 Mai fa dépêche à bord du
Sandwich ; que l'ennemi débarqua le 24 à la grande
Baie de Courlande avec très peu de perte ; qu'après
avoir fommé vainement le Gouverneur de
rendre l'Ifle , il expédia la nuit du 24 au 25 un
exprès à la Martinique pour demander du fecours ;
qu'il pourfuivit fes attaques jufqu'au 30 , qu'on
apprit en même tems l'approche de l'Amiral
Drake & l'arrivée de la flotte entière du
Comte de Graffe ; que les hommes que le Colo766
)
nel Ferguſon avoit fous les armes , confiftoient en
427, non compris 40 Nègres , favoir 4 Canonniers du
Corps Royal d'Artillerie , 207 Fufiliers du 86e . rêgiment
, 15 foldats appartenant à l'Artillerie de
l'Ifle , 181 Fufiliers de milices , & 20 Soldats . Sir
George , obferve le Colonel , non content de grof.
fir le nombre des défenfeurs de l'Ifle , diminue celui
des François qui l'attaquoient ; il ajoute qu'il
faut qu'ilfoit arrivé quelque chofe d'extraordinainaire
pour avoir déterminé le Gouverneur Fergufon
à capituler. Mais je crois que tout le monde
trouvera bien plus extraordinaire qu'un Amiral
Anglois ayant 21 vaiffeaux de ligne à fes ordres ,
ait fouffert qu'une efcadre ennemie de quatre vaiffeaux
ou frégates , & quelques floops , affiégeât
pendant dix jours confécutifs une colonie Angloife
où il pouvoit fe rendre en 24 heures , fans donner
de fecours à cette lfle , fans tâcher de détruire
l'efcadre affiégeante . Cela paroît , dis -je , plus extraor
dinaire qu'il ne l'eft , qu'une ville fans fortifications
quelconques , défendue par 427 hommes feulement ,
fans avoir même de couvert pour les défendre
de l'inclémence de l'air , n'ait pu tenir que dix
jours contre une armée de Vétérans , dont le nom.
bre excédoit cinq fois celui des affliégés . Peut-être
auffi paroîtroit - il également extraordinaire que la
flotte Françoise entière fût arrivée avec des troupes
de la Martinique à Tabago , avant que l'efcadre
Angloife y foit arrivée de la Barbade , quoique
l'exprès que j'avois expédié à Sir George Rodney
, fût parti 36 heures avant que le Général de
Blanchelande eût expédié un cutter pour demander
du renfort ; car tout le monde fait que la traverfée
de Tabago à la Martinique , foit en allant
foit en venant , eft plus que le double de celle de
Tabago à la Barbade , pour aller & pour revenir.
Cette récrimination très - vive mérite
fans doute une réplique ; l'Amiral Rod(
67 )
ney n'a pas cru que fa dignité lui per
mit de la faire en fon nom ; mais il en
a paru une qui n'a fûrement pas fatisfait
les Lecteurs. Il ne juftifie point . comment
ayant été averti le premier , & devant arriver
avant les François , il n'eft venu qu'après
eux. Cette affaire aura fans doute des
fuites qui entraîneront des difcuffions d'où
jailliront quelques lumières. M. Ferguſon
demande , dit - on , que fa conduite foit
examinée par une Cour d'enquêtes compofée
d'un certain nombre d'Officiers - Généraux
; mais on doute que l'enquête foit
admife ; comme il dit que c'eft le Major
Stanhope qui commandoit les troupes réglées
lors de la reddition de l'Ifle , qui a
figné la capitulation , le bruit court que
le Major fera jugé par un conſeil de guerre.
Quoique fa conduite puiffe être blamable
en cette occafion , tous nos Militaires conviennent
qu'il ne pouvoit obtenir des conditions
plus douces & plus honorables.
" On ne peut , dit un de nos papiers à l'occa
fion de ces débats & de la prife de Tabago , donner
trop d'éloges à la générofité des François ,
lorfqu'ils fe font rendus maîtres de cette lile.
Après la reddition de cette place , le Marquis de
Bouillé ne s'eft point emparé de la propriété des
habitans ; il n'a point fait vendre leurs biens à
l'enchère ; il n'en a point mis le produit dans fa
poche ; mais il s'eft comporté envers eux comme
un vainqueur qui connoît toute l'humanité qu'on
doit aux vaincus. Ce n'eft pas ainfi que s'eft
conduit Mylord Euſtache. Aufli la Cour déſapprou
---
( 68 )
we-t-elle fa conduite. Lorfqu'il a paru le 26 at
lever du Roi , il a été reçu très -froidement . Il y
a déja 80 actions intentées contre lui au fujet de
l'affaire de St- Euftache« .
L'humeur a pu dicter ce paragraphe ;
d'autres papiers qui peut- être voyent d'un
autre ceil les actions du Chevalier Rodney
, difent qu'il retournera à fon commandement
dans les Ifles vers le mois de-
Décembre prochain , & qu'il n'eft venu en
Angleterre avec la permiffion de fon Souverain
, que pour rétablir fa fanté qui va
de mieux en mieux , & foigner fes affaires
qui ne vont pas moins bien ; la plus
importante étoit fans doute de tranf
porter en Europe les richeffes qu'il a acquifes
par les moyens que tout le monde
fait & qu'on affure être confidérables.
- Pendant qu'on annonce que Rodney
tournera en Amérique , on revient à ce
qu'on a dit fi fouvent du retour du Chevalier
Clinton en Europe ; on parle auffi
du départ prochain du Lord Dunmore pour
la Virginie , où il va rentrer en poſſeſſion
de fon Gouvernement ; mais on demande
comment il gouvernera une Province qui
n'eft pas encore à l'Angleterre , & où il
ne trouvera perfonne difpofé à recevoir les
ordres que dans les lieux où féjournera notre
armée.
La plupart des nouvelles apportées par le pa
quebot le Carteret , arrivé dernièrement de Charles-
Town , dit un de nos papiers , ont été communiquées
au public. En voici une cependant que l'on ne con(
69 )
noiffoit point encore. Il y avoit quelque tems que
les Américains formoient le projet de s'emparer de
cette ville . Ils s'affembloient en grand nombre dans
ſes environs , & ils ont même eu fouvent la hardieffe
de s'approcher à trois milles des lignes . Dans
une de ces excurfions , un de leurs détachemens
composé d'environ cent hommes avec un Officier à
leur tête , tomba dans une embuſcade , & tous les
Rebelles qui compofoient ce corps furent faits pri
fonniers. Leur Commandant , nommé Gaines
obtint du Gouverneur de Charles-Town la permiſſion
de retourner chez lui , à condition qu'il ne porteroit
plus les armes contre S. M. Britannique . Mais Gaines
ayant été repris peu de tems après à la tête d'un
détachement de Rebelles , il fur jugé par un Confeil
de guerre qui le condamna à être pendu . Cette
Sentence devoit être exécutée le 13 Août , qui étoit
le lendemain du jour que le paquebot a mis à la
voile.
Le 27 il est arrivé à l'Amirauté un Exprès
du Général Vaughan ; il nous a appris l'arrivée
heureuſe de la flotte des Iles du Vent
dans la rade de Corke ; ce Général eft venu
fur le Boreas en qualité de paffager , & a
débarqué à Corke dans l'intention de profiter
du premier convoi pour l'Angleterre.
Le Kitty , de Liverpool , eft arrivé de la Jamaïque
à Kinfale avec une riche prife Françoise quf
alloit du Cap François à Marseille. Ce bâtiment a
rapporté que le Comte de Graffe étoit arrivé au
Cap dans le mois de Juillet avec 27 vaiffeaux de
ligne , 4500 hommes , & les vailleaux marchands
de la Martinique. Il a pris au Cap 4 vaiffeaux avec
environ 4000 hommes , & il comptoit en partir le 3
Août pour Rhodes - Inland , dans l'intention d'y
joindre l'efcadre de M. de Barras , & d'attaquer
New-Yorck. La flotte marchande de St- Domingue
devoit attendre fon retour d'Amérique.
'( 70 )
,
On dit qu'un Courier de Kinſale a apporté
au Lord Germaine la nouvelle de
P'arrivée de 6 vaiffeaux de la Compagnie
des Indes fous l'efcorte de 2 vaiffeaux de
guerre. On attend ici de jour en jour l'Amiral
Hughes qui eft revenu avec ces vaiffeaux
, & déja l'on dit que le Commodore
Johnſtone lui fuccédera dans le Commandement
de l'efcadre en ſtation dans l'Inde ;
ce bruit qui paroît prendre , montre affez ce
que l'on penfe de fa relâche à Buenos- Ayres,
& fait tomber tous les grands projets qu'on
lui fuppofoit dans ce moment ; en effet , il
feroit bien fingulier que nous employâffions
dans le midi de l'Amérique des forces
dont nous avons un fi preffant befoin aux
Indes ; nos affaires n'y font pas dans une
auffi belle pofition qu'on a prétendu le faire
croire. Toutes les belles relations dont on
a fait tant de bruit , n'ont pas empêché les
Actions de bailler ; nos fuccès fe bornent
à avoir arrêté Hyder-Ali dans fes fuccès ,
& à avoir prévenu les mauvais effets que
fa victoire , fur le Général Munro , devoit
entraîner. Ceux qui prétendent être dans le
fecret , difent ici tout bas qu'Hyder-Ali a
raffemblé de grandes forces , & qu'il menace
la Compagnie autant qu'il l'a fait précédemment
; ce qui ne laiffe pas d'alarmer
infiniment les Actionnaires.
ל » Nous avons ici , lit - on dans une lettre de
Tranquebar , une grande quantité de munitions.
pour les Anglois. Hyder Aly en ayant eu connoif.
fance , pria le Gouverneur Danois de les lui re(
71 )
mettre , ou du moins de ne point les livrer aux
Anglois. Mais pendant cet intervalle , fix vaiffeaux
de cette Nation font arrivés & ont emporté cest
munitions. Hyder Aly n'en a pas plutôt été informé
, qu'il a protefté que s'il reprenoit l'avantage
fur les Anglois , il viendroit nous rendre à Tranquebar
une vifite qui ne nous feroit pas infiniment
agréable auffi faifons-nous les préparatifs les plus
vigoureux pour notre défenſe «.
Dans l'arrêté des comptes des débiteurs
& des créanciers de la Compagnie des Indes
du premier Mars au premier Septembre
1781 , il y a eu en faveur de la Compagnie
une balance de plus de 700,000 liv.
fterl. & à peu près une fomme auffi confidérable
en caiffe. Cette fomme a été laiffée
à la Compagnie avec l'approbation du Gouvernement
, pour fournir aux dépenses
extraordinaires.
On a frété
pour
envoyer
dans
ces
contrées
le Bute
, l'Ankerwithe
, le Shrewsbury
,
le Talbot
, le Gatton
, le British
- King
,
Europa
, le Godfrey
& le Royal
- George
.
Ces
vaiffeaux
font
pour
le fervice
de l'année
prochaine
, avec
quelques
autres
qui
en portent
le nombre
à 27 ; chacun
prendra
à bord
pour
fon fervice
260
hommes
de troupes
de terre
; le total
des
troupes
ainfi
embarquées
fera
de 7020
homines
.
Ils rempliront
fi complettement
les vaiffeaux
, qu'il
a été
ordonné
de ne prendre
aucunes
femmes
paffagères
. On
a auffi
limité
les priviléges
des Capitaines
des vaiffeaux
dans
ce qui
regarde
leur
propriété
( 72 )
privée. Le volume qu'il leur étoit permis
de charger pour leur compte étoit de 55
tonneaux , on l'a réduit à 18 , afin de ménager
de la place pour le tranſport des
troupes , mais pour les dédommager de
cette diminution qu'ils éprouvent , on leur.
a permis de charger du cuivre qui étoit
autrefois prohibé ; & cet article eft , diton
, de fi bonne défaite dans l'Inde , qu'on
prétend que les 18 tonneaux leur rapporteront
l'équivalent de so de toute autre efpèce
de marchandiſes.
Le 27 de ce mois il eft arrivé un exprès
de l'Amiral Darby , qui eft venu ſur un
cutter à Portſmouth ; tout ce qu'il a rapporté
c'eſt que cet Amiral avoit quitté les
Sorlingues dans la matinée du 23 avec 26
vaiffeaux de ligne . Selon les uns il doit
refter en mer avec fon efcadre jufqu'à la fin
du mois prochain , à moins que quelque
circonftance particulière ne rendît fa croifière
inutile. Selon d'autres ſon eſcadre n'eft
fortie que pour aller au fecours de Gibraltar
& de Minorque ; mais en général on croit
peu à cette deſtination ; il ne fuffiroit pasde
paffer le Détroit & d'entrer dans la Méditerranée
, il faudroit en fortir enfuite
& cela pourroit fouffrir de grandes difficultés.
On croit que l'on ſe bornera à expédier
le plus de bâtimens qu'on pourra pour la première
de ces places , où quelques uns pourront
du moins arriver , fi tous n'y réuffiffent pas. Il
y a dans les Dunes 3 cutters prêts , dit - on , à
mettre
( 73 )
mettre à la voile , avec des provifions pour
cette deftination.
Quelques reproches que l'on puiffe faire au Lord
Sandwich , il eft cependant vrai de dire qu'il eft
celui de tous les Lords de l'Amirauté qui a veillé
avec le plus de foin à la confervation de la marine
Britannique. Si nous avions eu à la tête de ce département
un Haw ke ou un Anfon dans le tems où
l'armée navale combinée de France & d'Espagne eſt
entrée dans la Manche , notre eſcadre , d'après leurs
ordres , auroit peut- être eu la témérité de rifquer le
combat contre des forces aufli fupérieures. Qu'en
feroit-il réfulté ? la moitié de nos vaiffeaux auroit
été détruite , & l'autre très- maltraitée. Le Lord
Sandwich a fagement prévenu un tel défaftre.
L'Amiral Darby qui avoit reçu à plufieurs repriſes
l'ordre pofitif de veiller de près fur les mouvemens
des ennemis , eft rentré en toute diligence à Torbay
aux premières nouvelles de leur approche ; auffi ,
grace à Dieu & à la prévoyance du Lord Sandwich
nos vaiffeaux font fains & faufs.
Le Commodore Stewart remplace l'Amiral
Parker dans fon commandement ; on dit
qu'avant de le nommer , on a prié l'Amiral
de faire encore une croiſière fur les côtes de
Hollande ; mais il s'y eft refuſé abſolument.
La Grande-Bretagne avoit au 24 Juin dernier
142,000 hommes à fa folde ; fi la guerre
continue il en faudra 18,000 de plus l'année
prochaine. Les fonds néceffaires feront
auffi très-confidérables ; on parle déjà de 17
millions fterlings , & vraisemblablement ils
ne fuffiront pas.
Au milieu de ces embarras on parle tou-
13 Octobre 1781. d
( 74 )
jours de paix ; elle eft fans doute néceffaire
, on prétend qu'il en eft queſtion , que
les Cours de Vienne & de Pétersbourg ont
fait des ouvertures . On ne doute pas que
la Hollande ne fe prête facilement à celles
qu'on lui fera ; mais il n'en eft pas de même
de la France & de l'Eſpagne ; la première
ne fe départira pas de la condition préliminaire
de l'indépendance de l'Amérique ; la
feconde , quoiqu'elle n'ait fait aucune alliance
avec les États- Unis , ni reconnu leur
indépendance , a auffi des difficultés a élever
; l'Angleterre ne voudra pas céder fur
tous les points ; & ce grand ouvrage ne
nous paroît pas encore près de fon exécution
. On prétend que fi l'accommodement
n'a pas lieu , il y aura une alliance offenfive
& défenfive entre la France , l'Espagne
& les Provinces-Unies ; ces trois Puiffances
alors pourront unir toutes leurs forces pour
établir l'indépendance Américaine que nous
ne voyons pas que nous puiffions nous
difpenfer de reconnoître un jour , après
avoir inutilement répandu beaucoup de
fang & épuifé nos trésors .
Sous le règne de la Reine Anne , dit un de nos
papiers , époque à laquelle l'activité de notre carrefpondance
politique répondoit & contribuoit fans
doute à celle de nos fuccès , la dépenſe annuelle de
nos Miniftres , dans les pays étrangers , ne montoit
qu'à 45,000 liv. fterling. Pendant l'Adminiftration
de M. Pitt , qui fembloit avoir les clefs de tous
les Cabinets de l'Europe , elle n'a pas excédé 50,000
liv.; & actuellement , qu'à en juger par les opérations
( 75 )
du Gouvernement , nous ne favons pas un mot de ce
qui fe paffe chez nos voisins , l'état des fonds pour
ce fervice eft porté a la fomme exorbitante de 90,000
liv . fterl.
Les vaiffeaux de guerre deftinés pour la
ftation de l'Amérique Septentrionale viennent
de recevoir l'ordre de fe difpofer à
partir au premier avis.
La petite vérole exerce fes ravages dans
plufieurs endroits.
a offert
Un de nos papiers , du 24 , rapporte que depuis
plufieurs femaines , il en eft mort à Deptford ,
depuis 10 jufqu'à 20 perfonnes. On n'ignore pas
que la Faculté , à fon grand honneur
d'inoculer , gratis , les pauvres , pour prévenir
dans les Paroiffes le cruel ravage de ce fléau . Le
defir & le zèle de la Faculté pour fauver la vie des
hommes , fe font trouvés fruftrés par un préjugé fi
nuifible qu'entretiennent quelques perfonnes qui ne
ceffent de déclamer contre l'inoculation . Les habitans
de Deptford defirent de raffembler tout ce qu'a obfervé
M. de la Condamine , relativement à la pecite
vérole naturelle & à l'inoculation . On peut comparer
la petite vérole naturelle à une rivière qu'il
faut paffer , & l'inoculation au bateau qui offre un
moyen pour la paffer avec sûreté . Il y a cependant
bien des perfonnes qui fe noient en négligeant ce
moyen de paffage . A cette heureuſe comparaiſon
établie par feu M. de la Condamine , on peut ajouter ,
dans ton Traité en faveur de l'Inoculation , le fublime
parallèle tiré de la Ste. Ecriture. » Je vais vous
» demander une chofe ; les Loix prefcrivent - elies
» de préférer de fauver la vie à la détruire ? « Ce
feroit un grand fervice à rendre à l'Angleterre , que
ce Gouvernement , par des encouragemens pour une
inftitution auffi falutaire que l'inoculation , la rendîffent
plus générale pour parvenir aux moyens d'épar
gner la vie des hommes .
"
d z
( 76 )
FRANCE.
De VERSAILLES , le 9 Octobre.
Le Roi a nommé à la charge de Meftrede-
Camp-Lieutenant-Infpecteur des Carabiniers
, vacante par la mort du Marquis
de Poyanne , le Comte de Chabrillant ,
Maréchal-de-Camp & Capitaine des Gardesdu
Corps de Monfieur. Il a eu l'honneur
d'être préſenté , en cette qualité , à LL.
MM. par Monfieur.
Le 30 du mois dernier LL. MM. & la
Famille Royale , fignèrent le contrat de
mariage du Chevalier de Croiſmare , Sous-
Lieutenant des Gardes-du- Corps du Roi ,
avec Mademoiſelle de Courmon , & celui
du Préſident de Leudeville avec Mademoifelle
de Jourdain.
2
Le même jour le Baron de Choifeul , Ambaffadeur
du Roi près le Roi de Sardaigne ,
qui eft de retour en cette Cour par congé
eut l'honneur d'être préfenté à S. M. par
le Miniftre des Affaires étrangères.
De PARIS , le 9 Octobre,
2
It eft arrivé à Rochefort un cutter expédié
par M. de Graffe. On dit que ce Général
donne avis qu'il eft forti du Cap avec
toutes les forces , confiftant en 28 vaiffeaux
de ligne , & qu'ayant choifi la route du
canal de Bahama , il a débouqué heureuſe(
77 )
I
ment , puifqu'il étoit le 22 Août par le travers
de St-Auguſtin . C'eſt de cette hauteur
qu'il a expédié fon cutter ; ainfi l'on juge
que fa flotte aura pu être avant le 1 Octobre
devant Rhode-Ifland , s'il y dirige directement
fon cours , & s'il ne s'arrête pas
fur les côtes des Provinces du Sud , qu'il
a cependant l'intention de reconnoître. Il
trouvera vraisemblablement en arrivant à
Shandy-Hook l'Amiral Hood , & peut-être
Drake , réunis à l'Amiral Graves. Quant à
l'Amiral Digby , comme il n'eft parti qu'en
Juillet , & qu'on doit lui fuppofer 55 à 60
jours de traversée , il pourroit bien être
intercepté par notre flotte.
1
C'eft M. Negrier , Lieutenant de vaiſſeau ,
commandant le cutter arrivé à Rochefort ,
qui a été expédié par M. de Graffe , dont
les dépêches font du 22 Août ; on dit qu'il
n'a perdu l'Armée de vue que 2 jours après
avoir reçu les dépêches ; elle étoit alors à
25 lieues à l'Eft du Cap St- Auguſtin . M.
de Graffe n'a point de bâtimens de tranfport
; fa petite Armée eft à bord des vaiffeaux
, & confifte en 3464 hommes , fans
compter la garnifon ordinaire des vaiffeaux.
On affure que les Officiers font perfuadés
que leur destination eft pour la Baie de la
Cheſapeak. C'eft auffi ce que l'on croit ici ;
& dans peu nous faurons comment le Général
Cornwallis fe fera tiré de la fituation.
critique où il fera réduit. Il ne peut attendre
aucun fecours de New-Yorck , notre
*
d 3
( 78 )
flotte étant maitrelle de la mer ; car on ne
peut raifonnablement penfer que l'Amiral
Hood , qui n'aura tout au plus que 20 vaiffeaux
, cherche à fe meſurer avec notre
Armée , qui doit être compofée de 59 ' ,
après la jonction de M. de Barras ; ceux
qui ne lui en donnent que 37 , ne comptent
point l'Expériment & le Romulus.
Les lettres de St-Domingue donnent les
détails fuivans de l'incendie de l'Intrépide.
» Du Cap François le 27 Juillet. Un accident
funefte a tenu Lundi dernier toute la ville en alarmes
, & nous nous fommes vus menacés d'une deftruction
totale. Le feu prit à l'Intrépide de 74 canons.
Les fecours les plus prompts & les mieux ordonnés
ne purent arrêter l'activité de cet horrible incendie ,
& l'on fut forcé de faire échouer le vaiffeau près du
petit carénage. Par bonheur le tems étoit calme ; fi la
brife avoit été telle que le jour précédent , telle que
la furveille , c'étoit fait de tout ce qui étoit en rade.
Le feu enveloppoit tous les vaiffeaux , & le port &
la ville étoient détruits de fond en comble. On parvint
à retirer toute la poudre qui étoit à bord de
l'Intrépide , excepté trois ou quatre barriques qu'il
ne fut pas poffible d'enlever. Il n'y avoit plus d'efpoir
de fauver ce vaiffeau ; l'équipage par ordre du
Capitaine l'avoit abandonné , & M. Dupleffis Pafcaut
reftoit conftamment à bord avec les Officiers ; leurs
prières , & les fupplications de fon fils , jeune homme
de 14 ou 15 ans , ne purent l'engager à defcendre
avec eux dans la chaloupe . Il étoit déterminé
à périr avec fon vaiffeau. Il embraffa tendrement
fon fils & lui ordonna de s'éloigner ainfi qu'à fes
Officiers . Ce jeune homme obéit à fon pere ; mais
ce fut pour le fauver. Il fe fit conduire fur le champ
( 79 ) ( 79.
à bord de la Ville de Paris , & fe précipitant aux
pieds du Général , fes fanglots lui expliquèrent la réfolution
défefpérée de fon pere , & le defir qu'il
avoit de l'arracher à une mort inévitable ou de
périr avec lui . Auffi- tôt un canot partit avec ordre
au Capitaine de l'Intrépide de venir à bord du Général
; ce brave Officier fut forcé d'obéir ; & le canot
qui le reçut étoit à peine à so pas de l'Intrépide
que ce vaiffeau fauta en l'air «.
Le Journal que nous recevons du port
de Breft , ne va que juſqu'au 28 du mois
dernier.
1
» Le 18' , la Victoire , corfaire de Dunkerque ,
& l'Aigle , de Calais , font entrés en rade ; le premier
amenoit une prife chargée de tabac ,
de .
voilures , &c. qui fortoit de Londres. Depuis le
18 jufqu'au 24 inclufivement , les vaiffeaux la
Bretagne , le Terrible , le Protecteur , le Guerrier,
le Dauphin-Royal & le Robufte , font entrés dans
le port , pour y recevoir quelques réparations .
Le 22 , eft entré en rade l'Agatha , chargée de diverſes
marchandiſes , prife du corfaire l'Aigle . -
Le 24 , la frégate la Renommée & le lougre le
Tartare , ont appareillé de la rade avec un con .
voi. Le 25 , la frégate l'Attalante a appareillé
pour croiler. Le 27 , le Fanfaron & la
Victoire ont mis à la voile pour le même objet .
Le 28 , l'Etourdi & l'Espiegle viennent d'appareiller
de la rade. Le courier de Cadix nous a
appris l'arrivée de 13 navires Provençaux ; ils avoient
été débarqués par la frégate la Concorde , qui
alloit annoncer à la Nouvelle- Angleterre l'approche
du Comte de Graffe «<.
--
Des lettres particulières de Breft . & poftérieures
au Journal du Port , ajoutent les
détails fuivans.
d 4
( 80 )
» On dit qu'on a fufpendu le défarmement du
Protecteur & du Guerrier , qui devoient être mis
en flûtes. L'Alexandre & le Hardi le font déja.
Le chargement de ces deux nouvelles Alûtes & de
toutes les autres qui fe trouvent ici , fera fait la femaine
prochaine. M. de Macnemara amenera de
Bordeaux les autres navires néceffaires pour le
tranfport des troupes. Cet habile Croifeur vient
encore de s'emparer d'un corfaire de 18 canons.
Chaque jour il nous arrive des trains d'artillerie .
-
- -
M. de Vaudreuil a , dit-on , reçu les ordres da Roi
pour l'efcadre qui doit fortir de ce port , & qu'on
porte aujourd'hui à dix vaiffeaux de ligne , & dont
il a le commandement : on ajoute qu'on lui laiffe la
liberté de choifir fes Capitaines. On ne parle
plus d'envoyer nos vaiffeaux à Cadix , fur-tout ceux
à trois ponts. La Bretagne & le Terrible ne pouvant
entrer dans les baffins que dans les grandes marées
ne feront pas prêts auffi- tôt qu'on le defireroir
; mais caréner des vaiffeaux de cette force
à flot , ce feroit les fatiguer beaucoup . On a
fignalé d'Oueffant 52 voiles , parmi lesquelles plu
fieurs vaiffeaux de guerre . Ce pourroit bien être
l'armée de Darby , ou plutôt quelque convoi des
Indes Occidentales qu'attendent les Anglois «.
Le Lord Sandwich eft très-malade , & fi
fon état n'eſt pas déſeſpéré , il alarme du
moins la partie de la Nation , qui applaudit
à fon adminiftration ; voilà ce que les
dernières nouvelles de Londres nous apprennent
de plus important ; nous favons
déjà que l'Amiral Rodney a été reçu avec
froideur dans la Capitale , & le Cabinet de
St-James n'a vu qu'avec peine l'adhéſion du
Roi de Pruffe à la neutralité armée . Il n'a
781 )
point encore fait de réponſe à la notification
qui lui en a été faite ; & fi les Miniftres
Anglois continuent de ne pas approuver
cette démarche , fous prétexte que l'Impératrice
de Ruffie ne peut pas faire jouir un
tiers des avantages qui lui ont été accordés ,
les Anglois pourroient s'attirer un nouvel
ennemi fur les bras avant la fin de l'hiver .
-
» On a reçu ici des nouvelles de 1 Inde , écriton
d'un de nos ports ; elles font toutes antérieures
à celles qui nous font venues de Londres ; s'il faut
en croire les rapports , il paroît vrai que M.
d'Orves eft retourné à l'Ile de France. Il étoit
arrivé à Pondichery le 20 Janvier , après cent
jours de traversée . Ayant confommé la plus grande
partie de fes vivres pendant ce long trajet , il
n'en a pu tirer de la côte , & s'eft vu forcé de s'éloigner
fans avoir pu caufer aucun dommage à
l'ennemi . Nous recevons encore des nouvelles
de cette partie du monde par un endroit d'où ordinairement
on ne les attend point. Un bâtiment
parti de la côte de Coromandel eſt entré à la
Martinique. Il faut qu'il ait quitté l'Inde dans le
mois de Février , puifqu'il fait mention de la ftation
de M. d'Orves devant Madras , & qu'il n'annonce
pas fon retour à l'Ile de France . Une anecdote
horrible qu'il nous apprend , & que toute
l'Europe ignoroit , c'eft que les Anglois ayant
mis à prix la tête d'Hider Aly , ce Prince a fait
couper fur le champ le bras droit à tous les prifonniers
Anglois , tant Officiers que foldats , qui étoient
en fon pouvoir «.
