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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
NOVEMBRE
, 1777.
Mobilitate viget. VIRGILE.
BIBLIO
7
*
30
QUE
LYON
1893
DE
VILLE
Reugnet
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , rue de Tournon,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
AVERTISSEMENT.
C'ESTAUSie Sieur LACOMBE libraire , à Paris, rue de
Tournon ,que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , oblervations , anecdotes
événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
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Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des li
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Ce Journal devant être principalement l'ou-
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; on recevia avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
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par la pofte , ou autrement , au Sieur LACOMBE ,
librairi , à Paris , rue de Tournon.
$
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JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in - 12 par an ,
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181.
A ij
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Revolutions de Ruffie , in - 8° . rel .
Spectacle des Beaux -Arts , rel.
Dict . des Beaux-Arts , in-82 . rel .
2 1.
12 1.
21. 10 f,
2 1.
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2 l.
3 1.
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& c
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L'Efprit de Molière , 2 vol. in 12 br.
12 1.
41.
Tableau politique & littér. de l'Europe , an. 1775 , br. 2 1 .
Dict . des mots latins de la Géographie ancienne , in - 8º.
broch
Les trois Théâtres de Paris , in-8°. br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br.
31 .
21.10
f.
I l. 10 f.
114f.
DE
LA
MERCURE
DE FRANCE.
BIBLIO
NOVEMBRE , 1777.
LYON
1893
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
LA JOURNÉE CHAMPÊTRE.
C'EST VOUS , Divinités champêtres ,
Qui , fous l'ombrage de ces hêtres ,
Trouvez mille plaiſirs fecrets ,
Qui donnez aux champs leur parure ,
Aux prés leur aimable verdure,
*7711
&
A iij
MERCURE DE FRANCE .
•
Et la douce fraîcheur aux forêts ;
Qui , méprifant la vaine enflure
Du luxe , enfant de l'impofture ,
Ne recherchez que la beauté
De l'aimable fimplicité ;
Et qui , loin du bruit , des alarmes ,
Goutez les ineffables charmes
D'une heureufe tranquillité ;
C'est vous aujourd'hui que j'implore.
Ma Muſe encore à ſon aurore ,
Voudroit égayer ſes pinceaux
Sur ces agréables tableaux
Que par-tout à mes yeux préfente ,
Dans votre demeure charmante ,
La nature en fa pureté ,
Et dont la feule vue intéreffe
Sans cette étude , cette adreffe ,
Ce dehors riche & brillanté ,
Cette fymmétrique élégance ,
Et cette uniforme ordonnance ,
Dont l'art emprunte les attraits
Pour en farder tous fes portraits.
Ces champs , ces bois , ces zoîts ruftiques ,
Ces Humains fimples , pacifiques ,
Vrais modèles de la candeur ;
La paix , la gaieté , l'innocence ,
La folitude , le filence ,
NOVEM BR E. 1777.
Heureux germes du vrai bonheur :
Voilà les charmes de mon coeur ;
Et c'eſt auffi ce que je chante.
Soutenez ma Muſe naiſſante :
Que mes accens légers & doux
Soient purs &fimples comme vous.
O que mon ame eft fatisfaite !
Que ma joie eft pure & parfaite
Dans votre féjour enchanté !
Ma Mufe inconftante & légère ,
A tout autre objet étrangère ,
Ne reffent plus de volupté
Que dans certe ombre falutaire ,
ce calme folitaire ,
Que dans
Et dans cette variété
Qui feule a le droit de nous plaire
Sans caufer d'infipidité.
Plus je contemple, la richeffe
t
Que , dans ces champs aimés des Cieux ,
La Nature étale à mes yeux ,
La fimplicité , l'allégreffe ,
L'aimable candeur , la tendreffe ,
Les plaifirs purs & gracieux
Qui , dans ce beau féjour , fans ceffè ,
Etendent leur empire heureux ,
A iv
$ MERCURE DE FRANCE.
Plus je redoute de la Ville
Le fpectacle tumultueux ,
L'air & le dehors faftueux ,
L'orgueil , la hauteur incivile
Des faquins & des précieux.
Ici , tout concourt , tout confpire
Aux plaifirs les plus innocens ;
Tout m'infinue & tout m'infpire
L'innocence qu'on y reſpire ,
Et les plus tendres fentimens ;
Tous les objets , tous les momens
Dans cet heureux ſéjour d'Aftrée ,
Le matin , le midi , la foirée
M'offrent des tableaux différens,
Où l'aimable & belle Nature
Se montre fans art , fimple & pure
Et fous les traits les plus charmans.
Avant l'aurore matinière ,
Déjà le coq impatient ,
Chante & prédit de la lumière ,
Le retour pompeux & brillant.
A ce fignal toujours conſtant ,
Tout le réveille , tout s'agite ,
Tout s'encourage , tout s'excite
Afortir des bras du repos ,
Pour le préparer aux travaux.
NOVEMBRE . 1777 . 9
Déjà les Bergers , les Bergères ,
Prenant leurs houlettes légères ,
Vont raffembler tous leurs troupeaux.
Là , j'entends le bruit des clochettes ,
Le bêlement des doux agneaux ,
Le mugiffement des taureaux
Qui quittent leurs fombres retraites ,
Et vont errer fur les côteaux.
Ici , le doux chant des oifeaux ,
Des Roffignols & des Fauvettes ,
Qui s'attroupent fous les berceaux ,
Dans la plaine & fur les ormeaux ,
Par fon aimable ſymphonie ,
Anime , éveille mon génie ,
Et, le tirant de fa langueur,
Lui donne une heureuſe vigueur.
Comment alors de ma pareſſe ,
Ne ferois- je pas le vainqueur ?
L'heureux tranſport , la douce ivreſſe ,
S'emparent auffi - tôt de mon coeur ;
Je cours , je vole avec ardeur ,
Dans ces lieux où naît l'allégreſſe
Le vrai plaifir & le bonheur.
J'y contemple la belle aurore ,
Qui me ravit par fes couleurs ;
Je vois fur les champs qu'elle dore ,
Briller les perles de fes pleurs ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Et mille effaims nouveaux de fleurs
Que fon afpect a fait éclore.
D'un cours léger l'Amant de Flore,
Vient & difpenfe ſes fraîcheurs ;
La jeune tige foible encore ,
Se ranime par fes faveurs.
Enfin , le bel Aftre du Monde ,
M'offre fon difque lumineux :
Il rend , par fon éclat pompeux,
La Terre riante & féconde ,
Et fait briller l'azur des Cieux.
Par degrés , il monte , il s'avance ,
Il éclaire , échauffe , éblouit ,
Et femble admirer en filence ,
L'éclat , la beauté , l'opulence
De la nature qu'il nourrit .
Difparoiffez nuages fombres ,
Qui , fous la noirceur de vos ombres ,
Me dérobez fes feux brillans.
Doux zéphirs , volez dans les plaines ,
De l'air épurez les haleines ;
Embellifez les fleurs des champs ,
Et femez par- tout leur encens :
Célébrez par un doux murmure ,
L'agent brillant de la Nature ;
Et de ces aimables ruiffeaux
Qui le répètent dans leurs eaux ,
NOVEMBRE. 1777. I
Allez rafraîchir l'onde pure.
Dieux ! quels frémiffemens nouveaux !
Tous les différens animaux ,
Par leurs cris , lai tendent hommage:
Dansles bois , les tendres oifeaux
Redoublent leur bruyant ramage ;
Et le Laboureur prend courage ,
En continuant les travaux. -
Plus avant , je tourne ma vue
Sur des objets non moins charmans:
J'admire la vafte étendue
Et le bel ordre de ces champs ;
J'y vois de leurs doux Habitans
L'air & la manière ingénue ,
Les ris & les jeux innocens .
Là , Lubin & la vive Annette,
Lajeune Claudine & Lucas ,
Affis fur une épaiffe herbette,
Difent chacun leur chanfonnette ;
Ou font les innocens combats
De la flûte & de la mufette.
Ici , les uns vont s'exercer
Au milieu de la vaſte plaine ;
On les voit avec gaieté pleine ,
Jouer , courir , fauter , danfer ,
Se défier & s'efforcer ;
A vj .
12 MERCURE DE FRANCE.
L'un & l'autre en tours , en foupleffe ,
En agilité , force , adreffe ,'
De fe vaincre & fe furpaller.
Les autres formés à paſſer
Tous leurs jours dans la laffitude ,
Avec ardeur vont embraffer
Untravail long , pénible & rude.
Nés robuftes & vigoureux ,
Ils fupportent toujours de même,
De l'été , la chaleur extrême ,
De: l'hiver, le froid rigoureux.
Contens dans cette claffe obfcure ,
Où les a placés le deftin ,
Par une vie active & dure ,
Ils acquièrent leur nourriture:
Avec celle dugenre humain.
On les voit dès le grand matin,
Alertes , prompts , pleins de courage
Mener leur champêtre équipage;
Et bien-tôt l'éguillon en main ,
Preffer des boeufs la marche lente ,
A traîner la charrue entrante ,
Qui de la terre ouvre le fein..
Paiffez moutons , brebis chéries,
Parmi la rofée & le thym,
Que la fraîcheur du doux matin,
NOVEM BRE. 1777. 13
A répandu fur ces prairies :
Bornés à votre feul instinct ,
Vous goûtez la paix gracieuſe ;
Vous ignorez votre deſtin :
Votre vie en eft plus heureuſe.
Ah ! file mortel orgueilleux ,
Qui vit amolli dans les Villes ,
Au milieu des vices nombreux
Qui troublent les jours malheureux,
Venoit voir ces fimples afyles ;
Si , comme ces Bergers heureux ,
Il imitoit vos moeurs tranquilles
Votre belle fimplicité , ..
Votre douceur , votre innocence ,
Il auroit la félicité
Dont ils ont feuls la jouiffance;
Tandis qu'au fein de l'opulence,
Des plaifirs & de la grandeur,
Il n'a que l'ombre du bonheur.
Mais les feux que le Soleillance ,
Redoublent déjà leur ardeur :
Son char brillant toujours s'avance ;
Enfin , fes courfiers vigoureux
Sont à la moitié de leur route ;
Du haut de la célefte voûte ,
Il fait jaillir par- tout les feux.
14 MERCURE DE FRANCE.
1
Les flots brûlans de fa lumière ,
Sillonnent les airs embrâfés ;
Et, précipités fur la terre ,
Ses rayons épars & brifés ,
Vont fe jouer dans l'atmoſphère.
Dans la plaine , tous les troupeaux
Se rangent en plufieurs monceaux;
Et par-là , leurs ombres mêlées
En affoibliffent les faifceaux.
Les Bergères font appelées :
Elles volent fous les berceaux ;
Là , fous des épaiffes feuillées ,
Où zéphir , malgré la chaleur ,
Conferve une aimable fraîcheur ;
Sur un gazon d'herbe fleurie ,
Elles apprêtent le repas.
Ce pe font pas mets délicats ,
Pâtés fucrés , viande choifie ;
La façon & l'afféterie ,
Dans leur cercle ne brillent pas ;
Mais l'appétit , la bonhommie ,
La gaieté , les ris; les éclats ,
En chaffent la mélancolie .
On vient : chacun fe range en bas :
D'une humeur joyeuſe & contente ,
On mange , on boit , on rit , on chante,
Ici , le rufé Nicolas,
NOVEMBRE. 1777. IS
D'une manière diligente ,
En bien chantant , vuide les plats.
Là , Jean faififfant la bouteille ,
D'un air gaillard & triomphant ,
Hume le doux jus de la treille ,
Qui jafe & bouillonne en fortant ;
Toute la troupe en fait autant ,
Et la joie éclate à merveille.
Parmi ces travaux & ces ris ,
Ciel ! que le tems paroît rapide !
Sa longueur toujours infipide ,
Sous les magnifiques lambris ,
Où l'accablement léthargique
Vient affoupir tous les efprits ,
Dans ce féjour fimple & ruftique ,
N'engendre jamais les ennuis .
Le jour s'abaiffe , l'oeil du monde
Lance des feux plus amortis ,
Il eft prêt d'achever fa ronde ;
Enfin il fe plonge dans l'onde ,
Et va voir l'heureufe Thétis .
Satisfait du fruit de fa peine ,
Le Laboureur quitte les champs ,
Et va dans fa maiſon prochaine ,
Revoir fa femme & fes enfans .
Tous les Bergers dans les prairies ,
16 MERCURE DE FRANCE.
Au doux fon de leurs chalumeaux ,
S'en vont raffembler leurs troupeaux
Pour les conduire aux Bergeries .
En bêlant , les brebis chéries
Appellent de loin leurs agneaux.
A la voix qu'ils ont reconnue ,
Quels cris ! quelle joie imprévue !
Ils viennent en caracolant ,
Gambadant , fautillant , bêlant ;
Et dans le troupeau le mêlant ,
Par une pente naturelle ,
Chaque petit court à l'inſtant ,
Trouver la mère qui l'appelle ;
Sans en prendre une autre pour
Il la reconnoît fur le champ ,
Et va fe pendre à la mammelle.
>
elle ,
L'aimable & fimple beauté ,
De tout ce fpectacle champêtre ,
Dans mon efprit charmé , fait naître
L'amour de la fimplicité ,
De l'innocence & la gaieté :
Par-deffus tout , j'aime & jeprife
Cette aimable naïveté ;
Loin de la fubtile feintife ,
Et du langage médité ,
Cette candeur , cette bonté;
NOVEMBR E. 1777. 17
Loin de la froide mignardife
D'un efprit fin & doucereux ;
Enfin , cette extrême droiture ,
Sans détour , fans enluminure ,
Qui fait le caractère heureux
De ces Peuples laborieux.
Je ne prends point le ton fauvage ,
Ni le front ridé d'un faux fage ;
Je me rends Villageois comme eux :
Je fuis leur façon , leur uſage ;
Je me conforme à leurs humeurs;
Et l'on me voit fuivre fans peine
Leurs tons , leurs manières , leurs moeurs.
C'eft ainfi que , pendant la scène ,
On voit paffer aux Spectateurs
Tous les fentimens des Acteurs.
Tels, fur ces aimables rivages ,
A l'abri de tous les orages ,
S'écoulent les paiſibles jours.
Là , les paffions tyranniques ,
Les brigues , les fourbes iniques,
N'y viennent point troubler leur cours.
La noire & déteftable envie ,
N'y vient point corrompre la vie
Des mortels heureux , fatisfits ;
Se bornant au feul néceffaire ,
18 MERCURE DE FRANCE.
Leur coeur fenfible à la misère ,
Aime encor s'épandre en bienfaits .
Là , les vices n'ont point d'empire ,
L'innocence feule y reſpire ;
C'eſt le féjour de la vertu :
Sa beauté pure charme , entraîne ;
Le coeur l'aime , la fuit fans peine
Et ne fe fent point combattu :
Elle eft comme la douce pente
D'un léger ruiffeau qui ferpente
Par nul obftacle retenu .
Là , loin de la grandeur mondaine ,
De la pompe impofante & vaine ,
Le faux éclat ne trompe plus.
L'homme apprécié n'eſt qu'un hommeź
Ce qui l'orne n'eft qu'un fantôme ,
Ses titres lui font fuperflus.
Là , d'un encens bas & frivole ,
On n'encense point les Autels
De la Déeffe aveugle & folle ,
Infenfible & trompeufe idole
Qui maîtrife tant de mortels.
Là , l'on ignore les intrigues ,
Les haines , les détours , les brigues
Qui circulent parmi la Cour ;
On n'y faint les artifices ,
Les inconftances , les caprices,
NOVEMBRE. 1777.
Et les difgraces de l'Amour.
L'homme enfin là , peut fe connoîtres
Loin de ce qui peut faire naître
Le faux qui trompe & qui ſéduit,
Il fent les paffions fe taire,
La vérité pure l'éclaire,
Et la fageffe le conduit.
O lieux chéris ! heureux aſyles !
Puiffent enfin mes jours tranquilles
Etre fixés dans votre ſein !
Sage au fond de ma folitude ,
Goûtant les charmes de l'étude ,
J'attendrai fans crainte ma fin .
EFFETS DE LA JALOUSIE.
L'AFFREUSE jaloufie , ce monftre qui ne
laiffe après lui que des traces de fang ,
fe repaît du plaifir barbare de troubler
l'heureuſe félicité que procure l'hymen.
Le coeur de l'époux eft l'afyle qu'il fe choi
fit ; plus l'époufe a de charmes , plus les
coups qu'il porte font terribies. L'amitié n'a
plus d'attraits pour le malheureux infecté
de fon venin ; fon ami le plus cher ,
20 MERCURE DE FRANCE.
lui porte ombrage ; & dans la rage qui
le possède , fon fang ne lui coûte pas plus
que celui d'un autre à faire couler.
Timor & Alindor , tous deux jeunes ,
tous deux amis , voyoient couler en paix
les jours les plus heureux . Doux épanchemens
, prévenances mutuelles , crainte
continuelle de fe bleffer , voilà les charmes
qui refferroient & conftatoient une fichère
union . Ne voyant qu'eux feuls dans la nature,
ils ne vivoient que pour eux feuls . Les
plaifirs purs dont ils jouiffoient faifoient
leurs délices ; ils furent heureux tant que
le poifon de l'amour ne fe gliffa pas dans
leurs coeurs . Dès ce malheureux moment, la
mort farouche & envieufe , vint ombrager
leurs jours des plus affreufes couleurs.
Une jeune beauté , à peu-près de leur
âge , habitoit un château voifin de leur
demeure. Vertus , fageffe , agrémens ,
c'étoient- là les dons qu'elle avoit reçus ,
tant de la nature que de fa bonne éducation.
Ces talens fi précieux ne furent pas
long-temps enfevelis dans le filence ; la
renommée trop jaloufe de les publier ,
en avoit déjà averti plufieurs coeurs , qui ,
fecrètement , brûloient des feux qu'allu
moit la jeune Zélamire ( tel étoit fon
nom ) ; celui d'Alindor fut de ce nomNOVEMBRE.
1777. 21
bre. Le voifinage lui procuroit les moyens
de fe mettre le premier fur les rangs . Il
vole aux pieds de Zélamire , lui rend fes
hommages , & revient entièrement épris
de fes charmes .
Timor gémiffoit en fecret de ce noud
qu'il voyoit fe former ; le ciel fembloit
lui préfager le funefte coup qu'il devoit
porter. Hélas ! la mort creufoit déjà le
tombeau de ces deux mortels fortunés.
Enfin , Alindor combattu entre les confeils
de fon ami , & l'amour qui le brûle pour
Zélamir , fe foumet aux loix de ce terrible
defpote. Cette beauté n'avoit point reçu
de la nature un coeur infenfible ; elle goûte
les déclarations de fon amant ; & après
deux mois de foins affidus , il obtient la
main de fa maîtreffe . Les noces fe font
avec l'appareil le plus fomptueux . Les
deux familles charmées de cette union qui
fembloit annoncer l'avenir le plus heureux ,
fe livroient à cette gaieté pure & naïve
que procure un contentement parfait . Le
feul Timor montre un vifage où quelque
chofe de finiftre eft dépeint ; une profonde
mélancolie fe découvre en lui , malgré
le voile de l'enjouement dont il
cherche à la couvrir fe jeter dans
fes bras , lui faire mille careffes pour
22 MERCURE DE FRANCE .
arracher de fon coeur le trait qui le bleſſoit ,
tels furent les premiers mouvemens de
fon cher Alindor. Quoi ! lui dit- il , n'estu
plus le même à mon égard ? que t'ai- je
fait ? le bonheur de ton ami pourroit-il
te caufer quelque chagrin ? Tandis que
tout refpire ici la joie , qui peut donc te
forcer à t'abîmer dans la douleur ? Je ne
reconnois plus Timor. Autrefois , fi la
profpérité fembloit me fourire , cet ami
en reffentoit plus que moi les charmes ;
maintenant qu'elle me comble de fes plus
douces faveurs ; aujourd'hui qu'elle fe
montre à moi pleine d'attraits ; enfin ,
aujourd'hui que mon coeur poſsède ce qu'il
ya de plus parfait ( Zélamire , ) ce même
ami refte froid & immobile !
Timor , à ces doux reproches , arrofe
de fes pleurs le vifage de fon ami collé
fur le fien. Rompant enfin le filence , il
prononça ces mots entrecoupés : je te l'ai
dit , cher Alindor , cet hymenée me préfage
quelque chofe de finiftre. Combien
de fois ai-je voulu m'oppofer à ces feux
dès leur naiffance ? Mais l'amitié la plus
folide tient - elle contre l'amour ? Elle te
retint cependant quelque temps ; je me
réjouiffois même en fecret des effets qu'elle
produifoit ; mais hélas ! la jeune Zélamire
NOVEMBRE. 1777. 23
trop avoit trop de charmes ; elle demeuroit
près de nous. Tu voles à fes pieds enchaî
ner ton coeur. Ciel ! quel changement
j'apperçus en toi , quand tu fus de retour !
Encore rempli du tableau de fes attraits ,
je te parlois , tu ne m'écoutois pas ; j'employois
les noms les plus doux de l'amitié
, tu étois inſenſible ; enfin , tu revins
de ce délire : eh ! que m'apprends- tu ?
que la main de ton amante t'eft promife....
que ton coeur n'eft plus à toi .
Ce jour eft choifi pour vous unir. Sois
heureux , cher ami . Pour ton cher Timor ,
fes beaux jours font écoulés ; il t'aimera
toujours . Zélamire fera mon amie ; en
elle je reverrai mon cher Alindor. Mais
c'eft affez nous entretenir enfemble : retournons
prendre part aux plaifirs de cette
journée ; je vais faire enforte de furmonter
mon chagrin & de tromper les yeux.
A ces mots , il prend la main de fon
ami , & le conduit dans l'affemblée . Leur
abfence s'étoit fait remarquer. Zélamire
en fait un doux reproche à fon mari , un
léger prétexte le tire d'embarras. Ces
deux jeunes époux passèrent enſemble le
plus agréablement les premières années
de leur mariage. Timor oublioit déjà
fes craintes , & les traitoit de chimères ;
24 MERCURE DE FRANCE.
il étoit même le premier à en plaifanter
avec Alindor & Zélamire , quand l'affreufe
jaloufie s'empara du coeur de ce
premier . Son malheur vint de ce qu'il
aimoit trop fa chère époufe ; peut être
que fi elle eût eu moins de beauté , elle
eût été moins dangereufe pour ces deux
amis. Timor , incapable de trahifon , fe
tenoit toujours en garde contre fes agrémens
, & les feux qu'elle pouvoit exciter.
Content des plaifirs chaftes de la douce
amitié , il étouffoit tout fentiment d'amour.
Alindor , déjà fecrètement dévoré
par la jaloufie , fe choquoit de la moindre
liberté ; il prit ombrage de l'honnête
familiarité de fon ami , que lui -même
avoit autorifé. Le portrait de fa femme
infidelle le fuivoit par - tout ; & , qui accufoit-
il de porter préjudice à fon repos ?
Le croira-t-on ? ( Timor ! ) Il ne voyoit
plus en lui qu'un amant paffionné de Zélamire
, qu'un ennemi cruel , enfin qu'un
monftre fait pour empoifonner fes jours ,
& le deshonorer. Il fe retraçoit quelquefois
les difcours que lui avoit tenus Timor
, le jour de fon mariage ; il fe perfuadoit
y trouver la fource des feux dont
il le croyoit dévoré ; enfin , tout lui certifioit
que cet ami n'étoit plus qu'un traître ,
fait
NOVEMBRE. 1777. 25
fait pour fouffler la difcorde , & qu'il
devoit immoler à fa tranquillité . En conféquence
, il le prend un jour en particulier
, lui fait le détail des circonftances
où fes vifions le lui ont repréſenté tramant
quelque complot à fon défavantage ; & ,
fans fui donner le temps de s'expliquer :
Traître , tu périras , lui dit-il , fonge à
défendre tes jours , ou à m'arracher la
vie. Et en même-temps , il fond , l'épée
à la main , fur Timor , qui , plus
modéré que fon ami , s'attachoit unique
ment à parer fes coups. Alindor , furieux
d'une réſiſtance auffi opiniâtre , redouble
de rage , & en porte un au malheureux
Timor , qui l'étend à fes pieds. Cher
Alindor, lui dit - il , d'une voix mourante,
. tu vois vérifier ce que je t'ai dit tant
de fois. Je pouvois t'ôter des jours que
ton emportement t'empêchoit de conferver
ma modération me caufe la mort ;
mais apprends avant que j'expire , que
Timor meurt innocent ;
il t'aima toujours.
Il eut des fentimens que jamais
il ne viola. Puiffe tu vivre heureux
cher ami , puiffent les remords ne jamais
troubler ton repos ! puiffent enfin mes
mânes fe renfermer dans ma tombe
-
B..
26 MERCURE DE FRANCE.
& ne jamais te reprocher ma mort ! C'en
eft fait.... je fuccombe .... adieu ....
>
Ce malheureux ami n'eut pas plutôt
rendu le dernier foupir , qu'Alindor
oubliant toute animofité , s'abandonne à
la douleur la plus amère ; il fe jette fur
le corps de Timor , l'arrofe de fes pleurs ,
& , de fon fouffle , cherche à le ranimer.
Mais il n'étoit plus temps ; il n'offroit plus
qu'un cadavre pâle & fanglant. Alindor
voyant tous fes efforts inutiles , s'arrache
de deffus ce refte fi cher du malheureux
Timor , & va fe préfenter à Zélamire le
trouble & le défefpoir peints fur le vifage..
Il fe jette aux pieds de cette chère épouſe.
Cette tendre amie , frappée de le voir en
cet état , & ne voyant point Timor avec
lui , eut un funefte preffentiment de ce
qui venoit de fe paffer ; elle put à peine
prononcer ces mots entrecoupés : Ah !
malheureux époux ! que dois -je penfer de
l'état où je te vois ?... Mais , Timor....
où eft-il ?... Il n'eft plus , s'écrie Alindor !
tu vois en moi fon meurtrier .... Il n'endit
pas davantage , & tombe à fes pieds.
Pour Zélamire , dont l'ame fenfible reffentoit
vivement les impreffions de la douleur,
prête à s'évanouir , ce mot de meurtrier
la ranime ; elle s'arrache d'auprès de
NOVEM BR E. 1777. 27
fon époux , & va donner fes ordres pour
faire chercher Timor & le faire rappeler
à la vie , s'il en eft encore temps ; mais ,
qu'apperçoit- elle ? Des gens du Château ,
conduits par hafard vers l'endroit où s'étoit
livré le combat , trouvent ce malheureux
étendu mort , baigné dans fon fang , &
c'étoit lui qu'ils apportoient &préfentoient
aux yeux de Zélamire. Que ce fpectacle
fut touchant pour elle ! Combien elle verfa
de larmes fur cette victime infortunée ,
facrifiée à fes charmes !
Alindor revenu de fon accablement
entend retentir de tous côtés des cris &
des gémiffemens. Ne doutant point de ce
qui les occafionne , il s'arme de fon épée ,
teinte du fang de Timor , court avec précipitation
, le défefpoir dans le coeur , pour
s'immoler fur ce tendre ami. Zélamir l'apperçoit
, & fe doutant de fon deffein : Arrête
, lui crie- t- elle ; c'eft affez d'un meurtre
viens plutôt mêler tes larmes aux
miennes. Arrête , au nom de la tendreſſe
que j'ai pour toi . Elle commande en
même temps à fes gens de le défarmer.
Ce ne fut pas fans peine qu'ils en vinrent
à bout ; le fang qu'il avoit fait couler.
fembloit lui demander le fien. Cédant
enfin à la force chère époufe , s'écrie-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
t- il , peux - tu me chérir encore , moi
qui n'ai pas craint de foupçonner ta vertu?
Ce malheureux ami , dans fon filence lugubre
, dépofe vivement contre moi. La
mort prompte que je voulois me donner
eft trop douce pour le venger; il faut
d'autres tourmens ; il faut que je devienne
la proie du remords ; il faut qu'il me confume
lentement , & qu'il creuſe mon
tombeau. Déformais la douleur habitera
mon coeur; je fouffrirai, fans me plaindre,
les maux qu'elle me fera fouffrir , il faut
enfin que je vive pour que tu me déteftes.
Ah , Zélamire ! qu'ai-je fait ! je n'ai pas
eu honte de foupçonner la plus tendre &
la plus chafte des époufes. Où font ces
heureux momens où , prêts à fubir les loix
d'un doux hymen , je te difois qu'en cimentant
notre union nous allions voir
cimenter notre bonheur ? Dans quel habîme
affreux me fuis-je précipité ! Malheureux
Alindor ! tu as toi-même troublé la félicité
dont tu jouiffois les fanglots qui le fuffoquoient
l'empêchèrent d'en dire davantage.
>
Zélamire , pendant qu'il parloit , partageoit
fes pleurs entre la mémoire de fon
ami Timor , & les fanglots de fon époux .
Après lui avoir fait promettre de ne plus
NOVEMBRE. 1777. 29
attenter fur fes jours , de concert avec lui ,
elle ordonne les funérailles de Timor.
Si les morts peuvent être encore fenfibles
aux regrets qu'ils occafionnent
Timor dût certainement être touché des
pleurs qu'il fit verfer : généralement aimé
& eftimé , la douleur la plus fincère l'accompagna
à fon dernier afyle.
Timor au tombeau ! quelle folitude
affreuſe pour ces deux jeunes époux ! Accoutumés
à nommer Timor , à le voir ,
à jouir de fes accents , ils ne le retrouvoientplus.
Son nom , triftement prononcé,
fe perdoit dans l'air ; on ne l'entendoit
plus répondre. Sa tombe étoit vcifine du
château. A peine la nuit jetoit- elle fur
la nature fon obfcur rideau , qu'Alindor ,
conduit par fes regrets , gagnoit triftement
ce funefte féjour , & le rempliffoit de fes
plaintes. Il appaifoit les ânes de Timor ,
en leur offrant les tourmens que lui caufoit
fa vive douleur ; il revenoit enfuite
dans les bras de Zélamire , retracer les
fombres couleurs qu'il yavoit puifées. Zélamire
, elle-même, quand le temps étoit
ferein , accompagnée de fon époux , dirigeoit
fes pas vers cet endroit ; & réuniffant
leurs fanglots , ils arrofoient de leurs
larmes la cendre de leur malheureux ami.
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
Si , dans ces momens confacrés à la douleur
, Zélamire jetoit un regard tendre
fur fon époux , il croyoit y voir un reproche
tacite des foupçons qu'il avoit
ofé former contre fa vertu . Alors , une
main vivement appuyée fur fon fein , &
l'autre étendue vers le tombeau , il lui
montroit tout-à-la fois , & le fiége & la
caufe de fes maux.
Enfin , le coeur du malheureux Alindor
, trop tourmenté & trop ulcéré , n'offroit
plus d'alimens à la douleur ; depuis
un an , il gémiffoit fous fon empire ; fon
ami le redemandoit du fond de fon cercueil
il étoit temps qu'il le rejoignît.
Il expira en prononçant les noms de Timor
& de Zélamir ; la foffe de Timor
fe rouvrit encore une fois pour le recevoir.
Zélamire reftoit feule ; elle avoit efſuyé
deux affauts trop rudes pour fe promettre
de longs jours. De cette folitude , autrefois
fi gare & fi agréable , elle s'en fit un
vafte tombeau , dont elle ne s'arrachoit
que pour donner des larmes aux reftes
infortunés de Timor & d'Alindor. La
mort qu'elle appeloit à grands cris , vint
enfin la réunir à tout ce qu'elle aimoit :
elle fut placée auprès de fon cher époux.
NOVEM BR E. 1777. 3.1
Sort barbare , qu'avoit fait cette malheureuſe
victime de ta férocité ? Caufe
innocente des infortunes arrivées dans
cette union , tu la réferve pour le dernier
coup , le plus affreux de tous . C'eſt ainfi
que
l'infernale jaloufie , de ce lieu autrefois
plein d'attraits , en a fait le plus affreux
féjour de la nature.
Par M. de Fayolle , Offi. d'Art.
ÉPITRE DE M. DE VOLTAIRE *,
A Mademoiselle LE COUVREUR.
L'HEUREUX talent dont vous charmez la
France ,
J
-Avoit en vous brillé dès votre enfance ;
Il fut dès- lors dangereux de vous voir ,
Et vous plaifiez même fans le ſavoir,
Sur le Théâtre heureufement conduite ,
Parmi les voeux de cent coeurs empieffés ,
?
Cette Pièce n'eft point imprimée dans le Recueil
des Euvres de M. de Voltaire.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Vous récitiez par la nature inftruite ;
C'étoit beaucoup , ce n'étoit pas affez.
Il vous falloit encore un plus grand Maître
Permettez - moi de faire ici connoîtie
Quel eft ce Dieu de qui l'art enchanteur
Vous a donné cette gloire fuprême ;
}
Le tendre Amour me l'a conté lui-même
On me dira que l'Amour eft menteur ;
Hélas ! je fais qu'il faut qu'on s'en défie ;
Qui mieux que moi connoît fa perfidie ,
Qui fouffre plus de fa déloyauté è
Je ne croirai cet enfant de ma vie ;
Mais cette fois il dit la vérité.
Où
Ce même Amour , Vénus & Melpomène ,
Loin de Paphos , faifoient voyage un jour
Ces Dieux charmans vinrent dans un féjour
vos appäs éclatoient fur la fcène.
Chacun des trois , avec étonnement,
Vit cette grace & fimple & naturelle,
Qui faifoit lors votre unique ornement.
Ah ! dirent-ils , cette jeune mortelles
Mérite bien que , fans retardement ,
Nous répandions tous nos tréfors fur elle.
(Ce qu'un Dieu veut le fait dans le moment).
Tout auffi-tôt, la tragique Déeffe
Vous infpira le goût , le ſentiment ,
NOVEMBRE . 1777. 33
Le pathétique & la délicateffe.
Moi , dit Vénus , je lui fais un préfent
Plus précieux , & c'eft le don de plaire :
Elle accroîtra l'empire de Cythère ;
A fon afpect , tout coeur fera troublé
Tous les efprits viendront lui rendre hommage.
Moi , dit l'Amour , je ferai davantage :"
Je veux qu'elle aime. A peine cut- il parlé,
Que dans l'inftant vous devîntes parfaite.
Sans aucun foin , fans étude , fans fard ,
Des paffions vous fûtes l'interprète ;
O ! de l'Amour adorable fujette ,
N'oubliez point le fecret de votre art !
STANCES
SUR l'Alliance renouvelée entre la France
& les Cantons Helvétiques , jurée dans
l'Eglife de Soleure , le 25 Août 1777 .
Q
UELLE eft dans ces lieux Saints cette folennité
Des fiers enfans de la victoire ?
Ils marchent aux Autels de la fidélité,
De la valeur & de la gloire.
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
Tels on vit ces Héros qui , dans les champs
d'Ivri ,
Contre la ligue , Rome , & l'enfer & fa rage ,
Vengeoient les droits du Grand Henri ,
Et l'égaloient dans fon courage .
C'eſt un Dieu bienfaifant , c'eſt un Ange de paix
Qui vient renouveler cette auguſte Alliance :
Je vois des jours nouveaux marqués par des bienfaits
,
Par de plus douces moeurs , & la même vaillance.
On joint le caducée au bonheur de Mars ,
Sous les aufpices de Vergenne.
O Monts Helvétiens ! vous êtes les remparts
Des beaux lieux qu'arrofe la Seine.
Les meilleurs Citoyens font les meilleurs Guerriers
;
Ainfi Philadelphie étonne l'Angleterre ,
Elle unit l'olive aux lauriers ,
Et défend fon pays en condamnant la guerre .
Si le Ciel la permet , c'eft pour la liberté.
Dieu forma l'homme libre alors qu'il le fit naître ;
L'homme émané des Cieux pour l'immortalité
,
N'eut que Dieu pour Père & pour Maître.
NOVEMBRE. 1777. 35
On eſt libre en effet fous d'équitables Lois ;
Et la félicité , s'il en eft dans ce monde ,
Eft d'être en sûreté dansune paix profonde ,
Avec de tels amis & le meilleur des Rois.
Par M. de Voltaire.
LE BERGER INGENU.
ROMANCE.
UNE BERGER E.
ÉCOUTEZ COUTEZ , chères Compagnes ,
Les plaintes du beau Mifis ;
Il erre dans nos Campagnes ,
Comme l'Amant de Procris.
Il foupire dans la plaine ,
Il pleure dans les forêts ;
Les échos m'ont dit fa peine
Et fes amoureux fecrets.
MISIS.
L'autre jour vers la prairie ,
Je conduifois mon troupeau :
Sur une Chanfon jolie ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
J'accordois mon chalumeau..
Un bruit frappe mon oreille
Dans le bocage voifin ;
C'eftun enfant qui fommeille ,
Que j'éveille fans deffein .
De ma faute involontaire ,
Je l'entendois murmurer:
Moi , trop craintif de déplaire ,
Je voulus la réparer.
J'avance d'un pas rapide
Jufques au fond du bofquet ;
J'offre d'une main timide ,
Ma houlette,& mon bouquet.
Bel enfant , prenez ces roſes ,
Lui dis-je d'un ton bien doux ,
Elles font fraîches échofes ,
Et vermeilles comme vous. 15.
Appaifez votre colère ,
Le fommeil va revenir ;
De ma marche peu légère ,
Vos pleurs favent me punir.
Hélas ! qui pourra le croire ?
Cet enfant devint cruel :
Avec un air de victoire
I
NOVEM BR E. 1777. 37
Il me porte un coup -mortel !
Tu vois , dit-il , mon adreſſe ,
Moins que toi je fais du bruit :
Qui m'éveille je le bleſſe ;
Mais qui m'endort me détruit.
A ce perfide langage ,
Qui ne reconnoît l'Amour ?
Eft- ce un Berger de fon age
Qui m'auroit joué ce tour?
Je fouffre de ma bleffure ;
Et mon mal , c'eſt le defir :
Quand je vois Alcimadure ,
Je crois que je vais mourir.
Par Madame de Montanclos.
ROMANCE.
3
Air : L'Amour m'a fait la peinture , &c.
J'ADORO
'ADOROIS une Bergère
Qui régne encor fur mon coeurs
Ma gloire étoit de lui plaire ;
Mais le fort toujours contraire ,
Fut jaloux de mon boahcur."
38 MERCURE DE FRANCE.
Par le Dieu de la tendreffe ,
Nos deux coeurs étoient unis :
Nous coulions dans cette ivreſſe ,
Des jours exempts de trifteffe ;
Hélas ! ces jours font finis .
Le fecret dans le filence ,
Voiloit nos tendres amours ;
Mais la noire médifance
Rompit notre intelligence ,
Et mit fin à nos beaux jours.
Dieux ! quelle fut l'injuftice
De nos ennemis mortels !
Notre union fans malice ,
A leurs yeux ne fut qu'un vice ,
Et l'on nous dit criminels.
Victimes infortunées
De ces dangereux ferpens ,
Nos deux ames enchaînées ,
Furent dès-lors condamnées
A languir dans les tourmens.
Pour défarmer leur furie ,
Il fallut nous féparer ;
En m'éloignant de Sylvie ,
NOVEMBRE. 1777. 39
Si je ne perdis la vie ,
Je la paffe à foupirer.
Mais un fort auffi contraire ,
N'a pas pu tout me ravir;
En dépit de fa colère ,
De l'Amante qui m'eft chère ,
Je garde le fouvenir.
Par M. Lavielle , de Dax.
STANCES imitées de l'Italien de
Pétrarque , à l'occafion d'une abfence.
J'AIME la jeune Hélène ,
Elle a fixé mon coeur.
Aimer , eft- ce une peine ?
Aimer , hélas ! eſt- un bonheur ?
Ah ! pourquoi fi c'eft peine ,
Le plus léger foupir
Que vers moi pouffe Hélène ,
Me cauſe-t-il tant de plaifir ?
Si c'eft , comme on l'affure ,
Un plaifir fi charmant,
40 MERCURE DE FRANCÉ.
Eh ! d'où vient que j'endure
Loin d'elle un fi cruel tourment ?
Par M. de la Molignière.
T
IMPROMPTU
SUR une Fête donnée au Val, par Madame
la Ducheffe de Ch *** >
le
24 Août
1777.
QU'ADMIRON U'ADMIRONS - NOus le plus dans ce charmant
féjour ,
Où des jeux & des ris fe tient l'aimable cour ?
C'est une tendre mère , une époufe adorée ,
Aux beaux Arts , aux talens , à fes devoirs livrée ,
Qui , fenfible & modefte au fein de la grandeur,
Dans le bien qu'elle fait , fait trouver le bonheur.
Du plusilluftre fang elle a reçu la vie ;
Sous les traits de Ch*** , c'eft Minerve embellie.
Livrons- nous à la joie au gré de fes defiis ,
L'afpect de les vertus ajoute à nos plaifi : s .
Par M. Baudouin , Négociant.
NOVEMBRE . 1777. 42
A Monfieur ÉLIE DE BEAUMONT ,
fur la Fête des Bonnes - Gens , qu'il
venoit de faire célébrer dans fa Terre
de Canon.
DE tes Bonnes - Gens de Canon ,
Combien j'aime la Fête & l'innocence pare !"
Que je chéris la main qui couronne leur front
Des guirlandes de la nature !
Ici , c'eſt un bon père au fein de ſes enfans ,
Un vieillard que bénit fa nombreuſe famille s
A fes côtés marche une bonne fille H
Qu'artofent de leuts pleurs fes pères indigens.
Tels font les Héros d'une Fête ,
Qui pour tofi coeur a mille appas ;
Je m'en étonne peu , quand je vois à leur tête
Le défenfeur des Calas.
Par M. L. D. R.
42 MERCURE DE FRANCE .
VERS
A Madame la Vicomteffe DE BONNEv al ,
parM. fonfils, jeune Ecolier de Sorèze,
fur le paffage DE MONSIEUR.
QUAN UAND toute la France applaudit ,
Maman , vous ferez affligée !
Oui , le Prince qui l'embellit
Eft venu dans cette Contrée.
C'eftbien pour nous qu'il eft venu ;
Mais je crois ne l'avoir pas vu :
Petit corps a peu davantage ;
Je peftois & je faifois rage
Dans le tourbillon confondu :
Oh ! pour combien j'aurois voulu ,
Dans ce moment , être fon Page !
Nos Princes font trop entourés.
Entre tous ces Meffieurs dorés ,
On auroit peine à les connaître ,
Sans ce regard plein de bonté ,
Ce doux rayon de Majeſté ,
Qui de nos coeurs fe rend le maître.
NOVEMBRE. 1777. 43
Partez , Meffieurs les Courtifans ,
Je vous tire ma révérence ;
Je fuis fort petit , vous fort grands ;
Mais je donne la préférence
Aux Muſes , aux Arts , aux Talens,
Du Prince le plus beau cortège.
Pensez -vous que j'aurai mon tour ,
Que je vous ferai nargue un jour ,
Quand , au fortir de ce Collége ,
Ils m'introduiront à fa Cour !
L'AMANT DU VILLAGE.
JUPIN , tu règnes dans les Cieux ,
Tu tiens dans tes mains le tonnerre ;
Mais je puis ici vivre heureux ,
Sans porter aux humains la guerre.
Ne crois pas que j'ambitionne
Le brillant éclat de ton Trône ;
J'aime mieux voir couler mes jours
Dans le pays de mes amours.
Mon olympe eft dans ce Hameau ,
J'y vis auprès de ma Maîtreffe ;
44 MERCURE DE FRANCE .
Toujours quelque plaifir nouveau
Vient ajouter à ma tendreffe.
Là , tout ce qui nous environne ,
Paroît fous un afpect riant ;
Nous jouiffons paisiblement
Des plaifirs que l'Amour nous donne.
Parcourons-nous le bord des eaux ,
Je vois ma naïade chérie ,
Quitter les paifibles ruiffeaux
Pour folâtrer dans la prairie.
Si nous allons dans les forêts ,
L'aimable Dieu de la tendreffe ,
Brillant de fes divins attraits ,
Suit tous les pas de ma Déeffe.
Je fens que j'aimerai toujours
Ces lieux où je vois ma Sophie ;
Ces bois , cette vaſte prairie ,
Témoins fecrets de nos amours.
Quand je ferois dans l'Elysée ,
Je ne pourrois vivre content
Sans te bannir de ma penſée ,
Toi que j'aime fi tendrement.
NOVEMBRE.
1777. 45
Vous qui vous êtes vu trahir
Par une ingrate trop chérie ,
Perdez le cruel fouvenir
De fon odieuſe perfidie .
Mais moi qui possède le coeur
D'une Amante aimable & fidelle ,
Puis -je avoir un plus grand bonheur
Que celui de vivre auprès d'elle?
Par M. Girot.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du fecond volume d'Octobre.
Le mot de la première Énigme eft
l'Oreille ; celui de la feconde eft le
Soleil ; celui de la troisième eft la Rofe.
Le mot du premier Logogrypheeft Rideau,
dans lequel on trouve ire , air , l'eau ,
ride , rude, re , rive , ver , rue , rave ;
celui du fecond eft Château , où le trouvent
chat & eau ; & celui du troisième eft
Bateau , où l'on trouve bât & eau .
46 MERCURE DE FRANCE.
JE fu
ENIGM E.
E fuis , Cloris , un être affez énigmatique ,
Etre fouvent moral , & quelquefois phyfique.
Moral , j'ai pour Auteur, ou l'Hymen , ou l'Amour;
C'est un charme , dit- on, quand je reçois le jour ;
Les plus riantes fleurs compofent ma ſtructure :
L'on vit en fon berceau moins briller la nature .
Sur-tour dès qu'on te voit , Cloris , je femble
doux ;
Mais pour un feul heureux , je fais mille jaloux.
Si comme être phyfique enfin tu m'examines ,
Aux emplois les plus doux fouvent tu me deſtines.
Je couronne rantôt l'albâtre de tes bras ,
Tantôt je fuis voifin des plus charmans appas.
Près des rofes , des lys , ta main fixe ma place.
Inutiles faveurs pour un être de glace !
Par M. le Méteyer.
AUT R E.
ON ne me voit jamais fans chien :
De tous mes attributs c'eſt le plus néceſſaire ;
Avec lui je fuis tout , fans lui je ne fuis rien ,
NOVEMBRE 1777. 47
Je ne fuis plus qu'une chimère :
Ce chien ne vit que de pierre ;
Et toutefois , malgré ce ftérile aliment ,
Pour peu qu'on l'inquiette , il s'enflamme à l'inſtant,
Et fans aboyer nullement ,
Il est tout feu dans fa colère.
Par M. V...
AUTR E.
MON corps feul m'appartient , ma queue eſt
étrangère ;
Sans elle , toutefois , je ne puis plaire aux yeux ;
Au lieu qu'aidé de ce poids néceffaire ,
Je puis m'élever de la terre
Jufques à la voûte des Cieux,
En jetant fur má route un éclat merveilleux.
Faut- il , hélas ! qu'une chûte prochaine
Me rappelle mourant aux lieux où j'étois né.
Ainfi finit mon exiſtence vaine;
Il eût autant valu n'avoir jamais été ! .
Par le même.
48 MERCURE DE FRANCE.
LOGO GRYPH E.
LA foif de s'emparer de ma première part ,
A dépeuplé l'Europe , ainfi que l'Amérique.
La feconde eft l'écueil des charmes d'Angélique ;
Et , pour en impofer , elle a recours à l'art .
On ne devine pas ? Eh bien donc ! je n'explique.
Mon chef offre au Lecteur une exclamation ,
Et le refte eft on mal qu'un rien nous communique .
L'effet en eft terrible , & bien fouvent tragique ,
Et mon tout réuni ne promet rien de bon.
Par M. Bouvet, à Gifors.
AUTR E.
Dès le commencement du Monde ,
Lecteur , j'exerce mon pouvoir.
Malgré fa fcience profonde ,..
L'homme n'a point encor découvert mon manoir.
Je fuis pourtant dans la machine ronde.
Chacun me fuit & voudroit m'éviter ;
Auffi je fuis piquant de ma nature ;
Et le mal , par moi , qu'on endure ,
Ne
1777. 49
(*
༄ཝཱ།ཎྞཾ,
1.MIM
:)
Paroled et musique ie I
Novembre
4777.
Quela
mez
e fupporter.
derrière ,
u Parterre ,
ur;
Mufique :
honorifique ,
grand Seigneur.
le même.
E.
Dieu
per
:son sous des hours.
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is un Minéral ;
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r la vie ,
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ir éternel.
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que son air si doux
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48 MERCURE DE FRANCE.
་
LOGO GRYPH E.
LA foif de s'emparer de ma première part ,
A dépeuplé l'Europe , ainfi que l'Amérique.
La feconde eft l'écueil des charmes d'Angélique ;
Et , pour en impoſer , elle a recours à l'art.
On ne devine pas ? Eh bien donc ! je in'explique ."
Mon chef offre au Lecteur une exclamation ,
Et le refte eft un mal qu'un rien nous communique.
L'effet en eft terrible , & bien fouvent tragique ,
Et mon tout réuni ne promet rien de bon .
Par M. Bouvet, à Giſors.
AUTR E.
Dès le commencement du Monde ,
Lecteur , j'exerce mon pouvoir.
Malgré fa fcience profonde ,
L'homme n'a point encor découvert mon manoir.
Je fuis pourtant dans la machine ronde.
Chacun me fuit & voudroit m'éviter ;
Auffi je fuis piquant de ma nature ;
Et le mal , par moi , qu'on endure ,
Ne
BIBLIO
THE
DE
LA
THEONE
LYON
AIR
*
1893
VILLE
Paroles et musique de M. Cloz. d'Estampes
Novembre
1777.
Que l'amour soit un
Dieu perfi ::de qui cache
un
por:son sous desfleurs;
que son air si doux si
3
ti - mi de ne soit
a ses noir .
qu un masque a ses
qu'un
-ceurs; Vous devries dans
le mistere tenir ce
secret impor tant; A:
-minthe , toujours , toujours
une me -re cache les
deffauts
de son en
on :fant
de son
en : -fant .
NOVEMBRE.
1777. 49
Ne le peut quelquefois qu'à peine fupporter.
En me privant de mon pié de derrière ,
Je fuis un mot qu'on répète au Parterre ,
Si l'on eft content de l'Acteur ;
Je puis offrir de plus un ton de la Mufique :
Enfin , tu vois , Lecteur , un titre honorifique ,
Qui, chez les Turcs, défigne un grand Seigneur.
Par le même.
AUTRE.
RIS tout entier, Lecteur, je fuis un Minéral ;
Un membre à bas , je fuis un Végétal ;
Coupe- m'en deux , je peux t'ôter la vie ,
Ou te la conferver fur un Fleuve en furie ;
Coupe m'en trois , être immortel ,
J'afpire après ta mort au bonheur éternel.
Par M. Bouchet.
C
50 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les vrais principes de la Lecture, de l'Orthographe
& de la prononciation Françoife
, de feu M. Viard , revus & augmentés
par M. Luneau de Boisjermain,
Ouvrage utile aux enfans, qu'il
conduit par degrés de l'alphabet à la
connoiffance des règles de la prononciation
, de l'orthographe , de la ponctuation
, de la Grammaire , de la profodie
Françoife , & des premiers élémens
de l'histoire & de la géographie ;
trois parties in-8°. Prix 2 liv. 14 fols
brochées , port franc. A Paris , au
Bureau de l'abonnement littéraire >
hôtel de la Fautrière , rue & à côté de
l'ancienne Comédie Françoife ; & chez
Durand , Libraire , rue Galande ; Baftien
, Libraire , rue du Petit - Lion ,
1778.
CETTE édition ne reffemble à celles qui
l'ont précédée , que par la forme anciennement
adoptée pour cet Ouvrage , La
NOVEM BR E. 1777. SI
1
premiere & la feconde partie font refaites
prefque en entier. Plufieurs Instituteurs
éclairés , qui ont aidé l'Éditeur de leurs
confeils , lui ont fuggéré la plupart des
changemens & des additions nouvelles
qui s'y trouvent. Ainfi , ce livre utile ,
dont feu M. Viard eft le premier & le
principal Auteur , eft encore l'ouvrage
de plufieurs mains habiles qui ont contribué
à le perfectionner.
Rien de plus clair & de plus aifé qué
cette méthode. Son objet principal eft
de fimplifier le travail de l'inftruction ,
& de la mettre à portée de toutes les
perfonnes chargées d'élever des enfans ,
ou qui font dans le cas d'inftruire ellesmêmes
les leurs , par l'impuiffance où
elles peuvent être de trouver des Maîtres
fut lefquels elles puiffent fe repofer de ce
foin. Dans cette vue , chaque leçon , déftinée
pour l'enfant , eft précédée d'une
inſtruction pour la perfonne qui lui enfeigne
à lire. Ces inftructions indiquent
la manière dont chaque leçon doit être
donnée .
On ne s'étoit pas affez appliqué jufqu'ici,
à faire connoître aux enfans le
fon propre à chaque voyelle , & celui
qu'elle communique à chaque confonne ,
Cij
< 2 MERCURE DE FRANCE.
lorfqu'elle eft fuivie d'une voyelle ou
d'une diphtongue , ou lorfqu'elle en eft
précédée. On ne s'étoit pas plus occupé
de les inftruire de l'ufage auquel chaque
lettre eft deftinée. Cette négligence fe
trouve pleinement réparée dans la première
partie de cette nouvelle méthode .
On y trouve d'abord un alphabet de
voyelles , où chacune de ces lettres eft
répétée autant de fois qu'il y a de manières
de la prononcer . Vis à- vis de la
colonne qui renferme cet alphabet , eft
une autre colonne où font placés , vis-àvis
de chaque voyelle , des mots qui of
frent des exemples des différentes nuances
de la prononciation de chacune d'elles .
Ainfi , la lettre e fe prononce de cinq ma→
nières ; dans Ro me , ju- bé , mè- re , accès
, & tê-te. Cette colonne n'eft point
deftinée pour l'élève ; mais pour
tuteur, qu'elle doit guider inftidans
la manière
de faire prononcer chaque fon à
l'enfant , à qui on ne doit montrer que la
première colonne . L'alphabet des voyelles
eft fuivi d'un alphabet des diphtongues
, arrangé de la même façon & dans
le même efprit ; après lequel vient celui
des confonnes , rangées d'abord fuivant
l'ordre qui leur eft affigné dans l'alphaNOVEMBRE.
1777. 53
P ›
bet , & enfuite felon le rapport qu'établit
entr'elles le fon qu'elles forment . Le by
eft rapproché du le d du t , l'f du v ,
& ainfi du refte. Suir un alphabet où les
voyelles & les confonnes font réunies ,
comme dans les alphabets ordinaires. Enfin
, un alphabet formé de voyelles , de
diphtongues & de confonnes. On paffe
enfuite aux fyllabes , ou fons formés de
confonnes unies aux voyelles & aux diphtongues
; & c'est ainsi qu'en très-peu de
temps on peut conduire chaque enfant ,
par une route fûre , à favoir lire couramment
; ce qu'il doit être en état de faire
à la
à la fin de la première partie . S'il ne le
fait pas , c'eft que fon efprit eft tardif ,
que les leçons n'ont pas encore pu s'y
bien graver ; alors il faudra fimplement
les lui faire recommencer .
&
La feconde partie confifte dans des
obfervations deftinées à perfectionner la
lecture , & à donner en même-temps des
principes généraux de l'orthographe &
de la prononciation françoifes. La prononciation
y eft en général bien indiquée.
Nous croyons cependant que les perfonnes
inftruites & judicieufes, ne conviendrons
pas qu'on doive prononcer belle &
bonne , pour belles & bonnes ; bonne à
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
manger , pour bonnes à manger ; & encore
moins Chinoés , Gauloés , Artoés ,
boere , devoére, hiftoére ; au lieu de Chinois
, Gaulois , Artois , boire , devoir ,
hiftoire. Cette prononciation eft, à Paris,
celle des enfans du peuple , & non des
perfonnes qui s'énoncent bien . La véritable
prononciation de ces mots approche
plutôt d'Artoua hiftouare , & c.
Ellipfe ne doit pas fe prononcer ´non
plus comme s'il n'y avoit qu'une 7 ; mais
on doit faire fentir les deux , ce qu'indique
aifément l'étymologie du mot.
La troisième partie eft compofée d'une
fuite de petites pièces de lecture , où
font renfermées les principales définitions
des fciences & des arts ; d'un
abrégé de Grammaire Françoife & de
ponctuation , & d'une introduction à
l'étude de l'hiſtoire & de la géographie
confiftant dans l'explication des termes
propres à ces deux fciences .
Malgré les légères obfervations que
nous avons faites fur une partie de cer
Ouvrage , nous pouvons affurer ceux qui
ont des enfans à élever , qu'il nous a
paru préférable à tout ce qui avoit été
publié jufqu'à préfent fur cette partie
fondamentale de l'éducation,
NOVEM BR E. 1777. SS
Contrepoifons de l'arfenic , du fublimé-corrofif,
du verd-de-gris & du plomb ; fuivis
de trois Differtations intitulées :
la première, Recherches Médico- Chy
miques fur différens moyens de diffoudre
le mercure , & c. La feconde , Expofition
des différens moyens d'unir le
mercure au fer , &c. La troifième ,
Nouvelle Obfervation fur l'ather , &c ;
par M. Pierre - Touffaint Navier ,
Docteur en Médecine , Confeiller-
Médecin du Roi pour les maladies
épidémiques dans la Province & Généralité
de Champagne , & c. 2 vol .
in- 12 , brochés 4 liv . 1o fols. A Paris ,
chez la veuve Méquignon & fils
Libraires , rue de la Juiverie ; & chez
Didot le jeune , quai des Auguftins ,
1777. Avec approbation & privilége
du Roi.
>
Jamais Ouvrage n'a été publié plus à
propos , & dans une circonftance plus
favorable , que celui que nous annonçons,
précisément dans un temps où l'on
fait ufage trop inconfidérément, pour le
traitement des maladies , de remèdes qui
devroient être bannis totalement de la
Civ
16 MERCURE DE FRANCE.
matière médicale , tels que l'arfenic , le
fublimé- corrofif , le verd de gris & le
plomb. Cer Ouvrage eft un vrai antidote
contre une infinité de brochures qui paroiffent
journellement , dont les Auteurs
font le plus fouvent ignorés , & qui ne
tentent à rien moins qu'à introduire , pour
les maladies , des traitemens plus à craindre
que les maladies mêmes. M. Navier ,
qui s'occupe journellement de ce qui peut
tendre au bien de l'humanité , nous donne
une nouvelle preuve de fon zèle par la
publication de fon Ouvrage. Il eft à louhaiter
qu'il ait plus de fuccès que les
différentes lettres que M. Buc'hez a publiées
avec force en 1769 & 770 , contre
le fublimé- corrofif , le verd de- gris &
l'arfenic ; mais peut-être à force de rebattre
la même matière , on viendra à
bout de diffuader le public de l'ufage de
remèdes auffi pernicieux. Pour mieux
faire connoître l'Ouvrage de M. Navier ,
nous rapporterons tout au long le jugement
qu'en ont porté MM. les Commiffaires
de la Faculté de Paris.
Nous avons été chargés , dit M.
Bucquet , par la Faculté , M. Malouin
M. Macquer , M. Défeffarts & moi
d'examiner un Ouvrage ayant pour titre :
NOVEMBRE. 177 .257
Contrepoifons de l'arfenic , &c. par M.
Navier,&c.L'Auteurfait connoître d'abord
la nature & les effets de chacun des poifons
qui font l'objet de fon travail . Il
cherche enfuite parmi les corps qui peuvent
fe combiner par la voie humide ,
( la feule qui puiffe avoir lieu dans l'in
térieur du corps-humain ) quels font ceux
qui les corrigent le plus parfaitement.
Les fubftances qu'il indique font faciles
à fe procurer , & ne peuvent nuire en
aucune manière , comme la Faculté pourra
s'en convaincre , d'après le bon expofé
que nous avons cru devoir mettre fous
fes yeux. M. Navier traite de l'arfenic
dans la première partie de fon Ouvrage ;
il trouve que cette efpèce de minéral
falin, peut fe combiner par la voie humide,
aux alkalis , au foufre , & même
aux matières calcaires , & être corrigé
par ces fubftances ».
Lorfqu'on jette du foie de foufre
en liqueur dans une diffolution d'arfenic
faite par l'eau , il fe fait à l'inftant un
précipité bleu , qui , étant mis à fublimer
, produit un véritable orpin. Le foie
de foufre perd fon odeur au moment du
mêlange , ce qui prouve qu'il a été décompofé
; & en effet, M. Navier a re-
Cr
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
connu que la plus grande partie de l'arfenic
s'uniffoit au foufre, avec lequel il
formoit une espèce d'orpin , beaucoup
moins nuifible que l'orpin ordinaire , en
ce qu'il eft beaucoup plus chargé de fou,
fre. Une petite portion d'arfenic reſte
dans la liqueur qui furnage le précipité ;
mais il eft uni à l'alkali qui faifoit partie
du foie de foufre , & fe trouve confidé
rablement adouci , comme M. Navier
s'en eft affuré » .
" L'affinité qui exifte entre l'arfenic
& le fer , a déterminé M. Navier à chercher
des moyens de combiner ces deux
fubftances par la voie humide . Il y eft
parvenu en uniffant d'abord le fer au foie
de foufre par la fulion , ou en faifant
détonner un mêlange de nitre de foufre
& de limaille de fer. Il fait diffoudre le
faie de foufre martial dans l'eau ; la
diffolution eft verte ; mais en la mêlant
avec une diffolution d'arfenic , elle perd
cette couleur , & occafionne un précipité
bien formé par l'union de l'arfenic au
foufre & au fer. Le foie de foufre martial
a tant d'action giah fur l'arfenic , qu'il fe
joint à cette fubftance , même lorfqu'elle
eft diffoute dans le lait . Dans le cas où
on n'auroit pas fous la main du foie de
NOVEMBRE. 1777. 19
foufre fimple ou martial , on peut détruire
les effets de l'arfenic par le moyen
des folutions de fer dans les acides : l'encre
même fuffit au défaut d'autres folutions
ferrugineufes . Il fuffit de verfer
d'abord fur l'arfenic un peu d'alkali qui
s'unit avec lui , & le met dans le cas
d'être enfuite féparé par les folutions
martiales acides avec le ter , defquelles
il fe combine dans le moment que l'acide
s'unit avec l'alkali » .
66
D'après ces expériences , M. Navier
propofe, pour les perfonnes empoisonnées
par l'arfenic , le traitement fuivant. I
fait boire beaucoup de lait , parce que
cette fubftance diffout l'arfenic aufli facilement
que l'eau , & qu'elle adoucit les
vifcères agacés. Il obferve , à cet égard ,
que l'arfenic , loin de coaguler le lait ,
empêche au contraire qu'il ne fe caille.
Il rejette l'huile , qui ne peut diffoudre
l'arfenic. Après l'ufage du lait , M. Navier
confeille de boire la folution du foie
de foufre alkalin ou calcaire , ou mieux
encore le foie de foufre martial , qu'il
fait prendre à la dofe d'un gros dans une
pinte d'eau chaude . On peut édulcorer
cette liqueur avec le fucre. Si les malades
ont une répugnance invincible pour cette
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
boiffon , on peut faire prendre le foie de
foufre en pilules , à la dofe de cinq ou
fix grains , en obfervant de leur faite
boire par- deffus un grand verre d'eau
chaude . On répéte cela plufieurs fois de
fuite. Au défaut de foie de foufre , M.
Navier propofe de faire boire aux malades
une leffive légèrement alkaline , ou de
l'eau de favon , & par- deffus une diffolution
de fer dans du vinaigre ou dans
tout autre acide , ou même de l'encre , fi
on n'a rien de mieux . Enfin , il achève la
cure par l'ufage du lait & des eaux fulphureufes
chaudes , que l'expérience lui a fait
connoître comme très - propres à diffiper
l'engourdiffement , la paralyfie & les convulfions
qui fuivent les empoifonnemens
».
« Les remèdes que M. Navier regarde
comme les plus propres à combattre les
effets du fublimé- corrofif , font les mêmes
qui combattent ceux de l'arfenic ,
c'est -à - dire , les différens foies de foufre
qui décompofent le fel mercuriel , &
forment , par le tranfport de l'alkali fur
l'acide , un fel neutre non cauftique ;
tandis que le foufre , qui s'unit au mercure
, fe précipite avec lui dans l'état d'un
éthiops minéral, qui n'eft nullement nuifible
».
•
NOVEMBRE. 1777. GI
сс« Les mêmes foies de foufre , & particulièrement
le foie de foufre martial ,
décomposent le verd- de- gris . Le foufre
& le fer s'uniffent au cuivre , & empêchent
qu'il ne fe diffolve de nouveau par
les fucs digestifs , comme il pourroit arriver
fi le métal n'étoit dégagé que par
les alkalis qui le précipitent dans l'état
de chaux , & qui , en le diffolvant , peuvent
le porter dans tous les organes . M.
Navier confeille aux perfonnes qui ont
eu le malheur d'avaler du verd de-gris ,
de prendre d'abord quelques boiffons açidulées
, qui puiffent diffoudre complettement
cette fubftance , & la difpofer à
être plus facilement décomposée par le
foie de foufre » .
-
>
Quoique M. Navier ne regarde point
le plomb comme un poifon corrofif , il
imagine cependant que les mêmes remèdes
pourront en corriger l'action , &
difpenfer de l'utage des mochliques
qu'on emploie en pareil cas , & qu'il ne
croit pas fans danger. Il propofe donc
d'adminiftrer aux malades une grande
quantité de boiffons acidules , de les
mettre enfuite à l'ufage du foie de foufre,
& de terminer, le traitement par de doux
purgatifs ».
62 MERCURE DE FRANCE.
» Nous ne fuivrons pas plus loin M.
Navier dans le détail de fes expériences ;
ce court expofé fuffit pour faire connoître
que la Médecine a été guidée dans fes
recherches par les lumières de la plus
faine Chimie , & par la pratique la plus
éclairée . Nous avons répété avec foin
la plus grande partie des expériences
qu'il publie ; elles nous ont paru parfaitement
exactes . Les talens de M. Navier
& le defir qu'il a eu de fe rendre utile à
l'humanité , nous ont paru devoir lui
mériter l'approbation de la Faculté . Délibéré
à Paris , aux Ecoles de Médecine
le 9 Mars 1776. Macquer , DÉSESSARTS
, BUCQUET ».
•
Nouvelles Espagnoles , de Michel de
Cervantes ; Traduction nouvelle , avec
des notes , ornée de figures en tailledouce
. Par M. Lefevre de Villebrune .
L'Illuftre Frégone , Nouvelle huitième .
in- 8 ° . broché. Prix , 1 liv. 16 f.
Cette Nouvelle de l'Illuftre Frégone ,
ou l'Illuftre Servante , eft un tableau des
moeurs Eſpagnoles du temps de Michel
Cervantes . La licence effrénée de la jeuneffe
, ne connoiffoit point alors de bor
1
NOVEMBRE. 1777. 63
nes ; de forte que l'on voyoit tous les
jours les enfans des plus illuftres familles,
fe retirer avec des bandes de filoux .
Le but de Cervantes eft de cenfurer cette
conduite licencieuſe .
.
Diègue de Carriaze , fils d'un Gentilhomme
de Burgos , riche & de grande
naiffance , fe mit en tête , à l'âge d'environ
treize ans , de courir en vagabond
& en filou, fans avoir éprouvé chez lui aucun
traitement qui le forçât à cette incon
duite. Entraîné par ce fingulier penchant,
il s'évade , & fe met à courir le monde.
En trois ans d'abfence de la maifon
paternelle , il apprend tous les jeux familiers
aux plus francs efcrocs , & devient
un filou des plus fieffés . Il va fe
faire paffer maître aux Almadraves
de Zahara première Académie de
filouterie en Espagne , & y paffe quatre
ans à y mener une vie qui lui paroiffoir
délicieufe. Au bout de ce temps , l'envie
lui prend de revoir fa famille . Il revient
à Burgos , où fon père & ſa mère le reçoivent
à bras ouverts.
Carriaze étoit lié étroitement depuis
l'enfance , avec Thomas d'Avendagne ,
jeune homme du même âge que
lui ,
d'une naiſſance égale à la fienne , & fils
64 MERCURE DE FRANCE.
pro
d'un intime ami de fon père . Il lui peint
des couleurs les plus agréables , le féjour
des Almadraves ; lui fait part du projet
qu'il forme d'y retourner , & lui
pofe d'être du voyage. La propofition effarouche
d'abord Avendagne ; il finit par y
confentir. Ils obtiennent de leurs parens la
permiffion d'aller étudier enfemble à Salamanque
, & partent fous la conduite
d'un Gouverneur commun auquel les.
deux pères remettent l'argent néceffaire
pour la dépenfe de leurs enfans
pendant un an . Arrivés à Valladolid ,
ils difparoiffent après avoir crocheté la
malle du Gouverneur , & fe rendent à
Madrid , où ils fe défont de leurs mules
& de tout leur équipage , s'affublent
d'habits groffiers , & fe mettent en route
à pied pour Tolède. Dans le chemin
ils entendent caufer deux voyageurs ,
pied comme eux , dont l'un difoit à l'autrè
tâche de gagner l'hôtellerie du
à
Sévillan , tuyverras cette belle Frégone ,
» dont il eft tant parlé.... Elle eft dure
» comme un marbre , revêche comme
» une payfanne des montagnes , âpre
» comme l'ortie ; avec tout cela , elle a
» un vifage de Pâques , une face de
bonne année , le foleil fur une joue ,
la lune fur l'autre . On diroit , du front
NOVEMBRE. 1777. 65
"
1
jufqu'à la gorge , que c'eft un pasterre
» de rofes , d'aillets , de jafinin , de lys ::
» je ne parlerai pas du refte . Avendague
, frappé de ce difcours , conçoit.
fur le champ l'envie de voir cette beauté,
à quel prix que ce foit . Ils arrivent fur
le foir , à la porte du Sévillan Carriaze ,
preffé de fe rendre aux Almadraves
vouloit engager Avendagne à venir loger
ailleurs ; mais Avendagne , toujours plein .
de fon objet , entre dans la cour de l'hô- ,
tellerie , où la belle Frégone eft le premier
objet qui fe prefente à fes yeux..
It.
demeure frappé de fa beauté. L'Aubergifte
arrive. Avendagne lui forge une
hiftoire , & , fous prétexte d'attendre un
Seigneur dont il fe dit le domeftique ,
fe fait donner une chambre pour lui &
pour fon camarade.”
Avendagne , devenu amoureux de la
belle Conftance ( c'eſt le nom de la jeune
fille ) , fe propofe de refter à Tolède. Carriaze
n'omet rien pour le détourner de
ce deffein , mais inutilement. Il fe réfout
enfin lui-même à ne pas le quitter.
Ils faififfent tous deux , le lendemain
une occafion qui fe préfente , pour fe
mettre au fervice de leur hôte. Avendagne
, ſous le nom de Thomas Pèdre
66 MERCURE DE FRANCE.
en qualité de garçon d'écurie ; ' & Carriaze
, fous le nom de Lope l'Afturien
pour aller chercher , fur un âne , de l'eau
à la rivière. Mais ce dernier , en exerçant
cette noble fonction , prend querelle
avec un autre ânier qu'il bleffe dangéreufement,
cequi le fait conduire en prifon ,
qù il demeure trois femaines , & d'où
fon ami Thomas a beaucoup de peine à
le tirer. Cette aventure le dégoûte de fa
condition ; mais , pour ne pas perdre
Avendagne de vue , il refte dans Tolède ,
& s'y occupe à vendre de l'eau pour fon
compte. Il achète un âne pour exercer
cette profeffion . Voyant quelques- uns de
fes nouveaux confrères qui jouoient aux
cartes fur le pré , il fe met à jouer aufli.
Cet endroit eft le plus amufant du conte.
"
"
,
Lope , qui ne fe faifoit jamais prier deux
»fois pour les bonnes affaires , fe couche
» à côté d'eux , avance fa mife , & bat
» les cartes . En deux ou trois tournées
» il perd les fix écus qui lui reſtoient.
» Je joue à préfent mon âne , mais
» par quartiers. Lope perd un quar-
» tier , puis le fecond , puis le troiſième ,
puis le quatrième. Le gagnant fe lève
» pour aller prendre l'âne . Doucement ,
l'ami , lui dit Lope ; faites attention que
»
NOVEMBRE. 1777. 67
>>
»
je n'ai joué que les quatte quartiers ;
» mais il me revient la queue toute entière
, ainſi qu'on me la remette. Les
» autres éclattent de rire : je ne ris pas ,
» dit Lope , d'un ton fort férieux . L'on
alloit probablement s'empoigner , loffqu'un
vieux confrère les empêcha de
» s'échauffer. Mes amis , tenez , vous
» allez vous afſommer , & cela ne déci-
» dera pas l'affaire. Croyez - moi , ne
travaillez-pas au profit des Alguafils .
» Ne vaut-ilpas mieux aller chez un Avocat
, & le prendre pour arbitre ? =
» Point d'Avocat , dit le gagnant ; il
mangeroit cet âne , fon père , & toute
fa famille. Quand on vend un gigor,
» il femble que la queue va toujours avec :
ainfi point de doute que l'âne & la queue
» m'appartiennent. Cela eft faux , repli-
» que Lope : les moutons de Barbarie ont
toujours cinq quartiers , & le cinquième
» c'eft la queue de forte que lorfque le
mouton eft dépecé , la queue fe compte
»pour un quartier ... Ainfi, plus de taifon ,
» je veux la queue , ou je l'aurai de force ,
quand tous les âniers de Tolède s'y
» oppoferoient. Ne croyez pas me faire
» peur parce que vous êtes vingt contre
» un. Je fais manier mon camarade auffi
و د
2
68 MERCURE DE FRANCE.
» bien qu'ânier du monde , & je mets
« dix
pouces de dague dans le ventre au
premier qui touche à la queue de mon
» âne. J'ai trop d'ame pour acheter juf
" tice à prix d'argent , je me la ferai moi-
"9
وو
„ même » .
» que
" Le gagnant & les autres virent bien
le drôle ne lâcheroit pas prife aifé
» ment. Lope jette fon bonnet en l'air
» empoigne la dague cachée fous fa vefte ,
» & le cantonne àcôté de l'âne avec une .
» contenance fi fière , qu'il leur en impofe
à tous . Eh bien , dit le vieux
» confrère , arrangez - vous ainfi . Que
» l'Afturien joue la queue contre un quar
i
tier ; s'il le perd , tout fera dit . Soit ,
» dit Lope. On reprend les cartes ; il
» regagne un quartier , puis le fecond
» enfin voilà l'autre fans âne. A pré-
» fent , mon argent , dit Lope ; partage
le en cinq parts , une contre chaque
quartier L'autre n'étoit pas trop de cet
» avis : mais il fallut céder aux inftances
» des confrères . Lope , en cinq coups
» de cartes , regagne fon argent , & dit
» d'un ton ironique : Eh bien
15
33
33
confrère
, te refte-t - il encore du butin ? =
Oui , fans doute. Allons , va pour
» Fout mon avoir , contre ton âne &
K
NOVEMBRE. 1777. 69
a =
و د
ور
›
ta bourfe. Va , confrère : au jeu,
Quinola , dit Lope , on compte le
point ; le confrère eft à fec & fon
mariage fondu. Confterné de fa ruine
» fans un feul maravedi le pauvre
» diable ſe jette à terre , ſe bat , ſe déchire
, & alloit fe tuer , lorfque Lope ,
» en homme bien né , prend pitié du
» confrère. Tiens , voilà ton argent.
» Tu n'es pas le premier qui fe foit
» ruiné fur un coup de cartes ; mais ,
après cette fottife , n'en fais
"
=
pas une » feconde
: voici encore
les dix ducats » du prix de ton âne . Toute
la bande
» fut ftupéfaite
à cette libéralité
: peu s'en fallut
même
qu'ils
ne l'éluffent » le Roi des âniers
» .
Cette hiftoire fe répand par toute la
ville . A peine Lope s'eft- il mis à exercer
fon métier , que la populace le montre
au doigt : Ah ! l'homme à la queue , ton
âne l'a bien longue. Il prend le parti de
fe retirer dans le petit appartement qu'il
a loué , & de ne pas fortir de quelques
jours , dans l'efpérance qu'on oubliera la
queue de fon âne.
Cependant , Thomas découvre fecrètement
fa naiffance & fon amourà Conf
tance , mais fans pouvoir parvenir à la
70 MERCURE DE FRANCE .
faire expliquer. Enfin , Don Diègue de
Carriaze , accompagné de Don- Juan
d'Avendagne , arrive dans l'hôtellerie ,
& fe fait connoître pour le père de cette
belle perfonne , fruit d'une foibleffe qu'avoit
eue pour lui une Dame de la première
qualité , qui étoit venue accoucher
en fecret dans cette auberge , & avoit
laiffée la jeune Conftance , après l'avoir
mife au monde , entre les mains du Sévillan
, en lui faifant de grands préfens ,
& lui recommandant d'avoir foin de fa
fille , & de ne la remettre qu'à ceux qui
lui repréſenteroient des marques dont
elle convintavec lui . Don Diègue apporte
ces marques qui doivent lui faire retrouver
fa fille . Pendant que la reconnoiffance
fe fait , en préfence du Corrégidor de
Tolède , parent de Don- Juan d'Avendagne
, on entend du tunulte dans la
tue c'étoit Lope l'Afturien qui fe faifoit
encore arrêter . Le Corrégidor or
donne qu'on le faffe monter , & Don
Diègue reconnoît fon fils , qui découvré
en même-temps à Don -Juan que Don
Thomas d'Avendagne eft dans l'auberge.
On le trouve dans le grenier , où il étoit
allé fe cacher en voyant arriver fon père .
Il eft uni à- Conftance : on marie aufli
:
NOVEM BR E. 1777. 71
Carriaze , qui renonce à fes fredaines
& à fon goût pour la vie vagabonde.
>
Dictionnaire des origines. A Paris , chez
Baſtien , Libraire , rue du petit Lion.
Ceux qui ont parcouru les premiers volumes
de ce Dictionnaire , ne feront pas
fâchés d'apprendre que la matière s'étend
fous la plume de l'Auteur . On ne peut
donner que des notices fuperficielles ,
en abrégeant trop les articles. Ainfi , le
mérite de ces fortes d'Ouvrages eſt d'éviter
le double écueil de la prolixité fatigante
, & de la briéveté excellive . Quant
aux excurfions que les Lexicographes font
dans les genres étrangers au but qu'ils
fe propofent dans leurs Ouvrages , c'eft un
défaut prefque général , qu'on pardonne
aifément , lorfque les articles qui font
de trop,font d'ailleurs intéreffans . A l'arti
cle de Marie- Thérèfe , Impératrice Douai
rière , Reine de Hongrie & de Bohême
& c. , on eft fort aife de retrouver un
éloge qu'on a emprunté d'un Orateur
connu par des fuccès multipliés. « Cette
Souveraine , fi juftement célèbre , n'a
jamais vu les dangers du trône & les
» orages de la fortune au-deffus de fon
"
72 MERCURE DE FRANCE .
courage & de fon génie , ni les vertus
» d'une condition privée , au-deffous de
» fon rang & de fes devoirs. Elle fut à
» la fois s élever jufqu'aux héros les plus
» fameux , & defcendre jufqu'au dernier
» de fes Sujets. Après avoir fait de gran-
» des chofes, elle ne fecrut pas difpenfée
» de faire le bien , & parut avoir oublié
» tous fes droits à l'admiration des hom-
» mes , tant elle cherchoir à en acquérir
"
"
53
fur leur reconnoiffance . Son ame for-
» tifiée & agrandie par l'adverfité & les
périls , dans l'âge des féductions & de
l'inexpérience , demeura depuis à la
» hauteur où elle étoit une fois montée ,
» & prouva que, pour être fupérieure aux
» hommes , elle n'auroit pas eu même
» befoin de la grande leçon du malheur .
» On la vit joindre aux vues générales
» d'une adminiftration bienfaifante, certe
» bonté de tous les momens qui ne craint
» pas d'en faire trop ; & cette aimable
fimplicité , attribut de la vraie gran-
» deur , qui ne craint pas de jamais rien
ود
perdre. Son nom , répété par tous les
» peuples , avec des louanges unanimes ,
» & par fes fujets avec des larmes de
» tendreffe , enfeigne à tous les âges
» que le talent de régner réfide fur- tout
» dans
NOVEM BR E. 1777. 73
>
dans l'ame , & que la vraie politique
» eft dans la vertu . Enfin parmi
» tous les titres qu'elle peut partager
avec les meilleurs Princes , Marie-
Thérèſe mérite cet éloge fi rare , que ,
» n'ayant jamais cru qu'il y eût une morale
particulière pour le trône de l'hé-
» toïfme , elle n'a jamais eu befoin
» la gloire lui fervit d'excufe «,.
que
Ces vertus ont été tranfmifes à l'Augufte
Princeffe , qui fait le principal ornement
de fon trône ; & la Nation Françoife
en recueillera les fruits délicieux.
L'Art de parler réduit en principes , ou
Préceptes abrégés de Réthorique , avec
des exemples choifis pour former l'efprit
& le coeur de l'un & de l'autre
fexe. A Paris , chez la veuve Savoie
Libraire , rue St Jacques.
2
On a beau avoir reçu de la nature un
goût exquis, ce goût devient toujours un
mauvais guide, s'il n'eft pas cultivé par des
leçons de Réthorique ou de Littérature
& par l'étude des bons modèles . Ce talent
naturel fera à la fin étouffé par des lectures
faites fans choix . L'on remplira fa
mémoire de faux principes & d'exem-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
ples fans goût , fi l'on n'a pas été bien
dirigé dans fa jeuneffe , par des Inftituteurs
éclairés. C'est pour éviter cet
inconvénient , que l'Auteur de l'Ouvrage
que nous annonçons , préfente à la jeuneffe
de l'un & de l'autre fexe , un livre
qui , par la clarté des leçons qu'il contient
, & le choix des exemples qui les
accompagnent , peut fervir à développer
& à perfectionner le goût.
On venge le beau fexe contre les détracteurs
qui voudroient lui interdire
toute efpèce d'étude , & l'on convient
dans cette Rhétorique , que les perfonnes
du fexe ayant reçu de la nature une vivacité
d'efprit qu'elle ne donne pas communément
aux hommes au même degré ,
ce feroit méconnoître fes dons , que de
ne pas enfeigner l'art de bien parler à
celles qui ont le talent de manier aifément
la parole. Ne vaut-il pas bien mieux
les occuper des élémens de la littérature
, & leur apprendre à goûter un livre
bien écrit , que de les laiffer employer
une grande partie du temps à des frivolités
qui rétréciffent le génie ? & le préfent
que la nature leur a fait d'une riche
mémoire , ne femble- t- il pas impofer aux
Maîtreffes de Penfion , l'obligation de
NOVEM BR E. 1777. 75
>
la meubler de principes , de goût &
d'exemples intérellants pour l'efprit & le
coeur ? On dira peut être , continue le
Panégyrifte du beau fexe , qu'il ne faut
pas ouvrir aux femmes une carrière qui
eft réfervée pour les hommes. Mais
pourquoi les hommes prétendroient- ils
fe réferver cette carrière , & la fermer
aux femmes ? Pourquoi celles qui , de
l'aveu des hommes , ont le tact plus fin ,
fe verroient- elles repouffées du Sanctuaire
des Sciences par les mains même qui
s'empreffent à les admettre par-tout ailleurs
? Et , tandis que les femmes d'efprit
font l'agrément des bonnes compagnies ,
par le charme de leurs faillies , comment
les hommes prendroient- ils fur eux de
leur fermer l'entrée de leur lycée ? Ils
fe rendroient fufpects d'une forte de
jaloufie qui ne pourroit leur faire honneur
& qui fembleroit contrafter
avec l'aveu qu'ils font d'être flattés de
leur converfation , & de fe plaire dans
leurs cercles.
Cet Quvrage , où l'on rend tant de
justice aux Dames , méritoit le titre de
Rhétorique des Demoifelles ; mais
comme les préceptes & les exemples conviennent
également àl'un & à l'autre fexe ,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ce livre peut être employé , & par les
Inftituteurs & par les Maîtreffes de
Penfion.
,
Rofel , ou l'Homme heureux , par M. le
Prévôt d'Exmes , feconde Edition . A
Genève ; & fe trouve à Paris , chez
Mérigot le jeune Libraire , Quai
des Auguftins , au coin de la rue Pavée .
1777.
>
Ce petit Ouvrage philofophique , déjà
imprimé , reparoît aujourd'hui accom
pagné de quelques Poéfies fugitives.
Sous le nom de Rofel , l'Auteur fait
parler un père donnant une inftruction à
fon fils encore jeune ; il fuppofe cet enfant
chéri , d'abord entraîné dans la carrière
du vice , victime des malheurs qu'il
entraîne à fa fuire ; & , revenu enfin de
fes égaremens, il finit par lui propofer le
choix entre la profpérité & la vertu . Pour
lui faire connoître les avantages de l'un
& de l'autre , il lui montre d'abord un
château fuperbe , habité par un vil favori
de la fortune , qui cherche à en impofer
par un extérieur brillant , afin de faire
oublier la fource méprifable de fon ори-
lence . Il lui fait le détail des balfelles &
NOVEM BR E. 1777. 77
des infamies par lesquelles cet infecte orgueilleux
s'eft élevé. Il peint enfuite un
vieillard pauvre , habitant une cabane
couverte de chaume , mais vertueux &
tranquille. Veux- tu , dit- il enfin à fon
fils , veux-tu demeurer dans ce château
, féjour des plaifirs & du vice ?
» veux-tu habiter cette cabane féjour
» des peines & de la vertu ? ... Que vois-
» je ? Sans balancer , ton choix eft déjà
» fait la vertu triomphe ; je meurs
» content » .
و
La plus confidérable des pièces fugi
tives , eft une romance en pot - pourri
affez agréable , intitulé lafidélité de Lucrèce.
Elle n'eft pas avantageufe à la vertu
de cette antique Héroïne. Le refte confifte
dans une Idylle fur une tourterelle ; un
vaudeville dont le refrein eft que tout eft
changé ; une romance fur un papillon ,
& les traductions de deux ou trois petites
pièces Latines. On connoît le fameux
diftique fur Didon :
Infelix Dido ! nulli bene nupta marito.
Hoc pereunte , fugis ; hocfugiente , peris.
M. le Prévôt d'Exmes en a peut- être
été le Traducteur le plús littéral ; nous
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
laiffons au lecteur à juger s'il eft auffi le
plus élégant.
Didon , que je te vois malheureuſe en maris !
L'un périt , tu t'en fuis ; l'autre fuit , tu péris.
On peut fe rappeler cette autre traduction
ou imitation , qui a auffi le mérite
de la précifion .
Didon , tes deux époux ont caufé tes malheurs ;
Le premier meurt , tu fuis ; le fecond fuit , tu
meurs.
-
Supplément à l'Analyfe des Conciles Généraux
& particuliers , par le R. P.
Charles Louis Richard , Profeffeur
en Théologie , de l'Ordre & du Noviciat
Général des Frères Prêcheurs.
Tome cinquième. A Paris , chez Benoît
Morin , Imprimeur - Libraire
rue St Jacques ; & Laporte , rue des
Noyers.
On a rendu un compte très-avantageux
des quatre premiers volumes de l'Analyfe
des Conciles ; & le jugement qu'on
en a porté, vient d'être confirmé tout réNOVEMBRE.
1777. 79
cemment par l'Auteur de la nouvelle Bi
bliothèque d'un homme de goût , quis
tom . 3 , pag. 88 & 89 , exalte la netteté ,
l'ordre , la précifion , te ftyle , l'éloquence
Pérudition,la critique, l'intelligenceprofon
de du droit ancien& moderne; le zèle de la Re-
-ligion & l'amour de la Pairie , qui règnent
dans ces quatre premiers volumes . Nous
pouvons affurer le Public, que le cinquième
& dernier que l'Auteur lui donne par
forme de fupplément , ne cède pas aux
quatre premiers , & qu'il a même deux
avantages confidérables fur eux. Le premier
, eft la correction de plufieurs fautes
qui s'y étoient gliffées ; le fecond , & qui
eft le plus important , confifte dans un
grand nombre de nouveaux articles fur
le dogme , la morale & la difcipline ,
relativement à l'exigence des circonftances
du temps & des befoins de la Religion
, des moeurs , de la vertu , ´de la
fociété , des Empires & des deux Puiſ
fances qui les gouvernent dans l'ordre
religieux & civil . Tels font , entr'autres ,
les articles Anathêmes , Antilogie , An
tropologie , Archevêque , Célibat , Deïſme ,
Dieu , Ecriture- Sainte , Éternité , Mal ,
Matérialifme , Miracles, Proteftans , Ri-
Dir
80 MERCURE DE FRANCE.
cheffes du Clergéféculier & régulier , ufure ,
zèle , où l'on voit la réfutation de la Philofophie
de la nature,
Lettre d'un Profeffeur Emérite de l'Univerfité
de Paris , en réponſe à un
Prieur Religieux Bénédictin de Saint-
Maur, fur l'éducation publique, aufujet
des exercices de l'Abbaye-Royale
de Sorèze. A Paris , chez Brocas
Libraire , rue St Jacques.
Les Religieux font-ils propres à l'éducation
publique ? Reconnoît- on le
plan de l'Univerfité de Paris dans celui
que lui attribue M. d'Alembert ? Les
exercices du Collège de Sorèze peuventils
contribuer aux progrès de la jeuneffe
qu'on y élève ? Voilà les questions que
le Profeffeur émérite de l'Univerfité de
Paris difcute & approfondit ; & fa lettre
eft une differtation intéreffante fur l'objet
de l'éducation , où l'on trouve une foule
de réflexions judicieuſes . Il démontre ,
par rapport au premier objet, que les Religieux
peuvent être au moins auffi inftruits
que des Laïcs à qui le commerce
du monde ôte beaucoup de temps . « Si
» Dieu pern et à l'homme de chercher la
NOVEM BR E. 1777. 81
"
» folitude , afin de fe fouftraire aux dan-
» gers du monde , & de parvenir à une
plus haute perfection , n'eft- il
pas in-
» conteftable qu'il veut que le grand nombre
vive en fociété , non pour fe cor-
» rompre mutuellement , mais pour fe
» rendre meilleurs , & s'entr'aider par
» toutes fortes de bons offices , de ma-
» nière que fon nom foit glorifié fur
» la terre comme il l'eft dans le ciel.
» Or , pour élever l'homme à des fen-
» timens auffi fublimes & auffi dignes de
» lui, peut-on s'y prendre trop tôt ? peuton
y employer des Inftituteurs trop religieux
? Qu'exigent de tout Inftituteur,
» Dieu , le Roi & la Patrie ? N'eſt- ce pas
qu'il s'attache à former de bons Ĉitoyens
, & par conféquent de vrais
- Chrétiens ?... La véritable fin de l'édu-
» cation eft affurément d'infpirer aux Élè
» ves l'amour de la vertu, de développer
» leurs talens , & de les rendre capables
» d'embraffer , en fortant des Colléges
» l'état auquel ils fe fentent plus de penchant.
Ainsi , la première qualité d'un
» Inftituteur , c'eft l'amour de la Reli
» gion & de La Patrie ; il faut qu'il y
joigne une patience conftante une
35
31
35
"
"
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
ود
» tendreffe paternelle pour les enfans
qui lui font confiés. Or , qui aura ces
qualités , fi ce n'eft un homme vérita-
» blement religieux , qui connoît les
vanités du monde & fa perverfité ;
qui médite fans ceffe fur les devoirs
» de l'homme envers Dieu , envers luimême
, & envers le prochain » ? »
Certainement , le Profeffeur ne prétend
point qu'il ne puiffe y avoir , parmi
des Laïcs répandus dans le monde , des
hommes affez vertueux & affez éclairés
pour mériter qu'on leur confie l'éducation
de la jeuneffe . On trouve dans la
capitale & dans les Provinces , des Inftituteurs
qui réuniffent ces qualités ; mais
l'Auteur de la Lettre n'en foutient pas
moins , que la diffipation que produit
le commerce du monde , & la contagion
de l'exemple , font des obftacles que n'ont
point à vaincre des Religieux qui ont le
bonheur de vivre dans des maifons édifiantes
.La fubordination qu'exige la règle,
ne les empêche pas de faire de bonnes
études , lorfqu'ils en ont le goût , & de
les rendre capables d'inftruire la jeuneſſe.
Rien ne les empêche de lire les Homères,
les Démosthènes , les Cicérons , & les
excellents Auteurs François qui ont brillé
dans tous les genres .
NOVEMBRE. 1777. 83
C
Le Profeffeur émérite expofe plufieurs
raifons plaufibles en faveur des réguliers,
fur-tout , par rapport aux Provinces où
les Colléges ne peuvent pas avoir les avantages
de l'Univerfité de Paris. On lit avec
intérêt tout ce qui a rapport au plan des
Études de l'Univerfité de Paris , aux attaques
que M. l'Abbé de Condillac a faites
aux Univerfités, dans fon Cours d'Études ,
& aux Exercices du Collège de Sorèze.
Cette difcuffion , qui eft jointe à une
efpèce d'apologie de l'Univerfité de Paris
, à l'expofition de la méthode qu'on
y fuit dans les études publiques , & qui
renferme les meilleurs principes de licé-
-rature , ne peut être que très- utile aux
- Inftituteurs & aux pères qui veillent de
près à l'éducation de leurs enfans .
6
-
-
Le Mitron de Vaugirard , Dialogue fur le
bled , la farine & le pain ; avec un
traité de la Boulangerie, par M. Lacombe
d'Avignon. Nouvelle édition . A Paris
, au Palais Royal , & chez Didot ,
Libraire rue Pavée. 1777.
>
Ce petit Ouvrage économique qui
parut pour la première fois au commencement
de l'année dernière , eft égale-
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
ment recommandable par l'importance du
fujet , & par les vues patriotiques de l'Auteur.
Les Dialogues , au nombre de fix ,
font entre le Mitron & M. Fromant fon
ami. Ony trouve d'excellentes inftructions.
far tout ce qui a rapport au pain ; on y
donne auffi en faveur des pauvres , pour
remédier aux cas de cherté ou de difette ,
la recette d'une foupe économique compofée
de riz , de pain , de navets & de
pommes de terre , au moyen de laquelle
un inénage de douze perfonnes peut être
nourri copieufement , moyennant 3 fols
par jour par tête . Le Mitron affure que
cette foupe eft très - nourriffante.
C'est dommage que ces Dialogues eftimables
foient déparés par la petite fingularité
d'une orthographe bizarre , fuivant:
laquelle les mots font écrits précifément
comine on les prononce : commejournellemant,
diminucion, ancore , anée , filofofie,
&c . Ontrouve à la fuite des Dialogues
un petit traité de la Boulangerie , extrait
d'un in -folio publié par M. Malouin , ſavant
Médecin Chymifte , avec des réflexions ;
fur la manutention des Mitrons de Paris..
Ce traité , auli judicieux . qu'inftructif ,
renferme tous les détails qu'on peut defrer
de connoître , touchant la fabricaNOVEMBRE.
1777. 85
tion d'une denrée dont l'utilité eft fi grande
& fi générale.
Euvres de Chaulieu , d'après les manufcrits
de l'Auteur. 2 vol. in - 12. A la
Haye, & fe trouvent à Paris, chez Piffot,
Libraire , rue du Hurepoix. 1777.
Cette nouvelle édition des Euvres de
Chaulieu , doit être regardée comme la
feule vraiment authentique & originale.
Elle a été faite d'après trois manufcrits
originaux , dont l'un , peu de temps avant
la mort de l'Auteur , avoit été rédigé fous
fes yeux , d'après le manufcrit corrigé de
fa main. Ces manufcrits ont été donnés
par le Marquis de Chaulieu , petit neveu
du Tibulle François , qui annonce luimême
, dans une Lettre à l'Éditeur , les.
motifs qui en ont retardé long temps la
publication , & ceux qui l'occafionnent
aujourd'hui. « J'ai long - temps hésité:
» Monfieur , dit M. le Marquis de Chaulieu
à rendre public le recueil des
» OEuvres de M l'Abbé de Chaulieu ,
mon grand- oncle. Sa famille , par ref
» pect pour fa mémoire , étoit dans l'in-
» tention de ne point leur laiffer voir la
lumière, M. l'Abbé de Chaulieu faiſait
86 MERCURE DE FRANCE.
» des vers pour fon amufement & fans
prétention ; & jamais il n'eut la volonté
» de fe faire imprimer. Voilà pourquoi ,
"
depuis plus de cinquante ans , ſes hé-
»ritiers ont toujours refufé de fe défaifir
» de fes manufcrits ; mais , comme dans
» les éditions imparfaites qu'on a données
» de fes Ouvrages , fans leur confentement
, on lui a attribué des pièces qu'il
» n'a point faites , & des fentimens qu'il
.» n'eut jamais , le même refpect pour fa
» mémoire , me détermine enfin à vous
» faire le facrifice de ces manufcrits qu'on
» m'a tant de fois demandés » .
L'Éditeur s'eft particulièrement attaché
au manufcrit que Chaulieu avoit adopté ,
& que cet illuftre Poëte deftinoit au Pu-.
-blic , comme on peut en juger par la
Préface qu'il y a jointe, & qui paroît
imprimée aujourd'hui pour la première
fois. Cette Préface eft d'autant plus intéreffante
, qu'elle fait connoître les véritables
fentimens de l'Abbé de Chaulieu.
Il y convient des écarts de fon imagination
, mais il défavoue & condamne d'avance
tous les jugemens qu'ils pourroient
faire naître au préjudice de fes mours &
de fa foi. Trois de fes pièces fur-tout , intitulées
par lui-même , les Trois Façons.
NOVEMBRE. 1777. 87
• "
de penfer fur la mort , lui ont paru exiger
une interprétation . « L'applaudiffe-
» ment des gens d'efprit , dit-il , & le
» malheureux amour-propre dont il eft
impoffible de fe défendre , qui rehauffe
» le prix de ce que nous poffedons , me
perfuada que je pouvois tenter tout ce
» que l'étendue d'une imagination bril-
» lante & féconde pouvoit mettre au jour :
» cette penſée me flatta. Je crus pofféder
ور
ל כ
"
.وو
quelque partie de ce tréfor ineftimable ;
» féduit par ces erreurs, plutôt que guidé
» par la raiſon , je voulus faire quelque
chofe de . fingulier je m'abandon-
» nai tout entier à mon génie. Je penfai
que l'imagination portée à un certain
degré , pouvoit égayer ce qu'il y a de
plus trifte , conferver les ornemens de
» la Poéfie parmi ce qu'il y a de plus curieux
, & jeter des fleurs fur ce qu'il
» y a de plus fec & de plus aride. C'eſt
» dans cette idée que j'ai compofé les
» Trois Façons de penfer fur la mort.
» Il faut plaire aux efprits bienfaits.
» difoit M. Pafchal ; c'eft à eux que je
» m'adreffe ici , & je les conjure de ne
» me pas condamner fur les apparences ,
» & de n'aller pas prendre pour mes opi-
» nions , ce qui n'étoit en effet que des
>
88 MERCURE DE FRANCE.
1
» effais de Poéfie . J'ai fait la première
façon de penfer fur la mort dans les
» principes du Chriftianiſme
30
"
> & de
» toute l'étendue de la miféricorde de
» Dieu , feul afyle des pécheurs comme
» nous ; & je l'ai faite fans être , par mal-
» heur dévot . J'ai fait la feconde dans les
principes du pur Déïſme , fans être So-
» cinien ; la troiſième , dans les principes
d'Epicure , fans être impie ni athée.
» C'eſt ainfi que j'ai chanté les amours
» & le vin , toujours voluptueux & jamais
» débauché. Ferme dans les principes de
» ma Religion , je n'ai point prétendu
dogmatifer le libertinage ; j'ai cherché
» feulement à faire voir jufqu'où l'abon-
» dance de la rime, la fécondité de l'imagi-
» nation, & la facilité du génie, pouvoient
» aller ».
n
Parmi les pièces qui n'avoient encore
été imprimées dans aucune édition des
OEuvres de Chaulieu , on diftingue l'Ode
contre la corruption du ftyle , & le mauvais
goût des Poëtes du temps. Nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs de la
rapporter en entier.
Quoi donc ! quand je veux écrire ,
Faut-il appeler toujours
Qu la Mère des Amours ,
NOVEMBRE. 1777. 89
Ou le blond Dieu de la lyre ,
On Muſes à mon fecours ?
Tant de bruit & tant d'enflure ,
Tient lieu de fécondité
A ces Auteurs qu'a jeté
Dans beaucoup de bourfoufflure ,
Beaucoup de ftérilité.
Pour toi , ma guide fidelle ,
Qui hais l'affectation ,
Reine de l'invention ,
Tu viens fans que je t'appelle,
Chère imagination !
Alors au lieu de penſée ,
D'antithefes & de traits ,
Tu me fournis des portraits
Qu'à leur manière aiſée.
L'on voit que toi feul as faits.
Là , point d'épithète en rime ,
De pointe , de fens retors
Ne vient former les accords
De ce fec & dur fublime
Pour qui Roi fait tant d'efforts.
C'eſt dans un Dictionnaire
De rimes que prend Houdart ,
MERCURE DE FRANCE . ' I
Ce bel effor , cet écart ,
Qui , froids enfans d'un Libraire ,
Sentent trop la peine & l'art.
Féconde fans artifice ,
Quand tu viens à t'enflammer ,
Quoique l'on veuille exprimer ,
Les mots fervent ton caprice ,
Et s'empreffent à rimer .
Tu fais ces belles images ,
Ce tour facile & badin ,
Ces fleurs qui , comme un jardin ,
Emaillent les badinages
De Chapelle & Sarrafin .
Du Poëte de Sicile ,
Qu'eft devenu le hautbois ?
La flûte & la douce voix
Dont Mofchus, dans une Idylle ,
Chantoit les prés & les bois !
Beau pinceau tendre & fertile ,
Où font ces vives couleurs ,
Que , pour peindre fes douleurs ,
Vint emprunter de Virgile ,
Philomèle en fes malheurs?
NOVEMBRE. 1777. 91
Catulle , Gallus , Horace ,
Aux foupers de Mécenas ,
N'égayoient point le repas
De vers obfcurs qu'au Parnaſſe ,
Phébus même n'entend pas.
Comme parle la Nature ,
L'on parloit au fiécle heureux
Qu'Augufte rendit fameux ,
Moins que fon bon goût qui dure
Encore chez fes neveux.
Mais bien-tôt après fuivirent
En foule les faux brillans :
Depuis ces malheureux tems
Les Dubartas refleurirent
Au Café de la Laurens.
Ceft- là que Verdun admire
Gâcon , Lucain , Martial ,
Et que ce Provincial
Vante les Conchets * qu'inſpire
Et Rome & l'Efcurial .
* C'eſt ainfi que Chaulieu a francifé le mot Italien
Concetti.
92 MERCURE DE FRANCE,
Paix-là , j'entends Pimprenelle *.
Qui , géométriquement ,
Par maint beau raiſonnement
Fait , à la pointe fidelle ,
Le procès au fentiment.
Le dur , l'enflé, le bizarre
A fa voix reprend vigueur ;
De fon école l'Auteur
Le plus plat fe croit Pindare ;
Danchet même a cette erreur.
Mais quoique dans leur chimère
Ils foulent Malherbe aux pieds ,
Je n'y vois que des Frippiers
Retourner l'habit d'Homère
Dans leurs vers eftropiés.
Ferrand , chez qui fe conferve ,
Dans un efprit vif & doux ,
Ce qui refte de bon goût ;
C'est toi qu'Apollon réſerve
Pour oppofer à ces foux.
* Fontenelle.
NOVEMBRE. 1777 93
Sauve ta chère Patrie
De l'invasion des Gots ,
Qui , montés fur de grands mots ,
Ramènent la barbarie
En triomphe chez les fots.
>
Les Pièces déjà imprimées , font fouvent
très - différentes dans cette Édition
de ce qu'elles étoient dans les précédentes.
La Plainte fur la mort de M. le Marquis
de la Farre , en particulier , reffemble
fort peu à la leçon qu'en a donnée feu St
Marc , qu'on regarde comme le meilleur
des anciens Éditeurs de Chaulieu. Il
en eft de même de plufieurs autres morceaux
. Le nouvel Editeur a eu foin de faire
obferver ces différences , & s'eſt attaché.
fur-tout à la critique de l'Edition de St
Marc , qu'il met toujours en oppofition
avec celle-ci .
Coutume du Boulonnois , conférées avec
les Courumes de Paris , d'Artois , de
Ponthieu , d'Amiens & de Montreuil ;、
le Droit commun de la France , & la
Jurifprudence des Arrêts , par M. le
Camus d'Houlouve , ancien Avocat
au Parlement : 2 vol. in-4° . de 1100
94 MERCURE DE FRANCE.
t
pag. environ. A Paris , chez Didot
l'aîné , Imprimeur-Libraire , rue Pavée
Saint-André - des- Arcs › près le
Quai des Auguftins. 1777. Avec Approbation
& Privilége du Roi . Prix
reliés , 21 liv . On trouve chez le même
Libraire , le Traité des Intérêts , du
même Auteur.
M. le Camus d'Houlouve , Auteur
du Traité des Intérêts , qui a paru en
1774 , & qui a été reçu favorablement
du Public , vient de donner un nouveau
Commentaire des Coutumes du Boulonnois.
Sous vingt titres différens , il traite
non-feulement des difpofitions particulières
de cette Coutume , mais même
de tous les principes du droit commun
qui règlent tous les cas qu'elle n'a pas
prévus.
Il y a , dans la Coutume du Boulonpois
, comme dans toutes les autres Coutumes
, beaucoup de difpofitions abfolument
conformes au droit commun du
Royaume ; mais comme une Coutume
ne peut renfermer toutes les Loix qui
peuvent régir la Province pour laquelle
elle a été faite , l'ufage eft de fuppléer
à fes difpofitions par celles du Droit
commun.
NOVEM BR E. 1777. 95
C'est ce qu'a fait l'Auteur du nouveau
Commentaire. En divifant fon Ouvrage
par matières , il a réuni le Droit
commun au Droit particulier , & celui
dont parle la Coutume , à celui dont elle
ne fait aucune mention.
Le Droit commun inféré dans ce
Commentaire , a trois objets différens ;
les perfonnes , les biens & les actions.
Les bornes & la nature de notre Journal
ne nous permettent pas de donner
une Analyſe fuivie de cet Ouvrage ;
mais nous pouvons affurer que ce nouveau
Commentaire eft plus étendu
& plus méthodique que les précédens.
L'Auteur y traite à fond toutes les queftions
qui peuvent naître des difpofitions
de la Coutume du Boulonnois ; & il y
ajoute celles qui doivent être réglées dans
cette Coutume par le Droit commun. Il
divife & fubdivife les matières avec tant
d'ordre , & dans une telle gradation
qu'il fait trouver , fur le champ , les
éclairciffemens & folutions qu'on peut
defirer ; & rien n'eft avancé de fa part
qu'il n'en juftifie , ou par des Loix précifes
, ou par des fuffrages accrédités
ou par des préjugés refpectables. Cet
Ouvrage eft un véritable Corps de Droit
96 MERCURE DE FRANCE.
pour la Province du Boulonnois , & paroît
le fruit de beaucoup de recherches
& d'un long travail. C'eſt un ſervice
important , que M. le Camus d'Houlouve
a rendu à cette Province , dont il
eft originaire , & pour laquelle il témoigne
une fingulière affection. Le même
Commentaire ne fera pas moins utile
aux Provinces voisines dont les Coutumes
ont beaucoup de rapport avec celle
du Boulonnois ; & il peut encore ſervir
dans tous les autres Pays Coutumiers
où , abſtraction faite des Coutumes particulières
, tant de queftions doivent être
décidées par les Loix générales du Royaume
, & par le 'Droit commun,
>
Euvres Chirurgicales de M. Percival Pott,
traduites de l'Anglois fur la feconde
édition ; 2 volumes in- 8 °. A Paris ,
chez Didot le jeune , Libraire de la
Faculté de Médecine . 1777. Avec
Approbation & Privilége du Roi . Prix ,
12 liv. les deux volumes , reliés .
Ce Recueil nous a paru très-intéreffant,
& mériter d'occuper une place parmi les
meilleurs Livres qui ont paru fur la Chirurgie.
Il eft rempli d'excellentes obfer
vations.
NOVEMBRE. 1777. 97
vation. On en trouve fur la Nature & les
conféquences dés accidens auxquels la tête
elt fujette par caufes externes , fur la
fiftule lacrymale , fur les hernies , fur
la mortification des pieds & des orteils ;
on y voit aufli un Traité complet fur
les hernies & fur la fiftule de l'anus
avec quelques remarques fur les foulures
les diſlocations , fur la cataracte , & fur
le polype du nez.
J
>
Recherches fur les Maladies Chroniques
, particulièrement fur les hydropifies
, & fur les moyens de les
guérir ; par M. Bacher Docteur
Régent de la Faculté de Médecine de
Paris. 1 vol . in- 8 ° . A Paris , chez la
veuve Thibout , Imprimeur du Roi ,
Place Cambrai ; & Didot le jeune ,
Quai des Auguſtins .
Cet Ouvrage eft un des plus utiles.
dans fon genre. M. Bacher s'occupe
depuis long- temps du traitement des différentes
hydropifies ; & il s'eft fait , fur
ces maladies , d'après fes différentes obfervations
, une, doctrine particulière
qu'il développe tout au long dans le
cours de cet Ouvrage. Nous croyons ne
"
E
98 MERCURE DE FRANCE.
pouvoir mieux le faire connoître , qu'en
mettant fous les yeux de nos Lecteurs ,
le rapport de MM . les Commiffaires de
la Faculté de Médecine de Paris.
« M. Bacher , dans l'Ouvrage que
nous avons été chargés d'examiner , développe
avec netteté & précision , les
différentes caufes des hydropifies ; il paffe
en revue les remèdes ufités dans le traitement
de ces maladies , & en expofe
les effets . Il combat enfuite avec des
raiſons victorieuſes , appuyées d'obſervations
multipliées , plufieurs erreurs
auffi anciennes que généralement accréditées
. Cependant , malgré l'étendue des
recherches de l'Auteur , il s'en faut de
beaucoup , comme il le remarque luimême
, que la matière foit épuifée
particulièrement à l'égard des hydropifies
de poitrine ; mais s'il nous refte encore
bien des connoiffances à defirer , il eſt auſſi
conftant que M. Bacher a diminué les
difficultés pour y parvenir. Il vient d'ajouter
un degré de perfection à l'art de
guérir . Nous l'invitons à continuer ce
travail ; en attendant il mérite nos
éloges & notre reconnoiffance , puifqu'il
nous rend le fervice effentiel de publier
unOuvrage qui manquoit à la Médecine.
OTHEQUE
>
>
LYON
1893
NOVEMBRE.
MOTHEAUE
1777.
Signé, LE MONNIER , MACQUER, LOR
GANDCLAS , MALOET ».
(
LYON
2003
(
M. Bacher a terminé fon livre par un
Catalogue des Ouvrages qui ont été publiés
fur l'hydropifie ; il n'avoit pas fans
doute connoiffance d'une petite brochure
qui a paru en 1769 , chez Humblot
, intitulée Traité fur l'hydropifie &
la jauniſſe , par M. Marquet, « puifqu'il
n'en fait pas mention dans fon Catalogue
. On y trouve la compofition d'une
clairettepurgative, dont faifoit ufage , avec
fuccès , le Docteur Marquet ; & que M.
Buc'hoz, fon gendre , a aufli preferit plufieurs
fois avec la même efficacité dans les
cas d'hydropifie : remède qui auroit mérité
fans contredit , des gratifications à fon
Auteur , s'il en avoit voulu faire myſtère.
Nous profitons de cette occafion pour
annoncer que M. Buc'höz , Médecin de
Monfieur , vient de publier , avec la générofité
digne d'un vrai Médecin , dans
fon Hiftoire naturelle & économique des
-trois Règnes , la compofition de l'Électuaire
Anti- Vénérien , dont M. Marquer , fon
beau-père , lui avoit laiffe le fecret .
Storstole ! en so
DEA
100 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations critiques fur un Ouvrage
intitulé , Examen de la Houille , confi
dérée comme engrais des Terres , par
M. Raulin , Docteur en Médecine.
1 vol. in- 12. A Amfterdam , & fe
trouve à Meaux , chez Charles , Libraire
, rue St Remy ; à Paris , chez
Baſtien , Libraire , rue du Petit-Lyon ,
Fauxbourg St Germain & chez
Ruault , Libraire , rue de la Harpe .
Si ce petit Quvrage eft intéreſſant par
fon objet pour les Cultivateurs des Provinces
de Picardie , Champagne , Brie ,
Ile-de-France , & même pour tous ceux
dans le voifinage defquels on pourroit
découvrir des houillières , il ne l'eft pas
moins pour la Phyfique & Hiftoire
naturelle. L'envie de déprimer l'Ouvrage
de M. Raulin, n'eft pas le fentiment qui
a guidé la plume de l'Auteur , elle a été
uniquement conduite par des vues conformes
aux fiennes , celles de l'utilité générale.
L'engrais avec des houilles eft
d'une trop grande utilité , pour l'exclure
, comme M. Raulin l'a prétendu ;
quand bien même on ne l'emploieroit
que pour les prairies , il eft certain qu'on
NOVEMBRE. 1777. 101
en tirera beaucoup plus de fourages. Plus
il y a de fourages , plus on peut avoir
de beftiaux, La quantité de beftiaux augmente
la quantité des Fumiers : de- là
l'abondance des grains de-là , les richeffes
ou l'aifance ; c'eft le bur auquel
doivent tendre tous les Cultivateurs.
La Phyfique de l'homme fain , ou Expli
cation des fonctions du Corps humains
par M. N. Jadelot , Profeffeur d'Anatomie
& de Phyfiologie dans la Faculté
de Médecine de Nancy , de l'Académie
Royale des Sciences & des Arts
de la même Ville , Médecin de l'Hô
pital Saint-Charles. 1 vol . in- 8 ° . én
Idiome Latin. A Paris , chez Didot
le jeune , Libraire , Quai des Auguf
tins ; à Nancy , chez Babin , & à
Strasbourg , chez Koenig.
Cer Ouvrage eft rédigé en faveur des
Érudians en Médecine . Le célèbre Profeffeur
y développe d'une façon claire
& concife , le méchanifme de toutes les
fonctions du corps animal ; il y expofe
les fyftêmes des Auteurs : il n'affute
rien dont il ne foit très - certain , & il
tâche d'expliquer phifiologiquement ce
É iij
102 MERCURE DE FRANCE.
qui n'eft que problématique ; enfin ,
ila
renfermé dans cette brochure tout ce qui
fe trouve de plus effentiel dans toutes
les phyfiologies connues : c'eſt une vraie
quinteffence de la phyfique de l'homme.
Un pareil Ouvrage n'eft donc
pas feulement
utile aux Étudians en Médecine
, mais il convient à tout Phyficien ,
& à tout homme qui veut connoître le
méchaniſme des différentes fonctions de
fon individu . M. Jadelor eft d'ailleurs
fort modefte ; il avoue qu'il a mis à
contribution les Ouvrages de M. Hallert
, pour la rédaction du fien , bien
différent en cela de plufieurs Auteurs
qui , pour ne pas faire connoître les
fources où ils ont puifé , dépriment fou
vent ceux qu'ils ont confultés. Quant à
la partie Thypographique , elle eft parfaitement
exécutée , & prouve qu'en
Province , elle n'eft pas moins parvenue
à ſa perfection qu'à Paris.
,
Explication des Cérémonies de la Fête-
Dieu d'Aix en Provence ornée
de Figures du Lieutenant de Prince
d'Amour , du Roi & Bâtonniers de
la Bazoche , de l'Abbé de la Ville
& des jeux des Diables , des RazcalNOVEM
BR E. 1777 . 103
fetos , des Apôtres , de la Reine de
Saba , des Tiraffons , des chevauxfrux
, & c. , avec les airs notés confacrés
à cette fête , & quatorze Planches
gravées. Prix , 3 liv .bro . A Paris chez
Nyon , Libraire, rue St Jean- de- Beauvais
: à Aix , chez Efprit David , Imprimeur-
Libraire: à Marfeille , chez Moff :
à Lyon & à Angers , chez les Libraires
des Nouveautés .
M. Grégoire , d'Aix , eft l'Auteur de
cet Ouvrage curieux & favant . Trois
de fes fils ont deffiné & gravé toutes les
Planches. Ils ont eu pour objet de repré
fenter & d'expliquer les Cérémonies de
la Fête-Dieu d'Aix dans les cinq jours
différens , qui ont donné lieu à la divifion
de cet Ouvrage en cinq parties .
1º . Le Lundi , Fête de la Pentecôte.
2º. Le Dimanche de la Trinité .
3º. La veille de la Fête- Dieu .
4° . Le jour de la Fête -Dieu .
5 °. Le Samedi d'après cette Fête.
C'eft dans les Mémoires fur l'ancienne
Chevalerie , par M. de la Curne de
Sainte Palaye , que M. Grégoire a cru
trouver l'origine & l'explication de ces
Fêtes. Il fait l'hommage de fa décon
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
verte au Savant Académicien , en lui
dédiant fon livre. En effet , ces cérémonies
fingulières ont beaucoup de rap.
port avec celles qui fe pratiquoient autrefois
dans les tournois. Il eſt probable
a
que le Roi René d'Anjou , Comte
de Provence , qui a inftitué cette Fête ,
vers l'an 1462 , & qui s'étoit fi fou
vent diftingué dans les tournois ,
voulu perpétuer à jamais la mémoire
d'un de ces jeux militaires , en les affociant
aux plus grandes cérémonies Religieufes
, fuivant l'efprit du XVe siècle .
C'eft du combat de Courtoifie ou à
Plaifance , que le Roi René nous a laiffé
la repréfentation dans une partie du Cérémonial
de la Fête-Dieu.
Le Lieutenant de Prince d'Amour
fon guidon ; le Roi de la Bazoche , fon
Lieutenant , fon guidon , l'Abbé de la
Ville , &c. , jouent , ce jour-là , le rôle
des grands Chevaliers qui affiftoient aux
tournois. Ils vont avec leur fuite entendre
la Meffe à la Métropole , en grande
cérémonie , les uns avec le Parlement ,
les autres avec Meffieurs les Confuls ;
ils font fuivis de leurs Officiers & de
tout ce qui forme leurs Cours , ce qui
étoit autrefois une partie des ufages Religieux
avant le tournoi.
NOVEM BR E. 1777. 105
i
Après ces premières explications ,
ce qui doit piquer le plus la curiofité
eft d'apprendre pourquoi un tournoi de
courtoifie eft joint dans une auffi grande
Fête que celle de la Fête Dieu , aux jeux.
des Diables , des AAppôôttrreess , des Raz-,
caffetos ( ou des lépreux , ) de la Reine
de Saba , des Tiraffons ( ou Luteurs à
terre ) &c. C'eft qu'on ne célébroit point
de grande Fête qu'on n'y admit ce que
l'on nommoit alors des entremets , mot
que l'on a enfuite changé en celui d'in- ,
termède; enforte que le Roi René , pour
fe conformer à cet ufage , a introduit.
dans fa grande Fête, ces entremets, pour
lefquels il a choifi des repréfentations de
points d'Hiftoire de l'ancien & du nouveau
Teftament , qui prétoient le plus
à fon gré à la morale , à l'agrément , &
peut- être auffi à la fingularité des perfonnages
, pour amufer le peuple & attirer
ce concours fi confidérable d'étrangers
pour voir fa Fête- Dieu , en quoi
il a parfaitement réuſſi .
La Science du Bon - homme Richard , ou
Moyenfaciledepayer les Impôts , traduit
de l'Anglois. A Philadelphie ; & fe
trouve àParis , chez Ruault , Libraire ,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
Rue de la Harpe . 1777. in- 12 . Prix ,
1 liv. 4 f.
Cet Ouvrage , auffi court qu'excellent ,
eft du petit nombre de ceux auxquels
on peut donner la qualification d'Aureum
Libellum. On affure que c'eſt le célèbre
Docteur Francklin , qui s'y cache fous
le mafque du Bon- homme Richard , faifeur
d'Almanachs , très-connu , dit- on ,
dans une autre partie du monde , pour
donner à fes compatriotes des leçons
auffi fenfées qu'utiles de philofophie économique
, dont il n'y a aucune Société
policée qui ne puiffe & ne doive même
profiter. Il eft difficile de renfermer dans
auffi peu de pages , un plus grand nombre
de vérités importantes. Les moyens
faciles que propofe le bonhomme Richard
pour payer les impôts , & en mêmetemps
pour vivre dans l'aifance & le contentement
, font, la vigilance, l'ordre , l'économie
& la tempérance ; moyens bien
fimples , & qui cependant avoient échapà
tous les faifeurs de projets fur les
impôts.
Le bonhomme Richard , pour mieux
mettre fa Science à la portée de tous ceux
à qui elle peut fervir , affaifonne fa moNOVEMBRE.
1777. 107
rale de proverbes & de fentences , qu'il
applique à tous fes préceptes , & l'appli
cation en eſt toujours jufte & frappante .
Nous allons en donner quelques exemples.
S'il y avoit un Gouvernement qui obligeât
les fujets à donner régulièrement
la dixième partie de leur temps pour fon
fervice , on trouveroit affuréinent cette
condition fort dure ; mais la plupart d'entre
nous font taxés , par leur pareffe ,
d'une manière beaucoup plus tyrannique.
Car, fi vous comptez le temps que vous
paffez dans une oifiveté abfolue , c'eſt-àdire,
à ne rien faire , ou dans des diffipations
qui ne mènent à rien , vous trouverez
que je dis vrai . L'oifiveté amène avec
elle des incommodités , & raccourcit fenfiblement
la durée de la vie. « L'oifiveté,
» comme dit le bonhomme . Richard ,
» reſſemble à la rouille , elle ufe beau-
» coup plus que le travail ; la clef dont
» on fe fert , eft toujours claire » .
Courage donc , & agiffons pendant
que nous le pouvons ; moyennant l'activité
, nous ferons beaucoup plus , avec
moins de peine. « L'oifiveté, comme dit
» le bonhomme Richard , rend tout dif
» ficile ; l'induſtrie rend tout aifé ; celui
qui fe lève tard , s'agite tout le jour ,
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
» & commence à peine fes affaires , qu'il
→ eft déjà nuit. La pareffe va fi lentement,
» comme dit le bonhomme Richard
» que la pauvreté l'atteint tout d'un coup :
pouffez vos affaires , comme il dit en-
» core , & que ce ne foit pas elles qui
» vous pouffent. Se coucher de bonneheure
& fe lever matin , font les deux
meilleurs moyens de conferver fa fanté ,
fa fortune & fon jugement ».
""
1
trop
$3
Mais , indépendamment de l'induftrie,
il faut encore avoir de la conftance , de
la réfolution & des foins. Il faut voir fes
affaires avec fes propres yeux , & ne pas
fe confier aux autres. « Car , comme
» dit le bonhomme Richard , je n'ai ja-
» mais vu un arbre qu'on change fouvent
de place , ni une famille qui déménage
fouvent , profpérer autant que
d'autres qui font ftables . Trois dé
ménagemens font le même tort qu'un
incendié ; il vaut autant jeter l'arbre au
fea , que de le changer de place . Gardez
votre boutique , & votre boutique
vous gardera. Si vous voulez faire votre
affaire , allez y vous même ; fi vous vonlez
qu'elle ne foit pas faite , envoyez-y.
Pour que le laboureur profpère , il faut
qu'il conduife fa charrue ou qu'il la
NOVEM BR E. 1777. 109
tire lui-même. L'ail d'un maître fait
plus que fes deux mains . Le défaut de
foins fait plus de tort que le défaut de
favoir. Ne point furveiller aux journa
liers , eft la même chofe que livrer fa
bourfe à leur difcrétion. Le trop de
confiance dans les autres eft la ruine de
bien des gens . Car , comme dit l'Almanach
, « dans les affaires de ce monde ,
» ce n'eft pas par la foi qu'on fe fauve ,
» c'eft en n'en ayant pas ».
« C'en eft affez , mes amis , fur l'in
duftrie & fur l'attention que nous devons
donner à nos propres affaires ; mais ,
après cela , nous devons avoir encore la
tempérance , fi nous voulons affurer les
fuccès de notre induftrie. Si un homme
ne fait pas épargner en même-tems qu'il
gagne ,
il mourra fans avoir un fol , après
avoir été , toute fa vie , collé fur fon
ouvrage . ་ Plus la cuifine eft graffe .,
dir le bonhomme Richard , plus le reftament
eft maigre . Bien des fortunes
fe diffipent en même- temps qu'on les
gagne , depuis que les femmes ont négligé
les quenouilles & les tricots pour
la table à thé , & que les hommes ont
quitté pour le punch, la hache & le marteau,
« Si vous voulez être riche , dit-il ,
110 MERCURE DE FRANCE.
dans un autre Almanach , n'apprenez
pas feulement comment on gagne ; fachez
auffi comment on ménage » . Les
Indes n'ont pas enrichi les Efpagnols ,
parce que leurs dépenfes ont été plus
confidérables que leurs profits.
autres encore
>
>
剪
»Lebonhomme Richard nous prévient
prudemment que l'orgueil de la parure
eft un travers' funefte. Avant de confulter
votre fantaisie , confultez votre bourſe.
L'orgueil eft un mendiant qui crie auffi
haur que le befoin , mais qui eft infiniment
plus infatiable . Si vous avez acheté
une jolie chofe , il vous en faudra dix
afin que l'affortiment
foit complet ; car , comme dit le bonhomme
Richard » il eft plus aifé de
réprimer la première fantaifie , que de
» fatisfaire toutes celles qui viennent en-
» fuite». Il eft auffi fou au pauvre de vouloir
être le finge du riche , qu'il l'étoit à la
grenouille de s'enfler pour devenir l'égale
du boeuf. Les gros vaiffeaux peuvent rif
quer davantage ; mais il ne faut pas que
les petits bateaux s'éloignent jamais du
rivage , les folies de cette efpèce font
bien- tôt punies ; car , comme dit le
bonhomme Richard , la gloire qui dîne
de l'orgueil, fait fon fouper du mépris ».
»
NOVEMBRE. 1777. 111
Et le bon-homme dit encore ailleurs :
» la gloire déjeune avec l'abondance
dîne avec la pauvreté , & foupe avec la
» honte » . "
On a joint à ce petit Ouvrage : 1º.
l'Interrogatoire que M. Francklin fubit
au mois de Février 1766 , devant le Parlement
d'Angleterre ; 2 ° . la conftitution
de la République de Penfylvanie , telle
qu'elle a été établie par la Commiſſion
générale de Philadelphie , au mois de
Juillet 1776 ; 3 °. l'interrogatoire de M.
Penn , à la Barre du Parlement , au
mois de Novembre de la même année .
Ces trois Pièces , qui ont déjà paru en
différens temps dans les Papiers publics ,
font très- intéreffantes pour tous ceux qui
veulent fe mettre au fait de ce qui concerne
l'Amérique Septentrionale.
Loiſirs de Libanius , Poëme philofophique
; par M. Duclofel d'Arnery
Écuyer. A Londres ;, & à Paris , chez
Cailleau , Imprimeur - Libraire , rùe
Saint-Severin.
Il y a peu d'apparence qu'il exiſte
d'original de ce Poëme , encore moins
que ce foit une production du fameux
112 MERCURE DE FRANCE .
و د
Libanius , Sophifte d'Antioche , Cont
temporain & ami de l'Empereur Julien.
Ou ne donne d'ailleurs d'autre indication
là- deffus , que ce laconique avertif
fement. « Il paroît que Libanius s'étoit
permis d'imiter Properce , Juvénal &
» Perfe on a cru devoir indiquer les
fources dans lesquelles il a puifé » . Ce
qui veut dire vraisemblablement que
M.
Duclofel d'Arnery a emprunté quelques
endroits de ces Poëtes Latins , qu'il a
cités au bas des pages de fon Poëme. Il y
en a auffi de Catulle & de Valériust
Flaccus...
Quoi qu'il en fait , le Pocce fe tranf
porte dans l'Antiquité; & , d'un ton vrai
ment philofophique , parcourt fucceffi+
vement différens objets , tels que la va
nité des richeffes , des honneurs & da
pouvoir ; l'ignorance de l'homme fur
fon effence , fur celle de l'Univers qu'il
habite , & fur les fecrets de la Nature ;
ignorance qui étoit encore plus grande
au tems où l'on fuppofe cet Ouvrage
écrit. Il finit par une fortie contre les
Tyrans & les Guerriers fanguinaires.
Nous allons citer quelques morceaux
de ce Poëme , pour donner une idée du
ftyle. On y reconnoîtra de la nobleffe ,
NOVEMBRE. 1777: 112
de la facilité , & quelquefois de l'harmonie.
Le jour fuccède au jour , & la fource féconde
Voit à la fois renaître & fe perdre fon onde ;
Les frimats ont un terme , & bien-tôt au vallon
Flore rend fon émail flétri par l'aquilon ;
Mais la nuit de la mort eft la nuit éternelle .
Envain, belle Euridice, un tendre époux t'appelle
Envain il te ramène aux bords de l'Achérons
Nul nortel ne revient du féjour de Pluton ;
Nul ne fort de fa tombe ; & la parque inflexible
Ne ranime jamais notre cendre infenfible.
Prévenons le fommeil de certe affreufe nuit ;
Arrêtons , s'il le peut , le moment qui nous fuit.
Quel eft cet Univers , & que fuis-je moi-même ?
Eft-il un premier Etre , un Arbitre fuprême ,
Un Souverain des Rois , tout- puiffant , éternel ,
Un feul Dieu , Créateur de la Terre & du Ciel ,
Quicommande aux Saifons, tonne dans les nuages,
Brille dans le Soleil , vit dans tous les Ouvrages ;
Et ces différens Dieux fur la Terre adorés ,
Seroient- ils de vains noms par l'erreur confacrés ?
Quelle eft l'impulfion dont la force inviſible
Augmente au même inftant le progrès infenfible
114 MERCURE DE FRANCE.
Du flambeau de la nuit & du reflux des mers ?
Quelle caufe au même ordre affervit l'Univers ,
Répand fur nos jardins le doux parfum des roſes ,
Le mie! fur le bouton des fleurs à peine écloſes ,
Dans les flancs déchirés du rocher écumant ,
Fait retentir des flots le long mugiffement ,
Et porte dans la plaine , autrefois inondée ,
L'arbre chargé de fruits , la tige fécondée ?
Eft-il un Prométhée & des Géans rebelles ,
De l'éternel courroux victimes éternelles ?
Dois-je croire auTartare,aux vautours d'Alcméon,
Ala foifde Tantale , aux ombres d'Ixion ?
Non , je redoute peu l'indomptable Cerbère ,
L'ardente Tifphone & la pâle Mégère ;
Mais l'Univers annonce un Maître à l'Univers ,
Le tyran fur le Trône , un vengear aux Enfers .
Puiffant Père des Dieux ! dans le fein du coupable,
Hâte- toi de plonger ton glaive redoutable ;
Que dis- je , pour punir ces brigands couronnés ,
Montre la bienfaifance à leurs coeurs étonnés ;
Montre-leur de Numa la Statue adorée ,
Et des Tarquins profcrits la mémoire abhorrée.
NOVEMBRE. 1777. IIS
Qu'en proie au noir ſoupçon , à la crainte , au
remord ,
Ils déteftent la vie & redoutent la mort.
La fin de ce dernier morceau , eſt une
imitation libre de ces beaux vers de
Perfe :
Magne Pater Divûm , favos punire tyrannos
Haud aliâ ratione velis , cum dira libido
Moverit ingeniumferventi tinda veneno ;
Virtutem videant , intabefcantque reliftâ.
Les Plaifirs de Campagne , ou les Plaifirs
variés , Comédie en un Acte & en
Profe ; par M. de V *** , Avocat au
Parlement. A Paris , de l'Imprimerie
de Quillau , rue du Fouarre , près la
Place Maubert. 1777 , in- 8 ° .
Cette petite Comédie paroît n'être
qu'un amufement de Société. Il y a peu
d'intrigue & de fituations neuves ou
théâtrales ; mais la facilité & la rapidité
du ftyle & du Dialogue , annoncent
qu'elle a coûté fort peu de travail à l'Auteur
; & qu'il feroit très- en état , en s'en
Occupant plus férieufement , de produire
116 MERCURE DE FRANCE.
quelque Ouvrage Dramatique plus confidérable
& plus intérellant. Celui - ci fe
rapproche affez du genre des petits Drames
connus fous le nom de Proverbes.
Le Héros de la Pièce eft un M. de la
Pépinière , riche Particulier , poffeffeur
d'une maifon de Campagne à quelques
lieues de Paris , dans laquelle l'Auteur
place la Scène . Le caractère de ce M. de
la Pépinière , entiché de la mante du jardinage
, eft comique & bien faifi , & fait
à-peu -près tout le fujer de la Comédie.
Un Préfident, un Comte , & leurs époufes
, amis & amies de M. & de Madame
de la Pépinière , viennent jouir chez eux
des plaifirs de la Campagne. Un jeunehomme
nommé Etafte , amoureux de la
fille de M. de la Pépinière , fe fait annoncer
chez lui en qualité de Marquis
de Sardan ; & d'Amateur du jardinage ,
fous prétexte de voir fon jardin , mais
en effet pour faire connoître fon amour.
M. de la Pépinière , qui s'occupe fans
ceffe autour de fes arbriffeaux , & ne
laiffe rien faire à fon Jardinier , fait , en
vefte bianche , les honneurs de fa maifon.
Toute la Compagnie fe raffemble. Le
Comte de Bruyancour , un des amis
du Jardinomane , fe trouve être l'oncle
NOVEM BR E. 1777. 117
d'Erafte , qui profite de cette favorable
circonftance pour fe déclarer. On confent
à lui donner Angélique , à laquelle il
avoit déjà trouvé l'occafion de fe faire
connoître , & de plaire.
1
Les Aventures deTélémaque, fils d'Ulyffe;
par feu Meffire François de Salignac
de la Morte Fénélon , Précepteur de
Meffeigneurs les Enfans de France , &
depuis Archevêque- Duc de Cambrai ,
Prince du Saint-Empire , &c . Livre
VIIe , mis en Vers par M. H. F. Pelletier
, dédié au Roi , & qui a été préfenté
, par l'Auteur , à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale . A Paris , chez
la veuve Duchefne & le Jay, Libraires,
rue S. Jacques. Prix , 1 liv. 4 f.
L'Auteur regarde leTélémaque comme
l'un des meilleurs Livres de morale que
l'on puiffe mettre entre, les mains des
jeunes gens: mais pour qu'ils puiffent setenir
plus facilement les beaux préceptes de
Mentor, il a entrepris de mettre cet Ou
vrage en vers. Il a fait imprimer le VII
Livre feulement, que le Public juge
fifa Poefie fera plus favorable à fa me
moire , que la profe harmonieufe de
C
7
118 MERCURE DE FRANCE.
l'illuftre Fénélon . Nous ne ferons que
citer quelques- uns de fes vers. Si, d'après
leur lecture , on veut fe faire inferire
chez lui , M. Pelletier demeure rue neuve
de Richelieu , an coin de la rue de la
Harpe. Il ne recevra point d'argent ,
mais feulement les noms des perfonnes
qui defireront avoir l'Ouvrage entier.
C'eft ainfi que Mentor parle à Télémaque
, pour le détourner de fa funefte
paffion pour Eucharis.
TÉLÉ QUE
Voilà, pour Eucharis , quels font mes fentimens.
Un feul adieu , Mentor , je pars en ces momens.
MENTOR.
1
O! repliqua Mentor , & quelle erreur extrême !
Dans votre égarement , vous comptez fur vousmême.
En vous, fi fortement agit la paffion ,
Que vous n'en fentez pas l'ardente impreffion. T
Etrange aveuglement ! homme foible & fragile !
Vous demandez la mort, &yous croyez tranquille!
NOVEM BR E. 1777. 119
Quoi! ne pouvant quitter votre Nymphe en ce
jour ,
Vous croyez votre coeur infenfible à l'amour ?
Vous la voyez par - tout , - & vous n'entendez
qu'elle ;
Tout autre, maintenant , vainement vous appelle .
Celui qui dans la fièvre a le tranſport affreux ,
Dit qu'il n'eft point malade , & qu'il le trouve
heureux.
Un jour vous devez voir , aveugle Télémaque ! ·
Ulyffe & votre Mère , au Royaume d'Ithaque ;
Vous y devez régner. Les Maîtres des Humains
Vous ont promis la gloire & les plus grands deftins,
Tout prêt à rejeter leur faveur defirable ,
D'en connoître le prix vous étiez incapable ;
Vous renonciez à tout ; vous braviez le mépris
Pour vivre fans honneur avec votre Eucharis.
Lorſqu'à tous vos devoirs votre amour vous arrache
,
Direz-vous qu'Eucharis n'a rien qui vous attache ?
Pourquoi voulez - vous donc defcendre chez les
morts?
Et devant Calypfo, d'où venoient vos tranſports ?
Ne craignez point qu'ici , blâmant votre foibleffe,
J'imprime àvotre front la honte & la triſteſſe. )
Mon coeur qui vous chérit , déplore en ce mo
ment ,
20 MERCURE DE FRANCE .
L'ivreffe de votre ame & votre aveuglement.
Craignez vos paffions , redoutez-en la fuite ;
Pour furmonter l'amour , il faut prendre la fuite ;
Les combats avec lui font des combats honteux ;
Et qui faitmieux le fuir eft le plus courageux.
Les foins que j'ai pour vous pris depuis votre enfance
;
Des périls évités toujours par ma prudence ;
Mon amitié pour vous , mon zèle , mon ardeur ;
Ces chofes font , fans doute , encor dans votre
coeur.
Groyez donc les confeils qu'un tendre ami vous
donne ,
Ou fouffrez aujourd'hui que je vous abandonne.
Votre tourment m'accable , il déchire mon coeur.
Vous ignorez , hélas ! l'excès de ma douleur.
Vous ne concevez pas la cruelle fouffrance ,
Les maux que près de vous m'a coûté mon filence.´
-Dans les vives douleurs de fon enfantement ,
Votre mère , fans doute , eut un moindre tour-
{ $lit ment.
Succombant au chagrin, ma mort étoit prochaine;
Etouffant mes foupirs , j'ai dévoré ma peine .
Je voulois voir encor fi , pour moi , votre amour
S'annonceroit enfin par un heureux retour.
O mon fils ! mon cher fils ! mon unique expérance;
Cent
NOVEM BR E. 1777. 121
Cent fois plus cher
tance ,
pour
moi
que ma propre
exif-
Soutenez ma vieilleffe , & foulagez mon coeur ;
Rendez-moi Télémaque , & faites mon bonheur.
Faites luire à mes yeux une vertu fuprême ;
Rendez - vous à l'honneur , rendez - vous à vousmême.
Si la fagelle en vous peut furmonter l'amour ,
Je redeviens heureux , & je revois le jour :
Mais trahiffant l'honneur , fi l'amour vous enivre ,
C'eft fait de votre ami, Mentor ne peut plus vivre.
Le Chrétien fidèle à fa Vocation OLL
Réflexions fur les principaux Devoirs
du Chrétien , diftribuées pour chaque
jour du mois , & utiles pour les retraites
; avec le Tableau d'un vrai
Chrétien , compofé de paffages choifis
des Saints Docteurs de l'Eglife : nouvelle
édition , revue , corrigée &
augmentée. A Paris , chez Eugène
Onfroy , Libraire , à l'entrée du Quai
des Auguftins , près le Pont S. Michel ,
au Lys d'or , in- 12 , rel . 2 liv.
L'ufage & l'utilité d'un pareil Ouvrage,
fait pour l'édification des Fidèles,
font fuffifamment indiqués par le titre
F
122 MERCURE DE FRANCE .
On avertit que dans cette nouvelle édition
, on a ajouté des Titres ou Sommaires
à la tête de chacun des trois Paragraphes
qui partagent les Réflexions de
chaque jour ; & qu'on a mis à la fuite de
la Prière , un texte des Divines Écritu
res propres à rappeler l'objet des précédentes
Réflexions.
Apologie de Shakefpéar , en réponſe à la
critique de M. de Voltaire , traduite
de l'anglois de Madame Montagu . A
Londres ; & fe trouve à Paris, au grand
Corneille , rue S. Jacques ; & chez
Mérigot le jeune , quai des Auguftins ;
in -8°.
L'originalité eft fans doute un précieux
avantage ; l'Ecrivain qui le poffède paffe
à la postérité , & laiffe bien loin derrière
lui fes Imitateurs , à quelque degré de
perfection qu'ils aient porté l'art par leurs
Travaux . Le génie invente , l'art travaille
& perfectionne. On a toujours accordé
au Père du Théâtre Anglois , les prérogatives
de l'originalité & du génie ; & fi
l'on fe contentoit de dire qu'elles éclipfent
fes défauts , ou que du moins elles
les compenfent , ce jugement ne feroit
NOVEMBRE. 1777. 123
› Ou
pas tout-à -fait contredit ; mais les An
glois ont donné dans tout l'excès de
Penthoufiafme . Ils ont voulu préfenter
leur Poëte comme un modèle accompli ,
& transformer fes écarts les plus manifeftes
, quelquefois les plus extravagans ,
en merveilles d'un génie créateur
les excufer fous le nom de licences d'un
grand Maître. Les bons efprits ne fe
laiffent pas aller aux préventions ; les
vrais critiques prennent la balance &
jugent. Madame Montagu , après tant
d'autres , a entrepris d'apprécier Shakefpéar
; mais elle ne s'eft pas dépouillée de
fon enthoufiafme , qui ne lui permettoit
que quelques obfervations , & qui lui
en interdifoit un grand nombre d'autres.
Il ne faut pas s'imaginer , comme on
pourroit le faire à l'inſpection du titre ,
que cet ouvrage eft récent , & qu'il n'a
été compofé que pour répondre à la
fameufe lettre de M. de Voltaire , lue à
l'Académie Françoife dans la féance de
la S. Louis de l'année dernière . Cette
lettre à feulement donné lieu à la traduction
: l'apologie de Shakefpéar eft antérieure
de plufieurs années . Elle contier.t
une introduction , où l'on apprend qu'en
effet Madame Montagu , Torfqu'elle a
!
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
pris la plume , y a été excitée par l'hu
meur que lui avoient infpirée quelques
critiques de Shakefpéar en général , &
M. de Voltaire en particulier. Cette
introduction eft fuivie d'un traité fur la
poëfie dramatique , fur le drame hiſtorique
, de réflexions fur les deux pièces
intitulées Henri IV , d'une differtation
fur les êtres furnaturels , & fur l'ufage
qu'on en peut faire dans les repréfentations
théâtrales ; fur la Tragédie de
Macbeth , le Cinna de Corneille , le
Jules - Céfar de Shakefpéar , & celui de
M. de Voltaire . Madame Montagu avoit
autli fait des obfervations fur la Tempête ,
pièce qu'on regarde comme celle dans
laquelle le Poëte Anglois a déployé avec
le plus de force , fes talens inventifs ;
mais le Traducteur les a omifes .
On ne peut refufer de juftes éloges
à Madame Montagu ; fon ouvrage en
général eft bien fait ; il intéreffe par
plufieurs réflexions folides , & quantité
de critiques judicieufes ; mais il y règne
beaucoup d'engouement , fi nous pouvons
nous exprimerainfi , & fur- tout un certain
ton de hauteur nationale qui indifpofe.
S'il faut l'en croire , fa Nation eft la feule
qui connoiffe le ton , les moeurs , les
NOVEM BR E. 1777. 125
convenances de tous les Perfonnages que
l'Antiquité peut fournir au Théâtre ;
de forte que quand la ſcène eſt à Athènes ,
à Sparte , à Rome , en Perfe , le Specta
teur Anglois s'y tranfporte , & n'eft fatif
fait qu'à proportion de la vérité avec
laquelle les Objets & les Perfonnages de
ces tems & de ces lieux lui font offerts.
Par- tout ailleurs , infinue Madame Montagu,
il n'y a que quelques Eccléfiaftiques ,
quelques Lettrés , quelques Académiciens
familiarifés avec les écrits anciens ,
qui foient initiés à ces connoiſſances .
Le gros de la Nation , qui ne fait point
quels doivent être les Grecs ou les Romains
, les Afiatiques ou les Scythes ,
les prend comme on les lui donne.
D'après cela tous les Anglois , ou du
moins prefque tous , font des Savans .
Madame Montagu, en exaltant Shakefpéar
, ne perd pas l'occafion de rabaiſſer
tous fes rivaux , Anglois ou étrangers ;
c'eft fur-tout contre Corneille qu'elle
exhale le plus de bile : Corneille , qui
paffe pour exceller dans le coftume
dramatique , ce Corneille plus Romain
que les Romains même , n'eft à fes yeux
qu'un Romancier dans le genre de la
Calprenéde & de Scudéry . Les Horaces ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
dit- elle , dans les difcours qu'ils adreffent
au Roi , font auffi humbles , auffi fouples
que les Courtifans de Louis XIV. Théfée
n'eft qu'un Berger langoureux . Plufieurs
des plus grands Hommes de l'antiquité
, & même des Héros fabuleux ,
dont l'époque remonte aux tems où les
mours étoient encore les plus fauvages ,
ne font produits für le Théâtre François
que fous cette forme efféminée. Le Poëte
cherche quelquefois à illuftrer fa pièce
du nom d'Hercule ; mais par malheur il
lui arrache fa maffue pour ne montrer
que le fufeau au Spectateur , & c. Il est
certain que voilà la première fois que ,
nous avons vu trouver l'air François à
Horace .
De Corneille, Madame Montagu paffe
à fon illuftre Commentateur ; on fait
que M. de Voltaire a apprécié Shakefpéar
, qu'il en a parlé en homme de
génie , mais dont le goût eft très-délicat ;
il est tout fimple que des Anglois
enthoufiaftes ne lui pardonnent pas fes
jugemens. Nous ne nous arrêterons pas
à ces détails , que l'on ne doit attribuer
qu'à l'humeur de l'amour-propre offenfé.
Nous indiquerons de préférence quelques
obfervations qui feront plaifir.
NOVEM BR E. 1777 . 12 /
Les fujets tirés de l'Hiftoire de la
Grèce , doivent offrir les moeurs Grecques
; ce n'eft point affez qu'Agamemnon
foit repréfenté comme un Roi &
un grand Général ; cela ne le diftingue
pas de Guftave- Adolphe : il faut qu'il
penfe & qu'il s'exprime comme un
Roi & un Général Grec , forfqu'il veut
facrifier fa fille à Diane . Si Shakespéar
, dans la mort de Jules - Céfar ,
n'avoit pas peint les Romains tels qu'ils
étoient , Brutus ne paroîtroit qu'un
déteftable affaffin ; au lieu qu'il a l'art
de le faire envifager comme le vengeur
de fa Patrie . Il en eft de même du Caton
d'Addiffon ; il paroîtroit un fou de fe
tuer , parce qu'il y avoit apparence que
Céfar deviendroit Dictateur perpétuel s
il falloit tirer cette réfolution du fond
de fon ame Romaine. Pourquoi habille-
t-on les Héros faivant le coftume ?
C'est qu'ils paroîtroient ridicales avec
des habits modernes . Ne le font -ils pas
plus avec nos moeurs & nos difcours ?
On impofe févèrement aux Peintres
cette loi du coftume , quoiqu'ils n'offrent
que des figures muettes ; & l'on en difpenfe
ceux qui veulent peindre l'ame &
le caractère ! Voilà des contradictions
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
dont la conduite des hommes fourmille ;
mais il ne faudroit pas du moins qu'elles
fe trouvaffent chez ceux qui s'érigent en
Légiflateurs du Théâtre , en arbitres du
goût. Le Poëte Anglois ne favoit pas
autant de régles qu'eux , mais il puifoit
dans la fource d'où fortent toutes les
bonnes régles , dans la nature.
Ces obfervations font en général celles
d'un efprit qui voit bien ; mais voit- il
de même , quand il en fait l'application ?
Cette production curieufe peut donner
une idée du degré d'enthoufiafme que
Shakefpéar a infpiré aux Anglois ; ce
qu'il y a de plus fingulier , c'eft qu'il
fubfifte à ce point , 161 ans après fa mort;
peut- être s'eft il oppofé jufqu'à préfent
& s'oppofera- t- il toujours à la perfection
du Théâtre Anglois. Le génie hardi ,
mais fauvage qui l'a créé , femble avoir
circonfcrit la carrière d'où fes fucceffeurs
n'ofent pas forrir. Il nous rappelle Hercule
pofant les bornes du monde , & les
fiècles qui fe font écoulés avant que les
Navigateurs timides aient ofé entreprendre
de les paffer.
Entretiensfur l'état de la Mufique Grecque,
vers le milieu du quatrième fiècle ,
NOVEM BR E. 1777 . 129
avant l'Ere vulgaire ; grand in 8 ° .de
110 pag. Prix , 1 liv . 10 f. broché.
A Paris , chez les frères Debure , Libraires
, Quai des Grands Auguftins.
1777.
On fuppofe qu'un étranger , qui ſe
trouvoit à Athènes vers l'an 360 avant
Jésus- Chrift, rend compte, dans ce petit
Ouvrage , des deux inftructions qu'il avoit
eues fur la Mufique avec un Diſciple
de Platon. Plufieurs raifons ont engagé
l'Auteur à choisir cette époque. Les Athéniens
n'avoient jamais été fi éclairés : il
s'opéroit une révolution éclatante dans la
Mufique. Platon , Ariftote , Ariſtonème ,
vivoient dans ce fiècle. Les deux premiers
ont parlé de cet Art en Philofophes ;
le troifième en a donné la théorie . Ainfi
le premier entretien roule fur la partie
technique de la Mufique. On ydéveloppe
tous les élémens de la Mufique proprement
dite ; favoir , le fon , les intervalles ,
les accords , les genres , les modes , le
rithme. En finiffant l'explication de ce
dernier article , l'Auteur obferve qu'il
n'eft point de mouvemens dans la nature
& dans nos paffions , qui ne retiennent
dans les diverfes efpèces de rythmes , des
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
mouvemens qui leur correfpondent , &
qui deviennent leur image . Ces rapports
font tellement fixés , qu'un chant perd
tous fes agrémens dès que fa marche eſt
- confufe , & que notre ame ne redit pas ,
aux termes convenus , la fucceffion_périodique
des fenfations qu'elle attend.
La feconde collection roule fur la partie
morale de la Mufique.
Il n'y a qu'une expreffion pour rendre
dans toute fa force une image ou un fentiment.
Elle excite en nous des émotions
d'autant plus vives , qu'elle fait retentir
dans nos coeurs la voix de la nature . D'où
vient que les malheureux trouvent avec
tant de facilité le fecret d'attendrir & de
déchirer nos ames ? C'eft que leurs accens
& leurs cris font le mot propre de
la douleur. Dans la Mufique vocale , l'expreffion
unique eft l'efpèce d'imitation
qui convient à chaque parole , à chaque
vers . Or , les anciens Poëtes , qui étoient
tout-à-la-fois Muficiens , Philofophes ,
Légiflateurs , obligés de diftribuer euxmêmes
dans leurs vers , la modulation
dont ces vers étoient fufceptibles , ne
perdirent jamais de vue ce principe . Les
paroles , la modulation , le rithme , ces
trois puiffans agens dont la Mufique fe
NOVEM BR E. 1777. 131
fert pour imiter , confiés à la même main ,
dirigeroient leurs efforts de manière que
tout concourroit également à l'unité
d'expreflion .
Cet Ouvrage fe fait lire avec intérêt, &
prouve dans l'Auteur autant de goût que
d'érudition .
Nouvelle Méthode pour les Changes de la
France , avec toutes les Places de fa
correfpondance , contenant , 1 °. les
nombre fixes pour tous les prix de
change dans le commerce , avec les
opérations faites par une fenle multiplication
& prouvées par la méthode
ordinaire ; 2 °. des nombres fixes
pour faire les efcomptes des fous
par une feule multiplication depuis.
un & demi pour cent , jufqu'à dix &
demi ; 3. des nombres fixes pour
réduire les piaftres d'Efpagne & autres
matières d'argent , au titre de 10 deniers
20 grains par une feule multiplication
, avec des exemples des uns
& des autres par cette méthode abrégée
, & leurs preuves par la méthode
ordinaire ; par M. Jofeph-René Ruelle ,
Arithméticien & teneur de Livres
à Lyon. Prix , 6 liv. broché . A Lyon ,
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
chez les frères Périffe , Libraires ,
rue Mercière .
L'annonce de cet Ouvrage en fait fentir
fuffifamment le plan & l'utilité . L'Auteur
eft parvenu à compofer des nombres
fixes pour opérer , par une feule multiplication
, les changes de la France avec
toutes les places de fa correfpondance ,
à tous les prix de changes qui font en
ufage dans le commerce. On trouve
dans ce recueil , non - feulement des nombres
fixes pour réduire l'argent de France
en monnoie étrangère , mais encore d'autres
nombres fixes pour réduire les monnoies
étrangères en argent de France
avecles inftructions néceffaires pour opérer
les changes par cette nouvelle méthode.
Eloge hiftorique de M. Venel , Profeffeur
en Médecine dans l'Univerfité de
Montpellier , Membre de la Soiété
Royale des Siences , Infpecteur général
des Eaux minérales de France , qui
fera fuivi d'un Recueil ou Précis de
fes différens Ouvrages ; par M. JJ.
M... Docteur en Médecine de l'Univerfité
de Montpellier , &c. Broch .
NOVEM B R E. 1777. 133
de 78 pag. in-8 ° . Prix , 1 liv . 4 f.
A Grenoble , chez Cuchet, Imprimeur-
Libraire. A Paris , chez Nyon , Libraire
, rue St Jean- de-Bauvais.
L'éloge d'un Savant , eft en mêmetemps
celui de la fcience dans laquelle il
s'eft diftingué . M. Venel fe rendit recommandable
parfes profondes connoiffances
en Médecine & en Chymie. C'est dans
cet éloge même qu'il faut lire le fuccès
de fes travaux & de fes études , qu'il a
toujours rapportés à l'utilité de fes concitoyens.
> res memorabiles ex
à
Hiftoria Gracorum
Trogo -Juftino , nec-non Cornelio
Nepote collectæ ad operis calcem accefcêre
brevi & gallico fermone, quæ
Scriptoribus Græcis traduntur de Græcis
primordiis ; quæ heroica tempora
funt appellata , & Poëtarum commentis
intermixta ; ad ufum juventis . Parifiis
, apud Nicolaum Ruault , Bibliopolam
, viâ cithareâ. 1777. Prix
relié en parchemin , 1 liv. 4 f.
Cet abrégé , en Latin , de l'Hiftoire
Grecque , eft conduite jufqu'au temps
134 MERCURE DE FRANCE .
qu'Athènes paffa fous la puiffance des
Romains ; c'est -à- dire , lorſque la Grèce
entière fut réduite en Province Romaine .
C'eft une lecture en même-temps inftruc
tive & amufante pour les jeunes gens qui
étudient la Langue Latine. Toute cette
Hiftoire intéreffante eft divifée en paragraphes
, qui forment autant de leçons
toujours remarquables par quelques faits
effentiels. On a mis à la fin de ce petit
Livre un Sommaire en François , de
l'Hiftoire des premiers temps de la
Grèce.
Nouveau Plan d'éducation complette , ou
Didactique générale , où feront détaillés
les vices de l'éducation actuelle ,
avec les moyens de les rectifier , &
dans lequel fe trouveront toutes faites
& prêtes à donner , les leçons de routes
les différentes parties qui peuvent
entrer dans l'inftitution la plus fuivie ;
Ouvrage utile à tout le monde , &
mis à la portée de tout le monde. Par
M. Carpentier , Maître - ès - Arts de
l'Univerfité Profeffeur public de
Langue Françoife , de Géographie &
de Belles Lettres Tome er in- 16 .
Prix , 1 liv. 4 f. broché . A Paris ,
و
NOVEM BR E. 1777. 135
chez Defnos , Ingénieur , Géographe
& Libraire , rue St Jacques , au Globe .
Le premier Tome du nouveau plan
d'Education que nous venons d'annoncer
, comprend la Grammaire & la Syntaxe
Françoife , réduite en 120 petites
leçons mifes à la portée des enfans
du plus bas âge ; & 48 autres petites
leçons très faciles , pour fervir d'introduction
, tant à la Géométrie qu'à la
Géographie, & même àl'Anatomie. Chacun
des tomes de cet Ouvrage , ainfi que
s'en explique l'Auteur lui-même dans un
avis , pourra être confidéré comme un
petit Ouvrage féparé ; & il n'a appelé
celui ci premier que pour indiquer
l'ordre dans lequel ces leçons doiventêtre
données aux enfans . Comme les
volumes fuivans , ainfi que celui - ci
feront régulièrement de 192 à 200 pages ,
l'Auteur donnera chaque fois une feuille
féparée de la Grammaire ' , de la Syntaxe
, de la Géométrie , de la Géographie
, &c. pour la commodité de ceux
qui voudront raffembler de fuite les leçons
concernant la même fcience .. Ces
leçons font écrites fous la forme d'un
Dialogue clair & précis. Cet.Ouvrage
و
136 MERCURE DE FRANCE .
par ce moyen , utile à la jeuneffe , le fera
encore aux pères & mères , qui y trouveront
des leçons faciles pour s'affurer du
progrès de leurs enfans , ou leur enfeigner
les premiers élémens des connoiffances
utiles.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Monfieur , en rendant compte dans le fecond
Volume du Mercure d'Octobre , pag. 87 , de
I'Éloge du Chancelier de l'Hopital , dont la devife
eft , Nec vita animaque peperci , &c. vous
avez cherché à combattre la critique qui vous a
été faite fur un endroit du Difcours où l'Auteur
avance , que les ames fortes ont un penchant naturel
pour les opinions hardies & dangereufes.
Cette affertion feroit en effet dangereufe ellemême
, fi elle pouvoit fignifier que les amesfortes
ont un penchant naturel pour les opinions qu'il
feroit dangereux pour la Société de voir adopter
par un grand nombre d'hommes. Je puis auffi vous
affurer que ce n'eft point ce fens coupable que
l'Orateur a voulu faire entendre , comme je dois
l'attefter d'après lui-même. Il feroit d'ailleurs
autant abfurde qu'injufte , d'adopter une interprétation
différente & éloignée de celle qui fe
préfente naturellement . Cette phrafe , de la manière
qu'elle eft placée , & fuivant les principes
de l'eftimable Auteur du Difcours , veut feulement
dire que les ames fortes ont un penchant
NOVEM BR E. 1777 . 137
naturelpour les opinions , qui expofent ceux qui les
adoptent , à quelque danger. C'eſt une vérité de
fait trop confirmée par l'Hiftoire , pour la nier ;
juftifiée d'ailleurs, dans ce même Difcours , par
l'exemple du Chancelier de l'Hopital , qui eut
fouvent la noble hardieffe de s'expofer à la haine
de fa Nation pour la fervir.
Je fuis , Monfieur , & c.
AVIS.
Madame la veuve Duchefne , Libraire , rue S.
Jacques , au Temple du Goût , fait une nouvelle
édition de la France Littéraire , qui paroîtra dans
le cours de Janvier prochain. C'eft chez elle que
MM. les Gens de Lettres , & autres perfonnes
intéreffées à l'exactitude des notices , foit des
Auteurs , foit des Ouvrages , font priés d'envoyer
des Notes détaillées de ce qui les concerne , & le
plutôt poffible , afin que les articles qui les intéreffent,
foient rédigés ou corrigés comme ils le defirent
. Leur négligence de fatisfaire à cette demande,
fera feule la caufe des fautes, méprifes ou
omiffions dont ils pourroient fe plaindre .
138 MERCURE DE FRANCE.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
Projet d'un Prix d'Agriculture , in-12 ,
de 45 pages , petit caractèré , avec
deux planches gravées ; chez Knapen
& Ruault , &c , prix 18 fols. 1777.
C'EST fans doute une propofition
faite à ces Citoyens généreux , qui fe
font réunis pour diftribuer des encouragemens
pécuniaires aux Auteurs des inventions
, qu'ils reconnoîtront tendre à
perfectionner la pratique des Arts &
Métiers utiles ; & , certes , le premier &
le plus utile des Arts , eft celui de l'Agriculture.
L'Auteur invite à chercher une
machine qui n'exige ni plus de tems , ni
plus de frais que deux labours à la
charrue ordinaire , & qui puiffe produire
l'effet d'un labour à la bêche . Il prétend
que , par le fecours de cette invention ,
une partie des bonnes terres à froment
pourroit tous les ans rapporter du bled ,
non feulement fans fe détériorer , mais
même en s'améliorant. Il difcute les
NOVEM BR E. 1777. 139
objections qui pourroient lui être faites,
& qu'il faut lire dans l'Ouvrage même :
il entreprend de plus de montrer la facilité
& l'avantage de l'emploi de cette
machine à trouver ) qui feroit tripler
la valeur de certaines fermes fufceptibles
de la culture qu'il propofe. Il parle
encore d'une pratique , qui feroit bien.
aufli une découverte nouvelle ; c'eft de
femer du bled d'hiver au commencement
du printems , de le faucher fouvent
dans l'été , fans jamais lui laiffer pouffer
fon tuyau , & il affure que la plante fe
confervera mieux l'hiver que celle du
bled femé en automne ; qu'elle donnera
d'auffi bonnes récoltes l'année fuivante
& moins fujette à verfer , parce que
paille en deviendra plus forte. C'eft aux
Amateurs de l'Agriculture , aux riches
Propriétaires , qui font valoir eux- mêmes
leurs poffeffions , à faire de femblables
tentatives ; & , d'après leurs expériences
, les Laboureurs fauront bientôt
préférer les pratiques les plus fûres ;
la
mais c'est aux Génies inventifs & aux
Mécaniciens , à trouver la machine
qu'on defire : ce feroit donc alors une
charrue portée à fa perfection , que l'Auteur
de ce projet voudroit nommer Bêchar.
140 MERCURE DE FRANCE.
Nous penfons que cet Opufcule doit
intéreffer les Curieux de la fcience rurale
, & qu'il mérite des éloges.
L'Art des Langues , chez Louis Cellot ,
Libraire-Imprimeur , rue Dauphine.
Cet Ouvrage préfente un plan nouveau
pour apprendre la Langue Latine
& toute autre Langue vivante ou morte.
Il a pour bafe la manière dont les
hommes apprennent leur Langue naturelle
dans toutes les nations ; la Répétition
immenfément fréquente des mêmes mots
dans les mêmes circonftances.
Ce plan, quoique nouvellement publié,
a déjà été exécuté à l'égard d'un grand
nombre d'enfans , même d'une capacité
fort ordinaire : on leur fait lire douze
pages de latin tous les jours ; ce qui rend
aux Langues mortes l'avantage des Langues
vivantes. Il faut entendre l'Auteur
lui- même prouver & développer cette
apparence de paradoxe.
Il en montre la poffibilité par le fait ,
entr'autres d'un enfant qui , à dix ans &
demi , ayant fuivi cette méthode , avoit
lu , après les principes de Grammaires
de toutes les Langues, plus de deux voluNOVEM
BR E. 1777. 141
mes du Selecta latini fermonis exemplaria
, & Phèdre deux fois , Salufte &
Florus en entier , les Eglogues de Virgile
, les fix premiers livres de l'Enéïde ,
les trois premiers livres des Odes d'Horace
aufi deux fois , & une fois feulement
les trois premiers livres de la
première Décade de Tite- Live.
Cet Ouvrage fait voir les défauts des
méthodes actuelles , qui conduifent les
enfans fans aucun ordre ; auffi leurs
travaux fourmillent - ils de fautes ; ce
qui nuit beaucoup à leurs progrès.
Dans le plan de l'Auteur, au contraire ,
les enfans ne peuvent , pendant toute
leur éducation , entendre une feule expreffion
vicieuſe , aucun folécifme , aucun
barbarifme ; mais , au contraire ,
une Langue toujours pure , les expref
fions des meilleurs Auteurs , des régles
mifes perpétuellement fous leurs yeux ,
avec des exemples de la plus grande &
de la plus conftante exactitude.
Cet méthode eft déjà fuivie au Collége
de la Flèche & dans plufieurs éducations
particulières ; elle épargne plus
de trois années d'étude : on fe propofe
même à la Flèche , de faire apprendre
fur le même plan l'Allemand & l'Anglois.
142 MERCURE DE FRANCE .
&
L'Auteur a adopté la deuxième éḍition
d'une Grammaire latine qui paroît
en même-tems chez le même Libraire
en quatré petits volumes. Le premier
donne les principes communs à toutes.
les langues , fous le titre d'Introduction
aux Langues. Le deuxième contient la
forme des mots latins , fous le titre de
Rudiment. Le troifième donne l'arrangement
des mots latins , fous le titre
de Syntaxe. Le quatrième indique la
manière de traduire le François en Latin,
fous le titre de Méthode Françoife- Latine.
Il faut voir dans l'Art des Langues ,
avec quelle précifion cette Grammaire
a été exécutée fous tous ces points de
vue ; les nouvelles obfervations qui y
font répandues fur la manière d'apprendre
aux enfans chacune de ces parties
de Grammaire ; & les exercices propres
à fe convaincre que les enfans les entendent
parfaitement , & qu'ils font en
état d'en faire ufage pour la traduction
de cette Langue.
Chacune des quatre parties de la
Grammaire Latine fe vend 12 fols . Les
quatre volumes reliés féparément en
carton , fe vendent enfemble 2 liv. 8 f.;
NOVEM BR E. 1777. 143
& l'art des Langues , broché , 1 liv . 10
fols.
^
Le même Libraire continue de vendre
l'Introduction aux Langues pour les enfans
ou pour les perfonnes d'un âge
plus avancé de l'un & l'autre fexe , qui ,
n'apprenant pas la Langue latine , font
curieufes de bien lire & d'écrire correctement
leur Langue naturelle . Relié en
carton , 12 fols .
>
Faftes Militaires , ou Almanach des Chevaliers
des Ordres Royaux & Militaires de
France; & des Gouverneurs & Lieutenans
de Roi des Villes clofes du Royaume ;
contenant 1º. le temps de leurs
fervices , leurs grades actuels ou ceux
de leur retraite ; la date de leur réception
dans l'Ordre , & le nombre des
affaires de guerrre où ils fe font trouvés
, le nombre & le genre de bleffures
qu'ils y ont reçues , ainfi que
les grâces qu'elles leur ont méritées.
de la part du Roi ; avec des Notes
& des Anecdotes chronologiques &
hiftoriques des actions glorieufes des
Chevaliers de chaque Ordre. Dédié
à Monfeigneur le Comte de Saint-
Germain , Miniftre , & deftiné à
144 MERCURE DE FRANCE .
être préfenté au Roi & à la Famille
Royale ; par M. de la Fortelle , Lieutenant-
de- Roi de la ville de Saint- Pierrele-
Moutier. Avec Approbation & Privilége
du Roi.
> L'énoncé du titre de cet Ouvrage
fuffit pour en démontrer l'utilité ; il n'y
a pas de Spectacle plus digne d'une Nation
vaillante & fenfible , que le tableau
des Militaires qui concourent à fa puiſfance
& à fon éclat. Il manquoit depuis
trop long-temps à la Nation , un dépôt
d'Archives Militaires , où la Nobleffe
pût configner & rendre publics & fes
fervices , & les diftinctions honorables
ou flatteufes qui en ont été la récompenfe.
C'eft fous les aufpices d'un Sou
verain chéri , & d'un Miniſtère fage &
éclairé , que l'Editeur jouit aujourd'hui
de la fatisfaction de déployer fon zèle
dans l'ouvrage qu'il confacre à la gloire
de la Nation Françoife , & qu'il lui offrira
régulièrement au renouvellement de chaque
année.
Il a l'honneur d'inviter MM. les Chevaliers,
Commandeurs , Officiers Généraux,
Gouverneurs , Lieutenans- de-Roi ,
&c. &c . de vouloir bien lui faire paffer, le
plus
NOVEM BR E. 1777. 145
plus promptement qu'il leur fera poffible,
la notice la plus exacte de ce qui peut
leur être particulier , relativement à cet
-Ouvrage.
Il faifit cette occafion de rendre . publics
fes remercimens à MM. les Maréchaux
de France , ainfi qu'à MM. les
Officiers Généraux & autres , qui ont
bien voulu l'honorer de leur fuffrage
en lui faisant paffer leurs notices. Cette
marque de leur bienveillance eft bien
propre à enflammer fon zèle .
Il faut adreffer les envois , francs de
Port , à M. de la Fortelle , rue & vis-àvis
les Carmes , à Paris .
>
N. B. Quoiqu'on ait annoncé dans
le Profpectus , qu'on prioit les perfonnes
qui defireront cet Ouvrage , de fe faite
infcrire chez M. Lambert , Imprimeur ,
rue de la Harpe , on n'a pas prétendu
gêner leurs difpofitions à cet égard : on
a fimplement pris cette précaution pour
en tirer un nombre d'exemplaires fuffifant
, & metre le Public à portée d'en
jouir.
Tréfor généalogique , ou Extraits des
titres anciens qui concernent les Mai-
G
146 MERCURE DE FRANCE .
fons & Familles de France & des environs
, connues en 1400 ou aupara- ,
vant , dans un ordre alphabétique ,
chronologique & généalogique ; par
Dom Caffiaux , Religieux Bénédictin ,
de la Congrégation de St Maur , réfidant
en l'Abbaye Royale de Saint-
Germain-des- Prés , à Paris , Hiftoriographe
de Picardie Honoraire de
L'Académie Littéraire d'Amiens , Archivifte
employé par le Roi , à la collection
des monumens hiftoriques.
Dédié à la Reine , & préfenté au Roi
& à la Reine , le 28 Septembre 1777.
Tome premier , in- 4° . A Paris , de
l'Imprimerie de Philippe - Denis
Pierres , Imprimeur du Collége Royal
de France , rue Saint-Jacques .
,
N. B. Quoique le temps fixé pour
les foufcriptions & infcriptions au Tréfor
généalogique foit paffé depuis le 1er
Septembre 1777 , on fera toujours à
même de foufcrire , ou de fe faire inf
crire feulement pour les volumes à imprimer
, aux conditions portées dans le
Profpectus ; mais les volumes déjà imprimés
ne pourront être délivrés pour
ceux qui auroient négligé de foufcrire
NOVEM BR E. 1777. 147
ou de fe faire infcrire à la préfente
époque , qu'au prix de 10 liv . On fait
extraire tous les titres qu'on envoie
mais le port des lettres & paquets doit
être affranchi.
Nous rendrons compte de cet Ouvrage.
ACADÉMIES.
I.
Extrait de la Séance de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles-Lettres de
Dijon , du 22 Décembre 1776.
M. MARET , Secrétaire perpétuel , a
ouvert la féance par l'annonce des fujets
propofés pour les prix de 1777 & 1778;
& s'attachant à expofer les motifs qui
ont déterminé l'Académie à demander
l'Éloge de Saumaiſe , il a dit :
Claude Saumaife , que la Bourgo-
» gne fe glorifie d'avoir vu naître , dont
» l'Académie efpère de placer quelque
» jour le Bufte à côté de ceux qui
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
» décorent fon Sallon , vivoit dans les
premières années du dix - feptième
» fiècle.
>>
ود
"
» Ceux que le defir de s'inftruire
portoit à l'étude , étoient alors néceſfités
à puifer les connoiffances qui
» leur manquoient , dans les Auteurs
» Grecs , Latins , Syriaques , & même
» Arabes . Les verfions différentes des
» manufcrits originaux , l'infidélité des
» Interprêtes avoient répandu fur tous
» les fujets de littérature , fur toutes les
» fciences , une obfcurité qui retardoit
» les progrès de l'efprit humain. L'art de
» démêler la vérité à travers le chaos
que formoit fon mêlange avec une
foule d'erreurs , étoit , à cette époque ,
» auffi important qu'il étoit difficile
» & l'érudition étoit le premier mérite
» d'un homme de lettres .
د د
"
» C'eft aux Erudits qui vivoient du
» tems des François , des Henris , & de
» Louis XIII , que la France eft redeva-
» ble des grands Hommes qui ont illuf-
» tré le fiècle de Louis XIV. Ils ont
» amendé la terre qui , de nos jours ,
» offre de toutes parts les plus riches
moiffons ; & méconnoître les obligations
que la littérature & les fciences
NOVEM BR E. 1777. 149
"
33
» ont à ces hommes laborieux , ce feroit
» annoncer , ou bien peu de philofophie
, ou bien peu de reconnoiffance.
» Saumaife fut un de ceux qui rendi-
» rent les plus grands fervices à la république
des lettres ; & fi une fenfibilité
» exceffive , dont les moeurs du tems où
» il vivoit , n'étoient pas capables de
modérer les faillies , lui fufcita des
» ennemis , fon favoir immenfe , fa
critique judicieufe , fon efprit vrai-
" ment philofophique , le placèrent , de
l'aveu de tous fes Contemporains , au
» rang des Savans les plus dignes de
» l'eftime publique .
,د
"
Quand, après plus d'un fiècle , l'Aca-
» démie de fa patrie réclame en fa
faveur un honneur accordé à tant "
* d'hommes célèbres , elle efpère voir
» entrer en lice ceux qui , libres de
» fuivre le penchant qui les porte à la
» culture des lettres , penfent affez no-
» blement , pour ofer avouer les obliga-
» tions qu'ils ont à leurs prédéceffeurs ,
» & que l'éloge de Saumaife fera fentir
» le prix de l'érudition trop négligé , &
» même méprifée de nos jours par beau-
» coup de gens de lettres , tandis que fon
» abus feul eft condamnable ».
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
M. Maret a lu enfuite l'Hiftoire Littéraire
de l'Académie pour l'année 1776 ,
qu'il a fait précéder du récit des événemens
heureux ou malheureux arrivés à
la Compagnie durant la même époque.
Parmi les premiers , il a rappelé que les
leçons de Botanique données depuis
quatre ans par M. Durande , Docteur
en Médecine , dans le jardin dont M.
Legoux de Gerland a fait préfent à l'Académie
, ayant déjà commencé à réaliſer
en partie les efpérances du Fondateur de
cette Sociéte Littéraire , les deux nouveaux
Cours de Chimie & de Matière
Médicale , dont elle s'eft chargée , venoient
encore de fuppléer en partie
l'enfeignement qu'auroit procuré en cette
Ville l'établiſſement d'une Univerfité
complette , établiſſement qui avoit été
long tems l'objet des voeux de M. Pouffier
, qui l'eft encore de tous les bons
Citoyens , & dont l'accompliffement
feroit d'autant plus defirable aujourd'hui
pour cette Ville & la Province , que
les fecours vont y être multipliés , &
qu'on pourra plus facilement s'y procurer
toutes les efpèces d'inftuctions. M.
Maret a encore compté , parmi les événemens
heureux de cette année , l'érecpour
NOVEM BR E. 1777. 15
tion d'un para- tonnerre placé fur l'Hôtel
de l'Académie , par les foins généreux
de M. Dupleix de Bacquencourt *.
L'Hiftorien ne pouvoit oublier le don
qu'a fait à la Compagnie , S. A. S. Mgr
le Prince de Condé , d'une grande quantité
de minéraux précieux , dont fon
Augufte Protecteur a enrichi fon Cabinet
d'hiſtoire naturelle , non plus que
le bufte de M. le Comte de Buffon
placé dans la Galerie patriotique , parmi
>
* Cette preuve de confiance dans les Conducteurs
imaginés par le célèbre Docteur Franklin ,
a déjà produit une partie des effets que ce Magiftrat
Philofophe en attendoit.
L'exemple de l'Académie a été fuivi par M. de
Morveau , Avocat - Général du Parlement , &
Vice-Chancelier de cette Société Littéraire , par
M. Saify, un de fes Membres , & par MM. les
Magiftrats & Chanoines de Semur - en-Auxois, Le
premier en a fait placer un fur la maison qu'il
habite : le fecond , fur le clocher de l'Eglife Paroiffiale
de S. Philibert ; & les autres, fur celle de
la Collégiale de leur Ville .
Cet exemple le fera bien - tôt encore par M. le
Comte de Biffy, qui fe propoſe d'élever un Conducteur
fur fon Château , à Pierre ; par M. Thomaffin,
demeurant à Nuitz ; & par MM , les Fabriciens
de l'Eglife S. Nicolas , à Dijon.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
ceux des grands Hommes qui illuftrent
notre Province . Le Secrétaire a fait
encore mention d'une méridienne tracée
dans la Salle de fes affemblées publiques
par M. Roger. Cette récapitulation a été
terminée par le récit des pertes que
l'Académie a faites dans la perfonne de
trois de fes Membres , M. de Clugny,
Contrôleur-Général des Finances ; M.
Daubenton , Maire & Subdélégué de
l'Intendance à Monbar ; M. Venevault ,
Peintre , Affocié à l'Académie Royale
de Peintute .
Le premier , frappé à mort dès le
premier pas qu'il faifoit dans la plus
brillante carrière , eft tombé au moment
où fon élévation le mettoit à portée de
fignaler de plus en plus fon zéle pour le
progrès des Sciences , des Lettres & des
Arts. Il les avoit appréciés en Philofophe ,
en homme d'État , & les cultivoit par goûr.
L'Académie de Marine reftaurée à Breft ,
ou plutôt créée par fes foins , fera un
monument durable des vues d'après lef
quelles il a toujours dirigé fes démarches
, & le garant de la faveur dont les
Savans , les Gens de Lettres & les
Artiftes , auroient joui fous fon minif
vère.
1
NOVEM BR E. 1777. 153
M. Daubenron , rapproché de M. le
Comte de Buffon par des circonstances
heureuſes , avoit éprouvé les influences
vivifiantes de l'exemple le plus attrayant.
La Ville qu'il habitoit eft fouvent le
féjour de cette illuftre Naturaliſte . C'eſt
là que contemplant , étudiant la nature,
le Pline François vient lui arracher fes
fecrets , & fe plaît à annoncer fes découvertes
à ceux qu'il croit dignes de les connoître
& de les apprécier. M. Daubenton
étoit un de ces mortels heureux . Les flots
de lumière que répandoit la converfation
de M. de Buffon , pénétrant fon ame , lui
infpirèrent l'amour de l'hiftoire naturelle
. Tous les momens qu'il put dérober
aux fonctions des places importantes
qu'on lui avoit confiées , furent confacrés
à l'étude de la Botanique.
Les fruits de cette étude font plufieurs
articles de l'Encyclopédie , dans lesquels
cet Académicien s'eft attaché à faire
connoître la nature d'une infinité d'arbres
& d'arbustes , & les foins qu'exige leur
culture . Des lettres d'Affocié de l'Académie
de cette Ville , de celle de Lyon ,
de la Société économique de Berne & de
la Société d'agriculture de Rouen , furent
les témoignages rendus par le Public
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
éclairé aux fuccès de fes travaux ; la
Province dont il a multiplié les reffources
, en y naturalifant des arbres étrangers
très précieux , le comptera toujours
parmi ceux de nos Compatriotes , qui
ont bien mérité de leurs Contemporains
& de la Poftérité .
M. Venevault étoit né Peintre , mais
né fans fortune ; la route qui le conduifit
au point de confidération où il parvint,
fut pénible & longue. Une modeftie
rare , dans un fiècle où la médiocrité
même eft confiante & vaine , le retint
long-tems dans une efpèce d'obfcurité.
Son mérite perça , pour ainfi dire , malgré
lui. Les portraits des Princes &
Princeffes de la Maifon de Lorraine , lui
procurèrent l'honneur de faire connoître
fes talens à la Cour de France , de faire
le portrait de Sa Majefté Louis XV. Cet
avantage flatteur eût été , pour un homme
ordinaire , le chemin de la fortune ;
il ne fut pour M. Venevault que celui de
la gloire.
Les circonftances l'avoient décidé pour
le genre de Peinture qu'on nomme
miniature & pour la gouache. Le pointillé
de l'une , par la facilité qu'il donne
de fondre les nuances , permet un fini
NOVEM BR E. 1777. 155
précieux , mais conduit fouvent à une
molleffe répréhenfible , & refroidit toujours
le feu de l'Artifte , par la minutie
des procédés. La promptitude avec laquelle
fe defféchent les couleurs employées
pour la gouache , s'oppofe fouvent
à ce que l'Artifte puiffe dégrader
festeintes , & ilen réfulte une dureté dans
les touches , qui nuit à l'effet . M. Venevault
étoit parvenu à éviter l'un &
Fautre de ces défauts ; & , fous fon pinceau
, les couleurs à la gomme avoient
atteint le mérite de celles qui font
délayées à l'huile.
Auffi,tandis que les Miniaturiftes ordinaires
s'étoient prefque toujours bornés
au genre du portrait, & s'étoient rarement
élevés jufqu'à peindre le Payfage , notre
Académicien ofa traiter l'Hiftoire , & fit
voir que , dans le champ le moins vafte ,
avec les reffources les moins avantageufes ,
le génie peut faire jouer les paffions ,
& parler à l'efprit comme aux yeux .
Sa hardieffe lui mérita la récompenfe
la plus flatteufe pour un Artifte qui
préféroit la gloire à tous les biens de
la fortune. Un tableau , qui rend le mo
ment où Adam & Eve reçoivent le
fruit fatal à leur félicité , lui ouvrit Fen
G vj
156 MERCURE DE FRANCE .
trée de l'Académie Royale de Peinture ,
où les Peintres de fon genre n'avoient
point encore été admis . Elle valut encore
à M. Venevault l'honneur d'être avoué
par fa Patrie , & d'être affocié à cette
Académie , dès que les Arts furent devenus
, comme les Sciences & les Lettres ,
l'objet de fon attention. Cet honneur
combla tous fes voeux : " je n'ai plus
» rien à defirer » , écrivoit- il en répondant
à la lettre qui lui avoit annoncé la
juftice que l'Académie lui avoit rendue;
" mais comment pourrai - je témoigner
» ma reconnoiffance ? » Sa fenfibilité
inquiète , ne tarda pas à en trouver l'occafion
, & il la faifit avec l'empreffement
d'un coeur qui craignoit jufqu'au
foupçon de l'ingratitude .
"
Cette occafion fur celle de la protection
accordée à l'Académie par le Vainqueur
de Friedberg ; & dans le tableau
qu'il envoya , tableau que la Philofophie
pouvoit avouer, & qui préfentoit , fous
le voile d'une allégorie ingénieufe , tous
les effets qu'on devoit attendre de la
protection d'un Héros , il fut défigner
le moment où l'Académie a reçu cette
faveur , & donna une nouvelle preuve
de ce que peut le talent , dirigé par un
ame fenfible.
NOVEM BR E. 1777. 157
Si notre reconnoiffance ne nous eût
pas porté à faire hommage de ce tableau
à notre augufte Protecteur , il fuffiroit ,
pour juftifier cette affertion & nos
regrets, il fuffiroit de mettre fous vos
yeux , Meffieurs , ce morceau précieux ,
comme on porta autrefois aux obféques
de Raphaël, le fublime tableau de la
Transfiguration on en trouve une defcription
dans l'Histoire Littéraire de
1766 ; mais elle ne peut en donner
qu'une foible idée : la gravure pourra
fuppléer quelque jour à la foibleffe de
cette defcription. M. Venevault le defiroit
& l'efpéroit , & tout nous porte à
croire que nous verrons réaliſer fes
efpérances.
M. Maret a donné enfuite la notice.
des Ouvrages lus dans les Séances particulières
, pendant le cours de l'année .
La diverfité des genres l'avoit engagé
à divifer cette Hiftoire en trois paragraphes
, dont le premier contenoit l'extrait
fuccinct des Ouvrages de Médecine
, le deuxième celui des Mémoires
concernant les Sciences Phyfiques &
Mathématiques , & le troisième , un
précis des Productions Littéraires . L'abondance
des Matières ne lui a pas per158
MERCURE DE FRANCE.
mis de lire de fuite ces trois paragraphes
, & il a réfervé les deuxième &
troisième , pour terminer la Séance. La
même raifon nous empêche d'entrer ici
dans aucun détail de cette Hiſtoire *.
M. Picardet l'aîné , a fait lecture d'un
Difcours fur le chant pathétique , dans
lequel il juftifie l'ufage qu'en fait la
Scène lyrique dans le tragique.
L'Auteur commence par établir que
le chant eft naturel à l'homme , & défigne
ce chant fous le nom d'organique.
Delà il paffe à celui qu'on peut nommer
imitatif, dans lequel le Muficien ,
Peintre par une espèce de magie , donne
la vie à tous les objets , même les plus
intellectuels , & caractériſe l'étendue , la
hauteur , la profondeur , le vague de
l'air , l'éclat fubit du Soleil , le vafte
filence des bois , de la nuit , & c . On fent
fi la mufique peut rendre par des
fons de pareils objets , elle peut , à plus
forte raifon , s'élever jufqu'au chant paque
* On a inféré dans la Gazette de Santé , numéros
, II , 12 , 13 , 14 , 15 , 16 & 17 , la notice
des Mémoires ou Obfervations de Médecine ; &
dans le Journal de M. l'Abbé Rozier , celle des
Ouvrages de Phyfique & de Belies - Lettres.
NOVEM BR E. 1777. 159
thétique , & devenir l'interprète des
plus tendres fentimens de l'ame , comme
de fes fituations les plus violentes &
les plus douloureufes ; elle peut , fans
choquer la vraisemblance , approprier à
la voix chantante , les accens de la voix
parlante , lorfque celle - ci exprime la
colère , la douleur , puifque cette voix
parlante a befoin elle-même d'accens ,
pour frapper , pour toucher , pour être
énergique, puifque , ainfi que le remarque
judicieufement l'Auteur , toutes les paffions
font plus ou moins chantantes.
De ces vérités inconteftables , & appuyées
fur des raifonnemens & des faits
très-convaincans , il réfulte que la mufique
a pu & a dû s'emparer de la Scène
Tragique , & rendre les accens d'un
mourant. Pour la juftifier , il fuffit qu'il
y ait dans la voix d'un homme qui fouffre
, ou qui eft fur le point d'expirer ,
des inflexions relatives à l'état de fon
ame.
35
Or , c'eft ce que prouve l'Auteur.
» L'ame , dit- il , remplie d'un fentiment
» douloureux , fe fent preffée par le be-
» foin de l'exprimer ; elle a pour le fecon-
» der , les geftes , les élans , les foupirs ;
» l'organe de la voix lui fournit des fons ,
و د
160 MERCURE DE FRANCE.
"
des articulations . Le Muficien, dont l'art
confifte à rapprocher de fon fujet toutes
» les nuances , tous les fons analogues
» les plus propres à affecter l'oreille , les
plus capables de prêter à l'énergie de
» fes imitations , confidère que dans ce
» moment la voix eft éteinte & plaintive :
» il prend les foupirs , les fanglots , les
» accens , enfin tous les tons de la voix
fimple ; alors l'expreffion muficale ne
» diffère de l'expreffion orale , que par
» l'étendue des modulations , toujours
» les mêmes , mais traitées de la manière
qui lui est propre , & devenues par
» fon art plus pleines & plus abon-
» dantes.
>>
- "
n
On voit donc , continue M. Picar-
» det , en terminant fon difcours , qu'il
» n'eft ni ridicule , ni abfurde de donner
» à la voix d'un homme qui expire , des
fons mélodieux ; qu'au refte , frappé
» du beau idéal qui fait la régle de tous
» les arts , le Muficien n'a point d'exagération
plus forte que celle que fe
permettent la Tragédie & la Comé-
» die , qui font parler en vers leurs Perfonnages
; qu'il ne s'agit enfin pour
» l'Artifte , que de nous intéreffer : c'eft
» ce qu'il ne fait jamais avec plus de
و د
»
ဘ
NOVEMBRE. 1777. 161
" fuccès , qu'en éveillant notre fenfi .
» bilité par les objets qui la font naître » .
A cette lecture a fuccédé celle d'un
Mémoire du R. P. Vernify , Dominicain
, fur le Noftoch.
Cette fubftance , qu'on nomme auffi
mouffe membraneufe ou fugitive , eft
cette efpèce de gelée flottante & prefque
toujours entortillée , fans faveur ,
de couleur verte , laquelle fe conferve
en cet état lorfque le tems eft humide ,
mais fe fane & difparoît promptement
lorfqu'elle eft frappée des rayons du foleil
, & qu'on ne voit jamais qu'entre
l'équinoxe du printems & celui de l'automne.
Jufqu'ici la nature de cette production
fingulière a été peu connue.
Le R. P. Vernify rapporte , fur fon
origine & fa nature , les différentes
opinions des Auteurs ; & par le récit
de plufieurs obfervations & expériences
qu'il a faites fur cette fingulière fubftance
, il prouve que ce n'eft point un végétal
, mais le produit d'une décompofition
de végétaux. Il croit pouvoir attribuer
fon origine à cette écume verdâtre
dont font couvertes les eaux croupif- .
fantes , laquelle n'eft en effet qu'une
décompofition de plantes aquatiques ma162
MERCURE DE FRANCE.
cérées & réduites en une eſpèce de
bouillie. Les parties les plus fubtiles de
cette écume , peuvent être enlevées par
l'action des rayons du foleil , comme les
autres vapeurs qui forment les météores :
tranfportées dans les nuages , elles peuveur
s'y coaguler par le mélange de
quelques parties hétérogènes , & retomber
en forme de gelée avec la pluie ;
mais quoique ce qu'il avance foit trèsvraisemblable
, ce modefte Naturalifte
ne donne fon fentiment que comme
une conjecture.
I I.
VILLE FRANCHE.
Le Lundi 25 Août 1777 , jour de St
Louis , l'Académie de Villefranche en
Beaujolois , a tenu fon Affemblée publique.
M. Gemeau , Lieutenan: Général en la
Sénéchauffée de Trévoux , Directeur , a
ouvert la Séance par des réfléxions intéreffantes
fur les Lettres en général ;
fur l'utilité des Académies , fur les couronnes
qu'elles diftribuent , & enfin fur
le choix que , pour les prix qu'elles propofent
, elles font depuis quelques anNOVEM
BR E. 1777. 163
·
nées , des Eloges hiftoriques , qui ont
ouvert la carrière la plus brillante à
l'Eloquence & aux Talens , & qui font
un monument élevé à la gloire des
grands Hommes de la Nation .
L'Abbé d'Effertine , Secrétaire , après
avoir rendu compte de quelques-uns des
Ouvrages qui ont concouru pour l'Eloge
hiftorique de Philippe d'Orléans , Régent
du Royaume , propofé par l'Académie ,
lut le Difcours de M. l'Abbé Talbert ,
qui avoit réuni tous les fuffrages , qu'on
écouta avec le plus grand plaifir , & qui
fera bientôt imprimé.
M. l'Abbé de Caftillon , Vicaire- Général
du Diocèfe de Lyon , lut des Stances
adreffées à M. l'Abbé Talbert.
Cette Lecture fut fuivie d'un Difcours
en vers fur les Fables , par M.
d'Effertine , Avocat du Roi .
La Séance fut terminée par des vers
de M. Mayel , Penfionné du Roi de
Pruffe.
P. S. L'Académie propofe , pour le
fujet du Prix qu'elle diftribuera l'année
prochaine , l'Eloge de Nicolas Boileau
Defpréaux . Les Difcours ne feront
164 MERCURE DE FRANCE.
admis au concours que jufqu'au mois de
Mai prochain. Le Prix confifte dans une
médaille de la valeur de 300 liv.
I I I.
Prixpropofépar l'Académie des Sciences,
Arts & Belles- Lettres de Châlons-fur-
Marne , pour l'année 1779.
On s'eft occupé dans tous les tems de
l'éducation de la Nobleffe , & de celle
de la partie aifée de la Nation ; mais
on n'a jamais donné qu'une attention
fuperficielle à l'inftruction du Peuple.
Ces confidérations ont déterminé l'Académie
des Sciences , Arts & Belles- Lettres
de Châlons fur-Marne , à propofer
pour fujet du Prix qu'elle adjugera dans
fon Affemblée du 25 Août 1779 ,
Quel feroit le meilleur plan d'éducation
pour le Peuple ?
L'Académie invite tous les Amis de
la Patrie à travailler fur un fujet qui intéreffe
également le bonheur du Peuple
& la gloire de la Nation. Le Prix fera
une médaille d'or de la valeur de trois
cens livres.
NOVEM BR E. 1777. 165
Les Pièces feront écrites , lifiblement,
en françois ou en latin , & elles feront
envoyées , franches de port * à M.
Sabbathier , Secrétaire perpétuel de l'Académie
, fix mois avant la diftribution du
Prix .
>
Les Auteurs ne fe feront point connoître
; ils mettront feulement une devife
à la tête ou à la fin de leur Mémoire.
Ils y joindront un billet cacheté qui
contiendra leurs noms , qualités & demeure
, s'ils veulent fe faire connoître ;
& la deviſe fera répétée fur ce billet .
L'Académie a déjà annoncé au Public
qu'elle adjugeroit dans fon Affemblée
du 25 Août 1778 , un autre Prix , dɔnt
le fujet conſiſte à trouver :
Les moyens les moins onéreux à l'Etat
& au Peuple , de conftruire & d'entretenir
les grands Chemins.
Les conditions de ce dernier Programme
font les mêmes que celles du
précédent.
* Tour paquet adreffé à M. Sabbathier , fans
être franc de port , ne fera pas retiré de la Poſte ,
de quelque pays qu'il vienne.
166 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue de donner , les Dimanches ,
Céphale & Procris ; & les autres jours
Alcefte. Elle fe difpofe à repréfenter ,
après le voyage de Fontainebleau , Roland
Furieux , Opéra de Quinault , remis
en Mufique par M. Piccini.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont donné ,
le Samedi 25 Octobre , la première repréſentation
de la repriſe de Gafton &
Bayard , Tragédie de feu M. de Belloy.
Cette Pièce , qui avoit eu beaucoup de
fuccès dans fon origine , a été encore
bien accueillie à cette reprife. C'eſt M.
Monvel , au lieu de M. Molé , qui joue
NOVEMBRE. 1777. 167
·
le rôle de Gafton , & M. Larive , en la
place de M. le Kain , qui repréſente
Bayard. Leur jeu a été fort applaudi .
Le Mercredi 22 , Mademoiſelle Sainval
l'aînée joua Mérope pour la première
fois . Cette Actrice s'eft élevée au ton de
fon rôle , l'un des plus beaux , mais auffi
l'un des plus difficiles à rendre. Elle a été
extrêmement applaudie.
On attend à ce Théâtre , la Tragédie
de Muftapha & Zéangir , de M. de
Champfort.
COMÉDIE ITALIENNE. 1
LES Comédiens Italiens préparent plufieurs
nouveautés , qui ne pourront être
jouées , fur leur Théâtre , qu'après le
voyage de Fontainebleau . Ils doivent
donner une Parodie d'Armide , & d'autres
Intermèdes nouveaux ; tels que Matroco
, Pomponin , Alexis ; en attendant
la repriſe de l'Olympiade , avec quelques
changemens.
168 MERCURE DE FRANCE.
Les Comédiens Italiens ont donné , le
Mardi 14 Octobre , la première repréfentation
de la repriſe du Faucon & des
Oyes de Boccace , Comédie en trois Actes ,
de Delifle . On a beaucoup admiré l'adreſſe
avec laquelle l'Auteur a fu compoſer une
Pièce charmante & bien intriguée de ces
deux Contes fi connus de Boccace . La
repriſe de cette Comédie a été bien accueillie
; & le Public a applaudi avec juftice
au zèle & aux talens des Italiens &
des Italiennes qui fe font chargés de la
repréſentation de cette Comédie Françoife
, & qui l'ont joué à la fatisfaction
des Spectateurs.
A Monfieur CARLIN BERTINAZZY ,
Arlequin, jouant dans le Faucon & les
Oyes de Boccace .
QUELLE admirable vérité !
Quelle heureufe naïveté !
Appellent le plaifir en lui montrant les Grâces ?
Aimable
NOVEMBRE. 1777. 169
Aimable Carlin , dans ton jeu ,
Toujours naturel , plein de feu ,
Des Lazzis variés que tu fais bien les places 5
Tes gefles aifés , fi précis ;
Tes balourdifes fi jolies ,
Et les tons fi plaifans de tes vives faillies ;
Enfin , & tes pleurs & tes ris ,
Du goût portent l'empreinte & l'heureux coloris ,
Et font à la raifon applaudir tes folies.
Du charmant Auteur de Thimon ,
Qui , dans fon Arlequin fauvage ,
Te fait fi bien parler raifon ,
Tu fais revivre le Faucon ;
Sa gloire avec toi ſe partage ,
Et prouve qu'aux travaux avoués d'Apollon,
Le tems ne fauroit faire outrage ,
Et que les Grâces n'ont point d'âge .
Par M. Guérin de Frémicourt.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
ARTS.
GRAVURES.
Portrait de Jemelian Pougatchew , Chef
des Rebelles en Ruffie , qui a eu la
tête tranchée à Mofcou , en l'année
1775 ; deffiné à Mofcou par J. C.
de Mailly , Peintre en émail ; gravé
par le Tellier. Prix 1 liv. 4 fols. A
Paris , chez Bligny , Lancier du Roi ,
cour du Manège , aux Tuileries.
CETTE tête , qui a du caractère , eſt
gravée avec beaucoup d'art & d'intelligence
.
MUSIQUE.
I.
ARMIDE , Drame Héroïque , mis en mufique
par M. le Chev. Gluck , repréſenté
pour la première fois par l'Académie
NOVEM BR E. 1777 . 171
Royale de Mufique le 23 Septembre
1777. Prix 24 liv. Au Bureau du Journal
de Muſique , rue Montmartre , visà
- vis celle des Vieux - Auguftins ; à
l'Opéra , & aux adreffes ordinaires de
mufique.
On trouve aux mêmes adreſſes &
chez M. Cornouaille , Montagne Sainte-
Geneviève :
1" . Les Recueils des airs détachés
d'Armide ; prix 1 liv. 16 fols.
I I.
2. Le premier Recueil de douze airs
d'harmonie pour deux clarinettes , deux
cors & un baſſon , compofés par M. J.
Vitzthumd ; prix 6 liv. A Paris , aux
adreffes ci-deffus ; & à Bruxelles , chez
MM. Vanypen & Pris , rue de la Madeleine.
I I I.
3°. Recueil de duo & d'airs à voix
feule, avec fymphonie ou fans accompagnement
, par M. Albanèſe , Muficien
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
du Roi. OEuvre X. A Paris , au Bureau
du Journal de Mufique , rue Montmartre
, vis- à- vis celle des Vieux- Auguſtins.
Prix 9 liv.
୨
Cet OEuvre , l'un des plus intéreffans
que M. Albanèfe ait encore publiés
contient dix duo , & trois morceaux à voix
feule. Il eft gravé avec la plus grande
élégance , & avec les parties d'accompagnement
féparées , pour faciliter l'éxécu
tion.
4°•.
I V.
On trouvera encore aux mêmes
adreffes , le quatrième & le cinquième
Recueils d'airs nouveaux , avec accompagnement
de guitarre , par M. Tiffier ,
de l'Académie Royale de Mufique.
Le quatrième Recueil a paru l'année
dernière , & le cinquième a été publié
il y a environ trois mois. Le prix de
chaque Recueil eſt de 4 liv 4 fols.
V.
VI. Recueil d'ariettes d'Opéra-Comiques
& autres , avec accompagnement de
guitarre ; par M. Tiffier , de l'Académie
NOVEM BR E. 1777. 173
Royale de Mufique. OEuvre XII . Prix 7
liv. 4 fols. Mis au jour & gravé par
Madame Tarade , chez l'Auteur , fue
S.-Honoré , près l'Oratoire , à la Gerbe
d'or ; Madame Tarade , Marchande de
Mufique , rue Coquillière , à la lyre
d'Orphée ; & aux adreffes ordinaires.
DANS E.
LE TRIOMPHE DE L'AMOUR,
BALLET PANTOMIME.
Le Théâtre représente un Jardin & un
Bofquet , & à côté une Grotte obfcure.
SUJET DU BALLET.
UNE Bergère , conduite
par fon amour,
fe rend à cette promenade : mais au lieu
d'y trouver fon Amant , elle y rencontre
un rival qu'elle détefte ; il lui offre fon
hommage, qu'elle dédaigne avec fierté , &
il s'en va dans le plus cruel défefpoir . La
Bergère témoigne fes inquiétudes de ne
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
pas voir paroître celui que fon coeur a
choifi ; & , dans une douce langueur, elle
va fe repofer fur un lit de gazon à l'entrée
du bofquet : elle s'y endort. Son
Amant arrive; & , dans la crainte de troubler
fon fommeil, il s'affied fur un banc
de verdure vis-à- vis. La Bergère piquée
par une Abeille , fe réveille ; fon Amant
lui marque fa fenfibilité. Dans ce moment
le rival odieux reparoît ; ce fpectacle
attendriffant redouble fa fureur. Nos
Amans effrayés , fuyent & s'enfoncent
dans le bofquet. Le rival s'abandonne à
fon défefpoir , & va trouver un Magicien
qui , à fa follicitation , change le bofquet
en une affreufe prifon , & évoque
l'enfer , la Haine & les Furies : il charge
de fers nos deux Amans , & les conduit
fur le Théâtre enchaînés ; ils font effrayés
de ce fpectacle , ils invoquent le Ciel.
L'Amour defcend dans un nuage : la prifon
difparoît , & devient un Temple :
la Haine & les Furies fe précipitent dans
l'abyfme , & le rival s'enfuit. L'Amour,
accompagné des Ris & des Jeux , délivre
les deux Captifs , les unit avec des guirlandes
de fleurs , & remonte au Ciel.
Auffi - tôt on voit paroître des Bergers &
Bergères qui viennent féliciter les deux
NOVEM BR E. 1777. 175
Amans , & forment enfemble une danfe
générale par où le fpectacle eft terminé.
Par M. Bacquoy- Guédon , ci-devant Danfeur
du Théâtre François.
C
GEOGRAPHIE.
I.
CARTE du Théâtre de la Guerre entre
les Anglois & les Américains dreffée
d'après les Cartes Angloifes les plus modernes
, par M. Brion de la Tour , In--
génieur- Géographe du Roi . Prix , 1 liv.
10 f. A Paris , chez Efnauts & Rapilly ,
rue St Jacques , à la ville de Coutances.
I I.
Perspective Univerfelle.
C'est le titre d'une Carte ou Planche
gravée in-fol. , dans laquelle le fieur Geftat
, réfidant actuellement à Toulon fut
Arroux , près Autun , a prétendu réunir
en une feuille toutes les connoif-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
2
fances humaines. Le Commentaire de
ce tableau énigmatique demanderoit autant
de volumes qu'il y a de propofitions :
c'eft dire combien il eft fingulier.
Cette Carte fe vend 3 liv . A Paris , chez
le fieur Mondhare , Marchand d'Eftampes
, rue St Jacques , vis-à-vis la Fontaine
St Severin , Efnauts & Rapilly
Marchands d'Eftampes , rue St Jacques ,
à la ville de Coutances ; Lattré , Graveur
ordinaire du Roi , rue St Jacques ,
vis- à- vis la rue de la Parcheminerie ;
Defnos , Libraire , Ingénieur- Géographe
du Roi de Danemarck , rue St Jacques ;
Chéreau fils , Graveur , rue des Mathu
rins , au coin de celle de Sorbonne ;
Vignon , Marchand de Cartes géogra
phiques , rue Dauphine . A Autun
chez Dejuffieu , Imprimeur de M. l'Evêque
; & à Toulon -fur- Arroux chez
le fieur Geftat , Auteur de cette Carte .
M.DE
-
Tableau
Généalogique.
›
DE VESOU, Ecuyer, Ingénieur- Géographe,
Hiftoriographe & Généalogifte du
Roi , de l'Académie Royale des Siences ,
NOVEM BR E. 1777. 177
Belles- Lettres & Arts de Rouen , Auteur
de plufieurs Ouvrages, ayant commencé,
par l'ordre du Roi , le Tableau des Rois
de France de la feconde Race , avec
toutes les branches mafculines & féminines
qui en defcendent , prie les per
fonnes intéreffées à cet Ouvrage , de lui
faire paffer , gratis , les Mémoires généalogiques
de leur filiation , afin qu'il
puiffe les y inférer. La grande quantité
de Mémoires qu'il a reçus trop tard pour
le Tableau des Rois de France de la première
Race, eft caufe du retard quefouffre
actuellement cet Ouvrage , qui fera cependant
bien-tôt fair.
Ce tableau des Rois de France de la
feconde Race , eft le troisième développement
de celui des trois Races des Rois
de France , exécuté en une feuille par M.
deVezou , & dont on a déjà rendu compte
dans le temps . Il fera , comme les autres
Tablux généalogiques de cet Auteur
, en lignes afcendantes , & par degrés
de parenté , orné d'écuffons & de
couronnes ; il offrira à la vue tous
les defcendans du fameux Charles-
Martel , & conféquemment les illuftres
rejetons du fang de Charlemagne ; ce
qui produira beaucoup de branches de
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
>
l'un & de l'autre fexe ,
toutes inté
reffantes pour l'Hiftoire de France &
pour celles de l'Empire d'Occident & de
I'Italie. Les Familles nobles qui fortent
de ce grand Prince , auront le bonheur
de voir leurs defcendances jufqu'à- préfent
, pourvu toutefois qu'elles faſſent
parvenir , gratis , leurs filiations bien
écrites & correctes avec leurs armes
peintes fuivant l'art héraldique. M. de
Vezou ne fixe pas encore le temps où
il ne pourra plus recevoir des mémoires ,
fe réfervant , dans une autre occafion ,
de le fixer par un nouvel avertiſſement ,
afin de donner aux Perfonnes intéreffées
à cet Ouvrage utile , le tems de faire les
recherches néceffaires pour prouver avec
exactitude leurs defcendancés des Chefs
de cette Race , de laquelle fortent les
Rois de France de la troifième Race ,
& ceux de Portugal , par Childebrand ,
frère de Charles -Martel , fels plufieurs
Auteurs ; ceux d'Aquitaine , d'Arle , de
Bourgogne , de Germanie , de Bavière ,
d'Italie & de Lombardie ; les Empereurs
d'Occident ou d'Allemagne ; les célèbres
Maifons de Savoie , de Lorraine ,
d'Autriche , de Courtenai , de Heffe , de
Bourgogne-l'Archambaud
; les Ducs de
NOVEM BR E. 1777. 179
Brabant , de Méranie , de Guyenne ; les
Comtes de Poitiers , d'Anjou , de Vermandois
, de Mons , de Namur , de Flandres
, d'Andefchs , de Chiny , de Los ,
du Châtelet & de Salm ; & les Seigneurs
de Saint- Simon , de Ham , de Vienne , de
la Viefville , de Montferrat , de Montdor
, & autres qu'il feroit trop long de
rapporter.
M. de Vezou demeure à Paris , rue
Princeffe , Fauxbourg S. Germain .
Cours de Style Epiftolaire.
M. DEVILLENCOUR , Profeſſeur de
Langue Françoife , rue Bétify , au Magafin
des Princes , ya ouvrir un Cours
particulier de Style Épiftolaire , en attendant
qu'il rouvre fon Cours complet
d'Elocution & d'Ortographe Françoife.
La Méthode abrégée qu'il a compofée
fur ce ftyle , ne peut être qu'utile &
agréable aux Dames qui voudront prendre
des leçons chez elles.
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
COURS DE LANGUE ANGLOISE.
M. ROBERTS , Profeffeur de Langue
Angloife , voyant que , dans un Cours
public de quatre mois , il étoit impoffible
de réunir avec fuccès l'intelligence
des Auteurs Anglois en profe , la poëfie
, & d'enfeigner à parler cette langue ,
s'eft déterminé à féparer ces trois objets
comme ils le font par leur nature , &
de n'en faire déformais qu'un feul à la
fois. Il donnera deux Cours par an ;
dans le premier , il ne fera queftion
que des Auteurs en profe ; le fecond
traitera de la poëfie Angloife , & le
troisième fera uniquement employé à
la langue parlée ou à la converfation.
M. Roberts penfe que le Public éclairé
verra que cette Méthode , quoique la plus
longue en apparence, eft réellement la plus
courte & la plus fûre dans le premier
Cours on aura vaincu les difficultés de
la prononciation , & on fera familiarifé
avec les Auteurs en profe ; alors on fe
trouvera préparé pour le Cours de poëfie,
NOVEM BR E. 1777. 181
qui fuivra ; après quoi les perfonnes
qui defirent parler & entendre la langue,
lorfque des Anglois la parlent , pourront
fuivre le dernier Cours , qui fera
entièrement confacré à cet objet . Comme
chaque Cours fera complet en luimême,
on ne fe trouvera pas obligé d'en
fuivre un fecond , parce que celui qui
entend bien la profe d'une langue quelconque
, n'aura pas beaucoup de peine
à parvenir , fans Maître , à l'intelligence
des Poëtes.
Cours de Poéfie Angloife.
M. Roberts ouvrira ce Cours le lundi
24 Novembre à onze heures & demie
du matin , & le continnera le lundi ,
mercredi & vendredi de chaque femaine,
pendant l'efpace de quatre mois.
Comme il y a beaucoup de perfonnes
qui ont appris l'Anglois fans Maître , il
eft néceffaire de commencer ce Cours
par quelque petit Ouvrage en profe. On
lira donc d'abord une Comédie Angloife
, pour mettre les perfonnes qui voudront
le fuivre , au fait de la prononciation
; après quoi on paffera à la lecture
des morceaux choifis de nos meilleurs
182 MERCURE DE FRANCE.
Poëtes tels que Milton , Dryden ,
Pope , les Saifons de Thomſon & Adiffon.
Ce Cours fera terminé par la traduction
d'un morceau de poëfie Angloife
, qui fera indiqué après le premier
mois , en vers françois , ou en profe
poëtique ; & la meilleure traduction
d'après le jugement d'une Société de
Gens de Lettres , aura pour prix le
grand Dictionnaire de Johnſon , deux
vol. in folio , le Spectateur Anglois ,
les Ouvrages de Pope , Milton & de
Dryden. M. Roberts ofe fe flatter que
ce Cours , le premier de ce genre qu'on
ait encore donné à Paris , méritera la
faveur de ceux qui s'intéreffent au progrès
des Lettres en général .
Il faut fe faire infcrire d'avance chez
M. Tourillon , Tapiffier , rue Pavée S.
André des- Arts .
Maifon & Cours d'Education , par M.
Verdier , Inftituteur à Paris , Docteur
en Médecine , &c .
LA Maifon de, M. Verdier eft deftinée
: 1 °. aux enfans & jeunes gens foibles ,
NOVEMBRE. 1777." 183
valétudinaires , difformes & autres ,
qui ont befoin d'un régime ou d'un
traitement particulier , pourvu que leurs
infirmités ne foient pas contagieufes :
2º. à ceux qui étant deftinés aux grands
emplois & aux premières profellions ,
ont befoin de l'éducation la plus approfondie
& la plus cultivée .
Cette Maifon eft de plus offerte : 1 °.
aux jeunes gens qui ayant fait leurs
études générales , & fe donnant particu
lièrement à celle d'une profeffion fcientifique,
ont befoin des fecours d'un cabinet
d'obfervations & d'expériences , & d'une
bibliothèque pour l'étudier : 2 ° . aux
Étrangers ou Regnicoles , qui defirent
apprendre la Langue ou la Littérature
Françoife ou Latine en peu de tems .
Les uns & les autres y font élevés ,
gouvernés & inftruits conformément aux
vues des Parens , & aux plans d'éducation
phyfique , morale , littéraire & chrétienne ,
expofé dans le Cours d'Education de
l'Auteur , & que nous avons annoncée
dans notre Mercure de Septembre.
M. Verdier exécute & fait exécuter
ces plans dans une maifon vafte , magnifique
, très-aërée , très- faine, & munie
de tous les fecours propres à une éduca184
MERCURE DE FRANCE.
tion complette , à côté du Jardin du
Roi. Une belle cour conduit à de grandes
falles , où il a réuni les livres , gravures
, fphères , cartes de géographie ,
tables d'hiftoire , médailles , inftruments
de mathématiques , machines de phyfique
, fubftances d'hiftoire naturelle
échantillons des arts ; un enclos d'un
arpent , contenant un jardin botanique &
de larges allées , qui fervent de gymnafe
pour les exercices gymnaftiques &
les jeux. Les Elèves couchent dans de
grands dortoirs au premier. Les Penfionnaires
font dans des chambres particulières.
La penfion eft de huit cens livres
pour les Elèves qui entrent avant l'âge
de douze ans , & de cent piftoles pour
ceux qui entrent au-deffus de cet âge ;
en ce font compris , d'un côté , la nourriture
, le blanchiffage , l'accommodage
des cheveux , les menus befoins d'Ecolier :
de l'autre , l'inftruction générale fur
les langues françoife & latine ; les belles-
lettres , les mathématiques , la phyfique
& la morale ; le deffein , la mufique
& la danfe ; l'hiftoire , la géographie
& l'éducation.
Le prix de la penfion à l'égard des
NOVEM BR E. 1777.
185
Penfionnaires eft de douze cens livres ,
pour la nourriture , le blanchiffage , la
chambre & l'inftruction générale.
Ce Profpectus , qui eft en mêmetenis
celui de la Maifon & du Cours
d'Education de M. Verdier, fuffit pour
mettre le Public à portée de vérifier
fes travaux. Les exercices littéraires &
gymnaſtiques y font détaillés par années ,
par cours & par claffes ; par mois , par
femaine , par jours & par heures.
Il fe diftribue gratuitement chez M.
Verdier , rue de Seine S. Victor , Hôtel
de Magni chez Moutard , Quai
des Auguftins ; & Colas , place Sorbonne
, Libraires , qui vendent fon Cours
d'Education & fes autres Ouvrages.
LETTRE écrite , le 5 Octobre 1777 , par
M. Tribolet de la Lance , Médecin
Secrétaire perpétuel de la Société Économique
de Berne , à M. Vicq d'Azyr,
Secrétaire perpétuel de la Société Royale
de Médecine de Paris.
Monfieur , la correfpondance que j'entretiens
avec vous , fur les objets qui concernent la So
186 MERCURE DE FRANCE:
ciété Royale de Médecine , me fait efpérer que
vous voudrez bien me rendre un fervice qui n'eft
point , à la vérité , du reffort de cette Compagnie
, mais qui intéreffe trop l'humanité en
général ,
, pour que vous vous refufiez à me l'accorder.
Deux généreux Anonymes m'ont fait
parvenir cent louis pour en former un Prix fur le
fujet dont je vous envoie un Programme. La reconnoiffance
que l'on doit à un trait fi noble & fi
généreux , l'importance du Prix , & plus encore
P'utilité qui doit en réfulter , font des motifs plus
que fuffifans pour engager tout ami de l'huma
nité , à faire connoître cette Annonce auffi univerfellement
qu'il fera poffible . Je prends donc
la liberté de vous prier de la faire connoître , en
France , de la manière qui vous paroîtra la plus
propre à remplir ce but. Vous obligerez par- la la
Société Économique , & particulièrement celui
qui a l'honneur d'être , &c .
Cent louis feront adjugés à l'Auteur du meilleur
Mémoire fur la matière déjà proposée par la
Société Économique de Berne ; favoir : Comparer
& rédiger un Plan complet & détaillé de Légiſtation
fur les matières Criminelles fous ce triple
point de vue : 1 ° . Des crimes & des peines propor
tionnées. qu'il convient de leur appliquer : 2 °. De
la nature & de la force des preuves & des préfomptions
: 3 °. De la manière de les acquérir par
La voie de la procédure Criminelle ; enforte que la
douceur de l'inftruction & des peines foit conciliée
avec la certitude d'un châtiment prompt & exemplaire,
& que la Société civile trouve la plus grande
sûreté poffible combinée avec le plus grand refpect
poffible pour la liberté & l'humanité.
NOVEM BR E. 1777 . 187
Le Prix fera adjugé à la fin de 1779 ; & les
Piéces de concours doivent être adreffées , franches
de port, à M. Tribolet , Secrétaire perpétuel
de la Société Économique , à Berne . Elles
feront reçues jufqu'au 1 Janvier 1779 , & pourront
être écrites en Latin , François , Allemand ,
Italien ou Anglois. Le nom de l'Auteur fera renfermé
dans un biller cacheté , qui portera la
même devife que le Mémoire qu'il accome
pagnera.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
ON lit , dans le Journal d'Agriculture
de Venife , la Méthode fuivante , pour
donner au chanvre toute la perfection
dont il eft fufceptible .
>
Il faut d'abord faire une leffive avec
de bonne cendre dans laquelle on
mettra un peu de chaux vive , felon la
quantité de chanvre qu'on voudra rafiner;
lorfqu'elle fera éclaircie on y jetera ,
pour 10 liv. de chanvre , une livre &
demie de favon ratiffé , qu'on laiffera
tremper pendant vingt-quatre heures ;
1.
188 MERCURE DE FRANCE.
on fera bouillir le chanvre dans ce mélange
deux heures de fuite ; puis on l'en
retirera , & on le mettra fécher à l'ombre.
Lorfqu'il fera fec , on le froiffera ,
pour le mettre en petites poignées ; enfin ,
on le préparera comme le lin : il en
acquerra la couleur & la fineffe ; il lui
fera même fupérieur , parce qu'il aura
les fibres plus fortes.
I I.
Phyfique.
Le Sieur Beldaffare Perelli , a fait à
Pife , devant une nombreuſe Affemblée ,
diverfes expériences d'une nouvelle eau
ftyptique , compofée par le Sieur Percivalle
, Piémontois , dont les effets font
vraiment furprenans. Il a coupé tranſverfalement
, & aux deux tiers , l'artère
carotide d'un chevreau , & il a appliqué
fur cette large plaie un féton imbibé de
cette eau , qui a arrêté l'hémorrhagie en
moins d'une minute : en moins de 12 ,
la réunion s'eft faite d'une manière fi
forte , que les diverſes mouvemens de
Panimal n'ont rien produit. Le lendemain
, l'expérience à été réitérée avec
a
NOVEM BR E. 1777. 189
le même fuccès fur l'autre artère carotide
du même animal . Quelque tems
auparavant , un malade à l'Hôpital de
Ste Claire , qui avoit eu deux artères
totalement coupées , fur guéri par le -
fecours de la même eau , & la réunion
fe fit en quinze minutes. Le fecret de
cette eau précieufe ne peut manquer
d'être très-important.
III.
Hiftoire Naturelle.
On a découvert , depuis peu , un Sel
qui ne paroît que trois mois de l'année ,
le matin, aux environs d'un petit Village
du Piémont ; les animaux y vont lêcher
la terre avec avidité , s'y guériffent , ou
fe confervent en état de fanté . Plufieurs
expériences ont fait reconnoître ce Sel
pour un purgatif certain & très- doux ,
fe fondant aifément dans l'eau pure ,
dans laquelle on le prend ordinairement;
il ne laiffe aucun goût , ne caufe ni rapports
, ni tranchées , ni coliques , ni irritation
, comme les Sels anciennement
connus. Il a été approuvé par la Commiffion
Royale de Médecine. L'entrepôt
190 MERCURE DE FRANCE.
eft à Paris , chez le Sieur Pierre Bruna
de S. Jofeph , à l'Hôtel de Conti , rue
des Poulies.
IV.
>
Un Particulier établi à Smyrne , dans
une lettre à un de fes Amis , rend
compte , comme témoin oculaire , d'une
efpèce de paffe-tems en ufage dans les
environs de cette Ville , & qui paroîtra
curieux à ceux qui n'ont pas voyagé
dans le Levant. Les cicognes , dit- il ,
font en grande abondance dans ce Pays ,
& y conftruifent régulièrement leurs nids.
Au tems de la ponte , les Habitans ,
pour s'amufer , retirent les oeufs de la
cicogne , & mettent à leur place des
oeufs de poule ordinaire. Lorfque ceuxci
font éclos , le mâle , en confidérant
leur forme , eft fi fenfible à l'outrage
qu'il croit avoir été fait à l'union conju-.
gale , qu'il jette des cris épouventables ;
toute la peuplade des cicognes alarmée
fe raffemble autour du nid , & reffentant
unanimement l'affront apparent , fond
en courroux fur la pauvre femelle , &
l'accable de coups de bec , jufqu'à ce
qu'elle y fuccombe : les pouffins n'y font
NOVEM BR E. 1777. 191
que
pas épargnés. Ce qu'il y a de plus remarquable
, c'eſt le mâle n'eft pas
du nombre des exécuteurs ; il ne bouge
pas de fa place , & continue long-tems à
pouffer des cris douloureux , comme s'il
compatiffoit au fort qu'une juftice néceffaire
a fait fubir à fa famille.
V.
On a effayé publiquement à Leyde
une machine hydraulique inventée &
exécutée par M. Barkley . Le feu en eſt
le principal moteur. Les vapeurs de
Peau bouillante donnent à l'athmofphere
, en fe condenfant , la force de faire
élever l'eau d'un puits ou d'une rivière ,
jufqu'à la hauteur de 30 pieds. Pour
tirer l'eau des foffés & d'autres réfervoirs
profonds , il fuffit d'y plonger un
tuyau qui communique avec la machine.
Les leviers & les pompes qui entsent
dans la plupart des pièces méchaniques
de ce genre , n'ont pas lieu dans
celle- ci ; elle n'a pas befoin de pareils
fecours pour être mife en jeu ; d'où il
fuit qu'elle doit être plus durable , attendu
qu'il n'y a d'autre frottement que
celui des détentes. On peut la tranfpor
192 MERCURE DE FRANCE.
ter aifément d'un lieu à un autre. En
augmentant fon volume , on lui fait
élever , à peu de frais , telle quantité
d'eau qu'on veut , & auffi long-tems
qu'on le defire.
ANECDOTES.
I.
UN Pêcheur de la Hogue étoit brouillé
avec fon beau-frère ; celui - ci tombe dans
la misère ; le Pêcheur l'abordè , & lui
dit : Écoute donc , beau-frère , je ne t'aime
guère , tu fais bien pourquoi ; mais faut-il
pour cela que tu meures de faim ? On
m'a dit que tu n'as pas de pain chez tổi ;
eft-ce que tu ne fais pas qu'il y en a chez
nous ? Viens-en prendre , & tout ce qu'il
te faut je ne t'en aimerai pas plus , va
ne crains rien.
I I.
Une jeune Demoiſelle étoit deftinée
par fa mère à époufer un homme qu'elle
aimoit ; lorfque fon père , marin franc
&
NOVEM B R E. 1777 . 193
& brufque , arriva avec un de fes camarades
, auquel il avoit auffi promis la
fille , En le lui préſentant , il lui dit : Tu
as vingt ans , il te faut un mari ; en voici
un que tu épouferas Mardi prochain , parce
qu'ilfaut que nous partions enfemble Jeudi.
Le ton impérieux du père jeta la confternation
dans la famille , qui fe crut obligée
d'obéir. Le jour de la cérémonie ar
rive ; les futurs vont à l'Eglife ; l'amou
reux s'y étoit auffi rendu , & pleuroit
dans un coin : la jeune fille , au lieu de
répondre oui au Curé , lui dit naïvement :
j'aimerais mieux l'autre. Le père accourt
en colère , & demande où eft cet autre :
on le lui montre ; il va à lui , le prend
brufquement par la main , le conduit à
fa fille , & dit de les marier.
I. I I.
Trois Particuliers ayant quitté Paris ,
dans le deffein de voyager quelque tems
pour leur amufement , apperçurent à la
fin du fecond jour de leur marche , une
flamme confidérable . Ils volèrent auffitôt
à Fendroit d'où elle partoit , & trouvèrent
les malheureux Habitans d'un
Village , ayant leur Pafteur à leur tête ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
:
occupés éteindre à éteindre un incendie
un incendie qui
avoit déjà confumé trois chaumières,
Ils fe réunirent à eux ; & après trois heures
de travail , ils parvinrent à arrêter entièrement
les progrès du feu. Ils jouiffoient
de la reconnoiffance
des Payfans , lorf
que , réfléchiffant à la perte que venoient
d'éprouver les Propriétaires des chaumières
brûlées , & frappés tous trois du
même fentiment , ils tirèrent en mêmetems
leurs bourfes , les remirent entre
les mains du Paſteur , renoncèrent à leur
voyage , & s'applaudirent d'avoir fait
fervir au bien de l'humanité , un argent
qu'ils deftinoient à leurs plaifirs. La
fomme fe trouva monter à 5600 liv .
I V.
Un Voyageur arrivant au château de
Ferney , y fur très-bien reçu . Flatté d'une
pareille réception , il déclara , le lendemain
de fon arrivée , que fon invention
étoit de paffer fix femaines dans un lieu
auffi délicieux . L'illuftre Maître du château
lui répondit en riant : Vous ne voulez
pas reffembler à Dom Quichotte ; il
prenoit les auberges pour des chateaux ;
yous prenez les châteaux pour des auberges .
NOVEMBRE. 1777. 195
A VIS.
Nouveautés au petit Dunkerque.
I.
UNE collection de nouveaux boutons , tant en
or , argent, acier , métal , & autres en pierres de
couleurs; des olives avec brandebourgs en perles
-d'argent , faifant plus d'effet que l'acier . Boutons
plats en argent à ſpirale , pour habits de chaſſe.
Cartes en écaille pour marquer perte ou gain
au Pharaon. Idem , en ivoire .
Levrai Portrait de M. deVoltaire en pied, habillé
fuivant fon coftume actuel , unique pour la reffemblance,
Figures Chinoifes , repréſentant divers
caractères originaux & plaifans , en terre de
pipes.
>
Boules en acier , ornées de chatons en pierres
-de Cayenne ; cordons de montre en cheveux
garnis de perles d'acier. Luftre monté en bronze
Joré , dont tous les ornemens ou pendeloques
font en acier du plus beau poli , & faifant le
plus bel effet. C'eft le troisième & le plus parfait
qu'il a fait établir à fa Manufacture de
Clignancourt , de même que les boucles d'acier
ci- deffus. Autres Luftres en ftras , montés fur
cryftal' Anglois. Girandoles, bras de cheminées ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
flambeaux de table en idem, faiſant plus d'effet
que le cryftal de roche.
4
Toutes fortes d'ouvrages en argent , doublés
de verres bleus , pour le fervice de table . Huiliers
, falières, moutardiers , & autres. Idem , en
filagramme , & plufieurs nouveaux articles dans
ce genre. Les mêmes articles en tôle amalgamée
d'argent.
Petites lunettes de Gênes , en écaille , garnies
d'or. Platteaux de tôle peinte & vernie , pour le
jeu de Nain jaune. Tous ces ouvrages en tôle
vernie de fa Fabrique de Clignancourt , font fur
des deffins & de formes nouvelles, imitant la porcelaine
de Sève.
Miroirs métalliques pour les Deffinateurs , rendant
parfaitement le ton des couleurs des Payfages
, & préférables aux Chambres obfcures . Ouvrages
en perles , & autres d'émail en chaînes de
de montre , à la Turque , pour femmes . Coulans
de bourfes , & autres pour cravattes ; prétentions
, bracelets , flacons d'effences , bagues , breloques
, & autres petits bijoux du même genre,
Perles d'acier taillées à facettes pour ganfès de
chapeau ; cordons de cannes , de montres ; prétentions
, brandebourgs ,
Rubans Anglois de toutes couleurs ; gazes à
l'aune , fichus & tabliers . Montres nouvelles à
cadran recouvert , émaillées de différentes couleurs
, enrichies de bordures & ornemens en perles
d'émail , parfaitement imitées .
Cannes de femme , avec écran . Idem , en tambour
, avec caffolettes en or.
NOVEM BR E. 1777. 197
Bourfes en filet , repréſentant divers fujers
analogues à l'Amour. Idem , tricotées très -folides.
Ganfes & boutons de chapeau à l'Angloife ,
en Torfades.
Pots de tulipes en marbre blanc , formant girandoles
à trois branches , en bronze doré au mar.
Les deux petits Jardiniers de Boucher , en bronze
& marbre, formant girandoles à deux branches.
Un petit modèle de pendule de marbre blanc
avec guirlandes de bronze doré au mat , imitant
parfaitement une riche broderie d'or fur un
fond blanc.
Plufieurs modèles nouveaux de boucles d'argent
de France & d'Angleterre.
Il attend d'Italie , pour le mois prochain , dut
tafferas gommé , impénétrable à l'eau , qui ne
poiffe point , & qui n'a aucune odeur défagréable,
auffi fouple & auffi léger que tout autre taffetas.
Il en fera faire des redingottes qui pourront
le porter dans une poche , dans un gouffet ,
dans un chapeau ployant. Il eft propre à faire
des capottes de femmes , mantelets , peliffes ,
calèches , & c. On peut s'en fervir pour courir la
pofte , avec des bas blancs , fans craindre que la
pluie ni la boue ne puiffent le tranfpercer , & de
quelque manière qu'on l'emploie , Il eft auffi frais
& auffi beau que le taffetas ordinaire .
Il lui eft arrivé un affortiment de marchandifes
Angloifes , comme boëtes de cuir , garnies d'argent.
Idem , garnies d'or. Mouchettes d'acier
poli ; oreilles pour la furdité ; colliers anodyns
pour les convulfions des enfans ; porte- feuilles à
nécellaires , en maroquin du Levant ; fouets de
I iij
'198 MERCURE DE FRANCE.
felle , de chaffe , & autres. Platteaux de tôle.
Idem , carton vernis , fonds gorge de pigeon
& autres couleurs changeantes. Gommes des
Indes pour effacer les deffins au crayon. Des
pingles de Londres.
I attend pour le mois prochain , beaucoup
d'autres marchandifes étrangères .
Chocolat.
I I.
Le fieut Rouffel, Marchand Epicier , dans l'Abbaye
S. Germain des Prés , cour des Religieux en
entrant par la rue Ste-Marguerite, attenant à la Fontaine
; confidérant que l'ufage du chocolat devient
ordinaire , tant pour la fanté que pour l'agré
ment ; aſſuré d'ailleurs de la bonté de la fabrique,
par les témoignages & les applaudiffemens
de plufieurs perfonnes de diftir, ction & de goût ,
qui lui ontconfeillé de le faire connoître ; il donne
avis au Public qu'en qualité de Citoyen qui veut
être utile à fes Compatriotes , & pour éviter toute
furprife , il fait mettre far chaque pain de chocolat
fortant de fa fabrique , l'empreinte de fon
nom & fa demeure.
Le prix du chocolat de fanté de la meilleure
qualité , eft de 3 livres ; avec une demie vanille ,
3 livres ; celui à une vanille , 4 livres ; & 5 liv.
pour celui qui eft à deux vanilles .
Tant pour la facilité que pour l'avantage des
perfonnes de Province , le fieur Rouflel prévient
qu'il fera tous les envois aux mêmes prix ci - defNOVEMBRE
1777. 192
fas , francs de port , pourvu qu'on lui faffe remettre
les fonds , & que l'envoi foit de douze livres
au moins , avec l'adreſſe exacte de la deftination
.
Le fieur Rouffel annonce qu'il vend auffi en
liqueur la véritable crême royale de fleur d'orange
, à 4 L. la bouteille,
I I I.
Le fieur Rouffel , demeurant à Paris , rue Jeande
l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte-cochère
à côté du Tourneur , au deuxième appar
tement fur le devant , près de la Grêve , donne
avis au Public qu'il débite , avec permiffion , des
bagues dont la propriété eft de guérir la goutte.
Les perfonnes qui en font fort affligées , doivent
porter cette bague avant ou après l'attaque de la
goutte ; en la portant toujours au doigt , elle
préferve d'apoplexie & de paralyfie.
Le prix de ces bagues montées en or , eft de 36
liv. & celles en argent , de 24 1.
Le fieur Rouffel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds.
Le prix des boîtes à douze mouches eft de 3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches eft 1 1. 10 f.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes, qui
les foulage & les guérit .
f
J.
Les pots de pommade font de 3 liv. & 1 L
46.
Il a une eau pour guérir les brûlures , approuvée
par M. le Doyen & Préfident de la Commiffion
Royale de Médecine.
Le prix des bouteilles eft de 3 liv . & det 1.4f.
I iv
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le 5 Septembre 1777.
ES Les nouvelles d'Oczakow portent , que le Kan
des Tartares fait des difpofitions pour établir
trois ponts en différens endroits du Nyeper , à
portée de cette Place. On apprend en même- tems
que ce Prince , qui s'eft tranfporté à Karafou , a
fait publier , en Crimée , une Déclaration , portant
injonction aux Mufulmans qui ne lui font
pas affectionnés , de fe retirer où bon leur femblera.
Ces mefures paroiffent être une repréfaille
de l'expulfion qu'a faite , par ordre de la Porte,
le Pacha de Bender , du Vayvode & des Agas
Tartares qui gouvernoient au nom du Kan , dans
le Budgiak.
De Pétersbourg, le 23 Septembre 1777 .
Dans la nuit du 20 au 21 de ce mois , un
vent de Sud Sud Oueft , d'une violence extrême
, en faisant refluer les , eaux de la Baltique
dans la Neva , & en élevant cette rivière d'environ
dix pieds au deffus de fon niveau ordinaire ,
a inondé prefque toute cette Capitale. On n'a
point encore le détail circonftancié des défaftres
qui résultent de la crue fubite des eaux de cette
rivière , ni du nombre des perfonnes que cette
crue a fait périr. Plufieurs vaiſeaux affez forts ont
NOVEM BR E. 1777. 201
été portés fur les Côtes , où ils fe trouvent actuellement
à fec. Celui de la Ducheſſe de Kingſton
, nouvellement arrivée en cette Ville , a été
jeté fur un banc où il eſt enfablé de cinq pieds :
on n'efpère pas pouvoir le retirer avant l'hyver ,
fans quelque autre crue d'eau. Il a perdu quatre
ancres , fes chaloupes , deux de fes mâts qu'on a
été obligé de coaper ; mais aucun homme de l'équipage
n'a péri. Le corps du bâtiment ne paroît
pas avoir fouffert , & rien de ce qu'il enferme
n'eft endommagé . Beaucoup de maiſons ont été
emportées ou enverfées dans les Campagnes,
Les marchandifes de prefque tous les magatins,
ont été gâtées ; & l'on craint tout pour les vailfeaux
qui fe font trouvés dans ces mers , & dont
on n'a jufqu'ici aucune nouvelle. On le rappelle
qu'en 1727 & en 1752 , on a éprouvé ici de
grandes inondations ; mais on croît celle - ci plus
confidérable & plus funefte.
De Copenhague , le 23 Septembre 1777 .
La grande Flotte d'environ fix cens quarante
vaidleaux , que l'impétuofité du vent avoit raffemblé
au Sund , eft partie , le 19 de ce mois ,
pour la mer du Nord . C'é oit un ſpectacle impo--
fant que de voir fortir tous ces vailleaux , qui
mirent en même tems à la voile . Les Habirans
les plus âgés d'Helfingor , affurent qu'au commencement
de ce fiécle , on ne voyoit pas pafler fix
cens bâtimens dans le cours entier d'une année.
I w
202 MERCURE DE FRANCE.
De Vienne , le 24 Septembre 1777.
On attend ici dans peu l'Empereur & l'Archiduc
Maximilien. Le Camp de Prague , qui confiftoit
en vingt-huit mille hommes d'Infanterie ,
& trois mille de Cavalerie , a terminé les grandes
manoeuvres le 18 du même mois. Tout ce qui
pouvoit reffembler davantage aux divers travaux
d'une guerre véritable , y a été exécuté avec la
plus grande précifion. Batailles , efcarmouches ,
rencontres , déroutes , ponts de bateaux jetés &
rompus ; enfin , beaucoup d'autres opérations &
évolutions dépendantes de la Tactique & de la
Science Militaire , ont été mifes en oeuvre à la
fatisfaction de l'Empereur & de l'Archiduc fon
frère. Plufieurs Princes & un grand nombre de
perfonnes de diftinction , y ont affifté .
De Lisbonne , le 20 Août 1777.
Deux Ordonnances Royales viennent d'être
publiées. L'une abolit le monopole de la Compagnie
de Porto , & rend entièrement libre le
commerce des vins du Royaume : les Maiſons de
Charité & les Hôpitaux , dans toute la Monarchie
, font déclarés , par l'autre Ordonnance >
exempts de l'Impôt des dîmes.
De Rome , le 24 Septembre 1777.
On vient d'afficher , par ordre de la Congrégation
dite de Spogli , une notification , par laquelle
on donne deux mois aux Particuliers qui vou
NOVEMBR E. 1777. 103
droient acquérir , ou en tout , ou en partie , foit
par amphythéole ou autrement , les biens appartenans
aux ci- devant Jéfuites , & qui ſe trouvent
fitués dans la Ville d'Afcoli & fon territoire. Si ,
pendant ce terme pfefcrit , il ne ſe préſente pas
de plus forts enchériffeurs que ceux qui exiftoient
- du tems de Clément XIV, & avec lefquels , vu la
mort de ce Pontife , on ne termina rien à ce fu-.
jet , les biens leur feront adjugés.
.
En travaillant aux fondations du nouveau bâtiment
de l'Annonciade , dans le Champ de Mars,
on a commencé à découvrir une colonne de granit
oriental rouge, du diamètre de quatre empans.
D'après ce qui en eſt déjà apperçu , on eftime que
fi elle eft entière , elle ne peut pas avoir moins de
trente-fix palmes de hauteur.
Dans une autre fouille , qui fe fait près de
Monte- Citorio , on a trouvé , dans un petit vale
de terre , vingt- cinq Médailles en argent , repréfentant
le Roi Robert de Sicile , qui régnoit dans
le quinzième fiécle. Ob a trouvé auffi dans le
même endroit , un marbre , fur lequel eft gravée
la permiffion accordée par les Confuls Falco &
Clarus, à un certain Adraftus , de conftruire un
édifice auprès du Mons Citationum , à la charge
de payer au Tréfor public , la redevance que les
anciens Romains appeloient Solarium. Le Pape a
fait tranfporter cette Infcription au Vatican , dont
il enrichit chaque jour le Mufaum.
De Naples, le 20 Septembre 1777.
1
Le Prince Dom Philippe , frère de Sa Majefté,
mourut hier mati , le neuvième jour de la petite
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
vérole. Leurs Majeftés frappées des funeftes effets
de cette maladie , fe font auffi tôt déterminées à
faire inoculer le Prince Royal & les deux Princeffes
Marie - Thérèfe & Louife-Marie-Amélie.
On a en conféquence fait venir de Florence le
Docteur Gatti à Cazerte , où les Princes doivent
être inoculés.
De Madrid , le 7 Octobre 1777.
L'Académie Royale Efpagnole , regardant tous.
les encouragemens qui peuvent tendre aux progrès
de la Poéfie & de l'Eloquence , comme une
des principales obligations de fon établiſſement ,
a réfolu de fonder deux Prix , confiftant chacun
en une Médaille d'or , qui feront délivrées tous
les ans aux Auteurs dont les écrits ; dans ces
deux genres, feront jugés avoir traité le mieux
les fujets qu'elle aura propofés . L'Académie , en
excluant fes Membres du concours , annonce
qu'elle examinera les Ouvrages d'après les règles
de Longin , Cicéron , Quintilien pour l'Eloquen-
се & qu'elle fe décidera pour la Poéfie d'après
les principes d'Ariftote , d'Horace , & c fans néanmoins
s'afteindre à une obfervation fervile de
leurs préceptes. Les conditions du concours font
d'ailleurs les mêmes que pour la plupart des Académies
conuues ; mais elle recommande formellement
que les Ouvrages , ou d'Eloquence , ou
de Poélie , foient écrits en Espagnol , fans intercallation
d'aucun paffage de latin ou de toute autre
Langue , au moins dans le corps de l'Ecrit.
Elle prévient auffi que dans le cas ocu quelque
Ouvrage lui paroîtra avoir un mérite prefque
›
NOVEM BR E. 1777. 205
égal à celui auquel le Prix fera adjugé , elle en
récompenfera l'Auteur en faifant imprimer fon
Ecrit. Le fujet du Prix de l'Eloquence , pour l'année
prochaine , eft , l'Eloge du Roi Philippe V,
Fondateur de l'Académie ; & pour la Poélie , un
Poëme en octaves , fur la réfolution courageuse que
prit Cortès , de couler à fond tous fes Vaiffeaux ,
après fon débarquement fur les Côtes de la Nouvelle-
Efpagne. Les perfonnes qui voudront concourir
pour l'un & l'autre de ces Prix , auront
foin de faire parvenit leurs Ouvrages au Secrétaire
de l'Académie , avant le 1 Avril de l'année
- prochaine 1778.
I
De Londres , le 17 Octobre 1777•
12
La Cour n'a rien publié encore des dépêches
qu'elle peut avoir reçues de fes différens Généraux
en Amérique ; enforte qu'il eft permis de
douter de la nouvelle contenue dans une lettre
particulière d'un Officier de l'Aimée du Général
Howe , qui annonce la prife d'un grand magafin
des Américains , à Lancaftre ; & la défaite d'un
Corps de cinq mille hommes , conduir par le Général
Putnam , qui a perdu la vie dans Faction .
Les détails d'un fait auffi effentiel , auroient fans
doute été envoyés , de la part du Général , dans
la forme la plus authentique. La même raifon ne
s'élève pas contre un avis arrivé dans un des Ports
de l'Europe , d'un avantage remporté par les
Américains , fur le Général Burgoyne. L'incertitude
où l'on refle fur les progrès de fa marche ,
- feroit même un motif de le fuppofer vrai ; mais
comme on a déjà vu quelques avis de cette ef
1
106 MERCURE DE FRANCE,
pèce , démentis par la fuite , la prudence veur
qu'on attende une confirmation de ces victoires
refpectives.
Il paroît qu'on a moins de raiſon de douter de
l'inutilité des tentatives que les Américains ont
faites prefque en même - tems fur Long - Iſland
fur l'Ile de Staten , fur le Pont - du-Roi à New-
-Yorck , &c. où ils ont été repouflés avec perie.
On voit ici les félicitations que le Général Howe
a fait faire au Major - Général Tyron , qui commandoit
le jour de l'attaque du Pont- du - Roi , au
Colonel Hewlet , qui a défendu la redoute de
Slataket ou Statukut , près Long - Iſland , & furtout
au Général Campbell , qui , n'ayant dans
I'Ife de Staten que neuf cens hommes au plus , a
réfifté à l'effort de deux mille cinq cens , & dont
> la troupe , dit le Général , vient de prouver de
nouveau qu'un nombre d'ennemis , quoique plus
confidérable , n'a pu réfifter encore aux Anglois, la
bayonnette à la main. Les éloges du Général s'étendent
même fur les troupes provinciales , qui fe
font diftinguées dans ces différentes affaires. Les
amis de l'Adminiftration , obfervent , qu'à cet
- égard , on ne peut pas dire , comme on l'a fait
lorfqu'on a vu les Américains abandonner leurs
poftes à l'approche de nos troupes , qu'une politique
habile commandoit ces diverfes retraites,
puifqu'ici les Américains font les aggreſſeurs , &
que rien ne les forçoit à entreprendre les attaques
de ces Ifles & celle du Pont- du -Roi. C'eſt d'après
cette obfervation , que ces mêmes Partiſans de la
Cour , ſemblent déjà alarmés d'un projet de réconciliation
avec les Colonies , fondé fur cer
saines propofitions qui ont été faites de la part des
NOVEMBRE. 1777. 287
Provinces les moins animées dans la conteftation
préfente , & qui , dit - on , doit être vivement
agité en Parlement , à l'ouverture de la première
- Séance. Déjà il fe répand , de la part de ces Partifans
& de la guerre , & de la réfolution de fubjuguer
les Américains , des Ecrits où ils parlent
hautement de punir fans diftinction ces Peuples
rebelles , & leurs Chefs , ce qui prouve qu'ils ne
font aucun doute de l'entier fuccès de nos armes
qu'ils ont annoncé depuis quelque tems.
On apprend par des lettres de la Nouvelle-
Yorck , du 24 Août , que l'on doit y faire pa
échange de Prifonniers , pour le 20 Septembre ;
mais on ne dit point fi les éloquentes lettres du
Général Washington au Général Howe , à l'occa
fion du cartel refpectif, ontproduit quelque effet
fur le dernier , & s'il y fera queftion de l'échange
fi defiré , en Amérique , du Général Lée . Les
mêmes lettres nous apprennent que le fieur Penn,
Gouverneur , & le Juge de la Colonie de Penfilvanie
, ont été envoyés , comme Prifonnniers , à
Frédéricksbourg , par ordre du Congrès.
Une lettre de Kinfale , apportée par la Malle
du 16 , nous apprend que les Côtes de l'Irlande
ne font point encore purgées des Armateurs Américains
. On y parle auffi d'une fecouffe de tremblement
de terre qu'on y a éprouvé le 1 Octobre ,
& qui a fait abandonner toutes les maiſons aux
Habitans mais la chûte de quelques cheminées a
été le feul dommage qu'on y ait effuyć .
208
MERCURE
DE FRANCE
.
De Paris , le 27 Octobre 1777 • .
La Société des Arts de Geneve propofa , le 2
Août 1776 , plufieurs queftions fur l'Acier , entr'autres
, quelles font les différentes espèces d'Acier
, à quels fignes on peut les connoître & s'alfurer
de leur perfection ; quel mélange il faut
employer à fa confection , afin d'empêcher la
diffipation de fon flogiſtique quand on le fait rougir
, pour obtenir , 1 ° la trempe ferme & dure qui
convient aux laminoirs, limes , burins , marteaux ,
coins de monnoie , &c . 2 ° . la trempe moyenne
convenable aux pièces frottantes de l'Horlogerie ,
telles que les cylindres ou verges de balanciers ,
pignons , pièces de quadrature , de répétitions ,
petits refforts , &c. 3 ° . la trempe douce particulièrement
adaptée aux grands refforts de pendules
& de montres. Le prix devoit être une Médaille
d'or de vingt-quatre louis , ou une Médaille d'argent
de même grandeur , & le furplus de certe
dernière en efpèces , au choix de l'A: tifte . L'Acceffit
devoit recevoir une Médaille d'argent .
Certe Société a décerné , le 2 de ce mois, le Prix
au Mémoire envoyé par le Sieur Jean Jacques
Perret , Correfpondant de l'Académie Royale des
Sciences & Belles - Lettres de Beziers , Auteur de la
Defeription de l'Art du Coutelier , & Maître Coutelier
, rue de la Tixeranderie , à Paris elle n'a
pas cru même devoir donner d'Acceffit , & elle a
génére fement ajouté en faveur du Sicur Perret ,
la Médaille d'argent, fans rien déduire de la valeur
de la Médaille d'or dont il a touché le Prix.
NOVEM BR E. 1777. 209
NOMINATIONS.
Le Marquis de Bloffet , Ambaffadeur du Roi
près Leurs Majeftés Très - Fidèles , ayant demandé
fon rappel , le Roi a nommé pour le remplacer, le
Baron de Zuckmantel , actuellement Ambaſſadeur
près la République de Venife . S. M. a donné pour
fucceffeur à ce dernier , le Préſident de Vergennes ,
fon Ambaffadeur près les Louables Cantons Helvétiques.
Le Vicomte de Polignac , nommé en
même- tems pour remplir cette dernière Ambaffade
, a fait aujourd'hu fes remercîmens à S. M.
à laquelle il a été préfenté par le Comte de Vergennes
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
des Affaires Etrangères.
Le Roi a difpofé du Gouvernement de la Citadelle
de Mar feille , vacant par la mort du Comte
du Luc, Lieutenant - Général, en faveur du Comte
de Montazet , Maréchal de Camp , Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis.
PRÉSENTATIONS .
Le Comte de Scarnafis , Ambaffadeur de Sardaigne
, a eu une audience particulière du Roi ,
dans laquelle il a emis fa Lettre de créance à S. M.
Il a été conduit à cette Audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale , par le Seur
210 MERCURE DE FRANCE
Tolozan , Introducteur des Ambaffadeurs. Le Sr
de Séqueville , Secrétaire ordinaire du Roi pour la
conduite des Ambaffadeurs , précédoit.
Le Président de Vergennes , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi , en Suiffe , de retour de fon Ambaffade
, a eu l'honneur d'être préfenté à S. M. le
16 Octobre, par le Cointe de Vergennes, Miniftre
& Secrétaire d'Etat au Département des Affaires
Etrangères , & de faire en même tems fes remercimens
en qualité de fon Ambaffadeur près la Ré
publique de Venife.
· PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le Comte Jean - Baptifte Carbury , Médecin-
Confultant de Madame & de Madame la Comteffe
Artois , a eu l'honneur de préfenter au Roi & à
la Famille Royale , un Ouvrage du Comte de
Carbury fon frère , ci - devant Lieutenant - Colonel
au Service de l'impératrice de Rullie , Lieutenant
de Police , & Cenfeur , ayant la direction du
Corps Noble des Cadets de Pétersbourg. Cet
Ouvrage a pour titre : Monument à la gloire de
Pierre - le - Grand , ou Relation des travaux &
moyens méchaniques qui ont été employés pour
transporter à Pétersbourg un rocher du poids de
-trois millions de livres , deftiné àfervir de bafe à
la Statue équestre de cet Empe eur. On y a joint
an Examen phyfique & chimique du même rocher
, par le Comte Jean - Baptifte Carbury.
NOVEMBRE. 1777. 111
MARIAGES.
Le 19 Octobre , Leurs Majeftés & la Famille
Royale ont figné le Contrat de Mariage du
Comte de Lafpect de Lés , avec Demoiſelle de
Polignac.
Le 16 du même mois , le Baron de Houx &
Dame Elifabeth de Bigault fon épouſe , ont célé
bré , près de Clermont en Argonne , la cinquan
tième année de leur mariage : la cérémonie s'eft
faite dans leur Chapelle , par trois de leurs fils ,
Prêtres , en préfence de deux autres fils , Cheva
liers de S. Louis, & des enfans de l'aîné , mort depuis
peu. Leurs parens , leurs amis , & la Nobleffe
des environs , ont affifté à ce ſpectacle, dons
la rareté augmente encore l'intérêt.
NAISSANCE S.
Le 20 Septembre, un Courier extraordinaire
de Madrid , apporta la nouvelle de la naiffance de
la Princeffe dont eft accouchée , le 11 , la Princeffe
des Afturies , four unique de l'Infant. Selon
cette dépêche , la jeune Princeffe & fa Mère fe
portoient bien . Cet événement a été annoncé au
Public , dès le foir même , par une décharge générale
de l'artillerie du Château de cette Ville .
On a chanté le lendemain , dans l'Eglife de Saint
212 MERCURE DE FRANCE.
Paul, une Meffe folennelle , fuivie d'un Te Deum,
en action de graces. Il y a eu gala à la Cour , &
le foir toute la Ville a été illuminée .
MORT S.
La Cour a pris le deuil , le 16 Octobre , pour
quatre jours , à l'occafion de la mort d'Anne-
Charlotte Amélie - Louife d'Orange , Princeffe
Douairière du Prince Héréditaire de Bade- Dourlach
, & mère du Margrave de Bade régnant .
·
La nommée Domanges Bonnemaifon , habitante
de la Paroille de Lautignac , Diocèle de
Lombez , y eft morte , le 6 Septembre , âgée de
122 ans , ayant joui conftamment de la meilleure
fanté jufqu'au mois de Septembre de l'année dernière
, époque où elle fut privée de la vue . Elle
difoit n'avoirjamais été ni purgée ni faignée . On
aobfervé que le plus léger frottement fur les mains
en faifoit forur de la pouffière. La Comteſſe de
Beaumont , Dame de Madame , vifitant une de fes
Terres voifines de Lautignac , le mois de Juillet
dernier , avoit été voir cette femme , & avoit
donné les ordres les plus précis pour qu'on en prît
le plus grand foin , & qu'on ne lui refusât rien de
ce qu'elle pouvoit defirer . Elle a laiffé trois enfans,
un garçon & deux filles , dont la plus jeune eft
âgée de 76 ans .
On mande de Lodève en Languedoc , que le 22
Septembre , le nommé Louis Gefla , originaire de
Caimon , Diocèfe de Lombez , retiré chez l'EvêNOVEM
BR E. 1777. 213
que de Lodève , qui lui avoit donné un afyle , y
eft mort âgé de 102 ans , ayant confervé toute fa
connoiffance jufqu'au dernier moment.
Marie - Jofeph , Marquis de Mattarel , Gouverneur
des Ville & Châteaux d'Honfleur , Pontl'Evêque
, & c. Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint - Louis , eft mort à Paris le 9 Octobre
, dans la 57° année de fon âge.
Le Comte de Vaneck & du Saint- Empire, Che
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc, Confeiller d'Etat
actuel intime de l'Electeur de Bavière , fon Chambellan
& fon Envoyé extraordinaire près le Roi de
France , eft mort à Paris le 21 Octobre .
Tirage de la Loterie Royale de France
Du 31 Octobre 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
I, 21 , 45, 51 , 69.
214 MERCURE DE FRANCE:
P
TABLE.·
IÈCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , PS
La Journée Champêtre ,
Effets de la Jaloufic ,
Epitre de M. de Voltaire ,
Stances fur l'Alliance renouvelée entre la France
& les Cantons Helvétiques ,
Le Berger Ingénu ,
ibid.
19
31
33
35
37
39
Romance ,
Stances imitées de l'Italien de Pétrarque ,
Impromptu fur une Fête donnée au Val , par
Madaine la Ducheffe de Ch *** ,
A M. Elie de Beaumont , fur la Fête des Bonnes-
Gens , qu'il a fait célébrer dans la Terre de
- Canon ,
Vers à Madame la Vicomteſſe de Bonneval , fur
le paffage de Monfieur ,
L'Amant du Village ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES
NOUVELLES LITTERAIRES
40
41
42
.43
45
46
84
ibid.
ss
62
71
73
76
78
Les vrais principes de la lecture de l'Orthographe
, & de la prononciation Françoife ,
Contrepoifons de l'arfenic , du fublimé- corrofif,
du verd- de-gris & du plomb ,
Nouvelles Efpagnoles ,
Dictionnaire des Origines ,
L'Art de parler réduit en principes ,
Rofel , ou l'Homme heureux ,
Supplément à l'Analyfe des Conciles Généraux
& Particuliers ,
NOVEMBRE. 1777. 215
Lettre d'un Profeffeur Emérite de l'Univerfité
de Paris ,
Le Mitron de Vaugirard ,
Cuvres de Chaulieu ,
Coutume du Boulonnois ,
Euvres Chirurgicales ,
Recherches fur les maladies Chroniques ,
Obfervations fur l'examen de la Houille ',
La Phyfique de l'homme fain ,
93
195
97
190
ΙΟΥ
Explication des Cérémonies de la Fête-Dieu , 102
La Science du Bon-homme Richard ,
Loisirs de Libanius ,
Les Plaiſirs de Campagne ,
Les Aventures de Télémaque, fils d'Ulyſſe ,
Le Chrétien fidèle à fa Vocation ,
Apologie de Shakeſpear ,
105
III
MS
117
12t
122
Entretiens fur l'état de la mufique Grecque , 128
Nouvelle Méthode pour les Changes de la
France ,
Eloge hiftorique de M. Venel ,
Hiftoriæ Græcorum ,
Nouveau Plan d'éducation complette ;
Eettre à l'Auteur du Mercure ,
Avis ,
Annonces littéraires ,
ACADÉMIES 2 da
de Dijon
137
132
133
134
136
137
13
147
ibid.
162
164
SPECTACLES.
166
1 93
Opéra
ibid.
Comédie Françoife, “
ibid.
Comédie Italienne , 167
AM. Carlin Bertinazzy , Arlequin 268
ARTS.
179
,
it
Villefranche
Châlons - fur - Marne ,
216 MERCURE DE FRANCE.
Gravures ,
179
Mufique,
ibid
Danfe ,
173
Géographie ,
175
Tableau Généalogique , 176
Cours de ftyle Epiftolaire ,
179
de Langue Angloife ,
180
de Poélie Angloife , 181
Maiſon & Cours d'Education , 182
Lettre de M. Tribolet à M. Vicq d'Azyr , 185
Variétés , inventions , &c.
187
Anecdotes .
192
AVIS ,
195
Nouvelles politiques ,
200
Nominations , 209
Préſentations , ibid.
d'Ouvrages ,
210
Mariages ,
211
Naiſlances ,
ibid.
Morts ,
212
Loterie ,
213.
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France , pour le
mois de Novembre , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris , ces Novembre 1777.
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
près Saint Côme,
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
DERE
1777.
Mobilitate viget. VIRGILE .
Baugnet
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , rue de Tournon,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi. ~
AVERTISSEMENT.
C'ESTAT Sieur LACOMBE libraire , à Paris , rue de
Tournon , que l'on prie d'adrefler , francs de port ,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la muſique
, les annonces , avis , obſervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique .
>
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent ils font invités à concourir à ſa perfection
; on recevia avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenfes fur le
produir da Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv:
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
francs de port.
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour feize volumes rendus francs de
port par la pofte.
On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols pour
ceux qui n'ont pas foutcrit, au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés .
Ou fupplie Meffieurs les Abonnés d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la pofte , ou autrement , au Sieur Lacomae ,
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Ontrouve auffi chez le même Libraire les Journaux
fuivans , port franc par la Pofte.
JOURNAL DES SAVANS , in-4° . ou in- 12 , 14 vol . à
Paris,
Francde port en Province ,´
16 liv.
201.4 f
JOURNAL DES BEAUX -ARTS ET DES SCIENCES , 24 cahiers
par an , à Paris ,
En Province ,
121,
151
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périodique , 16 vol. in- 12 . à Paris ,
En Province ,
ANNÉE LITTÉRAIRE , 40 cah. par an , à Paris ,
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par la poſte ,
24 I.
32 1.
241
321. GAZETTE UNIVERSELLE DE LITTÉRATURE , à Paris ,
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart ,
14 vol. par an , à Paris ,
18 1.
91. 16 f.
14 L.
Et pour la Province , port ftancpar la poſte ,
JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in- 12 par an ,
à Paris
Et pour la Province ,
cahiers par an , à Paris & en Province ,
181.
241.
JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
181.
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an , pouɛ
Paris & pour la Province , 12 1 ,
JOURNAL ANGLOIS , 24 cahiers par an ; à Paris & en
Province ,
24 4.
TABLES ÉNÉRALE DES JOURNAUX anciens & modernes ,
12 vol . in- 12 . à Paris , 24 1. en Province ,
LE COURIER D'AVIGNON, Prix ,
за1.
181.
A ij
Nouveautés qui fe trouvent chez le même Libraire.
Quinti Horatii Flacci carmina cum annotationibus
in - 8 . br.
Les Incas , 2 vol . avec fig. in -8 ° . br.
Dictionnaire Dramatique , 3 vol. gr . in- 8 °. rel.
Dia. de l'Induftrie , 3 gros vol , in- 8 " . rel.
. 2 gr.
101.
181.
15 1.
181.
Hiftoire des progrès de l'efprit humain dans les fciences
naturelles , in- 8° . tel .
Autre dans les ſciences exactes , in - 8 " . rel .
Autre dans les fciences intellectuelles , in- 8 ° . rel.
s liv.
5 1.
5 1.
21.10f.
Traité économique & phyfique des Oifeaux de baffe-
Médecine moderne , in- 8 °. br.
coar , in-12 br.
2 1.
Dia. Diplomatique , in - 8 ° . 2 vol. avec fig. br.
12 l.
Revolutions de Ruffie , in- 8 ° . rel. 21. 10 ,f,
Spectacle des Beaux - Arts , rel . 21. 10 f
Dict. des Beaux-Arts , in- 8 ', rel. 4 1. 10 f.
Théâtre de M. de Sivry , vol . in - 8 ° . br. 2.1. Poëme fur l'Inoculation , vol. in-8 ° . br. 3 1.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , &c
in- fol. avec planches br. en carton , 241 .
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architec
ture , in-4° . avec fig. br . en carton ,
L'Efprit de Molière , 2 vol. in- 12 br .
12 1.
41.
Tableau politique & littér. de l'Europe , an. 1775 , br . 2 l .
Dict . des mots latins de la Géographie ancienne , in- 8 ° .
broch
Les trois Théâtres de Paris , in- 8 ° . br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br.
31.
2 1. 10 f.
I 1. 10 f.
4
1771 .
MERCURE
DE FRANCE
BIBLIO
THEQUE
DE
LYON
*
1893
DÉCEMBRE , 1777.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
ODE SUR L'ORDRE.
Du Créateur divine offence ,
Ordre admirable , Ordre éternel ,
De fon éternelle exiſtence ,
Garant fublime & folennel ;
Toi qui , gouvernant la matière ,
།
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Toujours dans la nature entière ,
Entretiens un fi bel accord ;
O ! de tout bien , principe unique ,
Sois de l'Univers politique ,
Et le mobile & le reffort.
Tu fis le bonheur de la Terre
Dans les premiers jours des Humains ;
Ce tems fut court : bien- tôt la
T'arracha le Sceptre des mains.
Alors , vers la voûte céleſte ,
Loin de la difcorde funefte ,
Tu t'envolas avec Thémis.
Enfin , ta Compagne exilée ;
Revient par Louis rappelée;
Suis la dans l'empire des lys.
Reviens , amène en ma Patrie
L'inviolable liberté ,
guerre
Et l'abondance & l'induſtrie ,
Doux enfans de la sûreté :
Que ton éclatante lumière
Faffe rentrer dans la pouffière ,
L'ignorance & les préjugés ;
Bannis l'esclavage & la crainte ,
Le defpotifme & la contrainte :
Parois , nos deftins font changés.
DÉCEMBRE. 1777. 7
Je vois déjà l'Agriculture
Lever un front plus radieux ,
Et forçant l'avare Nature ,
Doubler les trésors précieux.
Le Commerce étendant fes aîles ,
Va , de ces richeſſes nouvelles ,
Nourrir cent Royaumes divers ;
Et déformais , libre en fa courſe ,
Ne fait du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
Qu'une famille en l'Univers.
Par- tout , ô prodige admirable !
Avec les préfens de Cérès ,
D'Humains une foule innombrable ,
Germe au milieu de nos guérêts .
Heureux produit de l'abondance ,
Une facile fubfiftance ,
Eft le jufte prix des travaux ;
Toute richeffe eft affurée ,
Et la propriété facrée
Ne craint plus d'attentats nouveaux,
Ordre divin , de tes miracles
Ce ne font-là que les effais ;
Triomphe de tous les obftacles ;
Nous verrons de plus grands fuccès.
Malgré la bleffure profonde
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Que le vieux Corrupteur du Monde ,
L'affreux luxe a faite à nos moeurs ,
Tu peux les faire encor renaître ;
L'honneur n'attend pour reparaître
Que tes regards reftaurateurs.
Commande , tout change de face ;
Les rangs ne font plus confondus ,
Et la vertu reprend la place
Et les honneurs qui lui font dus.
De l'innocent , facré refuge ,
Un feul Tribunal eft le Juget
Des droits de la Société :
Et la Loi , d'un glaive arbitraire ,
Contre un coupable imaginaire ,
N'arme plus la cupidité.
La paix conftante , univerfelle ,
Ceffe d'être une illufion ;
L'état dans fon fein ne recèle
Ni trouble ni divifion.
Les Sujets , dans leur fort profpère ,
Regardent leur Roi comme un père ;
Et l'heureux Monarque, à fon- tour ,
N'a pas befoin que la Puiffance
Contienne dans l'obéiſſance
Un Peuple enchaîné par l'Amour.
DÉCEMBRE . 1777. ?
L'Impôt , par un canal unique ,
Dont Cybelle a l'urne en fa main ,
Sans perte ni détour oblique ,
Roule & parvient au Souverain.
Fermez -vous routes indirectes ;
Je vois des brèches trop fufpectes ,
Altérer fon couts languiffant ;
Tari dans cette voie obfcure ,
Il n'apporte à fon embouchure
Que nos pleurs & que notre fang,
Fuis , fuis , Vampire infatiable ,
Dont la vie oft un attentat ;
Toi qui , dans l'ombre favorable ,
Pompe tout le fuc de l'Etat;
Le jour renaît , la nuit s'efface :
L'Ordre lumineux qui te chaffe
A dévoilé tous tes forfaits ;
La France affez fut ta victime ;
Au fond de l'infernal abyfine ,
Rentre pour n'en fortir jamais .
Mais quels rugiffemens horribles
Rempliffent mon ame d'effroi !
Ciel! combien d'ennemis terribles
Le monftre excite contre toi !
Sous tes pas , Ordre pacifique ,
Av
ΙΟ MERCURE DE FRANCE.
L'intérêt vil , l'intrigue oblique ,
Tendent mille piéges fecrets ;
Et la rapine plus puiſſante ,
Dreffant fa tête menaçante ,
Ofe retarder tes progrès.
Pourras -tu de tant d'adverſaires ,
Soutenir les nombreux combats ,
Et franchir toutes les barrières
Que l'on t'oppose à chaque pas ?
Oui , j'ofe en former l'efpérance.
Ma crainte ceffe ; fur la France
Un nouvel Aftre s'eft montré.
Déjà ſa bienfaiſante aurore ,
Du jour brillant qui doit éclore ,
Nous eft un garant affuré.
Louis , en montant à l'Empire ,
Y paroît ainfi que Titus ;
Et plus heureux que lui , peut dire
Nuls inftans n'ont été perdus.
Cérès , de fes fers affranchie ;
Thémis , en fes droits rétablie
L'Etat d'un tribut diſpenſé ;
;
Malgré la cabale & l'audace ,
Par- tout la vertu miſe en place ;
C'eft ainſi qu'il s'eft annoncé.
7
DÉCEMBRE. 1777 .
Pour fuis , Monarque jeune & fage ,
Vois tous les coeurs de tes Sujets
Voler fans ceffe à ton paffage ,
Attirés par tant de bienfaits .
Pourfuis , comble notre espérance ,
Notre amour eft ta récompenfe :
Quel prix pourroit plus te flatter ?
Mais pour le bien de ton Empire ,
Quel que foit l'ardeur qui t'inſpire ,
L'Ordre feul peut l'exécuter.
Crois -en ce Miniftre fidèle ,
Que la voix publique a nommé ,
Et qui joint aux tranſports du zèle ,
Le talent le plus confommé.
Ton vaiffeau , tout prêt du naufrage ,
Erroit au milieu de l'orage ;
Tu viens enfin de l'en charger.
Sois sûr de fon expérience ;
Il doit avoir ta confiance ;
Qui pourroit mieux le diriger ?
Digne & prudent dépofitaire
Du pouvoir de ton Souverain ,
Le bonheur de la France entière
Réfide aujourd'hui dans ta main.
Avec Louis, fais régner l'Ordre ;
A fi
12 MERCURE DE FRANCE.
Par les cris confus du défordre ,
*** ne > fois point arrêté ; /
Ne vois dans ta noble carrière
Que le grand bien que tu peux faire ,
L'honneur & la postérité.
MIROIR A L'USAGE DES FEMMES .
DANS un appartement inacceffible à l'air,
Mes pieds fur des chenets où pétille un feu clair,
Et dans un bon fauteuil nonchalamment affife ,
Mon efprit a choifi gaieté pour fa devife.
Je me ris de Philis , dont le vafte contour
Ombrage pleinement tous les lieux d'alentour ,
Et qui , prête à mugir au feul mot de tendreffe ,
Commence à foixante ans le métier de Lucrèce.
Je me ris de Thisbé , qui , peu favante en l'art
De cacher les Amans qu'elle traîne à fon char ,.
* Je n'ai fuivi dans ces Portraits , que les caprices
de mon imagination . Les reffemblances , fi l'on en.
trouve , feront donc l'effet du hafard ; & les applications,
fi l'on en fait , un jeu de la malignité.
( Note de l'Auteur )
DÉCEMBRE . 1777.
13
De fon lugubre époux bravant l'humeur févère ,
Lui donne des enfans dont il fe croit le père.
Je me ris de Pauline au teint enluminé ,
Dont le bufte difforme en cylindre tourné ,
Et qui , fille trottant fur le pavé des
Se plaint de ne trouver que des moeurs corrompues
rues ,
Je me ris d'Aglaé , qui,le verre à la main ,
Voudroit argumenter contre le genre humain ;
Et qui , pour l'ordinaire, après quelques rafades,
Par degrés devient tendre , & fe perd en oeillades.
Je me ris de Zilla , dont le laid compofé
Glaceroit de frayeur l'ame du plus ofé ,
Qui , parmi les amours , s'avifant de combattre ,
Nous dérobe fes traits fous des couches de plâtre ,
Se couvre de pompons , & , fous cet attirail ,
Peut ,au milieu d'un champ , fervir d'épouvantail
Je me ris de Famé , qui , cauftique & peu fage ,
De mouchoir en hiver ne veut point faire ufage
Et fe fentant pour elle un penchant décidé ,
Aux yeux peu fatisfaits étale un fein ridé .
Je me ris de Laurette , au regard fec & rude ,
Epilogueule infigne & ridicule prude ,
Qui , fept fois la femaine , en des réduits cachés
14 MERCURE DE FRANCE.
Aux pieds d'un Directeur débite fes péchés ;
Et, de retour chez elle , en fa brufque manie ,
Déchire à belles dents jufqu'à fa feule amie.
Je me ris de Florine , au groteſque maintien ,
Qui regarde fans voir , parle fans dire rien ,
Et , dans fes mouvemens , exhale par la chambre
Maintes odeurs, par fois , qui nefentent pas l'ambre .
Je me ris de Daphné , dont les yeux de perdrix
Ont des fourcils touffus , moitié blancs , moitié
gris ,
Et qui de foixante ans bien duement jouiffante ,
Rétréciffant la bouche , en accufe quarante.
Je me ris de Zirphé , dont le ton langoureux
/ Annonce qu'elle cherche à faire des heureux ;
Et qui le foir , ôtant ce qui tient à ſa tête ,
Dépofe fes attraits au bord de fa toilette.
Je me ris d'Olympie , au fon de voix tremblant ,
Dont un jour un peu vif bleffe l'oeil vacillant ,
Et qui marche toujours , malade imaginaire ,
L'apolême à labouche, & la flûte au derrière.
Je me ris d'Emilie , au viſage bouffi ,
Portant triple menton , toujours prête au défi ,
E qui de les deux poings fe preffant les deux han
ches
DÉCEMBRE. 1777 15
Ricanne à tout propos pour montrer des dents
blanches.
Je me ris de Lindane , à l'eſprit tracaffier ,
Qui vante fes talens à l'Univers entier ,
Et vouant à fon fexé une haine infernale ,
N'aime que fa perfonne , & n'a point de rivale .
Je me ris de Lucine , au caractère faux ,
Dont chacun fur fes doigts calcule les défauts ,
Et qui , capricieuſe & vaine à la folie ,
N'a jamais fans fureur fixé femme jolie.
Je me ris de Clarice , au babil importun ,
Pompeuſe en des difcours privés de fens commun,
Qui , fe donnant les airs de penfeufc nocturne ,
Prononce gravement fur le poids de Saturne ,
Et ne brillant au fond que parmi des nigauds ,
N'a jamais fu qu'un cercle a fes rayons égaux.
Je merisd'Arachné,dont les bras font deux cierges,
Le corps un long fuſeau monté fur deux afperges ,
Qui , redoutant le monde & fe cachant aujour ,
Brûle pour fon mari d'un lamentable amour ;
Et pleine de lui feul , foit qu'il dorme ou qu'il veille,
A toujours des fecrets à lui dire à l'oreille.
Je me ris de Chloé , dont le nez bien ouvert ,
Paroît de fon menton le folide couvert ,
16 MERCURE DE FRANCE.
Qui , pourfouftraire aux yeux certain paquet con
vexe ,
Couvre de cent chiffons fa taille circonflexe ;
Et des biens d'ici bas , loin de ſe détacher ,
Pour gagner un écu fe feroit écorcher.
Je me ris de Marton , qui fe croit beanté rare
Dont on cite en tout lieu la conduite bifatre ,
Et qui , dans un breland , fe cavant au plus gros ,
N'a que le mantelet qui lui couvre le dos.
Je me ris d'Azéma , dont la face livide
Peint les perplexités de fon ame fordide ;
Et qui , dans un taudis , paffant fort malfon tems,
Fait diète tout l'hiver pour plaider au printems.
Je ris ... Mais telle enfin que pince ma fatyre ,
A mes dépens auffi ne peut- elle pas rire ?
Si , de mon amour- propre , écartant les rideaux,
Je voulais fur moi- même exercer mes pinceaux ;
Si j'ofois... Mufe , adieu .... vous favez ... je luis
femme.
Ah ! ce titre funefte eft feul une Epigramme !
Par Madame de L... à la Chaffagne
en Lyonnois.
DÉCEMBRE . 1777 . 17
LE BOURGEOIS DE TOLÈDE .
PROVERBE DRAMATIQUE ,
En un Acte & en Profe.
PERSONNAGES.
RODRIGO .
LEONORE , Nièce de Rodrigo.
Don JUAN , Amant de Léonore.
LAZARILLE , Valet de Don Juan.
PADILLA , Servante de Rodrigo.
La Scène eft à Tolède , dans la maiſon
de Rodrigo.
18 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIÈRE.
RODRIGO feul.
Ah ! Seigneur Don Juan , vous ne
vous contentez point d'aimer ma nièce ,
& de la détourner du parti que je me
propofe de lui donner , vous lui demandez
un rendez - vous pour l'engager à fe
laiffer enlever... Courage ! cela ne va pas
mal ; heureufement que votre poulet eft
tombé dans mes mains... Il me vient une
idée ... Qui ... cela fera plaifant ... Ah ! je
vous guérirai de votre amour... Vous
verrez , vous verrez .... Padilla ! .... Je me
réjouis d'avance .... Padilla ! ... Je vous la
garde bonne... Padilla ! ... Padilla ! ...
SCÈNE I I.
RODRIGO , PADILLA .
PADILLA. Eh bien ? Eh bien ? Ne
criez pas fi fort , Seigneur Rodrigo , je
ne fuis pas fourde.
DÉCEMBRE. 1777 . 12
RODRIGO. Pourquoi ne venez - vous
pas tout de fuite quand je vous appelle ?
PADILLA. Falloit- il laiffer brûler mon
boeuf à la mode ?
RODRIGO. Vous avez bien fait.
PADILLA. Que voulez -vous ?
RODRIGO. Ah! ma chère Padilla ! il y
a bien des nouvelles vous connoiffez
Don Juan ?
PADILLA. Je l'ai vu naître .
RODRIGO . Il aime Léonore.
PADILLA. Je le fais.
RODRIGO . Il cherche à l'enlever.
PADILLA. Cela eft vrai,
RODRIGO . Comment ? vous favez tout
cela , & vous ne m'en dites rien ?
PADILLA. Vous ne me donnez
tems de parler. pas
le
RODRIGO. Eh ! qui vous a rendu fi
favante ?
PADILLA. Don Juan lui-même.
RODRIGO. Et vous ne lui avez point
arraché les yeux ?
20 MERCURE DE FRANCE.
1
PADILLA. Ce n'auroit pas été le moyen
de favoir ce qu'il penfe , & de pouvoir
s'oppofer à fes deffeins ; au lieu qu'en
les lui faifant avouer fous le prétexte de
le fervir...
RODRIGO . Je crois que vous avez raifon.
PADILLA , à part. Il mord à l'hameçon;
je le tiens,
RODRIGO. Padilla , j'ai toute confiance
en vous ; il faut que vous m'aidiez à écarter
cet intrignant dont je veux abfolument
me débarraffer.
la
PADILLA. De quoi s'agit- il ?
RODRIGO . Il faudroit l'aller trouver...
PADILLA . Don Juan ?
RODRIGO . Lui - même , & lui dire de
part de Léonore qu'elle confent à le
recevoir...
PADILLA. Comment ? vous l'expoferiez.....
RODRIGO. Un moment , un móment :
vous ne me donnez pas le tems de m'expliquer.
PADILLA. Mais il viendra donc ici ?
DÉCEMBRE. 1777. 21
RODRIGO . Sans doute .
PADILLA . Il entretiendra Léonore ?
RODRIGO . Oui & non.
PADILLA. Je ne vous comprends pas.
RODRIGO . Eh ! comment voulez - vous
que je me faffe entendre , vous bavardez
toujours .
PADILLA. Je me tais.
RODRIGO . Je veux tenir la place de
Léonore .
PADILLA. Vous!
RODRIGO . Moi.
PADILLA. Et vous croyez qu'il préndra
le change ?
RODRIGO . Si je le crois ?
PADILLA , à part. Bon ! il ne m'échap
pera pas.
RODRIGO. Je me déguiferai fous les
habits de Léonore , & j'aurai foin de me
couvrir d'un voile .
PADILLA . Et s'il vient à le lever , adieu
le ftratagême.
RODRIGO . J'y mettrai bon ordre ; il
22 MERCURE
DE FRANCE
.
ne fera reçu qu'à condition de ne point
enfreindre la loi que je lui impoferai .
PADILLA. A la bonne- heure. ( Apart).
Je te jouerai un tour de ma façon.
RODRIGO . Si vous voulez me feconder
comme il faut , j'augmenterai vos gages
à la fin de l'année.
PADILLA , à part. Pefte ! ( Haut ) . Ce
n'eft pas l'intérêt qui me conduit ; car
Don Juan m'a propofé de me faire ma
' fortune .
RODRIGO. Le dangereux féducteur ! ...
Je tremble...
PADILLA. Raffurez - vous ; fi j'avois
accepté fes offres , je n'aurois eu garde de
vous en parler ; mais je vous fuis attachée,
& j'aime mieux vous fervir pour rien ,
que de favorifer fon amour , quelle que
récompenfe que je puiffe en attendre.
RODRIGO . Voilà ce qui s'appelle une
ame vraiment grande : je ne vous oublierai
point fur mon teftament .
PADILLA. Grand merci.
RODRIGO. Mais n'allez pas me trahir
au moins.
(
DÉCEMBRE. 1777. 23
PADILLA . Je le voudrois , que je ne le
pourrois pas vous êtes fi pénétrant !
RODRIGO. Il est vrai que je n'en fais
pas mal long.... Ah ! çà , je vous charge
d'aller trouver Don Juan.
PADILLA. Laiffez-moi faire ; je conduirai
bien ma barque. Allez toujours
vous préparer à jouer votre rôle ; quand
j'aurai fini , j'irai vous habiller .
RODRIGO. C'eft bon ... vous n'oublirez
pas de lui dire...
PADILLA . Eh ! mon Dieu ! allez toujours
, & ne vous inquiétez de rien .
( Ilfort ).
SCÈNE III,
PADILLA feule.
Le vieux Penard ! il a recours à moi
pour favorifer fes ladreries ; il eft bien
tombé , je lui ferai voir du pays . Don
Juan fait payer , il mérite bien la préférence
.... Mais il faut que je lui donne
avis de tout ce qui fe paffe.... Je l'apper-
་
24 MERCURE DE FRANCE.
çois ; Lazarille eft avec lui ; nous allons
concerter tous nos arrangemens .
SCÈNE I V.
Don JUAN , PADILLA , LAZARILLE.
Don JUAN. On vient de me dire , ma
chère Padilla , que notre jaloux eft dehors
; puis- je voir Léonore , & ...
PADILLA . Le Seigneur Rodrigo eft ici ;
mais cela ne fait rien , vous pouvez
entrer.
Don JUAN . Et s'il m'apperçoit....
LAZARILLE. Il n'entendroit peut- être
pas raiſon , ni nous non plus ; de forte
que nous ne l'entendrions ni les uns ni
les autres , & puis que...
Don JUAN. Tu ne fais ce que tu dis ,
tais-toi.
PADILLA . Cela ne fait rien ... J'ai bien
des nouvelles à vous apprendre ; mais
nous ne pouvons pas nous entretenir ici
en liberté ; allez m'attendre à quelques
pas;je ne vais pas tarder à vous rejoindre.
Don
DÉCEMBRE. 1777. 25
Don JUAN. Et Léonore ...
PADILLA . Vous ne la pouvez point
voir actuellement , vous gâteriez tout ;
mais fuivez mes confeils , & vous vous
en trouverez bien.
Don JUAN. Je m'abandonne à tes
foins.
LAZARILLE . Adieu , Padilla.
PADILLA . Adieu , adieu. ( Ilsfortent ) .
SCÈNE. V.
PADILLA feule.
Nos affaires vont bien , & le Seigneur
Rodrigo fera dupe de fon ftratagême .....
taifons- nous .
Il vient ,
SCÈNE V I.
RODRIGO , PADILLA.
PADILLA. Comment ? déjà prêt ! c'eft
à faire à vous .
B
•
26 MERCURE DE FRANCE.
RODRIGO . Eh bien ? Padilla , comment
me trouvez - vous habillé ? Mon
traveftiffement fait- il illufion ?
que
PADILLA. Vous êtes à ravir , & je fuis
affurée Don Juan fera votre dupe ,
pourvu cependant que vous ne leviez
point votre voile , car votre barbe n'eſt
pas faite. Sur-tout , parlez peu , & ménagez
votre voix.
RODRIGO. Ne foyez point en peine ;
ce font mes affaires , & je me conduirai
comme il faut.
PADILLA . Je vais chercher Don Juan,
& je vous l'amène .
SCÈNE VII.
RODRIGO feul.
C'eft un grand bonheur d'avoir des
Domeftiques fidèles & sûrs : on ne peut
trop les payer... Que j'aurai d'obligations
à Padilla ! ... Mais je crois que je ferai
bien de terminer au plutôt fon mariage
avec le Seigneur Orozimbo; il la prend
fans dot , & confent à ne voir mes compDÉCEMBRE.
1777. 27 :
tes qu'après ma mort . Un pareil avantage
n'eft point à dédaigner ; & quand cela
fera fait , tous les foupirans qui n'en
vouloient qu'à fon bien , n'auront qu'à
battre en retraite pour les autres , j'en
ferai mon affaire.... Mais on vient... C'eft
Léonore... La petite mafque ! .... Que lui
dire ?
SCÈNE VILL
LÉONORE , RODRIGO.
LÉONORE. Ma Bonne , ma bonne ....
Mais répondez -moi donc... Ah ! ah ! vous
avez une de mes robes ?
RODRIGO , fans fe retourner. Laiffezmoi
, j'ai affaire.
LEONORE . Mais , ma Bonne , vous
ne m'avez pas l'air bien occupée. Que
faites-vous done ? Pourquoi ....
RODRIGO de même. Retournez à votre
ouvrage , Mademoiſelle ; vous favez bien
que votre cher oncle ne veut point que
vous perdiez votre tems.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
1
LÉONORE . C'est que je viens vous
demander...
RODRIGO de même. Allez-vous en.
LEONORE. Mais , ma Bonne , on diroit
que vous êtes enrouée ; ce matin
pourtant...
RODRIGO de même. Qu'est- ce que cela
vous fait ?
LÉONORE le reconnoiſſant . Ah ! Ciel ! ...
Miféricorde ! .... C'eft... vous , mon cher
oncle !
RODRIGO , à part. Voilà tout ce que
je craignois ! Que faire ?
LEONORE. Eft-ce que vous allez au
bal ?
RODRIGO. Cela ne vous regarde pas ;
retirez-vous.
LEONORE . Si vous vouliez m'emmener
avec vous ...
RODRIGO . Rentrez là dedans.
LÉONORE . Mais , mon cher oncle...
RODRIGO. Rentrez , vous dis-je , & ne
répliquez pas.
LEONORE. Si ....
DÉCEMBRE. 1777. 29
RODRIGO . Allez , allez. ( Il la fait
rentrer ).
SCENE ΙΧ.
RODRIGO feul.
Mais, voyez un peu combien de queftions
mon cher oncle parci , mon
cher oncle par-là ; menez -moi au bal ! ....
Ah ! je l'y menerai , je l'y menerai ......
Mais.... je ne me trompe point ; voici
Don Juan baiffons notre voile , &
:
contenons- nous.
SCÈNE X.
RODRIGO , LAZARILLE Couvert des habits
de Don Juan , PADILLA.
"
Jio PADILLA bas à Lazarille. Le voilà ;
fonge à l'amufer ; je me charge du
reſte:
LAZARILLE de même. Laiffe - moi
faire.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
PADILLA. Avancez , Seigneur Don
Juan , Léonore vous attend avec impatience
; profitez du moment où fon tu-
-teur eft forti. Je vais faire le guet , & je
vous avertirai s'il revient : adieu.
SCÈNE X I.
RODRIGO , LAZARILLE. 211
b - V
LAZARILLE. J'ai donc enfin le bonheur
, ma chère Léonore , de pouvoir
tomber aux genoux de vos tendres appas !
Il m'eft donc permis de jurer à vos petits
petons que mon coeur amoureux eft en-
"Hamme ni plus ni moins qu'un tifon qui
flambe.... Eh bien ? ma Reine , qu'en
penfez -vous ? Vous me paroiffez trifte ;
eft-ce que vous avez du chagrin ? Allons ,
gai , réjouiffons-nous ..... ( Il veut le faire
danfer ).
RODRIGO. Ah! Don Juan, laiffez moi .
LAZARILLE . Ah ! vous faites l'enfant ,
laiffez- là toutes ces minauderies : écartez
ce voile importun qui me dérobe vos
divins appas... ..ist
DÉCEMBRE. 1777. 31
SCÈNE XII.
RODRIGO , LAZARILLE , Don JUAN ,
PADILLA.
LAZARILLE veut lever le voile de
Rodrigo , qui fe défend. Pendant cette
fcène muette , Padilla fait entrer Don
Juan , & traverfe avec lui le Théâtre.
PADILLA à Don Juan. Suivez - moi ,
Seigneur Don Juan , & ne craignez rien :
l'oncle eft en bonnes mains. (Elle entre
avec lui dans l'intérieur de l'appartement
de Rodrigo ).
SCÈNE XIII.
RODRIGO , LAZARILLE,
RODRIGO . Laiffez - moi , vous dis - je ,
ou je me fächerai .
LAZARILLE. Allons , mon coeur , point
de façons.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
RODRIGO . Je vais crier .
LAZARILLE Ah ! mon petit chou ,
vous n'êtes pas fi méchante.
RODRIGO . Eh bien ? tenez -vous tranquille
, & je ne dirai mot .
LAZARILLE . Inhumaine , barbare…..
RODRIGO. Au fair : que voulez -vous ?
LAZARILLE . Ce que je veux , cruelle !
& c'est vous qui me faites une pareille
queſtion ?
RODRIGO. Finiffons , je n'ai pas
tems à perdre.
de
LAZARILLE . Quoi ? Mamqur , êtes-
-vous donc infenfible à l'ardeur qui ....
RODRIGO . Cet entretien m'ennuie ;
je n'ai qu'un mot à vous dire : je ne
vous aime point ; je ne vous aimerai
jamais , & vous me ferez le plus grand
plaifir de ne point remettre les pieds ici.
LAZARILLE. Vous voulez donc me
voir mourir ....
RODRIGO. On ne meurt pas à fi bon
compte.
LAZARILLE . Je vais vous prouver le
contraire. >
DECEMBRE. 1777. 33
RODRIGO. Voyons un peu .
1
LAZARILLE . Vous le voulez abfolument
?
RODRIGO . Oui.
LAZARILLE . Vous vous en repentirez .
RODRIGO . Non.
LAZARILLE . Il faut donc vous fatisfaire.
RODRIGO . Allons vîte .
SCÈNE XIV .
RODRIGO LAZARILLE , LÉONORE ,
Don JUAN , PADILLA .
( Pendant que Lazarille fe met en devoir
de tirer fon épée , & qu'il fixe , par fes
lazzis , l'attention de Rodrigo , Don Juan
fort avec Léonore à qui il donne la main ;
Padilla les fuit ).´
LÉONORE. Où me conduifez -vous ?
Don JUAN. Chez ma mère : elle eſt
By
34 MERCURE DE FRANCE.
inftruite de mon amour , & confent à
nous unir ; ne craignez rien , venez ,
PADILLA. Allons , Mademoifelle , les
momens font précieux , partons . Ils
fortent ).
SCÈNE X V.
RODRIGO , LAZARILLE .
LAZARILLE feignant toujours de ne
pouvoir tirer fon épée. Vous êtes bien
heureufe que ma bonne épée eft rouillée ;
fans cela vous verriez beau jeu .
RODRIGO . Cela eft fâcheux .
LAZARILLE , à part. Ils font partis ;
mon rôle va finir . ( Haut ) . Je fuis
dans une colère ....
RODRIGO. De ne pouvoir vous tuer ?
LAZARILLE. Vous n'en méritez pas
peine.
RODRIGO . Comment ?
la
LAZARILLE . Tirons le rideau , la farce
eft jouée ; je te connois beau mafque.
DÉCEMBRE . 1777. 35
RODRIGO . Qu'eſt- ce à dire ?
LAZARILLE . Allons , Seigneur Rodrigo
, levez ce voile ; c'eft votre Serviteur
Lazarille , confident intime du Seigneur
Don Juan , qui vous en fupplie..
RODRIGO. Je ſuis trahi ! Je ſuis perdu !
Léonore....
LAZARILLE . Elle eft en lieu de sûreté ;
tranquillifez-vous ; bonfoir.
RODRIGO. Au voleur , au voleur , je
vais aller... Je veux ... au fecours...
SCÈNE XVI & dernière.
Don JUAN , RODRIGO , LAZARILLE .
Don JUAN. Raffurez-vous , Monfieur ,
Léonore n'eft point perdure ; elle eft chez
ma mère , & je viens vous prier de l'accorder
à mes voeux.
RODRIGO. Je fuis votre Serviteur
' elle n'eſt pas pour vous .
;
Don JUAN. Léonore eft en mon pouvoir
, & vous êtes trop raifonnable
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Monfieur , pour vous expofér à des défa
grémens que je ferois au défefpoir de
vous caufer. Léonore m'aimes;
& pour
vous engager à me la céder fans répugnance
, je fuis riche affez ; je la prends
fans dot , & je vous difpenfe de tout
compte.
RODRIGO. Un moment ; cela mérite
confidération.
Don JUAN. Prenez d'autres habits
& rendez- vous chez ma mère , où
conclurons à l'amiable.
RODRIGO. Vous êtes preffant .
nous
LAZARILLE. Croyez - moi , Seigneur
Rodrigo , point de réflexions ; faites les
chofes de bonne grace.
RODRIGO. Allons , je le veux bien.
Don JUAN. Ah ! Monfieur , vous comblez
mes voeux les plus chers , & je ne
puis trop vous témoigner la reconnoiffance
dont je fuis pénétré.
LAZARILLE . Vous aurez tout le tems
de vous en occuper. Paffons de l'autre
côté , Seigneur Rodrigo , je veux vous
fervir de Femme-de- Chambre : croyezDÉCEMBRE.
1777. 37
།
moi , papa , renoncez aux fineffes , &
vivez tout rondement. Sur tout , fouvenez-
vous bien que fin contre fin n'eft
pas bon à faire doublure.
Par M. Willemain d'Abancourt.
L'AMOUR DE LA GLOIRE ,
ÉPITRE à M. de L * H***
l'Académie Françoife.
LE vice
de >
Iminenfum , gloria , Calcas habet.
OVID.
E vice auroit fans doute infecté les Mortels ,
Si le monde aux vertus n'eût promis des Autels ;
Quelque talent qu'on ait , je crois que le mérite
Par la gloire , la H *** , a befoin qu'on l'excite.
Les Savans n'ont écrit qu'à l'afpect des lauriers ;
La pompe du triomphe enfante les Guerriers .
Ce digne & noble amour , cet amour de la gloire ,
A formé les Héros que nous vante l'Hiſtoire ;
Des Grecs contre l'A fie il a tourné les dards ;
Ses mains ont à l'Empire élevé les Célars ;
38. MERCURE DE FRANCE .
Et dans les tems paflés , comme au fiécle où nous
fommes ,
La Patrie fans lui n'auroit point de grands
Hommes.
Rome doit à fes foins ce qu'elle a fait de beau ;
D'Apelles dans Athenes il guida le pinceau;
C'estparlui qu'infpiré , l'incomparable Homère
D'Achille aux bords du Xente , a chanté la colère .
Il règne avec éclat dans le Palais des Rois ;
Ses feux le font fentir fous les plus humbles toîts .
La gloire a des faveurs où chacun peut prétendre,
Le Brun eft dans fon Temple à côté d'Alexandre.
Mais c'eft peu d'y courir , il faut encor fonder
Quel eft le chemin sûr qui peut nous y guider ?
Tu fais qu'on y reçoit les Enfans de Bellone ;
Le Peintre & le Graveur y trouvent leur Couronne
:
On y voit le Mortel dont la ferme vertu ,
Sous les pieds de Thémis , tient le vice abattu ;
Et l'on y voit auffi ceux par qui la Sculpture ,
Sur le Marbre ou PAirain , anime la Nature :
Mais pour s'y maintenir , de ces talens divers ,
Je crois que le plus sûr eft le talent des Vers.
La Patrie cft prife ici pour la France.
DIÉCEMBRE. 1777. 39
Mille Princes dans l'Inde ont porté le tonnerre ;
Leur Trône avec leur nom a péri fur la terre .
Du tems qui brife tout , la faulx a mis à bas
Les tableaux de Xeuxis * , les buftes de Scopas **.
Les arcs out difparu , les vaftes colifées
Ne m'offrent que débris , que voûtes écrasées.
Ephefe de fon Temple *** a vu la trifte fin ;
Rhodes n'admire plus fon Coloffe d'Airain **** ;
Fameux Peintre d'Héraclic .
** Célèbre Sculpteur de l'Ile de Paros .
*** Le Temple de Diane d'Ephèfe , étoit une
des fept Merveilles du Monde. On avoit été 220 ans
à le bâtir. Toutes les Provinces de l'Afie y avoient
contribué pendant 200 ans. On admiroit les Tableaux
excellens , les belles Statues qui décoroient ce Temple ,
& fur - tout 127 colonnes qui étoient des monumeus
de la magnificence d'autant de Rois . Eroftrate
Ephéfien , voulant faire parler de lui , & ne pouvant
ou ne voulant point s'immortaliſer par quelque belle
action , brûla ce Temple le jour même qu'Alexandrele-
Grand naquit en Macédoine. Ce fut le 6 jour de
-Juillet , Pan du Monde 16-98.
**** Le Coloffe de Rhodes étoit une Statue
Airain , qui repréfentoit un homme d'une grandeur
prodigieufe. Elle étoit placée debout fur deux tours qui
défendoient l'entrée du Port de l'Isle de Rhodes. Les
plus grands mâts des vaiffeaux paffoient librement entre
les jambes de cette Statue . Elle avoit cent vingt pieds
40 MERCURE DE FRANCE.
L'Egypte a vu tomber les hautes pyramides ;
Les fiécles ont détruit les bornes des Alcides.
Il n'en eft pas ainfi des Ouvrages en Vers ;
Ils doivent en durée égaler l'Univers .
Virgile orne les champs ; & du Tibre à l'Euphrate,
On entend fes pipeaux , & fa trompette éclate.
Les Vers galans d'Ovide ont toujours leur beauté ;
L'oubli ne cache point ce qu'Homère a chanté.
Racine , Crébillon , Boileau , Rouffeau , Corneille
Et Greffet, dont la voix a charmé notre oreille ,
Dont le nom du Midi juſqu'à`l’Ourſe eſt vanté ,
Ne doivent qu'à leurs Vers leur immortalité.
Apollon vit toujours... La gloire du Parnaſſe
Ne trouvera jamais une nuit qui l'efface .
Quelques-uns qu'avec toi le Public peut compter,
Sur cette double cîme ont l'honneur de monter ;
C'eſt un feu tout divin qui t'embrâſe & m'étonne ;
Ce feu ne s'acquiert point , c'eſt le Ciel qui le
donne.
Quand tu veux l'augmenter , pour modèles cettains
,
de haut. Un Marchand Juif en acheta les débris , & en
chargea neuf cens chameaux. Cette Statue étoit auffi
une des fept Merveilles du Monde.
DÉCEMBRE . 1777. 41
Tu fuis dans tous tes plans les Grecs & les Latins ;
Mais tu n'as pas pour eux des refpects trop timides :
On peut les égaler... Ils ne font que nos guides .
Tout n'a pas été dit , & fans trop nous flatter ,
La France a dès -long-tems la gloire d'inventer.
Sur le Pinde où l'on voit des palmes toutes prêtes ,
Nos Auteurs ont en foule étendu leurs conquêtes.
Là, font des vaſtes champs qu'aucun n'a puborner;
D'autres , même après nous , y viendront moiffonner.
Mais, qui veut ybriller, que lui- même cenfure
Ses Vers qui pafferont à la race future ?
On nous condamne envain ... Ce n'eft point vanité
De vouloir plaire un jour à la postérité.
Notre esprit ne produit que de foibles Ouvrages ,
Si du jufte avenir il n'attend les fuffrages.
Voilà ce qui forma les Grecs & les Romains ,
Ce qui les a rendu les plus grands des Humains.
Je méprife & je hais l'Ecrivain mercenaire ,
Qui dégrade fon fiécle en vivant pour lui plaire ,
Qui, confacrant fa plume à la frivolité ,
Pour briller un inftant , perd l'immortalité.
Je méprife encor plus ces Mufes avilics ,
Qui, dépenfant leur ame en de froides faillies ,
42 MERCURE DE FRANCE .
Transforment en Héros un ignorant Créfus ,
Et ne font point de cas des talens d'un Irus .
Quelle erreur ! Quel orgueil ! .... Ce n'eft pas leur
fuffrage
Qui peutfaire à jamais l'éloge d'un Ouvrage.
C'eft celui du Public ... La H ** , ... il eſt flatteur,
Et lui feul nous élève au faîte de l'honneur.
Pour toi dont le génie & l'amour de la gloire
T'ont ouvert une porte au Temple de Mémoire ,
Tu deviens immortel... Tes difcours & tes chants
Vont furvivre à ta cendre & triompher des ans.
Par M. l'Abbé Amphoux de Marfeille
Aumônier des Galères du Roi , & Auteur
de plufieurs Ouvrages de Profe & de
Poéfie.
EGLOGUES DE POPE , mifes en Vers ,
dédiées à M. d'Aine , Intendant de
Limoges.
MON Protecteur ! mon appui ,
Tu ne peux dédaigner l'hommage
Que t'offre ma Mufe aujourd'hui :
C'eſt ton bien , c'eft ton propre ouvrage ;
DÉCEMBRE. 1777 43
Il t'appartient, je te le dois.
A l'ombre d'un nom plus infigne ,
Pouvois je mettre mon hautbois
Et quel Mécène étoit plus digne
De Fixer mes veux & mon choix !
D'Aine , mon fujet te défigne ;
Et fur mes Vers tes juftes droits
Sont dans ta Profe à chaque ligne,
Avoue & reconnois ce fruit
Que le Britannique rivage ,
Sous la main de Pope , a produit ,
Et que ta plume , en ton jeune âge ,
A, dans nos climats , introduit *.
Vois encore avec complaiſance ,
Cet enfant d'Albion natif,
Et dont , pour l'honneur de la France,
Tu je rendis père adoptif.
Il tient de toi cette élégance ,
Ces graces , ce top fi naif
J J
Que dans notre langue il exprime .
Revêtu de mille agrémens ,
Il lui manquoit ceux de la rime ;
Avec ces nouveaux ornemens , C
* M.,D'Aine traduifit à vingt ans , les quatre Saifons
que Pope avoit compofées à ſeize ans.
44 MERCURE DE FRANCE.
Il ofe à tes regards paroître ;
Ce vernis qu'il doit à mes ſoins ,
En mafquant trop ſon air champêtre ,
Lui fiera- t- il peut- être moins :
Mais pourrois-tu le méconnoître
Sous le fard dont je l'ai paré ?
Dès que ton ame en lui refpire ,
Fût-il un peu défiguré ,
Ton amour ne peut
l'éconduire .
Ce feul efpoir m'a raſſuré .
Par M. L *** de Limoges.
PREMIÈRE ÉGLOGUE.
LE PRINTEM S.
A M. le Chevalier Trumbal.
Près de cette fontaine , en ce bois , fous ces
hêtres ,
J'effairai le premier quelques chanfons champêtres
:
J'oferai , du Dieu Pan , élève jeune encor,
Jouer, fa flûte en main , aux plaines de Windfor.
Daigne , belle Tamife , au fortir de ta fource ,
DÉCEMBRE. 1777 45
Interrompre un moment où ralentir ta courſe.
Les Mufes de Sicile affifes fur tes bords ,
'Y portent aujourd'hui leurs ruftiques accords.
Doux Zéphirs , agitez le rofeau fur ces rives :
Montagnes , à mes fons , rendez- vous attentives .
Toi , Philofophe aimable , ami vrai , cher Truinbal
* ,
Qui , des vaines grandeurs , fuyant l'écueil fatal ,
D'un oeil ftoïque as vu leur éclat éphémère ,
Dans ta retraite encor plus grand qu'au Miniſtère
* *,
Permets qu'enfant içi fes frêles chalumeaux ,
Ma Mufe, par fes chants , réveille ces côteaux ,
Jufqu'au tems où tu dois , d'une ennuyeuſe
abſence ,
Confoler çes beaux lieux qui t'ont donné naiffance;
Et de ta lyre içi , rapportant les accords ,
De nos tendres Bergers ranimer les tranſports.
A * Il fut Secrétaire d'Etat fous Guillaume III.
Après s'être démis de ce pofte , il fe retira à Windfor
où il étoit né.
** Si l'Angleterre vit autrefois l'original de ce
Portrait , on peut dire que la France en a vu de nos
jours la parfaite copie.
46 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi , quand Philomèle abfente du boccage ,
En repos dans l'Automne, interrompt fon ramage;
Le gai Pinfon y vient faire entendre fes airs :
Mais recommence - t - elle au Printems fes concerts ,
Le Pinfon en filence , applaudiffant de l'aîle ,
Avec tout les oiſeaux , écoute fon modèle.
Des perles de rofée , éparſes au matin ,
Argentoient les vallons ; l'Aurore , au front ferein
,
Commençoit à rougit la cîme des montagnes ,
Les ombres de la nuit fuyoient loin des Campagnes.
Par l'Amour &la Mufe , arrachés au fommeil ,
Deux Bergers devançant le retour du Soleil ,
La houlette à la main , dans les vertes prairies ,
Conduifoient le troupeau de leurs brebis chéries.
Plus vermeils que la rofe , & frais comme zéphirs,
Couple exempt de foucis , au feit des doux loisirs,
Daphnis & Lycidas , qu'un même objet raffemble ,
Par ces tendres difcours, s'entretenoient enfemble.
་་
DAPHNI S.
Entends-tu , Berger , ces oifeaux
Voltigeant fur la branche , à travers le feuillage.
La gaieté de leurs chants nouveaux ,
DÉCEMBRE. 1777. 47
Eft pour nous d'un beau jour , l'agréable préſage .
Ami , comment nous taifons- nous
Quand le Linot gazouille & le Roffignol chante ,
Prompts, par les accens les plus doux ,
Afaluer en choeur la faiſon renaiſſante ?
Refterions-nous fombres , rêveurs ,
Quand Phoſphore répand une clarté ſi pure ,
Et que les riantes couleurs
Du pourpre & de l'azur aigaïent la nature ?
LYCID A S.
Chantons ; le témoin de nos chants ,
Damon les jugera; qu'affis , il nous écoute ;
Tandis que là-bas , dans ces champs ,
Les boeufs traînent le foc fur leur pénible route;
Que fur ces tapis verdoyans
La violette naît à nos regards offerte ,
Et que les zéphirs voltigeans
Careffent le bouton de la rofe entrouverte .
Vous voyez l'agneau qui s'ébat
Le long de ce ruiffeau qui lui peint fou image
Je l'offre pour prix du combat ,
Vous le gagnez , Daphnis , fi je perds l'avantage .
48 MERCURE DE FRANCE .
DAPHNI S.
Moi, je mets en gage à mon tour
Ce chef-d'oeuvre brillant , cette coupe enchantée,
Voyez comme il règne à l'entour
Une vigne au- dehors par l'art repréſentée ;
Les
grappes
courbant fes rameaux
Que mollement embraſſe une chaîne de lierre ;
Et dans ces reliefs fi beaux ,
Admirez les Saifons , leur marche régulière .
Ce cercle environnant les Cieux ,
Où douze Signes mis à leur place preferite ,
Figurent les différens lieux
Qu'en fon cours annuel le Dieu du jour viſite.
DAMON.
Oui,chantez tour-à- tour : ces jeux & ces combats,
Pour les Nymphes du Pinde , ont les plus doux
appas.
A rajeunir ces lieux la Nature travaille ,
L'épine refleurit & le gazon s'émaille .
De feuillages naiſſans les arbres ſont couverts :
Nos bofquets font plus beaux & nos prés font plus
verds.
Commencez, les échos du fond de leurs retraites,
S'apprêtent à répondre aux fons de vos mufettes.
LYCIDAS.
DÉCEMBRE , 1777. 49
LY CID A S.
Toi qui fus infpirer & Granville & Wallers ,
Sois favorable à ma prière .
Apollon , Dieu du Pinde , inſpire-moi des airs
Dignes de l'aimable Clycere.
Je promets , je dévoue à tes Autels chéris ,
Ce taureau plus blanc que l'albâtre ,
Menaçant de la corne , & dans fes bonds hardis,
Toujours fier & toujours folâtre.
DAPHNI S.
t
Amour , c'eft à toi feul que j'adreffe mes voeux,
Pour chanter Sylvie & fa gloire.
Donne à ma foible voix les attraits qu'ont fes
yeux ,
Tu m'affureras la victoire.
Pour reconnoître , hélas ! cette infigne faveur ,
Je n'ai ni taureau ni génille.
Que t'offrirai - je , amour ? tout mon bien , c'eſt
mon coeur.
Je te l'immole en facrifice.
C
so MERCURE DE FRANCE.
LY GIDA S.
L'agaçante Glycère , une pomme à la main ,
La lance , & m'atteint à l'épaule.
Je me tourne , je cherche ; elle , avec fon air fin,
Court fe cacher derrière un faule *.
Mon embarras l'amufe ; elle s'arrête , & rit.
Ah ! ce rire affecté me prouve
Qu'en fon coeur le plaifir ſurpaſſe le dépit ,
De voir que fon Berger la trouve.
DAPHNI S.
La folâtre Sylvie , en careffant fon chien
Seulette à l'ombre fe promène,
Je parois , elle fuit. La friponne fait bien
Où ce badinage nous mène.¸
Elle lance une oeillade au Berger qui la fuit.
Que les yeux démentent fa fuite !
€
Si la pudeur la hâte, amour la rallentit,
Qui veut être atteint court moins vîte ?
* L'Auteur a fubftitué cette idée de Virgile à celle
de Pope. C'eſt la ſeule liberté qu'il ſe foit permiſe dans
l'imitation de fon modèle.
DÉCEMBRE. 1777. si
1
LY CID A S.
Que l'orgueilleux Pactole étale fur fes bords,
De fes fables dorés l'éclatante richeffe ;
Et qu'aux rives du Pô, fécondesen tréfors,
Des arbres ent.'ouverts l'ambre coule fans ceffe .
Rien n'eft égal , Tamife , aux attraits que tu vo sj
Montréfor, mon bonheur... ils font furres rivages;
J'habite ici le Ciel... Sans chercher d'autres bois ,
Reftez , mes chers moutons , paiffez ſous ces ombrages.
DAPHNI S.
Cérès chérit Hybla , Diane aime Cynthus ,
Vénus quitte les Cieux pour les bois d'Idalie.
Les Décffes , les Dieux dégoûtés d'Ambroisie ,
Aux vallons de Tempé font par fois defcendus.
Si les bois de Windfor plaifent à ma Bergère ,
Tempé , Cynthus, Hybla, l'Olympe avec la Cour ,
A ces lieux enchantés n'ont rien que je préfère.
Windfor eft pour mon coeur leTemple de l'Amour .
LYCIDA S.
Qu'un légerfouci vienne affecter ma Glycère.
Le Ciel enveloppé foudain fe fond en eaux ;
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Un noir voile s'étend fur la nature entière ,
L'oiſeau morne & caché fe tait fous les rameaux.
Les languillantes fleurs refferrent leur calice .
Mais Glycère fourit ; l'éclat revient aux fleurs ,
D'un plus brillant azur l'horiſon ſe tapiffe ,
Et les joyeux oifeaux recommencent leurs choeurs .
DAPHNI S.
Du Printems l'Univers éprouve l'influence ;
Les grottes dans leur fein nourriffent la fraîcheur.
Du Soleil en tout lieu l'agiffante puiffance ,
Féconde nos guérêts par la douce chaleur.
Quand Sylvie a fouri , la Campagne ſurpriſe
D'un éclat tout nouveau voit refplendir fes biens.
La nature vaincue en vains efforts s'épuiſe ,
Les charmes de Sylvie effacent tous les fiens.
LYCIDAS.
Je cherche au Printems les Campagnes ;
Les plaines , le matin ; fur le midi , les bois.
J'aime en Automne les montagnes.
La faifon , le jour , l'heure, ainfi changent mon
choix.
Mais par- tout & toujours Glycère
Fixe les voeux conftans. Quand elle diſparaît ,
DECEMBRE . 1777. $ 3
Je n'aime plus rien fur la terre ,
Lesbois , la plaine , tout m'attrifte & me déplaît.
DAPHNI S.
Sylvie a la fraîcheur de Flore ;
De l'Été , de l'Automne , elle affemble les traits.
Son teint plus vermeil que l'aurore ,
A l'éclat du midi , du matin les attraits.
Quand elle quitte ces rivages ,
Le Printems à mes yeux perd tous les agrémens :
Mais revient - elle à nos bocages ,
Toute l'année alors eft pour moi le Printems.
LYCIDA S.
Je ne te fais , Berger , qu'une demande ; écoute :
Si tu peux m'expliquer dans quels lieux révérés ,
Quel arbre * dans fon fein porte des Rois facrés ,
Sylvie & toi ferez vainqueurs fans aucun doute .
* Allufion au chêne dans lequel fe cacha Charles II,
après la Bataille de Worchefter.
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
DAPHNI S.
Et moi , Berger , j'attache un plus glorieux prix
Au mot de moh énigme : il tient à ta réponſe ;
Dis où naît le chardon * qui le diſpute aux lys ;
Ma Sylvie elle-même eft à toi , j'y renonce.
DAMON.
Allons , c'en eft affez , terminez vos combats ,
Vous avez tous les deux mêmes droits à la gloire.
A Daphnis eft l'Agneau , la Coupe à Lycidas.
Je vous donne à chacun le prix de la victoire.
Qu'il eft beau votre fort , couple heureux de Bergers
'!
Vous aimez , vous chantez fur vos pipeaux légers,
Les graces , les appas des Nymphes les plus belles ,
Dignes de votre encens comme de votre amour.
Quel est votre bonheur , Nymphes , à votre tour,
Vous que chantent fi bien des Bergers fi fidèles ?
Levons - nous maintenant , courons fous ces ormeaux
* Allufion à l'Ordre du Chardon ou de la Rue,
autrement dit de S. André , inftitué par Achaïus , Roi
d'Ecoffe , qui vivoit du tems de Charlemagne.
1
DÉCEMBRE . 1777 \
55
Ou fous le chevrefeuille , ombrageant ces berceaux
;
De la pluie au Printems , par le Sud amenée ,
Nous ferons à couvert fous l'épaiffe ramée.
Entourés du parfum des rofes , des lilas ,
Nous prendions fur l'herbette un champêtre
repas.
Fuyons ; déjà je vois que les troupeaux timides ,
Pour fe mettre à l'abri des pleïades humides .
Se raffemblent , & voat , au fortir des vallons ,
Se tapir fous le toit des plus prochains buiffons.
Par le même,
IMPROMPTU
A Mlle *** , qui m'accufoit d'un vol.
Si je fuis criminel , mon crime eſt votre ouvrages
De vos leçons j'étois épris ;
-Vos yeux impunément ont fait tant de ravage ,
Que j'ai cru le larcin permis.
Par M. Pafqueau d'Auxerre.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
N. B. Plufieurs Gens de Lettres diftingués
, ont promis , pour l'année prochaine,
de nous ouvrir leurs Porte -feuilles ,
& d'enrichir ce Journal de morceaux agréables
. M. d'Arnaud veut bien commencer à
leur en donner l'exemple , & doit le continuer.
STRA DELL A.
ANECDOT E.
STRADELLA , célèbre Muficien , né
Venife , vers le milieu du dernier fiécle,
joignoit à fon talent diftingué pour la
compofition , une voix enchantereffe . Il
faifoit les délices de fa Patrie ; les meilleures
Maiſons fe difputoient l'avantage
de le donner pour Maître à leurs enfans
. Une jeune perfonne nommée
Hortenfia , d'une ancienne Famille de
Rome , étoit l'Élève de Stradella qui
profitoit le mieux de fes leçons. Il eft
que la nature avoit devancé l'habile
Muficien : outre d'heureuſes difvrai
DÉCEMBRE. 1777. 57
pofitions pour le chant , elle avoit
prodigué à Hortenfia fes bienfaits ;
fa beauté feule eût fuffi pour lui attirer
tous les hommages. Un noble Vénitien
en étoit devenu éperduement amoureux :
il alloit lui offrir fa main & une fortune
éclatante . Le père d'Hortenfia , que
nous appellerons Montéïo , avoit reçu
avidement les propofitions de ce mariage.
Peu riche , il envifageoit dans
cette union une fource de bonheur pour
fa fille ; car les parens s'abufent prefque
toujours au point d'imaginer qu'il
n'y a que le rang & l'opulence qui puiffent
rendre heureux . Hortenfia étoit
bien éloignée de penfer comme fon
père le noble Vénitien , pour être
Sénateur , n'en étoit pas plus aimable
aux regards de la fille de Montéïo , foit
qu'il manquât de ces agrémens qui ,
dans l'art de plaire , font les premiers
titres , ou foit qu'elle eût le coeur prévenu
; ce qu'on peut conjecturer d'après
la fuite de l'Hiftoire *.
Cette Anecdote eft tirée de l'Hiftoire Générale
de la Science & de la Pratique de la Mufique,
par Sir JOHN HAWKINS , 5 vol . in - 4º . A Londres
, 1776 , &c.
C▾
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
Stradella favoit plus qu'enfeigner la
Mufique il infpiroit le fentiment que
fon chant exprimoit fi bien. L'homme
de génie a un charme qui n'eft point
donné aux autres hommes : il excite ce
puiffant intérêt , la flamme des paffions ;
& il n'a pas befoin de gradations pour
établir fon empire. Hortenfia l'avoit
reffenti, cet afcendant impérieux ; mais
que les tranfports de l'Écolière étoient
au - deffous de ceux qui agitoient le
Maître ! Il n'avoit pu voir d'un oeil indifférent
la fille de Montéïo. Il s'étoit
efforcé d'étouffer un penchant qui lui
paroiffoit indifcret : la raifon lui parloit
hautement contre cette paffion nailfante;
mais l'amour n'eft pas feulement aveugle
, il eft fourd ; & Stradella étoit venu
a n'entendre que ce qui flattoit une ardeur
auffi infenfée que téméraire. Comment
en effet un Muficien pouvoit- il
efpérer de plaire à une jeune perfonne de
qualité , nommée déjà l'époufe d'un Sénateur
? Stradella n'envifageoit point ces
obftacles ; il eft enfin déterminé à faire ſa
déclaration à la befte Hortenfia , dût - il
être puni de fa hardieffe . Approchoit - il
fon Écolière , le Maître perdoit toute
fon audace ; il n'avoit plus la force
DÉCEMBRE. 1777
59
d'exécuter fon projet : il étoit timide ,
parce qu'il aimoit . Hortenfia , de fon
côté , n'éprouvoit point un moindre embarras.
Ce trouble augmentoit de jour en
jour. Chaque fois qu'elle fe trouvoit
avec Stradella , fa voix devenoit plus incertaine,
plus tremblante. Lui touchoit- il
la main , un friffon fubit ſe répandoit dans
fes veines. Venoient- ils à fe regarder ,
leurs regards mouroient l'un fur l'autre.
Hortenfia retenoit aifément tout ce que
Stradella lui apprenoit ; & il eft affez
inutile d'obferver qu'elle préféroit fes
airs à tous ceux des autres Compofiteurs .
Le hafard veut qu'un jour aucun témoin
n'affifte à la leçon. Hortenfia ne
s'étoit jamais montrée plus féduifante ;
ſes graces , fi l'on peut le dire , lui appartenoient
davantage : elle étoit dans ce
fimple déshabillé du matin , qui n'admet
que peu de parure, & elle refpiroit encore
cette douce langueur du fommeil , qui
prête tant de charmes à la beauté. C'étoit
dans la faifon du Printems , époque de
la nature où tout s'embellit autour de
nous , & nous porte à aimer & à le dire.
Stradella faifoit répéter à fon Écolière
un de fes airs qui commençoit par ces
mots io amo ; & tandis qu'il chantoit , -
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
fes yeux s'attachoient fur ceux d'Hortenfia.
L'un & l'autre fe déconcertent
ils ne bégaient qu'à peine io amo, io amo,
qu'ils redifent plufieurs fois , & d'une
voix toujours plus éteinte. Stradella
tombe aux pieds de la jeune perfonne :
=
J'aime , oui , j'aime , je brûle , je
meurs d'amour , tout fon feu me dévore.
Et quel en eft l'objet ? C'est vous' ,
divine Hortenfia , c'est vous que j'idola-.
tre , que j'adorerai jufqu'au dernier foupir.
Cette paffion qui a tant d'empire fur
mon coeur, ne finira qu'avec ma vie.
Ah! je la donnerois pour obtenir un feul
de vos regards. Je fais ... que je manque
à tout , que mon égarement eft au comble
, qu'il eft criminel ; mais je n'ai pu
réfifter... Du moins , laiffez-moi expirer
à vos genoux.
Hortenfia étoit demeurée interdite ;
elle veut répondre fa voix meurt
fur fes lèvres. Stradella avoit ofé prendre
une de fes mains qu'il couvroit
de fes bailers & de fes larmes : elle ne
peut que dire : Stradella... Stradella , nous
fommes bien malheureux ! Enfin , les
deux Amans s'avouent la nailfance , les
progrès, tous les détails d'une ardeur réciproque.
C'eft dans ces momens délicieux
où deux coeurs , pour la première
DÉCEMBRE. 1777. 61
fois , fe confient mutuellement tout ce
qu'ils reffentent , s'épanchent l'un dans
l'autre ; c'eft dans ces momens qu'on
s'enivre à longs traits du filtre enchanteur
de l'amour . Pourquoi faut- il que les premiers
beaux jours d'une paffion s'envolent
fi rapidement ? L'ingénuité & l'innocence
feroient- elles les plus doux des
plaifirs ?
Stradella & fon Amante étoient dans ce
raviffement inexprimable qui ne perimet
que de fe livrer au charme qui nous a
féduit ; c'eft alors que deux Amans
n'envifagent qu'eux feuls dans la nature
entière ; c'eft pour eux que le Soleil fe
lève , qu'il colore l'horifon de fes feux ,
qu'il fe couche dans des flots d'or ,
d'azur & de pourpre ; c'eft pour eux
que les fleurs entr'ouvrent leurs calices ,
qu'il s'en exhale des parfums ; c'eft pour
les Amans que les oifeaux chantent &
s'élèvent dans les airs , que toute la terre
eft un jardin de délices : ils font les
deux Mortels pour qui tous ces préfens
de l'Etre Suprême ont été formés. Stradella
& Hortenfia n'entendoient point
gronder l'orage qui les . menaçoit . Il
n'exiftoit plus pour eux de paffé ni
d'avenir ; ils fe plongeoient dans l'ivreffe
62 MERCURE DE FRANCE.
du préfent ; & ils ne s'appercevoient
pas que ce préfent alloit bien -tôt leur
échapper.
:
Il n'a fui que trop rapidement. Les
noces d'Hortenfia & du Sénateur fe.
préparent ; le jour même eft fixé. C'eſt
alors que ce Ciel fi ferein s'eft couvert
de nuages affreux , & que le preftige de
l'enchantement s'eft diffipé le Maître
& l'Écolière font frappés du malheur
où chaque inftant les précipite. Ils le
contemplent tout entier : ils fe voyent
fur le point d'etre féparés pour jamais
l'un de l'autre. Peut - être même leur
fera - t - il refufé jufqu'à la foible confolation
de fe voir . Quelle image abforboit
tous les fens de Stradella ! Hortenfia
, cette Hortenfia qu'il aimoit avec
fureur , foumise aux loix d'un époux ,
dans fes bras ! ... A ce tableau , le Muficien
tomboit dans le délire du défeſpoir.
La fille de Montéïo verfoit des larmes ,
accufoit le Ciel & fa deftinée , s'abandonnoit
à la plus vive douleur. Cependant
le terme fatal approchoit. On eft
enfin arrivé à la veille de ce jour hor->
rible, où Hortenfia doit former cet engagement
qui plongera les deux Amans
au tombeau.
DÉCEMBRE. 1777. 63
La fille de Montéïo , accablée de fa
fituation , alloit fe mettre au lit : un
homme fort de fon cabinet ; elle eſt
faifie d'effroi ; elle reconnoît Stradella :
Vous ! à cette heure ! dans ce lieu !
= Oui , j'ai fu tromper tout ce qui
vous environne , & m'introduire jufques
dans votre appartement. Vous n'ignorez
pas que le tems preffe , que chaque
heure vous avertit de vous pré, arer à
marcher à l'Autel . Hortenfia , plus de
délai , c'eſt demain que ma mort eſt
réfolue... Hortenfia, m'aimez-vous ? Si
je vous aime ! eft- ce à vous d'en douter ?
-
Vous m'aimez , adorable Maîtreffe
de mon coeur , vous m'aimez ! Eh bien !
il faut me le prouver à l'inftant . = Parlez,
Stradella , parlez ; qu'exigez- vous ? Que
voulez-vous ? Tous les facrifices , demandez-
les . Je n'ofe en folliciter qu'un
feul . Vous dites que vous m'aimez , &
penfez-vous qu'un autre va pofféder tous
vos charmes , vous preffera contre fon
fein ? ... Hortenfia , quelle image infernale
! Il s'agit donc de vous dérober à
la criminelle audace de ce raviſſeur •
de ne vivre que pour l'Amant le plus
enflammé : eh ! qui fait aimer , brûler,
mourir de fa tendreffe comme Stradella?
64 MERCURE DE FRANCE.
Daignez me fuivre ...
=
- Stradella , me
confeiller la fuite , mon déshonneur! ...
Il n'eft pas d'autre moyen de raffurer
l'amour ; & que vous importe le monde
entier , fon opinion , la renommée ?
L'amour doit vous fuffire. Ah ! fi j'étois
à votre place , balancerois - je un feul
inftant? J'irois au bout de la terre m'enfevelir
avec tout ce que j'aime ; je ne
vivrois que pour lui feul : je ne ferois
rempli que de lui feul ; il auroit toute
mon ame ; j'expirerois à fes pieds ....
Décidez donc de mon fort , cher
Amant ; conduifez - moi dans les déferts
les plus reculés ; je vous immole ma
patrie , ma famille , ma réputation ,
tout.
Stradella tranfporté , court s'occuper
des préparatifs d'une fuite qu'il avoit
déjà prévue , revole auprès de fa Maîtreffe
, & fe hâte de quitter avec elle
le territoire de la République.
Le bruit de cet enlèvement eſt répandu.
Montéïo aimoit encore plus fa
vanité que fa fille : il fe voit privé d'un
mariage qui flattoit à la fois & fon avasice
& fon ambition ; mais fa fureur
ne peut fe comparer à celle du noble
Vénitien. Il accourt chez le père d'HorDÉCEMBRE.
1777. 65
tenfia , s'abandonne à l'excès de l'emportement
, ne fait dans quel fein il
plongera un poignard dont il s'étoit
armé : c'est l'amour livré à tous les accès
de fa rage.
Les deux Amans fauvés à Rome , fe
difoient mariés ; & , fe repoſant ſur une
crédulité hors de tout foupçon , ils
cédoient fans crainte & fans réferve
au délire de leur égarement ;
chaque jour ajoutoir à leur ivreffe & à
leur fécurité : ils avoient oublié leur
patrie , leurs amis , leurs parens ; l'Univers
entier s'étoit perdu à leurs regards.
L'amour est une patlion qui s'immole
toutes les autres ; & de tous les fanatifmes
, c'est peut-être le plus aveugle &
le plus impérieux .
La vengeance s'endort moins que
l'amour. Le Sénateur ne vouloit pas fe
borner à de fimples témoignages de fureur
& de défefpoir ; il rouloit dans fa
tête quelque projet qui le vengeât des
deux Amans . Il a recours à un couple
d'hommes voués , en quelque forte , au
crime , & dont il achète la fcélérateffe :
Mes amis , j'augmenteraj la récompenfe
que je viens de vous donner :
voici à quel prix vous la mériterez . Stra66
MERCURE DE FRANCE.
della eft à Rome ; il doit faire exécuter
dans l'Eglife de S. Jean de Latran , un
de fes Oratorio ; le jour eft fixé. Rendezvous
en cette Ville ce jour même ; &
lorfque ce monftre fortira de l'Eglife , ne
le laiffez pas aller plus loin qu'il foit
déchiré , qu'il expire fous vos coups
réunis ! Sur-tout , prenez bien garde de
le manquer , & ne revenez que lorfque
vous ferez certains qu'il ne reftera à Rome
fon cadavre , fon cadavre , je vous l'aj
dit , percé de mille coups . Ces miférables
promirent de remplir fidèlement
tout ce que le Sénateur leur prefcrivoit ,
& fe mirent en chemin pour arriver à
Rome au jour marqué.
que
Stradella, accompagné de fa Maîtreffe,
le feul objet qui lui fit aimer la gloire
exécutoit , comme on l'avoit annoncé
fon Oratorio dans l'Eglife que nous venons
de nommer ; il remportoit tous les
genres de triomphe : il affocioit à la plus
riche compofition , cette voix brillante
dont Venife encore fembloit avoir retenu
les fons enchanteurs : il paroiffoir renvoyer
à fon Amante , tous les applaudiffemens
dont on l'accabloit : on s'appercevoit
aisément que c'étoit ceux .
d'Hortenfia qu'il cherchoit à mériter ,
·
DÉCEMBRE. 1777. 67
un
& qui l'enflammoient. La voûte retentiffoit
des battemens de mains
enthoufiafme général s'étoit répandu .
C'eft précisément au milieu de cette
acclamation univerfelle qu'entrent les
deux affaffins gagés par le Sénateur , &
bien déterminés à lui obéir. Le vois-tu
bien , dit l'un d'eux ? Tu le reconnoîtras
? Crains qu'il ne nous échappe ; il
faut lui porter nos poignards dans le
coeur; c'eft le moyen de frapper sûrement.
N'appréhende pas , répondoit
l'autre ; je te donne ma parole que je te
préviendrai . Cependant Stradella déployoit
le charme de fa voix ; l'Affemblée
n'ofoit refpirer à peine ; l'ame
fuivoit tous les accens du Muficien.
Les deux fcélérats ( tant le talent a
d'empire ) ne peuvent fe refuſer
au plaifir de l'écouter ; ils deviennent
rêveurs il fe regardent ; ils femblent
vouloir fe cacher ce qu'ils éprouvent
ils rompent enfin le filence :
= Cet homme- là produit- il fur toi l'effet
que je reffens ?... Je ne me fuis jamais
trouvé dans cette fituation . Et moi...
je ne me reconnois plus , j'ai une
foibleffe de coeur ... Je crois , ma foi , que
Tu le manquerois! ...
:
je le manquerois.
....
68 MERCURE DE FRANCE.
Mon ami , il faut tâcher de reprendre
courage . Tout cela ne vaut pas deux
cens ducats qu'on nous a promis à
notre retour. Stradella continuoit de
tenir l'Affemblée dans le raviſſement.
Hortenfia elle- même applaudiffoit ; &
les deux affaffins paroiffoient de moment
en moment plus accablés , fi l'on peut le
dire , fous la puiffante magie du Muſicien.
Il fortoit de l'Eglife , & traverſoit un
détour peu éclairé. Un de ces fcélérats
court à lui ; & , jetant à fes pieds fon
poignard , fuivi de fon complice , auquel
la même action échappe , il s'écrie : Stra
della , tu l'emportes ! Mon camarade &
moi nous étions venus exprès ici pour
te percer le coeur , nous l'avions promis ;
nous n'avons pu nous réfoudre à ce
meurtre. Les charmes de ta voix nous
ont changés en tes admirateurs ; nous
faifons plus que de t'épargner , nous te
confeillons de quitter Rome , & de te
dérober au reffentiment d'un homme
qui ne refpire que ta perte.
1
Ils n'avoient pas prononcé ces derniers
mots , qu'ils étoient difparus. Hortenfia ,
ainfi que le Muficien , étoient demeurés
immobiles. Revenus de leur étonneDÉCEMBRE.
1777. 69
ment , l'un & l'autre frémiffent du danger
qu'ils ont couru . Hortenfia trembloit
pour fon Amant , & celui-ci ne craignoit
que pour fa Maîtreffe
Ils profitent du confeil des deux
Emiffaires du
Sénateur , fe
réfugient
à Turin , vont fe jeter aux pieds dela
Ducheffe de Savoie , & lui racontent
ingénuement le péril où eft expofée
leur vie , & la caufe qui l'a fufcité.
La vérité a un caractère intéreffant .
La Ducheffe eft touchée de ce récit fincère.
Le coeur d'une femme eft rarement
fermé à
l'indulgence , quand la
fenfibilité
eft la fource des erreurs dont on lui fait
l'aveu. Les deux Amans réuffirent à trouver
grace aux yeux de la Princeffe .
D'abord , pour les fouftraire à l'activité
de la vengeance Italienne , elle plaça
Hortenfia dans un Couvent , & donna
un logement , dans fon Palais , à Stradella
, avec le titre de fon premier
Muficien.
Le peu de fuccès d'un complot fi bien
médité , n'avoit pas refroidi l'animofité
du Sénateur . Il n'exiftoit
l'occafion de frapper les deux victimes
que pour faifir
qui lui étoient échappées ; & il étoit parvenu
à
communiquer fon
reffentiment
implacable au père d'Hortenfia . Ce vieil70
MERCURE DE FRANCE.
lard dénaturé, avoit fait ferment d'être le
Bourreau de fa propre fille , fi jamais elle
tomboit dans fes mains. Il n'écoutoit plus .
la voix du fang; il ne ſe laiffoit conduire
que par le noble Vénitien , dont le tems
& l'éloignement ne faifoient qu'enflammer
la jaloufie & la foif de fe venger.
La Ducheffe , qui n'avoit nulle idée
des tranfports de l'amour outragé ,
croyoit qu'il devoit être un terme à cette
perfécution fi ardente. Elle imagina donc
qu'elle pouvoit goûter , fans crainte , le
plaifir de faire deux heureux. Elle maria
le Muficien & fa Maîtreffe , qui ne
favoient comment témoigner leur reconnoiffance
à leur Bienfaitrice . Ils
étoient à fes genoux , les arrofoient de
larmes. Mes amis , leur dit la Ducheffe ,
en les relevant , vous avez commis de
très-grandes fautes ; mais il ne faut plus
parler que du pardon & du bonheur qui
vous attendent ; je me flatte que Montéïo
& le Sénateur fe laifferont fléchir : j'emploierai
mon crédit pour opérer cette reconciliation
trop différée.
Quelque fût le rang où étoit élevée la
Princeffe , elle ne put obtenir aucune réponfe
aux follicitations qu'on fit en fon
nom . Cependant Stradella & Hortenfia, à
DÉCEMBRE. 1777. 71
l'abri de fon Trône , s'abandonnoient à
une douce fécurité. Combien de fois ils
fe redifoient : que pourrions- nous envier
dans l'Univers ? Nous nous aimons , nous
nous aimerons toujours ; fous les glaces
de l'âge, nos coeurs conferveront le feu
de l'amour. Puiffions- nous ne pas furvivre
l'un à l'autre , expirer enſemble
& avoir le même tombeau ! Nos cendres,
il n'en faut point douter , chercheront
encore à fe réunir.
>
Il est donc décidé que l'homme , dans
la plénitude du bonheur , ouvre fon
coeur à l'inquiétude de nouveaux defirs.
Les deux époux , comblés des bontés d'une
Souveraine , le modèle de la bienfaifance
, carellés , fêtés de toute fa Cour,
demandent la permiffion d'aller , pour
quelques jours , vifiter le Port de Genes .
La Ducheffe, qui fe piquoit de ne leur
rien refufer , leur accorde , non fans
quelque regret , cette permiffion ardemment
follicitée : elle leur fait donner la
parole qu'ils reviendront bien-tôt ; leur
prodigue encore de nouvelles marques
de fa libéralité , & les voit avec peine
s'éloigner de Turin.
Ils font arrivés à Gênes , Je ne fais ,
dit Hortenfia à fon mari , je me fens
atteinte d'une fecrette langueur , dont
72 MERCURE
DE FRANCE
.
j'ignore la caufe. Qu'aurois - je pourtant
à craindre ? La Ducheffe nous protège
& tu m'aimes. Il eſt bien fingulier , repart
Stradella , que j'éprouve la même
mélancolie... Hortenfia , lève les yeux
fur ton Epoux , fur ton Amant , & tous
ces nuages fe diffiperont.
:
Ils étoient couchés , & commençoient
à fe livrer au fommeil : ils en font retirés
par le bruit que formoient plufieurs perfonnes
qui avoient déjà gagné leur antichambre
ils font faifis de frayeur , une
foible lampe les éclairoit. Quel fpectacle
les frappe ! Quatre hommes armés de
poignards étincelans. Hortenfia s'écrie :
mon père , c'est vous ! Ah ! mon père ,
épargnez Stradella , & donnez - moi la
mort . C'eſt en vain que tu réclames ma
pitié pour lui , répond Montéïo , c'eſt
fon coeur que je vais percer. Le Sénateur
étoit au nombre des meurtriers : ils fe
jettent tous deux fur le Muficien , qui
s'efforçoit de fe défendre , ou plutôt de
fauver la femme , qu'il couvroit de tout
fon corps . Cet infortuné eft immolé
fous mille coups , par ces deux barbares ;
& le Sénateur, tout fouillé de fon fang ,
égorge Hortenfia , qui , en expirant ,
nommoit encore fon père & fon -mari .
Par M. d'Arnaud.
VERS
AIR .
Legerement sans vitesse.
Decembre 277
1777.
majeur.
Cruel en =
=fant,perfide
amour, c'est
trop langur dans l'escla:
VA... ge ; au près d'une
amante volage c'est trop
Fin
o
u:pi :rer un jour.
de
Mineur.
2
Quand on s'enga::ge
sous ta loi , on brule
pour
une infide
....le ; et
dun
coup
ton ouvrage est dun
d'ai....le , en un moment
D. C.
de -
truit
par
toi.
DÉCEMBRE. 1777 73
VERS
A M. le Marquis DE VILLETTE , furfon
Mariage avec Mlle DE VARICOUR ,
au Château de Ferney.
FLEUVE LEUVE heureux du Léthé , j'allais paller ton
onde
Dont j'ai vu fi fouvent les bords ;
Laffé de ma fouffrance , & du jour & du monde ,
Je defcendais en paix dans l'empire des Morts ;
Lorfque Tibulle & Délie ,
Avec l'Hymen & l'Amour ,
Ont embelli mon féjour ,
Et m'ont fait aimer la vie.
Les glaces de mon coeur ont reffenti leurs feux ;
La parque a renové ma trame défunie ;
Leur bonheur me rend heureux .
Enfin , vous renoncez , mon aimable Tibulle ,
A ce fracas de Rome , au luxe , aux vanités ,
A tous ces faux plaifirs célébrés par
Et vous ofcz dans ma Cellule
Catulle ;
D
74
MERCURE DE FRANCE,
Goûter de pures Voluptés !
Des petits Maîtres emportés ,
Gens fans pudeur & fans fcrupule ,
Dans leurs indécentes gaietés ,
Voudront tourner en ridicule
La réforme où vous vous jetez .
Sans doute ils vous diront que Vénus la friponne ,
La Vénus des foupers , la Vénus d'un moment ,
La Vénus qui n'aime perfonne ,
Qui féduit tant de monde & qui n'a point d'Amant,
Vaut mieux que la Vénus & tendre & raifonnable ,
Que tout homme de bien doit fervir conftamment.
Ne croyez pas imprudemment
Cette doctrine abominable .
Aimez toujours Délie ; heureux entre fes bras ,
Ofez chanter fur votre lyre
Ses vertus comme les appas ;
Du véritable amour établiffez l'empire ,
Les beaux efprits Romains ne le connaiſſent pas.
Par M. de Voltaire,
DÉCEMBRE . 1777. 75
EPITRE A BELLE ET BONNE.
BELLE & BONNE , c'eft votre nom :
C'est le nom que vous donne un Sage ;
Il peint vos traits , votre raiſon ,
Votre coeur & votre viſage.
Vous tenez par un noeud plus faint
A l'Apollon qui vous baptiſe.
Quand , victime offerte & foumife ,
Votre front allait être ceint
Du trifte bandeau d'Héloïfe ;
Quand la grille du repentir
Allait vous ravir à ce monde ;
Quand vous alliez vous engloutir
Au fond d'une prifon profonde ;
C'eſt lui qui , voyant vos appas ,
Votre douceur , votre jeune âge ,
Ferma l'abyfine ſous vos pas ;
Et pour vous fauver du naufrage ,
C'eft lui qui vous tendit les bras.
Den... fit plus encor peut- être ;
Son efprit jufte , aimable & doux ,
Dij
75 MERCURE DE FRANCE.
<
Vous apprit fans peine à connaître
Le monde & yos devoirs & vous,
Dans cette agréable retraite
Où vous coulez vos heureux jours ,
On voyait que vous étiez faite
Pour vous conduire dans les Cours ,
Pour briller avec modeftie ,
Sans prétentions , fans détours ,
Sans vanité , fans jaloufic.
Mais il vaudrait encor bien mieux
Qu'un mortel comme vous fincère ,
Charmé de votre caractère ,
Tout autant que de VOS
beaux
yeux
,
Sût vous chérir & fût vous plaire ;
Et qu'un refpectable lien
Que les Cours ne refpectent guère .
Fit votre bonheur & le fien.
Par M. le Marquis de Villette .
DÉCEMBRE. 1777. 77
A M. le Marquis DE VILLEVIEILLE .
ToN efprit fin , ta modeftie ,
Ton urbanité , ta candeur ,
Et ta charmante bonhomie ,
Avaient la moitié de mon coeur :
Aujourd'hui c'est à ma Délie
Que je donne l'autre moitié ;
Et je m'en vais paffer ma vie
Entre l'Amour & Amitié.
Par le même.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du volume de Novembre.
LR
mot de la première Enigme eft
Naud ; celui de la feconde eft Fufil
ou Piftolet ; celui de la troifième eft
Fufée volante. Le mot du premier Logogryphe
eft Orage , où fe trouvent or ,
âge , o , rage ; celui du fecond eft la
Bife , où l'on trouve bis , fi , bei; & celui
du troisième eft Marbre , où fe trouvent.
arbre , arme , rame , ame.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ENIGM E.
C'EST moi qui régle tout , en tout tems, en tout
lieu ,
Et je fuis en cela la volonté de Dieu.
Je donne la mort & la vie ;
C'eft affurément fans envie
Que chacun me fait fon adieu.
On me compre fouvent ; & dans plus d'un Grimoire
,
Un curieux s'en va rechercher mon hiſtoire
Pour favoir combien il me doit ,
Et fi j'aurai bien - tôt le droit
De le mettre en le cas qu'on en faſſe mémoire .
On ne fe laffe point de vivre fous mes loix ;
Et tous ont le defir , s'ils en avoient le choix ,
De me rendre gloire immortelle ;
Mais mon culte eſt borné juſqu'à certains mo
mens :
C'eſt- là que finit mon encens ,
Car en aucun climat je ne fuis éternelle.
Par M. Teffier , Curé de S. Gaud.
DÉCEMBRE . 1777. 79
AUTRE.
> LES Favoris de Flore, & les enfans de Mars ,
De mes attraits empruntent leur parure :
L'Art me produit , ainfi que la Nature.
Dans les combats , au milieu des hafards ,
Je reçois le trépas , mais auffi je le donne.
Ma mort n'eft pas toujours dans les champs de
Bellone.
Aux yeux d'une Bergère , étalant mes couleurs ,
Son fein eft mon tombeau : tel eft le fort des
Aeurs.
Une Ville en Efpagne , un petit Bourg en
France ,
Portent mon nom ... Taifons-nous , par prudence.
Par M. B. de N.
AUTR E.
TRIS- UUTTIILLEEau commerce , on me trouve air
marché ;
Souvent dans le Palais on me comble d'affaires ;
Div
So
MERCURE DE
FRANCE .
A
Mais cent fois plus exact que bien des
Secrétaires ,
Je ne
dérange rien de ce qu'on m'a confié.
Plus riche encor
ailleurs , en fuis-je plus
heureux ?
Vous allez en juger , voici
comme on me traite :
Dès qu'on m'a tout ôté , fans
fcrupule on me jette ,
Et je
deviens ce que je peux.
Chez nos
Dames , c'eft autre
chofe ,
J'y fuis puce ou
couleur de rofe ,
Pomponné,
parfumé d'une
agréable odeur :
Ce n'eft
pas tout , mon cher Lecteur ;
On dit , n'eft-ce point
calomnie ?
Que jadis on m'a va faire noyer
les
gens :
Ah ! grace à notre fiécle ! ils ne font plus ces tems,
Et
maintenant je fais rie à la
Comédie.
Par M.
Hubert.
LOGO
GRYPHE.
Assi's
deffus ma queue , on peut
manger ma tête,
Car de fiége n'eft rien par
rapport au fricot ;
Plus d'un
homme, fans être fot,
Sur un fiége pareil fit un repas
honnête.
Ma queue eft fous l'épi , ma tête eft dans un veau;
Je fuis Ville en
Savoie , où
faifoit maint cadeau,
Certain Duc dont la bonne chère
་
DÉCEMBRE. 1777. SI
Laiffa les dignités pour mieux fe fatisfaire .
Je ne renferme pas bien des objets divers.
On trouve en moi l'effort des Habitans des airs ;
Une herbe d'odeur forte , & dont parle Virgile ,
Mêlant au Serpolet fon alliage utile .
Voilà , mon cher Lecteur , mon être à découvert,
Plus d'une fois par an fans doute qu'il te fert .
Par M. Teffier , Curé de S. Gaud." ,
JE
AUTR E.
E ne fuis point , Lecteur , un être fantaſtique ,
On me vend à Paris dans plus d'une Boutique ;
Mais d'une autre façon je pourrois vous bleffer ,
Vous donner de l'humeur , même vous offenfer.
J'aime le mouvement , il en faut pour me faire ;
Jefurprends quelquefois : auffi- tôt qu'on me fent,
On crie , on fe trémouffe , on tourne le derrière ,
Et , s'il eft poffible , on me rend .
Me tenez-vous , Lecteur , pas encore peut- être ;
Dans ce cas , fervez - vous de la combinaiſon ;
Avec les douze pieds qui compofent mon nom ,
Une foule d'objets fous vos yeux vont paroître .
Un Pape vient s'offrir , ce fut lui qui fauva
Et Rome & les Romains des fureurs d'Attila ;
Dv
82 MERCURE
DE FRANCE
.
Un Saint Evangélifte , un fameux Patriarche
Dont le trépas eft incertain.
Un autre très - connu pour avoir bâti l'Arche ,
Planté la Vigne & bu du Vin ;
Un ouvrage de fer qui fouvent fert de porte ;
Un grain dont on peut faire une boiffon très-forte ;
L'utile production d'un infecte volant ;
Un Prophète , un Oiſeau , un Arbuſte rampant ;.
Un Port au Royaume d'Eſpagne ;
Ce qui compofe un jeu commun à la Campagne :
Catinat dans fon camp s'en amufoit dit - on ;
Sur les bords de la mer ce qu'on trouve à foifon
Une Ifle dans le Nord , un Canton de la Suiffe;
Un Signe dans le Ciel voifin de l'Ecreviffe ;.
Un titre que Céfar vouloit ,
Mais auquel Brutus s'oppofoit ;
Le premier Duc de Normandie
Des deux Corneille la Patrie ;
Ce qae doit favoir un Acteur ;
Une vive & forte couleur ;
La fille de Cadmus ; la Mufe de l'Hiftoire ;
Ce que le Grand Henri combattit avec gloire ..
Par M. Hubert..
DÉCEMBRE. 1777. 83
AUTRE.
CHERCHE , Lecteur , un lieu délicieux ,
Séjour du bonheur véritable ,
Où les plaifirs font purs , la joie inaltérable ,
Où l'ame , enfin , jouit d'un calme précieux.
Tu vas y découvrir fans peine ,
Un animal chanté par la Fontaine ;
Ce qui doit attrifter de Bacchus les fuppôts ;
Un lieu de toutes parts affiégé par les flots ;
Un article , un pronom ; plus , une particule ;
Un des mots que le Chrift , attaché fur la croix
Prononça triftement d'une mourante voix.
Ce mot parut-aux Juifs du dernier ridicule .
Pour terminer enfin mes qualités ,
Lecteur , je t'offre une forme dernière.
Dans un miroir confulte ta paupière
Tu vas la voir à fes extrémités.
>
Par M. Bouvet , à Gifors.
"
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Quinti Horatii Flacci Carmina , cum
Annotationibus Gallicis Lud Poinfinet
de Sivry, Regia Lotharingorum Academia
Socii. 2 vol. in- 89 . Parifiis , e
Typographia Franc. Amb. Didot ,
fumptibus Jacobi Lacombe , via de
Tournon. 1777 .
CETTE nouvelle édition d'Horace doit
être précieuſe , à bien des égards , à tous
les Amateurs de l'illuftre Poëte Latin .
Indépendamment de l'élégance & de la
netteté de l'exécution typographique , le
texte y eft imprimé dans fa plus grande
pureté & fans qu'il s'y foit gliffé une feule
faute d'impreffion . Mais ce qui la rend
fur-tout recommandable , ce font les
favantes notes de M. Poinfinet de
Sivry , notes remplies d'obfervations de
la dernière importance , qui toutes
avoient échappé à la foule des nombreux
Commentateurs d'Horace , & fans lef
quelles , cependant , il étoit abfolument
DÉCEMBRE . 1777 85
*
impoffible de parvenir à une parfaite
intelligence des Ouvrages de ce Poëte ,
principalement des Odes. Nous allons
faire connoître les principaux objets fur
lefquels portent ces obfervations , d'après
le Savant Editeur lui-même , qui les
détaille dans un difcours préliminaire
plein de goût & d'érudition .
و د
»
» On pourroit former , dit M. de
Sivry , une nombreuſe Bibliothèque
des Ouvrages plus ou moins célèbres
» dont ceux d'Horace ont été l'objet ou
l'occafion, Mais on s'abuferoit étran-
» gement , fi l'on s'imaginoit qu'il ne
» reſte plus rien à écrire d'important fur
» ce Poëte. On fe convaincra même
que c'eft précisément le plus effentiel
"
qu'on avoit omis , lorfqu'on aura
» reconnu , par nos remarques , que
» cette foule innombrable de Commen-
» tateurs avoit laiffé fans folution la
1.99
plupart des contradictions apparentes
qui fe trouvent dans Horace ; s'étoient
» tranfmis l'un à l'autre , & comme de
» main en main , des erreurs manifeftes ,
» & avoient perpétué , par une forte de
» tradition héréditaire , un grand nombre
d'interprétations vifiblement abufives ,
» dont l'effet néceffaire étoit de nous
>>
86 MERCURE DE FRANCE.
,
» donner une très - fauffe idée de ce
» Poëte
& de nous expofer à des
» contre-fens inévitables à chaque page
» de fes écrits ».
"
"
" C'eft , par exemple , un préjugé
des plus injuftes , & cependant des
plus accrédités , qu'Horace étoit un
» libertin effréné , abandonné avec une
» forte de fureur à tous les plaifirs
» même à ceux que la mature réprouve ;
» & que fi l'on rencontre dans fes écrits
les maximes les plus fages , les fenti-
» mens les plus vertueux , & quelquefois
les plus ftoiques , c'eft qu'il favoit
» fe contrefaire au befoin , & , par
une hypocrifie plus révoltante encore
fes vices , couvrir les débauches
» du manteau refpectable de la vertu &
» de la fageffe......J'avoue que j'ai
long-tems été moi- même dans l'erreur
» que j'entreprends ici de détruire ; & je
" la partagerois encore , fi l'application
réfléchie que jai donnée aux Ouvrages
» d'Horace , & la comparaifon que j'ai
» faite de fes Poéfies avec celles des
K
95
que
plus beaux Génies de la Grèce , ne
» m'euffent mis à portée d'entrevoir
» d'abord , & de me convaincre enfuite,
que l'accufation intentée contre le
DÉCEMBRE. 1777. 87
Prince des Lyriques Latins , n'a pas le
» moindre fondement . J'ai , dis-je , véri-
» fié jufqu'à l'évidence , que toute la
" partie fcandaleufe des Poéfies d'Horace,
» ne confifte qu'en imitations ou traduc-
» tions latines d'anciennes Poëfies Grec-
» ques » .
»
>>
»
Mon premier doute fur le grief
imputé à Horace , m'eft venu de ce que
» deux des Odes les plus remplies
d'expreffions voluptueufes , je veux
» dire la huitième & la treizième du
premier livre , font adreffées à une
» Courtisane nommée Lydie ; & qué
» dans la première des deux il eft quef-
» tion d'un perfonnage vaguement traité
» de Sybarite , à qui Horace reproche.
d'oublier , dans les bras de cette maîtreffe
, l'exercice de la lutte , celui du
difque & celui du cefte, tous exercices
» bien plus familiers aux Grecs , comine
» l'on fait , qu'ils ne le furent jamais
» aux Romains , qui empruntèrent des
» Grecs jufqu'au nom même du difque..
» Ainfi tout nous indique ici une tra-
» duction de quelque Ode Grecque du
» Poëte Alcman , qui étoit Lydien d'ori
gine , & qui , par cette raifon , pouvoit
bien faire l'amour de préférence à
»
"
88 MERCURE DE FRANCE..
""
>>
quelque Courtifane Lydienne , tranf-
" portée , comme lui, de Sardes à Lacédé-
» mone , où l'on fait qu'il obtint le droit
» de bourgeoisie , & où il eut fréquente
» occafion de connoître les exercices de
» force & d'adreſſe , fi long -tems en vogue
parmi les Spartiates. Dans l'Ode treizième
, pareillement adreffée à Lydie ,
» ce jeune - homme , favorifé par elle
» n'eft plus qualifié vaguement de Syba
» rite , c'eſt-à - dire , d'efféminé ; Horace
» nous le fait connoître fous fon vrai
nom , & l'appelle Télephe. O: Téléphe
, comme on le peut voir chez les
» Anciens Poëtes , eft un nom Myfien ;
» & l'on fait que la Myfie & la Lydie
» étoient limitrophes.Tout décèle donc ,
» comme à l'envi , que ces deux Odes
charmantes font des traductions ou
imitations du Poëte Grec Alcman » .
C'eſt par une multitude de preuves de
cette nature , que M. Poinfinet de Sivry
démontre par- tout victorieufement , foit
dans fon difcours préliminaire , foit dans
fes notes , qu'Horace n'a été que le
traducteur de toutes les poëfies lafcives
qu'on lui avoit juſqu'à préſent attribuées,
& dont Alcée , Alcman , Stéfikhore ,
Anacréon , & autres Poëtes Lyriques
30
DÉCEMBRE. 1777 . 89
Grecs , font les Auteurs originaux . Tantôt
il rapporte des fragmens de ces
mêmes Poëtes , échappés aux ravages du
tems , & les rapproche des paffages
correfpondans des pièces traduites, par
Horace, qui , très - fouvent, fe trouve avoir
rendu fon original prefque mot à mot ;
tantôt il fait obferver le coftume de telle
ou telle Ode , qui ne peut convenir
qu'au tems & aux lieux où vivoit
l'Auteur original ; tantôt il fait voir des
rapports très - réels entre le Poŝte Grec
& les Perfonnages Grecs qui figurent
dans la pièce latine . Après avoir folidement
établi cette découverte , il en tire
les lumières les plus importantes , &
s'en fert pour éclaircir , avec autant de
clarté que de facilité , beaucoup de contradictions
apparentes qui fe rencontrent
dans Horace , ainfi que pour re
dreffer le vice manifefte & la mau
vaife application de plufieurs des ti
tres , quelquefois même pour diftinguer
de titres , & féparer entre elles deux
Odes confondues & raffemblées mal- àr
propos en une feule par la négligence
des Copiftes , ou par la témérité de
quelque ancien Scholiafte . Il a fait un
nombre confidérable de corrections de
90 MERCURE DE FRANCE.
cette dernière efpèce ; mais il ne les a
jamais hafardées fans les appuyer fur
des raifons de la plus grande évidence .
Un genre d'erreurs dans lequel étoient
tombés fréquemment tous les Commen
tateurs ou Interprètes d'Horace , &
que le nouvel Editeur s'eft attaché
par
tout à rectifier , c'étoit de prendre de
fimples mots pour des noms propres ,
& d'ériger par conféquent en Perfonnages
de pures expreflions du difcours . Ce Quiproquo
avoit ordinairement lieu dans
les mors tirés du grec . « C'eft ainfi , dit
» M. de Sivry , qu'au livre premier
» Ode 36 , en commentant ces vers ,
"
Neu multi damalis meri ,
Baſſum , &c.
» Ils ont métamorphofé en nom propre
» le mot grec poétiquement latinifé
» damalis (d'úμaris ) qui fignifie une géniffe ,
juvenca , & , métaphoriquement , une
» jouvencelle , une jeune fille : .... méprife
qui leur a fait interpréter très à
» contre-lens tout ce paffage ..... C'eſt
» ainfi qu'au même livre , Ode neuvième ,
ils ont perfifté à faire un nom propre
réel d'un nom propre factice , je veux
20
»
DÉCEMBRE. 1777. 91
" dire du nom d'office thaliarque ,
(Dariapxos ) qui eft emprunté du grec ,
» & fignifie inſpecteur d'un banquet . C'eft
» ainfi qu'au livre III , Ode is , ils ont
pareillement fait un nom propre du
» mot grec nothos , latinifé nothus , &
qui ne fignifie autre chofe que bátard,
» dans ces vers ,
"
*
Illam cogit amor nothi , &c.
En conféquence ils l'interprètent a
l'amour qu'elle a conçu pour Nothus ;
» tandis que le fens eft : l'amour qu'elle a
conçu pour un jeune homme d'une naif
fance illégitime ; car nothus eft une
» injure , & n'a jamais été un nom pro-
» pre..... C'eſt encore ainſ que , dans
- ce vers de la feconde fatyre , L.I.
»
..... Hanc Philo demus aitfibi , &c.
» tous les Commentateurs , Interprè
tes & Editeurs d'Horace , ont joint
mal-à propos le verbe demus au nom
propre Philo , pour en faire un Perfonnage
de leur création , qu'ils fuppofent
s'être appelé Philodemus » .
→
"
Mais , de toutes ces méprifes , la
92 MERCURE DE FRANCE.
» plus injurienfe pour Horace & pour
» le bon -fens , c'eft celle que les Com
» mentateurs ont faite dans l'Epode
" onzième ils perfonnalifent le mot
» grec πerlo ( qu'Horace a latinifé petti,
» & qui eft fynonyme de latrunculi ,
c'eft - à - dire d'échecs , ( ou jeu des
» échecs ) , pour en faire le vocatif du
prétendu nom propre Pettius ...
"3
ود
*
» Encore fi cette bévue étoit iſolée , &
fans autre conféquence ! mais , indépendamment
du préjugé fâcheux &
injufte qu'elle laifoit fubfifter far
» Horace , en aidant à le faire préfumer
» l'Auteur & non le Traducteur de l'Ode
» en queſtion , elle nous forçoit encore
»à fuppofer que le Poëte commençoit
" cette Ode par une monftrueufe abfurdité;
car il s'enfuivroit que, dans certe
pièce , qui n'eft pas des plus courtes ,
» il auroit débuté par annoncer qu'il n'a
» plus le courage de faire aucun vers ;
lorfqu'au contraire il dit clairement
"
que l'amour qui l'obsède , ne lui per-
" met plus de fe livrer aux combinaiſons
» du jeu des échecs , qui faifoient autrefois
fon occupation favorite ; & qu'en
Poëte vraiment épris , il ne fe fent
plus de goût pour aucun travail , fi
DÉCEMBRE. 1777. 93
» ce n'eft pour compofer de petits vers
» amoureux , verficulos . Ainfi je me fuis
le premier apperçu qu'on s'étoit juf-
» qu'ici abufé très- étrangement fur les
premiers vers de cette Ode :
"
13
Petti nil meficut antea ; juvat
Scribere verficulos ,
Amore perculfum gravi.
و د
» On l'interprète d'ordinaire : O0
» Petti ! nil me juvat , ficut anteà ,
fcribere verficulos , amore perculfum
gravi , &c. tandis que le fens eft : nil
me juyant latrunculi , feu petti , ficut
» antea ; juvat fcribere verficulos, amore
» perculfum gravi n .
On peut juger, par les traits que nous
venons de rapporter , de l'utilité des
remarques de M. Poinfinet de Sivry.
Il falloit avoir , comme lui , l'érudition
la plus étendue , & le goût le plus éclairé
& le plus fûr , pour fe livrer, avec autant
de fruit , à un travail de cette importance,
travail bien digne du favant Traducteur
de l'Hiftoire Naturelle de Pline .
L'Egoifme , Comédie en cinq actes &
en vers ; repréfentée par les Comédiens
94 MERCURE DE FRANCE.
"
François ordinaires du Roi , le Jeudi
19 Juin 1777. Par M. de Cailhava.
A Paris , chez la Veuve Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple
du Goût. 1777. in - 8 ° . Prix 1 liv. 10
fols .
Nous avons déjà , d'après la repréfentation
, rendu compte de cette Comédie.
Nous n'avons pas éprouvé moins de
plaifir à la lire qu'à la voir repréfenter ;
& il y a bien peu de pièces modernes
dont nous puiffions , avec fincérité , en
dire autant. M. de Cailhava eft , à tous
égards , en droit d'intéreffer les vrais
Ainateurs , par fes talens très-diftingués
pour la bonne & vraie Comédie. C'eſt
en fuivant ainfi toujours les traces du
divin Molière , modèle éternel des Poëtes
Comiques , & celles des autres grands
Maîtres ; & en dédaignant les injuftes
critiques des ennemis du talent , que
M. de Cailhava s'élevera à une réputation
folide & durable , vers laquelle fa
Comédie de l'Egoïfine lui a certaine
ment fait faire un pas de plus .
M. de Cailhava a mis à la tête de fa
Pièce une préface affez étendue ,
dans
laquelle , en déployant la plus profonde
DÉCEMBRE. 1777. 95
>
connoiffance de fon art , il développe
les principes d'après lefquels il a compofé
fa Comédie . Il y fait voir comment ,
ne perdant jamais Molière de vue , il
a fu lui emprunter les refforts les plus
effentiels de fa Pièce , affocier à fon
exemple un caractère acceffoire à celui
de fon principal Perfonnage , en mariant
' Hypocrifie de fociété à l'Egoïfme
comme Molière a marié l'Ufure à l'Avarice
, & fait de fon Tartuffe un ſcélérat ;
oppofer les Perfonnages aux Perfonnages ,
faire contrafter les caractères avec les
frtuations , ce qui eft peut-être le reffort
le plus théâtral de la Comédie ; donner
au caractère principal toute l'énergie
poffible , & en découvrir jufqu'aux plus
petites nuances. M. de Cailhava ayant
traiter , dans l'Egoïfine , un de ces
caracteres qui varient autant que les
figures , a , de plus , afin de mieux réuffir
à le peindre , diftribué les traits plus ou
moins marqués de ce même caractère à
chacun de fes Perfonnages. C'eft ainſi
que Durand , qui demande à tout le
monde fa chère penfion , Madame Florimon
, qui fe cite à tous propos , Florimon
, qui n'eft occupé que de fon café
& de fes digeftions , au moment où on
à
96 MERCURE DE FRANCE.
lui parle du danger de fes deux fils , font
tous plus ou moins Egoiftes , quoique
l'Auteur n'ait pas autant approfondi ce
caractère chez eux que chez Philémon .
A ce mérite fi précieux de bien tracer
fes caractères & de les faire habilement
contrafter , M. de Cailhava a réuni celui
de tracer des Scènes agréables , telles
que celle de Philémon & du portier
Lapierre , où le premier paffe en revue
la lifte des vifites , & la plupart de
celles où figure le bonhomme Philémon,
celui d'imaginer des fituations théâtrales,
telles que la Scène du porte - feuille entre
Philénion & Durand , qui produit un
imbroglio des plús plaifans ; enfin celui
d'avoir écrit fa Pièce dans le bon ſtyle
comique , avec pureté , avec agrément ,
fans madrigaux & fans faux brillans.
Nous allons citer le tableau plein de
force que Polidor fait de l'Egoïfme
dans la Scène IX du ze acte. Philémon
lui demande ce qu'il entend par Egoïfme :
POLIDOR .
Peu mafqué chez Durand , il n'eft pas fort à craindre
;
Indolent chez ton père , il ne le rend qu'à plaindie
;
Loin
DÉCEMBRE. 1777. 97
f
Loin de nuire à ton frère , il nous laiffe entrevoir
Que cejeune Guerrier , exact à fon devoir ,
Sera toujours guidé par l'honneur . Chez ta mère ,
Nous exciter à rire eft tout ce qu'il peut faire ,
Sur-tout quand nous l'aurons refferré tout-à- fait
Dans la futilité pour laquelle il eft fair :
Mais l'Egoïfme affreux que pourſuit ma colère ,
De tout tems enfanta les malheurs de la terre :
Sous cent dehors trompeurs , en vrai Caméléon ,
Il y verfe à longs traits fon dangereux poifon. -
De la Société détruifant l'harmonie ,
Il produit les procès , sême ia fizanie ;
Défunit les époux , les parens , les amis ,
Diviſe d'intérêt & le père & le fils.
A la bourfe il fe joue avec les banqueroutes ;
Secondé par la fraude , il les enfance toutes ;
Et mettant à profit & la foif & la faim ,
Sur la cherté qu'il caufe , il calcule fon gain ; -
Chez Thémis , fes Arrêts , dictés par l'opulence,
Changent en trébuchet la divine balance . —
Alafuite des Camps, le bonheur de l'État
La gloire de fon Prince , & les jours du Soldat,
Rien... L'indignation fait place à la prudence !
Mes portraits déplairoient par trop de reffemblance
.
,
Cette Pièce , une des meilleures qui
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ayent paru dans ce genre depuis fort
long- tems , et vraiment digue de refter
au Théâtre , où l'on revoit avec tant
de plaifir la charmante Comédie du
Tuteur dupé, Ouvrage du même Auteur ,
& qui fut prefque fon coup d'effai ;
excellente Pièce d'intrigue , & remplie
d'un bout à l'autre de mouvement , d'intérêt
, & de bon comique.
›
de
Abrégé élémentaire d'Aftronomie
Phyfique , d'Hiftoire Naturelle de
Chimie , d'Anatomie , de Géométrie &
de Mécanique ; par M. T. B. A Paris ,
chez Froullé , Libraire , Pont Notre-
Dame.
L'Auteur judicieux d'une Encyclopédie
Elémentaire , dont cet abrégé doit
être regardé comme le fupplément , a dit
avec raifon que rien ne donne plus de
reffort à l'imagination , qu'une connoiffance
même peu étendue des Arts &
des Sciences. C'eft une vérité conftante
qu'il y a une affinité réelle entre toutes
les Sciences & tous les Arts , & qu'une
eſpèce de chaîne les rapproche tous &
les lie .
On n'eft pas obligé d'être favant
BLIOTHEQUE
01
DE
LYON
893
*
DÉCEMBRE. 1777. 99
cette conſtance , cette aptitude particu
lière, cette fagacité à qui rien n'échappe ,
cet efprit de calcul qui fecorde fi bien
le génie dans fes efforts , font des préfens
que la nature ne prodigue pas : mais
l'ignorance porte une empreinte fi défagréable
dans ce fiécle , que , pour jouer
un rôle intéreſſant dans la Société , &
pour y plaire , il faut être au moins ce
qu'on appelle un homme inftruit.
LAVILLE
Les avantages d'un jeune homme qui
a des connoiffances générales , font infinis
; s'il n'a pas le don de s'exprimer
avec cette légèreté qui tient au caractère
& au grand ufage , il fait écouter avec
utilité & avec intérêt. Il n'eft déplacé
nulle part ; il a dans l'efprit des germes
qui fe développent fans ceffe , foit par
la lecture , foit par le commerce qu'il
a avec les hommes ; il tire parti de tout ;
rien ne l'ennuie , rien ne lui eft étranger.
Mais pour acquérir ces heureufes difpofitions
, il faut au moins avoir une
notion exacte des Sciences & des Arts ,
s'être familiarifé avec les régles les plus
effentielles qui y font renfermées , favoir
en faire les applications particulières , &
en connoître affez les termes , pour n'être
pas dans le cas de lire & d'écouter fans
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
pouvoir tirer aucun avantage de la
lecture & de la converfation.
On convient , à la vérité , qu'on ne
peut fe borner à ces notions fuperficielles,
qu'à l'égard des chofes que l'on n'eft
pas obligé par état d'approfondir. Perfonne
ne s'avifera jamais de faire l'éloge.
d'un Ingénieur , parce qu'il fera mieux
des vers qu'un plan ; d'un Eccléfiaftique
, parce qu'il excellera dans la
mufique on dans l'art de peindre ,
& qu'il ignorera les élémens de la
morale chrétienne . On ne peut donc
confacrer que les momens de fon loiſir
à l'étude des Sciences & des Arts , &
vifer à la réputation d'homme univerfel ,
qu'après avoir approfondi la ſcience de
fon état . Et l'on doit être bien perfuadé
que l'affemblage de ces connoiffances
fuperficielles & ifolées nous feroit
extrêmement nuifible , fi elle nous empê
choit d'êtretrès - modeftes. S'il eft agréable
& même utile, d'avoir des notions générales
, il n'en n'eft pas moins vrai qu'en
parcourant le vafte champ des Sciences
fans s'arrêter fur aucune , il est néceffaire
de garder un filence profond
lorfqu'on fe trouve vis - à - vis d'un
vrai Savant , qui difcute fur les maDÉCEMBRE.
1777. ΙΟΙ
,
tières qu'il a approfondies. Ceux qui
ne favent que la nomenclature des
Sciences & des Arts , peuvent être
comparés à ces Spectateurs qui , jetant
leurs regards d'un lieu élevé fur une
place publique , voient beaucoup de
monde & ne connoiffent perfonne.
C'eft ainfi que fe font expliqués les
Auteurs judicieux des Encyclopédies
portatives , qui ont moins cherché à
inftruire , qu'à infpirer le goût de l'étude,
& à fournir à l'efprit une forte de délaffement
, par ces diverfions toujours
agréables.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, n'avoit fongé qu'à fon utilité
perfonnelle , en faifant fes extraits fur
ces différentes Sciences fi dignes de la
curiofité de l'homme. Il ne s'eft déterminé
à les donner au Public , que parce
que des Perfonnes de goût ont jugé
que cette compilation pouvoit être utile
à la Jeuneffe , avide de tout connoître
& de tout embraffer . Auffi c'eft aux
Jeunes Gens que cet Ouvrage eft dédié ;
& le judicieux Compilateur ne s'eft
point affujéti à aucun ordre , parce qu'il
a cru devoir fe conformer au caractère
& aux difpofitions des Jeunes Gens ,'
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
qui , femblables à ces êtres légers , fans
être volages , voltigent autour de quelques
fleurs pour s'y repofer , & les
quittent pour y revenir.
Effai fur le Bonheur , où l'on recherche
fi l'on peut afpirer à un vrai bonheur
fur la terre , jufqu'à quel point il
dépend de nous , & quel eft le chemin
qui y conduit ; par M. l'Abbé de
Gourcy , Vicaire - Général de Bordeaux
, de la Société Royale des.
Sciences & Belles- Lettres de Nancy.
AVienne ; & fe trouve à Paris , chez
Mérigot le jeune , Libraire , Quai
des Auguftins , au coin de la rue
Pavée.
"
On a eu beau traiter dans les différens
fècles ce fujet intéreffant , la matière
n'a été encore épuifée , parce que
pas
la diverfité des paffions qui agitent les
hommes , & cette variété d'opinions
qu'ils ont adoptées à cet égard , n'ont pu
que les éloigner du but , & les ont
empêché d'indiquer la vraie fource de
cet unique bien , dont nous defirons
néceffairement la poffeffion , même au
milieu de nos égaremens . Varron avoit
DÉCEMBRE . 1777. 103
remarqué dans fon Livre de la Philofophie
, qu'il pouvoit y avoir deux cens
quatre - vingt - huit fentimens différens
fur ce qui regarde l'effence du Bonheur .
Et l'on doit avouer que plufieurs des
anciens Philofophes ont mêlé beaucoup
d'erreurs & de bizarreries à un petit
nombre de vérités qu'ils ont défigurées.
Epictete eft celui qui s'eft approché le
plus du but , & qui , avec les feules
lumières du paganifme , a le mieux
traité cette matière . Son Ouvrage , qui
renferme la morale la plus épurée ,
mérite nos éloges.
L'Auteur de l'Effai , avoue que cette
multitude de traités fur le Bonheur ,
qu'il s'eft fait un devoir de parcourir , ne
lui a été d'aucune utilité. Il en excepte
feulement , les penfées de M. Fontenelle
fur le Bonheur, Ouvrage plein de fineffe
& d'agrément ; la théorie des fentimens
agréables de M. Pouilly , où la matière
eft beaucoup plus approfondie ; & ^
l'effai fur la philofophie morale , par M.
de Maupertuis , qui a calculé tous les
momens & tous les degrés du Bonheur ,
avec la précifion rigoureufe & la féchereffe
des Géomètres. Ces trois Ouvrages ,
& ceux de l'Auteur d'Emile
$
ont
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
fourni à l'Auteur de l'Effai , des traits
ingénieux , & des réflexions, folides .
Toutes les citations font faites avec un
goût exquis , & tiennent lieu d'ornemens
à ce nouveau traité du Bonheur :
c'eft de la Religion Chrétienne que
l'Auteur emprunte fes principaux argumens
, & il puife fa morale dans cette
Religion , qui eft , pour tous les âges
comme pour tous les états , lafource la plus
pure & la plus abondante du Bonheur.
I fourient que la vertu commence icibas
la félicité de l'homme , & qu'elle
feule pent lui mériter , après cette vie
le fouverain bien. En effet , tout ce qui
ne fert pas à purifier fon coeur, ne peut
produire que de faux biens qui le laiffent
vide , ou que des maux réels qui le rem
pliffent d'inquiétude. Auffi l'Auteur
prouve avec éloquence , qu'une confcience
pure eft la fource unique des
vrais plaifirs. Quant aux plaifirs des fens
& des paffions , cet ingénieux Ecrivain
foutient avec fondement , qu'ils s'émouffent
par l'habitude , fatiguent par leur
continuité , épuifent par leur vivacité ;
ils n'ont , dit- il , que la durée d'un.
» inftant , & traînent fouvent après eux
» la douleur , la honte & les remords
1
DÉCEMBRE. 1777 .
105
و د
33
و د
qui n'expirent qu'avec la vie . Les
plaifirs de l'efprit ne peuvent être
goûtés que d'un petit nombre d'hom-
» mes : ce n'eft donc point là le chemin
» du Bonheur que la nature nous a tracé.
» Pris immodérément , ils ruinent la
fanté , & ne peuvent cependant être
continués fans elle .
39
"
» Il n'en eft pas ainfi des plaifirs
» de l'ame , de ces plaifirs dont la fource
» eft dans la bienfaifance , dans l'amitié ,
» dans la vertu. De cette fource inalté
ود
rable , il ne peut couler fur la terre
» que des biens & des joies pures .
» Jamais ces vrais plaifirs ne fallent ,
» ne raffafient , n'énervent & ne cor-
» rompent. Ils ont toujours le charme
» de la nouveauté ; plus on les goûte
»
plus on veut les goûter. Ils ne peuvent
» être négligés que par ceux à qui
' ils font inconnus , par ces ames de
boue , condamnées à ramper triste-
» ment parmi un tas de mortels frivoles
»
& infenfés , corrompus & corrupteurs.
Ils font indépendans de la vigueur du
corps , de la fagacité de l'efprit , des
faveurs & des caprices de la fortune :
ils élèvent l'ame , ils la fortifient
ils en rempliffent toute la capacité.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Jamais de retours fâcheux à effuyer :
» perfonne ne s'eft encore repenti de
» les avoit goûtés. Jamais d'indifcrétion
» à redouter la modeftie feule eft
ود
و د
"
intéreffée à les couvrir de fon voile ;
» & s'ils femblent peut-être plus vifs
» & plus purs , lorfqu'ils demeurent
» concentrés dans le coeur qui les goûte ,
» dans le fein de l'amitié qui les partage,
le grand jour y ajoute l'éclat de la
» gloire , & le concert enchanteur de
» l'acclamation publique . Dépofés dans
» le fond de la confcience , un fentiment
délicieux les reproduit & les
perpétue jufqu'au dernier foupir. Chaque
jour les ames vertueufes & bien-
» faifantes font à portée de les renouveller
, puifqu'une ame vertueufe
& bienfaifante peut tous les jours
» fuivre le penchant divin qui la preffe ;
» & que ni l'importance du fervice , ni
l'éclat de l'action n'eft néceffaire ici ,
ni pour le mérite , ni pour la volupté:
» qui en eft le falaire. Il n'eft aucun jour
» où un Particulier foit réduit à dire
» comme cet Empereur adoré , mes amis,
»j'ai perdu lajournée.
33
»
"
"
罱» Il n'eft point , dit M. Rouffeau , de
» route plus fûre , pour aller au Bonheur,
DÉCEM BR E. 1777. 107
>
que celle de la vertu. Si on y parvient
» il eft plus pur , plus folide & plus doux
» par elle fi on le manque , elle feule
» peut en dédommager.
On peut
:
•
» enchérir fans aller au- delà du vrai.
» Ce n'eft pas affez de dire qu'il n'eſt
» pas de route plus fûre pour le Bonheur,
elle eft la feule toute autre route
» nous égare : tous les pas qu'on y fait
» font , pour ainsi dire , autant d'efpaces
» qu'on met entre lui & le vrai Bonheur,
» Le même Ecrivain s'explique , ou fe
» réforme ailleurs. La félicité eft la
» fortune du fage , & il n'y en a point
fans vertu . Les plus vicieux même
font forcés de rendre hommage à la
» vertu , en lui enviant ce fentiment
profond de paix & de contentement
qu'elle conferve dans toutes les fitua-
» tions poffibles.
"
» Charme inconcevable de la beauté
» qui ne périt point ! s'écrie encore
» l'illuftre Génevois dans fon ftyle brû-
» lant & fublime , ce ne font point les
» vicieux au faîte des honneurs , dans,
le fein des plaifirs , qui font envie ;
" ce font les vertueux infortunés ; &
» l'on fent au fond de fon coeur la féli-
» cité réelle , que couvroient leurs maux
"
•
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
1
» apparens. Ce fentiment eft commun à
tous les hommes ; & fouvent même
» en dépit d'eux , le divin modèle que
chacun de nous porte avec lui , nous
» enchante malgré que nous en ayons.
» Sitôt que la paflion nous permet de
le voir , nous lui voulons reffembler ;
» & fi le plus méchant des hommes
» pouvoit être un autre que lui- même ,
» il voudroit être un homme de bien ».
Si l'on doit avouer que rien n'égale
ici -bas la paix & le contentement , qui
font inféparables de la vertu , il n'en eft
pas moins certain que cette félicité ne
peut être que commencée & paffagère ,
& que l'Auteur de notre Etre s'eft
réfervé à lui - même de faire la récompenfe
parfaite & éternelle du plus excellent
de fes Ouvrages mortels ; c'eft dans
l'autre vie qu'eft réfervée la poffeffion
du fouverain bien , ou du bonheur complet.
Un Poëte Philofophe a reconnu
cette vérité .
"
Je ne me vante point d'avoir en cet aſyle ,
د .
Rencontré le parfait bonheur ;
» Il n'eft point retiré dans le fond d'un bocage 3 ,
Il eft,encor moins, chez les Rois ;
DÉCEMBRE . 1777. 109
» Il n'eft pas même chez le Sage ;
De cette courte vie il n'eft point le partage ;
∞ Il y faut renoncer : mais on peut quelquefois
» Embraſſer au moins fon image ».
30
Naru , fils de Chinki , Hiftoire Cochinchinoife
, qui peut fervir à d'autres
Pays, & de faite à celle de Chinki , fon
père. A Londres , 1776 ; & fe trouve
à Paris , chez Lacombe , Libraire , rue
de Tournon. in - 8 °. Prix 1 liv. 4
fols.
On fe rappelle d'avoir lu , il y a quel
ques années , Chinki , Hiftoire Cochinchinoife;
plaifanteric ingénieufe, où l'Auteur
faifoit la fatyre des entraves que
l'industrie trouve à furmonter, pour parvenir
aux Maîtrifes des différens Arts &
Métiers. On raconte , à la fin de cette
Hiftoire , que Naru , fils de Chinki ,
que fon père avoit mis en condition
faute de pouvoir le placer avec facilité
dans aucun métier , affaffina fon Maître
pour brufquer la fortune & fe tirer de
la fervitude , & qu'il périt dans les fupplices.
L'Auteur de la Brochure que nous
annonçons , apprend au Public que cette
2
110 MERCURE DE FRANCE .
anecdote eft fauffe ; que Naru ne monta
fur l'échafaud que vingt ans plus tard ;
& , pour réhabiliter fa mémoire
donne l'hiftoire véritable de fa vie.
Naru eft d'abord Laquais d'un Ca- daku
, ou Fermier- Général de la Cochinchine
, dont il devient enfuite le Secré
taire. Il donne quelque tems des audiences
; mais comme il n'eft de Séjan
fi bien dans la faveur de fon Maître , qui
ne puiffe décheoir , il est bientôt congédié
, & entre dans un Couvent de Talapoins
, d'où il eft encore renvoyé pour
avoir pris parti dans une querelle . Il
entre au fervice d'un Magiftrat , & en
fort pour époufer une jeune Provinciale
dont il avoit fauvé le frère de la corde.
Il veut fucceffivement être Procureur ,
Médecin , Avocat , Juge , Bailli , &
trouve par-tout des difficultés. Il fe
décide cependant à faire fon droit , &
à acheter une charge de Bailli. Il exerce
heureuſement cette charge pendant quelques
années ; mais il finit par effuyer
toutes fortes de malheurs , & par voir
fa petite Jurifdiction réunie à un Tribunal
Impérial voifin . Naru , ruiné ,
privé de fon état , chargé de fa femme
& de fes enfans , fe réfout à retourner
DÉCEMBRE. 1777. III
cultiver la terre. Un bon Seigneur l'établit
dans fes terres , & lui donne une
habitation. Il croit avoir enfin retrouvé
le bonheur ; mais il a le malheur de
devenir la proie de plufieurs vexations
du fifc , & fe trouve dépouillé de nouveau
par des confifcations & des amendes .
Ruiné dès-lors fans reffource , & accablé
du poids de fon infortune , il attaque
un Voyageur fur une grande route , eft
arrêté , & périt miférablement fur la
roue , malgré un difcours pathétique
qu'il tient à fon Juge avant de mourir.
>>
>>
•
L'Auteur ajoute que l'Empereur qui
régnoit alors à la Cochinchine , « nouvellement
monté fur le trône de fes
Aïeux , entouré des dignes Miniftres
» que la voix publique avoit appelés
auprès de lui , avoit fignalé déjà fon
règne par des vues fages & pleines
de bonté. La denrée la plus néceffaire
à la vie , que fouilloit depuis long-
» tems dans les marchés publics la
» main des Bourreaux , fous le prétexte
d'y prendre leur falaire , étoit devenue
» libre de toutes taxes de routes
» levées , d'un bout de l'Empire à
» l'autre. Les Arts & Métiers le furent
» auffi après. Déjà le fang des pauvres
"9
112 MERCURE DE FRANCE.
39
"
» ne cimentoit plus les grandes routes ,
» & des voitures plus légères & bien
plus commodes , traînées avec rapidité ,
» faifoient franchir aux voyageurs ,
» peu de frais , toutes les diftances de
l'Empire d'un lieu à l'autre. Le fage
Empereur fe fit rendre compte , dans
» le tems, de ce fupplément d'aventures,
& en fut frappé. L'ordre fut rétabli
» dans les Tribunaux comme dans les
Arts & Métiers . Les états fupérieurs
» de la Société dans tous fon Empire ,
» furent adminiftrés auffi fagement que
» les états inférieurs , & tous les
» Citovens de la Cochinchine béniſſent à
jamais le nom d'un fi bon Prince qui ,
» dans fa jeuneffe , a réformé tant
» d'abus , & fi bien amélioré la condition
de fes pauvres Peuples
"
" .
Anecdotes intéressantes & hiftoriques de
l'Illuftre Voyageur , dédiées à la Reine .
Troifième Edition , revue , corrigée
& augmentée. A Paris , chez Ruault ,
Libraire , rue de la Harpe. 1777. in-
12. Prix i liv . 4 fols. 1 4
Le Rédacteur de ce petit volume , y a
raffemblé la plupart des anecdotes rela→
DÉCEMBRE . 1777. 113
tives à l'Empereur régnant , mais furtout
pendant fon voyage en France . Nous
en citerons quelques- unes des plus piquantes
, & des plus propres à donner
une idée du ftyle & du ton du Narrateur.
» Les Spectacles de cette Capitale
ont été honorés plufieurs fois de la préfence
de M. le Comte de Falckenftein.
La Comédie Françoife a été celui qu'il
a le plus fréquenté. La Nation aſſemblée
par extrait dans un petit efpace , applau
diffoit aux moeurs fimples & antiques
d'un Prince qu'elle ne voyoit qu'à peine ,
& qui gardoit un incognito trop incommode
; elle auroit defiré que le voile
tombât pendant le peu de momens du
rendez-vous.» .
»Jofeph II garda fcrupuleufement l'incognito
, pendant fon féjour dans notre
Capitale il ne fut préfenté à la Cour
que fous le nom de Comte de Falckenftein
, ainsi que tout le monde fait ; mais
une anecdote peu connue , eft celle qui
arriva au jeu de la Reine . Notre illuftre
Voyageur fe tenoit debout derrière la
chaife de Madame Adélaïde , & il y
avoit fes mains pofées , lorfque cette
Princeffe fe leva & lui dit avec grace
114 MERCURE DE FRANCE.
Monfieur le Comte , il paroit que vous
oubliez furieufement votre incognito ; il
répartit vivement , c'eft qu'on l'oublie
aifément auprès de vous , Madame ».
» M. le Comte de Falckenſtein étant
invité à dîner avec Leurs Majeftés , on
lui préfenta le fauteuil ; il n'en voulut
point : Sire , dans mes voyages , je fuis
» accoutumé à m'affeoir fur des chaifes
»
de paille ou de bois , & un fauteuil
» me dérangeroit ». On affure que le
Roi répartit , que l'on me donne auffi
un pliant , ces grands fauteuils gênent ,
embarraffent , un pliant me fera plus commode.
La Reine dit à peu-près la même
chofe , & on contenta S. M. de forte
que les trois Auguftes Perfonnagesfurent
affis fur des plians. Toute la Čour fut
bientôt inftruite de cette aventure , &
on l'appela l'anecdote des trois pliants ».
» M. le Comte de Falckenftein vifita
tous les Ateliers des Peintres & des
Sculteurs logés au Louvre ; il leur
parla de leur Art non - feulement en
*
* Il n'eft pas néceffaire d'avertir que nous
avons précieufement confervé l'Orthographe de
l'Editeur.
DÉCEMBRE. 1777. 115
Amateur , mais en homme de l'état
même , fe fervant des mots tecniques ,
employant les termes de l'Art auffi bien
que les Maîtres ".
و د
Les faits rapportés dans ce recueil ,
ne font pas tous d'une égale importance ,
on en pourra juger par l'article fuivant.
La feconde fois qu'il alla à Verfailles ,
» it defcendit à la Salle des Ambaffa-
» deurs ; ils y étoient tous affemblés.
Ce Prince pria M. l'Ambaffadeur
» d'Efpagne de lui faire connoître tous ces
» Meffieurs . Le Comte d'Aranda l'ayant
fatisfait , il les'a tous falués , & leur a
parlé. Enfuite il eft monté chez le Roi
» avec eux , pour affifter au lever. Le
» lendemain il alla à Marli avec la
Reine ; il monta un cheval qui lui fut
préfenté par le Prince de Lambeſc ;
il affifta au débotter du Roi & au jeu
» de la Reine ».
"
39
و د
>>
L'Epître dédicatoire , adreffée à la
Reine , nous apprend que le Public eſt
redevable de cette intéreffante compilation
, à M. le Chevalier du Coudray ;
& qu'entièrement adonné aux Lettres ,
il commençoit d'écrire l'Hiftoire des
Maréchaux de France , lorfqu'il a quitté
116 MERCURE DE FRANCE.
cet Ouvrage national , pour compofer
sette Brochure .
›
он
Monfieur le Comte de Falckenftein , on
Voyages de l'Empereur Jofeph II , en
Italie en Bohême , & en France ;
contenant un précis des établiffemens
utiles faits depuis le règne de Marie-
Thérèſe. Par M. Mayer. A Rome ;
& fe trouve à Paris , chez Cailleau ,
Imprimeur-Libraire , rue S. Severin ;
Efprit , Libraire , au Palais Royal ;
& Ruault , Libraire , rue de la Harpe .
1777. in- 12- Prix 1 liv. 4 fols .
Cer Ouvrage n'a de commun avec
les Anecdotes de l'illuftre Voyageur , que
les faits qui appartiennent à tout le
monde ; fa marche et d'ailleurs tout- àfait
différente , elle eft plus fuivie , &
produit par conféquent plus d'intérêt.
Le titre feul indique que M. Mayer a
embraffé un plan plus étendu . Son livre
eft fort bien écrit , & joint par- tout , à
l'intérêt des chofes , celui de la narration.
Il fuffit de l'ouvrir au hafard pour en
donner des exemples.
Ce traveftiffement (l'incognito) lui
coûtoit peu , l'Europe fait depuis longDÉCEMBRE.
1777. 117
tems qu'il ne veut paroître Empereur
que le moins qu'il lui eft poffible. Vous
ne me verriez pas plus brillant à Vienne
qu'à Verfailles , hors dix ou douze fois
l'année , queje fuis forcé defaire l'Empereur
, répondoit-il à un Seigneur François
, qui , fans fon âge , eût été lui faire
fa cour à Vienne . Cette modeſtie
aimable & touchante , feroit une vertu
dans un homme obfcur ; combien elle
ajoute à la dignité d'un Souverain , qui
dépouille la fplendeur du rang pour
pouvoir fe rapprocher de fes Sujets !
J'aurois mille traits de bienfaifance à
citer , dont fon incognito a fait naître
l'occafion , & que le Monarque n'eût
jamais eu la douceur de faire , parce
qu'il eft bien difficile d'arriver jufqu'à
lui . Jamais application plus jufte que
celle qui fut faite , à la repréfentation
d'Edipe , de Laïus à Jofeph II.
Ce Roi plus grand que fa fortune ,
Dédaignoit comme vous une pompe importune ,
&c.
La Salle retentit du bruit des acclamations
; tous les yeux étoient fixés fur lui.
Cette louange n'étoit point intéreffée ,
F
118 MERCURE DE FRANCE.
elle n'avoit point paffé par la filière du
Courtisans un peuple entier , cette claſſe
d'hommes qui n'a que de la fenfibilité
pour éloquence , & pour intérêt le plaifir
qu'il trouve à honorer les vertus ; c'eſt ce
Peuple qui , des bas-fonds du parterre ,
a fait partir des applaudiffemens qui ont
entraîné toute l'affemblée . Ecoutons
cette femme chargée par fes compagnes
de haranguer S. M. I. elle porte la main
fur l'habit du Prince , le baife & s'écrie :
Heureux les Peuples , Monfeigneur le
Comte , qui payent les galons de vos
habits ! de pareils hommages dédommagent
bien de la privation de l'étiquette
Royale » .
Quand il vouloit envoyer un courrier
à Vienne, il prévenoit les gens de fa
fuite , qu'ils euffent à lui apporter leurs
lettres pour les faire partir fous fon enveloppe
, Un d'entre eux n'écrivoit point :
Pourquoi n'écris- tu pas ? N'as- tu rien à
envoyer à ta femme ? Si fait , M. le
Comte , mais je n'ai point de papier , &
le Courrier va partir . — Voilà du papier :
va-t- en écrire , le Courrier attendra , dé
pêche - toi. Ce trait de popularité eft
unique peut-être dans un Roi .
-
Il a fait l'honneur à M. le Comte
DÉCEMBRE. 1777. 119
de Broglie de manger chez lui. Placé
entre Madame de Brionne & le Maréchal
, il converfoit avec ce dernier ; mais
toujours interrompu par des Dames qui
l'interrogoient , il leur dit enfin avec
grace mille pardons , Mefdames , je ne
puis en même tems caufer & parler. Des
interrogations à peu près auili preffantes ,
dans une autre circonftance , le mirent
dans la néceffité de faire une réponſe
qui décéla l'homme réfléchi , qui n'aven
turoit rien . Les troubles de la Grande-
Bretagne avec les Colonies . étoient en
question ; les opinions étoient diverfes...
Eh bien , M. le Comte , que penfez-vous
de ces querelles ? - Mon métier , à moi,
c'eft d'être Royaliste ».
-
» A Paris , il entre au Café de la
Régence ; il veut jouer aux échecs ; un
Joueur fe préfente à condition qu'ils ne
feront pas long - tems . La partie ne
fiuiffoit point ; le Joueur étoit inquiet ;
l'Empereur lui demande ce qu'il a ?
C'est que l'Empereur vient à l'Opéra ,
l'heure paffe vous m'obligeriez de
remettre la partie . Vous ne verrez
qu'un homme comme un autre , fans
marque diftinctive . Je verrai , Monfieur
, l'Empereur , le Bienfaiteur d'une
>
-
120 MERCURE DE FRANCE.
Nation entière , un Souverain à qui j'ai
voué , dans mon coeur ; un éternel
hommage. Un homme comme lui eft
fi précieux ! -Eh bien regardez-moi , &
achevons notre partie.
---
Voici comme M. Mayer faconte
l'anecdote des trois plians , que nous
avons déjà rapportée d'après l'Ouvrage
de M. du Coudray. Les Lecteurs pourront
comparer les deux récits. « Il ' ( M.
» le Comte de Falckenſtein ) n'a jamais
» voulu accepter un fauteuil . Sire ,
» dans mes voyages, vous devez bien penfer
» que je ne trouve pas des fauteuils. Ce
fiége me gêneroit : un pliant mefuffit .
» Eh bien , qu'on me donne auffi un
pliant , répondit le Roi. La Reine
» voulut encore un pliant , & le dîner
» fut auffi bon avec trois plians , qu'avec
» trois fauteuils » .
"
Ce que nous venons de tranfcrire ,
fuffit pour donner une idée de cet Ouvrage
, qui mérite d'être lu d'un bout
à l'autre , & que le fouvenir de l'illuftre
& grand Prince qui en fait le fujet,
fuffifoit déjà feul pour rendre intéreffant.
Lettres
DÉCEMBRE. 1777. 121
Lettres du Marquis de Sézannes au Comte
de Saint- Lis , par Mademoiſelle M** .
2 parties in- 12. A Bruxelles ; & fe
trouvent à Paris , chez la Veuve Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple
du Goût. 1778.
Le Marquis de Sézannes , âgé de
vingt - fix ans , riche & maître de luimême
, diffère de fe marier , non par
légèreté , ni par par éloignement pour le
mariage ; mais par un excès de délicateffe
, qui lui fait defirer dans une
femme plufieurs perfections réunies , la
beauté , l'efprit , la douceur , la fenfibilité
, & fur- tout la tendreffe la plus
parfaite & la plus pure , pour l'Amant
aimé qui deviendroit fon époux . Sézannes
regatde un tel caractère comme chimé
rique , & defire cependant avec paffion
de connoître & d'adorer celle qui pourroit
le réalifer. Il entretient quelquetems
de fes idées là- deffus , le Comte
de Saint-Lis , fon ami , & la Baronne
de Valcé , veuve d'environ trente ans ,
femme aimable & fenfée , avec laquelle
il a formé une liaifon purement d'amitie ,
& dont il a fait la confidente de tous le
F
122 MERCURE DE FRANCE.
3
fentimens . La Baronne lui communique
une lettre qu'elle a reçue de Mademoifelle
de Céri , où cette jeune perfonne
lui fait avec éloge , l'hiftoire du mariage
de Mademoiſelle de Nofai , fon amie
avec le Chevalier de Cyfa . Mademoifelle
de Nofai s'étoit éprife du Chevalier
, fans l'avoir jamais vu fur le
récit d'une action généreufe qui annonçoit
la beauté de fon ame . Quoiqu'il
fut d'une figure très- peu agréable , elle
n'avoit rien perdu , en le voyant , de fes
fentimens pour lui , & l'avoit épouſé
par préférence à un amant plus aimable
& plus riche , qui afpiroit à fa main .
Le Marquis de Sézannes conçoit un
violent amour pour Mademoiſelle de
Céri à la lecture de cette lettre , où il
trouve développés des fentimens qui
s'accordent parfaitement avec fa façon de
voir, & qui lui font juger que celle qui
les a tracés eft la femme parfaite qu'il
defiroit & défefpéroit depuis fi long- tems
de rencontrer. Une invitation que lui
fait le Chevalier de Vallan , fon ami ,
de venir paffer quelque tems à fa terre,
voifine de celle du Comte de Céri , lai
fournit bientôt l'occafion de voir celle
qu'il adore . Il accepte l'invitation avec
DÉCEMBRE . 1777. 123
•
,
tranfport , fe rend chez M. de Vallun ,
& fe fait d'abord préfenter chez le Chevalier
de Cyfa , où Mademoiſelle de
Céri vient fouvent , & enfuite chez le
Comte de Céri fon père. Il la voit
plufieurs fois fans ofer faire connoître
fes fentimens ; enfin , la trouvant feule
un foir dans le jardin de M. de Cyfa ,
il tombe à fes pieds ; & , rempli du
plus tendre tranfport , le vifage inondé
de larmes brûlantes , lui répète mille
fois l'aveu de fon amour. A travers
fon trouble il s'apperçoit qu'à cet
aveu les yeux de l'aimabe perfonne fe
couvrent de larmes . Il n'ofe cependant
fe croire aimé ; mais il n'a plus lieu
d'en douter quelques jours après , lorfqu'il
trouve fur un banc de gazon un
papier , qu'elle y avoit laiffé par mégarde ,
& où elle avoit tracé l'expreffion de fes
fentimens . Il voit , avec autant de furprife
que de joie , que fa paffion eft
payée du retour le plus vif & le plus
tendre ; que fa maîtreffe l'adore , &
que leurs deux coeurs font unis , en
fecret , par la plus forte & la plus douce
fympathie. Il est bientôt déterminé à
demander la main de Mademoiſelle de
Céri ; & , après quelques légers incidens
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
qui leur donnent occafion d'éprouver
& de développer mutuellement leurs
fentimens & leur caractère ils fe
marient , & font au comble de l'amour
& du bonheur.
,
Ce Roman eft agréablement écrit ;
les fentimens tendres & délicats des
deux principaux perfonnages y font
développés dans le plus grand détail
quelquefois même avec un peu de diffufion.
Mais on y trouve par-tout l'empreinte
de cette aimable fenfibilité , &
de cette fineffe de fentimens qui caractérifent
le fexe de l'Auteur .
Sufette & Pierrin , ou les Dangers du
Libertinage , 2 Parties in- 12 . Prix , 3 1.
br. A Londres , & fe trouvent à Paris ,
chez J. Fr. Bastien , Libraire , rue du
Petit- Lyon , F. S. G. 1778,
Ce Roman , déjà publié avec fuccès
fous un autre titre , & qui avoit eu trois
éditions , reparoît aujourd'hui avec des
changemens confidérables. L'Auteur s'y
eft propofé de peindre avec force aux
Jeunes-gens de l'un & de l'autre fexe , les
dangers & les fuites funeftes de la corruption.
On y voit des Tableaux frapDÉCEMBRE.
1777. 125
pans , & malheureufement trop vrais ,
des défordres qui règnent dans les grandes
Villes.
>
"
"
Sufette , jeune Payfanne fort jolie ,
paffe fa première jeuneffe au fein de l'innocence
& de la vertu , jufqu'au moment
qu'elle fe laiffe aller à une première foibleffe
en faveur d'un jenne Payfan de fon
Village , nommé Pierrin , fimple & honnête
comme elle , mais dont le coeur
commence à fe corrompre , lorfqu'il parvient
à obtenir les faveurs de fa Maîtreffe.
Sufette , entrée au fervice de Mondor
riche Financier & Seigneur du Village
fe rend bientôt aux defirs de Frivolet
jeune Abbé élégant , & du Marquis
d'Arneuil, Petit -Maître , qui font venus
paffer la belle faifon au Château du Financier
; elle cède auffi à M. Mondor
lui- même, qui la tente par des offres féduifantes.
Ces faux pas font fuivis de
plufieurs autres ; elle fe laiffe enfin enlever
par un jeune Officier qui paffoit en
poſte chez Mondor. Cet Officier, nommé
Villeneuve , l'amène à Paris , vit
quelque tems avec elle , & finit par la
quitter fans lui dire adieu. Sufette défefpérée
& à la veille de fe trouver fans
reffource , eft tirée de cet embarras par
2
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
les confeils de la Dame Commode , Re-
- vendeufe à la Toilette , qui lui fait la
peinture des moyens de fortune qu'une
jeune & jolie perfonne trouve aifément
dans la Capitale , & fe charge de la conduire
. Elle eft fucceffivement entretenue
par plufieurs Amans , qu'elle abandonne
tous pour un Milord qui lui offre un
Hôtel , un équipage . fuperbe , des diamans
, & mille écus par mois. Elle jouit
depuis un an de cette fortune , lorfque
Milord eft ramené en Angleterre par une
époufe jeune , aimable & vertueufe ,
qu'il négligeoit , & qui eft venue le
chercher à Paris jufques chez fa Maîtreffe
.
Sufette va en Province fe faire Comédienne
, & parcourt plufieurs grandes
Villes , en vivant toujours dans le défordre
, dont les fuites lui caufent une maladie
honteufe , qui lui ôte une partie de
fes attraits . Elle retourne à Paris ; & ,
fuivant le fort prefque ordinaire des filles
de fon état , defcend au dernier degré de
la crapule & du libertinage. Elle eft enlevée
& conduite dans une Maifon de
force . Un de ces Perfonnages qu'on appelle
Monfeigneur , vient un jour visiter
cette trifte demeure . Ce Monfeigneur
DÉCEMBRE. 1777. 127
eft l'Abbé Frivolet , parvenu à un
pofte éminent. I reconnoît Sufette ,
renouvelle connoiffance avec elle , la tire
de fa prifon , & la loge dans une petite
maiſon agréable , à l'extrémité d'un
Fauxbourg. Remife dans l'aifance par
ce nouvel Amant , elle joue , par
fes
confeils , le rôle de Dévote . D'abord
Maîtreffe de Monfeigneur , elle devient
enfuite l'Intendante fecrette de fes plaifirs.
Ce train de vie dure jufqu'à la
mort de Frivolet , poignardé par une
Dame vertueuſe , à l'honneur de laquelle
il avoit voulu attenter. Elle époufe alors
Pierrin , qu'elle avoit déjà retrouvé plufieurs
fois , & qui avoit été fucceffivement
Soldat , Laquais , entretenu d'une
Ducheffe & d'une Comteffe , Brétailleur,
Joueur, Efcroc . Cette dernière qua ..
lité l'avoit conduit à Bicêtre , d'où Sufette
l'avoit tiré par le crédit de Frivolet
, qui l'avoit enfuite placé en qualité .
de Secrétaire chez le Marquis de .
homme en place . Il ne fe détermine à
époufer fon ancienne Maîtreffe , que
pour s'affurer la propriété de fa jolie
maiſon , & de tout ce qu'elle poſsède .
Les deux époux , en continuant à vivre
dans le déréglement , achèvent de fe
...)
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
ruiner. Pierrin , pour fubvenir à fes
débauches , fe réfout à voler fon Maître :
il exécute plufieurs fois , avec fuccès ,
cette abominable action. Mais il eft
enfin pris fur le fait , arrêté , & condamné
à être pendu . L'infortunée Sufette
, obligée d'affifter à fon exécution
expire dans les convulfions du déſeſpoir
.
Des Lecteurs délicats détourneront
peut-être la vue aux derniers traits de ce
rableau , par lefquels l'Auteur a voulu
montrer , avec énergie , comment le vice,
après avoir paffé par toutes les gradations
, pouvoit enfin conduire au crime.
Introduction aux Obfervations fur la Phyfique
, fur l'Hiftoire Naturelle & fur'
les Arts , avec des Planches en Tailledouce
; dédiée à Monfeigneur le Comte
d'Artois ; par M. l'Abbé Rozier ,
Chevalier de l'Eglife de Lyon ,
& Membre de plufieurs Académies.
2 vol. in-4° . A Paris , chez
l'Auteur , Place & quarré Ste-Geneviéve
; & chez Le Jay , Barrois &
Ruault , Libraires. Prix 24 1. pour
Paris , & 30 1. pour la Province ,
franc de Port , par la Pofte.
DÉCEMBRE. 1777. 129
Ce Journal eft devenu le dépôt des
principales connoiffances , des expérien
ces , des découvertes & des Mémoires
les plus importans dans les Sciences
Phyfiques & Naturelles. 11 eft dirigé par
un Savant qui , lui- même, l'enrichit d'obfervations
intéreflantes . Cet Ouvrage
commença à paroître au mois de Juiller
1771 , fous le format in- 12 , & fut ainfi
continué jufqu'à la fin de 1772 ; ce qui
forma 18 volumes in- 12 . En Janvier
1773 , le format in- 12 fue changé en celui
in-4°. à la demande de tous les Soufcripteurs
, parce que les Gravures font
plus grandes , & expliquent mieux les
détails : le nombre des volumes eft moins
multiplié , & ce format convient beaucoup
mieux à un Livre de Bibliothèque ,
qui fait fuite avec les Collections Académiques.
Depuis long - tems l'édition
in- 12 eft épuifée, & le Public eft privé de
plufieurs excellens Mémoires qu'on ne
trouve point ailleurs . Enfin, les demandes
multipliées ont engagé M. l'Abbé Rozier
à réimprimer les 2 vol . in - 4° . qu'il donne
fous le nom d'Introduction , afin de ne
point déranger l'ordre des dix autres volumes
in-4 . fuivans. Ces deux nouveaux
volumes feront délivrés , à dater du
F v
130 MERCURE DE FRANCE . ¡
premier Janvier 1778 , dans les endroits
indiqués .
Pour l'année 1778 , on foufcrit chez
l'Auteur , & chez les principaux Libraires
du Royaume. Et pour plus grande facilité
, on peut mettre au Bureau de la
Pofte , le montant de la Soufcription ,
fans affranchir l'argent , mais feulement
la lettre qui doit donner avis du jours,
de la fomme , & indiquer le Bureau où
la remife aura été faite. G
Mémoires fur les fujets proposés pour le
prixde l'Académie Royale de Chirurgie,
Tome IV. en 2 vol. in- & ens vol.
in- 1 2 : A Paris , de l'imprimerie de
M. Lambert , Imprimeur de l'Acadé
mie Royale de Chirurgie , rue de la
Harpe , au- deffus de celle des Cordeliers
.
11 of12 cablings fie « I -AI
Cette collection comprend les Differ
tatious qui ont mérité le Tuffrage de
l'Académie , depuis depuis l'année 1759 ; jufqu'en
1774 , fur les queftions intéreffantes
propofces annuellement le
prix eft une Medaille d'or de la valeur
de soo liv. , fondée liv. , fondée par M. de la PeyDÉCEMBRE.
1777. 131
:
ronie le progrès de l'art en eft l'objet ,
& l'on voit, par la préface de ce nouveau
recueil , que le choix du fujet , l'examen
des Ouvrages , & les travaux néceffaires
pour porter un jugement folide
& équitable , coûtent quelquefois plus
de foins , d'attention & de follicitudes
à l'Académie , qu'aux Auteurs mêmes
des Mémoires dont elle récompenfe
l'émulation.
C'est ce qu'on remarque principalement
à l'occafion du Mémoire couronné
en 1759 , fur la queftion fuivante : dans
le cas où l'amputation de la cuiffe dans
Particle , paroîtroit l'unique reffource
pour fauver la vie à un malade , détermi
ner fi l'on doit pratiquer cette opération,
& quelle feroit la méthode la plus avantageufe
de la faire. On ne peut qu'applaudir
aux vues de douceur & d'humanité
qui paroiffent avoir guidé le jugement
de l'Académie , fur une opération par
laquelle un homme perdroit , en quelque
forre , la quatrième partie de fon
corps . L'Auteur eft M. Barbet , Chirur
gien de Vaiffeaux .
Le Mémoire fuivant , fur la cure des
fiftules dans les différentes parties du
corps , offre un tableau moins effrayant .
I
vj
132 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur , M. Marvidès * , couronné
en 1760 , a diftingué les fiftules par
les genres auxquels toutes les espèces
peuvent le rapporter ; & il en établit
fix claffes ; 1 celles qui dépendent du
vice de la peau dont les finus fiftuleux font
recouverts; 2 ° celles qui font occafionnées
par la préſence des corps étrangers ; 3 °
celles que produit la carie des os ; 4º
celles qui font caufées par l'ouverture
d'un canal ou d'un réfervoir ; 5°
celles qui pénétrent dans des cavités ;
60 enfin , celles qui ont pour caufe
des duretés & des callofités . L'Auteur
pofe , d'après les grands Maîtres , un
principe très-lumineux ; c'eft que , dans
la plupart des fiftules , la dureté & la
callofité ne font qu'une complication
accidentelle , laquelle ne fournit aucune
indication curative . L'effence des fiftules
ne peut fe tirer que des caufes antécédentes
& conjointes qui établiffent les
différens genres , chacun defquels produit
des indications capitales , d'où fe
déduifent les moyens généraux de gué-
* Chirurgien- Major du Régiment d'Artois.
Cavalerie.
DÉCEMBRE. 1777. 133
rifon , propres au genre particulier ; &
il n'y a aucune efpèce de fiftule , fous
hacun de ces gentes , qui n'exige un .
traitement ſpécial , parce que les fiftules
pouvant arriver dans toutes les parties
du corps , les mêmes caufes produiront
des effets différens , fuivant la nature
des parties , & l'étendue des trajets
fiftuleux ; fuivant la direction droite ,
oblique ou tortueufe ; fuivant la multiplicité
des finus & leurs clapiers ;
fuivant les duretés & les callofités qu'on
doit détruire , ou qu'on peut laiffer.
Encore ne font- ce là que des différences
accidentelles , par lefquelles chaque
eſpèce de fiftules reçoit des modifications
capables de prefcrire au Chirurgien
une conduite qui lui fera varier
fes opérations , les panfemens , & les
précautions qui doivent faire réuffir les
foins dans chaque traitement individuel.
Ces préceptes font par-tout fondés fur
une excellente théorie , & les faits tirés
des meilleurs Praticiens , en font la
preuve. L'Auteur termine fon Mémoire
par l'examen des fiftules auxquelles la
feule cure palliative eft convenable : il
fait connoître les médicamens auxquels
on a attribué la propriété de guérir cer134
MERCURE DE FRANCE.
•
7
taines fiftules fans avoir recours aux
opérations qui fembloient indiquées , &
il apprécie ces cas avec beaucoup de fagacité
, en donnant la compofition des
onguens & emplâtres , vraiment renouvelés
des Grecs , dont les Empyriques
modernes font un fecret .
Le Mémoire fuivant , eft fur la théorie
des maladies de l'oreille , & fur les
moyens que la Chirurgie peut employer
pour leur curation ; par M. Lefchevin ,
Maître en Chirurgie à Rouen , couronné
en 1763.
L'Auteur fuppofe la connoiffance approfondie
de la ftructure & des ufages
de toutes les parties de l'organe de
Pouie , pour concevoir la théorie des
maladies qui attaquent cet organe. Il
fuit la divifion que preferit la nature
des chofes ; maladies de l'oreille externe
& de celles de l'oreille interne . Sous la
première partition , l'on examine en
plufieurs paragraphes , les plaies , les
contufions , les excoriations , les brûlures
, dartres , ulcères , & c . & les
moyens d'y remédier. A l'article des
maladies du conduit auditif , il eft
queftion : 1. de l'inperforation de ce
conduit; 2. de fon étroiteffe ; 3 ° . de fon
DÉCEMBRE. 1777.
་ 35
•
défaut d'obliquité ; 4°. des dérangemens
accidentels auxquels il eft fujer ; 5º . de
fa fenfibilité aux différentes températures
de l'air humide ; fec , chaud ou froid ; 6 °.
il s'y engendre des vers ; 7°. il s'y introduit
des fubftances étrangères , molles
ou dares , animées ou inanimées ; enfin
l'amas de la cire des oreilles & fon
endurciffement dans le conduit auditif ;
l'obftruction des glandes qui filtrent cette
humeur ; les écoulemens féreux ou purulens
, l'inflammation , l'abſcès , l'ulcère ,
les excroiffances & la carie , toutes ces
maladies font expofées par leurs caufes ,
leurs fignes , leurs accidens , & l'on
indique les moyens de les guérir . On
traite , en des articles féparés & dans le
-même détail des différentes maladies
de la membrane du tambour , de celles de
la caiffe & du labyrinthe , des affections
propres du nerf auditif, & pour conclufrom,
de l'ufage des cornets acoustiques
dans la dureté de l'ouie.n
3
En 1764 , M. David , maintenant
Chirurgien en chef de l'Hôtel- Dieu de
Rouen a obtenu le prix double pour an
Mémoire fur les abfces , où l'on determine
la manière de les ouvrir, & quel eft ieur
traitement méthodique , fuivant les diffé136
MERCURE DE FRANCE.
:
C
rentes parties du corps . La réputation de
l'Auteur & le fuffrage de l'Académie ,
garantiffent la bonté de cet Ouvrage.
M. Grima , Chirurgien à Malte , a
remporté , en 1766 , le prix fur la queftion
des contre- coups dans les lélions
de la tête. On lira fon Mémoire avec
fatisfaction ; il expofe des principes trèsfolides
fur cette importante matière
que l'Académie a defiré qu'on traitât avec
plus de détails ; fes voeux ont été remplis
en 1768 , & elle a partagé le prix double
à M. Saucerote Maître en Chirur
gie à Lunéville, depuis Affocié de l'Académie
, & Chirurgien- Major de la Gendarmerie
, Auteur d'un excellent Mémoire
fur les contre- coups dans les léfions
de la tête ; & à M. Sabouraut , Chirurgien
à Touloufe , mort depuis , au
grand regret de fes Concitoyens.
>
و
L'Académie, pour completter les connoiffances
fur la matière des contrecoups
, a propofé depuis , a'expofer les
effets qu'ils produifent dans les différentes
parties du corps autres que la tête
& les moyens d'y remédier. Le prix , qui
étoit double , a été accordé , en 1771 , à
un Mémoire figné Bazile , ancien Chirurgien
interne de l'Hôtel - Dieu de
Rouen.
DÉCEMBRE. 1777 137
Dans l'intervalle des années où l'Académie
s'eft occuppée des contre-coups ,
elle a propofé de déterminer la nature des
loupes , marquer leurs différences , Spécifier
leurs caufes , leurs fymptômes , leurs
fignes , & expofer les moyens que la Chirurgie
doit employer de préférence dans
chaque efpèce , & relativement à la partie
qu'elles occupent.
On a partagé le prix double , en 1767 ,
à M. Chopart, Elève en Chirurgie , maintenant
Membre du Collège & de l'Académie
Royale de Chirurgie ; & à M
Chambon , Maître- ès - Arts & en Chirurgie
à Brévane-fous- Choifeul. M. Chopart
a eu , en 1768 , l'acceffit, fur les léfions
de la tête par contre -coups . Son Mémoire
eft imprimé dans le Recueil que
nous annonçons , à la fuite des Differtarions
couronnées.
L'Académie avoit propofé
en
1770 , pour fujet du prix , d'expofer les
inconvéniens qui résultent de l'abus des
onguens & des emplâtres , & de quelle
réforme la pratique vulgaire eft fufceptible
, à cet égard , dans le traitement
des ulcères. Cette Queſtion a été remife
jufqu'à trois fois , & le prix triple a ete
partagé , en 1774 , à M. Champeaux ,
138
MERCURE DE
FRANCE .
Chirurgien gradué à Lyon ,
Profeffeur
d'Anatomie ,
Correfpondant de l'Académie
& de la
Société
Royale des
Sciences de
Montpellier ; à M. Camper
, Affocié
Etranger de
l'Académie ,
Profeffeur
Honoraire
d'Anatomie &
de
Chirurgie
d'Amfterdam , &c. dont
le
Mémoire latin ,
auquel on a joint
une
traduction
françoife ,
préfente
d'une
manière
favante
agréable &
inftructive ,
l'Hiftoire de l'Art
dans les
variations de la
pratique ancienne
&
moderne ; & à M.
Chambon ,
Auteur du
Mémoire qui a
partagé le
prix double fur les loupes en 1767.
›
>
également
L'Académie a fait
imprimer , à la
fuite de ces trois
Mémoires , une
Differtation
fur le
même Sujet , par M.
Aubray,
Chirurgien en chef de
l'Hôtel - Dieu ,
&
Membre de
l'Académie des
Sciences
&
Belles -
Lettres à Caën.
M.
Louis ,
Secrétaire
perpétuel de
l'Académie , qui a mis à la tête de ce
Recueil une
préface
qu'on lira avec
fruit , fait une
mention
honorable de
M. le
Comte ,
Docteur en
Médecine à
Evreux , qui a
envoyé un grand Mémoire
fur
l'abus des
onguens & des
emplâtres.
Une
expofition très - nette
DECEM BR E. 1777 .
139
""
,, blit que ,
"
">
» de l'état de la Queftion , beaucoup
d'intelligence , des vues nouvelles &
» folides fur la manière d'obferver ,
» n'ont pu contre balancer les Mémoires
» des autres Concurrens . L'Auteur étadans
la cure de l'ulcère
fimple , les onguens & les emplâtres
» font nuifibles ; que leur ufage ne peut
que troubler le méchanifme de la
nature : en examinant les différences
caractéristiques des ulcères , & raifon-
» nantfurles moyens les plus convenables
» pour en détruire les complications , &
» ramener l'ulcère à la fimplicité qui
» le rendroit curable par les feuls efforts
» de la nature , fecondés d'un panfement
» méthodique , on démontre qu'on ne
peut oppofer les onguens & les emplâtres
à aucune des complications.
» Cet Ouvrage inftructif eft le fruit
» d'un travail pénible , par les recherches
qui ont fervi à raffembler un grand
» nombre de faits , extraits , pour ainfi
» dire , de tous les Obfervateurs , dans
» l'intention de prouver que les cas les plus
épineux n'ont jamais cédé à l'applica
» tion des emplâtres & des onguens ; &
» que leur ufage , lorfqu'il n'a pas été
nuifible , a été au moins inutile. Ce
و د
"
ود
و د
ود
140 MERCURE DE FRANCE.
» fommaire fuffit pour faire connoître
» cette Differtation , qui n'auroit pu être
» donnée par extrait , qu'en la reftrei-
" gnant aux principes & aux conféquences
» établis dans les autres Mémoires que
» l'Academie a couronnés »
ود
Table Alphabétique & raiſonnée des matières
contenues dans les 40 Volumes
du Journal des Caufes Célèbres , &c....
qui ont paru jufqu'à la fin de 1776 ,
inclufivement ; précédée de la Table
des titres des Caufes contenues dans
les mêmes Volumes. Vol. in- 12 .
Nous avons annoncé cette Table dans
que
,
plufieurs de nos Journaux. Les foins
les Rédacteurs ont apporté pour la rendre
également utile & commode à ceux qui
ont la Collection des Caufes Célèbres
en ont retardé la publication . Elle vient
de paroître & d'être délivrée aux Soufcripteurs.
La nomenclature qu'elle renferme
, eft très étendue , & prouve l'abondance
des matières contenues dans les 40
Volumes du Journal des Caufes Célè
bres , qui ont paru jufqu'à la fin de l'année
dernière . Les Jurifconfultes y trouveront
des principes approfondis fur une
DÉCEMBRE. 1777. 141
multitude de queftions qui fe reproduifent
à chaque inftant dans les Tribunaux :
les Gens du monde y puiferont des connoiffances
utiles pour prévenir les conteftations
qui ne troublent que trop fouvent
le repos des familles : enfin , toutes
fortes de Lecteurs pourront s'y inſtruire
en s'amufant ; car le mérite de ce Recueil
, & qui en eft un fans doute trèsgrand,
confifte à offrir , d'une manière
intéreffante , le Tableau des Affaires les
plus piquantes qui fe jugent dans tous
les Tribunaux du Royaume , & à préfenter
un précis raifonné des moyens
que les Parties ont employés pour leur
défenfe , & des motifs qui ont déterminé
les décifions. Ainfi , on peut juger
qu'il eft peu d'Ouvrages auffi utiles &
auffi curieux .
La Table des Titres qui précède celle
des Matières , préfente une preuve bien
fenfible de la variété qui règne dans ce
Journal . Elle contient cent trente- une
Caufes , dont plufieurs font célèbres ,
les autres curieufes & intéreffantes.
Nous nous bornerons à indiquer quelques
- unes des Caufes de la première
Claffe. On y trouve les Affaires de
Montbailly , de l'Hermaphrodite Grand142
MERCURE DE FRANCE.
Jean , de plufieurs Bigames , d'un Efcroc
Magicien , d'un Cordelier marié, de plufieurs
Femmes accufées d'avoir tué leurs
enfans , d'un Chanoine accufé de fortilège,
du Marquis de Brunoy , de Calas , de
Syrven , de Calvy , du Roi de Portugal
contre les Créanciers d'un Orfévre , du
Prince Kfartorisky , de la machine infernale
de Lyon , d'un Parricide , de la Rofière
de Salency , de la Dame de Launay,
de l'Abbé Desbroffes , de M. Alliot , Fermier-
Général, contre fon fils ; de la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire , de
l'Amiral Byng , du Colonel Gillenfwan ,
de la Ducheffe de Kinfton, de Putgaftchew,
de l'Opération Cefarienne , &c. On y
trouve auffi plufieurs Affaires d'Inceſte,
d'Adulière , de Séparations , de Queftions
d'Etat fur la validité de mariages contraclés
entre Proteftans ; fur les Juifs , fur
les Comédiens , & une multitude de Procès
Criminels.
Ce détail fuffit pour prouver la variété
& intérêt du Journal des Caufes
Célèbres , dont les Rédacteurs viennent
de publier la Table . Ceux qui voudront
fe procurer cette Table , font priés de
foufcrire chez M. Défeffarts , Avocat ,
rue de Verneuil , la troisième Porte
DÉCEMBRE. 1777: 143
cochère avant la rue de Poitiers , ou
chez le Sieur Lacombe , au Bureau
des Journaux , rue de Tournon. Le prix
de la Soufcription eft de 3 liv. & le
Volume parviendra franc de port aux.
Soufcripteurs.
La Soufcription du Journal des Caufes
Célèbres , eft ouverte en tout tems .
Cependant l'époque du renouvellement
eft le commencement de chaque année .
Il paroît 12 Volumes par an , avec la
régularité la plus fcrupuleufe. Le prix
de la Soufcription eft de 18 liv. pour
Paris , & de 24 liv . franc de port , pour
la Province . On délivre des Collections
complertes des Volumes qui ont paru
de ce Journal , au prix de la Soufcription
; mais on ne vend aucun Volume
féparé.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
COMMERCE de la Grande - Bretagne ,
& Tableaux de fes importations & exportations
progreffives , depuis l'année
1697 , juſqu'à la fin de l'année 1773 ;
144 MERCURE DE FRANCE.
par le Chevalier Charles Whitworth ,
Membre du Parlement ; Ouvrage traduit
de l'Anglois , in-folio . A Paris , de l'Imprimerie
Royale , 1777. Prix , 12 liv.
bl . ou br. A l'Hôtel de Thou , rue des
Poitevins.
On diftribue à la même adreffe :
Hiftoire Naturelle , Générale & Particulière
, fervant de fuite à l'Hiftoire des
Animaux quadrupèdes; par M. le Comte
de Buffon , Intendant du Jardin & du
Cabinet du Roi , de l'Académie Françoife
, & de celle des Sciences. Supplément
, Tomes cinquième & fixième ,
avec figures ; de l'imprimerie Royale ,
1777.
Dictionnaire Univerfelle des Sciences
Morale , Économique , Politique & Diplomatique
, ou Bibliothèque de l'Homme
d'Etat & du Citoyen ; Tome fecond ,
in- 4°.
Pierre le Cruel , Tragédie , par M.
de Belloy, Citoyen de Calais , & l'un
des
DÉCEMBRE. 1777. 1777. 145
des Quarante de - l'Académie Françoiſe :
Virtutem videant intabefcanique relicà.
PERSE.
in-8°. br. Prix , 1 liv . 10 f. A Paris , chez
Solin , Libraire , rue S. Jacques.
On connoît les Ouvrages qui , compofés
autrefois par le
l'ordre de feu Mo
Dauphin , pour l'éducation des Princes ,
ont été imprimés depuis quelques années
; & l'on verra avec plaifir les mefu
res prifes pour que ces éditions , qui
font très-belles , ne fe vendent qu'un
prix médiocre & uniforme , qui foit le
même & dans la Capitale & dans toutes
les Villes du Royaume."
1°. Le premier de ces Ouvrages parut
en 1773 , il eft intitulé : Leçons de Morale
, de Politique & de Droit public
puifées dans l'Hiftoire de notre Monarchie ;
ou Nouveau Plan d'Etude de l'Hiftoire
de France , rédigépar les ordres & d'après
les vues de feu Mgr le Dauphin.
Il fe vend à Paris , chez Moutard , Libraire
de la Reine , rue des Mathurins ,
2 liv. 8 f.
C'eft un Abrégé raifonné de l'Hiftoire
G
146 MERCURE DE FRANCE .
de la Monarchie ; c'eft l'efquiffe de 40
Difcours destinés à faire connoître , de
fiècle en fiècle , le Gouvernement François
à toutes les époques de la France ,
& qui ont pour but d'attacher aux faits
toutes les connoiffances de Morale , de
Politique & de Droit public qui conviennent
aux Princes.
:
2°. Le fecond parut en 1775 , & a
pour titre Les Devoirs du Prince , réduits
à un feul principe ; ou Difcours fur
la Juftice , dédié au Roi.
3
Il fe vend à Paris , chez Moutard ,
liv. 12 f. br.
Ce Difcours renferme , & toute la
Morale qui doit former les Princes , &
fon application à toutes les parties du
Gouvernement François . Il eft la théorie
des vérités qui feront prouvées par l'expérience
de l'Hiftoire dans les Diſcours
dont on va parler.
3. Le troifième de ces Ouvrages &
le plus important , foit par l'étendue des
recherches , foit par le nombre des volumes
dont il doit être compofé , a pour
titre Principes de Morale , de Folitique
& de Droit public , puifés dans l'Hiftoire
de notre Monarchie ; ou Difcours fur.
DÉCEMBRE. 1777. 147
P'Hiftoire de France , dédiés au Roi , par
M. Moreau, Hiftoriographe de France .
Il y a déjà quatre Tomes de cet Ouvrage
; il en il en paroîtra quatre autres dans
le cours de l'année prochaine , deux au
commencement & deux à la fin ; &
tous les ans enfuite on en donnera 3
nouveaux volumes . Cet Ouvrage eft
l'exécution du Plan conçu par feu Mgr le .
Dauphin en 1764 , & imprimé en 1773 .
Il contient les faits & la morale qu'on en
doit tirer ; il développe les principes du
Gouvernement à chaque époque ; il eft
l'Hiftoire & de la Conftitution Françoife
& des Monumens qui l'établiffent.
C'eft principalement cet Ouvrage dont
on veut faciliter le débit à un prix modique.
Chaque volume eft un in-8° . de quatre
à cinq cens pages , en caractères & en
papier parfaitement beaux .
Chaque Tome ne fe vendra , foir à
Paris , foit dans toutes les Villes de Province
, que 3 liv . 12 f. br.
Il fe diftribue à Paris , chez Moutard ,
Libraire de la Reine , Hôtel de Cluni ,
rue des Mathurins ; Nyon , rue Saint-
Jean- de- Beauvais ; Delalain , rue de la
Comédie Françoife ; la veuve Duchefne ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
rue Saint-Jacques ; Lacombe , rue de
Tournon ; Mérigot le jeune , Quai des
Auguftins; Efprit , Libraire , au Palais-
Royal.
Tous les Libraires de Province qui
voudront s'en fournir , s'adrefferont à
leurs Correfpondans défignés ci-deffus
ou au Sieur Phlipault , Secrétaire de l'Auteur
, Place Vendôme , près les Capucines.
Avis au fujet de deux Éditions contrefaites
des Mémoires Politiques & Militaires,
pour fervir à l'Hiftoire de Louis XIV
& d Louis XV, compofés fur les Pièces
originales, recueillies par Adrien-Maurice
de Noailles , Maréchal de France , &
Miniftre d'État ; par M. l'Abbé Millot,
6 vol. in- 12 .
On croit devoir prévenir le Public ,
qu'il fe débite dans les Provinces , deux
Éditions très-fautives des Mémoires de
Noailles , l'une à Genève , en 6 vol.
in-12 ; & l'autre en 4 vol. à- Yverdun,
Cette dernière eft annoncée avec de prétendues
Notes de M. de Voltaire , qui ne
font autre chofe que l'analyfe qu'on en a
donnée dans le Journal de M. de la
Harpe. Ces Editions , qui , comme tous
DÉCEMBRE. 1777 . 149
la
les Livres imprimés furtivement , fourmillent
de fautes , font bien inférieures
à la feconde qui vient d'être faite à Paris,
d'après les corrections & les augmenta
tions de l'Auteur . Cette Edition
feule véritable , depuis que la première
eft épuifée , fe reconnoît à un avertiffement
de quatre pages , au bas defquelles
fe trouve la fignature manufcrite du Sr
Moutard , Libraire - Imprimeur de la
Reine , à Paris , Hôtel de Cluni , rue
des Mathurins .
ACADÉMIES.
I.
PARIS.
L'Académie Royale des Sciences a fait
fa rentrée publique , après la Saint-
Martin , le Mercredi 12 de Novembre
1777.
Le Secrétaire de l'Académie annonça
que le Prix propofé fur les moyens les
plus prompts & les plus économiques de
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
procurer en France une production &
une récolte de Salpêtre plus abondante
que celle qu'on obtient préfentement , &
Jur-tout qui puiffe difpenfer des recherches
que les Salpêtriers font autorifes à faire
dans les maifons des Particuliers , étoit
remis au mois de Novembre 1782 ; que
les Mémoires ne feront admis que jufqu'au
1 Janvier 1781 , mais que l'Académie
recevra jufqu'au 1 Avril 1782 , les
éclairciffemens que les Auteurs des
Mémoires qui lui feront parvenus dans
le tems preferit , jugeront à propos de lui
envoyer. Le Secrétaire déclara en mêmetems
que , fur les repréfentations qui
ont été faites au Roi par l'Académie
Sa Majefté a bien voulu doubler le Prix ,
qui fera de 8000 liv. au lieu de 4000
1. & que la fomme , à répartir en Acceffit
, fera de 4000 l. au lieu de 2000 liv.
Le Secrétaire déclara pareillement que
le Prix pour l'encouragement des Faifeurs
d'Inftrumens de Mathématiques
& qui doit être accordé à celui qui
préfentera le meilleur Quart de cercle de
trois pieds de rayons , garni de toutes les
pièces qui peuvent fervir à le rendre d'un
ufagefür & commode , & accompagné d'un
Mémoire contenant le détail des moyens
DÉCEMBRE. 1777 1st
qui auront été employés pour le conftruire,
étoit remis à la Saint- Matin 1779 , les
inftrumens qui ont été préfentés à l'Académie
n'ayant point rempli les conditions
du concours. Enfin le Secrétaire
fit l'annonce d'un nouveau Prix de Phyfique
que l'Académie , toujours empreffée
de concourir aux progrès des
Sciences , vient de fonder , & qu'elle
donnera tous les deux ans. Elle propofe
pour le premier Prix de ce genre , qui
fera de 1500 liv . , le fujet fuivant :
l'expofition du fyftême des vaiffeaux lym
phatiques. Quoique ce genre de vaiffeaux
ir été découvert depuis plus d'un fiècle ,
on n'a pas encore approtonai tout ce
qui peut les faire mieux connoître .
Y en a-t-il de plufieurs eſpèces , comme
on l'avoit d'abord avancé ? Quel en eft
l'origine & la terminaifon ? Toutes les
parties du corps en font-elles pourvués ?
Comment ces vaiffeaux fe comportent - ils
dans les glandes comglobées ? Enfin qu'elle
eſt la route que fuivent ceux de leurs troncs
qui peuvent être rendus fenfibles ?
Tels font les principaux points fur
lefquels l'Académie attend des éclairciffemens
. Les conditions qu'elle impoſe
font conformes à celles qui fe trouvent
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
dans les Programmes des Prix que
l'Académie. j ...
donne
Après ces différentes annonces , M.Caffini
de Thury , Directeur de l'Obfervatoire
, a la des Réflexions fur la figure de
la Terre. Après une difcuffion fommaire
des deux mefures du méridien , faites au
Nord & au Pérou par les Académiciens ,
fous le Ministère de Monfeigneur le
Comte de Maurepas , M. de Caffini
conclut que celle du Nord mérite plus
de confiance ; qu'elle a été faite avec
des inftrumens plus. parfaits dans un
Pays moins couvert de montagnes ; circonftance
d'autantplus importante , qu'il
eft démonté que l'attraction des montagnes
fuffit pour faire écarter le fil àplomb
de la perpendiculaire . M. de
Caffini propofa enfuite quelques corrections
à faire à la meſure du degré du
méridien de France , d'après des déterminations
plus exactes de la latitude
de Breft & de Vienne , & il fixe la
longeur moyenne du degré du méridien
entre Breft & Vienne , à 37900 toifes.
M. de Fouchy , ancien Secrétaire de
l'Académie , a lu un Mémoire fur une
nouvelle conftruction de niveau à lunettes ,
abfolument exempt de vérification. M. de
DÉCEMBRE. 1777. 153
Fouchy fubftitue au niveau d'eau ,
dont fe fervent habituellement les Ingénieurs
& les Arpenteurs , un niveau de
mercure , conftruit fur les mêmes principes
& beaucoup plus petit ; mais au lieu
de le placer hors de la lunette , il le place
dans la lunette même . Cette difpofition
ne pouvant s'adapter à la conftruction
ordinaire des lunettes , M. de Fouchy
a été obligé d'en imaginer une particulière.
Cette lunette , qu'il a fait exécuter
par M. Navarre , célèbre Opticien , eſt
compofée de trois verres ; & quoiqu'elle
ne foit pas acromatique , elle ne produit
prefque pas de couleurs. Ce niveau a
l'avantage d'être très-exact & d'un prix
modique .
M. de Borda , Lieutenant des Vaiffeaux
du Roi & Directeur de l'Académie
, fit enfuite la lecture du Précis de
fon Voyage aux Ifles Canaries & fur les
Côtes d'Afrique , pour déterminer les
Latitudes & les longitudes des principaux
points de ces Ifles & de ces Côtes. M.
de Borda avoit fur fon bord trois horloges
marines de la conſtruction de M.
Bertrand , deux appartenantes au Gouvernement
François , & une qui avoit .
été prife à Cadix , & qui appartenoit au
154 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement Efpagnol. Il avoit pour
le feconder dans fes opérations , Dom
Toffigno , Aftronome Eſpagnol , M. de
Puységur , & plufieurs Officiers de Marine
diftingués . Il a relevé dans les anciennes
Cartes des erreurs nombreuſes , dont
quelques- unes vont à 30 & 40 minutes
en longitude.
M. de Borda a donné , dans fa relation
, une defcription du Pic de Ténérife
; il eft parvenu à monter jufqu'au
fommet de cette fameufe montagne à
travers les pierres pouces , & les rochers
de lave qui la compofent dans toute la
hauteur , & qui font amoncelés fans
ordre, Le fommet du Pic préfente le
crater d'un volcan ; ce crater eft ovale
ou elliptique ; il a 25 à 30 toifes dans
le fens du petit diamètre , & 35 à 49
dans le fens du plus grand. Il a à peine
30 pieds de profondeur ; le terrein en eft
affez chaud pour qu'on ne puiffe y tenir
long tems fans douleur. M. de Borda
a mefuré la hauteur de cette montagne
par le baromètre ; & , en appliquant à
fes obfervations la méthode de M. de
Luc , il trouve qu'elle eft de 11586
pieds. La même montagne , mefurée
par des opérations trigonométriques trèsexactes
, s'eft trouvée de 11424 pieds .
DÉCEMBRE. 1777. 195
fi
M. de Borda a imaginé un moyen
très- ingénieux de déterminer l'intensité
de la force magnétique , dans les diffé
fens parages qu'il a parcourus. Il réſulte
de fes obfervations qu'elle eft affez exactement
la même par-tout ,
mais que
elle ne paroît pas telle , elle ne varie
qu'en raifon de l'inclinaifon de fa direction
avec l'horifon ; inclinaifon qui
change & qui agit avec plus ou moins
d'obliquité.
M. Briffon , Maître de Phyfique &
d'Hiftoire Naturelle des Enfans de
France , & M. Cadet , ancien Apothicaire-
Major des Camps & Armées du
Roi , s'étant occupés des recherches fur
le premier reftringent des liqueurs , foit
fimples , foitcompofées , ils en ont renda
compte à l'Académie . Il réfulte de leur
travail , que la diffolution des fels aug.
mente le pouvoir réfringent de l'eau ;
mais que tous ne l'augmentent pas de
la même quantité. Le fel ammoniac ,
par exemple , eft celui de toutes les
fubftances falines qui leur a donné le
plus grand effet. Le pouvoir réfringent
n'a non plus aucune relation avec la
denfité des corps ; par exemple , l'efprit
de fel eft un milieu prefqu'auffi réfrin
G vj
56 MERCURE DE FRANCE.
1
gent que l'huile de vitriol , quoique la
pefanteur 1pécifique de cette dernière
foit d'un quart plus grande . Enfin l'huile
de térébenthine , quoique beaucoup
plus légère que l'eau , & par conféquent
que tous les acides minéraux , a plus de
pouvoir réfringent , & la térébenthine
elle-même en a prefqu'autant que le
verre. MM. Briffon & Cadet font enfuite
l'application de ces connoiffances à
la grande loupe brûlante appartenante
à feu M. de Trudaine , qui a été remplie
d'efprit-de -vin , & ils font voir qu'elle
feroit beaucoup plus d'effet , fi elle avoit
été remplie d'une diffolution de fel ammoniac
ou d'huile de térébenthine .
Ce Mémoire a éré fuivi d'un autre
de M. le Gentil , fur la conformité de
Aftronomie ancienne des Brames avec
celle des anciens Chaldéens . Ces derniers
Peuples , d'après des obfervations multipliées
& qui fe perdent dans l'antiquité
la plus reculée , avoient déterminé certaines
époques , certaines périodes au
bout defquelles revenoient les mêmes.
phénomènes aftronomiques. M. le Gentil
retrouve ces mêmes périodes chez les
Brames de nos jours , à quelques corrections
près , que le tems a fans doute
DÉCEMBRE. 1777. 157
enfeignées à leurs ancêtres , & c'eft encore
à l'aide de ces périodes qu'ils calculent
les éclipfes de Soleil & de Lune.
M. Petronet , premier Ingénieur des
Ponts & Chauffées , a lu enfuite un
Mémoire fur la reduction de l'épaiffeur
des piles , &fur la courbure qu'il convient
de donner aux voûtes pour que l'eau puiffe
paſſer plus librement fous les ponts. Dans
les ponts qui avoient été conftruits
prefque jufqu'à nos jours , les arches.
étoient indépendantes les unes des autres
, & chaque pile fervoit en quelque
forte de culée. Les ponts modernes . ont
été conftruits fur d'autres principes ; on
ne donne à chaque pile que l'épaiffeur
néceffaire pour foutenir le fardeau de la
voûte , & tout l'effort de cette dernière ,
de proche en proche , porte fur la culée .
M. Perronet fait fentir les avantages de
cette conftruction ; ils confiftent principa
lement dans l'économie des matériaux
& dans la liberté du paffage des eaux . I
fait voir comment on peut encore augmenter
ce dernier avantage en prenant le
plus haut qu'il eft poffible , l'origine de
la voûte , & en faifant les piles abfolu
ment droites jufqu'à cette origine .
La Séance a été terminée par un.Mé
r58 MERCURE DE FRANCE.
moire de M. Lavoifier fur une nouvelle
théorie de la combuftion & de la calcination.
Il établit d'abord que l'air eft un
compofé de la matière du feu , comme
diffolvant , unie & combinée avec une
fubftance qui lui fert de bafe & qui la
neutralife ; la combuftion , fuivant lui ,
n'eft autre choſe que la décompofition
même de l'air , c'eft-à- dire , la défunion
de fa bafe d'avec la matière du feu qui
la tenoit en diffolution . Il appuie fon
opinion 1. fur ce que la combuftion
ne peut avoir lieu fans air ; 2°. fur ce
que , dans toute combuftion , la base de
l'air eft abforbée & fe combine avec le
corps qui brûle : or la bafe de l'air ne
peut paffer dans une nouvelle combinaifon
, fans laiffer libre la matière du
feu qui la tenoit en diffolution ; alors
cette dernière reparoît avec les caractères
qui lui font propres , c'est-à- dire , avec
flamme , chaleur & lumière. Ce n'eft!
donc pas , dans l'opinion de M. Lavoi
frer , des corps qu'on a regardé jufqu'ici
comme combustibles , que fe dégage la
matière du feu , mais de l'air dans le
quel fe fait la combuftion ; de forte que
ce fluide élastique eft , faivant lui , le:
véritable & peut- être le feul corps com-
L
DÉCEMBRE, 17774 152
buftible de la nature . M. Lavoisier applique
cette théorie à la refpiration des
animaux ; il fait voir que l'air , dans cette
fonction animale , reçoit une altération
femblable en tout à celle qu'il éprouve
pendant la combuftion , qu'il eft en partie
converti en air fixe ou acide méphitique
; or ce changement , cette altéra
tion ne peut avoir lieu fans dégagement de
matière du feu : donc il doit y avoir dé
gagement de matière du feu dans le poul
mon , dans l'intervalle de l'infpiration à
l'expiration , & c'est cette matière do
feu fans doute qui , fe, diftribuant avec
le fang dans toute l'économie animale
y entretient une chaleur conftante de 32
degrés & demi environ au Thermomètre
de M. de Réaumur. M. Lavoifier
apporte pour preuve de cette dernière
allertion , une obſervation très-frappante
d'eft qu'il n'y a d'animaux chauds dans
La nature que ceux qui refpirent habiruellement
, & que cette chaleur est d'autant
plus grande que la refpiration eft plus
fréquente. Au refte , M. Lavoisier ne
propoſe ces idées qu'avec beaucoup de
réferve , & il fe propofe de dévelop-
рец
fucceffivement , dans différens Mémoires
, chaque partie de ce nouveau
fystême.
160 MERCURE DE FRANCE.
I I.
L'Académie Royale des Inferiptions &
Belles- Lettres tint fa Séance publique le
14 de Novembre. M. Dupuy , Secrétaire
Perpétuel , commença par annoncer
que le fieur Guilhem de Clermont
Baron de Sainte- Croix , demeurant à
Mourmoiron , près d'Avignon avoir
remporté le prix dont le fujet étoit
d'examiner les différens cultes rendus à
Cérès & à Proferpine , les divers attributs
de ces Divinités , &c. C'eft le troisième
Prix qu'il remporte ; & quoiqu'aujourd'hui
Affocié libre étranger , il a pu
concourir , attendu que fon élection eft
poftérieure à l'envoi qu'il avoit fait de
fon Mémoire . M. Dupuy publia enfuite
que le fujet du Prix qui fera diftribué
à Pâques 1779 , eft de rechercher ce
que les Monumens hiftoriques nous apprennent
des changemens arrivés fur la
furface du Globe , par le déplacement des
eauxde lamer. A cette publication fuccéda
Eloge hiftorique du Duc de la Vril-
Here , Honoraire de cette Académie.
Le reste de la Séance fut occupé par
les Mémoires fuivants : 1. vingt -fixième
DÉCEMBRE 1777 . 161
Mémoire fur la Légion ; par M. le Beau ,
qui a entrepris de développer tout ce
qui concerne la Légion Romaine. L'objet
de ce Mémoire étoit de traiter des
délits & des peines militaires. 29. Mémoire
fur les Edits des Ediles ; par M.
Bouchaud , fuite de fes Recherches hiftoriques
fur les Edits des Magiftrats Romains.
3º. Mémoires fur les caufes de la
haine perfonnelle qu'on a cru remarquer
entre Louis-le-Gros , Roi de France , &
Henri I , Roi d'Angleterre. Par M.
Gaillard, 4°. Mémoire fur la Philofophie
de Marc- Aurèle; par M. de Rochefort ,
qui a fait voir combien cet Empereur
Philofophe s'étoit attaché à ramener la
Stoicifme à fa première pureté. C'eft
par ce Mémoire que M. de Rochefort
termine l'Hiftoire des fyftêmes des Anciens
fur le Bonheur.
Nous donnerons dans le volume prochain
, une analyfe de ces Mémoires intéreffans
.
III.
L'Académie Royale d'Architecture a
ouvert fes Leçons publiques & gratuites
en faveur des Elèves de cet Art. M.
Leroi , de l'Académie des Infcriptions
162 MERCURE DE FRANCE.
& Belles- Lettres , commencera le Cours
de fes Leçons , par un Effai fur l'Architecture
, avec des obfervations fur la
compofition des Bafiliques , Places ,
Théâtres & autres Edifices publics de
première importance on y joindra un
abrégé de Vitruve , les principes élémentaires
des Ordres , &c. Ces Leçons
fe feront à onze heures , les lundi &
mercredi de chaque femaine . M. Mauduit,
Lecteur Royal en Mathématiques &
Cenfeur Royal , expliquera les mêmes
jours , depuis neuf heures & demie juſqu'à
onze , fes Leçons de Géométrie
théorique & pratique , dont il fera l'ap
plication aux toifés les plus en ufage
ainsi qu'aux développemens & à la pénétration
des corps ; & comme le Comte
d'Angiviller a réuni à l'Académie d'Architecture
la Chaire d'Hydrodinamique ,
fondée depuis peu de tems par un Miniftre
& Contrôleur-Général des Finan
ces , le fieur Abbé Boffut donnera dans
la même Salle , les mardi , jeudi &
famedi , fes Leçons élémentaires de
Méchanique ftatique , & expliquera fon
Traité d'Hydrodinamique.
›
DÉCEMBRE. 1777. f
163
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
a repris les repréfentations d'Armide ,
après le voyage de Fontainebleau .
Elle fe difpofe à donner inceffamment
l'Opéra de Roland , remis en Mufique
par M. Piccini ,
On continue de donner , les Jeudis
Céphale & Procris , un des Opéra qui
aura eu le plus de repréfentations à ce
Théâtre , & dont la Mufique aura
toujours, gagné davantage , étant plus
connue.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON n'a rien donné de nouveau fur ce
Théâtres mais on fe difpofe à y jouer
inceflamment la Tragédie de Muftapha
& Zeungir , depuis long- tems attendue
& defirée.
164 MERCURE DE FRANCE .
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné , le
Lundi 24 Novembre , la première repréfentation
de Félix ou l'Enfant- Trouvé,
Comédie en trois Actes , mêlée d'Ariettes
; par M. Sedaine , Mufique de M.
Moncini.
Il y a vingt-fept ans que Morin trouva,
après un défaftre affreux arrivé dans fon
Village , un enfant entre les bras d'une
Nourrice Allemande , avec des hardes
& quelques bijoux. Il prit foin de cet
enfant , qu'il nomma Félix , & l'éleva
comme fon fils . Il trouva auffi une valife
qui renfermoit une fomme affez
confidérable d'argent , dont il acheta
une Ferme , & qu'il fit valoir avec un
profit confidérable ; avec la réfolution
conftante de la rendre au Proprié
taire de l'argent , s'il peut le découvrir.
Ce Fermier eft père d'une fille en âge
d'être mariée , & de trois garçons , l'un
Dragon , l'autre Procureur , le troisième
Abbé , ou près de l'être. Le Baron de
DÉCEMBRE. 1777. 165
Verfac a la parole de Morin , pour épouferfa
fille ; mais elle a donné fon coeur
à Fèlix ce jeune- homme , qui l'aime
auffi avec paffion , ne pouvant prétendre
de l'obtenir pour femme , a pris
le parti de s'engager dans la Compagnie
du Dragon . Il eft fur le point de partir ;
c'est à regret qu'il s'arrache des lieux
où il eft retenu par la reconnoiffance
& l'amour, Il ne peut fouffrir d'être
le témoin du bonheur de fon rival . Il
prend fon bâton, & va dans la forêt avant
la naiffance du jour. Son Amante s'inquiète
de fon départ , & de ce qu'il fe
hafarde d'aller feul dans un bois où il
y a beaucoup de Voleurs & de Contrebandiers.
Elle ne peut s'empêcher de
lui marquer toute fa tendreffe. Morin
lui témoigne de même fa fenfibilité, & la
fatisfaction qu'il a toujours eue de fa conduite
, de fes travaux & de fes vertus ,
A peine le jeune- homme eft-il en chemin
pour aller dans la forêt , que l'on
entend un grand bruit , & les cris de
gens attaqués. L'Officier Dragon va
ignaler fa valeur , le Procureur court
verbalifer , M. de Verfac appelle fes
Chaffeurs & fes chiens , M. l'Abbé reſte
tranquille , & continue une lecture qu'il
1
166
MERCURE DE FRANCE.
a commencée. Félix avoit déjà délivré
le Voyageur des attaques des Brigands
; & bien-tôt on voit ramener , par
Morin & fes fils , ce Seigneur Allemand,
qui vante le courage & la générofité du
jeune -homme à qui il doit la vie. Ce
Voyageur remarque la fatalité qui le
pourfuit toujours dans le même endroit ;
il rappelle qu'à pareil jour , dans la
même forêt , il y a vingt- fept ans , qu'il
perdit fa valife , & qu'il éprouva un plus
grand malheur. Ces paroles font recueil
lies par Morin. Il fait part à M. de
Verfac & à fes fils , de fes foupçons , &
de l'obligation qu'il a de reftituer au
Voyageur la Ferme qui eft a lui , puifqu'elle
eft le prix de fon argent. Envain
M. de Verfac & fes fils veulent
le détourner de ce projet ; il ne ſe laiſſe
pas gagner par leurs raifonnemens , tous
dictés par l'intérêt. Il en croit davantage
les confeils de feu fon Pafteur. La
fille de Morin & Félix , font les feuls
qui applaudiffent à fa probité , & qui
offrent de le confoler par leurs foins &
par leurs travaux , de la perte de fa
fortune. Morin déclare donc au Voya
geur , que la Ferme dont il a admiré
Fordre & la richeffe , lui appartient ,
1
DÉCEMBRE. 1777. 167
puifque c'eft avec fon argent qu'il l'a acquife.
Le Voyageur a reconnu fon libérateur
dans Félix , & lui donne le bien
qu'il a été forcé de reprendre . Félix le
reftitue à Morin fon bienfaiteur. Ce
Voyageur , Seigneur Allemand , a l'efpérance
de retrouver encore dans Félix
plus que fon libérateur on lui a fair
voir les bijoux & les hardes qui étoient
dans le berceau de Félix . On fait venir
fa Nourrice ; elle reconnoît le Voyageur;
elle lui dit quelques mots Allemands
qui lui font fe récrier : Ah ! c'eft mon
fils. Après cette reconnoiffance , Félix
renonce à fon engagement , & eſt au
comble de tous fes voeux en recouvrant
fon père & obtenant la main de fa Maîtreffe
.
Cette Piéce n'a point paru d'un intérêt
affez ménagé ni affez foutenu : l'action
a femblé un peu romanefque ; il
y a des détails longs & minutieux . Les
caractères des fils de Morin , quoique
deffinés chacun d'après l'état qu'ils ont
embraffé , n'ont pas produit l'effet qu'on
en attendoit ; ils fe confondent & fe
nuifent. Quelques traits même d'un intérêt
trop groffier , ont fait de la peine.
Un feul caractère qui eût contraſté avec
168 MERCURE DE FRANCE.
celui de Félix , eût été fans doute plus
heureux & plus théâtral . Au reſte , on
a trouvé dans ce Drame comme dans
toutes les Piéces de M. Sedaine , beau
coup d'art , beaucoup d'intelligence du
Théâtre & de Scènes très - bien faites .
La Mufique a été applaudie dans quelques
airs chantés par Félix , & dans un
trio charmant placé vers la fin du troifième
Acte , & parfaitement exécuté par
Madame Trial & par MM. Clairval &
Nainville. C'eft ce qui a fait principalement
le fuccès de cette Pièce . Les
rôles ont été parfaitement remplis par
Mefdames Trial , Dugazon , Mlle Defglands
; & par MM. Clairval , Trial ,
Nainville , Narbonne , Suin & Thomaflin.
'ARTS.
DÉCEMBRE. 1777. 169
ART S.
GRAVURES.
I.
Le Repos , Eftampe d'environ 14 pouces
de haut fur dix de large , gravée par
Clément Bervic , d'après le tableau
original de N. B. Lépicié , Peintre
du Roi. A Paris , chez Lépicié ,
Peintre du Roi , à l'Académie Royale
de Peinture ; & chez Bervic , Graveur
, rue Bétizi , vis - à - vis celle Tirechappe
, maifon de M. Milet , Marchand
Epicier. Prix 3 liv.
LA Scène de certe Eftampe nous repréfente
un bon Vieillard qui fe repofe la
tête appuyée fur une de fes mains . Il a
auprès de lui fon enfant qui dort. La
tête du Vieillard eft étudiée , & ces
deux figures offrent des vérités de
nature très bien faifies . Cette compofition
a été rendue par le Graveur avec
H
170 MERCURE DE FRANCE .
intelligence. Les travaux de fon burin
font purs , variés , & d'un bon effet.
I I.
-de - Garde Hollandois , Eftampe
d'environ 20 pouces de hauteur , &
21 de largeur , dédiée à M. le Marquis
d'Arcambal , Brigadier , Colonel
en chef de la Légion Corfe ,
& gravée d'après un tableau de G.
Schaleken , par M. Maleuvre , rue
des Mathurins , chez M. Ballard ,
Imprimeur. Prix 8 liv.
Cette Eftampe fait honneur à M.
Maleuvre , qui a fu varier artiftement
fes travaux , & donner un bon effet de
couleur , de clair & d'ombre à cette
grande compofition .
II I.
Les Confeils Maternels , Eftampe nouvelle
d'environ 16 pouces de hauteur
& treize de largeur , dédiée à M. le
Comte de la Billarderie d'Angiviller .
Cette Eftampe eft d'un burin agréable
précieux , & d'un bon effet de couDÉCEMBRE.
1777. 171
leur ; elle eft gravée par M. l'Empereur
d'après le tableau de M. Wille ; elle
peut fervir de pendant à la Mère Indulgente
, publiée l'année dernière par
le même Graveur . A Paris , chez M.
l'Empereur , Graveur du Roi & de LL .
MM . II . & R. , rue & porte S. Jacques
au-deffus du petit Marché
IV .
·
Senfible aux témoignages de reconnoiffance
que le Public lui a donné
en accueillant la première fuite d'Ef
tampes gravées d'après les Maîtres
Hollandois & Flamans , M. le Brun va ,
dit-on , faire paroître inceffamment la
feconde fuite de cette collection intéreffante
. Nous nous hâtons d'en prévenir
les Amateurs , attendu qu'ils ont
paru la defirer depuis long- tems . L'on
ne peut que féliciter l'Editeur d'une
telle entreprife , puifque , grace à fes
foins , l'on pourra du moins avoir une
idée de ces Maîtres célèbres , que la
richeffe feule femble avoir droit de fe
procurer , & que fon avarice enferme
dans des cabinets myftérieux , où leurs
yeux jaloux peuvent feuls en admirer
les beautés.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE d'un Amateur à l'Auteur du
Mercure de France, aufujet de l'Estampe
du Gâteau des Rois.
MONSIEUR ,
COMME
OMME Vous n'avez point encore annoncé la
nouvelle Eftampe gravée par M. Flipart , d'après
le Tableau original de M. Greuze , fouffrez
qu'un Amateur , qui a fous les yeux les plus
belles Gravures anciennes & modernes , & les a
fouvent comparées , vous expofe les remarques
qu'il a faites fur cette nouvelle Eftampe . Des Obfervations
critiques fur un Tableau , ne peuvent
fans doute être trop fages , trop modérées. Le
Tableau critiqué refte fouvent renfermé & hors
de la vue du Public Amateur. Ce Tableau par
conféquent ne peut répondre pour l'Artifte, fouvent
dans l'impuiffance de repouffer autrement
la critique. Il n'en eft pas de même d'une Eſtampe,
d'une Eftampe fur-tout auffi répandue que celle
du Gâteau des Rois. Elle eft fous les yeux de tous
ceux qui defirent la voir . Les Obfervations qu'elle
peut faire naître , font par conféquent aiſées à
être vérifiées ; & l'Artifte n'a befoin d'employer
d'autres défenfes devant des Juges éclairés , que
la vue même de fon Eftampe, C'eft d'après ces
confidérations que je crois pouvoir hafarder
quelques remarques critiques , qui auront princi
palement pour objet les progrès de l'Art .
DÉCEMBRE. 1777. 173
La nouvelle Eftampe eft intitulée le Gâteau des
Rois ; & ce titre feul femble annoncer un repas ,
une fête de famille que la joie & la gaieté doivent
auimer. Cependant la première impreffion
que fait le licu de la ſcène , eſt une impreffion de
trifteffe.Celieu a plutôt l'air d'une prifon que d'une
chambre de Villageois . On n'y apperçoit pour
tout ornement & pour tout détail , qu'une espèce
de foupirail , & quelques folives , dont on ne devine
pas même la direction , par le peu de foin
qu'a pris l'Artifte de mettre les objets en perf
pective. C'est un reproche que l'on a déjà fait à
M. Greuze , de ne pas affez varier fes chambres
ruftiques , & de ne pas fuivre , pour cette partie,
la méthode de Teniers , d'Oftade , & c. qui ne
peignoient jamais les fonds de leurs Tableaux
que d'après nature. Auffi quelle richeffe, quelle
variété , & même quelle ingénieuſe vérité dans
le lieu de la fcène & les acceffoirs de leurs Tableaux
! comme la lumière y circule & donne du
relief aux objets !
Le principal Perfonnage qu'offre d'abord l'ES
tampe du Gâteau des Rois , eft le Père de Famille.
Il tient une ferviette , dans laquelle font renfermées
les parts du gâteau qui doivent être diftri
buées . C'eft affez l'ufage de laiffer aux femmes ,
fi propres par leur douceur & leur gaieté naturelle
a animer les plaifirs de la table , le foin de
préfider à ces fortes de petites Fêtes domeftiques.
Quoi qu'il en foit, puifque l'Artiſte a voulu que ce
fut le Père de Famille qui rempliffe cette fonction
, on auroit defiré du moins que fon caractère
de tête fût plus analogue au rôle qu'on lui donne.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Nous avouerons avec plaifir que cette tête eft
belle , qu'elle a de la nobleffe ; mais fon expreffion
eft indécife . Ce Vieillard paroît même diftrait
, & ne prendre aucun intérêt à ce qui ſe paſſe
devant lui. Son air férieux femble infpirer de la
gêne & de la contrainte au plus jeune des garçons
qui tire les parts du gâteau. Un Artifte qui pofsède
éminemment la Science du deffin , peut l'indiquer
& l'écrire , en quelque forte , dans les
formes très-articulées d'un Vieillard . Mais on
fouffriroit impatiemment que , pour faire paroître
cette Science , il exagérât ces mêmes formes
dans le corps foible & délicat d'un enfant. C'eft
cependant ce que l'Artifte s'eft permis dans le
Perfonnage du petit garçon qui tire les parts du
gâteau. Qu'en est- il arrivé ? En voulant trop accufer
les formes de l'enfance , il a fait difparoître
les graces qui lui font fi naturelles : l'enfemble
de cette figure eft d'ailleurs un peu équivoque
; ce qui provient de ce que la jambe droite,
dont le raccourci n'eft point rendu exactement ,
paroît plus courte que la gauche.
Une jeune fille, que l'on peut fuppofer être la
foeur aînée de l'enfant , eft derrièrè lui , pour
l'aider à s'acquitter de la fonction dont il eft
chargé. L'expreffion de ce Perfonnage eft encore
indécife , & la figure n'a point ces graces
naïves que l'Artifte fait répandre , quand il veur ,
fur les Perfonnages de jeunes filles , & que l'on
auroit defiré de trouver dans cette foeur aînée ,
puifqu'elle eft placée fur le premier plan de la
compofition.
Derrière le Père, & un peu dans la demie teinte,
DÉCEMBRE . 1777. 175
eft une autre foeur qui a l'air de bouder , parce
qu'elle n'a point été choifie pour diftribuer les
parts du gâteau. Si l'on peut reprocher en général
à toutes les figures de cette compofition ,
de pécher par la correction du deffin , & de ne
pas faire affez fentir les formes des bras & des
jambes fous leurs vêtemens , ce défaut paroît
fur- tout fenfible dans la figure de cette petite
fille . Elle a l'air d'un enfant noué , & l'on a de
la peine à diftinguer fi c'eft fa main qu'elle porte
à la bouche. On permet fans doute à un Aitifte
qui nous fait voir fa compofition dans une efquiffe
peinte à l'huile ou deffinée au crayon , de
négliger différentes parties ; mais dans une Eftampe
gravée avec prétention , retouchée &
corrigée plufieurs fois par le Peintre lui - même ,
& publiée comme la traduction , en quelque
forte , d'un Tableau fiui , on a droit d'exiger la
plus grande précision dans le deffin .
2
La Mère de Famille eft affife à un des bouts de
la table . Elle vient de recevoir une des parts du
gâteau qu'un petit enfant , placé près d'elle , tient
dans les mains , & qu'il voudroit bien lui dérober.
La bonne- mère feint de ne pas s'appercevoir
de ce larcin qui la réjouit. Il eft à préfumer du
moins que telle a été la pensée de l'Artifte , par
la difpofition des figures ; car la phifionomie de
la mère n'indique rien ; fa bouche à moitié ouverte
eft , par l'infidélité du trait ,
fans grace
fans expreffion. Nous difons l'infidélité du trait ,
parce que nous fuppofons que cette incorrection ,
& autres que l'on peut reprocher à l'Eftampe ,
ne fe trouvent point dans le Tableau original que
nous n'avons pas vu.
&
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Sur le fecond Plan de cette même compofition,,
& du côté du père , l'on voit un jeune - homme,
qui , les bras élevés au - dellus de la tête , apporte
une grande terrine remplie de foupe. L'Artifte ,
dans la vue fans doute d'interrompre la ligne
horifontale de fa compofition , a cru devoir y
placer un trait pyramidal . Mais en employant ce
trait , il a eu plus d'égard à la forme pittorefque
de fa compofition , qu'à ce qu'il a vu pratiquer
par-tour. Nous nous en rapportons à lui - même.
Seroit- il bien à ſon aiſe , ſi , étant à table , il
voyoit un Domestique , ou toute autre perfonne,
porter en l'air , & au- deffus de la tête des convives
, un potage tout bouillant , & fujet à être
renverfé au premier défaut d'équilibre ? Jordans,
dans une de les compofitions , a également employé
ce trait pyramidal ; mais c'eſt un pâté que
l'on porte, & la faute du Peintre Flamand eft plus
excufable. Ici , au contraire , c'eft un potage
très-chaud , à en ` juger du moins par la fumée
fort épaiffe qui s'en élève .
Derrière ce porteur de foupe, font deux jeunes
perfonnes qui paroiffent s'intéreffer à l'action de
leur petit frère , diftribuant les parts du gâteau.
Le grouppe de ces jeunes filles eft agréablement
difpofé , & leurs airs de tête ne font pas inconnus
aux Amateurs , qui ont dû les remarquer dans
plufieurs autres Eftampes gravées d'après M.
Greuze. On peut obferver , en dernier lieu , que
la lumière dans cette Eftampe , eft diftribuée par
éclats , & fans harmonie par conféquent , ce qui
peut provenir de ce que l'Artifte , en peignant
fon Tableau , ne s'eft fervi que d'une lumière
DÉCEMBRE. 1777. 177
vive & refferrée , dont l'effet eft de découper, en
quelque forte , les objets fur lefquels elle fe
trouve réfléchie .
Cette nouvelle Eftampe a été gravée par M.
Flipart ; & , foit que le fujet l'ait ennuyé ou ne
l'ait nullement infpiré , cette Planche eft bien
inférieure aux deux précédentes , du même format
, qu'il a gravées d'après le même Artifte. Sa
Gravure eft , en général , trop pouffée au noir ,
& reflemble plutôt à une manière noire ufée ,
qu'à une Gravure au burin. Les tailles d'ailleurs
font trop sèches , trop maigres ; les traveaux trop
égaux , ce qui empêche l'effet de la dégradation ,
répand fur l'Eftampe une trifte uniformité , &
ôte aux objets le caractère qui leur eft propre.
Cette Eftampe cependant pourra plaire au plus
grand nombre des Amateurs qui , peu
familiers
avec les Gravures des Wifcher, des Bollvert, des
Edelinck des Gérard Audran , &c . doivent
être moins fenfibles au mérite de l'exécution
qu'au choix d'un fujet qui leur rappelle des
moeurs champêtres toujours agréables à voir par
le fentiment d'innocence & de vertu qu'elles
infpirent.
,
>
Mais comme en Gravure ainfi qu'en Peinture ,en
Sculpture , & même en Poëfie , c'eft le mérite de
l'exécution qui embaume l'ouvrage & le confervé
pour la poftérité ; nous craignons que la plupart
des Eftampes modernes, fi fort à la mode aujourd'hui
, ne puiffent furvivre à notre fiécle . Dans
quel tems cependant la Gravure a- t - elle été plus
accueillie , plus recherchée , mieux payée ? Tellé
Eftampe qui n'aura aujourd'hui d'autre mérite que
H v
178 MERCURE DE FRANCE.
la nouveauté , fera quelquefois portée à un prix
plus haut dans une vente , que toute la fuite des
magnifiques Eftampes de Gérard Audran . Il eft vrai
que cette manie ne peut être attribuée aux vrais
Connoiffeurs, mais bien à quelques Curiolets qui ne
connoiffent que leur fiècle, & ne jugent du mérite
d'une Eftampe , que quand ils l'ont payée,
très-cher. Ils font bien fecondés dans cette opinion
par différens Marchands d'Eftampes , dont
la conduite eft très - adroite . Ils ont fû perfuader
aux Amateurs un peu novices , que quand une
Estampe moderne paroît , ils ne tiennent rien
s'ils n'ont cette Eftampe avant telle & telle remarque.
Ils donnent, par ce moyen , l'alerte aux
Amateurs , qui s'empreffent de fe présenter les
premiers pour avoir de ces épreuves recherchées :
& lorfque cette foule augmente , c'est alors qu'ils
mettent le prix qu'ils veulent à leurs épreuves.
Le jour même que l'Eftampe du Gâteau des Rois
parut, un Colporteur d'Eftampes, qu'il eft inutile
de nommer ici , mais qui eft très -connu par fon
habileté à former des ſpéculations fur l'ineptie
de les pratiques , avoit des épreuves de trois
différens prix , l'une à 16 liv. l'autre à 24 liv . &
une troisième à 36 liv. Et pour perfuader à l'Amateur
qu'il ne devoit point héfiter de donner fes
36 livres , il lui faifoit remarquer que l'épreuve
qu'il lui préfentoit étoit avant l'adreffe de l'Auteur.
Il avoit taxé à 24 liv. les épreuves où fe
trouvoit, dans l'Infcription du bas de l'Eftampe,
un point mal placé ; & à 16 liv. celle où l'on
yoyoit au haut de l'Eftampe , la date du jour
que la planche a été commencée . Cette date ,plus
ou moins lifible , fervira fans doute encore à faire
иде
DÉCEMBRE. 1777 179
renchérir l'Eſtampe. Il ne manqueroit plus ici que
des épreuves avant la Lettre; mais malheureufement
pour les Marchands , M. Greuze n'en fait
point tirer ; & les épreuves des planches avant
la Lettre, gravées par M. Flipart , d'après les Tableaux
de M. Greuze , qui peuvent exiſter , font
des épreuves que le Graveur a fait faire pour
voir les progrès de fa planche ; épreuves par
conféquent non finies.
Une dernière remarque que l'on peut faire au
fujet de cette eſpèce d'agiotage , & qu'il eft bon
d'inférer ici , parce qu'elle peut être utile aux
Amateurs un peu novices, c'eft que l'épreuve même
avant la Lettre , à moins qu'ils ne la tiennent d'un
Artifte exact & connu , n'eft plus pour eux un
témoignage certain d'une première épreuve , depuis
fur-tout que ces fortes d'épreuves fe font fi
fort multipliées , & que l'on a va le Propriétaire
de plufieurs Planches recherchées , couvrir luimême
l'écriture de fes Planches , & en faire tirer
des épreuves fans lettres . Un poffeffeur de Planches
, qui fe prête à ces fortes de fupercheries ,
aura quelquefois honte de livrer lui-même ces
prétendues épreuves avant la Lettre ; mais il les
gliffera adroitement dans des ventes publiques ,
fera paffer cet hameçon fous les yeux des Curiolets
, & rira le premier de leur bonne-foi en recevant
leur
argent.
Ces fupercheries ne font pas fans doute fort
honnêtes , & font rejetées par tous les Artiftes
qui ont une réputation à conferver ; mais comme
quelques Propriétaires de Planches ne pensent pas
de même, & pourroient être tentés de renouve
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
ler ces petites fraudes de commerce , nous croyons
devoir les dénoncer ici . C'eft un avertiffement
pour les nouveaux Amateurs qui ne fe connoiffent
point en beauté d'épreuve , de s'en rapporter
plutôt aux confeils d'un Artiſte connu , où d'un
Amateur éclairé , qu'à de petites remarques équivoques,
& que le Colporteur d'Eftampes , fi bien
infpiré par le defir du gain , peut toujours imiter
ou contrefaire .
Au refte , quel avantage trouve - t-on à pofféder
la première épreuve d'une Gravure médiocre?
Un Amateur a fans doute quelque raifon de rechercher
les premières épreuves d'une Planche
recommandable par la magie d'un burin pur ,
fouple , harmonieux. Mais quelle grande différence
peut- il y avoir entre les premières & les
dernières épreuves d'une Planche , où l'on n'ap
perçoit le plus fouvent que les tailles égratignées
d'une eau-forte mal conduite, oules travaux peinés
d'un burin fec , fans variété , fans harmonie &
fans grace?
MUSIQUE.
I.
DEUXIEME Recueil d'airs des Trois
Fermiers , arrangé pour le clavecin ou le
forté- piano , avec accompagnement , par
DÉCEMBRE. 1777, 181
M. Bénaut , Maître de clavecin . Prix
1 liv . 16 fols , chez M. Bénaut , rue
Dauphine , près la rue Chriftine.
I 1.
Carillon des Cloches , arrangé pour
l'orgue , & deſtiné aux premières Vêpres
des Morts . Prix 1 liv. 16 fols , par le
même , & à la même adreffe.
III.
Magnificat en ut majeur, dédié à Madame
de Franqueville
›
Abbeffe de
l'Abbaye Royale de Marquette en Flandres.
Prix 2 liv. 8 fols ; par le même
& à la même adreffe.
SCULPTURE.
LE Lundi 24 Novembre , il a été
placé dans le Foyer de la Comédie
Françoiſe , le Bufte en marbre de
Pierre Corneille , exécuté par M. Caffiéri
Sculpteur du Roi , d'après le
Portrait original peint par Charles le
182 MERCURE DE FRANCE.
Brun , & la vie de Pierre Corneille par
Fontenelle. L'Auteur a tâché de rendre
fon caractère ferme & vigoureux , cet
efprit vafte & éclairé , fa bonhommie
& fa fimplicité. Depuis long- tems MM.
les Comédiens du Roi defiroient d'élever
un monument au Grand Corneille ,
comme une marque de leur vénération &
de leur refpect.
ÉPOQUES.
Cartes imprimées.
POQUES élémentaires d'Hiftoire Univerfelle
, fuivant la chronologie vulgaire
; efpèce d'A , B , C hiftorique
en 58 leçons , dont une pour chaque
fiècle , publiées fous le nom de M. Mahaux
, & compofées réellement par fen
M. de Saint- Jobert. A Paris , au Bureau
de l'abonnement littéraire , rue & à côté
de l'ancienne Comédie Françoife. Prix
24 fols.
el
ol ! " {
b
lafi
DÉCEMBRE. 1777. 183
Cours d'Hiftoire Naturelle.
M. VALMONT DE BOMARE , Démonftrateur
d'Hiftoire Naturelle avoué
du Gouvernement , Membre de diverfes
Académies de l'Europe , & du Collége
de Pharmacie de Paris , Cenfeur Royal ,
onvrira fon Cours d'Hiftoire Naturelle
concernant les minéraux , les végétaux ,
les animaux , & les principaux phénomènes
de la nature , en fon Cabinet ,
rue de la Verrerie la porte - cochère
en face de la rue des deux Portes , le
Samedi 6 Décembre 1777 , à onze
heures préciſes du matin , & en continuera
les Séances les Mardi , Jeudi &
Samedi de chaque femaine , à onze
heures & demie très -précifes. Les perfonnes
qui defireront fuivre fes leçons ,
font invitées à entendre le difcours fur
le Spectacle & l'étude de la Nature , que
le Profeffeur prononcera à l'ouverture
de ce Cours.
184 MERCURE DE FRANCE.
Cours de Sciences Politiques & de
Grammaire Allemande.
M. JUNQUER , de l'Univerfité &
de l'Académie des Belles - Lettres de
Goettingen , Cenfeur Royal , ancien
Profeffeur de l'Ecole Royale Militaire
de Paris , recommencera , le premier
Décembre , fon Cours de Sciences
politiques , auffi bien que celui de
Grammaire Allemande , & les continuera
pendant fix mois tous les Lundi , Mercredi
& Vendredi , le premier depuis 10
heures du matin jufqu'à midi , & le fecond
de midi à 1 heure , ou bien de 9 à 10
heures , fuivant que l'on en conviendra .
Dans le Cours de Sciences politiques ,
il explique fucceffivement les principes
du droit naturel , du droit politique ou de
la théorie de la Societé civile , & du droit
des gens naturel . Puis il fait connoître
la conftitution , tant phyfique que politique
, & le droit public des Royaumes
& Républiques d'Europe , après avoir
développé les événemens qui ont proDÉCEMBRE.
1777 185
duit la préfente forme de gouvernement
de chaque Etat. Il paffe enfuite au droit
des gens conventionnel (vulgairement
appelé le droit public d'Europe , ) ayant
pour objet les droits & obligations réciproques
des Nations , fondés fur les
traités de paix , d'alliance , de commerce,
&c. defquels traités il fait une analyſe
raifonnée & pragmatique ; & il finit
par des obfervations folides & utiles
fur les intérêts des Princes , auffi bien
que fur les fonctions de Négociateur ,
d'Ambaffadeur & de Miniftre public ,
Il fuffit d'indiquer ces objets , fi dignes
d'occuper la jeune Nobleffe , pour faire
fentir combien ils doivent intérefer
tous ceux qui veulent voyager avec fruit ,
ou qui fe deftinent aux affaires d'Etat :
& fi M. J. ajoute que fes leçons font
propres à faire aimer les devoirs d'Homme
& de Citoyen , & chérir la conftitution
Françoife , il ne craint pas d'être
contredit par les perfonnes refpectables
qui les ont fuivies jufqu'ici . Le prix de
ce Cours eft de fix louis pour les 6 mois ,
& celui de Grammaire Allemande
de trois louis , qui fe payent d'avance .
Ceux qui voudront fuivre l'un ou l'autre,
font priés de fe faire infcrire quelques
,
186 MERCURE DE FRANCE.
jours auparavant. M. J. qui donne auffi
chez lui des leçons particulières , demeure
rue Mazarine , en entrant du côté du
Collége des Quatre - Nations , la feconde
porte- cochère à gauche. L'Abrégé de fa
Grammaire , dont il fe fert dans fes
leçons fe trouve chez Mufier , Libraire
, rue du Foin S. Jacques.
!
›
Cours de Phyfique expérimentale.
M. SIGAUD DE LA FOND , Profeffeur
de Phyfique expérimentale , de la Sociéte
Royale des Sciences de Montpellier , des
Académies de St-Pétersbourg , d'Angers ,
de Bavière , de Valladolid , de Florence ,
&c. commencera un Cours de Phyfique
expérimentale le Mardi 9 Décembre
à midi ; il le continuera les Mardi ,
Jeudi & Samedi à la même heure. It
én commencera un fecond le Mercredi
10 , à fix heures du foir. Il le continuera
les Lundi , Mercredi & Vendredi de
chaque femaine , à la même heure ,
dans fon Cabinet de Machines , rue S.
Jacques , près Saint - Yves , maifon de
l'Univerfité.
DÉCEMBRE. 1777. 187
Il y traitera amplement des nouvelles
efpèces d'air fixe ; & fon Neveu , M..
Rouland , Démonftrateur en l'Univerfité
, fe chargera de donner des leçons
particulières à ceux qui prendront avec
lui des arrangemens à cet effet.
Cours de Langue Italienne .
M. L'ABBÉ MUGNOZI , Romain , Docteur
en Théologie dans l'Univerfité de
la Sapience à Rome , & Profeffeur de
Langue Italienne à Paris depuis quelques
années , commencera fon Cours
de Langue Italienne Mercredi 3 Décembre
1777 , depuis dix heures jufqu'à
midi , & il le fuivra tous les Lundi
Mercredi & Vendredi de chaque femaine.
Il donne auffi tous les jours des leçons
particulières chez lui , & en Ville.
Il demeure chez M. Dufour , Marchand
Frippier , au coin des rues des
Prouvaires & Traînée , vis - à - vis le
petit Portail de S. Euftache .
188 MERCURE DE FRANCE.
Cours fur l'Art du Trait ou Coupe des
Pierres.
LE Sieur LOUCHET , Profeffeur de
l'Art du trait ou coupe des Pierres ,
continue de donner des leçons fur cette
Science , fi néceffaire à ceux qui ſe deftinent
à l'Architecture Civile & Militaire
aux Entrepreneurs de Bâtimens.
Il enfeigne chez lui & en Ville ; il continue
auffi d'aller chez les Amateurs
qui lui font l'honneur de le demander.
3
Sa demeure eft Cloître S. Louis du
Louvre , maifon du Chapitre , vis- àvis
le Guichet de la rue S. Thomas ;
ou à l'Académie Royale d'Architecture ,
où il donne fes leçons aux Elèves de
ladite Académie .
DÉCEMBRE . 1777. 189
LETTRE de M. DE VOLTAIRE , en
réponse à celle de M. de MESSANCE ,
Receveur des Tailles à Saint-Etienne
en-Forez, qui lui avoit envoyé fes
calculs fur les probabilités de la durée
de la vie.
A Ferney.
J'ai reçu , Monfieur , ma condamnation par
livres , fols & deniers , que vous avez eu la patience
de faire & la bonté de m'envoyer, J'admire
votre fagacité , & je me foumets à mon arrêt fans
aucun murmure. Tout le monde meurt au même
âge; car il eft abfolument égal , quand on en eft -là ,
d'avoir vécu vingt heures ou vingt mille fiècles.
M. F. T. avoit fans doute notre néant devant les
yeux quand il a établi fes rentes viagères. J'ai
fait mettre au chevet de mon lit mon compte
final , dout je vous ai beaucoup d'obligations.
Rien n'eft plus propre à me confoler des misères
de cette vie , que de fonger continuellement que
tout eft zéro. Ce qui eft très- réel , c'est l'exactitude
de votre travail , fon utilité , & la reconnoiffance
que je vous dois. Ce font les fentimens avec
lefquels j'ai l'honneur d'être , & c.
190 MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I. *
LE Sieur GEORGET , Serrurier rue
des Prêcheurs, a inventé de nouvelles Serrures
, faites pour garantir de toute crainte
des roffignols & autres tentatives des
voleurs elles ont été honorées de l'approbation
de Sa Majefté , de celle du
Magiftrat de la Police , & de l'Acadé
mie d'Architecture .
I I.
Le fieur Perier le jeune continue ,
avec un égal fuccès , à procurer aux perfonnes
eftropiées d'un feul côté du corps ,
de grands foulagemens , au moyen de la
jambe & fupport méchaniques qu'il a
inventés , & auxquels l'Académie Royale
des Sciences a donné l'approbation la
plus fatisfaifante , en préférant ce fupport
du fieur Perier à la béquille à potence ,
qui déforme le corps . Il prie ceux qui
DÉCEMBRE . 1777. 191
{
lui écriront d'affranchir leurs lettres . Son
adreffe eft au Château de Villeroi , route
de Fontainebleau , près d'Effone.
III.
Le Sieur Morand , Architecte de la
Ville de Lyon , vient de préfenter au
Gouvernement une machine hydraulique
de fa compofition , qui réunit les plus
grands avantages par la fûreté du méchanifme,
par fa fimplicité, & par le peu dé
dépenfe qu'elle occafionne. Cette máchine
eft propre à élever les eaux à telle
hauteur qu'on voudra : elle pourra donc
être également employée aux différens
objets d'agrémens & d'utilité, même pour
les irrigations des prairies & des jardins.
Une pente de trois pieds fuffit pour, la
inettre en un mouvement continuel ,
fans autre moteur que celui du poids de
l'eau. Cette machine étoit faite depuis
plus de deux ans , à Paris , où elle étoit en
dépôt ; ce n'eft qu'après des expériences
réitérées faites par le Sieur Morand',
qu'il s'est déterminé à la préfenter au
Public .
AMOCI. A
192 MERCURE DE FRANCE.
I V.
La Société Patriotique de Siléfie, a
fait publier depuis peu , en faveur des
Habitans de la campagne , une Méthode
bien fimple , & plufieurs fois éprouvée ,
pour guérir toutes fortes de plaies , de
bleffures ou de contufions . Ce remède
confifte uniquement en un emplâtre de
miel pur , & fans aucun mélange de
quelque ingrédient que ce puiffe être .
On étend le miel fur un morceau de
linge plié en trois ou quatre , & on
l'applique fur la partie bleffée . On recommande
de ne laver la plaie ni avec
de l'eau , ni avec du vin ni avec ,
aucune espèce de liquide . On défend
auffi d'y mettre du fucre , & d'autres
calmans . Si la plaie eft large & profonde ,
on aura foin , quatre ou cinq heures
après avoir appliqué le premier emplâtre,
d'en mettre un fecond ; on ôtera celuici
après un égal efpace de tems ; alors
on verra fi la plaie fe ferme , ou s'il eft
néceffaire de continuer le remède. Dans
24 heures la guérifon doit être parfaite,
à moins qu'il n'y ait quelque os endommagé,
DÉCEMBRE. 1777 193
AVIS.
I.
Articles nouvellement rentrés au Magafin
du petit Dunkerque , chez Granéhez
Bijoutier de la Reine , Quai de Conti. ¹
UNN affortiment confidérable de tabatières ,
journées , bonbonnierès , étuits , ſouvenirs , &
autres bijoux en or émaillé , d'un fond tranfpa,
rant , imitant les agathes arborifées , ou les ou
vrages travaillés en cheveux fous glaces . Ces
bijoux font nouveaux , & fans contredit ce qu'on
a fait de plus beau en ce genre. Les premières
pièces ont été préfentées & achetées par le Roi ,
la Reine & la Famille Royale .
Les mêmes pièces en or émaillé en gris , roſe
bleu , citron , puce , capucine , lilas , & autres
imitant les petits velours.
Flacons d'or en amande , émaillés, pour effence,
de rofe. Crayons d'or plats , avec cachet & lorgnette.
Chaînes de montres de femmes en or, à
la Turque , émaillées à deux faces , de couleurs
différentes : les médaillons peints à ſujets tirés de
l'antique , & les breloques analogues. Idem, pour
hommes à trois médaillons d'émail , avec une
treffe de cheveux entre deux chaînons d'or.
1
194 MERCURE DE FRANCE.
Sacs à filet & à parfiler , d'une nouvelle invention
, très-commodes , ferinant à clef. Le premier
a été fait pour la Reine .
Tabatières à l'abondance , en écaille de couleurs,
garnies d'or , à cinq médaillons en relief, grandeur
de bagues , repréfentant Henri IV, le Roi ,
la Reine , l'Empereur & l'Impératrice , dont les
creux ont été gravés par Wirte , & au centre une
gerbe d'or, avec cette devife : Ils l'ontfait naître.
Prix , 96 liv. pour hommes & pour femmes. Autres
tabatières de deux couleurs , dites boëteufes.
Tabatières & autres objets en métal de Manheim
, les bordures ou ornemens en or de rapport
en diverfes couleurs , ce qui rend ces bijoux folides
& auli beaux que s'ils étoient totalement
d'or.
Idem. Bonbonnières en balon avec gerbe en
cheveux fur burgofe , en cryftal de roche , garnies
d'or émaillé , imitant les perles & pierres
précieufes.
Nouveaux modèles de boucles en argent moiré.
Les premiers modèles ont été faits pour Mgr le
Comte d'Artois , Idem, couvertes d'or guillochées,
avec bordures en or de couleurs.
Cordons de cannes & de montres en cheveux
teints en couleur de rofe , verd , bleu , chamois ,
&c. fimples ou garnis d'or , d'émail , de perles
& de diamans . Il en fera faire de toutes les nuances
demandées. L'apprêt qu'ils fubiffent néceffairement
pour pouvoir prendre la couleur , ne laiffe
plus aucun doute fur la propreté des cheveux
dont ils font faits ; & les Dames pourront en
DÉCEMBRE. 1777. 195
porter en colliers , bracelets , bagues , &c. avec
toute fécurité .
Un affortiment de pièces nouvelles en porcelaine
de Clignancourt , comme garniture de cheminées
, déjeûners , pendules , flambeaux , vafes ,
caraffes à oignons , & c. garnis de bronze doré
mat , & point fujets à fe jaunir comme le marbre
.
au
Nouveaux joujoux méchaniques, la vendange,
la promenade des deux âges , la garde montante
au Fort , tous fujets agréables & mouvans par
refforts , plus folides que ceux qu'on a faits en
fable .
Porte - feuilles avec tablettes pour deffiner.
Idem , pour la pêche , & autres de toutes fortes
de formes & de grandeurs ; écritoires en maroquin
, avec garnitures d'argent & bronze doré.
Il croit devoir avertir le Public , qu'il s'eft
gliffé un peu d'exagération dans l'énoncé qu'on
lui a fait du tafetas qu'il attendoit d'Italie . Il a
reçu les redingotes qui font plus portatives que
toutes celles qu'on a faites jufqu'a préfent . Elles
peuvent fe porter dans une poche & dans un
chapeau ployant ; & les guêtres faites de ce tafetas
, peuvent tenir dans un gouffet.
I I.
La Demoiſelle Guy poſsède feule le fecret de la
compofition du Suc de Régliffe & de Guimauve
fans fucre, pour toutes les affections de poitrine,
chaleurs de gorge , thumes & afthmes ; il arrête
le crachement de fang , détache les flegmes de la
1
"
1
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
poitrine , fait cracher & adoucit la pituite. La
Dlle Guy a l'honneur d'en fournir au Roi , & à
toutes les Cours de l'Europe . Ce fecret a été inventé
par le Sieur Guy , premier Médecin de
Charles II , Roi d'Angleterre. La Dlle Guy , qui
lui fuccède , vient d'obtenir un Brevet de Sa
Majefté , qui la maintient dans fon Privilége exclufif
de faire , vendre & débiter fon Remède falutaire
dans tout le Royaume. Il fe tranfporte
par-tout fans perdre fa qualité.
Le prix de la livre de Suc de Guimauve blanc ,
eft des liv. & le brun de 6 liv .
ノ
La Dlle Guy demeure depuis so ans , rue Saint-
Honoré , vis-à-vis celle de l'Arbre - Sec , au fecond
, chez un Marchand Miroitier : il y a un
Tableau entre les balcons de fon appartement,
en lettres d'or.
L'on pourra écrire de Province , en droiture, à
la Dlle Guy.
Il faut prendre garde de fe tromper , ledit Suc
ne fe vend pas en Boutique.
AT III.
Les Etrangers qui arrivent à Paris , font aux
expédiens pour trouver du bon Chocolat ; ils peuvent
s'adreffer à l'ancienne Fabrique du Sr Adeline,
qui eft toujours continuée dans fa même Maiſon ,
rue S. Honoré , à côté de S. Roch. Ils auront l'agrément
de l'avoir en tout tems nouvellement fait;
ainfi que des Diablotins de Cacao & à la Vanille,
fupérieurs en qualité ; & de la Vanille en détail
pour les glaces & crêmes.
DÉCEMBRE . 1777. 197
NOUVELLES POLITIQUES.
De Baffora , le 2 Juin 1777 .
ALY MEHEMET KAN , neveu de Kerim Kan ,
qui commande dans cette Place , continue d'y
exercer des cruautés en tout genre fur les malheureux
Habitans .
Les Anglois recommencent ici leur commerce ,
& viennent de recevoir deux vaiffeaux de leur
Compagnie , richement chargés ; mais leur plus
grand négoce fe fait à Bender - Boucher , où il
règne plus de tranquillité que dans cette Ville.
De Varfovie , le 29 Octobre 1777.
Oneft fort alarmé ici des apparences d'une
guerre prochaine entre la Porte & la Ruffie : elles
font fondées fur les défenfes faites par le Grand-
Seigneur , aux Tartares de Crimée , d'obéir au Kan
Schain Gueray, protégé par la Ruffie . Numan-
Bey ne paroît point fonger à fon départ de cette
Ville , & femble vouloir y attendre l'effet que doit
produire ce qui fe paffe aujourd'hui entre la Porte
& la Cour de Pétersbourg.
Les Repréſentations que la République a faites
au Roi de Pruffe , pour l'engager à fe prêter à de
Bouveaux arrangemens fur l'objet du Commerce ,
n'ont point été écoutées ; de forte qu'on a tout
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
lieu de craindre que les Droits de Douanes Pruffiennes
, ne continuent d'être perçus fur un pied
onéreux aux Négocians .
Un Courier arrivé dernièrement de Conftantinople
, a apporté , dit - on , la nouvelle que les
Conférences entre les Miniftres Ottomans & celui
de Ruffie , étoient fufpendues. Le Roi vient de
dépêcher à la Porte , un autre Courier , qui doit
être porteur de la lettre de félicitation de Sa Majefté
au Grand - Seigneur , fur fon avénement au
Trône.
Le bruit qui s'étoit répandu que les Ruffes
avoient paffé le Duiefter , & étoient entrés en
Moldavie , ne s'eft pas encore confiimé . On
affure qu'ils fe font renforcés de nouveau fur ce
Fleuve , & que la meilleure partie des Troupes
qu'ils avoient dans nos environs , s'eft rendue
dans ces quarriers .
Le Miniftre Turc qui réfide en cette Cour , a
reçu avis du Bacha de Chotzin , que quinze mille
Turcs font arrivés près de cette Place , ce qui ,
joint à quinze mille autres qui y avoient été envoyés
, forme une Armée de trente mille hemmes.
Le même avis porte , qu'un Corps de Troupes
Ottomanes eft placé de l'autre côté du Danube.
Malgré ces préparatifs , Numan- Bey ne paroît en
faire aucun pour fon retour à Conftantinople , il
femble même s'arranger pour paffer l'hiver dans
cette Capitale.
De Nuremberg , leo Octobre 1777.
pour l'Amé-
Les Recrues d'Anfpach, deſtinées
DÉCEMBRE. 1777. 199
rique , fe font mifes en marche hier au nombre
de cent Chaffeurs & de deux cens Fufiliers . Elles
feront embarquées fur le Mein , & transportées
par eau jufqu'en Hollande , d'où elles pafferont
en Angleterre , & de - là à leur deftination , dès
que la faifon le permettra .
De Venife , le 18 Octobre 1777 .
Deux Patriciennes fe préfentèrent , le 16 de ce
mois , au Spectacle , fans le Domino & la Behate,
qui font le mafque ordinaire : le lendemain , les
Inquifiteurs d'Etat leur ont ordonné les arrêts
pour huit jours.
De Vienne , le 6 Novembre 1777.
L'Empereur a affigné , à perpétuité , les revenus
d'une des Starofties de Pologne qui lui font
échues, pour l'entretien du nouvel Hôtel à Tirnau,
dans la Haute Hongrie , où font élevés des Orphelins
, enfans d'Officiers & de Soldats .
De Londres , le 30 Octobre 1777.
La Cour vient de donner les ordres les plus
précis pour un redoublement de travail & d'activité
dans tous les Chantiers du Royaume , afin
d'y tenir prêts à partir , à l'entrée de l'année prochaine
, tous les vaiffeaux de guerre qui ne font
point employés. Selon toute apparence, la Flotte
fera , à cette époque , auffi nombreuſe qu'elle l'a
été dans la guerre dernière. On continue la levée
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
& la preffe des Matelots , dont il faudra que cet
équipement confidérable foit pourvu . Le but que
la Cour annonce pour ce grand armement , eft
de pouffer vigoureufement la guerre contre les
Américains, de réprimer par- tout l'audace de leurs
Corfaites , & de protéger plus efficacement le
Commerce des trois Royaumes.
Le Général Faucirt , qui a été chargé de toutes
les commiffions auprès des Princes Allemands , &
qui s'en eft acquitté avec fatisfaction , vient de
repartit d'ici pour Hanovre , d'où il fe rendra à
Caffel & dans quelques autres Cours, afin d'y traiter
pour les recrues & les nouvelles levées qui
nous font accordées. Les augmentations de nos
Armées , tant en Troupes nationales qu'auxiliai
res , monteront à dix-fept mille hommes.
"
Le Duc de Glocefter , fière du Roi , eft enfin
arrivé ici avec fon Epoufe , le Prince & les Princeffes
fes enfans La fatigue d'une longue route
dans la convalefcence d'une maladie grave qui
avoit menacé les jours , exige du repos & de la
tranquillité , avant qu'on puiffe s'affurer qu'il eft
parfaitement rétabli. A fon arrivée , un Meffagerde
la Cour vint s'informer de l'état de fa fanté.
> On dit à la Cour que le Roi a ordonné que fix
mille Hanovriens fe tinffent prêts à s'embarquer
pour l'Amérique , au printems prochain, & qu'un
pareil nombre de Troupes étrangères , qu'il prendra
à fa folde , viendra remplacer les Hanovriens.
« Des lettres arrivées la ſemaine dernière , par
→ des Bâtimens de tranſport de Québec , nous inDÉCEMBRE
. 1777. 201
forment que Burgoyne & fon Armée , après
avoir été entourés plufieurs jours par les Généraux
Arnold & Conway , a la tête de douze
» mille hommes , fans compter la Milice , qu'on
avoit chargée de veiller à ce qu'aucune provi
hon ne pût arriver à l'Armée Angloife , & à ce
qu'elle ne faisît aucun paffage pour échapper ,
fe font rendus Prifonniers de guerre , le 4 Octobre
dernier. Les mêmes lettres ajoutent , que
» le Général Arnold , avec fept mille hommes ,
» le prépare à defcendre à New-Yorck , & que le
Général Conway , avec le Marquis de
כ כ
t
33.
& cinq mille hommes , va mettre le Siége de-
Pant Ticonderago, & c . Une nouvelle auffi alarmante
& auffi étonnante, ne peut être crue fans des
preuves plus authentiques que des lettres partico
lières ; mais tour concourt à faire craindre que le
Général Burgoyne ne fe foit trouvé dans une pofition
très- critique depuis la défaite du Colonel
Baum à Bennington , & qu'il n'y ait plus de reffource
pour lui que de regagner les lacs avant
que les glaces lui en ferment le paffage , Comme
la fituation actuelle des affaires va être inceffamment
& plus clairement expofée devant le Parlement,
la prudence veut qu'on attende les lumières
que donnera la première Seffion de cette auguſte
Affemblée.
De Fontainebleau , le 1 Novembre 1777 .
I
Le Roi voulant tranfmettre à la poftérité , la
mémoire du dévouement patriotique de Louis
Chevalier d'Affas , Capitaine au Régiment d'Au-
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
vergne , tué en 1760 , à l'affaire de Cloftercamp,
vient de créer une penfion de 1000 liv. héréditaire
& perpétuelle , au profit de la famille de
ce nom , jufqu'à l'extinction des mâles. Cette
honorable penfion eft actuellement partageable
entre un frère de ce brave Officier & deux neveux
, l'un Sous - Lieutenant au Régiment de
Meftre-de- Camp- Général , Cavalerie ; l'autre
fervant dans la Marine. Le Chevalier d'Affas
étoit né à Vigan , dans les Cévennes.
C'est ce brave Officier qui , fe trouvant avec
fon Régiment , près d'un bois pendant la nuit
s'y avança feul pour le fouiller, de peur que fa
Troupe ne fût furprife ; il y rencontra des ennemis
embufqués qui l'entourèrent auffi- tôt , & qui
lui préfentèrent une douzaine de bayonnettes fur
la poitrine , en le menaçant de le poignarder s'il
difoit un mot : alors le tournant du côté de fon
Détachement , il lui criá avec intrépidité : Auvergne
, faites feu , ce font les ennemis , & dans le
moment il tomba mort fous plufieurs coups .
Le Marquis de Montefquiou ayant fupplié le
Roi de lui permettre , ainfi qu'à tous ceux de fa
famille , de joindre à fon nom celui de Fezenzac,
comme le nom véritable & originaire de ſa Maifon
; Sa Majefté , après s'être fait rendre compte
des titres par lefquels le Marquis de Montef
quiou prouve fa defcendance d'Aymery , Comte
de Fezenzac , en 1050 , en a reconnu l'authenticité
, & a bien voulu permettre en conféquence ,
à tous ceux de la Maifon de Montefquiou , de
joindre à ce nom celui de Fezenzac , & à l'aîné
de s'appeler le Comte de Fezenzac.
DÉCEMBRE. 1777. 203
De Paris , le 14 Novembre 1777.
L'Académie des Sciences, Arts & Belles- Lettres
de Châlons-fur- Marne , qui s'eft diftinguée par
les objets intéreffans & utiles des Prix qu'elle a
diftribués depuis quelques tems , a offert une
place d'Académicien Honoraire au Sieur Necker,
Directeur-Général des Finances , qui l'a acceptée
your participer aux vues patriotiques & bienfaifantes
de ce Corps Littéraire.
Le fieur Mauduyt , Membre de la Société
Royale de Médecine , chargé par cette Compagnie
de faire des expériences fur l'électricité médicale,
& auquel Sa Majefté , d'après la demande qui lui
en a été faite par le Sieur Necker , Directeur-Général
des Finances , a accordé une fomme néceffaire
pour les dépenfes qu'elles requièrent , a préfenté
dans la Séance de cette Société , tenue le 18
de ce mois , plufieurs malades attaqués , les uns
de paralyfie , les autres de goutte fciatique , & un
de furdité , qu'il a foumis à ce traitement. La
Compagnie , d'après la comparaifon de l'état antérieur
de ces malades avec leur état actuel , a
penfé qu'il eft important de continuer les traitemens
électriques qui font efpérer d'heureux
fuccès.
>
Le Roi étant dans l'intention de faire exécuter
fucceffivement en marbre les Statues des Hommes
qui ont illuftré la France par leurs vertus
leur génie & leurs travaux , ce projet a eu fa première
exécution par celles de Sully , du Chancehier
de l'Hopital , de Defcartes & de Fénélon , que
le public a vu cette année , expofées au Louvre.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE..
Sa Majesté vient d'en ordonner la fuite , & a
choifi , pour la continuation d'un projet auſſi intéreffant
, Pierre Corneille , Boffuet , le Préfident
de Moutefquieu , & le Chancelier Dagueffeau.
Elle a en conféquence donné les ordres an
Comte d'Angiviller , Directeur & Ordonnateur-
Général de fes Bâtimens , Jardins , Arts , Académies
& Manufactures Royales , pour diftribuer
les figures de ces Hommes célèbres, à quatre des
Sculpteurs de fon Académie de Peinture &
Sculpture , qui feront exposées , comme les précédentes
, au Louvre , en 1779 .
NOMINATIONS.
15
Le Roi vient d'accorder la place de Colonel en
fecond du Régiment d'Armagnac , Infanterie ,
vacante par la mort du Comte de Puget , au Marquis
de Livaror , Capitaine au Régiment du Roi ,
Infanterie.
Sa Majesté a nommé à l'Evêche de Noyon ,
l'Evêque du Mans ; à l'Abbaye d'Ourcamp , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Noyon , l'Evêque
d'Autun ; à celle de Bonneval , Ordre de Saint
Benoît , Diocèfe de Chartres , l'Abbé le Cornu
de Balivière , Aumônier ordinaire du Roi ; à
celle d'Effey , même Ordre , Diocèſe d'Agen ,
1 Abbé Dupleix de Cadignan , Vicaire- Général de
Reims ; à celle de Plein - pied , Ordre de Saint-
Auguftin , Diocèfe de Bourges , l'Abbé de Maufoult
, Vicaire-Général dudit Diocèſe , ſyr la noDÉCEMBRE.
1777. 205
mination & préfentation de Mgr le Comte d'Artois
, en vertu de fon Apanage ; à celle d'Au→
bignac , Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Bourges ,
P'Abbé Dupont de Compiegne , Chapelain du Roi
& de Mgr le Comte d'Artois , fur la nomination
& préfentation de ce Prince , en vertu de fon
Apanage ; à celle de Benoît- Vaux , dite de Reynel ,
même Ordre, Diocèle de Toul, la Dame de Vauxd'Achy,
Prieure de ladite Abbaye ; & à celle Defhayes
, même Ordre , Diocèfe de Grenoble , la
Dame de Buffevent , Abbeffe des Ifies , à Auxerre
.
Le Roi a nommé Capitaine - Commandant de
la Compagnie des Cadets- Gentilshommes , le
Baron de Moyria , ci- devant Capitaine au Régiment
du Colonel- Général , Cavalerie , & Sa Majefté
lui a accordé le Brevet de Lieutenant-
Colonel.
Le Roi a nommé Commandant en Chef en
Provence , le Marquis de Vogue ; Lieutenant-
Général des Armées de Sa Majesté .
Le Roi a nominé à l'Abbaye de Saint-Etienne
de Caen , Ordre de Saint Benoît , Diocèse de
Bayeux , l'Archevêque de Narbonne.
Le Roi ayant nommé le Sieur Dupont , Intendant
de Moulins , à l'Intendance de Rouen , Sa
Majefté a nommé pour le remplacer dans cette
Intendance , le Sieur Guéau de Réverſeaux , Maî
tre des Requêtes , qui a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi , le 6 Novembre , par le Sr Necker ,
Directeur- Général des Finances , & de faire , en
cette qualité , fes remercîmens à Sa Majefté.
205 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Jaucourt , premier Gentilhomme
de la Chambre du Prince de Condé , ayant remis
à ce Prince fa démiſſion de cette place , le Comte
de Bafchy du Cayla , Capitaine de ſes Gardes, en
a été pourvu , & le Marquis d'Agoult a obtenu
celle de Capitaine des Gardes.
I
Le 9 Novembre , le Prince Louis de Rohan-
Guemené, Coadjuteur de l'Evêché de Strasbourg,
a eu l'honneur de faire fes remercîmens au Roi ,
pour la place de Grand - Aumônier de France , à
laquelle ce Prince , alors à Strasbourg , avoit été
nommé par Sa Majesté , le 1 du même mois : il a
en même-tems prêté ferment entre les mains du
Roi , en cette qualité. Ce Prince prêta enfuite ferment
entre les mains de Sa Majeſté, en qualité de
Commandeur de l'Ordre du Saint- Efprit : il a eu,
le mêmejour , l'honneur de faire fes révérences à
la Reine & à la Famille Royale .
Le même jour , le Sieur de Bordenave , que
le Roi a nommé à la place du Procureur- Général
du Parlement de Pau , vacante par la mort
du fieur de Cafaux , a eu l'honneur d'être préſenté
à Sa Majesté par le Garde des Sceaux de France ,
& de faire , en cette qualité , fes remercîmens au
Roi.
Le Roi a nommé à la place de Lieutenant de fes
Gardes , Compagnie de Luxembourg , vacante
par la mort du Comte de Beon , Brigadier des Armées
de Sa Majefté , le Sieur de Tourtier , Sous-
Lieutenant de la même Compagnie , & le Chevalier
de Mouchy , Maréchal-des - Logis , à la place
de Sous-Lieutenant,
DÉCEMBRE. 1777. 207
PRESENTATIONS.
Le 25 Octobre , le Marquis de Vérac, Miniftre
Plénipotentiaire du Roi près de Sa Majefté Danoife
, de retour par congé , a eu , à fon arrivée
ici , l'honneur d'être préfenté à Sa Majesté par le
Comte de Vergennes , Miniftre & Secrétaire
d'Etat ayant le Département des Affaires Etrangères.
Le même jour , l'Abbé de Bayanne , Auditeur
dé Rote , a auffi eu l'honneur d'être préfenté au
Roi par le Comte de Vergennes , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat au Département des Affaires Etrangères
, & de prendre congé de Sa Majefté pour retourner
à Rome.
Le 26 du même mois , le Sieur de Caſteele , Préfident
à Mortier au Parlement de Flandres , a eu
l'honneur d'être préfenté au Roi par le Garde des.
Sceaux de France , & de faire fes remercîmens à Sa
Majefté en qualité de Procureur- Général du Parlement
de cette Cour. Il a auffi eu l'honneur de
faire fa révérence à la Reine & à la Famille
Royale.
Le Comte de Bafchy du Cayla , Meftre- de-
Camp du deuxième Régiment des Dragons de
Bourbon , & ci- devant Capitaine des Gardes du
Prince de Condé , a eu l'honneur d'être préfenté
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , par ce
Prince , comme premier Gentilhomme de fa
Chambre.
208 MERCURE DE FRANCE .
Ce Prince a auffi préfenté à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale , le Marquis d'Agoult , Colonel
d'Infanterie , Aide- Major au Régiment des Gardes-
Françoifes , en qualité de Čapitaine de fes
Gardes.
Le i Novembre , le Comte d'Adhemar , Min
niftre Plénipotentiaire du Roi près les Pays- Bas
Autrichiens , de retour par congé , a eu , à fou
arrivée ici , l'honneur d'être préfenté au Roi par
le Comte de Vergennes , Miniftre & Secrétaire
d'Etat ayant le Département des Affaires Etraugères
.
Le 23 du même mois , le Marquis de Claufon .
nette , Miniftre Plénipotentiaire du Roi près
l'Electeur de Mayence , de retour en cette Cour
par congé , a eu , à fon arrivée , l'honneur d'être
préfenté au Roi par le Comte de Vergennes ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
des Affaires Etrangères.
Le même jour , le Vicomte de Polignac , que
le Roi avoit précédemment nommé fon Ambaſſadeur
en Suiffe , a eu l'honneur d'être préſenté à Sa
Majefté par le Comte de Vergennes , Minifire &
Secrétaire d'Etat ayant le Département des Affaires
Etrangères, & de prendre congé de S. M. pour
fe rendre à fa deftination.
Après la Meffe du Roi , le Margrave d'Anspach
fut préfenté à Leurs Majeftés & à la Famille
Royale , fous le nom Comte de Sayn , conduit
& précédé par le Sieur de Tolozan , Introducteur
des Ambaffadeurs , & le Sieur de Séqueville , Secrétaire
ordinaire du Roi pour la conduite des
Ambaffadeurs.
DÉCEMBRE. 1777. 209
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le Sieur Poncet de la Grave , Procureur du
Roi au Siége de l'Amirauté de France du Palais à
Paris , eut l'honneur de préfenter au Roi , le 28
Octobre , un Ouvrage de fa compofition , intitulé
: Précis Hiftorique de la Marine Royale de
France , depuis l'origine de la Monarchie jufqu'à
Louis XVI , avec des Notes politiques & hiftoriques.
•
Le Sieur Leroux , Auteur du Journal d'Education
, dédié & préfenté à Sa Majefté , & Maître ,
de Penfion à Paris , au Collège de Boncourt , a
eu l'honneur de préfenter au Roi & à la Reine ,
un Mémoire qui a concouru pour le Prix de l'Académie
de Châlons , relatif aux moyens de fou
lager les infortunés , & qui a pour titre : Idée d'un
Ordre Royal de bienfaisance & de patriot fme.
L'Abbé de Befplas, Vicaire - Général du Diocèle
de Belançon , & Aumônier de Monfieur , a eu
P'honneur de préfenter à Leurs Majeftés & à la
Famille Royale , un Ouvrage de fa compofition,
dédié à Monfieur , intitulé : Effai fur l'Eloquence
de la Chaire , avec un Difcours de la Cêne , prononcé
devant le Roi en 1777 , & un l'anégyrique
de Saint Bernard , prononcé à Paris la même
année.
Les Sieurs Née & Mafquelier , Graveurs , que
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont honorés
de leurs Soufcriptions pour un Ouvrage intitulé :
210 MERCURE DE FRANCE.
"
Tableaux pittorefques , phyfiques , hiftoriques
moraux , politiques & littéraires de la Suiffe & de
l'Italie , ont eu l'honneur de remettre à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , les huitième &
neuvième livraifons de leur Ouvrage.
MARIAGES.
Le 26 Octobre , Leurs Majeftés ont figné le
Contrar de Mariage du Vicomte d'Eſtreſſe , Lieutenant-
Colonel d'Infanterie , Adjoint au Commandement
de Veiffembourg , avec Demoiſelle
de Broffe.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont figné,
le 9 Novembre, le Contrat de Mariage du Comte
de Pontevès , Colonel en fecond du Régiment
Royal Corfe , avec Demoifelle de Rainvilliers .
NAISSANCE S.
La Dame Defchatelés Ernoul , épouſe du Sieur
Defchatelés Ernoul , Maire de la Ville de l'Orient,
étant accouchée le 13 Octobre , & Monfeigneur
le Comte d'Artois ayant eu la bonté , à ſon paffage
en cette Ville , de leur promettre de nommer
Fenfant dont la Dame Defchatelés étoit alors
enceinte , ce Prince vient de mettre le comble à
cette faveur , en choififfant pour Marraine Ma
18
DÉCEMBRE. 1777. 211
dame la Comteffe d'Artois , qui a bien voulu
confentir que les noms de Marie-Thérèfe fuffent
donnés à l'enfant . Monfeigneur le Comte d'Artois
a été repréfenté dans cette cérémonie par le
Sieur Minard , Lieutenant , Commandant pour le
Roi au Port-Louis à l'Orient ; & Madame la Comteffe
d'Artois , par la Communauté de la Ville.
Ce Baptême a été fait avec toute la dignité que
demandoient les Perfonnes Augaftes qui s'y fai
foient répréfenter en qualité de Parrain & de
Marraine .
[ Le 25 Novembre , le Vicomte Stormont , Ambaffadeur
d'Angleterre , eut une Audience particulière
du Roi , dans laquelle il notifia a Sa Majefte
la naiffance d'une Princeffe dont la Reine
d'Angleterre eft accouchée. Il fut conduit à cette
Audience , ainfi qu'à celle de la Reine & de la
Famille Royale , par le Sieur Tolozan , Introducteur
des Ambaladeurs ; le Sieur de Séqueville ,
Secrétaire ordinaire du Roi pour la conduite des
Amballadeurs , précédoit .
MORT S.
Pierre- Gafton Gillet , Marquis de la Caze ,
Comte de Calftelnau , d'Eauzan , & c. Confeiller
du Roi en cous fes Copfeils , Confeiller d'Honneur
au Parlement de Bordeaux , & Premier Pré-
Adent du Parlement de Pau , depuis 1758 , eft
mort à Pau le 11 Octobre , dans la 67° année de
fon âge. Le Sieur de la Caze fon fils , lui fuccède
dans cette dernière Place , en furvivance de laquelle
il a été reçu & inftallé en 1763 .
212 MERCURE DE FRANCE .
Charles- Antoine de la Roche-Aymon , Cardinal
- Prêtre de la Sainte Eglife Romaine , Archevêque-
Duc de Rheims , Légat né du Saint -Siége ,
premier Pair & Grand-Aumônier de France
Commandeur de l'Ordre du S. Efprit , Doyen
des Évêques de France , Abbé - Commendataire
des Abbayes Royales de la Sainte - Trinité dé
Fécamp , Ordre de S. Benoît , Congrégation de
S. Maur , Diocèſe de Rouen , & de S. Germaindes-
Prés- lès - Paris , même Ordre & Congrégation
, Supérieur - Général des Hôpitaux Royaux
des Quinze-Vingts de Paris & Chartres , & l'un
des anciens Préfidens des Affemblées du Clergé
de France , ci - devant chargé de la Feuille des
Bénéfices à la nomination de Sa Majefté , elt
décédé en fon Palais Abbatial , le 27 Octobre,
dans la 81 ° année de fon âge.
Le Comte de Bermondet , Lieutenant - Colonel
de Dragons , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , eft mort à Paris le 28 Octobre
dernier , dans la 45 ° année de fon âge.
Le Sieur Antoine- Pierre - Hilaire d'Anès , Comte
de Seris , Gouverneur de Saint - Denis , Seigneur
de Montrouge , & Lieutenant-de- Roi au Gouvernement
de Paris , eft mort en cette Ville le 30
Octobre dernier.
-
J. Chevalier d'Agoult , Brigadier des Armées
du Roi , ancien Lieutenant - Colonel du Régiment<
de Clermont - Prince , Cavalerie , eft mort en
Dauphiné , le 27 Octobre dernier , au Château
de Beauplan , dans la 72 ° année de fon âge.
J. Gilles de Goderneau , ancien Colonel de
Dragons , eft mort à Vailly , près Soillons , le 16
Octobre dernier , âgé de 81 ans. Il avoit fervi 68
DÉCEMBRE. 1777 213
ans. Son père fut un des premiers Chevaliers reçus
à la création de l'Ordre de S. Louis ; & lui-même
avoit été décoré de la Croix de cet Ordre , dès
l'âge de 22 ans .
Jacques-Achille Picot , Marquis de Combreux ,
Sury-aux- Bois , &c. Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , ancien Lieutenant au Régiment
des Gardes- Françoiſes du Roi , eft mort à Paris le
4 Novembre , âgé de 59 ans .
Le célèbre Bernard de Juffieu , de l'Académie
des Sciences , de la Société Royale de Londres ,
des Académies de Berlin , de Pétersbourg , de
l'Inftitut de Bologne , &c. Démonftrateur des
Plantes au Jardin du Roi , eſt mort le 6 Novembre,
âgé de 79 ans .
Le Marquis de Calvière & de Vezenobre , Baron
de Boucoiran , Lieutenant Général des Armées du
Roi , Commandeur de l'Ordre de S. Louis , eft
mort dans fon Château de Vezenobre, près d'Alais
en Bas- Languedoc , le 16 Novembre , dans la 86*
année de fon âge.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 17 Novembre 1777 .
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
33 , 22 , 28 , 83 , 36.
Du Décembre.
Les numéros fortis de la roue de fortune font:
32, 39 , 63 , 73 , 87 .
214 MERCURE DE FRANCE.
PIC
TABLE.
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , P. S
Ode fur l'Ordre ,
Miroir à l'ufage des Femmes ,
ibid.
Le Bourgeois de Tolède , Proverbe Dramatique
,
L'amour de la Gloire ,
12
Eglogues de Pope ,
Première Eglogue ,
Impromptu ,
Stradella , Anecdote ,
Vers à M. le Marquis de Villette ,
Epitre à Belle & Boane ,
A M. le Marquis de Villevicille ,
17
37
42
44
55
56
73
75
77
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Quinti Horatii Flacci Carmina ,
L'Egoïsme ,
Abrégé élémentaire d'Aftronomie , &c.
Effai fur le Bonheur ,
Naru , fils de Chinki ,
78
80
84
ibid.
93
98
102
109
Ii2
116
Anecdotes intéreffantes & hiftoriques de
l'Illuftre Voyageur ,
Monfieur le Comte de Falckenftein ,
Lettres du Marquis de Sézannes au Comte de
Saint- Lis ,
Sufette & Pierrin ,
121
124
NOVEM BR E. 1777. 215
Introduction aux Obfervations fur la Phyfique
, & c .
Mémoires fur les fujets propofés pour le Prix
de l'Académie Royale de Chirurgie ,
Table Alphabétique des Caufes célèbres ,
Annonces littéraires ,
ACADÉMIES ,
SPECTACLES .
Opéra ,
Paris ,
Comédie Françoiſe ,
Comédie Italienne
ARTS.
Gravures ,
128
130
140
143
149
ibid.
163
ibid.
ibid.
164
169
ibid.
Lettre à l'Auteur du Mercure , au ſujet de
l'Eſtampe du Gâteau des Rois , 172
Mufique ,
Sculpture ,
Cartes imprimées ,
Cours d'Hiftoire Naturelle ,
180
181
182
183
de Sciences Politiques & de Grammaire
Allemande 2
de Phyfique expérimentale ,
de Langue Italienne ,
fur l'Art du Trait ou Coupe des
Pierres ,
184
186
187
188
Lettre de M. de Voltaire à 4. de Meſſence, 18,
Variétés , inventions , &c, 190
AVIS ,
193
Nouvelles politiques 197
Nominations , 204
Préſentations , 207
d'Ouvragesy 209
216 MERCURE DE FRANCE.
Mariages ,
Naiflances ,
Morts ,
Loterie ,
210
ibid.
214
213.
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France , pour le
mois de Décembre , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait parudevoir en empêcher l'impreffion .
A Paris , ces Décembre 1777 .
DE SANCY.
BIBLIO
LYON
*1
1893
WELA
De l'Imp. de M. LAMBERT , ruc de la Harpe,
près Saint Comic.
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
NOVEMBRE
, 1777.
Mobilitate viget. VIRGILE.
BIBLIO
7
*
30
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, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , oblervations , anecdotes
événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amuſer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des li
vres , eltampes & pièces de mufique.
Ce Journal devant être principalement l'ou-
Vrage des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à fa perfection
; on recevia avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront mêine un titre de
préférence pour obtenir des récompenſes fur le
produit da Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
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Di&t . de l'Induſtrie , 3 gros vol. in- 8 ” . rel .
25 1.
181.
15 1.
181.
Hiftoire des progrès de l'efprit humain dans les fciences
naturelles, in-8 ° . tel.
Autre dans les fciences exactes , in-8" . rel.
s liv.
Autre dans les fciences intellectuelles , in-8 ° . rel. 1.
Médecine moderne , in - 8 ° . br. 21.10f.
Traité économique & phyfique des Oifeaux de baffe-
·
Dict. Diplomatique , in- 8 °. 2 vol.avec fig. br.
coar , in-12 br .
Revolutions de Ruffie , in - 8° . rel .
Spectacle des Beaux -Arts , rel.
Dict . des Beaux-Arts , in-82 . rel .
2 1.
12 1.
21. 10 f,
2 1.
41. 10f.
2 l.
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Théâtre de M. de Sivry , vol . in - 8 ° . br.
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12 1.
41.
Tableau politique & littér. de l'Europe , an. 1775 , br. 2 1 .
Dict . des mots latins de la Géographie ancienne , in - 8º.
broch
Les trois Théâtres de Paris , in-8°. br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br.
31 .
21.10
f.
I l. 10 f.
114f.
DE
LA
MERCURE
DE FRANCE.
BIBLIO
NOVEMBRE , 1777.
LYON
1893
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
LA JOURNÉE CHAMPÊTRE.
C'EST VOUS , Divinités champêtres ,
Qui , fous l'ombrage de ces hêtres ,
Trouvez mille plaiſirs fecrets ,
Qui donnez aux champs leur parure ,
Aux prés leur aimable verdure,
*7711
&
A iij
MERCURE DE FRANCE .
•
Et la douce fraîcheur aux forêts ;
Qui , méprifant la vaine enflure
Du luxe , enfant de l'impofture ,
Ne recherchez que la beauté
De l'aimable fimplicité ;
Et qui , loin du bruit , des alarmes ,
Goutez les ineffables charmes
D'une heureufe tranquillité ;
C'est vous aujourd'hui que j'implore.
Ma Muſe encore à ſon aurore ,
Voudroit égayer ſes pinceaux
Sur ces agréables tableaux
Que par-tout à mes yeux préfente ,
Dans votre demeure charmante ,
La nature en fa pureté ,
Et dont la feule vue intéreffe
Sans cette étude , cette adreffe ,
Ce dehors riche & brillanté ,
Cette fymmétrique élégance ,
Et cette uniforme ordonnance ,
Dont l'art emprunte les attraits
Pour en farder tous fes portraits.
Ces champs , ces bois , ces zoîts ruftiques ,
Ces Humains fimples , pacifiques ,
Vrais modèles de la candeur ;
La paix , la gaieté , l'innocence ,
La folitude , le filence ,
NOVEM BR E. 1777.
Heureux germes du vrai bonheur :
Voilà les charmes de mon coeur ;
Et c'eſt auffi ce que je chante.
Soutenez ma Muſe naiſſante :
Que mes accens légers & doux
Soient purs &fimples comme vous.
O que mon ame eft fatisfaite !
Que ma joie eft pure & parfaite
Dans votre féjour enchanté !
Ma Mufe inconftante & légère ,
A tout autre objet étrangère ,
Ne reffent plus de volupté
Que dans certe ombre falutaire ,
ce calme folitaire ,
Que dans
Et dans cette variété
Qui feule a le droit de nous plaire
Sans caufer d'infipidité.
Plus je contemple, la richeffe
t
Que , dans ces champs aimés des Cieux ,
La Nature étale à mes yeux ,
La fimplicité , l'allégreffe ,
L'aimable candeur , la tendreffe ,
Les plaifirs purs & gracieux
Qui , dans ce beau féjour , fans ceffè ,
Etendent leur empire heureux ,
A iv
$ MERCURE DE FRANCE.
Plus je redoute de la Ville
Le fpectacle tumultueux ,
L'air & le dehors faftueux ,
L'orgueil , la hauteur incivile
Des faquins & des précieux.
Ici , tout concourt , tout confpire
Aux plaifirs les plus innocens ;
Tout m'infinue & tout m'infpire
L'innocence qu'on y reſpire ,
Et les plus tendres fentimens ;
Tous les objets , tous les momens
Dans cet heureux ſéjour d'Aftrée ,
Le matin , le midi , la foirée
M'offrent des tableaux différens,
Où l'aimable & belle Nature
Se montre fans art , fimple & pure
Et fous les traits les plus charmans.
Avant l'aurore matinière ,
Déjà le coq impatient ,
Chante & prédit de la lumière ,
Le retour pompeux & brillant.
A ce fignal toujours conſtant ,
Tout le réveille , tout s'agite ,
Tout s'encourage , tout s'excite
Afortir des bras du repos ,
Pour le préparer aux travaux.
NOVEMBRE . 1777 . 9
Déjà les Bergers , les Bergères ,
Prenant leurs houlettes légères ,
Vont raffembler tous leurs troupeaux.
Là , j'entends le bruit des clochettes ,
Le bêlement des doux agneaux ,
Le mugiffement des taureaux
Qui quittent leurs fombres retraites ,
Et vont errer fur les côteaux.
Ici , le doux chant des oifeaux ,
Des Roffignols & des Fauvettes ,
Qui s'attroupent fous les berceaux ,
Dans la plaine & fur les ormeaux ,
Par fon aimable ſymphonie ,
Anime , éveille mon génie ,
Et, le tirant de fa langueur,
Lui donne une heureuſe vigueur.
Comment alors de ma pareſſe ,
Ne ferois- je pas le vainqueur ?
L'heureux tranſport , la douce ivreſſe ,
S'emparent auffi - tôt de mon coeur ;
Je cours , je vole avec ardeur ,
Dans ces lieux où naît l'allégreſſe
Le vrai plaifir & le bonheur.
J'y contemple la belle aurore ,
Qui me ravit par fes couleurs ;
Je vois fur les champs qu'elle dore ,
Briller les perles de fes pleurs ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Et mille effaims nouveaux de fleurs
Que fon afpect a fait éclore.
D'un cours léger l'Amant de Flore,
Vient & difpenfe ſes fraîcheurs ;
La jeune tige foible encore ,
Se ranime par fes faveurs.
Enfin , le bel Aftre du Monde ,
M'offre fon difque lumineux :
Il rend , par fon éclat pompeux,
La Terre riante & féconde ,
Et fait briller l'azur des Cieux.
Par degrés , il monte , il s'avance ,
Il éclaire , échauffe , éblouit ,
Et femble admirer en filence ,
L'éclat , la beauté , l'opulence
De la nature qu'il nourrit .
Difparoiffez nuages fombres ,
Qui , fous la noirceur de vos ombres ,
Me dérobez fes feux brillans.
Doux zéphirs , volez dans les plaines ,
De l'air épurez les haleines ;
Embellifez les fleurs des champs ,
Et femez par- tout leur encens :
Célébrez par un doux murmure ,
L'agent brillant de la Nature ;
Et de ces aimables ruiffeaux
Qui le répètent dans leurs eaux ,
NOVEMBRE. 1777. I
Allez rafraîchir l'onde pure.
Dieux ! quels frémiffemens nouveaux !
Tous les différens animaux ,
Par leurs cris , lai tendent hommage:
Dansles bois , les tendres oifeaux
Redoublent leur bruyant ramage ;
Et le Laboureur prend courage ,
En continuant les travaux. -
Plus avant , je tourne ma vue
Sur des objets non moins charmans:
J'admire la vafte étendue
Et le bel ordre de ces champs ;
J'y vois de leurs doux Habitans
L'air & la manière ingénue ,
Les ris & les jeux innocens .
Là , Lubin & la vive Annette,
Lajeune Claudine & Lucas ,
Affis fur une épaiffe herbette,
Difent chacun leur chanfonnette ;
Ou font les innocens combats
De la flûte & de la mufette.
Ici , les uns vont s'exercer
Au milieu de la vaſte plaine ;
On les voit avec gaieté pleine ,
Jouer , courir , fauter , danfer ,
Se défier & s'efforcer ;
A vj .
12 MERCURE DE FRANCE.
L'un & l'autre en tours , en foupleffe ,
En agilité , force , adreffe ,'
De fe vaincre & fe furpaller.
Les autres formés à paſſer
Tous leurs jours dans la laffitude ,
Avec ardeur vont embraffer
Untravail long , pénible & rude.
Nés robuftes & vigoureux ,
Ils fupportent toujours de même,
De l'été , la chaleur extrême ,
De: l'hiver, le froid rigoureux.
Contens dans cette claffe obfcure ,
Où les a placés le deftin ,
Par une vie active & dure ,
Ils acquièrent leur nourriture:
Avec celle dugenre humain.
On les voit dès le grand matin,
Alertes , prompts , pleins de courage
Mener leur champêtre équipage;
Et bien-tôt l'éguillon en main ,
Preffer des boeufs la marche lente ,
A traîner la charrue entrante ,
Qui de la terre ouvre le fein..
Paiffez moutons , brebis chéries,
Parmi la rofée & le thym,
Que la fraîcheur du doux matin,
NOVEM BRE. 1777. 13
A répandu fur ces prairies :
Bornés à votre feul instinct ,
Vous goûtez la paix gracieuſe ;
Vous ignorez votre deſtin :
Votre vie en eft plus heureuſe.
Ah ! file mortel orgueilleux ,
Qui vit amolli dans les Villes ,
Au milieu des vices nombreux
Qui troublent les jours malheureux,
Venoit voir ces fimples afyles ;
Si , comme ces Bergers heureux ,
Il imitoit vos moeurs tranquilles
Votre belle fimplicité , ..
Votre douceur , votre innocence ,
Il auroit la félicité
Dont ils ont feuls la jouiffance;
Tandis qu'au fein de l'opulence,
Des plaifirs & de la grandeur,
Il n'a que l'ombre du bonheur.
Mais les feux que le Soleillance ,
Redoublent déjà leur ardeur :
Son char brillant toujours s'avance ;
Enfin , fes courfiers vigoureux
Sont à la moitié de leur route ;
Du haut de la célefte voûte ,
Il fait jaillir par- tout les feux.
14 MERCURE DE FRANCE.
1
Les flots brûlans de fa lumière ,
Sillonnent les airs embrâfés ;
Et, précipités fur la terre ,
Ses rayons épars & brifés ,
Vont fe jouer dans l'atmoſphère.
Dans la plaine , tous les troupeaux
Se rangent en plufieurs monceaux;
Et par-là , leurs ombres mêlées
En affoibliffent les faifceaux.
Les Bergères font appelées :
Elles volent fous les berceaux ;
Là , fous des épaiffes feuillées ,
Où zéphir , malgré la chaleur ,
Conferve une aimable fraîcheur ;
Sur un gazon d'herbe fleurie ,
Elles apprêtent le repas.
Ce pe font pas mets délicats ,
Pâtés fucrés , viande choifie ;
La façon & l'afféterie ,
Dans leur cercle ne brillent pas ;
Mais l'appétit , la bonhommie ,
La gaieté , les ris; les éclats ,
En chaffent la mélancolie .
On vient : chacun fe range en bas :
D'une humeur joyeuſe & contente ,
On mange , on boit , on rit , on chante,
Ici , le rufé Nicolas,
NOVEMBRE. 1777. IS
D'une manière diligente ,
En bien chantant , vuide les plats.
Là , Jean faififfant la bouteille ,
D'un air gaillard & triomphant ,
Hume le doux jus de la treille ,
Qui jafe & bouillonne en fortant ;
Toute la troupe en fait autant ,
Et la joie éclate à merveille.
Parmi ces travaux & ces ris ,
Ciel ! que le tems paroît rapide !
Sa longueur toujours infipide ,
Sous les magnifiques lambris ,
Où l'accablement léthargique
Vient affoupir tous les efprits ,
Dans ce féjour fimple & ruftique ,
N'engendre jamais les ennuis .
Le jour s'abaiffe , l'oeil du monde
Lance des feux plus amortis ,
Il eft prêt d'achever fa ronde ;
Enfin il fe plonge dans l'onde ,
Et va voir l'heureufe Thétis .
Satisfait du fruit de fa peine ,
Le Laboureur quitte les champs ,
Et va dans fa maiſon prochaine ,
Revoir fa femme & fes enfans .
Tous les Bergers dans les prairies ,
16 MERCURE DE FRANCE.
Au doux fon de leurs chalumeaux ,
S'en vont raffembler leurs troupeaux
Pour les conduire aux Bergeries .
En bêlant , les brebis chéries
Appellent de loin leurs agneaux.
A la voix qu'ils ont reconnue ,
Quels cris ! quelle joie imprévue !
Ils viennent en caracolant ,
Gambadant , fautillant , bêlant ;
Et dans le troupeau le mêlant ,
Par une pente naturelle ,
Chaque petit court à l'inſtant ,
Trouver la mère qui l'appelle ;
Sans en prendre une autre pour
Il la reconnoît fur le champ ,
Et va fe pendre à la mammelle.
>
elle ,
L'aimable & fimple beauté ,
De tout ce fpectacle champêtre ,
Dans mon efprit charmé , fait naître
L'amour de la fimplicité ,
De l'innocence & la gaieté :
Par-deffus tout , j'aime & jeprife
Cette aimable naïveté ;
Loin de la fubtile feintife ,
Et du langage médité ,
Cette candeur , cette bonté;
NOVEMBR E. 1777. 17
Loin de la froide mignardife
D'un efprit fin & doucereux ;
Enfin , cette extrême droiture ,
Sans détour , fans enluminure ,
Qui fait le caractère heureux
De ces Peuples laborieux.
Je ne prends point le ton fauvage ,
Ni le front ridé d'un faux fage ;
Je me rends Villageois comme eux :
Je fuis leur façon , leur uſage ;
Je me conforme à leurs humeurs;
Et l'on me voit fuivre fans peine
Leurs tons , leurs manières , leurs moeurs.
C'eft ainfi que , pendant la scène ,
On voit paffer aux Spectateurs
Tous les fentimens des Acteurs.
Tels, fur ces aimables rivages ,
A l'abri de tous les orages ,
S'écoulent les paiſibles jours.
Là , les paffions tyranniques ,
Les brigues , les fourbes iniques,
N'y viennent point troubler leur cours.
La noire & déteftable envie ,
N'y vient point corrompre la vie
Des mortels heureux , fatisfits ;
Se bornant au feul néceffaire ,
18 MERCURE DE FRANCE.
Leur coeur fenfible à la misère ,
Aime encor s'épandre en bienfaits .
Là , les vices n'ont point d'empire ,
L'innocence feule y reſpire ;
C'eſt le féjour de la vertu :
Sa beauté pure charme , entraîne ;
Le coeur l'aime , la fuit fans peine
Et ne fe fent point combattu :
Elle eft comme la douce pente
D'un léger ruiffeau qui ferpente
Par nul obftacle retenu .
Là , loin de la grandeur mondaine ,
De la pompe impofante & vaine ,
Le faux éclat ne trompe plus.
L'homme apprécié n'eſt qu'un hommeź
Ce qui l'orne n'eft qu'un fantôme ,
Ses titres lui font fuperflus.
Là , d'un encens bas & frivole ,
On n'encense point les Autels
De la Déeffe aveugle & folle ,
Infenfible & trompeufe idole
Qui maîtrife tant de mortels.
Là , l'on ignore les intrigues ,
Les haines , les détours , les brigues
Qui circulent parmi la Cour ;
On n'y faint les artifices ,
Les inconftances , les caprices,
NOVEMBRE. 1777.
Et les difgraces de l'Amour.
L'homme enfin là , peut fe connoîtres
Loin de ce qui peut faire naître
Le faux qui trompe & qui ſéduit,
Il fent les paffions fe taire,
La vérité pure l'éclaire,
Et la fageffe le conduit.
O lieux chéris ! heureux aſyles !
Puiffent enfin mes jours tranquilles
Etre fixés dans votre ſein !
Sage au fond de ma folitude ,
Goûtant les charmes de l'étude ,
J'attendrai fans crainte ma fin .
EFFETS DE LA JALOUSIE.
L'AFFREUSE jaloufie , ce monftre qui ne
laiffe après lui que des traces de fang ,
fe repaît du plaifir barbare de troubler
l'heureuſe félicité que procure l'hymen.
Le coeur de l'époux eft l'afyle qu'il fe choi
fit ; plus l'époufe a de charmes , plus les
coups qu'il porte font terribies. L'amitié n'a
plus d'attraits pour le malheureux infecté
de fon venin ; fon ami le plus cher ,
20 MERCURE DE FRANCE.
lui porte ombrage ; & dans la rage qui
le possède , fon fang ne lui coûte pas plus
que celui d'un autre à faire couler.
Timor & Alindor , tous deux jeunes ,
tous deux amis , voyoient couler en paix
les jours les plus heureux . Doux épanchemens
, prévenances mutuelles , crainte
continuelle de fe bleffer , voilà les charmes
qui refferroient & conftatoient une fichère
union . Ne voyant qu'eux feuls dans la nature,
ils ne vivoient que pour eux feuls . Les
plaifirs purs dont ils jouiffoient faifoient
leurs délices ; ils furent heureux tant que
le poifon de l'amour ne fe gliffa pas dans
leurs coeurs . Dès ce malheureux moment, la
mort farouche & envieufe , vint ombrager
leurs jours des plus affreufes couleurs.
Une jeune beauté , à peu-près de leur
âge , habitoit un château voifin de leur
demeure. Vertus , fageffe , agrémens ,
c'étoient- là les dons qu'elle avoit reçus ,
tant de la nature que de fa bonne éducation.
Ces talens fi précieux ne furent pas
long-temps enfevelis dans le filence ; la
renommée trop jaloufe de les publier ,
en avoit déjà averti plufieurs coeurs , qui ,
fecrètement , brûloient des feux qu'allu
moit la jeune Zélamire ( tel étoit fon
nom ) ; celui d'Alindor fut de ce nomNOVEMBRE.
1777. 21
bre. Le voifinage lui procuroit les moyens
de fe mettre le premier fur les rangs . Il
vole aux pieds de Zélamire , lui rend fes
hommages , & revient entièrement épris
de fes charmes .
Timor gémiffoit en fecret de ce noud
qu'il voyoit fe former ; le ciel fembloit
lui préfager le funefte coup qu'il devoit
porter. Hélas ! la mort creufoit déjà le
tombeau de ces deux mortels fortunés.
Enfin , Alindor combattu entre les confeils
de fon ami , & l'amour qui le brûle pour
Zélamir , fe foumet aux loix de ce terrible
defpote. Cette beauté n'avoit point reçu
de la nature un coeur infenfible ; elle goûte
les déclarations de fon amant ; & après
deux mois de foins affidus , il obtient la
main de fa maîtreffe . Les noces fe font
avec l'appareil le plus fomptueux . Les
deux familles charmées de cette union qui
fembloit annoncer l'avenir le plus heureux ,
fe livroient à cette gaieté pure & naïve
que procure un contentement parfait . Le
feul Timor montre un vifage où quelque
chofe de finiftre eft dépeint ; une profonde
mélancolie fe découvre en lui , malgré
le voile de l'enjouement dont il
cherche à la couvrir fe jeter dans
fes bras , lui faire mille careffes pour
22 MERCURE DE FRANCE .
arracher de fon coeur le trait qui le bleſſoit ,
tels furent les premiers mouvemens de
fon cher Alindor. Quoi ! lui dit- il , n'estu
plus le même à mon égard ? que t'ai- je
fait ? le bonheur de ton ami pourroit-il
te caufer quelque chagrin ? Tandis que
tout refpire ici la joie , qui peut donc te
forcer à t'abîmer dans la douleur ? Je ne
reconnois plus Timor. Autrefois , fi la
profpérité fembloit me fourire , cet ami
en reffentoit plus que moi les charmes ;
maintenant qu'elle me comble de fes plus
douces faveurs ; aujourd'hui qu'elle fe
montre à moi pleine d'attraits ; enfin ,
aujourd'hui que mon coeur poſsède ce qu'il
ya de plus parfait ( Zélamire , ) ce même
ami refte froid & immobile !
Timor , à ces doux reproches , arrofe
de fes pleurs le vifage de fon ami collé
fur le fien. Rompant enfin le filence , il
prononça ces mots entrecoupés : je te l'ai
dit , cher Alindor , cet hymenée me préfage
quelque chofe de finiftre. Combien
de fois ai-je voulu m'oppofer à ces feux
dès leur naiffance ? Mais l'amitié la plus
folide tient - elle contre l'amour ? Elle te
retint cependant quelque temps ; je me
réjouiffois même en fecret des effets qu'elle
produifoit ; mais hélas ! la jeune Zélamire
NOVEMBRE. 1777. 23
trop avoit trop de charmes ; elle demeuroit
près de nous. Tu voles à fes pieds enchaî
ner ton coeur. Ciel ! quel changement
j'apperçus en toi , quand tu fus de retour !
Encore rempli du tableau de fes attraits ,
je te parlois , tu ne m'écoutois pas ; j'employois
les noms les plus doux de l'amitié
, tu étois inſenſible ; enfin , tu revins
de ce délire : eh ! que m'apprends- tu ?
que la main de ton amante t'eft promife....
que ton coeur n'eft plus à toi .
Ce jour eft choifi pour vous unir. Sois
heureux , cher ami . Pour ton cher Timor ,
fes beaux jours font écoulés ; il t'aimera
toujours . Zélamire fera mon amie ; en
elle je reverrai mon cher Alindor. Mais
c'eft affez nous entretenir enfemble : retournons
prendre part aux plaifirs de cette
journée ; je vais faire enforte de furmonter
mon chagrin & de tromper les yeux.
A ces mots , il prend la main de fon
ami , & le conduit dans l'affemblée . Leur
abfence s'étoit fait remarquer. Zélamire
en fait un doux reproche à fon mari , un
léger prétexte le tire d'embarras. Ces
deux jeunes époux passèrent enſemble le
plus agréablement les premières années
de leur mariage. Timor oublioit déjà
fes craintes , & les traitoit de chimères ;
24 MERCURE DE FRANCE.
il étoit même le premier à en plaifanter
avec Alindor & Zélamire , quand l'affreufe
jaloufie s'empara du coeur de ce
premier . Son malheur vint de ce qu'il
aimoit trop fa chère époufe ; peut être
que fi elle eût eu moins de beauté , elle
eût été moins dangereufe pour ces deux
amis. Timor , incapable de trahifon , fe
tenoit toujours en garde contre fes agrémens
, & les feux qu'elle pouvoit exciter.
Content des plaifirs chaftes de la douce
amitié , il étouffoit tout fentiment d'amour.
Alindor , déjà fecrètement dévoré
par la jaloufie , fe choquoit de la moindre
liberté ; il prit ombrage de l'honnête
familiarité de fon ami , que lui -même
avoit autorifé. Le portrait de fa femme
infidelle le fuivoit par - tout ; & , qui accufoit-
il de porter préjudice à fon repos ?
Le croira-t-on ? ( Timor ! ) Il ne voyoit
plus en lui qu'un amant paffionné de Zélamire
, qu'un ennemi cruel , enfin qu'un
monftre fait pour empoifonner fes jours ,
& le deshonorer. Il fe retraçoit quelquefois
les difcours que lui avoit tenus Timor
, le jour de fon mariage ; il fe perfuadoit
y trouver la fource des feux dont
il le croyoit dévoré ; enfin , tout lui certifioit
que cet ami n'étoit plus qu'un traître ,
fait
NOVEMBRE. 1777. 25
fait pour fouffler la difcorde , & qu'il
devoit immoler à fa tranquillité . En conféquence
, il le prend un jour en particulier
, lui fait le détail des circonftances
où fes vifions le lui ont repréſenté tramant
quelque complot à fon défavantage ; & ,
fans fui donner le temps de s'expliquer :
Traître , tu périras , lui dit-il , fonge à
défendre tes jours , ou à m'arracher la
vie. Et en même-temps , il fond , l'épée
à la main , fur Timor , qui , plus
modéré que fon ami , s'attachoit unique
ment à parer fes coups. Alindor , furieux
d'une réſiſtance auffi opiniâtre , redouble
de rage , & en porte un au malheureux
Timor , qui l'étend à fes pieds. Cher
Alindor, lui dit - il , d'une voix mourante,
. tu vois vérifier ce que je t'ai dit tant
de fois. Je pouvois t'ôter des jours que
ton emportement t'empêchoit de conferver
ma modération me caufe la mort ;
mais apprends avant que j'expire , que
Timor meurt innocent ;
il t'aima toujours.
Il eut des fentimens que jamais
il ne viola. Puiffe tu vivre heureux
cher ami , puiffent les remords ne jamais
troubler ton repos ! puiffent enfin mes
mânes fe renfermer dans ma tombe
-
B..
26 MERCURE DE FRANCE.
& ne jamais te reprocher ma mort ! C'en
eft fait.... je fuccombe .... adieu ....
>
Ce malheureux ami n'eut pas plutôt
rendu le dernier foupir , qu'Alindor
oubliant toute animofité , s'abandonne à
la douleur la plus amère ; il fe jette fur
le corps de Timor , l'arrofe de fes pleurs ,
& , de fon fouffle , cherche à le ranimer.
Mais il n'étoit plus temps ; il n'offroit plus
qu'un cadavre pâle & fanglant. Alindor
voyant tous fes efforts inutiles , s'arrache
de deffus ce refte fi cher du malheureux
Timor , & va fe préfenter à Zélamire le
trouble & le défefpoir peints fur le vifage..
Il fe jette aux pieds de cette chère épouſe.
Cette tendre amie , frappée de le voir en
cet état , & ne voyant point Timor avec
lui , eut un funefte preffentiment de ce
qui venoit de fe paffer ; elle put à peine
prononcer ces mots entrecoupés : Ah !
malheureux époux ! que dois -je penfer de
l'état où je te vois ?... Mais , Timor....
où eft-il ?... Il n'eft plus , s'écrie Alindor !
tu vois en moi fon meurtrier .... Il n'endit
pas davantage , & tombe à fes pieds.
Pour Zélamire , dont l'ame fenfible reffentoit
vivement les impreffions de la douleur,
prête à s'évanouir , ce mot de meurtrier
la ranime ; elle s'arrache d'auprès de
NOVEM BR E. 1777. 27
fon époux , & va donner fes ordres pour
faire chercher Timor & le faire rappeler
à la vie , s'il en eft encore temps ; mais ,
qu'apperçoit- elle ? Des gens du Château ,
conduits par hafard vers l'endroit où s'étoit
livré le combat , trouvent ce malheureux
étendu mort , baigné dans fon fang , &
c'étoit lui qu'ils apportoient &préfentoient
aux yeux de Zélamire. Que ce fpectacle
fut touchant pour elle ! Combien elle verfa
de larmes fur cette victime infortunée ,
facrifiée à fes charmes !
Alindor revenu de fon accablement
entend retentir de tous côtés des cris &
des gémiffemens. Ne doutant point de ce
qui les occafionne , il s'arme de fon épée ,
teinte du fang de Timor , court avec précipitation
, le défefpoir dans le coeur , pour
s'immoler fur ce tendre ami. Zélamir l'apperçoit
, & fe doutant de fon deffein : Arrête
, lui crie- t- elle ; c'eft affez d'un meurtre
viens plutôt mêler tes larmes aux
miennes. Arrête , au nom de la tendreſſe
que j'ai pour toi . Elle commande en
même temps à fes gens de le défarmer.
Ce ne fut pas fans peine qu'ils en vinrent
à bout ; le fang qu'il avoit fait couler.
fembloit lui demander le fien. Cédant
enfin à la force chère époufe , s'écrie-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
t- il , peux - tu me chérir encore , moi
qui n'ai pas craint de foupçonner ta vertu?
Ce malheureux ami , dans fon filence lugubre
, dépofe vivement contre moi. La
mort prompte que je voulois me donner
eft trop douce pour le venger; il faut
d'autres tourmens ; il faut que je devienne
la proie du remords ; il faut qu'il me confume
lentement , & qu'il creuſe mon
tombeau. Déformais la douleur habitera
mon coeur; je fouffrirai, fans me plaindre,
les maux qu'elle me fera fouffrir , il faut
enfin que je vive pour que tu me déteftes.
Ah , Zélamire ! qu'ai-je fait ! je n'ai pas
eu honte de foupçonner la plus tendre &
la plus chafte des époufes. Où font ces
heureux momens où , prêts à fubir les loix
d'un doux hymen , je te difois qu'en cimentant
notre union nous allions voir
cimenter notre bonheur ? Dans quel habîme
affreux me fuis-je précipité ! Malheureux
Alindor ! tu as toi-même troublé la félicité
dont tu jouiffois les fanglots qui le fuffoquoient
l'empêchèrent d'en dire davantage.
>
Zélamire , pendant qu'il parloit , partageoit
fes pleurs entre la mémoire de fon
ami Timor , & les fanglots de fon époux .
Après lui avoir fait promettre de ne plus
NOVEMBRE. 1777. 29
attenter fur fes jours , de concert avec lui ,
elle ordonne les funérailles de Timor.
Si les morts peuvent être encore fenfibles
aux regrets qu'ils occafionnent
Timor dût certainement être touché des
pleurs qu'il fit verfer : généralement aimé
& eftimé , la douleur la plus fincère l'accompagna
à fon dernier afyle.
Timor au tombeau ! quelle folitude
affreuſe pour ces deux jeunes époux ! Accoutumés
à nommer Timor , à le voir ,
à jouir de fes accents , ils ne le retrouvoientplus.
Son nom , triftement prononcé,
fe perdoit dans l'air ; on ne l'entendoit
plus répondre. Sa tombe étoit vcifine du
château. A peine la nuit jetoit- elle fur
la nature fon obfcur rideau , qu'Alindor ,
conduit par fes regrets , gagnoit triftement
ce funefte féjour , & le rempliffoit de fes
plaintes. Il appaifoit les ânes de Timor ,
en leur offrant les tourmens que lui caufoit
fa vive douleur ; il revenoit enfuite
dans les bras de Zélamire , retracer les
fombres couleurs qu'il yavoit puifées. Zélamire
, elle-même, quand le temps étoit
ferein , accompagnée de fon époux , dirigeoit
fes pas vers cet endroit ; & réuniffant
leurs fanglots , ils arrofoient de leurs
larmes la cendre de leur malheureux ami.
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
Si , dans ces momens confacrés à la douleur
, Zélamire jetoit un regard tendre
fur fon époux , il croyoit y voir un reproche
tacite des foupçons qu'il avoit
ofé former contre fa vertu . Alors , une
main vivement appuyée fur fon fein , &
l'autre étendue vers le tombeau , il lui
montroit tout-à-la fois , & le fiége & la
caufe de fes maux.
Enfin , le coeur du malheureux Alindor
, trop tourmenté & trop ulcéré , n'offroit
plus d'alimens à la douleur ; depuis
un an , il gémiffoit fous fon empire ; fon
ami le redemandoit du fond de fon cercueil
il étoit temps qu'il le rejoignît.
Il expira en prononçant les noms de Timor
& de Zélamir ; la foffe de Timor
fe rouvrit encore une fois pour le recevoir.
Zélamire reftoit feule ; elle avoit efſuyé
deux affauts trop rudes pour fe promettre
de longs jours. De cette folitude , autrefois
fi gare & fi agréable , elle s'en fit un
vafte tombeau , dont elle ne s'arrachoit
que pour donner des larmes aux reftes
infortunés de Timor & d'Alindor. La
mort qu'elle appeloit à grands cris , vint
enfin la réunir à tout ce qu'elle aimoit :
elle fut placée auprès de fon cher époux.
NOVEM BR E. 1777. 3.1
Sort barbare , qu'avoit fait cette malheureuſe
victime de ta férocité ? Caufe
innocente des infortunes arrivées dans
cette union , tu la réferve pour le dernier
coup , le plus affreux de tous . C'eſt ainfi
que
l'infernale jaloufie , de ce lieu autrefois
plein d'attraits , en a fait le plus affreux
féjour de la nature.
Par M. de Fayolle , Offi. d'Art.
ÉPITRE DE M. DE VOLTAIRE *,
A Mademoiselle LE COUVREUR.
L'HEUREUX talent dont vous charmez la
France ,
J
-Avoit en vous brillé dès votre enfance ;
Il fut dès- lors dangereux de vous voir ,
Et vous plaifiez même fans le ſavoir,
Sur le Théâtre heureufement conduite ,
Parmi les voeux de cent coeurs empieffés ,
?
Cette Pièce n'eft point imprimée dans le Recueil
des Euvres de M. de Voltaire.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Vous récitiez par la nature inftruite ;
C'étoit beaucoup , ce n'étoit pas affez.
Il vous falloit encore un plus grand Maître
Permettez - moi de faire ici connoîtie
Quel eft ce Dieu de qui l'art enchanteur
Vous a donné cette gloire fuprême ;
}
Le tendre Amour me l'a conté lui-même
On me dira que l'Amour eft menteur ;
Hélas ! je fais qu'il faut qu'on s'en défie ;
Qui mieux que moi connoît fa perfidie ,
Qui fouffre plus de fa déloyauté è
Je ne croirai cet enfant de ma vie ;
Mais cette fois il dit la vérité.
Où
Ce même Amour , Vénus & Melpomène ,
Loin de Paphos , faifoient voyage un jour
Ces Dieux charmans vinrent dans un féjour
vos appäs éclatoient fur la fcène.
Chacun des trois , avec étonnement,
Vit cette grace & fimple & naturelle,
Qui faifoit lors votre unique ornement.
Ah ! dirent-ils , cette jeune mortelles
Mérite bien que , fans retardement ,
Nous répandions tous nos tréfors fur elle.
(Ce qu'un Dieu veut le fait dans le moment).
Tout auffi-tôt, la tragique Déeffe
Vous infpira le goût , le ſentiment ,
NOVEMBRE . 1777. 33
Le pathétique & la délicateffe.
Moi , dit Vénus , je lui fais un préfent
Plus précieux , & c'eft le don de plaire :
Elle accroîtra l'empire de Cythère ;
A fon afpect , tout coeur fera troublé
Tous les efprits viendront lui rendre hommage.
Moi , dit l'Amour , je ferai davantage :"
Je veux qu'elle aime. A peine cut- il parlé,
Que dans l'inftant vous devîntes parfaite.
Sans aucun foin , fans étude , fans fard ,
Des paffions vous fûtes l'interprète ;
O ! de l'Amour adorable fujette ,
N'oubliez point le fecret de votre art !
STANCES
SUR l'Alliance renouvelée entre la France
& les Cantons Helvétiques , jurée dans
l'Eglife de Soleure , le 25 Août 1777 .
Q
UELLE eft dans ces lieux Saints cette folennité
Des fiers enfans de la victoire ?
Ils marchent aux Autels de la fidélité,
De la valeur & de la gloire.
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
Tels on vit ces Héros qui , dans les champs
d'Ivri ,
Contre la ligue , Rome , & l'enfer & fa rage ,
Vengeoient les droits du Grand Henri ,
Et l'égaloient dans fon courage .
C'eſt un Dieu bienfaifant , c'eſt un Ange de paix
Qui vient renouveler cette auguſte Alliance :
Je vois des jours nouveaux marqués par des bienfaits
,
Par de plus douces moeurs , & la même vaillance.
On joint le caducée au bonheur de Mars ,
Sous les aufpices de Vergenne.
O Monts Helvétiens ! vous êtes les remparts
Des beaux lieux qu'arrofe la Seine.
Les meilleurs Citoyens font les meilleurs Guerriers
;
Ainfi Philadelphie étonne l'Angleterre ,
Elle unit l'olive aux lauriers ,
Et défend fon pays en condamnant la guerre .
Si le Ciel la permet , c'eft pour la liberté.
Dieu forma l'homme libre alors qu'il le fit naître ;
L'homme émané des Cieux pour l'immortalité
,
N'eut que Dieu pour Père & pour Maître.
NOVEMBRE. 1777. 35
On eſt libre en effet fous d'équitables Lois ;
Et la félicité , s'il en eft dans ce monde ,
Eft d'être en sûreté dansune paix profonde ,
Avec de tels amis & le meilleur des Rois.
Par M. de Voltaire.
LE BERGER INGENU.
ROMANCE.
UNE BERGER E.
ÉCOUTEZ COUTEZ , chères Compagnes ,
Les plaintes du beau Mifis ;
Il erre dans nos Campagnes ,
Comme l'Amant de Procris.
Il foupire dans la plaine ,
Il pleure dans les forêts ;
Les échos m'ont dit fa peine
Et fes amoureux fecrets.
MISIS.
L'autre jour vers la prairie ,
Je conduifois mon troupeau :
Sur une Chanfon jolie ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
J'accordois mon chalumeau..
Un bruit frappe mon oreille
Dans le bocage voifin ;
C'eftun enfant qui fommeille ,
Que j'éveille fans deffein .
De ma faute involontaire ,
Je l'entendois murmurer:
Moi , trop craintif de déplaire ,
Je voulus la réparer.
J'avance d'un pas rapide
Jufques au fond du bofquet ;
J'offre d'une main timide ,
Ma houlette,& mon bouquet.
Bel enfant , prenez ces roſes ,
Lui dis-je d'un ton bien doux ,
Elles font fraîches échofes ,
Et vermeilles comme vous. 15.
Appaifez votre colère ,
Le fommeil va revenir ;
De ma marche peu légère ,
Vos pleurs favent me punir.
Hélas ! qui pourra le croire ?
Cet enfant devint cruel :
Avec un air de victoire
I
NOVEM BR E. 1777. 37
Il me porte un coup -mortel !
Tu vois , dit-il , mon adreſſe ,
Moins que toi je fais du bruit :
Qui m'éveille je le bleſſe ;
Mais qui m'endort me détruit.
A ce perfide langage ,
Qui ne reconnoît l'Amour ?
Eft- ce un Berger de fon age
Qui m'auroit joué ce tour?
Je fouffre de ma bleffure ;
Et mon mal , c'eſt le defir :
Quand je vois Alcimadure ,
Je crois que je vais mourir.
Par Madame de Montanclos.
ROMANCE.
3
Air : L'Amour m'a fait la peinture , &c.
J'ADORO
'ADOROIS une Bergère
Qui régne encor fur mon coeurs
Ma gloire étoit de lui plaire ;
Mais le fort toujours contraire ,
Fut jaloux de mon boahcur."
38 MERCURE DE FRANCE.
Par le Dieu de la tendreffe ,
Nos deux coeurs étoient unis :
Nous coulions dans cette ivreſſe ,
Des jours exempts de trifteffe ;
Hélas ! ces jours font finis .
Le fecret dans le filence ,
Voiloit nos tendres amours ;
Mais la noire médifance
Rompit notre intelligence ,
Et mit fin à nos beaux jours.
Dieux ! quelle fut l'injuftice
De nos ennemis mortels !
Notre union fans malice ,
A leurs yeux ne fut qu'un vice ,
Et l'on nous dit criminels.
Victimes infortunées
De ces dangereux ferpens ,
Nos deux ames enchaînées ,
Furent dès-lors condamnées
A languir dans les tourmens.
Pour défarmer leur furie ,
Il fallut nous féparer ;
En m'éloignant de Sylvie ,
NOVEMBRE. 1777. 39
Si je ne perdis la vie ,
Je la paffe à foupirer.
Mais un fort auffi contraire ,
N'a pas pu tout me ravir;
En dépit de fa colère ,
De l'Amante qui m'eft chère ,
Je garde le fouvenir.
Par M. Lavielle , de Dax.
STANCES imitées de l'Italien de
Pétrarque , à l'occafion d'une abfence.
J'AIME la jeune Hélène ,
Elle a fixé mon coeur.
Aimer , eft- ce une peine ?
Aimer , hélas ! eſt- un bonheur ?
Ah ! pourquoi fi c'eft peine ,
Le plus léger foupir
Que vers moi pouffe Hélène ,
Me cauſe-t-il tant de plaifir ?
Si c'eft , comme on l'affure ,
Un plaifir fi charmant,
40 MERCURE DE FRANCÉ.
Eh ! d'où vient que j'endure
Loin d'elle un fi cruel tourment ?
Par M. de la Molignière.
T
IMPROMPTU
SUR une Fête donnée au Val, par Madame
la Ducheffe de Ch *** >
le
24 Août
1777.
QU'ADMIRON U'ADMIRONS - NOus le plus dans ce charmant
féjour ,
Où des jeux & des ris fe tient l'aimable cour ?
C'est une tendre mère , une époufe adorée ,
Aux beaux Arts , aux talens , à fes devoirs livrée ,
Qui , fenfible & modefte au fein de la grandeur,
Dans le bien qu'elle fait , fait trouver le bonheur.
Du plusilluftre fang elle a reçu la vie ;
Sous les traits de Ch*** , c'eft Minerve embellie.
Livrons- nous à la joie au gré de fes defiis ,
L'afpect de les vertus ajoute à nos plaifi : s .
Par M. Baudouin , Négociant.
NOVEMBRE . 1777. 42
A Monfieur ÉLIE DE BEAUMONT ,
fur la Fête des Bonnes - Gens , qu'il
venoit de faire célébrer dans fa Terre
de Canon.
DE tes Bonnes - Gens de Canon ,
Combien j'aime la Fête & l'innocence pare !"
Que je chéris la main qui couronne leur front
Des guirlandes de la nature !
Ici , c'eſt un bon père au fein de ſes enfans ,
Un vieillard que bénit fa nombreuſe famille s
A fes côtés marche une bonne fille H
Qu'artofent de leuts pleurs fes pères indigens.
Tels font les Héros d'une Fête ,
Qui pour tofi coeur a mille appas ;
Je m'en étonne peu , quand je vois à leur tête
Le défenfeur des Calas.
Par M. L. D. R.
42 MERCURE DE FRANCE .
VERS
A Madame la Vicomteffe DE BONNEv al ,
parM. fonfils, jeune Ecolier de Sorèze,
fur le paffage DE MONSIEUR.
QUAN UAND toute la France applaudit ,
Maman , vous ferez affligée !
Oui , le Prince qui l'embellit
Eft venu dans cette Contrée.
C'eftbien pour nous qu'il eft venu ;
Mais je crois ne l'avoir pas vu :
Petit corps a peu davantage ;
Je peftois & je faifois rage
Dans le tourbillon confondu :
Oh ! pour combien j'aurois voulu ,
Dans ce moment , être fon Page !
Nos Princes font trop entourés.
Entre tous ces Meffieurs dorés ,
On auroit peine à les connaître ,
Sans ce regard plein de bonté ,
Ce doux rayon de Majeſté ,
Qui de nos coeurs fe rend le maître.
NOVEMBRE. 1777. 43
Partez , Meffieurs les Courtifans ,
Je vous tire ma révérence ;
Je fuis fort petit , vous fort grands ;
Mais je donne la préférence
Aux Muſes , aux Arts , aux Talens,
Du Prince le plus beau cortège.
Pensez -vous que j'aurai mon tour ,
Que je vous ferai nargue un jour ,
Quand , au fortir de ce Collége ,
Ils m'introduiront à fa Cour !
L'AMANT DU VILLAGE.
JUPIN , tu règnes dans les Cieux ,
Tu tiens dans tes mains le tonnerre ;
Mais je puis ici vivre heureux ,
Sans porter aux humains la guerre.
Ne crois pas que j'ambitionne
Le brillant éclat de ton Trône ;
J'aime mieux voir couler mes jours
Dans le pays de mes amours.
Mon olympe eft dans ce Hameau ,
J'y vis auprès de ma Maîtreffe ;
44 MERCURE DE FRANCE .
Toujours quelque plaifir nouveau
Vient ajouter à ma tendreffe.
Là , tout ce qui nous environne ,
Paroît fous un afpect riant ;
Nous jouiffons paisiblement
Des plaifirs que l'Amour nous donne.
Parcourons-nous le bord des eaux ,
Je vois ma naïade chérie ,
Quitter les paifibles ruiffeaux
Pour folâtrer dans la prairie.
Si nous allons dans les forêts ,
L'aimable Dieu de la tendreffe ,
Brillant de fes divins attraits ,
Suit tous les pas de ma Déeffe.
Je fens que j'aimerai toujours
Ces lieux où je vois ma Sophie ;
Ces bois , cette vaſte prairie ,
Témoins fecrets de nos amours.
Quand je ferois dans l'Elysée ,
Je ne pourrois vivre content
Sans te bannir de ma penſée ,
Toi que j'aime fi tendrement.
NOVEMBRE.
1777. 45
Vous qui vous êtes vu trahir
Par une ingrate trop chérie ,
Perdez le cruel fouvenir
De fon odieuſe perfidie .
Mais moi qui possède le coeur
D'une Amante aimable & fidelle ,
Puis -je avoir un plus grand bonheur
Que celui de vivre auprès d'elle?
Par M. Girot.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du fecond volume d'Octobre.
Le mot de la première Énigme eft
l'Oreille ; celui de la feconde eft le
Soleil ; celui de la troisième eft la Rofe.
Le mot du premier Logogrypheeft Rideau,
dans lequel on trouve ire , air , l'eau ,
ride , rude, re , rive , ver , rue , rave ;
celui du fecond eft Château , où le trouvent
chat & eau ; & celui du troisième eft
Bateau , où l'on trouve bât & eau .
46 MERCURE DE FRANCE.
JE fu
ENIGM E.
E fuis , Cloris , un être affez énigmatique ,
Etre fouvent moral , & quelquefois phyfique.
Moral , j'ai pour Auteur, ou l'Hymen , ou l'Amour;
C'est un charme , dit- on, quand je reçois le jour ;
Les plus riantes fleurs compofent ma ſtructure :
L'on vit en fon berceau moins briller la nature .
Sur-tour dès qu'on te voit , Cloris , je femble
doux ;
Mais pour un feul heureux , je fais mille jaloux.
Si comme être phyfique enfin tu m'examines ,
Aux emplois les plus doux fouvent tu me deſtines.
Je couronne rantôt l'albâtre de tes bras ,
Tantôt je fuis voifin des plus charmans appas.
Près des rofes , des lys , ta main fixe ma place.
Inutiles faveurs pour un être de glace !
Par M. le Méteyer.
AUT R E.
ON ne me voit jamais fans chien :
De tous mes attributs c'eſt le plus néceſſaire ;
Avec lui je fuis tout , fans lui je ne fuis rien ,
NOVEMBRE 1777. 47
Je ne fuis plus qu'une chimère :
Ce chien ne vit que de pierre ;
Et toutefois , malgré ce ftérile aliment ,
Pour peu qu'on l'inquiette , il s'enflamme à l'inſtant,
Et fans aboyer nullement ,
Il est tout feu dans fa colère.
Par M. V...
AUTR E.
MON corps feul m'appartient , ma queue eſt
étrangère ;
Sans elle , toutefois , je ne puis plaire aux yeux ;
Au lieu qu'aidé de ce poids néceffaire ,
Je puis m'élever de la terre
Jufques à la voûte des Cieux,
En jetant fur má route un éclat merveilleux.
Faut- il , hélas ! qu'une chûte prochaine
Me rappelle mourant aux lieux où j'étois né.
Ainfi finit mon exiſtence vaine;
Il eût autant valu n'avoir jamais été ! .
Par le même.
48 MERCURE DE FRANCE.
LOGO GRYPH E.
LA foif de s'emparer de ma première part ,
A dépeuplé l'Europe , ainfi que l'Amérique.
La feconde eft l'écueil des charmes d'Angélique ;
Et , pour en impofer , elle a recours à l'art .
On ne devine pas ? Eh bien donc ! je n'explique.
Mon chef offre au Lecteur une exclamation ,
Et le refte eft on mal qu'un rien nous communique .
L'effet en eft terrible , & bien fouvent tragique ,
Et mon tout réuni ne promet rien de bon.
Par M. Bouvet, à Gifors.
AUTR E.
Dès le commencement du Monde ,
Lecteur , j'exerce mon pouvoir.
Malgré fa fcience profonde ,..
L'homme n'a point encor découvert mon manoir.
Je fuis pourtant dans la machine ronde.
Chacun me fuit & voudroit m'éviter ;
Auffi je fuis piquant de ma nature ;
Et le mal , par moi , qu'on endure ,
Ne
1777. 49
(*
༄ཝཱ།ཎྞཾ,
1.MIM
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Paroled et musique ie I
Novembre
4777.
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48 MERCURE DE FRANCE.
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LOGO GRYPH E.
LA foif de s'emparer de ma première part ,
A dépeuplé l'Europe , ainfi que l'Amérique.
La feconde eft l'écueil des charmes d'Angélique ;
Et , pour en impoſer , elle a recours à l'art.
On ne devine pas ? Eh bien donc ! je in'explique ."
Mon chef offre au Lecteur une exclamation ,
Et le refte eft un mal qu'un rien nous communique.
L'effet en eft terrible , & bien fouvent tragique ,
Et mon tout réuni ne promet rien de bon .
Par M. Bouvet, à Giſors.
AUTR E.
Dès le commencement du Monde ,
Lecteur , j'exerce mon pouvoir.
Malgré fa fcience profonde ,
L'homme n'a point encor découvert mon manoir.
Je fuis pourtant dans la machine ronde.
Chacun me fuit & voudroit m'éviter ;
Auffi je fuis piquant de ma nature ;
Et le mal , par moi , qu'on endure ,
Ne
BIBLIO
THE
DE
LA
THEONE
LYON
AIR
*
1893
VILLE
Paroles et musique de M. Cloz. d'Estampes
Novembre
1777.
Que l'amour soit un
Dieu perfi ::de qui cache
un
por:son sous desfleurs;
que son air si doux si
3
ti - mi de ne soit
a ses noir .
qu un masque a ses
qu'un
-ceurs; Vous devries dans
le mistere tenir ce
secret impor tant; A:
-minthe , toujours , toujours
une me -re cache les
deffauts
de son en
on :fant
de son
en : -fant .
NOVEMBRE.
1777. 49
Ne le peut quelquefois qu'à peine fupporter.
En me privant de mon pié de derrière ,
Je fuis un mot qu'on répète au Parterre ,
Si l'on eft content de l'Acteur ;
Je puis offrir de plus un ton de la Mufique :
Enfin , tu vois , Lecteur , un titre honorifique ,
Qui, chez les Turcs, défigne un grand Seigneur.
Par le même.
AUTRE.
RIS tout entier, Lecteur, je fuis un Minéral ;
Un membre à bas , je fuis un Végétal ;
Coupe- m'en deux , je peux t'ôter la vie ,
Ou te la conferver fur un Fleuve en furie ;
Coupe m'en trois , être immortel ,
J'afpire après ta mort au bonheur éternel.
Par M. Bouchet.
C
50 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les vrais principes de la Lecture, de l'Orthographe
& de la prononciation Françoife
, de feu M. Viard , revus & augmentés
par M. Luneau de Boisjermain,
Ouvrage utile aux enfans, qu'il
conduit par degrés de l'alphabet à la
connoiffance des règles de la prononciation
, de l'orthographe , de la ponctuation
, de la Grammaire , de la profodie
Françoife , & des premiers élémens
de l'histoire & de la géographie ;
trois parties in-8°. Prix 2 liv. 14 fols
brochées , port franc. A Paris , au
Bureau de l'abonnement littéraire >
hôtel de la Fautrière , rue & à côté de
l'ancienne Comédie Françoife ; & chez
Durand , Libraire , rue Galande ; Baftien
, Libraire , rue du Petit - Lion ,
1778.
CETTE édition ne reffemble à celles qui
l'ont précédée , que par la forme anciennement
adoptée pour cet Ouvrage , La
NOVEM BR E. 1777. SI
1
premiere & la feconde partie font refaites
prefque en entier. Plufieurs Instituteurs
éclairés , qui ont aidé l'Éditeur de leurs
confeils , lui ont fuggéré la plupart des
changemens & des additions nouvelles
qui s'y trouvent. Ainfi , ce livre utile ,
dont feu M. Viard eft le premier & le
principal Auteur , eft encore l'ouvrage
de plufieurs mains habiles qui ont contribué
à le perfectionner.
Rien de plus clair & de plus aifé qué
cette méthode. Son objet principal eft
de fimplifier le travail de l'inftruction ,
& de la mettre à portée de toutes les
perfonnes chargées d'élever des enfans ,
ou qui font dans le cas d'inftruire ellesmêmes
les leurs , par l'impuiffance où
elles peuvent être de trouver des Maîtres
fut lefquels elles puiffent fe repofer de ce
foin. Dans cette vue , chaque leçon , déftinée
pour l'enfant , eft précédée d'une
inſtruction pour la perfonne qui lui enfeigne
à lire. Ces inftructions indiquent
la manière dont chaque leçon doit être
donnée .
On ne s'étoit pas affez appliqué jufqu'ici,
à faire connoître aux enfans le
fon propre à chaque voyelle , & celui
qu'elle communique à chaque confonne ,
Cij
< 2 MERCURE DE FRANCE.
lorfqu'elle eft fuivie d'une voyelle ou
d'une diphtongue , ou lorfqu'elle en eft
précédée. On ne s'étoit pas plus occupé
de les inftruire de l'ufage auquel chaque
lettre eft deftinée. Cette négligence fe
trouve pleinement réparée dans la première
partie de cette nouvelle méthode .
On y trouve d'abord un alphabet de
voyelles , où chacune de ces lettres eft
répétée autant de fois qu'il y a de manières
de la prononcer . Vis à- vis de la
colonne qui renferme cet alphabet , eft
une autre colonne où font placés , vis-àvis
de chaque voyelle , des mots qui of
frent des exemples des différentes nuances
de la prononciation de chacune d'elles .
Ainfi , la lettre e fe prononce de cinq ma→
nières ; dans Ro me , ju- bé , mè- re , accès
, & tê-te. Cette colonne n'eft point
deftinée pour l'élève ; mais pour
tuteur, qu'elle doit guider inftidans
la manière
de faire prononcer chaque fon à
l'enfant , à qui on ne doit montrer que la
première colonne . L'alphabet des voyelles
eft fuivi d'un alphabet des diphtongues
, arrangé de la même façon & dans
le même efprit ; après lequel vient celui
des confonnes , rangées d'abord fuivant
l'ordre qui leur eft affigné dans l'alphaNOVEMBRE.
1777. 53
P ›
bet , & enfuite felon le rapport qu'établit
entr'elles le fon qu'elles forment . Le by
eft rapproché du le d du t , l'f du v ,
& ainfi du refte. Suir un alphabet où les
voyelles & les confonnes font réunies ,
comme dans les alphabets ordinaires. Enfin
, un alphabet formé de voyelles , de
diphtongues & de confonnes. On paffe
enfuite aux fyllabes , ou fons formés de
confonnes unies aux voyelles & aux diphtongues
; & c'est ainsi qu'en très-peu de
temps on peut conduire chaque enfant ,
par une route fûre , à favoir lire couramment
; ce qu'il doit être en état de faire
à la
à la fin de la première partie . S'il ne le
fait pas , c'eft que fon efprit eft tardif ,
que les leçons n'ont pas encore pu s'y
bien graver ; alors il faudra fimplement
les lui faire recommencer .
&
La feconde partie confifte dans des
obfervations deftinées à perfectionner la
lecture , & à donner en même-temps des
principes généraux de l'orthographe &
de la prononciation françoifes. La prononciation
y eft en général bien indiquée.
Nous croyons cependant que les perfonnes
inftruites & judicieufes, ne conviendrons
pas qu'on doive prononcer belle &
bonne , pour belles & bonnes ; bonne à
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
manger , pour bonnes à manger ; & encore
moins Chinoés , Gauloés , Artoés ,
boere , devoére, hiftoére ; au lieu de Chinois
, Gaulois , Artois , boire , devoir ,
hiftoire. Cette prononciation eft, à Paris,
celle des enfans du peuple , & non des
perfonnes qui s'énoncent bien . La véritable
prononciation de ces mots approche
plutôt d'Artoua hiftouare , & c.
Ellipfe ne doit pas fe prononcer ´non
plus comme s'il n'y avoit qu'une 7 ; mais
on doit faire fentir les deux , ce qu'indique
aifément l'étymologie du mot.
La troisième partie eft compofée d'une
fuite de petites pièces de lecture , où
font renfermées les principales définitions
des fciences & des arts ; d'un
abrégé de Grammaire Françoife & de
ponctuation , & d'une introduction à
l'étude de l'hiſtoire & de la géographie
confiftant dans l'explication des termes
propres à ces deux fciences .
Malgré les légères obfervations que
nous avons faites fur une partie de cer
Ouvrage , nous pouvons affurer ceux qui
ont des enfans à élever , qu'il nous a
paru préférable à tout ce qui avoit été
publié jufqu'à préfent fur cette partie
fondamentale de l'éducation,
NOVEM BR E. 1777. SS
Contrepoifons de l'arfenic , du fublimé-corrofif,
du verd-de-gris & du plomb ; fuivis
de trois Differtations intitulées :
la première, Recherches Médico- Chy
miques fur différens moyens de diffoudre
le mercure , & c. La feconde , Expofition
des différens moyens d'unir le
mercure au fer , &c. La troifième ,
Nouvelle Obfervation fur l'ather , &c ;
par M. Pierre - Touffaint Navier ,
Docteur en Médecine , Confeiller-
Médecin du Roi pour les maladies
épidémiques dans la Province & Généralité
de Champagne , & c. 2 vol .
in- 12 , brochés 4 liv . 1o fols. A Paris ,
chez la veuve Méquignon & fils
Libraires , rue de la Juiverie ; & chez
Didot le jeune , quai des Auguftins ,
1777. Avec approbation & privilége
du Roi.
>
Jamais Ouvrage n'a été publié plus à
propos , & dans une circonftance plus
favorable , que celui que nous annonçons,
précisément dans un temps où l'on
fait ufage trop inconfidérément, pour le
traitement des maladies , de remèdes qui
devroient être bannis totalement de la
Civ
16 MERCURE DE FRANCE.
matière médicale , tels que l'arfenic , le
fublimé- corrofif , le verd de gris & le
plomb. Cer Ouvrage eft un vrai antidote
contre une infinité de brochures qui paroiffent
journellement , dont les Auteurs
font le plus fouvent ignorés , & qui ne
tentent à rien moins qu'à introduire , pour
les maladies , des traitemens plus à craindre
que les maladies mêmes. M. Navier ,
qui s'occupe journellement de ce qui peut
tendre au bien de l'humanité , nous donne
une nouvelle preuve de fon zèle par la
publication de fon Ouvrage. Il eft à louhaiter
qu'il ait plus de fuccès que les
différentes lettres que M. Buc'hez a publiées
avec force en 1769 & 770 , contre
le fublimé- corrofif , le verd de- gris &
l'arfenic ; mais peut-être à force de rebattre
la même matière , on viendra à
bout de diffuader le public de l'ufage de
remèdes auffi pernicieux. Pour mieux
faire connoître l'Ouvrage de M. Navier ,
nous rapporterons tout au long le jugement
qu'en ont porté MM. les Commiffaires
de la Faculté de Paris.
Nous avons été chargés , dit M.
Bucquet , par la Faculté , M. Malouin
M. Macquer , M. Défeffarts & moi
d'examiner un Ouvrage ayant pour titre :
NOVEMBRE. 177 .257
Contrepoifons de l'arfenic , &c. par M.
Navier,&c.L'Auteurfait connoître d'abord
la nature & les effets de chacun des poifons
qui font l'objet de fon travail . Il
cherche enfuite parmi les corps qui peuvent
fe combiner par la voie humide ,
( la feule qui puiffe avoir lieu dans l'in
térieur du corps-humain ) quels font ceux
qui les corrigent le plus parfaitement.
Les fubftances qu'il indique font faciles
à fe procurer , & ne peuvent nuire en
aucune manière , comme la Faculté pourra
s'en convaincre , d'après le bon expofé
que nous avons cru devoir mettre fous
fes yeux. M. Navier traite de l'arfenic
dans la première partie de fon Ouvrage ;
il trouve que cette efpèce de minéral
falin, peut fe combiner par la voie humide,
aux alkalis , au foufre , & même
aux matières calcaires , & être corrigé
par ces fubftances ».
Lorfqu'on jette du foie de foufre
en liqueur dans une diffolution d'arfenic
faite par l'eau , il fe fait à l'inftant un
précipité bleu , qui , étant mis à fublimer
, produit un véritable orpin. Le foie
de foufre perd fon odeur au moment du
mêlange , ce qui prouve qu'il a été décompofé
; & en effet, M. Navier a re-
Cr
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
connu que la plus grande partie de l'arfenic
s'uniffoit au foufre, avec lequel il
formoit une espèce d'orpin , beaucoup
moins nuifible que l'orpin ordinaire , en
ce qu'il eft beaucoup plus chargé de fou,
fre. Une petite portion d'arfenic reſte
dans la liqueur qui furnage le précipité ;
mais il eft uni à l'alkali qui faifoit partie
du foie de foufre , & fe trouve confidé
rablement adouci , comme M. Navier
s'en eft affuré » .
" L'affinité qui exifte entre l'arfenic
& le fer , a déterminé M. Navier à chercher
des moyens de combiner ces deux
fubftances par la voie humide . Il y eft
parvenu en uniffant d'abord le fer au foie
de foufre par la fulion , ou en faifant
détonner un mêlange de nitre de foufre
& de limaille de fer. Il fait diffoudre le
faie de foufre martial dans l'eau ; la
diffolution eft verte ; mais en la mêlant
avec une diffolution d'arfenic , elle perd
cette couleur , & occafionne un précipité
bien formé par l'union de l'arfenic au
foufre & au fer. Le foie de foufre martial
a tant d'action giah fur l'arfenic , qu'il fe
joint à cette fubftance , même lorfqu'elle
eft diffoute dans le lait . Dans le cas où
on n'auroit pas fous la main du foie de
NOVEMBRE. 1777. 19
foufre fimple ou martial , on peut détruire
les effets de l'arfenic par le moyen
des folutions de fer dans les acides : l'encre
même fuffit au défaut d'autres folutions
ferrugineufes . Il fuffit de verfer
d'abord fur l'arfenic un peu d'alkali qui
s'unit avec lui , & le met dans le cas
d'être enfuite féparé par les folutions
martiales acides avec le ter , defquelles
il fe combine dans le moment que l'acide
s'unit avec l'alkali » .
66
D'après ces expériences , M. Navier
propofe, pour les perfonnes empoisonnées
par l'arfenic , le traitement fuivant. I
fait boire beaucoup de lait , parce que
cette fubftance diffout l'arfenic aufli facilement
que l'eau , & qu'elle adoucit les
vifcères agacés. Il obferve , à cet égard ,
que l'arfenic , loin de coaguler le lait ,
empêche au contraire qu'il ne fe caille.
Il rejette l'huile , qui ne peut diffoudre
l'arfenic. Après l'ufage du lait , M. Navier
confeille de boire la folution du foie
de foufre alkalin ou calcaire , ou mieux
encore le foie de foufre martial , qu'il
fait prendre à la dofe d'un gros dans une
pinte d'eau chaude . On peut édulcorer
cette liqueur avec le fucre. Si les malades
ont une répugnance invincible pour cette
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
boiffon , on peut faire prendre le foie de
foufre en pilules , à la dofe de cinq ou
fix grains , en obfervant de leur faite
boire par- deffus un grand verre d'eau
chaude . On répéte cela plufieurs fois de
fuite. Au défaut de foie de foufre , M.
Navier propofe de faire boire aux malades
une leffive légèrement alkaline , ou de
l'eau de favon , & par- deffus une diffolution
de fer dans du vinaigre ou dans
tout autre acide , ou même de l'encre , fi
on n'a rien de mieux . Enfin , il achève la
cure par l'ufage du lait & des eaux fulphureufes
chaudes , que l'expérience lui a fait
connoître comme très - propres à diffiper
l'engourdiffement , la paralyfie & les convulfions
qui fuivent les empoifonnemens
».
« Les remèdes que M. Navier regarde
comme les plus propres à combattre les
effets du fublimé- corrofif , font les mêmes
qui combattent ceux de l'arfenic ,
c'est -à - dire , les différens foies de foufre
qui décompofent le fel mercuriel , &
forment , par le tranfport de l'alkali fur
l'acide , un fel neutre non cauftique ;
tandis que le foufre , qui s'unit au mercure
, fe précipite avec lui dans l'état d'un
éthiops minéral, qui n'eft nullement nuifible
».
•
NOVEMBRE. 1777. GI
сс« Les mêmes foies de foufre , & particulièrement
le foie de foufre martial ,
décomposent le verd- de- gris . Le foufre
& le fer s'uniffent au cuivre , & empêchent
qu'il ne fe diffolve de nouveau par
les fucs digestifs , comme il pourroit arriver
fi le métal n'étoit dégagé que par
les alkalis qui le précipitent dans l'état
de chaux , & qui , en le diffolvant , peuvent
le porter dans tous les organes . M.
Navier confeille aux perfonnes qui ont
eu le malheur d'avaler du verd de-gris ,
de prendre d'abord quelques boiffons açidulées
, qui puiffent diffoudre complettement
cette fubftance , & la difpofer à
être plus facilement décomposée par le
foie de foufre » .
-
>
Quoique M. Navier ne regarde point
le plomb comme un poifon corrofif , il
imagine cependant que les mêmes remèdes
pourront en corriger l'action , &
difpenfer de l'utage des mochliques
qu'on emploie en pareil cas , & qu'il ne
croit pas fans danger. Il propofe donc
d'adminiftrer aux malades une grande
quantité de boiffons acidules , de les
mettre enfuite à l'ufage du foie de foufre,
& de terminer, le traitement par de doux
purgatifs ».
62 MERCURE DE FRANCE.
» Nous ne fuivrons pas plus loin M.
Navier dans le détail de fes expériences ;
ce court expofé fuffit pour faire connoître
que la Médecine a été guidée dans fes
recherches par les lumières de la plus
faine Chimie , & par la pratique la plus
éclairée . Nous avons répété avec foin
la plus grande partie des expériences
qu'il publie ; elles nous ont paru parfaitement
exactes . Les talens de M. Navier
& le defir qu'il a eu de fe rendre utile à
l'humanité , nous ont paru devoir lui
mériter l'approbation de la Faculté . Délibéré
à Paris , aux Ecoles de Médecine
le 9 Mars 1776. Macquer , DÉSESSARTS
, BUCQUET ».
•
Nouvelles Espagnoles , de Michel de
Cervantes ; Traduction nouvelle , avec
des notes , ornée de figures en tailledouce
. Par M. Lefevre de Villebrune .
L'Illuftre Frégone , Nouvelle huitième .
in- 8 ° . broché. Prix , 1 liv. 16 f.
Cette Nouvelle de l'Illuftre Frégone ,
ou l'Illuftre Servante , eft un tableau des
moeurs Eſpagnoles du temps de Michel
Cervantes . La licence effrénée de la jeuneffe
, ne connoiffoit point alors de bor
1
NOVEMBRE. 1777. 63
nes ; de forte que l'on voyoit tous les
jours les enfans des plus illuftres familles,
fe retirer avec des bandes de filoux .
Le but de Cervantes eft de cenfurer cette
conduite licencieuſe .
.
Diègue de Carriaze , fils d'un Gentilhomme
de Burgos , riche & de grande
naiffance , fe mit en tête , à l'âge d'environ
treize ans , de courir en vagabond
& en filou, fans avoir éprouvé chez lui aucun
traitement qui le forçât à cette incon
duite. Entraîné par ce fingulier penchant,
il s'évade , & fe met à courir le monde.
En trois ans d'abfence de la maifon
paternelle , il apprend tous les jeux familiers
aux plus francs efcrocs , & devient
un filou des plus fieffés . Il va fe
faire paffer maître aux Almadraves
de Zahara première Académie de
filouterie en Espagne , & y paffe quatre
ans à y mener une vie qui lui paroiffoir
délicieufe. Au bout de ce temps , l'envie
lui prend de revoir fa famille . Il revient
à Burgos , où fon père & ſa mère le reçoivent
à bras ouverts.
Carriaze étoit lié étroitement depuis
l'enfance , avec Thomas d'Avendagne ,
jeune homme du même âge que
lui ,
d'une naiſſance égale à la fienne , & fils
64 MERCURE DE FRANCE.
pro
d'un intime ami de fon père . Il lui peint
des couleurs les plus agréables , le féjour
des Almadraves ; lui fait part du projet
qu'il forme d'y retourner , & lui
pofe d'être du voyage. La propofition effarouche
d'abord Avendagne ; il finit par y
confentir. Ils obtiennent de leurs parens la
permiffion d'aller étudier enfemble à Salamanque
, & partent fous la conduite
d'un Gouverneur commun auquel les.
deux pères remettent l'argent néceffaire
pour la dépenfe de leurs enfans
pendant un an . Arrivés à Valladolid ,
ils difparoiffent après avoir crocheté la
malle du Gouverneur , & fe rendent à
Madrid , où ils fe défont de leurs mules
& de tout leur équipage , s'affublent
d'habits groffiers , & fe mettent en route
à pied pour Tolède. Dans le chemin
ils entendent caufer deux voyageurs ,
pied comme eux , dont l'un difoit à l'autrè
tâche de gagner l'hôtellerie du
à
Sévillan , tuyverras cette belle Frégone ,
» dont il eft tant parlé.... Elle eft dure
» comme un marbre , revêche comme
» une payfanne des montagnes , âpre
» comme l'ortie ; avec tout cela , elle a
» un vifage de Pâques , une face de
bonne année , le foleil fur une joue ,
la lune fur l'autre . On diroit , du front
NOVEMBRE. 1777. 65
"
1
jufqu'à la gorge , que c'eft un pasterre
» de rofes , d'aillets , de jafinin , de lys ::
» je ne parlerai pas du refte . Avendague
, frappé de ce difcours , conçoit.
fur le champ l'envie de voir cette beauté,
à quel prix que ce foit . Ils arrivent fur
le foir , à la porte du Sévillan Carriaze ,
preffé de fe rendre aux Almadraves
vouloit engager Avendagne à venir loger
ailleurs ; mais Avendagne , toujours plein .
de fon objet , entre dans la cour de l'hô- ,
tellerie , où la belle Frégone eft le premier
objet qui fe prefente à fes yeux..
It.
demeure frappé de fa beauté. L'Aubergifte
arrive. Avendagne lui forge une
hiftoire , & , fous prétexte d'attendre un
Seigneur dont il fe dit le domeftique ,
fe fait donner une chambre pour lui &
pour fon camarade.”
Avendagne , devenu amoureux de la
belle Conftance ( c'eſt le nom de la jeune
fille ) , fe propofe de refter à Tolède. Carriaze
n'omet rien pour le détourner de
ce deffein , mais inutilement. Il fe réfout
enfin lui-même à ne pas le quitter.
Ils faififfent tous deux , le lendemain
une occafion qui fe préfente , pour fe
mettre au fervice de leur hôte. Avendagne
, ſous le nom de Thomas Pèdre
66 MERCURE DE FRANCE.
en qualité de garçon d'écurie ; ' & Carriaze
, fous le nom de Lope l'Afturien
pour aller chercher , fur un âne , de l'eau
à la rivière. Mais ce dernier , en exerçant
cette noble fonction , prend querelle
avec un autre ânier qu'il bleffe dangéreufement,
cequi le fait conduire en prifon ,
qù il demeure trois femaines , & d'où
fon ami Thomas a beaucoup de peine à
le tirer. Cette aventure le dégoûte de fa
condition ; mais , pour ne pas perdre
Avendagne de vue , il refte dans Tolède ,
& s'y occupe à vendre de l'eau pour fon
compte. Il achète un âne pour exercer
cette profeffion . Voyant quelques- uns de
fes nouveaux confrères qui jouoient aux
cartes fur le pré , il fe met à jouer aufli.
Cet endroit eft le plus amufant du conte.
"
"
,
Lope , qui ne fe faifoit jamais prier deux
»fois pour les bonnes affaires , fe couche
» à côté d'eux , avance fa mife , & bat
» les cartes . En deux ou trois tournées
» il perd les fix écus qui lui reſtoient.
» Je joue à préfent mon âne , mais
» par quartiers. Lope perd un quar-
» tier , puis le fecond , puis le troiſième ,
puis le quatrième. Le gagnant fe lève
» pour aller prendre l'âne . Doucement ,
l'ami , lui dit Lope ; faites attention que
»
NOVEMBRE. 1777. 67
>>
»
je n'ai joué que les quatte quartiers ;
» mais il me revient la queue toute entière
, ainſi qu'on me la remette. Les
» autres éclattent de rire : je ne ris pas ,
» dit Lope , d'un ton fort férieux . L'on
alloit probablement s'empoigner , loffqu'un
vieux confrère les empêcha de
» s'échauffer. Mes amis , tenez , vous
» allez vous afſommer , & cela ne déci-
» dera pas l'affaire. Croyez - moi , ne
travaillez-pas au profit des Alguafils .
» Ne vaut-ilpas mieux aller chez un Avocat
, & le prendre pour arbitre ? =
» Point d'Avocat , dit le gagnant ; il
mangeroit cet âne , fon père , & toute
fa famille. Quand on vend un gigor,
» il femble que la queue va toujours avec :
ainfi point de doute que l'âne & la queue
» m'appartiennent. Cela eft faux , repli-
» que Lope : les moutons de Barbarie ont
toujours cinq quartiers , & le cinquième
» c'eft la queue de forte que lorfque le
mouton eft dépecé , la queue fe compte
»pour un quartier ... Ainfi, plus de taifon ,
» je veux la queue , ou je l'aurai de force ,
quand tous les âniers de Tolède s'y
» oppoferoient. Ne croyez pas me faire
» peur parce que vous êtes vingt contre
» un. Je fais manier mon camarade auffi
و د
2
68 MERCURE DE FRANCE.
» bien qu'ânier du monde , & je mets
« dix
pouces de dague dans le ventre au
premier qui touche à la queue de mon
» âne. J'ai trop d'ame pour acheter juf
" tice à prix d'argent , je me la ferai moi-
"9
وو
„ même » .
» que
" Le gagnant & les autres virent bien
le drôle ne lâcheroit pas prife aifé
» ment. Lope jette fon bonnet en l'air
» empoigne la dague cachée fous fa vefte ,
» & le cantonne àcôté de l'âne avec une .
» contenance fi fière , qu'il leur en impofe
à tous . Eh bien , dit le vieux
» confrère , arrangez - vous ainfi . Que
» l'Afturien joue la queue contre un quar
i
tier ; s'il le perd , tout fera dit . Soit ,
» dit Lope. On reprend les cartes ; il
» regagne un quartier , puis le fecond
» enfin voilà l'autre fans âne. A pré-
» fent , mon argent , dit Lope ; partage
le en cinq parts , une contre chaque
quartier L'autre n'étoit pas trop de cet
» avis : mais il fallut céder aux inftances
» des confrères . Lope , en cinq coups
» de cartes , regagne fon argent , & dit
» d'un ton ironique : Eh bien
15
33
33
confrère
, te refte-t - il encore du butin ? =
Oui , fans doute. Allons , va pour
» Fout mon avoir , contre ton âne &
K
NOVEMBRE. 1777. 69
a =
و د
ور
›
ta bourfe. Va , confrère : au jeu,
Quinola , dit Lope , on compte le
point ; le confrère eft à fec & fon
mariage fondu. Confterné de fa ruine
» fans un feul maravedi le pauvre
» diable ſe jette à terre , ſe bat , ſe déchire
, & alloit fe tuer , lorfque Lope ,
» en homme bien né , prend pitié du
» confrère. Tiens , voilà ton argent.
» Tu n'es pas le premier qui fe foit
» ruiné fur un coup de cartes ; mais ,
après cette fottife , n'en fais
"
=
pas une » feconde
: voici encore
les dix ducats » du prix de ton âne . Toute
la bande
» fut ftupéfaite
à cette libéralité
: peu s'en fallut
même
qu'ils
ne l'éluffent » le Roi des âniers
» .
Cette hiftoire fe répand par toute la
ville . A peine Lope s'eft- il mis à exercer
fon métier , que la populace le montre
au doigt : Ah ! l'homme à la queue , ton
âne l'a bien longue. Il prend le parti de
fe retirer dans le petit appartement qu'il
a loué , & de ne pas fortir de quelques
jours , dans l'efpérance qu'on oubliera la
queue de fon âne.
Cependant , Thomas découvre fecrètement
fa naiffance & fon amourà Conf
tance , mais fans pouvoir parvenir à la
70 MERCURE DE FRANCE .
faire expliquer. Enfin , Don Diègue de
Carriaze , accompagné de Don- Juan
d'Avendagne , arrive dans l'hôtellerie ,
& fe fait connoître pour le père de cette
belle perfonne , fruit d'une foibleffe qu'avoit
eue pour lui une Dame de la première
qualité , qui étoit venue accoucher
en fecret dans cette auberge , & avoit
laiffée la jeune Conftance , après l'avoir
mife au monde , entre les mains du Sévillan
, en lui faifant de grands préfens ,
& lui recommandant d'avoir foin de fa
fille , & de ne la remettre qu'à ceux qui
lui repréſenteroient des marques dont
elle convintavec lui . Don Diègue apporte
ces marques qui doivent lui faire retrouver
fa fille . Pendant que la reconnoiffance
fe fait , en préfence du Corrégidor de
Tolède , parent de Don- Juan d'Avendagne
, on entend du tunulte dans la
tue c'étoit Lope l'Afturien qui fe faifoit
encore arrêter . Le Corrégidor or
donne qu'on le faffe monter , & Don
Diègue reconnoît fon fils , qui découvré
en même-temps à Don -Juan que Don
Thomas d'Avendagne eft dans l'auberge.
On le trouve dans le grenier , où il étoit
allé fe cacher en voyant arriver fon père .
Il eft uni à- Conftance : on marie aufli
:
NOVEM BR E. 1777. 71
Carriaze , qui renonce à fes fredaines
& à fon goût pour la vie vagabonde.
>
Dictionnaire des origines. A Paris , chez
Baſtien , Libraire , rue du petit Lion.
Ceux qui ont parcouru les premiers volumes
de ce Dictionnaire , ne feront pas
fâchés d'apprendre que la matière s'étend
fous la plume de l'Auteur . On ne peut
donner que des notices fuperficielles ,
en abrégeant trop les articles. Ainfi , le
mérite de ces fortes d'Ouvrages eſt d'éviter
le double écueil de la prolixité fatigante
, & de la briéveté excellive . Quant
aux excurfions que les Lexicographes font
dans les genres étrangers au but qu'ils
fe propofent dans leurs Ouvrages , c'eft un
défaut prefque général , qu'on pardonne
aifément , lorfque les articles qui font
de trop,font d'ailleurs intéreffans . A l'arti
cle de Marie- Thérèfe , Impératrice Douai
rière , Reine de Hongrie & de Bohême
& c. , on eft fort aife de retrouver un
éloge qu'on a emprunté d'un Orateur
connu par des fuccès multipliés. « Cette
Souveraine , fi juftement célèbre , n'a
jamais vu les dangers du trône & les
» orages de la fortune au-deffus de fon
"
72 MERCURE DE FRANCE .
courage & de fon génie , ni les vertus
» d'une condition privée , au-deffous de
» fon rang & de fes devoirs. Elle fut à
» la fois s élever jufqu'aux héros les plus
» fameux , & defcendre jufqu'au dernier
» de fes Sujets. Après avoir fait de gran-
» des chofes, elle ne fecrut pas difpenfée
» de faire le bien , & parut avoir oublié
» tous fes droits à l'admiration des hom-
» mes , tant elle cherchoir à en acquérir
"
"
53
fur leur reconnoiffance . Son ame for-
» tifiée & agrandie par l'adverfité & les
périls , dans l'âge des féductions & de
l'inexpérience , demeura depuis à la
» hauteur où elle étoit une fois montée ,
» & prouva que, pour être fupérieure aux
» hommes , elle n'auroit pas eu même
» befoin de la grande leçon du malheur .
» On la vit joindre aux vues générales
» d'une adminiftration bienfaifante, certe
» bonté de tous les momens qui ne craint
» pas d'en faire trop ; & cette aimable
fimplicité , attribut de la vraie gran-
» deur , qui ne craint pas de jamais rien
ود
perdre. Son nom , répété par tous les
» peuples , avec des louanges unanimes ,
» & par fes fujets avec des larmes de
» tendreffe , enfeigne à tous les âges
» que le talent de régner réfide fur- tout
» dans
NOVEM BR E. 1777. 73
>
dans l'ame , & que la vraie politique
» eft dans la vertu . Enfin parmi
» tous les titres qu'elle peut partager
avec les meilleurs Princes , Marie-
Thérèſe mérite cet éloge fi rare , que ,
» n'ayant jamais cru qu'il y eût une morale
particulière pour le trône de l'hé-
» toïfme , elle n'a jamais eu befoin
» la gloire lui fervit d'excufe «,.
que
Ces vertus ont été tranfmifes à l'Augufte
Princeffe , qui fait le principal ornement
de fon trône ; & la Nation Françoife
en recueillera les fruits délicieux.
L'Art de parler réduit en principes , ou
Préceptes abrégés de Réthorique , avec
des exemples choifis pour former l'efprit
& le coeur de l'un & de l'autre
fexe. A Paris , chez la veuve Savoie
Libraire , rue St Jacques.
2
On a beau avoir reçu de la nature un
goût exquis, ce goût devient toujours un
mauvais guide, s'il n'eft pas cultivé par des
leçons de Réthorique ou de Littérature
& par l'étude des bons modèles . Ce talent
naturel fera à la fin étouffé par des lectures
faites fans choix . L'on remplira fa
mémoire de faux principes & d'exem-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
ples fans goût , fi l'on n'a pas été bien
dirigé dans fa jeuneffe , par des Inftituteurs
éclairés. C'est pour éviter cet
inconvénient , que l'Auteur de l'Ouvrage
que nous annonçons , préfente à la jeuneffe
de l'un & de l'autre fexe , un livre
qui , par la clarté des leçons qu'il contient
, & le choix des exemples qui les
accompagnent , peut fervir à développer
& à perfectionner le goût.
On venge le beau fexe contre les détracteurs
qui voudroient lui interdire
toute efpèce d'étude , & l'on convient
dans cette Rhétorique , que les perfonnes
du fexe ayant reçu de la nature une vivacité
d'efprit qu'elle ne donne pas communément
aux hommes au même degré ,
ce feroit méconnoître fes dons , que de
ne pas enfeigner l'art de bien parler à
celles qui ont le talent de manier aifément
la parole. Ne vaut-il pas bien mieux
les occuper des élémens de la littérature
, & leur apprendre à goûter un livre
bien écrit , que de les laiffer employer
une grande partie du temps à des frivolités
qui rétréciffent le génie ? & le préfent
que la nature leur a fait d'une riche
mémoire , ne femble- t- il pas impofer aux
Maîtreffes de Penfion , l'obligation de
NOVEM BR E. 1777. 75
>
la meubler de principes , de goût &
d'exemples intérellants pour l'efprit & le
coeur ? On dira peut être , continue le
Panégyrifte du beau fexe , qu'il ne faut
pas ouvrir aux femmes une carrière qui
eft réfervée pour les hommes. Mais
pourquoi les hommes prétendroient- ils
fe réferver cette carrière , & la fermer
aux femmes ? Pourquoi celles qui , de
l'aveu des hommes , ont le tact plus fin ,
fe verroient- elles repouffées du Sanctuaire
des Sciences par les mains même qui
s'empreffent à les admettre par-tout ailleurs
? Et , tandis que les femmes d'efprit
font l'agrément des bonnes compagnies ,
par le charme de leurs faillies , comment
les hommes prendroient- ils fur eux de
leur fermer l'entrée de leur lycée ? Ils
fe rendroient fufpects d'une forte de
jaloufie qui ne pourroit leur faire honneur
& qui fembleroit contrafter
avec l'aveu qu'ils font d'être flattés de
leur converfation , & de fe plaire dans
leurs cercles.
Cet Quvrage , où l'on rend tant de
justice aux Dames , méritoit le titre de
Rhétorique des Demoifelles ; mais
comme les préceptes & les exemples conviennent
également àl'un & à l'autre fexe ,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ce livre peut être employé , & par les
Inftituteurs & par les Maîtreffes de
Penfion.
,
Rofel , ou l'Homme heureux , par M. le
Prévôt d'Exmes , feconde Edition . A
Genève ; & fe trouve à Paris , chez
Mérigot le jeune Libraire , Quai
des Auguftins , au coin de la rue Pavée .
1777.
>
Ce petit Ouvrage philofophique , déjà
imprimé , reparoît aujourd'hui accom
pagné de quelques Poéfies fugitives.
Sous le nom de Rofel , l'Auteur fait
parler un père donnant une inftruction à
fon fils encore jeune ; il fuppofe cet enfant
chéri , d'abord entraîné dans la carrière
du vice , victime des malheurs qu'il
entraîne à fa fuire ; & , revenu enfin de
fes égaremens, il finit par lui propofer le
choix entre la profpérité & la vertu . Pour
lui faire connoître les avantages de l'un
& de l'autre , il lui montre d'abord un
château fuperbe , habité par un vil favori
de la fortune , qui cherche à en impofer
par un extérieur brillant , afin de faire
oublier la fource méprifable de fon ори-
lence . Il lui fait le détail des balfelles &
NOVEM BR E. 1777. 77
des infamies par lesquelles cet infecte orgueilleux
s'eft élevé. Il peint enfuite un
vieillard pauvre , habitant une cabane
couverte de chaume , mais vertueux &
tranquille. Veux- tu , dit- il enfin à fon
fils , veux-tu demeurer dans ce château
, féjour des plaifirs & du vice ?
» veux-tu habiter cette cabane féjour
» des peines & de la vertu ? ... Que vois-
» je ? Sans balancer , ton choix eft déjà
» fait la vertu triomphe ; je meurs
» content » .
و
La plus confidérable des pièces fugi
tives , eft une romance en pot - pourri
affez agréable , intitulé lafidélité de Lucrèce.
Elle n'eft pas avantageufe à la vertu
de cette antique Héroïne. Le refte confifte
dans une Idylle fur une tourterelle ; un
vaudeville dont le refrein eft que tout eft
changé ; une romance fur un papillon ,
& les traductions de deux ou trois petites
pièces Latines. On connoît le fameux
diftique fur Didon :
Infelix Dido ! nulli bene nupta marito.
Hoc pereunte , fugis ; hocfugiente , peris.
M. le Prévôt d'Exmes en a peut- être
été le Traducteur le plús littéral ; nous
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
laiffons au lecteur à juger s'il eft auffi le
plus élégant.
Didon , que je te vois malheureuſe en maris !
L'un périt , tu t'en fuis ; l'autre fuit , tu péris.
On peut fe rappeler cette autre traduction
ou imitation , qui a auffi le mérite
de la précifion .
Didon , tes deux époux ont caufé tes malheurs ;
Le premier meurt , tu fuis ; le fecond fuit , tu
meurs.
-
Supplément à l'Analyfe des Conciles Généraux
& particuliers , par le R. P.
Charles Louis Richard , Profeffeur
en Théologie , de l'Ordre & du Noviciat
Général des Frères Prêcheurs.
Tome cinquième. A Paris , chez Benoît
Morin , Imprimeur - Libraire
rue St Jacques ; & Laporte , rue des
Noyers.
On a rendu un compte très-avantageux
des quatre premiers volumes de l'Analyfe
des Conciles ; & le jugement qu'on
en a porté, vient d'être confirmé tout réNOVEMBRE.
1777. 79
cemment par l'Auteur de la nouvelle Bi
bliothèque d'un homme de goût , quis
tom . 3 , pag. 88 & 89 , exalte la netteté ,
l'ordre , la précifion , te ftyle , l'éloquence
Pérudition,la critique, l'intelligenceprofon
de du droit ancien& moderne; le zèle de la Re-
-ligion & l'amour de la Pairie , qui règnent
dans ces quatre premiers volumes . Nous
pouvons affurer le Public, que le cinquième
& dernier que l'Auteur lui donne par
forme de fupplément , ne cède pas aux
quatre premiers , & qu'il a même deux
avantages confidérables fur eux. Le premier
, eft la correction de plufieurs fautes
qui s'y étoient gliffées ; le fecond , & qui
eft le plus important , confifte dans un
grand nombre de nouveaux articles fur
le dogme , la morale & la difcipline ,
relativement à l'exigence des circonftances
du temps & des befoins de la Religion
, des moeurs , de la vertu , ´de la
fociété , des Empires & des deux Puiſ
fances qui les gouvernent dans l'ordre
religieux & civil . Tels font , entr'autres ,
les articles Anathêmes , Antilogie , An
tropologie , Archevêque , Célibat , Deïſme ,
Dieu , Ecriture- Sainte , Éternité , Mal ,
Matérialifme , Miracles, Proteftans , Ri-
Dir
80 MERCURE DE FRANCE.
cheffes du Clergéféculier & régulier , ufure ,
zèle , où l'on voit la réfutation de la Philofophie
de la nature,
Lettre d'un Profeffeur Emérite de l'Univerfité
de Paris , en réponſe à un
Prieur Religieux Bénédictin de Saint-
Maur, fur l'éducation publique, aufujet
des exercices de l'Abbaye-Royale
de Sorèze. A Paris , chez Brocas
Libraire , rue St Jacques.
Les Religieux font-ils propres à l'éducation
publique ? Reconnoît- on le
plan de l'Univerfité de Paris dans celui
que lui attribue M. d'Alembert ? Les
exercices du Collège de Sorèze peuventils
contribuer aux progrès de la jeuneffe
qu'on y élève ? Voilà les questions que
le Profeffeur émérite de l'Univerfité de
Paris difcute & approfondit ; & fa lettre
eft une differtation intéreffante fur l'objet
de l'éducation , où l'on trouve une foule
de réflexions judicieuſes . Il démontre ,
par rapport au premier objet, que les Religieux
peuvent être au moins auffi inftruits
que des Laïcs à qui le commerce
du monde ôte beaucoup de temps . « Si
» Dieu pern et à l'homme de chercher la
NOVEM BR E. 1777. 81
"
» folitude , afin de fe fouftraire aux dan-
» gers du monde , & de parvenir à une
plus haute perfection , n'eft- il
pas in-
» conteftable qu'il veut que le grand nombre
vive en fociété , non pour fe cor-
» rompre mutuellement , mais pour fe
» rendre meilleurs , & s'entr'aider par
» toutes fortes de bons offices , de ma-
» nière que fon nom foit glorifié fur
» la terre comme il l'eft dans le ciel.
» Or , pour élever l'homme à des fen-
» timens auffi fublimes & auffi dignes de
» lui, peut-on s'y prendre trop tôt ? peuton
y employer des Inftituteurs trop religieux
? Qu'exigent de tout Inftituteur,
» Dieu , le Roi & la Patrie ? N'eſt- ce pas
qu'il s'attache à former de bons Ĉitoyens
, & par conféquent de vrais
- Chrétiens ?... La véritable fin de l'édu-
» cation eft affurément d'infpirer aux Élè
» ves l'amour de la vertu, de développer
» leurs talens , & de les rendre capables
» d'embraffer , en fortant des Colléges
» l'état auquel ils fe fentent plus de penchant.
Ainsi , la première qualité d'un
» Inftituteur , c'eft l'amour de la Reli
» gion & de La Patrie ; il faut qu'il y
joigne une patience conftante une
35
31
35
"
"
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
ود
» tendreffe paternelle pour les enfans
qui lui font confiés. Or , qui aura ces
qualités , fi ce n'eft un homme vérita-
» blement religieux , qui connoît les
vanités du monde & fa perverfité ;
qui médite fans ceffe fur les devoirs
» de l'homme envers Dieu , envers luimême
, & envers le prochain » ? »
Certainement , le Profeffeur ne prétend
point qu'il ne puiffe y avoir , parmi
des Laïcs répandus dans le monde , des
hommes affez vertueux & affez éclairés
pour mériter qu'on leur confie l'éducation
de la jeuneffe . On trouve dans la
capitale & dans les Provinces , des Inftituteurs
qui réuniffent ces qualités ; mais
l'Auteur de la Lettre n'en foutient pas
moins , que la diffipation que produit
le commerce du monde , & la contagion
de l'exemple , font des obftacles que n'ont
point à vaincre des Religieux qui ont le
bonheur de vivre dans des maifons édifiantes
.La fubordination qu'exige la règle,
ne les empêche pas de faire de bonnes
études , lorfqu'ils en ont le goût , & de
les rendre capables d'inftruire la jeuneſſe.
Rien ne les empêche de lire les Homères,
les Démosthènes , les Cicérons , & les
excellents Auteurs François qui ont brillé
dans tous les genres .
NOVEMBRE. 1777. 83
C
Le Profeffeur émérite expofe plufieurs
raifons plaufibles en faveur des réguliers,
fur-tout , par rapport aux Provinces où
les Colléges ne peuvent pas avoir les avantages
de l'Univerfité de Paris. On lit avec
intérêt tout ce qui a rapport au plan des
Études de l'Univerfité de Paris , aux attaques
que M. l'Abbé de Condillac a faites
aux Univerfités, dans fon Cours d'Études ,
& aux Exercices du Collège de Sorèze.
Cette difcuffion , qui eft jointe à une
efpèce d'apologie de l'Univerfité de Paris
, à l'expofition de la méthode qu'on
y fuit dans les études publiques , & qui
renferme les meilleurs principes de licé-
-rature , ne peut être que très- utile aux
- Inftituteurs & aux pères qui veillent de
près à l'éducation de leurs enfans .
6
-
-
Le Mitron de Vaugirard , Dialogue fur le
bled , la farine & le pain ; avec un
traité de la Boulangerie, par M. Lacombe
d'Avignon. Nouvelle édition . A Paris
, au Palais Royal , & chez Didot ,
Libraire rue Pavée. 1777.
>
Ce petit Ouvrage économique qui
parut pour la première fois au commencement
de l'année dernière , eft égale-
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
ment recommandable par l'importance du
fujet , & par les vues patriotiques de l'Auteur.
Les Dialogues , au nombre de fix ,
font entre le Mitron & M. Fromant fon
ami. Ony trouve d'excellentes inftructions.
far tout ce qui a rapport au pain ; on y
donne auffi en faveur des pauvres , pour
remédier aux cas de cherté ou de difette ,
la recette d'une foupe économique compofée
de riz , de pain , de navets & de
pommes de terre , au moyen de laquelle
un inénage de douze perfonnes peut être
nourri copieufement , moyennant 3 fols
par jour par tête . Le Mitron affure que
cette foupe eft très - nourriffante.
C'est dommage que ces Dialogues eftimables
foient déparés par la petite fingularité
d'une orthographe bizarre , fuivant:
laquelle les mots font écrits précifément
comine on les prononce : commejournellemant,
diminucion, ancore , anée , filofofie,
&c . Ontrouve à la fuite des Dialogues
un petit traité de la Boulangerie , extrait
d'un in -folio publié par M. Malouin , ſavant
Médecin Chymifte , avec des réflexions ;
fur la manutention des Mitrons de Paris..
Ce traité , auli judicieux . qu'inftructif ,
renferme tous les détails qu'on peut defrer
de connoître , touchant la fabricaNOVEMBRE.
1777. 85
tion d'une denrée dont l'utilité eft fi grande
& fi générale.
Euvres de Chaulieu , d'après les manufcrits
de l'Auteur. 2 vol. in - 12. A la
Haye, & fe trouvent à Paris, chez Piffot,
Libraire , rue du Hurepoix. 1777.
Cette nouvelle édition des Euvres de
Chaulieu , doit être regardée comme la
feule vraiment authentique & originale.
Elle a été faite d'après trois manufcrits
originaux , dont l'un , peu de temps avant
la mort de l'Auteur , avoit été rédigé fous
fes yeux , d'après le manufcrit corrigé de
fa main. Ces manufcrits ont été donnés
par le Marquis de Chaulieu , petit neveu
du Tibulle François , qui annonce luimême
, dans une Lettre à l'Éditeur , les.
motifs qui en ont retardé long temps la
publication , & ceux qui l'occafionnent
aujourd'hui. « J'ai long - temps hésité:
» Monfieur , dit M. le Marquis de Chaulieu
à rendre public le recueil des
» OEuvres de M l'Abbé de Chaulieu ,
mon grand- oncle. Sa famille , par ref
» pect pour fa mémoire , étoit dans l'in-
» tention de ne point leur laiffer voir la
lumière, M. l'Abbé de Chaulieu faiſait
86 MERCURE DE FRANCE.
» des vers pour fon amufement & fans
prétention ; & jamais il n'eut la volonté
» de fe faire imprimer. Voilà pourquoi ,
"
depuis plus de cinquante ans , ſes hé-
»ritiers ont toujours refufé de fe défaifir
» de fes manufcrits ; mais , comme dans
» les éditions imparfaites qu'on a données
» de fes Ouvrages , fans leur confentement
, on lui a attribué des pièces qu'il
» n'a point faites , & des fentimens qu'il
.» n'eut jamais , le même refpect pour fa
» mémoire , me détermine enfin à vous
» faire le facrifice de ces manufcrits qu'on
» m'a tant de fois demandés » .
L'Éditeur s'eft particulièrement attaché
au manufcrit que Chaulieu avoit adopté ,
& que cet illuftre Poëte deftinoit au Pu-.
-blic , comme on peut en juger par la
Préface qu'il y a jointe, & qui paroît
imprimée aujourd'hui pour la première
fois. Cette Préface eft d'autant plus intéreffante
, qu'elle fait connoître les véritables
fentimens de l'Abbé de Chaulieu.
Il y convient des écarts de fon imagination
, mais il défavoue & condamne d'avance
tous les jugemens qu'ils pourroient
faire naître au préjudice de fes mours &
de fa foi. Trois de fes pièces fur-tout , intitulées
par lui-même , les Trois Façons.
NOVEMBRE. 1777. 87
• "
de penfer fur la mort , lui ont paru exiger
une interprétation . « L'applaudiffe-
» ment des gens d'efprit , dit-il , & le
» malheureux amour-propre dont il eft
impoffible de fe défendre , qui rehauffe
» le prix de ce que nous poffedons , me
perfuada que je pouvois tenter tout ce
» que l'étendue d'une imagination bril-
» lante & féconde pouvoit mettre au jour :
» cette penſée me flatta. Je crus pofféder
ور
ל כ
"
.وو
quelque partie de ce tréfor ineftimable ;
» féduit par ces erreurs, plutôt que guidé
» par la raiſon , je voulus faire quelque
chofe de . fingulier je m'abandon-
» nai tout entier à mon génie. Je penfai
que l'imagination portée à un certain
degré , pouvoit égayer ce qu'il y a de
plus trifte , conferver les ornemens de
» la Poéfie parmi ce qu'il y a de plus curieux
, & jeter des fleurs fur ce qu'il
» y a de plus fec & de plus aride. C'eſt
» dans cette idée que j'ai compofé les
» Trois Façons de penfer fur la mort.
» Il faut plaire aux efprits bienfaits.
» difoit M. Pafchal ; c'eft à eux que je
» m'adreffe ici , & je les conjure de ne
» me pas condamner fur les apparences ,
» & de n'aller pas prendre pour mes opi-
» nions , ce qui n'étoit en effet que des
>
88 MERCURE DE FRANCE.
1
» effais de Poéfie . J'ai fait la première
façon de penfer fur la mort dans les
» principes du Chriftianiſme
30
"
> & de
» toute l'étendue de la miféricorde de
» Dieu , feul afyle des pécheurs comme
» nous ; & je l'ai faite fans être , par mal-
» heur dévot . J'ai fait la feconde dans les
principes du pur Déïſme , fans être So-
» cinien ; la troiſième , dans les principes
d'Epicure , fans être impie ni athée.
» C'eſt ainfi que j'ai chanté les amours
» & le vin , toujours voluptueux & jamais
» débauché. Ferme dans les principes de
» ma Religion , je n'ai point prétendu
dogmatifer le libertinage ; j'ai cherché
» feulement à faire voir jufqu'où l'abon-
» dance de la rime, la fécondité de l'imagi-
» nation, & la facilité du génie, pouvoient
» aller ».
n
Parmi les pièces qui n'avoient encore
été imprimées dans aucune édition des
OEuvres de Chaulieu , on diftingue l'Ode
contre la corruption du ftyle , & le mauvais
goût des Poëtes du temps. Nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs de la
rapporter en entier.
Quoi donc ! quand je veux écrire ,
Faut-il appeler toujours
Qu la Mère des Amours ,
NOVEMBRE. 1777. 89
Ou le blond Dieu de la lyre ,
On Muſes à mon fecours ?
Tant de bruit & tant d'enflure ,
Tient lieu de fécondité
A ces Auteurs qu'a jeté
Dans beaucoup de bourfoufflure ,
Beaucoup de ftérilité.
Pour toi , ma guide fidelle ,
Qui hais l'affectation ,
Reine de l'invention ,
Tu viens fans que je t'appelle,
Chère imagination !
Alors au lieu de penſée ,
D'antithefes & de traits ,
Tu me fournis des portraits
Qu'à leur manière aiſée.
L'on voit que toi feul as faits.
Là , point d'épithète en rime ,
De pointe , de fens retors
Ne vient former les accords
De ce fec & dur fublime
Pour qui Roi fait tant d'efforts.
C'eſt dans un Dictionnaire
De rimes que prend Houdart ,
MERCURE DE FRANCE . ' I
Ce bel effor , cet écart ,
Qui , froids enfans d'un Libraire ,
Sentent trop la peine & l'art.
Féconde fans artifice ,
Quand tu viens à t'enflammer ,
Quoique l'on veuille exprimer ,
Les mots fervent ton caprice ,
Et s'empreffent à rimer .
Tu fais ces belles images ,
Ce tour facile & badin ,
Ces fleurs qui , comme un jardin ,
Emaillent les badinages
De Chapelle & Sarrafin .
Du Poëte de Sicile ,
Qu'eft devenu le hautbois ?
La flûte & la douce voix
Dont Mofchus, dans une Idylle ,
Chantoit les prés & les bois !
Beau pinceau tendre & fertile ,
Où font ces vives couleurs ,
Que , pour peindre fes douleurs ,
Vint emprunter de Virgile ,
Philomèle en fes malheurs?
NOVEMBRE. 1777. 91
Catulle , Gallus , Horace ,
Aux foupers de Mécenas ,
N'égayoient point le repas
De vers obfcurs qu'au Parnaſſe ,
Phébus même n'entend pas.
Comme parle la Nature ,
L'on parloit au fiécle heureux
Qu'Augufte rendit fameux ,
Moins que fon bon goût qui dure
Encore chez fes neveux.
Mais bien-tôt après fuivirent
En foule les faux brillans :
Depuis ces malheureux tems
Les Dubartas refleurirent
Au Café de la Laurens.
Ceft- là que Verdun admire
Gâcon , Lucain , Martial ,
Et que ce Provincial
Vante les Conchets * qu'inſpire
Et Rome & l'Efcurial .
* C'eſt ainfi que Chaulieu a francifé le mot Italien
Concetti.
92 MERCURE DE FRANCE,
Paix-là , j'entends Pimprenelle *.
Qui , géométriquement ,
Par maint beau raiſonnement
Fait , à la pointe fidelle ,
Le procès au fentiment.
Le dur , l'enflé, le bizarre
A fa voix reprend vigueur ;
De fon école l'Auteur
Le plus plat fe croit Pindare ;
Danchet même a cette erreur.
Mais quoique dans leur chimère
Ils foulent Malherbe aux pieds ,
Je n'y vois que des Frippiers
Retourner l'habit d'Homère
Dans leurs vers eftropiés.
Ferrand , chez qui fe conferve ,
Dans un efprit vif & doux ,
Ce qui refte de bon goût ;
C'est toi qu'Apollon réſerve
Pour oppofer à ces foux.
* Fontenelle.
NOVEMBRE. 1777 93
Sauve ta chère Patrie
De l'invasion des Gots ,
Qui , montés fur de grands mots ,
Ramènent la barbarie
En triomphe chez les fots.
>
Les Pièces déjà imprimées , font fouvent
très - différentes dans cette Édition
de ce qu'elles étoient dans les précédentes.
La Plainte fur la mort de M. le Marquis
de la Farre , en particulier , reffemble
fort peu à la leçon qu'en a donnée feu St
Marc , qu'on regarde comme le meilleur
des anciens Éditeurs de Chaulieu. Il
en eft de même de plufieurs autres morceaux
. Le nouvel Editeur a eu foin de faire
obferver ces différences , & s'eſt attaché.
fur-tout à la critique de l'Edition de St
Marc , qu'il met toujours en oppofition
avec celle-ci .
Coutume du Boulonnois , conférées avec
les Courumes de Paris , d'Artois , de
Ponthieu , d'Amiens & de Montreuil ;、
le Droit commun de la France , & la
Jurifprudence des Arrêts , par M. le
Camus d'Houlouve , ancien Avocat
au Parlement : 2 vol. in-4° . de 1100
94 MERCURE DE FRANCE.
t
pag. environ. A Paris , chez Didot
l'aîné , Imprimeur-Libraire , rue Pavée
Saint-André - des- Arcs › près le
Quai des Auguftins. 1777. Avec Approbation
& Privilége du Roi . Prix
reliés , 21 liv . On trouve chez le même
Libraire , le Traité des Intérêts , du
même Auteur.
M. le Camus d'Houlouve , Auteur
du Traité des Intérêts , qui a paru en
1774 , & qui a été reçu favorablement
du Public , vient de donner un nouveau
Commentaire des Coutumes du Boulonnois.
Sous vingt titres différens , il traite
non-feulement des difpofitions particulières
de cette Coutume , mais même
de tous les principes du droit commun
qui règlent tous les cas qu'elle n'a pas
prévus.
Il y a , dans la Coutume du Boulonpois
, comme dans toutes les autres Coutumes
, beaucoup de difpofitions abfolument
conformes au droit commun du
Royaume ; mais comme une Coutume
ne peut renfermer toutes les Loix qui
peuvent régir la Province pour laquelle
elle a été faite , l'ufage eft de fuppléer
à fes difpofitions par celles du Droit
commun.
NOVEM BR E. 1777. 95
C'est ce qu'a fait l'Auteur du nouveau
Commentaire. En divifant fon Ouvrage
par matières , il a réuni le Droit
commun au Droit particulier , & celui
dont parle la Coutume , à celui dont elle
ne fait aucune mention.
Le Droit commun inféré dans ce
Commentaire , a trois objets différens ;
les perfonnes , les biens & les actions.
Les bornes & la nature de notre Journal
ne nous permettent pas de donner
une Analyſe fuivie de cet Ouvrage ;
mais nous pouvons affurer que ce nouveau
Commentaire eft plus étendu
& plus méthodique que les précédens.
L'Auteur y traite à fond toutes les queftions
qui peuvent naître des difpofitions
de la Coutume du Boulonnois ; & il y
ajoute celles qui doivent être réglées dans
cette Coutume par le Droit commun. Il
divife & fubdivife les matières avec tant
d'ordre , & dans une telle gradation
qu'il fait trouver , fur le champ , les
éclairciffemens & folutions qu'on peut
defirer ; & rien n'eft avancé de fa part
qu'il n'en juftifie , ou par des Loix précifes
, ou par des fuffrages accrédités
ou par des préjugés refpectables. Cet
Ouvrage eft un véritable Corps de Droit
96 MERCURE DE FRANCE.
pour la Province du Boulonnois , & paroît
le fruit de beaucoup de recherches
& d'un long travail. C'eſt un ſervice
important , que M. le Camus d'Houlouve
a rendu à cette Province , dont il
eft originaire , & pour laquelle il témoigne
une fingulière affection. Le même
Commentaire ne fera pas moins utile
aux Provinces voisines dont les Coutumes
ont beaucoup de rapport avec celle
du Boulonnois ; & il peut encore ſervir
dans tous les autres Pays Coutumiers
où , abſtraction faite des Coutumes particulières
, tant de queftions doivent être
décidées par les Loix générales du Royaume
, & par le 'Droit commun,
>
Euvres Chirurgicales de M. Percival Pott,
traduites de l'Anglois fur la feconde
édition ; 2 volumes in- 8 °. A Paris ,
chez Didot le jeune , Libraire de la
Faculté de Médecine . 1777. Avec
Approbation & Privilége du Roi . Prix ,
12 liv. les deux volumes , reliés .
Ce Recueil nous a paru très-intéreffant,
& mériter d'occuper une place parmi les
meilleurs Livres qui ont paru fur la Chirurgie.
Il eft rempli d'excellentes obfer
vations.
NOVEMBRE. 1777. 97
vation. On en trouve fur la Nature & les
conféquences dés accidens auxquels la tête
elt fujette par caufes externes , fur la
fiftule lacrymale , fur les hernies , fur
la mortification des pieds & des orteils ;
on y voit aufli un Traité complet fur
les hernies & fur la fiftule de l'anus
avec quelques remarques fur les foulures
les diſlocations , fur la cataracte , & fur
le polype du nez.
J
>
Recherches fur les Maladies Chroniques
, particulièrement fur les hydropifies
, & fur les moyens de les
guérir ; par M. Bacher Docteur
Régent de la Faculté de Médecine de
Paris. 1 vol . in- 8 ° . A Paris , chez la
veuve Thibout , Imprimeur du Roi ,
Place Cambrai ; & Didot le jeune ,
Quai des Auguſtins .
Cet Ouvrage eft un des plus utiles.
dans fon genre. M. Bacher s'occupe
depuis long- temps du traitement des différentes
hydropifies ; & il s'eft fait , fur
ces maladies , d'après fes différentes obfervations
, une, doctrine particulière
qu'il développe tout au long dans le
cours de cet Ouvrage. Nous croyons ne
"
E
98 MERCURE DE FRANCE.
pouvoir mieux le faire connoître , qu'en
mettant fous les yeux de nos Lecteurs ,
le rapport de MM . les Commiffaires de
la Faculté de Médecine de Paris.
« M. Bacher , dans l'Ouvrage que
nous avons été chargés d'examiner , développe
avec netteté & précision , les
différentes caufes des hydropifies ; il paffe
en revue les remèdes ufités dans le traitement
de ces maladies , & en expofe
les effets . Il combat enfuite avec des
raiſons victorieuſes , appuyées d'obſervations
multipliées , plufieurs erreurs
auffi anciennes que généralement accréditées
. Cependant , malgré l'étendue des
recherches de l'Auteur , il s'en faut de
beaucoup , comme il le remarque luimême
, que la matière foit épuifée
particulièrement à l'égard des hydropifies
de poitrine ; mais s'il nous refte encore
bien des connoiffances à defirer , il eſt auſſi
conftant que M. Bacher a diminué les
difficultés pour y parvenir. Il vient d'ajouter
un degré de perfection à l'art de
guérir . Nous l'invitons à continuer ce
travail ; en attendant il mérite nos
éloges & notre reconnoiffance , puifqu'il
nous rend le fervice effentiel de publier
unOuvrage qui manquoit à la Médecine.
OTHEQUE
>
>
LYON
1893
NOVEMBRE.
MOTHEAUE
1777.
Signé, LE MONNIER , MACQUER, LOR
GANDCLAS , MALOET ».
(
LYON
2003
(
M. Bacher a terminé fon livre par un
Catalogue des Ouvrages qui ont été publiés
fur l'hydropifie ; il n'avoit pas fans
doute connoiffance d'une petite brochure
qui a paru en 1769 , chez Humblot
, intitulée Traité fur l'hydropifie &
la jauniſſe , par M. Marquet, « puifqu'il
n'en fait pas mention dans fon Catalogue
. On y trouve la compofition d'une
clairettepurgative, dont faifoit ufage , avec
fuccès , le Docteur Marquet ; & que M.
Buc'hoz, fon gendre , a aufli preferit plufieurs
fois avec la même efficacité dans les
cas d'hydropifie : remède qui auroit mérité
fans contredit , des gratifications à fon
Auteur , s'il en avoit voulu faire myſtère.
Nous profitons de cette occafion pour
annoncer que M. Buc'höz , Médecin de
Monfieur , vient de publier , avec la générofité
digne d'un vrai Médecin , dans
fon Hiftoire naturelle & économique des
-trois Règnes , la compofition de l'Électuaire
Anti- Vénérien , dont M. Marquer , fon
beau-père , lui avoit laiffe le fecret .
Storstole ! en so
DEA
100 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations critiques fur un Ouvrage
intitulé , Examen de la Houille , confi
dérée comme engrais des Terres , par
M. Raulin , Docteur en Médecine.
1 vol. in- 12. A Amfterdam , & fe
trouve à Meaux , chez Charles , Libraire
, rue St Remy ; à Paris , chez
Baſtien , Libraire , rue du Petit-Lyon ,
Fauxbourg St Germain & chez
Ruault , Libraire , rue de la Harpe .
Si ce petit Quvrage eft intéreſſant par
fon objet pour les Cultivateurs des Provinces
de Picardie , Champagne , Brie ,
Ile-de-France , & même pour tous ceux
dans le voifinage defquels on pourroit
découvrir des houillières , il ne l'eft pas
moins pour la Phyfique & Hiftoire
naturelle. L'envie de déprimer l'Ouvrage
de M. Raulin, n'eft pas le fentiment qui
a guidé la plume de l'Auteur , elle a été
uniquement conduite par des vues conformes
aux fiennes , celles de l'utilité générale.
L'engrais avec des houilles eft
d'une trop grande utilité , pour l'exclure
, comme M. Raulin l'a prétendu ;
quand bien même on ne l'emploieroit
que pour les prairies , il eft certain qu'on
NOVEMBRE. 1777. 101
en tirera beaucoup plus de fourages. Plus
il y a de fourages , plus on peut avoir
de beftiaux, La quantité de beftiaux augmente
la quantité des Fumiers : de- là
l'abondance des grains de-là , les richeffes
ou l'aifance ; c'eft le bur auquel
doivent tendre tous les Cultivateurs.
La Phyfique de l'homme fain , ou Expli
cation des fonctions du Corps humains
par M. N. Jadelot , Profeffeur d'Anatomie
& de Phyfiologie dans la Faculté
de Médecine de Nancy , de l'Académie
Royale des Sciences & des Arts
de la même Ville , Médecin de l'Hô
pital Saint-Charles. 1 vol . in- 8 ° . én
Idiome Latin. A Paris , chez Didot
le jeune , Libraire , Quai des Auguf
tins ; à Nancy , chez Babin , & à
Strasbourg , chez Koenig.
Cer Ouvrage eft rédigé en faveur des
Érudians en Médecine . Le célèbre Profeffeur
y développe d'une façon claire
& concife , le méchanifme de toutes les
fonctions du corps animal ; il y expofe
les fyftêmes des Auteurs : il n'affute
rien dont il ne foit très - certain , & il
tâche d'expliquer phifiologiquement ce
É iij
102 MERCURE DE FRANCE.
qui n'eft que problématique ; enfin ,
ila
renfermé dans cette brochure tout ce qui
fe trouve de plus effentiel dans toutes
les phyfiologies connues : c'eſt une vraie
quinteffence de la phyfique de l'homme.
Un pareil Ouvrage n'eft donc
pas feulement
utile aux Étudians en Médecine
, mais il convient à tout Phyficien ,
& à tout homme qui veut connoître le
méchaniſme des différentes fonctions de
fon individu . M. Jadelor eft d'ailleurs
fort modefte ; il avoue qu'il a mis à
contribution les Ouvrages de M. Hallert
, pour la rédaction du fien , bien
différent en cela de plufieurs Auteurs
qui , pour ne pas faire connoître les
fources où ils ont puifé , dépriment fou
vent ceux qu'ils ont confultés. Quant à
la partie Thypographique , elle eft parfaitement
exécutée , & prouve qu'en
Province , elle n'eft pas moins parvenue
à ſa perfection qu'à Paris.
,
Explication des Cérémonies de la Fête-
Dieu d'Aix en Provence ornée
de Figures du Lieutenant de Prince
d'Amour , du Roi & Bâtonniers de
la Bazoche , de l'Abbé de la Ville
& des jeux des Diables , des RazcalNOVEM
BR E. 1777 . 103
fetos , des Apôtres , de la Reine de
Saba , des Tiraffons , des chevauxfrux
, & c. , avec les airs notés confacrés
à cette fête , & quatorze Planches
gravées. Prix , 3 liv .bro . A Paris chez
Nyon , Libraire, rue St Jean- de- Beauvais
: à Aix , chez Efprit David , Imprimeur-
Libraire: à Marfeille , chez Moff :
à Lyon & à Angers , chez les Libraires
des Nouveautés .
M. Grégoire , d'Aix , eft l'Auteur de
cet Ouvrage curieux & favant . Trois
de fes fils ont deffiné & gravé toutes les
Planches. Ils ont eu pour objet de repré
fenter & d'expliquer les Cérémonies de
la Fête-Dieu d'Aix dans les cinq jours
différens , qui ont donné lieu à la divifion
de cet Ouvrage en cinq parties .
1º . Le Lundi , Fête de la Pentecôte.
2º. Le Dimanche de la Trinité .
3º. La veille de la Fête- Dieu .
4° . Le jour de la Fête -Dieu .
5 °. Le Samedi d'après cette Fête.
C'eft dans les Mémoires fur l'ancienne
Chevalerie , par M. de la Curne de
Sainte Palaye , que M. Grégoire a cru
trouver l'origine & l'explication de ces
Fêtes. Il fait l'hommage de fa décon
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
verte au Savant Académicien , en lui
dédiant fon livre. En effet , ces cérémonies
fingulières ont beaucoup de rap.
port avec celles qui fe pratiquoient autrefois
dans les tournois. Il eſt probable
a
que le Roi René d'Anjou , Comte
de Provence , qui a inftitué cette Fête ,
vers l'an 1462 , & qui s'étoit fi fou
vent diftingué dans les tournois ,
voulu perpétuer à jamais la mémoire
d'un de ces jeux militaires , en les affociant
aux plus grandes cérémonies Religieufes
, fuivant l'efprit du XVe siècle .
C'eft du combat de Courtoifie ou à
Plaifance , que le Roi René nous a laiffé
la repréfentation dans une partie du Cérémonial
de la Fête-Dieu.
Le Lieutenant de Prince d'Amour
fon guidon ; le Roi de la Bazoche , fon
Lieutenant , fon guidon , l'Abbé de la
Ville , &c. , jouent , ce jour-là , le rôle
des grands Chevaliers qui affiftoient aux
tournois. Ils vont avec leur fuite entendre
la Meffe à la Métropole , en grande
cérémonie , les uns avec le Parlement ,
les autres avec Meffieurs les Confuls ;
ils font fuivis de leurs Officiers & de
tout ce qui forme leurs Cours , ce qui
étoit autrefois une partie des ufages Religieux
avant le tournoi.
NOVEM BR E. 1777. 105
i
Après ces premières explications ,
ce qui doit piquer le plus la curiofité
eft d'apprendre pourquoi un tournoi de
courtoifie eft joint dans une auffi grande
Fête que celle de la Fête Dieu , aux jeux.
des Diables , des AAppôôttrreess , des Raz-,
caffetos ( ou des lépreux , ) de la Reine
de Saba , des Tiraffons ( ou Luteurs à
terre ) &c. C'eft qu'on ne célébroit point
de grande Fête qu'on n'y admit ce que
l'on nommoit alors des entremets , mot
que l'on a enfuite changé en celui d'in- ,
termède; enforte que le Roi René , pour
fe conformer à cet ufage , a introduit.
dans fa grande Fête, ces entremets, pour
lefquels il a choifi des repréfentations de
points d'Hiftoire de l'ancien & du nouveau
Teftament , qui prétoient le plus
à fon gré à la morale , à l'agrément , &
peut- être auffi à la fingularité des perfonnages
, pour amufer le peuple & attirer
ce concours fi confidérable d'étrangers
pour voir fa Fête- Dieu , en quoi
il a parfaitement réuſſi .
La Science du Bon - homme Richard , ou
Moyenfaciledepayer les Impôts , traduit
de l'Anglois. A Philadelphie ; & fe
trouve àParis , chez Ruault , Libraire ,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
Rue de la Harpe . 1777. in- 12 . Prix ,
1 liv. 4 f.
Cet Ouvrage , auffi court qu'excellent ,
eft du petit nombre de ceux auxquels
on peut donner la qualification d'Aureum
Libellum. On affure que c'eſt le célèbre
Docteur Francklin , qui s'y cache fous
le mafque du Bon- homme Richard , faifeur
d'Almanachs , très-connu , dit- on ,
dans une autre partie du monde , pour
donner à fes compatriotes des leçons
auffi fenfées qu'utiles de philofophie économique
, dont il n'y a aucune Société
policée qui ne puiffe & ne doive même
profiter. Il eft difficile de renfermer dans
auffi peu de pages , un plus grand nombre
de vérités importantes. Les moyens
faciles que propofe le bonhomme Richard
pour payer les impôts , & en mêmetemps
pour vivre dans l'aifance & le contentement
, font, la vigilance, l'ordre , l'économie
& la tempérance ; moyens bien
fimples , & qui cependant avoient échapà
tous les faifeurs de projets fur les
impôts.
Le bonhomme Richard , pour mieux
mettre fa Science à la portée de tous ceux
à qui elle peut fervir , affaifonne fa moNOVEMBRE.
1777. 107
rale de proverbes & de fentences , qu'il
applique à tous fes préceptes , & l'appli
cation en eſt toujours jufte & frappante .
Nous allons en donner quelques exemples.
S'il y avoit un Gouvernement qui obligeât
les fujets à donner régulièrement
la dixième partie de leur temps pour fon
fervice , on trouveroit affuréinent cette
condition fort dure ; mais la plupart d'entre
nous font taxés , par leur pareffe ,
d'une manière beaucoup plus tyrannique.
Car, fi vous comptez le temps que vous
paffez dans une oifiveté abfolue , c'eſt-àdire,
à ne rien faire , ou dans des diffipations
qui ne mènent à rien , vous trouverez
que je dis vrai . L'oifiveté amène avec
elle des incommodités , & raccourcit fenfiblement
la durée de la vie. « L'oifiveté,
» comme dit le bonhomme . Richard ,
» reſſemble à la rouille , elle ufe beau-
» coup plus que le travail ; la clef dont
» on fe fert , eft toujours claire » .
Courage donc , & agiffons pendant
que nous le pouvons ; moyennant l'activité
, nous ferons beaucoup plus , avec
moins de peine. « L'oifiveté, comme dit
» le bonhomme Richard , rend tout dif
» ficile ; l'induſtrie rend tout aifé ; celui
qui fe lève tard , s'agite tout le jour ,
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
» & commence à peine fes affaires , qu'il
→ eft déjà nuit. La pareffe va fi lentement,
» comme dit le bonhomme Richard
» que la pauvreté l'atteint tout d'un coup :
pouffez vos affaires , comme il dit en-
» core , & que ce ne foit pas elles qui
» vous pouffent. Se coucher de bonneheure
& fe lever matin , font les deux
meilleurs moyens de conferver fa fanté ,
fa fortune & fon jugement ».
""
1
trop
$3
Mais , indépendamment de l'induftrie,
il faut encore avoir de la conftance , de
la réfolution & des foins. Il faut voir fes
affaires avec fes propres yeux , & ne pas
fe confier aux autres. « Car , comme
» dit le bonhomme Richard , je n'ai ja-
» mais vu un arbre qu'on change fouvent
de place , ni une famille qui déménage
fouvent , profpérer autant que
d'autres qui font ftables . Trois dé
ménagemens font le même tort qu'un
incendié ; il vaut autant jeter l'arbre au
fea , que de le changer de place . Gardez
votre boutique , & votre boutique
vous gardera. Si vous voulez faire votre
affaire , allez y vous même ; fi vous vonlez
qu'elle ne foit pas faite , envoyez-y.
Pour que le laboureur profpère , il faut
qu'il conduife fa charrue ou qu'il la
NOVEM BR E. 1777. 109
tire lui-même. L'ail d'un maître fait
plus que fes deux mains . Le défaut de
foins fait plus de tort que le défaut de
favoir. Ne point furveiller aux journa
liers , eft la même chofe que livrer fa
bourfe à leur difcrétion. Le trop de
confiance dans les autres eft la ruine de
bien des gens . Car , comme dit l'Almanach
, « dans les affaires de ce monde ,
» ce n'eft pas par la foi qu'on fe fauve ,
» c'eft en n'en ayant pas ».
« C'en eft affez , mes amis , fur l'in
duftrie & fur l'attention que nous devons
donner à nos propres affaires ; mais ,
après cela , nous devons avoir encore la
tempérance , fi nous voulons affurer les
fuccès de notre induftrie. Si un homme
ne fait pas épargner en même-tems qu'il
gagne ,
il mourra fans avoir un fol , après
avoir été , toute fa vie , collé fur fon
ouvrage . ་ Plus la cuifine eft graffe .,
dir le bonhomme Richard , plus le reftament
eft maigre . Bien des fortunes
fe diffipent en même- temps qu'on les
gagne , depuis que les femmes ont négligé
les quenouilles & les tricots pour
la table à thé , & que les hommes ont
quitté pour le punch, la hache & le marteau,
« Si vous voulez être riche , dit-il ,
110 MERCURE DE FRANCE.
dans un autre Almanach , n'apprenez
pas feulement comment on gagne ; fachez
auffi comment on ménage » . Les
Indes n'ont pas enrichi les Efpagnols ,
parce que leurs dépenfes ont été plus
confidérables que leurs profits.
autres encore
>
>
剪
»Lebonhomme Richard nous prévient
prudemment que l'orgueil de la parure
eft un travers' funefte. Avant de confulter
votre fantaisie , confultez votre bourſe.
L'orgueil eft un mendiant qui crie auffi
haur que le befoin , mais qui eft infiniment
plus infatiable . Si vous avez acheté
une jolie chofe , il vous en faudra dix
afin que l'affortiment
foit complet ; car , comme dit le bonhomme
Richard » il eft plus aifé de
réprimer la première fantaifie , que de
» fatisfaire toutes celles qui viennent en-
» fuite». Il eft auffi fou au pauvre de vouloir
être le finge du riche , qu'il l'étoit à la
grenouille de s'enfler pour devenir l'égale
du boeuf. Les gros vaiffeaux peuvent rif
quer davantage ; mais il ne faut pas que
les petits bateaux s'éloignent jamais du
rivage , les folies de cette efpèce font
bien- tôt punies ; car , comme dit le
bonhomme Richard , la gloire qui dîne
de l'orgueil, fait fon fouper du mépris ».
»
NOVEMBRE. 1777. 111
Et le bon-homme dit encore ailleurs :
» la gloire déjeune avec l'abondance
dîne avec la pauvreté , & foupe avec la
» honte » . "
On a joint à ce petit Ouvrage : 1º.
l'Interrogatoire que M. Francklin fubit
au mois de Février 1766 , devant le Parlement
d'Angleterre ; 2 ° . la conftitution
de la République de Penfylvanie , telle
qu'elle a été établie par la Commiſſion
générale de Philadelphie , au mois de
Juillet 1776 ; 3 °. l'interrogatoire de M.
Penn , à la Barre du Parlement , au
mois de Novembre de la même année .
Ces trois Pièces , qui ont déjà paru en
différens temps dans les Papiers publics ,
font très- intéreffantes pour tous ceux qui
veulent fe mettre au fait de ce qui concerne
l'Amérique Septentrionale.
Loiſirs de Libanius , Poëme philofophique
; par M. Duclofel d'Arnery
Écuyer. A Londres ;, & à Paris , chez
Cailleau , Imprimeur - Libraire , rùe
Saint-Severin.
Il y a peu d'apparence qu'il exiſte
d'original de ce Poëme , encore moins
que ce foit une production du fameux
112 MERCURE DE FRANCE .
و د
Libanius , Sophifte d'Antioche , Cont
temporain & ami de l'Empereur Julien.
Ou ne donne d'ailleurs d'autre indication
là- deffus , que ce laconique avertif
fement. « Il paroît que Libanius s'étoit
permis d'imiter Properce , Juvénal &
» Perfe on a cru devoir indiquer les
fources dans lesquelles il a puifé » . Ce
qui veut dire vraisemblablement que
M.
Duclofel d'Arnery a emprunté quelques
endroits de ces Poëtes Latins , qu'il a
cités au bas des pages de fon Poëme. Il y
en a auffi de Catulle & de Valériust
Flaccus...
Quoi qu'il en fait , le Pocce fe tranf
porte dans l'Antiquité; & , d'un ton vrai
ment philofophique , parcourt fucceffi+
vement différens objets , tels que la va
nité des richeffes , des honneurs & da
pouvoir ; l'ignorance de l'homme fur
fon effence , fur celle de l'Univers qu'il
habite , & fur les fecrets de la Nature ;
ignorance qui étoit encore plus grande
au tems où l'on fuppofe cet Ouvrage
écrit. Il finit par une fortie contre les
Tyrans & les Guerriers fanguinaires.
Nous allons citer quelques morceaux
de ce Poëme , pour donner une idée du
ftyle. On y reconnoîtra de la nobleffe ,
NOVEMBRE. 1777: 112
de la facilité , & quelquefois de l'harmonie.
Le jour fuccède au jour , & la fource féconde
Voit à la fois renaître & fe perdre fon onde ;
Les frimats ont un terme , & bien-tôt au vallon
Flore rend fon émail flétri par l'aquilon ;
Mais la nuit de la mort eft la nuit éternelle .
Envain, belle Euridice, un tendre époux t'appelle
Envain il te ramène aux bords de l'Achérons
Nul nortel ne revient du féjour de Pluton ;
Nul ne fort de fa tombe ; & la parque inflexible
Ne ranime jamais notre cendre infenfible.
Prévenons le fommeil de certe affreufe nuit ;
Arrêtons , s'il le peut , le moment qui nous fuit.
Quel eft cet Univers , & que fuis-je moi-même ?
Eft-il un premier Etre , un Arbitre fuprême ,
Un Souverain des Rois , tout- puiffant , éternel ,
Un feul Dieu , Créateur de la Terre & du Ciel ,
Quicommande aux Saifons, tonne dans les nuages,
Brille dans le Soleil , vit dans tous les Ouvrages ;
Et ces différens Dieux fur la Terre adorés ,
Seroient- ils de vains noms par l'erreur confacrés ?
Quelle eft l'impulfion dont la force inviſible
Augmente au même inftant le progrès infenfible
114 MERCURE DE FRANCE.
Du flambeau de la nuit & du reflux des mers ?
Quelle caufe au même ordre affervit l'Univers ,
Répand fur nos jardins le doux parfum des roſes ,
Le mie! fur le bouton des fleurs à peine écloſes ,
Dans les flancs déchirés du rocher écumant ,
Fait retentir des flots le long mugiffement ,
Et porte dans la plaine , autrefois inondée ,
L'arbre chargé de fruits , la tige fécondée ?
Eft-il un Prométhée & des Géans rebelles ,
De l'éternel courroux victimes éternelles ?
Dois-je croire auTartare,aux vautours d'Alcméon,
Ala foifde Tantale , aux ombres d'Ixion ?
Non , je redoute peu l'indomptable Cerbère ,
L'ardente Tifphone & la pâle Mégère ;
Mais l'Univers annonce un Maître à l'Univers ,
Le tyran fur le Trône , un vengear aux Enfers .
Puiffant Père des Dieux ! dans le fein du coupable,
Hâte- toi de plonger ton glaive redoutable ;
Que dis- je , pour punir ces brigands couronnés ,
Montre la bienfaifance à leurs coeurs étonnés ;
Montre-leur de Numa la Statue adorée ,
Et des Tarquins profcrits la mémoire abhorrée.
NOVEMBRE. 1777. IIS
Qu'en proie au noir ſoupçon , à la crainte , au
remord ,
Ils déteftent la vie & redoutent la mort.
La fin de ce dernier morceau , eſt une
imitation libre de ces beaux vers de
Perfe :
Magne Pater Divûm , favos punire tyrannos
Haud aliâ ratione velis , cum dira libido
Moverit ingeniumferventi tinda veneno ;
Virtutem videant , intabefcantque reliftâ.
Les Plaifirs de Campagne , ou les Plaifirs
variés , Comédie en un Acte & en
Profe ; par M. de V *** , Avocat au
Parlement. A Paris , de l'Imprimerie
de Quillau , rue du Fouarre , près la
Place Maubert. 1777 , in- 8 ° .
Cette petite Comédie paroît n'être
qu'un amufement de Société. Il y a peu
d'intrigue & de fituations neuves ou
théâtrales ; mais la facilité & la rapidité
du ftyle & du Dialogue , annoncent
qu'elle a coûté fort peu de travail à l'Auteur
; & qu'il feroit très- en état , en s'en
Occupant plus férieufement , de produire
116 MERCURE DE FRANCE.
quelque Ouvrage Dramatique plus confidérable
& plus intérellant. Celui - ci fe
rapproche affez du genre des petits Drames
connus fous le nom de Proverbes.
Le Héros de la Pièce eft un M. de la
Pépinière , riche Particulier , poffeffeur
d'une maifon de Campagne à quelques
lieues de Paris , dans laquelle l'Auteur
place la Scène . Le caractère de ce M. de
la Pépinière , entiché de la mante du jardinage
, eft comique & bien faifi , & fait
à-peu -près tout le fujer de la Comédie.
Un Préfident, un Comte , & leurs époufes
, amis & amies de M. & de Madame
de la Pépinière , viennent jouir chez eux
des plaifirs de la Campagne. Un jeunehomme
nommé Etafte , amoureux de la
fille de M. de la Pépinière , fe fait annoncer
chez lui en qualité de Marquis
de Sardan ; & d'Amateur du jardinage ,
fous prétexte de voir fon jardin , mais
en effet pour faire connoître fon amour.
M. de la Pépinière , qui s'occupe fans
ceffe autour de fes arbriffeaux , & ne
laiffe rien faire à fon Jardinier , fait , en
vefte bianche , les honneurs de fa maifon.
Toute la Compagnie fe raffemble. Le
Comte de Bruyancour , un des amis
du Jardinomane , fe trouve être l'oncle
NOVEM BR E. 1777. 117
d'Erafte , qui profite de cette favorable
circonftance pour fe déclarer. On confent
à lui donner Angélique , à laquelle il
avoit déjà trouvé l'occafion de fe faire
connoître , & de plaire.
1
Les Aventures deTélémaque, fils d'Ulyffe;
par feu Meffire François de Salignac
de la Morte Fénélon , Précepteur de
Meffeigneurs les Enfans de France , &
depuis Archevêque- Duc de Cambrai ,
Prince du Saint-Empire , &c . Livre
VIIe , mis en Vers par M. H. F. Pelletier
, dédié au Roi , & qui a été préfenté
, par l'Auteur , à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale . A Paris , chez
la veuve Duchefne & le Jay, Libraires,
rue S. Jacques. Prix , 1 liv. 4 f.
L'Auteur regarde leTélémaque comme
l'un des meilleurs Livres de morale que
l'on puiffe mettre entre, les mains des
jeunes gens: mais pour qu'ils puiffent setenir
plus facilement les beaux préceptes de
Mentor, il a entrepris de mettre cet Ou
vrage en vers. Il a fait imprimer le VII
Livre feulement, que le Public juge
fifa Poefie fera plus favorable à fa me
moire , que la profe harmonieufe de
C
7
118 MERCURE DE FRANCE.
l'illuftre Fénélon . Nous ne ferons que
citer quelques- uns de fes vers. Si, d'après
leur lecture , on veut fe faire inferire
chez lui , M. Pelletier demeure rue neuve
de Richelieu , an coin de la rue de la
Harpe. Il ne recevra point d'argent ,
mais feulement les noms des perfonnes
qui defireront avoir l'Ouvrage entier.
C'eft ainfi que Mentor parle à Télémaque
, pour le détourner de fa funefte
paffion pour Eucharis.
TÉLÉ QUE
Voilà, pour Eucharis , quels font mes fentimens.
Un feul adieu , Mentor , je pars en ces momens.
MENTOR.
1
O! repliqua Mentor , & quelle erreur extrême !
Dans votre égarement , vous comptez fur vousmême.
En vous, fi fortement agit la paffion ,
Que vous n'en fentez pas l'ardente impreffion. T
Etrange aveuglement ! homme foible & fragile !
Vous demandez la mort, &yous croyez tranquille!
NOVEM BR E. 1777. 119
Quoi! ne pouvant quitter votre Nymphe en ce
jour ,
Vous croyez votre coeur infenfible à l'amour ?
Vous la voyez par - tout , - & vous n'entendez
qu'elle ;
Tout autre, maintenant , vainement vous appelle .
Celui qui dans la fièvre a le tranſport affreux ,
Dit qu'il n'eft point malade , & qu'il le trouve
heureux.
Un jour vous devez voir , aveugle Télémaque ! ·
Ulyffe & votre Mère , au Royaume d'Ithaque ;
Vous y devez régner. Les Maîtres des Humains
Vous ont promis la gloire & les plus grands deftins,
Tout prêt à rejeter leur faveur defirable ,
D'en connoître le prix vous étiez incapable ;
Vous renonciez à tout ; vous braviez le mépris
Pour vivre fans honneur avec votre Eucharis.
Lorſqu'à tous vos devoirs votre amour vous arrache
,
Direz-vous qu'Eucharis n'a rien qui vous attache ?
Pourquoi voulez - vous donc defcendre chez les
morts?
Et devant Calypfo, d'où venoient vos tranſports ?
Ne craignez point qu'ici , blâmant votre foibleffe,
J'imprime àvotre front la honte & la triſteſſe. )
Mon coeur qui vous chérit , déplore en ce mo
ment ,
20 MERCURE DE FRANCE .
L'ivreffe de votre ame & votre aveuglement.
Craignez vos paffions , redoutez-en la fuite ;
Pour furmonter l'amour , il faut prendre la fuite ;
Les combats avec lui font des combats honteux ;
Et qui faitmieux le fuir eft le plus courageux.
Les foins que j'ai pour vous pris depuis votre enfance
;
Des périls évités toujours par ma prudence ;
Mon amitié pour vous , mon zèle , mon ardeur ;
Ces chofes font , fans doute , encor dans votre
coeur.
Groyez donc les confeils qu'un tendre ami vous
donne ,
Ou fouffrez aujourd'hui que je vous abandonne.
Votre tourment m'accable , il déchire mon coeur.
Vous ignorez , hélas ! l'excès de ma douleur.
Vous ne concevez pas la cruelle fouffrance ,
Les maux que près de vous m'a coûté mon filence.´
-Dans les vives douleurs de fon enfantement ,
Votre mère , fans doute , eut un moindre tour-
{ $lit ment.
Succombant au chagrin, ma mort étoit prochaine;
Etouffant mes foupirs , j'ai dévoré ma peine .
Je voulois voir encor fi , pour moi , votre amour
S'annonceroit enfin par un heureux retour.
O mon fils ! mon cher fils ! mon unique expérance;
Cent
NOVEM BR E. 1777. 121
Cent fois plus cher
tance ,
pour
moi
que ma propre
exif-
Soutenez ma vieilleffe , & foulagez mon coeur ;
Rendez-moi Télémaque , & faites mon bonheur.
Faites luire à mes yeux une vertu fuprême ;
Rendez - vous à l'honneur , rendez - vous à vousmême.
Si la fagelle en vous peut furmonter l'amour ,
Je redeviens heureux , & je revois le jour :
Mais trahiffant l'honneur , fi l'amour vous enivre ,
C'eft fait de votre ami, Mentor ne peut plus vivre.
Le Chrétien fidèle à fa Vocation OLL
Réflexions fur les principaux Devoirs
du Chrétien , diftribuées pour chaque
jour du mois , & utiles pour les retraites
; avec le Tableau d'un vrai
Chrétien , compofé de paffages choifis
des Saints Docteurs de l'Eglife : nouvelle
édition , revue , corrigée &
augmentée. A Paris , chez Eugène
Onfroy , Libraire , à l'entrée du Quai
des Auguftins , près le Pont S. Michel ,
au Lys d'or , in- 12 , rel . 2 liv.
L'ufage & l'utilité d'un pareil Ouvrage,
fait pour l'édification des Fidèles,
font fuffifamment indiqués par le titre
F
122 MERCURE DE FRANCE .
On avertit que dans cette nouvelle édition
, on a ajouté des Titres ou Sommaires
à la tête de chacun des trois Paragraphes
qui partagent les Réflexions de
chaque jour ; & qu'on a mis à la fuite de
la Prière , un texte des Divines Écritu
res propres à rappeler l'objet des précédentes
Réflexions.
Apologie de Shakefpéar , en réponſe à la
critique de M. de Voltaire , traduite
de l'anglois de Madame Montagu . A
Londres ; & fe trouve à Paris, au grand
Corneille , rue S. Jacques ; & chez
Mérigot le jeune , quai des Auguftins ;
in -8°.
L'originalité eft fans doute un précieux
avantage ; l'Ecrivain qui le poffède paffe
à la postérité , & laiffe bien loin derrière
lui fes Imitateurs , à quelque degré de
perfection qu'ils aient porté l'art par leurs
Travaux . Le génie invente , l'art travaille
& perfectionne. On a toujours accordé
au Père du Théâtre Anglois , les prérogatives
de l'originalité & du génie ; & fi
l'on fe contentoit de dire qu'elles éclipfent
fes défauts , ou que du moins elles
les compenfent , ce jugement ne feroit
NOVEMBRE. 1777. 123
› Ou
pas tout-à -fait contredit ; mais les An
glois ont donné dans tout l'excès de
Penthoufiafme . Ils ont voulu préfenter
leur Poëte comme un modèle accompli ,
& transformer fes écarts les plus manifeftes
, quelquefois les plus extravagans ,
en merveilles d'un génie créateur
les excufer fous le nom de licences d'un
grand Maître. Les bons efprits ne fe
laiffent pas aller aux préventions ; les
vrais critiques prennent la balance &
jugent. Madame Montagu , après tant
d'autres , a entrepris d'apprécier Shakefpéar
; mais elle ne s'eft pas dépouillée de
fon enthoufiafme , qui ne lui permettoit
que quelques obfervations , & qui lui
en interdifoit un grand nombre d'autres.
Il ne faut pas s'imaginer , comme on
pourroit le faire à l'inſpection du titre ,
que cet ouvrage eft récent , & qu'il n'a
été compofé que pour répondre à la
fameufe lettre de M. de Voltaire , lue à
l'Académie Françoife dans la féance de
la S. Louis de l'année dernière . Cette
lettre à feulement donné lieu à la traduction
: l'apologie de Shakefpéar eft antérieure
de plufieurs années . Elle contier.t
une introduction , où l'on apprend qu'en
effet Madame Montagu , Torfqu'elle a
!
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
pris la plume , y a été excitée par l'hu
meur que lui avoient infpirée quelques
critiques de Shakefpéar en général , &
M. de Voltaire en particulier. Cette
introduction eft fuivie d'un traité fur la
poëfie dramatique , fur le drame hiſtorique
, de réflexions fur les deux pièces
intitulées Henri IV , d'une differtation
fur les êtres furnaturels , & fur l'ufage
qu'on en peut faire dans les repréfentations
théâtrales ; fur la Tragédie de
Macbeth , le Cinna de Corneille , le
Jules - Céfar de Shakefpéar , & celui de
M. de Voltaire . Madame Montagu avoit
autli fait des obfervations fur la Tempête ,
pièce qu'on regarde comme celle dans
laquelle le Poëte Anglois a déployé avec
le plus de force , fes talens inventifs ;
mais le Traducteur les a omifes .
On ne peut refufer de juftes éloges
à Madame Montagu ; fon ouvrage en
général eft bien fait ; il intéreffe par
plufieurs réflexions folides , & quantité
de critiques judicieufes ; mais il y règne
beaucoup d'engouement , fi nous pouvons
nous exprimerainfi , & fur- tout un certain
ton de hauteur nationale qui indifpofe.
S'il faut l'en croire , fa Nation eft la feule
qui connoiffe le ton , les moeurs , les
NOVEM BR E. 1777. 125
convenances de tous les Perfonnages que
l'Antiquité peut fournir au Théâtre ;
de forte que quand la ſcène eſt à Athènes ,
à Sparte , à Rome , en Perfe , le Specta
teur Anglois s'y tranfporte , & n'eft fatif
fait qu'à proportion de la vérité avec
laquelle les Objets & les Perfonnages de
ces tems & de ces lieux lui font offerts.
Par- tout ailleurs , infinue Madame Montagu,
il n'y a que quelques Eccléfiaftiques ,
quelques Lettrés , quelques Académiciens
familiarifés avec les écrits anciens ,
qui foient initiés à ces connoiſſances .
Le gros de la Nation , qui ne fait point
quels doivent être les Grecs ou les Romains
, les Afiatiques ou les Scythes ,
les prend comme on les lui donne.
D'après cela tous les Anglois , ou du
moins prefque tous , font des Savans .
Madame Montagu, en exaltant Shakefpéar
, ne perd pas l'occafion de rabaiſſer
tous fes rivaux , Anglois ou étrangers ;
c'eft fur-tout contre Corneille qu'elle
exhale le plus de bile : Corneille , qui
paffe pour exceller dans le coftume
dramatique , ce Corneille plus Romain
que les Romains même , n'eft à fes yeux
qu'un Romancier dans le genre de la
Calprenéde & de Scudéry . Les Horaces ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
dit- elle , dans les difcours qu'ils adreffent
au Roi , font auffi humbles , auffi fouples
que les Courtifans de Louis XIV. Théfée
n'eft qu'un Berger langoureux . Plufieurs
des plus grands Hommes de l'antiquité
, & même des Héros fabuleux ,
dont l'époque remonte aux tems où les
mours étoient encore les plus fauvages ,
ne font produits für le Théâtre François
que fous cette forme efféminée. Le Poëte
cherche quelquefois à illuftrer fa pièce
du nom d'Hercule ; mais par malheur il
lui arrache fa maffue pour ne montrer
que le fufeau au Spectateur , & c. Il est
certain que voilà la première fois que ,
nous avons vu trouver l'air François à
Horace .
De Corneille, Madame Montagu paffe
à fon illuftre Commentateur ; on fait
que M. de Voltaire a apprécié Shakefpéar
, qu'il en a parlé en homme de
génie , mais dont le goût eft très-délicat ;
il est tout fimple que des Anglois
enthoufiaftes ne lui pardonnent pas fes
jugemens. Nous ne nous arrêterons pas
à ces détails , que l'on ne doit attribuer
qu'à l'humeur de l'amour-propre offenfé.
Nous indiquerons de préférence quelques
obfervations qui feront plaifir.
NOVEM BR E. 1777 . 12 /
Les fujets tirés de l'Hiftoire de la
Grèce , doivent offrir les moeurs Grecques
; ce n'eft point affez qu'Agamemnon
foit repréfenté comme un Roi &
un grand Général ; cela ne le diftingue
pas de Guftave- Adolphe : il faut qu'il
penfe & qu'il s'exprime comme un
Roi & un Général Grec , forfqu'il veut
facrifier fa fille à Diane . Si Shakespéar
, dans la mort de Jules - Céfar ,
n'avoit pas peint les Romains tels qu'ils
étoient , Brutus ne paroîtroit qu'un
déteftable affaffin ; au lieu qu'il a l'art
de le faire envifager comme le vengeur
de fa Patrie . Il en eft de même du Caton
d'Addiffon ; il paroîtroit un fou de fe
tuer , parce qu'il y avoit apparence que
Céfar deviendroit Dictateur perpétuel s
il falloit tirer cette réfolution du fond
de fon ame Romaine. Pourquoi habille-
t-on les Héros faivant le coftume ?
C'est qu'ils paroîtroient ridicales avec
des habits modernes . Ne le font -ils pas
plus avec nos moeurs & nos difcours ?
On impofe févèrement aux Peintres
cette loi du coftume , quoiqu'ils n'offrent
que des figures muettes ; & l'on en difpenfe
ceux qui veulent peindre l'ame &
le caractère ! Voilà des contradictions
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
dont la conduite des hommes fourmille ;
mais il ne faudroit pas du moins qu'elles
fe trouvaffent chez ceux qui s'érigent en
Légiflateurs du Théâtre , en arbitres du
goût. Le Poëte Anglois ne favoit pas
autant de régles qu'eux , mais il puifoit
dans la fource d'où fortent toutes les
bonnes régles , dans la nature.
Ces obfervations font en général celles
d'un efprit qui voit bien ; mais voit- il
de même , quand il en fait l'application ?
Cette production curieufe peut donner
une idée du degré d'enthoufiafme que
Shakefpéar a infpiré aux Anglois ; ce
qu'il y a de plus fingulier , c'eft qu'il
fubfifte à ce point , 161 ans après fa mort;
peut- être s'eft il oppofé jufqu'à préfent
& s'oppofera- t- il toujours à la perfection
du Théâtre Anglois. Le génie hardi ,
mais fauvage qui l'a créé , femble avoir
circonfcrit la carrière d'où fes fucceffeurs
n'ofent pas forrir. Il nous rappelle Hercule
pofant les bornes du monde , & les
fiècles qui fe font écoulés avant que les
Navigateurs timides aient ofé entreprendre
de les paffer.
Entretiensfur l'état de la Mufique Grecque,
vers le milieu du quatrième fiècle ,
NOVEM BR E. 1777 . 129
avant l'Ere vulgaire ; grand in 8 ° .de
110 pag. Prix , 1 liv . 10 f. broché.
A Paris , chez les frères Debure , Libraires
, Quai des Grands Auguftins.
1777.
On fuppofe qu'un étranger , qui ſe
trouvoit à Athènes vers l'an 360 avant
Jésus- Chrift, rend compte, dans ce petit
Ouvrage , des deux inftructions qu'il avoit
eues fur la Mufique avec un Diſciple
de Platon. Plufieurs raifons ont engagé
l'Auteur à choisir cette époque. Les Athéniens
n'avoient jamais été fi éclairés : il
s'opéroit une révolution éclatante dans la
Mufique. Platon , Ariftote , Ariſtonème ,
vivoient dans ce fiècle. Les deux premiers
ont parlé de cet Art en Philofophes ;
le troifième en a donné la théorie . Ainfi
le premier entretien roule fur la partie
technique de la Mufique. On ydéveloppe
tous les élémens de la Mufique proprement
dite ; favoir , le fon , les intervalles ,
les accords , les genres , les modes , le
rithme. En finiffant l'explication de ce
dernier article , l'Auteur obferve qu'il
n'eft point de mouvemens dans la nature
& dans nos paffions , qui ne retiennent
dans les diverfes efpèces de rythmes , des
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
mouvemens qui leur correfpondent , &
qui deviennent leur image . Ces rapports
font tellement fixés , qu'un chant perd
tous fes agrémens dès que fa marche eſt
- confufe , & que notre ame ne redit pas ,
aux termes convenus , la fucceffion_périodique
des fenfations qu'elle attend.
La feconde collection roule fur la partie
morale de la Mufique.
Il n'y a qu'une expreffion pour rendre
dans toute fa force une image ou un fentiment.
Elle excite en nous des émotions
d'autant plus vives , qu'elle fait retentir
dans nos coeurs la voix de la nature . D'où
vient que les malheureux trouvent avec
tant de facilité le fecret d'attendrir & de
déchirer nos ames ? C'eft que leurs accens
& leurs cris font le mot propre de
la douleur. Dans la Mufique vocale , l'expreffion
unique eft l'efpèce d'imitation
qui convient à chaque parole , à chaque
vers . Or , les anciens Poëtes , qui étoient
tout-à-la-fois Muficiens , Philofophes ,
Légiflateurs , obligés de diftribuer euxmêmes
dans leurs vers , la modulation
dont ces vers étoient fufceptibles , ne
perdirent jamais de vue ce principe . Les
paroles , la modulation , le rithme , ces
trois puiffans agens dont la Mufique fe
NOVEM BR E. 1777. 131
fert pour imiter , confiés à la même main ,
dirigeroient leurs efforts de manière que
tout concourroit également à l'unité
d'expreflion .
Cet Ouvrage fe fait lire avec intérêt, &
prouve dans l'Auteur autant de goût que
d'érudition .
Nouvelle Méthode pour les Changes de la
France , avec toutes les Places de fa
correfpondance , contenant , 1 °. les
nombre fixes pour tous les prix de
change dans le commerce , avec les
opérations faites par une fenle multiplication
& prouvées par la méthode
ordinaire ; 2 °. des nombres fixes
pour faire les efcomptes des fous
par une feule multiplication depuis.
un & demi pour cent , jufqu'à dix &
demi ; 3. des nombres fixes pour
réduire les piaftres d'Efpagne & autres
matières d'argent , au titre de 10 deniers
20 grains par une feule multiplication
, avec des exemples des uns
& des autres par cette méthode abrégée
, & leurs preuves par la méthode
ordinaire ; par M. Jofeph-René Ruelle ,
Arithméticien & teneur de Livres
à Lyon. Prix , 6 liv. broché . A Lyon ,
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
chez les frères Périffe , Libraires ,
rue Mercière .
L'annonce de cet Ouvrage en fait fentir
fuffifamment le plan & l'utilité . L'Auteur
eft parvenu à compofer des nombres
fixes pour opérer , par une feule multiplication
, les changes de la France avec
toutes les places de fa correfpondance ,
à tous les prix de changes qui font en
ufage dans le commerce. On trouve
dans ce recueil , non - feulement des nombres
fixes pour réduire l'argent de France
en monnoie étrangère , mais encore d'autres
nombres fixes pour réduire les monnoies
étrangères en argent de France
avecles inftructions néceffaires pour opérer
les changes par cette nouvelle méthode.
Eloge hiftorique de M. Venel , Profeffeur
en Médecine dans l'Univerfité de
Montpellier , Membre de la Soiété
Royale des Siences , Infpecteur général
des Eaux minérales de France , qui
fera fuivi d'un Recueil ou Précis de
fes différens Ouvrages ; par M. JJ.
M... Docteur en Médecine de l'Univerfité
de Montpellier , &c. Broch .
NOVEM B R E. 1777. 133
de 78 pag. in-8 ° . Prix , 1 liv . 4 f.
A Grenoble , chez Cuchet, Imprimeur-
Libraire. A Paris , chez Nyon , Libraire
, rue St Jean- de-Bauvais.
L'éloge d'un Savant , eft en mêmetemps
celui de la fcience dans laquelle il
s'eft diftingué . M. Venel fe rendit recommandable
parfes profondes connoiffances
en Médecine & en Chymie. C'est dans
cet éloge même qu'il faut lire le fuccès
de fes travaux & de fes études , qu'il a
toujours rapportés à l'utilité de fes concitoyens.
> res memorabiles ex
à
Hiftoria Gracorum
Trogo -Juftino , nec-non Cornelio
Nepote collectæ ad operis calcem accefcêre
brevi & gallico fermone, quæ
Scriptoribus Græcis traduntur de Græcis
primordiis ; quæ heroica tempora
funt appellata , & Poëtarum commentis
intermixta ; ad ufum juventis . Parifiis
, apud Nicolaum Ruault , Bibliopolam
, viâ cithareâ. 1777. Prix
relié en parchemin , 1 liv. 4 f.
Cet abrégé , en Latin , de l'Hiftoire
Grecque , eft conduite jufqu'au temps
134 MERCURE DE FRANCE .
qu'Athènes paffa fous la puiffance des
Romains ; c'est -à- dire , lorſque la Grèce
entière fut réduite en Province Romaine .
C'eft une lecture en même-temps inftruc
tive & amufante pour les jeunes gens qui
étudient la Langue Latine. Toute cette
Hiftoire intéreffante eft divifée en paragraphes
, qui forment autant de leçons
toujours remarquables par quelques faits
effentiels. On a mis à la fin de ce petit
Livre un Sommaire en François , de
l'Hiftoire des premiers temps de la
Grèce.
Nouveau Plan d'éducation complette , ou
Didactique générale , où feront détaillés
les vices de l'éducation actuelle ,
avec les moyens de les rectifier , &
dans lequel fe trouveront toutes faites
& prêtes à donner , les leçons de routes
les différentes parties qui peuvent
entrer dans l'inftitution la plus fuivie ;
Ouvrage utile à tout le monde , &
mis à la portée de tout le monde. Par
M. Carpentier , Maître - ès - Arts de
l'Univerfité Profeffeur public de
Langue Françoife , de Géographie &
de Belles Lettres Tome er in- 16 .
Prix , 1 liv. 4 f. broché . A Paris ,
و
NOVEM BR E. 1777. 135
chez Defnos , Ingénieur , Géographe
& Libraire , rue St Jacques , au Globe .
Le premier Tome du nouveau plan
d'Education que nous venons d'annoncer
, comprend la Grammaire & la Syntaxe
Françoife , réduite en 120 petites
leçons mifes à la portée des enfans
du plus bas âge ; & 48 autres petites
leçons très faciles , pour fervir d'introduction
, tant à la Géométrie qu'à la
Géographie, & même àl'Anatomie. Chacun
des tomes de cet Ouvrage , ainfi que
s'en explique l'Auteur lui-même dans un
avis , pourra être confidéré comme un
petit Ouvrage féparé ; & il n'a appelé
celui ci premier que pour indiquer
l'ordre dans lequel ces leçons doiventêtre
données aux enfans . Comme les
volumes fuivans , ainfi que celui - ci
feront régulièrement de 192 à 200 pages ,
l'Auteur donnera chaque fois une feuille
féparée de la Grammaire ' , de la Syntaxe
, de la Géométrie , de la Géographie
, &c. pour la commodité de ceux
qui voudront raffembler de fuite les leçons
concernant la même fcience .. Ces
leçons font écrites fous la forme d'un
Dialogue clair & précis. Cet.Ouvrage
و
136 MERCURE DE FRANCE .
par ce moyen , utile à la jeuneffe , le fera
encore aux pères & mères , qui y trouveront
des leçons faciles pour s'affurer du
progrès de leurs enfans , ou leur enfeigner
les premiers élémens des connoiffances
utiles.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Monfieur , en rendant compte dans le fecond
Volume du Mercure d'Octobre , pag. 87 , de
I'Éloge du Chancelier de l'Hopital , dont la devife
eft , Nec vita animaque peperci , &c. vous
avez cherché à combattre la critique qui vous a
été faite fur un endroit du Difcours où l'Auteur
avance , que les ames fortes ont un penchant naturel
pour les opinions hardies & dangereufes.
Cette affertion feroit en effet dangereufe ellemême
, fi elle pouvoit fignifier que les amesfortes
ont un penchant naturel pour les opinions qu'il
feroit dangereux pour la Société de voir adopter
par un grand nombre d'hommes. Je puis auffi vous
affurer que ce n'eft point ce fens coupable que
l'Orateur a voulu faire entendre , comme je dois
l'attefter d'après lui-même. Il feroit d'ailleurs
autant abfurde qu'injufte , d'adopter une interprétation
différente & éloignée de celle qui fe
préfente naturellement . Cette phrafe , de la manière
qu'elle eft placée , & fuivant les principes
de l'eftimable Auteur du Difcours , veut feulement
dire que les ames fortes ont un penchant
NOVEM BR E. 1777 . 137
naturelpour les opinions , qui expofent ceux qui les
adoptent , à quelque danger. C'eſt une vérité de
fait trop confirmée par l'Hiftoire , pour la nier ;
juftifiée d'ailleurs, dans ce même Difcours , par
l'exemple du Chancelier de l'Hopital , qui eut
fouvent la noble hardieffe de s'expofer à la haine
de fa Nation pour la fervir.
Je fuis , Monfieur , & c.
AVIS.
Madame la veuve Duchefne , Libraire , rue S.
Jacques , au Temple du Goût , fait une nouvelle
édition de la France Littéraire , qui paroîtra dans
le cours de Janvier prochain. C'eft chez elle que
MM. les Gens de Lettres , & autres perfonnes
intéreffées à l'exactitude des notices , foit des
Auteurs , foit des Ouvrages , font priés d'envoyer
des Notes détaillées de ce qui les concerne , & le
plutôt poffible , afin que les articles qui les intéreffent,
foient rédigés ou corrigés comme ils le defirent
. Leur négligence de fatisfaire à cette demande,
fera feule la caufe des fautes, méprifes ou
omiffions dont ils pourroient fe plaindre .
138 MERCURE DE FRANCE.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
Projet d'un Prix d'Agriculture , in-12 ,
de 45 pages , petit caractèré , avec
deux planches gravées ; chez Knapen
& Ruault , &c , prix 18 fols. 1777.
C'EST fans doute une propofition
faite à ces Citoyens généreux , qui fe
font réunis pour diftribuer des encouragemens
pécuniaires aux Auteurs des inventions
, qu'ils reconnoîtront tendre à
perfectionner la pratique des Arts &
Métiers utiles ; & , certes , le premier &
le plus utile des Arts , eft celui de l'Agriculture.
L'Auteur invite à chercher une
machine qui n'exige ni plus de tems , ni
plus de frais que deux labours à la
charrue ordinaire , & qui puiffe produire
l'effet d'un labour à la bêche . Il prétend
que , par le fecours de cette invention ,
une partie des bonnes terres à froment
pourroit tous les ans rapporter du bled ,
non feulement fans fe détériorer , mais
même en s'améliorant. Il difcute les
NOVEM BR E. 1777. 139
objections qui pourroient lui être faites,
& qu'il faut lire dans l'Ouvrage même :
il entreprend de plus de montrer la facilité
& l'avantage de l'emploi de cette
machine à trouver ) qui feroit tripler
la valeur de certaines fermes fufceptibles
de la culture qu'il propofe. Il parle
encore d'une pratique , qui feroit bien.
aufli une découverte nouvelle ; c'eft de
femer du bled d'hiver au commencement
du printems , de le faucher fouvent
dans l'été , fans jamais lui laiffer pouffer
fon tuyau , & il affure que la plante fe
confervera mieux l'hiver que celle du
bled femé en automne ; qu'elle donnera
d'auffi bonnes récoltes l'année fuivante
& moins fujette à verfer , parce que
paille en deviendra plus forte. C'eft aux
Amateurs de l'Agriculture , aux riches
Propriétaires , qui font valoir eux- mêmes
leurs poffeffions , à faire de femblables
tentatives ; & , d'après leurs expériences
, les Laboureurs fauront bientôt
préférer les pratiques les plus fûres ;
la
mais c'est aux Génies inventifs & aux
Mécaniciens , à trouver la machine
qu'on defire : ce feroit donc alors une
charrue portée à fa perfection , que l'Auteur
de ce projet voudroit nommer Bêchar.
140 MERCURE DE FRANCE.
Nous penfons que cet Opufcule doit
intéreffer les Curieux de la fcience rurale
, & qu'il mérite des éloges.
L'Art des Langues , chez Louis Cellot ,
Libraire-Imprimeur , rue Dauphine.
Cet Ouvrage préfente un plan nouveau
pour apprendre la Langue Latine
& toute autre Langue vivante ou morte.
Il a pour bafe la manière dont les
hommes apprennent leur Langue naturelle
dans toutes les nations ; la Répétition
immenfément fréquente des mêmes mots
dans les mêmes circonftances.
Ce plan, quoique nouvellement publié,
a déjà été exécuté à l'égard d'un grand
nombre d'enfans , même d'une capacité
fort ordinaire : on leur fait lire douze
pages de latin tous les jours ; ce qui rend
aux Langues mortes l'avantage des Langues
vivantes. Il faut entendre l'Auteur
lui- même prouver & développer cette
apparence de paradoxe.
Il en montre la poffibilité par le fait ,
entr'autres d'un enfant qui , à dix ans &
demi , ayant fuivi cette méthode , avoit
lu , après les principes de Grammaires
de toutes les Langues, plus de deux voluNOVEM
BR E. 1777. 141
mes du Selecta latini fermonis exemplaria
, & Phèdre deux fois , Salufte &
Florus en entier , les Eglogues de Virgile
, les fix premiers livres de l'Enéïde ,
les trois premiers livres des Odes d'Horace
aufi deux fois , & une fois feulement
les trois premiers livres de la
première Décade de Tite- Live.
Cet Ouvrage fait voir les défauts des
méthodes actuelles , qui conduifent les
enfans fans aucun ordre ; auffi leurs
travaux fourmillent - ils de fautes ; ce
qui nuit beaucoup à leurs progrès.
Dans le plan de l'Auteur, au contraire ,
les enfans ne peuvent , pendant toute
leur éducation , entendre une feule expreffion
vicieuſe , aucun folécifme , aucun
barbarifme ; mais , au contraire ,
une Langue toujours pure , les expref
fions des meilleurs Auteurs , des régles
mifes perpétuellement fous leurs yeux ,
avec des exemples de la plus grande &
de la plus conftante exactitude.
Cet méthode eft déjà fuivie au Collége
de la Flèche & dans plufieurs éducations
particulières ; elle épargne plus
de trois années d'étude : on fe propofe
même à la Flèche , de faire apprendre
fur le même plan l'Allemand & l'Anglois.
142 MERCURE DE FRANCE .
&
L'Auteur a adopté la deuxième éḍition
d'une Grammaire latine qui paroît
en même-tems chez le même Libraire
en quatré petits volumes. Le premier
donne les principes communs à toutes.
les langues , fous le titre d'Introduction
aux Langues. Le deuxième contient la
forme des mots latins , fous le titre de
Rudiment. Le troifième donne l'arrangement
des mots latins , fous le titre
de Syntaxe. Le quatrième indique la
manière de traduire le François en Latin,
fous le titre de Méthode Françoife- Latine.
Il faut voir dans l'Art des Langues ,
avec quelle précifion cette Grammaire
a été exécutée fous tous ces points de
vue ; les nouvelles obfervations qui y
font répandues fur la manière d'apprendre
aux enfans chacune de ces parties
de Grammaire ; & les exercices propres
à fe convaincre que les enfans les entendent
parfaitement , & qu'ils font en
état d'en faire ufage pour la traduction
de cette Langue.
Chacune des quatre parties de la
Grammaire Latine fe vend 12 fols . Les
quatre volumes reliés féparément en
carton , fe vendent enfemble 2 liv. 8 f.;
NOVEM BR E. 1777. 143
& l'art des Langues , broché , 1 liv . 10
fols.
^
Le même Libraire continue de vendre
l'Introduction aux Langues pour les enfans
ou pour les perfonnes d'un âge
plus avancé de l'un & l'autre fexe , qui ,
n'apprenant pas la Langue latine , font
curieufes de bien lire & d'écrire correctement
leur Langue naturelle . Relié en
carton , 12 fols .
>
Faftes Militaires , ou Almanach des Chevaliers
des Ordres Royaux & Militaires de
France; & des Gouverneurs & Lieutenans
de Roi des Villes clofes du Royaume ;
contenant 1º. le temps de leurs
fervices , leurs grades actuels ou ceux
de leur retraite ; la date de leur réception
dans l'Ordre , & le nombre des
affaires de guerrre où ils fe font trouvés
, le nombre & le genre de bleffures
qu'ils y ont reçues , ainfi que
les grâces qu'elles leur ont méritées.
de la part du Roi ; avec des Notes
& des Anecdotes chronologiques &
hiftoriques des actions glorieufes des
Chevaliers de chaque Ordre. Dédié
à Monfeigneur le Comte de Saint-
Germain , Miniftre , & deftiné à
144 MERCURE DE FRANCE .
être préfenté au Roi & à la Famille
Royale ; par M. de la Fortelle , Lieutenant-
de- Roi de la ville de Saint- Pierrele-
Moutier. Avec Approbation & Privilége
du Roi.
> L'énoncé du titre de cet Ouvrage
fuffit pour en démontrer l'utilité ; il n'y
a pas de Spectacle plus digne d'une Nation
vaillante & fenfible , que le tableau
des Militaires qui concourent à fa puiſfance
& à fon éclat. Il manquoit depuis
trop long-temps à la Nation , un dépôt
d'Archives Militaires , où la Nobleffe
pût configner & rendre publics & fes
fervices , & les diftinctions honorables
ou flatteufes qui en ont été la récompenfe.
C'eft fous les aufpices d'un Sou
verain chéri , & d'un Miniſtère fage &
éclairé , que l'Editeur jouit aujourd'hui
de la fatisfaction de déployer fon zèle
dans l'ouvrage qu'il confacre à la gloire
de la Nation Françoife , & qu'il lui offrira
régulièrement au renouvellement de chaque
année.
Il a l'honneur d'inviter MM. les Chevaliers,
Commandeurs , Officiers Généraux,
Gouverneurs , Lieutenans- de-Roi ,
&c. &c . de vouloir bien lui faire paffer, le
plus
NOVEM BR E. 1777. 145
plus promptement qu'il leur fera poffible,
la notice la plus exacte de ce qui peut
leur être particulier , relativement à cet
-Ouvrage.
Il faifit cette occafion de rendre . publics
fes remercimens à MM. les Maréchaux
de France , ainfi qu'à MM. les
Officiers Généraux & autres , qui ont
bien voulu l'honorer de leur fuffrage
en lui faisant paffer leurs notices. Cette
marque de leur bienveillance eft bien
propre à enflammer fon zèle .
Il faut adreffer les envois , francs de
Port , à M. de la Fortelle , rue & vis-àvis
les Carmes , à Paris .
>
N. B. Quoiqu'on ait annoncé dans
le Profpectus , qu'on prioit les perfonnes
qui defireront cet Ouvrage , de fe faite
infcrire chez M. Lambert , Imprimeur ,
rue de la Harpe , on n'a pas prétendu
gêner leurs difpofitions à cet égard : on
a fimplement pris cette précaution pour
en tirer un nombre d'exemplaires fuffifant
, & metre le Public à portée d'en
jouir.
Tréfor généalogique , ou Extraits des
titres anciens qui concernent les Mai-
G
146 MERCURE DE FRANCE .
fons & Familles de France & des environs
, connues en 1400 ou aupara- ,
vant , dans un ordre alphabétique ,
chronologique & généalogique ; par
Dom Caffiaux , Religieux Bénédictin ,
de la Congrégation de St Maur , réfidant
en l'Abbaye Royale de Saint-
Germain-des- Prés , à Paris , Hiftoriographe
de Picardie Honoraire de
L'Académie Littéraire d'Amiens , Archivifte
employé par le Roi , à la collection
des monumens hiftoriques.
Dédié à la Reine , & préfenté au Roi
& à la Reine , le 28 Septembre 1777.
Tome premier , in- 4° . A Paris , de
l'Imprimerie de Philippe - Denis
Pierres , Imprimeur du Collége Royal
de France , rue Saint-Jacques .
,
N. B. Quoique le temps fixé pour
les foufcriptions & infcriptions au Tréfor
généalogique foit paffé depuis le 1er
Septembre 1777 , on fera toujours à
même de foufcrire , ou de fe faire inf
crire feulement pour les volumes à imprimer
, aux conditions portées dans le
Profpectus ; mais les volumes déjà imprimés
ne pourront être délivrés pour
ceux qui auroient négligé de foufcrire
NOVEM BR E. 1777. 147
ou de fe faire infcrire à la préfente
époque , qu'au prix de 10 liv . On fait
extraire tous les titres qu'on envoie
mais le port des lettres & paquets doit
être affranchi.
Nous rendrons compte de cet Ouvrage.
ACADÉMIES.
I.
Extrait de la Séance de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles-Lettres de
Dijon , du 22 Décembre 1776.
M. MARET , Secrétaire perpétuel , a
ouvert la féance par l'annonce des fujets
propofés pour les prix de 1777 & 1778;
& s'attachant à expofer les motifs qui
ont déterminé l'Académie à demander
l'Éloge de Saumaiſe , il a dit :
Claude Saumaife , que la Bourgo-
» gne fe glorifie d'avoir vu naître , dont
» l'Académie efpère de placer quelque
» jour le Bufte à côté de ceux qui
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
» décorent fon Sallon , vivoit dans les
premières années du dix - feptième
» fiècle.
>>
ود
"
» Ceux que le defir de s'inftruire
portoit à l'étude , étoient alors néceſfités
à puifer les connoiffances qui
» leur manquoient , dans les Auteurs
» Grecs , Latins , Syriaques , & même
» Arabes . Les verfions différentes des
» manufcrits originaux , l'infidélité des
» Interprêtes avoient répandu fur tous
» les fujets de littérature , fur toutes les
» fciences , une obfcurité qui retardoit
» les progrès de l'efprit humain. L'art de
» démêler la vérité à travers le chaos
que formoit fon mêlange avec une
foule d'erreurs , étoit , à cette époque ,
» auffi important qu'il étoit difficile
» & l'érudition étoit le premier mérite
» d'un homme de lettres .
د د
"
» C'eft aux Erudits qui vivoient du
» tems des François , des Henris , & de
» Louis XIII , que la France eft redeva-
» ble des grands Hommes qui ont illuf-
» tré le fiècle de Louis XIV. Ils ont
» amendé la terre qui , de nos jours ,
» offre de toutes parts les plus riches
moiffons ; & méconnoître les obligations
que la littérature & les fciences
NOVEM BR E. 1777. 149
"
33
» ont à ces hommes laborieux , ce feroit
» annoncer , ou bien peu de philofophie
, ou bien peu de reconnoiffance.
» Saumaife fut un de ceux qui rendi-
» rent les plus grands fervices à la république
des lettres ; & fi une fenfibilité
» exceffive , dont les moeurs du tems où
» il vivoit , n'étoient pas capables de
modérer les faillies , lui fufcita des
» ennemis , fon favoir immenfe , fa
critique judicieufe , fon efprit vrai-
" ment philofophique , le placèrent , de
l'aveu de tous fes Contemporains , au
» rang des Savans les plus dignes de
» l'eftime publique .
,د
"
Quand, après plus d'un fiècle , l'Aca-
» démie de fa patrie réclame en fa
faveur un honneur accordé à tant "
* d'hommes célèbres , elle efpère voir
» entrer en lice ceux qui , libres de
» fuivre le penchant qui les porte à la
» culture des lettres , penfent affez no-
» blement , pour ofer avouer les obliga-
» tions qu'ils ont à leurs prédéceffeurs ,
» & que l'éloge de Saumaife fera fentir
» le prix de l'érudition trop négligé , &
» même méprifée de nos jours par beau-
» coup de gens de lettres , tandis que fon
» abus feul eft condamnable ».
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
M. Maret a lu enfuite l'Hiftoire Littéraire
de l'Académie pour l'année 1776 ,
qu'il a fait précéder du récit des événemens
heureux ou malheureux arrivés à
la Compagnie durant la même époque.
Parmi les premiers , il a rappelé que les
leçons de Botanique données depuis
quatre ans par M. Durande , Docteur
en Médecine , dans le jardin dont M.
Legoux de Gerland a fait préfent à l'Académie
, ayant déjà commencé à réaliſer
en partie les efpérances du Fondateur de
cette Sociéte Littéraire , les deux nouveaux
Cours de Chimie & de Matière
Médicale , dont elle s'eft chargée , venoient
encore de fuppléer en partie
l'enfeignement qu'auroit procuré en cette
Ville l'établiſſement d'une Univerfité
complette , établiſſement qui avoit été
long tems l'objet des voeux de M. Pouffier
, qui l'eft encore de tous les bons
Citoyens , & dont l'accompliffement
feroit d'autant plus defirable aujourd'hui
pour cette Ville & la Province , que
les fecours vont y être multipliés , &
qu'on pourra plus facilement s'y procurer
toutes les efpèces d'inftuctions. M.
Maret a encore compté , parmi les événemens
heureux de cette année , l'érecpour
NOVEM BR E. 1777. 15
tion d'un para- tonnerre placé fur l'Hôtel
de l'Académie , par les foins généreux
de M. Dupleix de Bacquencourt *.
L'Hiftorien ne pouvoit oublier le don
qu'a fait à la Compagnie , S. A. S. Mgr
le Prince de Condé , d'une grande quantité
de minéraux précieux , dont fon
Augufte Protecteur a enrichi fon Cabinet
d'hiſtoire naturelle , non plus que
le bufte de M. le Comte de Buffon
placé dans la Galerie patriotique , parmi
>
* Cette preuve de confiance dans les Conducteurs
imaginés par le célèbre Docteur Franklin ,
a déjà produit une partie des effets que ce Magiftrat
Philofophe en attendoit.
L'exemple de l'Académie a été fuivi par M. de
Morveau , Avocat - Général du Parlement , &
Vice-Chancelier de cette Société Littéraire , par
M. Saify, un de fes Membres , & par MM. les
Magiftrats & Chanoines de Semur - en-Auxois, Le
premier en a fait placer un fur la maison qu'il
habite : le fecond , fur le clocher de l'Eglife Paroiffiale
de S. Philibert ; & les autres, fur celle de
la Collégiale de leur Ville .
Cet exemple le fera bien - tôt encore par M. le
Comte de Biffy, qui fe propoſe d'élever un Conducteur
fur fon Château , à Pierre ; par M. Thomaffin,
demeurant à Nuitz ; & par MM , les Fabriciens
de l'Eglife S. Nicolas , à Dijon.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
ceux des grands Hommes qui illuftrent
notre Province . Le Secrétaire a fait
encore mention d'une méridienne tracée
dans la Salle de fes affemblées publiques
par M. Roger. Cette récapitulation a été
terminée par le récit des pertes que
l'Académie a faites dans la perfonne de
trois de fes Membres , M. de Clugny,
Contrôleur-Général des Finances ; M.
Daubenton , Maire & Subdélégué de
l'Intendance à Monbar ; M. Venevault ,
Peintre , Affocié à l'Académie Royale
de Peintute .
Le premier , frappé à mort dès le
premier pas qu'il faifoit dans la plus
brillante carrière , eft tombé au moment
où fon élévation le mettoit à portée de
fignaler de plus en plus fon zéle pour le
progrès des Sciences , des Lettres & des
Arts. Il les avoit appréciés en Philofophe ,
en homme d'État , & les cultivoit par goûr.
L'Académie de Marine reftaurée à Breft ,
ou plutôt créée par fes foins , fera un
monument durable des vues d'après lef
quelles il a toujours dirigé fes démarches
, & le garant de la faveur dont les
Savans , les Gens de Lettres & les
Artiftes , auroient joui fous fon minif
vère.
1
NOVEM BR E. 1777. 153
M. Daubenron , rapproché de M. le
Comte de Buffon par des circonstances
heureuſes , avoit éprouvé les influences
vivifiantes de l'exemple le plus attrayant.
La Ville qu'il habitoit eft fouvent le
féjour de cette illuftre Naturaliſte . C'eſt
là que contemplant , étudiant la nature,
le Pline François vient lui arracher fes
fecrets , & fe plaît à annoncer fes découvertes
à ceux qu'il croit dignes de les connoître
& de les apprécier. M. Daubenton
étoit un de ces mortels heureux . Les flots
de lumière que répandoit la converfation
de M. de Buffon , pénétrant fon ame , lui
infpirèrent l'amour de l'hiftoire naturelle
. Tous les momens qu'il put dérober
aux fonctions des places importantes
qu'on lui avoit confiées , furent confacrés
à l'étude de la Botanique.
Les fruits de cette étude font plufieurs
articles de l'Encyclopédie , dans lesquels
cet Académicien s'eft attaché à faire
connoître la nature d'une infinité d'arbres
& d'arbustes , & les foins qu'exige leur
culture . Des lettres d'Affocié de l'Académie
de cette Ville , de celle de Lyon ,
de la Société économique de Berne & de
la Société d'agriculture de Rouen , furent
les témoignages rendus par le Public
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
éclairé aux fuccès de fes travaux ; la
Province dont il a multiplié les reffources
, en y naturalifant des arbres étrangers
très précieux , le comptera toujours
parmi ceux de nos Compatriotes , qui
ont bien mérité de leurs Contemporains
& de la Poftérité .
M. Venevault étoit né Peintre , mais
né fans fortune ; la route qui le conduifit
au point de confidération où il parvint,
fut pénible & longue. Une modeftie
rare , dans un fiècle où la médiocrité
même eft confiante & vaine , le retint
long-tems dans une efpèce d'obfcurité.
Son mérite perça , pour ainfi dire , malgré
lui. Les portraits des Princes &
Princeffes de la Maifon de Lorraine , lui
procurèrent l'honneur de faire connoître
fes talens à la Cour de France , de faire
le portrait de Sa Majefté Louis XV. Cet
avantage flatteur eût été , pour un homme
ordinaire , le chemin de la fortune ;
il ne fut pour M. Venevault que celui de
la gloire.
Les circonftances l'avoient décidé pour
le genre de Peinture qu'on nomme
miniature & pour la gouache. Le pointillé
de l'une , par la facilité qu'il donne
de fondre les nuances , permet un fini
NOVEM BR E. 1777. 155
précieux , mais conduit fouvent à une
molleffe répréhenfible , & refroidit toujours
le feu de l'Artifte , par la minutie
des procédés. La promptitude avec laquelle
fe defféchent les couleurs employées
pour la gouache , s'oppofe fouvent
à ce que l'Artifte puiffe dégrader
festeintes , & ilen réfulte une dureté dans
les touches , qui nuit à l'effet . M. Venevault
étoit parvenu à éviter l'un &
Fautre de ces défauts ; & , fous fon pinceau
, les couleurs à la gomme avoient
atteint le mérite de celles qui font
délayées à l'huile.
Auffi,tandis que les Miniaturiftes ordinaires
s'étoient prefque toujours bornés
au genre du portrait, & s'étoient rarement
élevés jufqu'à peindre le Payfage , notre
Académicien ofa traiter l'Hiftoire , & fit
voir que , dans le champ le moins vafte ,
avec les reffources les moins avantageufes ,
le génie peut faire jouer les paffions ,
& parler à l'efprit comme aux yeux .
Sa hardieffe lui mérita la récompenfe
la plus flatteufe pour un Artifte qui
préféroit la gloire à tous les biens de
la fortune. Un tableau , qui rend le mo
ment où Adam & Eve reçoivent le
fruit fatal à leur félicité , lui ouvrit Fen
G vj
156 MERCURE DE FRANCE .
trée de l'Académie Royale de Peinture ,
où les Peintres de fon genre n'avoient
point encore été admis . Elle valut encore
à M. Venevault l'honneur d'être avoué
par fa Patrie , & d'être affocié à cette
Académie , dès que les Arts furent devenus
, comme les Sciences & les Lettres ,
l'objet de fon attention. Cet honneur
combla tous fes voeux : " je n'ai plus
» rien à defirer » , écrivoit- il en répondant
à la lettre qui lui avoit annoncé la
juftice que l'Académie lui avoit rendue;
" mais comment pourrai - je témoigner
» ma reconnoiffance ? » Sa fenfibilité
inquiète , ne tarda pas à en trouver l'occafion
, & il la faifit avec l'empreffement
d'un coeur qui craignoit jufqu'au
foupçon de l'ingratitude .
"
Cette occafion fur celle de la protection
accordée à l'Académie par le Vainqueur
de Friedberg ; & dans le tableau
qu'il envoya , tableau que la Philofophie
pouvoit avouer, & qui préfentoit , fous
le voile d'une allégorie ingénieufe , tous
les effets qu'on devoit attendre de la
protection d'un Héros , il fut défigner
le moment où l'Académie a reçu cette
faveur , & donna une nouvelle preuve
de ce que peut le talent , dirigé par un
ame fenfible.
NOVEM BR E. 1777. 157
Si notre reconnoiffance ne nous eût
pas porté à faire hommage de ce tableau
à notre augufte Protecteur , il fuffiroit ,
pour juftifier cette affertion & nos
regrets, il fuffiroit de mettre fous vos
yeux , Meffieurs , ce morceau précieux ,
comme on porta autrefois aux obféques
de Raphaël, le fublime tableau de la
Transfiguration on en trouve une defcription
dans l'Histoire Littéraire de
1766 ; mais elle ne peut en donner
qu'une foible idée : la gravure pourra
fuppléer quelque jour à la foibleffe de
cette defcription. M. Venevault le defiroit
& l'efpéroit , & tout nous porte à
croire que nous verrons réaliſer fes
efpérances.
M. Maret a donné enfuite la notice.
des Ouvrages lus dans les Séances particulières
, pendant le cours de l'année .
La diverfité des genres l'avoit engagé
à divifer cette Hiftoire en trois paragraphes
, dont le premier contenoit l'extrait
fuccinct des Ouvrages de Médecine
, le deuxième celui des Mémoires
concernant les Sciences Phyfiques &
Mathématiques , & le troisième , un
précis des Productions Littéraires . L'abondance
des Matières ne lui a pas per158
MERCURE DE FRANCE.
mis de lire de fuite ces trois paragraphes
, & il a réfervé les deuxième &
troisième , pour terminer la Séance. La
même raifon nous empêche d'entrer ici
dans aucun détail de cette Hiſtoire *.
M. Picardet l'aîné , a fait lecture d'un
Difcours fur le chant pathétique , dans
lequel il juftifie l'ufage qu'en fait la
Scène lyrique dans le tragique.
L'Auteur commence par établir que
le chant eft naturel à l'homme , & défigne
ce chant fous le nom d'organique.
Delà il paffe à celui qu'on peut nommer
imitatif, dans lequel le Muficien ,
Peintre par une espèce de magie , donne
la vie à tous les objets , même les plus
intellectuels , & caractériſe l'étendue , la
hauteur , la profondeur , le vague de
l'air , l'éclat fubit du Soleil , le vafte
filence des bois , de la nuit , & c . On fent
fi la mufique peut rendre par des
fons de pareils objets , elle peut , à plus
forte raifon , s'élever jufqu'au chant paque
* On a inféré dans la Gazette de Santé , numéros
, II , 12 , 13 , 14 , 15 , 16 & 17 , la notice
des Mémoires ou Obfervations de Médecine ; &
dans le Journal de M. l'Abbé Rozier , celle des
Ouvrages de Phyfique & de Belies - Lettres.
NOVEM BR E. 1777. 159
thétique , & devenir l'interprète des
plus tendres fentimens de l'ame , comme
de fes fituations les plus violentes &
les plus douloureufes ; elle peut , fans
choquer la vraisemblance , approprier à
la voix chantante , les accens de la voix
parlante , lorfque celle - ci exprime la
colère , la douleur , puifque cette voix
parlante a befoin elle-même d'accens ,
pour frapper , pour toucher , pour être
énergique, puifque , ainfi que le remarque
judicieufement l'Auteur , toutes les paffions
font plus ou moins chantantes.
De ces vérités inconteftables , & appuyées
fur des raifonnemens & des faits
très-convaincans , il réfulte que la mufique
a pu & a dû s'emparer de la Scène
Tragique , & rendre les accens d'un
mourant. Pour la juftifier , il fuffit qu'il
y ait dans la voix d'un homme qui fouffre
, ou qui eft fur le point d'expirer ,
des inflexions relatives à l'état de fon
ame.
35
Or , c'eft ce que prouve l'Auteur.
» L'ame , dit- il , remplie d'un fentiment
» douloureux , fe fent preffée par le be-
» foin de l'exprimer ; elle a pour le fecon-
» der , les geftes , les élans , les foupirs ;
» l'organe de la voix lui fournit des fons ,
و د
160 MERCURE DE FRANCE.
"
des articulations . Le Muficien, dont l'art
confifte à rapprocher de fon fujet toutes
» les nuances , tous les fons analogues
» les plus propres à affecter l'oreille , les
plus capables de prêter à l'énergie de
» fes imitations , confidère que dans ce
» moment la voix eft éteinte & plaintive :
» il prend les foupirs , les fanglots , les
» accens , enfin tous les tons de la voix
fimple ; alors l'expreffion muficale ne
» diffère de l'expreffion orale , que par
» l'étendue des modulations , toujours
» les mêmes , mais traitées de la manière
qui lui est propre , & devenues par
» fon art plus pleines & plus abon-
» dantes.
>>
- "
n
On voit donc , continue M. Picar-
» det , en terminant fon difcours , qu'il
» n'eft ni ridicule , ni abfurde de donner
» à la voix d'un homme qui expire , des
fons mélodieux ; qu'au refte , frappé
» du beau idéal qui fait la régle de tous
» les arts , le Muficien n'a point d'exagération
plus forte que celle que fe
permettent la Tragédie & la Comé-
» die , qui font parler en vers leurs Perfonnages
; qu'il ne s'agit enfin pour
» l'Artifte , que de nous intéreffer : c'eft
» ce qu'il ne fait jamais avec plus de
و د
»
ဘ
NOVEMBRE. 1777. 161
" fuccès , qu'en éveillant notre fenfi .
» bilité par les objets qui la font naître » .
A cette lecture a fuccédé celle d'un
Mémoire du R. P. Vernify , Dominicain
, fur le Noftoch.
Cette fubftance , qu'on nomme auffi
mouffe membraneufe ou fugitive , eft
cette efpèce de gelée flottante & prefque
toujours entortillée , fans faveur ,
de couleur verte , laquelle fe conferve
en cet état lorfque le tems eft humide ,
mais fe fane & difparoît promptement
lorfqu'elle eft frappée des rayons du foleil
, & qu'on ne voit jamais qu'entre
l'équinoxe du printems & celui de l'automne.
Jufqu'ici la nature de cette production
fingulière a été peu connue.
Le R. P. Vernify rapporte , fur fon
origine & fa nature , les différentes
opinions des Auteurs ; & par le récit
de plufieurs obfervations & expériences
qu'il a faites fur cette fingulière fubftance
, il prouve que ce n'eft point un végétal
, mais le produit d'une décompofition
de végétaux. Il croit pouvoir attribuer
fon origine à cette écume verdâtre
dont font couvertes les eaux croupif- .
fantes , laquelle n'eft en effet qu'une
décompofition de plantes aquatiques ma162
MERCURE DE FRANCE.
cérées & réduites en une eſpèce de
bouillie. Les parties les plus fubtiles de
cette écume , peuvent être enlevées par
l'action des rayons du foleil , comme les
autres vapeurs qui forment les météores :
tranfportées dans les nuages , elles peuveur
s'y coaguler par le mélange de
quelques parties hétérogènes , & retomber
en forme de gelée avec la pluie ;
mais quoique ce qu'il avance foit trèsvraisemblable
, ce modefte Naturalifte
ne donne fon fentiment que comme
une conjecture.
I I.
VILLE FRANCHE.
Le Lundi 25 Août 1777 , jour de St
Louis , l'Académie de Villefranche en
Beaujolois , a tenu fon Affemblée publique.
M. Gemeau , Lieutenan: Général en la
Sénéchauffée de Trévoux , Directeur , a
ouvert la Séance par des réfléxions intéreffantes
fur les Lettres en général ;
fur l'utilité des Académies , fur les couronnes
qu'elles diftribuent , & enfin fur
le choix que , pour les prix qu'elles propofent
, elles font depuis quelques anNOVEM
BR E. 1777. 163
·
nées , des Eloges hiftoriques , qui ont
ouvert la carrière la plus brillante à
l'Eloquence & aux Talens , & qui font
un monument élevé à la gloire des
grands Hommes de la Nation .
L'Abbé d'Effertine , Secrétaire , après
avoir rendu compte de quelques-uns des
Ouvrages qui ont concouru pour l'Eloge
hiftorique de Philippe d'Orléans , Régent
du Royaume , propofé par l'Académie ,
lut le Difcours de M. l'Abbé Talbert ,
qui avoit réuni tous les fuffrages , qu'on
écouta avec le plus grand plaifir , & qui
fera bientôt imprimé.
M. l'Abbé de Caftillon , Vicaire- Général
du Diocèfe de Lyon , lut des Stances
adreffées à M. l'Abbé Talbert.
Cette Lecture fut fuivie d'un Difcours
en vers fur les Fables , par M.
d'Effertine , Avocat du Roi .
La Séance fut terminée par des vers
de M. Mayel , Penfionné du Roi de
Pruffe.
P. S. L'Académie propofe , pour le
fujet du Prix qu'elle diftribuera l'année
prochaine , l'Eloge de Nicolas Boileau
Defpréaux . Les Difcours ne feront
164 MERCURE DE FRANCE.
admis au concours que jufqu'au mois de
Mai prochain. Le Prix confifte dans une
médaille de la valeur de 300 liv.
I I I.
Prixpropofépar l'Académie des Sciences,
Arts & Belles- Lettres de Châlons-fur-
Marne , pour l'année 1779.
On s'eft occupé dans tous les tems de
l'éducation de la Nobleffe , & de celle
de la partie aifée de la Nation ; mais
on n'a jamais donné qu'une attention
fuperficielle à l'inftruction du Peuple.
Ces confidérations ont déterminé l'Académie
des Sciences , Arts & Belles- Lettres
de Châlons fur-Marne , à propofer
pour fujet du Prix qu'elle adjugera dans
fon Affemblée du 25 Août 1779 ,
Quel feroit le meilleur plan d'éducation
pour le Peuple ?
L'Académie invite tous les Amis de
la Patrie à travailler fur un fujet qui intéreffe
également le bonheur du Peuple
& la gloire de la Nation. Le Prix fera
une médaille d'or de la valeur de trois
cens livres.
NOVEM BR E. 1777. 165
Les Pièces feront écrites , lifiblement,
en françois ou en latin , & elles feront
envoyées , franches de port * à M.
Sabbathier , Secrétaire perpétuel de l'Académie
, fix mois avant la diftribution du
Prix .
>
Les Auteurs ne fe feront point connoître
; ils mettront feulement une devife
à la tête ou à la fin de leur Mémoire.
Ils y joindront un billet cacheté qui
contiendra leurs noms , qualités & demeure
, s'ils veulent fe faire connoître ;
& la deviſe fera répétée fur ce billet .
L'Académie a déjà annoncé au Public
qu'elle adjugeroit dans fon Affemblée
du 25 Août 1778 , un autre Prix , dɔnt
le fujet conſiſte à trouver :
Les moyens les moins onéreux à l'Etat
& au Peuple , de conftruire & d'entretenir
les grands Chemins.
Les conditions de ce dernier Programme
font les mêmes que celles du
précédent.
* Tour paquet adreffé à M. Sabbathier , fans
être franc de port , ne fera pas retiré de la Poſte ,
de quelque pays qu'il vienne.
166 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue de donner , les Dimanches ,
Céphale & Procris ; & les autres jours
Alcefte. Elle fe difpofe à repréfenter ,
après le voyage de Fontainebleau , Roland
Furieux , Opéra de Quinault , remis
en Mufique par M. Piccini.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont donné ,
le Samedi 25 Octobre , la première repréſentation
de la repriſe de Gafton &
Bayard , Tragédie de feu M. de Belloy.
Cette Pièce , qui avoit eu beaucoup de
fuccès dans fon origine , a été encore
bien accueillie à cette reprife. C'eſt M.
Monvel , au lieu de M. Molé , qui joue
NOVEMBRE. 1777. 167
·
le rôle de Gafton , & M. Larive , en la
place de M. le Kain , qui repréſente
Bayard. Leur jeu a été fort applaudi .
Le Mercredi 22 , Mademoiſelle Sainval
l'aînée joua Mérope pour la première
fois . Cette Actrice s'eft élevée au ton de
fon rôle , l'un des plus beaux , mais auffi
l'un des plus difficiles à rendre. Elle a été
extrêmement applaudie.
On attend à ce Théâtre , la Tragédie
de Muftapha & Zéangir , de M. de
Champfort.
COMÉDIE ITALIENNE. 1
LES Comédiens Italiens préparent plufieurs
nouveautés , qui ne pourront être
jouées , fur leur Théâtre , qu'après le
voyage de Fontainebleau . Ils doivent
donner une Parodie d'Armide , & d'autres
Intermèdes nouveaux ; tels que Matroco
, Pomponin , Alexis ; en attendant
la repriſe de l'Olympiade , avec quelques
changemens.
168 MERCURE DE FRANCE.
Les Comédiens Italiens ont donné , le
Mardi 14 Octobre , la première repréfentation
de la repriſe du Faucon & des
Oyes de Boccace , Comédie en trois Actes ,
de Delifle . On a beaucoup admiré l'adreſſe
avec laquelle l'Auteur a fu compoſer une
Pièce charmante & bien intriguée de ces
deux Contes fi connus de Boccace . La
repriſe de cette Comédie a été bien accueillie
; & le Public a applaudi avec juftice
au zèle & aux talens des Italiens &
des Italiennes qui fe font chargés de la
repréſentation de cette Comédie Françoife
, & qui l'ont joué à la fatisfaction
des Spectateurs.
A Monfieur CARLIN BERTINAZZY ,
Arlequin, jouant dans le Faucon & les
Oyes de Boccace .
QUELLE admirable vérité !
Quelle heureufe naïveté !
Appellent le plaifir en lui montrant les Grâces ?
Aimable
NOVEMBRE. 1777. 169
Aimable Carlin , dans ton jeu ,
Toujours naturel , plein de feu ,
Des Lazzis variés que tu fais bien les places 5
Tes gefles aifés , fi précis ;
Tes balourdifes fi jolies ,
Et les tons fi plaifans de tes vives faillies ;
Enfin , & tes pleurs & tes ris ,
Du goût portent l'empreinte & l'heureux coloris ,
Et font à la raifon applaudir tes folies.
Du charmant Auteur de Thimon ,
Qui , dans fon Arlequin fauvage ,
Te fait fi bien parler raifon ,
Tu fais revivre le Faucon ;
Sa gloire avec toi ſe partage ,
Et prouve qu'aux travaux avoués d'Apollon,
Le tems ne fauroit faire outrage ,
Et que les Grâces n'ont point d'âge .
Par M. Guérin de Frémicourt.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
ARTS.
GRAVURES.
Portrait de Jemelian Pougatchew , Chef
des Rebelles en Ruffie , qui a eu la
tête tranchée à Mofcou , en l'année
1775 ; deffiné à Mofcou par J. C.
de Mailly , Peintre en émail ; gravé
par le Tellier. Prix 1 liv. 4 fols. A
Paris , chez Bligny , Lancier du Roi ,
cour du Manège , aux Tuileries.
CETTE tête , qui a du caractère , eſt
gravée avec beaucoup d'art & d'intelligence
.
MUSIQUE.
I.
ARMIDE , Drame Héroïque , mis en mufique
par M. le Chev. Gluck , repréſenté
pour la première fois par l'Académie
NOVEM BR E. 1777 . 171
Royale de Mufique le 23 Septembre
1777. Prix 24 liv. Au Bureau du Journal
de Muſique , rue Montmartre , visà
- vis celle des Vieux - Auguftins ; à
l'Opéra , & aux adreffes ordinaires de
mufique.
On trouve aux mêmes adreſſes &
chez M. Cornouaille , Montagne Sainte-
Geneviève :
1" . Les Recueils des airs détachés
d'Armide ; prix 1 liv. 16 fols.
I I.
2. Le premier Recueil de douze airs
d'harmonie pour deux clarinettes , deux
cors & un baſſon , compofés par M. J.
Vitzthumd ; prix 6 liv. A Paris , aux
adreffes ci-deffus ; & à Bruxelles , chez
MM. Vanypen & Pris , rue de la Madeleine.
I I I.
3°. Recueil de duo & d'airs à voix
feule, avec fymphonie ou fans accompagnement
, par M. Albanèſe , Muficien
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
du Roi. OEuvre X. A Paris , au Bureau
du Journal de Mufique , rue Montmartre
, vis- à- vis celle des Vieux- Auguſtins.
Prix 9 liv.
୨
Cet OEuvre , l'un des plus intéreffans
que M. Albanèfe ait encore publiés
contient dix duo , & trois morceaux à voix
feule. Il eft gravé avec la plus grande
élégance , & avec les parties d'accompagnement
féparées , pour faciliter l'éxécu
tion.
4°•.
I V.
On trouvera encore aux mêmes
adreffes , le quatrième & le cinquième
Recueils d'airs nouveaux , avec accompagnement
de guitarre , par M. Tiffier ,
de l'Académie Royale de Mufique.
Le quatrième Recueil a paru l'année
dernière , & le cinquième a été publié
il y a environ trois mois. Le prix de
chaque Recueil eſt de 4 liv 4 fols.
V.
VI. Recueil d'ariettes d'Opéra-Comiques
& autres , avec accompagnement de
guitarre ; par M. Tiffier , de l'Académie
NOVEM BR E. 1777. 173
Royale de Mufique. OEuvre XII . Prix 7
liv. 4 fols. Mis au jour & gravé par
Madame Tarade , chez l'Auteur , fue
S.-Honoré , près l'Oratoire , à la Gerbe
d'or ; Madame Tarade , Marchande de
Mufique , rue Coquillière , à la lyre
d'Orphée ; & aux adreffes ordinaires.
DANS E.
LE TRIOMPHE DE L'AMOUR,
BALLET PANTOMIME.
Le Théâtre représente un Jardin & un
Bofquet , & à côté une Grotte obfcure.
SUJET DU BALLET.
UNE Bergère , conduite
par fon amour,
fe rend à cette promenade : mais au lieu
d'y trouver fon Amant , elle y rencontre
un rival qu'elle détefte ; il lui offre fon
hommage, qu'elle dédaigne avec fierté , &
il s'en va dans le plus cruel défefpoir . La
Bergère témoigne fes inquiétudes de ne
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
pas voir paroître celui que fon coeur a
choifi ; & , dans une douce langueur, elle
va fe repofer fur un lit de gazon à l'entrée
du bofquet : elle s'y endort. Son
Amant arrive; & , dans la crainte de troubler
fon fommeil, il s'affied fur un banc
de verdure vis-à- vis. La Bergère piquée
par une Abeille , fe réveille ; fon Amant
lui marque fa fenfibilité. Dans ce moment
le rival odieux reparoît ; ce fpectacle
attendriffant redouble fa fureur. Nos
Amans effrayés , fuyent & s'enfoncent
dans le bofquet. Le rival s'abandonne à
fon défefpoir , & va trouver un Magicien
qui , à fa follicitation , change le bofquet
en une affreufe prifon , & évoque
l'enfer , la Haine & les Furies : il charge
de fers nos deux Amans , & les conduit
fur le Théâtre enchaînés ; ils font effrayés
de ce fpectacle , ils invoquent le Ciel.
L'Amour defcend dans un nuage : la prifon
difparoît , & devient un Temple :
la Haine & les Furies fe précipitent dans
l'abyfme , & le rival s'enfuit. L'Amour,
accompagné des Ris & des Jeux , délivre
les deux Captifs , les unit avec des guirlandes
de fleurs , & remonte au Ciel.
Auffi - tôt on voit paroître des Bergers &
Bergères qui viennent féliciter les deux
NOVEM BR E. 1777. 175
Amans , & forment enfemble une danfe
générale par où le fpectacle eft terminé.
Par M. Bacquoy- Guédon , ci-devant Danfeur
du Théâtre François.
C
GEOGRAPHIE.
I.
CARTE du Théâtre de la Guerre entre
les Anglois & les Américains dreffée
d'après les Cartes Angloifes les plus modernes
, par M. Brion de la Tour , In--
génieur- Géographe du Roi . Prix , 1 liv.
10 f. A Paris , chez Efnauts & Rapilly ,
rue St Jacques , à la ville de Coutances.
I I.
Perspective Univerfelle.
C'est le titre d'une Carte ou Planche
gravée in-fol. , dans laquelle le fieur Geftat
, réfidant actuellement à Toulon fut
Arroux , près Autun , a prétendu réunir
en une feuille toutes les connoif-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
2
fances humaines. Le Commentaire de
ce tableau énigmatique demanderoit autant
de volumes qu'il y a de propofitions :
c'eft dire combien il eft fingulier.
Cette Carte fe vend 3 liv . A Paris , chez
le fieur Mondhare , Marchand d'Eftampes
, rue St Jacques , vis-à-vis la Fontaine
St Severin , Efnauts & Rapilly
Marchands d'Eftampes , rue St Jacques ,
à la ville de Coutances ; Lattré , Graveur
ordinaire du Roi , rue St Jacques ,
vis- à- vis la rue de la Parcheminerie ;
Defnos , Libraire , Ingénieur- Géographe
du Roi de Danemarck , rue St Jacques ;
Chéreau fils , Graveur , rue des Mathu
rins , au coin de celle de Sorbonne ;
Vignon , Marchand de Cartes géogra
phiques , rue Dauphine . A Autun
chez Dejuffieu , Imprimeur de M. l'Evêque
; & à Toulon -fur- Arroux chez
le fieur Geftat , Auteur de cette Carte .
M.DE
-
Tableau
Généalogique.
›
DE VESOU, Ecuyer, Ingénieur- Géographe,
Hiftoriographe & Généalogifte du
Roi , de l'Académie Royale des Siences ,
NOVEM BR E. 1777. 177
Belles- Lettres & Arts de Rouen , Auteur
de plufieurs Ouvrages, ayant commencé,
par l'ordre du Roi , le Tableau des Rois
de France de la feconde Race , avec
toutes les branches mafculines & féminines
qui en defcendent , prie les per
fonnes intéreffées à cet Ouvrage , de lui
faire paffer , gratis , les Mémoires généalogiques
de leur filiation , afin qu'il
puiffe les y inférer. La grande quantité
de Mémoires qu'il a reçus trop tard pour
le Tableau des Rois de France de la première
Race, eft caufe du retard quefouffre
actuellement cet Ouvrage , qui fera cependant
bien-tôt fair.
Ce tableau des Rois de France de la
feconde Race , eft le troisième développement
de celui des trois Races des Rois
de France , exécuté en une feuille par M.
deVezou , & dont on a déjà rendu compte
dans le temps . Il fera , comme les autres
Tablux généalogiques de cet Auteur
, en lignes afcendantes , & par degrés
de parenté , orné d'écuffons & de
couronnes ; il offrira à la vue tous
les defcendans du fameux Charles-
Martel , & conféquemment les illuftres
rejetons du fang de Charlemagne ; ce
qui produira beaucoup de branches de
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
>
l'un & de l'autre fexe ,
toutes inté
reffantes pour l'Hiftoire de France &
pour celles de l'Empire d'Occident & de
I'Italie. Les Familles nobles qui fortent
de ce grand Prince , auront le bonheur
de voir leurs defcendances jufqu'à- préfent
, pourvu toutefois qu'elles faſſent
parvenir , gratis , leurs filiations bien
écrites & correctes avec leurs armes
peintes fuivant l'art héraldique. M. de
Vezou ne fixe pas encore le temps où
il ne pourra plus recevoir des mémoires ,
fe réfervant , dans une autre occafion ,
de le fixer par un nouvel avertiſſement ,
afin de donner aux Perfonnes intéreffées
à cet Ouvrage utile , le tems de faire les
recherches néceffaires pour prouver avec
exactitude leurs defcendancés des Chefs
de cette Race , de laquelle fortent les
Rois de France de la troifième Race ,
& ceux de Portugal , par Childebrand ,
frère de Charles -Martel , fels plufieurs
Auteurs ; ceux d'Aquitaine , d'Arle , de
Bourgogne , de Germanie , de Bavière ,
d'Italie & de Lombardie ; les Empereurs
d'Occident ou d'Allemagne ; les célèbres
Maifons de Savoie , de Lorraine ,
d'Autriche , de Courtenai , de Heffe , de
Bourgogne-l'Archambaud
; les Ducs de
NOVEM BR E. 1777. 179
Brabant , de Méranie , de Guyenne ; les
Comtes de Poitiers , d'Anjou , de Vermandois
, de Mons , de Namur , de Flandres
, d'Andefchs , de Chiny , de Los ,
du Châtelet & de Salm ; & les Seigneurs
de Saint- Simon , de Ham , de Vienne , de
la Viefville , de Montferrat , de Montdor
, & autres qu'il feroit trop long de
rapporter.
M. de Vezou demeure à Paris , rue
Princeffe , Fauxbourg S. Germain .
Cours de Style Epiftolaire.
M. DEVILLENCOUR , Profeſſeur de
Langue Françoife , rue Bétify , au Magafin
des Princes , ya ouvrir un Cours
particulier de Style Épiftolaire , en attendant
qu'il rouvre fon Cours complet
d'Elocution & d'Ortographe Françoife.
La Méthode abrégée qu'il a compofée
fur ce ftyle , ne peut être qu'utile &
agréable aux Dames qui voudront prendre
des leçons chez elles.
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
COURS DE LANGUE ANGLOISE.
M. ROBERTS , Profeffeur de Langue
Angloife , voyant que , dans un Cours
public de quatre mois , il étoit impoffible
de réunir avec fuccès l'intelligence
des Auteurs Anglois en profe , la poëfie
, & d'enfeigner à parler cette langue ,
s'eft déterminé à féparer ces trois objets
comme ils le font par leur nature , &
de n'en faire déformais qu'un feul à la
fois. Il donnera deux Cours par an ;
dans le premier , il ne fera queftion
que des Auteurs en profe ; le fecond
traitera de la poëfie Angloife , & le
troisième fera uniquement employé à
la langue parlée ou à la converfation.
M. Roberts penfe que le Public éclairé
verra que cette Méthode , quoique la plus
longue en apparence, eft réellement la plus
courte & la plus fûre dans le premier
Cours on aura vaincu les difficultés de
la prononciation , & on fera familiarifé
avec les Auteurs en profe ; alors on fe
trouvera préparé pour le Cours de poëfie,
NOVEM BR E. 1777. 181
qui fuivra ; après quoi les perfonnes
qui defirent parler & entendre la langue,
lorfque des Anglois la parlent , pourront
fuivre le dernier Cours , qui fera
entièrement confacré à cet objet . Comme
chaque Cours fera complet en luimême,
on ne fe trouvera pas obligé d'en
fuivre un fecond , parce que celui qui
entend bien la profe d'une langue quelconque
, n'aura pas beaucoup de peine
à parvenir , fans Maître , à l'intelligence
des Poëtes.
Cours de Poéfie Angloife.
M. Roberts ouvrira ce Cours le lundi
24 Novembre à onze heures & demie
du matin , & le continnera le lundi ,
mercredi & vendredi de chaque femaine,
pendant l'efpace de quatre mois.
Comme il y a beaucoup de perfonnes
qui ont appris l'Anglois fans Maître , il
eft néceffaire de commencer ce Cours
par quelque petit Ouvrage en profe. On
lira donc d'abord une Comédie Angloife
, pour mettre les perfonnes qui voudront
le fuivre , au fait de la prononciation
; après quoi on paffera à la lecture
des morceaux choifis de nos meilleurs
182 MERCURE DE FRANCE.
Poëtes tels que Milton , Dryden ,
Pope , les Saifons de Thomſon & Adiffon.
Ce Cours fera terminé par la traduction
d'un morceau de poëfie Angloife
, qui fera indiqué après le premier
mois , en vers françois , ou en profe
poëtique ; & la meilleure traduction
d'après le jugement d'une Société de
Gens de Lettres , aura pour prix le
grand Dictionnaire de Johnſon , deux
vol. in folio , le Spectateur Anglois ,
les Ouvrages de Pope , Milton & de
Dryden. M. Roberts ofe fe flatter que
ce Cours , le premier de ce genre qu'on
ait encore donné à Paris , méritera la
faveur de ceux qui s'intéreffent au progrès
des Lettres en général .
Il faut fe faire infcrire d'avance chez
M. Tourillon , Tapiffier , rue Pavée S.
André des- Arts .
Maifon & Cours d'Education , par M.
Verdier , Inftituteur à Paris , Docteur
en Médecine , &c .
LA Maifon de, M. Verdier eft deftinée
: 1 °. aux enfans & jeunes gens foibles ,
NOVEMBRE. 1777." 183
valétudinaires , difformes & autres ,
qui ont befoin d'un régime ou d'un
traitement particulier , pourvu que leurs
infirmités ne foient pas contagieufes :
2º. à ceux qui étant deftinés aux grands
emplois & aux premières profellions ,
ont befoin de l'éducation la plus approfondie
& la plus cultivée .
Cette Maifon eft de plus offerte : 1 °.
aux jeunes gens qui ayant fait leurs
études générales , & fe donnant particu
lièrement à celle d'une profeffion fcientifique,
ont befoin des fecours d'un cabinet
d'obfervations & d'expériences , & d'une
bibliothèque pour l'étudier : 2 ° . aux
Étrangers ou Regnicoles , qui defirent
apprendre la Langue ou la Littérature
Françoife ou Latine en peu de tems .
Les uns & les autres y font élevés ,
gouvernés & inftruits conformément aux
vues des Parens , & aux plans d'éducation
phyfique , morale , littéraire & chrétienne ,
expofé dans le Cours d'Education de
l'Auteur , & que nous avons annoncée
dans notre Mercure de Septembre.
M. Verdier exécute & fait exécuter
ces plans dans une maifon vafte , magnifique
, très-aërée , très- faine, & munie
de tous les fecours propres à une éduca184
MERCURE DE FRANCE.
tion complette , à côté du Jardin du
Roi. Une belle cour conduit à de grandes
falles , où il a réuni les livres , gravures
, fphères , cartes de géographie ,
tables d'hiftoire , médailles , inftruments
de mathématiques , machines de phyfique
, fubftances d'hiftoire naturelle
échantillons des arts ; un enclos d'un
arpent , contenant un jardin botanique &
de larges allées , qui fervent de gymnafe
pour les exercices gymnaftiques &
les jeux. Les Elèves couchent dans de
grands dortoirs au premier. Les Penfionnaires
font dans des chambres particulières.
La penfion eft de huit cens livres
pour les Elèves qui entrent avant l'âge
de douze ans , & de cent piftoles pour
ceux qui entrent au-deffus de cet âge ;
en ce font compris , d'un côté , la nourriture
, le blanchiffage , l'accommodage
des cheveux , les menus befoins d'Ecolier :
de l'autre , l'inftruction générale fur
les langues françoife & latine ; les belles-
lettres , les mathématiques , la phyfique
& la morale ; le deffein , la mufique
& la danfe ; l'hiftoire , la géographie
& l'éducation.
Le prix de la penfion à l'égard des
NOVEM BR E. 1777.
185
Penfionnaires eft de douze cens livres ,
pour la nourriture , le blanchiffage , la
chambre & l'inftruction générale.
Ce Profpectus , qui eft en mêmetenis
celui de la Maifon & du Cours
d'Education de M. Verdier, fuffit pour
mettre le Public à portée de vérifier
fes travaux. Les exercices littéraires &
gymnaſtiques y font détaillés par années ,
par cours & par claffes ; par mois , par
femaine , par jours & par heures.
Il fe diftribue gratuitement chez M.
Verdier , rue de Seine S. Victor , Hôtel
de Magni chez Moutard , Quai
des Auguftins ; & Colas , place Sorbonne
, Libraires , qui vendent fon Cours
d'Education & fes autres Ouvrages.
LETTRE écrite , le 5 Octobre 1777 , par
M. Tribolet de la Lance , Médecin
Secrétaire perpétuel de la Société Économique
de Berne , à M. Vicq d'Azyr,
Secrétaire perpétuel de la Société Royale
de Médecine de Paris.
Monfieur , la correfpondance que j'entretiens
avec vous , fur les objets qui concernent la So
186 MERCURE DE FRANCE:
ciété Royale de Médecine , me fait efpérer que
vous voudrez bien me rendre un fervice qui n'eft
point , à la vérité , du reffort de cette Compagnie
, mais qui intéreffe trop l'humanité en
général ,
, pour que vous vous refufiez à me l'accorder.
Deux généreux Anonymes m'ont fait
parvenir cent louis pour en former un Prix fur le
fujet dont je vous envoie un Programme. La reconnoiffance
que l'on doit à un trait fi noble & fi
généreux , l'importance du Prix , & plus encore
P'utilité qui doit en réfulter , font des motifs plus
que fuffifans pour engager tout ami de l'huma
nité , à faire connoître cette Annonce auffi univerfellement
qu'il fera poffible . Je prends donc
la liberté de vous prier de la faire connoître , en
France , de la manière qui vous paroîtra la plus
propre à remplir ce but. Vous obligerez par- la la
Société Économique , & particulièrement celui
qui a l'honneur d'être , &c .
Cent louis feront adjugés à l'Auteur du meilleur
Mémoire fur la matière déjà proposée par la
Société Économique de Berne ; favoir : Comparer
& rédiger un Plan complet & détaillé de Légiſtation
fur les matières Criminelles fous ce triple
point de vue : 1 ° . Des crimes & des peines propor
tionnées. qu'il convient de leur appliquer : 2 °. De
la nature & de la force des preuves & des préfomptions
: 3 °. De la manière de les acquérir par
La voie de la procédure Criminelle ; enforte que la
douceur de l'inftruction & des peines foit conciliée
avec la certitude d'un châtiment prompt & exemplaire,
& que la Société civile trouve la plus grande
sûreté poffible combinée avec le plus grand refpect
poffible pour la liberté & l'humanité.
NOVEM BR E. 1777 . 187
Le Prix fera adjugé à la fin de 1779 ; & les
Piéces de concours doivent être adreffées , franches
de port, à M. Tribolet , Secrétaire perpétuel
de la Société Économique , à Berne . Elles
feront reçues jufqu'au 1 Janvier 1779 , & pourront
être écrites en Latin , François , Allemand ,
Italien ou Anglois. Le nom de l'Auteur fera renfermé
dans un biller cacheté , qui portera la
même devife que le Mémoire qu'il accome
pagnera.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
ON lit , dans le Journal d'Agriculture
de Venife , la Méthode fuivante , pour
donner au chanvre toute la perfection
dont il eft fufceptible .
>
Il faut d'abord faire une leffive avec
de bonne cendre dans laquelle on
mettra un peu de chaux vive , felon la
quantité de chanvre qu'on voudra rafiner;
lorfqu'elle fera éclaircie on y jetera ,
pour 10 liv. de chanvre , une livre &
demie de favon ratiffé , qu'on laiffera
tremper pendant vingt-quatre heures ;
1.
188 MERCURE DE FRANCE.
on fera bouillir le chanvre dans ce mélange
deux heures de fuite ; puis on l'en
retirera , & on le mettra fécher à l'ombre.
Lorfqu'il fera fec , on le froiffera ,
pour le mettre en petites poignées ; enfin ,
on le préparera comme le lin : il en
acquerra la couleur & la fineffe ; il lui
fera même fupérieur , parce qu'il aura
les fibres plus fortes.
I I.
Phyfique.
Le Sieur Beldaffare Perelli , a fait à
Pife , devant une nombreuſe Affemblée ,
diverfes expériences d'une nouvelle eau
ftyptique , compofée par le Sieur Percivalle
, Piémontois , dont les effets font
vraiment furprenans. Il a coupé tranſverfalement
, & aux deux tiers , l'artère
carotide d'un chevreau , & il a appliqué
fur cette large plaie un féton imbibé de
cette eau , qui a arrêté l'hémorrhagie en
moins d'une minute : en moins de 12 ,
la réunion s'eft faite d'une manière fi
forte , que les diverſes mouvemens de
Panimal n'ont rien produit. Le lendemain
, l'expérience à été réitérée avec
a
NOVEM BR E. 1777. 189
le même fuccès fur l'autre artère carotide
du même animal . Quelque tems
auparavant , un malade à l'Hôpital de
Ste Claire , qui avoit eu deux artères
totalement coupées , fur guéri par le -
fecours de la même eau , & la réunion
fe fit en quinze minutes. Le fecret de
cette eau précieufe ne peut manquer
d'être très-important.
III.
Hiftoire Naturelle.
On a découvert , depuis peu , un Sel
qui ne paroît que trois mois de l'année ,
le matin, aux environs d'un petit Village
du Piémont ; les animaux y vont lêcher
la terre avec avidité , s'y guériffent , ou
fe confervent en état de fanté . Plufieurs
expériences ont fait reconnoître ce Sel
pour un purgatif certain & très- doux ,
fe fondant aifément dans l'eau pure ,
dans laquelle on le prend ordinairement;
il ne laiffe aucun goût , ne caufe ni rapports
, ni tranchées , ni coliques , ni irritation
, comme les Sels anciennement
connus. Il a été approuvé par la Commiffion
Royale de Médecine. L'entrepôt
190 MERCURE DE FRANCE.
eft à Paris , chez le Sieur Pierre Bruna
de S. Jofeph , à l'Hôtel de Conti , rue
des Poulies.
IV.
>
Un Particulier établi à Smyrne , dans
une lettre à un de fes Amis , rend
compte , comme témoin oculaire , d'une
efpèce de paffe-tems en ufage dans les
environs de cette Ville , & qui paroîtra
curieux à ceux qui n'ont pas voyagé
dans le Levant. Les cicognes , dit- il ,
font en grande abondance dans ce Pays ,
& y conftruifent régulièrement leurs nids.
Au tems de la ponte , les Habitans ,
pour s'amufer , retirent les oeufs de la
cicogne , & mettent à leur place des
oeufs de poule ordinaire. Lorfque ceuxci
font éclos , le mâle , en confidérant
leur forme , eft fi fenfible à l'outrage
qu'il croit avoir été fait à l'union conju-.
gale , qu'il jette des cris épouventables ;
toute la peuplade des cicognes alarmée
fe raffemble autour du nid , & reffentant
unanimement l'affront apparent , fond
en courroux fur la pauvre femelle , &
l'accable de coups de bec , jufqu'à ce
qu'elle y fuccombe : les pouffins n'y font
NOVEM BR E. 1777. 191
que
pas épargnés. Ce qu'il y a de plus remarquable
, c'eſt le mâle n'eft pas
du nombre des exécuteurs ; il ne bouge
pas de fa place , & continue long-tems à
pouffer des cris douloureux , comme s'il
compatiffoit au fort qu'une juftice néceffaire
a fait fubir à fa famille.
V.
On a effayé publiquement à Leyde
une machine hydraulique inventée &
exécutée par M. Barkley . Le feu en eſt
le principal moteur. Les vapeurs de
Peau bouillante donnent à l'athmofphere
, en fe condenfant , la force de faire
élever l'eau d'un puits ou d'une rivière ,
jufqu'à la hauteur de 30 pieds. Pour
tirer l'eau des foffés & d'autres réfervoirs
profonds , il fuffit d'y plonger un
tuyau qui communique avec la machine.
Les leviers & les pompes qui entsent
dans la plupart des pièces méchaniques
de ce genre , n'ont pas lieu dans
celle- ci ; elle n'a pas befoin de pareils
fecours pour être mife en jeu ; d'où il
fuit qu'elle doit être plus durable , attendu
qu'il n'y a d'autre frottement que
celui des détentes. On peut la tranfpor
192 MERCURE DE FRANCE.
ter aifément d'un lieu à un autre. En
augmentant fon volume , on lui fait
élever , à peu de frais , telle quantité
d'eau qu'on veut , & auffi long-tems
qu'on le defire.
ANECDOTES.
I.
UN Pêcheur de la Hogue étoit brouillé
avec fon beau-frère ; celui - ci tombe dans
la misère ; le Pêcheur l'abordè , & lui
dit : Écoute donc , beau-frère , je ne t'aime
guère , tu fais bien pourquoi ; mais faut-il
pour cela que tu meures de faim ? On
m'a dit que tu n'as pas de pain chez tổi ;
eft-ce que tu ne fais pas qu'il y en a chez
nous ? Viens-en prendre , & tout ce qu'il
te faut je ne t'en aimerai pas plus , va
ne crains rien.
I I.
Une jeune Demoiſelle étoit deftinée
par fa mère à époufer un homme qu'elle
aimoit ; lorfque fon père , marin franc
&
NOVEM B R E. 1777 . 193
& brufque , arriva avec un de fes camarades
, auquel il avoit auffi promis la
fille , En le lui préſentant , il lui dit : Tu
as vingt ans , il te faut un mari ; en voici
un que tu épouferas Mardi prochain , parce
qu'ilfaut que nous partions enfemble Jeudi.
Le ton impérieux du père jeta la confternation
dans la famille , qui fe crut obligée
d'obéir. Le jour de la cérémonie ar
rive ; les futurs vont à l'Eglife ; l'amou
reux s'y étoit auffi rendu , & pleuroit
dans un coin : la jeune fille , au lieu de
répondre oui au Curé , lui dit naïvement :
j'aimerais mieux l'autre. Le père accourt
en colère , & demande où eft cet autre :
on le lui montre ; il va à lui , le prend
brufquement par la main , le conduit à
fa fille , & dit de les marier.
I. I I.
Trois Particuliers ayant quitté Paris ,
dans le deffein de voyager quelque tems
pour leur amufement , apperçurent à la
fin du fecond jour de leur marche , une
flamme confidérable . Ils volèrent auffitôt
à Fendroit d'où elle partoit , & trouvèrent
les malheureux Habitans d'un
Village , ayant leur Pafteur à leur tête ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
:
occupés éteindre à éteindre un incendie
un incendie qui
avoit déjà confumé trois chaumières,
Ils fe réunirent à eux ; & après trois heures
de travail , ils parvinrent à arrêter entièrement
les progrès du feu. Ils jouiffoient
de la reconnoiffance
des Payfans , lorf
que , réfléchiffant à la perte que venoient
d'éprouver les Propriétaires des chaumières
brûlées , & frappés tous trois du
même fentiment , ils tirèrent en mêmetems
leurs bourfes , les remirent entre
les mains du Paſteur , renoncèrent à leur
voyage , & s'applaudirent d'avoir fait
fervir au bien de l'humanité , un argent
qu'ils deftinoient à leurs plaifirs. La
fomme fe trouva monter à 5600 liv .
I V.
Un Voyageur arrivant au château de
Ferney , y fur très-bien reçu . Flatté d'une
pareille réception , il déclara , le lendemain
de fon arrivée , que fon invention
étoit de paffer fix femaines dans un lieu
auffi délicieux . L'illuftre Maître du château
lui répondit en riant : Vous ne voulez
pas reffembler à Dom Quichotte ; il
prenoit les auberges pour des chateaux ;
yous prenez les châteaux pour des auberges .
NOVEMBRE. 1777. 195
A VIS.
Nouveautés au petit Dunkerque.
I.
UNE collection de nouveaux boutons , tant en
or , argent, acier , métal , & autres en pierres de
couleurs; des olives avec brandebourgs en perles
-d'argent , faifant plus d'effet que l'acier . Boutons
plats en argent à ſpirale , pour habits de chaſſe.
Cartes en écaille pour marquer perte ou gain
au Pharaon. Idem , en ivoire .
Levrai Portrait de M. deVoltaire en pied, habillé
fuivant fon coftume actuel , unique pour la reffemblance,
Figures Chinoifes , repréſentant divers
caractères originaux & plaifans , en terre de
pipes.
>
Boules en acier , ornées de chatons en pierres
-de Cayenne ; cordons de montre en cheveux
garnis de perles d'acier. Luftre monté en bronze
Joré , dont tous les ornemens ou pendeloques
font en acier du plus beau poli , & faifant le
plus bel effet. C'eft le troisième & le plus parfait
qu'il a fait établir à fa Manufacture de
Clignancourt , de même que les boucles d'acier
ci- deffus. Autres Luftres en ftras , montés fur
cryftal' Anglois. Girandoles, bras de cheminées ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
flambeaux de table en idem, faiſant plus d'effet
que le cryftal de roche.
4
Toutes fortes d'ouvrages en argent , doublés
de verres bleus , pour le fervice de table . Huiliers
, falières, moutardiers , & autres. Idem , en
filagramme , & plufieurs nouveaux articles dans
ce genre. Les mêmes articles en tôle amalgamée
d'argent.
Petites lunettes de Gênes , en écaille , garnies
d'or. Platteaux de tôle peinte & vernie , pour le
jeu de Nain jaune. Tous ces ouvrages en tôle
vernie de fa Fabrique de Clignancourt , font fur
des deffins & de formes nouvelles, imitant la porcelaine
de Sève.
Miroirs métalliques pour les Deffinateurs , rendant
parfaitement le ton des couleurs des Payfages
, & préférables aux Chambres obfcures . Ouvrages
en perles , & autres d'émail en chaînes de
de montre , à la Turque , pour femmes . Coulans
de bourfes , & autres pour cravattes ; prétentions
, bracelets , flacons d'effences , bagues , breloques
, & autres petits bijoux du même genre,
Perles d'acier taillées à facettes pour ganfès de
chapeau ; cordons de cannes , de montres ; prétentions
, brandebourgs ,
Rubans Anglois de toutes couleurs ; gazes à
l'aune , fichus & tabliers . Montres nouvelles à
cadran recouvert , émaillées de différentes couleurs
, enrichies de bordures & ornemens en perles
d'émail , parfaitement imitées .
Cannes de femme , avec écran . Idem , en tambour
, avec caffolettes en or.
NOVEM BR E. 1777. 197
Bourfes en filet , repréſentant divers fujers
analogues à l'Amour. Idem , tricotées très -folides.
Ganfes & boutons de chapeau à l'Angloife ,
en Torfades.
Pots de tulipes en marbre blanc , formant girandoles
à trois branches , en bronze doré au mar.
Les deux petits Jardiniers de Boucher , en bronze
& marbre, formant girandoles à deux branches.
Un petit modèle de pendule de marbre blanc
avec guirlandes de bronze doré au mat , imitant
parfaitement une riche broderie d'or fur un
fond blanc.
Plufieurs modèles nouveaux de boucles d'argent
de France & d'Angleterre.
Il attend d'Italie , pour le mois prochain , dut
tafferas gommé , impénétrable à l'eau , qui ne
poiffe point , & qui n'a aucune odeur défagréable,
auffi fouple & auffi léger que tout autre taffetas.
Il en fera faire des redingottes qui pourront
le porter dans une poche , dans un gouffet ,
dans un chapeau ployant. Il eft propre à faire
des capottes de femmes , mantelets , peliffes ,
calèches , & c. On peut s'en fervir pour courir la
pofte , avec des bas blancs , fans craindre que la
pluie ni la boue ne puiffent le tranfpercer , & de
quelque manière qu'on l'emploie , Il eft auffi frais
& auffi beau que le taffetas ordinaire .
Il lui eft arrivé un affortiment de marchandifes
Angloifes , comme boëtes de cuir , garnies d'argent.
Idem , garnies d'or. Mouchettes d'acier
poli ; oreilles pour la furdité ; colliers anodyns
pour les convulfions des enfans ; porte- feuilles à
nécellaires , en maroquin du Levant ; fouets de
I iij
'198 MERCURE DE FRANCE.
felle , de chaffe , & autres. Platteaux de tôle.
Idem , carton vernis , fonds gorge de pigeon
& autres couleurs changeantes. Gommes des
Indes pour effacer les deffins au crayon. Des
pingles de Londres.
I attend pour le mois prochain , beaucoup
d'autres marchandifes étrangères .
Chocolat.
I I.
Le fieut Rouffel, Marchand Epicier , dans l'Abbaye
S. Germain des Prés , cour des Religieux en
entrant par la rue Ste-Marguerite, attenant à la Fontaine
; confidérant que l'ufage du chocolat devient
ordinaire , tant pour la fanté que pour l'agré
ment ; aſſuré d'ailleurs de la bonté de la fabrique,
par les témoignages & les applaudiffemens
de plufieurs perfonnes de diftir, ction & de goût ,
qui lui ontconfeillé de le faire connoître ; il donne
avis au Public qu'en qualité de Citoyen qui veut
être utile à fes Compatriotes , & pour éviter toute
furprife , il fait mettre far chaque pain de chocolat
fortant de fa fabrique , l'empreinte de fon
nom & fa demeure.
Le prix du chocolat de fanté de la meilleure
qualité , eft de 3 livres ; avec une demie vanille ,
3 livres ; celui à une vanille , 4 livres ; & 5 liv.
pour celui qui eft à deux vanilles .
Tant pour la facilité que pour l'avantage des
perfonnes de Province , le fieur Rouflel prévient
qu'il fera tous les envois aux mêmes prix ci - defNOVEMBRE
1777. 192
fas , francs de port , pourvu qu'on lui faffe remettre
les fonds , & que l'envoi foit de douze livres
au moins , avec l'adreſſe exacte de la deftination
.
Le fieur Rouffel annonce qu'il vend auffi en
liqueur la véritable crême royale de fleur d'orange
, à 4 L. la bouteille,
I I I.
Le fieur Rouffel , demeurant à Paris , rue Jeande
l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte-cochère
à côté du Tourneur , au deuxième appar
tement fur le devant , près de la Grêve , donne
avis au Public qu'il débite , avec permiffion , des
bagues dont la propriété eft de guérir la goutte.
Les perfonnes qui en font fort affligées , doivent
porter cette bague avant ou après l'attaque de la
goutte ; en la portant toujours au doigt , elle
préferve d'apoplexie & de paralyfie.
Le prix de ces bagues montées en or , eft de 36
liv. & celles en argent , de 24 1.
Le fieur Rouffel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds.
Le prix des boîtes à douze mouches eft de 3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches eft 1 1. 10 f.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes, qui
les foulage & les guérit .
f
J.
Les pots de pommade font de 3 liv. & 1 L
46.
Il a une eau pour guérir les brûlures , approuvée
par M. le Doyen & Préfident de la Commiffion
Royale de Médecine.
Le prix des bouteilles eft de 3 liv . & det 1.4f.
I iv
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le 5 Septembre 1777.
ES Les nouvelles d'Oczakow portent , que le Kan
des Tartares fait des difpofitions pour établir
trois ponts en différens endroits du Nyeper , à
portée de cette Place. On apprend en même- tems
que ce Prince , qui s'eft tranfporté à Karafou , a
fait publier , en Crimée , une Déclaration , portant
injonction aux Mufulmans qui ne lui font
pas affectionnés , de fe retirer où bon leur femblera.
Ces mefures paroiffent être une repréfaille
de l'expulfion qu'a faite , par ordre de la Porte,
le Pacha de Bender , du Vayvode & des Agas
Tartares qui gouvernoient au nom du Kan , dans
le Budgiak.
De Pétersbourg, le 23 Septembre 1777 .
Dans la nuit du 20 au 21 de ce mois , un
vent de Sud Sud Oueft , d'une violence extrême
, en faisant refluer les , eaux de la Baltique
dans la Neva , & en élevant cette rivière d'environ
dix pieds au deffus de fon niveau ordinaire ,
a inondé prefque toute cette Capitale. On n'a
point encore le détail circonftancié des défaftres
qui résultent de la crue fubite des eaux de cette
rivière , ni du nombre des perfonnes que cette
crue a fait périr. Plufieurs vaiſeaux affez forts ont
NOVEM BR E. 1777. 201
été portés fur les Côtes , où ils fe trouvent actuellement
à fec. Celui de la Ducheſſe de Kingſton
, nouvellement arrivée en cette Ville , a été
jeté fur un banc où il eſt enfablé de cinq pieds :
on n'efpère pas pouvoir le retirer avant l'hyver ,
fans quelque autre crue d'eau. Il a perdu quatre
ancres , fes chaloupes , deux de fes mâts qu'on a
été obligé de coaper ; mais aucun homme de l'équipage
n'a péri. Le corps du bâtiment ne paroît
pas avoir fouffert , & rien de ce qu'il enferme
n'eft endommagé . Beaucoup de maiſons ont été
emportées ou enverfées dans les Campagnes,
Les marchandifes de prefque tous les magatins,
ont été gâtées ; & l'on craint tout pour les vailfeaux
qui fe font trouvés dans ces mers , & dont
on n'a jufqu'ici aucune nouvelle. On le rappelle
qu'en 1727 & en 1752 , on a éprouvé ici de
grandes inondations ; mais on croît celle - ci plus
confidérable & plus funefte.
De Copenhague , le 23 Septembre 1777 .
La grande Flotte d'environ fix cens quarante
vaidleaux , que l'impétuofité du vent avoit raffemblé
au Sund , eft partie , le 19 de ce mois ,
pour la mer du Nord . C'é oit un ſpectacle impo--
fant que de voir fortir tous ces vailleaux , qui
mirent en même tems à la voile . Les Habirans
les plus âgés d'Helfingor , affurent qu'au commencement
de ce fiécle , on ne voyoit pas pafler fix
cens bâtimens dans le cours entier d'une année.
I w
202 MERCURE DE FRANCE.
De Vienne , le 24 Septembre 1777.
On attend ici dans peu l'Empereur & l'Archiduc
Maximilien. Le Camp de Prague , qui confiftoit
en vingt-huit mille hommes d'Infanterie ,
& trois mille de Cavalerie , a terminé les grandes
manoeuvres le 18 du même mois. Tout ce qui
pouvoit reffembler davantage aux divers travaux
d'une guerre véritable , y a été exécuté avec la
plus grande précifion. Batailles , efcarmouches ,
rencontres , déroutes , ponts de bateaux jetés &
rompus ; enfin , beaucoup d'autres opérations &
évolutions dépendantes de la Tactique & de la
Science Militaire , ont été mifes en oeuvre à la
fatisfaction de l'Empereur & de l'Archiduc fon
frère. Plufieurs Princes & un grand nombre de
perfonnes de diftinction , y ont affifté .
De Lisbonne , le 20 Août 1777.
Deux Ordonnances Royales viennent d'être
publiées. L'une abolit le monopole de la Compagnie
de Porto , & rend entièrement libre le
commerce des vins du Royaume : les Maiſons de
Charité & les Hôpitaux , dans toute la Monarchie
, font déclarés , par l'autre Ordonnance >
exempts de l'Impôt des dîmes.
De Rome , le 24 Septembre 1777.
On vient d'afficher , par ordre de la Congrégation
dite de Spogli , une notification , par laquelle
on donne deux mois aux Particuliers qui vou
NOVEMBR E. 1777. 103
droient acquérir , ou en tout , ou en partie , foit
par amphythéole ou autrement , les biens appartenans
aux ci- devant Jéfuites , & qui ſe trouvent
fitués dans la Ville d'Afcoli & fon territoire. Si ,
pendant ce terme pfefcrit , il ne ſe préſente pas
de plus forts enchériffeurs que ceux qui exiftoient
- du tems de Clément XIV, & avec lefquels , vu la
mort de ce Pontife , on ne termina rien à ce fu-.
jet , les biens leur feront adjugés.
.
En travaillant aux fondations du nouveau bâtiment
de l'Annonciade , dans le Champ de Mars,
on a commencé à découvrir une colonne de granit
oriental rouge, du diamètre de quatre empans.
D'après ce qui en eſt déjà apperçu , on eftime que
fi elle eft entière , elle ne peut pas avoir moins de
trente-fix palmes de hauteur.
Dans une autre fouille , qui fe fait près de
Monte- Citorio , on a trouvé , dans un petit vale
de terre , vingt- cinq Médailles en argent , repréfentant
le Roi Robert de Sicile , qui régnoit dans
le quinzième fiécle. Ob a trouvé auffi dans le
même endroit , un marbre , fur lequel eft gravée
la permiffion accordée par les Confuls Falco &
Clarus, à un certain Adraftus , de conftruire un
édifice auprès du Mons Citationum , à la charge
de payer au Tréfor public , la redevance que les
anciens Romains appeloient Solarium. Le Pape a
fait tranfporter cette Infcription au Vatican , dont
il enrichit chaque jour le Mufaum.
De Naples, le 20 Septembre 1777.
1
Le Prince Dom Philippe , frère de Sa Majefté,
mourut hier mati , le neuvième jour de la petite
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
vérole. Leurs Majeftés frappées des funeftes effets
de cette maladie , fe font auffi tôt déterminées à
faire inoculer le Prince Royal & les deux Princeffes
Marie - Thérèfe & Louife-Marie-Amélie.
On a en conféquence fait venir de Florence le
Docteur Gatti à Cazerte , où les Princes doivent
être inoculés.
De Madrid , le 7 Octobre 1777.
L'Académie Royale Efpagnole , regardant tous.
les encouragemens qui peuvent tendre aux progrès
de la Poéfie & de l'Eloquence , comme une
des principales obligations de fon établiſſement ,
a réfolu de fonder deux Prix , confiftant chacun
en une Médaille d'or , qui feront délivrées tous
les ans aux Auteurs dont les écrits ; dans ces
deux genres, feront jugés avoir traité le mieux
les fujets qu'elle aura propofés . L'Académie , en
excluant fes Membres du concours , annonce
qu'elle examinera les Ouvrages d'après les règles
de Longin , Cicéron , Quintilien pour l'Eloquen-
се & qu'elle fe décidera pour la Poéfie d'après
les principes d'Ariftote , d'Horace , & c fans néanmoins
s'afteindre à une obfervation fervile de
leurs préceptes. Les conditions du concours font
d'ailleurs les mêmes que pour la plupart des Académies
conuues ; mais elle recommande formellement
que les Ouvrages , ou d'Eloquence , ou
de Poélie , foient écrits en Espagnol , fans intercallation
d'aucun paffage de latin ou de toute autre
Langue , au moins dans le corps de l'Ecrit.
Elle prévient auffi que dans le cas ocu quelque
Ouvrage lui paroîtra avoir un mérite prefque
›
NOVEM BR E. 1777. 205
égal à celui auquel le Prix fera adjugé , elle en
récompenfera l'Auteur en faifant imprimer fon
Ecrit. Le fujet du Prix de l'Eloquence , pour l'année
prochaine , eft , l'Eloge du Roi Philippe V,
Fondateur de l'Académie ; & pour la Poélie , un
Poëme en octaves , fur la réfolution courageuse que
prit Cortès , de couler à fond tous fes Vaiffeaux ,
après fon débarquement fur les Côtes de la Nouvelle-
Efpagne. Les perfonnes qui voudront concourir
pour l'un & l'autre de ces Prix , auront
foin de faire parvenit leurs Ouvrages au Secrétaire
de l'Académie , avant le 1 Avril de l'année
- prochaine 1778.
I
De Londres , le 17 Octobre 1777•
12
La Cour n'a rien publié encore des dépêches
qu'elle peut avoir reçues de fes différens Généraux
en Amérique ; enforte qu'il eft permis de
douter de la nouvelle contenue dans une lettre
particulière d'un Officier de l'Aimée du Général
Howe , qui annonce la prife d'un grand magafin
des Américains , à Lancaftre ; & la défaite d'un
Corps de cinq mille hommes , conduir par le Général
Putnam , qui a perdu la vie dans Faction .
Les détails d'un fait auffi effentiel , auroient fans
doute été envoyés , de la part du Général , dans
la forme la plus authentique. La même raifon ne
s'élève pas contre un avis arrivé dans un des Ports
de l'Europe , d'un avantage remporté par les
Américains , fur le Général Burgoyne. L'incertitude
où l'on refle fur les progrès de fa marche ,
- feroit même un motif de le fuppofer vrai ; mais
comme on a déjà vu quelques avis de cette ef
1
106 MERCURE DE FRANCE,
pèce , démentis par la fuite , la prudence veur
qu'on attende une confirmation de ces victoires
refpectives.
Il paroît qu'on a moins de raiſon de douter de
l'inutilité des tentatives que les Américains ont
faites prefque en même - tems fur Long - Iſland
fur l'Ile de Staten , fur le Pont - du-Roi à New-
-Yorck , &c. où ils ont été repouflés avec perie.
On voit ici les félicitations que le Général Howe
a fait faire au Major - Général Tyron , qui commandoit
le jour de l'attaque du Pont- du - Roi , au
Colonel Hewlet , qui a défendu la redoute de
Slataket ou Statukut , près Long - Iſland , & furtout
au Général Campbell , qui , n'ayant dans
I'Ife de Staten que neuf cens hommes au plus , a
réfifté à l'effort de deux mille cinq cens , & dont
> la troupe , dit le Général , vient de prouver de
nouveau qu'un nombre d'ennemis , quoique plus
confidérable , n'a pu réfifter encore aux Anglois, la
bayonnette à la main. Les éloges du Général s'étendent
même fur les troupes provinciales , qui fe
font diftinguées dans ces différentes affaires. Les
amis de l'Adminiftration , obfervent , qu'à cet
- égard , on ne peut pas dire , comme on l'a fait
lorfqu'on a vu les Américains abandonner leurs
poftes à l'approche de nos troupes , qu'une politique
habile commandoit ces diverfes retraites,
puifqu'ici les Américains font les aggreſſeurs , &
que rien ne les forçoit à entreprendre les attaques
de ces Ifles & celle du Pont- du -Roi. C'eſt d'après
cette obfervation , que ces mêmes Partiſans de la
Cour , ſemblent déjà alarmés d'un projet de réconciliation
avec les Colonies , fondé fur cer
saines propofitions qui ont été faites de la part des
NOVEMBRE. 1777. 287
Provinces les moins animées dans la conteftation
préfente , & qui , dit - on , doit être vivement
agité en Parlement , à l'ouverture de la première
- Séance. Déjà il fe répand , de la part de ces Partifans
& de la guerre , & de la réfolution de fubjuguer
les Américains , des Ecrits où ils parlent
hautement de punir fans diftinction ces Peuples
rebelles , & leurs Chefs , ce qui prouve qu'ils ne
font aucun doute de l'entier fuccès de nos armes
qu'ils ont annoncé depuis quelque tems.
On apprend par des lettres de la Nouvelle-
Yorck , du 24 Août , que l'on doit y faire pa
échange de Prifonniers , pour le 20 Septembre ;
mais on ne dit point fi les éloquentes lettres du
Général Washington au Général Howe , à l'occa
fion du cartel refpectif, ontproduit quelque effet
fur le dernier , & s'il y fera queftion de l'échange
fi defiré , en Amérique , du Général Lée . Les
mêmes lettres nous apprennent que le fieur Penn,
Gouverneur , & le Juge de la Colonie de Penfilvanie
, ont été envoyés , comme Prifonnniers , à
Frédéricksbourg , par ordre du Congrès.
Une lettre de Kinfale , apportée par la Malle
du 16 , nous apprend que les Côtes de l'Irlande
ne font point encore purgées des Armateurs Américains
. On y parle auffi d'une fecouffe de tremblement
de terre qu'on y a éprouvé le 1 Octobre ,
& qui a fait abandonner toutes les maiſons aux
Habitans mais la chûte de quelques cheminées a
été le feul dommage qu'on y ait effuyć .
208
MERCURE
DE FRANCE
.
De Paris , le 27 Octobre 1777 • .
La Société des Arts de Geneve propofa , le 2
Août 1776 , plufieurs queftions fur l'Acier , entr'autres
, quelles font les différentes espèces d'Acier
, à quels fignes on peut les connoître & s'alfurer
de leur perfection ; quel mélange il faut
employer à fa confection , afin d'empêcher la
diffipation de fon flogiſtique quand on le fait rougir
, pour obtenir , 1 ° la trempe ferme & dure qui
convient aux laminoirs, limes , burins , marteaux ,
coins de monnoie , &c . 2 ° . la trempe moyenne
convenable aux pièces frottantes de l'Horlogerie ,
telles que les cylindres ou verges de balanciers ,
pignons , pièces de quadrature , de répétitions ,
petits refforts , &c. 3 ° . la trempe douce particulièrement
adaptée aux grands refforts de pendules
& de montres. Le prix devoit être une Médaille
d'or de vingt-quatre louis , ou une Médaille d'argent
de même grandeur , & le furplus de certe
dernière en efpèces , au choix de l'A: tifte . L'Acceffit
devoit recevoir une Médaille d'argent .
Certe Société a décerné , le 2 de ce mois, le Prix
au Mémoire envoyé par le Sieur Jean Jacques
Perret , Correfpondant de l'Académie Royale des
Sciences & Belles - Lettres de Beziers , Auteur de la
Defeription de l'Art du Coutelier , & Maître Coutelier
, rue de la Tixeranderie , à Paris elle n'a
pas cru même devoir donner d'Acceffit , & elle a
génére fement ajouté en faveur du Sicur Perret ,
la Médaille d'argent, fans rien déduire de la valeur
de la Médaille d'or dont il a touché le Prix.
NOVEM BR E. 1777. 209
NOMINATIONS.
Le Marquis de Bloffet , Ambaffadeur du Roi
près Leurs Majeftés Très - Fidèles , ayant demandé
fon rappel , le Roi a nommé pour le remplacer, le
Baron de Zuckmantel , actuellement Ambaſſadeur
près la République de Venife . S. M. a donné pour
fucceffeur à ce dernier , le Préſident de Vergennes ,
fon Ambaffadeur près les Louables Cantons Helvétiques.
Le Vicomte de Polignac , nommé en
même- tems pour remplir cette dernière Ambaffade
, a fait aujourd'hu fes remercîmens à S. M.
à laquelle il a été préfenté par le Comte de Vergennes
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
des Affaires Etrangères.
Le Roi a difpofé du Gouvernement de la Citadelle
de Mar feille , vacant par la mort du Comte
du Luc, Lieutenant - Général, en faveur du Comte
de Montazet , Maréchal de Camp , Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis.
PRÉSENTATIONS .
Le Comte de Scarnafis , Ambaffadeur de Sardaigne
, a eu une audience particulière du Roi ,
dans laquelle il a emis fa Lettre de créance à S. M.
Il a été conduit à cette Audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale , par le Seur
210 MERCURE DE FRANCE
Tolozan , Introducteur des Ambaffadeurs. Le Sr
de Séqueville , Secrétaire ordinaire du Roi pour la
conduite des Ambaffadeurs , précédoit.
Le Président de Vergennes , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi , en Suiffe , de retour de fon Ambaffade
, a eu l'honneur d'être préfenté à S. M. le
16 Octobre, par le Cointe de Vergennes, Miniftre
& Secrétaire d'Etat au Département des Affaires
Etrangères , & de faire en même tems fes remercimens
en qualité de fon Ambaffadeur près la Ré
publique de Venife.
· PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le Comte Jean - Baptifte Carbury , Médecin-
Confultant de Madame & de Madame la Comteffe
Artois , a eu l'honneur de préfenter au Roi & à
la Famille Royale , un Ouvrage du Comte de
Carbury fon frère , ci - devant Lieutenant - Colonel
au Service de l'impératrice de Rullie , Lieutenant
de Police , & Cenfeur , ayant la direction du
Corps Noble des Cadets de Pétersbourg. Cet
Ouvrage a pour titre : Monument à la gloire de
Pierre - le - Grand , ou Relation des travaux &
moyens méchaniques qui ont été employés pour
transporter à Pétersbourg un rocher du poids de
-trois millions de livres , deftiné àfervir de bafe à
la Statue équestre de cet Empe eur. On y a joint
an Examen phyfique & chimique du même rocher
, par le Comte Jean - Baptifte Carbury.
NOVEMBRE. 1777. 111
MARIAGES.
Le 19 Octobre , Leurs Majeftés & la Famille
Royale ont figné le Contrat de Mariage du
Comte de Lafpect de Lés , avec Demoiſelle de
Polignac.
Le 16 du même mois , le Baron de Houx &
Dame Elifabeth de Bigault fon épouſe , ont célé
bré , près de Clermont en Argonne , la cinquan
tième année de leur mariage : la cérémonie s'eft
faite dans leur Chapelle , par trois de leurs fils ,
Prêtres , en préfence de deux autres fils , Cheva
liers de S. Louis, & des enfans de l'aîné , mort depuis
peu. Leurs parens , leurs amis , & la Nobleffe
des environs , ont affifté à ce ſpectacle, dons
la rareté augmente encore l'intérêt.
NAISSANCE S.
Le 20 Septembre, un Courier extraordinaire
de Madrid , apporta la nouvelle de la naiffance de
la Princeffe dont eft accouchée , le 11 , la Princeffe
des Afturies , four unique de l'Infant. Selon
cette dépêche , la jeune Princeffe & fa Mère fe
portoient bien . Cet événement a été annoncé au
Public , dès le foir même , par une décharge générale
de l'artillerie du Château de cette Ville .
On a chanté le lendemain , dans l'Eglife de Saint
212 MERCURE DE FRANCE.
Paul, une Meffe folennelle , fuivie d'un Te Deum,
en action de graces. Il y a eu gala à la Cour , &
le foir toute la Ville a été illuminée .
MORT S.
La Cour a pris le deuil , le 16 Octobre , pour
quatre jours , à l'occafion de la mort d'Anne-
Charlotte Amélie - Louife d'Orange , Princeffe
Douairière du Prince Héréditaire de Bade- Dourlach
, & mère du Margrave de Bade régnant .
·
La nommée Domanges Bonnemaifon , habitante
de la Paroille de Lautignac , Diocèle de
Lombez , y eft morte , le 6 Septembre , âgée de
122 ans , ayant joui conftamment de la meilleure
fanté jufqu'au mois de Septembre de l'année dernière
, époque où elle fut privée de la vue . Elle
difoit n'avoirjamais été ni purgée ni faignée . On
aobfervé que le plus léger frottement fur les mains
en faifoit forur de la pouffière. La Comteſſe de
Beaumont , Dame de Madame , vifitant une de fes
Terres voifines de Lautignac , le mois de Juillet
dernier , avoit été voir cette femme , & avoit
donné les ordres les plus précis pour qu'on en prît
le plus grand foin , & qu'on ne lui refusât rien de
ce qu'elle pouvoit defirer . Elle a laiffé trois enfans,
un garçon & deux filles , dont la plus jeune eft
âgée de 76 ans .
On mande de Lodève en Languedoc , que le 22
Septembre , le nommé Louis Gefla , originaire de
Caimon , Diocèfe de Lombez , retiré chez l'EvêNOVEM
BR E. 1777. 213
que de Lodève , qui lui avoit donné un afyle , y
eft mort âgé de 102 ans , ayant confervé toute fa
connoiffance jufqu'au dernier moment.
Marie - Jofeph , Marquis de Mattarel , Gouverneur
des Ville & Châteaux d'Honfleur , Pontl'Evêque
, & c. Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint - Louis , eft mort à Paris le 9 Octobre
, dans la 57° année de fon âge.
Le Comte de Vaneck & du Saint- Empire, Che
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc, Confeiller d'Etat
actuel intime de l'Electeur de Bavière , fon Chambellan
& fon Envoyé extraordinaire près le Roi de
France , eft mort à Paris le 21 Octobre .
Tirage de la Loterie Royale de France
Du 31 Octobre 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
I, 21 , 45, 51 , 69.
214 MERCURE DE FRANCE:
P
TABLE.·
IÈCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , PS
La Journée Champêtre ,
Effets de la Jaloufic ,
Epitre de M. de Voltaire ,
Stances fur l'Alliance renouvelée entre la France
& les Cantons Helvétiques ,
Le Berger Ingénu ,
ibid.
19
31
33
35
37
39
Romance ,
Stances imitées de l'Italien de Pétrarque ,
Impromptu fur une Fête donnée au Val , par
Madaine la Ducheffe de Ch *** ,
A M. Elie de Beaumont , fur la Fête des Bonnes-
Gens , qu'il a fait célébrer dans la Terre de
- Canon ,
Vers à Madame la Vicomteſſe de Bonneval , fur
le paffage de Monfieur ,
L'Amant du Village ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES
NOUVELLES LITTERAIRES
40
41
42
.43
45
46
84
ibid.
ss
62
71
73
76
78
Les vrais principes de la lecture de l'Orthographe
, & de la prononciation Françoife ,
Contrepoifons de l'arfenic , du fublimé- corrofif,
du verd- de-gris & du plomb ,
Nouvelles Efpagnoles ,
Dictionnaire des Origines ,
L'Art de parler réduit en principes ,
Rofel , ou l'Homme heureux ,
Supplément à l'Analyfe des Conciles Généraux
& Particuliers ,
NOVEMBRE. 1777. 215
Lettre d'un Profeffeur Emérite de l'Univerfité
de Paris ,
Le Mitron de Vaugirard ,
Cuvres de Chaulieu ,
Coutume du Boulonnois ,
Euvres Chirurgicales ,
Recherches fur les maladies Chroniques ,
Obfervations fur l'examen de la Houille ',
La Phyfique de l'homme fain ,
93
195
97
190
ΙΟΥ
Explication des Cérémonies de la Fête-Dieu , 102
La Science du Bon-homme Richard ,
Loisirs de Libanius ,
Les Plaiſirs de Campagne ,
Les Aventures de Télémaque, fils d'Ulyſſe ,
Le Chrétien fidèle à fa Vocation ,
Apologie de Shakeſpear ,
105
III
MS
117
12t
122
Entretiens fur l'état de la mufique Grecque , 128
Nouvelle Méthode pour les Changes de la
France ,
Eloge hiftorique de M. Venel ,
Hiftoriæ Græcorum ,
Nouveau Plan d'éducation complette ;
Eettre à l'Auteur du Mercure ,
Avis ,
Annonces littéraires ,
ACADÉMIES 2 da
de Dijon
137
132
133
134
136
137
13
147
ibid.
162
164
SPECTACLES.
166
1 93
Opéra
ibid.
Comédie Françoife, “
ibid.
Comédie Italienne , 167
AM. Carlin Bertinazzy , Arlequin 268
ARTS.
179
,
it
Villefranche
Châlons - fur - Marne ,
216 MERCURE DE FRANCE.
Gravures ,
179
Mufique,
ibid
Danfe ,
173
Géographie ,
175
Tableau Généalogique , 176
Cours de ftyle Epiftolaire ,
179
de Langue Angloife ,
180
de Poélie Angloife , 181
Maiſon & Cours d'Education , 182
Lettre de M. Tribolet à M. Vicq d'Azyr , 185
Variétés , inventions , &c.
187
Anecdotes .
192
AVIS ,
195
Nouvelles politiques ,
200
Nominations , 209
Préſentations , ibid.
d'Ouvrages ,
210
Mariages ,
211
Naiſlances ,
ibid.
Morts ,
212
Loterie ,
213.
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France , pour le
mois de Novembre , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris , ces Novembre 1777.
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
près Saint Côme,
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
DERE
1777.
Mobilitate viget. VIRGILE .
Baugnet
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , rue de Tournon,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi. ~
AVERTISSEMENT.
C'ESTAT Sieur LACOMBE libraire , à Paris , rue de
Tournon , que l'on prie d'adrefler , francs de port ,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la muſique
, les annonces , avis , obſervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique .
>
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent ils font invités à concourir à ſa perfection
; on recevia avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenfes fur le
produir da Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv:
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
francs de port.
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour feize volumes rendus francs de
port par la pofte.
On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols pour
ceux qui n'ont pas foutcrit, au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés .
Ou fupplie Meffieurs les Abonnés d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la pofte , ou autrement , au Sieur Lacomae ,
libraire, à Paris , rue de Tournon .
Ontrouve auffi chez le même Libraire les Journaux
fuivans , port franc par la Pofte.
JOURNAL DES SAVANS , in-4° . ou in- 12 , 14 vol . à
Paris,
Francde port en Province ,´
16 liv.
201.4 f
JOURNAL DES BEAUX -ARTS ET DES SCIENCES , 24 cahiers
par an , à Paris ,
En Province ,
121,
151
BIBLIOTHEQUE UNIVERSELLE DES ROMANS , Ouvrage
périodique , 16 vol. in- 12 . à Paris ,
En Province ,
ANNÉE LITTÉRAIRE , 40 cah. par an , à Paris ,
Et pour la Province ,
port franc
par la poſte ,
24 I.
32 1.
241
321. GAZETTE UNIVERSELLE DE LITTÉRATURE , à Paris ,
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart ,
14 vol. par an , à Paris ,
18 1.
91. 16 f.
14 L.
Et pour la Province , port ftancpar la poſte ,
JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in- 12 par an ,
à Paris
Et pour la Province ,
cahiers par an , à Paris & en Province ,
181.
241.
JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
181.
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an , pouɛ
Paris & pour la Province , 12 1 ,
JOURNAL ANGLOIS , 24 cahiers par an ; à Paris & en
Province ,
24 4.
TABLES ÉNÉRALE DES JOURNAUX anciens & modernes ,
12 vol . in- 12 . à Paris , 24 1. en Province ,
LE COURIER D'AVIGNON, Prix ,
за1.
181.
A ij
Nouveautés qui fe trouvent chez le même Libraire.
Quinti Horatii Flacci carmina cum annotationibus
in - 8 . br.
Les Incas , 2 vol . avec fig. in -8 ° . br.
Dictionnaire Dramatique , 3 vol. gr . in- 8 °. rel.
Dia. de l'Induftrie , 3 gros vol , in- 8 " . rel.
. 2 gr.
101.
181.
15 1.
181.
Hiftoire des progrès de l'efprit humain dans les fciences
naturelles , in- 8° . tel .
Autre dans les ſciences exactes , in - 8 " . rel .
Autre dans les fciences intellectuelles , in- 8 ° . rel.
s liv.
5 1.
5 1.
21.10f.
Traité économique & phyfique des Oifeaux de baffe-
Médecine moderne , in- 8 °. br.
coar , in-12 br.
2 1.
Dia. Diplomatique , in - 8 ° . 2 vol. avec fig. br.
12 l.
Revolutions de Ruffie , in- 8 ° . rel. 21. 10 ,f,
Spectacle des Beaux - Arts , rel . 21. 10 f
Dict. des Beaux-Arts , in- 8 ', rel. 4 1. 10 f.
Théâtre de M. de Sivry , vol . in - 8 ° . br. 2.1. Poëme fur l'Inoculation , vol. in-8 ° . br. 3 1.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , &c
in- fol. avec planches br. en carton , 241 .
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architec
ture , in-4° . avec fig. br . en carton ,
L'Efprit de Molière , 2 vol. in- 12 br .
12 1.
41.
Tableau politique & littér. de l'Europe , an. 1775 , br . 2 l .
Dict . des mots latins de la Géographie ancienne , in- 8 ° .
broch
Les trois Théâtres de Paris , in- 8 ° . br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br.
31.
2 1. 10 f.
I 1. 10 f.
4
1771 .
MERCURE
DE FRANCE
BIBLIO
THEQUE
DE
LYON
*
1893
DÉCEMBRE , 1777.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
ODE SUR L'ORDRE.
Du Créateur divine offence ,
Ordre admirable , Ordre éternel ,
De fon éternelle exiſtence ,
Garant fublime & folennel ;
Toi qui , gouvernant la matière ,
།
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Toujours dans la nature entière ,
Entretiens un fi bel accord ;
O ! de tout bien , principe unique ,
Sois de l'Univers politique ,
Et le mobile & le reffort.
Tu fis le bonheur de la Terre
Dans les premiers jours des Humains ;
Ce tems fut court : bien- tôt la
T'arracha le Sceptre des mains.
Alors , vers la voûte céleſte ,
Loin de la difcorde funefte ,
Tu t'envolas avec Thémis.
Enfin , ta Compagne exilée ;
Revient par Louis rappelée;
Suis la dans l'empire des lys.
Reviens , amène en ma Patrie
L'inviolable liberté ,
guerre
Et l'abondance & l'induſtrie ,
Doux enfans de la sûreté :
Que ton éclatante lumière
Faffe rentrer dans la pouffière ,
L'ignorance & les préjugés ;
Bannis l'esclavage & la crainte ,
Le defpotifme & la contrainte :
Parois , nos deftins font changés.
DÉCEMBRE. 1777. 7
Je vois déjà l'Agriculture
Lever un front plus radieux ,
Et forçant l'avare Nature ,
Doubler les trésors précieux.
Le Commerce étendant fes aîles ,
Va , de ces richeſſes nouvelles ,
Nourrir cent Royaumes divers ;
Et déformais , libre en fa courſe ,
Ne fait du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
Qu'une famille en l'Univers.
Par- tout , ô prodige admirable !
Avec les préfens de Cérès ,
D'Humains une foule innombrable ,
Germe au milieu de nos guérêts .
Heureux produit de l'abondance ,
Une facile fubfiftance ,
Eft le jufte prix des travaux ;
Toute richeffe eft affurée ,
Et la propriété facrée
Ne craint plus d'attentats nouveaux,
Ordre divin , de tes miracles
Ce ne font-là que les effais ;
Triomphe de tous les obftacles ;
Nous verrons de plus grands fuccès.
Malgré la bleffure profonde
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Que le vieux Corrupteur du Monde ,
L'affreux luxe a faite à nos moeurs ,
Tu peux les faire encor renaître ;
L'honneur n'attend pour reparaître
Que tes regards reftaurateurs.
Commande , tout change de face ;
Les rangs ne font plus confondus ,
Et la vertu reprend la place
Et les honneurs qui lui font dus.
De l'innocent , facré refuge ,
Un feul Tribunal eft le Juget
Des droits de la Société :
Et la Loi , d'un glaive arbitraire ,
Contre un coupable imaginaire ,
N'arme plus la cupidité.
La paix conftante , univerfelle ,
Ceffe d'être une illufion ;
L'état dans fon fein ne recèle
Ni trouble ni divifion.
Les Sujets , dans leur fort profpère ,
Regardent leur Roi comme un père ;
Et l'heureux Monarque, à fon- tour ,
N'a pas befoin que la Puiffance
Contienne dans l'obéiſſance
Un Peuple enchaîné par l'Amour.
DÉCEMBRE . 1777. ?
L'Impôt , par un canal unique ,
Dont Cybelle a l'urne en fa main ,
Sans perte ni détour oblique ,
Roule & parvient au Souverain.
Fermez -vous routes indirectes ;
Je vois des brèches trop fufpectes ,
Altérer fon couts languiffant ;
Tari dans cette voie obfcure ,
Il n'apporte à fon embouchure
Que nos pleurs & que notre fang,
Fuis , fuis , Vampire infatiable ,
Dont la vie oft un attentat ;
Toi qui , dans l'ombre favorable ,
Pompe tout le fuc de l'Etat;
Le jour renaît , la nuit s'efface :
L'Ordre lumineux qui te chaffe
A dévoilé tous tes forfaits ;
La France affez fut ta victime ;
Au fond de l'infernal abyfine ,
Rentre pour n'en fortir jamais .
Mais quels rugiffemens horribles
Rempliffent mon ame d'effroi !
Ciel! combien d'ennemis terribles
Le monftre excite contre toi !
Sous tes pas , Ordre pacifique ,
Av
ΙΟ MERCURE DE FRANCE.
L'intérêt vil , l'intrigue oblique ,
Tendent mille piéges fecrets ;
Et la rapine plus puiſſante ,
Dreffant fa tête menaçante ,
Ofe retarder tes progrès.
Pourras -tu de tant d'adverſaires ,
Soutenir les nombreux combats ,
Et franchir toutes les barrières
Que l'on t'oppose à chaque pas ?
Oui , j'ofe en former l'efpérance.
Ma crainte ceffe ; fur la France
Un nouvel Aftre s'eft montré.
Déjà ſa bienfaiſante aurore ,
Du jour brillant qui doit éclore ,
Nous eft un garant affuré.
Louis , en montant à l'Empire ,
Y paroît ainfi que Titus ;
Et plus heureux que lui , peut dire
Nuls inftans n'ont été perdus.
Cérès , de fes fers affranchie ;
Thémis , en fes droits rétablie
L'Etat d'un tribut diſpenſé ;
;
Malgré la cabale & l'audace ,
Par- tout la vertu miſe en place ;
C'eft ainſi qu'il s'eft annoncé.
7
DÉCEMBRE. 1777 .
Pour fuis , Monarque jeune & fage ,
Vois tous les coeurs de tes Sujets
Voler fans ceffe à ton paffage ,
Attirés par tant de bienfaits .
Pourfuis , comble notre espérance ,
Notre amour eft ta récompenfe :
Quel prix pourroit plus te flatter ?
Mais pour le bien de ton Empire ,
Quel que foit l'ardeur qui t'inſpire ,
L'Ordre feul peut l'exécuter.
Crois -en ce Miniftre fidèle ,
Que la voix publique a nommé ,
Et qui joint aux tranſports du zèle ,
Le talent le plus confommé.
Ton vaiffeau , tout prêt du naufrage ,
Erroit au milieu de l'orage ;
Tu viens enfin de l'en charger.
Sois sûr de fon expérience ;
Il doit avoir ta confiance ;
Qui pourroit mieux le diriger ?
Digne & prudent dépofitaire
Du pouvoir de ton Souverain ,
Le bonheur de la France entière
Réfide aujourd'hui dans ta main.
Avec Louis, fais régner l'Ordre ;
A fi
12 MERCURE DE FRANCE.
Par les cris confus du défordre ,
*** ne > fois point arrêté ; /
Ne vois dans ta noble carrière
Que le grand bien que tu peux faire ,
L'honneur & la postérité.
MIROIR A L'USAGE DES FEMMES .
DANS un appartement inacceffible à l'air,
Mes pieds fur des chenets où pétille un feu clair,
Et dans un bon fauteuil nonchalamment affife ,
Mon efprit a choifi gaieté pour fa devife.
Je me ris de Philis , dont le vafte contour
Ombrage pleinement tous les lieux d'alentour ,
Et qui , prête à mugir au feul mot de tendreffe ,
Commence à foixante ans le métier de Lucrèce.
Je me ris de Thisbé , qui , peu favante en l'art
De cacher les Amans qu'elle traîne à fon char ,.
* Je n'ai fuivi dans ces Portraits , que les caprices
de mon imagination . Les reffemblances , fi l'on en.
trouve , feront donc l'effet du hafard ; & les applications,
fi l'on en fait , un jeu de la malignité.
( Note de l'Auteur )
DÉCEMBRE . 1777.
13
De fon lugubre époux bravant l'humeur févère ,
Lui donne des enfans dont il fe croit le père.
Je me ris de Pauline au teint enluminé ,
Dont le bufte difforme en cylindre tourné ,
Et qui , fille trottant fur le pavé des
Se plaint de ne trouver que des moeurs corrompues
rues ,
Je me ris d'Aglaé , qui,le verre à la main ,
Voudroit argumenter contre le genre humain ;
Et qui , pour l'ordinaire, après quelques rafades,
Par degrés devient tendre , & fe perd en oeillades.
Je me ris de Zilla , dont le laid compofé
Glaceroit de frayeur l'ame du plus ofé ,
Qui , parmi les amours , s'avifant de combattre ,
Nous dérobe fes traits fous des couches de plâtre ,
Se couvre de pompons , & , fous cet attirail ,
Peut ,au milieu d'un champ , fervir d'épouvantail
Je me ris de Famé , qui , cauftique & peu fage ,
De mouchoir en hiver ne veut point faire ufage
Et fe fentant pour elle un penchant décidé ,
Aux yeux peu fatisfaits étale un fein ridé .
Je me ris de Laurette , au regard fec & rude ,
Epilogueule infigne & ridicule prude ,
Qui , fept fois la femaine , en des réduits cachés
14 MERCURE DE FRANCE.
Aux pieds d'un Directeur débite fes péchés ;
Et, de retour chez elle , en fa brufque manie ,
Déchire à belles dents jufqu'à fa feule amie.
Je me ris de Florine , au groteſque maintien ,
Qui regarde fans voir , parle fans dire rien ,
Et , dans fes mouvemens , exhale par la chambre
Maintes odeurs, par fois , qui nefentent pas l'ambre .
Je me ris de Daphné , dont les yeux de perdrix
Ont des fourcils touffus , moitié blancs , moitié
gris ,
Et qui de foixante ans bien duement jouiffante ,
Rétréciffant la bouche , en accufe quarante.
Je me ris de Zirphé , dont le ton langoureux
/ Annonce qu'elle cherche à faire des heureux ;
Et qui le foir , ôtant ce qui tient à ſa tête ,
Dépofe fes attraits au bord de fa toilette.
Je me ris d'Olympie , au fon de voix tremblant ,
Dont un jour un peu vif bleffe l'oeil vacillant ,
Et qui marche toujours , malade imaginaire ,
L'apolême à labouche, & la flûte au derrière.
Je me ris d'Emilie , au viſage bouffi ,
Portant triple menton , toujours prête au défi ,
E qui de les deux poings fe preffant les deux han
ches
DÉCEMBRE. 1777 15
Ricanne à tout propos pour montrer des dents
blanches.
Je me ris de Lindane , à l'eſprit tracaffier ,
Qui vante fes talens à l'Univers entier ,
Et vouant à fon fexé une haine infernale ,
N'aime que fa perfonne , & n'a point de rivale .
Je me ris de Lucine , au caractère faux ,
Dont chacun fur fes doigts calcule les défauts ,
Et qui , capricieuſe & vaine à la folie ,
N'a jamais fans fureur fixé femme jolie.
Je me ris de Clarice , au babil importun ,
Pompeuſe en des difcours privés de fens commun,
Qui , fe donnant les airs de penfeufc nocturne ,
Prononce gravement fur le poids de Saturne ,
Et ne brillant au fond que parmi des nigauds ,
N'a jamais fu qu'un cercle a fes rayons égaux.
Je merisd'Arachné,dont les bras font deux cierges,
Le corps un long fuſeau monté fur deux afperges ,
Qui , redoutant le monde & fe cachant aujour ,
Brûle pour fon mari d'un lamentable amour ;
Et pleine de lui feul , foit qu'il dorme ou qu'il veille,
A toujours des fecrets à lui dire à l'oreille.
Je me ris de Chloé , dont le nez bien ouvert ,
Paroît de fon menton le folide couvert ,
16 MERCURE DE FRANCE.
Qui , pourfouftraire aux yeux certain paquet con
vexe ,
Couvre de cent chiffons fa taille circonflexe ;
Et des biens d'ici bas , loin de ſe détacher ,
Pour gagner un écu fe feroit écorcher.
Je me ris de Marton , qui fe croit beanté rare
Dont on cite en tout lieu la conduite bifatre ,
Et qui , dans un breland , fe cavant au plus gros ,
N'a que le mantelet qui lui couvre le dos.
Je me ris d'Azéma , dont la face livide
Peint les perplexités de fon ame fordide ;
Et qui , dans un taudis , paffant fort malfon tems,
Fait diète tout l'hiver pour plaider au printems.
Je ris ... Mais telle enfin que pince ma fatyre ,
A mes dépens auffi ne peut- elle pas rire ?
Si , de mon amour- propre , écartant les rideaux,
Je voulais fur moi- même exercer mes pinceaux ;
Si j'ofois... Mufe , adieu .... vous favez ... je luis
femme.
Ah ! ce titre funefte eft feul une Epigramme !
Par Madame de L... à la Chaffagne
en Lyonnois.
DÉCEMBRE . 1777 . 17
LE BOURGEOIS DE TOLÈDE .
PROVERBE DRAMATIQUE ,
En un Acte & en Profe.
PERSONNAGES.
RODRIGO .
LEONORE , Nièce de Rodrigo.
Don JUAN , Amant de Léonore.
LAZARILLE , Valet de Don Juan.
PADILLA , Servante de Rodrigo.
La Scène eft à Tolède , dans la maiſon
de Rodrigo.
18 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIÈRE.
RODRIGO feul.
Ah ! Seigneur Don Juan , vous ne
vous contentez point d'aimer ma nièce ,
& de la détourner du parti que je me
propofe de lui donner , vous lui demandez
un rendez - vous pour l'engager à fe
laiffer enlever... Courage ! cela ne va pas
mal ; heureufement que votre poulet eft
tombé dans mes mains... Il me vient une
idée ... Qui ... cela fera plaifant ... Ah ! je
vous guérirai de votre amour... Vous
verrez , vous verrez .... Padilla ! .... Je me
réjouis d'avance .... Padilla ! ... Je vous la
garde bonne... Padilla ! ... Padilla ! ...
SCÈNE I I.
RODRIGO , PADILLA .
PADILLA. Eh bien ? Eh bien ? Ne
criez pas fi fort , Seigneur Rodrigo , je
ne fuis pas fourde.
DÉCEMBRE. 1777 . 12
RODRIGO. Pourquoi ne venez - vous
pas tout de fuite quand je vous appelle ?
PADILLA. Falloit- il laiffer brûler mon
boeuf à la mode ?
RODRIGO. Vous avez bien fait.
PADILLA. Que voulez -vous ?
RODRIGO. Ah! ma chère Padilla ! il y
a bien des nouvelles vous connoiffez
Don Juan ?
PADILLA. Je l'ai vu naître .
RODRIGO . Il aime Léonore.
PADILLA. Je le fais.
RODRIGO . Il cherche à l'enlever.
PADILLA. Cela eft vrai,
RODRIGO . Comment ? vous favez tout
cela , & vous ne m'en dites rien ?
PADILLA. Vous ne me donnez
tems de parler. pas
le
RODRIGO. Eh ! qui vous a rendu fi
favante ?
PADILLA. Don Juan lui-même.
RODRIGO. Et vous ne lui avez point
arraché les yeux ?
20 MERCURE DE FRANCE.
1
PADILLA. Ce n'auroit pas été le moyen
de favoir ce qu'il penfe , & de pouvoir
s'oppofer à fes deffeins ; au lieu qu'en
les lui faifant avouer fous le prétexte de
le fervir...
RODRIGO . Je crois que vous avez raifon.
PADILLA , à part. Il mord à l'hameçon;
je le tiens,
RODRIGO. Padilla , j'ai toute confiance
en vous ; il faut que vous m'aidiez à écarter
cet intrignant dont je veux abfolument
me débarraffer.
la
PADILLA. De quoi s'agit- il ?
RODRIGO . Il faudroit l'aller trouver...
PADILLA . Don Juan ?
RODRIGO . Lui - même , & lui dire de
part de Léonore qu'elle confent à le
recevoir...
PADILLA. Comment ? vous l'expoferiez.....
RODRIGO. Un moment , un móment :
vous ne me donnez pas le tems de m'expliquer.
PADILLA. Mais il viendra donc ici ?
DÉCEMBRE. 1777. 21
RODRIGO . Sans doute .
PADILLA . Il entretiendra Léonore ?
RODRIGO . Oui & non.
PADILLA. Je ne vous comprends pas.
RODRIGO . Eh ! comment voulez - vous
que je me faffe entendre , vous bavardez
toujours .
PADILLA. Je me tais.
RODRIGO . Je veux tenir la place de
Léonore .
PADILLA. Vous!
RODRIGO . Moi.
PADILLA. Et vous croyez qu'il préndra
le change ?
RODRIGO . Si je le crois ?
PADILLA , à part. Bon ! il ne m'échap
pera pas.
RODRIGO. Je me déguiferai fous les
habits de Léonore , & j'aurai foin de me
couvrir d'un voile .
PADILLA . Et s'il vient à le lever , adieu
le ftratagême.
RODRIGO . J'y mettrai bon ordre ; il
22 MERCURE
DE FRANCE
.
ne fera reçu qu'à condition de ne point
enfreindre la loi que je lui impoferai .
PADILLA. A la bonne- heure. ( Apart).
Je te jouerai un tour de ma façon.
RODRIGO . Si vous voulez me feconder
comme il faut , j'augmenterai vos gages
à la fin de l'année.
PADILLA , à part. Pefte ! ( Haut ) . Ce
n'eft pas l'intérêt qui me conduit ; car
Don Juan m'a propofé de me faire ma
' fortune .
RODRIGO. Le dangereux féducteur ! ...
Je tremble...
PADILLA. Raffurez - vous ; fi j'avois
accepté fes offres , je n'aurois eu garde de
vous en parler ; mais je vous fuis attachée,
& j'aime mieux vous fervir pour rien ,
que de favorifer fon amour , quelle que
récompenfe que je puiffe en attendre.
RODRIGO . Voilà ce qui s'appelle une
ame vraiment grande : je ne vous oublierai
point fur mon teftament .
PADILLA. Grand merci.
RODRIGO. Mais n'allez pas me trahir
au moins.
(
DÉCEMBRE. 1777. 23
PADILLA . Je le voudrois , que je ne le
pourrois pas vous êtes fi pénétrant !
RODRIGO. Il est vrai que je n'en fais
pas mal long.... Ah ! çà , je vous charge
d'aller trouver Don Juan.
PADILLA. Laiffez-moi faire ; je conduirai
bien ma barque. Allez toujours
vous préparer à jouer votre rôle ; quand
j'aurai fini , j'irai vous habiller .
RODRIGO. C'eft bon ... vous n'oublirez
pas de lui dire...
PADILLA . Eh ! mon Dieu ! allez toujours
, & ne vous inquiétez de rien .
( Ilfort ).
SCÈNE III,
PADILLA feule.
Le vieux Penard ! il a recours à moi
pour favorifer fes ladreries ; il eft bien
tombé , je lui ferai voir du pays . Don
Juan fait payer , il mérite bien la préférence
.... Mais il faut que je lui donne
avis de tout ce qui fe paffe.... Je l'apper-
་
24 MERCURE DE FRANCE.
çois ; Lazarille eft avec lui ; nous allons
concerter tous nos arrangemens .
SCÈNE I V.
Don JUAN , PADILLA , LAZARILLE.
Don JUAN. On vient de me dire , ma
chère Padilla , que notre jaloux eft dehors
; puis- je voir Léonore , & ...
PADILLA . Le Seigneur Rodrigo eft ici ;
mais cela ne fait rien , vous pouvez
entrer.
Don JUAN . Et s'il m'apperçoit....
LAZARILLE. Il n'entendroit peut- être
pas raiſon , ni nous non plus ; de forte
que nous ne l'entendrions ni les uns ni
les autres , & puis que...
Don JUAN. Tu ne fais ce que tu dis ,
tais-toi.
PADILLA . Cela ne fait rien ... J'ai bien
des nouvelles à vous apprendre ; mais
nous ne pouvons pas nous entretenir ici
en liberté ; allez m'attendre à quelques
pas;je ne vais pas tarder à vous rejoindre.
Don
DÉCEMBRE. 1777. 25
Don JUAN. Et Léonore ...
PADILLA . Vous ne la pouvez point
voir actuellement , vous gâteriez tout ;
mais fuivez mes confeils , & vous vous
en trouverez bien.
Don JUAN. Je m'abandonne à tes
foins.
LAZARILLE . Adieu , Padilla.
PADILLA . Adieu , adieu. ( Ilsfortent ) .
SCÈNE. V.
PADILLA feule.
Nos affaires vont bien , & le Seigneur
Rodrigo fera dupe de fon ftratagême .....
taifons- nous .
Il vient ,
SCÈNE V I.
RODRIGO , PADILLA.
PADILLA. Comment ? déjà prêt ! c'eft
à faire à vous .
B
•
26 MERCURE DE FRANCE.
RODRIGO . Eh bien ? Padilla , comment
me trouvez - vous habillé ? Mon
traveftiffement fait- il illufion ?
que
PADILLA. Vous êtes à ravir , & je fuis
affurée Don Juan fera votre dupe ,
pourvu cependant que vous ne leviez
point votre voile , car votre barbe n'eſt
pas faite. Sur-tout , parlez peu , & ménagez
votre voix.
RODRIGO. Ne foyez point en peine ;
ce font mes affaires , & je me conduirai
comme il faut.
PADILLA . Je vais chercher Don Juan,
& je vous l'amène .
SCÈNE VII.
RODRIGO feul.
C'eft un grand bonheur d'avoir des
Domeftiques fidèles & sûrs : on ne peut
trop les payer... Que j'aurai d'obligations
à Padilla ! ... Mais je crois que je ferai
bien de terminer au plutôt fon mariage
avec le Seigneur Orozimbo; il la prend
fans dot , & confent à ne voir mes compDÉCEMBRE.
1777. 27 :
tes qu'après ma mort . Un pareil avantage
n'eft point à dédaigner ; & quand cela
fera fait , tous les foupirans qui n'en
vouloient qu'à fon bien , n'auront qu'à
battre en retraite pour les autres , j'en
ferai mon affaire.... Mais on vient... C'eft
Léonore... La petite mafque ! .... Que lui
dire ?
SCÈNE VILL
LÉONORE , RODRIGO.
LÉONORE. Ma Bonne , ma bonne ....
Mais répondez -moi donc... Ah ! ah ! vous
avez une de mes robes ?
RODRIGO , fans fe retourner. Laiffezmoi
, j'ai affaire.
LEONORE . Mais , ma Bonne , vous
ne m'avez pas l'air bien occupée. Que
faites-vous done ? Pourquoi ....
RODRIGO de même. Retournez à votre
ouvrage , Mademoiſelle ; vous favez bien
que votre cher oncle ne veut point que
vous perdiez votre tems.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
1
LÉONORE . C'est que je viens vous
demander...
RODRIGO de même. Allez-vous en.
LEONORE. Mais , ma Bonne , on diroit
que vous êtes enrouée ; ce matin
pourtant...
RODRIGO de même. Qu'est- ce que cela
vous fait ?
LÉONORE le reconnoiſſant . Ah ! Ciel ! ...
Miféricorde ! .... C'eft... vous , mon cher
oncle !
RODRIGO , à part. Voilà tout ce que
je craignois ! Que faire ?
LEONORE. Eft-ce que vous allez au
bal ?
RODRIGO. Cela ne vous regarde pas ;
retirez-vous.
LEONORE . Si vous vouliez m'emmener
avec vous ...
RODRIGO . Rentrez là dedans.
LÉONORE . Mais , mon cher oncle...
RODRIGO. Rentrez , vous dis-je , & ne
répliquez pas.
LEONORE. Si ....
DÉCEMBRE. 1777. 29
RODRIGO . Allez , allez. ( Il la fait
rentrer ).
SCENE ΙΧ.
RODRIGO feul.
Mais, voyez un peu combien de queftions
mon cher oncle parci , mon
cher oncle par-là ; menez -moi au bal ! ....
Ah ! je l'y menerai , je l'y menerai ......
Mais.... je ne me trompe point ; voici
Don Juan baiffons notre voile , &
:
contenons- nous.
SCÈNE X.
RODRIGO , LAZARILLE Couvert des habits
de Don Juan , PADILLA.
"
Jio PADILLA bas à Lazarille. Le voilà ;
fonge à l'amufer ; je me charge du
reſte:
LAZARILLE de même. Laiffe - moi
faire.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
PADILLA. Avancez , Seigneur Don
Juan , Léonore vous attend avec impatience
; profitez du moment où fon tu-
-teur eft forti. Je vais faire le guet , & je
vous avertirai s'il revient : adieu.
SCÈNE X I.
RODRIGO , LAZARILLE. 211
b - V
LAZARILLE. J'ai donc enfin le bonheur
, ma chère Léonore , de pouvoir
tomber aux genoux de vos tendres appas !
Il m'eft donc permis de jurer à vos petits
petons que mon coeur amoureux eft en-
"Hamme ni plus ni moins qu'un tifon qui
flambe.... Eh bien ? ma Reine , qu'en
penfez -vous ? Vous me paroiffez trifte ;
eft-ce que vous avez du chagrin ? Allons ,
gai , réjouiffons-nous ..... ( Il veut le faire
danfer ).
RODRIGO. Ah! Don Juan, laiffez moi .
LAZARILLE . Ah ! vous faites l'enfant ,
laiffez- là toutes ces minauderies : écartez
ce voile importun qui me dérobe vos
divins appas... ..ist
DÉCEMBRE. 1777. 31
SCÈNE XII.
RODRIGO , LAZARILLE , Don JUAN ,
PADILLA.
LAZARILLE veut lever le voile de
Rodrigo , qui fe défend. Pendant cette
fcène muette , Padilla fait entrer Don
Juan , & traverfe avec lui le Théâtre.
PADILLA à Don Juan. Suivez - moi ,
Seigneur Don Juan , & ne craignez rien :
l'oncle eft en bonnes mains. (Elle entre
avec lui dans l'intérieur de l'appartement
de Rodrigo ).
SCÈNE XIII.
RODRIGO , LAZARILLE,
RODRIGO . Laiffez - moi , vous dis - je ,
ou je me fächerai .
LAZARILLE. Allons , mon coeur , point
de façons.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
RODRIGO . Je vais crier .
LAZARILLE Ah ! mon petit chou ,
vous n'êtes pas fi méchante.
RODRIGO . Eh bien ? tenez -vous tranquille
, & je ne dirai mot .
LAZARILLE . Inhumaine , barbare…..
RODRIGO. Au fair : que voulez -vous ?
LAZARILLE . Ce que je veux , cruelle !
& c'est vous qui me faites une pareille
queſtion ?
RODRIGO. Finiffons , je n'ai pas
tems à perdre.
de
LAZARILLE . Quoi ? Mamqur , êtes-
-vous donc infenfible à l'ardeur qui ....
RODRIGO . Cet entretien m'ennuie ;
je n'ai qu'un mot à vous dire : je ne
vous aime point ; je ne vous aimerai
jamais , & vous me ferez le plus grand
plaifir de ne point remettre les pieds ici.
LAZARILLE. Vous voulez donc me
voir mourir ....
RODRIGO. On ne meurt pas à fi bon
compte.
LAZARILLE . Je vais vous prouver le
contraire. >
DECEMBRE. 1777. 33
RODRIGO. Voyons un peu .
1
LAZARILLE . Vous le voulez abfolument
?
RODRIGO . Oui.
LAZARILLE . Vous vous en repentirez .
RODRIGO . Non.
LAZARILLE . Il faut donc vous fatisfaire.
RODRIGO . Allons vîte .
SCÈNE XIV .
RODRIGO LAZARILLE , LÉONORE ,
Don JUAN , PADILLA .
( Pendant que Lazarille fe met en devoir
de tirer fon épée , & qu'il fixe , par fes
lazzis , l'attention de Rodrigo , Don Juan
fort avec Léonore à qui il donne la main ;
Padilla les fuit ).´
LÉONORE. Où me conduifez -vous ?
Don JUAN. Chez ma mère : elle eſt
By
34 MERCURE DE FRANCE.
inftruite de mon amour , & confent à
nous unir ; ne craignez rien , venez ,
PADILLA. Allons , Mademoifelle , les
momens font précieux , partons . Ils
fortent ).
SCÈNE X V.
RODRIGO , LAZARILLE .
LAZARILLE feignant toujours de ne
pouvoir tirer fon épée. Vous êtes bien
heureufe que ma bonne épée eft rouillée ;
fans cela vous verriez beau jeu .
RODRIGO . Cela eft fâcheux .
LAZARILLE , à part. Ils font partis ;
mon rôle va finir . ( Haut ) . Je fuis
dans une colère ....
RODRIGO. De ne pouvoir vous tuer ?
LAZARILLE. Vous n'en méritez pas
peine.
RODRIGO . Comment ?
la
LAZARILLE . Tirons le rideau , la farce
eft jouée ; je te connois beau mafque.
DÉCEMBRE . 1777. 35
RODRIGO . Qu'eſt- ce à dire ?
LAZARILLE . Allons , Seigneur Rodrigo
, levez ce voile ; c'eft votre Serviteur
Lazarille , confident intime du Seigneur
Don Juan , qui vous en fupplie..
RODRIGO. Je ſuis trahi ! Je ſuis perdu !
Léonore....
LAZARILLE . Elle eft en lieu de sûreté ;
tranquillifez-vous ; bonfoir.
RODRIGO. Au voleur , au voleur , je
vais aller... Je veux ... au fecours...
SCÈNE XVI & dernière.
Don JUAN , RODRIGO , LAZARILLE .
Don JUAN. Raffurez-vous , Monfieur ,
Léonore n'eft point perdure ; elle eft chez
ma mère , & je viens vous prier de l'accorder
à mes voeux.
RODRIGO. Je fuis votre Serviteur
' elle n'eſt pas pour vous .
;
Don JUAN. Léonore eft en mon pouvoir
, & vous êtes trop raifonnable
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Monfieur , pour vous expofér à des défa
grémens que je ferois au défefpoir de
vous caufer. Léonore m'aimes;
& pour
vous engager à me la céder fans répugnance
, je fuis riche affez ; je la prends
fans dot , & je vous difpenfe de tout
compte.
RODRIGO. Un moment ; cela mérite
confidération.
Don JUAN. Prenez d'autres habits
& rendez- vous chez ma mère , où
conclurons à l'amiable.
RODRIGO. Vous êtes preffant .
nous
LAZARILLE. Croyez - moi , Seigneur
Rodrigo , point de réflexions ; faites les
chofes de bonne grace.
RODRIGO. Allons , je le veux bien.
Don JUAN. Ah ! Monfieur , vous comblez
mes voeux les plus chers , & je ne
puis trop vous témoigner la reconnoiffance
dont je fuis pénétré.
LAZARILLE . Vous aurez tout le tems
de vous en occuper. Paffons de l'autre
côté , Seigneur Rodrigo , je veux vous
fervir de Femme-de- Chambre : croyezDÉCEMBRE.
1777. 37
།
moi , papa , renoncez aux fineffes , &
vivez tout rondement. Sur tout , fouvenez-
vous bien que fin contre fin n'eft
pas bon à faire doublure.
Par M. Willemain d'Abancourt.
L'AMOUR DE LA GLOIRE ,
ÉPITRE à M. de L * H***
l'Académie Françoife.
LE vice
de >
Iminenfum , gloria , Calcas habet.
OVID.
E vice auroit fans doute infecté les Mortels ,
Si le monde aux vertus n'eût promis des Autels ;
Quelque talent qu'on ait , je crois que le mérite
Par la gloire , la H *** , a befoin qu'on l'excite.
Les Savans n'ont écrit qu'à l'afpect des lauriers ;
La pompe du triomphe enfante les Guerriers .
Ce digne & noble amour , cet amour de la gloire ,
A formé les Héros que nous vante l'Hiſtoire ;
Des Grecs contre l'A fie il a tourné les dards ;
Ses mains ont à l'Empire élevé les Célars ;
38. MERCURE DE FRANCE .
Et dans les tems paflés , comme au fiécle où nous
fommes ,
La Patrie fans lui n'auroit point de grands
Hommes.
Rome doit à fes foins ce qu'elle a fait de beau ;
D'Apelles dans Athenes il guida le pinceau;
C'estparlui qu'infpiré , l'incomparable Homère
D'Achille aux bords du Xente , a chanté la colère .
Il règne avec éclat dans le Palais des Rois ;
Ses feux le font fentir fous les plus humbles toîts .
La gloire a des faveurs où chacun peut prétendre,
Le Brun eft dans fon Temple à côté d'Alexandre.
Mais c'eft peu d'y courir , il faut encor fonder
Quel eft le chemin sûr qui peut nous y guider ?
Tu fais qu'on y reçoit les Enfans de Bellone ;
Le Peintre & le Graveur y trouvent leur Couronne
:
On y voit le Mortel dont la ferme vertu ,
Sous les pieds de Thémis , tient le vice abattu ;
Et l'on y voit auffi ceux par qui la Sculpture ,
Sur le Marbre ou PAirain , anime la Nature :
Mais pour s'y maintenir , de ces talens divers ,
Je crois que le plus sûr eft le talent des Vers.
La Patrie cft prife ici pour la France.
DIÉCEMBRE. 1777. 39
Mille Princes dans l'Inde ont porté le tonnerre ;
Leur Trône avec leur nom a péri fur la terre .
Du tems qui brife tout , la faulx a mis à bas
Les tableaux de Xeuxis * , les buftes de Scopas **.
Les arcs out difparu , les vaftes colifées
Ne m'offrent que débris , que voûtes écrasées.
Ephefe de fon Temple *** a vu la trifte fin ;
Rhodes n'admire plus fon Coloffe d'Airain **** ;
Fameux Peintre d'Héraclic .
** Célèbre Sculpteur de l'Ile de Paros .
*** Le Temple de Diane d'Ephèfe , étoit une
des fept Merveilles du Monde. On avoit été 220 ans
à le bâtir. Toutes les Provinces de l'Afie y avoient
contribué pendant 200 ans. On admiroit les Tableaux
excellens , les belles Statues qui décoroient ce Temple ,
& fur - tout 127 colonnes qui étoient des monumeus
de la magnificence d'autant de Rois . Eroftrate
Ephéfien , voulant faire parler de lui , & ne pouvant
ou ne voulant point s'immortaliſer par quelque belle
action , brûla ce Temple le jour même qu'Alexandrele-
Grand naquit en Macédoine. Ce fut le 6 jour de
-Juillet , Pan du Monde 16-98.
**** Le Coloffe de Rhodes étoit une Statue
Airain , qui repréfentoit un homme d'une grandeur
prodigieufe. Elle étoit placée debout fur deux tours qui
défendoient l'entrée du Port de l'Isle de Rhodes. Les
plus grands mâts des vaiffeaux paffoient librement entre
les jambes de cette Statue . Elle avoit cent vingt pieds
40 MERCURE DE FRANCE.
L'Egypte a vu tomber les hautes pyramides ;
Les fiécles ont détruit les bornes des Alcides.
Il n'en eft pas ainfi des Ouvrages en Vers ;
Ils doivent en durée égaler l'Univers .
Virgile orne les champs ; & du Tibre à l'Euphrate,
On entend fes pipeaux , & fa trompette éclate.
Les Vers galans d'Ovide ont toujours leur beauté ;
L'oubli ne cache point ce qu'Homère a chanté.
Racine , Crébillon , Boileau , Rouffeau , Corneille
Et Greffet, dont la voix a charmé notre oreille ,
Dont le nom du Midi juſqu'à`l’Ourſe eſt vanté ,
Ne doivent qu'à leurs Vers leur immortalité.
Apollon vit toujours... La gloire du Parnaſſe
Ne trouvera jamais une nuit qui l'efface .
Quelques-uns qu'avec toi le Public peut compter,
Sur cette double cîme ont l'honneur de monter ;
C'eſt un feu tout divin qui t'embrâſe & m'étonne ;
Ce feu ne s'acquiert point , c'eſt le Ciel qui le
donne.
Quand tu veux l'augmenter , pour modèles cettains
,
de haut. Un Marchand Juif en acheta les débris , & en
chargea neuf cens chameaux. Cette Statue étoit auffi
une des fept Merveilles du Monde.
DÉCEMBRE . 1777. 41
Tu fuis dans tous tes plans les Grecs & les Latins ;
Mais tu n'as pas pour eux des refpects trop timides :
On peut les égaler... Ils ne font que nos guides .
Tout n'a pas été dit , & fans trop nous flatter ,
La France a dès -long-tems la gloire d'inventer.
Sur le Pinde où l'on voit des palmes toutes prêtes ,
Nos Auteurs ont en foule étendu leurs conquêtes.
Là, font des vaſtes champs qu'aucun n'a puborner;
D'autres , même après nous , y viendront moiffonner.
Mais, qui veut ybriller, que lui- même cenfure
Ses Vers qui pafferont à la race future ?
On nous condamne envain ... Ce n'eft point vanité
De vouloir plaire un jour à la postérité.
Notre esprit ne produit que de foibles Ouvrages ,
Si du jufte avenir il n'attend les fuffrages.
Voilà ce qui forma les Grecs & les Romains ,
Ce qui les a rendu les plus grands des Humains.
Je méprife & je hais l'Ecrivain mercenaire ,
Qui dégrade fon fiécle en vivant pour lui plaire ,
Qui, confacrant fa plume à la frivolité ,
Pour briller un inftant , perd l'immortalité.
Je méprife encor plus ces Mufes avilics ,
Qui, dépenfant leur ame en de froides faillies ,
42 MERCURE DE FRANCE .
Transforment en Héros un ignorant Créfus ,
Et ne font point de cas des talens d'un Irus .
Quelle erreur ! Quel orgueil ! .... Ce n'eft pas leur
fuffrage
Qui peutfaire à jamais l'éloge d'un Ouvrage.
C'eft celui du Public ... La H ** , ... il eſt flatteur,
Et lui feul nous élève au faîte de l'honneur.
Pour toi dont le génie & l'amour de la gloire
T'ont ouvert une porte au Temple de Mémoire ,
Tu deviens immortel... Tes difcours & tes chants
Vont furvivre à ta cendre & triompher des ans.
Par M. l'Abbé Amphoux de Marfeille
Aumônier des Galères du Roi , & Auteur
de plufieurs Ouvrages de Profe & de
Poéfie.
EGLOGUES DE POPE , mifes en Vers ,
dédiées à M. d'Aine , Intendant de
Limoges.
MON Protecteur ! mon appui ,
Tu ne peux dédaigner l'hommage
Que t'offre ma Mufe aujourd'hui :
C'eſt ton bien , c'eft ton propre ouvrage ;
DÉCEMBRE. 1777 43
Il t'appartient, je te le dois.
A l'ombre d'un nom plus infigne ,
Pouvois je mettre mon hautbois
Et quel Mécène étoit plus digne
De Fixer mes veux & mon choix !
D'Aine , mon fujet te défigne ;
Et fur mes Vers tes juftes droits
Sont dans ta Profe à chaque ligne,
Avoue & reconnois ce fruit
Que le Britannique rivage ,
Sous la main de Pope , a produit ,
Et que ta plume , en ton jeune âge ,
A, dans nos climats , introduit *.
Vois encore avec complaiſance ,
Cet enfant d'Albion natif,
Et dont , pour l'honneur de la France,
Tu je rendis père adoptif.
Il tient de toi cette élégance ,
Ces graces , ce top fi naif
J J
Que dans notre langue il exprime .
Revêtu de mille agrémens ,
Il lui manquoit ceux de la rime ;
Avec ces nouveaux ornemens , C
* M.,D'Aine traduifit à vingt ans , les quatre Saifons
que Pope avoit compofées à ſeize ans.
44 MERCURE DE FRANCE.
Il ofe à tes regards paroître ;
Ce vernis qu'il doit à mes ſoins ,
En mafquant trop ſon air champêtre ,
Lui fiera- t- il peut- être moins :
Mais pourrois-tu le méconnoître
Sous le fard dont je l'ai paré ?
Dès que ton ame en lui refpire ,
Fût-il un peu défiguré ,
Ton amour ne peut
l'éconduire .
Ce feul efpoir m'a raſſuré .
Par M. L *** de Limoges.
PREMIÈRE ÉGLOGUE.
LE PRINTEM S.
A M. le Chevalier Trumbal.
Près de cette fontaine , en ce bois , fous ces
hêtres ,
J'effairai le premier quelques chanfons champêtres
:
J'oferai , du Dieu Pan , élève jeune encor,
Jouer, fa flûte en main , aux plaines de Windfor.
Daigne , belle Tamife , au fortir de ta fource ,
DÉCEMBRE. 1777 45
Interrompre un moment où ralentir ta courſe.
Les Mufes de Sicile affifes fur tes bords ,
'Y portent aujourd'hui leurs ruftiques accords.
Doux Zéphirs , agitez le rofeau fur ces rives :
Montagnes , à mes fons , rendez- vous attentives .
Toi , Philofophe aimable , ami vrai , cher Truinbal
* ,
Qui , des vaines grandeurs , fuyant l'écueil fatal ,
D'un oeil ftoïque as vu leur éclat éphémère ,
Dans ta retraite encor plus grand qu'au Miniſtère
* *,
Permets qu'enfant içi fes frêles chalumeaux ,
Ma Mufe, par fes chants , réveille ces côteaux ,
Jufqu'au tems où tu dois , d'une ennuyeuſe
abſence ,
Confoler çes beaux lieux qui t'ont donné naiffance;
Et de ta lyre içi , rapportant les accords ,
De nos tendres Bergers ranimer les tranſports.
A * Il fut Secrétaire d'Etat fous Guillaume III.
Après s'être démis de ce pofte , il fe retira à Windfor
où il étoit né.
** Si l'Angleterre vit autrefois l'original de ce
Portrait , on peut dire que la France en a vu de nos
jours la parfaite copie.
46 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi , quand Philomèle abfente du boccage ,
En repos dans l'Automne, interrompt fon ramage;
Le gai Pinfon y vient faire entendre fes airs :
Mais recommence - t - elle au Printems fes concerts ,
Le Pinfon en filence , applaudiffant de l'aîle ,
Avec tout les oiſeaux , écoute fon modèle.
Des perles de rofée , éparſes au matin ,
Argentoient les vallons ; l'Aurore , au front ferein
,
Commençoit à rougit la cîme des montagnes ,
Les ombres de la nuit fuyoient loin des Campagnes.
Par l'Amour &la Mufe , arrachés au fommeil ,
Deux Bergers devançant le retour du Soleil ,
La houlette à la main , dans les vertes prairies ,
Conduifoient le troupeau de leurs brebis chéries.
Plus vermeils que la rofe , & frais comme zéphirs,
Couple exempt de foucis , au feit des doux loisirs,
Daphnis & Lycidas , qu'un même objet raffemble ,
Par ces tendres difcours, s'entretenoient enfemble.
་་
DAPHNI S.
Entends-tu , Berger , ces oifeaux
Voltigeant fur la branche , à travers le feuillage.
La gaieté de leurs chants nouveaux ,
DÉCEMBRE. 1777. 47
Eft pour nous d'un beau jour , l'agréable préſage .
Ami , comment nous taifons- nous
Quand le Linot gazouille & le Roffignol chante ,
Prompts, par les accens les plus doux ,
Afaluer en choeur la faiſon renaiſſante ?
Refterions-nous fombres , rêveurs ,
Quand Phoſphore répand une clarté ſi pure ,
Et que les riantes couleurs
Du pourpre & de l'azur aigaïent la nature ?
LYCID A S.
Chantons ; le témoin de nos chants ,
Damon les jugera; qu'affis , il nous écoute ;
Tandis que là-bas , dans ces champs ,
Les boeufs traînent le foc fur leur pénible route;
Que fur ces tapis verdoyans
La violette naît à nos regards offerte ,
Et que les zéphirs voltigeans
Careffent le bouton de la rofe entrouverte .
Vous voyez l'agneau qui s'ébat
Le long de ce ruiffeau qui lui peint fou image
Je l'offre pour prix du combat ,
Vous le gagnez , Daphnis , fi je perds l'avantage .
48 MERCURE DE FRANCE .
DAPHNI S.
Moi, je mets en gage à mon tour
Ce chef-d'oeuvre brillant , cette coupe enchantée,
Voyez comme il règne à l'entour
Une vigne au- dehors par l'art repréſentée ;
Les
grappes
courbant fes rameaux
Que mollement embraſſe une chaîne de lierre ;
Et dans ces reliefs fi beaux ,
Admirez les Saifons , leur marche régulière .
Ce cercle environnant les Cieux ,
Où douze Signes mis à leur place preferite ,
Figurent les différens lieux
Qu'en fon cours annuel le Dieu du jour viſite.
DAMON.
Oui,chantez tour-à- tour : ces jeux & ces combats,
Pour les Nymphes du Pinde , ont les plus doux
appas.
A rajeunir ces lieux la Nature travaille ,
L'épine refleurit & le gazon s'émaille .
De feuillages naiſſans les arbres ſont couverts :
Nos bofquets font plus beaux & nos prés font plus
verds.
Commencez, les échos du fond de leurs retraites,
S'apprêtent à répondre aux fons de vos mufettes.
LYCIDAS.
DÉCEMBRE , 1777. 49
LY CID A S.
Toi qui fus infpirer & Granville & Wallers ,
Sois favorable à ma prière .
Apollon , Dieu du Pinde , inſpire-moi des airs
Dignes de l'aimable Clycere.
Je promets , je dévoue à tes Autels chéris ,
Ce taureau plus blanc que l'albâtre ,
Menaçant de la corne , & dans fes bonds hardis,
Toujours fier & toujours folâtre.
DAPHNI S.
t
Amour , c'eft à toi feul que j'adreffe mes voeux,
Pour chanter Sylvie & fa gloire.
Donne à ma foible voix les attraits qu'ont fes
yeux ,
Tu m'affureras la victoire.
Pour reconnoître , hélas ! cette infigne faveur ,
Je n'ai ni taureau ni génille.
Que t'offrirai - je , amour ? tout mon bien , c'eſt
mon coeur.
Je te l'immole en facrifice.
C
so MERCURE DE FRANCE.
LY GIDA S.
L'agaçante Glycère , une pomme à la main ,
La lance , & m'atteint à l'épaule.
Je me tourne , je cherche ; elle , avec fon air fin,
Court fe cacher derrière un faule *.
Mon embarras l'amufe ; elle s'arrête , & rit.
Ah ! ce rire affecté me prouve
Qu'en fon coeur le plaifir ſurpaſſe le dépit ,
De voir que fon Berger la trouve.
DAPHNI S.
La folâtre Sylvie , en careffant fon chien
Seulette à l'ombre fe promène,
Je parois , elle fuit. La friponne fait bien
Où ce badinage nous mène.¸
Elle lance une oeillade au Berger qui la fuit.
Que les yeux démentent fa fuite !
€
Si la pudeur la hâte, amour la rallentit,
Qui veut être atteint court moins vîte ?
* L'Auteur a fubftitué cette idée de Virgile à celle
de Pope. C'eſt la ſeule liberté qu'il ſe foit permiſe dans
l'imitation de fon modèle.
DÉCEMBRE. 1777. si
1
LY CID A S.
Que l'orgueilleux Pactole étale fur fes bords,
De fes fables dorés l'éclatante richeffe ;
Et qu'aux rives du Pô, fécondesen tréfors,
Des arbres ent.'ouverts l'ambre coule fans ceffe .
Rien n'eft égal , Tamife , aux attraits que tu vo sj
Montréfor, mon bonheur... ils font furres rivages;
J'habite ici le Ciel... Sans chercher d'autres bois ,
Reftez , mes chers moutons , paiffez ſous ces ombrages.
DAPHNI S.
Cérès chérit Hybla , Diane aime Cynthus ,
Vénus quitte les Cieux pour les bois d'Idalie.
Les Décffes , les Dieux dégoûtés d'Ambroisie ,
Aux vallons de Tempé font par fois defcendus.
Si les bois de Windfor plaifent à ma Bergère ,
Tempé , Cynthus, Hybla, l'Olympe avec la Cour ,
A ces lieux enchantés n'ont rien que je préfère.
Windfor eft pour mon coeur leTemple de l'Amour .
LYCIDA S.
Qu'un légerfouci vienne affecter ma Glycère.
Le Ciel enveloppé foudain fe fond en eaux ;
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Un noir voile s'étend fur la nature entière ,
L'oiſeau morne & caché fe tait fous les rameaux.
Les languillantes fleurs refferrent leur calice .
Mais Glycère fourit ; l'éclat revient aux fleurs ,
D'un plus brillant azur l'horiſon ſe tapiffe ,
Et les joyeux oifeaux recommencent leurs choeurs .
DAPHNI S.
Du Printems l'Univers éprouve l'influence ;
Les grottes dans leur fein nourriffent la fraîcheur.
Du Soleil en tout lieu l'agiffante puiffance ,
Féconde nos guérêts par la douce chaleur.
Quand Sylvie a fouri , la Campagne ſurpriſe
D'un éclat tout nouveau voit refplendir fes biens.
La nature vaincue en vains efforts s'épuiſe ,
Les charmes de Sylvie effacent tous les fiens.
LYCIDAS.
Je cherche au Printems les Campagnes ;
Les plaines , le matin ; fur le midi , les bois.
J'aime en Automne les montagnes.
La faifon , le jour , l'heure, ainfi changent mon
choix.
Mais par- tout & toujours Glycère
Fixe les voeux conftans. Quand elle diſparaît ,
DECEMBRE . 1777. $ 3
Je n'aime plus rien fur la terre ,
Lesbois , la plaine , tout m'attrifte & me déplaît.
DAPHNI S.
Sylvie a la fraîcheur de Flore ;
De l'Été , de l'Automne , elle affemble les traits.
Son teint plus vermeil que l'aurore ,
A l'éclat du midi , du matin les attraits.
Quand elle quitte ces rivages ,
Le Printems à mes yeux perd tous les agrémens :
Mais revient - elle à nos bocages ,
Toute l'année alors eft pour moi le Printems.
LYCIDA S.
Je ne te fais , Berger , qu'une demande ; écoute :
Si tu peux m'expliquer dans quels lieux révérés ,
Quel arbre * dans fon fein porte des Rois facrés ,
Sylvie & toi ferez vainqueurs fans aucun doute .
* Allufion au chêne dans lequel fe cacha Charles II,
après la Bataille de Worchefter.
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
DAPHNI S.
Et moi , Berger , j'attache un plus glorieux prix
Au mot de moh énigme : il tient à ta réponſe ;
Dis où naît le chardon * qui le diſpute aux lys ;
Ma Sylvie elle-même eft à toi , j'y renonce.
DAMON.
Allons , c'en eft affez , terminez vos combats ,
Vous avez tous les deux mêmes droits à la gloire.
A Daphnis eft l'Agneau , la Coupe à Lycidas.
Je vous donne à chacun le prix de la victoire.
Qu'il eft beau votre fort , couple heureux de Bergers
'!
Vous aimez , vous chantez fur vos pipeaux légers,
Les graces , les appas des Nymphes les plus belles ,
Dignes de votre encens comme de votre amour.
Quel est votre bonheur , Nymphes , à votre tour,
Vous que chantent fi bien des Bergers fi fidèles ?
Levons - nous maintenant , courons fous ces ormeaux
* Allufion à l'Ordre du Chardon ou de la Rue,
autrement dit de S. André , inftitué par Achaïus , Roi
d'Ecoffe , qui vivoit du tems de Charlemagne.
1
DÉCEMBRE . 1777 \
55
Ou fous le chevrefeuille , ombrageant ces berceaux
;
De la pluie au Printems , par le Sud amenée ,
Nous ferons à couvert fous l'épaiffe ramée.
Entourés du parfum des rofes , des lilas ,
Nous prendions fur l'herbette un champêtre
repas.
Fuyons ; déjà je vois que les troupeaux timides ,
Pour fe mettre à l'abri des pleïades humides .
Se raffemblent , & voat , au fortir des vallons ,
Se tapir fous le toit des plus prochains buiffons.
Par le même,
IMPROMPTU
A Mlle *** , qui m'accufoit d'un vol.
Si je fuis criminel , mon crime eſt votre ouvrages
De vos leçons j'étois épris ;
-Vos yeux impunément ont fait tant de ravage ,
Que j'ai cru le larcin permis.
Par M. Pafqueau d'Auxerre.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
N. B. Plufieurs Gens de Lettres diftingués
, ont promis , pour l'année prochaine,
de nous ouvrir leurs Porte -feuilles ,
& d'enrichir ce Journal de morceaux agréables
. M. d'Arnaud veut bien commencer à
leur en donner l'exemple , & doit le continuer.
STRA DELL A.
ANECDOT E.
STRADELLA , célèbre Muficien , né
Venife , vers le milieu du dernier fiécle,
joignoit à fon talent diftingué pour la
compofition , une voix enchantereffe . Il
faifoit les délices de fa Patrie ; les meilleures
Maiſons fe difputoient l'avantage
de le donner pour Maître à leurs enfans
. Une jeune perfonne nommée
Hortenfia , d'une ancienne Famille de
Rome , étoit l'Élève de Stradella qui
profitoit le mieux de fes leçons. Il eft
que la nature avoit devancé l'habile
Muficien : outre d'heureuſes difvrai
DÉCEMBRE. 1777. 57
pofitions pour le chant , elle avoit
prodigué à Hortenfia fes bienfaits ;
fa beauté feule eût fuffi pour lui attirer
tous les hommages. Un noble Vénitien
en étoit devenu éperduement amoureux :
il alloit lui offrir fa main & une fortune
éclatante . Le père d'Hortenfia , que
nous appellerons Montéïo , avoit reçu
avidement les propofitions de ce mariage.
Peu riche , il envifageoit dans
cette union une fource de bonheur pour
fa fille ; car les parens s'abufent prefque
toujours au point d'imaginer qu'il
n'y a que le rang & l'opulence qui puiffent
rendre heureux . Hortenfia étoit
bien éloignée de penfer comme fon
père le noble Vénitien , pour être
Sénateur , n'en étoit pas plus aimable
aux regards de la fille de Montéïo , foit
qu'il manquât de ces agrémens qui ,
dans l'art de plaire , font les premiers
titres , ou foit qu'elle eût le coeur prévenu
; ce qu'on peut conjecturer d'après
la fuite de l'Hiftoire *.
Cette Anecdote eft tirée de l'Hiftoire Générale
de la Science & de la Pratique de la Mufique,
par Sir JOHN HAWKINS , 5 vol . in - 4º . A Londres
, 1776 , &c.
C▾
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
Stradella favoit plus qu'enfeigner la
Mufique il infpiroit le fentiment que
fon chant exprimoit fi bien. L'homme
de génie a un charme qui n'eft point
donné aux autres hommes : il excite ce
puiffant intérêt , la flamme des paffions ;
& il n'a pas befoin de gradations pour
établir fon empire. Hortenfia l'avoit
reffenti, cet afcendant impérieux ; mais
que les tranfports de l'Écolière étoient
au - deffous de ceux qui agitoient le
Maître ! Il n'avoit pu voir d'un oeil indifférent
la fille de Montéïo. Il s'étoit
efforcé d'étouffer un penchant qui lui
paroiffoit indifcret : la raifon lui parloit
hautement contre cette paffion nailfante;
mais l'amour n'eft pas feulement aveugle
, il eft fourd ; & Stradella étoit venu
a n'entendre que ce qui flattoit une ardeur
auffi infenfée que téméraire. Comment
en effet un Muficien pouvoit- il
efpérer de plaire à une jeune perfonne de
qualité , nommée déjà l'époufe d'un Sénateur
? Stradella n'envifageoit point ces
obftacles ; il eft enfin déterminé à faire ſa
déclaration à la befte Hortenfia , dût - il
être puni de fa hardieffe . Approchoit - il
fon Écolière , le Maître perdoit toute
fon audace ; il n'avoit plus la force
DÉCEMBRE. 1777
59
d'exécuter fon projet : il étoit timide ,
parce qu'il aimoit . Hortenfia , de fon
côté , n'éprouvoit point un moindre embarras.
Ce trouble augmentoit de jour en
jour. Chaque fois qu'elle fe trouvoit
avec Stradella , fa voix devenoit plus incertaine,
plus tremblante. Lui touchoit- il
la main , un friffon fubit ſe répandoit dans
fes veines. Venoient- ils à fe regarder ,
leurs regards mouroient l'un fur l'autre.
Hortenfia retenoit aifément tout ce que
Stradella lui apprenoit ; & il eft affez
inutile d'obferver qu'elle préféroit fes
airs à tous ceux des autres Compofiteurs .
Le hafard veut qu'un jour aucun témoin
n'affifte à la leçon. Hortenfia ne
s'étoit jamais montrée plus féduifante ;
ſes graces , fi l'on peut le dire , lui appartenoient
davantage : elle étoit dans ce
fimple déshabillé du matin , qui n'admet
que peu de parure, & elle refpiroit encore
cette douce langueur du fommeil , qui
prête tant de charmes à la beauté. C'étoit
dans la faifon du Printems , époque de
la nature où tout s'embellit autour de
nous , & nous porte à aimer & à le dire.
Stradella faifoit répéter à fon Écolière
un de fes airs qui commençoit par ces
mots io amo ; & tandis qu'il chantoit , -
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
fes yeux s'attachoient fur ceux d'Hortenfia.
L'un & l'autre fe déconcertent
ils ne bégaient qu'à peine io amo, io amo,
qu'ils redifent plufieurs fois , & d'une
voix toujours plus éteinte. Stradella
tombe aux pieds de la jeune perfonne :
=
J'aime , oui , j'aime , je brûle , je
meurs d'amour , tout fon feu me dévore.
Et quel en eft l'objet ? C'est vous' ,
divine Hortenfia , c'est vous que j'idola-.
tre , que j'adorerai jufqu'au dernier foupir.
Cette paffion qui a tant d'empire fur
mon coeur, ne finira qu'avec ma vie.
Ah! je la donnerois pour obtenir un feul
de vos regards. Je fais ... que je manque
à tout , que mon égarement eft au comble
, qu'il eft criminel ; mais je n'ai pu
réfifter... Du moins , laiffez-moi expirer
à vos genoux.
Hortenfia étoit demeurée interdite ;
elle veut répondre fa voix meurt
fur fes lèvres. Stradella avoit ofé prendre
une de fes mains qu'il couvroit
de fes bailers & de fes larmes : elle ne
peut que dire : Stradella... Stradella , nous
fommes bien malheureux ! Enfin , les
deux Amans s'avouent la nailfance , les
progrès, tous les détails d'une ardeur réciproque.
C'eft dans ces momens délicieux
où deux coeurs , pour la première
DÉCEMBRE. 1777. 61
fois , fe confient mutuellement tout ce
qu'ils reffentent , s'épanchent l'un dans
l'autre ; c'eft dans ces momens qu'on
s'enivre à longs traits du filtre enchanteur
de l'amour . Pourquoi faut- il que les premiers
beaux jours d'une paffion s'envolent
fi rapidement ? L'ingénuité & l'innocence
feroient- elles les plus doux des
plaifirs ?
Stradella & fon Amante étoient dans ce
raviffement inexprimable qui ne perimet
que de fe livrer au charme qui nous a
féduit ; c'eft alors que deux Amans
n'envifagent qu'eux feuls dans la nature
entière ; c'eft pour eux que le Soleil fe
lève , qu'il colore l'horifon de fes feux ,
qu'il fe couche dans des flots d'or ,
d'azur & de pourpre ; c'eft pour eux
que les fleurs entr'ouvrent leurs calices ,
qu'il s'en exhale des parfums ; c'eft pour
les Amans que les oifeaux chantent &
s'élèvent dans les airs , que toute la terre
eft un jardin de délices : ils font les
deux Mortels pour qui tous ces préfens
de l'Etre Suprême ont été formés. Stradella
& Hortenfia n'entendoient point
gronder l'orage qui les . menaçoit . Il
n'exiftoit plus pour eux de paffé ni
d'avenir ; ils fe plongeoient dans l'ivreffe
62 MERCURE DE FRANCE.
du préfent ; & ils ne s'appercevoient
pas que ce préfent alloit bien -tôt leur
échapper.
:
Il n'a fui que trop rapidement. Les
noces d'Hortenfia & du Sénateur fe.
préparent ; le jour même eft fixé. C'eſt
alors que ce Ciel fi ferein s'eft couvert
de nuages affreux , & que le preftige de
l'enchantement s'eft diffipé le Maître
& l'Écolière font frappés du malheur
où chaque inftant les précipite. Ils le
contemplent tout entier : ils fe voyent
fur le point d'etre féparés pour jamais
l'un de l'autre. Peut - être même leur
fera - t - il refufé jufqu'à la foible confolation
de fe voir . Quelle image abforboit
tous les fens de Stradella ! Hortenfia
, cette Hortenfia qu'il aimoit avec
fureur , foumise aux loix d'un époux ,
dans fes bras ! ... A ce tableau , le Muficien
tomboit dans le délire du défeſpoir.
La fille de Montéïo verfoit des larmes ,
accufoit le Ciel & fa deftinée , s'abandonnoit
à la plus vive douleur. Cependant
le terme fatal approchoit. On eft
enfin arrivé à la veille de ce jour hor->
rible, où Hortenfia doit former cet engagement
qui plongera les deux Amans
au tombeau.
DÉCEMBRE. 1777. 63
La fille de Montéïo , accablée de fa
fituation , alloit fe mettre au lit : un
homme fort de fon cabinet ; elle eſt
faifie d'effroi ; elle reconnoît Stradella :
Vous ! à cette heure ! dans ce lieu !
= Oui , j'ai fu tromper tout ce qui
vous environne , & m'introduire jufques
dans votre appartement. Vous n'ignorez
pas que le tems preffe , que chaque
heure vous avertit de vous pré, arer à
marcher à l'Autel . Hortenfia , plus de
délai , c'eſt demain que ma mort eſt
réfolue... Hortenfia, m'aimez-vous ? Si
je vous aime ! eft- ce à vous d'en douter ?
-
Vous m'aimez , adorable Maîtreffe
de mon coeur , vous m'aimez ! Eh bien !
il faut me le prouver à l'inftant . = Parlez,
Stradella , parlez ; qu'exigez- vous ? Que
voulez-vous ? Tous les facrifices , demandez-
les . Je n'ofe en folliciter qu'un
feul . Vous dites que vous m'aimez , &
penfez-vous qu'un autre va pofféder tous
vos charmes , vous preffera contre fon
fein ? ... Hortenfia , quelle image infernale
! Il s'agit donc de vous dérober à
la criminelle audace de ce raviſſeur •
de ne vivre que pour l'Amant le plus
enflammé : eh ! qui fait aimer , brûler,
mourir de fa tendreffe comme Stradella?
64 MERCURE DE FRANCE.
Daignez me fuivre ...
=
- Stradella , me
confeiller la fuite , mon déshonneur! ...
Il n'eft pas d'autre moyen de raffurer
l'amour ; & que vous importe le monde
entier , fon opinion , la renommée ?
L'amour doit vous fuffire. Ah ! fi j'étois
à votre place , balancerois - je un feul
inftant? J'irois au bout de la terre m'enfevelir
avec tout ce que j'aime ; je ne
vivrois que pour lui feul : je ne ferois
rempli que de lui feul ; il auroit toute
mon ame ; j'expirerois à fes pieds ....
Décidez donc de mon fort , cher
Amant ; conduifez - moi dans les déferts
les plus reculés ; je vous immole ma
patrie , ma famille , ma réputation ,
tout.
Stradella tranfporté , court s'occuper
des préparatifs d'une fuite qu'il avoit
déjà prévue , revole auprès de fa Maîtreffe
, & fe hâte de quitter avec elle
le territoire de la République.
Le bruit de cet enlèvement eſt répandu.
Montéïo aimoit encore plus fa
vanité que fa fille : il fe voit privé d'un
mariage qui flattoit à la fois & fon avasice
& fon ambition ; mais fa fureur
ne peut fe comparer à celle du noble
Vénitien. Il accourt chez le père d'HorDÉCEMBRE.
1777. 65
tenfia , s'abandonne à l'excès de l'emportement
, ne fait dans quel fein il
plongera un poignard dont il s'étoit
armé : c'est l'amour livré à tous les accès
de fa rage.
Les deux Amans fauvés à Rome , fe
difoient mariés ; & , fe repoſant ſur une
crédulité hors de tout foupçon , ils
cédoient fans crainte & fans réferve
au délire de leur égarement ;
chaque jour ajoutoir à leur ivreffe & à
leur fécurité : ils avoient oublié leur
patrie , leurs amis , leurs parens ; l'Univers
entier s'étoit perdu à leurs regards.
L'amour est une patlion qui s'immole
toutes les autres ; & de tous les fanatifmes
, c'est peut-être le plus aveugle &
le plus impérieux .
La vengeance s'endort moins que
l'amour. Le Sénateur ne vouloit pas fe
borner à de fimples témoignages de fureur
& de défefpoir ; il rouloit dans fa
tête quelque projet qui le vengeât des
deux Amans . Il a recours à un couple
d'hommes voués , en quelque forte , au
crime , & dont il achète la fcélérateffe :
Mes amis , j'augmenteraj la récompenfe
que je viens de vous donner :
voici à quel prix vous la mériterez . Stra66
MERCURE DE FRANCE.
della eft à Rome ; il doit faire exécuter
dans l'Eglife de S. Jean de Latran , un
de fes Oratorio ; le jour eft fixé. Rendezvous
en cette Ville ce jour même ; &
lorfque ce monftre fortira de l'Eglife , ne
le laiffez pas aller plus loin qu'il foit
déchiré , qu'il expire fous vos coups
réunis ! Sur-tout , prenez bien garde de
le manquer , & ne revenez que lorfque
vous ferez certains qu'il ne reftera à Rome
fon cadavre , fon cadavre , je vous l'aj
dit , percé de mille coups . Ces miférables
promirent de remplir fidèlement
tout ce que le Sénateur leur prefcrivoit ,
& fe mirent en chemin pour arriver à
Rome au jour marqué.
que
Stradella, accompagné de fa Maîtreffe,
le feul objet qui lui fit aimer la gloire
exécutoit , comme on l'avoit annoncé
fon Oratorio dans l'Eglife que nous venons
de nommer ; il remportoit tous les
genres de triomphe : il affocioit à la plus
riche compofition , cette voix brillante
dont Venife encore fembloit avoir retenu
les fons enchanteurs : il paroiffoir renvoyer
à fon Amante , tous les applaudiffemens
dont on l'accabloit : on s'appercevoit
aisément que c'étoit ceux .
d'Hortenfia qu'il cherchoit à mériter ,
·
DÉCEMBRE. 1777. 67
un
& qui l'enflammoient. La voûte retentiffoit
des battemens de mains
enthoufiafme général s'étoit répandu .
C'eft précisément au milieu de cette
acclamation univerfelle qu'entrent les
deux affaffins gagés par le Sénateur , &
bien déterminés à lui obéir. Le vois-tu
bien , dit l'un d'eux ? Tu le reconnoîtras
? Crains qu'il ne nous échappe ; il
faut lui porter nos poignards dans le
coeur; c'eft le moyen de frapper sûrement.
N'appréhende pas , répondoit
l'autre ; je te donne ma parole que je te
préviendrai . Cependant Stradella déployoit
le charme de fa voix ; l'Affemblée
n'ofoit refpirer à peine ; l'ame
fuivoit tous les accens du Muficien.
Les deux fcélérats ( tant le talent a
d'empire ) ne peuvent fe refuſer
au plaifir de l'écouter ; ils deviennent
rêveurs il fe regardent ; ils femblent
vouloir fe cacher ce qu'ils éprouvent
ils rompent enfin le filence :
= Cet homme- là produit- il fur toi l'effet
que je reffens ?... Je ne me fuis jamais
trouvé dans cette fituation . Et moi...
je ne me reconnois plus , j'ai une
foibleffe de coeur ... Je crois , ma foi , que
Tu le manquerois! ...
:
je le manquerois.
....
68 MERCURE DE FRANCE.
Mon ami , il faut tâcher de reprendre
courage . Tout cela ne vaut pas deux
cens ducats qu'on nous a promis à
notre retour. Stradella continuoit de
tenir l'Affemblée dans le raviſſement.
Hortenfia elle- même applaudiffoit ; &
les deux affaffins paroiffoient de moment
en moment plus accablés , fi l'on peut le
dire , fous la puiffante magie du Muſicien.
Il fortoit de l'Eglife , & traverſoit un
détour peu éclairé. Un de ces fcélérats
court à lui ; & , jetant à fes pieds fon
poignard , fuivi de fon complice , auquel
la même action échappe , il s'écrie : Stra
della , tu l'emportes ! Mon camarade &
moi nous étions venus exprès ici pour
te percer le coeur , nous l'avions promis ;
nous n'avons pu nous réfoudre à ce
meurtre. Les charmes de ta voix nous
ont changés en tes admirateurs ; nous
faifons plus que de t'épargner , nous te
confeillons de quitter Rome , & de te
dérober au reffentiment d'un homme
qui ne refpire que ta perte.
1
Ils n'avoient pas prononcé ces derniers
mots , qu'ils étoient difparus. Hortenfia ,
ainfi que le Muficien , étoient demeurés
immobiles. Revenus de leur étonneDÉCEMBRE.
1777. 69
ment , l'un & l'autre frémiffent du danger
qu'ils ont couru . Hortenfia trembloit
pour fon Amant , & celui-ci ne craignoit
que pour fa Maîtreffe
Ils profitent du confeil des deux
Emiffaires du
Sénateur , fe
réfugient
à Turin , vont fe jeter aux pieds dela
Ducheffe de Savoie , & lui racontent
ingénuement le péril où eft expofée
leur vie , & la caufe qui l'a fufcité.
La vérité a un caractère intéreffant .
La Ducheffe eft touchée de ce récit fincère.
Le coeur d'une femme eft rarement
fermé à
l'indulgence , quand la
fenfibilité
eft la fource des erreurs dont on lui fait
l'aveu. Les deux Amans réuffirent à trouver
grace aux yeux de la Princeffe .
D'abord , pour les fouftraire à l'activité
de la vengeance Italienne , elle plaça
Hortenfia dans un Couvent , & donna
un logement , dans fon Palais , à Stradella
, avec le titre de fon premier
Muficien.
Le peu de fuccès d'un complot fi bien
médité , n'avoit pas refroidi l'animofité
du Sénateur . Il n'exiftoit
l'occafion de frapper les deux victimes
que pour faifir
qui lui étoient échappées ; & il étoit parvenu
à
communiquer fon
reffentiment
implacable au père d'Hortenfia . Ce vieil70
MERCURE DE FRANCE.
lard dénaturé, avoit fait ferment d'être le
Bourreau de fa propre fille , fi jamais elle
tomboit dans fes mains. Il n'écoutoit plus .
la voix du fang; il ne ſe laiffoit conduire
que par le noble Vénitien , dont le tems
& l'éloignement ne faifoient qu'enflammer
la jaloufie & la foif de fe venger.
La Ducheffe , qui n'avoit nulle idée
des tranfports de l'amour outragé ,
croyoit qu'il devoit être un terme à cette
perfécution fi ardente. Elle imagina donc
qu'elle pouvoit goûter , fans crainte , le
plaifir de faire deux heureux. Elle maria
le Muficien & fa Maîtreffe , qui ne
favoient comment témoigner leur reconnoiffance
à leur Bienfaitrice . Ils
étoient à fes genoux , les arrofoient de
larmes. Mes amis , leur dit la Ducheffe ,
en les relevant , vous avez commis de
très-grandes fautes ; mais il ne faut plus
parler que du pardon & du bonheur qui
vous attendent ; je me flatte que Montéïo
& le Sénateur fe laifferont fléchir : j'emploierai
mon crédit pour opérer cette reconciliation
trop différée.
Quelque fût le rang où étoit élevée la
Princeffe , elle ne put obtenir aucune réponfe
aux follicitations qu'on fit en fon
nom . Cependant Stradella & Hortenfia, à
DÉCEMBRE. 1777. 71
l'abri de fon Trône , s'abandonnoient à
une douce fécurité. Combien de fois ils
fe redifoient : que pourrions- nous envier
dans l'Univers ? Nous nous aimons , nous
nous aimerons toujours ; fous les glaces
de l'âge, nos coeurs conferveront le feu
de l'amour. Puiffions- nous ne pas furvivre
l'un à l'autre , expirer enſemble
& avoir le même tombeau ! Nos cendres,
il n'en faut point douter , chercheront
encore à fe réunir.
>
Il est donc décidé que l'homme , dans
la plénitude du bonheur , ouvre fon
coeur à l'inquiétude de nouveaux defirs.
Les deux époux , comblés des bontés d'une
Souveraine , le modèle de la bienfaifance
, carellés , fêtés de toute fa Cour,
demandent la permiffion d'aller , pour
quelques jours , vifiter le Port de Genes .
La Ducheffe, qui fe piquoit de ne leur
rien refufer , leur accorde , non fans
quelque regret , cette permiffion ardemment
follicitée : elle leur fait donner la
parole qu'ils reviendront bien-tôt ; leur
prodigue encore de nouvelles marques
de fa libéralité , & les voit avec peine
s'éloigner de Turin.
Ils font arrivés à Gênes , Je ne fais ,
dit Hortenfia à fon mari , je me fens
atteinte d'une fecrette langueur , dont
72 MERCURE
DE FRANCE
.
j'ignore la caufe. Qu'aurois - je pourtant
à craindre ? La Ducheffe nous protège
& tu m'aimes. Il eſt bien fingulier , repart
Stradella , que j'éprouve la même
mélancolie... Hortenfia , lève les yeux
fur ton Epoux , fur ton Amant , & tous
ces nuages fe diffiperont.
:
Ils étoient couchés , & commençoient
à fe livrer au fommeil : ils en font retirés
par le bruit que formoient plufieurs perfonnes
qui avoient déjà gagné leur antichambre
ils font faifis de frayeur , une
foible lampe les éclairoit. Quel fpectacle
les frappe ! Quatre hommes armés de
poignards étincelans. Hortenfia s'écrie :
mon père , c'est vous ! Ah ! mon père ,
épargnez Stradella , & donnez - moi la
mort . C'eſt en vain que tu réclames ma
pitié pour lui , répond Montéïo , c'eſt
fon coeur que je vais percer. Le Sénateur
étoit au nombre des meurtriers : ils fe
jettent tous deux fur le Muficien , qui
s'efforçoit de fe défendre , ou plutôt de
fauver la femme , qu'il couvroit de tout
fon corps . Cet infortuné eft immolé
fous mille coups , par ces deux barbares ;
& le Sénateur, tout fouillé de fon fang ,
égorge Hortenfia , qui , en expirant ,
nommoit encore fon père & fon -mari .
Par M. d'Arnaud.
VERS
AIR .
Legerement sans vitesse.
Decembre 277
1777.
majeur.
Cruel en =
=fant,perfide
amour, c'est
trop langur dans l'escla:
VA... ge ; au près d'une
amante volage c'est trop
Fin
o
u:pi :rer un jour.
de
Mineur.
2
Quand on s'enga::ge
sous ta loi , on brule
pour
une infide
....le ; et
dun
coup
ton ouvrage est dun
d'ai....le , en un moment
D. C.
de -
truit
par
toi.
DÉCEMBRE. 1777 73
VERS
A M. le Marquis DE VILLETTE , furfon
Mariage avec Mlle DE VARICOUR ,
au Château de Ferney.
FLEUVE LEUVE heureux du Léthé , j'allais paller ton
onde
Dont j'ai vu fi fouvent les bords ;
Laffé de ma fouffrance , & du jour & du monde ,
Je defcendais en paix dans l'empire des Morts ;
Lorfque Tibulle & Délie ,
Avec l'Hymen & l'Amour ,
Ont embelli mon féjour ,
Et m'ont fait aimer la vie.
Les glaces de mon coeur ont reffenti leurs feux ;
La parque a renové ma trame défunie ;
Leur bonheur me rend heureux .
Enfin , vous renoncez , mon aimable Tibulle ,
A ce fracas de Rome , au luxe , aux vanités ,
A tous ces faux plaifirs célébrés par
Et vous ofcz dans ma Cellule
Catulle ;
D
74
MERCURE DE FRANCE,
Goûter de pures Voluptés !
Des petits Maîtres emportés ,
Gens fans pudeur & fans fcrupule ,
Dans leurs indécentes gaietés ,
Voudront tourner en ridicule
La réforme où vous vous jetez .
Sans doute ils vous diront que Vénus la friponne ,
La Vénus des foupers , la Vénus d'un moment ,
La Vénus qui n'aime perfonne ,
Qui féduit tant de monde & qui n'a point d'Amant,
Vaut mieux que la Vénus & tendre & raifonnable ,
Que tout homme de bien doit fervir conftamment.
Ne croyez pas imprudemment
Cette doctrine abominable .
Aimez toujours Délie ; heureux entre fes bras ,
Ofez chanter fur votre lyre
Ses vertus comme les appas ;
Du véritable amour établiffez l'empire ,
Les beaux efprits Romains ne le connaiſſent pas.
Par M. de Voltaire,
DÉCEMBRE . 1777. 75
EPITRE A BELLE ET BONNE.
BELLE & BONNE , c'eft votre nom :
C'est le nom que vous donne un Sage ;
Il peint vos traits , votre raiſon ,
Votre coeur & votre viſage.
Vous tenez par un noeud plus faint
A l'Apollon qui vous baptiſe.
Quand , victime offerte & foumife ,
Votre front allait être ceint
Du trifte bandeau d'Héloïfe ;
Quand la grille du repentir
Allait vous ravir à ce monde ;
Quand vous alliez vous engloutir
Au fond d'une prifon profonde ;
C'eſt lui qui , voyant vos appas ,
Votre douceur , votre jeune âge ,
Ferma l'abyfine ſous vos pas ;
Et pour vous fauver du naufrage ,
C'eft lui qui vous tendit les bras.
Den... fit plus encor peut- être ;
Son efprit jufte , aimable & doux ,
Dij
75 MERCURE DE FRANCE.
<
Vous apprit fans peine à connaître
Le monde & yos devoirs & vous,
Dans cette agréable retraite
Où vous coulez vos heureux jours ,
On voyait que vous étiez faite
Pour vous conduire dans les Cours ,
Pour briller avec modeftie ,
Sans prétentions , fans détours ,
Sans vanité , fans jaloufic.
Mais il vaudrait encor bien mieux
Qu'un mortel comme vous fincère ,
Charmé de votre caractère ,
Tout autant que de VOS
beaux
yeux
,
Sût vous chérir & fût vous plaire ;
Et qu'un refpectable lien
Que les Cours ne refpectent guère .
Fit votre bonheur & le fien.
Par M. le Marquis de Villette .
DÉCEMBRE. 1777. 77
A M. le Marquis DE VILLEVIEILLE .
ToN efprit fin , ta modeftie ,
Ton urbanité , ta candeur ,
Et ta charmante bonhomie ,
Avaient la moitié de mon coeur :
Aujourd'hui c'est à ma Délie
Que je donne l'autre moitié ;
Et je m'en vais paffer ma vie
Entre l'Amour & Amitié.
Par le même.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du volume de Novembre.
LR
mot de la première Enigme eft
Naud ; celui de la feconde eft Fufil
ou Piftolet ; celui de la troifième eft
Fufée volante. Le mot du premier Logogryphe
eft Orage , où fe trouvent or ,
âge , o , rage ; celui du fecond eft la
Bife , où l'on trouve bis , fi , bei; & celui
du troisième eft Marbre , où fe trouvent.
arbre , arme , rame , ame.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
ENIGM E.
C'EST moi qui régle tout , en tout tems, en tout
lieu ,
Et je fuis en cela la volonté de Dieu.
Je donne la mort & la vie ;
C'eft affurément fans envie
Que chacun me fait fon adieu.
On me compre fouvent ; & dans plus d'un Grimoire
,
Un curieux s'en va rechercher mon hiſtoire
Pour favoir combien il me doit ,
Et fi j'aurai bien - tôt le droit
De le mettre en le cas qu'on en faſſe mémoire .
On ne fe laffe point de vivre fous mes loix ;
Et tous ont le defir , s'ils en avoient le choix ,
De me rendre gloire immortelle ;
Mais mon culte eſt borné juſqu'à certains mo
mens :
C'eſt- là que finit mon encens ,
Car en aucun climat je ne fuis éternelle.
Par M. Teffier , Curé de S. Gaud.
DÉCEMBRE . 1777. 79
AUTRE.
> LES Favoris de Flore, & les enfans de Mars ,
De mes attraits empruntent leur parure :
L'Art me produit , ainfi que la Nature.
Dans les combats , au milieu des hafards ,
Je reçois le trépas , mais auffi je le donne.
Ma mort n'eft pas toujours dans les champs de
Bellone.
Aux yeux d'une Bergère , étalant mes couleurs ,
Son fein eft mon tombeau : tel eft le fort des
Aeurs.
Une Ville en Efpagne , un petit Bourg en
France ,
Portent mon nom ... Taifons-nous , par prudence.
Par M. B. de N.
AUTR E.
TRIS- UUTTIILLEEau commerce , on me trouve air
marché ;
Souvent dans le Palais on me comble d'affaires ;
Div
So
MERCURE DE
FRANCE .
A
Mais cent fois plus exact que bien des
Secrétaires ,
Je ne
dérange rien de ce qu'on m'a confié.
Plus riche encor
ailleurs , en fuis-je plus
heureux ?
Vous allez en juger , voici
comme on me traite :
Dès qu'on m'a tout ôté , fans
fcrupule on me jette ,
Et je
deviens ce que je peux.
Chez nos
Dames , c'eft autre
chofe ,
J'y fuis puce ou
couleur de rofe ,
Pomponné,
parfumé d'une
agréable odeur :
Ce n'eft
pas tout , mon cher Lecteur ;
On dit , n'eft-ce point
calomnie ?
Que jadis on m'a va faire noyer
les
gens :
Ah ! grace à notre fiécle ! ils ne font plus ces tems,
Et
maintenant je fais rie à la
Comédie.
Par M.
Hubert.
LOGO
GRYPHE.
Assi's
deffus ma queue , on peut
manger ma tête,
Car de fiége n'eft rien par
rapport au fricot ;
Plus d'un
homme, fans être fot,
Sur un fiége pareil fit un repas
honnête.
Ma queue eft fous l'épi , ma tête eft dans un veau;
Je fuis Ville en
Savoie , où
faifoit maint cadeau,
Certain Duc dont la bonne chère
་
DÉCEMBRE. 1777. SI
Laiffa les dignités pour mieux fe fatisfaire .
Je ne renferme pas bien des objets divers.
On trouve en moi l'effort des Habitans des airs ;
Une herbe d'odeur forte , & dont parle Virgile ,
Mêlant au Serpolet fon alliage utile .
Voilà , mon cher Lecteur , mon être à découvert,
Plus d'une fois par an fans doute qu'il te fert .
Par M. Teffier , Curé de S. Gaud." ,
JE
AUTR E.
E ne fuis point , Lecteur , un être fantaſtique ,
On me vend à Paris dans plus d'une Boutique ;
Mais d'une autre façon je pourrois vous bleffer ,
Vous donner de l'humeur , même vous offenfer.
J'aime le mouvement , il en faut pour me faire ;
Jefurprends quelquefois : auffi- tôt qu'on me fent,
On crie , on fe trémouffe , on tourne le derrière ,
Et , s'il eft poffible , on me rend .
Me tenez-vous , Lecteur , pas encore peut- être ;
Dans ce cas , fervez - vous de la combinaiſon ;
Avec les douze pieds qui compofent mon nom ,
Une foule d'objets fous vos yeux vont paroître .
Un Pape vient s'offrir , ce fut lui qui fauva
Et Rome & les Romains des fureurs d'Attila ;
Dv
82 MERCURE
DE FRANCE
.
Un Saint Evangélifte , un fameux Patriarche
Dont le trépas eft incertain.
Un autre très - connu pour avoir bâti l'Arche ,
Planté la Vigne & bu du Vin ;
Un ouvrage de fer qui fouvent fert de porte ;
Un grain dont on peut faire une boiffon très-forte ;
L'utile production d'un infecte volant ;
Un Prophète , un Oiſeau , un Arbuſte rampant ;.
Un Port au Royaume d'Eſpagne ;
Ce qui compofe un jeu commun à la Campagne :
Catinat dans fon camp s'en amufoit dit - on ;
Sur les bords de la mer ce qu'on trouve à foifon
Une Ifle dans le Nord , un Canton de la Suiffe;
Un Signe dans le Ciel voifin de l'Ecreviffe ;.
Un titre que Céfar vouloit ,
Mais auquel Brutus s'oppofoit ;
Le premier Duc de Normandie
Des deux Corneille la Patrie ;
Ce qae doit favoir un Acteur ;
Une vive & forte couleur ;
La fille de Cadmus ; la Mufe de l'Hiftoire ;
Ce que le Grand Henri combattit avec gloire ..
Par M. Hubert..
DÉCEMBRE. 1777. 83
AUTRE.
CHERCHE , Lecteur , un lieu délicieux ,
Séjour du bonheur véritable ,
Où les plaifirs font purs , la joie inaltérable ,
Où l'ame , enfin , jouit d'un calme précieux.
Tu vas y découvrir fans peine ,
Un animal chanté par la Fontaine ;
Ce qui doit attrifter de Bacchus les fuppôts ;
Un lieu de toutes parts affiégé par les flots ;
Un article , un pronom ; plus , une particule ;
Un des mots que le Chrift , attaché fur la croix
Prononça triftement d'une mourante voix.
Ce mot parut-aux Juifs du dernier ridicule .
Pour terminer enfin mes qualités ,
Lecteur , je t'offre une forme dernière.
Dans un miroir confulte ta paupière
Tu vas la voir à fes extrémités.
>
Par M. Bouvet , à Gifors.
"
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Quinti Horatii Flacci Carmina , cum
Annotationibus Gallicis Lud Poinfinet
de Sivry, Regia Lotharingorum Academia
Socii. 2 vol. in- 89 . Parifiis , e
Typographia Franc. Amb. Didot ,
fumptibus Jacobi Lacombe , via de
Tournon. 1777 .
CETTE nouvelle édition d'Horace doit
être précieuſe , à bien des égards , à tous
les Amateurs de l'illuftre Poëte Latin .
Indépendamment de l'élégance & de la
netteté de l'exécution typographique , le
texte y eft imprimé dans fa plus grande
pureté & fans qu'il s'y foit gliffé une feule
faute d'impreffion . Mais ce qui la rend
fur-tout recommandable , ce font les
favantes notes de M. Poinfinet de
Sivry , notes remplies d'obfervations de
la dernière importance , qui toutes
avoient échappé à la foule des nombreux
Commentateurs d'Horace , & fans lef
quelles , cependant , il étoit abfolument
DÉCEMBRE . 1777 85
*
impoffible de parvenir à une parfaite
intelligence des Ouvrages de ce Poëte ,
principalement des Odes. Nous allons
faire connoître les principaux objets fur
lefquels portent ces obfervations , d'après
le Savant Editeur lui-même , qui les
détaille dans un difcours préliminaire
plein de goût & d'érudition .
و د
»
» On pourroit former , dit M. de
Sivry , une nombreuſe Bibliothèque
des Ouvrages plus ou moins célèbres
» dont ceux d'Horace ont été l'objet ou
l'occafion, Mais on s'abuferoit étran-
» gement , fi l'on s'imaginoit qu'il ne
» reſte plus rien à écrire d'important fur
» ce Poëte. On fe convaincra même
que c'eft précisément le plus effentiel
"
qu'on avoit omis , lorfqu'on aura
» reconnu , par nos remarques , que
» cette foule innombrable de Commen-
» tateurs avoit laiffé fans folution la
1.99
plupart des contradictions apparentes
qui fe trouvent dans Horace ; s'étoient
» tranfmis l'un à l'autre , & comme de
» main en main , des erreurs manifeftes ,
» & avoient perpétué , par une forte de
» tradition héréditaire , un grand nombre
d'interprétations vifiblement abufives ,
» dont l'effet néceffaire étoit de nous
>>
86 MERCURE DE FRANCE.
,
» donner une très - fauffe idée de ce
» Poëte
& de nous expofer à des
» contre-fens inévitables à chaque page
» de fes écrits ».
"
"
" C'eft , par exemple , un préjugé
des plus injuftes , & cependant des
plus accrédités , qu'Horace étoit un
» libertin effréné , abandonné avec une
» forte de fureur à tous les plaifirs
» même à ceux que la mature réprouve ;
» & que fi l'on rencontre dans fes écrits
les maximes les plus fages , les fenti-
» mens les plus vertueux , & quelquefois
les plus ftoiques , c'eft qu'il favoit
» fe contrefaire au befoin , & , par
une hypocrifie plus révoltante encore
fes vices , couvrir les débauches
» du manteau refpectable de la vertu &
» de la fageffe......J'avoue que j'ai
long-tems été moi- même dans l'erreur
» que j'entreprends ici de détruire ; & je
" la partagerois encore , fi l'application
réfléchie que jai donnée aux Ouvrages
» d'Horace , & la comparaifon que j'ai
» faite de fes Poéfies avec celles des
K
95
que
plus beaux Génies de la Grèce , ne
» m'euffent mis à portée d'entrevoir
» d'abord , & de me convaincre enfuite,
que l'accufation intentée contre le
DÉCEMBRE. 1777. 87
Prince des Lyriques Latins , n'a pas le
» moindre fondement . J'ai , dis-je , véri-
» fié jufqu'à l'évidence , que toute la
" partie fcandaleufe des Poéfies d'Horace,
» ne confifte qu'en imitations ou traduc-
» tions latines d'anciennes Poëfies Grec-
» ques » .
»
>>
»
Mon premier doute fur le grief
imputé à Horace , m'eft venu de ce que
» deux des Odes les plus remplies
d'expreffions voluptueufes , je veux
» dire la huitième & la treizième du
premier livre , font adreffées à une
» Courtisane nommée Lydie ; & qué
» dans la première des deux il eft quef-
» tion d'un perfonnage vaguement traité
» de Sybarite , à qui Horace reproche.
d'oublier , dans les bras de cette maîtreffe
, l'exercice de la lutte , celui du
difque & celui du cefte, tous exercices
» bien plus familiers aux Grecs , comine
» l'on fait , qu'ils ne le furent jamais
» aux Romains , qui empruntèrent des
» Grecs jufqu'au nom même du difque..
» Ainfi tout nous indique ici une tra-
» duction de quelque Ode Grecque du
» Poëte Alcman , qui étoit Lydien d'ori
gine , & qui , par cette raifon , pouvoit
bien faire l'amour de préférence à
»
"
88 MERCURE DE FRANCE..
""
>>
quelque Courtifane Lydienne , tranf-
" portée , comme lui, de Sardes à Lacédé-
» mone , où l'on fait qu'il obtint le droit
» de bourgeoisie , & où il eut fréquente
» occafion de connoître les exercices de
» force & d'adreſſe , fi long -tems en vogue
parmi les Spartiates. Dans l'Ode treizième
, pareillement adreffée à Lydie ,
» ce jeune - homme , favorifé par elle
» n'eft plus qualifié vaguement de Syba
» rite , c'eſt-à - dire , d'efféminé ; Horace
» nous le fait connoître fous fon vrai
nom , & l'appelle Télephe. O: Téléphe
, comme on le peut voir chez les
» Anciens Poëtes , eft un nom Myfien ;
» & l'on fait que la Myfie & la Lydie
» étoient limitrophes.Tout décèle donc ,
» comme à l'envi , que ces deux Odes
charmantes font des traductions ou
imitations du Poëte Grec Alcman » .
C'eſt par une multitude de preuves de
cette nature , que M. Poinfinet de Sivry
démontre par- tout victorieufement , foit
dans fon difcours préliminaire , foit dans
fes notes , qu'Horace n'a été que le
traducteur de toutes les poëfies lafcives
qu'on lui avoit juſqu'à préſent attribuées,
& dont Alcée , Alcman , Stéfikhore ,
Anacréon , & autres Poëtes Lyriques
30
DÉCEMBRE. 1777 . 89
Grecs , font les Auteurs originaux . Tantôt
il rapporte des fragmens de ces
mêmes Poëtes , échappés aux ravages du
tems , & les rapproche des paffages
correfpondans des pièces traduites, par
Horace, qui , très - fouvent, fe trouve avoir
rendu fon original prefque mot à mot ;
tantôt il fait obferver le coftume de telle
ou telle Ode , qui ne peut convenir
qu'au tems & aux lieux où vivoit
l'Auteur original ; tantôt il fait voir des
rapports très - réels entre le Poŝte Grec
& les Perfonnages Grecs qui figurent
dans la pièce latine . Après avoir folidement
établi cette découverte , il en tire
les lumières les plus importantes , &
s'en fert pour éclaircir , avec autant de
clarté que de facilité , beaucoup de contradictions
apparentes qui fe rencontrent
dans Horace , ainfi que pour re
dreffer le vice manifefte & la mau
vaife application de plufieurs des ti
tres , quelquefois même pour diftinguer
de titres , & féparer entre elles deux
Odes confondues & raffemblées mal- àr
propos en une feule par la négligence
des Copiftes , ou par la témérité de
quelque ancien Scholiafte . Il a fait un
nombre confidérable de corrections de
90 MERCURE DE FRANCE.
cette dernière efpèce ; mais il ne les a
jamais hafardées fans les appuyer fur
des raifons de la plus grande évidence .
Un genre d'erreurs dans lequel étoient
tombés fréquemment tous les Commen
tateurs ou Interprètes d'Horace , &
que le nouvel Editeur s'eft attaché
par
tout à rectifier , c'étoit de prendre de
fimples mots pour des noms propres ,
& d'ériger par conféquent en Perfonnages
de pures expreflions du difcours . Ce Quiproquo
avoit ordinairement lieu dans
les mors tirés du grec . « C'eft ainfi , dit
» M. de Sivry , qu'au livre premier
» Ode 36 , en commentant ces vers ,
"
Neu multi damalis meri ,
Baſſum , &c.
» Ils ont métamorphofé en nom propre
» le mot grec poétiquement latinifé
» damalis (d'úμaris ) qui fignifie une géniffe ,
juvenca , & , métaphoriquement , une
» jouvencelle , une jeune fille : .... méprife
qui leur a fait interpréter très à
» contre-lens tout ce paffage ..... C'eſt
» ainfi qu'au même livre , Ode neuvième ,
ils ont perfifté à faire un nom propre
réel d'un nom propre factice , je veux
20
»
DÉCEMBRE. 1777. 91
" dire du nom d'office thaliarque ,
(Dariapxos ) qui eft emprunté du grec ,
» & fignifie inſpecteur d'un banquet . C'eft
» ainfi qu'au livre III , Ode is , ils ont
pareillement fait un nom propre du
» mot grec nothos , latinifé nothus , &
qui ne fignifie autre chofe que bátard,
» dans ces vers ,
"
*
Illam cogit amor nothi , &c.
En conféquence ils l'interprètent a
l'amour qu'elle a conçu pour Nothus ;
» tandis que le fens eft : l'amour qu'elle a
conçu pour un jeune homme d'une naif
fance illégitime ; car nothus eft une
» injure , & n'a jamais été un nom pro-
» pre..... C'eſt encore ainſ que , dans
- ce vers de la feconde fatyre , L.I.
»
..... Hanc Philo demus aitfibi , &c.
» tous les Commentateurs , Interprè
tes & Editeurs d'Horace , ont joint
mal-à propos le verbe demus au nom
propre Philo , pour en faire un Perfonnage
de leur création , qu'ils fuppofent
s'être appelé Philodemus » .
→
"
Mais , de toutes ces méprifes , la
92 MERCURE DE FRANCE.
» plus injurienfe pour Horace & pour
» le bon -fens , c'eft celle que les Com
» mentateurs ont faite dans l'Epode
" onzième ils perfonnalifent le mot
» grec πerlo ( qu'Horace a latinifé petti,
» & qui eft fynonyme de latrunculi ,
c'eft - à - dire d'échecs , ( ou jeu des
» échecs ) , pour en faire le vocatif du
prétendu nom propre Pettius ...
"3
ود
*
» Encore fi cette bévue étoit iſolée , &
fans autre conféquence ! mais , indépendamment
du préjugé fâcheux &
injufte qu'elle laifoit fubfifter far
» Horace , en aidant à le faire préfumer
» l'Auteur & non le Traducteur de l'Ode
» en queſtion , elle nous forçoit encore
»à fuppofer que le Poëte commençoit
" cette Ode par une monftrueufe abfurdité;
car il s'enfuivroit que, dans certe
pièce , qui n'eft pas des plus courtes ,
» il auroit débuté par annoncer qu'il n'a
» plus le courage de faire aucun vers ;
lorfqu'au contraire il dit clairement
"
que l'amour qui l'obsède , ne lui per-
" met plus de fe livrer aux combinaiſons
» du jeu des échecs , qui faifoient autrefois
fon occupation favorite ; & qu'en
Poëte vraiment épris , il ne fe fent
plus de goût pour aucun travail , fi
DÉCEMBRE. 1777. 93
» ce n'eft pour compofer de petits vers
» amoureux , verficulos . Ainfi je me fuis
le premier apperçu qu'on s'étoit juf-
» qu'ici abufé très- étrangement fur les
premiers vers de cette Ode :
"
13
Petti nil meficut antea ; juvat
Scribere verficulos ,
Amore perculfum gravi.
و د
» On l'interprète d'ordinaire : O0
» Petti ! nil me juvat , ficut anteà ,
fcribere verficulos , amore perculfum
gravi , &c. tandis que le fens eft : nil
me juyant latrunculi , feu petti , ficut
» antea ; juvat fcribere verficulos, amore
» perculfum gravi n .
On peut juger, par les traits que nous
venons de rapporter , de l'utilité des
remarques de M. Poinfinet de Sivry.
Il falloit avoir , comme lui , l'érudition
la plus étendue , & le goût le plus éclairé
& le plus fûr , pour fe livrer, avec autant
de fruit , à un travail de cette importance,
travail bien digne du favant Traducteur
de l'Hiftoire Naturelle de Pline .
L'Egoifme , Comédie en cinq actes &
en vers ; repréfentée par les Comédiens
94 MERCURE DE FRANCE.
"
François ordinaires du Roi , le Jeudi
19 Juin 1777. Par M. de Cailhava.
A Paris , chez la Veuve Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple
du Goût. 1777. in - 8 ° . Prix 1 liv. 10
fols .
Nous avons déjà , d'après la repréfentation
, rendu compte de cette Comédie.
Nous n'avons pas éprouvé moins de
plaifir à la lire qu'à la voir repréfenter ;
& il y a bien peu de pièces modernes
dont nous puiffions , avec fincérité , en
dire autant. M. de Cailhava eft , à tous
égards , en droit d'intéreffer les vrais
Ainateurs , par fes talens très-diftingués
pour la bonne & vraie Comédie. C'eſt
en fuivant ainfi toujours les traces du
divin Molière , modèle éternel des Poëtes
Comiques , & celles des autres grands
Maîtres ; & en dédaignant les injuftes
critiques des ennemis du talent , que
M. de Cailhava s'élevera à une réputation
folide & durable , vers laquelle fa
Comédie de l'Egoïfine lui a certaine
ment fait faire un pas de plus .
M. de Cailhava a mis à la tête de fa
Pièce une préface affez étendue ,
dans
laquelle , en déployant la plus profonde
DÉCEMBRE. 1777. 95
>
connoiffance de fon art , il développe
les principes d'après lefquels il a compofé
fa Comédie . Il y fait voir comment ,
ne perdant jamais Molière de vue , il
a fu lui emprunter les refforts les plus
effentiels de fa Pièce , affocier à fon
exemple un caractère acceffoire à celui
de fon principal Perfonnage , en mariant
' Hypocrifie de fociété à l'Egoïfme
comme Molière a marié l'Ufure à l'Avarice
, & fait de fon Tartuffe un ſcélérat ;
oppofer les Perfonnages aux Perfonnages ,
faire contrafter les caractères avec les
frtuations , ce qui eft peut-être le reffort
le plus théâtral de la Comédie ; donner
au caractère principal toute l'énergie
poffible , & en découvrir jufqu'aux plus
petites nuances. M. de Cailhava ayant
traiter , dans l'Egoïfine , un de ces
caracteres qui varient autant que les
figures , a , de plus , afin de mieux réuffir
à le peindre , diftribué les traits plus ou
moins marqués de ce même caractère à
chacun de fes Perfonnages. C'eft ainſi
que Durand , qui demande à tout le
monde fa chère penfion , Madame Florimon
, qui fe cite à tous propos , Florimon
, qui n'eft occupé que de fon café
& de fes digeftions , au moment où on
à
96 MERCURE DE FRANCE.
lui parle du danger de fes deux fils , font
tous plus ou moins Egoiftes , quoique
l'Auteur n'ait pas autant approfondi ce
caractère chez eux que chez Philémon .
A ce mérite fi précieux de bien tracer
fes caractères & de les faire habilement
contrafter , M. de Cailhava a réuni celui
de tracer des Scènes agréables , telles
que celle de Philémon & du portier
Lapierre , où le premier paffe en revue
la lifte des vifites , & la plupart de
celles où figure le bonhomme Philémon,
celui d'imaginer des fituations théâtrales,
telles que la Scène du porte - feuille entre
Philénion & Durand , qui produit un
imbroglio des plús plaifans ; enfin celui
d'avoir écrit fa Pièce dans le bon ſtyle
comique , avec pureté , avec agrément ,
fans madrigaux & fans faux brillans.
Nous allons citer le tableau plein de
force que Polidor fait de l'Egoïfme
dans la Scène IX du ze acte. Philémon
lui demande ce qu'il entend par Egoïfme :
POLIDOR .
Peu mafqué chez Durand , il n'eft pas fort à craindre
;
Indolent chez ton père , il ne le rend qu'à plaindie
;
Loin
DÉCEMBRE. 1777. 97
f
Loin de nuire à ton frère , il nous laiffe entrevoir
Que cejeune Guerrier , exact à fon devoir ,
Sera toujours guidé par l'honneur . Chez ta mère ,
Nous exciter à rire eft tout ce qu'il peut faire ,
Sur-tout quand nous l'aurons refferré tout-à- fait
Dans la futilité pour laquelle il eft fair :
Mais l'Egoïfme affreux que pourſuit ma colère ,
De tout tems enfanta les malheurs de la terre :
Sous cent dehors trompeurs , en vrai Caméléon ,
Il y verfe à longs traits fon dangereux poifon. -
De la Société détruifant l'harmonie ,
Il produit les procès , sême ia fizanie ;
Défunit les époux , les parens , les amis ,
Diviſe d'intérêt & le père & le fils.
A la bourfe il fe joue avec les banqueroutes ;
Secondé par la fraude , il les enfance toutes ;
Et mettant à profit & la foif & la faim ,
Sur la cherté qu'il caufe , il calcule fon gain ; -
Chez Thémis , fes Arrêts , dictés par l'opulence,
Changent en trébuchet la divine balance . —
Alafuite des Camps, le bonheur de l'État
La gloire de fon Prince , & les jours du Soldat,
Rien... L'indignation fait place à la prudence !
Mes portraits déplairoient par trop de reffemblance
.
,
Cette Pièce , une des meilleures qui
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ayent paru dans ce genre depuis fort
long- tems , et vraiment digue de refter
au Théâtre , où l'on revoit avec tant
de plaifir la charmante Comédie du
Tuteur dupé, Ouvrage du même Auteur ,
& qui fut prefque fon coup d'effai ;
excellente Pièce d'intrigue , & remplie
d'un bout à l'autre de mouvement , d'intérêt
, & de bon comique.
›
de
Abrégé élémentaire d'Aftronomie
Phyfique , d'Hiftoire Naturelle de
Chimie , d'Anatomie , de Géométrie &
de Mécanique ; par M. T. B. A Paris ,
chez Froullé , Libraire , Pont Notre-
Dame.
L'Auteur judicieux d'une Encyclopédie
Elémentaire , dont cet abrégé doit
être regardé comme le fupplément , a dit
avec raifon que rien ne donne plus de
reffort à l'imagination , qu'une connoiffance
même peu étendue des Arts &
des Sciences. C'eft une vérité conftante
qu'il y a une affinité réelle entre toutes
les Sciences & tous les Arts , & qu'une
eſpèce de chaîne les rapproche tous &
les lie .
On n'eft pas obligé d'être favant
BLIOTHEQUE
01
DE
LYON
893
*
DÉCEMBRE. 1777. 99
cette conſtance , cette aptitude particu
lière, cette fagacité à qui rien n'échappe ,
cet efprit de calcul qui fecorde fi bien
le génie dans fes efforts , font des préfens
que la nature ne prodigue pas : mais
l'ignorance porte une empreinte fi défagréable
dans ce fiécle , que , pour jouer
un rôle intéreſſant dans la Société , &
pour y plaire , il faut être au moins ce
qu'on appelle un homme inftruit.
LAVILLE
Les avantages d'un jeune homme qui
a des connoiffances générales , font infinis
; s'il n'a pas le don de s'exprimer
avec cette légèreté qui tient au caractère
& au grand ufage , il fait écouter avec
utilité & avec intérêt. Il n'eft déplacé
nulle part ; il a dans l'efprit des germes
qui fe développent fans ceffe , foit par
la lecture , foit par le commerce qu'il
a avec les hommes ; il tire parti de tout ;
rien ne l'ennuie , rien ne lui eft étranger.
Mais pour acquérir ces heureufes difpofitions
, il faut au moins avoir une
notion exacte des Sciences & des Arts ,
s'être familiarifé avec les régles les plus
effentielles qui y font renfermées , favoir
en faire les applications particulières , &
en connoître affez les termes , pour n'être
pas dans le cas de lire & d'écouter fans
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
pouvoir tirer aucun avantage de la
lecture & de la converfation.
On convient , à la vérité , qu'on ne
peut fe borner à ces notions fuperficielles,
qu'à l'égard des chofes que l'on n'eft
pas obligé par état d'approfondir. Perfonne
ne s'avifera jamais de faire l'éloge.
d'un Ingénieur , parce qu'il fera mieux
des vers qu'un plan ; d'un Eccléfiaftique
, parce qu'il excellera dans la
mufique on dans l'art de peindre ,
& qu'il ignorera les élémens de la
morale chrétienne . On ne peut donc
confacrer que les momens de fon loiſir
à l'étude des Sciences & des Arts , &
vifer à la réputation d'homme univerfel ,
qu'après avoir approfondi la ſcience de
fon état . Et l'on doit être bien perfuadé
que l'affemblage de ces connoiffances
fuperficielles & ifolées nous feroit
extrêmement nuifible , fi elle nous empê
choit d'êtretrès - modeftes. S'il eft agréable
& même utile, d'avoir des notions générales
, il n'en n'eft pas moins vrai qu'en
parcourant le vafte champ des Sciences
fans s'arrêter fur aucune , il est néceffaire
de garder un filence profond
lorfqu'on fe trouve vis - à - vis d'un
vrai Savant , qui difcute fur les maDÉCEMBRE.
1777. ΙΟΙ
,
tières qu'il a approfondies. Ceux qui
ne favent que la nomenclature des
Sciences & des Arts , peuvent être
comparés à ces Spectateurs qui , jetant
leurs regards d'un lieu élevé fur une
place publique , voient beaucoup de
monde & ne connoiffent perfonne.
C'eft ainfi que fe font expliqués les
Auteurs judicieux des Encyclopédies
portatives , qui ont moins cherché à
inftruire , qu'à infpirer le goût de l'étude,
& à fournir à l'efprit une forte de délaffement
, par ces diverfions toujours
agréables.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, n'avoit fongé qu'à fon utilité
perfonnelle , en faifant fes extraits fur
ces différentes Sciences fi dignes de la
curiofité de l'homme. Il ne s'eft déterminé
à les donner au Public , que parce
que des Perfonnes de goût ont jugé
que cette compilation pouvoit être utile
à la Jeuneffe , avide de tout connoître
& de tout embraffer . Auffi c'eft aux
Jeunes Gens que cet Ouvrage eft dédié ;
& le judicieux Compilateur ne s'eft
point affujéti à aucun ordre , parce qu'il
a cru devoir fe conformer au caractère
& aux difpofitions des Jeunes Gens ,'
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
qui , femblables à ces êtres légers , fans
être volages , voltigent autour de quelques
fleurs pour s'y repofer , & les
quittent pour y revenir.
Effai fur le Bonheur , où l'on recherche
fi l'on peut afpirer à un vrai bonheur
fur la terre , jufqu'à quel point il
dépend de nous , & quel eft le chemin
qui y conduit ; par M. l'Abbé de
Gourcy , Vicaire - Général de Bordeaux
, de la Société Royale des.
Sciences & Belles- Lettres de Nancy.
AVienne ; & fe trouve à Paris , chez
Mérigot le jeune , Libraire , Quai
des Auguftins , au coin de la rue
Pavée.
"
On a eu beau traiter dans les différens
fècles ce fujet intéreffant , la matière
n'a été encore épuifée , parce que
pas
la diverfité des paffions qui agitent les
hommes , & cette variété d'opinions
qu'ils ont adoptées à cet égard , n'ont pu
que les éloigner du but , & les ont
empêché d'indiquer la vraie fource de
cet unique bien , dont nous defirons
néceffairement la poffeffion , même au
milieu de nos égaremens . Varron avoit
DÉCEMBRE . 1777. 103
remarqué dans fon Livre de la Philofophie
, qu'il pouvoit y avoir deux cens
quatre - vingt - huit fentimens différens
fur ce qui regarde l'effence du Bonheur .
Et l'on doit avouer que plufieurs des
anciens Philofophes ont mêlé beaucoup
d'erreurs & de bizarreries à un petit
nombre de vérités qu'ils ont défigurées.
Epictete eft celui qui s'eft approché le
plus du but , & qui , avec les feules
lumières du paganifme , a le mieux
traité cette matière . Son Ouvrage , qui
renferme la morale la plus épurée ,
mérite nos éloges.
L'Auteur de l'Effai , avoue que cette
multitude de traités fur le Bonheur ,
qu'il s'eft fait un devoir de parcourir , ne
lui a été d'aucune utilité. Il en excepte
feulement , les penfées de M. Fontenelle
fur le Bonheur, Ouvrage plein de fineffe
& d'agrément ; la théorie des fentimens
agréables de M. Pouilly , où la matière
eft beaucoup plus approfondie ; & ^
l'effai fur la philofophie morale , par M.
de Maupertuis , qui a calculé tous les
momens & tous les degrés du Bonheur ,
avec la précifion rigoureufe & la féchereffe
des Géomètres. Ces trois Ouvrages ,
& ceux de l'Auteur d'Emile
$
ont
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
fourni à l'Auteur de l'Effai , des traits
ingénieux , & des réflexions, folides .
Toutes les citations font faites avec un
goût exquis , & tiennent lieu d'ornemens
à ce nouveau traité du Bonheur :
c'eft de la Religion Chrétienne que
l'Auteur emprunte fes principaux argumens
, & il puife fa morale dans cette
Religion , qui eft , pour tous les âges
comme pour tous les états , lafource la plus
pure & la plus abondante du Bonheur.
I fourient que la vertu commence icibas
la félicité de l'homme , & qu'elle
feule pent lui mériter , après cette vie
le fouverain bien. En effet , tout ce qui
ne fert pas à purifier fon coeur, ne peut
produire que de faux biens qui le laiffent
vide , ou que des maux réels qui le rem
pliffent d'inquiétude. Auffi l'Auteur
prouve avec éloquence , qu'une confcience
pure eft la fource unique des
vrais plaifirs. Quant aux plaifirs des fens
& des paffions , cet ingénieux Ecrivain
foutient avec fondement , qu'ils s'émouffent
par l'habitude , fatiguent par leur
continuité , épuifent par leur vivacité ;
ils n'ont , dit- il , que la durée d'un.
» inftant , & traînent fouvent après eux
» la douleur , la honte & les remords
1
DÉCEMBRE. 1777 .
105
و د
33
و د
qui n'expirent qu'avec la vie . Les
plaifirs de l'efprit ne peuvent être
goûtés que d'un petit nombre d'hom-
» mes : ce n'eft donc point là le chemin
» du Bonheur que la nature nous a tracé.
» Pris immodérément , ils ruinent la
fanté , & ne peuvent cependant être
continués fans elle .
39
"
» Il n'en eft pas ainfi des plaifirs
» de l'ame , de ces plaifirs dont la fource
» eft dans la bienfaifance , dans l'amitié ,
» dans la vertu. De cette fource inalté
ود
rable , il ne peut couler fur la terre
» que des biens & des joies pures .
» Jamais ces vrais plaifirs ne fallent ,
» ne raffafient , n'énervent & ne cor-
» rompent. Ils ont toujours le charme
» de la nouveauté ; plus on les goûte
»
plus on veut les goûter. Ils ne peuvent
» être négligés que par ceux à qui
' ils font inconnus , par ces ames de
boue , condamnées à ramper triste-
» ment parmi un tas de mortels frivoles
»
& infenfés , corrompus & corrupteurs.
Ils font indépendans de la vigueur du
corps , de la fagacité de l'efprit , des
faveurs & des caprices de la fortune :
ils élèvent l'ame , ils la fortifient
ils en rempliffent toute la capacité.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Jamais de retours fâcheux à effuyer :
» perfonne ne s'eft encore repenti de
» les avoit goûtés. Jamais d'indifcrétion
» à redouter la modeftie feule eft
ود
و د
"
intéreffée à les couvrir de fon voile ;
» & s'ils femblent peut-être plus vifs
» & plus purs , lorfqu'ils demeurent
» concentrés dans le coeur qui les goûte ,
» dans le fein de l'amitié qui les partage,
le grand jour y ajoute l'éclat de la
» gloire , & le concert enchanteur de
» l'acclamation publique . Dépofés dans
» le fond de la confcience , un fentiment
délicieux les reproduit & les
perpétue jufqu'au dernier foupir. Chaque
jour les ames vertueufes & bien-
» faifantes font à portée de les renouveller
, puifqu'une ame vertueufe
& bienfaifante peut tous les jours
» fuivre le penchant divin qui la preffe ;
» & que ni l'importance du fervice , ni
l'éclat de l'action n'eft néceffaire ici ,
ni pour le mérite , ni pour la volupté:
» qui en eft le falaire. Il n'eft aucun jour
» où un Particulier foit réduit à dire
» comme cet Empereur adoré , mes amis,
»j'ai perdu lajournée.
33
»
"
"
罱» Il n'eft point , dit M. Rouffeau , de
» route plus fûre , pour aller au Bonheur,
DÉCEM BR E. 1777. 107
>
que celle de la vertu. Si on y parvient
» il eft plus pur , plus folide & plus doux
» par elle fi on le manque , elle feule
» peut en dédommager.
On peut
:
•
» enchérir fans aller au- delà du vrai.
» Ce n'eft pas affez de dire qu'il n'eſt
» pas de route plus fûre pour le Bonheur,
elle eft la feule toute autre route
» nous égare : tous les pas qu'on y fait
» font , pour ainsi dire , autant d'efpaces
» qu'on met entre lui & le vrai Bonheur,
» Le même Ecrivain s'explique , ou fe
» réforme ailleurs. La félicité eft la
» fortune du fage , & il n'y en a point
fans vertu . Les plus vicieux même
font forcés de rendre hommage à la
» vertu , en lui enviant ce fentiment
profond de paix & de contentement
qu'elle conferve dans toutes les fitua-
» tions poffibles.
"
» Charme inconcevable de la beauté
» qui ne périt point ! s'écrie encore
» l'illuftre Génevois dans fon ftyle brû-
» lant & fublime , ce ne font point les
» vicieux au faîte des honneurs , dans,
le fein des plaifirs , qui font envie ;
" ce font les vertueux infortunés ; &
» l'on fent au fond de fon coeur la féli-
» cité réelle , que couvroient leurs maux
"
•
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
1
» apparens. Ce fentiment eft commun à
tous les hommes ; & fouvent même
» en dépit d'eux , le divin modèle que
chacun de nous porte avec lui , nous
» enchante malgré que nous en ayons.
» Sitôt que la paflion nous permet de
le voir , nous lui voulons reffembler ;
» & fi le plus méchant des hommes
» pouvoit être un autre que lui- même ,
» il voudroit être un homme de bien ».
Si l'on doit avouer que rien n'égale
ici -bas la paix & le contentement , qui
font inféparables de la vertu , il n'en eft
pas moins certain que cette félicité ne
peut être que commencée & paffagère ,
& que l'Auteur de notre Etre s'eft
réfervé à lui - même de faire la récompenfe
parfaite & éternelle du plus excellent
de fes Ouvrages mortels ; c'eft dans
l'autre vie qu'eft réfervée la poffeffion
du fouverain bien , ou du bonheur complet.
Un Poëte Philofophe a reconnu
cette vérité .
"
Je ne me vante point d'avoir en cet aſyle ,
د .
Rencontré le parfait bonheur ;
» Il n'eft point retiré dans le fond d'un bocage 3 ,
Il eft,encor moins, chez les Rois ;
DÉCEMBRE . 1777. 109
» Il n'eft pas même chez le Sage ;
De cette courte vie il n'eft point le partage ;
∞ Il y faut renoncer : mais on peut quelquefois
» Embraſſer au moins fon image ».
30
Naru , fils de Chinki , Hiftoire Cochinchinoife
, qui peut fervir à d'autres
Pays, & de faite à celle de Chinki , fon
père. A Londres , 1776 ; & fe trouve
à Paris , chez Lacombe , Libraire , rue
de Tournon. in - 8 °. Prix 1 liv. 4
fols.
On fe rappelle d'avoir lu , il y a quel
ques années , Chinki , Hiftoire Cochinchinoife;
plaifanteric ingénieufe, où l'Auteur
faifoit la fatyre des entraves que
l'industrie trouve à furmonter, pour parvenir
aux Maîtrifes des différens Arts &
Métiers. On raconte , à la fin de cette
Hiftoire , que Naru , fils de Chinki ,
que fon père avoit mis en condition
faute de pouvoir le placer avec facilité
dans aucun métier , affaffina fon Maître
pour brufquer la fortune & fe tirer de
la fervitude , & qu'il périt dans les fupplices.
L'Auteur de la Brochure que nous
annonçons , apprend au Public que cette
2
110 MERCURE DE FRANCE .
anecdote eft fauffe ; que Naru ne monta
fur l'échafaud que vingt ans plus tard ;
& , pour réhabiliter fa mémoire
donne l'hiftoire véritable de fa vie.
Naru eft d'abord Laquais d'un Ca- daku
, ou Fermier- Général de la Cochinchine
, dont il devient enfuite le Secré
taire. Il donne quelque tems des audiences
; mais comme il n'eft de Séjan
fi bien dans la faveur de fon Maître , qui
ne puiffe décheoir , il est bientôt congédié
, & entre dans un Couvent de Talapoins
, d'où il eft encore renvoyé pour
avoir pris parti dans une querelle . Il
entre au fervice d'un Magiftrat , & en
fort pour époufer une jeune Provinciale
dont il avoit fauvé le frère de la corde.
Il veut fucceffivement être Procureur ,
Médecin , Avocat , Juge , Bailli , &
trouve par-tout des difficultés. Il fe
décide cependant à faire fon droit , &
à acheter une charge de Bailli. Il exerce
heureuſement cette charge pendant quelques
années ; mais il finit par effuyer
toutes fortes de malheurs , & par voir
fa petite Jurifdiction réunie à un Tribunal
Impérial voifin . Naru , ruiné ,
privé de fon état , chargé de fa femme
& de fes enfans , fe réfout à retourner
DÉCEMBRE. 1777. III
cultiver la terre. Un bon Seigneur l'établit
dans fes terres , & lui donne une
habitation. Il croit avoir enfin retrouvé
le bonheur ; mais il a le malheur de
devenir la proie de plufieurs vexations
du fifc , & fe trouve dépouillé de nouveau
par des confifcations & des amendes .
Ruiné dès-lors fans reffource , & accablé
du poids de fon infortune , il attaque
un Voyageur fur une grande route , eft
arrêté , & périt miférablement fur la
roue , malgré un difcours pathétique
qu'il tient à fon Juge avant de mourir.
>>
>>
•
L'Auteur ajoute que l'Empereur qui
régnoit alors à la Cochinchine , « nouvellement
monté fur le trône de fes
Aïeux , entouré des dignes Miniftres
» que la voix publique avoit appelés
auprès de lui , avoit fignalé déjà fon
règne par des vues fages & pleines
de bonté. La denrée la plus néceffaire
à la vie , que fouilloit depuis long-
» tems dans les marchés publics la
» main des Bourreaux , fous le prétexte
d'y prendre leur falaire , étoit devenue
» libre de toutes taxes de routes
» levées , d'un bout de l'Empire à
» l'autre. Les Arts & Métiers le furent
» auffi après. Déjà le fang des pauvres
"9
112 MERCURE DE FRANCE.
39
"
» ne cimentoit plus les grandes routes ,
» & des voitures plus légères & bien
plus commodes , traînées avec rapidité ,
» faifoient franchir aux voyageurs ,
» peu de frais , toutes les diftances de
l'Empire d'un lieu à l'autre. Le fage
Empereur fe fit rendre compte , dans
» le tems, de ce fupplément d'aventures,
& en fut frappé. L'ordre fut rétabli
» dans les Tribunaux comme dans les
Arts & Métiers . Les états fupérieurs
» de la Société dans tous fon Empire ,
» furent adminiftrés auffi fagement que
» les états inférieurs , & tous les
» Citovens de la Cochinchine béniſſent à
jamais le nom d'un fi bon Prince qui ,
» dans fa jeuneffe , a réformé tant
» d'abus , & fi bien amélioré la condition
de fes pauvres Peuples
"
" .
Anecdotes intéressantes & hiftoriques de
l'Illuftre Voyageur , dédiées à la Reine .
Troifième Edition , revue , corrigée
& augmentée. A Paris , chez Ruault ,
Libraire , rue de la Harpe. 1777. in-
12. Prix i liv . 4 fols. 1 4
Le Rédacteur de ce petit volume , y a
raffemblé la plupart des anecdotes rela→
DÉCEMBRE . 1777. 113
tives à l'Empereur régnant , mais furtout
pendant fon voyage en France . Nous
en citerons quelques- unes des plus piquantes
, & des plus propres à donner
une idée du ftyle & du ton du Narrateur.
» Les Spectacles de cette Capitale
ont été honorés plufieurs fois de la préfence
de M. le Comte de Falckenftein.
La Comédie Françoife a été celui qu'il
a le plus fréquenté. La Nation aſſemblée
par extrait dans un petit efpace , applau
diffoit aux moeurs fimples & antiques
d'un Prince qu'elle ne voyoit qu'à peine ,
& qui gardoit un incognito trop incommode
; elle auroit defiré que le voile
tombât pendant le peu de momens du
rendez-vous.» .
»Jofeph II garda fcrupuleufement l'incognito
, pendant fon féjour dans notre
Capitale il ne fut préfenté à la Cour
que fous le nom de Comte de Falckenftein
, ainsi que tout le monde fait ; mais
une anecdote peu connue , eft celle qui
arriva au jeu de la Reine . Notre illuftre
Voyageur fe tenoit debout derrière la
chaife de Madame Adélaïde , & il y
avoit fes mains pofées , lorfque cette
Princeffe fe leva & lui dit avec grace
114 MERCURE DE FRANCE.
Monfieur le Comte , il paroit que vous
oubliez furieufement votre incognito ; il
répartit vivement , c'eft qu'on l'oublie
aifément auprès de vous , Madame ».
» M. le Comte de Falckenſtein étant
invité à dîner avec Leurs Majeftés , on
lui préfenta le fauteuil ; il n'en voulut
point : Sire , dans mes voyages , je fuis
» accoutumé à m'affeoir fur des chaifes
»
de paille ou de bois , & un fauteuil
» me dérangeroit ». On affure que le
Roi répartit , que l'on me donne auffi
un pliant , ces grands fauteuils gênent ,
embarraffent , un pliant me fera plus commode.
La Reine dit à peu-près la même
chofe , & on contenta S. M. de forte
que les trois Auguftes Perfonnagesfurent
affis fur des plians. Toute la Čour fut
bientôt inftruite de cette aventure , &
on l'appela l'anecdote des trois pliants ».
» M. le Comte de Falckenftein vifita
tous les Ateliers des Peintres & des
Sculteurs logés au Louvre ; il leur
parla de leur Art non - feulement en
*
* Il n'eft pas néceffaire d'avertir que nous
avons précieufement confervé l'Orthographe de
l'Editeur.
DÉCEMBRE. 1777. 115
Amateur , mais en homme de l'état
même , fe fervant des mots tecniques ,
employant les termes de l'Art auffi bien
que les Maîtres ".
و د
Les faits rapportés dans ce recueil ,
ne font pas tous d'une égale importance ,
on en pourra juger par l'article fuivant.
La feconde fois qu'il alla à Verfailles ,
» it defcendit à la Salle des Ambaffa-
» deurs ; ils y étoient tous affemblés.
Ce Prince pria M. l'Ambaffadeur
» d'Efpagne de lui faire connoître tous ces
» Meffieurs . Le Comte d'Aranda l'ayant
fatisfait , il les'a tous falués , & leur a
parlé. Enfuite il eft monté chez le Roi
» avec eux , pour affifter au lever. Le
» lendemain il alla à Marli avec la
Reine ; il monta un cheval qui lui fut
préfenté par le Prince de Lambeſc ;
il affifta au débotter du Roi & au jeu
» de la Reine ».
"
39
و د
>>
L'Epître dédicatoire , adreffée à la
Reine , nous apprend que le Public eſt
redevable de cette intéreffante compilation
, à M. le Chevalier du Coudray ;
& qu'entièrement adonné aux Lettres ,
il commençoit d'écrire l'Hiftoire des
Maréchaux de France , lorfqu'il a quitté
116 MERCURE DE FRANCE.
cet Ouvrage national , pour compofer
sette Brochure .
›
он
Monfieur le Comte de Falckenftein , on
Voyages de l'Empereur Jofeph II , en
Italie en Bohême , & en France ;
contenant un précis des établiffemens
utiles faits depuis le règne de Marie-
Thérèſe. Par M. Mayer. A Rome ;
& fe trouve à Paris , chez Cailleau ,
Imprimeur-Libraire , rue S. Severin ;
Efprit , Libraire , au Palais Royal ;
& Ruault , Libraire , rue de la Harpe .
1777. in- 12- Prix 1 liv. 4 fols .
Cer Ouvrage n'a de commun avec
les Anecdotes de l'illuftre Voyageur , que
les faits qui appartiennent à tout le
monde ; fa marche et d'ailleurs tout- àfait
différente , elle eft plus fuivie , &
produit par conféquent plus d'intérêt.
Le titre feul indique que M. Mayer a
embraffé un plan plus étendu . Son livre
eft fort bien écrit , & joint par- tout , à
l'intérêt des chofes , celui de la narration.
Il fuffit de l'ouvrir au hafard pour en
donner des exemples.
Ce traveftiffement (l'incognito) lui
coûtoit peu , l'Europe fait depuis longDÉCEMBRE.
1777. 117
tems qu'il ne veut paroître Empereur
que le moins qu'il lui eft poffible. Vous
ne me verriez pas plus brillant à Vienne
qu'à Verfailles , hors dix ou douze fois
l'année , queje fuis forcé defaire l'Empereur
, répondoit-il à un Seigneur François
, qui , fans fon âge , eût été lui faire
fa cour à Vienne . Cette modeſtie
aimable & touchante , feroit une vertu
dans un homme obfcur ; combien elle
ajoute à la dignité d'un Souverain , qui
dépouille la fplendeur du rang pour
pouvoir fe rapprocher de fes Sujets !
J'aurois mille traits de bienfaifance à
citer , dont fon incognito a fait naître
l'occafion , & que le Monarque n'eût
jamais eu la douceur de faire , parce
qu'il eft bien difficile d'arriver jufqu'à
lui . Jamais application plus jufte que
celle qui fut faite , à la repréfentation
d'Edipe , de Laïus à Jofeph II.
Ce Roi plus grand que fa fortune ,
Dédaignoit comme vous une pompe importune ,
&c.
La Salle retentit du bruit des acclamations
; tous les yeux étoient fixés fur lui.
Cette louange n'étoit point intéreffée ,
F
118 MERCURE DE FRANCE.
elle n'avoit point paffé par la filière du
Courtisans un peuple entier , cette claſſe
d'hommes qui n'a que de la fenfibilité
pour éloquence , & pour intérêt le plaifir
qu'il trouve à honorer les vertus ; c'eſt ce
Peuple qui , des bas-fonds du parterre ,
a fait partir des applaudiffemens qui ont
entraîné toute l'affemblée . Ecoutons
cette femme chargée par fes compagnes
de haranguer S. M. I. elle porte la main
fur l'habit du Prince , le baife & s'écrie :
Heureux les Peuples , Monfeigneur le
Comte , qui payent les galons de vos
habits ! de pareils hommages dédommagent
bien de la privation de l'étiquette
Royale » .
Quand il vouloit envoyer un courrier
à Vienne, il prévenoit les gens de fa
fuite , qu'ils euffent à lui apporter leurs
lettres pour les faire partir fous fon enveloppe
, Un d'entre eux n'écrivoit point :
Pourquoi n'écris- tu pas ? N'as- tu rien à
envoyer à ta femme ? Si fait , M. le
Comte , mais je n'ai point de papier , &
le Courrier va partir . — Voilà du papier :
va-t- en écrire , le Courrier attendra , dé
pêche - toi. Ce trait de popularité eft
unique peut-être dans un Roi .
-
Il a fait l'honneur à M. le Comte
DÉCEMBRE. 1777. 119
de Broglie de manger chez lui. Placé
entre Madame de Brionne & le Maréchal
, il converfoit avec ce dernier ; mais
toujours interrompu par des Dames qui
l'interrogoient , il leur dit enfin avec
grace mille pardons , Mefdames , je ne
puis en même tems caufer & parler. Des
interrogations à peu près auili preffantes ,
dans une autre circonftance , le mirent
dans la néceffité de faire une réponſe
qui décéla l'homme réfléchi , qui n'aven
turoit rien . Les troubles de la Grande-
Bretagne avec les Colonies . étoient en
question ; les opinions étoient diverfes...
Eh bien , M. le Comte , que penfez-vous
de ces querelles ? - Mon métier , à moi,
c'eft d'être Royaliste ».
-
» A Paris , il entre au Café de la
Régence ; il veut jouer aux échecs ; un
Joueur fe préfente à condition qu'ils ne
feront pas long - tems . La partie ne
fiuiffoit point ; le Joueur étoit inquiet ;
l'Empereur lui demande ce qu'il a ?
C'est que l'Empereur vient à l'Opéra ,
l'heure paffe vous m'obligeriez de
remettre la partie . Vous ne verrez
qu'un homme comme un autre , fans
marque diftinctive . Je verrai , Monfieur
, l'Empereur , le Bienfaiteur d'une
>
-
120 MERCURE DE FRANCE.
Nation entière , un Souverain à qui j'ai
voué , dans mon coeur ; un éternel
hommage. Un homme comme lui eft
fi précieux ! -Eh bien regardez-moi , &
achevons notre partie.
---
Voici comme M. Mayer faconte
l'anecdote des trois plians , que nous
avons déjà rapportée d'après l'Ouvrage
de M. du Coudray. Les Lecteurs pourront
comparer les deux récits. « Il ' ( M.
» le Comte de Falckenſtein ) n'a jamais
» voulu accepter un fauteuil . Sire ,
» dans mes voyages, vous devez bien penfer
» que je ne trouve pas des fauteuils. Ce
fiége me gêneroit : un pliant mefuffit .
» Eh bien , qu'on me donne auffi un
pliant , répondit le Roi. La Reine
» voulut encore un pliant , & le dîner
» fut auffi bon avec trois plians , qu'avec
» trois fauteuils » .
"
Ce que nous venons de tranfcrire ,
fuffit pour donner une idée de cet Ouvrage
, qui mérite d'être lu d'un bout
à l'autre , & que le fouvenir de l'illuftre
& grand Prince qui en fait le fujet,
fuffifoit déjà feul pour rendre intéreffant.
Lettres
DÉCEMBRE. 1777. 121
Lettres du Marquis de Sézannes au Comte
de Saint- Lis , par Mademoiſelle M** .
2 parties in- 12. A Bruxelles ; & fe
trouvent à Paris , chez la Veuve Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple
du Goût. 1778.
Le Marquis de Sézannes , âgé de
vingt - fix ans , riche & maître de luimême
, diffère de fe marier , non par
légèreté , ni par par éloignement pour le
mariage ; mais par un excès de délicateffe
, qui lui fait defirer dans une
femme plufieurs perfections réunies , la
beauté , l'efprit , la douceur , la fenfibilité
, & fur- tout la tendreffe la plus
parfaite & la plus pure , pour l'Amant
aimé qui deviendroit fon époux . Sézannes
regatde un tel caractère comme chimé
rique , & defire cependant avec paffion
de connoître & d'adorer celle qui pourroit
le réalifer. Il entretient quelquetems
de fes idées là- deffus , le Comte
de Saint-Lis , fon ami , & la Baronne
de Valcé , veuve d'environ trente ans ,
femme aimable & fenfée , avec laquelle
il a formé une liaifon purement d'amitie ,
& dont il a fait la confidente de tous le
F
122 MERCURE DE FRANCE.
3
fentimens . La Baronne lui communique
une lettre qu'elle a reçue de Mademoifelle
de Céri , où cette jeune perfonne
lui fait avec éloge , l'hiftoire du mariage
de Mademoiſelle de Nofai , fon amie
avec le Chevalier de Cyfa . Mademoifelle
de Nofai s'étoit éprife du Chevalier
, fans l'avoir jamais vu fur le
récit d'une action généreufe qui annonçoit
la beauté de fon ame . Quoiqu'il
fut d'une figure très- peu agréable , elle
n'avoit rien perdu , en le voyant , de fes
fentimens pour lui , & l'avoit épouſé
par préférence à un amant plus aimable
& plus riche , qui afpiroit à fa main .
Le Marquis de Sézannes conçoit un
violent amour pour Mademoiſelle de
Céri à la lecture de cette lettre , où il
trouve développés des fentimens qui
s'accordent parfaitement avec fa façon de
voir, & qui lui font juger que celle qui
les a tracés eft la femme parfaite qu'il
defiroit & défefpéroit depuis fi long- tems
de rencontrer. Une invitation que lui
fait le Chevalier de Vallan , fon ami ,
de venir paffer quelque tems à fa terre,
voifine de celle du Comte de Céri , lai
fournit bientôt l'occafion de voir celle
qu'il adore . Il accepte l'invitation avec
DÉCEMBRE . 1777. 123
•
,
tranfport , fe rend chez M. de Vallun ,
& fe fait d'abord préfenter chez le Chevalier
de Cyfa , où Mademoiſelle de
Céri vient fouvent , & enfuite chez le
Comte de Céri fon père. Il la voit
plufieurs fois fans ofer faire connoître
fes fentimens ; enfin , la trouvant feule
un foir dans le jardin de M. de Cyfa ,
il tombe à fes pieds ; & , rempli du
plus tendre tranfport , le vifage inondé
de larmes brûlantes , lui répète mille
fois l'aveu de fon amour. A travers
fon trouble il s'apperçoit qu'à cet
aveu les yeux de l'aimabe perfonne fe
couvrent de larmes . Il n'ofe cependant
fe croire aimé ; mais il n'a plus lieu
d'en douter quelques jours après , lorfqu'il
trouve fur un banc de gazon un
papier , qu'elle y avoit laiffé par mégarde ,
& où elle avoit tracé l'expreffion de fes
fentimens . Il voit , avec autant de furprife
que de joie , que fa paffion eft
payée du retour le plus vif & le plus
tendre ; que fa maîtreffe l'adore , &
que leurs deux coeurs font unis , en
fecret , par la plus forte & la plus douce
fympathie. Il est bientôt déterminé à
demander la main de Mademoiſelle de
Céri ; & , après quelques légers incidens
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
qui leur donnent occafion d'éprouver
& de développer mutuellement leurs
fentimens & leur caractère ils fe
marient , & font au comble de l'amour
& du bonheur.
,
Ce Roman eft agréablement écrit ;
les fentimens tendres & délicats des
deux principaux perfonnages y font
développés dans le plus grand détail
quelquefois même avec un peu de diffufion.
Mais on y trouve par-tout l'empreinte
de cette aimable fenfibilité , &
de cette fineffe de fentimens qui caractérifent
le fexe de l'Auteur .
Sufette & Pierrin , ou les Dangers du
Libertinage , 2 Parties in- 12 . Prix , 3 1.
br. A Londres , & fe trouvent à Paris ,
chez J. Fr. Bastien , Libraire , rue du
Petit- Lyon , F. S. G. 1778,
Ce Roman , déjà publié avec fuccès
fous un autre titre , & qui avoit eu trois
éditions , reparoît aujourd'hui avec des
changemens confidérables. L'Auteur s'y
eft propofé de peindre avec force aux
Jeunes-gens de l'un & de l'autre fexe , les
dangers & les fuites funeftes de la corruption.
On y voit des Tableaux frapDÉCEMBRE.
1777. 125
pans , & malheureufement trop vrais ,
des défordres qui règnent dans les grandes
Villes.
>
"
"
Sufette , jeune Payfanne fort jolie ,
paffe fa première jeuneffe au fein de l'innocence
& de la vertu , jufqu'au moment
qu'elle fe laiffe aller à une première foibleffe
en faveur d'un jenne Payfan de fon
Village , nommé Pierrin , fimple & honnête
comme elle , mais dont le coeur
commence à fe corrompre , lorfqu'il parvient
à obtenir les faveurs de fa Maîtreffe.
Sufette , entrée au fervice de Mondor
riche Financier & Seigneur du Village
fe rend bientôt aux defirs de Frivolet
jeune Abbé élégant , & du Marquis
d'Arneuil, Petit -Maître , qui font venus
paffer la belle faifon au Château du Financier
; elle cède auffi à M. Mondor
lui- même, qui la tente par des offres féduifantes.
Ces faux pas font fuivis de
plufieurs autres ; elle fe laiffe enfin enlever
par un jeune Officier qui paffoit en
poſte chez Mondor. Cet Officier, nommé
Villeneuve , l'amène à Paris , vit
quelque tems avec elle , & finit par la
quitter fans lui dire adieu. Sufette défefpérée
& à la veille de fe trouver fans
reffource , eft tirée de cet embarras par
2
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
les confeils de la Dame Commode , Re-
- vendeufe à la Toilette , qui lui fait la
peinture des moyens de fortune qu'une
jeune & jolie perfonne trouve aifément
dans la Capitale , & fe charge de la conduire
. Elle eft fucceffivement entretenue
par plufieurs Amans , qu'elle abandonne
tous pour un Milord qui lui offre un
Hôtel , un équipage . fuperbe , des diamans
, & mille écus par mois. Elle jouit
depuis un an de cette fortune , lorfque
Milord eft ramené en Angleterre par une
époufe jeune , aimable & vertueufe ,
qu'il négligeoit , & qui eft venue le
chercher à Paris jufques chez fa Maîtreffe
.
Sufette va en Province fe faire Comédienne
, & parcourt plufieurs grandes
Villes , en vivant toujours dans le défordre
, dont les fuites lui caufent une maladie
honteufe , qui lui ôte une partie de
fes attraits . Elle retourne à Paris ; & ,
fuivant le fort prefque ordinaire des filles
de fon état , defcend au dernier degré de
la crapule & du libertinage. Elle eft enlevée
& conduite dans une Maifon de
force . Un de ces Perfonnages qu'on appelle
Monfeigneur , vient un jour visiter
cette trifte demeure . Ce Monfeigneur
DÉCEMBRE. 1777. 127
eft l'Abbé Frivolet , parvenu à un
pofte éminent. I reconnoît Sufette ,
renouvelle connoiffance avec elle , la tire
de fa prifon , & la loge dans une petite
maiſon agréable , à l'extrémité d'un
Fauxbourg. Remife dans l'aifance par
ce nouvel Amant , elle joue , par
fes
confeils , le rôle de Dévote . D'abord
Maîtreffe de Monfeigneur , elle devient
enfuite l'Intendante fecrette de fes plaifirs.
Ce train de vie dure jufqu'à la
mort de Frivolet , poignardé par une
Dame vertueuſe , à l'honneur de laquelle
il avoit voulu attenter. Elle époufe alors
Pierrin , qu'elle avoit déjà retrouvé plufieurs
fois , & qui avoit été fucceffivement
Soldat , Laquais , entretenu d'une
Ducheffe & d'une Comteffe , Brétailleur,
Joueur, Efcroc . Cette dernière qua ..
lité l'avoit conduit à Bicêtre , d'où Sufette
l'avoit tiré par le crédit de Frivolet
, qui l'avoit enfuite placé en qualité .
de Secrétaire chez le Marquis de .
homme en place . Il ne fe détermine à
époufer fon ancienne Maîtreffe , que
pour s'affurer la propriété de fa jolie
maiſon , & de tout ce qu'elle poſsède .
Les deux époux , en continuant à vivre
dans le déréglement , achèvent de fe
...)
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
ruiner. Pierrin , pour fubvenir à fes
débauches , fe réfout à voler fon Maître :
il exécute plufieurs fois , avec fuccès ,
cette abominable action. Mais il eft
enfin pris fur le fait , arrêté , & condamné
à être pendu . L'infortunée Sufette
, obligée d'affifter à fon exécution
expire dans les convulfions du déſeſpoir
.
Des Lecteurs délicats détourneront
peut-être la vue aux derniers traits de ce
rableau , par lefquels l'Auteur a voulu
montrer , avec énergie , comment le vice,
après avoir paffé par toutes les gradations
, pouvoit enfin conduire au crime.
Introduction aux Obfervations fur la Phyfique
, fur l'Hiftoire Naturelle & fur'
les Arts , avec des Planches en Tailledouce
; dédiée à Monfeigneur le Comte
d'Artois ; par M. l'Abbé Rozier ,
Chevalier de l'Eglife de Lyon ,
& Membre de plufieurs Académies.
2 vol. in-4° . A Paris , chez
l'Auteur , Place & quarré Ste-Geneviéve
; & chez Le Jay , Barrois &
Ruault , Libraires. Prix 24 1. pour
Paris , & 30 1. pour la Province ,
franc de Port , par la Pofte.
DÉCEMBRE. 1777. 129
Ce Journal eft devenu le dépôt des
principales connoiffances , des expérien
ces , des découvertes & des Mémoires
les plus importans dans les Sciences
Phyfiques & Naturelles. 11 eft dirigé par
un Savant qui , lui- même, l'enrichit d'obfervations
intéreflantes . Cet Ouvrage
commença à paroître au mois de Juiller
1771 , fous le format in- 12 , & fut ainfi
continué jufqu'à la fin de 1772 ; ce qui
forma 18 volumes in- 12 . En Janvier
1773 , le format in- 12 fue changé en celui
in-4°. à la demande de tous les Soufcripteurs
, parce que les Gravures font
plus grandes , & expliquent mieux les
détails : le nombre des volumes eft moins
multiplié , & ce format convient beaucoup
mieux à un Livre de Bibliothèque ,
qui fait fuite avec les Collections Académiques.
Depuis long - tems l'édition
in- 12 eft épuifée, & le Public eft privé de
plufieurs excellens Mémoires qu'on ne
trouve point ailleurs . Enfin, les demandes
multipliées ont engagé M. l'Abbé Rozier
à réimprimer les 2 vol . in - 4° . qu'il donne
fous le nom d'Introduction , afin de ne
point déranger l'ordre des dix autres volumes
in-4 . fuivans. Ces deux nouveaux
volumes feront délivrés , à dater du
F v
130 MERCURE DE FRANCE . ¡
premier Janvier 1778 , dans les endroits
indiqués .
Pour l'année 1778 , on foufcrit chez
l'Auteur , & chez les principaux Libraires
du Royaume. Et pour plus grande facilité
, on peut mettre au Bureau de la
Pofte , le montant de la Soufcription ,
fans affranchir l'argent , mais feulement
la lettre qui doit donner avis du jours,
de la fomme , & indiquer le Bureau où
la remife aura été faite. G
Mémoires fur les fujets proposés pour le
prixde l'Académie Royale de Chirurgie,
Tome IV. en 2 vol. in- & ens vol.
in- 1 2 : A Paris , de l'imprimerie de
M. Lambert , Imprimeur de l'Acadé
mie Royale de Chirurgie , rue de la
Harpe , au- deffus de celle des Cordeliers
.
11 of12 cablings fie « I -AI
Cette collection comprend les Differ
tatious qui ont mérité le Tuffrage de
l'Académie , depuis depuis l'année 1759 ; jufqu'en
1774 , fur les queftions intéreffantes
propofces annuellement le
prix eft une Medaille d'or de la valeur
de soo liv. , fondée liv. , fondée par M. de la PeyDÉCEMBRE.
1777. 131
:
ronie le progrès de l'art en eft l'objet ,
& l'on voit, par la préface de ce nouveau
recueil , que le choix du fujet , l'examen
des Ouvrages , & les travaux néceffaires
pour porter un jugement folide
& équitable , coûtent quelquefois plus
de foins , d'attention & de follicitudes
à l'Académie , qu'aux Auteurs mêmes
des Mémoires dont elle récompenfe
l'émulation.
C'est ce qu'on remarque principalement
à l'occafion du Mémoire couronné
en 1759 , fur la queftion fuivante : dans
le cas où l'amputation de la cuiffe dans
Particle , paroîtroit l'unique reffource
pour fauver la vie à un malade , détermi
ner fi l'on doit pratiquer cette opération,
& quelle feroit la méthode la plus avantageufe
de la faire. On ne peut qu'applaudir
aux vues de douceur & d'humanité
qui paroiffent avoir guidé le jugement
de l'Académie , fur une opération par
laquelle un homme perdroit , en quelque
forre , la quatrième partie de fon
corps . L'Auteur eft M. Barbet , Chirur
gien de Vaiffeaux .
Le Mémoire fuivant , fur la cure des
fiftules dans les différentes parties du
corps , offre un tableau moins effrayant .
I
vj
132 MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur , M. Marvidès * , couronné
en 1760 , a diftingué les fiftules par
les genres auxquels toutes les espèces
peuvent le rapporter ; & il en établit
fix claffes ; 1 celles qui dépendent du
vice de la peau dont les finus fiftuleux font
recouverts; 2 ° celles qui font occafionnées
par la préſence des corps étrangers ; 3 °
celles que produit la carie des os ; 4º
celles qui font caufées par l'ouverture
d'un canal ou d'un réfervoir ; 5°
celles qui pénétrent dans des cavités ;
60 enfin , celles qui ont pour caufe
des duretés & des callofités . L'Auteur
pofe , d'après les grands Maîtres , un
principe très-lumineux ; c'eft que , dans
la plupart des fiftules , la dureté & la
callofité ne font qu'une complication
accidentelle , laquelle ne fournit aucune
indication curative . L'effence des fiftules
ne peut fe tirer que des caufes antécédentes
& conjointes qui établiffent les
différens genres , chacun defquels produit
des indications capitales , d'où fe
déduifent les moyens généraux de gué-
* Chirurgien- Major du Régiment d'Artois.
Cavalerie.
DÉCEMBRE. 1777. 133
rifon , propres au genre particulier ; &
il n'y a aucune efpèce de fiftule , fous
hacun de ces gentes , qui n'exige un .
traitement ſpécial , parce que les fiftules
pouvant arriver dans toutes les parties
du corps , les mêmes caufes produiront
des effets différens , fuivant la nature
des parties , & l'étendue des trajets
fiftuleux ; fuivant la direction droite ,
oblique ou tortueufe ; fuivant la multiplicité
des finus & leurs clapiers ;
fuivant les duretés & les callofités qu'on
doit détruire , ou qu'on peut laiffer.
Encore ne font- ce là que des différences
accidentelles , par lefquelles chaque
eſpèce de fiftules reçoit des modifications
capables de prefcrire au Chirurgien
une conduite qui lui fera varier
fes opérations , les panfemens , & les
précautions qui doivent faire réuffir les
foins dans chaque traitement individuel.
Ces préceptes font par-tout fondés fur
une excellente théorie , & les faits tirés
des meilleurs Praticiens , en font la
preuve. L'Auteur termine fon Mémoire
par l'examen des fiftules auxquelles la
feule cure palliative eft convenable : il
fait connoître les médicamens auxquels
on a attribué la propriété de guérir cer134
MERCURE DE FRANCE.
•
7
taines fiftules fans avoir recours aux
opérations qui fembloient indiquées , &
il apprécie ces cas avec beaucoup de fagacité
, en donnant la compofition des
onguens & emplâtres , vraiment renouvelés
des Grecs , dont les Empyriques
modernes font un fecret .
Le Mémoire fuivant , eft fur la théorie
des maladies de l'oreille , & fur les
moyens que la Chirurgie peut employer
pour leur curation ; par M. Lefchevin ,
Maître en Chirurgie à Rouen , couronné
en 1763.
L'Auteur fuppofe la connoiffance approfondie
de la ftructure & des ufages
de toutes les parties de l'organe de
Pouie , pour concevoir la théorie des
maladies qui attaquent cet organe. Il
fuit la divifion que preferit la nature
des chofes ; maladies de l'oreille externe
& de celles de l'oreille interne . Sous la
première partition , l'on examine en
plufieurs paragraphes , les plaies , les
contufions , les excoriations , les brûlures
, dartres , ulcères , & c . & les
moyens d'y remédier. A l'article des
maladies du conduit auditif , il eft
queftion : 1. de l'inperforation de ce
conduit; 2. de fon étroiteffe ; 3 ° . de fon
DÉCEMBRE. 1777.
་ 35
•
défaut d'obliquité ; 4°. des dérangemens
accidentels auxquels il eft fujer ; 5º . de
fa fenfibilité aux différentes températures
de l'air humide ; fec , chaud ou froid ; 6 °.
il s'y engendre des vers ; 7°. il s'y introduit
des fubftances étrangères , molles
ou dares , animées ou inanimées ; enfin
l'amas de la cire des oreilles & fon
endurciffement dans le conduit auditif ;
l'obftruction des glandes qui filtrent cette
humeur ; les écoulemens féreux ou purulens
, l'inflammation , l'abſcès , l'ulcère ,
les excroiffances & la carie , toutes ces
maladies font expofées par leurs caufes ,
leurs fignes , leurs accidens , & l'on
indique les moyens de les guérir . On
traite , en des articles féparés & dans le
-même détail des différentes maladies
de la membrane du tambour , de celles de
la caiffe & du labyrinthe , des affections
propres du nerf auditif, & pour conclufrom,
de l'ufage des cornets acoustiques
dans la dureté de l'ouie.n
3
En 1764 , M. David , maintenant
Chirurgien en chef de l'Hôtel- Dieu de
Rouen a obtenu le prix double pour an
Mémoire fur les abfces , où l'on determine
la manière de les ouvrir, & quel eft ieur
traitement méthodique , fuivant les diffé136
MERCURE DE FRANCE.
:
C
rentes parties du corps . La réputation de
l'Auteur & le fuffrage de l'Académie ,
garantiffent la bonté de cet Ouvrage.
M. Grima , Chirurgien à Malte , a
remporté , en 1766 , le prix fur la queftion
des contre- coups dans les lélions
de la tête. On lira fon Mémoire avec
fatisfaction ; il expofe des principes trèsfolides
fur cette importante matière
que l'Académie a defiré qu'on traitât avec
plus de détails ; fes voeux ont été remplis
en 1768 , & elle a partagé le prix double
à M. Saucerote Maître en Chirur
gie à Lunéville, depuis Affocié de l'Académie
, & Chirurgien- Major de la Gendarmerie
, Auteur d'un excellent Mémoire
fur les contre- coups dans les léfions
de la tête ; & à M. Sabouraut , Chirurgien
à Touloufe , mort depuis , au
grand regret de fes Concitoyens.
>
و
L'Académie, pour completter les connoiffances
fur la matière des contrecoups
, a propofé depuis , a'expofer les
effets qu'ils produifent dans les différentes
parties du corps autres que la tête
& les moyens d'y remédier. Le prix , qui
étoit double , a été accordé , en 1771 , à
un Mémoire figné Bazile , ancien Chirurgien
interne de l'Hôtel - Dieu de
Rouen.
DÉCEMBRE. 1777 137
Dans l'intervalle des années où l'Académie
s'eft occuppée des contre-coups ,
elle a propofé de déterminer la nature des
loupes , marquer leurs différences , Spécifier
leurs caufes , leurs fymptômes , leurs
fignes , & expofer les moyens que la Chirurgie
doit employer de préférence dans
chaque efpèce , & relativement à la partie
qu'elles occupent.
On a partagé le prix double , en 1767 ,
à M. Chopart, Elève en Chirurgie , maintenant
Membre du Collège & de l'Académie
Royale de Chirurgie ; & à M
Chambon , Maître- ès - Arts & en Chirurgie
à Brévane-fous- Choifeul. M. Chopart
a eu , en 1768 , l'acceffit, fur les léfions
de la tête par contre -coups . Son Mémoire
eft imprimé dans le Recueil que
nous annonçons , à la fuite des Differtarions
couronnées.
L'Académie avoit propofé
en
1770 , pour fujet du prix , d'expofer les
inconvéniens qui résultent de l'abus des
onguens & des emplâtres , & de quelle
réforme la pratique vulgaire eft fufceptible
, à cet égard , dans le traitement
des ulcères. Cette Queſtion a été remife
jufqu'à trois fois , & le prix triple a ete
partagé , en 1774 , à M. Champeaux ,
138
MERCURE DE
FRANCE .
Chirurgien gradué à Lyon ,
Profeffeur
d'Anatomie ,
Correfpondant de l'Académie
& de la
Société
Royale des
Sciences de
Montpellier ; à M. Camper
, Affocié
Etranger de
l'Académie ,
Profeffeur
Honoraire
d'Anatomie &
de
Chirurgie
d'Amfterdam , &c. dont
le
Mémoire latin ,
auquel on a joint
une
traduction
françoife ,
préfente
d'une
manière
favante
agréable &
inftructive ,
l'Hiftoire de l'Art
dans les
variations de la
pratique ancienne
&
moderne ; & à M.
Chambon ,
Auteur du
Mémoire qui a
partagé le
prix double fur les loupes en 1767.
›
>
également
L'Académie a fait
imprimer , à la
fuite de ces trois
Mémoires , une
Differtation
fur le
même Sujet , par M.
Aubray,
Chirurgien en chef de
l'Hôtel - Dieu ,
&
Membre de
l'Académie des
Sciences
&
Belles -
Lettres à Caën.
M.
Louis ,
Secrétaire
perpétuel de
l'Académie , qui a mis à la tête de ce
Recueil une
préface
qu'on lira avec
fruit , fait une
mention
honorable de
M. le
Comte ,
Docteur en
Médecine à
Evreux , qui a
envoyé un grand Mémoire
fur
l'abus des
onguens & des
emplâtres.
Une
expofition très - nette
DECEM BR E. 1777 .
139
""
,, blit que ,
"
">
» de l'état de la Queftion , beaucoup
d'intelligence , des vues nouvelles &
» folides fur la manière d'obferver ,
» n'ont pu contre balancer les Mémoires
» des autres Concurrens . L'Auteur étadans
la cure de l'ulcère
fimple , les onguens & les emplâtres
» font nuifibles ; que leur ufage ne peut
que troubler le méchanifme de la
nature : en examinant les différences
caractéristiques des ulcères , & raifon-
» nantfurles moyens les plus convenables
» pour en détruire les complications , &
» ramener l'ulcère à la fimplicité qui
» le rendroit curable par les feuls efforts
» de la nature , fecondés d'un panfement
» méthodique , on démontre qu'on ne
peut oppofer les onguens & les emplâtres
à aucune des complications.
» Cet Ouvrage inftructif eft le fruit
» d'un travail pénible , par les recherches
qui ont fervi à raffembler un grand
» nombre de faits , extraits , pour ainfi
» dire , de tous les Obfervateurs , dans
» l'intention de prouver que les cas les plus
épineux n'ont jamais cédé à l'applica
» tion des emplâtres & des onguens ; &
» que leur ufage , lorfqu'il n'a pas été
nuifible , a été au moins inutile. Ce
و د
"
ود
و د
ود
140 MERCURE DE FRANCE.
» fommaire fuffit pour faire connoître
» cette Differtation , qui n'auroit pu être
» donnée par extrait , qu'en la reftrei-
" gnant aux principes & aux conféquences
» établis dans les autres Mémoires que
» l'Academie a couronnés »
ود
Table Alphabétique & raiſonnée des matières
contenues dans les 40 Volumes
du Journal des Caufes Célèbres , &c....
qui ont paru jufqu'à la fin de 1776 ,
inclufivement ; précédée de la Table
des titres des Caufes contenues dans
les mêmes Volumes. Vol. in- 12 .
Nous avons annoncé cette Table dans
que
,
plufieurs de nos Journaux. Les foins
les Rédacteurs ont apporté pour la rendre
également utile & commode à ceux qui
ont la Collection des Caufes Célèbres
en ont retardé la publication . Elle vient
de paroître & d'être délivrée aux Soufcripteurs.
La nomenclature qu'elle renferme
, eft très étendue , & prouve l'abondance
des matières contenues dans les 40
Volumes du Journal des Caufes Célè
bres , qui ont paru jufqu'à la fin de l'année
dernière . Les Jurifconfultes y trouveront
des principes approfondis fur une
DÉCEMBRE. 1777. 141
multitude de queftions qui fe reproduifent
à chaque inftant dans les Tribunaux :
les Gens du monde y puiferont des connoiffances
utiles pour prévenir les conteftations
qui ne troublent que trop fouvent
le repos des familles : enfin , toutes
fortes de Lecteurs pourront s'y inſtruire
en s'amufant ; car le mérite de ce Recueil
, & qui en eft un fans doute trèsgrand,
confifte à offrir , d'une manière
intéreffante , le Tableau des Affaires les
plus piquantes qui fe jugent dans tous
les Tribunaux du Royaume , & à préfenter
un précis raifonné des moyens
que les Parties ont employés pour leur
défenfe , & des motifs qui ont déterminé
les décifions. Ainfi , on peut juger
qu'il eft peu d'Ouvrages auffi utiles &
auffi curieux .
La Table des Titres qui précède celle
des Matières , préfente une preuve bien
fenfible de la variété qui règne dans ce
Journal . Elle contient cent trente- une
Caufes , dont plufieurs font célèbres ,
les autres curieufes & intéreffantes.
Nous nous bornerons à indiquer quelques
- unes des Caufes de la première
Claffe. On y trouve les Affaires de
Montbailly , de l'Hermaphrodite Grand142
MERCURE DE FRANCE.
Jean , de plufieurs Bigames , d'un Efcroc
Magicien , d'un Cordelier marié, de plufieurs
Femmes accufées d'avoir tué leurs
enfans , d'un Chanoine accufé de fortilège,
du Marquis de Brunoy , de Calas , de
Syrven , de Calvy , du Roi de Portugal
contre les Créanciers d'un Orfévre , du
Prince Kfartorisky , de la machine infernale
de Lyon , d'un Parricide , de la Rofière
de Salency , de la Dame de Launay,
de l'Abbé Desbroffes , de M. Alliot , Fermier-
Général, contre fon fils ; de la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire , de
l'Amiral Byng , du Colonel Gillenfwan ,
de la Ducheffe de Kinfton, de Putgaftchew,
de l'Opération Cefarienne , &c. On y
trouve auffi plufieurs Affaires d'Inceſte,
d'Adulière , de Séparations , de Queftions
d'Etat fur la validité de mariages contraclés
entre Proteftans ; fur les Juifs , fur
les Comédiens , & une multitude de Procès
Criminels.
Ce détail fuffit pour prouver la variété
& intérêt du Journal des Caufes
Célèbres , dont les Rédacteurs viennent
de publier la Table . Ceux qui voudront
fe procurer cette Table , font priés de
foufcrire chez M. Défeffarts , Avocat ,
rue de Verneuil , la troisième Porte
DÉCEMBRE. 1777: 143
cochère avant la rue de Poitiers , ou
chez le Sieur Lacombe , au Bureau
des Journaux , rue de Tournon. Le prix
de la Soufcription eft de 3 liv. & le
Volume parviendra franc de port aux.
Soufcripteurs.
La Soufcription du Journal des Caufes
Célèbres , eft ouverte en tout tems .
Cependant l'époque du renouvellement
eft le commencement de chaque année .
Il paroît 12 Volumes par an , avec la
régularité la plus fcrupuleufe. Le prix
de la Soufcription eft de 18 liv. pour
Paris , & de 24 liv . franc de port , pour
la Province . On délivre des Collections
complertes des Volumes qui ont paru
de ce Journal , au prix de la Soufcription
; mais on ne vend aucun Volume
féparé.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
COMMERCE de la Grande - Bretagne ,
& Tableaux de fes importations & exportations
progreffives , depuis l'année
1697 , juſqu'à la fin de l'année 1773 ;
144 MERCURE DE FRANCE.
par le Chevalier Charles Whitworth ,
Membre du Parlement ; Ouvrage traduit
de l'Anglois , in-folio . A Paris , de l'Imprimerie
Royale , 1777. Prix , 12 liv.
bl . ou br. A l'Hôtel de Thou , rue des
Poitevins.
On diftribue à la même adreffe :
Hiftoire Naturelle , Générale & Particulière
, fervant de fuite à l'Hiftoire des
Animaux quadrupèdes; par M. le Comte
de Buffon , Intendant du Jardin & du
Cabinet du Roi , de l'Académie Françoife
, & de celle des Sciences. Supplément
, Tomes cinquième & fixième ,
avec figures ; de l'imprimerie Royale ,
1777.
Dictionnaire Univerfelle des Sciences
Morale , Économique , Politique & Diplomatique
, ou Bibliothèque de l'Homme
d'Etat & du Citoyen ; Tome fecond ,
in- 4°.
Pierre le Cruel , Tragédie , par M.
de Belloy, Citoyen de Calais , & l'un
des
DÉCEMBRE. 1777. 1777. 145
des Quarante de - l'Académie Françoiſe :
Virtutem videant intabefcanique relicà.
PERSE.
in-8°. br. Prix , 1 liv . 10 f. A Paris , chez
Solin , Libraire , rue S. Jacques.
On connoît les Ouvrages qui , compofés
autrefois par le
l'ordre de feu Mo
Dauphin , pour l'éducation des Princes ,
ont été imprimés depuis quelques années
; & l'on verra avec plaifir les mefu
res prifes pour que ces éditions , qui
font très-belles , ne fe vendent qu'un
prix médiocre & uniforme , qui foit le
même & dans la Capitale & dans toutes
les Villes du Royaume."
1°. Le premier de ces Ouvrages parut
en 1773 , il eft intitulé : Leçons de Morale
, de Politique & de Droit public
puifées dans l'Hiftoire de notre Monarchie ;
ou Nouveau Plan d'Etude de l'Hiftoire
de France , rédigépar les ordres & d'après
les vues de feu Mgr le Dauphin.
Il fe vend à Paris , chez Moutard , Libraire
de la Reine , rue des Mathurins ,
2 liv. 8 f.
C'eft un Abrégé raifonné de l'Hiftoire
G
146 MERCURE DE FRANCE .
de la Monarchie ; c'eft l'efquiffe de 40
Difcours destinés à faire connoître , de
fiècle en fiècle , le Gouvernement François
à toutes les époques de la France ,
& qui ont pour but d'attacher aux faits
toutes les connoiffances de Morale , de
Politique & de Droit public qui conviennent
aux Princes.
:
2°. Le fecond parut en 1775 , & a
pour titre Les Devoirs du Prince , réduits
à un feul principe ; ou Difcours fur
la Juftice , dédié au Roi.
3
Il fe vend à Paris , chez Moutard ,
liv. 12 f. br.
Ce Difcours renferme , & toute la
Morale qui doit former les Princes , &
fon application à toutes les parties du
Gouvernement François . Il eft la théorie
des vérités qui feront prouvées par l'expérience
de l'Hiftoire dans les Diſcours
dont on va parler.
3. Le troifième de ces Ouvrages &
le plus important , foit par l'étendue des
recherches , foit par le nombre des volumes
dont il doit être compofé , a pour
titre Principes de Morale , de Folitique
& de Droit public , puifés dans l'Hiftoire
de notre Monarchie ; ou Difcours fur.
DÉCEMBRE. 1777. 147
P'Hiftoire de France , dédiés au Roi , par
M. Moreau, Hiftoriographe de France .
Il y a déjà quatre Tomes de cet Ouvrage
; il en il en paroîtra quatre autres dans
le cours de l'année prochaine , deux au
commencement & deux à la fin ; &
tous les ans enfuite on en donnera 3
nouveaux volumes . Cet Ouvrage eft
l'exécution du Plan conçu par feu Mgr le .
Dauphin en 1764 , & imprimé en 1773 .
Il contient les faits & la morale qu'on en
doit tirer ; il développe les principes du
Gouvernement à chaque époque ; il eft
l'Hiftoire & de la Conftitution Françoife
& des Monumens qui l'établiffent.
C'eft principalement cet Ouvrage dont
on veut faciliter le débit à un prix modique.
Chaque volume eft un in-8° . de quatre
à cinq cens pages , en caractères & en
papier parfaitement beaux .
Chaque Tome ne fe vendra , foir à
Paris , foit dans toutes les Villes de Province
, que 3 liv . 12 f. br.
Il fe diftribue à Paris , chez Moutard ,
Libraire de la Reine , Hôtel de Cluni ,
rue des Mathurins ; Nyon , rue Saint-
Jean- de- Beauvais ; Delalain , rue de la
Comédie Françoife ; la veuve Duchefne ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
rue Saint-Jacques ; Lacombe , rue de
Tournon ; Mérigot le jeune , Quai des
Auguftins; Efprit , Libraire , au Palais-
Royal.
Tous les Libraires de Province qui
voudront s'en fournir , s'adrefferont à
leurs Correfpondans défignés ci-deffus
ou au Sieur Phlipault , Secrétaire de l'Auteur
, Place Vendôme , près les Capucines.
Avis au fujet de deux Éditions contrefaites
des Mémoires Politiques & Militaires,
pour fervir à l'Hiftoire de Louis XIV
& d Louis XV, compofés fur les Pièces
originales, recueillies par Adrien-Maurice
de Noailles , Maréchal de France , &
Miniftre d'État ; par M. l'Abbé Millot,
6 vol. in- 12 .
On croit devoir prévenir le Public ,
qu'il fe débite dans les Provinces , deux
Éditions très-fautives des Mémoires de
Noailles , l'une à Genève , en 6 vol.
in-12 ; & l'autre en 4 vol. à- Yverdun,
Cette dernière eft annoncée avec de prétendues
Notes de M. de Voltaire , qui ne
font autre chofe que l'analyfe qu'on en a
donnée dans le Journal de M. de la
Harpe. Ces Editions , qui , comme tous
DÉCEMBRE. 1777 . 149
la
les Livres imprimés furtivement , fourmillent
de fautes , font bien inférieures
à la feconde qui vient d'être faite à Paris,
d'après les corrections & les augmenta
tions de l'Auteur . Cette Edition
feule véritable , depuis que la première
eft épuifée , fe reconnoît à un avertiffement
de quatre pages , au bas defquelles
fe trouve la fignature manufcrite du Sr
Moutard , Libraire - Imprimeur de la
Reine , à Paris , Hôtel de Cluni , rue
des Mathurins .
ACADÉMIES.
I.
PARIS.
L'Académie Royale des Sciences a fait
fa rentrée publique , après la Saint-
Martin , le Mercredi 12 de Novembre
1777.
Le Secrétaire de l'Académie annonça
que le Prix propofé fur les moyens les
plus prompts & les plus économiques de
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
procurer en France une production &
une récolte de Salpêtre plus abondante
que celle qu'on obtient préfentement , &
Jur-tout qui puiffe difpenfer des recherches
que les Salpêtriers font autorifes à faire
dans les maifons des Particuliers , étoit
remis au mois de Novembre 1782 ; que
les Mémoires ne feront admis que jufqu'au
1 Janvier 1781 , mais que l'Académie
recevra jufqu'au 1 Avril 1782 , les
éclairciffemens que les Auteurs des
Mémoires qui lui feront parvenus dans
le tems preferit , jugeront à propos de lui
envoyer. Le Secrétaire déclara en mêmetems
que , fur les repréfentations qui
ont été faites au Roi par l'Académie
Sa Majefté a bien voulu doubler le Prix ,
qui fera de 8000 liv. au lieu de 4000
1. & que la fomme , à répartir en Acceffit
, fera de 4000 l. au lieu de 2000 liv.
Le Secrétaire déclara pareillement que
le Prix pour l'encouragement des Faifeurs
d'Inftrumens de Mathématiques
& qui doit être accordé à celui qui
préfentera le meilleur Quart de cercle de
trois pieds de rayons , garni de toutes les
pièces qui peuvent fervir à le rendre d'un
ufagefür & commode , & accompagné d'un
Mémoire contenant le détail des moyens
DÉCEMBRE. 1777 1st
qui auront été employés pour le conftruire,
étoit remis à la Saint- Matin 1779 , les
inftrumens qui ont été préfentés à l'Académie
n'ayant point rempli les conditions
du concours. Enfin le Secrétaire
fit l'annonce d'un nouveau Prix de Phyfique
que l'Académie , toujours empreffée
de concourir aux progrès des
Sciences , vient de fonder , & qu'elle
donnera tous les deux ans. Elle propofe
pour le premier Prix de ce genre , qui
fera de 1500 liv . , le fujet fuivant :
l'expofition du fyftême des vaiffeaux lym
phatiques. Quoique ce genre de vaiffeaux
ir été découvert depuis plus d'un fiècle ,
on n'a pas encore approtonai tout ce
qui peut les faire mieux connoître .
Y en a-t-il de plufieurs eſpèces , comme
on l'avoit d'abord avancé ? Quel en eft
l'origine & la terminaifon ? Toutes les
parties du corps en font-elles pourvués ?
Comment ces vaiffeaux fe comportent - ils
dans les glandes comglobées ? Enfin qu'elle
eſt la route que fuivent ceux de leurs troncs
qui peuvent être rendus fenfibles ?
Tels font les principaux points fur
lefquels l'Académie attend des éclairciffemens
. Les conditions qu'elle impoſe
font conformes à celles qui fe trouvent
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
dans les Programmes des Prix que
l'Académie. j ...
donne
Après ces différentes annonces , M.Caffini
de Thury , Directeur de l'Obfervatoire
, a la des Réflexions fur la figure de
la Terre. Après une difcuffion fommaire
des deux mefures du méridien , faites au
Nord & au Pérou par les Académiciens ,
fous le Ministère de Monfeigneur le
Comte de Maurepas , M. de Caffini
conclut que celle du Nord mérite plus
de confiance ; qu'elle a été faite avec
des inftrumens plus. parfaits dans un
Pays moins couvert de montagnes ; circonftance
d'autantplus importante , qu'il
eft démonté que l'attraction des montagnes
fuffit pour faire écarter le fil àplomb
de la perpendiculaire . M. de
Caffini propofa enfuite quelques corrections
à faire à la meſure du degré du
méridien de France , d'après des déterminations
plus exactes de la latitude
de Breft & de Vienne , & il fixe la
longeur moyenne du degré du méridien
entre Breft & Vienne , à 37900 toifes.
M. de Fouchy , ancien Secrétaire de
l'Académie , a lu un Mémoire fur une
nouvelle conftruction de niveau à lunettes ,
abfolument exempt de vérification. M. de
DÉCEMBRE. 1777. 153
Fouchy fubftitue au niveau d'eau ,
dont fe fervent habituellement les Ingénieurs
& les Arpenteurs , un niveau de
mercure , conftruit fur les mêmes principes
& beaucoup plus petit ; mais au lieu
de le placer hors de la lunette , il le place
dans la lunette même . Cette difpofition
ne pouvant s'adapter à la conftruction
ordinaire des lunettes , M. de Fouchy
a été obligé d'en imaginer une particulière.
Cette lunette , qu'il a fait exécuter
par M. Navarre , célèbre Opticien , eſt
compofée de trois verres ; & quoiqu'elle
ne foit pas acromatique , elle ne produit
prefque pas de couleurs. Ce niveau a
l'avantage d'être très-exact & d'un prix
modique .
M. de Borda , Lieutenant des Vaiffeaux
du Roi & Directeur de l'Académie
, fit enfuite la lecture du Précis de
fon Voyage aux Ifles Canaries & fur les
Côtes d'Afrique , pour déterminer les
Latitudes & les longitudes des principaux
points de ces Ifles & de ces Côtes. M.
de Borda avoit fur fon bord trois horloges
marines de la conſtruction de M.
Bertrand , deux appartenantes au Gouvernement
François , & une qui avoit .
été prife à Cadix , & qui appartenoit au
154 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement Efpagnol. Il avoit pour
le feconder dans fes opérations , Dom
Toffigno , Aftronome Eſpagnol , M. de
Puységur , & plufieurs Officiers de Marine
diftingués . Il a relevé dans les anciennes
Cartes des erreurs nombreuſes , dont
quelques- unes vont à 30 & 40 minutes
en longitude.
M. de Borda a donné , dans fa relation
, une defcription du Pic de Ténérife
; il eft parvenu à monter jufqu'au
fommet de cette fameufe montagne à
travers les pierres pouces , & les rochers
de lave qui la compofent dans toute la
hauteur , & qui font amoncelés fans
ordre, Le fommet du Pic préfente le
crater d'un volcan ; ce crater eft ovale
ou elliptique ; il a 25 à 30 toifes dans
le fens du petit diamètre , & 35 à 49
dans le fens du plus grand. Il a à peine
30 pieds de profondeur ; le terrein en eft
affez chaud pour qu'on ne puiffe y tenir
long tems fans douleur. M. de Borda
a mefuré la hauteur de cette montagne
par le baromètre ; & , en appliquant à
fes obfervations la méthode de M. de
Luc , il trouve qu'elle eft de 11586
pieds. La même montagne , mefurée
par des opérations trigonométriques trèsexactes
, s'eft trouvée de 11424 pieds .
DÉCEMBRE. 1777. 195
fi
M. de Borda a imaginé un moyen
très- ingénieux de déterminer l'intensité
de la force magnétique , dans les diffé
fens parages qu'il a parcourus. Il réſulte
de fes obfervations qu'elle eft affez exactement
la même par-tout ,
mais que
elle ne paroît pas telle , elle ne varie
qu'en raifon de l'inclinaifon de fa direction
avec l'horifon ; inclinaifon qui
change & qui agit avec plus ou moins
d'obliquité.
M. Briffon , Maître de Phyfique &
d'Hiftoire Naturelle des Enfans de
France , & M. Cadet , ancien Apothicaire-
Major des Camps & Armées du
Roi , s'étant occupés des recherches fur
le premier reftringent des liqueurs , foit
fimples , foitcompofées , ils en ont renda
compte à l'Académie . Il réfulte de leur
travail , que la diffolution des fels aug.
mente le pouvoir réfringent de l'eau ;
mais que tous ne l'augmentent pas de
la même quantité. Le fel ammoniac ,
par exemple , eft celui de toutes les
fubftances falines qui leur a donné le
plus grand effet. Le pouvoir réfringent
n'a non plus aucune relation avec la
denfité des corps ; par exemple , l'efprit
de fel eft un milieu prefqu'auffi réfrin
G vj
56 MERCURE DE FRANCE.
1
gent que l'huile de vitriol , quoique la
pefanteur 1pécifique de cette dernière
foit d'un quart plus grande . Enfin l'huile
de térébenthine , quoique beaucoup
plus légère que l'eau , & par conféquent
que tous les acides minéraux , a plus de
pouvoir réfringent , & la térébenthine
elle-même en a prefqu'autant que le
verre. MM. Briffon & Cadet font enfuite
l'application de ces connoiffances à
la grande loupe brûlante appartenante
à feu M. de Trudaine , qui a été remplie
d'efprit-de -vin , & ils font voir qu'elle
feroit beaucoup plus d'effet , fi elle avoit
été remplie d'une diffolution de fel ammoniac
ou d'huile de térébenthine .
Ce Mémoire a éré fuivi d'un autre
de M. le Gentil , fur la conformité de
Aftronomie ancienne des Brames avec
celle des anciens Chaldéens . Ces derniers
Peuples , d'après des obfervations multipliées
& qui fe perdent dans l'antiquité
la plus reculée , avoient déterminé certaines
époques , certaines périodes au
bout defquelles revenoient les mêmes.
phénomènes aftronomiques. M. le Gentil
retrouve ces mêmes périodes chez les
Brames de nos jours , à quelques corrections
près , que le tems a fans doute
DÉCEMBRE. 1777. 157
enfeignées à leurs ancêtres , & c'eft encore
à l'aide de ces périodes qu'ils calculent
les éclipfes de Soleil & de Lune.
M. Petronet , premier Ingénieur des
Ponts & Chauffées , a lu enfuite un
Mémoire fur la reduction de l'épaiffeur
des piles , &fur la courbure qu'il convient
de donner aux voûtes pour que l'eau puiffe
paſſer plus librement fous les ponts. Dans
les ponts qui avoient été conftruits
prefque jufqu'à nos jours , les arches.
étoient indépendantes les unes des autres
, & chaque pile fervoit en quelque
forte de culée. Les ponts modernes . ont
été conftruits fur d'autres principes ; on
ne donne à chaque pile que l'épaiffeur
néceffaire pour foutenir le fardeau de la
voûte , & tout l'effort de cette dernière ,
de proche en proche , porte fur la culée .
M. Perronet fait fentir les avantages de
cette conftruction ; ils confiftent principa
lement dans l'économie des matériaux
& dans la liberté du paffage des eaux . I
fait voir comment on peut encore augmenter
ce dernier avantage en prenant le
plus haut qu'il eft poffible , l'origine de
la voûte , & en faifant les piles abfolu
ment droites jufqu'à cette origine .
La Séance a été terminée par un.Mé
r58 MERCURE DE FRANCE.
moire de M. Lavoifier fur une nouvelle
théorie de la combuftion & de la calcination.
Il établit d'abord que l'air eft un
compofé de la matière du feu , comme
diffolvant , unie & combinée avec une
fubftance qui lui fert de bafe & qui la
neutralife ; la combuftion , fuivant lui ,
n'eft autre choſe que la décompofition
même de l'air , c'eft-à- dire , la défunion
de fa bafe d'avec la matière du feu qui
la tenoit en diffolution . Il appuie fon
opinion 1. fur ce que la combuftion
ne peut avoir lieu fans air ; 2°. fur ce
que , dans toute combuftion , la base de
l'air eft abforbée & fe combine avec le
corps qui brûle : or la bafe de l'air ne
peut paffer dans une nouvelle combinaifon
, fans laiffer libre la matière du
feu qui la tenoit en diffolution ; alors
cette dernière reparoît avec les caractères
qui lui font propres , c'est-à- dire , avec
flamme , chaleur & lumière. Ce n'eft!
donc pas , dans l'opinion de M. Lavoi
frer , des corps qu'on a regardé jufqu'ici
comme combustibles , que fe dégage la
matière du feu , mais de l'air dans le
quel fe fait la combuftion ; de forte que
ce fluide élastique eft , faivant lui , le:
véritable & peut- être le feul corps com-
L
DÉCEMBRE, 17774 152
buftible de la nature . M. Lavoisier applique
cette théorie à la refpiration des
animaux ; il fait voir que l'air , dans cette
fonction animale , reçoit une altération
femblable en tout à celle qu'il éprouve
pendant la combuftion , qu'il eft en partie
converti en air fixe ou acide méphitique
; or ce changement , cette altéra
tion ne peut avoir lieu fans dégagement de
matière du feu : donc il doit y avoir dé
gagement de matière du feu dans le poul
mon , dans l'intervalle de l'infpiration à
l'expiration , & c'est cette matière do
feu fans doute qui , fe, diftribuant avec
le fang dans toute l'économie animale
y entretient une chaleur conftante de 32
degrés & demi environ au Thermomètre
de M. de Réaumur. M. Lavoifier
apporte pour preuve de cette dernière
allertion , une obſervation très-frappante
d'eft qu'il n'y a d'animaux chauds dans
La nature que ceux qui refpirent habiruellement
, & que cette chaleur est d'autant
plus grande que la refpiration eft plus
fréquente. Au refte , M. Lavoisier ne
propoſe ces idées qu'avec beaucoup de
réferve , & il fe propofe de dévelop-
рец
fucceffivement , dans différens Mémoires
, chaque partie de ce nouveau
fystême.
160 MERCURE DE FRANCE.
I I.
L'Académie Royale des Inferiptions &
Belles- Lettres tint fa Séance publique le
14 de Novembre. M. Dupuy , Secrétaire
Perpétuel , commença par annoncer
que le fieur Guilhem de Clermont
Baron de Sainte- Croix , demeurant à
Mourmoiron , près d'Avignon avoir
remporté le prix dont le fujet étoit
d'examiner les différens cultes rendus à
Cérès & à Proferpine , les divers attributs
de ces Divinités , &c. C'eft le troisième
Prix qu'il remporte ; & quoiqu'aujourd'hui
Affocié libre étranger , il a pu
concourir , attendu que fon élection eft
poftérieure à l'envoi qu'il avoit fait de
fon Mémoire . M. Dupuy publia enfuite
que le fujet du Prix qui fera diftribué
à Pâques 1779 , eft de rechercher ce
que les Monumens hiftoriques nous apprennent
des changemens arrivés fur la
furface du Globe , par le déplacement des
eauxde lamer. A cette publication fuccéda
Eloge hiftorique du Duc de la Vril-
Here , Honoraire de cette Académie.
Le reste de la Séance fut occupé par
les Mémoires fuivants : 1. vingt -fixième
DÉCEMBRE 1777 . 161
Mémoire fur la Légion ; par M. le Beau ,
qui a entrepris de développer tout ce
qui concerne la Légion Romaine. L'objet
de ce Mémoire étoit de traiter des
délits & des peines militaires. 29. Mémoire
fur les Edits des Ediles ; par M.
Bouchaud , fuite de fes Recherches hiftoriques
fur les Edits des Magiftrats Romains.
3º. Mémoires fur les caufes de la
haine perfonnelle qu'on a cru remarquer
entre Louis-le-Gros , Roi de France , &
Henri I , Roi d'Angleterre. Par M.
Gaillard, 4°. Mémoire fur la Philofophie
de Marc- Aurèle; par M. de Rochefort ,
qui a fait voir combien cet Empereur
Philofophe s'étoit attaché à ramener la
Stoicifme à fa première pureté. C'eft
par ce Mémoire que M. de Rochefort
termine l'Hiftoire des fyftêmes des Anciens
fur le Bonheur.
Nous donnerons dans le volume prochain
, une analyfe de ces Mémoires intéreffans
.
III.
L'Académie Royale d'Architecture a
ouvert fes Leçons publiques & gratuites
en faveur des Elèves de cet Art. M.
Leroi , de l'Académie des Infcriptions
162 MERCURE DE FRANCE.
& Belles- Lettres , commencera le Cours
de fes Leçons , par un Effai fur l'Architecture
, avec des obfervations fur la
compofition des Bafiliques , Places ,
Théâtres & autres Edifices publics de
première importance on y joindra un
abrégé de Vitruve , les principes élémentaires
des Ordres , &c. Ces Leçons
fe feront à onze heures , les lundi &
mercredi de chaque femaine . M. Mauduit,
Lecteur Royal en Mathématiques &
Cenfeur Royal , expliquera les mêmes
jours , depuis neuf heures & demie juſqu'à
onze , fes Leçons de Géométrie
théorique & pratique , dont il fera l'ap
plication aux toifés les plus en ufage
ainsi qu'aux développemens & à la pénétration
des corps ; & comme le Comte
d'Angiviller a réuni à l'Académie d'Architecture
la Chaire d'Hydrodinamique ,
fondée depuis peu de tems par un Miniftre
& Contrôleur-Général des Finan
ces , le fieur Abbé Boffut donnera dans
la même Salle , les mardi , jeudi &
famedi , fes Leçons élémentaires de
Méchanique ftatique , & expliquera fon
Traité d'Hydrodinamique.
›
DÉCEMBRE. 1777. f
163
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
a repris les repréfentations d'Armide ,
après le voyage de Fontainebleau .
Elle fe difpofe à donner inceffamment
l'Opéra de Roland , remis en Mufique
par M. Piccini ,
On continue de donner , les Jeudis
Céphale & Procris , un des Opéra qui
aura eu le plus de repréfentations à ce
Théâtre , & dont la Mufique aura
toujours, gagné davantage , étant plus
connue.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON n'a rien donné de nouveau fur ce
Théâtres mais on fe difpofe à y jouer
inceflamment la Tragédie de Muftapha
& Zeungir , depuis long- tems attendue
& defirée.
164 MERCURE DE FRANCE .
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné , le
Lundi 24 Novembre , la première repréfentation
de Félix ou l'Enfant- Trouvé,
Comédie en trois Actes , mêlée d'Ariettes
; par M. Sedaine , Mufique de M.
Moncini.
Il y a vingt-fept ans que Morin trouva,
après un défaftre affreux arrivé dans fon
Village , un enfant entre les bras d'une
Nourrice Allemande , avec des hardes
& quelques bijoux. Il prit foin de cet
enfant , qu'il nomma Félix , & l'éleva
comme fon fils . Il trouva auffi une valife
qui renfermoit une fomme affez
confidérable d'argent , dont il acheta
une Ferme , & qu'il fit valoir avec un
profit confidérable ; avec la réfolution
conftante de la rendre au Proprié
taire de l'argent , s'il peut le découvrir.
Ce Fermier eft père d'une fille en âge
d'être mariée , & de trois garçons , l'un
Dragon , l'autre Procureur , le troisième
Abbé , ou près de l'être. Le Baron de
DÉCEMBRE. 1777. 165
Verfac a la parole de Morin , pour épouferfa
fille ; mais elle a donné fon coeur
à Fèlix ce jeune- homme , qui l'aime
auffi avec paffion , ne pouvant prétendre
de l'obtenir pour femme , a pris
le parti de s'engager dans la Compagnie
du Dragon . Il eft fur le point de partir ;
c'est à regret qu'il s'arrache des lieux
où il eft retenu par la reconnoiffance
& l'amour, Il ne peut fouffrir d'être
le témoin du bonheur de fon rival . Il
prend fon bâton, & va dans la forêt avant
la naiffance du jour. Son Amante s'inquiète
de fon départ , & de ce qu'il fe
hafarde d'aller feul dans un bois où il
y a beaucoup de Voleurs & de Contrebandiers.
Elle ne peut s'empêcher de
lui marquer toute fa tendreffe. Morin
lui témoigne de même fa fenfibilité, & la
fatisfaction qu'il a toujours eue de fa conduite
, de fes travaux & de fes vertus ,
A peine le jeune- homme eft-il en chemin
pour aller dans la forêt , que l'on
entend un grand bruit , & les cris de
gens attaqués. L'Officier Dragon va
ignaler fa valeur , le Procureur court
verbalifer , M. de Verfac appelle fes
Chaffeurs & fes chiens , M. l'Abbé reſte
tranquille , & continue une lecture qu'il
1
166
MERCURE DE FRANCE.
a commencée. Félix avoit déjà délivré
le Voyageur des attaques des Brigands
; & bien-tôt on voit ramener , par
Morin & fes fils , ce Seigneur Allemand,
qui vante le courage & la générofité du
jeune -homme à qui il doit la vie. Ce
Voyageur remarque la fatalité qui le
pourfuit toujours dans le même endroit ;
il rappelle qu'à pareil jour , dans la
même forêt , il y a vingt- fept ans , qu'il
perdit fa valife , & qu'il éprouva un plus
grand malheur. Ces paroles font recueil
lies par Morin. Il fait part à M. de
Verfac & à fes fils , de fes foupçons , &
de l'obligation qu'il a de reftituer au
Voyageur la Ferme qui eft a lui , puifqu'elle
eft le prix de fon argent. Envain
M. de Verfac & fes fils veulent
le détourner de ce projet ; il ne ſe laiſſe
pas gagner par leurs raifonnemens , tous
dictés par l'intérêt. Il en croit davantage
les confeils de feu fon Pafteur. La
fille de Morin & Félix , font les feuls
qui applaudiffent à fa probité , & qui
offrent de le confoler par leurs foins &
par leurs travaux , de la perte de fa
fortune. Morin déclare donc au Voya
geur , que la Ferme dont il a admiré
Fordre & la richeffe , lui appartient ,
1
DÉCEMBRE. 1777. 167
puifque c'eft avec fon argent qu'il l'a acquife.
Le Voyageur a reconnu fon libérateur
dans Félix , & lui donne le bien
qu'il a été forcé de reprendre . Félix le
reftitue à Morin fon bienfaiteur. Ce
Voyageur , Seigneur Allemand , a l'efpérance
de retrouver encore dans Félix
plus que fon libérateur on lui a fair
voir les bijoux & les hardes qui étoient
dans le berceau de Félix . On fait venir
fa Nourrice ; elle reconnoît le Voyageur;
elle lui dit quelques mots Allemands
qui lui font fe récrier : Ah ! c'eft mon
fils. Après cette reconnoiffance , Félix
renonce à fon engagement , & eſt au
comble de tous fes voeux en recouvrant
fon père & obtenant la main de fa Maîtreffe
.
Cette Piéce n'a point paru d'un intérêt
affez ménagé ni affez foutenu : l'action
a femblé un peu romanefque ; il
y a des détails longs & minutieux . Les
caractères des fils de Morin , quoique
deffinés chacun d'après l'état qu'ils ont
embraffé , n'ont pas produit l'effet qu'on
en attendoit ; ils fe confondent & fe
nuifent. Quelques traits même d'un intérêt
trop groffier , ont fait de la peine.
Un feul caractère qui eût contraſté avec
168 MERCURE DE FRANCE.
celui de Félix , eût été fans doute plus
heureux & plus théâtral . Au reſte , on
a trouvé dans ce Drame comme dans
toutes les Piéces de M. Sedaine , beau
coup d'art , beaucoup d'intelligence du
Théâtre & de Scènes très - bien faites .
La Mufique a été applaudie dans quelques
airs chantés par Félix , & dans un
trio charmant placé vers la fin du troifième
Acte , & parfaitement exécuté par
Madame Trial & par MM. Clairval &
Nainville. C'eft ce qui a fait principalement
le fuccès de cette Pièce . Les
rôles ont été parfaitement remplis par
Mefdames Trial , Dugazon , Mlle Defglands
; & par MM. Clairval , Trial ,
Nainville , Narbonne , Suin & Thomaflin.
'ARTS.
DÉCEMBRE. 1777. 169
ART S.
GRAVURES.
I.
Le Repos , Eftampe d'environ 14 pouces
de haut fur dix de large , gravée par
Clément Bervic , d'après le tableau
original de N. B. Lépicié , Peintre
du Roi. A Paris , chez Lépicié ,
Peintre du Roi , à l'Académie Royale
de Peinture ; & chez Bervic , Graveur
, rue Bétizi , vis - à - vis celle Tirechappe
, maifon de M. Milet , Marchand
Epicier. Prix 3 liv.
LA Scène de certe Eftampe nous repréfente
un bon Vieillard qui fe repofe la
tête appuyée fur une de fes mains . Il a
auprès de lui fon enfant qui dort. La
tête du Vieillard eft étudiée , & ces
deux figures offrent des vérités de
nature très bien faifies . Cette compofition
a été rendue par le Graveur avec
H
170 MERCURE DE FRANCE .
intelligence. Les travaux de fon burin
font purs , variés , & d'un bon effet.
I I.
-de - Garde Hollandois , Eftampe
d'environ 20 pouces de hauteur , &
21 de largeur , dédiée à M. le Marquis
d'Arcambal , Brigadier , Colonel
en chef de la Légion Corfe ,
& gravée d'après un tableau de G.
Schaleken , par M. Maleuvre , rue
des Mathurins , chez M. Ballard ,
Imprimeur. Prix 8 liv.
Cette Eftampe fait honneur à M.
Maleuvre , qui a fu varier artiftement
fes travaux , & donner un bon effet de
couleur , de clair & d'ombre à cette
grande compofition .
II I.
Les Confeils Maternels , Eftampe nouvelle
d'environ 16 pouces de hauteur
& treize de largeur , dédiée à M. le
Comte de la Billarderie d'Angiviller .
Cette Eftampe eft d'un burin agréable
précieux , & d'un bon effet de couDÉCEMBRE.
1777. 171
leur ; elle eft gravée par M. l'Empereur
d'après le tableau de M. Wille ; elle
peut fervir de pendant à la Mère Indulgente
, publiée l'année dernière par
le même Graveur . A Paris , chez M.
l'Empereur , Graveur du Roi & de LL .
MM . II . & R. , rue & porte S. Jacques
au-deffus du petit Marché
IV .
·
Senfible aux témoignages de reconnoiffance
que le Public lui a donné
en accueillant la première fuite d'Ef
tampes gravées d'après les Maîtres
Hollandois & Flamans , M. le Brun va ,
dit-on , faire paroître inceffamment la
feconde fuite de cette collection intéreffante
. Nous nous hâtons d'en prévenir
les Amateurs , attendu qu'ils ont
paru la defirer depuis long- tems . L'on
ne peut que féliciter l'Editeur d'une
telle entreprife , puifque , grace à fes
foins , l'on pourra du moins avoir une
idée de ces Maîtres célèbres , que la
richeffe feule femble avoir droit de fe
procurer , & que fon avarice enferme
dans des cabinets myftérieux , où leurs
yeux jaloux peuvent feuls en admirer
les beautés.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE d'un Amateur à l'Auteur du
Mercure de France, aufujet de l'Estampe
du Gâteau des Rois.
MONSIEUR ,
COMME
OMME Vous n'avez point encore annoncé la
nouvelle Eftampe gravée par M. Flipart , d'après
le Tableau original de M. Greuze , fouffrez
qu'un Amateur , qui a fous les yeux les plus
belles Gravures anciennes & modernes , & les a
fouvent comparées , vous expofe les remarques
qu'il a faites fur cette nouvelle Eftampe . Des Obfervations
critiques fur un Tableau , ne peuvent
fans doute être trop fages , trop modérées. Le
Tableau critiqué refte fouvent renfermé & hors
de la vue du Public Amateur. Ce Tableau par
conféquent ne peut répondre pour l'Artifte, fouvent
dans l'impuiffance de repouffer autrement
la critique. Il n'en eft pas de même d'une Eſtampe,
d'une Eftampe fur-tout auffi répandue que celle
du Gâteau des Rois. Elle eft fous les yeux de tous
ceux qui defirent la voir . Les Obfervations qu'elle
peut faire naître , font par conféquent aiſées à
être vérifiées ; & l'Artifte n'a befoin d'employer
d'autres défenfes devant des Juges éclairés , que
la vue même de fon Eftampe, C'eft d'après ces
confidérations que je crois pouvoir hafarder
quelques remarques critiques , qui auront princi
palement pour objet les progrès de l'Art .
DÉCEMBRE. 1777. 173
La nouvelle Eftampe eft intitulée le Gâteau des
Rois ; & ce titre feul femble annoncer un repas ,
une fête de famille que la joie & la gaieté doivent
auimer. Cependant la première impreffion
que fait le licu de la ſcène , eſt une impreffion de
trifteffe.Celieu a plutôt l'air d'une prifon que d'une
chambre de Villageois . On n'y apperçoit pour
tout ornement & pour tout détail , qu'une espèce
de foupirail , & quelques folives , dont on ne devine
pas même la direction , par le peu de foin
qu'a pris l'Artifte de mettre les objets en perf
pective. C'est un reproche que l'on a déjà fait à
M. Greuze , de ne pas affez varier fes chambres
ruftiques , & de ne pas fuivre , pour cette partie,
la méthode de Teniers , d'Oftade , & c. qui ne
peignoient jamais les fonds de leurs Tableaux
que d'après nature. Auffi quelle richeffe, quelle
variété , & même quelle ingénieuſe vérité dans
le lieu de la fcène & les acceffoirs de leurs Tableaux
! comme la lumière y circule & donne du
relief aux objets !
Le principal Perfonnage qu'offre d'abord l'ES
tampe du Gâteau des Rois , eft le Père de Famille.
Il tient une ferviette , dans laquelle font renfermées
les parts du gâteau qui doivent être diftri
buées . C'eft affez l'ufage de laiffer aux femmes ,
fi propres par leur douceur & leur gaieté naturelle
a animer les plaifirs de la table , le foin de
préfider à ces fortes de petites Fêtes domeftiques.
Quoi qu'il en foit, puifque l'Artiſte a voulu que ce
fut le Père de Famille qui rempliffe cette fonction
, on auroit defiré du moins que fon caractère
de tête fût plus analogue au rôle qu'on lui donne.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Nous avouerons avec plaifir que cette tête eft
belle , qu'elle a de la nobleffe ; mais fon expreffion
eft indécife . Ce Vieillard paroît même diftrait
, & ne prendre aucun intérêt à ce qui ſe paſſe
devant lui. Son air férieux femble infpirer de la
gêne & de la contrainte au plus jeune des garçons
qui tire les parts du gâteau. Un Artifte qui pofsède
éminemment la Science du deffin , peut l'indiquer
& l'écrire , en quelque forte , dans les
formes très-articulées d'un Vieillard . Mais on
fouffriroit impatiemment que , pour faire paroître
cette Science , il exagérât ces mêmes formes
dans le corps foible & délicat d'un enfant. C'eft
cependant ce que l'Artifte s'eft permis dans le
Perfonnage du petit garçon qui tire les parts du
gâteau. Qu'en est- il arrivé ? En voulant trop accufer
les formes de l'enfance , il a fait difparoître
les graces qui lui font fi naturelles : l'enfemble
de cette figure eft d'ailleurs un peu équivoque
; ce qui provient de ce que la jambe droite,
dont le raccourci n'eft point rendu exactement ,
paroît plus courte que la gauche.
Une jeune fille, que l'on peut fuppofer être la
foeur aînée de l'enfant , eft derrièrè lui , pour
l'aider à s'acquitter de la fonction dont il eft
chargé. L'expreffion de ce Perfonnage eft encore
indécife , & la figure n'a point ces graces
naïves que l'Artifte fait répandre , quand il veur ,
fur les Perfonnages de jeunes filles , & que l'on
auroit defiré de trouver dans cette foeur aînée ,
puifqu'elle eft placée fur le premier plan de la
compofition.
Derrière le Père, & un peu dans la demie teinte,
DÉCEMBRE . 1777. 175
eft une autre foeur qui a l'air de bouder , parce
qu'elle n'a point été choifie pour diftribuer les
parts du gâteau. Si l'on peut reprocher en général
à toutes les figures de cette compofition ,
de pécher par la correction du deffin , & de ne
pas faire affez fentir les formes des bras & des
jambes fous leurs vêtemens , ce défaut paroît
fur- tout fenfible dans la figure de cette petite
fille . Elle a l'air d'un enfant noué , & l'on a de
la peine à diftinguer fi c'eft fa main qu'elle porte
à la bouche. On permet fans doute à un Aitifte
qui nous fait voir fa compofition dans une efquiffe
peinte à l'huile ou deffinée au crayon , de
négliger différentes parties ; mais dans une Eftampe
gravée avec prétention , retouchée &
corrigée plufieurs fois par le Peintre lui - même ,
& publiée comme la traduction , en quelque
forte , d'un Tableau fiui , on a droit d'exiger la
plus grande précision dans le deffin .
2
La Mère de Famille eft affife à un des bouts de
la table . Elle vient de recevoir une des parts du
gâteau qu'un petit enfant , placé près d'elle , tient
dans les mains , & qu'il voudroit bien lui dérober.
La bonne- mère feint de ne pas s'appercevoir
de ce larcin qui la réjouit. Il eft à préfumer du
moins que telle a été la pensée de l'Artifte , par
la difpofition des figures ; car la phifionomie de
la mère n'indique rien ; fa bouche à moitié ouverte
eft , par l'infidélité du trait ,
fans grace
fans expreffion. Nous difons l'infidélité du trait ,
parce que nous fuppofons que cette incorrection ,
& autres que l'on peut reprocher à l'Eftampe ,
ne fe trouvent point dans le Tableau original que
nous n'avons pas vu.
&
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Sur le fecond Plan de cette même compofition,,
& du côté du père , l'on voit un jeune - homme,
qui , les bras élevés au - dellus de la tête , apporte
une grande terrine remplie de foupe. L'Artifte ,
dans la vue fans doute d'interrompre la ligne
horifontale de fa compofition , a cru devoir y
placer un trait pyramidal . Mais en employant ce
trait , il a eu plus d'égard à la forme pittorefque
de fa compofition , qu'à ce qu'il a vu pratiquer
par-tour. Nous nous en rapportons à lui - même.
Seroit- il bien à ſon aiſe , ſi , étant à table , il
voyoit un Domestique , ou toute autre perfonne,
porter en l'air , & au- deffus de la tête des convives
, un potage tout bouillant , & fujet à être
renverfé au premier défaut d'équilibre ? Jordans,
dans une de les compofitions , a également employé
ce trait pyramidal ; mais c'eſt un pâté que
l'on porte, & la faute du Peintre Flamand eft plus
excufable. Ici , au contraire , c'eft un potage
très-chaud , à en ` juger du moins par la fumée
fort épaiffe qui s'en élève .
Derrière ce porteur de foupe, font deux jeunes
perfonnes qui paroiffent s'intéreffer à l'action de
leur petit frère , diftribuant les parts du gâteau.
Le grouppe de ces jeunes filles eft agréablement
difpofé , & leurs airs de tête ne font pas inconnus
aux Amateurs , qui ont dû les remarquer dans
plufieurs autres Eftampes gravées d'après M.
Greuze. On peut obferver , en dernier lieu , que
la lumière dans cette Eftampe , eft diftribuée par
éclats , & fans harmonie par conféquent , ce qui
peut provenir de ce que l'Artifte , en peignant
fon Tableau , ne s'eft fervi que d'une lumière
DÉCEMBRE. 1777. 177
vive & refferrée , dont l'effet eft de découper, en
quelque forte , les objets fur lefquels elle fe
trouve réfléchie .
Cette nouvelle Eftampe a été gravée par M.
Flipart ; & , foit que le fujet l'ait ennuyé ou ne
l'ait nullement infpiré , cette Planche eft bien
inférieure aux deux précédentes , du même format
, qu'il a gravées d'après le même Artifte. Sa
Gravure eft , en général , trop pouffée au noir ,
& reflemble plutôt à une manière noire ufée ,
qu'à une Gravure au burin. Les tailles d'ailleurs
font trop sèches , trop maigres ; les traveaux trop
égaux , ce qui empêche l'effet de la dégradation ,
répand fur l'Eftampe une trifte uniformité , &
ôte aux objets le caractère qui leur eft propre.
Cette Eftampe cependant pourra plaire au plus
grand nombre des Amateurs qui , peu
familiers
avec les Gravures des Wifcher, des Bollvert, des
Edelinck des Gérard Audran , &c . doivent
être moins fenfibles au mérite de l'exécution
qu'au choix d'un fujet qui leur rappelle des
moeurs champêtres toujours agréables à voir par
le fentiment d'innocence & de vertu qu'elles
infpirent.
,
>
Mais comme en Gravure ainfi qu'en Peinture ,en
Sculpture , & même en Poëfie , c'eft le mérite de
l'exécution qui embaume l'ouvrage & le confervé
pour la poftérité ; nous craignons que la plupart
des Eftampes modernes, fi fort à la mode aujourd'hui
, ne puiffent furvivre à notre fiécle . Dans
quel tems cependant la Gravure a- t - elle été plus
accueillie , plus recherchée , mieux payée ? Tellé
Eftampe qui n'aura aujourd'hui d'autre mérite que
H v
178 MERCURE DE FRANCE.
la nouveauté , fera quelquefois portée à un prix
plus haut dans une vente , que toute la fuite des
magnifiques Eftampes de Gérard Audran . Il eft vrai
que cette manie ne peut être attribuée aux vrais
Connoiffeurs, mais bien à quelques Curiolets qui ne
connoiffent que leur fiècle, & ne jugent du mérite
d'une Eftampe , que quand ils l'ont payée,
très-cher. Ils font bien fecondés dans cette opinion
par différens Marchands d'Eftampes , dont
la conduite eft très - adroite . Ils ont fû perfuader
aux Amateurs un peu novices , que quand une
Estampe moderne paroît , ils ne tiennent rien
s'ils n'ont cette Eftampe avant telle & telle remarque.
Ils donnent, par ce moyen , l'alerte aux
Amateurs , qui s'empreffent de fe présenter les
premiers pour avoir de ces épreuves recherchées :
& lorfque cette foule augmente , c'est alors qu'ils
mettent le prix qu'ils veulent à leurs épreuves.
Le jour même que l'Eftampe du Gâteau des Rois
parut, un Colporteur d'Eftampes, qu'il eft inutile
de nommer ici , mais qui eft très -connu par fon
habileté à former des ſpéculations fur l'ineptie
de les pratiques , avoit des épreuves de trois
différens prix , l'une à 16 liv. l'autre à 24 liv . &
une troisième à 36 liv. Et pour perfuader à l'Amateur
qu'il ne devoit point héfiter de donner fes
36 livres , il lui faifoit remarquer que l'épreuve
qu'il lui préfentoit étoit avant l'adreffe de l'Auteur.
Il avoit taxé à 24 liv. les épreuves où fe
trouvoit, dans l'Infcription du bas de l'Eftampe,
un point mal placé ; & à 16 liv. celle où l'on
yoyoit au haut de l'Eftampe , la date du jour
que la planche a été commencée . Cette date ,plus
ou moins lifible , fervira fans doute encore à faire
иде
DÉCEMBRE. 1777 179
renchérir l'Eſtampe. Il ne manqueroit plus ici que
des épreuves avant la Lettre; mais malheureufement
pour les Marchands , M. Greuze n'en fait
point tirer ; & les épreuves des planches avant
la Lettre, gravées par M. Flipart , d'après les Tableaux
de M. Greuze , qui peuvent exiſter , font
des épreuves que le Graveur a fait faire pour
voir les progrès de fa planche ; épreuves par
conféquent non finies.
Une dernière remarque que l'on peut faire au
fujet de cette eſpèce d'agiotage , & qu'il eft bon
d'inférer ici , parce qu'elle peut être utile aux
Amateurs un peu novices, c'eft que l'épreuve même
avant la Lettre , à moins qu'ils ne la tiennent d'un
Artifte exact & connu , n'eft plus pour eux un
témoignage certain d'une première épreuve , depuis
fur-tout que ces fortes d'épreuves fe font fi
fort multipliées , & que l'on a va le Propriétaire
de plufieurs Planches recherchées , couvrir luimême
l'écriture de fes Planches , & en faire tirer
des épreuves fans lettres . Un poffeffeur de Planches
, qui fe prête à ces fortes de fupercheries ,
aura quelquefois honte de livrer lui-même ces
prétendues épreuves avant la Lettre ; mais il les
gliffera adroitement dans des ventes publiques ,
fera paffer cet hameçon fous les yeux des Curiolets
, & rira le premier de leur bonne-foi en recevant
leur
argent.
Ces fupercheries ne font pas fans doute fort
honnêtes , & font rejetées par tous les Artiftes
qui ont une réputation à conferver ; mais comme
quelques Propriétaires de Planches ne pensent pas
de même, & pourroient être tentés de renouve
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
ler ces petites fraudes de commerce , nous croyons
devoir les dénoncer ici . C'eft un avertiffement
pour les nouveaux Amateurs qui ne fe connoiffent
point en beauté d'épreuve , de s'en rapporter
plutôt aux confeils d'un Artiſte connu , où d'un
Amateur éclairé , qu'à de petites remarques équivoques,
& que le Colporteur d'Eftampes , fi bien
infpiré par le defir du gain , peut toujours imiter
ou contrefaire .
Au refte , quel avantage trouve - t-on à pofféder
la première épreuve d'une Gravure médiocre?
Un Amateur a fans doute quelque raifon de rechercher
les premières épreuves d'une Planche
recommandable par la magie d'un burin pur ,
fouple , harmonieux. Mais quelle grande différence
peut- il y avoir entre les premières & les
dernières épreuves d'une Planche , où l'on n'ap
perçoit le plus fouvent que les tailles égratignées
d'une eau-forte mal conduite, oules travaux peinés
d'un burin fec , fans variété , fans harmonie &
fans grace?
MUSIQUE.
I.
DEUXIEME Recueil d'airs des Trois
Fermiers , arrangé pour le clavecin ou le
forté- piano , avec accompagnement , par
DÉCEMBRE. 1777, 181
M. Bénaut , Maître de clavecin . Prix
1 liv . 16 fols , chez M. Bénaut , rue
Dauphine , près la rue Chriftine.
I 1.
Carillon des Cloches , arrangé pour
l'orgue , & deſtiné aux premières Vêpres
des Morts . Prix 1 liv. 16 fols , par le
même , & à la même adreffe.
III.
Magnificat en ut majeur, dédié à Madame
de Franqueville
›
Abbeffe de
l'Abbaye Royale de Marquette en Flandres.
Prix 2 liv. 8 fols ; par le même
& à la même adreffe.
SCULPTURE.
LE Lundi 24 Novembre , il a été
placé dans le Foyer de la Comédie
Françoiſe , le Bufte en marbre de
Pierre Corneille , exécuté par M. Caffiéri
Sculpteur du Roi , d'après le
Portrait original peint par Charles le
182 MERCURE DE FRANCE.
Brun , & la vie de Pierre Corneille par
Fontenelle. L'Auteur a tâché de rendre
fon caractère ferme & vigoureux , cet
efprit vafte & éclairé , fa bonhommie
& fa fimplicité. Depuis long- tems MM.
les Comédiens du Roi defiroient d'élever
un monument au Grand Corneille ,
comme une marque de leur vénération &
de leur refpect.
ÉPOQUES.
Cartes imprimées.
POQUES élémentaires d'Hiftoire Univerfelle
, fuivant la chronologie vulgaire
; efpèce d'A , B , C hiftorique
en 58 leçons , dont une pour chaque
fiècle , publiées fous le nom de M. Mahaux
, & compofées réellement par fen
M. de Saint- Jobert. A Paris , au Bureau
de l'abonnement littéraire , rue & à côté
de l'ancienne Comédie Françoife. Prix
24 fols.
el
ol ! " {
b
lafi
DÉCEMBRE. 1777. 183
Cours d'Hiftoire Naturelle.
M. VALMONT DE BOMARE , Démonftrateur
d'Hiftoire Naturelle avoué
du Gouvernement , Membre de diverfes
Académies de l'Europe , & du Collége
de Pharmacie de Paris , Cenfeur Royal ,
onvrira fon Cours d'Hiftoire Naturelle
concernant les minéraux , les végétaux ,
les animaux , & les principaux phénomènes
de la nature , en fon Cabinet ,
rue de la Verrerie la porte - cochère
en face de la rue des deux Portes , le
Samedi 6 Décembre 1777 , à onze
heures préciſes du matin , & en continuera
les Séances les Mardi , Jeudi &
Samedi de chaque femaine , à onze
heures & demie très -précifes. Les perfonnes
qui defireront fuivre fes leçons ,
font invitées à entendre le difcours fur
le Spectacle & l'étude de la Nature , que
le Profeffeur prononcera à l'ouverture
de ce Cours.
184 MERCURE DE FRANCE.
Cours de Sciences Politiques & de
Grammaire Allemande.
M. JUNQUER , de l'Univerfité &
de l'Académie des Belles - Lettres de
Goettingen , Cenfeur Royal , ancien
Profeffeur de l'Ecole Royale Militaire
de Paris , recommencera , le premier
Décembre , fon Cours de Sciences
politiques , auffi bien que celui de
Grammaire Allemande , & les continuera
pendant fix mois tous les Lundi , Mercredi
& Vendredi , le premier depuis 10
heures du matin jufqu'à midi , & le fecond
de midi à 1 heure , ou bien de 9 à 10
heures , fuivant que l'on en conviendra .
Dans le Cours de Sciences politiques ,
il explique fucceffivement les principes
du droit naturel , du droit politique ou de
la théorie de la Societé civile , & du droit
des gens naturel . Puis il fait connoître
la conftitution , tant phyfique que politique
, & le droit public des Royaumes
& Républiques d'Europe , après avoir
développé les événemens qui ont proDÉCEMBRE.
1777 185
duit la préfente forme de gouvernement
de chaque Etat. Il paffe enfuite au droit
des gens conventionnel (vulgairement
appelé le droit public d'Europe , ) ayant
pour objet les droits & obligations réciproques
des Nations , fondés fur les
traités de paix , d'alliance , de commerce,
&c. defquels traités il fait une analyſe
raifonnée & pragmatique ; & il finit
par des obfervations folides & utiles
fur les intérêts des Princes , auffi bien
que fur les fonctions de Négociateur ,
d'Ambaffadeur & de Miniftre public ,
Il fuffit d'indiquer ces objets , fi dignes
d'occuper la jeune Nobleffe , pour faire
fentir combien ils doivent intérefer
tous ceux qui veulent voyager avec fruit ,
ou qui fe deftinent aux affaires d'Etat :
& fi M. J. ajoute que fes leçons font
propres à faire aimer les devoirs d'Homme
& de Citoyen , & chérir la conftitution
Françoife , il ne craint pas d'être
contredit par les perfonnes refpectables
qui les ont fuivies jufqu'ici . Le prix de
ce Cours eft de fix louis pour les 6 mois ,
& celui de Grammaire Allemande
de trois louis , qui fe payent d'avance .
Ceux qui voudront fuivre l'un ou l'autre,
font priés de fe faire infcrire quelques
,
186 MERCURE DE FRANCE.
jours auparavant. M. J. qui donne auffi
chez lui des leçons particulières , demeure
rue Mazarine , en entrant du côté du
Collége des Quatre - Nations , la feconde
porte- cochère à gauche. L'Abrégé de fa
Grammaire , dont il fe fert dans fes
leçons fe trouve chez Mufier , Libraire
, rue du Foin S. Jacques.
!
›
Cours de Phyfique expérimentale.
M. SIGAUD DE LA FOND , Profeffeur
de Phyfique expérimentale , de la Sociéte
Royale des Sciences de Montpellier , des
Académies de St-Pétersbourg , d'Angers ,
de Bavière , de Valladolid , de Florence ,
&c. commencera un Cours de Phyfique
expérimentale le Mardi 9 Décembre
à midi ; il le continuera les Mardi ,
Jeudi & Samedi à la même heure. It
én commencera un fecond le Mercredi
10 , à fix heures du foir. Il le continuera
les Lundi , Mercredi & Vendredi de
chaque femaine , à la même heure ,
dans fon Cabinet de Machines , rue S.
Jacques , près Saint - Yves , maifon de
l'Univerfité.
DÉCEMBRE. 1777. 187
Il y traitera amplement des nouvelles
efpèces d'air fixe ; & fon Neveu , M..
Rouland , Démonftrateur en l'Univerfité
, fe chargera de donner des leçons
particulières à ceux qui prendront avec
lui des arrangemens à cet effet.
Cours de Langue Italienne .
M. L'ABBÉ MUGNOZI , Romain , Docteur
en Théologie dans l'Univerfité de
la Sapience à Rome , & Profeffeur de
Langue Italienne à Paris depuis quelques
années , commencera fon Cours
de Langue Italienne Mercredi 3 Décembre
1777 , depuis dix heures jufqu'à
midi , & il le fuivra tous les Lundi
Mercredi & Vendredi de chaque femaine.
Il donne auffi tous les jours des leçons
particulières chez lui , & en Ville.
Il demeure chez M. Dufour , Marchand
Frippier , au coin des rues des
Prouvaires & Traînée , vis - à - vis le
petit Portail de S. Euftache .
188 MERCURE DE FRANCE.
Cours fur l'Art du Trait ou Coupe des
Pierres.
LE Sieur LOUCHET , Profeffeur de
l'Art du trait ou coupe des Pierres ,
continue de donner des leçons fur cette
Science , fi néceffaire à ceux qui ſe deftinent
à l'Architecture Civile & Militaire
aux Entrepreneurs de Bâtimens.
Il enfeigne chez lui & en Ville ; il continue
auffi d'aller chez les Amateurs
qui lui font l'honneur de le demander.
3
Sa demeure eft Cloître S. Louis du
Louvre , maifon du Chapitre , vis- àvis
le Guichet de la rue S. Thomas ;
ou à l'Académie Royale d'Architecture ,
où il donne fes leçons aux Elèves de
ladite Académie .
DÉCEMBRE . 1777. 189
LETTRE de M. DE VOLTAIRE , en
réponse à celle de M. de MESSANCE ,
Receveur des Tailles à Saint-Etienne
en-Forez, qui lui avoit envoyé fes
calculs fur les probabilités de la durée
de la vie.
A Ferney.
J'ai reçu , Monfieur , ma condamnation par
livres , fols & deniers , que vous avez eu la patience
de faire & la bonté de m'envoyer, J'admire
votre fagacité , & je me foumets à mon arrêt fans
aucun murmure. Tout le monde meurt au même
âge; car il eft abfolument égal , quand on en eft -là ,
d'avoir vécu vingt heures ou vingt mille fiècles.
M. F. T. avoit fans doute notre néant devant les
yeux quand il a établi fes rentes viagères. J'ai
fait mettre au chevet de mon lit mon compte
final , dout je vous ai beaucoup d'obligations.
Rien n'eft plus propre à me confoler des misères
de cette vie , que de fonger continuellement que
tout eft zéro. Ce qui eft très- réel , c'est l'exactitude
de votre travail , fon utilité , & la reconnoiffance
que je vous dois. Ce font les fentimens avec
lefquels j'ai l'honneur d'être , & c.
190 MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I. *
LE Sieur GEORGET , Serrurier rue
des Prêcheurs, a inventé de nouvelles Serrures
, faites pour garantir de toute crainte
des roffignols & autres tentatives des
voleurs elles ont été honorées de l'approbation
de Sa Majefté , de celle du
Magiftrat de la Police , & de l'Acadé
mie d'Architecture .
I I.
Le fieur Perier le jeune continue ,
avec un égal fuccès , à procurer aux perfonnes
eftropiées d'un feul côté du corps ,
de grands foulagemens , au moyen de la
jambe & fupport méchaniques qu'il a
inventés , & auxquels l'Académie Royale
des Sciences a donné l'approbation la
plus fatisfaifante , en préférant ce fupport
du fieur Perier à la béquille à potence ,
qui déforme le corps . Il prie ceux qui
DÉCEMBRE . 1777. 191
{
lui écriront d'affranchir leurs lettres . Son
adreffe eft au Château de Villeroi , route
de Fontainebleau , près d'Effone.
III.
Le Sieur Morand , Architecte de la
Ville de Lyon , vient de préfenter au
Gouvernement une machine hydraulique
de fa compofition , qui réunit les plus
grands avantages par la fûreté du méchanifme,
par fa fimplicité, & par le peu dé
dépenfe qu'elle occafionne. Cette máchine
eft propre à élever les eaux à telle
hauteur qu'on voudra : elle pourra donc
être également employée aux différens
objets d'agrémens & d'utilité, même pour
les irrigations des prairies & des jardins.
Une pente de trois pieds fuffit pour, la
inettre en un mouvement continuel ,
fans autre moteur que celui du poids de
l'eau. Cette machine étoit faite depuis
plus de deux ans , à Paris , où elle étoit en
dépôt ; ce n'eft qu'après des expériences
réitérées faites par le Sieur Morand',
qu'il s'est déterminé à la préfenter au
Public .
AMOCI. A
192 MERCURE DE FRANCE.
I V.
La Société Patriotique de Siléfie, a
fait publier depuis peu , en faveur des
Habitans de la campagne , une Méthode
bien fimple , & plufieurs fois éprouvée ,
pour guérir toutes fortes de plaies , de
bleffures ou de contufions . Ce remède
confifte uniquement en un emplâtre de
miel pur , & fans aucun mélange de
quelque ingrédient que ce puiffe être .
On étend le miel fur un morceau de
linge plié en trois ou quatre , & on
l'applique fur la partie bleffée . On recommande
de ne laver la plaie ni avec
de l'eau , ni avec du vin ni avec ,
aucune espèce de liquide . On défend
auffi d'y mettre du fucre , & d'autres
calmans . Si la plaie eft large & profonde ,
on aura foin , quatre ou cinq heures
après avoir appliqué le premier emplâtre,
d'en mettre un fecond ; on ôtera celuici
après un égal efpace de tems ; alors
on verra fi la plaie fe ferme , ou s'il eft
néceffaire de continuer le remède. Dans
24 heures la guérifon doit être parfaite,
à moins qu'il n'y ait quelque os endommagé,
DÉCEMBRE. 1777 193
AVIS.
I.
Articles nouvellement rentrés au Magafin
du petit Dunkerque , chez Granéhez
Bijoutier de la Reine , Quai de Conti. ¹
UNN affortiment confidérable de tabatières ,
journées , bonbonnierès , étuits , ſouvenirs , &
autres bijoux en or émaillé , d'un fond tranfpa,
rant , imitant les agathes arborifées , ou les ou
vrages travaillés en cheveux fous glaces . Ces
bijoux font nouveaux , & fans contredit ce qu'on
a fait de plus beau en ce genre. Les premières
pièces ont été préfentées & achetées par le Roi ,
la Reine & la Famille Royale .
Les mêmes pièces en or émaillé en gris , roſe
bleu , citron , puce , capucine , lilas , & autres
imitant les petits velours.
Flacons d'or en amande , émaillés, pour effence,
de rofe. Crayons d'or plats , avec cachet & lorgnette.
Chaînes de montres de femmes en or, à
la Turque , émaillées à deux faces , de couleurs
différentes : les médaillons peints à ſujets tirés de
l'antique , & les breloques analogues. Idem, pour
hommes à trois médaillons d'émail , avec une
treffe de cheveux entre deux chaînons d'or.
1
194 MERCURE DE FRANCE.
Sacs à filet & à parfiler , d'une nouvelle invention
, très-commodes , ferinant à clef. Le premier
a été fait pour la Reine .
Tabatières à l'abondance , en écaille de couleurs,
garnies d'or , à cinq médaillons en relief, grandeur
de bagues , repréfentant Henri IV, le Roi ,
la Reine , l'Empereur & l'Impératrice , dont les
creux ont été gravés par Wirte , & au centre une
gerbe d'or, avec cette devife : Ils l'ontfait naître.
Prix , 96 liv. pour hommes & pour femmes. Autres
tabatières de deux couleurs , dites boëteufes.
Tabatières & autres objets en métal de Manheim
, les bordures ou ornemens en or de rapport
en diverfes couleurs , ce qui rend ces bijoux folides
& auli beaux que s'ils étoient totalement
d'or.
Idem. Bonbonnières en balon avec gerbe en
cheveux fur burgofe , en cryftal de roche , garnies
d'or émaillé , imitant les perles & pierres
précieufes.
Nouveaux modèles de boucles en argent moiré.
Les premiers modèles ont été faits pour Mgr le
Comte d'Artois , Idem, couvertes d'or guillochées,
avec bordures en or de couleurs.
Cordons de cannes & de montres en cheveux
teints en couleur de rofe , verd , bleu , chamois ,
&c. fimples ou garnis d'or , d'émail , de perles
& de diamans . Il en fera faire de toutes les nuances
demandées. L'apprêt qu'ils fubiffent néceffairement
pour pouvoir prendre la couleur , ne laiffe
plus aucun doute fur la propreté des cheveux
dont ils font faits ; & les Dames pourront en
DÉCEMBRE. 1777. 195
porter en colliers , bracelets , bagues , &c. avec
toute fécurité .
Un affortiment de pièces nouvelles en porcelaine
de Clignancourt , comme garniture de cheminées
, déjeûners , pendules , flambeaux , vafes ,
caraffes à oignons , & c. garnis de bronze doré
mat , & point fujets à fe jaunir comme le marbre
.
au
Nouveaux joujoux méchaniques, la vendange,
la promenade des deux âges , la garde montante
au Fort , tous fujets agréables & mouvans par
refforts , plus folides que ceux qu'on a faits en
fable .
Porte - feuilles avec tablettes pour deffiner.
Idem , pour la pêche , & autres de toutes fortes
de formes & de grandeurs ; écritoires en maroquin
, avec garnitures d'argent & bronze doré.
Il croit devoir avertir le Public , qu'il s'eft
gliffé un peu d'exagération dans l'énoncé qu'on
lui a fait du tafetas qu'il attendoit d'Italie . Il a
reçu les redingotes qui font plus portatives que
toutes celles qu'on a faites jufqu'a préfent . Elles
peuvent fe porter dans une poche & dans un
chapeau ployant ; & les guêtres faites de ce tafetas
, peuvent tenir dans un gouffet.
I I.
La Demoiſelle Guy poſsède feule le fecret de la
compofition du Suc de Régliffe & de Guimauve
fans fucre, pour toutes les affections de poitrine,
chaleurs de gorge , thumes & afthmes ; il arrête
le crachement de fang , détache les flegmes de la
1
"
1
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
poitrine , fait cracher & adoucit la pituite. La
Dlle Guy a l'honneur d'en fournir au Roi , & à
toutes les Cours de l'Europe . Ce fecret a été inventé
par le Sieur Guy , premier Médecin de
Charles II , Roi d'Angleterre. La Dlle Guy , qui
lui fuccède , vient d'obtenir un Brevet de Sa
Majefté , qui la maintient dans fon Privilége exclufif
de faire , vendre & débiter fon Remède falutaire
dans tout le Royaume. Il fe tranfporte
par-tout fans perdre fa qualité.
Le prix de la livre de Suc de Guimauve blanc ,
eft des liv. & le brun de 6 liv .
ノ
La Dlle Guy demeure depuis so ans , rue Saint-
Honoré , vis-à-vis celle de l'Arbre - Sec , au fecond
, chez un Marchand Miroitier : il y a un
Tableau entre les balcons de fon appartement,
en lettres d'or.
L'on pourra écrire de Province , en droiture, à
la Dlle Guy.
Il faut prendre garde de fe tromper , ledit Suc
ne fe vend pas en Boutique.
AT III.
Les Etrangers qui arrivent à Paris , font aux
expédiens pour trouver du bon Chocolat ; ils peuvent
s'adreffer à l'ancienne Fabrique du Sr Adeline,
qui eft toujours continuée dans fa même Maiſon ,
rue S. Honoré , à côté de S. Roch. Ils auront l'agrément
de l'avoir en tout tems nouvellement fait;
ainfi que des Diablotins de Cacao & à la Vanille,
fupérieurs en qualité ; & de la Vanille en détail
pour les glaces & crêmes.
DÉCEMBRE . 1777. 197
NOUVELLES POLITIQUES.
De Baffora , le 2 Juin 1777 .
ALY MEHEMET KAN , neveu de Kerim Kan ,
qui commande dans cette Place , continue d'y
exercer des cruautés en tout genre fur les malheureux
Habitans .
Les Anglois recommencent ici leur commerce ,
& viennent de recevoir deux vaiffeaux de leur
Compagnie , richement chargés ; mais leur plus
grand négoce fe fait à Bender - Boucher , où il
règne plus de tranquillité que dans cette Ville.
De Varfovie , le 29 Octobre 1777.
Oneft fort alarmé ici des apparences d'une
guerre prochaine entre la Porte & la Ruffie : elles
font fondées fur les défenfes faites par le Grand-
Seigneur , aux Tartares de Crimée , d'obéir au Kan
Schain Gueray, protégé par la Ruffie . Numan-
Bey ne paroît point fonger à fon départ de cette
Ville , & femble vouloir y attendre l'effet que doit
produire ce qui fe paffe aujourd'hui entre la Porte
& la Cour de Pétersbourg.
Les Repréſentations que la République a faites
au Roi de Pruffe , pour l'engager à fe prêter à de
Bouveaux arrangemens fur l'objet du Commerce ,
n'ont point été écoutées ; de forte qu'on a tout
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
lieu de craindre que les Droits de Douanes Pruffiennes
, ne continuent d'être perçus fur un pied
onéreux aux Négocians .
Un Courier arrivé dernièrement de Conftantinople
, a apporté , dit - on , la nouvelle que les
Conférences entre les Miniftres Ottomans & celui
de Ruffie , étoient fufpendues. Le Roi vient de
dépêcher à la Porte , un autre Courier , qui doit
être porteur de la lettre de félicitation de Sa Majefté
au Grand - Seigneur , fur fon avénement au
Trône.
Le bruit qui s'étoit répandu que les Ruffes
avoient paffé le Duiefter , & étoient entrés en
Moldavie , ne s'eft pas encore confiimé . On
affure qu'ils fe font renforcés de nouveau fur ce
Fleuve , & que la meilleure partie des Troupes
qu'ils avoient dans nos environs , s'eft rendue
dans ces quarriers .
Le Miniftre Turc qui réfide en cette Cour , a
reçu avis du Bacha de Chotzin , que quinze mille
Turcs font arrivés près de cette Place , ce qui ,
joint à quinze mille autres qui y avoient été envoyés
, forme une Armée de trente mille hemmes.
Le même avis porte , qu'un Corps de Troupes
Ottomanes eft placé de l'autre côté du Danube.
Malgré ces préparatifs , Numan- Bey ne paroît en
faire aucun pour fon retour à Conftantinople , il
femble même s'arranger pour paffer l'hiver dans
cette Capitale.
De Nuremberg , leo Octobre 1777.
pour l'Amé-
Les Recrues d'Anfpach, deſtinées
DÉCEMBRE. 1777. 199
rique , fe font mifes en marche hier au nombre
de cent Chaffeurs & de deux cens Fufiliers . Elles
feront embarquées fur le Mein , & transportées
par eau jufqu'en Hollande , d'où elles pafferont
en Angleterre , & de - là à leur deftination , dès
que la faifon le permettra .
De Venife , le 18 Octobre 1777 .
Deux Patriciennes fe préfentèrent , le 16 de ce
mois , au Spectacle , fans le Domino & la Behate,
qui font le mafque ordinaire : le lendemain , les
Inquifiteurs d'Etat leur ont ordonné les arrêts
pour huit jours.
De Vienne , le 6 Novembre 1777.
L'Empereur a affigné , à perpétuité , les revenus
d'une des Starofties de Pologne qui lui font
échues, pour l'entretien du nouvel Hôtel à Tirnau,
dans la Haute Hongrie , où font élevés des Orphelins
, enfans d'Officiers & de Soldats .
De Londres , le 30 Octobre 1777.
La Cour vient de donner les ordres les plus
précis pour un redoublement de travail & d'activité
dans tous les Chantiers du Royaume , afin
d'y tenir prêts à partir , à l'entrée de l'année prochaine
, tous les vaiffeaux de guerre qui ne font
point employés. Selon toute apparence, la Flotte
fera , à cette époque , auffi nombreuſe qu'elle l'a
été dans la guerre dernière. On continue la levée
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
& la preffe des Matelots , dont il faudra que cet
équipement confidérable foit pourvu . Le but que
la Cour annonce pour ce grand armement , eft
de pouffer vigoureufement la guerre contre les
Américains, de réprimer par- tout l'audace de leurs
Corfaites , & de protéger plus efficacement le
Commerce des trois Royaumes.
Le Général Faucirt , qui a été chargé de toutes
les commiffions auprès des Princes Allemands , &
qui s'en eft acquitté avec fatisfaction , vient de
repartit d'ici pour Hanovre , d'où il fe rendra à
Caffel & dans quelques autres Cours, afin d'y traiter
pour les recrues & les nouvelles levées qui
nous font accordées. Les augmentations de nos
Armées , tant en Troupes nationales qu'auxiliai
res , monteront à dix-fept mille hommes.
"
Le Duc de Glocefter , fière du Roi , eft enfin
arrivé ici avec fon Epoufe , le Prince & les Princeffes
fes enfans La fatigue d'une longue route
dans la convalefcence d'une maladie grave qui
avoit menacé les jours , exige du repos & de la
tranquillité , avant qu'on puiffe s'affurer qu'il eft
parfaitement rétabli. A fon arrivée , un Meffagerde
la Cour vint s'informer de l'état de fa fanté.
> On dit à la Cour que le Roi a ordonné que fix
mille Hanovriens fe tinffent prêts à s'embarquer
pour l'Amérique , au printems prochain, & qu'un
pareil nombre de Troupes étrangères , qu'il prendra
à fa folde , viendra remplacer les Hanovriens.
« Des lettres arrivées la ſemaine dernière , par
→ des Bâtimens de tranſport de Québec , nous inDÉCEMBRE
. 1777. 201
forment que Burgoyne & fon Armée , après
avoir été entourés plufieurs jours par les Généraux
Arnold & Conway , a la tête de douze
» mille hommes , fans compter la Milice , qu'on
avoit chargée de veiller à ce qu'aucune provi
hon ne pût arriver à l'Armée Angloife , & à ce
qu'elle ne faisît aucun paffage pour échapper ,
fe font rendus Prifonniers de guerre , le 4 Octobre
dernier. Les mêmes lettres ajoutent , que
» le Général Arnold , avec fept mille hommes ,
» le prépare à defcendre à New-Yorck , & que le
Général Conway , avec le Marquis de
כ כ
t
33.
& cinq mille hommes , va mettre le Siége de-
Pant Ticonderago, & c . Une nouvelle auffi alarmante
& auffi étonnante, ne peut être crue fans des
preuves plus authentiques que des lettres partico
lières ; mais tour concourt à faire craindre que le
Général Burgoyne ne fe foit trouvé dans une pofition
très- critique depuis la défaite du Colonel
Baum à Bennington , & qu'il n'y ait plus de reffource
pour lui que de regagner les lacs avant
que les glaces lui en ferment le paffage , Comme
la fituation actuelle des affaires va être inceffamment
& plus clairement expofée devant le Parlement,
la prudence veut qu'on attende les lumières
que donnera la première Seffion de cette auguſte
Affemblée.
De Fontainebleau , le 1 Novembre 1777 .
I
Le Roi voulant tranfmettre à la poftérité , la
mémoire du dévouement patriotique de Louis
Chevalier d'Affas , Capitaine au Régiment d'Au-
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
vergne , tué en 1760 , à l'affaire de Cloftercamp,
vient de créer une penfion de 1000 liv. héréditaire
& perpétuelle , au profit de la famille de
ce nom , jufqu'à l'extinction des mâles. Cette
honorable penfion eft actuellement partageable
entre un frère de ce brave Officier & deux neveux
, l'un Sous - Lieutenant au Régiment de
Meftre-de- Camp- Général , Cavalerie ; l'autre
fervant dans la Marine. Le Chevalier d'Affas
étoit né à Vigan , dans les Cévennes.
C'est ce brave Officier qui , fe trouvant avec
fon Régiment , près d'un bois pendant la nuit
s'y avança feul pour le fouiller, de peur que fa
Troupe ne fût furprife ; il y rencontra des ennemis
embufqués qui l'entourèrent auffi- tôt , & qui
lui préfentèrent une douzaine de bayonnettes fur
la poitrine , en le menaçant de le poignarder s'il
difoit un mot : alors le tournant du côté de fon
Détachement , il lui criá avec intrépidité : Auvergne
, faites feu , ce font les ennemis , & dans le
moment il tomba mort fous plufieurs coups .
Le Marquis de Montefquiou ayant fupplié le
Roi de lui permettre , ainfi qu'à tous ceux de fa
famille , de joindre à fon nom celui de Fezenzac,
comme le nom véritable & originaire de ſa Maifon
; Sa Majefté , après s'être fait rendre compte
des titres par lefquels le Marquis de Montef
quiou prouve fa defcendance d'Aymery , Comte
de Fezenzac , en 1050 , en a reconnu l'authenticité
, & a bien voulu permettre en conféquence ,
à tous ceux de la Maifon de Montefquiou , de
joindre à ce nom celui de Fezenzac , & à l'aîné
de s'appeler le Comte de Fezenzac.
DÉCEMBRE. 1777. 203
De Paris , le 14 Novembre 1777.
L'Académie des Sciences, Arts & Belles- Lettres
de Châlons-fur- Marne , qui s'eft diftinguée par
les objets intéreffans & utiles des Prix qu'elle a
diftribués depuis quelques tems , a offert une
place d'Académicien Honoraire au Sieur Necker,
Directeur-Général des Finances , qui l'a acceptée
your participer aux vues patriotiques & bienfaifantes
de ce Corps Littéraire.
Le fieur Mauduyt , Membre de la Société
Royale de Médecine , chargé par cette Compagnie
de faire des expériences fur l'électricité médicale,
& auquel Sa Majefté , d'après la demande qui lui
en a été faite par le Sieur Necker , Directeur-Général
des Finances , a accordé une fomme néceffaire
pour les dépenfes qu'elles requièrent , a préfenté
dans la Séance de cette Société , tenue le 18
de ce mois , plufieurs malades attaqués , les uns
de paralyfie , les autres de goutte fciatique , & un
de furdité , qu'il a foumis à ce traitement. La
Compagnie , d'après la comparaifon de l'état antérieur
de ces malades avec leur état actuel , a
penfé qu'il eft important de continuer les traitemens
électriques qui font efpérer d'heureux
fuccès.
>
Le Roi étant dans l'intention de faire exécuter
fucceffivement en marbre les Statues des Hommes
qui ont illuftré la France par leurs vertus
leur génie & leurs travaux , ce projet a eu fa première
exécution par celles de Sully , du Chancehier
de l'Hopital , de Defcartes & de Fénélon , que
le public a vu cette année , expofées au Louvre.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE..
Sa Majesté vient d'en ordonner la fuite , & a
choifi , pour la continuation d'un projet auſſi intéreffant
, Pierre Corneille , Boffuet , le Préfident
de Moutefquieu , & le Chancelier Dagueffeau.
Elle a en conféquence donné les ordres an
Comte d'Angiviller , Directeur & Ordonnateur-
Général de fes Bâtimens , Jardins , Arts , Académies
& Manufactures Royales , pour diftribuer
les figures de ces Hommes célèbres, à quatre des
Sculpteurs de fon Académie de Peinture &
Sculpture , qui feront exposées , comme les précédentes
, au Louvre , en 1779 .
NOMINATIONS.
15
Le Roi vient d'accorder la place de Colonel en
fecond du Régiment d'Armagnac , Infanterie ,
vacante par la mort du Comte de Puget , au Marquis
de Livaror , Capitaine au Régiment du Roi ,
Infanterie.
Sa Majesté a nommé à l'Evêche de Noyon ,
l'Evêque du Mans ; à l'Abbaye d'Ourcamp , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Noyon , l'Evêque
d'Autun ; à celle de Bonneval , Ordre de Saint
Benoît , Diocèfe de Chartres , l'Abbé le Cornu
de Balivière , Aumônier ordinaire du Roi ; à
celle d'Effey , même Ordre , Diocèſe d'Agen ,
1 Abbé Dupleix de Cadignan , Vicaire- Général de
Reims ; à celle de Plein - pied , Ordre de Saint-
Auguftin , Diocèfe de Bourges , l'Abbé de Maufoult
, Vicaire-Général dudit Diocèſe , ſyr la noDÉCEMBRE.
1777. 205
mination & préfentation de Mgr le Comte d'Artois
, en vertu de fon Apanage ; à celle d'Au→
bignac , Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Bourges ,
P'Abbé Dupont de Compiegne , Chapelain du Roi
& de Mgr le Comte d'Artois , fur la nomination
& préfentation de ce Prince , en vertu de fon
Apanage ; à celle de Benoît- Vaux , dite de Reynel ,
même Ordre, Diocèle de Toul, la Dame de Vauxd'Achy,
Prieure de ladite Abbaye ; & à celle Defhayes
, même Ordre , Diocèfe de Grenoble , la
Dame de Buffevent , Abbeffe des Ifies , à Auxerre
.
Le Roi a nommé Capitaine - Commandant de
la Compagnie des Cadets- Gentilshommes , le
Baron de Moyria , ci- devant Capitaine au Régiment
du Colonel- Général , Cavalerie , & Sa Majefté
lui a accordé le Brevet de Lieutenant-
Colonel.
Le Roi a nommé Commandant en Chef en
Provence , le Marquis de Vogue ; Lieutenant-
Général des Armées de Sa Majesté .
Le Roi a nominé à l'Abbaye de Saint-Etienne
de Caen , Ordre de Saint Benoît , Diocèse de
Bayeux , l'Archevêque de Narbonne.
Le Roi ayant nommé le Sieur Dupont , Intendant
de Moulins , à l'Intendance de Rouen , Sa
Majefté a nommé pour le remplacer dans cette
Intendance , le Sieur Guéau de Réverſeaux , Maî
tre des Requêtes , qui a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi , le 6 Novembre , par le Sr Necker ,
Directeur- Général des Finances , & de faire , en
cette qualité , fes remercîmens à Sa Majefté.
205 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Jaucourt , premier Gentilhomme
de la Chambre du Prince de Condé , ayant remis
à ce Prince fa démiſſion de cette place , le Comte
de Bafchy du Cayla , Capitaine de ſes Gardes, en
a été pourvu , & le Marquis d'Agoult a obtenu
celle de Capitaine des Gardes.
I
Le 9 Novembre , le Prince Louis de Rohan-
Guemené, Coadjuteur de l'Evêché de Strasbourg,
a eu l'honneur de faire fes remercîmens au Roi ,
pour la place de Grand - Aumônier de France , à
laquelle ce Prince , alors à Strasbourg , avoit été
nommé par Sa Majesté , le 1 du même mois : il a
en même-tems prêté ferment entre les mains du
Roi , en cette qualité. Ce Prince prêta enfuite ferment
entre les mains de Sa Majeſté, en qualité de
Commandeur de l'Ordre du Saint- Efprit : il a eu,
le mêmejour , l'honneur de faire fes révérences à
la Reine & à la Famille Royale .
Le même jour , le Sieur de Bordenave , que
le Roi a nommé à la place du Procureur- Général
du Parlement de Pau , vacante par la mort
du fieur de Cafaux , a eu l'honneur d'être préſenté
à Sa Majesté par le Garde des Sceaux de France ,
& de faire , en cette qualité , fes remercîmens au
Roi.
Le Roi a nommé à la place de Lieutenant de fes
Gardes , Compagnie de Luxembourg , vacante
par la mort du Comte de Beon , Brigadier des Armées
de Sa Majefté , le Sieur de Tourtier , Sous-
Lieutenant de la même Compagnie , & le Chevalier
de Mouchy , Maréchal-des - Logis , à la place
de Sous-Lieutenant,
DÉCEMBRE. 1777. 207
PRESENTATIONS.
Le 25 Octobre , le Marquis de Vérac, Miniftre
Plénipotentiaire du Roi près de Sa Majefté Danoife
, de retour par congé , a eu , à fon arrivée
ici , l'honneur d'être préfenté à Sa Majesté par le
Comte de Vergennes , Miniftre & Secrétaire
d'Etat ayant le Département des Affaires Etrangères.
Le même jour , l'Abbé de Bayanne , Auditeur
dé Rote , a auffi eu l'honneur d'être préfenté au
Roi par le Comte de Vergennes , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat au Département des Affaires Etrangères
, & de prendre congé de Sa Majefté pour retourner
à Rome.
Le 26 du même mois , le Sieur de Caſteele , Préfident
à Mortier au Parlement de Flandres , a eu
l'honneur d'être préfenté au Roi par le Garde des.
Sceaux de France , & de faire fes remercîmens à Sa
Majefté en qualité de Procureur- Général du Parlement
de cette Cour. Il a auffi eu l'honneur de
faire fa révérence à la Reine & à la Famille
Royale.
Le Comte de Bafchy du Cayla , Meftre- de-
Camp du deuxième Régiment des Dragons de
Bourbon , & ci- devant Capitaine des Gardes du
Prince de Condé , a eu l'honneur d'être préfenté
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , par ce
Prince , comme premier Gentilhomme de fa
Chambre.
208 MERCURE DE FRANCE .
Ce Prince a auffi préfenté à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale , le Marquis d'Agoult , Colonel
d'Infanterie , Aide- Major au Régiment des Gardes-
Françoifes , en qualité de Čapitaine de fes
Gardes.
Le i Novembre , le Comte d'Adhemar , Min
niftre Plénipotentiaire du Roi près les Pays- Bas
Autrichiens , de retour par congé , a eu , à fou
arrivée ici , l'honneur d'être préfenté au Roi par
le Comte de Vergennes , Miniftre & Secrétaire
d'Etat ayant le Département des Affaires Etraugères
.
Le 23 du même mois , le Marquis de Claufon .
nette , Miniftre Plénipotentiaire du Roi près
l'Electeur de Mayence , de retour en cette Cour
par congé , a eu , à fon arrivée , l'honneur d'être
préfenté au Roi par le Comte de Vergennes ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
des Affaires Etrangères.
Le même jour , le Vicomte de Polignac , que
le Roi avoit précédemment nommé fon Ambaſſadeur
en Suiffe , a eu l'honneur d'être préſenté à Sa
Majefté par le Comte de Vergennes , Minifire &
Secrétaire d'Etat ayant le Département des Affaires
Etrangères, & de prendre congé de S. M. pour
fe rendre à fa deftination.
Après la Meffe du Roi , le Margrave d'Anspach
fut préfenté à Leurs Majeftés & à la Famille
Royale , fous le nom Comte de Sayn , conduit
& précédé par le Sieur de Tolozan , Introducteur
des Ambaffadeurs , & le Sieur de Séqueville , Secrétaire
ordinaire du Roi pour la conduite des
Ambaffadeurs.
DÉCEMBRE. 1777. 209
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le Sieur Poncet de la Grave , Procureur du
Roi au Siége de l'Amirauté de France du Palais à
Paris , eut l'honneur de préfenter au Roi , le 28
Octobre , un Ouvrage de fa compofition , intitulé
: Précis Hiftorique de la Marine Royale de
France , depuis l'origine de la Monarchie jufqu'à
Louis XVI , avec des Notes politiques & hiftoriques.
•
Le Sieur Leroux , Auteur du Journal d'Education
, dédié & préfenté à Sa Majefté , & Maître ,
de Penfion à Paris , au Collège de Boncourt , a
eu l'honneur de préfenter au Roi & à la Reine ,
un Mémoire qui a concouru pour le Prix de l'Académie
de Châlons , relatif aux moyens de fou
lager les infortunés , & qui a pour titre : Idée d'un
Ordre Royal de bienfaisance & de patriot fme.
L'Abbé de Befplas, Vicaire - Général du Diocèle
de Belançon , & Aumônier de Monfieur , a eu
P'honneur de préfenter à Leurs Majeftés & à la
Famille Royale , un Ouvrage de fa compofition,
dédié à Monfieur , intitulé : Effai fur l'Eloquence
de la Chaire , avec un Difcours de la Cêne , prononcé
devant le Roi en 1777 , & un l'anégyrique
de Saint Bernard , prononcé à Paris la même
année.
Les Sieurs Née & Mafquelier , Graveurs , que
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont honorés
de leurs Soufcriptions pour un Ouvrage intitulé :
210 MERCURE DE FRANCE.
"
Tableaux pittorefques , phyfiques , hiftoriques
moraux , politiques & littéraires de la Suiffe & de
l'Italie , ont eu l'honneur de remettre à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , les huitième &
neuvième livraifons de leur Ouvrage.
MARIAGES.
Le 26 Octobre , Leurs Majeftés ont figné le
Contrar de Mariage du Vicomte d'Eſtreſſe , Lieutenant-
Colonel d'Infanterie , Adjoint au Commandement
de Veiffembourg , avec Demoiſelle
de Broffe.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont figné,
le 9 Novembre, le Contrat de Mariage du Comte
de Pontevès , Colonel en fecond du Régiment
Royal Corfe , avec Demoifelle de Rainvilliers .
NAISSANCE S.
La Dame Defchatelés Ernoul , épouſe du Sieur
Defchatelés Ernoul , Maire de la Ville de l'Orient,
étant accouchée le 13 Octobre , & Monfeigneur
le Comte d'Artois ayant eu la bonté , à ſon paffage
en cette Ville , de leur promettre de nommer
Fenfant dont la Dame Defchatelés étoit alors
enceinte , ce Prince vient de mettre le comble à
cette faveur , en choififfant pour Marraine Ma
18
DÉCEMBRE. 1777. 211
dame la Comteffe d'Artois , qui a bien voulu
confentir que les noms de Marie-Thérèfe fuffent
donnés à l'enfant . Monfeigneur le Comte d'Artois
a été repréfenté dans cette cérémonie par le
Sieur Minard , Lieutenant , Commandant pour le
Roi au Port-Louis à l'Orient ; & Madame la Comteffe
d'Artois , par la Communauté de la Ville.
Ce Baptême a été fait avec toute la dignité que
demandoient les Perfonnes Augaftes qui s'y fai
foient répréfenter en qualité de Parrain & de
Marraine .
[ Le 25 Novembre , le Vicomte Stormont , Ambaffadeur
d'Angleterre , eut une Audience particulière
du Roi , dans laquelle il notifia a Sa Majefte
la naiffance d'une Princeffe dont la Reine
d'Angleterre eft accouchée. Il fut conduit à cette
Audience , ainfi qu'à celle de la Reine & de la
Famille Royale , par le Sieur Tolozan , Introducteur
des Ambaladeurs ; le Sieur de Séqueville ,
Secrétaire ordinaire du Roi pour la conduite des
Amballadeurs , précédoit .
MORT S.
Pierre- Gafton Gillet , Marquis de la Caze ,
Comte de Calftelnau , d'Eauzan , & c. Confeiller
du Roi en cous fes Copfeils , Confeiller d'Honneur
au Parlement de Bordeaux , & Premier Pré-
Adent du Parlement de Pau , depuis 1758 , eft
mort à Pau le 11 Octobre , dans la 67° année de
fon âge. Le Sieur de la Caze fon fils , lui fuccède
dans cette dernière Place , en furvivance de laquelle
il a été reçu & inftallé en 1763 .
212 MERCURE DE FRANCE .
Charles- Antoine de la Roche-Aymon , Cardinal
- Prêtre de la Sainte Eglife Romaine , Archevêque-
Duc de Rheims , Légat né du Saint -Siége ,
premier Pair & Grand-Aumônier de France
Commandeur de l'Ordre du S. Efprit , Doyen
des Évêques de France , Abbé - Commendataire
des Abbayes Royales de la Sainte - Trinité dé
Fécamp , Ordre de S. Benoît , Congrégation de
S. Maur , Diocèſe de Rouen , & de S. Germaindes-
Prés- lès - Paris , même Ordre & Congrégation
, Supérieur - Général des Hôpitaux Royaux
des Quinze-Vingts de Paris & Chartres , & l'un
des anciens Préfidens des Affemblées du Clergé
de France , ci - devant chargé de la Feuille des
Bénéfices à la nomination de Sa Majefté , elt
décédé en fon Palais Abbatial , le 27 Octobre,
dans la 81 ° année de fon âge.
Le Comte de Bermondet , Lieutenant - Colonel
de Dragons , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , eft mort à Paris le 28 Octobre
dernier , dans la 45 ° année de fon âge.
Le Sieur Antoine- Pierre - Hilaire d'Anès , Comte
de Seris , Gouverneur de Saint - Denis , Seigneur
de Montrouge , & Lieutenant-de- Roi au Gouvernement
de Paris , eft mort en cette Ville le 30
Octobre dernier.
-
J. Chevalier d'Agoult , Brigadier des Armées
du Roi , ancien Lieutenant - Colonel du Régiment<
de Clermont - Prince , Cavalerie , eft mort en
Dauphiné , le 27 Octobre dernier , au Château
de Beauplan , dans la 72 ° année de fon âge.
J. Gilles de Goderneau , ancien Colonel de
Dragons , eft mort à Vailly , près Soillons , le 16
Octobre dernier , âgé de 81 ans. Il avoit fervi 68
DÉCEMBRE. 1777 213
ans. Son père fut un des premiers Chevaliers reçus
à la création de l'Ordre de S. Louis ; & lui-même
avoit été décoré de la Croix de cet Ordre , dès
l'âge de 22 ans .
Jacques-Achille Picot , Marquis de Combreux ,
Sury-aux- Bois , &c. Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , ancien Lieutenant au Régiment
des Gardes- Françoiſes du Roi , eft mort à Paris le
4 Novembre , âgé de 59 ans .
Le célèbre Bernard de Juffieu , de l'Académie
des Sciences , de la Société Royale de Londres ,
des Académies de Berlin , de Pétersbourg , de
l'Inftitut de Bologne , &c. Démonftrateur des
Plantes au Jardin du Roi , eſt mort le 6 Novembre,
âgé de 79 ans .
Le Marquis de Calvière & de Vezenobre , Baron
de Boucoiran , Lieutenant Général des Armées du
Roi , Commandeur de l'Ordre de S. Louis , eft
mort dans fon Château de Vezenobre, près d'Alais
en Bas- Languedoc , le 16 Novembre , dans la 86*
année de fon âge.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 17 Novembre 1777 .
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
33 , 22 , 28 , 83 , 36.
Du Décembre.
Les numéros fortis de la roue de fortune font:
32, 39 , 63 , 73 , 87 .
214 MERCURE DE FRANCE.
PIC
TABLE.
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , P. S
Ode fur l'Ordre ,
Miroir à l'ufage des Femmes ,
ibid.
Le Bourgeois de Tolède , Proverbe Dramatique
,
L'amour de la Gloire ,
12
Eglogues de Pope ,
Première Eglogue ,
Impromptu ,
Stradella , Anecdote ,
Vers à M. le Marquis de Villette ,
Epitre à Belle & Boane ,
A M. le Marquis de Villevicille ,
17
37
42
44
55
56
73
75
77
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Quinti Horatii Flacci Carmina ,
L'Egoïsme ,
Abrégé élémentaire d'Aftronomie , &c.
Effai fur le Bonheur ,
Naru , fils de Chinki ,
78
80
84
ibid.
93
98
102
109
Ii2
116
Anecdotes intéreffantes & hiftoriques de
l'Illuftre Voyageur ,
Monfieur le Comte de Falckenftein ,
Lettres du Marquis de Sézannes au Comte de
Saint- Lis ,
Sufette & Pierrin ,
121
124
NOVEM BR E. 1777. 215
Introduction aux Obfervations fur la Phyfique
, & c .
Mémoires fur les fujets propofés pour le Prix
de l'Académie Royale de Chirurgie ,
Table Alphabétique des Caufes célèbres ,
Annonces littéraires ,
ACADÉMIES ,
SPECTACLES .
Opéra ,
Paris ,
Comédie Françoiſe ,
Comédie Italienne
ARTS.
Gravures ,
128
130
140
143
149
ibid.
163
ibid.
ibid.
164
169
ibid.
Lettre à l'Auteur du Mercure , au ſujet de
l'Eſtampe du Gâteau des Rois , 172
Mufique ,
Sculpture ,
Cartes imprimées ,
Cours d'Hiftoire Naturelle ,
180
181
182
183
de Sciences Politiques & de Grammaire
Allemande 2
de Phyfique expérimentale ,
de Langue Italienne ,
fur l'Art du Trait ou Coupe des
Pierres ,
184
186
187
188
Lettre de M. de Voltaire à 4. de Meſſence, 18,
Variétés , inventions , &c, 190
AVIS ,
193
Nouvelles politiques 197
Nominations , 204
Préſentations , 207
d'Ouvragesy 209
216 MERCURE DE FRANCE.
Mariages ,
Naiflances ,
Morts ,
Loterie ,
210
ibid.
214
213.
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France , pour le
mois de Décembre , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait parudevoir en empêcher l'impreffion .
A Paris , ces Décembre 1777 .
DE SANCY.
BIBLIO
LYON
*1
1893
WELA
De l'Imp. de M. LAMBERT , ruc de la Harpe,
près Saint Comic.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères