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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES .
AOUST
, 1777.
Mobilitate viget. VIRGILE.
Reugne
A PARIS
SAINT
JOSEP
A
LILLE
Chez LACOMBE , Libraire , ruedaTournon
près le Luxembourg
Avec Approbation & Privilége duRo
7003
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, les annonces , avis , oblervations , anecdotes
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fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
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fuivans , portfranc par la Pofte.
JOURNAL DES SAVANS , in- 4º ou in- 12 , 14 vol . à
Palis ,
Franc de port en Province ,
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201.4 6.
JOURNAL DES BEAUX-ARTS ET DES SCIENCES , 24 cahiers
par an , à Paris ,
121.
En Province ,
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BIBLIOTHEQUE UNIVERSELLE DES ROMANS , Ouvrage
périodiqué , 16 vol. in- 12 . à Paris , 24 1.
En Province , 32 t
ANNÉE LITTÉRAIRE , 40 cah . par an , à Paris , 241.
321. Et pour la Province ,
GAZETTE UNIVERSELLE DE LITTÉRATURE , à Paris ,.
port franc par la pofte , 18.1.
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart ,
14 vol . par an , à Paris , 91. 16 fa
Et pour la Province , port ftancpar la poſte , 14 l.
JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES, 12 volin- 12 par an ,
à Paris ›
18 1.
24la
JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
Et pour la Province ,
cahiers par an , à Paris & en Province ,. 181
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an , pour
Paris & pour la Province ,
12 ti
JOURNAL ANGLOIS , 24 cahiers par an ; à Paris & en
Province ,
TABLE GÉNÉRALE DES JOURNAUX anciens & modernes ,
12 vol. in-12 . à Paris , 24 1. en Province ,
24 1
301.
LE COURIER D'AVIGNON ; prix ,
181,
A ij
"
Nouveautés quife trouvent chez le mêmeLibraire.
Euvres complettes de Démosthène & d'Efchine , traduites
en françois , 5 vol . gr. in -8 ° . rel.
Les Iucas , 2 vol . avec fig. in-89 . br.
Dictionnaire Dramatique , 3 vol.-gr. in - 8º , rel .
Dia . de l'Induftrie , 3 gros vol . in - 8 ° . rel .
25.1.
181.
15 1 .
181.
Hiſtoire des progrès de l'eſprit humain dans les ſciences ·
naturelles, in 8" . tel.
Autre dans les fciences exactes , in -8 ” . rel .
Autre dans les fciences intellectuelles , in- 8º . rel .
..Médecine moderne , in- 8 ° , br.
5 liv.
sl.
5 1,
21.10 f.
Traité économique & phyfique des Oifeaux de baffe-
Dia. Diplomatique , in- 8 ° . 2 vol , avec fig, br.
' coar , in- 12 br,
Revolutions de Ruffie , in- 89. rel.
Spectacle des Beaux - Arts , rel.
Dict. des Beaux- Arts ,. in-82 . rel.
Théâtre de M. de Sivry , vol . in- 8 ° . br.
Poëine fur l'Inoculation , vol. in-8 ° . br.
2 1.
12 1.
21. 10 f,
21. 1of-
41. 10 f.
21.
3 1.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , & c ,
in- fol. avec planches br . en carton , 241 .
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architec
ture , in-4°, avec fig. br . en carton ,
L'Esprit de Molière , 2 vol. in -12 bṛ.
12 1.
41. Tableau politique & littér . de l'Europe , an. 1775 , br . 2 1 .
pict . des mots latins de la Géographie ancienne , in-8 °.
broché
Les trois Théâtres de Paris , in-8 ° , br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br.
3 l.
2 1. 10 f.
I 1. 10 f.
11.46.
MERCURE
DE FRANCE.
A
OUST,
1777.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
Suite & fin de L'AUTOMNE , Chant
troisième du Poëme des Saifons ; imitation
libre de Thompſon .
ÉLOGE DE LA VIE CHAMPÊTRE .
AH! s'il favoit connoître fon bonheur ,
Qu'il couleroit des jours purs & tranquilles ,
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Celui qui, loin du tumulte des villes ,
Peut du printems favourer la douceur ,
Et , cultivant des campagnes fertiles ,
Fouler en paix le fentier du bonheur !
Il n'aime point la demeure opulente
Où la baffeffe encenfe des Tyrans :
Jamais la porte , ouverte aux indigens ,
Ne voit ramper cette foule impudente ,
Que la fortune attache au fort des Grands .
Il ne veut point d'une robe éclatante ,
Où le foleil réfléchit tous fes feux :
La pourpre & l'or n'offrent rien qui le tente ,
Et leur éclat ne flatte point fes voeux .
Qu'a-t-il befoin d'une table excellente
Que les deux mers ont couverte à grands frais ,
Lorsqu'un repas frugal & fans apprêts,
Peut affouvir la faim qui le tourmente ?
Jamais la coupe écumeufe & fumante ,
En pétillant , n'irrite les defirs ;
Mais le travail rend fa faim plus piquante ,
Et l'appétit ajoute à fes plaifirs.
Dans l'édredon , plongé par la molleffe ,
Qu'un autre habite un lit volupteux ,
Et qu'abforbé dans un oubli honteux ,
Il s'abandonne à l'ignoble pareffe ;
Dès que l'aurore entrouvre fon palais ,
Il vole au champ , plein d'une douce ivreffe ,
A O UST. 1777. 7
Et du matin recueille les bienfaits.
Loin des honneurs que cherche le vulgaire ,
Content de peu , dans fon humble chaumière ,
Il voit régner l'abondance & la paix.
Qui des grandeurs , éclatantes chimères
Sait , mieux que lui , connoître le néant ?
Plein de mépris pour ces feux éphémères ,
Il eft humain, c'eft plus que d'être grand.
A pleines mains fur l'honnête indigence ,
Il verfe l'or qu'il doit à ſes travaux ;
Souvent il vole au- devant de ſes maux ,
Et dans fon coeur trouve fa récompenfe.
Le doux printems le comble de faveurs ;
L'été répond aux peines qu'il fe donne ;
Il voit mûrir les tréfors de l'automne ,
Et l'hiver même a pour lui des douceurs .
Tout lui fourit : fes géniffes fécondes
Errent au loin dans des vallons rians ,
Et les troupeaux , par leurs mugiſſemens ,
Font retentir les cavernes profondes
Des monts voisins qui couronnent fes champs .
Il n'apperçoit que des bocages fombres ,
Des lacs brillans & de rians côteaux ;
Il ne s'affied que fous d'épaiffes ombres ,
Où l'on entend le champ de mille oifeaux.
Dans fa retraite habitent l'innocence ,
Ledoux repos , la paix & la fanté :
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Afes plaifirs il unit la décence ,
Et la nobleffe à la fimplicité.
Qu'expatriés for une aride plage ,
Des infenfés , dans l'excès de leur rage ,
Pour s'enrichir ofent franchir les mers ,
Et qu'au mépris des vents & de l'orage ,
La foif de l'or aveugle leur courage ,
Et les entraîne au bout de l'Univers ;
Que , dédaignant le fol de fa Parrie , t
L'Artifte au loin aille porter, fes pas
A
Et, fans remords , en de nouveaux climats
Vendre à l'encan fa perfide induftrie ;.
Qu'aux champs de Marsun vainqueurinhumain
Mette fes foins & fa gloire à détruire ,
Et qu'au milieu des débris d'un Empire, i
Il refte fourd aux cris de l'orphelin ;)
Que, parcourant une ville ennemie
Le fer en main & l'oeil étincelant ,
Il s'abandonne au gré de fa furie ,.
Et, fans pitié , verfe des flots de fangs.
Qu'un aurre excite une troupe effrénée ,
La porte au crime ou lui donne des fers ;
Qu'il laiffe agir la rage forcenée ,
Et , pour régner , qu'il trouble l'Univers ;.
Qu'un autre enfin fe voue à la baffeffe ,
Et qu'ébloui de la pompe des Cours
Dans l'esclavage il paffe les beaux jours ,
A O UST. 1777-
Ou bien s'élève à force de ſoupleffe :
Libre de foins , de defirs & de voeux ,
L'Agriculteur jouit avec ufure ,
De tous les biens qu'il doit à la nature ;
Vit fans éclat & fait l'art d'être heureux.
La mort des Rois , les horreurs de la guerre ,
N'altèrent point le repos de fon coeur.
Soumis aux loix , qu'il aime & qu'il révère,
Il vit en fage , & trouve le bonheur
Où les mortels ont placé la misère .
De la nature il connoît tout le prix ,
Dans fon éclat il la voit , il l'admire;
La volupté fur les lèvres refpire;
Et les baifers qu'il vole à fon Iris
Le flattent plus que l'éclat d'un Empire.
Quand le printems voit renaître les fleurs ,
De fes baifers réchauffant la nature ,
Quand le zéphir , dans les airs qu'il épure ,,
Vient difperfer leurs parfums enchanteurs ,
Dès le matin il parcourt ſes prairies',
Et les ruiffeaux qui coupent les vallons :
Là , s'égarant fur leurs rives fleuries ,
Des dons de Flore il fait d'amples moiffons..
Pendant l'été , de folides ouvrages
De tems en tems occupent les loisirs ;;
Ou bien , couché fous de rians ombrages,
Le tendre Amour préside à fes plaifirs ,
Av
ΙΘ MERCURE DE FRANCE.
Et l'amitié, comblant tous fes defits ,
Loin de fon toît écarte les orages.
Lorfque l'automne a mûri les côteaux ,
Et fes vergers rempli¨ſon eſpérance ,
Dans fes celliers il conduit l'abondance ,
Et dans l'hiver il fe livre au repos.
L'art d'être heureux eft le fecret du ſage ;
Jamais , jamais les chagrins & l'ennui
N'ont habité fon paifible hermitage :
Les frimats même ont des attraits pour
L'âpre gelée & les vents intraitables
De la Nature entretiennent ſon coeur :
Les cieux, femés de mondes inombrables ,
Verſent fur lui le calme bienfaiteur .
lui .
De vraisamis , fa compagne , un bon livre ,
Lui font couler d'agréables momens :
Atous les goûts fans remords il fe livre ,
Car la vertu préfide à fes penchans.
La vérité , d'une célelte flamme ,
Vient embrafer & guider fon efprit :
Ce feu divin pénètre dans fon ame ,
La porte au bien , l'éclaire & l'agrandit.
Dans fes travaux , tout lui plaît , l'intéreffe ;
Il fent l'amour & connoît l'amitié ;
Les foins touchans des fruits de fa tendreffe ,
Et les baifers de fa digne moitié ,
Plongent fes fens dans la plus douce ivreffe.
AOUST . 1777 .
11
Il eft auffi l'ami de fes enfans :
Lorfqu'il fe mêle à leurs jeux innocens ,
Il les inftruit , & fon expérience ,
Vers la vertu guide leurs pas nailfans.
Les jours de fete , il excite à la danſe ,
Et de la troupe il anime les chants .
Son humeur , douce & vive fans folie ,
A tout le monde inſpire la gaieté :
Le vrai bonheur & la philofophie
N'affectent point le dehors emprunté
Du pédantiſme & de l'afféterie.
Heureux état ! jours brillans & fereins !
Jamais , hélas ! de coupables humains
De vos douceurs n'ont bien connu les charmes !
Ainfi jadis , fans trouble & fans alarmes ,
De l'homme heureux s'écouloient les deftins ,
Quand l'Eternel , defcendant de fon trône ,
Abandonnoit l'éclat qui l'environne ,
Pour embellir l'ouvrage de ſes mains.
Tout eft marqué du fceau de ta puiffance:
Daigne , ô Nature ! à mon oeil fcrutateur ,
De tes fecrets livrer la connoiffance ,
Et m'élever à ton fublime Auteur.
Pour mesurer & fixer l'atmosphère ,
Tranfporte-moi jufqu'au plus haut des cieux :
Sans fe heurter , parcourant leur carrière ,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Sur l'horifon des globes radieux
Verfent l'éclat de leur douce lumière.
Dévoile-moi leurs loix , leurs mouvemens ;
Ouvre à mes yeux le redoutable abyſme ;
Découvre-moi la ftructure fublime
De ces caveaux ténébreux & bruïans ,
Dont les fommets des monts forment la cîme ..
Daigne éclairer mon efprit curieux ,
Et dans mon fein fais luire une étincelle
Du feu facré que difpenfent les Dieux' :.
Le tems qui fuit & qui fe renouvelle ,,
N'épuife point ce flambeau précieux.
Que dis je , hélas ! fi mes forces trop vaines ,
Mettoient mon zèle & ma verve en défaut ,
Et fi mon fang, pareffeux dans mes veines ,,
Me défendoit de prendre un vol fi haut ,
Souffre du moins , s'il faut vivre fans gloire ,
Que je me livre aux charmes du repos ;,
Et , qu'ignoré des Filles de Mémoire ,
Je goûte en paix le fruit de mes travaux :.
Que contre moi l'infatigable envie.
Diftille en vain fes funeftes poifons ,
Et qu'au milieu du tribut des faifons ,
L'amitié veille au bonheur de ma vie !!
Par M. Willemain d'Abancourt..
Á O
UST.
1777. 1.3
LA BEAUT É .
Imitation libre d'une Ode d'Anacréon..
LA Nature a donné des cornes au taureau ,
Au lion des dents redoutables ,
Un bois au cerf, des ailes à l'oifeau ,,
Au cou fier belliqueux des pieds infatigables ;
L'homme eut tous ces talers dont la fociété
Tire de jour en jour un nouvel avantage :
Il ne refta que la beauté ;
Le fexe , en l'obtenant , obtint tout en partage..
Par le même.
DISCOURS de Pluton à Proferpine ;
Imitation du Ife Livre de l'Enlèvement
de Proferpine , Poëme Latin de Clau
dien ..
PROSERPINE , chaffez ce chagrin qui vous
ronge
Et ces vaines frayeurs ou votre ame fe plonge.
Un feeptrevous flattoit, j'en poſsède un plus beauty.
14 MERCURE DE FRANCE.
Daignez d'un digne hymen allumer le flambeau ;
C'eft le pur fang des Dieux qui coule dant mes
veines ;
D'un des fils de Saturne , ah ! foulagez les peines :
N'ayez aucuns regrets de la clarté des cieux ,
Bientôt un jour plus pur va briller à vos yeux.
Mon Empire n'eft pas un féjour ſi ſauvage ,
L'on y voit des Beautés à moi feul en partage ;
Des globes lumineux y promènent leur cours,
Et l'Elyfée enfin offre les plus beaux jours .
De cet heureux aſyle ignorez vous les charmes ?
Ç'eft le féjour des ris & non celui des larmes :
Sous un ciel fans nuage , un peuple de Héros
Y jouit du doux prix de fes nobles travaux.
Dans ces champs fortunés , oui , l'âge d'or préfide ;
Sur la terre il parut ; là , toujours il réfide.
Vous pourrez y fouler encor des gazons verds ,
Qu'un printems éternel garantit des hivers.
Les zéphirs les plus doux , la plus riante aurore ,
Y font naître des fleurs que l'Henna voit éclore...
Vous pleurez... Oui,des fleurs, plus belles mille fois
Que celles qu'en Henna moiffonnoient vos beaux
doigts .
Cet arbre précieux , dont la riche verdure
Cache les meilleurs dons qu'ait produits laNature,
Cet arbre & fes rameaux , courbés par des fruits
d'or ,
Yous feront confacrés ; c'eft à vous ce tréfor
AOUST. 1777.
Poffédez ces préfens du plus heureux automne ,
Et fongez que c'eft moi , du moins , qui vous les
donne .
Mais ce n'eft rien encor , & tous les animaux ,
Qui planent dans les airs ou nagent dans les flots ,
Qui franchiffent les monts ou parcourent les
plaines ,
Tous , depuis l'humble ver juſqu'aux vaſtes baleines
,
A la lune foumis reconnoîtront vos loix ;
De votre époux enfin vous aurez tous les droits.
Vous verrez devant vous paroître les Monarques ,
De leurs titres paſſés n'ayant aucunes marques ,
Confondus dans la foule & preffés fans refpect ,
Par ce même indigent que glaçoit leur afpect.
Le trépas n'admet plus aucunes différences ;
Ou , s'il en eft encor , c'eft dans les confciences.
Récompenfez les bons , condamnez les méchans ;
Pour connoître leur crime ordonnez des tourmens;
Que les ombres par vous ,, triftes ou fortunées ,
Puiffent dans vos yeux feuls lire leurs deſtinées.
Oui , je vous foumets tout , les Parques , le Léthé :
Que le fort pour arrêt ait votre volonté.
Par M. le Méteyer.
16 MERCURE DE FRANCE.
ÉPITRE à M. l'Abbé DE B...
DANS la retraite profonde
Ou vous vivez retiré ,
Je vous croyois mort au monde
Où vous étiez adoré.
و
Hélas ! difois - je en moi- même ,,
Ce charmant Abbé que j'aime ,
Trop convaincu du néant
Des objets que le vulgaire
Imbécillement révère ,
A brifé le joug pefant
Qui l'attachoit à la terre,
Et va dans un Séminaire
Plaindre & braver nos erreurs.
L'amitié verfoit des pleurs ::
Mais votre lettre charmante
A diffipé fes terreurs ,
Et l'efpérance mourante
Renaît du fein des douleurs.-
Jamais le divin Socrate ,
Ni fon écolier Platon ,
Ne donnèrent meilleur ton ,
Tournure plus délicate , ›
A l'inftructive leçon
A O UST. 17
1777 .
Qui nous corrige & nous flatte.
Dieu garde tout bon Chrétien
D'un ennuyeux Moraliſte ,
Qui prêchant mal , pour mon bien ,
Difcute , analyſe , infifte ;
L'efprit dort , le coeur refifte ,
Et l'Auteur ne prouve rien.
Mais , d'une image riante ,
Embellir la vérité ,
Sans qu'un éclat emprunté ,
La rendant plus féduifante
En altère la beauté :
>
Inftruire à la fois & plaire,
Ami , voilà le mystère ,
Et vous l'avez pénétré .
Votre élégante miffive
Peint bien l'état de mon coeur.
Je cours après le bonheur ,
Il n'eft point fur cette rive :
Dans fa courfe fugitive ,
Il trace un chemin trompeur,
Où l'efpoir, foible & timide ,
Marche conduit par l'erreur.
Sur les traces de ce guide
Ci.
On s'empreffe avec ardeur ;
On croit l'atteindre... il s'envole
Ne laiffaut que la douleur
Lanit. I
D'une pourfuite frivole,
18 MERCURE DE FRANCE .
Occupez votre loifir
A charmer ma folitude :
Des fruits d'une aimable étude
Faites-moi fouvent jouir.
Tempérez l'humeur fauvage
D'Epictete & de Zénon ,
Par le riant badinage
D'Horace & d'Anacreon .
Que la févère raifon
Pour quelques inftans s'oublie ;
Sans quelques grains de folie
Elle feroit un poiſon.
Par M. Tarteron , Contrôleur Ambulant
des Domaines du Roi.
AGATHE ou le Triomphe de l'Amour.
Anecdote Françoife.
les
AGATHE faifoit l'ornement de la ville
qui l'avoit vue naître . Sa beauté
qualités de fon coeur lui attiroient les
regards & l'estime de tout le monde.
Dieux ! avec quelle modeftie elle les foutenoit
! La candeur brilloit fur fon front.
Point de ces grâces affectées que nos coA
O UST. 1777 : 19
quettes mettent en ufage, qui défigurent la
nature , en voulant la furpaffer. Agathe
n'avoit rien de recherché dans fa parure ;
décente dans toutes fes manières & dans
toutes fes attitudes , elle étoit le modèle
que les mères propofoient à leurs filles .
Agathe ne cherchoit que la compagnie des
perfonnes dans la converfation defquelles
elle pût s'inftruire ; elle ne préféroit
jamais des propos frivoles à un entretien
férieux ; ennemie des tête- à- tête ,
oùr , dans l'embrafure d'une croifée
deux jeunes perfonnes fe font des confidences
minutieufes . Enfin , fuyant la
médiſance & les médifantes , Agathe étoit
le fujet de tous les éloges , & forçoit fes
compagnes à laiffer éclater à travers le
voile de la jaloufie , l'hommage que fes
vertus avoient le pouvoir d'exiger même
des coeurs les plus indifférens.
>
Agathe entroit dans fa dix - huitième
année. Plufieurs partis confidérables fe
mirent fur les rangs , & difputèrent la
poffeffion de cette aimable perfonne.
Sa fortune n'étoit pas grande ; elle avoit
reçu une folide éducation , c'étoit fa plus
riche dot. Son père ayant fait des pertes
exceffives , par des banqueroutes multipliées
qu'il avoit effuyées , s'étoit vu
20 MERCURE DE FRANCE .
dans la trifte néceffité de folliciter un'
emploi dans les fermes . Agathe plaifoit ,
& plaifoit fans bien; c'étoit en avoir beaucoup
de la pofféder .
De tous fes adorateurs , un jeune
Rouannois avoit eu la préférence . Agathe
n'avoit pu être ры fenfible aux qualités
de Profper , qui , à une douceur parfaite
de caractère , à une figure agréable , à
une taille avantageufe , joignoit encore
l'efprit & une fortune honnête. Les articles
du mariage étoient fur le point
d'être arrêtés . Profper touchoit au moment
de fon bonheur....... Un jeune
Seigneur arrive , voit Agathe , eft épris
de fes charmes , & veut l'épouſer . Il vole
chez Doman qu'il trouve affis entre fa
fille & fon amant. L'afpect de ce dernier ,
qui tenoit une des mains d'Agathe , &
la ferroit tendrement dans la fienne
irrite la paffion du Marquis ; il ne voit
dans Profper qu'un odieux rival . Né d'un
fang illuftre , il croit que tout doit plier
devantlui . Cependant il cache fon dépit ;
il fe compofe un vifage tranquille ; il
falue refpectueufement Agathe & fon
père, auquel il demande un entretien fecret.
Doman paffe dans un appartement
voifin avec le Marquis , jaloux de laiffer
A OUST 1777. 2 I
:
Profper feul avec l'objet de fes defirs .
Le Marquis débute par faire à Doman
le récit de fes ayeux, de fa fortune , de fon
crédit ; il finit par peindre l'amour qu'il a
pour Agathe, & l'envie qu'il a de la rendre
heureufe. Doman ébloui demande du
temps pour réfléchir . Il avoue au Marquis
que le jeune homme qu'il a vu dans la
chambre précédente , doit époufer fa
fille dans huit jours , que les articles
font dreffés & qu'ils doivent être
arrêtés le foir même . Le Marquis foupire
, preffe , conjure & fe retire.
>
Doman annonce à Profper , que le Seigneur
qui fort eft amoureux de fa fille , &
qu'il a demandé fa main. La foudre feroit
tombée aux pieds de Profper , qu'il n'auroit
pas été faifi d'une telle frayeur. Le
difcours de Doman le priva de l'ufage de
fes fens ; revenu à lui , il fixa des yeux
remplis d'amour, de crainte & d'efpoir fur
la fenfible Agathe , Il efpéroit que fa bouche
s'ouvriroit pour le raffurer : elle ne répondit
rien. Ce filence acheva d'accabler
Profper , qui raffembla fes forces , & dit
à Doman : « Monfieur , fatisfaites votre
» ambition : le Marquis jouit d'une for-
» tune immenfe , & je n'ai qu'un coeur.
Faffe le ciel qu'Agathe foit auffi heu22
MERCURE DE FRANCE.
» reuſe qu'elle mérite de l'être » . Agathe
nè tenir à ces mots ; fes beaux yeux
put
fe remplirent de larmes , & Profper eut
dans fon malheur , la confolation de voir
que fon amante n'étoit pas infenfible à
fes peines.
Doman , feul avec fa fille , lui fit part
des propofitions du Marquis , & lui demanda
fi elle l'épouferoit volontiers.
» Un père , dit Agathe , eft l'organe dont
» le ciel fe fert pour nous faire connoî-
» tre fes volontés ; y réfifter , c'est trou-
» bler l'ordre de la Providence . Vous
» m'aimez , il me fuffit : vous aurez foin
>> de mon bonheur ». Doman furpris ,
interdit : Eh ! ma fille , que deviendra
Profper ? « Je l'aimois , il eft vrai ,
» vous me l'aviez permis....... Vous n'y
confentez plus .... Il n'a plus droit qu'à
» mon eftime : ne foyez point inquiet de
» fon fort ; qui ne connoît fes vertus ?
Faffe le ciel qu'il trouve une femme
digne de lui. Avez-vous fait attention ,
» mon père , aux dernières paroles qu'il
» a proférées en fortant : le Marquis eft
riche , &je n'ai qu'un coeur. Hélas ! quel-
» les vertus ne décorent pas ce coeur pur ,
» ce coeur tendre que je poffédois & que
je polléde peut-être encore ! où eft le
""
»
AO US T. 1777 . 23
"
jeune homme dont la conduite foit
» auffi irréprochable ?.... Que dis - je ?.
» Je m'égare ! ... Ah ! mon père , par-
» donnez , c'eſt le dernier cri de l'amour
» aux abois. Le Marquis a des richef-
» fes.... mais , font-elles le bonheur?
Doman touché du difcours de fa fille ,
alla lui-même remercier le Marquis , ramena
Profper aux pieds d'Agathe , qu'il
ne quitta que pour aller à l'Autel , ratifier
des fermens que ces deux coeurs ne
défavoueront jamais.
Par M. l'Ange fils , à Mortagne , au
Perche .
VERS
A M. le Comte DE FALCKENSTEIN ,
à fon paffage à Touloufe.
Vous prétendez envain prolonger notre erreur;
Tout décèle un fecret dont vous n'êtes plus maître .
Ce modefte appareil nous cache l'Empereur ,
Mais vos bienfaits le font connaître.
$24
MERCURE DE FRANCE.
CONTE imité du Latin de la Monnoye .
UN fameux Pape un jour permit aux Allemands,
Qui l'avoient bien fervi dans plus d'une entreprife,
De choifir dans les dons que peut faire l'Eglife ;
" Il ne s'attendoit pas qu'ils feroient fi gourmands.
Saint Martin eft pour eux le Saint le plus illuftre ;
Et voulant à la fête ajouter plus de luftré ,
Ils demandent qu'en gras le jour foit célébré ,
Quand même à l'abftinence il feroit confacré.
L'embarras du Saint Père eft facile à comprendre:
Refufer , c'eſt d'un Peuple irriter les efprits ; -
Accorder , des Dévots c'eſt exciter les cris ;
Entre ces deux écueils quel chemin peut-il prendre ?
Dans la perplexité l'efprit fe montre à fond ;
Le Pontife étoit fin , c'étoit Jules Second ;
Il appointe en ces mots l'importune requête :
Permis de manger gras; mais fans boire de vin .
La claufe aux Supplians parut fi malhonnête ,
Que chacun , en jurant , promit à Saint Martin
De ne jamais chommer fi fottement ſa fête.
A
A O UST. 1777.´ 25
A DAPHNÉ.
Idylle imitée de Gefner, Poëte Allemand.
A LA VERTU j'ai confacré ma lyre ,
Et non à célébrer ces farouches Guerriers ,
Que toujours la fureur infpire ,
Et qui portent la mort dans le fein d'un Empire
Pour moiffonner de ftériles lauriers.
Le bruit flatteur d'une onde pure
M'attire fur les bords rians ,
Et ma Mufe , à fon doux murmure ,
Joint fouvent fes tendres accens.
Tantôt , me repofant à l'ombre ,
J'aime à fuivre de l'oeil le courant des ruiffeaux ,
Et tantôt m'égarant dans un dédale fombre ,
Pour toi , belle Daphné , je fais des vers nouveaux.
Pour toi , Daphné , car ton ame innocente
Elt toujours ferine & riante
Comme les jours d'un beau printems ,
C'eft pour toi que ma Mufe chante ,
Daigne fourire à fes accens.
Autour de ta taille légère ,
En boucles d'or voltigent tes cheveux ,
B
26 MERCURE DE FRANCE .
Sur ton beau fein les plaifirs & les jeux
Fixent leur heureux fanctuaire ,
Et ta gaieté , qu'aucun chagrin n'altère ,
Anime l'éclat de res yeux.
Depuis ce jour où ta bouche vermeille ,
Belle Daphné , m'appela ton Amant ,
Où ceje t'aime , mot charmant,
Vint retentir à mon oreille ;
Un doux tranfport vient toujours me faifir ,
Comme un inftaut s'écoulent mes années,
Et je ne vois dans l'avenir
Que d'agréables deſtinées
Et qu'une fource de plaifir.
Puiffent ces chanſons naïves ,
Que ma Mufe a ſi ſouvent
Entendu répéter aux Bergères craintives ,
T'amufer , te plaire un moment.
Tantôt elle parcourt un berceau folitaire ,
Que le feul roffignol trouble par fes accens ,
Et fouvent elle joint la douceur de fes chants
A ceux d'une Nymphe légère ,
Qui , fur la couche de fougère ,
Réveille les échos affoupis dans les champs.
Souvent l'Amour , au bord d'une onde
pure ,
La furprend à chanter , à bénir fes faveurs ;
Il entrelace alors fa chevelure
De jafmin , de myrthe & de fleurs .
Pour mes vers, ô Daphné ! je ne veux d'autre gloire
AOUST. 1777. 27
Que d'être affis à tes côtés ,
Et que de voir , fur les miens arrêtés ,
Tes yeux m'annoncer ma victoire.
Par M. l'Abbé Aillaud , de Montauban ,
Abonné au Mercure.
VERS préſentés à MONSIEUR , à fon
entrée en Provence.
LE voilà cebeau ciel que l'on peint fans nuage ,
Ces plaines , ces côteaux , couronnés d'orangers ,
Cet éternel printems , ce peuple de Bergers ,
Aux fons du tambourin folâtrant fous l'ombrage !
D'un regard bienfaisant parcourez ce rivage ;
Ces lieux , jeune Héros , qu'on dit fi fortunés ,
Ne reffemblent à cette image
Qu'au moment que vous y venéz ,
Mais la peinture fabuleufe
De ces bois parfumés , de ce féjour charmant ,
Où tout tient du défire & de l'enchantement ,
Vous a peint la Provence encor moins heureufe
Qu'elle ne l'eft en vous voyant.
Par M. d'Hermite Maillanne.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
LES ADIEUX A VALENCIENNES,
O
Tantùm alias inter caput extulit urbes ,
Quantùm lenta folent inter viburna cupreffi ,
VIRG. Egl . I.
RIVES de l'Escaut ! ô campagnes fertiles,
Que Cérès enrichit de fes préfens utiles !
Agréable vallon , délices du printems ,
A l'oifeau de Vénus ' confacré de tout tems !
Du cygne radieux la demeure ancienne ,
Toi que j'aimai toujours , ô doux nom ! Valencienne
!
Si tu veux , malgré moi , difparoître à mes yeux ,
Que ma Mufe du moins te faſſe ſes adieux,
De fuperbes remparts , des portes redoutables ,
Semblent te mettre au rang des Villes imprenables >
Défendus par tes tours , gardés par des Héros ,
Tes Citoyens heureux demeurent en repos.
1 Valenciennes étoit autrefois la vallée des cygnes :
il est probable que c'eft - là l'étymologie de fon nom .
On voit encore de ces beaux oifeaux dans les foffés de
la Ville . Les armes de cette Capitale du Hainault François
, ont pour fupports deux cygnes .
!
•
AOUST. 1777. 29
Un Monarque jadis chez toi , par préférence ,
1
Vint tenir des Etats la noble conférence :
Sur un Trône éclatant , des Grands environné ,
Son front , d'un diadême y parut couronné.
C'eſt par cette faveur & ce choix honorable ,
Que le fceptre François te fera vénérable ;
S'agit-il de montrer ton zèle généreux ?
Pour toi rien n'eft pénible & rien n'eſt onéreux.
2
De Louis triomphant ² le monument illuſtre ,
A ta gloire immortelle ajoute un nouveau luftre :
Admirez , Citoyens ; c'eft le meilleur des Rois ,
Qui dicte à fes enfans les plus aimables loix.
Tes Temples embellis ³ , ornés par la décence ,
Sont de ta piété le gage & l'aſſurance.
O que j'aime à te voir en ce jour folennel ,
¹ L'Aſſemblée des Etats du Royaume , tenue à Valenciennes
fous Clovis III , l'an 69 3. Hift . de France ,
Velly, Tome I.
2 La ftatue de Louis XV , érigée fur la Place , comble
de gloire les généreux Habitans de cette Ville . C'eſt
l'éloge de leurs fentimens patriotiques , & de leur atta-,
chement inviolable pour l'augufte Maiſon qui règne
fur la France.
3 On vient de faire à plufieurs Eglifes des réparations
& des embelliffemens confidérables.
B iij
30
MERCURE DE FRANCE.
Que ta religion confacre à l'Eternel ,
Cù fur des chars pompeux ta brillante jeuneſſe
Annonce par les chants la plus vive alegreffe ;
Et promenant au lo n fon triomphe flatteur ,
Charme par les attraits les yeux du fpectateur !
Ce don délicieux , ce fublime avantage ,
La beauté fut toujou: s ton élégant partage.
Que ne puis je en mes vers vous chanter dignement
,
Nymphes , de ces beaux lieux la gloire & l'ornement
!
Oui , fans rien emprunter d'une vaine parure ,
Vous devez l'art de plaire aux mains de la nature :
Les ris font vos atours , la candeur fuit vos pas ,
Et rehauffe l'éclat de vos divins appas.
Ton Peuple me ravit... Doux , affable , fincère ,
Senfible , complaifant... quel heureux caractère !
Iris , par fon efprit & fa naïveté ,
Répand mille agrémens fur la fociété.
Selon une tradition du Pays , la Ville de Valenciennes
fut préfervée de la pefte par une protection
marquée de la Sainte - Vierge , l'an 1008. Pour reconnoître
ce bienfait fignalé , on fait tous les ans une proceffion
folennelle , le 8 de Septembre,
3 Madame *** .
A O UST.
1777. 31
I
Voyez-vous fous ce toît briller la politeſſe ,
Les graces , la douceur & la délicatelle ?
Hylas 2 , l'aimable Hylas , honnête & careffant ,
Eft de tous les humains le plus intéreſſant ;
A la loi de fon Dieu s'il veut être fidèle , ..
Des moeurs de l'âge d'or il fera le modèle.
Qui ne connoît Cloris 3 , fes vertus , fa bonté ?
Dorilas eft charmant , tant il a de gaieté.
Fortunés Habitans d'un féjour admirable ,
Jouiffez d'un bonheur & folide & durable :
Favorifés du ciel , au comble de vos voeux ,
Puiffiez-vous dans la paix vivre toujours heureux !
Enchanté du plaifir d'avoir pu vous connaître ,
Je pars & vais revoir les champs qui m'ont vu
naître.
Adieu , chère Valencienne ; ô tendre fouvenir !
Sans ceffe à mon efprit puiffes tu revenit!
' La Famille de M ***.
* M. ***.
3 Madame ***.•
4 M. le Baron de ***.
Par M. Cuquemelle de Gonffin.
1
Biv
3.2. MERCURE DE FRANCE.
ÉPITRE A LUBIN.
LUBIN , votre aimable Maîtreffe
N'eftpas faite pour les refus ;
Mais , tout franc , votre gentilleffe
N'eft pas ce que j'aime le plus.
Comment veut- elle que je chante
Un objet dont je fuis jaloux ?
Pour tout le monde elle eſt charmante ,
Elle n'eft tendre que pour vous.
Vousavez la taille mignonne ,
Le poil auffi blanc que du lait ;
Minois fin , petit nez bien fait,
Et des yeux comme une perfonne ;
Daus vos manières vous montréz
Tant , tant d'efprit que c'eft merveille ;
Et même on fe dit à l'oreille
Qu'un beau matin vous parlerez ,
Dieu fait tout ce que vous direz !
Mais est- il une de vos graces
Dont la fenfible P...
Par les éloges chaque jour
N'exalte jufqu'aux moindres traces ?
Tous les petits noms vont leur train.
N'êtes-vous pas le beau Lubin ,
A O UST. 1777. 33
Le Roi des Indes , l'Amour même ?
Que fais- je encore ? ... Mon lapin ,
Mon petit homme , toi que j'aime ?
Et cætera , & cætera ,
Et des baifers fur tout cela.
Eft- il plaifant de voir fans ceſſe
Prodiguer pour un petit chien ,
Ces doux bailers dont la tendreffe
chrétien ? Charmeroit un pauvre
Lubin , tu vois que la rancune
M'avoit un peu donné d'humeur ;
Mais j'ai vu ton bon petit coeur;
Tu m'as léché vingt fois • pourune
Tandis qu'on grondoit
ton Rimeur.
Va , je pardonne
à ta fortune ,
Tu n'es pas fier dans la faveur.
Puiffé-je un jour à mon adreffe
Devoir un fort pareil au tien !
Je ne demande
à ta Maîtreffe
Que de me traiter comme un chien.
Par M. de J...
P
1
Nota. M. de J... eft l'Auteur de la Pièce fur
le Wisch, & du Conte de l'Epagneul.
Bv
34
MERCURE
DE FRANCE .
14
LES AMOURS DE LYCIDAS ET DE MÉLIZE.
Conte Anacréontique.
SUR les bords folitaires du tranquille
Euphrate , eft un vallon paifible , entouré
de tous côtés , de montagnes inacceffibles
; c'eſt- là que des habitans fortunés ,
jouiffent depuis plufieurs fiècles , de tous
les avantages de l'âge d'or. Contens chacun
de l'héritage de leurs ancêtres , ils
ont fçu bannir de leurs retraites la cruelle
ambition & tous les maux qui marchent
à fa fuite une paix éternelle règne
parmi eux ; & comme ils fe paffent facilement
du refte des hommes , ils fe
confolent aifément de n'en être pas connus.
L'heureufe abondance régna de tout
temps chez eux , & les comble encore
de fes faveurs. Ne connoiffant que les
paffions douces , comme l'amitié fraternelle
, l'amour de la Patrie , l'attachement
inviolable à leurs femmes & à
leurs enfans , un amour tendre qui les
unit avant les liens facrés de l'hymen ;
ils coulent dans des plaifirs innocens
des jours longs & heureux.
›
A OUS г. 1777. 35
C'eſt dans cette aimable folitude , où
deux amans fortunés jouiffoient de tout
le bonheur de s'aimer , & attendoient
l'heureux inftant où leurs parens , qui
éprouvoient leur conftance , voudroient
les unir par des liens éternels . Ils étoient
tous les deux du même âge , une même
humeur , un même caractère ; des inclinations
femblables les avoient unis depuis
leur berceau ; le jeune amant s'appeloit
Lycidas , & avoit reçu de la nature tous
les avantages de fon fexe : une taille majeftueufe
, un regard ferain & gracieux ,
une aimable candeur peinte dans fes yeux;
une vigueur & un courage mâle ; des
moeurs douces , ornées d'une politeffe
ruftique. Pour Mélize ( c'étoit le nom de
la jeune amante ) , elle réuniffoit en ſa
perfonne tous les agrémens des autres
Bergères ; des yeux noirs & bien fendus ;
une petite bouche ; des joues colorées ;
un air vif , mais modefte ; des manières
enjouées , mais fimples ; en un mot ,
faits l'un pour l'autre , ils poffédoient
tout ce qui peut attacher deux coeurs pour
toujours . Ils gardoient tous les jours leurs
troupeaux fur le bord du fleuve tranfparent.
Là , Lycidas affis au pied d'un chêne
àcôté de la belle Milize , accompagnoit
B VI
36 MERCURE DE FRANCE .
,
de fa lyre champêtre , cette jeune Bergère
qui chantoit tantôt les charmes
de la vertu tantôt la douceur de
leur amour , tantôt le retour du Printemps
& la beauté de la campagne couverte
de fleurs ; tant que Mélife chantoit ,
fon amant hors de lui- même , ne tiroit
pas fes yeux de deffus fa bouche : chaque
mouvement de fes lèvres caufoit une
nouvelle agitation à fon coeur : il refpiroit
à peine ; quelquefois même fe laiffant
emporter à la violence de fon amour ,
il quittoit fa lyre ; & , ferrant entre fes
bras fon amante qu'il adore , il étoit prêt
à laiffer fon ame fur des lèvres qui peignent
fi bien tout ce qu'il fent : Mélize
couverte d'une noble rougeur , recevoit
fes careffes , lui fourioit tendrement , &
lui juroit de l'aimer toujours ; puis le débarraffant
d'entre fes bras , elle lui redonnoit
fa lyre & elle continuoit à chanter.
Ils paffoient ainfi les journées entières ;
& le foleil qui étoit témoin en naiſlant ,
de leurs premiers tranfports , éclairoit à
peine de fes rayons affoiblis leur retraite
au hameau.
L'heureux jour arriva enfin , où les
Pères des deux jeunes amans voulurent
couronner leur flamme conftante . A la
pointe d'un beau jour du Printems , les
A O UST. 1777. 37
oifeaux commençoientà faluer de leur tendre
ramage l'Auteur de la nature ; la
campagne encore humide , couverte de
fleurs & de gazon , rendoit un éclat qui
enchantoit les yeux ; lorfque Licidas &
Mélife fe tenant par la main , fortirent
du hameau couronnés de fleurs . On auroit
pris Licidas pour le Dieu Pan , &
Mélife pour Diane ; ils étoient fuivis
d'une troupe de jeunes Bergers & de
jeunes Bergères qui chantoient en choeur
les douceurs de l'hymenée & les charmes
d'un amour conftant , qui alloit être récompenfé
; enfuite venoient tous les parens
des deux jeunes amans.
On arrive dans une vafte prairie , ombragée
de peupliers fort élevés ; ils étoient
arrofés par un nombre de petits canaux ,
dont l'eau plus claire que le cryftal , couloit
en murmurant fur un fable doré.
Alors le père de Lycidas & celui de Melize
, en habit de cérémonie , égorgent
fur un Autel de gazon qui avoit été dreffé ,
une brebis plus blanche que la neige ; &
prenant enfuite une guirlande de feurs ,
ils en entourent les deux jeunes époux
qui tenoient leurs mains innocentes fur
l'Autel. On fait des libations du fang
de la victime on verfe de grandes
>
38 MERCURE
DE FRANCE.
coupes de vin & de lait fur fes , entrailles
encore palpitantes ; & pendant la céré
monie , les airs ne retentiffoient que du
ramage des oifeaux , mêlés au concert
des flûtes & des hautbois .
Après le facrifice , un repas champêtre
, apprêté fans délicateffe , eft fervi
aux époux & aux convives : on n'y voit
que des viandes ordinaires , des fruits de
la faifon , du lait & d'autres mers ruftiques
; la gaieté règne dans le repas , &
l'appétit en fait le feul affaifonnement .
Le jour le paffe dans des divertiffemens
innocens , & la nuit qui les fépare n'arrive
que pour unir les deux époux par
des liens indiffolubles.
Par M. Attenoux.
Sur le Bufte de M. DE VOLTAIRE.
CE beau marbre , enfant de la terre ,
Eft tiré du facré vallon ;
On en tailla le bufte de Voltaire ,
Et le génie en fit un Apollon .
Par Madame Guibert,
A O UST. 1777. 39
VERS faits à M. le Bailli DE Bar ,
ancien Général des Galères de la Religion
, à fon paffage à Marseille, au
mois de Septembre dernier, pour aller à
Malte.
J'AI deux fois fur ces bords heureux ,
Savouré le bonheur fuprême ,
De retrouver la bonté même
Dans un Héros chéri des Dieux ;
Le tems ne change point une ame
Que le ciel fe plut à former ,
Toujours même vertu l'enflamme ,
Et la vertu fait tout charmer.
J'ai vu ce Seigneur magnanime
Ranger fous fes loix tous les coeurs ,
Et d'une troupe de Vainqueurs ,
Emporter l'amour & l'eftime .
J'ai vu Matelots & Soldats
A l'envi chanter fes louanges ,
Et ces lions dans les combats ,
Dans fa galère être des anges :
Ardent à prévenir les voeux
D'un Héros , fon Dieu tutélaire ,
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
Le Soldat ne fe croit heureux
Qu'autant qu'il eft sûr de lui plaire.
Toujours prêt au premier fignal
A détruire une race impie ,
Il auroit fubjugué l'Afie
Sous les pas d'un tel Général ;
Par-tout où le deftin propice
Offrit à mes yeux ce Guerrier ,
J'ai vu l'honneur & la juftice
Sur fon front ceindre le laurier .
Par M. de Rofemberg.
IMPROMPTU
A une Demoiselle regardant les trois
Grâces de Rubens dans la Galerie du
Luxembourg.
NULLE d'elles ne te reffemble ,
Et de toi cependant chacune a quelque trait ;
Mais , Iris , voici le ſecret :
Il faut les regarder enfemble ,
Toutes les trois font ton portrait.
Par M, G. Defmery.
A OUST. 1777. 41
LE DISCIPLE D'HORACE.
Mecenas atavis edite regibus , &c . ODE I.
MON illuftre Protecteur !
Le fang des Rois qui te donna naiffance ,
D'un vain orgueil n'a point enflé ton coeur ;
Et dans l'augufte bienfaiſance ,
A l'exemple de Dieu plaçant tout ton bonheur ,
Tu daignes m'enhardir dans la liee épineuſe ,
Où chancelant , foible & craintif ,
Je fixe le tems fugitif,
Suivant le noble inftinct d'une ame généreufe ...
Malgré les cris injurieux
De ces hommes impérieux ,
Dont l'injufte & fombre manie
Ne peut fe dérider aux fons de l'harmonie ,
Et de qui le zèle odieux ,
Sous des dehors officieux ,
Blâmant ma poétique audace ,
Voudroient m'éloigner du Parnaffe 3
Comme fi les vers gracieux ,
Qu'en moralifte ingénieux ,
Me dicte le divin Horace ,
Bleffoient l'austérité de l'état que j'embraffe ...
42 MERCURE DE FRANCE.
En dépit de tant d'envieux ,
De tant d'efprits pernicieux ,
Qui , dans leur cabale traîtreffe ,
Sont à me nuire induftrieux ;
De ces Docteurs fentencieux ,
Qui , fe riant de mon ivreffe ,
Me confeillent avec rudefle
De réprimer un goût qu'ils trouvent vicieux ;
De m'interdire fans foibleffe
La poéfie enchantereffe ,
La poésie , ô ciel ! cet objet précieux
De mes tranfports délicieux...
Sourd à cette vaine fageffe
Qui m'infinue avec adreffe ,
Qu'un Profateur harmonieux
Toujours paffe en délicateffe ,
En ornemens judicieux ,
En beaux tours , en traits radieux ,
En préciſion , en juſteſſe ,
Un Poëte mélodieux ...
Bravant de l'ignare pareffe
Tous les difcours faftidieux ,
Dans les courts momens que me laiſſe
Sur les écrits divins un travail férieux ,
Dont l'utilité m'intéreſſe ,
Je cultive avec alégreffe
Mon penchant pour les vers , ce penchant glorieux ,
Charme flatteur de ma tendreiſe ..
A O UST. 43 1777 .
Poëte , fans parler le langage des Dieux ;
Mais , avec plus de hardieffe ,
Philofophe laborieux ,
Prémuni contre la critique ,
Contre la morgue fatirique ,
Et les propos calomnieur...
Contre le ton fcientifique ,
Et le jargon vifigothique
Des Ariftarques billieux ,
Ou des Pédans litigieux..
Contre l'accès milanthropique
De ces foux peftilentieux ,
De qui l'orgueil mélancolique ,
Comme un bien propre revendique
Tous les argumens captieux
Semés dans les écrits d'un Auteur fophiſtique...
Contre la rage frénétique
De cet amas furieux ,
Dont l'organe féditieux
Impitoyablement s'applique
A répandre un venin cauftique
Sur les fages filencieux ...
Contre la fubtile pratique ,
Les refforts , la manoeuvre inique
De ces Amis mystérieux ,
Au coeur perfide , à l'oeil oblique ,
Aux parler doux & fymmétrique ,
44
MERCURE DE FRANCE.
Qui , ferpens artificieux ,
Affectant avec vous une humeur fympathique ,
Dans les replis infidieux
De leur infâme politique ,
Se recourbent cent fois pour vous féduire mieux...
Contre ces coeurs capricieux ,
D'une trempe amphibologique ,
Aujourd'hui de leur flegme enfin victorieux ,
Brûlant d'une flamme emphatique ,
Ardens , empreffés à vos yeux ;
Et demain , d'un froid léthargique ,
D'une indifférence apathique ,
Glacés , farouches , foucieux...
Contre l'emportement cynique ,
Et le sadotage comique
De ces vicillards minutieux ,
A cerveaux creux , à tête fanatique ,
Dont l'efprit , lifant dans les cieux ,
D'une gravité prophétique
Annonce une chûte tragique
A tout génie audacieux
Et noblement ambitieux ,
Que pour la gloire poétique ,
Des beaux coeurs cette idole antique ,
Entraîne un goût victorieux ...
Contre ces jeunes factieux ,
Jaloux d'un fuccès qui les pique ,
A O UST. 1777.
45
Petits élèves fpécieux
De quelque rêveur Platonique ,
Adorateurs religieux
De toute pièce Académique ,
Et fauteurs fuperftitieux
De toute oeuvre problématique ;
Qui , dans un travail méthodique ,
Par des efforts prodigieux ,
Pour renforcer leur veine étique ,
Savent décompofer le moderne & le vieux...
Enfin contre l'avis ftoïque
D'un mortel augufte & pieux ,
De l'amitié modèle unique ,
A qui mon coeur fiducieux *
Sans alarmes fe communique ;
Mais qui toujours contentieux ,
Improuve & traite d'hérétique
Le ton libre & facétieux ,
Que quelquefois en certains lieux
Je demande grace pour ce mot tiré du latin
fiduftus. Il exprime ma penſée , & vient à propos pour
la rime fiducieux . Je ne crois pas que nous ayions de
terme plus propre que celui que je prends la liberté de
hafarder , de plus propre , dis- je , pour fignifier l'inclination
d'un coeur naïfà fe communiquer , à s'épancher ,
J'espère que du moins il fe fauvera dans la foule des
rimes qui ont fa définance.
45 MERCURE
DE FRANCE
.
Prend ma Mufe philofophique...
D'un incomparable Lyrique,
Difciple, amateur ſtudieux ,
Infenfible aux revers , infenfible aux traverſes ,
Loin des fociétés perverses ,
Et des cercles contagieux ,
J'aime à voir avec lui , d'un regard curieux ,
Des volages humains les paffions diverſes .
Les úns ardens pour les lauriers
Que l'on cueille aux Jeux Olympiques,
Ne parlent que de chars , de poudre & de courfiers ;
Et fuyant leurs Dieux domestiques
Devant tout un peuple étonné
De leur audace impétueuſe ,
Ils ne prennent plaifir qu'à la ſcène orgueilleuſe
Que préfente un front couronné..."
Celui-ci bénira fon heureufe exiftence .
Si du Peuple Romain l'agréable inconftance
L'élève au faîte des grandeurs...
Cet autre , peu foigneux d'acquérir des honneurs ,
Treffaille quand il voit que fa grange eft remplie
De tous les bleds que produit la Lybie...
Ici c'eft un mortel qui , du monde ignoré ,
Sous un raftique toît par fes moeurs honoré ,
Se plaît à cultiver les vertus folitaires ,
Se fai: un noble amuſement
D'exercer la vigueur aux travaux falutaires,
1
A O UST .
47 1777.
Et préfère aux écueils d'un perfide élément ,
L'humble héritage de les pères ...
Ce Marchand , dont l'avidité
Sembloit n'aguère prefque éteinte ,
Lorfque l'Océan agi: é
Rempliffoit fon ame de crainte ;
Sauyé de ce péril preffant ,
Et , de retour dans fa patrie ,
S'en arrache auffi - tôt... Eole mugiffant
Ne fouffle plus le trouble en fon ame aguerrie :
L'indigence , dit - il , eft un nom flétriſſant ,
Fuyons-en l'atteinte ennemie ;
Et l'abyfie, & l'écueil , & le flot menaçant,
Où mille fois pâlit le flambeau de la vie ,
Nefont plus qu'un fonge impuillant...
Ailleurs on voit fourire à la nature
Un voluptueux Amateur
De la morale d'Epicure :
Tantôt c'est un jus enchanteur ,
Qu'ilfair couler dans fes brûlante veines ;
Tantôt un doux Commeil vient enchaîner les fens ;
Toujours des illufions vaines
Lui forment des plaifirs fans ceffe renaiſſans...
Plus loia c'eft un Guerrier fauvage ,
Dont le coeur bouillant & fougueux ,
Dans les tranfports tumultueux ,
Refpire les horreurs , la mort & le carnage :
48
MERCURE
DE
FRANCE
. Il s'élance , il vole effréné ,
Tandis que fa mère tremblante ,
De la guerre qui l'épouvante
Détefte le Dieu forcené...
Voyez ce Chaffeur obſtiné ,
Qui , dans fa courſe infatigable ,
Eteint le fouvenir d'une époufe adorable ,
Et pour atteindre un cerf s'imagine être né...
Pour moi , cher Mécène , le lierre
Dont s'embellit le front des efprits floriífans ,
Et qui s'offre à mes yeux au bout de ma carrière ,
Précipite mes pas en des fentiers gliffans :
Il nourrit mes defirs , il enflamme mes fens.
Je me croirois un Dieu , fi ce noble falaire ,"
Couronnant mon deſtin profpère ,
A jamais illuftroit mes timides accens ...
J'aime à fentir la fraîcheur d'un bocage ,
Je me plais à rêver fous un épais ombrage.
J'y jouis quelquefois d'un fpectacle frappant ;
Et m'élève au-deffus du vulgaire rampant ,
Lorqu'Euterpe me donne une veine abondante ,
Et que Polymnie indulgente ,
Interrompant commerce avec les Dieux ,
Vient me dicter des vers harmonieux ...
Mais fi ta fublime critique ,
A la lecture de ces vers ,
M'accorde le doux nom de Poëte Lyrique ;
Soudain
A O UST. 49 1777.
Soudain m'élançant dans les airs
D'une aile légère & rapide ,
Semblable à la Divinité
Que couvre une éclatante égide ,
Je vole avec Horace à l'immortalité...
Par M. L. la V. à Poitiers.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du fecond volume de Juillet.
LE mot de la première Enigme eſt
Terre ; celui de la feconde eft l'Equilibre
; celui de la troisième eft Lunettes.
Le mot du premier Logogryphe eſt
Colombier , où fe trouvent Remi , Colomb
, Rome , rime , Ré ( Ifle) , loi , Loire ,
cor, robe, Riom , or, Brie , mer, Clio , bec,
ombre, miel, rôle , Roi , mire , cil, lice
orme ; celui du fecond eft Mercure, dans
lequel fe trouvent Mercure ( planette ) ,
mercure ( minéral ) , mer , cure , Cure
( bénéfice ) , Cure ( guérifon ) ; celui du
troisième et Soie , où fe trouvent oie ,
Sai, Io.
C
.50 MERCURE
DE FRANCE
.
ENIG ME.
TANDIS
ANDIS que jufqu'aux cieux portant ma tête
altière ,
Je répands , avec art , matrompeufe lumière ,
Un peuple extafié d'ardens admirateurs ,
Me prodigue à l'envi fes éloges flatteurs .
Je fais les obtenir par cent métamorphofes ,
Sous lesquelles , voilé , je préſente les choſes ;
Seul , mais fouple à m'offrir fous mille traits
divers ,
Je charme , je féduis , j'étonne l'Univers .
Que l'homme à s'abuſer trouve donc de délices !
Son efprit , la raiſon , de ma fraude complices ,
Aiment à lui cacher ce qu'ils favent de moi ,
Pour aguerrir fon ame à me voir fans effroi.
Mille fois l'homme a vu le poifon homicide
Que cache le brillant de ma clarté perfide ;
Mille fois à fes yeux les replis de mon coeur
Se font développés dans toute leur noirceur ;
Il fait que mon pouvoir , que tout obftacle irrite,
N'admet dans fes fureurs ni règle , ni limite ,
Et que du bien public , adverfaire immortel ,
Je refpecte auffi peu le Trône que l'Autel ;
M'en admire-t- il moins? non , mes nuifibles charmes
AOUST. 1777.
Le forcent d'oublier mes torts & fes alarmes ;
Tyran de fa raiſon , fon coeur , à qui je plais ,
Voit moins ce que je fuis , que ce que je parois.
Refte donc , ô Morrel ! dans ta folle affurance ,
Vois, puifque tu le veux, d'un oeil de complaiſance,
Le dangereux éclat de mes dehors trompeurs ;
Refpire de mon fein les maligocs vapeurs :
Cet éclat qui te frappe , & que ton oeil dévore ,
Eft prêt à s'éclipfer ; je fens qu'il s'évapore ...
J'expire... & fous tes yeux , périffant avec bruit ,
Je te laiffe confus dans l'horreur de la nuit.
JE
AUTRE.
E fuis chez la Coquette
Un utile ornement ;
Je donne à fa toilette
L'appas le plus galant..
Je me fers d'impoſture
Pour lui gagner un coeur ;
Et mon art féducteur
Supplée à la nature .
C ij
5.2
MERCURE
DE FRANCE .
AUTRE.
NOTRE forteft, Lecteur , aſſez brillant & doux :
Nous fommes de fept fours une troupe chérie :
Souvent nous ne gardons aucun ordre entre nous,
Et notre rang dépend du goût & du génie .
Dans le Palais des Grands , aux Concerts , aux
Spectacles ,
De nos combinaiſons étalant les miracles ,
Autour de nous nous voyons mille Amans ,
Sans de la jaloufie éprouver les tourmens.
Le Sage quelquefois avec nous fe délaffe :
Aux yeux
du Freluquet nous trouvons auffi grace.
L'on goûte en nous mille douceurs ,
Et nous charmons les Connoiffeurs ;
Mais d'autres font de nous métier & marchandiſe .
Enfin ce qui pourra peut-être t'étonner ,
Lecteur, on nous rencontre à coup sûr à l'Eglife ,
Et jafques fur l'autel nous ofons nous placer,
Par M. le G... Vicaire à G...
A O UST. 1777 . 53
JE
LOGO GRYPHE.
E brille dans la nuit , & pâlis au retour
Du père des faifons & de l'aftre du jour.
J'affemble autour de moi , placé fur une table ,
Des esclaves du jeu la troupe redoutable.
Je préfide aux travaux , aux danſes , aux feſtins :
Le méchant , bien ſouvent , mé cache fes deffeins.
De mes huit pieds , Lecteur , la diverſe ſtructure
T'offrira l'ornement de l'humaine nature ;
Ce qui de fang fe teint dans les combats ;
Un mot à nos efprits préfentant mille appas;
Un terrible élément ; du pauvre la livrée ;
Ce qui couvre de deuil la terre épouvantée.
Par le même.
AUTRE.
Sous un attirail féminin ,
De plus d'un fot j'ai fait l'heureux deftin ;
Du mérite fouvent j'ai caufé l'infortune ;
Par moi prefque toujours on obtient la faveur ,
Et rarement mon Maître éprouve le malheur,
Ciij
54
MERCURE DE FRANCE .
Quand ma tournure eft peu commune ;
Vous me direz : C'eſt une erreur.
Ah! j'en conviens de tout mon coeur ;
Mais cet erreur enfin a fait fortune ,
Et durera long-tems , je pourrois l'affurer.
Selon la loi logogryphique ,
Plus clairement il faut que je m'explique ;
Je vais donc me décompoſer :
On trouve en mes fix pieds , fi l'on veut y penfer ,
D'abord un verbe actif qui conferve la vie ;
Ce que l'on eft après la maladie ;
Un fynonyme d'orgueilleux ;
Ce qu'on croyoit , dans le tems des faux Dieux,
Tourmenter une ame flétrie ;
De plus , un mandiant ; une bête à pieds longs ;
Un inftrument de bois plus haut que les maifons
Un vieux mot qui fait qu'on enrage ;
Ce qu'il faut pour faire un procès ;
Lecteur , encor deux tiers de la fin d'un ouvrage ,
Ou ce que tu diras , fi le mien eſt mauvais.
Par M. Gazil fils.
MES
AUTRE.
Es pieds nombreux m'attachent à la terre.
Avec attention fi l'on me confidère ,
A O UST. 1777-
On conviendra que je fuis précieux.
C'est tout-à-fait prodigieux
Comme j'unis l'utile & l'agréable.
Qu'on juge, par ces traits, combien je fuis aimable.
Voilà le beau côté ; mais arrache mon coeur ,
Et fais qu'il devienne ma tête ,
Je m'oppofe aux navigateurs.
A peine il m'apperçoit , il héfite , il s'arrête....
Et ce n'eft pas fans beaucoup de frayeur
Qu'à me paffer , plein d'ardeur , il s'apprête.
Dans cet état , de mon tout fais deux
Et tu verras dans la première
Trois petites cités dignes de tes regards ,
parts ,
Toutes du même nom. Des trois l'une eft frontière
Chez le Peuple Lorrain , jadis fi difcourtois.
Les autres font au pays Champenois.
Dans le plain- chant tu trouve ma dernière ;
C'eſt de mon autre part qu'il s'agit cette fois.
Par M. Vincent , C. de Q.
Civ
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Suite des Epreuves du Sentiment , par
M. Darnaud. Tome quatrième. Anecdote.
Makin. A Paris , chez Delalain ,
Libraire , rue de la Comédie -Françoife.
in-8 ° .
CETTE Anecdote , digne de figurer à
côté de celles qui forment la collection
intéreffante , publiée fous le titre d'Epreuves
du fentiment , eft fondée fur un
fait rapporté dans l'hiftoire des voyages ,
& avec quelques différences , dans le
voyage de Surate par Ovington. Si l'ambition
& l'avidité ont conduit les Européens
fur les mers inconnues des Indes
orientales & occidentales , la première
découverte de l'Ifle de Madère étoit réfervée
à l'amour. Robert Makin , Anglois ,
avoit conçu une très vive paffion pour
Anne Dorfet , qui étoit d'une naiffance fupérieure
à la fienne . Les parens de fa maîtreffe
craignant qu'il ne mît obſtacle aux
projets d'établiſſement qu'ils avoient formés
pour elle , obtinrent un ordre du
A O UST. 1777 . $7
Roi Édouard III , pour le tenir dans une
prifonjufqu'à ce qu'elle fût mariée . Alors
il obtint fa liberté , & courut auffi- tôt
fur les traces de fa maîtreffe , que fon
époux avoit conduite à Briſtol. Il trouva
le moyen de la voir , de la déterminer
-à fuir avec lui . Un vaiffeau dont il s'étoit
affuré , devoit les tranfporter en
France ; le vent leur fut contraire . Dès
le lendemain de leur évafron , ils fe trouvèrent
perdus dans l'Océan , où ils errè
rent pendant plufieurs jours : le quatorzième
, ils découvrirent une Ifie ; Makin
y defcendit avec fon amante & quelques
matelots la beauté du lieu les invita
à s'y repofer ; mais , pendant qu'ils cher
choient à fe remettre des fatigues de, la
mer , un orage s'éleva , arracha le vaiffeau
de deffus les ancres , le jeta fur les côtes
de Maroc , où l'équipage fut mis aux
fers. La difparution du vaiffeau , qui
ôtoit à ceux qui étoient reſtés dans l'Ifle ,
tout efpoir d'en fortir , fit une telle impreffion
fur Anne Dorfet , qu'elle n'y
furvécut pas long- temps ; Makin expira
deux jours après , & demanda à fes com
pagnons de l'enterrer auprès d'elle ; ifs
lui rendirent ce dernier devoir ; & éle
vant un Autel orné d'une croix fur leurs
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
tombeaux , ils y placèrent une infcription
qu'il leur avoit laiffée , & qui contenoit
le récit de fa déplorable aventure
.
C'eft fur ce fond que M. Darnaud a
bâti la nouvelle que nous annonçons ;
il en a fait un Roman rempli d'intérêt
& de Philofophie. Maître de difpofer les
événemens , de les changer , d'y ajouter
il l'a fait avec beaucoup d'art. Anne
Dorfet , qu'il appelle Hélène , élevée
avec Makin , a fenti l'amour preſque en
naiflant. Cette paffion née dès l'enfance ,
dans un coeur fimple & naïf , peu au fait
des convenances de la fociété , s'eft fortifiée
avec le temps , & eft invincible
lorfqu'on fonge à détruire fes liens. Lorfqu'elle
fuit avec fon amant , elle n'eſt
point mariée ; elle lui a donné fon coeur ,
elle a reçu le fien à la face du ciel , pris
à témoin de leurs fermens mutuels ; fa
démarche imprudente excufée par une
paffion exceffive , n'est plus un crime
comme celui d'Anne Dorfet , qui quitte
fon époux pour fuivre fon amant . Ils débarquent
feuls dans l'Ile de Madère , où
les vents & la tempête les ont portés fous
la protection de l'amour. Ils abordent
d'abord dans une caverne qui a fervi de
AOUST. 1777. $9
fépultures. Ce lieu eft le premier afyle
des fugitifs échappés à la tempête. Les
détails qui fuivent font véritablement
attachans. L'Auteur , jufqu'à cette époque
, a peint les orages que les paffions
excitent dans le coeur humain ; leurs combats
contre les préjugés , leur triomphe
contre tous les obftacles : ici , c'eft le
tableau du bonheur qu'elles procurent ,
en rempliffant deux coeurs qui trouvent
en eux tout ce qu'ils ont quitté, & qui ne
s'apperçoivent pas qu'ils font féparés du
refte du monde . Hélène , toujours tendre,
toujours épriſe de Makin , ne laiffe pas de
donner quelquefois des regrets à la nature.