On n'a point de nouvelles ultérieures de
Mahon ; le Fort St - Philippe eft maintenant
bloqué ; mais on n'en peut commencer l'atd
s
( 82 )
taque en règle que lorfque fes renforts &
la groffe artillerie qu'on attend y feront arrivés.
19 ,
» On avoit compté , écrit- on de Toulon en
date du 23 du mois dernier , fur les bâtimens Efpagnols
, pour paffer nos troupes à Malion , mais
ils font néceffaires pour prendre des canons & des
renforts à Carthagêne. On a pris en conféquence
d'autres arrangemens , & on frette à Marſeille ,
pour le compte du Roi , une quarantaine de bâtimens
qui arriveront ici à la fin de ce mois. -La
corvette la Badine , commandée par M. de Vence,
Le prépara dès le 20 pour mettre à la voile pour
conduire à Mahon le Comte de Crillon , Colonel
du régiment de Bretagne. Ce régiment arriva le
partie à la Valette , partie à Souliers ; les
vents contraires ont jufqu'à préfent empêché ce
bâtiment de mettre à la voile , mais on croit qu'il
appareillera ce foir. Le Marquis de Bouzolles ,
Brigadier & Colonel du régiment de Lyonnois ,
a été nommé Commandant en fecond de l'armée
qui paffe à Minorque fous les ordres du Baron
de Falkenhayn. Le Comte de Crillon Brigadier ,
commandera la brigade Françoife , & le Comte
de Spare , Colonel de Royal Suédois , commandera
la brigade Allemande. Le Major du régiment de
Bretagne a été fait Major- Général de l'armée.-
La frégate l'Aurore , commandée par M. de Cypierre
, eft partie pour Marſeille , où elle doit prendre
fous fon convoi quelques bâtimens deſtinés
pour Cadix. On écrit de ce port que M. de Malmet
, Commiffaire du Roi pour la vente du terrein
de l'Arfenal de Marſeille , eft attendu inceffamment
pour terminer cette affaire & pour régler
le traitement de ceux qui étoient établis dans cet
Arfenal ",
1
( 8 ; )
On apprend que le Duc de Crillon a
annoncé dans l'ifle , par une proclamation ,
que toutes les propriétés particulières feront
respectées , y compris même celles des
corfaires qui rentreront avec des priſes qu'ils
auront faites avant la date de la defcente
des Eſpagnols à Minorque ; les armateurs
ont été avertis en même-tems de rappeller
ceux de leurs Capitaines qui fe feront retirés
dans les ports d'Italie , & on leur a notifié
qu'ils répondroient des faits ultérieurs de
ceux-ci . On donnera des lettres de marque
pour l'Espagne aux corfaires qui voudront
continuer la courfe .
33
» Le fieur François Moriffe , Chirurgien de Tournecoupe
, fut appelle le premier Septembre de la
préfente année 1781 , dans la paroiffe de Mongaillard
, au Diocèfe de Lectoure ; je l'y accompagnai
je vis dans la maifon de Pierre Truilhé
un Enfant mâle , né le 21 Mai 1781 , parfaitement
conformé , à cela près que fa tête étoit ,
lorfqu'il naquit , d'un tiers plus volumineuse que
dans l'état naturel ; il avoit les deux dents canines
à la mâchoire inférieure , fa tête a augmenté
prodigieufement depuis fa naiffance jufqu'au premier
Septembre de la même année , elle a trente
pouces de circonférence , & vingt- quatre du trou
occipital jufqu'à la partie inférieure du coronal
il y a un écartement de future de tous les os qui
forment la boîte offeufe du crâne de cinq à fix pouces
des uns aux autres : j'eftime qu'elle pèfe environ
vingt- cinq livres. Il dort prefque toujours ; il ne
s'éveille que lorfqu'il a faim ; il appelle très- diftinctement
les père & mère ; il tette peu , mais en
revanche il mange une livre & demie de pain tous
les deux jours.
d 6
( 84 )
Le 12 du mois dernier le tonnerre tomba
au hameau de Mezieres , Paroiffe de Maudetour
, dans le Vexin François , fur une
ferme qui appartient à M. le Marquis de
Rancher , Officier aux Gardes Françoiſes ;
les prompts fecours qu'apportèrent les habitans
des villages voifins , les foins & l'activité
des Officiers de Juftice de la ville de
Magny & de la Maréchauffée préfervèrent
les beftiaux ; mais on ne put fauver la récolte
du Fermier , un des meilleurs Laboureurs
du canton , chargé de fix enfans . On
évalue fa perte à plus de 20,000 livres ; &
fa fituation eft d'autant plus fâcheuſe , qu'il
ne lui refte pas de grains pour enfemencer
fes terres cette année. Les perſonnes charitables
qui voudront l'aider de quelques
fecours , font priées de les adreffer à Magny
à M. Santerre , Notaire Royal , ou à
Paris à M. Dulion , Notaire , rue Chriftine.
Les ouvrages de M. Franklin , écrit-on de Breft ,
le recueil utile de M. l'Abbé Rofier , & plufieurs
autres ouvrages , ont fourni des preuves fans replique
de l'utilité des para tonnerre conducteurs , ou
préfervateurs électriques , mais ces ouvrages font
peu lus par certaines perfonnes qui , jugeant fur
parole ou d'après leurs préventions , croyent encore
ces inventions , ou inuriles , ou dangereufes . Votre
Journal , beaucoup plus répandu , a déja fourni des
preuves de faits du contraire ; les faits font la métaphifique
du plus grand nombre ; en voici un nouveau
dans ce genre que je vous prie de placer dans
votre prochain nº . Le 15 Septembre , vers 10
heures da matin , commença ici un orage qui dura .
な
( 85 )
―
jufqu'à plus de midi , & fut très violent vers 11
heures & 11 heures & demie , les éclairs & les coups
de tonnerre fe fuccédant alors avec la plus grande
rapidité. Le tonnerre éclata plufieurs fois , foit dans
la rade , foit fur quelques maifons , fans caufer
aucun mal réel , que beaucoup de frayeur à quelques
perfonnes peu accoutumées à un pareil fracas ,
affez rare dans ce pays - ci . Dans le plus fort de
Forage , de tonnerre éclata fur une maison fituée
vis -à-vis la Citadelle ( nommée ici le Château ) ,
& occupée par le fieur Grifon , & s'attaqua à des
crochets de fer qu'on a coutume de fixer aux
chevrons des combles des maifons couvertes d'ar-
'doifes , pour la commodité des Couvreurs . En
fuivant ces crochets fous les ardoifes , il en enleva
quelques-unes , pénétra dans le grenier , puis dans
une manfarde au-deffous , en fortit par la fenêtre
fur le jardin , pour s'attacher à un canal de fer
blanc qui paffe fous la fenêtre de cette manfarde ,
& fous le bord du toît pour en recevoir l'eau , &
la conduire dans une grande futaille enterrée , au
moyend'un tuyau , audi de fer blanc , qui defcend du
canal prefque verticalement dans la futaille . Il fuivit
le canal & le tuyau qu'il cribla en plufieurs endroits , &
fe perdit dans l'eau dont la futaille étoit pleine . Il
paroît très -évident que dans cette occafion le canal ,
le tuyau & l'eau de la futaille , ont fait l'office d'un
Préfervateur ; il paroît même hors de doute qu'un
femblable appareil feroit toujours très utile ; il feroit
feulement à defirer que le métal en fût plus
épais. Peut-être pourroit - on faire defcendre le fil
de fer d'un Préfervateur ordinaire dans le tuyau ,
d'où le tonnerre iroit fe perdre dans l'eau de la
futaille . Pendant cet orage , il est tombé beaucoup
de très-groffe grêle dans la campagne , point dans
la Ville,
" → Pendant ce même orage on fonnoit à Reconvrance
( une des parties de la Ville de Breft ) & à
( 86 )
—
Breft , ce qu'on auroit dû empêcher , puiſqu'il ek
certain que cela eft dangereux. A la rigueur ,
pour que l'appareil qui paroît avoir fauvé la maifon
du fieur Grifon , fûr toujours auffi efficace , je fens
qu'il devroit être ifolé comme un Préſervateur ;
mais peut -être fuffiroit - il que les crochets qui le
fixent ordinairement aux murs fuffent enduits d'un
vernis commun à l'huile .
L'Académie des Sciences , Belles- Lettres & Arts
de Marſeille , avoit cette année trois Prix à diftribuer
, un d'Eloquence , & deux de Poéfie . Le Prix
d'Eloquence , deftiné à l'Eloge de Louis de Vendôme
, Gouverneur de Provence , Généraliffime des
Armées de France & d'Espagne , a été rélervé pour
l'année prochaine, & le Sujet fera le même.Une Epître,
Colomb dans les fers , à Ferdinand & Ifabelle ,
après la découverte de l'Amérique. Epigr. Mais
je mourrai du moinsfans avoir pardonné. Warwick,
par M. le Chevalier de Langeac , a remporté le
premier Prix de Poéfie ; de très beaux Vers , an
Plan intéreffant , de grandes idées , une expreffion
qui y répond & toujours foutenue , ont entraîné le
fuffrage de l'Académie. Le fecond Prix de Poéfie
a été adjugé à un Poëme fur la Liberté des Mers ,
par Coeuilh , réfident à Paris . Un fecond Poëme fur
le même Sujet , Epigraphe. Non illi imperium Pelagi
a eu l'acceffit. -Le 25 Août de l'année prochaine ,
l'Académie , outre le Prix deftiné à l'Eloge de Louis
de Vendôme , aura un fecond Prix d'Eloquence à
diftribuer , dont le Sujet fera l'Eloge de Cook , Voyageur
célèbre. Ces Prix feront chacun une Médaille
d'or de la valeur de 300 livres ; les Ouvrages feront
adreffés , francs de port , à M. Mourraille , Secrétaire
perpétuel de l'Académie , rue du Tapis - Vert , & ils
ne feront reçus que jufqu'au 15 de Mai.
Pierre Rochefort d'Ailly de St -Vidal ,
Abbé Commendataire de Bouvet , Dio(
87 )
cèfe d'Auxerre , eft décédé à Lyon le 26
Septembre dernier , âgé de 63 ans .
Marie-Anne-Thérèſe de Chamborant- la-
Claviere , Comteffe de Mory , ci -devant
Daine d'Honneur de la Princeffe de Conty ,
eft morte en cette ville , Hôtel de Conty
le 29 du mois dernier âgée de 47 ans.
Déclaration du Roi , du 3 Septembre , enre
giftrée au Parlement le 7. Par nos Lettres
en forme d'Edit , du mois d'Août 1777 ,
Nous avons autorisé les Prévôt des Marchands
& Echevins de notre bonne Ville de Paris
, à emprunter 600,000 livres de Rentes perpétuelles
ou viagères , dont le produit feroit verfé en
notre Tréfor Royal. L'extinction fucceffive d'une
portion des rentes viagères conftituées en vertu de
notredit Edit , jointes aux économies qui ont été
faites fur les dépenfes de notredite Ville , laiffant
libre une partie des fonds qui étoient destinés au
payement des arrérages de cet Emprunt : les Prévôt
des Marchands & Echevins nous ont offert d'ouvrir
un nouvel Emprunt au premier Octobre prochain ,
& de le porter jufqu'à 750,000 livres de Rentes
perpétuelles , s'il nous plaifoit leur affurer un fonds
proportionné au montant des intérêts , & prendre
des engagemens pour contribuer au remboursement
des capitaux. Et comme la durée de la guerre nous
oblige à des dépenfes extraordinaires , Nous nous
fommes déterminé à accepter une propofition qui
ne fera pas moins avantageufe à nos Finances , qu'à
ceux de nos Sujets qui auront des fonds à placer .
1º. Les Prévôt des Marchands & Echevins de notre
bonne Ville de Paris , feront & demeureront autorifés
par notre préſente Déclaration , à conftituer
jufqu'à concurrence de 750,000 livres par an , ca
Rentes perpétuelles à Cinq pour cent ; defquelles
( 88 )
Rentes lefdits Prévôt des Marchands & Echevins
pourront ftipuler dans les Contrats la jouiffance à
compter du premier jour du Quartier dans lequel
les capitaux en auront été fournis , avec exemption
des deux Vingtièmes & quatre fous pour livre du
premier, & généralement de toutes impofitions préfentes
& à venir. 2 °. Autorifons pareillement lefdits
Prévôt des Marchands & Echevins , à affecter &
hypothéquer, jufqu'à dûe concurrence , au payement
defdites rentes , la partie libre des revenus du Do.
maine de la Ville & les différens Octrois à elle con.
cédés ; comme auffi fpécialement , & par privilége
& préférence , le fonds annuel ci-après ' fixé , que
nous ferons verfer à la Caiffe de notredite Ville ,
pour fournir auxdits payemens. 3 ° . Tous les Etran
gers non naturalifés , même ceux Sujets des Puiffances
avec lefquelles nous pourrions être en
guerre , foit qu'ils demeurent ou non dans les pays
de notre obéiffance , pourront acquérir lesdites Rentes
& en jouir , ainfi que nos propres Sujets , pour
en difpofer par donation entre-vifs ou par teftament,
en principaux & arrérages ; & , en cas qu'ils n'en
euffent pas difpofé de leur vivant , voulons que leurs
Héritiers , Donataires , Légataires , ou autres Repréfentaus
, leur fuccèdent dans la propriété desdites
Rentes , pour en jouir de même que ceux au profit
defquels elles auront été conftituées : En conféquence
, voulons également que lesdites Rentes
foient exemptes de toutes Lettres de marque & de
repréfailles , Droits d'aubaine , bâtardife , confifcation
, ou autres qui pourroient nous appartenir , &
auxquels nous avons renoncé & renonçons. 4°.
Permettons également aux Communautés féculières
& régulières , Hopitaux , Fabriques , & autres Gens
de Main-morte , d'acquérir lefdites Rentes , fans
être tenus de payer , pour raiſon d'icelles , aucon
Droit d'amortiflement , ni autres, 5 °. L'Emprunt
( 89 )
fera ouvert à compter du premier Octobre prochain
; & les capitaux , dont les moindres parties
ne pourront être au-deffous de mille livres de principal
, feront fournis en deniers comptants , entre les
mains du fieur Buffault , Receveur général des Domaines
, Deniers patrimoniaux & communs de
notredite Ville , qui en expédiera les Récépiffés en
la forme ufitée , pour fur iceux être les Contrats de
conftitution paffés par les Prévôts des Marchands
& Echevins , foit fur la tête des Acquéreurs , foit fur
celle des perfonnes qu'ils auront fait défigner dans
lefdits Récépiffés , & pardevant tels Notaires att
Châtelet de Paris que lesdits Acquéreurs choiſiront,
auxquels les groffes defdits Contrats feront délivrées
gratis , nous chargeant de pourvoir aux frais d'iceux.
6º. Les arrérages defdites Rentes feront payés
en deux termes égaux , de fix en fix mois , par ledit
Receveur général de notredite Ville , dans le même
ordre & en la même forme & manière que ceux
des autres Rentes dûes par notredite Ville . 7 ° . Petmettons
aux Propriétaires defdites Rentes , d'en
tranfmettre la propriété par la voie de la reconftitution
; en conféquence , autorifons lesdits Prévôt
des Marchands & Echevins , ainfi que ledit Receveur
général de notredite Ville , à recevoir de ceux qui
Le préfenteront pour être fubrogés aux premiers &
fabféquens Acquéreurs defdites rentes , les deniers
comptans qui leur feront offerts, pour en être conftitué
de nouvelles & pareilles en remplacement de celles
qui feront remboursées avec les deniers fournis par
les nouveaux Acquéreurs ; lefquels Contrats de reconftitution
feront numérotés des mêmes numéros
que ceux des Contrats remboursés . 8 °. Ledit figur
Buffault remettra entre les mains du fieur Micault
d'Harvelay , Garde de notre Tréfor Royal , qui lui
en expédiera , à ſa décharge , quittance libellée &
( 90 )
contrôlée , la fomme qui fera produite par ledit
Emprunt , pour en êtie par ledit fieur Micault d'Harvelay
, respectivement fait recette envers nous en
la forme ordinaire . 9 ° . Et pour mettre les Prévôt
des Marchands & Echevins en état de fubvenir au
payement des arrérages defdites Rentes , fans prendre
fur les revenus ordinaires de ladite Ville , nous
leur avons , par ces Préfentes , attribué & attribuons
un fonds annuel de 750,000 livres , à compter du
premier Octobre prochain ; auquel fonds nous avons
affecté & hypothéqué par privilége & préférence ,
même à la partie de notre Tréfor Royal ,
les
pro.
duits libres de notre Ferme générale des Aides ,
Entrées de Paris & Droits y joins fur laquelle ,
en tant que de befoin , nous avons auxdits Prévôt
des Marchands & Echevins , fait & faiſons par ces
Préfentes toutes délégations néceffaires. 10° . Le
fonds déterminé & délégué par l'article précédent ,
ſera verſé annuellement par l'Adjudicataire de nos
Fermes générales , à la Caiffe de notredite Ville , fur
les Quittances ou Récépifiés de fon Receveur général.
11. Autorifons lefdits Prévôt des Marchands
& Echevins , à remboarfer des deniers appartenans
à notredite Ville les capitaux deflites Rentes , au
moyen de quoi elles appartiendront à notredite
Ville ; & au défaut de fonds libres de leur part ,
voulons qu'à commencer en la feconde année , qui
fuivra la publication de la paix , il foit verté de
notre Tréfor Royal dans la Caiffe de ladite Ville ,
une fomme annuelle de 300,000 livres , pour ,
avec les fommes qui proviendront de l'extinction
fucceffive des Rentes viagères créées par notre Edit
de 1777 , être employée auxdits rembourfemens ,
lefquels , en ce cas , auront lieu à notre profit.
Déclaration du Roi , donnée à Verſailles le 28
Août 1781 , regiftrée en Parlement le 5 Septembre
( 91 )
fuivant , concernant les Appcls comme d'abus , &
les demandes en Régale.
De BRUXELLES , je 9 Octobre.
DEPUIS le 7 du mois dernier , il n'eft
plus permis de s'embarquer à Douvres fur
le paquebot qui part de ce port pour
Oftende , ni fur tout autre bâtiment , à
moins que les paffagers ne foient munis
d'un paffeport du Gouvernement.
Le rôle brillant qu'a jou le Marquis
de Pombal , fous le règne précédent , & les
fuites de fa difgrace éclatante fous celuici
, répandent de l'intérêt fur tout ce qui
regarde cet homme célèbre . Tandis que
les uns le repréfentent comme un des premiers
Adminiftrateurs de ce fiècle , comme
le Miniftre qui a rendu le plus de fervices
au Portugal , d'autres le peignent comme
le plus arbitraire des Defpotes , le politique
le plus dangereux , & c. Le décret que la
Reine vient de rendre répandra t- il quelque
jour au milieu de ces contradictions ? Le
Voici :
33
Après avoir jugé par des raifons légales qu'il
ne convenoit pas à mon fervice que le Marquis de
Pombal remplit davantage les fonctions de Secré
taire d'Etat au département des affaires intérieures ;
je lui ai ordonné de quitter ma Capitale , & d'aller
fixer fon féjour dans la ville de Pombal . Je ne
me ferois pas attendu , après cet acte de clémence
, que dans une occafion où il avoit à répliquer
( 92 )
*
dans un procès civil intenté contre lui , il eût ofé
produire au grand jour une défenſe de ſa conduite
durant le cours de fon miniftère ; ce que j'ai défapprouvé
par un décret Royal du 3 Septembre
1779. L'ayant fait interroger & entendre fur différens
chefs d'accufations formées contre lui , non
feulement ils ne s'eft pas purgé , mais par fes réponfes
& par les diverfes perquifitions que j'ai fait
faire , les accufations intentées contre lui ont été
aggravées ; & le total ayant été examiné par une
aflemblée de Juges auxquels j'avois recommandé
cette cauſe , ils décidèrent que le Marquis de Pombal
étoit criminel & méritoit une punition exemplaire.
J'ai eu égard à fon âge fort avancé ; je
n'ai pas fait exécuter cet Arrêt , préférant la clé .
mence à la juftice , outre que le Marquis , en déteftant
fon extravagance téméraire , me demanda
pardon . En conféquence , mon bon plaifir eft de
l'exempter de la punition corporelle qui devoit lui
être infligée , & de lui ordonner de fe tenir éloigné
de la Cour à la diftance de vingt milles , jufqu'à ce
que je lui ordonne le contraire ; laiffant néanmoins
dans leur entier & libres toutes les prétentions lé
gales que ma Couronne & mes Finances , ainfi
que quelques-uns de mes Sujets , peuvent avoir ,
pour , au moyen de Juges compétens , être indemnifés
des pertes ; dommages & intérêts que le
Marquis auroit pu leur caufer ; ma volonté royale
ne tend uniquement qu'à l'exempter de la punition
corporelle requife pour la fatisfaction de la Juftice
, & nullement de ce qui eſt dû aux parties & à
mon héritage royal ; pouvant les Parties & mes
Procureurs Royaux , faire ufage des moyens légaux
& compétens dudit Marquis , foit durant
Ja vie foit après fon décès. Le Confeil de la Cour
( 93 )
doit comprendre de cette manière , & mettre à
exécution ce décret , dont j'envoie copie à tous les
Tribunaux & autres Cours de Judicature , pour
lefquels étoit deftiné celui du 3 Septembre 1779 ".
Ce décret eft du 16 Août dernier , au
Palais de Quélus ; on voit par fon contenu
que le Marquis conferve fa tête , mais que
lui & fes héritiers font exposés à une foule
de procès auffi défagréables que déſavantageux
.
Selon les lettres de Hollande , le vaiffeau
le Prince Guillaume de 74 canons , échoué
fut le Haax , eft totalement perdu. On en
a fauvé les canons , les voiles , & c. Le 20
il perdit fon grand mât , & le 24 il fut
entièrement fracaffé ; fes débris ont été jettés
fur la côte . On travaille avec ardeur
dans les chantiers à réparer les pertes que
la Marine a effuyées. La conftruction des
vailleaux neufs le Ziericzee & le Goës de
64 canons , eft déja fort avancée à Fleffingue
, où l'on vient de commencer celle d'un
troisième vaiffeau de 60 & d'une frégate
de 40. L'Amiral Van Braam continue de
mouiller avec fon efcadre au Texel ; &
on ignore à préfent fi elle, en appareillera
avant l'hiver. Le Confeil d'Etat fe propoſe ,
ajoutent ces lettres , de remettre inceffamment
à l'affemblée des Etats-Généraux une
nouvelle pétition extraordinaire de 10 millions
de florins pour fubvenir aux dépen(
94 )
fes qu'exige l'exécution du plan connu relatif
à la conftruction de 52 vaiffeaux de
guerre ; dès que cette pétition aura paffé ,
on entamera une négociation pour trouver
ces 10 millions .
» L'affaire entre le Duc de Brunfwick & la
ville d'Amfterdam , écrit- on de la Haye , fe complique
de plus en plus ; le trait fuivant peut don-`
ner une idée du point d'animofité où les chofes
font portées. Ua Aubergifte de cette Ville , dont
la maifon a pour enfeigne au Duc de Brunſwick ,
trouva un matin fous la porte une lettre anonyme.
dans laquelle on lui enjoignoit , fous les plus terribles
menaces , de retirer fon enfeigne , & de lui
en fubftituer une autre à fon gré. L'Aubergiſte a
dénoncé le fait au Magiftrat , qui lui a ordonné de
conferver fon enfeigne , & lui a promis de veiller
à ce qu'on ne lui fit aucune infulte. On affure que
malgré la précaution qu'on a eue de faire veiller .
une patrouille autour de la maifon , l'Aubergiſte
a reçu un fecond avis de retirer fon enfeigne.
Les villes d'Alkmaar & de Hoorn fe joindront ,
dit- on , aux huit autres de la province de Hollande
contre le Duc. Cette province , ajoute-t- on , eft
fortement réfolue de foutenir fes droits & fa fouveraineté
indépendante , contre les prétentions de la
généralité. Ce grand procès ne peut donc être inf
truit que dans la province de Hollande ; & on
conclut qu'il ne fera jamais jugé , ou qu'il le fera
en faveur de MM . d'Amſterdam « .
» M. le Comte d'Aranda , écrit- on de Paris , a
reçu par un Courier extraordinaire un avis de la rentrée
de l'armée Eſpagnole à Cadix , où elle a mouillé
le 23 Septembre en bon état ; il ne manquoit aucun
( 95 )
-
de
bâtiment , le Brillant s'étant réuni à la flotte 7
ou 8 jours après qu'il eut fu la route qu'elle avoit
prife. Le 21 il étoit entré dans le même port
Cadix une goélette de la Caroline Septentrionale ,
d'où elle étoit partie le 17 Août ; le Capitaine a dépofé
que le 10 du même mois , il y avoit eu une action
entre le Général Gréen & le Lord Rawdon ,
dans laquelle ce dernier avoit été battu complettement
ayant laiffé soo hommes tués ou bleffés fur
le champ de bataille ; fa retraite vers Charles Town
étoit coupée & on étoit à fa pourfaire . - En Virgioie
tout le difpofoit aufli favorablement. Le Lord
Cornwallis forcé de rétrograder , avoit abandonné
Williamsbourg qu'occupoit M. de la Fayette . Comme
il n'y a rien que de très - croyable dans ce rapport
, on ne doute pas ici de ſa véracité . Nos lettres
de Cadix du 18 Septembre , portent ce qui fuit .
-La frégate de guerre de S. M. la Sainte - Lucie, qui
mouilla fous Rotta Jeudi dernier , eft entrée dans la
baie. Il n'eft permis à perfonne d'approcher de cette
frégate , & il n'en eft encore defcendu que l'Officier
chargé des paquets de la Cour que nous vîmes partir
en pofte le jour de l'arrivée de la frégate fous Rotta.
Tout ce qui s'eft débité jufqu'à préfent fur la mif
fion & fur les avis qu'elle apporte ne peut être que
de vagues conjectures . On ne doutoit pas d'abord
qu'elle n'amenât les Commandans de la Havane ;
aujourd'hui l'on prétend favoir qu'ils viennent fur
un autre bâtiment , avec le riche convoi que nous
attendons de Cuba. Au retour de l'Officier qui a
porté les dépêches de la Cour , il nous fera permis
d'aborder la frégate , & nous faurons la raifon
qui oblige le Capitaine d'en défendre l'approche
avec tant de févérité «,
Nos Lecteurs auront trouvé dans le
( 96 )
Numéro 38 de ce Journal , à la page 162 ,
la note fuivante.
95
Quelques villes de la Suiffe ayant confervé ,
fous le Gouvernement Républicain , le fyftême des.
Communautés ou corporations , fyftême affez con
venable lorsque ce pays étoit gouverné par les
Empereurs d'Allemagne ; Berne , Lucerne , Fribourg
& Soleure étoient ariftocratiques , c'est - à- dire entre
les mains de quelques familles opulentes ; d'au
tres , telles que Bâle , Zurich & Schaffhaufen
étoient démocratiques , chaque Bourgeois prenant
part à l'adminiftration . Les villes ont étendu leur
pouvoir dérivé de l'ancien fyftême des corporations ,
fur les territoires de leurs cantons refpectifs ; &
les habitans des villes s'arrogeant toute l'autorité ,
gouvernent leurs cultivateurs comme leurs fujets.
En vain les Suiffes , en fecouant le joug de la
Maifon d'Autriche , bannirent-ils la nobleffe ; les
villes & même dans certains cas les Plébeyens de
ces villes qui ont ufurpé un pouvoir exhorbitant ,
fecondés par l'efprit de ces anciennes affociations
ont trouvé le moyen de s'emparer de l'autorité
fuprême ". Nous nous empreffons de défavouer.
l'affertion qui concerne la nobleffe. Il eft faux que
les Suiffes ( à l'exception du Gouvernement de Bâle )
aient jamais banni la nobleffe ; & fi une partie de
celle qui exiftoit dans le pays avant la formation
des Républiques , a voulu dans la fuite fuivre le
fort des Ducs d'Autriche , auxquels elle s'étoit attachée
; l'hiftoire prouve qu'une partie plus nom.
breufe a pris le parti contraire , & a follicité ou
accepté les droits de citoyen dans les nouveaux
Gouvernemens ; & même depuis que les ennobliffemens
font en ufage , il y a dans la Suiffe un nombre
confidérable de familles ennoblies par des Prins
ces étrangers.
