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1778, 05
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MERCURE
DE FRANCE, 18295
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
Μ΄ Α 1 , 1778 .
Mobilitate viget. VIRGILE .
never
A PARIS,
Chez LACOMBE , Libraire, rue deTournon,
près le Luxembourg.
AvecApprobation & Privilége duRoi.
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tout ce qu'on veut faire connoître au
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Nymne au Soleil , nouv. edit. augmentée ,
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MERCURE
DE FRANCE.
MAI , 1778 .
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
HYMNE A L'ADVERSITE .
F
1
Traduction Angloiſe de M. GRAY,
ILLE de Jupiter , Déeſſe impitoyable ,
Dont le bras homicide embraſſant l'Univers ,
Dompte le coeur humain , & du poids des revers
Accable également le juſte & le coupable ;
Dans tes chaînes d'airain , l'orgueilleux arrêté ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
S'abaiſſant ſous tes coups , dépouille ſa fierté,
Et le tyran cruel dont tu punis les crimes ,
Ygémit ſans ſecours au rang de tes victimes.
Quand le Ciel fit deſcendre ici bas la Vertu ,
Il te donna le ſoin d'élever ſon enfance;
Par tes chocs différens , chaque jour combattu ,
Son coeur ferme& ſoumis , les ſouffrit en ſilence;
En proie à tes tourmens , ſans en être abattu ,
Il connut les ſecours qu'offre la bienfaiſance ;
Et par les coups fréquens que tu portas ſur lui ,
Apptit à s'attendrir ſur les malheurs d'autrui.
DesAmours effrayés , l'eſſain doux & timide ,
S'enfuit à ton aſpect; &dans ſon vole rapide
Entraînant les plaiſirs , l'indolence &les jeux,
Nous laiſſe le loiſir d'être enfin vertueux ;
Notre ennemi flatteur , l'ami qu'on crut fidèle ,
Suivent l'eſſain volage , & vont offrir leurs voeux
Ala proſpérité qui les reçoit chez elle ,
Et favoureà longs traits leur poiſon-dangereux.
De longs habits de deuil , la Sageſſe vêtue,
Et la mélancolie inquiette , abattue ,
Dans un morne filence , accompagnent tes pas; -
La douce Charité qui, nous ouvrant les bras ,
Répand ſur tous les coeurs ſa bonté confolante;
ΜΑ Ι. 1778 . 7
La Juſtice tenant ſon glaive redouté ,
Et la Pitiéverſantune larme touchante ,
Suivent également ton char enſanglanté.
De la néceſſité , Miniſtre ſanguinaire ,
Ah ! ne m'accables pas du poids de ta colère !
Neviens point à mes yeux, déployant ta fureur,
( Telle que tu parois aux regards de l'impie )
De tes ferpens cruels , & des remords ſuivie ;
N'y viens point entourée à la fois de l'horreur ,
Du déſeſpoir affreux , du cri de la misère ,
Et de tous les malheurs qui font gémir la Terre.
Quittant cet appareil redoutable & vengeur ,
Daigne prendre à mes yeux ta forme favorable ;
Et que de tes leçons , la rigueur ſecourable ,
Sansjamais le bleſſer , attendriſſe mon coeur :
Qu'éclairé ſur mes torts ,je ſupporte en filence
Les défauts qu'en autrui j'oſois trop condamner
Et que par le malheur inſtruit à l'indulgence ,
Je ſache aimer , ſouffrir , me vaincre , & pardonner.
Par M. de Châteaugiron , Officier au
Régimentde Normandie.
1
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
CATON feul & penfif , tenant à la main
le Traité de PLATON , ſur l'immortalité
de l'âme , & appuyéfur une table
où est une épée nue.
TRADUIT DE L'ANGLOIs .
UI , Platon , tu dis vrai , notre âme oft immortelle
;
D'où naîtroit ſans cela cette horreur naturelle ,
Cette terreur ſecrette & ce frémiſſement
Qu'imprime au fond de nous la crainte du néante
D'où naîtroit cette douce & flatteuſe eſpérance
Qui, nous indemniſant d'une triſte exiſtence ,
Porte tous nos deſirs vers l'immortalité ?
Il n'en faut point douter , c'eſt la Divinité
Qui , répandant ſur nous ſa faveur infinie ,
Nous inontre le chemin d'une plus belle vie :
C'eſt le Ciel bienfaiſant dont la vive clarté
Découvre à nos regards l'immenſe éternité.
Conſolante penſée , éternité terrible !
Quel mortel peut ſonder ta profondeur horrible?
Quels eſpaces nouveaux faut-il , avec effroi ,
Parcourir tour- à-tour pour arriver à toi ?
MA I. 1778. 9
Sur ton immenſité j'oſe porter la vue;
Mais mon eſprit troublé par ſa vaſte étendue ,
N'en pouvant pénétrer les abyſmes ſecrets ,
S'arrête environné de nuages épais.
Allons... s'il eſt un Être au-deſſus de nos têtes,
Qui ſoulève les flots & calme les tempêtes;
S'il eſt un Dieu ſuprême ( & qui peut endouter? )
L'homme qui fit le bien n'en doit rien redouter.
Mais quel ſera ſon ſort... Cruelle incertitude !
Enportant la mainſurſon épée.
Ceferdoit terminer ma lâche inquiétude :
Platon guides ſes coups , que tes divins écrits ,
Enm'armant doublement , raſſurent mes eſprits.
Je vois en même- tems & ma mort & ma vie;
L'un peut en un inſtant, ſecondant mon envic,
De mesjours malheureux troubler le foible cours;
Et l'autre mepromet que je vivrai toujours.
Ainfi , par l'avenir , mon âme raſſurée ,
Du corps qui l'avilit , mépriſe la durée.
Ainfi planant du haut de l'eſpace infini ,
Un jour elle verra du monde déſuni ,
Les débris ne former qu'un monceau de pouſſière ,
Les Aſtres s'écrouler , privés de leur lumière ,
Sans que des Élémens le choc impétueux ,
L'empêche de jouir d'un repos glorieux...
Mais quel poids accablant , &quelle léthargic
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
Se gliffe dans mes ſcus ! La Nature affoiblic
Par les combats divers qu'elle éprouve à la fois ,
Appeſantit mes yeux. Je veux ſuivre ſes loix ,
Afin que par ſes ſoins mon âme ranimée ,
Se rejoigne plus pure au Ciel qui l'a formée,
Et porte à l'Éternel , qui ſera ſon appui ,
Un hommage plus grand & plus digne de lui.
Mortels qui , connoiſſant la terreur & le crime ,
Devenez tour-à-tour leur proie & leur victime ,
C'eſt à vous de trembler ! Catondans le ſommeil
N'a point à redouter le moment du réveil.
Parlemême.
VERS
DE M. L *** , pour le Portrait de fa
LA
Femme.
Amort ſeule les ſépara ;
Leur amitié tendre & fidelle ,
Un jour aux Mortels ſervira ,
Ou de reproche ou de modèle.
MA I. 1778 . 1
SUITE DES LETTRES
DE MELANIE ET DE SAINT CLAIR.
LETTRE XXI.
De Mélanie à Saint- Clair.
QUE penſerez-vous de moi , Monfieur ?
Quelle opinion allez-vous avoir de ma
délicateſſe , après la démarche que je hafarde
? J'ajoute au tort que j'ai eu de recevoir
votre lettre ,celui d'y répondre.....
Je ne me diffimule point combien ma
conduite eſt ſans doute inconfidérée , &
cet aveu doit vous prouver le cas que
je fais de votre perſonne. Je m'expoſe
peut- être à perdre votre eſtime ..... Que
dis-je ? je vois la faute que je vais commettre,
& je n'ai pas la force de m'arrêter.
Votre réputation , votre probité ,
votre vertu , tout parle en votre faveur ,
tout me raffure. C'eſt ſur le témoignage
de l'eſtime publique que je me fie à votre
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
....
prudence .... Si vous étiez capable d'abufer
.... Pardon , je vous offenfe Eh
bien ? Saint-Clair , je vais vous ouvrir
mon ame : je ne vous cacherai point que
vous m'avez inſpiré les ſentimens les
plus tendres , & que dès le moment où
je vous ai vu , j'ai defiré de fixer votre
coeur . Je voudrois le diſſimuler , que mes
démarches me trahiroient. Oui , je vous
aime , & je ne crains pas d'avoir jamais
à me repentir de l'aveu que je vous fais.
Vous avez un puiſſant Avocat auprès de
moi , votre honnêteté. Les richeſſes , les
titres , les honneurs , je les compte pour
rien ; je n'eſtime que les moeurs & la
probité. C'eſt à vous maintenant à travailler
à notre bonheur ; cette expreffion
m'eſt permife. Je vois avec le plus grand
plaiſir l'eſtime fingulière que ma famille
a conçue pour vous : elle m'eſt en quelque
forte un garant de ſon approbation.
Je n'ai jamais eu qu'à me louer de mon
père ; il a toujours cherché les occaſions
de me prouver combien je lui ſuis chère ;
il ne s'oppoſera ſans doute point au fuccès
de mes voeux. Adieu , Saint-Clair :
je voudrois pouvoir être auſſi contente
de moi que vous devez l'être ; foyez
toujours le même , & comptez à jamais
MA I. 1778 . 13
fur l'eſtime la plus vraie & ſur l'amitié
la plus tendre.
LETTRE XXII .
De Saint- Clair à Durofay.
J
E reçois une lettre de Mélanie , mon
cher Durofay ! Juges de mes tranſports !
C'eſt Mérinval qui me l'a remiſe de ſa
part. Cet aimable jeune homme , qui
doit être inceſſamment l'époux de l'amie
intime de Mélanie , eſt allié de fa famille
, & mérite à tous égards la confiance
de ſa coufine , dont il eſt en outre
le meilleur ami . Je ne faurois t'exprimer
la ſituation de mon ame à la vue de Mérinval.
Mon bonheur étoit ſi grand , que
j'avois moi -même peine à le concevoir.
Je te laiſſe à penſer s'il exiſte un mortel
plus heureux que moi. L'ivreſſe où je
ſuis ne me permet pas de t'en écrire
davantage ; je me livre tout entier à
mon amour ; je n'entends , je ne vois ,
je ne reſpire que Mélanie ; tout le reſte
m'eſt étranger. Adieu , mon cher ami ;
quelle perſpective agréable s'offre pour
14 MERCURE DE FRANCE.
moi dans l'avenir ! Ah ! ſi j'en crois le
preſſentiment qui s'empare de mon coeur ,
je n'aurai bientôt plus de voeux à former.
LETTRE XXIII.
De Constance à Mélanie.
J.■ te plains de tout mon coeur , ma
chère Mélanie ; j'avoue que ta ſituation
eſt pénible ; mais plus elle eſt embarraffante
, & plus tu dois te tenir ſur tes
gardes . Si j'ai un conſeil à te donner ,
c'eſtde ne point répondre encore à Saint-
Clair. Je crois même cet avis inutile ,
perluadée que tu t'en donneras bien de
garde. Je ne te cache pas cependant que
fi ta réponſe eſt partie, je n'aurois pas
le courage de te blâmer de ton peu de
réſolution. Je fais aimer;je fais combien
il en coûte pour ſe contraindre ; mais
plus ton amant me paroît digne de fixer
ton coeur , plus je te crois obligée d'obferver
la bienféance la plus ſtricte.On ne
doit s'eſtimer heureuſe qu'autant qu'on
peut obliger l'homme qui nous recherche
à nous reſpecter , & cela n'eſt pas diffi-
1
MA I. 1778 . .
15
cilequand on eſt inviolablement attachée
à ſes devoirs. Il eſt vrai de dire cependant
que Saint-Clair ne doit pas être mis dans
la claſſe ordinaire des hommes ; il eſt peu
de jeunes gens dont on ait autant de bien
à dire , & dont on parle auſſi avantageufement.
Tu as reçu de bons principes ,
ma chère Mélanie : élevée par une mère
tendre & fage , formée à l'école des
moeurs & de la vertu , douée de tous les
talens qui peuvent ajouter à la beauté ,
il ne te manque rien. Je ne crains pas
que tu puiſſes jamais t'oublier ; mais fouviens-
toi toujours que la décence eſt l'ornement
le plus précieux de notre ſexe ,
& que les hommes ceſſent bientôt de
nous eftimer , quand nous prêtons trop
facilement l'oreille à leurs galanteries .
Tu n'ignores pas fans doute que je
quitte après demain le couvent ; mon
mariage ne ſe fera cependant que dans
le courant du mois prochain. Je ne puis
manquer d'être heureuſe ;j'eſtime l'époux
qui m'eſt deſtiné. L'amitié de Saint-Clair
fait honneur à Mérinval , & j'eſpère que
notre hymen nepourra qu'en refferrer les
noeuds. Adieu , ma chère Mélanie ; je
compte t'embraſſer cette ſemaine.
16 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE XXIV.
De Saint-Clair à Durofay.
!
JEE pars à l'inſtant pour Vienne , où
j'accompagne M. de *** , notre Ambaffadeur
, en qualité de Secrétaire intime.
Je n'ai ni le temps de voir Mélanie , ni
d'entrer avec toi dans aucun détail. Je
ſuis comme un déſeſpéré : plains-moi ,
Duroſay ; plains ton malheureux ami ....
J'ai un certain preſſentiment .... Je ne
ſais .... Les chevaux font à ma chaiſe ;
il n'eſt plus temps de reculer.... Je pars .
LETTRE XXV.
De Saint- Clair à Mélanie.
:
JÉ vous quitte , ma chère Mélanie ,
(pardonnez cette expreffion à la douleur
qui m'accable ) je vous quitte & j'ignore
combien de temps je languirai loin de
vous. Éloigné de tout ce que j'ai de plus
MA 1. 1778 . 17
cher , que vais-je devenir ? Mérinval , qui
veut bien ſe charger de ma lettre , vous
exprimera de vive voix tous les regrets
dont je ſuis pénétré. La ſeule grace que
j'oſe vous demander en partant, la ſeule
qui puiſſe me flatter , c'eſt de daigner
adoucir quelquefois l'amertume de mes
ennuis . Adieu , mille fois , adieu , ma
chère Mélanie : à quelle épreuve cruelle
me vois-je réſervé ! Je n'ai d'eſpoir qu'en
votre commifération : ſi vous l'abandonnez
, c'en eft fait de votre malheureux
amant.
LETTRE XXV I.
De Saint-Clair à Durofay.
Je ſuis donc à trois cens lieues de tout
ce que j'aime au monde ! Un intervalle
immenſe nous ſépare ; je me trouve ſeul
au milieu de l'univers ; je ne puis me
faire à l'idée d'être ſéparé de mon reſpectable
père , d'être éloigné de Mélanie ;
&, pour comble de maux , je ne ſaisquand
finira mon exil. C'eſt à M. de la Noue
que je ſuis redevable du poſte honorable
18 MERCURE DE FRANCE.
que j'occupe ici : il l'a follicité pour moi
auprès du Miniſtre , & il ne m'a pas été
poſſible de le refufer. J'aurois pu défobliger
mon père : il n'y a point de facrifices
que je ne lui faſſe. Ce bon père ! Qu'il
doit en coûter à ſa tendreſſe de ſe ſéparer
de moi , après avoir été privé li
long-temps du plaifir de me voir ! Mais
il n'a en vue que mon bonheur & mon
avancement ; il n'a point héſité à me
laiffer partir. M. de la Noue prétend
qu'il n'y a pas d'autre moyen d'obtenir
la main de Mélanie ; il a fondé les intentions
de M. d'Héricourt , & m'a réitéré
, en partant , la promeſſe la plus
authentique , de prendre , pendant mon
abſence , les intérêts de mon amour , &
de faire enforte qu'à mon retour , qu'il
eſpère n'être pas éloigné , je fois au
comble de ines voeux. Mérinval de fon
côté peut beaucoup ſur l'eſprit de la
mère de Mélanie , qui en fait le plus
grand cas : il doit auſſi s'intéreſſer en ma
faveur ,& fes follicitations , appuyées par
M. de la Noue , ne pourront que m'être
très-avantageuſes. Tout ſe réunit enfin
pour me tranquilliſer ; mais je ſuis éloigné
de l'objet de ma tendreſſe , &l'emploi
le plus brillant n'eſt pour moi qu'un
exil infupportable.
MA I. 1778 . 19
T'entretiendrai -je du nouveau pays
que j'habite ? Te parlerai-je du jeune
Titus qui fait le bonheur de ce qui l'environne
, & qui règne par la clémence
& la vertu ? Que pourrai-je te dire de
l'auguſte mère de notre jeune Reine ? II
ne m'appartient pas d'eſquiſſer le tableau
touchant des vertus &de la bienfaiſance
qui lafont marcher de paire avec les plus
grands Rois. Je laiſſe à des mains plus
dignes que la mienne de s'occuper d'un
travail auſſi intéreſſant , le ſoin de tranfmettre
à la poſtérité la peinture touchante
de la magnanimité qui les caractériſe.
J'ai reçu de ces auguſtes Souverains l'accueil
le plus gracieux , & je me féliciterois
fans doute du fort qui m'a conduit
dans le ſéjour qu'ils embelliffent par leur
préſence , fi mon coeur n'avoit rien à
defirer ; mais , hélas! il s'en faut de beaucoup
qu'il foit fatisfait. Viens à mon fecours
, Durofay , j'ai besoin de confolation
: encourage ma vertu chancelante
& tâches , par tes conſeils , d'alléger le
poids de mes maux.
20 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE XXVII .
م
De Mélanie à Saint- Clair.
V
OTRE lettre m'a ſurpriſe autant qu'af
fligée : cependant je vous exhorte à montrer
de la fermeté. Faut-il que ce foit
moi qui vous encourage ? Ah ! Saint-
Clair , eſt-ce là ce que je devois attendre
de vous ? La fimplicité de vos démarches,&
la candeur qui règne dans toutes
vos actions , m'engagent de plus en plus
à vous ouvrir mon ame ſans réſerve :
c'eſt votre amie , c'eſt votre meilleure
amie qui va vous parler. Soyez homme ,
Saint-Clair ; & s'il eſt vrai que vous
m'aimiez comme vous le dites , & comme
je n'en fais aucun doute , il faut m'en'
donner la preuve. Je ne vous cacherai
point que ce n'eſt que par le chemin de
la gloire que vous pourrez parvenir à ma
main. Vous l'avez ſans doute entendu
dire: mon père eſt ambitieux ; cette pafſion
, quelquefois fi pernicieuſe , n'a rien
-de condamnable quand elle a pour baſe
cette noble émulation qui conſtitue le
MA I. 1778 . 21

bonheur & l'avantage de la Société.
N'abandonnez jamais la carrière de la
gloire , & ne faites point de ſacrifices à
l'amour. Je ne vous en aimerai pas davantage
, parce que cela m'eſt impoſſible ;
mais mon eſtime augmentera en raiſon
des efforts que vous ferez pour la mérirer.
Telle eſt la loi que je vous impoſe.
Jugez de ce qu'il m'en coûte pour vous
parler ainfi . Soyez tranquille , & ne
craignez point que mon coeur puiſſe
jamais changer. Je vous aime , & c'eſt
pour la vie. Je l'avoue hautement , parce
que je vous crois vertueux. Si votre ame
étoit capable de changer , je vous aimerois
peut-être toujours ; mais je ceſſerois
à coup fûr de vous eſtimer. Adieu , mon
cher Saint-Clair ; croyez que j'adoucirai ,
autant qu'il dépendra de moi , les ennuis
de votre exil , & ne doutez pas de la
ſatisfaction avec laquelle je vous reverrai
: mais n'oubliez jamais que le devoir
doit l'emporter ſur l'amour.
22 MERCURE DE FRANCE.
E
LETTRE XXVIII.
De Mérinval à Saint- Clair.
J touche au moment d'être heureux ,
mon cher ami ; & comme je ne doute
pas de l'intérêt que tu prends à mon
fort , je m'empreſſe de t'annoncer le
ſuccès de mon amour. Demain je ſerai
l'époux de Conſtance ; demain je ferai
le plus heureux des hommes. Ce n'eſt
ni l'intérêt , ni l'ambition qui ont tiffu
les noeuds que je vais former. La tendreſſe
la plus pure préſide à notre union ,
& l'eftime en refferre encore les liens .
Quand tu connoîtras le digne objet de
mon amour , tu ne pourras qu'applaudir
à ma flamme , & me féliciter fur mon
choix. Je ceſſe de t'en entretenir , dans
la crainte que tu ne t'égaies à mes dépens
, & que tu ne me foupçonnes d'en
parler comme un amant , c'est- à-dire
comme un mauvais juge en pareille matière.
Je quitte à l'inſtant Mélanie : plus je
la vois , & plus elle me paroît digne de
,
MA 1. 1778 . 23
l'hommage des coeurs vertueux. C'eſt
une créature céleſte , & dont l'ame eſt
mille fois au -deſſus de la beauté. M. de
la Noue a de fréquens entretiens avec
fon père. Nous ſoupçonnons qu'il eſt
queſtion de toi , & nous eſpérons que le
fuccès couronnera notre attente. Nous
n'en jugeons cependant que par conjectures.
Tu fais que M. d'Héricourt eſt
impénétrable ; mais la gaîté & la fatiffaction
qui brillent ſur ſon viſage , confirment
nos ſoupçons. Conſtance veut
abſolument que Mélanie inſtruiſe ſa
mère de ton amour , & je t'avoue
que je ſuis de ſon avis. Madame
d'Héricourt eſt une mère tendre &
reſpectable , qui ne veut que rendre
ſa fille heureuſe , & qui mérite toute
ſaconfiance . Ellela lui doit à tous égards ,
& ne pourra qu'en tirer le plus grand
avantage. Madame d'Héricourt , ſoit dit
fans compliment , ne peut choiſir pour
ſa fille un époux qui ſoit plus digne
d'elle . D'ailleurs , tu es trop bien dans
fon eſprit pour craindre qu'elle s'oppoſe
au bonheur de ſa fille. Sois perfuadé ,
mon bon ami , que nous nous intéreſſons
tous à ton fort , & qu'il ne tiendra pas
à nous que tu ne fois bientôt heureux,
1
24 MERCURE DE FRANCE.
Adieu , mon cher ami ; je vole auprès de
Conſtance qui m'attend.
LETTRE XXIX.
De Durofay à Saint-Clair.
T
u veuxque je te plaigne , Saint-Clair ,
&je ne puis que te féliciter. Celangage
ne doit pas te paroître nouveau ; tu fais
comme je penſe. Je conviens qu'il eſt
cruel d'être éloigné de ce qu'on aime ;
mais quel eſt l'homme qui n'a pas , dans
le cours de ſa vie , quelques légers facrifices
à faire ? Et d'ailleurs , de quoi te
plains-tu ? A vaincrefans péril , on triomphefans
gloire. Je ne vois rien de déſeſpérant
dans ce qui t'arrive ; au contraire
, je regarde cet événement comme
très - avantageux pour toi. Tu es aimé de
la femme la plus tendre & la plus reſpectable
: ton père approuve ta flamme , &
tes amis ſe réuniſſent pour aſſurer le ſuccès
de ton amour. La route que tu fuis
eſt ſemée de rofes , & je ne vois pas en
quoi ta deſtinée eſt ſi cruelle. Combien
d'êtres plus infortunés mille fois ,& qui
ne
MAI. 1778 . 25
ne ſe plaignent pas ! Jeune homme , élevez-
vous au-deſſus de vous-même , &,
quelque choſe qui vous arrive , ne montrez
pas la pufillanimité d'une femme.
Eh ! que feroit-ce donc , ſi vous étiez
malheureux ? Que feriez-vous , ſi vous
aviez un rival d'autant plus dangereux
qu'il auroit du crédit ? Que devienderiezvous
, fi vous n'étiez pas aimé de Mélanie;
ſi les vues de vos parens ou d'autres obftacles
s'oppoſoient à vos deſirs ; ſi la
fortune vous traitoit avec rigueur , s'il
ne vous reſtoit enfin aucun eſpoir ?
Allons , mon ami, du courage : faut-il
donc ſe laiſſer abattre pour un mal pafſager
? Il ne faut écouter que la voix de
l'honneur , &ne ſuivre que le ſentier de
la gloire. L'amour n'eſt véritablement
eſtimable que lorſqu'il élève l'âme ; il
doit encourager à la gloire , c'eſt alors
qu'il devient une paſſion ſublime &
digne des coeurs les plus généreux. Tu
trouveras fans doute ma morale un peu
ſévère ; mais elle est vraie & confolante.
Je t'exhorte à t'armer d'un nouveau courage
, & à fouler aux pieds le dégoût &
l'ennui qui commencent à s'emparer de
ton coeur. Rougis de ta foibleſſe ; triom-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
phe , & c'eſt alors que tu mériteras
d'être heureux.
LETTRE XXX.
De Mélanie à Saint- Clair.
JE ne crois pas , mon cher ami , que
vous puiffiez déſapprouver la démarche
que je viens de faire; elle ne peut que
vous donner une nouvelle preuve des
ſentimens que j'ai conçus pour vous. La
tendreſſe de ma reſpectable mère , ſon
indulgence & fes bontés , dont je reçois
tous les jours les témoignages les plus
doux , doivent aſſez me juſtifier. Je lui
ai tout découvert : ma confiance a paru
lui faire le plus grand plaifir , & l'a vivement
intéreſſée en notre faveur. Elle
m'a avoué qu'elle ſeroit charmée d'avoir
ungendre auſſi aimable que vous paroif
ſez l'être ; je tranſcris ſes propres paroles.
Jugez , mon bon ami , combien j'ai lieu
d'être fatisfaite. M. & Madame de Mérinval,
car vous n'ignorez pas fans doute
qu'ils font unis, ont plaidé notre cauſe
avec beaucoup d'éloquence , & n'ont
1
MA I. 1778 . 27
rien omis pour embellir la vérité de tous
les ornemens qui pouvoient en rehauffer
leprix. Ma mère voudroit déjà nous voir
unis ; mais elle craint que mon père n'ait
des vues pour mon établiſſement. Renfermé
dans lui- même , il ſe communique
peu ; il n'eſt pas facile de le pénétrer
,& ſes amis même ſont quelquefois
embarraſſés quand il s'agit de le deviner.
Ma mère m'a raſſurée cependant , & m'a
promis d'employer tout fon crédit pour
que nous n'éprouvions aucunes traverſes .
Elle compte d'autant mieux réuffir ,
qu'elle ne croit pas que mon père puiſſe
trouver un parti plus avantageux. Elle
m'a même flattée que , ſi le ſuccès répondoit
à ſon eſpoir , l'hiver ne ſe paſſeroit
pas ſans que nous fuſſions unis. Elle
eſt charmée que nos intérêts ſoient entre
les mains de M. de la Noue , à qui mon
père ne refuſe rien : elle ne doute pas
enfindu ſuccès de ſes démarches. Je me
fuis jetée à fon cou ,& nous avons toutes
deux répandu quelques larmes que nous
avons confondues. Faites- vous une idée
de la ſituation délicieuſe que j'éprouve
&jugez par vous- même combienmon
âme eſt tranquille. Puiſfiez - vous être
auffi fatisfait que je le ſuis! Adieu, mon
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
bon ami. Voilà bien des détails ; j'ai
préſumé qu'ils ne pourroient que vous
intéreſſer ; tout autre les trouveroit fans
doute ennuyeux ; mais rien n'eſt indifférent
quand on aime.
La fuite au Mercure prochain.
LES DEUX MOI ,
ÉPITRE à Madame la Comteſſe de ***,
:
"
J'AAVVOOIISS reçude laNature
Un aſſez bon préſent, un Moi ,
Qui , fans fiel & ſans impoſture ,
Aſes amis gardoit ſa foi ,
Et qui voguoit à l'aventure ,
Avec le ſeul plaiſir pour loi ,
Sous le pavillon d'Épicure,
Ce Moi , dans la fleur de ſes ans ,
Al'humeur libre & cavalière ,
Au coeur vif, aux goûts inconftans ,
Entre les Muſes &Glycère ,
Qui le grondoient de tems en tems ,
Côtoyoit des écueils charmans ,
Sur la route cherchoit àplaire , i
MA I. 1778. 29
:
Et, dans ſes doux égaremens ,
Du but ne s'embarraſſoit guère.
Sans aucun projet , ſans tourment ,
Et ſans richeſſe , & fans envie ,
Il commençoit affez gaiement
Ce joli rêve de la vie ,
Que tant d'autres font triſtement.
D'une âme errante & fortunée ,
Il ſuivoit les rians travers ,
Et demandoit par fois des vers
A ſa Muſe aux jeux deſtinée ,
Dont l'Amour répétoit les airs ,
Qui fâchoient un peu l'Hymenée;
Quand tout-à-coup un autreMoi,
Franc étourdi , foi- diſant ſage ,
En public , fans ſavoir pourquoi ,
S'envint riſquer fon étalage.
De jour en jour il ſe perdoit ,
Enn'écoutantque ſes caprices ,
En inventant quelques malices ,
Ouquelques tours qu'on lui rendoit.
Il expioit chaque ſaillie ,
Et vit bientôt, dans ſes gaietés ,
Sa frêle exiſtence afſaillie
De cent braves très- irrités.
Voilà-t- il pas ce Moi cauſtique ,
Enfant très-mal moriginé ,
:
:
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Qui , pour la guerre ſe croitné ,
Et qui prend la choſe au tragique !
Sur le Parnaffe il va courant,
Armédu ſtyler ſatyrique ;
Etje ris en conſidérant
Ce que , dans ſon accès critique,
Ce chien deMoi belligérant ,
Fit ſouffrir auMoi pacifique.
Mais à la fin , ce Roi des Foux
Eſt revenu de ſon délire .
Zelmis , il vous a vu ſourire ,
Etj'ai vu ceſſer ſon courroux.
Déjà viennent s'offrir à vous ,
Soumis tous deux au même empire ,
Les deux Moi, le vif& le doux :
Ils n'ont d'autre loi que la vôtre ;
Enchaînez l'un à vos genoux ,
Et faites le bonheur de l'autre.
Par M. Dorat.
1
LA BERGÈRE ET LA BREBIS.
THI
Apologue tiré du Grec.
HISI'S , jeune&tendreBergère,
Promenant un jour ſon troupeau ,
MA I. 1778 . 31
Rencontre un foible Louveteau
Qu'avoit abandonné ſa mère.
Hélas!dit-elle, il va périr !
Elleappelle auſſi-tôt ſa Brebis la plus chère ,
Le lui montre , & lui dit qu'il faut le ſecourir.
Quoi ! vous voulez que, pour vous plaire,
J'offre mon lait au monſtre dont le père
A, ſans pitié, dévoré mes enfans ?
Vous le verrez de ſa dent meurtrière ,
Lui-même lepremier me déchirer le flane.
Non, tu ſauras changer ſon caractère ;
Unjour il ſentira le prix d'un ſi beau trait :
Mais dût- il être ingrat , ma chère ,
Apprends toujours qu'on trouve ſon ſalaire
Dans le plaifir d'avoir bien fait.
ParM. Dareau.
QUATRAIN
CONTRE
CONTRE l'amour , Beautés rebelles ,
En vain formez-vous des projets.
Veut- on fuir ? l'Amour a des aîles :
Veut-on combattre ? il a des traits.
Par M. Maréchal.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
LE FAT CORRIGÉ .
Histoire morale.
LaMarquiſe deValcroiffant étoit veuve;
elle avoit été unie par convenance , à l'âge
de ſeize ans , à un homme de cinquantecinq
; auſſi le mariage eut pour elle peu
d'attraits. Son mari avoit un défaut alfez
ordinaire à fon âge , il étoit jaloux. Loin
de l'irriter en le tournant en ridicule ,
la Marquiſe de Valcroiſſant avoit des
égards pour une foibleſſe que la méfiance
de fon mérite faifoit naître. C'eſt pourquoi
elle vivoit fort retirée ,& ne voyoit
que très-peu de monde , malgré le goût
qui l'y portoit. Aufli s'y livra-t-elle après
lamort de fon mari , dès qu'elle put le
faire avec décence.
LaMarquiſe de Valcroiſſant , qui avoit
beaucoup d'eſprit , étoit moins jalouſe
de le faire briller que celui des autres :
elle y réuſſiſſoit ſi bien , qu'on ſe plaifoit
beaucoup avec elle. Sa maiſon étoit le
rendez-vous de la meilleure compagnie ,
dans ſes affemblées , la méchanceté en
MA 1. 1778 . 33
étoit bannie: on n'y diſoit que des faillies
, des bons mots agréables. Le badinage
y étoit léger & bien foutenu ; les
difputes littéraires ſans aigreur ; les jugemens
ſans partialité.
La Marquiſe de Valcroiſſant n'avoit
aucune prétention ; auſſi étoit-elle chérie
des femmes , qu'elle aimoit ſincèrement.
Elle avoit beaucoup d'amis , & elle le
méritoit ; mais elle n'avoit pas un amant ,
quoique d'un âge & d'une figure féduiſante.
En cela rien d'étonnant ; elle n'étoit
ni prude ni coquette ; elle étoit feulement
femme raisonnable ; & les hommes
qui n'ontde l'amour que par intérêt,
ne peuvent rien ſur ces femmes qui ne
font point crédules , & auprès deſquelles
il n'y a nulle reſſource. Le Comte de
Belmont , feul ami à qui le mari de la
Marquiſe de Valcroiſſant n'avoit pas interdit
ſa maiſon , étoit fon plus zélé
admirateur : il avoit un défaut qui faiſoit
honneur à ſon caractère ; il exaltoit ſes
amis , les louoit avec outrance , au point
qu'il en fatiguoit tout le monde. C'étoit
toujours le dernier qu'il vantoit le plus.
Le Vicomte de Vaucouleurs étoit le
Héros du jour ; il ne ceſſoit de louer fon
eſprit , ſes talens , ſa figure , & fur-tout
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
le don qu'il avoit de ſubjuguer les femmes
, &il prétendoit qu'il les avoit toutes.
Le Comte de Belmont, bien perfuadé
de ce qu'il diſoit du Vicomte de Vaucouleurs
, & voulant avoir le fuffrage de
la Marquiſe de Valcroiſſant , n'eut de
ceffe qu'il n'eût obtenu d'elle la permifſion
de le lui préſenter. Cet agréable ſi
vanté parut. Il étoit ſi fluet , qu'un fouffle
l'eût jeté à terre : il avoit beaucoup de
fatuité ; fon efprit étoit orné ; il poffédoit
ce ton qu'on acquiert dans la bonne
compagnie , duquel on abuſe ſouvent
pour dire de jolis riens avec un air d'importance.
Il ſavoit plaiſanter ; ſes ironies
étoient délicates & point méchantes. Il
étoit infatué de ſon très-petit mérite ,
qu'il croyoit être fublime , & il méprifoit
celui des autres. Malgré toutes les qualités
qui forment le jeune homme le
plus à la mode du ſiècle , il ne réuſſit pas
chez laMarquiſe de Valcroiffant. On ne
l'abusa pas , & on lui fit voir que fes
charmes étoient en défaut. Notre petitmaître
réſolut de s'en venger en fubjuguant
quelque femme de la ſociété. Il
dreſſa ſes batteries ſur la Comteſſe de
Perſac. Jeune , belle , faite pour plaire ,
elle prenoit autant de ſoin a remplir fes
MAI. 1778 . 35
devoirs , qu'on en prend ſouvent pour
s'en affranchir. Elle préféroit le titre
d'épouſe fidelle & de mère tendre , à
celui de femme galante. Elle aimoit uniquement
fonmari , qu'on n'en jugeoit pas
digne , & à qui l'on ſoupçonnoit mille
défauts , & cela parce qu'il avoit une
jolie femme. Les tentatives du Vicomte
de Vaucouleurs furent vaines , malgré la
complaifance qu'il eut de faire pour elle
des frais ; ce qu'il diſoit ne jamais lui
arriver , car c'étoit ſans y prétendre qu'il
ſubjuguoit les femmes. Notre fat voyant
ſes tentatives vaines , ſe tourna du côté
de la Marquiſe de Valcroiſſant. La conquête
d'une femme raiſonnable lui parut
importante ; il eſpéra y parvenir en ſe
contraignant: ce fut en vain. Cependant,
comme la Marquiſe de Valcroiffant
qui avoit l'humeur douce , ne le traitoit
pas aufli mal que l'avoit fait la Comteſſe
de Perſac , il en conçut les plus belles
eſpérances ; mais las de feindre , il reprit
fon naturel avantageux , & parloit fans
ceſſe de ſes bonnes fortunes ( foit dit en
paſſant , c'eſt bien mal s'y prendre pour
faire fa cour aux femmes ). La Marquiſe
de Valcroiſſant réſolut de le corriger. En
vainelle employa le raiſonnement : elle
2
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
commençoit déjà à déſeſpérer de fon entrepriſe
, lorſqu'elle trouva moyen de le.
convaincre de fauſſeté. Le Vicomte de
Vaucouleurs , qui la preſſoit vivement ,
voulant tenter un dernier coup de main ,
lui fit l'énumération de toutes les femmes
qui avoient eu part à ſes faveurs ; lui dit
qu'elle étoit au-deſſus de toutes celles- là ,
& qu'il lui offroit de lui remettre les
lettres qu'il en avoit reçues . La Marquiſe
demanda ſeulement à voir celles de la
Baronne de Mortanne , qui étoit d'une
figure charmante , dont la réputation
étoit des meilleures , & qu'elle connoiffoit.
Le Vicomte de Vaucouleurs les lui
promit. Le lendemain il les lui apporta
avecbeaucoup d'empreſſement. La Marquiſe
de Valcroiffant ayant reconnu que
ce n'étoit point fon écriture , & que c'étoit
des lettres ſuppoſées , lui fit les plus
vifs reproches. Il ne tiendroit qu'à moi ,
lui dit-elle , de vous déshonorer en publiant
tout ceci ; mais je pardonne à votre
âge une imprudence qu'un jour votre
coeur vous reprochera. Quand vous aurez
atteint l'âge de trente ans , vous rougirez
alors de vos étourderies ; vous ferez plus
difcret ſur la réputation des femmes , &
vous ménagerez celles que vous ne con
MA I. 1778 . 37
noiſſez pas. Ce diſcours fit effet ſur le
Vicomte de Vaucouleurs : il ſe jeta aux
genoux de la Marquiſe de Valcroiffant ,
la remercia de lui avoir deſfillé les yeux ,
& lui promit d'abjurer ſa fatuité. Il la
ſupplia auſſi de l'aider de ſes conſeils ,
& de trouver bon qu'il continuât à la
voir. Tout lui fut accordé.
Le Vicomte de Vaucouleurs changea
totalement de conduite. Il ne fréquenta
plus que des compagnies choiſies ; il refpecta
les femmes , & ne s'enorgueillit
plus de leurs conquêtes. Enfin , il devint
ſi raifonnable , & fut tellement plaire à
la Marquiſe , qu'ils ſe marièrent enſemble.
Ni l'un ni l'autre n'eurent à ſe plaindre
de leur union. Leurs jours furent un
tiſſu de plaifir & de bonheur.
A M. le Comte de TRESSAN.
MAIS AIS comment écrire à Paris ?
Toujours le Dieu des Vers aima la ſolitude :
Dans cet enchaînement d'amuſemens ſuivis
De choſes & de riens unis ,
Oùtrouver le filence , où fuir la multitude ?
1
38 MERCURE DE FRANCE.
Comment être ſeul à Paris ?
Pour cueillir les lauriers & les fruits de l'étude ,
Aux premiers rayons du Soleil ,
Jeveuxdès ſon coucher me livrer au ſommeilz
Je me dis chaque jour que la naiſſante Aurore
Ne retrouveras pas mes yeux appeſantis ,
:
Dix fois je me le ſuis promis.
Je promettrai dix fois encore :
Comment ſe coucher à Paris ?
On veut pourtant que je réponde
Aubadinage heureux d'une Muſe féconde;
On croitque lesVers ſont des jeux ,
Etqu'on parle en courant le langage des Dieux ,
Comme onperfiffle en ce bas Monde.
Par lesGrâces, dit-on , ſi vos jours ſont remplis ,
Par les Muſes du moins commencez vosjournées :
Oui , fort bien ; mais est-il encor des matinées ?
Comment ſe lever à Paris ?
Desyeux fermés trop tard par le peſant Morphée,
Sont- ils ſi promptement ouverts ?
De l'antre du ſommeil paſſe-t-on chez Orphée ,
Et du néant de l'âme à l'eſſor des beaux Vers ?
N'impotte cependant , malgré l'ombre profonde
Qui couvre mes yeux obſcurcis ,
Dèsque je me réveille, à peine encore aumonde,
Je m'arrange , je m'établis
Dans le filence& le myſtère ,
MA I. 1778 . 39
Aucoind'un foyer ſolitaire ,
Je me vois librement affis .
LeCiels'ouvre, volons, Muſe, oublions la terre :
Je vais puiſer au ſein de l'immortalité
:
Ces Versfaits par l'Amour , ces préſens du génie ,
Etdignesd'enchanter par leur douce harmonie ,
Les Dieux de l'Univers , l'eſprit & la beauté,
Enflammé d'une ardeur nouvelle ,
Déjà je me crois dans les Cieux ;
Déjà ... Mais quel profane à l'inſtant me rappelle
Aux mépriſables ſoins de ces terreſtres lieux ?
Quel inſecte mortel vient m'arracher la rime ? ...
Bientôt mon Cabinet eſt rempli de fâcheux ;
Les Brochures du jour & mille autres Pancartes ,
Des Vers , des Lettres & des Cartes ;
Il faut y répondre à la fois :
Bientôt il faut fortir , l'heure est évanouie.
Muſes , remportez vos crayons.
Dans l'hiſtoire d'un jour , voilà toute lavie3
Juſqu'en nos changemens tout eſt monotonic:
Comment donc rimer à Paris ?
ParM. Greffet.
:
40 MERCURE DE FRANCE.
RÉFLEXIONS de Mademoiselle D ** ,
furfes onze ans.
J
EUX innocens , doux riens , aimables bagatelles,
Ne vous laſſez jamais de faire monbonheur ;
Mais quoi ! déjà vous agitez vos aîles !
Penſeriez - vous à ſortir de mon coeur ?
De mon âme qui veut éclore ,
Ah! prolongez le doux ſommeil !
Tâchez qu'elle repoſe encore ,
Le chagrin l'attend au réveil.
Humeur , caprice , jaloufie ,
Regrets , larmes , ſoupirs , dépit ,
Hélas! n'ont point troublé ma vie :
On prétend qu'un moment ſuffit.
De la raiſonje crains l'empire ,
On la peint toujours en grondant.
Quoi ! faudra- t- il à chaque inſtant,
Nous bouder ou nous contredire ?
Enfin , fi je vois les Amours
M'amener le deſir de plaire ,
MA 1. 1778 . 4
Deis-je fuir ou reſter ? Que faire !
Accourez vîte à mon ſecours .
Ils ont fi bien l'art de ſéduire !
Mais... s'ils venoient pour m'enchaîner !
S'ils venoient , ô Ciel ! pour me nuire !
Ah ! n'allez pas m'abandonner.
Eh quoi ! déjà vous agitez vos aîles!
Penſeriez - vous à ſortir de mon coeur ?
Jeux innocens , doux riens , aimables bagatelles ,
Ne vous laſſez donc point de faire mon bonheur.
Par M. de G.... y.
SUR LA BEAUTÉ.
L
BEAUTÉ , fatal préſent des Dieux !
Les peines ſont votre partage.
Vous armez un ſexe envieux :
Fixez-vous un ſexe volage ?
Par Madame la Comteſſe de Beauharnois,
MERCURE DE FRANCE.
VERS
SUR lafituation de NAPLES & defes
environs.
COMBIEN
OMBIEN le jour eſt beau dans ce brillant lointain!
Que j'aime à contempler l'aurore renaiſſante
De roſes parfemer cette mer rougiſſante !
Quel'air eftdoux & pur , que le Ciel eſt ſerein!
Au bruit impétueux de l'onde qui murmure ,
Quittons ſans différer le duvet corrupteur ;
Contemplons lesbienfaits de l'auguſte Nature,
Etdans cegrand ſpectacle admirons ſonAuteur.
Quand de l'aſtre du jour la belle avant-courière,
Deſes rayons légers vient effleurer la terre ,
Que de riches objets , confufément épars ,
Enchantent à la fois mes avides regards !
Dans ces lieux que j'habite , au pied de mon
aſyle ,
L'onde écume& ſe briſe en longs mugiſſemens ;
Je vois fuir les Vaiſſeaux , & le Pilote habile ,
Dans la voile flottante , empriſonner les vents.
Envain ces monts brûlans renferment le tonnerre;
ΜΑ Ι. 1778 . 43
En vain l'Enfer s'épuiſe en efforts ſuperflus ,
Et par de noirs volcans nous déclare la guerre :
Véſuve! tes horreurs ſont des beautés de plus.
Nonloindeton foyer , à jamais redoutable ,
On a vu s'élever un Palais faſtueux;
Au ſein de la grandeur , que le goût rend aimable,
Portici ,dès long-tems ,ſemble braver tes feux.
Rienn'y flétrit les dons que laNature étale ;
Elle ſembley fixer ſes riantes douceurs.
Enſortantde ſon lit , l'Amante de Céphale
Yvoitpar-tout les fruits mûrir parmi les fleurs.
Borée, au front neigeux , d'une haleine inconf
tante,
N'y trouble point le fort de ces heureux climat;
Le Zéphir les défend de la chaleurbrûlante ,
Et , fidèle à leur fol, en bannit les frimats.
Heureux qui , par l'attrait d'une âme libre& pure,
Oppoſantun frontcalme aux volages deſtins ,
Exempt d'ambition , Amant de la Nature ,
Dans ces lieux enchantés coule ſes jours ſereins !
Qui, loindu bruit des Cours, des ennuis de la Ville,
Au ſein de l'amitié peut terminer ſon ſort ;
Qui voit, ſans s'effrayer , l'approche de la mort...
Et rêve ſur la tombe où repoſe Virgile !
ParM. le Comte d'Hurtig , au pied du
Paufilype , au bord de la Mer.
1
44 MERCURE DE FRANCE.
Explication des Enigmes & Logogryphes
Le
du ſecond Volume d'Avril 1778 .
E mot de la première Enigme eſt
Armoire; celui de la ſeconde eſt Soufflet;
celui de la troiſième eſt le Cochon ; &
celui de la quatrième eſt la Crêche. Le
mot du premier Logogryphe eſt Armoire,
où fe trouvent air , aire , Rome , Mer
arme , or amer , ame , ami , mari ,
Roi , Maire , Emir , oie , orme , ré ,
mi , Omar , rime , More , raie , moire ,
marre , Marie; celui du ſecond eſt
Hiſtoire , où l'on trouve iris , ris , Roi,
rose , foie , Héros , trois , ré , ſi , or ,
oie , Troie ; & celui du troiſième eft
Mousquetaire , où se trouvent mousquet ,
fer , mer, air , muet , musique.
MA 1. 1778 . 45
ÉNIGME.
Ου
jeſuisfaite
en coeur, ou quarrée, Oubien
ronde ,
Convexe vers le centre ,& creuſe aſſez ſouvent :
D'ordinaire je ſersà brune commeàblonde ,
Ala prude & coquette , aux hommes rarement.
:
Chez les unes je ſuis ſuſpendue& cachée.
Mais leur deviens-je utile , on me tire au grand
jours
Mon ſervice fini , de nouveau renfermée,
Je ſuis , juſqu'au beſoin , dans mon obfcur féjour.
Chez d'autres , plus gaiement , j'habite la toiletre.
Je vois à mes côtés les effences , les fleurs ,
Et tous les faux attraits de la vaine coquette :
Là , jamais je ne ſuis qu'agréables odeurs .
Chez moi jamais il n'entre êtres de ma nature .
L'on enfonce à moitié , quelquefois juſqu'au col.
Je varie en couleur ; mais double eſt ma figure ,
Et mon dedans toujours à peine vaut un fol.
46 MERCURE DE FRANCE.
J'aime mieux quand on fort, Lecteur, que quand
on entre.
De mon ſincère aveu tu pourras t'étonner ;
Mais quand tu connoîtras ma nature & mon centre
, ....
Tu m'achète , te dis-je , & c'eſt pour medonner.
Par M. Labrouchefils , de Dax.
4 AUTRE.
Je ſuis un être formidable ,
Sans eſprit ni corps exiſtant ;
Mon nom ſeul eſt épouvantable ,
D'effroi l'on me nomme ſouvent.
Manaiſſance eſt inévitable ,
Par- tout j'imprime la terreur ;
Ma préſence eſt très-dommageable ,
Et je laiſſe après moi l'horreur.
Parlemême.
MA I. 1778 , 47
QUOIQUI
AUTRE.
VOIQUE iſſus tous les deux de la même ori
gine ,
Mon frère & moi , pourtant, nous différons de
mine.
Onnous fent , chaque année, exerçant nos ri
gueurs :
On nous aime , on nous hait , c'eſt ſelon les hur
meurs;
Car l'un , en aucun point , à l'autre ne reſſemble ,
Etjamais , cher Lecteur , l'on ne nous voit enſemble.
L'unde l'autre éloignés , nous vivons nuit &jour;
Mais dans chaque climat l'on nous fent tour-dtour.
Dans l'empire de l'un , l'autre parfois ſe montre ;
Mais l'un toujours de l'autre évite la rencontre.
Il ſemble que tous deux nous faſſions , de dépit ,
L'inverſe l'un de l'autre. Or , tel eſt notre eſprit.
L'autre détruit parfois ce que l'un fit éclorre ,
Et réciproquement l'un fuit l'autre & l'abhorre
A ſe contrarier chacun met ſon crédit ,
Lebien que l'autre a fait , l'un ſouvent l'abolit
48 MERCURE DE FRANCE.
Il règne entre nous deux une haine éternelle ;
Nous ne faurions nous voir, l'antipathie eſt telle
Que ſi ,l'un avec l'autre , on veutnous réunir ,
Sans un danger certain l'on n'y peut parvenir :
Mais tant que nous avons notre première force ,
Avec bruit & fracas nous faiſons prompt divorce :
Si l'on inſiſte , alors l'un à l'autre on ſe nuit
De plus en plus ; enfin , l'un par l'autre eſt détruit.
Lon ne ſent plus de l'un la rigide préſence ,
Et l'autre indique à peine une foible exiſtence.
Parlemême.
DES
AUTRE.
Es inſtrumens je ſuis le plus nuiſible ;
Voyez ce que de moi dit & redit la Bible.
C
ParM. deBouffanelle , Brigadier
des Armées du Roi.
:
LOGO GRYPHE.
ROMANCE
:
Imitéede l'allemanddeM.leBaron de Cronegh,
avecaccompagnementde Guitarre ,
ParolesdeMLaus deBoissy,
Musique deM. Pean maître de Guitarre ,
+
Mai
Tristes echos re:pe=ter
4778.
1778.
mes accens, vous, cher's agneaux,bondis:
sez sur Ther-bet...te, laissez mon
coeur soupiFrreerr ses tourmens;
par laplainte
on soulage u-ne dow-leur se
cre-te:n'auraije aucun re:pos même
au sein des forêts!Amour fus
apresent,ou bien ne fuasjamais.
MA I. 1778 . 49
LOGOGRYPΗ Ε.
JE ſuis parfois d'une étrange ſtructure ,
Deux phalanges , fix pieds, compoſent ma figures
Tantôt quarré , plus ſouvent rond,
Onpeut me dire & concave & convexe ,
Je fers à l'un & l'autre ſexe;

De plus l'on trouve en moi du fond.
Si , ſous un aſpect favorable ,
Je deviens le prix du ſavoir
Pourquoi ce Maître inexorable -
Fait-il à cet enfant une honte à m'avoir
Vu d'un côté , la plus belle parure
Sans moi n'a rien que d'indécent ;
Et fi je change ma tournure ,
Onſe ſertpeude moi , ſi ce n'eſt en dormant ;
Orné de diamans , ainſi qu'un diadême ,
Je me ſurprends ici de grandeurs entouré.
Mais Ciel ! quel changement extrême !
Eſt-ce moi qui, craſſeux,d'un vilain poil fourré? ..
Oui, c'eſt bien moi , ma figure est lamême.
Mon tout ſe trouve affez communément ,
Mes deux moitiés fort rarement ;
Et & Satan cût eu ma première phalange ,
C
O MERCURE DE FRANCE.
1
Il n'auroit point été combattu par l'Archange ,
Il n'auroit point été précipité.
Quedis-je ? auſſi tout mauvais Ange
Ne peut l'avoir pour qualité ;
Ma ſecondemoitié par-tout eſt deſirée ,
Etde chacun conſidérée :
2 Sans elle point de beau manoir.;
Mais comme il faut être fidèle ,
Et dire tout , on aime peu la voir
Dans un endroit que gouſſet on appelle..
Mon cher Lecteur, ne t'inquietre pas
Après ſouper sûrement tu m'auras.
f
Par M. Gazil fils.
1.
QUANDje
AUTRE.
parle, l'Athée inquiet , combattu ,
Cherche en vain du courage , & croit à la vertu ;
Mon Trône eſt dans les airs ; une vapeur groſſière
Me donne l'existence au sein de la lumière.
Sans me décompofer , je ſuis une Cité
Où circule à plaiſir des vins le plus vanté.
Demesbuit pieds complets , prenez une partie ,
J'enfermedans mes flancs une douce ambroiſie ;
De plus , les trois premiers font voir à l'oeil , je
croi ,
!
MA 1. 1778 .
Ce que hauſſent les uns , ce que baiſſent les autres
,
Ce qui fait lamuſique. Apréſent brouillez -moi ,
Ehbien ! qu'y verrons- nous, Meffieurs les bons
Apôtres ?
Attendez , vous verrez un des quatre Élémens ;
Allezà reculonjuſques aux premiers ans ,
Il ne tiendra qu'à vous d'y voir un Patriarche
Qui ſauva notre eſpèce enſe mettant dans l'Arche.
Je me tais , c'eſt aſſez ; je ſuis clair pour le coup ,
Etl'on peut deviner ſans ſe gêner beaucoup.
Par M. Elvi.
J
AUTRE.
E dois ma renommée à celle d'Annibal ;
Mais je change de fort contemplé par derrière :
Avec un pied de moins , vu de cette manière ,
Je ſuis un Patriarche , & père ſans égal.
ParM. de Lanevère , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax.
A
Cij
5. MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Daminville , Anecdote; faire des Épreuves
du Sentiment, par M. d'Arnaud :
in-8 °. Prix 3 liv. br. A Paris , chez
Delalain , Lib. rue & à côté de la
Comédie Françoiſe , 1778 .
د
DAMINVILLE, jeune homme doué des
plus belles qualités , vertueux , ſenſible ,
bienfaifant , eſt fils de Monſorin , homme
riche , avare & dur , qui ne connoît
d'autre bien , d'autre vertu d'autre
titre , d'autre bonheur que les richeſſes .
Daminville a vu à la promenade l'aimable
Félicie , & n'a pu la voir fans
l'aimer. Cette jeune orpheline , belle ,
vertueuſe , bien née , eſt malheureuſeiment
ſans fortune; elle n'a d'autre refſource
que les bontés d'un oncle &
d'une tante , peu riches eux-mêmes , qui
en prennent ſoin. Le jeune homme ,
rempli du defir d'etre uni à l'objet de
ſon amour , s'eſt introduit chez M. &
Madame de Villemont , les parens de
MA I. 1778 . 53
:
Félicie : il a fait l'aveu de ſa paflion ;
mais il faut obtenir le conſentement de
fon père. Envain il va ſe jeter à ſes
pieds , y épuiſe toute l'éloquence de
l'amour & de la ſenſibilité ; Monſorin
inſiſte ſur l'article de la fortune : il n'a
pas plutôt appris que Félicie n'a rien ,
qu'il rejette avec horreur l'idée d'un tel
mariage. Daminville n'en eſt pas moins
-rempli d'une paſſion que Félicie reffent
autant que lui. Il tombe malade .
Monforin charge Darnicourt & Beranger
, deux perſonnages qui fréquentent
ſa maiſon , de viſiter ſon fils , & d'employer
les repréſentations les plus fortes
pour le détourner d'un amour qu'il traito
d'inſenſé. Darnicourt , dévot hypocrite ,
attrabilaire & dur , ne lui donne que
des leçons chagrines , ſévères , & propres
à le révolter. Beranger , homme vraiment
vertueux , bienfaiſant , indulgent
& ſenſible , cherche à le ramener par
la douceur , en s'infinuant dans ſon
eſprit , plaignant ſes chagrins ; mais en
lui repréſentant la néceſſité de s'immoler
aux volontés de ſon père , & en lui
peignant les ſuites fâcheuſes que peut
avoir un amour auquel on s'abandonne
ſans l'aveu de ſes parens. Le jeune
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
homme guérit , mais il eſt dans l'impoffibilité
de ſe vaincre. Monforin, toujours
inflexible , irrité encore par les
fugeſtions de l'inhumain & fauvage-
Darnicourt , qui combat l'effet des repréſentations
par leſquelles Phonnête
Beranger voudroit amener le vieillard à
fe laiſſer fléchir; Monforin fait enfermer
fon fils dans un cachot , où on lui accorde
à peine les derniers alimens . Beranger
lui continue ſes viſites & fes confolations
, & trouve même moyen de
faire adoucir , à prix d'argent , la dureré
avec laquelle il eſt traité. Cette reffource
eſt bientôt ravie au malheureux prifonnier.
Les inſtigationsde Darnicourt portent
Monforin à ſe défier de Beranger ,
à faire tranſporter , ſans qu'il puiſſe le
ſavoir , Daminville dans une autre prifon
, & même à lui interdire ſa maiſon.
Darnicourt eſt un ſcélérat , vendu à
Daligny , neveu de Monſorin , ame vile ,
intéreſſée & atroce , qui cherche , par
le moyen de ſon digne agent , à perdre
Daminville , & brûle d'être ſubſtitué à
ſa place , & de s'approprier la ſucceſſion
du vieillard.
Cependant Daminville a trouvémoyen,
par l'entremiſe d'un Domeſtique fidèle ,
MAI. 1778 .
de faire parvenir à ſa Maîtreſſe une
lettre où il l'informe de ſa fituation .
Félicie lui fait une réponſe , où elle
laiſſe voir toute ſa tendreſſe & fa fen
fibilité. Elle apprend la détention de
Daminville à fon oncle, qui la déter
mine à s'enſevelir dans un Couvent , &
àyprononcer des voeux , en lui faiſant
enviſager ce moyen comme le feul qui
puiſſe déterminer Monforin à rendre la
liberté à fon fils. Déterminée à ſe ſacrifien
pour fon Amant , elle fuit les confeils
de fon oncle ; le moment approche où
elle va s'enchaîner . Daminville , aidé
d'un ami généreux , qui a enfin pénétré
dans fa prifon , rompt fesfers , s'intro
duit dans le Couvent og fon Amante eft
renfermée , la nuit même qui précède
le jour où elle doit prendre le volle',
l'en arrache , fort de la Capitale: avec
elle,& la conduit dans une Ville éloi
gnée,coù ils ſe marientaisMonforin ,
pouffé par les deux fcélérats qui l'obe
sèdent , non content de deshériter fon
fils en faveur deDaligny , fait déclarer
leur mariage nul Lioncle de Félicie
meurt du chagrin que lui caufe un
mémoire plein de venio & d'impoſtures
qu'on a fait compofer à ce ſujet. Ihavoit
Civ
16 MERCURE DE FRANCE.
auparavant pardonné à Félicie , & avoit
même fait paffer quelque ſecours au
couple errant& infortune , que la misère
commençoit à preffer. Madame de Villemont
ne tarde pas à ſuivre fon époux
au tombeau.
Daminville & Félicie reviennent à
Paris , & sly tiennent cachés. Daminville
follicite envain la pitié de pluſieurs
faux amis : il a enfin le bonheur de
rencontrer Beranger , qui confole les
deux époux , & leur prodigue tous les
fecours que peut lui permettre la médiocrité
de ſa fortune. Le jeune homme ,
que Félicie va bientôt rendre père , écrit
une lettre touchante à Monſorin , dont
Darnicourt a grand ſoin d'empêcher
l'effet. Félicie vient ſe jeter aux pieds
de fon beau-père , & parvient à l'émouvoir
par ſes diſcours & ſes larmes ; il
lui dit d'aller chercher ſon mari. Darnicourt
& Daligny profitent de ce court
intervalle pour ramener le malheureux
vieillard à ſes premières réſolutions , &
l'entraîner à la campagne. Les Époux
arrivent , ne le trouvent plus chez lui ,
&retombent dans le déſeſpoir. Les deux
monſtres qui ſemblent les pourſuivre ,
leur arrachent encore le feul appui qui
MA 1. 1778 . 17
leur reſte ; ils parviennent à ſe procurer ,
à force d'intrigues & d'impoſtures , une
lettre de cacher qui plonge le bienfaiteur
Beranger dans une priſon d'État. Daminville&
fon épouſe , dont on a découvert
l'aſyle , font avertis à tems qu'on va
les arrêter , par Robert , domeſtique de
Beranger. Le bon Robert , auſſi humain
que fon Maître , les prie d'accepter une
petite fomme qu'il poſsède , avec laquelle
ils ſe réfugient dans un port de
mer , avec un enfant au berceau , qu'ils
ont nommé Eugène. Daminville parvient
, après bien des folliciration inutiles,
à s'y procurer de l'emploi ſur un
vaiſſeau qui part pour l'Amérique; fa
femme obtient même , non fans dificulté
, la grace de l'y fuivre avec ſon
fils. Mais elle eſt attaquée , avant le
moment du départ , d'une maladie qui
paroît mortelle; elle ſent ſa fin approcher
, recommande à ſon mari le petit
Eugène , & la pâleur de la mort ſe
répand ſur ſon front. Daminville tombe
évanoui ; on l'arrache à ce ſpectacle , -
& on l'emporte avec ſon enfant dans
le vaiſſeau , qui part au moment même.
Il ne revient à lui qu'en pleine mer ;
on lui dit que ſa femme a rendu les
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
derniers foupirs ; il veut renoncer à la
vie, mais la vue de fon fils le fait changer
de fentiment. Le vaiſſeau fait naufrage.
Daminville , échappé aux flors ,
ſe trouve ſur une plage inconnue , avec
un Nègre , bon nageur , qui étoit dans
le même vaiſſeau , & qui lui a ſauvé
fon enfant. Ils font pris preſqu'auditôt
&faits efclaves par des Barbareſques ,
qui leur font éprouver la captivité la
plus dure. Daminville ſe ſauve peu de
tems après , avec quelques autres Compagnons
d'eſclavage , dans une barque
abandonnée, que la mer a pouffée par
hafard fur le rivage où ils ſe trouvent:
il emmène ſon fils avec lui , mais il a
Ja douleur de voir maſſacrer à ſes yeux
le Nègre qui avoit ſecouru cet enfant
dans le naufrage , & qui , n'ayant pu
joindre à tems fes camarades , eſt atteine
par des fatellites barbares qui les pour
fuivoient.
Daminville , revenu en Europe , mais
réduit aux dernières, extrémités , remplit
quelque tems les emplois les plus
vils, pour foutenir ſa vie & celle de
fon enfant. Privé bientôt même de ces
triſtes reſſources , & réduit à mendier
fon pain , il revient à Paris , couvert.
MAL. 1778 .
de haillons , & fe traînant à peine , &
accompagné du petit Eugène. Il s'étoit
fait , dans l'intervalle, un grand chan
gement dans l'ame de Monforin. Ce
vieillard a démaſqué & chaffé les deux
fourbes qui le trompoient; il eſt revenu
aux fentimens, de la nature ; ſes yeux
ſe ſont déſillés; ſes vifs regrets d'avoir
caufé le matheur de ſon fils , ont fait
diſparoître ſa dureté & fon avarice . II
a découvert la prifon de Beranger , a
precuré ſa délivrance , l'a attiré auprès
de lui : ils ne ceffent de pleurer enfem--
ble le fort de Daminville, Monforin eſt
arrêté , au détour d'une the , par un
petit enfant qui lui demande l'aumône
en balburiant , & lui montre , à quelques
pas de là , fon père qui eſt dans l'état
le plus triſte, & ſe ſoutient à peine..
Monforin touché , embraſſe l'enfant , &
s'avance vers le pauvre; il jette un cri
en reconnoiffant ſon fils , auquel il
donné les marques les plus, vives de
repentir &de tendreſſe : il s'informe de
Félicie , apprend en fremiſſant qu'elle
weſt plus , & s'accuſe en pleurant de
tous les maux qu'il a caufés. Il fait ap .
procher une voiture , ramène chez lais
fon fils & fon petit-fils , qu'il rétablits
Gvj
60 \ MERCURE DE FRANCE.
dans tous leurs droits. Mais Félicie manque
à la confolation de cette famille ;
Daminville fur-tout ne peut goûter de
bonheur fans elle ; il ne traîne que des
jours languiſſans. Félicie ſe retrouve. Elle
avoit repris ſes ſens après l'embarquement
de Daminville , avoit guéri de ſa
maladie , étoit parvenue à paffer en
Amérique, où elle comptoit lerejoindre,
&, ne l'y ayant pas trouvé , à repaffer
en Europe. Elle avoit éprouvé , à la
mendicité près , la même misère que
lui. Au moment où il la retrouve , elle
eſt encore à l'article de la mort , expire
encore en apparence une ſeconde fois.
Même évanouiſſement de Daminville ,
même retour de Félicie à la vie. Enfin
ils font réunis pour ne plus ſe ſéparer ,
& vivent déſormais heureux avec le
vieux Monforin & le vertueux Beranger.
Daminville a auſſi la fatisfaction de
retrouver & de récompenfer le reſpectable
Domestique qui l'avoit fecouru
dans fon infortune.
Tel eſt le précis de cette Nouvelle ,
la première du cinquième Tome des
Épreuves du Sentiment. Elle est touchante
&bien écrite , & ne dépare point cette
belle & intéreſſante collection , dontM.
MA I. 1778 . 61
d'Arnaud enrichit la littérature , & qui
doit lui mériter la reconnoiſſance des
coeurs ſenſibles. Ce qui en augmente
encore l'intérêt , c'eſt que les deux principaux
perſonnages font , dans tout le
cours du Roman , le jouet d'infortunes
continuelles , qui ſemblent devoir préparer
le Lecteur au dénouement le plus
triſte , & que cependant ces deux Amans
ſe trouvent réunis & heureux au moment
où l'on s'y attend le moins.
L'Ami de l'Humanité , ou Conſeils d'un
bonCitoyen à ſa Nation , fur certains
préjugés auffi nuiſibles à la ſanté qu'à
la ſociété; ſuivis du Chapeau , & de
réflexions auffi utiles qu'intéreſſfantes .
Par M. J***. Prix 36 f. franc de port.
APlaiſance ; & ſe vend à Paris , chez
l'Auteur , à l'Hôtel de Carignan , rue
des Vieilles- Étuves - Saint -Honoré ;
Saugtain & Compagnie , Lib rue des
Lombards ; & tous ceux qui tiennent
les nouveautés ; 1778 , in- 88 .
L'Auteur de cette brochure s'annonce
pour unbon patriote , qui ne ſe propoſe
d'autre but , en écrivant , que d'être
utile à ſes Concitoyens. Sa première dif62
MERCURE DE FRANCE.
د
ſertation, intitulée l'Ami de l'Humanité,
a pour objet de faire fentir les avantages
des habits fourrés pour conferver fa
ſanté & ſe garantir du froid; ils'attache.
fur-tout à montrer que les fourrures
durent beaucoup plus long tems qu'aur
cune autre eſpèce d'habits , & coûtent
moins que les habits de drap ordi
naires .
La ſeconde partie de l'Ouvrage , intitulée
le Chapeau , rappelle natureller
ment le Chapitre des Chapeaux d'Hippocrate
, dont parle Molière dans le
Médecin malgré lui. L'Auteur anonyme
penfe , comme le Médecin Grec , qu'il
fant fe couvrir la tête ; & l'existence
même du Chapeau , qui , fans doute ,.
n'a été fabriqué que pour cette deſtination
, vient à l'appui de leur opinion..
L'Auteur s'élève donc contre la manie
defaire Chapeau , expreffion fingulière ,
par laquelle il paroît vouloir déſigner
Fuſage ridicule de fortir de chez foi
tête nue, & de porter ſon chapeau fous
le bras , uſage à-peu- près aufi bizarre:
que le feroit celui d'y porter ſa culotte
ou ſa veſte. Il s'élève auſſi contre l'habitude
où font un grand nombre de perſonnes,
de remplacer les.bas & bonnets.
MA I. 1778 . 63
de laine, en hiver , par des bas & bonnets
de coton , uſage dont il fait voir
les dangers. Il y joint encore d'autres
réflexions , toujours relatives à l'habillement
, & entre à ce ſujet dans des
détails qu'il faut voir dans l'Ouvrage
même , & qui peuvent être utiles à
tous les âges & à tous les états .
Lettres de Stéphanie, Roman hiſtorique,
en trois parties in- 12. A Paris ,
ue de Tournon , au Bureau du Journal
des Dames , vis-à- vis l'Hôtel de
Nivernois , s'adreſſer à M. Dériaux;
& chez les Lib. qui vendent les nouveautés
, 1778 .
Ce Roman intéreſſant , dont l'Auteur
a la modeſtie de cacher fon nom , eſt
dans la forme épiſtolaire. Ce font des
Lettres entre l'héroïne , Miſs Stéphanie
Rofémont , Miſs Clarence ſon amie ,
& les autres Perſonnages , tous Anglois
ou Eſpagnols , à l'exception de deux .
La ſcène principale eſt placée en Eſpagne
, & , ce qu'il y a de fingulier , elle
eſt cenfée ſe paſſer ſous le règne de
Ferdinand le Catholique & d'Iſabelle ,
quoique le ton de l'Ouvrage , dans quel
64 MERCURE DE FRANCE.
ques endroits , paroiſſe plutôt tenir au
coſtume de ce ſiècle- ci , ce qu'il n'était
guères poſſible d'éviter. D'ailleurs cette
date ſi ancienne , déterminée par les
particularités hiſtoriques que l'Auteur a
fait entrer dans ſon plan, doit être regardée
comme indifférente pour le fond du
Roman. ;
Le Rédacteur du Journal des Dames ,
qui a été chargé de la publication de
ces Lettres , en avoit inféré une partie ,
l'année dernière , dans quelques Tomes
confécutifs de ſon Recueil , ce qui infpira
dès-lors le deſir le plus vif& le
plus général d'en connoître la totalité.
Nous nous empreſſons de ſouſcrire aux
éloges de l'Éditeur , ſuivant lequel il n'a
paru depuis long-tems une production fi
élevée, plus noble & plus ſenſible ; où
les caractères ſoient plus fièrement deffinés
, où la vertu ſoit plus touchante ,
& où le langage des paffions ait à la fois
plus de chaleur & de délicateſſe.
Le Lord Rofémont , marié &devenu
veufdès ſa première jeuneſſe , s'eſt livré
depuis à des égaremens qui ont détruit
ſa fortune : il a voulu ſe donner la
mort ; mais Stéphanie , ſa fille , lui a
retenu le bras ; Stéphanie , à peine âgée
MA I. 1778 . 69
de dix-sept ans , ſenſible , intéreſſante ,
adéjà fait pour fon père le ſacrifice de
P'héritage que ſa mère lui a laiſſé en
mourant ; tout eſt diſſipé , ce père eſt
le ſeul bien qui lui reſte; il ſe détermine
à vivre pour elle. Ils quittent enſemble
l'Angleterre , & partent pour l'Eſpagne
avec une amie de la mère de Stéphanie ,
mariée dans ce dernier Royaume , &
que des affaires avoient amenée pour
quelque tems à Londres avec Dom Almanza
fon époux. Stéphanie laiſſe en
Angleterre une amie inconfolable dans
Miſs Clarence , & cette dernière fait
part de fes regrets à Madame de Norſey,
jeune veuve françoiſe , auſſi ſon intime
amie , & avec laquelle elle a paſſe fon
enfance au Couvent. :
Rofémont, qui a pris en Eſpagne le
nom de Sidley , aigri par le malheur ,
vient à laiſſer échapper quelques propos
imprudens , qui font recueillis &
envenimés par des Satellites de l'Inqui
fition. On l'arrête , il eſt empriſonné ,
condamné ; &, malgré les alarmes , le
déſespoir , les follicitations inutiles de
Stéphanie , il va être jeté dans le bûcher.
Sa fille , qui s'eſt élancée au lieu de
l'exécution , le tient embraſfé & veut
66 MERCURE DE FRANCE.
en vain le diſputer aux bourreaux , lorfque
tout eſt ſuſpendu à la voix de Dom
Fernand Ximenès , jeune Seigneur de la
plus haute naiſſance , & favori du Roi ,
qui , touché d'un tel ſpectacle , prend
fur lui de ſe fervir du nom de fon Sou .
verain pour arracher l'Anglois aux flammes.
Il court au Roi , avoue ce qu'il a
fait , en demande pardon , & lui préſente
l'infortuné Sidley. Ferdinand accueille
cet Étranger avec bonté , aſſure
qu'il n'oubliera rien pour faire éclater
fon innocence ; mais , afin de fatisfaire
à la justice , il le renvoie en prifon
pour qu'on revoie ſon procès . En mêmezems
le généreux favori eſt exilé pour
la forme , pendant quelques jours , après
avoir remis Stéphanie entre les mains de
Madame de Céléria , une des Dames les
plus diftinguées de la Cour d'Eſpagne ,
dont il doit épouſer la fille. Cette Dame
prodigue à Stéphanie les ſoins les plus
tendres. Cependant on trouve dans la
priſon de Sidley un cadavre percé de
mille coups & défiguré , qui ne peut
être que le ſien. Cette nouvelle funeſte ,
qui a percé juſqu'à Stéphanie, lui caufé
une fièvre brûlante qui la conduit au
bord du tombeau , & dont elle ne rés
MA I. 1778 . 67
1
chappe que par miracle. Apeine guérie ,
déſeſpérée d'une perte qui lui rend la
vie odieuſe , elle apprend tout-à- coup
que ſon père eſt en vie , & en reçoit
une lettre où il l'inſtruit de fon fort.
Le Comte Felici , l'un des principaux
Miniſtres de la Cour d'Eſpagne , & parent
du Cardinal Ximenès , a vu Stéphanie
, & en eſt devenu amoureux ; il
forme le deſſein de l'époufer. Comme
il a pénétré le myſtère de fa naiffance ,
l'ambition de s'allier à un fang illuſtre ,
pour relever fa nobleſſe très-peu ancienne,
entre pour beaucoup dans fon
projet. Ce Felici eſt un homme faux ,
ambitieux , intrigant, ennemi de tout
ce qui met obſtacle à ſes deffeins , &
employant toutes fortes de moyens &
de ruſes ſecrètes pour parvenir à ſes
fins. Secondé par Alvares , fon confident
& fon principal agent , auquel
ſeul il ouvre le fond de ſon coeur , c'eſt
lui qui a tiré Sidley de ſa prifon , &
ſubſtitué à ſa place le cadavre d'un criminel
condamné à mort , afin de tromper
l'inquifition , & faire croire que le
Prifonnier n'exiſtoit plus. Il n'a pas donné
à connoître à Rofémont qu'il étoit inf
truitde fon vrai nom , & lui laiſſe croire
68 MERCURE DE FRANCE.
qu'il n'a agi que par un pur mouvement
de générofité. En même-tems il l'a fait
charger par le Roi, auquel il a tout
découvert , d'une négociation ſecrète
auprès de la Cour de France , & l'a
fait partir avec le plus grand myftère.
Dom Fernand a conçu, de fon côté ,
l'amour le plus violent pour Stéphanie.
Ce favori du Roi eſt un jeune Héros ,
un être accompli , admiré de toute l'Efpagne
, & dont les grandes qualités
n'ont pas manqué de faire une forte
impreſſion ſur le coeur de la jeune An
gloiſe. Mais d'un côté l'honneur , les
volontés d'un père , le voeu de la Cour ,
&une foule d'autres circonstances prefſent
& obligent Fernand à s'enchaîner à
Florizène , fille de Madame de Céléria ;
&, de l'autre , l'attachement & la reconnoiffance
de Stéphanie pour cette
Dame , lui impoſent le devoir de renfermer
ſoigneuſement une paſſion propre
à traverſer l'union de ſa fille & de Ximenès.
Madame de Céléria , qui retient
toujours Stéphanie auprès d'elle , l'aime
d'autant plus tendrement , qu'elle a connu
autrefois Rofémont , & brûle pour
ee Lord d'une paſſion que lui - même
MA I. 1778 . 69
ignore , & qu'elle s'eſt d'autant plus
attachée à étouffer , que son époux ,
quoique fort avancé en âge , mérite
d'ailleurs toute ſon affection & fa reconnoiſſance.
Pendant que Stéphanie intéreſſe tout
ce qui l'entoure , elle est un objet de
haine & de vengeance pour la ſeule
Florizène. Cette Eſpagnole , qui n'a que
dix-huit ans , eſt du caractère le plus
odieux , le plus vindicatif, le plus noir ,
& d'une méchanceté ingénieuſe , profonde,
qui ſemble au-deſſus de fon âge
& de ſon ſexe , & qui étonne & révolte
même le Comte Félici , avec lequel elle
agit de concert. Elle a tout découvert ,
la naiſſance de Stéphanie , ſa paſſion
pour Fernand , l'amour de ce dernier.
Malgré tous les moyens que Ximenes
a de plaire , elle ne l'aime point ; l'ambition
& la jalonſie ſeules la portent à
defirer de l'époufer ; elle eſpère ſe venger
de lui , en l'arrachant à ſa rivale &
le rendant malheureux ; elle eſpère ſurtout
ſe venger doublement de Stéphanie
, en lui ôtant Fernand , & en procurant
fon mariage avec le Comte Félici
qu'elle a en horreur . Pour Félici ,
enuniſſant ſes complots à ceux de Flo70
MERCURE DE FRANCE.
:
rizène , il ſe propoſe en même tems de
parvenir à épouser Miſs Rofémont , &
de contribuer à faire le malheur de fon
rival , en preſſant ſon union avec l'infernale
Eſpagnole. On fent combien
doit être vif l'intérêt que répandent
dans le Roman ces paffions & ces intérêts
oppofés des différens perſonnages ;
il eſt vrai que cet intérêt y eſt ſi prodigué
, qu'il en rend la marche compliquée.
Les reſſorts que font mouvoir de
concert Florizène & Félici , & qu'il
feroit trop long de détailler , font dérangés
tout-à-coup par la mort du vieux
Marquis de Céléria , père de Florizène ,
mort qui arrive au moment où alloit
ſe faire le mariage de cette furie avec
Ximenès. Elle a la rage de le voir
encore retardé par une guerre qui ſurvient
avec les Maures. Fernand court
ſervir ſon Roi & ſa Patrie , & ſe diſtingue
par des exploits brillans. Il fauve
même la vie au Roi dans un combat.
Rofémont , caché ſous le nom de Ramire
, revenu de fa miſſion ſecrète
qu'il a remplie avec ſuccès , obtient
auſſi un commandement dans cette guerre
, & y rend d'importans ſervices à
,
MA I. 1778 . 71
l'Eſpagne. Stéphanie a la joie de voir
revenir ſon Père couvert de gloire ,
ainſi que l'Amant qu'elle chérit en
fecret.
Cependant, diverſes circonstances déterminent
Fernand à déclarer ſon amour
pour Stéphanie , & à rompre fon engagement
avec Florizène. La rivalité de
cette dernière éclate. Stéphanie , de fon
côté , n'a pu cacher à tout ce qui l'environnoit
ſa tendreſſe & fes alarmes ,
pendant une maladie dangereuſe de fon
Amant. Elle fait donc l'aveu de fon
amour à Madame de Céléria; & & , quoiqu'elle
voye le mariage de Florizène
rompu fans retour, quoiqu'elle ſoit inftruite
de fon indifférence pour Ximenes ,
quoiqu'elle ait en main des preuves de
ſa faulleté & de ſa perfidie , loin de
dévoiler cette fille abominable , elle
prend la réſolution généreuſe de s'immoler
à ſa reconnoiffance envers fon
amie & fabienfaitrice , & aux intérêts de
fon père. Elle renonce donc à Fernand
& prend le parti , dicté par le déſeſpoir ,
de donner la main à Félici, mariage
bientôt ſuivi de celui du Lord Rofémont
& de la Marquiſe de Céléria.
Ximenès eſt déſeſpéré. Stéphanie , ré
د
92 MERCURE DE FRANCE.
1
folue à lui demeurer fidelle , même en
devenant Comteffe de Félici , avoue
courageuſement au Comte , le jour
même de ſes noces , fon averſion
pour lui, fa paffion infurmontable pour
fon rival , les circonstances qui l'ont
forcée à lui donner la main; elle finit
par lui laiſſer entrevoir l'horreur avec
laquelle elle le verroit ufer de ſes droits.
Félici , furieux de voir ſon ardeur fi
cruellement trompée, mais plus ambitieux
qu'amoureux , dévore fa rage , &
renonce à la poffeffion de Stéphanie. Sa
paſſion pour elle s'eſt changée en haine ;
il ne roule dans ſa tête que des projets
de vengeance , & veut commencer par
perdre Fernand. Il ſe ſert de Florizène ,
qui ne veut plus que la mort de celui
qui devoit être fon époux , & qui apoſte
des émiſſaires pour l'aſſaffiner. Stéphanie
, avertie à tems , vole à ſon ſecours ,
ſe jette au milieu des aſſaſſins , & lui
ſauve la vie. Félici , au déſeſpoir de voir
ſa victime échappée , tourne ſa rage
contre ſon innocente épouſe ; & , réfolu
de la faire périr par une mort lente ,
la fait conduire loin de Madrid , dans
un déſert affreux , où elle eſt enfermée
& gardée à vue. Du moment où elle
2
MA 1. 1778 . 73
adiſparu , Fernand, Milord Roſémont ,
Clarence fon amie , qui ſe trouve alors
en Eſpagne , ſont occupés à la chercher.
Fernand découvre enfin , après des
peines incroyables , le lieu de ſa
détention ; il y pénètre , & la trouve
expirante de foibleſſe & de déſeſpoir ,
dans le moment où Florizène s'introduiſoit
dans ſa priſon par une autre
porte , un poignard à la main. Ximenès
s'élance , la déſarme , veut la tuer , mais
elle s'échappe. Rofémont & Clarence
arrivent : Stéphanie revient à elle & fe
trouve dans les bras d'un Père , d'un
Amant & d'une Amie. Elle est encore
quelques jours en danger , mais enfin
elle ſe rétablit. Son Père l'emmène en
France avec Miſs Clarence , & la fouftrait
pour jamais au pouvoir de Félici
à qui ſa barbarie a fait perdre tous ſes
droits. Ils rejoignent à Paris Milédi Roſémont
, & l'amie de Clarence , Madame
de Morſey. Le Chevalier de Roſenne
, frère de cette dernière , aime
Miſs Clarence & en eſt aimé , mais
Clarence ne veut point de bonheur tant
qu'il manque quelque choſe à celui de
fon Amie.
Fernand eſt reſté en Eſpagne. Séparé
D
74 MERCURE DE FRANCE.
peut-être pour jamais de fon Amante ,
il adu moins la confolation de la ſavoir
plus tranquille , & d'être aſſuré de ſa
tendreffe , par une lettre qu'il a ſurpriſe
dans ſa priſon lorſqu'il l'y trouva éva-
'nouie , où elle lui laiſſoit voir fon coeur
à découvert , & qu'il ne devoit recevoir
qu'après la mort de l'infortunée Comtefle.
Les choſes ne reſtent que quelques
mois dans le même état. Florizène
, voyant que tous ſes coups ont
porté à faux , veut au moins ſe venger
de Félici. Elle fait remettre au gouvernement
une copie qu'elle s'eſt procurée
de quelques lettres de ce Miniſtre , propres
à le perdre , puiſqu'elles prouvent
clairement qu'il a trahi l'État , & entretenu
des intelligences avec les ennemis
de l'Eſpagne. Il eſt dépouillé de ſes emplois
& arrêté . On lui fait fon procès ;
mais Fernand a encore la générofité
d'employer fon crédit auprès du Roi
pour le fauver de l'échafaud, & obtient
qu'il ne ſera qu'envoyé en exil dans
une de ſes Terres. Félici ne peut
furvivre long temps à la perte de
ſes dignités , & s'empoiſonne de déſefpoir.
Florizène tombe dans des convulfions
de rage , & devient folle. Xime
MAI 1773 T
75
nès , déſormais entier à l'eſpoir d'être
bientôt heureux va rejoindre à Paris
Stéphanie , & leur union eſt enfin décidée.
Les deux Amans , Milord & Milédi
Rofémont , Miſs Clarence , Madame
de Norſey , le Chevalier de Rofenne
partent tous enſemble pour
l'Eſpagne , où ſe fait le mariage de
Fernand & de Stéphanie , & celui de
Roſenne & de Clarence.
こIl ya eu peu de Romans plus intéreſſans
à lire que celui-ci. Indépendamment
de l'amour ſi tendre , ſi vif & fi
bien exprimé de Ximenès & de Stéphanie
, preſque tous les perſonnages font
des Héros d'amitié. Rien de plus touchant
que celle qui réunit Stéphanie ,
Lady Rofémont , Miff Clarence , &
Madame de Norſey. Cette dernière , en
ſa qualité de Françoiſe , y apporte quelquefois
un ton un peu plus gai & plus
léger , mais n'en eſt pas moins raiſonnable
& moins ſenſible. Le même ſentiment
anime Fernand , ſes amis Dom
Lope & Dom Almanza , & le Chevalier
de Rofenne . Le Lord Rofémont intéreffe
par ſes malheurs , par la noblefſſe de
ſes ſentimens , & fa tendreſſe pour fa
fille , qui , de ſon côté , eſt un prodige
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
d'amour filial autant que d'amour &
d'amitié. Félici eſt odieux , mais bien
moins encore que Florizène , fur laquelle
l'Auteur paroît avoir épuisé ſes crayons
en ce genre , & qui eſt un des caractères
les plus atroces qu'on ait vus peints dans
aucun Roman', frappant fur- tour par le
contraſte d'un ſexe foible & d'un âge
tendre , avec le ſang- froid de la ſcélérateſſe
& l'énergie effrayante de la cruauté.
Le ſtyle n'eſt pas le moindre mérite de
cet Ouvrage , & ajoute au charme d'une
lecture aufli attachante par le fond.
ou
Monde Primitif , analyſé & comparé
avec le Monde Moderne , conſidéré
dans les Origines Françoiſes
Dictionnaire Etymologique de la
Langue Françoiſe , avec des Figures
en taille-douce. Par Court deGebelin ,
&c. in-4°. Paris , 1778. Cinquième
vol. avec cette Épigraphe : Pourquoi
errerions-nous à l'aventure dans l'étude
des mots ?
Après avoir expoſé , dans les volumes
précédens , l'origine du langage de l'écriture
, & les principes grammaticaux
de la parole , l'Aureur du Monde PriMAI.
1778 . 77
1
د
c'eſt
mitif commence , dans ce cinquième
volume , à développer les rapports des
langues entr'elles & avec la primitive .
Mais au lieu de faire précéder quelque
langue morte ou étrangère ,
par la langue françoiſe qu'il ouvre le
développement des langues ramenées à
une ſeule. Les motifs qu'il allégue de
cette préférence ſont ſi honorables pour
notre langue , que nos Lecteurs les
verront fans doute avec plaifir.
ود
ود

• Dans l'impoſſibilité , où nous étions,
dit-il , de les faire paroître tous à la
fois ( les divers Dictionnaires annon-
>> cés & promis par le Plan général ) ,
il a fallu néceſſairement un choix :
a-t-il été difficile ? Les origines les
>> plus intéreſſantes pour le plus grand
nombre de nos Lecteurs , ont dû
avoir le pas : nous publions donc au
>> jourd'hui les Origines Françoiles , ou
رد
ود
رد
ود
د le Dictionnaire Etymologique de la
>> Langue Françoiſe. Nous croyons faire
» en cela un choix agréable à nos Lec
>> teurs. Ce font les origines de leur
د propre langue , ou d'une langue
> qu'ils entendent ; d'une langue qui
s'eſt enrichie des dépouilles de tou دد
> tes les langues ſavantes ;maniće elle,
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
> même par des Savans Étrangers ;
>> dépofitaire d'une multitude de con-
>> noiffances ; riche en chef- d'oeuvres
>> de toute eſpèce ; fière de ſes Ora
teurs , de fes Poëtes , de ſes Hifto-
>> riens, de fes Philofophes , de ſes Écri-
>> vains en tout genre ; & qui , entendue
ود de prefquetous les Peuplesde la terre ,
>> a preſque atteint la gloire des langues
que parlèrent les Grecs & les Ro-
» mains.
ce
>>
1
Décrire ſes origines , c'eſt donc en
>>quelque forte travailler pour tous nos
contemporains , pour tous les peu-
>> ples ; c'eſt éclaircir l'origine même des
>>langues ſavantes , dont le François a
>> tant emprunté ; c'eſt répandre de nou-
>>velles beautés ſur les Ouvrages écrits
>> dans cette langue , & faire reffortir
> l'art de ſes Auteurs ; c'eſt en faciliter
*la connoiſſance & la rendre plus recommandable
» .
>>D'ailleurs , quelles étymologies pou-
>> voient mieux faire fentir la fûreté de
>> nos principes , la rapidité de notre
>>marche , l'utilité de nos recherches ?
>> Ce n'eſt point fur des mots inconnus
>> on étrangers & peu intéreſſans que
>>nous promenons les regards de nos
MA I. 1778. 79
>> Lecteurs . Nous conſidérons avec eux
>>des mots qu'ils connoiffent , dont
>> ils fentent toute la force ; ſur les
> ſens deſquels on ne peut leur faire
>>illuſion : ce ſont des origines qu'ils
> defirent eux-mêmes , & dont ils fen-
>> tent toute l'utilité. Ce font leurs pro-
> pres lumières que nous prenons pour
>> juges ; c'eſt la bonté de leur logique
>que nous invoquons , la force de leurs
>> ſentimens , leur conviction pleine &
>> entière que nous voulons enchaîner » .
د
« Que nous euſſions commencé par
> la langue priunitive , ou par quelque
>> langue ſavante on auroit pu foup-
>>çonner que nous cherchons à ſurpren-
> dre le fuffrage de nos Lecteurs ; à
>>leur faire illuſion par des rapproche-
> mens trompeurs , effets d'une imagi-
>>nation vive & ardente , qui croit voir
>>ce qu'elle defire , & qui ne manque
>>jamais de prétextes ſpécieux pour ſe
>>féduire elle - même. On auroit pu
> croire que , conducteurs aveugles ,
>>nous promenions d'autres aveugles
>dans des ſentiers inconnus à tous w.
" Mais en nous occupant d'origines
>> françoiſes , ces craintes s'évanouiffent.
>>Chacun peut voir fi nous ne nous
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
...
>> trompons pas dans les rapports que
>> nous appercevons entre divers mots ,
> dans la manière dont nous les claſſons ,
>>dans les altérations que nous leur
>> attribuons. Sans, ſavoir les langues ,
>> chacun peut s'aſſurer par ſoi-même ſi
>> nous avons rapproché des mots qui
>>appartiennent à une même famille :
>> en diſant, par exemple , que du mot
» primitif VER , qui défignoit l'eau
» dérive le mot VÉRITÉ , parce que
>>l'eau étant par ſa clarté & par ſa lim-
>>pidité le miroir des corps ou des êtres
>>phyſiques , la VÉRITÉ eſt également
>> le miroir des idées ou des êtres intel-
>>>lectuels , & leur repréſentation d'une
>> manière auſſi fidelle , auffi nette ,
>>auſſi claire que la repréſentation des
>> corps par l'eau ; & que c'eſt par cette
>> raiſon que le latin VERus fignifie
>> fincère , net , récl ».
C'eſt ainſi que l'Auteur s'eſt cru obligé
de ſe justifier ſur ce qu'il commence
ſesDictionnairesÉtymologiques par celui
de la langue françoiſe , qui ſeul , étant
bien fait , fuffiroit pour exciter la reconnoiffance
en faveuurrde celui qui nous
feroit connoître enfin les origines de
nos mots , cherchées inutilementjuſqu'à
nous.
MA I. 1778 . 81
Ce Dictionnaire forme d'ailleurs un
ſpectacle auſſi nouveau qu'intéreſſant.
Ses chefs de famille, tous mots radicaux ,
font des monofyllabes encore exiſtans
dans les dialectes celtiques ,& fuivis ici
d'une foule de mots qui en font les dérivés
& dont ils donnent l'origine.
A la fin de chaque lettre de l'alphabet
, ſont diftribués par claſſe les mots
françois qui viennent du latin , du grec
&de l'orient. On ſera étonné en voyant
que le nombrede ceux-ci ſoit ſi peu confidérable
, & combien on ſe trompoit
en ſuppoſant que la langue françoiſe
devoit preſque tous ſes mots à la langue
latine.
A la fin du Volume , on voit , ſous
le nom de Table des mots radicaux ,
tous les mots dont dérive la langue françoiſe
, avec les principaux de ceux qui
en defcendent. Ces radicaux font diſtribués
en dix Claſſes , relativement à celui
des organes de l'inſtrument vocal , auquel
ils appartiennent ; & chacune de
ces claſſes eſt ſubdiviſée , ſuivant les mots
radicaux dont elle est compoſée .Ces mots
ſont en ſi petit nombre , qu'on voit manifeſtement
la vérité de ce que l'Auteur
a toujours avancé , relativement au
Dv
$2 MERCURE DE FRANCE.
S
on emnombre
des mots radicaux d'une langue ,
qu'on l'avoit toujours exceſſivement-enflé.
Au moyen de cette Table
braſſe d'un coup d'oeil l'enſemble de la
langue francoife & ſes rapports avec la
nature. Ce tableau fera plaifir à ceux qui
s'intéreſſent à ces objets : il donnera en
même-temps une grande idée de la néthode
de l'Auteur , des principes d'après
leſquels on doit claſſer les mots de toutes
les langues , & des grands réſultats qui
en font l'effer .
A la tête de ce volume eſt un Difcours
Préliminaire , qu'on peut regarder
comme une ſuite de Differtations étroitement
liées aux origines françoiſes . On
y voit , 1º . des recherches fur la langue
celtique , conſidérée comme la ſource de
la nôtre : les révolutions qu'elle éprouva
dans les Gaules , les lieux où elle s'eſt
maintenue , les preuves qu'elle exiſte
encore , les travaux des divers Savans
à fon égard , &c. C'eſt là qu'on voit
que la France offre par-tout des mots
celtiques dans la plupart de ſes noms ,
de fes lieux , & les environs de Paris
même.
On y voit 2º, les cauſes des rapports
de la langue françoiſe avec celle des
MA I. 1778 . 83
romance ,
Celtes ; la diſcuſſion de tout ce que les
Savans les plus diftingués ont dit pour
&contre ces rapports: comment ſe forma
notre langue au moyen de la langue
née elle-même des débris
des langues latine& celte , qui s'étoient
corrompues ou altérées l'une par l'autre .
Les progrès de cette langue romance &
leurs caufes , les premiers veſtiges de la
françoiſe , dès le VIII & le IXe siècles ;
des exemples , ſoit en vers ſoit enprofe,
des révolutions qu'elle a éprouvées depuis
ce temps-là juſqu'au ſeizième ſiècle. Les
cauſes qui portèrent alors la langue françoiſe
à un point de perfection inconnu
juſques-là : cauſes étroitement liées avec ,
la proſpérité de la Maiſon des Bourbons ,
& comment en naquit inſenſiblement
l'Académie Françoise. Enfin les divers
dialectes , idiomes ou parois , nés de
l'ancienne langue françoiſe ou romance,
& une notice des principaux Ouvrages
ou Dictionnaires écrits dans ces divers
idiomes ou patois.
3 ° . Comme ces origines font diſtribuées
par nombreuſes familles , dérivées
chacune c d'un ſeul mot, l'Auteur a ajouté
à ces Préliminaires des développe .
mens fur la manière dont fe formèrent
Dvj
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
,
ces familles immenfes. Il fait voirque les
langues ne s'aggrandirent qu'inſenſiblement
, & que dans chaque Dictionnaire
d'une nation civilisée , il faut diftinguer
trois Dictionnaires : le Dictionnaire phyſique
, celui des arts & l'intellectuel
Dictionnaires de l'homme ſauvage ou
coureur , de l'homme agricole ou fédentaire
, & de l'homme moral ou éclairé.
Il accompagne cette diviſion des dénombremens
des objets qui compofent ces
divers Dictionnaires , & qui renferment
l'enſemble des idées & des connoiſſances
humaines .
Ce diſcours ſe termine par quelques
remarques ſur l'ortographe, & par l'explication
de deux gravures que contient
ceVolume,qui font vraiment intéreſſantes
pour la Nation. L'une repréſente ces
anciens pays d'amour , dans lesquels
on diftribuoit des couronnes ou des prix
de poëfie ; & l'autre le moment où Louis
le Germanique & Charles le Chauve
font alliance & prêtent ce ferment , qui
eſt le plus aucien monument connu qui
exiſte en langue françoiſe. Ce font deux
fujets heureuſement choifis pour un Ouvrage
ſur les origines françoiſes,
Celui- ci répond d'ailleurs à fon titre ,
:
MA I. 1778 . 85
& ony trouve ce qu'on chercheroit inutilement
dans de gros volumes : l'origine
des mots françois, expoſée d'une manière
claire & rapide par grandes maſſes &
en tableaux qui s'appuient mutuellement.
Ony voit auſſi des rapports nombreux
& frappans de cette langue avec la plupartdes
autres.
Tous ceux qui s'intéreſſent aux progrès
des connoiſſances humaines , defirent
ardemment que M. Gebelin puiſſe
conduire fon Ouvrage à la perfection .
" Un Savant , qui s'occuperoit à mon-
>>trer les emprunts que nous avons faits,
ود par fucceffion de temps , dans les lan-
>> gues orientales , fur-tout au moyen des
>> écritures , dit M. l'Abbé de Beſplas ,
>> dans ſon Eloquence de la Chaire ,
>> enrichiroit les Lettres d'un Ouvrage
>> utile & curieux : on y verroit par
>> quelles voies toutes les nations ſe ſont
» rapprochées. Un Savant , auffi recom-
>> mandable par la vaſte étendue de ſes
» connoiſſances que par la ſagacité de
>> ſa critique , a frayé la route ; & en
>> nous montrant le Monde Primitif , il
>> nous a fait mieux connoître celui que
>> nous habitons ».
$6 MERCURE DE FRANCE.
Dictionnaire des Caractères & Portraits ,
tirés des Oraiſons Funèbres qui ont paru
depuis 1530 jusqu'en 1777 ; avec
les noms des Perſonnes , celui des
Orateurs ; leurs qualités & l'année.
Ouvrage utile aux Perſonnes qui travaillent
pour la Chaire , le Barreau ,
&c . Par M. Roland , Maître de Penfion.
A Paris , chez Gogué , Libraire ,
& Née de la Rochelle , Quai des Auguſtins
, & chez Stoupe , Imprimeur-
Libraire , rue de la Harpe.
On regarde la renaiſſance des Lettres
comme l'époque où l'on commença
d'appliquer l'art oratoire à la louange
des morts illuſtres par leur naiſſance ou
par leurs actions. Muret prononça à Rome,
en latin, l'Oraiſon Funèbre de Charles
IX. Enfin , ſous le ſiècle de Louis
XIV , on vit pluſieurs Orateurs François
ſe livrer à ce genre d'éloquence
&y réuffir. Boffuet , Fléchier & Mafcaron
nous ont laiſſé des modèles , qui
nous ont fait oublier ceux qui les
ont précédé. Parmi ceux qui ont voulu
ſuivre leurs traces , on en trouve peu
qui ayent ſuivi cette carrière avec autant
MA I. 1778 . 87
de ſuccès. Tant d'habiles Orateurs ont
fait les tableaux de la vanité , de la
grandeur , des viciffitudes de la vie &
des ravages de la mort , qu'il eſt difficilede
dire aujourd'hui des choſes neuves
fur ces différens objets : c'eſt pourtant
ce que les Auditeurs exigent de ceux
qui travaillent dans ce genre.
L'Auteur du Dictionnaire a cherché
dans cette multitude d'Oraiſons Funèbres,
tout ce qu'il pouvoit y avoir de plus
piquant & de plus propre à faire naître
des idées aux jeunes Orateurs. C'eſt un
Répertoire qu'il a voulu leur fournir &
qui peut avoir fon utilité , fur-tout dans
les momens ſtériles,qu'on n'éprouve que
trop quand il s'agit de louer. Les hommes
vraiment éloquens n'ont pas beſoin
depareilles reſſources: mais tous ceux qui
ſe chargent de faire des Oraiſons Funèbres
, n'ont pas toujours les talens des
Boffuet & des Fléchier , & n'ont pas
louer des Condés & des Turennes.
Lettre à M. de S ... Capitaine de Cavalerie
, ſur l'Inſtitution des Sourds &
des Muets. Par M. l'Abbé Deſchamps,
Chapelain de l'Égliſe d'Orléans . A Paris
, chez Valade , Libraire , rue Saint
Jacques.
38 MERCURE DE FRANCE .
1
1
&
On regardoit anciennement les muets
de naiſſance comme moins guériſſables
que ceux qui le ſont devenus par accident.
Mais l'heureuſe expérience qu'on
a faite dans ce dernier fiécle , & fur- tout
dans celui-ci , a prouvé qu'il étoit bien
plus aiſé de faire parler ceux qui ne font
muets que parce qu'ils font fourds ,
que ce n'eſt que par le défaut d'exercice
qu'ils ne font aucun uſage de la parole.
Il eſt donc eſſentiel, pour les guérir , de
leur faire voir des fons , & de les exercer
à les rendre . Mais ce moyen d'y parvenir
eft fufceptible de difficultés , demande
beaucoup de ſagacité & de patience
dans les Inſtituteurs , & fur-tout
une docilité perſévérante dans le Difciple.
Wallis en Angleterre , Amman en
Hollande, ont pratiqué cet art fi utile
avec beaucoup de ſuccès, dans le ſiécle
dernier. Ramirez de Cortone & Pierre
de Castro , Eſpagnols , avoient auſſi travaillé
fur cette matière pluſieurs années
auparavant. Il est vraiſemblable , felon
M. l'Abbé Deſchamps , que le P. Ponce ,
Eſpagnol , mort en 1584 , a le premier
imaginé l'art de donner la parole à ces
êtres infortunés , dont l'exiſtence dans
1
MA I. 1778. 89
la ſociété eſt ſi triſte . On a vu de nos
jours les heureux ſuccès de la méthode'
de M. Pereire , né en Eſpagne & réſident
à Paris , méthode qu'il ne doit qu'à
ſon génie . M. l'Abbé del'Épée s'eſt confacré
à cette oeuvre excellente , & s'eſt
frayé lui-même la route qu'il ſuit dans
l'éducation des Sourds & des Muets. Ce
vertueux Eccléſiaſtique en a donné l'idée
au Public , dans ſon Ouvrage intitulé :
Institutions des Sourds & des Muets , par
la voie des Signes méthodiques. L'Empereur
, qui a honoré ſes exercices de ſa
préſence , lui a témoigné d'une manière
expreſſive ſa ſurpriſe & fa joie. M. Defchamps
rend à l'humanité , dans la ville
d'Orléans , le même ſervice que M.
l'Abbé de l'Épée dans la Capitale , en
donnant des Leçons gratuites aux pauvres
des deux ſexes. Sa méthode , ſi
conforme à la marche de la nature , a
produit auffi d'heureux effets ; & l'on ne
fauroit trop exhorter tous ces bienfaiteurs
de l'humanité à former des Éleves
qui puiſſent perpétuer leur travail , que
l'expérience journalière pourra perfectionner.
La Lettre que nous annonçons.
prouve que M. l'Abbé Deſchamps a
:
9. MERCURE DE FRANCE.
réfléchi fur cet art , & qu'il réunit les
différentes qualités qu'exige ce genre de
travail. Il y rend compte de l'origine de
cet art fingulier & des procédés dont il
ſe ſert lui-même pour y réuffir.
Élémens de Phyſique théorique & expérimentale
, pour ſervir de ſuite à la Defcription
& l'uſage d'un Cabinet de
Phyſique expérimentale. Par M. Sigaud
de la Fond , de diverſes Académies.
A Paris . chez Gueffier , Imprimeur
, au bas de la rue de la Harpe.
LaPhyſique , cette Science univerſelle
des corps , n'a d'autres bornes que celles
de l'univers même. Elle ſe propoſe de
découvrir , non ſeulement les propriétés
& les affections de tous les êtres marériels
, mais encore les loix auxquelles ils
fontaſſujétis; les phénomènes qu'ils font
obſerver , & les cauſes qui les produifent.
Cette Science , qui eſt cultivée par
toutes les Nations tant ſoit peu civiliſées,
embraſſe toutes les connoiſſances qui appartiennent
à l'Hiſtoire Naturelle &
celles qui font du reſſort de la Chymie.
Dès le temps de Cicéron , elle étoit regardée
comme la nourriture de l'eſprit
MA I. 1778 . 91
la plus délicieuſe & la plus convenable.
Quels attraits ne doit- elle pas avoir aujourd'hui
, qu'elle eſt enrichie d'une infinité
de nouvelles découvertes , & que
les expériences ſe ſont multipliées ſur
tous les objets qui s'offrent à nos yeux ?
Rien de plus varié & de plus curieux
que le ſpectacle que la nature nous offre
à chaque pas. L'ame s'élève & s'aggrandit
, a dit ſi bien un moraliſte judicieux,
quand elle confidère la magnificence ,
Pimmenfité , la régularité des corps lumineux
, que le Créateur de l'univers a
faſpendus fur nos têtes. Les plus petits
objets , ſemés par la même main fur la
terre , excitent l'admiration à meſure
qu'on eſt inſtruit. Tout nous manifeſte ,
dans le ſpectacle de l'univers , cette fageffe
infinie , qui , par quelques loix de
mouvement ſimples mais fécondes
qu'elle s'eſt preſcrites & qu'elle fuit librement
, tire de la matière cette variété
, cet aſſortiment , cet arrangement
admirable de corps terrestres , tranſparens
, lumineux. L'eſprit démêle , en ſe
livrant à cette étude ſi intéreſſante ,
comment la nature s'y prend à former
le diamant , l'argent & l'or pour nous
enrichir; comment ſe forment les vents,
,
92 MERCURE DE FRANCE.
terre
les feux fouterrains , les tremblemens de
les exhalaiſons , les nuages ; &
dans ces nuages le tonnerre & lafoudre ,
par quelle force les eaux montent par
mille canaux infſenſibles juſques à la cîine
des montagnes ; par quelle route les,
rayons partis du ſoleil vont fe rompre
& ſe réfléchir dans les nues , pour venir
offrir à nos regards les plus belles
couleurs. Du milieu des airs , l'efprit,
s'élève juſqu'aux planètes & aux autres
corps célestes , détermine les caufes qui
les font mouvoir dans leurs orbites , &
l'action qu'elles exercent mutuellement
les unes fur les autres ; calcule leurs
éclipſes , explique leurs différens mouvemens
, meſure leurs diſtances , & rend
raiſon de leurs différens phénomènes. Si
la marche & l'ordre admirable des corps
célestes nous annoncent la puiſſance infinie
du Maître de l'univers , ſa ſageſſe
ſe manifeſte également dans cet abime
de merveilles que le corps humain nous
préſente . Cette variété & cette multitude
prodigieuſe d'os , de fibres , de
nerfs , de muſcles , de viſcères , de liqueurs
, dont on ne fauroit tien retrancher
, comme on n'y peut rien ajouter ,
qui tous ont leur uſage , leur tiffure د
MA I. 1778 . 93
1
د
2
leurs proportions , leur arrangement
propre , leur correſpondance mutuelle
cette action & cette réaction continuelles
cette circulation des liqueurs dans
une infinité de canaux répandus par tout
le corps ; ce mouvement perpétuel ſi
compofé & fi rapide , & cependant fi
facile & fi uniforme que nous ne le
ſentons point , qu'il s'eſt écoulé tant
de fiécles ſans qu'il ait été même foupçonné
; les principes ſecrets , les eſprits
vitaux qui animent toute la machine ,
qui tendent ou relâchent tous les refforts
, & fe portent , à notre infçu & fans
ſe tromper jamais , dans chaque partie,
les principes de fécondité & d'immortalité
, par leſquels le corps croît, ſe conſerve
, ſe reſſuſcite en quelque forte
ſe perpétue & ſe multiplie à l'infini :
tout, oui tout décelle l'art , mais l'art
de lanature un Ouvrier divin. د
,
Une Science qui embraſſe tant &
de ſi nobles objets , n'a nul beſoin de
nos éloges ; & l'on a toujours bien accueilli
les Ouvrages où se trouvent réunies
les obſervations & les expériences
relatives à ces différens objets. M. Sigaud
de la Fond , qui a tant de foisdonné des
preuves de fon habileté & de la profon
1
94 MERCURE. DE FRANCE.
deur de ſes connoiſſances phyſiques
vient de nous donner un nouvel Oц-
vrage , qui réunit tout ce que la Phyſique
a de plus intéreſſant, & ce que deux
fiécles d'obſervations nous ont appris de
plus curieux. Il expoſe une théorie lumineuſe
, & indique d'une manière claire
& ſenſible les expériences qui viennent
à l'appui des vérités qu'il établit.
Cet Auteur traite d'abord des principes
des mixtes , des loix générales de la nature
, des propriétés des corps & du
mouvement ;& après avoir conſidéré l'attraction
comme une des loix de la nature
, il ramène tous les phénomènes
qui y ont rapport à une feule & unique
loi. Tout ce qui concerne la peſanteur,
la théorie des machines, l'hydroſtatique ,
& fur-tout la matière importante de
l'air , conſidéré comme principe & comme
mixte , eſt parfaitementbien difcuté
dans l'Ouvrage que nous annonçons.
Les obſervations qu'il fait fur l'air fixe
&fes uſages , font importantes & curieuſes
. On trouve , au dernier volume ,
un Traité du feu , auquel on a joint tout
ce qui concerne la lumière , l'électricité
& l'aimant. On y confidère le feu comme
principe des corps , c'est-à- dire , dans

MA I. 1778 . 95
un étatde combinaiſon, & comme libre
& dégagé de toute combinaiſon. Ces
deux manières d'enviſager le feu fourniffent
à l'Auteur des obſervations intéreffantes.
La ſeule annonce de ces queftions
ſi importantes & fi bien difcutées
dans ces Élémens de Phyſique , & les
talens connus de l'Auteur, ſuffiſent pour
faire regarder ſon Ouvrage comme un
livre claſſique , qui réunit tout ce qu'il
y a d'important à connoître dans l'étude
de la nature.
Catalogue des Livres de la Bibliothèque
Publique , fondée par M. Prousteau ;
nouvelle Édition. A Paris , chez Barois
, Libraire , Quai des Auguſtins ;
& à Orléans , chez Jacob , Imprimeur-
Libraire .
M. Prousteau , Jurifconfulte , fit don
de ſa Bibliothèque aux Bénédictins de
Bonne-Nouvelle , à la charge de l'ouvrir
au Public , & en aſſurant une ſomme
annuelle pour l'achat des Livres & l'entretiende
la Bibliothèque. Le catalogue ,
que nous annonçons , eſt deſtiné à faire
connoître cette collection curieuſe , ſurtout
par les Ouvrages de Jurisprudence
" MERCURE DE FRANCE.
qu'on y trouve, & par le dépouillement
qui a été fait de tous les Traités contenus
dans la grande Bibliothéque des
Pères , & dans un Ouvrage intitulé :
Tractatus Tractatuum , qu'une perſonne
d'eſprit appeloit un immeuble. On ne
peut pas donner une idée plus juſte ni
plus exacte du mérite de ceCatalogue ,
que celle qu'en donne dans ſon approbation
le Cenfeur Royal , ( M. l'Abbé de
Reyrac , Auteur de pluſieurs Poëfies
remplies d'une excellente moralité, &
dignes d'être miſes à côté de celles de
MM. Rouffeau & Lefranc. ) « Les No-
>> tes inſtructives & curieuſes , dit- il , &
>> les autres morceaux bien faits dont
» le R. P. Fabre , Bibliothécaire , a enrichi
la nouvelle édition de ce Cata-
>> logue , y répandent autant d'intérêt
>> que de variété,& fontbeaucoup d'hon-
>>neur au difcernement & aux connoiffances
bibliographiques du ſavant Bé-
>> nédictin ».
On ne fauroit trop multiplier ces
fortes de Catalogues, qui fourniſſent aux
gensde lettres une connoiſſance prompte
&facile de tout ce qu'on a écrit de
meilleur fur les matières qu'ils ſe propoſent
d'étudier. Avant qu'on eût introduit
MAI. 1778 . 97
duit cebel ordre qui règne dans les Bibliothèques
, par l'intelligence avec laquelle
on a claſſe les livres , & par les
diviſions & fous-diviſions claires & méthodiques
; on étoit expoſé à s'égarer
dans l'immenſité de la littérature , comme
dans un labyrinthe de routes confuſes.
Le ſyſtême bibliographique , qui
a été affez généralement adopté , eſt celui
de M. Martin , Libraire à Paris
qui a diviſé la littérature en cinq claſſes
primitives : la théologie , la jurisprudence,
les ſciences & arts , les belles- lettres
& l'hiſtoire .On convient que ce Libraire
a mis en effet le plus d'ordre , d'intelligence
& de raiſonnement dans les diviſions
, & le plus d'inſtruction ſur les
livres rares dans ſes notes.
Louis XIV, ou la Guerre de 1701 ,
Poëme en 15 Chants ; par M. de
Vixouze , Lieutenant-Particulier au
Préſidial d'Aurillac , & Subdélégué ;
in- 8 ° . avec Figures. Prix , 3 liv. br.
A la Haye ; & ſe trouve à Paris , chez
la veuve Duchefne , rue S. Jacques ;
Cellot , rue Dauphine ; Mérigot le
jeune , Quai des Auguſtins. 1778 .
E
/
98 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur de ce Poëme , en prenant
Louis XIV pour ſon Héros , n'a point
voulu préſenter ce Monarque environné
de l'éclatde ſes victoires , mais le peindre
au ſein des revers , dans le tems des défaites
& des humiliations qui troublèrent
la fin de fon règne , tems où il ſe montra
peut - être plus grand que dans ſes conquêtes.
Le choix d'un tel ſujet annonce
un Poëte Philoſophe & Patriote , un
ami de l'humanité & de la paix. « Je n'ai
>>pu réſiſter , dit M. de Vixouze , dans
>> ſa Préface , au plaisir de tracer un ta-
>>bleau auſſi touchant pour l'humanité ,
>>que celui d'un Roi ambitieux qui vit
>> les plus brillans ſuccès ſuivis des plus
>>accablantes diſgrâces , fut réduit à
>> trembler pour ſa Couronne ; & recon-
>>noiffant , mais trop tard , les maux que
>> la victoire entraîne , gémit amèrement
>> ſur ſes exploits , verſe des larmes de
>>fang ſur ſes triomphes , & en déplore
>> les ſuites au lit de la mort » .
M. de Vixouze a donc renfermé dans
fon Poëme , tous les événemens principaux
de cette guerre mémorable de la
fucceffion d'Eſpagne. Il ne s'eſt point
afſujetti exactement à l'ordre des dates ,
& a ufé en cela de la liberté de la poéſie,
MA I. 1778 .
-99
fur-tout du Poëme épique , où le Poëte
eſt le maître des
événemens . Il a même
fait entrer dans ſon plan des incidens
ſuppoſés avoir eu lieu pendant la guerre,
quoique l'Hiſtoire nous apprenne le contraire
; tel eſt le voyage du Czar Pierrele-
Grand , en France , voyage qui n'eut
réellement lieu que du tems du Régent.
Ils'eſt permis auſſi quelques fictions, & a
cru devoir également, à l'exemple de tous
les Poëtes épiques , répandre du merveilleux
dans ſon Poëme. Ceux qui ofoient
s'exercer dans ce genre brillant & difficile
, avoient autrefois un vaſte champ
dans la Mythologie ou dans la Féerie.
Milton a depuis mis en jeu les Anges &
les Démons. Mais aujourd'hui, fur-tout
en France , où l'on ne fait plus grâce aux
brillans écarts de l'imagination , il ne
reſte aux Pocres que la reſſource de perſonnifier
des Etres moraux ou métaphyſiques.
Le Virgile de la France , M. de
Voltaire , a fait uſage , avec ſuccès , du
premier de ces moyens . M. de Vixouze
s'eſt ſervi de la doctrine d'un mauvais
principe , ou de l'Auteur du mal , répandue
chez preſque tous les Peuples ,
& de celle de la grande chaîne des Etres ,
imaginée parPlaton. On verra de quelle
Eij
100 MERCURE DE FRANCE .
manière il fait mouvoir ces reſſorts , par
le morceau ſuivant , propre en mêmetems
à donner une idée de ſon ſtyle , qui
nous a paru noble , fage , élevé , & quel.
quefois harmonieux .
Celui dont les regards enfantent la lumière ,
Qui ſeuldonne la vie à la Nature entière ,
Qui ſoulève à ſon gré la ſurface des mers ,
Dont la voix redoutable ébranle l'Univers
Quand le bruit de la foudre annonce ſa préſence,
Voulut d'un Roi ſuperbe abaiſſer la puiſſance.
Sa providence auguſte , en réglant nos deſtins ,
Accordoit ſa juſtice avec ſes hauts deſſeins .

Dieu ſeul ſoutient le poids de cette chaîne immenſe
Demille Étres vivans créés par ſa puiſſance , ;
Etqui jetés par lui dans des mondes divers ,
Compoſent ce grand tout qu'on appelle Univers.
Il daigna conſulter ſa juſtice immortelle ,
Et le tems auffi-tôt , à ſon ordre fidèle ,
De cette grande chaîne agitant les anneaux ,
Al'Europe ébranlée annonça tous ſes maux.
Une profonde nuit nous couvrit de ténèbres ;
La France s'éclipſa ſous ſes voiles funèbres.
Dieufoumit ſon empire à ce monftre puiſſant ,
Deſon courroux vengeur redoutable inſtrument,
MA I. 1778 . 101
Dont ſouvent il ſe ſert au défaut du tonnerre ,
Pour frapper les Mortels , &pour punir laTerre.
Fier rival de Dieu même , il combat ſa bonté.
C'eſt lui dont le pouvoir , desHumains redouté ,
Allume les volcans &cauſe ces ravages
Dontla Nature en pleurs gémit dans tous les âges.
L'Égypte l'invoquoit ſous le nom de Typhon ;
La Grèce l'adora ſous celui de Pluton.
Des vices des Humains lui ſeul eſt l'origine ;
Sa haine deſtructive entraîne leur ruine.
Apeine il voit un Dieu dans ces momens cruels ,
Détourner loin de nous ſes regards paternels ,
Que ſoudain, s'élevant du fond des noits abyſmes,
Il plane , & d'un regard déſigne ſes victimes.
Le ſang marque par-tout la trace de ſes pas ;
De ſon haleine immonde il flétrit ces climats :
La foudre étincelante éclaire ſon paſſage :
Il marche enveloppé dans un ſombre nuage ;
Sa tête monstrueuſe épouvante les Cieux ;
Un feu noir & brûlant éclate dans ſes yeux.
Ses bras ſemblent toucher aux bornes de laTerres
Il porte d'une main le glaive de la guerre;.
Dans l'autre il tient ces fers & ces chaînes d'ai
rain,
De ſon pouvoir fatal appareil inhumain.
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE..
L'Auteur décrit , dans le cours du
Poëme , les Batailles d'Hochſtel , de
Ramilies & de Malplaquet ; mais furtout
la fameuſe journée de Denain , qui
fut le ſalut de la France. Les célèbres
Généraux qui ſe ſignalèrent dans cette
guerre , de part & d'autre , Eugène ,
Marlborough , & fur-tout le Maréchal
de Villars , qui eſt peint comme le Héros
& le ſauveur de ſon pays , jouent les
principaux rôles dans un Ouvrage dont
leurs exploits font le principal ſujet. An
quinzième Chant , Louis XIV eſt guidé
par la Nature :
Vers ces globes divers ,
Vers ces Soleils nombreux qu'on ne voit fur la
Terre
Que comme un point brillant d'où jaillit la lu-
1 mière.
Dans ce voyage,qui équivaut à la defcente
d'Énée aux Enfers , la Nature ,
faiſant les fonctions de la Sibylle de
Virgile , dévoile l'avenir aux yeux de
Louis , & lui fait entrevoir & admirer
les Princes ſes ſucceſſeurs , le Duc d'Orléans
Régent , les Maréchaux de Saxe
19 :
MAI. 1778 . 103
& de Lowendall , pluſieurs Miniſtres
célèbres , d'Agueſſean , Montesquieu ,
&, qui plus eſt , M. Thomas , M.
l'Abbé de Lille & le Chevalier Gluck .
L'Auteur a haſardé de mêler quelquefois
aux Vers Alexandrins des Vers de
différente meſure. Le ſuccès ſeul peur
juſtifier cette innovation. Nous obſerverons
ſeulement , que tous les Poëmes
épiques célèbres , depuis Homère juſqu'à
nos jours , ont été écrits , d'un bout à
l'autre , en grands Vers , ou du moins
en Vers d'une même meſure , & que
cette verſification uniforme convient furtout
à la Poéſie héroïque , dont le ton
doit être élevé & conſtamment foutenu .
Traité économique & physique du gros &
menu Bétail ; contenant la deſcription
du cheval , de l'âne , du mulet , du
boeuf , de la chèvre , de la brebis &
du cochon : la manière d'élever les
animaux , de les multiplier , de les
nourrir , de les traiter dans leurs maladies
, & d'en tirer profit pour l'économie
domeſtique & champêtre. z
vol. in- 12 . AParis, chez Baſtien, Libr.
rue du Petit- Lyon , F. S. G. 1778 .
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Avec approbation & permifſion du
Roi.
Le Traité , que nous annonçons
aujourd'hui , eſt le plus complet qui
ait paru en ce genre : perſonne , avant
l'Auteur anonyme de cet ouvrage ,
n'a publié dans un ſeul & même recueil
tout ce qui concerne le gros & le menu
bétail. Les uns ont donné des Traités ſur
les chevaux , d'autres ſur les vaches ,
pluſieurs fur les brebis , & preſque perfonne
ſur les ânes , les chèvres & les
porcs ; & encore la plupart de ces Trairés
font-ils incomplets. En effet , aucun
Auteur ne s'eſt avisé de réunir tout ce
qu'onpeut dire de ces animaux domeſtiques
fous un ſeul & même point de vue.
On lesa conſidérés ou en économiſte, ou
en naturaliſte , ou en médecin , & jamais
ſous tous les aſpects réunis. Auſſi depuis
long-tems le public deſire un ouvrage
court , & en même - tems aſſez étendu
pour pouvoir entrer dans tous les détails
concernant ces animaux. On a tâché de
remédier à tous ces inconvéniens par
le Traité qu'on publie aujourd'hui : on
y faitmentionde huit animaux différens
enautantde chapitres.On commence par
MA I. 1778 .. 105
le cheval, comme formant un des principaux
objets de l'économie rurale : on en
donne en abrégé la deſcription anatomique.
On parle des moyens qu'on peut
employer pour la propagation de l'animal
, & conféquemment du haras . On
diftingue les eſpèces , leur valeur & leur
prix : on indique les uſages auxquels les
chevaux de chaque eſpèce ſont les plus
propres. On entre enſuite dans l'art de
dreſſer les chevaux , relativement au fervice
qu'on en veut tirer. On indique encore
quelle forme ou quelle qualité doit
avoir chaque partie extérieure , pour concourir
à la beauté de l'animal& à ſa perfection;
après quoi on donne les moyens
de connoître leur âge . On termine enfin
ce qui concerne cet animal par ſes maladies
,& par la manière de le traiter : on
fait même voir ſon utilité , tant avant
qu'après ſa mort , pour la médecine , de
mêmeque dans les arts&métiers ; & c'eſtlà
le ſujet du premier chapitre. Dans le
fecond chapitre on traite de l'âne : on en
donne la deſcription extérieure , anatomique
& comparée : on en décrit les
moeurs , & on rapporte tous les avantages
qu'on en peut tirer. On indique
même la manière dont ſe fait à la Chi
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
ne le Nyo Kiao , qui eſt une eſpèce de
colle qu'on tire de la peau d'âne , & qui eft
recommandée pour pluſieurs maladies.
Le mulet eſt l'animal qu'on confidère
dans le troiſième chapitre. Comme cet
animal eſt un mélange de genres , & par
conféquent une monftruoſité dans la nature
, il n'engendre pas ; mais il n'eſt pas
moins utile pour l'économie champêtre :
il eſt même de la plus grande utilité
dans les armées. Le quatrième chapitre
comprend le taureau & la vache : il eſt
diviſé en quatre articles ;dans le premier
on parle du taureau ; dans le deuxième
, du boeuf; dans le troiſième , de
la vache ;& dans le quatrième , du veau .
On n'omet rien , dans chacun de ces
articles , de ce qu'on peut deſirer touchant
ces animaux , fi intéreſſans pour
le ſervice de l'homme. Le chapitre cinquième
eſt deſtiné au jumart , animal
qui provient de l'accouplement du taureau
avec l'âneſſe ou la jument , & de
celui du cheval ou de l'âne avec la vache.
On donne dans ce chapitre la defcription
d'un jumart qui s'eſt trouvé ,
en 1767 , àl'École Vétérinaire de Lyon .
Le chapitre ſixième eſt deſtiné à la
chèvre. On y examine ſes moeurs & fon
MA I. 1778 . 107
caractère : on en rapporte l'anatomie
comparée ; on indique la nourriture qui
lui convient , & ce que la ſociété humaine
peut tirer d'avantageux de cet
animal. Le chapitre ſeptième eſt auſſi
intéreſſant que le quatrième , puiſqu'il
traite d'un animal dont l'utilité eſt univerſellement
reconnue , tant pour nos
alimens & nos médicamens , que pour
nos manufactures : je veux dire de la
brebis. On a diviſé ce chapitre en quatre
articles. Dans le premier , on traite
du bélier ; dans le deuxième , de la brcbis
; dans le troiſième , du mouton ; &
dans le quatrième , de l'agneau . Ce chapitre
occupe la plus grande partie du
ſecond volume , de même que celui du
cheval forme , preſque lui ſeul , le premier
volume. On eſt parvenu à ne rien
laiſſer à defirer fut les bêtes à cornes. Le
huitième & dernier chapitre renferme
tous les détails concernant le cochon..
On a puiſé, pour rédiger cet ouvrage
dans les meilleures ſources , & on al
confulté les Auteurs les plus fameux /
qui ont écrit fur l'hiſtoire naturelle , l'art
vétérinaire & l'économie champêtre.
۲
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
Projet d'un Ouvragefur les morts appa
rentes.
M. Thiery , Médecin-Conſultant du
Roi , & Docteur-Régent de la Facultéde
Médecine de Paris , eſt ſur le point de
donner au jour un Ouvrage très - intéreffant
ſur les morts apparentes. Cet
Ouvrage eſt diviſé en quatre Parties. La
première eſt deſtinée à l'hiſtoire d'une
mort extraordinaire , comparée avec toutes
les autres morts étranges dont il
eſt parlé dans les Sépulcretum. On y
trouve auſſi l'hiſtoire des Momies naturelles
& artificielles . La deuxième Partie
contient le parallèle de la putréfaction
du mort & de celle du vivant : on examine
juſqu'où & comment les moyens
qui confervent les morts & les préſervent
de la putréfaction , peuvent en garantir
les vivans. La troiſième Partie expoſe
les phénomènes, les cauſes , toutes les va
riétésde la mortapparente, ainſi queles ſecours
qu'ilfaut alors adminiſtrer.L'Auteur
établit en même-temps les principes qui
doivent guider les Nations , dans l'inſtitutiondes
loix touchant les ſépultures.
Un projet de Réglement pour les ſoins
MAF. 1778 : 109
qu'on doit donner aux morts , ou à ceux
qui paroiſſent tels , forme comme la quatrième
Partie de l'Ouvrage. La néceſſité
de ce Réglement eſt généralement reconnue:
il eſt à defirer qu'il paroiſſe au
plutôt. Combien de citoyens ne conferveroit-
on pas à l'État , qu'on enterre
malheureuſement & trop ſouvent vivans!
Pluſieurs Médecins ſe ſont déjà occupés
de cet objet ; mais M. Thiery , qui
nous a communiqué ſon manufcrit , ne
paroît rien laiffer à defirer ſur ce ſujet.
Eſſais Botaniques , Chymiques , Pharma
ceutiquesfur quelques plantes indigènes,
ſubſtituées avec ſuccès à des végétaux
exotiques , auxquels on a joint des obſervations
médicinales ſur les mêmes
objets ; Ouvrage qui a remporté , le
3 Décembre 1776 , le premier prix
double , au jugement de MM. de l'Académie
des Sciences , Belles-Lettres
& Arts de Lyon ; par M. Coſte , Médecin
des Hôpitaux militaires du Roi ,
en réſidence à Calais , Agrégé honoraire
du Collége Royal des Médecins
de Nancy , &c .; & par M. Willemet ,
Doyen des Apothicaires de Nancy ,
110 MERCURE DE FRANCE.
&c. A Nancy , chez la veuve Leclerc,
Imprimeur de l'Intendance , 1778 .
Depuis long- temps on a mis en queftion
fi les plantes indigènes pouvoient
ſuppléer , pour la cure de nos maladies
aux exotiques&aux compoſitions chymiques.
M. Buc'hoz s'eſt appliqué ſur-tout
àdémontrer l'affirmatif de cette propofition.
On peut conſulter ſur ce ſujet fon
Traité historique des plantes de la Lorraine
, la Médecine Rurale * , fon Dictionnaire
des plantes , arbres & arbustes
de la France. Le Mémoire couronné n'eſt
ſimplement qu'un extrait de ces différens
ouvrages. Pour fſe convaincre plus particulièrement
de cette affertion , il ſuffit
de rapporter ici une partie de la première
diſſertation du Traité hiſtorique des plantes
de la Lorraine.
La nature a été ſi juſte dans fon partage
, dir M. Buc'hoz , qu'elle a fourni
à chaque Province ce qui lui eſt néceſſaire
pour fon utilité. Toujours bienfaiſante ,
riche , libérale , prodigue, ſi l'on peut ſe
* Il s'en trouve encore quelques exemplaires.
chez Lacombe , Libraire , rue de Tournon,
MA I. 1778 . 111
fervir de ce terme , elle a mis à notre
portée les remèdes convenables à nos
maux. Mais , hélas ! partiſans aveugles
du merveilleux , & accoutumés à nejuger
les choſes que par leur prix , nous allons
chercher à grands frais chez l'étranger
des drogues inférieures en vertus , moins
propres que celles que nous avons fous
lamain.
:
Si les épices & les aromates qui nous
viennent des Indes , ne naiffent pas dans
nos climats , nous pouvons nous flatter
que les plantes quis'y trouvent ont beaucoup
plus d'analogie avec nos corps que
les drogues étrangères , qui font pour
l'ordinaire , ou altérées par la longueur
des voyages , ou falſifiées par l'avidité
du gain & par l'avarice des Marchands.
qui nous les vendent. Il n'en eſt pas de
même de nos plantes indigènes ; elles ſe
préſentent à nous telles que la nature les
produit ; elles ont toute leur force &
leur vertu fans aucune altération ; elles
croiffent dans notre climat ; elles nous
ſont conféquemment analogues ; elles
font donc d'autant plus efficaces pour
nos maladies : l'expérience l'a toujours,
vérifié ; cependant nous nous en interdiſons
l'uſage : nous les foulons même,
112 MERCURE DE FRANCE.
aux pieds , tandis que les Indiens , qui en
connoiſſent mieux les vertus , les recherchent
avec avidité , & tâchent de ſe les
procurer à quelque prix que ee ſoit.
Toute la médecine pratique , ou , pour
mieux dire , la matière médicale , ſe réduit
aux purgatifs , aux vomitifs , aux
fudorifiques , aux cordiaux , aux apéritifs
, aux aftringens , aux fébrifuges , aux
narcotiques , aux hyſtériques , aux contrevers
, aux vulnéraires. Nous trouvons
toutes ces vertus dans nos plantes indigènes
, ſans être obligés de recourir à
L'étranger.
1º. Nous y trouvons des purgatifs .
Le rhapontic V. G. & le frangula , ne
tiennent-ils pas lieu de rhubarbe ? Qui
empêcheroit de ſubſtituer au ſéné & au
jalap, le colutea , la cuſcute , la gratiole
& le nerprun , qui ne leur cèdent pas en
vertu ? Quels meilleurs purgatifs pouvons-
nous avoir que l'iris , la bryone , le
concombre fauvage , les roſes muſcades ,
la mercurielle , le tamnus , le ſureau
les fleurs de pêcher & la racine creuſe ,
plantes fort connues en France ?
>
2º . En fait de vomitifs , l'anémone
des bois ne fait-elle pas le même effer
que l'hypécacuana , que nous tirons des
MA I. 1778 . 113
pays lointains? Qui a jamais diſputé à
l'azarum , aux tithymales , aux éfules ,
à l'evonymus , aux ellébores blancs &
noirs , au lauréole , leur grande vertu
émétique?
3 ° . Les ſudorifiques ne ſont pas plus
rares . N'avons - nous pas l'ulmaria , le
buis , la bardane , le chardon bénit ,
l'agripaume , l'aſclépias , le genièvre , la
pervenche , le pétaſite , la ſcabieuſe &
les ſcorſonaires , qui ſont d'excellens
fudorifiques ?
4° . Les cordiaux ne ſont pas moins
connus. L'angélique , la lavande , le
bafilic , le caryophyllata , la cardine , le
ſcordium, la fraxinelle, la valériane cultivée&
la ſauvage , l'impératoire , l'arigan ,
le caloment , la marjolaine , le romarin ,
la verge d'or & les violettes , font , ſans
contredit , doués d'une vertu cordiaque.
s . Nous ne manquons pas auſſi d'apéritifs
: nous trouvons preſque par - tout
l'alke-kange , l'arrête - boeuf , l'aſperge ,
la bardane , la chauſſe - trappe , l'éryngium
, le chiendent , la chicorée - fauvage
, la dent de lion , la garance , le
buis , l'ortie , la ſaxifrage , l'oignon &
le perfil , auxquels perſonne ne peut difputer
la vertu apéritive.
114 MERCURE DE FRANCE.
6° . Quant aux fébrifuges , l'écorce de
frêne , de putiet , de cerifier - ſauvage ,
de faule , les eſpèces d'abſynthes , la petite
centaurée , la germandrée , les bayes
de genièvre , le caryophyllata , la gentiane
, la quinquefeuille , la piloſelle &
la ſauge de toute eſpèce , font d'auſſi bons
ſpécifiques que le quinquina .
7º . Quels meilleurs antidotes pouvonsnous
defirer contre les vers , que l'abſynthe
, l'aurone , la fougère , la rhue , la
tanaiſie & l'anémone des bois , plantes
qui croiffent naturellement dans le pays ?
3º . Parmi les narcotiques , nous pouvons
placer les pavots , les cynogloſſes ,
la juſquiame , la mandragore.
9° . Nous ne ſommes pas non plus
dénués d'hyſtériques. Les ariſtoloches
l'armoiſe , la méliſſe , le marrube blanc ,
la matricaire , la rhue , la tanaifie , la fabine
, s'offrent à chaque inſtant ſous nos
pas.
10º. Enfin , quels meilleurs vulnéraires
peut-on trouver que le ceterach ,
la ſcolopendre , & les autres eſpèces de
capillaires ; la brunelle , la paſquerette , la
pulmonaire , la ſucciſe , la pilofelle , le
tuſfilage , le pied-de-chat , la ſanicle , la
ſcabieuſe, la pyrole & les véroniques ?
MA I. 1778 . 115
.
C'eſt par le ſecours d'une pareille
pharmacie champêtre & naturelle , qu'il
nous ſera facile de guérir toutes fortes
de maladies fans peine & fans frais.
( Elle fe trouve déjà rédigée dans la Nature
confidérée fous ses différens aspects ,
année 1770 , & un Particulier l'a extrait
de cet Ouvrage , & l'a même déjà fait
imprimer ſéparément. ) Auſſi les gens de
la campagne ne font uſage d'aucun autre
remède que des fimples , &cependant
ils vivent fort long-temps : ils trouvent
même dans les plantes un foulagement
plus prompt & plus fûr que les habitans
des villes , qui ,dans les maladies les plus
légères ont auſſi- tôt recours aux remèdes
exotiques , & aux compofitions
chymiques.
,
Jamais nos ancêtres n'ont ſu ce que
c'étoit que d'aller chez l'étranger chercherdes
remèdes à leurs maux. Ils ſe ſont
toujours contentés deceux que leur offroit
le pays où ils vivoient ,& c'eſt-là la principale
raiſon pour laquelle ils parvenoient
à une heureuſe vieilleſſe , ſans preſque
aucune maladie.
Telles font la plupart des aſſertions
que M. Buc'hoz a propoſées dès l'année
1760 , au commencement de ſon Traité
116 MERCURE DE FRANCE .
historique des plantes de la Lorraine , &
qu'il a développées plus amplement dans
ce même Traité , & dans les Ouvrages
ci deſſus cités , de même que dans ſes
Lettresfur la méthode de s'enrichirpromptement
, & de conferverſa ſanté par la
culture des végétaux , & dans la Nature
confidérée ſousfes différens aspects , qui ſe
diſtribue tous les quinze jours chez
Lacombe. Les Auteurs du Mémoire couronné
ont puiſé dans toutes ces ſources :
il ne s'y trouve de leur part d'autres
obſervations nouvelles que ſur les racines
de houblon & de perficaire amphibie ,
propre à remplacer la falſepareille.
Mais cette découverte eſt dûe au ſieur
Cheureuſe , Botaniſte Lorrain . Ce Jardinier-
Botanite a trop bien mérité de
ſa Patrie , pour ne pas en faire honneur
à ſa mémoire. Il eſt donc inutile d'analyſer
le Mémoire que nous annonçons ,
qui ne nous apprend rien de neuf. On
trouve dans les Lettres périodiques cideſſus
citées , des diſſertations ſurles plantes
propres à remplacer l'hypecacuana , le
quinquina , d'autres ſur le creſſon de
roche , ſur le putiet , ſur l'illecebra , fur
le trefle aquatique , ſur le ſaule , & fur
différentes autres plantes intéreſſantes ,
MA I. 1778 . 117
dont il eſt fait mention dans le Mémoire
couronné .
,
Traité des maladies des enfans , Ouvrage
qui eſt le fruit d'une longue obfervation
, & appuyé ſur les faits les plus
authentiques , traduit du Suédois de
feu M. Nils Roſen de Roſenſtain
Chevalier de l'Étoile Polaire, Préſident
de l'Académie Royale des Sciences
de Stockholm , Médecin de la Famille
Royale . Par M. le Fébure de
Villebrune , Docteur - Médecin . A
Paris , chez P. Guill. Cavelier , Libraire
rue Saint - Jacques , 1778 .
Avec approbation & privilége du Roi.
,
Le Traité que nous annonçons ſur les
maladies des enfans , eſt un des plus
complets que nous ayions ſur cet objet .
Les différens articles qui le compoſent
ont d'abord été imprimés , les uns après
les autres , dans les Calendriers de Suède.
L'Académie des Sciences de Stockholm
a jugé qu'elle rendroit un ſervice intéreſſant
au public , ſi elle publioit ellemême
, dans un volume ſéparé , ces articles
, avec d'autant plus de raiſon , que
les exemplaires où ils étoient ré
118 MERCURE DE FRANCE.
pandus , ne ſe trouvoient plus aifément.
Elle a chargé l'Auteur, de cette entrepriſe
, qu'il n'a acceptée que par déférence
pour ſa compagnie , tant il étoit
modeſte. Cet Ouvrage n'a pas plutôt été
imprimé , qu'on s'eſt empreſſé de le traduire
en toutes les langues. En peu d'années
il s'en est trouvé ſept éditions
tant en Suédois qu'en Allemand & en
Hollandois. M. Zimmermann le regardoit
comme un des meilleurs de
notre fiècle ; cependant les François
n'en jouiſſoient pas encore. M. le
Fébure de Villebrune en a , pour ainſi
dire ; fait préſent à ſa Patrie , par la
traduction Françoiſe qu'il vient d'en
donner , & que nous annonçons actuellement.
Il a tâché , dit-il , de fe conformer
à l'extrême ſimplicité de l'original ,
afin de mettre cet ouvrage à la portée de
toutes les claſſes de la ſociété. MM. Murray
& Saadifort , qui l'avoient traduit
chacun en leur langue , en ont ufé de
même. Il a ſuivi en cela leur exemple .
Ces deux habiles Médecins ont joint à
leur traduction un grand nombre de remarques
, dont M. le Fébure a tiré tout
ce qui pouvoit contribuer à rendre ſa
traduction plus utile.Il a accompagné cette
MA 1. 1778 . 119
traduction , de la vie de M. Vils Rofen ,
qui eſt très intéreſſante pour un homme
de lettres ; & à la ſuite de cette vie , il
adonné un liſte des ouvrages de ce ſavant
Médecin Suédois . On y trouve entre
autres un Traité de Médecine domestique
fait par ordre de la Reine de Suéde , ouvrage
du genre de celui de M. Tiffor ,
mais infiniment mieux travaillé . Nous
invitons M. le Fébure de nous en donner
encore la traduction. Il méritera par- là
une double reconnoiſſance de la part de
ſes Concitoyens.
Effais de Jean Rey , Docteur en Médecine ,
fur la recherche de la cauſe pour laquelle
l'étain & le plomb augmentent de poids
quand on les calcine ; nouvelle édition ,
revue ſur l'exemplaire original , &
augmentée ſur les manufcrits de la
Bibliothèque du Roi & des Minimes
de Paris, avec des notes ; par M. Gober.
A Paris , chez Ruault , Libraire , rue
de la Harpe , 1 vol. in- 8 ° . Avec approbation
& privilége du Roi.
Jean Rey , Docteur en Médecine ,
étoit natif de Bugen ſur la Dordogne ,
dans les dépendances de la Baronnie de
120 MERCURE DE FRANCE .
Lymeil , Ville de la Province de Périgord
, ſituée au-deſſus du confluent de
la Dordogne avec la Vezère , qui apparrenoit
au Duc de Bouillon , à qui cet
Auteur a dédié ſes Eſſais. On peut dire
que la réputation eſt une choſe bien fingulière.
Jean Rey , qui a précédé l'immortel
Pafchal , le célèbre Deſcartes &
le grand Newton , eſt reſté preſque inconnu
dans la république des lettres .
Cependant ſon Livre , qui ne traite que
d'une feule expérience , méritoit un fort
plus heureux . Cet ouvrage n'eſt pas digne
de ſon ſiècle ; il appartient entièrement
au nôtre. M. Gobet , par la nouvelle édition
qu'il vient de publier , l'a tiré de
l'oubli où il étoit ; & M. Bagen , fameux
Chimiſte , bon connoiffeur dans cette
partie , n'a pu s'empêcher de donner
ſon ſentiment ſur cet ouvrage. Voici
comme il s'exprime à ſon ſujet dans une
de ſes lettres .
« La cauſe de l'augmentation de la
pefanteur que la calcination fait éprouver
à certain métaux , a été de tous les temps
un ſujet de ſpéculation & de recherches
pour les Chimiſtes & les Phyſiciens.
Cardon , Coſalpin , Libarius & beaucoup
d'autres , ont anciennement tâché
d'expliquer
MAI. 1778 . 121
d'expliquer le phénomène ; mais entre
tous on doit , à juſte titre , diſtinguer
Jean Rey , Médecin Périgourdin , qui
vivoit au commencement du dernier
ſiècle. Son ouvrage , inconnu peut-être
de tous les Chimiſtes & Phyſiciens d'aujourd'hui
, m'a paru d'autant plus mériter
d'être tiré de l'oubli , que la cauſe
qu'il aſſigne à l'augmentation de poids
qu'ont éprouvées les chaux de plomb &
d'étain a un rapport immédiat avec
celle qui eſt ſur le point d'être reconnue
de tous les Chimiſtes .
Differtationsfur l'organe de l'ouie , 1º. de
l'homme , 2°. des reptiles , 3º . despoif-
Sons. ParM. Geoffroy,Docteur-Régent
de la Faculté de Médecine , & Membre
de la Société Royale de Médecine.
A Amſterdam ; & ſe trouve à Paris ,
chez Cavelier , Libraire , rue Saint-
Jacques , près la fontaine Saint-Severin
, 1778 . 1
Lestrois Differtations rapportées dans
cette brochure , ſont ſavamment écrites,
ainſi & de même que tous les ouvrages
qui ſortent de la plume de M. Geoffroy.
F
!
:
1
122 MERCURE DE FRANCE.
Dans la première Differtation , M. Geoffroy
décrit d'une manière ſuccincte l'organe
de l'ouie de l'homme ; il paſſe rapidement
ſur tout ce qui eft connu , & il
en tire des conféquences relatives à la
théorie des fons & de leur perception .
Ces réſultats ſont autant de principes
dont l'Auteur tire le plus grand parti ,
foit pour la comparaiſon de l'oreille interne
dans les différentes claſſes d'animaux
, foit pour l'explication des phénomènes
qu'elle préſente dans les reptiles
& dans les poiffons.
Dans la ſeconde Diſſertation, M. Geoffroy
entre en matière , & il commence
en expoſant ſes découvertes fur l'organe
de l'ouiedes reptiles . Voulant en décrire
la ſtructure avec méthode , il les diviſe
en deux claffes : dans la première on
trouve extérieurement quelque apparence
de tympan , &dans la ſeconde
on n'en rencontre aucune trace.
Dans la troiſième Differtation , M.
Geoffroy a réuni tout ce qui eſt relatif
à l'organe de l'ouie des poiffons proprement
dits . En foulevant Pécaille des
ouies , il a 'trouvé un trou houché par
une membrane très-fine ,qui y tient lien
de celledu tympan. Les poiffons ont en
MAI. 1778. 123
général trois ofſelets , dont un , très-petit,
a été appelé par Caſſerius du nom d'os
lenticulaire . Les deux autres font reunis
par de petites poches ou véſicules membraneuſes
qui communiquent entre elles .
Klein avoit déjà publié un excellent Mémoire
intitulé : Mantiſſa de ſono & auditu
Fifcium , in- 8 % . Ce ſavant y a difcuté
profondément cet objet , mais on peut
dire que le travail de M. Geoffroy eſt
encore plus complet.
Hiftoire Naturelle de Pline , traduite en
François avec le texte Latin , rétabli
d'après les meilleures leçons manufcrites
, accompagnée de notes critiques
pour l'éclairciſſement du texte ,
&d'obſervations ſur les connoiſſances
des Anciens , comparées avec les découvertes
des Modernes. Tome onzième
. A Paris , chez la veuve Deſaint ,
Libraire , rue du Foin, près la rue
Saint-Jacques.
Ce tome onzième de Pline , le plus
intéreſſant peut- être de tout ce vaſte ouvrage
, eſt de 600 pages. Il comprend le
trente - quatrième Livre de l'Hiſtoire Naturelle,
le trente-cinquième & la moitié
Fij
114 MERCURE DE FRANCE.
du trente- fixième. Le trente-quatrième
Livre traite du fer , du plomb , de l'étain ,
&particulièrement du cuivre ou airain ;
ce qui fournit à Pline l'occaſion de parler
de tous les chef-d'oeuvres de l'antiquité
, en fait de ſtatuts de bronze. Il y
recherche donc l'origine de ce bel art ,
en ſuit les progrès , & paſſe en revue
tous les grands articles que la fonte de
l'airain a immortaliſés . Le trente-cinquième
Livre traite des couleurs dûes
aux minéraux , & eſt ainſi une ſuite naturelle
des Livres précédens , où l'Auteur
a développé toutes les merveilles du
règne métallique . L'hiſtoire des couleurs
amène celle de la peinture , c'eſt- à-dire ,
l'hiſtoire des grands Peintres & de leurs
chef-d'oeuvres les plus renommés. Pline
a ſemé ſur tous ces détails curieux , la
magie du plus vif intérêt. Dans le trentefixième
Livre , l'Auteur entame l'hiſtoire
des marbres & des porphyres ; ce qui
prépare celle des pyramides , des obélifques,
des labyrintes , des gnomons , &
autres monumens à jamais célèbres. Mais
principalement l'hiſtoire des marbres
amène celle des ſtatues de cette matière ,
qui , de froide , de brute , d'informe ,
& d'inanimée qu'elle étoit , s'échauffe ,
MA I. 1778 . 125
s'anime , & reſpire ſous le ciſeau des
Scopas , des Lyſippe & des Praxitelle .
M. de Sivry , dans ſon commentaire ſur
ce volume , a eu ſoin de recueillir des
recherches de goût , & des notices curieuſes
ſur les ouvrages des grands Artiſtes
qui ont illustré la peinture & la
ſculpture depuis la renaiſſance de ces
deux arts ; enforte que ce tome comprend
leur hiſtoire complette. Le même
Commentateur éclaircit dans ſes notes
un grand nombre de difficultés , & réfout
pluſieurs queſtions qui étoient jufqu'ici
reſtées ſans ſolution. En un mot ,
ce volume ne fait pas moins d'honneur
à ſon travail & à ſon érudition , que les
précédens. Ce même volume eſt encore
extrêmement recommandable par les
nombreuſes & inſtructives recherches de
M. Guettard , de l'Académie des Sciences
, ſur les porphyres , les marbres ,
l'aimant , & les autres pierres dont traite
Pline dans cette partie de ſon Hiſtoire
naturelle.
Dictionnaire Univerſel des Sciences morale
, économique , politique & diplomatique
, ou Bibliothèquede l'Homme
:
Fiij
116 MERCURE DE FRANCE.
d'État & du Citoyen. Tome III . A
Londres , chez les Libraires affociés.
Nous avons annoncé précédemment
les deux premiers volumes de cet Ou
vrages utile à toutes les claſſes de Citoyens
, & néceſſaire à plufieurs. Celui
que nous annonçons aujourd'hui ne renferme
pas un grand nombre d'articles ,
parceque leur importance méritoit toute
l'étendue qu'on leur a donnée. Le premier
remplit preſque la moitié du volume;
c'eſt l'article Alliance. Après avoir
développé les principes , les motifs , les
différentes,eſpèces & les effets des Alliances
, on met ſous les yeux du Lecteur
un précis des principaux Traités
d'Alliance conclus entre les Puiſſances de
l'Europe , depuis la paix de Westphalie
jusqu'à cejour.
Nous n'analyſerons point cet article
ou plutôt ce traité , où l'on diſcute avec
tant de clarté & de profondeur plufieurs
queſtions intéreſſantes relatives à cette
matière que nous ne doutons point
qu'il ne ſoit d'un Négociateur employé
lui-même plus d'une fois à ménager des
alliances importantes. C'eſt un grand
mérite , dans un Ouvrage de cette na-
,
MA I. 1778 . 127
ture , lorſque les principales matières
ſont traitées par des hommes qui joignent
la pratique à la théorie.
On ne s'attendoit peut- êtte pas à trouver
un article Almanach dans un Ouvrage
conſacré aux plus grands objets
dont l'eſprit humain puiſſe s'occuper.
Mais le jour ſous lequel on enviſage .
celui- ci , le rend digne de figurer dans
cette collection. Les Almanachs font
entre les mains du Peuple , & rien de
ce qui intéreſſe le Peuple n'eſt indifférent
pour l'Homme d'État. Il ſeroit
important de ſubſtituer aux fottiſes aſtrologiques
, aux contes abſurdes, aux fades
madrigaux, aux fauſſes prédictions dont
on farcit les almanachs , un tableau annuel
des devoirs du Citoyen , les élémens
des connoiſſances qui lui font
néceſſaires , des inſtructions propres aux
différentes claſſes des Artiſans , des
exemples frappans de fidélité conjugale ,
de piété filiale , de charité chrétienne ,
de patriotifme , &c.
" Un Almanach tel que je le conçois ,
>> dit l'Auteur de cet article , feroit le
>>>livre unique , le ſeul néceſſaire au
>> petit Peuple tant des villes que des
>> campagnes. Il contiendroit , en abré-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» gé, tout ce qu'il lui importe de ſavoir :
>>>chaque jour lui donneroit une leçon
> utile aux moeurs , aux arts , à la ſociété
>>civile, à la patrie. Ce feroit le livre
>> de tous les âges , de toutes les condi-
>> tions. Ce ſeroit le livre dans lequel
>> les enfans apprendroient à lire , &
>>puiſeroient, dès leur plus bas âge , des
>>connoiſſances propres à influer avan-
>> tageuſement fur le bonheur de toute
> leur vie. Ce ſeroit le livre que les
>>Paſteurs expliqueroient en chaire : car
>> il contiendroit ce qu'il faut croire à
>> côté de ce qu'il faut pratiquer , le
> dogme ſimple clairement énoncé , la
>>morale pure fans fineſſe , ſans myf-
>>ti>cité, lesprincipes de l'agriculture&
>> du jardinage , ceux de l'économie
>>domeſtique , des notions élémentaires
>> fur les arts & les ſciences... Il ſeroit
>> digne d'une police bienfaiſante , atten-
>>rive à tout ce qui peut contribuer à
>> épurer les moeurs nationales , d'enga-
>> ger des Patriotes éclairés à compofer
>>un pareil Ouvrage , qui n'excéderoit
- pas la groffeur d'un petit volume. On
>> pourroit l'intituler l'Almanach du Citoyen
».
L'article Alphonse offre une ſuite des
MAI. 1778 . 129
Rois d'Eſpagne & de Portugal qui ont
porté ce nom. C'eſt à leur hiſtoire politique,
& non à leur hiſtoire militaire ,
qu'on s'eſt attaché , & on n'a traité la
ſeconde que lorſqu'elle a eu quelque influence
ſur la première. Le chaos de
l'ancienne Monarchie Efpagnole y eſt
bien débrouillé , & les progrès lents
que la raiſon & la ſaine politique ont
faits en Eſpagne , y font gradués avec
aſſez de juſteſſe.
Alface. Cet article étoit difficile à
traiter . Cette Province , en ſe ſoumertant
à la France , a perdu une partie
de ſes priviléges, a conſervé l'autre. Ce
mêlange des deux conſtitutions jetoit
une obſcurité , que la ſagacité de l'Auteur
de cet article a diſſipée. Il eſt à
defirer que l'on trouve dans la fuite de
cet Ouvrage des tableaux géographiques
&politiques des grandes Provinces , auffi
vaſtes que celui-là.
Les articles Ambaſſade & Ambaſſadeur
font très-détaillés. Ils devoient l'être
dans un Ouvrage dont la diplomatique
forme une partie conſidérable. Les principes
répandus dans les livres les plus
eſtimés ſur l'art des négociations , s'y
trouvent raſſemblés. Nous nous cons
F
130 MERCURE DE FRANCE.
tenterons d'en extraire quelques anecdotes
, tirées de l'inſtruction d'un Ambaffadeur
mourant à fon fils , qui termine
le ſecond .
La bonne- foi eſt la qualité la plus
rare dans un Ambaſſadeur. C'eſt même
la plus néceſſaire , quoiqu'en diſent certains
politiques ; car le premier devoir
d'un Ambaſſadeur eſt de faire reſpecter
la Puiſſance qu'il repréſente ; & , fans
bonne - foi , elle ne peut l'être. Cette
vertu exige dans le Négociateur plus de
génie , plus de talens que la ruſe n'en demande.
La bonne-foi ſans lumières eſt
bientôt trompée. Un Miniſtre desaffaires
écrivoit à un Ambaſſadeur de ſa Cour :
Promettez toujours , nous ne tiendrons
rien. Celui- ci qui connoiſſoit ſes forces ,
& qui devoir moins à l'étendue de ſes
talens qu'à ſa probité , la réputation
dont il jouiffoit , répondit : Je ne promettrai
point , parce que je ne veux pas
me déshonorer. Vous ne tiendrez rien ,
puiſqueje ne vous engagerai point ; mais
je réuffirai fûrement avec la bonne -foi :
voilà ma ſeule fineſſe. Si vous voulez en
employer une autre , rappelez- moi , parce
que je ne veux pas perdre dans un feul
MA I. 1778 .
4
131
instant le fruit de vingt années de travaux
&de confiance.
Il eſt cependant certaines ruſes qu'un
Ambaſſadeur peut ſe permettre , pour
cacher ſon ſecret & pénétrer celui de
ſes ennemis. On peut par exemple ha
ſarder une propoſition qui n'a aucune
réalité , pour examiner quelle impreffion
elle feta , & en tirer des inductions qui
faffent connoître l'eſprit de la Cour avec
laquelle on traite. Le Marquis des Iſſarts
diſoit en parlant de cette manière de ſe
conduire : C'eſt jeter une ſottiſe à terre
pour voir qui courra après .
: Un Ambaſſadeur n'eſt pas Souverain
ſans doute , mais il repréſente un Souverain
; & quoiqu'il doive conferver un
reſpect profond pour les Puiſſances ,
puiſqu'il eſt né lui-même Sujet d'une
Puiſſance , cependant lorſqu'il eſt outragé
, c'eſt ſon Maître qu'on outrage , & fa
fierté alors n'eſt que noble & jufte. Un
Prince d'Italie étant fur un balcon avec
un Miniſtre étranger , qu'il cherchoit à
humilier, lui dit : C'est de ce balcon qu'un
de mes Aïeux fit fauter un Ambassadeur.
Apparemment , répondit le Miniſtre
que les Ambaſſadeurs ne portoient point
d'épée dans ce tems-là.
د
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
Les Ambaſſadeurs ont quelquefois
donné aux Rois près de qui ils étoient
envoyés , des leçons importantes & trèsdures
; mais il faut les donner avec
adreſſe , attendre l'occaſion , la faifir , &
forcer le Souverain qu'on offenſe à ne
pas paroître s'en appercevoir. Un Roi
du Nord qui paſſa pour cruel , demanda
un jour à un Ambaſſadeur d'Angleterre ,
s'il harangueroit le peuple au cas qu'on
le pendît , ou qu'on lui tranchât la tête.
Le Ministre , ſans fe déconcerter , répondit
qu'il avoit toujours fon difcours
prêt , & fes gants blancs dans ſa poche.
Je voudrois bien vous entendre , répartit
le Monarque. L'Ambaſſadeur s'étant mis
alors dans l'attitude d'uſage , parla ainſi :
Vous me voyez, Meſſieurs , au moment de
perdre lejour. Je ne regrette point la vie ;
mais je vois avec peine que ceux qu'on
ne devroit connoître que par des actes d'humanité
& de bienfaisance , viennent jouir
avec avidité d'unſpectacle cruel qu'ils ont
mandié. Ces ſcènes tragiques sont faites
pour la barbare populace ; mais les coeurs
vertueux & fenfibles devroient rougird'en.
tendre de fang froid . En voilà affez,
Monfieur l'Ambassadeur , interrompit le
Roi.
....
MA 1. 1778 . 133
Cette inſtruction , qu'un père donne
à fon fils , doit être celle de tous les
Négociateurs. Leurs devoirs y font tracés
d'une manière ſimple & claire. Elle ne
renferme que des principes ; mais ils font
fi lumineux , que les conféquences ſe
préſentent d'elles-mêmes. Nous citerons
cette dernière leçon , pour donner une
idée de la manière dont les autres font
écrites.
« Concluez , mon fils , de ce que je
viens de vous dire , que vous ne devez
>> pas imiter ces Miniſtres minutieux ,
» qui , n'ayant pour occupation que la
>>lecture des papiers publics , font des
» Gazettes une affaire d'Etat , prennent
> ces chiffons hebdomadaires pour un
• Code diplômatique , & partent de-là
>> pour aſſommer le ministère de leur
• cour , de réflexions vuides & puériles
> qu'on enveloppe dans de grands mots
» qui veulent afficher la politique , &
>> qui nemontrent aux connoiffeurs qu'un
> eſpion déſoeuvré , qui cherche à ſe ren-
>> dre néceſſaire pour perpétuer dans l'ap-
> parence du crédit une inutile excel-
>> lence. Je connois de ces politiques à
>> Gazettes , qui ſe font un point capital
>> de négociation , d'emplir les feuilles
134 MERCURE DE FRANCE.
>>périodiques ... des fêtes qu'ils don-
>> nent , & dans lesquelles le complai-
» ſant Gazetier , réuniſſant le goût à la
>> délicateſſe , arrange de lui-même un
>> repas imaginaire ,& fait gagner , dans
>>une table àfer à cheval , des indigef-
» tions à beaucoup d'honnêtes gens qui
> n'ont point mangé » .
D'Amboise, ( George ) Miniſtre d'Etat
ſous Louis XII , Roi de France. L'Auteur
de cet article prétend que , lorſque la
machine de l'Etat eſt ſimple , un homme
médiocre ſuffit pour la diriger ; qu'alors
même un homme de génie eſt plus dangereux
qu'utile. « L'hiſtoire de d'Am-
>> boiſe , dit- il , n'offre ni grandes opé-
>> rations de finances, ni négociations fort
• épineuſes , ni vues très-étendues. Il ne
>> faut donc pas un génie ſi vaſte pour
>> rendre un peuple heureux. C'eſt pour
>> le faire gémir ſous le joug du deſpo-
> tifme, c'eſt pour arracher des richeſſes
>> du ſein même de ſon indigence , c'eſt
» pour le forcer au filence en l'oppri-
» mant , qu'il faut du génie &des talens
- extraordinaires.Gardons-nous donc de
> demander au Ciel pour Maîtres ce que
» le vulgaire appelle de grands hommes.
Si l'on n'en excepte Sully , qui eut
MAI. 1778. 135
" autant de vertu que de génie , il eſt
* peu de ces Miniſtres vantés qui n'aient
>>opprimé ou quelque claſſe dans l'Etat ,
» ou l'Etat tout entier. N'allons point
> imiter la république des grenouilles ,
» qui s'indigne contre un maître doux
»& bon que l'on approche fans crainte ,
» & qui demande un Souverain qui s'a-
>>gite. La gloire de nos Maîtres nous
> coûteroit notre bonheur. L'homme
>> de génie veut faire époque & donner
>> de grands exemples. L'homme médio-
>> cre ſe contente de ſuivre les bons exem-
>> ples qui font tracés. Le premier veut
>> que l'univers entier ait les yeux fixés
• ſur lui : l'eſtime de la patrie ſuffit au
>> ſecond : celui-ci ſe contente de con-
>> ſerver aux refforts de l'Etat un jeu fa-
>>cile ; l'autre veut faire une machine
>> nouvelle. L'homme médiocre ne cher
>> che qu'à perpétuer le bien qui exiſte ,
» & à détruire par degrés les maux qu'il
➡ a découverts. L'autre veut que le bien
» & le mal foient ſon ouvrage ; & ,
ככ pourvu que , parmi les noms odieux
>> que lui donne un peuple miférable , il
>> n'entende pas prononcer celui d'hom-
>>> me médiocre , il eſt ſatisfait. Enfin ,
l'un tend à conferver , l'autre veut
136 MERCURE DE FRANCE.
» créer , & les grandes révolutions font
>>toujours accompagnées de grands
>>> maux .
Code de la Raifon , ou Principes deMorale
, pour ſervir à l'inſtruction publique,
avec une Notice des meilleurs
Ecrivains moraliſtes , anciens & modernes
; par M. l'Abbé de Ponçol ,
2 vol. in - 12 , rel. s liv. chez Colas ,
Libraire , Place Sorbonne.
Si cet Ouvrage , plein de recherches
ſavantes , paroît au premier coup-d'oeil
une répétition de ce qui a été dit ſur la
morale , on en jugera mal , ou du moins
un peu légèrement. Il doit être lu entièrement
avant que de prononcer. On ne
peut refuſer à l'Auteur de cette production
eſtimable , beaucoup d'érudition &
un fonds immenſe de connoiſſances. Ce
n'eſt point un Cenſeur atrabilaire qui
hériffe d'épines la morale pour fronder
les vices , c'eſt au contraire un homme
aimable qui peint la vertu ſous les couleurs
les plus ſéduiſantes , pour engager.
les hommes à s'y livrer uniquement pour
elle-même. Ce Livre ſe lit avec intérêt.
L'Auteur , après avoir donné une notion
MA I. 1778 . 137
,
de la morale , examine les devoirs de
l'homme envers Dieu , envers lui-même,
envers la Société. Dans un autre Chapitre
, il définit les vertus ſociales , & applique
à chacune de ces vertus une
Anecdote hiſtorique pour joindre
l'exemple au précepte. Viennent enſuite
les devoirs particuliers des différens
Membres de la Société ; & il termine le
premier Volume par un tableaudes vices
que l'homme doit éviter. Pour mettre
nos Lecteurs en état de juger du ſtyle de
l'Auteur , nous allons leur rapporter la
définition qu'il donne de la fermeté
d'âme ; le ſtyle nous a paru pur & élégant.
L'Auteur , après avoir parlé de
Pégalité d'âme , dit , pag. 72 & ſuiv.
du Tome I.
« Il ne faut pas confondre cette vertu
avec celle dont on vient de parler.
>>Elle en diffère en ce que la fermeté
>> d'âme ſuppoſe , pour être exercée ,
>> qu'on a des maux , des peines & des
>>>douleurs à ſouffrir. Elle ne conſiſte pas,
>> comme ſe l'imagine le vulgaire , dans
>> un barbare oubli de ſoi-même , dans
>> un aveugle mépris de la vie , mais
>> dans une conſtance inébranlable , dans
>> un attachement invincible à ſesdevoirs,
138 MERCURE DE FRANCE.
>> auxquels on eſt prêt à tout ſacrifier.
»C'eſt la fermetéd'âme qui fait lesHéros
>> en tout genre ; mais le véritable hé-
>>roïsme , le plus eſtimable fans doute ,
>>eſt celui qui a la vertu pour principe ,
>>puiſque c'eſt la grandeur du motif qui
>>ennoblit nos actions. D'après cette
>> règle , l'héroïſme de Socrate & de
• Caton , qui moururent victimes de
>> leur zèle pour le bien public , eſt in-
>> finiment plus glorieux aux yeux de la
>>raiſon , que celui de César & d' Alexandre
, qui fe font également immorta-
→ lifés par la deſtruction de leurs fem-
>>blables . L'héroïſme de Cicéron, qui
>>s'expoſe à être égorgé par les Tyrans
>>de Rome , eſt plus louable que celui
» de Catilina , qui périt les armes à la
>main en combattant contre ſa Patrie >» .
Le crime a ſes Héros ainſi que la vertu.
Crébillon.
«Mais il ne s'agit ici que de la fermeté
» d'âme , qui a le bien & non le mal
>>pour objet. C'eſt elle qui conſtitue
→ l'homme vertueux , proprement dit
>>puiſque la vertu n'eſt autre chofe
>>qu'une heureuſe & conſtante habitude
MA 1. 1778 . 139
>> de faire le bien & d'éviter le mal ,
>>laquelle ſuppoſe dans le ſujet beau-
>>coup de force & de courage pour ſe
>> vaincre continuellement lui - même ,
>"& aſſervir fes penchans à la raifon
>>dans toutes les occaſions qui ſe pré-
>> fentent ,
Quede Héros ont vécu trop d'un jour !
- parce qu'il y a peu de vertus qui ſe
>> ſoutiennent juſqu'au bout. Pompée ne
>>ſe dément-il pas dans les plaines de
>> Pharſale ? Il y perdit fon nom de
>> Grand , & oublia qu'il combattoit
>> pour la juſtice , en abandonnant lâche-
>>ment ſes troupes à la première appa-
>> rence de fa défaite. Combien d'hom-
> mes imitent encore tous les jours ce
>>malheureux Général , en quittant les
>>drapeaux de la vertu aux premières
>> menaces que leur fait le vice auda-
>> cieux , ou aux premières careſſes de la
» volupté ! » .
Un eſprit libre & ſage erre avec sûreté
Dans les cercles divers de la Société.
Sévère ſans aigreur, & fier ſans indolence ,
Vifſans emportement , calme fans inſolence ,
A
140 MERCURE DE FRANCE.
Exact obſervateur de l'uſage inconſtant ,
Il s'abaiſſe à propos , ſe reſſerre ou s'étend :
Pour la ſeule vertu toujours invariable ,
Il ſouffre les méchans , ſans devenir coupable;
Tel l'Aſtre bienfaiſant qui règle les Saiſons ,
Éclaire un lac impur , ſans fouiller ſes rayons.
M. le Cardinal de Bernis.
Tel eſt en général le ſtyle de l'Auteur.
Beaucoup de citations, & faites à propos
, rendent agréable cet Ouvrage , &
en fait diſparoître la ſéchereſſe qui accompagne
ordinairement les Livres de
morale , & les entraîne dans l'oubli.
L'Auteur a pris le vrai moyen de ſe
défendre de ce ſort. Le ſecond Volume
contient une Notice intéreſſante des
Moraliſtes anciens & modernes. Il annonce
chacun d'eux par une épigraphe
de deux ou quatre Vers qui les peint
avec préciſion. Telle eſt celle du Préſident
de Monteſquieu :
Agréable Écrivain , Philoſophe cauſtique ,
Savant Hiftorien & profond Politique ,
Il fut , en éclairant les Peuples & les Rois ,
Étonner l'Univers du tableau de ſes Loix.
MAI. 1778 . 141
Et telle encore celle de Madame la
Marquiſe de Lambert :
Plaire , inſtruire à la fois , tel eſt ſon caractère ;
C'eſt Vénus au Lycée , ou Minerve à Cythère.
Terminons ici notre analyſe. Quoique
ce Livre puiſſe convenir à toute forte de
Lecteurs , nous croyons que les jeunes
gens auxquels il paroît deſtiné particulièrement
, en retireront les plus grands
fruits ; ainſi , nous penſons qu'il ne fauroit
être trop répandu , trop conſeillé ,
trop lu.
Table Alphabétique en forme de Dictionnaire
, contenant les Régions , États ,
Provinces & principaux lieux de la
Terre ; brochure in -folio de 34 pages.
Prix , 3 liv. A Paris , chez Defnos ,
Libraire , Ingénieur-Géographe , rue
Saint-Jacques,
Cette Table Alphabétique eſt un Supplément
néceſſaire à l'Atlas général publié
précédemment chez le même Libraire
, Atlas adapté à la Géographie de
142 MERCURE DE FRANCE.
l'Abbé Nicole de la Croix , & aux autres
Ouvrages de ce genre.
Calendrier de Paphos , dédié aux jolies
femmes ; brochure in- 16 . Prix , 1 liv.
4 fols. A Paris , à l'adreſſe ci-deſſus .
Ce Calendrier eſt un petit Recueil où
l'Éditeur a raſſemblé des Bouquets
Madrigaux , Rondeaux , & autres fleurettes
cueillies ſur le Parnaſſe François ,
en l'honneur des Dames .
Petit ingenii largitor. Ce titre, moitié
François , moitié Latin , eſt celui d'une
autre petite brochure in - 16 , qui ſe
trouve à la même adreſſe ci-deſſus.
L'Auteur , M. Dupuis-Durand , paroît
avoir eu pour principal objet , de défendre
M. Rabiqueau , connu par fon
Cabinet de Phyſique , contre pluſieurs
critiques , & de répandre un nouveau
jour ſur la doctrine qui peut réfulter
de ſes expériences.
MA I. 1778 . 143
ANNONCES LITTÉRAIRES.
Code des Loix des Gentoux , ou Réglemens
des Brames , traduit de l'Anglois
d'après les verſions faites de l'original ,
écrit en Langue Saniskrète , in-4 ° . chez
Stoupe , Imprimeur-Libraire , rue de la
Harpe.
Elémens de Poésie latine , où les règles
ont pour exemple un trait ingénieux ou
une penſée morale des meilleurs Auteurs.
Prix , I liv. chez Gogué , Quai
des Auguſtins.
Traité des Maladies & des Opérations
réellement Chirurgicales de la bouche &
des parties quiy correspondent , ſuivi de
Notes , d'Obſervations & de Confultations
intéreſſantes , tant anciennes que
modernes ; par M. Jourdain , Dentiſte ,
reçu au Collège de Chirurgie , 2 vol.
in-8 %, avec figures. Prix , 12 liv. reliés.
AParis, chez Valeyre l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue de la Vieille-Bouclerie ,
l'Arbre de Jeffé.
144 MERCURE DE FRANCE.
L'Hymne au Soleil , traduit en Vers
latins ſur la troiſième édition du Texte
François , par M. l'Abbé Métivier ,
Chanoine de l'Égliſe d'Orléans , Principal
du Collège Royal de la même Ville,
& de l'Académie de Bologne , in- 8 ° . br .
36 fols. A Orléans , chez Couret de
Villeneuve ; à Paris , chez Nyon aîné ,
Lacombe , Moutard , Barbou , Debure ,
Eſprit , Libraires.
Le Triomphe de Sophocle , Comédie ,
dédiée à M. de Voltaire , par M. Paliſſot.
Chez Baſtien , Libraire , rue du Petit-
Lyon.
Ontrouve chez Moutard, Imprimeur-
Libraire , rue des Mathurins , l'Almanach
de la Librairie , nouvelle édition , contenant
, 1º . les noms des Miniſtres &
Magiſtrats qui font à la tête de la Librairie;
ceux des Cenſeurs & des Inſpecteurs.
2°. Un Traité abrégé des formalités
qu'on doit remplir pour obtenir les
différentes permiſſions d'imprimer , de
faire venir des Livres étrangers , de ſuivre
les Procès pendans à la Commiſſion
ou
MA I. 1778 . 145
ou au Confeil ; enfin , de ce qu'il faut
faire pour parvenir à être reçu Libraire
ou Imprimeur. 3 ° . Un Tableau de tous
les Libraires de Paris & du Royaume .
4°. Un Tableau des Libraires des principales
Villes de l'Europe . 5º. Un Tableau
des Graveurs d'Hiſtoire , de Payſages
, de Portraits , établis à Paris , ſuivi
de celui des Marchands d'Estampes &
deDeffins . 6°. Les noms & les adreſſes
des Graveurs en Lettres & en Muſique ,
&ceux des Marchands de Muſique de
Paris&des principalesVillesduRoyaume.
7°. Les Foires de Librairie. 8 °. Le départ
des Meſſageries , des Coches d'Eau &
des Rouliers ; & enfin les nouveaux
Réglemens .
Traité des Principes de l'Art de la
Coëffure des Femmes , par M. Lefèvre ,
Maître Coëffeur , in- 12 . Chez l'Auteur ,
rue Montmartre , vis-à-vis du Cul-de-
Sac Saint-Pierre. Prix , 2 liv. 8 f. br.
146 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIES.
1.
PARIS.
L'ACADÉMIE Royale des Inſcriptions &
Belles- Lettres a tenu ſon Aſſemblée
publique après Pâques , le Mardi 28 du
mois d'Avril. M. Dupuy , Secrétaire-
Perpétuel de l'Académie , a ouvert la
Séance par l'annonce des Prix .
L'Académie avoit proposé pour le
Sujet du Prix qu'elle devoit diſtribuer à
Pâques 1778 , d'examiner : Quelle a été
l'Administration Municipale des Villes en
France , depuis Clovis jusqu'au tems où
le Gouvernement féodal commença à s'introduire
? Quellefut , depuis cette dernière
époquejusqu'à l'établiſſement des Communes
, l'Administration des Villes quifurena
fe défendre des entrepriſes des Seigneurs ?
Quels ont été, durant ces deux périodes ,
les différens titres , les fonctions , le pouvoir
des Officiers préposés à l'AdminiſtraMA
I. 1778 . 147
tion municipale , & de qui ces Officiers
tenoient leur autorité?
Les Mémoires qu'elle a reçus, n'ayant
pas répondu entièrement à ſes vues ,
elle propoſe de nouveau le même Sujet
pour Pâques 1780 , exhortant les Auteurs
à s'attacher , 18. à marquer ſommairement
les traits caractéristiques de la Municipalité
dans les Gaules , lorsque les Francs
& les Peuples barbares s'y établirent ;
2º . à développer enfuite les changemens
fucceffifs que cette Administration éprouva
Sous les deux premières Races ; 3 ° . à déterminerfi,
au commencement de la troifième
Race , il restoit des veftiges de l'ancienneforme
de Municipalité.
Le Prix fera double , & conſiſtera en
deux Médailles d'or , chacune de la valeur
de 400 liv.
L'Académie propoſe pour le prix de la
Saint Martin 1779 , quels furent , chez
les différens peuples de la Grèce & de
l'Italie, les noms & les attributs de Pluton
& des Divinités Infernales , Proferpine
exceptée , comme ayant déjà fait partie
d'un autreſujet ; quelles furent l'origine &
les raiſons de ces attributs. Elle invite les
Auteurs à rechercher , quelles ont été les
Statues ou les tableaux célèbres de ces Di-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
vinités , & les Artiſtes quiſeſont illuftres
par ces ouvrages .
Le prix ſera d'une médaille d'or de
la valeur de soo liv.
Toutes perſonnes , de quelque pays &
condition qu'elles ſoient, excepté celles
qui compofent l'Académie , feront admiſes
à concourir pour ce prix , & leurs
Mémoires pourront être écrits en Latin
ou en François , à leur choix .
: Les Auteurs mettront ſimplementune
deviſe à leurs ouvrages ; mais , pour ſe
faire connoître , ils y joindront , dans un
papier cacheté , & écrit de leur propre
main , la même deviſe avec leurs noms ,
demeure & qualités , & ce papier ne fera
ouvert qu'après l'adjudicationdu prix.
Les pièces , affranchies de tout port ,
feront remiſes entre les mains du Secrétaire
perpétuel de l'Académie , avant le
premier de Juillet 1779 , & ce terme eft
de rigueur.
Enfuite M. Dupuy lut l'éloge de
M. le Préſident de Broffes.
M. Deguignes lut un Mémoire dans
lequel il examine , quelle fut l'étendue de
l'Empire de la Chine depuis sa fondation
MA I. 1778. 149
jusqu'en 249 avant J. C. , & en quoi confiftoit
la Nation Chinoise dans cet intervalle.
M. Dacier , un Mémoire ſur la délivrance
de Paris. Il ſe propoſe de faire
voir que cette délivrance n'eſt pas dûe ,
comme on l'acru juſqu'à préſent , à Maillard.
M. de Rochefort termina la ſéance
par un Mémoire dans lequel il traite de
L'utilité des Orateurs dans le Gouvernement
d'Athènes .
Nous donnerons dans le volume prochain
une analyſe de ces Mémoires intéreffans.
I I.
L'Académie Royale des Sciences a fait
ſa rentrée publique le Mercredi 29 du
mois d'Avril.
Le Secrétaire a annoncé que le prix
propoſé fur la meilleure méthode de
calculer les perturbations des comètes ,
avoit été adjugé à une pièce qui a pour
deviſe nonjam prima peto Mnestheus nec
vincere certo. Ce prix devoit être double ;
mais l'Académie a jugé à propos de ne
Giij
150
MERCURE DE FRANCE.
donner qu'un prix ſimple , & de propoſer
le même ſujet pour cette année , en
exigeant de plus que la méthode ſoit
appliquée à la comète qui a déjà paru
en 1532 & 1661 , que les Aſtronomes
attendent vers 1780 .
M. d'Alembert a lu enſuite l'éloge de
M. de Trudaine , Honoraire de l'Académie
, par M. le Marquis de Condorcet.
M. Macquer a lu un Mémoire fur
la manière de faire , avec des raiſins d'une
maturité imparfaite , des vins qui n'aient
aucune verdeur.
La ſéance a été terminée par la lecture
des éloges de MM. Bourdelin & Juſſieu ,
Académiciens-Penſionnaires , par M. le
Marquis de Condorcet.
M. Portal ſe propoſoit de lire un Mémoire
furdes maladies attribuées au foie,
quoique ce viſcère ne ſoit pas attaqué ,
& fur celles qui ont leur fiége dans le
foie, & qu'on rapporte ſouvent à d'autres
parties.
M. Vicq d'Azir devoit auſſi lire un
Mémoire ſur l'ouie des oiſeaux , & M.
Bucquet le réſultat d'une ſuite d'expériences
qu'il a faites ſur la manière dont
la chaleur ſe communique aux fluides de
différentes natures.
MA I. 1778 . ist
M. de Voltaire , & M. Francklin ,
Aſſocié étranger de l'Académie , ſe ſont
trouvés à cette aſſemblée. L'amitié qui
lie ces deux illuſtres vieillards , & leur
réunion dans le ſanctuaire des ſciences à
des diſtances ſi grandes de temps & de
patrie,a formé un ſpectacle bien enchanteur
pour l'Affemblée , pénétrée d'un
juſte enthouſiaſme d'admiration & de
reconnoiffance envers cesbienfaiteurs de
l'humanité.
II.
ORLÉANS.
La Société Royale d'Agriculture d'Orléans
, avoit propoſé un prix de 600 liv.
pour l'ouvrage qui fourniroit les meilleurs
moyens de fairefubfifter les pauvres dans
leurs Paroiffes ; queſtion digne d'exercer
la plume des Philoſophes amis de l'hu
manité , & qui a été ſucceſſivement pro
poſée par pluſieurs Sociétés Littéraires .
Le prix vient d'être adjugée au Mémoire
qui a pour deviſe , quis talia fando temperet
à lacrymis , & dont. M. Genty ,
Profeffent, de Philofophie au Collége
Royal d'Orléans , eſt l'Auteur. La So-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
ciéré , après avoir couronné l'ouvrage , a
cru devoir donner à l'Auteur un témoignage
particulier de ſon eſtime en l'affociant
à ſes travaux. Nousrendrons.compte
de ce Mémoire intéreſſant quand il fera
imprimé.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
a fait l'ouverture de ſon Théâtre , le
Lundi 27 Avril 1778 , par les Trois
Ages de l'Opéra , Prologue , dans lequel
on s'eſt propoſé de célébrer les trois
Compoſiteurs qui ont amené les révolutions
de la Muſique Françoiſe.
Le Génie de l'Opéra ranime le zèle
des Artiſtes , & invoque le ſecours des
trois Muſes qui préſident aux plaiſirs de
la Scène lyrique. Polymnie , Melpomène
, Terpficore uniffent leurs efforts
pour ſeconder ſes deſirs .
Polymnie préſente auGénie de l'Opéra
Lully, qui vient ſur une marche du
MA I. 1778 . 153
triomphe de Théſée , entouré des Perſonnages
de ſes principaux Opéra . II
chantedans la manière de fon récitatif:
Vous voyez un Chanteur antique
Qui mérita quelque ſuccès.
J'ai fait connoître la Muſique
Au Peuple aimable des François :
Un Art plus brillant me remplace ;
Mais convenez de bonne- foi
:
Que beaucoup d'autres à ma place ,
N'en auroient pas fait plus que moi
Faites grâce à mon âge en faveur de ma gloire ;
Voyez tous les plaiſirs que j'ai ſu préparer ;
La vieilleſſe offre encor des traits à révérer ,
Quand les plus beaux lauriers atteſtent la victoire.
Terpficore fait paroître enfuite fon
favori; c'eſt Rameau, qui s'avance pareillement
entouré des principaux Perſonnages
de ſes Opéra. Le Génie lui
chante :
Eft-ce vous immortel Rameau ,
De la Scène lyrique appui toujours durable ?
Venezjouir d'un triomphe nouveau ;
154 MERCURE DE FRANCE.
Vos choeurs ſavans, pompeux , & votre danſe aimable,
Quels quefoientles progrès dontl'Art ſera capable,
Vous placeront toujours dans le rang le plusbeau.
Melpomène elle-même célèbre ainſi
le Mortel qui a furpris ſes ſecrets .
Lahaine , la pitié , la tendreſſe , l'horreur ,
Le crime furieux , la plaintive innocence ,
L'Amour jaloux que l'on offenſe ,
Toutes les paffions qui troublent votre coeur ,
Sont les tréſors de ma puiſſance ;
Et c'eſt par eux qu'avec fierté ,
Il faut qu'à grands pas l'Art s'élance
Vers l'immortalité.
Le Génie s'adreſſant aux trois Muſes ,
leur chante :
Muſes , j'implore vos bienfaits ,
Avos talens divers tout doit rendre les armes,
Daignez en réunir les charmes ;
Et de ce doux accord les Mortels fatisfaits ,
Pourront de leurs plaiſirs voir renaître l'aurore ,
En ſe communiquant leurs aimables attraits,
Les Arts & les talens l'embéliſſent encore,
MAI. 1778 . 155
Les Ballets repréſentent les différens
âges de la Danſe, &fes divers caractères .
La compoſition, qui eſt de M. Noverre,
eſt pittoreſque & très- agréable. Les plus
grands talens de la Danſe , y paroiſſent
dans tout leur éclat .
Ce Prologue eſt ingénieux , & ne
pouvoit mieux annoncer le zèle & l'intelligence
de la nouvelle Adminiſtration,
qui s'occupe de multiplier & de varier
les Spectacles & les plaiſirs de la Scène
lyrique.
La Muſique nouvelle de ce Prologue ,
eſt de la compoſition de M. Grétry qui
a ſu plier, avec autant d'adreſſe que de
franchiſe , ſon génie à tous les genres
de Muſique qu'il célébroit , & en faifir
avec tant de vérité les formes , &, pour
ainſi dire, le coſtume, qu'il eſt impoſſible
de ne pas s'y méprendre. Il n'y a ſans
doute qu'un talent auſſi ſupérieur qui
puiffe ainſi defcendre ou s'élever ſuivant
les objets qu'il vouloit peindre.
On doit encore ſavoir gré à M.
Grétry , de ſa complaiſance à s'occuper
d'unOuvrage du moment, dont la gloire
ne pouvoit compenſer les difficultés.
ISC Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Ce Prologue a été ſuivi de la Fête
de Flore , qui a été bientôt remplacée
par le Devin du Village , &par le charmant
Ballet-pantomime de la Chercheuse
d'Esprit , de M. Gardel.
COMÉDIE FRANÇOISE.
2
LES Comédiens François ont fait
l'ouverture de leur Théâtre le 27
Avril. Ils ont interrompu les ſuccès &
les repréſentations de la Tragédie nouvelle
d'Irène , pour donner d'autres Tragédies
de M. de Voltaire. Ce grand
Homine a vu repréſenter ſon Alzire ; il
a témoigné, par ſes applaudiſſemens honorables
, la plus grande fatisfaction du
jeu plein d'énergie , de feu & d'intelligence
de MM. Monvel, Brifard , Larive ,
&de Madame Veftris. Il a fait fur- tout
les complimens les plus flatteurs à M. de
Larive , qui a joué le rôle de Zamor de
manière à faire beaucoup eſpérer de ſes
talens. Il feroit difficile de peindre l'enthouſiaſme
du Public excité par la préfence
de M. de Voltaire . M. Le Cheva
lier de Leſcure , Officier au Régiment
MA I. 1778 . 157
d'Orléans , Infanterie , lui préſenta, au
fortir de ſa Loge , l'Impromptu ſuivant :
Ainſi chez les Incas , dans leurs jours fortunés ,
LesEnfans du Soleil, dont nous ſuivons l'exemple,
Auxtranſports les plus doux étoient abandonnés ,
Lorſque de ſes rayons il éclairoit leur Temple .
M. de Voltaire lui marqua ſa reconnoiſſance
, & lui répondit fur le champ :
Des Chevaliers François tel eſt le caractère;
LeurNobleffe en tout tems me fututile& chères
:
Le Diſcours d'uſage à la rentrée , fur
prononcé par M. d'Azincour , nouvellement
reçu Comédien. Il fut très-goûté&
très-applaudi . Le voici :
MESSIEURS ,
Ce moment où l'on nous permet de ſuſpendre
les illuſions de la Scène , pour exprimer des ſentimens
vrais , où vous daignez , en nous écoutant
, oublier le talent pour le zèle , & vos plaifirs
pour nos devoirs ; ce moment nous offre tous
les ans la récompenſe la plus flatteuſe des travaux
conſacrés à vous plaire. C'eſt ainſi que vous encouragez
un Art dont votre goût eſt le ſoutien
158 MERCURE DE FRANCE.
un Art déjà fans doute ennobli par ſon origine;
puiſqu'il la dûr au génie dont il eſt l'interprète.
C'eſt auſſi à ce titre qu'il obtint quelques honneurs
chez ce Peuple ingénieux & ſenſible , dont
les Étrangers retrouvent encore parmi vous les
Arts & la politeffe , lorſqu'ils viennent viſiter
Athènes dans Paris. Alors les jeux de Melpomène
& de Thalie , entroient dans les cérémonies
pompeuſes de la Religion ; alors les Spectacles
étoient des Fêtes ,& le Théâtre un Temple où la
Vertu avoit ſes Autels. Aujourd'hui , Meſſieurs ,
la Scène Françoiſe , école publique des moeurs ,
fait encore mouvoir le tableau des paſſions humaines
, crée des plaiſirs pour la raiſon , & peut
enfin s'énorgueillir du nom de Molière &de vos
fuffrages. Quels motifs puiſſans pour notre émulation!
Mais en même tems quels profonds ſentimens
de nos devoirs ils impriment dans nos
coeurs !
Vous n'attendez pas de moi , Meſfieurs , queje
remette ſous vos yeux les nouveautés que vous
avezjugées: c'eſt à vous ſeuls qu'il appartientde
diſtribuer la gloire. Cependantmon reſpectmême
m'ordonne de parler de M. de Voltaire. Prononcer
ſon nom , c'eſt faire parler à la fois toutes les
voix de la Renommée , c'eſt rappeler tous les titres
à l'immortalité... Mais je ſuſpends un foible
éloge qui ne peut rien ajouter à une gloire immenſe
, & dont les vaſtes tableaux ſont toujours
préſens à vos eſprits .
Pour moi , Meſſieurs , nouvellement reçu au
Théâtre François , choiſi pour vous préſenter ,
au nomde tous ceux qui le compoſent , l'hom
MA I. 1778 . 159
magede notre zèle reſpectueux , je ſens tout le
prix de l'honneur que je reçois en entrant dans la
carrière.Mais une juſte défianceſe mêle aux tranſports
de ma joie; deſtiné à un emploi dans lequel
des talens diftingués ſont en poſſeſſion de votre
bienveillance , quand mon émulation, qui cherchedes
rivaux , ne rencontre que des Maîtres ,
&quand le Succeſſeur de Poiſſon & d'Armand
m'offre le modèle déſeſpérant de la perfection , je
ne puis oppoſer à mon trouble , voiſin du découragement
, que le ſouvenir reconnoiſſant de vos
premières bontés pour mes eſſais , mes efforts redoublés
pour mériter votre indulgence , l'heureuſe
certitude d'être aujourd'hui votre Diſciple ,
&l'eſpérance de devenir peut- être un jour l'ouvrage
de vôtre goût .
Les Comédiens ont attaché à leur
Spectacle , le Sieur Fleury , pour jouer
dans l'emploi des jeunes premiers ; &
le Sieur Dorival , pour doubler les rôles
dits les premiers Confidens & les Raifonneurs.
COMÉDIE ITALIENNE
LES Comédiens Italiens ont fait l'ouverture
de leur Théâtre par un Com160
MERCURE DE FRANCE.
1
pliment de la compoſition de M. Anceaume.
Ce Compliment étoit preſque tout
en Couplets chantés fur des airs choiſis
& agréables, qui ne pouvoient manquer
de plaire .
On a joué enfuite Zémire & Azor ,
précédé d'une Pièce Italienne .
Les Comédiens doivent repréſenter
le Samedi 9 Mai , pour la première fois ,
Zulima ou l'Art & la Nature , ancienne
Comédie de feu Lanoue , Comédien
François , à laquelle on a fait quelques
changemens néceſſaires pour l'adapter à
la Muſique, qui eft de M. Defaides.
Po
Madame de SÉVIGNÉ.
OURpeindre avec ſuccès, tes grâces, tongénie,
Sévigné , ſous des traits auſſi vrais que flatteurs,
Pour te rendre en nos jours une nouvelle vie ,
Il falloit tes talens , tes pinceaux , tes couleurs ,
Que dis-je ? tes vertus , & ton âme , & tes moeurst
Dans la lice à coup sûr difputant la couronne ,
MAI. 1778. 161
Pour ta gloire ,en Provence , affignée aux Vainqueurs
,
Si Brifſſon du triomphe obtient tous les honneurs ,
Je ne vois rien-là qui m'étonne .
Par M. D. V. A. A. P. D. P.
D
ÉPIGRAMME.
u Financier Rondon, le deſtin est- il beau ?
L'or à grand bruit roule ſur ſon Bureau;
Item Fillette en chambre , au logis belle femme;
VindesDieux dans ſa cave , excellent Cuiſinier ,
Troupeau de beaux eſprits pour le déſennuyer,
Que lui faut- il de plus ? Une âme *.
Par un Abonné.
* Cette Épigramine eſt d'un Poëte exercé
dans ce genre d'écrire qui demande de l'énergie
&de la préciſion .
162 MERCURE DE FRANCE.
ARTS.
GRAVURES.
I.
Rome Triomphante , Eſtampe d'environ
8 pouces de haut fur 6 de large , gravée
ſous la direction de M. Gaucher,
de l'Académie des Arts d'Angleterre ,
d'après le deſſin de M. Martini ; exécuté
ſur le programme de M. Philippe
, Cenfeur-Royal , & Auteur du
Spectacle de l'Histoire Romaine , in-4.
grand papier. Prix de l'Eſtampe 2 liv.
A Paris , chez M Philippe , rue de
la Harpe , vis-à-vis celle des deux
Portes ; & chez M. Gaucher , rue S.
Jacques , vis-à-vis S. Yves.
Les deux premiers cahiers du Spectacle
de l'Histoire Romaine , ſi utile aux Artiſtes
qui veulent exercer leur génie , &
ſi intéreſſante pour tous ceux qui deſirent
une inſtruction courte , facile , &
MA I. 1778 . 163
qui parle aux yeux & à l'eſprit en
même- tems , ont été très-bien accueillis
du Public. C'eſt ce qui a engagé M.
Philippe , avant de publier le troiſième
cahier ou la troiſième livraiſon , qui
ſera compofée, ainſi que les précédentes
, de 20 Eſtampes in-4º . même format
que le texte , de faire exécuter en
gravure un ſujet qui pût ſe détacher de
l'Ouvrage , & fervir en même-tems de
réſumé général des deux premières livraiſons.
La nouvelle Eſtampe nous
offre , ſous le voile de l'allégorie , la
République Romaine triomphante de la
Grèce , de Carthage , & donnant des
loix à preſque toutes les Puiſſances de
l'Univers connu. Rome eſt ici figurée
par une femme guerrière élevée ſur un
trône. D'une main elle tient la ſtatue
de la Victoire , & de l'autre des couronnes
qu'elle diſtribue aux Rois vaincus
, raſſemblés autour d'elle. On apperçoit
, fur un plan plus éloigné , lesLicteurs
Romains qui portent des faiſceaux
& des étendards . Carthage , ſous la
figure d'une femme Africaine , paroît
expirante ſur les marches du trône. Des
ruines d'architecture , un caducé rompu ,
une bourſe vuide , & d'autres ſymboles ,
164 MERCURE DE FRANCE.
annoncent la deſtruction de cette Ville
fi opulente & fi célèbre par ſon commerce.
L'on voit , du côté oppofé , la
Grèce dans une attitude gémiſſante &
les bras chargés de fers. Elle a auprès
d'elle l'oiſeau de Minerve, & les différens
attributs des arts qui floriſſoient à
Athènes. Le fond de l'Eſtampe eſt terminé
par le Temple de Jupiter Capitolin,
& par une colonne roftrale, ſymbole
des victoires remportées par les flottes
de la République.
L'Artiſte , M. Gaucher , a mis dans
la gravure l'intelligence néceſſaire pour
faire valoir les différens caractères des
têtes. Il a fait hommage de ſon travail
à Mademoiselle Philippe l'aînée , par
une dédicace italienne , où il donne de
juſtes louanges aux talens & aux connoiſſances
de cette Demoiselle , qui fuit
avec tant de ſuccès la méthode de fon
illuftre Père , pour l'enſeignement de
l'hiſtoire & de la géographie , aux perfonnes
de fon ſexe.
I I.
Iconologie deſſinée & gravée par Ph. L.
Parizeau , III. Cahier. Prix 2 liv. 8 f.
MA I. 1778 . 165
A Paris , chez l'Auteur , rue des Fofſés
de M. le Prince , Maiſon du Riche-
Laboureur.
Ce nouveau Cahier eſt , ainſi que les
précédents , compoſé de fix feuilles
& mérite le même accueil .
III.
Le Sieur Chrétien de Mechel , a
Bafle , Graveur de S. A. S. Monſeigneur
l'Electeur Palatin , & Membre de pluſieurs
Académies, vient de mettre au
jour les deux Ouvrages ſuivans :
La Galerie Electorale de Dusseldorff,
ou Catalogue raisonné & figuré de ses
tableaux , & c. 2 vol. gr. in-4°. oblong ,
l'un d'eſtampes , l'autre de texte ; à
Bafle , chez l'Auteur ; prix 6 louis d'or
en carton,
L
Le premier volume offre une ſuite
de 30 planches , contenant 365 petites
eſtampes gravées d'après les tableaux
de la Galerie de Duffeldorff, & rangées
de manière que l'Amateur voit , d'un
coup-d'oeil , les grandeurs relatives des
166 MERCURE DE FRANCE .
tableaux , & l'ordre dans lequel ils font
placés dans la Galerie .
Le ſecond volume contient une explication
détaillée de chaque tableau ,
où l'on rend compte de tout ce qui
peut intéreſſer l'Amateur ou être utile à
l'Artiſte .
OEuvres du Chevalier Hedlinger , ou
Recueil des Médailles de ce célèbre Artiſte
, dédié au Roi de Suède , &c. 2 part.
pet. in fol. l'une d'eſtampes, l'autre de
texte ; à Bafle , chez l'Auteur. Prix 3
louis d'or en carton.
La première partie contient 40 planches
, ſans compter les ornemens &
vignettes , où l'on voit toutes les médailles
& jettons du célèbre Chevalier
Hedlinger , au nombre de 150 , avec
leurs révers.
La deuxième contient l'Eloge hiftorique
du Chevalier Hedlinger , & une
explication hiſtorique & critique de tous
ſes Ouvrages.
On trouve à Baſle , chez l'Auteur ,
une annonce plus détaillée de ces deux
Ouvrages , & le Profpectus d'un troifième,
non moins intéreſſant , gravé
MA 1. 1778 . 167
d'après des deſſins & tableaux du fameux
Jean Holbein. On trouvera les mêmes
annonces imprimées à Paris , chez le
Sieur Neyer , Suiſſe de l'Eglise Saint-
Germain-l'Auxerrois .
On peut ſe procurer auſſi leſdits
Ouvrages chez les principaux Marchands
d'Eſtampes & Libraires de l'Europe .
I V.
L'Amour de la Gloire , dédié & préſenté
à Monſeigneur le Comte d'Artois ,
fils de France , frère du Roi ; gravé
par Née , d'après le tableau de M.
le Prince , appartenant à Monfeigneur.
V.
Le Corpsde-Garde , dédié à M. le Duc
de Chabot , Maréchal des Camps &
Armées du Roi ; gravé par le Veau
d'après le tableau du même Peintre.
Ces deux Eſtampes ſont d'un burin
précieux & pittoreſque , qui rend parfaitement
le charme de la peinture. Elles
ſe vendent chez Helman , Graveur de
168 MERCURE DE FRANCE.
Monſeigneur le Duc de Chartres , rue
des Mathurins , au petit Hôtel de Cluny.
Prix 6 liv . chacune .
VI.
On trouve à la même adreſſe le Jardinier
Galant , d'après le tableau de M.
Baudoüin , & gravé par M. Helman.
Cette Eſtampe eſt d'un burin précieux ;
elle fait ſuite aux autres gravures d'après
M. Baudoüin.
VII.
:
Portrait de Louis XVI, Roi de France
& de Navarre , en uniforme de fon
Régiment d'Infanterie , lorſqu'il en fit
la revue le 23 Avril 1778 ; figure haute
de 8 pouces , compris le cheval , gravé
dans le goûr du lavis & colorée , imitant
la peinture , par le Sr Robin de Montigny,
Enclos du Temple , Cour du Tem
ple , Cour du Lion , à Paris. Prix 3 liv .
en feuille & 6 liv . encadré .
VIII.
Les Souſcripteurs du Voyage pittoref
que
MA I. 1778. 169
que de la Grèce , peuvent envoyer retirer
le premier cahier de cet Ouvrage , dont
l'exécution ſera un monument durable d
la gloire de l'Homme de qualité qui l'a
entrepris , ſoit qu'on conſidère cette production
du côté de la noble & pure fimplicité
du texte , de celui des deſſins ,
Gravures, Vignettes , Cartes , & de la
partie Typographique , qui ne laiſſe rien
à defirer. On avertit que la Carte de la
Grèce ancienne , n'ayant pu être terminée
aſſez tôt , ſera publiée avec le ſecond
cahier qui paroîtra inceſſamment & que
les Relieurs du premier volume replaceront
à côté de la Carte de la Grèce
moderne.
MUSIQUE.
I.
DEux Symphonies concertantes pour
le clavecin ou forté- piano & harpe obligée
, avec un accompagnement de vio-
Ion ad libitum ; dédiées à Madame
Coupart , par M. Adam , Elève deM.
Edelmann. OEuv. I. Prix 7 liv. 4 f. A
H
170 MERCURE DE FRANCE .
f.
Paris , chez l'Auteur , rue du Temple ,
au coin de celle Paſtourelle ; Madame
le Marchand , rue Fromenteau ; à
l'Opéra ; & aux adreſſes ordinaires.
I I.
Trois Sonates pour le Clavecin , avec
accompagnement d'un violon ad libitum
; dédiées à Madame de la Guillaummye
, par M. Edelmann. OEuvre VI .
Prix 6 liv. aux mêmes adreſſes de mufique.
III .
Symphonie concertante , pour le clavecin,
le piano & un violon obligé , avec
orcheſtre , deux violons , alto , baffe &
cors ; dédiée à Mademoiselle de Moulevaux
, par M. Tapray , Maître de Clavecin
& Organiſte de l'Ecole Royale
Militaire . OEuvre IX. Prix 61. A Paris ,
chez l'Auteur , rue des Deux-Portes- St-
Sauveur , la deuxième maiſon à gauche
par la rue Thévenot; & aux adreſſes
ordinaires.
MA I. 1778. 171
VI.
د
Nouveau Recueil de Romances , de
Chansons & de Vaudevilles avec accompagnement
de harpe , de clavecin & de
guitarre.
4
On ſouſcrit à Paris , chez Ruault ,
Libraire , rue de la Harpe , près la rue
Serpente; & chez Benaut , Maître de clavecin
, rue Dauphine , la première porte
cochère à droite en entrant par le Pont-
Neuf; à Verſailles , chez Blaiſot , au Cabinet
Littéraire ; & chez Fournier , Libraire
; & en Province , chez tous les
Libraires & Marchands de Muſique.
Les quatre premiers airs de cette intéreffante
collection paroiſſent. On peut
ſouſcrire en tout temps en prenant tous
les numéros antérieurs .
V.
Ouverture de Roland , arrangée pour
deux violons ou deux flûtes , avec accompagnement
d'un violoncelle ad libitum.
Prix 1 liv. 16 fols.
La même , arrangée pour le clavecin.
1
:
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Prix 3 liv. Par M. Benaut , Maître de
clavecin. Chez l'Auteur rue Dauphine ,
vis-à-vis l'hôtel de Flandres ; chez Mademoiſelle
Castagnéry , rue des Prouvaires ,
& aux adreſſes ordinaires de Muſique.
V I.
{
2
Suilta d'arie del Signor Sacchini , con
parole Italiane e Franceſe. Airs choiſis de
M. Sacchini , avec des paroles Iraliennes
&Françoiſes , en partition &parties ſéparées.
A Paris , chez M. d'Enouville ,
Receveur des Loteries , rue de Vannes ,
près celle du Four, à la nouvelle Halle.
On trouve à la même adreſſe ,
Le Rondeau del Signor Traetta , la
partition de la Colonie , celle de l'Olym
piade, &les airs détachés de ces Opéras.
GÉOGRAPHIE.
Le Pilote Américain , en vingt - neuf
planches, contenant les ports & bayes de
l'Amérique Septentrionale depuis la côte
MAL 1773. 173
de la Brador juſqu'à la Floride , traduit
des nouvelles cartes Angloiſes. Prix 24
liv. en porte-feuille. Ces cartes font trèsbien
exécutées , & ne peuvent être publiées
dans des circonstances plus favorables.
Elles ſe trouvent chez le fieur le
Rouge , Ingénieur-Géographe du Roi ,
rue des Grands Auguſtins , à Paris.
TOPOGRAPHIE.
Vue perspective de l'Ecole Royale Militaire
, dont Sa Majesté a bien voulu
agréer la dédicace , préſentée le 4
Avril 1778 : elle eſt de la plus grande
exactitude ; on y trouvera les moindres
détails , ayant été faite ſur le plan
géométral levé à cet effet. Par M. de
Leſpinafle.
CETTEvue comprend tous les environs
de l'Ecole , depuis les Invalides ,Grenelle
&partiede ſa plaine , y compris lamaiſon
deMonſeigneur le Prince de Conty ; tout
le riche payſage du bord de la Seine , A
commencer par le Point-du-Jour , Au
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
teuil, Paffy , les Bons- Hommes &Chaillot.
Le fond de ce tableau intéreſſant eſt
terminé par le Mont-Valérien & l'Aquéduc
de Marly. Ce morceau a été exécuté
dans le genre , trop long-temps négligé ,
des Vandermeulen ,le Clerc & le Chevalier
Baurin.
Cette Eſtampe,gravée par Née & Mafquelier,
ſe trouve chez eux, rue des Francs-
Bourgeois , porte Saint - Michel , près
l'Arquebufier. Prix 6liv.
DISCOURS prenoncépar M. l'Archevêque
de Lyon, à la rentrée du Parlement de
Paris.
N. B. LE Public n'a point oublié que le
Difcours de M. l'Archevêque de Lyon , à
la rentrée du Parlement, fut entendu avec
tranſport. Ce Prélat fut vivement follicité
par les Magiſtrats , & par beaucoup
d'autres perſonnes du plus haut rang , de
le faire imprimer ou d'en donner des
copies. Mais il le refuſa conſtamment ; &
ſa modeſtie fut inflexible. Heureuſement
ſes précautions pour le dérober à la cu
MA 1. 1778 . 175
rioſité du Public , ont été inutiles. Le
Difcours commence à ſe répandre , &
nous nous hâtons de l'offrir à nos Lecteurs.
Ils y reconnoîtront fans peine
cette éloquence douce & majestueuſe
qui caractériſe tout ce qui fort de la
plume de cet illuſtre Prélat. Ce ne font
pas ici de vains jeux de mots, qui ne peuvent
honorer ni l'Orateur ni le Héros ,
&qui font pour l'ordinaire tout le mérite
de ces productions légères & futiles que
l'uſage a conſacrées à l'exagération & à
la flatterie. C'eſt une ſuite de principes
lumineux , de vues grandes & profondes ,
de traits vifs & frappans qui nous donnent
la plus haute idée du premier Tribunal
de la Nation , & qui font propres
à cimenter l'amour & la reconnoiffance
des Peuples .
MONSIEUR ,
« Les grands objets auxquels le Parlement
eſt deſtiné; l'avantage qu'il a de
compter au nombre de ſes Membres, les
premiers hommes de l'État ; les lumières ,
les vertus que ſes fonctions exigent ; la
fidélité avec laquelle il veille ſur les intérêts
de l'Autel , du Trône & de la Na
Ηiv
176 MERCURE DE FRANCE,
tion , tout annonce à la France , qu'après
la majeſté de ſes Rois , elle n'a rien de
plus reſpectable & de plus cher que ce
Sénat Auguſte.
Et quand je publie ici , Meſſieurs ,
les ſervices ſignalés que vous avez rendus
à la Religion , je ne viens point trahir ,
par une lâche adulation, les droits de
l'Apoftolat dont je ſuis revêtu. Je fais
que ce n'eſt ni en réglant la croyance des
Peuples , ni en formant la diſcipline des
Canons , que vous influez ſur la majeſté
du Sanctuaire. Vous me déſavoueriez
vous-mêmes , ſi je vous attribuois des
prérogatives qui font réſervées aux Juges
de la Foi ; mais ce que l'Egliſe a décidé
ou établi pour le bien commun des Fidèles
, vous avez reçu du Souverain le pouvoir
& l'obligation de le protéger. Et
avec quel zèle n'avez - vous pas rempli
cet important miniſtère !
Il fut un tems où la diſcipline de
l'Égliſe gémiſſoit ſous la multitude &
l'abus des privilèges ; c'eſt à vous principalement
qu'elle doit le rétabliſſement
de l'ordre & le maintien du droit primitif.
On ſe rappelle encore , avec effroi ,
les efforts redoublés de la prétendue réMA
I. 1778 . 177
forme pour s'élever ſur les ruines de la
Catholicité. Elle n'a pas eu dans ce
Royauine tous les ſuccès dont elle s'étoit
flattée;&nous reconnoiſſons avec actions
degrâces , qu'une partie de la gloire en
eſt dûe à la ſageſſe & à la vigilance des
Magiftrats.
Après la foi de nos Pères , nous
n'avons rien de plus précieux que nos
libertés ſacrées , puiſqu'elles tiennent à
la conſtitution de l'Egliſe , & qu'elles
afurent l'indépendance de la Couronne
& la tranquillité de l'État. Vous en avez
toujours été , Meſſieurs , les défenſeurs
les plus intrépides ; & ceux qui ont volontairement
fermé les yeux à la lumière
répandue par les Gerfon , les Marca &
les Boſſuet , ont au moins été contenus
par la fermeté toujours foutenue de vos
Arrêts.
La grande calamité de notre ſiècle ,
eſt ce déluge d'Écrits impies & licentieux
qui déshonorent la raiſon humaine, ſous
prétexte d'en étendre les droits. Il n'en a
paru aucun de conſidérable qui n'ait excité
l'éloquente réclamation du Ministère
public, que vous n'ayez fait rentrer dans
les ténèbres d'où il n'auroit jamais dû
fortir.
: Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les Évêques doivent à l'Égliſe de réprimer
les défordres qui réſiſtent à leurs
invitations paternelles ; & ils ne peuvent
ſe diffimuler que leur follicitude paſtorale
auroit preſque toujours été réduite
à des remèdes impuiſſans & à des gémiſſemens
inutiles , ſi elle n'avoit été appuyée
de votre autorité.
Il eſt vrai que cette ſainte harmonie ,
fi néceſſaire à conſerver entre le Sacerdoce
& la Magiftrature , a fouffert quelquefois
des affoibliſſemens ; mais ce ſont
des malheurs nés de la condition humaine
, ſur leſquels il faut tirer le voile,
dont nous ne devons au moins conſerver
la mémoire que pour achever d'en tarir
la ſource , & en éviter de pareils à
l'avenir.
Nous y parviendrons infailliblement ,
Meſſieurs , nous , Miniſtres de la Religion
, enufant beaucoup plus de la charitéque
de la ſévérité de notre miniſtère,
en écartant les guerres d'opinion , les
excès du zèle , en foumettant toujours
notre confcience particulière à la confcience
publique qui eſt la loi. Vous ,
Meſſieurs , en conſidérant que l'oubli
des règles fait tous les jours dans l'Églife
de nouveaux progrès ; qu'au défaut de
MA I. 1778. 179
Conciles , la vigilance particulière des
Paſteurs , peut ſeule y maintenir l'ordre ;
&que ſi leur zèle ſe rebute , ſi leur autorité
ceſſe d'être reſpectée , bientôt il
ne reſtera plus de traces de diſcipline &
de fubordination : en conſidérant encore,
que quand les Supérieurs ont des intentions
pures , ils méritent , même en s'égarant
, d'être ménagés , & que le plus
grand des abus ſeroit de ne jamais rien
relâcher de la rigueur des formes en faveur
du bien évident.
Nous y parviendrons enfin , Meſſieurs,
en nous pénétrant mutuellement de ces
vérités,que la force des grands Corps de
l'État eſt dans la conſidération dont ils
jouiffent , que cette conſidération s'affoi,
blit lorſqu'ils ſe diviſent , & que tout
feroit perdu pour eux & pour la choſe
publique , s'ils venoient à perdre leur in-
Auence,dont la plus grande partie dépend
de l'opinion.
Vous n'avez pas travaillé moins utilement,
Meſſieurs , pourlaſplendeur duDizdême
& pour la félicité publique , que
pour le bien de la Religion. Dans ces
fiècles heureux où l'intérêt & la fraude
n'avoient point encore altéré l'innocence
des moeurs, les Scuverains furent eux-
Hvj .
180 MERCURE DE FRANCE.
!
mêmes les Juges de leurs Peuples. Ils ſe
partageoient entre le bien public & le
repos des Particuliers ; & après avoir
calméces grandes tempêtes qui troublent
les Régions ſupérieures de l'État , ils ne
dédaignoient pas d'appaiſer ces légers
orages qui s'élèvent quelquefois dans les
inférieures.
Maisdepuisque la malicedeshommes
a rendu preſque inépuiſable la ſcience
des formalités & des loix ; depuis qu'il
eſt devenu néceſſaire d'être ſavant pour
être juſte , c'eſt à vous , Meſſieurs ,
qu'a été confié l'exercice de cette partie
du pouvoir ſuprême. Et, en combien de
manières n'avez-vous pas contribué à la
grandeur du Monarque , & au bonheur
des Sujets
Si nos Rois ont recouvré la plénitude
de la puiſſance ; s'ils font devenus l'unique
ſource du pouvoir législatif& judiciaire;
ſi les agitations de la tyrannie
féodale ont fait place au ſage &paiſible
exercice de leur autorité ; ſi la justice a
ceſſé de ſe précipiter comme un torrent,
ou de s'égarer dans le labyrinthe de
l'Anarchie ; ſi , dans ſon cours toujours
tranquille & certain , elle a embraffé
toutes les parties de ce vaſte Empire ,
MA I. 1778 . 181
elle a entraîné tous ces oppreſſeurs fubalternes
, qui déchiroient impunément
le ſein de la Patrie; ſi des plus hauts
rangs elle eſt deſcendue , comme par degrés
, juſqu'aux dernières Claſſes de la
Société; ſi la France , en un mot , jouit
d'un calme inaltérable à l'ombre du
Trône qu'elle chérit, & de la ſainte
Majesté des Loix , qu'on parcoure notre
Hiſtoire , & on verra que les Parlemens
ont eu la plus grande part à cette heureuſe
révolution.
Que ne puis-je enſevelir dans un oubli
profond, ces jours à jamais lamentables,
où une fermentation générale s'empara
du Corps politique , & menaça la Monarchie
d'une totale ſubverſion ; où le
Trône lui-même,enfanglanté & chancelant
, alloit , ou s'abyſmer dans les horreurs
de la guerre civile , ou devenir la
proie d'un Ufurpateur étranger ! Mais
puiſque ces fureurs de l'ambition & du
fanatifme , font écrites en caractères de
ſang dans toutes nos annales , diſons du
moins à la gloire du véritable Sénat ,
que ce furent ſa fidélité & fon courage ,
qui , autant que les armes du Grand
Henri , ſauvèrent la France , conſerverent
le ſceptre à la Maiſon régnante , &
182 MERCURE DE FRANCE.
préparèrent le bonheur dont nous jouiffons.
Vos vertus privées & les ſacrifices
journaliers que vous nous faites , Meffieurs
, vous donnent de nouveaux droits
à notre reſpect & à notre reconnoiſſance .
Eh! qu'y a-t-il en effet de plus propre à
faire naître ce double ſentiment dans
tous les coeurs , qu'une Aſſemblée de
Magiſtrats qui , nés la plupart dans l'opulence
, ſe privent d'une partie de leur
patrimoine pour acquérir le droit de ſe
rendre utiles ; qui, ſagement renfermés
dans des Tribus Patriciennes , forment
autour d'eux une eſpèce de barrière que
le luxe & la corruption des nouvelles
moeurs ne peuvent franchir ; qui ſe conſacrent
à un recueillement prématuré , à
des études sèches & rebutantes , à des
bienséances auſtères , ſans autres vues
que celle de ſervir leurs Coneitoyens ;
qui , placés preſque toujours entre deux
devorts , ont un égal & continuel beſoin
de veiller ſur leur courage & fur leur
ſageſſe , pour ne manquer ni à la loi
qu'ils ont juré de défendre , ni à l'autorité
qu'ils font chargés d'éclairer ; qui ,
du haut du Tribunal où ils font affis ,
MA I. 1778 . 183
voient , comme la Divinité dont ils
exercent les droits , le jeu de toutes
les paſſions humaines , ſans jamais en
favoriſer aucune , & nous rendent en
quelque forte ſa providence ſenſible
par l'équité de leurs jugemens ?
Tant de vertus & de ſervices ne feront
point oubliés par notre Auguſte Monarque.
A peine eſt- il monté ſur le Trône ,
que ſon coeur s'ouvre à tous les biens
qu'il peut connoître ,& à tous ceux qu'on
voudra lui propoſer. Il voit les pierres
de ce Sanctuaire diſperſées & emportées,
comme par un violent tourbillon , jufqu'aux
extrémités de ſon Empire ; il ſe
hâte de les raſſembler , de les réunir , &
de rendre aux Loix toute leur vigueur ,
en rendant à la Magiftrature toute fa
dignité.
: Le Roi , Mefſieurs , ne s'eſt pas contenté
de vous donner une marque de
protection ſi honorable , &devenue encore
plus flatteuſe par les applaudiffemens
qu'elle a reçus de tout ce que la
Nation a de vertueux & d'éclairé. Il vous
a tracé lui-même la route que vous devez
ſuivre , pour lui témoigner la reconnoifſance
& l'amour dont vous êtes pénétrés.
Tous les deſirs qu'il a manifeſtés
184 MERCURE DE FRANCE.

juſqu'à ce jour , tendent à rendre fon
Royaume heureux , à faire reſpecter la
Religion , à rétablir la décence dans les
moeurs , l'ordre dans les finances , l'économie
dans les dépenſes publiques. Vous
ne ferez donc jamais plus aſſurés de lui
plaire , qu'en concourant de tout votre
pouvoir au ſuccès de ſes vues bienfaifantes
, qu'en ne lui cachant aucune des
vérités qui peuvent l'y conduire. Eh !
qui ne ſe féliciteroit pas pour vous &
pour ſoi-même , en voyant que yous
pouvez tout- à-la- fois fatisfaire le plus
doux de vos penchans ,&remplir le plus
important de vos devoirs ?
Plus j'obſerve les circonstances , Mefſieurs
, & plus j'y découvre d'encouragemens
pour votre zèle. Je le ſais; la
bonté des Souverains ne garantit pas
toujours des paſſions de leurs Miniſtres :
& quand il s'en trouve d'ambitieux ou .
de violens , malheur à celui dont la
chûte importe à leur haine ou à leur
élévation , dût-elle être fatale au falut
de la Patrie. Je le ſais encore ; les Chefs
influent puiſſamment ſur les intérêts de
leur Corps ; ſouvent même ils en ont
de tout oppofés ; & s'ils manquent de
courage ou d'intégrité , ils nuiſent d'au
1
MA I. 1778. 185
tant plus sûrement , qu'ils font plus
exercés à cacher leur infidélité ou leur
foibleſſe. Mais aucun de ces dangers
n'eſt à redouter pour vous. Le Roi a
donné ſa confiance à des hommes vertueux
, ſages , modérés juſques dans les
biens qu'ils ſe propofent , qui nedeman
dent qu'à être éclairés ſur tous ceux qu'ils
font chargés de procurer. Eh ! quel tems
fut jamais plus propre à faire prévaloir
les ſainesmaximes, les vues patriotiques,
que celui où l'autorité cherche lalumière,
&où la lumière reſpecte l'autorité ?
Si pour y parvenir , Meſſieurs , vous
avez beſoin de nouveaux ſecours , vous
les trouverez dans l'illuſtre Sénateur qui
vous préſide. Il porte un nom décoré
depuis long tems des premiers honneurs
de la Magiftrature , qui l'attache néceffairement
à ſa gloire ,& qui lui en rappelle
toutes les vertus. Il jouir de la
confiance du Prince , & il ne peut manquerde
vous la rendre utile , parce qu'il
la doit uniquement au caractère de franchiſe
& de loyauté qui lui a mérité la
vôtre. Par modeſtie , comme par défintéreſſement
, il auroit préféré les douceurs
de la vie privée au tumulte des
affaires; mais par honneur il n'en eſt pas
G
186 MERCURE DE FRANCE.
moins tout entier aux devoirs de ſa Place .
Et peut-être n'a-t-elle jamais été remplie
avec plus d'exactitude & moins d'auftérité.
Ne vous plaignez pas , Meſſieurs , de
ce queje vous entretiens trop long - tems
de vous-mêmes. Je ne pouvois renfermer
dans des bornes plus étroites , le tribut
de louanges qui vous étoit dû. Il me
reſte des voeux à vous offrir , & ces voeux
doivent être dignes de l'Autel dont je
deſcends , de la Sainte Cérémonie qui
vous raſſemble , & de la piété de vos
Pères , à qui elle doit ſon inſtitution .
Puiſſent donc les ſentimens religieux
qui lui ont donné naiſſance , ſe perpétuer
à jamais dans cette illuſtre Compagnie !
Puiffiez - vous tous , & toujours , être
vivement perfuadés que , ſans la Religion
, il n'y a point de lumières sûres
de vertus ſolides , de justice incorruptible
, de gloire qui conduiſe à l'immortalité
; que la Religion ſeule peut ennoblir
& fanctifier vos travaux , adoucir
vos facrifices , vous conſoler dans vos
peines , vous donner du poids auprès
du Trône , vous conferver le reſpect
éternel de la Nation » .
2
MA I. 1778. 187
LETTRE de M. MAUDUYT , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine de
Paris , de la Société Royale de Médecine
; fur les précautions néceſſaires
relativement aux maladies qu'on traite
par l'Électricité.
:
L.
Es traitemens électriques que la Société
Royale de Médecine m'a chargé de ſuivre , &
que j'exécute ſous ſon inſpection , paroiſſent
avoir contribué à ranimer l'eſpoir qu'on avoit
conçu , il y a quelques années , du fluide électrique
conſidéré comme médicament. Je n'ai rien
publié , je n'ai rendu compte de mes opérations
qu'à la Compagnie qui m'en a chargé , à l'Académie
Royale des Sciences , & une fois au Public,
dans la Séance de la Société de Médecine , tenue
le 27 Janvier dernier. Cependant on me cite dans
les Papiers publics ; on s'autoriſe , pour prouver
l'efficacité de l'électricité , des merveilles que
j'opère , à ce qu'on dit , & on me les raconte à
moi-même fréquemment. On publie de la Province
des faits qui ſe ſont paſſés chez moi à Paris :
on donne commeguéris des malades qui ont obtenu
, à la vérité, beaucoup de ſoulagement ;
mais que je traite encore. Une ſorte d'enthou-

188 MERCURE DE FRANCE.
ſiaſme , dont la ſource eſt ſans doute l'amour de
T'humanité, s'eft emparé de la plupart des efprits;
on fait l'énumération des maux qu'on ſuppoſe
devoir être guéris par l'électricité; on la conſeille
à tous ceux qui ſont attaqués de ces maux ;
on ne parle que des avantages ; on ne dit rien
des riſques que l'on peut courir quelquefois , ni
des moyens de prévenir ces riſques. Ce filence
apour fondement la perfuafion où l'on eft , &
que l'on veut inſpirer aux autres , que l'électricité
ne peut faire que du bien , &jamais demal.
Si cette propoſition n'étoit que haſardée , je ne
la combattrois pas ; mais le raiſonnement &
l'expérience la contrediſent : elle peut d'ailleurs
devenirdangereuſe dans pluſieurs cas: il eſtdonc
de mon devoir de la réfuter ; c'eſt même une
partie importante de l'emploi qui m'eſt confié.
S'il eſt probable , d'après les faits que j'ai obfervés
, d'après ceux que MM. de Haen , Sauvages
, & un grand nombre d'autres Auteurs ,
nous ont communiqués , que la Médecine puiffe
un jour employer très-utilement l'électricité , il
n'eſt pas moins vrai , d'après mes obſervations
examinées &diſcutées par la Société Royale de
Médecine , d'après les faits rapportés par pluſieursAureurs,
qu'il eſt des cas ,des circonftances
qui rendent l'électricité dangereuſe , qu'elle
peut quelquefois devenir funeſte , même après
avoir agi en bien ; enfin , que loin que ce ſoit
unremède indifférent , l'électricité exige tous les
foins d'un Médecin vigilant , attentif à prévenit
les inconvéniens en profitant des avantages.
Les bornes d'une lettre ne me permettent pas
MA. I. 177.8. 189
d'entrer dans de longs détails ; je ne citerai que
quelques faits rapportés dans l'Ouvrage de M.
de Haller , qui a pour titre : Differtationes ad
morborum hiftoriam & curationemfacientes.
On lit, vol. 1 , pag. 60 : Obfervandum in
malo hoc rheumaticia ne in motum acta materia
morbi in nobiliores projiciatur partes..
Il faut obſerver dans le rhumatiſme , &c. de
peur que l'humeur morbifique, miſe en mouvement
, ne ſe porte ſur les parties néceffaires à
l'entretien de la vie.
MM. Linné & Zetzel , Auteurs de cette remarque
, penſoient donc que l'humeur morbifique,
déplacée par l'électricité , peut ſe porter à
Pintérieur.
Pag. 61 , au ſujet de la ſciatique.... Aliis
prima quidem fatis profpera fuere : fed poft aliquot
dies converſa eſt vis morbi ad inteftina :
undè ventris tormina aſſidua & quàm maximè
molefta , &c.
Quelques malades furent d'abord ſoulagés ;
mais peu de jours après la matière morbifique ſe
porta ſur les entrailles , y excita des douleurs aiguës
, continuelles & très- fatiguantes.
Pag. 62 , au ſujet d'une hémiplégie.... Reftituto
ad aliquam partem brachii motui fucceffit
ophtalmia.
Un ſujet hémiplégique ayant recouvré en partielemouvement
du bras ,fut ſaiſi d'une infammation
aux yeux,
Je ne rapporterai de mes propres obſervations,
que le fait ſuivant
190 MERCURE DE FRANCE.
Une femme hémiplégique depuis 13 mois , ne
pouvoit , depuis ce tems , ſortir à pied; elle ne
pouvoit monter ni deſcendre ſeule ; ſon bras étoit
preſque ſans mouvement ; le poignet& les doigts
étoient fléchis & immobiles : elle fort àpied,
monte&defcend ſeule; ſon poignet , ſes doigts
font redreſſés; elle commence à ſe ſervir de ſa
main , & lève ſon bras preſque perpendiculairement.
Mais deux fois l'humeur déplacée s'eſt
portée à la tête , trois fois à la poitrine. Ces accidens
ont toujours ſuccédé àdes douleurs éprouvées
pendant quelques jours dans les parties paralyſées
, & à un mouvement de ces parties plus
libre qu'à l'ordinaire. On ne peut , à ces ſymptômes
, méconnoître le tranſport de l'humeur morbifique.
C'eft le jugement qu'en a porté la Société
Royale de Médecine, à qui j'ai rendu compte
de ces faits.
L'électricité expoſe donc à des riſques , même
en opérant debons effets ; il n'eſt donc pas prudent
de la conſeiller vaguement, fans avertir
des dangers qu'on peut courir en ſe ſoumetrant
à ſon action , ſans parler des moyens de prévenir
ces dangers. Sont- ils tels qu'ils doivent faire
renoncerà un moyen de guérir , dont on a conçu
de fi grandes eſpérances ? Je ne le penſe pas ; je
crois au contraire qu'on peut en même-tems tirer
degrands avantages de l'électricité , & prévenir
les riſques auxquels elle peut expofer.
Pour juger fi ma propofition eſt fondée , il
faut examiner comment le fluide électrique agit ;
&, d'après ſes effets , déterminer dans quelle
claſſede médicamens il doit être placé : car alors
MA I. 1773 . 191
on ſe comportera , en employant ce remède
comme on a coutume de faire en uſant des autres
remèdes qui font de même nature.
Le fluide électrique paroît être une des fubftances
les plus fubtiles qui nous ſoient connues ;
lorſqu'il eſt en action , ſon mouvement eſt ſi rapide,
que nous ne pouvons en meſurer la viteſſe :
il s'infinue immédiatement dans les voies de la
circulation ; il accélère le pouls , il l'élève , il
communique de l'agitation aux perſonnes foumiſes
long-tems de ſuite à ſon action ; il caufe de
ladouleur, il rougit la peau , il y fait élever des
puftules , il force les muſcles d'entrer en contraction
quand il eſt condenſé ſous la forme d'étincelles.
On reconnoît à ces effets du fluide
électrique , l'action d'un ſtimulant d'autant plus
actif , que ſes principes ſont plus déliés , qu'ils
font dans un mouvement plus rapide , & qu'il
agit en pénétrant immédiatement dans les voies
de la circulation .
Lorſqu'on ſe ſoumet à une action longue ou
répétée du fluide électrique , il augmente beaucoup
l'inſenſible tranſpiration , il excite ſouvent
la ſueur , ſouvent auſſi la ſalivation , quelquefois
la diarrhée , & même le flux d'urine ; il diffipe
affez promptement l'enflûre dans certains cas ,&
les congestions ſéreuſes & lymphatiques.
Les effets du fluide électrique, àl'action duquel
le malade eſt ſoumis long-tems , indiquent qu'il
agit comme inciſif & apéritif. Les excrétions ,
qu'il augmente ou qu'il excite , paroiſſent être
des criſes : car à proportion que ces excrétions
s'annoncent plus tôt, qu'elles font plus abondan122
MERCURE DE FRANCE.
rentes
, qu'elles continuent plus long - tems , les
malades ſont plus promptement ſoulagés ou plus
complettementguéris: mais toute criſe expoſe au
tranſport de l'humeur morbifique , ou au danger
des métaſtaſes ; ce riſque eſt d'autant plus grand,
que les criſes ont lieu plus lentement. Celles
qu'excite le fluide électrique , ſont très-lentes.
Tout remède inciſif & apéritif, expoſe de même
àdes métaſtaſes , parce que tout remède de cette
nature ne fait que fondre l'humeur , que la
dre mobile , ſans en changer la qualité , ſans
l'expulfer. Le fluide électrique qui n'agit que
comme ſtimulant & inciſif , expoſe donc les malades
aux mêmes dangers que tous les remèdesde
cette claſſe. Mais ces remèdes, quoiqu'ils foient
d'eux-mêmes ſujets à cer inconvénient , n'en font
pas moins employés fréquemment , & n'en font
pas moins utiles , parce que les Médecins ſavent
profiter des avantages qu'ils procurent , & prévenir
en même - tems les dangers auxquels ils
expoſent, il faut donc , en employant le fluide
électrique , ſe conduire comme on a coutume
de faire , en uſant des autres remèdes inciſifs
&apéritifs. Il faut, lorſque le remède inciſif a
diviſé l'humeur, lorſqu'il l'a miſe en mouvement,
lorſque la nature en tente l'expulfion, par une
criſe trop lente ou une excrétion trop foible ,
favoriſer , d'une part , cette excrétion par un
remède auxiliaire & indiqué ſuivant les cas ,
Luivant la nature de la maladie : il faut, d'une
autre part , ſi l'excrétion ou la crife entrepriſe
par la nature , ne paroît pas pouvoir ſuffire à
l'expulfion de l'humeur morbifique , à cauſe de
fa
MA I, 1778.193
La qualité ou de ſon abondance , en procurer
l'iſlue , ou par les voies urinaires , ou , comme
il arrive plus ſouvent , par les felles . Sans ces
précautions, que le Médecin ſeul peut prendre ,
qui doivent varier ſuivant les circonstances , on
verra ſouvent des effets funeſtes ſuccéder à
d'heureux commencemens dans l'uſage des apéritifs
de quelque nature qu'ils foient , fur- tout à
proportion que la maladie ſera grave , & que
Jes effers du remède apéritif ſeront plus marqués.
On a donc les mêmes riſques à courir en employant
le fluide électrique, ſi l'on n'uſe pas des
mêmes précautions , ſi l'on ne fait pas en ufer :
mais on aura les mêmes avantages , & peut- être
de plus grands à en attendre , à cauſe de ſa nature
particulière , ſi l'on a recours à propos aux
précautions néceſſaires .
Je ne penſe pas que, d'après les faits que j'ai
cités, d'après les obſervacions dont j'ai rendu
compte , on doive renoncer à l'emploi du fluide
électrique , plus qu'à l'uſage des autres remèdes
fondans & apéritifs; mais je crois auſſi que le
fluide électrique ne doit pas plus que ces remèdes
, être conſeillé & preſcrit vaguement , ſans
avertir des riſques auxquels il expoſe , & fans
indiquer les moyens de prévenir ces riſques.
Je ne donne point les réflexions qu'on vient de
lire , comme démontrées; je les offre comme le
réſultat du travail que j'ai fuivi juſqu'à préfent ,
comme une conféquence des faits dont j'ai été
témoin. Si de nouveaux faits confirment ou détruiſent
mes premières apperçues , je le dirai
également & aulli ſincèrement. Mais j'ai cru ,
1
I
1,
194 MERCURE
DE FRANCE.
d'après ce que j'ai vu , que l'électricité n'eſt pas un remède indifférent
comme on l'annonce
; qu'on expoſe le Public à de grands riſques , en laconſeillant trop vaguement , enexagérant ſes avantages , en cachant ou en ne connoiſſant
pas les dangers qu'elle peut entraîner , & en n'indi- quant pas les moyens de les prévenir. Il m'a paru de mon devoir d'en avertir ; je l'ai fait : je n'ai point d'autre prétention. Il ne m'eſt pas nécef- faire d'entrer dans des détails ſur le moment & la manière d'expulſer, ſuivant les différens cas , l'humeur morbifique miſe en mouvement. Les Médecins n'ont pas beſoin de ce que je dirois à cet égard, & il me ſeroit bien difficile d'en dire aſſez pour ceux qui ne le ſont pas. Je me con- tenterai donc de finir en remarquant
que je re- garde l'électricité
comme une arine très - acérée qui peut fervir à ſe défendre , ou avec laquelle on peut ſe bleſſer cruellement
, ſuivant qu'on faitla manier. Sans le fluide électrique , il y a peut-être biendes cas où l'on ne pourroit réuſſit à diviſer l'humeur morbifique , à la mettre en état d'être expulſée. Avec le fluide électrique ſeul , on pourra ſouvent la diviſer , la mettre enmouve- ment , mais au grand périldu malade. Il ne me reſte qu'un mot à ajouter pour les perſonnes qui ne ſont pas au fait de ce qui me concerne. Je ne reçois de qui que ce ſoit aucun émolument quelconque pour les malades que je traite. Nul intérêt fecret n'adonc pu me dicter la Lettre qu'on vient de lire; & je ne l'euſſe pas écrite ſi jene l'euſſe crue néceſſaire pour prévenit
desdangers qui me paroiſſent trop évidens,
4
MAI. 1778 . 195
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , & c.
I.
ONN a annoncé comme une merveille
extraordinaire une tête méchanique qui
prononce diſtinctement ces paroles : Le
Roi fait le bonheur de ſes peuples , & le
bonheur de ses peuples fait celui du Roi.
On dit que l'Auteur anonyme de cet
ouvrage fingulier ſe propoſe de porter
ſes découvertes au point de former une
converſation ſuivie d'automates .
I I.
Monfieur de Courcy d'Engleſque
ville , près Pont- l'Evêque , a imaginé un
rouet à main , avec lequel une ſeule perſonne
fait l'ouvrage de trois , dont il a
fait exécuter le plan par Lefebvre , Tourneur
, & Leroy , Serrurier à Touque. Il
file , retord & dévide en même temps .
Aumoyen d'une nille artiſtement faite ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
il eſt plus facile à tourner qu'aucun autre
, ce que je puis vous atteſter pour
en avoir fait uſage depuis quinze jours ;
de façon qu'une femme qui gagne cinq
fols par jour à un rouet ordinaire , en
peut gagner quinze à celui- ci .
ANECDOTES.
I.
Le brave Crillon avoit pour rival Buſſi
d'Amboiſe , qui prétendoit ſeul au titre
de brave. Celui-ci s'étoit déjà battu avec
loi à Paris , & lui donna un nouveau
défi dans une ville d'Allemagne , où
Crillon venoit de faire une action d'éclat.
Ils accompagnoient l'un & l'autre le
Duc d'Anjou en Pologne. Bufi , dans
l'intervalle du défi & du combat , ſe fit
une affaire avec des Seigneurs Allemands
fur leſquels il s'étoit jeté l'épée
à la main. Il fut arrêté , mis en priſon
& condamné à mort. Le généreux Crillon
vole à fon fecours , prend ſa défenſe ,
follicite vivement , trouve des amis qui
le ſecondent, & parvient enfin à obtenir
MA I. 1778 . 197
la grace & la liberté du criminel . Buſſi ,
confondu de ce trait de générofité , &
encore plongé dans la première ſurpriſe ,
voit arriver un Gentilhomme qui lui
annonce que Crillon l'appelle au défi
qu'il lui a donné. Buſſi part , & va au
contraire affurer ſon bienfaiteur de fa
reconnoiſſance. Crillon inſiſte , & lui dit :
« Je vous ai ſauvé d'une mort honteuſe ;
>> mais je dois à l'honneur d'expoſer ma
>> vie pour me vengerde l'inſulte que vous
>> m'avez faite » . Buffi lui demanda s'il
vouloit le faire regarder comme un
monftre d'ingratitude , & lui remit ſon
épée , ne voulant jamais s'en ſervir contre
lui . Enfin Crillon ſe rendit , & les deux
plus braves hommes de leur temps furent
les plus amis .
I I.
Raſacès quittant la Perſe , ſe réfugia
dans Athènes. Il offrit à Cimon , qui y
commandoit , deux coupes pleines de
pièces d'or. Lequel des deux veux- tu que
je fois , lui dit Cimon , ou ton mercenaire
ou ton ami ? Mon ami , répondit
Rafacès. Eh bien , répliqua Cimon , re
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
prends ton or ; ſi je ſuis ton ami , il fera
ſans doute àmon ſervice quand j'en aurai
beſoin.
4
III.
Le Duc de Bourbon , Général de l'armée
de Charles - Quint , fut bleſſé en
affiégeant la ville de Rome. Quelques
ſoldats paſſant près de l'endroit où il
étoit étendu à terre , ſe demandoient les
uns aux autres s'il étoit vrai que leur
Général eût été tué. Il leur répondit luimême
, pour ranimerleur courage : Allez ,
Bourbon marche devant vous .
I V.
La Reine Chriſtine de Suéde avoit
dit pluſieurs fois qu'elle réſervoit une
chaîne d'or pour la dédicace que M. de
Scudéry lui faifoit de ſon Alarie. Mais
comme M. le Comte de la Gardie , loué
dans ce Poëme , étoit tombé dans ſa difgrace
, la Reine deſira que ces louanges
fuffent retranchées. Scudéry répondit
que quand la chaîne d'or ſeroit mille
fois plus peſante , il ne détruiroit jamais
l'Autel où il avoit facrifié . Cette fierté
MA I. 1778. 199
déplut à la Reine , qui ne récompenſa
point Scuderi ; & le Comte de la Gardie,
obligé de reconnoître la généroſité du
Poëte , ne lui en fit pas même compliment.
AVIS.
LAFaculté de Médecine en l'Univerſité de Paris,
a, conformément à l'Ordonnance du Roi du ra
Avril 1776 , déposé dans ſes Archives la recette
cachetée de la compoſition de l'Eau anti- vénérienne
des Sieurs Quertan & Audoucet , dont
l'acquiſition a été faite par Sa Majesté , le 20
Février 1778 , ſous la réſerve du ſecret , au profit
des vendeurs , pendant quinze ans ; lequel tems
paffé, la Faculté rendra ladite compoſition publique.
Leur demeure eſt à Paris , rue de Sartine ,
No. 58 , à la nouvelle Halle.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
1
NOUVELLES POLITIQUES.
2
:
Extrait d'une Lettre de Canton, en date du 16
Juin 1776.
Les ES Chinois ayant conquis
d'un
le Royaume de
Siao-Kin-Sivan , contre lequel ils avoient eu de
fréquentes & de longues guerres , ont conduit à
Pekin le Roi de ce Pays , avec ſa ferame , les enfans
& les principaux de la Cour , les ont préſentés
à l'Empereur, &les ont maſſacrés par fes
erdres . Ge traitement baibare , qui eſt ſi fort en
contradiction avec le reſpect que tant d'Écrivains
ont voulu nous inſpirer pour la morale des Chinois
, a eu , dit- on , poouurr motif la mort
gendre de l'Empereur tué dans cette guerre. On
n'a épargné de toute cette malheureuſe famille ,
qu'une Princeffe de cinq ans. Le Général qui a
commandé cette expédition , n'a pas plus de 30
années ; & l'Empereur , pour le récompenfer , lui
aconféré uhe Dignité correſpondante au titre de
Comte en Europe. Ce Général a reçu de plus des
terres , de l'argent, des étoffes du plus grand prix,
une ceinture jaune , ornement de la ſeule Famille
Impériale , & un bâton tel que l'Empereur a le
droit exclufif de le porter.
MA I. 1778. 201
:
De Vienne , le 12 Avril 1778 .
L'Empereur eſt parti d'ici le 11 de ce mois,pour
Olmatz , & doit ſe rendre à Prague. Il ſera ſuivi
deprès par le Eeld-Maréchal Laſcy, qui eft chargé
preſque ſeul de la dépenſe de l'Armée , & qui eſt
parvenu , à force de ſoins , à la mettre ſur un pied
d'épargne de pluſieurs millions.Depuis le cominencementde
ce mois , il ne s'eſt point paflé de jour
qu'il ne ſoit parti d'ici une centaine de chariots
chargés d'équipages , de bagages & de vivres pour
l'Armée. Une partie a pris le chemin de la Moravie
, une autre celui de la Bohême.
Des Officiers Impériaux avoient reçu ordre
d'acheter des chevaux en Ukraine & en Tartarie..
Leur commiſſion a eu tant de ſuccès , qu'ils ont
envoyé dans cette Capitale plus de ſept mille
chevaux. Ils ont eu ordre de continuer les
achats. 1
:
Toutes les élévations des environs de Prague,
font fortifiées de remparts & de redoutes qu'on
garnit de cañons. On apprend que les Maçons &
les Charpentiers travaillent à la réparation des
fortifications de la Ville. La Nobleſſe & tous ceux
qui ont pu ſe procurer une demeure liors des
murs , en font fortis . On a fignifié aux Juifs & aux
Bourgeois de fe pourvoir de vivres au moins pour
fix mois.
A
DeFrancfort-fur-le-Mein, le 13 Avril 1978 .
Le Feld-Maréchal Baron de Laudon , qui doi :
/
202 MERCURE DE FRANCE.
commander l'Arméc Impériale en Bohême , a
paſſé le 4 à Kollin , allant à Prague , où il a précédé
l'Empereur.
Des lettres de Berlin diſent que , le 6 de ce
mois , le Roi de Pruſſe , accompagné du Prince
Héréditaire de Brunswick , eſt parti pour la Siléfie.
Ce Roi a élevé au grade de Général - Major
de l'Infanterie , les Généraux de Kalckreuth , de
Woldeck & de Romming. Selon les mêmes lettres
, le Prince Ferdinand de Pruſſe reſte à Berlin .
Le Général de Ziethen , âgé de quatre- vingt-deux
ans, a été diſpenſe de ſe mettre en campagne , à
cauſede ſon grand âge , quoiqu'il témoignât le
defirer encore vivement.
:
1
DeFrancfort-fur-l'Oder, le 20Avril 1778.
Les Troupes Pruſſiennes ont quitté la Pruſſe &
la Pomeranie pour s'avancer en Siléſie. Pluſieurs
Régimens paſſent par la Baffe- Luface.
On dit qu'une Armée doit être aſſemblée près
de Hall , avant la fin du mois , & qu'elle fera
commandée par le Prince Henri. Les Troupes
Saxonnes ſont auſſi en mouvement & s'avancent
vers Dreſde.
1
De Hambourg , le 24 Avril 1778.
Il paroît ici un Édit du Roi de Danemarck , de
23 du mois dernier , qui défend l'importation
dans ſes États , de routes fortes de Tabacs prépasésdans
les Fabriques étrangères. Cet Édit promet
MA I. 1778 . 203
gratuitement des privilèges à ceux des Sujets de
Sa Majesté Danoiſe , qui voudront établir des
Fabriques dans les Pays ſoumis à ſa domination.
Ce nouvel arrangement de la Cour de Copenhague
, détruit entièrement le commerce des Fabricans
de Hambourg & de Lubeck , qui fourniffoient
de Tabac tout le Holſtein , le Jutland , &
la plus grande partie de ce Royaume.
De Venise, le 21 Mars 1778 .
Il eſt nédans cette Ville , dans le cours de l'année
dernière , deux mille huit cens ſept garçons,
&deux mille fix cens quarante- fix filles; en tout,
cinq mille quatre cens cinquante-trois. Le nombre
des morts eſt de cinq mille quarante-huit ;
ſavoir , quatorze cens vingt garçons , douze cens
cinquante - trois filles , douze cens dix - ſept
hommes mariés, & onze cens cinquante-huit
femmes.
1
De Rome, le 1 Avril 1778 .
Dans le Conſiſtoire que le Pape tint Lundi
dernier , Sa Sainteté ferma labouche aux Cardinaux
Valenti , Gioanetti & Gerdil; enſuite elle
propoſa le Patriarchat des Indes pour François-
Xavier Delgedo , Archevêque de Séville , &
pourvút à pluſieurs autres Bénéfices , après quoi
Sa Sainteté rouvrit la bouche aux trois Cardinaux.
ci- deſſus,auxquels elle donna l'AnneauCardinaliſte
, & affigna pour Égliſes titulaires , au
premier , celle de Sainte Agnès , au ſecond ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
celle de Sainte Prudentiane, & au troiſieme,
celle de Saint Jean- Porte- Latine.
Le Cardinal Colonna , Vicaire de Sa Sainteté
afait remettre dernièrement au Corps des Curés
de Rome , 4000 écus Romains , pour être diſtri
bués aux familles indigentes de cette Ville.
De Londres, le 14 Avril 1778 .
On parle d'une imputation odieuſe du Général
Burgoyne tontte le Colonel Henley , Infurgent
, qu'il accuſe d'avoir formé le deſſein de détruire
une partie des Troupes Britanniques : les
choſes ont été portées au point , que des informations
ont été ordonnées contre le Colonels.
&les mêmes nouvelles , arrivées depuis peu de
Rhode- land par le Chatant , ajoutentque ,dans
le cours des informations , il a été conſtaté au
contraire que c'étoient les Troupes Angloiſes qui
avoient formé le projet de détruire une partie de
celles des Américains , crime dont l'exécution n'a
été prévenue que par une extrême vigilance. Il
eft difficile , fur un fait de cette gravité ſi peu
détaillé , de foupçonner de quelle nature étoit le
moyen de destruction dont on devoit faire uſage,
& ilne l'eſt pas moins de regarder comme certaine
cette inculpation reſpective..
4
Il a été envoyé des ordres aux Membres du
Gabinet , de ne point quitter , parce que fous peu
dejours leur préſence fera néceffaire pour des
affaires de la plus grande importance.
On dit que le 16, le leLord Mansfieldaa
reçu un
MAI.
1778. 205
paquet de lettres de Verſailles , qu'il a porté fur
le champ au Roi.
Le Parlement ne ſera point prorogé : il tiendra
ſes Séances pendant toute l'année par courts
ajournemens.
Un grand nombre de bâtimens fretés pour le
dehors, eſt force de reſter dans nos Ports, parce
qu'ils ne peuvent trouver les Matelots dont ils
ont beſoin , juſqu'à ce qu'on ait donné les permiflions
pour mettre les gens de mer à l'abri de
lapreffe.
Le Bureau des Poftes a fait annoncer que le
paſſage entre Douvres & Calais , étoit ouvert
pour l'aller & le retour des Paſſagers & des lettres
.
L'Amiral Keppel & les autres Amiraux qui ſe
trouvoient en cette Ville , partirent , le Matdi 21.
dece mois , pour Portsmouth , où ils durent
monter leurs vaiſſeaux reſpectifs , afin d'y recevoir
le Roi , qui s'y rendit hier pour pafler en revue
la Flotte d'obſervation .
Le Comte de Sandwich , accompagné des
Lords de l'Amirauté & des Inſpecteurs de la
Marine , s'étoit embarqué ſur la Tamiſe ,le Mercredi
22 , à bord des Yachts du Roi , & dat fe
trouver à la revue de Sa Majefté. Ce Miniſtre.
devoit aller enſuite faire une Infpection générale
des Ports & des Arſenaux de Matine.
:
Ona long-tems eté,incertain des raiſons qui
retencient en Amérique l'Armée prisonnière du
Général Burgoyne,& les incertitudes à cet égard
206 MERCURE DE FRANCE.
viennent d'être levées par la connoiſſance qu'on
a aujourd'hui des différens Arrêtés du Congrès ſur
cet objet.
Le Comité qui avoit été chargé de l'examen de
quelques lettres écrites par le Général Heat & le
Général Burgoyne , & par ce dernier au Général
Gates, ayant fait fon rapport au Congrès des
points divers diſcutés dans ces lettres , il a été
arrêté, qu'attendu que quantité de boîtes à cartouches
, & d'autres articles de l'équipement militaire
des Officiers non brevetés , & des Soldats
compris dans la convention de Saratoga , n'avoient
pas été remis , la convention n'a pas été
remplie exactement de la part de l'Armée Britannique.
Arrêté, que faute par le Lieutenant-Général
Burgoyne , d'avoir donné des liſtes détaillées des
Officiers non-brevetés , & des Officiers de ſon
Armée , qui lui avoient été demandées lorſqu'il
avança que la foi publique étoit violée à fon
égard; ce refus ne pouvoit être qu'alarmant pour
le Congrès , puiſque les liſtes qu'on requéroit ,
ne pouvoient être dangereuſes pour fon Armée ,
que dans le cas d'une infraction de ſa part à la
convention.
i
Arrêté, que cette imputation d'une violation
defoi publique de la part des États-Unis , n'étant
appuyée ſur le vrai fens d'aucun des articles de la
convention de Saratoga , dans la lettre que le
Lieutenant-Général Burgoyne écrivit le 14 Novembre
au Major- Général Gates , on a tout lieu
d'appréhender que ce Lieutenant - Général ne
vueilte ſe prévaloir de cette prétendue violation
MA I. 1778 . 207
de la convention , pour ſe diſpenſer , lui & l'Armée
à ſes ordres , de l'obligation où ils ſont visà-
vis des États-Unis , & que dès - lors la sûreté que
les États fondoient ſur ſon honneur perſonnel ,
ſe trouve détruite.
Arrêté enconféquence , que l'embarquement
du Lieutenant-Général Burgoyne & des Troupes
ſous ſon commandement , demeurera fufpendu
juſqu'à ce que la Cour de la Grande- Bretagne ait
fait notifier formellement au Congrès une ratification
claire & expreſſe de la convention de Saratoga.
Par ordre du Congrès. Signé , HENRE
LAURENT , Préſident ; & contre-figné , CHARLIS
THOMSON , Secrétaire.
On a tant de fois répété dans les Papiers publics
,&de tant de façons diverſes , qu'il y avoit
tout lieu d'eſpérer que les Américains étoient
diſpoſésà écouter nos propoſitions conciliatoires,
qu'une partie de la Nation a pris quelque confiance
en ces bruits ; & rien n'étonne davantage
aujourd'hui ces mêmes perſonnes , que deux Arrêtés
du Congrès , dent on voit ici des copies. Il
eſtdit dans le premier , que le Congrès informé
qu'en Europe il court des bruits fans fondement,
d'un Traité ménagé entre le Congrès & les Commiſſaires
du Roi de la Grande Bretagne , qui doit
être ſuivi d'une entière réconciliation , autoriſe
fes Commiffaires dans les différentes Cours où ils
réfident , à y aſſurer que , depuis la déclaration de
Findépendance , il n'a été négocié aucun Traité
entre le Roi de la Grande Bretagne ou ſes Commiſſaires
& les États-Unis. Par le ſecond Arrêté ,
du même jour 22 Novembre dernier , il eſt réſolu
208 MERCURE DE FRANCE .
que toute propofition d'un Traité entre le même
Roi ou aucun de ſes Commiſſaires & les États-
Unis , incompatible avec l'indépendance deſdits-
Etats , ou avec tel Traité ou Alliance qui pourroient
être conclus ſous leur autorité , ſeratejetée
par le Congrès. Les deux Arrêtés fignés l'un &
l'autre Henri Lawrence , Préſident , & Charles
Thomson , Secrétaire .
De Paris, le 8 Mai 1778 .
Urſule-Hentiette de Vienne , Comteſſe deValfin
, vient d'obtenir duGrand Maître de Malte , la
permiffion de porter la Croix de l'Ordre , à raiſon
du grand nombre de Chevaliers produits dans
1Ordre par ces deux Familles , entr'autres tin
Grand-Maréchal de l'Ordre , du nom de Vallin ,
avant 1400 , & un Grand- Prieur de France , du
nom de Vienne , à la même date. C'eſt de cette
Maiſon qu'étoit le fameux Jean de Vienne , Amiral
de France , tué par les Turcs à laBataille de
Nicopolis.
NOMINATIONS .
Le Roi a nommé à l'Évêché de Viviers , vacant
par la démiſſion du Sieur Rolin de Mons , l'Abbé
de la Fontde Savine .
Le Roi a accordé au Sieur Lorimier de Chamilly
, l'un de ſes premiers Valets-de-Chambre ,
laſurvivance de cette place pour ſon fils.
MA I. 1778 . 109.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Saint-Martin
de Troarn , Ordre de S. Benoît , Diocèse de
Bayeux , l'Abbé de Véry , ancien Auditeur de
Rote; à celle de Saint Michel de Tonnerre ,
même Ordre , Diocèſe de Langres , l'Abbé de
Bory , Conſeiller-Clerc au Parlement de Paris ; à
celle de Saint-Jean de Bonneval- lès -Thouars ,
même Ordre , Diocèſe de Poitiers , la Dame BarthondeMontbars,
Religieuſe-Profeſſe du Prieuré
de Lavenne ; à celle du Lys , Ordre de Citeaux ,
Diocèſe de Sens , la Dame de Foiſſy , Religieuſe-
Profeſſe de l'Abbaye de Sens , & à celle de Montivilliers
, Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de
Rouen, la Dame de Flamarens , Grande Prieure
de l'Abbaye de Fontevrault.
Le Chevalier de Virieux , Colonel-Commandant
la Légion de Condé , a eu l'honneur d'être
préſenté à Leurs Majestés & à la Famille Royale ,
par le Duc de Bourbon , en qualité de Gouverneur
du Duc d'Anguein.
৩১
PRESENTATIONS.
La Marquiſe d'Offun , préſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Famille Royale , par la Ducheſſe
de Lefparre, Dame d'Atours de Madame,
prit le Tabouret.
La Baronne de Groſchlag & la Comteffe de
Baffincourt , ont eu l'honneur d'être préſentées à
Leurs Majeſtés & à la Famille Royale ; la pre
210 MERCURE DE FRANCE.
mière , par la Marquiſe de Roncheroles ; & la
ſeconde , par la Marquiſe de Baffincourt.
La Marquiſe d'Oſfemond a eu l'honneur d'être
préſentée àLeurs Majestés & à la Famille Royale,
par la Marquiſe de Roncheroles.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le Sieur de Fontanieu , Intendant & Controleur-
Général des Meubles de la Couronne , des
Académies Royales des Sciences & d'Architecture
, eut 'honneur de remettre à Leurs Majestés
& à la Famille Royale , un Ouvrage de ſa compofition
, ayant pour titre : l'Art de faire les
Cryſtaux colorés imitant les Pierresprécieuses...
Le Sieur Née , Graveur , a eu l'honneur de
préſenter à Monſeigneur le Comte d'Artois & à
Madame la Comteſſe d'Artois , une Eſtampe repréſentant
l'Amour de la gloire , dédiée à ce
Prince , & gravée d'après le tableau original
peint en 1776 , par Leprince , Peintre du Roi.
Ce Prince & cette Princeſſe ont bien voulu honorer
cet Artiſte de leur fuffrage.
Le Père Chryfologue , de Gy en Franche-
Comté , Capucin , a eu l'honneur de préſenter
au Roi , à Monfieur , à Monſeigneur le Comte
d'Artois , & à Mesdames de France , deux grands
Planiſphères célestes projetés ſur le plan de l'Équateur,
avec un Abrégé d'Aſtronomie , dédiés
àSa Majesté , & imprimés avec l'approbation &
MAI. 1778. 211
fous le privilègede l'Académie Royale des Scieneesde
Paris. Le même Auteur a profité de la projection
favorable de ſa Mappemonde , pour y
ajouter le voyage que le Capitaine Cook vient de
faire autour du Pole auſtral .
MARIAGES.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont ſigné,
le 12 Avril, le Contrat de mariage du Baron de
Grant de Blairfindy , Meſtre-de-Camp de Dragons
, avec Demoiſelle d'Anceler .
Le 26 du même mois , Leurs Majestés& la Famille
Royale ont ſigné le Contrat de mariage du
Comte de la Rochelambert - la - Valette , Sous-
Lieutenant au Régiment des Gardes-Françoiſes,
avec Demoiſelle de Pruſlay ; celui du Marquis de
Clugny - Théniffey , Officier au Régiment de
Beauvoiſis , avec Demoiselle de Larnoy , née
Comteſſe du Saint- Empire : il avoit eu l'honneur
d'être préſenté au Roi & à la Famille Royale
quelques jours aupaparraavvaanntt; &celui du Baron de
Mauvilly, Capitaine au Régiment de Meſtre-de-
Camp-Général , Dragons , avec Demoiselle de
Mifery.
Le 3 Mai , Leurs Majestés & la Famille Royale.
ont ſigné le Contrat de mariage du Vicomte de
Durfort , Colonel en ſecond du Régiment Royal,
Dragons, avec Demo: ſelle Thiroux de Montſauge;
&celui da Vicomte de Tourdonner , Sous -Aide212
MERCURE DE FRANCE.
Major dans le Régiment des Gardes- Françoiſes ,
avec Demoiselle de Brétignières.
MORTS .
Gabrielle - Elifabeth de Beauran , Comteffe
d'Avréménil , eſt morte à Paris le 24Avril.
François-Hyacinthe Norbert , Marquis de Clément-
du-Mez , eſt mort au Château de Jonquières,
près Compiegne , dans la quatre-vingt-unième
annéedeſon âge.
Le SieurHenri d'Acaryde Beaucovoy, Seigneur
de Cuvicmont , d'Eſcuire , &c. Chevalier de S.
Louis , Gouverneur de Beauqueſne , & Lieutenant-
de-Roi de Montreuil-fur-Mer , eſt morten
ſaterre d'Eſcuire , le 28 Avril dernier , âgé de cent
vingt ans.
L'Abbé Foucher , Secrétaire du Duc d'Orléans,
Cenſeur-Royal, & Académicien- Penſionnaire de
l'Académie des Inſcriptions & Belles- Lettres , eft
mort à Paris le 3 Mai.
Tiragé de la Loterie Royale de France ,
du : Mai 1778 .
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
753 735 21,50 , 12.
MA I. 1778 . 213
TABLE.
PIÈCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , P.5
Hymne à l'adverſité , ibid.
Caton ſeul & penſif , tenant à la main le
Traité de Platon , ſur l'immortalité de
l'âme , 2
Vers de M. L *** , pour le Portrait de ſa
femme , 10
Suite des Lettres de Mélanie & de Saint Clair, I
Les deux moi , 28
La Bergère & la Brebis , 30
Quatrain , 31
Le Fat corrigé , 32
AM. le Comte de Treſſan , 37
Réflexionsde Mile D ** , ſur ſes onze ans , 40
Sur laBeauté , 41
Vers ſur la ſituation de Naples & de ſes
environs ,
1.
42
Explication desEnigmes & Logogryphes , 44
ENIGMES , 43
LOGOGRYPHES , 49
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 52
Daminville , ibid.
214 MERCURE DE FRANCE.
L'Ami de l'Humanité, 61
Lettres de Stéphanie , 63
Monde Primitif, 76
Dictionnaire des Caractères & Portraits tirés
des Oraiſons funèbres , 86
Élémens dePhyſique théorique & expérimentale
, १०
Catalogue des Livres de la Bibliothèque Publique
. 95
Louis XIV . 97
Traité économique & phyſique du gros &
menu bétail , 103
Projet d'un Ouvrage ſur les morts apparen-
108
tes,
Eſſais Botaniques , Chymiques , Pharmacotiques
ſur quelques plantes indigènes , 109
Traité des maladies des enfans , 117
Eſſais de Jean Rey , 119
Differtations ſur l'organe de l'ouie , 121
Hiſtoire Naturelle de Pline ,
Dictionnaire Univerſel des Sciences morale ,
économique,
123
125
Code de la Raiſon , 135
Table Alphabétique, 141
Calendrier de Paphos , 142
Petit ingenii largitor,
ibid.
Annonces littéraires , 143
MA I. 1778 . 215
ACADÉMIES , 146
- Orléans , ISI
SPECTACLES . 152
Opéra , ibid.
Comédie Françoiſe , 156
Diſcours de rentrée , 157
Comédie Italienne , 159
▲Madame de Sévigné ,
160
Épigramme , 161
ARTS. 162
Gravures , ibid.
Muſique , 169
Géographie, 172
Topographie , 173
Diſcours prononcé par M. l'Archevêque de
Lyon , à la rentrée du Parlement de
Paris , 174
Lettre de M. Mauduyt , Docteur-Régent de
la Faculté de Médecine de Paris , 187
Variétés , inventions ,&c. 195
Anecdotes , 196
Avis , 199
Nouvelles politiques , 200
Nominations , 208
Préſentations , 209
d'Ouvrages , 110
216 MERCURE DE FRANCE.
Mariages ,
Morts ,
Loterie,
211
212
ibid.
APPROBATION.
J'ar lu , par ordre de Monſeigneur, leGarde des
Sceaux , le volume du Mercure de France , pour le
mois de Mai , & je n'y ai rien trouvé qui m'ait
paru devoir en empêcher l'impreſſion.
A Paris , ce 18 Mai 1778 .
DE SANCY
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe,
près Saint Come,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le