Le fouvenir d'un père & d'une mère ,
qu'elle a abandonnés , l'image de la douleur
dont elle les a accablés , la pourfuivent
& troublent de temps en temps la
félicité qu'elle goûte dans le defert . Une
tempête amène auprès d'elle ce père &
cette mère, qui fe font embarqués pour la
chercher fur de faux indices ; elle joint
fes foins à ceux de fon amant, pour les rappeler
à la vie après leur naufrage ; le bonheur
des deux époux devient parfait, par
l'aveu que le Comte & la Comteffe de
Dorfet donnent à leur union . Cette Colonie
heureufe & augmentée par les nou-
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
?
veaux venus , vit tranquille , & rappelle
l'image du fiècle d'or : L'innocence & la
pureté des moeurs qui y régnoient , difparurent
après l'arrivée des Portugais.
qui , long temps après , découvrirent cet.
heureux féjour, & y portèrent les vices
contagieux de l'Europe .
Diverfités galantes & Littéraires. 2 vol.
in- 1 2.A Londres ,& fe trouvent à Paris ,
chez Dorez , Libraire , rue St Jacques ,
près St. Yves , 1777. Prix , 3 liv . brochés.
"
>
» L'objet qu'on s'eft propofé dans ce
»Recueil , dit l'Éditeur , a été de raffem-
» bler dans un dépôt acceffible & com-
» mode une foule de petites Pièces en
profe ou publiées. féparément en
» feuilles volantes , ou enfevelies dans
» de vieux Journaux , & des collections.
» volumineufes », Ces diverfités ne font
donc autre chofe qu'un recueil de morceaux
déjà imprimés , & parmi lefquels ,
quoiqu'en dife l'Éditeur , il y en a plufeurs
d'affez connus. Au refte , le choix
de cette compilation eft fait avec difcerement
; c'eft , comme on fait , le feul
mérite qu'on puiffe exiger dans les ouvras
›
AOUST. 1777.
ges de ce genre. On y trouve une lettre
de Boileau , en date du 4 Août 1706 ,
qui n'eft pas beaucoup répandue , & qui
nous a paru affez piquante pour mériter
d'être rapportée. Elle eft adreffée à feu
M. le Marquis de Mimeure , au ſujet
de l'élection d'un autre que lui , à l'Académie
Françoife , quoique Defpréaux lui
eût donné fa voix . Le Ĉandidat élu malgré
Boileau , étoit le Marquis de Saint-
Aulaire , connu par le grand âge auquel
il parvint depuis , & par quelques poéfies
agréables ; mais qui ne paroît pas avoir
occupé une place fort avantageufe dans
l'efprit du févère fatyrique.
"
" Ce n'eft point , Monfieur , un faux
bruit , c'eſt une vérité très- conſtante ,
que dans la dernière affemblée qui fe
tint au Louvre , pour l'élection d'un
» Académicien , je vous donnai ma voix ;
» & je vous la donnai avec d'autant plus
» deraifon , que vous ne l'aviez point briguée
, & que c'étoit votre feul mérite
qui m'avoit engagé dans vos intérêts.
» Je n'étois pas pourtant le premier à qui
la penfée de vous élire étoit venue ; &
» il y avoit un bon nombre d'Académiciens
qui me paroiffoient dans la même
difpofition que moi. Mais je fus fost
"
»
22
62 MERCURE DE FRANCE .
»
❤
"
و د
"
furpris , en arrivant dans l'affemblée ,
» de les trouver tous changés en faveur
» d'un M. de Saint- Aulaire , homme ,
» difoit-on , de fort grande réputation ;
» mais dont le nom pourtant , avant cette
» affaire , n'étoit pas venu jufqu'à moi .
Je leur témoignai mon étonnement
avecaffez d'amertume ; mais ils me firent
» entendre , d'un air affez pitoyable
qu'ils étoient liés. Comme la brigue
» de M. de Saint - Aulaire n'étoit pas
» médiocre , plufieurs gens de confé-
» quence m'avoient écrit en faveur de
» cet Afpirant à la dignité académique ;
» mais par malheur pour lui , dans l'in-
» tention de me faire mieux concevoir
» fon mérite on m'avoit envoyé un
poëme de fa façon , très - mal verfifié ,
où , en termes affez confus , il conjure
» la volupté de venir prendre foin de lui
» dans fa vieilleffe , & de réchauffer les
» reftes glacés de fa concupifcence : voilà
» en effet le but où il tend dans ce beau
» Poëme. Quelque bien qu'on m'eût dit
» de lui , j'avoue que je ne pus m'empêcher
d'entrer dans une vraie colère
» contre fon ouvrage . Je le portai à l'A-
" cadémie , où je le laiffai lire à qui voulut
; & quelqu'un s'étant mis en devoir
ود
ود
19
»
>
A O UST. 1777. 63 ་
و د
"
»
» de le défendre , je jouaile vrai perſon-
» nage du Mifantrope dans Molière , ou
plutôt j'y jouai mon propre perfon-
» nage , le chagrin de ce Mifantrope
» contre les méchans vers ayant été
» comme Molière me l'a confeffé plu-
» fieurs fois lui- même , copié fur mon
» modèle. Enfuite on procéda à l'élec-
» tion par billets ; & bien que je fuſſe le
» feul qui écrivit votre nom dans mon
» billet , je pus dire que je fus le feul
qui ne parut point honteux & déconcerté.
Voilà , Monfieur , au vrai , toute
» l'hiſtoire de ce qui s'eft paffé à votre
» occafion à l'Académie. Je ne vous en
fais pas un plus grand détail , parce
» que M. le Verrier m'a dit qu'il vous
» en avoit déjà écrit fort au long. Tout
» ceque je puis dire , c'eft que dans tout
» ce que j'ai fait , je n'ai fongé qu'à
» procurer l'avantage de la Compagnie ,
» & rendre juſtice au mérite. Cependant,
» je vois que par-là , je me fuis fait une
» fort grande affaire , non - feulement
» avec M. de Saint Aulaire , mais avec
» vous , & que je fuis plutôt l'objet de
» vos reproches , que de vos remercimens.
» Vous vous plaignez fur-tout , du has
fard où je vous expofois , en vous nom-
» mant Académicien , à faire une mau
»
14
MERCURE
DE FRANCE
.
»
و د
39
vaife harangue . Je fuis perfuadé que
vous ne la pouviez faire que fort bonne ;
mais quand même elle auroit été mau-
» vaife, n'aviez-vous pas un nombre infi-
» ni d'illuftres exemples pour vous confaler;
& eft- ce la première méchante affai-
» re dont vous feriez forti glorieufement?
» Vous dites qu'en vous , j'ai prétendu
» donner un brêteur à l'Académie . Oui ,
» fans doute , mais un brêteur à la ma-
» nière de Céfar & d'Alexandre. Hé quoi !
» avez -vous oublié que le bon homme
» Horace avoit été Colonel d'une légion ,
& n'étoit pas revenu , comme vous ,
d'une très-grande défaite ? Cum fracta
virtus , & minaces turpe folum tetigere
mento. Cependant , dans quelle Aca-
» démie n'auroit- il point été reçu , fuppofé
qu'il n'eût point eu pour concur-
» rent M. de Saint- Aulaire ? Enfin
» Monfieur , vous me faites concevoir
» que je vous ai , en quelque forte, compromis
par trop de zèle , puifque vous
n'avez eu pour vous que a feule
» voix. Mais j'ofe ici faire le fanfaron ,
prétendez- vous que ma feule voix , non
briguée , ne vaille pas vingt voix mendiées
baffement ? Et , de quel droit
prétendez-vous qu'il ne foit pas permis
و د
"
"
99
A O UST. 1777. 65
» à un Cenfeur , foit à droit , foit à tort ,
» inftallé depuis long temps fur le Par-
» naffe , comme moi , de rendre , fans
» votre congé , juſtice à vos bonnes qua-
» lités , & de vous donner fon fuffrage
» fur une place qu'il croit que vous mé-
» ritez ? Ainfi , Monfieur , demeurons
bons amis , & c. » . »
L'Efprit des Efprits , ou Penfées choifies,
pour fervir de fuite aux maxiines
de la Rochefoucault. A Londres
& fe trouve à Paris , chez Dorez ,
Libraire , rue St Jacques , près Saint-
Yves. 1777. in- 12 , Prix , i liv. 4 f.
broché .
I
, que
Rien de plus propre à faire connoître
la nature de ce petit Ouvrage
l'Avis du Libraire , placé à la tête , &
qui eft le feul préliminaire qui s'y trouve.
" On peut avancer avec confiance qu'il
» n'eft point de livre qui , dans un aufi
» petit volume , renferme autant d'efprit
» & de Philofophie. Quoique la pre-
» mière partie de fon titre femble an-
» noncer qu'il a été fait d'après les compilations
connues fous le nom d'Efprit ,
on s'appercevra aifément que l'Edi〃
66 MERCURE DE FRANCE.
"
teur ne s'eft pas contenté de puifer
dans ces fources. Au petit nombre de
penſées , choifies avec un goût févère
» dans tous les Recueils publiés jufqu'à
» ce jour , il a joint tout ce qu'il a pu
» trouver de plus piquant dans des lec-
» tures plus étendues , pour en former
» un livre qui pût devenir claffique en
fon genre , & fervir de fuite aux maxi-
» mes de la Rochefoucault ». En effet
le choix de fes penfées eft en général
bien fait , nous allons en extraire quelques-
unes.
")
» Il ne faut point d'efprit pour fuivre
l'opinion qui eft actuellement la plus
commune ; mais il en faut beaucoup pour
être , dès aujourd'hui , d'un fentiment
dont tour la mondo ra for que dans
trente ans .
བ་ JVLO
Y༥༠
" Les favoris font des cadrans folaires
que l'on va confulter lorfque le foleil de
l'état les éclaire , & qu'on ne regarde plus
lorfqu'il leur retire fes rayons ».
64 Une chofe adoucit l'humiliation de
fe juftifier , c'est que cela ne fauroit fe
faire fans parler beaucoup de foi -même
& que c'eft peut-être la feule circonftance
où l'on puitfe honnêtement en parler
avec éloge
AOUST. 1777. 67
» Un homme d'efprit eft bien moins
étonné d'être trompé par un fot , qu'un
fot n'eft étonné d'être la dupe d'un homme
d'efprit ».
•
ર
19.
>
Quand une femme laide fait tant
que d'aimer , elle aime avec fureur. La
crainte prefque certaine de ne pas plaire
la fait refifter long temps à fa paffion ; &
lorfqu'elle n'en peut triompher , il faut
que fon amour foit plus fort que fon
amour-propre
>
& « Il faudroit ôter les honneurs
n'en rendre à perfonne , s'ils infpiroient
autant d'orgueil & de vanité à ceux
qui les méritent , qu'à ceux qui ne les
méritent pas ".
» On traite un grand Seigneur comme
un enfant avec qui l'on jone On le
prend fur les épaules , on le lève , il dreſſe
la tête , il a peine à contenir fa joie
& on s'écrie autour de lui : Oh qu'il eft
grand !
« Les petits efprits font du bruit dans
le monde , à peu -près comme une voiture
vuide , qui roule avec rapidité dans les
rues » .
Combien d'hommes paffent pour
difcrets , qui ne favent à qui parler ! »
" Il y a deux fortes de filence , l'un
68 MERCURE DE FRANCE.
ftupide , l'autre fpirituel ; les fots ne
connoiffent que le premier , & fe croient
égaux aux fages qui gardent le fecond
".
« Les hommes font tous égaux dans
le Gouvernement Républicain & dans le
Defpotique ; dans le premier , parce qu'ils
font tout ; & dans le fecond , parce qu'ils
ne font rien "".
;
Plan d'éducation publique , par le moyen
duquel on réduit à cinq années le cours
des études ordinaires , parce qu'on y
allie l'étude des Langues à celle des
Sciences ; qu'on y fuit la marche de
la nature , & la gradation des idées
qu'on én éloigne toutes les règles fuperflues
& toutes recherches inutiles
& qu'on en bannit les thêmes particuliers
& les verfions féparées , qui
n'ont aucun rapport à l'objet de leur
claffe . A Paris , chez Durand neveu
Libraire , rue Galande , Hôtel de Lef
feville. 1777. in 12. Prix , 1 liv. 4 f.
broché.
>
Ce nouveau Plan , propofé par M.
Wadelaincourt , Préfet du Collège de
Verdun , a pour but de rendre en mêmeAOUST.
69 1777.
"
temps les études plus fructueufes , plus
courtes & moins pénibles . Ses principaux
moyens font : 19. d'établir la gradation
la plus naturelle dans l'enfeignement des
diverſes connoiffances qu'on fe propoſe
d'inculquer aux jeunes gens : 2 ° . d'allier
l'étude des Langues à l'étude méthodique
des Sciences : 3 ° . de faire de
grands changemens dans la méthode
des thêmes & des verfions. Il entre '
dans les détails les plus intéreffans , &
les plus propres à prouver clairement l'avantage
de fon plan , ainfi que la poffibilité
de fon exécution . Il donne en particulier
une preuve inconteftable de fa
méthode d'enſeigner le Latin , par l'heureux
effai qu'il en a fait au Collège Royal
de Verdun; il rapporte à ce fujet le programme
d'un exercice public fur les principes
de cette Langue , par fes élèves
dans ce Collége . Le corps de fon Ouvrage
, où il développe les différentes parties
de fon plan , eft partagé en deux chapitres.
Il préfente , dans le premier , un
tableau raifonné des connoiffances né
ceffaires àun jeune homme qui n'eſt point
encore en âge de fe décider fur fa voca
tion & des moyens les plus propres
pour fe procurer chacune des ces connoif.
ر
70 MERCURE DE FRANCE .
fances. Dans le fecond , il fait la diftribution
méthodique , graduelle & facile
de ces fciences , en cinq années d'études.
Dans le troifième , il indique la
fubftitution de quelques claffes particuculières
à celles qui ne font pas affez utiles
dans l'état actuel , & les fciences que ces
écoles fubftituées doivent enfeigner aux
jeunes gens , après le temps de leurs étudescommunes.
Il parle, dans le quatrième ,
de ce qu'il faudroit faire pour la première
inftruction , pour les écoles des
gnes , & pour l'éducation des filles . Enfin ,
dans le cinquième , il entre dans le détail
de la difcipline des écoles. Ces cinq chapitres
font précédés de quelques obfervations
fur l'éducation en général , fur
le but que doit fe propofer tour Inftituteur
, & fur les moyens qu'il doit employer
pour y arriver.
>
campa-
Cet Ouvrage annonce dans M. Wadelaincourt
des talens diftingués pour
l'inftitution de la jeuneffe , & un zèle
vraiment patriotique.
Élémens de Tactique , démontrés géométriquement
, Ouvrage Allemand , orné
de Planches , compofe en 1771 , par
un Officier de l'État- Major des trouA
O UST. 1777 . 71
pes Pruffiennes ; traduit en François
par
M. le Baron de Hottzendorff ,
ancien Prébendataire de Halbeftad
Major d'Infanterie au fervice de France.
A Paris , chez Nyon aîné , Libraire
, rue St Jean- de - Beauvais.
Cet Ouvrage remplit très-bien fon
titre. Ce ne font en effet que des élémens
qui remontent jufques aux premières notions
que les hommes négligent trop ;
on y fixe l'attention par des définitions
exactes . On infifte fur les premières idées
qui fe préfentent à tous les efprits. On
explique ce que c'eft qu'un rang & un
alignement ; quand il eft droit ou courbe ,
oblique ou direct : en quoi cela conſiſte ,
& comment cela arrive. Tout le monde
le fait , & le plus fouvent on ne fait
aucun ufage de cette connoiffance. L'Auteur
tire de ces principes , que perfonne
ne peut conteſter, des conféquences naturelles
qui fervent à fixer les règles de l'Art
de donner de l'alignement & de le conferver
dans toutes les motions . C'eſt en
fixant hors du rang & dans le rang même,
des points fixes ou directeurs fur lefquels
tout le refte fe dirige.
L'Auteur n'entre point dans les diffé72
MERCURE DE FRANCE.
rentes méthodes pour former diverſement
un bataillon , & lui faire exécuter des
évolutions favantes ; mais il donne les
premiers principes , fans lefquels on ne
peut bien exécuter les mouvemens les
plus fimples. C'eft de la même manière
qu'il fait voir les mouvemens les plus
ordinaires d'une armée , dont il n'enfeigne
pas non plus à compofer les ordres
de bataille variés & fublimes , qu'il eft
plus aifé de deffiner , que de faire exécuter
ceux qui font les plus communs.
Tout cela eft déduit par la méthode
géométrique ou analytique , & non par la
méthode expofitionelle ou fynthétique.
Celle- ci préfente les chofes par leur enfemble
, comme dans un tableau , où
l'on peut les comparer à la fois , fi on
fait bien les y diftinguer , & ne pas les
confondre; l'autre, pour éviter toute confufion,
décompofe le tout afin de l'examiner
par parties fucceffivement , Ceux qui
adoptent la méthode analytique , tombent
quelquefois dans ce défaut , qui fait
divifer & foudivifer jufqu'aux parties
imperceptibles , & jettent de l'obfcurité
dans l'efprit , plutôt qu'ils ne l'éclairent .
Les Savans Allemands n'ont pas fu toujours
éviter cet écueil . Les Lecteurs qui
aiment {
A O UST. 1777. 73
aiment les détails , & qui ne font pas
frappés des inconvéniens de l'analyse
pouffée à l'excès , liront fans peine , l'Ouvrage
que nous leur annonçons , & y
trouveront des obfervations neuves &
intéreffantes .
Précis de la Médecine Pratique , contenant
l'Hiftoire des maladies & la manière
de les traiter , avec des obfervations
& des remarques critiques fur
les points les plus intéreſfans . Par M.
Lieutaut , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine de Paris , premier
Médecin du Roi , de Monſieur , & de
M. le Comte d'Artois ; de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & de
la Société Royale de Londres . Nouvelle
Edition revue par l'Auteur. 2 vol .
in - 8 ° . A Paris , chez Didot le jeune
Libraire , Quai des Auguftins.
La Médecine , qui , après la morale ,
doit tenir le premier rang parmi les connoiffances
humaines , ne feroit qu'une
Science vaine & ftérile , fi ceux qui l'ont
exercée avec le plus de foin , & qui n'ont
rien négligé pour l'approfondir , n'avoient
pû nous tranfmettre des principes certains
, ou une doctrine folidement éta-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
blie , qui fervît de bafe à l'art de guérir.
Cette doctrine exifte fans contredit , &
ne peut être attaquée par le Pyrrhoniſme
le plus décidé ; mais les uns veulent la
recevoir des Anciens, & les autres l'attribuent
aux Modernes ; telle eft la difpute
qui règne entre les Médecins , mais difpute
qui ne peut nuire à l'exiſtence de
la Science. L'Ouvrage que nous annonçons
, eft précisément l'expofé de cette
doctrine ; elle est établie fur un fi grand
nombre de faits , qu'il n'eft prefque pas
poffible , avec la mémoire la plus cultivée
, de les avoir tous préfens. Ce fut
dans la vue de pouvoir fe les rappeler
dans l'occafion , que le favant Auteur de
cet Ouvrage , le célèbre M. Lieutaut
forma le projet , il y a plus de vingt ans
de raffembler tout ce qu'il avoit écrit fur
ce fujet ; c'est- à- dire , les obſervations
qu'un long exercice auprès des malades ,
& l'ouverture d'un grand nombre de cadavres
, lui avoient fournies. Il ajouta à
ce travail , ce qu'il a trouvé dans les
meilleurs livres , propre à remplir fes
vues ; il n'adopta que les faits les mieux
conftatés ; en un mot , il a recueilli , tant
de fes obfervations que de celles des autres ,
tout ce qu'il y a de plus important &
de plus fûr dans l'art de prolonger la vie
A O
UST.
1777. 75
des hommes , & ce précis en eft le réfaltat.
M. Lieutaut a gardé dans cette
nouvelle édition , conforme , pour les additions
, à la dernière qu'il a publiée en
Latin , l'ordre qui règne dans les précédentes
, comme le plus utile & le plus
commode pour les Praticiens , & en effet
l'ordre anatomique eft le plus fûr & le plus
convenable pour toutes les maladies , tant
internes qu'externes .
Le Tableau des maladies , rapporté dans
l'ouvrage que nous annonçons , eſt fait
d'après nature. L'Auteur , pour le rendre
plus reffemblant , a tâché de n'oublier
dans chaque article , aucun figne de celle
qui en eft le fujet , & d'expofer en même
temps les fymptômes les plus remarquables.
Le traitement termine tous les
articles . M.
Lieutaut y
propofe pour
chaque maladie , les principaux remèdes,
ou ceux dont les meilleurs Praticiens ont
ufé avec le plus de fuccès. Il eſt inutile
de nous étendre plus au long ſur cet
Ouvrage , qui a mérité l'éloge des meilleurs
Médecins , & qui a formé , depuis
que la première édition a paru , tant de
jeunes Praticiens dans l'art de traiter leurs
femblables ; d'ailleurs des éditions multipliées
, & en
plufieurs Langues , prouvent
ſuffiſamment l'utilité d'un pareil
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
Traité , qui n'a pour but que le bien
de l'humanité.
La Théorie du Chirurgien , ou Anatomie
générale & particulière du corps humain,
avec des obfervations chirurgi
cales fur chaque partie ; par M. Durand,
ancien Chirurgien Aide- Major
des Camps & Armées du Roi , &c.
2 vol. in-8 ° . A Paris , chez Grangé ,
au Cabinet Littéraire , Pont Notre-
Dame , près la Pompe.
L'Ouvrage que nous annonçons doit
être placé parmi ceux dont l'utilité eft
reconnue ; on n'y trouve pas de ces raifonnemens
fyftématiques , à l'aide defquels
on veut expliquer les phénomènes
de l'économie animale ; raiſonnemens
qui exercent l'efprit fans donner
à l'art plus de perfection , & qui ne forment
prefquejamais de véritables Chirur
giens. Le premier volume & une partie
du fecond , expofent tout ce qui a rapport
à la connoiffance anatomique du
corps humain. Les généralités fur la
fibre , les os , les cartilages , les ligamens ,
les muſcles , la peau , la graiffe , &c.
précèdent la defcription particulière des
parties , & y fervent d'introduction. II
AOUST. 1777 77
ne nous eft pas poffible d'entrer dans un
détail étendu fur ces objets : l'article que
nous allons tranfcrire donnera une idée
de la manière exacte & précife , dont
P'Auteur s'eft fervi pour la defcription de
chaque partie.
33
"
L'épiderme , à qui on donne le nom
» de fur - peau ou de cuticule , eft une
» membrane mince & tranfparente qui
» couvre toute la furface de la peau , à
laquelle elle eft fortement attachée par
» la membrane réticulaire qui eft entre-
» deux : cette adhérence à la peau eft fr
forte , qu'il n'y a que les brûlures , les
» vefficatoires appliqués fur quelques
parties du corps vivant , ou l'eau
» bouillante dans les cadavres , qui puif-
» fent l'en féparer ; & c'eft encore à l'épi-
» derme de la peau que fe forment les
phlyctènes des brûlures. L'épiderme
» eft percé d'une infinité de petits trous ,
qui donnent paffage aux poils & à la
» fueur ; ` il eft fillonné d'une infinité de
lignes plus ou moins profondes , dont
» les plus remarquables fe trouvent au
» front & à la paume de la main. Son.
épaiffeur varie beaucoup en différens
» endroits du corps ; elle eft fort confi-
» dérable à la plante des pieds , & beau-
» coup moins en d'autres parties.
39
19
33
و د
Diij
78
MERCURE
DE
FRANCE
.
"
» Il n'y a aucune couleur ; & fi l'on.
Temarque certaines perfonnes qui , par
rapport aux différens climats qu'elles
habitent , font noires , blanches ou jau-
» nes , c'eft que l'épiderme étant fort
tranfparent , laiffe appercevoir la couleur
des corps mufqueux , blanc dans
» les Européens, & noir dans les Nègres.
L'origine de l'épiderme eft auffi in-
» connue que fa régénération eft évi-
» dente & prompte, lorfqu'il a été détruit
par quelque caufe intérieure ou exté-
» rieure. Il y a cependant lieu de croire
qu'il tire fa naiffance d'une matière
"
»
33
qui s'échappe des mammelons de la
» peau : fa fubftance paroît uniforme du
» côté de la peau , & compofée au dehors
de plufieurs petites lames écailleufes
» d'une grande fineffe.
و د
» Le principal ufage de l'épiderme , eſt
d'empêcher que la peau ne fouffre
fans ceffe un attouchement doulou-
» reux , en modifiant cette fenfation ; de
» modérer le trop grand écoulement d'ef
prit & d'humeur qui fe feroit
par les
»ports de cet organe , s'il n'y formoit
» un obftacle de plus , il fert à rendre
» la furface de la peau unie , égale &
polie , & contribue beaucoup à fa
"
:
·
A O UST. 1777. 79
"
beauté; car plus l'épiderme eft délié &
diaphane , plus le teint eft brillant &
» d élicat.
» Le fentiment du tact eft beaucoup
» moins vif , quand l'épiderme s'épaiffit
» & devient calleux , ce qui arrive par
» les frottemens réitérés , comme on le
» remarque aux mains des Manoeuvres ,
» des Serruriers , Maréchaux , & c. Ce
» n'eſt pas toujours , comme quelques
» Auteurs le prétendent , un figne cer-
» tain l'enfant eft mort dans la maque
» trice , quand l'épiderme fe fépare de la
» peau aux parties par lefquelles il fe
préfente d'abord : les Accoucheurs y
» ont été trompés »
"
C'eft ainfi que M. Durand décrit
toutes les parties du corps humain ; chaque
partie , après avoir été préfentée
fous un afpect général , eft vue enfuite
dans tous fes détails ; ce qui concerne
fur-tout la myologie , eft traité fur- tout
avec la plus grande exactitude .
La partie de cet Ouvrage qui a pour
titre Obfervations Chirurgicales fur toutes
les parties du corps humain , & qui
complette le fecond volume , est trèsintéreffante
; il eft cependant vrai de dire
qu'on ne doit pas le regarder comme un
Div
&o MERCURE DE FRANCE.
}
traité complet d'opérations , puifque
l'Auteur ne parle guère que de celles fur
lefquelles il a eu occafion de faire des
obfervations particulières ; mais il n'en
eft pas moins utile , en offrant une fuite
d'opérations , dont quelques- unes , trèsdélicates
annoncent un homme confommé
dans l'art. Il faut lire dans cet
Ouvrage les cures qu'il a faites des maladies
compliquées , des circonftances
particulières qui demandoient toute la
fagacité & l'adreffe d'un homme qui fait
connoître les caufes , prévoir les dangers
& exécute heureufement.
Supplément à la Botanique mife à la portée
de tout le monde ; par les Sieur &
Dame Regnault . A Paris , chez les ;
Auteurs , rue Croix des Petits Champs,
au Magafin des chapeaux ; & chez les
différens Libr. qui fourniffent l'Ou-,
vrage .
Le Supplément que nous annonçons
ici , & dont il paroît le premier cahier ,
fera d'environ cent planches ; le prix de
chaque planche fera toujours de 24 fols ,
& chaque planche fera áccompagnée
d'une notice inftructive . Les plantes qui ,
}
A O UST. 1777. 81
num ,
font repréſentées dans le premier cahier
de ce Supplément , font au nombre de
vingt , & repréfentent le caffier , le ladala
gratiole , le faffran des Indes
la bétoine , le raifin de renard , le tamarife
, l'aloës fuccotrin , la reine des prés ,
la circée , le fefeli de Marſeille , la pilofelle
, le nerprun , la gomme adraganth ,
l'aulnée , la fauge des bois , le meum ,
le chêne verd , la tormentille & la faxifrage
; les autres cahiers fe fuccéderont
fans interruption ; & , quand ils auront
tous parus , on y joindra un titre & trois
tables , dont l'une lui fera particulière ,
une autre fervira pour tout l'Ouvrage ,
& une troisième fervira à retrouver les
plantes , non-feulement par leurs noms ,
mais même par leurs propriétés . La réputation
que l'Ouvrage principal a eu ,
nous difpenfe de faire l'éloge de ce Sup
plément..
L'Agriculture ou les Géorgiques Françoi--
fes, Poëme. Seconde édition . A Paris ,
chez Moutard, Imprimeur- Libr . de la
Reine , quai des Auguftins. Perit in-
8. prix 21. 10.f. rel..
Le volume que nous annonçons eft
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
une réimpreffion du Poëme de l'Agriculture
, imprimé au Louvre , in- 4 ° . Le
Public en defiroit depuis long- tems une
feconde édition plus fimple & d'un ufage
plus commode. C'est pour fe conformer
à fes defits , qu'on vient de donner celleci
, que le choix des caractères , la forme
& l'exécution concourent à rendre agréable.
Ce Poëme , également utile & bien
fait , doit acquérir de plus en plus une
réputation folide , & fera mis au nombre
des meilleurs Ouvrages de poéfie
qui ayent paru dans notre langue .
Indépendamment de fon mérite trèsdiftingué
du côté de la poéfie , cer Ouvrage
eft un Traité complet d'Agricul
ture , & embraffe toutes les parries de
l'économie rurale . Le premier chant renferme
les préceptes du labourage ; le fecond
, ceux de la culture de la vigne ;
le troisième traite des arbres de toute
efpèce; le quatrième , des prés & des
fleurs , le cinquième , des beftiaux ; le
fixième , des oiſeaux de baffe cour . Le
Poëte décrit incidemment plufieurs autres
objets , qui tiennent à ces principales
parties. Il peint les travaux des
vers à foie dans le chant des arbres , à
A O UST. 1777. 83
propos du mûrier , & entre à ce fujet
dans des détails étendus & curieux. 11
parle des abeilles à l'article des fleurs ,
mais fort légèrement . La culture de ces
infectes utiles , à laquelle Virgile a confacré
un chant entier de fon Poëme , eft
devenue un objet bien moins important
pour nous qu'elle ne l'étoit pour les
Anciens , qui employoient le miel à tous
les ufages auxquels nous employons le
fucre , qui leur étoit inconnu.
On ne peut trop admirer l'adreffe avec
laquelle l'Auteur de ce Poëme eft parvenu
à vaincre la difficulté d'exprimer ,
dans le langage de la poéfie noble , les
détails de l'agriculture les plus minutieux
, & qui tenoient le plus à des idées
ignobles & baffes. On en jugera par ces
vers fur le fumier.
Des reftes les plus vils le forme cet engrais
Qui vaporter la vie au fond de vos guérêts.
Des animaux divers la féconde litière
Eft des amendemens la plus riche matière :
Pour les multiplier , ajoutez aux premiers
La dépouille des bois , la cendre des foyers.
Ces amas précieux le mêlent & s'uniffent,
Er de l'aftre du jour les ardeurs le mûriffent.
D vj
8:4
MERCURE DE FRANCE.
Ainfi par d'heureux foins toujours entretenus ,
Tour-à -tour aux guérêts ils portent leurs tributs.
On va voir comme s'exprime l'Auteur ,
lorfqu'il a des tableaux plus agréables
à peindre , & qu'il n'eft point gêné par
la difficulté d'un fujet peu propre à la
poéfie .
Tel qu'après la tempête on voit les matelots ,
Dans le port defiré goûter un doux.repos;
Ainfi les laboureurs , tranquilles dans leur aire ,
Trouvent de leurs travaux le terme & le falaire .
Tout annonce la joie; on croiroit qu'aux hameaux,
Chaque jour l'hymenée allume ſes flambeaux :
Des tables, des chanfonsfous l'ombrage des hêtres,.
Offrent par-tout des jeux & des fêtes champêtres ;
La Bergère a quitté fes moutons , fes fuſeaux ,
Le Laboureur fon champ, le Paſteur ſes troupeaux;
Une troupe d'enfans , à les fuivre empreffée ,
Traverſe en bondiffant la danfe commencée ;
Sur la paille nouvelle , au gré de leurs defirs ,
On les voit varier leurs innocens plaifirs ;
S'exercer tour-à- tour à la courſe , à la lute,
Tomber , fe relever , & rire de leur chûte .
Plus loin , d'heureux Amans enchantés de leurs feux,
Sont affis fur le chaume & préparent leurs noeuds.
Des profânes cités ils ignorent les vices ,
AOUST. 1777 .
De l'amour inconftant ils fixent les caprices ,
Er leurs coeurs pour jamais uniffent dans cejour,
L'innocence au plaifir , & l'hymen à l'amour.
Cet Ouvrage eft également propre a
inftruire les Cultivateurs , & à intéreſſer
à leurs travaux les Habitans de la Ville.
On trouve encore chez le Libraire des
exemplaires de la magnifique édition
in 4°. avec 16 gravures. Prix. br. 15. liv.
rel. 18 liv.
Ode fur l'érection de la Statue de S. A.
R. le Prince Charles de Lorraine , &c.
&c. &c. & fur la conftruction de la
nouvelle Place où cette Statue eft érigée.
Par M. de Saint- Peravi . A Bruxelles
, chez J. L. de Boubers , Imp.-
Lib. rue de la Magdelaine ; in- 8 ° . avec.
une eftampe .
Cette Ode , en l'honneur d'un Prince
auffi illuftre par fes vertus que par fa
naiffance , renferme plufieurs ftrophes
vraiment lyriques. Nous en citerons quel
ques- unes.
Trop heureux le Prince équitable
Au-deffus des vaines grandeurs,
86 MERCURE DE FRANCE.
Il dit : Ma gloire véritable ,
C'est mon empire fur les coeurs ,
Je goûte le bonheur fuprême
De n'être aimé que pour moi-même ;
J'ai tous mes fujets pour foldats ;
Mon peuple autour de moi s'empreffe ,
Et de fes larmes de tendreffe
Baigne la trace de mes pas.
Vous , chez qui la faveur célefte
Fit defcendre un nouveau Titus ,
Répondez , c'est vous que j'attefte,
Peuples , témoins de fes vertus ;
Des bords de l'Eſcaut à la Meuſe,
Vous , Nation toujours fameufe
Par votre franche urbanité ,
Vous , qu'en vos guerrières alarmes ,
Charles défendit par fes armes ,
Et rend heureux par fa bonté.
Affez le démon du carnage
Sur toi déploya fon courroux ,
O Flandre ! après ces tems d'orage ,
Pour toi luit un aftre plus doux ;
Telle on voit l'épouſé éplorée ,
De fon jeune époux féparée ,
Baiffer un front inanimé :
De fes pleurs effuyant les traces ,
A O UST. 1777. 87
S'embellir de nouvelles graces.
Au retour de fun bien- aimé.
Tout change : du céleste aſyle
Janus defcend chez les humains ,
La paix le fuit d'un vol tranquille ,
Il tient l'olivier dans fes mains :
Aux fers , la difcorde inhumaine ,
En frémiffant , ronge ſa chaîne
Avec un hurlement obfcur :
Il plane , & , d'une aile légère ,
Il trace un fillon de lumière
Dans l'air plus limpide & plus pur.
De l'airain les bouches bruïantes
Ne tonneront plus fur nos bords ;
Au bruit des bombes effrayantes
Succèdent les plus doux accords.
Loin d'ici , trompettes guerrières ,
Il ne fera plus de barrières
Des rives du Rhône à la Lys ;
Quel noeud , comblant notre espérance ,
Réunit l'Autriche & la France ,
Et joint à jamais l'Aigle aux Lys ?
La Meuſe , le Rhin & la Seine ,
De fes liens font réjouis ;
Vienne à Paris donne une Reine
88 MERCURE DE FRANCE..
•
Chère aux François , chère à Louis :
Que de grâces brillent en elle!
Jamais unc aurore plus belle
N'eût un matin plus raviſſant ;
Sous l'air de Vénus , c'eſt Aſtrée :
Peuples , de fa mère adorée
Venez reconnoître le fang..
L'éclat de l'antique Aufonie
Sort de fa nuit à mes regards !
Je revois dans la Germanie
Un Prince héritier des Céfars.
Il ramène les jours de Rhée ;
La terre au loin eft épurée
Des affreux enfans de Cacus :
Plus franc que Jule & non moins brave ,
Il unit l'automne d'Octave
Au printems de Germanicus .
Antoinette a féché nos larmes ;
Que les feftons foient appendus !
jeune Louis ! tant de charmes
Etoient dignes de tes vertus !
De cette paix imaginaire ,
Déformais réelle & fincère ,
Ces noeuds font le gage chéri ::
La Beauté , brillant fur le Trône,
A O UST. 1777 .
Mêle des fleurs à la couronne
Du digne Héritier de Henri.
Cette Ode eft accompagnée d'un affez
grand nombre de notes , la plupart hiftoriques.
Dans ces notes , au fujet d'un
Ouvrage confacré à la louange d'un Prince
, qui tient d'auffi près aux auguftes
Souverains des deux premiers Trônes de
l'Europe , l'Auteur à dû naturellement
rencontrer ſouvent l'occafion de rappeler
& de célébrer les vertus de Marie- Thérèſe
& d'Antoinette , de Jofeph & de
Louis.
L'Auteur annonce que fi le Public
accueille favorablement cette première
édition de fon Ouvrage , tirée à peu
d'exemplaires , il en donnera une feconde
avec des notes plus détaillées , qui répandront
un plus grand jour fur les differens
objets auxquels cette Pièce fait
allufion .
Euvres du Comte Antoine Hamilton ;
nouvelle édition , corrigée & angmentée
d'un volume . A Paris , chez
le Jay , Libr. rue St Jacques ; 7 vol .
in- 12 . Prix 10 liv. io f. br. & 14 liv.
rel.
१०
MERCURE DE FRANCE.
Cette nouvelle édition des OEuvres du
Comte Hamilton ne peut manquer d'être
accueillie ; elle eft plus complette que
les précédentes ; le volume dont elle eft
augmentée a paru il y a déjà quelques
années ; & fi tout ce qu'il contient n'eſt
pas également digne de fon Auteur , on
Pyretrouve cependant , & il y a quelques
pièces qu'on regretteroit fi elles étoient
reftées dans l'oubli , où elles paroiffent
avoir été condamnées . Il eſt fâcheux
qu'avec ces pièces , & quelques autres
qu'on n'a pa jugé à propos d'imprimer ,
on n'ait pas trouvé la fuite de Zénéïde
& des quatre Facardins ; il eft certain que
le Comte Hamilton avoit fini ces deux
Contes, pleins d'efprit, d'imagination , de
gaieté, & qui étoient une fatire fine des
Contes qui paroiffoient alors , que l'on
fembloit dévorer , & pour lefquels on abandonnoit
prefque toute autre lecture. La fin
de ces productions agréables a été jetée
au feu ; c'est un zèle refpectable fans
doute , mais auffi trop févère , & qui ne
devoit faire un crime d'un badinage
de l'efprit , qui les y condamna quelque
tems après la mort du Comte Hamilton. "
Feu M. de Crébillon nous a dit en avoir
vu le manufcrit entre les mains de la
pas
AOUST. 1777 . 91
Nièce de l'Auteur ; il étoit jeune alors ,
un peu diffipé , il n'y fit qu'une légère
attention ; quelques jours après , en fe
rappelant ce qu'il avoit vu , il defira fe
le procurer ; mais il n'étoit plus tems ;
Mademoiſelle Hamilton avoit montré les
manufcrits à fon Confeffeur , qui l'exhorta
à en faire un facrifice , qu'elle ne
refufa point ; & ils furent jetés par lui ,
devant elle , dans le feu de fa cheminée.
On fent combien il feroit difficile à préfent
de finir le tableau tracé par l'Auteur;
il faudroit les graces de fon imagination
, fon efprit , fa gaieté , fa tournure
fimple & originale qui annonce toujours
l'homme au-deffus de fa matière , & ne
cherchant qu'à fe jouer de fes Lecteurs ;
on ne rencontre pas aifément cet homme.
On dit qu'un Poëte aimable , feu M.
Greffet , qui devoit à fes premières productions
une réputation méritée , qui
s'eft placé de bonne heure à côté de nos
meilleurs Poëtes , & dont le génie , au
grand regret du Public , fembloit s'endormir
depuis long- tems , avoit entrepris
la fuite des quatre Facardins , &
qu'il l'avoit finie : ce qui l'a plus embarraffé
, dit-on , c'eft qu'il falloir faire
rire Mouffeline la férieufe , & il en
avoit trouvé le moyen : il feroit à deſirer
92 MERCURE
DE
FRANCE
.
qu'on publiât cette fuite , s'il s'en eft réellement
occupé ; nous le fouhaitons , parce
que cela fuppoferoit qu'il ne s'eft pas
borné à cette feule bagatelle , & fans
que
doutece Poëte aimable, qui paroiffoitavoir
renoncé aux Mufes , auxquelles il étoit
cher , les a cultivées en fecret , & que
nous jouirons un jour de fes travaux ,
qu'il feroit cruel qu'il eût totalement
interrompus .
Synonimes Latins , & leurs différentes
fignifications , avec des exemples tirés
des meilleurs Auteurs , à l'imitation
des Synonimes François de M. l'Abbé
Girard; par M. Gardin Dumefnil, Profeffeur
émérite de Rhétorique en l'Univerfité
de Paris , au Collège de Harcourt
, & Ancien Principal au Collége
de Louis - le -Grand. Prix , 3 liv. relié ..
A Paris , chez Pierre Guillaume Simon
, Imprimeur du Parlement , rue
Mignon - Saint - André - des- Arcs ; &
Paul - Denis Brocas , Libraire , au Chef
St Jean , rue St Jacques. 1777. 1 vol .
in-12.
Cet Ouvrage manquoit jufqu'ici à la
Littérature latine. Les mots , dont la
A O UST. 1777. 93
fignification , au premier coup d'oeil ,
femble être à peu-près la même , y font
rapprochés & comparés entr'eux. Le fens
propre de chaque terme y eft prouvé par
l'étymologie , & par des exemples tirés
des meilleurs Auteurs. Ce Livre ne peut
manquer d'être très - utile , non-feulement
aux jeunes gens , mais encore à tous
ceux qui veulent écrire purement en Latin
, & lire les anciens Auteurs avec affez
d'intelligence , pour fentir la propriété ,
l'énergie & la délicateffe de leurs expreffions.
L'Univerfité de Paris , à qui cet
Ouvrage eft dédié , aa chargé MM. le
Beau & Maltor de l'examiner , & ces
deux favans Profeffeurs en ont rendu le
compte le plus favorable.
- Les trois Fermiers , Comédie en deux
actes , en profe , & mêlée d'ariettes ;
repréfentée pour la première fois ,
par les Comédiens Italiens Ordinaires
du Roi , le 16 Mai 1777. Par M.
Monvel. A Paris , chez Vente Libraire
des Menus Plaiſirs du Roi , &
des Spectacles de Sa Majefté , au bas
de la Montagne Sainte Geneviève .
1777. Prix , i liv. 10 f.
On lit avec plaifir cette Comédie chat94
MERCURE DE FRANCE.
mante , qui a eu le fuccès le plus complet
& le mieux mérité , & que le public ,
après un grand nombre de repréſentations
, revoit toujours avec le même
empreffement. L'amour , la gaieté , les
vertus villageoifes , font peints avec autant
de naturel que de vérité dans le premier
Acte . Le tableau touchant qu'offre
le fecond Acte , eft aufli très-bien fait dans
fon genre En général , cette Pièce refpire
d'un bout à l'autre , la naïveté , le
Tentiment & la vertu .
Les caractères des perfonnages ne font
pas moins bien tracés , & les détails remplis
de fineffe . Il y a des inftans dans le
premier Acte , qui font de l'effet le plus
piquant & le plus théâtral . Tel eſt celui
de l'arrivée de Mathurin Desvignes , où
ce bon vieillard , raionnant de joie ,
fe voit entouré de toute fa famille , qui
l'accable de careffes. Tel eft encore un
trait de la neuvième fcène . Toute la
famille eft raffemblée , & va bien-tôt
fe mettre à table . Blaife , jeune garçon
du village , âgé de feize ans , & amoureux
de la petite Babet eft dans ce
moment avec eux. Il auroit envie qu'on
l'invitât à dîner , pour avoir le plaifir de
voir plus long-temps fa maîtreffe . Il fe
ر
A O UST. 1777.
95
trouve auprès d'elle fur la fcène , & lui
dit à voix baffe , en la pouffant du coude ,
& fans la regarder : Si perfonne ne m'dit
rian , faudra que j'aille diner cheux nous.
Babet pouffe du coude fa foeur Louiſe ,
qui eft à côté d'elle , en lui difant de la
même manière : Louife , fais enforte que
Blaife dine ici . Louiſe , pouffant de même
Louis , fon coufin & fon prétendu , le
prie de dire un mot pour que Blaife reſte
à dîner. Alors , Louis dit tout haut à la
compagnie , d'un ton de gaieté : Ah ça ,
tous tant qu'nous v'là , j'dinerons enfemb' ,
j'espère ..... Parguienne j'veux voir fi
T'p'tit Blaife a l'vin guai... je l'griferons.
Bon , s'écrie le petit efpiègle en fautant
de joie , me v'là prié.
J
Nous ne nous étendrons pas davantage
fur cette Pièce , dont nous avons déjà
donné le précis. Il faut d'ailleurs la voir
jouer , ou du moins la lire en entier
pour la bien connoître , & en faifir l'enfemble
; fon principal mérite confiftant
dans l'agrément foutenu des fcènes &
du dialogue . Cet Ouvrage ajoute à la réputation
de M. Monvel , qui paroît s'attacher
de plus en plus à mériter les applaudiffemens
du public , comme Auteur &
comme Acteur , & qui voit des deux
96 MERCURE DE FRANCE.
côtés fes efforts couronnés par un jufte
fuccès .
La Pièce eft rendue par les Acteurs ,
avec beaucoup de naturel & d'enſemble.
On doit diftinguer particulièrement le
jeu , toujours franc & agréable , du fieur
Clerval , dans le rôle de Louis Desvignes
; l'effet fingulier & pittorefque que
produit le fieur La Ruette , dans le rôle
du vieux Mathurin ; le jeu piquant de la
Demoiſelle Beaupré , qui chante avec
tout l'agrément poffible , le plus joli air
de la Pièce. Enfin , l'efprit & la fineſſe
que met Madame du Gazon , dans le
rôle épifodique & très - court du jeune
Blaife.
Soirées de Mélancolie , par M. L*** . A
Amſterdam , chez Arkſtée & Merkus ,
Libraires , & fe trouvent à Paris , chez
Moutard , Libraire - Imprimeur de la
Reine , Quai des Auguftins , à Paris ,
1777. in- 8 °. Prix , 1 liv . 16 f. broché.
Les douze différens morceaux qui compofent
ces Soirées , forment une fuite de
petits Contes Moraux , de rêveries &
de tableaux champêtres . La plupart de
ces productions , qui paroiffent n'être.
autre
AOUST. 1777.
97
autre chofe que les épanchemens d'un
coeur fenfible & mélancolique , portent
l'empreinte d'une imagination vive &
forte , mais fombre . On doit naturellement
s'attendre à y trouver du défordre ,
de l'uniformité , des peintures peut- être
trop multipliées , & une trop grande
abondance d'images triftes ; mais on y
diftinguera fûrement , outre l'énergie &
la fécondité de l'imagination , le germe
d'un talent très-diftingué pour écrire en
Profe. Le Lecteur en jugera par le commencement
du feptième morceau de ce
Recueil , intitulé le Songe.
« Le jour étoit fur fon déclin , j'errois
» au hafard dans les fentiers , tortueux
d'une forêt fauvage . Le tableau de mes
» infortunes fe retraçoit à ma vue ; tous
» les chemins du bonheur fe fermoient
» devant moi ; je voyois la chaîne de
» mes maux fe prolonger fans interrup-
» tion jufqu'à mon cercueil : alors un
foupir amer s'échappa de mon coeur ;
» je jetai un regard de douleur fur tout
» ce qui m'environnoit , & mon ame fe
fentit oppreffée du poids de la vie ».
»
Mes pas chancelans m'amènent au
bord d'un lac ; je m'arrête , & mes yeux
» parcourent triftement fa furface tranquille.
Une vapeur délicieuſe vient ra-
E
198 MERCURE DE FRANCE.
fraîchir mes joues creufées par les pleurs ;
»je me laiffe aller fur un gazon odorant ,
qui borde fon rivage ; mes paupières
» s'appefantiffent , & un fommeil agréable
s'empare de mes fens ». »
כ כ
ود
" Pendant que je dormois , il me fembloit
être dans un efpace obfcur &
lugubre ; je ne fentois , ne voyois ,
» ni n'entendois rien ; de profondes ténèbres
m'enveloppoient de toutes parts.
» Tout-à-coup fe lève un vafte rideau ,
» dont l'extrémité s'alloit perdre dans les
» Cieux ; c'étoit le rideau de la¯nature.
» L'éclat d'un jour brillant frappe ma
» vue ; j'apperçois un vallon étroit
» mais délicieux , une verdure animée ;
» des berceaux épars , des fources vives
» & bouillonnantes ; des collines fleuries
& peuplées de mille arbriffeaux di-
99
ود
vers ».
« Au fond du vallon paroiffoit une
» maiſon agrefte & abandonnée , mais
riante & agréable à voir ; un arbre
antique lui prêtoit fon ombrage ; deux
» rofiers bordoient l'entrée de cette de-
» meure , qui fembloit fortir du milieu
» d'une touffe d'arboifiers flexibles qui
tapiffoient négligemment fes murs ;
» enfin , jamais fi beau lieu ne s'offrit à
و د
» ma vue ».
A O UST. 1777. 99
»
Deux colombes roucoulantes vien-
» nent s'abattre fur ce toît champêtre ;
j'en vois fortir un vieillard , tenant
par la main un enfant de l'âge le plus
» tendre ; deux longues robes blanches
comme la neige des montagnes , les
» couvroient l'un & l'autre ; l'afpect du
» vieillard infpiroit le refpect , celui de
»l'enfant infpiroit la tendreffe » .
" Leflambeau du monde ne jetoit plus
que des rayons pâliffans ; une mélodie
» douce s'élevoit des bofquets , & préfageoit
le calme attendriffant d'un beau
» foir. Nos deux folitaires traverſent len-
» tement la vallée ; une fenfibilité vive , un
» contentement pur refpirent dans tous
» leurs traits ; les deux colombes volti-
» gent , en fe jouant , au-deffus de leurs
» têtes ; ils s'avancent jufqu'au pied des
» monts qui fervent de limites à ce char
mant réduit. Le vieillard s'affeoit
» fur l'herbe fraîche , tandis que fon
» jeune compagnon s'abandonne à tous
» les jeux de fon âge ; il va , vient , ramaffe
des coquillages,lesjette و en
reprend encore , en apporte au vieil-
» lard qui lui fourit , & le preffe tendre-
» ment fur fon coeur ; une gaieté vive ,
un babil aimable , des fons mal cadencés
que répètent les échos , mais qui »
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
"
peignent l'innocence , tout infpiroit
le plus vif intérêt dans ce charmant
» élève de la nature » .
Il y a de la grâce , de l'intérêt & de
l'harmonie dans ce morceau ; les images
en font animées & poétiques. Le talent
de l'Auteur doit donner des efpérances ,
& nous paroît fufceptible de le perfectionner
par le temps & le travail.
De l'Ordre focial. Ouvrage fuivi d'un
Traité élémentaire fur la valeur , l'argent
, la circulation , l'induſtrie & le
commerce intérieur & extérieur . Par
M. le Trofne , ancien Avocat du Roi
au Préfidial d'Orléans . A Paris , chez
les frères Debure , Libraires , Quai des
Auguftins .
Cet Ouvrage , dédié au Margrave de
Bade , eft divifé en plufieurs difcours .
Le premier traite de l'obligation où font
les Savans & les Compagnies Littéraires ,
de s'occuper de l'étude de l'Ordre focial.
L'Auteur fait voir d'abord , que l'homme
de Lettres doit compte à la fociété
de fes talens , & qu'il ne peut en faire
un emploi plus utile , que de s'appliquer
à une fcience auffi intéreffante pour le
bonheur des hommes.
+
AOUST. 1777. 101
L'Auteur établit enfuite la certitude
d'un Ordre focial , inftitué de Dieu , pour
diriger les rappports des hommes réunis ,
& il expofe le plan de tout l'Ouvrage.
La fcience de l'Ordre a la même origine
& le même Auteur que la fociété humaine
; elle dérive des premiers principes
de la Juftice .
Les hommes ont toujours connu ces
principes , mais d'une manière vague ,
implicite & infuffifante pour fervir de
règle à l'adminiſtration.
Les deux premières loix fociale :
s'il faut en croire l'Auteur , font la liberté
perfonnelle , & la propriété mobiliaire
de ces deux loix naît la propriété
foncière. On fait voir la conformité de
ces loix avec la Juftice , & l'on attaque
le fentiment des Philofophes qui fe font
élevés contre la propriété & l'inégalité
des biens.
Les loix de la liberté & de la propriété ,
font des loix primitives , effentielles ,
fondamentales de la Société humaine
& parfaitement conformes à la nature de
l'homme, à fes befoins, & aux loix de la
réproduction. L'Ordre civil , qui n'eft
que d'inftitution fecondaire n'a aucun
pouvoir fur ces loix. Ce n'eft pas lui qui
les a établies . Leur infraction ou leur ob
E iij
102 MERCURE DE FRANCE . (
fervation conftitue , indépendamment de
lui , la moralité des actions fociales , & décide
du bonheur ou du malheur des
hommes réunis . Elle dirigeoit les rapports
qu'ils avoient entre eux , avant
l'établiffement des Sociétés civiles : elles
doivent les gouverner de même dans ce
nouvel état ; car elles ne dérivent ni d'une
convention libre & révocable , ni d'une
conceffion particulière , ni d'aucune autorité
humaine ,
On prétend prouver dans cet Ouvrage ,
qu'il n'y a qu'une fource commune de
richeffes , la terre ; un travail productif ,
de richeffes , celui de la culture ; qu'un
emploi des richeffes qui faffe renaître les
richeffes, les avances de la culture, & que
tout le refte n'eft que confommation
diftribution , circulation , ce qui réduit
P'intérêt focial à celui de la réproduction..
Onprouve , dans le troifième difcours ,
comment , faute d'avoir faifi la bafe phyfique
de l'Ordre focial , les paffions , les
fauffes opinions , les préjugés , ont dérouté
les hommes , & les ont étrangement
écartés de la route de l'ordre naturel
.
Les premières fociétés ont pu avoir
des notions affez diftinctes des droits &
des devoirs , & les ont puifées fans efA
O UST. 1777. 103
fört dans le fentiment intérieur . Mais
bien des caufes ont concouru à les obfcütcir.
Les paffions & les intérêts particuliers
, ont commencé à porter le trouble.
Au dedans ; on a contrarié par des
loix arbitraires , cette légiflation fimple ,
qu'il ne s'agiffoit que d'étudier & defaire
obferver .
Au dehors , le faux amour de la gloire
& l'ambition des conquêtes , ont emporté
les Souverains & les Peuples , & telle
ment troublé l'ordre naturel , que c'eſt
peut être chez les nations civilifées
qu'il a été le plus contredit .
L'Auteur montre combien la morale ,
telle qu'elle a été enfeignée par les Philofophes
, a peu contribué au bonheur
des fociétés , parce qu'ils ne fe font occupés
de la nôtre , que comme d'une
perfection de l'ame , & d'une qualité de
l'homme intellectuel , fans faifir le rap--
port de fa nature avec l'ordre phyfique.
L'Auteur fait voir , dans le quatrième
difcours , que la plupart des fociétés s'étant
formées par la conquête , cette ori--
gine a dû jeter bien du défordre dans
leurs inftitutions .
Les Empires qui fe font élevés fur les
ruines de l'Empire Romain , portent un
caractère fingulier. Les anciens conqué-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
rans cherchoient à étendre leur domination.
Ici , ce font des Peuples furchargés
par un excès de population , qui cherchent
des terres où ils puiffent s'établir ,
en les partageant avec les vaincus.
L'Auteur expofe la nature du Gouvernement
féodal , la manière dont il
s'eft altéré , l'anéantiſſement de l'autorité
, l'anarchie qui en a été la fuite
& la manière dont nos Rois ont trouvé
enfuite moyen de rétablir leur puiffance.
>
La feconde loi conftitutive d'une Société
régulière , eft celle qui affure à l'État
un revenu public , fuffifant pour fes befoins
, & qui en fixe la perception de la
manière la plus conforme à l'intérêt de .
la réproduction .
Après avoir parlé de cette loi effentielle
& de fes heureux effets , l'Auteur
établit la véritable bafe de l'impôt. Il fait
voir qu'il ne peut être qu'une portion
des fruits renaiffans , appliquée à la dépenfe
publi e ; & que ce partage de
la réproduction eft foumis à des loix certaines
; que la première de ces loix eft
que l'impôt ne peut rien prendre fur la
portion deftinée aux dépenfes qui font
naître la réproduction ; que la feconde loi
eft qu'il doit partager dans le produit
net , de manière qu'il en refte affez au
AOUST. 1777. 1
105
Propriétaire , pour l'indemnifer des avances
foncières & de leur entretien .
Ce difcours eft fuivi d'un réfumé fur
la théorie de l'impôt ; & ce réfumé réduit
la queftion aux termes les plus
fimples.
Il s'agit , pour fentir la force de ce rais
fonnement , de fe placer au moment de
la récolte, & de concevoir tous les fruits
réunis en une maffe , & voir à quel titre
fe doit faire le partage .
›
Tout est préordonné , pefé , mefuré
par les loix de la Juſtice , & par celles
de l'ordre phyfique qui affignent
aux dépenfes fociales une part dans le
produit net. Il ne s'agit que de favoir fi
ces loix font faites pour gouverner les fociétés
.
La Science de l'ordre , comme on l'obferve
dans le cinquième difcours , réunit
, par des liens indiffolubles , le juſte
& l'utile , que l'ignorance a fi fouvent
féparé dans le fait; elle prefcrit à l'homme
des loix bien différentes des loix arbitraires
qu'il leur plaît de s'impofer , des
loix qui agiffent indépendamment de
lui .
La plupart des Hiftoriens ne nous préfentent
qu'un affemblage de faits ; combien
ne nous inftruiroient-ils pas davan
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
tage , s'ils nous préfentoient le tableau
des richeffes d'une nation , de fes reffources,
de fon adminiftration !
2. On infifte dans le fixième difcours
fur l'inutilité des contre-forces pour remédier
au défordre focial , & du pouvoirde
l'ordre à cet égard , & l'on établit la
nature de l'autorité fouveraine , dont les
hommes n'ont pas droit de pofer les
bornes.
Pour qu'une Société foit ftable & heureufe
, il faut que les membres aient un
intérêt unique , clairement connu de.
tous , d'où réfulte une volonté commune,
qui opère la réunion des forces . Or , cette
règle commune , qui doit affujétir toutes
les volontés , ne peut être que la juftice
.
La connoiffance vague & générale des
loix de la juftice , que les hommes ont
eue jufqu'ici , a pu fuffire pour former
l'union imparfaite qui exifte entre eux ,
mais n'a pu garantir les Sociétés d'une
infinité de maux.
L'Auteur infifte particulièrement dans .
le feptième difcours , fur la néceffité de
l'inftruction & s'applique à prouver
quelle eft la bafe de toute bonne adminiftration
, le principe de la ſtabilité .
›
Ce difcours eft plein de force & de
1
AOUST. 1777. 107
chaleur. Il tend à prouver la néceffité
d'une conftitution qui faffe , de la Société ,
un corps vivant & organifé , & qui réuniffe
toutes les volontés , tous les intérêts ,
toutes les forces au gouvernement de
l'ordre .
L'Auteur prononce , dans le huitième
difcours , que la fcience de l'ordre réunit
l'évidence morale & l'évidence phyfique
; mais que l'évidence n'eft pas toujours
également apperçue , parce qu'elle
eft obfcurcie par les préjugés & les fauxraifonnemens.
"
Après avoir prouvé que la fcience de
l'ordre eft appuyée fur une foule de faits
inconteftables , l'Auteur défie fes Adverfaires
d'établir les contradictoires des vé- -
rités qu'il vient d'enfeigner.
Il oppofe enfuite au tableau d'une na--
tion qui feroit gouvernée par l'ordre , l'état
d'une nation gouvernée au hafard ; il !
finit par prouver la poffibilité d'une réforme
, dont les plus grands obſtacles :
viennent, d'une part , de l'ignorance ; de ~
l'autre , des intérêts particuliers . Mais
l'inftruction guérit Fignorance , & l'au--
torité eft faite pour en impoſer aux inté--
têts particuliers . Il ne s'agit que de vouloir
fermement , & de favoir diriger l'o´
pinion publique..
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
"
La conclufion de l'ouvrage eft très- intéreffante
. L'Auteur s'adreffe d'abord à la
France , & fait des voeux pour qu'elle
donne à l'Europe l'exemple du Gouver
nement de l'ordre exemple qui feroit
néceffairement fuivi par les autres. Il
paffe en revue différentes nations de
l'Europe , & y fuit les progrès de l'inftruction
. Il parle du Margrave de Bade ,
& du Grand Duc de Tofcane , dont il
préfente les principales opérations ; il s'arrête
plus long-temps fur la Suède , dont il
décrit la dernière révolution , en payant
à Guftave un jufte tribut d'éloge.
De toute part , dit- il , les Gouvernemens
commencent à s'éclairer , à connoître
& à goûter les moyens de faire
du bien ; à s'occuper du bonheur des ſujets
& des moyens d'adoucir leur fort .....La
connoiffance des loix de l'ordre , à mefure
qu'elle s'étendra, multipliera les exemples
de bienfaiſance univerfelle , & les heureux
fruits de l'amour éclairé des Souverains
pour leurs fujets .
Ala fuite des difcours fur l'Ordre focial
, on trouve un traité ſur la valeur ,
l'argent , la circulation , l'induftrie ,
commerce intérieur & extérieur.
le
Cet ouvrage eft vraiment élémentaire,
AOUST. 1777. 109
& d'un raifonnement ferré. Dans les
quatre premiers chapitres , les matières
font réduites à des propofitions fimples,
ou propofitions fuivies de leur développement.
Il y eft queftion des différentes
caufes de la valeur & de fon importance
, de l'échange & de la vente , & de
la fonction de l'argent dans les échanges.
Quant à ce qui concerne la valeur de
l'argent monnoyé , l'Auteur prouve le
danger de l'altération de la monnoie , &
de l'augmentation de la dénomination . Il
relève les erreurs des Jurifconfultes , par
rapport au droit qu'ils accordent au Souverain
à cet égard ; & fait voir que le monnoyage
eft un fervice public , dont les
frais devroient être faits aux dépens du
revenu public.
Dans le quatrième chapitre , on traite
de la circulation , & l'on prouve que l'argent
n'eft pas l'objet de la circulation ,
mais les productions ; que ce font elles
qui le mettent en mouvement , que la
circulation part toute entière de la
claffe productive , & qu'il n'y a qu'une
fource de richeffes . Ce dernier principe
eft de la plus grande fécondité : c'eft fur
lui que roule toute la doctrine de l'Auteur
; de manière que , fi on veut l'attaquer
, on doit le faire fur ce principe
NO MERCURE DE FRANCE.
fondamental , fans quoi l'on fera force
d'admettre avec lui toutes les conféquences
.
Dans le fixième , on traite de la nature
du commerce en général : on établit
la différence entre le commerce de la propriété
& le trafic . On examine les effets.
du commerce fur la valeur , & on prouveque
les frais du commerce font pour une
nation un objet de dépenfe , & non un
accroiffement de richeſſes ..
Dans le feptième , on traite du commerce
extérieur. On prouve qu'un
grand commerce n'eft pas toujours une.
preuve de profpérité ; que l'intérêt d'une
nation qui vend , n'eft autre que l'inté→
rêt d'un propriétaire ; que l'intérêt d'une
nation en tant qu'elle achette , n'eſt
autre chofe que celui d'un confommateur
; que fon intérêt eft donc fimple &
unique , qu'il confifte à être fervi aux
meilleures conditions poffibles , & par
conféquent dans un état parfait de liberté
& de concurrence .
Dans le chapitre 8 ; on examine les
effets de la liberté indéfinie pour la nation
qui l'établiroit la première chez elle ,
indépendamment de la conduite des
autres . Cette grande queftion eft appro
AOUST . 1777 .
fondie d'une manière neuve , & fous
tous les rapports poffibles .
Enfin , le neuvième chapitre traite du
commerce refpectif de la métropole &
des Colonies .
l'a
L'ouvrage de l'ordre focial eft accompagné
de notes très -importantes ; la forme
du difcours , que l'Auteur a choiſie ,
forcé de rejeter dans ces notes des dif
cuffions qui auroient trop coupé le fil.
Nous laiffons aux Lecteurs inftruits , le
foin d'apprécier les preuves que l'Auteur
emploie dans cet ouvrage , ou la matière
dont nous avons cru ne devoir donner
que l'analyſe,
Mémoires hiftoriques & galans de l'Académie
de ces Dames & de ces Meffieurs;
Ouvrage rédigé par Antoine- Martin
Vadé , Secrétaire de l'Académie ; 2
vol . chez Segaud , Libraire , rue des
Cordeliers.