*
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSI E.
De PÉTERSBOURG , le 11 Septembre.
L'INOCULAT
INOCULATION des jeunes Grands- Ducs
Alexandre & Conftantin a été faite heureufement
; on a lieu de fe promettre leur
prompt rétabliffement ; ils font aufli bien
que peut le permettre leur état. On ſe
Harte que fous peu de jours , ils feront parfaitement
hors d'affaire ; & d'après cette
efpérance , on dit que le départ du Grand-
Duc & de la Grande- Ducheffe pour le
voyage qu'ils doivent faire en Allemagne
& en Italie eft fixé au 27 ou au 28 de ce
mois. La fuite de LL. AA. II. fera , dit-on ,
de 80 perfonnes . Le Miniſtre de l'Empereur
a expédié un exprès à Vienne pour donner
avis de l'époque de leur départ & du tems
où elles pourront arriver .
20 Octobre 1781. e
( 68 )
DANEMARCK.
De COPENHAGUE , le 17 Septembre.
MADAME la Princeffe Sophie - Frédérique,
épouſe du Prince héréditaire , eft accouchée ,
le 19 de ce mois , d'une Princeffe morte.
Ce trifte accident ne donne , heureusement ,
point d'inquiétude fur la fanté de S. A. R.
qui fe trouve affez bien.
L'efcadre Suédoife compofée de 8 vaiffeaux
de guerre aux ordres du contre- Ami
ral Grubbe , & ftationnée depuis quelque
tems au Sund , a paffé avant - hier devant
cette rade ; elle a repris la route de Carlfcron
.
Le 18 de ce mois un cutter Anglois entra
dans le Sund d'où il remit à la voile peu
d'heures après fon arrivée . Quelques perfonnes
prétendent qu'il y avoit été envoyé.
par le Commodore Keith -Stewart, pour donner
, à la frégate de guerre de fa nation.
qui s'y trouvoit , l'ordre d'en partir ; elle ne
prendra fous fon convoi que les vaiffeaux
deflinés pour l'Ecoffe.
Le Roi a nommé Lieutenans Colonels
d'Infanterie les Princes Frédéric - Charles-
Emile & Chrétien - Augufte de Holftein-
Auguftbourg. Par un ordre émané du Ca
binet , S. M. a prononcé la peine de caffasion
contre tous les Officiers qui feront
trouvés préfens à quelque émeute populaire
dans cette réfidence.
( 99 )
SUÈDE.
De STOCKHOLM , le 21 Septembre.
Ce n'est que depuis peu que nous avons
été inftruits ici de la perte du vaiffeau de
guerre la Sophie- Albertine qui a péri corps
& biens fur les côtes de Hollande ; on en
a été fort touché ; ce vaiffeau étoit celui-là
même à bord duquel le feu avoit pris à
Carlfcron , lorfque le Roi s'y rendit avant
le départ de l'efcadre. Son Capitaine , M.
Ziergovel , s'étoit conduit , dans cette occafion
, avec tant de prudence , de fangfroid
& d'intrépidité , que S. M. l'avoit créé
fur le champ Chevalier de l'ordre de
1'Epée.
La récolte des fourrages a été très- mauvaiſe
cette année dans le Royaume , l'Académie
des Sciences de cette Ville , chargée
de rechercher les moyens d'y fuppléer pour
la nourriture des beftiaux , a publié une
lifte des végétaux qu'on peut leur donner
dans les différentes Provinces du Royaume.
POLOGNE.
De VARSOVIE , le 22 Septembre.
LES dernières lettres de Pétersbourg neus
ont appris le départ prochain du Grand-
Duc & de la Grande-Ducheffe . Ils prendront
leur route par la Wolhynie , ils s'arrêteront à
Wifniowice, bourg appartenant au Comte de
e 2
( 100 )
Mnifzeck , Maréchal de Cour de Lithuanie ,
qui s'y eft déja rendu pour les recevoir.
LL. AA. II . s'y arrêteront 7 à 8 jours ; on
préfume que le Roi pourra s'y trouver
également incognito , afin d'avoir une entrevue
avec elles. Auffi-tôt qu'elles mettront le
pied fur les terres de la République , il leur
fera donné une garde d'honneur de troupes
Polonoifes , qui les accompagnera jufqu'aux
frontières.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 24 Septembre.
LES manoeuvres du camp de Moravie
ont fini le 18 de ce mois , & S. M. après
avoir fait diftribuer aux foldats une paye
extraordinaire de 4 jours , eft parti pour
aller voir celui de Bohême.
On prépare tout pour la réception du
Grand - Duc & de la Grande-Ducheffe de
Ruffie ; le Comte de Rofemberg , Grand
Chambellan , a remis aux Fourriers de la
Cour , la lifte de la fuite de LL . AA . II . ,
en leur enjoignant de faire préparer des
quartiers pour les recevoir ; l'Ambaſſadeur
de Ruffie ira au - devant d'elles jufqu'à
Olmutz ; toutes les villes par lesquelles
elles pafferont , feront garnies de troupes
pour leur faire honneur , & on leur donnera
à Olmutz & à Brinn des fêtes bril
lantes ,
( 101 )
Les Mines de Hongrie s'exploitent avec
le plus grand fuccès ; le to de ce mois
on a tranfporté dans les magafins de Pref
bourg , du côté du Danube , 60 voitures
chargées de tonnes d'or & d'argent en efpèces.
20
Le fyftême de l'Empereur relativement
aux affaires Eccléfiaftiques , fe développe
journellement avec énergie. L'Ordonnance
fuivante en date du io de ce mois , eft une
fuite de ce fyftême .
Le bien général , non moins que le bien particulier
de chacun de nos vaffaux & fujets , exigeant
que pour obtenir difpenfe en matière de mariage fur
l'un ou l'autre des empêchemens , connus fous le
nom d'Impedimenta Canonica , ils n'ayent plus befoin
de prendre leurs recours à Rome , ou ailleurs ,
ils n'auront qu'à requérir duement à cet effet leurs
Archevêques ou Evêques refpectifs qui la leur accorderont
, moyennant des droits très-modiques ,
payables à la Chancellerie. Comme par une fuire de
nos foins paternels à l'égard de tous nos fujets , nous
avons fait paffer fur cet objet , qui ne regarde que
la difcipline extérieure de l'Eglife , ( laquelle peut
fubir les changemens que les circonftances pourroient
exiger ) nos ordres très - gracieux à tous les
Archevêques & Evêques , qua ordinarios , pour
qu'en certe qualité ils ayent à exercer fur ce point
le pouvoir qu'ils tiennent immédiatement de Dieu ,
& qu'a l'exemple de leurs prédéceffenrs , ils difpenfent
de leur propre droit , toutes les fois que les
motifs allégués l'exigeront , fur tous les empêchemens
canoniques en matière de mariage , à moins
que ces empêchemens ne foient fondés fur le droit
divin ou naturel. C'eſt à ces cauſes que nous défene
3
( 102 )
dons férieufement , fous de grièves peines , & fous
celle de nullité de la difpenfe obtenue , à un chacun
de quelqu'état qu'il puiffe être , de s'adreffer à Rome
ou aux Nonciatures , par conféquent , à qui que ce
foit , à l'exception de l'Ordinaire , pour obtenir difpenfe
fur les impedimenta canonica matrimonnii ;
ayant envoyé notre défenſe très -expreffe à tous les
Curés de marier aucun couple qui feroit dans le cas
d'avoir befoin de difpenfe , s'il lui en préfentoit une
autre que celle de fon Evêque ordinaire : c'est à ces
ordres que tous nos vaffaux & fujets de ces pays
feront tenus d'obtempérer & de fe conformer exacte.
ment , car tel eft notre bon plaifir & c. « .
S'il faut en croire une Gazette qui s'imprime
à Florence , il y a eu ordre dans
toutes les Secrétaireries de la Cour de
Rome , de fufpendre l'expédition de toute
efpèce d'écrits , bulles & brefs relatifs à
h direction fpirituelle des habitans de l'Ausriche
& de la Lombardie Autrichienne.
'De HAMBOURG , le 26 Septembre.
ད ། ་
LA neutralité armée formée d'abord par
les Puiffances Maritimes qui avoient le plus
grand intérêt à la liberté du commerce &
de la navigation , paroît acquérir de jour
en jour plus de confiftance ; les Puiffances
qui font très - redoutables fur terre , & que
la pofition de leurs Erats n'a pas mis dans
le cas de le devenir fur mer , ou qui n'y
ont pas fongé , ont fensi l'importance d'alfurer
auffi à leur commerce la fûreté & la
protection dont il avoit befoin , & s'em(
103 )
*
preffent d'entrer dans la grande confédération
du Nord pour cet objet. Nous avons
annoncé l'acceffion du Roi de Pruffe ; on
ne tardera pas à parler de celle de l'Empereur
; elle eft déja en négociation , & ce
fera bientôt fans doute une affaire terminée.
Ces démarches annoncent l'opinion
générale des Souverains fur la liberté des
mers , & fur l'injuſtice du defpotifme affecté
par les Anglois fur cet élément. Il
n'eft pas vraisemblable qu'ils puiffent fe
flatter de le conferver , & d'empêcher la
promulgation d'un Code maritime qui remettra
toutes les nations à leur place. Ils
doivent voir du moins que toute l'Europe
eft contre leurs prétentions .
En attendant que le tems annonce ce
grand évènement qui fera époque dans ce
fiècle , on prétend qu'il s'en prépare d'autres
fur terre ; il n'eft queſtion de rien moins
que de l'élection d'un Roi des Romains ,
& de la recréation d'un neuvième Electorat
, depuis que la Bavière & la Paleſtine
font réunis dans la même main. On ajoute
que Wurtemberg - Stuttgard & Heffe- Caffel
font fur les rangs .
» Les biens des Jésuites de la Bavière , lit-on dans
quelques uns de nos papiers , dont la rente annuelle
monte à 150,0oc florins , feront , dit- on , alloués
du confentement de Rome , fi le Duc des Deux-
·Ponts y foufcrit , à l'ordre de Malte , qui en fondera
un nouveau Prieuré & 12 Commanderies . Un fils
naturel de l'Electeur aura le Prieuré ; tous les Chevaliers
féculiers auront la liberté de fe marier ; inais
e 4
( 104 )
*
il y aura auffi des Prébendes pour les Chevaliers
célibataires . L'inftruction publique de la jeuneffe ,
dont les Jéfuites étoient chargés , paſſera aux Bénédictins
& aux Bernardins «<.
Le Roi de Pruffe vient de permettre le
libre exercice de leur religion aux Catho
liques du Comté de Marck , qui ont déja
célébré la Meffe à Hottingen , où l'on va
lear bâtir une Eglife .
>> Le Comte de Nofti: z , écrit- on de Berlin , paffe
de l'Ambaffade de Suède à celle d'Espagne . Il eft ,
dit- on , chargé de travailler à l'établiffement d'une
Compagnie Royale Pruffienne de commerce , fous
la protection de S. M. C. , pour importation des
toiles de Siléfie , non par des navires Hambourgeois
ou Hollandeis , comme ci -devant , mais par des
navires Pruffiens , dans toute l'étendue de l'Espagne
ainfi que pour l exportation des laines de ce Royaume
dont les manufactures de draps étrangers en Siléfie ,
ou dont les autres parties des Etats du Roi de Pruffe
pourront avoir befoin . Cet établiffement , s'il a lieu ,
nous procurera les laines d'Espagne à meilleur marché
que nous ne les avons eues par le paſſé , parce
que rous les aurons de la première main , & il empêchera
d'enrichir l'étranger de l'argent du frêt ,
quelquefois affez haut , que nous coûtoit l'exporta
tion de nos toiles . On va établir , par ordre
du Roi , à Fridérikfthal , village près d'Orengenburg ,
une fabrique dépendante de celle de l'horlogerie de
notre ville , qui n'eft que pour l'affemblage ; elle
fera a l'miration de la célèbre fabrique des environs ,
de Neuchâtel en S iffe , pour la conftruction de
-toutes les parties d'une montre. Les ouvriers en
feront tirés de Genève. Ils auront chacun une maison
avec verger , jardin potager & pairie pour la nourriture
de quelques beftiaux ; on leur avancera , en y
entrant , une certaine fomme d'argent. Le Roi donne
7105 )
60,000 rixdalers , pour la conftruction de cette
colonie d'Horlogers agricoles. Il y a une femme,
veuve d'un chaffeur , habitante de Sichen , près de
Potsdam , qui a 120 ans ; elle ne fe fert point de
lunettes ; elle dirige elle-même les petites affaires ;
& on l'a vue danfer trois menuets à la dernière fête
de fon village , finon avec la légèreté , du moins
avec la gaité de la jeuneffe.
ITALIE.
De LIVOURNE , le 11 Septembre.
LES lettres de Rome portent que les réformes
introduites dans les Etats de la
maifon d'Autriche , y font beaucoup de
fenfation. Il s'eft tenu plufieurs Confeils
fur les mefures que doit prendre le St-
Siége fur ce fujet ; mais il ne tranfpire
rien de leur réfultat . On dit feulement que
pour diffiper ce nuage qui ſemble s'élever ,
on fe propofe de travailler à une réforme
des Ordres Religieux ; mais les Généraux
qui réfident dans cette capitale font des
repréfentations qui ne laiffent pas d'embarraffer.
"» Sidi Muftapha Coggia , écrit- on de Tunis , étant
allé en pélerinage à la Mecque , a été remplacé dans
la charge de Premier Minifire du Bey , par Sidi
Imaël Kiaya , fon- gendre ; celui ci eft le même qui
fe réfugia de Tunis à Livourne , il y a quelques
années avec une fuite nombreuſe & de grandes
richeffes ; mais il fe réconcilia bientôt avec le Bey
par le moyen de fon époufe. Il eſt d'un caractère qui
porte à la paix , & on ne doute pas que les Etats
de l'Europe ne puiffent , à l'aide de quelques préfens ,
le
,
es
( 106 )
fe conferver en bonne intelligence avec cette Régence
s'ils le veulent «.
Nos lettres de Conftantinople font mention
d'une petite émeute arrivée le 18 fur
le cimetière des Arméniens , où l'on venoit
d'apporter un cadavre. La garde du Boftangi
Bachi accourur fur le champ ; mais
foit qu'elle ne le pût ou qu'elle ne le
voulût pas , elle n'arrêta pas tellement le
défordre qu'il n'y eût quelques perfonnes
bleffées , entr'autrès quelques domeftiques
des Miniftres étrangers que la curiofité avoit
imprudemment attirés . Aú départ des lettres
on s'occupoit de la recherche des cou
pables.
ESPAGNE.
De MADRID , le 20 Septembre..
LA Cour en faifant occuper l'ifle de
Minorque par fes troupes , ne s'étoit d'abord
propofé que de fermer aux Corfaires
qui infeftent fes côtes , le feul afyle qu'ils
euffent dans la Méditerranée , & fur- tout
d'enlever à Gibraltar fes fubfiftances & fes
rafraîchiffemens . Il n'étoit pas néceffaire
pour cela d'emporter le Fort St Philippe ,
& la première intention n'étoit pas de le
réduire par la force. Ce n'eft que depuis
l'invafion de nos troupes & d'après les
confeils de nos Généraux , qu'on s'eft décidé
à tenter certe entreprife. La lettre
fuivante écrite par un de nos Officiers à
107 Y
Mahon en date du 9 de ce mois , fera voir
que l'efpérance du fuccès n'eft pas fans
fondement.
3
» Les bâtimens de tranfpo't font partis pour
Barcelone , où ils vont prendre les renforts de
troupes 60 canons & 30 mortiers.. Vous allez
croire pour cela que le fiége eit décidé ; point du
tout ; nous attendons les ordres du Roi à ce fujer.
Il est vrai que le réſultat du Conſeil de guerre tenu
ici il y a quelques jours , & dans lequel ce grand
objet a été examiné fous toutes fes faces , nous fait
efpérer l'agrément de la Cour, Le Général avoit
demandé aux Directeurs du Génie & de l'Artillerie ',
19. file Fort pouvoit être attaqué. 2 ° . Au cas qu'on
pût l'attaquer avec quelqu'efpoir de fuccès , fi les
5000 hommes de renfort qu'on attendoit , fuffiroient
avec l'armée pour le réduire . Les Chefs ont tenu
pour l'affirmative , & le Général a envoyé leur
décifion au Roi. Ce qui a occafionné cette unanimité
dans les avis , malgré que plufieurs Officiers , & moi
le premier, avant d'avoir débarqués ici , fuffions d'un
fentiment contraire , c'eſt la connoiffance que l'on a
obtenue par les paviers & les plans de l'Ingénieur
Anglois , de l'état de la place & du petit nombre de
foldats qui la défendent , y ayant tout au plus 1500
hommes de bonnes troupes , les 500 autres étant des
payfans & des matelots qu'on a enlevés & renfermés
à la hâte dans le Fort. Or , il eft impoffible ,
avec fi peu de monde , de garnir tous les ouvrages
& de faire le fervicejournalier qu'exige leur défenfe
fans que la garnifon ne foit bientôt accablée de
fatigue & réduite à fe rendre. Pour nous qui n'avons
plus de grandes chaleurs à craindre , bien pourvus
de vivres & de rafraîchiffemens de toute eſpèce ,
nous prefferons nos travaux gaiement ; & la grande
quantité de fafcines , de gabions & c . , qu'on a apportés
ici , & dont on peut encore fe fervir , nous
e 6
( 108 )
rendra les approches de la place moins difficiles
qu'on n'avoit lieu de le penfer, puifque ces matériaux
mêlés avec le quart de terre ordinaire , établiront
une bonne tranchée ; on fait qu'il eft impoffible ici
de l'ouvrir , n'y ayant que des rochers & pas un
pouce de terre à trois quarts de lieue aux environs
du Fort ".
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 9 Octobre.
Nos inquiétudes fur notre pofition dans
l'Amérique Septentrionale occafionnées &
fortifiées par la difette des nouvelles de ces
contrées , font encore augmentées depuis
l'arrivée du paquebot le Light Foot , qui
a mouillé à Douvres le 3 de ce mois , venant
de Charles-Town , d'où il étoit parti
le premier Septembre. Le filence que garde
la Cour fur les dépêches qu'il a apportées ,
fait préfumer qu'elles font mauvaiſes ; car
elle n'auroit pas manqué de les publier
pour peu qu'elles euffent été favorables.
Les lettres particulières apportées par ce
paquebot , confirment cette conjecture ; les
provifions de toute efpèce , portent- elles
font d'une cherté exceffive dans la Caroline
; pour fournir à la fubfiftance de nos
troupes , on a été forcé de décharger les
bâtimens prêts à partir avec du riz pour
l'Angleterre , les orages & les tempêtes
avoient fort endommagé les vaiffeaux du
commerce mouillés dans ces parages , &
on étoit fort inquiet du Bitish-Hero , qui ,
( 109 )
parti des Dunes le 8 Juin avec une cargaifon
confidérable , n'avoit pas encore paru
le premier Septembre.
Ces lettres ne préfentent pas la fituation
du Lord Cornwallis fous un point de vue
plus favorable ; elles difent qu'on avoit
appris avant le départ du paquebot , qu'elle
ne pouvoit être plus critique ; les Généraux
Gréen , la Fayette & Wayne , avoient réuſſi
à former leur jonction , & à moins d'un
renfort confidérable qu'il ne pouvoir recevoir
, fon armée étoit menacée du fort de
celle de Burgoyne.
La lettre fuivante contient les détails
d'une affaire dans la Virginie avec le Marquis
de la Fayette , elle eft du 17 Juillet.
Après ma dernière lettre , l'armée fe porta fur le
côté de la rivière qui avoifine James Town . On fit
d'abord paffer les voitures , les chevaux & les bagages
de l'armée à Cobham. Le lendemain dans l'aprèsmidi
, le Marquis de la Fayette , informé que l'armée
entière avoit paffé la rivière à l'exception de
l'arrière-garde , forte de soc hommes , fut affez
hardi pour nous attaquer . La brigade du Lieutenant-
Colonel Dundas , & les 80e , 76e & 43e régimens
faifoient front au Marquis de la Fayette. Il fit un feu
violent fur nos premiers détachemens , dont le plus
avancé étoit compofé du 76e régiment , commandé
par le Lieutenant Balvaird du 80e régiment. Ce détachement
foutint l'attaque avec fermeté & affez
long- tems . Balvaird fut bleffé mortellement au
commencement de l'action . Mais heureufement le
Lieutenant Alfton des grenadiers du 80e régiment
arriva à l'inftant même , & prit le commandement .
Les bleſſures nombreufes qu'il reçut ne l'empêchè-
Adr
( 110 )
rent pas de donner les ordres. Le Lieutenant
Wemyss
du 76e régiment
, prit auffi-tôt le commandement
,
& tout le paffa dans le meilleur
ordre , jufqu'au
moment
où il reçut un coup de feu au vifage. Le détachement
ne fe retira cependant
qu'après en avoir
reçn ordre du Général
Cornwallis
. Le Capitaine
Tytler du soe régiment
, fit tirer plufieurs
fois
fur l'ennemi
par fon détachement
, mais ce corps cut
également
ordre de fe retirer & de fe joindre à fon
régiment
. Le Marquis
de la Fayette fit avancer
fon
corps avec quelques
pièces de canons . Nous nous
mîmes aufli en marche , & le Marquis fe trouva en
face du 76e & du 80e régimens. Le feu commença
des deux côtés à la diftance
de 50 toifes . On nous fit
mettre la bayonnerre
au bout du fufil , & l'ennemi
prit la fuite. Nous le pour'uivîmes
avec un feu bien
foutenu
pendant l'espace d'un mille & demi . Le 76e
régiment
s'empara
d'une pièce de 6 liv . , & le 8oe en
prit une autre . Le Lieutenant
Alfton eft mort de
fes bleffures ; le Lieutenant
Cumming
du soe régiment
eft hors de danger , ainfi que le Lieutenant
Wemyss
. Il y a eu en tout 14 tués & 48 bleffés.
-
Les lettres de New-Yorck ne nous offrent
rien de bien flatteur. Elles font du 14 Août.
» Tout eft ici dans le même état ; nos troupes ,
partie campées , partie dans cette ville , font dans
une inaction totale ; & il ne paroît pas qu'on ait
formé aucun projet pour cette faifon . Le Général
Washington & le Comte de Rochambeau , dont
Farmée eft d'environ 10 à 12000 hommes , fe font
approchés deux fois jufqu'à 5 ou 6 milles de Kingsbridge
, à la vue de nos forces , & ne fe font pas
avancés plus loin ; ils fe font retirés enfuite à Iz
milles d'ici , où ils font encore . On ne femble pas
difpofé ici à leur livrer baraille ; la rafon qui
s'y oppofe , eft un fecret connu de notre Général
feul . Nous apprenons que nos troupes font
extrêmement referrées à Charles- Town , où elles
(mm )
--
ont été forcées d'abandonner nombre de poftes ertérieurs
, & de chercher leur sûreté plus près de la
ville. Le Lord Cornwallis a rencontré beaucoup
d'oppofition dans fa marche par l'intérieur des deux
Carolines , ce qui a fort affeibli fon armée. On dit
pourtant qu'il a rempli l'objet de fa miffion , qui ,
autant que je l'ai pu favoir , étoit fimplement de
parvenir en Virginie où il a établi un pofte à Portsmouth
, & où il fe propoſe d'en fixer un autre à
Yorck- Town ; mais on craint que les Américains
renforcés dans cette Province ne lui oppofent des
obftacles infurmontables . — Il nous eft arrivé
environ 3000 hommes de troupes Allemandes , qui
renforceront un peu notre arm'e qui , malgré cela
ne fera pas en état d'exécuter de grandes chofes cetre
année , & qui paroît devoir le borner à ſe tenir für
la défenfive. L'efcadre de l'Amiral Graves ,
ftationnée fur nos côtes , a tenu la mer pendant un
mois nous ignorons où elle eft actuellement. It
circule ici des rapports fuivant lefquels M. de Graffe
eft en route avec 28 vaiffeaux de ligne & des troupes ;
s'il arrive avant notre flotte , nous ferons dans une
pofition vraiement critique , & elle ne le fera pas
moins , s'il n'arrive qu'après , & que l'Amiral Hood
ne nous amène que 11 vaiffeaux ; que pourront ces
forces jointes à celles de Graves , contre celles de
M. de Graffe & de M. de Barras , qui ne feront pas
moins de 38 vaiffeaux ? Le commerce ici eft
ab(olument arrêté , & l'on ne fe flate pas qu'il fe
ranimera ; la ville eft remplie de marchandifes .
Nous avons trop peu de troupes & trop peu de
poffeffions dans ce pays pour les confommer. Notre
perspective eft fi trifte , que chaque Commerçant doit
Le décourager ; je me ferois rendu en Virginie , mais
le fort de cette Province n'eft pas plus cerrain ,
Occupée par un petit nombre de nos troupes , qui
ne garniffent que 2 ou 3 poftes environnés de toutes
parts par l'ennemi ; il faut donc attendre qu'il arrive
( 112 )
du changement , & ce changement ne paroît pas
éloigné , les forces Américaines étant déja trèsformidables
& augmentant tous les jours.
On eft un peu étonné après avoir lu cette
lettre, du prochain départ du Lord Dunmore
pour aller reprendre fes fonctions de Gouverneur
de la Virginie ; on obſerve ici que
le Gouvernement auroit pu mieux prendre
fon tems pour l'y envoyer. Quant au retour
du Général Clinton , il ne furprend perfonne
; ce Général doit être bien las d'une
guerre qui s'éternife & dont le fuccès eft
au moins incertain ; il fera remplacé par le
Lord Cornwallis à qui l'on doit faire paffer
les Patentes de Commandant- Général de
nos forces dans l'Amérique Septentrionale.
Elles partiront fans doute avec la flotte defnée
pour New-Yorck & la Caroline ; on
affure qu'elle eft prête. Tous les bâtimens
qui doivent la compofer fe rendent à Portsmouth
, & les vaiffeaux de guerre deſtinés
à les efcorter ont défaffourché , dit- on , le 4.
Le Lord Dunmore s'embarquera fur l'Af
trée ; & le Général Mathews qui va remplacer
le Général Vaughan dans les ifles ,
s'embarquera en même-tems fur le Rotterdam
avec le Colonel Thomfon .
Le premier paquebot que le Gouverne .
ment attend de New-Yorck , eft le Duc de
Cumberland , qui devoit partir immédiatement
après l'arrivée du Chevalier Samuel
Hood.
On attend avec la plus grande impatience
( 113 )
un paquebot de la Virginie chargé de dépêches
du Lord Cornwallis , d'autant plus
qu'une lettre particulière communiquée à
l'Amirauté , porte qu'un vaiffeau marchand
a rencontré un bâtiment de la Virginie qui
lui a dit avoir à bord des dépêches de ce
Général. Ce rapport s'accrédite encore plus
par une lettre particulière , que l'Amirauté
a pareillement reçue , & qui , d'après certaines
circonftances , donne tout lieu de
croire que ce bâtiment eft le paquebot
la Charlotte , Capitaine Clarke , & qu'il
eft parti de Charles -Town le 2 Août .
L'Amirauté a été auffi informée par des
avis particuliers , qu'on a vu le Chevalier
Samuel Hood avec l'efcadre fous fes ordres
à deux journées de New- York. Selon
ce rapport , tous les vaiffeaux de cette efcadre
étoient en bon état .
Le vaiffeau Parlementaire le Héros , arrivé
dernièrement à Corke de Charles-
Town , a rapporté que la difette des provifions
dans cette ville a forcé nos bâtimens
qui y avoient chargé du riz de le remettre
à terre.
Il eft venu des plaintes au Gouvernement
de la part des Marchands de Charles-
Town dans la Caroline Méridionale au
fujet de la Chambre du Commerce de cette
Place , qui exempte tout homme qui a
contracté des dettes depuis la réduction de
cette Place , d'être pourfuivi par fes créanciers
, & qui en même-tems permet qu'on
( 114 )
commence des pourfuites contre ceux qui
avoient des dettes avant la prife de Charles
-Town. ifts le
On a reçu avis que la flotte de la Jamaïque
n'avoit pas mis à la voile pour
l'Europe le 10 Août , comme on l'avoit
dit .
On doute fort que le Chevalier Rodney
reprenne un commandement , à moins que
ce n'en foit un de repréfentation feulement
, comme celui de l'efcadre de la Manche.
Comme il a réalisé environ 30,000
liv. fterl. de rente , & qu'il eft d'un âge.
fort avancé , fes amis le follicitent fortement
de paffer le refte de fa vie dans le
repos. Comme d'un autre côté Sa Majesté
lui a dit qu'elle le difpenfoit de fes fervices
au dehors , on penfe qu'il ne fortira
plus d'Angleterre , cù il affiftera de tems
en tems aux Confeils qui fe tiendront fur
les affaires de notre Marine.
On parle toujours de paix ; l'Impératrice
de Ruffie a , dit- on , fait propofer à notre
Cour , d'entrer en négociation avec un
Agent du Congrès ; on prétend que fidèle
à fes principes , elle a fait répondre par le
Lord Stormont , que loin de reconnoître
l'indépendance de l'Amérique , l'Angleterre
ne vouloit traiter avec elle que comme un
maître avec ſes ſujets . On fent que l'orgueil
Britannique mettra le plus grand cbftacle
à la paix ; mais peut- être devroit it
ne pas attendre la dernière extrémité pour
( 115 )
plier ? Qu'a -t- il obtenu juſqu'à préfent ? Quel
eft l'effet de nos efforts pour foumettre les
Américains ? Quel eft le langage de tous les
Généraux qui font revenus de cette partie
du monde ? Il n'a jamais varié , & on affure
que le Général Clinton en tient un pareil
& qu'il déclare pofitivement que l'Amérique
eft à jamais perdue pour l'Angleterre.
Cette vérité ne fera fentie par le Gouverne
ment que lorsqu'il aura épuifé la nation.
Chaque année que dure la guerre amène
ce moment ; le commerce qui en fait la
richeffe perd iminenfément ; on peut en
juger par le calcul fuivant.
Avant la guerre , nous exportions annuellement
en Afrique
En Hollande
En France ,
En Italie ,
·
•
En Espagne ,
Méditerranée ,
En Turquie ,
Amérique Sept.
•
·
·
·
La Grenade & Ines conquiles.
464,878 liv . fterl.
3,853,857
208,765
764,198
1,318,355
120,574
70,000
2,6173987
360,000
Total
9,778,804
En réduisant ce que nous
pouvons fournir par les navires
neutres montant à
Refte , perte nette , annucllement
, • ·
3,778,804
6,000,000 .
On n'a point de nouvelles de l'Amiral
Darby ; ceux qui fuppofent qu'il a ordre
( 116 )
d'approvifionner Gibraltar & Mahon , ne
font pas attention qu'il n'a aucun bâtiment
de tranfport avec lui , & que s'il fe rendoit
dans fes places , il ne pourroit leur
fournir que des munitions qu'il tireroit
de fes vaiffeaux , & dont il pourroit avoir
befoin , fi après avoir rempli cette miſſion ,
il fe trouvoit attaqué à fon retour. Son
grand objet eft de protéger la rentrée de
nos Hottes. Son efcadre eft compofée de
27 vaiffeaux , ſavoir , 3 de 100 canons
4 de 98 , deux de 90 , un de 80 , 12 de
74 , 4 de 64 & un de 60.
Le Commodore Keith Stewart avec fon
efcadre , croife dans la mer du Nord , &
veille fur tous les mouvemens des Hollandois
, qui , s'ils fortent du Texel , le trouveront
facilement , s'ils ont envie de fe
mefurer encore une fois avec nous.
I
Le 28 du mois dernier , la Compagnie des Indes
a tenu l'affemblée générale de fes Actionnaires
qui a lieu ordinairement tous les trois mois . Le
Préfident ayant notifié que les comptes des quartiers
étoient prêts , ils furent lus. Il parut d'après
la comparaison des dettes depuis le 1 Mars jufqu'au
1 Septembre 1781 , que la Compagnie avoit en
fa faveur une balance de 700,500 liv. fterl . omre
un numéraire à peu près pareil en caiffe . Cette
fomme , fuivant le dernier accord fait avec le
Gouvernement , doit être regardée comme tombée
extraordinairement entre les mains de la Compagnie.
M. Fitz Gérald ayant pris en confidération
la manière déguifée des comptes du Quartier ,
prouva que la balance étoit un peu moindre en faveur
de la Compagnie , obferva la quantité des
--
( 117 )
-
lettres de change acceptées, & le plaignit de ce qu'on
ne faifoit aucune différence entre les dettes folides ,
qui étoient payées , & celles qui étoient portees en
compte.
Le Préfident répondit , en renvoyant à
quelque memorandum jettés en ligne de compte, & fit
un tableau général des affaires qui , fuivant lui, étoient
beaucoup plus avantageufes qu'on ne le croit. Il
y avoit toute apparence que la pafx étoit faite avec
les Marattes , & que Hyder Aly étoit abfolument
chaffé du Carnatic . Le Général Smith ne peignit
pas les affaires de la Compagnie fous un
jour auffi avantageux ; il fit craindre que dans un
an elle ne fût engagée dans une dette qu'elle fe
roit hors d'état d'acquitter , fe plaignant des groffes
lettres de change qu'il falloit acquitter ,
& montrant des craintes que les vaiffeaux n'arri
vaffent pas à tems . Le Préfident répliqua que quoique
la Compagnie fe füt engagée à payer une fomme
de 300,000 liv. ſterl. , il n'y en avoit cependant
que 400,000 à payer dans peu ; que la Com..
pagnie attendoit 31 vaiffeaux , dont la cargaifon
refteroit quelques mois dans les magaſins , felon
l'ufage , &c.
L'arrivée de ces vaifleaux fait l'eſpoir
des Actionnaires & de la nation ; on difoit
qu'il en étoit déja entré 6 dans le port de
Kinfale ; le Ministère en avoit reçu en effet
Pavis ; mais il ne venoit pas du port où
l'on les difoit mouillés , & il s'eft trouvé
que cette nouvelle étoit venue de la mer ,
& qu'elle étoit fauffe ; en attendant qu'ils
paroiffent , on a les noms des 31 qui font
attendus. Il y en a 11 qui viennent du
Bengale & de Madras , un de Bombay , un
de Bencoolens , 18 de la Chine .
Toutes les nouvelles favorables de l'Inde
( 118 )
paroiffent avoir été exagérées , on en avoit
befoin avant l'affemblée des Actionnaires ;
mais perfonne n'y a plus aucune confiance.
» Les lettres du Cap du 29 Juillet , dit un de
nos papiers , fe réuniffent pour dire que les affaires
de la Compagnie font dans l'état le plus déplorable
; que le bruit général étoit qu'elle avoit perdu
Madras , & que l'armée de l'onake avoit été
difperfée dans fa route pour Bombay , & que les
propofitions offertes par les Anglois avoient été
rejettées des Marattes & d'Hyder Aly. Si cette
nouvelle fe confirme , elle pourroit accélérer l'effet
des négociations , qui , dit-on , fe feront cette
année pour la paix , & nous rendra moins difficiles
fur la condition , fans laquelle on ne peut pas l'efpérer
, l'indépendance de l'Amérique «<.
Le parti que vient de prendre la direction
de la Banque fixe toujours l'attention générale
; nos papiers offrent journellement
des réflexions fur cet objet ; en voici quelques-
unes qui méritent d'être rapportées .
ג כ » La dernière opération du Ministère , relativement
aux fonds publics , a furpris & confterné
tous les Intéreffés , quoiqu'elle fut une conféquence
naturelle de l'état de détreſſe où nous jette la continuation
d'une guerre malheureufe . Les 8 pour
cent , retirés de la Banque ont déſabuſé ceux qui
s'imaginoient qu'elle n'avoit rien de commun avec
la dette Nationale & que les actions de Banque
étoient les plus folides de toutes.´ Le Gouverneur
& les Directeurs de la Banque ont déclaré pofitivement
que tout l'argent déposé en espèces dans
la Banque , par les premiers Actionnaires , a été
prété au Gouvernement. Cette notification imprévue
a donné lieu aux queftions fuivantes . Dans
( 119 )
―
quel'e vue les premiers Actionnaires ont-ils fourni
des fonds pour l'érection de la Banque ? N'étoit- ce
pas afin qu'ils y reftallent pour repréſenter le papier'
qu'on leur donneroit en échange , pour y retourner
& le reprendre dans le befoin , mais non pour l'y
laiffer à jamais , comme ils feront obligés de le
faire en le donnant à intérêt au Gouvernement ?
Puifqu'actuellement les Directeurs , fuivant leur
aveu , ont , foit en efpèces , foit en billets de Banque
, fourni au Gouvernement plus que le premier
fonds dépofé , avec quoi feront -ils en état de payer
les fommes primitives , quand on voudra faire
réaliser le papier qui les repréfente. Les Actionnaires
feront-ils refponfables dans ce cas. Il eft vrai ,
que les Orfévres ont paffé un contrat avec la Banque ,
pour lui en fournir en tems de befoin : mais , ti
les demandes font exorbitantes , les moyens leur ,
manqueront auffi. En 1746 , dans le tems que le
Prétendant étoit en Angleterre & que tout le monde
courut à la Banque pour avoir fon capital ,
Banque fe vit obligée de recourir à un appel . Les
Banquiers & les Orfévres fe rendirent à la Banque.
Pour gagner du tems , ils firent les paiemens en
groffes espèces d'argent , & comme le Prétendant
ne tarda pas à être chaffé , l'argent fut bientôt .
rapporté . Il est étonnant que la Banque fut obligée
à un appel & à une rufe , dans un tems où elle
ne prêtoit pas encore au Gouvernement.
une chofe connue que les Hollandois font plus
intéreffés dans la Banque que dans aucun autre
fonds : on évalue à un quatrième la part qu'ils y
ont. Le meilleur moyen que puiffe avoir à préfent
l'Angleterre , pour le procurer , non du papier ,
mais des espèces fonnantes , eft de faire un rappel
dans la Banque. Les Anglois ont fi bonne opinion
de la confiance des Hollandois ; ils comptent tellement
fur leur intelligence , toujours , difent-ils
guidée par l'intérêt du moment , que , pour les
―
la
C'eft
( 120 )
-
encourager à céder les 80 livres fterl. , on leur
promet un demi pour cent de plús pour chaque
dividende . Faut- il beaucoup de pénétration pour
ne pas fentir que les actions de la Banque , dans un
danger de banqueroute Nationale , feroient les plus
mauvais fonds d'Angleterre ? Les intérêts que paient
les annuités & les autres fonds les empêchent d'elfuyer
une faillite ; mais il n'en eſt pas ainfi de la
Banque. Elle n'eft pas obligée de payer un dividende
aux Intéreffés ; elle peut , les 6 mois fuivans ,
diminuet fon dividende de 5 , 4 , 3 , 2 I pour
cent , ou même n'en rien payer du tout , fans qu'elle
paroiffe pour cela faire banqueroute. Il eft affez
probable que , fi les Financiers Britanniques peuvent
réaffir dans cet effai , ils continueront dans la
faite à emprunter fous promeffe d'un plus gros
dividende four 6 mois , & lorfqu'ils auront répété
cette manoeuvre au point de ne plus trouver de
Prêteurs , ils cefferont à l'inftant de payer le dividende
. Le Gouvernement pourroit alors trouver de
l'argent fans intérêt , au lieu de faire des emprunts
fi onéreux «< .
Ces obfervations paroiffent généralement
juftes ; elles mettent peut- être en état d'apprécier
le crédit public en Angleterre ; c'eft
une machine qui n'a pour baſe qu'une excelfive
crédulité , & dont les refforts font trop
forcés pour pouvoir réfifter long-tems .
و د » Il eft vraisemblable , dit le célèbreHume
dans fes Effais politiques , que le crédit
national s'écroulera tout d'un coup par les
fuites inévitables des guerres , des défaites ,
des malheurs & même des victoires & des
conquêtes. Il me femble , en voyant les
Princes & les peuples fe battre avec fureur
au milieu de leurs dettes , que je vois
un
( 121 )
un combat à coups de bâton dans une
boutique de porcelaine , où tout eft facrifié
au gain & au plaifir . Comment attendrionsnous
que le Souverain refpecteroit une
efpèce de propriété aufli onéreufe pour lui
& pour les peuples , en voyant qu'il fe
foucie fi peu de leur vie & de leurs poffeffions
? Le tems viendra cù tous les nouyeaux
fonds créés ne fuffiront pas pour les
befoins préfens , qu'il n'y aura pas de foufcription
fuffifante pour tout le capital qu'on
vouloit négocier , foit que la caifle rationale
foit épuifée & qu'il n'y ait pas affez
d'efpèce chez les particuliers , foit que le
crédit du Royaume ait commencé à chan
celer ".
FRANCE.
De VERSAILLES , le 16 Octobre.
LE 7 de ce mois , le Rei a nommé à
l'Abbaye de Belle- Perche , Ordre de Cireaux ,
Diocèle de Montauban , l'Evêque de Montauban
; à l'Abbaye de Sep Fentaines , Ordre
de Prémontré , Diocèfe de Langres
l'Abbé de Beaumont , Vicaire Géntial de
Blois ; à l'Abbaye de Lure , Ordre de Saint-
Benoît , Diocèle de Sifteron , I Abbé Rouffeau
, Vicaire - Général d'Alby ; à 1 Abbaye
régulière de Vicoigne , Ordre de Pr monté ,
Diocèfe d'Arras , Dom Grenier , Religieux
de cette Abbaye ; à l'Abbaye de la Pitié- Dieu
de l'Epeau , Ordre de Cîteaux , Diocèfe du
20 Octobre 1781. f
( 122 )
Mans , l'Abbé Gros de Befplas , Vicaire-
Général de Befançon , Aumônier de Monfieur
, fur la préfentation de ce Prince en
vertu de fon Apanage..
LL. MM. & la Famille Royale fignèrent
le même jour le contrat de mariage du
Marquis de Balivière , Capitaine des Grenadiers
avec rang de Colonel , dans le
Régiment de S. M. avec Mademoiſelle
de Priolo.
>
De PARIS , le 16 Octobre.
ON a le journal de M. de Graffe , depuis
fon départ du Cap François , juſqu'au 23
Août. On y voit qu'il a pris la route du
canal de Bahama , de préférence à celle du
débouquement ordinaire des Caïques . On
fait qu'aucune Armée ne s'y étoit riſquée
depuis celle de l'Amiral Bofcawen , lorfque
dans la dernière guerre , il fut attaquer la
Havane. Cette navigation , que dans ce
tems - là les pilotes Efpagnols regardèrent
comme extravagante , & qui , felon eux
devoit être fi funefte à l'Armée Angloife ,
fe fit cependant fans aucun accident facheux.
Cer exemple juftifioit M. de Graſſe ,
qui s'eft auffi bien tiré que l'Amiral Anglois
de ce paffage , qu'on croyoit dangereux . Il
avoit de bonnes raifons de choisir cette
route ; il pouvoit intercepter la flotte de la
Jamaïque , & protéger en même- tems le
retour d'une frégate , dont la perte auroit
( 123 )
entraîne de grands inconvéniens pour le
fervice de fon Armée .
» Ce Général appareilla du Cap François le s
Août , avec 28 , vaiffeaux de ligne , 4 frégates &
3 cutters , parmi lefquels étoit la Mouche , prife,
Angloife , faite à Tabago , fur laquelle eft venu
M. de Negrier , qui a apporté ces détails . —— Le
premier Août , M. de Graffe avoit expédié M. de
Glandeves avec s vaiffeaux & une frégate ( l'Inconftante
) , pour raffembler les convois des Cayes,
du Mole , & c. Ce fut dans cette occafion que l'Inconftante
périt par le feu. Le jour du départ de
l'armée ( les ) , l'Actionnaire , commandé par
M. de Borderu , rentra au Cap ; c'eft le feul vaiffeau
qui y foit refté. Le 9 , le ralliement de la
divifion de M. de Glandeves ſe fit fur la Tortue .
Le 13 , l'armée prit des pilotes à Baracoa ( port de
l'Ile de Cuba ). Avant d'entrer dans le vieux canal
, M. de Graffe eut connoiffance d'une frégate ,
qu'il fit chaffer & qu'on ne put joindre . L'armée
s'arrêta près d'un jour devant le port de Matanzas ,
pour y attendre la frégate l'Aigrette , qui avoit
été chercher 500,000 piaftres a la Havanne ,
>
Le 20 le canal étoit débouqué & le 23 étant dans
le Sud- Oucft de Saint- Auguftin à vingt lieues
environ de distance de ce port , M. de Graffe expédia
la Mouche. M. de Negrier , qui commandoit
ce cutter , ne perdit l'armée de vue que le lendemain.
La traverfée de cet Officier n'a pas été
fort longue , par le foin qu'il eut de chercher les
vents variables . Parvenu aux attérages de France
il fe trouva le 22 Septembre au milieu de la flotte
de Darby , qui alors faifoit route au Nord Nord-
Eft , les vents au Nord- Ouest , étant par la latitude
des Glenans , à environ 100 lieues . La Mou
che n'eft pas trop bonne voiliere , & M. de Negrier
n'échappa aux cnnemis que par Thaf
z
>
( 124 )
bileté de fes manoeuvres , qui firent croie à
différens vaiffeaux qu'il avoit été arraiſonné par
d'autres . Il continua ainfi fa route fans être inquietté.
Il fut forcé de relâcher à Rochefort au
lieu de Brest , où il devoit aller mouiller , a cauſe
du mauvais état du cutter , qui faifoit beaucoup
d'eau , & du fervice des pomies , dont fon équipage
commençoit à être fatigué «.
Il paroît certain que M. de Graffe va
d'abord dans la Chéfapeak ; les troupes de
débarquement qu'il a avec lui font aux
ordres de M. de Saint-Simon . Ce corps compofé
de plus de 3000 hommes , pourra être
augmenté par les différens piquets en garnifon
fur les vaiffeaux , formant environ
1800 hommes , & dans un befoin preffant
par les troupes de la marine. A chaque moment
nous nous attendons à recevoir les
premières nouvelles des opérations de cette
Armée .
›
» On lit , écrit- on de Nantes , dans une lettre
datée des 12 & 16 Août , du camp de M. de
Rochambeau , que les frégates l'Hermione & l'Af
trée ont attaqué à l'embouchure du fleuve Saint-
Laurent , cinq frégates Angloifes , deux deſquelles
de 26 canons , & les autres de 20 ; qu'elles en
ont pris une de 20 ; qu'une autre de 26 avoit
amené , mais que la mer étant trop grofle pour
l'amariner , elle s'étoit échappée pendant la nuit .
Il eft dit dans la même lettre , à la date du 16
Août , que la frégate la Concorde venoit d'arriver
au moment même , annonçant la venue de M. de
Graffe , avec 28 vaiffeaax de ligne & 5000 hommes
de troupes de débarquement . La flotte de
M. de Graffe , jointe à l'efcadre de M. de Barras
nous donnera dans ces mers 38 vailleaux de ligne ,
-
( 125 )
& par conféquent une fupériorité avec laquelle
nous devons efférer de grands fuccès de cette
campagne.«.
C'eft par le cutter fur lequel eft venu
M. Negriér , qu'on a fu les deux rencontres
dans lefquelles la Fée s'eft diftinguée . Elle fe
battit d'abord contre un vaiffeau à 2 batteries
, & le maltraita fi fort , qu'il fut obligé
de s'éloigner le lendemain. Elle cut affaire
contre la Nymphe , frégate de fa force , qui
nous a appartenu . L'équipage de la Fée eft
perfuadé que la Nymphe a coulé bas . M.
Boubé qui a foutenu ces deux combats , n'eft
Lieutenant de vaiffeau que de la dernière
promotion. Il n'avoit le commandement de
la Fée que par la mort de M. de St -Marfault.
Le 2 Août ayant été à la Comédie ,
au Cap , il y reçut de l'Allemblée les applaudiffemens
les plus flatteurs.
Les lettres de Cadix du 21 ne nous apprennent
rien de nouveau. A cette époque ,
il n'étoit pas encore permis d'approcher de
la frégate la Sainte- Lucie ; & le Commerce
étoit toujours perfuadé que le convoi de la
Havane étoit en route ; on fixoit même le
jour de fon départ au 23 Juillet ; & comme
la Sainte Lucie étoit partie le 27 du même
mois , & qu'elle étoit inftruite du nombre
des vaiffeaux , de leur efcorte , & c . on en
concluoit que toute communication étoit
défendue avec ſon équipage , afin de tenir
ces notions fecrettes. On ne pense pas de
même ici ; nous fommes perfuadés au conf3
( 126 )
>
traire que le convoi de la Havane ne mettra
en mer que dans le mois d'Octobre . 1 °. Parce
qu'on attend à la Havane le retour de deux
vaiffeaux qu'on a expédiés pour la Vera-
Crux , & qui doivent apporter des fruits &
de l'argent. 2 ° . Si ce précieux convoi étoit
en route depuis le 23 Juillet , la Cour d'Efpagne
auroit envoyé au - devant de lui la
Hotte de D. Louis de Cordova. 3 ° . Enfin
& c'eft la meilleure raifon que nous puiffions
donner , mais qu'on ne peut pas favoir
encore à Cadix , les lettres de M. de Graffe
du 22 Août ne font pas mention que ce
convoi ait appareillé ; cependant il ne pouvoit
manquer d'en être inftruit , foit par fon
féjour à Matanzas , port à 6 lieues de la
Havane , foit par le retour de l'Aigrette ,
qui n'a quitté ce dernier port que le 14
Août.
-
» Le renfort des troupes qu'on raſſembloit à
Barcelone , écrit-on de Madrid , les munitions
qu'on préparoit à Alicante & à Carthagêne , ont
été embarquées & ont fait voile pour Mahon .
On porte à l'armée 60 canons , dont 40 de 24
livres. Il n'y avoit que 9 mortiers à Barcelone ;
le camp de Saint-Roch fournira tous les autres
qui font néceffaires à M. de Crillon. · La Cour
a fait imprimer une relation des premieres opérations
de ce Général . L'article le plus important eft
celui où il eft queftion des préparatifs que le Général
a ordonnés pour combler le port de Mahon ,
& le rendre déformais inacceffible à tous bâtimens.
Nous avions que c'étoit le feul projet de
la Cour , avant qu'elle fongeât à faire le fiége
du Fort Saint- Philippe. Elle eft toujours détermi
( 127 )
•
―
née à l'exécuter , parce que quand même cette
poffeffion lui resteroit , elle n'a pas befoin du port,
puifqu'elle a de plus beaux chantiers à Carthagène
& d'autres lieux de refuge fur les côtes . Ainfi on
peut regarder Port-Mahon comme totalement perdu
pour les deux Nations , & le Fort St- Philippe
devient par conféquent déformais inutile , puifqu'il
n'a plus rien à protéger. Une autre circonftance
que nous ignorions , & qu'on a appris par
tous les Officiers qui viennent de l'armée , c'eft
que les Anglois avoient détruit le Fort Marlborough
, long- tems avant qu'il fût queftion d'attaquer
Minorque. Ils ont penfé que tous ces ouvrages
extérieurs emploieroient plus de troupes qu'ils
n'avoient envie d'en maintenir à Mahon . La
relation de la Cour contient différentes lettres de
M. le Duc de Crillon & du Général Murray
remplies d'égards & de politeffes . Elle ne donne
pas encore l'inventaire de tout ce qui a été trouvé
dans l'Ifle appartenant au Roi d'Angleterre , mais
elle porte , à vue d'oeil , la totalité de cette capture
à 6 millions de piaftres ( 24 millions tournois ) :
fi cela eft , le Général a eu raifon de comparer ce
butin à celui de Saint-Eustache «.
--
,
Selon les dernières lettres & les derniers
papiers qu'on a reçus de Londres ,
les amis de l'Amiral Rodney font courir
le bruit qu'il retournera en Amérique
dès que fa fanté fera rétablie ; en ce cas ,
il ne tardera pas à partir , puifque l'air
natal en débarquant paroît l'avoir guéri
de toutes fes incommodités.
Le mécontentement qu'a marqué la Cour
Britannique de l'acceffion du Roi de Pruffe
à la neutralité armée , fe foutient toujours
de la manière la plus vifible. S'il continue ,
£ 4
( 128 )
le cabinet de St James fe prépare peut- être
de nouveaux embarras . Et fi le bruit qui
fe répond à préfent de l'acceffion prochaine
de l'Empereur à cette même neutralité , fe
confirme , on eft fort curieux de voir comment
il prendra ce nouvel évènement.
Auffi - tôt qu'on a été informé en Angleterre
du départ de M. de Graffe , l'Amirauté
a fait armer 2 vaiffeaux & 4 frégates
chargés d'aller renforcer l'efcadre de New-
Yorck ; cette flottille n'étant pas encore
prête , il a dû fe détacher 2 vaiffeaux de
l'armée de Darby pour le même objet.
On croit que la feule deftination de cet
Amiral , eft de croifer & de protéger l'arrivée
des convois . Cependant celui des
Iles du Vent n'a pas eu befoin de fa protection
; il est arrivé fur les côtes d'Irlande
fans avoir été inquiété. Quelques Politiques
Anglois voudroient que l'Amiral allât
maintenant ravitailler Gibraltar & Mahon ,
parce que , difent- ils , la flotte une fois débarraffée
de ce foin , pourroit être prête
à tenir la mer dès le printems & empêcher
la réunion des efcadres combinées ; mais
ces fpéculateurs ne font pas attention qu'il
faut au moins deux mois pour raffembler
les vivres , les munitions & les bâtimens.
de tranfport néceffaires pour ce ravitaillement.
Actuellement qu'il n'y a plus d'armée
combinée en mer , on peut s'occuper de
la croifière de nos corfaires. Le plus fort
( 129 )
& le meilleur voilier d'entr'eux , l'Aigle ,
Capitaine d'Albarade , qui avoit été audevant
de la flotte de la Jamaïque , vient
d'entrer à Dunkerque . Le mauvais tems
l'avoit forcé de faire le tour des trois
Royaumes , & n'a, s'il n'a pas rencontré ce
qu'il cherchoit , du moins il s'eft emparé
de trois navires . L'um eft une belle frégate
armée pour la côte d'Afrique ; elle fe
rendoit à Oftende pour y prendre le pavillon
Impérial . Le fecond eft un bâtiment
chargé de lin fin , de chanvre , & c. , & le
troiſième portoit des bois de conſtruction.
L'Aigle a déposé fes prifes à Dunkerque ,
& eft fortie peu de tems après . H n'y avoit
pas 4 heures qu'elle s'étoit éloignée , qu'on
entendit une vive canonnade qui dura demi
-heure ; mais l'Aigle marche fupé ieurement
; elle fe propsfoit de traverfer la
Manche , fans craindre les vaiffeaux de .
ligne qu'on pourroit mettre à fa pourfuite.
Des lettres poftérieures de Dunkerque of
frent à ces fujet les détails fuivans :
» La canonnade que nous avons entendue le
jour que l'Agle avoit remis à la voile , fat un
combat que ce corfaire foutint contre deux frégates,
dont l'une de 36 canons , l'arre de 22 , & deux
cutters . L'une des frégates (l'Arianne ) & un cutter
prodigieufement maltraités. revinrent aux
Dunes , le 4 de ce mois , & fur leur rapport ,
un vaiffeau de ligne & 4- frégates mirent à la voile .
Deux frégates furent devant Oftende ; le vafleau
vint reconnoître Dunkerque , & les deux autres
frégates , le port de Calais ; mais l'Aigle étoit
fs
( 130 )
déja bien loin , & cette flottille rentra aux Dunes
fans avoir pu trouver ni le corfaire François , ni
la frégate de 36 canons , & le cutter , qui ont difparu
depuis le jour du combat. Ces détails ont
été donnés par un Smugler ( bâtiment contrebandier
) arrivé à Dunkerque , & venant des Dunes ,
d'où il étoit parti les «.
L'hommage public rendu à un citoyen
vertueux par une Cour Souveraine , mérite
une place dans ce Journal ; c'eſt à ce
titre que nous tranfcrirons le difcours fuivant
prononcé par M. de la Thebaudiere ,
Procureur- Général du Roi au Confeil Supérieur
du Cap , Ifle St- Domingue , à la
réception de M. de Lilancourt , en qualité
de Commandant en chef par interim ,
des Ifles fous le Vent de l'Amérique. M.
de Lilancourt avoit gouverné deux fois la
Colonie par interim. Des ordres de la Cour
lui avoient fait remettre le commandement
à M. de Renaud ; il lui a été rendu le 15
Juillet dernier , à la fatisfaction & aux
voeux de tous les Colons. M. de la Thebaudiere
n'a été que l'organe de leurs fentimens.
M. Qu'il eft flatteur pour notre ministère d'être
l'organe de l'amour que vous portent tous les Ordres
de la Colonie : leurs voeux parvenus jufqu'aux
pieds du Trône , vous font rappeller aujourd'hui
une administration dont ils euffent defiré que vous
n'euffiez jamais été éloigné . Qu'il eft glorieux pour
vous d'y trouver en même- tems la récompenfe de
vos fervices & le prix de la vertu ainfi fous un
Roi jufte , environné des plus fages Miniftres
le mérite , la modération & la patience font tôt ou
( 131 )
&
zard récompenfés. La Colonic va retrouver
la douceur de vos précédentes adminiſtrations
tel eft l'empire de la vertu , que chacun vous confidère
déja comme fon protecteur & ſon ami.
-
Chacun fait déja qu'il repofera comme à l'abri
des loix , que fa liberté comme fes poffeffions feront
inviolablement respectées , & que vous veillerez
avec la plus févère attention à ce que l'on fuive
votre exemple dans toutes les parties de votre
Gouvernement. - Chacun fait que vous n'ajouterez
point aux dépenses extraordinaires que néceffiteront
les circonstances actuelles par des conftructions
étrangères à la défenfe de la Colonie , & qui ,
par cette raifon , doivent être remifes à des tems
plus heureux . Chacun fait que vous accueillerez
les repréſentations avec plaifir ; que vous écouterez
fes plaintes avec bonté; que vous apprendrez
à la plupart de ceux qui commandent , que c'eft
compromettre la dignité du commandement , &
non pas l'exercer ; que c'eft outrager & non pas
punir , que d'ajouter l'ombre même de la violence , à
plus forte raifon l'injure , à la févérité des ordies.
-
-
- - L'Ha-
Le Colon ofe fur- tout fe flatter , & vous ne le
tromperez fûrement pas dans les espérances , que
vous n'agraverez point par des corvées & des travaux
forcés , ou mal entendus , les maux inféparables
de la guerre , & les calamités attachées à
l'intempérie des faifons qui défolent malheureuſement
la Colonie depuis quelques années .
bitant des Villes fe flatte également que le produit
de fes maifons ne fera point abforbé par des projets
ruineux. La ville du Cap attend fur - tout de
votre fageffe , Monfieur , que vous daignerez prendre
en confidération qu'elle n'a pas befoin de fecours
éloignés pour fuppléer à la pénurie de fes
eaux , qu'elle eft environnée de tous côtés de fources
abondantes , que l'on peut y conduire fans de
£ 6
( 132 )
très-grands -frais , après en avoir indemnifé les propriétaires.-
Tous les Colons favent que vous n'aurez
égard qu'au mérite dans la diftribution des emplois &
des graces , & qu'à la vertu néceffiteufe dans la
diftribution des terres à concéder , ayant foin d'écarter
loin de vous ces ambitieux qui ne les folli .
citent que pour en faire un trafic contraire aux vues
da Prince , à l'intérét de la Colonie , & réprouvé
par les loix. La correfpondance de la Métropole
avec la Colonie , ne fera point interceptée Nos
gazettes & nos papiers publics feront irrévocable .
ment fupprimés , ou rendas à leur première & véritable
deſtination , on n'y trouvera point , à la
honte d'une fage police , aux rifques d'allumer
dans les Sociétés une guerre civile , l'éloge facré
d'un Gouvernement lage & jufte à côté de la
fatyre la plus ridicule & la plus méprifable. Ce
ne fera point fur-tout à des gazettes de cette efpèce
, imprimées par votre permiffion , que vous
remettrez le foin trompeur d'un éloge équivoque .
Vous graverez vous - même le fouvenir touchant de
vos bienfaits dans tous les coeurs , Nos voix ellesmêmes
, nos voix les porteront jufqu'aux pieds
du Trône , & nos regiftres les confacreront à la
postérité. Enfin , M. , les Magiftrats favent que
loin de chercher à brifer le glaive des loix , vous
ferez le premier à le foutenir dans leurs mains . Ils
favent que jaloux de concourir au bonheur public
, de vous conferver l'eftime générale que votre
ancienne adminiſtration vous a méritée , vous
refpecterez le caractère que le Prince leur a imprimé
, & le pouvoir que vous partagerez avec
eux , de rendre la juftice aux Peuples .
Ils favent que vous ne vous ferez point une
étude de miner fourdement leur autorité , de gê
ner leurs fuffrages. Ils favent que fi l'intrigee ,
la paffion , comine nous l'avons malheureuſement
--
(
133 )
vu par le paffé , s'élèvent contre leurs Arrêts ,
ne feta du moins que l'intrigue des parties & leur
paffion aveugle . Iis fe plaisent a penfer que
vous vous emprefferez d'être leur défenteur auprès
du Prince; que vous vous attacherez fur - tout à
détruire les imputations calomnieuſle qui auroient
pu être imaginées pour rendre leur zèle fufpect , &
fe venger de la droiture de leurs intentions , de la
pureté de leur conduite , de leur attachement aux
loix ; enfin de la fermeté inféparable de leurs devoirs
, & fans laquelle ils ne feroient dignes ni
de la confiance du Souverain , ni de la vénération
des Peuples. C'eft l'expérience d'une conduite auffi
fage de votre part , qui a déterminé cette augufte
Compagnie à faire auprès de vous , M. , & à configner
dans fes regiftres cette démarche flatteufe ,
qui en fignalant fes regrets , couronnoit des mains
de la Juftice même la fin de votre adminiſtration :
démarche d'autant plus honorable pour vous , que
vous êtes le premier qui en ayez fourni l'exemple .
Aucun de vos prédéceffeurs n'avoit eu l'avantage ?
de recevoir la députation d'une Cour fouveraine ,
venant lui témoigner les regrets de voir pater le
Gouvernement en d'autres mains. On vous
ajme , M.; ce mot qui retentit fi rarement à l'oreille
d'un chef , doit porter l'attendriſſement dans
votre ame , nous ne craignons pas de le dire ; c'eſt
dans la Colonie plus que par-tout ailleurs › que
l'attachement que l'on a pour un Chef eft une
preuve infaillible de la bonté de fon Gouvernement
, & cette preuve vous est plei ement acquife ,
Monfieur ; mais plus tous les coeurs volent au devant
de vous , plus certe nombreuſe Affemblée
vous témoigne d'allégreffe , plus vous devez re.
doubler d'efforts pour tendre la ficuation heureuſe ,
& nous faire oublier le malheur que nous avons
tous d'exister à deux mille lieues du Trône, L émi--
gration continuelle & prefque toujours prématurée
( 134 )
-
des propriétaires , en eft une fuite funefte pour le
bonheur & la profpérité des Colonies , c'eſt un
malheur public que vous préviendrez par la douceur
de votre Gouvernement. On fuit avec empreffement
, on abandonne avec mépris à des efclaves
une terre dévorante où la liberté civile
& perfonnelle font fans ceffe en danger , les pro
priétés fans appui , les loix du Souverain lui-même
fans exécution. Il fut peut-être un tems où le
frein des loix & de la confiance ont été impuiffans ;
mais que de luftres il s'eft déja écoulé depuis l'enfance
de la Colonie , que fes deftructeurs ingrats ,
enrichis prefque tous de fes bienfaits , la mécon
noiffoient & la calomnioient peut-être pour l'oppri
mer plus fûrement , vous le favez vous- même , M.
& vous le favez par expérience ; vous l'avez gou
vernée deux fois en chef , avez- vous trouvé l'obéiffance
en défaut ? Vous ne commandiez , il eſt
vrai , que des chofes juftes adaptées aux circonftances
comme aux facultés d'un chacun ; mais
l'obéiffance a-t-elle manqué dans les tems même les
plus difficiles , & pour les objets les moins néceffai-
Daignez , M. , faire parvenir ces inté
reffantes vérités jufqu'aux pieds du Trône . Préfentées
par vous , elles ne peuvent qu'acquérir une
nouvelle force , c'est une juftice , c'eft un hom
mage que vous devez à un Peuple fidèle , à des
Colons pleins d'amour , de foumiffion & de refpect
pour leur Roi ; cette tâche ne coûtera fûre.
ment pas à votre coeur , puifqu'elle fera l'expreffion
des fentimens que vous avez reconnu chez
tous les habitans de cette Colonie ; faites-les vivre
fous les loix du Prince augufte que le Ciel
leur a donné pour leur bonheur. Que l'Ordonnance
du premier Février 1766 , concernant le Gouvernement
civil de cette Colonie que celle du 18
Mars fuivant , fur les enregistremens dans nos
res ? -
( 135 )
Confeils , deviennent enfin la bafe unique , la rè
gle inviolable de votre adminiſtration , & de celle
de vos fucceffeurs . Qu'il eft doux pour un Administrateur
vertueux • & plus jaloux d'étendre fes
bienfaits que fon autorité , de voir dans les Ordonnances
du Souverain le guide précieux de fon
adminiſtration , & le gage infaillible de ſes ſuccès.
-
C'est ainsi que votre Gouvernement dans toutes
fes parties fervira de modèle à vos Succeffeurs.
Puiffent les nôtres , dans des jours de folemnité
pareille , n'en parler juſques dans ce Temple de
la Juftice & de la vérité qu'avec l'éloge & l'attendriffement
dûs à la bienfaiſance la plus conftante
& la plus éclairée !
M. de Lilancourt répondit ainfi à ce
difcours.
MM. Ramené parmi vous aujourd'hui par une
grace particulière de Sa Majefté , dans une place à
laquelle des évènemens dont nous avons tous gémi
, m'avoient déja porté deux fois ; je regarderois
fans contredit ce jour- ci comme le plus
beau de mes jours , fi la fenfibilité & la reconnoiffance
ne me rappelloient dans ce moment
MM, celui auquel , par une diſtinction unique , vos
regiftres offrent la preuve de l'intérêt auffi vif
qu'honorable que vous prites , il y a un an , au motif
qui le détermina ; en faififfant ce moment même
, MM. , pour vous exprimer le fouvenir que
j'en conferve , j'espère que vous regarderez l'expreffion
de ma jufte reconnoiffance , comme un
garant de mes difpofitions à le cultiver , & de
mon efpoir de retrouver en vous celles qui doivent
affurer par notre concours mutuel le bien du
fervice de Sa Majefté , & le bonheur de la Colonie.
Vous ne voyez fans doute , ainfi que moi,
MM . , dans ce que vient de vous dire , M. le
Procureur Général , que la preuve d'une amitié,
prévenue , jointe au tableau fidèle des devoirs que
-
-
( 136 )
je devois remplir. Si je ne refpectois ſa modeftie ,
j'aurois l'honneur de vous dire à mon tour les
reffources dont cette amitié m'a été , & les fecours
que je m'en promets encore. La bonté
paternelle de S. M. nous promet , MM. , dès que
les befoins de l'état pourront le permettre , un chef
qu'il nous a fuffi de voir un inflast , pour prévoir
le bonheur dont fes vertus nous feront jouir.-
M. le Marquis de Vaudreuil lui méme m'autorife
MM. , à fixer l'incertitude à laquelle ce retardement
pourroit donner lieu . Puiffe ce moment
MM. , n'être pas éloigné ? Et puiflé -je , avec le
fecours de vos lumières , faire fupporter fans impatience
, les momens qui doivent encore s'écouler.
Les orages ont été très-fréquens cette
année ; la Guienne en a fur- tout beaucoup
fouffert ; nous copierons les détails fuivans
que nous a fait paffer un de nos Abonnés
à la Sauvetat de Caumont près Marmande .
>
Le mois de Juin dernier s'eft paffé en orages
& en pluies continuelles , qui ont donné
des grêles , des débordemens , & fair perdre la
moitié des foins & des blés , & détérioré la qualité
de ce qui eft échappé de ces fléaux. Il reftoit encore
les vignes qui promettoient par leur abondante
production un dédommagement de la perte des
autres récoles & faifoient tout l'efpoir des Cultivateurs
. Mais le 18 Août , tout a été perdu fans
reffource ; ce jour , que l'on n'oubliera de long- tems
dans ce pays , a confommé la reine des habitans .
Plufieurs s'élevèrent fucceffivement & de
tous les côtés , dans l'après midi ; ils grondèrent
tantôt tous à la - fois , & tantôt tour à tour, Vers
les 7 heures de foir , ils commencèrent à fe croifer
ou à fe confondre , le bruit affreux des éclats & la
vivacité des éclairs qui fe fuccédoient fans inter
---
orages
( 137 )
ruption , femblorent annoncer aux habitans effrayés ,
les malheurs dont ils étoient menacés. A neuf
heures , il tomba une grêle fi forte , qu'elle détruifit
abſolument tout ce qui s'y trouva expofé.
Les vignes farent dépouillées de leur fruit & de
leurs feuilles , les paimpres furent mis en pièces ,
& les feps eux-mêmes furent meurtris , déchirés ,
& plufieurs arrachés . Les arbres à fruit , les bois
taillis & de futaye furent également maltraités. Les
chanvres & le bled d'Inde furent hachés. Les maifons
farent découvertes , les tuiles mifes en pièces ,
de même que les lattes , feuilles ou planches minces
qui foutiennent les tuilles fur les charpentes. Les
maifons furent inondées , les meubles & les denrées
qu'elles renfermoient farent mouillés comme s'ils
avoient été dehors , les habitans ne favoient où ſe
mettre à couvert , & ne trouvèrent , après l'orage ,
ni linge , ni habits fecs pour changer. La grêle
qui fit ce dégât horrible, étoit d'une groffeur énorme
, on en vit de plus grofle que la tête d'un
enfant , on en pefa le lendemain qui fe trouvèrent
du poids de cinq livres & demie , on en retrouva
huit jours après dans un foflé plein d'eau groffe
comme des oeufs de poule. On n'a jamais rien
vu dans ce pays , ni oui dire de pareil à cette
grêle , qui a dévasté plus de 150 Paroifles dans les
Elections de Bazes , Agen & Sarlat . M. L'Intendant
de Bordeaux a envoyé , fur les lieux , des
Commiffaires pour vérifier ces dégâts ; il fe propofe
de folliciter , des bontés de Sa Majefté ,
foulagement extraordinaire pour les malheureux
habitans qui en ont été la victime.
Une lettre de Mandre-fur- Vair , contient
les détails fuivans de l'incendie qui a détruit
ce village.
Le 4 , vers les 11 heures du matin , pendant
qu'on étoit à la Melle , le feu prit avec vie(
138 )
lence dans ce village. De 107 maiſons qui le
compofoient , près de 100 ont été réduites en cendres
; l'Eglife ,de Presbytère & le fuperbe château
de M. Favancourt , Seigneur du lieu , tout a été la
proie des flammes. Les pertes ont été eftimées à
266,310 liv. , celle de l'Eglife 25,000 liv . Les autres
objets à la charge de la Communauté , font monter
la perte à 100 mille écus , fans compter le château &
fes dépendances. 18 Laboureurs aiſés ont perdu leurs
habitations & leurs récoltes. Plus de 70 manoeuvres
ont été privés de leurs maiſons & de leurs mobiliers :
enfin , pour comble de malheur , au rapport des
experts maçons , les murailles font calcinées de
manière à ne pouvoir fervir. La défolation de ces
pauvres habitans ne fauroit être plus grande. Les
cris d'un peuple au défeſpoir & les hideux aſpects de
ces mars noirs & croulans , portent dans l'ame une
impreffion déchirante . Si quelque chofe peut adoucir
l'effet de ce triſte tableau , c'eſt le récit de l'intérêt ,
& des fecours qu'on s'eft empreffé de porter à ces
malheureux incendiés . Madame la Ducheffe de Coffe
qui étoit encore aux Eaux de Contrexéville , lors
de ce fatal accident a donné des preuves touchantes
& vraiement fublimes de cette fenfibilité
active , caractère qu'elle a foutenu toute fa vie.
Malame la Ducheffe de Mailly , que fes vertus
diftinguent autant que fon rang & toutes les autres
perfonnes de marque qui font à Contrexéville , fe
font réunis à Madame de Coffé , pour former une
contribution dont le produit doit fuffire à l'enfemencement
des terres du village incendié . M. l'Intendant
de Lorraine , au bruit de ce défaftre , y elt
accouru , & a fait diftribuer des planches à ces malheureufes
victimes , pour fe barraquer pendant l'hiver.
Les perfonnes qui auront la charité d'envoyer quelques
fecours à ces malheureux incendiés , peuvent
les adrefler à M. François de Neufchâteau , Lieute
nant-Général & Subdélégué à Mirecourt , chargé
( 139 )
par M. l'Intendant de Lorraine , des détails relatifs à
ce funefte évènement.
I
Selon des lettres de Joigny en Champagne
, les vins qu'on y a recueillis cette année
font en grande abondance ; mais ils ont une
qualité dont les plus vieux Habitans n'avoient
point d'idée , & qui a été funeſte à
quelques Particuliers , qui n'ont pas pris les
précautions néceffaires pour entrer dans leurs
caves. La vapeur en a fuffoqué plufieurs ,
& l'un d'eux y a péri le 1 de ce mois , parce
qu'on n'a pu le retirer affez-tôt , & qu'il a
fallu pour cela crever la voûte de la cave ,
tant la vapeur méphitique avoit de force.
Son beau-frère qui l'avoit fuivi a été de
même fuffoqué au bas de l'efcalier , d'où il
a été plus aifé de le retirer. On leur a adminiftré
également les fecours indiqués ;
mais ils n'ont rappellé à la vie que le dernier.
Les Médecins de la ville , & M. Chamouin
, jeune Médecin des Hopitaux du
Roi , ont montré le plus grand zèle dans
cette occafion ; & les Officiers de Police
ont porté leurs foins à prévenir de pareils
malheurs , par les avis qu'ils ont fait répandre.
·
» Le 9 de ce mois , vers les 4 heures du matin
, M. Mechain , Aftronome Hydrographe du
dépôt général de la Marine , a découvert une
nouvelle Comère dans la conſtellation du Cancer ;
elle n'étoit point perceptible à la vue fimple ; fa
lumière très -foible , étoit encore diminuće par celle
de la lune. A heures 56 minutes tems vrai ,
Paſcenſion droite de la Comète étoit de 126 de(
140 )
grés 60 minutes : fa déclinaison boréale , 18 degrés
59 minutes ; l'afceufion droite a augmenté
du 9 au 10 , en 24 heures , de 12 minutes & demie
; la déclinaifon a auffi augmenté de 22 minutes
& demie . On a vu a Airas , pendant
le cours du mois dernier , quatre Auro es boréales
, le 4 , le 18 , le 23 & le 25. Les deux
premières ont été très- foibles ; la troisième étoit
remarquable , mais la quatrième l'eût emporté ſur
celle - ci par fon éclat , s'il avoit été poffible de
l'obferver. Le ciel , pendant la durée de ce phé,
nomène , a prelque toujours été couvert ; on ne
l'a apperçue qu'un inftant vers ies 11 heures du
foir. L'Etoile polaire , la petite Ourfe , & une
partie de la giande , étoient enveloppées d'une
lumière auffi vive que celle des charbons ardens .
Cette Aurore boréale a été précédée d'une pluie
abondante mélée de grêle , qui a duré 2 ou 3
heures «.
Michel Roland , Comte des Efcctais de
Chantilly , eft mort en fon Château des
Efcotais en Touraine , le 31 Août dernier ,
âgé de 73 ans.
Claude Henri Gafton , Marquis de Scepeaux
, Lieutenant Général des Armées du
Roi , Gouverneur du fort de l'Eſcarpe , eft
mort le 26 Septembre dernier , en fon Château
de Moulin -Vieux , Province du Maine ,
âgé de 69 ans .
Marie-Antoinette de la Rivoire de la Tourette
, veuve de Louis- Hercule Portales
Marquis de la Cheze , Lieutenant- Général
des Armées du Roi , eft morte à Grenoble
le 29 du mois dernier , âgée de 61 ans.
( 141 )
4
De BRUXELLES , le 16 Octobre.
LES lettres de Lisbonne portent que le
Comte d'Oeyras , fils du Marquis de Pombal
, & Chambellan du Roi , fe rendit à
la Cour le lendemain du jour où la Reine
avoit prononcé le Jugement que nous avons
rapporté , & eut l'honneur de baifer la
main de S. M. & de la remercier de la
clémence qui l'avoit portée à faire grace
de la vie à fon père qui fe trouve attaqué
d'une paralyfie qui fait déſeſpérer de fa
vie.
Le Capitaine d'un navire Portugais qui vient
de rentrer dans un de nos ports , écrit - on de
Lisbonne en date du 4 de ce mois , rapporte que
15 jours avant fon arrivée , il avoit rencontré
les navires de guerre Hollandois commandés par
le Contre-Amiral Comte de Bilandt & le Capitaine
Charmans , faifant cours pour Madere ; que
le lendemain il avoit auffi rencontré une ef
cadre Angloife forte de 6 vaiffeaux de ligne &
4 frégates , aux ordres de l'Amiral Digby , qui
avoit d'abord détaché z vaiffeaux de 74 canons
& 2 frégates , à la pourfuite des vaiffeaux Hollandois
«.
On n'étoit pas fans inquiétude en Hollande
fur le fort de ces vaiffeaux , lorſqu'on
a appris qu'ils étoient entrés dans le Tage
le 7 de ce mois. Au refte , felon ce rapport
, l'Amiral Digby , parti en Juiller pour
l'Amérique , où fon arrivée eft preffante ,
n'eft pas encore à fa deftination , puifque
le 17 ou le 18 Août il n'étoit pas encore
fort éloigné des parages d'Europe.
( 142 )
» Deux lettres de Curaçao , en date du pre
mier & du dernier Mai , écrit-on d'Amfterdam ,
nous donnent fur l'état de cette Ifle les nouvelles
les plus agréables . Le commerce à la vérité n'y
a pas la même activité qu'en tems de paix ; mais
tous les habitans font réfolus de ſe défendre jufqu'à
la dernière extrémité ; ils font diftribués en
milices ; les batteries ont été portées dans les endroits
les plus expofés . L'état des dépenses
pour l'équipement des 52 vaiffeaux , pour l'achèvement
de 24 & la conftruction des 8 qui ont été
perdus ou pris , & qui doivent être prêts en 1782,
a été envoyé le 21 du mois dernier aux Amirautés
refpectives . Il monte à 9,271,498 florins ,
dont la répartition fe fera de la manière fuivante :
L'Amirauté de la Meuſe , 2,055,235 ; celle d'Amfterdam
, 2,334,707 ; celle de Zélande , 1,470,7543
celle du quartier du Nord , 1,789,250 ; & celle
de Frife , 1,621,552 cc ,
Selon d'autres lettres , il. eft forti du
Vlie & du Texel , une flotte de 66 na
vires marchands , qui font tous neutres ;
cette flotte eft deftinée pour Konigsberg ,
Copenhague , Lubeck , Stettin , Stralfund ,
Pétersbourg , Riga , Stockolm , la mer Baltique
& autres ports du Nord .
2.
Le 24 Septembre , fur les 10 heures du foir ,
écrit- on de Fleffingue , après avoir entendu un
cri perçant & lugubre , on découvrit du vaiffeau
de guerre le Schiedam , un débris de navire flottant
, fur lequel étoit affis un homme qui fut
fauvé dans la chaloupe du vaiſſeau ; c'étoit un
Ruffe ; & autant qu'on a pu comprendre de fon
récit , il s'étoit trouvé à bord d'une frégate mar
chande de fa Nation , échouée la veille à 3 milles
de Fleffingue. Cette frégate commandée par le
Patron Andries Roonburg, venue d'Amſterdam &
( 143 )
destinée pour Barcelone , étoit chargée de grains ,
de poiffons , de fuif & de goudron . Le même
homme rapporte encore que l'équipage de la frégate
étoit compofé de 24 homines , dont 8 s'étoient
jettés à l'eau fur les débris du navire
mais qu'il ignoroit fi quelqu'un d'eux s'étoit fauvé.
On apprend que le Patron & trois matelots , accrochés
à quelques folives du navire naufragé
ont abordé le de ce mois à la côte , près de
Zoutelanden «.
* Les effets de la divifion fe font encore
fentir en Hollande ; les Ecrivains qui ont
épousé l'un ou l'autre parti , fuivant leurs
liaifons , leurs intérêts ou leurs principes ,
font paroître journellement des écrits . Quelques
uns ont attiré l'attention du Gouver
irement & donné lieu aux loix qui ont été
publiées dans diverfes Provinces contre les
libelles. Celle d'Utrecht , qui a donné le
premier exemple de cette févérité vient
de févir contre un écrit intitulé : Aan het
Volk van Nederland , au peuple des Pays-
Bas. Il faut qu'il foit bien vif & bien répréhenfible
, puifqu'en le prohibant , on
promet 1400 florins de récompenſe à celui
qui en fera connoître l'Auteur. Le placard
le profcrit comme contenant un grand
nombre d'imputations calomnieufes & méchantes
contre le Stadhouder , fes pères &
mères , & les Princes d'Orange Guillaume ,
Maurice , Frédéric Henri , Guillaume II &
Guillaume III , fes illuftres prédéceffeurs ;
tendant à renverfer la forme actuelle de
la Régence , & à introduire une Démo
cratie ou Régence du Peuple , & c . & c .
((144 )
PRÉCIS DES GAZETTES ANGLOISES , du 10 Octobre.
On ignore toujours où eft l'Amiral Darby ; un
Officier a bord du Sceptre écrit ainfi :
"
Il y a quinze jours que nous croifons pour cher
cher la grande efcadre , & conformémeut à nos inftructions
, nous avons parcouru le golfe de Gaſcogne;
delà , nous avons été preique jufqu'à Madère , & en
fuite nous fommes revenus par le Cap Clear fur la
côte d'Irlande , d'où nous avons gagné Plymouth où
nous fommes actuellement. Nos ordres portoient de
joindre l'Amiral Darby , mais nous n'avons jamais
pu le trouver , & nous n'avons pas même rencontré
un bâtiment qui en fût des nouvelles. Nous préfumons
qu'il eſt allé au fecours de Minorque «. --Beaucoup
de gens perfiftent à croire qu'auffi - tôt qu'on
a cu avis de l'arrivée des flottes que nous attendions
des ifles & de la Jamaïque , il a été envoyé des ordres
à l'Amiral Darby d'aller tout de fuite avec la
grande efcadre au fecours de Minorque , & d'ef
corter en même tems dans le golfe de Gascogne les
croifeurs qui font fortis dernièrement pour porter
des fecours à Gibraltar . On parle beaucoup de
fecourir Minorque , & le Public s'épuife en conjectures
à ce fujet. Les uns affurent que l'Amiral
Darby s'eft féparé de la grande efcadre pour cette
expédition. Selon d'autres, il eft plus probable qu'eile
a été confiée au Chevalier John - Roff, & c'eft pour
cette raison que l'Amiral Kempenfelt a été envoyé
pour avoir un commandement dans la grande eſcadre.
:
---
On ne fauroit fe former une idée de l'impatience
avec laquelle nos Miniftres attendent des ·
nouvelles peut- être en viendra- t- il qui acheve
ront de lever le voile épais qui les a jufqu'ici
empêché de voir leur folle & chimérique entreprife
".
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE..
web t
De CONSTANTINOPLE , le 25 Aoûúc.
18
MESSIEURS de Stachieff & de Bulgakow
n'ont pu obtenir avant les fêtes du
Ramazan , l'un fon audience de congé ;
l'autre fa première audience du Grand-Seigneur.
Ils n'y feront admis qu'après le Beiram
, & le premier fera en conféquence
forcé de fufpendre fon départ pour retourner
en Ruffie jufqu'au commencement d'Octobre
prochain.
L'intolérance des Grecs Schifmatiques
envers leurs compatriotes qui ont embraffé
le Rit latin , a donné lieu ces jours derniers
à une fcène très-grave par les fuites qu'elle
auroit pu avoir . Un Barattaire ou Protégé
Arménien du Comte de Saint-Prieft , étant
mort , fa famille demanda au Patriarche
Grec la permiffion de l'enterrer avec les
27 Octobre 1781.
( 146 )
formalités d'ufage. Malheureufement le Barattaire
avoit été l'un des principaux Chefs
Arméniens qui fe font réunis à 1 Eglife Latine
, & le Patriarche ne voulut pas confentir
à ſon inhumation ; il fallut s'adreffer à la
Porte ; le Reis Effendi auprès duquel l'Ambaffadeur
de France, appuya les inftances de
la famille du défunt , ne donna qu'un ordre
verbal ; & lorfque l'ordre n'eft pas par écrit
on ne le respecte pas toujours ici. Quelques
Boftangis arrêtèrent le convoi quoiqu'il fût
fous lefcorre de' 3 'Janiffaires & de Tchoa- 4
dars on Porte -chaifes de l'Ambaffadeur . On
voulut s'opposer à cette violence, il s'enfuivit
une rixe dans laquelle plufieurs domeftiques
furent maltraités. Sur les plaintes de M.
de Saint- Prieft , on a arrêté 7 Boftangis qui
ont dépofé qu'ils avoient reçu 2000 piafties
des Arméniens Schifmatiques pour troubler
le convoi ; la Porte a déclaté qu'elle
étoit prête à les pun
de mort & donner
toute la fatisfaction que l'on exigeroit. L'Ambaffadeur
a répondu qu'il ne défiroit point la
mort des 7 Boftangis mais qu'il verroit avec
plaifir punir leurs inftigateurs d'une manière
exemplaire parce qu'il n'y avoit ni fureté
ni tranquillité à eſpérer tant qu'on ne remonteroit
pas à la fource des défordres actuels.
1,200
Le Chevalier Agoftini , récemment arrivé dans
cette ville , écrit -on d'Alexandrie , a arboré fur la
maifon le pavillon Impérial , en qualité de Conful
des Cours de Vienne & de Florence , d'après une
( 147 )
convention paffée entre lui & le grand Douanier du
Caire , pour établir un commerce réglé entre l'Egypte
& les ports de Sienne & de Trieste . On croit que les
Négocians feront un nouvel effort pour remettre en
activité la Compagnie de Commerce établie il y a
quelques années au Caire , fous la direction du Comte
de Sternberg. Le momentt
actuel paroît du moins
tres favorable à de pareilles entreprifes «.
Subio me up squick 98 Just ob
RUSSIE.
De PETERSBOURG , le 14 Septembre.
LE Comte de Panin eft arrivé avant-hier
dans cette Capitale ; hier , il a été à Czarsko-
Zelo faire fa cour à S. M. I. Il ne paroît
pas qu'il reprenne immédiatement les fonctions
de fon ministère , puifque Mercredi
dernier , le Vice-Chancelier en annonçint
fon retour aux Miniftres étrangers , leur
déclara que les conférences continueroient
d'avoir lieu chez lui tous les Mardis.
On parle beaucoup d'un traité de commerce
entre cette Cour & celle de Lisbonne.
Le Vice Chancelier , le Comte de Woronzow
, Préfident du Collége de commerce ,
le Confeiller d'Etat Bakunin , & le Général
Major Besbarodkin , qui ont été nommés
Plénipotentiaires pour cet effet , ont de fréquentes
conférences avec le Miniftre de
Portugal.
DANEMAR CK.
(1
nommés
De COPENHAGUE , le 25 Septembre.
La Compagnie Afiatique fait équiper
& 2
7148 )
cinq vaiffeaux deſtinés pour la Chine , &
trois pour les Indes Orientales . On travaille
avec beaucoup d'activité au vaiffeau le
Mars , que le Roi a donné à la Compagnie
; il fera commandé par le Capitaine
With , & doit aller en Chine.
Vingt-fix bâtimens Anglois font partis
il y a quatre jours pour la mer du Nord ,
fans convoi.
On compte actuellement dans le Sund
quatre - vingts bâtimens marchands , au
nombre defquels il y en a quarante-fept
Anglois & une frégate de convoi , deftinés
pour la même mer.
POLOGNE.
De DANTZICK , le 25 Septembre.
ON affure que le Roi de Pologne ſe rendraà
Wyfzourci, en Lithuanie , pour y voir à
leur paffage le Grand- Duc & la Grande-
Ducheffe de Ruffie ; on dit même qu'une
partie des équipages de S. M, a déja pris
les devans.
La quantité prodigicufe de navires que
l'on conftruit ici , a excité quelque défiance
parmi les Officiers de la Douane Pruffienne
, qui foupçonnent que quelques - uns
peuvent être pour le compte des étrangers.
Les habitans de cette ville font en confé(
149 )
.
quence obligés dans le cas où un bâtiment
ne reviendroit pas pour le compte de
Dantzick , de donner caution pour acquitter
les mêmes droits de Douane que pour tous
les autres effets fabriqués.
Le grand bâtiment de 650 lafts conftruit
depuis peu ici de bois de ſapin , chargé de
bois de conftruction & deftiné felon les
uns pour Amfterdam , & felon d'autres
pour l'Irlande , doit paffer inceffamment la
Douane ; on eft fort curieux de favoir fur
quel pied ce navire fera taxé. Le commerce
languit & dépérit ici à l'exception de celui
de bois de conftruction qui eft des plus
floriffans , & dont on continue à faire de
grands envois en Angleterre.
ALLEMAGNE.
De VIENNE , le 2 Octobre.
Tous les préparatifs font faits dans les
appartemens deftinés à L. A. I. le Grand
Duc & la Grande-Ducheffe de Ruffie ; ils
porteront pendant leur voyage le nom de
Comte & de Comteffe du Nord.
Le jeune Prince Ferdinand de Wurtem
berg , frère de la Grande-Ducheffe de Ruffie ,
entre au fervice de l'Empereur avec rang
de Lieutenant-Colonel. S. M. I. a bien
voulu en fa faveur déroger à l'ufage de
n'admettre aucun Officier dans fes troupes,
g:3
( 150 )
quel que foit fon rang , qu'en qualité de
Lieutenant.
·
Le mauvais tems , écrit on de Prague , a décidé
l'Empereur à terminer les manoeuvres de
nos troupes quatre jours plutôt qu'il ne fe le propoſoit.
C'eſt le 25 que camp a Elevé. La veille
, S. M. I. étoit venue voir la vifle & le théâtre.
Le lendemain , elle revint pour vinter le nouveau
théâtre du Comte Noflitz , & le grand hopital de
la nouvelle ville . Elle coucha au Palais- Royal.
Le 26 , elle prit connoiffance des arrangemens
faits dans les divers départemens , & s'occupa l'après-
midi de l'adminiftration des hopitaux , dont
elle vifita les chambres les unes après les autres ,
elle paffa enfuite aux cafernes , & de- là à l'Opéra
Italien. Le 27 , elle a quitté cette ville pour fe
rendre à Théréfianople « .
On annonce pour le 15 du mois prochain
à Témefwar & dans cette capitale ,
la vente de 35 terres des domaines du
Bannat de Témefwar. On évalue la fomme
qu'elles doivent produire à près de S millions
de florins d'Empire.rei
Les chaleurs ont été fi grandes en Hongrie
, qu'on a été obligé de renvoyer à la
nuit les travaux qu'exigeoit la culture de
la terre , & qué les neiges des monts Krapak
, accumulées fur leur fommer depuis
des fiècles , fe font fondues .
De HAMBOURG , le 3 Octobre.
DANS ce moment où l'on ne reçoit aucunes
nouvelles des opérations militaires
( isi )
qui doivent avoir lieu dans les quatre par
ties du monde , on recommence à parler
de paix & du Congrès qui doit s'affembler
pour travailler à ce grand ouvrage , qui
paroît encore très-difficile dans l'inftant
actuel , mais qui pourra l'être moins felon
les nouvelles qu'on s'attend à recevoir de
l'Amérique Septentrionale. Vienne eſt toujours
le lieu défigné pour la tenue de ce
Congrès ; mais on n'entend point dire encore
que les Miniftres qui doivent s'y rendre
foient nommés.
Selon des lettres de Vienne , il a été
envoyé à l'Abbé de Ste Dorothée en Autriche
, une dépêche qui lui annonce que
l'Empereur fécularife fon Abbaye en lui
affignant 4000 florins de penſion par an ,
& donnant une penſion alimentaire à chacun
des Religieux qui la compofoient. On
dit que trois autres Abbayes auront dans
peu le même fort.
» Le plan de tolérance qui caractérife le Gouver
nement de S. M. I. , lit- on dans une de ces lettres
fe pourfuit avec beaucoup d'activité . Plufieurs de
fes domaines étant remplis de fujets de communions
Proteftantes , ou entourés d'Etats où ces communions
dominent , on fent combien la tolérance peut
y faire fleurir la population , le commerce & tous
les arts , qui contribuent à augmenter l'éclat & la
puiffance d'un Empire. Ce font les effets qu'on attend
de la réfolution finale qui vient , affure-t- on , d'être
prife d'accorder aux Proteftans le droit d'acheter des
biens fonds , & de conftruire des maifons où ils
8 4
( 152 )
pourront pratiquer les exercices de leur culte. Ces
maifons feront à - peu- près comme les Eglifes des
Catholiques en Hollande , c'eft- à-dire , fans tour ,
fans cloches , & fans porte qui donne fur la rue «<,
ITALIE.
De LIVOURNE , le 25 Septembre.
ON a reçu par le Levant la confirmation
de la vengeance terrible qu'Hyder- Aly à
priſe des Anglois qui avoient mis fa tête
à prix , en faifant couper le bras droit à
tous les prifonniers qu'il avoit de cette
nation . Si le Prince Indien s'eft vengé en
barbare , comme le difent les Anglois ,
ils en avoient donné l'exemple en fe conduifant
auparavant en barbares.
On mande de Naples que le Roi a envoyé
aux Curés de la terre d'Otrante , ordre
de publier gratis les bancs de mariage
, ainfi qu'en agiffent les Curés du Diocèfe
de Naples , d'adminiftrer également
gratis tous les Sacremens , & de ne prendre
généralement qu'un Carlin par chaque
acte d'atteftation .
Le 17 de ce mois , écrit- on de Gênes , la pinque
armée de la compagnie du Secours , eft entrée dans
ce port. Elle avoit à fa fuite une tartane Génoiſe
chargée de bled , qu'elle a repris fur une galiote
Tuniſienne qui s'en étoit emparée , & qu'elle a
combattue avec tant d'ardeur , qu'elle l'a coulée à
fond , en fauvant cependant l'équipage . Cet équipage
confifte en 29 Barbarefques qui ont été faits
prifonniers , & que la pinque a amenés ici les fers
aux pieds & aux mains .
( 153 )
-Ceux des corfaires Mahonois qui étoient
en courfe quand le Duc de Crillon a fait
fa defcente dans l'Ifle de Minorque , y rentrent
fucceffivement , afin de n'être point
déclarés rebelles au Roi d'Eſpagne , & même
pour prendre dés lettres de marque
de S. M. C. On affure que le Général Murray
n'a pas un feul Minorcain avec lui dans
le fort St- Philippe , parce que les habitans
de l'Ifle n'ont jamais voulu fe former en
milices , quoique depuis deux ans fur- tout
ce Général les y ait follicités. Le Roi d'Efpagne
pour le mieux concilier les efprits ,
les a exemptés pour dix ans ,
d'un gros
droit qu'ils payoient au Gouvernement
Britannique.
»Le 18 de ce mois , écrit- on de Rome , vers les
4 heures du matin , le tonnerre tomba fur une des
falles du Palais . Tout fut en alarmes , mais il n'y
eut aucun dommage. Le tonnerre paffa enfuite dans
unappartement du Cardinal Jean- Baptifte Rezzonico ,
Secrétaire des Mémoriaux . Le plancher en fut un
peu endommagé. Le Pape ne fut point réveillé par
le fracas ; & pour qu'on ne crût pas que cet accident
avoit pris fur fa fanté , il fe montra le lendemain
au peuple , en fe rendant à l'Eglife de Saint-
Euftache .
ESPAGNE.
De CADIX le 30 Septembre.
,
LE 23 de ce mois notre Armée eft rentrée
dans cette baie en affez bon état , quoiqu'elle
ait tenu une croifière de 63 jours.
Le 25 , 6 vaiffeaux de ligne , une frégate
& S
( 154 )
& une bélandre ont appareillé. La fortie de
ces vaiffeaux a caufé beaucoup de joie au
commerce , qui s'imagine qu'ils vont audevant
du convoi de la Havane , dont on
croit toujours le départ certain. On ne peut
cependant tirer à cet égard aucune lumière
de la frégate la Sainte- Lucie , dont l'approche
eft encore défendue avec la même inquiétude.
M. O-Reilly , notre Gouverneur ,
ayant cru devoir envoyer à fon bord un de
fes Adjudans , pour favoir fi elle n'auroit pas
quelque befoin , le Capitaine en feufervant
du porte voix , a ordonné à la chaloupe qui
portoit l'Adjudant de fe retirer. On préfume
que ce mystère n'a pour objet que de cacher
la nouvelle du départ de la flotte de la Havane
; on eut craint fi elle s'étoit répandue
trop tôt , qu'elle n'eût paffé trop promptement
en Portugal , d'où elle auroit été bientôt
fue à Londres , où l'on auroit pu prendre
le parti d'envoyer quelques vaiffeaux pour
l'intercepter.
On écrit d'Algéfiras qu'on ne donne
pas un moment de relâche à la garniſon de
Gibraltar. Les lignes de St Roch deviennent
de jour en jour plus redoutables. On a pouffé
les travaux bien au- delà de la batterie de
St- Charles ; & on a conſtruit d'autres ouvrages
, où l'on doit placer deux nouvelles batteries
de canons & de mortiers. Les ennemis
qui redoutent ces approches ont fait un
feu d'enfer pendant quelques jours ; mais
les travaux n'ont pas été interrompust , &
( 155 )
l'ouvrage a été achevé fans grande perte ,
quelques foldats ayant été légèrement bleffés
, & n'y ayant eu de tué qu'un fergent
des Gardes Wallones.
» Nous formes informés , écrit -on de Barcelone
, que le premier convoi parti d'ici pour Minorque
, a été retenu par les vents contraires , &
qu'il eft encore fur les côtes de Catalogne. Les
mêmes vents ont empêché le fecond de mettre à
la voile. Le Marquis de Crillon , arrivé aujourd'hui
( le 27 ), fe propofe de paffer à Mahon avec
le fecond convoi . Les Mahonois qui ont été faits
prifonniers , & qui ont déclaré avoir ( connoiffance
des parties du Fort Saint - Philippe qui font minées
, ont été renvoyés par ordre du Roi au
Duc de Crillon : & s'ils réuffiffent à faire éven-
?
ter les mines , il leurrfera donné une récompenfe
proportionnée à la grandeur du fervice . Le Général
a ajouté à la demande de 100 mille facs à
terre , une feconde demande de pareil nombre ,
& il paroît bien décidé que le fiége commencera
immédiatement après l'arrivée des fecours qui lui
font envoyés de toutes parts «.
ANGLETERRE.
De LONDRES , le 13 Octobre.
in th
Nous ne fommes pas plus inftruits aujourd'hui
que nous l'étions au commencement
,de ce mois de ce qui fe paffe dans
l'Amérique Septentrionale ; les paquebots
arrivés fucceffivement de Charles -Town
& de New-Yorck n'ont donné lieu à aucune
Gazette extraordinaire ; & la Gazette
ordinaire de la Cour eft muette fur tous
8 6
( 156 )
les évènemens que nous fommes fi inté
reffés à favoir. Ceux qui ont des liaiſons
fur le continent de l'Amérique , ſe plaignent
de la ftérilité des lettres qui leur
viennent de cette partie du monde. Ils en
concluent naturellement que les affaires y
font dans une pofition très-critique , & que
fur- tout dans les Provinces du Sud , la
campagne a été fort infructueufe. On n'a
plus de confiance aux Gazettes de New-...
Yorck qui peignoient notre fituation fous le
jour le plus avantageux ; on s'étonne de
Faudace avec laquelle elles ont affuré que
les Américains avoient établi une banque
qui n'avoit pu fe remplir faute d'argent ;
on ne peut fe diffimuler cependant qu'ils
n'en manquent pas ; & on demande où
refteroient donc les fommes qu'envoient
journellement la France & l'Angleterre , &
la valeur des prifes nombreufes qu'ils ne)
ceffent de faire. ,
Mobik isild
On dit qu'on a des dépêches du Chevalier
Clinton qui vont jufqu'au 20 Août ;
elles doivent contenir un récit détaillé des
opérations du Général Washington & du
Comte de Rochambeau ; & il fant qu'elles
ne nous foient pas favorables puifque l'on
n'a pas jugé à propos de nous en inftruire.
On fe contente de dire que ces deux Généraux
, après avoir paru devant la place
avec une armée nombreuſe , fe font retirés
à New Caftle , à 6 milles plus au nord du
côté des plaines Blanches ; on leur fuppofe
( 157 )
toujours le deffein d'attaquer New-York ;
mais il paroît qu'ils ne font que menacer
cette ville , & que leur grand projet eft
de favorifer les opérations dans le fud ,
où le Lord Cornwallis aura une rude attaque
à foutenir , & qui fera fecondée
peut- être par les forces navales des François.
On n'eft pas mieux inftruit de ce qu'a
fait ce Général dans la Virginie ; on prétend
que les dépêches qu'on en a reçues
vont jufqu'au 12 Août ; mais on n'en fait
pas davantage ; le Gouvernement n'a pas
même publié le compte que le Lord Cornwallis
avoit rendu de l'affaire du 6 Juillet
entre fon armée & les troupes de Penfylvanie
fous le Général Wayne. On peut
oppofer à la relation qui en a été publiée à
New-York , la fuivante tirée d'une lettre
du Marquis de la Fayette au Major Général
Gréen , datée d'Ambler's - Plantation
be 8 Juillet.
, » Le 4 de ce mois les ennemis évacuérent
Williamsburgg, où quelques magaſins tombèrent
entre nos mains ; ils fe retirèrent le long de la
rivière James , fous le canon de leurs vaiffeaux.
Le lendemain nous nous avançâmes à 9 milles du
camp Anglois. Le 6 je détachai un corps avancé
aux ordres du Général Wayne , pour reconnoître
la fituation de l'ennemi . Il attaqua vigoureufement
quelques uns de leurs piquets , & plufieurs de nos
chaffeurs donnèrent , en cette occafion , des preuves
de leur adreffe . Après m'être affuré le Lord
Cornwallis avoit renvoyé fes bagages & pris pofte
-
que
t
( 158 )
dans un camp ouvert protégé par ſes vaiffeaux ,
je joignis le détachement que je trouvai vivement
engagé avec l'ennemi. Le Major Galvan , dont la
conduite mérite toutes fortes d'éloges , avoit fait
placer en front une pièce de canon . L'armée Angloife
s'avança auffi- tôt fur un petit bois qu'occupoit le
Général Wayne ; fon corps compofé de Penfylva.
nicas , n'excédoit pas le nombre de 800 hommes ,
avec 3 pièces de canon , & malgré cette grande
difproportion , ils fe précipitèrent fur l'ennemi ,
dont les flancs s'étendoient beaucoup au - delà de
ceux du détachement ; il s'enfuivit une vive efcarmouche
, mais notre grande infériorité en nombre
d'hommes , me fit donner ordre au Général Wayné
de te retirer à un demi- mille du champ de bataille ,
dans un endroit où j'avois fait marcher en hâte l'in
fanterie légère , & où les deux troupes réunies
devoient le mettre en bataille. Nous rellâmes dans
cette pofition jufqu'à minuit , mais l'ennemi paffant
le lendemain la rivière , abandonna fon camp , qui
fut auffi tôt occupé par le Général Muhlenberg.
D'après les rapports qui nous parviennent , les
ennemis ont perdu confidérablement dans cette
action : le détachement du Général Wayne a beau
coup fouffert , fans cependant perdre un Officier.
On nous a tué beaucoup de chevaux , ce qui nous
mettoit dans l'impoffibilité de mouvoir notre ar
tillerie ; mais il eft affez glorieux pour le Général
Wayne & les troupes de fon détachement , d'avoir
attaqué avec une avant garde toute l'armée Bri
tannique au milieu de fon camp , & de l'avoir
obligée , par un feu bien foutenu , de précipiter
fa retraite au- delà de la rivière . Bleiles. Ca
pitaines , Lieutenans , 7 Sergens & 82 Soldats,
Tués . 4 Sergens , 24 Soldats . Egarés . 12 hommes.
5
S'il faut en croire quelques - uns de nos
papiers , divers avis de l'Amérique Septen
( 159 )
D
2
trionale annoncent qu'on a vu la flotte
de l'Amiral Hood à deux journées de New-
York , & celle de France à 4 , & on en conclut
qu'elles arriveront à peu de diſtance
l'une de l'autre. Mais il n'eft pas encore
bien décidé que M. de Graffe fe dirige de
cencôté. Om croit toujours qu'il va vers
le fud ; & il ne feroit pas étonnant que
l'armée Françoife de M. de Rochambeau ,
qui , après s'être éloignée de 20 milles de
New-York, s'eft encore retirée à 60 milles ,
ne prit auffi la route de la Virginie . Ce
motif de fon mouvement eft au moins
plus vraisemblable que celui que lui prête
la Gazette de New-Yorck ; elle dir qu'elle
n'a pris ce parti que pour empêcher les
défertions , & tout le monde fait qu'elles
font infiniment moins fréquentes chez nos
ennemis que chez les Anglois. Une lettre
de Philadelphie en date du 15 Août, confirme
nos conjectures fur la deftination de
Parmée & de l'efcadre Françoife.
.
"
2
L'efcadre du Comte de Graffe a paru à la hauteur
de la Caroline ; elle n'a point de bâtimens
de tranport mais les dont elle eft
troupes
chargée , au nombre de 4000 hommes , fans compter
celles de la marine, font à bord des vaiffeaux
de l'efcadre. D'après les dernières nouvelles du
Sud , les Anglois ont évacué Ninety- Six , après en
avoir détruit les ouvrages , & le font retirés à
Monks-Corner , à 26 milles de Charles - Town. On a
lieu de croire qu'ils feront bientôt obligés de fe
retirer dans cette capitale , pour chercher un abri
contre les forces Américaines qui les entourent.
( 160 )
Quelques-uns de nos détachemens font poftés entre
Mouks-Corner & Charles -Town ; mais ils ne font
pas allez nombreux pour empêcher la retraite de
l'ennemi. Nos affaires prennent de ce côté l'aspect
le plus fatisfaifant. Un corps de nos troupes n'eft
qu'à 3 milles de Charles-Town , & prefque tout le
pays s'eft foumis armes victorieufes du Général
Gréen . On ajoute
de
grande
partie
du
renfort
récemment arrivé à Charles-Town , eft morte de
fatigues , & de l'influence du climat fur des hommes
qui n'y étoient pas accoutumés.
-- Le Colonel Lée
a fait 800 prifonniers & un butin immenſe à Auguſta
dont il s'eft emparé ; George-Town a été évacué,
L'intrépide Paul-Jones , cet Armateur fi redou
table fur les côtes d'Angleterre , vient d'être remer
cié folemnellement par le Congrès , de la prudence &
du courage avec lefquels il a foutenu l'honneur du
pavillon Américain , dans fes différentes entrepriſes
pour la liberté des Etats- Unis ; cette réfolution eft
du Avril
14
Les mêmes lettres ajoutent que le territoire
de la Georgie & de la Caroline eft fi
bien nettoyé de troupes Angloifes , que les
Gouverneurs de ces deux Etats qui étoient
auprès du Congrès , font retournés prendre
poffeffion de leurs Gouvernemens refpectifs
. Tous ces détails ne manquent pas de
ramener l'attention fur le prochain départ
du Lord Dunmore , & fur la bonne- foi de
ceux qui croient qu'une Province eft foumife
parce qu'on y a détruit quelques maifons
; on donne pour devile au Lord Dunmore
: Vacua fe jacter in aula.
On n'a pas plus de nouvelles des ifles
que de l'Amérique Septentrionale . On dit
( 161 )
toujours que l'Amiral Rodney en reprendra
la route en Décembre prochain. Cependant
la Nation en doute. Ce n'eft pas , s'il faut
en croire quelques avis particuliers , que
cet Amiral n'ait befoin d'y retourner pour
fes intérêts. Lorfqu'il a fait la fameufe vente
des effets qu'il a pris à St -Euftache , il a admis
aux achats toutes les Nations ; plufieurs
maifons françoiſes de la Guadeloupe ont
acquis quantité d'articles dans cette occa→
fion ; il eft vrai que leurs noms n'ont point
paru , mais Rodney ne les ignoroit pas. Il a
pris le parti feulement de déclarer de contrebande
tout ce qui étoit provifions de
bouche & munitions de guerre ; & les Adjudicataires
ne pouvant les faire tranfporter
chez eux , font obligés de les vendre dans
St-Euſtache même. On raconte cette parti
cularité de cette grande vente . L'Amiral
exigeoit du comptant ; il falloit payer le prix
des effets adjugés avant les 24 heures ; fi ce
terme s'écouloit , le prix étoit augmenté dé
20 pour 100 ; s'il le prolongeoit juſqu'aux
36 heures , il l'étoit de 40. On prétend que
l'Amiral a enterré à Ste-Lucie plufieurs caiffes
d'argent qu'il n'a pu emporter avec lui ,
ou qu'il n'a pas voulu rifquer ; & dans
ce cas il n'eft pas étonnant qu'il défire
fon retour dans des parages cù il a laiffé
une grande partie de fa fortune.
"
Le Cerberus & le Québec , de 32 canons ,
le Gréen , vaiffeau munitionnaire armé , &
d'autres tranſports , qui depuis fix femaines
( 162 )
,
attendoient que les cfcadres combinées rentrâffent
dans leurs ports ont appareillé
le 28 Septembre pour Québec , comme la
faifon eft avancée , ils fe propofent de paffer
l'hiver à Halifax.
tinés
» Nous fommes arrivés ici , lit-on dans une lettre
à bord du Dedalus , de Saint-Jean dans l'lfle
de Terre-Neuve , le 23 Juillet , après une traverfée
ennuyeufe. Un grand nombre de bâtimens def
pour cette place & pour Québec , ont perdu
leur convoi ; beaucoup de ceux pour Terre-Neuve
ont été pris ; nous fommes fûrs de dix. Nous
avons pris en route un joli vaiffeau Américain
de 18 canons , appellé le Royal-Louis , & deux
corfaires , dont l'un de 16 & l'autre de 26.
Toute certe côte fourmille de cette vermine. On
dit qu'il y en a plus de 20 qui attendent la flotte
de Québec pour l'intercepter . Notre petite efcadre
eft compofée du Dedalus , de 31 ; de l'Oiseau &
de la Vénus de 18 ; de la Bruně , de 21 ; du
Fairy , de 16 ; du Cygne & de la Ducheffe de
Cumberland , de 14 ".
On ignore toujours où eft l'Amiral Darby;
on ne croit guère à l'opinion de ceux qui
l'envoyent a Gibraltar ou à Mahon ; on penfe
généralement qu'il croife pour favorifer la
rentrée de nos flottes .
» Il femble , dit à cette occafion un de nos papiers
, que la fortune fe plaife à protéger les fau
tes & les négligences même du Chef de l'Amirauté.
La florte des Ifles devoit partir en Juillet , Rodney
trop foible pour lui former un convoi , la retint
jufqu'au premier Août , & c'est ce retard qui
l'a fauvée de l'armée combinée. Auffi le parti de
l'Oppofition affure- t- il que les Miniftres , pour
marquer à la Providence toute leur reconnoillan.
ce, ont fixé un jour d'actions de graces qui doi
( 163 )
•
vent commencer par ces mots remplis également
d'humilité & de vérité : Non nobis , Domine , non
nobis ; ce n'eft point nous , ce n'eft point nous
Seigneur , qui avons protégé les biens de nos
Compatriotes ; c'est aux vents & au hafard qu'ils
doivent tout cc.
Le Commodore Keith Stewart croife
dit-on , toujours devant le Texel ; il attend
lesHollandois à leur fortie ; mais il
paroît que ceux- ci inftruits de fa croifière
refteront dans leur port. Le Commodore
efpère du moins enlever la grande flotte que
les Négocians de la République attendent
des ifles ; mais il eft douteux auffi qu'elle ne
foit pas prévenue & qu'elle ne change pas
de route.
On raconte l'anecdote fuivante fur l'Amiral
Parker , & on dit qu'elle a donné lieu à
la promotion du Commodore Stewart à
fon commandement. Avant le combat de
Doggers-Bank , l'Amiral avoit demandé un
brûlot , & fa demande peut - être mal entendue
ne fut point exécutée. Lorfque le
Roi vint à fon bord après le combat , pour
lui marquer fa reconnoiffance , l'Amiral ne
manqua pas de lui dire qu'avec un feul
brûlor , il auroit fait fauter 4 vaiffeaux Hol
landois. S. M. ne put déguifer fa furpriſe,
L'Amiral demanda des forces fupérieures ;
& quelques jours après , il apprit que le
renfort étoit accordé , mais que le Commodore
Keith Stewart étoit nommé à fa
place.
On lit dans un de nos papiers cette autre
( 164 )
anecdote fur la croifière pénible de cet
Amiral.
» L'Amiral Parker étant forti des Dunes avec fon
efcadre pour aller croifer dans la mer d'Ecoffe
une jeune femme , dont le Prétendu étoit à bord
d'un des vaiffeaux de l'efcadre , étant déguisée en
matelot , monta à bord du vaiffeau de fon amant.
Elle ne fut découverte qu'à la rade de Leith ; le
Capitaine lui offrit avec beaucoup d'honnêteté de
la defcendre à terre , difant qu'il feroit trop inhumain
de l'expofer à la merci des vents dans un endroit
auffi éloigné de fon pays. Cette Héroïne , ainfi
que neaf autres femmes qui étoient fur l'efcadre ,
refusèrent cette propoſition , & affiftèrent au combat
naval avec l'efcadre Hollandoife. Elles furent
d'une grande utilité par les fervices qu'elles rendirent
aux bleffés dans l'entrepont du Chirurgien «.
On attend avec impatience la rentrée du
Parlement . Les uns la difent fixée au 18 Novembre
, les autres au 28 ; ce terme paroît
encore bien éloigné , il furprend ceux qui
croient que le befoin que le Lord North a
d'argent devoit le rapprocher ; mais en raffemblant
le Parlement pour lui en demander
, il faut avoir quelques bonnes nouvelles
à lui annoncer. Il eft de fait que nous
n'en avons aucune ; il eft même à craindre
que celles que l'on attend ne foient pas de
nature à confoler la nation ; mais en ce cas
on fe flatte qu'elles pourront fervir à accé
lérer la paix , & que le Parlement la demandera
avec cette énergie fi connue autrefois
de la nation Angloife. On dit que le
Miniſtère commence à s'ennuyer de la guerre
, & qu'il travaille fecrètement à la faire
1165 )
finir. Les Puiffances du Nord feront, à ce que
l'on affure , médiatrices de la paix avec la
Hollande , & l'on ajoute que le Roi pour
faciliter celle avec la Maifon de Bourbon ,
s'eft enfin décidé à reconnoître l'indépendance
de l'Amérique feptentrionale , pourvu
que l'Efpagne reconnoiffe auffi celle des colonies
méridionales. Il n'eft pas vraiſemblable
qu'on propofe une pareille condition.
L'Amérique méridionale eft foumife , elle
ne fe plaint point de fon Gouvernement
actuel , elle n'a point fecoué le joug , elle
ne s'eft point déclarée indépendante ; & elle
eft en conféquence dans un cas bien différent.
Un des Membres les plus diftingués du
Corps Légiflatif, fe prépare , dit- on , à propofer
dans le prochain Parlement la callation
de plufieurs loix pénales contre les Catholiques
Romains . Elles font telles , dit un
de nos papiers , qu'un homme de cette religion
ayant un cheval de so à 100 guinées
feroit contraint de le donner pour cinq au
premier Turc , Juif ou Athée qui le lui demanderoit.
La conduite loyale & zélée qu'ils
ont fait éclater dans les circonftances préfentes
, exige l'abolition de ces loix barbares
& abfurdes, Les Irlandois dont la plus grande
partie font de cette religion ſe font fignalés
par leur courage patriotique.
A l'arrivée de M. John Irvine à Corke , pour
y prendre le commandement des troupes à la dernière
rumeur , il y trouva le crédit tellement baiffé ,
( 166 )
ACL 1F
qu'il avoit beau s'adreffer aux premiers Banquiers
pour avoir la fomme de 600 liv . fterl . , perfonne
ne pouvoit la lui avancer. La caiffe , qui étoit entre
les mains des Collecteurs , étoit entièrement épuifée,
Dans ces circonftances , n'ayant d'autres reffources
que de s'adreffer au Tréfor à Dublin , M.
Gold , Négociant Catholique Romain , fut informé
de l'embarras & de la pofition défagréable où fe
trouvoit ce Commandant , n'ignorant pas les fàcheufes
fuites que pourroit entraîner le manque d'argent
, il lui offrit fur- le- champ non - feulement la
fomme demandée , mais il lui apporta encore le
lendemain une fomme de sooo liv. fterling , en
informant ce Général , qu'en lluuii ddoonnnnant avis quelques
jours avant, it lui procurera 100,000 liyv. feterl.
Le Général informa auffi ôt le Gouvernement
procédé généreux & vraiment patriotique de M.
Gold. On envoya fur - le - champ un Exprès à ce
digne Citoyen , pour lui faire , de la part du Miniftère
, des remerciments , d'avoir dans
d'alarme & de danger prouvé que la différence de
Religion ne lui a pas fait oublier qu'il étoit Ir.
landois .
sun
du
moment
» On lit dans une lettre de Dublin du 26 .
Septembre dernier , un fait affez plaifant qui
montre quelles inquiétudes les corfaires
François répandent fur les côtes , & combien
on y eft fujer à des frayeurs paniques,
Un Ingénieur-Géographe , étant chargé par les
Commiflaires des Barrières d'aller mefurer & lever
le plan d'un terrain , fitué près de Drogheda , il fut
remarqué au moment qu'il faifoit feess obfervations
fur la montagne de Dublin , d'où l'on domine fur
toute la Ville. Le bruit couroit alors que quelques
corfaires vouloient tenter une defcente , ce Géographe
ayant un air étranger , les habitans le prirent
pour un Ingénieur François occupé à tracer une batte,
tie. L'alarme le répandit à Drogheda , les Volontaires
crièrent aux armes , & le pauvre Géographe , au
( 167 )
bout de quelques minutes , fe trouva environné
d'une petite armée. Il eut beau , pour prouver fon
innocence , leur faire les plus grandes proteftations ,
on l'amena à Drogheda , comme prifonnier , & on
l'y retine pendant plufieurs jours , jufqu'à ce qu'on
eût eu le tems de recevoir des répontes de Dublin
qui atteftoient fon innocence «.
L'avis fuivant inféré dans la plupart de
nos papiers peut donner aux étrangers une
idée de la manière dont la police fe fait
dans cette capitale , & combien nous aurions
befoin de la mettre fur le pied cù elle
eft à Paris.
Attendu que la nuit paffée ( celle du 26 au 27
Septembre ) une vingtaine de jeunes gens ont ,
avec barbarie , jeté par terre , & infulté avec indécence
toutes les femmes qu'ils ont rencontré dans
le King- Street , Covent Garden , Catherin- Street ,
& Holliwel Street , où ils ont mis fin à leurs plai
firs inhumains , à la vue de cinq Meffieurs courageux
qui les ont mis en fuite , fans avoir pu le faifir
d'aucun d'eux ; on prie ceux qui , dans cette
troupe , n'étoient que fpectateurs , de ne plus fe
trouver en cette infâme Compagnie , s'ils ne veulent
s'expofer aux punitions févères que méritent
les ennemis du beau fexe. On préfume que les fcélérats
en queftion font de jeunes Chirurgiens qui
revenoient d'une leçon.
FRANCE.
De VERSAILLES , le 23 Octobre.
LE II de ce mois le Baron de Breteuil
Ambaffadeur extraordinaire à la Cour de
Vienne , qui étoit de retour par congé , eur
l'honneur d'être préfenté à S. M. par le
Miniftre des Affaires étrangères , & de prendre
congé pour retourner à fa deftination ,
( 168 )
Le 14 S. M. a nommé à l'Evêché de
Saintes , l'Abbé de la Rochefoucault , ancien
Agent général du Clergé de France.
£
Le même jour LL. MM. & la Famille
Royale fignèrent le contrat de mariage du
Baron de Corberon , Metre-de- Camp de
Dragons , Miniftre Plénipotentiaire du Roi
près le Duc des Deux- Ponts , avec Made
moiſelle de Behmersma , tron ก
-
1
"
1
Hier la Reine qui avoit commencé à reffentir
quelques ddoouulleeuurrss vers les 9 heures du
matin , eft accouchée très-heureufement ,
une heure 23 minutes , & arempli les voeux
& l'attente de la Nation en lui donnant un!
Dauphin qui a été baptifé le même jour à ¹z
heures. La fanté de la Reine eft auffi bonne
que fon état le ppeetrinier.
sheliums of 3151 51 2 sgnomt£2 ab , zonsoline2
DeviPART§§le- 23 Octobregist
bjoibed & sol , idegbЯ & slimut simang alag
Nous avons des lettres du Camp de Phiso
lipsbourg , dans l'Amérique Septentrionale ?
en date dusi 6 Août. Elles nous offrent fem
2)
journal des opérations de l'Armée Françoife
i
le 1 Juin juſqu'à cette époque,
de s
On ne fera pas fâché de le trouver ici s'il
te depuis le 1 Juin juſqu'à cette
répète quelquefois ce que l'on a vu dans la
lettre que nous avons inférée dans le Jourdsh
nal du 6 de ce mois , il donne plus de dé
tails , qui méritent d'être connus.
>
2eq jwa'ni now
» L'infanterie de Lauzun qui étoit reftée à Newport
eft partie le 4 Juin pour Providence ; la brigade
de Bourbonnois sy rendit le 10 , & celle de
Soiffonnois le 11. Elle y fejourna jufqu'au 18. L'infanterie
de Lauzun en étoit partie le 14 pour joindre
( 169 )
οι
dre les Huffards du même Corps à Libanon ,
ils avoient pallé l'hiver. L'asmée marcha fur quatre
divifions . Le régiment de Bourbonnois , avec un
quart de l'artillerie , partit le 18 de Providence
& alla camper le même jour à Waters- mans-
Tavern , le 19 a Piainfield , le 20 à Windham , qui
eft un charmant endroit , le 21 à Bolton , & le
22 a Hartford , où on féjourna le 23 & le 24.
Cette Ville eft bâtie parallèlement à la rivière qui
porte fon nom ; l'armée étoit campée a Eaft-
Hartfort ; Saintonge y arriva le 25 , & on en partit
ce jour - la pour Farmington ; le 26 , on fut à
Baron's Tavern , le 27 a Breack Neck , ie 28 a Newtown
, où nous devions fejourner les 29 , 30 & 31
Juip & premier Juillet , pour y réunir toute l'armée .
Le projet d'une expédition nous ôta ce féjour , &
l'armée marcha fur deux divifions . Les régimens
de Bourbonnois & de Royal Deux- Ponts , & moitié
de l'artillerie formèrent la première ; ceux de
Soiffonnois , de Saintonge & le rette de l'artillerie ,
formèrent la feconde La première divifion campa
le premier Juillet à Redgeburg , le 2 à Bedford
où la légion de Lauzun , qui avoit couvert notre
gauche , arriva en même tems que nous. Au moment
où l'on croyoit qu'elle aloit camper , elle
fe remit en marche , & continua toute la nuit &
la journée du lendemain. Jamais on ne vit plus
d'ardeur dans les troupes. L'infanterie marcha auffi
vite que la cavalerie , & fit 66 milles fans s'arrê
ter & prefque fans manger ; les foldats s'étant
débarraffé de leur pain pour aller plus vite , il
n'y eut pas un traîneur : malheureuſement l'expédition
n'eut pas de fuite , les ennemis n'ayant pu être
furpris. Le 3 Juillet , nous campames à North-
Caltle. Cette journée ne fut que de 5 milles ,, &
la feconde divifion nous y joignit. Auffi-tôt qu'elle
fut arrivée , l'ordre fut donné d'être prêt à marcher.
Le régiment de Saintonge & l'artillerie at-
27 Octobre 1781.
300
A
h
( 170 )
1
tachée à la feconde divifion ; n'eurent point de féjour
depuis Hartford , & firent une marche forcée le
2 & le 32 L'exécution de cet ordre tenoit au
fuccès de l'expédition que les Américains avoient
projetcée fur les Laceys aux environs de Kings
bridge a Cheſter & New Roch Belgaum attendity
on avec impatience une lettre de M. de Lauzun .
Elle arriva le 4 au foirmais elle nous apprit
qu'une patrouille ennemie en ayant rencontré aine
des Americains avoit échangé avee elle quelques
coups de fofil 30& que ce bruit ayant prévenu les
Anglois de leur arrivée oils étoient fortis de
Kingsbridge avec des forces fupérieures . Le Géné
ral Lincoln , quibcommnae doit bles Américains ,
enleva un pofte avance compofé d'un Lieutenant
& des hommes & dans un engagement affez
chaudqisilperdir die ou douze hemmes : les Anglois
en perdirent beaucoup plus , & entr'autres un
Capitaine Hellois , qui mourut le lendemain de
fes bleffures. M. de Lauzun ne put arriver qu'à
la fin de l'engagement & dans le menient ed
Lincoln fe relitoit ; il fit de très belles manoeuvres
pour empêcher qu'on ne le coupât , réuffit parfai
tement & vint camper à White-plains Ley ,
le Général Washington vint voir l'armée Françoife
à NordCaſtle , dina chez le Chevalier de Chatellux
, & partit pour rejoindre fon camp , après
avoir fait le tour du nôtre. Le 6 notre armée
partit de Nort - Caſtle , pour venir camper ici .
La gauche de notre camp eft appuyée à Brunk-
River , & notre droire du côté des Américains. La
légion de Lauzun'eft campéeà ( White-plains 24
milles de noirs . — Le pays que nous avons couru
eſt très montueux ; nous croyions que nous allions
trouver ici une furface unie & telle que le nom
Fannonce ; mais tout eſt montagnes & vallées . Ce
pays , qui étoit en 1766 le théâtre de la guerre ,
& qui le trouve encore aujourd huí livré aux in(
171 )
ว V
curfions des deux partis , eft tout- à - fait ruiné , la
dévaſtation y eft générale ; on ne rencontre plus
que trois ou quatre maiſons à White-plains , &
une douzaine à Philisbourg , elles font à une demi-
lieue les unes des autres , & dans le plus mauvais
état poffible ; ce font les logemens de nos Généraux,
L'intérieur nous offre le ipectacle de la plus
grande mifere , fuite malheureufe des guerres civiles
. Le 1s Juillet , 2 fiégates Angloifes ,
floops , une galère & deux chaloupes armées , remontèrent
la rivière du Nord , dans l'intention de
détruire un établiſſement de fours que nous avons
fait à Tarry, Town , dont nous fommes éloignés
de fept milles. A dix heures & demie , ils tirerent
fur des bateaux qui étoient dans l'anfe les uns
étoient chargés de farine pour nous , les autres de
quelques pièces de canons pour les Américains. Un
fergent & douze hommes de Soiffonnois qui étoient
de garde aux fours , entrèrent dans l'eau à mis
corps & par un feu foutenu , défendirent les
bareaux contre les chaloupes armées , éteignirent
le feu qu'elles y avoient , mis ; une légion Améti
caine qui étoit campée près de là , s'y tranſporta
pour empêcher la defcente nous y envoyames
deux pièces de 112 & 2 sobuſiers ; le lit de la ri
vière eft affez large pour que de petites frégates
puiffent pafler hors de la portée du canon . La ga
lère remonta la rivière un peu plus haut que Tarry-
Town , & prit un bateau chargé de 10,000 ratious
de pain & des habits de la légion Américaine ,
commandée par le Colonel, Shellen ; on fit def
cendre le lendemain nos pièces de canon , & les
Américains y ajoutèrent une pièce de 18 & deux
de 12 alors les frégates ennemies fe firent touer
par leurs chaloupes , pour le mettre hors de la
portée de notre canon. Le 17 , les frégates redefcendirent
à New- Yorck , un obafier mit le feu à
l'une d'elles il ne tarda pas à être éteint , mais la
发膏
h 2
( 172
29169911 200 96
2918
peur fit jetter 20 à 25 hommes à la mer ; deux
abordèrent à Dobbs -Ferry , & les autres au rivage
oppofé . Les deux piifonniers ddiirent que la fregate
avoit eu un homme tue & quelques bleffes.
bataillon de Grenadier de Bour- la
ID 192.21011
Le 21 Juillet à la retraite
bonnois , le & de Chal
feurs de cette brigade , un bataillon de celle de
SB 51 209001750 291106,
Soiffonnois & les Volontaires étrangers de Lauzun
011 29 791061 100 99 9 1910
avec fix
pièces
de
quatre
, deux
de
12
&
deux
obufiers
, fe
mirent
en
marche
pour
pre
TAS
Pour
protéger
la
reconnoillance
que
le
Général
Washington
&
M.
de
Rochambeau
vouloient
faire
des
forts
Tryon
,
Clinton
, Washington
, &c. une
grande
partie
de
l'armée
Américaine
a marché
auffi
; la
reconnoif-
55
fance, s'eft faite de la maniere la
Pod
101
5b
étendue & avec tout le fuccès poffible elle
jufqu'au bord du Sound ; on a fait quelques prifonpiers
Le Comte de Vauban & le Comte de Damas,
Aides-de-Camp de M. de Rochambeau , ont fait
спадна le leur. Celui du Comte de Damas a failli
à lui coûter cher , fon cheval ayant eu la jambe ayant eu la jambe
caflée , il l'a défellé , débridé devant la batterie
ennemie , a chargé lui- même la felle fur un cheval
de Huffard , eft monté en croupe derrière lui ,
eft venu rejoindre les Généraux . M. Bertier a tué
fon prifonnier , qui après s'être rendu à lui , Tufa
lâché un coup de piftolet.
&
Trois frégates
Romulus , la Gentille & l'Ariel ayant a bord
es troupes de terre & de
des
le Baron d'Angeli , tentèrent
commandées par
10 une expedition
ISUSMA 216105
dans le Sound ; ils débarquerent les troupes dans
2100 21011 2100 2119
la baie de Huntingdon , & fe mirent en marche pour
elles rencontrerent un
brûler des
magas ,
patiffades & d'un large föffé.
fort environne de trois
wind Soft 2052 Safion & 9115
Les
ennemis
tirerent
Helt feroit
imprudent de
tirèrent
à mitrailles
, & M. d'Angeli
croyant
que fans canons
troupes
refter plus long-tems , fit
embarquer les soldats
& fe retira, Un Américain & un de nos
( 173 )
moururent de leurs bleffures.
91fb.
-
L'Aftrée & deux
de nos frégates étant le 21 Juillet S. E. & N. O..
du Cap nord de l'Ifle Royale , curent connoiffance
de vingt voiles qui doubloient l'Ile de Statari
trois , s'en détacher
les reconnoître.
M. de la Peyroute , commandant Free , ' après
les avoir approché , fe mit en devoir de les challer.
Deux autres bâtimens le détachérent du convoi
tinrent le vent pour rallier les trois autres for
SI
pour
6450696 19906119 2518300
-00391 & 1209101 UPC
295 7
de
20
918
"
" &
merent ainfi leur ligne . L'Allégeance , de 2 2 canous
de 9 ; le Vernon , de 24 ; le Charles - Town de
26 de99 &21d10e1 6 ; le
de 14 de 9 & de 6 de 4. Le combat s'engagea
& jeYacht
a fix heures & demie. L'Aftree s'attacha aur Charles- heures &
Town ; Hermione l'engagea à
BURN EXTERIOR elle tom- 1106
ba fur le travers de l'Aftree , qui lui ayant tafe
fon grand mât de hune , la força d'amener ; le
qui fe trouvoit par le travers de l'Her
Brute
les trois autres tinrent le
vent ;un fixième de 18 canons n'a pas voulu pren-
Yacht
bimo
qui
mione , amena
P
36
1262
dre part au combat. L'Aftrée a cu trois hommes
tués & bleflés ; l'Hermione en a perdu autant
a eu douze bleffés. Du nombre de ces derniers , eft
M. Goury , Officier Auxiliaire , blené grièvement
a la cuiffe. Le pilote qui commandoit le Yacht ,
a dépolé en arrivant aà Bolton que nos fregates
s'étoient emparé de trois autres bâtimens matchands
l'un venant de la Barbade , le fecond de New- Yorck,
& l'autre de Le 21 Juillet
Frégates rencontrèrent la Biche , fregate Angloife ,
ain qu'un corfaire Américain , que celui-ci
160259basmmo
2060
ebec.
29106
15904
deux
avoit
qui
is depuis trois 10
310oranguk
ce dernier
& Hermione tira une volée fur la Biched qu
n'a du fon falut qu'a l'approche des terres ou elle qu'une
baie a
étoit ; elle a donné
РІБП
30313711220001900
buvelle
T'entrée de la
nuit , & comme il faifoit un tems épouvantable
,
nos frégates ne purent la poursuivre. Le Corfaite
Américain
eft arrivé a Bofton.
34819Juillet ,
IMA U 11131 31
h3
f 174
la frégate la Concorde eft arrivée à Newport ; elle
a annoncé l'arrivée très -prochaine de M. de Graffe,
qu'elle a quitté le 28 Juin à Saint- Domingue. Depuis
ce tenis , il y a grande corteft ondance avec,
M. de Barras , grande conférence avec Washingzou.
Ce que je puis aflirter, c'est qu'il règne la plus
entre nos
& de mer,
&
Ce
des
fêtes nouvelles
. Les Anglois
ont évacué
le fort
de Ninety
Six dans la Caroline
Les Américams
ont pris Augufta
la garoifouffez
confidérable
,
eft fortie avec tous les honneurs
de la guerre. —
Les 12 ou 3 CO hommes
pris par les
les Efpagnols
à Penſacola
, & qui fe font engagé a ne plus porter
les armes
contre l'Amérique
, ont été envoyés
à
New-Yorck
d'ou on affare qu'ils font partis
pour le Canada.A
290 tmmo150
do
Heya
plufieurs
jours
qu'un
Courier
extraordinaire
venu de Madrid
nous avoit
appris
qu'il étoit entré à la Corogne
zune
frégate
Françoife
dont le Commandant
avoit pris la pofte pour febrendresicis
Cet
Officier
arrivale
Viades
ce mois
c'eſt M.
de Capellis
Commandant
Ariel , frégate
que Paul-Jones
avoit conduit
en Amérique
,
& qui ne pouvant
fervir
au Congrès
, alété
cédée
à M. de Barras. Mi de Capellis
vient
de Rhodés
-Ifind
, d'où il appareilla
le 25
Aoûr avec Vefcadre
de M. de Barras
compofée
de 8 vaiffeaux
de digne & deg. Hûtes ,
portant
une quantité
immenfe
de provifions
& de munitions
de guerre
avec du gros
canon
& 8co hommes
. On un'a laiffé
à
Rhode
Island
que les milices
néceffaires
à
la défenfe
de l'ifle , & le port est défenda
grande patront
tous
les jours
( 175 )
13
par un nouveau fort , par le Fantafque , de
74 canons , & une flûte qu'on a armée. M.
de Barras va dans la Baie de Cheſapeak fe
réunir à M. de Graffe. Comme il veut éviter
les flottes Angloifes , il ne prolongera pas
la côte , en forte que fa traverfée fera longue
& qu'il ne compte entrer dans la Chelapeak
que le 20 ou le 25 Septembre. M. de
Capellis préfume qu'il aura eu un fort beau
tems , le vent ayant été conftamment nord ,
pendant le tems qu'il a navigué avec lui ,
& ne paroillant pás devoir changer . se
2
91797.91. 2914 011 2011
Le plan de nos Généraux paroît être de
détruire l'armée du Lord Cornwallis & de .
chaffer entièrement les Anglois des Provinces
du Sud avant l'hiver . En conféquence
cette expédition doit être appuyée de toutes
les sforces de M. de Rochambeau ; & fon
3narmée qui le 16 Août étoit aux Plainesblanches
, andû fe mettre en mouvement
Mef24 pour entrer en Virginie , où elle arrivera
à peu près dans le même tems que
Befcadre ,nayant au moins pour un mois
de marche. Le Lord Cornwallis inftruit fans
indoute de ce projet s'étoit rapproché de Portsmouth
où il felfortifioit . Son camp ouvert
-du côté de la mer , préfentoit déja du côté
¿ de la terre un front allez redoutable . 5ooo
ethommes le défendent ; mais comme il fera
advivement attaqué , & que le Général n'a
nul fecours à attendre de la mer , il y a
apparence qu'il y fera forcé .
Les Américains préparent des chaloupes
h 4-
( 176 )
2
niglish
& autres bâtimens armés qui ferviront à
la flotte de M. de Graffe pour approcher
de la côte , & de tranſport aux troupes de
M. de la Fayette qui doivent defcendre la
rivière James. Ce Général a 4000 hommes
d'excellentes troupes continentales fans
compter les milices qu'on y goignets da
5ooou qu'amène M. de Graffe , & 4000 de
l'armée de M. de Rochambeau , & qu'on
juge ſi la fituation du Lord Cornwallis eft
critique. Pendant ce tems-là le Général Washington
tiendra tête au Général Clinton
Celui-ci ne peut envoyer par terre aucun
renfort danslev Sad & coinme nous fome
maîtres de la el ne les rifquera
pas fur cet élément. Ainfi tout nous pro
mes
met les
fin de
97:
2
ICO UD
SUR STEP VI
Et
ages
les p
So
décififs décififs pour la
de cette campagne
sb xus.hiny xust
Un bâtiment Américain , arrivé à Cadix le z4
du mois dernier , lit on, dans une lettres de nos
ports , y a apporté des lettres de Philadelphiey ens
date du 6 Août. Elles difent que le Lord Cornwallis
ne pouvant le foutenir en Virginie , alloit s'em-
New -Yorck ,
barquerpour conduire
for real
s'em
tandis que la cavalerie ,fous les ordres de Tarleton
avoit ordre d'aller couvrir Charles - Town. M. de
la Fayette l'avoit tellement harraffé pendant toutes
les marches forcées qu'il avoit été obligé de faire
que fa armée étoit fort diminuée en arrivant
petite
a incurfion plus de 3000
hommes au Général Anglois de ce nombre
près de 2000 ont été faits prifonniers par les Américains
. Ombe fouhaitoit , à Philadelphie que ou f
vaiffeaux dans la Chesapeak pour ache var derainers
les ennemis de ce côté. M. de la Fayette , tranquille
(
177. )
- Nos
pour la Virginie , avoit détaché les Généraux Wayne
& Morgan , qui devoient fe joindre à Gréen , &
refferrer les ennemis dans Charles Town .
nouvelles de la Virginie , apportées par M. de
Capellis font d'une date bien poltérieure à celles
qu'on a reçues à Cadix, puifqu'elles font du zo Août.
Il paroît qu'alors le Lord Cornwallis avoit changé
de dellein , que lom de fonger à fe rembarquer , il
fortifioit le pofte qu'il aveic choifi près de Portsmouth',
du côté de la terres comme nous !l'a appris
M. de Capellis , fon camp étoit affez bien fortifié.
H cherchoit de même à le rendre refpectable du côté
de la mer. Pour cela ,il avoit fait emboffer 2 vaiffeaux
de 44 canons , tirant très peu d'eau & par conféquent
à l'abri de l'artillerie des vailleaux de ligne.
Il n'y aura que l'Expériment & le Romulus qui
pourront être employés à l'attaque de ce pofte ; s'il
eft vrai cependant que l'armée Françoife a deux
mortiers qu'elle doit placer fur des galiotes , les
placarmée
deux vaiffeaux de 44 ne pourront pas refifter à
leur feu. Actuellement le fort de Cornwallis paroît
décidé & à tout moment nous pourrons recevoir
des nouvelles de cette expédition , qui , fi elle réuſſit
parfaitement peue terminer la guerre da a upra
On crit de Londres que l'Amiral Hood
eftt entré dans la Cheſapeak le 3 Septembre
, avec 15 ou 17 vaiffeaux. On defireroit
ici que cela fût vrai , nous ferions alors
fans inquiétude pour M. de Barras
findans fa route il ne trouvoit que l'efcadre
de l'Amital Graves , il peut lui tenir
tête, M. de Graffe a pu arriver dans
la baye de Chefapéack le 4 ou le 6 Septembre
; il pourra fe mefurer avec l'Amiral
Hood , & la partie fera égale quand
MOTSETS A
aiden 25.90
,
1
hs
car
( 178 )
même à cette époque ce dernier fe feroit
réuni à l'Amiral Graves.
On ne doute plus ici que le convoi de
la Havane ne foit en route. Sa traversée
fera longue , puifqu'il y a apparence qu'il
ges
vient par les Canaries. L'efcadre qui eft
fortie de Cadix va l'attendre au cap Cantin.
Elle est partie le furlendemain de la
rentrée de l'armée de D. Louis de Cordova ;
cette circonftance prouve la néceflré où
étoient les Espagnols de fe féparer de bonne
heure de la flotte Françoife , pour être à
portée d'envoyer au devant d'un convoi
auffi précieux ; & ils ne font
trop- tôt à Cadix ,
+
pas
arrivés
Le fecret que la Cour d'Espagne , écrit-on d'un
de nos ports , a fait du départ du convoi de la
Havane avoit pour objet d'empêcher que les
Anglois en fuffent inftruiss
Anglois en fullent inftruits ; notre Cour paroît
avoir gardé le même filence. On dit qu'il exifte
une lettre de M. de Grafle , écrite après fondébouquement
si il y rend compte de quelques dépêches
qu'il avoit reçues de M. le Comte de
Rochambeau , & du beſoin preffant qu'avoit ce
Général de 1,200.000 liv M. de Graffe chercha
à fe procurer cette fomme parmi les habitans
du Cap yemais il fut impoffible de la trouver ;
il envoya la frégate l'Aigrette à la Havane. Le
Commandant de ce port , fit connoître , aux prin.
cipaux habitans , le befoin de l'armée Françoile ;
fur le champ , tout le monde fe cottifa ; les Dames
fur tout portèrent leur argent & même leurs
bijoux , & dans la journée , on forma soo coo
piaftres ( 2,500,000 liv. ) que l'Aigrette porta à
·
#
( 179 )
"
M. de Graffe , qui écrivit de Matanzas aux Dames
de la Havane , pour les remercier du fervice eſſentiel
qu'elles rendo: ent en cette occafion à l'armée Francoife
, & il les loua de ce devoutment patriotiqué ,
digne de la générosité Espagnole , & qui feut nous
récompenfe de ce que nous a nous avons fait à Penſacola
pourle
les Efpagnols. On ajoute , d'après la même
lettre , que fur la demande de M. de Graffe , M.
de Solano a envoyé une eſcadre à Saint - Domingue ,
où elle a dû a river le 20. Août 2
Rien de fi hafardé , de fi contradictoire
& de fi abfurde que tout ce que les papiers
Anglois débitent depuis 15 jours au fujet
de l'Amiral Darby & de fes projets. Les
avis venus de Londres en mêlne -tems ', s'ils
ne font pas auffi ridicules que les rêveries
des Gazetiers , ne font pas du moins plus
inftructifs . On ne favoit rien de Darby à
Londres , depuis le 25 Septembre ; nous
avons été plus heureux , une lettre de Breft
en date du 15 de ce mois nous donne les
avis fuivans.9 , } } at
L'Emeraude , frégate du Roi , commandée
par M. de Sufannet , eft entrée en rade
le 12 an foir ; elle rapporte que le 4 , étant en
croifière à l'ouvert de la Manche , elle . fe trouva
près de la flotte Angloife , qu'elle reconnut être
compofée de 32 voiles , dont 25 ou 26 étoient
I des vanfeaux de ligne. Deux frégates & un vaiffeau
-de 74 fe détachèrent pour chaffer l'Emeraude ;
› mais la mer étoit fi groffey le tems fi brumeux ,
214& M. de Sufannet manevra fi bien , qu'il échappa
au danger éminent qui le menaçoit d'être enveloppé .
Ia continué fa croisière encore quelques jours
-avant de revenir à Breſt , & il n'a plus revu l'armée
A 6
( 180 )
519
0
Angloife. Ainfi , Darby ne cherche qu'à protéger
la rentrée de fes convois , & non à courir vers les
Açores pour intercepter les nôtres , encore moins
ceux des Efpagnols. - Le corfaire la Princeffe
Noire , pris par la frégate Angloife la Médée
& repris par 60 François laifles à bord , qui le
font révoltés contre les 40 ennemis qui l'avoient
amarine, eft arrivé à Morlaix. Les Anglois de la
à
Médée difent qu'il y a eu un combat dans la baie de
Chéfapéak entre les 29 vailleaux de M. de Graffe ,
& les 19 de l'Amiral Hood . Le filence des Anglois
& notre fupériorité , paroîtroient déterminer à des
conjectures favorables . Le Pégafe , de 74
canons , a été lancé aujourd'hui à la 2010 mer avec le
plus grand fuccès t
ab ray
On écrit de Toulon , en date du 1o que?
les troupes auroient été embarquées ficles !
vents , contraires avoient, permis aux bâti
mens de tranfport de quitter Marfeille. Les
mêmes vents n'ont permis à aucun navire
de venir de Mahon , & depuis 8 jours on
n'avoit point de nouvelles de cette ille. Lesn
derniers avis que nous en avons reçus font b
venus par Barcelone , ils font mention de
quelques coups de fufils échangés entre les
gardes avancées , & des inquiétudes qu'avoient
données au Général Murray les Mahonois
enfermés dans le Fort qui Font forcé
à les renvoyer , anmoqmi As iup 19100 ml
t
M. Dagoret de Robinieres Habitant de Paris' , V
vient de doter au village de Chavignolles fous b
Sancerre , deux Rofieres; après avoir été élues à
la pluralité des voix par les fept , plus ancienss
Habitans du lieu , leur mariage a éténcélébrédex
To de ce mois , par M. Poupart , Archiprêtre
Curé de Sancerre , qui a prononcé un Difcours
( 181 )
analogue à la circonftance . Les deux Rofières ont
été conduites à la Chapelle de Clavignolles , &
ramenées au bruit de la moufqueterie de deux
troupes de jeunes villageois qui bordoient la haie ;
par M. , Dagoret, des Robinieres & M. B...
Confeiller au Parlement ; Pautre , par M. Dagoret
des Gravieres , Procureur du Roi au Siége de la
Monnote , & M. G... , Subdélégué de l'Intendance
de Berry. La cérémonie a été précédée & fuivie
de diftribution d'argent , de fruits & de dragées ,
& la fête a été accompagnée de danfes , de feftins
& de chanfons analogues. Pour perpétuer cet établiffement
propre à exciter l'émulation de la vertu ,
M. Dagoret des Robinieres , animé d'un zèle vraivient
fonds de 4000 liv. , produffano i superpétuité un
de rente ,
deftiné à doter tous les deux ans une fille du village
de Chavignolles , qui fera élue par les plus
anciens Habitans du lieu , pourvu toutefois qu'ils
n'aient ni fille , ni' petite fille dans le cas d'être
nommées Rofieres ; & pour qu'une fille puifle être.
élue, il faudra qu'elle ait au moins vingt ans, & .
moins de trente- un. Une des conditions de la fondation
left autfi que le Garçon choiff par la Rofière
, foit né à Chavignolles , ou qu'il y foit demeurant
depuis cinq ou fix ans. quoq
On lit dans une lettre de Rouen , en date
du 21 du mois dernier , les détails fuivans ;
les uns peuvent intéreffer nos Lecteurs par
leur objet qui eft important , les autres peuvent
l'égayer , & nous ne garantirons pas
les
derniers. longized () sh spelliv US 19150
Vous croyez peut-être que les Arrêts de notre
Parlement fur les Cimetières font tombés à l'eau ,
point du tout le Cimetière de St - Martin du Pont &
de St- Séver , eft placé vis - à - vis St Yon , il contient 2
acres , ( l'acre contient 160 verges ) & le mur en eft
( 182 )
déja fait. C'eſt le Parlement qui choifit & achette les
terrains propres ; il vient de choisir une pièce de
terre près le Cimetière de St - Gervais , pour, fervir
aux Paroiffes de St -Herbland , St- Lô , St - Jean &
autres , en tout 17 Paroities pour de Cimetière - ci ,
qui contient près de quatre acres ; lemur doit être
achevé pour la fin de Novembre prochain. Le
Parlement taxe chaque Raroiffen, tantopour frais
d'acquifition , que frais de clôture , fuivant de nombre
des morts qui fortent de chaque Paroiffe année
commune , le tout aux frais des Fabriques ; ainſi
nous n'aurons plus de Cimetière en ville , mais cinq
au-dehors , & c. Je n'ai putrouver le Mémoire du
Maître des oeuvres , l'Imprimeur m'a dit que le fieur
Ferret les a tous diftribués lui-même à fes connoiffances
; il n'avoit point de Partie adverſe , c'eft laimeme
qui a préfenté fon Mémoire au Procureur-
Général , pour avoir la liberté de le trouver dorénavant
, lui & es gens , dans tous les lieux publics ,
comme fpectacks & promenades , ce qui lui a été
accordé , fous peine de cent livres d'amende contre
ceux qui les infulteront ou qui les appelleront
Bourreaux . Je fuis bien fâché de ne pas avoir pu
avoir fon Mémoire qui eft très-curieux capiendo
-
Germain Chateignier de la Chaigueraye ,
ancien Comte de Lyon , ancien Aumônier
du Roi , Evêque de Saintes , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Saint-
Pierre de Bourgueil , Ordre de St-Benoît
Congrégation de St - Maur , Diocèfe d'Angers
, eft mort en fon Palais Epilcopaluble
29 du mois dernier dans la 67e . année de
fon âge.
93on of asid
>
Les Numéros fortis au tirage la Loterie
Royale de France le 16 de ce mois , font :
1,836, 90,024 , 196 can wash izvan 256
159
( 183 )
C
Edit du Roi , portant création de quarante,huir
offices de Receveurs- Généraux des Finances , donné
à Verſailles au mois d'Octobre , & egiftré à la
Chambre des Comptes , le 16 du même mois .
» Par notie Edit du mois d'Avril 1781 , nous
avons fupprimé quarante huit offices , de Receveurs .
> Généraux des Finances, qui avoient été anciennement
établis dans les pays d'Election & dans les
pays conquis ; & nous avons ordonné que la reseite
& la dépenfe des impofitions de ces vingt quatre
généralités feroient faites à l'avenir collectivement
par une compagme com ofte de doaze des anciens
Officier fupprimés ; à la charge , par chacun d'eux ,
de dépofer en notre Trefor Royal , une fumme
d'un million de livres par forme de cautionnement.
Nous en avons enfuite nomme huit autres en qua.
té d'Adjoints & furvivanciers. Nous avions efpéré
que cette portion importante de nos revenus feroit
adminiftrée fous cette nouvelle forme avec plus
d'économie , d'exait de & de célunté
nous formes informés que , malgré le zèle & iintelligence
de cette compagnie, malgré les mesures
qu'e le a prifes pour la d'ftibution du travail , une
correfpondance auffi active & auffi multipliée , ne
pouvoit pas être fuivie par une compagnie , &
qu'il lui feroit dificile de maintenir l'ordre dans la
comptabilité , & l'économie dans les de penfes , furtout
que le renouvellement fucceflif des exercices
augmémera les détails . Nous avons donc
jugé qu'il étoit indifpenfable de revenir à l'ordre
ancien , comme dans les premières années du règne
oldui fen Roi notre très honové : Seigneur & aïcul .
3 Ce rétabliſſement fera , d'autant plus utile au
bien de notre fervice , qu'en créant de nouveaux
offices fous de nouvelless conditions , Nous avons
pris les précautions convenables pous prévenir les
abus inféparables des anciens établiſſemens , pour
faire rentrer dans nos mains l'entière difpofition
-
Mais
( 184 )
X 19.
rol
de ces offices , & qu'en réduifant à un taux uni
forme & plus modéré , les attributions qui étoient
attachées aux anciens , en chargeant ces nouveaux
Officiers de tous frais & de toute garantie , nous
remplirons les vues d'ordre & d'économie que
nous nous étions propofés, fans courir le rifque.
de la confufion entre ces différens, exercices, ela
1 ° , Nous avons éteint & fupprimé , éteignons, &
fupprimons , à compter du premier Janvier, 1782 ,
la compagnie des douze Receveurs Généraux des
Finances créée & inftituée par l'article IV de
notre Edit du mois d'Avril 1780 , pour remplic
collectivement toutes les fonctions des quarante
huit Receveurs - Généraux fupprimés par ledit Edit
2 °. Et
et de la même autorités nous avons créé &
érigé , créons & érigeons en titre d'offices formés
& héréditaires , deux offices de nos Confeillers-
Receveurs Généraux de nos Finances , dans cha
cune des, vingt - quatre Provinces & Généralités ,
dont l'état arrêté en notre Confeil , fera mis fous
le contre- fcel de notre préfent Edit, Ceux
que nous jugerons à propos de pourvoir defdits:
offices , feront alternativement , d'année en année ,
à compter du premier Janvier prochain , da recette I
de toutes les fommes qui feront levées par nos b
ordres , fur les Provinces & Généralités dont ilsb
feront Receveurs-Généraux ; & ils verferont toutes
lefdites fommes en notre Tréfer-Royal. 4 You
lons en conféquence , que les Receveurs particuros
liers des impofitions des élections de dites Génév
ralités , foient tenus de remettre fans délai
fans divertiffement , au Receveur Général de lan
Province qui fera en exercice , toutes les formesh
de deniers qu'ils auront été chargés de lever furs
lefdires élections , par les mandemens & commifen
fions qui leur auront été adreffés par nos ordres,
5. Les Receveurs - Généraux créés par notre préfent
Edit , jouiront de tous les droits , honneurs ,
( 185 )
prérogatives & priviléges dont jouiffoient ceux
que nous avons fupprimés par notre Edit du
mais d'Avril 1786. 6 ° . La finance des nouveaux
offices , ſera & demeurera fixée à la fomme pour
laquelle chaqun d'eux eft employé dans le rôle que
nous avons arrêté en notre Confeil; & qui ſera
mis fous le contre - feel de notre préfent Edit "! "Voulons
™™ que ceux des anciens Receveurs - Généraux
auxquels nous jugerons à propos de conférer lun
des nouveaux offices , foient admis à donner en
payement de ladite finance , celle à laquelle leur
ancien office a été fixe par le rôle arrêté en notre
Confeil au mois d'Avril 1772 , ' en conféquence de
Edit de Février 1771 , & qu'il en foit afé
de même à l'égard des cautinnemens qui ont
fournis par les douze Receveurs - Géfiéra 1x établis
par l'Edie du mois d'Avril 781.. Dans le cas
253
ant été
2015 mort
où l'un defdits offices
deviendroit
par
démiſſion ou autrement ; il ne
t
ت ا
→
permis de le vendre au- delà du prix de la finance fixée par ledie rôle ; déclarons nulles & de nul effet toutes conventions
contraires. Voulons qu'en cas de contravention
Love vendeur foit condamné à la reſtitution
de l'excédent
, au profit de PHopital des Enfans Trouvés
& que l'acquéreur
Toft incapable
de pofféder à l'avenir aucunes charges ou emplois de finance.28
Ceux qui prêteront leurs deniers
pour l'acquifition
defdits offices , auront hypothèque
& privilége fpécial fur iceux , par privilége à tous autres créanciers ,Nous exceptés ; duquel pri- vilege il fera fait mention dans les quittances de financequr
feront expédiées par les Gardes de notre Trefor Royal Entendons que les créanciers
déjamaffectés
par privilége fur le montant des anciennes finances , confervent leur droit d'antériorité
far les nouveaux prêtents ; permettons
à cer effée aux Réceveurs -Généraux de faire inférer
à cet égard , dans les quittances de nos Gardes
2
2310 291 Cate
( 186 )
:
du Tréfor Royal , les déclarations néceffaires, pour
opérer toute fûreté en faveur des anciens cleanciers
privilégiés . 9 ° . Avons accordé & accordons
à chacun desdits Receveurs Généraux , four leur
tenir lieu de gages , l'intérêt de la finance de leur
office à raison de cing pour cent par an , voulons
que , fur lefdis gages , il leur foit fait , chaque
année , la retenue du dixième & de la capitation .
Au moyen desdites retenues , nous exemptons
lefdits Receveurs Généraux & leurs fucceffeurs ,
du ceptième, denier , & du payement du dixième
d'amortillement & les déchargeons à toujours
5.
defdites impofitions & de toutes
Preprélentatives
ou équivalentes à icelles . 10. Les taxations
dont jouilloient les anciens, Receye rs . Généraux
des Finances demeureront réduires a trois deniers
pour livre ffeeuulleemmeenntt), fur le montant de
de chacune
des différentes natures dimpofitions dont ils feront
le recouvrement. Autorifons lefdits Receveurs-
Généraux à retenir par leurs mains le montant
defdites taxations . 11 ° . La caifle commune des
Recettes - Générales , établie par Déclaration du 10
Jabi 1716 , continuera dêtreAadminiftrée par ceux
des Receveurs créés par le préfeat Edit , que nous
nous réservons de choisir. Nous nous réfervons
pareillement de nommer le Caiflier de ladite caifle.
12°. Nofdits Receveurs -Généraux ferons tenus de
compter de toutes leurs recettes & dépenfes , en
note Confeil, pár état aŭ vrái , & enfuite en nos
Chambres des Comptes , dans les délais préferits
par les Déclarations des 3 Février & § Mai 1772 ;
& en ce qui concerne les épices des comptes de
defdites
recettes générales , voulons qu'elles demeu .
rent fixées aux mêmes fommes portées par les
lettres patentes enregistrées en nos Chambres des
Comptes , notamment pour notre Chambre 'des
Compres de Paris , par les lettres du premier Mai
773. 13. Ceux des anciens Receveurs - Généraux
( 187 )
·
dont les cffices ont été fupprimés par notredit
Edit du mois d'Avril 1780 , auxquels nous jugerons
à propos d'accorder l'agrément de l'un des offices
créés par le préfent Edit pour la même généralité ,
'feront difpenfès de prendre de nouvelles provifions
& de prêter un nouveau ferment voulons qu'ils
exercent lefdits nouveaux offices en vertu de leurs
anciennes provifions & receptions. 14. Les veuves
enfans & héritiers des anciens Receveurs- Généraux
décédés avant ou depuis la fuppreffion ordonnée
par ledit Edit du mois d'Avril 1780 , enſemble
ceux defdits anciens Receveurs-Généraux qui n'auront
point été pourvus d'aucun des nouveaux offices
* créés
Par notre préfent Edit , feront tenus de fe
conformer aux difpofitions des articles 11 & 111
de celui dudit mois d'Avril 1786 , que nous voulons
être exécutés à leur égard fuivant leur formé &
Y
2
teneur «,
V
b 2016 910919lub 29)
} A 51 790097
BRUXELLES , le 23 Octobre.
2.2017 %
ON apprend de Hollande que l'affaire
- de la ville d'Amfterdam & du Duc de
Brunſwick fait toujours beaucoup de bruit ;
" Tes Etats de Hollande & de Weftftife ont
ouvert le 10 de ce mois la féance dans
laquelle s'attend qu'ils prendront une
réfolution, définitive fur cet objet
on
Le Duc de la Vauguyon a préſenté le 3
de ce mois aux Etats-Généraux un mémoire
pour appuyer les réclamations du fieur Fall ,
Capitaine du Corfaire de Dunkerque le
Sans Peur, Ce Corfaire après s'être emparé
du bâtiment Anglois la Liberté , fe, trouvant
à la hauteur de Fleffingue , fut forcé par
les vents contraires de gagner cette rade &
60
( 188 )
AS 116
d'y conduire fa prife. Le Commandant
après avoir examiné fes papiers lui permit
de fe placer comme il jugeroit à propos ,
mais on ne dui offrir ni ne lui donna point
de pilote' ; on ne le prévint pas même que
pour rendre l'entrée plus difficile à l'ennemi
, on avoit ôté une balife qui indiquoit
le banc de fable appellé le Callos il échoua
fur ce banc avec fa prife ; il fit les fignaux
de détreffe pour avoir du fecours , & ce
ne fur qu'une heure après qu'il lui vint une
chaloupe avec quelques matelots. Ceux - ci
voyant le danger où étoient les 2 bâtimens ,
retournerent chercher d'autres bateaux qui
n'arriverent que 2 heures après le Sanst
Peur fut remis à flot la prife reſta engravée
. On l'allégea autant qu'on put . Le lendemain
on voulut aller fauver les effets de
la prife , le Capitaine Brouwer s'y oppola ,
& prétendit que le Sans, Peur n'y avoit plus
aucun droit. Le défaut de apilores a feul
caufé cette pertes Amirauté a déja décidé
que la prife échouée & les effets qu'elle
renfermoit appartenoient au
1
mais le Capitaine réclame des dédommaine
Tecla Sans-Peur
gemens de la part de Brouwer , & les Etats-
Généraux ont envoyé fon mémoire à l'Amic
rauté de la Meufen pour qu'elle leur donné
des informations fur la prise en question .
La Société Zélandoife des Sciences a
l'année 17839 le Prix qu'elle devoir donner cette
année au meilleur Mémoire Chronologique de tous
les Auteurs & Ecrits foit de ce Pays ,folt d'ail
teg unis anol alsinelle qona 230s bb 285 1 212
2
( 189 )
a
leurs , qui fervent à éclairer l'Hiftoire & les Antiquités
des Pays- Bas , depuis le commencement du
Gouvernement des Comtes , jufqu'à préfent . ' Eile
propofe une autre Médaille d'or pour le compte
de la Société des Arts & des Sciences établie à
Batavia , à la folution de cette double queftion :
1° De quelle grandeur doit être l'arc de l'avantvaiffeau
ou de la proue , pour être propre à fendre
aifément la mer , afin d'avancerpromptement , & à
Suffire en même tems pour prévenirle trop grand enfoncementdu
vailleau& de facharge,par l'impreffion
des voiles qui font de fervice ? De quelle grandeur
doit être l'arc de tout le vaiffeau fur la ligne du
vaiffeau chargé , pour faciliter a virer promptement
de bord ,foit vent d'avant ou vent d'arrière ?
toute
Certe queftion amené naturellement l'obfervation
que l'Art de la construction n'a pas encore été porté à
La perfection, Il ne l'eft nulle part 3 on peut
s'en convaincre par ce paffage qui termine la defcription
de l'Art de la Mâture , qui fait partie de
la belle & magnifique Defcription des Arts , ap
prouvée par l'Académie Royale des Sciences, de
Patis publiée par les foins . Cette citation ne peut
quintéreffer nos Lecteurs , dans les circonstances
préfentes. Si la Defcription de l'état actuel de
' Art de la Mâture , dit l'Auteurs en finiſſant ,
fait connoître comment on forme les mâts , & avec
quelle folidité on les étab it fur les vaiffeaux , elle
annonce aufli l'incertitude qui
devrai lieu que chaque mât doftcore , & fur
occuper fur un
vaiffeau , & la hauteur réelle à laquelle chacun doit
s'élever. En multipliant les mâts d'un valeau , on
s'eft fouftrait en partie aux dangers des erreurs qui
pouvoient réfulter de l'ignorance de leurs places ; &
en divifant la voilure en plufieurs voiles féparées ,
on s'eft ménagé les moyens de varier , & d'accommoderaux
circonftances la hauteur du point velique.
Mais fi ces défauts trop effentiels font ainfi palliés ,
( 190 )
ils n'exiftent pas moins , & il refte toujours à faire
la recherche importante foit du lien réel des mâts ,
foit des bornes précifes de leur hauteur. Cette incertitude
en produit néceffairement fur l'état réel de
la conftruction des vaiffeaux ; elle s'oppofe , au ju
gement qu'on voudroit porter fur la perfection à laquelle
a pu atteindre l'Architecture navale. En effet ,
le varf au le mieux conformé rempliroit mal la jufte
attente de ion auteur & des connoiffeurs , fi une
mâture convenable ne fecondoit pas les contours
heureux qu'on auroit donnés a fa carène , & réciproquement
la mâture d'un va fleau feroit inutilement
la meilleure poffible , relativement à ce
feau ; fi d'ailleurs la forme dde celui-ci n'étoit pas
douée de qualités brillantes..... "CCeetttte double recherche
dépend particulièrement de la connoilmlaannccee
des vraies loix de la réfifiance de l'eau ; & c'éft
Pignorance de ces loix qui retarde en partie les
progrès foit de la fcience de la mâture , foit de
yaif
l'architecture navale. Ces loix déco ferviront
fans do te a preferire des règles de mâture
plus précifes . Mais l'Art du Mâteur n'eſt pas fufcep, ”
tible d'éprouver , à une telle époque ,
One
he grande
révolution . La defcription de cet Art , telle que je
la donne aujourd'hui , ne peut donc alors effuyer'
d'autres changemens que dans l'expofé des fondemens
nouveaux qui ferviront de baſe aux nouvelles
règles (*).
&
900
91376
( * ) La´deſcription des Arts fe trouve à Par trouve Paris chez
le heur Montard , Imprimeur Libraire de la Reine & de
l'Academie Royale des Sciences ruedes Mathurins , Hồn
tel de luny, Cette collection précieufe eft portée aujourd'hui
à 86 cahiers , fur lefquels M. Moutard a obtenu
de la par de fes prédéceffeurs des facilités qui le mettent
en état de diminuer de deux cinquièmes les prix des Arts
anciens , vendus féparément ; ils cauroient en tout 118% liv .
16 f. , & ils ne reviennent plus aux acheteurs qu'à 491 liv.
14 f. Ceux même qui , n'ayant aucun cahier , voudront
avoir la Collection entière auront une remife de moitié ,
& ne la payeront que 640 liv . , ils feront maîtres de l'ac(
191 )
On lit dans une lettre de Cadix en date
du z de ce mois les détails fuivans :
Nous venons de recevoir de Buenos - Ayres les
nouvelles les plus fatisfaifantes par un bâtiment
courier qui fit voile de Monte-Video le 7 Juillet.
Le Vice-Roi avoit é é inftruit par , différens avilos
de l'armement de l'efcadre de Jonhitone , & de
fes projets , ur Buenos-Ayres. Il écrit qu'il l'attend
de pied ferme , & que tout eft difpofé pour le
recevoir de manière à le faire repentir ddee ta témérité
, s'il le préfente fur la Plata Les dépêches
qu'il a reçues de l'intérieur lui apprennent que la
révolte du Pérou eft éteinte & qe le chef a été
pris . il fe nommoit Tupac-Aymaru ; pour féduire
un peuple foible & crédule , il le difoit de la race
des Incas ; il portoit l'habillement & les autres
marques de Souveraineté de ces anciens enfans du
Soleil . Il étoit parvenu à raffembler une armée
plus confidérable par le nombre que redoutable
Par fa valeur , avec laquelle il avoit dévasté quelques
Provinces & commis des horreurs qui démentoient
fa céleste origine. On avoit été obligé de
mettre fa tête à prix , & de faire avancer de Lima,
de Cufco & des autres places les troupes & les
milices fous les ordres de D. B. Vallé. Le 9 Mars
cet Officier à la tête de 17,000 hommes , marcha
contre les révoltés , campés fur une montagne auprès
d'un village que Tupac appelloit fa capitale.
Ils abandonnèrent leur pofte à l'approche des Efpa-
1
quérir en 3 paiemens égaux ; favoir , 240 liv. en retirant les
24 premiers cahiers , autant en retirant les 25 fuivans , &
160 liv. en retirant les 6 autres . Depuis que M. Moutard eft
propriétaire de cette importante Collection il la continue ;
il a publié 3 nouveaux cahiers qui portent la Collection à
89, il en a autres fous preffe , dont l'Art de la Voilure ,
P'Art d Layetier & Art du Maçon font nouveaux ; l'Art
de la Teinture en foie , l'Art du Tuillier & Briquetier font
des réimpreffions
N. B.L'An de la Voilure paroîtra à la St- Martin 1781.
( 192 )
gnols & vinrent fe ranger en bataille dans la
plaine , où ils furent battus & diiperfés . Plufieurs
péritent dans une rivière en fe fauvant à la nage.
Tupac la traverfa à cheval , & fut arrêté en antivant
a l'autre bord par un Cacique de fa faction
qui le livra aux Efpagnols, On trouva dans fon
cmp 6 pièces de canon d'un calibre lupérieur a ĉtux
des Espagnols. Comment cette artillerie a-t elle été
transporice à 400 lieues dans les terres , fans que
le Gouvernement en ait été inftruit , c'eft ce que
T'on ignore . La femme , les enfans & l'oncle de
Tupac font au pouvoir des vainqueurs , ainfi que
6 caitles d'argenterie & 2 males de papiers contenant
fa correfpondance , & qui donneront toutes
les notions qu'on pourra defirer fur les prometeurs
& les agens de cette rebellion . D. B. Vallé
fit pendre 18 rebelles en entrant dans la capitale
de Tupac ; ce chef , ſa famille & les principaux
Officiers ont été envoyés à Cuſco. La bataille ou
plutôt la déroute des Indiens , où les Eſpagnols
ne perdirent que 3 hommes eut lieu le 6 Avril.
Voilà ce que nous avons pu tranfcrire à la hâte
des lettres de Buenos Ayres ; la Cour donnera fans
doute des détails plus circonftanciés .
Selon des lettres du Havre , un vaiffeau
Portugais venant de Lisbonne a déposé que
le 15 de ce mois , il a été arraifonné par
Farmée de Darby , avec laquelle il paffa
la journée. La Hlotte Angloife étoit alors
forte de 19 vailleaux de ligne. Le lendemain
il s'éloigna ; Darby prenoit la route
de Plimouth , dont il n'étoit éloigné que
de 15 lieues. On ne doute pas qu'il ne
foit rentré vers le 20 , en laiffant quelquesuns
de fes vaiffeaux en croiſière.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères