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1777, 09
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
SEPTEMBRE , 1777-
Mobilitate viget. VIRGILE.
Beughei
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , rue de Tournon,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
AVERTISSEMENT.
C'ESTauSieur LACOMBE libraire , à Paris , rue de
Tournon , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eftampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obfervations , anecdoévénemens
finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
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tes
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
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; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
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libraire , à Paris , rue de Tournon
Ontrouve auffi chez le même Libraire lesJournaux
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JOURNAL DES SAVANS , in-4°. où in- 12 , 14 vol. à
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18 1
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181
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12 la
4 la
Tableau politique & littér . de l'Europe , an. 1775 , br . 2.1 .
Di&. des mots latins de la Géographie ancienne , in-8®.
broché
Les trois Théâtres de Paris , in-8° . br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br .
2
31.
1. 10 f
11. 19 f.
11.4
K.
MERCURE
DE FRANCE.
SEPTEMBRE , 1777.
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
LA MALADIE.
Ode.
FLEURS , fanez- vous : de nos bocages ;
Tendres & légers Habitans ,
N'enchantez plus par vos ramages ,
Les échos des bois & des champs.
Jufques fous les voûtes célestes ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Déployez vos branches funeftes ,
Sombres & stériles cyprès ,
Que fous vos ombres la verdure
Se defféche , & que la nature
Se dépouille de fes attraits .
De Vulcain enfant déplorable
Jouet des caprices des Dieux ,
Si , par toi , la terre coupable
But foumise au courroux des Cieuz
Sur cette terre dévaftée
Par le crime d'Épimét hée ,
Qui l'infecta de tous les maux
Defcends redoutable Pandore j
Et , fitu le peux , verfe encore
Sur nous quelques poiſons nouveaux.
Brillant au haut de ta carrière ,
Tu me bleffes , flambeau des Cieux :
Tes vaftes torrens de lumière
Affligent mes débiles yeux.
En vain ta chaleur bienfaifante
Aux épis qué Cérès enfante ,
Imprime la maturité;
Forcé d'admirer ta puiffance ,
Mon coeur que le bonheur offenſe ,
Frémit d'éprouver ta bonté.
7
SEPTEMBRE.
7 1777.
Autour de moi j'entends fans celle
Retentir le nom du plaiſir ;
Pour jouer , je vois la jeuneſſe
Et les grâces fe réunir :
Sur un cercle heureux de mortelles ,
Toutes légères , toutes belles ,
L'Amour agite fon flambeau ;
Et trifte , dévorant mes larmes ,
Moi , je ne puis trouver de charmes
Que près des horreurs du tombeau.
Accumulés fur ma naiffance ,
moi ;
Sept luftres ont coulé pour
Et de ma fragile exiſtance ,
Biens & maux ont coupé l'emploi :
Mais , hélas ! fur ce qui me tefte
Des ans que la faveur céleſte
Deftine au terme de mes jours ,
Vomiflant fa rage ennemie ,
Un monftre impur , la Maladie ,
Menace d'en brifer le cours.
Tardif & froid , coulant à peine
Dans les détours de mes vaiffeaux ,
Mon fang , d'une marche incertaine ,
Roule & s'égare en fes canaux ;
Mes facultés s'anéantiſſent ;
Mes genoux affoiblis fléchiffent-
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Sous le poids léger de mon corps ;
Leur vigueur éteinte fuccombe ,
Et me rapproche de la tombe
D'où m'éloignent de vains efforts .
Paroiffez , poifons d'Épidaure ,
Animaux , plantes , minéraux ,
Préfens du Ciel , l'homme ofe encore
Vous épurer dans les fourneaux.
Portés par des routes fecrettes ,
Pénétrez jufques aux retraites
D'où le monftre lance fes coups.
Saififfez- le , daignez l'abattre
Mais , en cherchant à le combattre ,
N'allez pas fervir fon courroux.
Ainfi de la terre inondée
Titan diffipe les vapeurs,
Et la nature fécondée
Doit fon falut à fes chaleurs ;
Mais qu'elles pénètrent l'abyſme
Feux fouterrains , il vous ranime ;
Volcans , vos gouffres font ouverts ;
Parmi le foufre & le bitume ,
Le falpêtre exalté s'allume ,
Ils bouleverfent l'Univers .
Ainfi quelquefois elle flatte
SEPTEMBRE. 1777.
Par les plus merveilleux effets ,
Cette fcience qu'Hippocrate
Éternifa par fes fuccès ;
Mais fouvent aveugle ou trompée ;
Elle paroît enveloppée
Du fombre voile des erreurs ;
Et les fecours qu'elle adminiſtre ,
Par un retour prompt & finiftre ,
Appefantiffent nos douleurs.
L'indigent que la faim travaille ,
Courbé fous le poids du malheur ;
Le Héros , dans une bataille ,
Atteint par un plomb deftructeur,
Tous les jours fur ta bienfaiſance
Se repofent , douce eſpérance :
De l'un tu foulages les maux ,
Ta main ferme fa cicatrice ;
Et ta vertu confolatrice
De l'autre allége les travaux.
Plus timide , je n'ofe encore
Ouvrir mon ame à tes rayons;
J'ai peur qu'une trop foible aurore
Ne m'offre des illufions:
Non ...tu n'es point un vain fantôme ,
Je te fens ; tu verfes le baume
Jufqu'au plus profond de mon coeur.
A v
10 MERCURE DE FRANCE
t
Par toi l'avenir fe rapproche ;.
Et plus rapide à ton approche .
Le tems a perdu fa lenteur .
Ils reviendront ces jours de gloire ,
Ces jours où mon fang vigoureux ,
Jufques au Temple de mémoire ,
Portoit mon efprit & mes voeux..
Je t'invoquois , fils de Latone ;
Quelquefois au pied de ton Trône ,
J'ofai brûler un peu d'encens ;
Et dans ce jour , à plus d'un titre ,
Ta bonté peut être l'arbitre
De ma fanté , de mes talens.
Rends moi ces biens que la nature
Me promit avant mon berceau :
Je les perdis ; ton art m'aiſure
De me tranfmettre un fang nouveau.
Fais encor plus ; à mon génie
Donne ce feu , cette énergie
Qui vole à l'immortalité.
Un jour fi ta faveur m'infpire ,
Je confacre à jamais ma lyre
A chanter ta Divinité.
Par M. Simon , Maitre ès- Arts & en
Chirurgie , à Troyes,
SEPTEMBRE. 1777.
LES DEUX FILS.
Fable imitée de l'Allemand de Gellert.
UN
N père avoit deux fils , Dorimon & Guillot :
Le premier bel efprit , & l'autre étoit un fot,
Près d'arriver au terme de fa vie ,
Le vieillard inquiet tourna vers Dorimon ,
Une paupière appelantie ;
Et d'un air trifte , il lui dit : mon garçon ,
D'un noir chagrin mon ame eft oppreffée :
Je vais mourir , & quitter mes enfans ;
Mais , en voyant fair le terme de mes ans ,
Ton fort plus vivement occupe ma penſée .
Tu paffe dans ces lieux pour avoir de l'efprit ,
Chacun le dit & le redit.
Que vas-tu devenir ? Écoute : une caffette
Eft ici près , dans ma chambre; prends - là ,
Ticns la chofe fecrette ;
Que ton frère fur-tout ignore tout cela.
Certains bijoux de prix s'y trouvent.….. Ah ! mon
père ,
Je dois bénir la main qui me comble de biens ,
Répondit Dorimon ; mais que fera mon frère-
Si je possède feul fes tréfors & les miens ?
A vi
12 MERCURE
DE FRANCE
.
Quel fera donc fon fort ? Sois tranquille ....
J'espère....
Replique le papa... Je réponds de Guillot ,
Il fera fon chemin fans peine ; c'eſt un fot.
Par le même.
A CHLOÉ
Imitation du Grec.
Dix Mufes , deux Vénus , quatre Grâces , des
IX
Cieux
Et de la Terre ont mérité l'hommage :
Mufe , Grâce & Vérus , aflife au rang des Dieux ,
Chloédouble leur noore & nous rend leur image.
Par le même.
LA LOUANGE INTÉRESSÉE .
De mes
Imitation d'Owen.
E mes vers , dans les tiens , tu fais l'apologie :
Rien n'eft, à ton avis , fi beau dans l'Univers.
De tes fecrets , Alain , je connois la magic...
Tu penfes qu'à mon tour je vanterai tes vers..
Par le même,
SEPTEMBRE. 1777. 1 $
SUR UN MÉDECIN.
Autre imitation du même.
UIDE d' rgent , tu vins en cette Ville
Y profeffer l'état de Médecin ;
Et le befoin de Art affaffin ,
Fit à ton fort un changement utile.
Soulage ton malade , il té donne fon bien.
Paul , tu guéris fon mal ; mais il guérit le tien.
Par le même.

LEONIDAS.
Imitation de l'Anthologie.
U grand Léonidas le cadavre fanglant ,
Aux regards de Xercès s'ofrit fur la pouſſière :
Pénétré de respect pour la vertu guerrière ,
De fa pourpre Royale il le couvre à l'inſtant ;
Mais l'ombre du Héros , d'une voix formidable ;
S'écria : loin de moi ce funefte ornement ;
Périffe des Perfans l'empire méprifable !
14 MERCURE DE FRANCE.
D'un bouclier plutôt que mes os foient couverts ,
En Spartiate au moins j'irai dans les Enfers .
Par le même.
LES SECONDES NOCES.
Autre imitation de l'Anthologie.
Si quelqu'un échappé de fes premiers liens ,
Ofe encor contracter un fecond mariage ,
C'eft un fol qui , malgré des préſages certains ,
Se hafarde deux fois , & fait deux fois naufrage.
Par le même.
IMITATION DE J. J. PONTANUS.
Contre un grand Paricu....
GARRULUS arrive de France ,
C'eft vainement qu'il étoit attendu ;
Il ne dit rien de neuf : pourquoi donc ce filence ?
A force de parler il n'a rien entendu.
Par le même.
SEPTEMBRE. 1777. IS
COUPLETS. O VP
Air : Le connois- tu ma chère Eléonore ?
NSTANS paffés auprès de ma Bergère ,
Momens fi doux qu'êtes -vous devenus ?
Tendre plaifir que ton aîle eft légère ?
Momens fi doux , vous n'êtes déjà plus.
C'étoit ici que fa main careffante ,
Cherchoit , preffoit la mienne en foupirant :
Et c'étoit-là que fa bouche charmante ,
Difoit, je t'aime , au plus fidèle amant.
C'eft dans ce lieu que Chloé moins févère ,
D'un doux baifer tempéra fes réfus....
Tendre plaisir que ton aîle eft lègère ! .
Momens fi doux , vous n'êtes déjà plus.
Par un Caraïbe de Sainte- Lucie.
16 MERCURE DE FRANCE.
COUPLET A M. L. C.
Air : Nousjouiffons dans nos Hameaux.
PORTER
ORTER par- tout la volupté ,
Intéreffer & plaire ,
De la féduifante beauté ,
C'eft l'effet ordinaire :
Mais d'un Berger
Trompeur , léger ,
Souvent trop téméraire ,
Faire un Amant
Soumis , conftant .....
Toi feule as pu le faire ,
Par le même.
D
FRAGMENT.
Es monts , dans le lointain , le vaſte amphithéâtre
,
S'unit avec les Cieux fous un voile rougeâtre ;
Les aftres de la nuit fuyant l'aſtre des jours ,
Déjà vers l'Occident précipitent leur cours ;
SEPTEMBRE. 1777. 17
Tout s'anime ; un jour foible a lui fur les campagnes
;
Mais la lumière en flots va jaillir des montagnes ;
Et Phébus glorieux attend pour fe montrer ,
Que l'homme , à fes travaux , ait pu fe préparer.
Je vois des boeufs traîner une charrue antique ;
Chacun mène en fes champs l'attelage ruftique ;
Le Laboureur content chante au fon des pipeaux ;
Ses plaifirs les plus purs vont naître des travaux ;
Et fier d'avoir foumis la terre à fon empire ,
Il chérit fon triomphe & daigne lui fourire.
Il me femble l'entendre : « Enfin je t'ai vaincu ,
Mère du genre Humain , toi par qui j'ai vécu ;
» Même en te fubjuguant , permets ici qu'en fage,
En vainqueur généreux , je te rende un hom-
» mage ;
» Tes tributs les plus doux , tu peux les refufer
» Et jamais d'un refus ai- je pu t'accufer ?
Augmente tes bienfaits, augmenterai mon
∞ zèle ;
En te couvrant de fruits , tu n'en es que plus
» belle.
Et toi qui l'embellis , Aftre de l'Univers ,
» De nos chants réunis écoute les concerts :
fa
Que tes rayons puiffans augmentent ſa parure ;
» Elle t'invoque auffi , ranime la Nature ».
Ces mots , ces fons touchants ont femblé me
frapper ;
18 MERCURE DE FRANCE.
י
Mais , de ce vain détail , pourquoi s'envelopper ?
La terre attend Phébus ; le Dieu de la lumière
Amène enfin le jour ; il ouvre la barrière ;
Et fes chevaux traçant un fillon radieux ,
Précipitent leurs pas vers la voûte des Cieux.
Ce n'eft plus ce brillant , cette vive topaze * ,
Qui couronne ** Gourgean, ainfi que le Caucafe ;
Renfermantfes rayons dans un point lumineux ,
Son éclat impofant ne bleffoit point les yeux ;
Mais c'est un océan , une mer de lumière ,
Dont les torrens fubtils out inondé la terre.
Quel luxe ! Quel éclat ! En fuperbe brillans ,
Je vois changer ces pleurs qu'a répandus l'Aurore ;
Ils deviennent rubis , faphirs & diamans 5
Sous mille afpects divers , le Soleil les colore.
Oui *** , cet encens qui fume , & l'éclat de ce
lieu ,
D'un vrai culte Divin , viennent m'offrir l'image ;
Les champs font les Autels d'où s'élève l'hom~
mage ,
Lorfque le Soleil commence à poindre à l'hori -
fon , il reffemble exactement à une brillante topaze.
** Gourgean , petite montagne dans le bas Languedoc
, où eft une Abbaye qui en tire fon nom .
✶✶✶ Les vapeurs qui s'élèvent de la terre , fur- tout
aux bords des rivières , & des rivières mêmes.
SEPTEMBRE. 1777. 19
La Nature eft un Temple , & le Soleil un Dieu...
Mais non , n'infultons point au Roi de la Nature ;
Le Soleil & les Cieux , & leur riche
parure ,
Bien loin d'être des Dieux , furent formés pour
hous ;
L'Etre qui les gouverne , eft bien plus grand
qu'eux tous.
Par M. Mar...
QUAND
MORALITÉ.
le Sage , en ouvrant les annales du
Monde ,
Soudain voit paffer fous les yeux ,
Ces Rois , ces Empereurs , ces Mortels fi fameux ,
Les Maîtres autrefois de la terre & de l'onde ,
Aujourd'hui les égaux des Mortels gémiſſans
Dont ils ont été les tyrans :
( Que l'orgueil ici fe confonde ! )
Quand il voit ces corps menaçans ,
Ces ambitieux monumens
Qu'ont élevé l'audace , où s'attache , où le fonde
La gloire des fiers Conquérans :
Quand il voit , nés à peine & déjà languiſſans ,
Les Empires , les uns fur les autres rombans ,
Sabyfmer , pour jamais , dans une nuit profonde;
20 MERCURE
DE FRANCE.
Briller , s'éteindre en un inftant :
Des humaines grandeurs il voit tout le néant ;
Et de leurs fondemens qu'il fonde ,
La conftante mobilité
En découvre à fes yeux toute la vanité.
Bientôt dégoûté du menfonge ,
Il retourne à la vérité ;
Et d'une trifte vie il achève le fonge,
En pleurant fur l'Humanité.
Par M. Drobecq.
VERS
A M. WILLEMAIN D'ABANCOURT ,
fur le Recueil de Fables qu'il vient de
publier.
RIVAL de Maître Jean, tu n'es pas fon Vainqueur
;
Mais tes Vers', qu'embellit une diction pure ,
Te feront appeler le Poëte du coeur ,
Et le Chantre de la Nature .
Par Madame de *** .
SEPTEMBRE. 1777. 21
LE MARIAGE ROMPU,
PROVERBE DRAMATIQUE ,
En un Acte , en profe .
PERSONNAGES,
M, GANEAU.
M. MORIN , Médecin.
CÉCILE , fille de M. Morin.
M. BELLANGER , Major de la Place .
Madame DUQUESNOY .
Mademoiſelle GALET , Gouvernante de
Cécile.
Un Caporal.
Quatre Fufiliers.
La Scène eft à Mons , dans la Maiſon
de M. Morin.
22 MERCURE DE FRANCE.
SCÈNE PREMIÈRE.
CÉCILE , Mademoiſelle GALET.
Mademoiſelle GALET .
SI bien donc , Mademoiſelle , que vous
donnez la préférence à M. de Nainville .
CÉCILE. Mais , ma Bonne , à ma place,
ne feriez- vous pas comme moi ?
Mademoiſelle GALET . Oui & non .
CÉCILE . Comment ? Voudriez - vous
que je lui préféraffe un homme que je
n'ai jamais vu , qui paffe pour extrêmement
dur , & dont la violence eft telle
qu'il a écrit à mon père , qu'à la place
de Madame Duquesnoy , lorfqu'il eft
venu lui annoncer qu'il manquoit à fa
parole , il l'auroit fait jeter par les fenêtres
.
Mademoiſelle GALET . Je ne favois pas
cela.
CÉCILE . Vous connoiffez M. de Nainville
? N'est- il pas vrai , ma Bonne , qu'il
y a une grande différence de lui à ce Capitaine
de Vaiffeau que mon père me
SEPTEMBRE. 1777. 23
deftinoit ? C'eſt la douceur , c'eſt la complaifance
même ; d'ailleurs il eft homme
de condition & à portée de s'avancer
dans le fervice .
Mademoiſelle GALET . Cela change la
thèfe , & je crois que vous avez fort bien
fait.
CÉCILE . Nainville eft neveu de M. le
Major , & peut obtenir fa furvivance :
cela feroit d'autant plus agréable pour
moi , que je ne ferois point obligée de
quitter ma famille.
Mademoiſelle GALET . J'en conviens ;
mais ne craignez - vous pas , Mademoifelle
, que le refus fait à votre Capitaine
de Vaiffeau , n'ait des faites fâcheufes ?
CÉCILE . Vous croyez , ina Bonne ?
Mademoiſelle GALET . Mais écoutez
donc , Mademoifelle , s'il eft aufli violent
que vous le dites , cela ne m'étonneroit
pas. Ces marins ne font point du
tout aifés.
CÉCILE. Vous me faites trembler.
Mademoiſelle GALET . Raffurez vous ,
on y pourroit mettre ordre . M. Bellanger,
votre oncle futur , a toute la garnifon à
fon commandement .
M. MORIN, en dedans . Cécile ! ...
24 MERCURE DE FRANCE:
Mademoiſelle GALET. M. votre père
vous appelle.
CÉCILE. J'y cours ,
SCÈNE I I.
Mademoiſelle GALET feule.
Il faut que je me tienne fur mes gardes
: fi ce bourreau d'homme - là venoit
nous traiter comme des Mouſſes. . . . .
Je reconnois bien-là Monfieur Motin : il
donne fa parole fans fonger à ce qu'il
fait , & la retire de même ; fon imprudence
lui coûtera cher quelque jour.
SCÈNE I IL
M. GANEAU , Mademoiſelle GALET.
M. GANEAU , en dehors. Eft- ce qu'il
n'y a perfonne ici ?
Mademoiſelle GALET , à part. A qui
en veut cet original- là ?
M. GANEAU , entrant d'un ton brufque.
Morbleu! Le fot pays ! Les fottes gens !
Mademoiſelle
SEPTEMBRE 1777: 25
Mademoiſelle GALET , à part. Jufte
Ciel ! C'eft lui-même ! C'eft le prétendu
de Mademoiſelle ! Nous fommes perdus
! ... Quel parti prendre ?
· M. GANEAU . Et ce ici chez M.
Morin ?

Mademoiſelle GALET . Monfieur ....
M. GANEAU. Eft - ce que vous êtes
fourde donc ? Je vous demande fi c'eft
ici que demeure M. Morin ?
Mademoiſelle GALET .
Monfieur.
M. GANEAU. Eft- il ici ?
Oui....
Mademoiſelle GALET . Monfieur....
M. GANEAU , criant plus fort. Est - ce
que je parle hébreux ? ... Eft- il ici , vous
dis-je ?
Mademoiſelle GALET. Monſieur....
je ne fais pas.
M. GANEAU . Vous n'en favez rien ?
Mademoiſelle GALET . Je crois , Monfieur
, qu'il eft .... forti.
M. GANEAU. Quand doit- il rentrer ?
Mademoiſelle GALET. Je ne fais pas.
M. GANEAU. Vous ne favez rien.....
Sera-t-il bien ici dans deux heures ?
Mademoiſelle GALET. Je le préfume ,
( à part. ) Il ne s'en ira pas.
M. GANEAU. Je vais l'attendre.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Mademoifelle GALET , à part. Ah ! le
maudit homme ! il va planter le piquet
ici .
M. GANEAU. Donnez - moi un fauteuil
.... Bon ! ( Il s'affied. ) Dites- moi
un peu , connoiffez -vous dans ce pays- ci
un Monfieur l'Huillier ?
Mademoiſelle GALET. Oui , Monfieur,
M. GANEAU . Où demeure-t- il?
Mademoiſelle GALET . Sur la place ,
tout vis-à-vis le Gouvernement.
M. GANEAU , fe levant. J'y vais de ce
pas.... Dires à M. Morin que je repafferai
bien-tôt , qu'il m'attende ! ...Vous
ne m'oublierez pas ?
Mademoiſelle GALET . Non , Monfieur.
M. GANEAU , à part , en s'en allant.'
Sur la place , tout vis-à-vis le Gouvernement!...
Il faut efpérer que je trouverai
celui-là.
SCENE IV.
Mademoiſelle GALET feule .
Ah ! je reſpire... Quel homme ! J'ai
cru qu'il m'alloit avaler ; mais il faut que
SEPTEMBRE. 1777. 27
je prévienne Monfieur de tout ce qui fe
paffe :j'ai bien fait de ne pas dire qu'il y
étoit .
SCENE 1 V.
M. MORIN , Mademoiſelle GALET.
Mademoiſelle GALET . Monfieur
Monfieur....
M. MORIN. Qu'est - ce qu'il y a Mlle
Galet ? A quien aviez-vous donc tout- àl'heure
?
Mademoiſelle GALET . Ah ! Monfieur,
fi vous ne vous fauvez bien vîte , vous
êtes un homme mort.
M. MORIN . Êtes-vous folle ?
Mademoiſelle GALET. Ce Capitaine
de Vaiffeau....
M. MORIN . Eh bien ?
Mademoiſelle GALET. Il vient d'arriver.
> M. MORIN. Vous plaifantez ?
Mademoiſelle GALET. Plût au Ciel ! ...
Si vous aviez entendu comme il a juré....
J'ai dit que vous n'y étiez pas ... 11 you-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
loit vous attendre ; mais heureufement il
a pris fon parti.
M. MORIN. Je fuis plus à mon aife.
Mademoiſelle GALET. Il va revenir....
M. MORIN. Il va revenir ! ... Fermez
la
porte.
Mademoiſelle GALET. Il ne doit venir
que dans une heure.
M. MORIN. Fermez toujours. ( Mlle
Galet vafermer la porte. ) A double tour...
Bon ! ... Quel parti prendre ?
Mademoiſelle GALET. Si vous vous
cachiez....
M. MORIN. Ne pourrai -je pas... C'eſt
lui que j'entends.... Je me trompe ....
Quelle espèce d'homme eft-ce ?
Mademoiſelle GALET . C'est un gros
homme court , cheveux bruns , fourcils
épais , figure rébarbative ; il fait trembler
les vitres quand il parle : il porte un
habit bleu avec un galon d'or , chapeau
bordé fur la tête , canne à la main ....
M. MORIN. C'eft lui-même , je n'en
peux pas douter.... Je vais trouver le
Major ; c'eft pour fon neveu que j'ai
rompu avec ce maudit Capitaine.... Il
faut abfolument qu'il me tire d'affaire ....
Mais .... fi j'allois rencontrer... Il vaut
mieux que je le prie de paffer ici...
SEPTEMBRE. 1777. 29
Mademoiſelle GALET . On frappe .
( Elle regarde par le trou de la ferrure . )
C'eft un habit bleu ; fauvez-vous , Monfieur
, fauvez-vous.... Je me trompe ,
c'eſt Monfieur le Major ; il vient à point
nommé. ( Elle lui ouvre la porte ).
SCÈNE V I.
M. BELLANGER , M. MORIN , Mlle
GALET.
M. BELLANGER. Bon jour , Docteur! ...
Vous voilà bien claque-muré ! Comment
gouvernez -vous la gaîté ?
M. MORIN. Ah ! mon cher ami , je
fuis bien à plaindre !
Mademoiſelle GALET , à part. Je vais
trouver Mademoifelle , & lui conter tout
ce qui fe paffe.
SCENE VII.
M. BELLANGER , M. MORIN.
M. BELLANGER. Q'avez-vous donc
H
#
Biij
35 MERCURE DE FRANCE.
M. MORIN. Ah ! Monfieur Bellanger,
c'en eft fait de moi , fi vous ne venez à
mon fecours !
M. BELLANGER . Vous m'étonnez !
M. MORIN. Il vient d'arriver ; il eft
d'une humeur de diable ; il veut mettre
tout à feu & à fang.
M. BELLANGER . Qui ?
M. MORIN . Je vous dis qu'il veut me
tuer.
M. BELLANGER. Mais qui ? qui ?
M. MORIN . Ce Capitaine de Vaiffeau,
que Lucifer confonde....
M. BELLANGER. Raffurez- vous , Docteur
, raffurez-vous , nous y mettrons bon
ordre.
M. MORIN. Mais fongez-vous que le
tems preffe ? Il va revenir , il eft en chemin
, il eft peut-être à dix pas ; il eft....
M. BELLANGER . Venez avec moi , &
n'ayez pas peur.
M. MORIN. Oh ! je n'ai pas autrement
peur ; mais vous favez que ces Marins
n'entendent
pas les procédés.
M. BELLANGER . Nous allons paffer
d'abord chez Madame Duquesnoy , &
nous la prierons de fe rendre ici : elle eſt
fon amie , & l'engagera plus facilement
que nous à fe départir de fes prétentions.
SEPTEMBRE . 1777 .
1777. 31
Nous irons enfuite aux Cafernes , où je
commanderai un Caporal & quatre Fufi
liers pour garder votre maiſon.
M. MORIN. C'eft bien vu.... Je vais
appeler Mademoiſelle Galet , pour lui
recommander.... Mademoiſelle Galet ,
Mademoiſelle Galet.
SCENE VIII 1
M. BELLANGER , M. MORIN , Mlle
GALET.

Mademoiſelle GALET . Eh bien ! Monfieur
, êtes-vous un peu raffuré ?
M. MORIN . Mademoiſelle Galet , je
vais fortir avec Monfieur le Major , ayez
bien foin de tenir votre porte fermée, &
de n'ouvrir à qui que ce foit , jufqu'à ce
que les gens qui doivent nous prêter
main- forte , foient arrivés. Vous m'entendez
bien ?
Mademoiſelle GALET. N'ayez pas
d'inquiétude.
M. BELLANGER . Nous ne tarderons
pas à revenir.
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
SCÈNE IX.
Mademoiſelle GALET feule.
( Elle va fermer la porte. ) Ils ont pris
le bon parti ; car cela commençoit à de
venir férieux. Notre Maître me doit une
belle chandelle . Oh! par ma foi , fans
moi , c'étoit un homme perdu.
SCÈNE X.
CÉCILE , Mademoiſelle GALET.
CÉCILE. Mais , ma Bonne , ce que
vous venez de me dire eft incroyable !
Êtes-vous bien sûre ? ....
Mademoiſelle GALET . Si j'en fuis
sûre ! A telles enfeignes que j'ai eu bien
peur ce n'eft pas un homme , c'eſt un
Démon .
CÉCILE . Et mon père qui eſt ſorti , s'il
alloit le rencontrer ?
Mademoiſelle GALET . Il ne le conSEPTEMBRE.
1777. 33
noît pas , & puis il eft avec M. Bellanger,
il ne lui peut rien arriver. ( On frappe ) .
CÉCILE. Miféricorde ! Ma Bonne ›
n'ouvrez pas , je vous en prie.
Mademoiſelle GALET. Ne craignez
rien , la porte eft bien fermée , & j'ai mis
les verroux. ( On frappe plus fort ).
CÉCILE. Je fuis toute tremblante.
SCÈNE X I.
CÉCILE , Madame DUQUESNOY , Mlle
GALET.
Madame DUQUESNOY , en dehors. C'eſt
moi , Mademoiſelle Galet , c'eft moi .
Mademoiſelle GALET. Ah ! c'eft Madame
Duquesnoy ; nous ne rifquons rien
d'ouvrir. Elle lui ouvre ).
Madame DUQUESNOY entrant. Eh
bien ! mes enfans , qu'est-ce que je viens
d'apprendre ?
CÉCILE. Ah ! ma pauvre Madame
Duquesnoy , votre vilain Capitaine de
Vaiffeau ....
Madame DUQUESNOY. Mais cela me
By
34 MERCURE DE FRANCE .
furprend au-delà de toute expreffion ; je
ne le reconnois pas-là .
Mademoiſelle GALET . Rien n'eſt cependant
plus vrai .
Madame DUQUESNOY. Je conviens
qu'il eft un peu vif; mais c'eft bien le
meilleur humain qu'on puiffe connoître ;
il ne feroit pas de mal à une mouche.
Mademoiſelle GALET . Il eſt donc bien
changé .
Madame DUQUESNOY. A- t - il fon
uniforme ?
Mademoiſelle GALET. Mon Dieu , oui .
Habit bleu , galon d'or....
Madame DUQUESNOY. C'eft cela
même. ( On frappe ) .
Mademoiſelle GALET. Frappe, frappe ;
fi tu attends que je t'ouvre....
SCÈNE XII.
CÉCILE , Madame DUQUESNOY , Mlle
GALET, un CAPORAL, deux FUSILIERS .
la
Le CAPORAL , en dehors . Ouvrez , de
part du Roi.
SEPTEMBRE. 1777. 35
Mademoiſelle GALET . C'eſt la Garde
de sûreté que Monfieur le Major nous
envoie. Elle ouvre ).
Le CAPORAL. Raffurez -vous , Mefdames
, nous répondons de tout. ( II
place les deux Fufiliers aux deux côtés de
laporte).
CÉCILE. Vous voudrez bien prendre
garde , Melfieurs ....
Le CAPORAL. Tranquillifez - vous ,
Mademoiſelle , il n'arrivera point de
défordre .
Madame DUQUESNOY. Meffieurs
n'allez pas lui faire du mal , au moins...
Le CAPORAL. Ne craignez rien
Madame , nous ne faifons du mal qu'aux
ennemis de notre Roi.
Mademoiſelle GALET. Pour moi je
commence par me fauver .
CÉCILE . Et moi aufli.
Madame DUQUESNOY. Et moi auffi,
Le CAPORAL . C'eft bien penfer ; les
Dames ne font point accoutumées aux
expéditions militaires .
Mademoiſelle GALET. Rentrons
rentrons ,
B vj
36 MERCURE
DE FRANCE
.
SCÈNE XIII
Le CAPORAL , deux FUSILIERS.
Premier FUSILIER . Je n'entends pas
trop la configne ; il faut donc arrêter ce
Monfieur Morin...
Le CAPORAL . Point du tout ; c'eſt un
Capitaine de Navire ... Non , un Capitaine
de Marine , qui veut tuer M. Morin.
Premier FUSILIER. Diable , c'eft ſérieux
cela .
Le CAPORAL , au fecond Fufilier.
Sais- tu cette hiftoire-là , roi ?
Second FUSILIER . Comment veux -tu
que je la fache? Il n'y a pas quinze jours
que nous fommes ici.
"
Premier FUSILIER . J'entends quelqu'un.
Le CAPORAL. Tenons-nous fur nos
gardes.
SEPTEMBRE. 1777. 37
SCÈNE XIV.
M. MORIN , le CAPORAL , deux
FUSILIER S.
Premier FUSILIER . A moi , Caporal .
Le CAPORAL . Monfieur , je vous
arrête de la part du Roi ; point de réfiftance
.
M. MORIN. Mais , Monfieur , ce n'eſt
pas moi....
Le CAPORAL . Oh ! ce n'eft pas moi
ce n'eft pas moi : il n'y auroit qu'à écouter
tous ceux qu'on arrête , ils n'ont jamais
rien fait.
M. MORIN. Je puis vous affurer ,
Monfieur...
Second FUSILIER. Mais je crois qu'il
a raiſon , on nous a dit un habit bleu .
Le CAPORAL. Comme s'il ne pouvoit
pas en avoir changé , pour à celle fin de
n'être pas reconnoiffable : oh ! j'entends
le fervice , moi !
38 MERCURE DE FRANCE.
SCÈNE X V.
M. BELLANGER , M. MORIN , le
CAPORAL , deux FUSILIERS .
M. MORIN. Ah ! Monfieur le Major,
maudit foit le bavard qui vous a arrêté
là-bas ! Vous arrivez bien à propos pour
me tirer d'embarras. Ces Meffieurs veulent
abfolument que je fois le Capitaine
de Vaiffeau ; je n'en ai cependant pas
l'encolure .
que
M. BELLANGER. C'eft donc ainfi
vous fuivez le fignalement que je vous
ai donné?
Le CAPORAL. Dame , mon Général ,
ce qui eft bon à prendre eft bon à rendre
; j'ai cru bien faire.
Second FUSILIER . Je te l'avois bien
dit.
M. BELLANGER . Je fuis fâché de la
méprife.
M. MORIN. Il n'y a pas de mal .
SEPTEMBRE. 1777 39
SCÈNE X VI.
M. GANEAU , les Précédens.
M. GANEAU , fe debattant au milieu
de deux autres Fufiliers qui l'amènent.
Morbleu ! c'eft un guet-à- pens que cela.
Le CAPORAL. Monfieur , de la douceur.
M. GANEAU. Eh ! ventrebleu , Monfieur
, qu'a-t-on à me demander dans
votre Ville ? Je fuis un Étranger arrivé
de ce matin...
Le CAPORAL. C'eft pour cela même
qu'on vous arrête au furplus , voilà
Monfieur le Major à qui vous conterez
vos raifons .
-
M. BELLANGER. Appaifez vous ,
Monfieur , on ne veut point vous faire
de mal.
M. GANEAU . Je l'espère bien.
M. BELLANGER . Vous connoiffez
Madame Duquesnoy ? N'eft- ce pas ?
M. GANEAU. Madame Duquesnoy...
attendez .... il y a bien une trentaine
40 MERCURE DE FRANCE .
d'années que j'ai connu à Paris une coquine
qui fe nommoit ainfi ; elle n'étoit
pas mal , elle n'étoit pas mal ..
SCÈNE XVII.
Madame DUQUESNOY , les Précédens .
Madame DUQUESNOY. Ce n'eſt pas
lui , Monfieur le Major , ce n'eft pas lui.
M. BELLANGER , au Caporal & aux
quatre Fufiliers. Vous pouvez vous retirer.
(Ils fortent)...
SCÈNE XVIII.
Madame DUQUESNOY , M. BELLANGER ,
M. GANEAU , M. MORIN.
M. BELLANGER à M. Ganeau. J'ai
bien des excufes à vous faire , Monfieur ,
de la méprife dans laquelle je fuis tombé
à votre égard; mais vous fentez que dans
la place que j'occupe , il eft prefque impoffible
de ne fe pas méprendre quelquefois..
SEPTEMBRE. 1777. 41
Madame DUQUESNOY. Je vais raffurer
pauvre Cécile qui tremble de tout fon
coeur. ( Elle fort ).
la
SCÈNE XIX & dernière.
M. BELLANGER , M. GANEAU , M.
-MORIN.
M. BELLANGER à M. Ganeau . Si je
puis vous être utile , Monfieur , je vous
prie de m'indiquer les fervices que je puis
vous rendre.
M. GANEAU . Je n'ai beſoin de rien ,
Monfieur.
M, BELLANGER. Puis-je vous demander
, fans indifcrétion , Monfieur , le's
motifs qui ont pu vous engager à vous
préfenter chez M. Morin d'une manière
auffi ....fingulière?
M. GANEAU . C'eft mon ton ; je fuis
brufque ; j'ai peut- être tort ; mais je fuis
trop vieux pour me refondre. Quant au
refte , je m'appelle Ganeau ; je viens de
Bruxelles , & je vais à Paris.
M. MORIN. Oferai - je vous deman
42 MERCURE DE FRANCE.
1
der , Monfieur , ce que vous defiriez de
moi ?
M. GANEAU. Vous êtes
M. Morin
apparemment
M. MORIN. Oui , Monfieur.
M. GANEAU . Mon hiftoire n'eft pas
longue je me fuis trouvé indifpofé ; il
eft fort trifte d'être malade en voyage ;
mon Hôteffe vous a indiqué comme un
Médecin habile ; je venois vous confulter
; on m'a dit que vous n'y étiez
pas , & je revenois dans le même deffein.
M. MORIN. Si vous voulez vous donner
la peine de paffer dans la falle , je
ferai tout ce qui dépendra de moi.
vous procurer du foulagement.
pour
M. GANEAU. Volontiers ; mais dépêchez-
moi je n'ai pas de tems à perdre .
M. MORIN. Vous ferez fatisfair.
M. BELLANGER . Je fuis charmé , mon
cher Morin , que vos craintes aient été
mal fondées ; je vous fuis attaché , &
fe ferois au défefpoir qu'il vous arrivât
le moindre accident ; mais , heureuſement
, vous avez eu plus de peur que
de mal.
Par M. Willemain d'Abancourt.
SEPTEMBRE. 1777. 1777. 43
A fon Alteffe Royale MONSIEUR.
Li
ES Dieux jadis vifitoient les Mortels ,
C'étoit le tems où la divine Aftrée ,
De l'Univers , recevoit des Autels ;
Ce tems renaît : Votre Alteffe adorée ,
Dans nos climats ramène l'âge d'or ;
Verfailles eft l'Olympe de la France :
Là , font trois Dieux que l'on encenfe encor ,
Le monde entier connoît leur bienfaiſance :
L'un fur le Trône eft du Peuple adoré ;
La Cour , Paris , ont le bonheur fuprême
De contempler ce Monarque facré ,
Dont les vertus orcent le Diadême ;
Mais la Province a rarement l'honneur
De voir fon Maître ; Artois & Votre Alteft ,
En voyageant allègent ce malheur ,
Et fur vos pas arrive l'allégreffe .
Recevez , Prince , en ce jour glorieux ,
De la Bourgogne & les voeux & l'offrande ;
Notre nectar eft la boiffon des Dieux.
Nous vous l'offrons ; une fimple guirlande
De pampre verd , entoure notre don ;
Le Dieu du vin en couronnoit fa tête ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Le feul laurier eft digne d'un Bourbon,
Et déjà Mars dans fes camps vous l'apprête.
Par M. Courdavault , Capitaine
d'Invalides.
LA MÉPRISE.
Allégorie.
LA mort au teint livide , & le Dieu de Cythère ,
Se jurèrent un jour une immortelle paix;
L'un & l'autre munis de leur arme ordinaire ,
La mort avoit fa faulx , l'amour avoit fes traits .
Tousdeux d'un pas égal pourfuivant le voyage ,
Diffipoient les ennuis & charmoient les inftans ;
L'Amour, quoiqu'il paroiffe un enfant en bas-âge,
Des plus grands Orateurs furpaffe les talens.
Cependant de la nuit , l'inégale courrière ,
Invitoient les Mortels à prendre du repos ,
Quand le Dieu du fommeil , terminant leur carrière
Sur leurs fens affoupis répandit fes pavots.
De nos deux Voyageurs , à la hâte placées ,
Puifqu'ainfi l'ordonna le caprice du fort ,
Les armes fe trouvoient pêle-mêle entaffées ;
Le carquois de l'Amour fur la faulx de la Mort.
SEPTEMBRE. 1777. 45
Un filence profond régnoit dans la Nature ;
Les oiſeaux amoureux repofoient dans les bois ,
A peine les ruiffeaux formoient un doux murmure
,
Et l'écho fe taifoit pour la première fois.
Quand foudain un grand bruit , répandant les
alarmes ,
Dans leurs coeurs éperdus , vint porter la terreur.
Ils fe lèvent l'un l'autre , & courant à leurs armes ,
Dans leur bifarre choix , quelle fut leur erreur :
Auffi prompt que l'éclair , & d'une main tremblante
,
L'aveugle Dieu faifit la redoutable faulx ,
Et la barbare mort que glace l'épouvante,
Emporte le carquois de l'enfant de Paphos,
Déjà l'ombre gagnoit les plaines d'Amphytrite ,
Et l'Aurore entr'ouvroit les portes d'Orient ,
Quand nos deux Commenfaux dans leur commune
faite ,
Prennent , pour s'efquiver , un chemin différent.
L'inexorable Mort , depuis cette méprife ,
Sur le printems de l'âge , épuiſe tous les traits ;
Et le perfide Amour a pris pour fa devife ,
De mesfeux les Vieillards brûleront déformais.
Par M. P *******.
45 MERCURE
DE FRANCE
.
LE SONGE D'ÉV 2.
APRINE
Imitation de Milton.
PEINE un doux fommeil avoit fermé mes
yeux ,
J'entendis un voix dont le for gracieux ,
Par ces mots , cher Adam , captiva mon oreille :
Éve , quitte ces fleurs , tandis que tu fommeille,
» La nuit , la douce nuit , étale fes appas ;
» Ce fpectacle eft pompeux , & tu n'en jouis pas ?
» De l'air pur & ferein , la fraîcheur falutaire ,
»Invite à contempler les beautés de la terre,
>> Les chaînes du filence entourent l'Univers,
»Tout fe tait, tout , hormis l'oifeau dont les con-
» certs,
» Dont la touchante voix réjouit la nature ,
"
Quand le Soleil brillant cède à la nuit obfcure :
Heureux, tranquille, il aime, il chante fon amour;
La lune, en ces bofquets , répand un foible jour ,
»Cesfeuilles par les vents font mollement preffées ,
»Tout ravit au fommeil nos coeurs & nos penſées ;
Viens jouir des attraits d'une fi belle nuit ,
»La Lune , le Soleil , pour toi feule tout luit.
»Eve elt l'aftre qui charme, embellit la Nature ;
SEPTEMBRE. 1777 47
·
» Le feu de fes regards & l'anime & l'épure ».
Ces accens , cher époux , me parurent les tiens ,
Et pour toi , du fommeil , je rompis les liens.
Mais quel fut l'embarras de mon ame incertaine ,
Je ne t'apperçus point , ma recherche fut vaine ;
Je ſuivis , en tremblant , un chemin peu connu ,
Qui conduifit mes pas à l'arbre défendu :
Jamais d'un tel éclat il ne m'avoit frappée.
Tandis qu'à l'admirer je m'étois occupée ;
Tandis que je levois mes regards enchantés ,
Sur les rameaux divins , fur fesfruits redoutés ,
Soudain à mes côtés je vois marcher un être ;
Tels font ceux qui du ciel daignent ici paroître ;
Ses cheveux parfumés que les vents agitoient , *
En ondes fur fon fein négligemment flottoient,
Sur cet arbre charmant il attachoitfa vue :
Quoi, ta vertu toujours fera - t-elle inconnue ?
Dit-il , n'es- tu créé que pour charmer les yeux ,
Et la ſcience eft-elle un don pernicieux ?
De tes beaux fruits pourquoi nous défend - on
l'uſage ?
Mais en cueillir un feul n'eft pas un grand outrage;
C'est trop long- tems les voir & n'ofer les goûter ;
Le bonheur s'offre à nous , devons -nous l'éviter ?
A ces mots ... je frémis du deffein qui l'anime ;
Je frémis ... il arrache ...il confomme fon crime ;
D'aucun remord fon coeur ne paroît combattu ;
Heureux , dit-il , heureux qui connoît ta vertu ,
48
MERCURE
DE
FRANCE
.
Beau fruit dont la douceur furpaffe l'ambroiſie ;
Quels honneurs, quelle gloire environnent la
vie ?
Il fuit la terre , il vole aux céleftes lambris ;
Mais malheureux cent fois qui méconnoît ton
prix.
Partage mon bonheur , beauté de la nature ;
Viens , goûte ces fruits , Éve , aimable créature ,
Et digne de jouir d'un fort plus glorieux ;
Goûte ces fruits , & cours te placer dans les Cieux.
Il dit , & d'une main que le crime a conduite ,
Il me les offre , hélas ! leur odeur m'a féduite ;
J'en ai goûté , foudain d'un vol rapide & prompt,
J'ai fendu l'air , le Ciel fembloit toucher mon
front ;
Tremblante , fous mes pieds je contemplois la
terre ;
Mon guide fuit , je tombe ; un réveil ſalutaire
Me ravit ces objets qui font couler mes pleurs ;
Mais je te vois , ta vue affoiblit mes douleurs ,
Cher Adam , & c.
Par M. Latour de la Montagne.
PORTRAIT.
SEPTEMBRE. 1777. 49
PORTRAIT.
ROSETTE eft belle fans fierté .
Aimable fans coquetterie ,
Folâtre fans étourderie ,
Et raisonnable avec gaïeté :
Son éclat n'eft point emprunté ;
Une guirlande eft ſa parure ,
Et fon ame fans faufſeté ,
Eft l'image de la nature.
+
ENVO I.
Rofette , en faisant ton portrait ,
De Bernard j'ai fuivi les traces ;
Pouvois-je le rendre parfait
Sans imiter celui des Grâces !
Par un Officier du Régiment
de Normandie.
C
Jo MERCURE DE FRANCE .
T
LA POMPE D'UN GRAND EMPEREUR .
Stances.
Du haut des Cieux , quand le Soleil U
Verſe fes feux fur l'hémiſphère ,
Sans escorte & fans appareil,
Il fournit fa noble carrière.
Loin de fon difque radieux ,
Il femble écarter les étoiles ;
Et d'un nuage officieux
Il emprunte fouvent les voiles.
Ses charmes & ſa majeſté
Sont dans le bien qu'il fait au monde ;
S'il l'enchante par la beauté ,
C'eft par elle qu'il le féconde.
Tel Jofeph , ce nouveau Titus ,
Fait briller fa magnificence.
Sa grandeur eſt dans ſes vertus ,
Sa pompe eft dans fa bienfaisance.
SEPTEMBRE. 1777. SI
VERS
Préfentés à Monfeigneur l'Archevêque
de Rouen , Abbé de Cluny , Confeiller
d'Honneur au Parlement de Paris ;
fur fa promotion au Cardinalat.
UN Roi , l'objet de notre amour ,
En te donnant le titre d'Éminence ,
Veut , illuftre Prélat , couronner en ce jour ,
Ta piété , ta bienfaisance.
Lagloire , la vertu , les la Rochefoucault,`
Pour tous les tems, ont fait un traité d'alliance ;
Le droit qu'ils ont d'unir aux lauriers des Héros ,
Le laurier d'Apollon , eft un droit de naiffance .
Du vertueux de Roye * , aimable fucceffeur,
De Rome , comme lui , tu mérites l'hommage ,
Après la mort de Jérôme - Frédéric de Roye ,
Cardinal de la Rochefoucault , Grand Aumônier de
France , Archevêque de Bourges , Abbé de Clugny
le Roi nomma , pour fon fucceffeur , dans cette célèbre
& riche Abbaye , Monfeigneur l'Archevêque de
Rouen , alors Archevêque d'Alby.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Et tu fus retrouver d'abord dans notre coeur ,
Son plus précieux héritage.
Reçois , digne Prélat , nos reſpects & nos voeux ;
Et jouis du double avantage
D'être chéri , de faire des heureux !
C'eft-là le vrai bonheur du Sage.
Par M. Gauthier , Ecuyer.
A Madame la Marquife de Bl....
LA beauté n'eft qu'un bien frivole ,
Son éclat fe perd chaque jour ;
Et quand elle produit l'amour ,
L'amour avec elle s'envole .
Mais cet enfant de Cypris ,
De Bl.... a la reflemblance ,
S'il offre à nos regards furpris ,
Les agrémens & la décence ,
Les talens aux grâces unis ,
Le fentiment fans pruderie ,
La fageffe jointe au génie ,
La pudeur & fon coloris ;
Adieu pour jamais l'inconftance ,
Et la vertu feule a le prix.
Par M. le Chevalier L. F. D., R.
SEPTEMBRE. 1777. 53
Explication des Enigmes & Logogryphes
du volume d'Août.
Le mot de la première Énigme eft
Feu d'artifice ; celui de la feconde eft
Rouge ; ceux de la troisième , les fept
Notes de Mufique & de Plain - chant , ut,
ré , mi , fa , fol, la , fi. Le mot du premier
Logogryphe eſt Flambeau , où l'on
trouve ame , lame , beau , eau , tombeau ,
fléau ; celui du fecond eft Figure , où ſe
trouvent fuir guéri , fier , furie , figue
grue oiſeau , grue à bâtir , ire , grief & fi,
deux tiers du mot fin , ou expreffion de
mépris ; & celui du troisième eft Arbre,
où fe trouvent barre , Barre - le - Duc ,
Barre -fur- Aube , Barre-fur- Seine , re.
ENIGM E.
Er chez le pauvre & chez le riche ,
Ami Lecteur , tu pourras me chercher :
Pas n'ai besoin pour me coucher ,
De toît , de cabane ou de niche ;
>
Ciij
$4 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis bien plus heureux quand on veut m'accrocher.
Veux-tu connoître ma figure ?
J'ai la peau des côtés très -dure ,
Mon bec eft long , rond & pointuż
Père d'un Elément , d'un autre je fuis maître,
Plus d'une fois , j'en fuis sûr , tu m'as vu ,
Ne devrois- tu pas me connoître ?
Par M. l'Abbéde Bafville.
JE
AUTRE.
E fuis du Sexe féminin .
Et chez lui je fuis très- famée ;
Je tiens de lui ma renommée
Aux yeux du Sexe mafculin.
Mon être fe diverfific ,
Et toujours je fuis en emploi.
Je fers l'ingrat qui m'injurie ,
Au moment qu'il médit dé moi.
Sans moi , fi l'on en croit la gloſe ,
Et les propos de bien des gens ,
L'ennui feroit dans les Couvens ;
Auffi , jamais je n'y repoſe ,
Autrement il faudroit me lier.
SEPTEMBRE. 1777.
Mon cher Lecteur , pour me comprendre ,
Il ne faut pas être forcier ,
C'est bien affez me faire entendre.
Par M. Finot , de Dijon.
AUTR E.
BIENque
IEN que le fait bleffe la vraiſemblance ,
Ce fait n'en eft pas moins certain.
Je fuis une montagne au pays Africain :
Comme un prodige de fcience ,
Géomètre , Aftronome , & maint Calculateur ,
Viennent me confulter fur des points d'importance
:
Ailleurs , je ne fuis plus qu'un fimple Indicateur :
Je deviens meuble enfin d'une telle excellence ,
Que tous les jours on veut me vifiter.
On a railon , car j'ai le don de plaire
Comme celui de contenter.
A tous les goûts auffi l'on me voit fatisfaire.
Dans ce cas- ci , mon corps , pour parler clairement
,
Eft de figure plane , ovale rarement ,
Ronde par fois , rectangle d'ordinaire ,
Pentagone , triangulaire ...
Je pense que c'eft tont . Qu'on devine à préfent.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
LOGO GRYPH E.
MON fort eft
ON fort eft malheureux , huit pieds forment
mon être ;
Dans mon fein l'on doit voir l'ame de tout fambeau
;
D'une Abeille lenid , d'Icare le tombeau.
Plus , un oiseau rufé , long de bec , & champêtre ;
De mon vivant, Lecteur , une étoit mon Roi
Par la corde & le fer j'até fon Empires
Le récit de mes may te par-tout- effroi ;
Un frêle bateau futle lieu de mon martyre.
Au gré de tous les vents , fous l'oeil de mes Bourreaux
,
J'ai traversé les mers fans coeur , tête & boyaux.
Par le Père Ducoutau , Minime.
Α
AUTR E.
LA mode , belle Iris , en changement fertile ,
Des champs où je fuis né , me ramène à la Ville ;
Et malgré que je fois un être fort hideux ,
Je régue avec hauteur fur ton front orgueilleux.
SEPTEMBRE. 1777 57
Si ces traits , fur le champ , ne me font pas
соп-
noître ,
Cherche dans mes replis , & tu verras paroître ,
La veille d'aujourd'hui , la plus trifte couleur ;
Un péché capital ; une très-belle fleur ;
Du grain qui te nourrit la part la plus groffière ;
Le plus beau des métaux ; un forte rivière :
Tu trouveras encore , en m'examinant mieux ,
D'un infecte rampant l'ouvrage induſtrieux ;
Le poil d'un animal ; deux notes de mufique ;
Un titre de nos Rois ; un oifeau domeftique.
Mais c'eft affez , je crois , à force de parler ,
Je pourrois bonnement fort bien me dévoiler.
Par M. Bouchet.
1
AUTR E
Vous qui , pour chercher un tréſor,
Allez déffers naufrages ,
Coupez ma fête , & vous aurez de l'or ,
Sans vous exiler de vos plages.
Par M, Lavielle , de Dax
Ст
18 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Nouvelle Méthode pour entrer dans le vrai
fens de l'Écriture - Sainte , par M.
l'Abbé du Contant de la Molette
Vicaire - Général de Vienne , 2 vol.
in- 12 . A Paris , chez Leclerc, Libraire ,
Quai des Auguftins ; Berton , rue S.
Victor ; Clapart , place S. Michel ;
Morin , rue S. Jacques.
RIEN n'eft plus propre à infpirer le goût
de l'étude de l'Ecriture - Sainte , que la
jufte & belle idée que nous en donne
l'Auteur de la nouvelle Méthode , pour
entrer dans le vrai fens de ce Livre diving
& rien ne doit exciter davantage les
Théologiens & les Paſteurs à fe livrer à
cette étude , que la multitude de fophifmes
& d'objections qu'on a entallées
contre l'authenticité & la divinité de cet
Ouvrage , confié d'abord au peuple Juif,
& devenu le patrimoine, par excellence,
des Chrétiens .
" Le vrai Philofophe , dit M. de la
SEPTEMBRE. 1777. 59

» Molette , y trouve un guide sûr & incapable
de l'égarer dans l'étude de la
Nature , dans l'obfervation des mou-
» vemens réguliers des corps céleftes ,
» dans fes réflexions ſur l'effence du Sou-
» verain Être qui a compofé ce mer-
» veilleux affemblage , & qui en a dirigé
les refforts. Il y découvre le principe
du bien , la fource du mal `mo-
» ral & physique , la fcience des moeurs,
» & l'objet digne de fon culte.
ود
"
"
"
و د
» L'Hiftorien y lit l'origine des Na-
» tions & des Peuples , la fondation des
Villes , l'établiffement des Monarchies
, les premières guerres & les
» premières conquêtes. II y obferve la
règle fondamentale de l'Hiftoire ,
l'hommage dû à la vérité , le choix
» des faits propres à infpirer l'amour de
» la vertu & l'horreur du crime ; l'at
» tention fcrupuleufe à ne point s'écarter
de fon objet principal , par des
digreffions forcées , & par des pein-
» tures étrangères.
"
ود
"
19
L'éloquence & la poéfie y brillent
» de leurs couleurs naturelles ; fimples
» fans baffeffe , fublimes fans falte :
» elles ont pour objet ; l'une , de faire
triompher la vérité ; l'autre , de cé-
و د
>>
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
» lébrer les grandeurs de Dieu , & de re-
» connoître fes bienfaits.
»
ود
"
» Quoi de plus admirable que le
magnifique tableau de la création dans
» la Genèfe; que les détails intéreſſans
» de la vie des Patriarches ; que les
conquêtes du peuple Hébreu dans le
» Livre de Jofué ; fes guerres , fa bonne
» & mauvaiſe fortune dans celui des
» Juges ; fes triomphes fous David &
Salomon ; fes divifions , fes malheurs,
fes différentes révolutions fous leurs.
» Rois & leurs Princes ?
"
» Quelle profondeur de vérités mo-
» rales dans les Livres de Salomon !
Quelle fublimité dans les Pfeaumes
» & dans les Cantiques ! Quelle nobleffe
» de ftyle dans les Prophêtes !
"
90
99
» Les fiècles d'Alexandre & d'Augufte
n'ont pu atteindre à la hauteur des
modèles que la Bible nous offre en
Hiftoire , en morale , en éloquence ,
» en Poéfie : & les chef- d'oeuvres de
» notre fiècle ne méritent nos applau
diffemens qu'autant qu'ils approchent
de ces fources facrées . C'eſt - là où les
» Boffet , les Rouffeau ont puifé cette
élévation de fentimens qui les mettent
au-deffus d'eux mêmes. Defcartes &
-30
"
25-
SEPTEMBRE. 1777. στ
» Newton feroient moins grands s'ils ne
» s'étoient pas étayés de nos divins ora-
» cles ; & lorfque ces deux hardis génies
» s'en écartent le plus , l'on apperçoit
» toujours le point d'où ils font partis
On trouve dans le Difcours éloquent
qui eft à la tête de l'Ouvrage que nous
annonçons , la réunion des principales
preuves qui établiffent l'authenticité des
Livres facrés ; & l'on n'y oublie pas
l'argument victorieux tiré de cette multitude
de verfions que nous en avons
dans les différens idiômes qui étoient
en ufage dans l'Orient , où les Juifs ont
été très- répandus depuis leur première
difperfion . En effet , comme l'obferve
l'Auteur , le Grec , le Chaldéen , le
Syrien , l'Arabe , l'Éthiopien , le Perfan ,
devenus dépofitaires des textes facrés
par les verfions qui en ont été faites
dans leurs langues , font autant de témoins
irréprochables qui s'éleveroient
contre le Juif, le Samaritin & le Chrétien
, fi par impoffible ils avoient pu
confpirer à y faire quelque changement .
On doit avouer que la comparaiſon
de ces anciens textes , jette un jour merveilleux
fur l'original facré , & fait
évanouir les difficultés qu'on a tans
62 MERCURE DE FRANCE.
1
cherché à multiplier dans notre fiècle.
Et c'est cette confrontation raiſonnée de
ces différentes verfions , qui fait la bafe
de la méthode que les Origènes & les
Jérôme ont fuivi dans leurs travaux fur
l'Écriture-Sainte , & que M. de la Molette
fait revivre avec tant d'avantages.
La qualité de Nouvelle que l'on donné
à cette méthode , eft propre à lui concilier
la faveur d'un certain nombre de
Lecteurs qui ont des préjugés contre
tout ce qui eft ancien , & qui femblent
n'eftimer que les productions marquées
au coin de la nouveauté .
Pour prouver l'utilité de cette confrontation
avec les langues Orientales ,
nous nous bornerons à un paffage de S.
Paul , fur lequel l'Auteur anonyme d'un
Dictionnaire , fait la réflexion que nous
allons tranfcrire. « On a eu quelque
peine à expliquer le paffage de l'Epître
aux Philippiens : * Ne faites rien par
» une vaine gloire ; croyez mutuellement
» par humilité , que les autres vous font
»
* Qui cum informâ Dei , effet , non rapinam
arbitratus eft effe fe aqualem Des.
SEPTEMBRE. 1777. 63
fupérieurs ; ayez les mêmes fentimen's
» que Jésus-Chrift , qui , étant dans l'em
» preinte de Dieu , n'a point cru fa proie
» de s'égaler à Dieu. L'explication contraire
( c'est-à- dire , celle par laquelle
» on prétend inférer l'égalité de J. C.
» avec Dieu ) , eft un contre-fens vifible.
Que fignifieroit , croyez les autres fupérieurs
à vous ; imiter Jéfus qui n'a
» pas cru que c'étoit une proie , une ufur-
» pation de s'égaler à Dieu. Ce feroit
» vifiblement le contredire ; ce feroit
» donner un exemple de grandeur pour
» un exemple de modeftie ; ce feroit
pécher contre le fens commun ».
»
"
ود
L'Auteur anonyme n'auroit certainement
pas adopté cette traduction , &
fe fut bien gardé de faire raiſonner
l'Apôtre d'une manière fi peu judicieuſe,
s'il avoit pu rapprocher le texte Grec de
la verfron Syriaque , qui préfente un fens
elair , fimple , & conferve au raifonnement
de l'Apôtre , fa force & fa jufteffe.
S. Paul , dans cet endroit , fait allusion à
l'ufage des Conquérans & des Vainqueurs
, qui , dans leur triomphe , faifoient
porter devant eux , avec oftentation
, les dépouilles des Peuples vaincus,
comme une preuve & un monument de
64
MERCURE
DE
FRANCE
.
leur victoire . Mais J. C. n'a rien fait
de ſemblable. Il n'étale point avec pompe
fon égalité avec fon père. Il ne fait pas
trophée de fa Divinité il ne paroît
point dans le monde dans l'éclat de fa
gloire ; il la couvre au contraire du
voile de fon humanité. Il anéantit en
quelque forte l'infinie prééminence qui
l'élève au - deffus des autres hommes ;
il paroît au- dehors n'être que l'un d'entre-
eux. Exemple infiniment touchant ,
qui doit engager les Philippiens à ne
point fe prévaloir des avantages qu'ils
pouvoient avoir les uns fur les autres .
Nous avons ofé joindre cette explication
à celles que M. l'Abbé de la
Molette nous a données de plufieurs autres
paffages de l'Écriture , & qui prouvent
l'utilité & la néceffité d'aller puifer
dans les fources primitives qu'on ne
trouve que dans les langues Orientales.
Nous adoptons les raifonnemens judicieux
que cet Auteur fait contre ces
Commentateurs qui outrent les allégories
, en voulant faire fervir à leurs fublimes
explications , les moindres chevilles
du Tabernacle , & les moindres
franges de l'habit des Sacrificateurs .
Mais nous n'en croyons pas moins que
SEPTEMBRE. 1777. 65
:
ce feroit contredire en quelque forte la
maxime de l'Auteur fur les Types , que
de les réduire uniquement à ceux que
J. C. & les Apôtres ont indiqués . Plufieurs
habiles Interprêtes ont regardé les
Types expliqués par J. C. & les Apôtres
, comme des modèles qui fervent
à montrer comment on peut expliquer
les autres ils ont cru que les Apôtres ,
inftruits du vrai fens des Écritures par
l'efprit même qui les a dictées , avoient
dévoilé les myftères cachés fous certains
traits de l'ancien Teftament , pour nous
tracer la voie que nous devions fuivre ,
& qu'il fuffifoit qu'ils nous euffent avertis
, en général , que tout étoit écrit
pour notre inftruction , pour nous engager
à fuivre la même analogie dont ils
avoient donné des exemples.
Un des plus grands principes de la Religion
Chrétienne , difent- ils , eft
que la
véritable intelligence de l'ancien Teſtament
, dépend du nouveau ; & que nonfeulement
nous devons entendre comme
J., C. & les Apôtres , les paffages de
l'Écriture ; mais que même nous devons
prendre ces explications comme des règles
divines qui nous doivent conduire à
l'intelligence des autres paffages fembla66
MERCURE DE FRANCE.
bles dont ils n'ont point parlé. En effet ,
les Pères de tous les fiécles , ceux mêmes
qui fe font le plus appliqués à la Lettre ,
Théodoret chez les Grecs , S. Jérôme
chez les Latins , ont cherché les myſtères
de la nouvelle alliance dans l'ancienne ;
& , fous l'emblême des divers états , des
promeffes , des menaces faites à l'ancien
Peuple , ils ont tâché de découvrir les
avantages & les épreuves du Peuple nouveau.
Dans les livres des Rois , le merveilleux
eft moins fréquent , les faits paroiffent
plus humains ; & toutefois Saint
Jérôme ne fait pas difficulté de dire
que l'hiftoire des Rois repréfente les
progrès , les combats , les victoires de
l'Églife Chrétienne .
L'étude des Langues Orientales , fur
laquelle M. de la Molette infifte avec
tant de raifon , ne peut que faciliter la
connoiffance des fens fpirituels & des
allégories cachées fous la lettre & l'écorce
de l'ancien Teftament. Et cette recherche
n'eft point livrée aux faillies & aux
caprices de l'imagination . Cette étude a
fes règles , fes principes , fon art , comme
les autres fciences Eccléfiaftiques : elle
demande la jufteffe d'un efprit de comparaiſon
, qui eft d'un fi grand ufage dans
SEPTEMBRE. 1777. 67
les Sciences même Profânes . Et l'on convient
qu'il faut être conduit à l'allégorie,
ou par la lumière & l'analogie des interprétations
données par les Apôtres , ou
par la magnificence des promeffes dont
les événemens temporels ont été de trop
imparfairs accompliffemens , ou par la
nature même des chofes peu convenables
felon la lettre , foit à la dignité de perfonnes
, foit à la fainteté & à la fageffe
de Dieu , ou par la liaifon & l'enchaînement
d'un difcours prophétique , ou par
l'évidence des rapports & des proportions.
M. de la Molette prouve bien dans
fon Ouvrage , qu'on ne doit point confondre
les Interprêtes qui fuivent ces
règles fi fages , avec les Vifionaires , qui ,
par des allégories outrées & arbitraires ,
cherchent à autorifer les rêveries de leur
cerveau. Rien de plus néceffaire & de
plus utile que la connoiffance des Langues
, & l'érudition lorfqu'elle eft réglée
par une fage critique . Et l'on fait combien
l'antiquité Chrétienne a eftimé ces
talens dans S. Jérôme. Mais on doit
auffi avouer , que ce qui diftingue le
Chrétien du Juif , c'est que celui - là
inftruit par l'Esprit- Saint , pénètre les
68 MERCURE DE FRANCE.
profondeurs cachées fous l'écorce de la
lettre , découvre dans la Loi de Moïſe ,
dans les Prophètes & dans les Pleaumes
, ce qui eft écrit de J. C. y voit
fes Myftères , le Chrift entier , le Chef
& les Membres , les différens états par
où il eft paffé , & ceux par où doit paffer
fon Corps mystique.
On trouve à la fuite de l'Ouvrage de
M. de la Molette , une Differtation curieufe
far l'antiquité de l'invention de
l'Écriture , une defcription de l'Arche de
Noé , de fes dimenfions & de fes proportions
; d'où il tire une preuve de l'univerfalité
du Déluge , un nouveau fyftême
pour concilier les Chronologies , & une
Hiftoire philofophique de la longueur de
la vie. Nous voudrions fouvent trouver
les occafions d'annoncer des Ouvrages
auffi folides & auffi propres à honorer le
fiécle.
Harangue pour l'ouverture du Palais ,
prononcée au Siége Préfidial de Mirecourt
, le lendemain de S. Martin
1776 ; par M. François de Neufchâteau
, Docteur en Droit , Lieutenant-
Général de ce Siége , des Académies
de Dijon , Lyon , Marſeille , & d :
SEPTEMBRE. 1777 69 .
la Société Royale & Littéraire de
Lorraine , & publiée par M. Sauvageot
du Croifi.
Que ne doit - on pas attendre d'un
Magiftrat qui , à peine âgé de vingt- fix
ans , remplit avec tant de diftinction une
place fupérieure , traduit Juftinien ,
recueille
& commente les Loix de fon
pays , donne à fon Siége des modèles
de l'Art oratoire ; & , fans dérober une
minute aux devoirs de fon état , trouve
encore le tems de faire de jolis vers .
C'eft ainfi que l'Éditeur de la Harangue
parle du jeune Auteur qui travaille avec
une facilité prodigieufe , & qui a commencé
fa carrière littéraire dès l'âge de
douze ans . On lit toujours avec plaifir
fes Difcours poétiques qu'il nous
donnés fur plufieurs objets intéreffans .
La Harangue que nous annonçons , a
mérité à jufte titre les applaudiffemens
de l'Auditoire , & ne peut qu'être bien
accueillie du Public.
a
Voici comme l'Auteur fait envifager
la gloire du Magiftrat. « Elle n'eft attachée
, dit-il , ni aux petiteffes de l'orgueil
, ni aux prodigalités du luxe , ni
au fafte de la repréfentation , ni aux
70 MERCURE DE FRANCE.
ود » décorations extérieures de l'homme ,
» qui ne font pas l'homme même , quoi-
» qu'on les confonde fouvent. La gloire
» du Magiftrat eft fimple comme la vie.
» L'oftentation n'y a ppooiinntt ddee part ; la
» cenfure n'y a point de prife. Compagne
fidelle de la probité , de la droiture , du
défintéreffement , elle nous préfente
pour perſpective , au bout d'une car-
» rière longue & ingrate , une récom-
» penfe fupérieure aux récompenfes or-
» dinaires , & digne à tous égards d'ani
» mer nos efforts , de foutenir notre cou-
» rage , d'enflammer notre zèle , je veux
» dire , la confidération publique . Par la
و ر
ور
»
confidération publique , je n'entends
» pas les fuffrages du vulgaire ignorant
» ou prévenu , qui n'a que des penſées
d'emprunt , qui flotte indécis au mi-
» lieu des opinions contradictoires , &
» qui paffe & repaffe , en un jour , de la
fatyre à l'éloge , de l'enjouement à la
» haine , du blafphême à l'idolâtrie . Par
» la confidération publique , je n'entends
pas non plus l'admiration de ces cer-
» cles plus fenfés en apparence , non
» moins futiles en effet , où la manie de
fe moquer de tout , paffe pour l'art de
"?
ر د
» fe connoître à tout où la frivolité
SEPTEMBRE. 1777. 71
"
و د
"
» prononce , à tort & à travers , fur les
queftions les plus épineufes ; où l'on
applaudit à la déraifon , quand elle
prend les traits de l'ironie ; enfin , où
» l'oifiveté imbécille ofe juger fouvent
» le travail & les lumières . Non , le
Magiftrat n'eft point l'homme du
» monde ni l'homme du jour. C'eft
l'homme de la Loi , de la vérité , de la
» vertu. Que les fots attachent à la gra-
» vité de fon caractère leur dérifion in-
» fenfée c'eft un hommage de plus. Il
n'ita point dépenfer dans le tourbillon
» des Sociétés particulières , des inftans
qu'il a dévoués au bien de la Société
générale. C'eſt l'utilité publique
qu'il enchaîne à fes pas la confidération
publique
"3
»
»
:
17.
par
On remarquera , au fujet de cette
Harangue , que l'Auteur adreffa les Couplets
qui fuivent , à une Dame qui fe
plaignoit de l'ufage où l'on étoit de ne
pas admettre les Dames à ces fortes
d'Affemblées .
Qui vous l'a dit qu'à vos charmes rebelles ,
Les noirs fuivans de la noire Thémis ,
Vouloient demain fermer leur porte aux Belles ,
Et que l'Amour ne feroit point admis ?
72 MERCURE DE FRANCE .
Ah ! paroiffez , & que tout s'embelliffe ,
Qu'à votre afpect nos ronces foient de fleurs !
Pour vous prouver que nous rendons juſtice ,
Nous ouvrirons nos portes & nos coeurs.
Mélanges & Fragmens poétiques , en
françois & en latin ; par M. de Marvielles
, Chevalier de l'Ordre de S.
Louis . A Paris , chez Ch. P. Berton ,
Libraire , rue S. Victor , au Soleil
levant. 1777. vol . petit in- 12.
Ce Recueil des amufemens poétiques
d'un ancien Militaire , mort depuis peu ,
eft partagé en deux Parties , dont l'une
eft compofée de Pièces françoifes , &
l'autre de Pièces latines . Il y a dans la
première , qui confifte principalement
en Fables , Contes & Epigrammes , plufieurs
morceaux fort agréables. Nous
citerons celui que l'Auteur a mis à la
tête de fes Apologues , & qu'il a intitulé
: Origine de la Fable.
Le menfonge & la vérité ,
Couple chez les humains de tout tems déteſté ,
L'un pour fes trahifons , l'autre pour la franchiſe ,
( Si l'on en croit l'Antiquité )
Sous le joug de l'Hymen , après mainte remiſe,
Captivèrent
SEPTEMBRE. 1777. 73
Captivèrent enfin tout deux leur liberté.
Firent ils l'un & l'autre , ou non , une fottife,
Vu leur antipathie & leurs fréquens débats ?
C'eft un point de morale où je n'entrerai pas.
Or , de leur flamme mutuelle ,
Gage unique , mais précieux ,
Naquit une fille immortelle ,
Qui , de les parens odieux ,
Raffemblant l'efprit , le langage,
Et confondant les traits divers ,
Avec grace fur fon vifage ,
Parut en fa faveur réunir l'Univers.
La Fable, fut foom : aimable enchanteree
Qui , fous le voile ingénieux ,
D'un menfonge mystérieux ,
Ou d'une fiction tiffue avec adreffe ,
Offrant par tout le vrai , la raiſon , la fageffe ,
Sans que leur éclat radieux
Ait rien qui nous choque ou nous bleſſe ,
Flatte encor tous les goûts & charme tous les yeux !
L'Efclave Phrygien éleva fon enfance :
Tuteur peu complaifant , maître fans indulgence,
Il lui défendit l'enjouement ,
Et forma tout fon agrément
D'une laconique élégance,
* Efope
74 MERCURE DE FRANCE .
Phèdre, long- tems après , de quelques ornemens ,
C Lui permit l'ufage modefte ;
C'en étoit affez pour fon tems ;
La Fontaine ajouta le refte,
L'idée du Madrigal fuivant , intitulé
les deux Régimes , eft ingénieufe ; c'eſt
dommage que la chûte en foit un peu
profaïque .
Le Dieu du vin , le Dieu des vers ,
Ont , par deux régimes divers ,
Confervé leur teint frais & leur air de jeuneffer
Phébus en barbottant dans les eaux du Permeſſe ,
Bacchus en buvant fon vin pur.
*
Du premier le fyftême eft fans doute fort fage;
Mais l'autre me plaît davantage ,
Et je le crois beaucoup plus sûr .
Cinquante Epigrammes , fous le titre
de petits Contes épigrammatiques , forment
la portion la plus piquante de ce
petit volume. Nous rappellerons la fuivante
, qui fut inférée dans ce Journal ,
il y a quelques années , & qui eft une des
meilleures .
Jufqu'aux genoux trois puiſſans Villageois
Tenoient Lucas enfoncé dans la glace ,
SEPTEMBRE 1777. 7.5
Qui reniflant & foufflant dans fes doigts ,
Faifoit très - laide & piteufe grimace :
Eh ! mes amis , pour Dieu , faites-lui grace ,
Dit un paffant qui plaignit le pitaud :
Maître , répond le Sacriftain Thibaud ,
De notre Bourg c'eft demain la Grand'Fête ;
J'y chanterons l'Office en faux-bourdon ;
Et ce gros Gars qui crie à pleine tête ,
Je l'enrhun.ons pour faire le baffon.
Les Poéfies latines , dont la feconde.
Partie eft compofée en entier , paroiffent
avoir été l'occupation favorite de l'Auteur.
Il exifte de lui plus de fix mille vers
latins ; mais on n'en a imprimé qu'un
petit nombre de Piéces choifies , pour
fonder feulement le goût du Public.
Toutes ces Piéces font marquées au coin
d'une latinité très-pure . Nous allons citer
& traduire , pour en donner une idée ,
le, commencement d'un Poëine fur
l'Amitié.
Si cuifrigidulum eft &adhuc rude pectus amandi ,
Audiat , & verfu difcat amare meo.
Nec quemquam vani conturbet nominis umbra,
Hic nihil auditor quod vereatur haber,
Doctor amicitiæ , non fum præceptor amoris ;
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Purus amat culpæ me duce quisquis amat.
Ergo fugam celera , verfifque relabere pennis
In tua maternam regna , Cupido , Paphum, '
Oftentes quamvis arcus lævemque pharetram ,
Telaque devicto nobilitata Jove ;
Non arcus hic pofco tuos lævemque pharetram
Telaque devictis nobilitata Deis.
Nam quid Amicitiæ tecum , cur fupplice voto
Implorare tuam nunc mihi coner opem ?
llam nefcia mens flecti , te neſcia ſtare
Mens juvat ; illa fide , tu levitate viges , &c.
O vous , dont le coeur eft froid &
neuf encore dans l'art d'aimer , écou-
» tez , & apprenez à aimer dans mes
vers. Que l'apparence d'un vain nom
» n'effraie perfonne les oreilles chaftes
n'ont ici rien à craindre . J'enſeigne à
connoître l'amitié ; je ne fuis point
Précepteur d'amour. Celui qui aime
» d'après mes leçons , aime fans crime.
» Hâte- toi donc , ô Cupidon , de fuir
» dans les États de ta mère ; reprends
» ton vol vers Paphos . En vain tu étales
» ton arc , ton carquois léger , & tes traits
»
ennoblis par la défaite de Jupiter ; je
ne veux point de ton armure , je ne
» te demande point ces traits vainqueurs
SEPTEMBRE. 1777. 77
"
>> des Dieux . Car , pourquoi m'efforcerois-
je d'implorer ton fecours des
par
» fupplications & des voeux ? Que pent
» avoir de commun l'amitié avec toi ?
» Elle chérit, un coeur incapable de changer
, & l'inconftance feule peut te
plaire. La fidélité eft fon élément , le
» tien , c'eft la légèreté , &c. » .

Traduction de la Padotrophie de Scévole
de Sainte-Marthe , ou Poëme fur l'Education
des Enfans en bas - âge . A
Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire ,
Quai des Auguftins , du côté du Pont
S. Michel. 1777. 1 vol. petit in- 1 2 .
Ce Poëme avoit déjà été traduit en
François , en 1698 , par Abel de Sainte-
Marthe , petit-fils de l'Auteur. Sa verfion
eft de la plus grande exactitude ;
mais elle doit paroître aujourd'hui un
peu trop furannée ; les exemplaires en
font d'ailleurs devenus fort rates . Ce
font les motifs qui ont conduit l'Auteur
de cette nouvelle traduction . Comme
il a principalement entrepris ce travail
en faveur des Dames , il n'a pas jugé
néceffaire de joindre le texte à fa traduction
, ce qui n'auroit fait
que fur-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
charger le volume en pure perte , fans
être d'aucune utilité , ni pour les Lecteurs
peu curieux de l'original , ni pour
les Amateurs de la Poéfie latine , qui
l'ont dans leur Bibliothèque. On promer
cependant d'en donner une feconde édi
tion dans les deux Langues , fi le Public
paroît le defirer.
Scévole de Saint-Marthe vivoit vers la
fin du dix- feptième fiécle. Retiré dans
une maifon de campagne fur les bords
du Clain , en Poitou , il y compoſa fon
Poëme , fous le règne de Henri III , à
qui il adreffe fon invocation , & dont
il parle en plufieurs endroits de fon
Ouvrage. Il le publia au milieu des
guerres civiles & religieufes , qui défoloient
la France dans ces tems malheureux
.
:
:
La Padotrophie eft divifée en trois
Chants le premier concerne la groffeffe
le fecond comprend la naiffance
& la nourriture de l'enfant . Le troisième
traite des maux auxquels l'enfance eft
fujette. Afin de donner en même-tem's
une idée du ton général du Poëme &
du ftyle du Traducteur , nous rappor
terons un endroit du premier Chant
où le Poëte s'adreffe aux mères. pour les
SEPTEMBRE. 1777. 79c
exhorter à nourrir elles - mêmes leurs
enfans.
30
و د
"
"Jaloufes de la confervation de leurs
petits , les femelles de l'Ours & du
Tigre , & généralement celles de tous
» les animaux fauvages , leur préfentent
» d'elles-mêmes les mammelles qui doi-
» vent les alaiter. Plus cruelle que les
brutes , feroit- il donc poffible que vous
» les furpaffiez en férocité ! Quoi ! vous
que la divine Providence a gratifiée
» d'un naturel plus doux & plus hu
» main , vous n'auriez nulle tendreffe
pour le fruit de vos entrailles ! Vous
» verrez fans pitié couler fes larmes ,
» & vous entendrez fes fanglots fans
»
"
pourra
émotion ! Renonçant à votre plus im-
» portant devoir , aurez - vous bien le
» courage de refufer à votre malheureux
» enfant un fecours qui eft en vorre
» pouvoir , & qui dépend de vous feule ?
Quels bras affectionnés porteront cet
» aimable fardeau ? Sur quel col
» t- il repofer fa tête , fe jouant aux en
» virons ? Qui jouira de cet agréable
fourire, prémices de la reconnoiffance ?
» Sa langue une fois déliée , à qui s'en
» adrefferont les efforts ? Pour qui fe
» formeront les premiers accens qui
ود
22
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
" développent une tendreffe naiffante ?
Infenfée que vous êtes , l'embonpoint,
la fraîcheur & les agrémens de la
» gorge , font - ils d'un fi grand prix
» que la crainte de les altérer vous engage
à céder à des mains étrangères les
plus chers plaifirs de la maternité ? » .
و د
"
a
*
Difcours fur le Duel , où l'on indique
les véritables caufes de la valeur des
Troupes Françoifes . A Avignon , chez
Garrigan , Imprimeur - Libraire , place
S. Didier.
4
# C
Un profond Métaphyficien , également
verfé dans l'Hiftoire & le Droit
public , a remonté , dans fon Traité des
combats finguliers , aux principes qui
leur ont donné naiffance chez les Peuples
barbares.. It les a réduits à trois
principaux , qui retracent d'une manière
fenfible le caractère du Gouvernement,
de l'efprit, & des moeurs de ces anciens
Peuples.
Le premier fur une indépendance
exceffive , trifte apanage de la groffièreté
d'un Gouvernement à peine ébauché
, qui , au défaut des Loix , autorifoit
les Particuliers à fe faire juftice par
SEPTEMBRE. 1777 .
la voie des armes. Cet Auteur judicieux
prouve dans fon Ouvrage , que
cette indépendance , dont les anciens
Germains & les autres Peuples feptentrionaux
jouiffoient de leur tems , étoit
bien moins l'effet d'un courage fupérieur,
que du défaut de leur conftitution politique.
Le fecond principe fut un faux point
d'honneur , qui faifoit regarder l'afage
de la force comme le moyen le plus
noble de fe faire rendre raifon, & de
foutenir fes prérogatives . Ce faux point
d'honneur étoit l'effet d'une groffière
ignorance , qui , méconnoiffant le caractère
de la véritable valeur , plaçoir
la gloire des armes dans ce que le courage
a de plus brillant & de moins réfléchi.
Il eft des qualités auxquelles on
doit un hommage d'eftime & d'admi
ration , & qu'on honore d'autant plus
qu'on les connoît mieux ; il en eft d'au
tres auxquelles on ne prodigue de l'ef
time que parce qu'elles fe préfentent
fous un faux air de grandeur qui furprend
& éblouit ; mais qu'en celle d'admirer
, & qu'on trouve même ridicule
dès le moment que la raifon parvient
à les démafquer , & qu'on les recon-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
noît pour ce qu'elles font. N'a-t - on pas
droit de foutenir que ceux qui fe laiffent
furprendre par une vaine oftentation
de bravoure , refpectent dans le
duel une qualité très- eftimable , mais
qui ne s'y retrouve point.
Le troisième principe fut une fuperftition
groffière qui faifoit envifager le fort
du combat comme le jugement & le
témoignage même de la Divinité. Ét
c'eft fur cette croyance fuperftitieafe
qu'on s'appuyoit pour adopter les épreuves
par le combat , par le fer chaud ,
& par l'eau bouillante.
D'après l'indication de ces trois caufes
, n'at on pas droit de foutenir que
rien n'eft moins pur que l'origine de
'cette pratique barbare , contre laquelle
les Loix Divines & Humaines réclament?
Les Payens ont reconnu eux- mêmes ,
que, bien loin que le plaifir de la vengeance
foit convenable à la Nature ,
qu'au contraire il la dégrade & l'avilit.
Juvénal foutient ( Satyre 13 ) , que le
plaifir de la vengeance fut toujours d'un
efprit foible & malfain. « Qu'on fe garde
bien , dit Cicéron ( Offices ) , d'écouter
» ceux qui croient qu'il faut pouffer la
» haine contre nos ennemis , jufqu'aux
»
SEPTEMBRE. 1777. 83
.
"
» dernières extrémités , & qui préten-
" dent que cela eft d'un grand homme ,
» & que c'est un effet naturel du cou-
" rage & de la grandeur d'ame : car il
» n'y a rien au contraire de plus louable
& de plus digne d'un honnête-
» homme , que d'être incapable de reffentiment
, & de conferver de la dou-
» ceur pour tout le monde » . Ainfi ,
l'Evangile, en nous faifant une loi de
gagner nos ennemis par la douceur &
les bienfaits , tend à ranimer en nous
un fentiment de générofité , dont le
principe & le fond font dans la nature ;
mais que la nature feule eft incapable
de porter à fa perfection.
L'Auteur du Difcours . remonte à la
mêine origine du duel , & prétend que
c'eft dans les fombres forêts , les déferts
ftériles , les montagnes inacceffibles de
l'ancienne Germanie , au milieu d'un
Peuple farouche , qu'elle fe cache . Il
préfente l'image des Nations les plus
guerrières de l'antiquité , & s'en fert
pour attaquer cet ufage barbare, que les
Loix de la Religion & du Prince ont
pareillement condamné.
On trouve dans ce Difcours un éloge
de la vraie bravoure qui affronte le dan
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
ger & la mort , même lorfque le devoir
l'exige , & qui feule fait les vrais Héros.
En bon Patriote , l'Auteur examine &
indique les véritables caufes de la valeur
des Troupes Françoifes , & ne dit rien
qui ne foit propre à exciter & à accroître
l'émulation , l'amour du Prince & de la
gloire parmi les Troupes.
Cours d'Education , contenant le Plan
d'Éducation. Littéraire , Phyfique
Morale & Chrétienne ; le Plan ency
clopédique des Études de l'enfance ,
de l'adolefcence & de la jeuneffe ; &
les Réglemens généraux d'une Maiſon
d'Éducation ; par M. Verdier , Inftituteur
, & c.
Mens fana in corpore fano.
Paris , chez l'Auteur , rue de Seine S ..
Victor , Hôtel de Magny , à côté du
Jardin du Roi; & chez Colas, Libraire,
Place Sorbonne , 1777 .
Il n'a point encore paru fur l'éducation
, d'Ouvrage qui contienne plus de :
chofes que celui -ci . Il femble que l'Aur
SEPTEMBRE. 1777. 85
ر
teur en ait voulu faire le Bréviaire des
Instituteurs & de leurs Élèves. Il y a analyfé
les perfections littéraires , phyfiques,
morales & religieufes de l'homme , dans
les premiers âges de la vie : les vices entre
lefquels chacune fe trouve pofée : les
moyens d'obtenir les bonnes qualités &
les vertus , & de corriger les vices : enfin,
les élémens de toutes les Langues , de
tous les Arts & de toutes les Sciences qui
peuvent entrer dans le Plan d'éducation
le plus parfait. Non - feulement ce qu'on
avoit propofé de meilleur fe trouve ici
indiqué ; mais l'Auteur a tellement approfondi
les élémens d'éducation , qu'il
eft prefque par- tout original : & files.
Inftituteurs fuivoient fon travail , on les
verroit perfectionner les fyftêmes des
connoiffances il démontre ce qu'il
avance par des analyfes exactes , par des
raifonnemens tirés de la nature , & par
fon expérience fur fes Élèves , par celle:
des Inftituteurs qu'il a pu connoître , &
fur-tout par celle de Meffieurs les Principal
& Profeffeurs du Collège de Sarlat ,.
qui joignent fes Obfervations aux fiennes.
Cet Ouvrage n'eft point l'infpiration
d'une belle imagination ; c'eft le réfultat:
des recherches que l'Auteur a faites pen
86 MERCURE DE FRANCE.
dant plus de vingt années , & de fes obfervations
fur des fujets, de tempéramens
, de génie & de caractères différens
: c'eſt la defcription des travaux qui
l'occupent actuellement dans une maiſon
vafte , magnifique, & munie de tous les
fecours propres à la meilleure éducation,
M. Verdier débute par démontrer
l'efficacité de l'éducation publique , l'impuiffance
de l'éducation particulière ; &
cependant l'infuffifance des plans généraux
, par l'analyfe des vices de l'humanité
, qui ne peuvent être connus que
par des Inftituteurs inftruits à l'école de
l'expérience fur un grand nombre d'Élè
ves , & qui ne peuvent être traités que
par un plan approprié à chaque fujet dans
une maifon munie de tous les fecours
néceffaires .
Après ce préliminaire , il trace le plan
naturel d'éducation . L'art n'étant que la
nature bien réglée , un plan naturél n'eft
autre chofe que celui que l'art établit de
la manière la plus conforme à la deſtination
& aux loix de la nature , toujours
impuiffante par elle-même. Pour développer
ce principe , il recherche les caufés
premières , fécondaires & inftrumenSEPTEMBRE.
1777. 87
tales de l'éducation ; fes fins , fa matière,
fon objet , fon modèle , fes effets , fes
différences & fes fignes. Il divife enfuite
ce Plan en quatre parties : Plan littéraire ,
Plan phyfique , Plan moral & Plan religieux.
Par Plan littéraire d'éducation , M.
Verdier entend l'art d'enfeigner . Suivant
lui , ce n'eft point la nature , mais l'art
qui manque ordinairement . Tout enfant
a reçu de la nature toutes les facultés
propres à en faire un efprit jufte & un
homme inftruit . C'eft à l'art de les développer
& d'en faire ufage . Son premier
objet doit être de développer l'attention
& la réflexion ; de former par
le moyen de ces deux facultés primitives ,
la fenfation , la mémoire , l'imagination ,
le jugement & la méthode ; d'exercer
enfuite par le moyen de ces fonctions ,
toutes les opérations de l'efprit. Il décrit
l'art d'animer ainfi en quelque forte l'ef
prit humain ; & il le fait confifter principalement
dans la pratique de ces deux
opérations de la Logique , fi fort recommandées
fous les titres d'analyſe ou de
décompofition, & de fynthèſe ou compofition
, mais qui pourtant font fi fort
négligées . Il donne l'art d'analyfer tout
88 MERCURE DE FRANCE.
B
ce qu'on préfente aux Élèves ; fignes,
penſées , actions , fonctions , facultés .
L'expérience de fes Élèves & des autres
qui font inftruits par l'analyfe , en démontrent
les grands effets ; & la facilité
de ce travail eft d'autant plus grande ,
que l'enfant eft plus jeune , fes nerfs offrant
pour lors des réfiftances moins
grandes . Envain l'on objecteroit que par
ce travail , il eft à craindre de fatiguer
l'efprit. M. Verdier invoque les loix de
la nature pour démontrer que le cerveau
s'ufe plus par les exercices du corps que·
par ceux de l'efprit. Dans les premiers
il agit feul , mais dans les feconds , il
tranfmet fes impreffions à tous les mufcles
, qui lui oppofent de fi grandes réfiftances
, qu'il ne peut les vaincre fans des
efforts pénibles & farigans.
Venant à l'éducation phyfique , M.
Verdier fe plaint de ce que les Phyfiologiftes
n'étudient les facultés & les fonctions
naturelles de l'homme , que d'une
manière fpéculative . Il voudroit que les-
Inftituteurs en analyfaffent les caufes , les
effets , la perfectibilité , les vices , les
fignes , les moyens de perfectionner les
facultés , & ceux d'en corriger les vices ;
& il donne le Plan de cette étude . Il rapSEPTEMBRE.
1777.
89
porte toutes les facultés de la nature humaine
à deux ; la fenfibiliré des nerfs , &
l'irritabilité ou contractibilité des mufcles.
Aux points de perfection que l'Inftituteur
Phyficien doit procurer à ces deux facultés
, l'Élève doit être pris par l'Inftituteur
littéraire , par l'Inftituteur moralifte , &
même par T'Inftiruteur Chrétien . L'Auteur
rapporte enfuite les fonctions phyfiques,
dépendantes de ces facultés, à quatre
; la nourriture des parties , leur développement
, leur configuration & leur
accroiffement. Il indique les actions méchaniques
& animales qui contribuent à
ces quatre fonctions . Il démontre enfin
comment l'air , les alimens , le mouvement
& le repos , le fommeil & la veille,
les fécrétions & les excrétions , les paffions
de l'ame , les vêtemens & les logemens
contribuent à perfectionner ou à
détériorer la machine animale. Pour recommander
l'art qu'il déduit de fes principes
, il obferve que fes Elèves jouiffent
d'une fanté & d'une vigueur peu communes
; que fur plus de cinquante fujets
qu'il a eu depuis quatre ans , les deux
plus foibles ont été feuls malades ; &
que plufieurs qui y font entrés infirmes ,
y ont rétabli leur fanté comme ceux- ci.
go MERCURE DE FRANCE.
Suivant la même marche dans l'éducation
morale , l'Auteur fe propofe d'abord
la génération des quatre vertus cardinales
, auxquelles il ajoute la bienfaifance
. I obferve que les enfans n'ont
naturellement que des imperfections ;
que leurs vices font tous factices comme
leurs vertus ; & que ces vices fe corrigent
avec d'autant plus de facilité , que l'enfant
eft plus jeune. Les moyens qu'il fait
entrer dans l'art moral , font les Réglemens
d'une Maifon d'éducation , les Li
vres claffiques dirigés vers les devoirs des
enfans ; les exhortations , les converfations
, les leçons de morale , prefcrites
par les circonftances, l'enfeignement particulier
de la morale , les exemples , les
récompenfes & les punitions générales &
relatives aux actes de vertu & de vice,
L'Auteur établit entre les Élèves & l'Inf
tituteur , des espèces de conférences ou
de confultations , fur le plan de celles
d'un Malade avec fon Médecin , & d'un
Client avec fon Jurifconfulte. Il obferve
qu'en prenant tous les foins pour éclairer
leur efprit fur leurs devoirs , leurs perfections
& leurs fautes , & pour former leur
coeur à la franchife , un Inſtituteur fait
tout ce qui fe paffe dans fa Maiſon &
I
SEPTEMBRE. 1777: 91
dans le coeur de fes Élèves; qu'il peut, par
ce travail fuivi , les garantir de toute
contagion .
L'Auteur ne met pas moins d'art dans
l'éducation Chrétienne ; cet art confifte
à prévenir les Élèves contre le Matérialifme
& l'incrédulité , à les inftruire de '
toutes les vérités de la Religion , à les
former à la pratique des vertus & des de
voirs du Chriftianiſme.
Après avoir ainfi tracé le Plan d'éducation
, M. Verdier jette un coup - d'oeil'
fur les études , pour en tracer le plan en
cyclopédique . Il s'élève avec force contre
toutes ces méthodes d'enfeigner le latin ,
que l'imitation des Auteurs latins a fait
imaginer. Veut-on juger , dit-il , du mé
rite de ces compilations d'Auteurs qu'on
met entre les mains des jeunes gens ?
Qu'on faffe un difcours tiffu de phrafes
de nos vieux Romanciers , de nos anciens
Hiftoriens , & de nos Écrivains modernes ,
& l'on verra que ces rapfodies font , aux
difcours faits fur le génie d'une Langue
en chaque tems , ce qu'eft un habit d'Arlequin
aux habits d'une étoffe uniforme.
M.Verdier diftingue dans le latin, comme
dans les autres Langues , trois conftruc
tions élémentaires , qu'il appelle grame
92 MERCURE DE FRANCE.
maticale , mentale & réelle. De leur
combinaiſon naiffent les conftructions
élégante , poëtique , oratoire & mixte . Il
voudroit qu'on exerçât fucceffivement
les Étudians à tous ces genres de constructions
fur des ouvrages faits exprès, avant
que de leur mettre entre les mains les
Auteurs qui les réuniffent toutes . Il affure
que par cette gradation , les enfans font,
dès les premiers jours , un latin fort harmonique.
Il s'étend enfuite fur les avantages
de la Langue latine. C'eft la feule ,
fuivant lui , qui puiffe citer une exiftance
non interrompue depuis l'origine du
monde jufqu'à nous. Il divife enfin fon
plan encyclopédique en quatre , & chacun
en plufieurs Cours .
-
Le premier, qui eft le plan des études
élémentaires pour l'enfance , fe partage
en quatre cours. Le cours de petite Grammaire
propre aux petites écoles , comprend
des élémens de prononciation , de
lecture latine , françoife & fymbolique ,
fous preffe (d'écriture expédiée) d'ortographe
, de Langues françoife , latine ( déjà
imprimés ) de chant , & enfin de gefte.
Il n'eft aucun de ces petits traités qui ne
préfente des vues nouvelles & utiles ,
qu'on ne peut voir que dans l'Auteur
SEPTEMBRE. 1777 . 9.3
même. Mais nous ne pouvons paffer
fous filence une découverte que l'Auteur
annonce fur un art qui fait les délices de
toute l'Europe .
La mufique , dit - il , eft fondée fur la
divifion d'une corde fonore , fuivant la
progreffion arithmétique 1,2,3,4,5 & 6;
mais cette progreffion a jeté dans les intervalles
des fons , une inégalité qui a
donné lieu à cette diftinction fi en brraffante
des tons & demi-tons majeurs &
mineurs , & des coma majeurs & mineurs
, maximes & minimes. Pour fe
tirer de l'embarras extrême que donne
cette inégalité , on a établi le temperament
, qui n'eſt fondé que fur un à peuprès.
Depuis trois mille ans , on a cherché
envain une formule pour etablir l'égalité
entre les treize fons de l'octave ;
mais l'infuffifance des movens qu'on a
propofés , a fait regarder cette recherche
comme la pierre philofophale de la
mufique. Cependant M. Verdier prétend
avoir fait cette précieufe découverte,
Elle confifte à mettre treize cordes
égales en proportion dans leur longueur
, de manière que l'une foit à fa
voiline , comme dix - fept à dix - huit.
L'invention eft importante , obferve-t-il
24
MERCURE DE FRANCE .
64
lui-même. Si elle eft réelle , les Maîtres
de Mufique trouveront dans le mono-
» corde un inftrument propre à donner
» l'intonnation avec une jufteffe incon-
» nue jufqu'ici à l'oreille , au gofier &
» à l'efprit. Les Facteurs d'inftrumens
» formeront les intervalles des fons avec
»la même jufteffe , au moyen du monocorde
; ceux qui fe fervent des inf-
» trumens de mufique , fauront les ac-
» corder avec la même facilité : & les
Profeffeurs des Belles-Lettres pourront
» y faire entrer la mufique .
33
23.
M. Verdier prétend encore avoir
trouvé l'origine des modes majeur &
mineur, & le principe de l'harmonie,
dans la nature du corps fonore , dans
celle de la voix , & dans l'hiftoire de la
mufique mais nous ne pouvons nous
arrêter fur tant d'objets , qui ne peuventmême
être qu'indiqués dans fon Opvrage
.
Le fecond cours de l'enfance eft un
cours élémentaire de grande grammaire;
il comprend un nomenclateur françois &
latin , propre à porter le fens des mots
de ces deux langues à l'efprit des enfans ,
par l'infpection même des objets ; deux
méthodes d'analyse & de formation des
SEPTEMBRE. 1777: 95
mots françois & latins , qui enfeignent le
dictionnaire de ces deux langues , par un
petit nombre de racines élémentaires des
mots ; des élémens de grammaire & de
logique maternelle , appliqués aux langues
françoife & latine , & appliquable à toutes
les langues favantes. Dans ce dernier ouvrage
, l'Auteur développe les fonctions
fpirituelles de l'homme , par le moyen
des fignes des penſées . On eft étonné de
le voir mettre entre les mains d'enfans
du plus bas-âge, une logique moins étendue
, mais plus profonde que
celle que
les Ecoles réfervent à leurs philofophes.
Mais l'Auteur donne l'expérience
de fes Élèves de huit à neuf ans
déjà affez exércés à l'analyfe logique &
à l'argumentation , pour s'en faire un
jeu.
Le troifième eft, un cours élémentaire
d'hiftoire de France , fait par M. Fortier
fon ancien affocié , que la mort a enlevé
à la République des lettres . Cet abrégé
chronologique fe vend chez Moutard.
Le quatrième enfin eft un cours élémentaire
d'éducation pratique . Ici l'Auteur
prend fes Elèves dans l'état où MM . de
Condillac & Bonnet ont pris la ftatue
humaine . Il travaille à développer leurs
96 MERCURE DE FRANCE.
facultés corporelles & fpirituelles , & à
leur donner les idées mères au moyen
d'objets , d'inftrumens & de procédés
induſtrieux propres à chaque fens.
Après avoir ainfi préparé les enfans
aux principes des connoiffances par leurs
élémens , M. Verdier dreffe le plan des
humanités pour l'adolefcence , & le divife
en fix cours.
Le premier eft celui des langues favantes.
Il y débute par la fuite de l'enfeignement
des langues françoife & latine
; il y cite nos meilleurs Ouvrages
pour la première. Il propofe pour la
feconde une méthode de double traduction
de françois en latin, & de latin en françois ;
des principes d'élégance latine ; des fyftêmes
analytique & fynthétique de cette
même langue.
Ces deux langues entrent dans le plan
général de l'inftruction . Il propofe pour
les Elèves, qui auront plus de befoins &
plus d'émulation , une analyfe de la langue
primitive , confidérée comme le premier
fonds des langues favantes ; des rudimens
des anciennes langues orientales , & particulièrement
de l'hébreu , confidérées comme
le fond de l'Ecriture Sainte : & du-
Phenicien , confidéré comme le premier
7
fond
SEPTEMBRE. 1777. 97-
fonds de la mythologie : des rudimens
des anciennes langues feptentrionales , &
particulièrement du Celtique & du Tudefque,
confidérées comme le fonds de la littérature
des Peuples du Nord : des rudimens
de la langue Grecque , confidérée
comme le premier fonds des arts & des
fciences ; des rudimens de la langue Romaine,
& principalement de l'Italien , confidérée
comme le fonds des loix , des ufages
& de la littérature moderne ; des rudimens
de la langue Angloife , enfin des rudimens
de la langue Allemande. Pour réunir
toutes ces langues en un tout , M. Verdier
obferve que toutes les langues ont
la même grammaire & les mêmes racines.
Il en abrége & facilite donc prodigieufement
l'enfeignement , en les foumettant
toutes à fagrammaire & logique
maternelle , & chacune à une grammaire
particulière , qui ne contient que les
déclinaifons , conjugaifons , graduations ,
dérivations & compofitions des mots . Il
propofe , pour lire les langues orientales ,
une nouvelle méthode , au moyen de
laquelle on pourra les lire & les écrire
fous la dictée , en quelques heures .
Le fecond cours des humanités eſt
celui des belles- lettres . Il renferme les
E
98 MERCURE DE FRANCE .
principes de la grammaire générale &
de la logique des penfées , ou petite logique
, l'une & l'autre démontrées fuivant
la méthode des Géomètres ; ceux de
poéfie & ceux de rhétorique. A ces quatre
arts , il foumet les principes généraux
de la parole & du chant , du gefte & de
la danfe , de l'écriture & du deffin . Cette
affociation préfente les belles-lettres fous
un nouveau plan , qui donne lieu à bien
des réflexions nouvelles .
Le troifième cours eft celui d'une dialectique
ou grande logique appliquée à
l'économie. Il la divife en plufieurs parties
, diftinguées par les titres de mathématique
, phyfique , morale conventionnelle
ou juridique , métaphyfique révélée
, artificielle & hiftorique. L'objet de
cet art eft de donner les moyens de découvrir
la vérité par l'expérience & l'obfervation
, & de la manifefter les
par
procédés propres à chacune des parties
de la philofophie.
On fent bien que cette partie doit
être dirigée vers les objets même , plus
que vers les mots ; aufli M. Verdier
donne-t-il la defcription d'un cabinet
d'inftruction & d'économie deſtiné à fes
démonſtrations. Ce cabinet , dreffé par
SEPTEMBRE. 1777 . 99
lui-même fur un plan nouveau , renferme
les fubftances , les inftrumens , les outils ,
les médailles , les gravures , les cartes &
des tables néceffaires pour l'enfeignement
encyclopédique de toutes les fciences &
les arts fcholaftiques.
Il y joint la defcription de jardins
botanique & économique , qui préfentent
aux Elèves le contrafte des plantes ufueldes
dans leur double état de nature & de
culture .
Vient enfuite le quatrième cours de
beaux-arts , tous gymnaftiques , mais en
outre , les uns poétiques & les autres
méchaniques. La déclamation & le gefte
fe préfentent pour demander aux Co-.
médiens des principes qui puiffent for
mer les jeunes gens , dans les écoles , à
la déclamation de la chaire & du barreau
. La mufique vient enfuite fe placer
à côté des langues , dans toutes les parties
des belles -lettres. Les différens genres
d'écritures paroiffent , mais ce n'eſt que
pour être renvoyés dans l'éducation particulière
de la feconde jeuneffe , qui demande
moins d'écrits , & des écrits plus
élégamment faits. Le deffin offre de
joindre fes repréſentations aux démonftrations
logiques : on en dreffe un nou-
Eij
Too MERCURE DE FRANCE.
veau plan , pour donner fes fecours à
l'art de la vérité ; & l'on joint le deffin
de la boffe & des objets mêmes , aux
copies. La danſe ſe borne à une tactique
civile , au menuet & à des contredanfes .
L'efcrime offre fon grand jeu , pour exercer
plus puiffamment les membres . L'équitation
offre fes principes pour apprendre
à l'homme à conduire & à gouverner
le cheval qui lui eft fi utile. La natation
offre l'avantage de faire marcher l'homme
fur l'élément liquide : mais ces trois
derniers arts ne font admis que pour
l'éducation particulière.
Ce cours finit par les principes & les
règles des jeux gymnaftiques. Les attitudes
, la promenade , la courſe , le faut ,
la fphéryftique , la chironomie , les jeux
favans , ceux de combinaiſon , ceux de
cartes , &c. fe préfentent pour exercer
& amufer les enfans. L'Auteur admet
tous ceux qui peuvent augmenter la
force , l'adreffe , la réflexion & l'ému-`
lation. Il profcrit ceux qui peuvent
nuire au corps & à l'ame.
Le cinquième cours eft celui d'hiftoire.
Il débute par une chronologie générale ,
appliquée au calendrier & aux généalogies
de l'hiftoire facrée : par une phyloSEPTEMBRE
. 1777. 101
logie appliquée à la phyfiologie & à la
géographie ; & enfin , par l'état actuel
de la terre. Après cette première partie ,
il fait l'application de ces principes géné
raux à la chronologie & à la phylologie
des Peuples de l'antiquité primitive , des
anciens tems du moyen âge , & des tems
modernes ; ce qui partage ce cours en
cinq parties.
par
fe
L'étude des humanités fe termine par
des principes d'éducation littéraire , phyfi
que , morale & chrétienne. L'Inſtituteur
faifant fa propre tâche de ce cours ,
propofe de faire contribuer fes Elèves à
leur propre perfection , & à la correction
de leurs vices . Pour cela , il fait de ce
cours la matière des conférences qu'il
tient avec eux. Il y joint une correfpondance
écrit en françois & en latin.
Il leur parle ou leur écrit tantôt en fon
nom , tantôt au nom de leurs Maîtres ,
de leurs Parens , de leurs Amis fur tous
les objets de leur éducation. Par leurs
réponfes il s'affure de leurs progrès . Pour
leur ouvrir une carrière auffi utile , il
leur fait ici quatre analyfes exactes des
perfections & des vices , dont leurs facultés
, leurs fonctions & leurs actions font
fufceptibles.
E iij
FO2 MERCURE DE FRANCE.
Nous ne pouvons fuivre les vues de
PAureur fur Penfeignement de la philofophie
dans la première jeuneffe , fur
Péducation particulière de la feconde
jeuneffe , & fur le choix & l'enfeignement
de chacune des profeffions fcientifiques
à cet âge.
Cer Ouvrage eft terminé par les réglemens
que Ï'Auteur a cru devoir dref
fer pour le régime d'une Maifon d'Education
, d'après fon expérience. Dans
plufieurs titres , if affortit les exercices.
de tous fes cours dans l'ordre actuel des
études , par années , par mois , par jours.
& par heures ; dans les autres , il établit
les conditions néceffaires pour fare concourir
à la perfection corporelle & fpigituelle
de fes Elèves , les travaux de
leurs Parens , ceux de l'Inftituteur , ceux
des Maîtres , ceux des Elèves mêmes.
- Tout le monde verra fans doute dans
l'Auteur de ce plan un homme favant
laborieux & zélé. On lui fera peut - être
bien des objections . Nous y répondrons :
par ces deux mots qu'il oppofe à fes
Critiques : Venez & voyez.
Hiftoire d'Éric XIV, Roi de Suède , écrite
fur les actes du tems , par M. Olof
SEPTEMBRE. 1777. 103
Celfius , premier Paſteur & Préfident
du Confiftoire Métropolitain de la
Ville de Stockolm , & traduite du Suédois
, par M. Genet le fils , Membre
de la Société Littéraire Apolloni Sacra
d'Upfal . A Paris , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , 2 vol. in- 12 .
Cet Ouvrage peut fervir de fuite à
l'Hiftoire des Révolutions de Suède , par
l'Abbé de Vertot ; cet Hiftorien , peutêtre
plus élégant qu'exact dans quelques
endroits, s'eft arrêté à l'avénement d'Eric
au Trône. Ce Prince , fils de Guſtave-
Vafa , prit le nom d'Éric XIV, quoiqu'il
ne fût que le XII . de fon nom . Cette
erreur fe trouve maintenant confacrée
fur les monnoies comme dans l'histoire ;
il feroit difficile & fur-tout inutile de la
corriger. Tout ce qu'on peut exiger de
l'Hiftorien , c'eft de la remarquer ; & M.
Celfius l'a fait.
Le régne d'Éric XIV offre une fuite
d'événemens bien étranges & bien finguliers.
Ce Prince , qu'on a peint comme
un tyran , fut malheureux & foible pendant
une partie de fa vie ; à un caractère
inconftant & défiant , il joignoit une vivacité
qui alloit jufqu'à la pétulance : il
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
la manifefta dans le projet qu'il forma
d'époufer Élifabeth , dans ce qu'il fit pour
déterminer fon père à y confentir , & dans
les démarches qu'il fit enfuite en Angle
terre à plufieurs repriſes , & fans fe rebuter
pour le faire réuffir. Jeune , ardent ,
non moins échauffé par la réputation de
beauté d'Élifabeth , que par l'efpérance
de remplir un jour avec elle le Trône
d'Angleterre , il fermoit les yeux fur les
troubles qui pourroient s'élever pour l'en
écarter , & auxquels il auroit été obligé
de prendre part : il ne fongeoit pas non
plus qu'on a vu rarement des Royaumes
féparés par quelque diftance , jouir du
bonheur & de la tranquillité fous un
Maître commun.
L'Abbé de Vertot a préfenté ce projet
de mariage comme un deffein formé par
le vieux Guftave -Vafa ; il ne l'avoit été
que par fon fils Éric , & ce fut avec peine
qu'il y donna les mains . Le jeune Prince
fe vit , dans la fuite , forcé d'y renoncer :
il tourna fes vues vers différentes Maifons
du Nord , & finit par époufer une
de fes Sujettes , qui avoit été long- tems
fa Maîtreffe , & dont il avoit quelques
enfans : il fit approuver fon mariage par
les États .
SEPTEMBRE. 1777. 105
Le commencement de fon régne fembloit
annoncer un bonheur durable à la
Suède ; il fut troublé par le caractère
même du Souverain. Il n'aimoit point
fes frères , parce qu'il avoit cru remarquer
autrefois dans fon père , des préférences
pour eux ; fa défiance le porta à
les craindre , & fur- tout le Duc Jean ; il
la manifefta trop , & peut-être força- t- il
ce dernier à prendre des précautions pour
affurer fa vie & fa liberté ; il perdit cette
dernière. Éric fit affembler les Etats pour
juger la conduite de fon frère , qui fur
condamné à perdre les États de fon apanage
, l'honneur & la vie. Eric , après
l'avoir enfermé dans une étroite prifon
, ne le craignant plus , lui conferva
fes jours.
Des guerres malheureufes par les intrigues
des Généraux qui vouloient commander
, par la foibleffe du Roi qui
étoit jaloux des fuccès de fes Généraux ,
& qui craignoit le crédit qu'ils pouvoient
leur donner , troublèrent la fin de fon
régne , où on le vit injufte & barbare ;
fon efprit s'aliéna : il retenoit dans les fers
quelques Grands qu'il croyoit attachés à
fon frère . On vint lui dire un jour que
l'on parloit de mettre le Duc Jean en
E v
'Too MERCURE DE FRANCE.
·
libertés aufi- tôt il vole à la prifon , égorge
de fes mains Nicolas Sture ; va au cachot
du père de cet infortuné pour le traiter
de même. Il fe trouble en entrant , &
tombe aux pieds du vieillard , en lui demandant
pardon de ce qu'il a fait. Il ne
le quitte qu'après avoir ordonné de le
refferrer plus étroitement. Déguifé en
Payfan , fuivi de quelques Trabans , il
fort de fa Capitale ,.,fon ancien Précep
reur le fuit pour le ramener à lui- même;.
il le fait égorger à fes yeux : il ordonne
la mort des autres Prifonniers, « Auffitôt
qu'on fut à Upfal , que le Roi n'y
» étoit plus , on courut après lui fur toutes
les routes. Catherine ( fa femme ).
qui avoit le plus de pouvoir fur fon
efprit , fut des premières à partir , mal
gré fon état de groffeffe , & quoiqu'elle-
» fût prête d'accoucher. On trouva le
» Roi dans le Presbytère d'Odenſala ,
entouré du Peuple & de plufieurs de
fes Officiers , tous confternés & pleins :
» de compaffion pour leur malheureux
3.Maître. Il tenoit un petit coffre rempli
33
"
"
d'argent , qu'il avoit emporté avec lui;
» & il diftribuoit cet argent , de fa propre
» main , par poignées , & indiftinctement
, vraisemblablement dans l'idée
SEPTEMBRE. 1777. 107
1
» de calmer le reffentiment du Peuple
» croyant tous les efprits foulevés . N re-
» prit la route de Stockholm ; & , che-
» min faifant , il continuoit fes libéra-
" lités 13.
Les rênes du Gouvernement tombèrent
alors des mains d'Eric ; il ne reprit
qu'à la longue l'ufage de fa raifon , en-
Gore fut-elle obfcurcie par intervalle : il
rendit la liberté à fon frère le Duc Jean ,
qui en abufa pour le détrôner. Comme
il fe fouvenoit que fon frère avoit affem
blé les États pour le juger , il les affembla
à fon tour pour les faire prononcer
fur le frère de leur Roi. Éric fut traduit
au Tribunal de fes Sujets , prefque de la
même manière que le fut , avant la révolution
d'un fiècle , l'infortuné Stuart
Charles I. Il fut conduit dans le Choeur
de l'Eglife de S. Nicolas , où fes ennemis
, devenus fes Juges , étoient raf
femblés pour porter un Jugement fur
fon adminiftration. Il fut déclaré déchu
de la Couronne , lui & fa poftérité , &-
condamné à une prifon perpétuelle . Las
manière dont il fut traité dans fa prifon
, ne fauroit être plus odieufe ; on
le laiffoit manquer de tout. On peut
juger de fa fituation par cette lettre da
Evj.
108 MERCURE DE FRANCE.
7
"
"
6 Octobre 1568. « Très- Puiffant Prince,
Monfieur mon frère , le Docteur Be-
» noît , mon unique Officier , a été mis
hier en prifon avec mon Cuifinier .
» Ce font deux Serviteurs dont je ne
puis me paffer pour moi & mes enfans
dans la malheureufe condition où
je fuis . Si on ne nous les rend point,
nous périrons de befoin & de maladie..
» C'est pourquoi je vous prie de les faire
» relâcher pour qu'ils puiffent nous
fervir. Dieu vous en récompenfera
» dans cette vie & dans l'autre ; & j'a-
» drefferai mes prières , à cet effet , à
» fa divine Providence ".
Éric traîna fes miférables jours dans ſa
prifon , jufqu'au 26 Février 1577 , qu'il
mourut empoifonné. Parmi fes enfants ,
l'aîné avoit été déſigné pour fon
acceffeur
, lorfque les Etats approuvèrent fon
mariage. Quoique le jugement porté
contre le père , écartât fa poftérité du
Trône , le Roi Jean n'en craignit pas
moins les droits de l'aîné ; il l'auroit
fait périr fans le foin qu'on prit de le
dérober à fa fureur on l'envoya hors
du Royaume , où il fut élevé dans la
Religion Catholique. Il mena long-tems
une vie errante & malheureuſe , réduit
:
SEPTEMBRE. 1777. 109
quelquefois à mandier le Roi Jeau
P'obligea de fe faire Moine , & lui donna
un Évêché. Le Roi de Mofcovie l'attira
enfuite à fa Cour , où il lui fit un fort
digne d'un Prince . Son deffein étoit de
le rétablir fur le Trône de Suède ; mais
ce ne fut qu'un projet. Ce Prince mourut
en Ruffie en 1607. Sa mère trouva grace
Adevant le Roi Jean , & paffa le refte de
fa vie en Finlande.
Pour donner une jufte idée d'Éric , qui
fut peut- être auffi malheureux que coupable
, nous tranfcrirons un morceau
précieux ; c'eft une lettre du Miniftre.
François Daulé , confervée dans la Bibliothèque
de la Reine Douairière de
Suède , dans laquelle ce Miniftre , qui
réfida long-tems en Suède & en Danemarck
, rendit compte ainfi de ce qu'il
penfoit de Guftave & d'Eric. La lettre
eft du 23 Janvier 1576. " Le Roi Guf
tavus a fait de fi haultes & mémora-
» bles entreprinses & fi prudentes con-
» duictes à une très-heureufe fin , qu'on
» le doibt tenir & eftimer ung très- ver-
» tueux & magnanime Prince. Auffi il
>> a heureuſement régné 42 ans. Il a
laiffé quatre filz & cinq filles . Éric ,
» fon premier filz , lui a fuccédé au
"
110 MERCURE DE FRANCE.
"
30.
"
Royaulme. Il eft à préſent priſonnier.
J'ai fouvent conféré avec lui de plu-
» fieurs affaires ; je vous prometz , Sire,
qu'il eftoit d'ung très - bon jugement.
» Il comprenoit facilement ce qu'on lui
propofoit , & l'expliquoit fort diferte-
» ment & promptement ; & il avoir
plufieurs aultres vertuz. Vrai eft - il
qu'il étoit fort fubfonneux ; auffi il
» a toujours été nourri en crainte à
» caufe de fa belle- mère ; d'avantage il
» avoit de très - pernicieux & malingz
» Miniftres , qui par calomnies , détractions
, faux rapportz & femblables
» artifices , lui rendirent les principaux
Seigneurs fi fufpects & fi odieux , qu'il
» en fit mourir quelques-ungs , dont fa
» ruine s'eft enfuivie »..
30.
n
La traduction de cette Hiftoire inté
reffante eft faite avec foin . M. Gener
le fils , a qui on la doit, eft un jeune
homme de 16 ans . Son âge & la manière
dont il a exécuté ce travail , font
fon éloge. Que ne promet-on pas quand
en commence ainfi ?
Supplément à l'Hiftoire de la Rivalité de
la France & de l'Angleterre , & à
L'Hiftoire de la querelle de Philippe- de
SEPTEMBRE. 1777.
vol.. Valois & d'Édouard III , & c. 4
A Paris , chez Moutard , Lib.- Imp.
rue du Hurepoix .
On s'eft proposé dans cet Ouvrage ,
dont on a fi bien accueilli les premiers
volumes , de montrer l'abfurdité des
haines nationales , & de prouver , par
une multitude d'exemples fenfibles , qu'il
n'y a nul avantage dans la guerre , nulle
fûreté dans la fraude ; que l'art de nuire
& de tromper, eft l'art infaillible d'être
malheureux ; & que les victoires traînent
toujours après elles autant de calamités.
pour un État , que les plus fanglantes.
défaites. Plût à Dieu que l'on pût rendre
ces vérités préfentes à tous les efprite ,.
& perfuader aux Nations qu'elles doivent
s'aimer , fe fervir mutuellement; con--
fondre leurs intérêts , anéantir leurs jaloufies
, & préférer le bonheur , inféparable
de la paix & de la tranquillité , à
cette gloire bruïante , qui a fait gémir:
les Empires fous le poids de tant de
maux ! La vraie gloire au contraire , eft
d'être jufte & fage ; l'intérêt eft d'être:
heureux. Or c'eſt à la paix feule qu'il
aft réfervé de remplir ce double objet..
L'Auteur du Supplément , après avoir
112 MERCURE DE FRANCE.
prouvé que
la
eft abfurde , parce
guerre
qu'on ne fauroit
faire du mal , fans
en éprouver
, convient
toutefois
qu'elle
eft pour un Général
un art fublime
,
le réfultat
d'une foule d'autres
arts
profonds
& néceffaires
, & pour le
Soldat , un devoir
& nne fource
de
gloire. Mais il n'en eft pas de même
pour le Conquérant
qui ofe l'entreprendre
, & pour le Souverain
qui l'ordonne
fans néceffité. Elle n'eft pour eux qu'un
moyen également
funefte & ftérile , qui
n'a jamais
rempli & qui ne remplira
jamais l'objet qu'ils fe propofent
. Pour
être convaincu
de cette vérité , il fuffiroit
de comparer
les avantages
que l'on
tire de la guerre , avec les pertes & les
défaftres
qu'elle entraîne
. Mais à quoi
bon , dit l'Hiftorien
patriote
, ces exhortations
perpétuelles
à la paix , en jetant
les yeux fur les mouvemens
actuels de la
politique
générale
? Voit-on qu'on en
foit moins difpofé
à la guerre , moins
empreffé
à faifir les occafions
de la faire?
On avoue que les circonftances
préfentes
ne font pas affez favorables
an fyftême
de la paix univerfelle
: cette heureuſe
révolution
, dont l'Univers
entier éprouvera
les effets , n'eft point encore à la
veille d'être opérée ; mais elle arrivera
SEPTEMBRE. 1777. 113
29
"
un jour , s'il faut en croire plufieurs
Interprêtes des Livres Saints : « La Loi
, fortira de Sion , dit Ifaïe , ch. 11 , 3 , 4,
» & la parole du Seigneur de Jérufalem ;
il jugera les Nations , & il reprendra
plufieurs Peuples ; & ils forgeront de
» leurs épées des focs de charrue , & de
» leurs lances des faulx ; un Peuple ne
» tirera plus l'épée contre un autre Peuple
, & ils ne s'exerceront plus au
» combat.... Chacun , dit Michée , ch.
» 4, 3 , 4, fe repofera fous fa vigne &
» fous fon figuier , fans avoir aucun en-
» nemi à craindre ».
"
L'Auteur du Supplément a donc droit
d'exhorter les Nations & les Souverains
à préférer les avantages ineftimables de
la paix , aux malheurs inféparables de la
guerre ; fes fouhaits ne font pas chimériques
, puifqu'il viendra un tems où
l'on verra les foins paifibles de la campagne
fuccéder aux combats , & les armes
meurtrières fe changer en inftrumens
d'agriculture , & chacun fe repofera
fans rien craindre , à l'ombre de fa vigne
& de fon figuier. C'eft dans ce tems ,
difent les Prophêtes , où l'on n'entendra
plus parler de vexations ni de ravages ,
où la paix fera le fruit de la juftice , &
114 MERCURE DE FRANCE.
la pratique de la juftice produira une
tranquillité & une fécurité perpétuelles :
certainement il eft permis de faluer de
loin des promeffes fi confolantes , & d'y
avoir quelque part anticipée en applau
diffant aux vues fi édifiantes de l'Auteur ,
& en fe réjouiffant des biens promis aux
générations qui viendront après nous.
Nous ne rapporterons point ici les
traits intéreffans qui font répandus avec
profufion dans cet Ouvrage , dont le but
moral eft d'ailleurs fi digne d'éloges ;
nous ne pourrions rien ajouter à l'idée fi
flatteufe que l'Auteur a donnée de fes
talens dans le genre hiftorique & dans
le genre oratoire.
Lettere originali del R. P. Maeſtro Gànganelli,
divenuto Papa fotto il nome
di Clemente XIV. Parigi , preffo Piffot
, Libraio , quai des Auguſtins .
Cer Ouvrage a été trop long -tems
attendu pour n'être pas bien accueilli du
Public. Porte-t-il avec lui- même tous les
caractères d'un original ? Cette queſtion
fera indifférente pour tous ceux qui defireroient
que la doctrine pure & pacifique
de ce grand Pontife , pût concilier tous
SEPTEMBRE. 1777. 115
les efprits & réunir tous les coeurs . Ces
fortes de Lecteurs , uniquement occupés
du fond des chofes , avoueront fans
peine que ces Lettres font remplies de.
ces beautés énergiques , fi familières aux
Italiens , de ces images qui rendent leur
langue pittorefque , & de ces comparaifons
qui répandent la lumière dans les
efprits . Ils auront encore la fatisfaction ,
en lifant ces Lettres , de voir l'ame de
Ganganelli qui nous confole d'avoir
perdu la préfence d'un auffi grand homme
, fair éclairer fon fiècle , & pour )
honorer la Religion ainſi que l'humanité.
pour
Quant à la difpute littéraire fur l'authenticité
des Lettres , ils laifferont cette
difcuffion aux parties intéreffées , & chercheront
plus à s'édifier par la lecture des
Lettres Italiennes , qu'à fe livrer à des
difputes inutiles & fi fouvent interminables.
Au refte , quelque fyftême qu'on
embraffe fur cet objet , les Lettres , tant
Italiennes que Françoifes , pafferont à la
poftérité , & exciteront chez nos neveux
les mêmes fentimens d'admiration que
nous éprouvons.
Les perfonnes qui connoiffent les richeffes
de la langue Italienne , comme
116 MERCURE DE FRANCE.
celles qui s'appliquent à les étudier , ne
peuvent mieux faire que de fe procurer
cet excellent Ouvrage , qui n'a d'autre
défaut que d'être par fois diffus , & que
le Traducteur , pour s'accommoder au
génie françois , a fagement relferré. La
Lettre fur l'Italie , qui avoit été imprimée
depuis long- tems , eft digne des plus
grands Maîtres , en ce qu'elle préfente
un tableau d'une hardieffe & d'un coloris
admirables. Celle qui eft écrite à un
Milord fur la Religion , eft d'autant plus
intéreffante , qu'elle contient des preuves
que M. Carraccioli , dans fa traduction ,
avoit trop élaguées. Le Chriftianifme y
paroît revêtu de toute fa force & de
toute fa beauté , au point qu'il faut
s'aveugler volontairement pour n'y pas
trouver l'empreinte même de la Divinité.
La Payfanne Pervertie , ou les Moeurs
des grandes Villes , Mémoires de
Jeannette R *** recueillis de fes
Lettres ou de celles des perfonnes
qui ont eu part aux principaux événemens
de fa vie , mis au jour par
M. Nougaret. 4 Parties in 12. A
Londres , & fe trouvent à Paris, chez
SEPTEMBRE. 1777. 117
Y
J. F. Baftien , Libraire , rue du Petit-
Lyon , F. S. G. 1777 .
Le titre de ce Roman eſt aſſez analo- .
gue à celui d'un autre , intitulé le Payfan
perverti , qui parut il y a environ deux
ans ; ce qui fembleroit autoriſer à croire
1 que ce dernier Ouvrage a pu infpirer
l'idée de celui-ci . De même , lorfque
Marivaux eut publié fon Payfan parvenu
, on vit bien-tôt après éclorre une
Payfanne parvenue.
L'Héroïne de ces Lettres eft une jeune
Payfanne orpheline, recueillie& élevée par
la Marquife de F **** , veuve charitable
& vertueufe , retirée à la campagne , où
elle s'occupe entièrement de l'éducation
d'un fils unique. La Marquife partage
fes foins entre ce fils & fa chère pupille ,
qui devient bien-tôt un prodige de grâces
& de beauté. Elle ne tarde pas à inf
pirer des defirs au Comte de C *** .
jeune libertin , fils d'une intime amie
de la Marquife. L'Abbé T *** , Précepteur
du jeune Marquis F ***, éprouve
les mêmes fentimens . Cet Abbé , qui
affecte les dehors de la fageffe , n'eft au
fond qu'un hypocrite & un débauché . Le
Comte de C *** qui l'a ſurpris dans
118 MERCURE DE FRANCE.
un bosquet avec une jeune Payfanne
démafqué fon caractère ; ce qui établit
une correfpondance entre ces deux
libertins , qui s'avouent l'un à l'autre
leurs projets criminels fur l'innocente
Jeannette , & conviennent de s'aider
réciproquement à les faire réuffir. Ils
ont un rival dans M. de Fontenor , Financier,
voifin de la Marquife ; mais ce
Créfus ayant fait brufquement à la jeune
perfonne , des offres propres à effaroucher
fa pudeur , en est bien- tôt éconduit.
Le jeune Marquis de F *** , eſt un autre
concurrent bien plus dangereux ; car ,
non - feulement Jeannette vient de lui
faire éprouver les premières impreffions
de l'amour , mais elle reffent auffi en
fecret , la même paffion pour lui . Le
Marquis , âgé de dix -fept ans , élevé
jufques - là fous les yeux févères de ſa
mère , & dont le coeur eft neuf & fenfible
, aime comme un Écolier , & n'en
eft que plus intéreffant . Le Comte , qui
a déjà cherché à jeter dans fon coeur des
femences de corruption , devient fon
confident ; & , profitant de l'imprudente
facilité avec laquelle il lui découvre fes
fentimens dans fes lettres , ce perfide
ami en laiffe tomber une , comme par
SEPTEMBRE. 1777. 119
mégarde , devant la Comteffe & la Marquife
. Cette dernière , inftruite par cet
artifice de l'amour de fon fils , & fentant
la néceffité d'écarter de fes yeux
celle qui en eft l'objet , la remet entre
les mains de la Comteffe , qui a conçu
aufli beaucoup d'amitié pour Jeannette ,
& qui l'emmène à Paris avec elle. Le
Comte eft au comble de fes voeux. Jeannette
, corrompue infenfiblement par l'air
du grand monde , prend du goût pour
la parure , pour les promenades , les
fpectacles , & pour tous les amufemens
brillans de la Capitale. Les hommages
qu'on rend à fa beauté , commencent à
fatter très-agréablement fon oreille ; ello
reçoit , même fans colère , une déclaration
d'amour du Comte. Elle rend
compte de tout à fa foeur cadette , nommée
Louife : cette jeune fille élevée par
une bonne Fermière , & que fon penchant
naturel & fon éducation portent
également à la vertu , ne ceffe de la
moralifer dans fes réponſes , mais inutilement.
Cependant Jeannette difparoît
tout d'un coup , au grand étonnement
du Comte , déjà venu prefqu'à bout de
la réduire , & qui n'attendoit que le
moment d'en recevoir un rendez- vous.
120 MERCURE DE FRANCE.
>
Fontenor , ce même Financier qui avoit
fait à Jeannette des propofitions offenfantes
, & à qui le Comte de C ***
lié avec lui , à procuré l'occafion de la
revoir , enchanté de ſes vertus & de fes
grâces , & plus encore de fes talens pour
la mufique , venoit de la demander en
mariage , & alloit l'époufer au moment
de cette fâcheufe éclipfe , dont il n'eſt
pas moins furpris & affligé . Le Marquis
de F *** l'eft encore plus que les autres
, & accufe le Comte d'avoir enlevé
Jeannette. Le véritable auteur du coup,
mais que le Comte feul foupçonne , eft
l'Abbé T *** , qui , s'appercevant que
fon complice ne travailloit que pour lui
feul , & s'apprêtoit à le fruitrer de fes
efpérances , fe met en devoir de le priver
de fa conquête. Il y parvient par un
faux avis donné fecrettement à Jeannette
, à qui il fait croire que le mariage
qu'on lui propofe , n'eft qu'une
feinte ; & que Fontenor , de concert
avec le Comte , ne cherche qu'à l'abufer.
L'imprudente Jeannette , pour ſe mettre
à l'abri de ce prétendu complot
s'abandonne à ce fourbe , qui la conduit
, à l'exemple de Lovelace , dans
une maison de débauche , qu'il fait paffer"
T
aux
SEPTEMBRE. 1777. 121
aux yeux de fa crédule victime , pour
une maiſon honnête , & dont il feint que
la maîtreffe eft fa tante. Comme il a
achevé l'éducation de fon Élève , il obtient
fon congé de la Marquife de F ***,
afin d'être plus libre de faire fa cour à
Jeannette ; il quitte le petit collet pour
l'épée ; & , en amuſant fa maîtreffe d'une
fauffe efpérance de l'époufer , il vient à
bout d'en obtenir les dernières faveurs.
Il ne tarde pas à l'abandonner , & la
laiffe dans ce lieu infâme , dont la Directrice
la retient prifonnière , voulant
la forcer , par de mauvais traitemens
augmenter le nombre des triftes victimes
du libertinage. Mais T *** , après
avoir fait part de fon triomphe au Comte,
dans une lettre pleine d'ironie , lui annonce
qu'il va lui renvoyer Jeannette.
Effectivement , il indique le lieu de fa
détention , par une lettre anonyme , à la
Comteffe , qui s'empreffe d'aller la délivrer.
Fontenor , toujours amoureux
d'elle , eft prêt à l'époufer , lorfqu'elle ſe
trouve attaquée d'une indifpofition occafionnée
par les fuites de fa malheureufe
foibleffe . Elle étoit enceinte fans
le favoir , & la Comteffe s'en apperçoit
en même-tems qu'elle. Cette Dame ,
F
122 MERCURE DE FRANCE.
dévote très - rigide , & d'un caractère
porté à la févérité , lui fait les plus vifs
reproches , & la conduit fecrettement à
Sainte - Pélagie , où elle la laiffe en proie
à la honte & aux remords. La Marquife,
informée de cet événement , mais moins
févère & plus compatillante, défapprouve
la rigueur de fon amie , & court à la prifon
de fa chère Orpheline , qu'elle trouve
noyée dans fes larmes , & qu'elle ramène
dans fon Château , où elle la cache à
tous les yeux , & dérobe heureuſement
la connoiffance de fon accident. Elle y
accouche en fecret d'un enfant qui meurt
au bout de feize jours . Comme les foins
généreux de la Marquife ont fait prendre
le change à tout le monde fur fa maladie
, & qu'on a également ignoré dans
quel Couvent la Comteffe l'avoit conduite
, ainfi que les motifs qui avoient.
pu lui attirer cette difgrâce ; fa réputa→
tion demeure fans tache , & l'amoureux
Financier eft plus empreffé que jamais à
en faire fa femme. L'aveu de fon malheur
qu'elle lui fait, par les confeils de la
Marquife , afin de ne pas le tromper ,
le
fait balancer un inftant , mais finit par
augmenter fon eftime pour elle , & par
achever de le déterminer à l'époufer.
SEPTEMBRE. 1777. 123
Jeannette , devenue Madame de Fontenor
, paroît d'abord déterminée à ne
jamais renoncer à la vertu ; mais rejetée
dans le tourbillon du grand monde , &
fe voyant au fein de l'opulence , elle fent
bien- tôt renaître fon penchant à la coquetterie
& aux plaifirs. Son amour pour
le Marquis , & fon goût pour le Comte,
ne tardent pas à fe réveiller ; elle finit
par céder aux defirs de l'un & de l'autre.
Elle confie toujours fes foibleffes à fa
foeur , qui demeure à Paris comme elle,
& qui eft devenue l'époufe d'un honnête
& habile Avocat , frère du Curé du Village
où elle a été élevée . Cette femme
vertueufe répond aux confidences de fa
foeur , en lui reprochant vivement fa
mauvaiſe conduite. Madame de Fontenor
piquée , forme avec le Comte de
C ***, l'indigne projet de tendre des
piéges à la vertu de fa four ; mais ils
ne peuvent faire réuffir leur complot.
Ils en forment alors un plus criminel
encore, c'eft de perdre cette digne épouse
dans l'efprit de fon mari & du public ,
& d'empoifonner aiufi le bonheur d'un
ménage paifible & vertueux . Par un
ftratagême abominable qu'ils parviennent
à exécuter , l'Avocat , trompé par
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
l'apparence , croit fon époufe infidelle ;
& , tranfporté de jaloufie , accourt dans
fa chambre une épée nue à la main pour
la percer. Dans ce moment , Madame de
Fontenor , qui venoit jouir du défordre
caufé par fa perfidie , entre dans la
chambre , & voyant le danger auquel fa
foeur eft expofée , fe jette , toute effrayée,
au- devant d'elle , reçoit le coup dont
elle vouloit la garantir , & meurt déchirée
de remords en avouant fes crimes.
Dans le même moment le Comte eft
tué en duel par l'Abbé T *** , devenu
Lieutenant de Cavalerie , contre lequel
il cherchoit à fatisfaire fon reffentiment
du tour que lui avoit joué cet ancien
Précepteur.
Tel eft le précis des principaux événemens
de ce Roman. Il y a beaucoup
d'autres incidens épifodiques ; tel eft celui
que forme l'intrigue d'une fille d'O
péra , nommée Julie , qui cherche à fe
faire époufer par le Marquis de P ***
à-peu-près comme la Léonore du Marquis
de Rofelle , cherche à féduire , dans la
même vue , le Héros de ce dernier Roman.
En général , plufieurs incidens de
la Payfanne pervertie , reffemblent à
ceux qu'on trouve dans d'autres Romans"
SEPTEMBRE 1777. 128
connus. On peut y reprendre encore le
défaut de vraisemblance & de gradation
dans le principal caractère , qui n'eft ni
conféquent ni foutenu , & finit par devenir
odieux fans néceflité. Cet Ouvrage
annonce d'ailleurs de la facilité & du talent
, mais un talent peu exercé encore
dans la carrière des Romans , carrière où
il eft fi difficile de réuffir du premier
coup , & où la perfection eft fi rare.
Principes de Grammaire générale , pour
fervir particulièrement à l'étude des
Langues Françoife & Latine ; par M.
Royon , Maître - ès-Arts , Profeffeur de
Belles- Lettres . Prix , 6 liv . chez l'Aureur
, rue des Boucheries , Fauxbourg
S. Germain , la première porte-cochère
à gauche, en entrant par la fue de
Buffi .
Cet Ouvrage ne forme qu'un volume
in- 8°. quoiqu'il renferme , 1 °. une Préface
dans laquelle l'Auteur fe propofe de
démontrer que l'obfcurité des définirions
, les raifonnemens trop abftraits ,
les fréquentes contradictions , & fur-tout
la trop grande multiplicité des principes
confignés dans nos Livres élémentaires
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
loin de contribuer à applanir les difficul
tés dont on fe plaint fi généralement ,'
par rapport à l'étude de la Grammaire ,
font au contraire autant d'écueils contre
lefquels on voit journellement échouer
la mémoire la plus heureufe & la pénétration
la plus vive .
" La Science , dit - il , eft le réfultat ,
tant de l'intelligence des termes rela
» tifs à un Art , que de la combinaiſon
» des principes qui en conftituent les ré-
» gles fondamentales ; conféquemment
les qualités effentielles d'un Ouvrage
» élémentaire , font , d'une part , la
» clarté dans les définitions des termes ;
» & de l'autre , la précifion dans les principes
. C'eft fur ces obfervations que
l'Auteur paroît avoir formé le plan de
fon Ouvrage.
"
2º. Un Traité complet fur les neuf
fortes de mots qui compofent notre Langue
, le chapitre du verbe y eft fur- tout
expliqué d'une manière fi précife & fi
fenfible, qu'une fimple lecture fuffit pour
en faire comprendre les difficultés les plus
épineufes , foit par rapport à ce qui caractériſe
la nature de fes différentes efpèces,
comprifes fous les dénominations
d'actif, paffif, neutre , régulier , irrégu
SEPTEMBRE. 1777. 127
lier , perfonnel , imperfonnel , réfléchi ,
réciproque & défectueux , foit par rapport
à leurs diverfes conjugaifons & à la
formation de leurs tems fimples , compofés
& furcompofés.
y
3 °. Un Traité de fyntaxe , dont tous .
les principes font autant de conféquences
néceffaires des définitions relatives à chaque
efpèce de mots ; enforte que l'Auteur
démontre clairement la nature & l'emploi
des cas, des noms, & des pronoms,
par des régles infaillibles & applicables
dans toutes fortes de circonftances , uni
quement fondées fur cette définition
qu'il donne du verbe en général. Le verbe
eft un mot qui fert à exprimer l'existence
& l'action d'un fujet. Ce Traité eſt trèsintéreffant
, foit par fon peu d'étendue ,
foit par la nouveauté des définitions , &
fur-tout par les avantages qu'en peuvent
retirer ceux qui fe deftinent à l'étude de
la Langue latine .
4. Un Traité d'Orthographe Françoife
.
5º. Un Traité de ponctuation, fondé
fur les principes logiques de la propofition
, dont l'Auteur explique la nature ,
les propriétés , les différens termes qui la
compofent , fes divifions connues fous
Fiv
# 28 MERCURE DE FRANCE.
les dénominations de propofition générale,
incidente , fimple , compofée, complexe
& périodique , avec des applications
convenables fur des exemples choiffs
.
6º. Une Méthode abrégée pour étu
dier & réduire en pratique les principes
de la Grammaire , à la fuite de laquelle
font des exemples en profe & en vers ,
dont les différens mots heureufement
appliqués aux définitions qui leur font
propres, & aux régles de la fyntaxe , ne
laifferont aucun doute , ni fur la folidité
de fes principes , ni fur la réalité des
progrès que font fes Elèves dans cette
partie , en 24 , 30 ou 36 leçons au
plus.
Pour que tant d'objets bien détaillés ,
ne formaffent qu'un feul volume, encore
peu confidérable , l'Auteur a eu foin de
rejeter du corps de fon Ouvrage , tout
raifonnement fuperflu , tout commentaire
déplacé , & même tout argument
propre à établir fes principes , dont il
abandonne la défenſe à l'expérience &
eux heureux fuccès qui en ont toujours
réfulté.
M. Royon donne , tant chez lui qu'en
ville , des leçons de Langues françoife &
SEPTEMBRE. 1777. 129
de
latine , de Géographie , d'Hiftoire ,
Littérature & d'Élémens de Mathématiques
, par des méthodes particulières
dont il eft Auteur.
Supplément du Dictionnaire raiſonnné des
Sciences , des Arts & des Métiers , s
vol. in-folio. Prix 144 liv. en feuilles.
A Paris , chez Stoupe , Imprimeur-
Libraire , rue de la Harpe , & chez les
Principaux Libraires de France , & des
pays Etrangers.
Le fupplément à l'Encyclopédie eft
deftiné à completter ce dépôt immenſe
des connoiffances humaines . Les Savans
dont il eft l'ouvrage , y ont raffemblé
les nouvelles découvertes faites dans les
Sciences & les Arts , depuis la publication
de l'Encyclopédie ; & , ce qui n'eft
pas moins effentiel , ils ont corrigé les
fautes de ce grand Ouvrage , qui éprouva
trop de contradictions pour être porté
d'abord à fa perfection. Les deux premiers
Volumes du fupplément que nous
annonçons , parurent au mois de Juillet .
de l'année dernière ; en Décembre fuivant
, on publia le troisième. Le quatrième
& le cinquième paroiffent aujoute
F v
130 MERCURE DE FRANCE .
d'hui , & acquittent les Libraires affociés
de leurs promeffes envers le Public.
On s'eft plaint quelquefois , avec raifon ,
que les Ouvrages de longue haleine , fur,
tout ceux qui fe publioient Volume à
Volume , traînoient en longueur ; que
l'Édition étoit négligée ; que les derniers
Volumes étoient inférieurs aux premiers
. Nous croyons qu'il eft de notre
devoir de remarquer qu'on n'a aucun de
ces reproches à faire aux rédacteurs &
éditeurs du Supplément à l'Encyclopédie.
Les cinq Volumes paroiffent en une
année , & ont été publiés exactement aux
époques auxquelles ilsavoient été promis ..
Les derniers Volumes font auffi foignés
que les premiers pour la partie Typogra
phique ; & quant au mérite littéraire ,
nous ofons affurer , après avoir parcouru
le dernier Volume , que nous avons fous
les yeux , qu'il n'eft ni moins intéreffant ,
ni moins favant que les précédens . II
femble même que les Auteurs ont redoublé
de forces , en avançant dans la
carrière , pour atteindre plus glorieufement
le but. On lira avec plaifir les articles
Narration , Ode , Opera , Poëfie
Satyre , Tragédie Vérité Unité
Vraisemblance , &c. Par M. Marmontel .
>
وا
>
SEPTEMBRE . 1777 131
Les mots Pepinière , Plantation , Semis ,
Tranfplantation , ont fourni à M. le Baron
de Tfchoudi , l'occafion de développer
les obfervations qu'il a faites fur la
culture des arbres , & d'en tirer des préceptes
utiles , qui méritent d'autant plus
l'attention des cultivateurs & du gouvernement
, qu'ils font donnés par l'expérience
& confirmés par la faine
phyfique. L'article Tables Aftronomiques,
par M.J. Bernoulli , qui contient près de
dix feuilles d'impreffion , nous a paru auffi
complet , que favant & inftructif. M. de
la Lande a enrichi ce Volume d'un grand
nombre d'articles intéreffans d'Aftronomie.
L'Anatomie , & la Phyfiologie
doivent beaucoup à M. le Baron de Haller
, comme on peut le voir en lifant les
articles Nerf, Nutrition , Odorat , Economie
animale , il , fophage , Oreille ,
Ouie , Placenta , Poumon , Reins , Refpiration
, Sang , Semence , Senfibilité
Sommeil , Tête , Voix , &c. La Théorie
générale des beaux-Arts , Ouvrage Allemand
, de M. de Sulzer , a fourni des
articles précieux par le fond des chofes ,
& la manière dont le Traducteur les a
rendues ; tels que Nature , Naturel >>
Plaifanterie , Poëme , Poëte , Précis ,
&c.
1
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
M, la Foſſe , Médecin de Montpellier,
a traité avec beaucoup de jufteffe & de
jugement , plufieurs objets de Médecine
légale , aux mots Noyés , Plaies , Poifon,
Suffocation , Suicide , Sufpenfion , &c. Et
nous obferverons que la Médecine légale
avoit été prefque entièrement oubliée
dans l'Encyclopédie.
Nous pourrions citer avec les mêmes
éloges , prefque tous les articles un peu
confidérables de ce Volume ; tels que
Nielle , par M. Beguiller ; Orphée &
Orphiques , par le favant M. de Pauw ;
Pefe-liqueur , par M. Charles , Profeffeur
de Mathématiques à Paris ; Pique , par
M. de la Rofière ; Phlogiftique & Paratonnerre
, au mot Tonnerre , par M. de
Morveau , ce Magiftrat dont l'efprit jufte
& pénétrant , ſe montre avec le même
avantage au Sénat & à l'Académie ;
Retine , par M. l'Abbé Fontana ; Pomme
de Terre , par M. Engel ; Pièces Héraldiques
, par M. Gaftelier de la Tour ,
qui , le premier , a affujéti à des proportions
géométriques les partitions de l'Ecu,
& la place qu'y doivent occuper les
principales pièces.
Un autre mérite du Supplément à l'Encyclopédie
, eft de contenir au-delà de
SEPTEMBRE. 1777.
133
fix mille corrections pour ce grand Dic
tionnaire. On a fait de juftes reproches
à l'Encyclopédie. Lorfque les premiers
Volumes parurent , la critique ne les
épargna point , & quoiqu'elle ne fût pas
toujours jufte , il faut convenir qu'elle
releva des fautes effentielles . Les Journaliſtes
de Trévoux , & M. l'Abbé Saas ,
dans fes lettres fur l'Encyclopédie , fe fi
gnalèrent par la févérité de leur Cenfure.
Leurs obfervations critiques viennent
d'être répétées avec peu de ménagement,
par un Journaliste moderne ; nous
venons de vérifier que toutes les fautes
qu'il a reprifes, fe trouvent corrigées dans
ce Supplément. C'est une juftice que
nous devons à l'exactitude'de l'Editeur, &
que nous lui rendons avec d'autant plus
de plaifir , que nous ne lifons pas pour
critiquer , mais pour profiter des travaux
des Savans , pour encourager les talens ,
& reconnoître les obligations que nous
avons à des hommes qui confacrent
leur temps à l'inftruction de leur fiècle.
Hiftoire Politique de l'Allemagne , & des
États circonvoifins ; dépendances anciennes
ou actuelles de l'Empire ; comprenant
, avec le précis de leur droit
134 MERCURE DE FRANCE .
public, le Tableau général de leur for
me de gouvernement , de leurs intérêts,
de leurs limites , & de leurs principales
révolutions jufqu'à ce jour. Et la
Table généalogique de la Maifon de,
Lorraine , à préfent fur le Trône Impérial.
Par M. leVicomte de la Maillardière
, de plufieurs Académies de Belles
Lettres, & Sociétés royales d'Agri--
culture. A Paris , chez la veuve Duchefne
, & Valade , Libraires , rue St
Jacques.
Les abrégés remplaçoient autrefois la
difette des grands Ouvrages. Ils fervent .
aujourd'hui à nous préferver de l'embarras
& à nous faire éviter cette confu- :
fion que caufent , le plus fouvent , la
multitude & l'étendue de ces mêmes
Ouvrages . La variété de nos connoiffan
ces , qui fe font fi fort multipliées ; la .
néceffité de venir au fecours de la mé- ¬
moire , rendent les abrégés fi néceffaires ,
qu'on doit favoir gré aux Auteurs qui
fe livrent à ce genre d'Ouvrages , plus
difficile qu'on ne penfe . Un abrégé bient
fait nous met devant les yeux , & grave
avec facilité & avec promptitude dans
notre efprit , la fubitance même des
SEPTEMBRE . 1777. 135
connoiffances , dont on ne faifit bien l'enfemble
, que lorfqu'on les enchaîne avec
ordre , & qu'on écarte tout ce qui eft
fuperflu & inutile . C'eft fur tout pour la
multitude des faits hiftoriques , pour la
liaifon des événemens , l'analyfe des différens
traités des cours , la fucceffion des
dates, que la méthode des abrégés de
vient plus particuliérement néceffaire. I
L'Auteur de l'Ouvrage que nous an→
nonçons , a entrepris la portion la plus
difficile de l'Hiftoire , La multitude énor
me d'Ouvrages qui ont été faits fur la
police du corps germanique , ne contribue
pas peu à augmentet les difficultés
de ce genre d'Ouvrage . Auffi rien de plus
utile qu'un bon abrégé , où l'on fe borne
à analyfer ceux qui font les plus eftimés
par l'exactitude & l'ordre . Ce n'eft ni
une Monarchie ordinaire , ni une fimple
République , mais un compofé de l'un &
de l'autre , dont chaque membre n'a pas
moins que le chef, des prérogatives particulières
. Rien n'eft plus néceffaire que
d'acquérir de juftes notions de ces prérogatives
, puifqu'on y découvre prefque
tonjours la caufe de leurs mouvemens ,
& de leurs guerres inteftines & étrangères
.
136 MERCURE DE FRANCE.
On trouve d'abord dans l'abrégé de
M. le Vicomte de la Maillardière , le
Tableau des variations dans les limites
& le gouvernement de l'Allemagne , depuis
les commencemens , jufqu'au traité
de Weftphalie. Les accroiffemens de la
Monarchie des Francs , jufques fous
Charlemagne , qui acquiert la dignité
Impériale ; le changement qu'éprouve
l'Allemagne , en devenant Etat électif
de fucceffif qu'il avoit été ; la formation
des différens Etats , & leurs révolutions ;
les différends entre les Papes & les Empe
reurs ; la création du Coliége Electoral
le rétabliſſement des droits de l'Empire
après l'interrègne ; la rentrée de l'Empire
dans la maifon d'Autriche , la divifion
de l'Allemagne en dix cercles ; le droit
public fixé par la paix de Weftphalie ;
l'accroiffement des poffeffions de l'Empereur
, par les différentes ceffions : voilà
les principales révolutions que l'Auteur
parcourt dans fon abrégé , où l'on re
marque fur-tout de l'ordre , & beaucoup
de concifion .
Inftitutions Phyfico- Méchaniques , à l'ufage
des Ecoles Royales d'Artillerie &
du Génie de Turin , traduites de l'Italien
de M. d'Antoni , par M.... Che
SEPTEMBRE. 1777. 137
valier de Saint-Louis , & Major chef
de Brigade du corps Royal d'Artillerie.
A Paris , chez Durand neveu , Libr .
rue Galande..
1
l'on a
La phyfique a de tout temps été regardée
comme une fcience utile , intéreflante
, & digne des plus grands éloges .
Elle mérite d'autant plus d'être cultivée
aujourd'hui , qu'elle eft enrichie d'une
infinité de découvertes &
que
applani les difficultés qui étoient jointes
autrefois à cette étude. On a tonjours
exigé , pour réuffir dans ce genre d'étu
de , une vafte étendue dans l'efprit , pour
embraffer tant de matières différentes ;
une pénétration peu commune , pour
démêler la vérité , au milieu de tant de
chofes inutiles qui la couvrent , & d'épaifes
ténèbres qui l'enveloppent ; une
grande jufteffe pour bien apprécier les
différens degrés de probabilité ; une précifion
exacte pour ne rien dire de fuperflu
; enfin , beaucoup de netteté pour
préfenter tous les objets d'une façon
claire & lumineufe.
Le volume que nous annonçons , commence
par un expofé clair & fuccinct des
vérités phyfiques ; l'Auteur y préfente
138 MERCURE DE FRANCE.
les régles deNewton qu'il développe . Des
connoiffances phyfico-chymiques viennent
à la fuite , & l'on y fait enviſager
cette branche de phyfique expérimentale,
comme une des plus utiles à l'Officier
d'Artillerie .
?
La méchanique dont le rapport aux
arts ufuels conftate l'origine , eft la partie
de la phyfique la plus curieufe & la
plus néceffaire aux Officiers d'Artillerie
& du Génie. Auffi l'Auteur des inftitutions
, infifte le plus fur cette partie , &
l'a placée à la tête de fon Ouvrage. Il
traite d'abord de la ftatique , qui confi
dère les corps en équilibre ; & de la
dynamique , qui les confidère en mouve
ment , & agillant les uns fur les autres .
Ces deux fciences , qui font filles d'une
même mère , de la méchanique , s'éclairent
& s'expliquent mutuellement.
La feconde eft traitée avec plus de détail
dans ce premier Volume.
L'Auteur ayant toujours pour objet de
rendre fon Ouvrage utile à l'Officier
d'Artillerie , ne laiffe échapper aucune
occafion d'appliquer la théorie aux parties
qui le concernent ; c'eft ce que
l'on
voit à la fin du Chapitre du choc des
corps. Il y compare d'une manière auffi
SEPTEMBRE. 1777. 139
fimple qu'ingénieufe
, la force du choc
d'un Boulet & d'un Bélier contre un mur ,
& en conclut la manière de tirer contre
les murs de fortifications .
On lira avec fatisfaction tout ce qui a
rapport à l'examen des machines , & à
l'évaluation des forces qu'on applique à
celles - ci pour les mettre
en mouvement
; & l'on a bien raifon de dire que :
la méchanique , à la bien prendre , eft
la vraie & la faine phyfique.
Difcours pour convaincre l'Incrédule , ramener
le Proteftant , convertir le Pécheur
, former le vrai Jufte . Par M.
l'Abbé de Marois , Curé de la Ville
de Gourdon A Paris , chez Barbou ',
rue des Mathurins.
$

La multitude d'Ouvrages qui échap
pent à la vigilance des loix , & qui ne
tendent qu'à introduire une efpèce d'a
narchie dans le culte de la Divinité ; la
licence des moeurs qui s'eft gliffée dans
tous les états , & les illufions de la fauffe
juſtice , ont déterminé ce digne Paſteur
à donner un précis des principaux argumens
qui peuvent éclairer & fortifier
les Fidèles dans ce temps de féductions
40 MERCURE DE FRANCE.
On ne fait que rajeunir des idées furannées
, & l'on n'oppofe à la Religion chrétienne
, que ce qu'elle a cent fois détruit
& foudroyé. Il faut donc qu'on remette
fous les yeux de ceux que l'on veut féduire
, ces preuves victorieufes que les
Apologiftes de la Religion ont fouvent
employées avec fuccès . On cherche de
puis long-temps à dégrader l'homme
& l'on voudroit , s'il étoit poffible , avilir
fon être , borner fes efpérances , anéantir
fes vertus , & réduire fon bonheur à
l'esclavage de la volupté . Et les Paſteurs
font obligés de redoubler leurs efforts
pour arrêter le progrès de ce mystère
d'iniquité ; leurs bonnes inftructions &
leurs exemples édifiants produiront tôt
ou tard ces heureux effets , & hâteront
le retour des beaux fiécles de l'Eglife.
Précis des Loix du Goût , ou Rhétorique
raiſonnée. A Paris , chez Laporte
Libraire , rue des Noyers.
Les Auteurs qui ont le mieux raifonné
fur les règles du goût , les ont réunies
dans un même principe. C'eſt l'imitation
de la Nature confidérée en elle- même
& envisagée dans le rapport qu'elle a
SEPTEMBRE. 1777 141
avec nous . Or , confidérée en elle-même,
la Nature nous offre le beau. Envifagée
dans fon rapport avec nous , elle nous
préfente le bon. On appelle beau, ce
genre de beauté qui affecte particulièrement
l'efprit ; & ce qu'on appelle bon ,
intéreffe davantage le coeur. Un efprit
jufte & pénétrant ne peut fe refufer à
l'impreffion du beau. Un coeur fenfible
& droit ne peut fe refufer à l'impreffion
du bon. Pour déterminer ce que le goût
a de fixe , il faudroit donc , d'après ces
Auteurs , donner l'idée d'une efpèce de
beau propre à frapper l'efprit , & d'une
efpèce de bon propre à faifir le coeur de
tous les hommes.

On ne fe livre pas , dans le précis que
nous annonçons
aux difcutions Métaphyfiques
dont la matière eft fufceptible.
L'Auteur s'eft borné à raffembler
les principales régles fur la manière de
juger & d'écrire dans tous les genres
de littérature. On n'examine pas dans
ce précis , fi c'eft la beauté naturelle
qui forme le beau dans les Arts , ou fi
c'eft uniquement le rapport des objets
avec l'effet qu'on veut opérer , fi c'eft
l'imagination ou les autres facultés de
notre ame qui contribuent le plus à la
fenfibilité fans laquelle le beau ne peut
142 MERCURE DE FRANCE.
être ni apperçu , ni fenti. L'Auteur du
précis fe borne à raflembler , avec briéveté
, cette multitude de régles qu'on
nous a données fur la manière d'écrire
& de juger dans tous les Ouvrages de
littérature .
fauroit trop inculie
Plufieurs des réflexions qui accompagnent
ces régles , font judicieufes , & ne
peuvent qu'être utiles aux jeunes Ecrivains
auxquels on ne fauroit
quer , que la vérité eft le premier moyen
pour plaire , & que rien n'eft vrai que
naturel. Si l'imitation eft infidelle , l'efprit
la rejette avec mépris , indigné qu'on -
ofe lui préfenter la chimère pour la réalité.
Si l'imitation eft exacte , charmé de
retrouver les veftiges de la Nature , empreints
fur les Ouvrages de l'Art , il applaudit
à l'effort que l'on a fait pour étendre
la fphère de fes plaifirs.
La principale régle confifte donc à
imiter la Nature avec difcernement , &
à choisir l'excellent. Or , le goût feul
peut nous apprendre , non-feulement à
faire cet heureux choix , mais encore à
lier les parties & à les affortir. C'eſt du
rapport des parties avec le tout , que naît
ce beau fenti de tous les Peuples , parce
que l'efprit de tous les Peuples eft effenSEPTEMBRE
. 1777. 143
tiellement ami de l'ordre & de l'harmo¬
nie. C'eſt par une fuite de cette proportion,
qu'on eft bien aife de trouver dans
tous les Ouvrages de l'Art , que le ſtyle
doit être analogue au genre que l'on
traite. Ainfi , l'Eglogue n'emprunte pas
le ftyle pompeux de l'épopée ; la Comé
die , le ftyle noble & fublime de la Tragédie
; l'Eloquence , le ftyle figuré de la
Poéfie. Chaque genre a fes limites, qu'il
n'eft permis à perfonne de franchir.
Nous ne rapporterons pas ici toutes
les régles particulières que les réflexions
fur les différens genres d'écrire , ont fait
naître. On les trouvera réunies dans ce
précis , qui peut être utile à ceux qui fe
font dévoués à l'étude des Belles - Lettres:
On avoue cependant que l'étude des modèles
, & l'exercice , font le meilleur
moyen de perfectionner le goût, & de
nous rendre capables de bien écrire & de
bien juger dans tous les genres.
Traduction de différens Traités de morale
de Plutarque. A Paris , chez les Frères
Debure , Libraires , Quai des Auguf
tins.
Plutarque a toujours été regardé comme
144 MERCURE DE FRANCE .
le Philofophe le plus judicieux qui avoit
le mieux connu les hommes , parce qu'il
les avoit étudiés dans toutes les fituations,
& qu'il les avoit fuivis, fur- tout dans les
pétits détails où l'on cherche le moins à
fe déguifer. Auffi ne s'eft- il pas livré à ces
portraits brillants qui plaifent beaucoup
plus qu'ils ne fervent à faire connoître
l'homme qu'on peint. Il a mieux aimé
peindre en action , en faiſant agir & converfer
les hommes. Il ne cherche jamais
à flatter, & juge des chofes ordinairement
par ce qui en fait le véritable prix.
On avoue que toutes fes figures font
vraies , & ont les proportions qu'elles
doivent avoir . Auffi cet Ecrivain a l'avantage
d'attacher & d'intéreffer fon Lecteur
, fans paroître s'en occuper ; & l'on
préfère fon ton de fimplicité & de bonhommie
, au ſtyle affecté des Auteurs à
prétention qui cherchent à éblouir. Le
Traducteur anonyme foutient que c'eft
fur tout dans les Traités de morale
qu'on trouve le vrai ftyle de Plutarque ,
qui , quoiqu'abondant , renferme plus
de chofes que de mots , & réunit une
noble fimplicité à la force énergique. C'eſt
dans cet Ouvrage qu'on remarque ces
expreffions neuves & ces tournures fingulières
-
SEPTEMBRE. 1777. 145
gulières qui n'ont bleffé certains érudits
que parce qu'ils n'ont pas voulu fe prêter
au befoin où étoit Plutarque de rendre
des idées nouvelles . Leurs oreilles , makheureuſement
trop délicates , ont été
choquées par la nouveauté de quelques
termes grecs. Vouloir que le ſtyle de
cet Ecrivain eût été plus exact & plus
fleuri , c'eft , dit élégamment le Traducteur
, vouloir ôter au génie fon empreinte
, & à Hercule fa maffue, pour la
couvrir de guirlandes.
C
LesTraités que leTraducteur a choiſis,
font intéreffans: Sa manière de traduire
qu'on a trouvé noble & exacte , doit
faire defirer qu'il continue fon Ouvrage,
& qu'il le conduiſe à fa perfection.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
L'AMOUR VENGÉ , ou Licoris , Anecdote
Paftorale , en vers & en profe , fuivie
d'une Idylle & de deux Odes anacréontiques
; par un jeune homme de
dix-huit ans. A Paris , chez les Marchands
de nouveautés,
G
146 MERCURE DE FRANCE.
C'eſtun foible effai d'un jeune homme
qui demande l'indulgence des Lecteurs ,
& des confeils pour mériter leurs fuffrages.
Hiftoire & Mémoire de l'Académie
Royale des Sciences , in- 12 , depuis fon
origine en 1666 , jufques & compris
1772 , en 156 volumes , propofés par
Soufcription à 312 liv . A Paris , Hôtel de
Thou , rue des Poitevins , 1777.
Ce grand & précieux Ouvrage , eft la
Bibliothèque la plus complette que nous
ayons fur toutes les Sciences ; c'eft l'Ouvrage
de plus d'un fiécle de travaux & des
hommes les plus célèbres par le génie ,
l'efprit , le favoir & les lumières .
Les brillans extraits de M. de Fontènelle
, qui n'ont jamais été imprimés
féparément , fe trouvent en entier dans
ce Recueil , & comprennent un eſpace
de 44 années ; il fut nommé Secrétaire
de l'Académie des Sciences , au commencement
de 1697 , & il ne quitta cette
fonction diftinguée qu'en 1740 : ainfi
toute l'hiftoire de cet Ouvrage , depuis
1697 à 1740 , eft de la main de M. de સે
Fontenelle.
SEPTEMBRE. 1777. 147
L'édition in-4°. étant d'un prix exceffif,
& prefque entièrement épuifée , le
fieur Panckoucke a acquis des Libraires
d'Hollande , tout le fonds de cet Ouvrage
in- 12, Cette édition eft commode,
portative & correcte. Voici en quoi elle
diffère de l'édition in-4° .
Les Hollandois n'avoient point réimprimé
les années 1666 à 1698. Ils ne
commencèrent qu'à l'année 1699 , où les
Mémoires prirent une forme plus régulière
, & furent conftamment précédés
de l'Hiftoire & des Éloges des Académiciens.
Quoique l'établiſſement de l'Académie
date de l'année 1666 , & qué les
volumes imprimés depuis 1666 à 1698 ,
au nombre de 14 , foient la tête de ce
grand Ouvrage dans l'édition in -4° . il
eût été cependant ridicule de les réim- .
primer en entier dans le format inė 12 ,
parce que , dans cés 14 volumes , il y a
des traités entiers d'Anatomie , de Géométrie
, d'Algèbre . Le tome troisième ,
par exemple , qui forme 3 volumes , eſt
un Traité Anatomique des Animaux , de
M. Perraut ; le tome IX , un Traité de
Méchanique ; le tome XI , l'Analyfe générale
de M. de Lagnys Ainfi , il eût été
auffi déplacé de réimprimer ces volumes,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
(

qu'il le feroit de réimprimer les Ouvrages
féparés des Académiciens , comme l'Aurore
Boréale , l'Aftronomie de Caffini
le Voyage de M. de la Condamine , & c.
Car , quoique tous ces Ouvrages foient
excellens en eux-mêmes , ils ne peuvent
que faire fuite aux Mémoires de l'Académie
, & ne doivent point y être intercalés
; cependant , comme il y a dans les
Ouvrages imprimés depuis 1666 à 1698 ,
nombre de Mémoires excellens , on les a
réunis , foit en entier , foit par extrait ;
& c'eft ce choix qui forme les trois premiers
volumes de cette collection in- 12 .
Les années 1699 à 1757 , font telles
que les Libraires d'Hollande les ont publiées.
Quoique les années 1709 à 1721,
aient été réimprimées à Paris , on a ſuivi,
page pour page , l'édition de Hollande ,
caufe des Tables.
à
Les années 1758 à 1772 compris , ont
été imprimées à Paris. Dans ces derniè
res années , on a fupprimé les Mémoires
de Mathématiques , en laiffant ſubſiſter
en entier l'Hiftoire de l'Académie , les
Eloges & les Mémoires de Phyfique . Ceux
de Mathématiques font à la portée d'un
ft petit nombre de Lecteurs , que , far
cent , il n'y en a peut-être pas un qui foit
SEPTEMBRE. 1777. 3.49
en état de les entendre. Par cette fuppreffion
, cette édition qui devoit avoir 170
volumes , n'en a que 156 , & elle n'eſt
que du prix de 312 liv. au lieu de 370 liv .;
& , afin que les acheteurs fuffent exactement
ce qu'on a fupprimé , & que ceux
même qui s'occupent des Sciences Mathématiques
, puffent, au befoin , recourir
à l'édition in - 4°. on a imprimé , à la fuite
des Tables de chaque vol. in- 12 , à commencer
depuis 1758 , une Table des Mémoires
de Mathématiques , qui fe trouvent
dans l'édition in - 4° . & qu'on afupprimé
dans l'édition in- 1 2.
Par cette fuppreffion de la partie Mathématique
, on a été en état de devancer
les promeffes qu'on a faites au Public 3
cette édition in - 12 , qui ne devoit être
complette qu'à la fin de cette année ,
paroîtra dans les premiers jours du mois
de Mai .
On continuera cet Ouvrage à mefure
que l'in-4 . paroîtra .
Les volumes de Tables , V, VI , in-
12 , paroîtront avec les années 1773
1774.
N. B. Les perfonnes qui pourroient
defirer la partie Mathématique, pour-
Gjij
150 MERCURE DE FRANCE.
ront fe faire infcrire ; & , fi le nombre
fuffit feulement aux frais , on s'obligera
de l'imprimer féparément , & d'en publier
4 volumes chaque année ; de forte
que , dans quelques années , cette partie
feroit aufli complette.
Profpectus de la Bibliothèque du Nord ,
Ouvrage deftiné à faire connoître en
France tout ce que l'Allemagne produit
d'intéréffant , d'agréable & d'utile
dans tous les genres de Sciences , der
-"Littérature & d'Arts , pour fervir de
fuite au Journal Littéraire de Berlin ,
12 vol. par an.
Tout homme de Lettres , après avoir
rempli les devoirs que lui impofe fa qualité
de Citoyen , eft encore obligé de fe
rendre auffi utile qu'il lui eft poffible dans
l'état qu'il a embraffé par goût. Il doit
compte à fes Compatriotes du fruit de
fes études. Les travaux de fon Cabinet
doivent tourner à l'avantage de la fociété.
C'eft fans doute fervir utilement une
Nation , que de lui mettre fous les yeux
les découvertes , les penfées , le goût
même des autres Peuples. Cette connoiffance
peut contribuer à fa perfection
SEPTEMBRE . 1777. 151
<
& à fon bonheur. On ne fe polit , on ne
"devient tout ce qu'on peut devenir , qu'en
frottant fa cervelle contre celle des autres,
comme dit Montaigne *. Ce font ces"
vérités inconteftables qui nous ont engagés
à entreprendre l'Ouvrage que nous
préfentons au Public , fous le titre de
Bibliothèque du Nord. En France , on ne
connoît prefque point tous les bons Livres
que l'Allemagne produit ; fi quelques-
uns de nos Journaux en font mention
, ils n'en annoncent guères que les
titres , ou n'en difent pas
pas allez pour donner
aux François une idée fatisfaifante du
goût de cette Nation , qui eft notre voifine
, avec laquelle nous avons les relations
les plus étroites , à laquelle nous
devons une Reine qui fait notre félicité ,
d'une Nation fur - tout qui a fi bien mérité
de la République des Lettrés. Quand
nous ne devrions aux Allemands que
Finvention de l'Art Typographique , &
la découverte de la faine Aftronomie ,
c'en feroit affez pour les rendre recommandables
à nos yeux ; mais on fait
combien leur pays poffède actuellement
Elais de Montaigne , liv. 1 , chap. 51.
1
Giv
* 52 MERCURE DE FRANCE.:
de génies & de beaux Efprits qui excellent
dans les Sciences , dans la Littérature
& les Arts.
Pour réuffir dans une entreprise que
nous regardons comme vraiment honorable
pour nous , puifqu'elle fera utile
au progrès des connoiffances humaines
nous avons formé une Société de perfonnes
très verfées dans la Langue Allemande
, ainfi que dans la Langue Françoife
, fans parler des autres , feit mortes,
foit vivantes , & ufitées dans le Nord,
lefquelles ne leur font pas étrangères.
Ces perfonnes , du nombre defquelles
font quelques-uns des Académiciens qui
travailloient au Journal de Berlin , font
répandues dans les principales Villes
d'Allemagne ; & c'eft par leur fecours
que nous nous flattons de procurer à nos
Lecteurs la connoiffance la plus parfaite
de l'état où font actuellement les Sciences
& les Belles- Lettres dans cette vafte &
floriffante partie de l'Europe ; enforte
que nous pouvons dire avec vérité , que
la Bibliothèque du Nord eft rédigée &
imprimée à Paris , elle fera compofée
toute entière en Allemagne.
Nous ferons donc connoître les meilleurs
Ouvrages fortis de nos jours des
SEPTEMBRE 1777 IS3
traiteront
Preffes Germaniques , & qui
de quelqu'un des objets fuivans : favoir,
de Philofophie , de Phyfique , d'Hiftoire
Naturelle , de Botanique , de Chymie ,
de Médecine , de Logique , de Métaphyfique
, de Morale, de Religion , de Droit
naturel ou civil , de Politique, d'Economie
, de Gouvernement , d'Hiftoire , de
Géographie , des Fictions romanefques
d'Eloquence & de Poéfie en tout genre
enfin , des Arts quelconques , foit libéraux
, foit méchaniques.
De ces différens Ouvrages , nous fournirons
, où des extraits étendus , ou des
traductions fidelles , ou des analyſes propres
à en donner une idée jufte , felon
qu'ils nous paroîtront fufceptibles de
l'une ou de l'autre de ces méthodes.
Nous y joindrons quelques réflexions
néceffaires pour mettre le Lecteur en
état d'apprécier le mérite de l'Ouvrage
dont nous rendrons compte ; mais elles
ne reffembleront en rien à cette critique
amère , impérieufe & indécente , qui
n'auroit jamais dû infecter la république
des Lettres , & qui , au lieu d'élever le
talent , l'étouffe & l'écrâfe . Nos jugemens
feront accompagnés dela douceur & de la
modération, de l'impartialité & des égards
Gr
154 MERCURE DE FRANCE.
que l'on doit à des perfonnes tonjours
dignes d'eftime , dès qu'elles confacrent
feurs veilles à l'inftruction du genre humain.
Nous ne penfons pas que les livres
Allemands doivent feuls entrer dans notre
plan. Nous croyons , au contraire
que nos Lecteurs François feront bien
aifes de connoître auffi les Ouvrages latins
, ainfi que les livres François qui
fontcompofés & imprimés en Allemagne ,
lefquels y reftent fouvent renfermés pour
toujours. Nous y ajouterons les extraits
ou analyfes des livres fortis de la Suède,
du Danemarck , de la Ruffie , & c. Nous
ferons même quelques excurfions en Hollande
& en Angleterre ; mais nous n'oublierons
jamais que nos travaux font
deftinés à l'Allemagne proprement dite.
2
2
Pour fatisfaire pleinement la curiofité
de nos Lecteurs , en les mettant au courant
des productions littéraires que le
Nord enfante journellement , nous ne
négligerons point de leur faire connoître
les livres moins modernes du même
pays , lorfque nous préfumerons qu'ils
ne font pas encore parvenus à leur connoiffance
, & que nous les jugerons propres
à les intéreffer.
SEPTEMBRE 1777 155
Si le fuccès de notre entrepriſe ne répond
point à notre attente , on ne nous
reprochera pas du moins de n'avoir point
donné à notre travail tout le foin qu'il
mérite & dont nous fommes capables.
Aucun de nos extraits ne fera imprimé
qu'après avoir été févèrement examiné
& corrigé par ceux de nos Colaborateurs
que nous avons chargés de les revoir.
Nous faifons trop de cas de l'approbation
du Public , pour ne pas facrifier à l'avantage
de lui plaire , les petites délicateffes
de l'amour-propre & de la vanité .
Chaque volume de la Bibliothèque du
Nord , fera compofé d'environ 200 pag.
in- 12 , même format que le Journal de
Berlin. Le prix de l'abonnement pour cet
Ouvrage , rendu franc de port par- tout le
Royaume , fera de 24 liv. pour Paris, &
de 30 liv. pour la Province. Le Sieur
Quillau , Imprimeur , rue du Fouare
recevra les Soufcriptions . Le premier
volume paroîtra le premier Janvier 1778 .
За
On aura foin d'affranchir le port des
Lettres & de l'Argent.
Recueil des Édits , Déclarations , Lettres
Patentes , Arrêts du Confeil d'Etat &
du Confeil Souverain d'Alface , Ordon
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
nances & Réglemens concernant cette
Province , avec des Obfervations ; par
M. de Boug , Premier Préfident du
Confeil Souverain d'Alface . A Colmar,
chez Jean-Henri Decker , Imprimeur
du Roi , 2 vol. in - fol. 17 liv. de vol.
en feuille acheté à Colmar.
Un Ouvrage de cette nature , rédigé
par le premier Magiftrat d'une Province,
fur fes Loix & fa Jurifprudence, paroît
devoir mériter toute la confiance de ceux
qui font , par état , chargés du maintien
des unes & de la confervation de l'autre.
Celui- ci , imprimé en 1775 , retardé dans
fa publication par la mort de l'Auteur ,
eft fait de manière à remplir parfaitement
cet objets & , en ce point, l'on ne peut
douter que cette Collection ne fatisfaffe
bes Magiftrats & les Jurifconfultes de la
Province d'Alface , qu'elle ne foit même
jugée néceffaire à tous Seigneurs & Propriétaires
de Terres qui ont des droits à
foutenir ; elle fera encore utile à tous
ceux qui voudront connoître la conftituion
particulière d'une Province , qui ,
en reftant fous la domination de la France
, a confervé néceffairement des ufages
relatifs au Droit commun , au Droit féSEPTEMBRE.
1777 157
dal de l'Empire d'Allemagne , auquel
elle a été unie pendant plus de fept fiécles.
Its apprendront ainfi à y connoître les
traités de paix qui l'en ont détaché pour
la réunir à la Couronne , l'étendue du
pouvoir de la Cour de Rome fur les
Bénéfices de cette Province , relativement
à l'exécution du Concordat Germanique
, des Réglemens concernant
l'exercice de la Religion Proteftante en
Alface. Hs y verront encore toutes les
Ordonnances qui ont rapport au Domaine
, aux Finances , à la répartition des
Impofitions, à la Police & à l'état des
Juifs en Alface. On peut donc regarder
ce Livre , imprimé avec foin , comme
méritant une place honorable dans le
Cabinet de ceux qui ont des relations avec
le Public de cette Province.
On peut s'adreffer à M. Knapen ,
Imprimeur- Libraire , à Paris , Pont S.
Michel, pour avoir des Exemplaires de
cet Ouvrage.
158 MERCURE DE FRANCE.
ACADÉMIE S.
I.
ACADÉMIE FRANÇOISË.
و
L'ACADÉMIE Françoife a tenu hier
felon fon ufage , fa Séance Publique. Le
matin , après la Meffe , le Panégyrique
de St. Louis a été prononcé par M. l'Abbé
d'Efpagnac. Ce jeune & modefte Orateur
intimidé d'abord à l'afpect de
l'Auditoire devant lequel il alloit parler ,
a paru fuccomber à l'effet d'une louable
timidité. Mais après avoir recouvré l'ufage
de fa voix , il a prononcé , avec la
chaleur qu'infpiroit fon fujet , un difcours
qui a mérité le fuffrage unanime
des Auditeurs.
A trois heures & demie , après midi
l'Académie s'eft affemblée de nouveau ;
& M. de St. Lambert , faifant les fonctions
de Directeur , a annoncé que le
Prix d'Eloquence , dont le fujet étoit
Eloge du Chancelier de l'Hopital , avoit
SEPTEMBRE. 1777. IS
été décerné au Difcours de M. l'Abbé
Remi , Avocat au Parlement. M. l'Abbé
Talbert , Vicaire- Général du Diocèſe
de Tarbes , & déjà couronné par plu
fieurs Académies , a obtenu le premier
Acceffit. L'Auteur du Difcours qui a mérité
le fecond , ne s'eft point fait connoître.
L'Académie a auffi donné des
éloges au Difcours de M. Doigni du
Ponceau , & à celui de M. de Hoc ; elle
a diftingué en outre un Ouvrage trèsconfidérable
, qui avoit d'abord été envoyé
au concours , & que fa longueur
n'a pas permis qu'on l'y laifsât : elle a
employé les expreffions les plus flatteufes
pour inviter l'Auteur à le rendre public .
M. d'Alembert , Secrétaire Perpétuel
de l'Académie , a fait lecture du Difcours
couronné ; enfuite M. de la Harpe a lu
une Traduction libre , en vers , du pre
mier Chant de la Pharfale de Lucain ;
& M. d'Alembert a terminé la Séance
par l'Eloge hiftorique de l'Abbé de Choifi .
L'Académie propofe pour fujet du
Prix de l'année prochaine la Traduc-
* Ce Prix , ainfi que celui d'Eloquence , eft
formé des Fondations réunies de MM . de Balzac,
de Clermont-Tonnerre , Évêque de Noyon , &
Gaudron.
1.60 MERCURE DE FRANCE.
"
tion , en vers Alexandrins , du commencement
du feizième Livre de l'Iliade
depuis le premier Vers jufqu'au 167e .
Toutes perfonnes , excepté les Quarante
de l'Académie , feront reçues à
compofer pour ce Prix .
1.
Les Auteurs mettront leur nom dans
un Billet cacheté , attaché à la Pièce de
Poësie qu'ils enverront , & fur ce Billet
fera écrite la Sentence qu'ils auront mife
à la tête de leur Ouvrage.
Ceux qui prétendent au Prix , font avertis
que s'ils fe font connoître avant le
Jugement , ou s'ils font connus ,
foit par
l'indifcrétion de leurs amis , foit par des
lectures faites dans des maifons particulières
, leurs Pièces ne feront point admifes
au Concours.
Les Ouvrages feront envoyés avant le
premier jour du mois de Juillet prochain ,
& ne pourront être remis qu'au fieur
de Monville , Imprimeur de l'Académie
Françoiſe , rue Saint Severin , aux Armes
de Dombes. Si le port n'en eft point
affranchi , ils ne feront point retirés .
L'Académie voulant donner aux Auteurs
le tems de faire les recherches néceffaires
, propofe dès à préfent , pour
Sujet du Prix d'Eloquence qu'elle donSEPTEMBRE.
1777-
161
nera le jour de S. Louis 1779 , l'Eloge
de Suger , Abbé de S. Denis , Miniftre
& Régent du Royaume fous le règne
de Louis VII , dit le Jeune.
I I..
HARLE M.
La Société Hollandoife des Sciences a
tenu , le 21 de ce mois , à Harlem , fon
affemblée ordinaire , dans laquelle elle a
adjugé le Prix pour la queftion propofée
d'abord en 1771 , & une feconde fois en
1773 , concernant les moyens de retenir
les Rivières de ce Pays dans leurs lits , de
prévenir les inondations , les ruptures des
digues , &c. au Mémoire du fieur Corneille
Zillefan , demeurant à Schoonhoven . Elle
a remis le Prix de la feconde queftion propofée
en 1774 , fur les arbres &lesplantes
du pays , ayant la propriété de guérir certaines
maladies. A l'égard de la queftion
propofée en 1772 & 1775 , pour la
deuxième fois , fur les arbres , graines ,
racines , légumes , &c. non cultivés jufqu'ici
en Hollande , & qu'on pourroit y introduire
, &c. l'Auteur du Mémoire qu'on
devoit couronner étant le feu hieur Job
162 MERCURE DE FRANCE.
Eufter , Membre de la Société , & fes Loix
ne permettant le concours à aucun de fes
Membres ; elle n'a pas cru même devoir
remettre la médaille à fes héritiers , &
elle s'eft contentée de donner le Prix de
l'Acceffit à l'Auteur du Mémoire au bas
duquel fe trouve deux vers Hollandois ;
il pourra fe faire connoître dans un délai
de fix femaines.
7
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
IL y a eu Concert Spirituel , au Château
des Tuileries , le Vendredi 15 Août, jour
de la Fête de l'Affomption .
Ce Concert a commencé par une nouvelle
fymphonie del Signor Sterkel . Il
Signor Savol a chanté , pour la première
fois , avec beaucoup d'applaudiffemens
une Ariette del Signor Sacchini , fe cerca,
fe dice , &c. On a admiré l'exécution
brillante de M. Caravoglia , dans un
concerto de hautbois de M. Prati . La
Signora Balconi a chanté un rondeau def
Signor Colla , & un air de M. Piccini ,
SEPTEMBRE . 1777 163
qui ont eu le plus grand fuccès. Le Pu
blic a juftifié , par fon fuffrage , le goût
du chant de M. Gabrielli , dans un air
del Signor Piccini , qui a été très-applaudi.
Le Motet à grand choeur , qui habitat in
adjutorio altiffimi , del Signor Sacchini ,
dans lequel Mlle Plantin , MM . le Gros
& Platel ont chanté , a fait beaucoup de
plaifir . Mlle Defchamps , jeune virtuofe ,
Elève de M. Cappron , pour le violon , a
été admirée & très - applaudie pour fa
brillante exécution. Ce Concert a été
heureufement terminé par un beau rondeau
Italien , del Signor Aleſſandri
chanté par il Signor Savoï .
Ce Concert attefte le goût & l'heureux
choix de M. le Gros , dans les morceaux
de Mufique de différens genres , & dans
l'ordonnance de fon Concert.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue , avec fuccès , de donner par
femaine deux repréfentations
d'Ernelinde ,
Tragédie Lyrique , en cinq Actes , Mufique
de M. Philidor ; & une repréfenta164
MERCURE DE FRANCE.
tion de Céphale & Procris , Ballet Héroïque
, en trois Actes , Mufique de M.
Grétry.
L'Olympiade , dont la Mufique eft de
M. Sacchini , a été retirée après plu
fieurs répétitions. On dit que c'eft à cauſe.
de la difficulté de l'exécution du chant
& du récitatif. Cette Piéce pourra reparoître
fur un autre Théâtre , avec quelques
changemens , & y réuffir à côté de
la Colonie, qui eft du même Compofiteur.
On répète actuellement Armide , Opéra
célèbre de Quinault , pour le Poëme , &
le chef- d'oeuvre de Lulli , pour la Mufique,
M. le Chevalier Gluck a refait cer
Opéra , dans lequel , fuivant fes expreffons
, il a tâché d'être plus Peintre & plus
Poëte que Muficien.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LESES Comédiens François ont repré-,
fenté, pour la première fois , le Mercredi
13 Août , l'Amant Bourru , Comédie
nouvelle en trois Actes , en vers , de M..
SEPTEMBRE. 1777. 165
Monvel , Auteur & Acteur très-diftingué.
Le fujet de cette Piéce eft tiré des
Lettres de Madame de Sancerre , Roman
fortingénieux de Madame Ricoboni , &
que M. Monvel a arrangé pour le théâtre
avec beaucoup de fuccès. La Comteſſe de
Sancerre , jeune veuve , a donné fon
coeur , & promis fa main à Montalais ,
qui l'aime avec paffion . Cette veuve a
reçu une fortune confidérable du Comte
d'Eftelan , fon Oncle , qui , mécontent de
fon Fils unique , à caufe d'une inclination
pea convenable , l'a banni de fa
maifon , l'a privé de fa fucceffion , & a
fait fa Nièce l'héritière de tous les biens.
Ce Fils a paffé les mers , & , par fes travaux ,
a acquis des richeffes immenfes. Une
longue abfence , & un changement de
nom , font croire à la jeune veuve qu'il
a fuccombé à fes malheurs . Cependant il
revient dans fa patrie , pour faire révoquer
le reftament injufte & déshonorant
qui l'a privé des droits de fa nailfance .
Il rencontre dans la fociété fa Coufine ,
'contre laquelle il doit plaider. Morinzer
n'a pu voir tant de graces , tant de vertus
, tant de charmes réunis , fans en être
paffionné. Cetamant , d'un caractère bruſ166
MERCURE DE FRANCE.
que , ardent & enthoufiafte , ne fe fait
point encore connoître , mais il ne peut
plus quitter la beauté qui l'a enflammé
il pénètre jufqu'à l'appartement de Madame
de Sancerre, malgré fes gens qu'il maltraite
, qu'il prie , qu'il récompenfe. Il ne
peut d'abord parler qu'à Madame de Martigue
, amie de Madame de Sancerre ;
c'eft une rieufe & une capricieufe , qui
fe plaît à tourmenter M. de Piennes ,
fon amant , affez philofophe pour rendre
juftice à fon coeur , & pour ne point
s'offenfer de fes faillies ; fon humeur
gaie & pétillante , fait reffortir d'autant
mieux le caractère violent & auftère
de Morinzer. Lorfqu'elle le voit , elle
rit aux éclats , en lui rappelant les ſcènes
comiques dont elle a été témoin dans
le monde où elle l'a rencontré. Morinzer
fouffre impatiemment fa jote infultante ,
& fort , en difant , adieu , Madame , je
n'ai jamais aimé les fous. Elle conte à
M. de Piennes , & à Madame de Sancerre
ce qu'elle fait de cet homme fingulier
. La Comteffe efpère qu'il ne reviendra
plus , & fonge à fon mariage
avec Montalais , retenu par le jugement
d'un procès d'où dépend toute fa fortune .
On apporte une lettre de Morinzer , où il
SEPTEMBRE. 1777. 167
offre fes richeffes & fa main ; demande
une réponſe prompte & décifive , le out
ou le non. Il paroît plaifant à la Marquife
de faire la réponſe pour fon amie , &
d'écrire en gros caractères non. Madame
de Sancerre défapprouve cette réponſe
impolie , & veut envain l'empêcher . Elle
engage M. de Piennes de s'informer
de cet homme fingulier. On en parle
comme d'un homme riche , groffier ,
fpirituel , impoli , dur , bienfaiſant , &
raffemblant les qualités les plus oppofées ,
d'ailleurs inconnu. Morinzer revient : il
speint fon amour avec toute la violence.
de fon caractère ; il prie , il menace , il
fatte , il injurie , il ne peut commander
fon caractère . Madame de Sancerre ne
veut point accepter les offres d'une for-
-rune immenfe , ni les voeux d'un amant
bourru ; mais elle ne témoigne nidédain ,
ni fierté , & fa candeur augmente encore
la paffion de Morinzer , qui n'a plus
la force de garder fon fecret. Il fe fait
connoître pour ce malheureux d'Eftelan ,
chaffé de la maifon paternelle , dont Madame
de Sancerre à recueilli l'héritage.
La Comteffe tombe évanouie à cette nouvelle.
D'Eftelan eft défefpéré , agité , em
porté. Il crie au fecours. De Piennes, & la
168 MERCURE DE FRANCE.
Marquife viennent ; il font témoins d'un
combat de générofité entre la Comteffe ,
qui veut rendre tout l'héritage , & d'Eftelan
, qui ne confent à recevoir ces biens
que pour les partager avec la Comteffe
en l'époufant ; mais comme elle le refufe ,
il protefte qu'il ne recevra rien , qu'il
defire un bon procès , & qu'il plaidera .
Montalais engage auffi la Cointeſſe à
rendre cethéritage, qu'elle n'eftimoit que
pour enrichir fon amant. Mais cet amant
lui-même n'a d'efpérance de fortune , que
dans le gain d'un procès , qui fe juge
dans la journée. Cependant d'Eftelan
revient plus radouci ; & , honteux de fes
emportemens , il fe jette aux pieds de la
Comteffe , pour l'engager à garder une
fortune dont il n'a aucun befoin . Enfin
il fe détermine à ne point infifter davantage
, fi elle eſt réfolue de refter veuve.
La Marquife imprudente , apprend à
d'Eftelan , que Madame de Sancerre doit
époufer en ce jour Montalais ; d'Eftelan
fe laifle alors aller à toute l'impétuofité
de fon caractère . Il emporte les papiers
que la Comteffe lui avoit offerts , &
qu'il avoit refufés. Il n'épargne ni plaintes
, ni menaces . La Comteffe reconoit
, mais trop tard ſes étourderies . De
Piennes
SEPTEMBRE. 1777. 189
Piennes & Montalais apportent la trifte
nouvelle de la perte du procès . La jeune
veuve n'ayant plus de reffource ni d'efpérance
, projette de fe retirer dans un
Couvent , & de donner à fon amant
les débris de fa fortune. Heureuſement
le généreux d'Eftelan reparoît . Senfible
avec brufquerie , il ne peut fe diffimuler
que c'eft fa préfence qui caufe le défordre
& les malheurs de fon amante.
Il s'empreffe de réparer fes torts ; il fe
jette aux pieds de fa Maîtreffe , & la
conjure de recevoir fes bienfaits, comme
on follicite une grace ; il embraffe fon
rival , il le comble de fes préfens : il
Punit à fa Maîtreffe : enfin il fe montre
à chaque trait , Phomme le plus fingulier
, le plus généreux , le plus brufque ,
& le plus bienfaifant.
Cette Piéce a eu beaucoup de fuccès.
M. Monvel à joui d'un triomphe complet;
il a reçu de la Reine , de Madame
& de Madame la Comteffe d'Artois ,
préfentes à ce Spectacle , les témoignages
les plus flatteurs de leur fatisfaction .
Le Public a applaudi , avec tranfport ,
cette Comédie , qui ale double avantage
d'amufer & d'intereffer.
L'Amant Bourru a paru d'un caractère
H
170 MERCURE DE FRANCE .
neuf , énergique , & de la plus grande
vérité. Il eft rempli de traits faillans &
bien exprimés. Il amère des fituations
henreufement contraftées & variées . Les
ôles de la Marquife capricieufe , & de
amant fi docile & fi complaifant
elque reffemblance avec ceux de
& de Damon du Philofophe
ais cette imitation même bien
a laptée , juftifie le choix & le goût de
l'Auteur . Madame de Sancerre & Montalais
font très- intéreffans.
7
Il faut auffi affocier M. Molé à la gloire
de M. Monvel . La franchiſe , l'intelligence
, le feu & l'originalité en quelque
forte qu'il a mis dans le rôle de
Amant Bourru , ajoutent encore à la
haute idée que l'on avoit du talent de
cet Acteur : il s'eft furpaffé lui- même ;
& il a marqué dans fon jeu , un zèle
bien louable & bien fenti,
Les autres rôles , celui de Madame
de Sancerre, a été joué avec intérêt &
fenfibilité , par Mademoiſelle Doligny ;
celui de la Marquife , avec gaieté , par
Madame Bellecourt ; celui de Piennes ,
avec une aifance convenable , par M.
Larive ; & le petit rôle de Saint- Germain
a été relevé par le jeu de M. Préville .
SEPTEMBRE. 1777. 171
Nous rapporterons comme des anecdotes
intéreffantes de la première repréfentation
, que M. Monvel , dans le rôle
de Montalais , paroiffant inquiet du jugement
de fon procès , le Parterre s'eſt
récrié , par allufion au fuccès de fa Comédie
, vous l'avez gagné, & a beaucoup
applaudi. Après que l'Auteur a fait
fes remercîmens au Public , M. Molé
s'eft auffi rendu à fes acclamations, & eft
venu, en confervant le caractère & la franchife
de fon rôle, recevoir les applaudiffemens
les mieux mérités . Alors M. Monvel
eft forti de la couliffe , s'eft précipité
fur fon camarade , & l'a embraffé
avec les larmes aux yeux , en lui donnant
les plus vifs témoignages de fa fenfibilité
& de fa reconnoiffance. Cetté
fcène n'a pas été la moins applaudie .
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont fufpendu
les répréfentations de Laurette , & fe
difpofent à donner quelques autres nouveautés
, entr'autres, deux Parodies , l'une
d'Ernelinde , & la feconde de Gabrielle
de Vergy.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ARTS.
GRAVURES.
I.
La Dame Bienfaifante , Eftampe d'environ
18 pouces de haut , fur 14 de
large ; gravée d'après le Tableau original
de M. Schenau , Peintre de S.
A. S. E. de Saxe , par Démautort. A
Paris , chez Wille , Graveur du Roi
Quai des Auguftins. Prix 6 livres .
UNE Dame richement vêtue , & d'une
phyfionomie très- agréable , répand fes
bienfaits fur une petite Fille , qui paroît
pénétrée de reconnoiffance pour fa bienfaitrice.
Il y a dans cette compofition de
jolis acceffoirs › que M. Demautort ,
qui annonce d'heureux talens pour la
gravure , a rendu d'un burin pur , gracieux
& varié , fuivant le caractère des
objets,
SEPTEMBRE. 1777. 173
II.
Le retour au Hameau , beau payfage
d'environ 19 pouces & demi de largeur
& 14 de hauteur ; d'après le deflin de
M. Pilman , Peintre du Roi de Pologne ,
gravé avec beaucoup de foins & de talent
, par M. Godefroy , de l'Académie
Impériale & Royale de Vienne ; & fe
vend , prix 4 livres , à Paris , chez l'Auteur
, rue des Francs - Bourgeois , Porte
Saint-Michel , vis - à- vis celle de Vaugirard.
III.
Portrait de Victor Amédée III. Roi de
Sardaigne , Eftampe de 18 pouces de
haut , fur 13 de large. Ce Monarque
y eft repréfenté de profil ; la tête eft,
d'une forte proportion . Gravé par A.
de Saint Aubin , de l'Académie Roya-.
le , & Graveur de la Bibliothèque du
Roi.
S. M. , pour témoigner à cet Artifts
fa fatisfaction , tant de la reffemblance
que de l'exécution de la gravure , lui a
fait remettre par M. le Comte de Viry ,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE,
fon Ambaffadeur , une Médaille d'or.
Cette Eftampe fe trouve à Paris
chez l'Auteur , rue des Mathurins , au
petit Hôtel de Clugny . Prix 10 livres.
I V.
Portrait en Médaillon de M. L. Dupuy
Secrétaire perpétuel de l'Académie des
belles - Lettres , Membre de celles de
Gottingue , &c. Dédié à Madame fon
Epoufe.
"
Ce Portrait, parfaitement reffemblant ,
& très- bien gravé par M. Parifor , d'après
le deffin de M. Pujos , fe vend chez M.
Pujos , Quai Pelletier , Maifon de M. le
Quin , Örfévre . On lit au bas du Portrait
, ces Vers de M. de Sacy.
Des Chef- d'oeuvres d'Athène, il enrichit la France,
Et des vertus de Sparte il a rempli fon coeur;
Le fiécle de Voltaire admire fa fcience ,
Le fiécle de Bayard eût chéri fa candeur ;
Formé par la nature , & pour l'un & pour l'autre,
Ses moeurs font du vieux tems , ſon eſprit eft du
nôtre.
SEPTEMBRE. 1777. 175
MUSIQUE.
I.
Pièces d'Orgue. Meſſe en Sol Majeur
dédiée à Madame de Montmorency-Laval
, Abbeffe de l'Abbaye Royale de
Montmartre ; compofée par M. Benaut ,
Maître de Clavecin , Prix 3 livres 12 fols.
A Paris , chez l'Auteur , rue Dauphine ,
près la rue Chriftine , & aux adreffes
ordinaires de Musique.
LI
Les quatre premières touches de la Guitarre
; premier recueil d'airs , avec accompagnement
de Guitarre & de
Violon. Ces derniers ne font point obli-'
gés , & le Violon fait feul un accompa
gnement du Chant . Par A. M. J. B. Prix
6 livres. A Paris , chez l'Auteur , rue des
Maçons , à l'Hôtel de la Grenade ; & aux
adreffes ordinaires de Mufique.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
... III.
Partition du Rondeau de Cola , en
Italien , chantée par Mlle Balconi , au
Concert Spirituel , & à celui des Amateurs
, avec une Parodie en François . Pour
la facilité de l'exécution , on a gravé les
parties féparément. Le prix du Rondeau
Italien eft de 2 liv . 8 fols ; & celui de
la Parodie , liv . 16 fols L'un & l'autre
fe vendent chez Mlle de Silly , fue de
Montmorency , la première Porte-co
chère en entrant par la rue du Temple.
Collection de Mufique Italienne.
Les Amateurs de la bonne Mufique
fe plaignent depuis long- tems de la
difficulté qu'on éprouve à fe procurer
celle des grands Maîtres de l'Italie. Comme
on n'eft point dans l'ufage de la graver
, on ne fair à qui s'adreffer pour en
avoir des copies ; l'embarras de les faire.
venir , l'ennui de les attendre , ne peuvent
que nuire aux progrès de PArt ,
fur- tout dans le moment de crife & de
SEPTEMBRE. 1777. 177
fermentation où nous fommes parvenus.
On difputeroit moins fi l'on - favoit
davantage ; & aujourd'hui que les efprits
s'éclairent , & que les préjugés commençent
à fe diffiper , il feroit à fouhaiter
qu'il n'y eût plus d'Alpes.
On croit donc rendre fervice aux
Amateurs , & leur donner une nouvelle
intéreſſante , en annonçant qu'on a formé
au Bureau du Journal de Mufique ,
rue Montmatre , vis - à - vis celle des
vieux Auguftins , une collection précieufe
de Partitions Italiennes , & de plus
de 400 Ariettes nouvelles des meilleurs
Maîtres, tels que Anfoffi , Piccini , Maïo ,
Sacchini , Paëfiello , &c. &c. On pourra
s'en procurer des copies au prix ordinaire
; & , pour peu que cette annonce ait de
fuccès , on continuera d'y faire venir les
Opéra nouveaux qui feront les plus
applaudis fur les différens Théâtres
d'Italie ; & de former ainfi une forte de
Bibliothèque d'un genre unique , compofée
de tout ce qu'il y a de meilleur
dans la Mufique Etrangère , qu'on s'em
preffera de communiquer à tous ceux qui
le defiteront,
Hv
178 , MERCURE DE FRANCE.
V.
On trouve chez Guera , Muficien
Editeur de Mufique, à Lyon ; & à Paris,
au Bureau du Journal de Mufique , rue ,
Montmartre , vis - à- vis celle des Vieux-
Auguftins , & aux adreffes ordinaires de
Mufique , les Ouvrages fuivans :
Sei trii per il flauto traverfo violino è baffo,
del Signor Winceflao Pichl , Opéra I. Prix , 9 liv. ,
VI Duetti per due flauti traverfi , compofte del
Signor Giovani fint . Opéra III. Prix , 3 liv.
Sei duetti per deu flauti travérfi , compofte del -
Signor Rofine , Opéra I. Prix , 6 liv.
Six duo pour deux violons , par Ch. Lochon ,
premier Violon de la Comédie de Bordeaux ,
Euvre I. Prix , 6 liv .
Six Sonates pour violon feul & baffe , compofées
par Luc Garnier , OEuvre I, Prix , 7 l . 4 f.
Symphonia per due violini , due oboi , due
corni , due clavini , tympano , viola è baſſo ,
doppio compofta del Signor de Ordoniz , nº . I.
Prix , 2 liv . 8 f.
Concerto per il cembalo , due violini, viola , è .
baffo, compofta del Signor Francifco Hoffmeister,
Opéra I. Pris , 4 liv. 16 ſ,
SEPTEMBRE . 1777. 179
IV Quartetti per il flauto traverſo , violino ,
viola è baffo, compofte del Signor Huber. Prix ,
7 liv. 4 f.
Sei Sonate per il forre piano è cembalo folo ,
compofte del Signor Gin. Bartta , Opéra II. Prix,
7 liv . 4 f.
Sei Quartetti per due violini , viola , è violoncello
compoſti del Signor Giuſeppe Bartta, Opéra
I. Prix , 9 liv.
III Quatri concertanti per il cembalo , flauto
traverfo, violino è violoncello, compoſti del Signor
Gruner, Opéra IV. Prix , 7 liv. 4 f.
Sérénade à deux violons , deux hautbois obligés
, deux cors-de- chaffe & baffe , composée par
M. Louis Bocherini , à l'occafion du mariage de
P'Infant Dom Louis. Prix , 2 liv . 8 f.
Concerto pour le clavecin , ouforté -piano , avec
accompagnement de deux violons & violoncelles,
compofé par M. Gruner , OEuvre V. Prix , 4 liv.
4 fols.
Concerto , pareillement pour le clavecin , par
le même , Opéra III. Prix , 6 liv.
Sei Serenade per flauto traverfo, overo violino
due corni di caccia, violoncello , è baſſo overo
fagotti , compofti del Signor Fr. Afpelmayer ,
Opéra I. Prix , 6 liv.
Recueil mufical , contenant fix Chanfons nouvelles
, avec accompagnement de harpe ; fix au-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tres , avec accompagnement de guitarre ; deux
duo , une marche guerrière à grand Orcheſtre ,
une romance , & une chaffe pour le clavecin ,
avec accompagnement de violon , flûte & violoncelle.
Prix , io liv . ..
C
+ Recueil de Duo & Ariettes , pour deux corsde-
chaffe , compofé par M. Chiapparelli, OEuvre
I. Prix , 1 liv. 16ſ
Due Sonate , per il cembalo , e violino ; une
Loneta per due cembali concertanti compofti, del
Signer Giovani. Sixt , Opéra I. Prix , 6 liv
Sei Duetti per il fauto traverfo , overo violino
, è violoncello obligato , compofti del Signor
Wenceslao Himmel Pauer , Opéra I. Ptix , 6 liv.
Sei Quartetti per due violini viola , è baffo del
Signor Zimermann Thedefco , Opéra III . Prix ,
10 liv. 4 f.
Sei Sonateper ilcembalo obligato con violino,
par le même ,, Opéra II . Prix , 7 liv. 4.f.
Sei Duetti per due violini , par le même
Opéra I. Prix , 6 liv.
Divertiffement concertant pour le clavecin ,
fûte , violo , alto , violoncelle & cors - de- chaffe ,.
ad libitum , compofé par Grouner , OEuvre L
Prix , 6 liv.
Divertiffement pour le piano -forté , ou le cla
vecin , violon , flûte , violoncelle obligé , baſſe
cor- de- chaffe , OEuvre II Prix , 6 liv ..
SEPTEMBRE. 1777. 181
Première Collection de trois quintetti pour deux
violons , deux Alûtes traverfières , & violoncelle
composée par Profper Cauciello , OEuvre L. Prix,
6 liv.
"
Grand Concert à clavecin obligé , accompagné
de deux violons , deux hautbois , deux cors- dechaffe
alto & baffe , compofé par G. S. Lachleim,
Euvre L. Prix , 7 liv . 4 f..
SCULPTURE
I.
Réflexions fur le Monument de feu Mgr
le Dauphin , exécuté par M.Couftou ,
Sculpteur du Roi . Recteur & Fréforier
de fon Académie de Peinture ,
& Sculpture , Chevalier de fes Ordres
Mort au mois de Juillet de l'année
1.777.
SI les talens doivent jamais être recommandables
, il femble que c'eft fur-tout
lorfqu'ils font héréditaires. Rarement
la nature prodigue - t- elle fes dons à une
fuite d'hommes du même fang , & du
même nom : on diroit qu'elle s'épuife
182 MERCURE DE FRANCE .
toujours dans le fujet qu'elle en favorife
le premier. Auffi , peut on affurer fans,
crainte qu'elle avoit fait un effort en faveur
des Couftou Sculpteurs juftement
célébres depuis près d'un fiècle &
demi.
J
>
La perte du dernier de ce nom qui
fe foit diftingué dans cet Art difficile
nous a paru fournir une occafion trifte
mais favorable , de publier nos fentimens
fur fes ouvrages & fa perfonne .
Ces fentimens > au furplus , font les
mêmes dont nous avions eu la fatisfaction
de lui faire part dans une
lettre que nous lui écrivîmes peu de tems
avant fa mort .
Né avec cette candeur & cette tranquillité
qui annoncent le repos d'une ame
honnête , M. Couftou avoit en quelque
forte laiffé mûrir fon génie. Ses premiers
effais ont fait voir un homme qui connoiffoit
les bons modèles , & qui avoit
profité des études qu'il avoit faites en Italies
on y trouve toujours la correction ,
& fouvent la fermeté & la grace , heureufement
liées enfemble . Mais , c'eft
fur-tout dans fa belle composition du
Maufolée de Mgr le Dauphin , qu'il a
déployé toutes les reffources de fon gé
SEPTEMBRE . 1777. 183
" nie & de fes talens. Ce monument .
fait pour honorer le fiécle qui l'a produit
, offre les beautés de l'antique , & ,
femble de plus refpirer un fentiment
que l'on ne trouve peut-être pas toujours
, même dans les chef- d'oeuvres des
anciens. Sans doute , ( & cela ne peut
être autrement ) M. Couftou s'étoit .
vivement pénétré , en compofant ce
grand ouvrage , de cette douleur plus
réfléchie encore , que déchirante , qui
affectoit fes compatriotes , lorfque la
France perdit un Prince qui devoit juftifier
toutes leurs efpérances . On ne peut
confidérer ces marbres , fans éprouver .
de nouveau cette fituation pénible &
affligeante. On fe fent faifi de la même
douleur que l'on trouve peinte fur la
figure du génie de l'Hymen ; mais on
fe trouve en quelque forte foulagé ,
lorfqu'on jette les yeux fur les deux figures
de femmes qui occupent la partie
antérieure du tombeau.
Le caractère noble & fublime de la
Religion , qui pofe fur les urnes des deux
Epoux , la Couronne d'étoiles , infpire
une confiance douce & confolante . Le
Génie des Arts , qui eft à leurs pieds ,
eſt , comme tout le refte , d'un deffin
184 MERCURE DE FRANCE .
pur , & d'un travail foigné. Le accef--
foirs ne méritent pas moins d'éloge ;
& le rendu de tous ces objets , prouve
que M. Couftou favoit exécuter férieufement
ce qu'il avoit grandement
conçu .
*
Tout le monde fait de quelle manière
noble & délicate , Monfieur le Comte
d'Angivilliers , qui s'occupe avec tant de
zèle , des moyens de faire refleurir dans
les Arts le fiècle de Louis XIV , a fçu
récompenfer les talens de cet homme
célèbre . ** Si quelque chofe a pu adoucir
les horreurs du trépas qui l'environnoient
déjà , c'étoit fans doute la bienveillance
de fon Roi , & l'eftime de fes
Supérieurs. Il n'a pas joui long -temps
* Le talent fupérieur de M. Couftou , doit
étonner d'autant plus , que l'on n'ignore pas qu'il
étoit né avec de la fortune ; & que ce n'eft pas le
befoin de travailler , mais fon propre génie , qui
l'a porté tout feul où fa réputation l'attendoit.
** M. le Comte d'Angivilliers , chargé par Sa
Majefté de décorer M. Couftou du Cordon de S..
Michel, trouva le moyen d'ajouter encore à cette
faveur , en le lui préfentant devant M. le Comte:
de Falkeinften , qui étoit alors chez M. Soufflot ,
où M. Couftou s'étoit rendu
W
&
SEPTEMBRE. 1777. 185
des honneurs qu'il avoit mérités ; & l'on
peut dire qu'il a trop peu vécu pour la
gloire des Arts , & l'inftruction de ceux
qui fe deftinent à fuivre la même carrière.
Les Artiftes le regrettent , fes
amis le pleurent ; & nous aimons à nous
perfuader que fon fiècle , en lui accordant
le jufte tribut d'admiration qui lui
eft dû , dévancera en fa faveur le juge
ment de la póftérité .
GOIs , Sculpteur du Roi , Adjoint ,
**
& Profeffeur de fon Académie
de Peinture & Sculpture.
I I.
Extrait d'une Lettre de M. Falconnet à
M. le Prince GALITZIN , Envoyé
extraordinaire de Sa Majesté Impériale
de toutes les Ruffies , à la Haye , concernant
la fonte de la Statue de Pierrele-
Grand.
De Saint -Pétersbourg, le as Juillet 1777.
Enfin , mon Prince , elle eſt faite &
bien faite , cette fonte dont vous voulez
favoir la réullite . Le 15 Juillet , à huit
186 MERCURE DE FRANCE.
heures & demie du matin , mes peines ,
à cet égard , ont ceffé . J'aurois pu vous
l'écrire le même jour; mais j'ai voulu que
le bronze fût un peu nétoyé pour vous en
parler avec plus de certitude. Vous avez
fu dans une autre lettre , qu'il ne s'agiffoit
pas feulement de deux têtes . Sachez
dans celle- ci , que d'encore en encore, &
à mesure qu'il fut permis d'examiner
intérieurement le bronze , la partie fupé
rieure de l'ouvrage étoit fi mauvaife ,
qu'il m'a fallu defcendre jufqu'aux genoux
du Cavalier , & qu'ainfi je viens de refondre
prefque la moitié de la Statue .
Deux ou trois petites défectuofités trèslocales
, ne valent pas la peine de vous
en parler , parce qu'elles font des plus
faciles à réparer , & qu'elles n'ont rien
de commun avec la belle totalité de la
fonte. C'eft un plaifir de voir comment,
par le moyen des queues d'arondes , le
nouveau bronze eft réuni & joint à
l'ancien .
SEPTEMBRE . 1777. 187
Cours de Langue Italienne.
de
M. l'Abbé Bencerechi , Toſcan ,
plufieurs Académies d'Italie , & Profeffeur
de Langue Italienne vient de
trouver , fur-tout en faveur des Dames ,
la manière de leur faire apprendre les
principes de cette Langue , fans qu'elles
ayent befoin de fe pourvoir de Grammaire
; comme auffi la manière de les
faire bien lire , & bien prononcer l'Iralien.
Des perfonnes éclairées à qui il les al
communiquées , les ont trouvées auffi
neuves que faciles , & bien commodes .
Il demeure rue Comteffe- d'Artois , au
coeur Royal , en face de l'Apothicaire .
GÉOGRAPHIE.
CArte des Limites de la Pologne , réglées
définitivement par la diéte de
1775 , & le concours des Puiffances copartageantes,
avec les Limites de l'Empire.
188 MERCURE DE FRANCE .
Ottoman , dans fa partie Septentrionale ;
démembré tant par les conquêtes des Ruffes
, que par un traité entre la Maiſon
d'Autriche - Lorraine , & le Grand Seigneur.
Supplément d'autant plus néceffaire
aux Atlas & Livres de Géographie ,
que cette Carte , fondée fur d'exactes
Opérations faites fur les lieux mêmes
différe effentiellement de toute autré ,
pour les longitudes & latitudes ; l'étendue
du Pays , & leurs divifions. Huitième
Edition , avec des changemens , par M.
Brion , Ingénieur- Géographe du Roi.
Prix 18 fols. A Paris , chez l'Auteur , rue
du petit Pont , près la Fontaine Saint
Severin , maifon de M. Langlois , Libraire
, au premier. 1777.
TOPOGRAPHIE.
CARTE TOPOGRAPHIQUE de la Caroline
méridionale , avec partie de la
Georgie , par le Chevalier Bull , Gouverneur-
Lieutenant ; le Capitaine Gafcoign
; le Chevalier Bryan , & de Brahm ,
Arpenteur- Général de la Caroline méSEPTEMBRE
. 1777. 189
ridionale , & Arpenteur de la Géorgie ,
en 4 feuilles , traduite de l'Angiois.
Le grand blanc de la quatrième feuille
fe trouve rempli par une excellente Carte
de la Rivière d'Hudſon , & du Lac Champlain
; par Sauthier. Prix , 6 liv . les quatre
feuilles , chez Lerouge , Ingénieur - Géographe
du Roi , rue des Grands-Auguftins
.
U
BIENFAISANCE.
NE Société , compofée d'hommes de
tous les rangs , qui raffemble les agrémens
de l'efprit avec les qualités du coeur , s'eft
fait un devoir d'unir aux plaifirs que
produifent la préfence & les talens des
neuf Soeurs ou des neuf Mufes , les vertus
de bienfaiſance , d'humanité & de
protection prévenante, infpirées par la fenfibilité
& par la jouiffance fi bien entendue
de fon propre bonheur , né de celui
des autres. Cette loge Franc-maçonne des
Mufes & des Vertus , a déjà fignalé les
motifs de fes inftitutions & fes promeffes
, en allant au fecours de la veuve
& de l'orphelin ; en délivrant des fers de
190 MERCURE DE FRANCE.
la captivité, la pauvreté gémiffante ; en intéreffant
aux malheurs d'une Famille honnête
, la confraternité des hommes bienfaifans
, répandus en différentes provinces;
enfin en honorant & cultivant les talens
aimables , & les vertus fecourables . Nous
ne citerons , en ce moment, que le bienfait
fi bien entendu de la loge des neuf Soeurs ,
en faveur du Collège de Montaigu . Informée
des fuccès de ce Collège , & fachant
qu'il eft l'afyle des jeunes gens qui font
peu riches, elle a fait remettre au Principal
de ce Collège une fomme pour être diftribuée
à ceux de fes Ecoliers qui fe font
fe plus diftingués à la diftribution générale
des Prix , qui a été faite à l'Univerfité
, le 7 d'Août , & dont les befoins
font les plus preffans.
Variétés , inventions utiles , établiffemens
nouveaux , &c.
I..
L
Nouvelle Jauge.
E fieur Baradelle , Père , Ingénieur .
en inftrumens de Mathématiques , avertit
SEPTEMBRE. 1777. 191
le Public , qu'il continue de vendre la
nouvelle Jauge qu'il a conftruite fur les
principes & les tables de M.de Gamaches,
dont il eft l'unique poffeffeur. Cette Jauge
, qui eft fans contredit la plus parfaite
, & la feule géométrique de toutes
celles qu'on a données jufqu'à préfent, a
feule mérité l'approbation de l'Académie
des Sciences , & a été adoptée par M. le
Prévôt des Marchands de la Ville de
Paris en 1732 ce qui a occafionné la
fuppreffion des charges des Jaugeurs en
cette même année. L'ufage qu'on en a
fait depuis ce temps-là , a confirmé de
plus en plus que cette Jauge eft la plus
propre àprévenir toutes les conteftations ,
qu'on ne pouvoit éviter avec les autres
Jauges.
Elle eſt divifée en feptiers & pintes de
Paris , avec la plus grande précifion ; de
forte qu'on peut Jauger les vaiffeaux ,
quelques formes qu'ils aient , compris
entre le cylindre & le cône.
3. Pour ne rien négliger de ce qui poavoit
contribuer à fa perfection , le fieur
Báradelle a fait une matrice , à laquelle
il rapporte toutes les Jauges qu'il fait ;
de forte que la dernière eft auffi parfaite
que la première. Et pour rendre plus gé
SQ1 )

192 MERCURE DE FRANCE.
nérale l'application des principes de l'Au
teur , ledit fieur Baradelle avertit auffi
qu'au lieu de faire la divifion en feptiers
& pintes de Paris , il la fera en telle mefure
qu'on lui indiquera , pourvu qu'on
lui en donne le rapport avec la pinte de
Paris , laquelle eft compofée de 48 pouces
cubiques , outre la 36 partie d'un
pied cubique.
de
Il a auffi l'original d'une autre Jauge ,
qu'on nomme Vergue ou Velte ,
l'exactitude de laquelle il répond , tant
qu'on s'en fervira pour mefurer des
tonneaux d'une courbure femblable.
Sa demeure est toujours Quai de
l'Horloge du Palais , à l'enfeigne de l'obfervatoire.
I I.
Le fieur Morand , Architecte de lá
Ville de Lyon , connu par différens ou
vrages , & notamment par le Pont en
bois qu'il a conftruit furle Rhône , vient
de préfenter au Gouvernement une Ma
chine hydraulique de fa compofition ,
qui réunit les plus grands avantages par
la sûreté du méchanifme , par fa fimplici
té & fon peu de dépenfe . Cette Machine
SEPTEMBRE . 1777 193
chine eft propre à élever les eaux à telle
hauteur qu'on voudra , & pourra être
employée également aux différens objets
d'agrément & d'utilité , même pour les
arrofemens des prairies & des jardins.
Une pente de trois pieds fuffit pour lui
donner le mouvement néceffaire , fans
autre moteur que celui du poids de l'eau .
Cette machine étoit conftruite depuis
plus de deux ans à Paris , où elle étoit
en dépôt. Ce n'eft qu'après des expérien
ces qu'a réitérées le fieur Morand dans
fa maifon des Brotteaux , depuis 1766 ,
qu'il s'est déterminé à la préfenter comme
un objet dont le Public pourra retirer
une très-grande utilité.
I I I.
Le fieur Reynard , Membre de l'Académie
des Sciences de Clermont-
Ferrand , & Méchanicien ordinaire du
Roi , a inventé un fufil déftiné pour le
fervice des Troupes , où il y a douze
pièces de moins que dans les fufils ordi⚫
naires , ce qui ne nuit point à la folidité
de l'arme & la rend moins coûteufe ;
cette invention a été honorée de l'approbation
de l'Académie Royale des Sciences
de cette Ville.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
VERS
SUR l'heureux Accouchement de Madame
la Ducheffe DE CHARTRES.
RESTEZ aux Cieux, brillants Gemeaux *
Reftez au féjour du Tonnerre.
cédez ici la place à deux Êtres nouveaux ,
Nes pour le bonheur de la Terre.
Les crimes vont ceffer, tous les maux vont finir ;
Les Vertus peupleront le Monde ;
Aftrée ** eft doublement féconde ,
Et l'âge d'or va revenir.
* Les Gemeaux ( Caftor & Pollux ) figne du
Zodiaquc.
** Aftrée , Perfonnage autrefois fabuleux , mais
aujourd'hui réalifé , fymbole de la bonté , de l'affabilité
& du bonheur de tout ce qui l'approche.
Par M. Poinfinet de Sivry.
SEPTEMBRE. 1777. 195
d
VERS .
A M. de Voltaire , qui avoit envoyé à
l'Auteur une Montre d'or à répétition
& à quantième, ornée de fon Portrait,
defa Manufacture de Ferney.
Paris , 15 Août 1777;
JE la reçois cette machine ,
Ou dans trois orbes différens ,
Une triple aiguille chemines
Et dans fa courſe détermine
Les jours, les heures , les inftans
Qui s'échappent à la fourdine.
Jadis , chez nos premiers parens ,
Cette oeuvre eût paſſé pour divine.
Le luxe a créé les talens :
Et le plus beau des inftrumens
Qui foit de Patis à la Chine ,
Me coûte moins de fix cents francs.
Mais , hélas ! lorfque j'examine
Le numéro de ces cadrans,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
J'en reçois la leçon chagrine,
De la perte de mon printems ,
Et je prévois les foins cuifans
Que la vieilleffe nous deftine.
Vains jouets des amuſemens ,
Quand le néant nous avoifine !
Les jeux , les plaifirs féduifans ,
D'une main légère & badine ,
Viennent nous bercer en tous fens ,
Et nous tiennent fous leur courtine
Endormis fur l'aîle dutems ;
Tandis que la faulx affaffine ,
Cueille la fleur de nos beaux ans ,
Et ne nous laiffe que l'épine.
Mais dans l'ovale du revers ,
Qu'avec plaifir je vois un fage ,
Après trois fois vingt-fept hivers ,
Reprenant fon premier courage,
Cueillir des lauriers toujours verds ,
Et dont on verra d'âge en âge ,
Le nom , la profe & les beaux vers ,
Par une gloire fans nuage ,
Durer autant que l'Univers !
Ah! que l'aspect de cette image ,
A qui tous les coeurs font buyerts ,
SEPTEMBRE. 1777. 197
M'apprend , en fublime langage ,
Le prix du tems & ſon uſage ,
Notre folie & nos travers !
Tandis que ce tayon agile ,
Autour de fon axe emporté ,
Préfente une image mobile
De l'immobile éternité :
Loin du tourbillon enchanté
f
Que nous offre un monde frivole.
Le grand homme vit écarté,
Par fes écrits il nous confole
Des malheurs de l'Humanité.
Jadis , quittant le Capitole ,
Marc-Aurèle l'eût visité :
Apôtre de la vérité ,
Chaque minute qui s'envole ,
L'élève à l'immortalité.
ParM. le Marquis de Villette.
RÉPONSE DE M. DE VOLTAIRE.
MOND
Ferney, le 27 Augufte 1777.
Mon Dieu , que vos rimes en ine
M'ont fait paſſer de doux momens !
1 iij
198 MERCURE DE FRANCE .
Je reconnais les agrémens
Et la légèreté badine
De tous ces contes amufans
Qui faisaient les doux paffe -tems
De ma niéce & de ma voiſine.
Je fuis forcier , car je devine
Ce que feront les jeunes gens.
Je m'apperçus bien dès ce tems ,
Que votre mufe libertine
Serait Philofophe à trente ans.
Alcibiade en fon printems ,
Etoit Socrate à la fourdine.
Plus je relis & j'examine
Vos vers fenfés & très-plaïfans ,
Plus j'y vois un fonds de doctrine
Tout propre à Meffieurs les Savans
Non pas à Meffieurs les pédans
De qui la fcience chagrine
Eft l'éteignoir des fentimens.
Adieu : réuniffez long-tems
La gaieté , la grace fi fine
De vos folâtres enjouemens ,
Avec ces grands traits de bon-fens
Dont la clarté nous illumine,
SEPTEMBRE. 1777. 199
Je ne crains point qu'une coquine
Vous faffe oublier les abfens :
C'eft pourquoi je me détermine
A vous ennuyer de mes ens ,
Entrelacés avec des ine.
ANECDOTES.
I.
FEU M. l'Abbé de Voifenon , qui étoit
de petite taille , étant fort malade , fon
Médecin, qui étoit en même-tems fon
ami , lui ordonna expreffément de pren
dre , dans l'efpace d'une heure , une
pinte d'une certaine tifane . Le lendemain
, le Docteur revint , & demanda
quel effet elle avoit produit. Aucun
Avez-vous tout pris ,
répondit - on .
dit le Médecin à l'Abbé ? Je n'ai
pu ,
dit celui- ci , en prendre que la moitié.
Le Docent , fut très-mécontent , & fe
fâcha vivement. Alors l'Abbé lui dit
d'une voix douce & languiffante : Eh!
mon ami , ne vous fâchez pas ; comment
voulez - vous que j'avale une pinte en une
heure, je ne tiens que chopine ?
-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
ri
I 1.
L'Eftoc , Aventurier François , ayant
entrepris de faire régner Elifabeth en
Angleterre , & tout étant difpofé pour
la conjuration , fe rendit chez cette
Princeffe . La voyant balancer à fe mettre
à la tête de fes Partifans , il lui
préfenta deux cartes à jouer , fur l'une
il avoit deffiné la Princeffe qu'on renfermoit
dans un couvent , & lui- même s'étoit
peint fur un échafaud ; l'autre repréfentoit
Elifabeth fur le Trône ; il l'a
pria de choisir une de ces deux cartes s
elle prit la dernière,
I II.
Fait fingulier.
>
Une Dame de diftinction , déjà avancée
en- âge , viyoit fur un petit bien aux
environs de Nantes : elle y paffoit toute
la belle faifon , & revenoit enfuite en
Ville. Aimant beaucoup les abeilles ,
elle en avoit une grande quantité à la
campagne , & prenoit un plaifir infini.
à leur procurer toutes les petites douSEPTEMBRE.
1777. 201
ceurs propres à ces infectes. Dans les
derniers jours du mois de Mai dernier,
on amena cette Dame malade à Nantes ,
où peu- à-près elle mourut. Toutes les
abeilles font venues de la campagne ,
& fe font raffemblées fur fon cercueil ,
qu'elles n'ont abandonné qu'au moment
de l'inhumation . Un voifin de la Dame
s'étant apperçu de l'arrivée de cet effaim ,
& fachant qu'elle avoit à la campagne
un grand nombre de ces petits animaux ,
s'y eft rendu promptement , & a trouvé
toutes les ruches entièrement dégarnies.
I V ..
Zeuxis , l'un des plus grands Peintres
de l'ancienne Grèce , ne fe piquoit pas
d'achever promptement fes tableaux :
comme on lui reprochoit fa lenteur , il
répondit , qu'à la vérité , il étoit longtemps
à peindre , mais qu'il travailloir
pour l'immortalité.
I'v
202 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
ON
De Varfovie , le x Juillet 1777.
N attend ici le Miniftre Turc Numan - Bey ,
accompagné du fieur Antoine Simoniani , Interprête
; & il eft convenu que les troupes Rufles fe
retireront fur la route à droite & à gauche , &
laifferont libre une certaine largeur du pays qu'ils
occupent , & par où cet Ambaladeur doit parler.
Les troupes Polonoifes qui doivent l'escorter ,
font déjà commandées à cet effet.
Le Comte Oginski , Grand-Général de Lithuanie
, qui n'a pu obtenir jufqu'à préfent la levée
du fequeftre que la Ruffie a fait établir fur la plus
grande partie de fes Terres , a pris le parti d'aller
a Pétersbourg folliciter lui -même cette mainlevée.
Les troupes Ruffes confervent toujours la même
pofition le long du Borystène ; & il ne paroît pas
qu'elles faffent aucunes difpofitions pour le retirer
au-delà de ce qu'on a obtenu d'elles pour le
libre paffage du Miniftre de la Porte.
On apprend par des lettres de la frontière, que
l'Officier Ruffe qui avoit entrepris de faire fauter
les cataractes du Boriftène , dans la vue de rendre
ce feuve navigable , a trouvé la chofe impoffible
; enforte qu'on s'en tiendra au projet du canal,
qu'on affure être déjà commencé,
SEPTEMBRE, 1777. 203
1
De Vienne , le 2 Août 1777 . 2.
L'Empereur jouiffant d'une fanté parfaite , eft
de retour de fon voyage en France , où il a inf
piré par - tout les fentimens de vénération &
d'amour dont les Sujets de fon Empire font depuis
long- tems pénétrés . Sa Majeſté Impériale eſt
arrivée hier à Schoenbrunn ,
De Hildesheim , le 26 Juillet 1777.
Le fieur de Groff , Miniftre- Résident de Ruffie
au Cercle de la Bafle - Saxe , vient de faire inférer
dans les Papiers publics , l'avis fuivant :
33
τε
« L'Impératrice , ma Souveraine , qui affigna ,
le Juillet de l'année dernière , des récompen
fes à tous ceux qui fe font diftingués dans l'af-
» faire de Tfchefme , contre les Turcs , informée
que le fieur Louis Lefort , qui étoit paſſé du
» Service de France à celui de la Flotte , au mois
» d'Avril 1770 , avoit péli dans l'action de
2 Tfchefme , le 24 Juin de l'année dernière , &
conjecturant qu'il pourroit avoir des parens &
» des héritiers à Marſeille , a voulu que les bien-
» faits s'étendiffent jufqu'à eux ; en conféquence,
» ceux qui étoient attachés à ce Louis Lefort'
»par les liens du fang, pourront , après avoir
» légitimé leur parenté , s'adreffer aux Miniftres
» de Sa Majesté Impériale dans les Cours étran
gères , pour tirer du Collège de l'Amirauté , la
quote- part de 312 roubles , qui téoit adjugée
au fieur Louis Lefort ; & il leur eft accordé ,

»
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
pour la réclamation de cette fomme , une an-
→ née , à commencer du 1 Juillet ». I
De Rome , le 30 Juillet 1777.
La veille de la Fête de Saint Pierre , le Prince
Colonna , Connétable du Royaume de Naples ,
revêtu du caractère d'Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majefté Sicilienne près le Pape , fe
rendit à cheval , & dans le plus grand cortége , à
la Bafilique de ce Saint , où il préfenta , fuivant
l'ufage ordinaire , la Haquenée au Souverain.
Pontife Sa Sainteté étoit revêtue de les habits
pontificaux , & entourée de toute la Cour. Elle
avoit allifté auparavant , avec le Sacré Collège ,
aux premières Vêpres , qui furent chantées par.
différens Corps de mufique , à l'occaſion de la Fête
du Prince des Apôtres.
De Venife , le 21 Juin 1777.
Suivant des Lettres de Padoue , le Duc de Glocefter
qui , l'année dernière , a donné une fomme
d'argent pour faire ériger une Statue au célèbre
Marquis d'Eft , Citoyen de Padoue , dans le onzième
fiécle , & Chef de l'Augufte Maifon de
Brunswick , vient de faire remettre cinquante feguins
au Magiftrat de cette Ville , pour contribuer
aux travaux de la Place appelée il Prato
della Valle,
De Naples , le 1 Juillet 1777.
Des Lettres de la Sicile , du 5 Juin , nous apSEPTEMBRE.
1777. 205
prennent qu'un tremblement de terre s'eft fait
fentir dans toute l'Ifle ; il a été léger à Syracufe ,
plus fort à Meffine , & il a endommagé quelques
bâtimens à Palerme ; il s'eft fait fentir de même
dans la Calabre & dans la Pouille , & particulièment
dans la Ville de Leccé ou Leccie , dont les
environs ont été de plus dévaftés par un horrible
Ouragan.
De Gênes , le 4 Août 1777.
Un Particulier nommé Ciffredi tomba , le mois
dernier , dans la mer , en voulant paffer d'un bateau
dans un autre ; deux matelots étant accourus
, le tirèrent de l'eau fans le moindre figne de
vie : le fieur de Négri, Apothicaire de cette Ville,
ayant été appelé , lui adminiftra fur le champ les
fecours inventés en France pour fecourir les
noyés ; ces fecours eurent un fi prompt ſuccès ,
que Ciffredi , peu de tems après , ayant commencé
à refpirer & à prononcer quelques paroles
, fut en état de fe tranfporter à l'Hôpital , où
il a été parfaitement guéri dans deux jours. Un
Citoyen , qui a eu la modeftie de ne pas fe faire
connoître , touché de cet acte d'humanité de la
part du fieur de Négri , lui envoya un coeur d'or,
fur lequel on lit d'un côté : Au vrai mérite ; & de
T'autre : Tribut patriotique . Ce préfent a été accompagné
d'une lettre , dans laquelle le généreux
anonyme fait l'éloge du zèle & de la bienfaisance
du fieur de Négri.
206 MERCURE DE FRANCE.
De Londres , le 22 Juillet 1777.
Les nouvelles les plus sûres de New- Yorck
font , que les troupes fous les ordres du Général
Howe , s'y embarquoient par divifions vers le
milica de Juin , pour paffer dans le Jerfey ; enforte
que le bruit d'une double action dans cette
Province , à laquelle on donnoit pour date le 12
Juin , & même quelques jours auparavant , paroît
aujourd'hui au moins prématuré.
On a donné des ordres pour réparer les fortifications
à Kinfale , Cork, Waterford , Carick-
Fergus , & dans d'autres lieux d'Irlande ; on a de
plus envoyé fix frégates dans le Canal de Saint-
George , pour empêcher les Armateurs Américains
de continuer leurs déprédations .
On affure ici , comme une chofe certaine , que
depuis les dernières dépêches du Général Howe ,
en date du 16 Juin , par lefquelles ce Général annonçoit
à la Cour l'entrée de fon Armée , par divifions
,, dans le Jerfey , on n'a reçu aucun nouvel
avis de ce Général ; enforte que bien des
gens fe croient très- fondés à douter de tout ce qui
s'eft répandu d'après des lettres particulières, dont
aucune n'a l'authenticité requife .
Le retour de notre flotte marchande des deux
Indes, indépendamment des avantages qu'il apporte
au commerce , nous a encore très heureufement
procuré des Matelots pour achever d'équiper
les vaiffeaux de guerre que la Cour fait mettre
én mer , tant pour purger les Côtes d'Irlande
& d'Ecole des Armateurs Américains , dont elles
SEPTEMBRE 1777 207
font encore infeftées , que pour escorter nos navires
marchands qui ne peuvent plus rifquer de fe
rendre , fans cette précaution , aux différens endroits
où leur intérêt les appelle .
On apprend d'un Particulier qui vient de quitter
Philadelphie , où il étoit prifonnier , que les
Américains occupoient toutes les hauteurs à l'Occident
de la Delawarre , & qu'ils craignoient que
les troupes Royales ne tentaffent de la tiaverfer,
Il dit de plus que feur artillerie , très - confiderable
, eft placée de façon à en faire redouter l'approche
; & que c'eft d'après les inftructions qu'a
prifes , à cet égard , le Général Howe , qu'il a
renoncé au deffein d'y pénétrer par le Jerley. 11
ya grande apparence que l'expédition dont on
avoit chargé le Chevalier Erskine , qui , par la
Baye de Chéfapeak , a dû fe porter juſqu'à la rivière
de Sufquehana , à l'Occident de Philadel
phie , étoit combinée avec une attaque qui devoit
être faire par terre en même- tems : la retraite
du Général Howe du côté de Brunſwick , a dŷ
l'abandonner aux dangers d'une réfiftance qui ne
pouvoit être foutenable qu'autant qu'elle auroit
été partagée ; enforte qu'il y a tout à craindre
pour la flottille de cet Officier.
On craint fort que la diffenterie qu'ont éprou
vée les premières troupes Heffoifes , qui ont paffé
en Amérique , n'attaque auffi les nouvelles recrues
qu'on vient d'y envoyer , & que cette maladie
, qui intercepte toutes les forces , ne les
rende , à leur arrivée , incapables du fervice auquel
elles font deſtinées.
208 MERCURE DE FRANCE.
Extrait d'une Lettre de Philadelphie , à un Marchand
de Londres , datée du 25 Juin.
Il y a quelques jours qu'Ouran Hontan ,
frère du petit Charpentier & Guerrier Sauvage,
qui fe diftingua fi fort dans la dernière guerre ,
a attaqué avec un corps de fa Nation , environ
quatre ou cinq cents Heffois dans les Jerſeys :
après avoir effuyé leur feu , il fondit fur eux le
tomahawk à la main , & les défit . Les quatrevingt-
dix prifonniers qu'il avoit fait dans cette
» action , alloient être fcalpés , lorſqu'il dit à ſes
compagnons , que jufqu'alors les Nations étran
gères les avoient juftement appelés Sauvages ;
mais qu'il vouloit qu'on pût dire déformais qué
les Sauvages avoient autant d'humanité que les
» Nations civilifées ». Cette harangue fauva la
vie aux malheureux prifonniers . La même lettre
ajoute , qu'on s'attend à Philadelphie à être bientôt
attaqué & à voir la Ville inveftie ; mais que
dans ce cas-là le Général Washington , qui n'a pas
deffein de défendre la Ville , fe portera fur New
Yorck pour le détruire.
De Paris , le 15 Août 1777.
Le Conte de Viri , qui a réfilé ici pendant pluheurs
années , en qualité d'Ambaffadeur du Roi
de Sardaigne auprès du Roi , eft parti , hier pour
retourner à Turin , emportant avec lui leftime &
les regrets de la Cour & de la Nation. La Comteffe
de Viri , fon époufe , partage ces fentimens ,
& elle en a reçu les témoignages les plus diftinSEPTEMBRE.
1777. 209
gués & les plus flatteurs de la part de la Reine &
de la Famille Royale , dont elle a eu l'honneur de
prendre congé dans le particulier.
PRÉSENTATIONS .
Le Vicomte de Vibraye , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi près le Duc de Wirtemberg , & fon
Miniftre près le Cercle de Souabe , qui étoit ici
par congé a eu , le 7 du mois d'Août, l'honneur
d'être préfenté au Roi par le Comte de Vergennes,
Miniftre & Secrétaire d'État au Département
des Affaires Étrangères , & de prendre congé de
Sa Majefté , pour retourner à fa deſtination.
Le 20 du même mois , la Com effe de Melfort.
eut l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale , par Madame Élifabeth de
France , en qualité de Dame pour l'accompagner,
à la place de la Comteffe de Bourdeilles .
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES. A
Le fieur Leroi , de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres , Profeffeur & Hiftoi
riographe de l'Académie d'Architecture , a eu
l'honneur de préfenter au Roi , le du mois
d'Août, un Ouvrage intitulé : La Marine des anciens
Peuples , expliquée & confidérée par rapport
auxlumières qu'on en peut tirer pour perfectionner
210 MERCURE DE FRANCE .
la Marine moderne , avec des figure's repréfentant
les Vaiffeaux de guerre de ces Peuples.
Les fieurs Née & Mafquelier, Graveurs , que
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont honoré
de leurs foufcriptions , pour un Ouvrage intitulé :
Tableaux Pittorefques , Phyfiques , Hiftoriques
Moraux, Politiques , Littéraires de la Suiſſe &
de l'Italie , ont eu l'honneur de remettre à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , la fixième livrai
fon de leur Ouvrage..
Le fieur Faujas de Saint-Fond , a eu l'honneur
de remettre au Roi , à la Reine , & à la Famille
Royale , le Profpectus de la Defcription des
Volcans éteints du Vivarais & du Velay, Ou
vrage que Leurs Majeſtés , ainfi que la Famille
Royale , ont bien voulu honorer de leurs Souf
criptions.
NOMINATIONS.
Le Roi a chargé de la feuille des Bénéfices ,
l'Evêque d'Autun , qui a eu l'honneur de faire ,
le du mois d'Août, fes remercîmens à Sa Majeſté.
L'Archevêque de Bourges a fair , le 4 du même
mois, les remercimens au Roi , pour l'Abbaye
de Saint- Quen , Diocèle de Rouen , vacante par
la moat du Cardinal de Rochechouart , à laquelle
S. M. a bien voulu le nommer.
Le 25 du même mois , le fieur Boutin, Con›
feiller d'Etar , eur l'honneur d'être préfenté au
SEPTEMBRE.
2Fr
1777.
Roi par le Garde des Sceaux de France , & de
faire fes remercîmens à Sa Majesté , pour la
place de Confeiller au Confeil Royal des Finan
ces , que Sa Majeſté a bien voulu lui accorder.
Le Roi a difpofé de la place de Confeiller
d'Etat , vacante par la mort du hieur de Trudaine
de Montigny, en faveur du feur Bignon ,
fon . Bibliothécaire , qui a eu , le 10 du même
mois , l'honneur d'être préfenté au Roi par le
Garde des Sceaux de France , & de faire en cette
qualité les remercîmens à Sa Majesté.
Le même jour , le fieur de Catuelan , Préfident
du Parlement de Bretagne , eut auffi l'honneur
d'être préfenté au Roi par le Garde des
Sceaux de France , & de faire les remercîmens à
Sa Majefté pour la place de Premier Préſident du
même Parlement , vacante par la mort du fiear
de la Briffe d'Amilly , à laquelle le Roi l'a
nommé.
Le Roi a accordé les entrées du Cabinet
Evêque d'Autun.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Laon , l'Abbé
de Sabran , Premier Aumônier de la Reine
nommé à l'Evêché de Nancy ; à celui de Nancy,
l'Abbé de Montauban , Vicaire Général d'Aucun;
à celui de Sarlar , l'Abbé de la Porte d'Albaret ,
Vicaire-Général de Châlons-fur- Marne ; à l'Abbaye
des Chafes , Ordre de Clugny , Diocèle de
Saint- Flour , la Dame de la Rochelambert , Religieufe
Profeffe du Monaffère de Courpière , fut
la nomination & préfentation de Monfeigneur le
Comte d'Artois .

212 MERCURE DE FRANCE.
MORTS.
Le Chevalier de Bongars , Brigadier des Ar
mées du Roi , Commandeur des Ördres Militaires
& Hofpitaliers de Notre- Dame de Mont-
Carmel & de Saint- Lazare , Chevalier de Saint-
Louis, ci - devant Lieutenant de Roi de l'ancienne
Ecole Royale Militaire , eft mort à cette Ecole ,
le 31 Juillet , âgé de quatre-vingt- trois ans.
Jofeph-Gabriël Tancrède de Félix , Chevalier,
Marquis de Muy, Comte de la Reynarde , Lieute
nant- Général des Armées du Roi, premier Maître
d'Hôtel de Madame , eft mort âgé d'environ
foixante-dix ans.
-Rodolphe- Beat-Jacques Antoine , Baron de la
Tour-Châtillon Zurlauben , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint- Louis , ancien Lieutenant-
Colonel du Régiment Suiffe de Waldener,
eft mort à Faltzbourg , le 23 Juillet , âgé de
foixante- neuf ans.
J. Charles Philibert de Trudaine ," Confeiller
d'Etat & aux Confeils Royaux des Finances & de
Commerce , a terminé , en fon Château de Montigny
, les d'Août , dans fa quarante- cinquième
année , une carrière qu'il illuftroit par fes lumières
& par fon amour du bien Public , des Sciences
& des Arts.
Louis -Henri- François , Comte de Marcé , eft
mort à Chinon en Tourraine , le 9 Juillet , dans
fa foixante - feizième année.
SEPTEMBRE . 1777. 213
Vidal -Claude Gafton de Rochefort- d'Ailly de
Saint -Point , Prêtre , Vicaire - Général de l'Archevêché
de Reims , Abbé-Commendataire de l'Abbaye
Royale de Saint- Bafle , Ordre de S. Benoît,
Congrégation de S. Maur , Diocèle de Reims ,
fous- Doyen des Abbés de France , eft, mort à
Paris , le 12 d'Août , dans la 82° année de fon
âge.
Françoife- Armande de Menou , Marquife de
Jumilhac , eft morte à Paris , le 9 Août , âgée
d'environ 69 ans.
Tirage de la Loterie Royale de France
du 16 Août 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
32, 73 , 48 , 43 , 56.
Du 1 Septembre.
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
49 , 67, 34 , 68 , 55.
214 MERCURE DE FRANCE.
PIÈCES T
TABLE.
IECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , P. S
La Maladie ,
ibid.
Les deux Fils , If
A Chloé , 12
La louange intéreffée dibid
?
Sur un Médecin ,
13
Léonidas ,
ibid.
Les fecondes Noces ,
14
Imitation de J. J. Pontanus, ibid.
Couplets ,
15
Coupler à M. L. C. 16.
Fragment ,
ibid.
Moralité ,
19
Vers à M. Willemain d'Abancourt ,
Le Mariage rompu , Proverbe Dramatique ,
A Son Alteffe Royale Monfieur ,
La Méprife ,
20
Le Songe d'Eve ,
Portrait ,
Envoi ,
La pompe d'un grand Empereur,
21
43
44
46
49
itid.
So
SI
52
53
ibid.
56
58
ibid.
Vers à Mgr l'Archevêque de Rouen ,
A Madame la Marquise de Bl...
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Nouvelle méthode pour entrer dans le vrai fens
de l'Ecriture- Sainte ,
SEPTEMBRE. 1777. 215
Harangue pour l'ouverture du Palais ,
Mélanges & Fragmens poétiques ,
Traduction de la Padotrophie de Scévole de
Sainte- Marthe,
Difcours fur le Duel ,
Cours d'Education ,
Hiftoire d'Eric XIV, Roi de Suède ,
Supplément à l'Hiftoire de la Rivalité de la
France & de l'Angleterre ,
68
72
77
80
84
102
IFO
Lettere originali del R. P. Maeftro Ganganelli, 114
La Payfanne Pervertie ,
Principes de Grammaire générale ,
Supplément au Dictionnaire raisonné des
Sciences , des Arts & des Métiers ,
Hiftoire Politique de l'Allemagne , & des
116
57
125
129
Etats circonvoifins , 133
Inftitutions Phyfico -Méchaniques , 136
Difcours pour convaincre l'Incrédule , 139
Précis des Loix du Goût ,
140
Traduction de différens Traités demorale de
Plutarque ,
143
Annonces littéraires ,
145
ACADÉMIES , 158
Françoiſe
ibid.
>
Harlem , 161
SPECTACLES. 162
Concert ,
ibid.
Opéra ,
163
Comédie Françoile, 164
Comédie Italienne
171
ARTS. 172
Gravures ibid.
Mufique,
175
Sculpture , 181
}
216 MERCURE DE FRANCE.
Cours de Langue Italienne ,
187
Géographie ,
ibid.
Topographie ,
188
Bienfaifance ,
189
Variétés , inventions , &c. 190
Vers fur l'heureux accouchement de Madame
la Ducheffe de Chartres , 194
Vers à M. de Voltaire , 195
Réponse de M. de Voltaire , 197
Anecdotes. 199
Nouvelles politiques (202
Préſentations ,
209
d'Ouvrages , ibid.
Nominations, 210
Morts
Loterie ,
212

213 .
ΑΙ
AP PROBATION.
J'AI la , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France , pourle
mois de Septembre , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion ,
A Paris , ce 4 Septembre 1777.
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le