Les Académies ont toujours eu le
droit de publier leurs Ouvrages . Celle- ci
qui eft inconnue , & qui n'a point cherché,
pour caufes , à prendre encore confiftance
, n'en ambitionne pas moins les
fuffrages du Public, Les Pièces qu'ellou
112 MERCURE DE FRANCE .
raffemble dans cette collection , quoique
dépouillées de la forme Académique ,
amuferont peut -être les Lecteurs qui
aiment la variété , & qui redoutent les
Ouvrages longs & méthodiques.
Le premier volume renferme un parallèle
des Académies & des lanternes.
" Leur deſtination commune , dit l'Au-
» teur du parallèle , eft d'éclairer l'Uni-
» vers ; leur défaut commun eft de ne
"
pas éclairer toujours. L'un & l'autre a
» beſoin d'emprunter fa lumière : l'un
» & l'autre donne quelquefois un faux
jour... Les aveugles ne fentent point
» le mérite des lanternes : les fots ne
» connoiffent pas le prix des Académies .
» Un petit vent fouffle une lanterne : un
fouper trop long éteint un Académi-
» cien. Les étourdis caffent les lanternes ,
» les envieux déchirent les Académies ».
"
L'Auteur de ce parallèle ne le pouffe .
pas plus loin , & n'a certainement pas
imaginé qu'il diminueroit en rien la
gloire de ces Corps , deftinés à perpétuer
le goût du beau , & cette politefle des
moeurs , fi néceffaire à l'ordre public &
aux agrémens de la fociété.
On trouve dans ce recueil plufieurs
morceaux de galanterie , traités d'une
A O UST. 1777. 113
ע
.
manière philofophique. Voici comme
on s'explique fur une paffion qui femble
n'être plus auffi tyrannique qu'elle l'étoit
autrefois. Si l'on ôtoit de l'amour tout .
» ce qui lui eft étranger , & qu'on le
dépouillât de tous les ornemens dont
» notre imagination l'a revêtu , en le
» réduifant à ſon état primitif, il ne
» feroit plus qu'une fenfation agréable ,
» dont on auroit peu à redouter : mais
» on a voulu le déifier . L'Auteur de no-
» tre être n'en avoit fait qu'un befoin ,
» nous en avons fait une paffion terrible ;
& , pour le rendre indomptable , nous
» avons mis en ufage tout ce que que l'art
» peut inventer pour augmenter fon
fon pou-
» voir. Nous avons porté l'incendie dans
» tons les coeurs par la chaleur de nos
images : & les feux dont nous brûlons
» ne doivent leur exiftence qu'à la volupté
factice dont nous fommes enivrés
. La Nature bienfaifante nous avoit
» accordé des plaifirs fans alliage : en
voulant embellir fes dons , nous en
» avons défiguré les traits ; & ce qui
» n'étoit fait que pour le bonheur de l'efpèce
humaine , eft devenu , par nos foins,
» le poifon le plus dangereux » ....
39
"
"
Ces nouveaux Académiciens font tour114
MERCURE DE FRANCE .
ود
99
་
à-tour galans & moraliftes févères . Ils
foutiennent qu'il eft de la nature du
» luxe de fubfifter par le changement :
» continuel des goûts , & cette inquié-
» tude mène à des fantaifies . Les ames :
amollies , difent- ils , ne favent plus
» ſe fixer à rien , & font gloire de leur
» inconftance & de leur légéreté la
» fauffe délicateffe ne fe repofant fur .
» aucun objet , les épuife tous , & ne
» trouvant plus à fe fatisfaire par ce quie
» exifte , fe forme des fantômes. Cette
» habitude d'inconftance & de faux goût
» s'étend far la forme des paffions . Un
attachement folide devient ridicule .
» On court après le plaifir fans l'attraper..
Au lieu de l'amour il fe forme des
liaifons fondées fur la vanité , & cette
» paflion n'eft plus que le travers d'une .
» tête démontée » .
On trouve dans ce recueil , prétendu
Académique , des hiftoriettes & même.
des differtations philofophiques . Celle :
où l'on développe la manière de penfer
d'un Dervis fur l'origine des ames , fourit
la preuve la plus claire , qu'on ne
fera que débiter des rêveries lorfqu'on
s'écartera des Ecrivains facrés , qui nous
expliquent avec autant d'autorité que de
AQUST . 1777. 115
lumière , tout ce qui regarde l'origine de
l'homme , le bonheur & la gloire de fon
premier état , fon ingratitude & fa révolte
, les malheurs qui ont fuivi fon
crime , les moyens qu'il a plu à Dieu de
choifir pour le lui faire expier , & pour
le ramener à la juftice & à la félicité.
Fayel, Tragédie , par M. d'Arnaud
nouvelle édition .
Furit , aftuat , ardet.
volume in - 8 ° . avec figures. A Paris ,
chez Delalain , Libr. rue de la Comé
die Françoife.
La première édition de cette Tragédie
, publiée en 1770 , a été annoncée
dans le Mercure du mois de Mars de la
même année , & l'extrait qu'on en a
donné a été fuivi de celui de Gabrielle
de Vergy, qui eft le même fujet traité
par M. de Belloi. Le Fayel de M. d'Arnaud
, fuivant l'expreffion même de l'épis
graphe placée à la tête de ce Drame ,
furit , aftuat , ardet. Cependant , quoique
cet Epoux foit dévoré de tous les
feux de la jaloufie , les critiques ont cru
devoir reprocher à l'Auteur d'avoir trop
abandonné Fayel à fa fureur , dans le
116 , MERCURE DE FRANCE
cinquième acte fur-tout. Ils lui ont auffi
objecté que Gabrielle ne pouvoit guères
fonger à prendre de la nourriture , quand
elle expiroit de douleur . M. d'Arnaud ,
en corrigeant la feconde édition de fa
Tragédie , a eu égard à ces deux obfervations.
Fayel , dans le dernier acte , a
une fureur concentrée , jufqu'au moment
qu'il apprend à fon Epoufe que Couci
n'eft plus. M..d'Arnaud a d'ailleurs imaginé
un moyen plus heureux pour forcer
Gabrielle à fe préſenter à cette table funefte
, qui lui eft préparée par fon Epoux.
Elle croit les viandes empoifonnées , &
faifit avec tranfport , au milieu des ennuis
qui la confument , ce qui peut lui
procurer la mort la plus prompte .
Il feroit bien à defirer que cette Tragé
die pûr être jouée , & que le Public fut à
portée de juger de ſon effet théâtral.
La Pareffe , Poëme traduit du grec de
Nicandre , par M. le Comte d'Albon ,
des Académies de Lyon , de Dijon ,
de Nîmes , de Rome , de Florence ,
de Chambéry , de la Société Economique
de Berne , & c. &c. Brochure
in- 8 °. de 40 pages. A Paris , chez
Knapen , père & fils , Libr.- Impr, au
bas du Pont Saint- Michel.
A O UST. 1777. 117
La Pareffe , fuivant la Mythologie ,
eft fille du Sommeil & de la Nuit. L'Auteur
du poëme nous la repréfente fille
du Sommeil & de la Volupté. « Son
» fein , auffi fertile en maux que la boîte
» de Pandore , perpétue l'âge de fer .
» L'Univers eft fon empire , fes loix font
"
l'ignorance , l'oubli & l'infraction du
» devoir ; les hommes font fes efclaves ,
» leur foibleffe eft fa force , le défordre
fon Elle s'affied fur les marouvrage
.
» ches des trônes , fait paffer de la main
» des Souverains dans celles de leurs
و د
"
D
Sujets , amollis par les plaifirs , les
» rênes de leur empire entr'ouvert ; tranfforme
le Courtifan en Sybarite , deticieufement
couché fur un lit de roſes ;
» jette le Guerrier dans une apathie
» comme léthargique , après qu'il s'eft
» enivré du fang de fes femblables , &
qu'il a femé de toutes parts la défola-
» tion & l'horreur ; enchaîne le beau
fexe au char de l'oifive galanterie ; fe
" repofe fur le foc de la charrue , & lie
»les bras du laboureur ; écarte le Négo-
» ciant de fes projets ; glace l'imagina-
» tion de l'Ecrivain , en lui dérobant le
» miroir de la gloire ; étouffe le zèle des
» Prêtres ; répand des pavots fur les yeux
"
32
W
118 MERCURE DE FRANCE.
-
» des Magiftrats , lorfqu'ils font affis fur
» le fiége de la juftice , le tonnerre en
» main , pour foudroyer l'intérêt , père
r de tous les crimes .
Ce Poëme , fruit d'une imagination
ornée , & nourrie de la lecture des anciens
Poëtes , eft fuivi d'un Dialogue
entre Alexandre & Titus dans les Champs
Elyfées. Les fentimens que l'Auteur leur
prête , font conformes aux caractères
que les Hiftoriens nous ont tracés de ces
deux hommes illuftres . Titus , l'amour
& les délices du Genre humain , pendant
fon règne , fera encore utile au
bonheur des hommes , par les exemples
de vertus qu'il a laiffées , & par les maximes
d'humanité & de bienfaifance , rapportées
par les Hiftoriens , & rappelées
dans ce Dialogue avec toute l'énergie du
fentiment. « Les grandes ames dit
» Alexandre , aiguillonnées par le fen-
» timent de leur fupériorité fur les ames
» communes , font preffées de fortir de
>
l'égalité dans laquelle elles font con
» fondues avec la foule du Peuple ou
» des Rois. Les Dieux , de qui nous te-
» nons cette fupériorité , doivent y avoir
attaché le pouvoir d'agrandir notre
exiſtence , de renverfer ce qui s'oppose
A O UST. 1777. 119
3
-à notre élévation , de difpofer des fortunes
& de la vie des hommes ; ce font
eux qui nous mettent le glaive à la main,
» Les Nations celles même qui tom.
bent fous nos coups , entraînées fans
doute par un fentiment inné , plus
fort que leur malheur , s'accordent
à nous regarder avec une refpectueufe
» terreur. L'admiration univerfelle ap-
» prouve nos fuccès , & la gloire les cou-
» ronne. C'eft avec ces titres que Pré-
» roïfme juftifie fes triomphes.
« La Juſtice & l'humanité , lui répond
-> Titus, ne les reçoivent point, ces titres.
Que les Dieux nous approchent d'eux
par les qualités les plus éminentes ; ils
» nous laiffent toujours au -deffous des
"
و د
>
loix. Enfans de la Patrie , membre
» elle-même de la Société univerfelle , en
» naiffant , nous faifons au bien général
le dévouement de nos talens . Montons
cela
plus haut que nos femblables
» nous eft permis : mais que ce foit par
» nos vertus & pour leur félicité . Ne peut-
» on être élevé fur des monceaux de
» cadavres & de ruines ? Ne nous abaiffons-
nous pas au contraire , à mefure
que nous démoliffons l'Edifice de la
» Société ? Nous ne paroiffons & nous
7
que
>
120 MERCURE DE FRANCE .
}
» ne fommes jamais fupérieurs aux au-
» tres hommes , que quand nous en faifons
le bonheur . Avec de l'audace &
» du feu , vous réduirez une ville en
» cendres ; que n'en coûte - t-il pas pour
la relever ? La défolation d'une campagne
eft au pouvoir d'un fcélérat , fa
fertilité n'eft que dans la main d'un
» Dieu. Enfin , que le Héros ne fe glo-
» rifie pas des fentimens qu'il infpire
aux Peuples ; ils l'admirent à la vérité ,
» mais cette admiration peut- elle être
flatteufe , lorfqu'elle eft l'ouvrage de
» l'effroi ? Non , non , la véritable grandeur
ne fut jamais dans les lauriers
que la victoire moiffonne.
»
" Alexandre. Eft - il rien néanmoins
» d'aufli beau , que de devenir maître de
la deftinée des hommes ?
»
« Titus. Eft-il rien de plus vain , fi
on ne l'eft pas de la fienne ? Le malheur
d'un million d'hommes ne fera ja-
» mais un heureux. Plus vous aurez d'efclaves
, moins vous aurez de véritable
» liberté. Les chaînes d'or dont la for-
» tune vous charge , font plus fortes que
» les chaînes de fer dont vous accablez
un Peuple. Le premier des humains
» au comble de la gloire & de la for-
か
» tune >
A O UST. 1777. 121
"
39
» tune , eft le jouet du fort le plus expofe
» à fes caprices. La plus haute branche
de l'arbre eft la plus fragile. L'oiſeau
qui s'y perche n'y dormira pas ; c'eft
la fituation des conquérans. Ils ne
jouiffent jamais des plus grands fuccès ,
» parce qu'ils ont toujours à crair dre de
plus dangereufes chûtes . Dans le champ
» de Mars , leur gloire chancelle à chaque
33
"
pas ; fouvent même ils tombent pref-
» qu'arrivés au bout de la carrière , telle
eft la vanité de l'héroïfme . Devriez-
» vous l'ignorer , Alexandre , vous qui
» vous promettiez la conquête du monde
» entier au moment où la mort vint
» fondre fur vous , & arrêter vos pro-
» jets » ?.
›
Alexandre continue de faire des objec
tions à Titus , & paroît convaincu de la
vérité des maximes de ce fage Empereur 3
cependant il foupire encore après de nouvelles
conquêtes. " Voilà bien les hom-
» mes , s'écrie Titus ; il ne ſuffit pas de
leur faire voir à découvert la vérité ; on
doit encore leur faire goûter , parce
» que les paffions reftent encore après
que les erreurs font diffipées. Il faut
» donc s'appliquer à les tourner vers un
objet utile , capable de les fatisfaire.
23
F
MI
122 MERCURE DE FRANCE.
29
Précepteurs des hommes , ne perdez
»pas votre temps , vis-à- vis d'un ambi-
» tieux, à le dégoûter de la grandeur ;
» mais repréfentez-lui les Dieux occupés
du bonheur des humains ; offrez à ce
39
Conquérant la conquête la plus noble
» & la plus difficile , celle des coeurs ; ne
» lui citez pour grands hommes que ceux
»
» dont les moeurs ont été les loix vivantes
» de leur Patrie , la règle du citoyen &
» de l'Etranger , le modèle de ce qu'on
appelle les Grands ; répétez - lui que les
plus grands des hommes font ceux qui
» ont fait le plus d'heureux. Enfin , dirigeant
le defir qu'il a de s'élever , ne
» lui montrez la grandeur , la gloire &
» la félicité , que fur le faîte des vertus ».
Précis du Difcours préliminaire qui doit
être mis à la tête du Dictionnaire
Univerfel des Sciences morale , économique
, politique & diplomatique ,
&c.
Nous avons inféré dans le dernier
Mercure , le Proſpectus de cet ouvrage ,
dont le premier volume doit paroître inceffamment.
L'éditeur ayant bien voulu
nous communiquer , en manufcrit , le
AOUST: 1777. 123
Difcours préliminaire , qui traite de
l'Influence de la Philofophie fur les moeurs
& la légiflation, nous allons en donner
le précis.
Ceux qui déclament indifcrètement
contre les fciences , & fur-tout contre la
philofophie , ne veulent pas voir combien
elles ont de part au peu de vertu &
de bonheur qu'il y a fur la terre. Qu'ils
confultent les faftes de la philofophie ancienne
& moderne , & ils feront forcés
de lui rendre la juftice qu'elle mérite.
Dans la barbarie des anciens temps , où
le paganiſme ne nous offre que des peuples
religieux par corruption , & vicieux
par religion ; les principes les plus clairs
de l'équité naturelle euffent été infailliblement
étouffés par les abfurdités monftrueufes
de l'idolâtrie , fi un petit nombre
de philofophes n'en euffent confervé le
dépôt précieux , au milieu des nations
payennes.
Les premiers Législateurs furent des
fages que la vénération des peuples mit
au rang des Dieux , parce qu'ils étoient
les bienfaiteurs de l'humanité. Ofiris
Mercure & Mnevès donnèrent des loix
à l'Egypte, & toute l'antiquité a regardé
le gouvernement de l'Egypte comme un
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
modèle de fagelle politique. Zoroaftre
donna des moeurs à la Perfe. Il prêcha la
bienveillance , Famour de la juftice , &
fit goûter cette maxime d'une perfection
fublime faites aux autres ce que vous
voudriez qu'ils fiffent pour vous ( * ) .
Depuis deux mille ans & plus , Confucius
jouit de la gloire d'avoir établi le
meilleur gouvernement , peut-être , qui
convienne à un grand Etat. La durée de
l'Empire Chinois eft la preuve de fa
perfection , & en même temps l'effet
permanent de l'heureuſe influence de la
philofophie fur la police des Etats.
-
par
Des fept Sages de la Grèce , fix gouvernèrent
leur pays ; & leur pays goûta
les douceurs d'une adminiftration jufte
& modérée. Thalès , qui n'eut point de
part aux affaires publiques , entretint dans
fa Patrie l'amour des vertus fociales
fes leçons & fon exemple. Socrate & fes
difciples s'adonnèrent particulièrement à
la Doctrine civile , & c'eft encore une
maxime générale parmi les Philofophes
modernes , que l'étude de l'homme eft la
feule digne de l'homme , que toutes les
* Sadder , Port. LXXI ,
A O UST. 1777. 125
autres doivent fe rapporter à cetteſcience
qui dirige la conduite des particuliers &
les actes du gouvernement. La philofophie
naturalifée à Athènes , y étoit l'ame
de l'éducation : elle apprenoit aux jeunes
gens à s'affujettir de bonne heure aux
différentes charges de la vie civile , à
regarder les emplois , moins comme des
diftinctions honorables , que comme un
engagement folemnel à être plus fage ,
plus jufte , plus exact obfervateur des
loix , que les Citoyens d'un rang inférieur.
Elle impofoit à tous les Membres
de l'Etat l'obligation de fe former au
maniment des affaires publiques , & conduifoit
aux dignités , en apprenant à les
remplir avec honneur. Introduite dans le
cabinet des hommes d'Etat , elle étoit
leur confeil ; elle haranguoit le peuple ,
& fes décifiours étoient des oracles ; elle
formoit encore , fous la tente , des défenfeurs
à la Patrie. Si Carnéades , Critolaüs
, Diogène le Stoïcien & d'autres
chargés de négociations importantes ,
juftifièrent l'idée qu'on avoit de leurs
talens pour la politique , Ariftide , fe jufte
Ariftide fe diftingua aux fameuſes batailles
de Maraton , de Salamine & de Platée.
Quels hommes ont jamais rendu plus de
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
fervice à leur Patrie que Xénophon , Dẻ .
mofthènes & Polybe ?
La philofophie pénétra difficilement
en Italie ; mais dès qu'elle fut reçue à
Rome , on la vit régler le barreau dans
Craffus & Antoine , perfectionner les
loix fous les aufpices des deux Scevola ,
produire de grands hommes dans tous
les genres , & montrer fur - tout dans Ciceron
& Atticus , jufqu'à quel point elle
favoit intéreffer les Citoyens au bien de
la Patrie , foit au milieu des foins pénibles
du Gouvernement , foit dans la tranquillité
d'une vie privée. Les Romains
lui durent leurs meilleurs Princes : elle
forma l'ame bienfaifante des Titus , des
Trajan , des Antonins. Les tyrans l'honoièrent
de leur haine , & contribuèrent
à l'illuftrer en la perfécutant. Alors le
nombre des honnêtes gens fut réduit à
celui des philofophes ; la vertu , lorfque
Néron réfolut de la faire périr , fe retira
dans l'ame de ces hommes privilégiés
qui , dans la corruption générale , ofoient
s'abftenir du crimé.
Lorfque les Arts & les Sciences fe
perdirent
, dans ces temps d'horreurs & de
calamités publiques , où l'Italie devint la
proie des Barbares , le flambeau de la
A O UST. 1777 . 117
raifon fembla s'éteindre pour ne fe rallumer
qu'après mille , ans de ténèbres. La
philofophie n'inftruit plus les humains ;
& les humains méconnoiffent juſqu'aux ·
droits de la nature. Ce n'eft de toutes
parts qu'injuftice & noirceur , orgueil &
baffeffe , tyrannie & fouffrances. Jamais
le parricide , l'adultère , l'incefte , les
duels , les affaffinats ne furent fi communs
; jamais il n'y eut tant de perfidies
domestiques , tant de trahifons publiques ,
tant de diffentions civiles , tant de concuffions
de toute eſpèce, un abus fi criant
des chofes les plus refpectables. Par- tout
le crime vend au crime le fang de l'innocent.
Les plus belles contrées font ravagées
par des bêtes féroces ; fous le nom
de Conquérans ; la Religion fert de mafque
ou d'inftrument aux paffions brutales ;
la foi publique eft violée jufqu'au pied
des autels. Voilà l'horrible tableau de dix
fiècles d'ignorance . C'eft que l'Europe
n'avoit plus de fages qui formaffent la
jeuneffe aux vértus fociales , qui converfaffent
avec les Rois , qui appriffent aux
Magiftrats à être juftes , qui prêchaffent
au peuple l'union & la concorde , ou qui ,
ne pouvant faire mieux , oppofaffent de
grands exemples à une grande corrup
tion.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Après ce long fommeil léthargique ,
prefqu'auffi affreux que la mort , la raifon
fe réveille épouvantée des monftres
qui l'obsèdent. Le génie , armé du don
de penfer , fe préfente pour les combattre.
La vérité marche à fa fuite : fon éclat
perce avec peine les épaiffes ténèbres de
Pignorance . Quelques favans vont changer
la face de l'Univers. Les fciences morales
& politiques ne furent pourtant pas
celles qui les occupèrent le plus à la renailfance
des lettres. La poéfie , l'hiftoire ,
la phyfique , les mathématiques furent
cultivées avec plus d'empreffement . La
morale, cette fcience naturellement douce
& engageante , avoit contracté avec les
derniers philofophes , tels qu'Epictete &
Boëce , un air dur & repouffant , effet
néceffaire de la dureté des temps où ils
vécurent . Le jargon de l'école n'étoit
guère propre à la rendre plus attrayante .
C'en fut affez pour déterminer alors les
objets des travaux littéraires. Mais dès
que l'homme fut devenu fenfible au plaifir
d'apprendre , il fe trouva tout diſpoſé ·
à goûter le plaifir d'être vertueux . Erafme.
ofa lui préfenter la tableau de fes vices
fans le choquer. Il eft vrai qu'il le fit
plutôt rire que rougir de fa fottife ; mais
A O UST. 1777 . 129 .
en déguifant fes leçons fous le voile d'une
fine plaifanterie , en célébrant des fous ,
il fit le plus beau portrait du fage .
Montagne débita , fans prétention ,
une morale douce & accommodée aux
différentes conditions de la vie humaine.
Charron réduifit la fageffe en art , mais
il en puifa les principes dans le coeur
humain . La Bruyère , en peignant les
hommes tels qu'ils étoient , leur montra
ce qu'ils devoient être . La Rochefoucault
fit la fatyre des Courtifans , pourſuivit
fans relâche l'amour - propre mal entendu ,
fous les différentes métamorphofes qu'il
prenoit pour échapper à fes coups ; &
après avoir dépouillé ce Prothée de toutes
les formes qui le déguifoient , il le livra
à fa propre laideur , comme à fon plus
cruel bourreau.
Locke fit fentir à fes compatriotes les
inconvéniens d'une éducation barbare .
Inſtituteur éclairé , il leur apprit à donner
à leurs enfans un corps fain , un efprit
libre , une ame droite. Politique profond,
il traita auffi du gouvernement civil , &
il en traita avec cette impartialité qui
doit tenir la balance , lorſqu'on pèſe les .
droits du peuple , & les privilèges de
l'autorité fouveraine . Wollefton déter-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
mina la nature du bien & du mal , & en
fixa la différence . Hutchefon découvrit le
fens moral. Shaftsbury fit d'une bienveillance
généreufe & défintéreffée, la meſure
du mérite & de la vertu .
Grotius avoit déjà publié , au commencement
du fiècle dernier , fon grand ouvrage
du Droit de la Guerre & de la Paix.
C'étoit la production d'un homme de
génie , mûri par les affaires , les difgraces.
& la méditation . Des maximes de la
Jurifprudence naturelle & politiqué , il
déduit des règles pour maintenir les nations
en paix , ou pour les y ramèner lorfqu'elles
font en guerre , & mettre de la
juftice , de l'humanité même , dans un
Etat qui femble être le renverfement de
toute efpèce d'ordre , & devoir étouffer
tout fentiment de pitié.
Puffendorf mit dans un nouveau jour
la fcience que Grotius avoit tirée de la
barbarie . Doué d'un efprit pénétrant ,
d'un jugement exquis , d'une raifon libre
de préjugés , il remonte aux premiers
élémens de la fcience des moeurs , & fuivant
avec précifion l'enchaînement des
vérités morales , il en forme un fyftême
méthodique des devoirs de l'homme ,
du citoyen , du fouverain , qu'il fait déA
O UST . 1777. 131
couler du principe fécond de la fociabilité:
Cumberland , Wolf, Burlamaqui perfectionnèrent
encore la fcience du gouvernement.
Les Loix civiles difpofées dans
Leur ordre naturel , le Traité de la Police ,
& quelques autres annoncèrent en France
un ouvrage d'une trempe plus forte . Le
livre de l'Efpritdes Loix , qui après avoir
occafionné une foule d'écrits fur toutes les
matières d'adminiſtration , de finance &
de commerce , devoit enfin produire la
fcience économique qui paroît être la
perfection de la philofophie politique.
Teleft le précis très- abrégé de ce Difcours,
où l'Auteur nous montre par- tour.
la Philofophie , amie des moeurs & des
loix , épurant la morale & perfectionnans
la légiflation ; par-tout amie des Rois &
des Peuples , inftruifant les uns & les
autres de leurs droits & de leurs devoirs ,.
formant des citoyens vertueux , des fujets .
foumis , non par inftinct ou par baffelfe ,
mais par raifon ; des Magiftrats intégres ,
des Miniftres zélés pour le bien public ,
des Rois , pères de leurs peuples. Ce n'eft
point ici un panegyrique outré. Les faits
parlent. On ne déguife point les écarts .
de quelques philofophes , mais on fait
Evj
132 MERCURE DE FRANCE .
voir que ces écarts peu contagieux ne font
pas à craindre. En effet , on ne voit pas
que la philofophie ait jamais fait aucun
mal aux hommes . Mais elle leur a fait
beaucoup de bien dans tous les temps ;
elle leur en eût fait davantage , fi une
foule d'obstacles phyfiques & moraux
n'en euffent empêché ou corrompu l'influence
bénigne ; & nous pouvons aujourd'hui
, plus que jamais , comparer
les détracteurs de la philofophie à des
hommes qui blafphémeroient contre le
foleil qui les éclaire.
Ce Difcours , monument durable 2
élevé à la gloire de la fcience philofophique
, accroît l'impatience que nous
avons de voir paroître le grand ouvrage
auquel il fert d'introduction , & d'en
rendre compte à mefure que les volumes
nous parviendront.
Les Quatre parties du Jour à la Ville
traduction libre de l'Italien de l'Abbé
Parini , fur la fixième édition faire à
Milan en 1771 , avec le texte à la
fuite . A Milan , & fe trouve à Paris ,
chez Dorez , Libraire , rue Saint-Jacques
, près S. Yves. 1777. vol. in- 12 ,
Prix , 1 liv. 10 fols broché ,
A O UST. 1777. 123
Ce Poëme , qui a eu le plus grand fuccès
en Italie , eft divifé en deux chants. Le
premier , intitulé Il Mattino , comprend
la nuit & le matin ; & le fecond , qui a
pour titre Il Mezzo - Giorno , le midi & le
foir. Il eft vrai que le Poëte ne parle que
fort légèrement du foir & de la nuit.
39
Sous un titre déjà connu , ce petit
Poëme renferme des détails tout nouveaux.
« Lorfque les Thompfon , dit le
» Traducteur dans fa préface , les Saint-
» Lambert , les B .... & les Zacharie
» ont voulu chanter les faifons , ou les
» quatre parties du jour , leur Muſe ,
fuyant le féjour tumultueux des Cités ,
» s'eft envolée au loin dans les campa-
» gnes ; & , fur le bord des fontaines ,
» ou au fein des forêts , la nature prenoit
plaifir à fe peindre dans leurs tableaux ,
» auffi fraîche & auffi belle que nous
» l'admirons dans fes ouvrages. Le Poëte
» Italien , dont je m'empreffe de faire
» connoître les talens à ma Patrie , n'a
» pas fans doute un goût auffi vif pour
» les folitudes champêtres . Ses quatré
parties du jour font celles qu'on paffe
à la ville , & dont le dérail feroit croire
» que Rome eft bien moins éloignée de
» Paris , que ne le difent les Géographes » .
"
"
"
ود
134 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi , lefujet du Poëme n'eft autre chofe
que le tableau de la journée d'un Petit-
Maître Romain , moderne s'entend .
On a imprimé le texte à la fuite de la
verfion françoiſe ; mais le Traducteur
avertir que cette dernière eft feulement
auffi fidelle qu'elle doit l'être , pour faire
fentir l'original . Il donne à entendre qu'il
a cru devoir traduire cet ouvrage ,
comme une jeune femme copie une mode
nouvelle . Cette déclaration doit lui fervir
d'excufe auprès des amateurs de
F'Italien , qui fe plaindroient qu'il n'a
pas rendufon original avec une exactitude
affez littérale. Quoi qu'il en foit , fa traduction
eft agréablement écrite , & fe fait
lire avec plaifir :.on en jugera par le morceau
fuivant.
«L'Aurore oavre les portes de l'Orient
» & annonce au monde le retour du Soleil
» & du travail. Déjà le Laboureur vigi-
» lant quitte à regret le lit , où , entouré
» des berceaux de fes enfans , & à côté de
» fa jeune & tendre époufe , il a trouvé
» la nuit fi courte. Il fort de fa cabane,,
preffant les pas tardifs des boeufs dont
il va partager les travaux. Il court à fa
charrue par un fentier étroit fur les
» bords duquel les arbriffeaux , charges
39
»
AQUST. 1777 . 139
»
de rofée , femblent , au mouvement le
plus léger , verfer une pluie de diamans.
L'air retentit des coups redoublés des
» marteaux . Le Forgeron s'empreffe de
» finir les portes d'airain que lui deman-
» de l'Avare pour enfermer fes tréfors .
» Un autre , dans fes fourneaux , purifie
» l'or & l'argent du Potofe pour en for-
» mer mille yafes divers , que l'Amour
» deftine à la toilette & à la table de
» Phriné ».
Le Temple de Vénus. A Londres , 1777
Volume in- 8°. de près de 400 pages ,
précédé d'une gravure.
C'est un recueil de vingt-fix tableaux
érotiques , tirés des Romans & des Contes
les plus connus en ce genre. On y a mis
à contribution la Nouvelle Héloïfe , le
Temple de Gnide , le Sopha , Angola , le
Coufin de Mahomet , &c. &c. Le joli
Conte d'Aline, de M. le C. de B ***
s'y trouve même en partie.
« J'ai vu ,
» le Rédacteur , les plus beaux tableaux
» de l'Amour ; je vais les expofer aux
" yeux des enfans fortunés de la nature.
» Ce font des miniatures tirées des meilleurs
Peintres en ce genre , & qui font
dit
136 MERCURE DE FRANCE .
"
dignes d'être placées dans leTemple de
» Vénus »
Opufculesde Phyfique animale & végétale.
Par M. l'Abbé Spallanzani , Profeffeur
Royal d'Hiftoire naturelle dans l'Univerfité
de Pavie , Membre de la Société
Royale de Londres , des Académies
des Curieux de la Nature , de Berlin ,
de Stockholm , de Gottingue , de Bologne
, de Sienne , &c. & c. Traduits
de l'Italien , & augmentés . d'une introduction
où l'on fait connoître les
découvertes microfcopiques dans les
trois Règnes , & leur influence fur la
perfection de l'Esprit humain. Par
Jean Senebier , Miniftre du S. Evangile
, & Bibliothécaire de la République
de Genève. On y a joint encore
plufieurs Lettres relatives à ces Opuf
cules , écrites à M. l'Abbé Spallanzani
par M. Charles Bonnet , & par d'autres
Naturaliftes célèbres . Genève , chez
Barthélemi Chirol . 1775. in 8 ° . 2 vol.
avec fix planches.
Cet Ouvrage exécuté par un des meilleurs
Obfervateurs de ce fiècle renferme :
1. Obfervations & expériences fur diA
O UST. 1777 . 137
verfes eſpèces d'Animalcules des infufions
avec une hiftoire détaillée de leur vie &
de leurs moeurs , une defcription de leurs
parties , & une vue générale des rapports
que ces Animalcules ont avec les Animaux
connus.
II. Obfervations & expériences fur les
Animaux fpermatiques de l'Homme &
des Animaux , avec un examen du fyftême
fameux des Molécules organiques.
III. Obfervations & expériences fur
les Animaux & les Végétaux , enfermés
dans des Vafes où l'Air ne peut pas fe
renouveller .
IV. Obfervations & expériences fur
quelques Animaux finguliers , que l'Obfervateur
peut à fon gré faire paffer de la
mort à la vie.
→ V. Obſervations & expériences fur
l'origine des petites Plantes qui forment
la moififfure .
Ces obfervations font enrichies de fix
Planches fidèlement deffinées & gravées,
Recherches fur la préparation que les Romains
donnoient à la chaux dont ils fe
fervoient pour leurs conftructions , &
fur la compofition & l'emploi de.leurs
mortiers. Par M. de la Faye , Tréforier
138 MERCURE DE FRANCE.
Général des Gratifications des Troupes.
De l'Imprimerie Royale , in- 8 ° . de 96
pag. Prix 1 liv. 10 fols ; chez Merigot ,
le jeune , Libraire , Quai des Auguftins.
M. de la Faye a fait des recherches &
des découvertes fur la manière de bâtir
des Anciens ; les différens procédés qu'il
indique font juftifiés par le texte des
Auteurs , & il s'eft affuré du fuccès par
des épreuves multipliées. Ce qu'il avance
fur les conftructions faciles, eft puifé dans
la même fource , & confirmé, tant par le
rapport de quelques Voyageurs , que par
des mémoires particuliers. Un paffage de
Pline fera connoître que les colonnes qui
ornoient le peryftile du labyrinthe d'Egypte
étoient factices , & que ce vaſte
édifice exiftoit depuis 3600 ans . C'eſt aux
habiles Architectes à répéter ces expériences
, & à vérifier, fi , en effet , des
pierres factices peuvent fervir à la conftruction
d'un grand édifice ; fi elles doivent
réfifter à un poids immenfe , & ſe
foutenir contre l'effort du temps & des
élémens. Il nous femble que les ftucs &
pierres factices ne peuvent guères être
employés que pour des revêtiffemens ou
AOUST. 1777. 13.9
de petits ouvrages qui ne font point
tourmentés par l'action de l'air ou de la
pefanteur. Au refte , c'eft une queſtion
importante à examiner , fi l'art peut fuppléer
au travail en grand de la nature ;
s'il peut l'imiter , l'égaler , ou le furpaffer ,
& M. de la Faye ne laiffe rien à déſirer
fur tout ce qui peur fervir à réfoudre ce
beau problême. Ses recherches annoncent
un homme profond dans la connoiffance
de l'antiquité, & fes procédés , un homme
exercé dans la pratique des fciences .
Bibliothèque de Campagne , ou les Amufemens
du Coeur & de l'Eſprit. A Amfterdam
, & fe trouve à Paris chez la
veuve Duchefne , Libraire , rue Saint;
Jacques ; 1777 , 24 vol. in- 12 . Prix
60 liv.
C'eſt une collection de divers Romans
eftimés & de nouvelles galantes , qui ont
déjà été publiés , & que l'on fera charmé
de trouver raffemblés. La lecture en eft
intéreffante & variée , & très- propre à
remplir les vuides du loifir , à fournir des
fujets pour le théâtre & pour les drames
de fociété.
140 MERCURE DE FRANCE.
M
Peinture du Siècle, ou Difcours & Lettres
fur différens fujets. Par M. de la
Croix , Avocat. 2 vol. in- 12 d'environ
400 pages. A Amfterdam, & fe trouve
à Paris , chez le Jay , Libraire , rue
Saint-Jacques.
Ce recueil eft extrait des fix volumes
que M. de la Croix a publiés , fous le
titre de Spectateur François . On y trouve
beaucoup d'efprit , d'imagination , de
bonne critique & de connoiffance des
moeurs. Il combat avec force les vices ,
il attaque le ridicule avec fes propres armes;
il fait varier fes tableaux , & leur
donne un air d'originalité , & ure
compofition pittorefque qui les rend
très recommandables.
OEuvres du Révérend Père la Berthonie ,
de l'Ordre des Frères Prêcheurs , pour
la défenſe de la Religion Chrétienne
contre les incrédules & contre les
Juifs . 3 vol. in 12.A Paris , chez la
veuve Defaint , Libraire, rue du Foin
près la rue Saint -Jacques.
On n'a pas encore oublié les fuccès de
A O UST. 1777. 141
ce célèbre Prédicateur , qui a eu plus
d'une fois la confolation de voir que plufieurs
de ceux qui étoient venus l'entendre
, avoient ouvert les yeux à la lumière,&
renoncé à leurs funeftes opinions.
Une théologie exacte & élevée , leur
fourniffoit les argumens les plus propres
à diffiper les nuages que l'incrédulité
moderne s'efforce tous les jours d'entaffer.
Une Dialectique peu commune ,
lui faifoit démêler lesfophifmes captieux ,
les feules armes que l'erreur emploie en
attaquant la vérité . Un zèle vraiment
apoftolique le faifoit entrer en lice , toutes
les fois que la Providence lui en préfentoit
l'occafion . On avoit beau reproduire
les mêmes objections , il étoit toujours
prêt à y répondre , & il avoit l'art
de varier fes réponſes & de les rendre
toujours intéreffantes. L'Ouvrage que
nous annonçons , prouve que le mérite
de cet Orateur , qui étoit tour- à la fois
Théologien & Philofophe , étoit fupérieur
à fa réputation . On trouve dans
fa belle inftruction contre les Juifs , que
ce favant Religieux avoit fu réunir à
fes talens une intelligence profonde des
Ecritures ; il y établit que les Juifs & les
Chrétiens doivent néceffairement être
142 MERCURE DE FRANCE.
>
d'accord fur un point qui eft , qu'à la ve
nue du Meffie , (foit qu'il foit déjà venu ,
foit qu'il foit encore à venir ) il doit y
avoir du changement dans les pratiques
de la Religion . En effet , tous les actes
extérieurs de la Religion qui attend le
Meffie , doivent être autant de figures
qui le prophétifent ou le promettent
& autant de demandes que l'on fait à
Dieu de l'envoyer . Par conféquent , le
Meffie une fois venu , la Religion ne
peut plus le figurer , le prophétifer , le
promettre , ni demander à Dieu qu'il
l'envoie. Il faut néceffairement qu'elle
change de pratiques extérieures
qu'elle ne parle plus de la promeffe du
Meffie , que pour rendre grâces à Dieu
de ce qu'il l'a envoyé. Ce feul raiſonnement,
comme l'obferve l'Auteur , devroit
bien faire revenir les Juifs de l'opinion
qu'ils ont, que la Religion étant l'ouvrage
de Dieu , doit durer éternellement en
la même forme & le même culte extérieur
, qu'elle fut établie au Mont- Sinaï.
Si cela étoit , il faudroit que le Meffie
eût été promis pour n'être jamais donné.
Quant à la grande queftion , qui confifte
à favoir fi Jéfus-Chrift eft le Meffie
promis & prédit , ou s'il faut en attendre
&t
A O UST. 1777: 143
"
an autre , l'Orateur fait voir clairement
que tout ce qui a été prédit du Meffie ,
a été accompli en Jefus Chrift , & ne
peut l'avoir été , ni ne peut l'être qu'en
lui. Il parcourt , pour établir cette vérité
, toutes les prophéties renfermées
dans l'ancien Teftament , Livre qu'on ne
peut méconnoître , & qui étoit entre les
mains des Juifs , long - temps avant la
naiffance de J. C. Il développe tous les
paffages des Écritures qui déterminent
le
temps de fa venue , qui déclarent ce
qui convient à fa perfonne , & qui annoncent
quelle fera fon oeuvre . Or , que
l'on compare toutes ces prophéties avec
les circonstances de la perfonne , de la
naiſſance , de la vie , de la mort , de la
Réfurrection & de l'Afcenfion de Jésus-
Chrift , & l'on y trouvera , comme le
fait le Père de la Berthonie , cette démonſtration
que Saint Pierre appelle la
lampe qui luit dans un lieu obfcur.
Après avoir fait l'application de toutes
ces prophéties à la Perfonne de Jéfus-
Chrift , l'Auteur infifte fur l'aveuglement
des Juifs, qui eft fi clairement prédit dans
les divines Écritures , & qui prouve à
fon tour que Jéfus-Chrift eft le Meffie ,
parce qu'ils ont eu le malheur de le re144
MERCURE DE FRANCE.
jeter cet aveuglement nous a été utile ,
en ce que le péché des Juifs , comme le
dit Saint Paul , eft devenu une occafion de
falut aux Gentils. Nous en retirons un
autre avantage fort grand , en ce qu'ayant
entre leurs mains les prophéties , les
Juifs font dans toute la terre des témoins
non fufpects de leur vérité , comme
de leur accompliffement. « Mais l'Eglife ,
» dit notre Auteur , en retirera un autre
avantage bien plus grand , lorfque
» convaincus enfin de l'aveuglement de
ود
leurs Pères , les Juifs auront le bon-
» heur de reconnoître tous Jéfus Chrift
» pour le Meffie , & entreront en corps
» dans fon Églife ». Car , fi leur péché
a été la richelle du monde & le petit
nombre auquel ils ont été réduits , la richeffe
des Gentils , combien plus leur plénitude
le fera-t-elle , fi leur retranchement
eft devenu la réconciliation du monde ? Que
fera leur rétabliſſement ,finon un retour de
la mort à la vie. Tom. XI . XII .
Le Père de la Berthonie rappelle fur
ce dernier objet , les prophéties fi claires
d'Ifaïe , d'Ézéchiel , de Jérémie , d'Ofée
& de Zacharie , dont il paroît réſulter ,
qu'après cet événement admirable , qui
fera la confolation de l'Églife , & qui
fournira
A O UST. 1777. 145
fournira en même- temps aux incrédules
obftinés une réponſe victorieufe & accablante
il y aura une longue fuite de
générations , foit parmi les Juifs , foit
parmi les autres Nations converties .
3
On trouve dans les autres inftructions ,
des réflexions folides , & même neuves ,
fur l'étrange méthode de raiſonner qu'emploient
les incrédules dans cette contro
verfe fi importante ; fur l'infuffifance de
la raiſon , & la néceſſité de la révélation ,
pour connoître le vrai culte que Dieu
exige de l'homme ; néceffité que l'Auteur
tire des deux grandes plaies de l'homme ;
l'ignorance de fa raifon , & la corrup
tion de fon coeur : fur l'excellence & la
fublimité de la doctrine de l'envoyé de
Dieu , infiniment fupérieure à tout ce
qui s'étoit enfeigné jufqu'alors ; fur la
nature , le nombre & les circonstances
des miracles que Jefus- Chrift , cet envoyé
de Dieu , a opérés pour prouver fa miffions
Quant à cette preuve victorieufe
de Père dela Berthonie foutient que Dieu
infiniment bon , infiniment vrai , & la
vérité même, ne peut ni nous tromper , ni
autorifer le menfange par des oeuvres qui
lui foient propres. Les miracles font une
trop prompte & trop vive impreffion
G
146 MERCURE DE FRANCE.
A
fur les fens ; & c'eft un fentiment trop
fortement gravé dans le coeur , qu'un
prodige bienfaifant & fupérieur à toutes
les loix de la nature eſt la voix de Dieu
même , pour que l'erreur & le menfonge
foient en droit de fe l'approprier. « Moïfe ,
dit-il , n'a fait des miracles que pour
» prouver qu'il étoit envoyé de Dieu ,
» pour tirer les enfans d'Ifraël de l'op-
» preffion où ils étoient en Égypte .
» Comme Dieu , qui eft Efprit , ne fait
» fentir fa préfence que par fon opé-
» ration , & que les opérations ordinaires
de fa Providence , font trop
» communes & trop uniformes , pour
» rendre fa préfence fenfible aux hommes
» accoutumés à les voir ; il les tire de
» cette eſpèce d'engourdiffement , &
» leur fait fentir vivement fa préfence ,
lorfque , fortant de l'ordre que fa Pro-
» vidence a établi parmi les Etres , il
opère à leurs yeux des effets qui peuvent
» n'avoir aucune cauſe dans la nature.
Lors donc qu'un homme avancé un
» fait , & s'engage à le prouver par un
» miracle cet homme appelle Dieu
même , feul Auteur des miracles , en
garantie de ce fait ; & fi Dieu en conféquence
, fe rend fenfiblement pré-
39
*
A O UST. 1777. 147
» fent en opérant ce miracle , il fe rend
» lui - même témoin , & témoin irrécu-
» fable du fait dont on l'a pris pour
» garant.
Il eft aifé de faire l'application de ce
raifonnement à Jéfus - Chrift reffufcitant
Lazare , & de prouver la vérité de fa
divine miffion par ce miracle , dont on
ne peut éluder la conféquence que par
des fophifmes qui ne font pas même captieux.
Auffi le Père la Berthonie fait-il
valoir avec force cette preuve des miracles
, qui eft la plus claire , la plus courte
& la plus abrégée. C'eft l'argument des
fimples . Les miracles font effentiellement
preuve de la vérité .
Nous voudrions pouvoir joindre à ces
réflexions , celles que le Père la Berthonie
fait fur l'incompréhenfibilité de nos
myitères , fur le déluge univerfel , & fus
plufieurs autres caractères de la Religion .
Nous invitons les incrédules , & ceux
qui fe laiffent ébranler par leurs objections
, à lire ces trois volumes dont
la lecture fuffit pour nous prémunir à
jamais contre les mauvais raiſonnemens
dont on commence par conféquent à
être raffafiés , parce que ce ne font que
des répétitions perpétuelles.
>
Gij
148 MERCURE DE FRANCE .
Anecdotes intéreffantes & hiftoriques de
P'Illuftre Voyageur , pendant fon féjour
à Paris ; dédiées à la Reine . Seconde
édition , corrigée & augmentée .
I vol, in-12 de 162 pages , avec le
Portrait de M. le Comte de Falckenstein.
A Paris , chez Ruault , Libraire ,
rue de la Harpe.
L'intérêt que l'Europe prend à tout ce
qui lui peint l'Illuftre Voyageur , fait
multiplier les écrits . Le Lecteur ne s'apperçoit
pas que tel Ecrivain ne fait que
répéter ce qu'un autre a déja dit , &
fouvent beaucoup mieux ; il fuffit de
nous entretenir de l'Illuftre Voyageur ,
pour mériter nos fuffrages.
Alexis moderne , ou Etrennes de Mi- .
nerve aux Artiftes , contenant diffé-
Arens fecrets für l'Agriculture , & les
Arts & Métiers ; fixième & feptième
Parties . A Paris , chez Desnos , Libraire
& Ingénieur- Géographe , rue Saint-
Jacques. Prix , 1 liv. chaque Partie.
Ce Recueil , qui aura huit Parties ,
peut intéreffer , par la variété & même
AO UST. 1777. 149
par l'utilité des fecrets ou recettes que
l'Éditeur a extrait de différens Ouvrages
connus, & eftimés.
Idées préliminaires ou Profpectus d'un
ouvrage fur les pêches maritimes de
France . Par M. Lemoyne , Maire de
la ville de Dieppe ; brochure in- 8 ° . de
56 pages. A Paris , de l'Imprimerie
Royale.
M. Lemoyne fit connoître , par deux
Mémoires qu'il préfenta au Ministère en
1775 , combien l'augmentation progreffive
des droits fur le poiffon, aux entrées
de Paris , étoit nuifible à la pêche maritime
, & ces droits furent diminués.
Maislaconfommation qui fe fait à Paris ,
toute confidérable qu'elle eft , n'étant pas
comparable à celle qui fe fait dans toutes
les provinces du Royaume , qui ne participent
point à ce foulagement , le fuccès
des deux premiers Mémoires a fait defirer
la rédaction d'un troiſième , dont la
ville de Dieppe a chargé M. Lemoyne ,
& dont l'objet eft de rendre fenfibles les
obftacles & les inconvéniens qui arrêtent
encore le progrès de la pêche nationale ,
& d'indiquer les moyens de la faire parvenir
au degré le plus floriffant.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'agriculture & la pêche peuvent être
confidérées comme les deux mamelles de
l'Etat. Indépendamment de ce que les
productions des mers , augmentent les
richeffes relatives d'un Royaume , en y
faifant circuler des maffes d'or & d'argent
qui n'y étoient pas, elles accroiffent fes richeffes
réelles , parce que ces productions
fervent , ainfi que celles de la terre , à la
nourriture d'un plus grand nombre de
fujets. Les pêcheries ont été auffi confidérées
, avec raifon , comme des mines
toujours fubfiftantes , qui donnent de
l'occupation aux mains que les terres &
les manufacturès d'un Etat ne peuvent
employer. Cette branche de l'occupation
des hommes eft encore bien précieuſe ,
puifqu'elle accroît la population , augmente
la valeur des falines , & qu'elle eft
le berceau & l'école la plus fûre des
Matelots. C'eſt d'après ces principes qui
font exposés avec plus de développement
dans le Profpectus , que M. Lemoyne entreprend
de donner un tableau , de la fituation
& du commerce des pêches nationales.
Nous commencerons dit
» l'Auteur , par celles de la marée fraîche ,
» à la fuite de laquelle nous traiterons
» de la police des pêches en général , &
9
AOUST. 1777. 151
"
"
පා
nous examinerons les caufes de la dépopulation
du poiffon fur nos côtes ;
» les loix de police , leur inexécution
» les différentes manières de pêcher les
plusenufage : nous diftinguerons celles
» que nous croyons deftructives ; nous
» rechercherons les moyens de nous pro-
» curer les meilleurs poiffons plus frais ,
» & de les pouvoir tranfporter plus loin :
de- là, nous pafferons aux pêches falées
du hareng , du maquereau & de la
» morue , qui font les objets les plus in-
» téreffans de notre commerce : nous
» donnerons fur toutes ces différentes
pêches le détail des frais & des dépenſes
auxquels chacune eft affujétie , fon
produit , le profit de l'Armateur & da
» Pêcheur , les droits dont chacune eft
grevée à l'entrée , à la circulation & à
la confommation , les entraves qui
reftraignent & gênent ce commerce.
Nous comparerons , autant qu'il fera
» en notre pouvoir , toutes ces pêches à
» celles des Nations voifines , & nous
» rechercherons les caufes de la préférence
prefque univerfelle qu'elles ont fur les
» nôtres . Ce plan ne nous permet pas de
» nous borner à ce qui intéreffe particulièrement
les pêches & le commerce
"3
33
33
29
>>
"3
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
» de la ville de Dieppe ; nous fommes
» forcés d'embraffer tous ce qui concerne
» les pêches en général . Nous ferons en
» forte de ne rien omettre de ce qui eft
» relatif à celles qui fe font dans les autres
Ports de la Manche , & qui font
» à notre connoiffance. Nous finirons par
» la pêche de la baleine , abfolument
abandonnée par les François , & nous
» ferons connoître les avantages qu'il y
» auroit à la rétablir » .
M. Duhamel du Monceau eft le premier
qui ait entrepris de travailler cet objer
avec toute l'étendue qui lui eft propre ;
mais cet Ouvrage , que l'Auteur continue,
n'embraffe point encore tout ce qui inté
reffe les pêches , confidérées comme un
objet de commerce . Il étoit refervé à M.
Lemoyne , bien connu par fon zèle éclairé
& patriotique , d'entreprendre ce grand
Ouvrage.
Il eft dans toute branche de travail &
de commerce , dans celle de la pêche ,
fur-tour , des obftacles , & même des
maux , qui ne peuvent être connus que
par ceux qui en reffentent directement &
perfonnellement les effets : tout tableau
qui en fera tracé par une main étrangère
fera toujours infidèle , & ne peut tendre
A O UST. 1777 . 153
qu'à induire en erreur . C'eſt du Pêcheur ,
c'eft de l'Armateur , c'eft du Négociant
qu'il faut les apprendre ; c'eſt auffi dans
ces fources que M. Lemoyne a puifé la
majeure partie des faits & des obfervations
que fon Mémoire contient. Le Gouvernement
, toujours attentifà faire jouir
la Nation de fes plus grands avantages ,
a favorifé M. Lemoyne dans fes recherches
& fes travaux ; & il y a lieu d'efpérer
que tout Citoyen inftruit & éclairé
fecondera les vues du Gouvernement
en procurant à M. Lemoyne des Mémoires
& Obfervations fur les objets
qu'il fe propofe de traiter , & que nous
avons expofés plus haut d'après le Profpectus.
« Les perfonnes , eft-il dit dans
l'avertiffement de ce Profpectus , qui
» voudront bien aider à completter cet
Ouvrage, font priées d'adreffer leurs
Obfervations & Mémoires à M. Le-
» moyne , Maire de Dieppe , & dy
» mettre une feconde enveloppe à l'adreffe
ود
ود de M. de Sartine , Miniftre & Secré-
» taire d'Etat de la Marine , ou à celle de
n M. le Directeur Général des Finances.
» Elles font auffi priées d'y joindre l'in-
» dication de leur demeure , afin que M.
» Lemoyne puiffe , fi elles l'y autorifent
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
7
leur demander des éclairciffemens ul-
» térieurs , & leur envoyer un exemplaire
» de l'Ouvrage " .
Journal Hiftorique & Politique des principaux
Événemens des différentes Cours
de l'Europe. 1777 .
J
Ce Journal eft compofé de 36 cahiers
par an , & paroît exactement trois fois
par mois. Le prix de l'année entière
eft de 18 liv. , franc de port dans toute
la France . On eft libre de foufcrire en
tout temps , à Paris , chez Lacombe ,
Libraire , rue de Tournon.
Ce Journal devient de plus en plus
intéreffant dans la circonftance préfente
des affaires de l'Europe . On y trouve raf
femblés , non -feulemens toutes les nouvelles
répandues dans la foule des papiers
étrangers & François , mais encore
des faits particuliers fur différens objets .
Ces événemens & anecdotes font rédigés
dans un ordre & d'une manière à
rendre ce Journal , l'Hiftoire du temps la
plus complette , la plus exacte & la plus
curieufe.
A O UST. 1777. 155
ANNONCES LITTÉRAIRES.
Répertoire univerfel & raiſonné de Jurifprudence
civile , criminelle , canonique
& bénéficiale, Ouvrage de plufieurs Jurifconfultes
; in-8 °. Il en paroît actuellement
12 volumes , & on en publie huit
par an. Ce grand Ouvrage renferme
toute la doctrine de la Jurifprudence ,
puifée dans les meilleures fources ; les
noms des Avocats fe trouvent à chaque
article. La foufcription fera fermée le
1 Octobre prochain : il faut s'adreſſer à
Paris , à l'Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Abrégé de l'Art des Accouchemens ,
dans lequel on donne les préceptes néceffaires
pour le mettre heureufement.
en pratique , & auquel on a joint plufieurs
Obfervatiors intéreffantes fur des
cas finguliers ; Ouvrage très utile aux
jeunes Sages-Femmes , & généralement
à tous les Élèves , en cet Art, qui defirent
de s'y rendre habiles ; nouvelle édition.
Volume in-8 , avec figures gravées
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
en taille - douce , & imprimées en couleurs
; par Madame le Bourfier du Coudray
, Maîtreffe Sage -Femme de Paris
penfionnée & envoyée par le Roi pour
enfeigner à pratiquer l'Art des Accouchemens
dans tout le Royaume. Prix .
7 liv. 4 f. relié. A Paris , chez Debure
père , Libraire , Quai des Auguftins , au
coin de la rue Gît- le-coeur , 1777:
Le titre de cet Ouvrage fuffit fans
doute pour en faire connoître l'emploi
& l'utilité.
On trouve à Paris , chez Moutard , Libraire
- Imprimeur de la Reine , de
Madame , & de Madame la Comteffe
d'Artois , rue du Hurepoix , près le
Pont Saint-Michel , les Livres fuivans
:
Supplément à l'hiftoire de la rivalité de
la France & de l'Angleterre , & à l'hiftoire
de la querelle de Philippe de Valois
& d'Édouard III , 4 vol. in- 12.
Dictionnaire des origines , découvertes ,
inventions & établiſſemens , ou Tableau
hiftorique de l'origine & des progrès de
tout ce qui a rapport aux fciences & aux
arts ; aux modes & aux ufages anciens &
A O UST. 1777 . 157
modernes ; aux différens états , dignités ,
titres ou qualités ; & généralement à
tout ce qui peut être utile , curieux &
intéreffant pour toutes les claffes des citoyens
, par une fociété des gens de
Lettres. 3 vol, grand in - 8 ° . reliés , 18 liv .
"
Effai fur les maladies des Artifan's
traduit du Latin de Ramazzini , avec
des notes & des additions , par M. de
Fourcroy , Maître ès Arts en l'Univerfité.
de Paris & Étudiant en médecine.
in- 12 ; broc. , 3 liv . 12 f.
,
Confidence Philofophique > feconde
édition , revue & augmentée . 2 vol.
in-8°.; br ; liv . 12 f.
Hiftoire Naturelle de la Province de
Languedoc , partie minéralogique &
géoponique , publiée par ordre de Noffeigneurs
des Etats de cette Province ;
par M. de Genffane , de l'Académie de
Montpellier , Correfpondant de celle
de Paris , &c.
Tome fecond , comprenant les Diocèfes
de Narbonne, St. Pons , Lodève & le
Gévaudan ; le tout précédé d'un difcours
fur l'Hiftoire du Règne minéral.
in-8°. A Montpellier chez Rigaud ,
158 MERCURE DE FRANCE.
Pons & Compagnie. A Paris , chez
Moutard.
>
ACADÉMIE S.
CAEN.
I.
M.ESMANGART , Intendant de Caer ,
animé du defir de procurer aux Peuples
de la Généralité , dont l'adminiſtration
lui eft confiée , les richeffes & le bonheur
dont elle eft fufceptible , a deſtiné une
fomme de 400 livres pour un prix , confiftant
en une Médaille d'or , à décerner
pour chacune des années 1777 & 1778 ,
aux Auteurs des mémoires qui fatisferont
le mieux aux queftions que l'Académie
des Belles Lettres de Caen jugera le plus
convenables aux intérêts de la Baffe - Normandie.
Le fieur Lefebvre , Ingénieur en chef
des Ponts & Chauffées , Ports de commerce
, & autres ouvrages publics de la
Généralité , Directeur de l'Académie ,
a . dans la Séance publique du 10 Avril
préfent mois , annoncé pour le Prix de
A O UST. 1777. 159
l'année 1777 , à adjuger feulement dans
la première Séance , après Pâques de
l'année 1778 , la queftion fuivante :
" Quelles ont été les principales bran-
» ches du commerce de la ville de Caen
depuis le commencement du onzième
» fiècle * , & plus particulièrement de-
* L'on eft fondé à croire que le commerce de
la Ville de Caen étoit confidérable dès l'an 1026 ,
du tems de Richard , Duc de Normandie , troifiène
du nom , puiſqu'il eft fait mention dans
fon contrat de mariage avec la Princeffe Adèle ,
de la donation , dans le Comté de Bayeux , de
la Ville de Caen , fituée fur le fleuve de l'Orne ,
& de fes environs , avec fes Eglifes, fes vignes ,
prés , moulins , fon marché , fa douane , fon port
& toutes les dépendances .
« Et in concitatu Bajocafenfi , concedo Villam
quæ dicitur Cathim , fuper fluvium olnæ , circumquaque
, cum Ecclefiis , vineis , pratis ,
molendinis , cum foro , tetonio , portu & omnibus
appenditis fuis ». Hift. Eccl. de Normandie
, Tome II, à la fin.
Dans une Lettre en vers latins , de Rodulphus
Tartarius ( Moine de Fleury , maintenant Saint
Benoît-fur- Loire ) lequel vivoit entre 1096 &
1145, il eft auffi parlé de la fituation de la Ville
de Caen , & de ce qui la rendoit floriffante dèslors
: vers la fin du règne de Philippe I , le Poëte
dit avoir vu dans cette Ville un beau palais , ou
le marbre étoit prodigué ; il y fait mention d'une
multitude de Marchands, & de toutes les mar-
Y
કયો વિ
160 MERCURE DE FRANCE.
"
puis la réunion du Duché de Normandie
à la Monarchie Françoife ? Quelles
» font celles qu'il feroit le plus avanta-
» geux & le plus facile d'y établir ou d'y
» étendre , relativement au fol du
""
pays ,
à fes productions , à fes débouchés ac-
» tuels , à ceux qu'il eft poffible de lui
» procurer, à fes loix , coutumes & ufages ;
» & quels feroient les moyens d'y par- /
» venir ?
>
Le fieur Lefebvre a pareillement annoncé
pour le fujet du Prix de l'année 1778
lequel fera adjugé dans la Séance publique
, après la Saint Martin de ladite
année 1778 , la queftion fuivante :
"
Quels font les arbres , les arbuftes &
» les plantes qui , croiffant fur le rivage
» de la Mer , fans avoir néanmoins be-
» ſoin d'en être baignés à toutes les ma-
» rées , pourroient être employés à la
conftruction des digues & épis nécef-
»
chandifes qu'on trouvoit dans le Forum , étoffes
de laines , de lin & de foie , épiceries diverfes ,
cuirs de toutes façons , boiffons & denrées de
tonte espèce , le néceffaire & le fuperflu ; il dir
aufli y avoir rencontré des Négocians de toutes
les Nations Mém. de l'Acad. des Inforcip. Tome
XXI, in-4° .page 5 12.
A O UST. 1777.
161
❤
» faires fur les côtes & le long des rivières
, dans lesquelles la Mer monte ,
» pour défendre de fes irruptions , les
» terreins qui les bordent ? Quelle eft la
» culture de ces arbres , arbuttes & plan-
» tes , & quels feroient les meilleurs
» moyens àemployer pour en former des
digues à la fois les plus économiques
» & les feules fufceptibles d'une réfiftance
» conftante & progreflive , en même - tems
qu'elles procureroient aux proprié-
» taires riverains un produit annuel par
leurs coupes périodiques ».
L'Académie eftime que les Auteurs
feront bien d'examiner principalement
les plantes réfinenfes.
La multiplicité des digues néceffaires
pour la confervation des terreins précieux
frués fur les bords de la Mer & le long
des rivières , dans lesquelles fe font fentir
le flux & le reflux , & pour l'acquifition
d'autres terreins encore couverts par
la Mer à toutes les marées , & fufceptibles
de former également des pâturages
les plus gras , rendent cette dernière queftion
on ne peut plus intéreffante , nonfeulement
pour la Généralité de Caen ,
mais encore pour toutes les Provinces
maritimes. Il existe un petit arbre ( le
162 MERCURE DE FRANCE.
· ·
Tamaris ) ayant à peu près les conditions
demandées : il eft affez commun
en Italie , en Efpagne & même dans les
Provinces Méridionales de France ; on
en trouve auffi en Allemagne , & même
il y en a quelques plants dans la Généralité ,
fur le Territoire de Cabourg, près de Dives
, & fur ceux d'Hermanoille & d'Oyftrehans
, près Caen ; il eft facile à multiplier
; il feroit feulement à defirer que
fes racines fuffent un peu plus fibreuſes ;
cependant tel qu'il eft , on eftime qu'il
peut être fort utile dans la conſtruction
des digues , parce qu'on efpère que les
tunages & clayonages auxquels on pourra
l'employer prendront racine , & ne pourriront
pas comme ceux faits avec les
bois ordinaires , même avec le faule &
l'ofier, que l'eau falée fait mourir. L'effai
du Tamaris doit être fait ; mais il peut
être d'autres arbustes ou plantes inconnus
dans ce Pays, & qui lui foient préférables .
Les Mémoires feront adreffés avec les
formalités prefcrites par toutes les Académies
, pour que les Auteurs ne foient
counus qu'après le jugement , fous le couvert
de M. Efmangart , Intendant de
Caen , ou francs de port , à M. Moizan ,
Profeffeur d'Eloquence , & Secrétaire
A O UST. 1777.
163
perpétuel de l'Académie ; favoir , pour la
première queſtion , avant le premier Février
1778 , & pour la feconde, avant le
premier Octobre de la même année.
Le concours ne fera interdit qu'aux
feuls Membres titulaires de l'Académie ,
les Correfpondans & Affociés de la Province
, font particulièrement invités à
s'occuper des queftions propofées.
I L.
Séance publique de la Société Royale d'Agriculture
d'Auch , tenue le 10 Mai
1777.
La Société Royale d'Agriculture
d'Auch , célébra le 10 Mat , felon
fon ufage , l'avénement du Roi au
Trône ; M. l'Archevêque d'Auch
Membre de la Société , dit la Meffe
Pontificale. L'après-midi du même jour ,
la Société tint fa féance publique , où
on fit , pour la première fois , la diftribution
des Prix que Sa Majefté a bien
voulu accorder à la protection dont M.
Bertin , Miniftre , honore cette Société ,
& à la follicitation de M. de la Boulaye,
164 MERCURE DE FRANCE .
>
Intendant , qui , connoiffant le bien
qui peut en réfulter pour fa généralité ,
prévient toujours les occafions de le lui
procurer. On a d'abord adjugé une gerbe
d'argent pour Prix du meilleur ouvrage ;
il avoit pour titre : Mémoire fur la culture
des pommes de terre , & l'avantage
qu'ily auroit qu'elle fût pratiquée en Gaf
cogne.... & pour devife.... Loquere terra &
refpondebit tibi. M. Beguillet , Infpecteur
des Vingtièmes de la Généralité
d'Auch , en eft l'Auteur . Enfuite on
a diftribué des Prix pécuniaires aux
meilleurs cultivateurs & améliorateurs
des différentes Communautés qui avoient
été défignées & vifitées par des Commiffaires
nommés par le Bureau de la Société
. Cet encouragement , accompagné
du certificat honorable qui fut donné à
chacun de ces bons Laboureurs
duifit la plus vive fenfation : le Peuple ,
peu démonftratif , ne put diffimuler le
zèle & l'émulation dont il fe fentoit pénétré
; il n'a qu'un cri pour demander
les inftructions de la Société , qui fait
tous fes efforts pour l'engager de les
mettre en pratique. La Société a donné
pour fujet du Mémoire , qui devra concourir
pour le Prix d'honneur , l'année
, proAOUST.
1777.
165
cupe
prochaine.... quelle feroit la méthode la
moins difpendieufe pour fe procurer des
fourages dans des mauvais terreins , fans
le fecours du fumier , & d'y rendre fertiles
les prairies hautes & moyennes . Les Mémoires
doivent être remis dans le cours
du mois de Février , à M. le Secrétaire
perpétuel , fous la double enveloppe de
M. l'Intendant d'Auch ; la Société s'ocfi
férieufement de fon objet , qu'elle
a délibéré de fe cottifer pour prendre dif
férens fonds où elle fera , à fes frais , des
expériences d'agriculture démonftratives
au Public . M. l'Archevêque d'Auch , qui
affifta à la Séance publique , comme
Membre de la Société , fut fi pénétré de
l'émulation & du fentiment qu'infpirèrent
les Prix qui furent diftribués
qu'il annonça qu'il donneroit à pareil
jour de l'année prochaine , deux Prix
pécuniaires aux deux Particuliers qui auroient
le mieux cultivé les pommes de
tèrre. Ce Prélat , connu par fa bienfaifance,
& qui a mérité la couronne civique
, plein de zèle pour procurer l'avantage
de fes Diocéfains , a cru avec
raifon , que cette culture , jufqu'à- préfent
inconnue dans cette Province , y feroit
de la plus grande reffource pour la
166 MERCURE DE FRANCE .
fubfiftance des hommes & des animaux ,
fur-tout dans les circonftances malheureufes
auxquelles elle eft fréquemment
expofée.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue avec fuccès les repréfentations
d'Ernelinde. Mademoiſelle Durancy a
heureuſement remplacé Mademoiſelle
le Vaffeur dans le principal rôle , & M.
Lainée joue & chante avec applaudiffement
le rôle de Sandomir.
Ce fpectacle , foutenu par une grande
variété, par une mufique d'effet , & par
des chants bien modulés , fera toujours
beaucoup de plaifir.
On répète l'Olympiade, Tragédie ty
rique , dont la mufique eft de M. Sacchini
, célèbre Compofiteur Italien.
A O UST. 1777.. 167
8,
20-
1
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François continuent
les repréfentations de Gabrielle de Vergy,
fpectacle terrible, joué avec tant d'énergie
& de vérité , que l'on veut le revoir ,
& que l'on ne peut s'empêcher de le
repouffer en le voyant.
On prépare à ce Théâtre plufieurs
nouveautés, entr'autres , l'Amant Bourṛu,
Comédie nouvelle de M. Monvel , Auteur
& Acteur très- diftingué.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné
le famedi 19 Juillet , la repréfentation
d'Erneftine , Comédie en trois actes , mê
lée d'ariettes
Erneſtine vit dans l'aifance qu'une
Parente femble lui procurer , & dans
l'exercice des arts de la mufique & de
la peinture , qui font fes délices ; elle eft
fur-tout très-fenfible à la tendre amitié
168 MERCURE DE FRANCE.
d'un jeune Seigneur , plein de vertus &
de belles qualités . Sans ceffe occupée de
lui , elle croit encore le voir lorfqu'il eſt
abfent : elle le peint ; elle fait & recommence
fon portrait tel qu'il eft gravé dans
fon imagination. Sa Femme-de-chambre
lui fait avouer , fans peine , que cette
amitié reffemble beaucoup à l'amour.
Cette Suivante eft l'amie de l'Intendant
du Marquis leur fort dépend du mariage
de leurs Maîtres . Ils concertent les
moyens de le faire réuffir ; mais l'Intendant
prévoit des obftacles qui l'inquiètent,
& il a des fecrets qu'il ne veut pas dire .
Cependant le Marquis tant defiré arrive ;
on veut l'introduire chez Erneftine . Le
peu d'empreffement qu'il a de la voir ,
annonce quelque fâcheufe aventure . En
effet le Marquis ne fait comment prévenir
Erneftine de la volonté de fon père ,
qui veut lui faire époufer une riche héritière
; & que ni fes refus , ni fes prières
n'ont Réchir. Erneftine vient ,
& marque par les plus tendres foins , le
plaifir qu'elle a de le voir. Elle lui préfente
e boîte qui renferme un por
trait , dont elle ne peut affez faire l'éloge.
Le Marquis fe reconnoît dans cette peinture
: fa fenfibilité égale fa furprife . Elle
pu
veut
A O UST. 1777. 169
veut auffi qu'il juge de fes progrès dans
la mufique ; elle femble lui faire un
hommage continuel de fes études & de
fes talens. Tant de candeur , tant de vertus
& d'attachement , lui font échapper
des regrets de prendre un autre engagement.
Sa trifteffe alarme Erneftine ; elle
en ignore encore le fujet. Le Marquis
craignant de l'affliger , s'éloigne d'elle ;
il donne des ordres à fon Intendant , &
le rend confident de la réfolution où il
eft de tout facrifier à fa paffion. L'Intendant
cherche à le raffurer , en lui difant
qu'il foupçonne que la riche héritière
que fon père veut lui faire époufer , en
aime un autre que lluuii , , & que cet amour
pourroit favorifer celui qu'il a pour Erneftine.
Le Marquis repouffe cette idée ;
mais l'Intendant s'y attache , & charge
un Domestique de courir en pofte , &
d'aller prendre certaines informations .
Cependant la parente d'Erneftine , alarmée
que le Marquis ait pris fon nom
pour faire paffer à Erneſtine des richeſſes
qu'elle n'auroit pas voulu accepter de
lui , craint que ce ne foit des piéges tendus
à fa vertu , & une furprife faite à
fa délicateffe. Elle lui en fait part ; elle
s'informe en même-tems du mariage du
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Marquis cette double nouvelle l'accable
de douleur . Erneftine veut renoncer à
fes préfens & jufqu'au plaifir de le voir.
Le Marquis eft indigné que l'on ait ofé
calomnier fes intentions & fes bienfaits :
il s'engage envers fa Maîtreffe de ne
point former d'autres noeuds ; mais Erneftine
le refufe encore , ne voulant pas
être la caufe de fa défobéiffance & de
fes malheurs heureufement le Courier
envoyé par l'Intendant , apporte des nouvelles
du mariage de la riche héritière ,
ce qui rend au Marquis la liberté de
former l'union qu'il defire , & ce qui
lui concilie la volonté de fes parens.
:
Le Poëte a négligé de ménager dans
cette Pièce des fituations , des contraſtes
& des caractères , qui euffent rendu
l'action plus vive & plus intéreffante .
L'Amateur, très- diftingué par plus d'un
talent , qui a compofé la mufique , a tiré
tout le parti qu'il pouvoit d'un plan auſſi
ingrat on a remarqué des duo trèsagréables
, des airs brillans , des morceaux
d'enſemble qui lui font honneur ,
& qui atteſtent un bon ftyle , avec beaucoup
de connoiffance , de facilité & de
talent. Mais en France , on juge le poëme
avant la mufique , & l'art du Muficien
A O UST . 1777. 171
ne peut jamais couvrir entièrement les
défauts du Drame.
Les principaux rôles de cette Pièce
ont été remplis par Mefdames Trial ,
Billioni & Dugazon , par MM . Clairval ,
Trial & Narbonne.
2
On a donné fur le même Théâtre ,
le mercredi 23 juillet , la première repréfentation
de Laurette , Comédie nouvelle
en un acte , mêlée d'ariettes.
Laurette , douée de tous les dons de
la nature , mais dépourvue de fortune
eft retirée avec fon père dans un petit
bien de campagne , qui fournit à peine à
leurs befoins . Cette aimable fille eft deftinée
à époufer un riche Fermier , qu'elle
n'aime point ; heureuſement pour elle ,
un incendie dans le hameau a attiré les
fecours & la bienfaiſance d'un jeune
Seigneur qui , dans cette circonftance ,
a vu Laurette , & qui en eft devenu
paffionnément amoureux. Ce Seigneur
forme dès- lors le projet de s'unir par
d'éternels liens à cette beauté. Envain fon
Ami veut- il le détourner de ce deffein &
en plaifanter , ily perfifte & cherche les
Hij
72 MERCURE DE FRANCE.
moyens d'obtenir le confentement de
Laurette ; ce qui lui eft d'autant plus facile ,
que Laurette n'a pu fe défendre de l'aimer.
Blaife le Fermier fent bien que ni
fon âge , ni fa fortune , ni fon état ne
fauroient plaire à cette jeune beauté. It
n'en peut plus douter , lorfqu'une Commère
du Village rapporte ce qu'elle a vu
& entendu des amours de Laurette & du
Marquis . Ce Seigneur eft lui- même furpris
par le père de Laurette , au moment
qu'il lui propofe de l'emmener. Laurette
témoigne combien elle feroit affligée de
quitter fon malheureux père ; mais fon
Amant attefte qu'il veut faire fon bonheur
& celui de fa famille. Le Marquis
va fe difpofer pour fon départ avec fon
Amante. Le père de Laurette vient alors
lui reprocher fa honte & fon ingratitude :
elle ne peut réfifter à ces juftes plaintes ;
elle avoue fa faute , dont fon amour eſt la
cauſe & l'excufe. Le Marquis eft interdit
de retrouver fon Amante avec fon père :
il fe jette aux pieds du Vieillard ; il lui
demande pardon de fes torts , & proteſte
qu'il veut les réparer en époufant Laurette
. Le père fait remarquer à fa fille
combien le crime humilie l'homme ;
cependant il confent à leur mariage
AOUST. 1777. 173
comme au feul moyen de réparer leur
faute ; mais il veut encor refter dans fon
obfcurité. L'Ami du Marquis furvient
lorfque tout s'arrange : il ne peut s'empêcher
de marquer fa furpriſe d'une alliance
fi difproportionnée. Le père alors.
apprend que fa naiffance eft égale à celle
du Marquis ; & que fi fa fille n'eſt pas
inftruite de fa noble origine , c'est que
l'infortune l'a obligé de lui en faire un
fecret. Le père embraffe fes enfans , &
leur pardonne. Blaife le Fermier ne pouvant
obtenir Laurette , reçoit un préfent
du Marquis , & épouſe la bonne Ménagère
qui a pris foin de l'avertir que
Laurette n'étoit pas pour lui , & qu'elle
lui convenoit beaucoup mieux .
L'Auteur, avec de l'efprit & du talent, a
mis trop peu d'art dans la conduite de cette
Pièce; il n'a point fu préparer & ménager
l'intérêt de l'action , & il a trop négligé
fon ftyle. M. Merault , Compofiteur
diftingué , a fait la mufique de cette
Pièce , où il a développé fes talens &
fes connoiffances : plufieurs airs & quelques
morceaux d'enfemble ont été fort
applaudis. On a trouvé feulement qu'il
s'eft fouvent élevé au- deffus du genre
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
qu'il devoit traiter , & qu'il n'a pas tou
jours proportionné fa mufique aux carac
tères des perfonnages & à l'expreffion
des paroles.
Les principaux rôles de cette Pièce
ont été très -bien joués & chantés par
MM. Julien , Trial , Narbonne , Michu ,
& par les Demoifelles Colombe &
Moulinghen.
On a remis le mardi 22 Juillet , Arlequin
Sauvage , Comédie Françoife , en
trois actes & en profe , de Delifle . Cette
Pièce , remplie d'une philofophie agréable
& gaie , eft parfaitement jouée par
M. Carlin , Acteur fi vrai , fi naturel , f
aimable , a été très-bien accueillie .
I
*
A O UST. 1777. 175
ARTS.
GRAVURE S.
I.
La Promeffe approuvée , Eftampe de 16
pouces 6 lignes de largeur , fur 13
pouces 6 lignes de hauteur , gravée
d'après le tableau original de M. Lépicié
, Peintre du Roi , par M. Hemery.
A Paris , chez l'Auteur , rue
Caffette , maifon d'un Sellier ; &-
chez M. Lépicié , Peintre du Roi , à
l'Académie Royale de Peinture & de
Sculpture. Prix 6 liv.
LA fcène de ce tableau nous repréſente
un jeune homme & une jeune fille , qui
fe donnent la foi conjugale en préfence
d'une mère de famille. Ce tableau , lors
de la dernière expofition des Ouvrages
de l'Académie Royale de Peinture , a
obtenu les fuffrages des Amateurs par la
naïveté des expreffions , la vérité des
détails & l'intelligence du clair obfcur.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
4
Le fieur Hemery , Elève de feu Claude-
Donat Jardinier , a fu mettre à profit les
leçons de cet habile Graveur , pour caractériſer
les différens objets de ce tableau
, & donner à fon burin de la couleur
& de l'harmonie . Ce même Artiſte
grave , d'après un autre tableau de M.
Lépicié , une feconde Eftampe , qui fera
pendant à celle que nous venons d'annoncer.
I I.
L'Amour dédié au beau fexe , Eftampe
nouvelle , de 14 pouces de hauteur , &
11 de largeur , gravée avec beaucoup de
foin & de talent , d'après le tableau de
M. Greuze , Peintre du Roi , par B. L.
Henriquez , Graveur de Sa Majesté Impériale
de Ruffie , rue Saint-Jacques , visà-
vis le Collége du Pleffis . Prix , 3 liv.
Cette Eftampe fait fuite à la jeune fille ;
qui pleure la mort de fon oifeau ; à la voluptueufe
, &c. &c. peints par le même
Artifte.
On lit ces vers au bas.
Sexe charmant , c'eft à vous qu'il fourit ;
Il veut vous couronner, mais il cache fes armes.
A O UST. 177. 1777
Fuyez fi de l'amour vous redoutez les charmes,
De fa bleffure , hélas ! jamais on ne guérit
I I I.
Le fecond Cahier du fupplément à
la Botanique mife à la portée de tout le
monde , par Madame Regnault , a paru
au commencement de Juillet . Il eft compofé
, comme le précédent , de vingt
Planches , & fe paie 24 liv. A Paris ,
chez Regnault , Peintre & Graveur , rue
Croix-des - Petits-Champs , au magaſin
de chapeaux des troupes , & chez les
Libraires qui ont fourni l'Ouvrage .
On trouve `chez les mêmes , les
écarts de la nature , en 42 Planches , y
compris le grofeiller , & les quadrupèdes
pour l'Euvre de M. de Buffon ; le tout
colorié .
›
MUSIQUE.
I.
QUATRIÈME Recueil des Vaudevilles ,
des Opéras-comiques , arrangés pour le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
clavecin ou le forté- piano , dédiés à Madame
la Comteffe d'Erouville ; par M.
Benault , Maître de clavecin . Prix , 1 l.
16 f. Chez l'Auteur rue Dauphine ,
près la rue Chriſtine , & aux adrelles ordinaires
de mufique.
I F.
On trouve de même & aux mêmes
adreffes , le vaudeville , Ah vous dirai-jė
maman, avec vingt- quatre variations ar-
Langées pour le clavecin ou le forte-pianos
dédié à Mademoiſelle Becony de Leoube
Prix , 2 liv. & f.
TOPOGRAPHIE
3
Nouvean Plan de la Ville de Paris & defes
Faubourgs. A Paris , chez Desnos
rue Saint-Jacques . Prix 12 liv. en
feuilles , & 1 liv . relié .
CE Plan compofé de plufieurs feuilles
aétant raffemblé , s pieds 10 pouces de
large fur 4 pieds 6 pouces de haut. Il eſt
divifé en 20 quartiers ; & préfente dans
"
AOUST. 1777 . 179
fon développement, les nouvelles rues ,
les nouveaux Edifices , différens paffages
nouvellement pratiqués , & autres détails
fatisfaifans. Il peut fervir , par fon éten
due , à décorer les corridors , les veftibules
, les falles à manger , &c.
Le fieur Defnos , qui a raffemblé dans
fon magafin beaucoup d'Ouvrages relatifs
à l'Hiftoire. Naturelle , & fur-tout à la
Géographie , en a dreffé un Catalogue ,
qu'il diftribue gratuitement aux Amateurs.
LETTRE A M ***
SUR la manière d'enſeigner à lire aux
enfans , par l'Art Typographique.
Dans notre dernier entretien , Monfieur , vous
me parlâtes avec tant de précision de la Typogra
phie , comme d'une méthode qui , dans l'efpace
de quelques mois , conduit avec certitude les enfans
d'une manière enjouée , non - feulement à
la lecture , mais encore ,, ajoutâtes vous, à la
connoiffance de l'Orthographe , que je réfolus
dès lors de me mettre abfolument au fait de ce
fystême. Pour y réulfir , je ne perdis point de
tems à faire les démarches néceffaires chez plu
heurs de ceux qui le croyent en état de le mon-
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
trer. Pas un d'eux ne m'ayant fatisfait , je décou
vris enfin un homme qui a été inftruit des principes
de ladite Méthode par l'Auteur même ** .
Jufqu'à la converſation que nous eûmes enſemble
fur ce fujet , j'en avois conçu , comme beaucoup
d'autres , des idées affez bizarres , me confor
mant aux fentimens de diverfes perfonnes qui ne
la connoiffent que très - imparfaitement , & qui
par conféquent caufent grand dommage à la belle
& prompte lectare ; peut-être même pourroit-on
dire à la république des Lettres : mais ce Maître
m'en ayant fait fentir clairement le fond , j'en
juge maintenant d'une toute autre façon . Il m'a
démontré a évidemment la folidité de cette Méthode
, que j'en peux raifonner comme un de fes
Partifans les plus zélés ; & comme je fais , Monfieur
, que vous aimez le vrai , je vais vous en
expofer toute l'étendue avec le moins de prolixité
qu'il fera poffible.
D'abord je compris que la dénomination que
l'on donne aux lettres de l'Alphabet , dans ledit
fyftême , ayant pour baſe la nature & la raifon
elle ne peut jamais induire en erreur , puifque les
noms des caractères y ont la vraie prononciation
qu'ils énoncent dans les fyllables & les mots qu'ils
compofent, en confultant fidèlement les fons qui
fe font entendre .
Le fieur Chompré , frère de l'Auteur du petit
Dictionnaire de la Fable, demeurant rue Saint-Jacques
au- deffus des Mathurins.
** Feu M. Dumas
A O UST. 17776 181
Comme il n'y a rien à dire fur les voyelles fim
ples , nous ne nous y arrêterons pass mais les
difficultés font grandes à l'égard de la dénomi
nation que les confonnantes portent dans la
méthode ordinaire ; & pour applanir ces difficultés
, voici les noms qu'elles doivent avoir
& qu'on leur donne par la Typographie , avec
un exemple ou deux fur chacune.
Le caractère Bb s'appelle be , comme dans le
mot bar- be, &c.
La lettre Ce ayant deux effets différens , fe
nomme ce ou ke , étant ce , dans les mots ra-ce
ci- ron , &c. & ke dans les mots roc , caroffe , &c.
Le caractère Dd , s'appelle de , comme dans le
inot cor-de , & c.
La lettre Ff, le nomme fe , comme dans le
mot caraf-fe, &c.
Le caractère Gg a deux effets différens ; favoir,
ge & gue , comme dans le mot gi-got , où l'on
voit que dans la première fyllable , la prononciation
gi eft douce ; & que dans la feconde , got ,
fon eft dur , & c.
le
La lettre Hh s'appelle he , quand elle eft afpirée
, comme dans les mots Héros , houblon , &c.
autrement elle eft muette, comme dans les mots
habit , homme , humeur, &c.
Le caractère Jj, fe nommeja ou je, ad libitum,
comme dans le mot jamais , & dans l'expreffion
dis-je , & c.
La figure Kk, porte fa prononciation de ke
dans toutes les occafions où elle eft employée.
La lettre Ll, fe nomme le , comme dans le
mot mule , &c.-
181 MERCURE DE FRANCE.
Le caractère Mm , s'appelle me , comme dans
le mot li -me , &c.
La lettre Nn , fe nomme ne , comme dans le
mot lu-ne, & c .
Le caractère Pp, eft appelé pe , comme dans
ke mot fou-pe , & c.
La lettre Q4 , le nomme ke ou que , comme
dans les mots coq , bicoque , &c.
Le caractère Rr , s'appelle re
mot poi-re , & c .
comme dans le
La lettre ou figure Sfs , a deux effets , qui
font , ſe ou ze , comme dans les mots feur ,
maifon , &c.
Le caractère Tt , fe nomme te ou fi , comme
dans les mots ra- te , ra-ti on , &c .
La lettre Vv , fe prononce ve , comme dans le
mot chiu-ve , &c.
La figure Xx , ayant quatre effets , ne porte
néanmoins que deux noms principaux , qui font ,
kfe ou gze, comme dans les mots ta-xe , exil, &c.
Ses deux autres fonctions ; favoir,fe & ze, fe reconnoffent
dans les mots, deuxième , & dans Aix,
Ville capitale de la Provence , & c. 1
Le caractère Yy, fe prononce ye , comme dans
les mots yeux , dieul , &c. Il s'emploic aflez fou
vent auffi comme voyelle , faifant lui feul mosofyllable
, comme dans le verbe imperfonnel , it
&c. y a >
La lettre Z eft appelée ze , comme dans le
mot bu-ze , tuyau d'un foufflet , &c .
10
:1 L'embarras où fe trouvent les enfans , par la
AOUST. 1777. 183
méthode ordinaire , quant à l'épellation des confonnes
fimples, n'eft prefque rien en comparaifon
de plufieurs de ces mêmes confonnes de fuite fans
voyelles ; & c'eft à quoi la Typographie ſupplée
facilement, parce qu'il n'y a point à deviner pour
la conclufion ou conféquence des fyllabes ou
elles font employées : j'expoferai ici des exemples
de chacune ; & je fuis déjà comme affuré ,
Monfieur , que vous jugerez favorablement des
progrès que j'y ai faits.
Les deux caractères eh , joints enfemble , fe
nomment che ou ke , dont la conféquence le voir
dans les mots Charron , chaos , &c.
La figure & fe nommant kte ou xi , il eft facile
de reconnoître ces deux valeurs dans les mots
Actéon & action , & c.
Les deux lettres ou caractères g & n, joints
enfemble , fe nomment typographiquement gne
ou guene , & s'emploient dans les mots mignon,
agneau , &c. ainfi que dans ceux de gnomon ,
gnoftique , &c.
Le même caractère g, accompagné d'un u de
cette manière , gu , eft toujours prononcé du fon
dur gue , comme dans les mots langue , bague ,
&c.
Les fons mouillés il , ill, ille , lle , l'h , ſe manifeftent
dans les mots fauteuil, mailler, rouille,
bille , gentilhomme , & c.
Les deux lettres ph, jointes enfemble , fe
prononcent fe , comme dans le mot Philofophe ,
&c.
Les caractères rh, ont la même prononciation
que re fimple , comme dans le mot rhume, &c
184 MERCURE DE FRANCE.
Les deux lettres th , jointes enfemble , ont le
même nom que le te fimple , comme dans les mots
thème , théorie , Marthe , &c.
Les deux caractères ft , joints enſemble , forment
une figure qui fe nomme fte, & s'emploie
dans les mots style , bastille , & c . Le Maître
Typographe en queftion , m'a certifié qu'un jour
ayant demandé à un enfant de trois ans & demi ,
quelles lettres ou fons il falloit pour faire le mot
fttrophe ; le petit Élève , fans héfiter , lui répon
dit , ftre- o -fe , puis courant à fon bureau d'Imprimerie
, où n'ayant pas trouvé le fon compofé.
des trois lettres ftr , dans le caffeau étiqueté ft,›
où il auroit dû être , fi on l'y eût mis , l'enfant
fe retourna , & dit en pleurant il n'y eft pas.
Ce trait prouve la fécondité des idées juftes &
des fons véritables que la méthode Typographique
préfente à l'imagination même de la plus
tendre jeuneffe , par le feul organe de l'ouie.
Obfervation fur les diphthongues & autres
fons de la Langue françoife , compofés
de plufieurs voyelles enfemble , & même
avec des confonnes.
Je croyois n'avoir plus de connoiffances à acquérir
dans la nouvelle Méthode , quand je me
vis au fait de la vraie dénomination des lettres
confonnes fimples & compofées ou jointes enfemble
; mais je fus bien furpris lorfque le
Maître de Typographie s'étendit fur les fons de
notre Langue compofés de plufieurs voyelles.
A O UST.~ 1777. 185
Je redoublai donc alors mon attention , & j'appris
qu'il y en a grand nombre tous auffi effen
tiels & frappans les uns que les autres ; tels font
fpécialement les fix fortes de E ; enfuite les fons
primordiaux compofés de voyelles , même avec
des confonnes qui leur font fouvent jointes fans
être prononcées , comme au , eu , oi , ou , ui ,
lefquels fons pourroient être défignés par les
noms de diphthongues , ou fi l'on veut triphthongues
oculaires , afin de les diftinguer des vérttables
diphthongues & oe .. En voici des exemples
de chacun , ainfi que des voyelles compofées
ha , he , hi , ho , hu, de même que des
voyelles nafales an , en, in , on , un.
,
Premièrement , les deux diphthongues æ , & , ne
changent jamais le fon qu'elles portent naturellement
dans tous les mots où elles font employ
es , comme dans les noms propres Cafar ,
Edipe ; & dans le mot oeconome , & c . Le caracère
ou voyelle E , comme un autre Protée .
change prefqu'a tout bout de champ de fon ou
prononciation , & porte quatre noms ; favoir ,
>
muet ou féminin effectif ou fous entendu
comme auxiliaire après toutes les confonnes fimples
ou compofées ; étant marqué d'un accent
aigu , c'est - à- dire , pofé au - deffus & tombant
de droite à gauche , il fe nomme e fermé, comme
dans les mots bonté , vérité , &c. Avec un accent
grave au-deffus & tombant de gauche à droite ,
il s'applle e ouvert bref , comme dans les mots
exprès , procès , & c. Marqué d'un accent circonflexe
ou chevron brifé au-deffus , il porte le nom
d'e long, ou bien ouvert , comme dans lès mots
Fête, Prêtre, &c.
186 MERCURE DE FRANCE.
Les voyelles a-u , e-a- u , & c . jointes enfemble,
portant à l'oreille le fon de l'o fimple , il en réfulte
les mots étau , fardeau , & c.*
Les deux caractères ou voyelles e- u , donnent
enfemble le fon eu , comme dans le motfeu , & c.
de même que la diphthongue a , jointe avec lá
voyelle u, font enfemble le même fon eu, comme
dans le mot coeur , &c.
Les deux voyelles o - i , jointes enfemble ,
donnent le fon oi , comme dans les mots Loi
Roi , &c.
Les deux voyelles o -u , portent le fon ou
comme dans les mots clou , loup , filoux , &c.
Enfin , les deux voyelles u- i , jointes enſemble ,
donnent naturellement le fon ui, comme dans les
mots étui , aujourd'hui , &c.
La voyelle compofée ha , eft employée fans
afpiration dans le mot habit, & c. La voyelle com
polée he , le reconnoît dans les mots herbe
héritage , &c. De même la voyelle composée hi ,
eft employée dans les mots hier , hiver ou hyver,
&c. Les voyelles compofées ho & hô , le voyent
dans les mots homme , Hôtel , &c. Il en eft de
même de la voyelle compofée hu , & initiale dans
les mots humeur , humilité , &c.
Les caractères ou lettres a - n , joints enfemble,
donnent à l'oreille le fon nafal an , comme
dans le mot ruban , & c. De même fes dérivés
a-m , e- m , e-n , a- o-n , e- a- n , joints enfemble ,
portent le même fon an , comme dans les mots
Adam , emploi , entendement , faon , paon , Jean,
&c. Les lettres ou caractères è -n , forment la
nafale èn , comme dans Ruben , Doyèn , moïèn
A O UST. 1777. 187
liền , &c. Le i & le n , qui compofent la nafale
in , de même que
fes dérivés i - m , a-i-m , a- in,
e-i-n , ym , y-n , donnent tous le même fon de
cette pafale in , dans les mots vin , lin , impair,
faim , pain, fein & ferein , fymbole , Syndic , &c.
Les lettres o-n , jointes enfemble , compofent la
nafale on , ainfi que fes dérivés om , a o⋅n ,
e- on , & donnent tous le même fon à l'oreille ,
comme dans les mos jambon , ombre , taon •
forte de groffe mouche , pigeon , &c. Ainfi le
& le n donnent le fon un , comme dans les mots
alun , aucun , &c. Il en eft de même des caractè
res h-u-m , qui , joints enfemble , donnent le
même fon un dans le mot humble , & c.
que
On doit juger par cette petite expofition
fi les enfans ne font pas de grands & rapides
progrès par la Typographie , ce ne peut
affurément être la faute de cette Méthode ,
comme quelques uns le prétendent ; mais qu'elle
vient des Maîtres qui , n'en connoiffant que ,
quelques foibles parties , la montrent mal. Les
parens ne prendront donc jamais trop de précaution
pour le choix d'une perfonne entièrement
verfée dans la pratique de ce noble &
agréable exercice , s'ils ne veulent courir le rifque
de faire perdre le tems à leurs jeunes familles,
perte qui eft de la dernière importance.
J'ai l'honneur d'être , &c .
188 MERCURE DE FRANCE.
SYNONYMES FRANÇOIS,
Candeur , Franchiſe.
LA candeur expoſe naïvement notre
ame aux yeux des autres . La franchiſe
leur préfente librement notre opinion .
Par la candeur on dit ce qu'on fent , parce
qu'on le fent. Par la franchiſe on dit ce
qu'on penfe , parce qu'on croit ordinairement
devoir le dire.
La candeur eft d'une ame fimple. La
franchiſe eſt d'un efprit hardi . Le déguifement
eft oppofé à la candeur : la diffimulation
l'eft à la franchiſe .
La franchife fait des récits fincères.
La candeur fait des aveux ingénus . La
franchife tient à la fincérité , la candeur
à l'ingénuité. Celie-là n'eft que vraie
celle-ci eft naïve. J'eftime la première de
ces qualités ; j'adore la feconde.
L'homme candide dit la vérité malgré
les périls qu'il y a à la dire. L'homme
franc la dit , fans envifager fes dangers.
La candeur ne convient qu'à l'innocence.
La franchife eft du moins enneAOUST.
1777. 189
mie de certains vices. Une franchiſe fou .
tenue exige des efforts de courage , car il
en faut pour être vrai vis -à-vis des coeurs
qui ne font pas bons. La candeur fera
fimplement le récit , le noble aveu de fes
fautes , & l'aveu de fes belles actions ,
plus noble encore , parce qu'il fera modefte.
C'eſt un héroïfme fans effort.
Nous trouvons quelquefois , dans les
procédés & les difcours des grands hommes
, de l'orgueil & de la vanité où ils
n'ont mis que de la candeur. Ne leur
feroit- il donc pas permis d'avoir le fentiment
de leurs vertus , & d'agir d'après
ce fentiment ? Quelquefois on fe glorifiera
de franchiſe où l'on n'aura fuivi que
fon orgueil , fon caprice , fon humeur
fa méchanceté ; & c'eft fur- tout loríque
la franchiſe ne doit pas tourner au profit
de la fociété , ni de celui qu'on cenfure.
Les ames diftinguées par la candeur
ont rarement une jufte opinion d'elles,
Leurs fautes ne font que des erreurs , elles
s'en accuferont fans contrainte. Avec de
la fimple franchife , on pourra fort bien
s'apprécier , même trop haut ; on péchera
avec connoiffance de caufe , & l'on at¬
tendra d'être accufé pour confeffer la
vérité. Zaqa
T༡༠ MERCURE DE FRANCE.
La candeur nous concilie les coeurs. La
franchife les aliéne fouvent , parce que
l'une femble avoir deffein d'humilier
l'orgueil des autres fans notre orgueil , &
l'autre de foumettre notre amour- propre
à l'amour- propre des autres.
Notre candeur est toujours à notre
gloire . Notre franchiſe pourroit bien ne
faire honneur qu'à nos amis . Je m'explique
la bonté , la docilité , la confiance ,
les follicitations de nos amis , nous ouvriront
le coeur malgré nous , & alors
notre franchife fera leur ouvrage , leur
mérite. Mais , qui nous infpirera la candeur
, fi ce n'eft l'innocence ?
Il faut diriger la franchife & laiffer la
candeur à elle- même. La franchiſe eſt
circonfcrite par la loi des égards , des
bienféances , du devoir , de la charité . Il
eft à craindre qu'elle ne foit dure , inju>
rieuſe , nuifible , infupportable. Je ne
crains rien pour l'innocente candeur . Il
eft toujours féant & honnête de fe faire
un vifage de fon ame , s'il m'eft permis
d'employer cette expreffion. La candeur
infpire aux autres , & attire à elle la franchife.
Une ame candide va de grand coeur
au-devant d'un homme franc.
La néceffité de mettre un mafque fur
AOUST. 1777. 191
nos vices, a entraîné celle de reſpecter les
vices de nos pareils ; & il faut bien s'en
impofer à foi-même pour ofer affecter la
franchiſe lorfqu'on ne peut pas l'autorifer
par la candeur.
Soignez fans rudeffe & fans humeur
l'innocence de vos enfans , & récompenfez
tendrement leur franchiſe, vous conferverez
leur candeur.
Deux hommes feroient regardés com
me des Dieux fur la terre , celui qui fau
roit toujours dire la vérité ou ce qu'il
croit la vérité, fans offenfer perfonne, &
celui qui pourroit révéler tout ce qu'il
fait & tout ce qu'il fent fans avoir jamais
à rougir.
II y aura dans la fociété plus de franchife
quand les homines défireront fins
cèrement devenir meilleurs , & plus de
candeur quand ils le feront de venus.
La candeur fe trouvera plutôt chez les
femmes , parce qu'elles ont naturellement
plus de fimplicité & de délicateffe , & il
y aura plus de franchiſe parmi les home
mes , parce qu'ils ont plus de courage &
de liberté. Mais par la tournure des
moeurs , la candeur n'eft peut - être pas
plus l'apanage des femmes › que la
franchiſe l'eft des hommes.
Par M. de Trefféol.
192 MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
LE
I.
E fieur L. F. Dellebarre , Opticien
très- connu par le Microſcope qu'il a inventé
, ayant , depuis fon féjour à Paris ,
fait à ce même Microfcope des changemens
& additions confidérables , qui en
ont beaucoup perfectionnéla conftruction
& les effets , le préſenta dernièrement &
le foumit à l'examen & au jugement de
l'Académie Royale des Sciences , où il lut
en même temps un Mémoire très - détaillé
fur la différence de la conftruction & des
effets de cet inftrument d'avec tous ceux
qui l'avoient précédé. MM . de Montigny
, le Roi & Briffon , nommés par
l'Académie , Commiffaires pour l'exami
ner , en firent , le 21 de Juin dernier , le
rapport le plus avantageux & le plus honorable
pour fon Auteur , & l'Académie,
en conféquence , lui donna fon approbation
, « Cette construction du Microſcope
→ du fieur Dellebarre , difent les Commiffaires
,
A O UST. 1777. 193
"
"
و د
ود
miffaires , qu'Euler lui- même a regardée
» comme difficile , eft d'un mérite réel ,
» & fournit aux Phyficiens un inftrument
qui leur fera d'une grande utilité ; c'eſt
pourquoi , d'après tout ce que nous
» venons de dire de la conſtruction de cet
» inftrument , des nouveaux avantages
qu'il renferme , & de la beauté de fes
» effets , dont nous avons été très-fatiffaits
, nous croyons devoir conclure que
» le Microfcope préfenté par le fieur
Dellebarre eft , de tous les inftrumens
» de ce genre qui nous foient connus 、'
» celui qui renferme le plus de commo-
» dités pour l'Obfervateur , & qui , en
amplifiant le plus l'image , la fait voir
» avec plus de netteté , & qu'en confé-
» quence il mérite , à jufte titre , l'appro-
» bation de l'Académie » .
"
พ
ود
"
Ce Microfcope fe vend à Paris , rue S.
Jacques , près Saint Yves , chez le Sieur
Letellier , Ingénieur en Optique de la
Reine , & Affocié de l'Inventeur.
I I.
M. Lavocat , Mécanicien de la Cour
de Bruxelles, demeurant à Champigneul ,
près de Nancy , eft Auteur de quelques
Ι
194 MERCURE DE FRANCE.
nouvelles inventions , dont voici la notice
:
1. Une Machine portative , fort folide
, tenant lieu de Preffòir , & qu'on
peut employer pour tout ce qui eft fujer
à la preffe,comme les étoffes, les draps , &c.
Il n'entre dans fon mécanifme aucune
forte de bois qui s'enfonce en terre , &
une feule perfonne la fait agir avec la plus
grande aifance. Elle coûte , en croquis ,
48 liv.
2º. Une Serrure faite de manière
que ,
quand même on y auroit laiffé la clef
on ne pourroit ni ouvrir , ni fermer , fr
l'on ne favoit pas le fecret. Prix , en
grand , louis.
s
3º. Une Machine pour refendre , ( fcier
en long ) des bois de toute efpèce : un
homme , un cheval , l'eau & l'air la font
également agir , & l'on peut la placer
par- tout. Le croquis de cette nouvelle
Scie fe vend 96 liv.
4°. Un Fauteuil bien commode
pour
les malades : au moyen d'un feul reffort
il avance , recule , & tourne de tout côté.
La perfonne qui s'y place , fe conduit
elle- même avec une canne ou un petit
bâton à la main , fans que fes pieds touchent
au plancher . Prix , en croquis ,
24 liv. & en grand , 96 liv.
AOUST. 1777, 195
. Une poche poftiche où la main
entre comme à l'ordinaire , mais d'où il
n'eft pas poflible de la retirer , fans favoir
le fecret invention auffi heureuſe qu'utile
pour attraper les curieux & les filoux .
Prix 72 liv.
6. Une Machine imperceptible qui ,
pofée fur terre , arrête unhomme , un
cheval , un loup , & c . de façon que , pour
les dégager , il faut abfolument connoître
& mettre en ufage un petit procédé particulier.
Le chaud , le froid , la pluie , la
gelée , la neige , rien , en un mot , ne
peut empêcher l'effet de cette Machine ,
qui coûte 96 liv. en croquis , & 288 liv.
en grand .
79. Un Van pour toute forte de grains,
& avec lequel un hommefait , fans bruit ,
dans deux heures , plus d'ouvrage que
dans un jour entier avec les plus grands
Vans connus jufqu'ici. Pix , en croquis
24 lin.
8. Un Caroffe où l'on peut faire la
cuifine en route , & manger fans la
moindre incommodité. Le croquis de
cette Voiture fe vend 6 louis.
I I I.
M. Montelatici , célèbre Mécanicien
Lij
196 MERCURE DE FRANCE.
de Pife , vient d'inventer une Machine
hydroſtatique , dont l'effet eft de pomper
l'eau avec une facilité fans égale . Elle
confifte en un tuyau de la hauteur d'une
coudée & demie , & de la circonférence
de la moitié du bras . L'action de l'air attire
l'eau dans ce tube , avec affez de
force pour en élever 360 barils dans une
heure. Un feul homme peut mouvoir
cette Machine , & la faire opérer quelque
part que ce foit , mais fpécialement dans
un vaiffeau , où cette invention peut devenir
de la plus grande utilité,
I V.
Extrait d'une Lettre écrite par M. le
Chevalier d'Andelard , Capitaine dans
le Régiment de Malthe , à M. de ***
à Limoges,
Depuis que je fuis à Malthe , j'ai été
dans le cas de faire plufieurs obfervations
fur le climat de cette Ifle ; & j'ai trouvé
que la température de l'air , & le degré
de chaleur , occafionné par la réflexion du
foleil fur le rocher , combinés enfemble ,
y tenoit un jufte milieu entre les chaleurs
brûlantes des Indes , & le climat
A O UST. 1777. 197
moderé de nos Provinces Méridionales :
de - là j'ai conclu qu'en tranfportant à
Malthe les plantes des Indes , & les y
cultivant avec foin , elles s'accoutume→
roient peu-à-peu à une chaleur moindre
que dans leur pays naturel , & que quelques
années après , les tranfportant dans
le Midi de la France , elles s'y conferveroient
fans être mifes dans des ferres , &
fans perdre de leurs propriétés & de leurs
vertus , ayant paffé doucement d'un climat
à l'autre .
Cet avantage me paroît trop réel pour
qu'on ne s'en occupe pas ; ainfi , j'invite
tous les Amateurs de l'hiftoire naturelle à
réfléchir fur cette matière. Je dirai même
que le Gouvernement devroit y penfer ,
parce qu'alors il concentreroit dans l'Etat
des branches de commerce qui font fortir
beaucoup d'argent du Royaume. Le
Souverain de Malthe ne s'oppoferoit
point à ce que l'on tranfportât ces plantes
chez lui , & à ce que l'Ifle fervit d'entrepôt,
cela laifferoit , au contraire , de l'argent
dans le Pays , & y occuperoit beaucoup
de bras.
On doit ici à MM. de Valliez & de
Dolomieu , la nouvelle découverte de la
plante Orfeille fi néceffaire dans la
>
1 inj
198 MERCURE DE FRANCE.
teinture , & dont la couleur pourpre eft
fi chère ; cela fera un objet d'un confidérable
revenu au grand Maître , qui s'eft
emparé de la récolte de cette herbe. ·
On pourroit recueillir à Malthe , où
l'on trouve beaucoup de ces arbres , vulgairement
appelés figuiers d'Inde , l'infecte
qui produit la cochenille; & avec un
peu de foin , on y en perpétueroit trèsaifément
l'espèce ; ce qui feroit une branche
de commerce très- grande & trèsutile
, & c.
A Malthe , ce 12 Février 1777.
V.
M.Suzzi , jeune Peintre d'Imola , dans
l'Etat Eccléfiaftique , atrouvé le fecret de
lever de deffus les murailles les peintures
à frefque fans les endommager. Il en a
fait l'effai , avec le plus grand fuccès ,
dans la Cathédrale d'Imola. Cette inven
tion fera d'autant plus utile , qu'en démoliffant
les anciens édifices , on étoit
forcé de perdre , fans reſſource , plufieurs
ouvrages précieux en ce genre.
A O UST. 1777. 199
VI
Hiftoire Naturelle,
On a fait à Angers la découverte d'une
propriété intéreffante de la feuille de
vigne. Un enfant qui avoit , dès fa naiffance
, la tête couverte d'une gale qu'on
regardoit comme une teigne par les progrès
qu'elle faifoit, & par le peu de fuccès
des remèdes qu'on avoit employés , a
été guéri par l'application du pampre
aiffaut , ou des feuilles de treille.
VII
Fait fingulier.
On voit dans un Village d'Allemagne
, à quatre lieues de Prentzlow
en Brandebourg , un petit animal
dela igure & de la grandeur d'un mulot ;
fon poil eft blanc par tout le corps , excepté
près des oreilles , où l'on voit une tache
d'un beau brun clair. Son maître , qui en
fait fon gagne pain , lui fait ; devant les
perfonnes qui viennent pour le voir, diverfes
quefticns , auxquelles ce petit animal
100 MERCURE DE FRANCE.
répond fur le champ très- diftin&ement
& avec beaucoup de vivacité. Il eſt renfermé
dans une caffette d'environ 12 à
13 pouces de longueur , fur 9 à 10 de
largeur , & 6 à 7 de hauteur.
ANECDOTES.
I.
UN Médecin de Dublin , homme d'un
certain âge , très en réputation & fort
riche alla un jour recevoir dans un
endroit une fomme affez confidérable
en billets de banque & en or . En retournant
chez lui avec fa fomme , il fut
arrêté par un homme , qui paroiffoit hors.
d'haleine à force d'avoir couru , & qui
le pria de vouloir bien venir voir fa
femme attaquée d'un flux violent. Il
ajouta que le befoin de fecours étoit
preffant , & que le Docteur feroit content
, puifqu'il ne lui promettoit pas
moins d'une guinée pour une feule viſite ..
Le Médecin , qui étoit fort avare , s'empreffa
de la gagner ; il dit à l'homme de
marcher , de lui montrer le chemin , &
AOUST . 1777. 201
qu'il le fuivoit. On le conduifit dans une
maifon fituée dans une rue écartée; on le fit
monter à un troisième étage , où on l'introduifit
dans une chambre dont la
porte
fut foudain fermée à clef. Alors le conducteur
préfentant d'une main le bout d'un
piſtolet au Docteur , & de l'autre une
bourfe vuide & ouverte : « Voilà ma
femme , lui dit- il ; elle eut bier un flux
qui l'a réduite à l'étatoù vous la voyez ,
» vous êtes un de nos plus habiles Mé-
» decins , & je fais que vous êtes , plus
» que perfonne, en état de la guérir; vous
venez fur-tout de tirer d'un endroit le
» remède néceffaire ; dépêchez - vous
» de l'appliquer , fi vous n'aimez mieux
» avaler deux pillules de plomb qui font
» dans cet inftrument ». Le Docteur fir
» la grimace , mais obéit. Il avoit quel-
" ques billets de banque , & cent vingtcinq
guinées qui étoient en rouleaux.
Il mit docilement ces dernières dans la
bourfe , & voulut fauver les billets s
mais le filou les favoit dans fa poche.
» Attendez , lui dit- il , il n'eft pas jufte
que. vous ayez fait une: fi belle cure:
pour rien ; je vous ai promis une guinée
» pour votre vifite ; je fuis homme d'hon
» neur , la voilà , mais je fais que vous
202 MERCURE DE FRANCE.
» avez fur vous quelques petites recettes
» très efficaces contre le retour du mal
ود
>
que vous venez de guérir ; il faut que
» vous ayez la bonté de me les laif-
» fer ». Les billets prirent le chemin des
guinées . Alors le filou cachant fon
piftolet fous fon manteau , reconduifir
le Médecin en le priant de ne point faire
de bruit , le laiffa au coin d'une rue ,
lui défendant de le fuivre , & courut
brufquement chercher un nouveau logement
dans un quartier éloigné.
I I.
L'Empereur régnant , peu de jours
avant fon départ de Vienne , fe promenoit
feul en voiture dans la campagne ,
vêtu d'un furtout gris , & accompagné
d'un feul domeftique. Un jeune enfant ,
parti d'un village voifin , fe met à fuivre
la voiture , en criant : Monfieur , je fuis
fort las , permettez- moi de monter fur
le train de votre carroffe. L'Empereur ,
par un effet de cette affabilité qui l'accompagne
par- tout , le lui permit , &
lui demanda avec bonté fon nom
celui de fes parens & ce
qu'il
avoit mangé à midi ? je vous le donne à
›
,
A O UST. 1777 . 203
deviner , lui répondit le petit voyageur.
Ce Prince nomma une vingtaine de for .
tes d'alimens , jufqu'à ce qu'enfin l'enfant
ayant entendu le nom de celui qui
avoit fait fon dîner , s'écria en fautant
c'eft cela même. L'Empereur lui demanda
à fon tour pour qui il le prenoit.... pour
un Officier. = Mais , pour quel Officier?
= Pour un Lieutenant , car je ne vois fur
vous aucun galon . Devinez mieux.
L'enfant fe mit à nommer tous les grades :
depuis le Capitaine jufqu'au Général ;;
& voyant qu'il n'avoit pas encore réuffi .
à fatisfaire à la queftion , il ôra fon cha
peau , en difant : Vous êtes donc l'Empereur
même ? Bien deviné , dit le Prince:
en riant , & il le reconduifit dans la ca
bane de fon père , où il lui fit préfent:
de quelques pièces d'or..
III.
Un Acteur débutoit à la Comédie
Françoife , avec affez peu de fuccès
par le rôle du Glorieux. Au fecond acte ,,
à la fin de la fcène où il eft entraîné pat
Lifumon , qui l'emmène dîner , en difant ::
laiffe , en entrant chez nous , ta grandeur
à la porte. Notre Acteur fe laiffa tomber
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
aux yeux de tous les Spectateurs . Pafquin,
continuant fon rôle , dit : Voilà mon
Glorieux bien tombé...... Cet à -propos
excita de tels éclats de rire que le
pauvre Débutant n'ofa plus reparoître
fur la fcène , & la Pièce ne fut pas, continuée..
I V.
Louis XIV ayant permis au Comte
de Grammont , qui avoit été difgracié ,
de revenir à la Cour , lui montroit un
jour Verfailles : « Grammont , lui dit-il ,
reconnoiffez - vous cet endroit ? Il y
avoit là un moulin à vent. Sire , répon
dit Grammont , le moulin n'y eft plus
mais le vent y eft encore..
V.
Malherbe ayant perdu fa mère à l'âge
de 60 ans , la Reine Marie de Médicis
lui envoya un Gentilhomme pour lui
témoigner la part qu'elle prenoit à la
perte qu'il venoit de faire . Malherbe
fir dire à la Reine qu'il prioit Dieu
que le Roi fon fils, pleurât fa mort auffi
vieux qu'il pleuroit celle de fa mère..
A O UST. 1777.
209
NOUVELLES
POLITIQUES.
De Pétersbourg, le 18 Juin.
LE 16 de ce mois , le Roi de Suède , fous le
nom du Comte de Gothland , accompagné du
Comte Ulric Scheffer , du Comte de Poffe & de
quelques autres perfonnes , eft arrivé en cette
Capitale , à huit heures du matin : il eft allé defcendre
chez le Baron de Nolcken , Miniftre de
Suède , au milieu d'une foule immenſe qui s'étoit
raffemblée devant l'Hôtel de cet Ambaffadeur.
Ce Souverain fut d'abord voir le premier Minifle
Comte de Panin , qui lui rendit fa viſite.
l'après- dîner.. Le Comte de Gothland fe rendit.
enfuite à Czarsko- Zelo pour y voir Sa Majeſté
Impériale. Ce que les liens du fang & l'eftime.
mutuelle pouvoient infpirer refpectivement à ces
deux auguftes perfonnes , rendit leur entrevue
très- intéreffante. Le Comte de Gothland foupa
avec l'Impératrice , & revint à la Ville à une
heure après minuit.
tre ,
La Grande Ducheffe , qui avance dans fa
groffeffe , vient de donner des preuves d'une
fenfibilité qui la rend plus précieufe encore à
La Ruffie. Un jeune- homme ayant été bleffé affez
griévement par la voiture de cette Princeffe
elle en defcendit auffi- tôt pour y faire monter:
le bleflé , & elle continua fa route à pied jufqu'au
Château. Qutre les ordres qu'elle a don
206 MERCURE DE FRANCE .
nés de prendre le plus grand foin de ce jeunehomme
, elle lui a fait une penfion , en difant
que les Princes ne devoient point faire de malheureux
; & que fi par hafard ils en avoient
fait , leur premier devoir étoit de réparer le mal
involontaire qui venoit de leur part.
De Varsovie , le 29 Juin 1777 .
On commence à eſpérer que la Cour de Berlia
ne fe refufera pas aux bons offices de fes
Alliés , pour accommoder le différend qui fubfifte
entre cette Cour & la République , relativement
à la démarcation des limites .
Les Commiffaires Polonois font partis depuis
quelque tems pour aller , conjointement avec
les Commiffaires Autrichiens , planter des poteaux
fur les frontières convenues l'année dernière
entre la Cour de Vienne & la République.
Le troupes Ruffes , nouvellement entrées par
différens côtés en Pologne , garniffent actuellement
les poftes les plus importans le long du
Borifthène , & font répandues dans la Wolhinie
, la Podolie & l'Ukraine , à portée de
toutes les opérations , foit conte
Tarta : es ,
foit contre les Turcs. Ces troupes obfervent une
exacte difcipline , & paient argent comptant leuts
fubfiftances.
De Copenhague , le 24 Juin 1777 :
Des lettres de Thors-Haven , dans l'Ifle de
A O UST. 207
1777 .
Ferroé, viennent de nous faire parvenir la nouvelle
que , le 15 Août de l'année dernière , il
eft venu dans le Port de Valgoë une prodigieufe
quantité de jeunes baleines . On en a compté,
près de fept cents , que la marée baffe avoit
empêché de regagner la mer. Les Habitans mirent
le moment à profit pour en tuer un grand
nombre ; les plus petites avoient deux pieds de
longueur , & les plus grandes douze ; la pêche
eût été plus fructueufe s'ils n'euffent pas manqué
d'armes , & que le flux n'eût pas arrêté la
facilité qu'ils avoient d'en diminuer le nombre.
Cet événement eut lieu dans le même Port , il y
a trente- huit ans ; mais la prife des baleines ne
fut pas auffi confidérable.
De Lisbonne , le 1 Juillet 1777 .
Les deux frères Don Reno & Don Manuel de
Lorena , de la Maifon de Tavora , qui ont acquis
leur liberté en même tems que le Marquis
d'Alorna , viennent d'être déclarés innocens par
un décret de Sa Majefté , qui a jugé à propos
d'élever ces deux Seigneurs au grade de Maréchal
de fes Camps & Armées.
De Venife , le 21 Juin 1777.
On écrit de Padoue qu'il vient de s'y paffer un
événement très - extraordinaire . Une Sage- Femme
enceinte & à terme , affiftant une Dame de cette
Ville , prête à accoucher , fe voit furpriſe ellemême
par les douleurs de l'enfantement . La
fervante de la maiſon , fille d'un certain âge .
208 MERCURE DE FRANCE.
appelée au fecours , reçoit comme elle peut les
deux enfans , tous deux mâles , & les met dans
le même berceau , fans remarquer la place qu'elle
donne à chacun , l'un des deux enfans étant mort
quelques minutes après la naiffance , le furvivant
eft réclamé par les deux mères.
De Florence , le 21 Juin 1777.
Un nouvel Édit du Grand-Duc , ordonne à
tous les Tribunaux de fes États , d'y rendre la
juftice aux pauvres infirmes , fans aucune espèce:
de rétribution , & réduit à moitié les frais des
procès que pourront avoir les autres . Citoyens
qui , fans être riches , font en état de fubfifter
par leur travail. Cette Loi , qui fait tant d'honneur
à la fageffe & à l'humanité de notre Souverain
, eft accompagné d'une inftruction à part
pour les Officiers chargés de délivrer les certificats
de l'état de fortune des Plaideurs , afin
que ces arteftations juridiques, & délivrées avec:
connoiffance de caufe , épargnant , conformé
ment au voeu de l'Édit , les frais de procédure:
au malheureux qui ne peut les fupporter , ne
tournent point au préjudice des Officiers de Juftice
, en les privant de la rétribution légitime quii
leur eft due par les perfonnes en état d'y fa
tisfaire ..
De Gênes, le 30 Juin 1777
La récolte de bled a été très - abondante cette
année en Lombardie , fuivant les nouvelles que
nous venons d'en recevoir..
AOUST. 1777 209
Les lettres de Sicile annoncent une fecouffe de
tremblement de terre , qu'on reffentit le 6 de ce
mois dans toute l'Ifle : plufieurs maifons en ont
été renverſées , mais heureufement perfonne n'y
a péri.
"De Londres , le 15 Juillet 1777.
Quelques avis de l'Amérique portent , que.
l'Armée de Washington a été confidérablement
renforcée , que Philadelphie a été mis dans le
meilleur état de défenle ; qu'un nommé Baxter
y a conduit deux mille Montagnards Américains
auffi bien armés que difciplinés ; que les approehes
de la Ville par la rivière , avoient été rendues
impraticables ; qu'on étoit également tranquille
fur le fort de Ticondérago , cette Place
étant garnie de bonnes fortifications , défendue
par une garnifon de deux mille hommes , &
environnée de rédoures , de diſtance en diſtance,
pour en rendre l'approche difficile.
On apprend , du 9 Juin , que le Général
Washington a rappelé tous fes Corps détachés
& pris pofte près d'Efte - Town fur la Delawarre ,
avec la plus grande partie de fon Armée ; que le
Général Putnam commande un gros corps à
Pecks-Hill ; que le fieur Macdemgal marche à la
tête d'un autre corps à Morris - Town ; en un
mot , que cette Armée occupe toujours les hauteurs
& tous les poftes avantageux de Bound-
Brook jufqu'à German - Town ; ce qui comprend
un espace de plus de vingt - cinq milles .
Les dernières dépêches du Général Howe étant
210 MERCURE DE FRANCE .
datées du 3 Juin , & le Paquebot n'étant parti de
la Nouvelle- Yorck que le 16 , nous avons appris
altérieurement que le premier embarquement des
troupes du Roi s'étoit fait le 10 fous les ordres
du Général Erskine ; qu'un fecond embarquement
devoit avoir lieu le 17 , pour paſſer dans le Jerſey,
& que le refte de l'Armée fuivroit par divifions
afin de fe joindre au Lord Cornwallis , de traverfer
enfuite les branches de la ivière de Delawar
re , & d'aller attaquer Philadelphie.
Quelques Particuliers débitent aujourd'hui que
la Cour vient de recevoir de nouvelles d'pêches
qui l'informent que le Général Cornwallis a été
battu & pris avant la jonction de la grande Armée
; mais cette nouvelle , trop peu avérée , ne
regarderoit que le Général Putnam, quicomman
doit un gros cops à Pecks - Hill , & les doutes
reftent en entier relativement au Général Was
hington , qui , ayant rappelé à lui fes détachemens
divers , avoit pris pofte près d'Efte- Town
avec fon Armée .
On dit que ce Général a fait favoir au Congrès
que trois mille hommes faifant partie de douze
mille deftinés par les Colonies Septentrionales , à
renforcer la garnifon de Ticondérago , y font
arrivés ; que les renforts feront rendus à leur def
tination avant toute poffibilité d'attaque , & que
certe Armée Septentrionale doit être commandée
par les Généraux Gates & Arnold ..
Le Général Lée , pour plus grande sûreté , a
été mis à bord du Centurion , où il a la permiffion
de fe promener fur le Gaillard d'arriere S'il eft
vrai que le Lord Cornwallis ait été fait p: ifonnier
A O UST. 1777. 211
des Américains , il fera difficile que les Troupes
du Roi ſe refuſent à un échange de ces deux
Généraux.
De la Haye, le 11 Juillet 1777.
و
Il s'eft élevé depuis quelque tems au Texel
un banc de fable affez confidérable , qui a mis
obftacle à la fortie de l'Eſcadre du Contre-Amiral
Reinft ; mais on a découvert un nouveau paſſage
où elle doit mettre à la voile dès que le vent
fera favorable.
De Paris , le 28 Juillet 1777.
On écrit de Lyon que , le 2 Juillet , le Duc
d'Oftrogothie y eft arrivé fous le nom du Comte
d'Oland, & qu'il en eft parti le 12 pour les eaux
de Spa. Pendant le féjour que ce Prince a fait dans
cetre Ville, il a affifté régulièrement au Spectacle ,
& a bien voulu accepter les fêtes que lui ont
données plufieurs Particuliers. Ce Prince a été
Latisfait de l'empreffement qu'il a trouvé partout
à le recevoir ; & il a aſſuré le sieur de Royer ,
Lieutenant - Général de Police , que dans fon
voyage d'Italie il n'avoit rien vu de comparable
cette Ville de commerce.
PRESENTATIONS.
La Comteffe de Moutier , & la Comteffe
d'Albert , Chanoineffe de Remiremont , ont eu ,
212 MERCURE DE FRANCE.
le 20 Juillet , l'honneur d'être préſentées à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , la première
par la Ducheffe de Brancas , & la feconde par
Ducheffe de Luynes.
la
Le 25..du même mois , la Comteffe Edouard
Dillon a eu l'honneur d'être préfentée à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , par la Comteffe
Dillon .
Le Vicomte de Carbonnieres a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi , à la Reine , & à la Famille
Royale , & de donner à Sa Majefbé un
Linx.
Cet animal rare , & dont on croyoit l'espèce
perdue en Europe , s'eft trouvé dans les Pyrennées
, à la fuite de fa mère , qui fut tirée d'un
coup de fufil , par un payfan , & lui échappa.
Son petit , qui n'avoit que huit à dix jours ,
tomba entre les mains du chaffeur , qui le vendit
au Vicomte de Carbonnieres , il y a environ huit
mois .
MARIAGES.
Le 20 Juillet , Leurs Majeftés & la Famille
Royale ont figné le Contrat de mariage du Baron
de Pont- l'Abbé, Officier - Major au Régiment des
Gardes - Françoifes , & premier Maréchal- des-
Logis de la Maifon de Monfieur , avec Demoifelle
Thierry.
Le même jour , la Reine a figné celui du
AOUS г. 1777. 213
Marquis de Broffard , Capitaine de Dragons ,
Ecuyer de main de Sa Majefté , avec Demoiſelle
de Guiry.
M.ORT.
L'Abbé Duc de Biron , Pair de France , Chanoine-
Honoraire de l'Eglife de Paris , ancien Abbé
Commendataire des Abbayes Royales de Moyffac
, Séculière , Diocèfe de Cahors , & de Cadouin
, Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Sarlat , eſt
mort à Paris en fon Hôtel , le 20 Juillet , dans la
85° année de fon âge.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 1 Août 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
27 , 28 , 39, 65 , 75.
214 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
IÈCES FUGITIVES ENVERS ET EN PROSE , P. S
'Suite & fin de l'Automne ,
La Beauté ,
Difcours de Pluton à Proferpine ,
Epitre à M. l'Abbé de B...
Agathe ,
Vers à M. le Comte de Falckenſtein ,
Conte imité du latin de la Monnoye ,
A Daphné ,
Vers préfentés à Monfieur
Les Adieux à Valenciennes ,
Epitre à Lubin ,
Les Amours de Lycidas & de Mélize ,
Sur le Bufte de M. de Voltaire ,
Vers à M. le Bailli de Bar ,
Impromptu ,
Le Difciple d'Horace ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Suites des Epreuves du Sentiment ,
Diverfités galantes & Littéraires ,
L'Esprit des Efprits ,
Plan d'éducation publique ,
Elémens de Tactique ,
Précis de la Médecine Pratique,
La Théorie du Chirurgie ,
ibid.
13
ibid.
16
18
23
24
25
27
28
32
34
3.8
39
40
41
49
so
53
56
ibid.
60
65
68
70
73
76
A O UST. 1777. 215
Supplément à la Botanique mife à la portée de
tout le monde ,
L'Agriculture ,
Ode fur l'érection de la Statue du Prince Charles
de Lorraine ,
Cuvres du Comte Antoine Hamilton ,
Synonymes Larins
Les trois Fermiers ,
Soirées de Mélancolie ,
De l'ordre focial ,
Mémoires hiftoriques & galans ,
Fayel ,
La Pareffe ,
Précis du Difcours préliminaire ,
Les quatre parties du Jour à la Ville ,
Le Temple de Vénus ,
80.
81
85
89.
92
93
96
105
110
HI
116
122
132
-1-34
Opufcules de Phyfique animale & végétale , 138
Recherches fur la préparation que les Romains
donnoient à la chaux ,
137
Bibliothèque de Campagne , 139
Peiature du fiéele , 140
Cuvres du Père la Berthonie ,
ibid.
Anecdotes de l'Illuftre Voyageur, 148
Alexis moderne, ibid.
Idées préliminaires ,
149
Journal Hiftorique & Politique , 154
Annonces littéraires , Iss
ACADÉMIES , 158
Caën ,
ibid.
Auch ,
163
SPECTACLES. 166
Opéra ,
ibid.
Comédie Françoife , 1.67
Comédie Italienne
ibid
216 MERCURE DE FRANCE.
ARTS.
175
Gravures ,
ibid.
Mufique , 177
Topographie, 178
Lettre à M ***. 179
Synonymes François ,
188
Variétés , inventions , &c. 192
Anecdotes. 209
Nouvelles politiques ,
Préſentations ,
Mariages ,
Mort
Loterie ,
205
211
212
213
ibid.
J'AI
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France , pour le
mois d'Août, & je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru
devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris, ce 4 Août 1777.
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe ,
près Saint Cômea
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
SEPTEMBRE
, 1777-
e viget. VIRGILE .
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A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , rue de Tournon ,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége au Roi.
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Tournon , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obfervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à fa perfection
; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenfes fur le
produit du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
francs de port .
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour feize volumes rendus francs de
port par la pofte.
On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols pour
ceux qui n'ont pas foulcrit, au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés .
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Hiftoire des progrès de l'eſprit humain dans les ſciences
naturelles , in-8° . sel .
Autre dans lesfciences exactes , in- 82 . rel.
Autre dans les fciences intellectuelles , in-8° . rel.
Médecine moderne , in- 8 ° . br .
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Revolutions de Ruffie , in- 8 ° . rel.
2 l.
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Dict . des Beaux-Arts , in-8". rel. 4 1. 10f
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Tendres & légers Habitans ,
N'enchantez plus par vos ramages ,
Les échos des bois & des champs .
Jufques fous les voûtes célestes ,
A iij
216 MERCURE
DE FRANCE.
ARTS .
Gravures ,
173
ibid.
Mufique ,
177
Topographie , 178
Lettre à M *** .
179
Synonymes François ,
188
Variétés , inventions , &c.
192
Anecdotes.
209
Nouvelles politiques ,
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Mort
205
211
212
213
Loterie ,
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Dict. des Beaux- Arts ,. in-82 . rel.
Théâtre de M. de Sivry , vol . in- 8 ° . br.
Poëine fur l'Inoculation , vol. in-8 ° . br.
2 1.
12 1.
21. 10 f,
21. 1of-
41. 10 f.
21.
3 1.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , & c ,
in- fol. avec planches br . en carton , 241 .
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architec
ture , in-4°, avec fig. br . en carton ,
L'Esprit de Molière , 2 vol. in -12 bṛ.
12 1.
41. Tableau politique & littér . de l'Europe , an. 1775 , br . 2 1 .
pict . des mots latins de la Géographie ancienne , in-8 °.
broché
Les trois Théâtres de Paris , in-8 ° , br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br.
3 l.
2 1. 10 f.
I 1. 10 f.
11.46.
MERCURE
DE FRANCE.
A
OUST,
1777.
PIECES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE.
Suite & fin de L'AUTOMNE , Chant
troisième du Poëme des Saifons ; imitation
libre de Thompſon .
ÉLOGE DE LA VIE CHAMPÊTRE .
AH! s'il favoit connoître fon bonheur ,
Qu'il couleroit des jours purs & tranquilles ,
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Celui qui, loin du tumulte des villes ,
Peut du printems favourer la douceur ,
Et , cultivant des campagnes fertiles ,
Fouler en paix le fentier du bonheur !
Il n'aime point la demeure opulente
Où la baffeffe encenfe des Tyrans :
Jamais la porte , ouverte aux indigens ,
Ne voit ramper cette foule impudente ,
Que la fortune attache au fort des Grands .
Il ne veut point d'une robe éclatante ,
Où le foleil réfléchit tous fes feux :
La pourpre & l'or n'offrent rien qui le tente ,
Et leur éclat ne flatte point fes voeux .
Qu'a-t-il befoin d'une table excellente
Que les deux mers ont couverte à grands frais ,
Lorsqu'un repas frugal & fans apprêts,
Peut affouvir la faim qui le tourmente ?
Jamais la coupe écumeufe & fumante ,
En pétillant , n'irrite les defirs ;
Mais le travail rend fa faim plus piquante ,
Et l'appétit ajoute à fes plaifirs.
Dans l'édredon , plongé par la molleffe ,
Qu'un autre habite un lit volupteux ,
Et qu'abforbé dans un oubli honteux ,
Il s'abandonne à l'ignoble pareffe ;
Dès que l'aurore entrouvre fon palais ,
Il vole au champ , plein d'une douce ivreffe ,
A O UST. 1777. 7
Et du matin recueille les bienfaits.
Loin des honneurs que cherche le vulgaire ,
Content de peu , dans fon humble chaumière ,
Il voit régner l'abondance & la paix.
Qui des grandeurs , éclatantes chimères
Sait , mieux que lui , connoître le néant ?
Plein de mépris pour ces feux éphémères ,
Il eft humain, c'eft plus que d'être grand.
A pleines mains fur l'honnête indigence ,
Il verfe l'or qu'il doit à ſes travaux ;
Souvent il vole au- devant de ſes maux ,
Et dans fon coeur trouve fa récompenfe.
Le doux printems le comble de faveurs ;
L'été répond aux peines qu'il fe donne ;
Il voit mûrir les tréfors de l'automne ,
Et l'hiver même a pour lui des douceurs .
Tout lui fourit : fes géniffes fécondes
Errent au loin dans des vallons rians ,
Et les troupeaux , par leurs mugiſſemens ,
Font retentir les cavernes profondes
Des monts voisins qui couronnent fes champs .
Il n'apperçoit que des bocages fombres ,
Des lacs brillans & de rians côteaux ;
Il ne s'affied que fous d'épaiffes ombres ,
Où l'on entend le champ de mille oifeaux.
Dans fa retraite habitent l'innocence ,
Ledoux repos , la paix & la fanté :
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Afes plaifirs il unit la décence ,
Et la nobleffe à la fimplicité.
Qu'expatriés for une aride plage ,
Des infenfés , dans l'excès de leur rage ,
Pour s'enrichir ofent franchir les mers ,
Et qu'au mépris des vents & de l'orage ,
La foif de l'or aveugle leur courage ,
Et les entraîne au bout de l'Univers ;
Que , dédaignant le fol de fa Parrie , t
L'Artifte au loin aille porter, fes pas
A
Et, fans remords , en de nouveaux climats
Vendre à l'encan fa perfide induftrie ;.
Qu'aux champs de Marsun vainqueurinhumain
Mette fes foins & fa gloire à détruire ,
Et qu'au milieu des débris d'un Empire, i
Il refte fourd aux cris de l'orphelin ;)
Que, parcourant une ville ennemie
Le fer en main & l'oeil étincelant ,
Il s'abandonne au gré de fa furie ,.
Et, fans pitié , verfe des flots de fangs.
Qu'un aurre excite une troupe effrénée ,
La porte au crime ou lui donne des fers ;
Qu'il laiffe agir la rage forcenée ,
Et , pour régner , qu'il trouble l'Univers ;.
Qu'un autre enfin fe voue à la baffeffe ,
Et qu'ébloui de la pompe des Cours
Dans l'esclavage il paffe les beaux jours ,
A O UST. 1777-
Ou bien s'élève à force de ſoupleffe :
Libre de foins , de defirs & de voeux ,
L'Agriculteur jouit avec ufure ,
De tous les biens qu'il doit à la nature ;
Vit fans éclat & fait l'art d'être heureux.
La mort des Rois , les horreurs de la guerre ,
N'altèrent point le repos de fon coeur.
Soumis aux loix , qu'il aime & qu'il révère,
Il vit en fage , & trouve le bonheur
Où les mortels ont placé la misère .
De la nature il connoît tout le prix ,
Dans fon éclat il la voit , il l'admire;
La volupté fur les lèvres refpire;
Et les baifers qu'il vole à fon Iris
Le flattent plus que l'éclat d'un Empire.
Quand le printems voit renaître les fleurs ,
De fes baifers réchauffant la nature ,
Quand le zéphir , dans les airs qu'il épure ,,
Vient difperfer leurs parfums enchanteurs ,
Dès le matin il parcourt ſes prairies',
Et les ruiffeaux qui coupent les vallons :
Là , s'égarant fur leurs rives fleuries ,
Des dons de Flore il fait d'amples moiffons..
Pendant l'été , de folides ouvrages
De tems en tems occupent les loisirs ;;
Ou bien , couché fous de rians ombrages,
Le tendre Amour préside à fes plaifirs ,
Av
ΙΘ MERCURE DE FRANCE.
Et l'amitié, comblant tous fes defits ,
Loin de fon toît écarte les orages.
Lorfque l'automne a mûri les côteaux ,
Et fes vergers rempli¨ſon eſpérance ,
Dans fes celliers il conduit l'abondance ,
Et dans l'hiver il fe livre au repos.
L'art d'être heureux eft le fecret du ſage ;
Jamais , jamais les chagrins & l'ennui
N'ont habité fon paifible hermitage :
Les frimats même ont des attraits pour
L'âpre gelée & les vents intraitables
De la Nature entretiennent ſon coeur :
Les cieux, femés de mondes inombrables ,
Verſent fur lui le calme bienfaiteur .
lui .
De vraisamis , fa compagne , un bon livre ,
Lui font couler d'agréables momens :
Atous les goûts fans remords il fe livre ,
Car la vertu préfide à fes penchans.
La vérité , d'une célelte flamme ,
Vient embrafer & guider fon efprit :
Ce feu divin pénètre dans fon ame ,
La porte au bien , l'éclaire & l'agrandit.
Dans fes travaux , tout lui plaît , l'intéreffe ;
Il fent l'amour & connoît l'amitié ;
Les foins touchans des fruits de fa tendreffe ,
Et les baifers de fa digne moitié ,
Plongent fes fens dans la plus douce ivreffe.
AOUST . 1777 .
11
Il eft auffi l'ami de fes enfans :
Lorfqu'il fe mêle à leurs jeux innocens ,
Il les inftruit , & fon expérience ,
Vers la vertu guide leurs pas nailfans.
Les jours de fete , il excite à la danſe ,
Et de la troupe il anime les chants .
Son humeur , douce & vive fans folie ,
A tout le monde inſpire la gaieté :
Le vrai bonheur & la philofophie
N'affectent point le dehors emprunté
Du pédantiſme & de l'afféterie.
Heureux état ! jours brillans & fereins !
Jamais , hélas ! de coupables humains
De vos douceurs n'ont bien connu les charmes !
Ainfi jadis , fans trouble & fans alarmes ,
De l'homme heureux s'écouloient les deftins ,
Quand l'Eternel , defcendant de fon trône ,
Abandonnoit l'éclat qui l'environne ,
Pour embellir l'ouvrage de ſes mains.
Tout eft marqué du fceau de ta puiffance:
Daigne , ô Nature ! à mon oeil fcrutateur ,
De tes fecrets livrer la connoiffance ,
Et m'élever à ton fublime Auteur.
Pour mesurer & fixer l'atmosphère ,
Tranfporte-moi jufqu'au plus haut des cieux :
Sans fe heurter , parcourant leur carrière ,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Sur l'horifon des globes radieux
Verfent l'éclat de leur douce lumière.
Dévoile-moi leurs loix , leurs mouvemens ;
Ouvre à mes yeux le redoutable abyſme ;
Découvre-moi la ftructure fublime
De ces caveaux ténébreux & bruïans ,
Dont les fommets des monts forment la cîme ..
Daigne éclairer mon efprit curieux ,
Et dans mon fein fais luire une étincelle
Du feu facré que difpenfent les Dieux' :.
Le tems qui fuit & qui fe renouvelle ,,
N'épuife point ce flambeau précieux.
Que dis je , hélas ! fi mes forces trop vaines ,
Mettoient mon zèle & ma verve en défaut ,
Et fi mon fang, pareffeux dans mes veines ,,
Me défendoit de prendre un vol fi haut ,
Souffre du moins , s'il faut vivre fans gloire ,
Que je me livre aux charmes du repos ;,
Et , qu'ignoré des Filles de Mémoire ,
Je goûte en paix le fruit de mes travaux :.
Que contre moi l'infatigable envie.
Diftille en vain fes funeftes poifons ,
Et qu'au milieu du tribut des faifons ,
L'amitié veille au bonheur de ma vie !!
Par M. Willemain d'Abancourt..
Á O
UST.
1777. 1.3
LA BEAUT É .
Imitation libre d'une Ode d'Anacréon..
LA Nature a donné des cornes au taureau ,
Au lion des dents redoutables ,
Un bois au cerf, des ailes à l'oifeau ,,
Au cou fier belliqueux des pieds infatigables ;
L'homme eut tous ces talers dont la fociété
Tire de jour en jour un nouvel avantage :
Il ne refta que la beauté ;
Le fexe , en l'obtenant , obtint tout en partage..
Par le même.
DISCOURS de Pluton à Proferpine ;
Imitation du Ife Livre de l'Enlèvement
de Proferpine , Poëme Latin de Clau
dien ..
PROSERPINE , chaffez ce chagrin qui vous
ronge
Et ces vaines frayeurs ou votre ame fe plonge.
Un feeptrevous flattoit, j'en poſsède un plus beauty.
14 MERCURE DE FRANCE.
Daignez d'un digne hymen allumer le flambeau ;
C'eft le pur fang des Dieux qui coule dant mes
veines ;
D'un des fils de Saturne , ah ! foulagez les peines :
N'ayez aucuns regrets de la clarté des cieux ,
Bientôt un jour plus pur va briller à vos yeux.
Mon Empire n'eft pas un féjour ſi ſauvage ,
L'on y voit des Beautés à moi feul en partage ;
Des globes lumineux y promènent leur cours,
Et l'Elyfée enfin offre les plus beaux jours .
De cet heureux aſyle ignorez vous les charmes ?
Ç'eft le féjour des ris & non celui des larmes :
Sous un ciel fans nuage , un peuple de Héros
Y jouit du doux prix de fes nobles travaux.
Dans ces champs fortunés , oui , l'âge d'or préfide ;
Sur la terre il parut ; là , toujours il réfide.
Vous pourrez y fouler encor des gazons verds ,
Qu'un printems éternel garantit des hivers.
Les zéphirs les plus doux , la plus riante aurore ,
Y font naître des fleurs que l'Henna voit éclore...
Vous pleurez... Oui,des fleurs, plus belles mille fois
Que celles qu'en Henna moiffonnoient vos beaux
doigts .
Cet arbre précieux , dont la riche verdure
Cache les meilleurs dons qu'ait produits laNature,
Cet arbre & fes rameaux , courbés par des fruits
d'or ,
Yous feront confacrés ; c'eft à vous ce tréfor
AOUST. 1777.
Poffédez ces préfens du plus heureux automne ,
Et fongez que c'eft moi , du moins , qui vous les
donne .
Mais ce n'eft rien encor , & tous les animaux ,
Qui planent dans les airs ou nagent dans les flots ,
Qui franchiffent les monts ou parcourent les
plaines ,
Tous , depuis l'humble ver juſqu'aux vaſtes baleines
,
A la lune foumis reconnoîtront vos loix ;
De votre époux enfin vous aurez tous les droits.
Vous verrez devant vous paroître les Monarques ,
De leurs titres paſſés n'ayant aucunes marques ,
Confondus dans la foule & preffés fans refpect ,
Par ce même indigent que glaçoit leur afpect.
Le trépas n'admet plus aucunes différences ;
Ou , s'il en eft encor , c'eft dans les confciences.
Récompenfez les bons , condamnez les méchans ;
Pour connoître leur crime ordonnez des tourmens;
Que les ombres par vous ,, triftes ou fortunées ,
Puiffent dans vos yeux feuls lire leurs deſtinées.
Oui , je vous foumets tout , les Parques , le Léthé :
Que le fort pour arrêt ait votre volonté.
Par M. le Méteyer.
16 MERCURE DE FRANCE.
ÉPITRE à M. l'Abbé DE B...
DANS la retraite profonde
Ou vous vivez retiré ,
Je vous croyois mort au monde
Où vous étiez adoré.
و
Hélas ! difois - je en moi- même ,,
Ce charmant Abbé que j'aime ,
Trop convaincu du néant
Des objets que le vulgaire
Imbécillement révère ,
A brifé le joug pefant
Qui l'attachoit à la terre,
Et va dans un Séminaire
Plaindre & braver nos erreurs.
L'amitié verfoit des pleurs ::
Mais votre lettre charmante
A diffipé fes terreurs ,
Et l'efpérance mourante
Renaît du fein des douleurs.-
Jamais le divin Socrate ,
Ni fon écolier Platon ,
Ne donnèrent meilleur ton ,
Tournure plus délicate , ›
A l'inftructive leçon
A O UST. 17
1777 .
Qui nous corrige & nous flatte.
Dieu garde tout bon Chrétien
D'un ennuyeux Moraliſte ,
Qui prêchant mal , pour mon bien ,
Difcute , analyſe , infifte ;
L'efprit dort , le coeur refifte ,
Et l'Auteur ne prouve rien.
Mais , d'une image riante ,
Embellir la vérité ,
Sans qu'un éclat emprunté ,
La rendant plus féduifante
En altère la beauté :
>
Inftruire à la fois & plaire,
Ami , voilà le mystère ,
Et vous l'avez pénétré .
Votre élégante miffive
Peint bien l'état de mon coeur.
Je cours après le bonheur ,
Il n'eft point fur cette rive :
Dans fa courfe fugitive ,
Il trace un chemin trompeur,
Où l'efpoir, foible & timide ,
Marche conduit par l'erreur.
Sur les traces de ce guide
Ci.
On s'empreffe avec ardeur ;
On croit l'atteindre... il s'envole
Ne laiffaut que la douleur
Lanit. I
D'une pourfuite frivole,
18 MERCURE DE FRANCE .
Occupez votre loifir
A charmer ma folitude :
Des fruits d'une aimable étude
Faites-moi fouvent jouir.
Tempérez l'humeur fauvage
D'Epictete & de Zénon ,
Par le riant badinage
D'Horace & d'Anacreon .
Que la févère raifon
Pour quelques inftans s'oublie ;
Sans quelques grains de folie
Elle feroit un poiſon.
Par M. Tarteron , Contrôleur Ambulant
des Domaines du Roi.
AGATHE ou le Triomphe de l'Amour.
Anecdote Françoife.
les
AGATHE faifoit l'ornement de la ville
qui l'avoit vue naître . Sa beauté
qualités de fon coeur lui attiroient les
regards & l'estime de tout le monde.
Dieux ! avec quelle modeftie elle les foutenoit
! La candeur brilloit fur fon front.
Point de ces grâces affectées que nos coA
O UST. 1777 : 19
quettes mettent en ufage, qui défigurent la
nature , en voulant la furpaffer. Agathe
n'avoit rien de recherché dans fa parure ;
décente dans toutes fes manières & dans
toutes fes attitudes , elle étoit le modèle
que les mères propofoient à leurs filles .
Agathe ne cherchoit que la compagnie des
perfonnes dans la converfation defquelles
elle pût s'inftruire ; elle ne préféroit
jamais des propos frivoles à un entretien
férieux ; ennemie des tête- à- tête ,
oùr , dans l'embrafure d'une croifée
deux jeunes perfonnes fe font des confidences
minutieufes . Enfin , fuyant la
médiſance & les médifantes , Agathe étoit
le fujet de tous les éloges , & forçoit fes
compagnes à laiffer éclater à travers le
voile de la jaloufie , l'hommage que fes
vertus avoient le pouvoir d'exiger même
des coeurs les plus indifférens.
>
Agathe entroit dans fa dix - huitième
année. Plufieurs partis confidérables fe
mirent fur les rangs , & difputèrent la
poffeffion de cette aimable perfonne.
Sa fortune n'étoit pas grande ; elle avoit
reçu une folide éducation , c'étoit fa plus
riche dot. Son père ayant fait des pertes
exceffives , par des banqueroutes multipliées
qu'il avoit effuyées , s'étoit vu
20 MERCURE DE FRANCE .
dans la trifte néceffité de folliciter un'
emploi dans les fermes . Agathe plaifoit ,
& plaifoit fans bien; c'étoit en avoir beaucoup
de la pofféder .
De tous fes adorateurs , un jeune
Rouannois avoit eu la préférence . Agathe
n'avoit pu être ры fenfible aux qualités
de Profper , qui , à une douceur parfaite
de caractère , à une figure agréable , à
une taille avantageufe , joignoit encore
l'efprit & une fortune honnête. Les articles
du mariage étoient fur le point
d'être arrêtés . Profper touchoit au moment
de fon bonheur....... Un jeune
Seigneur arrive , voit Agathe , eft épris
de fes charmes , & veut l'épouſer . Il vole
chez Doman qu'il trouve affis entre fa
fille & fon amant. L'afpect de ce dernier ,
qui tenoit une des mains d'Agathe , &
la ferroit tendrement dans la fienne
irrite la paffion du Marquis ; il ne voit
dans Profper qu'un odieux rival . Né d'un
fang illuftre , il croit que tout doit plier
devantlui . Cependant il cache fon dépit ;
il fe compofe un vifage tranquille ; il
falue refpectueufement Agathe & fon
père, auquel il demande un entretien fecret.
Doman paffe dans un appartement
voifin avec le Marquis , jaloux de laiffer
A OUST 1777. 2 I
:
Profper feul avec l'objet de fes defirs .
Le Marquis débute par faire à Doman
le récit de fes ayeux, de fa fortune , de fon
crédit ; il finit par peindre l'amour qu'il a
pour Agathe, & l'envie qu'il a de la rendre
heureufe. Doman ébloui demande du
temps pour réfléchir . Il avoue au Marquis
que le jeune homme qu'il a vu dans la
chambre précédente , doit époufer fa
fille dans huit jours , que les articles
font dreffés & qu'ils doivent être
arrêtés le foir même . Le Marquis foupire
, preffe , conjure & fe retire.
>
Doman annonce à Profper , que le Seigneur
qui fort eft amoureux de fa fille , &
qu'il a demandé fa main. La foudre feroit
tombée aux pieds de Profper , qu'il n'auroit
pas été faifi d'une telle frayeur. Le
difcours de Doman le priva de l'ufage de
fes fens ; revenu à lui , il fixa des yeux
remplis d'amour, de crainte & d'efpoir fur
la fenfible Agathe , Il efpéroit que fa bouche
s'ouvriroit pour le raffurer : elle ne répondit
rien. Ce filence acheva d'accabler
Profper , qui raffembla fes forces , & dit
à Doman : « Monfieur , fatisfaites votre
» ambition : le Marquis jouit d'une for-
» tune immenfe , & je n'ai qu'un coeur.
Faffe le ciel qu'Agathe foit auffi heu22
MERCURE DE FRANCE.
» reuſe qu'elle mérite de l'être » . Agathe
nè tenir à ces mots ; fes beaux yeux
put
fe remplirent de larmes , & Profper eut
dans fon malheur , la confolation de voir
que fon amante n'étoit pas infenfible à
fes peines.
Doman , feul avec fa fille , lui fit part
des propofitions du Marquis , & lui demanda
fi elle l'épouferoit volontiers.
» Un père , dit Agathe , eft l'organe dont
» le ciel fe fert pour nous faire connoî-
» tre fes volontés ; y réfifter , c'est trou-
» bler l'ordre de la Providence . Vous
» m'aimez , il me fuffit : vous aurez foin
>> de mon bonheur ». Doman furpris ,
interdit : Eh ! ma fille , que deviendra
Profper ? « Je l'aimois , il eft vrai ,
» vous me l'aviez permis....... Vous n'y
confentez plus .... Il n'a plus droit qu'à
» mon eftime : ne foyez point inquiet de
» fon fort ; qui ne connoît fes vertus ?
Faffe le ciel qu'il trouve une femme
digne de lui. Avez-vous fait attention ,
» mon père , aux dernières paroles qu'il
» a proférées en fortant : le Marquis eft
riche , &je n'ai qu'un coeur. Hélas ! quel-
» les vertus ne décorent pas ce coeur pur ,
» ce coeur tendre que je poffédois & que
je polléde peut-être encore ! où eft le
""
»
AO US T. 1777 . 23
"
jeune homme dont la conduite foit
» auffi irréprochable ?.... Que dis - je ?.
» Je m'égare ! ... Ah ! mon père , par-
» donnez , c'eſt le dernier cri de l'amour
» aux abois. Le Marquis a des richef-
» fes.... mais , font-elles le bonheur?
Doman touché du difcours de fa fille ,
alla lui-même remercier le Marquis , ramena
Profper aux pieds d'Agathe , qu'il
ne quitta que pour aller à l'Autel , ratifier
des fermens que ces deux coeurs ne
défavoueront jamais.
Par M. l'Ange fils , à Mortagne , au
Perche .
VERS
A M. le Comte DE FALCKENSTEIN ,
à fon paffage à Touloufe.
Vous prétendez envain prolonger notre erreur;
Tout décèle un fecret dont vous n'êtes plus maître .
Ce modefte appareil nous cache l'Empereur ,
Mais vos bienfaits le font connaître.
$24
MERCURE DE FRANCE.
CONTE imité du Latin de la Monnoye .
UN fameux Pape un jour permit aux Allemands,
Qui l'avoient bien fervi dans plus d'une entreprife,
De choifir dans les dons que peut faire l'Eglife ;
" Il ne s'attendoit pas qu'ils feroient fi gourmands.
Saint Martin eft pour eux le Saint le plus illuftre ;
Et voulant à la fête ajouter plus de luftré ,
Ils demandent qu'en gras le jour foit célébré ,
Quand même à l'abftinence il feroit confacré.
L'embarras du Saint Père eft facile à comprendre:
Refufer , c'eſt d'un Peuple irriter les efprits ; -
Accorder , des Dévots c'eſt exciter les cris ;
Entre ces deux écueils quel chemin peut-il prendre ?
Dans la perplexité l'efprit fe montre à fond ;
Le Pontife étoit fin , c'étoit Jules Second ;
Il appointe en ces mots l'importune requête :
Permis de manger gras; mais fans boire de vin .
La claufe aux Supplians parut fi malhonnête ,
Que chacun , en jurant , promit à Saint Martin
De ne jamais chommer fi fottement ſa fête.
A
A O UST. 1777.´ 25
A DAPHNÉ.
Idylle imitée de Gefner, Poëte Allemand.
A LA VERTU j'ai confacré ma lyre ,
Et non à célébrer ces farouches Guerriers ,
Que toujours la fureur infpire ,
Et qui portent la mort dans le fein d'un Empire
Pour moiffonner de ftériles lauriers.
Le bruit flatteur d'une onde pure
M'attire fur les bords rians ,
Et ma Mufe , à fon doux murmure ,
Joint fouvent fes tendres accens.
Tantôt , me repofant à l'ombre ,
J'aime à fuivre de l'oeil le courant des ruiffeaux ,
Et tantôt m'égarant dans un dédale fombre ,
Pour toi , belle Daphné , je fais des vers nouveaux.
Pour toi , Daphné , car ton ame innocente
Elt toujours ferine & riante
Comme les jours d'un beau printems ,
C'eft pour toi que ma Mufe chante ,
Daigne fourire à fes accens.
Autour de ta taille légère ,
En boucles d'or voltigent tes cheveux ,
B
26 MERCURE DE FRANCE .
Sur ton beau fein les plaifirs & les jeux
Fixent leur heureux fanctuaire ,
Et ta gaieté , qu'aucun chagrin n'altère ,
Anime l'éclat de res yeux.
Depuis ce jour où ta bouche vermeille ,
Belle Daphné , m'appela ton Amant ,
Où ceje t'aime , mot charmant,
Vint retentir à mon oreille ;
Un doux tranfport vient toujours me faifir ,
Comme un inftaut s'écoulent mes années,
Et je ne vois dans l'avenir
Que d'agréables deſtinées
Et qu'une fource de plaifir.
Puiffent ces chanſons naïves ,
Que ma Mufe a ſi ſouvent
Entendu répéter aux Bergères craintives ,
T'amufer , te plaire un moment.
Tantôt elle parcourt un berceau folitaire ,
Que le feul roffignol trouble par fes accens ,
Et fouvent elle joint la douceur de fes chants
A ceux d'une Nymphe légère ,
Qui , fur la couche de fougère ,
Réveille les échos affoupis dans les champs.
Souvent l'Amour , au bord d'une onde
pure ,
La furprend à chanter , à bénir fes faveurs ;
Il entrelace alors fa chevelure
De jafmin , de myrthe & de fleurs .
Pour mes vers, ô Daphné ! je ne veux d'autre gloire
AOUST. 1777. 27
Que d'être affis à tes côtés ,
Et que de voir , fur les miens arrêtés ,
Tes yeux m'annoncer ma victoire.
Par M. l'Abbé Aillaud , de Montauban ,
Abonné au Mercure.
VERS préſentés à MONSIEUR , à fon
entrée en Provence.
LE voilà cebeau ciel que l'on peint fans nuage ,
Ces plaines , ces côteaux , couronnés d'orangers ,
Cet éternel printems , ce peuple de Bergers ,
Aux fons du tambourin folâtrant fous l'ombrage !
D'un regard bienfaisant parcourez ce rivage ;
Ces lieux , jeune Héros , qu'on dit fi fortunés ,
Ne reffemblent à cette image
Qu'au moment que vous y venéz ,
Mais la peinture fabuleufe
De ces bois parfumés , de ce féjour charmant ,
Où tout tient du défire & de l'enchantement ,
Vous a peint la Provence encor moins heureufe
Qu'elle ne l'eft en vous voyant.
Par M. d'Hermite Maillanne.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
LES ADIEUX A VALENCIENNES,
O
Tantùm alias inter caput extulit urbes ,
Quantùm lenta folent inter viburna cupreffi ,
VIRG. Egl . I.
RIVES de l'Escaut ! ô campagnes fertiles,
Que Cérès enrichit de fes préfens utiles !
Agréable vallon , délices du printems ,
A l'oifeau de Vénus ' confacré de tout tems !
Du cygne radieux la demeure ancienne ,
Toi que j'aimai toujours , ô doux nom ! Valencienne
!
Si tu veux , malgré moi , difparoître à mes yeux ,
Que ma Mufe du moins te faſſe ſes adieux,
De fuperbes remparts , des portes redoutables ,
Semblent te mettre au rang des Villes imprenables >
Défendus par tes tours , gardés par des Héros ,
Tes Citoyens heureux demeurent en repos.
1 Valenciennes étoit autrefois la vallée des cygnes :
il est probable que c'eft - là l'étymologie de fon nom .
On voit encore de ces beaux oifeaux dans les foffés de
la Ville . Les armes de cette Capitale du Hainault François
, ont pour fupports deux cygnes .
!
•
AOUST. 1777. 29
Un Monarque jadis chez toi , par préférence ,
1
Vint tenir des Etats la noble conférence :
Sur un Trône éclatant , des Grands environné ,
Son front , d'un diadême y parut couronné.
C'eſt par cette faveur & ce choix honorable ,
Que le fceptre François te fera vénérable ;
S'agit-il de montrer ton zèle généreux ?
Pour toi rien n'eft pénible & rien n'eſt onéreux.
2
De Louis triomphant ² le monument illuſtre ,
A ta gloire immortelle ajoute un nouveau luftre :
Admirez , Citoyens ; c'eft le meilleur des Rois ,
Qui dicte à fes enfans les plus aimables loix.
Tes Temples embellis ³ , ornés par la décence ,
Sont de ta piété le gage & l'aſſurance.
O que j'aime à te voir en ce jour folennel ,
¹ L'Aſſemblée des Etats du Royaume , tenue à Valenciennes
fous Clovis III , l'an 69 3. Hift . de France ,
Velly, Tome I.
2 La ftatue de Louis XV , érigée fur la Place , comble
de gloire les généreux Habitans de cette Ville . C'eſt
l'éloge de leurs fentimens patriotiques , & de leur atta-,
chement inviolable pour l'augufte Maiſon qui règne
fur la France.
3 On vient de faire à plufieurs Eglifes des réparations
& des embelliffemens confidérables.
B iij
30
MERCURE DE FRANCE.
Que ta religion confacre à l'Eternel ,
Cù fur des chars pompeux ta brillante jeuneſſe
Annonce par les chants la plus vive alegreffe ;
Et promenant au lo n fon triomphe flatteur ,
Charme par les attraits les yeux du fpectateur !
Ce don délicieux , ce fublime avantage ,
La beauté fut toujou: s ton élégant partage.
Que ne puis je en mes vers vous chanter dignement
,
Nymphes , de ces beaux lieux la gloire & l'ornement
!
Oui , fans rien emprunter d'une vaine parure ,
Vous devez l'art de plaire aux mains de la nature :
Les ris font vos atours , la candeur fuit vos pas ,
Et rehauffe l'éclat de vos divins appas.
Ton Peuple me ravit... Doux , affable , fincère ,
Senfible , complaifant... quel heureux caractère !
Iris , par fon efprit & fa naïveté ,
Répand mille agrémens fur la fociété.
Selon une tradition du Pays , la Ville de Valenciennes
fut préfervée de la pefte par une protection
marquée de la Sainte - Vierge , l'an 1008. Pour reconnoître
ce bienfait fignalé , on fait tous les ans une proceffion
folennelle , le 8 de Septembre,
3 Madame *** .
A O UST.
1777. 31
I
Voyez-vous fous ce toît briller la politeſſe ,
Les graces , la douceur & la délicatelle ?
Hylas 2 , l'aimable Hylas , honnête & careffant ,
Eft de tous les humains le plus intéreſſant ;
A la loi de fon Dieu s'il veut être fidèle , ..
Des moeurs de l'âge d'or il fera le modèle.
Qui ne connoît Cloris 3 , fes vertus , fa bonté ?
Dorilas eft charmant , tant il a de gaieté.
Fortunés Habitans d'un féjour admirable ,
Jouiffez d'un bonheur & folide & durable :
Favorifés du ciel , au comble de vos voeux ,
Puiffiez-vous dans la paix vivre toujours heureux !
Enchanté du plaifir d'avoir pu vous connaître ,
Je pars & vais revoir les champs qui m'ont vu
naître.
Adieu , chère Valencienne ; ô tendre fouvenir !
Sans ceffe à mon efprit puiffes tu revenit!
' La Famille de M ***.
* M. ***.
3 Madame ***.•
4 M. le Baron de ***.
Par M. Cuquemelle de Gonffin.
1
Biv
3.2. MERCURE DE FRANCE.
ÉPITRE A LUBIN.
LUBIN , votre aimable Maîtreffe
N'eftpas faite pour les refus ;
Mais , tout franc , votre gentilleffe
N'eft pas ce que j'aime le plus.
Comment veut- elle que je chante
Un objet dont je fuis jaloux ?
Pour tout le monde elle eſt charmante ,
Elle n'eft tendre que pour vous.
Vousavez la taille mignonne ,
Le poil auffi blanc que du lait ;
Minois fin , petit nez bien fait,
Et des yeux comme une perfonne ;
Daus vos manières vous montréz
Tant , tant d'efprit que c'eft merveille ;
Et même on fe dit à l'oreille
Qu'un beau matin vous parlerez ,
Dieu fait tout ce que vous direz !
Mais est- il une de vos graces
Dont la fenfible P...
Par les éloges chaque jour
N'exalte jufqu'aux moindres traces ?
Tous les petits noms vont leur train.
N'êtes-vous pas le beau Lubin ,
A O UST. 1777. 33
Le Roi des Indes , l'Amour même ?
Que fais- je encore ? ... Mon lapin ,
Mon petit homme , toi que j'aime ?
Et cætera , & cætera ,
Et des baifers fur tout cela.
Eft- il plaifant de voir fans ceſſe
Prodiguer pour un petit chien ,
Ces doux bailers dont la tendreffe
chrétien ? Charmeroit un pauvre
Lubin , tu vois que la rancune
M'avoit un peu donné d'humeur ;
Mais j'ai vu ton bon petit coeur;
Tu m'as léché vingt fois • pourune
Tandis qu'on grondoit
ton Rimeur.
Va , je pardonne
à ta fortune ,
Tu n'es pas fier dans la faveur.
Puiffé-je un jour à mon adreffe
Devoir un fort pareil au tien !
Je ne demande
à ta Maîtreffe
Que de me traiter comme un chien.
Par M. de J...
P
1
Nota. M. de J... eft l'Auteur de la Pièce fur
le Wisch, & du Conte de l'Epagneul.
Bv
34
MERCURE
DE FRANCE .
14
LES AMOURS DE LYCIDAS ET DE MÉLIZE.
Conte Anacréontique.
SUR les bords folitaires du tranquille
Euphrate , eft un vallon paifible , entouré
de tous côtés , de montagnes inacceffibles
; c'eſt- là que des habitans fortunés ,
jouiffent depuis plufieurs fiècles , de tous
les avantages de l'âge d'or. Contens chacun
de l'héritage de leurs ancêtres , ils
ont fçu bannir de leurs retraites la cruelle
ambition & tous les maux qui marchent
à fa fuite une paix éternelle règne
parmi eux ; & comme ils fe paffent facilement
du refte des hommes , ils fe
confolent aifément de n'en être pas connus.
L'heureufe abondance régna de tout
temps chez eux , & les comble encore
de fes faveurs. Ne connoiffant que les
paffions douces , comme l'amitié fraternelle
, l'amour de la Patrie , l'attachement
inviolable à leurs femmes & à
leurs enfans , un amour tendre qui les
unit avant les liens facrés de l'hymen ;
ils coulent dans des plaifirs innocens
des jours longs & heureux.
›
A OUS г. 1777. 35
C'eſt dans cette aimable folitude , où
deux amans fortunés jouiffoient de tout
le bonheur de s'aimer , & attendoient
l'heureux inftant où leurs parens , qui
éprouvoient leur conftance , voudroient
les unir par des liens éternels . Ils étoient
tous les deux du même âge , une même
humeur , un même caractère ; des inclinations
femblables les avoient unis depuis
leur berceau ; le jeune amant s'appeloit
Lycidas , & avoit reçu de la nature tous
les avantages de fon fexe : une taille majeftueufe
, un regard ferain & gracieux ,
une aimable candeur peinte dans fes yeux;
une vigueur & un courage mâle ; des
moeurs douces , ornées d'une politeffe
ruftique. Pour Mélize ( c'étoit le nom de
la jeune amante ) , elle réuniffoit en ſa
perfonne tous les agrémens des autres
Bergères ; des yeux noirs & bien fendus ;
une petite bouche ; des joues colorées ;
un air vif , mais modefte ; des manières
enjouées , mais fimples ; en un mot ,
faits l'un pour l'autre , ils poffédoient
tout ce qui peut attacher deux coeurs pour
toujours . Ils gardoient tous les jours leurs
troupeaux fur le bord du fleuve tranfparent.
Là , Lycidas affis au pied d'un chêne
àcôté de la belle Milize , accompagnoit
B VI
36 MERCURE DE FRANCE .
,
de fa lyre champêtre , cette jeune Bergère
qui chantoit tantôt les charmes
de la vertu tantôt la douceur de
leur amour , tantôt le retour du Printemps
& la beauté de la campagne couverte
de fleurs ; tant que Mélife chantoit ,
fon amant hors de lui- même , ne tiroit
pas fes yeux de deffus fa bouche : chaque
mouvement de fes lèvres caufoit une
nouvelle agitation à fon coeur : il refpiroit
à peine ; quelquefois même fe laiffant
emporter à la violence de fon amour ,
il quittoit fa lyre ; & , ferrant entre fes
bras fon amante qu'il adore , il étoit prêt
à laiffer fon ame fur des lèvres qui peignent
fi bien tout ce qu'il fent : Mélize
couverte d'une noble rougeur , recevoit
fes careffes , lui fourioit tendrement , &
lui juroit de l'aimer toujours ; puis le débarraffant
d'entre fes bras , elle lui redonnoit
fa lyre & elle continuoit à chanter.
Ils paffoient ainfi les journées entières ;
& le foleil qui étoit témoin en naiſlant ,
de leurs premiers tranfports , éclairoit à
peine de fes rayons affoiblis leur retraite
au hameau.
L'heureux jour arriva enfin , où les
Pères des deux jeunes amans voulurent
couronner leur flamme conftante . A la
pointe d'un beau jour du Printems , les
A O UST. 1777. 37
oifeaux commençoientà faluer de leur tendre
ramage l'Auteur de la nature ; la
campagne encore humide , couverte de
fleurs & de gazon , rendoit un éclat qui
enchantoit les yeux ; lorfque Licidas &
Mélife fe tenant par la main , fortirent
du hameau couronnés de fleurs . On auroit
pris Licidas pour le Dieu Pan , &
Mélife pour Diane ; ils étoient fuivis
d'une troupe de jeunes Bergers & de
jeunes Bergères qui chantoient en choeur
les douceurs de l'hymenée & les charmes
d'un amour conftant , qui alloit être récompenfé
; enfuite venoient tous les parens
des deux jeunes amans.
On arrive dans une vafte prairie , ombragée
de peupliers fort élevés ; ils étoient
arrofés par un nombre de petits canaux ,
dont l'eau plus claire que le cryftal , couloit
en murmurant fur un fable doré.
Alors le père de Lycidas & celui de Melize
, en habit de cérémonie , égorgent
fur un Autel de gazon qui avoit été dreffé ,
une brebis plus blanche que la neige ; &
prenant enfuite une guirlande de feurs ,
ils en entourent les deux jeunes époux
qui tenoient leurs mains innocentes fur
l'Autel. On fait des libations du fang
de la victime on verfe de grandes
>
38 MERCURE
DE FRANCE.
coupes de vin & de lait fur fes , entrailles
encore palpitantes ; & pendant la céré
monie , les airs ne retentiffoient que du
ramage des oifeaux , mêlés au concert
des flûtes & des hautbois .
Après le facrifice , un repas champêtre
, apprêté fans délicateffe , eft fervi
aux époux & aux convives : on n'y voit
que des viandes ordinaires , des fruits de
la faifon , du lait & d'autres mers ruftiques
; la gaieté règne dans le repas , &
l'appétit en fait le feul affaifonnement .
Le jour le paffe dans des divertiffemens
innocens , & la nuit qui les fépare n'arrive
que pour unir les deux époux par
des liens indiffolubles.
Par M. Attenoux.
Sur le Bufte de M. DE VOLTAIRE.
CE beau marbre , enfant de la terre ,
Eft tiré du facré vallon ;
On en tailla le bufte de Voltaire ,
Et le génie en fit un Apollon .
Par Madame Guibert,
A O UST. 1777. 39
VERS faits à M. le Bailli DE Bar ,
ancien Général des Galères de la Religion
, à fon paffage à Marseille, au
mois de Septembre dernier, pour aller à
Malte.
J'AI deux fois fur ces bords heureux ,
Savouré le bonheur fuprême ,
De retrouver la bonté même
Dans un Héros chéri des Dieux ;
Le tems ne change point une ame
Que le ciel fe plut à former ,
Toujours même vertu l'enflamme ,
Et la vertu fait tout charmer.
J'ai vu ce Seigneur magnanime
Ranger fous fes loix tous les coeurs ,
Et d'une troupe de Vainqueurs ,
Emporter l'amour & l'eftime .
J'ai vu Matelots & Soldats
A l'envi chanter fes louanges ,
Et ces lions dans les combats ,
Dans fa galère être des anges :
Ardent à prévenir les voeux
D'un Héros , fon Dieu tutélaire ,
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
Le Soldat ne fe croit heureux
Qu'autant qu'il eft sûr de lui plaire.
Toujours prêt au premier fignal
A détruire une race impie ,
Il auroit fubjugué l'Afie
Sous les pas d'un tel Général ;
Par-tout où le deftin propice
Offrit à mes yeux ce Guerrier ,
J'ai vu l'honneur & la juftice
Sur fon front ceindre le laurier .
Par M. de Rofemberg.
IMPROMPTU
A une Demoiselle regardant les trois
Grâces de Rubens dans la Galerie du
Luxembourg.
NULLE d'elles ne te reffemble ,
Et de toi cependant chacune a quelque trait ;
Mais , Iris , voici le ſecret :
Il faut les regarder enfemble ,
Toutes les trois font ton portrait.
Par M, G. Defmery.
A OUST. 1777. 41
LE DISCIPLE D'HORACE.
Mecenas atavis edite regibus , &c . ODE I.
MON illuftre Protecteur !
Le fang des Rois qui te donna naiffance ,
D'un vain orgueil n'a point enflé ton coeur ;
Et dans l'augufte bienfaiſance ,
A l'exemple de Dieu plaçant tout ton bonheur ,
Tu daignes m'enhardir dans la liee épineuſe ,
Où chancelant , foible & craintif ,
Je fixe le tems fugitif,
Suivant le noble inftinct d'une ame généreufe ...
Malgré les cris injurieux
De ces hommes impérieux ,
Dont l'injufte & fombre manie
Ne peut fe dérider aux fons de l'harmonie ,
Et de qui le zèle odieux ,
Sous des dehors officieux ,
Blâmant ma poétique audace ,
Voudroient m'éloigner du Parnaffe 3
Comme fi les vers gracieux ,
Qu'en moralifte ingénieux ,
Me dicte le divin Horace ,
Bleffoient l'austérité de l'état que j'embraffe ...
42 MERCURE DE FRANCE.
En dépit de tant d'envieux ,
De tant d'efprits pernicieux ,
Qui , dans leur cabale traîtreffe ,
Sont à me nuire induftrieux ;
De ces Docteurs fentencieux ,
Qui , fe riant de mon ivreffe ,
Me confeillent avec rudefle
De réprimer un goût qu'ils trouvent vicieux ;
De m'interdire fans foibleffe
La poéfie enchantereffe ,
La poésie , ô ciel ! cet objet précieux
De mes tranfports délicieux...
Sourd à cette vaine fageffe
Qui m'infinue avec adreffe ,
Qu'un Profateur harmonieux
Toujours paffe en délicateffe ,
En ornemens judicieux ,
En beaux tours , en traits radieux ,
En préciſion , en juſteſſe ,
Un Poëte mélodieux ...
Bravant de l'ignare pareffe
Tous les difcours faftidieux ,
Dans les courts momens que me laiſſe
Sur les écrits divins un travail férieux ,
Dont l'utilité m'intéreſſe ,
Je cultive avec alégreffe
Mon penchant pour les vers , ce penchant glorieux ,
Charme flatteur de ma tendreiſe ..
A O UST. 43 1777 .
Poëte , fans parler le langage des Dieux ;
Mais , avec plus de hardieffe ,
Philofophe laborieux ,
Prémuni contre la critique ,
Contre la morgue fatirique ,
Et les propos calomnieur...
Contre le ton fcientifique ,
Et le jargon vifigothique
Des Ariftarques billieux ,
Ou des Pédans litigieux..
Contre l'accès milanthropique
De ces foux peftilentieux ,
De qui l'orgueil mélancolique ,
Comme un bien propre revendique
Tous les argumens captieux
Semés dans les écrits d'un Auteur fophiſtique...
Contre la rage frénétique
De cet amas furieux ,
Dont l'organe féditieux
Impitoyablement s'applique
A répandre un venin cauftique
Sur les fages filencieux ...
Contre la fubtile pratique ,
Les refforts , la manoeuvre inique
De ces Amis mystérieux ,
Au coeur perfide , à l'oeil oblique ,
Aux parler doux & fymmétrique ,
44
MERCURE DE FRANCE.
Qui , ferpens artificieux ,
Affectant avec vous une humeur fympathique ,
Dans les replis infidieux
De leur infâme politique ,
Se recourbent cent fois pour vous féduire mieux...
Contre ces coeurs capricieux ,
D'une trempe amphibologique ,
Aujourd'hui de leur flegme enfin victorieux ,
Brûlant d'une flamme emphatique ,
Ardens , empreffés à vos yeux ;
Et demain , d'un froid léthargique ,
D'une indifférence apathique ,
Glacés , farouches , foucieux...
Contre l'emportement cynique ,
Et le sadotage comique
De ces vicillards minutieux ,
A cerveaux creux , à tête fanatique ,
Dont l'efprit , lifant dans les cieux ,
D'une gravité prophétique
Annonce une chûte tragique
A tout génie audacieux
Et noblement ambitieux ,
Que pour la gloire poétique ,
Des beaux coeurs cette idole antique ,
Entraîne un goût victorieux ...
Contre ces jeunes factieux ,
Jaloux d'un fuccès qui les pique ,
A O UST. 1777.
45
Petits élèves fpécieux
De quelque rêveur Platonique ,
Adorateurs religieux
De toute pièce Académique ,
Et fauteurs fuperftitieux
De toute oeuvre problématique ;
Qui , dans un travail méthodique ,
Par des efforts prodigieux ,
Pour renforcer leur veine étique ,
Savent décompofer le moderne & le vieux...
Enfin contre l'avis ftoïque
D'un mortel augufte & pieux ,
De l'amitié modèle unique ,
A qui mon coeur fiducieux *
Sans alarmes fe communique ;
Mais qui toujours contentieux ,
Improuve & traite d'hérétique
Le ton libre & facétieux ,
Que quelquefois en certains lieux
Je demande grace pour ce mot tiré du latin
fiduftus. Il exprime ma penſée , & vient à propos pour
la rime fiducieux . Je ne crois pas que nous ayions de
terme plus propre que celui que je prends la liberté de
hafarder , de plus propre , dis- je , pour fignifier l'inclination
d'un coeur naïfà fe communiquer , à s'épancher ,
J'espère que du moins il fe fauvera dans la foule des
rimes qui ont fa définance.
45 MERCURE
DE FRANCE
.
Prend ma Mufe philofophique...
D'un incomparable Lyrique,
Difciple, amateur ſtudieux ,
Infenfible aux revers , infenfible aux traverſes ,
Loin des fociétés perverses ,
Et des cercles contagieux ,
J'aime à voir avec lui , d'un regard curieux ,
Des volages humains les paffions diverſes .
Les úns ardens pour les lauriers
Que l'on cueille aux Jeux Olympiques,
Ne parlent que de chars , de poudre & de courfiers ;
Et fuyant leurs Dieux domestiques
Devant tout un peuple étonné
De leur audace impétueuſe ,
Ils ne prennent plaifir qu'à la ſcène orgueilleuſe
Que préfente un front couronné..."
Celui-ci bénira fon heureufe exiftence .
Si du Peuple Romain l'agréable inconftance
L'élève au faîte des grandeurs...
Cet autre , peu foigneux d'acquérir des honneurs ,
Treffaille quand il voit que fa grange eft remplie
De tous les bleds que produit la Lybie...
Ici c'eft un mortel qui , du monde ignoré ,
Sous un raftique toît par fes moeurs honoré ,
Se plaît à cultiver les vertus folitaires ,
Se fai: un noble amuſement
D'exercer la vigueur aux travaux falutaires,
1
A O UST .
47 1777.
Et préfère aux écueils d'un perfide élément ,
L'humble héritage de les pères ...
Ce Marchand , dont l'avidité
Sembloit n'aguère prefque éteinte ,
Lorfque l'Océan agi: é
Rempliffoit fon ame de crainte ;
Sauyé de ce péril preffant ,
Et , de retour dans fa patrie ,
S'en arrache auffi - tôt... Eole mugiffant
Ne fouffle plus le trouble en fon ame aguerrie :
L'indigence , dit - il , eft un nom flétriſſant ,
Fuyons-en l'atteinte ennemie ;
Et l'abyfie, & l'écueil , & le flot menaçant,
Où mille fois pâlit le flambeau de la vie ,
Nefont plus qu'un fonge impuillant...
Ailleurs on voit fourire à la nature
Un voluptueux Amateur
De la morale d'Epicure :
Tantôt c'est un jus enchanteur ,
Qu'ilfair couler dans fes brûlante veines ;
Tantôt un doux Commeil vient enchaîner les fens ;
Toujours des illufions vaines
Lui forment des plaifirs fans ceffe renaiſſans...
Plus loia c'eft un Guerrier fauvage ,
Dont le coeur bouillant & fougueux ,
Dans les tranfports tumultueux ,
Refpire les horreurs , la mort & le carnage :
48
MERCURE
DE
FRANCE
. Il s'élance , il vole effréné ,
Tandis que fa mère tremblante ,
De la guerre qui l'épouvante
Détefte le Dieu forcené...
Voyez ce Chaffeur obſtiné ,
Qui , dans fa courſe infatigable ,
Eteint le fouvenir d'une époufe adorable ,
Et pour atteindre un cerf s'imagine être né...
Pour moi , cher Mécène , le lierre
Dont s'embellit le front des efprits floriífans ,
Et qui s'offre à mes yeux au bout de ma carrière ,
Précipite mes pas en des fentiers gliffans :
Il nourrit mes defirs , il enflamme mes fens.
Je me croirois un Dieu , fi ce noble falaire ,"
Couronnant mon deſtin profpère ,
A jamais illuftroit mes timides accens ...
J'aime à fentir la fraîcheur d'un bocage ,
Je me plais à rêver fous un épais ombrage.
J'y jouis quelquefois d'un fpectacle frappant ;
Et m'élève au-deffus du vulgaire rampant ,
Lorqu'Euterpe me donne une veine abondante ,
Et que Polymnie indulgente ,
Interrompant commerce avec les Dieux ,
Vient me dicter des vers harmonieux ...
Mais fi ta fublime critique ,
A la lecture de ces vers ,
M'accorde le doux nom de Poëte Lyrique ;
Soudain
A O UST. 49 1777.
Soudain m'élançant dans les airs
D'une aile légère & rapide ,
Semblable à la Divinité
Que couvre une éclatante égide ,
Je vole avec Horace à l'immortalité...
Par M. L. la V. à Poitiers.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du fecond volume de Juillet.
LE mot de la première Enigme eſt
Terre ; celui de la feconde eft l'Equilibre
; celui de la troisième eft Lunettes.
Le mot du premier Logogryphe eſt
Colombier , où fe trouvent Remi , Colomb
, Rome , rime , Ré ( Ifle) , loi , Loire ,
cor, robe, Riom , or, Brie , mer, Clio , bec,
ombre, miel, rôle , Roi , mire , cil, lice
orme ; celui du fecond eft Mercure, dans
lequel fe trouvent Mercure ( planette ) ,
mercure ( minéral ) , mer , cure , Cure
( bénéfice ) , Cure ( guérifon ) ; celui du
troisième et Soie , où fe trouvent oie ,
Sai, Io.
C
.50 MERCURE
DE FRANCE
.
ENIG ME.
TANDIS
ANDIS que jufqu'aux cieux portant ma tête
altière ,
Je répands , avec art , matrompeufe lumière ,
Un peuple extafié d'ardens admirateurs ,
Me prodigue à l'envi fes éloges flatteurs .
Je fais les obtenir par cent métamorphofes ,
Sous lesquelles , voilé , je préſente les choſes ;
Seul , mais fouple à m'offrir fous mille traits
divers ,
Je charme , je féduis , j'étonne l'Univers .
Que l'homme à s'abuſer trouve donc de délices !
Son efprit , la raiſon , de ma fraude complices ,
Aiment à lui cacher ce qu'ils favent de moi ,
Pour aguerrir fon ame à me voir fans effroi.
Mille fois l'homme a vu le poifon homicide
Que cache le brillant de ma clarté perfide ;
Mille fois à fes yeux les replis de mon coeur
Se font développés dans toute leur noirceur ;
Il fait que mon pouvoir , que tout obftacle irrite,
N'admet dans fes fureurs ni règle , ni limite ,
Et que du bien public , adverfaire immortel ,
Je refpecte auffi peu le Trône que l'Autel ;
M'en admire-t- il moins? non , mes nuifibles charmes
AOUST. 1777.
Le forcent d'oublier mes torts & fes alarmes ;
Tyran de fa raiſon , fon coeur , à qui je plais ,
Voit moins ce que je fuis , que ce que je parois.
Refte donc , ô Morrel ! dans ta folle affurance ,
Vois, puifque tu le veux, d'un oeil de complaiſance,
Le dangereux éclat de mes dehors trompeurs ;
Refpire de mon fein les maligocs vapeurs :
Cet éclat qui te frappe , & que ton oeil dévore ,
Eft prêt à s'éclipfer ; je fens qu'il s'évapore ...
J'expire... & fous tes yeux , périffant avec bruit ,
Je te laiffe confus dans l'horreur de la nuit.
JE
AUTRE.
E fuis chez la Coquette
Un utile ornement ;
Je donne à fa toilette
L'appas le plus galant..
Je me fers d'impoſture
Pour lui gagner un coeur ;
Et mon art féducteur
Supplée à la nature .
C ij
5.2
MERCURE
DE FRANCE .
AUTRE.
NOTRE forteft, Lecteur , aſſez brillant & doux :
Nous fommes de fept fours une troupe chérie :
Souvent nous ne gardons aucun ordre entre nous,
Et notre rang dépend du goût & du génie .
Dans le Palais des Grands , aux Concerts , aux
Spectacles ,
De nos combinaiſons étalant les miracles ,
Autour de nous nous voyons mille Amans ,
Sans de la jaloufie éprouver les tourmens.
Le Sage quelquefois avec nous fe délaffe :
Aux yeux
du Freluquet nous trouvons auffi grace.
L'on goûte en nous mille douceurs ,
Et nous charmons les Connoiffeurs ;
Mais d'autres font de nous métier & marchandiſe .
Enfin ce qui pourra peut-être t'étonner ,
Lecteur, on nous rencontre à coup sûr à l'Eglife ,
Et jafques fur l'autel nous ofons nous placer,
Par M. le G... Vicaire à G...
A O UST. 1777 . 53
JE
LOGO GRYPHE.
E brille dans la nuit , & pâlis au retour
Du père des faifons & de l'aftre du jour.
J'affemble autour de moi , placé fur une table ,
Des esclaves du jeu la troupe redoutable.
Je préfide aux travaux , aux danſes , aux feſtins :
Le méchant , bien ſouvent , mé cache fes deffeins.
De mes huit pieds , Lecteur , la diverſe ſtructure
T'offrira l'ornement de l'humaine nature ;
Ce qui de fang fe teint dans les combats ;
Un mot à nos efprits préfentant mille appas;
Un terrible élément ; du pauvre la livrée ;
Ce qui couvre de deuil la terre épouvantée.
Par le même.
AUTRE.
Sous un attirail féminin ,
De plus d'un fot j'ai fait l'heureux deftin ;
Du mérite fouvent j'ai caufé l'infortune ;
Par moi prefque toujours on obtient la faveur ,
Et rarement mon Maître éprouve le malheur,
Ciij
54
MERCURE DE FRANCE .
Quand ma tournure eft peu commune ;
Vous me direz : C'eſt une erreur.
Ah! j'en conviens de tout mon coeur ;
Mais cet erreur enfin a fait fortune ,
Et durera long-tems , je pourrois l'affurer.
Selon la loi logogryphique ,
Plus clairement il faut que je m'explique ;
Je vais donc me décompoſer :
On trouve en mes fix pieds , fi l'on veut y penfer ,
D'abord un verbe actif qui conferve la vie ;
Ce que l'on eft après la maladie ;
Un fynonyme d'orgueilleux ;
Ce qu'on croyoit , dans le tems des faux Dieux,
Tourmenter une ame flétrie ;
De plus , un mandiant ; une bête à pieds longs ;
Un inftrument de bois plus haut que les maifons
Un vieux mot qui fait qu'on enrage ;
Ce qu'il faut pour faire un procès ;
Lecteur , encor deux tiers de la fin d'un ouvrage ,
Ou ce que tu diras , fi le mien eſt mauvais.
Par M. Gazil fils.
MES
AUTRE.
Es pieds nombreux m'attachent à la terre.
Avec attention fi l'on me confidère ,
A O UST. 1777-
On conviendra que je fuis précieux.
C'est tout-à-fait prodigieux
Comme j'unis l'utile & l'agréable.
Qu'on juge, par ces traits, combien je fuis aimable.
Voilà le beau côté ; mais arrache mon coeur ,
Et fais qu'il devienne ma tête ,
Je m'oppofe aux navigateurs.
A peine il m'apperçoit , il héfite , il s'arrête....
Et ce n'eft pas fans beaucoup de frayeur
Qu'à me paffer , plein d'ardeur , il s'apprête.
Dans cet état , de mon tout fais deux
Et tu verras dans la première
Trois petites cités dignes de tes regards ,
parts ,
Toutes du même nom. Des trois l'une eft frontière
Chez le Peuple Lorrain , jadis fi difcourtois.
Les autres font au pays Champenois.
Dans le plain- chant tu trouve ma dernière ;
C'eſt de mon autre part qu'il s'agit cette fois.
Par M. Vincent , C. de Q.
Civ
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Suite des Epreuves du Sentiment , par
M. Darnaud. Tome quatrième. Anecdote.
Makin. A Paris , chez Delalain ,
Libraire , rue de la Comédie -Françoife.
in-8 ° .
CETTE Anecdote , digne de figurer à
côté de celles qui forment la collection
intéreffante , publiée fous le titre d'Epreuves
du fentiment , eft fondée fur un
fait rapporté dans l'hiftoire des voyages ,
& avec quelques différences , dans le
voyage de Surate par Ovington. Si l'ambition
& l'avidité ont conduit les Européens
fur les mers inconnues des Indes
orientales & occidentales , la première
découverte de l'Ifle de Madère étoit réfervée
à l'amour. Robert Makin , Anglois ,
avoit conçu une très vive paffion pour
Anne Dorfet , qui étoit d'une naiffance fupérieure
à la fienne . Les parens de fa maîtreffe
craignant qu'il ne mît obſtacle aux
projets d'établiſſement qu'ils avoient formés
pour elle , obtinrent un ordre du
A O UST. 1777 . $7
Roi Édouard III , pour le tenir dans une
prifonjufqu'à ce qu'elle fût mariée . Alors
il obtint fa liberté , & courut auffi- tôt
fur les traces de fa maîtreffe , que fon
époux avoit conduite à Briſtol. Il trouva
le moyen de la voir , de la déterminer
-à fuir avec lui . Un vaiffeau dont il s'étoit
affuré , devoit les tranfporter en
France ; le vent leur fut contraire . Dès
le lendemain de leur évafron , ils fe trouvèrent
perdus dans l'Océan , où ils errè
rent pendant plufieurs jours : le quatorzième
, ils découvrirent une Ifie ; Makin
y defcendit avec fon amante & quelques
matelots la beauté du lieu les invita
à s'y repofer ; mais , pendant qu'ils cher
choient à fe remettre des fatigues de, la
mer , un orage s'éleva , arracha le vaiffeau
de deffus les ancres , le jeta fur les côtes
de Maroc , où l'équipage fut mis aux
fers. La difparution du vaiffeau , qui
ôtoit à ceux qui étoient reſtés dans l'Ifle ,
tout efpoir d'en fortir , fit une telle impreffion
fur Anne Dorfet , qu'elle n'y
furvécut pas long- temps ; Makin expira
deux jours après , & demanda à fes com
pagnons de l'enterrer auprès d'elle ; ifs
lui rendirent ce dernier devoir ; & éle
vant un Autel orné d'une croix fur leurs
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
tombeaux , ils y placèrent une infcription
qu'il leur avoit laiffée , & qui contenoit
le récit de fa déplorable aventure
.
C'eft fur ce fond que M. Darnaud a
bâti la nouvelle que nous annonçons ;
il en a fait un Roman rempli d'intérêt
& de Philofophie. Maître de difpofer les
événemens , de les changer , d'y ajouter
il l'a fait avec beaucoup d'art. Anne
Dorfet , qu'il appelle Hélène , élevée
avec Makin , a fenti l'amour preſque en
naiflant. Cette paffion née dès l'enfance ,
dans un coeur fimple & naïf , peu au fait
des convenances de la fociété , s'eft fortifiée
avec le temps , & eft invincible
lorfqu'on fonge à détruire fes liens. Lorfqu'elle
fuit avec fon amant , elle n'eſt
point mariée ; elle lui a donné fon coeur ,
elle a reçu le fien à la face du ciel , pris
à témoin de leurs fermens mutuels ; fa
démarche imprudente excufée par une
paffion exceffive , n'est plus un crime
comme celui d'Anne Dorfet , qui quitte
fon époux pour fuivre fon amant . Ils débarquent
feuls dans l'Ile de Madère , où
les vents & la tempête les ont portés fous
la protection de l'amour. Ils abordent
d'abord dans une caverne qui a fervi de
AOUST. 1777. $9
fépultures. Ce lieu eft le premier afyle
des fugitifs échappés à la tempête. Les
détails qui fuivent font véritablement
attachans. L'Auteur , jufqu'à cette époque
, a peint les orages que les paffions
excitent dans le coeur humain ; leurs combats
contre les préjugés , leur triomphe
contre tous les obftacles : ici , c'eft le
tableau du bonheur qu'elles procurent ,
en rempliffant deux coeurs qui trouvent
en eux tout ce qu'ils ont quitté, & qui ne
s'apperçoivent pas qu'ils font féparés du
refte du monde . Hélène , toujours tendre,
toujours épriſe de Makin , ne laiffe pas de
donner quelquefois des regrets à la nature.
Le fouvenir d'un père & d'une mère ,
qu'elle a abandonnés , l'image de la douleur
dont elle les a accablés , la pourfuivent
& troublent de temps en temps la
félicité qu'elle goûte dans le defert . Une
tempête amène auprès d'elle ce père &
cette mère, qui fe font embarqués pour la
chercher fur de faux indices ; elle joint
fes foins à ceux de fon amant, pour les rappeler
à la vie après leur naufrage ; le bonheur
des deux époux devient parfait, par
l'aveu que le Comte & la Comteffe de
Dorfet donnent à leur union . Cette Colonie
heureufe & augmentée par les nou-
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
?
veaux venus , vit tranquille , & rappelle
l'image du fiècle d'or : L'innocence & la
pureté des moeurs qui y régnoient , difparurent
après l'arrivée des Portugais.
qui , long temps après , découvrirent cet.
heureux féjour, & y portèrent les vices
contagieux de l'Europe .
Diverfités galantes & Littéraires. 2 vol.
in- 1 2.A Londres ,& fe trouvent à Paris ,
chez Dorez , Libraire , rue St Jacques ,
près St. Yves , 1777. Prix , 3 liv . brochés.
"
>
» L'objet qu'on s'eft propofé dans ce
»Recueil , dit l'Éditeur , a été de raffem-
» bler dans un dépôt acceffible & com-
» mode une foule de petites Pièces en
profe ou publiées. féparément en
» feuilles volantes , ou enfevelies dans
» de vieux Journaux , & des collections.
» volumineufes », Ces diverfités ne font
donc autre chofe qu'un recueil de morceaux
déjà imprimés , & parmi lefquels ,
quoiqu'en dife l'Éditeur , il y en a plufeurs
d'affez connus. Au refte , le choix
de cette compilation eft fait avec difcerement
; c'eft , comme on fait , le feul
mérite qu'on puiffe exiger dans les ouvras
›
AOUST. 1777.
ges de ce genre. On y trouve une lettre
de Boileau , en date du 4 Août 1706 ,
qui n'eft pas beaucoup répandue , & qui
nous a paru affez piquante pour mériter
d'être rapportée. Elle eft adreffée à feu
M. le Marquis de Mimeure , au ſujet
de l'élection d'un autre que lui , à l'Académie
Françoife , quoique Defpréaux lui
eût donné fa voix . Le Ĉandidat élu malgré
Boileau , étoit le Marquis de Saint-
Aulaire , connu par le grand âge auquel
il parvint depuis , & par quelques poéfies
agréables ; mais qui ne paroît pas avoir
occupé une place fort avantageufe dans
l'efprit du févère fatyrique.
"
" Ce n'eft point , Monfieur , un faux
bruit , c'eſt une vérité très- conſtante ,
que dans la dernière affemblée qui fe
tint au Louvre , pour l'élection d'un
» Académicien , je vous donnai ma voix ;
» & je vous la donnai avec d'autant plus
» deraifon , que vous ne l'aviez point briguée
, & que c'étoit votre feul mérite
qui m'avoit engagé dans vos intérêts.
» Je n'étois pas pourtant le premier à qui
la penfée de vous élire étoit venue ; &
» il y avoit un bon nombre d'Académiciens
qui me paroiffoient dans la même
difpofition que moi. Mais je fus fost
"
»
22
62 MERCURE DE FRANCE .
»
❤
"
و د
"
furpris , en arrivant dans l'affemblée ,
» de les trouver tous changés en faveur
» d'un M. de Saint- Aulaire , homme ,
» difoit-on , de fort grande réputation ;
» mais dont le nom pourtant , avant cette
» affaire , n'étoit pas venu jufqu'à moi .
Je leur témoignai mon étonnement
avecaffez d'amertume ; mais ils me firent
» entendre , d'un air affez pitoyable
qu'ils étoient liés. Comme la brigue
» de M. de Saint - Aulaire n'étoit pas
» médiocre , plufieurs gens de confé-
» quence m'avoient écrit en faveur de
» cet Afpirant à la dignité académique ;
» mais par malheur pour lui , dans l'in-
» tention de me faire mieux concevoir
» fon mérite on m'avoit envoyé un
poëme de fa façon , très - mal verfifié ,
où , en termes affez confus , il conjure
» la volupté de venir prendre foin de lui
» dans fa vieilleffe , & de réchauffer les
» reftes glacés de fa concupifcence : voilà
» en effet le but où il tend dans ce beau
» Poëme. Quelque bien qu'on m'eût dit
» de lui , j'avoue que je ne pus m'empêcher
d'entrer dans une vraie colère
» contre fon ouvrage . Je le portai à l'A-
" cadémie , où je le laiffai lire à qui voulut
; & quelqu'un s'étant mis en devoir
ود
ود
19
»
>
A O UST. 1777. 63 ་
و د
"
»
» de le défendre , je jouaile vrai perſon-
» nage du Mifantrope dans Molière , ou
plutôt j'y jouai mon propre perfon-
» nage , le chagrin de ce Mifantrope
» contre les méchans vers ayant été
» comme Molière me l'a confeffé plu-
» fieurs fois lui- même , copié fur mon
» modèle. Enfuite on procéda à l'élec-
» tion par billets ; & bien que je fuſſe le
» feul qui écrivit votre nom dans mon
» billet , je pus dire que je fus le feul
qui ne parut point honteux & déconcerté.
Voilà , Monfieur , au vrai , toute
» l'hiſtoire de ce qui s'eft paffé à votre
» occafion à l'Académie. Je ne vous en
fais pas un plus grand détail , parce
» que M. le Verrier m'a dit qu'il vous
» en avoit déjà écrit fort au long. Tout
» ceque je puis dire , c'eft que dans tout
» ce que j'ai fait , je n'ai fongé qu'à
» procurer l'avantage de la Compagnie ,
» & rendre juſtice au mérite. Cependant,
» je vois que par-là , je me fuis fait une
» fort grande affaire , non - feulement
» avec M. de Saint Aulaire , mais avec
» vous , & que je fuis plutôt l'objet de
» vos reproches , que de vos remercimens.
» Vous vous plaignez fur-tout , du has
fard où je vous expofois , en vous nom-
» mant Académicien , à faire une mau
»
14
MERCURE
DE FRANCE
.
»
و د
39
vaife harangue . Je fuis perfuadé que
vous ne la pouviez faire que fort bonne ;
mais quand même elle auroit été mau-
» vaife, n'aviez-vous pas un nombre infi-
» ni d'illuftres exemples pour vous confaler;
& eft- ce la première méchante affai-
» re dont vous feriez forti glorieufement?
» Vous dites qu'en vous , j'ai prétendu
» donner un brêteur à l'Académie . Oui ,
» fans doute , mais un brêteur à la ma-
» nière de Céfar & d'Alexandre. Hé quoi !
» avez -vous oublié que le bon homme
» Horace avoit été Colonel d'une légion ,
& n'étoit pas revenu , comme vous ,
d'une très-grande défaite ? Cum fracta
virtus , & minaces turpe folum tetigere
mento. Cependant , dans quelle Aca-
» démie n'auroit- il point été reçu , fuppofé
qu'il n'eût point eu pour concur-
» rent M. de Saint- Aulaire ? Enfin
» Monfieur , vous me faites concevoir
» que je vous ai , en quelque forte, compromis
par trop de zèle , puifque vous
n'avez eu pour vous que a feule
» voix. Mais j'ofe ici faire le fanfaron ,
prétendez- vous que ma feule voix , non
briguée , ne vaille pas vingt voix mendiées
baffement ? Et , de quel droit
prétendez-vous qu'il ne foit pas permis
و د
"
"
99
A O UST. 1777. 65
» à un Cenfeur , foit à droit , foit à tort ,
» inftallé depuis long temps fur le Par-
» naffe , comme moi , de rendre , fans
» votre congé , juſtice à vos bonnes qua-
» lités , & de vous donner fon fuffrage
» fur une place qu'il croit que vous mé-
» ritez ? Ainfi , Monfieur , demeurons
bons amis , & c. » . »
L'Efprit des Efprits , ou Penfées choifies,
pour fervir de fuite aux maxiines
de la Rochefoucault. A Londres
& fe trouve à Paris , chez Dorez ,
Libraire , rue St Jacques , près Saint-
Yves. 1777. in- 12 , Prix , i liv. 4 f.
broché .
I
, que
Rien de plus propre à faire connoître
la nature de ce petit Ouvrage
l'Avis du Libraire , placé à la tête , &
qui eft le feul préliminaire qui s'y trouve.
" On peut avancer avec confiance qu'il
» n'eft point de livre qui , dans un aufi
» petit volume , renferme autant d'efprit
» & de Philofophie. Quoique la pre-
» mière partie de fon titre femble an-
» noncer qu'il a été fait d'après les compilations
connues fous le nom d'Efprit ,
on s'appercevra aifément que l'Edi〃
66 MERCURE DE FRANCE.
"
teur ne s'eft pas contenté de puifer
dans ces fources. Au petit nombre de
penſées , choifies avec un goût févère
» dans tous les Recueils publiés jufqu'à
» ce jour , il a joint tout ce qu'il a pu
» trouver de plus piquant dans des lec-
» tures plus étendues , pour en former
» un livre qui pût devenir claffique en
fon genre , & fervir de fuite aux maxi-
» mes de la Rochefoucault ». En effet
le choix de fes penfées eft en général
bien fait , nous allons en extraire quelques-
unes.
")
» Il ne faut point d'efprit pour fuivre
l'opinion qui eft actuellement la plus
commune ; mais il en faut beaucoup pour
être , dès aujourd'hui , d'un fentiment
dont tour la mondo ra for que dans
trente ans .
བ་ JVLO
Y༥༠
" Les favoris font des cadrans folaires
que l'on va confulter lorfque le foleil de
l'état les éclaire , & qu'on ne regarde plus
lorfqu'il leur retire fes rayons ».
64 Une chofe adoucit l'humiliation de
fe juftifier , c'est que cela ne fauroit fe
faire fans parler beaucoup de foi -même
& que c'eft peut-être la feule circonftance
où l'on puitfe honnêtement en parler
avec éloge
AOUST. 1777. 67
» Un homme d'efprit eft bien moins
étonné d'être trompé par un fot , qu'un
fot n'eft étonné d'être la dupe d'un homme
d'efprit ».
•
ર
19.
>
Quand une femme laide fait tant
que d'aimer , elle aime avec fureur. La
crainte prefque certaine de ne pas plaire
la fait refifter long temps à fa paffion ; &
lorfqu'elle n'en peut triompher , il faut
que fon amour foit plus fort que fon
amour-propre
>
& « Il faudroit ôter les honneurs
n'en rendre à perfonne , s'ils infpiroient
autant d'orgueil & de vanité à ceux
qui les méritent , qu'à ceux qui ne les
méritent pas ".
» On traite un grand Seigneur comme
un enfant avec qui l'on jone On le
prend fur les épaules , on le lève , il dreſſe
la tête , il a peine à contenir fa joie
& on s'écrie autour de lui : Oh qu'il eft
grand !
« Les petits efprits font du bruit dans
le monde , à peu -près comme une voiture
vuide , qui roule avec rapidité dans les
rues » .
Combien d'hommes paffent pour
difcrets , qui ne favent à qui parler ! »
" Il y a deux fortes de filence , l'un
68 MERCURE DE FRANCE.
ftupide , l'autre fpirituel ; les fots ne
connoiffent que le premier , & fe croient
égaux aux fages qui gardent le fecond
".
« Les hommes font tous égaux dans
le Gouvernement Républicain & dans le
Defpotique ; dans le premier , parce qu'ils
font tout ; & dans le fecond , parce qu'ils
ne font rien "".
;
Plan d'éducation publique , par le moyen
duquel on réduit à cinq années le cours
des études ordinaires , parce qu'on y
allie l'étude des Langues à celle des
Sciences ; qu'on y fuit la marche de
la nature , & la gradation des idées
qu'on én éloigne toutes les règles fuperflues
& toutes recherches inutiles
& qu'on en bannit les thêmes particuliers
& les verfions féparées , qui
n'ont aucun rapport à l'objet de leur
claffe . A Paris , chez Durand neveu
Libraire , rue Galande , Hôtel de Lef
feville. 1777. in 12. Prix , 1 liv. 4 f.
broché.
>
Ce nouveau Plan , propofé par M.
Wadelaincourt , Préfet du Collège de
Verdun , a pour but de rendre en mêmeAOUST.
69 1777.
"
temps les études plus fructueufes , plus
courtes & moins pénibles . Ses principaux
moyens font : 19. d'établir la gradation
la plus naturelle dans l'enfeignement des
diverſes connoiffances qu'on fe propoſe
d'inculquer aux jeunes gens : 2 ° . d'allier
l'étude des Langues à l'étude méthodique
des Sciences : 3 ° . de faire de
grands changemens dans la méthode
des thêmes & des verfions. Il entre '
dans les détails les plus intéreffans , &
les plus propres à prouver clairement l'avantage
de fon plan , ainfi que la poffibilité
de fon exécution . Il donne en particulier
une preuve inconteftable de fa
méthode d'enſeigner le Latin , par l'heureux
effai qu'il en a fait au Collège Royal
de Verdun; il rapporte à ce fujet le programme
d'un exercice public fur les principes
de cette Langue , par fes élèves
dans ce Collége . Le corps de fon Ouvrage
, où il développe les différentes parties
de fon plan , eft partagé en deux chapitres.
Il préfente , dans le premier , un
tableau raifonné des connoiffances né
ceffaires àun jeune homme qui n'eſt point
encore en âge de fe décider fur fa voca
tion & des moyens les plus propres
pour fe procurer chacune des ces connoif.
ر
70 MERCURE DE FRANCE .
fances. Dans le fecond , il fait la diftribution
méthodique , graduelle & facile
de ces fciences , en cinq années d'études.
Dans le troifième , il indique la
fubftitution de quelques claffes particuculières
à celles qui ne font pas affez utiles
dans l'état actuel , & les fciences que ces
écoles fubftituées doivent enfeigner aux
jeunes gens , après le temps de leurs étudescommunes.
Il parle, dans le quatrième ,
de ce qu'il faudroit faire pour la première
inftruction , pour les écoles des
gnes , & pour l'éducation des filles . Enfin ,
dans le cinquième , il entre dans le détail
de la difcipline des écoles. Ces cinq chapitres
font précédés de quelques obfervations
fur l'éducation en général , fur
le but que doit fe propofer tour Inftituteur
, & fur les moyens qu'il doit employer
pour y arriver.
>
campa-
Cet Ouvrage annonce dans M. Wadelaincourt
des talens diftingués pour
l'inftitution de la jeuneffe , & un zèle
vraiment patriotique.
Élémens de Tactique , démontrés géométriquement
, Ouvrage Allemand , orné
de Planches , compofe en 1771 , par
un Officier de l'État- Major des trouA
O UST. 1777 . 71
pes Pruffiennes ; traduit en François
par
M. le Baron de Hottzendorff ,
ancien Prébendataire de Halbeftad
Major d'Infanterie au fervice de France.
A Paris , chez Nyon aîné , Libraire
, rue St Jean- de - Beauvais.
Cet Ouvrage remplit très-bien fon
titre. Ce ne font en effet que des élémens
qui remontent jufques aux premières notions
que les hommes négligent trop ;
on y fixe l'attention par des définitions
exactes . On infifte fur les premières idées
qui fe préfentent à tous les efprits. On
explique ce que c'eft qu'un rang & un
alignement ; quand il eft droit ou courbe ,
oblique ou direct : en quoi cela conſiſte ,
& comment cela arrive. Tout le monde
le fait , & le plus fouvent on ne fait
aucun ufage de cette connoiffance. L'Auteur
tire de ces principes , que perfonne
ne peut conteſter, des conféquences naturelles
qui fervent à fixer les règles de l'Art
de donner de l'alignement & de le conferver
dans toutes les motions . C'eſt en
fixant hors du rang & dans le rang même,
des points fixes ou directeurs fur lefquels
tout le refte fe dirige.
L'Auteur n'entre point dans les diffé72
MERCURE DE FRANCE.
rentes méthodes pour former diverſement
un bataillon , & lui faire exécuter des
évolutions favantes ; mais il donne les
premiers principes , fans lefquels on ne
peut bien exécuter les mouvemens les
plus fimples. C'eft de la même manière
qu'il fait voir les mouvemens les plus
ordinaires d'une armée , dont il n'enfeigne
pas non plus à compofer les ordres
de bataille variés & fublimes , qu'il eft
plus aifé de deffiner , que de faire exécuter
ceux qui font les plus communs.
Tout cela eft déduit par la méthode
géométrique ou analytique , & non par la
méthode expofitionelle ou fynthétique.
Celle- ci préfente les chofes par leur enfemble
, comme dans un tableau , où
l'on peut les comparer à la fois , fi on
fait bien les y diftinguer , & ne pas les
confondre; l'autre, pour éviter toute confufion,
décompofe le tout afin de l'examiner
par parties fucceffivement , Ceux qui
adoptent la méthode analytique , tombent
quelquefois dans ce défaut , qui fait
divifer & foudivifer jufqu'aux parties
imperceptibles , & jettent de l'obfcurité
dans l'efprit , plutôt qu'ils ne l'éclairent .
Les Savans Allemands n'ont pas fu toujours
éviter cet écueil . Les Lecteurs qui
aiment {
A O UST. 1777. 73
aiment les détails , & qui ne font pas
frappés des inconvéniens de l'analyse
pouffée à l'excès , liront fans peine , l'Ouvrage
que nous leur annonçons , & y
trouveront des obfervations neuves &
intéreffantes .
Précis de la Médecine Pratique , contenant
l'Hiftoire des maladies & la manière
de les traiter , avec des obfervations
& des remarques critiques fur
les points les plus intéreſfans . Par M.
Lieutaut , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine de Paris , premier
Médecin du Roi , de Monſieur , & de
M. le Comte d'Artois ; de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & de
la Société Royale de Londres . Nouvelle
Edition revue par l'Auteur. 2 vol .
in - 8 ° . A Paris , chez Didot le jeune
Libraire , Quai des Auguftins.
La Médecine , qui , après la morale ,
doit tenir le premier rang parmi les connoiffances
humaines , ne feroit qu'une
Science vaine & ftérile , fi ceux qui l'ont
exercée avec le plus de foin , & qui n'ont
rien négligé pour l'approfondir , n'avoient
pû nous tranfmettre des principes certains
, ou une doctrine folidement éta-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
blie , qui fervît de bafe à l'art de guérir.
Cette doctrine exifte fans contredit , &
ne peut être attaquée par le Pyrrhoniſme
le plus décidé ; mais les uns veulent la
recevoir des Anciens, & les autres l'attribuent
aux Modernes ; telle eft la difpute
qui règne entre les Médecins , mais difpute
qui ne peut nuire à l'exiſtence de
la Science. L'Ouvrage que nous annonçons
, eft précisément l'expofé de cette
doctrine ; elle est établie fur un fi grand
nombre de faits , qu'il n'eft prefque pas
poffible , avec la mémoire la plus cultivée
, de les avoir tous préfens. Ce fut
dans la vue de pouvoir fe les rappeler
dans l'occafion , que le favant Auteur de
cet Ouvrage , le célèbre M. Lieutaut
forma le projet , il y a plus de vingt ans
de raffembler tout ce qu'il avoit écrit fur
ce fujet ; c'est- à- dire , les obſervations
qu'un long exercice auprès des malades ,
& l'ouverture d'un grand nombre de cadavres
, lui avoient fournies. Il ajouta à
ce travail , ce qu'il a trouvé dans les
meilleurs livres , propre à remplir fes
vues ; il n'adopta que les faits les mieux
conftatés ; en un mot , il a recueilli , tant
de fes obfervations que de celles des autres ,
tout ce qu'il y a de plus important &
de plus fûr dans l'art de prolonger la vie
A O
UST.
1777. 75
des hommes , & ce précis en eft le réfaltat.
M. Lieutaut a gardé dans cette
nouvelle édition , conforme , pour les additions
, à la dernière qu'il a publiée en
Latin , l'ordre qui règne dans les précédentes
, comme le plus utile & le plus
commode pour les Praticiens , & en effet
l'ordre anatomique eft le plus fûr & le plus
convenable pour toutes les maladies , tant
internes qu'externes .
Le Tableau des maladies , rapporté dans
l'ouvrage que nous annonçons , eſt fait
d'après nature. L'Auteur , pour le rendre
plus reffemblant , a tâché de n'oublier
dans chaque article , aucun figne de celle
qui en eft le fujet , & d'expofer en même
temps les fymptômes les plus remarquables.
Le traitement termine tous les
articles . M.
Lieutaut y
propofe pour
chaque maladie , les principaux remèdes,
ou ceux dont les meilleurs Praticiens ont
ufé avec le plus de fuccès. Il eſt inutile
de nous étendre plus au long ſur cet
Ouvrage , qui a mérité l'éloge des meilleurs
Médecins , & qui a formé , depuis
que la première édition a paru , tant de
jeunes Praticiens dans l'art de traiter leurs
femblables ; d'ailleurs des éditions multipliées
, & en
plufieurs Langues , prouvent
ſuffiſamment l'utilité d'un pareil
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
Traité , qui n'a pour but que le bien
de l'humanité.
La Théorie du Chirurgien , ou Anatomie
générale & particulière du corps humain,
avec des obfervations chirurgi
cales fur chaque partie ; par M. Durand,
ancien Chirurgien Aide- Major
des Camps & Armées du Roi , &c.
2 vol. in-8 ° . A Paris , chez Grangé ,
au Cabinet Littéraire , Pont Notre-
Dame , près la Pompe.
L'Ouvrage que nous annonçons doit
être placé parmi ceux dont l'utilité eft
reconnue ; on n'y trouve pas de ces raifonnemens
fyftématiques , à l'aide defquels
on veut expliquer les phénomènes
de l'économie animale ; raiſonnemens
qui exercent l'efprit fans donner
à l'art plus de perfection , & qui ne forment
prefquejamais de véritables Chirur
giens. Le premier volume & une partie
du fecond , expofent tout ce qui a rapport
à la connoiffance anatomique du
corps humain. Les généralités fur la
fibre , les os , les cartilages , les ligamens ,
les muſcles , la peau , la graiffe , &c.
précèdent la defcription particulière des
parties , & y fervent d'introduction. II
AOUST. 1777 77
ne nous eft pas poffible d'entrer dans un
détail étendu fur ces objets : l'article que
nous allons tranfcrire donnera une idée
de la manière exacte & précife , dont
P'Auteur s'eft fervi pour la defcription de
chaque partie.
33
"
L'épiderme , à qui on donne le nom
» de fur - peau ou de cuticule , eft une
» membrane mince & tranfparente qui
» couvre toute la furface de la peau , à
laquelle elle eft fortement attachée par
» la membrane réticulaire qui eft entre-
» deux : cette adhérence à la peau eft fr
forte , qu'il n'y a que les brûlures , les
» vefficatoires appliqués fur quelques
parties du corps vivant , ou l'eau
» bouillante dans les cadavres , qui puif-
» fent l'en féparer ; & c'eft encore à l'épi-
» derme de la peau que fe forment les
phlyctènes des brûlures. L'épiderme
» eft percé d'une infinité de petits trous ,
qui donnent paffage aux poils & à la
» fueur ; ` il eft fillonné d'une infinité de
lignes plus ou moins profondes , dont
» les plus remarquables fe trouvent au
» front & à la paume de la main. Son.
épaiffeur varie beaucoup en différens
» endroits du corps ; elle eft fort confi-
» dérable à la plante des pieds , & beau-
» coup moins en d'autres parties.
39
19
33
و د
Diij
78
MERCURE
DE
FRANCE
.
"
» Il n'y a aucune couleur ; & fi l'on.
Temarque certaines perfonnes qui , par
rapport aux différens climats qu'elles
habitent , font noires , blanches ou jau-
» nes , c'eft que l'épiderme étant fort
tranfparent , laiffe appercevoir la couleur
des corps mufqueux , blanc dans
» les Européens, & noir dans les Nègres.
L'origine de l'épiderme eft auffi in-
» connue que fa régénération eft évi-
» dente & prompte, lorfqu'il a été détruit
par quelque caufe intérieure ou exté-
» rieure. Il y a cependant lieu de croire
qu'il tire fa naiffance d'une matière
"
»
33
qui s'échappe des mammelons de la
» peau : fa fubftance paroît uniforme du
» côté de la peau , & compofée au dehors
de plufieurs petites lames écailleufes
» d'une grande fineffe.
و د
» Le principal ufage de l'épiderme , eſt
d'empêcher que la peau ne fouffre
fans ceffe un attouchement doulou-
» reux , en modifiant cette fenfation ; de
» modérer le trop grand écoulement d'ef
prit & d'humeur qui fe feroit
par les
»ports de cet organe , s'il n'y formoit
» un obftacle de plus , il fert à rendre
» la furface de la peau unie , égale &
polie , & contribue beaucoup à fa
"
:
·
A O UST. 1777. 79
"
beauté; car plus l'épiderme eft délié &
diaphane , plus le teint eft brillant &
» d élicat.
» Le fentiment du tact eft beaucoup
» moins vif , quand l'épiderme s'épaiffit
» & devient calleux , ce qui arrive par
» les frottemens réitérés , comme on le
» remarque aux mains des Manoeuvres ,
» des Serruriers , Maréchaux , & c. Ce
» n'eſt pas toujours , comme quelques
» Auteurs le prétendent , un figne cer-
» tain l'enfant eft mort dans la maque
» trice , quand l'épiderme fe fépare de la
» peau aux parties par lefquelles il fe
préfente d'abord : les Accoucheurs y
» ont été trompés »
"
C'eft ainfi que M. Durand décrit
toutes les parties du corps humain ; chaque
partie , après avoir été préfentée
fous un afpect général , eft vue enfuite
dans tous fes détails ; ce qui concerne
fur-tout la myologie , eft traité fur- tout
avec la plus grande exactitude .
La partie de cet Ouvrage qui a pour
titre Obfervations Chirurgicales fur toutes
les parties du corps humain , & qui
complette le fecond volume , est trèsintéreffante
; il eft cependant vrai de dire
qu'on ne doit pas le regarder comme un
Div
&o MERCURE DE FRANCE.
}
traité complet d'opérations , puifque
l'Auteur ne parle guère que de celles fur
lefquelles il a eu occafion de faire des
obfervations particulières ; mais il n'en
eft pas moins utile , en offrant une fuite
d'opérations , dont quelques- unes , trèsdélicates
annoncent un homme confommé
dans l'art. Il faut lire dans cet
Ouvrage les cures qu'il a faites des maladies
compliquées , des circonftances
particulières qui demandoient toute la
fagacité & l'adreffe d'un homme qui fait
connoître les caufes , prévoir les dangers
& exécute heureufement.
Supplément à la Botanique mife à la portée
de tout le monde ; par les Sieur &
Dame Regnault . A Paris , chez les ;
Auteurs , rue Croix des Petits Champs,
au Magafin des chapeaux ; & chez les
différens Libr. qui fourniffent l'Ou-,
vrage .
Le Supplément que nous annonçons
ici , & dont il paroît le premier cahier ,
fera d'environ cent planches ; le prix de
chaque planche fera toujours de 24 fols ,
& chaque planche fera áccompagnée
d'une notice inftructive . Les plantes qui ,
}
A O UST. 1777. 81
num ,
font repréſentées dans le premier cahier
de ce Supplément , font au nombre de
vingt , & repréfentent le caffier , le ladala
gratiole , le faffran des Indes
la bétoine , le raifin de renard , le tamarife
, l'aloës fuccotrin , la reine des prés ,
la circée , le fefeli de Marſeille , la pilofelle
, le nerprun , la gomme adraganth ,
l'aulnée , la fauge des bois , le meum ,
le chêne verd , la tormentille & la faxifrage
; les autres cahiers fe fuccéderont
fans interruption ; & , quand ils auront
tous parus , on y joindra un titre & trois
tables , dont l'une lui fera particulière ,
une autre fervira pour tout l'Ouvrage ,
& une troisième fervira à retrouver les
plantes , non-feulement par leurs noms ,
mais même par leurs propriétés . La réputation
que l'Ouvrage principal a eu ,
nous difpenfe de faire l'éloge de ce Sup
plément..
L'Agriculture ou les Géorgiques Françoi--
fes, Poëme. Seconde édition . A Paris ,
chez Moutard, Imprimeur- Libr . de la
Reine , quai des Auguftins. Perit in-
8. prix 21. 10.f. rel..
Le volume que nous annonçons eft
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
une réimpreffion du Poëme de l'Agriculture
, imprimé au Louvre , in- 4 ° . Le
Public en defiroit depuis long- tems une
feconde édition plus fimple & d'un ufage
plus commode. C'est pour fe conformer
à fes defits , qu'on vient de donner celleci
, que le choix des caractères , la forme
& l'exécution concourent à rendre agréable.
Ce Poëme , également utile & bien
fait , doit acquérir de plus en plus une
réputation folide , & fera mis au nombre
des meilleurs Ouvrages de poéfie
qui ayent paru dans notre langue .
Indépendamment de fon mérite trèsdiftingué
du côté de la poéfie , cer Ouvrage
eft un Traité complet d'Agricul
ture , & embraffe toutes les parries de
l'économie rurale . Le premier chant renferme
les préceptes du labourage ; le fecond
, ceux de la culture de la vigne ;
le troisième traite des arbres de toute
efpèce; le quatrième , des prés & des
fleurs , le cinquième , des beftiaux ; le
fixième , des oiſeaux de baffe cour . Le
Poëte décrit incidemment plufieurs autres
objets , qui tiennent à ces principales
parties. Il peint les travaux des
vers à foie dans le chant des arbres , à
A O UST. 1777. 83
propos du mûrier , & entre à ce fujet
dans des détails étendus & curieux. 11
parle des abeilles à l'article des fleurs ,
mais fort légèrement . La culture de ces
infectes utiles , à laquelle Virgile a confacré
un chant entier de fon Poëme , eft
devenue un objet bien moins important
pour nous qu'elle ne l'étoit pour les
Anciens , qui employoient le miel à tous
les ufages auxquels nous employons le
fucre , qui leur étoit inconnu.
On ne peut trop admirer l'adreffe avec
laquelle l'Auteur de ce Poëme eft parvenu
à vaincre la difficulté d'exprimer ,
dans le langage de la poéfie noble , les
détails de l'agriculture les plus minutieux
, & qui tenoient le plus à des idées
ignobles & baffes. On en jugera par ces
vers fur le fumier.
Des reftes les plus vils le forme cet engrais
Qui vaporter la vie au fond de vos guérêts.
Des animaux divers la féconde litière
Eft des amendemens la plus riche matière :
Pour les multiplier , ajoutez aux premiers
La dépouille des bois , la cendre des foyers.
Ces amas précieux le mêlent & s'uniffent,
Er de l'aftre du jour les ardeurs le mûriffent.
D vj
8:4
MERCURE DE FRANCE.
Ainfi par d'heureux foins toujours entretenus ,
Tour-à -tour aux guérêts ils portent leurs tributs.
On va voir comme s'exprime l'Auteur ,
lorfqu'il a des tableaux plus agréables
à peindre , & qu'il n'eft point gêné par
la difficulté d'un fujet peu propre à la
poéfie .
Tel qu'après la tempête on voit les matelots ,
Dans le port defiré goûter un doux.repos;
Ainfi les laboureurs , tranquilles dans leur aire ,
Trouvent de leurs travaux le terme & le falaire .
Tout annonce la joie; on croiroit qu'aux hameaux,
Chaque jour l'hymenée allume ſes flambeaux :
Des tables, des chanfonsfous l'ombrage des hêtres,.
Offrent par-tout des jeux & des fêtes champêtres ;
La Bergère a quitté fes moutons , fes fuſeaux ,
Le Laboureur fon champ, le Paſteur ſes troupeaux;
Une troupe d'enfans , à les fuivre empreffée ,
Traverſe en bondiffant la danfe commencée ;
Sur la paille nouvelle , au gré de leurs defirs ,
On les voit varier leurs innocens plaifirs ;
S'exercer tour-à- tour à la courſe , à la lute,
Tomber , fe relever , & rire de leur chûte .
Plus loin , d'heureux Amans enchantés de leurs feux,
Sont affis fur le chaume & préparent leurs noeuds.
Des profânes cités ils ignorent les vices ,
AOUST. 1777 .
De l'amour inconftant ils fixent les caprices ,
Er leurs coeurs pour jamais uniffent dans cejour,
L'innocence au plaifir , & l'hymen à l'amour.
Cet Ouvrage eft également propre a
inftruire les Cultivateurs , & à intéreſſer
à leurs travaux les Habitans de la Ville.
On trouve encore chez le Libraire des
exemplaires de la magnifique édition
in 4°. avec 16 gravures. Prix. br. 15. liv.
rel. 18 liv.
Ode fur l'érection de la Statue de S. A.
R. le Prince Charles de Lorraine , &c.
&c. &c. & fur la conftruction de la
nouvelle Place où cette Statue eft érigée.
Par M. de Saint- Peravi . A Bruxelles
, chez J. L. de Boubers , Imp.-
Lib. rue de la Magdelaine ; in- 8 ° . avec.
une eftampe .
Cette Ode , en l'honneur d'un Prince
auffi illuftre par fes vertus que par fa
naiffance , renferme plufieurs ftrophes
vraiment lyriques. Nous en citerons quel
ques- unes.
Trop heureux le Prince équitable
Au-deffus des vaines grandeurs,
86 MERCURE DE FRANCE.
Il dit : Ma gloire véritable ,
C'est mon empire fur les coeurs ,
Je goûte le bonheur fuprême
De n'être aimé que pour moi-même ;
J'ai tous mes fujets pour foldats ;
Mon peuple autour de moi s'empreffe ,
Et de fes larmes de tendreffe
Baigne la trace de mes pas.
Vous , chez qui la faveur célefte
Fit defcendre un nouveau Titus ,
Répondez , c'est vous que j'attefte,
Peuples , témoins de fes vertus ;
Des bords de l'Eſcaut à la Meuſe,
Vous , Nation toujours fameufe
Par votre franche urbanité ,
Vous , qu'en vos guerrières alarmes ,
Charles défendit par fes armes ,
Et rend heureux par fa bonté.
Affez le démon du carnage
Sur toi déploya fon courroux ,
O Flandre ! après ces tems d'orage ,
Pour toi luit un aftre plus doux ;
Telle on voit l'épouſé éplorée ,
De fon jeune époux féparée ,
Baiffer un front inanimé :
De fes pleurs effuyant les traces ,
A O UST. 1777. 87
S'embellir de nouvelles graces.
Au retour de fun bien- aimé.
Tout change : du céleste aſyle
Janus defcend chez les humains ,
La paix le fuit d'un vol tranquille ,
Il tient l'olivier dans fes mains :
Aux fers , la difcorde inhumaine ,
En frémiffant , ronge ſa chaîne
Avec un hurlement obfcur :
Il plane , & , d'une aile légère ,
Il trace un fillon de lumière
Dans l'air plus limpide & plus pur.
De l'airain les bouches bruïantes
Ne tonneront plus fur nos bords ;
Au bruit des bombes effrayantes
Succèdent les plus doux accords.
Loin d'ici , trompettes guerrières ,
Il ne fera plus de barrières
Des rives du Rhône à la Lys ;
Quel noeud , comblant notre espérance ,
Réunit l'Autriche & la France ,
Et joint à jamais l'Aigle aux Lys ?
La Meuſe , le Rhin & la Seine ,
De fes liens font réjouis ;
Vienne à Paris donne une Reine
88 MERCURE DE FRANCE..
•
Chère aux François , chère à Louis :
Que de grâces brillent en elle!
Jamais unc aurore plus belle
N'eût un matin plus raviſſant ;
Sous l'air de Vénus , c'eſt Aſtrée :
Peuples , de fa mère adorée
Venez reconnoître le fang..
L'éclat de l'antique Aufonie
Sort de fa nuit à mes regards !
Je revois dans la Germanie
Un Prince héritier des Céfars.
Il ramène les jours de Rhée ;
La terre au loin eft épurée
Des affreux enfans de Cacus :
Plus franc que Jule & non moins brave ,
Il unit l'automne d'Octave
Au printems de Germanicus .
Antoinette a féché nos larmes ;
Que les feftons foient appendus !
jeune Louis ! tant de charmes
Etoient dignes de tes vertus !
De cette paix imaginaire ,
Déformais réelle & fincère ,
Ces noeuds font le gage chéri ::
La Beauté , brillant fur le Trône,
A O UST. 1777 .
Mêle des fleurs à la couronne
Du digne Héritier de Henri.
Cette Ode eft accompagnée d'un affez
grand nombre de notes , la plupart hiftoriques.
Dans ces notes , au fujet d'un
Ouvrage confacré à la louange d'un Prince
, qui tient d'auffi près aux auguftes
Souverains des deux premiers Trônes de
l'Europe , l'Auteur à dû naturellement
rencontrer ſouvent l'occafion de rappeler
& de célébrer les vertus de Marie- Thérèſe
& d'Antoinette , de Jofeph & de
Louis.
L'Auteur annonce que fi le Public
accueille favorablement cette première
édition de fon Ouvrage , tirée à peu
d'exemplaires , il en donnera une feconde
avec des notes plus détaillées , qui répandront
un plus grand jour fur les differens
objets auxquels cette Pièce fait
allufion .
Euvres du Comte Antoine Hamilton ;
nouvelle édition , corrigée & angmentée
d'un volume . A Paris , chez
le Jay , Libr. rue St Jacques ; 7 vol .
in- 12 . Prix 10 liv. io f. br. & 14 liv.
rel.
१०
MERCURE DE FRANCE.
Cette nouvelle édition des OEuvres du
Comte Hamilton ne peut manquer d'être
accueillie ; elle eft plus complette que
les précédentes ; le volume dont elle eft
augmentée a paru il y a déjà quelques
années ; & fi tout ce qu'il contient n'eſt
pas également digne de fon Auteur , on
Pyretrouve cependant , & il y a quelques
pièces qu'on regretteroit fi elles étoient
reftées dans l'oubli , où elles paroiffent
avoir été condamnées . Il eſt fâcheux
qu'avec ces pièces , & quelques autres
qu'on n'a pa jugé à propos d'imprimer ,
on n'ait pas trouvé la fuite de Zénéïde
& des quatre Facardins ; il eft certain que
le Comte Hamilton avoit fini ces deux
Contes, pleins d'efprit, d'imagination , de
gaieté, & qui étoient une fatire fine des
Contes qui paroiffoient alors , que l'on
fembloit dévorer , & pour lefquels on abandonnoit
prefque toute autre lecture. La fin
de ces productions agréables a été jetée
au feu ; c'est un zèle refpectable fans
doute , mais auffi trop févère , & qui ne
devoit faire un crime d'un badinage
de l'efprit , qui les y condamna quelque
tems après la mort du Comte Hamilton. "
Feu M. de Crébillon nous a dit en avoir
vu le manufcrit entre les mains de la
pas
AOUST. 1777 . 91
Nièce de l'Auteur ; il étoit jeune alors ,
un peu diffipé , il n'y fit qu'une légère
attention ; quelques jours après , en fe
rappelant ce qu'il avoit vu , il defira fe
le procurer ; mais il n'étoit plus tems ;
Mademoiſelle Hamilton avoit montré les
manufcrits à fon Confeffeur , qui l'exhorta
à en faire un facrifice , qu'elle ne
refufa point ; & ils furent jetés par lui ,
devant elle , dans le feu de fa cheminée.
On fent combien il feroit difficile à préfent
de finir le tableau tracé par l'Auteur;
il faudroit les graces de fon imagination
, fon efprit , fa gaieté , fa tournure
fimple & originale qui annonce toujours
l'homme au-deffus de fa matière , & ne
cherchant qu'à fe jouer de fes Lecteurs ;
on ne rencontre pas aifément cet homme.
On dit qu'un Poëte aimable , feu M.
Greffet , qui devoit à fes premières productions
une réputation méritée , qui
s'eft placé de bonne heure à côté de nos
meilleurs Poëtes , & dont le génie , au
grand regret du Public , fembloit s'endormir
depuis long- tems , avoit entrepris
la fuite des quatre Facardins , &
qu'il l'avoit finie : ce qui l'a plus embarraffé
, dit-on , c'eft qu'il falloir faire
rire Mouffeline la férieufe , & il en
avoit trouvé le moyen : il feroit à deſirer
92 MERCURE
DE
FRANCE
.
qu'on publiât cette fuite , s'il s'en eft réellement
occupé ; nous le fouhaitons , parce
que cela fuppoferoit qu'il ne s'eft pas
borné à cette feule bagatelle , & fans
que
doutece Poëte aimable, qui paroiffoitavoir
renoncé aux Mufes , auxquelles il étoit
cher , les a cultivées en fecret , & que
nous jouirons un jour de fes travaux ,
qu'il feroit cruel qu'il eût totalement
interrompus .
Synonimes Latins , & leurs différentes
fignifications , avec des exemples tirés
des meilleurs Auteurs , à l'imitation
des Synonimes François de M. l'Abbé
Girard; par M. Gardin Dumefnil, Profeffeur
émérite de Rhétorique en l'Univerfité
de Paris , au Collège de Harcourt
, & Ancien Principal au Collége
de Louis - le -Grand. Prix , 3 liv. relié ..
A Paris , chez Pierre Guillaume Simon
, Imprimeur du Parlement , rue
Mignon - Saint - André - des- Arcs ; &
Paul - Denis Brocas , Libraire , au Chef
St Jean , rue St Jacques. 1777. 1 vol .
in-12.
Cet Ouvrage manquoit jufqu'ici à la
Littérature latine. Les mots , dont la
A O UST. 1777. 93
fignification , au premier coup d'oeil ,
femble être à peu-près la même , y font
rapprochés & comparés entr'eux. Le fens
propre de chaque terme y eft prouvé par
l'étymologie , & par des exemples tirés
des meilleurs Auteurs. Ce Livre ne peut
manquer d'être très - utile , non-feulement
aux jeunes gens , mais encore à tous
ceux qui veulent écrire purement en Latin
, & lire les anciens Auteurs avec affez
d'intelligence , pour fentir la propriété ,
l'énergie & la délicateffe de leurs expreffions.
L'Univerfité de Paris , à qui cet
Ouvrage eft dédié , aa chargé MM. le
Beau & Maltor de l'examiner , & ces
deux favans Profeffeurs en ont rendu le
compte le plus favorable.
- Les trois Fermiers , Comédie en deux
actes , en profe , & mêlée d'ariettes ;
repréfentée pour la première fois ,
par les Comédiens Italiens Ordinaires
du Roi , le 16 Mai 1777. Par M.
Monvel. A Paris , chez Vente Libraire
des Menus Plaiſirs du Roi , &
des Spectacles de Sa Majefté , au bas
de la Montagne Sainte Geneviève .
1777. Prix , i liv. 10 f.
On lit avec plaifir cette Comédie chat94
MERCURE DE FRANCE.
mante , qui a eu le fuccès le plus complet
& le mieux mérité , & que le public ,
après un grand nombre de repréſentations
, revoit toujours avec le même
empreffement. L'amour , la gaieté , les
vertus villageoifes , font peints avec autant
de naturel que de vérité dans le premier
Acte . Le tableau touchant qu'offre
le fecond Acte , eft aufli très-bien fait dans
fon genre En général , cette Pièce refpire
d'un bout à l'autre , la naïveté , le
Tentiment & la vertu .
Les caractères des perfonnages ne font
pas moins bien tracés , & les détails remplis
de fineffe . Il y a des inftans dans le
premier Acte , qui font de l'effet le plus
piquant & le plus théâtral . Tel eſt celui
de l'arrivée de Mathurin Desvignes , où
ce bon vieillard , raionnant de joie ,
fe voit entouré de toute fa famille , qui
l'accable de careffes. Tel eft encore un
trait de la neuvième fcène . Toute la
famille eft raffemblée , & va bien-tôt
fe mettre à table . Blaife , jeune garçon
du village , âgé de feize ans , & amoureux
de la petite Babet eft dans ce
moment avec eux. Il auroit envie qu'on
l'invitât à dîner , pour avoir le plaifir de
voir plus long-temps fa maîtreffe . Il fe
ر
A O UST. 1777.
95
trouve auprès d'elle fur la fcène , & lui
dit à voix baffe , en la pouffant du coude ,
& fans la regarder : Si perfonne ne m'dit
rian , faudra que j'aille diner cheux nous.
Babet pouffe du coude fa foeur Louiſe ,
qui eft à côté d'elle , en lui difant de la
même manière : Louife , fais enforte que
Blaife dine ici . Louiſe , pouffant de même
Louis , fon coufin & fon prétendu , le
prie de dire un mot pour que Blaife reſte
à dîner. Alors , Louis dit tout haut à la
compagnie , d'un ton de gaieté : Ah ça ,
tous tant qu'nous v'là , j'dinerons enfemb' ,
j'espère ..... Parguienne j'veux voir fi
T'p'tit Blaife a l'vin guai... je l'griferons.
Bon , s'écrie le petit efpiègle en fautant
de joie , me v'là prié.
J
Nous ne nous étendrons pas davantage
fur cette Pièce , dont nous avons déjà
donné le précis. Il faut d'ailleurs la voir
jouer , ou du moins la lire en entier
pour la bien connoître , & en faifir l'enfemble
; fon principal mérite confiftant
dans l'agrément foutenu des fcènes &
du dialogue . Cet Ouvrage ajoute à la réputation
de M. Monvel , qui paroît s'attacher
de plus en plus à mériter les applaudiffemens
du public , comme Auteur &
comme Acteur , & qui voit des deux
96 MERCURE DE FRANCE.
côtés fes efforts couronnés par un jufte
fuccès .
La Pièce eft rendue par les Acteurs ,
avec beaucoup de naturel & d'enſemble.
On doit diftinguer particulièrement le
jeu , toujours franc & agréable , du fieur
Clerval , dans le rôle de Louis Desvignes
; l'effet fingulier & pittorefque que
produit le fieur La Ruette , dans le rôle
du vieux Mathurin ; le jeu piquant de la
Demoiſelle Beaupré , qui chante avec
tout l'agrément poffible , le plus joli air
de la Pièce. Enfin , l'efprit & la fineſſe
que met Madame du Gazon , dans le
rôle épifodique & très - court du jeune
Blaife.
Soirées de Mélancolie , par M. L*** . A
Amſterdam , chez Arkſtée & Merkus ,
Libraires , & fe trouvent à Paris , chez
Moutard , Libraire - Imprimeur de la
Reine , Quai des Auguftins , à Paris ,
1777. in- 8 °. Prix , 1 liv . 16 f. broché.
Les douze différens morceaux qui compofent
ces Soirées , forment une fuite de
petits Contes Moraux , de rêveries &
de tableaux champêtres . La plupart de
ces productions , qui paroiffent n'être.
autre
AOUST. 1777.
97
autre chofe que les épanchemens d'un
coeur fenfible & mélancolique , portent
l'empreinte d'une imagination vive &
forte , mais fombre . On doit naturellement
s'attendre à y trouver du défordre ,
de l'uniformité , des peintures peut- être
trop multipliées , & une trop grande
abondance d'images triftes ; mais on y
diftinguera fûrement , outre l'énergie &
la fécondité de l'imagination , le germe
d'un talent très-diftingué pour écrire en
Profe. Le Lecteur en jugera par le commencement
du feptième morceau de ce
Recueil , intitulé le Songe.
« Le jour étoit fur fon déclin , j'errois
» au hafard dans les fentiers , tortueux
d'une forêt fauvage . Le tableau de mes
» infortunes fe retraçoit à ma vue ; tous
» les chemins du bonheur fe fermoient
» devant moi ; je voyois la chaîne de
» mes maux fe prolonger fans interrup-
» tion jufqu'à mon cercueil : alors un
foupir amer s'échappa de mon coeur ;
» je jetai un regard de douleur fur tout
» ce qui m'environnoit , & mon ame fe
fentit oppreffée du poids de la vie ».
»
Mes pas chancelans m'amènent au
bord d'un lac ; je m'arrête , & mes yeux
» parcourent triftement fa furface tranquille.
Une vapeur délicieuſe vient ra-
E
198 MERCURE DE FRANCE.
fraîchir mes joues creufées par les pleurs ;
»je me laiffe aller fur un gazon odorant ,
qui borde fon rivage ; mes paupières
» s'appefantiffent , & un fommeil agréable
s'empare de mes fens ». »
כ כ
ود
" Pendant que je dormois , il me fembloit
être dans un efpace obfcur &
lugubre ; je ne fentois , ne voyois ,
» ni n'entendois rien ; de profondes ténèbres
m'enveloppoient de toutes parts.
» Tout-à-coup fe lève un vafte rideau ,
» dont l'extrémité s'alloit perdre dans les
» Cieux ; c'étoit le rideau de la¯nature.
» L'éclat d'un jour brillant frappe ma
» vue ; j'apperçois un vallon étroit
» mais délicieux , une verdure animée ;
» des berceaux épars , des fources vives
» & bouillonnantes ; des collines fleuries
& peuplées de mille arbriffeaux di-
99
ود
vers ».
« Au fond du vallon paroiffoit une
» maiſon agrefte & abandonnée , mais
riante & agréable à voir ; un arbre
antique lui prêtoit fon ombrage ; deux
» rofiers bordoient l'entrée de cette de-
» meure , qui fembloit fortir du milieu
» d'une touffe d'arboifiers flexibles qui
tapiffoient négligemment fes murs ;
» enfin , jamais fi beau lieu ne s'offrit à
و د
» ma vue ».
A O UST. 1777. 99
»
Deux colombes roucoulantes vien-
» nent s'abattre fur ce toît champêtre ;
j'en vois fortir un vieillard , tenant
par la main un enfant de l'âge le plus
» tendre ; deux longues robes blanches
comme la neige des montagnes , les
» couvroient l'un & l'autre ; l'afpect du
» vieillard infpiroit le refpect , celui de
»l'enfant infpiroit la tendreffe » .
" Leflambeau du monde ne jetoit plus
que des rayons pâliffans ; une mélodie
» douce s'élevoit des bofquets , & préfageoit
le calme attendriffant d'un beau
» foir. Nos deux folitaires traverſent len-
» tement la vallée ; une fenfibilité vive , un
» contentement pur refpirent dans tous
» leurs traits ; les deux colombes volti-
» gent , en fe jouant , au-deffus de leurs
» têtes ; ils s'avancent jufqu'au pied des
» monts qui fervent de limites à ce char
mant réduit. Le vieillard s'affeoit
» fur l'herbe fraîche , tandis que fon
» jeune compagnon s'abandonne à tous
» les jeux de fon âge ; il va , vient , ramaffe
des coquillages,lesjette و en
reprend encore , en apporte au vieil-
» lard qui lui fourit , & le preffe tendre-
» ment fur fon coeur ; une gaieté vive ,
un babil aimable , des fons mal cadencés
que répètent les échos , mais qui »
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
"
peignent l'innocence , tout infpiroit
le plus vif intérêt dans ce charmant
» élève de la nature » .
Il y a de la grâce , de l'intérêt & de
l'harmonie dans ce morceau ; les images
en font animées & poétiques. Le talent
de l'Auteur doit donner des efpérances ,
& nous paroît fufceptible de le perfectionner
par le temps & le travail.
De l'Ordre focial. Ouvrage fuivi d'un
Traité élémentaire fur la valeur , l'argent
, la circulation , l'induſtrie & le
commerce intérieur & extérieur . Par
M. le Trofne , ancien Avocat du Roi
au Préfidial d'Orléans . A Paris , chez
les frères Debure , Libraires , Quai des
Auguftins .
Cet Ouvrage , dédié au Margrave de
Bade , eft divifé en plufieurs difcours .
Le premier traite de l'obligation où font
les Savans & les Compagnies Littéraires ,
de s'occuper de l'étude de l'Ordre focial.
L'Auteur fait voir d'abord , que l'homme
de Lettres doit compte à la fociété
de fes talens , & qu'il ne peut en faire
un emploi plus utile , que de s'appliquer
à une fcience auffi intéreffante pour le
bonheur des hommes.
+
AOUST. 1777. 101
L'Auteur établit enfuite la certitude
d'un Ordre focial , inftitué de Dieu , pour
diriger les rappports des hommes réunis ,
& il expofe le plan de tout l'Ouvrage.
La fcience de l'Ordre a la même origine
& le même Auteur que la fociété humaine
; elle dérive des premiers principes
de la Juftice .
Les hommes ont toujours connu ces
principes , mais d'une manière vague ,
implicite & infuffifante pour fervir de
règle à l'adminiſtration.
Les deux premières loix fociale :
s'il faut en croire l'Auteur , font la liberté
perfonnelle , & la propriété mobiliaire
de ces deux loix naît la propriété
foncière. On fait voir la conformité de
ces loix avec la Juftice , & l'on attaque
le fentiment des Philofophes qui fe font
élevés contre la propriété & l'inégalité
des biens.
Les loix de la liberté & de la propriété ,
font des loix primitives , effentielles ,
fondamentales de la Société humaine
& parfaitement conformes à la nature de
l'homme, à fes befoins, & aux loix de la
réproduction. L'Ordre civil , qui n'eft
que d'inftitution fecondaire n'a aucun
pouvoir fur ces loix. Ce n'eft pas lui qui
les a établies . Leur infraction ou leur ob
E iij
102 MERCURE DE FRANCE . (
fervation conftitue , indépendamment de
lui , la moralité des actions fociales , & décide
du bonheur ou du malheur des
hommes réunis . Elle dirigeoit les rapports
qu'ils avoient entre eux , avant
l'établiffement des Sociétés civiles : elles
doivent les gouverner de même dans ce
nouvel état ; car elles ne dérivent ni d'une
convention libre & révocable , ni d'une
conceffion particulière , ni d'aucune autorité
humaine ,
On prétend prouver dans cet Ouvrage ,
qu'il n'y a qu'une fource commune de
richeffes , la terre ; un travail productif ,
de richeffes , celui de la culture ; qu'un
emploi des richeffes qui faffe renaître les
richeffes, les avances de la culture, & que
tout le refte n'eft que confommation
diftribution , circulation , ce qui réduit
P'intérêt focial à celui de la réproduction..
Onprouve , dans le troifième difcours ,
comment , faute d'avoir faifi la bafe phyfique
de l'Ordre focial , les paffions , les
fauffes opinions , les préjugés , ont dérouté
les hommes , & les ont étrangement
écartés de la route de l'ordre naturel
.
Les premières fociétés ont pu avoir
des notions affez diftinctes des droits &
des devoirs , & les ont puifées fans efA
O UST. 1777. 103
fört dans le fentiment intérieur . Mais
bien des caufes ont concouru à les obfcütcir.
Les paffions & les intérêts particuliers
, ont commencé à porter le trouble.
Au dedans ; on a contrarié par des
loix arbitraires , cette légiflation fimple ,
qu'il ne s'agiffoit que d'étudier & defaire
obferver .
Au dehors , le faux amour de la gloire
& l'ambition des conquêtes , ont emporté
les Souverains & les Peuples , & telle
ment troublé l'ordre naturel , que c'eſt
peut être chez les nations civilifées
qu'il a été le plus contredit .
L'Auteur montre combien la morale ,
telle qu'elle a été enfeignée par les Philofophes
, a peu contribué au bonheur
des fociétés , parce qu'ils ne fe font occupés
de la nôtre , que comme d'une
perfection de l'ame , & d'une qualité de
l'homme intellectuel , fans faifir le rap--
port de fa nature avec l'ordre phyfique.
L'Auteur fait voir , dans le quatrième
difcours , que la plupart des fociétés s'étant
formées par la conquête , cette ori--
gine a dû jeter bien du défordre dans
leurs inftitutions .
Les Empires qui fe font élevés fur les
ruines de l'Empire Romain , portent un
caractère fingulier. Les anciens conqué-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
rans cherchoient à étendre leur domination.
Ici , ce font des Peuples furchargés
par un excès de population , qui cherchent
des terres où ils puiffent s'établir ,
en les partageant avec les vaincus.
L'Auteur expofe la nature du Gouvernement
féodal , la manière dont il
s'eft altéré , l'anéantiſſement de l'autorité
, l'anarchie qui en a été la fuite
& la manière dont nos Rois ont trouvé
enfuite moyen de rétablir leur puiffance.
>
La feconde loi conftitutive d'une Société
régulière , eft celle qui affure à l'État
un revenu public , fuffifant pour fes befoins
, & qui en fixe la perception de la
manière la plus conforme à l'intérêt de .
la réproduction .
Après avoir parlé de cette loi effentielle
& de fes heureux effets , l'Auteur
établit la véritable bafe de l'impôt. Il fait
voir qu'il ne peut être qu'une portion
des fruits renaiffans , appliquée à la dépenfe
publi e ; & que ce partage de
la réproduction eft foumis à des loix certaines
; que la première de ces loix eft
que l'impôt ne peut rien prendre fur la
portion deftinée aux dépenfes qui font
naître la réproduction ; que la feconde loi
eft qu'il doit partager dans le produit
net , de manière qu'il en refte affez au
AOUST. 1777. 1
105
Propriétaire , pour l'indemnifer des avances
foncières & de leur entretien .
Ce difcours eft fuivi d'un réfumé fur
la théorie de l'impôt ; & ce réfumé réduit
la queftion aux termes les plus
fimples.
Il s'agit , pour fentir la force de ce rais
fonnement , de fe placer au moment de
la récolte, & de concevoir tous les fruits
réunis en une maffe , & voir à quel titre
fe doit faire le partage .
›
Tout est préordonné , pefé , mefuré
par les loix de la Juſtice , & par celles
de l'ordre phyfique qui affignent
aux dépenfes fociales une part dans le
produit net. Il ne s'agit que de favoir fi
ces loix font faites pour gouverner les fociétés
.
La Science de l'ordre , comme on l'obferve
dans le cinquième difcours , réunit
, par des liens indiffolubles , le juſte
& l'utile , que l'ignorance a fi fouvent
féparé dans le fait; elle prefcrit à l'homme
des loix bien différentes des loix arbitraires
qu'il leur plaît de s'impofer , des
loix qui agiffent indépendamment de
lui .
La plupart des Hiftoriens ne nous préfentent
qu'un affemblage de faits ; combien
ne nous inftruiroient-ils pas davan
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
tage , s'ils nous préfentoient le tableau
des richeffes d'une nation , de fes reffources,
de fon adminiftration !
2. On infifte dans le fixième difcours
fur l'inutilité des contre-forces pour remédier
au défordre focial , & du pouvoirde
l'ordre à cet égard , & l'on établit la
nature de l'autorité fouveraine , dont les
hommes n'ont pas droit de pofer les
bornes.
Pour qu'une Société foit ftable & heureufe
, il faut que les membres aient un
intérêt unique , clairement connu de.
tous , d'où réfulte une volonté commune,
qui opère la réunion des forces . Or , cette
règle commune , qui doit affujétir toutes
les volontés , ne peut être que la juftice
.
La connoiffance vague & générale des
loix de la juftice , que les hommes ont
eue jufqu'ici , a pu fuffire pour former
l'union imparfaite qui exifte entre eux ,
mais n'a pu garantir les Sociétés d'une
infinité de maux.
L'Auteur infifte particulièrement dans .
le feptième difcours , fur la néceffité de
l'inftruction & s'applique à prouver
quelle eft la bafe de toute bonne adminiftration
, le principe de la ſtabilité .
›
Ce difcours eft plein de force & de
1
AOUST. 1777. 107
chaleur. Il tend à prouver la néceffité
d'une conftitution qui faffe , de la Société ,
un corps vivant & organifé , & qui réuniffe
toutes les volontés , tous les intérêts ,
toutes les forces au gouvernement de
l'ordre .
L'Auteur prononce , dans le huitième
difcours , que la fcience de l'ordre réunit
l'évidence morale & l'évidence phyfique
; mais que l'évidence n'eft pas toujours
également apperçue , parce qu'elle
eft obfcurcie par les préjugés & les fauxraifonnemens.
"
Après avoir prouvé que la fcience de
l'ordre eft appuyée fur une foule de faits
inconteftables , l'Auteur défie fes Adverfaires
d'établir les contradictoires des vé- -
rités qu'il vient d'enfeigner.
Il oppofe enfuite au tableau d'une na--
tion qui feroit gouvernée par l'ordre , l'état
d'une nation gouvernée au hafard ; il !
finit par prouver la poffibilité d'une réforme
, dont les plus grands obſtacles :
viennent, d'une part , de l'ignorance ; de ~
l'autre , des intérêts particuliers . Mais
l'inftruction guérit Fignorance , & l'au--
torité eft faite pour en impoſer aux inté--
têts particuliers . Il ne s'agit que de vouloir
fermement , & de favoir diriger l'o´
pinion publique..
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
"
La conclufion de l'ouvrage eft très- intéreffante
. L'Auteur s'adreffe d'abord à la
France , & fait des voeux pour qu'elle
donne à l'Europe l'exemple du Gouver
nement de l'ordre exemple qui feroit
néceffairement fuivi par les autres. Il
paffe en revue différentes nations de
l'Europe , & y fuit les progrès de l'inftruction
. Il parle du Margrave de Bade ,
& du Grand Duc de Tofcane , dont il
préfente les principales opérations ; il s'arrête
plus long-temps fur la Suède , dont il
décrit la dernière révolution , en payant
à Guftave un jufte tribut d'éloge.
De toute part , dit- il , les Gouvernemens
commencent à s'éclairer , à connoître
& à goûter les moyens de faire
du bien ; à s'occuper du bonheur des ſujets
& des moyens d'adoucir leur fort .....La
connoiffance des loix de l'ordre , à mefure
qu'elle s'étendra, multipliera les exemples
de bienfaiſance univerfelle , & les heureux
fruits de l'amour éclairé des Souverains
pour leurs fujets .
Ala fuite des difcours fur l'Ordre focial
, on trouve un traité ſur la valeur ,
l'argent , la circulation , l'induftrie ,
commerce intérieur & extérieur.
le
Cet ouvrage eft vraiment élémentaire,
AOUST. 1777. 109
& d'un raifonnement ferré. Dans les
quatre premiers chapitres , les matières
font réduites à des propofitions fimples,
ou propofitions fuivies de leur développement.
Il y eft queftion des différentes
caufes de la valeur & de fon importance
, de l'échange & de la vente , & de
la fonction de l'argent dans les échanges.
Quant à ce qui concerne la valeur de
l'argent monnoyé , l'Auteur prouve le
danger de l'altération de la monnoie , &
de l'augmentation de la dénomination . Il
relève les erreurs des Jurifconfultes , par
rapport au droit qu'ils accordent au Souverain
à cet égard ; & fait voir que le monnoyage
eft un fervice public , dont les
frais devroient être faits aux dépens du
revenu public.
Dans le quatrième chapitre , on traite
de la circulation , & l'on prouve que l'argent
n'eft pas l'objet de la circulation ,
mais les productions ; que ce font elles
qui le mettent en mouvement , que la
circulation part toute entière de la
claffe productive , & qu'il n'y a qu'une
fource de richeffes . Ce dernier principe
eft de la plus grande fécondité : c'eft fur
lui que roule toute la doctrine de l'Auteur
; de manière que , fi on veut l'attaquer
, on doit le faire fur ce principe
NO MERCURE DE FRANCE.
fondamental , fans quoi l'on fera force
d'admettre avec lui toutes les conféquences
.
Dans le fixième , on traite de la nature
du commerce en général : on établit
la différence entre le commerce de la propriété
& le trafic . On examine les effets.
du commerce fur la valeur , & on prouveque
les frais du commerce font pour une
nation un objet de dépenfe , & non un
accroiffement de richeſſes ..
Dans le feptième , on traite du commerce
extérieur. On prouve qu'un
grand commerce n'eft pas toujours une.
preuve de profpérité ; que l'intérêt d'une
nation qui vend , n'eft autre que l'inté→
rêt d'un propriétaire ; que l'intérêt d'une
nation en tant qu'elle achette , n'eſt
autre chofe que celui d'un confommateur
; que fon intérêt eft donc fimple &
unique , qu'il confifte à être fervi aux
meilleures conditions poffibles , & par
conféquent dans un état parfait de liberté
& de concurrence .
Dans le chapitre 8 ; on examine les
effets de la liberté indéfinie pour la nation
qui l'établiroit la première chez elle ,
indépendamment de la conduite des
autres . Cette grande queftion eft appro
AOUST . 1777 .
fondie d'une manière neuve , & fous
tous les rapports poffibles .
Enfin , le neuvième chapitre traite du
commerce refpectif de la métropole &
des Colonies .
l'a
L'ouvrage de l'ordre focial eft accompagné
de notes très -importantes ; la forme
du difcours , que l'Auteur a choiſie ,
forcé de rejeter dans ces notes des dif
cuffions qui auroient trop coupé le fil.
Nous laiffons aux Lecteurs inftruits , le
foin d'apprécier les preuves que l'Auteur
emploie dans cet ouvrage , ou la matière
dont nous avons cru ne devoir donner
que l'analyſe,
Mémoires hiftoriques & galans de l'Académie
de ces Dames & de ces Meffieurs;
Ouvrage rédigé par Antoine- Martin
Vadé , Secrétaire de l'Académie ; 2
vol . chez Segaud , Libraire , rue des
Cordeliers.
Les Académies ont toujours eu le
droit de publier leurs Ouvrages . Celle- ci
qui eft inconnue , & qui n'a point cherché,
pour caufes , à prendre encore confiftance
, n'en ambitionne pas moins les
fuffrages du Public, Les Pièces qu'ellou
112 MERCURE DE FRANCE .
raffemble dans cette collection , quoique
dépouillées de la forme Académique ,
amuferont peut -être les Lecteurs qui
aiment la variété , & qui redoutent les
Ouvrages longs & méthodiques.
Le premier volume renferme un parallèle
des Académies & des lanternes.
" Leur deſtination commune , dit l'Au-
» teur du parallèle , eft d'éclairer l'Uni-
» vers ; leur défaut commun eft de ne
"
pas éclairer toujours. L'un & l'autre a
» beſoin d'emprunter fa lumière : l'un
» & l'autre donne quelquefois un faux
jour... Les aveugles ne fentent point
» le mérite des lanternes : les fots ne
» connoiffent pas le prix des Académies .
» Un petit vent fouffle une lanterne : un
fouper trop long éteint un Académi-
» cien. Les étourdis caffent les lanternes ,
» les envieux déchirent les Académies ».
"
L'Auteur de ce parallèle ne le pouffe .
pas plus loin , & n'a certainement pas
imaginé qu'il diminueroit en rien la
gloire de ces Corps , deftinés à perpétuer
le goût du beau , & cette politefle des
moeurs , fi néceffaire à l'ordre public &
aux agrémens de la fociété.
On trouve dans ce recueil plufieurs
morceaux de galanterie , traités d'une
A O UST. 1777. 113
ע
.
manière philofophique. Voici comme
on s'explique fur une paffion qui femble
n'être plus auffi tyrannique qu'elle l'étoit
autrefois. Si l'on ôtoit de l'amour tout .
» ce qui lui eft étranger , & qu'on le
dépouillât de tous les ornemens dont
» notre imagination l'a revêtu , en le
» réduifant à ſon état primitif, il ne
» feroit plus qu'une fenfation agréable ,
» dont on auroit peu à redouter : mais
» on a voulu le déifier . L'Auteur de no-
» tre être n'en avoit fait qu'un befoin ,
» nous en avons fait une paffion terrible ;
& , pour le rendre indomptable , nous
» avons mis en ufage tout ce que que l'art
» peut inventer pour augmenter fon
fon pou-
» voir. Nous avons porté l'incendie dans
» tons les coeurs par la chaleur de nos
images : & les feux dont nous brûlons
» ne doivent leur exiftence qu'à la volupté
factice dont nous fommes enivrés
. La Nature bienfaifante nous avoit
» accordé des plaifirs fans alliage : en
voulant embellir fes dons , nous en
» avons défiguré les traits ; & ce qui
» n'étoit fait que pour le bonheur de l'efpèce
humaine , eft devenu , par nos foins,
» le poifon le plus dangereux » ....
39
"
"
Ces nouveaux Académiciens font tour114
MERCURE DE FRANCE .
ود
99
་
à-tour galans & moraliftes févères . Ils
foutiennent qu'il eft de la nature du
» luxe de fubfifter par le changement :
» continuel des goûts , & cette inquié-
» tude mène à des fantaifies . Les ames :
amollies , difent- ils , ne favent plus
» ſe fixer à rien , & font gloire de leur
» inconftance & de leur légéreté la
» fauffe délicateffe ne fe repofant fur .
» aucun objet , les épuife tous , & ne
» trouvant plus à fe fatisfaire par ce quie
» exifte , fe forme des fantômes. Cette
» habitude d'inconftance & de faux goût
» s'étend far la forme des paffions . Un
attachement folide devient ridicule .
» On court après le plaifir fans l'attraper..
Au lieu de l'amour il fe forme des
liaifons fondées fur la vanité , & cette
» paflion n'eft plus que le travers d'une .
» tête démontée » .
On trouve dans ce recueil , prétendu
Académique , des hiftoriettes & même.
des differtations philofophiques . Celle :
où l'on développe la manière de penfer
d'un Dervis fur l'origine des ames , fourit
la preuve la plus claire , qu'on ne
fera que débiter des rêveries lorfqu'on
s'écartera des Ecrivains facrés , qui nous
expliquent avec autant d'autorité que de
AQUST . 1777. 115
lumière , tout ce qui regarde l'origine de
l'homme , le bonheur & la gloire de fon
premier état , fon ingratitude & fa révolte
, les malheurs qui ont fuivi fon
crime , les moyens qu'il a plu à Dieu de
choifir pour le lui faire expier , & pour
le ramener à la juftice & à la félicité.
Fayel, Tragédie , par M. d'Arnaud
nouvelle édition .
Furit , aftuat , ardet.
volume in - 8 ° . avec figures. A Paris ,
chez Delalain , Libr. rue de la Comé
die Françoife.
La première édition de cette Tragédie
, publiée en 1770 , a été annoncée
dans le Mercure du mois de Mars de la
même année , & l'extrait qu'on en a
donné a été fuivi de celui de Gabrielle
de Vergy, qui eft le même fujet traité
par M. de Belloi. Le Fayel de M. d'Arnaud
, fuivant l'expreffion même de l'épis
graphe placée à la tête de ce Drame ,
furit , aftuat , ardet. Cependant , quoique
cet Epoux foit dévoré de tous les
feux de la jaloufie , les critiques ont cru
devoir reprocher à l'Auteur d'avoir trop
abandonné Fayel à fa fureur , dans le
116 , MERCURE DE FRANCE
cinquième acte fur-tout. Ils lui ont auffi
objecté que Gabrielle ne pouvoit guères
fonger à prendre de la nourriture , quand
elle expiroit de douleur . M. d'Arnaud ,
en corrigeant la feconde édition de fa
Tragédie , a eu égard à ces deux obfervations.
Fayel , dans le dernier acte , a
une fureur concentrée , jufqu'au moment
qu'il apprend à fon Epoufe que Couci
n'eft plus. M..d'Arnaud a d'ailleurs imaginé
un moyen plus heureux pour forcer
Gabrielle à fe préſenter à cette table funefte
, qui lui eft préparée par fon Epoux.
Elle croit les viandes empoifonnées , &
faifit avec tranfport , au milieu des ennuis
qui la confument , ce qui peut lui
procurer la mort la plus prompte .
Il feroit bien à defirer que cette Tragé
die pûr être jouée , & que le Public fut à
portée de juger de ſon effet théâtral.
La Pareffe , Poëme traduit du grec de
Nicandre , par M. le Comte d'Albon ,
des Académies de Lyon , de Dijon ,
de Nîmes , de Rome , de Florence ,
de Chambéry , de la Société Economique
de Berne , & c. &c. Brochure
in- 8 °. de 40 pages. A Paris , chez
Knapen , père & fils , Libr.- Impr, au
bas du Pont Saint- Michel.
A O UST. 1777. 117
La Pareffe , fuivant la Mythologie ,
eft fille du Sommeil & de la Nuit. L'Auteur
du poëme nous la repréfente fille
du Sommeil & de la Volupté. « Son
» fein , auffi fertile en maux que la boîte
» de Pandore , perpétue l'âge de fer .
» L'Univers eft fon empire , fes loix font
"
l'ignorance , l'oubli & l'infraction du
» devoir ; les hommes font fes efclaves ,
» leur foibleffe eft fa force , le défordre
fon Elle s'affied fur les marouvrage
.
» ches des trônes , fait paffer de la main
» des Souverains dans celles de leurs
و د
"
D
Sujets , amollis par les plaifirs , les
» rênes de leur empire entr'ouvert ; tranfforme
le Courtifan en Sybarite , deticieufement
couché fur un lit de roſes ;
» jette le Guerrier dans une apathie
» comme léthargique , après qu'il s'eft
» enivré du fang de fes femblables , &
qu'il a femé de toutes parts la défola-
» tion & l'horreur ; enchaîne le beau
fexe au char de l'oifive galanterie ; fe
" repofe fur le foc de la charrue , & lie
»les bras du laboureur ; écarte le Négo-
» ciant de fes projets ; glace l'imagina-
» tion de l'Ecrivain , en lui dérobant le
» miroir de la gloire ; étouffe le zèle des
» Prêtres ; répand des pavots fur les yeux
"
32
W
118 MERCURE DE FRANCE.
-
» des Magiftrats , lorfqu'ils font affis fur
» le fiége de la juftice , le tonnerre en
» main , pour foudroyer l'intérêt , père
r de tous les crimes .
Ce Poëme , fruit d'une imagination
ornée , & nourrie de la lecture des anciens
Poëtes , eft fuivi d'un Dialogue
entre Alexandre & Titus dans les Champs
Elyfées. Les fentimens que l'Auteur leur
prête , font conformes aux caractères
que les Hiftoriens nous ont tracés de ces
deux hommes illuftres . Titus , l'amour
& les délices du Genre humain , pendant
fon règne , fera encore utile au
bonheur des hommes , par les exemples
de vertus qu'il a laiffées , & par les maximes
d'humanité & de bienfaifance , rapportées
par les Hiftoriens , & rappelées
dans ce Dialogue avec toute l'énergie du
fentiment. « Les grandes ames dit
» Alexandre , aiguillonnées par le fen-
» timent de leur fupériorité fur les ames
» communes , font preffées de fortir de
>
l'égalité dans laquelle elles font con
» fondues avec la foule du Peuple ou
» des Rois. Les Dieux , de qui nous te-
» nons cette fupériorité , doivent y avoir
attaché le pouvoir d'agrandir notre
exiſtence , de renverfer ce qui s'oppose
A O UST. 1777. 119
3
-à notre élévation , de difpofer des fortunes
& de la vie des hommes ; ce font
eux qui nous mettent le glaive à la main,
» Les Nations celles même qui tom.
bent fous nos coups , entraînées fans
doute par un fentiment inné , plus
fort que leur malheur , s'accordent
à nous regarder avec une refpectueufe
» terreur. L'admiration univerfelle ap-
» prouve nos fuccès , & la gloire les cou-
» ronne. C'eft avec ces titres que Pré-
» roïfme juftifie fes triomphes.
« La Juſtice & l'humanité , lui répond
-> Titus, ne les reçoivent point, ces titres.
Que les Dieux nous approchent d'eux
par les qualités les plus éminentes ; ils
» nous laiffent toujours au -deffous des
"
و د
>
loix. Enfans de la Patrie , membre
» elle-même de la Société univerfelle , en
» naiffant , nous faifons au bien général
le dévouement de nos talens . Montons
cela
plus haut que nos femblables
» nous eft permis : mais que ce foit par
» nos vertus & pour leur félicité . Ne peut-
» on être élevé fur des monceaux de
» cadavres & de ruines ? Ne nous abaiffons-
nous pas au contraire , à mefure
que nous démoliffons l'Edifice de la
» Société ? Nous ne paroiffons & nous
7
que
>
120 MERCURE DE FRANCE .
}
» ne fommes jamais fupérieurs aux au-
» tres hommes , que quand nous en faifons
le bonheur . Avec de l'audace &
» du feu , vous réduirez une ville en
» cendres ; que n'en coûte - t-il pas pour
la relever ? La défolation d'une campagne
eft au pouvoir d'un fcélérat , fa
fertilité n'eft que dans la main d'un
» Dieu. Enfin , que le Héros ne fe glo-
» rifie pas des fentimens qu'il infpire
aux Peuples ; ils l'admirent à la vérité ,
» mais cette admiration peut- elle être
flatteufe , lorfqu'elle eft l'ouvrage de
» l'effroi ? Non , non , la véritable grandeur
ne fut jamais dans les lauriers
que la victoire moiffonne.
»
" Alexandre. Eft - il rien néanmoins
» d'aufli beau , que de devenir maître de
la deftinée des hommes ?
»
« Titus. Eft-il rien de plus vain , fi
on ne l'eft pas de la fienne ? Le malheur
d'un million d'hommes ne fera ja-
» mais un heureux. Plus vous aurez d'efclaves
, moins vous aurez de véritable
» liberté. Les chaînes d'or dont la for-
» tune vous charge , font plus fortes que
» les chaînes de fer dont vous accablez
un Peuple. Le premier des humains
» au comble de la gloire & de la for-
か
» tune >
A O UST. 1777. 121
"
39
» tune , eft le jouet du fort le plus expofe
» à fes caprices. La plus haute branche
de l'arbre eft la plus fragile. L'oiſeau
qui s'y perche n'y dormira pas ; c'eft
la fituation des conquérans. Ils ne
jouiffent jamais des plus grands fuccès ,
» parce qu'ils ont toujours à crair dre de
plus dangereufes chûtes . Dans le champ
» de Mars , leur gloire chancelle à chaque
33
"
pas ; fouvent même ils tombent pref-
» qu'arrivés au bout de la carrière , telle
eft la vanité de l'héroïfme . Devriez-
» vous l'ignorer , Alexandre , vous qui
» vous promettiez la conquête du monde
» entier au moment où la mort vint
» fondre fur vous , & arrêter vos pro-
» jets » ?.
›
Alexandre continue de faire des objec
tions à Titus , & paroît convaincu de la
vérité des maximes de ce fage Empereur 3
cependant il foupire encore après de nouvelles
conquêtes. " Voilà bien les hom-
» mes , s'écrie Titus ; il ne ſuffit pas de
leur faire voir à découvert la vérité ; on
doit encore leur faire goûter , parce
» que les paffions reftent encore après
que les erreurs font diffipées. Il faut
» donc s'appliquer à les tourner vers un
objet utile , capable de les fatisfaire.
23
F
MI
122 MERCURE DE FRANCE.
29
Précepteurs des hommes , ne perdez
»pas votre temps , vis-à- vis d'un ambi-
» tieux, à le dégoûter de la grandeur ;
» mais repréfentez-lui les Dieux occupés
du bonheur des humains ; offrez à ce
39
Conquérant la conquête la plus noble
» & la plus difficile , celle des coeurs ; ne
» lui citez pour grands hommes que ceux
»
» dont les moeurs ont été les loix vivantes
» de leur Patrie , la règle du citoyen &
» de l'Etranger , le modèle de ce qu'on
appelle les Grands ; répétez - lui que les
plus grands des hommes font ceux qui
» ont fait le plus d'heureux. Enfin , dirigeant
le defir qu'il a de s'élever , ne
» lui montrez la grandeur , la gloire &
» la félicité , que fur le faîte des vertus ».
Précis du Difcours préliminaire qui doit
être mis à la tête du Dictionnaire
Univerfel des Sciences morale , économique
, politique & diplomatique ,
&c.
Nous avons inféré dans le dernier
Mercure , le Proſpectus de cet ouvrage ,
dont le premier volume doit paroître inceffamment.
L'éditeur ayant bien voulu
nous communiquer , en manufcrit , le
AOUST: 1777. 123
Difcours préliminaire , qui traite de
l'Influence de la Philofophie fur les moeurs
& la légiflation, nous allons en donner
le précis.
Ceux qui déclament indifcrètement
contre les fciences , & fur-tout contre la
philofophie , ne veulent pas voir combien
elles ont de part au peu de vertu &
de bonheur qu'il y a fur la terre. Qu'ils
confultent les faftes de la philofophie ancienne
& moderne , & ils feront forcés
de lui rendre la juftice qu'elle mérite.
Dans la barbarie des anciens temps , où
le paganiſme ne nous offre que des peuples
religieux par corruption , & vicieux
par religion ; les principes les plus clairs
de l'équité naturelle euffent été infailliblement
étouffés par les abfurdités monftrueufes
de l'idolâtrie , fi un petit nombre
de philofophes n'en euffent confervé le
dépôt précieux , au milieu des nations
payennes.
Les premiers Législateurs furent des
fages que la vénération des peuples mit
au rang des Dieux , parce qu'ils étoient
les bienfaiteurs de l'humanité. Ofiris
Mercure & Mnevès donnèrent des loix
à l'Egypte, & toute l'antiquité a regardé
le gouvernement de l'Egypte comme un
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
modèle de fagelle politique. Zoroaftre
donna des moeurs à la Perfe. Il prêcha la
bienveillance , Famour de la juftice , &
fit goûter cette maxime d'une perfection
fublime faites aux autres ce que vous
voudriez qu'ils fiffent pour vous ( * ) .
Depuis deux mille ans & plus , Confucius
jouit de la gloire d'avoir établi le
meilleur gouvernement , peut-être , qui
convienne à un grand Etat. La durée de
l'Empire Chinois eft la preuve de fa
perfection , & en même temps l'effet
permanent de l'heureuſe influence de la
philofophie fur la police des Etats.
-
par
Des fept Sages de la Grèce , fix gouvernèrent
leur pays ; & leur pays goûta
les douceurs d'une adminiftration jufte
& modérée. Thalès , qui n'eut point de
part aux affaires publiques , entretint dans
fa Patrie l'amour des vertus fociales
fes leçons & fon exemple. Socrate & fes
difciples s'adonnèrent particulièrement à
la Doctrine civile , & c'eft encore une
maxime générale parmi les Philofophes
modernes , que l'étude de l'homme eft la
feule digne de l'homme , que toutes les
* Sadder , Port. LXXI ,
A O UST. 1777. 125
autres doivent fe rapporter à cetteſcience
qui dirige la conduite des particuliers &
les actes du gouvernement. La philofophie
naturalifée à Athènes , y étoit l'ame
de l'éducation : elle apprenoit aux jeunes
gens à s'affujettir de bonne heure aux
différentes charges de la vie civile , à
regarder les emplois , moins comme des
diftinctions honorables , que comme un
engagement folemnel à être plus fage ,
plus jufte , plus exact obfervateur des
loix , que les Citoyens d'un rang inférieur.
Elle impofoit à tous les Membres
de l'Etat l'obligation de fe former au
maniment des affaires publiques , & conduifoit
aux dignités , en apprenant à les
remplir avec honneur. Introduite dans le
cabinet des hommes d'Etat , elle étoit
leur confeil ; elle haranguoit le peuple ,
& fes décifiours étoient des oracles ; elle
formoit encore , fous la tente , des défenfeurs
à la Patrie. Si Carnéades , Critolaüs
, Diogène le Stoïcien & d'autres
chargés de négociations importantes ,
juftifièrent l'idée qu'on avoit de leurs
talens pour la politique , Ariftide , fe jufte
Ariftide fe diftingua aux fameuſes batailles
de Maraton , de Salamine & de Platée.
Quels hommes ont jamais rendu plus de
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
fervice à leur Patrie que Xénophon , Dẻ .
mofthènes & Polybe ?
La philofophie pénétra difficilement
en Italie ; mais dès qu'elle fut reçue à
Rome , on la vit régler le barreau dans
Craffus & Antoine , perfectionner les
loix fous les aufpices des deux Scevola ,
produire de grands hommes dans tous
les genres , & montrer fur - tout dans Ciceron
& Atticus , jufqu'à quel point elle
favoit intéreffer les Citoyens au bien de
la Patrie , foit au milieu des foins pénibles
du Gouvernement , foit dans la tranquillité
d'une vie privée. Les Romains
lui durent leurs meilleurs Princes : elle
forma l'ame bienfaifante des Titus , des
Trajan , des Antonins. Les tyrans l'honoièrent
de leur haine , & contribuèrent
à l'illuftrer en la perfécutant. Alors le
nombre des honnêtes gens fut réduit à
celui des philofophes ; la vertu , lorfque
Néron réfolut de la faire périr , fe retira
dans l'ame de ces hommes privilégiés
qui , dans la corruption générale , ofoient
s'abftenir du crimé.
Lorfque les Arts & les Sciences fe
perdirent
, dans ces temps d'horreurs & de
calamités publiques , où l'Italie devint la
proie des Barbares , le flambeau de la
A O UST. 1777 . 117
raifon fembla s'éteindre pour ne fe rallumer
qu'après mille , ans de ténèbres. La
philofophie n'inftruit plus les humains ;
& les humains méconnoiffent juſqu'aux ·
droits de la nature. Ce n'eft de toutes
parts qu'injuftice & noirceur , orgueil &
baffeffe , tyrannie & fouffrances. Jamais
le parricide , l'adultère , l'incefte , les
duels , les affaffinats ne furent fi communs
; jamais il n'y eut tant de perfidies
domestiques , tant de trahifons publiques ,
tant de diffentions civiles , tant de concuffions
de toute eſpèce, un abus fi criant
des chofes les plus refpectables. Par- tout
le crime vend au crime le fang de l'innocent.
Les plus belles contrées font ravagées
par des bêtes féroces ; fous le nom
de Conquérans ; la Religion fert de mafque
ou d'inftrument aux paffions brutales ;
la foi publique eft violée jufqu'au pied
des autels. Voilà l'horrible tableau de dix
fiècles d'ignorance . C'eft que l'Europe
n'avoit plus de fages qui formaffent la
jeuneffe aux vértus fociales , qui converfaffent
avec les Rois , qui appriffent aux
Magiftrats à être juftes , qui prêchaffent
au peuple l'union & la concorde , ou qui ,
ne pouvant faire mieux , oppofaffent de
grands exemples à une grande corrup
tion.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Après ce long fommeil léthargique ,
prefqu'auffi affreux que la mort , la raifon
fe réveille épouvantée des monftres
qui l'obsèdent. Le génie , armé du don
de penfer , fe préfente pour les combattre.
La vérité marche à fa fuite : fon éclat
perce avec peine les épaiffes ténèbres de
Pignorance . Quelques favans vont changer
la face de l'Univers. Les fciences morales
& politiques ne furent pourtant pas
celles qui les occupèrent le plus à la renailfance
des lettres. La poéfie , l'hiftoire ,
la phyfique , les mathématiques furent
cultivées avec plus d'empreffement . La
morale, cette fcience naturellement douce
& engageante , avoit contracté avec les
derniers philofophes , tels qu'Epictete &
Boëce , un air dur & repouffant , effet
néceffaire de la dureté des temps où ils
vécurent . Le jargon de l'école n'étoit
guère propre à la rendre plus attrayante .
C'en fut affez pour déterminer alors les
objets des travaux littéraires. Mais dès
que l'homme fut devenu fenfible au plaifir
d'apprendre , il fe trouva tout diſpoſé ·
à goûter le plaifir d'être vertueux . Erafme.
ofa lui préfenter la tableau de fes vices
fans le choquer. Il eft vrai qu'il le fit
plutôt rire que rougir de fa fottife ; mais
A O UST. 1777 . 129 .
en déguifant fes leçons fous le voile d'une
fine plaifanterie , en célébrant des fous ,
il fit le plus beau portrait du fage .
Montagne débita , fans prétention ,
une morale douce & accommodée aux
différentes conditions de la vie humaine.
Charron réduifit la fageffe en art , mais
il en puifa les principes dans le coeur
humain . La Bruyère , en peignant les
hommes tels qu'ils étoient , leur montra
ce qu'ils devoient être . La Rochefoucault
fit la fatyre des Courtifans , pourſuivit
fans relâche l'amour - propre mal entendu ,
fous les différentes métamorphofes qu'il
prenoit pour échapper à fes coups ; &
après avoir dépouillé ce Prothée de toutes
les formes qui le déguifoient , il le livra
à fa propre laideur , comme à fon plus
cruel bourreau.
Locke fit fentir à fes compatriotes les
inconvéniens d'une éducation barbare .
Inſtituteur éclairé , il leur apprit à donner
à leurs enfans un corps fain , un efprit
libre , une ame droite. Politique profond,
il traita auffi du gouvernement civil , &
il en traita avec cette impartialité qui
doit tenir la balance , lorſqu'on pèſe les .
droits du peuple , & les privilèges de
l'autorité fouveraine . Wollefton déter-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
mina la nature du bien & du mal , & en
fixa la différence . Hutchefon découvrit le
fens moral. Shaftsbury fit d'une bienveillance
généreufe & défintéreffée, la meſure
du mérite & de la vertu .
Grotius avoit déjà publié , au commencement
du fiècle dernier , fon grand ouvrage
du Droit de la Guerre & de la Paix.
C'étoit la production d'un homme de
génie , mûri par les affaires , les difgraces.
& la méditation . Des maximes de la
Jurifprudence naturelle & politiqué , il
déduit des règles pour maintenir les nations
en paix , ou pour les y ramèner lorfqu'elles
font en guerre , & mettre de la
juftice , de l'humanité même , dans un
Etat qui femble être le renverfement de
toute efpèce d'ordre , & devoir étouffer
tout fentiment de pitié.
Puffendorf mit dans un nouveau jour
la fcience que Grotius avoit tirée de la
barbarie . Doué d'un efprit pénétrant ,
d'un jugement exquis , d'une raifon libre
de préjugés , il remonte aux premiers
élémens de la fcience des moeurs , & fuivant
avec précifion l'enchaînement des
vérités morales , il en forme un fyftême
méthodique des devoirs de l'homme ,
du citoyen , du fouverain , qu'il fait déA
O UST . 1777. 131
couler du principe fécond de la fociabilité:
Cumberland , Wolf, Burlamaqui perfectionnèrent
encore la fcience du gouvernement.
Les Loix civiles difpofées dans
Leur ordre naturel , le Traité de la Police ,
& quelques autres annoncèrent en France
un ouvrage d'une trempe plus forte . Le
livre de l'Efpritdes Loix , qui après avoir
occafionné une foule d'écrits fur toutes les
matières d'adminiſtration , de finance &
de commerce , devoit enfin produire la
fcience économique qui paroît être la
perfection de la philofophie politique.
Teleft le précis très- abrégé de ce Difcours,
où l'Auteur nous montre par- tour.
la Philofophie , amie des moeurs & des
loix , épurant la morale & perfectionnans
la légiflation ; par-tout amie des Rois &
des Peuples , inftruifant les uns & les
autres de leurs droits & de leurs devoirs ,.
formant des citoyens vertueux , des fujets .
foumis , non par inftinct ou par baffelfe ,
mais par raifon ; des Magiftrats intégres ,
des Miniftres zélés pour le bien public ,
des Rois , pères de leurs peuples. Ce n'eft
point ici un panegyrique outré. Les faits
parlent. On ne déguife point les écarts .
de quelques philofophes , mais on fait
Evj
132 MERCURE DE FRANCE .
voir que ces écarts peu contagieux ne font
pas à craindre. En effet , on ne voit pas
que la philofophie ait jamais fait aucun
mal aux hommes . Mais elle leur a fait
beaucoup de bien dans tous les temps ;
elle leur en eût fait davantage , fi une
foule d'obstacles phyfiques & moraux
n'en euffent empêché ou corrompu l'influence
bénigne ; & nous pouvons aujourd'hui
, plus que jamais , comparer
les détracteurs de la philofophie à des
hommes qui blafphémeroient contre le
foleil qui les éclaire.
Ce Difcours , monument durable 2
élevé à la gloire de la fcience philofophique
, accroît l'impatience que nous
avons de voir paroître le grand ouvrage
auquel il fert d'introduction , & d'en
rendre compte à mefure que les volumes
nous parviendront.
Les Quatre parties du Jour à la Ville
traduction libre de l'Italien de l'Abbé
Parini , fur la fixième édition faire à
Milan en 1771 , avec le texte à la
fuite . A Milan , & fe trouve à Paris ,
chez Dorez , Libraire , rue Saint-Jacques
, près S. Yves. 1777. vol. in- 12 ,
Prix , 1 liv. 10 fols broché ,
A O UST. 1777. 123
Ce Poëme , qui a eu le plus grand fuccès
en Italie , eft divifé en deux chants. Le
premier , intitulé Il Mattino , comprend
la nuit & le matin ; & le fecond , qui a
pour titre Il Mezzo - Giorno , le midi & le
foir. Il eft vrai que le Poëte ne parle que
fort légèrement du foir & de la nuit.
39
Sous un titre déjà connu , ce petit
Poëme renferme des détails tout nouveaux.
« Lorfque les Thompfon , dit le
» Traducteur dans fa préface , les Saint-
» Lambert , les B .... & les Zacharie
» ont voulu chanter les faifons , ou les
» quatre parties du jour , leur Muſe ,
fuyant le féjour tumultueux des Cités ,
» s'eft envolée au loin dans les campa-
» gnes ; & , fur le bord des fontaines ,
» ou au fein des forêts , la nature prenoit
plaifir à fe peindre dans leurs tableaux ,
» auffi fraîche & auffi belle que nous
» l'admirons dans fes ouvrages. Le Poëte
» Italien , dont je m'empreffe de faire
» connoître les talens à ma Patrie , n'a
» pas fans doute un goût auffi vif pour
» les folitudes champêtres . Ses quatré
parties du jour font celles qu'on paffe
à la ville , & dont le dérail feroit croire
» que Rome eft bien moins éloignée de
» Paris , que ne le difent les Géographes » .
"
"
"
ود
134 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi , lefujet du Poëme n'eft autre chofe
que le tableau de la journée d'un Petit-
Maître Romain , moderne s'entend .
On a imprimé le texte à la fuite de la
verfion françoiſe ; mais le Traducteur
avertir que cette dernière eft feulement
auffi fidelle qu'elle doit l'être , pour faire
fentir l'original . Il donne à entendre qu'il
a cru devoir traduire cet ouvrage ,
comme une jeune femme copie une mode
nouvelle . Cette déclaration doit lui fervir
d'excufe auprès des amateurs de
F'Italien , qui fe plaindroient qu'il n'a
pas rendufon original avec une exactitude
affez littérale. Quoi qu'il en foit , fa traduction
eft agréablement écrite , & fe fait
lire avec plaifir :.on en jugera par le morceau
fuivant.
«L'Aurore oavre les portes de l'Orient
» & annonce au monde le retour du Soleil
» & du travail. Déjà le Laboureur vigi-
» lant quitte à regret le lit , où , entouré
» des berceaux de fes enfans , & à côté de
» fa jeune & tendre époufe , il a trouvé
» la nuit fi courte. Il fort de fa cabane,,
preffant les pas tardifs des boeufs dont
il va partager les travaux. Il court à fa
charrue par un fentier étroit fur les
» bords duquel les arbriffeaux , charges
39
»
AQUST. 1777 . 139
»
de rofée , femblent , au mouvement le
plus léger , verfer une pluie de diamans.
L'air retentit des coups redoublés des
» marteaux . Le Forgeron s'empreffe de
» finir les portes d'airain que lui deman-
» de l'Avare pour enfermer fes tréfors .
» Un autre , dans fes fourneaux , purifie
» l'or & l'argent du Potofe pour en for-
» mer mille yafes divers , que l'Amour
» deftine à la toilette & à la table de
» Phriné ».
Le Temple de Vénus. A Londres , 1777
Volume in- 8°. de près de 400 pages ,
précédé d'une gravure.
C'est un recueil de vingt-fix tableaux
érotiques , tirés des Romans & des Contes
les plus connus en ce genre. On y a mis
à contribution la Nouvelle Héloïfe , le
Temple de Gnide , le Sopha , Angola , le
Coufin de Mahomet , &c. &c. Le joli
Conte d'Aline, de M. le C. de B ***
s'y trouve même en partie.
« J'ai vu ,
» le Rédacteur , les plus beaux tableaux
» de l'Amour ; je vais les expofer aux
" yeux des enfans fortunés de la nature.
» Ce font des miniatures tirées des meilleurs
Peintres en ce genre , & qui font
dit
136 MERCURE DE FRANCE .
"
dignes d'être placées dans leTemple de
» Vénus »
Opufculesde Phyfique animale & végétale.
Par M. l'Abbé Spallanzani , Profeffeur
Royal d'Hiftoire naturelle dans l'Univerfité
de Pavie , Membre de la Société
Royale de Londres , des Académies
des Curieux de la Nature , de Berlin ,
de Stockholm , de Gottingue , de Bologne
, de Sienne , &c. & c. Traduits
de l'Italien , & augmentés . d'une introduction
où l'on fait connoître les
découvertes microfcopiques dans les
trois Règnes , & leur influence fur la
perfection de l'Esprit humain. Par
Jean Senebier , Miniftre du S. Evangile
, & Bibliothécaire de la République
de Genève. On y a joint encore
plufieurs Lettres relatives à ces Opuf
cules , écrites à M. l'Abbé Spallanzani
par M. Charles Bonnet , & par d'autres
Naturaliftes célèbres . Genève , chez
Barthélemi Chirol . 1775. in 8 ° . 2 vol.
avec fix planches.
Cet Ouvrage exécuté par un des meilleurs
Obfervateurs de ce fiècle renferme :
1. Obfervations & expériences fur diA
O UST. 1777 . 137
verfes eſpèces d'Animalcules des infufions
avec une hiftoire détaillée de leur vie &
de leurs moeurs , une defcription de leurs
parties , & une vue générale des rapports
que ces Animalcules ont avec les Animaux
connus.
II. Obfervations & expériences fur les
Animaux fpermatiques de l'Homme &
des Animaux , avec un examen du fyftême
fameux des Molécules organiques.
III. Obfervations & expériences fur
les Animaux & les Végétaux , enfermés
dans des Vafes où l'Air ne peut pas fe
renouveller .
IV. Obfervations & expériences fur
quelques Animaux finguliers , que l'Obfervateur
peut à fon gré faire paffer de la
mort à la vie.
→ V. Obſervations & expériences fur
l'origine des petites Plantes qui forment
la moififfure .
Ces obfervations font enrichies de fix
Planches fidèlement deffinées & gravées,
Recherches fur la préparation que les Romains
donnoient à la chaux dont ils fe
fervoient pour leurs conftructions , &
fur la compofition & l'emploi de.leurs
mortiers. Par M. de la Faye , Tréforier
138 MERCURE DE FRANCE.
Général des Gratifications des Troupes.
De l'Imprimerie Royale , in- 8 ° . de 96
pag. Prix 1 liv. 10 fols ; chez Merigot ,
le jeune , Libraire , Quai des Auguftins.
M. de la Faye a fait des recherches &
des découvertes fur la manière de bâtir
des Anciens ; les différens procédés qu'il
indique font juftifiés par le texte des
Auteurs , & il s'eft affuré du fuccès par
des épreuves multipliées. Ce qu'il avance
fur les conftructions faciles, eft puifé dans
la même fource , & confirmé, tant par le
rapport de quelques Voyageurs , que par
des mémoires particuliers. Un paffage de
Pline fera connoître que les colonnes qui
ornoient le peryftile du labyrinthe d'Egypte
étoient factices , & que ce vaſte
édifice exiftoit depuis 3600 ans . C'eſt aux
habiles Architectes à répéter ces expériences
, & à vérifier, fi , en effet , des
pierres factices peuvent fervir à la conftruction
d'un grand édifice ; fi elles doivent
réfifter à un poids immenfe , & ſe
foutenir contre l'effort du temps & des
élémens. Il nous femble que les ftucs &
pierres factices ne peuvent guères être
employés que pour des revêtiffemens ou
AOUST. 1777. 13.9
de petits ouvrages qui ne font point
tourmentés par l'action de l'air ou de la
pefanteur. Au refte , c'eft une queſtion
importante à examiner , fi l'art peut fuppléer
au travail en grand de la nature ;
s'il peut l'imiter , l'égaler , ou le furpaffer ,
& M. de la Faye ne laiffe rien à déſirer
fur tout ce qui peur fervir à réfoudre ce
beau problême. Ses recherches annoncent
un homme profond dans la connoiffance
de l'antiquité, & fes procédés , un homme
exercé dans la pratique des fciences .
Bibliothèque de Campagne , ou les Amufemens
du Coeur & de l'Eſprit. A Amfterdam
, & fe trouve à Paris chez la
veuve Duchefne , Libraire , rue Saint;
Jacques ; 1777 , 24 vol. in- 12 . Prix
60 liv.
C'eſt une collection de divers Romans
eftimés & de nouvelles galantes , qui ont
déjà été publiés , & que l'on fera charmé
de trouver raffemblés. La lecture en eft
intéreffante & variée , & très- propre à
remplir les vuides du loifir , à fournir des
fujets pour le théâtre & pour les drames
de fociété.
140 MERCURE DE FRANCE.
M
Peinture du Siècle, ou Difcours & Lettres
fur différens fujets. Par M. de la
Croix , Avocat. 2 vol. in- 12 d'environ
400 pages. A Amfterdam, & fe trouve
à Paris , chez le Jay , Libraire , rue
Saint-Jacques.
Ce recueil eft extrait des fix volumes
que M. de la Croix a publiés , fous le
titre de Spectateur François . On y trouve
beaucoup d'efprit , d'imagination , de
bonne critique & de connoiffance des
moeurs. Il combat avec force les vices ,
il attaque le ridicule avec fes propres armes;
il fait varier fes tableaux , & leur
donne un air d'originalité , & ure
compofition pittorefque qui les rend
très recommandables.
OEuvres du Révérend Père la Berthonie ,
de l'Ordre des Frères Prêcheurs , pour
la défenſe de la Religion Chrétienne
contre les incrédules & contre les
Juifs . 3 vol. in 12.A Paris , chez la
veuve Defaint , Libraire, rue du Foin
près la rue Saint -Jacques.
On n'a pas encore oublié les fuccès de
A O UST. 1777. 141
ce célèbre Prédicateur , qui a eu plus
d'une fois la confolation de voir que plufieurs
de ceux qui étoient venus l'entendre
, avoient ouvert les yeux à la lumière,&
renoncé à leurs funeftes opinions.
Une théologie exacte & élevée , leur
fourniffoit les argumens les plus propres
à diffiper les nuages que l'incrédulité
moderne s'efforce tous les jours d'entaffer.
Une Dialectique peu commune ,
lui faifoit démêler lesfophifmes captieux ,
les feules armes que l'erreur emploie en
attaquant la vérité . Un zèle vraiment
apoftolique le faifoit entrer en lice , toutes
les fois que la Providence lui en préfentoit
l'occafion . On avoit beau reproduire
les mêmes objections , il étoit toujours
prêt à y répondre , & il avoit l'art
de varier fes réponſes & de les rendre
toujours intéreffantes. L'Ouvrage que
nous annonçons , prouve que le mérite
de cet Orateur , qui étoit tour- à la fois
Théologien & Philofophe , étoit fupérieur
à fa réputation . On trouve dans
fa belle inftruction contre les Juifs , que
ce favant Religieux avoit fu réunir à
fes talens une intelligence profonde des
Ecritures ; il y établit que les Juifs & les
Chrétiens doivent néceffairement être
142 MERCURE DE FRANCE.
>
d'accord fur un point qui eft , qu'à la ve
nue du Meffie , (foit qu'il foit déjà venu ,
foit qu'il foit encore à venir ) il doit y
avoir du changement dans les pratiques
de la Religion . En effet , tous les actes
extérieurs de la Religion qui attend le
Meffie , doivent être autant de figures
qui le prophétifent ou le promettent
& autant de demandes que l'on fait à
Dieu de l'envoyer . Par conféquent , le
Meffie une fois venu , la Religion ne
peut plus le figurer , le prophétifer , le
promettre , ni demander à Dieu qu'il
l'envoie. Il faut néceffairement qu'elle
change de pratiques extérieures
qu'elle ne parle plus de la promeffe du
Meffie , que pour rendre grâces à Dieu
de ce qu'il l'a envoyé. Ce feul raiſonnement,
comme l'obferve l'Auteur , devroit
bien faire revenir les Juifs de l'opinion
qu'ils ont, que la Religion étant l'ouvrage
de Dieu , doit durer éternellement en
la même forme & le même culte extérieur
, qu'elle fut établie au Mont- Sinaï.
Si cela étoit , il faudroit que le Meffie
eût été promis pour n'être jamais donné.
Quant à la grande queftion , qui confifte
à favoir fi Jéfus-Chrift eft le Meffie
promis & prédit , ou s'il faut en attendre
&t
A O UST. 1777: 143
"
an autre , l'Orateur fait voir clairement
que tout ce qui a été prédit du Meffie ,
a été accompli en Jefus Chrift , & ne
peut l'avoir été , ni ne peut l'être qu'en
lui. Il parcourt , pour établir cette vérité
, toutes les prophéties renfermées
dans l'ancien Teftament , Livre qu'on ne
peut méconnoître , & qui étoit entre les
mains des Juifs , long - temps avant la
naiffance de J. C. Il développe tous les
paffages des Écritures qui déterminent
le
temps de fa venue , qui déclarent ce
qui convient à fa perfonne , & qui annoncent
quelle fera fon oeuvre . Or , que
l'on compare toutes ces prophéties avec
les circonstances de la perfonne , de la
naiſſance , de la vie , de la mort , de la
Réfurrection & de l'Afcenfion de Jésus-
Chrift , & l'on y trouvera , comme le
fait le Père de la Berthonie , cette démonſtration
que Saint Pierre appelle la
lampe qui luit dans un lieu obfcur.
Après avoir fait l'application de toutes
ces prophéties à la Perfonne de Jéfus-
Chrift , l'Auteur infifte fur l'aveuglement
des Juifs, qui eft fi clairement prédit dans
les divines Écritures , & qui prouve à
fon tour que Jéfus-Chrift eft le Meffie ,
parce qu'ils ont eu le malheur de le re144
MERCURE DE FRANCE.
jeter cet aveuglement nous a été utile ,
en ce que le péché des Juifs , comme le
dit Saint Paul , eft devenu une occafion de
falut aux Gentils. Nous en retirons un
autre avantage fort grand , en ce qu'ayant
entre leurs mains les prophéties , les
Juifs font dans toute la terre des témoins
non fufpects de leur vérité , comme
de leur accompliffement. « Mais l'Eglife ,
» dit notre Auteur , en retirera un autre
avantage bien plus grand , lorfque
» convaincus enfin de l'aveuglement de
ود
leurs Pères , les Juifs auront le bon-
» heur de reconnoître tous Jéfus Chrift
» pour le Meffie , & entreront en corps
» dans fon Églife ». Car , fi leur péché
a été la richelle du monde & le petit
nombre auquel ils ont été réduits , la richeffe
des Gentils , combien plus leur plénitude
le fera-t-elle , fi leur retranchement
eft devenu la réconciliation du monde ? Que
fera leur rétabliſſement ,finon un retour de
la mort à la vie. Tom. XI . XII .
Le Père de la Berthonie rappelle fur
ce dernier objet , les prophéties fi claires
d'Ifaïe , d'Ézéchiel , de Jérémie , d'Ofée
& de Zacharie , dont il paroît réſulter ,
qu'après cet événement admirable , qui
fera la confolation de l'Églife , & qui
fournira
A O UST. 1777. 145
fournira en même- temps aux incrédules
obftinés une réponſe victorieufe & accablante
il y aura une longue fuite de
générations , foit parmi les Juifs , foit
parmi les autres Nations converties .
3
On trouve dans les autres inftructions ,
des réflexions folides , & même neuves ,
fur l'étrange méthode de raiſonner qu'emploient
les incrédules dans cette contro
verfe fi importante ; fur l'infuffifance de
la raiſon , & la néceſſité de la révélation ,
pour connoître le vrai culte que Dieu
exige de l'homme ; néceffité que l'Auteur
tire des deux grandes plaies de l'homme ;
l'ignorance de fa raifon , & la corrup
tion de fon coeur : fur l'excellence & la
fublimité de la doctrine de l'envoyé de
Dieu , infiniment fupérieure à tout ce
qui s'étoit enfeigné jufqu'alors ; fur la
nature , le nombre & les circonstances
des miracles que Jefus- Chrift , cet envoyé
de Dieu , a opérés pour prouver fa miffions
Quant à cette preuve victorieufe
de Père dela Berthonie foutient que Dieu
infiniment bon , infiniment vrai , & la
vérité même, ne peut ni nous tromper , ni
autorifer le menfange par des oeuvres qui
lui foient propres. Les miracles font une
trop prompte & trop vive impreffion
G
146 MERCURE DE FRANCE.
A
fur les fens ; & c'eft un fentiment trop
fortement gravé dans le coeur , qu'un
prodige bienfaifant & fupérieur à toutes
les loix de la nature eſt la voix de Dieu
même , pour que l'erreur & le menfonge
foient en droit de fe l'approprier. « Moïfe ,
dit-il , n'a fait des miracles que pour
» prouver qu'il étoit envoyé de Dieu ,
» pour tirer les enfans d'Ifraël de l'op-
» preffion où ils étoient en Égypte .
» Comme Dieu , qui eft Efprit , ne fait
» fentir fa préfence que par fon opé-
» ration , & que les opérations ordinaires
de fa Providence , font trop
» communes & trop uniformes , pour
» rendre fa préfence fenfible aux hommes
» accoutumés à les voir ; il les tire de
» cette eſpèce d'engourdiffement , &
» leur fait fentir vivement fa préfence ,
lorfque , fortant de l'ordre que fa Pro-
» vidence a établi parmi les Etres , il
opère à leurs yeux des effets qui peuvent
» n'avoir aucune cauſe dans la nature.
Lors donc qu'un homme avancé un
» fait , & s'engage à le prouver par un
» miracle cet homme appelle Dieu
même , feul Auteur des miracles , en
garantie de ce fait ; & fi Dieu en conféquence
, fe rend fenfiblement pré-
39
*
A O UST. 1777. 147
» fent en opérant ce miracle , il fe rend
» lui - même témoin , & témoin irrécu-
» fable du fait dont on l'a pris pour
» garant.
Il eft aifé de faire l'application de ce
raifonnement à Jéfus - Chrift reffufcitant
Lazare , & de prouver la vérité de fa
divine miffion par ce miracle , dont on
ne peut éluder la conféquence que par
des fophifmes qui ne font pas même captieux.
Auffi le Père la Berthonie fait-il
valoir avec force cette preuve des miracles
, qui eft la plus claire , la plus courte
& la plus abrégée. C'eft l'argument des
fimples . Les miracles font effentiellement
preuve de la vérité .
Nous voudrions pouvoir joindre à ces
réflexions , celles que le Père la Berthonie
fait fur l'incompréhenfibilité de nos
myitères , fur le déluge univerfel , & fus
plufieurs autres caractères de la Religion .
Nous invitons les incrédules , & ceux
qui fe laiffent ébranler par leurs objections
, à lire ces trois volumes dont
la lecture fuffit pour nous prémunir à
jamais contre les mauvais raiſonnemens
dont on commence par conféquent à
être raffafiés , parce que ce ne font que
des répétitions perpétuelles.
>
Gij
148 MERCURE DE FRANCE .
Anecdotes intéreffantes & hiftoriques de
P'Illuftre Voyageur , pendant fon féjour
à Paris ; dédiées à la Reine . Seconde
édition , corrigée & augmentée .
I vol, in-12 de 162 pages , avec le
Portrait de M. le Comte de Falckenstein.
A Paris , chez Ruault , Libraire ,
rue de la Harpe.
L'intérêt que l'Europe prend à tout ce
qui lui peint l'Illuftre Voyageur , fait
multiplier les écrits . Le Lecteur ne s'apperçoit
pas que tel Ecrivain ne fait que
répéter ce qu'un autre a déja dit , &
fouvent beaucoup mieux ; il fuffit de
nous entretenir de l'Illuftre Voyageur ,
pour mériter nos fuffrages.
Alexis moderne , ou Etrennes de Mi- .
nerve aux Artiftes , contenant diffé-
Arens fecrets für l'Agriculture , & les
Arts & Métiers ; fixième & feptième
Parties . A Paris , chez Desnos , Libraire
& Ingénieur- Géographe , rue Saint-
Jacques. Prix , 1 liv. chaque Partie.
Ce Recueil , qui aura huit Parties ,
peut intéreffer , par la variété & même
AO UST. 1777. 149
par l'utilité des fecrets ou recettes que
l'Éditeur a extrait de différens Ouvrages
connus, & eftimés.
Idées préliminaires ou Profpectus d'un
ouvrage fur les pêches maritimes de
France . Par M. Lemoyne , Maire de
la ville de Dieppe ; brochure in- 8 ° . de
56 pages. A Paris , de l'Imprimerie
Royale.
M. Lemoyne fit connoître , par deux
Mémoires qu'il préfenta au Ministère en
1775 , combien l'augmentation progreffive
des droits fur le poiffon, aux entrées
de Paris , étoit nuifible à la pêche maritime
, & ces droits furent diminués.
Maislaconfommation qui fe fait à Paris ,
toute confidérable qu'elle eft , n'étant pas
comparable à celle qui fe fait dans toutes
les provinces du Royaume , qui ne participent
point à ce foulagement , le fuccès
des deux premiers Mémoires a fait defirer
la rédaction d'un troiſième , dont la
ville de Dieppe a chargé M. Lemoyne ,
& dont l'objet eft de rendre fenfibles les
obftacles & les inconvéniens qui arrêtent
encore le progrès de la pêche nationale ,
& d'indiquer les moyens de la faire parvenir
au degré le plus floriffant.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'agriculture & la pêche peuvent être
confidérées comme les deux mamelles de
l'Etat. Indépendamment de ce que les
productions des mers , augmentent les
richeffes relatives d'un Royaume , en y
faifant circuler des maffes d'or & d'argent
qui n'y étoient pas, elles accroiffent fes richeffes
réelles , parce que ces productions
fervent , ainfi que celles de la terre , à la
nourriture d'un plus grand nombre de
fujets. Les pêcheries ont été auffi confidérées
, avec raifon , comme des mines
toujours fubfiftantes , qui donnent de
l'occupation aux mains que les terres &
les manufacturès d'un Etat ne peuvent
employer. Cette branche de l'occupation
des hommes eft encore bien précieuſe ,
puifqu'elle accroît la population , augmente
la valeur des falines , & qu'elle eft
le berceau & l'école la plus fûre des
Matelots. C'eſt d'après ces principes qui
font exposés avec plus de développement
dans le Profpectus , que M. Lemoyne entreprend
de donner un tableau , de la fituation
& du commerce des pêches nationales.
Nous commencerons dit
» l'Auteur , par celles de la marée fraîche ,
» à la fuite de laquelle nous traiterons
» de la police des pêches en général , &
9
AOUST. 1777. 151
"
"
පා
nous examinerons les caufes de la dépopulation
du poiffon fur nos côtes ;
» les loix de police , leur inexécution
» les différentes manières de pêcher les
plusenufage : nous diftinguerons celles
» que nous croyons deftructives ; nous
» rechercherons les moyens de nous pro-
» curer les meilleurs poiffons plus frais ,
» & de les pouvoir tranfporter plus loin :
de- là, nous pafferons aux pêches falées
du hareng , du maquereau & de la
» morue , qui font les objets les plus in-
» téreffans de notre commerce : nous
» donnerons fur toutes ces différentes
pêches le détail des frais & des dépenſes
auxquels chacune eft affujétie , fon
produit , le profit de l'Armateur & da
» Pêcheur , les droits dont chacune eft
grevée à l'entrée , à la circulation & à
la confommation , les entraves qui
reftraignent & gênent ce commerce.
Nous comparerons , autant qu'il fera
» en notre pouvoir , toutes ces pêches à
» celles des Nations voifines , & nous
» rechercherons les caufes de la préférence
prefque univerfelle qu'elles ont fur les
» nôtres . Ce plan ne nous permet pas de
» nous borner à ce qui intéreffe particulièrement
les pêches & le commerce
"3
33
33
29
>>
"3
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
» de la ville de Dieppe ; nous fommes
» forcés d'embraffer tous ce qui concerne
» les pêches en général . Nous ferons en
» forte de ne rien omettre de ce qui eft
» relatif à celles qui fe font dans les autres
Ports de la Manche , & qui font
» à notre connoiffance. Nous finirons par
» la pêche de la baleine , abfolument
abandonnée par les François , & nous
» ferons connoître les avantages qu'il y
» auroit à la rétablir » .
M. Duhamel du Monceau eft le premier
qui ait entrepris de travailler cet objer
avec toute l'étendue qui lui eft propre ;
mais cet Ouvrage , que l'Auteur continue,
n'embraffe point encore tout ce qui inté
reffe les pêches , confidérées comme un
objet de commerce . Il étoit refervé à M.
Lemoyne , bien connu par fon zèle éclairé
& patriotique , d'entreprendre ce grand
Ouvrage.
Il eft dans toute branche de travail &
de commerce , dans celle de la pêche ,
fur-tour , des obftacles , & même des
maux , qui ne peuvent être connus que
par ceux qui en reffentent directement &
perfonnellement les effets : tout tableau
qui en fera tracé par une main étrangère
fera toujours infidèle , & ne peut tendre
A O UST. 1777 . 153
qu'à induire en erreur . C'eſt du Pêcheur ,
c'eft de l'Armateur , c'eft du Négociant
qu'il faut les apprendre ; c'eſt auffi dans
ces fources que M. Lemoyne a puifé la
majeure partie des faits & des obfervations
que fon Mémoire contient. Le Gouvernement
, toujours attentifà faire jouir
la Nation de fes plus grands avantages ,
a favorifé M. Lemoyne dans fes recherches
& fes travaux ; & il y a lieu d'efpérer
que tout Citoyen inftruit & éclairé
fecondera les vues du Gouvernement
en procurant à M. Lemoyne des Mémoires
& Obfervations fur les objets
qu'il fe propofe de traiter , & que nous
avons expofés plus haut d'après le Profpectus.
« Les perfonnes , eft-il dit dans
l'avertiffement de ce Profpectus , qui
» voudront bien aider à completter cet
Ouvrage, font priées d'adreffer leurs
Obfervations & Mémoires à M. Le-
» moyne , Maire de Dieppe , & dy
» mettre une feconde enveloppe à l'adreffe
ود
ود de M. de Sartine , Miniftre & Secré-
» taire d'Etat de la Marine , ou à celle de
n M. le Directeur Général des Finances.
» Elles font auffi priées d'y joindre l'in-
» dication de leur demeure , afin que M.
» Lemoyne puiffe , fi elles l'y autorifent
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
7
leur demander des éclairciffemens ul-
» térieurs , & leur envoyer un exemplaire
» de l'Ouvrage " .
Journal Hiftorique & Politique des principaux
Événemens des différentes Cours
de l'Europe. 1777 .
J
Ce Journal eft compofé de 36 cahiers
par an , & paroît exactement trois fois
par mois. Le prix de l'année entière
eft de 18 liv. , franc de port dans toute
la France . On eft libre de foufcrire en
tout temps , à Paris , chez Lacombe ,
Libraire , rue de Tournon.
Ce Journal devient de plus en plus
intéreffant dans la circonftance préfente
des affaires de l'Europe . On y trouve raf
femblés , non -feulemens toutes les nouvelles
répandues dans la foule des papiers
étrangers & François , mais encore
des faits particuliers fur différens objets .
Ces événemens & anecdotes font rédigés
dans un ordre & d'une manière à
rendre ce Journal , l'Hiftoire du temps la
plus complette , la plus exacte & la plus
curieufe.
A O UST. 1777. 155
ANNONCES LITTÉRAIRES.
Répertoire univerfel & raiſonné de Jurifprudence
civile , criminelle , canonique
& bénéficiale, Ouvrage de plufieurs Jurifconfultes
; in-8 °. Il en paroît actuellement
12 volumes , & on en publie huit
par an. Ce grand Ouvrage renferme
toute la doctrine de la Jurifprudence ,
puifée dans les meilleures fources ; les
noms des Avocats fe trouvent à chaque
article. La foufcription fera fermée le
1 Octobre prochain : il faut s'adreſſer à
Paris , à l'Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Abrégé de l'Art des Accouchemens ,
dans lequel on donne les préceptes néceffaires
pour le mettre heureufement.
en pratique , & auquel on a joint plufieurs
Obfervatiors intéreffantes fur des
cas finguliers ; Ouvrage très utile aux
jeunes Sages-Femmes , & généralement
à tous les Élèves , en cet Art, qui defirent
de s'y rendre habiles ; nouvelle édition.
Volume in-8 , avec figures gravées
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
en taille - douce , & imprimées en couleurs
; par Madame le Bourfier du Coudray
, Maîtreffe Sage -Femme de Paris
penfionnée & envoyée par le Roi pour
enfeigner à pratiquer l'Art des Accouchemens
dans tout le Royaume. Prix .
7 liv. 4 f. relié. A Paris , chez Debure
père , Libraire , Quai des Auguftins , au
coin de la rue Gît- le-coeur , 1777:
Le titre de cet Ouvrage fuffit fans
doute pour en faire connoître l'emploi
& l'utilité.
On trouve à Paris , chez Moutard , Libraire
- Imprimeur de la Reine , de
Madame , & de Madame la Comteffe
d'Artois , rue du Hurepoix , près le
Pont Saint-Michel , les Livres fuivans
:
Supplément à l'hiftoire de la rivalité de
la France & de l'Angleterre , & à l'hiftoire
de la querelle de Philippe de Valois
& d'Édouard III , 4 vol. in- 12.
Dictionnaire des origines , découvertes ,
inventions & établiſſemens , ou Tableau
hiftorique de l'origine & des progrès de
tout ce qui a rapport aux fciences & aux
arts ; aux modes & aux ufages anciens &
A O UST. 1777 . 157
modernes ; aux différens états , dignités ,
titres ou qualités ; & généralement à
tout ce qui peut être utile , curieux &
intéreffant pour toutes les claffes des citoyens
, par une fociété des gens de
Lettres. 3 vol, grand in - 8 ° . reliés , 18 liv .
"
Effai fur les maladies des Artifan's
traduit du Latin de Ramazzini , avec
des notes & des additions , par M. de
Fourcroy , Maître ès Arts en l'Univerfité.
de Paris & Étudiant en médecine.
in- 12 ; broc. , 3 liv . 12 f.
,
Confidence Philofophique > feconde
édition , revue & augmentée . 2 vol.
in-8°.; br ; liv . 12 f.
Hiftoire Naturelle de la Province de
Languedoc , partie minéralogique &
géoponique , publiée par ordre de Noffeigneurs
des Etats de cette Province ;
par M. de Genffane , de l'Académie de
Montpellier , Correfpondant de celle
de Paris , &c.
Tome fecond , comprenant les Diocèfes
de Narbonne, St. Pons , Lodève & le
Gévaudan ; le tout précédé d'un difcours
fur l'Hiftoire du Règne minéral.
in-8°. A Montpellier chez Rigaud ,
158 MERCURE DE FRANCE.
Pons & Compagnie. A Paris , chez
Moutard.
>
ACADÉMIE S.
CAEN.
I.
M.ESMANGART , Intendant de Caer ,
animé du defir de procurer aux Peuples
de la Généralité , dont l'adminiſtration
lui eft confiée , les richeffes & le bonheur
dont elle eft fufceptible , a deſtiné une
fomme de 400 livres pour un prix , confiftant
en une Médaille d'or , à décerner
pour chacune des années 1777 & 1778 ,
aux Auteurs des mémoires qui fatisferont
le mieux aux queftions que l'Académie
des Belles Lettres de Caen jugera le plus
convenables aux intérêts de la Baffe - Normandie.
Le fieur Lefebvre , Ingénieur en chef
des Ponts & Chauffées , Ports de commerce
, & autres ouvrages publics de la
Généralité , Directeur de l'Académie ,
a . dans la Séance publique du 10 Avril
préfent mois , annoncé pour le Prix de
A O UST. 1777. 159
l'année 1777 , à adjuger feulement dans
la première Séance , après Pâques de
l'année 1778 , la queftion fuivante :
" Quelles ont été les principales bran-
» ches du commerce de la ville de Caen
depuis le commencement du onzième
» fiècle * , & plus particulièrement de-
* L'on eft fondé à croire que le commerce de
la Ville de Caen étoit confidérable dès l'an 1026 ,
du tems de Richard , Duc de Normandie , troifiène
du nom , puiſqu'il eft fait mention dans
fon contrat de mariage avec la Princeffe Adèle ,
de la donation , dans le Comté de Bayeux , de
la Ville de Caen , fituée fur le fleuve de l'Orne ,
& de fes environs , avec fes Eglifes, fes vignes ,
prés , moulins , fon marché , fa douane , fon port
& toutes les dépendances .
« Et in concitatu Bajocafenfi , concedo Villam
quæ dicitur Cathim , fuper fluvium olnæ , circumquaque
, cum Ecclefiis , vineis , pratis ,
molendinis , cum foro , tetonio , portu & omnibus
appenditis fuis ». Hift. Eccl. de Normandie
, Tome II, à la fin.
Dans une Lettre en vers latins , de Rodulphus
Tartarius ( Moine de Fleury , maintenant Saint
Benoît-fur- Loire ) lequel vivoit entre 1096 &
1145, il eft auffi parlé de la fituation de la Ville
de Caen , & de ce qui la rendoit floriffante dèslors
: vers la fin du règne de Philippe I , le Poëte
dit avoir vu dans cette Ville un beau palais , ou
le marbre étoit prodigué ; il y fait mention d'une
multitude de Marchands, & de toutes les mar-
Y
કયો વિ
160 MERCURE DE FRANCE.
"
puis la réunion du Duché de Normandie
à la Monarchie Françoife ? Quelles
» font celles qu'il feroit le plus avanta-
» geux & le plus facile d'y établir ou d'y
» étendre , relativement au fol du
""
pays ,
à fes productions , à fes débouchés ac-
» tuels , à ceux qu'il eft poffible de lui
» procurer, à fes loix , coutumes & ufages ;
» & quels feroient les moyens d'y par- /
» venir ?
>
Le fieur Lefebvre a pareillement annoncé
pour le fujet du Prix de l'année 1778
lequel fera adjugé dans la Séance publique
, après la Saint Martin de ladite
année 1778 , la queftion fuivante :
"
Quels font les arbres , les arbuftes &
» les plantes qui , croiffant fur le rivage
» de la Mer , fans avoir néanmoins be-
» ſoin d'en être baignés à toutes les ma-
» rées , pourroient être employés à la
conftruction des digues & épis nécef-
»
chandifes qu'on trouvoit dans le Forum , étoffes
de laines , de lin & de foie , épiceries diverfes ,
cuirs de toutes façons , boiffons & denrées de
tonte espèce , le néceffaire & le fuperflu ; il dir
aufli y avoir rencontré des Négocians de toutes
les Nations Mém. de l'Acad. des Inforcip. Tome
XXI, in-4° .page 5 12.
A O UST. 1777.
161
❤
» faires fur les côtes & le long des rivières
, dans lesquelles la Mer monte ,
» pour défendre de fes irruptions , les
» terreins qui les bordent ? Quelle eft la
» culture de ces arbres , arbuttes & plan-
» tes , & quels feroient les meilleurs
» moyens àemployer pour en former des
digues à la fois les plus économiques
» & les feules fufceptibles d'une réfiftance
» conftante & progreflive , en même - tems
qu'elles procureroient aux proprié-
» taires riverains un produit annuel par
leurs coupes périodiques ».
L'Académie eftime que les Auteurs
feront bien d'examiner principalement
les plantes réfinenfes.
La multiplicité des digues néceffaires
pour la confervation des terreins précieux
frués fur les bords de la Mer & le long
des rivières , dans lesquelles fe font fentir
le flux & le reflux , & pour l'acquifition
d'autres terreins encore couverts par
la Mer à toutes les marées , & fufceptibles
de former également des pâturages
les plus gras , rendent cette dernière queftion
on ne peut plus intéreffante , nonfeulement
pour la Généralité de Caen ,
mais encore pour toutes les Provinces
maritimes. Il existe un petit arbre ( le
162 MERCURE DE FRANCE.
· ·
Tamaris ) ayant à peu près les conditions
demandées : il eft affez commun
en Italie , en Efpagne & même dans les
Provinces Méridionales de France ; on
en trouve auffi en Allemagne , & même
il y en a quelques plants dans la Généralité ,
fur le Territoire de Cabourg, près de Dives
, & fur ceux d'Hermanoille & d'Oyftrehans
, près Caen ; il eft facile à multiplier
; il feroit feulement à defirer que
fes racines fuffent un peu plus fibreuſes ;
cependant tel qu'il eft , on eftime qu'il
peut être fort utile dans la conſtruction
des digues , parce qu'on efpère que les
tunages & clayonages auxquels on pourra
l'employer prendront racine , & ne pourriront
pas comme ceux faits avec les
bois ordinaires , même avec le faule &
l'ofier, que l'eau falée fait mourir. L'effai
du Tamaris doit être fait ; mais il peut
être d'autres arbustes ou plantes inconnus
dans ce Pays, & qui lui foient préférables .
Les Mémoires feront adreffés avec les
formalités prefcrites par toutes les Académies
, pour que les Auteurs ne foient
counus qu'après le jugement , fous le couvert
de M. Efmangart , Intendant de
Caen , ou francs de port , à M. Moizan ,
Profeffeur d'Eloquence , & Secrétaire
A O UST. 1777.
163
perpétuel de l'Académie ; favoir , pour la
première queſtion , avant le premier Février
1778 , & pour la feconde, avant le
premier Octobre de la même année.
Le concours ne fera interdit qu'aux
feuls Membres titulaires de l'Académie ,
les Correfpondans & Affociés de la Province
, font particulièrement invités à
s'occuper des queftions propofées.
I L.
Séance publique de la Société Royale d'Agriculture
d'Auch , tenue le 10 Mai
1777.
La Société Royale d'Agriculture
d'Auch , célébra le 10 Mat , felon
fon ufage , l'avénement du Roi au
Trône ; M. l'Archevêque d'Auch
Membre de la Société , dit la Meffe
Pontificale. L'après-midi du même jour ,
la Société tint fa féance publique , où
on fit , pour la première fois , la diftribution
des Prix que Sa Majefté a bien
voulu accorder à la protection dont M.
Bertin , Miniftre , honore cette Société ,
& à la follicitation de M. de la Boulaye,
164 MERCURE DE FRANCE .
>
Intendant , qui , connoiffant le bien
qui peut en réfulter pour fa généralité ,
prévient toujours les occafions de le lui
procurer. On a d'abord adjugé une gerbe
d'argent pour Prix du meilleur ouvrage ;
il avoit pour titre : Mémoire fur la culture
des pommes de terre , & l'avantage
qu'ily auroit qu'elle fût pratiquée en Gaf
cogne.... & pour devife.... Loquere terra &
refpondebit tibi. M. Beguillet , Infpecteur
des Vingtièmes de la Généralité
d'Auch , en eft l'Auteur . Enfuite on
a diftribué des Prix pécuniaires aux
meilleurs cultivateurs & améliorateurs
des différentes Communautés qui avoient
été défignées & vifitées par des Commiffaires
nommés par le Bureau de la Société
. Cet encouragement , accompagné
du certificat honorable qui fut donné à
chacun de ces bons Laboureurs
duifit la plus vive fenfation : le Peuple ,
peu démonftratif , ne put diffimuler le
zèle & l'émulation dont il fe fentoit pénétré
; il n'a qu'un cri pour demander
les inftructions de la Société , qui fait
tous fes efforts pour l'engager de les
mettre en pratique. La Société a donné
pour fujet du Mémoire , qui devra concourir
pour le Prix d'honneur , l'année
, proAOUST.
1777.
165
cupe
prochaine.... quelle feroit la méthode la
moins difpendieufe pour fe procurer des
fourages dans des mauvais terreins , fans
le fecours du fumier , & d'y rendre fertiles
les prairies hautes & moyennes . Les Mémoires
doivent être remis dans le cours
du mois de Février , à M. le Secrétaire
perpétuel , fous la double enveloppe de
M. l'Intendant d'Auch ; la Société s'ocfi
férieufement de fon objet , qu'elle
a délibéré de fe cottifer pour prendre dif
férens fonds où elle fera , à fes frais , des
expériences d'agriculture démonftratives
au Public . M. l'Archevêque d'Auch , qui
affifta à la Séance publique , comme
Membre de la Société , fut fi pénétré de
l'émulation & du fentiment qu'infpirèrent
les Prix qui furent diftribués
qu'il annonça qu'il donneroit à pareil
jour de l'année prochaine , deux Prix
pécuniaires aux deux Particuliers qui auroient
le mieux cultivé les pommes de
tèrre. Ce Prélat , connu par fa bienfaifance,
& qui a mérité la couronne civique
, plein de zèle pour procurer l'avantage
de fes Diocéfains , a cru avec
raifon , que cette culture , jufqu'à- préfent
inconnue dans cette Province , y feroit
de la plus grande reffource pour la
166 MERCURE DE FRANCE .
fubfiftance des hommes & des animaux ,
fur-tout dans les circonftances malheureufes
auxquelles elle eft fréquemment
expofée.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue avec fuccès les repréfentations
d'Ernelinde. Mademoiſelle Durancy a
heureuſement remplacé Mademoiſelle
le Vaffeur dans le principal rôle , & M.
Lainée joue & chante avec applaudiffement
le rôle de Sandomir.
Ce fpectacle , foutenu par une grande
variété, par une mufique d'effet , & par
des chants bien modulés , fera toujours
beaucoup de plaifir.
On répète l'Olympiade, Tragédie ty
rique , dont la mufique eft de M. Sacchini
, célèbre Compofiteur Italien.
A O UST. 1777.. 167
8,
20-
1
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François continuent
les repréfentations de Gabrielle de Vergy,
fpectacle terrible, joué avec tant d'énergie
& de vérité , que l'on veut le revoir ,
& que l'on ne peut s'empêcher de le
repouffer en le voyant.
On prépare à ce Théâtre plufieurs
nouveautés, entr'autres , l'Amant Bourṛu,
Comédie nouvelle de M. Monvel , Auteur
& Acteur très- diftingué.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné
le famedi 19 Juillet , la repréfentation
d'Erneftine , Comédie en trois actes , mê
lée d'ariettes
Erneſtine vit dans l'aifance qu'une
Parente femble lui procurer , & dans
l'exercice des arts de la mufique & de
la peinture , qui font fes délices ; elle eft
fur-tout très-fenfible à la tendre amitié
168 MERCURE DE FRANCE.
d'un jeune Seigneur , plein de vertus &
de belles qualités . Sans ceffe occupée de
lui , elle croit encore le voir lorfqu'il eſt
abfent : elle le peint ; elle fait & recommence
fon portrait tel qu'il eft gravé dans
fon imagination. Sa Femme-de-chambre
lui fait avouer , fans peine , que cette
amitié reffemble beaucoup à l'amour.
Cette Suivante eft l'amie de l'Intendant
du Marquis leur fort dépend du mariage
de leurs Maîtres . Ils concertent les
moyens de le faire réuffir ; mais l'Intendant
prévoit des obftacles qui l'inquiètent,
& il a des fecrets qu'il ne veut pas dire .
Cependant le Marquis tant defiré arrive ;
on veut l'introduire chez Erneftine . Le
peu d'empreffement qu'il a de la voir ,
annonce quelque fâcheufe aventure . En
effet le Marquis ne fait comment prévenir
Erneftine de la volonté de fon père ,
qui veut lui faire époufer une riche héritière
; & que ni fes refus , ni fes prières
n'ont Réchir. Erneftine vient ,
& marque par les plus tendres foins , le
plaifir qu'elle a de le voir. Elle lui préfente
e boîte qui renferme un por
trait , dont elle ne peut affez faire l'éloge.
Le Marquis fe reconnoît dans cette peinture
: fa fenfibilité égale fa furprife . Elle
pu
veut
A O UST. 1777. 169
veut auffi qu'il juge de fes progrès dans
la mufique ; elle femble lui faire un
hommage continuel de fes études & de
fes talens. Tant de candeur , tant de vertus
& d'attachement , lui font échapper
des regrets de prendre un autre engagement.
Sa trifteffe alarme Erneftine ; elle
en ignore encore le fujet. Le Marquis
craignant de l'affliger , s'éloigne d'elle ;
il donne des ordres à fon Intendant , &
le rend confident de la réfolution où il
eft de tout facrifier à fa paffion. L'Intendant
cherche à le raffurer , en lui difant
qu'il foupçonne que la riche héritière
que fon père veut lui faire époufer , en
aime un autre que lluuii , , & que cet amour
pourroit favorifer celui qu'il a pour Erneftine.
Le Marquis repouffe cette idée ;
mais l'Intendant s'y attache , & charge
un Domestique de courir en pofte , &
d'aller prendre certaines informations .
Cependant la parente d'Erneftine , alarmée
que le Marquis ait pris fon nom
pour faire paffer à Erneſtine des richeſſes
qu'elle n'auroit pas voulu accepter de
lui , craint que ce ne foit des piéges tendus
à fa vertu , & une furprife faite à
fa délicateffe. Elle lui en fait part ; elle
s'informe en même-tems du mariage du
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Marquis cette double nouvelle l'accable
de douleur . Erneftine veut renoncer à
fes préfens & jufqu'au plaifir de le voir.
Le Marquis eft indigné que l'on ait ofé
calomnier fes intentions & fes bienfaits :
il s'engage envers fa Maîtreffe de ne
point former d'autres noeuds ; mais Erneftine
le refufe encore , ne voulant pas
être la caufe de fa défobéiffance & de
fes malheurs heureufement le Courier
envoyé par l'Intendant , apporte des nouvelles
du mariage de la riche héritière ,
ce qui rend au Marquis la liberté de
former l'union qu'il defire , & ce qui
lui concilie la volonté de fes parens.
:
Le Poëte a négligé de ménager dans
cette Pièce des fituations , des contraſtes
& des caractères , qui euffent rendu
l'action plus vive & plus intéreffante .
L'Amateur, très- diftingué par plus d'un
talent , qui a compofé la mufique , a tiré
tout le parti qu'il pouvoit d'un plan auſſi
ingrat on a remarqué des duo trèsagréables
, des airs brillans , des morceaux
d'enſemble qui lui font honneur ,
& qui atteſtent un bon ftyle , avec beaucoup
de connoiffance , de facilité & de
talent. Mais en France , on juge le poëme
avant la mufique , & l'art du Muficien
A O UST . 1777. 171
ne peut jamais couvrir entièrement les
défauts du Drame.
Les principaux rôles de cette Pièce
ont été remplis par Mefdames Trial ,
Billioni & Dugazon , par MM . Clairval ,
Trial & Narbonne.
2
On a donné fur le même Théâtre ,
le mercredi 23 juillet , la première repréfentation
de Laurette , Comédie nouvelle
en un acte , mêlée d'ariettes.
Laurette , douée de tous les dons de
la nature , mais dépourvue de fortune
eft retirée avec fon père dans un petit
bien de campagne , qui fournit à peine à
leurs befoins . Cette aimable fille eft deftinée
à époufer un riche Fermier , qu'elle
n'aime point ; heureuſement pour elle ,
un incendie dans le hameau a attiré les
fecours & la bienfaiſance d'un jeune
Seigneur qui , dans cette circonftance ,
a vu Laurette , & qui en eft devenu
paffionnément amoureux. Ce Seigneur
forme dès- lors le projet de s'unir par
d'éternels liens à cette beauté. Envain fon
Ami veut- il le détourner de ce deffein &
en plaifanter , ily perfifte & cherche les
Hij
72 MERCURE DE FRANCE.
moyens d'obtenir le confentement de
Laurette ; ce qui lui eft d'autant plus facile ,
que Laurette n'a pu fe défendre de l'aimer.
Blaife le Fermier fent bien que ni
fon âge , ni fa fortune , ni fon état ne
fauroient plaire à cette jeune beauté. It
n'en peut plus douter , lorfqu'une Commère
du Village rapporte ce qu'elle a vu
& entendu des amours de Laurette & du
Marquis . Ce Seigneur eft lui- même furpris
par le père de Laurette , au moment
qu'il lui propofe de l'emmener. Laurette
témoigne combien elle feroit affligée de
quitter fon malheureux père ; mais fon
Amant attefte qu'il veut faire fon bonheur
& celui de fa famille. Le Marquis
va fe difpofer pour fon départ avec fon
Amante. Le père de Laurette vient alors
lui reprocher fa honte & fon ingratitude :
elle ne peut réfifter à ces juftes plaintes ;
elle avoue fa faute , dont fon amour eſt la
cauſe & l'excufe. Le Marquis eft interdit
de retrouver fon Amante avec fon père :
il fe jette aux pieds du Vieillard ; il lui
demande pardon de fes torts , & proteſte
qu'il veut les réparer en époufant Laurette
. Le père fait remarquer à fa fille
combien le crime humilie l'homme ;
cependant il confent à leur mariage
AOUST. 1777. 173
comme au feul moyen de réparer leur
faute ; mais il veut encor refter dans fon
obfcurité. L'Ami du Marquis furvient
lorfque tout s'arrange : il ne peut s'empêcher
de marquer fa furpriſe d'une alliance
fi difproportionnée. Le père alors.
apprend que fa naiffance eft égale à celle
du Marquis ; & que fi fa fille n'eſt pas
inftruite de fa noble origine , c'est que
l'infortune l'a obligé de lui en faire un
fecret. Le père embraffe fes enfans , &
leur pardonne. Blaife le Fermier ne pouvant
obtenir Laurette , reçoit un préfent
du Marquis , & épouſe la bonne Ménagère
qui a pris foin de l'avertir que
Laurette n'étoit pas pour lui , & qu'elle
lui convenoit beaucoup mieux .
L'Auteur, avec de l'efprit & du talent, a
mis trop peu d'art dans la conduite de cette
Pièce; il n'a point fu préparer & ménager
l'intérêt de l'action , & il a trop négligé
fon ftyle. M. Merault , Compofiteur
diftingué , a fait la mufique de cette
Pièce , où il a développé fes talens &
fes connoiffances : plufieurs airs & quelques
morceaux d'enfemble ont été fort
applaudis. On a trouvé feulement qu'il
s'eft fouvent élevé au- deffus du genre
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
qu'il devoit traiter , & qu'il n'a pas tou
jours proportionné fa mufique aux carac
tères des perfonnages & à l'expreffion
des paroles.
Les principaux rôles de cette Pièce
ont été très -bien joués & chantés par
MM. Julien , Trial , Narbonne , Michu ,
& par les Demoifelles Colombe &
Moulinghen.
On a remis le mardi 22 Juillet , Arlequin
Sauvage , Comédie Françoife , en
trois actes & en profe , de Delifle . Cette
Pièce , remplie d'une philofophie agréable
& gaie , eft parfaitement jouée par
M. Carlin , Acteur fi vrai , fi naturel , f
aimable , a été très-bien accueillie .
I
*
A O UST. 1777. 175
ARTS.
GRAVURE S.
I.
La Promeffe approuvée , Eftampe de 16
pouces 6 lignes de largeur , fur 13
pouces 6 lignes de hauteur , gravée
d'après le tableau original de M. Lépicié
, Peintre du Roi , par M. Hemery.
A Paris , chez l'Auteur , rue
Caffette , maifon d'un Sellier ; &-
chez M. Lépicié , Peintre du Roi , à
l'Académie Royale de Peinture & de
Sculpture. Prix 6 liv.
LA fcène de ce tableau nous repréſente
un jeune homme & une jeune fille , qui
fe donnent la foi conjugale en préfence
d'une mère de famille. Ce tableau , lors
de la dernière expofition des Ouvrages
de l'Académie Royale de Peinture , a
obtenu les fuffrages des Amateurs par la
naïveté des expreffions , la vérité des
détails & l'intelligence du clair obfcur.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
4
Le fieur Hemery , Elève de feu Claude-
Donat Jardinier , a fu mettre à profit les
leçons de cet habile Graveur , pour caractériſer
les différens objets de ce tableau
, & donner à fon burin de la couleur
& de l'harmonie . Ce même Artiſte
grave , d'après un autre tableau de M.
Lépicié , une feconde Eftampe , qui fera
pendant à celle que nous venons d'annoncer.
I I.
L'Amour dédié au beau fexe , Eftampe
nouvelle , de 14 pouces de hauteur , &
11 de largeur , gravée avec beaucoup de
foin & de talent , d'après le tableau de
M. Greuze , Peintre du Roi , par B. L.
Henriquez , Graveur de Sa Majesté Impériale
de Ruffie , rue Saint-Jacques , visà-
vis le Collége du Pleffis . Prix , 3 liv.
Cette Eftampe fait fuite à la jeune fille ;
qui pleure la mort de fon oifeau ; à la voluptueufe
, &c. &c. peints par le même
Artifte.
On lit ces vers au bas.
Sexe charmant , c'eft à vous qu'il fourit ;
Il veut vous couronner, mais il cache fes armes.
A O UST. 177. 1777
Fuyez fi de l'amour vous redoutez les charmes,
De fa bleffure , hélas ! jamais on ne guérit
I I I.
Le fecond Cahier du fupplément à
la Botanique mife à la portée de tout le
monde , par Madame Regnault , a paru
au commencement de Juillet . Il eft compofé
, comme le précédent , de vingt
Planches , & fe paie 24 liv. A Paris ,
chez Regnault , Peintre & Graveur , rue
Croix-des - Petits-Champs , au magaſin
de chapeaux des troupes , & chez les
Libraires qui ont fourni l'Ouvrage .
On trouve `chez les mêmes , les
écarts de la nature , en 42 Planches , y
compris le grofeiller , & les quadrupèdes
pour l'Euvre de M. de Buffon ; le tout
colorié .
›
MUSIQUE.
I.
QUATRIÈME Recueil des Vaudevilles ,
des Opéras-comiques , arrangés pour le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
clavecin ou le forté- piano , dédiés à Madame
la Comteffe d'Erouville ; par M.
Benault , Maître de clavecin . Prix , 1 l.
16 f. Chez l'Auteur rue Dauphine ,
près la rue Chriſtine , & aux adrelles ordinaires
de mufique.
I F.
On trouve de même & aux mêmes
adreffes , le vaudeville , Ah vous dirai-jė
maman, avec vingt- quatre variations ar-
Langées pour le clavecin ou le forte-pianos
dédié à Mademoiſelle Becony de Leoube
Prix , 2 liv. & f.
TOPOGRAPHIE
3
Nouvean Plan de la Ville de Paris & defes
Faubourgs. A Paris , chez Desnos
rue Saint-Jacques . Prix 12 liv. en
feuilles , & 1 liv . relié .
CE Plan compofé de plufieurs feuilles
aétant raffemblé , s pieds 10 pouces de
large fur 4 pieds 6 pouces de haut. Il eſt
divifé en 20 quartiers ; & préfente dans
"
AOUST. 1777 . 179
fon développement, les nouvelles rues ,
les nouveaux Edifices , différens paffages
nouvellement pratiqués , & autres détails
fatisfaifans. Il peut fervir , par fon éten
due , à décorer les corridors , les veftibules
, les falles à manger , &c.
Le fieur Defnos , qui a raffemblé dans
fon magafin beaucoup d'Ouvrages relatifs
à l'Hiftoire. Naturelle , & fur-tout à la
Géographie , en a dreffé un Catalogue ,
qu'il diftribue gratuitement aux Amateurs.
LETTRE A M ***
SUR la manière d'enſeigner à lire aux
enfans , par l'Art Typographique.
Dans notre dernier entretien , Monfieur , vous
me parlâtes avec tant de précision de la Typogra
phie , comme d'une méthode qui , dans l'efpace
de quelques mois , conduit avec certitude les enfans
d'une manière enjouée , non - feulement à
la lecture , mais encore ,, ajoutâtes vous, à la
connoiffance de l'Orthographe , que je réfolus
dès lors de me mettre abfolument au fait de ce
fystême. Pour y réulfir , je ne perdis point de
tems à faire les démarches néceffaires chez plu
heurs de ceux qui le croyent en état de le mon-
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
trer. Pas un d'eux ne m'ayant fatisfait , je décou
vris enfin un homme qui a été inftruit des principes
de ladite Méthode par l'Auteur même ** .
Jufqu'à la converſation que nous eûmes enſemble
fur ce fujet , j'en avois conçu , comme beaucoup
d'autres , des idées affez bizarres , me confor
mant aux fentimens de diverfes perfonnes qui ne
la connoiffent que très - imparfaitement , & qui
par conféquent caufent grand dommage à la belle
& prompte lectare ; peut-être même pourroit-on
dire à la république des Lettres : mais ce Maître
m'en ayant fait fentir clairement le fond , j'en
juge maintenant d'une toute autre façon . Il m'a
démontré a évidemment la folidité de cette Méthode
, que j'en peux raifonner comme un de fes
Partifans les plus zélés ; & comme je fais , Monfieur
, que vous aimez le vrai , je vais vous en
expofer toute l'étendue avec le moins de prolixité
qu'il fera poffible.
D'abord je compris que la dénomination que
l'on donne aux lettres de l'Alphabet , dans ledit
fyftême , ayant pour baſe la nature & la raifon
elle ne peut jamais induire en erreur , puifque les
noms des caractères y ont la vraie prononciation
qu'ils énoncent dans les fyllables & les mots qu'ils
compofent, en confultant fidèlement les fons qui
fe font entendre .
Le fieur Chompré , frère de l'Auteur du petit
Dictionnaire de la Fable, demeurant rue Saint-Jacques
au- deffus des Mathurins.
** Feu M. Dumas
A O UST. 17776 181
Comme il n'y a rien à dire fur les voyelles fim
ples , nous ne nous y arrêterons pass mais les
difficultés font grandes à l'égard de la dénomi
nation que les confonnantes portent dans la
méthode ordinaire ; & pour applanir ces difficultés
, voici les noms qu'elles doivent avoir
& qu'on leur donne par la Typographie , avec
un exemple ou deux fur chacune.
Le caractère Bb s'appelle be , comme dans le
mot bar- be, &c.
La lettre Ce ayant deux effets différens , fe
nomme ce ou ke , étant ce , dans les mots ra-ce
ci- ron , &c. & ke dans les mots roc , caroffe , &c.
Le caractère Dd , s'appelle de , comme dans le
inot cor-de , & c.
La lettre Ff, le nomme fe , comme dans le
mot caraf-fe, &c.
Le caractère Gg a deux effets différens ; favoir,
ge & gue , comme dans le mot gi-got , où l'on
voit que dans la première fyllable , la prononciation
gi eft douce ; & que dans la feconde , got ,
fon eft dur , & c.
le
La lettre Hh s'appelle he , quand elle eft afpirée
, comme dans les mots Héros , houblon , &c.
autrement elle eft muette, comme dans les mots
habit , homme , humeur, &c.
Le caractère Jj, fe nommeja ou je, ad libitum,
comme dans le mot jamais , & dans l'expreffion
dis-je , & c.
La figure Kk, porte fa prononciation de ke
dans toutes les occafions où elle eft employée.
La lettre Ll, fe nomme le , comme dans le
mot mule , &c.-
181 MERCURE DE FRANCE.
Le caractère Mm , s'appelle me , comme dans
le mot li -me , &c.
La lettre Nn , fe nomme ne , comme dans le
mot lu-ne, & c .
Le caractère Pp, eft appelé pe , comme dans
ke mot fou-pe , & c.
La lettre Q4 , le nomme ke ou que , comme
dans les mots coq , bicoque , &c.
Le caractère Rr , s'appelle re
mot poi-re , & c .
comme dans le
La lettre ou figure Sfs , a deux effets , qui
font , ſe ou ze , comme dans les mots feur ,
maifon , &c.
Le caractère Tt , fe nomme te ou fi , comme
dans les mots ra- te , ra-ti on , &c .
La lettre Vv , fe prononce ve , comme dans le
mot chiu-ve , &c.
La figure Xx , ayant quatre effets , ne porte
néanmoins que deux noms principaux , qui font ,
kfe ou gze, comme dans les mots ta-xe , exil, &c.
Ses deux autres fonctions ; favoir,fe & ze, fe reconnoffent
dans les mots, deuxième , & dans Aix,
Ville capitale de la Provence , & c. 1
Le caractère Yy, fe prononce ye , comme dans
les mots yeux , dieul , &c. Il s'emploic aflez fou
vent auffi comme voyelle , faifant lui feul mosofyllable
, comme dans le verbe imperfonnel , it
&c. y a >
La lettre Z eft appelée ze , comme dans le
mot bu-ze , tuyau d'un foufflet , &c .
10
:1 L'embarras où fe trouvent les enfans , par la
AOUST. 1777. 183
méthode ordinaire , quant à l'épellation des confonnes
fimples, n'eft prefque rien en comparaifon
de plufieurs de ces mêmes confonnes de fuite fans
voyelles ; & c'eft à quoi la Typographie ſupplée
facilement, parce qu'il n'y a point à deviner pour
la conclufion ou conféquence des fyllabes ou
elles font employées : j'expoferai ici des exemples
de chacune ; & je fuis déjà comme affuré ,
Monfieur , que vous jugerez favorablement des
progrès que j'y ai faits.
Les deux caractères eh , joints enfemble , fe
nomment che ou ke , dont la conféquence le voir
dans les mots Charron , chaos , &c.
La figure & fe nommant kte ou xi , il eft facile
de reconnoître ces deux valeurs dans les mots
Actéon & action , & c.
Les deux lettres ou caractères g & n, joints
enfemble , fe nomment typographiquement gne
ou guene , & s'emploient dans les mots mignon,
agneau , &c. ainfi que dans ceux de gnomon ,
gnoftique , &c.
Le même caractère g, accompagné d'un u de
cette manière , gu , eft toujours prononcé du fon
dur gue , comme dans les mots langue , bague ,
&c.
Les fons mouillés il , ill, ille , lle , l'h , ſe manifeftent
dans les mots fauteuil, mailler, rouille,
bille , gentilhomme , & c.
Les deux lettres ph, jointes enfemble , fe
prononcent fe , comme dans le mot Philofophe ,
&c.
Les caractères rh, ont la même prononciation
que re fimple , comme dans le mot rhume, &c
184 MERCURE DE FRANCE.
Les deux lettres th , jointes enfemble , ont le
même nom que le te fimple , comme dans les mots
thème , théorie , Marthe , &c.
Les deux caractères ft , joints enſemble , forment
une figure qui fe nomme fte, & s'emploie
dans les mots style , bastille , & c . Le Maître
Typographe en queftion , m'a certifié qu'un jour
ayant demandé à un enfant de trois ans & demi ,
quelles lettres ou fons il falloit pour faire le mot
fttrophe ; le petit Élève , fans héfiter , lui répon
dit , ftre- o -fe , puis courant à fon bureau d'Imprimerie
, où n'ayant pas trouvé le fon compofé.
des trois lettres ftr , dans le caffeau étiqueté ft,›
où il auroit dû être , fi on l'y eût mis , l'enfant
fe retourna , & dit en pleurant il n'y eft pas.
Ce trait prouve la fécondité des idées juftes &
des fons véritables que la méthode Typographique
préfente à l'imagination même de la plus
tendre jeuneffe , par le feul organe de l'ouie.
Obfervation fur les diphthongues & autres
fons de la Langue françoife , compofés
de plufieurs voyelles enfemble , & même
avec des confonnes.
Je croyois n'avoir plus de connoiffances à acquérir
dans la nouvelle Méthode , quand je me
vis au fait de la vraie dénomination des lettres
confonnes fimples & compofées ou jointes enfemble
; mais je fus bien furpris lorfque le
Maître de Typographie s'étendit fur les fons de
notre Langue compofés de plufieurs voyelles.
A O UST.~ 1777. 185
Je redoublai donc alors mon attention , & j'appris
qu'il y en a grand nombre tous auffi effen
tiels & frappans les uns que les autres ; tels font
fpécialement les fix fortes de E ; enfuite les fons
primordiaux compofés de voyelles , même avec
des confonnes qui leur font fouvent jointes fans
être prononcées , comme au , eu , oi , ou , ui ,
lefquels fons pourroient être défignés par les
noms de diphthongues , ou fi l'on veut triphthongues
oculaires , afin de les diftinguer des vérttables
diphthongues & oe .. En voici des exemples
de chacun , ainfi que des voyelles compofées
ha , he , hi , ho , hu, de même que des
voyelles nafales an , en, in , on , un.
,
Premièrement , les deux diphthongues æ , & , ne
changent jamais le fon qu'elles portent naturellement
dans tous les mots où elles font employ
es , comme dans les noms propres Cafar ,
Edipe ; & dans le mot oeconome , & c . Le caracère
ou voyelle E , comme un autre Protée .
change prefqu'a tout bout de champ de fon ou
prononciation , & porte quatre noms ; favoir ,
>
muet ou féminin effectif ou fous entendu
comme auxiliaire après toutes les confonnes fimples
ou compofées ; étant marqué d'un accent
aigu , c'est - à- dire , pofé au - deffus & tombant
de droite à gauche , il fe nomme e fermé, comme
dans les mots bonté , vérité , &c. Avec un accent
grave au-deffus & tombant de gauche à droite ,
il s'applle e ouvert bref , comme dans les mots
exprès , procès , & c. Marqué d'un accent circonflexe
ou chevron brifé au-deffus , il porte le nom
d'e long, ou bien ouvert , comme dans lès mots
Fête, Prêtre, &c.
186 MERCURE DE FRANCE.
Les voyelles a-u , e-a- u , & c . jointes enfemble,
portant à l'oreille le fon de l'o fimple , il en réfulte
les mots étau , fardeau , & c.*
Les deux caractères ou voyelles e- u , donnent
enfemble le fon eu , comme dans le motfeu , & c.
de même que la diphthongue a , jointe avec lá
voyelle u, font enfemble le même fon eu, comme
dans le mot coeur , &c.
Les deux voyelles o - i , jointes enfemble ,
donnent le fon oi , comme dans les mots Loi
Roi , &c.
Les deux voyelles o -u , portent le fon ou
comme dans les mots clou , loup , filoux , &c.
Enfin , les deux voyelles u- i , jointes enſemble ,
donnent naturellement le fon ui, comme dans les
mots étui , aujourd'hui , &c.
La voyelle compofée ha , eft employée fans
afpiration dans le mot habit, & c. La voyelle com
polée he , le reconnoît dans les mots herbe
héritage , &c. De même la voyelle composée hi ,
eft employée dans les mots hier , hiver ou hyver,
&c. Les voyelles compofées ho & hô , le voyent
dans les mots homme , Hôtel , &c. Il en eft de
même de la voyelle compofée hu , & initiale dans
les mots humeur , humilité , &c.
Les caractères ou lettres a - n , joints enfemble,
donnent à l'oreille le fon nafal an , comme
dans le mot ruban , & c. De même fes dérivés
a-m , e- m , e-n , a- o-n , e- a- n , joints enfemble ,
portent le même fon an , comme dans les mots
Adam , emploi , entendement , faon , paon , Jean,
&c. Les lettres ou caractères è -n , forment la
nafale èn , comme dans Ruben , Doyèn , moïèn
A O UST. 1777. 187
liền , &c. Le i & le n , qui compofent la nafale
in , de même que
fes dérivés i - m , a-i-m , a- in,
e-i-n , ym , y-n , donnent tous le même fon de
cette pafale in , dans les mots vin , lin , impair,
faim , pain, fein & ferein , fymbole , Syndic , &c.
Les lettres o-n , jointes enfemble , compofent la
nafale on , ainfi que fes dérivés om , a o⋅n ,
e- on , & donnent tous le même fon à l'oreille ,
comme dans les mos jambon , ombre , taon •
forte de groffe mouche , pigeon , &c. Ainfi le
& le n donnent le fon un , comme dans les mots
alun , aucun , &c. Il en eft de même des caractè
res h-u-m , qui , joints enfemble , donnent le
même fon un dans le mot humble , & c.
que
On doit juger par cette petite expofition
fi les enfans ne font pas de grands & rapides
progrès par la Typographie , ce ne peut
affurément être la faute de cette Méthode ,
comme quelques uns le prétendent ; mais qu'elle
vient des Maîtres qui , n'en connoiffant que ,
quelques foibles parties , la montrent mal. Les
parens ne prendront donc jamais trop de précaution
pour le choix d'une perfonne entièrement
verfée dans la pratique de ce noble &
agréable exercice , s'ils ne veulent courir le rifque
de faire perdre le tems à leurs jeunes familles,
perte qui eft de la dernière importance.
J'ai l'honneur d'être , &c .
188 MERCURE DE FRANCE.
SYNONYMES FRANÇOIS,
Candeur , Franchiſe.
LA candeur expoſe naïvement notre
ame aux yeux des autres . La franchiſe
leur préfente librement notre opinion .
Par la candeur on dit ce qu'on fent , parce
qu'on le fent. Par la franchiſe on dit ce
qu'on penfe , parce qu'on croit ordinairement
devoir le dire.
La candeur eft d'une ame fimple. La
franchiſe eſt d'un efprit hardi . Le déguifement
eft oppofé à la candeur : la diffimulation
l'eft à la franchiſe .
La franchife fait des récits fincères.
La candeur fait des aveux ingénus . La
franchife tient à la fincérité , la candeur
à l'ingénuité. Celie-là n'eft que vraie
celle-ci eft naïve. J'eftime la première de
ces qualités ; j'adore la feconde.
L'homme candide dit la vérité malgré
les périls qu'il y a à la dire. L'homme
franc la dit , fans envifager fes dangers.
La candeur ne convient qu'à l'innocence.
La franchife eft du moins enneAOUST.
1777. 189
mie de certains vices. Une franchiſe fou .
tenue exige des efforts de courage , car il
en faut pour être vrai vis -à-vis des coeurs
qui ne font pas bons. La candeur fera
fimplement le récit , le noble aveu de fes
fautes , & l'aveu de fes belles actions ,
plus noble encore , parce qu'il fera modefte.
C'eſt un héroïfme fans effort.
Nous trouvons quelquefois , dans les
procédés & les difcours des grands hommes
, de l'orgueil & de la vanité où ils
n'ont mis que de la candeur. Ne leur
feroit- il donc pas permis d'avoir le fentiment
de leurs vertus , & d'agir d'après
ce fentiment ? Quelquefois on fe glorifiera
de franchiſe où l'on n'aura fuivi que
fon orgueil , fon caprice , fon humeur
fa méchanceté ; & c'eft fur- tout loríque
la franchiſe ne doit pas tourner au profit
de la fociété , ni de celui qu'on cenfure.
Les ames diftinguées par la candeur
ont rarement une jufte opinion d'elles,
Leurs fautes ne font que des erreurs , elles
s'en accuferont fans contrainte. Avec de
la fimple franchife , on pourra fort bien
s'apprécier , même trop haut ; on péchera
avec connoiffance de caufe , & l'on at¬
tendra d'être accufé pour confeffer la
vérité. Zaqa
T༡༠ MERCURE DE FRANCE.
La candeur nous concilie les coeurs. La
franchife les aliéne fouvent , parce que
l'une femble avoir deffein d'humilier
l'orgueil des autres fans notre orgueil , &
l'autre de foumettre notre amour- propre
à l'amour- propre des autres.
Notre candeur est toujours à notre
gloire . Notre franchiſe pourroit bien ne
faire honneur qu'à nos amis . Je m'explique
la bonté , la docilité , la confiance ,
les follicitations de nos amis , nous ouvriront
le coeur malgré nous , & alors
notre franchife fera leur ouvrage , leur
mérite. Mais , qui nous infpirera la candeur
, fi ce n'eft l'innocence ?
Il faut diriger la franchife & laiffer la
candeur à elle- même. La franchiſe eſt
circonfcrite par la loi des égards , des
bienféances , du devoir , de la charité . Il
eft à craindre qu'elle ne foit dure , inju>
rieuſe , nuifible , infupportable. Je ne
crains rien pour l'innocente candeur . Il
eft toujours féant & honnête de fe faire
un vifage de fon ame , s'il m'eft permis
d'employer cette expreffion. La candeur
infpire aux autres , & attire à elle la franchife.
Une ame candide va de grand coeur
au-devant d'un homme franc.
La néceffité de mettre un mafque fur
AOUST. 1777. 191
nos vices, a entraîné celle de reſpecter les
vices de nos pareils ; & il faut bien s'en
impofer à foi-même pour ofer affecter la
franchiſe lorfqu'on ne peut pas l'autorifer
par la candeur.
Soignez fans rudeffe & fans humeur
l'innocence de vos enfans , & récompenfez
tendrement leur franchiſe, vous conferverez
leur candeur.
Deux hommes feroient regardés com
me des Dieux fur la terre , celui qui fau
roit toujours dire la vérité ou ce qu'il
croit la vérité, fans offenfer perfonne, &
celui qui pourroit révéler tout ce qu'il
fait & tout ce qu'il fent fans avoir jamais
à rougir.
II y aura dans la fociété plus de franchife
quand les homines défireront fins
cèrement devenir meilleurs , & plus de
candeur quand ils le feront de venus.
La candeur fe trouvera plutôt chez les
femmes , parce qu'elles ont naturellement
plus de fimplicité & de délicateffe , & il
y aura plus de franchiſe parmi les home
mes , parce qu'ils ont plus de courage &
de liberté. Mais par la tournure des
moeurs , la candeur n'eft peut - être pas
plus l'apanage des femmes › que la
franchiſe l'eft des hommes.
Par M. de Trefféol.
192 MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
LE
I.
E fieur L. F. Dellebarre , Opticien
très- connu par le Microſcope qu'il a inventé
, ayant , depuis fon féjour à Paris ,
fait à ce même Microfcope des changemens
& additions confidérables , qui en
ont beaucoup perfectionnéla conftruction
& les effets , le préſenta dernièrement &
le foumit à l'examen & au jugement de
l'Académie Royale des Sciences , où il lut
en même temps un Mémoire très - détaillé
fur la différence de la conftruction & des
effets de cet inftrument d'avec tous ceux
qui l'avoient précédé. MM . de Montigny
, le Roi & Briffon , nommés par
l'Académie , Commiffaires pour l'exami
ner , en firent , le 21 de Juin dernier , le
rapport le plus avantageux & le plus honorable
pour fon Auteur , & l'Académie,
en conféquence , lui donna fon approbation
, « Cette construction du Microſcope
→ du fieur Dellebarre , difent les Commiffaires
,
A O UST. 1777. 193
"
"
و د
ود
miffaires , qu'Euler lui- même a regardée
» comme difficile , eft d'un mérite réel ,
» & fournit aux Phyficiens un inftrument
qui leur fera d'une grande utilité ; c'eſt
pourquoi , d'après tout ce que nous
» venons de dire de la conſtruction de cet
» inftrument , des nouveaux avantages
qu'il renferme , & de la beauté de fes
» effets , dont nous avons été très-fatiffaits
, nous croyons devoir conclure que
» le Microfcope préfenté par le fieur
Dellebarre eft , de tous les inftrumens
» de ce genre qui nous foient connus 、'
» celui qui renferme le plus de commo-
» dités pour l'Obfervateur , & qui , en
amplifiant le plus l'image , la fait voir
» avec plus de netteté , & qu'en confé-
» quence il mérite , à jufte titre , l'appro-
» bation de l'Académie » .
"
พ
ود
"
Ce Microfcope fe vend à Paris , rue S.
Jacques , près Saint Yves , chez le Sieur
Letellier , Ingénieur en Optique de la
Reine , & Affocié de l'Inventeur.
I I.
M. Lavocat , Mécanicien de la Cour
de Bruxelles, demeurant à Champigneul ,
près de Nancy , eft Auteur de quelques
Ι
194 MERCURE DE FRANCE.
nouvelles inventions , dont voici la notice
:
1. Une Machine portative , fort folide
, tenant lieu de Preffòir , & qu'on
peut employer pour tout ce qui eft fujer
à la preffe,comme les étoffes, les draps , &c.
Il n'entre dans fon mécanifme aucune
forte de bois qui s'enfonce en terre , &
une feule perfonne la fait agir avec la plus
grande aifance. Elle coûte , en croquis ,
48 liv.
2º. Une Serrure faite de manière
que ,
quand même on y auroit laiffé la clef
on ne pourroit ni ouvrir , ni fermer , fr
l'on ne favoit pas le fecret. Prix , en
grand , louis.
s
3º. Une Machine pour refendre , ( fcier
en long ) des bois de toute efpèce : un
homme , un cheval , l'eau & l'air la font
également agir , & l'on peut la placer
par- tout. Le croquis de cette nouvelle
Scie fe vend 96 liv.
4°. Un Fauteuil bien commode
pour
les malades : au moyen d'un feul reffort
il avance , recule , & tourne de tout côté.
La perfonne qui s'y place , fe conduit
elle- même avec une canne ou un petit
bâton à la main , fans que fes pieds touchent
au plancher . Prix , en croquis ,
24 liv. & en grand , 96 liv.
AOUST. 1777, 195
. Une poche poftiche où la main
entre comme à l'ordinaire , mais d'où il
n'eft pas poflible de la retirer , fans favoir
le fecret invention auffi heureuſe qu'utile
pour attraper les curieux & les filoux .
Prix 72 liv.
6. Une Machine imperceptible qui ,
pofée fur terre , arrête unhomme , un
cheval , un loup , & c . de façon que , pour
les dégager , il faut abfolument connoître
& mettre en ufage un petit procédé particulier.
Le chaud , le froid , la pluie , la
gelée , la neige , rien , en un mot , ne
peut empêcher l'effet de cette Machine ,
qui coûte 96 liv. en croquis , & 288 liv.
en grand .
79. Un Van pour toute forte de grains,
& avec lequel un hommefait , fans bruit ,
dans deux heures , plus d'ouvrage que
dans un jour entier avec les plus grands
Vans connus jufqu'ici. Pix , en croquis
24 lin.
8. Un Caroffe où l'on peut faire la
cuifine en route , & manger fans la
moindre incommodité. Le croquis de
cette Voiture fe vend 6 louis.
I I I.
M. Montelatici , célèbre Mécanicien
Lij
196 MERCURE DE FRANCE.
de Pife , vient d'inventer une Machine
hydroſtatique , dont l'effet eft de pomper
l'eau avec une facilité fans égale . Elle
confifte en un tuyau de la hauteur d'une
coudée & demie , & de la circonférence
de la moitié du bras . L'action de l'air attire
l'eau dans ce tube , avec affez de
force pour en élever 360 barils dans une
heure. Un feul homme peut mouvoir
cette Machine , & la faire opérer quelque
part que ce foit , mais fpécialement dans
un vaiffeau , où cette invention peut devenir
de la plus grande utilité,
I V.
Extrait d'une Lettre écrite par M. le
Chevalier d'Andelard , Capitaine dans
le Régiment de Malthe , à M. de ***
à Limoges,
Depuis que je fuis à Malthe , j'ai été
dans le cas de faire plufieurs obfervations
fur le climat de cette Ifle ; & j'ai trouvé
que la température de l'air , & le degré
de chaleur , occafionné par la réflexion du
foleil fur le rocher , combinés enfemble ,
y tenoit un jufte milieu entre les chaleurs
brûlantes des Indes , & le climat
A O UST. 1777. 197
moderé de nos Provinces Méridionales :
de - là j'ai conclu qu'en tranfportant à
Malthe les plantes des Indes , & les y
cultivant avec foin , elles s'accoutume→
roient peu-à-peu à une chaleur moindre
que dans leur pays naturel , & que quelques
années après , les tranfportant dans
le Midi de la France , elles s'y conferveroient
fans être mifes dans des ferres , &
fans perdre de leurs propriétés & de leurs
vertus , ayant paffé doucement d'un climat
à l'autre .
Cet avantage me paroît trop réel pour
qu'on ne s'en occupe pas ; ainfi , j'invite
tous les Amateurs de l'hiftoire naturelle à
réfléchir fur cette matière. Je dirai même
que le Gouvernement devroit y penfer ,
parce qu'alors il concentreroit dans l'Etat
des branches de commerce qui font fortir
beaucoup d'argent du Royaume. Le
Souverain de Malthe ne s'oppoferoit
point à ce que l'on tranfportât ces plantes
chez lui , & à ce que l'Ifle fervit d'entrepôt,
cela laifferoit , au contraire , de l'argent
dans le Pays , & y occuperoit beaucoup
de bras.
On doit ici à MM. de Valliez & de
Dolomieu , la nouvelle découverte de la
plante Orfeille fi néceffaire dans la
>
1 inj
198 MERCURE DE FRANCE.
teinture , & dont la couleur pourpre eft
fi chère ; cela fera un objet d'un confidérable
revenu au grand Maître , qui s'eft
emparé de la récolte de cette herbe. ·
On pourroit recueillir à Malthe , où
l'on trouve beaucoup de ces arbres , vulgairement
appelés figuiers d'Inde , l'infecte
qui produit la cochenille; & avec un
peu de foin , on y en perpétueroit trèsaifément
l'espèce ; ce qui feroit une branche
de commerce très- grande & trèsutile
, & c.
A Malthe , ce 12 Février 1777.
V.
M.Suzzi , jeune Peintre d'Imola , dans
l'Etat Eccléfiaftique , atrouvé le fecret de
lever de deffus les murailles les peintures
à frefque fans les endommager. Il en a
fait l'effai , avec le plus grand fuccès ,
dans la Cathédrale d'Imola. Cette inven
tion fera d'autant plus utile , qu'en démoliffant
les anciens édifices , on étoit
forcé de perdre , fans reſſource , plufieurs
ouvrages précieux en ce genre.
A O UST. 1777. 199
VI
Hiftoire Naturelle,
On a fait à Angers la découverte d'une
propriété intéreffante de la feuille de
vigne. Un enfant qui avoit , dès fa naiffance
, la tête couverte d'une gale qu'on
regardoit comme une teigne par les progrès
qu'elle faifoit, & par le peu de fuccès
des remèdes qu'on avoit employés , a
été guéri par l'application du pampre
aiffaut , ou des feuilles de treille.
VII
Fait fingulier.
On voit dans un Village d'Allemagne
, à quatre lieues de Prentzlow
en Brandebourg , un petit animal
dela igure & de la grandeur d'un mulot ;
fon poil eft blanc par tout le corps , excepté
près des oreilles , où l'on voit une tache
d'un beau brun clair. Son maître , qui en
fait fon gagne pain , lui fait ; devant les
perfonnes qui viennent pour le voir, diverfes
quefticns , auxquelles ce petit animal
100 MERCURE DE FRANCE.
répond fur le champ très- diftin&ement
& avec beaucoup de vivacité. Il eſt renfermé
dans une caffette d'environ 12 à
13 pouces de longueur , fur 9 à 10 de
largeur , & 6 à 7 de hauteur.
ANECDOTES.
I.
UN Médecin de Dublin , homme d'un
certain âge , très en réputation & fort
riche alla un jour recevoir dans un
endroit une fomme affez confidérable
en billets de banque & en or . En retournant
chez lui avec fa fomme , il fut
arrêté par un homme , qui paroiffoit hors.
d'haleine à force d'avoir couru , & qui
le pria de vouloir bien venir voir fa
femme attaquée d'un flux violent. Il
ajouta que le befoin de fecours étoit
preffant , & que le Docteur feroit content
, puifqu'il ne lui promettoit pas
moins d'une guinée pour une feule viſite ..
Le Médecin , qui étoit fort avare , s'empreffa
de la gagner ; il dit à l'homme de
marcher , de lui montrer le chemin , &
AOUST . 1777. 201
qu'il le fuivoit. On le conduifit dans une
maifon fituée dans une rue écartée; on le fit
monter à un troisième étage , où on l'introduifit
dans une chambre dont la
porte
fut foudain fermée à clef. Alors le conducteur
préfentant d'une main le bout d'un
piſtolet au Docteur , & de l'autre une
bourfe vuide & ouverte : « Voilà ma
femme , lui dit- il ; elle eut bier un flux
qui l'a réduite à l'étatoù vous la voyez ,
» vous êtes un de nos plus habiles Mé-
» decins , & je fais que vous êtes , plus
» que perfonne, en état de la guérir; vous
venez fur-tout de tirer d'un endroit le
» remède néceffaire ; dépêchez - vous
» de l'appliquer , fi vous n'aimez mieux
» avaler deux pillules de plomb qui font
» dans cet inftrument ». Le Docteur fir
» la grimace , mais obéit. Il avoit quel-
" ques billets de banque , & cent vingtcinq
guinées qui étoient en rouleaux.
Il mit docilement ces dernières dans la
bourfe , & voulut fauver les billets s
mais le filou les favoit dans fa poche.
» Attendez , lui dit- il , il n'eft pas jufte
que. vous ayez fait une: fi belle cure:
pour rien ; je vous ai promis une guinée
» pour votre vifite ; je fuis homme d'hon
» neur , la voilà , mais je fais que vous
202 MERCURE DE FRANCE.
» avez fur vous quelques petites recettes
» très efficaces contre le retour du mal
ود
>
que vous venez de guérir ; il faut que
» vous ayez la bonté de me les laif-
» fer ». Les billets prirent le chemin des
guinées . Alors le filou cachant fon
piftolet fous fon manteau , reconduifir
le Médecin en le priant de ne point faire
de bruit , le laiffa au coin d'une rue ,
lui défendant de le fuivre , & courut
brufquement chercher un nouveau logement
dans un quartier éloigné.
I I.
L'Empereur régnant , peu de jours
avant fon départ de Vienne , fe promenoit
feul en voiture dans la campagne ,
vêtu d'un furtout gris , & accompagné
d'un feul domeftique. Un jeune enfant ,
parti d'un village voifin , fe met à fuivre
la voiture , en criant : Monfieur , je fuis
fort las , permettez- moi de monter fur
le train de votre carroffe. L'Empereur ,
par un effet de cette affabilité qui l'accompagne
par- tout , le lui permit , &
lui demanda avec bonté fon nom
celui de fes parens & ce
qu'il
avoit mangé à midi ? je vous le donne à
›
,
A O UST. 1777 . 203
deviner , lui répondit le petit voyageur.
Ce Prince nomma une vingtaine de for .
tes d'alimens , jufqu'à ce qu'enfin l'enfant
ayant entendu le nom de celui qui
avoit fait fon dîner , s'écria en fautant
c'eft cela même. L'Empereur lui demanda
à fon tour pour qui il le prenoit.... pour
un Officier. = Mais , pour quel Officier?
= Pour un Lieutenant , car je ne vois fur
vous aucun galon . Devinez mieux.
L'enfant fe mit à nommer tous les grades :
depuis le Capitaine jufqu'au Général ;;
& voyant qu'il n'avoit pas encore réuffi .
à fatisfaire à la queftion , il ôra fon cha
peau , en difant : Vous êtes donc l'Empereur
même ? Bien deviné , dit le Prince:
en riant , & il le reconduifit dans la ca
bane de fon père , où il lui fit préfent:
de quelques pièces d'or..
III.
Un Acteur débutoit à la Comédie
Françoife , avec affez peu de fuccès
par le rôle du Glorieux. Au fecond acte ,,
à la fin de la fcène où il eft entraîné pat
Lifumon , qui l'emmène dîner , en difant ::
laiffe , en entrant chez nous , ta grandeur
à la porte. Notre Acteur fe laiffa tomber
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
aux yeux de tous les Spectateurs . Pafquin,
continuant fon rôle , dit : Voilà mon
Glorieux bien tombé...... Cet à -propos
excita de tels éclats de rire que le
pauvre Débutant n'ofa plus reparoître
fur la fcène , & la Pièce ne fut pas, continuée..
I V.
Louis XIV ayant permis au Comte
de Grammont , qui avoit été difgracié ,
de revenir à la Cour , lui montroit un
jour Verfailles : « Grammont , lui dit-il ,
reconnoiffez - vous cet endroit ? Il y
avoit là un moulin à vent. Sire , répon
dit Grammont , le moulin n'y eft plus
mais le vent y eft encore..
V.
Malherbe ayant perdu fa mère à l'âge
de 60 ans , la Reine Marie de Médicis
lui envoya un Gentilhomme pour lui
témoigner la part qu'elle prenoit à la
perte qu'il venoit de faire . Malherbe
fir dire à la Reine qu'il prioit Dieu
que le Roi fon fils, pleurât fa mort auffi
vieux qu'il pleuroit celle de fa mère..
A O UST. 1777.
209
NOUVELLES
POLITIQUES.
De Pétersbourg, le 18 Juin.
LE 16 de ce mois , le Roi de Suède , fous le
nom du Comte de Gothland , accompagné du
Comte Ulric Scheffer , du Comte de Poffe & de
quelques autres perfonnes , eft arrivé en cette
Capitale , à huit heures du matin : il eft allé defcendre
chez le Baron de Nolcken , Miniftre de
Suède , au milieu d'une foule immenſe qui s'étoit
raffemblée devant l'Hôtel de cet Ambaffadeur.
Ce Souverain fut d'abord voir le premier Minifle
Comte de Panin , qui lui rendit fa viſite.
l'après- dîner.. Le Comte de Gothland fe rendit.
enfuite à Czarsko- Zelo pour y voir Sa Majeſté
Impériale. Ce que les liens du fang & l'eftime.
mutuelle pouvoient infpirer refpectivement à ces
deux auguftes perfonnes , rendit leur entrevue
très- intéreffante. Le Comte de Gothland foupa
avec l'Impératrice , & revint à la Ville à une
heure après minuit.
tre ,
La Grande Ducheffe , qui avance dans fa
groffeffe , vient de donner des preuves d'une
fenfibilité qui la rend plus précieufe encore à
La Ruffie. Un jeune- homme ayant été bleffé affez
griévement par la voiture de cette Princeffe
elle en defcendit auffi- tôt pour y faire monter:
le bleflé , & elle continua fa route à pied jufqu'au
Château. Qutre les ordres qu'elle a don
206 MERCURE DE FRANCE .
nés de prendre le plus grand foin de ce jeunehomme
, elle lui a fait une penfion , en difant
que les Princes ne devoient point faire de malheureux
; & que fi par hafard ils en avoient
fait , leur premier devoir étoit de réparer le mal
involontaire qui venoit de leur part.
De Varsovie , le 29 Juin 1777 .
On commence à eſpérer que la Cour de Berlia
ne fe refufera pas aux bons offices de fes
Alliés , pour accommoder le différend qui fubfifte
entre cette Cour & la République , relativement
à la démarcation des limites .
Les Commiffaires Polonois font partis depuis
quelque tems pour aller , conjointement avec
les Commiffaires Autrichiens , planter des poteaux
fur les frontières convenues l'année dernière
entre la Cour de Vienne & la République.
Le troupes Ruffes , nouvellement entrées par
différens côtés en Pologne , garniffent actuellement
les poftes les plus importans le long du
Borifthène , & font répandues dans la Wolhinie
, la Podolie & l'Ukraine , à portée de
toutes les opérations , foit conte
Tarta : es ,
foit contre les Turcs. Ces troupes obfervent une
exacte difcipline , & paient argent comptant leuts
fubfiftances.
De Copenhague , le 24 Juin 1777 :
Des lettres de Thors-Haven , dans l'Ifle de
A O UST. 207
1777 .
Ferroé, viennent de nous faire parvenir la nouvelle
que , le 15 Août de l'année dernière , il
eft venu dans le Port de Valgoë une prodigieufe
quantité de jeunes baleines . On en a compté,
près de fept cents , que la marée baffe avoit
empêché de regagner la mer. Les Habitans mirent
le moment à profit pour en tuer un grand
nombre ; les plus petites avoient deux pieds de
longueur , & les plus grandes douze ; la pêche
eût été plus fructueufe s'ils n'euffent pas manqué
d'armes , & que le flux n'eût pas arrêté la
facilité qu'ils avoient d'en diminuer le nombre.
Cet événement eut lieu dans le même Port , il y
a trente- huit ans ; mais la prife des baleines ne
fut pas auffi confidérable.
De Lisbonne , le 1 Juillet 1777 .
Les deux frères Don Reno & Don Manuel de
Lorena , de la Maifon de Tavora , qui ont acquis
leur liberté en même tems que le Marquis
d'Alorna , viennent d'être déclarés innocens par
un décret de Sa Majefté , qui a jugé à propos
d'élever ces deux Seigneurs au grade de Maréchal
de fes Camps & Armées.
De Venife , le 21 Juin 1777.
On écrit de Padoue qu'il vient de s'y paffer un
événement très - extraordinaire . Une Sage- Femme
enceinte & à terme , affiftant une Dame de cette
Ville , prête à accoucher , fe voit furpriſe ellemême
par les douleurs de l'enfantement . La
fervante de la maiſon , fille d'un certain âge .
208 MERCURE DE FRANCE.
appelée au fecours , reçoit comme elle peut les
deux enfans , tous deux mâles , & les met dans
le même berceau , fans remarquer la place qu'elle
donne à chacun , l'un des deux enfans étant mort
quelques minutes après la naiffance , le furvivant
eft réclamé par les deux mères.
De Florence , le 21 Juin 1777.
Un nouvel Édit du Grand-Duc , ordonne à
tous les Tribunaux de fes États , d'y rendre la
juftice aux pauvres infirmes , fans aucune espèce:
de rétribution , & réduit à moitié les frais des
procès que pourront avoir les autres . Citoyens
qui , fans être riches , font en état de fubfifter
par leur travail. Cette Loi , qui fait tant d'honneur
à la fageffe & à l'humanité de notre Souverain
, eft accompagné d'une inftruction à part
pour les Officiers chargés de délivrer les certificats
de l'état de fortune des Plaideurs , afin
que ces arteftations juridiques, & délivrées avec:
connoiffance de caufe , épargnant , conformé
ment au voeu de l'Édit , les frais de procédure:
au malheureux qui ne peut les fupporter , ne
tournent point au préjudice des Officiers de Juftice
, en les privant de la rétribution légitime quii
leur eft due par les perfonnes en état d'y fa
tisfaire ..
De Gênes, le 30 Juin 1777
La récolte de bled a été très - abondante cette
année en Lombardie , fuivant les nouvelles que
nous venons d'en recevoir..
AOUST. 1777 209
Les lettres de Sicile annoncent une fecouffe de
tremblement de terre , qu'on reffentit le 6 de ce
mois dans toute l'Ifle : plufieurs maifons en ont
été renverſées , mais heureufement perfonne n'y
a péri.
"De Londres , le 15 Juillet 1777.
Quelques avis de l'Amérique portent , que.
l'Armée de Washington a été confidérablement
renforcée , que Philadelphie a été mis dans le
meilleur état de défenle ; qu'un nommé Baxter
y a conduit deux mille Montagnards Américains
auffi bien armés que difciplinés ; que les approehes
de la Ville par la rivière , avoient été rendues
impraticables ; qu'on étoit également tranquille
fur le fort de Ticondérago , cette Place
étant garnie de bonnes fortifications , défendue
par une garnifon de deux mille hommes , &
environnée de rédoures , de diſtance en diſtance,
pour en rendre l'approche difficile.
On apprend , du 9 Juin , que le Général
Washington a rappelé tous fes Corps détachés
& pris pofte près d'Efte - Town fur la Delawarre ,
avec la plus grande partie de fon Armée ; que le
Général Putnam commande un gros corps à
Pecks-Hill ; que le fieur Macdemgal marche à la
tête d'un autre corps à Morris - Town ; en un
mot , que cette Armée occupe toujours les hauteurs
& tous les poftes avantageux de Bound-
Brook jufqu'à German - Town ; ce qui comprend
un espace de plus de vingt - cinq milles .
Les dernières dépêches du Général Howe étant
210 MERCURE DE FRANCE .
datées du 3 Juin , & le Paquebot n'étant parti de
la Nouvelle- Yorck que le 16 , nous avons appris
altérieurement que le premier embarquement des
troupes du Roi s'étoit fait le 10 fous les ordres
du Général Erskine ; qu'un fecond embarquement
devoit avoir lieu le 17 , pour paſſer dans le Jerſey,
& que le refte de l'Armée fuivroit par divifions
afin de fe joindre au Lord Cornwallis , de traverfer
enfuite les branches de la ivière de Delawar
re , & d'aller attaquer Philadelphie.
Quelques Particuliers débitent aujourd'hui que
la Cour vient de recevoir de nouvelles d'pêches
qui l'informent que le Général Cornwallis a été
battu & pris avant la jonction de la grande Armée
; mais cette nouvelle , trop peu avérée , ne
regarderoit que le Général Putnam, quicomman
doit un gros cops à Pecks - Hill , & les doutes
reftent en entier relativement au Général Was
hington , qui , ayant rappelé à lui fes détachemens
divers , avoit pris pofte près d'Efte- Town
avec fon Armée .
On dit que ce Général a fait favoir au Congrès
que trois mille hommes faifant partie de douze
mille deftinés par les Colonies Septentrionales , à
renforcer la garnifon de Ticondérago , y font
arrivés ; que les renforts feront rendus à leur def
tination avant toute poffibilité d'attaque , & que
certe Armée Septentrionale doit être commandée
par les Généraux Gates & Arnold ..
Le Général Lée , pour plus grande sûreté , a
été mis à bord du Centurion , où il a la permiffion
de fe promener fur le Gaillard d'arriere S'il eft
vrai que le Lord Cornwallis ait été fait p: ifonnier
A O UST. 1777. 211
des Américains , il fera difficile que les Troupes
du Roi ſe refuſent à un échange de ces deux
Généraux.
De la Haye, le 11 Juillet 1777.
و
Il s'eft élevé depuis quelque tems au Texel
un banc de fable affez confidérable , qui a mis
obftacle à la fortie de l'Eſcadre du Contre-Amiral
Reinft ; mais on a découvert un nouveau paſſage
où elle doit mettre à la voile dès que le vent
fera favorable.
De Paris , le 28 Juillet 1777.
On écrit de Lyon que , le 2 Juillet , le Duc
d'Oftrogothie y eft arrivé fous le nom du Comte
d'Oland, & qu'il en eft parti le 12 pour les eaux
de Spa. Pendant le féjour que ce Prince a fait dans
cetre Ville, il a affifté régulièrement au Spectacle ,
& a bien voulu accepter les fêtes que lui ont
données plufieurs Particuliers. Ce Prince a été
Latisfait de l'empreffement qu'il a trouvé partout
à le recevoir ; & il a aſſuré le sieur de Royer ,
Lieutenant - Général de Police , que dans fon
voyage d'Italie il n'avoit rien vu de comparable
cette Ville de commerce.
PRESENTATIONS.
La Comteffe de Moutier , & la Comteffe
d'Albert , Chanoineffe de Remiremont , ont eu ,
212 MERCURE DE FRANCE.
le 20 Juillet , l'honneur d'être préſentées à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , la première
par la Ducheffe de Brancas , & la feconde par
Ducheffe de Luynes.
la
Le 25..du même mois , la Comteffe Edouard
Dillon a eu l'honneur d'être préfentée à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , par la Comteffe
Dillon .
Le Vicomte de Carbonnieres a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi , à la Reine , & à la Famille
Royale , & de donner à Sa Majefbé un
Linx.
Cet animal rare , & dont on croyoit l'espèce
perdue en Europe , s'eft trouvé dans les Pyrennées
, à la fuite de fa mère , qui fut tirée d'un
coup de fufil , par un payfan , & lui échappa.
Son petit , qui n'avoit que huit à dix jours ,
tomba entre les mains du chaffeur , qui le vendit
au Vicomte de Carbonnieres , il y a environ huit
mois .
MARIAGES.
Le 20 Juillet , Leurs Majeftés & la Famille
Royale ont figné le Contrat de mariage du Baron
de Pont- l'Abbé, Officier - Major au Régiment des
Gardes - Françoifes , & premier Maréchal- des-
Logis de la Maifon de Monfieur , avec Demoifelle
Thierry.
Le même jour , la Reine a figné celui du
AOUS г. 1777. 213
Marquis de Broffard , Capitaine de Dragons ,
Ecuyer de main de Sa Majefté , avec Demoiſelle
de Guiry.
M.ORT.
L'Abbé Duc de Biron , Pair de France , Chanoine-
Honoraire de l'Eglife de Paris , ancien Abbé
Commendataire des Abbayes Royales de Moyffac
, Séculière , Diocèfe de Cahors , & de Cadouin
, Ordre de Cîteaux , Diocèfe de Sarlat , eſt
mort à Paris en fon Hôtel , le 20 Juillet , dans la
85° année de fon âge.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 1 Août 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
27 , 28 , 39, 65 , 75.
214 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
IÈCES FUGITIVES ENVERS ET EN PROSE , P. S
'Suite & fin de l'Automne ,
La Beauté ,
Difcours de Pluton à Proferpine ,
Epitre à M. l'Abbé de B...
Agathe ,
Vers à M. le Comte de Falckenſtein ,
Conte imité du latin de la Monnoye ,
A Daphné ,
Vers préfentés à Monfieur
Les Adieux à Valenciennes ,
Epitre à Lubin ,
Les Amours de Lycidas & de Mélize ,
Sur le Bufte de M. de Voltaire ,
Vers à M. le Bailli de Bar ,
Impromptu ,
Le Difciple d'Horace ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Suites des Epreuves du Sentiment ,
Diverfités galantes & Littéraires ,
L'Esprit des Efprits ,
Plan d'éducation publique ,
Elémens de Tactique ,
Précis de la Médecine Pratique,
La Théorie du Chirurgie ,
ibid.
13
ibid.
16
18
23
24
25
27
28
32
34
3.8
39
40
41
49
so
53
56
ibid.
60
65
68
70
73
76
A O UST. 1777. 215
Supplément à la Botanique mife à la portée de
tout le monde ,
L'Agriculture ,
Ode fur l'érection de la Statue du Prince Charles
de Lorraine ,
Cuvres du Comte Antoine Hamilton ,
Synonymes Larins
Les trois Fermiers ,
Soirées de Mélancolie ,
De l'ordre focial ,
Mémoires hiftoriques & galans ,
Fayel ,
La Pareffe ,
Précis du Difcours préliminaire ,
Les quatre parties du Jour à la Ville ,
Le Temple de Vénus ,
80.
81
85
89.
92
93
96
105
110
HI
116
122
132
-1-34
Opufcules de Phyfique animale & végétale , 138
Recherches fur la préparation que les Romains
donnoient à la chaux ,
137
Bibliothèque de Campagne , 139
Peiature du fiéele , 140
Cuvres du Père la Berthonie ,
ibid.
Anecdotes de l'Illuftre Voyageur, 148
Alexis moderne, ibid.
Idées préliminaires ,
149
Journal Hiftorique & Politique , 154
Annonces littéraires , Iss
ACADÉMIES , 158
Caën ,
ibid.
Auch ,
163
SPECTACLES. 166
Opéra ,
ibid.
Comédie Françoife , 1.67
Comédie Italienne
ibid
216 MERCURE DE FRANCE.
ARTS.
175
Gravures ,
ibid.
Mufique , 177
Topographie, 178
Lettre à M ***. 179
Synonymes François ,
188
Variétés , inventions , &c. 192
Anecdotes. 209
Nouvelles politiques ,
Préſentations ,
Mariages ,
Mort
Loterie ,
205
211
212
213
ibid.
J'AI
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France , pour le
mois d'Août, & je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru
devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris, ce 4 Août 1777.
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe ,
près Saint Cômea
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
SEPTEMBRE
, 1777-
e viget. VIRGILE .
Beughce
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , rue de Tournon ,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége au Roi.
AVERTISSEMENT.
C'ESTauSicur LACOMBE libraire , à Paris, rue de
Tournon , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obfervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à fa perfection
; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenfes fur le
produit du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
francs de port .
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour feize volumes rendus francs de
port par la pofte.
On s'abonne en tout temps.
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ceux qui n'ont pas foulcrit, au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés .
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d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la pofte , ou autrement , au Sieur LACOMBE,
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naturelles , in-8° . sel .
Autre dans lesfciences exactes , in- 82 . rel.
Autre dans les fciences intellectuelles , in-8° . rel.
Médecine moderne , in- 8 ° . br .
f liv.
2 1 10f
Traité économique & phyfique des Oifeaux de baffecoar
, in-12 br.
Dia. Diplomatique , in-8 °. 2 vol. avec fig. br.
Revolutions de Ruffie , in- 8 ° . rel.
2 l.
12 1.
21. 10 f,
Spectacle des Beaux - Arts , rel. 2 1. 10f
Dict . des Beaux-Arts , in-8". rel. 4 1. 10f
Théâtre de M. de Sivry , vol. in- 8 ° . br. 2 1.
Poëme fur l'Inoculation , vol. in-8° . br.
31. Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV, &c i
in- fol. avec planches br. en carton , 241.
ture , in-4°. avec fig. br. en carton , 12 la
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architec
L'Efprit de Molière , 2 vol. in- 12 br. 4 li
Tableau politique & littér . de l'Europe , an. 1775 , br. 2 l.
Di &. des mots latins de la Géographie ancienne , in-8 .
broché
Les trois Théâtres de Paris , in-8 ° . br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil ,
br.
31.
21. 10 f
11. 10. fe
11.44%
MERCURE
DE FRANCE
.
SEPTEMBRE , 1777.
PIÈCES
FUGITIVES
.
EN VERS ET EN PROSE.
LA MALADIE
.
Ode.
FLEURS , fanez - vous : de nos bocages ;
Tendres & légers Habitans ,
N'enchantez plus par vos ramages ,
Les échos des bois & des champs .
Jufques fous les voûtes célestes ,
A iij
216 MERCURE
DE FRANCE.
ARTS .
Gravures ,
173
ibid.
Mufique ,
177
Topographie , 178
Lettre à M *** .
179
Synonymes François ,
188
Variétés , inventions , &c.
192
Anecdotes.
209
Nouvelles politiques ,
Préſentations ,
Mariages ,
Mort
205
211
212
213
Loterie ,
ibid.
APPROBATION
.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France , pour le
mois d'Août, &je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru
devoir en empêcher l'impreſſion .
A Paris , ce 4 Août 1777 .
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe ,
près Saint Côme,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères