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32 1.
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JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in- 12 par an ,
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18 1.
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JOURNAL ANGLOIS , 24 cahiers par an ; à Paris & en
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24 le
TABLE GÉNÉRALE DES JOURNAUX anciens & modernes ,
12 vol . in 12. à Paris , 24 l. en Province ,
LE COURIER D'AVIGNON ; prix ,
301.
181.
A ij
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181.
is 1.
18 1.
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Autre dans les fciences exactes , in- 8 " . rel .
Autre dans les fciences intellectuelles , in- 8 ° . rel.
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5 1.
5 1.
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, in-12 br.
Dict . Diplomatique , in-8 °. 2 vol . avec fig. br.
Revolutions de Ruffie , in-8 ° . rel .
2 1.
12 1.
21..10 f,
Spectacle des Beaux - Arts , rel. 2 1. 10 fe
Dict . des Beaux-Arts , in-8 ° . rel. 41. 10f.
Théâtre de M. de Sivry , vol . in- 8 ° . br. 21. Poëme fur l'Inoculation , vol. in-8 ° . br. 3 1.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , &c.
in- fol. avec planches br. en carton , 24l
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architecture
, in-4°. avec fig. br. en carton , 12 1. L'Efprit de Molière , 2 vol. in- 12 br.
41.
Tableau politique & littér. de l'Europe , an. 1775 , br. 2 1 .
Dict . des mots latins de la Géographie ancienne , in - 89 .
broché
Les trois Théâtres de Paris , in-8 °. br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br.
31.
2 1. 10 f.
I l. 10 f.
11 46.
1773 .
MERCURE
DE FRANCE.
OCTOBRE , 1777 .
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
DISCOURS de Céfar à fes Soldats , avant
la Bataille de Pharfale.
IMITATION DE LUCAIN . Pharfale , liv. v11.
VAINQUEUR de l'Univers, ma feule deftinée ;
Soldat , enfin voici la fameuſe journée
Ou tajufte vengeance afpira tant de fois ;
ཝཱ །
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Plus d'efpoir , il nous faut aujourd'hui des exploits.
Ton bras va décider , devant les Dieux & Rome ,
Si Céfar eft un traître ou s'il eft un grand homme.
Ce jour , je m'en fouviens , eft celui que les Dieux,
Aux bords du Rubicon , promirent à mes voeux,
Où d'un honteux refus vengé par la victoire ,
D'un triomphe conquis je dois avoir la gloire ;
C'est ce jour même auffi , qui , ceffant tes travaux,
Te fera Citoyen en te faifant Héros ;
Et jugeant de nos coups le crime ou la juftice ,
Rendra le vainqueur libre & le vaincu complice .
Si tu fouillas pour moi tes innocentes mains ,
Viens laver dans le fang tes forfaits & les miens ;
Ce fer qui les commit , peut lui feul les abfoudre ;
Ton fort eft un problême , & tu vas le réfoudre.
Romains, quel eft mon but ? De vous fauver des
fers ,
D'affurer fous vos loix le rebelle Univers ;
Trop heureux , fi jamais, me cachant à l'envie,
D'un fimple Citoyen je puis mener la vie ;
Et, reprenant le rang d'un Plébeïen modefte,
Enfin , vous voir en paix maîtres de tout le reſte.
De mon ambition recueillez feuls les fruits.
La conquête du monde eft- elle à fi haut prix ?
Vous avez à détruire une lâche jeuneſſe ,
Qui n'a vu de combats que les jeux de la Grèce ,
F
OCTOBRE . 1777.
Des Barbares , rebut des climats étrangers ,
Pour qui ce fer eft lourd , & les fers font légers ,
Qu'effrayeront plutôt, loin d'animer leur rage ,
Le fignal du combat & la voix du carnage.
Craint-on pour ennemis d'avoir des Citoyens ?
Qui d'entre eux à Pompée auroit prêté leurs
maius ?
Ne craignez rien , frappez ; qu'un même coup
confonde
Les ennemis de Rome & la fange du monde ;
Renverfez fous vos pieds ces Peuples languiffans ,
Du timide Univers remparts trop impuiffans .
Que leur importe- t-il ? Qu'importe à l'Arménie
Sous quel Chef, en effet , Rome foit réunie ?
Quel barbare voudra payer d'un peu de fang,
L'avantage de voir Pompée au premier rang ?
En quelques mains que foit la puiſſance Romaine,
Efclaves tous par elle , ils lui doivent leur haine.
Citoyens , vous avez pour Chefun Citoyen ;
Et Romains , vous fuivez les drapeaux d'un Romain
,
D'un Romain que toujours a fuivi la victoire ,
Et qu'avec vous la Gaule a vu couvert de gloire.
Eres-vous ces Guerriers dont je connois les traits ,
Que les plus grands périls n'effrayèrent jamais ?
La victoire eft à vous ; dans l'excès de ma rage ,
Déjà je vois ces champs , théâtre du carnage ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Pleins des débris du monde écroulant fous vos
coups ,
Je vois les Rois vaincus embraſſant vos genoux.
Mais je fufpends mon fort par ces diſcours frivoles
,
Soldat , tu veux du fang & non point des paroles.
Pardonne , malgré moi je retiens ta valeur ;
Jamais efpoir fi grand ne dévora mon coeur ;
Jamais je ne me vis fi près des deſtinées .
Quelles faveurs , grands Dieux , doivent m'être
données !
Unfoible efpace , amis , refte encore à franchir ;
Ne faites plus qu'un pas , je vais vous enrichir.
Oui , je vais vous donner , fi le Ciel me feconde ,
Pour Efclaves , des Rois, & pour butin , le Monde.
Mars feul doit prononcer ; l'Arrêt eft folennel ,
Si vous êtes vaincus , Céfar eft criminel ;
Vos exploits font des maux , vos vertus font des
crimes ,
De Sacrificateurs vous devenez victimes .
Voyez de tous côtés ces affreux échafauds
Dreflés par vos Vainqueurs ou plutôt vos Bourreaux
;
Voyez tous les tourmens que leur fureur apprête ,
Et Pompée au Sénat offrant déjà ma tête .
Que dis-je ? Un autre foin que celui de vos jours ,
Me fait-il aujourd'hui vous prêter mon fecours ?
OCTOBRE. 1777. 9
Du commun des mortels mefurant les années ,
Les Dieux , comme il leur plaît , réglent les deftinées.
Il n'en eft pas de moi comme de tant d'humains ,
Leur fort eft dans les Cieux , le mien eft dans mes
mains.
1
Dès l'inftant qu'à mes voeux héfitant à répondre,
Le Ciel menacera de vouloir me confondre ,
Ce bras , pour m'éviter l'horreur de le haïr ,
Le punit par ma mort d'avoir pu me trahir.
Souverains Protecteurs de Rome , votre ouvrage,
Qui voyez les périls qu'affronte fon courage ,
Secondez aujourd'hui celui dont la vertu
Ne veut point le trépas d'un rival abattu ,
Et qui , de fes fuccès uſant avec clémence ,
Ne prépare au vaincu que la paix poyr vengeance.
Quand Pompée à l'étroit furprit votre valeur ,
Vous favez de quel fang s'enivra fa fureur :
Moi , je veux en ce jour , fans fuivre fa conduite ,
Épargner le vaincu que j'aurai mis en fuite.
Gardez-vous , dans fon fang , de tremper votre
main ,
D'ennemi qu'il étoit , il fera Citoyen.
Mais au fein des combats , mépriſez la nature ,
Par des torrens de fang étouffez fon murmure ;
- Parens , amis , que tout fuccombe fous vos coups.
Pourquoi les refpecter ? Il n'en est plus pour vous.
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Rendez avec cè fer leurs fronts méconnoiffables ;
Ils font vos ennemis , alors qu'ils font coupables.
Sur leurs membres (anglans , frayez - vous un
chemin
Qui mène à la victoire encor plus qu'au butin.
Votre but eft ce camp d'où s'élance Pompée ,
Pour voir la perte sûre & fa fureur trompée.
Par M. le Méteyer.
L'ABDICATION DE SYLLA.
ENFIN , après l'horreur d'une trop longue nuit ,
Le grand jour va paroître , & la lumière luit.
La force , le bonheur , le plaifir m'environnent ;
Mars , Fortune , Vénus * , tour-à -to - tour me couronnent
.
>
D'un état vil , obfcur , & par- tout inconnu ,
Au faîte des grandeurs me voilà parvenu :
Tout tremble devant moi , ma gloire eft mon
ouvrage ;
Soit crainte , foit efpoir , tous briguent l'avantage
De m'obéir . Je règne ; & mes premiers exploits
* Paroles de Sylla.
OCTOBRE . I t
1777 .
•
N'ont voulu que du fang , & pour Sujets , des
Rois.
Jugurtha fut jadis ma première victime :
Etre heureux & vainqueur , voilà quel fur ſon
crime.
Mithridate , ce Roi fi terrible aux Romains ,
Trompé par mes rivaux , & vaincu par mes mains,
Voilà quels premiers traits ont dû faire connoître
Ce que j'avois été , ce que je devois être.
Parmi tant de tombeaux , parmi les factions ,
Tout fut enfeveli par mes profcriptions.
Sous les coups de mon bras, Rome même affervie,
Tombante à mes genoux avec toute l'Afie ,
Implore mes bontés par des voeux fuperflus ,
Et pour prix de fes voeux , n'obtient que des refus.
Au rang de Dictateur je me place moi- même ,
Donnant pour toute Loi ma volonté ſuprême.
J'ai fait taire les Loix , j'ai fait couler le fang ,
Et le bras du Bourreau me paroiffoit trop lent :
A mon gré j'ai rempli Rome de funérailles ,
Du fang des Sénateurs inondé fes murailles.
Les Prêteurs égorgés aux pieds de ce Sénat ,
Affurent ma vengeance & cimentent l'Etat ...
Ceffes de t'effrayer du bonheur qui t'accable ,
Sylla fois généreux , fur-tout impénétrable ;
Que Rome tremble , mais ignore tes projets :
A vi
I 2 MERCURE DE FRANCE.
Marches , fans héfiter , aux plus brillans fuccès ;
Les dangers font pour toi , s'il en étoit encore ;
Étonnes les Romains : les bienfaits qu'on abhorre,
Ne font plus des bienfaits... Saches y renoncer :
Pour te mieux élever , apprends à t'abaiſſer ;
Tu n'as que trop fléchi Rome ſous ta puiſſance .
N'es-tu pas fatigué de fon obéiffance ?
Oui , cet acte vanté qui me fait tant d'honneur ,
Eft de ma politique & non pas
de mon coeur.
Que je fois admiré par des ames vulgaires ,
Peu m'importe , ce font des ames mercenaires ;
Moi feul connois le prix de mes brillans fuccès ;
Les Romains font par moi dédaignés pour Sujets.
La feule ambition , ou tranquille , ou furie ,
Décida conftamment les inftans de ma vie.
Pour me connoître tel que j'ai toujours été ,
Il faudra tous les yeux de la poftérité .
Par M. M... Citoyen de S. Quentin.
Clair-voyant dupé par un Aveugle.
UN Aveugle vivoit dans fon petit ménage ,
Economifant de fon mieux ,
Le peu de bien que fes aieux ,
De père en fils , avoient pour apanage.
OCTOBRE . 13 1777 .
L'inventaire en eft court . C'étoit une maiſon ,
Un jardin où Dame Aliſon ,
Son Intendante de cuisine ,
Pour l'intérêt du pot , foignoit mainte racine ,
Quelques poules , un chat , un chien , pour tout
bétail ;
Voilàfon patrimoine , en gros comme en détail.
Tenant compte de tout ( fans plume ni mémoire )
Sa prudente tenacité ,
Malgré fa mince hérédité ,
Avoit fu , pour la foif, ménager une poire.
Le magot fe montoit à deux cens bons écus ,
Nichés dans un vieux mur, garottés dans un linge;
Le Diable , que l'on dit plus malin qu'un vieux
finge ,
Lunettes fur le nez , ne les auroit pas vus.
Néanmoins , je ne fais par quelle défiance ,
Notre homme , qui craignoit quelque nocturne
affaut ,
Les croyant mal chez lui , foit en bas , foit enhaut ,
Par une fotte prévoyance ,
Un beau jour , de très - grand matin ,
Réfout de les loger dans un coin du jardin .
Il écoute d'abord de toutes les oreilles :
Rien ne bouge ; il s'affied , s'oriente à tâtons ,
Creufe fous un vieux faule , y met fes ducatons ,
Les couvres , & s'en revient. Mais au travers des
treilles
14 MERCURE
DE FRANCE .
Il étoit épié par le voifin Lucas ,
Qui , lui parti , ne manqua pas
De fe faifir de la nichée ,
Comptant bien la tenir plus sûrement cachée.
L'Aveugle , de retour , fe voulut rendormir.
Mais , foit regret naillant , foit trouble involontaire
,
Soit fouvenir trop vif de ce qu'il vient de faire ,
Il le tenta vingt fois , & n'y put parvenir.
Enfin , las de rouler comme un pivot mobile ,
De dépit il fe lève , & crut calmer fa bile ,
En revoyant fon cher tréfor .
Il tâte : les oifeaux avoient pris leur effor.
N'en trouvant que le nid , il donne à tous les Diables
Celui qui les avoit happés ;
Mais les Diables pour lors étoient trop occupés ;
De plus , ces noirs Seigneurs font très - peu pitoyables.
Réclamer fon argent fans preuve ni témoin ,
C'eft chercher une éguille en un bateau de foin.
Il le fentit , & réfolu de feindre ,
Bien loin des'amufer à geindre.
Tant que dura le jour , il ne fit que chanter ,
•
Se promener ou caqueter.
Lucas auguraut bien de cette humeurjoyeuſe
,
Rit fous саре , l'accofte , & , lui ferrant la main :
OCTOBRE.
1777.
Compère , lui dit - il , allez toujours ce train ,
Vous ne mènerez pas une vie ennuyeufe.
Quel fujet puis-je avoir de n'être pas joyeux ?
Répond le borgne de deux yeux ,
Je ne dois rien , j'ai même quelque avance ...
Mais à propos , puiſque j'y penſe,
Confeillez- moi , voifin , j'ai quatre cens écus .
Pour les garantir de la ferre.
De certains nocturnes Argus ,
La moitié , par mes mains , gîte déjà ſous terre :
De placer le reftant , c'eft- là mon embarras .
Sera-ce au même endroit ? Dois- je en choiſir un
autre ?
En compofer deux lots , feroit fort de mon goût
Du moins , fi j'en perds un , je ne perdrai pas tout.
Ce n'eft pas mon avis , reprend le bon Apôtre ,
Qui , connoiffant le premier réfervoir ,
Vouloit qu'on s'y fixât , afin de tout avoir.
Pofons , pourſuivit - il , qu'une cauſe ſubite ,
D'un embrâsement , d'un Voleur ,
Ou d'autre ſemblable malheur ,
Vous forcât de prendre la fuite ;
En cas pareil , n'aimeriez - vous pas mieux
Trouver tout en un lieu qu'en deux ?
Vertuchou , dit l'Aveugle , on ne fauroit mieux
faire ;
Vous l'entendez , à vous le père :
16 MERCURE DE FRANCE.
J'approuve votre avis , & le ferai valoir ,
Non pas demain , mais dès ce foir ;
Je vous en fais la confidence...
Allez , comptez fur ma prudence ,
Dit Lucas , & le quitte . A peine étoit- il nuit ,
Que le traître au jardin fe rend à petit bruit ;
Et, pour donner confiance à fon homme,
Sous le vieux faule , il replace la fomme ;
Puis , ventre à terre , il fe tapit auprès.
L'homme aux écus , qui , tout exprès ,
Dans fon grenier s'étoit mis en vedette ,
L'entendit ; & fentant que la befogne eft faite ,
De fon logis fort gai comme pinçon ;
Un rouleau dans la main , à l'autre tout femblable
,
(Pour la forme , s'entend , car étant plein de fable ,
Il n'en avoit que la façon ).
En arrivant , il trouve au gîte
Son cher magot tout frais remis ;
Il le prend , l'empoche au plus vîte ,
Et dit : Voifin , partageons comme amis ;
J'ai pris mon lot , voilà le vôtre ;
Comptez- le en vous défennuyant :
Un Aveugle par fois voit mieux qu'un Clairvoyant
;
Et tel fe voit duper qui croit duper un autre.
Par M. P. D. L. à Sens.
OCTOBRE . 1777. 17
VERS
SUR les Repréſentations données par le
Sieur Nicolet , au profit des Incendiés
de la Foire S. Ovide.
C'EST donc toi qui donne en France ,
Aux vieux favoris de Plutus ,
L'exemple de la bienfaifancel
Jouis du prix de tes vertus :
Triomphe , ame patriotique !
Tu peux , aux grelots de Momus ,
Joindre la couronne civique :
Heureux fi ton zèle héroïque ,
Peut enЯammer tous nos Créfus !
Quand l'infortune en toi contemple
Et fon père & fon bienfaiteur ,
Je porte envie à ton bonheur :
Pour moi ton Spectacle eſt un Temple.
Ah ! fi le fort moins rigoureux
Eût été propice à mes voeux ,
Tu n'aurois pas donné l'exemple.
Par M. Willemain d'Abancourt.
18 MERCURE DE FRANCE.
L'APRÈS SOUPER D'HIVER .
Conte.
UN foir l'Abbé de Boifrobert ,
Convive amufant & facile ,
Revenoit de fouper en ville ,
Par un tems froid & fort couvert.
Voilà qu'au détour d'un paffage ,
Du haut d'un quatrième étage ,
On le régale d'un bouquet...
Le thym , la rofe & le muguet ,
N'en compofoient pas l'aſſemblage .
L'Abbé de pefter auffi- tôt ;
Pefter , hélas ! cela foulage :
Il prend des pierres , & bien-tôt
S'apprête à venger cet outrage .
Il les lance bien haut , bien hauti
Mais fon bras trahit fon
Voilà qu'il caffe le vitrage
courage.
D'un Procureur au Parlement ,
Qui fe montre au même moment
A fa fenêtre , & fait tapage .
сс
נ כ
Monfieur , lui dit le pauvre Abbé ,
Vous avez de fots Locataires ;
OCTOBRE. 1777. 19
"
» Voyez comme ils m'ont équipé !
» Eft-ce que ce font mes affaires ?
Reprend alors le Procureur ;
לכ
כ
5כ
Dois-je pâtir de votre humeur ?
Pourquoi me jetez-vous des pierres ?
Je vous demande bien pardon ;
» Excufez mon impoliteffe ;
»Mais vous êtes de la maison ,›
»Vous les rendrez à leur adreſſe ».
Par le même.
ÉPITRE A MA
MUSE.
MUSE , à la Vérité fidelle ,
Garde- toi d'aller dans tes chants ,
A d'autre Divinité qu'elle ,
Prodiguer un coupable encens :
Garde- toi , dis-je , en ta manie ,
D'aller , au mépris des vertus ,
Lâchement vendre le génie ,
A l'or des Suivans de Plutus.
Bien-tôt cette baffeffe infigne ,
Dévoilée au facré vallon ,
Pour jamais te rendroit indigne
Du doux commerce d'Apollon .
Quel outrage ! Dieu du Permeffe ,
"
4
20 MERCURE DE FRANCE.
Qu'un de tes jeunes nourriçons ,
Vil efclave de la richeſſe ,
Perdant le fruit de tes leçons ,
Sans honte d'un fat qu'on méprife
Brigue les faveurs en rampant ;
Et faffe au pied de la fottife ,
Voir le mérite fuppliant.
Combien alors , vous qui d'Horace
A Tibur dictiez les écrits ,
Avez-vous , Nymphes du Parnaffe ,
A rougir pour vos favoris !
Fixé dans un paisible afyle ,
Loin des plaifirs tumultueux ,
Qu'au fein d'une bruyante Ville
Goûte le riche faftueux ;
J'irai , Peintre de la Nature ,
Couché fur un lit de gazon ,
Rêvant quelque tendre aventure ,
M'effayer à quelque Chanfon :
Ou fi du Dieu de l'harmonie ,
Mes vers font jamais avoués ,
L'on ne verra de mon génie
Qu'aux vertus les fruits confacrés,
Par M. Baude.
OCTOBRE. 1777. 21
LE NOUVEL ACTEON * .
PROVERBE DRAMATIQUE ,
En un Acte & en Profe.
PERSONNAGE S.
Madame GRASSET .
Monfieur DE LORME.
DARGENCOURT , neveu de M. de Lorme.
LOUISON, Femme -de-Chambre de Madame
Graffet.
Un Laquais .
La Scène eft à Paris , dans la Maifon de
Madame Graffet.
* L'idée de ce Proverbe eft priſe d'une Nouvelle
intitulée : Le Moufquetaire à genoux , ou
l'Apothicaire de qualité.
22 MERCURE DE FRANCE.
SCÈNE PREMIÈRE.
LOUISON feule.
Vor LA trois jours entiers que
Madame
me fait tourner la tête : fi cela continue ,
je n'y pourrai pas tenir elle ne me
donne pas un moment de repos ..
Louifon par - ci , Louifon par - là.... Elle
veut une chofe , elle en veut une autre...
Bon ! ne la voilà-t- il pas encore fur mes
talons ?
SCÈNE I I.
Madame GRASSET , LOUISON.
Madame GRASSET. Mais , Louiſon ,
il faut abfolument que vous découvriez
l'impertinent....
LOUISON . Mais , Madame , encore un
coup , je n'en fais pas plus que vous fur
cet article .
OCTOBRE 1777. 23
Madame GRASSET . Voilà à quoi
m'expofe votre négligence !
LOUISON. Comme ' fi j'avois pu deviner
qu'un téméraire pénétreroit dans
votre Salle de bain , &...
Madame GRASSET . Ah ! ne me forcez
pas à rougir encore par le fouvenir ...
LOUISON. Mais puifque vous l'avez
vu , vous pouvez mieux que moi...
:
Madame GRASSET . Je vous ai déjà
dít cent fois que je n'avois fait que l'entrevoir
d'ailleurs , le trouble où j'étois ,
& la précipitation avec laquelle il s'eft
retiré , ne m'ont pas permis de diftinguer
fes traits .
LOVISON . Le Portier dit qu'il n'a vu
entrer perfonne.
Madame GRASSET . Perfonne ?
LOUISON. Cela eft inconcevable....
C'est peut - être un Sylphe , un efprit
Aërien qui vous a joué ce tour.
Madame GRASSET . Je ferois prefque
confolée fi je ne pouvois m'en prendre
qu'à une ſubſtance intellectuelle & non à
un corps palpable, & fur- tout à un
24 MERCURE DE FRANCE.
corps mafculin ; mais je crains bien le
contraire.
LOUISON. Au furplus , Madame
quand vous vous rendrez malade , que
vous en reviendra-t- il ?
Madame GRASSET . Cela vous est bien
aifé à dire , Mademoiſelle ; mais , ou vous
découvrirez le coupable , ou vous fortirez
de chez moi.... Je n'y fuis pour perfonne.
( Elle fort ).
SCÈNE III.
LOUISON feule.
Ou vous fortirez de chez moi ! A la
bonne- heure; je ferai tranquille au moins...
Mais fi Madame vient à fe remarier ,
comme il y a tout lieu de le croire , je
perdrois une bonne aubaine. . Cependant
je fuis dans un grand embarras .... Il ne
faut ni plus ni moins qu'un miracle pour
me tirer d'affaire.
SCÈNE
OCTOBRE. 1777. 25
SCÈNE I V.
DARGENCOURT , LOUISON.
DARGENCOURT. Ma chère Louifon ,
puis - je vous dire un mot ?
LOUISON. C'est vous , Monfieur ? Eh ! .
d'où fortez - vous donc depuis trois grands
jours qu'on n'a point entendu parler de
vous ?
DARGENCOURT. Si vous n'avez pitić
de moi , je fuis un homme perdu.
LOUISON. Que vous eft - il donc
arrivé ?
DARGENCOURT. Comme fivous ignoriez
ma fatale deſtinée .
LOUISON . Attendez.... Eft-ce que ce
feroit vous par hafard qui auriez furpris
Madame ?
DARGENCOURT. Ah ! ceffez cette
cruelle plaifanterie ; vous qui avez toute
la confiance de Madame Graffet , pouvez-
Vous ne pas favoir....
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
LOUISON. Je le fais fi peu que , Madame
elle-même eft malade de .... curiofité.
DARGENCOURT, Il fe pourroit qu'elle
ne m'eût pas reconnu ! Ah! j'en fuis au
comble de la joie ! ... N'allez pas me
vendre, au moins .
LOUISON , à part. Un petit moment !
il faut que je fonge à mes intérêts . ( Haut),
Mais je crois au contraire , Monfieur ,
que vous ne feriez pas mal de lui avouer
la vérité. Du caractère dont je connois
ma Maîtreffe , cela ne peut qu'avancer
vos affaires. Car , quoique vous ne
m'ayiez encore rien dit , je ne fuis pas à
m'appercevoir que vous l'aimez , & que
vous ne feriez pas fâché d'enlever cette
conquête à votre cher oncle.
DARGENCOURT. Il eft vrai,
LOUISON. Si vous lui faifiez parvenir
une petite lettre d'excufes....
DARGENCOURT. J'en apportois une.
LOUISON. Donnez- là moi ; je ferai
votre affaire.
DARGENCOURT. Ah ! mã chère Louifon
, fi vous pouvez la faire réaffir , foyez
affarée que ma reconnoiffance égalera le
fervice ....
.
OCTOBRE. 1777. 24
LOUISON. Nous parlerons de cela une
autrefois ...Savez -vous bien , Monfieur, que
Vous n'êtes pas de mauvais goût ? Madame
Graffet est une veuve de vingt-fix à vingtfept
ans , blanche , fraîche & dodue , le
bras rond , la dent belle , l'oeil vif & bien
fendu , les cheveux noirs comme jais ....
DARGENCOURT. Qui mieux que moi
fait le prix qu'elle vaut ?
LOUISON. Cinq ans de communauté
qu'elle a paflés avec un vieux & riche
Secrétaire du Roi , qui avoit des fonds
confidérables , & favoit bien les faire
valoir , lui ont paru affez longs , mais ont
bien arrangé fes affaires. Ses repriſes ont
monté à près de deux cens mille francs
fans compter un douaire que le bonhomme,
qui n'en a point eu d'enfans, lui a
alluré , & un porte - feuille bien garni
d'actions & de billets au porteur, que nous
avons adroitement mis de côté dans les
derniers jours de la vie de M. Graffet.
DARGENCOURT. Ah ! ce n'eft point
l'intérêt qui conduit mon coeur.
LOUISON. Je le crois ; mais la fortune
néanmoins n'eſt pas à dédaigner. Avec
ces avantages , Madame Graffet eft une
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
veuve très-bonne à époufer en fecondes
noces , & j'aime mieux que vous l'ayez
que votre oncle ; vous nous convenez
davantage.
DARGENCOURT. Ah ! fi je puis réuffir ,
je ferai le plus heureux des hommes.
LOUISON. Tranquillifez-vous , tout ira
bien. Je prends mon coeur par autrui ;
moi ! Je fais que le projet de M. votre
oncle eft bien fait pour vous déplaire , &
je puis vous affurer qu'il manquera ; je
l'ai mis dans ma tête,
DARGENCOURT. Eh ! comment ai - je
pu mériter que vous preniez mon parti
avec tant de chaleur?
LOUISON. Cela n'eft pas difficile à concevoir.
Vous êtes jeune , grand , bien
fait , bien portant , d'une phifionomie
agréable , & qui promet beaucoup.
Quand on eft auffi aimable , on eft fair
pour réuffir.... Je crois que j'entends
Madame... C'eft elle - même... Voilà
ma clef; fauvez- vous dans ma chambre ;
j'irai yous chercher quand il fera bon.
En attendant , fi vous voulez dormir ,
vous trouverez fur ma commode quelques
petites brochures dont vous ne tarOCTOBRE.
1777 29
derez vous pas à fentir les bons effets
m'en direz des nouvelles. ( Il fort ).
SCENE. V.
LOUISON feule.
M. de Lorme eft un ladre qui tireroir
de l'huile d'un mur ; ce n'eft pas-là l'homme
qu'il nous faut.
SCENE V I.
Madame GRASSET , LOUISON,
Madame GRASSET . Eft- ce que vous
êtes devenue fourde , Mademoiſelle ? Je
fonne , j'appelle , & perfonne ne me
répond .
LOUISON. Je vous demande excufe ,
Madame ; j'étois occupée ...
Madame GRASSET . Et à quoi , s'il
vous plaît ?
LOUISON. A recevoir cette lettre que
j'allois vous porter.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE:
Madame GRASSET . Donnez donc.
LOUISON , à part. L'humeur joue de
fon refte.
Madame GRASSET , ouvrant la Lettre.
Ah ! ma chère Louifon ! je ne reviens pas
de ma furpriſe.
LOUISON. Qu'avez - vous donc Madame
?
Madame GRASSET. Tout eft découvert...
Lifez .
39
33
LOUISON prenant la Lettre. « Madame ,
une imprudence que j'ai commife par
» le plus grand hafard du monde , va
» peut-être me coûter la vie : une flamme
qui s'étoit déjà allumée dans mon coeur
depuis quelques femaines , eft devenu
» un véritable embrâfement ; mais je
fens , hélas ! que je ne dois plus me
préfenter devant vous , fans craindre
d'éprouver le fort d'Actéan ; à moins
que vous , Madame , qui êtes plus
Belle & plus fraîche que la foeur
d'Apollon , vous ne foyez plus indulgente
qu'elle , & vous ne daigniez me
rappeler auprès de vous ; ce fera rappeler
à la vie celui qui a pour vous
» autant de paffion que d'admiration &
» de refpect. DARGENCOURT ».
و و
»
ן כ
"
OCTOBRE. 1777.31
Madame GRASSET. Eh bien , ma pauvre
Louifon ?
LOUISON. Eh bien , Madame ? Je ne
vois pas grand mal à tout cela. Monfieur
Dargencourt eft on ne peut pas plus
aimable ; il vaut mieux que ce foit lui
qu'un autre qui ait profité des faveurs du
hafard.
Madame GRASSET . Mais fongez-vous
qu'en époufant fon oncle , je fuis dans le
cas de rougir chaque fois qu'il fe préfentera
devant moi .
* LOUISON. Faites mieux , congédiez
l'oncle & époufez le neveu .
Madame GRASSET . Un jeune homme!
i
LOUISON. Il en durera plus longtems.
Madame GRASSET . Ah! je fuis d'un
embarras.... Sonnez , Mademoiſelle
fonnez. ( Louifon fonne ) . Je donnerois
tout-à-l'heure la moitié de ma fortune....
Biv
32 MERCURE DE FRANCE,
1
SCÈNE VII.
Madame GRASSET , LOUISON ,
LA FLEUR .
Madame GRASSET. La Fleur , il faut
aller fur le champ chez M. de Lorme ,
& le prier de paffer ici tout de fuite.
LA FLEUR. Je m'en y vais .
Madame GRASSET . Tout de fuite.
LA FLEUR . Oui , Madame . ( Ilfort ).
SCENE VIII
Madame GRASSET , LOWISON .
LOUISON. Quel est votre deffein ?
Madame GRASSET. Je l'ignore moimême.
OCTOBRE. 1777. 33
SCÈNE I X.
Madame GRASSET , M. DE LORME ,
LOUISON , LA FLEUR .
LA FLEUR , annonçant. Monfieur de
Lorme. ( Il fort ) .
SCÈNE X.
Madame GRASSET , M. DE LORME ,
LOUISON .
Monfieur DE LORME. J'entrois chez
vous , Madame , quand votre Domeſtique
venoit au - devant de moi ; je fuis
charmé de vous prévenir.
Madame GRASSET . J'ai à vous parler,
Monfieur , d'une aventure fâcheufe ,
très - délicate , & fur laquelle je dois
prendre un parti... Afféyez vous .
Monfieur DE LORME . Vous m'inquiétez.
By
34 MERCURE DE FRANCE.
Madame GRASSET . Il y a trois jours ,
Monfieur , que ...... c'étoit un matin.......
j'étois .... Louifon va vous expliquer ce
dont il s'agit , car j'aurois trop à rougir
de vous l'apprendre moi- même.
LOUISON. Monfieur , ... c'eft que …..
Madame ... l'autre jour ... j'étois allé ...
& pendant que ... Madame , auffi je ne
fais comment tourner cela .... Vous avez
la lettre de M. Dargencourt , que Mon.
fieur la life , il verra....
Monfieur DE LORME . Je ne comprends
rien à vos débats .
Madame GRASSET. Lifez cette lettre
dont l'écriture doit vous être connue.
:
Monfieur DE LORME , après avoir lu.
Je ne m'étonne plus , Madame , que cet
infolent n'ait pas ofé reparoître devant
moi il mérite toute ma colère ; & s'il
s'eft banni de votre préfence , je vais le
bannir pour jamais de la mienne . Je
l'abandonne , je le déshérite ; & je vais
changer tout mon bien de nature , pour
pouvoir , en vous époufant , vous le
laiffer tout entier.
Madame GRASSET . Ce n'eſt pas cela
que je veux dire , Monſieur , c'eſt que je
OCTOBRE. 1777. 39
ne peux pas époufer l'oncle d'un jeunehomme
qui a eu l'impertinence, ou plutôt
l'imprudence ...
M. DE LORME. Mais permettez - moi
de vous dire que ce n'eft pas ma faute.
LOUISON , à part. Je puis aller délivrer
mon Prifonnier. ( Elle fort ).
SCÈNE X I
Madame GRASSET , M. DE LORME.
Madame GRASSET. Jugez, Monfieur..
Monfieur DE LOR ME . Mais je vous dis
encore une fois que je ne fuis pas cauſe...
Madame GRASSET . N'importe , je ne
veux point être expofée à rougir , fi je
rencontrois ce neveu chez vous.
Monfieur DE LORME. Mais , Madame,
je vous répète qu'il n'y reviendra plus .
Madame GRASSET. N'importe , fi
j'avois le malheur de vous perdre, & que
j'euffe quelques intérêts à démêler avec
lui,
B vi
36 MERCURE DE FRANCE.
Monfieur DE LORME . Cela ne peut
pas être, puifque je changerai mon bien.
Madame. GRASSET . N'importe ...
SCÈNE XII & dernière.
Madame GRASSET , M. DE LORME
DARGENCOURT , LOUISON.
DARGENCOURT. Ah ! Madame , fouffrez
que je me jette à vos pieds , &
j'y expie un crime involontaire....
que
Monfieur DE LOR ME . Retirez - vous ,
infolent.....
DARGENCOURT. Ah ! mon oncle , ne
m'accablez pas de votre courroux ; daignez
plutôt plaider ma cauſe...
Monfieur DE LORME. Il vous convient
bien , malheureux ....
* Madame GRASSET. Un moment
Monfieur , je ne fouffrirai point que vous
maltraitiez votre neveu en ma préſence …..
A Dargencourt ) . Relevez vous ,
Monfieur.
DARGENCOURT. Non , Madame , je
OCTOBRE, 1777. 37
refterai à vos genoux jufqu'à ce que vous
daigniez me pardonner.....
LOUISON , bas à Dargencourt. Tout va
bien , tenez bon.
Monfieur DE LORME. Mais enfin
Madame....
Madame GRASSET . Après ce qui m'eft
arrivé , Monfieur , je ne confentirai jamais
que vous m'époufiez ; je donne ma
main à Monfieur votre neveu : il ne fera
pas dit qu'un homme m'aura vue ainſi ,
& ne m'aura pas époufée ; il n'y a que
lui qui puiffe réparer mon honneur
offenfé.
DARGENCOURT. Ah ! Madame , vous
me rendez à la vie .
Monfieur DE LORME. Je n'y comprends
rien ; je ne crois pas votre honneur
offenfé ; & pour preuve , je ne demande
pas mieux que de vous époufer. D'ailleurs
, je vous ai dit que mon neveu ne
vous verroit plus , & que je le déshériterois
. Et je vais dès ce moment....
LOUISON . Eh ! Monfieur , ce n'eft
point-là ce que demande Madame : elle
ne veut point brouiller les familles , ni
€
$8 MERCURE DE FRANCE.
faire perdre à votre héritier naturel &
légitime , le droit qu'il a à votre fucceffion.
Madame GRASSET. Au contraire ,
Monfieur , je vous prie de l'affurer toute
entière à Monfieur votre neveu ; je
l'épouferai alors , & je ferai votre bellenièce
au lieu d'être votre femme ; mais
je n'en aurai pas moins d'attachement &
de fentimens pour vous.
Monfieur De LORME . Mais j'aimerois
cependant mieux que ce fût moi qui...
LOUISON. Quevoulez vous, Monfieur?
Il n'y a pas de remède ; il faut vous en
confoler; ainfi va le monde : L'occafion
fait le Larron.
Par M.Willemain d'Abancourt.
VERS
POUR mettre au bas du Portrait de la
Reine.
EROIT -CE l'éclat d'un Empirey
Ou la fageffe de Pallas
De Vénus font- ce les appas ,
OCTOBRE. 1777. 1777 . 39
Que dans Antoinette on admire ?
Non , ces trois lots ne valent pas
Son doux & bienfaifant fourire ;
On eft féduit par la beauté ,
La fageffe enchaîne le Sage ,
A la puiffance on rend hommage ,
Mais on adore la bonté.
Par M. Porralde Saint- Sulpice.
LES PLAISIRS CHAMPÊTRES .
LORSQUE ORSQUE pendant l'hiver les Autans redoutables,
Nous ont fait , dans la Ville , effuyer leur rigueurs
Quand leurs fifflemens formidables.
Ont ceffé de femer l'épouvante & l'horreur ,
Qu'il eft doux au printems d'aller goûter en paix,
Sur les gazons fleuris , fur les lits de verdure ,
Le prix & les bienfaits
De la fage Nature !
Tout rajeunit alors à nos yeux enchantés ;
Les limpides ruiffeaux ne font plus agités ,
On voit leur onde pure ,
Leurs petits flots argentés ,
S'égarer dans les prairies ,
Et quitter leurs rives fleuries ,
40 MERCURE
DE FRANCE
Pour porter leur tribut aux fleuves orgueilleux,
Des Citoyens des airs , l'eflain voluptueux ,
Sous les naiffans feuillages ,
Fait entendre fon doux ramage ;
Favori du printems , il chante fes attraits.
Il charme les fecrets
יכס
Du beau Lifis , qui , près de la Bergère ,
Lui jure une ardeur fincère.
Voi , lui dit- il , voi , ma chère ,
20 Ces ramiers amoureux ,
» Voi , comme ils font heureux !
Ah ! répond Laure , aimons de même ,
» Aimons-nous toujours comme eux ;
Oui , cher Lifis , goûtons ce bien fuprême .
Le Berger à ces mots , dans fes mains amoureuſes,
Preffant cet objet adoré ,
S'empreffe de cueillir fur fes lèvres heureuſes ,
gages de l'amour dont il eft enivré. Les
Couple charmant , Lifis , divine Laure ,
Puiffe le Dieu des coeurs ,
Faire pour vous toujours éclore
Les plus brillantes fleurs
Qu'il sème à votre aurore !
Par M. Grainville fils , de Lifieux.-
OCTOBRE. 1777. 45
PENSÉES DIVERSES.
I.
Il y a des perfonnes qui ont tellement
contracté l'habitude du malheur , que
lors même qu'il a ceffé de les accabler ,
elles ne laiffent pas d'en conferver encore
le pli . Leur ame toujours nourrie d'amertume
, eft devenue infenfible à toutes
les impreffions qui ne font pas celles de
la douleur , le plaifir n'y fauroit plus entrer
par aucun endroit , & elle femble
avoir perdu jufqu'à l'aptitude aux fentimens
agréables. C'eft une fleur Aétrie
que le Soleil réchauffe envain de fes
rayons.
> I I.
Il arrive fouvent qu'on exagère les
qualités de certaines perfonnes , ou qu'on
leur en prête qu'elles n'ont point , afin
d'acquérir par cette candeur fimulée , le
droit de rabaiffer chez d'autres les qualités
qu'elles ont , ou même de les leur
42 MERCURE DE FRANCE.
refufer entièrement , fans être pour
foupçonné de jaloufie.
1 I I.
cela
L'eftime & la louange ne plaifent à
celui qui en eft l'objet , que parce qu'el
les ont d'exceffif. On aime mieux n'être
point loué , que de l'être précisément
autant qu'on le mérite . Le defir de
l'homme eft de paroître aux autres plus
grand qu'il n'eft réellement ; mais quand
il ne peut y réuffir , il préfère encore de
paffer dans leur opinion pour plus perit
qu'il n'eft , à être vu d'eux dans fa taille
naturelle ; parce que , dans le premier
cas , il peut toujours le confoler par le
mépris pour des juges qui favent fi mal
l'apprécier ; au lieu que , dans le fecond ,
fon amour- propre ne trouve point une
pareille reffource.
I V.
Il y a un point où toutes les vertus
commencent à fe confondre aux yeux
du vulgaire , qui , depuis là , les perd de
vue , & ne peut plus diftinguer la vertu
moins belle de celle qui l'eft davantage.
OCTOBRE. 1777. 43
Tout ce qu'on fait au- delà de ce point
eft perdu pour la gloire.
V.
Dans le monde , pour obferver toujours
bien , il faut ne pas obferver continuellement.
L'eil fans ceffe tendu fe
fatigue , la vue fe trouble , & l'on voit
des fantômes.
V I..
Les gens les plus joyeux ne font pas
les plus heureux. La grande gaieté fuppofe
dans l'ame trop d'agitation pour
qu'elle puiffe être la marque du contentement.
Le bonheur fourit , mais il
ne rit guères.
VII.
Pour animer un grand corps , il faut
plus d'efprit , ou du moins une autre
efpèce d'efprit que pour en animer un
petit.
VIII.
On avoue les torts qu'on a eus , &
l'on nie ceux qu'on a. De même , on
44
MERCURE DE FRANCE .
raconte les maux qu'on a foufferts , &
on cache ceux qu'on fouffre.
IX.
Triphile eft annoncé comme un homme
d'efprit. Il entre. C'est un homme.
d'efprit. Qu'on l'eût annoncé comme
un fot ; ç'eût été un fot . C'eft que Triphile
a d'efprit juftement ce qu'il en
faut pour foutenir la première idée
qu'on a donnée de lui , & qu'il n'en
auroit point affez pour faire revenir de
la feconde.
Par M. B...
A UN MAGISTRAT.
Vous qui d'une main dédaigneuſe ,
Repouffez les préfens des Cliens du Palais ,
Vous ne réfiftez pas aux traits
D'une aimable folliciteufe ;
Elle régne fur votre efprit ,
De votre coeur elle diſpoſe ;
Et ce n'eft que par fon crédit
Qu'on obtient de vous quelque chofe ;
OCTOBRE. 45 1777 .
C'est la chafte Thémis , vous honorez fa cour.
On voit cette Vierge ſacrée ,
D'un augufte bandeau , modeftement parée ,
Vous dicter fes loix chaque jour.
Nous approuvons votre tendreffe ;
Et l'on eft heureux , en plaidant ,
Quand on a pour ſoi la Maîtreſſe
De Monfeigneur le Préfident.
Par M. de la Louptière.
COUPLETS
A Madame Dém. .. pour le jour de Sainte
Victoire , fa Fête.
Air de la Romance du Barbier de Séville.
J EUNE Beauté , quels coeurs affez rebelles
Echapperoient au pouvoir de vos yeux ?
C'eſt un devoir d'encenfer tous les Dieux ,
C'eſt un bonheur d'aimer toutes les Belles.
Comment vanter votre esprit & vos charmes ,
L'Amour fur vous verfa tous les tréfors ;
Je n'ofe point tenter de vains efforts ;
On vous célèbre en vous rendant les armes.
45 MERCURE DE FRANCE.
Votre beau nom annonce votre gloire ,
Mille Captifs foupirent fur vos pas.
Quand on peut tout , quand on a mille appas,
porter le doux nom de Victoire. On doit
Par M. Cardonne , premier Commis
de la Maifon de Madame.
1
ODE A L'AVARIC E.
MONSTRE ONSTRE toujours inſatiable ,
Tyran de tes adorateurs ,
Furie infâme , impitoyable ,
Souveraine des mauvais coeurs ,
Farouche , inquiette Avarice ,
Fille du Stix , mère du Vice ,
C'eſttoi qui , de mille fléaux
Que l'on vit autrefois éclorre
Des mains funeftes de Pandore ,
Es la fource des plus grands maux.
Ne crois pas que ma bouche lone
Les attraits de ce cher métal
Qui charme les ames de boue
En proie à ce vautour fatal ;
Mon coeur n'eftime les richeſſes
OCTOBRE. 1777. 49
Que pour répandre des largeffes
Sur les befoins des malheureux :
Il méprife cet homme avide ,
Qui, féduit par un or perfide ,
Se porte à des excès affreux.
Quels traits , inhumaine Avarice ,
Ton empire offre à mes regards !
Au gré de ton vénal caprice ,
Je vois affronter les hafards:
Tes Sujets parcourent le monde,
Bravent le feu , le fer & l'onde ;
Les loix , la nature & l'honneur :
Tu foule aux pieds la vertu même ;
Et l'Autel de l'Etre Suprême ,
N'eft
pas exempt
de ta fureur.
Maître des Dieux , vengeur du crime ,
Tu vois de fi noirs attentats :
Defcends de ton Trône fublime ,
Confonds & punis ces ingrats ;
Arme tes mains , lance ta foudre ,
Frappe , écrafe & réduis en poudre
Les Avares profanateurs .
J'apperçois déjà ta juſtice
Les préparer à leur fupplice
Sous le poids des chagrins rongeurs.
48 MERCURE
DE FRANCE
.
1
L'Avare traite de folie
Les plus refpectables bienfaits:
D'une prudente économie,
Il prétend maſquer fes forfaits;
Mais les yeux éclairés du Sage ,
Percent aisément le nuage
Dont fon coeur voudroit le couvrir :
Son tréfor eft la feule Idole
Qu'adore fon ame frivole ,
Et Plutus lui fait tout fouffrir,
Mortels , pour vous-même barbares ,
N'ouvrirez-vous jamais les yeux
Sur l'affreux deftin des Avares ,
Victimes d'un vice odieux ?
Dans le befoin , dans la triſteſſe ,
Profitez- vous de la richeffe ?
Votre or peut- il vous amufer ?
Non , c'est un bon arbre inutile ,
Toujours fécond , toujours fterile ,
Dont vous ne favez point uſer.
Souvent des héritiers avides ,
Et jaloux de votre trésor ,
Deviennent des coeurs homicides ,
Qui n'attendent que votre mort.
Si , pour diffiper leur envie,
Pendant
OCTOBRE. 1777. 49
Pendant le cours de votre vie ,
Vous vous montriez généreux ,
Ils célébreroient votre gloire ,
Ils béniroient votre mémoire ;
Vos bienfaits vous rendroient heureux.
A quoi bon cet amas frivole ?
Pourquoi tant de biens fuperflus ?
Tout l'or qu'entraîne le pactole ,
Ne vous raffafiroit pas plus.
L'Avarice à l'homme fatale ,
Eft le vrai tableau de Tantale ,
Qui brûle de foifdans les eaux.
Toujours esclave inféparable
D'un bien qui la rend miférable ,
Elle n'aime que fes Bourreaux.
Ah ! faifons un plus doux ufage
Des biens qui nous viennent des Cieux !
Les richeffes aux yeux du Sage ,
Sont comme un vin délicieux ;
Cette liqueur enchantereffe ,
Prife avec prudence & fageffe ,
Ranime nos goûts & nos coeurs :
L'excès dégénère en ivreſſe ,
La privation en triſteſſe :
L'abus de tout fait nos malheurs.
1. Vol. C
fo MERCURE DE FRANCE.
Vous qui gémiffez fous l'empire
D'un intérêt pernicieux ,
Profitez des fons de ma lyre
Pour fuivre l'exemple des Dieux.
Si Jupiter étoit avare ,
Il feroit un tyran bizarre
Fait pour le malheur des humains :
Il n'épargne que fon tonnerre ;
Les biens dont il comble la terre ,
Coulent fans ceffe de fes mains.
Par M. de Forges , Abbé de Valmont.
LE COCHON ET LE BOEUF.
NONCHALAMME
Apologue.
ONCHALAMMENT couché fur un peu de litière,
Dans le coin d'une baffe- cour ,
Et réduit au malheur de ne favoir que faire ,
En ces mots , un Pourceau s'exprimoit un beau
jour :
« De tous les animaux , je fuis , en apparence,
» Sans contredit, le plus heureux ;
Ils travaillent ; mais moi , je n'ai , graces aux
→→ Dieux ,
OCTOBRE. 1777.
D'autre foin que celui de bien remplir ma
»panfe ;
Ils ont tous l'air content ; feul , dans un doux
» repos ,
Jefuis d'humeur mauffade ; une fombre trifteffe,
» Hélas ! m'environne fans ceffe ».
Un Bouflaborieux entendit ce propos ;
Le travail feul , dit - il , fait cette différence .
Mon ami , ne t'y trompe pas ,
L'ennui que tu reffens , naît de ton indolence ;
Rarement la trifteffe accompagne les pas
De ceux qui , par leurs foins , favent fe rendre
utiles;
Mais ceux qui , comme toi , fainéans inutiles ,
Languiffent dans l'oifiveré ,
Ne connoiffent jamais le prix de la gaieté.
Par M. Houllier de Saint-Remy.
CONT E.
Tour fier de chanter au Lutrin ,
UT
Ne fachant au furplus un feul mot de Latin ,
Un gros Manant ( c'étoit la Fête du Village )
S'égofilloit , croyant faire honneur au Patron :
Un Aveugle fans ſon bâton ,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
Auroit fait , à coup sûr , beaucoup moins de
tapage.
Tandis qu'il va toujours chantant ,
Dans un coin à l'écart , il voit certaine femme
Qui fe défole ; une belle ame
Peut habiter par fois fous l'habit d'un Manant :
Inquiet , de ces pleurs il veut favoir la cauſe :
Ah ! vous me feriez croire à la Mérempſycoſe ,
Dit notre déſolée ; à votre fon de voix ,
J'ai cru , tant vous avez l'art de le contrefaire ,
Diftinctement entendre braire
Mon pauvre Ane expiré depuis plus de fix mois.
Par le même.
LE POETE ET SON MÉCÈNE.
Fable traduite de l'Anglois.
CONFINÉ dans un galetas ,
Sans la plus légère reffource ,
Et , graces aux Dieux , n'ayant pas
Un écu vaillant dans fa bourſe ,
Un jeune Élève d'Apollon ,
Plus tendrement qu'Anacreon ,
Soupiroit , dit-on , fur ſa lyre ,
OCTOBRE. 1777. 53
Infpiré par le Dieu d'amour¸
Des vers qu'à la Ville , à la Cour ,
Chacun ſe plaifoit à redire...
Nouveau Mécène bienfaiſant ,
Un Lord , au génie indigent ,
En connoiffeur , daigna fourire ;
Il court , vole , offre fon appui
A cet homme dans la misère ,
L'accueille & l'amène avec lui ,
Jaloux de lui fervir de père...
Voilà notre Apollon affis
Près d'une table fomptueuſe ,
Sablant gaiement des vins exquis :
Grace à l'amitié généreuſe ,
Ce cadavre eft reffufcité ;
2
C'efttous les jours nouvelle Fête.
La Déeffe néceffité ,
Qui jadis planant fur la tête ,
Venoit allumer dans fon fein
Un enthouſiaſme divin ,
Surpriſe , fait en diligence
Porter ailleurs fon influence...
Oubliant fon art enchanteur ,
Source unique de fon bonheur ,
Le Poëte n'eft plus le même :
Dans une indifférence extrême
Pour les neuf Soeurs & l'Hélicon ,
·
Ciij
14 MERCURE DE FRANCE.
L'amour feul du plaifir l'enflamme ;
Plus de Sonnet , plus d'Épigramme ,
Pas la plus légère Chanfon .
* Infenfé , lui dit fon Mécène ,
» Outré d'un pareil changement ,
20
20
Quel eft donc ton aveuglement ?
Va , fuis le penchant qui t'entraîne :
≫Ton art avoit fu me charmer ;
» Mon coeur s'eft ouvert à l'eftime ,
Etje m'efforçois d'animer
*
» Ton goût décidé pour la rime :
» Le bandeau vient d'être levé ,
»Loin d'ici pleure ta fottife ;
J'abhorre.le fou qui méprife
» Les talens qui l'ont élevé ».
Par le même.
COUPLETS A L'AMOUR
Adreffés à Mademoifelle de C ***.
Air : Gentille Boulangère , &c.
A roi feul je me fie ,
Accours me foulager ;
Amour , dis-moi : Sophie
OCTOBRE . 1777.
55.
Doit- elle un jour changer ?
Pourcalmer mon martyre ,
Je fonge à fes fermens ;
Mais peuvent-ils fuffire
Au plus vifdes Amans ?
Que peut une promeffe
Pour fatisfaire un coeur ?
Sophie a ma tendreſſe ,
Et je fuis fon vainqueur.
Mais , hélas ! ma victoire
Ma laiffé mes de firs ,
Faiſant tout pour ma gloire
Et rien pour mes plaifirs .
Vole aux rives charmantes *
Où t'appellent mes voeux ;
Mille Beautés touchantes
Y frapperont tes yeux.
A tes regards , peut-être ,
Sophie échapperoit;
Pour la mieux reconnoître ,
Écoute fon portrait.
Elie a d'une Déelle
Le port majestueux ;
* Sur les bords de la Loire
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
L'amour & la fageffe.
Brillent dans fes beaux yeux.
Le parfum de la rofe
S'exhale de fon fein ;
Sa pourpre fraîche éclofe
Pâlit près de fon teint .
Elle unit l'art de plaire
A la naïveté ;
Au plus doux caractère ,
La plus vive gaieté.
Simple en fa bienfaiſance ,
Et noble en fa douceur ,
Son heureuſe naiſſance
Le cède à fon bon coeur.
Craintive autant que belle,
Elle fuit le grand jour ;
Afes devoirs fidelle ,
Sa famille eft ſa Cour.
Mais lorfque vers la plaine ,
Elle porte fes pas ,
On croit voir une Reine
Entrer dans fes Etats.
Mais que fimple eſt ma Muſe
De peindre les appas ;
Sans ce foin qui n'abuſe ,
OCTOBRE. 1777. $577
Tu la reconnoîtras.
D'abord , à la plus belle ,
Amour adreffe-toi ,
Et fois sûr que c'eſt celle
Dont j'ai reçu la foi.
Va donc , cours à ma Belle
Annoncer mou retour ;
Dis-lui, qu'éloigné d'elle ,
Je languis nuit & jour.
Sois, près de ma Sophie ,
Sa garde & mon foutien ;
Il у va de ma vie ,
Sophie eft tout mon bien.
Par M. L. C. D. B.
ÉLÉGI E.
JE n'en
E n'en puis plus douter , Déeffe impitoyable ,
Cruelle mort , non rien ne réfifte à tes loix :
Le pauvre & l'opulent , les Bergers & les Rois ,
Jeunes , vieux , tout fubit l'arrêt irrévocable
Qui fépare à jamais l'ami de fon ami ;
D'un père ou d'une mère , un enfant trop chéri ;
D'un époux complaifant , une femme adorée ;
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
Un frère de fon frère... Effroyable penſée ! ...
Je fens à ce feul nom renaître ma douleur ,
Un chagrin dévorant s'empare de mon coeur...
O mort ! tu m'as ravi dans la fleur de fon âge ,
Une foeur qui m'aima , que j'aimois davantage ,
En qui l'on admiroit ce qui charme & ravit ,
Les rares qualités du coeur & de l'efprit.
Elle n'eft plus ... Nos foins , l'amitié fraternelle ,
N'ont pu la préferver de la parque cruelle :
Elle n'eft plus ... Tandis que tant de fcélérats
Qui ne comptent leurs jours que par autant de
crimes ,
de tous leurs attentats .
Jouiffent en repos
O mort ! ( pardonnes
- moi des plaintes légitimes ),
Sois plus jufte , & du moins cheifis mieux tes victimes.
Par M. P.... à Versailles.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du premier volume d'Octobre.
Le mot de la première Enigme eft
Jarretière ; celui de la feconde eft le
Jour & la Nuit ; celui de la troisième eft
Couronne. Le mot du premier Logogryphe
OCTOBRE. 1777. 1777 $9 1
eft Bandeau , où l'on trouve Ane , eau ,
dune , aube , bande , nue, beau, Danube ,
ban , bude & eu ; celui du fecond eſt Oui,
où le trouve lo ; & celui du troisième eft
Orange , où fe trouvent or , Oran , orges
rage , Noé, Ange , orage , gare , âne.
ENIGM E.
DE maint fecret je fais dépofitaire ,
Avec cela j'ai le don de les taire.
Lecteur , il arrive fouvent
Que vous me faites part des vôtres ,
Et que jamais ne vous quittant ,
Toujours à vos côtés , j'en reçois beaucoup d'autres.
On me flatte , on me bleſſe ; on me voit chez les
Rois
fois :
Fréquemment fans parure , on me pare par
Pour cet effet , envain la terre & l'onde
Ont renfermé des trésors dans leur fein ;
L'or & tous les rubis les plus brillans du monde ,
Meflattent moins qu'un air de clavecin.
Par M. Bouvet, à Gifors.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE.
MA nature eft , Lecteur , tout-à -fait fingulière.
Je fais naître & mourir fans habiter la terre.
A maint de les enfans je me fais pourtant voir ;
Ceux de qui je fuis maître , éprouvent mon pouvoir.
On me cherche , on m'évite ; on me craint & l'on
m'aime ;
Pour le bien , pour le mal , fouvent je fuis extrême.
Propice en certains cas , nuifible en bien des tems,
Si je fais des heureux , je fais des mécontens .
Quand je fais de bons vins , je réjouis Grégoire ;
Si j'enlaidis Philis , je lui rends l'humeur noire .
Qui me craint a raifon ; je ne puis pas parler,
Et je ne faurojs voir , mais je fais dévoiler.
Par le même.
JE
AUTRE.
E fuis , mon cher Lecteur , la Reine d'un Empire
;
Et mon teint est toujours fi brillant & fi bean ,
OCTOBRE. 1777. 61
Que la fière beauté m'accorde un deux fourire ,
Et vient me careffer juſques dans mon berceau
Mais fi de me ravir elle avoit l'imprudence ,
Elle auroit à gémir de fon funefte fort ;
Les gardes qui toujours veillent à ma défenſe,
Le déclin de mon règue eft près de ma naiſſance ;
De leurs traits lui feroient bien - tôt fentir l'effort.
Pourquoi donc me vanter d'un deftin malheureux?
Modèle des plaifirs , je n'ai qu'un tems comme eux.
Par M. Préaudeau du Pont - d'Aouft , de la
Société Littéraire de Rennes.
JE
LOGOGRYPHE.
Je
fuis,
E fuis , dans tous les tems , un meuble très - commode
;
L'hiver comme l'été , je ſuis toujours de mode :
Je change feulement quelquefois de couleur ,
Sur-tout lorfque je fuis chez un riche Seigneur.
J'ai fix pieds , cher Lecteur , fi tu les décompoſes ,
Tu verras que mon fein renferme bien des chofes ;
Un péché capital ; deux des quatre Elémens ;
Ce qu'on ne trouve point chez les adolefcens ,
Mais qu'on voit , à coup sûr , chez la perfonne
antique ;
Le contraire de doux , un ton de la Mufique ;
Ce qui borde la mer ; un infecte rongeur ;
Un chemin affez dur; un légume flatteur
62 MERCURE DE FRANCE .
Qu'on mange le matin. Adieu , je vais paroître ;
Je n'en ai que trop dit pour me faire connoître .
Par le méme.
AUTR E.
CHEZ nos aïeux , prefque roujours
J'occupois le fommet des plus hautes montagnes,
Et là j'étois d'un bon fecours.
Plus fouvent aujourd'hui j'occupe les campagnes ,
Et j'y figure noblement ;
Car j'en fais , à coup sûr , le plus bel ornement.
De mon entier fi l'on fait deux parties ,
L'une eſt un animal très- adroit & gourmand ,
Aimable par mille folies ,
Paffé maître en minauderies ,
Ingrat fur-tout ; l'autre eft un élément.
Par M. Bouvet, à Gifors.
AUTR E.
"
A première moitié fe place
Sur un animal indolent;
L'autre , liquide , eft efficace
Pour calmer la foif à l'inftant .
Par le même.
J
OCTOBRE. 1777 63
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Éloge de Michel de l'Hopital , Chancelier
de France , Difcours qui a remporté le
Prix de l'Académie Françoife en 1777 ;
par M. l'Abbé Remy. A Paris , chez
Demonville , rue Saint - Severin . -
Éloge du même , par M. Doigni , chez
le même Libraire. -Eloge du même ,
Difcours qui a obtenu le fecond Acceffit
; chez le même Libraire. — Élogė
du même , Ouvrage qui a concouru
pour le Prix de l'Académie , par M***
avec l'épigraphe , & teneo antiquum ,
manibus pedibufque decorem. L'HOPIT.
L. 1. Ep. 1. A Paris , chez Moutard
Imprimeur- Libraire de la Reine , de
Madame , & de Madame la Comteffe
d'Artois.
RIEN n'eft plus propre à exciter une
noble émulation parmi les Orateurs , &
à perfectionner leurs talens , que cette
double vue, de Juges éclairés qu'il faut
fatisfaire , & de rivaux redoutables qu'il
faut furpaffer. Tel eft le précieux avan
64 MERCURE DE FRANCE.
tage des Corps littéraires & de l'établiffement
des Prix Académiques. Les éloges
des grands hommes , fur- tout de ceux
dont la vie eft auffi riche en événemens
qu'en vertus , font une excellente morale
mife en action , d'autant plus propre
à faire une impreffion forte & durable ,
que l'exemple conduit à la vertu par le
chemin le plus court. Infpirer l'amour
des hommes vertueux & patriotiques ,
c'eft infpirer l'amour de la vertu & celui
de la Patrie.
Ces obfervations feront juftifiées par
le petit nombre de citations auxquelles
nous fommes obligés de nous borner ,
dans le compte que nous avons à rendre
des Eloges imprimés , du Chancelier de
l'Hopital .
M. l'Abbé Remy fuit fon héros
dans la carrière du Magiftrat , au Concile
de Trente , à la tête de nos Finances ,
& fur-tout dans les fonctions de Chancelier
, dignité la plus éminente de l'État ,
la plus difficile à remplir , quand on n'eft
animé que par le bien public.
es
Quel reffort mettra-t- il en oeuvre ,
» ( le Chancelier de l'Hopital ) , pour
échapper à l'indigence ! La protection
» des grands ? Il vient d'en éprouver
» l'inſtabilité : l'intrigue ? C'eſt la reſſour
"
"
OCTOBRE. 1777. 65
و د
ود
» ce des fourbes & des hommes vils.
L'Hopital entre dans une carrière ou-
» verte au pauvre comme au riche , &
» la plus favorable à l'homme qui veut
acquérir de la confidération , & con-
» ferver fon indépendance : je parle de
» la profeffion d'Avocat , miniftère de
» confiance , de fatigue & de dangers ,
» où l'homme furveillé par des Confrè-
» res , qui font à la fois & fes égaux &
» fes maîtres , & fes accufateurs & fes
» juges , doit marcher d'un pas ferme
» au bord des précipices ; combattre
» pour l'innocence dont il a tous les fe-
» crets, repouffer le crédit qui veut l'in-
» timider , l'impofture qui cherche à le
furprendre , la haine qui empoifonne
» fes écrits & fes paroles ; enfin , la ven-
» geance & la cupidité qui s'efforcent
» d'éteindre la lumière qu'il apporte
aux Oracles de la Loi.
>>
. . A la vue de tant d'intérêts
divers , Catherine de Médicis , inveftie
par ces hordes d'Hiftrions & d'Efcla-
" ves , qui nous apportoient de l'Italie
» tous les vices des Nations dégénérées ,
» toutes les fourberies d'une politique
» monftrueuſe , tous les befoins du luxe ,
» l'art meurtrier de la Finance , la fureur
66 MERCURE DE FRANCE.
"
épidémique du jeu , le goût de cès
» débauches que la nature abhorre , &
» la lâche audace des empoifonnemens
» & des affaffinats , jufqu'alors inconnus
» chez un Peuple qu'honoroient fa bra-
" voure & fa loyauté : Catherine de
"
Médicis , infenfible aux calamités pu-
» bliques, ne fongeant qu'à fes plaifirs ,
» à fa vanité , à fon ambition , multiplie
les fpectacles , ordonne des fêtes , prodigue
l'or à fes bouffons , tourmente
» les Miniftres , fe repent & s'applaudit
» tout- à-tour , d'avoir choisi l'Hopital
» pour Chancelier. Empire de Charle-
"
magne , quelle eft donc ta deſtinée !
» Une femme ombrageufe & pufilla-
» nime , une femme aveugle & féroce
préfide à tes mouvemens , élève &
tenverfe à fon gré les Sages faits pour
» te gouverner.
وو
"
"
• L'Inquifition à ce mot la
:
plume tombe , le coeur fe glace , l'imagination
ne voit plus que des cachots
» & des bûchers , des délateurs & des
» victimes ; un Tribunal de fang , & des
» forfaits imaginaires. Qu'on fe peigne
» le défefpoir de l'Hopital , en apprenant
» que des Inquifiteurs vont être élevés à
la dignité des Magistrats , & que dé
OCTOBRE. 1777 .
67
» formais le code de la Nation fera fouillé
» par une loi facrilège , qui , autorifant
» l'homme à fouiller dans l'ame de fon
» femblable violera impunément le
» dernier afyle où le Citoyen puiffe
» adorer la fainte image de la liberté .
,
. . Si l'on voyoit naître un jour ,
» dans notre Empire , un homme capa-
» ble de rétablir l'ordre dans le Domai-
» ne , qui, fous nos premières dynafties ,
و د
رو
"
formoit l'unique revenu du Monarque;
» un homme qui fut couvrir de fes aîles
» le berceau de l'orphelin, & le préferver
» de la cupidité ou de l'indifférence de
» ceux que la loi lui donne pour défen-
» feurs un homme dont la fageffe en-
» chainât la main de ces veuves déna-
» turées , qui tranfmettent à un nouvel
époux l'héritage de leurs premiers en-
» fans ; un homme qui pûr circonfcrire
» les droits de ces propriétaires , dont
» la vanité jaloufe de régner au- delà du
» tombeau , fubftitue leurs domaines à
» l'infini , retient les familles dans un
» cruel efclavage , & fournit à la chicane
» un aliment qui rend la juftice plus funefte
aux Citoyens , que les défordres
même qu'elle veut réparer... fi l'on
pouvoit rencontrer , parmi nous , an- ""
平
68 MERCURE DE FRANCE.
»
"
»
و د
و د
>
» Miniftre capable de donner un frein
» aux Adminiftrateurs de ces maifons de
» Pitié , où l'indigence va chercher la
fanté , & où elle ne trouve que le défeſpoir
& la mort ; un Miniftre dont
l'humanité , s'armant d'une verge de
» fer , pourſuivît l'ufure & fes vils fuppôrs
jufqu'au fond de l'antre où ils
" enfouiffent les dépouilles du peuple ;
un Miniftre qui , donnant une forme
nouvelle aux preuves teftimoniales
» arrêtât la licence de ceux qui profanent
» la Religion du ferment ; un Miniftre
» affez habile pour entreprendre la réfor-
» me de nos moeurs ; affez hardi pour
» attaquer de front ce luxe qui nous
» énerve ; affez dévoué aux intérêts des
Citoyens , pour affermir autour d'eux
» ces formes légales qui font la fauvegarde
de la liberté publique ; en un
» mot , affez fécond en reffources pour
» fubftituer les principes éternels de la
Juftice , à ces ufages barbares qui nous
» deshonorent : un tel homme mérite--
» roit fans doute les honneurs & les
hommages que les Nations ont prodigués
aux Conquérans ? Eh bien ! il
» a exifté chez nos ayeux , & la réforme
» de tant d'abus préfente le tableau des
و د
"
"
29
OCTOBRE. 1777. 69
و د
opérations du Chancelier de l'Hopi-
» tal ».
Nous paffons à l'Eloge compofe par
M. Doigni , qui a certainement bien mérité
la mention honorable de l'Académie
es
Françoiſe , par la pureté de ſon ſtyle ,
par les réflexions toujours judicieuſes ,
& par fon éloquence parfaitement af
fortie au genre du difcours. Après avoir
fait le tableau du fiècle malheureux où
vivoit le Chancelier de l'Hopital , l'Orateur
aime à contempler un homme
qui,dans le chaos de l'Anarchie , éleva
» l'édifice des Loix , traça d'une main
» fûre la ligne qui fépare les droits du
Peuple d'avec ceux du Souverain ; un
» homme qui , dans les murs de Sparte ,
» eût été Licurgue , qui fut un modèle
accompli de modération , de définté-
» reffement , de tolérance & de probité ;
» un homme qui , dans le fein de la
corruption , montra les vertus les plus
intrépides ; qui , par la fupériorité de
» lumières , la conftance inébranlable de
» fon ame, fut étranger à fon fiècle ;
» femblable à ces colonnes antiques , qui
n
"
"
»
70 MERCURE DE FRANCE.
2
» s'élèvent parmi les ruines , & que
la
barbarie n'a pu mutiler ».
"
L'Orateur infifte avec raifon dans fon
Difcours , fur le monument de la Légiflation
que l'Hopital eut le talent &
le courage d'élever à fa gloire & à la
nôtre.
"
ود
33
« Le Gouvernement François , qui
» fous la première race de nos Rois ,
» nous préfente des brigands féroces &
toujours armés ; fous la feconde , des
» barbares affervis , obéiffant à des fan-
» tômes de Souverains ; fous la troiſième ,
le Peuple dans l'efclavage , le chef de
» l'Etat refferré dans un petit Domaine ,
» le pouvoir divifé en une multitude de
branches de tyrannie , eſt un tableau
de troubles , de défordre & de confu-
» fion . Au lieu de ces Loix fondamentales
, fur lefquelles les Trônes doivent
être affis , on voit la force luttant con-
» tre le hafard. Les Loix faliques , nées
» dans les forêts de la Germanie , &
» que les Sauvages de l'Amérique pour-
» roient adopter , deviennent plus bar-
» bares , en femêlant aux Loix ripuaires .
» Les Capitulaires , fruits des Citoyens
naiffans , & d'un Gouvernement ébauché
, loin de prévenir les abus , ne
ກ
"
OCTOBRE. 1777. 75
» fervent qu'à les étendre , & n'empê-
» chent point que la Juftice foit affife`au
» milieu de deux combattans , & qu'on
» ait recours aux élémens & à l'effufion
» du fang , pour prononcer fes Oracles .
» Sous le defpotifme féodal , des Cou-
» tumes innombrables,aufli abfurdes que
သ
93
›
difparates , inondent la France : chaque
» Baron , cantonné dans fon château
>> d'où il opprime fes Vaffaux , exerce
» des Loix qu'il interprête à fon gré , &
» la Nation feule n'en a pas. Pendant
» ce long période , où la Légiflation eſt
» fi foible , fi chancelante , la poftérité
» ne diftingue que deux Législateurs .
Charlemagne qui , par le mouvement
extraordinaire qu'il imprima à la Nation
, l'eût peut- être avancée de dix
fiècles , fi fes idées ne fuffent point
mortes avec lui . S. Louis , qui , par
l'héroïfme des vertus Chrétiennes , de
fes fujets barbares fit d'abord des hom-
" mes , & par le bienfait de fes fages
» Ordonnances , parvint à en faire des
Citoyens. Mais,que peuvent deux Sou-
» verains perdus dans l'hiftoire de la
,, Monarchie , au milieu de cette foule
d'efclaves couronnés ; les uns emprifonnés
dans un Palais par leurs Mi-
»
ود
כ כ
"
93
»
#2 MERCURE DE FRANCE.
niftres , paffant du cloître fur le trône ,
» & du trône dans le cloître ; les autres
végétans dans l'indolence , abrutis par
» les vices & la cruauté , dormant dans
les chaînes des Papes , & n'étant Rois
que pour être les derniers des hommes
.
La manière dont M. Doigni s'explique
fur la tolérance eft fi exacte , qu'elle
devroit fervir déformais de modèle à
tous les Orateurs qui font dans le cas
de parler de cette vertu qu'on a fi fort défigurée.
Je ne chercherai point à de-
» viner les opinions de l'Hopital , à lever
» un voile impénétrable aux yeux de la
20
poftérité : j'aime à croire , pour l'hon-
» neur du génie & de la vertu , que fa
» tolérance , qui forme un contrafte fi
étonnant avec fon fiècle , n'étoit point
» cette indifférence coupable pour tous
» les cultes , qui ne donne aucune baſe
à la morale , & aucun point d'appui à
» la raiſon ; ni cette pareffe de l'ame que
» fatigue la lumière , & qui rend l'hom-
» me auffi indécis fur ce qu'il doit faire ,
"
» que fur ce qu'il doitpenfer ; que c'étoit
» au contraire le fentiment profond
» d'une bienveillance univerfelle , qui
» lui faifoit regarder fes Concitoyens
» comme
OCTOBRE. 1777 73
» comme les amis de la fociété , quand
» ils obfervoient les Loix , plaindre leurs
» erreurs fans hair , & laiffoit à Dieu le
» foin de lire dans les coeurs » .
L'Auteur du Difcours qui a obtenu
le fecond Acceffit , a peint à grands
traits les vertus , les talens & le génie
du Chancelier de l'Hopital. C'eſt ainfi
qu'il nous repréfente ce grand homme
après avoir tracé les principaux événemens
de fa vie. « Il eft donc vrai que la
» vertu n'eft point un nom , & qu'elle
» peut habiter les Cours ; que parmi les
» hommes deftinés à gouverner le peu-
و د
ple ; l'humanité , la juftice & les loix
» ont des défenfeurs , & même des martyrs.
Mais un acte de courage , plus
» rare encore que le facrifice de la faveur
» des Rois , un genre de magnanimité ,
qui peut être le dernier terme de la
,, force humaine , c'eft l'audace de contrarier
le voeu de la Nation , & de
s'expofer à fa haine pour la fervir ;
» c'eft à ces traits qu'on reconnoît le
» caractère fublime de l'Hopital .
"
"
23
> Supérieur aux événemens tranquille
, inébranlable au milieu de la
II. Vol D
74 MERCURE DE FRANCE.
ور
n
» fureur & du choc des partis , & de la def-
» truction prochaine de cet Empire , il
» s'élève au- deffus de tout ce qui l'en-
» toure, & brave, pour l'intérêt de l'État,
» les opinions , les préjugés , les affections
; il réfifte au Clergé , à la Magiftrature
, à fon Roi , s'oppofant feul
à tous les partis , parce que
le bien pu
» blic feul n'avoit point de parti ; il voit
l'injuftice de fes concitoyens avec cette
» fermeté que donne la confcience d'une
» cauſe jufte , avec cette indifférence
» qu'un homme inftruit par l'expérience ,
» a pour les cris & les plaintes d'enfans
aveugles fur leurs intérêts ; enfin , avec
» l'indulgence d'un philoſophe qui , dans
les fureurs des hommes , reconnoif-
» fant les foibleffes de l'humanité
, par-
» donne au méchant qui l'attaque , &
ne peut l'offenfer.
29
">
ور
»
>
Dans l'Eloge imprimé chez Moutard ,
qui eft le quatrième que nous avons annoncé
, il eft prouvé que tout contribua
à étendre les connoiffances de l'Hopital .
Une éducation foignée , un goût inalté
rable pour l'étude , des fuccès encourageans
, des travaux qui , en rompant
OCTOBRE. 1777. 75
›
l'efprit aux affaires l'habituèrent aux
réflexions profondes. Tout auffi concourut
pour lui former le coeur : les confeils ,
l'exemple , les malheurs & la conſtance
d'un père , dont un excès de zèle caufa
la difgrace. Les pourfuites exercées contre
lui-même , fon emprifonnement dans
cet âge encore où l'innocence de la jeuneffe
devoit le garantir ; la ruine de fes
efpérances , fon éloignement de fa Patrie ,
le défaſtre de fa famille ; tant d'infortunes
réunies devoient donc , puifqu'elles
ne l'accablèrent pas , élever fon ame , &
la préparer , dès l'enfance , à cette fublimité
que donnent les revers.
Nous nous arrêterons à l'endroit de
l'Eloge où l'Orateur élève cet efprit de
légiflation que le Chancelier de l'Hopital
poffédoit au fublime degré.
Сс
Qui
peut , en lifant les loix de l'Hopital ,
» fe refufer à l'admiration qu'elles infpi-
» rent, & ne pas applaudirà leur Auteur ,
qui pofféda l'art fuprême de rétablir
» les conftitutions par le rétabliſſement
» des principes ?
?
و د »EnparcourantcesOrdonnancescélèbres
, fource féconde des Loix plus
récentes , où nous voyez ce Légifla-
» teur qui force les Miniftres de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
"
သ
"
15
Religion à s'occuper de leurs fonctions
auguftes , parce qu'il étoit convaincu
» que le tems employé à leurs devoirs nė
» feroit pas deſtiné à de vaines querelles ;
qui contient des Seigneurs avides du
» bien de leurs Vaffaux , en mettant
ceux-cifous la protection de la Juftice ,
» & ceux-là fous le glaive des Loix ; qui
règle pour les impôts une perception
» dont le défordre paroît à fes yeux
» comme l'impôt le plus funefte ; qui
» détermine les formalités & les frais de
» Juftice , parce que leur incertitude eſt
la fource des abus qui s'y commettent.
Quand vous voyez ce vafte génie , portant
par-tout fes regards , affurer aux
Tribunaux cette autorité qui imprime
» le refpect ; honorer , encourager dans
» les Juges cette fimplicité des moeurs ,
» & cet amour des Loix qui adoucit la
majefté de leurs fonctions , en même-
» tems qu'elle la perpétue ; rendre au
Commerce fon activité , la borner
» aux feules chofes utiles , la maintenir
» en lui donnant des Juges , qui , débarraffant
les affaires de ces formes lentes ,
puffent s'avancer rapidement vers la
» vérité ; récréer l'efprit de fa Nation
» par l'encouragement qu'il donne aux
"
و د
ود
"
OCTOBRE. 1777. 77
35
"
talens néceffaires , par l'oubli dont il
» vouloit étouffer ces vains arts d'un luxe
» ruineux ; par l'établiffement des Loix
fomptuaires , qui , ne laiffant d'autres
» diftinctions que celle de la vertu , en-
» courageoient les hommes aux travaux ,
réprimoient ce goût fi vif des parures
» frivoles , dans un fexe toujours affez
» aimable fans ces vains ornemens , &
» nourriffoient dans de chaftes épouſes
» cette gravité de moeurs , dont l'Hopital
» confervoit encore la pureté jufques
» dans de nouveaux liens . Quand on
apperçoit ce grand homme , réuniffant
» ainfi les deux fexes par le charme des
» vertus fimples & modeftes , ramenant
» la Nation entière à un douce égalité ,
» & , ce qui peut-être de nos jours feroit
» une chimère , veillant aux befoins de tous
» comme un bon père veille à fes enfans ;
» défendre la poffeffion de plufieurs emplois,
de plufieurs bénéfices, comme s'il
» avoit été convaincu que ce qui formoit
» le fuperflu des uns , manquoit toujours
» au néceffaire des autres ; ne femble- t- il
pas qu'un de ces Sages fi vantés chez
» les Grecs , qu'un Licurgue , le plus
grand des Législateurs du plus fage des
">
30
»
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
Peuples , fortant du fein des Morts ,
» ait animé l'Hopital de fon génie ? »
Eloge du Chancelier de l'Hopital , Difcours
préfenté à l'Académie Françoife ,
ayant pour épigraphe ces paroles : nec
vita animaque peperci , &c. Cet Ouvrage
n'a pas pu entrer dans le Concours
à caufe de fa longueur , qui
excède de plus du double les bornes
prefcrites à ces fortes de Difcours . Le
fuffrage de l'Académie , à qui l'Auteur
avoit préfenté fon Ouvrage , n'en
a pas moins été flatteur .
ود
L'Auteur de ce Difcours commence
fon Ouvrage par une réflexion trèsvraie
, mais humiliante pour nous . Il
foutient » que , pour s'affurer du bon-
» heur , autant du moins que le bonheur
» peut appartenir à des êtres fenfibles &
périffables , il fuffiroit aux hommes
» de le vouloir , puifque leurs plus grands
» malheurs naiffent d'une foule de vices
» & de préjugés qui ne font pas l'ouvrage
» de la nature . Pour les réparer , ces mal-
» heurs , il ne faudroit , continue l'Ora-
» teur Philofophe , qu'éclairer les hom-
» mes fur leurs véritables intérêts , &
OCTOBRE. 1777. 79
99
qu'un petit nombre de vérités fimples
» établiroit le bonheur du genre humain
» fut une baſe inébranlable » .
En effet , rien de fi court & de fi
fimple que ce qui eft prefcrit à l'homme
ici bas : aimer Dieu & fon prochain comme
foi-même, & croire à l'Evangile. « Chofe
» admirable , dit fi bien M. Montefquieu
, la Religion Chrétienne, qui ne
» femble avoir d'objet que la félicité de
» l'autre vie , fait encore notre bonheur
» dans celle- ci ».
"
C'eft , en effet , faute d'avoir pratiqué
ces vérités fi précieufes & fi confolantes
que les hommes ont éprouvé toutes fortes
de malheurs , & que les annales de l'hiftoire
nous offrent tant d'objets triftes.
" Les Peuples traités par leurs Souverains
» comme de vils troupeaux , dont la vie &
la postérité leur appartiennent : l'hom-
» me injufte & puiſſant , franchiſſant la
barrière des Loix , toujours trop foibles
» contre lui , ou trouvant dans ces Loix
» mêmes des moyens fürs & terribles de
» violer avec plus d'impunité les droits
» qu'elles devoient défendre ; il verra les
impôts que la Nation a payés pour les
» befoins publics de la Nation , être la
folde de ceux qui forgent fes fers ; la
99
Div
to MERCURE DE FRANCE.
» réforme des abus , ouvrir la
ouvrir la porte à
» des abus nouveaux , & la vertu même
» devenir funefte , lorfque fes efforts ,
trop foibles pour réprimer les mé-
» chans, n'ont fervi qu'à les irriter. Alors
» pénétré d'un dégoût mortel , le Ci-
» tøyen vertueux fe dira : le genre hu-
» main eft donc condamné à des maux
irréparables , & il se refte plus à
» l'homine de bien , que de n'être ni le
complice , ni le témoin des malheurs de
» fes femblables » .
"
L'Orateur , après ce tableau fi fidèle
& fi affligeant , commence l'Eloge du
Chancelier de l'Hopital , ce Magiftrat
philofophe , qui n'eut pas même befoin
de l'efpérance du fuccès pour faire au
bonheur public , le facrifice de fa vie entière.
« Au milieu du plus violent fana-
"
ود
tifme , il fit entendre la voix de la
» raifon & de l'humanité ; au fein de
» l'Anarchie & de la révolte , il défendit
» avec un courage égal , & l'autorité du
» Roi, & les droits de la Nation ; la cor-
» ruption de fon fiècle , les intrigues de
» la Cour n'altérèrent ni font intégrité
» ni ſa franchiſe ; & , lorfque tous ne
fongeoient qu'à établir leur fortune
» fur les malheurs publics , feul il veil-
» loit pour la Patrie ».
ود
ود
OCTOBRE. 1777 . 81
L'Hopital , avant qu'il fut Chancelier,
fe conduifit en homme qui fent qu'il n'a
rien à attendre que de fa vertu & de
fon génie , & le diftingua par fes talens
& par fes vertus , que fes malheurs fembloient
rendre plus intérellantes . Il ne
connut que deux plaifirs , celui de fervir
fon Pays , & celui de découvrir des vér
rités . L'Hopital , avec de fi heureuſes
difpofitions , méritoit de devenir l'Ange
tutélaire de fa Nation , & le réformateur
de fon fiècle. Il fuffit de peindre ce fiècle
pour connoître le prix des vertus éminentes
de l'Hopital. Des Gouvernemens
» flottans entre le defpotifme & l'Anarchie
; une Administration qui n'avoit
» d'autre plan que d'augmenter , par des
voies fourdes , les profits du fifc ; une
Légiflation qui n'étoit qu'un amas de
Coutumes nées dans les tems barbares;
un Peuple ignorant & fanatiques des
moeurs à la fois féroces & corrompues
; une nobleffe fuperftitieufe &
» débauchée avide de plaifirs & de
combats , livrée à tous les vices ,
capable , à la fois , des plus grands
crimes & des actions les plus héroï-
» ques » .
&
Leportrait éloquent que l'Orateur fair
Dv
82
MERCURE
DE
FRANCE
.
de Catherine de Médicis , du Chancelier
Olivier , & de Bertrandi , Garde des
Sceaux, intéreffera le Lecteur autant que
la defcription du fpectacle qu'offroient
alors les Nations Chrétiennes . L'énumération
des devoirs & des fonctions du
Chancelier , quoique faite longuement ,
mérite qu'on s'y arrête.
" Chef de la Magiftrature , le Chancelier
ne doit jamais perdre de vue
» que les Magiftrats ont été inftitués pour
le Peuple , & que , placé à leur tête ,
» il leur doit , non de défendre leurs
» prétentions , mais de leur affurer la
» liberté de remplir leurs devoirs. Si la
» crainte , la baffeffe , l'avidité , la par-
» tialité corrompent la pureté des jugemens
; files Tribunaux font fervir à
» leur propre ambition , le pouvoir dont
» ils font armés pour la fûreté publique ;
» fi l'efprit de corps étouffe l'efprit d'équité;
fi le zèle de fecte ou de parti
» altère le zèle de la juftice ; fi les Magiftrats
s'abaiffent jufqu'à fe rendre les
» inftrumens des paffions des hommes
puiffans , ou les complices de leurs
intrigues ; s'ils négligent leurs fonctions
» utiles pour aſpirer à un fimulacre de
» pouvoir qu'ils ne peuvent obtenir
ود
و د
39
»
OCTOBRE. 1777. 83
"
و د
qu'aux dépens de la profpérité publi-
» que ; qu'alors ils trouvent dans leur
chef un Cenfeur plus occupé de les
» éclairer
que de les punir , plus redou-
" table par l'autorité de fes lumières &
» de fes exemples , que par le pouvoir
» de fa place ; & qui fache que les re-
» proches de l'homme puiffant ne font
qu'une injure , mais que ceux de l'hom-
» me vertueux peuvent être des leçons
» utiles.
>>
">
-
» Confervateur des Loix , placé entre la
» Nation & le Souverain , le Chancelier
appartient à tous deux , & n'appartient
qu'à eux feuls. S'il fe fouvient qu'il
» peut avoir d'autres intérêts , d'autres
» liaiſons , il n'eft qu'un traitre. C'eſt
» à lui de défendre auprès du Prince les
» droits du Peuple , que jamais les Rois
» n'ont intérêt de violer : c'eſt à lui de
» défendre les droits du Souverain , con-
» tre tous ceux qui voudroient exercer ,
» au nom de la Nation, un pouvoir qu'elle
» ne leur a pas confié.
» C'eſt à lui d'invoquer hautement le
» nom de la Juftice au milieu des clameurs
de l'ambition , qui appelle la
» guerre ; de l'avidité, qui demande qu'on
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» luifivre le fang du Peuple ; des factions,
» qui combattent pour le defpotifme ou
" pour l'Anarchie .
"
» Défenfeur du Peuple , qui fouvent
même, fans connoître fon nom , jouit
de fa fag.Te & de fon courage ; utile
au Monarque dont il défend l'honneur,
» & la confcience , en combattant fou-
» vent fes volontés , un Chancelier de-
» meure en butte à tous les méchans.
Auffi , tandis que toutes les autres places
du Ministère ont été révocables à la
première volonté du Souverain , unè
Loi ancienne a voulu que celle du
» Chancelier ne pût lui être ôtée que par
» un jugement régulier ; que celui qui
» eft chargé du maintien des Loix , fût
"
"9
"
protégé par elles ; & que l'homme de
» la Nation ne fût pas livré ,fans défenſe ,
» aux ennemis de la Nation.
"
» Légiflateur enfin , le Chancelier fentira
que , s'il doit maintenir l'exécution
des Loix tant qu'elles fubfiftent , il
» doit également n'en pas laiffer fubfifter
» de mauvaifes ; que plus il importe que
» les Loix foient refpectées , plus il eft
» effentiel qu'il n'y en ait que de bonnes .
» Qu'enfin fi c'est toujours un mal de
OCTOBRE. 1777. 8
» violer les Loix , c'eft fouvent un trèsgrand
bien de les réformer.
"
"
16
» Profcrire toutes ces Loix contraires
à la raifon & à la nature , qu'aucune
» Puiffance ne peut légitimer , & qu'on
ne peut volontairement tolérer fans fe
» rendre coupable ; abolir toutes ces Loix
» cruelles , qui fervent moins à donner
>> de l'horreur pour le crime , qu'à infpirer
pour les criminels une pitié dan-
» gereufe , & qui rendent les moeurs
plus arroces ,fans rendre le crime moins
fréquent ; abandonner au mépris pu-
» blic les actions fecretres dont les preuves
» obfcures incertaines › , ne peuvent
s'acquérir que par la trahifon & le
» fcandale ; ces actions que la morale
» condamne , mais la Loi ne peut
punir fans expofer à une oppreffion
» arbitraire , l'honneur & la fûreté des
Citoyens.
99
"
"
"
"
que
Veiller à ce qu'il n'y ait aucun droic
des hommes qui puiffe être violé fans
» enfreindre une Loi pofitive , afin que
" le filence de la Loi ne mette pas à cou-
» vert celui que le droit de la nature dé-
» fend d'abfoudre ; mais éviter encore
inu
plus foigneufement les Loix
33
» tiles
celles qui ftatuent fur des
$ MERCURE DE FRANCE.
"
objets indifférens au bonheur public ,
» car toute Loi qui n'eft pas néceffaire
» eft un acte de tyrannie.
93
» Changer toutes ces inftitutions qui ,
» mettant la Loi en contradiction avec
les principes de l'honneur ou des moeurs
publiques , forcent l'homme de bien à
» s'élever au- deffus des Loix ; fupprimer
les Loix anciennes , devenues contraires
» aux préjugés & aux ufages actuels; car il
» ne faut point accoutumer le Peuple à
» fe faire un jeu de tranfgreffer les
» Loix.
33
Craindre même de publier de bonnes
Loix , lorfque des préjugés ou des
» factions pourroient en empêcher l'exé-
» cution ; car c'eſt un grand mal qu'une
» bonne Loi qui n'eſt pas exécutée.
"
Régler les formalités qui affurent au
Citoyen la jouiffance de fes droits ;
» mais ne point perdre de vue , en les
réglant , avec quelle habileté funefte on
» peut trouver , dans ces formalités
» mêmes, des moyens fûts d'opprimer &
de dépouiller le foible avec impunité
99
L'Orateur n'a omis aucune des qualités
qui conviennent à un Chancelier confidéré
comme Législateur , & a parfaitement
prouvé, dans fon beau Difcours ,
.
OCTOBRE. 1777. 87
que M. de l'Hopital avoit fu les réunir
au plus haut degré ; oubliant tout pour
fe fouvenir qu'il devoit au Peuple l'exécution
& la réformation des Loix ; à la
Nation , la confervation de ſes droits ; au
Roi , le maintien de fon autorité légitime
; à la Magiftrature , le foin d'y rétablir
l'ordre & l'exemple de la vertu .
Nous voudrions pouvoir remettre fous
lesyeux du Lecteur le portrait du Roi de
Navarre , du Prince de Condé , du Cardinal
de Lorraine , même celui de la
Nation Françoiſe , qui certainement n'eſt
pas flatté , & le tableau fi fidèle de l'état
de la Jurifprudence ancienne , de la bizar
rerie & de l'inconféquence de plufieurs
de nos Loix. Nous fommes intimement
perfuadés qu'on lira cet Ouvrage avec
trop d'intérêt, d'un bout à l'autre , pour
multiplier davantage nos Extraits , qui
perdent d'ailleurs de leur prix , lorfqu'on
ne voit pas l'enſemble d'un difcours.
Nous nous bornerons à répéter une
obfervation , qu'un critique trop févère a
faite fur un endroit du Difcours , où
l'Auteur dit , en propres termes , que
les ames fortes ont un penchant naturel
pour les opinions hardies & dangereuses.
Peut-il y avoir de la gloire , difoit notre
88 MERCURE DE FRANCE..
Obfervateur , à franchir les barrières qui
n'ont été pofées , par l'Auteur de toute
vérité , que pour arrêter les faillies de
l'efprit humain , & prévenir fes égaremens
? & doit- on regarder comme une
fuite néceffaire de l'élévation & de la
force qui caractérisent les ames grandes
& courageufes , de préférer les opinions
hardies & dangereuses , à ces vérités fimples
& utiles , que nos pères fe faifoient
un devoir de refpecter ?
Loin d'étendre nos facultés , en voulant
étendre nos forces , nous les diminuons
, au contraire , fi notre orgueil
s'étend plus qu'elles ; & la force pouffée
au- delà des bornes raifonnables, dégénère
en foibleffe ; & l'on peut dire , avec fon
dement , que l'attrait pour tout ce qui
eft fingulier & nouveau , n'eft propre
qu'à éblouir les efprits foibles & frivoless
il n'emporte que les ames légères , qui
n'ayant par elles - mêmes , ni affez de fumières
pour connoître la vérité , ni affez
de courage pour la fuivre , quand ils l'ont
connue , deviennent le jouet de leur
propre inconftance ou des paflions étran
gères . Comme elles manquent de talens.
& de reffources pour briller dans la paifible
carrière de la vérité & de la vertu ,
*
OCTOBRE. 1777 . 89
<
elles cherchent à fe fignaler par la fingu
larité des opinions . Elles efpèrent de
trouver dans la hardieffe des paradoxes
ou des entrepriſes , une célébrité que
leur foibleffe leur eût toujours refufée .
Rien de fi fatisfaifant que de s'imaginer
qu'on appartient au petit nombre
d'hommes privilégiés , qui ont fu de
bonne heure rejeter les opinions coinmunes
, & qui regardent les autres hommes
comme une vile populace , qui fe
repaît de chimères. On fe voit , dans
cette idée flatteufe que l'on a de foimême,
comme infiniment élevé au- deffus
de la multitude crédule & entraînée par
la coutume , plutôt que conduite par la
raifon. Il n'y a rien de fi doux , dit un
poëte Epicurien Amateur des opinions
hardies & dangereufes , & par
conféquent ame forte , que de demeurer
dans le temple élevé de la fagefle ,
» où l'on jouit d'une perpétuelle féré-
» nité , & d'où l'on regarde de haut en
bas les autres hommes errans & difperfés
dans leurs différentes manières
» de vivre ».
»
95
و د
"
*
Lucrèce , lib. 11.
90 MERCURE DE FRAN
Tel fut , à peu-près , le raif
de l'Obfervateur critique , a
répondîmes que l'Orateur , /
que les ames fortes avoient
naturel pour les opinions 1 .
dangereufes , n'avoit nullement préte
le juftifier , moins encore approuver
tous les écarts dans lefquels ce penchant
pouvoit jeter les hommes. Mais cette
critique , & l'attention favorable avec
laquelle elle fut écoutée , nous prouve
que les Écrivains font aujourd'hui plus
obligés que jamais , de parler avec
clarté & avec précifion , lorfqu'il s'agit
de la morale , & fur-tout de la puiſer
dans fa vraie fource .
Hiftoire générale de l'Eglife Chrétienne ,
depuis fa naiffance jufqu'à fon dernier
état triomphant dans le Ciel , tirée
principalement de l'Apocalypfe de St.
Jean , Apôtre ; Ouvrage traduit de
l'Anglois de Monfeigneur Paftorini ,
par un Religieux Bénédictin de la
Congrégation de Saint Maur. A
Rouen , chez le Boucher , jeune ; à
Paris , chez Durand , neveu , rue
Galande.
-
Le Livre de l'Apocalypfe , felon SaintOCTOBRE.
1777. 91'
་
Jérôme , « contient un nombre infini de
Mystères qui regardent les temps à
» venir » . On ne peut donc pas fe borner
à des moralités édifiantes , lorsqu'on
fe propofe de donner une explication
complette de ce Livre prophétique. Saint
Auguftin tient le même langage que
Saint Jérôme , & affure dans fon Traité
de la Cité de Dieu , que l'Apocalypſe
» eft une prophétie de ce qui doit arriver
» depuis le premier avénement de Jeſus-
» Chrift fur la terre , jufqu'à ſon ſecond
» avénement au dernier jour » . Telle
eft auffi l'opinion de la plupart des interprètes
modernes , que M. Paftorini
adopte . On ne peut pas fe diffimuler que
ce Livre eft appelé plus d'une fois Prophétie
, nom qui ne convient point à un
Livse qui ne renfermeroit que de fimples
Moralités. Ce livre eft formé fur
le modèle des Prophéties d'Ezéchiel &
de Daniel , qui , loin d'être des Moralités
vagues , font de véritables prédictions
, dont les unes ont déjà eu leur
accompliffement , & les autres doivent
l'avoir dans la fuite des fiécles . On voit
dans ce Livre même un rapport manifefte
, non à l'état générale de l'Eglife
dans le monde , mais à certains événeples
92 MERCURE DE FRANCE.
des mens marqués par des temps & par
époques . Il y en a même qui doivent
arriver bientôt. Quelques bornes ou
quelque étendue qu'on donne à cette expreffion
, il eft certain qu'elle marque
un événement attaché à un temps . Il y a
des caractères qui portent néceffairement
la vue fur quelque révolution qui doit
étonner l'Univers . Il paroît par-tout ce
Livre , qu'il s'agit moins de l'oppreffion
de la vertu & de la Sainteté , que de
celle de la Religion Chrétienne ; oppref
fion qui ne donnera pas la plus légère
atteinte aux promeffes faites à l'Eglife ,
contre laquelle ni le monde , ni l'Enfer
ne prévaudront jamais. L'Eglife pourra
faire des pertes par les fchifmes , par les
héréfies , par le progrès de l'irréligion ,
par la corruption des moeurs , & par
d'autres malheurs que la prudence humaine
ne peut pas prévoir. Cette même
Eglife n'en fera pas moins triomphante
du monde & de l'Enfer ligués contre
elle , parce qu'elle eft fondée fur la
pierre immobile des promeffes de Jeſus-
Chrift , qui ne ceffera de la protéger ,
jufqu'à ce qu'enfin il la faffe triompher
à jamais dans le Ciel.
On trouve dans le Livre de l'ApocaOCTOBRE.
1777. 93
fuflypfe
des expreffions qui ne font pas
ceptibles d'interprétations morales &
myftiques. C'eft une perfécution réelle ,
un martyre qui n'eft rien moins que métaphorique
; ce font des ames décapitées
pour la caufe de Jefus- Chrift ; c'eft une
bête qui s'eft enivrée du Sang des Saints
& des Martyrs. Si les termes font figurés
, l'événement eft réel & littéral ; c'eft
une Hiftoire fuivie depuis l'origine du
Chriftianifme , jufqu'au jour de l'éternité
; c'eft dans ce Livre terrible & confolant
, tout-à-la-fois , que font dépeints ,
avec les plus vives couleurs , les combats
qui ont été livrés à l'Eglife , & les premières
victoires qu'elle a remporté , &
qui font le gage des triomphes qui lui
font promis pour les derniers ternps ; les
divers obfcurciffemens que l'Enfer lui a
fufcités , les châtimens exercés fur les
peuples , les progrès de l'iniquité , la
tyrannie de l'Ange de ténèbres portée à
fon comble , la patience & la foi d'un
petit nombre de juftes réfervés , les reffources
qui leur font préparées , le nouvel
& furprenant éclat que reçoit le
règne de l'Agneau , la chûte de la fuperbe
Babylone .
L'Auteur de la nouvelle explication
94 MERCURE DE FRANCE.
de l'Apocalypfe n'exagère point , lorfqu'il
repréfente ce Livre comme le plus
intéreffant pour les fidèles , & le plus
propre à les affermir dans les différentes
épreuves qui leur font deftinées . Ce Livre
femble n'avoir été placé à la fin
des Ecritures , que parce qu'il raffemble
tout ce qu'elles contiennent de plus terrible
& de plus confolant . « Si on eft pré-
» paré , dit le grand Boffuet , à quelque
» chofe de grand , lorfqu'en ouvrant les
» anciennes Prophéties , on y voit d'abord
» dans le titre , la vifion d'Ifaïe , fils
» d'Amos ; les paroles de Jérémie , filș
" d'Helcias , & ainfi des autres ; com-
» bien doit-on être touché , lorfqu'on lit
à la tête de ce Livre , la révélation de
Jefus-Chrift , fils de Dieu ?
03
»
Tout répond à un fi beau titre.
Malgré les profondeurs de ce divin
» Livre , on y reffent , en le lifant , une
impreffion fi douce , & tout enfemble
» fi magnifique de la Majefté de Dieu ;
» il y paroît des idées fi hautes du Myf
» tère de Jefus-Chrift , une fi vive re-
» connoiffance du peuple qu'il a racheté
» par fon Sang , de fi nobles images de
» fes victoires & de fon règne , avec
» des chants fi merveilleux pour en céOCTOBRE.
* 1777. 95
» lébrer les grandeurs , qu'il y a de quoi
» ravir le Ciel & la Terre .
و ر
"
Il eft vrai qu'on eft à la fois faifi
» de frayeur , en y lifant les effets ter-
» ribles de la juftice de Dieu , les fan-
» glantes exécutions de fes Saints Anges ,
» leurs trompettes qui annoncent les
» jugemens , leurs coupes d'or pleines
» de fon implacable colère , & les plaies
incurables dont ils frappent les im-
» pies. Mais les douces & raviffantes
peintures , dont font mêlés ces affreux
» fpectacles , jettent bientôt dans la con-
» fiance, où l'ame fe repofe plus tranquil
lement , après avoir été long - temps
» étonnée & frappée au vif de ces hor-
» reurs. Toutes les beautés de l'Ecri-
» ture font ramaffées dans ce Livre.
» Tout ce qu'il y a de plus touchant , de
plus vif , de plus majestueux dans la
» Loi & dans les Prophètes , y reçoit
» un nouvel éclat , & repaffe devant
» nos yeux pour nous remplir des con-
» folations & des graces de tous les
» fiécles. "
ود
D'après de fi grandes idées qu'on nous
a données de c: Livre divin , on ne peut
que favoir gré à ceux qui , comme le
refpectable Auteur de l'hiſtoire de l'E96
MERCURE DE FRANCE.
glife que nous annonçons , s'efforcent de
nous développer tous ces emblêmes &
toutes ces expreffions figurées qui font
employées dans l'Apocalypfe , & qui
nous cachent les grands & terribles
événemens confignés dans les Livres
prophétiques. Notre reconnoiffance
envers les interprètes de ce Livre , doit
augmenter à proportion de l'extrême
difficulté d'expliquer un Livre auffi obfcur
, & par conféquent auffi fufceptible
de tant de diverfes explications. C'eſt
le caractère de toutes les prophéties
d'être obfcures plus ou moins , & d'être
livrées aux conjectures des interprè
tes , jufqu'à ce qu'elles foient éclaircies
par leur accompliffement. L'Apocalypfe
a même ceci de particulier , comme l'ont
remarqué plufieurs interprètes ; c'eft que
ce n'eft pas une feule énigme, ce font plufieurs
énigmes qui , regardant des ſujets
& des perfonnages différents , des temps
& des lieux fort éloignés les uns des
autrés doivent avoir tout autant de
clefs ; de forte qu'on peut dire beaucoup
plus raifonnablement
de l'Apocalypfe
en particulier , ce qu'Origène difoit
de l'Ecriture Sainte en général ; c'eſt
qu'elle reffemble à un édifice où il y a
divers
OCTOBRE. 1777. 97
divers appartemens , & qu'il eft fort difficile
d'approprier à chacun la clef qui
lui convient .
On ne peut pas s'empêcher d'avouer
que le Saint-Esprit a voulu que ce Livre
divin portât ces deux caractères , 1 ° . qu'avant
l'accompliffement des événemens
qu'il renferme , il parût d'une obfcurité
impénétrable ; 2 °. que quand il plairoit
à l'efprit qui l'a dicté d'en donner l'intelligence
, il parût le Livre le plus faic
pour être entendu , & le plus rempli de
tout ce qui peut aider l'efprit , & le mettre
à portée d'entendre ce qu'on lui propofe.
C'eft la réunion de ce double caractère
qui fait la perfection d'une énigme
or , l'Apocalypfe eft une énigme
compofée avec un Art divin.
Cette idée, qui nous paroît fi jufte ,
n'a pas empêché toutefois que ce Livre
n'ait été , dans tous les fiécles , l'objet
des recherches & des méditations de
plufieurs Saints interprètes ; ils n'ont pas
cru devoir négliger cet avertiffement
qu'on trouve au commencement & à la
fin de ce Livre prophétique : a heureux
» celui qui lit & entend les paroles de cette
Prophétie , & qui garde les chofes qui y
» font écrites. » S'il eft vrai que les évé-
"
11. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
99
nemens doivent rompre les fceaux , &
qu'ils feront feuls le vrai Commentaire
de ce Livre ; il n'en eft pas moins vrai
qu'il eft annoncé qu'il y aura des Savans ,
à qui l'Efprit de Dieu donnera l'intelli
gence de ces Prophéties , lorfqu'on avoifinera
le temps de leur accompliffement.
« Le Seigneur , dit Amos , 3.7 , ne fait
» rien fans avoir auparavant révélé fon
fecret aux Prophètes , fes ferviteurs » . Il
y a donc des tems où le Livre des divines
Ecritures devient , d'une manière particulière
, la nourriture de certains hommes
choifis , à qui Dieu découvre les
grandes chofes qu'il doit faire . Dieu fe
conduit comme un Roi qui , à la veille
des grandes entreprifes qu'il médite
découvre à quelques- uns de fes favoris
les deffeins qu'il a formés. Il eft expreffement
dit dans l'Apocalypfe , que le Livre
doit être dévoré dans le temps des grandes
révolutions , & qu'alors Dieu fait
part de fon fecret à fes amis. Il n'y a
donc plus qu'à examiner fi l'on peut ju-,
ger avec vraisemblance qu'on eft en effer
a la veille de ces grandes révolutions ,
Saint Jean , en recevant le Livre de la
main de l'Ange , eft averti que cetre
merveilleufe nourriture fera pour lui
OCTOBRE. 1777. 99
tout- à - la fois douce & amère : en effet ,
les Ecritures caufent à la fois une grande
confolation & de grandes afflictions . La
confolation eft attachée aux premiers
momens où l'on médite le Livre ; mais
à mesure que les vérités qu'il renferme
nous deviennent propres , elles produifent
de l'amertume , foit au dedans
parce qu'il faut contredire fes propres
paffions , foit au dehors , parce que le
monde , ennemi de Dieu & de fescuvres
, l'eft auffi de fes ferviteurs .
que
Mais on doit avouer qu'avant l'époque
des grands événemens , & avant
le Très Haut faffe lui - même , à
des hommes privilégiés , la manifeſtation
de fes deffeins profonds , les paroles
ineffables que Saint Paul a entendues
au troifième Ciel , & celles des fept
tonnerres de l'Apocalypfe refteront fcellées
, & l'on verra les explications des
interprètes , même les plus éclairés & les
plus fages , fe combattre les unes & les
autres. La richeffe & la fécondité des
événemens du monde fera même leur .
embarras en effet , combien d'événemens
qui paroiffent reffemblans & également
applicables aux prédictions de ce
Livre ? Peut- on d'ailleurs être affez dé-
}
Eij
100 MERCURE DE FRANCE .
4
gagé de toute prévention , pour ne pas
appréhender de fubftituer fon propre efprit
à l'efprit prophétique , & ne pas fe
laiffer éblouir par des reffemblances &
des conformités favorables , à des préjugés
& à des opinions favorites qu'on a
fouvent adoptées avec trop de précipitation
. C'eft de quoi perfonne ne peut fe
flatter fans témérité , & ce que l'on ne
doit pas , ce femble , efpérer de l'efprit
humain , s'il n'eft éclairé d'une manière
extraordinaire des lumières de l'Auteur
de la révélation , comme le difoit un
favant Cardinal ( Caietans ) .
Toutes ces réflexions , qui s'appliquent
à tous les interprètes anciens & modernes
, n'empêcheront pas de lire avec fruit
l'Ouvrage de Mgr. Paftorini , qui renferme
plufieurs explications lumineuſes :
ce digne Pafteur a cru deyoir adopter fur
les quatre premiers âges, les mêmes voies
que M. de la Chetardie avoit propofées
fur les quatre premiers fceaux & les
quatre premières trompettes , à quoi le
favant Editeur de la Bible d'Avignon
avoit ajouté celles qui regardent les quatre
premières coupes . Quant aux trois
derniers âges , le nouvel interprète s'éloigne
du fentiment de ceux qui l'ont
OCTOBRE. 1777. 101
he
précédés ; il fuppofe , par exemple , que
I'Antechrift fera un Mahométan , qui
naîtra de la race même de Mahomet ,
dans la Tartarie- Crimée . Mais comment
un tel homme feroit - il capable de
féduire les Elus mêmes , comme Jefus-
Christ l'annonce ? C'eft uneobjection
qui fembloit mériter une réponse.
·
Le nouvel interprète foutient encore
dans fon Ouvrage, que les Saints qui ont
vécu avant Jefus Chrift , n'ont adoré
l'Etre fuprême que dans l'unité de la
Divinité , & que la Trinité des perfonnes
n'a été connue & adorée par les
Saints , que depuis l'avènement de Jefus-
Christ. Cette opinion ne contrárie t - elle
formellement la décifion du Concile
pas
de Trente , qui a défini que nul homme ,
dans aucun temps , n'a été juftifiéfans la
foi au Médiateur? Cent Evêques de France
, en 1720 , ont enfeigné , dans un
Ouvrage public , la même Doctrine que
celle du Concile . « C'eft , difent ces.
Prélats , une vérité que l'on doit fuppofer
comme le fondement de toute la
» Doctrine Chrétienne , que , depuis la
», chûte d'Adam , nous ne pouvons plus
» être juſtifiés , ni parvenir au falut que
» par la foi au Rédempteur. Il n'y a ,
"
ود
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» comme dit l'Apôtre , qu'un feul Média-
» teur de Dieu & des hommes , comme il
""
n'y a de falut qu'en lui feul , parce qu'il
" n'y a point d'autre nom fous le Ciel
» donné aux hommes , par lequel nous
" puiffions être fauvés.
"2
» Cette importante vérité , marquée
» dans toute la fuite des Ecritures
s'applique à tous les temps , avant la
» Loi & fous la Loi ; car la Doctrine
» Chrétienne ne laiffe pas lieu de douter,
dit Saint Auguftin , que fans la foi
» du Médiateur , les anciens n'ont pu
» être juftifiés , ni purifiés de leurs pé-
» chés. Tous les Saints , dit St. Léon ,
» qui ont précédé le temps du Sauveur ,
» ont été juftifiés par la foi en Jésus-
Chrift , Dieu-Homme , & par ce mystère
» font devenus le Corps du Chrift , atten-
» dant
par celui qui devoit defcendre d'A-
» braham , la Rédemption générale des
» croyans ». Tel eft le langage & la
Doctrine de toute la Tradition .
و و
Nous ne nous aviferons pas de pouffer
plus loin nos obfervations fur ce
nouvel Ouvrage , qui mérite d'autant
plus d'être bien accueilli , que l'on ſem-
'ble aujourd'hui s'occuper davantage de
P'étude des Ecritures . Tout ce qui peut
OCTOBRE . 1777. I
¿
faciliter cette étude , & en applanir le
difficultés , mérite des éloges ; & ce fera
même de la diverfité des explications ,
du choc des opinions , & de la difcuffion
des différens paffages de l'Ecriture Sainte
, que fortira un bon Commentaire
des Livres prophétiques : Ouvrage qu'on
-doit attendre & defirer avec ardeur.
Suite des Epreuves du Sentiment , par M.
d'Arnaud ; tome quatrième . Cinquième
Anecdote . Germeuil. in - 8 ° . avec
figures . A Paris , chez Delalain , Libraire
, rue de la Comédie-Françoife.
,
M. d'Arnaud continue de tirer fon
Lecteur du cercle étroit de fes habitudes ,
pour lui faire parcourir les Scènes variées
de la vie humaine, & lui donner une expérience
que l'Ecrivain moraliſte fait toujours
tourner au profit de la Vertu . Sa
dernière Anecdote , intitulée Germeuil
nous fait voir le danger des liaiſons ,
fur-tout dans les grandes villes où l'homme
méchant pouvant fe cacher dans la
< multitude dreffe plus facilement fes
-embûches . Un Ecrivain de nos jours , a
..dit que l'haleine de l'homme eft mortelle
à l'homme. Ceci eft vrai au moral comme
>
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
au phyfique , & M. d'Arnaud développe
cette penfée au commencement de fa
nouvelle Anecdote . Il réfulte de fes réflexions
, qu'une grande ville eft un grand
mal dans un État , & que rien n'annonce
plus le fiècle de la frivolité & de la corruption
, que le dédain des habitans des
grandes villes , pour le féjour de la Province
, & leurs froides plaifanteries fur
ceux qui goûtent la fimplicité de la vie paftorale
& champêtre. « On ne difconvien-
99
dra point , ajoute M. D. , que dans les
" grandes villes , la Société n'ait des formes
plus élégantes , un langage plus
poli & plus cultivé , qu'elle ne connoiffe
» mieux les fineffes de l'ufage & de la
» mode , toutes les propriétés du luxe ;
qu'elle ne foit enfin plus éclairée fur
» ce qu'on peut appeler la Science du
monde , qu'un petit troupeau de Citoyens
refferrés dans une étroite en-
» ceinte , & bornés aux feuls foins de
» leur famille , & d'une fortune fouvent
و د
و د
médiocre , qui ne s'étend guères au-
» delà de ce qu'on nomme l'honnête ai-
» fance. Mais ces prétendus avantages ,
dont Paris femble s'enorgueillir , font-
» ils bien des privations réelles pour la
» Province ? Les qualités de l'homme
OCTOB R- E. 1777. 105
ود
"
ود
33
>>
›
» ce qui conftitue la créature vraiment
» eftimable , fouffrent peut- être de cet
» abus des liaifons , inconvénient attaché
» aux nombreufes fociétés . Le défir de
» reffembler à tout le monde empêche
qu'on ne conferve fa phifiono-
» nie particulière ; la vertu la plus affer
mie s'affoiblit & s'altère à trop fe communiquer
comme le génie perd
» fa force en fe foumettant aux petites
» nuances & aux conventions du bel efprit.
En un mot , il eft difficile de fe
garantir de la corruption morale ; &
» c'eft une épidémie prefque toujours répandue
dans des cités qui font le fiége
» d'un Empire . Je n'imagine point que
l'efpèce humaine ait beaucoup gagné à
» fe rapprocher. Elle a fait , fans contredit
, des acquifitions relatives aux
agrémens de la vie , à l'étendue des
» connoillances , à la jouiffance des faux
» plaifirs ; mais , à quel prix ? aux dé̟-
» pens
de la vérité & de la nature . L'ame
» a perdu fon énergie , les fenfations
font devenues moins vives ; l'amour
» de la vertus eft prefque éteint en s'atfociant
& multipliant fes befoins on
» a contracté une foibleffe incurable
» P'homme ifolé fera toujours l'original
ܤ܂
و د
>>
>>
و د
:
7
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
» de l'homme vivant en fociété
و د
& la
copie n'aura jamais le degré d'intérêt
» & de vigueur du modèle.
Germeuil avoit apporté à Paris , ces
traits diftinctifs fi rares & fi précieux ,
le goût invariable pour l'honnête & le
vrai , l'exactitude à remplir fes devoirs ,
la fobriété dans fes defirs , la fage retenue
dans fes plaifirs , un efprit droit ,
un coeur extrêmement fenfible , des verrus
modcftes , des connoiffances utiles ,
tout ce qui forme le Citoyen également
aimable & eftimable. Il étoit poffeffeur
d'une fortune affez confidérable , que lui
avoit laiffée un père devenu riche par les
produits d'un commerce auffi honorable
que lucratif : une époufe charmante &
vertueufeajoutoit à fon bonheur.Uneforte
de fatalité , ouplutôt une des illufions qui
fejoignent prefque toujours aux erreurs
de l'opulence , avoit fait defirer à Germeuil,
de vifiter cette ville dont on parle tant en
France & dans les Pays étrangers . Il y
étoit venu avec fa femme , & il n'avoit
pas
tardé à reffentir les effets du funefte
enchantement. Il s'étoit donc établi à
Paris , bien déterminé, il eft vrai , à goûter
fes agrémens en homme intelligent &
modéré , qui fait s'amuler & jouir , fans
OCTOBRE. 1777. 107
<
ود
courir les rifques de la diflipation & du
remords ; il revoloit auprès de fon époufe ,
toujours plus tendre & plus attaché à ſes
devoirs ; mais , malheureufement pour
lui , il fe lia avec un homme qui annonçoit
ce qu'on defire dans un ami auquel on
veut fe livrer fans réferve . « Blinval réusniffoit
à la plus belle figure , un efprit
» fin & délicat ; nourri dans la grande
» fociété , il en avoit toutes les grâces ;
» tout refpiroit en lui cet air de nobletfe
qu'on ne fauroit exprimer , & qui fe
» fait fentir avec tant de force & d'intérêt.
» Les moindres expreffions qui lui échapoient
, portoient avec elles le char-
» me du fentiment . Cette magie fi
puiffante fe répandoit en quelque forte ,
» fur tout ce qui l'entouroit ; mais que
» ces heureuſes apparences étoient trompeufes
& perfides ! Blinval cachoit ,
fous cet extérieur féduifant , une ame
» infectée de tous les poifons. Son uni-
» que objet étoit de jouir ; de cette four-
» ce corrompue découloient tous fes
ود
"
principes ; il avoit diffipé fa fortune
» par de folles dépenfes ; il s'agiffoit de
réparer les pertes : les moyens lui
roiffoient légitimes , s'ils lui procun
roient des refources ; il ne croyoit
pa-
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
"
»
331
"
qu'au plaifir. Aufli mettoit- il au rang
» des préjugés , les vérités les plus refpectables
& les nieux établies : mais
» cette façon de penfer fi monitrueufe
fi criminelle , il ne la décéloit qu'avec
beaucoup de précaution , & àl'amitié
» la plus intime . C'étoit fon fecret , &
» Blinval fe gardoit de l'indifcrétion ;
» il penfoit fur-tout que le monde étant
» un théâtre , il falloit s'amufer à y jouer
» tous les rôles , & à y prendre tous les
mafques. Il joignoit à fes talens perni-
» cieux , l'art du flatteur le plus fouple &
»
le plus adroit à peine entroit-il dans
» un cercle , qu'il étudioit avec opiniâtreté
" le foible des individus qui le compo-
» foient ; & il ne l'avoit pas faili , qu'il
» en tiroit avantage. Germeuil lui avoit
paru un inftrument utile à fes vues :
» il poffédoit des richeffes ; mais l'opu-
» lence n'étouffoit point en lui l'honnê
teté ; il ofoit avoir des moeurs , ane
» ame dirigée vers le bien ; il falloit donc
"corrompre fon coeur pour l'amener à ce
degré d'égarement qui ne permet plus
» de réfléchir ; c'étoit par l'attrait du plaifir
, que Blinval fe propofoit d'attirer
» Germeuil dans le piége ». Il lui prosure
en conféquence la connoiffance
و د
»
"
OCTOBRE. 1777. 109
3
d'une de ces femmes charmantes , dont
la fortune fe trouve toujours dérangée
par des accidens plus funeftes les uns que
les autres ; de ces femmes qui favent
montrer une fenfibilité exquife , & fe
plaindre à propos d'un excellent coeur,
la fource de leurs malheurs & de leurs
peines. Le faux ami obferve avec foin
l'impreflion que cette jeune perfonne fait
fur le coeur de Germeuil , & ne ceffe de
louer la beauté , l'efprit , la vertu de cette
femme unique. Blinval uni depuis longtemps
avec l'artificieufe Coquette par les
mêmes goûts & les mêmes vices , parvient
cufin à faire avaler au bon Provincial
le filtre féducteur. Le tendre époux,
le bon père , tous les jours perdoit de
ces fentimens que fuivent l'innocence
l'eftime de foi- même , le calme de l'ame .
L'humeur de Germeuil s'aigriffoit ; it
n'avoit plus cette douceur de caractère
qui répand tant de charme fur un engagement
qu'avouent la Religion & la
vertu . Il devenoit rêveur , fombre , chagrin;
il ne recherchoit plus les touchantes
careffes de fa femine & de fes enfans. Ces
derniers ne l'intéreffoient plus par leurs.
amufemens folâtres enfin , à chaque
inftant , Germeuil fe montroit plus mé
110 MERCURE
DE FRANCE
.
› >
connoiffable. L'honnête Adélaïde ne s'appercevoit
que trop de ce changement ,
mais elle craignoit d'affliger fon mari ,
en laiffant échapper la plus foible plainte ;
elle oppofoit à ces nuages une férénité
inaltérable ; & c'étoit par dés témoignages
toujours plus vifs d'une pure tendreffe
, qu'elle combattoit les procédés
peu délicats , & les duretés mêmes de
fon époux. « Vous voudriez , difoit-elle
» à une de fes amies, qui taxoit fa conduite
de foibleffe vous voudriez
» s'il étoit égaré , que je rappelaffe
mon mari par des reproches & des
éclats ? Germeuil eft vertueux : tôt ou
tard il reviendroit à fes devoirs , à fa
» famille . Nous l'aimons tant ! Je fuppofe
qu'il ait cédé à quelques erreurs : je ne
» faurois le croire ; & puis , ma chère
amie , il eft difficile de fe réfoudre à
déplaire à ce qu'on aime. Germeuil
changeroit , qu'il me feroit toujours
» cher ; contente de pleurer en fecret ,
» je ne lui montrerois que mon amour .
Soyez-en perfuadée : la plupart des fein-
» mes ramèneroient leurs maris , fi elles
ne fe laffoient pas de leur oppofer la
douceur ; c'eft l'arme la plus fûre qu'air
» notre fexe pour le défendre contre la
tyrannie des hommes ».
و د
"
22
و د
H
ود
OCTOBRE. 1777.
>
>
Certe arme fut en effet toute puiffante
contre Germeuil. Cet époux , le coeur
plein de douleur & de repentir , revola
dans les bras de fon épouſe , qui n'avoit
jamais ceffé de lui être attachée ; mais
ce fut après avoir effuyé toutes les perfidies
que peut imaginer la fociété fcélérate
d'un homme & d'une femme perdus
de moeurs . Les coupables fubiffent à la
fin de cette Anecdote le fort que
méritoit leur conduite. Il n'y a
comme le fait très- bien voir M. D. , de
vrai bonheur que pour celui qui vit en
paix avec lui -même , en rempliffant fes
devoirs d'époux , de père , d'ami , de
citoyen , de fujet. L'eftimable Ecrivain
développe ces devoirs dans fes différentes.
Nouvelles & Anecdotes hiftoriques ; &
rappelant le Lecteur en lui- même, lui fait
trouver des vérités de fentiment , qu'il
ne foupçonneroit même pas au milieu
du tourbillon de la Société . Comme ces
fentimens fe trouvent toujours liés aux
événemens les plus frappans de la vie
huinaine , ils forment une forte de Philofophie
fentimentale à la portée de tous
des Lecteurs , des jeunes gens , fur- tout ,
& des femmes qui , ayant plus de coeur
& d'imagination que d'efprit & de rẻm
112 MERCURE DE FRANCE.
flexion , doivent plus goûter des fictions.
hiftoriques , que des traités difcutés &
approfondis.
L'Anecdote que nous venons d'annoncer
, termine le tomé quatrième des Epreu
ves du Sentiment. Les deux qui doivent
commencer le tome cinquième , la première
intitulée Daminville , & la feconde
Henriette , font actuellement fous preffe.
Cette édition , in- 89 . , doit-être recherchée
avec d'autant plus d'empreffement ,
qu'elle eſt très foignée & ornée de belles
gravures , qui rappellent une partie des
fcènes décrites dans l'Anecdote . On débite
actuellement le quatrième volume
de l'édition in- 12 de ces mêmes Epreuves
du Sentiment.
Le Quadragénaire , ou l'âge de renoncer
aux paffions , Hiftoire utile à plus d'un
Lecteur . A Genève , & fe trouve à
Paris , chez la veuve Duchefne , Libraire
, rue Saint-Jacques , au Temple
du Goût , 2 Parties in- 12 avec 15
Figures .
Le but de cet Ouvrage , qui eft une
nouvelle production de la plume . & de
l'imagination féconde de l'Auteur des
OCTOBRE.
Idéesfingulières , du Payfan ,
eft utile & intéreffant pour la
a été composé pour faire voir a
ont laiffé paffer leur jeuneſſe ſa.
les loix de l'hymen , que le tem.
pas venu pour eux d'y renoncer ab.
ment ; que l'union d'un homme de 9.
rante ans & d'une jeune perfonne , pourvu
d'ailleurs que les autres convenances s'y
trouvent , doit être regardée comme parfaitement
affortie ; & que ces mariages
tardifs font prefque toujours les plus
heureux .
"
Ecoutons l'Auteur lui-même développer
l'idée qui lui a fait prendre la plume.
" La nature a- t- elle mis des bornes , à
» notre bonheur ? Eft - il un âge où
» l'homme doive fe dire à lui - même :
je n'ai plus rien à faire au monde ? Non ,
» il eft pour toutes les faifons de la vie
» des occupations , & même des plaifirs
...Il paroît certain qu'un Quadragénaire
peut fans imprudence unir fon
» fort à celui d'une vertueufe épouſe ,
» en convenant d'ailleurs qu'il ne doit
plus compter fur un amour de paffion ;
» & que s'il prétendoit encore à ce qu'on
» nomme faire l'amour , il eft un fou ,
qui fera tout-à-la-fois & málheureux
& ridicule.
»
و د
14 MERCURE DE FRANCE.
""
.ود
" Quarante ans eft donc l'âge où les
agréables doivent faire retraite : il eft
trop tard alors pour fe livrer aux trompeufes
amours d'une inclination ; mais
» il eft encore tems de prendre la qua-
» lité refpectable de père de famille .
» Peut-être même eft - ce l'âge le plus
» propre à rendre heureufe une jeune
» épouse ? L'homme eft fi fou dans fon
» printems ! à trente ans il a fi
peu d'indulgence
! fa grande force le rend dur
» pour lui - même & pour les autres ;
mais à quarante ans il voit tout fous
un jufte point de vue ; fa manière d'aimer
eft plus tendre ; l'éducation qu'il
» devra donner à fes enfans fera plus expérimentale
& plus fage.
ود
Le fonds de ce Roman confifte dans
la correfpondance de M. de Sac ***
qui eft le Quadragénaire , avec une jeune
perfonne , orpheline de 19 à 20 ans , fille
d'un de fes amis . Elife , c'eft le nom de
la Demoiſelle , ayant perdu fon père
depuis un an , s'étoit retirée dans une
penfion où elle ne recevoit que quelques
parentes éloignées , & M. de Sac ***
que le père d'Elife avoit chargé en mourant
de l'adminiſtration des biens de fa
fille, M. de Sac *** étoit fon allié ,
OCTOBRE. 1777. 115
elle l'avoit connu dès fa plus tendre
enfance ; fa conduire étoit fi noble , G
défintéreffée ; fes foins étoient fi obligeans
, fi tendres , que la jeune perfonne ,
fongeant à fe marier , jugea qu'elle ne
pouvoit mieux choifir. Mais fon ami ,
âgé de quarante ans , ne penfoit plus
qu'à faire retraite ; il n'avoit garde d'attribuer
la confiance & l'attachement que
lui témoignoit fa pupile , à autre chofe
qu'à de l'amitié , à l'habitude de le voir
depuis l'enfance , & aux liaifons d'intérêt.
Quelque moyen qu'elle employât
pour lui faire pénétrer le deffein qu'elle
avoit formé , il ne l'entendoit pas. Ce fut
ce qui la réduifit à s'expliquer plus clairement
par écrit .
Dans les premières Lettres elle laiſſe
entrevoir modeftement & peu- à-peu fon
intention . Mais , obligée enfin de s'expliquer
ouvertement , elle ne néglige rien
pour déterminer un homme fenfé , timide
, & qui connoît trop bien fon fiècle
pour vouloir hafarder le bonheur
de la fille d'un ami , & le fien propre ,
par un mariage imprudent. C'eft ce qui
donne lieu à une difpute par écrit , entre
Elife & le Quadragénaire , où chacun
foutient fa thèfe , & l'appuie par des
116 MERCURE DE FRANCE.
1
exemples . Ce font ces Hiftoires épifodiques
qui rempliffent principalement
cet Ouvrage. Ce qui s'y trouve de particulier
, c'eft que les perfonnages principaux
de ces Hiftoires font prefque tous
parens , alliés , ou connoiffances de ceux
qui les racontent ; ce qui doit rendre
leurs exemples plus propres à faire une
impreffion mutuelle .
Elife cite d'abord à fon ami l'Histoire
d'un homme de quarante- cinq ans , qui
a vécu heureux avec une jeune époufe
de quinze à feize. Le Quadragénaire ,
loin de fe déterminer , réplique par
l'exemple de l'événement tout contraire
d'un mariage à - peu près de la même
nature . Cette Hiftoire a pour titre l'Ef
time n'eft pas de l'Amour.
Elife répond par l'Hiftoire intitulée :
l'Amour par lettres , ou l'Amant invifible.
C'est une jeune perfonne d'environ dixhuit
ans fruit du mariage des héros
de l'Hiftoire précédente , qui fe tailfe
toucher par les lettres d'un homme de
quarante ans , fort laid , & qu'elle n'avoit
jamais vu . Elle époufe cet amant , & fe
trouve parfaitement heureufe avec lui .
Cette troisième Hiftoire , toute par lettres
, eſt très- agréable à lire. ,
*
OCTOBRE. 1777. 117
Le Quadragénaire , qui connoît encore
mieux qu'Elife toutes les circonftances
de l'aventure qu'elle vient de lui
raconter , oppofe à cet exemple l'Hiſtoire
des vrais parens d'Elife elle - même
qu'elle n'a point connus , & dont il a
foin de lui déguifer les noms . Cette
Hiftoire , intitulée l'Illufion d'un Homme
de quarante ans , & qui forme le plus
long épifode de ce Roman , eft tragique
& effrayante. L'Auteur s'y eft beaucoup
livré à cette exceffive fécondité d'une
imagination ardente , dont il a déjà
donné des preuves dans d'autres Ouvrages
, & qui fouvent l'entraîne trop loin..
Il y a multiplié les incidens , les atrocités
, les fcènes terribles , &c . mais on
ne peut avoir une narration plus vive
plus rapide , plus attachante , ni peindre
avec plus d'éloquence & d'énergie les
funeftes effets d'une paffion fatale & involontaire
.
L'Hiftoire fuivante , racontée par Elife,
eft l'Anecdote d'une jeune Juive , qui
vient de ſe faire chrétienne , pour époufer
un homme de fa nation , converti
auparavant , & prefque Quadragénaire.
Cette Anecdote , intitulée l'Amour Juif,
confifte dans les lettres des deux Amans ,
118 MERCURE DE FRANCE.
où l'Auteur a très-bien fuivi le coftume
& le ftyle hébraïques ; ce qui les rend
vraiment originales.
› Prêt à fe rendre , de Saç *** dont
le vrai nom eft Glancé , veut auparavant
être parfaitement connu d'Elife . Il lui
fait fon Hiftoire , où il ne lui cache pas
les égaremens de fa première jeunelle ;
où il fe repréfente enfuite avili , déshonoré
, privé de fa liberté par une indigne
époufe ; cherchant à voir par-là fi toutes
ces circonstances ne diminueront rien de
Pidée avantageufe qu'Elife a de lui . Il
fui découvre de plus qu'il a une fille
tendrement aimée , & qu'il eft chargé
d'une autre qu'a eue fa femme . Il lui
obferve que fon coeur fera partagé. Vou
lez - vous encore , lui dit - il enfin , d'un
mari qui a paffé par de femblables épreuves
? Oui , je vous veux encore , répond
Elife , qui l'en eftime davantage , & qui
perfifte toujours dans fon plan. Le Quadragénaire
l'époufe , & ils trouvent tous
deux dans cette union leur félicité mu
tuelle.
J
Le Tribunal Domeftique , Comédie en
trois Actes & en Profe . A Amfterdam
, & fe trouve à Paris , chez Ef-
C
'
1
OCTOBRE. 1777. rrg
prit , Libraire , au Palais - Royal
1777 , in-8°.
Une Loi des anciens Romains a fourni.
le fujet de cette Comédie. Romulus avoit
établi chaque particulier juge de fa femme.
Le mari de celle qui avoit commis
quelque délit , affembloit les parens de
la coupable , & la jugeoit devant eux ..
Ce Tribunal Domestique fervoit à maintenir
les moeurs dans la République. On
lit dans les anciens Hiftoriens des exemples
de cette forte de jugemens .
Pandolfe , Jurifconfulte Vénitien , excédé
de la coquetterie de Laure , fa femme
, & de fon goût pour les bals & les
divertilfemens , a formé le projet de faire
revivre la Loi du Tribunal Domeſtique ,
& propofé au Sénat de rendre un Edit
pour fon rétabliffement. Le Sénat eft
affemblé pour délibérer à ce fujet. Pafquin
, Valet- de- Chambre & Confident
de Pandolfe , jaloux de fa femme Zerbine
, qui fuit en tout l'exemple de ſa
maîtreffe , n'est pas moins enchanté que
fon maître , de l'efpérance de voir un tel
afage en vogue . Il regarde même l'Edit
coinme déjà rendu ; & , voulant ufer
d'avance de fon privilège , fait affeoir
こジ
120 MERCURE DE FRANCE.
Zerbine fur un tabouret , fe place fur
un fauteuil , & lui fait fubir comiquement
un interrogatoire . Zerbine l'écoute
d'abord patiemment , & finit par fe moquer
de lui , lui dire des injures , & le
renverfer avec fon fauteuil . Pandolfe ,
de fon côté , a fait avertir la mère de
fa femme de venir affifter au jugement
qu'il veut porter contre elle . Mais Zerbine
raffure fa maîtreffe , en lui apprenant
que Pandolfe , devenu amoureux
d'elle , lui a donné un rendez - vous dont
l'heure s'approche , & qu'elle compte fe
fervir de cet incident de manière à faire
tourner tous les projets du Jurifconfulte
à fa confufion. Effectivement il arrive ,
& conte des douceurs à Zerbine ; il veut ,
dit-il , obtenir la première place dans
fon coeur , la place de Favori . De Favori
? s'écrie- t- elle , du petit épagneul que
j'ai perdu ? Elle s'attache à cette idée; ce
qui produit une fcène très - plaifante
dans laquelle elle fait jouer au grave
Pandolfe le rôle du petit chien , en lui
paffant un ruban autour du cou , en le
faifant fauter , danfer , japper , marcher
à quatre pattes . Il a beau s'écrier : Quel
caprice de chien ! Zerbine eft inexorable.
Enfin , comme ils font dans l'obſcurité ,
&
OCTOBRE. 1777. [ 21
& que Laure eft cachée dans l'appartement
, la Suivante profite du moment
favorable pour la fubftituer à fa place
lui remet le ruban & fe retire . Lucrèce ,
mère de Laure , arrive l'inſtant d'après ,
précédée des deux Domeftiques qui tiennent
chacun un flambeau , & voit fon
gendre aux genoux de fa fille , tenu en
leffe à - peu-près comme le Philofophe
foi-difant , du Conte de M. Marmontel.
Le Jurifconfulte eft confondu . Pour comble
de difgrace , fa belle-mère lui apprend
que les femmes fe font attroupées pour
s'oppofer à l'Edit , qu'elles ont invefti le
Sénat , en ont forcé les portes , & ont
fait renoncer les Sénateurs au projet ,
qui a été rejeté d'une voix unanime.
Pandolfe eft réduit à recevoir le pardon
de fa femme , & la Pièce finit par un
raccommodement de ménage , dont
l'exemple eft fuivi par Pafquin & par
Zerbine.
Cette Pièce , que l'Auteur traite luimême
modeftement de bagatelle , fruit
de quelques heures de loifir , ne doit
pas être examinée à la rigueur . Elle est
néceffairement un peu froide & foible
d'intrigue ; mais elle eft d'ailleurs bien
dialoguée ; la marche en eft fimple , &
11. Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE .
1
les fituations théatrâles font d'un bon comique.
On trouve à la fuite de cette Comédie
une vingtaine d'Odes Anacréontiques
, que l'Auteur , ou Editeur , affure
avoir été trouvées dans la retraite d'un
vieil Hermite , après fa mort , Nous allons
en citer une des plus courtes.
Du char de Vénus détachées ,
Dans le cafque de Mars , un jour ,
Deux colombes s'étant nichées ,
Sous un mirthe faifoient l'amour.
Vénus , dont la préſence attire
En ces lieux le Dieu des combats •
Laiffe échapper un doux fourire ,
En voyant leurs tendres ébats .
Aimables Colombes ! dit- elle ,
Couvez dans ce nid déformais.
Soyez l'emblême & le modèle
De la tendreffe & de la paix.
Dictionnaire des Origines , Découvertes,
Inventions & Etabliſſemens. A Paris ,
chez Moutard , Libraire , rue du Hurepoix.
OCTOBRE. 1777. 123
On a réuni , dans cenouveau Dictionnaire
,tout ce qu'on trouve de plus intéreffant,
de plus curieux , de plus piquant, & de plus
inftructif dans l'hiftoire facrée , civile , religieufe
, politique , littéraire ; dans l'hiftoire
naturelle , dans la phyfique , la métaphysique
, la morale , les mathématiques ;
dans les autres fciences, ainfi que dans tous
les Arts libéraux & méchaniques . Indiquer
dans le plus grand détail , l'origne
de chaque fcience & de chaque art , en
développer les progrès d'une manière auffi
fimple que méthodique ; fixer l'époque
de chaque découverte , de chaque établiffement
& de chaque coutume , d'après les
Auteurs les plus exacts & les plus eftimés ;
faire connoître les Inventeurs d'une infinité
de chofes utiles , que l'habitude où nous
fommes d'en jouir , nous empêche de
prifer autant qu'elles le méritent ; remonter
à la fource des ufages confacrés
une longue fuite de fiècles ; tels font
les principaux objets que ce Dictionnaire
offre à l'inftruction & à l'amufement du
public ; & l'on doit le regarder , d'après
les compilateurs qui y ont travaillé
comme un tableau général de la naiffance,
de l'accroiffement & de la perfection des
moeurs , des Arts & des Sciences chez
par
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>
les différentes Nations . Nous ne pouvons
en donner une plus jufte idée qu'en
mettant fous les yeux du Lecteur , quelques-
uns des articles pris au hafard . Voici
ce qu'on trouve au mot pafquinade :
» C'eſt un placard fatyrique , qu'on atta-
» che à Rome , à la Statue de Pafquin.
» On attribue l'origine de cet ufage à un
» Savetier Romain , nommé Pafquin
39
>
grand difeur de bons mots , & dans
» la boutique duquel tous les rieurs de
fon temps avoient coutume de s'affem-
» bler. Après fa mort , comme on fouil-
» loit fous le pavé devant fa boutique
» on trouva une ftatue d'un ancien gla-
» diateur , affez bien faite , mais mutilée
» & à demi gâtée . On la dreffa à l'endroit
» où elle avoit été trouvée , au coin de
» la boutique du défunt maître Pafquin ;
» & , d'un commun confentement , on lui
» donna fon nom. Depuis , toutes les
fatyres ont été appliquées à cette figure
, comme fi on eût voulu les attri-
» buer à un Pafquin reffufcité .
و د
Pafquin s'adreffe d'ordinaire à Marforio
, autre ftatue dans Rome , ou
» Marforio à Pafquin , à qui on fait faire
» la replique. Les réponſes font courtes ,
piquantes & malignes. Quand on atta-
39
OCTOBRE. 1777. 125
que Marforio , Pafquin vient à fon fe-
» cours ; & quand c'eft à Pafquin que
» l'on en veut , en veut , Marforio le défend à fon
tour ; c'eft-à dire , que les fatyriques
» font parler ces deux ftatues comme il
» leur plaît.
» La Signora Camilla , foeur de SixteV,
» & qui avoit autrefois fait la leffive ,
» étant devenue Princeffe , on vit le len⚫
» demain Pafquin avec une chemiſe ſale .
Marforio lui demandant la raiſon d'une
fi grande négligence , c'eft , répondit- il ,
» que ma blanchiffeufe eft devenue Prin
» ceffe n .
"
>
On remarque , dans le grand Diction
naire où tout le monde vient puifer ,
qu'Adrien VI , indigné de ſe voir fou
vent en butte aux fatyres de Pafquin
réfolut de faire enlever la ftatue pour la
précipiter dans le tibre , ou la réduire en
cendres ; mais qu'un de fes Courtisans
lui remontra ingénieufement que fi on
noyoit Pafquin , il ne deviendroit pas
muet pour cela , mais qu'il fe feroit enrendre
plus hautement que les grenouilles
du fond de leurs marais ; & que fi on
le brûloit , les Poëtes , Nation naturellement
mordante , s'affembleroient tous
les ans au lieu de fon fupplice , pour y
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
célébrer fes obfèques , en déchirant la
mémoire de celui qui l'auroit condamné.
Le Pape goûta cet avis , & la ftatue ne
fut point détruite. Le même motif peut
la conferver long- tems.
"
35
و د
"
Petit-Maître : « ce nom , difent nos
Lexicographes , a commencé par les
jeunes Seigneurs de la Cour . On croit
qu'il fut en ufage dès le tems où le
» Duc Mazarin fut reçu en furvivance
» de la charge de Grand - Maître de l'Artillerie.
On donna ce nom aux jeunes
Seigneurs qui étoient de même âge que
» lui . M. de Voltaire en donne une autre
origine. Le Prince de Condé , dit-il ,
» fe ligua avec le Prince de Conti , fon
frère , & le Duc de Longueville , qui
» abandonnèrent le parti de la fronde.
» On avoit appelé la cabale du Duc de
Beaufort , au commencement de la
Régence , les Importans : on appeloit
» celle des Princes , le parti des Petits-
» Maîtres , parce qu'ils vouloient être les
maîtres de l'Etat.
"
"
"
"
Ce terme a aujourd'hui une figni-
» fication plus étendue , & s'applique en
général à la jeuneffe , ivre de l'amour
» de foi - même , avantageufe dans fes
ود
1
1
OCTOBRE . 1777. 127
» propos , affectée dans fes manières , &
» recherchée dans ſes ajuſtemens » . -
Ne pourroit - on pas ajouter que le
Petit-Maître veut quelquefois paffer pour
bel efprit , parce qu'il a un peu de mémoire
, tant foit peu de lecture , fur-tout
des Journaux , des efprits des Auteurs ,
& des petits Dictionnaires ; parce qu'il
parle , d'une manière lefte & fouvent
ironique , de tout ce qui a rapport à la
Morale exacte & févère? S'il prend une
charge de judicature , il préfère l'étude
d'un rôle de Comédie , à celui d'un bon
Chapitre de Domat ou des Pandectes
de Pothier ; il aime mieux aller promener
fon ennui & fon loifir aux différens
fpectacles , que d'affifter à une favante
conférence fur le Droit. Si , au contraire ,
c'eft le parti de l'épée qu'il embraffe , ce
n'eft pas par le louable defir d'être utile
à fa patrie & à fon Roi , c'eft par rapport
aux plaifirs qu'il s'y promet , & parce
qu'il fait vou de paffer fes jours dans le
défoeuvrement des vifites , les divertiffemens
de toute efpèce , & fouvent dans
les excès les plus déshonorans. S'il s'engage
dans les loix de l'hymen , c'eft pour
fe réferver la liberté de manquer à fes
engagemens , de fe moquer de fes fer-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
mens , & de quitter une époufe tendre
& vertueufe , pour courir après des femmes
déshonorées par leurs excès & par
l'amour de l'argent , l'unique mobile de
leur fauffe tendreffe . Il faut s'arrêter
dans cette Defcription des moeurs des
différens Petits - Maîtres , de peur de
changer l'acception du mot en chargeant
leur portrait.
Vie du Dauphin , Père de Louis XVI ,
écrite fur les Mémoires de la Cour ,
préfentée au Roi & à la Famille Royale
par M. l'Abbé Proyart. A Paris , chez
Berton, Libraire , rue Saint-Victor ;
la veuve Hériffant , Libraire , rue
Notre-Dame.
On
convient que ce genre de compofition
tire de la vérité tout fon prix ; &
que toute fiction , de quelque nature
qu'elle foit , n'eft propre qu'à défigurer
l'Hiftoire. Un Biographe
qui ne veut
peindre que de fantaifie , & qui ne cherche
qu'à montrer de l'efprit en faifant
dire & penfer aux autres ce qu'ils n'ont
jamais dit ni penfé , s'écarte de la principale
Loi qu'il doit s'impofer. L'Auteur
de la Vie intéreffante
que nous annonOCTOBR
E. 1777. 129
çons , eft à l'abri de ce reproche , puifqu'il
n'a employé que des Mémoires authentiques
, & qu'il ne rapporte ces
faits que d'après des témoins oculaires
dignes de foi. La lecture de la Lettre
de l'Abbé Soldini , Confeffeur de Madame
la Dauphine , doit ôter jufqu'au
plus léger doute . D'ailleurs , toutes les
actions & toutes les paroles dignes d'admiration
, que M. l'Abbé Proyart offre
aux yeux du Lecteur , font exactement
analogues à l'idée qu'on a toujours eue
de Monfieur le Dauphin. Nous voudrions
pouvoir rapporter ici les principaux
traits de fa Vie qui nous ont le plus
frappé , & qui juftifient fi bien tous les
éloges qu'on a donné à ce Prince durant
fa vie & après fa mort.
« N'être grand que dans les grandes
» actions , c'eft ne l'être que la moindre
partie de la vie ; mais favoir , comme
"
* Ces Mémoires font de Madame la Dauphine
, de M. de Nicolaï , Évêque de Verdun ;
de M. Collet , Confeffeur de Mgr. le Dauphin ;
de M. Soldini , Confeffeur de Madame la Dauphine,
& de M. le Duc de la Vauguion . Et les
Lettres , tant de Mgr le Dauphin que de Madame
la Dauphine , ont été copiées fur ces originaux.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
"
» le Dauphin , donner l'empreinte de la
perfection à tout le corps de fa con-
» duite , c'eft être grand d'une véritable
» & folide grandeur ». En effet , ce ne
font pas toujours les vertus héroïques
qui font les plus eftimables... La gloire ,
récompenfe infaillible des actions d'éclat,
les rend faciles . Ce font les vertus domeftiques
journalières qui caractériſent
fur- tout l'homine vertueux , & qui coûtent
le plus.
Sous quelque point de vue qu'on envifage
M. le Dauphin , dans la vie publique
comme dans la vie privée , foir
que l'on confidere fes actions journalières
, ou les traits éclatans de fa vie ; ce
Prince mérite d'être placé immédiatement
après S. Louis pour fes vertus morales
; & pour les qualités de l'efprit &
du coeur , à côté des meilleurs Princes &
des plus grands héros de fa race . Telle
eft la jufte idée qu'en donne l'Auteur de
fa vie.
و و
L'Hiftoire , qu'il appeloit la Leçon des
Princes & l'Ecole de la Politique ; « l'Hiftoire
, difoit - il un jour à l'Abbé de
Marboeuf, eft la reffource des peuples
» contre les erreurs des Princes ; elle
donne aux enfans les leçons qu'on
92
OCTOBRE. 1777. 131
n'ofe faire au père ; elle craint moins
» un Roi dans le tombeau, que le payfan
» dans fa chaumière. M. le Beau lui
» ayant préfenté deux volumes de fon
» Hiftoire du Bas- Empire , il les montra
» à l'Abbé de Saint-Cyr , & lui dit en
» riant : l'Abbé, avis aux Princes › .
รอ
L'Hiftoire a beau faire fouvent l'éloge
des exploits guerriers , il donna
toujours la préférence aux vertus pacifiques
des grands hommes. « S'il eût
» monté fur le Trône , il eût préféré
» le plaifir de faire le bonheur de fes
» Sujets,à la gloire d'humilier fes voifins.
» Il eft bien plus beau , difoit - il dans
» un de fes écrits , d'être les délices du
» monde , que d'en être la terreur. Un
» Prince , ajoutoit - il , qui entreprend
» une guerre uniquement pour fa gloire
perfonnelle , eft également en horreur
» & à Dieu & aux hommes.
"
» M. le Dauphin étoit convaincu que
» la puiffance des Rois n'eft établie que
» pour exercer en particulier celle de
» Dieu ; pour récompenfer & pour pu
»
nir , pour effrayer par les châtimens ,
» attirer par les bienfaits , faire naître
» une noble émulation , maintenir le
» bon droit , le défendre contre la vio
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
» lence , terminer les diffentions & les
querelles , entretenir l'union entre tous
» les membres de l'Etat , alléger autant
qu'il eft poffible le joug de l'autorité ,
» tourner au profit des peuples les tréfors
» dont on eft dépofitaire , s'occuper tout
» entier de ce qui peut faire leur bon-
» heur , leur facrifier fon tems , fon plai
ود
ג
fir , fa vie & fa gloire même. Voilà les
» traits de reffemblance que l'autorité
» des Rois doit avoir avec celle de Dieu
» même ».
Nous venons de copier les propres
expreflions de M. le Dauphin , qui font
renfermées dans un de fes écrits , où il
prouve que tout bon gouvernement doit
avoir pour bafe la juftice & la raiſon .
Ces maximes faintes ont été gravées
dans le coeur de fon illuftre Fils ; elles
feront à jamais la règle de fes actions.
Son règne fera appelé un jour par l'Hiftoire
, un règne de paix & de juftice.
M. le Dauphin prouva , par fes actions
autant que par fes paroles , qu'il
regardoit la licence des moeurs comme
un principe deftructeur des Etats les
mieux affermis. « Je n'ai jamais douté ,
» difoit- il , que la Morale d'Epicure , à
laquelle on attribue la décadence de D
+
OCTOBRE . 1777. 133
.
l'Empire Romain , ne doive entraîner
" la ruine de toutes les Nations chez lef
» quelles elle s'introduira ».
ود
L'amour réel & fincère qu'il avoit
pour les peuples , lui rendoit perſonnelles
toutes les calamités publiques.
Une nouvelle impofition , devenue néceffaire
, le faifoit gémir. Chaque charge
de l'Etat en étoit une pour fon coeur.
" Le Duc de la Vauguion, à l'occaſion
» d'une Fête qui s'étoit donnée à Ver-
» failles pour la naiffance d'un Prince ,
" difoit qu'il ne comprenoit pas com-
» ment Affuérus avoit pu tenir à la fatigue
des feftins qu'il donna pendant
cent quatre - vingt jours aux Grands
» de fon Royaume. Et moi , dit le Dauphin
, je ne fais comment il a pu fub-
» venir à la dépenfe ; & je préfume que
» ce feftin de fix mois à fa Cour , aura
» été expié par un jeûne folennel dans
» fes Provinces. Il faudroit , difoit - il ,
» dans une autre occafion , à l'Ambaffadeur
d'Efpagne , pour qu'un Prince
goûte une joie bien pure au milieu
» d'un feftin , qu'il pût y convier toute
» la Nation , ou que du moins il pût fe
» dire , en ſe mettant à table : aucun de
"
»
و د
2
134 MERCURE DE FRANCE.
» mes Sujets n'ira aujourd'hui coucherfans
fouper ».
ແ
Ce Prince joignoit à cette fenfibilité
pour les malheureux , l'amour de la juftice
, qu'il regardoit comme la première
règle de la bienfaifance , fur-tout dans
un Prince deftiné au Trône , il fe fit un
devoir de lui facrifier en route rencontre
la recommandation , & même fa propre
inclination. Il avoit de juftes idées de
F'autorité & des devoirs des Sujets . « L'o-
» béiffance , difoit- il fouvent , doit être
» éclairée . Il faut distinguer les différens
» titres de ceux qui commandent , afin
» de ne pas obéir à l'un en chofes qui
» feroient du reffort de l'autre La
jufte application de cette maxime , fuffiroit
feule dans un Etat pour rendre les
peuples heureux & tranquilles .
1 .
La lecture de la vie de M. le Dauphin
intéreffera tous les Lecteurs , & leur
prouvera que ce Prince avoit fu allier
aux vertus propres de fa condition , toutes
les vertus que l'homme peut pofféder .
ici bas , & que M. le Dauphin réuniffoit
dans le plus haut degré de perfection.
Heureufement pour nous , ces vertus
revivent & brillent d'un nouvel éclat
dans fon illuftre Famille.
OCTOBRE . 1777. 135
Les Noces Patriarchales , Poëme en
Profe , en cinq Chants . A Paris ,
chez Quillau , Libraire , rue Chriftine
; & la veuve Tilliard , Libraire ,
rue de la Harpe.
L'Auteur de cet Ouvrage fe déclare
ouvertement pour la poéfie Allemande ,
& la préfère aux productions modernes ,
où l'on s'écarte de cette naiveté enchantereffe
, & de cette noble & touchante
fimplicité qui caractérisent les Ouvrages
des anciens. Cette Nation , qu'on ne
croyoit capable que de compilations la
borieufes & de difcuffions profondes
fur les matières d'érudition , nous a
prouvé , par plufieurs Ouvrages poétiques
, qu'elle avoit auffi le talent de
décrire fur-tout les beautés de la Nature ,
& les moeurs pures & innocentes de l'âge
d'or ; temps fortuné qu'on a droit de
regarder comme l'emblême du fiècle des
Patriarches ! Le genre paftoral qui n'a pu
fe foutenir parmi nous , malgré le talent
de plufieurs de nos Ecrivains , femble
s'être réfugié en Allemagne , où les
peintures fidelles de la Nature font la
plus forte impreffion . Plufieurs Poëtes
136 MERCURE DE FRANCE.
Allemands ont fu concilier l'efprit & la
naïveté dans une forte de poéfie qui devient
fade , fi l'efprit ne l'affaifonne , &
qui n'est plus rien s'il y domine. On a
remarqué que le naïf confifte non dans
la feule fimplicité , mais dans une belle
penfée , dans une vérité importante ,
dans un fentiment noble développé fans
art. Rien n'eft donc plus conforme au
genre paftoral, que de mêler des réflexions
philofophiques à la defcription des beautés
champêtres , & d'établir plufieurs vérités
importantes de Morale , même en
peignant les agrémens de la campagne .
Mais il faut , pour remplir cet objet ,
perdre de vue notre fiècle de frivolité ,
de luxe , ofons le dire, de corruption , &
remonter avec Théocrite à celui de l'âge
d'or , où , pour parler fans fiction , à ces
tems où l'on confervoit l'innocence des
moeurs primitives . S'il eft un âge , a dit
un Littérateur judicieux , qui puiffe préfenter
la Nature dans fon innocence , &
faire de la vie des bergers une école pratique
de philofophie ; c'eft celui où le
bonheur étoit auffi pur , que la conduite
de ceux qui en jouiffoient étoit
fimple.
Quant à l'Ouvrage que nous annonOCTOBRE.
1777. 137
•
çons ,
l'Auteur a - t - il marché fur les
traces de M. Gefner , & imité ces graces
naïves & cette fimplicité touchante
du Poëme d'Abel ? A- t- il fu allier le
refpect dû aux divines Ecritures , avec
la liberté des fictions poétiques ? Il faudroit
, pour décider cette queftion , analyfer
l'Ouvrage de M. le Saire , & en
faire un parallèle fuivi avec la mort d'Abel
, & quelques autres Pièces de MM.
Gefner , Vieland & Haller , où l'on
trouve une infinité de détails agréables
& intéreffans , & fur- tout ce ton aimable
de la Nature , infiniment fupérieur
aux frivoles ornements du bel efprit.
Nous exhortons ceux qui ont étudié ,
d'une manière particulière , la poéfie
Allemande & la nôtre , à faire ce parallèle ,
& à nous faire connoître le mérite diftingué
des Deshoulières , des Mange-.
nots , des Fontenelles, & des autres Auteurs
qui , comme M. le Suire , ont ofé
donner à une Nation galante la defcription
des moeurs pures & innocentes des
premiers tems.
Effai fur le Génie Original d'Homère ,
avec l'état actuel de la Troade comparé
à fon état ; traduit de l'Anglois ,
138 MERCURE DE FRANCE.
de M. Wood , Auteur de la Defcription
des Ruines de Palmyre & de
Balbec. A Paris , chez les Frères Debure
, Libraires , Quai des Auguſtins.
Rien ne doit être plus intéreffant ,
pour les admirateurs du Père de la poéſie ,
que des Remarques favantes & judicieufes
d'un Littérateur qui a lu l'Iliade &
l'Odyffée , fur la fcène où combattit
Achille , & dans les pays où voyageoit
Achille , & chantoit Homère ; & qui a
pouffé l'exactitude de fes Obſervations
jufqu'à faire la Carte du Scamandre ,
rivière de Phrygie , proche de Troyes ,
ayant le Poëte Grec entre les mains .
,
Ces Remarques méritent d'autant plus
d'exciter notre curiofité , qu'elles prouvent
combien Homère a été exact &
fidèle dans fa manière de peindre la Nature
; & que dans tous les Tableaux qu'il
a tracés , il eft plus original qu'aucun
autre Poëte ancien ou moderne . C'eſt
comme Géographe, Voyageur , Historien
ou Chronologifte , qu'on envifage Homère
dans l'Effai que nous annonçons.
On y examine fa religion & fa mythologie
, les moeurs & les coutumes qu'il
décrit , la langue qu'il parloit , & les
OCTOBRE. 1777. 139
connoiffances qu'il montre ; & , fous ces
différens points de vue , on indique avec
quelle vérité il a rendu la Nature .
La meilleure manière de rendre juftice
à Homère, étoit de fe tranſporter fur
les lieux , & au fiècle où il a compofé fes
Poëmes. Et l'on doit favoir gré à ces
illuftres voyageurs , MM. Wood , Dawkins
& Bouverie , d'avoir pour cela traverfé
les mers , & elfuyé toutes fortes de
fatigues , & de nous avoir appris plufieurs
faits intéreffans & propres à éclaircir
plufieurs endroits du Poëte Grec. Que
de beautés nouvelles ne devons- nous pas
démêler dans Homère ! Si nous nous
tranfportons en idée , avec M. Wood ,
dans la Troade & aux bords du Scamandre
, & fi nous lifons avec attention
fes Remarques judicieuſes ; ce nouveau
Commentateur , en parcourant la
Troade & les Ifles de l'Archipel , ne
s'eft pas borné à rendre un hommage
diftingué au génie d'Homère ; mais il a
encore la gloire de nous fervir aujourd'hui
de guide , dans la lecture de ce
Poëte , qui tient un premier rang parmi
les Auteurs claffiques. On defiroir depuis
long - tems une verfion françoife de l'Ouvrage
de M. Wood , déjà traduit en
140 MERCURE DE FRANCE .
plufieurs langues . Celle que nous annonçons
ne peut manquer d'être bien
accueillie par les Amateurs de l'Antiquité.
Journal des Caufes célèbres , curieufes &
intéreffantes , &c. Ouvrage périodique
pour lequel on foufcrit , chez M.
Défeffarts , Avocat , rue de Verneuil ,
la troisième porte cochère avant la rue
de Poitiers ; & chez le fieur Lacombe ,
rue de Tournon , au Bureau des Journaux.
12 vol. par an. Prix de la foufcription
, 18 liv. pour Paris , & 24 liv.
pour la Province , franc de Port.
Ce Journal continue de mériter les
fuccès qu'il a eus depuis qu'il paroît. Les
derniers volumes qui viennent d'être
publiés , l'emportent encore fur ceux que
nous avons déjà annoncés , par l'intérêt
& la variété des caufes qu'ils renferment.
LeVolume qui a paru au mois d'Août
dernier , contient la fameufe affaire du
fieur Poilly dont les malheurs font
connus de la France entière .
و
> Le Volume du mois de Septembre
renferme trois caufes : la première préfente
les détails les plus utiles fur la
1
OCTOBRE. 1777. 141
nobleffe ; la feconde eft l'hiftoire de la gageure
fingulière fur le fexe du Chevalier
Deon , jugée à Londres le premier Juillet
dernier; & la troisième offre le tableau
effrayant d'un citoyen prêt à périr par le
dernier fupplice , pour avoir commis un
homicide pour fa propre défenfe. Le Volume
qui vient de paroître le premier
de ce mois , contient quatre caufes : La
première eft une queftion de concubinage.
Cette affaire eft très - piquante.
Le Rédacteur en préſente ainfi le tableau .
» Les Recueils , dit - il , de no-
» tre Jurifprudence , contiennent une
» foule d'exemples de donations fai-
» tes par des amans à leurs maîtreffes ;
» mais on n'en trouve aucun d'une donation
faite par une Actrice à fon amant.
» Cette affaire , qui a été agitée depuis
»
* M. Défeffarts eft en même- tems Rédacteur
de cette Caufe, & Auteur du Mémoire qui a été
imprimé dans l'Affaire. Les principes qui profcrivent
les Actes qui font le fruit du concubinage
,y font développés avec beaucoup de clarté
& de force. M. Défeffarts. les a difcutés avec plus
d'étendue dans l'article Concubinage , qu'il a inféré
dans le Tome XIV du Répertoire Univerfel
de Jurifprudence , dont il eft un des Auteurs.
142 MERCURE DE FRANCE.
P
1
» peu dans la capitale , préfente ce phé-
2 nomène
« L'héritière , continue le Rédacteur ,
» & les créanciers d'une Actrice , récla-
» moient le pouvoir des Loix contre une
donation qu'elle avoit faite à fon
» amant , fous les fauffes apparences
» d'un contrat légitime . Peu de temps
» avant fa mort , cette Actrice avoit dé-
» cliné le voile dont elle avoit voulu cou-
» vrir fa générofité. Frappée de l'injuftice
» de la donation que l'égarement de fes
fens , & une paffion aveugle lui
» avoient dictée , elle s'étoit empreffée
» d'anéantir , par fon teftament , ce mo-
» nument honteux de fa foibleffe ».
"
ود
و د »L'hommequiavoitabufédel'em-
» pire qu'il avoit fur le coeur & l'efprit
» de cette femme trop facile , auroit dû ,
» fans doute , refpecter cet acte qui porte
l'empreinte de la vérité , & envelopper
» de ténèbres le titre illégal qu'un amour
» infenfé avoit écrit en fa faveur; mais
» c'étoit peu pour lui d'avoir épuifé la
» générosité de cette Actrice , pendant
» le temps qu'il avoit vécu avec elle , il
vouloit encore enlever à ſes créanciers
» les triftes dépouilles qui avoient échappé
à fa diffipation. Les Loix & les moeurs
,,
و د
OCTOBRE. 1777. 143
" offenfées , s'élevoient contre une pré-
» tention auffi injufte , & follicitoient
» un exemple qui forçât le vice à les
» refpecter , & c. » .
On peut juger par ce tableau , de l'in
terêt de cette caufe .
La feconde eft une féparation de corps
& de biens.
La troifième eft le Procès du Docteur
Dodd , récemment jugé & exécuté à
Londres. L'hiſtoire de la vie & du fup.
plice de ce Miniftre fameux , ne peut
manquer d'intéreffer toutes fortes de
Lecteurs. Le Rédacteur l'a terminée par
le détail des apprêts funeftes des fupplices
d'Angleterre , & de l'exécution des criminels.
La quatrième eft une queſtion de domicile
, jugée depuis peu par le Confeil
d'État , en faveur d'un Banquier Juif.
La Table annoncée dans les volumes
précédens , ne paroîtra que dans le courant
du mois de Novembre. On reçoit
encore des foufcriptions pour cette Table,
& on délivre des collections complettes
de l'Ouvrage , au prix de la foufcription
; mais on ne vend aucun volume
féparé.
144
MERCURE DE FRANCE.
Traité des affections cancéreufes , pour
fervir de fuite à la théorie nouvelle
fur les maladies du même genre. Par
M. J. M. Gamet , ancien Profeffeur
Royal d'Anatomie comparée , à Lyon ,
& Penfionnaire du Roi. 1 vol. in- 8 °.
A Paris , chez Pierre-François Didot
le jeune , Libraire de la Faculté de
Médecine ; Ruault , Libraire , rue de
la Harpe ; à Lyon , chez Roffet ,
Libraire , rue Mercière . 1777.
De tous les maux qui affligent, l'humanité
, il n'y en a point , fans contredit ,
qui mérite plus d'attention , de la part
des perfonnes de l'Art , que le Cancer ,
foit par les différentes caufes qui le produifent
, foit par les douleurs horribles
qu'il crée , foit par la difficulté de le guérir.
M. Gamet dit , dans la brochure
que nous annonçons , s'être principalement
occupé de cette maladie , ce qui
l'a conduit à la découverte d'un remède
qui réuffit dans la plupart des cas cancéreux
, & dont Sa Majefté vient de faire
l'acquifition . L'Auteur fait part au Public
, dans la brochure que nous annonçons
, de ce que l'expérience lui a appris
fur
"
1
OCTOBRE. 1777. $45
fur les maladies cancéreufes , & des cas
où fon remède convient ; il affure qu'il
expofe dans la plus exacte vérité , ceux
où il réuffit prefque toujours , comme
ceux où il eft infufifant. La théorie du
cancer nous a paru très - bien développée
dans cette brochure .
Traité des Maladies nerveufes , hypocondriaques
& hystériques , Traduction de
l'Anglois de M. Robert Whytt , Docteur
& Profeffeur de Médecine en
l'Univerfité d'Edimbourg. Nouvelle
Edition , à laquelle on ajoint un extrait
d'un Ouvrage Anglois du même
Auteur , fur les mouvemens vitaux
& involontaires des animaux , fervant
d'introduction à celui -ci. 2 tom . in- 12.
6 liv . relié . A Paris , chez Didot le
jeune , Libraire de la Faculté .
·
La première édition du Traité des
maladies des nerfs , du Docteur Whytt
ſe trouvant épuifée , l'Editeur a cru rendre
celle- ci plus intéreffante , en ſubſtituant
à l'expofition anatomique des nerfs ,
du Docteur Monro , laquelle fe trouve
dans tous les Livres d'anatomie , un extrait
de l'Ouvrage de M. Whytt , fur les mou-
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
vemens involontaires des animaux ; &
en effet , cet extrait eft une vraie introduction
aux maladies des nerfs . M. Whytt
a fait des expériences curieufes fur la
fonction de l'économie animale la plus
obfcure, & en même-temps la plus capable
d'éclairer la Pratique , fi on parvenoit
àen mieux connoître l'étiologie . Quant au
traité principal , perfonne n'ignore qu'il
eft de la dernière importance d'éclairer
le public fur les maladies nerveuſes ,
leurs différences , & les diverfes méthodes
de les traiter , parce que c'eft dans
cette partie de l'Art de guérir , que les
Charlatans abufent le plus de la pufillanimité
des malades , de la crédulité de
ceux qui les environnent , & de l'obfcurité
de la inaladie . L'Editeur a ajouté
quelques Notes au texte de l'Auteur ,
pour éclaircir certains paffages , que le
commun des Lecteurs n'entendroit pas
facilement.
ANNONCES LITTÉRAIRES .
LA Fortification Perpendiculaire , on
Effai fur plufieurs manières de fortifier lat
OCTOBRE. 1777. 147
ligne droite , le triangle , le quarré , &
tous les polygones de quelque étendue
qu'en foient les côtés , en donnant à leur
défenfe une direction perpendiculaire ;
où l'on trouve des méthodes d'améliorer
les Places déjà conftruites , & de les
rendre beaucoup plus fortes. On y
trouve auffi des redoutes , des forts &
des retranchemens de Campagne , d'une
conftruction nouvelle . Ouvrage enrichi
d'un grand nombre de Planches exécutées
par les plus habiles Graveurs ; par M. le
Marquis de Montalembert , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Lieute
nant- Général des Provinces de Saintonge
& Angoumois , de l'Académie Royale
des Sciences , & de l'Académie Impériale
de Pétersbourg , Tom . II , in- 4° . Le prix
du premier volume eft de 28 liv. broché
, & 30 liv. relié ; celui du fecond ,
eft de 34 liv. broché, & 36 liv . relié . A
Paris , chez Philippe-Denis Pierres , Imprimeur
du Grand - Confeil du Roi , &
du Collège Royal de France , rue Saint-
Jacques ; & chez Julien , à l'Hôtel de
Soubife , rue de Paradis , au Marais .
Meffe Grecque en l'honneur de Saint
Denis , Apôtre des Gaules , premier Eve-
Gij
149 MERCURE DE FRANCE.
que de Paris , de Saint Ruftique , &
de S. Eleuthère , Martyrs ; felon l'ufage
de l'Abbaye de S. Denis en France , pour
le jour de l'Octave de la Fête folennelle
de Saint Denis , au 16 Octobre , avec la
Meffe Latine qu'on chante à Saint Denis,
le jour de la Fête , & dans l'Octave ,
in- 12 de 64 pages . A Paris , chez Auguftin-
Martin Lottin l'aîné , Imprimeur
du Roi & de la Ville , rue Saint-Jacques,
au Coq & au Livre d'or , 1777.
Les vrais Principes de la Lecture , de
POrtographe & de la Prononciation Françoife
, de feu M. Viard , revus & augmentés
, par M. Luneau de Boisjermain
, in-8°. 3 parties , broché , 54 f.
port franc , au Bureau de l'Abonnement
Littéraire , ou du port franc des Livres ,
par la Pofte. Hôtel de la Fautrière , rue
& à côté de l'ancienne Comédie Françoife
; & chez Durand , Libraire , rue
Galande ; Baftien, Libraire, rue du Petit-
Lyon.
Mémoires concernant l'Hiftoire , les
Sciences , les Arts , les Moeurs , les
Ufages , & c. des Chinois , par les Miffionnaires
de Pekin , tome fecond
OCTOBRE. 1777. 149
in-4° . A Paris , chez Nyon , Libraire ,
rue Saint-Jean- de- Beauvais.
Quinti Horatii Flacci carmina cum annotationibus
Gallicis Lud . Poinfinet
de Sivry , regia Lotharingorum Academiæ
Socii .
Exemplaria Graca
Nocturna verfate manu , verfate dicernâ.
2 vol . grand in- 8 °. Prix , 8 liv . broc .
A Paris , chez Lacombe , Libraire ,
rue de Tournon . De l'Imprimerie de
Fr. Amb. Didot.
Cette nouvelle édition d'Horace , eft
recommandable , non- feulement par une
interprétation très- heureufe des paffages
les plus difficiles du Poëte Latin , mais
encore par la beauté du papier , & furtout
de l'impreffion, qui eft très- exacte
& très-foignée. Nous en rendrons un
compte plus détaillé.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIE S.
I.
PRIX extraordinaire propofé par l'Académie
Royale des Sciences , pour l'année
1782.
L'ACADÉMIE en annonçant , pour la
Séance publique de Pâques 1778 , la
proclamation
d'un Prix extraordinaire
fur la formation
& la fabrication
du
Salpêtre , & en exigeant que les Mémoires
lui fuffent adreffés avant le 1 Avril
1777 , n'avoit confulté que fon empreffement
à répondre aux vues bienfaifantes
du Roi , & au defir qu'il a de délivrer
, le plutôt poffible , fes Sujets de
la gêne de la fouille que les Salpêtriers
ont droit de faire chez les Particuliers ,
& des abus auxquels elle peut donner
lieu .
L'examen des Mémoires qui lui ont
été adreffés pour le concours , n'a pas
tardé à lui faire appercevoir que le délai
1
OCTOBRE. 1777. 151
accordé aux concurrens , étoit beaucoup
trop court , relativement à l'importance
de l'objet , & à la nature des expériences
qu'il exigeoit : il eft arrivé delà ,
que dans le grand nombre des Mémoires
qui ont été admis au concours , quoiqu'il
s'en foit trouvé plufieurs qui paroiffent
avoir été rédigés par de très - habiles
Chimiftes , il n'y en a aucun cependant
qui contienne rien d'affez neuf , qui
préfente des expériences affez décifives
& affez complettes ; enfin , qui renferme
des applications affez heureufes à la pratique
, pour avoir des droits au Prix.
Dans ces circonstances , l'Académie fe
voit forcée de différer la proclamation
du Prix ; & elle croit devoir en reculer
affez loin l'époque , pour n'ètre plus
dans le cas d'accorder de nouveaux délais.
Elle annonce en conféquence , que le
Prix qui devoit être proclamé à la Séance
publique de Pâques 1778 , fera différé
jufqu'à celle de la S. Martin 1782 ; &
elle propofe de nouveau , pour cette
époque , de trouver les moyens les
plus prompts & les plus économiques
» de procurer en France une production
» & une récolte de Salpêtre plus abon-
.55
ןכ
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
"
dantes que celles qu'on obtient pré-
» fentement , & fur-tout qui puiffent
difpenfer des recherches que les Sal-
» pêtriers ont le droit de faire dans les
» maifons des Particuliers » .
"
Sa Majefté , fur les repréſentations qui
lui ont été faites par l'Académie , a bien
voulu doubler l'objet du Prix ; ainfi il
fera de 8000 liv. au lieu de quatre ; &
il y fera joint une fomme de 4000 liv.
que l'Académie diftribuera à un ou
plufieurs Acceffites , fuivant le nombre
des Mémoires qui paroîtront avoir des
droits à des récompenfes , & fuivant
l'objet des dépenfes utiles qui auront été
faites par les Concurrens .
Comme la vérification que l'Académie
fe propofe de faire de toutes les expé
riences indiquées par les Concurrens ,
exigera néceffairement un tems affez
confidérable , les Mémoires ne feront
admis ,, pour le concours , que jufqu'au
1 Janvier 1781 ; mais l'Académie recevra
, jufqu'au i Avril 1782 , les Supplé
mens & éclairciffemens que voudront
envoyer les Auteurs des Mémoires qui
lui feront parvenus dans le tems prefcrit.
Il paroît , d'après des Obfervations
OCTOBRE. 1777. 153
faites par M. le Duc de la Rochefoucault
, & confirmées depuis par celles
de MM . Clouet & Lavoifier , qu'il exiſte
en France des terres calcaires tendres ,
qui contiennent naturellement une affez
grande quantité de Salpêtre à bafe terreufe.
Les Montagnes de Craye des
environs de la Roche- Guyon , & celle
de Tuffan de Saint-Avertin en Touraine,
en fourniffent des exemples . L'Académie
a cru devoir faire mention de ces
découvertes modernes , dans une Notice
qu'elle a joint à fon Programme , afin
de diriger vers cet objet, l'attention des
Concurrens.
MONTA U BA N.
I I.
L'Académie de Montauban tint , le
3 Mai dernier , une féance publique.
M. le Préſident de Savignac , Directeur
de l'Académie , annonça l'objet de cette
nouvelle féance . « Ce jour , dit-il , où
» l'Académie s'affemble extraordinaire-
» ment , eſt pour elle le jour d'un triomphe
que lui ménage M. l'Abbé de
» Latour par fes nouveaux bienfaits ;
39
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
❤
» cet illuftre Confrère nous avoit rendus
difpenfateurs d'un prix destiné à l'élo-
» quence ; il en confacre un aujourd'hui
» à l'Agriculture ». M. de Savignae
développe enfuite l'origine & les progrès
de l'Agriculture , retrace fes charmes
& fes attraits ; il établit fa connexion
étroite avec les bonnes moeurs
il étale les foins que fe donnèrent tous
les grands Légiflateurs pour la perfectionner
, & en infpirer le goût ; il rappelle
avec précifion les éloges que les
Poëtes , les Orateurs & les Hiftoriens
lui ont prodigués à l'envi ; & cite en
particulier Xénophon , qui formoit des
voeux pour qu'on établit des prix en
faveur de l'Agriculture.
Le Difcours de M. de Savignac fut
fuivi de la lecture d'une Epitre à nos
ayeux , dont M. l'Abbé Teulière eft
Auteur.
M. Lade , Avocat à la Cour des Aides
, lut un Difcours dans lequel il
prouve que le commerce , envifagé fous.
le point de vue le plus général ,. nuit à
la population , altère les moeurs , & refroidit
le patriotifme ; que l'Agriculture ,
au contraire , favorife les progrès de la
population , maintient la force & la fimOCTOBRE.
1777. ISS
""
"
"
,"
plicité des moeurs , & eft l'ame & la
fource du patriotifme. « Un peuple
agricole , dit- il , perd tout en per-
» dant fa patrie ; un peuple mar-
» chand conferve fa fortune , quand fon
» pays lui eft enlevé ; l'homme riche en
» propriété territoriale fait des voeux
» pour la puiffance qui le protège &
» le défend. Si fa patrie eft détruite , 11
» ne lui en refte plus ; celui qui n'eſt
riche des bienfaits du commerce
que
qui fe déplacent avec lui , ne perd pas
fa patrie , il ne fait qu'en changer ....
C'eft ainfi que les Nations agricoles
» feront toujours fupérieures aux Na-
» tions commerçantes ; l'Agriculture eft
la fource des hommes , la baſe des
» moeurs , le fondement du patriotifine :
applaudiffons au zèle éclairé qui l'en-
» courage ; félicitons- nous de concourir
» aux vues fages & bienfaifantes , qui
lui difpenfent des fecours & des couronnes
; c'est le premier de tous les
» Arts , le feul digne peut-être de la
reconnoiffance & de la vénération des
mortels ».
ןכ
JJ
M. le Baron de Puymoubrun fut une
Epitre à Thémire.
La feance fut terminée par la lecture
du Programme. Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le prix que l'Académie diftribuera
le 3 Mai prochain , eſt deſtiné à un Ouvrage
fur quelque point d'Agriculture ,
dont le fujet eft laiffé pour l'année 1778 ,
au choix des Auteurs .
Les Auteurs s'attacheront à
procurer
des méthodes utiles & des découvertes
heureuſes, pour bonnifier la partie d'Agriculture
qu'ils auront entrepris de traiter ;
& ils feront attentifs à ne point s'écarter
du fujet qu'ils auront choifi .
-
Les Ouvrages ne feront tout au plus
que de trois quarts d'heure de lecture ,
& finiront par une courte Prière à Jéfus-
Chrift. Ils feront remis par- tout le mois
de Février prochain , en deux copies
bien lifibles , francs de port , à M. Lade ,
Avocat à la Cour des Aides , Membre
de l'Académie , dans fa Maiſon , rue du
Collége .
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue les Dimanches les repréfentations
de Céphale & Procris.
OCTOBRE. 157 1777.
Mademoiſelle de Beaumefnil a joué,
le 12 Octobre , le rôle de Procris , avec
un fentiment & une perfection qui ont
fait reffortir les beautés muficales de ce
rôle . Elle a été beaucoup applaudie , ainfi
que Mademoiſelle Duplan , fi fublime
dans le rôle de la Jaloufie.
On a joué les Mardi & Vendredi
l'Opéra d'Armide.
>
M. le Chevalier Gluck a dû s'appercevoir
le même ſtyle en mufique ne
que
convient point à tous les genres ; & que
fi la déclamation notée fuffit prefque
feule à une action rapide & théâtrale
comme dans Iphigénie , dans Alceste
il falloit une mulique d'un chant paffionné
, agréable & varié , pour un
fpectacle d'enchantement , comme l'Opéra
d'Armide. Ce célèbre Compofiteur
a fenti , il a même annoncé qu'il
devoit produire une voluptueufe fenfation * ,
& donner à fon Armide le charme de la
Poéfie, & l'illufion de la Peinture ; enfin,
* Voyez fa Lettre à M. L. B. D. R. Nº. 40 de
l'Année Littéraire de 1776 , pag. 132.
158 MERCURE DE FRANCE.
être plus Peintre & plusPoëte que Muficien.
Mais on eft forcé d'avouer , que plus on
entend fon Opéra , moins on y trouve
ce qu'il promettoit de nous faire éprou
ver. Il est vrai qu'il a prévenu les Spectateurs
, qu'il leur faudra au moins autant
de tems pour comprendre fon Armide.
qu'il leur en a fallu pour comprendre
P'Alcefte . Cependant la Mufique ne doit
pas être un langage abftrait & énigmatique
, qui demande beaucoup de réflexion
pour en développer l'intelligence . Le but
de toute Mufique , eft d'exprimer , de
plaire & d'intéreffer ; c'eft la langue univerfelle
qui fe fait entendre à l'ame , &
qui parle aux fens . Et s'il faut de la
fcience & du génie pour former les
combinaifons de cet Art , il ne faut
qu'un coeur fenfible pour juger de fes
effets. C'eft une autre erreur d'avoir
cherché le moyen de faire parler les perfonnages
, de manière que l'on connottroit
d'abord à leur façon de s'exprimer ,
quand ce fera Armide qui parlera ou une
Suivante. Le bon ou mauvais emploi
des termes d'une Langue , & la prononciation
plus ou moins vicieuſe peuvent
faire juger de la différence de l'éducation
des perfonues. Il n'en eft pas.
OCTOBRE . 1777. 159
de même en Mufique ; un mauvais chant
ne caractérise pas davantage un perſonnage
fubalterne , qu'un beau chant ne
diftingue les perfonnes d'un rang fupérieur.
L'Art mufical eft méchanique dans
le récitatif; il ne rend que le ton de
la déclamation & que l'accent de la
Langue ; mais il eft un Art de génie
dans le chant , un Art créateur qui
flatte , touche , émeut l'Auditeur. Il eft
alors indépendant du fon des mots ;
c'eft un fentiment de joie ou de douleur
, de douceur ou de paffion que le
chant doit exprimer ; & le fentiment
appartient autant à l'homme du Peuple
qu'au Souverain. C'eft fans doute cette
erreur qui a engagé le nouveau Compofiteur
à faire chanter des airs fort fime
ples par les Confidentes d'Armide, tandis
que l'Enchantereffe débite prefque tour
fon rôle fur un ton très - exalté .
Armide a été remplacée par Alceste , le
Vendredi 17 Octobre.
L'Académie Royale de Mufique a
déjà fait des répétitions de Roland
Furieux, Opéra de Quinault , revu par
M. M *** & dont la nouvelle Mufi
que eft de M. Piccini.
160 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François n'ont rien
donné de nouveau depuis la Comédie
des Soubrettes ou de l'Inconféquent , dont
ils annoncent la reprife , après quelques
changemens que l'Auteur prépare.
DEBUT.
Mademoiſelle THÉNARD , jeune
Actrice , a débuté le Jeudi 2 Octobre ,
par le rôle d'Idamé dans l'Orphelin de
la Chine ; elle a joué enfuite Zaïre
Hypermeneftre , & plufieurs autres rôles
principaux de la Tragédie. Cette
Actrice avoit déjà fait l'effai de fes
talens fur quelques Théâtres de Province
, dans la Comédie & dans la
Tragédie. M. Préville connoiffant fes
heureufes difpofitions , a bien voulu lui
donner fes confeils , dont elle a beaucoup
profité . Sa timidité & le fentiment
de la difficulté de fon Art , ont empêché
qu'elle ne développât entièrement
H
OCTOBRE. 1777 . 1777. 161
tous fes moyens . Cependant le Public
connoiffeur qui voit au - delà de ce qu'un
Sujet exécute , & qui apperçoit dans fes
ellais ce qu'il peut devenir , a beaucoup
applaudi cette Actrice , l'a encouragée ;
& fes fuffrages ont juftifié le difcerne
ment du Maître & les talens de l'Élève.
Mademoiſelle Thénard a d'ailleurs reçu
de la Nature tous les avantages qui peu
vent la faire briller au Théâtre , & en
faire une excellente Actrice , lorfqu'elle
mettra dans fon jeu plus de franchiſe ,
plus d'énergie & plus d'abandon .
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné , le
Jeudi 2 Octobre , la première repréfen
tation de l'Olympiade ou le Triomphe
de l'Amitié, Drame héroïque , en trois
Actes , en vers , parodié de l'Opéra de
Métaftafe , Mufique de M. Sacchini.
Nous expoferons en peu de mots le fujer
connu de ce Drame.
Une Princeffe doit être le prix du
vainqueur aux Jeux olympiques . Cette
Princeffe a un amant ; mais elle eft ado162
MERCURE DE FRANCE.
rée par un jeune Prince qui vient difputer
fa conquête . Son Amant exercé
au combat des Jeux olympiques , eft
prefque certain de remporter la victoire ;
il ignore que fa Maîtreffe fera la récompenfe
de fon courage ; il offre fon fecours
à fon rival & à fon anri , pour
lui faire obtenir l'objet de fa paffion.
Il triomphe en effet fous le nom de fon
ami . A peine a - t - il engagé fa parole ,
qu'il reconnoît fon erreur : cependant
l'amitié lui fait faire le facrifice de fon
amour. Mais fon fecret n'a pu être confervé
; fa Maîtreffe l'a reconna ; & par
une loi folennelle , il eft condamné
comme parjure , à la mort. Son ami
non moins coupable , doit pareillement
perdre la vie. Ces deux rivaux fe juftifient
, & l'un veut en vain mourir pour
l'autre. Le père même de la Princeffe ,
Roi, & Chef des Jeux , eft obligé , par
ferment , de faire périr les Criminels
. Heureufement le tems de fa
Magiftrature étant fini , il la remet au
Peuple , qui , touché de la générofité
des amis , les fauve du fupplice ; &
l'Amant aimé eft engagé par le Prince
fon rival , d'époufer fa Maîtreffe , qu'il
a méritée par fon amour & par fon
triomphe .
OCTOBRE. 1777. 163
La Mufique deftinée à un grand
Opéra , en a la forme & la pompe. La
difficulté de l'exécuter fur le Théâtre
où elle devoit paroître , l'a fait tranfporter
à la Comédie Italienne , où le
même Compofiteur avoit déjà eu un
grand fuccès dans la Colonie. Les airs
de l'Olympiade atteftent le génie d'un
grand Maître. Ils font brillans ; le chant
en eft agréable , noble & expreffif. Peutêtre
n'eft - il point affez varié ni affez
analogue à l'expreffion des parcles , ce
qui peut dépendre du traveftiffement
du Poëme. Au refte , les principaux
rôles font parfaitement joués & chantés
par MM. Clairval , Julien , Michu ;
& par Mefdames Trial & Colombe.
Ces deux Actrices ont des airs du plus
grand éclat, qu'elles chantent avec beaucoup
de goût & de talent . On a furtout
applaudi un fuperbe air que Madame
Trial exécute avec une perfection qui
ne laiffe rien à defirer. Cet air, qui devoit
être chanté par l'Acteur principal ,
fait un contre- fens dans le Poëme ; mais
il faut le pardonner quand on a entendu
la charmante Cantatrice qui l'exécute .
C On a donné le Dimanche 12 Octobre,
164 MERCURE DE FRANCE.
la première repréfentation de Sans-
Dormir , Parodie d'Ernelinde , en deux
Actes , en vers , mêlée de Vaudevilles.
On a applaudi quelques faillies , & plufieurs
couplets ingénieux.
ART S.
GRAVURES.
I.
*
L'Heureufe Fécondité , Eftampe d'environ
12 pouces de large , fur 11 de
haut , gravée d'après le tableau original
de M. Fragonard , Peintre du
Roi , par M. Delaunay , Graveur du
Roi. A Paris , chez l'Auteur , rue de
la Bucherie , la porte cochère près la
rue des Rats. Prix , 3 liv .
LE fujet de cette Eftampe , eſt renfermé
dans un ovale on y voit une jeune &
aimable Villageoife , qui a un enfant fur
fes genoux , & plufieurs autres autour
d'elle. Leurs amuſemens variés , différens
acceffoirs & le talent du Graveur
feront rechercher cette jolie Eftampe.
OCTOBRE.
1777. 165
II.
L'Heureux moment , Eftampe d'environ
14 pouces de haut , fur 10 pouces de
large , gravée par M. Delaunay , Graveur
du Roi , d'après le tableau peint
à la gouaffe , par M. Lavreinfe. A
Paris , à l'adreffe ci - deffus. Prix ,
3. liv.
>
L'Heureux Moment eft pour un amant
qui eft aux pieds de fa maîtreffe , & qui
femble lire fon bonheur dans fes yeux.
Cette compofition eſt agréable , & faite
pour plaire.
III.
La Chûte dangereufe , Eftampe d'environ
20 pouces de large , fur 12 de
. haut , gravée par M. Delaunay , d'après
le tableau de F. Meyer . A Paris ,
à la même adreffe.
Cette Eftampe nous offre un Payfage
enrichi de figures & d'animaux. On y
voit une jeune Bergère renverfée à terre
par une bête afine ; & cette chûte paroît
166 MERCURE DE FRANCE.
moins dangereufe pour elle , que pour
un Villageois qui eft furpris des appas
qu'il découvre. La gravure de cette dernière
Eftampe , ainfi que celle des deux
précédentes , fait honneur au burin de
M. Delaunay.
I V.
Le fouper d'Henri IV chez le Meûnier.
L'entretien d'Henri IV & de Sully. Deux
Estampes en pendants , de 10 pouces de
longueur & de 8 de hauteur , gravées
d'après Herwick , par P. Chenu . Prix ,
30 f. Chez l'Auteur , rue de la Harpe , à
côté du paffage des Jacobins.
V.
Portrait de François Rablais > d'après
Sarrabar >
& gravé par P. Savart.
Prix , 3 liv. Chez l'Auteur , Hôtel
Chamouzet, Quai St Bernard , à Paris.
Ce Portrait eft une miniature en gravuré
traitée avec beaucoup d'intelligence
& de talent ; le travail en eft fini , & d'un
effet pittorefque ; il doit être diftingué
dans la belle collection des Hommes célèbres
, gravés par MM . Fiquet & Savart.
OCTOBRE. 1777. 167
V I.
On vient de publier deux nouvelles
Estampes d'après M. Baudouin , Peintre
du Roi , dédiées à M. de Trudenne , Confeiller
d'État.
Ces deux Eftampes font pendantes ;
elles ont treize pouces de hauteur , &
feize de largeur. Elles repréfentent deux
affemblées nombreufes dans l'Eglife
l'une pour l'Inftruction ou le Cathéchifme,
l'autre pour la Pénitence . Ces compofitions
ingénieufes & variées , font rendues
avec tout l'efprit du maître , & d'une
manière pittorefque, par M. Moitte, Graveur
du Roi . Prix , 8 liv. chaque Eftampe,
A Paris , chez l'Auteur , rue St Victor ,
la troisième porte cochère à gauche , en
entrant par la Place Maubert.
VII.
L'Amour en Sentinelle , Eftampe de
II pouces de large , & de 14 de hauteur ,
d'après le tableau de M. Fragonard ,Peintre
du Roi , dédiée à M. Paris de Mezieu.
Prix , 1 liv. 10 f.
168 MERCURE DE FRANCE
Le Portrait de Laurent Cars , Graveur
du Roi , d'après Peronneau . Prix , 1 liv.
fols.
4
Etudes de Têtes antiques , deffinées en
partie d'après la Colonne Troyenne.
Prix , liv . 16 f.
Toutes ces Eftampes font gravées avec
beaucoup d'intelligence & de talent , &
font d'un très - bon effer . Elles fe vendent
chez l'Auteur , M. Miger, rue Montmar
tre , au coin de celle des Vieux- Auguftins
.
VIII.
Les Médecins botaniftes & minéralogif
tes , écrasés par le Médecin à la mode
dédiée à la mémoire de l'immortel Tournefort
, par un amateur de Botanique ;
Eftampe de 12 pouces de longueur , &
9 de largeur. A Paris , chez le Père &
Avaulez , Marchands d'Eftampes , rue
St Jacques.
IX.
OCTOBRE . 169 1777.
I X.
Les Recruteurs à la Ville , & les Recruteurs
à la Campagne , Eftampes chacune
de 12 f. A Paris , chez Ifabey , rue
de Gèvres.
MUSIQUE.
I.
RECUEIL de deux Romances & d'une
Ariette , avec accompagnement de guitarre
, Alûte ou violon , & baffe chiffrée
pour le clavecin ad libitum ; de trois Romances
, avec accompagnement de guitarre
& flûte , ou violon ad libitum ; de
deux Romances & quatre Brunettes , avec
accompagnement de guitarre , d'un menuet
avec variation en duo pour guitarre
& violon , & d'une Allemande pour
guitarre , dédié à Mademoifelle Yvon ,
par M. Ducilly , Maître de guitarre. Prix
7 liv . 4 fols. A Verfailles , chez Blaizot ,
à l'entrée de la rue Satory ; & à Paris ,
chez Fortin , Ingénieur-Mécanicien da
II. Vol. H
#
170 MERCURE DE FRANCE.
Roi , rue de la Harpe , à côté de la rue
du Foin , & aux adreffes ordinaires de
Mufique .
I I.
Les Trois Fermiers , Comédie en deux
actes , en profe , repréfentée pour la
première fois par les Comédiens Italiens
ordinaires du Roi , le 16 Mai 1777 ; par
M. D. Z. , mife au jour par le fieur Houbaut
, Éditeur. Prix 24 liv. , & les parties.
féparées pour la facilité de l'exécution
9 liv. , les paroles de M. Monvel . A
Paris , chez le fieur Houbaut , Muficien
Copiſte des Menus-Plaifirs du Roi , &
de la Comédie Italienne , Maître de
Mufique , rue Mauconfeil , près la Comédie
, & aux adreffes ordinaires .
III.
Recueil d'Ariettes choifies des Trois
Fermiers , arrangées pour le clavecin ou
le forté- piano , avec accompagnement de
deux violons & la baffe chiffrée , dédiées
à Mademoiſelle Lenglé de Schebéque ,
par M. Benaut , Maître de clavecin de
l'Abbaye Royale de Montmartre , Dames
OCTOBRE. 1777. 171
de la Croix , & c. Prix 1 liv. 16 fols. A
Paris , chez l'Auteur , rue Dauphine ,
près la rue Chriftine , & aux adreffes
ordinaires de Mufique .
I V.
Ouverture & entr'acte des Trois Fermiers
, avec accompagnement d'un violon
& violoncelle ad libitum. Prix 3 liv. ,
la même adreffe .
V.
Air de Louife dans les Trois Fermiers ,
Afaut attendre avecpatience ) arrangé pour
la harpe , par M. Suin. Prix 12 fols . A
Paris , chez Coufineau , Luthier de la
Reine , rue des Poulies , vis-à-vis la colonnade
du Louvre.
V.I..
Recueil de fix Airs choifis de MM.
Piccini , Manna , Perez , Galuppi , Conforti
, Sacchini , imprimés dans la manière
de la gravure , en partition avec les
paroles Italiennes & les parties féparées.
Prix 7 liv. 10 fols. Aux Deux-Ponts ;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
& à Paris , chez Lacombe , Libraire à
rue de Tournon .
VII.
Six Sonates en duo pour le tambourin ,
accompagnées d'un violon feul , dédiées
à M. le Comte de la Blache , Maréchalde-
Camps des armées du Roi , par M.
Lavallière l'aîné , Maître de mufique
& de tambourin , onzième oeuvre . Prix 6
liv. Elles peuvent s'exécuter fur le violon ,
flûte , hautbois , clarinette , par-deffus de
viole , mandoline , guitarre , & fur la
vielle & mufette , en les tranfpofant en
fol ut.La quatrième & la cinquième peuvent
fe jouer à deux flûtes de tambourin.
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Tixe
randerie , vis -à- vis le cul- de - fac S, Faron ,
& aux adreſſes ordinaires de Mufique,
VIII.
Chanfon de parade , arrangée pour la
harpe , par M. Suin . Prix 12 fols .
Air des Trois Fermiers , auffi arrangé
pour la harpe , par le même. Prix 12 f.
A Paris , chez Coufineau , Luthier breOCTOBRE.
1777. 173
veté de la Reine , rue des Poulies , vis- àvis
la colonnade du Louvre.
I X.
Rondeau, del Signor Traetta , chanté
par Mademoiſelle Balconi au Concert
fpirituel , avec paroles Italiennes & Françoifes.
A Paris , chez M. d'Énouville ,
Receveur des Loteries , rue de Vannes ,
près celle du Four , à la Nouvelle Halle ,
& aux adreffes ordinaires.
X.
Miferere mei Deus , motet à cinq voix ,
du célèbre Sacchini , propofé par foufcription
.
Il y a long-temps qu'on fe plaint dane
les Églifes , & fur - tout dans les couvents
de femmes , de n'avoir à chanter d'autre
miferere que celui de Lalande , qui , tout
eftimé qu'il.eft avec juftice , eft d'un goût
entièrement contraire à celui d'aujourd'hui.
Ceux des autres Maîtres , qui auroient
pu le remplacer , font tous écrits
avec des accompagnemens ; ce qui en
rend , dans ces mêmes lieux , l'exécution
difficile. Celui que nous annonçons , ae-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE .
compagné feulement de l'orgue , joint à
la facilité de l'exécution, a le mérite d'être
d'un des premiers Maîtres de l'Italie ,
dont le goût eft affez connu parmi
nous , & qui peut prouver , par cette
compofition , qu'il n'eft pas moins profond
que fes rivaux dans la fcience de
l'harmonie.
On foufcrit chez M. d'Énouville , Receveur
des Loteries , rue de Vannes , près
celle du Four , à la Nouvelle Halie ; chez
M. Houbaut , Marchand de mufique.
rue Mauconfeil , près la Comédie Italienne
; & chez M. Talma , Dentiſte
même rue , vis-à- vis la rue Françoife,
>
On donnera 6 liv . en foufcrivant , &
6 liv. en recevant l'ouvrage , qui fe délivrera
le 15 Novembre prochain aux
adreffes ci - deffus .
N. B. On ne fera admis à foufcrire
que jufqu'à la fin d'Octobre , & il n'en
fera délivré qu'aux Soufcripteurs.
OCTOBRE. 1777. 175
GÉOGRAPHIE.
I.
CARTE de la Virginie & Maryland , à
trois lieues marines pour pouce , contenant
la baye de Cheſapeake , & en deux grandes
feuilles ; par Fry & Jefferfon ; traduite
de l'Anglois. Prix , 3 liv .
La Floride , comprifes les bouches du
Miffiffipi , Canal & Ifles de Bahama, avec
les fondes en braffes & en pieds le long
des côtes , par Jefferis , en deux feuilles ,
à dix lieues marines pour pouce & demi ,
traduite de l'Anglois . Prix , 3 liv.
Plus , une Carte des Côtes des envi- ,
rons de Charles- Town avec les fondes >
depuis le Cap Féar , Cap Roman à Sud
Edito , par N. Pocock. Prix , 1 liv . 10f.
traduite de l'Anglois ,
La collection entière des détails de
l'Amérique feptentrionale , contient actuellement
38 feuilles . Prix , 40 liv.
Le Recueil des 15 plans de Villes
& la bataille de Broklin . Prix , 6 liv.
A Paris , chez le fieur le Rouge , Ingé-
و
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
nieur-Géographe du Roi , rue des grands
Auguftins .
On y trouve auffi les originaux dont
le prix eft double. Il eft à remarquer que
fa Carte de la nouvelle York en 4 feuilles ,
contient vingt pofitions de plus que la
Carte originale Angloife.
I I.
Carte ou tableau des Villes de France
où les plans des principales villes du
Royaume font exprimés , fervant à voir
le rapport de la grandeur de Paris avec
les autres villes , & à comparer une ville
avec une autre ; dédié & préfenté au
Roi par N. L. Duchemin , Infpecteur des
Ponts & Chauffées de France. 1777. Prix,
3 liv. A Verfailles , chez Blaizot , rue
Satory ; à Paris, chez M. Fortin, Ingénieur
Mécanicien du Roi , rue de la Harpe ,
à côté de la rue du Foin.
I I I.
J
c'eft-
Nouvelle Carte , ou defcription géométrique
des Pays - Bas Autrichiens
à-dire des Duchés de Brabant , de Luxembourg
, de Limbourg & de Gueldres ;
OCTOBRE. 1777. 177
des Comtés de Flandres , de Hainault &
de Namur ; du Tournefis & de la Seigneurie
de Malines ; & pour la rendre
plus intéreffante , on y a inféré les Principautés
de Liége & de Stavelo ,
>
au
Leurs Majeftés Impériales & Royale
ont chargé de cet important Ouvrage
M. le Comte de Ferraris , Lieutenant-
Général de leurs Armées , en lui perinettant
de tirer d'une Ecole de mathé
matiques qui étoit fous fes ordres ,
Corps de l'artillerie des Pays- Bas , les ſujets
les plus capables de remplir cet objet.
Cette Carte , qui vient d'être levée avec
le plus grand foin & la plus grande exactitude
, eft formée fur une échelle d'une
ligne pour cent toiſes , pour faire fuite
à la Carte de France , publiée par MM .
de l'Académie , fuivant les obfervations
de M. de Caffini . Elle paroîtra au commencement
du mois de Janvier prochain ,
fera compofée de 25 feuilles , & fe vendra
chez Vignon , Marchand de Cartes
de Géographie , rue Dauphine , vis - àvis
celle d'Anjou . Prix , 96 liv. en papier.
On trouvera chez lui un Profpectus
détaillé dudit Ouvrage.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
*
Manière d'imiter les Camées ou pierres
fines gravées en relief avec des coquillages
, tirée des Mémoires manuf
crits de M. Pingeron ** Capitaine
d'Artillerie , & Ingénieur au fervice de
Polognefur les arts utiles & agréables.
>
Le prix confidérable des Camées en
pierres dures telles que les agathes onix ,
les fardoines onix , & même la pierre
à fufil , a fait imaginer les moyens de
les imiter avec des coquillages , des nacres
& autres matières infiniment plus.
tendres , au point de faire illufion. Cette
branche d'induftrie , qui pourroit être
facilement naturalifée en France , eft particulière
à la ville de Trapani en Sicile ,
& à celle de Palerme , Capitale de cette
Ifle . Voici en peu de mots la manière
dont on imite les camées avec des coquillages
dans ces deux villes , dont j'ai
été le témoin oculaire.
On prend un de ces gros coquillages
nommé Tofa en Sicilien , & Buccin dans
OCTOBRE . 1777. 179
notre langue , parce que les Matelors &
les Bergers en tirent du fon comme d'une
trompe ***. On le fcie dans fa longueur,
pour en tirer des efpèces de bandes plus.
ou moins larges , felon la grandeur du
camée que l'Artifte fe propofe de faire.
Celles- ci peuvent avoir juſqu'à deux lignes
d'épaiffeur ; ce qui eft fuffifant pour.
donner le plus fort relief aux figures du
camée.
Cette opération étant faite , on fcie
de nouveau ces bandes en plufieurs morceaux
quarrés ou rectangulaires, que l'Artifte
arrondit enfuite avec une lime pour
les rendre ovales ou circulaires .
Lorfque ces morceaux de coquillages
font ainfi difpofés , l'Artifte les met en
ciment fur une poignée de bois , à l'inſtar
d'un diamant brute que l'on voudroit
tailler . Il ébauche enfuite avec des échoppes
de diverfes groffeurs , les fujets du
camée , découvre le fond , & le rend le
plus uni qu'il lui eft poſſible .
Cette préparation étant faite , l'Artiſte
finit les fujets de ces camées avec des
burins , de petites échoppes & des rifloirs
plus petits . Lorfque les figures &
les ornemens font abfolument terminés
, on polit le camée avec de l'émeril ,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
ou plutôt de la ponce broyée dans l'eau
fimple. L'Artifte leur donne enfin le dernier
luftre , en fe fervant d'une pouffière
formée avec des os de volailles calcinés
& bien broyés à l'eau fimple.
Comme le coquillage d'où l'on tire
les camées dont on vient de parler , eft
blanc , qu'il tire un peu fur le rofe , &
eft à demi-transparent , il eft évident que
les figures de ces camées doivent paroître
blanches comme dans les camées antiques
, & que le fond qui a perdu beaucoup
de fon épaiffeur pendant le travail ,
deviendra tranfparent. Ce fond devient
donc fufceptible de prendre la couleur
du maftic que l'on eft en ufage d'y metti
deffous ; l'Artiſte garnit le derrière
de ces camées , qui eft un peu concave ,
avec un maſtic noir , bleu , ou de couleur.
de rofe ; ce qui produit alors un très-bel
effet , & donne beaucoup de ſolidité à ce
genre d'ouvrage .
Les camées dont on vient de faire
mention , s'employent pour orner des
bagues , des bracelets & des pendeloques
pour les oreilles , & fe montent en or
ou en cuivre doré , à volonté . On fertit
ces joyaux comme les diamans ordinaires.
OCTOBRE. 1777. 181
La valeur de ces camées eft peu confidérable
, parce que la matière d'où on
les tire eft très -facile à travailler , comme
on l'a déjà dit , & que les Artiftes qui fe
vouent à ce genre de travail , de travail , l'exécutent
très-vîte .
Pour exceller dans cet art , il faudroit
favoir très - bien deffiner & modeler , &
ne tirer enfin fes compofitions que d'après
les pierres gravées dont nous avons
de fi beaux recueils .
Malgré la médiocrité du prix auquel
les Trapanais & les Palermiens- vendent
les camées faits avec des coquillages , ils
ont cependant parmi eux quelques Artiftes
qui excellent dans ce genre , mais qui
manquent unpeu par le deffin . Combien
de Graveurs fur les métaux , qui font peu
occupés à Paris , trouveroient de reffources
dans l'art de faire des camées
pareils à ceux dont on vient de parler ,
s'ils vouloient tenter cette carrière ! Un
beau camée repréfentant une allégorie
ingénieufe , & fupérieurement rendue
& compofée dans le ftyle antique , ne
feroit-il pas préférable à ces chiffres & à
ces entrelas de cheveux dont on orne aujourd'hui
les bracelets ? Je fouhaite que
ces réflexions puiffent me procurer la
182 MERCURE DE FRANCE.
fatisfaction d'avoir fourni à nos Graveurs
un moyen de plus pour manifefter leurs
talens .
On remarquera cependant que tous
les camées ont un défaut qui leur eft
commun avec toutes les gravures en relief;
favoir , celui de ne pouvoir fe maintenir
dans leur entier auffi long-temps
que les gravures en creux . C'est pour remédier
à ces inconvéniens , que les Anciens
frappoient leurs médailles de manière
que le fujet ou la tête , par exemple
, fe trouvoit dans un creux , dont les
bords furpaffoient la faillie ou relief du
fujet, On voit nombre de médailles Grecques
dans ce genre , fur-tout des Alexandres
; le coin formoit une goutte de
fuif très-convexe. Si l'on eût pris cette
précaution jufqu'à un certain point , les
monnoies nouvelles d'un certain Royaume
où les beaux arts fleuriffent , feroient
également empreintes vers le centre
comme fur les bords.
NOTE S.
* L'Art de faire les Camées , fut très-floriffant
chez les Anciens , de même que celui de grave r
en creux fur des pierres précieuſes . Onfoupçonne
OCTOBRE. 1777. 183
que les Egyptiens en avoit la connoiffance. Cette
conjecture eft d'autant plus vraisemblable , que les
caractères hiéroglyphiques que l'on voit encore
aujourd'hui fur les obélifques de Rome , font
gravés en creux , avec la plus grande propreté ,
fur le granit , qui eft une forte de pierre prodigieufement
dure.
Les plus belles pierres gravées nous viennent
des Grecs. On diftingue avantageufement celles
qui ont été travaillées par Théodore de Samos
Pyrgothèles , qui vivoit du temns d'Alexandre ,
Solon , Polyetète , Cronius , Appolonides , Diof
corides . Plufieurs de ces Artiftes vinrent s'établir
à Rome fous Augufte.
L'Art de faire les Camées , & de graver les
pierres précieufes , qui avoit été perdu pendant
les tems de barbarie qui fuivirent la chûte de
T'Empire Romain , reparut en Italie fous Laurent
de Médicis , dit le Magnifique. Ce grand
Prince qui s'étoit procuré, de la Grèce & de l'Afie,
un grand nombre de Médailles & de pierres gravées
, invita plufieurs Artiſtes célèbres à fe livrer
à ce genre de travail. Jean Delce Corniole , ou
des Cornalines , né à Florence , fe diftingua dans
cette carrière , fous fon règne , ainfi que plufieurs
autres Graveurs , tel que Dominique , qui demeu
roit à Milan. MM, Pickler , père & fils , excellent
actuellement , à Rome , dans ce genre d'industrie
prefque inconnu en France .
Ces Artiftes gravoient leurs noms au bas de leurs
Ouvrages. MM. Pickler mettent le leur en caractères Greca
184 MERCURE DE FRANCE.
Le plus fameux Camée antique qui foit connu,
eft la coupe de Capo di monte , près de Naples ,
un des plus beaux ornemens du Cabinet de curiofité
du Roi des deux Siciles . Il eft d'une Agathe
onix , & a près de fix pouces de diamètre. On
y voit une tête de Médufe d'un travail exquis.
** Cet Officier va publier la fuite des Voyages
au Nord de l'Europe, dont le premier volume
a été favorablement reçu du Public Il donnera
en même-tems le nouveau Voyage de Dalmatie ,
qu'il vient de traduire de l'Italien de M. Fortis ,
de Florence , célèbre Naturalifte.
*** Les Corfes, que l'on nommoir Rebelles,
fe fervoient de ces Buccins comme d'un inftrument
militaire , & il leur tenoit lieu de grande &
petite mufique. Ce coquillage fe trouve facilement
fur les côtes de leurs Iſles , ainfi que dans le
Golphe de Naples , & fur les Côtes de la Sicile .
Cours de Langue Italienne & de
Géographie.
M. l'Abbé de Perravel de St Beron , recommencera
, le 13 Nov. , depuis neuf
heures , jufqu'à onze du matin , fon Cours
de Géographie avec fon Cours de Langue
Italienne , où, en fuivant l'ordre , le fil &
l'enchaînement de tous les principes
tant généraux que particuliers de la
OCTOBRE. 1777. 185
ร
Grammaire Italienne , il montrera dans
un tableau de trente- fix thêmes
compofés dans chacune des deux langues
, Italienne & Françoiſe , leur différent
génie , & leurs différentes conftructions
. Le même jour , depuis cinq heures
jufqu'à fept du foir , il recommencera le
même Cours de Géographie avec un
Cours de Langue Françoife , par une
méthode Philofophique, courte& favante,
où les loix de la phrafe & les règles de
la ponctuation font géométriquement
démontrées . Le prix de la double leçon ,
tant du matin que du foir , n'eft que de
18 liv. chez lui , au mois de douze leçons ,
& du double en ville , à une diſtance raifonnable.
On le trouve tous les matins jufqu'à
onze heures , & tous les après midi ™,
jufqu'à quatre heures , chez lui , à l'entrefol
, au- deffus du Chapelier , rue de
Vannes , entre le tournant de la nouvelle
Halle & la rue des deux Écus .
Cours de Langues Latine & Françoife .
PARMI les perfonnes qui s'annoncent
pour enfeigner les Langues Latine &
186 MERCURE DE FRANCE.
1
(
Françoife , il y a un trait qui diftingue
le fieur Lebel , & qui nous paroît mé
riter plus d'attention que l'on n'y en a
fait jufqu'à préfent : c'eft de s'être offert
& de s'offrir à démontrer qu'il en a trouvé
la véritable méthode ; & cela , fous
les yeux & à l'ordre de toute perfonne
en place , & en préfence de quelques
Savants que l'on veuille y inviter. En attendant
cette grâce , le fieur Lebel va
continuer fes Cours & en commencer
de nouveaux à l'Hôtel de Dauphiné
entre les rues des Quatre-vents & des
Boucheries-Saint- Germain.
Cours d'Arithmétique , de Géographie
& de Méchanique.
M.DUPONT a commencé , le Dimanche
5 Octobre , dans fon Ecole , rue neuve
Saint-Médard , trois Cours ; favoir , l'Arithmétique
, la Géométrie & la Méchanique.
M. Dupont continue toujours
fes Cours particuliers fur les Élémens &
fur la haute Géométrie , ainfi que les
leçons qu'il fait à la campagne , fur tout
OCTOBRE. 1777. 187
ce qui concerne la Géométrie - pratique.
M. Dupont réunit à cet avantage , celui
de faire l'application à fes Elèves fur les
Ouvrages publics de méchanique &
d'hydraulique , & la manière de fe fervir
de tous les inftrumens utiles aux Mathématiciens
, dont M. Dupont a une fort
belle collection .
L'on trouve dans la même École un
excellent Maître de Deffin pour la Carte ,
la Fortification & le Payfage , qui forme
des jeunes gens pour les plans & terriers ,
BIENFAISANCE.
Difcours prononcé , le 10 Août 1777 ›
à M. le Comte de Bar parfes Vaſſaux ,
le jour qu'il leur diftribue les Prix qu'il
deſtine à ceux qui ont fait la plus belle
récolte.
ONOTRE
NOTRE BON SEIGNEUR ! puifque ce
jour éclaire vos bienfaits , permettez de
nos coeurs un moment le langage : Nous
fommes vos vaffaux , une même famille,
ayant un commun père : eh oui , à plus
188 MERCURE DE FRANCE.
› d'un titre ! N'eft- ce pas vous qui de
nos champs avides arrachâtes à grands
frais les ronces & les épines , les rendîtes
fertiles ? Et dans ce temps , encore trop
près de nous , où l'affreufe misère défolant
nos foyers , où nos enfans , panchés
fur le fein de leurs mères -
étoient prêts d'expirer ; & nous , en allant
au travail , d'un pas chancelant de foibleffe
, prenant le manche de nos charrues
, fans pouvoir tracer un fillon : ils:
ne fervoient , hélas ! qu'à foutenir notre
débilité nous appelions la mort , nous
étions fans efpoir. Vous l'apprêtes , &
bien-tôt vous volâtes en ces lieux . Par
vos foins généreux , dans un inftant nous
revînmes à la vie : tous vos greniers furent
ouverts ; notre faim dévorante les
épuifa bien-tôt. Votre foin paternel ne
fe borna pas là ; de vos richeffes épuiſant
les tréfors à pleines mains , vous les verfiez
fur nous. En ce moment-ci même ,
d'une erreur de calcul nous étions les
victimes , fi vos foins vigilans n'avoient
pas fu prouver qu'aucun de vos vaffaux
ne devoit la corvée. Ah ! pour notre .
bonheur , pour le bonheur des nôtres ,
puiffiez -vous vivre autant que fit Mathufalem
...... Mais , fi le ciel en courroux
contre nous , nous puniffoit dans fa co-
1
OCTOBRE. 1777. 189
lère , en terminant vos jours , vous vivriez
à jamais dans nos coeurs ,
dans ceux
de nos enfans , de nos derniers neveux,
Si quelques étrangers fe fixoient parmi
eux , ils leurs diroient fans ceffe en montrant
ces bijoux : Un bon Seigneur les
donna à nos pères ; encourageant l'agriculture
, il attacha ce Prix aux foins de
leurs travaux . Celui d'eux qui , de fon
héritage , avoit le mieux cultivé les cantons
, recevoit de fes mains ce précieux
métal. Voyez , entrelacées fur le fond de
ces talles , cette gerbe & fes armes ! Il
les faifoit graver pour les encourager.
Ce bon Seigneur fe nommoit Charles.
Par une époufe douce & vertueufe , il
étoit fecondé : elle fervoit de modèle :
on l'a citée dans ces contrées . Ils affiftoient
la veuve élevoient l'orphelin ,
fecouroient le vieillard , prenoient foin
des malades : ils remettoient les dettes ;
ils vêtiffoient les nuds ; ils étoient tous
heureux. Ah ! que ne vivions-nous au
temps de nos ayeux !
Ainfi , de race en race , fe tranſmet,
tra toujours le bonheur dont , fous vous ,
jouiffent vos vaffaux. Mais en ce jour , où
le ciel nous protège d'une grâce encore ,
honorez vos enfans , ô notre père , qu'il
130 MERCURE DE FRANCE.
+
foit chommé comme celui de votre fête.
Acceptez ce bouquet ; il eft le foible
hommage de notre amour , de nos refpects
; excufez un Payfan ne fait pas
s'exprimer , mais il fait bien fentir. De
Jarmes nos yeux font noyés ; c'eft d'attendriffement
, c'eft de reconnoiffance.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
Le fieur René Sigault , Docteur- Régent
de la Faculté de cette ville , très-verfé
dans l'art des accouchemens , vient de
rendre à l'humanité , le plus fignalé des
fervices. Dans ces cas terribles , où l'Accoucheur
le plus exercé s'eft démontré
dans l'impoffibilité de tirer l'enfant qui eft
à terme par les manoeuvres qu'a dicté l'expérience
, il ne fera plus question de
propofer à un époux , ou à une famille
au défeſpoir , d'immoler la mère par l'opération
dite Céfarienne , pour conferver
l'enfant , ou d'arracher ce dernier par
lambeaux pour fauver la mère. Déjà ,
OCTOBRE . 1777 . 19t
depuis plufieurs années , le fieur Sigault
avoit propofé , au lieu d'avoir recours
à une de ces deux extrémités cruelles
d'effayer , par la fection de la fymphife
cartilagineufe des os pubis ( partie prefque
inerte ) , de fe procurer un écartement
qui pût faciliter l'extraction de l'enfant.
Cette idée lumineufe avoit trouvé
des contradicteurs , comme toutes celles
qui s'éloignent des ufages anciens : il falloit
que la pratique pût la confacrer , &
cette époque fi intéreffante pour l'humanite
, vient d'arriver.
Une femine contrefaite , demeurant
rue St Denis , Cul- de - fac des Peintres
âgée d'environ trente-neuf ans , époufe
d'un nommé Souchet , Soldat de la Garde
de cette ville , fit appeler , le premier
de ce mois , le fieur Sigault , pour l'ac--
coucher d'un cinquième enfant ; les quatre
premiers avoient été arrachés par morceaux.
Le fieur Sigault , accompagné de
fon confrère , le fieur Alphonfe Leroi ,
faifit cette occafion de tenter avec lui
la fection de la fymphife , jufqu'alors contredite
; l'opération peu douloureufe , &
l'accouchement ne durèrent que quatre
minutes & demie , & la mère , ainfi que
l'enfant qu'elle nourrit elle - même , fe
192 MERCURE DE FRANCE .
Ꮧ .
>
portent très- bien . La Faculté de Médecine
inftruite de ce fait , a envoyé auffitôt
les fieurs Defcemet & Grandclas
comme Commiſſaires pour la levée de
l'Appareil , & la fuite du traitement ; enforte
qu'elle aura quelque part à cette
heureufe découverte , par l'empreffement
qu'elle a mis à en conftater la réalité , ce
qu'elle fera fans doute encore avec plus
d'authenticité par la publication des procès
-verbaux qu'elle aura dreffés fur cet
objet de la plus grande importance.
I I.
›
Le fieur Dufour , Maître Menuifier-
Méchanicien , demeurant à Paris , dans
l'ancien Hôtel de Condé , déjà connu
par plufieurs machines de fon invention
vient d'imaginer une table pour écrire ,
qui fe hauffe & ſe baiffe à volonté , elle
fe fixe au point où on la defire , & defcend
avec la plus grande facilité. Tout
le méchanifme eft caché dans le milieu
de la table & dans les pieds de cette dernière,
ce qui n'exclud pas les tiroirs comme
aux tables , en ce genre , qui ont été
faites jufqu'à-préfent. Le fieur Dufour
continue à faire des modèles de toutes
les
OCTOBRE. 1777 . 193
les machines dont on lui communique
les deffins. Il offre de nouveau fes fervices
, en ce genre , à MM . les ingénieurs
, Architectes , Maîtres de mathémathiques
, & amateurs de méchanique .
On eft prié de lui écrire , franc de
Port.
Anecdote de Médecine.
り
JACQUES DEZEAU , apprentif Graveur ,
âgé de 14 ans , né à Fontainebleau , eft
entré à l'Hôpital de la Charité le 9 Mai
1777 il en eft forti le premier Août
de la préfente année . Cet enfant demeure
rue d'Enfer , près du Pont rouge ,
chez M. Montabon , maître Graveur ,
qui occupe au cinquième étage , trois
Chambres , dont il y en a deux qui donnent
furla Grève . Le petit Dezeau étoit
dans une de ces Chambres , avec le nommé
le Roux , apprentif Bijoutier , & fon
maître étoit dans l'autre avec fa femme
& leurs parens. C'étoit le jour de l'exécution
de l'incroyable fcélérat Defrues.
Dezeau dit avoir éprouvé un mouvement
extraordinaire , quand fon cama-
II. Vol. Ι
•
194 MERCURE DE FRANCE .
rade lui a dit , le voilà . Defrues
fortoit alors de l'Hôtel - de - Ville . La
révolution a été beaucoup plus vive ,
quand il a vu jeter le criminel au milieu
des flammes. C'est dans ce même inftant
qu'il a reffenti un fi violent mal de tête ,
accompagné d'une fi grande fuffocation
, qu'il croyoit avoir éré frappé par
quelqu'an. Comme il étoit fort agité , il
a pafé la nuit dans des rêves qui luipréfentoient
continuellement l'affreux
tableau du criminel. Le lendemain , le
mal de tête & la fuffocation ont fingu
lièrement augmenté , & le fur-lendemain
il a été conduit à l'Hôpital de la Charité.
Telles font , dans la plus grande exactirude
, fes réponses aux queftions que
nous lui avons faites , le huit du préfent
mois jour qu'il eft forti de la maiſon
des convalefcens.
Cet enfant a éprouvé tous les fymptômes
qui caractérisent une fièvre
maligne nerveufe. Très fouvent il fai
foit des hurlemens qui portoient le trou .
ble & l'effroi dans les Salles voifines .
Quelquefois c'étoit le cri d'une perfonne
environnée d'un appareil qui n'infpire
que la crainte , & la douleur . Les reinèdes
qui lui ont été administrés , ont eu
་
OCTOBRE. 1777. 195
Frer ,
un fuccès dont on n'ofoit point fe flatfur
tout dans une maladie autfi grave
cependant , il lui refte encore de
l'oppreffion & de la difficulté pour
s'exprimer accidens qu'il n'avoit point
avant fa maladie . Sa voix n'est point
claire , comme elle l'étoit , & fa tefpiration
eft un peu laborieufe. Depuis
Pinvafion de la maladie , jufqu'au temps
auquel les fymptômes ont commencé à
fe civilifer , il n'a pas difcontinué d'avoir
fous les yeux le fpectacle d'horreur qui
feul , peut-être l'avoit mis dans cet état
cruel, & tout à fait digne de compallion ;
en revanche , depuis fa guérifon , il nous
a affuré qu'il n'en n'étoit plus occupé ,
& qu'il le trouvoit dans la plus grande
fécurité. Nous n'ignorons pas toutes les
Fables qui ont été imprimées dans plufieurs
Journaux , favoir ; que l'on avoit
découvert , & même reconnu des marques
, ou ftigmates , fur les endroits des
extrêmités , où l'on frappe le coupable .
›
Il eft conftant que tout ce que l'on a
débité , tout ce que l'on a imprimé far
les prétendus ftigmates de cet enfant
elt abfolument faux. Il n'eft & n'a été
ftigmatifé qu'aux jambes par l'application
des véficatoires. Nous ne pouvons pas
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
nous diffimuler qu'une pareille crédulité
eft prefqu'analogue à celle de la dent
d'or de Saxe , & à celle de l'exiſtence de
la bague de Gygés .
›
On donnera dans le Journal de Médecine
, l'hiftoire & le traitement de la
maladie,
IL
ANECDOTES.
I.
L exifte dans le territoire d'Hildefheim
, en Allemagne , un payfan , nommé
Koenig , qui s'étoit toujours trèsbien
porté , quoique né fans crâne . II
lui tomba fur l'occiput , il y a quelque
temps , un poids fort lourd , qui le lui
brifa . Ce malheureux tomba comme
mort fur la place. On le mit entre les
mains d'un habile Chirurgien , qui lui
enleva les efquilles , & le guérit entièrement
de fa Eleure. Il . jouit à préfent
d'une bonne fanté , quoiqu'il n'ait ni
crâne , ni occiput. On ne voit au- de flus
des endroits qui devoient occuper ces
parties , qu'une peau mince . Pour qu'il
OCTOBRE. 1777. 197
courût moins de rifque de fe bleffer , on
lui faifoit porter un cafque de fer blanc
léger. Il a , depuis peu , quitté ce cafque ,
& fe contente de porter un bonnet de
coton. Ce même Laboureur avoit perdu ,
pendant quelques années , l'ufage de la
parole , qu'il recouvra enfuite aux eaux
de Pyrmont.
I I.
Fen M. D..... , Secrétaire de l'Académie
Françoife , étoit à fe baigner dans
la Seine. Une jolie femme paffoit auprès
dans une voiture élégante : le Cocher
n'apperçoit pas un trou près du rivage ;
la roue tombe dedans ; le carroffe culbute ,
& voilà la Dame étendue dans la boue
d'un côté , & fes laquais de l'autre.
D ..... fort de l'eau tout nud , & accourt
à elle. La jeune Dame eft un peu
étonnée de la fituation où fe trouve l'officieux
Cavalier : Mille pardons , Madame
, lui dit- il fans fe déconcerter , &
en lui préfentant la main ; excufez mon
incivilité ; pardonnez- moi de n'avoir pas
de gants.
J.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
M. *** qui fait des recherches fur les différens
Chapitres des Églifes Cathédrales & Collé- 3
giales de France , nous a envoyé la notee.fuivante,
fur une erreur que le P. Papon a laiffé échapper
dans fon Hiftoire générale de Provence , en parlant
du Chapitre d'Aix. Cet Avreur die , pag. 145.1
du premier volume , que ce Chapire cft compofé
d'un Prévôt , d'un Archidiacre , d'un Sacriftain
, d'un Capifcol , de feize Chanoines , & de
ringt Bénéficiers . Ces derniers ne font point du
Chapitre' ; ils n'entrent point par conféquent, &
n'ont pas voix dans les Affemblées Capitulaires
ils ne polsèdent que des Places Exes dont le Cha-
Fire a la collation ; & ils font chargés par les.
Statuts de faire le Service de FÉglife , conjointement
avec un grand nombre de Prêtres & del
Clercs dont les Places font amovibles ; & tous l
enfemble forment le bas-Choeur . Telle eſt la vé-,
ritable idée des Bénéficiers de l'Eglife S. Sauveur
d'Aix ; & c'eſt ainfi qu'en ont parlé tous les anciens
Auteurs qui ont écrit , foit les Annales de cere
Eglife , foit l'Hiftoire de Provence. ·
A VI S ...
1.
Pommade pour les hémorrhoïdes.
CETTE pommade guérit radicalement les hémorrhoïdes
internes & externes , en
peu de jours ,
OCTOBRE . 1777. 199
OCTO E´RE.
•
fans qu'il y ait rien à craindre du retour de cette
maladie , ni accidens pour la vie en les gué
tiffant ; prouvé par nombre de certificats authen
tiques que l'Auteur a entre les mains , & par
un nombre infini de perfonnes dignes de foi ,
de tout âge & de tout fexe , guéries radicalement
depuis plufieurs années , &c. par l'ufage
qu'elles ont fait de cette pommade , inventée &
compolée par le fieur C. Levallois , ancien Her
borifte , pour la propre guérifon à lui- même ,
au mois de Mai 1763 .
Cette pommade fair fon opération avec une
douceur & une diligence furprenantes , en ôtant
d'abord les douleurs dès fes premières applications.
·Elle eft divifée en deux fortes
, pour agir
enfemble de concert : l'une eft préparée en fuppofitoires
, pour être infinuée &amollir les bémorrhoides
internes par une douce tranſpiration ;
l'autre eft applicative fur les externes , pour
fondre
& diffoudre , avec la même douceur , les
grofleurs externes & recevoir au dehors là
tranfpiration qui fe fait intérieurement.
L'on diftubue cette pommade avec appro
bation & permiffion , chez l'Auteur , Vieille rue
du Temple , maifon de M. Barnoult , en face
de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie ; & à fes
dépôts , rue de Richelieu , au galant Ruffe ; chez
M. Deloche , Marchand Limonadier , au coin de
la rue de la Perle , à Paris . A Sens grande rue
chez M Evrat , Marchand Chaudronnier .
Pour les hémorroïdes nouvelles , les deux demiboîtes
, avec trois fuppofitoires , font de 3 liv ,
joint à un imprimé qui indique la manière de
s'en fervir.
I iv
2
*
25
200 MERCURE DE FRANCE.
Le prix des doubles boîtes , avec fix fuppoftsoires
, pour les hémorrhoïdes anciennes , eft de
liv.: quant aux invétérées de 10 , 20 à 30 ans ,
il faut redoubler l'ufage de la pommade , & il
s'enfuit toujours le bien - être defiré .
Les perfonnes de Province qui defireront le
procurer de cette pommade , font priées d'affran
car leurs lettres , & d'indiquer leur meffageric.
I I.
Le Tréfor de la Bouche.
we fieur P. Bocquillon , Marchand Gantier-
Parfumeur à Paris , à la Providence , rue St Antoine
, entre l'Eglife de St Louis de MM . de Sainte
Catherine & la rue Percée , vis à vis celle des
Ballets , annonce au Public qu'il a été reçu & approuvé
à la Commiffion Royale de Médecine , le
11 Oct. 1773 , pour une liqueur nommée le véritable
tréfor de la bouche , dont il eft le feul compofiteur.
Ses rares vertus la font préférer , en
lui établiflant une très grande réputation . La propriété
de fa liqueur eft de guérir tous les maux de
dents quelque violens qu'ils puiflent être , de purger
de tout venin , chancre , abfcès & ulcères , enfin de
préferver la bouche de tout ce qui peut contribuer
à gâter les dents ; elle les conferve même quoique
gatées. Cette liqueur a un goût très -agréable,
L'Auteur a des bouteilles à rol . l ; L. & 1 1 4 l ,
Il donne la manière de s'en fervir , fignée & paraphée
de fa main ; il met fon nom de baptême & de
famille fur l'étiquette des bouteilles , ainfi que
3
OCTOBRE. 1777. 201
fur le bouchon , marqué de fon cachet , & un tableau-
au defus de la porte , pour ne pas fe tremper.
Il vend auffi le véritable taffetas d'Angleterre
, propre pour les coupures & brûlures , approuvé
par MM. de la Commiffion de Médecine ,
le 31 Juillet17731 L'Auteur prie de lui affranchir
le port des lettres.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le 10 Août 17770.
UNE centaine de familles Juives , dont les
nouveaux arrangemens de la Pologne ont détruit
le commerce , viennent , dit- on , d'arriver
par la mer Noire. Le prétexte religieux de faire
un voyage à Jérufalem , dont ces familles errantes
fe font d'abord fervies pour cacher leur defir
de s'établir ici , n'a pas duré long- tems ; & l'on
croit que plufieurs d'entr'elles vont habiter la Capitale
de cet Empire , ou quelques Villes des environs
, attendu qu'elles ont offert de payer le
caratfch , ou tribut ordinaire levé fur toutes les
familles Juiyes qui forment quelqu'établiffement:
dans l'Empire Ottoman. A l'égard des autres familles
de cette peuplade , elles ont reçu ordre de
ne féjourner que feu de tems dans cette Ville , &
de poursuivre leur pélerinage.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
De Copenhague , le 18 Septembre 1777.
La Ville d'Altona vient d'obtenir du Roi pluheurs
priviléges en faveur du commerce & de la
navigation . Les droits d'importation & d'expor
tation, ceux de tranfit, d'entrée & dei fortie , ont
été ou abolis ou fort diminués; & un grand nom .
bre de Navigateurs font attirés à la rade de cette
Ville , qui , par cette concurrence , trouve de plus
grands bénéfices que ceux dont elle jouiffoit auparavant.
De Stockholm , le 10 Septembre 1777.
1.Amirauté s'occupe aujourd'hui , avec acti
vité, des projets de donner à la Marine une confiftance
plus refpectable , & de faire conſtruire
de nouveaux vaiffeaux de guerre , ainfi que des
frégates. Depuis deux ans on avoit déjà fait venir
de la Pruffe à Carlferon , pour cinq cens mille
rixdhalers de bois de conftruction ; & , du confentement
de Salajefté , FAmirauté vient de
paffer un nouvel acte avec un Agent du Roi de
Pruffe , qui s'eft chargé de faire délivrer , pendant
douze années , tout le bois , tant de chêne
que d'aurre qualité , qui fera néceflaire pour
conftruire , chacune de ces années ; un vaiſſeau
de guerre & une frégate . On prend en mênietems
des arrangemens pour réparer les navires
qui peuvent encore en être fufceptibles .
Le nouveau baffin de Carlferon , quoiqu'encore
imparfait , a été ouvert à la fin du mois
d'Août. Huit gros vaiffeaux peuvent déjà être
reçus dans la partie qui eft achevée.
OCTOBRE. 1777. 203
De Vienne , le 12 Septembre 1777 .
La Cour veille toujours à ce que les travaux
qu'elle a ordonnés pour faciliter le tranfport des
denrées & le commerce dans la Hongrie , foient
continués avec activité . Il s'agit fur - tout , à l'aide
des eaux du lac Balaton , appelé en Allemagne
Plafée , de pratiquer une communication sure
& utile entre le Danube & ce lac , entouré de
grands vignobles & de terres fertiles . On a donné
auffi des ordres pour que la rivière de Scio , dans
le Comté de Tolna en Baffe - Hongrie , pût deve
hir navigable. Et comme il a été reconnu qu'on
ne pouvoit tirer aucun parti des eaux da Servize,
pou la navigation à laquelle on vouloit de même
rendre propre cette rivière , on a décidé qu'on
travailleroit à fon defféchement , ainfi qu'à celui
de plufieurs marais , ce qui rendra à l'air du pays
où ils fe trouvent , plus de falubrité , & à l'Agriculture
des terreins confidérables qui étoient perdus
pour elle. Le Baron de Zigari , ſous la direction
duquel le fieur Boemi , Ingénieur , opère , eft
chargé de ces entreprifes dignes du gouvernement
paternel de Marie - Thérèfe.
De Madrid , le 3 Septembre 1777.
On attend inceffamment à l'Efcurial , la Reine
Douairière de Portugal ; & les ordres font déjà
donnés pour la réception , ainfi que pour celle de
l'Infant Dou Louis , frère du Roi , qui doit antiver
ici dans quelques jours.
Un bâtiment de commerce Efpagnol , entré à
I vj
204
MERCURE DE FRANCE.
Cadix , vient d'apporter des lettres de Montevi
deo , qui nous ont appris que la Colonie du Saint-
Sacrement , s'étoit rendue au Général Cevallos
le 4 Juin , fans effufion de fang , & que la garni
fon avoit été faite prifonnière de guerre .
De Florence , le 29 Août 1777 .
"
Une troupe d'environ cinquante brigands ,
tant hommes que femmes & enfans , après avoir
infefté différentes Provinces d'Italie , & particu
lièrement les Légations de Bologne & de Ravenes,
étoit entrée fur les terres du Grand - Duché,
Les Payfans , appuyés de quelques troupes d'Archers
, fe font mis à leur pourfuite , & les ont
attaqués dans une forêt où ils avoient établi leur
repaire . L'action a été vive ; mais à la fin les ban--
dits ont été difperfés , & les Archers fe font eme
parés de cinq hommes , dont un étoit bleffé ; de
huit femmes , & de dix jeunes garçons , ainfi que
de la plus grande partie de leurs chevaux , de leurs .
armes & de leur bagage : quelques - uns des prifonniers
font détenus à Prato , & les autres en
cette Ville.
De Venife , les Septembre 1777..
La Cour de Madrid vient de lever l'entrave de
la quarantaine rigoureufe , même de Port à Poit,.
à laquelle les Vénitiens étoient affujettis dans:
toute l'Espagne, Cet e nouvelle a caufé la plus
grande joie à nos Commerçans , dont plufieurs fefont
empreffés de rappeler ici leurs navires , afin
dy former des chargemens de bled ,, & d'autres
OCTOBRE. 1777. 205
objets pour Barcelone & Cadix. Ces expéditions
qui vont fe faire directement , paffoient auparavant
par les mains des Génois, qui en partageoient
conféquemment le bénéfice.
De Londres , le 23 Septembre 1777.
Il fe répand un bruit qui a grand befoin de
confirmation ; favoir , que , le 17 Juillet , le Colonel
Saint- Clair , réuni au Général Schuyler ,.
venu de Saratoga , avoit marché vers le lac
George , qu'il y avoit attaqué un détachement
embarraflé d'un grand nombre de bateaux d'artillerie
; qu'il y avoit détruit fix cens de ces bateaux
, tué & pris à l'ennemi douze cens hommes
; & que ces mêmes vainqueurs , voulant
mette à profit leur victoire , étoient en marche
pour aller attaquer le Général Burgoyne
lui-même..
Il y a aujourd'hui des avis qui affurent pofitivement
& contradictoirement à la relation du
bâtiment de LIfe Rhode , que le Généra ! Howe
s'étant préſenté devant Bofon , & ayant commencé
fon débarquement , les Américains s'y
étoient oppofés fi vigoureufement , que le Géné
ral avoit été contraint d'ordonner le rembarquement
avec perte de quelques centaines d'hom
mes..
On a répandu ici le bruit qu'il y avoit eu une:
action entre l'Armée du Général Howe & celle:
du Général Washington ; que la perte avoir été
fi confidérable de part & d'autre , qu'on avoit
été trois jours à enfevelir les morts ; qu'enfin no
206 MERCURE DE FRANCE.
tre Général avoit remporté une victoire come
plete ; mais qu'il avoit reçu quinze bleffures ;
dont heureufement aucune n'étoit mortelle.
Comme on ne dit point que la Cour ait reçu cet
avis important , on ne regarde ce récit que
comme devant fervir à la hauffe de nos fonds
publics ; effet qu'il a produit , à la vérité , dans
le premier moment où il s'eft répandu au Café
yoifin de la Bourſe.
La Compagnie des Indes reçut hier la nouvelle
de l'arrivée de dix de fes vaiffeaux de l'Inde &
de la Chine , à l'entrée de la Manche , le 26 de
ce mois : ils ont fait voile de Sainte Hélène , l'e
20 Juillet dernier , fous une eſcorte de vaiffeaux
du Roi. Il ne paroît pas que les Américains , qui
avoient annoncé le deffein de faire quelque tentative
fur l'Ile de Sainte - Hélène , aient rien
entrepris contre elle.
De Fontainebleau , le 10 Octobre 1777.
Le 9 de ce mois , Lears Majeftés & la Famille
Royale fe rendirent ici.
De Paris , le 10 Octobre 1777.
Le 3 de ce mois , vers dix heures du matin ,
le Sieur Lenoir , Confeiller d'Etat , Lieutenant-
Général de la Police , s'eft tranfporté au Sémimaire
du Saint Efprit , rue des Poftes , & y'a
pofé la première pierre da Portail de la Chapelle,
après la bénédiction qui en a été faite par l'Evêque
de Glandèves. La Ducheffe de Nivernois , &
OCTOBRE. 1777. 207
d'autres perfonnes de confidération , ont affiſté à
cette cérémonie . On a incrufté & fcellé dans
cette pierre , une plaque de cuivre , fur laquelle
a été gravée une Infcription relative à l'Efprit-
Saint , & enſuite une efpèce de Procès - verbal dé
la bénédiction de la pierre , par Henri-Hachette
Delportes , Evêque de Glandèves , de la poſe de
cette pierre par Jean - Charles - Pierre Lenoir ;
Confeiller d'Etat , Lieutenant - Général de Police ,
Commiflaire du Roi pour les bienfaits que S. M
répand fur les Edifices de piété , en présence
des Sieurs Becquer , Supérieur- Général , Duflot ,
Deglicourt , Hardre & Pichon , Directeurs dudit
Séminaire. Témoins encore le Sieur Chalgrin ,
Architecte du Roi , & de fon Académie Royale ,
premier Architecte , Intendant des Bâtimens de
Monfieur & de Monfeigneur le Comte d'Artois ,
& premier Architecte de l'Electeur de Cologne ,
chargé defdits travaux ; le Sieur Mangin , Entrepreneur
de maçonnerie , & fon fils Charles Mangin
, fon Adjoint.
NOMINATIONS.
Le Roi , par fon Ordonnance du 2 Juin , concernant
le Régiment Provincial de l'Ile- de Corfe,
a donné à ce Corps une compofition plus conforme
au bien de fon Service ; & Sa Majeſté a nommé
pour Colonel, en fecond de ce Régiment , le
Comte Ruffo, Aide- Maréchal- Général des Logis,
en Corfe. 1
208 MERCURE DE FRANCE.
Le 28 Septembre , le Roi a nommé à l'Abbaye
de Signy , Ordre de Ciceaux , Diocèle de Reims,
l'Abbé de Bourbon , qui a remis celle de
Saint Vincent de Metz ; à celle de Bolboane
, même Ordre , Diocèfe de Mirepoix
l'Abbé de Montefquiou , Vicaire - Général de Limoges
; à celle de Pornid , Ordre de S. Auguſtin ,
Diocèle de Nantes , l'Abbé Dupargo , Vicaire
Général de Nantes ; & à celle de Saint Marcel ,
Ordre de Citeaux , Diocèfe de Cahors , l'Abbé
Haugard , Vicaire- Général de Noyon.
PRESENTATIONS.
Le 28 Septembre , la Comteffe de la Fare a eu
T'honneur d'être préfentée au Roi par Madame
la Comteffe d'Artois , en qualité de Dame pour
taccompagner , à la place de la Marquife de St-
Simon. La Comteffe de Thilly a eu auffi l'honneur
d'être préfentée le même jour à Sa Majeſté,.
par Madame Elifabeth de France , en qualité de
Dame pour l'accompagner.
Le 2 Octobre, le Comte d'Uffon , Ambaffadeur
près le Roi de Suède , eft allé prendre congé de
Sa Majefté, pour retourner à fa deftinatión : il a
été préfenté par le Comte de Vergennes , Miniftre
& Secrétaire d'Etat au Département des Affaires
Etrangères.
Le même jour , le Sieur Mefnard de Chouzy ,
Miniftre Plénipotentiaire près du Cercle de Franconie
, de retour ici par congé , a été préfenté à 9a
Majefté par le même Miniftie & Secrétaire d'Etat..
OCTOBRE . 1777. 209
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 28 Septembre , l'Académie Royale de Chirurgie
a eu l'honneur de préfenter au Roi & à la
Famille Royale , deux volumes des Mémoires qui
ont remporté les Prix de l'Académie.
1
L'Abbé de Gourcy , Vicaire- Général de l'Archevêché
de Bordeaux , a eu , le 2 Octobre, l'honneur
de préfenter au Roi un Ouvrage intitulé :
Effaifur le Bonheur.
•
MARIA G E S.
Louis Gabriël le Sénéchal , Comte de Carcado,
Chef des noms & armes des anciens Grands Sénéchaux
féodés & héréditaires en Bretagne , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , veuf
en premières noces , fans enfans , de défunte
Dame Anne-Jeanne Poncer de la Rivière , décédée
fille unique de Pierre Poncet de la Rivière ,
Chevalier , Comte d'Ably , Seigneur de Faurres,
& autres lieux , Confeiller du Roi en fes Confeils ,
Préfident Honoraire au Parlement ; & de Dame
Louife- Bonaventure le Laye de Villemarée , fa
première femme , demeurant à Paris , en fon
Hôtel , rue Saint -Louis , au Marais , Paroiſſe S.
Gervais époufa , le 2 Septembre, à Saint Roch,
&
।
tro 110 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle Adélaïde - Marguerite- Louife Chaltenet
de Puységur , fille mineure de Jacques-
François - Maxime de Chaftener, Marquis de Puyféger
, Lieutenant-Général des Armées du Roi ,
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis , & de défunte Madame Marie - Marguerite
Mallon , fon époufe.
Le 21 du même mois , Leurs Majeftés & la
Famille Royale ont figné le Contrat de mariage
du Comte de Lopes la Fare , Capitaine de Cavalerie
, avec Demoiſelle Law de Loriſton.
NAISSANCE S.
Jeanne Gaborel , pauvre femme de la Paroiffe
de S. Veran , Evêché de S. Brieu , accouch , le
printems dernier , de deux files & d'un garçon ,
à des diſtances affez grandes l'une de l'autre ,
pour qu'il y ait eu trois baptêmes diftincts. On
porta d'abord à l'Eglife une fille ; & le père revenant
avec les pa ain & mataire , & voyant
que quelques autres de fes volfins alloient préfenter
fur les Fonds de Baptême , un garçon nouveau
né , demanda qu'elle étoit celle de fes voifines
qui étoit accouchée ; on lai dir que c'étoir fá
femme , & il retourna fur fes pas avec les nouveaux
compère & commère. La même fcène fe
répéra à fon retour , pour une fille que la fernme
venoit encore de mettre au jour. La perfonne qui
écrit ce fait , & qui a envoyé les trois extraits
de baptême légalfés , a vu , daas le mois dernier,
OCTOBRE 1777. 2115
cette indigente & féconde mère nourriffant elle )
feule fes trois enfans , tous en bonne fanté .
MORT S.
Demoiselle Jeanne -Madeleine Maubois , âgée
d'environ 89 ans , Tourneufe du Roi , eſt décédée
à Versailles , le 7 Septembre ; elle étoit fille
de Jacques Maubois , Tourneur du Roi , & de
Françoise Chevalier. Ceux qui prétendent à fa
fucceffion , peuvent s'adreffer , avec les Pièces ,
juftificatives de leur degré de parenté , à M. Barat
, Notaire de la Cour , à Versailles , rue Satory,,
le plutôt poffible. Il recevra les lettres franches
de port.
J
1
Le 28 du même mois , Meffire Pierre de Mon--
tholon , Chevalier , ancien Officier des Vaiffeaux.
du Roi , mourut , a Paris , dans la 89 année de
fon âge. Il a été inhumé à S. André - des- Arcs ,
dans In Chapelle de fa famille , où l'on voit le
beau maafolée des deux Gardes des Sceaux , père
& fils , fes Ancêtres , fous les régnes de François I
& de Henri III , M. de Montholon dont il s'agit ,
laiffe quatre fils ; l'aîné , dit le Comte de Montholon
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Lonis , Colonel d'Infanterie ; l'Abbé de
Montholon , Doyen & Grand- Vicaire de Metz ,
Confeiller d'Honneur au Parlement de Metz, M. ,
le Premier Préſident du Parlement de Rouen ; &
M. le Procureur - Général de la Chambre des,
Comptes de Paris. Le Marquis de Moutholon ,
212 MERCURE DE FRANCE.
Colonel du Régiment de Penthièvre , Cavalerie ,
eft leur coufin iffu de Germain.
V
Dona Clelia-Grilla - Borromea, veuve du Comte
Giovanni eft morte à Milar. , le 23 Août , dans la
93 année de fon âge. Cette femme célèbre, avoit
donné plufieurs preuves de l'étendue de fes connoiffances
, dans l'Académie de Phyfique expérimentale
qu'elle avoit établie dans fon Palais , au ,
commencement de ce fiècle. Les Langues Latine,
Françoife , Espagnole , Allemande , Angloife , &
même quelques- unes des Langues Orientales , lai
étoient familières ; fa vafte érudition embrasfoit
toutes les Sciences , fans en excepter la Théologie.
Malglé fon extrême vieilleffe , ſa ſociété a
toujours été recherchée par les Savans nationaux
& étrangers ; & elle a laiflé un fouvenir d'elle auffi ,
précieux aux honnêtes gens qu'aux hommes de
Lettres.
On écrit du Dauphiné , que N. de la Porte de
Saint- Lattier , Abbelfe de l'Abbaye Royale des
Ayes , Diocèfe de Grenoble , y eft morte ,
le 17
Septembre , de la petite Vérole , à l'âge de 68
ans .
Anne Vichier , veuve Chapat , habitante de la
Paroiffe de Saint Chriftophe , même Diocèſe , eſt
morte en Juillet dernier , âgée de 102 ans & 8
mois. A l'époque de 90 ans , elle perdit la vue ,
fans que fa bonne fanté en fut altérée . Elle n'a
éprouvé de mal - être que 8 jours avant la mort :
fa nourriture ordinaire étoit du lait & des pommes
de terre.
OCTOBRE . 213 1777 .
Marie - Louife- Alexandrine de Montmorin ,
Comteile de Tane , eft morte à Paris , le 20 Septembre
, âgée de 58 ans.
Louis-François Colin , Comte de la Biochaye ,
Préfident au Parlement de Bretagne , eft mort à
Nogent-fur- Marne , le 1 Octobre.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
Du 16 Octobre 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
78 , 62 , 42 , 74 , 22.
214 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
PIÈCES FUGITIVES ENVERS ET EN PROSE , p.
Difcours de Céfar à fes Soldats ,
L'Abdication de Sylla ,
Clair-voyant dupé par un Aveugle ,
ibid.
Vers fur les Repréſentations données au profit
des Incendiés de la Foire S. Ovide ,
L'Après Souper d'Hiver ,
Epitie à ma Mufe ,
Le nouvel Actéon ,
Vers pour le Portrait de la Reine ,
Les plaifits Champêtres ,
Penfées diverfes ,
A un Magiftrat ,
Couplets à Madame Dém ...
Ode à l'Avarice ,
Le Cochon & le Boeuf,
Conte ,
Le Poëte & fon Mécène ,
Couplers à l'Amour ,
Elégie ,
10
12
17
18
19
21
38
39
41
44
45
46
50
52
54
57
58
59
61
63
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES,,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Eloges de Michel de l'Hopital , Chancelier de
France ,
ibid. 69 , 73 , 74, 78
Hiftoire générale de l'Eglife Chrétienne ,
Suite des Epreuves du Sentiment ,
90
103
OCTOBRE.
1777. 215
Le Quadragénaire , 112
Le Tribunal Domestique , 118
Dictionnaire des Origines , & c.
122
Vie du Dauphin , 128
Les Noces Patriarchales , 135
Effai fur le Génie Original d'Homère , 137
Journal des Caufes célèbres , 140
Traité des affections cancéreufes , 143
Traité des maladies nerveuſes , 145
Annonces littéraires ,
ACADEMIES ,
146
150
des Sciences , ibid.
Montauban , 153
SPECTACLES.
156
Opéra ,
ibid.
Comédie Françoiſe,
Comédie Italienne
ARTS.
Gravures ,
160
161
264
ibid.
Mufique ,
169
Géographie ,
175
Manière d'imiter les Camées ,
178
Cours de Langue Italienne, & de Géographie , 184
Latine & Françoife , 185
-d'Arithmétique , & c. 186
Bienfaifance , 1.87
Variétés , inventions , &c . 190
Anecdote de Médecine , 193
Anecdotes.
196
Avis , 198
Nouvelles politiques , 201
Nominations ,
207
Préſentations ,
208
d'Ouvrages , 207
216 MERCURE DE FRANCE.
Mariages,
Naiflances ,
Morts ,
Loterie ,
209
210
211
213.
APPROBATION.
J'A1 lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le fecond volume du Mercure de France ,
pour le mois d'Octobre , & je n'y ai rien trouvé
qui n'ait paru devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 19 Octobre 1777.
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la
près Saint Comic,
fuivans , portfranc par la Pofte.
JOURNAL DES SAVANS , in-4°. ou in-12 , 14 vol . à
Paris ,
Franc de port en Province ,
16 liv.
201.4 f.
JOURNAL DES BEAUX-ARTS ET DES SCIENCES , 24 cahiers
par an , à Paris ,
En Province ,
12 1.
151
BIBLIOTHEQUE UNIVERSELLE DES ROMANS , Ouvrage
· périodique , 16 vol. in- 12 . à Paris ,
En Province ,
ANNÉE LITTÉRAIRE , 40 cah. par an , à Paris ,
Et pour la Province ,
24 1.
32 1.
241
321.
GAZETTE UNIVERSELLE DE LITTÉRATURE , à Paris ,
port franc par la pofte , 18 1.
91. 16 fa
JOURNAE ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart,
14vol. par an , à Paris ,
14 1. Et pour la Province , port ftanc par la pofte ,
JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in- 12 par an ,
à Paris ,
18 1.
Et pour la Province , 241.
JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
cahiers par an , à Paris & en Province , 181
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an , pour
Paris & pour la Province , 12 1
JOURNAL ANGLOIS , 24 cahiers par an ; à Paris & en
Province ,
24 le
TABLE GÉNÉRALE DES JOURNAUX anciens & modernes ,
12 vol . in 12. à Paris , 24 l. en Province ,
LE COURIER D'AVIGNON ; prix ,
301.
181.
A ij
Nouveautés quife trouvent chez le même Libraire.
Euvres complettes de Démosthène & d'Efchine , traduites
en françois , 5 vol . gr . in-8 °. rel.
Les Incas , 2 vol . avec fig. in-8 ° . br.
Dictionnaire Dramatique , 3 vol. gr . in- 8 °. rel.
Dict . de l'Induſtrie, 3 gros vol. in-8°. rel .
25.1.
181.
is 1.
18 1.
Hiftoire des progrès de l'efprit humain dans les fciences
naturelles, in-8 °. tel .
Autre dans les fciences exactes , in- 8 " . rel .
Autre dans les fciences intellectuelles , in- 8 ° . rel.
Médecine moderne , in- 8 ° . br .
s liv.
5 1.
5 1.
21.10f
Traité économique & phyfique des Oifeaux, de baffecoar
, in-12 br.
Dict . Diplomatique , in-8 °. 2 vol . avec fig. br.
Revolutions de Ruffie , in-8 ° . rel .
2 1.
12 1.
21..10 f,
Spectacle des Beaux - Arts , rel. 2 1. 10 fe
Dict . des Beaux-Arts , in-8 ° . rel. 41. 10f.
Théâtre de M. de Sivry , vol . in- 8 ° . br. 21. Poëme fur l'Inoculation , vol. in-8 ° . br. 3 1.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , &c.
in- fol. avec planches br. en carton , 24l
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architecture
, in-4°. avec fig. br. en carton , 12 1. L'Efprit de Molière , 2 vol. in- 12 br.
41.
Tableau politique & littér. de l'Europe , an. 1775 , br. 2 1 .
Dict . des mots latins de la Géographie ancienne , in - 89 .
broché
Les trois Théâtres de Paris , in-8 °. br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br.
31.
2 1. 10 f.
I l. 10 f.
11 46.
1773 .
MERCURE
DE FRANCE.
OCTOBRE , 1777 .
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
DISCOURS de Céfar à fes Soldats , avant
la Bataille de Pharfale.
IMITATION DE LUCAIN . Pharfale , liv. v11.
VAINQUEUR de l'Univers, ma feule deftinée ;
Soldat , enfin voici la fameuſe journée
Ou tajufte vengeance afpira tant de fois ;
ཝཱ །
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Plus d'efpoir , il nous faut aujourd'hui des exploits.
Ton bras va décider , devant les Dieux & Rome ,
Si Céfar eft un traître ou s'il eft un grand homme.
Ce jour , je m'en fouviens , eft celui que les Dieux,
Aux bords du Rubicon , promirent à mes voeux,
Où d'un honteux refus vengé par la victoire ,
D'un triomphe conquis je dois avoir la gloire ;
C'est ce jour même auffi , qui , ceffant tes travaux,
Te fera Citoyen en te faifant Héros ;
Et jugeant de nos coups le crime ou la juftice ,
Rendra le vainqueur libre & le vaincu complice .
Si tu fouillas pour moi tes innocentes mains ,
Viens laver dans le fang tes forfaits & les miens ;
Ce fer qui les commit , peut lui feul les abfoudre ;
Ton fort eft un problême , & tu vas le réfoudre.
Romains, quel eft mon but ? De vous fauver des
fers ,
D'affurer fous vos loix le rebelle Univers ;
Trop heureux , fi jamais, me cachant à l'envie,
D'un fimple Citoyen je puis mener la vie ;
Et, reprenant le rang d'un Plébeïen modefte,
Enfin , vous voir en paix maîtres de tout le reſte.
De mon ambition recueillez feuls les fruits.
La conquête du monde eft- elle à fi haut prix ?
Vous avez à détruire une lâche jeuneſſe ,
Qui n'a vu de combats que les jeux de la Grèce ,
F
OCTOBRE . 1777.
Des Barbares , rebut des climats étrangers ,
Pour qui ce fer eft lourd , & les fers font légers ,
Qu'effrayeront plutôt, loin d'animer leur rage ,
Le fignal du combat & la voix du carnage.
Craint-on pour ennemis d'avoir des Citoyens ?
Qui d'entre eux à Pompée auroit prêté leurs
maius ?
Ne craignez rien , frappez ; qu'un même coup
confonde
Les ennemis de Rome & la fange du monde ;
Renverfez fous vos pieds ces Peuples languiffans ,
Du timide Univers remparts trop impuiffans .
Que leur importe- t-il ? Qu'importe à l'Arménie
Sous quel Chef, en effet , Rome foit réunie ?
Quel barbare voudra payer d'un peu de fang,
L'avantage de voir Pompée au premier rang ?
En quelques mains que foit la puiſſance Romaine,
Efclaves tous par elle , ils lui doivent leur haine.
Citoyens , vous avez pour Chefun Citoyen ;
Et Romains , vous fuivez les drapeaux d'un Romain
,
D'un Romain que toujours a fuivi la victoire ,
Et qu'avec vous la Gaule a vu couvert de gloire.
Eres-vous ces Guerriers dont je connois les traits ,
Que les plus grands périls n'effrayèrent jamais ?
La victoire eft à vous ; dans l'excès de ma rage ,
Déjà je vois ces champs , théâtre du carnage ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Pleins des débris du monde écroulant fous vos
coups ,
Je vois les Rois vaincus embraſſant vos genoux.
Mais je fufpends mon fort par ces diſcours frivoles
,
Soldat , tu veux du fang & non point des paroles.
Pardonne , malgré moi je retiens ta valeur ;
Jamais efpoir fi grand ne dévora mon coeur ;
Jamais je ne me vis fi près des deſtinées .
Quelles faveurs , grands Dieux , doivent m'être
données !
Unfoible efpace , amis , refte encore à franchir ;
Ne faites plus qu'un pas , je vais vous enrichir.
Oui , je vais vous donner , fi le Ciel me feconde ,
Pour Efclaves , des Rois, & pour butin , le Monde.
Mars feul doit prononcer ; l'Arrêt eft folennel ,
Si vous êtes vaincus , Céfar eft criminel ;
Vos exploits font des maux , vos vertus font des
crimes ,
De Sacrificateurs vous devenez victimes .
Voyez de tous côtés ces affreux échafauds
Dreflés par vos Vainqueurs ou plutôt vos Bourreaux
;
Voyez tous les tourmens que leur fureur apprête ,
Et Pompée au Sénat offrant déjà ma tête .
Que dis-je ? Un autre foin que celui de vos jours ,
Me fait-il aujourd'hui vous prêter mon fecours ?
OCTOBRE. 1777. 9
Du commun des mortels mefurant les années ,
Les Dieux , comme il leur plaît , réglent les deftinées.
Il n'en eft pas de moi comme de tant d'humains ,
Leur fort eft dans les Cieux , le mien eft dans mes
mains.
1
Dès l'inftant qu'à mes voeux héfitant à répondre,
Le Ciel menacera de vouloir me confondre ,
Ce bras , pour m'éviter l'horreur de le haïr ,
Le punit par ma mort d'avoir pu me trahir.
Souverains Protecteurs de Rome , votre ouvrage,
Qui voyez les périls qu'affronte fon courage ,
Secondez aujourd'hui celui dont la vertu
Ne veut point le trépas d'un rival abattu ,
Et qui , de fes fuccès uſant avec clémence ,
Ne prépare au vaincu que la paix poyr vengeance.
Quand Pompée à l'étroit furprit votre valeur ,
Vous favez de quel fang s'enivra fa fureur :
Moi , je veux en ce jour , fans fuivre fa conduite ,
Épargner le vaincu que j'aurai mis en fuite.
Gardez-vous , dans fon fang , de tremper votre
main ,
D'ennemi qu'il étoit , il fera Citoyen.
Mais au fein des combats , mépriſez la nature ,
Par des torrens de fang étouffez fon murmure ;
- Parens , amis , que tout fuccombe fous vos coups.
Pourquoi les refpecter ? Il n'en est plus pour vous.
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Rendez avec cè fer leurs fronts méconnoiffables ;
Ils font vos ennemis , alors qu'ils font coupables.
Sur leurs membres (anglans , frayez - vous un
chemin
Qui mène à la victoire encor plus qu'au butin.
Votre but eft ce camp d'où s'élance Pompée ,
Pour voir la perte sûre & fa fureur trompée.
Par M. le Méteyer.
L'ABDICATION DE SYLLA.
ENFIN , après l'horreur d'une trop longue nuit ,
Le grand jour va paroître , & la lumière luit.
La force , le bonheur , le plaifir m'environnent ;
Mars , Fortune , Vénus * , tour-à -to - tour me couronnent
.
>
D'un état vil , obfcur , & par- tout inconnu ,
Au faîte des grandeurs me voilà parvenu :
Tout tremble devant moi , ma gloire eft mon
ouvrage ;
Soit crainte , foit efpoir , tous briguent l'avantage
De m'obéir . Je règne ; & mes premiers exploits
* Paroles de Sylla.
OCTOBRE . I t
1777 .
•
N'ont voulu que du fang , & pour Sujets , des
Rois.
Jugurtha fut jadis ma première victime :
Etre heureux & vainqueur , voilà quel fur ſon
crime.
Mithridate , ce Roi fi terrible aux Romains ,
Trompé par mes rivaux , & vaincu par mes mains,
Voilà quels premiers traits ont dû faire connoître
Ce que j'avois été , ce que je devois être.
Parmi tant de tombeaux , parmi les factions ,
Tout fut enfeveli par mes profcriptions.
Sous les coups de mon bras, Rome même affervie,
Tombante à mes genoux avec toute l'Afie ,
Implore mes bontés par des voeux fuperflus ,
Et pour prix de fes voeux , n'obtient que des refus.
Au rang de Dictateur je me place moi- même ,
Donnant pour toute Loi ma volonté ſuprême.
J'ai fait taire les Loix , j'ai fait couler le fang ,
Et le bras du Bourreau me paroiffoit trop lent :
A mon gré j'ai rempli Rome de funérailles ,
Du fang des Sénateurs inondé fes murailles.
Les Prêteurs égorgés aux pieds de ce Sénat ,
Affurent ma vengeance & cimentent l'Etat ...
Ceffes de t'effrayer du bonheur qui t'accable ,
Sylla fois généreux , fur-tout impénétrable ;
Que Rome tremble , mais ignore tes projets :
A vi
I 2 MERCURE DE FRANCE.
Marches , fans héfiter , aux plus brillans fuccès ;
Les dangers font pour toi , s'il en étoit encore ;
Étonnes les Romains : les bienfaits qu'on abhorre,
Ne font plus des bienfaits... Saches y renoncer :
Pour te mieux élever , apprends à t'abaiſſer ;
Tu n'as que trop fléchi Rome ſous ta puiſſance .
N'es-tu pas fatigué de fon obéiffance ?
Oui , cet acte vanté qui me fait tant d'honneur ,
Eft de ma politique & non pas
de mon coeur.
Que je fois admiré par des ames vulgaires ,
Peu m'importe , ce font des ames mercenaires ;
Moi feul connois le prix de mes brillans fuccès ;
Les Romains font par moi dédaignés pour Sujets.
La feule ambition , ou tranquille , ou furie ,
Décida conftamment les inftans de ma vie.
Pour me connoître tel que j'ai toujours été ,
Il faudra tous les yeux de la poftérité .
Par M. M... Citoyen de S. Quentin.
Clair-voyant dupé par un Aveugle.
UN Aveugle vivoit dans fon petit ménage ,
Economifant de fon mieux ,
Le peu de bien que fes aieux ,
De père en fils , avoient pour apanage.
OCTOBRE . 13 1777 .
L'inventaire en eft court . C'étoit une maiſon ,
Un jardin où Dame Aliſon ,
Son Intendante de cuisine ,
Pour l'intérêt du pot , foignoit mainte racine ,
Quelques poules , un chat , un chien , pour tout
bétail ;
Voilàfon patrimoine , en gros comme en détail.
Tenant compte de tout ( fans plume ni mémoire )
Sa prudente tenacité ,
Malgré fa mince hérédité ,
Avoit fu , pour la foif, ménager une poire.
Le magot fe montoit à deux cens bons écus ,
Nichés dans un vieux mur, garottés dans un linge;
Le Diable , que l'on dit plus malin qu'un vieux
finge ,
Lunettes fur le nez , ne les auroit pas vus.
Néanmoins , je ne fais par quelle défiance ,
Notre homme , qui craignoit quelque nocturne
affaut ,
Les croyant mal chez lui , foit en bas , foit enhaut ,
Par une fotte prévoyance ,
Un beau jour , de très - grand matin ,
Réfout de les loger dans un coin du jardin .
Il écoute d'abord de toutes les oreilles :
Rien ne bouge ; il s'affied , s'oriente à tâtons ,
Creufe fous un vieux faule , y met fes ducatons ,
Les couvres , & s'en revient. Mais au travers des
treilles
14 MERCURE
DE FRANCE .
Il étoit épié par le voifin Lucas ,
Qui , lui parti , ne manqua pas
De fe faifir de la nichée ,
Comptant bien la tenir plus sûrement cachée.
L'Aveugle , de retour , fe voulut rendormir.
Mais , foit regret naillant , foit trouble involontaire
,
Soit fouvenir trop vif de ce qu'il vient de faire ,
Il le tenta vingt fois , & n'y put parvenir.
Enfin , las de rouler comme un pivot mobile ,
De dépit il fe lève , & crut calmer fa bile ,
En revoyant fon cher tréfor .
Il tâte : les oifeaux avoient pris leur effor.
N'en trouvant que le nid , il donne à tous les Diables
Celui qui les avoit happés ;
Mais les Diables pour lors étoient trop occupés ;
De plus , ces noirs Seigneurs font très - peu pitoyables.
Réclamer fon argent fans preuve ni témoin ,
C'eft chercher une éguille en un bateau de foin.
Il le fentit , & réfolu de feindre ,
Bien loin des'amufer à geindre.
Tant que dura le jour , il ne fit que chanter ,
•
Se promener ou caqueter.
Lucas auguraut bien de cette humeurjoyeuſe
,
Rit fous саре , l'accofte , & , lui ferrant la main :
OCTOBRE.
1777.
Compère , lui dit - il , allez toujours ce train ,
Vous ne mènerez pas une vie ennuyeufe.
Quel fujet puis-je avoir de n'être pas joyeux ?
Répond le borgne de deux yeux ,
Je ne dois rien , j'ai même quelque avance ...
Mais à propos , puiſque j'y penſe,
Confeillez- moi , voifin , j'ai quatre cens écus .
Pour les garantir de la ferre.
De certains nocturnes Argus ,
La moitié , par mes mains , gîte déjà ſous terre :
De placer le reftant , c'eft- là mon embarras .
Sera-ce au même endroit ? Dois- je en choiſir un
autre ?
En compofer deux lots , feroit fort de mon goût
Du moins , fi j'en perds un , je ne perdrai pas tout.
Ce n'eft pas mon avis , reprend le bon Apôtre ,
Qui , connoiffant le premier réfervoir ,
Vouloit qu'on s'y fixât , afin de tout avoir.
Pofons , pourſuivit - il , qu'une cauſe ſubite ,
D'un embrâsement , d'un Voleur ,
Ou d'autre ſemblable malheur ,
Vous forcât de prendre la fuite ;
En cas pareil , n'aimeriez - vous pas mieux
Trouver tout en un lieu qu'en deux ?
Vertuchou , dit l'Aveugle , on ne fauroit mieux
faire ;
Vous l'entendez , à vous le père :
16 MERCURE DE FRANCE.
J'approuve votre avis , & le ferai valoir ,
Non pas demain , mais dès ce foir ;
Je vous en fais la confidence...
Allez , comptez fur ma prudence ,
Dit Lucas , & le quitte . A peine étoit- il nuit ,
Que le traître au jardin fe rend à petit bruit ;
Et, pour donner confiance à fon homme,
Sous le vieux faule , il replace la fomme ;
Puis , ventre à terre , il fe tapit auprès.
L'homme aux écus , qui , tout exprès ,
Dans fon grenier s'étoit mis en vedette ,
L'entendit ; & fentant que la befogne eft faite ,
De fon logis fort gai comme pinçon ;
Un rouleau dans la main , à l'autre tout femblable
,
(Pour la forme , s'entend , car étant plein de fable ,
Il n'en avoit que la façon ).
En arrivant , il trouve au gîte
Son cher magot tout frais remis ;
Il le prend , l'empoche au plus vîte ,
Et dit : Voifin , partageons comme amis ;
J'ai pris mon lot , voilà le vôtre ;
Comptez- le en vous défennuyant :
Un Aveugle par fois voit mieux qu'un Clairvoyant
;
Et tel fe voit duper qui croit duper un autre.
Par M. P. D. L. à Sens.
OCTOBRE . 1777. 17
VERS
SUR les Repréſentations données par le
Sieur Nicolet , au profit des Incendiés
de la Foire S. Ovide.
C'EST donc toi qui donne en France ,
Aux vieux favoris de Plutus ,
L'exemple de la bienfaifancel
Jouis du prix de tes vertus :
Triomphe , ame patriotique !
Tu peux , aux grelots de Momus ,
Joindre la couronne civique :
Heureux fi ton zèle héroïque ,
Peut enЯammer tous nos Créfus !
Quand l'infortune en toi contemple
Et fon père & fon bienfaiteur ,
Je porte envie à ton bonheur :
Pour moi ton Spectacle eſt un Temple.
Ah ! fi le fort moins rigoureux
Eût été propice à mes voeux ,
Tu n'aurois pas donné l'exemple.
Par M. Willemain d'Abancourt.
18 MERCURE DE FRANCE.
L'APRÈS SOUPER D'HIVER .
Conte.
UN foir l'Abbé de Boifrobert ,
Convive amufant & facile ,
Revenoit de fouper en ville ,
Par un tems froid & fort couvert.
Voilà qu'au détour d'un paffage ,
Du haut d'un quatrième étage ,
On le régale d'un bouquet...
Le thym , la rofe & le muguet ,
N'en compofoient pas l'aſſemblage .
L'Abbé de pefter auffi- tôt ;
Pefter , hélas ! cela foulage :
Il prend des pierres , & bien-tôt
S'apprête à venger cet outrage .
Il les lance bien haut , bien hauti
Mais fon bras trahit fon
Voilà qu'il caffe le vitrage
courage.
D'un Procureur au Parlement ,
Qui fe montre au même moment
A fa fenêtre , & fait tapage .
сс
נ כ
Monfieur , lui dit le pauvre Abbé ,
Vous avez de fots Locataires ;
OCTOBRE. 1777. 19
"
» Voyez comme ils m'ont équipé !
» Eft-ce que ce font mes affaires ?
Reprend alors le Procureur ;
לכ
כ
5כ
Dois-je pâtir de votre humeur ?
Pourquoi me jetez-vous des pierres ?
Je vous demande bien pardon ;
» Excufez mon impoliteffe ;
»Mais vous êtes de la maison ,›
»Vous les rendrez à leur adreſſe ».
Par le même.
ÉPITRE A MA
MUSE.
MUSE , à la Vérité fidelle ,
Garde- toi d'aller dans tes chants ,
A d'autre Divinité qu'elle ,
Prodiguer un coupable encens :
Garde- toi , dis-je , en ta manie ,
D'aller , au mépris des vertus ,
Lâchement vendre le génie ,
A l'or des Suivans de Plutus.
Bien-tôt cette baffeffe infigne ,
Dévoilée au facré vallon ,
Pour jamais te rendroit indigne
Du doux commerce d'Apollon .
Quel outrage ! Dieu du Permeffe ,
"
4
20 MERCURE DE FRANCE.
Qu'un de tes jeunes nourriçons ,
Vil efclave de la richeſſe ,
Perdant le fruit de tes leçons ,
Sans honte d'un fat qu'on méprife
Brigue les faveurs en rampant ;
Et faffe au pied de la fottife ,
Voir le mérite fuppliant.
Combien alors , vous qui d'Horace
A Tibur dictiez les écrits ,
Avez-vous , Nymphes du Parnaffe ,
A rougir pour vos favoris !
Fixé dans un paisible afyle ,
Loin des plaifirs tumultueux ,
Qu'au fein d'une bruyante Ville
Goûte le riche faftueux ;
J'irai , Peintre de la Nature ,
Couché fur un lit de gazon ,
Rêvant quelque tendre aventure ,
M'effayer à quelque Chanfon :
Ou fi du Dieu de l'harmonie ,
Mes vers font jamais avoués ,
L'on ne verra de mon génie
Qu'aux vertus les fruits confacrés,
Par M. Baude.
OCTOBRE. 1777. 21
LE NOUVEL ACTEON * .
PROVERBE DRAMATIQUE ,
En un Acte & en Profe.
PERSONNAGE S.
Madame GRASSET .
Monfieur DE LORME.
DARGENCOURT , neveu de M. de Lorme.
LOUISON, Femme -de-Chambre de Madame
Graffet.
Un Laquais .
La Scène eft à Paris , dans la Maifon de
Madame Graffet.
* L'idée de ce Proverbe eft priſe d'une Nouvelle
intitulée : Le Moufquetaire à genoux , ou
l'Apothicaire de qualité.
22 MERCURE DE FRANCE.
SCÈNE PREMIÈRE.
LOUISON feule.
Vor LA trois jours entiers que
Madame
me fait tourner la tête : fi cela continue ,
je n'y pourrai pas tenir elle ne me
donne pas un moment de repos ..
Louifon par - ci , Louifon par - là.... Elle
veut une chofe , elle en veut une autre...
Bon ! ne la voilà-t- il pas encore fur mes
talons ?
SCÈNE I I.
Madame GRASSET , LOUISON.
Madame GRASSET. Mais , Louiſon ,
il faut abfolument que vous découvriez
l'impertinent....
LOUISON . Mais , Madame , encore un
coup , je n'en fais pas plus que vous fur
cet article .
OCTOBRE 1777. 23
Madame GRASSET . Voilà à quoi
m'expofe votre négligence !
LOUISON. Comme ' fi j'avois pu deviner
qu'un téméraire pénétreroit dans
votre Salle de bain , &...
Madame GRASSET . Ah ! ne me forcez
pas à rougir encore par le fouvenir ...
LOUISON. Mais puifque vous l'avez
vu , vous pouvez mieux que moi...
:
Madame GRASSET . Je vous ai déjà
dít cent fois que je n'avois fait que l'entrevoir
d'ailleurs , le trouble où j'étois ,
& la précipitation avec laquelle il s'eft
retiré , ne m'ont pas permis de diftinguer
fes traits .
LOVISON . Le Portier dit qu'il n'a vu
entrer perfonne.
Madame GRASSET . Perfonne ?
LOUISON. Cela eft inconcevable....
C'est peut - être un Sylphe , un efprit
Aërien qui vous a joué ce tour.
Madame GRASSET . Je ferois prefque
confolée fi je ne pouvois m'en prendre
qu'à une ſubſtance intellectuelle & non à
un corps palpable, & fur- tout à un
24 MERCURE DE FRANCE.
corps mafculin ; mais je crains bien le
contraire.
LOUISON. Au furplus , Madame
quand vous vous rendrez malade , que
vous en reviendra-t- il ?
Madame GRASSET . Cela vous est bien
aifé à dire , Mademoiſelle ; mais , ou vous
découvrirez le coupable , ou vous fortirez
de chez moi.... Je n'y fuis pour perfonne.
( Elle fort ).
SCÈNE III.
LOUISON feule.
Ou vous fortirez de chez moi ! A la
bonne- heure; je ferai tranquille au moins...
Mais fi Madame vient à fe remarier ,
comme il y a tout lieu de le croire , je
perdrois une bonne aubaine. . Cependant
je fuis dans un grand embarras .... Il ne
faut ni plus ni moins qu'un miracle pour
me tirer d'affaire.
SCÈNE
OCTOBRE. 1777. 25
SCÈNE I V.
DARGENCOURT , LOUISON.
DARGENCOURT. Ma chère Louifon ,
puis - je vous dire un mot ?
LOUISON. C'est vous , Monfieur ? Eh ! .
d'où fortez - vous donc depuis trois grands
jours qu'on n'a point entendu parler de
vous ?
DARGENCOURT. Si vous n'avez pitić
de moi , je fuis un homme perdu.
LOUISON. Que vous eft - il donc
arrivé ?
DARGENCOURT. Comme fivous ignoriez
ma fatale deſtinée .
LOUISON . Attendez.... Eft-ce que ce
feroit vous par hafard qui auriez furpris
Madame ?
DARGENCOURT. Ah ! ceffez cette
cruelle plaifanterie ; vous qui avez toute
la confiance de Madame Graffet , pouvez-
Vous ne pas favoir....
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
LOUISON. Je le fais fi peu que , Madame
elle-même eft malade de .... curiofité.
DARGENCOURT, Il fe pourroit qu'elle
ne m'eût pas reconnu ! Ah! j'en fuis au
comble de la joie ! ... N'allez pas me
vendre, au moins .
LOUISON , à part. Un petit moment !
il faut que je fonge à mes intérêts . ( Haut),
Mais je crois au contraire , Monfieur ,
que vous ne feriez pas mal de lui avouer
la vérité. Du caractère dont je connois
ma Maîtreffe , cela ne peut qu'avancer
vos affaires. Car , quoique vous ne
m'ayiez encore rien dit , je ne fuis pas à
m'appercevoir que vous l'aimez , & que
vous ne feriez pas fâché d'enlever cette
conquête à votre cher oncle.
DARGENCOURT. Il eft vrai,
LOUISON. Si vous lui faifiez parvenir
une petite lettre d'excufes....
DARGENCOURT. J'en apportois une.
LOUISON. Donnez- là moi ; je ferai
votre affaire.
DARGENCOURT. Ah ! mã chère Louifon
, fi vous pouvez la faire réaffir , foyez
affarée que ma reconnoiffance égalera le
fervice ....
.
OCTOBRE. 1777. 24
LOUISON. Nous parlerons de cela une
autrefois ...Savez -vous bien , Monfieur, que
Vous n'êtes pas de mauvais goût ? Madame
Graffet est une veuve de vingt-fix à vingtfept
ans , blanche , fraîche & dodue , le
bras rond , la dent belle , l'oeil vif & bien
fendu , les cheveux noirs comme jais ....
DARGENCOURT. Qui mieux que moi
fait le prix qu'elle vaut ?
LOUISON. Cinq ans de communauté
qu'elle a paflés avec un vieux & riche
Secrétaire du Roi , qui avoit des fonds
confidérables , & favoit bien les faire
valoir , lui ont paru affez longs , mais ont
bien arrangé fes affaires. Ses repriſes ont
monté à près de deux cens mille francs
fans compter un douaire que le bonhomme,
qui n'en a point eu d'enfans, lui a
alluré , & un porte - feuille bien garni
d'actions & de billets au porteur, que nous
avons adroitement mis de côté dans les
derniers jours de la vie de M. Graffet.
DARGENCOURT. Ah ! ce n'eft point
l'intérêt qui conduit mon coeur.
LOUISON. Je le crois ; mais la fortune
néanmoins n'eſt pas à dédaigner. Avec
ces avantages , Madame Graffet eft une
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
veuve très-bonne à époufer en fecondes
noces , & j'aime mieux que vous l'ayez
que votre oncle ; vous nous convenez
davantage.
DARGENCOURT. Ah ! fi je puis réuffir ,
je ferai le plus heureux des hommes.
LOUISON. Tranquillifez-vous , tout ira
bien. Je prends mon coeur par autrui ;
moi ! Je fais que le projet de M. votre
oncle eft bien fait pour vous déplaire , &
je puis vous affurer qu'il manquera ; je
l'ai mis dans ma tête,
DARGENCOURT. Eh ! comment ai - je
pu mériter que vous preniez mon parti
avec tant de chaleur?
LOUISON. Cela n'eft pas difficile à concevoir.
Vous êtes jeune , grand , bien
fait , bien portant , d'une phifionomie
agréable , & qui promet beaucoup.
Quand on eft auffi aimable , on eft fair
pour réuffir.... Je crois que j'entends
Madame... C'eft elle - même... Voilà
ma clef; fauvez- vous dans ma chambre ;
j'irai yous chercher quand il fera bon.
En attendant , fi vous voulez dormir ,
vous trouverez fur ma commode quelques
petites brochures dont vous ne tarOCTOBRE.
1777 29
derez vous pas à fentir les bons effets
m'en direz des nouvelles. ( Il fort ).
SCENE. V.
LOUISON feule.
M. de Lorme eft un ladre qui tireroir
de l'huile d'un mur ; ce n'eft pas-là l'homme
qu'il nous faut.
SCENE V I.
Madame GRASSET , LOUISON,
Madame GRASSET . Eft- ce que vous
êtes devenue fourde , Mademoiſelle ? Je
fonne , j'appelle , & perfonne ne me
répond .
LOUISON. Je vous demande excufe ,
Madame ; j'étois occupée ...
Madame GRASSET . Et à quoi , s'il
vous plaît ?
LOUISON. A recevoir cette lettre que
j'allois vous porter.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE:
Madame GRASSET . Donnez donc.
LOUISON , à part. L'humeur joue de
fon refte.
Madame GRASSET , ouvrant la Lettre.
Ah ! ma chère Louifon ! je ne reviens pas
de ma furpriſe.
LOUISON. Qu'avez - vous donc Madame
?
Madame GRASSET. Tout eft découvert...
Lifez .
39
33
LOUISON prenant la Lettre. « Madame ,
une imprudence que j'ai commife par
» le plus grand hafard du monde , va
» peut-être me coûter la vie : une flamme
qui s'étoit déjà allumée dans mon coeur
depuis quelques femaines , eft devenu
» un véritable embrâfement ; mais je
fens , hélas ! que je ne dois plus me
préfenter devant vous , fans craindre
d'éprouver le fort d'Actéan ; à moins
que vous , Madame , qui êtes plus
Belle & plus fraîche que la foeur
d'Apollon , vous ne foyez plus indulgente
qu'elle , & vous ne daigniez me
rappeler auprès de vous ; ce fera rappeler
à la vie celui qui a pour vous
» autant de paffion que d'admiration &
» de refpect. DARGENCOURT ».
و و
»
ן כ
"
OCTOBRE. 1777.31
Madame GRASSET. Eh bien , ma pauvre
Louifon ?
LOUISON. Eh bien , Madame ? Je ne
vois pas grand mal à tout cela. Monfieur
Dargencourt eft on ne peut pas plus
aimable ; il vaut mieux que ce foit lui
qu'un autre qui ait profité des faveurs du
hafard.
Madame GRASSET . Mais fongez-vous
qu'en époufant fon oncle , je fuis dans le
cas de rougir chaque fois qu'il fe préfentera
devant moi .
* LOUISON. Faites mieux , congédiez
l'oncle & époufez le neveu .
Madame GRASSET . Un jeune homme!
i
LOUISON. Il en durera plus longtems.
Madame GRASSET . Ah! je fuis d'un
embarras.... Sonnez , Mademoiſelle
fonnez. ( Louifon fonne ) . Je donnerois
tout-à-l'heure la moitié de ma fortune....
Biv
32 MERCURE DE FRANCE,
1
SCÈNE VII.
Madame GRASSET , LOUISON ,
LA FLEUR .
Madame GRASSET. La Fleur , il faut
aller fur le champ chez M. de Lorme ,
& le prier de paffer ici tout de fuite.
LA FLEUR. Je m'en y vais .
Madame GRASSET . Tout de fuite.
LA FLEUR . Oui , Madame . ( Ilfort ).
SCENE VIII
Madame GRASSET , LOWISON .
LOUISON. Quel est votre deffein ?
Madame GRASSET. Je l'ignore moimême.
OCTOBRE. 1777. 33
SCÈNE I X.
Madame GRASSET , M. DE LORME ,
LOUISON , LA FLEUR .
LA FLEUR , annonçant. Monfieur de
Lorme. ( Il fort ) .
SCÈNE X.
Madame GRASSET , M. DE LORME ,
LOUISON .
Monfieur DE LORME. J'entrois chez
vous , Madame , quand votre Domeſtique
venoit au - devant de moi ; je fuis
charmé de vous prévenir.
Madame GRASSET . J'ai à vous parler,
Monfieur , d'une aventure fâcheufe ,
très - délicate , & fur laquelle je dois
prendre un parti... Afféyez vous .
Monfieur DE LORME . Vous m'inquiétez.
By
34 MERCURE DE FRANCE.
Madame GRASSET . Il y a trois jours ,
Monfieur , que ...... c'étoit un matin.......
j'étois .... Louifon va vous expliquer ce
dont il s'agit , car j'aurois trop à rougir
de vous l'apprendre moi- même.
LOUISON. Monfieur , ... c'eft que …..
Madame ... l'autre jour ... j'étois allé ...
& pendant que ... Madame , auffi je ne
fais comment tourner cela .... Vous avez
la lettre de M. Dargencourt , que Mon.
fieur la life , il verra....
Monfieur DE LORME . Je ne comprends
rien à vos débats .
Madame GRASSET. Lifez cette lettre
dont l'écriture doit vous être connue.
:
Monfieur DE LORME , après avoir lu.
Je ne m'étonne plus , Madame , que cet
infolent n'ait pas ofé reparoître devant
moi il mérite toute ma colère ; & s'il
s'eft banni de votre préfence , je vais le
bannir pour jamais de la mienne . Je
l'abandonne , je le déshérite ; & je vais
changer tout mon bien de nature , pour
pouvoir , en vous époufant , vous le
laiffer tout entier.
Madame GRASSET . Ce n'eſt pas cela
que je veux dire , Monſieur , c'eſt que je
OCTOBRE. 1777. 39
ne peux pas époufer l'oncle d'un jeunehomme
qui a eu l'impertinence, ou plutôt
l'imprudence ...
M. DE LORME. Mais permettez - moi
de vous dire que ce n'eft pas ma faute.
LOUISON , à part. Je puis aller délivrer
mon Prifonnier. ( Elle fort ).
SCÈNE X I
Madame GRASSET , M. DE LORME.
Madame GRASSET. Jugez, Monfieur..
Monfieur DE LOR ME . Mais je vous dis
encore une fois que je ne fuis pas cauſe...
Madame GRASSET . N'importe , je ne
veux point être expofée à rougir , fi je
rencontrois ce neveu chez vous.
Monfieur DE LORME. Mais , Madame,
je vous répète qu'il n'y reviendra plus .
Madame GRASSET. N'importe , fi
j'avois le malheur de vous perdre, & que
j'euffe quelques intérêts à démêler avec
lui,
B vi
36 MERCURE DE FRANCE.
Monfieur DE LORME . Cela ne peut
pas être, puifque je changerai mon bien.
Madame. GRASSET . N'importe ...
SCÈNE XII & dernière.
Madame GRASSET , M. DE LORME
DARGENCOURT , LOUISON.
DARGENCOURT. Ah ! Madame , fouffrez
que je me jette à vos pieds , &
j'y expie un crime involontaire....
que
Monfieur DE LOR ME . Retirez - vous ,
infolent.....
DARGENCOURT. Ah ! mon oncle , ne
m'accablez pas de votre courroux ; daignez
plutôt plaider ma cauſe...
Monfieur DE LORME. Il vous convient
bien , malheureux ....
* Madame GRASSET. Un moment
Monfieur , je ne fouffrirai point que vous
maltraitiez votre neveu en ma préſence …..
A Dargencourt ) . Relevez vous ,
Monfieur.
DARGENCOURT. Non , Madame , je
OCTOBRE, 1777. 37
refterai à vos genoux jufqu'à ce que vous
daigniez me pardonner.....
LOUISON , bas à Dargencourt. Tout va
bien , tenez bon.
Monfieur DE LORME. Mais enfin
Madame....
Madame GRASSET . Après ce qui m'eft
arrivé , Monfieur , je ne confentirai jamais
que vous m'époufiez ; je donne ma
main à Monfieur votre neveu : il ne fera
pas dit qu'un homme m'aura vue ainſi ,
& ne m'aura pas époufée ; il n'y a que
lui qui puiffe réparer mon honneur
offenfé.
DARGENCOURT. Ah ! Madame , vous
me rendez à la vie .
Monfieur DE LORME. Je n'y comprends
rien ; je ne crois pas votre honneur
offenfé ; & pour preuve , je ne demande
pas mieux que de vous époufer. D'ailleurs
, je vous ai dit que mon neveu ne
vous verroit plus , & que je le déshériterois
. Et je vais dès ce moment....
LOUISON . Eh ! Monfieur , ce n'eft
point-là ce que demande Madame : elle
ne veut point brouiller les familles , ni
€
$8 MERCURE DE FRANCE.
faire perdre à votre héritier naturel &
légitime , le droit qu'il a à votre fucceffion.
Madame GRASSET. Au contraire ,
Monfieur , je vous prie de l'affurer toute
entière à Monfieur votre neveu ; je
l'épouferai alors , & je ferai votre bellenièce
au lieu d'être votre femme ; mais
je n'en aurai pas moins d'attachement &
de fentimens pour vous.
Monfieur De LORME . Mais j'aimerois
cependant mieux que ce fût moi qui...
LOUISON. Quevoulez vous, Monfieur?
Il n'y a pas de remède ; il faut vous en
confoler; ainfi va le monde : L'occafion
fait le Larron.
Par M.Willemain d'Abancourt.
VERS
POUR mettre au bas du Portrait de la
Reine.
EROIT -CE l'éclat d'un Empirey
Ou la fageffe de Pallas
De Vénus font- ce les appas ,
OCTOBRE. 1777. 1777 . 39
Que dans Antoinette on admire ?
Non , ces trois lots ne valent pas
Son doux & bienfaifant fourire ;
On eft féduit par la beauté ,
La fageffe enchaîne le Sage ,
A la puiffance on rend hommage ,
Mais on adore la bonté.
Par M. Porralde Saint- Sulpice.
LES PLAISIRS CHAMPÊTRES .
LORSQUE ORSQUE pendant l'hiver les Autans redoutables,
Nous ont fait , dans la Ville , effuyer leur rigueurs
Quand leurs fifflemens formidables.
Ont ceffé de femer l'épouvante & l'horreur ,
Qu'il eft doux au printems d'aller goûter en paix,
Sur les gazons fleuris , fur les lits de verdure ,
Le prix & les bienfaits
De la fage Nature !
Tout rajeunit alors à nos yeux enchantés ;
Les limpides ruiffeaux ne font plus agités ,
On voit leur onde pure ,
Leurs petits flots argentés ,
S'égarer dans les prairies ,
Et quitter leurs rives fleuries ,
40 MERCURE
DE FRANCE
Pour porter leur tribut aux fleuves orgueilleux,
Des Citoyens des airs , l'eflain voluptueux ,
Sous les naiffans feuillages ,
Fait entendre fon doux ramage ;
Favori du printems , il chante fes attraits.
Il charme les fecrets
יכס
Du beau Lifis , qui , près de la Bergère ,
Lui jure une ardeur fincère.
Voi , lui dit- il , voi , ma chère ,
20 Ces ramiers amoureux ,
» Voi , comme ils font heureux !
Ah ! répond Laure , aimons de même ,
» Aimons-nous toujours comme eux ;
Oui , cher Lifis , goûtons ce bien fuprême .
Le Berger à ces mots , dans fes mains amoureuſes,
Preffant cet objet adoré ,
S'empreffe de cueillir fur fes lèvres heureuſes ,
gages de l'amour dont il eft enivré. Les
Couple charmant , Lifis , divine Laure ,
Puiffe le Dieu des coeurs ,
Faire pour vous toujours éclore
Les plus brillantes fleurs
Qu'il sème à votre aurore !
Par M. Grainville fils , de Lifieux.-
OCTOBRE. 1777. 45
PENSÉES DIVERSES.
I.
Il y a des perfonnes qui ont tellement
contracté l'habitude du malheur , que
lors même qu'il a ceffé de les accabler ,
elles ne laiffent pas d'en conferver encore
le pli . Leur ame toujours nourrie d'amertume
, eft devenue infenfible à toutes
les impreffions qui ne font pas celles de
la douleur , le plaifir n'y fauroit plus entrer
par aucun endroit , & elle femble
avoir perdu jufqu'à l'aptitude aux fentimens
agréables. C'eft une fleur Aétrie
que le Soleil réchauffe envain de fes
rayons.
> I I.
Il arrive fouvent qu'on exagère les
qualités de certaines perfonnes , ou qu'on
leur en prête qu'elles n'ont point , afin
d'acquérir par cette candeur fimulée , le
droit de rabaiffer chez d'autres les qualités
qu'elles ont , ou même de les leur
42 MERCURE DE FRANCE.
refufer entièrement , fans être pour
foupçonné de jaloufie.
1 I I.
cela
L'eftime & la louange ne plaifent à
celui qui en eft l'objet , que parce qu'el
les ont d'exceffif. On aime mieux n'être
point loué , que de l'être précisément
autant qu'on le mérite . Le defir de
l'homme eft de paroître aux autres plus
grand qu'il n'eft réellement ; mais quand
il ne peut y réuffir , il préfère encore de
paffer dans leur opinion pour plus perit
qu'il n'eft , à être vu d'eux dans fa taille
naturelle ; parce que , dans le premier
cas , il peut toujours le confoler par le
mépris pour des juges qui favent fi mal
l'apprécier ; au lieu que , dans le fecond ,
fon amour- propre ne trouve point une
pareille reffource.
I V.
Il y a un point où toutes les vertus
commencent à fe confondre aux yeux
du vulgaire , qui , depuis là , les perd de
vue , & ne peut plus diftinguer la vertu
moins belle de celle qui l'eft davantage.
OCTOBRE. 1777. 43
Tout ce qu'on fait au- delà de ce point
eft perdu pour la gloire.
V.
Dans le monde , pour obferver toujours
bien , il faut ne pas obferver continuellement.
L'eil fans ceffe tendu fe
fatigue , la vue fe trouble , & l'on voit
des fantômes.
V I..
Les gens les plus joyeux ne font pas
les plus heureux. La grande gaieté fuppofe
dans l'ame trop d'agitation pour
qu'elle puiffe être la marque du contentement.
Le bonheur fourit , mais il
ne rit guères.
VII.
Pour animer un grand corps , il faut
plus d'efprit , ou du moins une autre
efpèce d'efprit que pour en animer un
petit.
VIII.
On avoue les torts qu'on a eus , &
l'on nie ceux qu'on a. De même , on
44
MERCURE DE FRANCE .
raconte les maux qu'on a foufferts , &
on cache ceux qu'on fouffre.
IX.
Triphile eft annoncé comme un homme
d'efprit. Il entre. C'est un homme.
d'efprit. Qu'on l'eût annoncé comme
un fot ; ç'eût été un fot . C'eft que Triphile
a d'efprit juftement ce qu'il en
faut pour foutenir la première idée
qu'on a donnée de lui , & qu'il n'en
auroit point affez pour faire revenir de
la feconde.
Par M. B...
A UN MAGISTRAT.
Vous qui d'une main dédaigneuſe ,
Repouffez les préfens des Cliens du Palais ,
Vous ne réfiftez pas aux traits
D'une aimable folliciteufe ;
Elle régne fur votre efprit ,
De votre coeur elle diſpoſe ;
Et ce n'eft que par fon crédit
Qu'on obtient de vous quelque chofe ;
OCTOBRE. 45 1777 .
C'est la chafte Thémis , vous honorez fa cour.
On voit cette Vierge ſacrée ,
D'un augufte bandeau , modeftement parée ,
Vous dicter fes loix chaque jour.
Nous approuvons votre tendreffe ;
Et l'on eft heureux , en plaidant ,
Quand on a pour ſoi la Maîtreſſe
De Monfeigneur le Préfident.
Par M. de la Louptière.
COUPLETS
A Madame Dém. .. pour le jour de Sainte
Victoire , fa Fête.
Air de la Romance du Barbier de Séville.
J EUNE Beauté , quels coeurs affez rebelles
Echapperoient au pouvoir de vos yeux ?
C'eſt un devoir d'encenfer tous les Dieux ,
C'eſt un bonheur d'aimer toutes les Belles.
Comment vanter votre esprit & vos charmes ,
L'Amour fur vous verfa tous les tréfors ;
Je n'ofe point tenter de vains efforts ;
On vous célèbre en vous rendant les armes.
45 MERCURE DE FRANCE.
Votre beau nom annonce votre gloire ,
Mille Captifs foupirent fur vos pas.
Quand on peut tout , quand on a mille appas,
porter le doux nom de Victoire. On doit
Par M. Cardonne , premier Commis
de la Maifon de Madame.
1
ODE A L'AVARIC E.
MONSTRE ONSTRE toujours inſatiable ,
Tyran de tes adorateurs ,
Furie infâme , impitoyable ,
Souveraine des mauvais coeurs ,
Farouche , inquiette Avarice ,
Fille du Stix , mère du Vice ,
C'eſttoi qui , de mille fléaux
Que l'on vit autrefois éclorre
Des mains funeftes de Pandore ,
Es la fource des plus grands maux.
Ne crois pas que ma bouche lone
Les attraits de ce cher métal
Qui charme les ames de boue
En proie à ce vautour fatal ;
Mon coeur n'eftime les richeſſes
OCTOBRE. 1777. 49
Que pour répandre des largeffes
Sur les befoins des malheureux :
Il méprife cet homme avide ,
Qui, féduit par un or perfide ,
Se porte à des excès affreux.
Quels traits , inhumaine Avarice ,
Ton empire offre à mes regards !
Au gré de ton vénal caprice ,
Je vois affronter les hafards:
Tes Sujets parcourent le monde,
Bravent le feu , le fer & l'onde ;
Les loix , la nature & l'honneur :
Tu foule aux pieds la vertu même ;
Et l'Autel de l'Etre Suprême ,
N'eft
pas exempt
de ta fureur.
Maître des Dieux , vengeur du crime ,
Tu vois de fi noirs attentats :
Defcends de ton Trône fublime ,
Confonds & punis ces ingrats ;
Arme tes mains , lance ta foudre ,
Frappe , écrafe & réduis en poudre
Les Avares profanateurs .
J'apperçois déjà ta juſtice
Les préparer à leur fupplice
Sous le poids des chagrins rongeurs.
48 MERCURE
DE FRANCE
.
1
L'Avare traite de folie
Les plus refpectables bienfaits:
D'une prudente économie,
Il prétend maſquer fes forfaits;
Mais les yeux éclairés du Sage ,
Percent aisément le nuage
Dont fon coeur voudroit le couvrir :
Son tréfor eft la feule Idole
Qu'adore fon ame frivole ,
Et Plutus lui fait tout fouffrir,
Mortels , pour vous-même barbares ,
N'ouvrirez-vous jamais les yeux
Sur l'affreux deftin des Avares ,
Victimes d'un vice odieux ?
Dans le befoin , dans la triſteſſe ,
Profitez- vous de la richeffe ?
Votre or peut- il vous amufer ?
Non , c'est un bon arbre inutile ,
Toujours fécond , toujours fterile ,
Dont vous ne favez point uſer.
Souvent des héritiers avides ,
Et jaloux de votre trésor ,
Deviennent des coeurs homicides ,
Qui n'attendent que votre mort.
Si , pour diffiper leur envie,
Pendant
OCTOBRE. 1777. 49
Pendant le cours de votre vie ,
Vous vous montriez généreux ,
Ils célébreroient votre gloire ,
Ils béniroient votre mémoire ;
Vos bienfaits vous rendroient heureux.
A quoi bon cet amas frivole ?
Pourquoi tant de biens fuperflus ?
Tout l'or qu'entraîne le pactole ,
Ne vous raffafiroit pas plus.
L'Avarice à l'homme fatale ,
Eft le vrai tableau de Tantale ,
Qui brûle de foifdans les eaux.
Toujours esclave inféparable
D'un bien qui la rend miférable ,
Elle n'aime que fes Bourreaux.
Ah ! faifons un plus doux ufage
Des biens qui nous viennent des Cieux !
Les richeffes aux yeux du Sage ,
Sont comme un vin délicieux ;
Cette liqueur enchantereffe ,
Prife avec prudence & fageffe ,
Ranime nos goûts & nos coeurs :
L'excès dégénère en ivreſſe ,
La privation en triſteſſe :
L'abus de tout fait nos malheurs.
1. Vol. C
fo MERCURE DE FRANCE.
Vous qui gémiffez fous l'empire
D'un intérêt pernicieux ,
Profitez des fons de ma lyre
Pour fuivre l'exemple des Dieux.
Si Jupiter étoit avare ,
Il feroit un tyran bizarre
Fait pour le malheur des humains :
Il n'épargne que fon tonnerre ;
Les biens dont il comble la terre ,
Coulent fans ceffe de fes mains.
Par M. de Forges , Abbé de Valmont.
LE COCHON ET LE BOEUF.
NONCHALAMME
Apologue.
ONCHALAMMENT couché fur un peu de litière,
Dans le coin d'une baffe- cour ,
Et réduit au malheur de ne favoir que faire ,
En ces mots , un Pourceau s'exprimoit un beau
jour :
« De tous les animaux , je fuis , en apparence,
» Sans contredit, le plus heureux ;
Ils travaillent ; mais moi , je n'ai , graces aux
→→ Dieux ,
OCTOBRE. 1777.
D'autre foin que celui de bien remplir ma
»panfe ;
Ils ont tous l'air content ; feul , dans un doux
» repos ,
Jefuis d'humeur mauffade ; une fombre trifteffe,
» Hélas ! m'environne fans ceffe ».
Un Bouflaborieux entendit ce propos ;
Le travail feul , dit - il , fait cette différence .
Mon ami , ne t'y trompe pas ,
L'ennui que tu reffens , naît de ton indolence ;
Rarement la trifteffe accompagne les pas
De ceux qui , par leurs foins , favent fe rendre
utiles;
Mais ceux qui , comme toi , fainéans inutiles ,
Languiffent dans l'oifiveré ,
Ne connoiffent jamais le prix de la gaieté.
Par M. Houllier de Saint-Remy.
CONT E.
Tour fier de chanter au Lutrin ,
UT
Ne fachant au furplus un feul mot de Latin ,
Un gros Manant ( c'étoit la Fête du Village )
S'égofilloit , croyant faire honneur au Patron :
Un Aveugle fans ſon bâton ,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
Auroit fait , à coup sûr , beaucoup moins de
tapage.
Tandis qu'il va toujours chantant ,
Dans un coin à l'écart , il voit certaine femme
Qui fe défole ; une belle ame
Peut habiter par fois fous l'habit d'un Manant :
Inquiet , de ces pleurs il veut favoir la cauſe :
Ah ! vous me feriez croire à la Mérempſycoſe ,
Dit notre déſolée ; à votre fon de voix ,
J'ai cru , tant vous avez l'art de le contrefaire ,
Diftinctement entendre braire
Mon pauvre Ane expiré depuis plus de fix mois.
Par le même.
LE POETE ET SON MÉCÈNE.
Fable traduite de l'Anglois.
CONFINÉ dans un galetas ,
Sans la plus légère reffource ,
Et , graces aux Dieux , n'ayant pas
Un écu vaillant dans fa bourſe ,
Un jeune Élève d'Apollon ,
Plus tendrement qu'Anacreon ,
Soupiroit , dit-on , fur ſa lyre ,
OCTOBRE. 1777. 53
Infpiré par le Dieu d'amour¸
Des vers qu'à la Ville , à la Cour ,
Chacun ſe plaifoit à redire...
Nouveau Mécène bienfaiſant ,
Un Lord , au génie indigent ,
En connoiffeur , daigna fourire ;
Il court , vole , offre fon appui
A cet homme dans la misère ,
L'accueille & l'amène avec lui ,
Jaloux de lui fervir de père...
Voilà notre Apollon affis
Près d'une table fomptueuſe ,
Sablant gaiement des vins exquis :
Grace à l'amitié généreuſe ,
Ce cadavre eft reffufcité ;
2
C'efttous les jours nouvelle Fête.
La Déeffe néceffité ,
Qui jadis planant fur la tête ,
Venoit allumer dans fon fein
Un enthouſiaſme divin ,
Surpriſe , fait en diligence
Porter ailleurs fon influence...
Oubliant fon art enchanteur ,
Source unique de fon bonheur ,
Le Poëte n'eft plus le même :
Dans une indifférence extrême
Pour les neuf Soeurs & l'Hélicon ,
·
Ciij
14 MERCURE DE FRANCE.
L'amour feul du plaifir l'enflamme ;
Plus de Sonnet , plus d'Épigramme ,
Pas la plus légère Chanfon .
* Infenfé , lui dit fon Mécène ,
» Outré d'un pareil changement ,
20
20
Quel eft donc ton aveuglement ?
Va , fuis le penchant qui t'entraîne :
≫Ton art avoit fu me charmer ;
» Mon coeur s'eft ouvert à l'eftime ,
Etje m'efforçois d'animer
*
» Ton goût décidé pour la rime :
» Le bandeau vient d'être levé ,
»Loin d'ici pleure ta fottife ;
J'abhorre.le fou qui méprife
» Les talens qui l'ont élevé ».
Par le même.
COUPLETS A L'AMOUR
Adreffés à Mademoifelle de C ***.
Air : Gentille Boulangère , &c.
A roi feul je me fie ,
Accours me foulager ;
Amour , dis-moi : Sophie
OCTOBRE . 1777.
55.
Doit- elle un jour changer ?
Pourcalmer mon martyre ,
Je fonge à fes fermens ;
Mais peuvent-ils fuffire
Au plus vifdes Amans ?
Que peut une promeffe
Pour fatisfaire un coeur ?
Sophie a ma tendreſſe ,
Et je fuis fon vainqueur.
Mais , hélas ! ma victoire
Ma laiffé mes de firs ,
Faiſant tout pour ma gloire
Et rien pour mes plaifirs .
Vole aux rives charmantes *
Où t'appellent mes voeux ;
Mille Beautés touchantes
Y frapperont tes yeux.
A tes regards , peut-être ,
Sophie échapperoit;
Pour la mieux reconnoître ,
Écoute fon portrait.
Elie a d'une Déelle
Le port majestueux ;
* Sur les bords de la Loire
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
L'amour & la fageffe.
Brillent dans fes beaux yeux.
Le parfum de la rofe
S'exhale de fon fein ;
Sa pourpre fraîche éclofe
Pâlit près de fon teint .
Elle unit l'art de plaire
A la naïveté ;
Au plus doux caractère ,
La plus vive gaieté.
Simple en fa bienfaiſance ,
Et noble en fa douceur ,
Son heureuſe naiſſance
Le cède à fon bon coeur.
Craintive autant que belle,
Elle fuit le grand jour ;
Afes devoirs fidelle ,
Sa famille eft ſa Cour.
Mais lorfque vers la plaine ,
Elle porte fes pas ,
On croit voir une Reine
Entrer dans fes Etats.
Mais que fimple eſt ma Muſe
De peindre les appas ;
Sans ce foin qui n'abuſe ,
OCTOBRE. 1777. $577
Tu la reconnoîtras.
D'abord , à la plus belle ,
Amour adreffe-toi ,
Et fois sûr que c'eſt celle
Dont j'ai reçu la foi.
Va donc , cours à ma Belle
Annoncer mou retour ;
Dis-lui, qu'éloigné d'elle ,
Je languis nuit & jour.
Sois, près de ma Sophie ,
Sa garde & mon foutien ;
Il у va de ma vie ,
Sophie eft tout mon bien.
Par M. L. C. D. B.
ÉLÉGI E.
JE n'en
E n'en puis plus douter , Déeffe impitoyable ,
Cruelle mort , non rien ne réfifte à tes loix :
Le pauvre & l'opulent , les Bergers & les Rois ,
Jeunes , vieux , tout fubit l'arrêt irrévocable
Qui fépare à jamais l'ami de fon ami ;
D'un père ou d'une mère , un enfant trop chéri ;
D'un époux complaifant , une femme adorée ;
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
Un frère de fon frère... Effroyable penſée ! ...
Je fens à ce feul nom renaître ma douleur ,
Un chagrin dévorant s'empare de mon coeur...
O mort ! tu m'as ravi dans la fleur de fon âge ,
Une foeur qui m'aima , que j'aimois davantage ,
En qui l'on admiroit ce qui charme & ravit ,
Les rares qualités du coeur & de l'efprit.
Elle n'eft plus ... Nos foins , l'amitié fraternelle ,
N'ont pu la préferver de la parque cruelle :
Elle n'eft plus ... Tandis que tant de fcélérats
Qui ne comptent leurs jours que par autant de
crimes ,
de tous leurs attentats .
Jouiffent en repos
O mort ! ( pardonnes
- moi des plaintes légitimes ),
Sois plus jufte , & du moins cheifis mieux tes victimes.
Par M. P.... à Versailles.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du premier volume d'Octobre.
Le mot de la première Enigme eft
Jarretière ; celui de la feconde eft le
Jour & la Nuit ; celui de la troisième eft
Couronne. Le mot du premier Logogryphe
OCTOBRE. 1777. 1777 $9 1
eft Bandeau , où l'on trouve Ane , eau ,
dune , aube , bande , nue, beau, Danube ,
ban , bude & eu ; celui du fecond eſt Oui,
où le trouve lo ; & celui du troisième eft
Orange , où fe trouvent or , Oran , orges
rage , Noé, Ange , orage , gare , âne.
ENIGM E.
DE maint fecret je fais dépofitaire ,
Avec cela j'ai le don de les taire.
Lecteur , il arrive fouvent
Que vous me faites part des vôtres ,
Et que jamais ne vous quittant ,
Toujours à vos côtés , j'en reçois beaucoup d'autres.
On me flatte , on me bleſſe ; on me voit chez les
Rois
fois :
Fréquemment fans parure , on me pare par
Pour cet effet , envain la terre & l'onde
Ont renfermé des trésors dans leur fein ;
L'or & tous les rubis les plus brillans du monde ,
Meflattent moins qu'un air de clavecin.
Par M. Bouvet, à Gifors.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE.
MA nature eft , Lecteur , tout-à -fait fingulière.
Je fais naître & mourir fans habiter la terre.
A maint de les enfans je me fais pourtant voir ;
Ceux de qui je fuis maître , éprouvent mon pouvoir.
On me cherche , on m'évite ; on me craint & l'on
m'aime ;
Pour le bien , pour le mal , fouvent je fuis extrême.
Propice en certains cas , nuifible en bien des tems,
Si je fais des heureux , je fais des mécontens .
Quand je fais de bons vins , je réjouis Grégoire ;
Si j'enlaidis Philis , je lui rends l'humeur noire .
Qui me craint a raifon ; je ne puis pas parler,
Et je ne faurojs voir , mais je fais dévoiler.
Par le même.
JE
AUTRE.
E fuis , mon cher Lecteur , la Reine d'un Empire
;
Et mon teint est toujours fi brillant & fi bean ,
OCTOBRE. 1777. 61
Que la fière beauté m'accorde un deux fourire ,
Et vient me careffer juſques dans mon berceau
Mais fi de me ravir elle avoit l'imprudence ,
Elle auroit à gémir de fon funefte fort ;
Les gardes qui toujours veillent à ma défenſe,
Le déclin de mon règue eft près de ma naiſſance ;
De leurs traits lui feroient bien - tôt fentir l'effort.
Pourquoi donc me vanter d'un deftin malheureux?
Modèle des plaifirs , je n'ai qu'un tems comme eux.
Par M. Préaudeau du Pont - d'Aouft , de la
Société Littéraire de Rennes.
JE
LOGOGRYPHE.
Je
fuis,
E fuis , dans tous les tems , un meuble très - commode
;
L'hiver comme l'été , je ſuis toujours de mode :
Je change feulement quelquefois de couleur ,
Sur-tout lorfque je fuis chez un riche Seigneur.
J'ai fix pieds , cher Lecteur , fi tu les décompoſes ,
Tu verras que mon fein renferme bien des chofes ;
Un péché capital ; deux des quatre Elémens ;
Ce qu'on ne trouve point chez les adolefcens ,
Mais qu'on voit , à coup sûr , chez la perfonne
antique ;
Le contraire de doux , un ton de la Mufique ;
Ce qui borde la mer ; un infecte rongeur ;
Un chemin affez dur; un légume flatteur
62 MERCURE DE FRANCE .
Qu'on mange le matin. Adieu , je vais paroître ;
Je n'en ai que trop dit pour me faire connoître .
Par le méme.
AUTR E.
CHEZ nos aïeux , prefque roujours
J'occupois le fommet des plus hautes montagnes,
Et là j'étois d'un bon fecours.
Plus fouvent aujourd'hui j'occupe les campagnes ,
Et j'y figure noblement ;
Car j'en fais , à coup sûr , le plus bel ornement.
De mon entier fi l'on fait deux parties ,
L'une eſt un animal très- adroit & gourmand ,
Aimable par mille folies ,
Paffé maître en minauderies ,
Ingrat fur-tout ; l'autre eft un élément.
Par M. Bouvet, à Gifors.
AUTR E.
"
A première moitié fe place
Sur un animal indolent;
L'autre , liquide , eft efficace
Pour calmer la foif à l'inftant .
Par le même.
J
OCTOBRE. 1777 63
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Éloge de Michel de l'Hopital , Chancelier
de France , Difcours qui a remporté le
Prix de l'Académie Françoife en 1777 ;
par M. l'Abbé Remy. A Paris , chez
Demonville , rue Saint - Severin . -
Éloge du même , par M. Doigni , chez
le même Libraire. -Eloge du même ,
Difcours qui a obtenu le fecond Acceffit
; chez le même Libraire. — Élogė
du même , Ouvrage qui a concouru
pour le Prix de l'Académie , par M***
avec l'épigraphe , & teneo antiquum ,
manibus pedibufque decorem. L'HOPIT.
L. 1. Ep. 1. A Paris , chez Moutard
Imprimeur- Libraire de la Reine , de
Madame , & de Madame la Comteffe
d'Artois.
RIEN n'eft plus propre à exciter une
noble émulation parmi les Orateurs , &
à perfectionner leurs talens , que cette
double vue, de Juges éclairés qu'il faut
fatisfaire , & de rivaux redoutables qu'il
faut furpaffer. Tel eft le précieux avan
64 MERCURE DE FRANCE.
tage des Corps littéraires & de l'établiffement
des Prix Académiques. Les éloges
des grands hommes , fur- tout de ceux
dont la vie eft auffi riche en événemens
qu'en vertus , font une excellente morale
mife en action , d'autant plus propre
à faire une impreffion forte & durable ,
que l'exemple conduit à la vertu par le
chemin le plus court. Infpirer l'amour
des hommes vertueux & patriotiques ,
c'eft infpirer l'amour de la vertu & celui
de la Patrie.
Ces obfervations feront juftifiées par
le petit nombre de citations auxquelles
nous fommes obligés de nous borner ,
dans le compte que nous avons à rendre
des Eloges imprimés , du Chancelier de
l'Hopital .
M. l'Abbé Remy fuit fon héros
dans la carrière du Magiftrat , au Concile
de Trente , à la tête de nos Finances ,
& fur-tout dans les fonctions de Chancelier
, dignité la plus éminente de l'État ,
la plus difficile à remplir , quand on n'eft
animé que par le bien public.
es
Quel reffort mettra-t- il en oeuvre ,
» ( le Chancelier de l'Hopital ) , pour
échapper à l'indigence ! La protection
» des grands ? Il vient d'en éprouver
» l'inſtabilité : l'intrigue ? C'eſt la reſſour
"
"
OCTOBRE. 1777. 65
و د
ود
» ce des fourbes & des hommes vils.
L'Hopital entre dans une carrière ou-
» verte au pauvre comme au riche , &
» la plus favorable à l'homme qui veut
acquérir de la confidération , & con-
» ferver fon indépendance : je parle de
» la profeffion d'Avocat , miniftère de
» confiance , de fatigue & de dangers ,
» où l'homme furveillé par des Confrè-
» res , qui font à la fois & fes égaux &
» fes maîtres , & fes accufateurs & fes
» juges , doit marcher d'un pas ferme
» au bord des précipices ; combattre
» pour l'innocence dont il a tous les fe-
» crets, repouffer le crédit qui veut l'in-
» timider , l'impofture qui cherche à le
furprendre , la haine qui empoifonne
» fes écrits & fes paroles ; enfin , la ven-
» geance & la cupidité qui s'efforcent
» d'éteindre la lumière qu'il apporte
aux Oracles de la Loi.
>>
. . A la vue de tant d'intérêts
divers , Catherine de Médicis , inveftie
par ces hordes d'Hiftrions & d'Efcla-
" ves , qui nous apportoient de l'Italie
» tous les vices des Nations dégénérées ,
» toutes les fourberies d'une politique
» monftrueuſe , tous les befoins du luxe ,
» l'art meurtrier de la Finance , la fureur
66 MERCURE DE FRANCE.
"
épidémique du jeu , le goût de cès
» débauches que la nature abhorre , &
» la lâche audace des empoifonnemens
» & des affaffinats , jufqu'alors inconnus
» chez un Peuple qu'honoroient fa bra-
" voure & fa loyauté : Catherine de
"
Médicis , infenfible aux calamités pu-
» bliques, ne fongeant qu'à fes plaifirs ,
» à fa vanité , à fon ambition , multiplie
les fpectacles , ordonne des fêtes , prodigue
l'or à fes bouffons , tourmente
» les Miniftres , fe repent & s'applaudit
» tout- à-tour , d'avoir choisi l'Hopital
» pour Chancelier. Empire de Charle-
"
magne , quelle eft donc ta deſtinée !
» Une femme ombrageufe & pufilla-
» nime , une femme aveugle & féroce
préfide à tes mouvemens , élève &
tenverfe à fon gré les Sages faits pour
» te gouverner.
وو
"
"
• L'Inquifition à ce mot la
:
plume tombe , le coeur fe glace , l'imagination
ne voit plus que des cachots
» & des bûchers , des délateurs & des
» victimes ; un Tribunal de fang , & des
» forfaits imaginaires. Qu'on fe peigne
» le défefpoir de l'Hopital , en apprenant
» que des Inquifiteurs vont être élevés à
la dignité des Magistrats , & que dé
OCTOBRE. 1777 .
67
» formais le code de la Nation fera fouillé
» par une loi facrilège , qui , autorifant
» l'homme à fouiller dans l'ame de fon
» femblable violera impunément le
» dernier afyle où le Citoyen puiffe
» adorer la fainte image de la liberté .
,
. . Si l'on voyoit naître un jour ,
» dans notre Empire , un homme capa-
» ble de rétablir l'ordre dans le Domai-
» ne , qui, fous nos premières dynafties ,
و د
رو
"
formoit l'unique revenu du Monarque;
» un homme qui fut couvrir de fes aîles
» le berceau de l'orphelin, & le préferver
» de la cupidité ou de l'indifférence de
» ceux que la loi lui donne pour défen-
» feurs un homme dont la fageffe en-
» chainât la main de ces veuves déna-
» turées , qui tranfmettent à un nouvel
époux l'héritage de leurs premiers en-
» fans ; un homme qui pûr circonfcrire
» les droits de ces propriétaires , dont
» la vanité jaloufe de régner au- delà du
» tombeau , fubftitue leurs domaines à
» l'infini , retient les familles dans un
» cruel efclavage , & fournit à la chicane
» un aliment qui rend la juftice plus funefte
aux Citoyens , que les défordres
même qu'elle veut réparer... fi l'on
pouvoit rencontrer , parmi nous , an- ""
平
68 MERCURE DE FRANCE.
»
"
»
و د
و د
>
» Miniftre capable de donner un frein
» aux Adminiftrateurs de ces maifons de
» Pitié , où l'indigence va chercher la
fanté , & où elle ne trouve que le défeſpoir
& la mort ; un Miniftre dont
l'humanité , s'armant d'une verge de
» fer , pourſuivît l'ufure & fes vils fuppôrs
jufqu'au fond de l'antre où ils
" enfouiffent les dépouilles du peuple ;
un Miniftre qui , donnant une forme
nouvelle aux preuves teftimoniales
» arrêtât la licence de ceux qui profanent
» la Religion du ferment ; un Miniftre
» affez habile pour entreprendre la réfor-
» me de nos moeurs ; affez hardi pour
» attaquer de front ce luxe qui nous
» énerve ; affez dévoué aux intérêts des
Citoyens , pour affermir autour d'eux
» ces formes légales qui font la fauvegarde
de la liberté publique ; en un
» mot , affez fécond en reffources pour
» fubftituer les principes éternels de la
Juftice , à ces ufages barbares qui nous
» deshonorent : un tel homme mérite--
» roit fans doute les honneurs & les
hommages que les Nations ont prodigués
aux Conquérans ? Eh bien ! il
» a exifté chez nos ayeux , & la réforme
» de tant d'abus préfente le tableau des
و د
"
"
29
OCTOBRE. 1777. 69
و د
opérations du Chancelier de l'Hopi-
» tal ».
Nous paffons à l'Eloge compofe par
M. Doigni , qui a certainement bien mérité
la mention honorable de l'Académie
es
Françoiſe , par la pureté de ſon ſtyle ,
par les réflexions toujours judicieuſes ,
& par fon éloquence parfaitement af
fortie au genre du difcours. Après avoir
fait le tableau du fiècle malheureux où
vivoit le Chancelier de l'Hopital , l'Orateur
aime à contempler un homme
qui,dans le chaos de l'Anarchie , éleva
» l'édifice des Loix , traça d'une main
» fûre la ligne qui fépare les droits du
Peuple d'avec ceux du Souverain ; un
» homme qui , dans les murs de Sparte ,
» eût été Licurgue , qui fut un modèle
accompli de modération , de définté-
» reffement , de tolérance & de probité ;
» un homme qui , dans le fein de la
corruption , montra les vertus les plus
intrépides ; qui , par la fupériorité de
» lumières , la conftance inébranlable de
» fon ame, fut étranger à fon fiècle ;
» femblable à ces colonnes antiques , qui
n
"
"
»
70 MERCURE DE FRANCE.
2
» s'élèvent parmi les ruines , & que
la
barbarie n'a pu mutiler ».
"
L'Orateur infifte avec raifon dans fon
Difcours , fur le monument de la Légiflation
que l'Hopital eut le talent &
le courage d'élever à fa gloire & à la
nôtre.
"
ود
33
« Le Gouvernement François , qui
» fous la première race de nos Rois ,
» nous préfente des brigands féroces &
toujours armés ; fous la feconde , des
» barbares affervis , obéiffant à des fan-
» tômes de Souverains ; fous la troiſième ,
le Peuple dans l'efclavage , le chef de
» l'Etat refferré dans un petit Domaine ,
» le pouvoir divifé en une multitude de
branches de tyrannie , eſt un tableau
de troubles , de défordre & de confu-
» fion . Au lieu de ces Loix fondamentales
, fur lefquelles les Trônes doivent
être affis , on voit la force luttant con-
» tre le hafard. Les Loix faliques , nées
» dans les forêts de la Germanie , &
» que les Sauvages de l'Amérique pour-
» roient adopter , deviennent plus bar-
» bares , en femêlant aux Loix ripuaires .
» Les Capitulaires , fruits des Citoyens
naiffans , & d'un Gouvernement ébauché
, loin de prévenir les abus , ne
ກ
"
OCTOBRE. 1777. 75
» fervent qu'à les étendre , & n'empê-
» chent point que la Juftice foit affife`au
» milieu de deux combattans , & qu'on
» ait recours aux élémens & à l'effufion
» du fang , pour prononcer fes Oracles .
» Sous le defpotifme féodal , des Cou-
» tumes innombrables,aufli abfurdes que
သ
93
›
difparates , inondent la France : chaque
» Baron , cantonné dans fon château
>> d'où il opprime fes Vaffaux , exerce
» des Loix qu'il interprête à fon gré , &
» la Nation feule n'en a pas. Pendant
» ce long période , où la Légiflation eſt
» fi foible , fi chancelante , la poftérité
» ne diftingue que deux Législateurs .
Charlemagne qui , par le mouvement
extraordinaire qu'il imprima à la Nation
, l'eût peut- être avancée de dix
fiècles , fi fes idées ne fuffent point
mortes avec lui . S. Louis , qui , par
l'héroïfme des vertus Chrétiennes , de
fes fujets barbares fit d'abord des hom-
" mes , & par le bienfait de fes fages
» Ordonnances , parvint à en faire des
Citoyens. Mais,que peuvent deux Sou-
» verains perdus dans l'hiftoire de la
,, Monarchie , au milieu de cette foule
d'efclaves couronnés ; les uns emprifonnés
dans un Palais par leurs Mi-
»
ود
כ כ
"
93
»
#2 MERCURE DE FRANCE.
niftres , paffant du cloître fur le trône ,
» & du trône dans le cloître ; les autres
végétans dans l'indolence , abrutis par
» les vices & la cruauté , dormant dans
les chaînes des Papes , & n'étant Rois
que pour être les derniers des hommes
.
La manière dont M. Doigni s'explique
fur la tolérance eft fi exacte , qu'elle
devroit fervir déformais de modèle à
tous les Orateurs qui font dans le cas
de parler de cette vertu qu'on a fi fort défigurée.
Je ne chercherai point à de-
» viner les opinions de l'Hopital , à lever
» un voile impénétrable aux yeux de la
20
poftérité : j'aime à croire , pour l'hon-
» neur du génie & de la vertu , que fa
» tolérance , qui forme un contrafte fi
étonnant avec fon fiècle , n'étoit point
» cette indifférence coupable pour tous
» les cultes , qui ne donne aucune baſe
à la morale , & aucun point d'appui à
» la raiſon ; ni cette pareffe de l'ame que
» fatigue la lumière , & qui rend l'hom-
» me auffi indécis fur ce qu'il doit faire ,
"
» que fur ce qu'il doitpenfer ; que c'étoit
» au contraire le fentiment profond
» d'une bienveillance univerfelle , qui
» lui faifoit regarder fes Concitoyens
» comme
OCTOBRE. 1777 73
» comme les amis de la fociété , quand
» ils obfervoient les Loix , plaindre leurs
» erreurs fans hair , & laiffoit à Dieu le
» foin de lire dans les coeurs » .
L'Auteur du Difcours qui a obtenu
le fecond Acceffit , a peint à grands
traits les vertus , les talens & le génie
du Chancelier de l'Hopital. C'eſt ainfi
qu'il nous repréfente ce grand homme
après avoir tracé les principaux événemens
de fa vie. « Il eft donc vrai que la
» vertu n'eft point un nom , & qu'elle
» peut habiter les Cours ; que parmi les
» hommes deftinés à gouverner le peu-
و د
ple ; l'humanité , la juftice & les loix
» ont des défenfeurs , & même des martyrs.
Mais un acte de courage , plus
» rare encore que le facrifice de la faveur
» des Rois , un genre de magnanimité ,
qui peut être le dernier terme de la
,, force humaine , c'eft l'audace de contrarier
le voeu de la Nation , & de
s'expofer à fa haine pour la fervir ;
» c'eft à ces traits qu'on reconnoît le
» caractère fublime de l'Hopital .
"
"
23
> Supérieur aux événemens tranquille
, inébranlable au milieu de la
II. Vol D
74 MERCURE DE FRANCE.
ور
n
» fureur & du choc des partis , & de la def-
» truction prochaine de cet Empire , il
» s'élève au- deffus de tout ce qui l'en-
» toure, & brave, pour l'intérêt de l'État,
» les opinions , les préjugés , les affections
; il réfifte au Clergé , à la Magiftrature
, à fon Roi , s'oppofant feul
à tous les partis , parce que
le bien pu
» blic feul n'avoit point de parti ; il voit
l'injuftice de fes concitoyens avec cette
» fermeté que donne la confcience d'une
» cauſe jufte , avec cette indifférence
» qu'un homme inftruit par l'expérience ,
» a pour les cris & les plaintes d'enfans
aveugles fur leurs intérêts ; enfin , avec
» l'indulgence d'un philoſophe qui , dans
les fureurs des hommes , reconnoif-
» fant les foibleffes de l'humanité
, par-
» donne au méchant qui l'attaque , &
ne peut l'offenfer.
29
">
ور
»
>
Dans l'Eloge imprimé chez Moutard ,
qui eft le quatrième que nous avons annoncé
, il eft prouvé que tout contribua
à étendre les connoiffances de l'Hopital .
Une éducation foignée , un goût inalté
rable pour l'étude , des fuccès encourageans
, des travaux qui , en rompant
OCTOBRE. 1777. 75
›
l'efprit aux affaires l'habituèrent aux
réflexions profondes. Tout auffi concourut
pour lui former le coeur : les confeils ,
l'exemple , les malheurs & la conſtance
d'un père , dont un excès de zèle caufa
la difgrace. Les pourfuites exercées contre
lui-même , fon emprifonnement dans
cet âge encore où l'innocence de la jeuneffe
devoit le garantir ; la ruine de fes
efpérances , fon éloignement de fa Patrie ,
le défaſtre de fa famille ; tant d'infortunes
réunies devoient donc , puifqu'elles
ne l'accablèrent pas , élever fon ame , &
la préparer , dès l'enfance , à cette fublimité
que donnent les revers.
Nous nous arrêterons à l'endroit de
l'Eloge où l'Orateur élève cet efprit de
légiflation que le Chancelier de l'Hopital
poffédoit au fublime degré.
Сс
Qui
peut , en lifant les loix de l'Hopital ,
» fe refufer à l'admiration qu'elles infpi-
» rent, & ne pas applaudirà leur Auteur ,
qui pofféda l'art fuprême de rétablir
» les conftitutions par le rétabliſſement
» des principes ?
?
و د »EnparcourantcesOrdonnancescélèbres
, fource féconde des Loix plus
récentes , où nous voyez ce Légifla-
» teur qui force les Miniftres de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
"
သ
"
15
Religion à s'occuper de leurs fonctions
auguftes , parce qu'il étoit convaincu
» que le tems employé à leurs devoirs nė
» feroit pas deſtiné à de vaines querelles ;
qui contient des Seigneurs avides du
» bien de leurs Vaffaux , en mettant
ceux-cifous la protection de la Juftice ,
» & ceux-là fous le glaive des Loix ; qui
règle pour les impôts une perception
» dont le défordre paroît à fes yeux
» comme l'impôt le plus funefte ; qui
» détermine les formalités & les frais de
» Juftice , parce que leur incertitude eſt
la fource des abus qui s'y commettent.
Quand vous voyez ce vafte génie , portant
par-tout fes regards , affurer aux
Tribunaux cette autorité qui imprime
» le refpect ; honorer , encourager dans
» les Juges cette fimplicité des moeurs ,
» & cet amour des Loix qui adoucit la
majefté de leurs fonctions , en même-
» tems qu'elle la perpétue ; rendre au
Commerce fon activité , la borner
» aux feules chofes utiles , la maintenir
» en lui donnant des Juges , qui , débarraffant
les affaires de ces formes lentes ,
puffent s'avancer rapidement vers la
» vérité ; récréer l'efprit de fa Nation
» par l'encouragement qu'il donne aux
"
و د
ود
"
OCTOBRE. 1777. 77
35
"
talens néceffaires , par l'oubli dont il
» vouloit étouffer ces vains arts d'un luxe
» ruineux ; par l'établiffement des Loix
fomptuaires , qui , ne laiffant d'autres
» diftinctions que celle de la vertu , en-
» courageoient les hommes aux travaux ,
réprimoient ce goût fi vif des parures
» frivoles , dans un fexe toujours affez
» aimable fans ces vains ornemens , &
» nourriffoient dans de chaftes épouſes
» cette gravité de moeurs , dont l'Hopital
» confervoit encore la pureté jufques
» dans de nouveaux liens . Quand on
apperçoit ce grand homme , réuniffant
» ainfi les deux fexes par le charme des
» vertus fimples & modeftes , ramenant
» la Nation entière à un douce égalité ,
» & , ce qui peut-être de nos jours feroit
» une chimère , veillant aux befoins de tous
» comme un bon père veille à fes enfans ;
» défendre la poffeffion de plufieurs emplois,
de plufieurs bénéfices, comme s'il
» avoit été convaincu que ce qui formoit
» le fuperflu des uns , manquoit toujours
» au néceffaire des autres ; ne femble- t- il
pas qu'un de ces Sages fi vantés chez
» les Grecs , qu'un Licurgue , le plus
grand des Législateurs du plus fage des
">
30
»
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
Peuples , fortant du fein des Morts ,
» ait animé l'Hopital de fon génie ? »
Eloge du Chancelier de l'Hopital , Difcours
préfenté à l'Académie Françoife ,
ayant pour épigraphe ces paroles : nec
vita animaque peperci , &c. Cet Ouvrage
n'a pas pu entrer dans le Concours
à caufe de fa longueur , qui
excède de plus du double les bornes
prefcrites à ces fortes de Difcours . Le
fuffrage de l'Académie , à qui l'Auteur
avoit préfenté fon Ouvrage , n'en
a pas moins été flatteur .
ود
L'Auteur de ce Difcours commence
fon Ouvrage par une réflexion trèsvraie
, mais humiliante pour nous . Il
foutient » que , pour s'affurer du bon-
» heur , autant du moins que le bonheur
» peut appartenir à des êtres fenfibles &
périffables , il fuffiroit aux hommes
» de le vouloir , puifque leurs plus grands
» malheurs naiffent d'une foule de vices
» & de préjugés qui ne font pas l'ouvrage
» de la nature . Pour les réparer , ces mal-
» heurs , il ne faudroit , continue l'Ora-
» teur Philofophe , qu'éclairer les hom-
» mes fur leurs véritables intérêts , &
OCTOBRE. 1777. 79
99
qu'un petit nombre de vérités fimples
» établiroit le bonheur du genre humain
» fut une baſe inébranlable » .
En effet , rien de fi court & de fi
fimple que ce qui eft prefcrit à l'homme
ici bas : aimer Dieu & fon prochain comme
foi-même, & croire à l'Evangile. « Chofe
» admirable , dit fi bien M. Montefquieu
, la Religion Chrétienne, qui ne
» femble avoir d'objet que la félicité de
» l'autre vie , fait encore notre bonheur
» dans celle- ci ».
"
C'eft , en effet , faute d'avoir pratiqué
ces vérités fi précieufes & fi confolantes
que les hommes ont éprouvé toutes fortes
de malheurs , & que les annales de l'hiftoire
nous offrent tant d'objets triftes.
" Les Peuples traités par leurs Souverains
» comme de vils troupeaux , dont la vie &
la postérité leur appartiennent : l'hom-
» me injufte & puiſſant , franchiſſant la
barrière des Loix , toujours trop foibles
» contre lui , ou trouvant dans ces Loix
» mêmes des moyens fürs & terribles de
» violer avec plus d'impunité les droits
» qu'elles devoient défendre ; il verra les
impôts que la Nation a payés pour les
» befoins publics de la Nation , être la
folde de ceux qui forgent fes fers ; la
99
Div
to MERCURE DE FRANCE.
» réforme des abus , ouvrir la
ouvrir la porte à
» des abus nouveaux , & la vertu même
» devenir funefte , lorfque fes efforts ,
trop foibles pour réprimer les mé-
» chans, n'ont fervi qu'à les irriter. Alors
» pénétré d'un dégoût mortel , le Ci-
» tøyen vertueux fe dira : le genre hu-
» main eft donc condamné à des maux
irréparables , & il se refte plus à
» l'homine de bien , que de n'être ni le
complice , ni le témoin des malheurs de
» fes femblables » .
"
L'Orateur , après ce tableau fi fidèle
& fi affligeant , commence l'Eloge du
Chancelier de l'Hopital , ce Magiftrat
philofophe , qui n'eut pas même befoin
de l'efpérance du fuccès pour faire au
bonheur public , le facrifice de fa vie entière.
« Au milieu du plus violent fana-
"
ود
tifme , il fit entendre la voix de la
» raifon & de l'humanité ; au fein de
» l'Anarchie & de la révolte , il défendit
» avec un courage égal , & l'autorité du
» Roi, & les droits de la Nation ; la cor-
» ruption de fon fiècle , les intrigues de
» la Cour n'altérèrent ni font intégrité
» ni ſa franchiſe ; & , lorfque tous ne
fongeoient qu'à établir leur fortune
» fur les malheurs publics , feul il veil-
» loit pour la Patrie ».
ود
ود
OCTOBRE. 1777 . 81
L'Hopital , avant qu'il fut Chancelier,
fe conduifit en homme qui fent qu'il n'a
rien à attendre que de fa vertu & de
fon génie , & le diftingua par fes talens
& par fes vertus , que fes malheurs fembloient
rendre plus intérellantes . Il ne
connut que deux plaifirs , celui de fervir
fon Pays , & celui de découvrir des vér
rités . L'Hopital , avec de fi heureuſes
difpofitions , méritoit de devenir l'Ange
tutélaire de fa Nation , & le réformateur
de fon fiècle. Il fuffit de peindre ce fiècle
pour connoître le prix des vertus éminentes
de l'Hopital. Des Gouvernemens
» flottans entre le defpotifme & l'Anarchie
; une Administration qui n'avoit
» d'autre plan que d'augmenter , par des
voies fourdes , les profits du fifc ; une
Légiflation qui n'étoit qu'un amas de
Coutumes nées dans les tems barbares;
un Peuple ignorant & fanatiques des
moeurs à la fois féroces & corrompues
; une nobleffe fuperftitieufe &
» débauchée avide de plaifirs & de
combats , livrée à tous les vices ,
capable , à la fois , des plus grands
crimes & des actions les plus héroï-
» ques » .
&
Leportrait éloquent que l'Orateur fair
Dv
82
MERCURE
DE
FRANCE
.
de Catherine de Médicis , du Chancelier
Olivier , & de Bertrandi , Garde des
Sceaux, intéreffera le Lecteur autant que
la defcription du fpectacle qu'offroient
alors les Nations Chrétiennes . L'énumération
des devoirs & des fonctions du
Chancelier , quoique faite longuement ,
mérite qu'on s'y arrête.
" Chef de la Magiftrature , le Chancelier
ne doit jamais perdre de vue
» que les Magiftrats ont été inftitués pour
le Peuple , & que , placé à leur tête ,
» il leur doit , non de défendre leurs
» prétentions , mais de leur affurer la
» liberté de remplir leurs devoirs. Si la
» crainte , la baffeffe , l'avidité , la par-
» tialité corrompent la pureté des jugemens
; files Tribunaux font fervir à
» leur propre ambition , le pouvoir dont
» ils font armés pour la fûreté publique ;
» fi l'efprit de corps étouffe l'efprit d'équité;
fi le zèle de fecte ou de parti
» altère le zèle de la juftice ; fi les Magiftrats
s'abaiffent jufqu'à fe rendre les
» inftrumens des paffions des hommes
puiffans , ou les complices de leurs
intrigues ; s'ils négligent leurs fonctions
» utiles pour aſpirer à un fimulacre de
» pouvoir qu'ils ne peuvent obtenir
ود
و د
39
»
OCTOBRE. 1777. 83
"
و د
qu'aux dépens de la profpérité publi-
» que ; qu'alors ils trouvent dans leur
chef un Cenfeur plus occupé de les
» éclairer
que de les punir , plus redou-
" table par l'autorité de fes lumières &
» de fes exemples , que par le pouvoir
» de fa place ; & qui fache que les re-
» proches de l'homme puiffant ne font
qu'une injure , mais que ceux de l'hom-
» me vertueux peuvent être des leçons
» utiles.
>>
">
-
» Confervateur des Loix , placé entre la
» Nation & le Souverain , le Chancelier
appartient à tous deux , & n'appartient
qu'à eux feuls. S'il fe fouvient qu'il
» peut avoir d'autres intérêts , d'autres
» liaiſons , il n'eft qu'un traitre. C'eſt
» à lui de défendre auprès du Prince les
» droits du Peuple , que jamais les Rois
» n'ont intérêt de violer : c'eſt à lui de
» défendre les droits du Souverain , con-
» tre tous ceux qui voudroient exercer ,
» au nom de la Nation, un pouvoir qu'elle
» ne leur a pas confié.
» C'eſt à lui d'invoquer hautement le
» nom de la Juftice au milieu des clameurs
de l'ambition , qui appelle la
» guerre ; de l'avidité, qui demande qu'on
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» luifivre le fang du Peuple ; des factions,
» qui combattent pour le defpotifme ou
" pour l'Anarchie .
"
» Défenfeur du Peuple , qui fouvent
même, fans connoître fon nom , jouit
de fa fag.Te & de fon courage ; utile
au Monarque dont il défend l'honneur,
» & la confcience , en combattant fou-
» vent fes volontés , un Chancelier de-
» meure en butte à tous les méchans.
Auffi , tandis que toutes les autres places
du Ministère ont été révocables à la
première volonté du Souverain , unè
Loi ancienne a voulu que celle du
» Chancelier ne pût lui être ôtée que par
» un jugement régulier ; que celui qui
» eft chargé du maintien des Loix , fût
"
"9
"
protégé par elles ; & que l'homme de
» la Nation ne fût pas livré ,fans défenſe ,
» aux ennemis de la Nation.
"
» Légiflateur enfin , le Chancelier fentira
que , s'il doit maintenir l'exécution
des Loix tant qu'elles fubfiftent , il
» doit également n'en pas laiffer fubfifter
» de mauvaifes ; que plus il importe que
» les Loix foient refpectées , plus il eft
» effentiel qu'il n'y en ait que de bonnes .
» Qu'enfin fi c'est toujours un mal de
OCTOBRE. 1777. 8
» violer les Loix , c'eft fouvent un trèsgrand
bien de les réformer.
"
"
16
» Profcrire toutes ces Loix contraires
à la raifon & à la nature , qu'aucune
» Puiffance ne peut légitimer , & qu'on
ne peut volontairement tolérer fans fe
» rendre coupable ; abolir toutes ces Loix
» cruelles , qui fervent moins à donner
>> de l'horreur pour le crime , qu'à infpirer
pour les criminels une pitié dan-
» gereufe , & qui rendent les moeurs
plus arroces ,fans rendre le crime moins
fréquent ; abandonner au mépris pu-
» blic les actions fecretres dont les preuves
» obfcures incertaines › , ne peuvent
s'acquérir que par la trahifon & le
» fcandale ; ces actions que la morale
» condamne , mais la Loi ne peut
punir fans expofer à une oppreffion
» arbitraire , l'honneur & la fûreté des
Citoyens.
99
"
"
"
"
que
Veiller à ce qu'il n'y ait aucun droic
des hommes qui puiffe être violé fans
» enfreindre une Loi pofitive , afin que
" le filence de la Loi ne mette pas à cou-
» vert celui que le droit de la nature dé-
» fend d'abfoudre ; mais éviter encore
inu
plus foigneufement les Loix
33
» tiles
celles qui ftatuent fur des
$ MERCURE DE FRANCE.
"
objets indifférens au bonheur public ,
» car toute Loi qui n'eft pas néceffaire
» eft un acte de tyrannie.
93
» Changer toutes ces inftitutions qui ,
» mettant la Loi en contradiction avec
les principes de l'honneur ou des moeurs
publiques , forcent l'homme de bien à
» s'élever au- deffus des Loix ; fupprimer
les Loix anciennes , devenues contraires
» aux préjugés & aux ufages actuels; car il
» ne faut point accoutumer le Peuple à
» fe faire un jeu de tranfgreffer les
» Loix.
33
Craindre même de publier de bonnes
Loix , lorfque des préjugés ou des
» factions pourroient en empêcher l'exé-
» cution ; car c'eſt un grand mal qu'une
» bonne Loi qui n'eſt pas exécutée.
"
Régler les formalités qui affurent au
Citoyen la jouiffance de fes droits ;
» mais ne point perdre de vue , en les
réglant , avec quelle habileté funefte on
» peut trouver , dans ces formalités
» mêmes, des moyens fûts d'opprimer &
de dépouiller le foible avec impunité
99
L'Orateur n'a omis aucune des qualités
qui conviennent à un Chancelier confidéré
comme Législateur , & a parfaitement
prouvé, dans fon beau Difcours ,
.
OCTOBRE. 1777. 87
que M. de l'Hopital avoit fu les réunir
au plus haut degré ; oubliant tout pour
fe fouvenir qu'il devoit au Peuple l'exécution
& la réformation des Loix ; à la
Nation , la confervation de ſes droits ; au
Roi , le maintien de fon autorité légitime
; à la Magiftrature , le foin d'y rétablir
l'ordre & l'exemple de la vertu .
Nous voudrions pouvoir remettre fous
lesyeux du Lecteur le portrait du Roi de
Navarre , du Prince de Condé , du Cardinal
de Lorraine , même celui de la
Nation Françoiſe , qui certainement n'eſt
pas flatté , & le tableau fi fidèle de l'état
de la Jurifprudence ancienne , de la bizar
rerie & de l'inconféquence de plufieurs
de nos Loix. Nous fommes intimement
perfuadés qu'on lira cet Ouvrage avec
trop d'intérêt, d'un bout à l'autre , pour
multiplier davantage nos Extraits , qui
perdent d'ailleurs de leur prix , lorfqu'on
ne voit pas l'enſemble d'un difcours.
Nous nous bornerons à répéter une
obfervation , qu'un critique trop févère a
faite fur un endroit du Difcours , où
l'Auteur dit , en propres termes , que
les ames fortes ont un penchant naturel
pour les opinions hardies & dangereuses.
Peut-il y avoir de la gloire , difoit notre
88 MERCURE DE FRANCE..
Obfervateur , à franchir les barrières qui
n'ont été pofées , par l'Auteur de toute
vérité , que pour arrêter les faillies de
l'efprit humain , & prévenir fes égaremens
? & doit- on regarder comme une
fuite néceffaire de l'élévation & de la
force qui caractérisent les ames grandes
& courageufes , de préférer les opinions
hardies & dangereuses , à ces vérités fimples
& utiles , que nos pères fe faifoient
un devoir de refpecter ?
Loin d'étendre nos facultés , en voulant
étendre nos forces , nous les diminuons
, au contraire , fi notre orgueil
s'étend plus qu'elles ; & la force pouffée
au- delà des bornes raifonnables, dégénère
en foibleffe ; & l'on peut dire , avec fon
dement , que l'attrait pour tout ce qui
eft fingulier & nouveau , n'eft propre
qu'à éblouir les efprits foibles & frivoless
il n'emporte que les ames légères , qui
n'ayant par elles - mêmes , ni affez de fumières
pour connoître la vérité , ni affez
de courage pour la fuivre , quand ils l'ont
connue , deviennent le jouet de leur
propre inconftance ou des paflions étran
gères . Comme elles manquent de talens.
& de reffources pour briller dans la paifible
carrière de la vérité & de la vertu ,
*
OCTOBRE. 1777 . 89
<
elles cherchent à fe fignaler par la fingu
larité des opinions . Elles efpèrent de
trouver dans la hardieffe des paradoxes
ou des entrepriſes , une célébrité que
leur foibleffe leur eût toujours refufée .
Rien de fi fatisfaifant que de s'imaginer
qu'on appartient au petit nombre
d'hommes privilégiés , qui ont fu de
bonne heure rejeter les opinions coinmunes
, & qui regardent les autres hommes
comme une vile populace , qui fe
repaît de chimères. On fe voit , dans
cette idée flatteufe que l'on a de foimême,
comme infiniment élevé au- deffus
de la multitude crédule & entraînée par
la coutume , plutôt que conduite par la
raifon. Il n'y a rien de fi doux , dit un
poëte Epicurien Amateur des opinions
hardies & dangereufes , & par
conféquent ame forte , que de demeurer
dans le temple élevé de la fagefle ,
» où l'on jouit d'une perpétuelle féré-
» nité , & d'où l'on regarde de haut en
bas les autres hommes errans & difperfés
dans leurs différentes manières
» de vivre ».
»
95
و د
"
*
Lucrèce , lib. 11.
90 MERCURE DE FRAN
Tel fut , à peu-près , le raif
de l'Obfervateur critique , a
répondîmes que l'Orateur , /
que les ames fortes avoient
naturel pour les opinions 1 .
dangereufes , n'avoit nullement préte
le juftifier , moins encore approuver
tous les écarts dans lefquels ce penchant
pouvoit jeter les hommes. Mais cette
critique , & l'attention favorable avec
laquelle elle fut écoutée , nous prouve
que les Écrivains font aujourd'hui plus
obligés que jamais , de parler avec
clarté & avec précifion , lorfqu'il s'agit
de la morale , & fur-tout de la puiſer
dans fa vraie fource .
Hiftoire générale de l'Eglife Chrétienne ,
depuis fa naiffance jufqu'à fon dernier
état triomphant dans le Ciel , tirée
principalement de l'Apocalypfe de St.
Jean , Apôtre ; Ouvrage traduit de
l'Anglois de Monfeigneur Paftorini ,
par un Religieux Bénédictin de la
Congrégation de Saint Maur. A
Rouen , chez le Boucher , jeune ; à
Paris , chez Durand , neveu , rue
Galande.
-
Le Livre de l'Apocalypfe , felon SaintOCTOBRE.
1777. 91'
་
Jérôme , « contient un nombre infini de
Mystères qui regardent les temps à
» venir » . On ne peut donc pas fe borner
à des moralités édifiantes , lorsqu'on
fe propofe de donner une explication
complette de ce Livre prophétique. Saint
Auguftin tient le même langage que
Saint Jérôme , & affure dans fon Traité
de la Cité de Dieu , que l'Apocalypſe
» eft une prophétie de ce qui doit arriver
» depuis le premier avénement de Jeſus-
» Chrift fur la terre , jufqu'à ſon ſecond
» avénement au dernier jour » . Telle
eft auffi l'opinion de la plupart des interprètes
modernes , que M. Paftorini
adopte . On ne peut pas fe diffimuler que
ce Livre eft appelé plus d'une fois Prophétie
, nom qui ne convient point à un
Livse qui ne renfermeroit que de fimples
Moralités. Ce livre eft formé fur
le modèle des Prophéties d'Ezéchiel &
de Daniel , qui , loin d'être des Moralités
vagues , font de véritables prédictions
, dont les unes ont déjà eu leur
accompliffement , & les autres doivent
l'avoir dans la fuite des fiécles . On voit
dans ce Livre même un rapport manifefte
, non à l'état générale de l'Eglife
dans le monde , mais à certains événeples
92 MERCURE DE FRANCE.
des mens marqués par des temps & par
époques . Il y en a même qui doivent
arriver bientôt. Quelques bornes ou
quelque étendue qu'on donne à cette expreffion
, il eft certain qu'elle marque
un événement attaché à un temps . Il y a
des caractères qui portent néceffairement
la vue fur quelque révolution qui doit
étonner l'Univers . Il paroît par-tout ce
Livre , qu'il s'agit moins de l'oppreffion
de la vertu & de la Sainteté , que de
celle de la Religion Chrétienne ; oppref
fion qui ne donnera pas la plus légère
atteinte aux promeffes faites à l'Eglife ,
contre laquelle ni le monde , ni l'Enfer
ne prévaudront jamais. L'Eglife pourra
faire des pertes par les fchifmes , par les
héréfies , par le progrès de l'irréligion ,
par la corruption des moeurs , & par
d'autres malheurs que la prudence humaine
ne peut pas prévoir. Cette même
Eglife n'en fera pas moins triomphante
du monde & de l'Enfer ligués contre
elle , parce qu'elle eft fondée fur la
pierre immobile des promeffes de Jeſus-
Chrift , qui ne ceffera de la protéger ,
jufqu'à ce qu'enfin il la faffe triompher
à jamais dans le Ciel.
On trouve dans le Livre de l'ApocaOCTOBRE.
1777. 93
fuflypfe
des expreffions qui ne font pas
ceptibles d'interprétations morales &
myftiques. C'eft une perfécution réelle ,
un martyre qui n'eft rien moins que métaphorique
; ce font des ames décapitées
pour la caufe de Jefus- Chrift ; c'eft une
bête qui s'eft enivrée du Sang des Saints
& des Martyrs. Si les termes font figurés
, l'événement eft réel & littéral ; c'eft
une Hiftoire fuivie depuis l'origine du
Chriftianifme , jufqu'au jour de l'éternité
; c'eft dans ce Livre terrible & confolant
, tout-à-la-fois , que font dépeints ,
avec les plus vives couleurs , les combats
qui ont été livrés à l'Eglife , & les premières
victoires qu'elle a remporté , &
qui font le gage des triomphes qui lui
font promis pour les derniers ternps ; les
divers obfcurciffemens que l'Enfer lui a
fufcités , les châtimens exercés fur les
peuples , les progrès de l'iniquité , la
tyrannie de l'Ange de ténèbres portée à
fon comble , la patience & la foi d'un
petit nombre de juftes réfervés , les reffources
qui leur font préparées , le nouvel
& furprenant éclat que reçoit le
règne de l'Agneau , la chûte de la fuperbe
Babylone .
L'Auteur de la nouvelle explication
94 MERCURE DE FRANCE.
de l'Apocalypfe n'exagère point , lorfqu'il
repréfente ce Livre comme le plus
intéreffant pour les fidèles , & le plus
propre à les affermir dans les différentes
épreuves qui leur font deftinées . Ce Livre
femble n'avoir été placé à la fin
des Ecritures , que parce qu'il raffemble
tout ce qu'elles contiennent de plus terrible
& de plus confolant . « Si on eft pré-
» paré , dit le grand Boffuet , à quelque
» chofe de grand , lorfqu'en ouvrant les
» anciennes Prophéties , on y voit d'abord
» dans le titre , la vifion d'Ifaïe , fils
» d'Amos ; les paroles de Jérémie , filș
" d'Helcias , & ainfi des autres ; com-
» bien doit-on être touché , lorfqu'on lit
à la tête de ce Livre , la révélation de
Jefus-Chrift , fils de Dieu ?
03
»
Tout répond à un fi beau titre.
Malgré les profondeurs de ce divin
» Livre , on y reffent , en le lifant , une
impreffion fi douce , & tout enfemble
» fi magnifique de la Majefté de Dieu ;
» il y paroît des idées fi hautes du Myf
» tère de Jefus-Chrift , une fi vive re-
» connoiffance du peuple qu'il a racheté
» par fon Sang , de fi nobles images de
» fes victoires & de fon règne , avec
» des chants fi merveilleux pour en céOCTOBRE.
* 1777. 95
» lébrer les grandeurs , qu'il y a de quoi
» ravir le Ciel & la Terre .
و ر
"
Il eft vrai qu'on eft à la fois faifi
» de frayeur , en y lifant les effets ter-
» ribles de la juftice de Dieu , les fan-
» glantes exécutions de fes Saints Anges ,
» leurs trompettes qui annoncent les
» jugemens , leurs coupes d'or pleines
» de fon implacable colère , & les plaies
incurables dont ils frappent les im-
» pies. Mais les douces & raviffantes
peintures , dont font mêlés ces affreux
» fpectacles , jettent bientôt dans la con-
» fiance, où l'ame fe repofe plus tranquil
lement , après avoir été long - temps
» étonnée & frappée au vif de ces hor-
» reurs. Toutes les beautés de l'Ecri-
» ture font ramaffées dans ce Livre.
» Tout ce qu'il y a de plus touchant , de
plus vif , de plus majestueux dans la
» Loi & dans les Prophètes , y reçoit
» un nouvel éclat , & repaffe devant
» nos yeux pour nous remplir des con-
» folations & des graces de tous les
» fiécles. "
ود
D'après de fi grandes idées qu'on nous
a données de c: Livre divin , on ne peut
que favoir gré à ceux qui , comme le
refpectable Auteur de l'hiſtoire de l'E96
MERCURE DE FRANCE.
glife que nous annonçons , s'efforcent de
nous développer tous ces emblêmes &
toutes ces expreffions figurées qui font
employées dans l'Apocalypfe , & qui
nous cachent les grands & terribles
événemens confignés dans les Livres
prophétiques. Notre reconnoiffance
envers les interprètes de ce Livre , doit
augmenter à proportion de l'extrême
difficulté d'expliquer un Livre auffi obfcur
, & par conféquent auffi fufceptible
de tant de diverfes explications. C'eſt
le caractère de toutes les prophéties
d'être obfcures plus ou moins , & d'être
livrées aux conjectures des interprè
tes , jufqu'à ce qu'elles foient éclaircies
par leur accompliffement. L'Apocalypfe
a même ceci de particulier , comme l'ont
remarqué plufieurs interprètes ; c'eft que
ce n'eft pas une feule énigme, ce font plufieurs
énigmes qui , regardant des ſujets
& des perfonnages différents , des temps
& des lieux fort éloignés les uns des
autrés doivent avoir tout autant de
clefs ; de forte qu'on peut dire beaucoup
plus raifonnablement
de l'Apocalypfe
en particulier , ce qu'Origène difoit
de l'Ecriture Sainte en général ; c'eſt
qu'elle reffemble à un édifice où il y a
divers
OCTOBRE. 1777. 97
divers appartemens , & qu'il eft fort difficile
d'approprier à chacun la clef qui
lui convient .
On ne peut pas s'empêcher d'avouer
que le Saint-Esprit a voulu que ce Livre
divin portât ces deux caractères , 1 ° . qu'avant
l'accompliffement des événemens
qu'il renferme , il parût d'une obfcurité
impénétrable ; 2 °. que quand il plairoit
à l'efprit qui l'a dicté d'en donner l'intelligence
, il parût le Livre le plus faic
pour être entendu , & le plus rempli de
tout ce qui peut aider l'efprit , & le mettre
à portée d'entendre ce qu'on lui propofe.
C'eft la réunion de ce double caractère
qui fait la perfection d'une énigme
or , l'Apocalypfe eft une énigme
compofée avec un Art divin.
Cette idée, qui nous paroît fi jufte ,
n'a pas empêché toutefois que ce Livre
n'ait été , dans tous les fiécles , l'objet
des recherches & des méditations de
plufieurs Saints interprètes ; ils n'ont pas
cru devoir négliger cet avertiffement
qu'on trouve au commencement & à la
fin de ce Livre prophétique : a heureux
» celui qui lit & entend les paroles de cette
Prophétie , & qui garde les chofes qui y
» font écrites. » S'il eft vrai que les évé-
"
11. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
99
nemens doivent rompre les fceaux , &
qu'ils feront feuls le vrai Commentaire
de ce Livre ; il n'en eft pas moins vrai
qu'il eft annoncé qu'il y aura des Savans ,
à qui l'Efprit de Dieu donnera l'intelli
gence de ces Prophéties , lorfqu'on avoifinera
le temps de leur accompliffement.
« Le Seigneur , dit Amos , 3.7 , ne fait
» rien fans avoir auparavant révélé fon
fecret aux Prophètes , fes ferviteurs » . Il
y a donc des tems où le Livre des divines
Ecritures devient , d'une manière particulière
, la nourriture de certains hommes
choifis , à qui Dieu découvre les
grandes chofes qu'il doit faire . Dieu fe
conduit comme un Roi qui , à la veille
des grandes entreprifes qu'il médite
découvre à quelques- uns de fes favoris
les deffeins qu'il a formés. Il eft expreffement
dit dans l'Apocalypfe , que le Livre
doit être dévoré dans le temps des grandes
révolutions , & qu'alors Dieu fait
part de fon fecret à fes amis. Il n'y a
donc plus qu'à examiner fi l'on peut ju-,
ger avec vraisemblance qu'on eft en effer
a la veille de ces grandes révolutions ,
Saint Jean , en recevant le Livre de la
main de l'Ange , eft averti que cetre
merveilleufe nourriture fera pour lui
OCTOBRE. 1777. 99
tout- à - la fois douce & amère : en effet ,
les Ecritures caufent à la fois une grande
confolation & de grandes afflictions . La
confolation eft attachée aux premiers
momens où l'on médite le Livre ; mais
à mesure que les vérités qu'il renferme
nous deviennent propres , elles produifent
de l'amertume , foit au dedans
parce qu'il faut contredire fes propres
paffions , foit au dehors , parce que le
monde , ennemi de Dieu & de fescuvres
, l'eft auffi de fes ferviteurs .
que
Mais on doit avouer qu'avant l'époque
des grands événemens , & avant
le Très Haut faffe lui - même , à
des hommes privilégiés , la manifeſtation
de fes deffeins profonds , les paroles
ineffables que Saint Paul a entendues
au troifième Ciel , & celles des fept
tonnerres de l'Apocalypfe refteront fcellées
, & l'on verra les explications des
interprètes , même les plus éclairés & les
plus fages , fe combattre les unes & les
autres. La richeffe & la fécondité des
événemens du monde fera même leur .
embarras en effet , combien d'événemens
qui paroiffent reffemblans & également
applicables aux prédictions de ce
Livre ? Peut- on d'ailleurs être affez dé-
}
Eij
100 MERCURE DE FRANCE .
4
gagé de toute prévention , pour ne pas
appréhender de fubftituer fon propre efprit
à l'efprit prophétique , & ne pas fe
laiffer éblouir par des reffemblances &
des conformités favorables , à des préjugés
& à des opinions favorites qu'on a
fouvent adoptées avec trop de précipitation
. C'eft de quoi perfonne ne peut fe
flatter fans témérité , & ce que l'on ne
doit pas , ce femble , efpérer de l'efprit
humain , s'il n'eft éclairé d'une manière
extraordinaire des lumières de l'Auteur
de la révélation , comme le difoit un
favant Cardinal ( Caietans ) .
Toutes ces réflexions , qui s'appliquent
à tous les interprètes anciens & modernes
, n'empêcheront pas de lire avec fruit
l'Ouvrage de Mgr. Paftorini , qui renferme
plufieurs explications lumineuſes :
ce digne Pafteur a cru deyoir adopter fur
les quatre premiers âges, les mêmes voies
que M. de la Chetardie avoit propofées
fur les quatre premiers fceaux & les
quatre premières trompettes , à quoi le
favant Editeur de la Bible d'Avignon
avoit ajouté celles qui regardent les quatre
premières coupes . Quant aux trois
derniers âges , le nouvel interprète s'éloigne
du fentiment de ceux qui l'ont
OCTOBRE. 1777. 101
he
précédés ; il fuppofe , par exemple , que
I'Antechrift fera un Mahométan , qui
naîtra de la race même de Mahomet ,
dans la Tartarie- Crimée . Mais comment
un tel homme feroit - il capable de
féduire les Elus mêmes , comme Jefus-
Christ l'annonce ? C'eft uneobjection
qui fembloit mériter une réponse.
·
Le nouvel interprète foutient encore
dans fon Ouvrage, que les Saints qui ont
vécu avant Jefus Chrift , n'ont adoré
l'Etre fuprême que dans l'unité de la
Divinité , & que la Trinité des perfonnes
n'a été connue & adorée par les
Saints , que depuis l'avènement de Jefus-
Christ. Cette opinion ne contrárie t - elle
formellement la décifion du Concile
pas
de Trente , qui a défini que nul homme ,
dans aucun temps , n'a été juftifiéfans la
foi au Médiateur? Cent Evêques de France
, en 1720 , ont enfeigné , dans un
Ouvrage public , la même Doctrine que
celle du Concile . « C'eft , difent ces.
Prélats , une vérité que l'on doit fuppofer
comme le fondement de toute la
» Doctrine Chrétienne , que , depuis la
», chûte d'Adam , nous ne pouvons plus
» être juſtifiés , ni parvenir au falut que
» par la foi au Rédempteur. Il n'y a ,
"
ود
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» comme dit l'Apôtre , qu'un feul Média-
» teur de Dieu & des hommes , comme il
""
n'y a de falut qu'en lui feul , parce qu'il
" n'y a point d'autre nom fous le Ciel
» donné aux hommes , par lequel nous
" puiffions être fauvés.
"2
» Cette importante vérité , marquée
» dans toute la fuite des Ecritures
s'applique à tous les temps , avant la
» Loi & fous la Loi ; car la Doctrine
» Chrétienne ne laiffe pas lieu de douter,
dit Saint Auguftin , que fans la foi
» du Médiateur , les anciens n'ont pu
» être juftifiés , ni purifiés de leurs pé-
» chés. Tous les Saints , dit St. Léon ,
» qui ont précédé le temps du Sauveur ,
» ont été juftifiés par la foi en Jésus-
Chrift , Dieu-Homme , & par ce mystère
» font devenus le Corps du Chrift , atten-
» dant
par celui qui devoit defcendre d'A-
» braham , la Rédemption générale des
» croyans ». Tel eft le langage & la
Doctrine de toute la Tradition .
و و
Nous ne nous aviferons pas de pouffer
plus loin nos obfervations fur ce
nouvel Ouvrage , qui mérite d'autant
plus d'être bien accueilli , que l'on ſem-
'ble aujourd'hui s'occuper davantage de
P'étude des Ecritures . Tout ce qui peut
OCTOBRE . 1777. I
¿
faciliter cette étude , & en applanir le
difficultés , mérite des éloges ; & ce fera
même de la diverfité des explications ,
du choc des opinions , & de la difcuffion
des différens paffages de l'Ecriture Sainte
, que fortira un bon Commentaire
des Livres prophétiques : Ouvrage qu'on
-doit attendre & defirer avec ardeur.
Suite des Epreuves du Sentiment , par M.
d'Arnaud ; tome quatrième . Cinquième
Anecdote . Germeuil. in - 8 ° . avec
figures . A Paris , chez Delalain , Libraire
, rue de la Comédie-Françoife.
,
M. d'Arnaud continue de tirer fon
Lecteur du cercle étroit de fes habitudes ,
pour lui faire parcourir les Scènes variées
de la vie humaine, & lui donner une expérience
que l'Ecrivain moraliſte fait toujours
tourner au profit de la Vertu . Sa
dernière Anecdote , intitulée Germeuil
nous fait voir le danger des liaiſons ,
fur-tout dans les grandes villes où l'homme
méchant pouvant fe cacher dans la
< multitude dreffe plus facilement fes
-embûches . Un Ecrivain de nos jours , a
..dit que l'haleine de l'homme eft mortelle
à l'homme. Ceci eft vrai au moral comme
>
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
au phyfique , & M. d'Arnaud développe
cette penfée au commencement de fa
nouvelle Anecdote . Il réfulte de fes réflexions
, qu'une grande ville eft un grand
mal dans un État , & que rien n'annonce
plus le fiècle de la frivolité & de la corruption
, que le dédain des habitans des
grandes villes , pour le féjour de la Province
, & leurs froides plaifanteries fur
ceux qui goûtent la fimplicité de la vie paftorale
& champêtre. « On ne difconvien-
99
dra point , ajoute M. D. , que dans les
" grandes villes , la Société n'ait des formes
plus élégantes , un langage plus
poli & plus cultivé , qu'elle ne connoiffe
» mieux les fineffes de l'ufage & de la
» mode , toutes les propriétés du luxe ;
qu'elle ne foit enfin plus éclairée fur
» ce qu'on peut appeler la Science du
monde , qu'un petit troupeau de Citoyens
refferrés dans une étroite en-
» ceinte , & bornés aux feuls foins de
» leur famille , & d'une fortune fouvent
و د
و د
médiocre , qui ne s'étend guères au-
» delà de ce qu'on nomme l'honnête ai-
» fance. Mais ces prétendus avantages ,
dont Paris femble s'enorgueillir , font-
» ils bien des privations réelles pour la
» Province ? Les qualités de l'homme
OCTOB R- E. 1777. 105
ود
"
ود
33
>>
›
» ce qui conftitue la créature vraiment
» eftimable , fouffrent peut- être de cet
» abus des liaifons , inconvénient attaché
» aux nombreufes fociétés . Le défir de
» reffembler à tout le monde empêche
qu'on ne conferve fa phifiono-
» nie particulière ; la vertu la plus affer
mie s'affoiblit & s'altère à trop fe communiquer
comme le génie perd
» fa force en fe foumettant aux petites
» nuances & aux conventions du bel efprit.
En un mot , il eft difficile de fe
garantir de la corruption morale ; &
» c'eft une épidémie prefque toujours répandue
dans des cités qui font le fiége
» d'un Empire . Je n'imagine point que
l'efpèce humaine ait beaucoup gagné à
» fe rapprocher. Elle a fait , fans contredit
, des acquifitions relatives aux
agrémens de la vie , à l'étendue des
» connoillances , à la jouiffance des faux
» plaifirs ; mais , à quel prix ? aux dé̟-
» pens
de la vérité & de la nature . L'ame
» a perdu fon énergie , les fenfations
font devenues moins vives ; l'amour
» de la vertus eft prefque éteint en s'atfociant
& multipliant fes befoins on
» a contracté une foibleffe incurable
» P'homme ifolé fera toujours l'original
ܤ܂
و د
>>
>>
و د
:
7
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
» de l'homme vivant en fociété
و د
& la
copie n'aura jamais le degré d'intérêt
» & de vigueur du modèle.
Germeuil avoit apporté à Paris , ces
traits diftinctifs fi rares & fi précieux ,
le goût invariable pour l'honnête & le
vrai , l'exactitude à remplir fes devoirs ,
la fobriété dans fes defirs , la fage retenue
dans fes plaifirs , un efprit droit ,
un coeur extrêmement fenfible , des verrus
modcftes , des connoiffances utiles ,
tout ce qui forme le Citoyen également
aimable & eftimable. Il étoit poffeffeur
d'une fortune affez confidérable , que lui
avoit laiffée un père devenu riche par les
produits d'un commerce auffi honorable
que lucratif : une époufe charmante &
vertueufeajoutoit à fon bonheur.Uneforte
de fatalité , ouplutôt une des illufions qui
fejoignent prefque toujours aux erreurs
de l'opulence , avoit fait defirer à Germeuil,
de vifiter cette ville dont on parle tant en
France & dans les Pays étrangers . Il y
étoit venu avec fa femme , & il n'avoit
pas
tardé à reffentir les effets du funefte
enchantement. Il s'étoit donc établi à
Paris , bien déterminé, il eft vrai , à goûter
fes agrémens en homme intelligent &
modéré , qui fait s'amuler & jouir , fans
OCTOBRE. 1777. 107
<
ود
courir les rifques de la diflipation & du
remords ; il revoloit auprès de fon époufe ,
toujours plus tendre & plus attaché à ſes
devoirs ; mais , malheureufement pour
lui , il fe lia avec un homme qui annonçoit
ce qu'on defire dans un ami auquel on
veut fe livrer fans réferve . « Blinval réusniffoit
à la plus belle figure , un efprit
» fin & délicat ; nourri dans la grande
» fociété , il en avoit toutes les grâces ;
» tout refpiroit en lui cet air de nobletfe
qu'on ne fauroit exprimer , & qui fe
» fait fentir avec tant de force & d'intérêt.
» Les moindres expreffions qui lui échapoient
, portoient avec elles le char-
» me du fentiment . Cette magie fi
puiffante fe répandoit en quelque forte ,
» fur tout ce qui l'entouroit ; mais que
» ces heureuſes apparences étoient trompeufes
& perfides ! Blinval cachoit ,
fous cet extérieur féduifant , une ame
» infectée de tous les poifons. Son uni-
» que objet étoit de jouir ; de cette four-
» ce corrompue découloient tous fes
ود
"
principes ; il avoit diffipé fa fortune
» par de folles dépenfes ; il s'agiffoit de
réparer les pertes : les moyens lui
roiffoient légitimes , s'ils lui procun
roient des refources ; il ne croyoit
pa-
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
"
»
331
"
qu'au plaifir. Aufli mettoit- il au rang
» des préjugés , les vérités les plus refpectables
& les nieux établies : mais
» cette façon de penfer fi monitrueufe
fi criminelle , il ne la décéloit qu'avec
beaucoup de précaution , & àl'amitié
» la plus intime . C'étoit fon fecret , &
» Blinval fe gardoit de l'indifcrétion ;
» il penfoit fur-tout que le monde étant
» un théâtre , il falloit s'amufer à y jouer
» tous les rôles , & à y prendre tous les
mafques. Il joignoit à fes talens perni-
» cieux , l'art du flatteur le plus fouple &
»
le plus adroit à peine entroit-il dans
» un cercle , qu'il étudioit avec opiniâtreté
" le foible des individus qui le compo-
» foient ; & il ne l'avoit pas faili , qu'il
» en tiroit avantage. Germeuil lui avoit
paru un inftrument utile à fes vues :
» il poffédoit des richeffes ; mais l'opu-
» lence n'étouffoit point en lui l'honnê
teté ; il ofoit avoir des moeurs , ane
» ame dirigée vers le bien ; il falloit donc
"corrompre fon coeur pour l'amener à ce
degré d'égarement qui ne permet plus
» de réfléchir ; c'étoit par l'attrait du plaifir
, que Blinval fe propofoit d'attirer
» Germeuil dans le piége ». Il lui prosure
en conféquence la connoiffance
و د
»
"
OCTOBRE. 1777. 109
3
d'une de ces femmes charmantes , dont
la fortune fe trouve toujours dérangée
par des accidens plus funeftes les uns que
les autres ; de ces femmes qui favent
montrer une fenfibilité exquife , & fe
plaindre à propos d'un excellent coeur,
la fource de leurs malheurs & de leurs
peines. Le faux ami obferve avec foin
l'impreflion que cette jeune perfonne fait
fur le coeur de Germeuil , & ne ceffe de
louer la beauté , l'efprit , la vertu de cette
femme unique. Blinval uni depuis longtemps
avec l'artificieufe Coquette par les
mêmes goûts & les mêmes vices , parvient
cufin à faire avaler au bon Provincial
le filtre féducteur. Le tendre époux,
le bon père , tous les jours perdoit de
ces fentimens que fuivent l'innocence
l'eftime de foi- même , le calme de l'ame .
L'humeur de Germeuil s'aigriffoit ; it
n'avoit plus cette douceur de caractère
qui répand tant de charme fur un engagement
qu'avouent la Religion & la
vertu . Il devenoit rêveur , fombre , chagrin;
il ne recherchoit plus les touchantes
careffes de fa femine & de fes enfans. Ces
derniers ne l'intéreffoient plus par leurs.
amufemens folâtres enfin , à chaque
inftant , Germeuil fe montroit plus mé
110 MERCURE
DE FRANCE
.
› >
connoiffable. L'honnête Adélaïde ne s'appercevoit
que trop de ce changement ,
mais elle craignoit d'affliger fon mari ,
en laiffant échapper la plus foible plainte ;
elle oppofoit à ces nuages une férénité
inaltérable ; & c'étoit par dés témoignages
toujours plus vifs d'une pure tendreffe
, qu'elle combattoit les procédés
peu délicats , & les duretés mêmes de
fon époux. « Vous voudriez , difoit-elle
» à une de fes amies, qui taxoit fa conduite
de foibleffe vous voudriez
» s'il étoit égaré , que je rappelaffe
mon mari par des reproches & des
éclats ? Germeuil eft vertueux : tôt ou
tard il reviendroit à fes devoirs , à fa
» famille . Nous l'aimons tant ! Je fuppofe
qu'il ait cédé à quelques erreurs : je ne
» faurois le croire ; & puis , ma chère
amie , il eft difficile de fe réfoudre à
déplaire à ce qu'on aime. Germeuil
changeroit , qu'il me feroit toujours
» cher ; contente de pleurer en fecret ,
» je ne lui montrerois que mon amour .
Soyez-en perfuadée : la plupart des fein-
» mes ramèneroient leurs maris , fi elles
ne fe laffoient pas de leur oppofer la
douceur ; c'eft l'arme la plus fûre qu'air
» notre fexe pour le défendre contre la
tyrannie des hommes ».
و د
"
22
و د
H
ود
OCTOBRE. 1777.
>
>
Certe arme fut en effet toute puiffante
contre Germeuil. Cet époux , le coeur
plein de douleur & de repentir , revola
dans les bras de fon épouſe , qui n'avoit
jamais ceffé de lui être attachée ; mais
ce fut après avoir effuyé toutes les perfidies
que peut imaginer la fociété fcélérate
d'un homme & d'une femme perdus
de moeurs . Les coupables fubiffent à la
fin de cette Anecdote le fort que
méritoit leur conduite. Il n'y a
comme le fait très- bien voir M. D. , de
vrai bonheur que pour celui qui vit en
paix avec lui -même , en rempliffant fes
devoirs d'époux , de père , d'ami , de
citoyen , de fujet. L'eftimable Ecrivain
développe ces devoirs dans fes différentes.
Nouvelles & Anecdotes hiftoriques ; &
rappelant le Lecteur en lui- même, lui fait
trouver des vérités de fentiment , qu'il
ne foupçonneroit même pas au milieu
du tourbillon de la Société . Comme ces
fentimens fe trouvent toujours liés aux
événemens les plus frappans de la vie
huinaine , ils forment une forte de Philofophie
fentimentale à la portée de tous
des Lecteurs , des jeunes gens , fur- tout ,
& des femmes qui , ayant plus de coeur
& d'imagination que d'efprit & de rẻm
112 MERCURE DE FRANCE.
flexion , doivent plus goûter des fictions.
hiftoriques , que des traités difcutés &
approfondis.
L'Anecdote que nous venons d'annoncer
, termine le tomé quatrième des Epreu
ves du Sentiment. Les deux qui doivent
commencer le tome cinquième , la première
intitulée Daminville , & la feconde
Henriette , font actuellement fous preffe.
Cette édition , in- 89 . , doit-être recherchée
avec d'autant plus d'empreffement ,
qu'elle eſt très foignée & ornée de belles
gravures , qui rappellent une partie des
fcènes décrites dans l'Anecdote . On débite
actuellement le quatrième volume
de l'édition in- 12 de ces mêmes Epreuves
du Sentiment.
Le Quadragénaire , ou l'âge de renoncer
aux paffions , Hiftoire utile à plus d'un
Lecteur . A Genève , & fe trouve à
Paris , chez la veuve Duchefne , Libraire
, rue Saint-Jacques , au Temple
du Goût , 2 Parties in- 12 avec 15
Figures .
Le but de cet Ouvrage , qui eft une
nouvelle production de la plume . & de
l'imagination féconde de l'Auteur des
OCTOBRE.
Idéesfingulières , du Payfan ,
eft utile & intéreffant pour la
a été composé pour faire voir a
ont laiffé paffer leur jeuneſſe ſa.
les loix de l'hymen , que le tem.
pas venu pour eux d'y renoncer ab.
ment ; que l'union d'un homme de 9.
rante ans & d'une jeune perfonne , pourvu
d'ailleurs que les autres convenances s'y
trouvent , doit être regardée comme parfaitement
affortie ; & que ces mariages
tardifs font prefque toujours les plus
heureux .
"
Ecoutons l'Auteur lui-même développer
l'idée qui lui a fait prendre la plume.
" La nature a- t- elle mis des bornes , à
» notre bonheur ? Eft - il un âge où
» l'homme doive fe dire à lui - même :
je n'ai plus rien à faire au monde ? Non ,
» il eft pour toutes les faifons de la vie
» des occupations , & même des plaifirs
...Il paroît certain qu'un Quadragénaire
peut fans imprudence unir fon
» fort à celui d'une vertueufe épouſe ,
» en convenant d'ailleurs qu'il ne doit
plus compter fur un amour de paffion ;
» & que s'il prétendoit encore à ce qu'on
» nomme faire l'amour , il eft un fou ,
qui fera tout-à-la-fois & málheureux
& ridicule.
»
و د
14 MERCURE DE FRANCE.
""
.ود
" Quarante ans eft donc l'âge où les
agréables doivent faire retraite : il eft
trop tard alors pour fe livrer aux trompeufes
amours d'une inclination ; mais
» il eft encore tems de prendre la qua-
» lité refpectable de père de famille .
» Peut-être même eft - ce l'âge le plus
» propre à rendre heureufe une jeune
» épouse ? L'homme eft fi fou dans fon
» printems ! à trente ans il a fi
peu d'indulgence
! fa grande force le rend dur
» pour lui - même & pour les autres ;
mais à quarante ans il voit tout fous
un jufte point de vue ; fa manière d'aimer
eft plus tendre ; l'éducation qu'il
» devra donner à fes enfans fera plus expérimentale
& plus fage.
ود
Le fonds de ce Roman confifte dans
la correfpondance de M. de Sac ***
qui eft le Quadragénaire , avec une jeune
perfonne , orpheline de 19 à 20 ans , fille
d'un de fes amis . Elife , c'eft le nom de
la Demoiſelle , ayant perdu fon père
depuis un an , s'étoit retirée dans une
penfion où elle ne recevoit que quelques
parentes éloignées , & M. de Sac ***
que le père d'Elife avoit chargé en mourant
de l'adminiſtration des biens de fa
fille, M. de Sac *** étoit fon allié ,
OCTOBRE. 1777. 115
elle l'avoit connu dès fa plus tendre
enfance ; fa conduire étoit fi noble , G
défintéreffée ; fes foins étoient fi obligeans
, fi tendres , que la jeune perfonne ,
fongeant à fe marier , jugea qu'elle ne
pouvoit mieux choifir. Mais fon ami ,
âgé de quarante ans , ne penfoit plus
qu'à faire retraite ; il n'avoit garde d'attribuer
la confiance & l'attachement que
lui témoignoit fa pupile , à autre chofe
qu'à de l'amitié , à l'habitude de le voir
depuis l'enfance , & aux liaifons d'intérêt.
Quelque moyen qu'elle employât
pour lui faire pénétrer le deffein qu'elle
avoit formé , il ne l'entendoit pas. Ce fut
ce qui la réduifit à s'expliquer plus clairement
par écrit .
Dans les premières Lettres elle laiſſe
entrevoir modeftement & peu- à-peu fon
intention . Mais , obligée enfin de s'expliquer
ouvertement , elle ne néglige rien
pour déterminer un homme fenfé , timide
, & qui connoît trop bien fon fiècle
pour vouloir hafarder le bonheur
de la fille d'un ami , & le fien propre ,
par un mariage imprudent. C'eft ce qui
donne lieu à une difpute par écrit , entre
Elife & le Quadragénaire , où chacun
foutient fa thèfe , & l'appuie par des
116 MERCURE DE FRANCE.
1
exemples . Ce font ces Hiftoires épifodiques
qui rempliffent principalement
cet Ouvrage. Ce qui s'y trouve de particulier
, c'eft que les perfonnages principaux
de ces Hiftoires font prefque tous
parens , alliés , ou connoiffances de ceux
qui les racontent ; ce qui doit rendre
leurs exemples plus propres à faire une
impreffion mutuelle .
Elife cite d'abord à fon ami l'Histoire
d'un homme de quarante- cinq ans , qui
a vécu heureux avec une jeune époufe
de quinze à feize. Le Quadragénaire ,
loin de fe déterminer , réplique par
l'exemple de l'événement tout contraire
d'un mariage à - peu près de la même
nature . Cette Hiftoire a pour titre l'Ef
time n'eft pas de l'Amour.
Elife répond par l'Hiftoire intitulée :
l'Amour par lettres , ou l'Amant invifible.
C'est une jeune perfonne d'environ dixhuit
ans fruit du mariage des héros
de l'Hiftoire précédente , qui fe tailfe
toucher par les lettres d'un homme de
quarante ans , fort laid , & qu'elle n'avoit
jamais vu . Elle époufe cet amant , & fe
trouve parfaitement heureufe avec lui .
Cette troisième Hiftoire , toute par lettres
, eſt très- agréable à lire. ,
*
OCTOBRE. 1777. 117
Le Quadragénaire , qui connoît encore
mieux qu'Elife toutes les circonftances
de l'aventure qu'elle vient de lui
raconter , oppofe à cet exemple l'Hiſtoire
des vrais parens d'Elife elle - même
qu'elle n'a point connus , & dont il a
foin de lui déguifer les noms . Cette
Hiftoire , intitulée l'Illufion d'un Homme
de quarante ans , & qui forme le plus
long épifode de ce Roman , eft tragique
& effrayante. L'Auteur s'y eft beaucoup
livré à cette exceffive fécondité d'une
imagination ardente , dont il a déjà
donné des preuves dans d'autres Ouvrages
, & qui fouvent l'entraîne trop loin..
Il y a multiplié les incidens , les atrocités
, les fcènes terribles , &c . mais on
ne peut avoir une narration plus vive
plus rapide , plus attachante , ni peindre
avec plus d'éloquence & d'énergie les
funeftes effets d'une paffion fatale & involontaire
.
L'Hiftoire fuivante , racontée par Elife,
eft l'Anecdote d'une jeune Juive , qui
vient de ſe faire chrétienne , pour époufer
un homme de fa nation , converti
auparavant , & prefque Quadragénaire.
Cette Anecdote , intitulée l'Amour Juif,
confifte dans les lettres des deux Amans ,
118 MERCURE DE FRANCE.
où l'Auteur a très-bien fuivi le coftume
& le ftyle hébraïques ; ce qui les rend
vraiment originales.
› Prêt à fe rendre , de Saç *** dont
le vrai nom eft Glancé , veut auparavant
être parfaitement connu d'Elife . Il lui
fait fon Hiftoire , où il ne lui cache pas
les égaremens de fa première jeunelle ;
où il fe repréfente enfuite avili , déshonoré
, privé de fa liberté par une indigne
époufe ; cherchant à voir par-là fi toutes
ces circonstances ne diminueront rien de
Pidée avantageufe qu'Elife a de lui . Il
fui découvre de plus qu'il a une fille
tendrement aimée , & qu'il eft chargé
d'une autre qu'a eue fa femme . Il lui
obferve que fon coeur fera partagé. Vou
lez - vous encore , lui dit - il enfin , d'un
mari qui a paffé par de femblables épreuves
? Oui , je vous veux encore , répond
Elife , qui l'en eftime davantage , & qui
perfifte toujours dans fon plan. Le Quadragénaire
l'époufe , & ils trouvent tous
deux dans cette union leur félicité mu
tuelle.
J
Le Tribunal Domeftique , Comédie en
trois Actes & en Profe . A Amfterdam
, & fe trouve à Paris , chez Ef-
C
'
1
OCTOBRE. 1777. rrg
prit , Libraire , au Palais - Royal
1777 , in-8°.
Une Loi des anciens Romains a fourni.
le fujet de cette Comédie. Romulus avoit
établi chaque particulier juge de fa femme.
Le mari de celle qui avoit commis
quelque délit , affembloit les parens de
la coupable , & la jugeoit devant eux ..
Ce Tribunal Domestique fervoit à maintenir
les moeurs dans la République. On
lit dans les anciens Hiftoriens des exemples
de cette forte de jugemens .
Pandolfe , Jurifconfulte Vénitien , excédé
de la coquetterie de Laure , fa femme
, & de fon goût pour les bals & les
divertilfemens , a formé le projet de faire
revivre la Loi du Tribunal Domeſtique ,
& propofé au Sénat de rendre un Edit
pour fon rétabliffement. Le Sénat eft
affemblé pour délibérer à ce fujet. Pafquin
, Valet- de- Chambre & Confident
de Pandolfe , jaloux de fa femme Zerbine
, qui fuit en tout l'exemple de ſa
maîtreffe , n'est pas moins enchanté que
fon maître , de l'efpérance de voir un tel
afage en vogue . Il regarde même l'Edit
coinme déjà rendu ; & , voulant ufer
d'avance de fon privilège , fait affeoir
こジ
120 MERCURE DE FRANCE.
Zerbine fur un tabouret , fe place fur
un fauteuil , & lui fait fubir comiquement
un interrogatoire . Zerbine l'écoute
d'abord patiemment , & finit par fe moquer
de lui , lui dire des injures , & le
renverfer avec fon fauteuil . Pandolfe ,
de fon côté , a fait avertir la mère de
fa femme de venir affifter au jugement
qu'il veut porter contre elle . Mais Zerbine
raffure fa maîtreffe , en lui apprenant
que Pandolfe , devenu amoureux
d'elle , lui a donné un rendez - vous dont
l'heure s'approche , & qu'elle compte fe
fervir de cet incident de manière à faire
tourner tous les projets du Jurifconfulte
à fa confufion. Effectivement il arrive ,
& conte des douceurs à Zerbine ; il veut ,
dit-il , obtenir la première place dans
fon coeur , la place de Favori . De Favori
? s'écrie- t- elle , du petit épagneul que
j'ai perdu ? Elle s'attache à cette idée; ce
qui produit une fcène très - plaifante
dans laquelle elle fait jouer au grave
Pandolfe le rôle du petit chien , en lui
paffant un ruban autour du cou , en le
faifant fauter , danfer , japper , marcher
à quatre pattes . Il a beau s'écrier : Quel
caprice de chien ! Zerbine eft inexorable.
Enfin , comme ils font dans l'obſcurité ,
&
OCTOBRE. 1777. [ 21
& que Laure eft cachée dans l'appartement
, la Suivante profite du moment
favorable pour la fubftituer à fa place
lui remet le ruban & fe retire . Lucrèce ,
mère de Laure , arrive l'inſtant d'après ,
précédée des deux Domeftiques qui tiennent
chacun un flambeau , & voit fon
gendre aux genoux de fa fille , tenu en
leffe à - peu-près comme le Philofophe
foi-difant , du Conte de M. Marmontel.
Le Jurifconfulte eft confondu . Pour comble
de difgrace , fa belle-mère lui apprend
que les femmes fe font attroupées pour
s'oppofer à l'Edit , qu'elles ont invefti le
Sénat , en ont forcé les portes , & ont
fait renoncer les Sénateurs au projet ,
qui a été rejeté d'une voix unanime.
Pandolfe eft réduit à recevoir le pardon
de fa femme , & la Pièce finit par un
raccommodement de ménage , dont
l'exemple eft fuivi par Pafquin & par
Zerbine.
Cette Pièce , que l'Auteur traite luimême
modeftement de bagatelle , fruit
de quelques heures de loifir , ne doit
pas être examinée à la rigueur . Elle est
néceffairement un peu froide & foible
d'intrigue ; mais elle eft d'ailleurs bien
dialoguée ; la marche en eft fimple , &
11. Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE .
1
les fituations théatrâles font d'un bon comique.
On trouve à la fuite de cette Comédie
une vingtaine d'Odes Anacréontiques
, que l'Auteur , ou Editeur , affure
avoir été trouvées dans la retraite d'un
vieil Hermite , après fa mort , Nous allons
en citer une des plus courtes.
Du char de Vénus détachées ,
Dans le cafque de Mars , un jour ,
Deux colombes s'étant nichées ,
Sous un mirthe faifoient l'amour.
Vénus , dont la préſence attire
En ces lieux le Dieu des combats •
Laiffe échapper un doux fourire ,
En voyant leurs tendres ébats .
Aimables Colombes ! dit- elle ,
Couvez dans ce nid déformais.
Soyez l'emblême & le modèle
De la tendreffe & de la paix.
Dictionnaire des Origines , Découvertes,
Inventions & Etabliſſemens. A Paris ,
chez Moutard , Libraire , rue du Hurepoix.
OCTOBRE. 1777. 123
On a réuni , dans cenouveau Dictionnaire
,tout ce qu'on trouve de plus intéreffant,
de plus curieux , de plus piquant, & de plus
inftructif dans l'hiftoire facrée , civile , religieufe
, politique , littéraire ; dans l'hiftoire
naturelle , dans la phyfique , la métaphysique
, la morale , les mathématiques ;
dans les autres fciences, ainfi que dans tous
les Arts libéraux & méchaniques . Indiquer
dans le plus grand détail , l'origne
de chaque fcience & de chaque art , en
développer les progrès d'une manière auffi
fimple que méthodique ; fixer l'époque
de chaque découverte , de chaque établiffement
& de chaque coutume , d'après les
Auteurs les plus exacts & les plus eftimés ;
faire connoître les Inventeurs d'une infinité
de chofes utiles , que l'habitude où nous
fommes d'en jouir , nous empêche de
prifer autant qu'elles le méritent ; remonter
à la fource des ufages confacrés
une longue fuite de fiècles ; tels font
les principaux objets que ce Dictionnaire
offre à l'inftruction & à l'amufement du
public ; & l'on doit le regarder , d'après
les compilateurs qui y ont travaillé
comme un tableau général de la naiffance,
de l'accroiffement & de la perfection des
moeurs , des Arts & des Sciences chez
par
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>
les différentes Nations . Nous ne pouvons
en donner une plus jufte idée qu'en
mettant fous les yeux du Lecteur , quelques-
uns des articles pris au hafard . Voici
ce qu'on trouve au mot pafquinade :
» C'eſt un placard fatyrique , qu'on atta-
» che à Rome , à la Statue de Pafquin.
» On attribue l'origine de cet ufage à un
» Savetier Romain , nommé Pafquin
39
>
grand difeur de bons mots , & dans
» la boutique duquel tous les rieurs de
fon temps avoient coutume de s'affem-
» bler. Après fa mort , comme on fouil-
» loit fous le pavé devant fa boutique
» on trouva une ftatue d'un ancien gla-
» diateur , affez bien faite , mais mutilée
» & à demi gâtée . On la dreffa à l'endroit
» où elle avoit été trouvée , au coin de
» la boutique du défunt maître Pafquin ;
» & , d'un commun confentement , on lui
» donna fon nom. Depuis , toutes les
fatyres ont été appliquées à cette figure
, comme fi on eût voulu les attri-
» buer à un Pafquin reffufcité .
و د
Pafquin s'adreffe d'ordinaire à Marforio
, autre ftatue dans Rome , ou
» Marforio à Pafquin , à qui on fait faire
» la replique. Les réponſes font courtes ,
piquantes & malignes. Quand on atta-
39
OCTOBRE. 1777. 125
que Marforio , Pafquin vient à fon fe-
» cours ; & quand c'eft à Pafquin que
» l'on en veut , en veut , Marforio le défend à fon
tour ; c'eft-à dire , que les fatyriques
» font parler ces deux ftatues comme il
» leur plaît.
» La Signora Camilla , foeur de SixteV,
» & qui avoit autrefois fait la leffive ,
» étant devenue Princeffe , on vit le len⚫
» demain Pafquin avec une chemiſe ſale .
Marforio lui demandant la raiſon d'une
fi grande négligence , c'eft , répondit- il ,
» que ma blanchiffeufe eft devenue Prin
» ceffe n .
"
>
On remarque , dans le grand Diction
naire où tout le monde vient puifer ,
qu'Adrien VI , indigné de ſe voir fou
vent en butte aux fatyres de Pafquin
réfolut de faire enlever la ftatue pour la
précipiter dans le tibre , ou la réduire en
cendres ; mais qu'un de fes Courtisans
lui remontra ingénieufement que fi on
noyoit Pafquin , il ne deviendroit pas
muet pour cela , mais qu'il fe feroit enrendre
plus hautement que les grenouilles
du fond de leurs marais ; & que fi on
le brûloit , les Poëtes , Nation naturellement
mordante , s'affembleroient tous
les ans au lieu de fon fupplice , pour y
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
célébrer fes obfèques , en déchirant la
mémoire de celui qui l'auroit condamné.
Le Pape goûta cet avis , & la ftatue ne
fut point détruite. Le même motif peut
la conferver long- tems.
"
35
و د
"
Petit-Maître : « ce nom , difent nos
Lexicographes , a commencé par les
jeunes Seigneurs de la Cour . On croit
qu'il fut en ufage dès le tems où le
» Duc Mazarin fut reçu en furvivance
» de la charge de Grand - Maître de l'Artillerie.
On donna ce nom aux jeunes
Seigneurs qui étoient de même âge que
» lui . M. de Voltaire en donne une autre
origine. Le Prince de Condé , dit-il ,
» fe ligua avec le Prince de Conti , fon
frère , & le Duc de Longueville , qui
» abandonnèrent le parti de la fronde.
» On avoit appelé la cabale du Duc de
Beaufort , au commencement de la
Régence , les Importans : on appeloit
» celle des Princes , le parti des Petits-
» Maîtres , parce qu'ils vouloient être les
maîtres de l'Etat.
"
"
"
"
Ce terme a aujourd'hui une figni-
» fication plus étendue , & s'applique en
général à la jeuneffe , ivre de l'amour
» de foi - même , avantageufe dans fes
ود
1
1
OCTOBRE . 1777. 127
» propos , affectée dans fes manières , &
» recherchée dans ſes ajuſtemens » . -
Ne pourroit - on pas ajouter que le
Petit-Maître veut quelquefois paffer pour
bel efprit , parce qu'il a un peu de mémoire
, tant foit peu de lecture , fur-tout
des Journaux , des efprits des Auteurs ,
& des petits Dictionnaires ; parce qu'il
parle , d'une manière lefte & fouvent
ironique , de tout ce qui a rapport à la
Morale exacte & févère? S'il prend une
charge de judicature , il préfère l'étude
d'un rôle de Comédie , à celui d'un bon
Chapitre de Domat ou des Pandectes
de Pothier ; il aime mieux aller promener
fon ennui & fon loifir aux différens
fpectacles , que d'affifter à une favante
conférence fur le Droit. Si , au contraire ,
c'eft le parti de l'épée qu'il embraffe , ce
n'eft pas par le louable defir d'être utile
à fa patrie & à fon Roi , c'eft par rapport
aux plaifirs qu'il s'y promet , & parce
qu'il fait vou de paffer fes jours dans le
défoeuvrement des vifites , les divertiffemens
de toute efpèce , & fouvent dans
les excès les plus déshonorans. S'il s'engage
dans les loix de l'hymen , c'eft pour
fe réferver la liberté de manquer à fes
engagemens , de fe moquer de fes fer-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
mens , & de quitter une époufe tendre
& vertueufe , pour courir après des femmes
déshonorées par leurs excès & par
l'amour de l'argent , l'unique mobile de
leur fauffe tendreffe . Il faut s'arrêter
dans cette Defcription des moeurs des
différens Petits - Maîtres , de peur de
changer l'acception du mot en chargeant
leur portrait.
Vie du Dauphin , Père de Louis XVI ,
écrite fur les Mémoires de la Cour ,
préfentée au Roi & à la Famille Royale
par M. l'Abbé Proyart. A Paris , chez
Berton, Libraire , rue Saint-Victor ;
la veuve Hériffant , Libraire , rue
Notre-Dame.
On
convient que ce genre de compofition
tire de la vérité tout fon prix ; &
que toute fiction , de quelque nature
qu'elle foit , n'eft propre qu'à défigurer
l'Hiftoire. Un Biographe
qui ne veut
peindre que de fantaifie , & qui ne cherche
qu'à montrer de l'efprit en faifant
dire & penfer aux autres ce qu'ils n'ont
jamais dit ni penfé , s'écarte de la principale
Loi qu'il doit s'impofer. L'Auteur
de la Vie intéreffante
que nous annonOCTOBR
E. 1777. 129
çons , eft à l'abri de ce reproche , puifqu'il
n'a employé que des Mémoires authentiques
, & qu'il ne rapporte ces
faits que d'après des témoins oculaires
dignes de foi. La lecture de la Lettre
de l'Abbé Soldini , Confeffeur de Madame
la Dauphine , doit ôter jufqu'au
plus léger doute . D'ailleurs , toutes les
actions & toutes les paroles dignes d'admiration
, que M. l'Abbé Proyart offre
aux yeux du Lecteur , font exactement
analogues à l'idée qu'on a toujours eue
de Monfieur le Dauphin. Nous voudrions
pouvoir rapporter ici les principaux
traits de fa Vie qui nous ont le plus
frappé , & qui juftifient fi bien tous les
éloges qu'on a donné à ce Prince durant
fa vie & après fa mort.
« N'être grand que dans les grandes
» actions , c'eft ne l'être que la moindre
partie de la vie ; mais favoir , comme
"
* Ces Mémoires font de Madame la Dauphine
, de M. de Nicolaï , Évêque de Verdun ;
de M. Collet , Confeffeur de Mgr. le Dauphin ;
de M. Soldini , Confeffeur de Madame la Dauphine,
& de M. le Duc de la Vauguion . Et les
Lettres , tant de Mgr le Dauphin que de Madame
la Dauphine , ont été copiées fur ces originaux.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
"
» le Dauphin , donner l'empreinte de la
perfection à tout le corps de fa con-
» duite , c'eft être grand d'une véritable
» & folide grandeur ». En effet , ce ne
font pas toujours les vertus héroïques
qui font les plus eftimables... La gloire ,
récompenfe infaillible des actions d'éclat,
les rend faciles . Ce font les vertus domeftiques
journalières qui caractériſent
fur- tout l'homine vertueux , & qui coûtent
le plus.
Sous quelque point de vue qu'on envifage
M. le Dauphin , dans la vie publique
comme dans la vie privée , foir
que l'on confidere fes actions journalières
, ou les traits éclatans de fa vie ; ce
Prince mérite d'être placé immédiatement
après S. Louis pour fes vertus morales
; & pour les qualités de l'efprit &
du coeur , à côté des meilleurs Princes &
des plus grands héros de fa race . Telle
eft la jufte idée qu'en donne l'Auteur de
fa vie.
و و
L'Hiftoire , qu'il appeloit la Leçon des
Princes & l'Ecole de la Politique ; « l'Hiftoire
, difoit - il un jour à l'Abbé de
Marboeuf, eft la reffource des peuples
» contre les erreurs des Princes ; elle
donne aux enfans les leçons qu'on
92
OCTOBRE. 1777. 131
n'ofe faire au père ; elle craint moins
» un Roi dans le tombeau, que le payfan
» dans fa chaumière. M. le Beau lui
» ayant préfenté deux volumes de fon
» Hiftoire du Bas- Empire , il les montra
» à l'Abbé de Saint-Cyr , & lui dit en
» riant : l'Abbé, avis aux Princes › .
รอ
L'Hiftoire a beau faire fouvent l'éloge
des exploits guerriers , il donna
toujours la préférence aux vertus pacifiques
des grands hommes. « S'il eût
» monté fur le Trône , il eût préféré
» le plaifir de faire le bonheur de fes
» Sujets,à la gloire d'humilier fes voifins.
» Il eft bien plus beau , difoit - il dans
» un de fes écrits , d'être les délices du
» monde , que d'en être la terreur. Un
» Prince , ajoutoit - il , qui entreprend
» une guerre uniquement pour fa gloire
perfonnelle , eft également en horreur
» & à Dieu & aux hommes.
"
» M. le Dauphin étoit convaincu que
» la puiffance des Rois n'eft établie que
» pour exercer en particulier celle de
» Dieu ; pour récompenfer & pour pu
»
nir , pour effrayer par les châtimens ,
» attirer par les bienfaits , faire naître
» une noble émulation , maintenir le
» bon droit , le défendre contre la vio
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
» lence , terminer les diffentions & les
querelles , entretenir l'union entre tous
» les membres de l'Etat , alléger autant
qu'il eft poffible le joug de l'autorité ,
» tourner au profit des peuples les tréfors
» dont on eft dépofitaire , s'occuper tout
» entier de ce qui peut faire leur bon-
» heur , leur facrifier fon tems , fon plai
ود
ג
fir , fa vie & fa gloire même. Voilà les
» traits de reffemblance que l'autorité
» des Rois doit avoir avec celle de Dieu
» même ».
Nous venons de copier les propres
expreflions de M. le Dauphin , qui font
renfermées dans un de fes écrits , où il
prouve que tout bon gouvernement doit
avoir pour bafe la juftice & la raiſon .
Ces maximes faintes ont été gravées
dans le coeur de fon illuftre Fils ; elles
feront à jamais la règle de fes actions.
Son règne fera appelé un jour par l'Hiftoire
, un règne de paix & de juftice.
M. le Dauphin prouva , par fes actions
autant que par fes paroles , qu'il
regardoit la licence des moeurs comme
un principe deftructeur des Etats les
mieux affermis. « Je n'ai jamais douté ,
» difoit- il , que la Morale d'Epicure , à
laquelle on attribue la décadence de D
+
OCTOBRE . 1777. 133
.
l'Empire Romain , ne doive entraîner
" la ruine de toutes les Nations chez lef
» quelles elle s'introduira ».
ود
L'amour réel & fincère qu'il avoit
pour les peuples , lui rendoit perſonnelles
toutes les calamités publiques.
Une nouvelle impofition , devenue néceffaire
, le faifoit gémir. Chaque charge
de l'Etat en étoit une pour fon coeur.
" Le Duc de la Vauguion, à l'occaſion
» d'une Fête qui s'étoit donnée à Ver-
» failles pour la naiffance d'un Prince ,
" difoit qu'il ne comprenoit pas com-
» ment Affuérus avoit pu tenir à la fatigue
des feftins qu'il donna pendant
cent quatre - vingt jours aux Grands
» de fon Royaume. Et moi , dit le Dauphin
, je ne fais comment il a pu fub-
» venir à la dépenfe ; & je préfume que
» ce feftin de fix mois à fa Cour , aura
» été expié par un jeûne folennel dans
» fes Provinces. Il faudroit , difoit - il ,
» dans une autre occafion , à l'Ambaffadeur
d'Efpagne , pour qu'un Prince
goûte une joie bien pure au milieu
» d'un feftin , qu'il pût y convier toute
» la Nation , ou que du moins il pût fe
» dire , en ſe mettant à table : aucun de
"
»
و د
2
134 MERCURE DE FRANCE.
» mes Sujets n'ira aujourd'hui coucherfans
fouper ».
ແ
Ce Prince joignoit à cette fenfibilité
pour les malheureux , l'amour de la juftice
, qu'il regardoit comme la première
règle de la bienfaifance , fur-tout dans
un Prince deftiné au Trône , il fe fit un
devoir de lui facrifier en route rencontre
la recommandation , & même fa propre
inclination. Il avoit de juftes idées de
F'autorité & des devoirs des Sujets . « L'o-
» béiffance , difoit- il fouvent , doit être
» éclairée . Il faut distinguer les différens
» titres de ceux qui commandent , afin
» de ne pas obéir à l'un en chofes qui
» feroient du reffort de l'autre La
jufte application de cette maxime , fuffiroit
feule dans un Etat pour rendre les
peuples heureux & tranquilles .
1 .
La lecture de la vie de M. le Dauphin
intéreffera tous les Lecteurs , & leur
prouvera que ce Prince avoit fu allier
aux vertus propres de fa condition , toutes
les vertus que l'homme peut pofféder .
ici bas , & que M. le Dauphin réuniffoit
dans le plus haut degré de perfection.
Heureufement pour nous , ces vertus
revivent & brillent d'un nouvel éclat
dans fon illuftre Famille.
OCTOBRE . 1777. 135
Les Noces Patriarchales , Poëme en
Profe , en cinq Chants . A Paris ,
chez Quillau , Libraire , rue Chriftine
; & la veuve Tilliard , Libraire ,
rue de la Harpe.
L'Auteur de cet Ouvrage fe déclare
ouvertement pour la poéfie Allemande ,
& la préfère aux productions modernes ,
où l'on s'écarte de cette naiveté enchantereffe
, & de cette noble & touchante
fimplicité qui caractérisent les Ouvrages
des anciens. Cette Nation , qu'on ne
croyoit capable que de compilations la
borieufes & de difcuffions profondes
fur les matières d'érudition , nous a
prouvé , par plufieurs Ouvrages poétiques
, qu'elle avoit auffi le talent de
décrire fur-tout les beautés de la Nature ,
& les moeurs pures & innocentes de l'âge
d'or ; temps fortuné qu'on a droit de
regarder comme l'emblême du fiècle des
Patriarches ! Le genre paftoral qui n'a pu
fe foutenir parmi nous , malgré le talent
de plufieurs de nos Ecrivains , femble
s'être réfugié en Allemagne , où les
peintures fidelles de la Nature font la
plus forte impreffion . Plufieurs Poëtes
136 MERCURE DE FRANCE.
Allemands ont fu concilier l'efprit & la
naïveté dans une forte de poéfie qui devient
fade , fi l'efprit ne l'affaifonne , &
qui n'est plus rien s'il y domine. On a
remarqué que le naïf confifte non dans
la feule fimplicité , mais dans une belle
penfée , dans une vérité importante ,
dans un fentiment noble développé fans
art. Rien n'eft donc plus conforme au
genre paftoral, que de mêler des réflexions
philofophiques à la defcription des beautés
champêtres , & d'établir plufieurs vérités
importantes de Morale , même en
peignant les agrémens de la campagne .
Mais il faut , pour remplir cet objet ,
perdre de vue notre fiècle de frivolité ,
de luxe , ofons le dire, de corruption , &
remonter avec Théocrite à celui de l'âge
d'or , où , pour parler fans fiction , à ces
tems où l'on confervoit l'innocence des
moeurs primitives . S'il eft un âge , a dit
un Littérateur judicieux , qui puiffe préfenter
la Nature dans fon innocence , &
faire de la vie des bergers une école pratique
de philofophie ; c'eft celui où le
bonheur étoit auffi pur , que la conduite
de ceux qui en jouiffoient étoit
fimple.
Quant à l'Ouvrage que nous annonOCTOBRE.
1777. 137
•
çons ,
l'Auteur a - t - il marché fur les
traces de M. Gefner , & imité ces graces
naïves & cette fimplicité touchante
du Poëme d'Abel ? A- t- il fu allier le
refpect dû aux divines Ecritures , avec
la liberté des fictions poétiques ? Il faudroit
, pour décider cette queftion , analyfer
l'Ouvrage de M. le Saire , & en
faire un parallèle fuivi avec la mort d'Abel
, & quelques autres Pièces de MM.
Gefner , Vieland & Haller , où l'on
trouve une infinité de détails agréables
& intéreffans , & fur- tout ce ton aimable
de la Nature , infiniment fupérieur
aux frivoles ornements du bel efprit.
Nous exhortons ceux qui ont étudié ,
d'une manière particulière , la poéfie
Allemande & la nôtre , à faire ce parallèle ,
& à nous faire connoître le mérite diftingué
des Deshoulières , des Mange-.
nots , des Fontenelles, & des autres Auteurs
qui , comme M. le Suire , ont ofé
donner à une Nation galante la defcription
des moeurs pures & innocentes des
premiers tems.
Effai fur le Génie Original d'Homère ,
avec l'état actuel de la Troade comparé
à fon état ; traduit de l'Anglois ,
138 MERCURE DE FRANCE.
de M. Wood , Auteur de la Defcription
des Ruines de Palmyre & de
Balbec. A Paris , chez les Frères Debure
, Libraires , Quai des Auguſtins.
Rien ne doit être plus intéreffant ,
pour les admirateurs du Père de la poéſie ,
que des Remarques favantes & judicieufes
d'un Littérateur qui a lu l'Iliade &
l'Odyffée , fur la fcène où combattit
Achille , & dans les pays où voyageoit
Achille , & chantoit Homère ; & qui a
pouffé l'exactitude de fes Obſervations
jufqu'à faire la Carte du Scamandre ,
rivière de Phrygie , proche de Troyes ,
ayant le Poëte Grec entre les mains .
,
Ces Remarques méritent d'autant plus
d'exciter notre curiofité , qu'elles prouvent
combien Homère a été exact &
fidèle dans fa manière de peindre la Nature
; & que dans tous les Tableaux qu'il
a tracés , il eft plus original qu'aucun
autre Poëte ancien ou moderne . C'eſt
comme Géographe, Voyageur , Historien
ou Chronologifte , qu'on envifage Homère
dans l'Effai que nous annonçons.
On y examine fa religion & fa mythologie
, les moeurs & les coutumes qu'il
décrit , la langue qu'il parloit , & les
OCTOBRE. 1777. 139
connoiffances qu'il montre ; & , fous ces
différens points de vue , on indique avec
quelle vérité il a rendu la Nature .
La meilleure manière de rendre juftice
à Homère, étoit de fe tranſporter fur
les lieux , & au fiècle où il a compofé fes
Poëmes. Et l'on doit favoir gré à ces
illuftres voyageurs , MM. Wood , Dawkins
& Bouverie , d'avoir pour cela traverfé
les mers , & elfuyé toutes fortes de
fatigues , & de nous avoir appris plufieurs
faits intéreffans & propres à éclaircir
plufieurs endroits du Poëte Grec. Que
de beautés nouvelles ne devons- nous pas
démêler dans Homère ! Si nous nous
tranfportons en idée , avec M. Wood ,
dans la Troade & aux bords du Scamandre
, & fi nous lifons avec attention
fes Remarques judicieuſes ; ce nouveau
Commentateur , en parcourant la
Troade & les Ifles de l'Archipel , ne
s'eft pas borné à rendre un hommage
diftingué au génie d'Homère ; mais il a
encore la gloire de nous fervir aujourd'hui
de guide , dans la lecture de ce
Poëte , qui tient un premier rang parmi
les Auteurs claffiques. On defiroir depuis
long - tems une verfion françoife de l'Ouvrage
de M. Wood , déjà traduit en
140 MERCURE DE FRANCE .
plufieurs langues . Celle que nous annonçons
ne peut manquer d'être bien
accueillie par les Amateurs de l'Antiquité.
Journal des Caufes célèbres , curieufes &
intéreffantes , &c. Ouvrage périodique
pour lequel on foufcrit , chez M.
Défeffarts , Avocat , rue de Verneuil ,
la troisième porte cochère avant la rue
de Poitiers ; & chez le fieur Lacombe ,
rue de Tournon , au Bureau des Journaux.
12 vol. par an. Prix de la foufcription
, 18 liv. pour Paris , & 24 liv.
pour la Province , franc de Port.
Ce Journal continue de mériter les
fuccès qu'il a eus depuis qu'il paroît. Les
derniers volumes qui viennent d'être
publiés , l'emportent encore fur ceux que
nous avons déjà annoncés , par l'intérêt
& la variété des caufes qu'ils renferment.
LeVolume qui a paru au mois d'Août
dernier , contient la fameufe affaire du
fieur Poilly dont les malheurs font
connus de la France entière .
و
> Le Volume du mois de Septembre
renferme trois caufes : la première préfente
les détails les plus utiles fur la
1
OCTOBRE. 1777. 141
nobleffe ; la feconde eft l'hiftoire de la gageure
fingulière fur le fexe du Chevalier
Deon , jugée à Londres le premier Juillet
dernier; & la troisième offre le tableau
effrayant d'un citoyen prêt à périr par le
dernier fupplice , pour avoir commis un
homicide pour fa propre défenfe. Le Volume
qui vient de paroître le premier
de ce mois , contient quatre caufes : La
première eft une queftion de concubinage.
Cette affaire eft très - piquante.
Le Rédacteur en préſente ainfi le tableau .
» Les Recueils , dit - il , de no-
» tre Jurifprudence , contiennent une
» foule d'exemples de donations fai-
» tes par des amans à leurs maîtreffes ;
» mais on n'en trouve aucun d'une donation
faite par une Actrice à fon amant.
» Cette affaire , qui a été agitée depuis
»
* M. Défeffarts eft en même- tems Rédacteur
de cette Caufe, & Auteur du Mémoire qui a été
imprimé dans l'Affaire. Les principes qui profcrivent
les Actes qui font le fruit du concubinage
,y font développés avec beaucoup de clarté
& de force. M. Défeffarts. les a difcutés avec plus
d'étendue dans l'article Concubinage , qu'il a inféré
dans le Tome XIV du Répertoire Univerfel
de Jurifprudence , dont il eft un des Auteurs.
142 MERCURE DE FRANCE.
P
1
» peu dans la capitale , préfente ce phé-
2 nomène
« L'héritière , continue le Rédacteur ,
» & les créanciers d'une Actrice , récla-
» moient le pouvoir des Loix contre une
donation qu'elle avoit faite à fon
» amant , fous les fauffes apparences
» d'un contrat légitime . Peu de temps
» avant fa mort , cette Actrice avoit dé-
» cliné le voile dont elle avoit voulu cou-
» vrir fa générofité. Frappée de l'injuftice
» de la donation que l'égarement de fes
fens , & une paffion aveugle lui
» avoient dictée , elle s'étoit empreffée
» d'anéantir , par fon teftament , ce mo-
» nument honteux de fa foibleffe ».
"
ود
و د »L'hommequiavoitabufédel'em-
» pire qu'il avoit fur le coeur & l'efprit
» de cette femme trop facile , auroit dû ,
» fans doute , refpecter cet acte qui porte
l'empreinte de la vérité , & envelopper
» de ténèbres le titre illégal qu'un amour
» infenfé avoit écrit en fa faveur; mais
» c'étoit peu pour lui d'avoir épuifé la
» générosité de cette Actrice , pendant
» le temps qu'il avoit vécu avec elle , il
vouloit encore enlever à ſes créanciers
» les triftes dépouilles qui avoient échappé
à fa diffipation. Les Loix & les moeurs
,,
و د
OCTOBRE. 1777. 143
" offenfées , s'élevoient contre une pré-
» tention auffi injufte , & follicitoient
» un exemple qui forçât le vice à les
» refpecter , & c. » .
On peut juger par ce tableau , de l'in
terêt de cette caufe .
La feconde eft une féparation de corps
& de biens.
La troifième eft le Procès du Docteur
Dodd , récemment jugé & exécuté à
Londres. L'hiſtoire de la vie & du fup.
plice de ce Miniftre fameux , ne peut
manquer d'intéreffer toutes fortes de
Lecteurs. Le Rédacteur l'a terminée par
le détail des apprêts funeftes des fupplices
d'Angleterre , & de l'exécution des criminels.
La quatrième eft une queſtion de domicile
, jugée depuis peu par le Confeil
d'État , en faveur d'un Banquier Juif.
La Table annoncée dans les volumes
précédens , ne paroîtra que dans le courant
du mois de Novembre. On reçoit
encore des foufcriptions pour cette Table,
& on délivre des collections complettes
de l'Ouvrage , au prix de la foufcription
; mais on ne vend aucun volume
féparé.
144
MERCURE DE FRANCE.
Traité des affections cancéreufes , pour
fervir de fuite à la théorie nouvelle
fur les maladies du même genre. Par
M. J. M. Gamet , ancien Profeffeur
Royal d'Anatomie comparée , à Lyon ,
& Penfionnaire du Roi. 1 vol. in- 8 °.
A Paris , chez Pierre-François Didot
le jeune , Libraire de la Faculté de
Médecine ; Ruault , Libraire , rue de
la Harpe ; à Lyon , chez Roffet ,
Libraire , rue Mercière . 1777.
De tous les maux qui affligent, l'humanité
, il n'y en a point , fans contredit ,
qui mérite plus d'attention , de la part
des perfonnes de l'Art , que le Cancer ,
foit par les différentes caufes qui le produifent
, foit par les douleurs horribles
qu'il crée , foit par la difficulté de le guérir.
M. Gamet dit , dans la brochure
que nous annonçons , s'être principalement
occupé de cette maladie , ce qui
l'a conduit à la découverte d'un remède
qui réuffit dans la plupart des cas cancéreux
, & dont Sa Majefté vient de faire
l'acquifition . L'Auteur fait part au Public
, dans la brochure que nous annonçons
, de ce que l'expérience lui a appris
fur
"
1
OCTOBRE. 1777. $45
fur les maladies cancéreufes , & des cas
où fon remède convient ; il affure qu'il
expofe dans la plus exacte vérité , ceux
où il réuffit prefque toujours , comme
ceux où il eft infufifant. La théorie du
cancer nous a paru très - bien développée
dans cette brochure .
Traité des Maladies nerveufes , hypocondriaques
& hystériques , Traduction de
l'Anglois de M. Robert Whytt , Docteur
& Profeffeur de Médecine en
l'Univerfité d'Edimbourg. Nouvelle
Edition , à laquelle on ajoint un extrait
d'un Ouvrage Anglois du même
Auteur , fur les mouvemens vitaux
& involontaires des animaux , fervant
d'introduction à celui -ci. 2 tom . in- 12.
6 liv . relié . A Paris , chez Didot le
jeune , Libraire de la Faculté .
·
La première édition du Traité des
maladies des nerfs , du Docteur Whytt
ſe trouvant épuifée , l'Editeur a cru rendre
celle- ci plus intéreffante , en ſubſtituant
à l'expofition anatomique des nerfs ,
du Docteur Monro , laquelle fe trouve
dans tous les Livres d'anatomie , un extrait
de l'Ouvrage de M. Whytt , fur les mou-
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
vemens involontaires des animaux ; &
en effet , cet extrait eft une vraie introduction
aux maladies des nerfs . M. Whytt
a fait des expériences curieufes fur la
fonction de l'économie animale la plus
obfcure, & en même-temps la plus capable
d'éclairer la Pratique , fi on parvenoit
àen mieux connoître l'étiologie . Quant au
traité principal , perfonne n'ignore qu'il
eft de la dernière importance d'éclairer
le public fur les maladies nerveuſes ,
leurs différences , & les diverfes méthodes
de les traiter , parce que c'eft dans
cette partie de l'Art de guérir , que les
Charlatans abufent le plus de la pufillanimité
des malades , de la crédulité de
ceux qui les environnent , & de l'obfcurité
de la inaladie . L'Editeur a ajouté
quelques Notes au texte de l'Auteur ,
pour éclaircir certains paffages , que le
commun des Lecteurs n'entendroit pas
facilement.
ANNONCES LITTÉRAIRES .
LA Fortification Perpendiculaire , on
Effai fur plufieurs manières de fortifier lat
OCTOBRE. 1777. 147
ligne droite , le triangle , le quarré , &
tous les polygones de quelque étendue
qu'en foient les côtés , en donnant à leur
défenfe une direction perpendiculaire ;
où l'on trouve des méthodes d'améliorer
les Places déjà conftruites , & de les
rendre beaucoup plus fortes. On y
trouve auffi des redoutes , des forts &
des retranchemens de Campagne , d'une
conftruction nouvelle . Ouvrage enrichi
d'un grand nombre de Planches exécutées
par les plus habiles Graveurs ; par M. le
Marquis de Montalembert , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Lieute
nant- Général des Provinces de Saintonge
& Angoumois , de l'Académie Royale
des Sciences , & de l'Académie Impériale
de Pétersbourg , Tom . II , in- 4° . Le prix
du premier volume eft de 28 liv. broché
, & 30 liv. relié ; celui du fecond ,
eft de 34 liv. broché, & 36 liv . relié . A
Paris , chez Philippe-Denis Pierres , Imprimeur
du Grand - Confeil du Roi , &
du Collège Royal de France , rue Saint-
Jacques ; & chez Julien , à l'Hôtel de
Soubife , rue de Paradis , au Marais .
Meffe Grecque en l'honneur de Saint
Denis , Apôtre des Gaules , premier Eve-
Gij
149 MERCURE DE FRANCE.
que de Paris , de Saint Ruftique , &
de S. Eleuthère , Martyrs ; felon l'ufage
de l'Abbaye de S. Denis en France , pour
le jour de l'Octave de la Fête folennelle
de Saint Denis , au 16 Octobre , avec la
Meffe Latine qu'on chante à Saint Denis,
le jour de la Fête , & dans l'Octave ,
in- 12 de 64 pages . A Paris , chez Auguftin-
Martin Lottin l'aîné , Imprimeur
du Roi & de la Ville , rue Saint-Jacques,
au Coq & au Livre d'or , 1777.
Les vrais Principes de la Lecture , de
POrtographe & de la Prononciation Françoife
, de feu M. Viard , revus & augmentés
, par M. Luneau de Boisjermain
, in-8°. 3 parties , broché , 54 f.
port franc , au Bureau de l'Abonnement
Littéraire , ou du port franc des Livres ,
par la Pofte. Hôtel de la Fautrière , rue
& à côté de l'ancienne Comédie Françoife
; & chez Durand , Libraire , rue
Galande ; Baftien, Libraire, rue du Petit-
Lyon.
Mémoires concernant l'Hiftoire , les
Sciences , les Arts , les Moeurs , les
Ufages , & c. des Chinois , par les Miffionnaires
de Pekin , tome fecond
OCTOBRE. 1777. 149
in-4° . A Paris , chez Nyon , Libraire ,
rue Saint-Jean- de- Beauvais.
Quinti Horatii Flacci carmina cum annotationibus
Gallicis Lud . Poinfinet
de Sivry , regia Lotharingorum Academiæ
Socii .
Exemplaria Graca
Nocturna verfate manu , verfate dicernâ.
2 vol . grand in- 8 °. Prix , 8 liv . broc .
A Paris , chez Lacombe , Libraire ,
rue de Tournon . De l'Imprimerie de
Fr. Amb. Didot.
Cette nouvelle édition d'Horace , eft
recommandable , non- feulement par une
interprétation très- heureufe des paffages
les plus difficiles du Poëte Latin , mais
encore par la beauté du papier , & furtout
de l'impreffion, qui eft très- exacte
& très-foignée. Nous en rendrons un
compte plus détaillé.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIE S.
I.
PRIX extraordinaire propofé par l'Académie
Royale des Sciences , pour l'année
1782.
L'ACADÉMIE en annonçant , pour la
Séance publique de Pâques 1778 , la
proclamation
d'un Prix extraordinaire
fur la formation
& la fabrication
du
Salpêtre , & en exigeant que les Mémoires
lui fuffent adreffés avant le 1 Avril
1777 , n'avoit confulté que fon empreffement
à répondre aux vues bienfaifantes
du Roi , & au defir qu'il a de délivrer
, le plutôt poffible , fes Sujets de
la gêne de la fouille que les Salpêtriers
ont droit de faire chez les Particuliers ,
& des abus auxquels elle peut donner
lieu .
L'examen des Mémoires qui lui ont
été adreffés pour le concours , n'a pas
tardé à lui faire appercevoir que le délai
1
OCTOBRE. 1777. 151
accordé aux concurrens , étoit beaucoup
trop court , relativement à l'importance
de l'objet , & à la nature des expériences
qu'il exigeoit : il eft arrivé delà ,
que dans le grand nombre des Mémoires
qui ont été admis au concours , quoiqu'il
s'en foit trouvé plufieurs qui paroiffent
avoir été rédigés par de très - habiles
Chimiftes , il n'y en a aucun cependant
qui contienne rien d'affez neuf , qui
préfente des expériences affez décifives
& affez complettes ; enfin , qui renferme
des applications affez heureufes à la pratique
, pour avoir des droits au Prix.
Dans ces circonstances , l'Académie fe
voit forcée de différer la proclamation
du Prix ; & elle croit devoir en reculer
affez loin l'époque , pour n'ètre plus
dans le cas d'accorder de nouveaux délais.
Elle annonce en conféquence , que le
Prix qui devoit être proclamé à la Séance
publique de Pâques 1778 , fera différé
jufqu'à celle de la S. Martin 1782 ; &
elle propofe de nouveau , pour cette
époque , de trouver les moyens les
plus prompts & les plus économiques
» de procurer en France une production
» & une récolte de Salpêtre plus abon-
.55
ןכ
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
"
dantes que celles qu'on obtient pré-
» fentement , & fur-tout qui puiffent
difpenfer des recherches que les Sal-
» pêtriers ont le droit de faire dans les
» maifons des Particuliers » .
"
Sa Majefté , fur les repréſentations qui
lui ont été faites par l'Académie , a bien
voulu doubler l'objet du Prix ; ainfi il
fera de 8000 liv. au lieu de quatre ; &
il y fera joint une fomme de 4000 liv.
que l'Académie diftribuera à un ou
plufieurs Acceffites , fuivant le nombre
des Mémoires qui paroîtront avoir des
droits à des récompenfes , & fuivant
l'objet des dépenfes utiles qui auront été
faites par les Concurrens .
Comme la vérification que l'Académie
fe propofe de faire de toutes les expé
riences indiquées par les Concurrens ,
exigera néceffairement un tems affez
confidérable , les Mémoires ne feront
admis ,, pour le concours , que jufqu'au
1 Janvier 1781 ; mais l'Académie recevra
, jufqu'au i Avril 1782 , les Supplé
mens & éclairciffemens que voudront
envoyer les Auteurs des Mémoires qui
lui feront parvenus dans le tems prefcrit.
Il paroît , d'après des Obfervations
OCTOBRE. 1777. 153
faites par M. le Duc de la Rochefoucault
, & confirmées depuis par celles
de MM . Clouet & Lavoifier , qu'il exiſte
en France des terres calcaires tendres ,
qui contiennent naturellement une affez
grande quantité de Salpêtre à bafe terreufe.
Les Montagnes de Craye des
environs de la Roche- Guyon , & celle
de Tuffan de Saint-Avertin en Touraine,
en fourniffent des exemples . L'Académie
a cru devoir faire mention de ces
découvertes modernes , dans une Notice
qu'elle a joint à fon Programme , afin
de diriger vers cet objet, l'attention des
Concurrens.
MONTA U BA N.
I I.
L'Académie de Montauban tint , le
3 Mai dernier , une féance publique.
M. le Préſident de Savignac , Directeur
de l'Académie , annonça l'objet de cette
nouvelle féance . « Ce jour , dit-il , où
» l'Académie s'affemble extraordinaire-
» ment , eſt pour elle le jour d'un triomphe
que lui ménage M. l'Abbé de
» Latour par fes nouveaux bienfaits ;
39
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
❤
» cet illuftre Confrère nous avoit rendus
difpenfateurs d'un prix destiné à l'élo-
» quence ; il en confacre un aujourd'hui
» à l'Agriculture ». M. de Savignae
développe enfuite l'origine & les progrès
de l'Agriculture , retrace fes charmes
& fes attraits ; il établit fa connexion
étroite avec les bonnes moeurs
il étale les foins que fe donnèrent tous
les grands Légiflateurs pour la perfectionner
, & en infpirer le goût ; il rappelle
avec précifion les éloges que les
Poëtes , les Orateurs & les Hiftoriens
lui ont prodigués à l'envi ; & cite en
particulier Xénophon , qui formoit des
voeux pour qu'on établit des prix en
faveur de l'Agriculture.
Le Difcours de M. de Savignac fut
fuivi de la lecture d'une Epitre à nos
ayeux , dont M. l'Abbé Teulière eft
Auteur.
M. Lade , Avocat à la Cour des Aides
, lut un Difcours dans lequel il
prouve que le commerce , envifagé fous.
le point de vue le plus général ,. nuit à
la population , altère les moeurs , & refroidit
le patriotifme ; que l'Agriculture ,
au contraire , favorife les progrès de la
population , maintient la force & la fimOCTOBRE.
1777. ISS
""
"
"
,"
plicité des moeurs , & eft l'ame & la
fource du patriotifme. « Un peuple
agricole , dit- il , perd tout en per-
» dant fa patrie ; un peuple mar-
» chand conferve fa fortune , quand fon
» pays lui eft enlevé ; l'homme riche en
» propriété territoriale fait des voeux
» pour la puiffance qui le protège &
» le défend. Si fa patrie eft détruite , 11
» ne lui en refte plus ; celui qui n'eſt
riche des bienfaits du commerce
que
qui fe déplacent avec lui , ne perd pas
fa patrie , il ne fait qu'en changer ....
C'eft ainfi que les Nations agricoles
» feront toujours fupérieures aux Na-
» tions commerçantes ; l'Agriculture eft
la fource des hommes , la baſe des
» moeurs , le fondement du patriotifine :
applaudiffons au zèle éclairé qui l'en-
» courage ; félicitons- nous de concourir
» aux vues fages & bienfaifantes , qui
lui difpenfent des fecours & des couronnes
; c'est le premier de tous les
» Arts , le feul digne peut-être de la
reconnoiffance & de la vénération des
mortels ».
ןכ
JJ
M. le Baron de Puymoubrun fut une
Epitre à Thémire.
La feance fut terminée par la lecture
du Programme. Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le prix que l'Académie diftribuera
le 3 Mai prochain , eſt deſtiné à un Ouvrage
fur quelque point d'Agriculture ,
dont le fujet eft laiffé pour l'année 1778 ,
au choix des Auteurs .
Les Auteurs s'attacheront à
procurer
des méthodes utiles & des découvertes
heureuſes, pour bonnifier la partie d'Agriculture
qu'ils auront entrepris de traiter ;
& ils feront attentifs à ne point s'écarter
du fujet qu'ils auront choifi .
-
Les Ouvrages ne feront tout au plus
que de trois quarts d'heure de lecture ,
& finiront par une courte Prière à Jéfus-
Chrift. Ils feront remis par- tout le mois
de Février prochain , en deux copies
bien lifibles , francs de port , à M. Lade ,
Avocat à la Cour des Aides , Membre
de l'Académie , dans fa Maiſon , rue du
Collége .
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue les Dimanches les repréfentations
de Céphale & Procris.
OCTOBRE. 157 1777.
Mademoiſelle de Beaumefnil a joué,
le 12 Octobre , le rôle de Procris , avec
un fentiment & une perfection qui ont
fait reffortir les beautés muficales de ce
rôle . Elle a été beaucoup applaudie , ainfi
que Mademoiſelle Duplan , fi fublime
dans le rôle de la Jaloufie.
On a joué les Mardi & Vendredi
l'Opéra d'Armide.
>
M. le Chevalier Gluck a dû s'appercevoir
le même ſtyle en mufique ne
que
convient point à tous les genres ; & que
fi la déclamation notée fuffit prefque
feule à une action rapide & théâtrale
comme dans Iphigénie , dans Alceste
il falloit une mulique d'un chant paffionné
, agréable & varié , pour un
fpectacle d'enchantement , comme l'Opéra
d'Armide. Ce célèbre Compofiteur
a fenti , il a même annoncé qu'il
devoit produire une voluptueufe fenfation * ,
& donner à fon Armide le charme de la
Poéfie, & l'illufion de la Peinture ; enfin,
* Voyez fa Lettre à M. L. B. D. R. Nº. 40 de
l'Année Littéraire de 1776 , pag. 132.
158 MERCURE DE FRANCE.
être plus Peintre & plusPoëte que Muficien.
Mais on eft forcé d'avouer , que plus on
entend fon Opéra , moins on y trouve
ce qu'il promettoit de nous faire éprou
ver. Il est vrai qu'il a prévenu les Spectateurs
, qu'il leur faudra au moins autant
de tems pour comprendre fon Armide.
qu'il leur en a fallu pour comprendre
P'Alcefte . Cependant la Mufique ne doit
pas être un langage abftrait & énigmatique
, qui demande beaucoup de réflexion
pour en développer l'intelligence . Le but
de toute Mufique , eft d'exprimer , de
plaire & d'intéreffer ; c'eft la langue univerfelle
qui fe fait entendre à l'ame , &
qui parle aux fens . Et s'il faut de la
fcience & du génie pour former les
combinaifons de cet Art , il ne faut
qu'un coeur fenfible pour juger de fes
effets. C'eft une autre erreur d'avoir
cherché le moyen de faire parler les perfonnages
, de manière que l'on connottroit
d'abord à leur façon de s'exprimer ,
quand ce fera Armide qui parlera ou une
Suivante. Le bon ou mauvais emploi
des termes d'une Langue , & la prononciation
plus ou moins vicieuſe peuvent
faire juger de la différence de l'éducation
des perfonues. Il n'en eft pas.
OCTOBRE . 1777. 159
de même en Mufique ; un mauvais chant
ne caractérise pas davantage un perſonnage
fubalterne , qu'un beau chant ne
diftingue les perfonnes d'un rang fupérieur.
L'Art mufical eft méchanique dans
le récitatif; il ne rend que le ton de
la déclamation & que l'accent de la
Langue ; mais il eft un Art de génie
dans le chant , un Art créateur qui
flatte , touche , émeut l'Auditeur. Il eft
alors indépendant du fon des mots ;
c'eft un fentiment de joie ou de douleur
, de douceur ou de paffion que le
chant doit exprimer ; & le fentiment
appartient autant à l'homme du Peuple
qu'au Souverain. C'eft fans doute cette
erreur qui a engagé le nouveau Compofiteur
à faire chanter des airs fort fime
ples par les Confidentes d'Armide, tandis
que l'Enchantereffe débite prefque tour
fon rôle fur un ton très - exalté .
Armide a été remplacée par Alceste , le
Vendredi 17 Octobre.
L'Académie Royale de Mufique a
déjà fait des répétitions de Roland
Furieux, Opéra de Quinault , revu par
M. M *** & dont la nouvelle Mufi
que eft de M. Piccini.
160 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François n'ont rien
donné de nouveau depuis la Comédie
des Soubrettes ou de l'Inconféquent , dont
ils annoncent la reprife , après quelques
changemens que l'Auteur prépare.
DEBUT.
Mademoiſelle THÉNARD , jeune
Actrice , a débuté le Jeudi 2 Octobre ,
par le rôle d'Idamé dans l'Orphelin de
la Chine ; elle a joué enfuite Zaïre
Hypermeneftre , & plufieurs autres rôles
principaux de la Tragédie. Cette
Actrice avoit déjà fait l'effai de fes
talens fur quelques Théâtres de Province
, dans la Comédie & dans la
Tragédie. M. Préville connoiffant fes
heureufes difpofitions , a bien voulu lui
donner fes confeils , dont elle a beaucoup
profité . Sa timidité & le fentiment
de la difficulté de fon Art , ont empêché
qu'elle ne développât entièrement
H
OCTOBRE. 1777 . 1777. 161
tous fes moyens . Cependant le Public
connoiffeur qui voit au - delà de ce qu'un
Sujet exécute , & qui apperçoit dans fes
ellais ce qu'il peut devenir , a beaucoup
applaudi cette Actrice , l'a encouragée ;
& fes fuffrages ont juftifié le difcerne
ment du Maître & les talens de l'Élève.
Mademoiſelle Thénard a d'ailleurs reçu
de la Nature tous les avantages qui peu
vent la faire briller au Théâtre , & en
faire une excellente Actrice , lorfqu'elle
mettra dans fon jeu plus de franchiſe ,
plus d'énergie & plus d'abandon .
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné , le
Jeudi 2 Octobre , la première repréfen
tation de l'Olympiade ou le Triomphe
de l'Amitié, Drame héroïque , en trois
Actes , en vers , parodié de l'Opéra de
Métaftafe , Mufique de M. Sacchini.
Nous expoferons en peu de mots le fujer
connu de ce Drame.
Une Princeffe doit être le prix du
vainqueur aux Jeux olympiques . Cette
Princeffe a un amant ; mais elle eft ado162
MERCURE DE FRANCE.
rée par un jeune Prince qui vient difputer
fa conquête . Son Amant exercé
au combat des Jeux olympiques , eft
prefque certain de remporter la victoire ;
il ignore que fa Maîtreffe fera la récompenfe
de fon courage ; il offre fon fecours
à fon rival & à fon anri , pour
lui faire obtenir l'objet de fa paffion.
Il triomphe en effet fous le nom de fon
ami . A peine a - t - il engagé fa parole ,
qu'il reconnoît fon erreur : cependant
l'amitié lui fait faire le facrifice de fon
amour. Mais fon fecret n'a pu être confervé
; fa Maîtreffe l'a reconna ; & par
une loi folennelle , il eft condamné
comme parjure , à la mort. Son ami
non moins coupable , doit pareillement
perdre la vie. Ces deux rivaux fe juftifient
, & l'un veut en vain mourir pour
l'autre. Le père même de la Princeffe ,
Roi, & Chef des Jeux , eft obligé , par
ferment , de faire périr les Criminels
. Heureufement le tems de fa
Magiftrature étant fini , il la remet au
Peuple , qui , touché de la générofité
des amis , les fauve du fupplice ; &
l'Amant aimé eft engagé par le Prince
fon rival , d'époufer fa Maîtreffe , qu'il
a méritée par fon amour & par fon
triomphe .
OCTOBRE. 1777. 163
La Mufique deftinée à un grand
Opéra , en a la forme & la pompe. La
difficulté de l'exécuter fur le Théâtre
où elle devoit paroître , l'a fait tranfporter
à la Comédie Italienne , où le
même Compofiteur avoit déjà eu un
grand fuccès dans la Colonie. Les airs
de l'Olympiade atteftent le génie d'un
grand Maître. Ils font brillans ; le chant
en eft agréable , noble & expreffif. Peutêtre
n'eft - il point affez varié ni affez
analogue à l'expreffion des parcles , ce
qui peut dépendre du traveftiffement
du Poëme. Au refte , les principaux
rôles font parfaitement joués & chantés
par MM. Clairval , Julien , Michu ;
& par Mefdames Trial & Colombe.
Ces deux Actrices ont des airs du plus
grand éclat, qu'elles chantent avec beaucoup
de goût & de talent . On a furtout
applaudi un fuperbe air que Madame
Trial exécute avec une perfection qui
ne laiffe rien à defirer. Cet air, qui devoit
être chanté par l'Acteur principal ,
fait un contre- fens dans le Poëme ; mais
il faut le pardonner quand on a entendu
la charmante Cantatrice qui l'exécute .
C On a donné le Dimanche 12 Octobre,
164 MERCURE DE FRANCE.
la première repréfentation de Sans-
Dormir , Parodie d'Ernelinde , en deux
Actes , en vers , mêlée de Vaudevilles.
On a applaudi quelques faillies , & plufieurs
couplets ingénieux.
ART S.
GRAVURES.
I.
*
L'Heureufe Fécondité , Eftampe d'environ
12 pouces de large , fur 11 de
haut , gravée d'après le tableau original
de M. Fragonard , Peintre du
Roi , par M. Delaunay , Graveur du
Roi. A Paris , chez l'Auteur , rue de
la Bucherie , la porte cochère près la
rue des Rats. Prix , 3 liv .
LE fujet de cette Eftampe , eſt renfermé
dans un ovale on y voit une jeune &
aimable Villageoife , qui a un enfant fur
fes genoux , & plufieurs autres autour
d'elle. Leurs amuſemens variés , différens
acceffoirs & le talent du Graveur
feront rechercher cette jolie Eftampe.
OCTOBRE.
1777. 165
II.
L'Heureux moment , Eftampe d'environ
14 pouces de haut , fur 10 pouces de
large , gravée par M. Delaunay , Graveur
du Roi , d'après le tableau peint
à la gouaffe , par M. Lavreinfe. A
Paris , à l'adreffe ci - deffus. Prix ,
3. liv.
>
L'Heureux Moment eft pour un amant
qui eft aux pieds de fa maîtreffe , & qui
femble lire fon bonheur dans fes yeux.
Cette compofition eſt agréable , & faite
pour plaire.
III.
La Chûte dangereufe , Eftampe d'environ
20 pouces de large , fur 12 de
. haut , gravée par M. Delaunay , d'après
le tableau de F. Meyer . A Paris ,
à la même adreffe.
Cette Eftampe nous offre un Payfage
enrichi de figures & d'animaux. On y
voit une jeune Bergère renverfée à terre
par une bête afine ; & cette chûte paroît
166 MERCURE DE FRANCE.
moins dangereufe pour elle , que pour
un Villageois qui eft furpris des appas
qu'il découvre. La gravure de cette dernière
Eftampe , ainfi que celle des deux
précédentes , fait honneur au burin de
M. Delaunay.
I V.
Le fouper d'Henri IV chez le Meûnier.
L'entretien d'Henri IV & de Sully. Deux
Estampes en pendants , de 10 pouces de
longueur & de 8 de hauteur , gravées
d'après Herwick , par P. Chenu . Prix ,
30 f. Chez l'Auteur , rue de la Harpe , à
côté du paffage des Jacobins.
V.
Portrait de François Rablais > d'après
Sarrabar >
& gravé par P. Savart.
Prix , 3 liv. Chez l'Auteur , Hôtel
Chamouzet, Quai St Bernard , à Paris.
Ce Portrait eft une miniature en gravuré
traitée avec beaucoup d'intelligence
& de talent ; le travail en eft fini , & d'un
effet pittorefque ; il doit être diftingué
dans la belle collection des Hommes célèbres
, gravés par MM . Fiquet & Savart.
OCTOBRE. 1777. 167
V I.
On vient de publier deux nouvelles
Estampes d'après M. Baudouin , Peintre
du Roi , dédiées à M. de Trudenne , Confeiller
d'État.
Ces deux Eftampes font pendantes ;
elles ont treize pouces de hauteur , &
feize de largeur. Elles repréfentent deux
affemblées nombreufes dans l'Eglife
l'une pour l'Inftruction ou le Cathéchifme,
l'autre pour la Pénitence . Ces compofitions
ingénieufes & variées , font rendues
avec tout l'efprit du maître , & d'une
manière pittorefque, par M. Moitte, Graveur
du Roi . Prix , 8 liv. chaque Eftampe,
A Paris , chez l'Auteur , rue St Victor ,
la troisième porte cochère à gauche , en
entrant par la Place Maubert.
VII.
L'Amour en Sentinelle , Eftampe de
II pouces de large , & de 14 de hauteur ,
d'après le tableau de M. Fragonard ,Peintre
du Roi , dédiée à M. Paris de Mezieu.
Prix , 1 liv. 10 f.
168 MERCURE DE FRANCE
Le Portrait de Laurent Cars , Graveur
du Roi , d'après Peronneau . Prix , 1 liv.
fols.
4
Etudes de Têtes antiques , deffinées en
partie d'après la Colonne Troyenne.
Prix , liv . 16 f.
Toutes ces Eftampes font gravées avec
beaucoup d'intelligence & de talent , &
font d'un très - bon effer . Elles fe vendent
chez l'Auteur , M. Miger, rue Montmar
tre , au coin de celle des Vieux- Auguftins
.
VIII.
Les Médecins botaniftes & minéralogif
tes , écrasés par le Médecin à la mode
dédiée à la mémoire de l'immortel Tournefort
, par un amateur de Botanique ;
Eftampe de 12 pouces de longueur , &
9 de largeur. A Paris , chez le Père &
Avaulez , Marchands d'Eftampes , rue
St Jacques.
IX.
OCTOBRE . 169 1777.
I X.
Les Recruteurs à la Ville , & les Recruteurs
à la Campagne , Eftampes chacune
de 12 f. A Paris , chez Ifabey , rue
de Gèvres.
MUSIQUE.
I.
RECUEIL de deux Romances & d'une
Ariette , avec accompagnement de guitarre
, Alûte ou violon , & baffe chiffrée
pour le clavecin ad libitum ; de trois Romances
, avec accompagnement de guitarre
& flûte , ou violon ad libitum ; de
deux Romances & quatre Brunettes , avec
accompagnement de guitarre , d'un menuet
avec variation en duo pour guitarre
& violon , & d'une Allemande pour
guitarre , dédié à Mademoifelle Yvon ,
par M. Ducilly , Maître de guitarre. Prix
7 liv . 4 fols. A Verfailles , chez Blaizot ,
à l'entrée de la rue Satory ; & à Paris ,
chez Fortin , Ingénieur-Mécanicien da
II. Vol. H
#
170 MERCURE DE FRANCE.
Roi , rue de la Harpe , à côté de la rue
du Foin , & aux adreffes ordinaires de
Mufique .
I I.
Les Trois Fermiers , Comédie en deux
actes , en profe , repréfentée pour la
première fois par les Comédiens Italiens
ordinaires du Roi , le 16 Mai 1777 ; par
M. D. Z. , mife au jour par le fieur Houbaut
, Éditeur. Prix 24 liv. , & les parties.
féparées pour la facilité de l'exécution
9 liv. , les paroles de M. Monvel . A
Paris , chez le fieur Houbaut , Muficien
Copiſte des Menus-Plaifirs du Roi , &
de la Comédie Italienne , Maître de
Mufique , rue Mauconfeil , près la Comédie
, & aux adreffes ordinaires .
III.
Recueil d'Ariettes choifies des Trois
Fermiers , arrangées pour le clavecin ou
le forté- piano , avec accompagnement de
deux violons & la baffe chiffrée , dédiées
à Mademoiſelle Lenglé de Schebéque ,
par M. Benaut , Maître de clavecin de
l'Abbaye Royale de Montmartre , Dames
OCTOBRE. 1777. 171
de la Croix , & c. Prix 1 liv. 16 fols. A
Paris , chez l'Auteur , rue Dauphine ,
près la rue Chriftine , & aux adreffes
ordinaires de Mufique .
I V.
Ouverture & entr'acte des Trois Fermiers
, avec accompagnement d'un violon
& violoncelle ad libitum. Prix 3 liv. ,
la même adreffe .
V.
Air de Louife dans les Trois Fermiers ,
Afaut attendre avecpatience ) arrangé pour
la harpe , par M. Suin. Prix 12 fols . A
Paris , chez Coufineau , Luthier de la
Reine , rue des Poulies , vis-à-vis la colonnade
du Louvre.
V.I..
Recueil de fix Airs choifis de MM.
Piccini , Manna , Perez , Galuppi , Conforti
, Sacchini , imprimés dans la manière
de la gravure , en partition avec les
paroles Italiennes & les parties féparées.
Prix 7 liv. 10 fols. Aux Deux-Ponts ;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
& à Paris , chez Lacombe , Libraire à
rue de Tournon .
VII.
Six Sonates en duo pour le tambourin ,
accompagnées d'un violon feul , dédiées
à M. le Comte de la Blache , Maréchalde-
Camps des armées du Roi , par M.
Lavallière l'aîné , Maître de mufique
& de tambourin , onzième oeuvre . Prix 6
liv. Elles peuvent s'exécuter fur le violon ,
flûte , hautbois , clarinette , par-deffus de
viole , mandoline , guitarre , & fur la
vielle & mufette , en les tranfpofant en
fol ut.La quatrième & la cinquième peuvent
fe jouer à deux flûtes de tambourin.
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Tixe
randerie , vis -à- vis le cul- de - fac S, Faron ,
& aux adreſſes ordinaires de Mufique,
VIII.
Chanfon de parade , arrangée pour la
harpe , par M. Suin . Prix 12 fols .
Air des Trois Fermiers , auffi arrangé
pour la harpe , par le même. Prix 12 f.
A Paris , chez Coufineau , Luthier breOCTOBRE.
1777. 173
veté de la Reine , rue des Poulies , vis- àvis
la colonnade du Louvre.
I X.
Rondeau, del Signor Traetta , chanté
par Mademoiſelle Balconi au Concert
fpirituel , avec paroles Italiennes & Françoifes.
A Paris , chez M. d'Énouville ,
Receveur des Loteries , rue de Vannes ,
près celle du Four , à la Nouvelle Halle ,
& aux adreffes ordinaires.
X.
Miferere mei Deus , motet à cinq voix ,
du célèbre Sacchini , propofé par foufcription
.
Il y a long-temps qu'on fe plaint dane
les Églifes , & fur - tout dans les couvents
de femmes , de n'avoir à chanter d'autre
miferere que celui de Lalande , qui , tout
eftimé qu'il.eft avec juftice , eft d'un goût
entièrement contraire à celui d'aujourd'hui.
Ceux des autres Maîtres , qui auroient
pu le remplacer , font tous écrits
avec des accompagnemens ; ce qui en
rend , dans ces mêmes lieux , l'exécution
difficile. Celui que nous annonçons , ae-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE .
compagné feulement de l'orgue , joint à
la facilité de l'exécution, a le mérite d'être
d'un des premiers Maîtres de l'Italie ,
dont le goût eft affez connu parmi
nous , & qui peut prouver , par cette
compofition , qu'il n'eft pas moins profond
que fes rivaux dans la fcience de
l'harmonie.
On foufcrit chez M. d'Énouville , Receveur
des Loteries , rue de Vannes , près
celle du Four , à la Nouvelle Halie ; chez
M. Houbaut , Marchand de mufique.
rue Mauconfeil , près la Comédie Italienne
; & chez M. Talma , Dentiſte
même rue , vis-à- vis la rue Françoife,
>
On donnera 6 liv . en foufcrivant , &
6 liv. en recevant l'ouvrage , qui fe délivrera
le 15 Novembre prochain aux
adreffes ci - deffus .
N. B. On ne fera admis à foufcrire
que jufqu'à la fin d'Octobre , & il n'en
fera délivré qu'aux Soufcripteurs.
OCTOBRE. 1777. 175
GÉOGRAPHIE.
I.
CARTE de la Virginie & Maryland , à
trois lieues marines pour pouce , contenant
la baye de Cheſapeake , & en deux grandes
feuilles ; par Fry & Jefferfon ; traduite
de l'Anglois. Prix , 3 liv .
La Floride , comprifes les bouches du
Miffiffipi , Canal & Ifles de Bahama, avec
les fondes en braffes & en pieds le long
des côtes , par Jefferis , en deux feuilles ,
à dix lieues marines pour pouce & demi ,
traduite de l'Anglois . Prix , 3 liv.
Plus , une Carte des Côtes des envi- ,
rons de Charles- Town avec les fondes >
depuis le Cap Féar , Cap Roman à Sud
Edito , par N. Pocock. Prix , 1 liv . 10f.
traduite de l'Anglois ,
La collection entière des détails de
l'Amérique feptentrionale , contient actuellement
38 feuilles . Prix , 40 liv.
Le Recueil des 15 plans de Villes
& la bataille de Broklin . Prix , 6 liv.
A Paris , chez le fieur le Rouge , Ingé-
و
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
nieur-Géographe du Roi , rue des grands
Auguftins .
On y trouve auffi les originaux dont
le prix eft double. Il eft à remarquer que
fa Carte de la nouvelle York en 4 feuilles ,
contient vingt pofitions de plus que la
Carte originale Angloife.
I I.
Carte ou tableau des Villes de France
où les plans des principales villes du
Royaume font exprimés , fervant à voir
le rapport de la grandeur de Paris avec
les autres villes , & à comparer une ville
avec une autre ; dédié & préfenté au
Roi par N. L. Duchemin , Infpecteur des
Ponts & Chauffées de France. 1777. Prix,
3 liv. A Verfailles , chez Blaizot , rue
Satory ; à Paris, chez M. Fortin, Ingénieur
Mécanicien du Roi , rue de la Harpe ,
à côté de la rue du Foin.
I I I.
J
c'eft-
Nouvelle Carte , ou defcription géométrique
des Pays - Bas Autrichiens
à-dire des Duchés de Brabant , de Luxembourg
, de Limbourg & de Gueldres ;
OCTOBRE. 1777. 177
des Comtés de Flandres , de Hainault &
de Namur ; du Tournefis & de la Seigneurie
de Malines ; & pour la rendre
plus intéreffante , on y a inféré les Principautés
de Liége & de Stavelo ,
>
au
Leurs Majeftés Impériales & Royale
ont chargé de cet important Ouvrage
M. le Comte de Ferraris , Lieutenant-
Général de leurs Armées , en lui perinettant
de tirer d'une Ecole de mathé
matiques qui étoit fous fes ordres ,
Corps de l'artillerie des Pays- Bas , les ſujets
les plus capables de remplir cet objet.
Cette Carte , qui vient d'être levée avec
le plus grand foin & la plus grande exactitude
, eft formée fur une échelle d'une
ligne pour cent toiſes , pour faire fuite
à la Carte de France , publiée par MM .
de l'Académie , fuivant les obfervations
de M. de Caffini . Elle paroîtra au commencement
du mois de Janvier prochain ,
fera compofée de 25 feuilles , & fe vendra
chez Vignon , Marchand de Cartes
de Géographie , rue Dauphine , vis - àvis
celle d'Anjou . Prix , 96 liv. en papier.
On trouvera chez lui un Profpectus
détaillé dudit Ouvrage.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
*
Manière d'imiter les Camées ou pierres
fines gravées en relief avec des coquillages
, tirée des Mémoires manuf
crits de M. Pingeron ** Capitaine
d'Artillerie , & Ingénieur au fervice de
Polognefur les arts utiles & agréables.
>
Le prix confidérable des Camées en
pierres dures telles que les agathes onix ,
les fardoines onix , & même la pierre
à fufil , a fait imaginer les moyens de
les imiter avec des coquillages , des nacres
& autres matières infiniment plus.
tendres , au point de faire illufion. Cette
branche d'induftrie , qui pourroit être
facilement naturalifée en France , eft particulière
à la ville de Trapani en Sicile ,
& à celle de Palerme , Capitale de cette
Ifle . Voici en peu de mots la manière
dont on imite les camées avec des coquillages
dans ces deux villes , dont j'ai
été le témoin oculaire.
On prend un de ces gros coquillages
nommé Tofa en Sicilien , & Buccin dans
OCTOBRE . 1777. 179
notre langue , parce que les Matelors &
les Bergers en tirent du fon comme d'une
trompe ***. On le fcie dans fa longueur,
pour en tirer des efpèces de bandes plus.
ou moins larges , felon la grandeur du
camée que l'Artifte fe propofe de faire.
Celles- ci peuvent avoir juſqu'à deux lignes
d'épaiffeur ; ce qui eft fuffifant pour.
donner le plus fort relief aux figures du
camée.
Cette opération étant faite , on fcie
de nouveau ces bandes en plufieurs morceaux
quarrés ou rectangulaires, que l'Artifte
arrondit enfuite avec une lime pour
les rendre ovales ou circulaires .
Lorfque ces morceaux de coquillages
font ainfi difpofés , l'Artifte les met en
ciment fur une poignée de bois , à l'inſtar
d'un diamant brute que l'on voudroit
tailler . Il ébauche enfuite avec des échoppes
de diverfes groffeurs , les fujets du
camée , découvre le fond , & le rend le
plus uni qu'il lui eft poſſible .
Cette préparation étant faite , l'Artiſte
finit les fujets de ces camées avec des
burins , de petites échoppes & des rifloirs
plus petits . Lorfque les figures &
les ornemens font abfolument terminés
, on polit le camée avec de l'émeril ,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
ou plutôt de la ponce broyée dans l'eau
fimple. L'Artifte leur donne enfin le dernier
luftre , en fe fervant d'une pouffière
formée avec des os de volailles calcinés
& bien broyés à l'eau fimple.
Comme le coquillage d'où l'on tire
les camées dont on vient de parler , eft
blanc , qu'il tire un peu fur le rofe , &
eft à demi-transparent , il eft évident que
les figures de ces camées doivent paroître
blanches comme dans les camées antiques
, & que le fond qui a perdu beaucoup
de fon épaiffeur pendant le travail ,
deviendra tranfparent. Ce fond devient
donc fufceptible de prendre la couleur
du maftic que l'on eft en ufage d'y metti
deffous ; l'Artiſte garnit le derrière
de ces camées , qui eft un peu concave ,
avec un maſtic noir , bleu , ou de couleur.
de rofe ; ce qui produit alors un très-bel
effet , & donne beaucoup de ſolidité à ce
genre d'ouvrage .
Les camées dont on vient de faire
mention , s'employent pour orner des
bagues , des bracelets & des pendeloques
pour les oreilles , & fe montent en or
ou en cuivre doré , à volonté . On fertit
ces joyaux comme les diamans ordinaires.
OCTOBRE. 1777. 181
La valeur de ces camées eft peu confidérable
, parce que la matière d'où on
les tire eft très -facile à travailler , comme
on l'a déjà dit , & que les Artiftes qui fe
vouent à ce genre de travail , de travail , l'exécutent
très-vîte .
Pour exceller dans cet art , il faudroit
favoir très - bien deffiner & modeler , &
ne tirer enfin fes compofitions que d'après
les pierres gravées dont nous avons
de fi beaux recueils .
Malgré la médiocrité du prix auquel
les Trapanais & les Palermiens- vendent
les camées faits avec des coquillages , ils
ont cependant parmi eux quelques Artiftes
qui excellent dans ce genre , mais qui
manquent unpeu par le deffin . Combien
de Graveurs fur les métaux , qui font peu
occupés à Paris , trouveroient de reffources
dans l'art de faire des camées
pareils à ceux dont on vient de parler ,
s'ils vouloient tenter cette carrière ! Un
beau camée repréfentant une allégorie
ingénieufe , & fupérieurement rendue
& compofée dans le ftyle antique , ne
feroit-il pas préférable à ces chiffres & à
ces entrelas de cheveux dont on orne aujourd'hui
les bracelets ? Je fouhaite que
ces réflexions puiffent me procurer la
182 MERCURE DE FRANCE.
fatisfaction d'avoir fourni à nos Graveurs
un moyen de plus pour manifefter leurs
talens .
On remarquera cependant que tous
les camées ont un défaut qui leur eft
commun avec toutes les gravures en relief;
favoir , celui de ne pouvoir fe maintenir
dans leur entier auffi long-temps
que les gravures en creux . C'est pour remédier
à ces inconvéniens , que les Anciens
frappoient leurs médailles de manière
que le fujet ou la tête , par exemple
, fe trouvoit dans un creux , dont les
bords furpaffoient la faillie ou relief du
fujet, On voit nombre de médailles Grecques
dans ce genre , fur-tout des Alexandres
; le coin formoit une goutte de
fuif très-convexe. Si l'on eût pris cette
précaution jufqu'à un certain point , les
monnoies nouvelles d'un certain Royaume
où les beaux arts fleuriffent , feroient
également empreintes vers le centre
comme fur les bords.
NOTE S.
* L'Art de faire les Camées , fut très-floriffant
chez les Anciens , de même que celui de grave r
en creux fur des pierres précieuſes . Onfoupçonne
OCTOBRE. 1777. 183
que les Egyptiens en avoit la connoiffance. Cette
conjecture eft d'autant plus vraisemblable , que les
caractères hiéroglyphiques que l'on voit encore
aujourd'hui fur les obélifques de Rome , font
gravés en creux , avec la plus grande propreté ,
fur le granit , qui eft une forte de pierre prodigieufement
dure.
Les plus belles pierres gravées nous viennent
des Grecs. On diftingue avantageufement celles
qui ont été travaillées par Théodore de Samos
Pyrgothèles , qui vivoit du temns d'Alexandre ,
Solon , Polyetète , Cronius , Appolonides , Diof
corides . Plufieurs de ces Artiftes vinrent s'établir
à Rome fous Augufte.
L'Art de faire les Camées , & de graver les
pierres précieufes , qui avoit été perdu pendant
les tems de barbarie qui fuivirent la chûte de
T'Empire Romain , reparut en Italie fous Laurent
de Médicis , dit le Magnifique. Ce grand
Prince qui s'étoit procuré, de la Grèce & de l'Afie,
un grand nombre de Médailles & de pierres gravées
, invita plufieurs Artiſtes célèbres à fe livrer
à ce genre de travail. Jean Delce Corniole , ou
des Cornalines , né à Florence , fe diftingua dans
cette carrière , fous fon règne , ainfi que plufieurs
autres Graveurs , tel que Dominique , qui demeu
roit à Milan. MM, Pickler , père & fils , excellent
actuellement , à Rome , dans ce genre d'industrie
prefque inconnu en France .
Ces Artiftes gravoient leurs noms au bas de leurs
Ouvrages. MM. Pickler mettent le leur en caractères Greca
184 MERCURE DE FRANCE.
Le plus fameux Camée antique qui foit connu,
eft la coupe de Capo di monte , près de Naples ,
un des plus beaux ornemens du Cabinet de curiofité
du Roi des deux Siciles . Il eft d'une Agathe
onix , & a près de fix pouces de diamètre. On
y voit une tête de Médufe d'un travail exquis.
** Cet Officier va publier la fuite des Voyages
au Nord de l'Europe, dont le premier volume
a été favorablement reçu du Public Il donnera
en même-tems le nouveau Voyage de Dalmatie ,
qu'il vient de traduire de l'Italien de M. Fortis ,
de Florence , célèbre Naturalifte.
*** Les Corfes, que l'on nommoir Rebelles,
fe fervoient de ces Buccins comme d'un inftrument
militaire , & il leur tenoit lieu de grande &
petite mufique. Ce coquillage fe trouve facilement
fur les côtes de leurs Iſles , ainfi que dans le
Golphe de Naples , & fur les Côtes de la Sicile .
Cours de Langue Italienne & de
Géographie.
M. l'Abbé de Perravel de St Beron , recommencera
, le 13 Nov. , depuis neuf
heures , jufqu'à onze du matin , fon Cours
de Géographie avec fon Cours de Langue
Italienne , où, en fuivant l'ordre , le fil &
l'enchaînement de tous les principes
tant généraux que particuliers de la
OCTOBRE. 1777. 185
ร
Grammaire Italienne , il montrera dans
un tableau de trente- fix thêmes
compofés dans chacune des deux langues
, Italienne & Françoiſe , leur différent
génie , & leurs différentes conftructions
. Le même jour , depuis cinq heures
jufqu'à fept du foir , il recommencera le
même Cours de Géographie avec un
Cours de Langue Françoife , par une
méthode Philofophique, courte& favante,
où les loix de la phrafe & les règles de
la ponctuation font géométriquement
démontrées . Le prix de la double leçon ,
tant du matin que du foir , n'eft que de
18 liv. chez lui , au mois de douze leçons ,
& du double en ville , à une diſtance raifonnable.
On le trouve tous les matins jufqu'à
onze heures , & tous les après midi ™,
jufqu'à quatre heures , chez lui , à l'entrefol
, au- deffus du Chapelier , rue de
Vannes , entre le tournant de la nouvelle
Halle & la rue des deux Écus .
Cours de Langues Latine & Françoife .
PARMI les perfonnes qui s'annoncent
pour enfeigner les Langues Latine &
186 MERCURE DE FRANCE.
1
(
Françoife , il y a un trait qui diftingue
le fieur Lebel , & qui nous paroît mé
riter plus d'attention que l'on n'y en a
fait jufqu'à préfent : c'eft de s'être offert
& de s'offrir à démontrer qu'il en a trouvé
la véritable méthode ; & cela , fous
les yeux & à l'ordre de toute perfonne
en place , & en préfence de quelques
Savants que l'on veuille y inviter. En attendant
cette grâce , le fieur Lebel va
continuer fes Cours & en commencer
de nouveaux à l'Hôtel de Dauphiné
entre les rues des Quatre-vents & des
Boucheries-Saint- Germain.
Cours d'Arithmétique , de Géographie
& de Méchanique.
M.DUPONT a commencé , le Dimanche
5 Octobre , dans fon Ecole , rue neuve
Saint-Médard , trois Cours ; favoir , l'Arithmétique
, la Géométrie & la Méchanique.
M. Dupont continue toujours
fes Cours particuliers fur les Élémens &
fur la haute Géométrie , ainfi que les
leçons qu'il fait à la campagne , fur tout
OCTOBRE. 1777. 187
ce qui concerne la Géométrie - pratique.
M. Dupont réunit à cet avantage , celui
de faire l'application à fes Elèves fur les
Ouvrages publics de méchanique &
d'hydraulique , & la manière de fe fervir
de tous les inftrumens utiles aux Mathématiciens
, dont M. Dupont a une fort
belle collection .
L'on trouve dans la même École un
excellent Maître de Deffin pour la Carte ,
la Fortification & le Payfage , qui forme
des jeunes gens pour les plans & terriers ,
BIENFAISANCE.
Difcours prononcé , le 10 Août 1777 ›
à M. le Comte de Bar parfes Vaſſaux ,
le jour qu'il leur diftribue les Prix qu'il
deſtine à ceux qui ont fait la plus belle
récolte.
ONOTRE
NOTRE BON SEIGNEUR ! puifque ce
jour éclaire vos bienfaits , permettez de
nos coeurs un moment le langage : Nous
fommes vos vaffaux , une même famille,
ayant un commun père : eh oui , à plus
188 MERCURE DE FRANCE.
› d'un titre ! N'eft- ce pas vous qui de
nos champs avides arrachâtes à grands
frais les ronces & les épines , les rendîtes
fertiles ? Et dans ce temps , encore trop
près de nous , où l'affreufe misère défolant
nos foyers , où nos enfans , panchés
fur le fein de leurs mères -
étoient prêts d'expirer ; & nous , en allant
au travail , d'un pas chancelant de foibleffe
, prenant le manche de nos charrues
, fans pouvoir tracer un fillon : ils:
ne fervoient , hélas ! qu'à foutenir notre
débilité nous appelions la mort , nous
étions fans efpoir. Vous l'apprêtes , &
bien-tôt vous volâtes en ces lieux . Par
vos foins généreux , dans un inftant nous
revînmes à la vie : tous vos greniers furent
ouverts ; notre faim dévorante les
épuifa bien-tôt. Votre foin paternel ne
fe borna pas là ; de vos richeffes épuiſant
les tréfors à pleines mains , vous les verfiez
fur nous. En ce moment-ci même ,
d'une erreur de calcul nous étions les
victimes , fi vos foins vigilans n'avoient
pas fu prouver qu'aucun de vos vaffaux
ne devoit la corvée. Ah ! pour notre .
bonheur , pour le bonheur des nôtres ,
puiffiez -vous vivre autant que fit Mathufalem
...... Mais , fi le ciel en courroux
contre nous , nous puniffoit dans fa co-
1
OCTOBRE. 1777. 189
lère , en terminant vos jours , vous vivriez
à jamais dans nos coeurs ,
dans ceux
de nos enfans , de nos derniers neveux,
Si quelques étrangers fe fixoient parmi
eux , ils leurs diroient fans ceffe en montrant
ces bijoux : Un bon Seigneur les
donna à nos pères ; encourageant l'agriculture
, il attacha ce Prix aux foins de
leurs travaux . Celui d'eux qui , de fon
héritage , avoit le mieux cultivé les cantons
, recevoit de fes mains ce précieux
métal. Voyez , entrelacées fur le fond de
ces talles , cette gerbe & fes armes ! Il
les faifoit graver pour les encourager.
Ce bon Seigneur fe nommoit Charles.
Par une époufe douce & vertueufe , il
étoit fecondé : elle fervoit de modèle :
on l'a citée dans ces contrées . Ils affiftoient
la veuve élevoient l'orphelin ,
fecouroient le vieillard , prenoient foin
des malades : ils remettoient les dettes ;
ils vêtiffoient les nuds ; ils étoient tous
heureux. Ah ! que ne vivions-nous au
temps de nos ayeux !
Ainfi , de race en race , fe tranſmet,
tra toujours le bonheur dont , fous vous ,
jouiffent vos vaffaux. Mais en ce jour , où
le ciel nous protège d'une grâce encore ,
honorez vos enfans , ô notre père , qu'il
130 MERCURE DE FRANCE.
+
foit chommé comme celui de votre fête.
Acceptez ce bouquet ; il eft le foible
hommage de notre amour , de nos refpects
; excufez un Payfan ne fait pas
s'exprimer , mais il fait bien fentir. De
Jarmes nos yeux font noyés ; c'eft d'attendriffement
, c'eft de reconnoiffance.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
Le fieur René Sigault , Docteur- Régent
de la Faculté de cette ville , très-verfé
dans l'art des accouchemens , vient de
rendre à l'humanité , le plus fignalé des
fervices. Dans ces cas terribles , où l'Accoucheur
le plus exercé s'eft démontré
dans l'impoffibilité de tirer l'enfant qui eft
à terme par les manoeuvres qu'a dicté l'expérience
, il ne fera plus question de
propofer à un époux , ou à une famille
au défeſpoir , d'immoler la mère par l'opération
dite Céfarienne , pour conferver
l'enfant , ou d'arracher ce dernier par
lambeaux pour fauver la mère. Déjà ,
OCTOBRE . 1777 . 19t
depuis plufieurs années , le fieur Sigault
avoit propofé , au lieu d'avoir recours
à une de ces deux extrémités cruelles
d'effayer , par la fection de la fymphife
cartilagineufe des os pubis ( partie prefque
inerte ) , de fe procurer un écartement
qui pût faciliter l'extraction de l'enfant.
Cette idée lumineufe avoit trouvé
des contradicteurs , comme toutes celles
qui s'éloignent des ufages anciens : il falloit
que la pratique pût la confacrer , &
cette époque fi intéreffante pour l'humanite
, vient d'arriver.
Une femine contrefaite , demeurant
rue St Denis , Cul- de - fac des Peintres
âgée d'environ trente-neuf ans , époufe
d'un nommé Souchet , Soldat de la Garde
de cette ville , fit appeler , le premier
de ce mois , le fieur Sigault , pour l'ac--
coucher d'un cinquième enfant ; les quatre
premiers avoient été arrachés par morceaux.
Le fieur Sigault , accompagné de
fon confrère , le fieur Alphonfe Leroi ,
faifit cette occafion de tenter avec lui
la fection de la fymphife , jufqu'alors contredite
; l'opération peu douloureufe , &
l'accouchement ne durèrent que quatre
minutes & demie , & la mère , ainfi que
l'enfant qu'elle nourrit elle - même , fe
192 MERCURE DE FRANCE .
Ꮧ .
>
portent très- bien . La Faculté de Médecine
inftruite de ce fait , a envoyé auffitôt
les fieurs Defcemet & Grandclas
comme Commiſſaires pour la levée de
l'Appareil , & la fuite du traitement ; enforte
qu'elle aura quelque part à cette
heureufe découverte , par l'empreffement
qu'elle a mis à en conftater la réalité , ce
qu'elle fera fans doute encore avec plus
d'authenticité par la publication des procès
-verbaux qu'elle aura dreffés fur cet
objet de la plus grande importance.
I I.
›
Le fieur Dufour , Maître Menuifier-
Méchanicien , demeurant à Paris , dans
l'ancien Hôtel de Condé , déjà connu
par plufieurs machines de fon invention
vient d'imaginer une table pour écrire ,
qui fe hauffe & ſe baiffe à volonté , elle
fe fixe au point où on la defire , & defcend
avec la plus grande facilité. Tout
le méchanifme eft caché dans le milieu
de la table & dans les pieds de cette dernière,
ce qui n'exclud pas les tiroirs comme
aux tables , en ce genre , qui ont été
faites jufqu'à-préfent. Le fieur Dufour
continue à faire des modèles de toutes
les
OCTOBRE. 1777 . 193
les machines dont on lui communique
les deffins. Il offre de nouveau fes fervices
, en ce genre , à MM . les ingénieurs
, Architectes , Maîtres de mathémathiques
, & amateurs de méchanique .
On eft prié de lui écrire , franc de
Port.
Anecdote de Médecine.
り
JACQUES DEZEAU , apprentif Graveur ,
âgé de 14 ans , né à Fontainebleau , eft
entré à l'Hôpital de la Charité le 9 Mai
1777 il en eft forti le premier Août
de la préfente année . Cet enfant demeure
rue d'Enfer , près du Pont rouge ,
chez M. Montabon , maître Graveur ,
qui occupe au cinquième étage , trois
Chambres , dont il y en a deux qui donnent
furla Grève . Le petit Dezeau étoit
dans une de ces Chambres , avec le nommé
le Roux , apprentif Bijoutier , & fon
maître étoit dans l'autre avec fa femme
& leurs parens. C'étoit le jour de l'exécution
de l'incroyable fcélérat Defrues.
Dezeau dit avoir éprouvé un mouvement
extraordinaire , quand fon cama-
II. Vol. Ι
•
194 MERCURE DE FRANCE .
rade lui a dit , le voilà . Defrues
fortoit alors de l'Hôtel - de - Ville . La
révolution a été beaucoup plus vive ,
quand il a vu jeter le criminel au milieu
des flammes. C'est dans ce même inftant
qu'il a reffenti un fi violent mal de tête ,
accompagné d'une fi grande fuffocation
, qu'il croyoit avoir éré frappé par
quelqu'an. Comme il étoit fort agité , il
a pafé la nuit dans des rêves qui luipréfentoient
continuellement l'affreux
tableau du criminel. Le lendemain , le
mal de tête & la fuffocation ont fingu
lièrement augmenté , & le fur-lendemain
il a été conduit à l'Hôpital de la Charité.
Telles font , dans la plus grande exactirude
, fes réponses aux queftions que
nous lui avons faites , le huit du préfent
mois jour qu'il eft forti de la maiſon
des convalefcens.
Cet enfant a éprouvé tous les fymptômes
qui caractérisent une fièvre
maligne nerveufe. Très fouvent il fai
foit des hurlemens qui portoient le trou .
ble & l'effroi dans les Salles voifines .
Quelquefois c'étoit le cri d'une perfonne
environnée d'un appareil qui n'infpire
que la crainte , & la douleur . Les reinèdes
qui lui ont été administrés , ont eu
་
OCTOBRE. 1777. 195
Frer ,
un fuccès dont on n'ofoit point fe flatfur
tout dans une maladie autfi grave
cependant , il lui refte encore de
l'oppreffion & de la difficulté pour
s'exprimer accidens qu'il n'avoit point
avant fa maladie . Sa voix n'est point
claire , comme elle l'étoit , & fa tefpiration
eft un peu laborieufe. Depuis
Pinvafion de la maladie , jufqu'au temps
auquel les fymptômes ont commencé à
fe civilifer , il n'a pas difcontinué d'avoir
fous les yeux le fpectacle d'horreur qui
feul , peut-être l'avoit mis dans cet état
cruel, & tout à fait digne de compallion ;
en revanche , depuis fa guérifon , il nous
a affuré qu'il n'en n'étoit plus occupé ,
& qu'il le trouvoit dans la plus grande
fécurité. Nous n'ignorons pas toutes les
Fables qui ont été imprimées dans plufieurs
Journaux , favoir ; que l'on avoit
découvert , & même reconnu des marques
, ou ftigmates , fur les endroits des
extrêmités , où l'on frappe le coupable .
›
Il eft conftant que tout ce que l'on a
débité , tout ce que l'on a imprimé far
les prétendus ftigmates de cet enfant
elt abfolument faux. Il n'eft & n'a été
ftigmatifé qu'aux jambes par l'application
des véficatoires. Nous ne pouvons pas
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
nous diffimuler qu'une pareille crédulité
eft prefqu'analogue à celle de la dent
d'or de Saxe , & à celle de l'exiſtence de
la bague de Gygés .
›
On donnera dans le Journal de Médecine
, l'hiftoire & le traitement de la
maladie,
IL
ANECDOTES.
I.
L exifte dans le territoire d'Hildefheim
, en Allemagne , un payfan , nommé
Koenig , qui s'étoit toujours trèsbien
porté , quoique né fans crâne . II
lui tomba fur l'occiput , il y a quelque
temps , un poids fort lourd , qui le lui
brifa . Ce malheureux tomba comme
mort fur la place. On le mit entre les
mains d'un habile Chirurgien , qui lui
enleva les efquilles , & le guérit entièrement
de fa Eleure. Il . jouit à préfent
d'une bonne fanté , quoiqu'il n'ait ni
crâne , ni occiput. On ne voit au- de flus
des endroits qui devoient occuper ces
parties , qu'une peau mince . Pour qu'il
OCTOBRE. 1777. 197
courût moins de rifque de fe bleffer , on
lui faifoit porter un cafque de fer blanc
léger. Il a , depuis peu , quitté ce cafque ,
& fe contente de porter un bonnet de
coton. Ce même Laboureur avoit perdu ,
pendant quelques années , l'ufage de la
parole , qu'il recouvra enfuite aux eaux
de Pyrmont.
I I.
Fen M. D..... , Secrétaire de l'Académie
Françoife , étoit à fe baigner dans
la Seine. Une jolie femme paffoit auprès
dans une voiture élégante : le Cocher
n'apperçoit pas un trou près du rivage ;
la roue tombe dedans ; le carroffe culbute ,
& voilà la Dame étendue dans la boue
d'un côté , & fes laquais de l'autre.
D ..... fort de l'eau tout nud , & accourt
à elle. La jeune Dame eft un peu
étonnée de la fituation où fe trouve l'officieux
Cavalier : Mille pardons , Madame
, lui dit- il fans fe déconcerter , &
en lui préfentant la main ; excufez mon
incivilité ; pardonnez- moi de n'avoir pas
de gants.
J.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
M. *** qui fait des recherches fur les différens
Chapitres des Églifes Cathédrales & Collé- 3
giales de France , nous a envoyé la notee.fuivante,
fur une erreur que le P. Papon a laiffé échapper
dans fon Hiftoire générale de Provence , en parlant
du Chapitre d'Aix. Cet Avreur die , pag. 145.1
du premier volume , que ce Chapire cft compofé
d'un Prévôt , d'un Archidiacre , d'un Sacriftain
, d'un Capifcol , de feize Chanoines , & de
ringt Bénéficiers . Ces derniers ne font point du
Chapitre' ; ils n'entrent point par conféquent, &
n'ont pas voix dans les Affemblées Capitulaires
ils ne polsèdent que des Places Exes dont le Cha-
Fire a la collation ; & ils font chargés par les.
Statuts de faire le Service de FÉglife , conjointement
avec un grand nombre de Prêtres & del
Clercs dont les Places font amovibles ; & tous l
enfemble forment le bas-Choeur . Telle eſt la vé-,
ritable idée des Bénéficiers de l'Eglife S. Sauveur
d'Aix ; & c'eſt ainfi qu'en ont parlé tous les anciens
Auteurs qui ont écrit , foit les Annales de cere
Eglife , foit l'Hiftoire de Provence. ·
A VI S ...
1.
Pommade pour les hémorrhoïdes.
CETTE pommade guérit radicalement les hémorrhoïdes
internes & externes , en
peu de jours ,
OCTOBRE . 1777. 199
OCTO E´RE.
•
fans qu'il y ait rien à craindre du retour de cette
maladie , ni accidens pour la vie en les gué
tiffant ; prouvé par nombre de certificats authen
tiques que l'Auteur a entre les mains , & par
un nombre infini de perfonnes dignes de foi ,
de tout âge & de tout fexe , guéries radicalement
depuis plufieurs années , &c. par l'ufage
qu'elles ont fait de cette pommade , inventée &
compolée par le fieur C. Levallois , ancien Her
borifte , pour la propre guérifon à lui- même ,
au mois de Mai 1763 .
Cette pommade fair fon opération avec une
douceur & une diligence furprenantes , en ôtant
d'abord les douleurs dès fes premières applications.
·Elle eft divifée en deux fortes
, pour agir
enfemble de concert : l'une eft préparée en fuppofitoires
, pour être infinuée &amollir les bémorrhoides
internes par une douce tranſpiration ;
l'autre eft applicative fur les externes , pour
fondre
& diffoudre , avec la même douceur , les
grofleurs externes & recevoir au dehors là
tranfpiration qui fe fait intérieurement.
L'on diftubue cette pommade avec appro
bation & permiffion , chez l'Auteur , Vieille rue
du Temple , maifon de M. Barnoult , en face
de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie ; & à fes
dépôts , rue de Richelieu , au galant Ruffe ; chez
M. Deloche , Marchand Limonadier , au coin de
la rue de la Perle , à Paris . A Sens grande rue
chez M Evrat , Marchand Chaudronnier .
Pour les hémorroïdes nouvelles , les deux demiboîtes
, avec trois fuppofitoires , font de 3 liv ,
joint à un imprimé qui indique la manière de
s'en fervir.
I iv
2
*
25
200 MERCURE DE FRANCE.
Le prix des doubles boîtes , avec fix fuppoftsoires
, pour les hémorrhoïdes anciennes , eft de
liv.: quant aux invétérées de 10 , 20 à 30 ans ,
il faut redoubler l'ufage de la pommade , & il
s'enfuit toujours le bien - être defiré .
Les perfonnes de Province qui defireront le
procurer de cette pommade , font priées d'affran
car leurs lettres , & d'indiquer leur meffageric.
I I.
Le Tréfor de la Bouche.
we fieur P. Bocquillon , Marchand Gantier-
Parfumeur à Paris , à la Providence , rue St Antoine
, entre l'Eglife de St Louis de MM . de Sainte
Catherine & la rue Percée , vis à vis celle des
Ballets , annonce au Public qu'il a été reçu & approuvé
à la Commiffion Royale de Médecine , le
11 Oct. 1773 , pour une liqueur nommée le véritable
tréfor de la bouche , dont il eft le feul compofiteur.
Ses rares vertus la font préférer , en
lui établiflant une très grande réputation . La propriété
de fa liqueur eft de guérir tous les maux de
dents quelque violens qu'ils puiflent être , de purger
de tout venin , chancre , abfcès & ulcères , enfin de
préferver la bouche de tout ce qui peut contribuer
à gâter les dents ; elle les conferve même quoique
gatées. Cette liqueur a un goût très -agréable,
L'Auteur a des bouteilles à rol . l ; L. & 1 1 4 l ,
Il donne la manière de s'en fervir , fignée & paraphée
de fa main ; il met fon nom de baptême & de
famille fur l'étiquette des bouteilles , ainfi que
3
OCTOBRE. 1777. 201
fur le bouchon , marqué de fon cachet , & un tableau-
au defus de la porte , pour ne pas fe tremper.
Il vend auffi le véritable taffetas d'Angleterre
, propre pour les coupures & brûlures , approuvé
par MM. de la Commiffion de Médecine ,
le 31 Juillet17731 L'Auteur prie de lui affranchir
le port des lettres.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le 10 Août 17770.
UNE centaine de familles Juives , dont les
nouveaux arrangemens de la Pologne ont détruit
le commerce , viennent , dit- on , d'arriver
par la mer Noire. Le prétexte religieux de faire
un voyage à Jérufalem , dont ces familles errantes
fe font d'abord fervies pour cacher leur defir
de s'établir ici , n'a pas duré long- tems ; & l'on
croit que plufieurs d'entr'elles vont habiter la Capitale
de cet Empire , ou quelques Villes des environs
, attendu qu'elles ont offert de payer le
caratfch , ou tribut ordinaire levé fur toutes les
familles Juiyes qui forment quelqu'établiffement:
dans l'Empire Ottoman. A l'égard des autres familles
de cette peuplade , elles ont reçu ordre de
ne féjourner que feu de tems dans cette Ville , &
de poursuivre leur pélerinage.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
De Copenhague , le 18 Septembre 1777.
La Ville d'Altona vient d'obtenir du Roi pluheurs
priviléges en faveur du commerce & de la
navigation . Les droits d'importation & d'expor
tation, ceux de tranfit, d'entrée & dei fortie , ont
été ou abolis ou fort diminués; & un grand nom .
bre de Navigateurs font attirés à la rade de cette
Ville , qui , par cette concurrence , trouve de plus
grands bénéfices que ceux dont elle jouiffoit auparavant.
De Stockholm , le 10 Septembre 1777.
1.Amirauté s'occupe aujourd'hui , avec acti
vité, des projets de donner à la Marine une confiftance
plus refpectable , & de faire conſtruire
de nouveaux vaiffeaux de guerre , ainfi que des
frégates. Depuis deux ans on avoit déjà fait venir
de la Pruffe à Carlferon , pour cinq cens mille
rixdhalers de bois de conftruction ; & , du confentement
de Salajefté , FAmirauté vient de
paffer un nouvel acte avec un Agent du Roi de
Pruffe , qui s'eft chargé de faire délivrer , pendant
douze années , tout le bois , tant de chêne
que d'aurre qualité , qui fera néceflaire pour
conftruire , chacune de ces années ; un vaiſſeau
de guerre & une frégate . On prend en mênietems
des arrangemens pour réparer les navires
qui peuvent encore en être fufceptibles .
Le nouveau baffin de Carlferon , quoiqu'encore
imparfait , a été ouvert à la fin du mois
d'Août. Huit gros vaiffeaux peuvent déjà être
reçus dans la partie qui eft achevée.
OCTOBRE. 1777. 203
De Vienne , le 12 Septembre 1777 .
La Cour veille toujours à ce que les travaux
qu'elle a ordonnés pour faciliter le tranfport des
denrées & le commerce dans la Hongrie , foient
continués avec activité . Il s'agit fur - tout , à l'aide
des eaux du lac Balaton , appelé en Allemagne
Plafée , de pratiquer une communication sure
& utile entre le Danube & ce lac , entouré de
grands vignobles & de terres fertiles . On a donné
auffi des ordres pour que la rivière de Scio , dans
le Comté de Tolna en Baffe - Hongrie , pût deve
hir navigable. Et comme il a été reconnu qu'on
ne pouvoit tirer aucun parti des eaux da Servize,
pou la navigation à laquelle on vouloit de même
rendre propre cette rivière , on a décidé qu'on
travailleroit à fon defféchement , ainfi qu'à celui
de plufieurs marais , ce qui rendra à l'air du pays
où ils fe trouvent , plus de falubrité , & à l'Agriculture
des terreins confidérables qui étoient perdus
pour elle. Le Baron de Zigari , ſous la direction
duquel le fieur Boemi , Ingénieur , opère , eft
chargé de ces entreprifes dignes du gouvernement
paternel de Marie - Thérèfe.
De Madrid , le 3 Septembre 1777.
On attend inceffamment à l'Efcurial , la Reine
Douairière de Portugal ; & les ordres font déjà
donnés pour la réception , ainfi que pour celle de
l'Infant Dou Louis , frère du Roi , qui doit antiver
ici dans quelques jours.
Un bâtiment de commerce Efpagnol , entré à
I vj
204
MERCURE DE FRANCE.
Cadix , vient d'apporter des lettres de Montevi
deo , qui nous ont appris que la Colonie du Saint-
Sacrement , s'étoit rendue au Général Cevallos
le 4 Juin , fans effufion de fang , & que la garni
fon avoit été faite prifonnière de guerre .
De Florence , le 29 Août 1777 .
"
Une troupe d'environ cinquante brigands ,
tant hommes que femmes & enfans , après avoir
infefté différentes Provinces d'Italie , & particu
lièrement les Légations de Bologne & de Ravenes,
étoit entrée fur les terres du Grand - Duché,
Les Payfans , appuyés de quelques troupes d'Archers
, fe font mis à leur pourfuite , & les ont
attaqués dans une forêt où ils avoient établi leur
repaire . L'action a été vive ; mais à la fin les ban--
dits ont été difperfés , & les Archers fe font eme
parés de cinq hommes , dont un étoit bleffé ; de
huit femmes , & de dix jeunes garçons , ainfi que
de la plus grande partie de leurs chevaux , de leurs .
armes & de leur bagage : quelques - uns des prifonniers
font détenus à Prato , & les autres en
cette Ville.
De Venife , les Septembre 1777..
La Cour de Madrid vient de lever l'entrave de
la quarantaine rigoureufe , même de Port à Poit,.
à laquelle les Vénitiens étoient affujettis dans:
toute l'Espagne, Cet e nouvelle a caufé la plus
grande joie à nos Commerçans , dont plufieurs fefont
empreffés de rappeler ici leurs navires , afin
dy former des chargemens de bled ,, & d'autres
OCTOBRE. 1777. 205
objets pour Barcelone & Cadix. Ces expéditions
qui vont fe faire directement , paffoient auparavant
par les mains des Génois, qui en partageoient
conféquemment le bénéfice.
De Londres , le 23 Septembre 1777.
Il fe répand un bruit qui a grand befoin de
confirmation ; favoir , que , le 17 Juillet , le Colonel
Saint- Clair , réuni au Général Schuyler ,.
venu de Saratoga , avoit marché vers le lac
George , qu'il y avoit attaqué un détachement
embarraflé d'un grand nombre de bateaux d'artillerie
; qu'il y avoit détruit fix cens de ces bateaux
, tué & pris à l'ennemi douze cens hommes
; & que ces mêmes vainqueurs , voulant
mette à profit leur victoire , étoient en marche
pour aller attaquer le Général Burgoyne
lui-même..
Il y a aujourd'hui des avis qui affurent pofitivement
& contradictoirement à la relation du
bâtiment de LIfe Rhode , que le Généra ! Howe
s'étant préſenté devant Bofon , & ayant commencé
fon débarquement , les Américains s'y
étoient oppofés fi vigoureufement , que le Géné
ral avoit été contraint d'ordonner le rembarquement
avec perte de quelques centaines d'hom
mes..
On a répandu ici le bruit qu'il y avoit eu une:
action entre l'Armée du Général Howe & celle:
du Général Washington ; que la perte avoir été
fi confidérable de part & d'autre , qu'on avoit
été trois jours à enfevelir les morts ; qu'enfin no
206 MERCURE DE FRANCE.
tre Général avoit remporté une victoire come
plete ; mais qu'il avoit reçu quinze bleffures ;
dont heureufement aucune n'étoit mortelle.
Comme on ne dit point que la Cour ait reçu cet
avis important , on ne regarde ce récit que
comme devant fervir à la hauffe de nos fonds
publics ; effet qu'il a produit , à la vérité , dans
le premier moment où il s'eft répandu au Café
yoifin de la Bourſe.
La Compagnie des Indes reçut hier la nouvelle
de l'arrivée de dix de fes vaiffeaux de l'Inde &
de la Chine , à l'entrée de la Manche , le 26 de
ce mois : ils ont fait voile de Sainte Hélène , l'e
20 Juillet dernier , fous une eſcorte de vaiffeaux
du Roi. Il ne paroît pas que les Américains , qui
avoient annoncé le deffein de faire quelque tentative
fur l'Ile de Sainte - Hélène , aient rien
entrepris contre elle.
De Fontainebleau , le 10 Octobre 1777.
Le 9 de ce mois , Lears Majeftés & la Famille
Royale fe rendirent ici.
De Paris , le 10 Octobre 1777.
Le 3 de ce mois , vers dix heures du matin ,
le Sieur Lenoir , Confeiller d'Etat , Lieutenant-
Général de la Police , s'eft tranfporté au Sémimaire
du Saint Efprit , rue des Poftes , & y'a
pofé la première pierre da Portail de la Chapelle,
après la bénédiction qui en a été faite par l'Evêque
de Glandèves. La Ducheffe de Nivernois , &
OCTOBRE. 1777. 207
d'autres perfonnes de confidération , ont affiſté à
cette cérémonie . On a incrufté & fcellé dans
cette pierre , une plaque de cuivre , fur laquelle
a été gravée une Infcription relative à l'Efprit-
Saint , & enſuite une efpèce de Procès - verbal dé
la bénédiction de la pierre , par Henri-Hachette
Delportes , Evêque de Glandèves , de la poſe de
cette pierre par Jean - Charles - Pierre Lenoir ;
Confeiller d'Etat , Lieutenant - Général de Police ,
Commiflaire du Roi pour les bienfaits que S. M
répand fur les Edifices de piété , en présence
des Sieurs Becquer , Supérieur- Général , Duflot ,
Deglicourt , Hardre & Pichon , Directeurs dudit
Séminaire. Témoins encore le Sieur Chalgrin ,
Architecte du Roi , & de fon Académie Royale ,
premier Architecte , Intendant des Bâtimens de
Monfieur & de Monfeigneur le Comte d'Artois ,
& premier Architecte de l'Electeur de Cologne ,
chargé defdits travaux ; le Sieur Mangin , Entrepreneur
de maçonnerie , & fon fils Charles Mangin
, fon Adjoint.
NOMINATIONS.
Le Roi , par fon Ordonnance du 2 Juin , concernant
le Régiment Provincial de l'Ile- de Corfe,
a donné à ce Corps une compofition plus conforme
au bien de fon Service ; & Sa Majeſté a nommé
pour Colonel, en fecond de ce Régiment , le
Comte Ruffo, Aide- Maréchal- Général des Logis,
en Corfe. 1
208 MERCURE DE FRANCE.
Le 28 Septembre , le Roi a nommé à l'Abbaye
de Signy , Ordre de Ciceaux , Diocèle de Reims,
l'Abbé de Bourbon , qui a remis celle de
Saint Vincent de Metz ; à celle de Bolboane
, même Ordre , Diocèfe de Mirepoix
l'Abbé de Montefquiou , Vicaire - Général de Limoges
; à celle de Pornid , Ordre de S. Auguſtin ,
Diocèle de Nantes , l'Abbé Dupargo , Vicaire
Général de Nantes ; & à celle de Saint Marcel ,
Ordre de Citeaux , Diocèfe de Cahors , l'Abbé
Haugard , Vicaire- Général de Noyon.
PRESENTATIONS.
Le 28 Septembre , la Comteffe de la Fare a eu
T'honneur d'être préfentée au Roi par Madame
la Comteffe d'Artois , en qualité de Dame pour
taccompagner , à la place de la Marquife de St-
Simon. La Comteffe de Thilly a eu auffi l'honneur
d'être préfentée le même jour à Sa Majeſté,.
par Madame Elifabeth de France , en qualité de
Dame pour l'accompagner.
Le 2 Octobre, le Comte d'Uffon , Ambaffadeur
près le Roi de Suède , eft allé prendre congé de
Sa Majefté, pour retourner à fa deftinatión : il a
été préfenté par le Comte de Vergennes , Miniftre
& Secrétaire d'Etat au Département des Affaires
Etrangères.
Le même jour , le Sieur Mefnard de Chouzy ,
Miniftre Plénipotentiaire près du Cercle de Franconie
, de retour ici par congé , a été préfenté à 9a
Majefté par le même Miniftie & Secrétaire d'Etat..
OCTOBRE . 1777. 209
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 28 Septembre , l'Académie Royale de Chirurgie
a eu l'honneur de préfenter au Roi & à la
Famille Royale , deux volumes des Mémoires qui
ont remporté les Prix de l'Académie.
1
L'Abbé de Gourcy , Vicaire- Général de l'Archevêché
de Bordeaux , a eu , le 2 Octobre, l'honneur
de préfenter au Roi un Ouvrage intitulé :
Effaifur le Bonheur.
•
MARIA G E S.
Louis Gabriël le Sénéchal , Comte de Carcado,
Chef des noms & armes des anciens Grands Sénéchaux
féodés & héréditaires en Bretagne , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , veuf
en premières noces , fans enfans , de défunte
Dame Anne-Jeanne Poncer de la Rivière , décédée
fille unique de Pierre Poncet de la Rivière ,
Chevalier , Comte d'Ably , Seigneur de Faurres,
& autres lieux , Confeiller du Roi en fes Confeils ,
Préfident Honoraire au Parlement ; & de Dame
Louife- Bonaventure le Laye de Villemarée , fa
première femme , demeurant à Paris , en fon
Hôtel , rue Saint -Louis , au Marais , Paroiſſe S.
Gervais époufa , le 2 Septembre, à Saint Roch,
&
।
tro 110 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle Adélaïde - Marguerite- Louife Chaltenet
de Puységur , fille mineure de Jacques-
François - Maxime de Chaftener, Marquis de Puyféger
, Lieutenant-Général des Armées du Roi ,
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis , & de défunte Madame Marie - Marguerite
Mallon , fon époufe.
Le 21 du même mois , Leurs Majeftés & la
Famille Royale ont figné le Contrat de mariage
du Comte de Lopes la Fare , Capitaine de Cavalerie
, avec Demoiſelle Law de Loriſton.
NAISSANCE S.
Jeanne Gaborel , pauvre femme de la Paroiffe
de S. Veran , Evêché de S. Brieu , accouch , le
printems dernier , de deux files & d'un garçon ,
à des diſtances affez grandes l'une de l'autre ,
pour qu'il y ait eu trois baptêmes diftincts. On
porta d'abord à l'Eglife une fille ; & le père revenant
avec les pa ain & mataire , & voyant
que quelques autres de fes volfins alloient préfenter
fur les Fonds de Baptême , un garçon nouveau
né , demanda qu'elle étoit celle de fes voifines
qui étoit accouchée ; on lai dir que c'étoir fá
femme , & il retourna fur fes pas avec les nouveaux
compère & commère. La même fcène fe
répéra à fon retour , pour une fille que la fernme
venoit encore de mettre au jour. La perfonne qui
écrit ce fait , & qui a envoyé les trois extraits
de baptême légalfés , a vu , daas le mois dernier,
OCTOBRE 1777. 2115
cette indigente & féconde mère nourriffant elle )
feule fes trois enfans , tous en bonne fanté .
MORT S.
Demoiselle Jeanne -Madeleine Maubois , âgée
d'environ 89 ans , Tourneufe du Roi , eſt décédée
à Versailles , le 7 Septembre ; elle étoit fille
de Jacques Maubois , Tourneur du Roi , & de
Françoise Chevalier. Ceux qui prétendent à fa
fucceffion , peuvent s'adreffer , avec les Pièces ,
juftificatives de leur degré de parenté , à M. Barat
, Notaire de la Cour , à Versailles , rue Satory,,
le plutôt poffible. Il recevra les lettres franches
de port.
J
1
Le 28 du même mois , Meffire Pierre de Mon--
tholon , Chevalier , ancien Officier des Vaiffeaux.
du Roi , mourut , a Paris , dans la 89 année de
fon âge. Il a été inhumé à S. André - des- Arcs ,
dans In Chapelle de fa famille , où l'on voit le
beau maafolée des deux Gardes des Sceaux , père
& fils , fes Ancêtres , fous les régnes de François I
& de Henri III , M. de Montholon dont il s'agit ,
laiffe quatre fils ; l'aîné , dit le Comte de Montholon
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Lonis , Colonel d'Infanterie ; l'Abbé de
Montholon , Doyen & Grand- Vicaire de Metz ,
Confeiller d'Honneur au Parlement de Metz, M. ,
le Premier Préſident du Parlement de Rouen ; &
M. le Procureur - Général de la Chambre des,
Comptes de Paris. Le Marquis de Moutholon ,
212 MERCURE DE FRANCE.
Colonel du Régiment de Penthièvre , Cavalerie ,
eft leur coufin iffu de Germain.
V
Dona Clelia-Grilla - Borromea, veuve du Comte
Giovanni eft morte à Milar. , le 23 Août , dans la
93 année de fon âge. Cette femme célèbre, avoit
donné plufieurs preuves de l'étendue de fes connoiffances
, dans l'Académie de Phyfique expérimentale
qu'elle avoit établie dans fon Palais , au ,
commencement de ce fiècle. Les Langues Latine,
Françoife , Espagnole , Allemande , Angloife , &
même quelques- unes des Langues Orientales , lai
étoient familières ; fa vafte érudition embrasfoit
toutes les Sciences , fans en excepter la Théologie.
Malglé fon extrême vieilleffe , ſa ſociété a
toujours été recherchée par les Savans nationaux
& étrangers ; & elle a laiflé un fouvenir d'elle auffi ,
précieux aux honnêtes gens qu'aux hommes de
Lettres.
On écrit du Dauphiné , que N. de la Porte de
Saint- Lattier , Abbelfe de l'Abbaye Royale des
Ayes , Diocèfe de Grenoble , y eft morte ,
le 17
Septembre , de la petite Vérole , à l'âge de 68
ans .
Anne Vichier , veuve Chapat , habitante de la
Paroiffe de Saint Chriftophe , même Diocèſe , eſt
morte en Juillet dernier , âgée de 102 ans & 8
mois. A l'époque de 90 ans , elle perdit la vue ,
fans que fa bonne fanté en fut altérée . Elle n'a
éprouvé de mal - être que 8 jours avant la mort :
fa nourriture ordinaire étoit du lait & des pommes
de terre.
OCTOBRE . 213 1777 .
Marie - Louife- Alexandrine de Montmorin ,
Comteile de Tane , eft morte à Paris , le 20 Septembre
, âgée de 58 ans.
Louis-François Colin , Comte de la Biochaye ,
Préfident au Parlement de Bretagne , eft mort à
Nogent-fur- Marne , le 1 Octobre.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
Du 16 Octobre 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
78 , 62 , 42 , 74 , 22.
214 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
PIÈCES FUGITIVES ENVERS ET EN PROSE , p.
Difcours de Céfar à fes Soldats ,
L'Abdication de Sylla ,
Clair-voyant dupé par un Aveugle ,
ibid.
Vers fur les Repréſentations données au profit
des Incendiés de la Foire S. Ovide ,
L'Après Souper d'Hiver ,
Epitie à ma Mufe ,
Le nouvel Actéon ,
Vers pour le Portrait de la Reine ,
Les plaifits Champêtres ,
Penfées diverfes ,
A un Magiftrat ,
Couplets à Madame Dém ...
Ode à l'Avarice ,
Le Cochon & le Boeuf,
Conte ,
Le Poëte & fon Mécène ,
Couplers à l'Amour ,
Elégie ,
10
12
17
18
19
21
38
39
41
44
45
46
50
52
54
57
58
59
61
63
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES,,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Eloges de Michel de l'Hopital , Chancelier de
France ,
ibid. 69 , 73 , 74, 78
Hiftoire générale de l'Eglife Chrétienne ,
Suite des Epreuves du Sentiment ,
90
103
OCTOBRE.
1777. 215
Le Quadragénaire , 112
Le Tribunal Domestique , 118
Dictionnaire des Origines , & c.
122
Vie du Dauphin , 128
Les Noces Patriarchales , 135
Effai fur le Génie Original d'Homère , 137
Journal des Caufes célèbres , 140
Traité des affections cancéreufes , 143
Traité des maladies nerveuſes , 145
Annonces littéraires ,
ACADEMIES ,
146
150
des Sciences , ibid.
Montauban , 153
SPECTACLES.
156
Opéra ,
ibid.
Comédie Françoiſe,
Comédie Italienne
ARTS.
Gravures ,
160
161
264
ibid.
Mufique ,
169
Géographie ,
175
Manière d'imiter les Camées ,
178
Cours de Langue Italienne, & de Géographie , 184
Latine & Françoife , 185
-d'Arithmétique , & c. 186
Bienfaifance , 1.87
Variétés , inventions , &c . 190
Anecdote de Médecine , 193
Anecdotes.
196
Avis , 198
Nouvelles politiques , 201
Nominations ,
207
Préſentations ,
208
d'Ouvrages , 207
216 MERCURE DE FRANCE.
Mariages,
Naiflances ,
Morts ,
Loterie ,
209
210
211
213.
APPROBATION.
J'A1 lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le fecond volume du Mercure de France ,
pour le mois d'Octobre , & je n'y ai rien trouvé
qui n'ait paru devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 19 Octobre 1777.
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la
près Saint Comic,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères