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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
JUILLET,
་
1777.
SECOND VOLUME.
Mobilitate viget. VIRGILE,
pause :
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , ruede Tournon,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
AVERTISSEMENT.
1
C'ESTauSicur LACOMBE libraire , à Paris, rue de
Tournon , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eftampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obfervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pieces de mufique.
per-
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent ils font invités à concourir à fa
•
fection on recevia avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenfes fur le
produir du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
qat l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
traucs de port.
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour feize volumes rendus francs de
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On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols pour
ceux qui n'ont pas foufcrit,au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés .
On fupplic Meffieurs les Abonnés d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la pofte , ou autrement , au Sieur LACOMBE,
Libraire, à Paris , rue de Tournon.
Ontrouve auffi chez le même Libraire les Journaux
fuivans , port franc par la Pofte.
JOURNAL DES SAVANS , in -4º . ou in- 12 , 14 vol . à
Paris ,
Franc de port en Province ,
16 liv .
201.4 f.
JOURNAL DES BEAUX-ARTS ET DES SCIENCES, 24 cahiers
par an , à Paris ,
En Province ,
121.
151
BIBLIOTHEQUE UNIVERSELLE DES ROMANS , Ouvrage
périodique , 16 vol . in- 12 . à Paris ,
En Province ,
ANNÉE LITTÉRAIRE , 40 cah. par an , à Paris ,,
Et pour la Province ,
24 1.
32 1.
2417
32 1.
GAZETTE UNIVERSELLE DE LITTÉRATURE , à Paris ,
port franc par la pofte ,
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart ,
14vol . par an , à Paris ,
です。
181.
91. 16 f.
14 1.
Et pour la Province , port ftancpar la pófte ,
JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in - 12 par an ,
à Paris 181.
Et pour la Province ,
241.
-JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
cahiers par an , à Paris & en Province , 181 .
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an , pour
Paris & pour la Province ,
12 1. JOURNAL ANGLOIS , 24 cahiers par an ; à Paris & en
1
•
Province ,
TABLE GÉNÉRALE DES JOURNAUX anciens & modernes ,
12 vol . in- 12 . à Paris , 24 1. en Province ,
LE COURIER D'AVIGNON ; prix ,
24 L
301.
181.
A ij
Nouveautés quife trouvent chez le même Libraire.
Euvres complettes de Démosthène & d'Efchine ,
en françois , vol . gr. in-8° . rel.
Les Incas , 2 vol . avec fig. in-8 . br .
Dictionnaire Dramatique , 3 vol. gr. in-8°. rel .
Di&. de l'Induftrie , 3 gros vol. in- 8 " . rel .
traduites
251
11 .
as 1.
181 .
Hiftoire des progrès de l'efprit humain dans les ſciences
naturelles, in-8 °. Lel.
Autre dans les fciences exactes, in-8 " . rel.
Autre dans les fciences intellectuelles , in-8 ° . rel.
Médecine moderne , in- 8 ° . br.
5 liv.
5 1.
jl.
21. 10f.
Traité économique & phyfique des Oifeaux de baffecour
, in- 12 br.
Dia. Diplomatique , in- 8 °. 2 vol.avec fig. br.
Revolutions de Ruffie , in- 8 ° . rel.
2 l.
12 1.
2 1. 10 f,
Spectacle des Beaux - Arts , rel . 21. 10f
Di&t. des Beaux-Arts , in-8 " . rel, 41. Icf.
Théâtre de M. de Sivry , vol. in- 8° . br.
21.
Poëme fur l'Inoculation , vol. in-8 ° . br.
31.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , & c
in-fol. avec planches br. en carton , 241.
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architec
ture , in-4° . avec fig. br. en carton , 12 1.
L'Efprit de Molière , 2 vol. in- 12 br.
41.
Tableau politique & littér . de l'Europe , an. 1775 , br. 2 1,
pic. des mots latins de la Géographie ancienne , in- 8º,
broché
Les trois Théâtres de Paris , in-8 ° , br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br.
3 l.
2 1. 10 f.
1. 10 f
I 1.4fo
MERCURE
DE FRANCE.
JUILLET , 1777-
PIECES FUGITIVES.
EN VERS LT EN PROSE.
LES PLAISIRS CHAMPÊTRES
Vous
Idylle.
ou's que la fageffe éclaire ,
Et qu'elle inftruit de fes loix ,
Sous ce berceau folitaire
Venez entendre fa voix.
A
MERCURE DE FRANCE .
De cet afyle champêtre ,
Où règne le vrai bonheur ,
Aftrée a fait difparoître
La richeffe & la grandeur.
Les plaifirs brillans des villes,
N'ont que des charmes trompeurs ,
Au prix des plaifirs tranquilles
Dont s'enivrent nos Pafteurs.
Le crime vole à la fuite
D'un Courtifan faftueux :
Chez nous le bonheur invite
A devenir vertueux.
L'envie au fouris perfide ,
Ne trouble point nos hameaux ,
Et la difcorde homicide
N'ofe y porter fes flambeaux ;
Les noms de fer , de couronne
Ne m'infpirent nul effroi ;
Je ne rampe fous perfonne ,
On ne rampe point fous moi.
Ennemis de l'impofture
Et de fes dons féducteurs ,
Nous goûtons de la Nature
Les plus charmantes faveurs :
Cette Reine bienfaiſante
JUILLE T. 1777.
Tient fon fceptre en nos vergers ,
Et , par des noeuds d'amaranthe ,"
Unit les coeurs des Bergers.
On admire un baſſin vaſte
Où l'art captive des eaux
Qu'un Triton lance avec fafte ,
Pour en former des berceaux .
Je vois avec complaisance
Un ruiffeau fur mille fleurs ,
Promener fon inconftance
Et faire aimer les erreurs.
Flore , Bacchus & Pomone
Nous prodiguent leurs préfens :
Ici les fruits de l'automne
Sont joints aux fleurs du printems.
Ces bienfaits de la Nature ,
Sous les toîts des demi- Dieux ,
Ne paroiffent qu'en peinture :
On en jouit en ces lieux .
Ah ! qu'ils font dignes d'envie
Ces bofquets délicieux ,
Ou je goûte avec Sylvie
Un bonheur digne des Dieux !
Tout m'y plaît , tout m'intérefle ;
Là je borne mes defirs.
- A iv
MERCURE DE FRANCE.
Le vrai Dieu de la fageffe
Eft le Dieu de nos plaiſirs.
Par M. de Livani , Libraire à
Châlons-fur- Saône.
EPITRE à Monfieur ***
SINCERE Ami de la Patrie-
Et de l'augufte vérité ,
Toi , dont le pénétrant gérie ,
Loin de la frivole manie
Dont notré fiécle eſt entêté ,
Rit de voir maint Docteur vanté
Dénigrer la philofophie ,
Que tranquillement ilconfie
A l'oeil de la poftérité :
Dis par quelle fatalité ,
Lorfque ta main active & fûre.
Pénètre au ſein de la Nature ,
Et déchire le voile épais ,
Dont au fond de fa grotte obfcure
Elle enveloppe fes attraits ;
Quand , malgré d'éternelles ombres
Tu vois les agens ignorés ,
Qui , dans la nuit des antres fombres ,
N'ont pu fuir tes yeux éclairés ;
JUILLET. 1777.
9
Lorsqu'un travail profond te guide
Au fein de cet affreux volcan
Où du favori de Trajan
On vit jadis l'Oncle intrépide
Braver les horreurs du trépas ;
Tandis que tu fuis pas à pas ,
Dans le fond d'un crater perfide ,.
Les élémens du feu rapide ,
Dont foudain les affreux éclats
Confternent le Monarque avide:
Et bouleverfent les Etats :
Dis pourquoi , fuyant la lumière
Que tu préfentes à leurs yeux ,
Tes Adverfaires envieux
Aiment mieux baiffer la paupières
Que d'embraffer la vérité ,.
D'admirer la fimplicité .
De tafavante théorie ..
Le monftre empefté de l'envie
Voit en frémiffant tes progrès :
En butte à fes funeftes traits ,
Par lui de tout tems poursuivie ,,
La vérité de fes fuccès
A vu la courfe rallentie,
C'eftfur les infamestravaux
Que fe repofent l'ignorance :
Armé de fa vile balance ,,
Asw
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
L'intérêt caufa moins de maux ,
Lorfque des fouffleurs ridicules
Perfuadoient aux Peuples crédules
Qu'ils créoient l'or dans leurs fourneaux .
Mortels , fi la fage Nature
Vous a créés , c'eft pour jouir ;
C'eft pour vous qu'elle fut ouvrir ,
De tous côtés , la fource pure
De l'intariffable plaifir.
Voyez ces fertiles prairies ,
Voyez ces côteaux enchantés ,
Voyez ces hameaux habités
Par les tranquilles voluptés ,
Qu'on ne trouve qu'aux bergeries :
Au fein du luxe & des Cités ,
D'autres voluptés vous appellent ;
Sans ceffe elles s'y renouvellent.
Sans craindre les feux des étés ,
Tempérés par de courts orages ,
Au fond des plus riches bocages
Elles charment vos fens flattés
Comme dans le fein des villages.
Lorfque les hivers redoutés
Enchaînent la courſe de l'onde ,
Leur fource immortelle & féconde
Reproduit fes flots enchantés.
Au fond d'un cabinet févère
JUILLET. 1777. I[
Elles font auffi leur féjour ;
Elles cherchent le ſage auſtère
Loin du tumulté & de la Cour.
Sous une parure légère
Elies accompagnent l'Amour
Dans le boudoir de ma Glycère:
Elles fourioient à Newton ,
Lorfqu'il calculoit fes orbites ;
Elles récompenfoient Platon ,
Lorfqu'il affignoit des limites
Aux voeux égarés des mortels .
Vous , dont j'encenfe les autels ,
Héros de la double colline ,
Chantres facrés , peintres divins ,
Voltaire , Corneille , Racine ,
Lorfque vous charmez les humains ,
De quelle riantes coutonnes
N'ont-elles pas payé les foins ,
Confacrés par vos doctes mains
A leur dreffer de nouveaux trônes ?
Autour de nous , dans tous les lieux ,
Le plaifir voltige fans ceffe ;
Par tout fon zèle officieux-
Redouble avec notre foibleffe .
Il paraît : nos aveugles yeux
Redoutent fa douce lumière ;
Nous cherchons la dent meurtiière
A vi
1:2 MERCURE DE FRANCE.
De mille monftres furieux ,,
Dont le fouffle contagieux.
Empoifonne notre carrière .
Sur des fondemens immortels
Du bonheur s'appuyoit l'empire ;
Nous nous plaifons à les détruite::
Nous créons les Tyrans cruels
Dont nous devenons les victimes ;
Sans ceffe , par de
Nous croyons trouver les plaifirs.
Penchés fur le bord des abyfmes ,
Nous écoutons de vains defiis ,
nouveaux crimes,,
Dont la fecouffe nous tourmente.
Enfans , hélas! fi fortunés
De la Nature bienfaifante ,
Nous feuls nous fommes condamnés
A d'inévitables misères ; ·
Par nos paffions entraînés
Après de frivoles chimères ,
Par des puiffances étrangères
Nous nous fuppofons deftinés
A des maux qui font notre ouvrage.
Aimable Maître , docte **.
Tu ne méconnois point la voix ,
Et la doctrine fimple & pure
De la libérale Nature .
Tandis qu'en expofant fes loix.
JUILLE T. 1777. 113.
Tu charmes nos efprits avides ,
Envain tes envieux livides
Voudroient - ils , dans leurs fors tranfports .
Injurier ta théorie ,
A ta voix , les différens
corps
Vont chercher la claffe établie .
Suivant leurs différens rapports ::
Avec toije vois la Nature,,
Agente fimple & fans efforts,
Toujours conftante , toujours sûre
Dans fes innombrables effets ,
Pour toi , complaifante & docile ,
Dévoiler fes plus hauts fecrets.
Lorfque dans tes füblimes veilles
Tu fuis la chaîne des merveilles
Qui charment nos regards furpis ,
Les vérités que tu faifis ,
Sont le feul bien qui t'encourage :
Pourroit- il être pour le fage
De plus ineftimable prix.
Par M. Coquéau , de Dijons
14 MERCURE DE FRANCE.
Imitation du commencement du premier
livre de l'Enlèvement de Proferpine ,
poëme latin de Claudien.
TÉMÉRAIR ÉMÉRAIRES Courfiers d'un raviffeur oaroare ,
Aftres que bazana , la vapeur du Ténare ,
Char qui , favorifant un déteftable amour ,
De l'horreur de l'Erèbe enveloppa le jour,
Pour la tendre Cérès trop fatale journée ,
Pour fon aimable fille odieux hymenée ;
De ma foible penfée ambitieux Tyrans ,
Je cède enfin ; prenez votre rang dans mes chants .
Profânes , loin d'ici ; je fens que , dans mon ame ,
L'homme a fait place au Dieu qui m'agite & m'enflamme.
Tout Phébus eft en moi ; déjà je crois fentir
Du Temple fous mes pas le marbre ému s'enfuir.
De la voûte facrée un feu divin s'élance ,
Et du Dieu qui m'infpire attefte la préſence.
Dans Athènes Pallas à ma voix a frémi ;
Une torche à la main Eleufis a mugi .
Les ferpens de ton char à mes chants fon fenfibles ,
Triptolême , j'entends leurs fifflemens horribles ,
Je les vois , attentifs à mes fombres accens ,
Redreffer à l'envileurs fronts étincelaus .
JUILLE T. 1777 . Is.
Voici la triple Hécate & fa pâle lumière.
Iacchus s'offre à moi , fon front eft ceint de lierre ,
La dépouille d'un tigre eft fon feul vêtement ,
Et les cheveux noués pendent négligemment ;
Ivre d'un doux breuvage , il chancelle , il vacille ,
Un Thyrfe raffermit fa démarche débile .
Terribles Déïtés de l'empire des morts ,
Vous qué l'Averne affreux révère fur fes bords ,
Et qui , riches toujours des ruines du monde ,
L'abymez lentement dans votre nuit profonde
Vous que du Styx livide environnent les eaux ,
Et qui du Phlégéthon voyez fumer les flots ,
Du malheur que je chante avouez le myſtère ;
Ce n'est plus un fecret que vous deviez me taire ;
Dites de quel flambeau l'Amour s'eft-il fervi ,
Pour enflammer un coeur de fa flamme ennemi :
Sur quel char aux Enfers , Proferpine entraînée ,
Vit - elle en un moment changer ſa deſtinée .
D'une mère affligée apprenez-moi les pleurs ;
Que de lieux elle fit témoins de ſes malheurs ;
Et par quel art enfin , fécondant la Nature ,
De la terre aux humains elle apprit la culture.
ParM. le Métayer.
NG. MERCURE DE FRANCE..
LISICAS & CÉCILE.
Anecdote Paftorale.
ANS ces tems révérés de l'âge d'or ,
les mortels , unis par les liens de la nature.
comme par ceux de la fociété , couloient
paifiblement leurs jours dans le fein du
bonheur. Simples dans leurs moeurs , vrais
dans leurs difcours , humains & bienfaifans
dans leurs actions , ils n'étoient
conftamment dociles qu'à la voix de la
nature . Leurs penchans toujours dirigés
vers un but honnête , leurs inclinations.
toujours épurées , les portoient à la vertu.
Le fentiment du jufte n'étoit point effacé
dans des coeurs que les paffions n'avoient
point corrompu. L'innocence diftinguoit
encore des ames que les vices n'avoient
pas flétri ; il fembloir que les maux fortis
de la boëte de Pandore , n'avoient point
ofé fixer leur féjour fur la terre troppure
, & s'étoient refugiés dans des afyles.
inconnus aux vertueux mortels qui l'habitoient.
Tems heureux , qui vous écoulâtes fi
JUILLET. 1777. 17
rapidement , vous ferez toujours précieux
à notre fouvenir ! Les âges , qui fe fuccèdent
, ne ferviront même qu'à vous.
faire encore plus regretter. Combien de
fois ai- je defiré votre fort , ô fages &
fortunés mortels , qui vécûtes dans ces
fiécles de juftice & de paix ! Mes plaintes
ne font jamais plus vives , ni mes regrets
plus amers , que lorfque je lis votre:
hiftoire , ô vertueux Lificas , & yous
chafte Cécile , qui rendrez à jamais célèbres
ces tems ainfi que les lieux qui
vous virent naître ! C'eſt de votre félicité
que je vais tracer l'image. Puitfe la foible
peinture que j'en ferai, imprimer dans
les coeurs de mes contemporains , mon
admiration pour vos vertus , & les enfammer
du defir de vous imiter !
Il y avoit déjà long-tems que Janus
régnoit dans l'Italie , lorfque Lificas y
prit naiflance. Tous fes Sujets , dont il
faifoit le bonheur , béniffoient l'inſtant
qui l'avoit vu monter fur le Trône ; ils.
avoient même inftitué une fête particu
lière pour célébrer cet heureux jour. Ils.
la renouvelloient tous les ans , & demandoient
fans ceffe aux Dieux , dont
ce bon Roi leur paroiffoit l'image , de
By maintenir long- tems . Ifménias , père:
18 MERCURE DE FRANCE..
de Lificas , fe diftinguoit ces jours-là par
une marque fingulière de prédilection
pour fon Prince. Il habitoit le fommer
d'une colline fur laquelle étoit un Temple
confacré à Apollon . La veille de la
fête , il choififfoit parmi fes brebis celle
qui lui paroiffoit la plus digne d'être
offerte en facrifice. Il defcendoit enfuite
dans le vallon , qui étoit au bas de la
colline ; il parcouroit les chaumières de
ceux qui l'habitoient ; il invitoit tous les
chefs de familles à venir célébrer la fète
avec lui. Le lendemain , après avoir faluẻ
l'aurore , ils alloient enſemble au Tem
ple : il y facrifioit lui -même fa brebis ,
& faifoit cette courte prière au père de
Janus. « Je te conjure , ô Apollon , par
Janus notre Prince & ton fils , d'exaucer
ma prière ! Tu te rappelles fans
» doute l'heureufe époque où , dans ce
Temple & fous tes aufpices , je fus
uni , par les liens de l'hymenée , avec
» la vertueufe Mirza. Depuis notre ma
riage , nous avons coulé des jours auffi
ferins , auffi tranquilles & auffi purs
» que l'ont été jufques ici nos moeurs . Il
» n'a manqué à notre entière fatisfaction
, & pour la perfection de notre
bonheur , que de voir naître d'une fir
و د
و د
ב כ
99
ود
»
"
JUILLET. 1777 . 19.
>
» fainte union , un gage de notre ten-
» dreffe. Je te l'ai demandé , je te le
» demande , & te le demanderai fans
» ceffe, ô divin Apollon ! Ne le refufe.
" pas à mes defirs , & que ce jour à
jamais célèbre , le devienne encore
" plus pour moi , par le fouvenir d'un
" tel bienfait ». Tous les Habitans du.
lieu , que la tendre amitié intércffoit au
bonheur d'Ifinénias , fe réuniffoient alors
pour folliciter de ce Dieu la grace
qu'il
fui demandoit
. Apollon
, qui
chérifoit cet heureux
couple
, ne fut point
infenfible
à leur
voix
: il leur
promit
de les
exaucer
, & de refferrer
encore
plus
les
chaînes
qui les uniffoient
. Ils ne tardèrent
pas à voir
accomplir
fa promeſſe
: il
leur
naquit
un fils , qu'ils
furnommèrent
Lificas
.
Je ne tenterai point d'exprimer la joie
qu'ils en reffentirent , encore moins décrirai-
je les fêtes & la manière dont ils /
célébrèrent fa naiffance. L'allégreffe fut
générale dans tous les hameaux voifins ;
chacun fut les féliciter ; leur vertu leur
avoit gagné tous les coeurs : il n'y en
eur aucun qui ne fe réjouit de les voir
au comble de leurs voeux ; Janus luimême
prit part à leur félicité : il leur,
10 MERCURE DE FRANCE.
.
"
"
C
envoya témoigner fa fatisfaction par un
Député. Dites à notre bon Roi , lui
répondit Ifménias , que je n'ai defiré
» & demandé aux Dieux un enfant
qu'afin qu'il put jouir des douceurs de
fon règne , & bénir avec moi le ciel
de l'avoir mis fur le Trône En
effet , Lificas eut-il à peine atteint l'âge
de raifon , qu'Ifménias lui fit facrifier
une brebis à Apollon , pour remercier
ce Dieu de l'avoir fait naître fous le
règne de Janus . Ce jeune enfant étoit
deftiné à l'illuftrer . On voyoit déjà briller
en lui des étincelles de cette vertu
qui devoit le faire admirer dans la fuite.
Sa phyfionomie douce & agréable , annonçoit
le calme de fon coeur. Ifménias.
& Mirza ne ceffoient de bénir Apollon ,
de leur avoir donné un tel fils .
Parvenu à cet âge , où les paffions
comencent à fermenter dans un jeune
coeur , Lificas fentit le fren agité de defirs
naiffans. Il y éprouvoit du vuide , fans.
être en état d'exprimer ce qui lui manquoit.
Il fit part de fes inquiétudes au
plus tendre des pères. « Mon fils , lui
dit Ifménias , ces defirs qui t'agitent'
font communs à tous les hommes. La
» Nature ne nous a pas deſtinés à vivre
32.
"3
་
JUILLET. 1777. 21
2
feuls. Il nous faut une compagne pour
» partager nos peines & nos plaifirs.
» Cette compagne doit être l'objet de
» notre affection , & abforber , pour
» ainfi dire , tous les fentimens denotre
coeur. Tuéprouves du vuide dans le tien,
c'eft que cet objet ne le remplit pas
» encore. Tu fens bien qu'il te manque ,
» & c'eſt vers lui que fe portent tes defirs
fans le connoître. Mais , mon fils ,
» donne- leur le temps de fe développer.
Attends que l'âge ait mûri ta raifon ,
» afin de faire un digne choix : car il eſt
" bon de te garantir contre ton inexpé-
» rience . Tous les mortels ne fe reffemblent
point . Leurs caractères font auffi
» variés que leurs figures ; mais comme
il y a des phyfionomies qui fe rapprochent
pour les traits les uns des autres ,
» il y a aufli des caractères qui fympa-
» tifent pour les qualités . Ton bonheur
dépend d'en trouver un qui s'allie avec
» le tien & ce n'eft pas l'affaire d'un
» moment. Le temps feul peut te le dé-
29
39
ر و
29.
›
» couvrir » .
Ce difcours fenfé d'Ifménias rendit
à Lificas fa première tranquillité. Il continua
à s'occuper de la culture de fon
champ ; il fe livra même avec plus d'ardeur
aux rudes travaux auxquels il ac22
MERCURE DE FRANCE.
coutumoit fon corps . Son but étoit de
le fortifier ; mais il ne s'occupoit pas
tellement de ce foin , qu'il ne fongeât
encore à embellir fon âme ; il cherchoit
à l'affujétir aux feules loix de la fageffe.
Il vouloit pouvoir commander à
fon coeur & régler fes paffions. Il étoit
né avec de fi heureufes inclinations >
qu'il y parvint fans peine . Il fut bien - tôt
pour ainfi dire au- deffus de lui- même.
Son ame naturellement fenfible & généreufe
, lui faifoit fans ceffe defirer des
occafions d'exercer fes vertus . Un jour
qu'il étoit occupé à pourfuivre une bête
féroce , qui ravageoit fon champ & ceux
de fes voifins , il découvrit du haut de
la colline une épaiffe fumée qui couvroit
toute la furface du vallon , & préfageoit
l'incendie des cabanes de quelques- uns
de ceux qui l'habitoient. Il ceffa alors
la pourfaite de l'animal , & dirigea
toute fon activité vers l'endroit où le
danger lui parut le plus imminent. Defcendu
dans le valon , il s'apperçut que
le mal n'étoit pas auffi grand qu'il le lui
avoit paru ; mais il en vit affez , pour
imaginer que cet accident feroit bien des
malheureux . Son coeur fut d'abord ému
de compaflion. Il fe reprocha de n'être
temps pour les fecourir & pas
arrivé à
JUILLE T. 1777. 23
و د
و د
les préferver du ravage des flammes.
S'étant enfuite approché de plus près
il diftingua un pauvre vieillard courbé
fous le poids des aus , qui tranfportoit
avec peine fes outils aratoires . Une jeune
fille le fuivoit en pleurant. Leur agitation
& le trouble répandus fur leurs vifages
, lui firent aifément préfumer qu'ils
étoient du nombre des incendiés . Ilcourut
à eux , & s'adreffant à ce malheureux
vieillard : « Où allez -vous , mon père ,
lui dit-il ? vous cherchez fans doute
quelque azile ? Oui , les flammes
n'ont pas refpecté le mien. Venez ,
mon père , venez dans notre habitation
, nous tâcherons de vous confo-
»ler de ce petit défaftre ; nous parta-
» gerous avec vous ce que nous avons ,
& notre cabane fera auffi la vôtre ;
» mais commencez par vous décharger de
» ce faix d'inftruments ratiques. Il n'eft
" pas de votre âge de porter des poids
aufi lourds ». Alors il le fit affeoir ,
& l'aida à fe débarraffer. La jeune fille
ne vouloit pas cenfentir à ce qu'il les
portât lui même ; mais Lificas les eut
bientôt mis fur fes épaules , & ils gravirent
enſemble au fommet de la colline.
"
‚ »
-
Parvenus à l'habitation d'Ifménias
24 MERCURE DE FRANCE .
Lificas lui préfenta le vieillard & fa fille :
» veuillez partager leur infortune , lui
» dit- il ; ce font des malheureux dont
" les flammes ont confumé la cabane.
» Il ne leur refte , du peu de leurs com-
» modités domeftiques , que quelques
" outils que je viens de joindre aux
» miens. O mon fils , lui répondit If-
» ménias combien cette généreufe
» pitié t'honore à mes yeux. L'humanité
» eft la vertu qui embellit le plus l'hom-
» me. Celui dont le coeur n'eft point
» attendri par les calamités de l'inno-
»
و
›
cent , ne mérite pas qu'on s'attendriffe
» à fon égard. Ton ame doit être bien
flattée de cette action . Mais , Lificas , ce
» n'eft pas feulement un malheureux que
» ton coeur compatiffant a fecouru
» c'eſt un ami dans l'infortune , c'eſt le
» vertueux Amintas le protecteur de
majeuneffe. Viens, cher Amintas, em-
» braffe-moi , & félicite - moi d'avoir un
» tel fils. Tu dois être au comble de ta
» joie , vertueux Ifménias . O ! que de
pareils enfans réjouiffent le coeur d'un
» père ! ... O Cécile ! O ma fille ! puiffe
" ton jeune coeur fe mouler fur celui de
> Lificas
39
» .
Lificas fut frappé du nom de Cécile .
IL
JUILLET. 1777. 25
Hfe rappella qu'il avoit fouvent entenda
faire l'éloge d'une jeune Bergère de ce
nom. L'ayant alors envifagée un peu
plus fixement qu'il n'avoit fait encore
il fut furpris de voir qu'elle réuniffoit
toutes les grâces , tous les traits de la
beauté à la phyfionomie la plus touchante.
La modeftie ajoutoit un nouvel éclat au
lys de fon teint , & l'innocence de fes
regards exprimoir celle de fon ame. Il
reffentit dans ce moment les effets de
cette heureuſe fympathie , qui décide de
nos inclinations. « Qui , s'écria-t- il tout
tranfporté , c'eft dans fes yeux que je
» dois puifer l'amour. La pureté de ma
,, flamme annoblira mon coeur, & le remplira
davantage des impreffions de la
"
*
» vertu 1%
Cécile reffentoit de fon côté des agitations
fecrettes , & éprouvoit des émotions
flatteufes en faveur de Lificas. Son
coeur , femblable au calice de ces fleurs
qui s'épanouiffent aux premiers rayons
du Soleil , fe dilatoit par les tendres fentimens
d'un amour naiffant ; fes yeux
fe portoient avec complaifance fur Lificas
. « Que je ferois heureuſe , difoit-
» elle , fi la nature m'avoit deſtinée à
» être fa compagne & que mes jours.
B Il, Vol.
$ 6 MERCURE
DE FRANCE .
» couleroient tranquillement , fi mon
» fort étoit uni au fien ! La douce vertu
>> refferreroit nos noeuds . Je me fais
peut être illufion ; mais il me femble
» que je lis dans fes yeux les mêmes defirs.
Puiffent- ils être exaucés ainfi que
» les miens ».
C'eft ainfi qu'elle s'entretenoit elle .
même , lorfqu'elle fut interrompue par
Lificas : « Vous foupirez , lai dit- il ,
»
belle Cécile ? Eft-ce que vous regret→
» teriez encore votre chaumière ?
» Non , Lificas , je perdrois trop à être
féparée de vous. J'applaudis au deftin
qui m'a mis à portée d'être témoin de
vos actions vertueufes . Tous les jours
» j'en entendois parler au hameau . Les
jeunes Bergers fe les racontoient en
» ramenant leurs troupeaux . Ils les ra-
» contoient enfuite aux vieillards , qui
félicitoient Ifménias & Mirza de vous
avoir donné la naiffance. Alors , je
» regrettois de ne pas habiter la colline,
» & je bénis maintenant Pheureux re-
» vers qui nous y attire . Et moi Cé-
» cile , je le bénirai fans ceffe . Oh ! combien
je me félicite d'être allé au- de-
33
ג נ
vant de vous , & que mon coeur fe
» fait gré de vous avoir offert un afyle ,
JUILLE T. 1777. 27
"
Non , jamais aucune action de ver-
» tu n'a plus rendu à mon ame. Ah !
» Cécile , que je ferois agréablement
récompenfé , fi votre coeur , libre en-
» core & fans inclination , daignoit ac-
» cepter l'hommage du mien ; fi vous
pouviez defirer de partager mon fort !
» Vous paroiffez émue , Cécile , & votre
» coeur foupire fecrettement... L'amour
» l'auroit- il prévenu en faveur de quel-
» qu'autre , & ne pourrois je efpérer
» d'être heureux ... Je n'ai point en-
» core difpofé de mon coeur , & je n'en
» diſpoſerai jamais que du gré d'Amin:
» tas . S'il confent à notre union , je fuis
» à vous. Allez , Lificas , allez folliciter
» fon confentement & celui d'Ifménias.
» & dites-leur que c'eft notre bonheur
» commun que vous follicitez ..
→
Lificas , au comble de ſes voeux , vole
vers Amintas ; il fe jette à fes
"
genoux.
Que veux- tu , mon fils , lui dit le bon
» vieillard étonné de cet empreffement.
» Ah , mon père ! que vous confentiez
» à mon bonheur & à celui de Cécile ;
» réfifteriez- vous à nos prières ? = Non ,
» Lificas ; j'ai tâché de contribuer juf
ques ici , autant que je l'ai pu
» bonheur de mes ſemblables. M'écarteau
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
99
rois- je de cette règle dans l'inftant où
» la nature me l'a prefcrit avec le plus de
» force. Non , mon cher Lificas , les
" paffions n'ont point étouffé fa voix dans
» mon coeur. Je fuis père. J'aime ma
fille. Son bonheur dépend de votre
» union ; qu'elle foit heureufe : foyez
» heureux mes enfans . Je vais prier
» Ifménias & Mirza de joindre leur confentement
au mien , & nous célébrerons
enfuite votre hymenée.
›
Il s'avança alors vers la cabane . Iſménias
& Mirza s'y entretenoient de leur
fils , Oh ! s'il pouvoit aimer Cécile ,
difoit Ifménias ; il me femble que la
nature les a faits l'un pour l'autre . Ils
ont les mêmes goûts ; leurs caractères
fympathilent. Tous deux font vertueux.
» Cécile a l'ame fenfible & généreuſe
» comme Lilicas. La bienfaifance & l'humanité
les diftinguent également .
» L'ambition ne les tyrannifera jamais.
» Jamais ils ne connoîtront fes feux dé-
» vorans. S'ils defirent que leurs champs
s'accroiffent , que leurs troupeaux fe
multiplient , ce ne fera que pour en
faire part à leurs voifins malheureux.
Ah ! Mirza , combien j'aurois de fa-
» tisfaction , fi Lificas vouloit partager ર
JUILLET. 1777. 29
» le fort de Cécile , & Cécile celui de
» Lificas ».
*
ود
6
Ifménias achevoit ces derniers mots ,
lorfqu'il apperçut Amintas : « Qu'y
» a - t - il , cher Amintas , lui dit - il ,
» & qui eft-ce qui te ramène fi vîte auprès
de nous ? Je viens folliciter de
vous deux le bonheur de nos enfans.
» Lificas & Cécile defirent de s'unir ; ils
» n'attendent que votre confentement
» pour joindre aux douces chaînes de
l'amour,les tendres liens de l'hymenée.
» Ah ! cher Amintas , quelle joie tu
répands dans mon coeur ! Leurs voeux
» font d'accord avec les miens. Il n'y a
» qu'un inftant que je m'entretenois
d'eux avec Mirza . Je lui témoignois
» combien j'aurois de fatisfaction de
» leur voir former ces defirs . Les Dieux
» me regardent avec des yeux de complaifance.
Ils ne me laiffent plus rien
» à defirer. Allons , chère Mirza , allons
» les unir ces chers enfans , allons hâter
» leur bonheur & le nôtre :
"
Lificas s'étoit déjà rendu auprès de
Cécile ; il lui avoit fait part des difpofitions
d'Amintas ; ils attendoient fon
retour avec impatience ; lorfqu'ils le
virent fortir de la cabane avec Ifménias
B.iij.
30 MERCURE DE FRANCE .
& Mirza ; la douce joie fe peignoit dans
les yeux de ces heureux vieillards. On
voyoit fur leur front riant , l'empreinte
de la gaieté. Lificas & Cécile coururent
embraffer leurs genoux : « Je ne fau-
» rois blâmer votre jufte impatience
>
>
>
leur dit Ifménias ; vous foupirez après
» le bonheur : nous ne faurions trop- tôt
» vous le procurer ; allez donc , mes en-
» fans
dans le Temple d'Apollon :
» allez , fous les aufpices de ce Dieu
» vous unir par les liens de l'hymenée » .
Lificas s'y rendit avec Cécile & la vertueufe
Mirza , tandis qu'Ifménias &
Amintas defcendirent dans le vallon ,
inviter les jeunes Bergers & les jeunes
Bergères à venir célébrer cet heureux
hymen. Tous les Bergers y vinrent avec
leurs mufettes . Les jeunes Bergères fe
parèrent de guirlandes de fleurs. Les
bois retentirent alors de leurs chants
d'allégreffe . Les uns danfoient autour de
la cabane d'Ifménias , tandis que les autres
aidoient Lificas & Cécile à conftruire
la leur avec des rameaux verds. Quand
elle fut une fois achevéé, ils vinrent tous
danfer autour. Ifménias & Mirza leur
fervirent enfuite un léger repas , apprêté
de leurs mains . La table étoit parée de
JUILLÉT. 1777 . 31
Aeurs odorantes ; on y voyoit des fruits
de toute eſpèce & en abondairce. Le
fait frais y couloit de toutes parts. L'aimable
enjouement & l'innocente gaieté
préfidèrent au feſtin . Les Bergères s'interrompoient
de temps en temps , &
célébroient par des chants gracieux le
bonheur des deux jeunes époux . Les
roffignols & les autres habitans de l'air
unifloient leurs voix & leurs ramages ;
& les Bergers émus délicieufement
par cet harmonieux concert , s'empreffoient
de tirer de tendres fons de leurs
mufettes. Après ce joyeux repas , Encas ,
le plus jeune des Bergers , fut chercher
une couronne de pampre verd , & la
pofa fur la tête de Lificas. Silvie , la
plus jeune des Bergères , en fit autant à
l'égard de Cécile. Hs dansèrent alors
tous enſemble , & fe retirèrent enfuite à
la clarté paifible de la Lune , au fon de
leurs mufettes.
Le lendemain , après avoir falué le
lever de l'Aurore , Lificas & Cécile def
cendirent dans le vallon , & vifitèrent
tous les habitans. Chacun s'empreffa de
leur donner des témoignages de fon
affection. Les Bergers leur porrèrent
des fruits , les Bergères des fleurs. Parmi
Biv
32 MERCURE DE FRANCE,
celles- ci , Cécile en a diftingué une , qui
n'avoit point aflifté à la célébration de fon
hymen. Elle s'en plaignit. Chloé ( c'étois
le nom de la jeune Bergère , ) s'en excufa
fur l'indifpenfable néceflité où elle étoir
de travailler pour faire fubfifter fa mère ,
infirme & dans l'indigence. « Oh ! Chloé,
» dit Cécile , vous ne ferez plus réduite
à la trifte néceffité de vous priver des
plaifirs les plus innocens . Venez , ve-
» nez dans notre cabane , Lificas , & moi
» partagerons avec vous notre troupeau.
22
» Il n'eft pas confidérable
, mais il nous.
en reftera encore affez » . Elle prit alors
la main de la jeune Bergère , & elles.
gagnèrent enfemble le fommet de la
colline.
Lificas les avoit devancées , & étoit
allé choisir la plus belle de fes géniffes..
Il y joignit deux de fes brebis , & les
conduifit lui même au bas de la colline ;
alors il les remit à Chloé. Cette action.
généreufe fe répandit bien- tôt dans le
hameau. Elle vint aux oreilles d'Ifménias
; cet heureux père ne put contenir
fa joie. Il courut embraffer fes chers
enfans. " Ah , Cécile ! ah , Lificas ! leur
» dit- il tout tranfporté, votre vertu vient
a de briller dans tout fon éclat . , Votre
FUILLET. 1777 33
pitié compatifante m'a rempli de la
plus douce joie. Ne ceffez point d'ho-
» norer ainfi l'humanité. Ajoutez , s'il eſt
» poffible au bonheur des heureux: Les:
» Dieux répandront leurs bénédictions
» fur vous & fur vos champs ; vos trou
peaux fe multiplieront ; votre éloge
volera de bouche en bouche avec vo-
» tre nom. Eh! chers enfans , vous faites
les plaifirs de ma vie ; je coulerai dé-
" formais le refte de mes jours dans le
» fein du bonheur ; & lorfque la mort
» viendra les terminer , ma tête blanche
» deſcendra en paix dans le tombeau și
j'aurai là confolation de laiffer après
» moi des enfans vertueux ».
1
95
Lificas & Cécile continuèrent àfe dif
tinguer par des traits pareils . Leur coeur
étoit une fource féconde , où leurs fem--
blables paifoient des bienfairs ; ils éten--
doient fans ceffe une main fecourable
fur les infortunés gémiffans. Leur huma
nité leur faifoit defirer le bien des hommes.
Leurgénérofité s'efforçoit de le leur
procurer. Tousleurs jours furent marqués:
au fceau de quelque action de vertu .Leurr
hameaufut bien-tôt célèbre . On les furnomma
les amis de l'humanité . Enfans :
reconnoiffans. & refpectueux , tendress
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
Époux , amis conftans , mortels laborieux
& bienfaifans ; ils fe crurent auffi heureuxque
peut le comporter la condition humaine
.
Par M. de Sere , fils.
PHILEMON ou L'AMBITIEUX PUNE.
Sous un ciel ferein & tranquille ,
Loin du commerce de la ville ,
Loin du commerce des humains ,
Philémon vivoit fans chagrins.
Un toît ruftique , mais commode ,
Compofoit tout fon logement ;.
La Nature , toujours de mode ,
Avoit fourni l'ameublement ,
Et paroit ce lieu folitaire ;
Quelques légers arpens de terre ,
Auxquels il prodiguoit les foins ,
Fourniffoient à tous fes befoins ;.
Et , dans la courſe vagabonde ,
Sans ceffe un limpide ruiffeau ,
A ce Philofophe nouveau
Offroit le tribut de fon onde.
Satisfait de peu , Philémon ,
Sans Maîtreffe ,fans Ami traître ,
JUILLET. 1777. IS
•
Dans ce petit réduit champêtre
Vivoit heureux... L'ambition ,
A l'humeur jalouſe , inquière ,
Traînant fur fes pas les defirs ,
Sut découvrir cette retraite ,
Et , plus prompte que les zéphirs ,
Elle y vint fixer fon empire :
Philémon auffi-tôt ſoupire ;
L'ennui le ronge ; un feu nouveau
Dans toutes les veines circule ;
Tout lui déplaît dans fon hameau ;
La foif des richeffes le brûle.
Il a recours aux Immortels ,
Et , pour le les rendre propices ,
Par quantité de facrifices
Il enfanglante leurs autels :
« Grands Dieux , dit-il , dans fa folie ,
Vousfeuls pouvez me rendre heureux !!
» Qu'en un fleuve majestueux ,
Par votre puiffance infinie ,
» Ce foible ruiffeau foit changé ;-
» Faites que ma barque légère
Devienne ,, en s'éloignant de terre ,,
»Un vaiſſeau richement chargé »....
Il dit; & du haut des montagnes ,
Avec bruit , un affreux torrent
Eond, roule , inonde les campagnes ;;
B.vj
36
MERCURE
DE
FRANCE
..
Tout n'eft plus qu'un vafte Océan ,
Qu'il contemple d'un oeilavide ;
Flottant fur la plaine liquide
Un navire s'offre à fes yeux :
Content , il rend graces aux Dieux..
Brayant & les vents & l'orage..
Soudain il quitte le rivage;
Il part , & voit avec douleur
S'abattre, & tomber en pouffière :
Les murs de fon humble chaumière .
Séjour de paix &.de bonheur.
Au même inftant le charme celle.
Accablé d'ennui , de trifteffe ,.
Il voudroit regagner le port:
«O vous , arbitres de monfort ,
Vous qui m'avez , dès mon aurore ,
Accordé d'utiles ſecours ,
»Daignez me protégerencore!...
Aces clameurs les Dieux font fourds ;
L'éclair brille , la foudre gronde ,,
Le vent s'irrite ; le vaiffeau
Flotte incertain au gré de l'onde ,
Et la mer devient fon tombeau...
Privé de toute la fortune ,
Philemon , pour comble de maux,,
Epvain lutte contre les flots.;
périt au fein de Neptune :
JUILLE T. 1777-
377
Victime du courroux des Dieux,
Il meurt épuisé de fatigue,
Regrettant que.le ciel prodigue
Eut daigné répondre à fes voeux
vous qu'une folle efpérance
Livre à d'éternels repentirs ;
Ambitieux , ſur la prudence.
Songez à régler vos defirs !:
Par M. Houllier de Saint-Remy
LA FEMME SAVANTE.
LA prude Eglé , favante fanatique,
Se nourriffoit des bons Auteurs Anciens
Et de leurs mots farciffoit tous les fiens;
Siqu'une nuit , rapporte la chronique ,,
Elle éveilla fon mari trop dormeur,
En lui criant d'une voix héroïque :
Tudors , Brutus , & Rome eft fansvengeur
Par M. P***..
1
38 MERCURE DE FRANCE .
VERS
Chantés , lors du paffage de MONSIEUR
à Saint-Papoul , fur l'air du dernier
choeur du Déferteur.
C'EST Bourbon! & douce ivreffe !
Que ces momens nous font chers !
De notre vive allegreffe
Faifons retentir les airs..
Qu'on l'aime , qu'on le révère ;
Qu'on le célèbre en tous lieux.
Des François , Tuteur & Père ,
Qu'il daigne accepter nos voeux.
Ah ! le plus doux apanage
Des Héros , des demi- Dieux ,
N'eft que dans le pur hommage
Des coeurs qu'ils rendent heureux.
C'eft Bourbon , &c.
Avant ce jour qu'on envie ,.
Tout manquoit à nos defirs ;
Nos ames, en l'éthargie ,
Neformoient que des foupirs
JUILLET . 1777 . 39
Un coup- d'oeil nous rend la vie ,
Tous les biens , tous les plaifirs.
C'eft Bourbon , & c.
L'Hymen , l'Amour l'ont fait naître ,
Et l'ont couronné de fleurs .
Que du fort il foit le maître ,
Comme il l'eft de tous nos coeurs.
C'eft Bourbon , & c.
Par M. Mailhol.
Réponse aux Vouloirs de M. de ***;
U traître Amour je me fierois peut-être,
Si je trouvois à ma guiſe un Amant
Tendre & foumis , fans être languiffant ,
Qui, bien aimé, craignît de le paroître .
Je le voudrois d'une taille agréable ,
L'air gai , l'oeil vif, plein d'efprit & de feu ,
Qui de l'amour ne fe fit point un jeu ,
Et de tromper n'eût point l'art déteſtable.
D'un important qu'il n'ait point le coftume,
Qu'il foit fenfé , mais non fur le retour,.
401 MERCURE DE FRANCE.
Dans les beaux jours , le flambeau de l'amour ,
Lorfqu'il s'éteint , d'un rien on le rallume.
Je le voudrois d'une franchiſe extrême ,
Doux , réservé , fur- tout brave & favant:
Lorſque l'on peut rougir de fon Amant ,,
On a deux fois à rougir de ſoi -même.
De la gaieté qu'il faſſe fa déeſſe ,
Des ris , des jeux , qu'il s'occupe toujours;
Le feu d'amour brille un inftant du jour;
Mais la gaieté nous anime fans ceſſe.
Je veux lé voir , même au fein de l'ivreffe ,,
Me reprocher que j'ai trop combatru ;
Et fi , pour lui , je manque à la vertu ,
Qu'il m'en confole à force de tendreffe.
Par Madame ****
MORALITÉ POUR LES AMANS..
DEPUIS EPUIS cet heureux jour , qu'a Cloris infidèle ,
J'ai fecoué le joug d'un amour méprifé ,
La coquette à mes voeux femble être moins rebelle.
Feignez l'indifférence & vous ferez aimé.
Par M. P.D. E..
JUILLET. 1777. 43
Imitation de l'Epigramme de Martial,
Difficilis , & c.
Vous ous êtes tour - à- tour incommode & facile ,.
Fâcheux , aimable & complaifant ;
Sans vous , je ne fuis pas tranquille ;
Avec vous je fuis mécontent.
Par le même.
ODE à Monfeigneur l'Evêque de
Saint-Flour:
TOI qui , par un choix infigne
De la mitre obtiens les honneurs :
Choix dont te rendront toujours digne,
Ton nom , ton favoir & tes moeurs.
Déjà , dans les facrés Lycées ,
Sont amoncelés les trophées
De ta vafte érudition ;
Et ta candeur , qui te proclame ,.
Nous rend aujourd'hui la belle ame
Du célèbre & grand Fénélon..
t
42 MERCURE
DE FRANCE
.
De la Doctrine véritable ,
Tu joins les tréfors précieux ,
A la nobleffe refpectable
Des Bouteville , tes Aïeux.
Il eft confervé dans l'hiftoire ,
Ce jour fi cher à la mémoire ;
Où, vengeurs des plus noirs forfaits ,
Citoyens fages , intrépides ,
On les vit , nouveaux Léonides ,
Aux Thermopiles Ecoffais.
Ce même amour , ce même zèle ,
Qu'ils montrèrent pour leur pays
Ta grande ame les renouvelle ,
Pár tes faits , & dans tes écrits.
En toi , quel frappant affemblage !
La fociété trouve un fage ;
L'Eglife , un nouveau défenſeur ;
La Religion , fon modèle ;
L'amitié, fon portrait fidèle ;
L'humanité , fon protecteur.
Par M. Sardine , Imprimeur- Libraire ,
à Saint-Flour.
JUILLE T. 1777. 43
VERS
A Madame la Princeffe DE MONACO.
CHAQUE Divinité jadis eut fon partage :
Junon eut la grandeur , le rang , la majesté ;
Minerve les talens ; & Vénus la beauté.
A la Reine du ciel chacun rendit hommage ;
Tout baiffa devant elle un front refpectueux.
Par mille dons rares & précieux ,
Minerve des efprits entraîna le fuffrage;
Vénus , en fouriant , emporta tous les coeurs ;
Zéphir, pour elle , oublia Flore ;
Mars oublia Bellone , Apollon les neuf Soeurss
Et cette Déelle eut encore
Plus d'Amans que d'Adorateurs.
Ainfi la Fable , en fes rians menfonges ,
:
Embelliffoit la vérité :
Mais pourtant la réalité
L'emporte aujourd'hui fur les fonges
De la crédule antiquité.
Aujourd'hui la beauté , les talens , la nobleffe ,
Dans un même fujet réunis ,
Offrent à nos regards furpris,
Vénus en habits de Princeffe ,
44
MERCURE DE FRANCE..
Pallas fous les traits de Cypris.
La grandeur & la bienfaisance
Annoncent toujours fa préſence
Avec l'amour & le plaifir ;
Et toujours marchent fur les traces
La Raifon à côté des Grâces ,
Et le refpect près du defir.
Dans ce portrait , peu digne d'elle ,
Monaco ne verra que l'ombre de fes traits ;.
C'eft le fort de tous fes portraits
D'être au--deffous de leur modèle.
Par M. Dreux , âgé de 22 ans.
IMPROMPTU
Sur GUSTAVE III , Roi de Suède..
L'ALEXANDRE ' ALEXANDRE du Nord , fi fameux dans l'Hiftoire
,
Aux vertus d'un Soldat borna toute fa gloire :
A la fienne Guftave attachant plus d'objets ,
Afu, par fes vertus , rendre heureux fes Sujets..
Par M. de Lanevère , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.
JUILLE T. 1777. 45
MADRIGAL
A M. le Prince DE GHISTELLES ,
Grand d'Espagne de la première Claffe.
A
VOTRE aimable fils d'Hédigneul elle- même,
Veut porterdeux pigeons que je cède & que j'aime :
Qui les verra donner au jeune Richebour2,
Penfera que Vénus les remet à l'Amour.
Par M. le Comte de Couturelle.
Épithalame à Madame DE LACOMBE ,
Epoufe du Lieutenant de Roi d'Arras.
AVECvous un Guerrier que la gloire environne ,
Se plaît à partager les honneurs de fon rang.
Tout couvert de lauriers teints de fon proprefang,
Une Vénus encor de myrtes le couronne .
La Marquife de Béthune-Hédigneul.
2 Le Prince de Richebour
46
MERCURE DE FRANCE.
Tous deux vous commandez dans cet heureux
féjour,
Lui pour le Roi , vous pour l'Amour.
Par le même.
AM. DE CAIL HAVA, fur fa Comédie
AVEC les
de l'Egoïfme.
les armes du génie ,
Lorfque ta Mufe attaque un vice accrédité ,
L'Egoïfme , fléau de la fociété,
Elle le montre à ces jeux aguerrie ,
Et fait goûter plus d'une vérité,
Jetant à pleines mains le fel de la faillie.
Ton ouvrage mérite un laurier immortel;
Tou fiécle te le doit , & pour fa propre gloire ,
Ou la postérité feroit fondée à croire
L'Egoïfme en ce fiécle un vice univerfel.
Par M. Guérin de Frémicourt.
jou York
JUILLE T. 1777. 47.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du premier volume de Juillet.
LE
E mot de la première Enigme eft
le Bas ; celui de la feconde eft Teftat
; celui de la troisième eft la Gauffre.
Le mot du premier Logogryphe eſt
Jaloufie , où le trouvent Louis , loi , joie ,
foie , aile , fale , Jule , voile , ile , Afie ,
Eu , Oife , Jofué, fol , la , fi , Levi , viol,
Livie , Julie , alofe , Sail , Ilus , Saul ,
Eloi , voie , oie , oeil , ouie;;; celui du fecond
eft Chemin , dans lequel fe trouvent
Nice , miche , hé , mine , Chine , chien ,
niche ; celui du troisième eft Dame , où
fe trouvent áme , Dame (à jouer) , Ma
(Nymphe de Rhée) , Adam.
V
ENIGM E,
FEILLE , avare , infenfible , ingrate , ſi tu veux,
Du plus vain des mortels je fixerois les voeux,
Un fils fot & rebelle a caufé ma misère ;
Ce fils , je l'engendrai fans connoître fon père.
48 MERCURE
DE
FRANCE
.
J'offre à tes yeux divers tableaux ;
Des prodiges toujours nouveaux.
On admire en moi la nature ,
On difpute fur ma figure ,
Souvent fort mal , toujours envain.
A ces traits tu dois me connoître :
humain ; Je donne à vivre au genre
Je fuis l'afyle de mon Maître ,
Le nid de deux mille rats ,
Et le fupport des fcélérats.
Par M. Moulet, Maître-ès-Arts.
AUTRE.
SI du nord au midi , du couchant à l'aurore
Je règle en Europe le deftin des Etats ,
Je n'en reçois pas moins de quelques Potentats
Des atteintes toujours que mon fyftême abhorre.
La guerre eft mon fléau, la paix mon élément
Je fers aux Souverains comme aux Danfeurs de
corde ;
Si l'on ne me tient pas , ou fi l'on ne s'accorde ,
On fe bat, on chancelle, on tombe à tout moment.
Mais , c'eft affez , Lecteur, chut , courage , à votre
aife ;
Me devinez-vous ? non ! ch bien , encor un mot ;
Oh!
JUILLET. 1777. 49
Oh ! vous me trouverez , ou je veux être un fot ,
Car peut-être à préfentje foutiens votre chaiſe.
Par M. Bill*** à Florence.
AUTRE.
Nous fommes , jeune Eglé , deax foeurs in-
Léparables ,
Vil rebut des humains , au prinptems de leurs
jours ,
Nous les voyons pourtant enfin doux & traitables,
Quand les maux ont près d'eux remplacé les
amours.
Alors , certes alors , devenant néceſſaire ,
Notre mérite eft rare ; & le vieillard , fans nous,
Dit qu'il ne peut rien voir , rien juger , & rien
faire.
Vois comme les befoins font varier les goûts ;
Un jour , Eglé , viendra que tu feras de même,
A ta Cour aujourd'hui nous n'avons point d'emploi
,
Mais fi le ciel t'accorde une vieilleffe extrême ,
Tu voudras bien alors nous voir auprès de toi .
Fort heureufe qu'encor , de fa main crimi
nelle ,
I. Vol. C
So
MERCURE DE FRANCE.
Le tems , enoutrageant le chef-d'oeuvre des cieux ,
Ne t'ait point enlevé ce qui te rend ſi belle ,
Et fans quoi nous ferions fans emploi toutes deux.
Par M. le Méteyer.
LOGO GRYPHE.
JEE fuis une maifon ruftique ,
Ronde ou quarrée , il n'importe comment ;
Mais bien toujours de forme fymmétrique.
Nombre d'hôtes communément ,
Quoique tous d'une espèce unique ,
Y viennent prendre appartement.
Une chambre y fuffit au plus nombreux ménage :
Chaque étage en contient beaucoup ,
Et la maison comprend plus d'un étage ;
Mais l'efcalier fait face à tout.
On y peut vivre fans rien faire :
On eft nourri comme on eft hébergé ,
Aux dépens du Proprétaire .
Mais un tems vient qu'il eft dédommagé ;
Dire quand , & comment; oh c'eſt une autre
affaire ,
Je fortirois du but queje me fuis preſcrit ,
Et pour un premier point j'en ai déjà trop dit.
JUILLE T. 1777. ST
Que le Lecteur donc éternue ,
Semouche, & crache , & puisje continue .
Si , renverfant l'ordre de mes neuf pieds ,
Vous en formez differens affemblages ,
Vous pourrez , fans être forcicis ,
Trouver un Saint mitré digne de nos hommages ,
Mais qu'à Paris Meffieurs les Écoliers ,
Gens parelleux , fêtent peu volontiers.
Puis ce Voyageur intrépide ,
Qui parcourant le vaſte ſein des mers ,
Le premier, par- delà les colonnes d'Alcide ,
Alla chercher un nouvel Univers.
Une cité, jadis la maîtreffe du monde ;
Ce que trouve fans peine une verve féconde ;
Une tle d'Océan dans le pays d'Aunis ;
Le refpectable appui desarrêts de Thémis ;
Un fleuve ; un inftrument; ce que le Commiſſaire
Prendpour en impofer au timide vulgaire ;
Une ville en Auvergne ; un métal tout puiffant ;
Un pays d'où l'on tire un fromage excellent ;
Le nom des états d'Amphitrite ;
Des Conquérans la Mufe favorite ;
Ce qui dans la cicogne eft le plus apparent ;
Ce que le peintre aux clairs avec adreffe oppoſe;
Ce que de doux un infecte dépoſe
Dans la cellule qu'il conſtruit ;
Cij
52
MERCURE
DE FRANCE
.
Ce qu'au théâtre un spectateur inftruit ,
Trop fouvent applaudit plus que l'Acteur lui
même ;
UnMortel dont le front porte le diadême ;
Deux notes de musique ; un ornement des yeux ;
Enfin , chez les Anciens , favoris de la gloire ,
Lorfque deux rivaux courageux
Vouloient fe difputer l'honneur d'une victoire ,
J'offre le lieu deftiné pour ces jeux ;
Et quand on a chez nous fon honneur à défendre ,
Contre certains braves du tems ,
Un arbie fous lequel on n'a qu'à les attendre,
Et je fuis caution qu'on attendra long- tems.
Par M. D. D. F.
AUTRE
.
JE fut placé jadis au rang des Dieux ,
Maintenant je parcours les Cieux ,
En traverfantun vuide imaginaire ,
Et l'on me tire de la terre.
Le nombre fept , ou bien fept pieds , Lecteur ,
Forment le mot qui défigne mon être.
Fais -en deux parts , fi tu veux me connoître.
L'une t'indique un élément trompeur , i
Qui fait au plus hardi redouter ſa fureur ;
JUILLET. 1777. 53
L'autre eft de foin le fynonyme.
Elle est encor l'objet des voeux
D'un Vicaire & du malheureux
Qu'accable la douleur dont il eft la victime.
Par M. Vincent , C. de Q.
AUTRE.
UNE chenille me produit.
Mon cher Lecteur , fi mon chef eſt détruit ,
Je fuis cet oifeau domeftique
Qui fut chez les Romains jadis fi respecté.
Si c'eft ma queue , au même inftant j'indique
Un terme de propriété.
Mais qu'on retranche queue & tête ,
Je fuis alors une divinité ,
Qu'avant tout Jupiter avoit changée en bêre.
Par le même.
Ciij
54 MERCURE
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'Odyffée d'Homère , traduite en vers
avec des remarques ; fuivie d'une dif
fertation fur les voyages d'Ulyffe. Par
M. de Rochefort , de l'Académie des
Infcriptions & Belles Lettres . A
Paris , chez Brunet , Libraire , rue des
Ecrivains. 2 vol. in- 8 °.
1
L'ENTREPRISE de traduire Homère , &
de le traduire en vers François , tentée f
fouvent & fi infructueufement
dans le
dernier fiècle , paroiffoit abandonnée fans
retour. Ceux qui auroient pu s'en occuper
dans celui-ci , fe reffouvenoient que
Racine & Defpréaux l'avoient tentée, &
que , mécontens de leurs effais en les
comparant avec l'original , ils avoient
fini par les jeter au feu. Il falloit beaucoup
de courage , & plus de hardieffe ,
peut-être, pour fe livrer à un travail que
deux hommes de cette force , & fur- tout
Racine , avoient jugé au-deffus d'eux .
L'admiration de M. de Rochefort pour
le Prince des Poëtes , lui a donné ce courage
, fes talens juftifient fa confiance.
JUILLET. 1777 SS
Il y a quelques années qu'il a publié la
traduction de l'Iliade ; il vient d'achever
celle de l'Odyffée ; & fon travail fur ce
Poëte favori , n'a diminué, ni fon enthou
fiafme , ni fa vénération. On n'en doit
point être étonné : on fait de quel oeil les
Traducteurs regardent ordinairement
leurs originaux . Le Poëte Grec étoit plus
fait qu'un autre , pour infpirer cette efpèce
de fanatifme , excufable fans doute ,
& qui étoit néceffaire pour le traduire.
On pardonnera à M. de Rochefort , dans
le point de vue où il fe place , de ne rien
voir d'égal à Homère ; mais on ne fera
peut-être pas de fon avis , lorfqu'après
avoir comparé Homère à lui - même, l'Iliade
à l'Odyffée , & être convenu qu'à plu
fieurs égards , le premier Poëme eft fupérieur
au fecond, il mettroit volontiers encore
celui- ci au- deffus de tous les Poënies
connus. Il auroit dû fe reſſouvenir
que le fixième Chant de l'Énéïde
comme il l'a obfervé lui - même
laiffe bien loin derrière lui le onziè
me de l'Odyffée , qui paroît en avoir
donné l'idée . La vifion d'Ulyffe , l'évo
cation qu'il fait des Ombres , eft bien au
deffous de la defcente d'Enée aux Enfers.
M. de Rochefort ne s'est fait cette objec-
Civ
56 MERCURE
DE FRANCE
.
30
tion que pour y répondre , & il le fait
d'une manière au moins ingénieufe. « Les
Champs Elifées , tels que Virgile nous
» les dépeint , n'exiftoient pas encore
» dans la mythologie : ainfi cette admirable
oppofition que Virgile nous pré-
» fente des lieux de tourmens & des lieux
"
99
» de délices , ne pouvoit pas être employée
»par Homère. Mais, que dirons-nous de la
partie la plus intéreffante & la plus admi-
» rable de cet épifode ; de celle où Anchife
» montre à fon fils toutes les ames qui
» doivent un jour animer fes defcen-
» dans ? Peut-être que fi Virgile avoit
» vécu cinquante ans plutôt ; s'il n'avoit
pas fallu flatter un maître ; fi les Romains
euffent été en tout Romains ,
peut-être , dis-je , n'aurions-nous pas
» eu ce chef- d'oeuvre de Poëfie & d'adu-
» lation. Quoi qu'il en foit , comme le
fiècle d'Augufte nous eft plus préfent
» que celui d'Homère , il faut avouer
que la fiction de Virgile fera toujours
plus piquante , plus noble , plus inté-
»reffante à nos yeux , que celle du Poëte
» Grec ».
"
»
»
» Il femble que ces aveux coûtent à M.
de Rochefort ; c'eft avec peine qu'il voit
la fupériorité de fon Auteur s'évanouir
quelquefois ; il n'a pu fe diffimuler que
(
JUILLE T. 1777. 57
le quatrième Chant de l'Enéïde offre encore
un objet qui met Virgile au- deffus
de toute comparaifon. Le Poëte n'a trouvé
que dans fon coeur , dans la connoiffance
qu'il avoit des paffions , le développement
qu'il fait de la naiffance , des
progrès & des fuites de celle de Didon .
» Les intrigues amoureufes de Calypfo
» & de Circé, ne font que des aventures ,
& n'ont prefque rien de l'amour ; Min-
» clination réciproque d'Ulyffe & de
Pénélope , ne nous préfente que les
traits graves & décens de l'amour con-
» jugal , l'attachement le plus tendre
mais fans tranfport & fans paffion . Les
Grecs , fans doute alors , n'étoient point
» encore parvenus , comme les Romains
fous Augufte , à ces temps de luxe , de
licence & de galanterie , où l'amour
» devient l'occupation la plus importante
» de la vie , où il entre dans tous les en-
» tretiens , où il fe mêle à toutes les affaires
civiles & politiques ; où tous
» les Auteurs qui veulent réuffir , cher-
» chent à mettre en jeu cette paffion , &
à intéreffer en leur faveur , la vanité de
ce fexe aimable , par qui elle conſerve
le plus d'empire
"".
Nous ne nous arrêterons pas à exami-
Cv
$ 8 MERCURE
DE FRANCE
.
+
ner ces excuſes . Il y a long- temps que le
jugement du public eft fixé aut fujet des
deux Poëtes & de leurs Ouvrages. Il eft
permis d'avoir des idées particulières.
H ne s'agit pas ici de les difcuter ;
il faut laiffet ce foin aux Journaliſtes, qui
ne rendent compte des opinions d'un
Ecrivain , que pour lui oppofer les leuts.
. Le Public voit dans ce que nous avons
dit , ce que M. de Rochefort penfe
d'Homère ; il le verra d'une manière
plus détaillée dans fon Ouvrage ; il ne
nous demande fans doute pas ce que nous
en penfons nous - mêmes . Nous devons
nous borner à lui rendre compte du travail
de l'Auteur. En général, on trouvera de la
douceur & de la pureté dans l'expreffion ,
fouvent de l'énergie , & quelquefois des
négligences. La marche générale des vers
eft un peu languiffante . Il eft fouvent dif
ficile à un Traducteur de la rendre vive &
précife . On defireroit qu'il eût pu ne pas
employer quelquefois beaucoup de vers
pour en rendre un petit nombre. Ce
pendant on les lit avec plaifir. Nous ci
terons l'endroit où Ulyffe arrive à la porte
de fon Palais , inconnu de tout le monde ,
& reconnu par fon chien. « J'aime mieux;
» dit Pope , le Roi d'Ithaque pleurant
» à la vue de fon chien fidèle , que
JUILLET . 1777. 19
repouffant , l'épée à la main , une
» armée entière d'ennemis acharnés fur
» lui feul.
Tandis qu'il rappeloit ſes triſtes deſtinées ,
Il voit un chien chargé de misère & d'années .
C'étoit fon cher Argus , qu'il nourrit autrefois
Pour déclarer la guerre aux habitans des bois .
I nefit pas long-tems le plaifir de fon Maître ;
Sans peine cependant il fait le reconnaître :
Languiffant, éperdu , privé de tous fecours ,
Ce n'eft plus cet Argus qu'on vit dans fes beaux
jours ,
Sur les pas des Chaffeurs , plein d'ardeur se
d'audace ,
De la biche ou du daim fuivre aifément la trace.
Dédaigné maintenant , trifte objet de pitié ,
Couché près de la porte , il demeure oublié,
Les ans , la maladie ont épuifé fa force.
Mais à l'afpect d'Ulyffe , il s'effaye , il s'efforce ;
Il ne peut fe lever, & fon corps impuillant
Donne au moins à fon Maître un figne careffant.
Ulyffe l'apperçoit & détourne la vue ;
Il cache la douleur dont fon ame eft émue ;
Il effuie en fecret fes yeux de pleurs trempés.
De quel faififfement tous mes fens font frappés !
De ce chien , difoit- il , que je plains la vieilleffè!
Autant que fa beauté , fon deftin m'intéreffe.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Vécut-il pour la chaffe , ou fut- il , loin des bois ,
Nourri dans ce palais pour le plaifir des Rois ?
Hélas ! répond Eumée , il fut cher à ſon Maître ;
Si dans fes premiers ans vous l'aviez pu connaître,
Qu'il vous cût étonné ! combien dans les forêts
Il favoit éventer , chercher , fuivre de près
Des plus fiers animaux les traces odorantes !
Languiffant aujourd'hui , fes forces expirantes
Des Efclaves en vain attendent quelques foins.
Nul d'eux ne daigne plus pourvoir à fes befoins.
De ces hommes ainfi l'ingrate négligence ,
D'un Maître infortuné met à profit l'abſence ;
Car l'opprobre des fers dont l'Efclave eft lié ,
Soudain de fa vertu lui ravit la moitié.
M. de Rochefort , malgré la gêne de
la verification , a fait une traduction
exacte; une partie précieuſe de fon travail ,
& dont fans doute on lui faura gré, ce font
fes notes. S'il y en a quelques-unes qui
font uniquement deftinées à faire remarquer
une tournure admirable d'Homère ,
une adreffe de plan , que tout le monde
fentiroit aufli bien que le Traducteur
il y en a qui ont un autre mérite , celles
fur tout qui annoncent un homme qui
connoît parfaitement la langue d'Homère
, & mieux qu'on ne la fait commuJUILLET.
1777. 6.1
nément dans ce fiécle , où l'on ne peut
difconvenir qu'elle ne foit très - négligée .
Fréquemment M. de Rochefort redreffe
les Traducteurs & les Commentateurs
du Poëte ; il corrige quelques méprifes
de Madame Dacier , & celles que Pope
a faites d'après elle.
$
La Differtation fur les voyages d'Ulyf
fe , qui termine cette traduction , eft
remplie de recherches , & bien ſupérieure
à toutes celles de ce genre . L'Aureur
n'a rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
un autre , en rapportant tout ce qu'on
a dit fur la route d'Ulyffe , auroit fini
par en donner une carte exacte & détaillée;
M. de Rochefort fait voir qu'il
n'y a rien de plus incertain . « S'il fut
» jamais permis d'avoir quelques doutes
»fur des matières hiftoriques , c'eſt
» fans contredit fur celle- ci , qui ayant
jadis partagé les Auteurs , femble en
quelque forte nous défendre de juger
» un procès qu'ils n'ont pu terminer
» eux-mêmes » .
"
و د
Dictionnaire hiftorique , bibliographique
portatif, contenant l'hiftoire des Patriarches
, des Princes Hébreux , des
Empereurs , des Rois & des grands
Gi MERCURE DE FRANCE .
:
Capitaines ; des Dieux & des Héros
de l'antiquité Payenne ; des Papes ,
des Saints Pères , des Evêques , des
Cardinaux célèbres , des Hiftoriens ,
Poëtes , Orateurs , Théologiens , Jurifconfultes
, Médecins , & c. , avec
leurs principaux Ouvrages & leurs
meilleures Éditions ; des femmes favantes
, des Peintres , & c. & géné
ralement de toutes les perfonnes illuftres
ou fameufes de tous les fiècles &
de toutes les nations du monde , dans
lequel on indique ce qu'il y a de plus
curieux & de plus intéreffant dans l'Hiftoire
facrée & profane , par M. l'Abbé
l'Advocat, Docteur , Bibliothécaire &
Profeffeur de la Chaire d'Orléans , en
: Sorbonne. Nouvelle Édition corrigée
& augmentée. A Paris , chez Leclerc,
Libraire , Quai des Auguftins ; 3 vol.
in- 8 ° . Prix , 15 livres.
•
L'objet & l'utilité du Dictionnaire de
M. l'Abbé Ladvocat , font fuffisamment
connus on en a vu une multitude d'autres
, publiés à fon imitation , & aucun
ne l'a fait oublier. Tous font tombés ;
& le fuccès de celui- ci s'eft foutenu conftamment.
Il n'y a pas d'autre réponſe
JUILLET . 1777. 63
à faire aux eritiques qui l'ont attaqué .
Quelques négligences , quelques erreurs
qui étoient inévitables dans un Ouvrage
de la nature de celui- ci , ne prouvent
rien contre fon mérite en général : ces
défauts ont difparu , pour la plupart ,
dans la nouvelle Edition que nous annonçons.
Les Editeurs qui le font occupés
du foin de vérifier le travail de M.
l'Abbé Ladvocat , en ont trouvé peu ,
& ils ont reconnu qu'il étoit beaucoup
plus exact qu'on ne le penfe communément.
Ils invitent les Lecteurs à leur
faire connoître les fautes qui leur feront
échappées. Ils fe propofent d'en publier
la correction dans les mois de Janvier
1778 & 1779 , en y joignant les aug
mentations auxquelles le temps pourra
donner Heu. Les Additions feront diftribuées
gratis à ceux qui auront acquis
Ouvrage avant le terme fixé pour
leur publication. Ce procédé eft affuré
ment très-honnête. Il affure à cetre Edi
tion des avantages que ne lui ôtera point
ane nouvelle , lorfqu'on l'entreprendra ,
& le Public peut acquérir celle - ci avec
confiance. Les Additions qu'on y a faites
ne fauroient être plus nombreuſes ni
plus intéreffantes ; elles ne font pas moins
64 MERCURE
DE FRANCE .
1
"
de fix cens pages d'impreffion ; c'eſt un
volume tout entier. Outre les perfonnages
célèbres , morts depuis l'an 1760 ,
on a augmenté l'Hiftoire politique de la
fuite chronologique des Souverains de
chaque Pays. Parmi ces Souverains , il
y en a plufieurs dont l'Hiftoire ne rappelle
que les noms ; ils ne fe trouvent
pas en conféquence dans ce Dictionnaire
à leurs articles , parce qu'ils ne peuvent
en fournir un pour les diftinguer de
ceux dont il y eft parlé , on a mis une
aftérique devant les derniers ; les moeurs
du fiècle , les changemens arrivés dans
le Gouvernement , fous les règnes de
différens Rois en France , ne font point
négligés aux articles qui les concernent ,
& ces détails fervent à répandre plus
d'intérêt dans les articles de plufieurs
de ces Rois, qui font auffiplus inftructifs.
Dans ceux - ci , il eft queftion d'hommes
conftitués en dignité. On a mis l'origine
de leur Famille , fon extinction. ou
fon exiftence actuelle. Pour trouver la
plupart des Princes , il falloit les chercher
dans la première Edition , à leurs
noms de baptême, qu'il étoit très- permis
d'ignorer. Le Lecteur avoit befoin de
favoir que le Duc de Mayenne s'appeJUILLE
T. 1777. 65
loit Charles ; le Grand Condé , Louis ;
le Duc de Guife , François , &c : pour
épargner l'embarras , on a fait une courte
filiation de ces Princes , & inféré leur
article à cette filiation , ou renvoyé à
leurs noms de baptême.
>
La partie Littéraire n'offre pas des
augmentations moins confidérables. En
faifant connoître les Auteurs , on indique
auffi leurs Ouvrages , & fur- tout
les meilleures Éditions . Ce Dictionnaire
eft terminé par le Catalogue général
de tous les livres dont on y a parlé ; ce
Catalogue étoit néceffaire pour y trouver
des livres de la plus grande rareté
& dont les Auteurs font abfolument
ignorés. Il ne fervira pas moins pour les
autres Ouvrages dont les Auteurs font
connus & dont les noms s'oublient
quelquefois. Les productions les plus
rares & les plus curieufes qui ayent paru
depuis l'origine de l'Imprimerie , s'y
trouvent défignées avec celles qui font
utiles . C'e un fervice rendu aux Bibliographes.
Ce Catalogue contient plus
de 15000 articles .
,
Les Editeurs invitent ceux qui auront
découvert des fautes , & qui voudront
bien indiquer des améliorations ou des
65 MERCURE
DE FRANCE
.
augmentations , de les adreffer à M. le
Clerc , Libraire , Quai des Auguftins ,
qui les leur fera paffer. Celles qui leur
font parvenues pendant l'impreffion ,
& qu'ils ont placées à la fin de chaque
volume , feront connoître de quelle na
ture font telles qu'ils demandent.
W
Mémoire qui a remporté le prix au
Jugement de l'Académie de Dijon ,
le 18 Août 1776 , fúr la queſtion
expofée en ces termes : Déterminer
quelles font les maladies dans lesquelles
la Médecine agilante eft préférable à
l'expectante , & celle- ci à l'agiffante ;
& à quels fignes le Médecin reconnoît
qu'il doit agir ou refter dans l'inaction,
en attendant le moment favorable ·
pourplacer les remèdes ? Par M. Voubonne
, Docteur en Médecine de la
Faculté de Montpellier ; Aggrégé &
premier Profeffeur dans la Faculté
d'Avignon . A Avignon , chez Niel
Imprimeur- Libraire.
·
L'Objet de ce Mémoire eft un des
plus importans pour la perfection de la
Médecine & pour la confervation de
Fhumanité , & doit piquer la curiofité
JUILLET. 1777. 67
des Lecteurs. Le ftyle avec lequel il eft
écrit , réunit tous les avantages propres
au genre , la préciſion , la clarté , une
élégance continue ; il s'élève même quel
quefois avec une fage hardieffe , & peint
toujours avec beaucoup de mérite &
d'énergie. L'Auteur , que fon génie a
mis fort au-deffus des préjugés , rejette
toutes les théories , dédaigne l'efprit de
fyftême fi contraire aux progrès de l'Art
de guérir , & fi funefte aux malades ;
préfente la Médecine en grand , la débarraffe
de toutes les épines du jargon
de PEcole , lui fait parler un langage
fimple & noble , intelligible à tous les
hommes qui penfent. Nous n'entrepren
drons point de faire une analyſe fuivie
de ce Mémoire fi propre à exciter
la curiofité , & à entraîner rous les
Lecteurs . Nous nous bornerons à faire
quelques obfervations que nous foumertrons
à l'examen de l'Auteur couronné.
Un coup - d'oeil fur la partie Chirurgicale
de la Médecine dans le remplacement
des os , dans l'extraction des corps étran
gers , & c. ne paroît pas pouvoir fuffice à
la preuve contre les détracteurs de l'Art
de guérir , dont toutes les objections
portent fur la cure des maladies internes :
68 MERCURE DE FRANCE .
c'eft fous ce point de vue qu'ils ofent re
garder la Médecine comme un échafaudage
d'ignorance & d'impofture. Nous
ofons dire que l'utilité inconteſtable de
cet Art falutaire ne fera jamais révoquée,
endoute, que par des efprits fuperficiels,
à qui un bon mot tient toujours lieu de
raifon , & quine feront peut- être jamais.
capables de connoître & d'apprécier le
mérite des obfervations d'Hyppocrate &
de tous les Maîtres de l'art , répandus
dans les diverfes contrées du monde , &
dans l'étendue des fiècles.
L'Auteur ajoute qu'il eft un grand
nombre de maladies , comme les inflammations
décidées , qui fuivent une mar
che invariable , & que l'art qui entreprendroit
de l'arrêter , deviendroit infailliblement
ou inutile , s'il manquoit fon
but , ou funefte s'il avoit le malheur de
l'atteindre. Il fe hâte de conclure qu'en
général il eft démontré qu'il eft des
maladies où l'on peut & l'on doit tout
attendre de l'application d'un fecours
étranger ; & qu'il en eft d'autres dont
on ne fauroit approcher la main fans
les aigrir. 11 me femble que cette conféquence
fe réduit néceffairement à
reconnoître pour objet naturel de l'actiJUILLET.
1777. 69
vité de l'art , certains cas de maladies
Chirurgicales , & à lui interdire
toute eſpèce d'action dans toutes ies
maladies internes ou externes , dont la
marche eft invariable . L'Auteur ne
veut sûrement pas donner au domaine
de l'Art , des bornes fi étroites . Son intention
fur cet objet fe manifeſte dans
la fuite de fa differtation .
S'il eft vrai qu'on trouve par- tout des
règles fages fur l'adminiftration des remèdes
, & le détail quelquefois minutieux
desfignes auxquels nous devons reconnoître
les maladies , & les momens
des maladies dans lefquels ces divers fe
cours font convenables ou déplacés , la
queftion paroît décidée , & la Médecine
agiffante mérite la préférence dans tou
tes les circonftances où ces divers fecours
font convenables , & doit refter dans
l'inaction , dès qu'ils font déplacés . La
Médecine n'agit jamais que d'une manière
particulière ; c'eft alors qu'elle a le
rapport & l'influence la plus immédiate
avec fon objet. L'idée abftraite d'un fecours
indéterminé , n'eft pas compatible
avec une action véritable fur l'homme
malade ; & fon utilité réelle , comme
fes dangers , tiendront toujours à tel ou
79 MERCURE DE FRANCE .
tel moyen en particulier , par lefquels
feuls , elle agit véritablement.
#
L'Auteur ne paroît pas lui- même avoir
donné à cette image d'un combat entre la
nature & le principe morbifique fous
laquelle les Anciens aimoient à peindre
la maladie , toute l'étendue dont la jufteffe
la rendoit fufceptible. Il l'applique
il eft vrai , à tous les temps de la mala
ladie ; mais il pouvoit en faire l'application
à tous les mouvemens de l'Art
qui , dans ce combat , doit toujours être
du ne pas forcer
parti de la Nature ,
l'ordre de fes mouvemens , à moins
qu'ils ne foient visiblement des écarts
mais le faciliter feulement , en éloignant
les obftacles qui s'oppofoient à fa victoire
; & quand il feroit vrai que l'Art
ne doit jamais conduire la nature , il
ne devroit pas être dès -lors regardé
comme inutile & méprifable , puifqu'il
auroit le mérite de la feconder dans un
grand nombre de cas , en prêtant la
main à fes triomphes ; & comme l'Auteur
le dit très- bien lui- même , ( pag. 4,
7 & 18 ) , la nature fût-elle fuffilante
pour dompter fon ennemi fans le fecours
de l'Art , l'Art eft autorifé à faire accep
ter à la nature un fecours qui facilite l'ou
JUILLE T. 17775 7.1
vrage, abrège le temps , & épargne le travail.
Cette belle Sentence d'Hippocrate ,
natura morborum Medicatrices , ne dégrade
point la nobleffe & l'utilité de
Art. Il n'eft guères moins glorieux de
favoir étudier & fuivre la nature dans
fa marche , que de la conduire quand
elle s'égare. La pensée d'Hippocrate n'eft
pas moins vraie ; lorfque l'Art agit fur
le principe morbifique , on doit avouer
que, dans ces cas , l'Art paroît avoir plus
de part à la guérifon ; mais la cure ne
s'opère jamais , fans que la nature mette
la main à l'oeuvre. L'extraction du calcul
eft l'ouvrage de l'Art. Le foin de la nature
fera de calmer les irritations , & de
refermer la plaie . Elle travaille d'une
manière plus vifible & plus glorieufe
encore , dans la taille à deux temps.
Elle expulfe le calcul ; l'Art n'a fait
lui ouvrir la voie , qu'enlever un obftacle
infurmontable ; s'il eût voulu aller
plus loin , il ruoit le malade que la
nature guérit en chaffant fon ennemi
peu-à-peu & fans danger. Dans le remplacement
des os , la nature calme les
parties nerveufes & tendineufes , qui
avoient fouffert une violente irritation ;
l'Art ne fait que rapprocher les os frac
turés ; c'eft la nature qui les foude.
que
72 MERCURE DE FRANCE .
que
L'intervalle qui fépare les paroxifmes
de l'épilepfie , n'eft un état de fanté
dans quelques fujets. Les caufes occafionnelles
que Vanswieten recommande
d'attaquer , fubfiftent dans un très - grand
nombre ; & ce qui borne les fuccès des
Médecins , c'eft qu'ils n'étudient pas affez
les différentes caufes capables d'occaſionner
cette affreufe maladie pour les combattre
avec avantage dans le temps
qui paroît être celui d'une parfaite fanté.
Combien les appéritifs , les vermifuges ,
les ftomachiques , l'ufage d'un régime
fagement indiqué , ont -ils guéri d'épileptiques
? L'Auteur nous répondra qu'alors
cette maladie rentre dans la claffe
de celles qui ont pour principe une caufe
occafionnelle fubfiftante , & qu'il faut la
détruire. Nous avouerons avec l'illuftre
Vanswieten , que cette maladie a quelquefois
des caufes occafionnelles infur
montables ; mais on conviendra auffi
qu'elle en a fouvent de cachées , qu'on
a été affez heureux de les rencontrer ,
en attaquant fucceffivement plufieurs
caufes poffibles . Ne pourrions - nous pas
appliquer à l'épilepfie ce que notre Auteur
dit de l'appoplexie : là où le danger
de la part de la maladie eft réel & extrême
,
JUILLE T. 1777 . 73
me,l'Art ne doit point calculer trop fcrupuleufement
les inconvéniens douteux ,
de fecours qui ont paru falutaires dans des
cas femblables ; cette confidération paroîtra
d'autant plus forte , que les inconvéniens
, dans l'application des fecours ,
font ici bien moins redoutables que dans
l'apoplexie ; & qu'à l'envifager , foit
en elle-même , foit dans fes fuites , l'épilepfie
eft également dangéreufe. L'Auteur
regarde généralement les naufées
des vomiffemens , &c. au commencement
des fièvres aiguës même putrides ,
comme des fymptômes d'irritation que
la faignée calme plus efficacement
que les vomitifs , qu'il profcrit toujours
au commencement des maladies
aigues. Il s'autorife de l'obfervation
de M. de Haen , à laquelle il n'ignore
furement pas qu'on pourroit oppofer
celle de bien des Médecins du premier
ordre , & le célèbre M. Lieutaud en
particulier.
>
Hyppocrate reconnoît qu'il eft au commencement
des maladies , des cas où la
nature furchargée , fait des efforts fpontannés
& falutaires , pour fe débarraſſer
du fardeau qui l'oppreffe ; fi l'on ne l'aide
dans cette circonftance , elle faccombera
H. Vol D
7+ MERCURE DE FRANCE.
infailliblement dans le travail de la coction.
Ces cas font rares , comme l'obferve
Hyppocrate ; mais , quoique rares ,
ce grand homme a fenti qu'ils étoient
réels , & n'a pas voulu qu'on les perdît
de vue . Aufli , plufieurs habiles Médecins
, dans les maladies où les fignes de
putridité étoient frappans, après avoir mis
en ufage les délayans pendant 24 heures ,
& la faignée , s'ils la jugeoient néceffaire ,
aidoient par un doux vomitif les efforts
de la nature qui fe fortifioit alors en fe
déchargeant d'un fardeau infupportable.
La maladie fe terminoit plus promptement
, plus facilement , plus heureuſement.
On a vu des Épidémies putrides
enleyer dans une fauffe crife , prefque
tous les malades qui n'avoient pas vomi
le fecours de l'Art , durant les premiers
jours , tandis qu'un doux vomitif
fauva la vie de prefque tous ceux qui
l'avoient pris dans les premiers temps de
la maladie .
par
L'Auteur du Mémoire eft entré dans
prefque tous les détails dont le fujet
étoit fufceptible , & n'a omis aucune des
loix générales qui peuvent fervir de guides
dans les circonftances différentes .
Entre la médecine agiffante & la médeJUILLE
T. 1777 . 75
cine expectante , la faine raifon ne fe
décide point pour une préférence exclufive
, comme l'obferve l'Auteur ; l'expectation
ne feroit plus que ftupidité ; l'activité
ne feroit plus que turbulence ; elle
leur affigne à chacune leur place & leurs
momens ; mais elle veut qu'elles marchent
toujours enſemble , prêtes à ſe ſecourir
mutuellement , & qu'elles concourent
à l'envi pour le falut du malade .
›
Lettres fur les Spectacles , avec une Hiftoire
des Ouvrages pour & contre les
Théâtres ; par M. Defprez de Boiffy.
Sixième édition confidérablement
augmentée par l'Auteur ; 2 vol. in- 12 .
Prix 6 liv. rel. A Paris , chez Boudet
& Morin , rue SaintJacques ; la veuve
Defaint , rue du Foin ; Nyon l'aîné ,
rue St Jean-de - Beauvais ; & Froullé ,
Pont Notre- Dame.
Cer Ouvrage reçut , dès fon origine ,
l'accueil le plus favorable ; on vit même
des Gens de Lettres les plus intéreffés à
la caufe des Théâtres , louer l'intention
de l'Auteur & la manière dont il l'avoit
remplie. Ils entrevirent qu'il attaquoit
moins l'art dramatique , que les abus
Dij
76 MERCURE
DE FRANCE
.
qu'on faifoit de cet art , & qui leur paroiffoient
en effet mériter les plus vives
cenfures.Tel fut entre - autres le jugement
qu'en porta un célèbre Poëte Dramati
que , qui étant alors chargé du Mercure
de France , annonça cette production
dans le mois de Mars de l'année 1756 .
La notice qu'il en donna fut terminée
par l'obfervation fuivante : Comme la
différence des fentimens ne doit pas nous
rendre injuftes , nous ajouterons , à la
louange de M. Defprez de Boiffy , que
fon Ouvrage nous a paru très-bien écrit.
Un autre Journaliſte obferva : Qu'il étoit
honorable à la vérité & aux moeurs , qu'un
pareil Ouvrage eut été réimprimé; & que,
vu fa bonne tournure , il le feroit plus
d'une fois. Le voilà en effet parvenu à fa
fixième édition . Chacune a eu fes accroiffemens
; mais cette dernière eft augmentée
de plus de cinq cents pages . Le
premier volume contient deux Lettres ,
dont l'objet eft de combattre le préjugé
de ceux qui prétendent que notre Theatre
eft l'école des moeurs & une eſpèce
de cenfure publique . M. Defprez de
Boiffy attaque cette affertion de toutes
fes forces ; & comme dans une queſtion
de cette nature , l'expérience doit fortiJUILLE
T. 1777. 77
fier la théorie des principes , l'Auteur
cite en preuves les autorités les plus perfuafives.
Les Défenfeurs des Théâtres s'y
trouvent combattus avec leurs propres
armes , & par des témoignages tirés des
écrits faits même en faveur des Spectacles
. Cette nouvelle édition contient de
plus , à la fuite des deux Lettres , un
choix judicieux de différentes Pièces ,
relatives à l'objet que l'Auteur s'eſt fait
un devoir d'approfondir.
Le fecond volume renferme l'Hiftoire
des Ouvrages pour & contre les Théâtres .
Elle eft précédée de notices préliminaires
, beaucoup plus étendues que dans
l'édition précédente. Elles offrent une
hiftoire abrégée de l'art dramatique
depuis fon origine jufqu'à notre tems ;
& il y eft parlé incidemment des Romans
, avec des réflexions fur ce genre de
productions .
>
Cet Ouvrage eft devenu , par les augmentations
qu'on y a faites , un Livre
intéreffant pour la Littérature. Il eſt enrichi
de plufieurs anecdotes curieufes , &
de plufieurs obfervations qu'on lit avec
plaifir , & qui forment une variété
agréable. L'Univerfité de Paris & les
bons Inftituteurs de la jeuneffe , tant de
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
la Capitale que des Provinces , ont penfé
que les lettres de M. D. de B. devoient être
mifes entre les mains des jeunes gens
prêts à entrer dans le monde. En effet ,
J'Auteur ne cherche dans fon Ouvrage
qu'à rétablir la pureté des moeurs , le
vrai fondement de la profpérité des Empires.
Il ramène tout à cet objet important.
On ne peut pas fe diffimuler que
l'amour effréné des Spectacles , ne fut
une des principales caufes de la perte de
plufieurs floriffantes Républiques de la
Grèce , & que Rome ne refta vertueuſe
que tant qu'elle ne fe livra pas à ce
genre de plaifir , fi propre à faire naître
l'amour du merveilleux , & à dégoûter
de la medefte fimplicité , cette compagne
inféparable des bonnes moeurs. Auffi
Caton , le plus fage des Romains , crut
devoir s'expofer fortement à l'établiffement
d'un Théâtre fixé , & prédire que
ce feroit pour Rome une Carthage plus
redoutable que celle que l'on venoit de
détruire. Les événemens ne prouvèrent
que trop combien cette prédiction étoit
pleine de fageffe .
L'Auteur des Lettres , animé de ce
même zèle , ne s'eft pas borné à expofer
les principes d'une faine morale ; mais il
JUILLET. 1777. 79
cite encore , pour appuyer fon opinion ,
plufieurs noms célèbres dont l'illuftration
eft due autant à leurs vertus qu'aux talens
éminens qui les ont diftingués ; &
dans ce nombre on y diftingue avec
plaifir les Pontchartrain , les d'Agueffeau ,
les d'Ormeffon , dont les noms font f
chers à la Nation .
La quantité de perfonnes & d'objets
dont il eft parlé dans cet Ouvrage , exigeoit
encore plus dans cette nouvelle
édition , une Table des matières ; on
l'a placée à la fin du fecond volume.
Chaque Tome a de plus un Avertiffement
, qui contient des preuves de l'intérêt
que des perfonnes diftinguées ont
pris au fuccès de cet Ouvrage , qui a été
également bien accueilli dans les Pays
étrangers , puifque les Lettres y ont été
traduites en latin & en italien.
Pratique moderne de la Chirurgie , par
M. Ravaton , Chirurgien- Major de
l'Hôpital Militaire de Landau , Infpecteur
des Hôpitaux de Bretagne
Chevalier de Saint- Roch , & Penfionnaire
du Roi ; publiée & augmentée
par M. le Sue le jeune , ancien Prévôt
du Collège de Chirurgie , &c. A Paris ,
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
chez Didot le jeune , Lib . quai des
Auguftins ; 4 volumes in-12 . Prix rel.
12 liv.
On voit paroître beaucoup de Traités
fur les maladies chirurgicales , mais on
en voit peu d'auffi utile que celui ci ;
Il eft compofé d'après l'expérience de M.
Ravaton , qui a travaillé pendant cinquante
ans à mettre en pratique ce qu'il
y preferit ; & il n'eft pas moins théorique
& méthodique par les foins que M. le
Sue le jeune s'eft donné pour le rédiger.
Il renferme un traité des tumeurs , qui
mène à la connoiffance de prefque toutes
les maladies de caufe interne ; un traité
des maladies des yeux , des oreilles , des
dents , des maladies vénériennes ; un
précis fur les accouchemens, fur les maladies
des os , les opérations de chirurgie ;
& la defcription de nombre d'inftrumens:
& machines nouvelles , pour l'extirpation
du polype du nez , pour la réduction de la
mâchoire inférieure , & la réduction du
bras & de la cuiffe , à leur articulation fupérieure;
pour contenir la luxation du condyle
inférieur du péroné , les luxations
& les fractures de la clavicule , celles du
bras , de la cuiffe , de la rotule & de la
JUILLET. 1777 .
jambe ; pour rapprocher & contenir les
bouts caffés du tendon d'Achille ; un lit
avec fa bottine , pour les fractures des
jambes qui font accompagnées de plaies ;
une autre bottine propre à faire marcher
les bleffés après l'amputation du pied
près les malléoles. Un moyen affure &
fouvent éprouvé pour la guérifon des
pertes involontaires d'urine ; un peffaire
d'une nouvelle invention , pour empêcher
la chûte de la matrice ; un bandage
pour contenir les hernies ; un inftrument
pour rompre dans l'eftomach la chaîne du
ver folitaire ; un autre pour tirer les gros
graviers du canal de l'urèthre , & les corps
étrangers des oreilles ; deux bandages
pour comprimer les tumeurs anévrismales
des artères fous- clavières , & du
pli du coude ; un ferre ligature pour
étrangler les tumeurs enkiftées , qui ,
par leur volume , font craindre que l'extirpation
ne foit accompagnée d'hémorrhagie
dangereufe ; un tourniquet poI
arrêter le cours du fang pendant l'ampatation
des extrémités : tous ces inframens
,toutes ces machines font repréfentés
dans l'Ouvrage par autant de planches
, pour qu'on puiffe les concevoir plus
facilement.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
De la compofition des Payfages , ou des
moyens d'embellir la nature autour des
habitations , en joignant l'agréable à
l'utile . Par R. L. Gérardin , Meftrede
Camp de Dragons , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de Saint-
Louis , Vicomte d'Ermenonville . A
Paris , chez Delaguette , Inp.- Lib. rue
de la Vieille Draperie.
On ne peut pas toujours changer les
fituations ; mais on doit au moins chercher
à les embellir & tirer parti du terrein
qu'on occupe , en faifant tous les
efforts poffibles pour y joindre l'utile &
l'agréable . Rien ne s'oppofe plus à cette
union que cette régularité trop méthodique
, qui ne laiffe appercevoir que l'art
& la violence qu'on a faite à la nature.
Cette forte d'harmonie que l'on exige ,
ne doit pas détruire cette négligence que
la nature femble affecter dans fes productions
; & l'art qui dirige la décoration
des jardins , ne doit pas s'y trop
montrer auffi l'Auteur de la compofi
tion des payfages , pénétré de ces vérités
, ne peut pas voir de bon oeil que le
fameux le Nôtre ait introduit cet art
JUILLET . 1777. &;
deftructeur de la nature , qui affujétit
tout au compas de l'Architecte . Il fe
plaint que l'on a réduit tout l'efprit dans
ce genre , à tirer des lignes & à étendre
le long d'une règle , celles des croifées
du bâtiment ; auffi- tôt la plantation ,
dit-il , fuivit le cordeau de la froide fymmétrie
; le terrein fut applati à grands
frais par le niveau de la monotone pla
nimétrie ; les arbres furent mutilés de
toute manière , les eaux furent enfermées
entre quatre murailles ; la vue fut emprifonnée
par de triftes maffifs , & l'afpect
de la maifon fut circonfcrit dans un
plat parterre découpé comme un échiquier
, où le bariolage de fable de toutes
couleurs , ne faifoit qu'éblouir & fatiguer
les yeux auffi la porte la plus
voifine , pour fortir de ce trifte lieu ,
fut -elle bientôt le chemin le plus fréquenté.
On n'avoit point un parc pour s'y
promener, & l'on s'entouroit à grands
frais d'une enceinte d'ennui , on fe fe
paroit , par un obstacle intermédiaire ,
de la campagne , tandis que, par un
inftinct fecret , on s'empreffoit d'aller
la chercher , quelque brute qu'elle pâr
être , de préférence à toutes les allées
Dvj
84
MERCURE
DE
FRANCE
.
1
bien droites , bien ratiffées & bien ennuyeufes
.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, cherche à faire éviter tous ces
défauts , & nous indique les moyens de
développer , de conferver ou d'imiter la
belle nature. C'eſt par cet art qu'on
réalifera ces defcriptions & ces tableaux
enchanteurs , dont les Poëtes de tous les
âges & les Peintres de tous les fiécles
nous ont offert le modèle . Cet art , qui
peut devenir un des plus intéreffans ,
produira des ouvrages , dont l'effet fera
de charmer l'oeil , & de répandre la férénité
dans l'ame. C'eft le moment de
revenir , dans tous les arts , au vrai goût
dont on s'écarte ; & l'Auteur , par fes
-préceptes judicieux & par fa manière:
d'écrire qui plaît & intéreffe , ne peut
que contribuer à hâter cette heureufe
révolution .
Hiftoire de Rhedy, Hermire du Mont
Ararat , Conte Oriental , traduit de
l'Anglois ; 2 parties in- 12. A Londres ;
& fe trouve à Verfailles , chez le Févre
, Libr. rue Satory.
Amur - Affan- Kan , Gouverneur da
JUILLE T. 1777. 85
Ghylan , Province de Perfe , homme
jufte & bienfaifant , eft accufé auprès du
Sophi par des ennemis envieux , que
Féclat de fes vertus lui a fufcités. Obligé
de fuir pour dérober fa tête au danger
qui la menace , il fe met en chemin avec
fa femme , fon fils encore enfant , un
Ami qui l'accompagne , & deux Efclaves.
Dans fa route , il voit encore aug
menter fes malheurs par la perte de fon
fils , qu'une bête féroce dévore prefque
à fes yeux. Il arrive , accablé de douleur,
chez un vieux Hermite retiré au pied du
Mont Ararat. Cet Hermite eft Rhédy
qui cherche à confoler Amur de fes
infortunes , en lui faifant le récit de
celles dont fa vie a été remplie.
2
Fils d'un des principaux Seigneurs de
Perfe , Rhédy , au fortir de l'enfance ,
étoit allé parcourir les Pays étrangers
fous la conduite d'un- fage Gouverneur ,
qu'il perdit dans le cours de fes voyages.
Il revient en Perfe avec une jeune &
belle Géorgienne , à laquelle il a donné fa
foi , & trouve fon père mort. Après lui
avoir rendu les derniers devoirs , il fonge
à époufer fa chère Sélima , lorfque Savi
Muftapha , Pun des principaux Béglierbegs
de la Province , fondé fur des pro86
MERCURE DE FRANCE
pofitions antérieures de fon père , lai
offre fa fille en mariage ; &, fur fon
refus, devient fon plus mortel ennemi, &
trame fa perte avec le Grand-Vifir Ainan
Ola. Ce Miniftre ,homme injufte & cruel,
commence par dépouiller Rhédy de fes
biens. Le plus précieux de tous , fa chère
Sélima , lui reitoit encore ; mais l'abominable
Vifir ne tarde pas à la lui enlever.
En voulant faire réfiftance aux
ravifleurs , çet Amant infortuné eft pris
lui-même & jeté dans un cachot , d'où
il parvient heureufement à fe fauver. Il
fe rend à Ifpahan , s'y déguife en Marchand
Mogol , pour n'être point reconnu
, & loue une boutique . Quelques'
tems après il eft reconnu par Obéid ,
Intendant des Eunuques du Harem du
Sophi , ancien Efclave affranchi de fon
père , & qui eft attaché au fils de fon
bienfaiteur par l'amitié & la reconnoiffance.
L'honnête Eunuque apprend à
Rhédy que Sélima eft dans le Harem
& que le Sophi , devenu amoureux
d'elle , n'a encore fait que de vains efforts
pour réduire fa conftance. Il procure
une entrevue aux deux Amans , & s'oc
cupe des moyens de les faire évader.
Dégoûté de fa place , il eft réfolu de fe
1
JUILLET . 1777. 87
fauver avec eux , & d'aller vivre dans fa
retraite . Il exécutent tous trois leur projet
; mais après bien des contre-tems , &
à travers une foule de périls qui paroiffoient
inévitables , ils fe rendent au Mont
Ararat , auprès d'un vénérable Hermite ,
ami d'Obeid , qui fert de père aux
Amans & les unit. Rhédy vit heureux
pendant quelques années , avec fa chère
Sélima ; fon bonheur eft encore augmenté
par la naiffance d'un fils & d'une fille.
Mais le refte de fa vie n'eft plus qu'an
tiffu d'infortunes. Il perd d'abord pref
qu'à la fois le vieux Hermite & fon
fidèle ami Obéid. Bientôt après , fon
Epoufe périt miférablement par une
chûte , en tombant dans un ruiffeau , &
fe brifant la tête contre le roc. Enfin
une troupe de Brigands , paffant dans les
environs de fa retraite , enlève fa fille &
maſſacre fon fils. La piété à laquelle il
fe livre dans fon hermitage , l'empêche
feule de fuccomber à tant de malheurs.
Une vifion céleste achève de remettre le.
calme dans fon ame. Enfin il éprouve
encore un raïon de joie , en revoyant fa
fille qui a été délivrée des mains des
brigands , par un jeune Perfan de diftinction
, qui eft devenu amoureux d'elle,
83
MERCURE DE FRANCE.
& lui a infpiré les mêmes fentimens.
Rhédy confent avec joie à leur union ;
mais il refufe , malgré les inftances de
fa fille & de fon gendre , de quitter fa
folitude , & s'y enfevelit pour le refte de
fes jours.
Il y a beaucoup d'intérêt dans ce
Roman , où l'Auteur Anglois a très -bien
fuivi le coftume oriental.
État de la Médecine , Chirurgie & Phar
macie en Europe, & principalement
en France , pour l'année 1777 ; par
une Société de Médecins ; volume
in- 1z. A Paris , chez la Veuve Thibouft
, Imprimeur , place Cambray s
prix 3 liv. br.
Cet Ouvrage eft divifé en plufieurs
parties ; les Auteurs ont d'abord fait
précéder un effai fur la manière dont les
Allemands pratiquent la médecine , relativement
à leur climat , à leur nourriture
, à leurs habitudes , & à leur conftitution
primitive & acquife , compa
rée à celle qui eft en ufage en France.
Après cette differtation préliminaire
ils commencent le catalogue des Méde
K
JUILLET. 1777. 89
cins , Chirurgiens & Apothicaires du
Royaume & des Pays étrangers. La première
partie renferme la lifte des Médecins
de la Cour , des Chirurgiens & des
Apothicaires employés au fervice du Roi
& de la Famille Royale ; on y voit en
tête une lifte chronologique des premiers
Médecins , depuis 1461. A l'article de
chaque Médecin fe trouve le catalogue
des Ouvrages qu'il a faits. La feconde
partie concerne la Faculté de Médecine
de Paris , le Collége Royal de Chirurgie
on y trouve auffi une lifte des
Sage-Femmes & des Apothicaires , avec
leur demeure ; on a joint à cette partie
tous les établiffemens faits à Paris , qui
ont rapport à l'art de guérir. La troiſième
partie regarde la Médecine , la Chirurgie
& la Pharmacie dans les différentes Provinces
du Royaume ; on a divifé cette
partie par l'ordre alphabétique des Provinces.
La quatrième partie eft deſtinée
aux Hôpitaux Militaires de terre & des
armées ; & la cinquième enfin traite de
l'état de la Médecine , Chirurgie &
Pharmacie dans les différens Royaumes
de l'Europe . On finit enfin ce recueil par
une notice des Ouvrages qui ont paru
en 1776 , touchant les objets dont ik
90 MERCURE
DE FRANCE .
s'agit dans cet état. Il auroit été à fouhaiter
que les Auteurs euffent donné une
table raifonnée du contenu de ce catalogue
, pour le rendre plus facile à parcourir
& en faciliter l'ufage , & qu'ils euffent
mis un peu moins de partialité
dans certains détails , & un peu plus
d'exactitude ; mais il n'eft pas douteux
qu'ils le perfectionneront de plus en plus
toutes les années cet Ouvrage ; il en eft
d'autant plus fufceptible , que , dans le
cours d'une année , il arrive beaucoup
de changemens ; au furplus , il eft déjà
infiniment fupérieur à celui de 1776.
Le Congrès de Cythère , du Comte Algarotti
, traduit en françois , fur la
feptième & dernière édition . A Florence
; & fe trouve à Paris , chez Dorez
, Libr , rue St Jacques , près St
Yves , 1777. Prix 1 liv. 4 f. br.
Le dix-huitième fiécle venoit d'éclore
, lorfque les plus belles contrées de
l'Europe furent privées pendant quelque
tems , de la préſence de l'Amour , les
Poëtes ne les voyoient plus fe nicher
entre deux beaux yeux , & vuider en
tous lieux fon carquois : les Amans fouJUILLE
F. 1777.
piroient feulement par habitude , ou par
réminifcence de leurs anciennes bleifures
. On portoit divers jugemens fur la
caufe d'une nouveauté auffi étrange. Les
uns imaginoient que le fils de Venus fe
tenoit caché , fans pouvoir deviner en
quel lieu , attendant peut être l'occafion
de fe venger d'une Belle , infenfible à
fes traits ; d'autres , qu'il s'étoit endormi
à la repréſentation d'un Drame , où à
une affemblée d'Académie , & que le
fommeil l'y retenoit encore. Ailleurs ,
on le croyoit occupé à troubler le Confeil
des Rois , ou bien , infpirant à quel
ques Poëtes le fujet d'une églogue ou
d'un madrigal. Enfin , des efprits plus
profonds prétendoient qu'il s'étoit retiré
du monde avec une nouvelle Pfyché , &
qu'il s'enivroit auprès d'elle de ce nectar
, dont il réfervé quelques gouttes aux
mortels ..
Mais rien de tout cela ne çaufoit
l'abfence de l'Amour ; une affaire d'Etat
occupoit fortement ce Dieu , & le retenoit
dans l'Ile de Cythère . Il s'étoit
élevé entre plufieurs Nations de l'Europe
une grave conteftation , fufceptible de
beaucoup de difficultés , & dont la décifion
appartenoit à l'Amour. Le Dieu ,
92 MERCURE DE FRANCE.
irréfolu , prend le parti d'affembler fon
Confeil. Il appelle donc l'Efpérance ,
» aimable Déïté , dont le regard toujours
» ferein attache à la vie les plus mal-
» heureux , par la douceur de fon in-
» Aluence ; un vaſe eft dans fes mains
" à
qui contient une nourriture propre
>> fatisfaire tous les goûts, & un remède.
» pour tous les maux. Il appelle la Té-
» mérité , à l'air vif & petulant , qui
plaît d'autant plus aux jolies femmes
" qu'elle paroît les offenfer davantage ;
qui ne perd jamais l'occafion de vue ,
» & faifit la Fortune par les cheveux.
» La Jaloufie , cette Divinité fombre
» qui empoifonne tous les plaifirs , ne
» fe nourrit que de foupçons , digne
compagne de l'Envie , avec laquelle
elle habite dans le fond du Tartare ,
» n'ofa point fouiller , par fa préfence ,
» le féjour fortuné de l'Amour . Le Dieu ,
qui ne peut échapper à fa pourfuite fur
» la terre , fait lui défendre l'entrée de
fon Ifle. Mais il n'eut pas befoin de
» mander la Volupté , fidelle compagne
» de fes traces ; fes lèvres font vermeilles
» comme la rofe , fes dents blanches
» comme l'ivoire ; elle a le front petit ,
» les yeux bruns ; fes cheveux de même
"
"
»
JUILLE T. 1777 93.
و د
conleur , & légèrement parfumés ,
» tomboient , d'un côté , fur l'épaule
gauche en boucles ondoyantes , & de
» l'autre , étoient relevés par derrière en
» forme de noeuds : fa robe légère , qui
» laiffoit entrevoir les charmes de fa
perfonne , étoit élégante fans être trop
» parée , & fa ceinture étoit celle de
» Vénus même. Tels furent les Con-
» feillers de l'Amour : les Jeux & les
» Plaifirs les accompagnèrent en qualité
» de Miniftres inférieurs » .
2
L'Amour fe plaint à fon Confeil des
défordres arrivés dans l'Empire Amoureux
; il ya , dit- il , parmi les Nations
autant de fectes en amour , qu'il y a de
manières de vivre & de formes de Gouvernement.
Celle- ci fait des fentimens
du coeur un objet purement intellectuel ;
celle - là veut les affujétir aux caprices de
la mode ; & cette autre affecte de confondre
les appétits charnels avec les impulfions
les plus délicates de la volupté.
Cherchons donc les moyens de concilier
les différens partis , & de prévenir de
plus grands défordres .
Après différens débats , on réfout ,
d'après l'avis de la Volupté , de convoquer
un Congrés de diverfes Nations à
94 MERCURE DE FRANCE .
Cythère , afin de connoître la fource du
mal; & que chaque Nation de l'Europe ,
intéreffée dans la difpute , y enverroit
une Ambaffadrice. Les Jeux & les Plaifirs
vont aufli-tôt annoncer la volonté de
l'Amour aux mortels . L'Angleterre députe
Milady Graveli ; Madaine de Jafy
eft élue par la Nation Françoife ; & le
choix de l'Italie tombe fur la Signora
Béatrice . Les trois Dames abordent à
Cythère.
93
Milady Graveli avoit une robe de
moire blanche , parfaitement adaptée
» à fa taille , avec des manches courtes
» & larges , un tablier dont le tilfu étoit
transparent , & une coëffure pyramidale
fur la tête ; elle étoit accompagnée
» d'un jeune frère qui , durant le voyage ,
» s'étoit toujours tenu à l'écart pour lire
» le Tacite de Gordon , & le voyage en
» Grèce , de Spon. Avant d'aborder à
Cythère , il avoit voulu , à quelque
prix que ce fût , vifiter le Promontoire
d'Actium , & les ruines de Nico-
» polis.
99
"
19 Madame de Jafy avoit tant de rouge
» fur les joues , que les habitans de Cy-
" thère fe la montroient comme un objet
» extraordinaire ; elle étoit parfumée
JUILL E T. 1777. ༡༨
" .
» d'ambre & d'autres fenteurs. Sa robe
» de taffetas couleur de paille , brodée en
argent , & fon court jupon , n'empêchoient
pas d'appercevoir une jambe
de la plus jolie forme qu'on ait vue
depuis la charmante Gabrielle . Elle
» étoit environnée de trois ou quatre
» Galans , pofant la main fur le bras de
» l'un , fouriant à l'autre , & agaçant
» celui-là ; ils marchoient autour d'elle
» en fautillant , & en entrelaçant leurs
pas, Ils trouvoient , pendant la route ,
que les habitans de Cythère étoient
» étrangers à leur propre pays ; & à
» mefure que les délicieux bocages de
» cette Ifle s'offroient à leur vue , ils ne
manquoient pas de leur oppofer les
» Jardins de Sceaux & de Marly.
·">
»
›
» Le Vertugadin de la Dame Béatrice
» étoit d'une coudée plus ample que
» celui de Madame de Jafy ; fa coëf-
» fure étoit ornée de rubans très - riches ;
» fes cheveux , artiftement bouclés
» étoient couverts de pierreries . Néan-
» moins elle étoit encore belle avec tant
» d'ornemens . Une troupe nombreuſe
» de Sigisbés formoit fon cortége ; les
>> uns marchoient devant , les autres
» derrière , & tous envioient le fort de
96 MERCURE DE FRANCE .
"
».celui qui étoient élevé à la dignité
d'Ecuyer. On voyoit marcher gravement
parmi eux un feptuagénaire par-
» fumé , tenant d'une main un léger
rofeau , & de l'autre , une paire de
" gants que la Dame lui avoit donnés à
» garder ».
Les trois Ambaffadrices font chacune
un difcours conforme au caractère de
leur Nation . Madame de Jafy fait l'apologie
du culte qu'on rend en France à
l'Amour , & demande qu'il foir adopté
& fuivi par toutes les Nations. Milady
Graveli fe plaint au contraire de la froideur
& de l'indifférence des Anglois . La
Dame Béatrice ne fe plaint pas moins
des défordres & des fcandales de toute
efpèce , qui fe font , dit- elle , introduits
en Italie dans l'Empire Amoureux . Elle
fait là-deffus une complainte affez longue
, & ne manque pas d'y mêler fréquemment
des pallages de Pétrarque &
autres Poëtes Italiens . La Volupté , chargée
par l'Amour de remédier à tout ,
fait entrer dans le Temple les Chevaliers
des trois Dames , qui n'avoient point
affifté à la féance , & leur ordonne
d'écouter les Loix que l'Amour veut
qu'on obferve dans fon Empire. Ces Loix
font
JUILLE T. 1777.
97
*
font des préceptes fur l'art d'aimer ,
renfermés dans un difcours que la Volupté
prononce. Au fortir du Temple,
l'Amour fait préparer un feftin des plus
exquis aux trois Dames & à leur fuite ,
dans lequel on fert aux François , du vin
mêlé avec de l'eau de la Fontaine de
Vauclufe ; on y verfe aux Italiens du vin
de Champagne ; & aux Anglois , du vin
clairet , avec quelques gouttes dè népenthès
anti- politiques.
Cet ingénieux badinage eft accompagné
d'un Jugement de l'Amour fur le
Congrès de Cythère. On y trouve trois
Lettres des trois Ambaffadrices à l'Hiftorien
du Congrès , où elles fe plaignent
qu'il a falfifié leurs difcours. L'Amour
ordonne en conféquence à l'Hiftorien de
leur en faire une humble réparation.
Effai fur les Machines Hydrauliques
contenant des recherches fur la manière
de les calculer , &-de perfectionner
en général leur conftruction ; une
Méthode nouvelle pour conftruire les
vaiffeaux ; la defcription de plufieurs
machines nouvelles , propres à porter
l'hydraulique à un haut point de perfection
, & le détail d'un grand nom
II. Vol.
E୨୫
MERCURE
DE
FRANCE
.
* །
bre d'expériences très intéreffantes.
Dédié à S. A. S. Monfeigneur le Duc
d'Orléans , Premier Prince du Sang.
Par M. le Marquis du Creft , Colonel
en fecond du Régiment d'Auvergne.
A Paris , chez Efprit , Libr . de S. A.
S. Monfeigneur le Duc de Chartres ,
au Palais Royal ; in- 8 °. · ·
Cet Ouvrage eft plein de recherches
& de vues intéreffantes , propres à perfectionner
la partie de la méchanique
qui traite du mouvement des machines ;
l'Auteur s'eft borné aux machines hydrauliques
; mais fes obfervations l'ont
conduit à des découvertes , & de pareilles
obfervations , appliquées à d'autres
parties de la même fcience , peuvent les
mener auffi à un plus haut degré de perfection.
L'expérience , appuyée fur de
bons principes , eft le moyen que M. le
Marquis du Creft confeille , & qui lui
a paru très-négligé jufqu'ici : on y a
fuppléé par des hypothèſes ; mais elles
n'ont fait que multiplier les erreurs.
Dans prefque toutes les méthodes , on a
voulu réfoudre les queftions relatives au
mouvement des fluides , par les principes
du mouvement des corps folides.
JUILLE T. 1777 : 99
par
On a regardé en conféquence la réfiftance
des premiers comme une percuffion
, tandis qu'elle n'eft réellement
qu'une prellion . Toute percullion , dit
M. du Creft , fuppofe une vîteffe plus
grande dans le corps choquant que dans
le corps choqué ; & fon effet ne fe calcule
que dans l'inftant même du choc.
La réfiftance des fluides n'offre rien de
pareil. Dès qu'une fois le mouvement
eft arrivé à l'uniformité , les parties font
fans ceffe contigues les unes aux autres ,
& on ne peut plus fuppofer que le corps
réfiftant foit continuellement atteint
le corps pouffant . Après avoir établi la
différence prefque infinie entre la percuffion
& la preffion , l'Auteur effaye de
réfoudre la queftion d'une manière nouvelle
; il avoue qu'il n'entreprend la
folution que d'un feul cas ; mais c'eſt
beaucoup , puifque fa méthode l'a conduit
à prouver que dans tous les autres
cas , la théorie ordinaire eft la fource
d'une multitude d'erreurs . En combattant
les Géomètres qui ont trouvé des
réfultats différens des fiens , & même
entièrement oppofés , il le fait avec les
égards dus à fes Maîtres. Un Ouvrage
chargé de problèmes & de calculs , ac-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE .
compagné de planches qu'il faut avoir
fous les yeux en le lifant , n'eft pas fufceptible
d'extrait ; nous nous contentons
de l'annoncer , & d'en recommander la
lecture.
De la Senfibilité, par rapport aux Drames
, aux Romans & à l'Education ;
par M. Mifteler. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Mérigot jeune ,
Lib. quai des Auguftins , au coin de la
rue Pavée ; in.80.
L'Auteur de cet Ouvrage paroît y
avoir entrepris en général , la défenfe
de tous les Ouvrages qui portent l'empreinte
de la fenfibilité ; mais il s'eft
attaché particulièrement à défendre les
Drames , ou Comédies larmoyantes. Il
commence par fe plaindre du déchaînement
général d'une partie des Gens de
Lettres contre ce nouveau genre . « Le
» genre des Drames , dit -il , eft en proie
» aujourd'hui à cette animofité , à cet
» acharnement , fruits ordinaires de l'envie
, qui cherche à détruire ce qu'elle
n'a pas créé. Auteurs Tragiques , Comiques
, tout eft contre lui ; tout fe
laiffe entraîner au torrent de la fatire...
"
20
JUILLET. 1777. 101
"
"
"
98
» Pour moi qui , cédant bonnement aux
impreffions que je reçois , fans cher→
» cher à les détruire par des raiſonne-
» mens captieux , par des idées de mode ,
» de caprice ; pour moi , dis- je , qui
adopte , fans balancer , un genre quelconque
, dès qu'il me fait plaifir ,
» j'avoue que j'aime beaucoup une bonne
Tragédie , une Comédie gaie & bien
faite , un Drame touchant & bien con-
» duir ». En effet , tous les genres font
bons , pourvu qu'ils foient bien traités ;
c'eft l'opinion , connue depuis long- tems ,
d'un très - célèbre Ecrivain vivant , & M.
Mifteler auroit pu s'appuyer d'une autorité
auffi refpectable en littérature . Il
fonde encore fon plaidoyer en faveur
des Drames fur un autre argument , qui
n'eft pas moins fans réplique , fur la
différence des goûts . Un homme dont le
coeur eft froid , mais l'efprit vif & pétil
lant , s'attachera plutôt à un Ouvrage
léger & frivole , ou dont le but moral
ne porte que fur quelques légers ridicu
les , qu'à un Ouvrage de fentiment
;
pendant que ce même Ouvrage agréable
& fuperficiel ne fera que peu d'impreffion
fur l'homme dont le coeur fenfible ,
l'ame profonde & énergique , exigent
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des peintures fortes & touchantes , propres
à le remuer & à l'attendrir .
ל
و د
C
Suivant M. Miftelet , une ame fenfible
ne peut trouver , dans la Tragédie ,
l'aliment qui lui eft propre ; il trouve
que ce genre n'a pas un but moral déterminé
, ce n'eft , felon lui , qu'un tiffu
d'événemens romanefques , plus propres
à nous amufer qu'à nous inftruire , ou
que la peinture de vertus féroces , qui
ne font point dans nos moeurs , & que.
la faine raifon ne permettra jamais
d'adopter. De quelle utilité peut être ,
ajoute t- il dans une note , pour la plus
grande partie des hommes , tout l'héroïfme
répandu dans nos Tragédies ;
» héroïfme fouvent porté à l'excès , &
approchant plus de la férocité que de
» la vertu ? Mais quel Particulier ne fera
» pas touché du perfonnage de l'honnête
» Notaire dans l'Indigent , Drame de M.
» Mercier. Les vertus qu'il offre , les le-
» çons qu'il donne , intéreffent la fociété
» entière : ceci nous regarde , ceci eft dans
» nos moeurs . On ne fauroit trop mettre
» fous nos yeux toute l'étendue des de-
» voirs de notre état » .
»
19
"
Tout ce que M. Miftelet dit en faveur
des Drames , il l'étend enfuite aux
JUILLE T. 1777. 103
»
·
Romans & aux autres Ouvrages de fentiment
; il infifte beaucoup , dans cette
partie de fa Differtation , fur l'utilité
dont pourroit être , dans l'éducation , la
lecture des bons Romans ; & fur les
bons effets qu'une fenfibilité bien dirigée
fruit de cette lecture , pourroit pro
duire dans le coeur des jeunes gens. Les
pères & les mères , dit-il , ne fauroient
» trop cultiver la fenfibilité dans leurs
» enfans des deux fexes , la leur infpirer
» par la lecture des Ouvrages qui en
» font une peinture intéreffante , qui
» nous enſeignent les écarts où elle peut
nous jeter , quand elle eft mal dirigée ,
» & qui nous préparent à la connoiffance
» du coeur humain , partie trop négligée
» de l'éducation ».
La conclufion de l'Ouvrage de M.
Miſtelet , en eſt en quelque forte le réfumé.
J'ai voulu prouver , dit-il , aux
Détracteurs des Drames & des autres
Ouvrages de fentiment , qu'ils avoient
» tort de profcrire an genre qui , en nous
> offrant la peinture touchante de l'in-
» nocence malheureufe , le tableau effrayant
du crime & des remords , pé-
» nètre , attendrit notre coeur , & nous
porte néceffairement à la vertu ; que
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
» c'est l'égoïfme qui engendre tous les
» maux dont la fociété eft affligée ; qui
» nous rend durs , injuftes , cruels , &
que la fenfibilité de l'ame en eft le
» remède , lorfqu'elle est éclairée par la
raifon que cette même raifon , fans
la fenfibilité , eft toujours imparfaite
ود
"
puifqu'elle ne fent pas tous les rap-
» ports qui exiftent entre les hommes ;
» comme la fenfibilité , fans la raifon
peut être la fource d'une infinité d'er-
» reurs , puifqu'elle n'a point de guide
» affuré pour le conduire ; mais que c'est
de l'affemblage de la fenfibilité & de
» la raifon , c'est-à-dire , de l'énergie , du
» feu de l'une tempéré par la prudence ,
» & l'efprit de difcuffion de l'autre
» que naît la vraie vertu & le vrai
» génie
336
Flora Parifienfis ou deſcriptions &
figures des plantes qui croiffent aux
environs de Paris ; par M. Bulliard.
A Paris , chez Didor le jeune , Libr .
quai des Auguftins. Tome II.
Le Cahier que nous annonçons ici , eft
le premier du Tome II , & le cinquième
de la collection . L'Auteur & le Libraire
JUILLE T. 1777. 105
ne négligent rien pour fatisfaire le Pu
blic , tant par l'exactitude avec laquelle
les Cahiers fe fuccèdent les uns aux autres
, que par la perfection qu'ils tâchent
d'apporter à cet Ouvrage.
Journal des Caufes célèbres de toutes les
Cours Souveraines du Royaume , & c.
pour lequel on foufcrit chez M. Deseffarts
, Avocat, rue de Verneuil , la troifième
porté - cochère avant la rue de
Poitiers ; & chez le fieur Lacombe
Lib. > rue de Tournon › près le
Luxembourg. 12 vol. in-12 . par an.
Prix de la foufcription , 18 liv. pour
Paris ; & 24 liv. pour la Province.
Franc de port.
Nous avons rendu compte des trois.
premiers volumes de ce Journal , qui ont
paru en Janvier , Février & Mars de cette
année. Depuis , il a paru quatre volumes,
qu'on nous fauta gré fans doute de faire
connoître. Ils contiennent des cauſes trèspiquantes
, & qui ne peuvent qu'aug
menter le fuccès de cet Ouvrage périodique
.
Le Volume du mois d'Avril renferme
deux cauſes très- intéreffantes . La pre-
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
mière eft une queftion d'État ; & la feconde
eft le Procès du fcélérat qui a été
rompu depuis peu à Orléans , pour avoir
fabriqué une machine infernale , & s'en
être fervi pour faire périr le mari d'une
femme dont il étoit amoureux .
- Pour donner une idée de l'intérêt de
la première de ces caufes , les Rédacteurs
du Journal l'annoncent ainfi : « Cette
» affaire ( difent- ils ) eft une des plus
» curieufes qquuee nnoouuss aayyoonnss inférées dans
» notre recueil . Les Orateurs auxquels
» elle a donné lieu de faire briller leurs
>>
» talens la préfentoient
eux - mêmes
» comme digne d'occuper l'attention du
public , & capable d'exciter le plus
grand intérêt. Il eft des événemens
,
difoit le défenfeur de l'enfant dont
l'état étoit compromis
; il eft des évé-
» nemens dont le tiffu paroît fi extraor-
» dinaire qu'ils reffemblent
prefque
» à ces fictions ingénieufes
, ouvrage
68
و ر
d'une imagination qui fe plaît à s'éga-
» rer. C'eft ainfi qu'il caractérifoit l'hif-
» toire fingulière qui avoit donné lieu à
»cette conteftation.
י - כ
Que d'intrigues il faudra dévoiler
» difoit fon antagoniſte ! Les grandes
paffions paroîtront fucceffivement fur
» la fcène. Nous découvritons , tour-à-
و و
JUILLE T. 17774 107
» tour, les fautes de l'ambition; celles de
» la haine ; celles de l'amour ; celles auffi
de la cupidité. Ces tableaux triſtes &
»fombres feront par- tout éclairés par
quelques vertus. Du fein des torts &
» des foibleffes , fortiront des traits éclatans
de courage , de bonne foi , de
grandeur d'ame & de conftance " .
و د
:
ཝཱ
Le Volume du mois de Mai contient
trois cauſes .
La première eft un rapt de féduction.
La feconde eft l'affaire de la Gourdan ;
& la troisième , eſt le Procès qui a étéfait
récemment à des Ufuriers. La caufe de
rapt eft on ne peut pas plus fingulière ;
elle préfente un aflemblage de circonftances
plus bizarres les unes que les autres.
On peut dire qu'elle réunit l'inté
rêt du Roman à celui de la vérité ; ainfi
elle ne peut être lue qu'avec le plus grand
intérêt .
Le nom de la Gourdan fuffit, pour faire:
naître la curiofité , & pour faire defirer
de connoître les détails de la feconde
caufe . Cette femme étoit accufée de faire
le commerce honteux de proftitution
dans la Capitale. Les circonftances de
cette affaire font très- piquantes.
Le Volume du mois de Juin eſt com
pofé de trois caufes .
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
La première est celle d'un vieux Médecin
, accufé d'avoir fait un enfant à une
jeune Sage -femme. La feconde eft une
queftion d'Etatfur la légitimité d'enfans
nés & baptifés pendant la durée d'une
union criminelle , déguifée fous la forme
refpectable d'un mariage ; & la troifième
préfente une queſtion importante fur les
effets de la mort civile. La condamnation
par contumace , d'un Curé aux Galères à
perpétuité , pour avoir féduit & enlevé
une femme , a donné lieu à cette affaire.
Les Rédacteurs annoncent ainfi la
caufe du vieux Médecin.
» Si la caufe , difent- ils , dû vieillard
» amoureux d'une jeune fille , que nous
» avons inférée dans un de nos précédens
Volumes , eft une preuve que l'amour
» eft de tout âge , la caufe dont nous
allons rendre compte , offre un nou-
» vel exemple de cette vérité.
»
Elle préfente un tableau également
curieux & bizarre . D'un côté, c'eft une
jeune fage-femme qui accufe un Mé-
" decin fexagénaire de l'avoir féduite
» en l'affurant qu'elle deviendroit un
» jour fon époufe , quoiqu'il fût marié
» & qu'il eût une femme & des enfans.
» De l'autre , c'eſt un Médecin confulJUILLET
. 1777. 109
» tant du Roi , un Médecin des Ar-
» mées , & un ancien Docteur de la
» Faculté de Médecine de Paris
» avoue avoir eu une foibleffe
5
qui
pour une jeune fille complaifante
, & veut bien » fe charger
de la nourriture
de l'enfant
» né de fon concubinage
, mais qui refufe » de payer des dommages
-intérêts
à la » mère , fous prétexte
que fa conduite
» & fes moeurs
font bien éloignées
d'être » pures
.
La nourriture de l'enfant eft une
» dette à laquelle je ne prétends point me
» fouftraire , ( difoit le vieux Docteur ; )
» mais la Juftice ne doit point de récompenfe
au libertinage ; & ce feroit en
» accorder une , que de donner des dom-
» mages-intérêts à la fille avec laquelle
j'ai eu commerce .
La feconde caufe eft préfentée fous
un point de vue qui annonce fon importance
& le
ture doit exciter .
> d'intérêt
genre que
la lec-
» De toutes les queftions qui s'agitent
» dans les tribunaux , les plus importan
» tes , fans doute , font celles qui ten-
» dent à compromettre l'état des hommes.
Depuis que nous fommes réunis en fociété
, notre exiftence civile eft deve-
» nue , en quelque forte , auffi précieuſe
ود
"
110 MERCURE DE FRANCE.
» que notre exiftence naturelle . De- là
» l'intérêt général qu'ont excité , dans
» tous les temps , les réclamations d'état .
» Il femble , lorfqu'une pareille queſtion
» s'élève , que chacun craigne pour foi ,
ou pour les fiens , la même contefta-
» tion . Chaque individu compare en fe-
» cret les preuves qu'il a lui- même de
l'état dont il jouit dans la fociété
avec celles qui font adminiftrées par le
» réclamant ; & le jugement qui admet
» celui- ci dans un famille , ou qui l'en
rejecte , femble être un lien univerfel
qui refferre toutes les familles en rapprochant
chaque membre du tronc où
» il s'efforce de demeurer invinciblement
> attaché .
»
55
و د
>
Plus ces queftions font importantes ,
plus les règles établies pour les décider
devroient être claires , lumineufes &
» exemptes de toute équivoque ; mais
» comme la malice humaine eft plus ingénieufe
que la loi , il n'en eft peut-
» être pas où l'application des règles pré-
» fente plus de difficultés .
ود
Enfin , le Volume qui a paru. le premier
de Juillet , contient trois caufes.
La première eft une accufation de parricide
; la feconde eft une demande en
JUILLE T. 1777 .
nullité de mariage , formée par une danfeufe
de la Comédie Italienne ; & la troifième
, la radiation d'un Avocat du Bailliage
, confirmée par un Arrêt récent du
Parlement de Paris .
Voici de quelle manière le premier
tableau de la première de ces cauſes eft
préſenté .
Un fils & fa femme ont été accufés
» de parricide. Un journalier , qui les
» accompagnoit
a été arrêté comme
و د
complice de ce crime. Les premiers
Juges avoient condamné les accufés
» à la queſtion ordinaire & extraordi
» naire, Ceux- ci ont interjetté appel de
» cette Sentence au Parlement de Paris ;
» leur défenfeur préfentoit ainfi cette
affaire également importante par fon
objet & par la bizarrerie des événe-
» mens qui ont traîné trois citoyens dans
» des cachots.
و د
.33
و د
ود
» Tandis , difoit-il , que , dans la capitale
, un monftre , teint du fang
» de fon père , expioit fon crime. en pu-
» blic , d'autres enfans , à Mont-Brifon ,
Le nommé Chaber. L'hiftoire du procès &
du fupplice de ce ſcélérat , eft inférée dans le volume
publié au mois de janvier 1775.
f12 MERCURE DE FRANCE .
étoient pourfuivis pour un attentat anffi
horrible Si l'indignation publique eur
»befoin , pour être foulagée , de voir un
» monftre expirer dans les flammes , au
jourd'hui la pitié s'armera pour les
» malheureux enfans que nous allons
» défendre.
>>
و د
» Leur père eft mort cependant , après
» avoir fui devant eux ; il eft mort après
» avoir appelé à fon fecours. Difons plus :
fon fils infortuné , à qui les circonftan-
» ces faifoient une néceffité de fuivre fon
père , avoit un bâton à la main ; fa
jeune époufe fe traînoit après lui . En-
» fin , un journalier , que ces malheureux
époux occupoient dans leurs pof
feffions , les accompagnoit auffi : docile
» à la voix de ceux pour qui il travailloit
, il avoit volé à leur fecours.... Le
père s'arrête , chancèle , tombe .... On
» approche , il avoit rendu la vie.
59
"
رد
Quel affreux préjugé contre les en-
» fans ! .... Dangereux caprices du fort ,
» jeux incompréhenfibles du hafard
combien vous avez mis l'innocence en
péril !
"
ود
>
Malheureux enfans , à quel fort
» étiez- vous donc réfervés ! .... Si le par-
» ricide eft le plus exécrable de tous les
JUILLE T. 1777. 113
forfaits , le plus grand des malheurs eft
» d'en être accufé injuſtement ».
"
Les deux autres caufes qui fe trouvent
dans ce volume , méritoient d'occuper
une place dans la collection de toutes
les affaires curieufes & intéreffantes
qui fe jugent dans les différens Tribunaux
du Royaume. Ce Recueil devient
de jour en jour plus piquant. La
variété qui y règne , & le choix des affaires
dont il eft compofé , affurent de
plus en plus le fuccès de ce Journal ,
qui formera dans la fuite une collection
également précieufe , pour les perfonnes
attachées au Barreau , & pour toutes
fortes de Lecteurs . Les Volumes de cet
Ouvrage périodique paroiffent tous les
premiers de chaque mois avec la régularité
la plus fcrupuleufe .
La foufcription eft ouverte en tous
temps pour chaque année , qui commence
au premier Janvier. On délivre tous les
Volumes qui ont paru jufqu'ici au prix
de la foufcription ; mais on ne vend
aucun Volume féparé.
Il paroîtra , dans le mois de Septembre
prochain , une Table raifonnée des
matières contenues dans les Volumes.
qui ont paru jufqu'au mois de Janvier
114 MERCURE DE FRANCE.
1777. Cette Table fera vendue féparément.
Le prix de la foufcription pour
le Volume , eft de 3 liv. , & il parvien
dra , franc de port , aux Soufcripteurs.
Lettre de M. de Treffeol à M** . Directeur
de l'Ecole Militaire , fur l'éduca
tion Militaire. A Paris , chez Colas
Libraire , Place de Sorbonne.
Le but de l'Auteur , dans cet Ouvrage
, eft de montrer ce qui concourt à la
perfection d'une École Militaire. Montagne
dit qu'il n'y a pas Maire, que deux
fois au moins par jour , le befoin ne chatouille
de faire un tour à l'École. M. de
Trefféol commence par l'établiffement
d'une Bibliothèque où les Maîtres puiffent
aller chercher l'inftruction . Il faut
les mettre à portée de travailler pour
l'oeuvre , pour le Public & pour euxmêmes
; l'on devroit , dit- il , s'il eft poffible
, les entourer de leur bonheur. Eh !
le travail n'eft-il pas un de nos grands
befoins ? C'eft bien l'ami des hommes
c'eft leur confolateur. L'Auteur voudroit
que cette Bibliothèque fût à l'ufage des
Elèves, & que l'établiſſement s'en fît avec
une forte de folennité. Il faut qu'on
JUILLE T. 1777. 115
voie dans leur berceau les établiffemens
utiles croître & s'élever pour le bien de
l'État.
L'Etude des Langes eft indifpenfable a
un Officier qui fe trouve obligé de voyager
& de vivre chez l'Étranger. M. de
Trefféol eft d'avis de ne les faire apprendre
aux Élèves d'une École Militaire
que dans un Auteur utile à étudier en
lui - même,dans des Selecta qui foient mis
à leur portée , & relatifs à leur deſtination.
גכ
39
"
ر
» Les moeurs militaires font , par elles-
» mêmes féroces , & il ne faut pas faire .
des fanatiques , comme l'ancienne Che;
valerie , fi utile à certains égards . Qn
doit tempérer l'aprêté des armes ,
calmer le ferment de la bravoure par
des principes d'humanité la
par politeffe
, les Lettres & les Arts . Lorf
» qu'un célèbre Philofophe répète indé-
» finiment à chaque page , que Lycurgue
» avoit banni les Arts de fa République ;
lorfque fes adverfaires le laiffent en
poffeffion d'une autorité qui peut fervir
» à l'écrafer ; je me convaincs que les
» gens à fyftême voient par- tout ce
qu'ils ont intérêt à y voir & que
plupart des hommes n'ont pas la force
"
ود
" ,
la
116 MERCURE DE FRANCE.
» de douter de ce qu'un ton affirmatif
» leur attefte. Lycurgue n'avoit fermé les
» portes de Lacédémone , qu'à des Arts
qui euffent été de pur luxe , ſi je
و د
puis ainfi dire , dans fon état , aux
» Arts qu'il n'auroit pas pu animer
» de l'efprit militaire , & qui n'euf-
» fent fait que nuire dans un camp tel
» que
35
l'étoit Lacédémone. C'étoient des
étrangers qui ne devoient point communiquer
avec le Citoyen . Les Arts ,
» amis de l'Art militaire , ce grand Légiflateur
les reçut. La Poéfie , la Mufique
, la Danfe furent en honneur dans
» fa République. La Philofophie (j'en ai
Platon pour garant ) y étoit mieux culti-
» vée qu'en aucun autre lieu du monde :
» ces Arts & ces Sciences étoient fubordonnés
, & adaptés au Génie de l'Art
و د
» national.
M. de Trefféol prend de- là occafion
de tracer plufieurs plans d'Ouvrages qui
prouvent dans lui l'homme de goût , &
font defirer qu'il les rempliffe lui-même.
Les élémens du droit de la nature & des
gens , fonr abfolument néceffaires . Il faut
qu'un Militaire connoiffe l'ufage moral
qu'il doit faire des armes . Il ne lui fuffit
pas de plonger fon épée dans le fein de
JUILLE T. 1777. 117
>
fon ennemi ; il faut encore qu'il en retire
fa main pure. Des élémens de Litté
rature , des élémens d'Histoire , tant générale
que particulière , font du nombre
de ces Ouvrages, M. de Trefféol préfente
Lacédémone pour modèle d'Ecole Militaire.
Ce qu'il dit , eft fage , bien penſé ,
écrit avec force & nobleffe . « L'unité
dans la variété , voilà le principe fon-
» damental de la bonne éducation
» comme la fource du beau dans de cer
» tains Arts. Il ne faut pas préfenter aux
» enfans un feul & unique objet , mais
» il faut que tous les objets que vous
» leur préfentez , tendent & entraînent
» leur efprit vers un même but L'édu
cation ordinaire eft fauffe & nulle
parce que tous les moyens ne s'engrai-
» nent pas les uns dans les autres , fe
» croiſent , fe combattent, ſe détruiſent ,
» ne fe réfèrent point à la deſtination par-
» ticulière des Élèves. Chaque profeflion
doit avoir fon éducation propre ,
» comme elle a fon efprit & fon objer
particuliers. Il y a fans doute des principes
communs dans la fcience de for-
» mer les hommes dans tous les états ;
» mais il ne faut pas , autant qu'il eſt
≫ poffible , féparer l'institution da
"
"
MERCURE DE FRANCE.
» l'homme de celle du citoyen , de
>> celle du fujet , de celle de l'homme
» de telle profeffion ; il faut que I'É-
» lève d'une École Militaire , interrogé
s'il eft citoyen , réponde qu'il
» eft foldat. L'efprit d'Etat fe prend
» mieux dans une École commune . J'éleverai
donc enfemble des militaires ,
comme à Sparte ; une partie de leur
» éducation ne peut même être donnée
"3
99
» autrement.
"
و د
"
ود
» Il étoit impoffible que Lycurgue ne
réufsît point à former une république
» guerrière ; il avoit , pour ainfi dire ,
incorporé l'efprit militaire dans toutes
» les parties & phyfiques & morales de
l'Etat ; c'étoit l'ame univerfelle de La-
» cédémone . Là , tous les Dieux étoient
» armés ; les ftatues des Héros , glorieu-
» fement élevées dans les lieux publics ,
» exaltoient l'ame d'un citoyen ; la gloire
» des armes retentiffoit dans toutes les
bouches ; les Arts difpofoient , ani-
» moient aux combats ; les exercices , les
fpectacles , les jeux ; les jeux , cette
partie de l'éducation , fi utile dans les
mains d'un Philofophe , étoient le cri
» l'effai , l'image de la guerre ; la ville
» étoit un camp ; le citoyen devoit , pour
D
93
"
"
JUILLET. 1777. 119
» ainsi dire , naître foldat » . L'ame des
Elèves , en fuivant ce modèle , prendra ,
d'elle- même fa direction vers les armes.
Dans une Ecole Militaire , tous les objets
, tous les arts , tous les jeux , doivent
refpirer la guerre . Il faudroit que ces jeux
fuffent tous marqués de l'empreinte militaire
; qu'on imitât les Grecs , dont la
Gymnastique peut beaucoup fervir pour
les exercices du corps . On néglige trop
cette partie de l'éducation ; on ne fait pas
attention que c'eft bien fouvent à la vigueur
du corps qu'on doit de très -belles
actions ; & voilà pourquoi Homère exalte
tant le bras vigoureux de fes Héros.
»
M. de Trefféol parle enfuite des punitions
qui doivent accompagner les fautes
des Élèves. Le reffort de l'Etat militaire
eft l'honneur. Une École militaire doit
être celle de l'honneur. Les coups font
des punitions ferviles , « qui aviliffent
l'ame , lors même qu'ils corrigent
» les défauts , fi toutefois ils en corrigent
, car leur effet ordinaire eſt d'en-
» durcir à force de frapper... Au Japon ,
on ne bat jamais les enfans , quoiqu'on
les accoutume à de violens exercices ;
» & ils font de bonne heure excellents
»foldats. Les enfans de Sparte fouffroient
23
120 MERCURE DE FRANCE.
» fur l'Autel de Diane , jufqu'à expirer
» fous les verges ; mais c'étoit une épreu
» ve volontaire & glorieufe de leur magnanimité.
Cet objet eft, dans l'éduca-
» tion , de la plus grande importance ,
» même pour toute la vie » . M. de Tref
féol paffe enfuite aux récompenfes ; &
partant du principe qu'il a établi , fait
voir qu'elles doivent être des honneurs
& des diftinctions militaires. Nous ne
fuivons pas ces détails ; il faut les voir
dans l'ouvrage même , qui renferme des
vues très- utiles . On a fait beaucoup de
livres fur l'éducation en général , & l'on
n'a prefque point écrit fur l'éducation
militaire. Traiter des matières auffi effentielles
, c'eft mériter la reconnoiſſance
publique.
M. de Trefféol va faire imprimer
une édition complette des OEuvres de
M. Definahis. On a fort peu de pièces
de cet agréable Auteur. On nous fait
efpérer une augmentation de deux tiers
de fes Ouvrages , qui n'ont jamais vu le
jour. Le goût & les talens de l'Éditeur
font préfager de fon travail un heureux
fuccès.
Mémoire fur les travaux qui ont rapport
a
JUILLET. 1777. 121
Tà l'exploitation de la mâture dans les
Pyrénées , avec une defcription des
manoeuvres & des machines employées
pour parvenir à extraire les mâts des
forêts , & les rendre à l'entrepôt de
Bayonne , d'où enfuite ils font diftri
Ibués dans les différens Arfenaux de la
Marine. Par M. le Roy , Ingénieur des
Ports & Arfenaux de la Marine. A
Paris , chez Couturier père , Imprim.-
Libr. aux Galleries du Louvre ; &
Couturier fils , quai des Auguftins .
Cet Ouvrage , très- curieux , fera lu
avec plaifir ; l'Auteur qui a dirigé luimême
les travaux faits dans les forêts
d'Iffaun , de Pact & de Benoux , qui
font encore actuellement en exploitation ,
rend compte des opérations & des manoeuvres
qu'il a été obligé d'imaginer &
d'exécuter , pour fe frayer une route à
travers les forêts , en faciliter l'entrée
aux Ouvriers , & leur procurer les
moyens de tranſporter les arbres immenfes
qu'ils abattoient , & qui , fans ce
moyen , auroient été condamnés à refter
toujours dans ces forêts , fans pouvoir
être jamais d'aucun fervice aux hommes .
Ceux qui ont vifité les lieux , ont vu
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
avec un étonnement mêlé d'effroi , leur
fituation , & n'ont pu refufer leur admiration
à la hardieffe des hommes qui
out entrepris d'y pénétrer , & à l'induſtrie
avec laquelle ils y ont pratiqué des routes
sûres & commodes ; elles font conftruites
, dans quelques endroits , à travers
des précipices , formés par des
rochers qui ont jufqu'à 600 toifes de
hauteur , prefque à pic , éloignés fouvent
સે
les uns des autres de cinquante pieds ,
& entre lefquels roulent des torrens
rapides. L'un de ces chemins , pris fur
l'une des côtes de ce précipice , eft raillé
en entier dans le marbre , fur toute fa
largeur , & une grande partie eft en
demi - voûte de 12 pieds de hauteur ;
cette partie même a près de 800 toifes
de longueur. Une chofe , ajoute M. le
Roy, rend effrayant l'afpect de ce chemin
qu'il décrit ; il eſt tracé à la moitié
de la hauteur du rocher , de forte que
d'un côté il y a un abyfme très-profond ,
de l'autre un rocher à-plomb , dont on
n'apperçoit pas toujours le fommet. Outre
les difficultés naturelles qui naiffent du
concours des circonftances , on doit
compter celles qui naiffent de l'horreur
du lieu , de la néceffité de n'employer
>
JUILLET. 1777. 123
que des Ouvriers qui y foient familiarifés.
Les fpectacles effrayans qui fe
multiplient dans ces lieux fauvages
donnent aux travaux qu'on y exécute
un air de grandeur , qu'ils méritent fans
doute par les obftacles qu'ils ont donné
à furmonter.
L'Auteur commence par décrire fommairement
la partie des Pyrénées qui
avoifine les forêts de fapin , qui font
actuellement en exploitation . Ce tableau
eft vafte & impofant ; la chaîne de ces
montagnes offre , dans fon enfemble , le
fpectacle le plus propre à étonner l'imagination
par fa grandeur. La variété des
afpects , la magnificence des décorations,
quelquefois le filence & l'horreur de ces
lieux fauvages , plus fouvent le bruit des
torrens ; tout concoure à y mettre l'ame
dans un état extraordinaire. Le Naturalifte
, dans fes recherches , y trouve beaucoup
de richeffes de détails ; mais il ne
faut qu'ouvrir les yeux pour être frappé
& faili de la majefté de la Nature , qui
paroît les y avoir amoncelées avec une
profufion digne d'elle .
Parmi les forêts qui couvrent les
montagnes , l'Auteur ne décrit que
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
celles qui ont été l'objet de fes travaux
. Celle d'Iffaun contient en fuperficie
3500 arpens , l'arpent a 100
perches quarrées , & la perche a 22
pieds de Roi : cette fuperficie étoit couverte
de fapins ; ils étoient fi épais , fi
ferrés avant qu'il fut queftion de les
exploiter , que l'on y prit , il ya environ
30 ans , une jeune fille fauvage de 16 à
17 ans. Il y en avoit fept à huit qu'elle
habitoit ces bois. Elle y avoit été laiſſée
» par une troupe d'autres filles , qui y
» furent furprifes par la neige , & obli-
59
gées d'y paffer la nuit ; le lendemain
, elles cherchèrent leur camarade , la
cherchèrent inutilement , & l'abandondonnèrent.
Cette fille , arrêtée enfuite
» par des Paſteurs , ne fe reffouvenoit de
» rien , avoit perdu l'ufage de la parole ,
» & ne vouloit manger que des herba-
» ges ; elle fut conduite à l'Hôpital de la
Ville de Moléon , où elle a vêcu long-
« temps , dévorée de chagrin , regrettant
toujours fa liberté , ne parlant
» jamais , & reftant prefque immobile
» toute la journée , la tête appuyée fur
les deux mains. Elle étoit d'une taille
» ordinaire , & avoit quelque chofe de
" dur dans la phyfionomie
JUILLE T. 1777. 125
-55
En 1774 , on découvrit un autre Sau
vage dans ces environs ; les Pafteurs voifins
de la forêt d'Yvaty , près de Saint-
Jean-Pied-de -Port , le découvrirent les
premiers ; il habitoit les rochers voisins
de cette forêt . « Cet homme étoit de la
plus grande taille , velu comme un
ours , & alerte comine les Hifars , d'une
» humeur gaie , avec l'apparence d'un
» caractère doux , puifqu'il ne faifoit de
» mal à rien. Souvent if vifitoit les caba-
» nes fans rien emporter. Il ne connoif-
» foit ni le pain , ni le lait , ni les fro-
» mages ; fon grand plaifir étoit de faire
courir les brebis & de les difperfer ,
en faifant de grands éclats de rire,
» mais fans jamais leur faire de mal.
» Les Paſteurs mettoient fouvent leurs
» chiens après , alors il s'enfuyoit comme
» un trait , & ne fe laiffoit jamais approcher
de trop près . Une feule fois il
» vint un matin à la porte d'une cabane
» d'Ouvriers qui faifoient des avirons
» & qu'une grande quantité de neige
» tombée pendant la nuit , retenoit ; il
» fe tint debout à la porte , qu'il tenoit
» des deux mains , & regardoit les Ou-
→ vriers en riant . Un de ces gens fe gliſſa
doucement pour tâcher de le faifir par
»
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
*
ود
» une jambe ; plus il le voyoit approcher,
plus fon rire redoubloit ; enfuite il
s'échappa. On a jugé que cet homme
pouvoit avoir trente ans . Comme cette
» forêt eft d'une grande étendue , &
» communique à des bois immenfes appartenans
à l'Espagne , il y a à préfu-
» mer que c'étoit quelque jeune enfant
qui s'y étoit perdu , & qui avoit
» trouvé le moyen d'y fubfifter avec des
" herbes 39.
»
14
Après la defcription des Pyrénées ,
l'Auteur parle des fapins que fourniffent
les forêts qu'il exploite ; il en fait connoître
la qualité , entre dans les détails
de la coupe , indique les routes conftruites
pour les tranfporter , les décrit , fait
connoître la manière dont on porte les
arbres coupés jufqu'au chemin , & de là
jufqu'au port où on les fait flotter ; la
manière dont on les charge fur les traits ,
celle dont on les décharge. Il détaille
toutes les parties des différens travaux
relatifs à la flottaifon , la conftruction
des radeaux , la manière de flotter ; & il
termine fon Ouvrage par la defcription
des différens établiſſemens relatifs à cette
exploitation. Il a joint à fon Ouvrage
plufieurs deffins qui étoient indifpenfaJUILLE
T. 1777. 127
bles , & qui mettent fous les yeux une
multitude d'objets , que l'on ne peut
decrire qu'imparfaitement : on ne peut
le lire fans admirer la vigueur , l'activité
, l'induſtrie & l'intelligence des Directeurs
de l'entreprife ; & il eft fait
pour éclairer & guider ceux qui en
feront chargés après lui.
Traité fur les Coutumes Anglo- Normandes
, qui ont été publiées en Angleterre
depuis le onzième jufqu'au quatorzième
fiécle , avec des remarques
fur les principaux points de l'Histoire
& de la Jurifprudence Françoife , antérieures
aux établiſſemens de Saint-
Louis ; par M. Houard , Avocat en
Parlement , Correfpondant de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles
- Lettres. Tome II . A Paris , chez
Saillant , Nyon & Valade , Libraires ,
rues Saint-Jean-de-Beauvais & Saint-
Jacques.
Le Jurifconfulte profond à qui nous
devons cet Ouvrage , s'eft livré à l'étude
des Loix Angloifes , & a obfervé qu'il y
avoit une grande conformité entre les
Loix de l'Heptarchie Angloife , & celles
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
qui ont régi la France fous la premièrė
race de nos Rois , & jufqu'à la fin de la
vie de Charlemagne. L'Hiftoire nous
apprend que la féodalité qui a été établie
en France par la postérité de ce grand
Prince , fut portée chez les Anglois par
Guillaume le Bâtard , Duc de Normandie
, & le Conquérant de l'Angleterre;
& l'on trouve dans les monumens de ces
tems antiques , une multitude de preuves
qui rendent fenfible le rapport qu'il y
a eu autrefois entre les Loix qui régif
foient ces deux Peuples. Mais les différentes
révolutions qu'éprouvent les
Royaumes qui ont une longue durée ,
caufent néceffairement des altérations ,
foit dans les Loix , foit dans les moeurs
& ce font ces viciffitudes qui doivent être
remarquées par les Jurifconfultes & par
les Hiftoriens . C'eft en fuivant cette méthode
que M. Houard explique l'origine
& les progrès de plufieurs Loix , qui
ont été autrefois communes aux deux
Peuples.
Le fecond volume que nous annonçons
, renferme les remarques fur les Loix
attribuées à Malcome , fils de Kenneth ,
& le texte de ces Loix avec des remarques
qui les éclairciffent . Les JurifconJUILLE
T. 1777. 129
à
fultes & les Publiciftes ne peuvent que
bien accueillir un Ouvrage fi propre
leur faire connoître les divers principes
de legiflations , qui ont été fucceffivement
adoptées en ce Royaume depuis fa
naiffance.
La Cyropédie ou Hiftoire de Cyrus , traduite
du Grec de Xénophon ; par M.
Dacier, de l'Académie Royale des infcriptions
& des Belles - Lettres. 2 vol.
in 12. A Paris , chez les frères Debure ,
à l'entrée du Quai des Auguftins , &
Moutard , Imprimeur - Libraire de la
Reine , Quai des Auguftins , près le
Pont Saint-Michel . 777 .
Il paroît étonnant que , depuis 1659',
temps où Charpentier publia fa foible
traduction de la Cyropédie , aucun homme
de Lettre n'eût encore fongé à donner une
meilleure verfion de cet Ouvrage ; le
chef d'oeuvre de l'Écrivain peut-être le
plus agréable & le plus élégant de toute
l'antiquité , & celle de fes productions
qui lui a le plus juftement acquis les titres:
d'Abeille ou de Mufe attique. M. Dacier
vient enfin de réparer cet oubli , & l'a fait
d'une manière qui ne laiffe rien à defirer.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Il a fçu allier une élégance foutenue à la
fidélité la plus fcrupuleufe , & conferver
dans fa traduction , une partie des grâces
enchantereffes de l'original , autant que
le pouvoit permettre un idiome auffi inférieur
à celui de Xénophon , qui a été le
modèle le plus parfait de la pureté , de
la clarté , de la douceur & du charme
de la Langue Grecque.
peu
Perfonne n'ignore que les Auteurs
originaux , qui ont écrit l'hiftoire de
Cyrus , diffèrent à un point fi étrange
dans leur manière de la raconter , qu'on
tenteroit inutilement de les concilier.
Créfias, dont Diodore de Sicile, & Trogue
Pompée , abrégé par Juftin , ont adopté
la narration › a eu fort de Sectateurs.
Mais les Savans font particulièrement
partagés entre Hérodote & Xénophon.
M. Dacier traite , dans fon Difcours préliminaire
, la queftion fouvent agitée ;
quel eft celui de ces deux Hiftoriens , au
recit duquel on doit donner la préférence.
« Il ne s'agit , dit- il , que de com
" parer la tradition adoptée par Hérodote ,
» avec celle que Xénophon a préférée.
» Pour décider entre deux récits oppofés ,
» dont les Auteurs également gravee
ont été auffi également à portée d
JUILLE T. 1777. 131
s'inftruire ; la vraifemblance, au défaut
» de preuves pofitives , eft la feule règle
qu'on puiffe confulter » . M. D. donne
donc un précis des deux narrations ; &
le parallèle qui en réfulte eft abfolument
décifif en faveur de Xénophon , chez
qui les détails de la vie de Cyrus font
auffi fimples & auffi naturels qu'ils font
romanefques & invraisemblables chez
Hérodote. « On objecteroit en vain ,
» ajoute M. D. , pour affoiblir l'avantage
qui réfulte de la comparaifon , en
» faveur de la Cyropédie , que fi les faits
» y font plus vraisemblables , les difcours,
foit politiques ou moraux , foit mili-
» taires , qui s'y trouvent répandus , le
» font affez peu , pour donner lieu à de
juftes foupçons fur la vérité du fond
» de l'hiftoire. Perfonne n'ignore que la
plupart des harangues qu'il plaît aux
» Hiftoriens de prêter à leurs principaux
» perfonnages , ont été compofées à loi-
» fir dans le cabinet : les difcours dont
» Thucydide , Tite - Live , Sallufte ont
» embelli leurs recits , ne leur ont rien
» fait perdre de la réputation d'Ecrivains
» exacts & véridiques. Xénophon voulant
» faire fervir l'hiftoire de Cyrus à l'inf-
» truction des Princes , a donc pu , fans
ود
"
"
"
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
» bleffer la vérité , mettre dans la bouche
» de fon Héros , fuivant les diverfes cir-
» conftances de fa vie , des leçons de
» courage , de tempérance , de modéra-
» tion , de juftice , de bienfaifance , d'hu-
» manité , de refpect envers les Dieux
en un mot , de toutes les vertus qui
font la vraie grandeur des Rois , & le
• bonheur des Peuples
<
19.
Pour donner une idée de la verfion de
M. Dacier , nous citerons quelques morceaux
d'un des endroits les plus agréables
du premier livre , où fe trouve l'hiftoire
de l'arrivée & du féjour de Cyrus à la
Cour de fon grand- père Aftyage . Ceux
de nos Lecteurs qur ont fous les yeux
le traité des études de Rollin , où les
mêmes morceaux , à- pen- près , fe trouvent
traduits , pourront fe donner le plaifir de
la comparaifon.
Cyrus fut élevé jufqu'à l'âge de
» douze ans & un peu plus , fuivant les
» coutumes des Perfes . Aucun des enfans
» de fa claffe ne lui pouvoit être comparé,
foit pour la facilité à faifir ce qu'on
» leur enfeignoit , foit pour l'adreffe &
» l'activité dans l'exécution de ce qui leur
» étoit preferit. Lorfqu'il eut atteint l'âge
que je viens de dire , Aftyage invita
JUILLE T. 1777. 133
>>
» Mandane à fe rendre auprès de lui avec
» fon fils , qu'il defiroit de voir , fur ce
qu'il avoit ouï dire de fa beauté & de
» fes excellentes qualités La Reine par-
" tit pour la Cour de Médie , accompagnée
de Cyrus. Dès le premier abord ;
»
& à peine inftruit qu'Altyage étoit père
» de Mandane , ce jeune Prince , natu-
» rellement carreffant , l'embraffa d'un
» air auffi familier que s'il eût embrallé
» un ancien camarade , ou un ancien ami ;
» mais ayant remarqué qu'Aftyage avoit
les yeux fardés , le vifage peint , & une
chevelure artificielle : ( c'eft la mode
en Médie ) . Oh ! ma mère , dit il , que
mon grand- père eft beau ! Lequel , re-
» prit la Reine , trouvez-vous le plus
» beau de Cambyfe ou d'Aftyage ? Mon
» Père , répondit-il , eft le plus beau des
» Perfes , & mon grand-Père le plus beau
» des Mèdes que j'aie vus fur la route &
» àlaCour.
Lorfqu'Aftyage foupoit avec fa fille
& fon petit-fils , qu'il vouloit difpofer
» par la bonne chère , à ne pas regretter
la Perfe , il faifoit fervir , dans différens
plats , des mets & des ragoûts de
toute efpèce. A la vue de cette profufon
Cyrus dit un jour au Roi : Si
134 MERCURE DE FRANCE.
"
» vous êtes obligé de porter la main à tous
» ces plats, & de goûter de tous ces mets,
» le fouper doit être, pourvous , bien fatiguant.
Eh quoi ! dit Aftyage , ce fouper
» ne vous ſemble- t- il pas plus agréable
» que ceux qu'on fait en Perfe? Non, répli-
» qua Cyrus : en Perfe , nous parvenons
» à appaifer la faim parune voie beaucoup
plus fimple & plus courte ; il ne nous
» faut pour cela que du pain & de la
» viande fans apprêt ; au lieu que vous ,
99
>>
"
qui tendez au même but , vous vous
» égarez en chemin , par des détours fans
» nombre , & vous n'y arrivez qu'avec
peine , même long- temps après nous.
Mais , reprit Aftyage , nous avons du
plaifir à nous égarer, & vous connoîtrez
» ce plaifir quand vous aurez goûté de
» nos mets. Cependant , répliqua Cyrus ,
je vois qu'ils vous caufent à vous- même
» une forte de dégoût . A quoi , dit Aftya
" ge , le voyez-vous ? C'eft que j'ai remarqué
, répondit l'enfant, que quand
» vous avez touché à ces ragoûts , vous
effuyez promptement vos mains avec
» une ferviette comme fi vous étiez
fâché de les voir pleines de fauce ; ce
» que vous ne faites pas quand vous n'a-
» vez pris que du pain . Je ne prétends
ور
>
JUILLE T. 1777. 135
" pas , mon fils , dit Aftyage , vous gê-
» ner dans votre façon de vivre ; uſez ,
puifque vous l'aimez mieux , d'alimens
» fans apprêt , afin que les Perfes vous
» revoient fain & vigoureux.
»
"
"
»En même- temps il fit fervir , devant
» le jeune Prince , un grand nombre de
» plats , tant de venaifon , que d'autres
» viandes. Alors , Cyrus lui dit : toutes
» ces viandes , me les donnez- vous , &
puis- je en faire ce que je voudrai ?
» Oui , mon fils , répondit Aftyage : elles
» font à vous . Sur cette réponſe , Cyrus
les diftribua aux principaux Officiers de
» fon grand- Père , en ajoutant un petit
mot pour chacun. Je vous fais ce pré-
» fent , difoit- il à l'un , parce que vous
» me montrez avec affection à monter à
» cheval à un autre , parce que vous
» m'avez donné un javelot , & je l'ai en-
» core ; à un troisième , parce que vous
» ſervez fidèlement mon grand Père ; à
» un quatrième , parce que vous révérez
» ma mère ; & ainfi de fuite , jufqu'à ce
qu'il n'eût plus rien à donner. Pourquoi
, lui dit Aftyage , ne donnez - vous
→ rien à mon Echanfon Sacas
› que je
» confidère beaucoup ? Sacas étoit un
» très-bel homme , chargé d'introduire
ท
"
:
136 MERCURE DE FRANCE.
»
» chez le Roi , les perfonnes qui avoient
» à lui parler , & de renvoyer ceux qu'il
" ne croyoit pas à propos de laiffer entrer.
» Au lieu de répondre à la queftion
d'Aftyage , Cyrus ,, comme un enfant
qui ne craint pas encore d'être indifcret
, répartit par une autre : Pourquoi ,
» lui dit il , avez- vous tant de confidé
>> ration pour Sacas ? Ne voyez- vous pas ,
répliqua le Roi en plaifantant , avec
» quelle grâce il fert à boire? Eh bien , dit
le jeune Prince , commandez , je vous
prię , à Sacas de me donner la coupe 3
» en vous fervant d'auffi bonne grâce que
» lui , je mériterai auffi de vous plaire.
?
n
Aftyage y confentit Cyrus s'empare
» de la coupe , la rince proprement ,
» comme il l'avoit vu faire à Sacas ;
puis compofant fon vifage , prenant un
air férieux & un maintien grave , il
» la préſente au Roi , qui en rit beau-
» coup , ainfi que Mandane. Cyrus fai-
» fant lui-même un grand éclat de rire
» fe jettė au cou de fon grand père ,
» & dit en l'embraffant : Ah ! pauvre
» Sacas , tu es perdu ; je t'enleverai ta
charge , & j'en ferai mieux que toi
» les fonctions.
»
ود
Aftyage continuant de plaifanter :
Pourquoi , mon fils , dit- il à Cyrus ,
JUILLET. 1777. 137
ود
dès que vous vouliez imiter Sacas ,
» n'avez-vous pas , comme lui , goûté
» le vin ? J'ai craint , répondit le jeune
» Prince , qu'on n'eût jeté quelque poifon
dans le vafe : car , au feftin que vous
» donnâtes à vos amis , le jour de votre
» naiſſance , je vis clairement que Sacas
» vous avoit tous empoifonné . Comment
» vîtes- vous cela , dit le Roi ? C'eſt ,
répartit Cyrus , que je m'apperçus d'un
dérangement confidérable dans vos ef-
» prits & dans vos corps . Je vous voyois
faire des chofes que vous ne pardon-
» neriez pas à des enfans ; crier tous à la
» fois , fans vous entendre , puis chanter
tous enfemble , de la façon la plus ridicule
; & lorfqu'un de vous chantoit
» feul , vous juriez , fans l'avoir écouté ,
» qu'il chantoit admirablement bien.
» Chacun de vous vantoit fa force ; mais
lorfqu'il fallut fe lever pour danfer ,
» loinde pouvoir faire un pas en cadence ,
» vous ne pouviez pas même vous tenir
fermes fur vos pieds . Enfin , vous aviez
» oublié, vous , que vous étiez Roi ; eux ,
qu'ils étoient vos fujers . Ce fut pour
» moi le premier exemple d'une affemblée
, où chacun ayant la liberté de
parler , tous en uferoient à la fois : car ,
و د
138 MERCURE DE FRANCE.
» c'eft précisément ce que je vous voyois
» faire. Mais , votre père , dit Aftyage
ne s'enivre-t- il jamais ? Non , jamais ,
» répondit Cyrus. Que lui arrive - t - il
donc , quand il a bu , pourfuivit le
Roi ? Il ceffe d'avoir foif , répliqua
» l'enfant.
M. Dacier , plus judicieux que la plupart
des Traducteurs , n'a pas furchargé
fa traduction d'un trop grand nombre de
notes . « J'ai mieux aimé , dit -il , à ce
» fujet , paroître moins érudit , que de
répéter , fans utilité , ce qu'ont dit
» tant de Savans dont les Ouvrages
T
,
" font entre les mains de tous les Gens
» de Lettres . Je ne me fuis guères per-
" mis que les remarques qui peuvent
» être néceffaires pour faciliter l'intelli-
» gence du récit de l'Hiftorien , ou pour
juftifier l'interprétation que je donne à
quelques paffages obfcurs , fufceptibles
» de différens fens
19
99
?
Tréfor généalogique , ou Extrait des titres
anciens qui concernent les Maiſons &
Familles de France , & des environs
connues en 1400 & auparavant ; par
Don Caffiaux , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de Saint-Maur ,
JUILLE T. 1777. 139
réfidant en l'Abbaye Royale de Saint-
Germain-des-Prés , à Paris ; Hiftoriographe
de Picardie , Honoraire de l'Académie
Littéraire d'Amiens , Archivifte
employé pour le Roi à la Collection
des Monumens hiftoriques. Ouvrage
dédié à la Reine , & propofé
par foufcription ou infcription, en dix
volumes in-4°.
,
>
Nous avons annoncé précédemment
le Profpectus de ce grand ouvrage . Le
Public l'a reçu avec un accueil très-favorable
, & c'eſt ce qui a mis l'Auteur en
état de commencer l'édition de fon Tréfor
généalogique , au premier Mars dernier
terme prefcrit dans le Profpectus.
Mais l'Auteur n'avoit ofé fe flatter que
les Étrangers s'emprefferoient ,
ainfi que
les Nationaux à fe procurer ce Tréfor
Généalogique & c'eft en faveur de ces
Etrangers , & de ceux qui n'ont point eu
connoiffance du premier avis , que Don
Caffiaux a cru devoir prolonger le temps
des foufcriptions & infcriptions jufqu'au
premier Septembre de la préfente année
1777. L'Auteur , cependant , ayant mis
fous preffe le premier des dix volumes
annoncés , & ne faifant tirer que cent
exemplaires au- deffus du nombre retenu ,
140 MERCURE DE FRANCE.
il fera contraint de faire réimprimer le
premier volume , pour pouvoir le fournir
à ceux qui fouferiront jufqu'au premier
Septembre prochain . Ce premier
volume fera achevé en même- temps que
le fecond , vers la fin du mois de Mars
1778 ; & par cette raifon , les nouveaux
foufcripteurs font priés de faire les avances
, pour cette fois feulement, de 16 liv.
pour les deux premiers volumes , qui
leur feront délivrés au temps marqué
ci- deffus .
L'intention de l'Auteur , ainfi qu'il le
déclare par fon nouveau Profpectus , eft
de comprendre , dans fon Ouvrage ,
toutes les Maifons de France , depuis
la plus haute antiquité jufqu'à l'an 1400 ,
de quelques Provinces qu'elles puiffent
être , & d'en completter autant qu'il
eft poffible les filiations , foit dans le
préfent Ouvrage , foit dans le fupplément
qui le fuivra dans le même ordre ,
& fera du même prix.
Plufieurs perfonnes éloignées de la capitale,
ont trouvé qu'il étoit embarraffant
pour elles de foufcrire à chaque volume
& ont defiré de foufcrire pour plusieurs
volumes à la fois . L'Auteur flatté de leur
confiance , n'a pu fe refufer à leurs defirs
on exprimera , dans les quittances ,
JUILLET . 1777. 141
la fomme reçue , & le nombre des volumes
rerenus.
Nous rappellerons ici que l'Auteur
dans fon premier Profpectus , n'a exigé
que huit francs d'avance de chaque foufcripteur
, & rien des infcripteurs , finon
leur foumiffion & leur engagement de
prendre les volumes à mesure qu'ils paroîtront
; mais ils paieront chaque volu
me dix livres. De forte que tout l'Ouvrage
en dix volumes , ne coûtera que
quatre-vingt livres aux premiers , & cent
livres aux autres .
59
وو
Le jugement du Cenfeur Royal , ( M.
Philippe de Prétot , ) rapporté dans le
nouveau Profpectus , peut donner unc
légère idée de l'Ouvrage.Le Tréfor Généalogique
, ou Extraits des titres anciens
qui concernent les Maifons & Fa-
» milles de France & des environs , con-
» nues en 1400 & auparavant , par Don
Caffiaux , de la Congrégation de Saint-
» Maur , m'a paru , dit le Cenfeur
» très - bon Juge en cette partie , devoir
être régardé comme un Ouvrage pré-
» cieux , fur-tout pour la plus ancienne
» Nobleffe de ce Royaume. Je dois , à
» la confiance dont m'honore Monfei-
" gneur le Garde des Sceaux , rendre té-
"
33
ود
>
-
142 MERCURE DE FRANCE .
و د
"
moignage aux lumières fupérieures de
l'Auteur , dans une matière qui a exigé
» de fa part une conftance inépuisable ,
» un travail d'une longue fuite d'années ,
» des recherches immenfes , un choix
judicieux dans les preuves , de l'ordre
» dans la difpofition des fujets qui en
reçoivent la plus grande clarté , & une
» abondance qui contribuera à conferver
» des titres que le temps pourroit faire
égarer , & àindiquer des milliers d'au-
» tres , dont il donne les renfeignemens ,
» & qui pourront être confultés par des per
» fonnes intéreffées à la fplendeur de leurs
» maifons. Voilà l'impreffion que m'a laif-
» fé la lecture du premier tome in-4° . de
» 800 pages de ce Tréfor généalogique .
» Fait à Paris , le 25 Février 1777 ".
"
"
Signé , PHILIPPE DE PRETOT.
C'étoit dans la feule vue de faciliter aux
Amateurs les moyens de foufcrire ou de
s'infcrire , que Don Caffiauxavoit marqué
dans fon premier Profpectus , que les foufcriptions
ou infcriptions feroient reçues
dans toutes les maifons de la congrégation
de Saint Maur ; mais comme on
lui a repréfenté que cette difpofition étoit
contraire aux droits de MM . les LibraiJUILLET.
1777. 143
res, il déclare que M. Pierres, Imprimeur,
rue St Jacques , à Paris , recevra , feul ,
les foufcriptions & infcriptions .
Le premier volume eft fous preffe . On
peut en voir les feuilles chez l'Imprimeur
ci-deffus nommé .
On publie trois petites brochures fur
la mufique & l'Opéra , dont nous allons
rendre compte
.
L'une ayant pour titre : Réflexions fur
l'Opéra , environ de 60 pages in- 8 °. fe
trouve à Paris , chez Delormel , Impr.-
Lib. rue du Foin St Jacques.
L'Amateur éclairé , qui paroît beaucoup
s'intéreffer au fuccès de notre Opéra
, donne les moyens qui lui femblent
les plus convenables pour foutenir &
pour enrichir ce Spectacle.
L'Opéra François eft fans doute le
Spectacle le plus varié , le plus noble , le
plus magnifique qu'ait jamais offert aucun
Peuple. La France peut l'appeler un
Spectacle National : comparé à celui
d'Italie , il doit remporter l'avantage ; &
l'on cite à cet égard une anecdote remar-.
144 MERCURE DE FRANCE .
quable. Deux Etrangers de la première
diftinction , & d'une des plus brillantes
Cours de l'Europe , étoient en France.
On donnoit un Opéra-Ballet , & conféquemment
un Ouvrage qui n'offroit pas
cette variété , cette magnificence dont le
Théâtre Lyrique eft fufceptible . J'étois ,
obferve l'Amateur , avec ces Etrangers
au Spectacle. Eh bien ! dirent-ils en fortant
, fi nous n'étions que d'hier à Paris ,
&fi nous allions actuellement par le Boulevard
au Colifée , nous croirions que c'eft
aujourd'hui le mariage de votre Souverain.
L'Amateur approuve l'ufage de tenir.
les Spectateurs debout dans le Parterre ;
il en donne quelques raifons , dont la
meilleure eft , que les Spectateurs du
Parterre de l'Opéra , fi on y étoit aflis ,
perdroient une commodité très-attrayante
, celle qui les ramène à ce Spectacle ,
lorfqu'ils l'ont vu trois ou quatre fois ;
celle de pouvoir changer fréquemment
de place pour ne voir ou n'entendre que
les chofes qui leur ont plu davantage ,
& pour fe réunir , dans les intervalles ,
avec les perfonnes qu'ils ont quelqu'intérêt
de rencontrer. Nous penfons au
contraire que cet ufage de tenir une multitude
de Spectateurs debout , entraîne
beaucoup
JUILLET . 1777. 345
! beaucoup
d'inconvéniens
: il occafionne
le tumulte
, & favorife
le défordre
d'une
cabale ameutée
pour ou contre un Ou
vrage nouveau .
L'Auteur defire que l'Adminiftration
de ce Spectacle ait une autorité fuffifante
pour maintenir une difcipline févère , &
qu'elle fe faffe aider d'un Confeil compofé
d'Artistes & de Gens de goût. Il
regrette fur-tout qu'on n'ait pas encore
établi ce qui doit faire la bafe de la
conftitution de l'Opéra , une Ecole de
chant. Il eft encore d'autres parties négligées
, quoique très - effentielles au Théatre
de l'illuſion ; favoir la peinture , l'architecture
& la méchanique . Il fait d'excellentės
réflexions fur le poëme lyrique ,
fur la mufique , la danfe & fur les
accelfoires. Il indique , comme une reffource
de ce Spectacle fi difpendieux ,
d'y adopter quatre fois la femaine
l'Opéra-comique à ariettes ; & d'exciter
la concurrence de différens Compofiteurs
de mufique fur le même poëme. Il confeille
l'économie dans l'acquifition des
chofes néceffaires à ce Théâtre . Enfin il
regarde Quinault, comme le modèle des
Poëtes Lyriques ; & il defire de voir fes
poëmes reproduits fur la Scène , avec
II. Vol. G
d
145 MERCURE DE FRANCE.
quelques légers changemens , & des retranchemens
devenus néceffaires par les
progrès du goût & de la mufique.
La feconde Brochure , de 8 pag. in-8°.
a pour titre : Lettre à M. le Baron de la
Vieille - Croche , au fujet de Caftor &
Pollux , donné à Verfailles le 10 Mai
1777.
C'est un Amateur inftruit qui dit ,
en riant , fon fentiment fur un genre
de mufique qu'il a raifon d'aimer , & le
bon efprit de préférer à celui que l'on
veut nous forcer , en quelque forte ,
d'adopter.
»
Il écrit à M. le Baron : « Que diront
nos Concertomanes, qui prétendent que
Rameau ne favoit pas la mufique , fi
» par défoeuvrement , ils ont été témoins
» de l'impreffion générale qu'a produite
l'Opéra de Caftor & Pollux fur tous
» les Etrangers , & fur toutes les perſon-
» nes de la Cour?
"
» Le ciel me préſerve , ajoute-t- il , de
» vouloir heurter de front les intrépides
Sectateurs de M. le Chevalier G... ni
» même de faire de la peine aux fanatiques
JUILLE T. 1777. 147
» de bonne-foi , qui veulent tout facrifier '
» aux mufettes étrangères , en foulant
» aux pieds les Mufes patriotiques ; mais
j'ofe élever ma foible voix au milieu
de ces réformateurs indécens , pour
» dire , qu'à mérite inférieur , je donnerois
encore la préférence aux Artiſtes
» Nationaux , pour les avertir d'égaler
» leurs Emules.
">
"
"
» Il eft conftant que la mufique a fait
» des progrès , fur tout dans la partie de
l'harmonie , qui foutient & anime les
» effets du récitatif & du chant en général
; mais n'a-t-on pas un peu trop
» abuſé de ces moyens utiles & dangereux
, en chargeant de notes parafites
» des motifs fouvent dénaturés par le
» tapage des accompagnemens , à -peuprès
comme une fuite d'adjectifs affoiblit
l'énergie naturelle d'an fubftantif
» purement néceffaire ; de forte qu'à la
place d'une fcène paffionnée , l'oreille
» ne reçoit que du bruit , que le Peuple
» du Parterre prend pour de la mufique
» neuve ; un Clabaudeur enchanté ou
» mercenaire crie : Bravò , & voilà toute
» la colonie en convulfion ? ,,
و د
و د
Cet Amateur defire que l'on conferve ,
autant qu'il eft poffible , la fublime fim-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plicité de la déclamation de Lulli , en
la débitant davantage , & en y ajoutant
des traits d'accompagnement fobrement
appliqués , à la place des balles-continues :
on rendroit par là le récitatif plus précis
& plus intéreflant , au lieu qu'aujour
d'hui on fait fouvent oublier le motif
du chant , à force de fredons chromatiques
.
La troisième brochure eft intitulée
Effai fur les révolutions de la Mufique en
France , in-8 ° . de 38 pages. A Paris ,
chez les Marchands de nouveautés .
On ne peut defirer plus de connoiffance
, plus de raifon dans tout ce que
l'Auteur ingénieux de cet Ouvrage
nous dit fur l'état actuel , fur les progrès
& le génie de la Mufique . Il faut
la vérité fe montre avec toute fa que
force dans cet écrit , puifque l'enthoufiafme
& l'efprit de parti n'ont pu l'affoiblir
,
malgré les efforts journaliers
de leurs attaques , malgré les traits acérés
de leurs critiques , & les plaifanteries de
leurs parodies . Jamais , peut- être , les
combattans n'emploïèrent tant de petites
JUILLE F. 1777. 149
rafes , que dans cette guerre d'opinions ,
où les rieurs ne font pas toujours du
côté de ceux qui veulent faire rire.
Eh ! comment n'être pas du fentiment
de l'homme de goût qui demande
? Pourquoi ne feroit on pas en
"
"
mufique ce qu'on a fait en poefie ?
» Avec des cris , des hurlemens , des
» fons déchirans ou terribles , on expri-
» me des paffions ; mais ces accens ,
» s'ils ne font pas embellis dans l'imita
tion , n'y feront , comme dans la na-
» ture , que l'impreffion de la fouffran-
» ce. Si l'on ne vouloit qu'être ému , on
» iroit entendre , parmi le peuple , une
» mère qui perd fon fils , des enfans qui
» perdent leur mère : c'eſt- là , fans doute ,
que l'expreffion de la douleur eft fans
» art ; c'eſt-là aufli qu'elle eſt très- énergique.
Mais , quel plaifir nous cauferoient
ces émotions déchirantes ? 11
» faut que la pointe de la douleur , dont
» on eft atteint au fpectacle , laiffe du
» baume dans la plaie . Ce baume eft le ,
plaifir de l'efprit , ou celui des fens ;
& la caufe de ce plaifir eft , en poćfie ,
» la fublimité des penfées , des fentimens
» & des images , la noble élégance de
» l'expreffion , le charme des beaux vers.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
وو
» En mufique , la même volupté doit fe
» mêler aux impreffions douloureufes ; &
» la caufe en eft dans l'Art du Muficien
» comme dans celui du Poëte ; dans cet
» art de donner à l'expreffion muſicale
» un charme que n'ont point , dans la
» nature , les cris , les plaintes , les ac-
» cents funeftes ou douloureux des paſ-
» fions. C'est donc une idée auffi étrange ,
» de vouloir bannir du Théâtre Lyrique
» le chant mélodieux , que de vouloir
» interdire les beaux vers à la Tragédie .
» Mais une idée encore plus bizarre , c'eſt
» d'entremêler la déclamation de frag-
» ments d'un chant mutilé. Pourquoi
» ne pas finir un chant que l'on commen-
» ce ? Ou , pourquoi commencer un chant
qu'on ne veut pas finir ? Qu'est- ce
qu'une déclamation intermittente , qui
» femble prendre un élan rapide , &
qui tout- à- coup retombe , & fe traîne
»avec pefanteur ? Il n'y a qu'une feule
» excufe pour l'imitateur qui s'éloigne de
» la nature : c'eſt de nous procurer les
plaifirs de l'art.
»
"
و د
ود
ر
» En deux mots la mélodie fans
» expreffion eft peu de chofe ; l'expreffion
fans mélodie eft quelque chofe ,
» mais n'eſt pas affez . L'expreffion
JUILLET. 1777 . 1st
& la mélodie
, l'une & l'autre au
» plus haut degré où elles puiffent s'é-
» lever enfemble : voilà le problême de
» l'art. Il reste à voir qui nous donnera
» la folution de ce problême.
"
» Les Italiens l'ont cherchée : ils ont
» commencé comme nous . Leur mufique,
du
" temps de Lully , étoit la même que
» la fienne . Ils travaillèrent à lui donner
plus de force & d'expreffion ; mais le
» vrai moment de fa gloire fur celui où
» Vinci traça le premier cercle du chant
périodique , de ce chant qui , dans un
» deffein pur, élégant & fuivi , préfente à
» l'oreille , comme la période à l'efprit ,
» le développement d'une penfée com-
» pletternent rendue. Ce fut alors que
» le grand mystère de la mélodie fut
» révélé.
"
و د
" Les Grecs , après avoir inventé la pé-
» riode oratoire , fentirent , qu'au- delà de
» cette belle forme , il n'y avoit plus rien
» à defirer leur émulation fe borna à la
» rendre , de plus en plus , élégante &
» harmonieufe. Les Italiens , après avoir
trouvé la période muficale , s'y atta-
» chèrent de même , comme à la forme
la plus parfaite qu'on pût jamais don-
» nerauchant; & non- feulement dans les
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
» airs , mais dans les duos , les trips ,
» les morceaux de grande harmonie , tout
» ce qu'il y a eu de Muficiens célèbres en
Europe , Leo , Pergolefe , Porpord
Buranello ; Jomelli , Majo , Haffe
Perès , Traietta , Sacchini , Piccini
» Gretry, Anfoffi, & c . Tous, à l'exception
» de G**
ont regardé le chant périodi
»
כ כ
ود
que comme le chef- d'oeuvre de la mélodie
, & comme fon plus haut degré
» d'élégance , de correction & de beauté.
» La queftion fe réduit donc aujourd'hui
à favoir s'il faut renvoyer
» cette forme de chant à la mufique de
» concert , & l'exclure de la fcène lyri
que , comme les partifans de M. G.
» nous le confeillent , où fr , à l'exem
» ple des Italiens , nous devons l'admet-
» tre fur le Théâtre .
»
19
>
Qui la décidera cette queſtion ? L'expérience
. Tout le refte peut nous trom-
» per. Les autorités font fufpectes , les
exemples font équivoques , la raifon
» même a fouvent deux faces , & chacun
5 croit l'avoir de fon côté. Détions - nous
» de tout cela , & commençons par ne
» compter pour rien le fuffrage de l'Italie
» & de l'Europe entière , en faveur de
» cette mufique , qui , depuis cinquante
JUILLE T. 1777. 153
+
သ
ans , les enivre & les tranfporte de
plaifir . L'Italie & l'Europe entière
» peuvent avoir été féduites , & tenir à
» leur préjugé. Mais , avec la même bon-
» ne foi , convenons que l'autorité de
» M. G. & de fes partifans , n'eft pas
plus décifive ».
37
Il eft difficile , fans doute , de répondre
à ces bonnes raifons , & de ne pas
adopter les principes de goût & de faine
critique , répandus dans cet ouvrage .
Profpectus des Analectes Politiques , Civiles &
Littéraires : Ouvrage périodique , pour fervir
de fupplément aux Annales de M. Lingnet. (
Tu cave defendas , quamvis mordebere dictis.
Sen. C. ult. de Tranquil.
A Bruxelles , 1777.
↑
Ce n'eft plus dans un Journal , mais dans des
Annales , dont la réunion doit former une Hiftoire
Univerfelle , que M. Linguet fe propofe
de venger déformais l'humanité des outrages qui
la flétiiffent , d'éclairer la taifon fur les écarts qui
la déshonnorent , & de fixer le jugement de la
poftérité fur les événemens , les loix & les moeurs
de notre fiécle.
« Il n'y a pas , dit- il , de décifions de Tribunaux
, que le Public n'ait droit de revoir ».
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
-
Mais les fiennes feroient elles fans appel ?
L'amour de la vérité nous fera fuivre ce nouveau
Salufte dans fes récits , comme dans fes raiſonnemens
;& toutes les fois qu'il empruntera le tonnerre
de Démosthène , nous faifirons la hache de
Phocion. La difcuffion peut feule affurer un caractère
d'équité aux jugemens du tribunal que
M. Linguet préfère aujourd'hui à celui de Thémis.
L'Hiftoire fur-tout ne peut être la leçon des
fiécles à venir , fi l'Hiftorien n'eft impaffible comme
elle. La fcène du monde fe remplit fans ceffe
d'Acteurs & de Juges nouveaux , & l'impartiale
poftérité ne flétrit pas du nom d'oppreffeurs ,
tous ceux contre lefquels des Contemporains inquiets
ont élevé le cri de l'oppreffion .
Graces au goût du fiécle pour tout ce qui a
un air de nouveauté & d'audace , dès qu'on dé-·
clamateur hardi fe croit poffeffeur de quelques
grandes vérités , parce qu'il a des opinions bizarres
, il monte impunément dans la tribune , où ,
s'admirant avec complaifance , pour avoir eu la
force de fecouer quelques préjugés , & s'applaudiffant
de fes découvertes , il s'érige en génie tutélaire
de l'humanité & de la raifon .
Heureufement pour l'une & pour l'autre , ces
fages éphémères n'en in pofent qu'aux ignotansi
& aux étourdis , qui croient ridiculement que
tout eft faux , lorsqu'on leur a perfuadé que tout
n'eſt pas vrai.
Ce qui étoit fage dans l'ancienne Grèce , où
l'on vouloit être libre , eût été vicieux dans la
Perfe , où l'on aimoit une tranquille foumiffion.
Une guerre ouverte entre les politiques empyriques
& les méthodiques , peut être utile à Londres;
JUILLE T. 1777. ISS
& une inquifition cenforiale , fagement exercée ,
être néceffaire à Paris.
peur
Cependant , malgré la liberté que les moeurs
actuelles comportent en Angleterre , nous ne
confeillons pas à l'Avocat de l'humanité & de la
raifon , d'y prêcher la tolérance en faveur de
ceux qui ont le malheur de tenir au Papiſme ; la
Cour du Banc- du- Roi le déclareroit bientôt coupable
de grande inconduite , & lui prouveroit , par
plufieurs bonnes raiſons , qu'il n'eſt pas l'homme
qui manquoit à l'Angleterre.
Tout homme qui ne tient ni à Apollon , ni à
Céphas , ni aux Torys , ni aux Whigs , fera fufpect
aux deux partis , lorfqu'il voudra s'érigeren
déclamateur ; & les Coroners font auffi inquiétans
à Londres , pour la fecte nouvelle des infaillibles ,
que le Lieutenant de Police à Paris .
La politique , bien différente de cette inquiétude
qui égare les hommes dans une courfe incertaine
& trompeufe , doit les rendre Citoyens .
Qu'on interroge ceux- là même qui rougiffent des
moeurs domeftiques , & qui traitent la modeftie
de baffefle ou de rufticité , s'il leur eft indifférent
que leurs valets foient des voleurs ; leurs
voifins, des frippons ; leurs confeils , des traîtres ;
leurs femmes , des proftituées ; & leurs enfans ,
des monftres ?
Or l'homme qui ne fait être ni mari , ni père ,
ni voifin , ni ami , ni fujet , ni client , ni patron ,
ne faura pas être Citoyen.
C'est donc fur les moeurs privées que la politi
que doit veiller , parce qu'elles décident à la fin
des meurs publiques.
G vj
156 MERCURE DE FRANCE,
A quoi ferviroit en effet de donner la conftitution
la plus fage à des hommes corrompus , done
on ne corrigeroit pas d'abord les vices ?
Lorfqu'une fois les courtifannes font devenues
les arbitres du goût , que les fophiftes , fous le
titre impofant de philofophes , proftituent leurs
leçons mercénaires au fervice des paffions ; le
moyen que les Magiftrats craignent les regards
& le jugement d'une multitude plus vicieufe
qu'eux ! le moyen que ceux qui gouvernent , plier t
fubitement à la réforme un fiécle , qui croiroit
qu'on veut lui arracher fon bonheur avec fcs
vices !
Ainfi le pompeux étalage des idées de M. Linguet
fur une légiflation univerfelle , & fur la
formation d'une code commun & raisonnable , re
nous touchera , qu'autant qu'il nous fera voir
que l'art de tromper les hommes n'eft pas l'art
de les rendre heureux ; que la politique eſt là
médecine des Etats , & qu'elle ne doit pas être
un recueil de charlataneries ; que l'art de gouverner
a des principes fixes & déterminés , &
qu'il ne doit varier que dans la manière de les
appliquer.
Notre but à nous fera de montrer en politique
, comme en jurifprudence & en littérature ,
qu'il exifte entre la politique & la morale une
liaifon intime & néceffaire ; nous compterons les
vertus & les vices des différens Peuples , & nous
faurons les biens & les maux auxquels ils doivent
´s'attendre ..
C'eft fous ce double, rapport que nous obferverous
la marche des Etats, qui s'éloignent ou
JUILLE T. 1777. 157
s'approchent du but , fuivant leur négligence ou
leur attention à épier les occafions de réprimer
le luxe , ce monftre à deux têtes , composé d'avarice
& de prodigalité , qui traîne à fa fuite millè
fources de dépériffement ; de faire difparoître ,
dans la fortune des Citoyens , une difproportion
révoltante , qui les corrompt tous par des voies
différentes ; de réveiller dans les coeurs l'amour
de la gloire , feule vertu qui peut se montrer à
découvert au milieu de la corruption ; de corriger
, s'il eft poffible , les loix de fang , qui rendent
la populace féroce , faus rendre le Citoyen
meilleur ; de dompter enfin ce goût dominant
des Théâtres , qui amollit les hommes , remplit
de délires la tête des femmes , & crée dans l'Etat
un ordre nouveau , qui ne peut fonder fon importance
que fur la décadence des moeurs.
La légiflation qui , la première , faura fe fervir
des paffions mêmes , pour affoiblir peu - à - peu &
ruiner leur empire , c'eft celle-là que nous propoferons
pour modèle aux autres .
Ces Analectes fuivront exactement , de mois
en mois , les Annales de M. Linguet , & elles fer
ront difpofées , pour le format , à leur fervir , f
l'on veut , de fupplément .
Comme nous avons auffi confacré une partie
de notre vie à l'étude de l'Hiftoire & de la Jurif
prudence , fur lesquelles nous avons raffemblés
des matériaux de toute eſpèce , nous ferons en
état d'apprécier les raifopnemens & les idées de
M. Linguet , tant fur les conftitutions des différens
Peuples , que fur les conteftations fameufes
qui naîtront parmi les Particuliers.
158 MERCURE DE FRANCE.
Nous nous ferons d'ailleurs un devoir de
publier
tous les Mémoires intéreffans , que daigneront
nous adreffer ceux qui voudront concourir
avec nous à la recherche du vrai , du jufte & de
l'honnète , dans tous les genres. Ils voudront bien
feulement affranchir le port de leurs lettres &
paquets.
Le prix de l'abonnement fera d'un louis d'or de
France.
On pourra s'abonner , en tout tems , à Paris ,
chez M. Batilliot , Banquier , rue Saint Jacques ,
chargé de la correfpondance générale , & qui aura .
dans les principales Villes , tant de la France que
des autres Pays , des Correfpondans particuliers ,
chargés de répandre ce Profpectus , & de recevoir
les abonnemens & les Mémoires.
On pourra s'abonner pour fix mois comme pour
un an.
Le premier numéro paroîtra le 10 Août prochain.
On a pris ce tems pour donner aux Soufcripteurs
celui de fe faire connoître , & déterminer
le nombre "des exemplaires à imprimer.
Ceux qui n'auront pas le premier numéro , le
recevront avec le fecond .
Voyage en Sibérie , fait par ordre du Roi , en
1761 , par M. l'Abbé Chappe d'Auteroche , de
l'Académie des Sciences de Paris ; contenant
les moeurs , les ufages des Ruffes , l'état actuel
de cette Puiffance & de fon commerce : la
defcription géographique & l'hiftoire naturelle
de ce Pays : avec le voyage de Kamtchatka
, &c. 3 vol. in-4 ° . très-grand papier , hanJUILLE
T. 1777. 159
teur d'in- folio , accompagné d'un Atlas auffi
très grand papier , formâ Atlanticâ .
Les deux premiers volumes de cet Ouvrage
font divifés en fix parties . Dans la première on
trouve des remarques fur le climat , le gouvernement
, la religion , les moeurs , les ufages & les
coutumes de la Ruffie ; fur différens animaux
domeftiques & fauvages , fur les oifeaux , les
poiffons & les infectes ; fur le progrès des fciences
& des arts, fur le génie de la Nation , l'éducation
, les loix , les fupplices , l'exil , la population ,
le commerce , l'état militaire , &c. fur les Calmoucks-
Zongores , leur religion & leur mythologic,
•
La feconde partie a pour objet la géographie ,
& l'on y trouve des obfervations propres à perfectionner
cette fcience.
La troifième traite du nivellement de Paris à
Breft , & à Tobolsk en Sibérie .
La quarrième préfente des obfervations miné
ralogiques faites en France , en Allemagne & en
Ruffie , pour fervir à l'hiſtoire naturelle du globe
terreftre .
La cinquième a pour objet l'aftronomie , &
principalement l'obfervation du paffage de Vénus.
La fixième partie contient une fuite d'expériences
fur l'électricité naturelle , faites à Tobolsk
, & comparées à celles que l'Auteur avoit
précédemment faites à Bitche en Lorraine.
Le troisième volume contient , 1º. les moeurs
& les coutumes des habitans de Kamtchatka .
160 MERCURE DE FRANCE.
2º. La géographie de ce pays & des circonvoifins.
3°. Ses avantages & défavantages , où l'on
traite de fon fol , de fes productions , de l'air qui
y règne , des volcans , des fources d'eau bouillantes
, des métaux & des minéraux , des arbies
& des plantes , des animaux terreftres & marins ;
des poiffons , des oifeaux matins , d'eau douce &
terreftres ; des infectes & vermines ; du flux &
reflux de la mer de Pengina , & de l'Océan oriental.
4°. La découverte du Kamtchatka & la manière
dont les Ruffes s'y font établis ; la façon de
vivre des Cofaques , les revenus de la Ruffie au
Kamtchatka , le commerce de ce pays , & les différentes
routes pour y aller.
Tout l'Ouvrage eft enrichi de cinquante - huit
planches , dans lefquelles font repréfentés les
ufages & les habillemens des Ruffes ; ceux des
Tarcares Caimouks & des Kamtchadals , avec les
Divinités fingulières de ces deux Nations. Ces
planches , dont nous devons les deffins à M. le
Prince, fi juftement eftimé en ce genre , ont été
gravées fous fa direction , par MM. le Bas , Prévolt
, Duclos , Tilliard & autres Artiſtes célèbres .
L'Atlas , compofé de trente - deux planches ,
tant fimples que doubles , contient une très - belle
fuite de cartes fur l'Empire de Ruffie , la Sibérie
& le Kamchatka , avec les vues , plans , coupes
& profiis de différentes mines d'or & d'argent.
On les trouvera de la plus grande netteté , &
tout à fait propres à faire connoître ailément cés
Pays-immenfes, qui étoient prefque inconnus à
JUILLET . 1777 .
161
l'Europe au commencement de ce fiècle , & qui
deviennent de jour en jour plus intéreffans pour la
politique & le commerce. La carte de Kamtchatka
, faite fur une grande échelle , repréfente tout
le détail de l'original : c'eft une partie de géographie
abſolument neuve.
Ceux qui ne connoiffent pas cet Ouvrage ,
pourront fe convaincre de fon importance & de
fa beauté , chez M. Batilliot , Banquier , rue St
Jacques.
Le prix de cet Ouvrage , qui étoit ci- devant
de 180 liv . relié , ne fera plus que de 96 liv, en
feuilles ; & ce feulement jufqu'à la fin du mois
de Février 1778 : paífé lequel tems , s'il en reftoit
par hafard quelques exemplaires , ils feront
vendus felon l'ancien prix.
2
ANNONCES LITTÉRAIRES .
Anatomie de Vinflow , nouvelle édition,
4 vols in-12 : A Paris , chez Didot le
jeune , Libraire , Quai des Auguftins .
LE fort de cet Ouvrage eft décidé de
puis très-long-temps ; la multitude d'éditions
& de traductions dans les différentes
Langues de l'Europe, prouvé le cas
qu'on en a fait ; c'est l'anatomie la plus
favante que nous ayons , celle qui mérite
le plus d'être confultée .
162 MERCURE DE FRANCE.
›
On a publié le Profpectus d'une nouvelle
édition des OEuvres de Saint Grégoire
de Nazianze , dont St Bafyle a fi
bien fait l'éloge en peu de mots en difant.
« Qu'il étoit un Vafe de gloire &
» d'élection par l'innocence de fes moeurs;.
» un puits profond , par la vafte étendue
» de fes lumières ; la bouche même de
"J. C. , par la force & la fublimité de
» fon éloquence » . Cette nouvelle édition
, en 3 vol. in- fol. , eft le fruit du travail
de plufieurs Savants Bénédictins . On
peut affurer qu'elle eft , à tous égards
fupérieure à toutes les précédentes , foit
pour l'exactitude & la rareté du texté
Grec & Latin , foit pour la partie Typographique
, qui eft parfaitement exécutée.
La Veuve Defaint , remplie de zèle
pour tout ce qui peut contribuer au progrès
de la Religion , n'a rien négligé
du côté de la dépenfe , pour la perfection
de cette nouvelle édition. Le Profpectus
renferme les conditions avantageufes
pour les foufcripteurs.
"
Euvres du Révérend Père Labethonie,
de l'Ordre des Frères Prêcheurs , pour
la défenſe de la Religion Chrétienne ,
contre les Incrédules & contre les Juifs.
JUILLE T. 1777. 163
3 vol. in- 12 . chez la Veuve Defaint ,
Libraire , rue du Foin.
On trouve actuellement à Paris , Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , G. Vanswieten
Commentaria in Hermani Boerhaave
, Aphorifmos de cognofcendis & curandis
morbis , 5 vol . in- 4° . Parifiis
1771 , 1773. Les 5 vol . en feuilles
32 liv. 10 f.; reliés , 60 liv.
2
Les vol . fe vendent féparément ; favoir,
tom. 1. , relié , 12 liv . 5 f.; tom. 2 ,
10 liv. 5 f.; tom . 3e , 10 liv. 5 f.; tom.
4€ 12 liv. 5 f.; tom. 5 , 15 liv.
Il y a trente fols à diminuer pour les
volumes pris en feuilles .
Ce commentaire de Vans wieten , fur
les ouvrages de Boerhaave , eft regardé
comme un des livres fondamentaux de
la Médecine ; c'eft un Ouvrage ufuel ,
dont la réputation eft établie par 20 éditions
; & celle ci , imprimée à Paris, paſſe
pour une des plus correctes & des mieux
exécutées .
Dans un Ouvrage de cette impor
tance , comme les fautes font capitales ,
& peuvent avoir des conféquences funeftes
, le Public doit être en garde contre
les éditions contrefaites quien fourmillent
ordinairement.
164 MERCURE DE FRANCE.
Vocabulaire des termes de Marine Anglois
& François , in- 4° . Imprimerie
Royale ; 31 Planches ; 12 liv . br .; 14 liv.
relié .
Table générale des matières contenues
dans le Journal des Savans , depuis l'année
1665 jufqu'en 1750 .
Table générale des Matières contenues
dans le Journal des Savans , avec les noms
des Auteurs , les titres de leurs Ouvrages ,
& l'extrait des jugemens qu'on en a
portés.
Barrois aîné , ayant acquis les exem→
plaires de ce livre , offre de les donner ,
jufqu'au mois de Mai 1778 , au prix de
100 liv. les dix volumes en feuilles , au
lieu de 150 liv. que M. Briaffon les a toujours
vendus ; paffé ce temps , ceux qui
lui refteront , feront remis à l'ancien
prix .
Ha auffi quelques volumes féparés depuis
le fixième . Les perfonnes qui auront
négligé de le completter , trouveront
les volumes au prix de 10 liv .
Cette Table n'eft pas une fimple nomenclature.
On peut la regarder comme
JUILLE T. 1777 , 165
un très-bon abrégé qui peut tenir lieu de
ce grand Ouvrage difficile à trouver complet.
Hiftoire de l'Eglife & des Evêques-
Princes de Strasbourg , depuis la fondation
de l'Évêché jufqu'à nos jours , par
M. l'Abbé Grandier , Secrétaire & Archivifte
de l'Évêché de Strasbourg . A
Strasbourg , 1776. in 4º . tom. 1er ; & fe
trouve à Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire
, Quai des Auguftins , du côté du
Pont St Michel.
On peut encore foufcrire jufqu'au mois
d'Octobre prochain , pour cet Ouvrage ;
le prix de chaque volume eft de 7 liv.
rendu franc de port à Paris , & de voliv .
pour ceux qui n'auront pas foufcrit . La
foufcription ne confifte qu'en une promeffe
de prendre les volumes à meſure
qu'ils paroîtront.
165 MERCURE DE FRANCE .
ACADÉMIES.
COPENH A G U E.
I.
LA Société des Sciences de cette Ville
propofe pour l'année 1778 , les fujets
fuivans
EN MATHÉMATIQUES .
Cum noftris temporibus varia inftituerint
Methodi , diftantiam non nimis magnam
ex unaftatione , ope unius vel duorum tuborum
opticorum & fpeculorum menfurandi
; defideratur optima & commodiffima
talis inftrumenti difpofitio &pracifionis gradus
ejus fubfidio obtinendus.
EN PHYSIQUE.
Utrum alcali vegetabile fixumfal fimplexfit
, an ex aliis fubftantiis compofitum ,
experimentis efficere.
JUILLE T. 1777. 167
EN HISTOIRE,
Quaritur , quo tempore Danorum imperium
in Oftonia coeperit , quanam incrementa
quafque mutationes habuerit à
Valdemaro II , ad Valdemarum ufque
III. Quandò penitus defierit , quis fub eâ
'poteftateftatus hujus regionis fuerit Politi
cus & Ecclefiafticus , & quanam legum Danicarum
veftigia ibi adhuc reperiantur.
Le Prix que la Société décernera à celui
qui aura le mieux traité chaque fujet ,
confifte en une Médaille d'or , de la valeur
de cent écus , argent de Danemarck .
Les Savans, tant Étrangers que Danois,
excepté les Membres de la Société , font
invités à concourir pour ces Prix , & voudront
bien écrire leurs Mémoires en
François , Latin , Danois ou Allemand.
Les concurrens adrefferont leurs Mémoires
francs de port à Son Excellence
M. de Hielmftierne , Confeiller Privé
du Roi , Chevalier de l'Ordre de Danebrog
, & Président de la Société ; aucun
écrit ne fera seçu au concours paffé le
dernier d'Août 1778,
La diftribution des prix fe fera vers la
fin du mois d'Octobre , & le jugement
168 MERCURE DE FRANCE .
de la Société fera publié incontinent
après .
Les Auteurs font priés de ne fe point
faire connoître.; mais de mettre une devife
à la tête , ou à la fin du Mémoire
& d'y joindre un billet cacheté avec la
même devife , qui contiendra leur nom
& le lieu de leur réfidence .
I I.
MARSEILLE .
L'Académie des Sciences & Belles-Lettres
de certe Ville , propofe pour Prix
les fujets fuivans :
و د
. و د
Pour 1778.
S Quels font les divers
engrais que la Provence peut fournir ;
quelle eft la manière de les employer
» fuivant les différentes qualités du terrein
. Prix double.
ر د
"
Pour 1779. Quels font les moyens
» les plus propres à vaincre les obftacles
» que le Rhône oppofe au Cabotage ,
entre Arles & Marfeille , & à empê-
» cher qu'il ne s'en forme de nouveaux .
Prix double.
Pour 1780. « Quels font les avantages
& les inconvéniens de l'emploi du
» charbon "
JUILLET . 1777. 169
charbon de pierres , ou de bois , dans
» les fabriques ; la defcription des différentes
mines de charbon qui font en
» Provence , & leurs qualités Prix
double.
"
Pour 1781. Comme la profondeur
» de tous les Ports peut diminuer par la
" vafe & le fable que les eaux pluviales ,
les courans peuvent y charrier , & c.
» L'Académie demande quelles font les
» caufes qui pourroient coucourir à com
bler infenfiblement le Port de Marfeille
; quels font les moyens d'en prévenir
les effets , & d'y remédier .
30
Ces Prix font , chacun une médaille
d'or, de la valeur de 300 liv .; ils feront
diftribués chaque année le premier mercredi
après la quinzaine de Paques .
On adreffera les ouvrages à M. Mourraille
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
; ils ne feront reçus que jufqu'au
premier Janvier de chaque année .
III.
Prix de l'École - Pratique de Chirurgie.
M. Houfte , Directeur de l'Académie
Royale de Chirurgie , Aggrégé au Col-
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
·
lége de Montpellier , & charge de l'infpection
des Écoles , a fondé à perpétuité
quatre Médailles d'or , de cent livres
chacune , pour être diftribuées annuellement
à quatre Étudians , qui , parmi
les vingt-fix , nombre fixé pour concou
rir , auront le plus profité des exercices
& des inftructions anatomiques & chirurgicales
de l'École- pratique ; établiffemment
utile & patriotique. Ces Médailles
ont été adjugées , cette année , aux fieurs
Rober- Hubert Devefigneux , de Pontrallain
, Diocèfe du Mans; Jean la Portère ,
d'Auga , Diocèfe de Lefcar ; Antoine-
Pierre Louis Reyne , de Metz ; &
Eymond Durand , de Créon , Diocèfe
de Bordeaux .
-
Les quatre acceffit confiftant en quatre
Médailles d'argent , pareillement fondés
par le fieur Houfte , ont été accordés aux
fieurs Antoine Sain , du Boisdoingt
Diocèfe de Lyon ; Gilbert Tardif , de
Maufun , Diocèfe de Clermont ; Pierre
Jacoupy-Lafond , de Dijon , & Jacques-
André Balloffet , de Villefranche , Diocèfe
de Lyon.
JUILLE T. 1777. 171
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
á donné , le mardi 8 Juillet , la première
repréfentation de la repriſe d'Ernelinde
Tragédie lyrique en cinq actes ; le poëme
eft de feu M. Poinfinet , la mufique eft
de M. Philidor.
Cette Tragédie , repréſentée pour la
première fois en Novembre 1767 , en
trois actes , a été remife en cinq actes ,
par les foins de M. S. qui a donné plus
de développement & de vraisemblance
à ce poëme : il y a eu auffi des augmentations
heureufes dans la mufique. L'Adminiſtration
de l'Opéra n'a rien négligé
pour donner à ce fpectacle toute la pompe
dont il eft fufceptible.
On fe rappelle qu'Ernelinde , fille de
Rodoald , Roi de Norwége , avoit été
promiſe à Sandomir , Prince de Danemarck.
Ricimer , Roi de Suède , vient
attaquer Rodoald dans fes Etats : Sando
mir le fait triompher. Ricimer reclame
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
comme le plus digne prix de la victoire,
la main d'Ernelinde . Sandomir eft offenfé
de cette injuftice ; il défend fes droits.
Ce malheureux Amant eft inis dans les
fers ; mais il en eft délivré par Rodoald ,
qui triomphe à fon tour de Ricimer .
Sandomir a la générouité de lui faire
rendre fa liberté & fa puiffance. Ricimer
vaincu par tant de bienfaits , ne met
plus d'obſtacle à l'amour d'Ernelinde &
de Sandomir.
Il faut avouer que le fujet de cet
Opéra n'eft pas aufli favorable pour le
Théâtre Lyrique que ceux d'Iphigénie
Alceste , d'Orphée , d'Armide , de Caf
tor, &c. Ces poèmes auroient autant , &
peut-être plus de fuccès , comme on l'a
déjà éprouvé , avec la fimple déclamation
fans mufique , qu'avec la mufique
même la plus favante ; c'eft donc le
plus grand avantage qu'un Compofiteur
puiffe avoir , que de traiter ces fables
fi connues & fi intéreffantes , dont la
réuffite a toujours été affurée. Mais les
Connoiffeurs applaudiront aux efforts
qu'un homme de génie fait dans un fujet
ingrat , pour en couvrir les défauts par
les beautés de fon art , &. pour faire
Qublier quelquefois les vices de l'action
JUILLE T. 1777- 173
par le charme de la mufique. M. Philidor
a mérité les fuffrages des vrais Amateurs
& les acclamations du Public , dans les
morceaux d'enſemble & dans les airs ,
où il fait toujours allier un chant fuivi &
heureuſement modulé, à l'énergie & à la
vérité de l'expreffion . C'eft-là fans doute
ce qui caractérife le grand talent en mufique
, d'approprier au fentiment ou à la
paffion , un chant toujours pur & fenfible
; & c'eſt ce qui fera toujours diftinguer
l'Opéra d'Ernelinde , où M. Philidor
a développé les richeffes de l'imagination
& de toutes les connoiffances de fon art.
Beaucoup de morceaux feront recherchés
& feront plaifir dans les concerts ,
où l'on n'admet que la véritable mufique
, celle qui a un caractère & une belle
modulation.
Les Ballets de cet Opéra font agréables
& bien deffinés. La danfe pantomime
des Lapons y fait une variété piquante .
Les premiers talens de la danfe , Mefdemoifelles
Heynel , Guimard , Allard ,
Peslin , MM. Veftris , Gardel , & c . y
font très- applaudis. Ces Ballets ont été
compofés par M. Noverre & par M.
Gardel , & leur font honneur.
Mademoiſelle le Vaffeur , Actrice fu-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
périeure & excellente Muficienne , a
joué & chanté avec beaucoup d'intelligence
& d'expreffion le rôle d'Ernelinde.
M. Larrivée a bien repréfenté Ricimer.
M. Gelin a rendu avec nobleffe & avec
force Rodoald ; & M. le Gros s'eſt diftingué
par fon jeu , & par la beauté de
fon chant & de fon organe , dans le rôle
de Sandomir.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Les Comédiens François ont donné
le famedi 12 Juillet , la première repréfentation
de Gabrielle de Vergy, Tragédie
de feu M. de Belloi .
On n'avoit encore ofé expofer fur la
Scène Françoife une action auffi terrible ,
& exprimée par le Poëte avec autant
d'énergie.
Le Comte de Faïel , l'homme le plus
jaloux & le plus emporté , a des foupçons
contre Gabrielle de Vergy , fa
vertueufe époufe. Il accufe Raoul de
Coucy.
Trop ingrate Vergy , qui me fait réunir
JUILLE T. 1777. 175
7
A la douceur d'aimer le tourment de haïr,
Toique ma bouche accufe & que mon coeur adore ,
Que j'admire & flétris , que j'offenſe & j'implore ;
Plein des feux dévorans qui m'embrafent pour
toi ,
Que n'ai-je ton amour pour garant de ta foi !
Mais tu hais ton époux : vérité trop funeſte !...
Et ce jour accablant m'éclaire fur le refte .
Il lui dit que fon père & fon Roi
exigent qu'ils aillent enfemble à Paris
au - devant de Philippe - Augufte ; Gabrielle
obtient la permiffion de refter
dans le Château d'Autrey ; elle appréhende
trop de revoir Coucy , & de ranimer
le feu du fatal amour qui la confume.
Cependant Faïel fait arrêter Monlac
, l'Ecuyer de Coucy, qui a été furpris
près du Château ; il le croyoit un ſéducteur
; ' il apprend au contraire que
cet Ecuyer venoit annoncer au père de
fon Maître la mort de Coucy. Cette
nouvelle infpire de la joie à Faïel , tandis
que Gabrielle tombe évanouie &
mourante tant de douleur aigrit encore
la jaloufie de Faïel.
:
Monlac inftruit Gabrielle de l'amour
& du défefpoir de Coucy. Il s'eft jeté
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans un affaut devant le coup que Philippe
, fon Roi , alloit recevoir , & dont
il l'a fauvé aux dépens de fa vie. Coucy
croyant fa bleffure mortelle , écrit à Gabrielle
, & charge Monlac de lui porter
fes derniers adieux & fon coeur. Ce fatal
billet finit
par ces mots :
Adieu. Mon ame fuit , emportant ton image 3
Mon coeur eft plus heureux , il refie auprès de toi.
7
Monlac n'a pu remplir les ordres de
fon Maître , & l'a laiffé mourant au mihieu
du carnage. Gabrielle repaît fa douleur
de la lecture de la lettre de fon
Amant. Elle eft furprife par Farel , qui
s'empare de la lettre. Il efpère que la
mort de fon rival lui rendra la rendreffe
de fon époufe ; mais le bruit de cette
mort eft bientôt détruit . Alors Faïel croit
que la fauffe nouvelle de ce trépas & le
billet , font des piéges concertés par les
deux Amans , pour tromper fa crédulité.
I médite de cruels projets de vengeance.
Raoul de Coucy vient , fous un nom
inconnu , jufques dans le Palais de la
Comteffe de Vergy , pendant l'abfence
de Faïel , pour une commiffion importante
dont Rhétel , fon
l'a charparent
,
JUILLET . 1777 177
gé. Il rencontre Monlac , étonné de revoir
fon Maître. Gabrielle , qui n'a pu
être prévenue , eft effrayée & charmée
de retrouver fon Amant ; mais l'époufe
de Faiel craint la préfence de l'objet de
fa paffion. Faïel arrive furieux , lorfqu'il
fait le retour de fon rival . Il veut le
combattre , & , retenu par Monlac , il
L'attaque & le perce de fon épée. H
ordonne en même-tems à fes Gardes de
chercher & d'arrêter Coucy. Il infulte à
l'inquiétude de Gabrielle , & la laie
dans le doute le plus affreux fur ce qu'elle
doit craindre. Cependant Faïel doit s'être
rendu à la Cour de Philippe , & fon
abfence raffure un peu Gabrielle fur le
fort de Coucy . Cer Amant vient encore
parler de fon amour à Gabrielle , mais
c'eft pour en faire le facrifice à fon devoir
, & pour l'engager à l'imiter. Leur
paffion fe ranime par les efforts même
qu'ils font pour l'éteindre.
Prêts à fe féparer ,
Nos coeurspar plus de noeuds femblent ferefferrer,
Triomphe douloureux , plein d'horreurs & de
charmes !
C'est dans ce moment que Faïel , qui
avoit été retenu par fa jaloufie , poursuit
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Coucy & le fait arrêter par fes gardes ,"
& lui reproche les plus noirs complots.
Coucy ofe le démentir , & reclame la
Loi des Chevaliers pour la défenſe de
l'honneur de Gabrielle . Faïel , en acceptant
le défi de Raoul de Coucy , lui
dit :
Qu'on lui donne une armure : allons au champ
d'honneur ;
Ma juſtice y remit un glaive à ma valeur.
Je pourrois te punir : j'en ai le droit , fans doute ;
Tu croirois , en mourant , que Faïel te redoute.
Non; François comme toi , l'honneur de me venger
M'offre un plaifir de plus à l'afpect du danger.
En vain Gabrielle s'oppofe à leur fureur.
Faïel menace fon époufe de l'entraîner
dans le tombeau , quand même il
fuccomberoit fous le fer de fon rival.
Gabrielle eft enfermée dans un cachot ,
où elle attend avec terreur la nouvelle
du combat. Albéric , Ecuyer de Faïel ,
vient lui dire qu'il a vu tomber fon
maître fous les coups de Raoul . Gabrielle
écoutant alors la voix du devoir , pleure
la mort de fon époux , & refufe de revoir
Raoul. Faïel revient bleffé , & foutenu
par des foldats ; il donne des ordres pour
que fa vengeance foit exécutée ; il fait
JUILLE T. 1777 . 179
emmener Gabrielle , en lui difant qu'elle
fera fatisfaite. Faïel a tué Raoul ; il veut,
que Gabrielle , en croyant que fon amant
triomphe , ait fon coeur devant elle . On
apporte le vafe où ce coeur eft renfermé ,
& goûte avec une joie horrible , la vengeance
qu'il prépare à fon époufe.
Il fait pofer le vafe & la lettre de Raoul
fur une table , & dit :
Tout eft prêt... repaiffons mes yeux de fes tousmens...
J'en contemple à loifir les premiers inftrumens.
(Il reprend la lettre & là montré à Albéric).
Reconnois le billet où leur lâche impoſture
M'enfeigna l'art cruel de venger mon injure.
(Mettant la main fur le vafe).
Tu recevras ce don par Raoul inventé :
Ce don devient affreux par mes mains préſenté.
(Découvrant le vafe).
Sur ce coeur tout fanglant qu'ici ton coeur gémiffe.
(Le recouvrant).
L'objet de ton amour en fera le fupplice.
(A Gabrielle ),
( En lui donnant la lettre) . (En lui montrant le vaſe).
Tiens , voilà ton arrêt.... & voici ta vengeance.
Prend... juge & Raoul doit encor m'alarmer.
H vi
180 MERCURE DE FRANCE.
Gabrielle feule , relit le billet de fon
amant ; & après en avoir répété les derniers
mots :
Moncoeur eft plus heureux , il reſte auprès de toi,
Elle faifit le vafe ; & , prête à prendre
le poifon qu'elle croit qu'il renferme ,
elle apperçoit le coeur de fon amant ; elle
jette un cri terrible , elle tombe évanouie ;
&, reprenant fes efprits, elle donne tous
les fignes d'une douleur profonde ; elle
vent parler , & ne rend que des accens
plaintifs : fa vue eft égarée ; un délire
affreux trouble fes fens ; elle croit voir
encore ce coeur lorfqu'il eft fouftrait à
fes yeux. Faïel défabufé , mais trop tard ,
fe fait traîner auprès de Gabrielle ; il
abhorre fon erreur & fon crime . Gabrielle
, dans fon égarement , croyant
que c'eft fon père , fe jette dans les bras
de fon époux ; & le reconnoiffant à fa
voix , s'en arrache avec fureur : elle
expire. Faïel livré à fon défefpoir , veut
ôter l'appareil de fa bleffure ; mais inpatient
de mourir , il faifit un poignard ,
ilfe tue, & tombe aux pieds de Gabrielle.
Cette Tragédie eft conduite avec beau
coup d'art. Il y a de très-beaux vers , &
de grands fentimens heureufement expriJUILLET.
1777. 181
més. On a remarqué qu'il y avoit quelques
longueurs à corriger. Elle a eu le
plus grand fuccès ; mais ce Spectacle fait
frémir ; & l'on peut à peine en foutenir
la vue. Madame Veftris eft fublime dans
le rôle de Gabrielle. Il n'eft point poffible
de jouer avec plus de fenfibilité , de vérité ,
& d'énergie , ni de foutenir la fcène auffi
long- temps , ni aver autant d'intérêt . My
Molé jone le rôle de Coucy , avec l'intel
ligence & la chaleur qui caractérisent les
grands talens de cet Acteur. M. Larive
s'eft furpaffé dans le rôle de Faïel , dont
il a faifi & rendu parfaitement la paffion
:& la fureur.
DÉB T.
Le Sieur VANHOVE , Acteur de
Bruxelles , a débuté fur le Théâtre de
Paris , le 2 Juillet , par les rôles d'Augufte
dans Cinna , de Baliveau dans la
Métromanie , d'Euphémon dans l'Enfant
Prodigue , de M. d'Orbeffon dans le Père
de Famille , de Danaus dans Hyperméneftre.
Cet Acteur a beaucoup d'ufage du
Théâtre ; il a un bel organe , & met dans
fon jeu beaucoup d'intelligence , de fen182
MERCURE DE FRANCE .
fibilité & de vérité. Il lui fera facile de
corriger quelques légers défauts de prononciation
, & de ne point affecter trop
de fimplicité dans fa déclamation .
•
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens continuent
avec fuccès , les repréſentations des trois
Fermiers , fpectacle agréable , & rendu
par les Acteurs avec beaucoup de vérité
& d'intérêt.
On ſe diſpoſe a donner inceffamment
Erneftine , Comédie nouvelle , en trois
actes , mêlée d'ariettes ; & Laurette , Comédie
en un acte , avec de la mufique.
•
ART S.
GRAVURES.
I.
LES COUSEUSES , Eftampe d'environ
21 pouces de largeur & 17 de hauteur ,
deffinée & gravée par J. Beauvarlet ,
JUILLE T. 1777 . 183
Graveur du Roi , d'après le Tableau original
du Guide ; tiré du Cabinet de
I'Impératrice Catherine II , Souveraine
de toutes les Ruflies . Prix 16 liv. A Paris ,
chez l'Auteur , rue du Petit-Bourbon
attenant la Foire Saint-Germain. Compofition
agréable , & gravée d'un burin
précieux & pittorefque . C'eft un des
morceaux effentiels de l'oeuvre de M.
Beauvarlet , dont les Amateurs recherchent
& confervent les Ouvrages.
I I.
Portrait de feu C. P. Colardeau , gravé
, par Madame Lingée , à l'imitation
du crayon , dans la manière angloife ,
format in - 4 . d'après le deffin de L. R.
Trinqueffe . Prix i liv . 4 f. A Paris , chez
M. Lingée , Graveur , rue des Maçons
près l'Hôtel des Quatre - Nations ; & chez.
M. de Saint- Aubin , Graveur du Roi ,
rue des Mathurins , au petit Hôtel de
Clugny . Ce Portrait eft très- reffemblant ,
& gravé avec beaucoup de foin & de
talent .
184 MERCURE DE FRANCE .
MUSIQUE.
1.
Projet d'un Confervatoire François &
Italienpour la Mufique Vocale.
LES Confervatoires de Naples font fapar
meux ; les Amateurs admirent les avantages
qui en résultent pour le progrès des
Arts , & l'avancement des jeunes Elèves ;
ils font en même- temps furpris , que
dans une Capitale célèbre
fon goût
pourles talens , on n'ait pas fongé à former
un pareil établiffement ; le Sieur BIANCHI,
Compofiteur tralien , jaloux de mériter
l'eftime & la bienveillance des François,
ofe l'entreprendre , & il fuivra en tout la
méthode des Confervatoires de Naples ,
où il a été élevé.
Le Sieur BIANCHI , donnera fon cours
quatre fois la femaine ; deux jours feront
destinés aux Dames , & deux aux hommes
; il enfeignera à vocalifer fur toutes
les voyelles , pour que la prononciation
ne fe trouve pas refferrée , & que l'on ne
perde pas en chantant , les paroles .
JUILLET. 1777. 185
Il donnera l'art de prendre la refpiration
, pour éviter au Chanteur la néceflité,
où il fe trouve fouvent, de couper un mot
en deux , & d'en interrompre lefens, faute
de favoir mefurer fon haleine à la Mufique
& aux paroles.
Il apprendra à augmenter & diminuer
les fons infenfiblement , fans altérer l'in
tonation ; par-là , on évitera la monotonie
, les cris aigus , nazillards , &
ceux qui partent de la gorge , & c.
Il fera un choix des meilleurs Solfèges
Italiens , pour donner à la voix cette égalité
dans les fons , qui eft une des chofes
les plus effentielles ; on chantera à fes
Cours des Duos , des Trios , & des mor
ceaux d'enfemble , foit Italiens ou François
, pour accoutumer l'oreille à l'harmonie
; de plus , le Sieur Bianchi aura
quelques Muficiens d'orchestre , pour familiarifer
fes Elèves avec l'accompagnement
; chofe effentielle pour ne manquer
ni la mefure , ni l'à- plomb , & pour ac
quérir de l'affurance , avantage dont jouif
fent tous les Elèves des Confervatoires .
& qu'ils ne doivent qu'à l'habitude & à
la néceffité de chanter enſemble .
Le Cours du fieur Bianchi fera ouvert ,
pour les Dames , les Mercredi & Samedi,
186 MERCURE DE FRANCE.
depuis dix heures jufqu'à midi ; & pour
les hommes , les Lundi & Jeudi , aux
mêmes heures , & il commencera ces
Cours le 21 du mois de Juillet : il donnera
auffi des leçons particulières en ville , ou
chez lui . Les perfonnes qui voudront
l'honorer de leur confiance , auront la
bonté de s'adreffer , rue de la Grande-
Truanderie , vis à-vis la rue Verderer ,
depuis neuf heures jufqu'à midi .
Ceuxqui voudrontapprendre à chanter
des ariettes Italiennes , trouveront chez
lui un habile Profeffeur de Langue , qui
leur apprendra , en peu de temps , la vraie
prononciation , pour bien articuler les
paroles Italiennes .
1. L.
Six trios pour la Guitarre , avec plufieurs
airs variés ; violon , baffe , ou
Alto Con fordini, dédiée à Mademoiſelle
de Noyan Defcouars ; compofés par M.
Montaur. OEuvre premier . Prix , 9 liv.
A Paris , chez Madame Berault , Marchande
de Mufique , rue de la Comédie
Françoife , Fauxbourg St Germain
Dieu de l'Harmonie , & aux adreffes ordinaires.
>
au
JUILLE T. 1777. 187
III.
Quatorzième Recueil d'Ariettes choifies,
arrangées pour le Clavecin ou le Forté-
Piano , avec accompagnement de deux
violons & la baffe chiffrée , dédiées à
Mademoiſelle Lenglé de Schoebeque
par M. Benaut , Maître de clavecin de
l'Abbaye- Royale de Montmartre , Dames
de la Croix , & c. &c. Prix , 1 liv . 16 f.
A Paris , chez l'Auteur , rue Dauphine ,
près la rue Chriftine , & aux adreffes ordinaires.
GÉOGRAPHIE.
CARTE
ARTE de l'Amérique Septentrionale ,
pour fervir à l'intelligence de la guerre
entre les Anglois & les Infurgens , dédiée
à Monfeigneur de Sartine , Miniftre de
la Marine ; par M. le Chevalier de Beaurain
, Géographe du Roi , & fon Penfionnaire
. Prix , 6 liv. Chez l'Auteur ,
rue Gît-le- coeur.
188 MERCURE DE FRANCE.
1.
ARCHITECTURE.
M. DUMONT Architecte & Profeffeur
d'Architecture , qui a donné au Public
plufieurs volumes de Gravures de
St Pierre de Rome , du Vatican & des
Théâtres , &c. , vient d'ajouter à ſa ſuite ,
fur la nouvelle Eglife de Ste Geneviève
de Paris , une cinquième Planche. Cette
fuite eft préfentement compofée d'un Plan
géométral , d'une vue perfpective de l'in
térieur de cet Edifice , & de trois façades
de la principale entrée à périftile, qui font
terminées avec différentes penfées de
dômes octogones & circulaires ,
reffauts & fans reffauts.
avec
Ces cinq Planches font exactement
gravées d'après les deffins de M. Soufflot ;
elles font,actuellement enfemble , du prix
de 6 liv .
JUILLET. 1777. 189
POUR ET CONTRE , ou Réponse à des
IL
Critiques .
L EST fans doute intéreffant , qu'un Auteur
attaqué puiffe quelquefois repouffer
les traits d'une critique injufte ou haſardée .
C'estpourquoi nous nous ferons un devoir
de raffembler dans un article particulier
les réponfes qui nous feront envoyées ,
en demandant la permiffion de réduire
la queftion à fon point effentiel , & d'écarrer
tout ce que l'humeur , l'amour .
propre voudroient dire d'étranger ou
d'offenfant. Il n'y a pas de meilleure réplique
que celle de la raifon ; & il n'y a
aucun Ecrivain qui doive s'en plaindre .
Voici une de les obfervations qu'on
nous a engagé de propofer.
On lit , dans le Journal de Politique
& de Littérature , duas Mars , page 426 ,
que , par fombres jaloufies , dans fon
conte Arabe , M. Dorat entend apparemment
les jaloufies qu'on met aux fenêtres
; car , dit le Journaliſte , je n'en
connois point d'autres au pluriel . Mais
cette critique eft-elle bien fondée , lorf
190 MERCURE DE FRANCE.
que cette expreflion a été confacrée par
les meilleurs Ecrivains ?
1°. Confultez St Evremont :
•femme n'a point de ces jaloufies chagrines
contre toutes les vertus.
2º. Ecoutez Defpréaux :
Fuyez fur-tout , fuyez ces baffes jalousies ,
Des vulgaires efprits malignes frénéfies .
3. Fontenelle nous dit : La bienséance
ne veut pas que les femmes faſſent paroître
certaines jaloufies qui font un peu
trop engagées dans les fens .
4. Enfin , Fenélon s'exprime ainfi :
» Nilesjalouloufies, ni les défiances , ni ia
crainte , ni les vains defirs , n'approcheront
jamais de cet heureux féjour de la
paix. » Le Journaliſte, après une critique
auffi mal fondée , ajoute : « Il est donc
» vrai qu'on peut , pendant long- temps
remplacer le talent d'écrite par celui
» de faire parler en fa faveur toutes les
voix que l'on peut gagner » . Nous demanderons
à notre tour , quelle eft cette
mauière de s'exprimer , faire parler toutes
Ise voix ?
»
Autre Obfervation. Dans le même
Journal , No. 10. à l'article de l'analyſe
JUILLET. 1777. 191
du difcours de M. l'Abbé de Müi , Curé
de Saint Laurent .
On voit , dit M. de L. H. , que l'Au-
» teur a du ftyle. C'eft dommage qu'il
pèche trop fouvent contre le goût . S'il
parle des loix , c'eſt une barrière étendue
devant la Société contre les fougues de
» la licence & de l'audace ; ce font des
» chaînes jetées au méchant pour
l'empêcher de devenir criminel ;
93
39
font des roues ajoutées à la grande ma-
» chine de l'économie politique. Il eft clair
que les loix ne peuvent pas être à la
"fois des barrières , des chaînes , des
» rouès.
Sans doute le Journaliſte a cru faire
rire fes lecteurs par cette plaifanterie.
Mais , doit- elle faire rejeter du difcours
ces grandes & belles images qui en font
l'ornement ? Lorfqu'Homère compare
Ajax & Diomède à deux géniffes attelées ,
à deux courfiers fougueux ; lorfque Lucain
compare Rome affoiblie , à un vieux
chêne chargé de dépouilles , à un coloffe
prêt à tomber , quel Lecteur ne s'élèveroit
pas contre un critique qui diroit
froidement : Il eſt clair qu'Ajax & Diomède
ne peuvent être à la fois deux boeufs
& deux chevaux , Rome un arbre & une
192 MERCURE DE FRANCE.
ftatue. Qu'on life Boffuet ; qu'on life les
ouvrages de tous les hommes véritablement
éloquens ; leur imagination brillante
leur préfente les objets fous toutes
les faces , & fous leurs différens rapports,
Ils ne racontent pas ; ils peignent ; ils
font tableau ; & ils ne parviennent à nous
émouvoir , à nous entraîner , à exalter
nos têtes , pour ainfi dire , que par les
grandes images qu'ils préfentent à notre
efprit. Sans doute les loix ne font pas
phyfiquement des barrières , des chaînes ,
des roues , mais elles font tout cela dans
leurs différens rapports . Elles produifent
l'effet d'une barrière oppofée à la licence
& à l'audace ; elles ont la force des chaînes
jetées au méchant pour l'empêcher
de devenir criminel ; & dans la grande
machine de l'économie politique
elles font comme de nouvelles roues
ajoutées à celles qui la font mouvoir.
L'Orateur ne pouvoit entrer dans ce
froid commentaire pour expliquer fa penfée
; mais il mérite fans doute des éloges ,
& non des critiques , pour s'être livré aux
élans de fa riche imagination , & pour
avoir ufé du droit accordé au genre ora→
toire , fi voifin de la poésie.
Trait
JUILLEA 1777. 193
LE
Spectacle pittorefque.
E Sieur Joly , Peintre & Architecte
du feu Roi de Pologne , Duc de Lorraine
, vient de terminer un Spectacle
pittorefque , auquel , depuis plufieurs
années , il confacre tous fes momens de
loifir. Auteur de tous les fujets qu'il a
peints & exécutés, il réunit tout ce que l'art
peut offrir de plus féduifant , la correction
du deffin , la magie du clair obſcur ,
l'illufion de la perfpective , la richeffe &
la majefté de l'architecture ; les effets les
plus piquants de la nature , l'élégance & le
naturel des figures ; le beau choix des fujers
, & l'agrément du coloris concourent
à occafionner , dans les Spectateurs , P'illufion
& la furprife la plus agréable.
Ce Spectacle intéreffera également les
connoiffeurs , les Artiftes , les amateurs
& tous les curieux.
On pourra le voir tous les après- midi
jufqu'au foir. Il y a place pour dix à douze
perfonnes , mais l'on ne peut éclairer
pour moins de trois ou quatre.
Le prix eft de 3 liv. par perfonne.
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le Sieur Joly demeure , en attendant
une place plus commode , rue de la Morsellerie
, fur la petite Place , près la
rue des Barres , au Dauphin de pierre ,
au premier,
Traité d'amitié & de dévouement.
Il ya quelque temps qu'un pauvre journalier
, habitant d'un village appelé la
Croix- Rouffeau , eft resté veuf avec quatre
enfans en bas âge ; fa foeur , qui peut
avoir vingt-deux ou vingt-trois ans
étoit en fervice , & fort bien placée .
Cette fille a quitté fa condition pour venir
demeurer avec fon frère ; elle l'aide du
travail de fes mains , & fert de mère aux
quatre enfans . Il lui reftoit quarante francs
de fes gages; elle en a acheté une yache ,
qui contribue à la ſubſiſtance de toute la
faniille,
JUILLE T. 1777. 195
ANECDOTES.
I.
LE titre de Prince de Galles , que
porte le fils aîné du Roi d'Angleterre
héritier préfomptif de la Couronne , eft
fort ancien , & fut donné pour la première
fois par Édouard I Édouard I , à fon fils
aîné , d'une manière affez fingulière . Ce
Prince faifant la guerre aux Gallois , qui
ne pouvoient le réfoudre à fubir le joug
des Anglois , s'avifa , pour les foumettre ,
de leur propofer un accommodement.
Il leur demanda s'ils vouloient s'affajétic
à un Prince de leur Nation , dont la
vie étoit fans reproche , & qui ne parloit
pas un mot d'Anglois . Les Gallois
ayant déclaré qu'ils l'accepteroient , le
Roi leur préfenta fon fils , dont la Reine
venoit d'accoucher dans le Château de
Caernavan , fitué dans la Province dé
Galles ; le peuple lui prêta fur le champ
ferment de fidélité.
Iij
1.96 MERCURE DE FRANCE.
I 1.
Deux Seigneurs Anglois , élevés enfemble
dans le même Collége , & ne
s'étant point vus depuis qu'ils en étoient
fortis , fe rencontrèrent un jour . Après
les complimens réciproques : Milord
dit l'un , ne vous fouvient - il pas que
vous me devez dix mille livres ſterling?
Je ne me le rappelle pas . « Lorf-
» que nous étions au Collége
» jouâmes à croix ou pile pour le mon-
» tant de cette fomme , & vous la perdîtes
». C'étoit une plaifanterie.
Non , Milord , cela étoit férieux.
» Si vous m'affurez fur votre parole
» d'honneur que la choſe eſt ainfi , cela
» me fuffit . Le gagnant donna cette
parole , & le perdant paya la fomme.
"
I I I.
nous
Charles- Quint demandant un jour à
Michel- Ange quelle eftime il faifoit d'Albert
Dure , habile Peintre Allemand ,
& Littérateur eftimable ; il lui répondit
fur le champ , avec la franchiſe d'un
homme de génie qui fait s'apprécier :
JUILLE T. 1777 . 197
f
Te l'eftime à tel point , que fi je n'étois
pas Michel- Ange , j'aimerois mieux être
Albert Dure , que l'Empereur Charles-
Quint.
I V.
Un jeune Etranger fe préfenta au
Wauxhall de la Foire St Germain , avec
un chien , auquel on refufa la porte ; il
le mit au Corps de garde , & entra ;
mais à peine fut - il dans le Wauxhall
qu'on lui vola fa montre. I defcendit
au Corps- de-garde pour faire fa déclaration
, & dir au Sergent que s'il vou
loit lui permettre de rentrer avec fon .
chien , il découvriroit bien le voleur.
On le lui permit ; le maître indiqua par
fes geftes ce qu'il avoit perdu , le chien
fe mit en quête , & s'attacha au voleur ,
qui fut fouillé & convaincu . Mais il fe
trouvoit fix montres dans fes poches ;
l'inftine du chien ne fut point en défaut
; il choifit , parmi les fix , celle de
fon maître , & la lui rapporta.
Liij
198 MERCURE DE FRANCE.
AVIS.
I.:
Pommade pour les hémorrhoides.
CETTE pommade guérit radicalement les hémorrhoïdes
internes & externes , en peu de jours ,
fans qu'il y ait rien à craindre de retour de cette
maladie , ni accidens pour la vie en les guériffant
; prouvé par nombre de certificats authentiques
que l'Auteur a entre les mains , & par
un nombre infini de perfonnes dignes de foi ,
de tout âge & de tout fexe , guéries radicalement
depuis plufieurs années , & c. par l'uſage
qu'elles ont fait de cette pommade , inventée &
compolée par le fieur C. Levallois , ancien Herborifte
, pour la propre guérifon à lui- même ,
au mois de Mai 1763 .
Cette pommade fait fon opération avec une
douceur & une diligence furprenantes , en ôtant
d'abord les douleurs dès fes premières applications.
> Elle eft divifée en deux fortes
pour agir
enfemble de concert : F'une eft préparée en fuppofitoires
, pour être infinuée &amollir les hémor
thoides internes par une douce tranſpiration ;
l'autre eft applicative fur les externes , pour fondre
& diffoudre , avec la même douceur , les
groffeurs externes & recevoir au dehors la
tranfpiration qui fe fait intérieurement,
JUILLET . 1777. 199
L'on diftribue cette pommade avec appro
bation & permiffion , chez l'Auteur , Vieille rue
du Temple , maifon de M. Barnoult , en face
de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie ; & à les
dépôts , ue de Richelieu , au galant Ruſſe ; chez
M. Deloche , Marchand Limonadier , au coin de
la rue de la Perle , à Paris . A Sens , grande rue
chez M. Evrac , Marchand Chaudronnier.
"
Pour les hémorroïdes nouvelles , les deux demi
boîtes , avec trois fuppofitoires , font de 3 liv.
joint à un imprimé qui indique la manière de
s'en fervir.
Le prix des doubles boîtes , avec fix fuppofitoires
, pour les hémorrhoïdes anciennes , eft de
6 liv. quant aux invétérées de io , 20 à 30 ans ,
il faut redoubler l'ufage de la pommade , & il
s'enfuit toujours le bien- être defiré.
Les perfonnes de Province qui defireront le
procurer de cette pommade , font priées d'affran
chir leurs lettres , & d'indiquer leur meſſagerie.
I I.
Le fieus Rouffel , demeurant à Paris , rue Jeande
l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte- co
chère à côté du Tourneur , au deuxième appar
tement fur le devant , près de la Grêve , donne
avis au Public qu'il débite , avec permiffion , des
bagues dont la propriété eft de guérir la goutte.
Les perfonnes qui en font fort affligées doivent
porter cette bague avant ou après l'attaque de la
goutte ; en la portant toujours au doigt , elle
préferve d'apoplexie & de paralyfic.
Liv
MERCURE DE FRANCE,
..
Le prix des bagues montées en or , eft de 34
liv. & celles en argent , de 24 1 .
Le fieur Rouflel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds.
Le prix des boîtes à douze mouches eft de 3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches eft 11. 10 f.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes , les
foulage & les guérit.
Al
.
Les pots de pommade font de 3 liv. & 11
Il a une eau pour guérir les brûlures , approu
vée par M. le Doyen & Préfident de la Commiffion
Royale de Médecine.
Le prix des bouteilles eft de 3 liv . & de 1 1. 4 f.
NOUVELLES POLITIQUES .
De Conftantinople , 2 Mai.
ON dit que le Gouvernement a reçu des
nouvelles qui lei apprennent la mort du Régent
de Perfe , & les difpofitions ou le Pacha , qui
commande l'armée Ortomane dans la Province
de Bagdad , eft de faire évacuer inceflamment
Baffora par la garniſon Perlane .
Les Ruffes répandus dans toutes les places &
dans tous les ports de la Prefqu'île , y retiennent,
à ce qu'on dit , plus de deux cents bâtimens du
pays , & n'ont laiffé fortir que le Kan DewletJUILLE
T. 1777. 201
Guerai & fa fuite. Il paroît que cette détention
eft une espèce de repréfaille , pour obliger la
Porte à fe relâcher fur le paffage des fiégates
Ruffes qui font ici.
De Varfovie , le 14 Juin.
La réponse qu'on attendoit ici de Pétersbourg,
relativement aux différends de la démarcation
Pruffienne , eft enfin arrivée . Elle porte que Sa
Majefté Impériale , prête à faifir toutes les
occafions où elle pourroit témoigner à la République
fes bonnes intentions , & fa fincère
& conftante amitié , employeroit fes bons offices.
pour engager le Roi de Pruffé au défiftement que
l'on defire de la part de ce Prince ; qu'indépendamment
des démarches directes qu'elle faifoit ,
cHe envoyoit ordre à fon Ambaſſadeur à Varſovie
, d'y entrer en négociation avec le Réſident
de la Cour de Berlin.
On ne peut guerre fe flatter que cette affaire
ait une heureule iffue , d'après la déclaration que
le fieur Blanchot , dans une première conférence ,
a faite à l'Ambaſſadeur de Ruffie , qu'il ne pouvoit
fe relâcher en rien des prétentions du Roi .
fon Maître..
Indépendamment des Troupes Ruffes entrées
en Pologne par Kiew , & qui ont filé le long du
Borifthème , il eft entré récemment un autre
Corps par la Lithuanie , qui dirige également fa
route vers le Niefter. Ces différentes Troupes :
forment environ 40,000 hommes ..
$
202 MERCURE DE FRANCE.
De Stockolm, le 4 Juin..
Le Roi a notifié dernièrement la réfolution où
il étoit de faire un voyage à Pétersbourg , dont
il a fixé le jour au 9 de ce mois. On a fait venir
en conféquence de la Finlande un Chébec , qui
conduira Sa Majefté à Abingfors , où elle s'embarquerafur
une Galère qui la tranfportera jufqu'à
Pétersbourg. La Suède fera privée , dit- on , jufqu'à
la fin de Septembre , de voir fon Koi , dont
la fuite , peu nombreuſe , ne fera compofée que
des Sénateurs Comte Ulric - Scheffer , & Poffe , &
de deux Chambellans. Ce voyage inopiné a fait:
fufpendre les difpofitions qui le faifoient pour un
camp dans les environs de certe Ville ; & le Duc
de Sudermanie , qui doit y refter pendant l'abfence
du Roi fon frère , ne fera point cette an¬
Bée fon voyage de Scanie..
De Rome , le 18 Juin.
Le 6 de ce mois , vers les quatre heures aprèsmidi
, on reffentit ici une fecouffe très -légère de
tremblement de terre ; mais on apprend qu'elle ."
a été plus fenfible à Naples ..
Il y aura Confiftoire lundi prochain, & l'on
affore que le Pape y feta quatre Cardinaux , les.
feurs Salviati , Auditeur de la Chambre Apoſto--
tique ; Pallota , Tréforier - Général de cette même
Chambre ; Onerati , Secrétaire de la Congréga
hon des Evêques & Réguliers ; & Marcolini ,
Préfident d'Urbia,.
JUILLET. 1777. 203
De Ragufe , le 17 Mai.
La République fe trouvant privée , depuis
plus de deux mois , de la Felouque Napolitaine ,
chargée d'apporter & de reporter les paquets
publics , ainfi que l'argent & les effets du commerce
, prend aujourd'hui le parti d'expédier une
Barqne nationale à fon Conful à Barlette , pour
fe
faire donnerdes éclairciffemens fur cette privation .
Le retard de la Felouque fait craindre qu'elle
n'ait été prife par des Forbans , ou qu'elle n'ait
péri.
De Malte , le 30 Mai.
La Frégate Françoife l'Athalante eft arrivée ici
le 26 de ce mois , après avoir laiffé à Palerme le
Duc d'Ayen , ainfi que le Comte & la Comteffe
de Teffé, qui avoient deffein de s'y arrêter. Cette
Frégate travaille à réparer quelques dommages
qu'elle a effuyés , pour remettre inceffamment a
la voile. >
De Londres , le 15 Juin
Il résulte du rapport de quelques Bâtimens ,
qui ont quitté New- Yorck les 12 & 15 Mai dernier,
qu'à ces dates différentes tout y étoit encore
dans le même état qu'auparavant ,, qu'on y
paroiffoit feulement occupé des difpofitions né
ceffaires à la campagne la plus importante de
cette guerre ; puifque c'est une opinion affez
générale que , files Américains ne font pas vaincus
cet été, il faudra renoncer au projet de les
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
a
réduire par les forces de terre , & fe borner à une
armée navale , qui les amène à l'obéiffance par la
chûte de leur commerce , & le défaut de toute
importation & exportation .
2.
Le Général Howe avoit , dit- on , écrit d'une
manière très- preffante , bien avant l'ouverture
de la campagne , qu'on lui envoyât le plus de
Troupes qu'on le pourroit , & la réponse qu'on
lui a faite a été, qu'il étoit trop tard pour fe
procurer encore des Troupes auxiliaires chez
P'Etranger , & qu'il étoit impoffible de lui en
envoyer un plus grand nombre de Nationales.
D'après ce fait , & fur- tout d'après les inftructions
du Lord Percy à ce fujet , quelques amis
même de l'Adminiftration commencent à redou-.
ter que notre armée ne foit pas affez confidérable
pour terminer la guerre cette année.
Si l'on en croit un Particulier nouvellement
arrivé de nos Colonies , on a mis les fortifications
de Philadelphie dans un tel état de défenfe ,
qu'il n'eft pas étonnant que le Général Howe ait
changé fa marche & fon projet. Les Penfilvaniens
, dit ce Particulier , ont élevé un fort défendu
trois retranchemens & par un foffé large
& profond. Une batterie de 120 pièces de canon
borde le parapet , & plufieurs petits forts ,
bâtis fur les rives de la Delawatte , fuffifent pour
empêcher que de petits bâtimens de tranfport ne
puiffent faire aborder des Troupes .
du
par
On lit dans une Gazette du Nouvel- Hampfire ,
31 Mai , une lettre de Morris Town , du 17 ,
par laquelle on apprend que quelques jours auparavant
, il y eut une affaire affez vive entre les
JUILLE T. 1777. 205
Troupes du Roi & les Américains , près de Pifcataway
; que les premiers furent d'abord repou
fés , & qu'étant venus à la charge une feconde
fois , ils avoient encore été mis en déroute ; que
ces deux actions , au rapport de quelques déferteurs
, leur ont coûté près de deux cents hommes
tant tués que bleffés , tandis que les Infurgens
n'en avoient perdu que la huitième partie . On
ajoute qu'on vient d'être informé que , depuis.
peu , il eft arrivé de l'Ifle - Longue au Quartier,
Général des ennemis à Brunſwick , deux cents
charriots , deftinés vraisemblablement pour reti
rer de cette Ville leurs gros bagages. *
On lit dans une Gazette de la Virginie du 26
Mai dernier , que le 19 le Général Putnam , ayant
fous les ordres cinq mille honimes , fut attaqué
à la pointe du jour , près de Prince Town , par
un Corps à -peu - près égal forti de Brunfwick.
L'action dura jufqu'à fept heures du foir , & les
Troupes du Roi fe retirèrent en défordre , &
laifsèrent fix cents prifonniers & beaucoup de
morts . On a fu des prifonniers que le défaut de
fubfiftances avoit forcé le Lord Cornwallis à rffquer
cette action , dont le fuccès n'a pas répondu
à fes efforts.
Les Américains fe vantent d'être en état de
faire face aux forces réunies du Général Howe ,
& annoncent qu'il y aura dans peu vingt mille
hommes raffemblés à Ticondérago pour défendre
cette place , qu'ils regardent comme la clef de
leur pays ; mais s'il eft vrai que les Généraux-
Anglois faffent remonter la rivière d'Hudfon par
leurs Troupes , celles- ci auront précédé les ren206
MERCURE DE FRANCE.
forts Américains , qui ont un trajet beaucoup
plus long & plus pénible à faire . Selon ces difpofitions
refpectives , les nouvelles prochaines
doivent être du plus grand intérêt.
Une lettre d'Ecoffe dit qu'on eft inftruit dans
ce pays que le Congrès a équipé une flotte deftinée
à venir infulter leurs Villes maritimes. Cette
nouvelle a déja jeté l'alarme aux environs du
golfe de Clyde , où l'on a envoyé de Dunbriton
vingt caifles d'armes pour en armer le Peuple de
Greenock. Les Magiftrats de Glafgow prennent
auffi leurs précautions .
De Paris , le 27 Juin.
Monfieur , frère du Roi, à fon paffage par la
Ville de Tours , a fait l'honneur au Chapitre de
La noble & infigne Eglife de Saint - Martin , dont
nos Rois font depuis huit fiécles Abbés féculiers,
Chanoines & Protecteurs , de s'y faire recevoir
Chanoine d'Honneur ,fuivant le droit des Princes
de fon Sang, Cet événement a répandu la joie la
plus vive dans le Chapitre , la Ville & la Pro
wince.. I
La Chambre du Commerce de Nantes , pour
donner une fuite plusétendue aux fêtes que Monfeigneur
le Comte d'Artois a bien voulu accepter
de la part , vient de former le projet d'en fonder
une , qui fera célébrée à perpétuité , le 24 Mai
de chaque année , fous le titre de la Rofière
d'Artois. On y mariera une fille pauvre , mais
reconnue pour fage & vertueufe , à laquelle on
donnera une dot de 4 à 500 liv .. Le, choix de
JUILLE T. 1777. 1.07
cette fille a été remis unanimement à la Dame
Drouin , femme d'un Commerçant de cette Ville,
& après la mort les Juges du Confulat feront revêtus
de cet honorable emploi.
On mande du Puy en Velay que l'Evêque de
ce Diocèfe a reçu le Pallium des mains de l'Evêque
de Clermont , nommé à cet effet par Sa Sainteté.
Ce droit , attaché depuis plufieurs fiécles à
cet Evêché , & notamment conféré en 1445 à
Jean de Bourbon , Evêque du Puy , avoit été négligé
par les derniers Evêques ; celui d'aujourd'hui
l'a fait revivre en fa faveur. Cette cérémonie
s'eft faite le 8 de ce mois , dans l'Eglife Cathédrale
du Puy , avec beaucoup de pompe , au
fon de toutes les cloches. Les Corps de Juſtice
les Officiers du Régiment de Bourbon & toute la:
Nobleffe y ont affiſté .
"
Le Chapitre , en reconnoiffance des foins que
ce Prélat s'eft donnés pour faire revivre ce droit
ancien , a , par une délibération , fondé à perpétuité
une grand meffe folennelle pour fa confer
vation , & une meffe de Requiem après la mort..
Le Grand-Maître de Malte ayant permis au
Comte de Bofredont , Sous- Lieutenant des Gardes-
du-Corps du Roi , de porter la Croix de
Malte , en confidération du grand nombre de
Chevaliers de fon nom qui font actuellement
dans cet Ordre , & de tous ceux que fa Maiſon a
fournis depuis fon etabliffement , Sa Majesté a
bien voulu lui.accorder la permiffion de porter
cette Croix avec celle de Saint - Louis.
Le fieur de la Peyre , Chirurgien-Major , anciens
Prévôt pour les diffections & préparations anato
208 MERCURE DE FRANCE.
miques du Collège de Chirurgie de Montpellier,
alu , dans féance de la la Société royale de Médecine
de Paris , tenue le 1 juillet, trois Mémoires
qui ont mérité l'attention de cette Compagnie ; l'un
fur les moyens de conferver l'eau douce fur mer ,
& de la rendre inaltérable & potable pendant les
voyages de long cours ; l'autre fur la guérifon
des ulcères par le mouvement vacillatoire du verre
ardent ; & le troifième , fur les moyens de traiter
& de prévenir le fcorbut en mer..
PRÉSENTATIONS ..
Le 22 juin , la marquife de Montaigu ar
eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale , par la ducheffe de Béthune.
Le 6 juillet , le fieur Guyot , avocat -procureurgénéral
du Roi en fon confeil-fupérieur de Corfe
a eu l'honneur d'être préfenté à Sa Majesté par
le fieur de Miromefnil , Garde des Sceaux , &
enfuite à la Reine & à la Famille royale.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Les feurs Née & Mafquelier , graveurs , que «
Leurs Majeftés ainfi que la Famille royale , ont
honoré de leurs foufcriptions pour un ouvrage
intitulé : Tableaux pittoresques , politiques , phy
JUILLET. 1777. 209
fiques &littéraires de la Suiffe , ont eu l'honneur
de préfenter à Leurs Majeftés & à la Famille
royale , le 21 juin , la cinquième fuite de cet ou
vrage.
Le même jour , le fieur Sage , des académies
royales des Sciences de Paris , de Stockholm , &
des académies impériale & électorale de Mayenee
, cenfeur royal , a eu l'honneur de préfenter au
Roi la feconde édition de fon ouvrage intitulé :
Elémens de minéralogie docimaftique, en 2 vol.
Le fieur Jeaurat , de l'académie royale des
Sciences , ancien profeffeur de mathématiques &
penfionnaire de l'Ecole royale Militaire , chargé
par l'Académie dont il eft membre , de calculer
chaque année la connoiffance des tems , ou celle
des mouvemens céleftes , pour l'uſage des Aſtronomes
& des Navigateurs, a eu l'honneur de préfenter
, le 6 juin , à Sa Majefté , le volume de
l'année, 1779 ; ce volume eft le cent unième depuis
que l'Académie a entrepris cet ouvrage , qui
n'a fouffert aucune interruption , & que les différens
Membres de l'Académie ont fuccellivement
enrichis des productions les plus utiles aux progrès
de l'aftronomie & de la navigation .
NOMINATIONS.
Le 22 juin , le fieur le Goutz de Saint- Seyne
a prêté ferment de fidélité entre les maius du Roi ,
en qualité de premier préfident du parlement de
Dijon.
210 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a nommé le fieur Necker directeurgénéral
des finances ; & Sa Majesté a choifi , pour
remplir les trois places du comité contentieux de
ce département , le fieur de Beaumont , confeiller
d'état ordinaire , & confeiller au conſeil
royal des finances , & les fieurs de Fourqueux &
de Villeneuve , confeillers d'état .
Le 6 juillet , le duc d'Aubigny , pair de France ,
duc de Richemond & de Lenox , a eu l'honneur
de faire les remerciemens au Roi , au fujet de fa
duché- pairie , euregiftrée au parlement le 1 du
même mois fur lettres d'érection de janvier
1684.
Le Roi a donné la place de meftre- de- camp ei
fecond du régiment Royal - Pologne cavalerie ,
vacante par la mort du comte de Vogué , au
comte Louis de Durfort , colonel en fecond du
régiment de Champagne.
Sa Majefté a auffi difpofé de la place de coloneljen
fecond du régiment de Champagne , en
faveur du comte de Bryas.
Le chevalier de Monteil , capitaine des vaiffeaux
du Roi & brigadier des armées navales , a
eu l'honneur d'être préfenté à Sa Majefté par le
fieur de Sartine , miniftre & fecrétaire d'état au
département de la marine & des colonies , &
de faire fes remerciemens de la place de commandant
des Gardes de la marine à Breft , qu'elle
bien voulu lui confier.
JUILLET. 1777. 211
MARIAGES.
Le 6 juillet , le Roi & la Famille Royale ont
figné le contrat de mariage du comte de Simiane ,
lieutenant de Roi de la province de Xaintonge ,
avec la comteffe de Damas , dame de Remirémont.
Le 13 juillet , Leurs Majeftés & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du comte
de Choifeul-d'Aillecourt , capitaine au régiment
des Cuiraffiers , avec demoiſelle Ducray ; celui
du comte d'Avaux , colonel en fecond du régiment
de Berri , gentilhomme d'honneur de Monfeigneur
le comte d'Artois , avec demoiſelle de
Bourbonne .
MORT S.
Nicolas Cailloux , natif de Metz , eft mort le
7 juin, à l'Hôpital Saint-Julien de Nancy , âgé
de 108 ans & 5 jours . Il a joui , jufqu'au dernier
moment , de fa mémoire & de fa raifon , & deux
ans avant la mort , qui n'avoit été précédée d'aucune
infirmité , il avoit fait à pied un voyage de
So lieues.
Charles-Louis-Henri d'Appelle - Voifin , fils du
marquis de la Koche - Dumaine , eft mort le ia de
212 MERCURE DE FRANCE.
juin , au château Dufou , près de Châtelleraut ,
dans la 11 ° année de fon âge.
La dame de Château - Morand , Abbeſſe de
Fontaine - Guerard , eft morte en fon Abbaye , le
29 du même mois.
Claude Bourachot , prêtre , docteurதde Sorboune
, abbé commendataire de l'abbaye royale
de Saint Pierre de Neaulphe - le -Vieux , ancien
ordre de Saint - Benoît , diocèfe de Chartres , &
fupérieur- général du feminaire de Saint- Sulpice ,
eft mort à Paris audit féminaire , dans la 8o année
de fon âge..
Claude Comte de Beffe de la Richardie , cidevant
chef de brigade de gendarmerie , meftre
de- camp de Cavalerie , chevalier de l'ordre royal
& militaire de Saint- Louis , eft mort en fon
château d'Auliac en Auvergne , le 13 du mois
dernier , âgé de quarante fix ans.
>
Marguerite- Félicité de Conflans , Dame de
Mefdames de France veuve du Comte de
Maulde , Marquis de la Bullière , eft morte à
Paris le 7 Juillet.
Marie -Geneviève de Viennay de Lucé , épouse
de Michel Roland , Comte des Ecotais de Chantilly
, eft morte en fon château des Ecotais en
Touraine , le premier du même mois , dans la
foixante-huitième année de fon âge.
•
Françoife -Thomas de Pange , épouſe du fieur
de Saint - Simon grand - d'Efpagne de la première
claffe , brigadier des armées du Roi , colonel
du régiment de Touraine , & dame pour
accompagner Madame la Comteffe d'Artois , cft
2
JUILLE T. 1777. 213
aorte au château de Songy , près Vitry -le- François
, le premier du même mois.
Antoine-Arnaud de la Biiffe -Damilly , premier
Président du Parlement de Bretagne , eft
nort à Rennes le 7 Juillet , dans la 79 ° année
de fon âge .
Guillaume Couftou , chevalier de l'ordre du
Roi , digne du nom célèbre qu'il portoir , Sculpteur
, Recteur & Tréforier de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture , Garde de la Salle
des Antiques , eft mort à Paris , le 23 Juillet ,
dans fa foixante- troifième année.
Tirage de la Loterie Royale de France,
du 1 Juillet 1777 .
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
22 , 17 , 31 , 33 , 32 .
Du 16 Juillet.
Les numéros fortis de la roue de fortune font
64, 40, 73 , 63 , 36.
214 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
PIÈCES FUGITIVES ENVERS ET EN PROSE , p . 5
Les Plaifirs champêtre ,
Epître à M. ***.
ibid.
Imitation du premier livre de l'Enlèvement de
Proferpine ,
Lificas & Cécile ,
Philémon ,
La Femme favante ,
Vers chantés lors du paffage de Monfieur
à Saint - Papoul ,
Réponse aux Vouloirs de M. de ***.
Moralité pour les Amans ,
Imitat. d'une Epigramme de Martial ,
Ode à M. l'Evêque de Saint- Flour ,
Vers à Madame la Princeffe de Monaco ,
Impromptu ,
Madrigal ,
Epithalame ,
AM. Caiihava ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
L'Odyffée d'Homère ,
Diction, hiftor. bibliographique , portatif,
Mémoire fur la médecine agiffante ,
Lettre fur les Spectacles,
Pratique moderne de la Chirurgie ,
14
16
34
37
38
39
40
4I
ibid.
43
44
45
ibid.
46
47
ibid.
50
54
ibid.
61
86
75
79
JUILLE T. 1777 .
215
De la compofition des payſages ,
Hiftoire de Rhédy ,,
Etat de la Médecine , Chirurgie & Pharmacie
en Europe ,
Le Congrès de Cythère ,
Effai fur les Machines hydrauliques,
De la Senfibilité ,
Flora Parifienfis ,
Journal des Caufes célèbres ,
Lettre de M , de Trefféol ,
82
84
88
୨୭
97
100
104
105
114
Mém . fur les travaux qui ont rapport à l'exploitation
de la mârure dans les Pyrénées , 121
Traité fur les coutumes Anglo-Normandes , 127
La Cyropédie ,
Tréfor
généalogique ,
Réflexions fur l'Opéra ,
Lettre à M. le Baron de la Vieille-Croche ,
Effai fur les révolutions de la Mufique en
France ,
Profpectus des Analectes politiques , civiles &
littéraires ,
Voyage en Sibérie ,
Annonces littéraires ,
ACADEMIES ,
Copenhague ,
Marſeille
>
Ecole pratique de Chirurgie ,
SPECTACLES.
Opéra ,
Comédie Françoiſe,
179
138
143
146
148
153
- 159
161
166
ibid.
168
169
171
ibid.
174
Comédie Italienne
ARTS.
Gravures
Mufique,
•
182
ibid.
ibid.
184
216 MERCURE DE FRANCE.
Géographie ,
18#
Architecture ,
188
Pour & contre 189
Spectacle pittorefque ,
193
Trait d'amitié ,
194
Anecdotes.
AVIS ,
195
198
Nouvelles politiques , 206
Préfentations , 208
d'Ouvrages ,
ibid.
Nominations,
209
Mariages
211
Morts ,
ibid
Loterie ,
213 .
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le fecond volume du Mercure de France
pour le mois de Juillet , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcherl'impreflion.
"
A Paris , ce 20 Juillet 1777 .
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe,
près Saint Côme.
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
JUILLET,
་
1777.
SECOND VOLUME.
Mobilitate viget. VIRGILE,
pause :
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , ruede Tournon,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
AVERTISSEMENT.
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C'ESTauSicur LACOMBE libraire , à Paris, rue de
Tournon , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eftampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obfervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pieces de mufique.
per-
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent ils font invités à concourir à fa
•
fection on recevia avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenfes fur le
produir du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
qat l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
traucs de port.
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour feize volumes rendus francs de
port par la poite.
On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols pour
ceux qui n'ont pas foufcrit,au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés .
On fupplic Meffieurs les Abonnés d'envoyer
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JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in - 12 par an ,
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Paris & pour la Province ,
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1
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Province ,
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12 vol . in- 12 . à Paris , 24 1. en Province ,
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181.
A ij
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Les Incas , 2 vol . avec fig. in-8 . br .
Dictionnaire Dramatique , 3 vol. gr. in-8°. rel .
Di&. de l'Induftrie , 3 gros vol. in- 8 " . rel .
traduites
251
11 .
as 1.
181 .
Hiftoire des progrès de l'efprit humain dans les ſciences
naturelles, in-8 °. Lel.
Autre dans les fciences exactes, in-8 " . rel.
Autre dans les fciences intellectuelles , in-8 ° . rel.
Médecine moderne , in- 8 ° . br.
5 liv.
5 1.
jl.
21. 10f.
Traité économique & phyfique des Oifeaux de baffecour
, in- 12 br.
Dia. Diplomatique , in- 8 °. 2 vol.avec fig. br.
Revolutions de Ruffie , in- 8 ° . rel.
2 l.
12 1.
2 1. 10 f,
Spectacle des Beaux - Arts , rel . 21. 10f
Di&t. des Beaux-Arts , in-8 " . rel, 41. Icf.
Théâtre de M. de Sivry , vol. in- 8° . br.
21.
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31.
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in-fol. avec planches br. en carton , 241.
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ture , in-4° . avec fig. br. en carton , 12 1.
L'Efprit de Molière , 2 vol. in- 12 br.
41.
Tableau politique & littér . de l'Europe , an. 1775 , br. 2 1,
pic. des mots latins de la Géographie ancienne , in- 8º,
broché
Les trois Théâtres de Paris , in-8 ° , br.
L'Égyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br.
3 l.
2 1. 10 f.
1. 10 f
I 1.4fo
MERCURE
DE FRANCE.
JUILLET , 1777-
PIECES FUGITIVES.
EN VERS LT EN PROSE.
LES PLAISIRS CHAMPÊTRES
Vous
Idylle.
ou's que la fageffe éclaire ,
Et qu'elle inftruit de fes loix ,
Sous ce berceau folitaire
Venez entendre fa voix.
A
MERCURE DE FRANCE .
De cet afyle champêtre ,
Où règne le vrai bonheur ,
Aftrée a fait difparoître
La richeffe & la grandeur.
Les plaifirs brillans des villes,
N'ont que des charmes trompeurs ,
Au prix des plaifirs tranquilles
Dont s'enivrent nos Pafteurs.
Le crime vole à la fuite
D'un Courtifan faftueux :
Chez nous le bonheur invite
A devenir vertueux.
L'envie au fouris perfide ,
Ne trouble point nos hameaux ,
Et la difcorde homicide
N'ofe y porter fes flambeaux ;
Les noms de fer , de couronne
Ne m'infpirent nul effroi ;
Je ne rampe fous perfonne ,
On ne rampe point fous moi.
Ennemis de l'impofture
Et de fes dons féducteurs ,
Nous goûtons de la Nature
Les plus charmantes faveurs :
Cette Reine bienfaiſante
JUILLE T. 1777.
Tient fon fceptre en nos vergers ,
Et , par des noeuds d'amaranthe ,"
Unit les coeurs des Bergers.
On admire un baſſin vaſte
Où l'art captive des eaux
Qu'un Triton lance avec fafte ,
Pour en former des berceaux .
Je vois avec complaisance
Un ruiffeau fur mille fleurs ,
Promener fon inconftance
Et faire aimer les erreurs.
Flore , Bacchus & Pomone
Nous prodiguent leurs préfens :
Ici les fruits de l'automne
Sont joints aux fleurs du printems.
Ces bienfaits de la Nature ,
Sous les toîts des demi- Dieux ,
Ne paroiffent qu'en peinture :
On en jouit en ces lieux .
Ah ! qu'ils font dignes d'envie
Ces bofquets délicieux ,
Ou je goûte avec Sylvie
Un bonheur digne des Dieux !
Tout m'y plaît , tout m'intérefle ;
Là je borne mes defirs.
- A iv
MERCURE DE FRANCE.
Le vrai Dieu de la fageffe
Eft le Dieu de nos plaiſirs.
Par M. de Livani , Libraire à
Châlons-fur- Saône.
EPITRE à Monfieur ***
SINCERE Ami de la Patrie-
Et de l'augufte vérité ,
Toi , dont le pénétrant gérie ,
Loin de la frivole manie
Dont notré fiécle eſt entêté ,
Rit de voir maint Docteur vanté
Dénigrer la philofophie ,
Que tranquillement ilconfie
A l'oeil de la poftérité :
Dis par quelle fatalité ,
Lorfque ta main active & fûre.
Pénètre au ſein de la Nature ,
Et déchire le voile épais ,
Dont au fond de fa grotte obfcure
Elle enveloppe fes attraits ;
Quand , malgré d'éternelles ombres
Tu vois les agens ignorés ,
Qui , dans la nuit des antres fombres ,
N'ont pu fuir tes yeux éclairés ;
JUILLET. 1777.
9
Lorsqu'un travail profond te guide
Au fein de cet affreux volcan
Où du favori de Trajan
On vit jadis l'Oncle intrépide
Braver les horreurs du trépas ;
Tandis que tu fuis pas à pas ,
Dans le fond d'un crater perfide ,.
Les élémens du feu rapide ,
Dont foudain les affreux éclats
Confternent le Monarque avide:
Et bouleverfent les Etats :
Dis pourquoi , fuyant la lumière
Que tu préfentes à leurs yeux ,
Tes Adverfaires envieux
Aiment mieux baiffer la paupières
Que d'embraffer la vérité ,.
D'admirer la fimplicité .
De tafavante théorie ..
Le monftre empefté de l'envie
Voit en frémiffant tes progrès :
En butte à fes funeftes traits ,
Par lui de tout tems poursuivie ,,
La vérité de fes fuccès
A vu la courfe rallentie,
C'eftfur les infamestravaux
Que fe repofent l'ignorance :
Armé de fa vile balance ,,
Asw
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
L'intérêt caufa moins de maux ,
Lorfque des fouffleurs ridicules
Perfuadoient aux Peuples crédules
Qu'ils créoient l'or dans leurs fourneaux .
Mortels , fi la fage Nature
Vous a créés , c'eft pour jouir ;
C'eft pour vous qu'elle fut ouvrir ,
De tous côtés , la fource pure
De l'intariffable plaifir.
Voyez ces fertiles prairies ,
Voyez ces côteaux enchantés ,
Voyez ces hameaux habités
Par les tranquilles voluptés ,
Qu'on ne trouve qu'aux bergeries :
Au fein du luxe & des Cités ,
D'autres voluptés vous appellent ;
Sans ceffe elles s'y renouvellent.
Sans craindre les feux des étés ,
Tempérés par de courts orages ,
Au fond des plus riches bocages
Elles charment vos fens flattés
Comme dans le fein des villages.
Lorfque les hivers redoutés
Enchaînent la courſe de l'onde ,
Leur fource immortelle & féconde
Reproduit fes flots enchantés.
Au fond d'un cabinet févère
JUILLET. 1777. I[
Elles font auffi leur féjour ;
Elles cherchent le ſage auſtère
Loin du tumulté & de la Cour.
Sous une parure légère
Elies accompagnent l'Amour
Dans le boudoir de ma Glycère:
Elles fourioient à Newton ,
Lorfqu'il calculoit fes orbites ;
Elles récompenfoient Platon ,
Lorfqu'il affignoit des limites
Aux voeux égarés des mortels .
Vous , dont j'encenfe les autels ,
Héros de la double colline ,
Chantres facrés , peintres divins ,
Voltaire , Corneille , Racine ,
Lorfque vous charmez les humains ,
De quelle riantes coutonnes
N'ont-elles pas payé les foins ,
Confacrés par vos doctes mains
A leur dreffer de nouveaux trônes ?
Autour de nous , dans tous les lieux ,
Le plaifir voltige fans ceffe ;
Par tout fon zèle officieux-
Redouble avec notre foibleffe .
Il paraît : nos aveugles yeux
Redoutent fa douce lumière ;
Nous cherchons la dent meurtiière
A vi
1:2 MERCURE DE FRANCE.
De mille monftres furieux ,,
Dont le fouffle contagieux.
Empoifonne notre carrière .
Sur des fondemens immortels
Du bonheur s'appuyoit l'empire ;
Nous nous plaifons à les détruite::
Nous créons les Tyrans cruels
Dont nous devenons les victimes ;
Sans ceffe , par de
Nous croyons trouver les plaifirs.
Penchés fur le bord des abyfmes ,
Nous écoutons de vains defiis ,
nouveaux crimes,,
Dont la fecouffe nous tourmente.
Enfans , hélas! fi fortunés
De la Nature bienfaifante ,
Nous feuls nous fommes condamnés
A d'inévitables misères ; ·
Par nos paffions entraînés
Après de frivoles chimères ,
Par des puiffances étrangères
Nous nous fuppofons deftinés
A des maux qui font notre ouvrage.
Aimable Maître , docte **.
Tu ne méconnois point la voix ,
Et la doctrine fimple & pure
De la libérale Nature .
Tandis qu'en expofant fes loix.
JUILLE T. 1777. 113.
Tu charmes nos efprits avides ,
Envain tes envieux livides
Voudroient - ils , dans leurs fors tranfports .
Injurier ta théorie ,
A ta voix , les différens
corps
Vont chercher la claffe établie .
Suivant leurs différens rapports ::
Avec toije vois la Nature,,
Agente fimple & fans efforts,
Toujours conftante , toujours sûre
Dans fes innombrables effets ,
Pour toi , complaifante & docile ,
Dévoiler fes plus hauts fecrets.
Lorfque dans tes füblimes veilles
Tu fuis la chaîne des merveilles
Qui charment nos regards furpis ,
Les vérités que tu faifis ,
Sont le feul bien qui t'encourage :
Pourroit- il être pour le fage
De plus ineftimable prix.
Par M. Coquéau , de Dijons
14 MERCURE DE FRANCE.
Imitation du commencement du premier
livre de l'Enlèvement de Proferpine ,
poëme latin de Claudien.
TÉMÉRAIR ÉMÉRAIRES Courfiers d'un raviffeur oaroare ,
Aftres que bazana , la vapeur du Ténare ,
Char qui , favorifant un déteftable amour ,
De l'horreur de l'Erèbe enveloppa le jour,
Pour la tendre Cérès trop fatale journée ,
Pour fon aimable fille odieux hymenée ;
De ma foible penfée ambitieux Tyrans ,
Je cède enfin ; prenez votre rang dans mes chants .
Profânes , loin d'ici ; je fens que , dans mon ame ,
L'homme a fait place au Dieu qui m'agite & m'enflamme.
Tout Phébus eft en moi ; déjà je crois fentir
Du Temple fous mes pas le marbre ému s'enfuir.
De la voûte facrée un feu divin s'élance ,
Et du Dieu qui m'infpire attefte la préſence.
Dans Athènes Pallas à ma voix a frémi ;
Une torche à la main Eleufis a mugi .
Les ferpens de ton char à mes chants fon fenfibles ,
Triptolême , j'entends leurs fifflemens horribles ,
Je les vois , attentifs à mes fombres accens ,
Redreffer à l'envileurs fronts étincelaus .
JUILLE T. 1777 . Is.
Voici la triple Hécate & fa pâle lumière.
Iacchus s'offre à moi , fon front eft ceint de lierre ,
La dépouille d'un tigre eft fon feul vêtement ,
Et les cheveux noués pendent négligemment ;
Ivre d'un doux breuvage , il chancelle , il vacille ,
Un Thyrfe raffermit fa démarche débile .
Terribles Déïtés de l'empire des morts ,
Vous qué l'Averne affreux révère fur fes bords ,
Et qui , riches toujours des ruines du monde ,
L'abymez lentement dans votre nuit profonde
Vous que du Styx livide environnent les eaux ,
Et qui du Phlégéthon voyez fumer les flots ,
Du malheur que je chante avouez le myſtère ;
Ce n'est plus un fecret que vous deviez me taire ;
Dites de quel flambeau l'Amour s'eft-il fervi ,
Pour enflammer un coeur de fa flamme ennemi :
Sur quel char aux Enfers , Proferpine entraînée ,
Vit - elle en un moment changer ſa deſtinée .
D'une mère affligée apprenez-moi les pleurs ;
Que de lieux elle fit témoins de ſes malheurs ;
Et par quel art enfin , fécondant la Nature ,
De la terre aux humains elle apprit la culture.
ParM. le Métayer.
NG. MERCURE DE FRANCE..
LISICAS & CÉCILE.
Anecdote Paftorale.
ANS ces tems révérés de l'âge d'or ,
les mortels , unis par les liens de la nature.
comme par ceux de la fociété , couloient
paifiblement leurs jours dans le fein du
bonheur. Simples dans leurs moeurs , vrais
dans leurs difcours , humains & bienfaifans
dans leurs actions , ils n'étoient
conftamment dociles qu'à la voix de la
nature . Leurs penchans toujours dirigés
vers un but honnête , leurs inclinations.
toujours épurées , les portoient à la vertu.
Le fentiment du jufte n'étoit point effacé
dans des coeurs que les paffions n'avoient
point corrompu. L'innocence diftinguoit
encore des ames que les vices n'avoient
pas flétri ; il fembloir que les maux fortis
de la boëte de Pandore , n'avoient point
ofé fixer leur féjour fur la terre troppure
, & s'étoient refugiés dans des afyles.
inconnus aux vertueux mortels qui l'habitoient.
Tems heureux , qui vous écoulâtes fi
JUILLET. 1777. 17
rapidement , vous ferez toujours précieux
à notre fouvenir ! Les âges , qui fe fuccèdent
, ne ferviront même qu'à vous.
faire encore plus regretter. Combien de
fois ai- je defiré votre fort , ô fages &
fortunés mortels , qui vécûtes dans ces
fiécles de juftice & de paix ! Mes plaintes
ne font jamais plus vives , ni mes regrets
plus amers , que lorfque je lis votre:
hiftoire , ô vertueux Lificas , & yous
chafte Cécile , qui rendrez à jamais célèbres
ces tems ainfi que les lieux qui
vous virent naître ! C'eſt de votre félicité
que je vais tracer l'image. Puitfe la foible
peinture que j'en ferai, imprimer dans
les coeurs de mes contemporains , mon
admiration pour vos vertus , & les enfammer
du defir de vous imiter !
Il y avoit déjà long-tems que Janus
régnoit dans l'Italie , lorfque Lificas y
prit naiflance. Tous fes Sujets , dont il
faifoit le bonheur , béniffoient l'inſtant
qui l'avoit vu monter fur le Trône ; ils.
avoient même inftitué une fête particu
lière pour célébrer cet heureux jour. Ils.
la renouvelloient tous les ans , & demandoient
fans ceffe aux Dieux , dont
ce bon Roi leur paroiffoit l'image , de
By maintenir long- tems . Ifménias , père:
18 MERCURE DE FRANCE..
de Lificas , fe diftinguoit ces jours-là par
une marque fingulière de prédilection
pour fon Prince. Il habitoit le fommer
d'une colline fur laquelle étoit un Temple
confacré à Apollon . La veille de la
fête , il choififfoit parmi fes brebis celle
qui lui paroiffoit la plus digne d'être
offerte en facrifice. Il defcendoit enfuite
dans le vallon , qui étoit au bas de la
colline ; il parcouroit les chaumières de
ceux qui l'habitoient ; il invitoit tous les
chefs de familles à venir célébrer la fète
avec lui. Le lendemain , après avoir faluẻ
l'aurore , ils alloient enſemble au Tem
ple : il y facrifioit lui -même fa brebis ,
& faifoit cette courte prière au père de
Janus. « Je te conjure , ô Apollon , par
Janus notre Prince & ton fils , d'exaucer
ma prière ! Tu te rappelles fans
» doute l'heureufe époque où , dans ce
Temple & fous tes aufpices , je fus
uni , par les liens de l'hymenée , avec
» la vertueufe Mirza. Depuis notre ma
riage , nous avons coulé des jours auffi
ferins , auffi tranquilles & auffi purs
» que l'ont été jufques ici nos moeurs . Il
» n'a manqué à notre entière fatisfaction
, & pour la perfection de notre
bonheur , que de voir naître d'une fir
و د
و د
ב כ
99
ود
»
"
JUILLET. 1777 . 19.
>
» fainte union , un gage de notre ten-
» dreffe. Je te l'ai demandé , je te le
» demande , & te le demanderai fans
» ceffe, ô divin Apollon ! Ne le refufe.
" pas à mes defirs , & que ce jour à
jamais célèbre , le devienne encore
" plus pour moi , par le fouvenir d'un
" tel bienfait ». Tous les Habitans du.
lieu , que la tendre amitié intércffoit au
bonheur d'Ifinénias , fe réuniffoient alors
pour folliciter de ce Dieu la grace
qu'il
fui demandoit
. Apollon
, qui
chérifoit cet heureux
couple
, ne fut point
infenfible
à leur
voix
: il leur
promit
de les
exaucer
, & de refferrer
encore
plus
les
chaînes
qui les uniffoient
. Ils ne tardèrent
pas à voir
accomplir
fa promeſſe
: il
leur
naquit
un fils , qu'ils
furnommèrent
Lificas
.
Je ne tenterai point d'exprimer la joie
qu'ils en reffentirent , encore moins décrirai-
je les fêtes & la manière dont ils /
célébrèrent fa naiffance. L'allégreffe fut
générale dans tous les hameaux voifins ;
chacun fut les féliciter ; leur vertu leur
avoit gagné tous les coeurs : il n'y en
eur aucun qui ne fe réjouit de les voir
au comble de leurs voeux ; Janus luimême
prit part à leur félicité : il leur,
10 MERCURE DE FRANCE.
.
"
"
C
envoya témoigner fa fatisfaction par un
Député. Dites à notre bon Roi , lui
répondit Ifménias , que je n'ai defiré
» & demandé aux Dieux un enfant
qu'afin qu'il put jouir des douceurs de
fon règne , & bénir avec moi le ciel
de l'avoir mis fur le Trône En
effet , Lificas eut-il à peine atteint l'âge
de raifon , qu'Ifménias lui fit facrifier
une brebis à Apollon , pour remercier
ce Dieu de l'avoir fait naître fous le
règne de Janus . Ce jeune enfant étoit
deftiné à l'illuftrer . On voyoit déjà briller
en lui des étincelles de cette vertu
qui devoit le faire admirer dans la fuite.
Sa phyfionomie douce & agréable , annonçoit
le calme de fon coeur. Ifménias.
& Mirza ne ceffoient de bénir Apollon ,
de leur avoir donné un tel fils .
Parvenu à cet âge , où les paffions
comencent à fermenter dans un jeune
coeur , Lificas fentit le fren agité de defirs
naiffans. Il y éprouvoit du vuide , fans.
être en état d'exprimer ce qui lui manquoit.
Il fit part de fes inquiétudes au
plus tendre des pères. « Mon fils , lui
dit Ifménias , ces defirs qui t'agitent'
font communs à tous les hommes. La
» Nature ne nous a pas deſtinés à vivre
32.
"3
་
JUILLET. 1777. 21
2
feuls. Il nous faut une compagne pour
» partager nos peines & nos plaifirs.
» Cette compagne doit être l'objet de
» notre affection , & abforber , pour
» ainfi dire , tous les fentimens denotre
coeur. Tuéprouves du vuide dans le tien,
c'eft que cet objet ne le remplit pas
» encore. Tu fens bien qu'il te manque ,
» & c'eſt vers lui que fe portent tes defirs
fans le connoître. Mais , mon fils ,
» donne- leur le temps de fe développer.
Attends que l'âge ait mûri ta raifon ,
» afin de faire un digne choix : car il eſt
" bon de te garantir contre ton inexpé-
» rience . Tous les mortels ne fe reffemblent
point . Leurs caractères font auffi
» variés que leurs figures ; mais comme
il y a des phyfionomies qui fe rapprochent
pour les traits les uns des autres ,
» il y a aufli des caractères qui fympa-
» tifent pour les qualités . Ton bonheur
dépend d'en trouver un qui s'allie avec
» le tien & ce n'eft pas l'affaire d'un
» moment. Le temps feul peut te le dé-
29
39
ر و
29.
›
» couvrir » .
Ce difcours fenfé d'Ifménias rendit
à Lificas fa première tranquillité. Il continua
à s'occuper de la culture de fon
champ ; il fe livra même avec plus d'ardeur
aux rudes travaux auxquels il ac22
MERCURE DE FRANCE.
coutumoit fon corps . Son but étoit de
le fortifier ; mais il ne s'occupoit pas
tellement de ce foin , qu'il ne fongeât
encore à embellir fon âme ; il cherchoit
à l'affujétir aux feules loix de la fageffe.
Il vouloit pouvoir commander à
fon coeur & régler fes paffions. Il étoit
né avec de fi heureufes inclinations >
qu'il y parvint fans peine . Il fut bien - tôt
pour ainfi dire au- deffus de lui- même.
Son ame naturellement fenfible & généreufe
, lui faifoit fans ceffe defirer des
occafions d'exercer fes vertus . Un jour
qu'il étoit occupé à pourfuivre une bête
féroce , qui ravageoit fon champ & ceux
de fes voifins , il découvrit du haut de
la colline une épaiffe fumée qui couvroit
toute la furface du vallon , & préfageoit
l'incendie des cabanes de quelques- uns
de ceux qui l'habitoient. Il ceffa alors
la pourfaite de l'animal , & dirigea
toute fon activité vers l'endroit où le
danger lui parut le plus imminent. Defcendu
dans le valon , il s'apperçut que
le mal n'étoit pas auffi grand qu'il le lui
avoit paru ; mais il en vit affez , pour
imaginer que cet accident feroit bien des
malheureux . Son coeur fut d'abord ému
de compaflion. Il fe reprocha de n'être
temps pour les fecourir & pas
arrivé à
JUILLE T. 1777. 23
و د
و د
les préferver du ravage des flammes.
S'étant enfuite approché de plus près
il diftingua un pauvre vieillard courbé
fous le poids des aus , qui tranfportoit
avec peine fes outils aratoires . Une jeune
fille le fuivoit en pleurant. Leur agitation
& le trouble répandus fur leurs vifages
, lui firent aifément préfumer qu'ils
étoient du nombre des incendiés . Ilcourut
à eux , & s'adreffant à ce malheureux
vieillard : « Où allez -vous , mon père ,
lui dit-il ? vous cherchez fans doute
quelque azile ? Oui , les flammes
n'ont pas refpecté le mien. Venez ,
mon père , venez dans notre habitation
, nous tâcherons de vous confo-
»ler de ce petit défaftre ; nous parta-
» gerous avec vous ce que nous avons ,
& notre cabane fera auffi la vôtre ;
» mais commencez par vous décharger de
» ce faix d'inftruments ratiques. Il n'eft
" pas de votre âge de porter des poids
aufi lourds ». Alors il le fit affeoir ,
& l'aida à fe débarraffer. La jeune fille
ne vouloit pas cenfentir à ce qu'il les
portât lui même ; mais Lificas les eut
bientôt mis fur fes épaules , & ils gravirent
enſemble au fommet de la colline.
"
‚ »
-
Parvenus à l'habitation d'Ifménias
24 MERCURE DE FRANCE .
Lificas lui préfenta le vieillard & fa fille :
» veuillez partager leur infortune , lui
» dit- il ; ce font des malheureux dont
" les flammes ont confumé la cabane.
» Il ne leur refte , du peu de leurs com-
» modités domeftiques , que quelques
" outils que je viens de joindre aux
» miens. O mon fils , lui répondit If-
» ménias combien cette généreufe
» pitié t'honore à mes yeux. L'humanité
» eft la vertu qui embellit le plus l'hom-
» me. Celui dont le coeur n'eft point
» attendri par les calamités de l'inno-
»
و
›
cent , ne mérite pas qu'on s'attendriffe
» à fon égard. Ton ame doit être bien
flattée de cette action . Mais , Lificas , ce
» n'eft pas feulement un malheureux que
» ton coeur compatiffant a fecouru
» c'eſt un ami dans l'infortune , c'eſt le
» vertueux Amintas le protecteur de
majeuneffe. Viens, cher Amintas, em-
» braffe-moi , & félicite - moi d'avoir un
» tel fils. Tu dois être au comble de ta
» joie , vertueux Ifménias . O ! que de
pareils enfans réjouiffent le coeur d'un
» père ! ... O Cécile ! O ma fille ! puiffe
" ton jeune coeur fe mouler fur celui de
> Lificas
39
» .
Lificas fut frappé du nom de Cécile .
IL
JUILLET. 1777. 25
Hfe rappella qu'il avoit fouvent entenda
faire l'éloge d'une jeune Bergère de ce
nom. L'ayant alors envifagée un peu
plus fixement qu'il n'avoit fait encore
il fut furpris de voir qu'elle réuniffoit
toutes les grâces , tous les traits de la
beauté à la phyfionomie la plus touchante.
La modeftie ajoutoit un nouvel éclat au
lys de fon teint , & l'innocence de fes
regards exprimoir celle de fon ame. Il
reffentit dans ce moment les effets de
cette heureuſe fympathie , qui décide de
nos inclinations. « Qui , s'écria-t- il tout
tranfporté , c'eft dans fes yeux que je
» dois puifer l'amour. La pureté de ma
,, flamme annoblira mon coeur, & le remplira
davantage des impreffions de la
"
*
» vertu 1%
Cécile reffentoit de fon côté des agitations
fecrettes , & éprouvoit des émotions
flatteufes en faveur de Lificas. Son
coeur , femblable au calice de ces fleurs
qui s'épanouiffent aux premiers rayons
du Soleil , fe dilatoit par les tendres fentimens
d'un amour naiffant ; fes yeux
fe portoient avec complaifance fur Lificas
. « Que je ferois heureuſe , difoit-
» elle , fi la nature m'avoit deſtinée à
» être fa compagne & que mes jours.
B Il, Vol.
$ 6 MERCURE
DE FRANCE .
» couleroient tranquillement , fi mon
» fort étoit uni au fien ! La douce vertu
>> refferreroit nos noeuds . Je me fais
peut être illufion ; mais il me femble
» que je lis dans fes yeux les mêmes defirs.
Puiffent- ils être exaucés ainfi que
» les miens ».
C'eft ainfi qu'elle s'entretenoit elle .
même , lorfqu'elle fut interrompue par
Lificas : « Vous foupirez , lai dit- il ,
»
belle Cécile ? Eft-ce que vous regret→
» teriez encore votre chaumière ?
» Non , Lificas , je perdrois trop à être
féparée de vous. J'applaudis au deftin
qui m'a mis à portée d'être témoin de
vos actions vertueufes . Tous les jours
» j'en entendois parler au hameau . Les
jeunes Bergers fe les racontoient en
» ramenant leurs troupeaux . Ils les ra-
» contoient enfuite aux vieillards , qui
félicitoient Ifménias & Mirza de vous
avoir donné la naiffance. Alors , je
» regrettois de ne pas habiter la colline,
» & je bénis maintenant Pheureux re-
» vers qui nous y attire . Et moi Cé-
» cile , je le bénirai fans ceffe . Oh ! combien
je me félicite d'être allé au- de-
33
ג נ
vant de vous , & que mon coeur fe
» fait gré de vous avoir offert un afyle ,
JUILLE T. 1777. 27
"
Non , jamais aucune action de ver-
» tu n'a plus rendu à mon ame. Ah !
» Cécile , que je ferois agréablement
récompenfé , fi votre coeur , libre en-
» core & fans inclination , daignoit ac-
» cepter l'hommage du mien ; fi vous
pouviez defirer de partager mon fort !
» Vous paroiffez émue , Cécile , & votre
» coeur foupire fecrettement... L'amour
» l'auroit- il prévenu en faveur de quel-
» qu'autre , & ne pourrois je efpérer
» d'être heureux ... Je n'ai point en-
» core difpofé de mon coeur , & je n'en
» diſpoſerai jamais que du gré d'Amin:
» tas . S'il confent à notre union , je fuis
» à vous. Allez , Lificas , allez folliciter
» fon confentement & celui d'Ifménias.
» & dites-leur que c'eft notre bonheur
» commun que vous follicitez ..
→
Lificas , au comble de ſes voeux , vole
vers Amintas ; il fe jette à fes
"
genoux.
Que veux- tu , mon fils , lui dit le bon
» vieillard étonné de cet empreffement.
» Ah , mon père ! que vous confentiez
» à mon bonheur & à celui de Cécile ;
» réfifteriez- vous à nos prières ? = Non ,
» Lificas ; j'ai tâché de contribuer juf
ques ici , autant que je l'ai pu
» bonheur de mes ſemblables. M'écarteau
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
99
rois- je de cette règle dans l'inftant où
» la nature me l'a prefcrit avec le plus de
» force. Non , mon cher Lificas , les
" paffions n'ont point étouffé fa voix dans
» mon coeur. Je fuis père. J'aime ma
fille. Son bonheur dépend de votre
» union ; qu'elle foit heureufe : foyez
» heureux mes enfans . Je vais prier
» Ifménias & Mirza de joindre leur confentement
au mien , & nous célébrerons
enfuite votre hymenée.
›
Il s'avança alors vers la cabane . Iſménias
& Mirza s'y entretenoient de leur
fils , Oh ! s'il pouvoit aimer Cécile ,
difoit Ifménias ; il me femble que la
nature les a faits l'un pour l'autre . Ils
ont les mêmes goûts ; leurs caractères
fympathilent. Tous deux font vertueux.
» Cécile a l'ame fenfible & généreuſe
» comme Lilicas. La bienfaifance & l'humanité
les diftinguent également .
» L'ambition ne les tyrannifera jamais.
» Jamais ils ne connoîtront fes feux dé-
» vorans. S'ils defirent que leurs champs
s'accroiffent , que leurs troupeaux fe
multiplient , ce ne fera que pour en
faire part à leurs voifins malheureux.
Ah ! Mirza , combien j'aurois de fa-
» tisfaction , fi Lificas vouloit partager ર
JUILLET. 1777. 29
» le fort de Cécile , & Cécile celui de
» Lificas ».
*
ود
6
Ifménias achevoit ces derniers mots ,
lorfqu'il apperçut Amintas : « Qu'y
» a - t - il , cher Amintas , lui dit - il ,
» & qui eft-ce qui te ramène fi vîte auprès
de nous ? Je viens folliciter de
vous deux le bonheur de nos enfans.
» Lificas & Cécile defirent de s'unir ; ils
» n'attendent que votre confentement
» pour joindre aux douces chaînes de
l'amour,les tendres liens de l'hymenée.
» Ah ! cher Amintas , quelle joie tu
répands dans mon coeur ! Leurs voeux
» font d'accord avec les miens. Il n'y a
» qu'un inftant que je m'entretenois
d'eux avec Mirza . Je lui témoignois
» combien j'aurois de fatisfaction de
» leur voir former ces defirs . Les Dieux
» me regardent avec des yeux de complaifance.
Ils ne me laiffent plus rien
» à defirer. Allons , chère Mirza , allons
» les unir ces chers enfans , allons hâter
» leur bonheur & le nôtre :
"
Lificas s'étoit déjà rendu auprès de
Cécile ; il lui avoit fait part des difpofitions
d'Amintas ; ils attendoient fon
retour avec impatience ; lorfqu'ils le
virent fortir de la cabane avec Ifménias
B.iij.
30 MERCURE DE FRANCE .
& Mirza ; la douce joie fe peignoit dans
les yeux de ces heureux vieillards. On
voyoit fur leur front riant , l'empreinte
de la gaieté. Lificas & Cécile coururent
embraffer leurs genoux : « Je ne fau-
» rois blâmer votre jufte impatience
>
>
>
leur dit Ifménias ; vous foupirez après
» le bonheur : nous ne faurions trop- tôt
» vous le procurer ; allez donc , mes en-
» fans
dans le Temple d'Apollon :
» allez , fous les aufpices de ce Dieu
» vous unir par les liens de l'hymenée » .
Lificas s'y rendit avec Cécile & la vertueufe
Mirza , tandis qu'Ifménias &
Amintas defcendirent dans le vallon ,
inviter les jeunes Bergers & les jeunes
Bergères à venir célébrer cet heureux
hymen. Tous les Bergers y vinrent avec
leurs mufettes . Les jeunes Bergères fe
parèrent de guirlandes de fleurs. Les
bois retentirent alors de leurs chants
d'allégreffe . Les uns danfoient autour de
la cabane d'Ifménias , tandis que les autres
aidoient Lificas & Cécile à conftruire
la leur avec des rameaux verds. Quand
elle fut une fois achevéé, ils vinrent tous
danfer autour. Ifménias & Mirza leur
fervirent enfuite un léger repas , apprêté
de leurs mains . La table étoit parée de
JUILLÉT. 1777 . 31
Aeurs odorantes ; on y voyoit des fruits
de toute eſpèce & en abondairce. Le
fait frais y couloit de toutes parts. L'aimable
enjouement & l'innocente gaieté
préfidèrent au feſtin . Les Bergères s'interrompoient
de temps en temps , &
célébroient par des chants gracieux le
bonheur des deux jeunes époux . Les
roffignols & les autres habitans de l'air
unifloient leurs voix & leurs ramages ;
& les Bergers émus délicieufement
par cet harmonieux concert , s'empreffoient
de tirer de tendres fons de leurs
mufettes. Après ce joyeux repas , Encas ,
le plus jeune des Bergers , fut chercher
une couronne de pampre verd , & la
pofa fur la tête de Lificas. Silvie , la
plus jeune des Bergères , en fit autant à
l'égard de Cécile. Hs dansèrent alors
tous enſemble , & fe retirèrent enfuite à
la clarté paifible de la Lune , au fon de
leurs mufettes.
Le lendemain , après avoir falué le
lever de l'Aurore , Lificas & Cécile def
cendirent dans le vallon , & vifitèrent
tous les habitans. Chacun s'empreffa de
leur donner des témoignages de fon
affection. Les Bergers leur porrèrent
des fruits , les Bergères des fleurs. Parmi
Biv
32 MERCURE DE FRANCE,
celles- ci , Cécile en a diftingué une , qui
n'avoit point aflifté à la célébration de fon
hymen. Elle s'en plaignit. Chloé ( c'étois
le nom de la jeune Bergère , ) s'en excufa
fur l'indifpenfable néceflité où elle étoir
de travailler pour faire fubfifter fa mère ,
infirme & dans l'indigence. « Oh ! Chloé,
» dit Cécile , vous ne ferez plus réduite
à la trifte néceffité de vous priver des
plaifirs les plus innocens . Venez , ve-
» nez dans notre cabane , Lificas , & moi
» partagerons avec vous notre troupeau.
22
» Il n'eft pas confidérable
, mais il nous.
en reftera encore affez » . Elle prit alors
la main de la jeune Bergère , & elles.
gagnèrent enfemble le fommet de la
colline.
Lificas les avoit devancées , & étoit
allé choisir la plus belle de fes géniffes..
Il y joignit deux de fes brebis , & les
conduifit lui même au bas de la colline ;
alors il les remit à Chloé. Cette action.
généreufe fe répandit bien- tôt dans le
hameau. Elle vint aux oreilles d'Ifménias
; cet heureux père ne put contenir
fa joie. Il courut embraffer fes chers
enfans. " Ah , Cécile ! ah , Lificas ! leur
» dit- il tout tranfporté, votre vertu vient
a de briller dans tout fon éclat . , Votre
FUILLET. 1777 33
pitié compatifante m'a rempli de la
plus douce joie. Ne ceffez point d'ho-
» norer ainfi l'humanité. Ajoutez , s'il eſt
» poffible au bonheur des heureux: Les:
» Dieux répandront leurs bénédictions
» fur vous & fur vos champs ; vos trou
peaux fe multiplieront ; votre éloge
volera de bouche en bouche avec vo-
» tre nom. Eh! chers enfans , vous faites
les plaifirs de ma vie ; je coulerai dé-
" formais le refte de mes jours dans le
» fein du bonheur ; & lorfque la mort
» viendra les terminer , ma tête blanche
» deſcendra en paix dans le tombeau și
j'aurai là confolation de laiffer après
» moi des enfans vertueux ».
1
95
Lificas & Cécile continuèrent àfe dif
tinguer par des traits pareils . Leur coeur
étoit une fource féconde , où leurs fem--
blables paifoient des bienfairs ; ils éten--
doient fans ceffe une main fecourable
fur les infortunés gémiffans. Leur huma
nité leur faifoit defirer le bien des hommes.
Leurgénérofité s'efforçoit de le leur
procurer. Tousleurs jours furent marqués:
au fceau de quelque action de vertu .Leurr
hameaufut bien-tôt célèbre . On les furnomma
les amis de l'humanité . Enfans :
reconnoiffans. & refpectueux , tendress
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
Époux , amis conftans , mortels laborieux
& bienfaifans ; ils fe crurent auffi heureuxque
peut le comporter la condition humaine
.
Par M. de Sere , fils.
PHILEMON ou L'AMBITIEUX PUNE.
Sous un ciel ferein & tranquille ,
Loin du commerce de la ville ,
Loin du commerce des humains ,
Philémon vivoit fans chagrins.
Un toît ruftique , mais commode ,
Compofoit tout fon logement ;.
La Nature , toujours de mode ,
Avoit fourni l'ameublement ,
Et paroit ce lieu folitaire ;
Quelques légers arpens de terre ,
Auxquels il prodiguoit les foins ,
Fourniffoient à tous fes befoins ;.
Et , dans la courſe vagabonde ,
Sans ceffe un limpide ruiffeau ,
A ce Philofophe nouveau
Offroit le tribut de fon onde.
Satisfait de peu , Philémon ,
Sans Maîtreffe ,fans Ami traître ,
JUILLET. 1777. IS
•
Dans ce petit réduit champêtre
Vivoit heureux... L'ambition ,
A l'humeur jalouſe , inquière ,
Traînant fur fes pas les defirs ,
Sut découvrir cette retraite ,
Et , plus prompte que les zéphirs ,
Elle y vint fixer fon empire :
Philémon auffi-tôt ſoupire ;
L'ennui le ronge ; un feu nouveau
Dans toutes les veines circule ;
Tout lui déplaît dans fon hameau ;
La foif des richeffes le brûle.
Il a recours aux Immortels ,
Et , pour le les rendre propices ,
Par quantité de facrifices
Il enfanglante leurs autels :
« Grands Dieux , dit-il , dans fa folie ,
Vousfeuls pouvez me rendre heureux !!
» Qu'en un fleuve majestueux ,
Par votre puiffance infinie ,
» Ce foible ruiffeau foit changé ;-
» Faites que ma barque légère
Devienne ,, en s'éloignant de terre ,,
»Un vaiſſeau richement chargé »....
Il dit; & du haut des montagnes ,
Avec bruit , un affreux torrent
Eond, roule , inonde les campagnes ;;
B.vj
36
MERCURE
DE
FRANCE
..
Tout n'eft plus qu'un vafte Océan ,
Qu'il contemple d'un oeilavide ;
Flottant fur la plaine liquide
Un navire s'offre à fes yeux :
Content , il rend graces aux Dieux..
Brayant & les vents & l'orage..
Soudain il quitte le rivage;
Il part , & voit avec douleur
S'abattre, & tomber en pouffière :
Les murs de fon humble chaumière .
Séjour de paix &.de bonheur.
Au même inftant le charme celle.
Accablé d'ennui , de trifteffe ,.
Il voudroit regagner le port:
«O vous , arbitres de monfort ,
Vous qui m'avez , dès mon aurore ,
Accordé d'utiles ſecours ,
»Daignez me protégerencore!...
Aces clameurs les Dieux font fourds ;
L'éclair brille , la foudre gronde ,,
Le vent s'irrite ; le vaiffeau
Flotte incertain au gré de l'onde ,
Et la mer devient fon tombeau...
Privé de toute la fortune ,
Philemon , pour comble de maux,,
Epvain lutte contre les flots.;
périt au fein de Neptune :
JUILLE T. 1777-
377
Victime du courroux des Dieux,
Il meurt épuisé de fatigue,
Regrettant que.le ciel prodigue
Eut daigné répondre à fes voeux
vous qu'une folle efpérance
Livre à d'éternels repentirs ;
Ambitieux , ſur la prudence.
Songez à régler vos defirs !:
Par M. Houllier de Saint-Remy
LA FEMME SAVANTE.
LA prude Eglé , favante fanatique,
Se nourriffoit des bons Auteurs Anciens
Et de leurs mots farciffoit tous les fiens;
Siqu'une nuit , rapporte la chronique ,,
Elle éveilla fon mari trop dormeur,
En lui criant d'une voix héroïque :
Tudors , Brutus , & Rome eft fansvengeur
Par M. P***..
1
38 MERCURE DE FRANCE .
VERS
Chantés , lors du paffage de MONSIEUR
à Saint-Papoul , fur l'air du dernier
choeur du Déferteur.
C'EST Bourbon! & douce ivreffe !
Que ces momens nous font chers !
De notre vive allegreffe
Faifons retentir les airs..
Qu'on l'aime , qu'on le révère ;
Qu'on le célèbre en tous lieux.
Des François , Tuteur & Père ,
Qu'il daigne accepter nos voeux.
Ah ! le plus doux apanage
Des Héros , des demi- Dieux ,
N'eft que dans le pur hommage
Des coeurs qu'ils rendent heureux.
C'eft Bourbon , &c.
Avant ce jour qu'on envie ,.
Tout manquoit à nos defirs ;
Nos ames, en l'éthargie ,
Neformoient que des foupirs
JUILLET . 1777 . 39
Un coup- d'oeil nous rend la vie ,
Tous les biens , tous les plaifirs.
C'eft Bourbon , & c.
L'Hymen , l'Amour l'ont fait naître ,
Et l'ont couronné de fleurs .
Que du fort il foit le maître ,
Comme il l'eft de tous nos coeurs.
C'eft Bourbon , & c.
Par M. Mailhol.
Réponse aux Vouloirs de M. de ***;
U traître Amour je me fierois peut-être,
Si je trouvois à ma guiſe un Amant
Tendre & foumis , fans être languiffant ,
Qui, bien aimé, craignît de le paroître .
Je le voudrois d'une taille agréable ,
L'air gai , l'oeil vif, plein d'efprit & de feu ,
Qui de l'amour ne fe fit point un jeu ,
Et de tromper n'eût point l'art déteſtable.
D'un important qu'il n'ait point le coftume,
Qu'il foit fenfé , mais non fur le retour,.
401 MERCURE DE FRANCE.
Dans les beaux jours , le flambeau de l'amour ,
Lorfqu'il s'éteint , d'un rien on le rallume.
Je le voudrois d'une franchiſe extrême ,
Doux , réservé , fur- tout brave & favant:
Lorſque l'on peut rougir de fon Amant ,,
On a deux fois à rougir de ſoi -même.
De la gaieté qu'il faſſe fa déeſſe ,
Des ris , des jeux , qu'il s'occupe toujours;
Le feu d'amour brille un inftant du jour;
Mais la gaieté nous anime fans ceſſe.
Je veux lé voir , même au fein de l'ivreffe ,,
Me reprocher que j'ai trop combatru ;
Et fi , pour lui , je manque à la vertu ,
Qu'il m'en confole à force de tendreffe.
Par Madame ****
MORALITÉ POUR LES AMANS..
DEPUIS EPUIS cet heureux jour , qu'a Cloris infidèle ,
J'ai fecoué le joug d'un amour méprifé ,
La coquette à mes voeux femble être moins rebelle.
Feignez l'indifférence & vous ferez aimé.
Par M. P.D. E..
JUILLET. 1777. 43
Imitation de l'Epigramme de Martial,
Difficilis , & c.
Vous ous êtes tour - à- tour incommode & facile ,.
Fâcheux , aimable & complaifant ;
Sans vous , je ne fuis pas tranquille ;
Avec vous je fuis mécontent.
Par le même.
ODE à Monfeigneur l'Evêque de
Saint-Flour:
TOI qui , par un choix infigne
De la mitre obtiens les honneurs :
Choix dont te rendront toujours digne,
Ton nom , ton favoir & tes moeurs.
Déjà , dans les facrés Lycées ,
Sont amoncelés les trophées
De ta vafte érudition ;
Et ta candeur , qui te proclame ,.
Nous rend aujourd'hui la belle ame
Du célèbre & grand Fénélon..
t
42 MERCURE
DE FRANCE
.
De la Doctrine véritable ,
Tu joins les tréfors précieux ,
A la nobleffe refpectable
Des Bouteville , tes Aïeux.
Il eft confervé dans l'hiftoire ,
Ce jour fi cher à la mémoire ;
Où, vengeurs des plus noirs forfaits ,
Citoyens fages , intrépides ,
On les vit , nouveaux Léonides ,
Aux Thermopiles Ecoffais.
Ce même amour , ce même zèle ,
Qu'ils montrèrent pour leur pays
Ta grande ame les renouvelle ,
Pár tes faits , & dans tes écrits.
En toi , quel frappant affemblage !
La fociété trouve un fage ;
L'Eglife , un nouveau défenſeur ;
La Religion , fon modèle ;
L'amitié, fon portrait fidèle ;
L'humanité , fon protecteur.
Par M. Sardine , Imprimeur- Libraire ,
à Saint-Flour.
JUILLE T. 1777. 43
VERS
A Madame la Princeffe DE MONACO.
CHAQUE Divinité jadis eut fon partage :
Junon eut la grandeur , le rang , la majesté ;
Minerve les talens ; & Vénus la beauté.
A la Reine du ciel chacun rendit hommage ;
Tout baiffa devant elle un front refpectueux.
Par mille dons rares & précieux ,
Minerve des efprits entraîna le fuffrage;
Vénus , en fouriant , emporta tous les coeurs ;
Zéphir, pour elle , oublia Flore ;
Mars oublia Bellone , Apollon les neuf Soeurss
Et cette Déelle eut encore
Plus d'Amans que d'Adorateurs.
Ainfi la Fable , en fes rians menfonges ,
:
Embelliffoit la vérité :
Mais pourtant la réalité
L'emporte aujourd'hui fur les fonges
De la crédule antiquité.
Aujourd'hui la beauté , les talens , la nobleffe ,
Dans un même fujet réunis ,
Offrent à nos regards furpris,
Vénus en habits de Princeffe ,
44
MERCURE DE FRANCE..
Pallas fous les traits de Cypris.
La grandeur & la bienfaisance
Annoncent toujours fa préſence
Avec l'amour & le plaifir ;
Et toujours marchent fur les traces
La Raifon à côté des Grâces ,
Et le refpect près du defir.
Dans ce portrait , peu digne d'elle ,
Monaco ne verra que l'ombre de fes traits ;.
C'eft le fort de tous fes portraits
D'être au--deffous de leur modèle.
Par M. Dreux , âgé de 22 ans.
IMPROMPTU
Sur GUSTAVE III , Roi de Suède..
L'ALEXANDRE ' ALEXANDRE du Nord , fi fameux dans l'Hiftoire
,
Aux vertus d'un Soldat borna toute fa gloire :
A la fienne Guftave attachant plus d'objets ,
Afu, par fes vertus , rendre heureux fes Sujets..
Par M. de Lanevère , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.
JUILLE T. 1777. 45
MADRIGAL
A M. le Prince DE GHISTELLES ,
Grand d'Espagne de la première Claffe.
A
VOTRE aimable fils d'Hédigneul elle- même,
Veut porterdeux pigeons que je cède & que j'aime :
Qui les verra donner au jeune Richebour2,
Penfera que Vénus les remet à l'Amour.
Par M. le Comte de Couturelle.
Épithalame à Madame DE LACOMBE ,
Epoufe du Lieutenant de Roi d'Arras.
AVECvous un Guerrier que la gloire environne ,
Se plaît à partager les honneurs de fon rang.
Tout couvert de lauriers teints de fon proprefang,
Une Vénus encor de myrtes le couronne .
La Marquife de Béthune-Hédigneul.
2 Le Prince de Richebour
46
MERCURE DE FRANCE.
Tous deux vous commandez dans cet heureux
féjour,
Lui pour le Roi , vous pour l'Amour.
Par le même.
AM. DE CAIL HAVA, fur fa Comédie
AVEC les
de l'Egoïfme.
les armes du génie ,
Lorfque ta Mufe attaque un vice accrédité ,
L'Egoïfme , fléau de la fociété,
Elle le montre à ces jeux aguerrie ,
Et fait goûter plus d'une vérité,
Jetant à pleines mains le fel de la faillie.
Ton ouvrage mérite un laurier immortel;
Tou fiécle te le doit , & pour fa propre gloire ,
Ou la postérité feroit fondée à croire
L'Egoïfme en ce fiécle un vice univerfel.
Par M. Guérin de Frémicourt.
jou York
JUILLE T. 1777. 47.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du premier volume de Juillet.
LE
E mot de la première Enigme eft
le Bas ; celui de la feconde eft Teftat
; celui de la troisième eft la Gauffre.
Le mot du premier Logogryphe eſt
Jaloufie , où le trouvent Louis , loi , joie ,
foie , aile , fale , Jule , voile , ile , Afie ,
Eu , Oife , Jofué, fol , la , fi , Levi , viol,
Livie , Julie , alofe , Sail , Ilus , Saul ,
Eloi , voie , oie , oeil , ouie;;; celui du fecond
eft Chemin , dans lequel fe trouvent
Nice , miche , hé , mine , Chine , chien ,
niche ; celui du troisième eft Dame , où
fe trouvent áme , Dame (à jouer) , Ma
(Nymphe de Rhée) , Adam.
V
ENIGM E,
FEILLE , avare , infenfible , ingrate , ſi tu veux,
Du plus vain des mortels je fixerois les voeux,
Un fils fot & rebelle a caufé ma misère ;
Ce fils , je l'engendrai fans connoître fon père.
48 MERCURE
DE
FRANCE
.
J'offre à tes yeux divers tableaux ;
Des prodiges toujours nouveaux.
On admire en moi la nature ,
On difpute fur ma figure ,
Souvent fort mal , toujours envain.
A ces traits tu dois me connoître :
humain ; Je donne à vivre au genre
Je fuis l'afyle de mon Maître ,
Le nid de deux mille rats ,
Et le fupport des fcélérats.
Par M. Moulet, Maître-ès-Arts.
AUTRE.
SI du nord au midi , du couchant à l'aurore
Je règle en Europe le deftin des Etats ,
Je n'en reçois pas moins de quelques Potentats
Des atteintes toujours que mon fyftême abhorre.
La guerre eft mon fléau, la paix mon élément
Je fers aux Souverains comme aux Danfeurs de
corde ;
Si l'on ne me tient pas , ou fi l'on ne s'accorde ,
On fe bat, on chancelle, on tombe à tout moment.
Mais , c'eft affez , Lecteur, chut , courage , à votre
aife ;
Me devinez-vous ? non ! ch bien , encor un mot ;
Oh!
JUILLET. 1777. 49
Oh ! vous me trouverez , ou je veux être un fot ,
Car peut-être à préfentje foutiens votre chaiſe.
Par M. Bill*** à Florence.
AUTRE.
Nous fommes , jeune Eglé , deax foeurs in-
Léparables ,
Vil rebut des humains , au prinptems de leurs
jours ,
Nous les voyons pourtant enfin doux & traitables,
Quand les maux ont près d'eux remplacé les
amours.
Alors , certes alors , devenant néceſſaire ,
Notre mérite eft rare ; & le vieillard , fans nous,
Dit qu'il ne peut rien voir , rien juger , & rien
faire.
Vois comme les befoins font varier les goûts ;
Un jour , Eglé , viendra que tu feras de même,
A ta Cour aujourd'hui nous n'avons point d'emploi
,
Mais fi le ciel t'accorde une vieilleffe extrême ,
Tu voudras bien alors nous voir auprès de toi .
Fort heureufe qu'encor , de fa main crimi
nelle ,
I. Vol. C
So
MERCURE DE FRANCE.
Le tems , enoutrageant le chef-d'oeuvre des cieux ,
Ne t'ait point enlevé ce qui te rend ſi belle ,
Et fans quoi nous ferions fans emploi toutes deux.
Par M. le Méteyer.
LOGO GRYPHE.
JEE fuis une maifon ruftique ,
Ronde ou quarrée , il n'importe comment ;
Mais bien toujours de forme fymmétrique.
Nombre d'hôtes communément ,
Quoique tous d'une espèce unique ,
Y viennent prendre appartement.
Une chambre y fuffit au plus nombreux ménage :
Chaque étage en contient beaucoup ,
Et la maison comprend plus d'un étage ;
Mais l'efcalier fait face à tout.
On y peut vivre fans rien faire :
On eft nourri comme on eft hébergé ,
Aux dépens du Proprétaire .
Mais un tems vient qu'il eft dédommagé ;
Dire quand , & comment; oh c'eſt une autre
affaire ,
Je fortirois du but queje me fuis preſcrit ,
Et pour un premier point j'en ai déjà trop dit.
JUILLE T. 1777. ST
Que le Lecteur donc éternue ,
Semouche, & crache , & puisje continue .
Si , renverfant l'ordre de mes neuf pieds ,
Vous en formez differens affemblages ,
Vous pourrez , fans être forcicis ,
Trouver un Saint mitré digne de nos hommages ,
Mais qu'à Paris Meffieurs les Écoliers ,
Gens parelleux , fêtent peu volontiers.
Puis ce Voyageur intrépide ,
Qui parcourant le vaſte ſein des mers ,
Le premier, par- delà les colonnes d'Alcide ,
Alla chercher un nouvel Univers.
Une cité, jadis la maîtreffe du monde ;
Ce que trouve fans peine une verve féconde ;
Une tle d'Océan dans le pays d'Aunis ;
Le refpectable appui desarrêts de Thémis ;
Un fleuve ; un inftrument; ce que le Commiſſaire
Prendpour en impofer au timide vulgaire ;
Une ville en Auvergne ; un métal tout puiffant ;
Un pays d'où l'on tire un fromage excellent ;
Le nom des états d'Amphitrite ;
Des Conquérans la Mufe favorite ;
Ce qui dans la cicogne eft le plus apparent ;
Ce que le peintre aux clairs avec adreffe oppoſe;
Ce que de doux un infecte dépoſe
Dans la cellule qu'il conſtruit ;
Cij
52
MERCURE
DE FRANCE
.
Ce qu'au théâtre un spectateur inftruit ,
Trop fouvent applaudit plus que l'Acteur lui
même ;
UnMortel dont le front porte le diadême ;
Deux notes de musique ; un ornement des yeux ;
Enfin , chez les Anciens , favoris de la gloire ,
Lorfque deux rivaux courageux
Vouloient fe difputer l'honneur d'une victoire ,
J'offre le lieu deftiné pour ces jeux ;
Et quand on a chez nous fon honneur à défendre ,
Contre certains braves du tems ,
Un arbie fous lequel on n'a qu'à les attendre,
Et je fuis caution qu'on attendra long- tems.
Par M. D. D. F.
AUTRE
.
JE fut placé jadis au rang des Dieux ,
Maintenant je parcours les Cieux ,
En traverfantun vuide imaginaire ,
Et l'on me tire de la terre.
Le nombre fept , ou bien fept pieds , Lecteur ,
Forment le mot qui défigne mon être.
Fais -en deux parts , fi tu veux me connoître.
L'une t'indique un élément trompeur , i
Qui fait au plus hardi redouter ſa fureur ;
JUILLET. 1777. 53
L'autre eft de foin le fynonyme.
Elle est encor l'objet des voeux
D'un Vicaire & du malheureux
Qu'accable la douleur dont il eft la victime.
Par M. Vincent , C. de Q.
AUTRE.
UNE chenille me produit.
Mon cher Lecteur , fi mon chef eſt détruit ,
Je fuis cet oifeau domeftique
Qui fut chez les Romains jadis fi respecté.
Si c'eft ma queue , au même inftant j'indique
Un terme de propriété.
Mais qu'on retranche queue & tête ,
Je fuis alors une divinité ,
Qu'avant tout Jupiter avoit changée en bêre.
Par le même.
Ciij
54 MERCURE
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
L'Odyffée d'Homère , traduite en vers
avec des remarques ; fuivie d'une dif
fertation fur les voyages d'Ulyffe. Par
M. de Rochefort , de l'Académie des
Infcriptions & Belles Lettres . A
Paris , chez Brunet , Libraire , rue des
Ecrivains. 2 vol. in- 8 °.
1
L'ENTREPRISE de traduire Homère , &
de le traduire en vers François , tentée f
fouvent & fi infructueufement
dans le
dernier fiècle , paroiffoit abandonnée fans
retour. Ceux qui auroient pu s'en occuper
dans celui-ci , fe reffouvenoient que
Racine & Defpréaux l'avoient tentée, &
que , mécontens de leurs effais en les
comparant avec l'original , ils avoient
fini par les jeter au feu. Il falloit beaucoup
de courage , & plus de hardieffe ,
peut-être, pour fe livrer à un travail que
deux hommes de cette force , & fur- tout
Racine , avoient jugé au-deffus d'eux .
L'admiration de M. de Rochefort pour
le Prince des Poëtes , lui a donné ce courage
, fes talens juftifient fa confiance.
JUILLET. 1777 SS
Il y a quelques années qu'il a publié la
traduction de l'Iliade ; il vient d'achever
celle de l'Odyffée ; & fon travail fur ce
Poëte favori , n'a diminué, ni fon enthou
fiafme , ni fa vénération. On n'en doit
point être étonné : on fait de quel oeil les
Traducteurs regardent ordinairement
leurs originaux . Le Poëte Grec étoit plus
fait qu'un autre , pour infpirer cette efpèce
de fanatifme , excufable fans doute ,
& qui étoit néceffaire pour le traduire.
On pardonnera à M. de Rochefort , dans
le point de vue où il fe place , de ne rien
voir d'égal à Homère ; mais on ne fera
peut-être pas de fon avis , lorfqu'après
avoir comparé Homère à lui - même, l'Iliade
à l'Odyffée , & être convenu qu'à plu
fieurs égards , le premier Poëme eft fupérieur
au fecond, il mettroit volontiers encore
celui- ci au- deffus de tous les Poënies
connus. Il auroit dû fe reſſouvenir
que le fixième Chant de l'Énéïde
comme il l'a obfervé lui - même
laiffe bien loin derrière lui le onziè
me de l'Odyffée , qui paroît en avoir
donné l'idée . La vifion d'Ulyffe , l'évo
cation qu'il fait des Ombres , eft bien au
deffous de la defcente d'Enée aux Enfers.
M. de Rochefort ne s'est fait cette objec-
Civ
56 MERCURE
DE FRANCE
.
30
tion que pour y répondre , & il le fait
d'une manière au moins ingénieufe. « Les
Champs Elifées , tels que Virgile nous
» les dépeint , n'exiftoient pas encore
» dans la mythologie : ainfi cette admirable
oppofition que Virgile nous pré-
» fente des lieux de tourmens & des lieux
"
99
» de délices , ne pouvoit pas être employée
»par Homère. Mais, que dirons-nous de la
partie la plus intéreffante & la plus admi-
» rable de cet épifode ; de celle où Anchife
» montre à fon fils toutes les ames qui
» doivent un jour animer fes defcen-
» dans ? Peut-être que fi Virgile avoit
» vécu cinquante ans plutôt ; s'il n'avoit
pas fallu flatter un maître ; fi les Romains
euffent été en tout Romains ,
peut-être , dis-je , n'aurions-nous pas
» eu ce chef- d'oeuvre de Poëfie & d'adu-
» lation. Quoi qu'il en foit , comme le
fiècle d'Augufte nous eft plus préfent
» que celui d'Homère , il faut avouer
que la fiction de Virgile fera toujours
plus piquante , plus noble , plus inté-
»reffante à nos yeux , que celle du Poëte
» Grec ».
"
»
»
» Il femble que ces aveux coûtent à M.
de Rochefort ; c'eft avec peine qu'il voit
la fupériorité de fon Auteur s'évanouir
quelquefois ; il n'a pu fe diffimuler que
(
JUILLE T. 1777. 57
le quatrième Chant de l'Enéïde offre encore
un objet qui met Virgile au- deffus
de toute comparaifon. Le Poëte n'a trouvé
que dans fon coeur , dans la connoiffance
qu'il avoit des paffions , le développement
qu'il fait de la naiffance , des
progrès & des fuites de celle de Didon .
» Les intrigues amoureufes de Calypfo
» & de Circé, ne font que des aventures ,
& n'ont prefque rien de l'amour ; Min-
» clination réciproque d'Ulyffe & de
Pénélope , ne nous préfente que les
traits graves & décens de l'amour con-
» jugal , l'attachement le plus tendre
mais fans tranfport & fans paffion . Les
Grecs , fans doute alors , n'étoient point
» encore parvenus , comme les Romains
fous Augufte , à ces temps de luxe , de
licence & de galanterie , où l'amour
» devient l'occupation la plus importante
» de la vie , où il entre dans tous les en-
» tretiens , où il fe mêle à toutes les affaires
civiles & politiques ; où tous
» les Auteurs qui veulent réuffir , cher-
» chent à mettre en jeu cette paffion , &
à intéreffer en leur faveur , la vanité de
ce fexe aimable , par qui elle conſerve
le plus d'empire
"".
Nous ne nous arrêterons pas à exami-
Cv
$ 8 MERCURE
DE FRANCE
.
+
ner ces excuſes . Il y a long- temps que le
jugement du public eft fixé aut fujet des
deux Poëtes & de leurs Ouvrages. Il eft
permis d'avoir des idées particulières.
H ne s'agit pas ici de les difcuter ;
il faut laiffet ce foin aux Journaliſtes, qui
ne rendent compte des opinions d'un
Ecrivain , que pour lui oppofer les leuts.
. Le Public voit dans ce que nous avons
dit , ce que M. de Rochefort penfe
d'Homère ; il le verra d'une manière
plus détaillée dans fon Ouvrage ; il ne
nous demande fans doute pas ce que nous
en penfons nous - mêmes . Nous devons
nous borner à lui rendre compte du travail
de l'Auteur. En général, on trouvera de la
douceur & de la pureté dans l'expreffion ,
fouvent de l'énergie , & quelquefois des
négligences. La marche générale des vers
eft un peu languiffante . Il eft fouvent dif
ficile à un Traducteur de la rendre vive &
précife . On defireroit qu'il eût pu ne pas
employer quelquefois beaucoup de vers
pour en rendre un petit nombre. Ce
pendant on les lit avec plaifir. Nous ci
terons l'endroit où Ulyffe arrive à la porte
de fon Palais , inconnu de tout le monde ,
& reconnu par fon chien. « J'aime mieux;
» dit Pope , le Roi d'Ithaque pleurant
» à la vue de fon chien fidèle , que
JUILLET . 1777. 19
repouffant , l'épée à la main , une
» armée entière d'ennemis acharnés fur
» lui feul.
Tandis qu'il rappeloit ſes triſtes deſtinées ,
Il voit un chien chargé de misère & d'années .
C'étoit fon cher Argus , qu'il nourrit autrefois
Pour déclarer la guerre aux habitans des bois .
I nefit pas long-tems le plaifir de fon Maître ;
Sans peine cependant il fait le reconnaître :
Languiffant, éperdu , privé de tous fecours ,
Ce n'eft plus cet Argus qu'on vit dans fes beaux
jours ,
Sur les pas des Chaffeurs , plein d'ardeur se
d'audace ,
De la biche ou du daim fuivre aifément la trace.
Dédaigné maintenant , trifte objet de pitié ,
Couché près de la porte , il demeure oublié,
Les ans , la maladie ont épuifé fa force.
Mais à l'afpect d'Ulyffe , il s'effaye , il s'efforce ;
Il ne peut fe lever, & fon corps impuillant
Donne au moins à fon Maître un figne careffant.
Ulyffe l'apperçoit & détourne la vue ;
Il cache la douleur dont fon ame eft émue ;
Il effuie en fecret fes yeux de pleurs trempés.
De quel faififfement tous mes fens font frappés !
De ce chien , difoit- il , que je plains la vieilleffè!
Autant que fa beauté , fon deftin m'intéreffe.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Vécut-il pour la chaffe , ou fut- il , loin des bois ,
Nourri dans ce palais pour le plaifir des Rois ?
Hélas ! répond Eumée , il fut cher à ſon Maître ;
Si dans fes premiers ans vous l'aviez pu connaître,
Qu'il vous cût étonné ! combien dans les forêts
Il favoit éventer , chercher , fuivre de près
Des plus fiers animaux les traces odorantes !
Languiffant aujourd'hui , fes forces expirantes
Des Efclaves en vain attendent quelques foins.
Nul d'eux ne daigne plus pourvoir à fes befoins.
De ces hommes ainfi l'ingrate négligence ,
D'un Maître infortuné met à profit l'abſence ;
Car l'opprobre des fers dont l'Efclave eft lié ,
Soudain de fa vertu lui ravit la moitié.
M. de Rochefort , malgré la gêne de
la verification , a fait une traduction
exacte; une partie précieuſe de fon travail ,
& dont fans doute on lui faura gré, ce font
fes notes. S'il y en a quelques-unes qui
font uniquement deftinées à faire remarquer
une tournure admirable d'Homère ,
une adreffe de plan , que tout le monde
fentiroit aufli bien que le Traducteur
il y en a qui ont un autre mérite , celles
fur tout qui annoncent un homme qui
connoît parfaitement la langue d'Homère
, & mieux qu'on ne la fait commuJUILLET.
1777. 6.1
nément dans ce fiécle , où l'on ne peut
difconvenir qu'elle ne foit très - négligée .
Fréquemment M. de Rochefort redreffe
les Traducteurs & les Commentateurs
du Poëte ; il corrige quelques méprifes
de Madame Dacier , & celles que Pope
a faites d'après elle.
$
La Differtation fur les voyages d'Ulyf
fe , qui termine cette traduction , eft
remplie de recherches , & bien ſupérieure
à toutes celles de ce genre . L'Aureur
n'a rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
un autre , en rapportant tout ce qu'on
a dit fur la route d'Ulyffe , auroit fini
par en donner une carte exacte & détaillée;
M. de Rochefort fait voir qu'il
n'y a rien de plus incertain . « S'il fut
» jamais permis d'avoir quelques doutes
»fur des matières hiftoriques , c'eſt
» fans contredit fur celle- ci , qui ayant
jadis partagé les Auteurs , femble en
quelque forte nous défendre de juger
» un procès qu'ils n'ont pu terminer
» eux-mêmes » .
"
و د
Dictionnaire hiftorique , bibliographique
portatif, contenant l'hiftoire des Patriarches
, des Princes Hébreux , des
Empereurs , des Rois & des grands
Gi MERCURE DE FRANCE .
:
Capitaines ; des Dieux & des Héros
de l'antiquité Payenne ; des Papes ,
des Saints Pères , des Evêques , des
Cardinaux célèbres , des Hiftoriens ,
Poëtes , Orateurs , Théologiens , Jurifconfultes
, Médecins , & c. , avec
leurs principaux Ouvrages & leurs
meilleures Éditions ; des femmes favantes
, des Peintres , & c. & géné
ralement de toutes les perfonnes illuftres
ou fameufes de tous les fiècles &
de toutes les nations du monde , dans
lequel on indique ce qu'il y a de plus
curieux & de plus intéreffant dans l'Hiftoire
facrée & profane , par M. l'Abbé
l'Advocat, Docteur , Bibliothécaire &
Profeffeur de la Chaire d'Orléans , en
: Sorbonne. Nouvelle Édition corrigée
& augmentée. A Paris , chez Leclerc,
Libraire , Quai des Auguftins ; 3 vol.
in- 8 ° . Prix , 15 livres.
•
L'objet & l'utilité du Dictionnaire de
M. l'Abbé Ladvocat , font fuffisamment
connus on en a vu une multitude d'autres
, publiés à fon imitation , & aucun
ne l'a fait oublier. Tous font tombés ;
& le fuccès de celui- ci s'eft foutenu conftamment.
Il n'y a pas d'autre réponſe
JUILLET . 1777. 63
à faire aux eritiques qui l'ont attaqué .
Quelques négligences , quelques erreurs
qui étoient inévitables dans un Ouvrage
de la nature de celui- ci , ne prouvent
rien contre fon mérite en général : ces
défauts ont difparu , pour la plupart ,
dans la nouvelle Edition que nous annonçons.
Les Editeurs qui le font occupés
du foin de vérifier le travail de M.
l'Abbé Ladvocat , en ont trouvé peu ,
& ils ont reconnu qu'il étoit beaucoup
plus exact qu'on ne le penfe communément.
Ils invitent les Lecteurs à leur
faire connoître les fautes qui leur feront
échappées. Ils fe propofent d'en publier
la correction dans les mois de Janvier
1778 & 1779 , en y joignant les aug
mentations auxquelles le temps pourra
donner Heu. Les Additions feront diftribuées
gratis à ceux qui auront acquis
Ouvrage avant le terme fixé pour
leur publication. Ce procédé eft affuré
ment très-honnête. Il affure à cetre Edi
tion des avantages que ne lui ôtera point
ane nouvelle , lorfqu'on l'entreprendra ,
& le Public peut acquérir celle - ci avec
confiance. Les Additions qu'on y a faites
ne fauroient être plus nombreuſes ni
plus intéreffantes ; elles ne font pas moins
64 MERCURE
DE FRANCE .
1
"
de fix cens pages d'impreffion ; c'eſt un
volume tout entier. Outre les perfonnages
célèbres , morts depuis l'an 1760 ,
on a augmenté l'Hiftoire politique de la
fuite chronologique des Souverains de
chaque Pays. Parmi ces Souverains , il
y en a plufieurs dont l'Hiftoire ne rappelle
que les noms ; ils ne fe trouvent
pas en conféquence dans ce Dictionnaire
à leurs articles , parce qu'ils ne peuvent
en fournir un pour les diftinguer de
ceux dont il y eft parlé , on a mis une
aftérique devant les derniers ; les moeurs
du fiècle , les changemens arrivés dans
le Gouvernement , fous les règnes de
différens Rois en France , ne font point
négligés aux articles qui les concernent ,
& ces détails fervent à répandre plus
d'intérêt dans les articles de plufieurs
de ces Rois, qui font auffiplus inftructifs.
Dans ceux - ci , il eft queftion d'hommes
conftitués en dignité. On a mis l'origine
de leur Famille , fon extinction. ou
fon exiftence actuelle. Pour trouver la
plupart des Princes , il falloit les chercher
dans la première Edition , à leurs
noms de baptême, qu'il étoit très- permis
d'ignorer. Le Lecteur avoit befoin de
favoir que le Duc de Mayenne s'appeJUILLE
T. 1777. 65
loit Charles ; le Grand Condé , Louis ;
le Duc de Guife , François , &c : pour
épargner l'embarras , on a fait une courte
filiation de ces Princes , & inféré leur
article à cette filiation , ou renvoyé à
leurs noms de baptême.
>
La partie Littéraire n'offre pas des
augmentations moins confidérables. En
faifant connoître les Auteurs , on indique
auffi leurs Ouvrages , & fur- tout
les meilleures Éditions . Ce Dictionnaire
eft terminé par le Catalogue général
de tous les livres dont on y a parlé ; ce
Catalogue étoit néceffaire pour y trouver
des livres de la plus grande rareté
& dont les Auteurs font abfolument
ignorés. Il ne fervira pas moins pour les
autres Ouvrages dont les Auteurs font
connus & dont les noms s'oublient
quelquefois. Les productions les plus
rares & les plus curieufes qui ayent paru
depuis l'origine de l'Imprimerie , s'y
trouvent défignées avec celles qui font
utiles . C'e un fervice rendu aux Bibliographes.
Ce Catalogue contient plus
de 15000 articles .
,
Les Editeurs invitent ceux qui auront
découvert des fautes , & qui voudront
bien indiquer des améliorations ou des
65 MERCURE
DE FRANCE
.
augmentations , de les adreffer à M. le
Clerc , Libraire , Quai des Auguftins ,
qui les leur fera paffer. Celles qui leur
font parvenues pendant l'impreffion ,
& qu'ils ont placées à la fin de chaque
volume , feront connoître de quelle na
ture font telles qu'ils demandent.
W
Mémoire qui a remporté le prix au
Jugement de l'Académie de Dijon ,
le 18 Août 1776 , fúr la queſtion
expofée en ces termes : Déterminer
quelles font les maladies dans lesquelles
la Médecine agilante eft préférable à
l'expectante , & celle- ci à l'agiffante ;
& à quels fignes le Médecin reconnoît
qu'il doit agir ou refter dans l'inaction,
en attendant le moment favorable ·
pourplacer les remèdes ? Par M. Voubonne
, Docteur en Médecine de la
Faculté de Montpellier ; Aggrégé &
premier Profeffeur dans la Faculté
d'Avignon . A Avignon , chez Niel
Imprimeur- Libraire.
·
L'Objet de ce Mémoire eft un des
plus importans pour la perfection de la
Médecine & pour la confervation de
Fhumanité , & doit piquer la curiofité
JUILLET. 1777. 67
des Lecteurs. Le ftyle avec lequel il eft
écrit , réunit tous les avantages propres
au genre , la préciſion , la clarté , une
élégance continue ; il s'élève même quel
quefois avec une fage hardieffe , & peint
toujours avec beaucoup de mérite &
d'énergie. L'Auteur , que fon génie a
mis fort au-deffus des préjugés , rejette
toutes les théories , dédaigne l'efprit de
fyftême fi contraire aux progrès de l'Art
de guérir , & fi funefte aux malades ;
préfente la Médecine en grand , la débarraffe
de toutes les épines du jargon
de PEcole , lui fait parler un langage
fimple & noble , intelligible à tous les
hommes qui penfent. Nous n'entrepren
drons point de faire une analyſe fuivie
de ce Mémoire fi propre à exciter
la curiofité , & à entraîner rous les
Lecteurs . Nous nous bornerons à faire
quelques obfervations que nous foumertrons
à l'examen de l'Auteur couronné.
Un coup - d'oeil fur la partie Chirurgicale
de la Médecine dans le remplacement
des os , dans l'extraction des corps étran
gers , & c. ne paroît pas pouvoir fuffice à
la preuve contre les détracteurs de l'Art
de guérir , dont toutes les objections
portent fur la cure des maladies internes :
68 MERCURE DE FRANCE .
c'eft fous ce point de vue qu'ils ofent re
garder la Médecine comme un échafaudage
d'ignorance & d'impofture. Nous
ofons dire que l'utilité inconteſtable de
cet Art falutaire ne fera jamais révoquée,
endoute, que par des efprits fuperficiels,
à qui un bon mot tient toujours lieu de
raifon , & quine feront peut- être jamais.
capables de connoître & d'apprécier le
mérite des obfervations d'Hyppocrate &
de tous les Maîtres de l'art , répandus
dans les diverfes contrées du monde , &
dans l'étendue des fiècles.
L'Auteur ajoute qu'il eft un grand
nombre de maladies , comme les inflammations
décidées , qui fuivent une mar
che invariable , & que l'art qui entreprendroit
de l'arrêter , deviendroit infailliblement
ou inutile , s'il manquoit fon
but , ou funefte s'il avoit le malheur de
l'atteindre. Il fe hâte de conclure qu'en
général il eft démontré qu'il eft des
maladies où l'on peut & l'on doit tout
attendre de l'application d'un fecours
étranger ; & qu'il en eft d'autres dont
on ne fauroit approcher la main fans
les aigrir. 11 me femble que cette conféquence
fe réduit néceffairement à
reconnoître pour objet naturel de l'actiJUILLET.
1777. 69
vité de l'art , certains cas de maladies
Chirurgicales , & à lui interdire
toute eſpèce d'action dans toutes ies
maladies internes ou externes , dont la
marche eft invariable . L'Auteur ne
veut sûrement pas donner au domaine
de l'Art , des bornes fi étroites . Son intention
fur cet objet fe manifeſte dans
la fuite de fa differtation .
S'il eft vrai qu'on trouve par- tout des
règles fages fur l'adminiftration des remèdes
, & le détail quelquefois minutieux
desfignes auxquels nous devons reconnoître
les maladies , & les momens
des maladies dans lefquels ces divers fe
cours font convenables ou déplacés , la
queftion paroît décidée , & la Médecine
agiffante mérite la préférence dans tou
tes les circonftances où ces divers fecours
font convenables , & doit refter dans
l'inaction , dès qu'ils font déplacés . La
Médecine n'agit jamais que d'une manière
particulière ; c'eft alors qu'elle a le
rapport & l'influence la plus immédiate
avec fon objet. L'idée abftraite d'un fecours
indéterminé , n'eft pas compatible
avec une action véritable fur l'homme
malade ; & fon utilité réelle , comme
fes dangers , tiendront toujours à tel ou
79 MERCURE DE FRANCE .
tel moyen en particulier , par lefquels
feuls , elle agit véritablement.
#
L'Auteur ne paroît pas lui- même avoir
donné à cette image d'un combat entre la
nature & le principe morbifique fous
laquelle les Anciens aimoient à peindre
la maladie , toute l'étendue dont la jufteffe
la rendoit fufceptible. Il l'applique
il eft vrai , à tous les temps de la mala
ladie ; mais il pouvoit en faire l'application
à tous les mouvemens de l'Art
qui , dans ce combat , doit toujours être
du ne pas forcer
parti de la Nature ,
l'ordre de fes mouvemens , à moins
qu'ils ne foient visiblement des écarts
mais le faciliter feulement , en éloignant
les obftacles qui s'oppofoient à fa victoire
; & quand il feroit vrai que l'Art
ne doit jamais conduire la nature , il
ne devroit pas être dès -lors regardé
comme inutile & méprifable , puifqu'il
auroit le mérite de la feconder dans un
grand nombre de cas , en prêtant la
main à fes triomphes ; & comme l'Auteur
le dit très- bien lui- même , ( pag. 4,
7 & 18 ) , la nature fût-elle fuffilante
pour dompter fon ennemi fans le fecours
de l'Art , l'Art eft autorifé à faire accep
ter à la nature un fecours qui facilite l'ou
JUILLE T. 17775 7.1
vrage, abrège le temps , & épargne le travail.
Cette belle Sentence d'Hippocrate ,
natura morborum Medicatrices , ne dégrade
point la nobleffe & l'utilité de
Art. Il n'eft guères moins glorieux de
favoir étudier & fuivre la nature dans
fa marche , que de la conduire quand
elle s'égare. La pensée d'Hippocrate n'eft
pas moins vraie ; lorfque l'Art agit fur
le principe morbifique , on doit avouer
que, dans ces cas , l'Art paroît avoir plus
de part à la guérifon ; mais la cure ne
s'opère jamais , fans que la nature mette
la main à l'oeuvre. L'extraction du calcul
eft l'ouvrage de l'Art. Le foin de la nature
fera de calmer les irritations , & de
refermer la plaie . Elle travaille d'une
manière plus vifible & plus glorieufe
encore , dans la taille à deux temps.
Elle expulfe le calcul ; l'Art n'a fait
lui ouvrir la voie , qu'enlever un obftacle
infurmontable ; s'il eût voulu aller
plus loin , il ruoit le malade que la
nature guérit en chaffant fon ennemi
peu-à-peu & fans danger. Dans le remplacement
des os , la nature calme les
parties nerveufes & tendineufes , qui
avoient fouffert une violente irritation ;
l'Art ne fait que rapprocher les os frac
turés ; c'eft la nature qui les foude.
que
72 MERCURE DE FRANCE .
que
L'intervalle qui fépare les paroxifmes
de l'épilepfie , n'eft un état de fanté
dans quelques fujets. Les caufes occafionnelles
que Vanswieten recommande
d'attaquer , fubfiftent dans un très - grand
nombre ; & ce qui borne les fuccès des
Médecins , c'eft qu'ils n'étudient pas affez
les différentes caufes capables d'occaſionner
cette affreufe maladie pour les combattre
avec avantage dans le temps
qui paroît être celui d'une parfaite fanté.
Combien les appéritifs , les vermifuges ,
les ftomachiques , l'ufage d'un régime
fagement indiqué , ont -ils guéri d'épileptiques
? L'Auteur nous répondra qu'alors
cette maladie rentre dans la claffe
de celles qui ont pour principe une caufe
occafionnelle fubfiftante , & qu'il faut la
détruire. Nous avouerons avec l'illuftre
Vanswieten , que cette maladie a quelquefois
des caufes occafionnelles infur
montables ; mais on conviendra auffi
qu'elle en a fouvent de cachées , qu'on
a été affez heureux de les rencontrer ,
en attaquant fucceffivement plufieurs
caufes poffibles . Ne pourrions - nous pas
appliquer à l'épilepfie ce que notre Auteur
dit de l'appoplexie : là où le danger
de la part de la maladie eft réel & extrême
,
JUILLE T. 1777 . 73
me,l'Art ne doit point calculer trop fcrupuleufement
les inconvéniens douteux ,
de fecours qui ont paru falutaires dans des
cas femblables ; cette confidération paroîtra
d'autant plus forte , que les inconvéniens
, dans l'application des fecours ,
font ici bien moins redoutables que dans
l'apoplexie ; & qu'à l'envifager , foit
en elle-même , foit dans fes fuites , l'épilepfie
eft également dangéreufe. L'Auteur
regarde généralement les naufées
des vomiffemens , &c. au commencement
des fièvres aiguës même putrides ,
comme des fymptômes d'irritation que
la faignée calme plus efficacement
que les vomitifs , qu'il profcrit toujours
au commencement des maladies
aigues. Il s'autorife de l'obfervation
de M. de Haen , à laquelle il n'ignore
furement pas qu'on pourroit oppofer
celle de bien des Médecins du premier
ordre , & le célèbre M. Lieutaud en
particulier.
>
Hyppocrate reconnoît qu'il eft au commencement
des maladies , des cas où la
nature furchargée , fait des efforts fpontannés
& falutaires , pour fe débarraſſer
du fardeau qui l'oppreffe ; fi l'on ne l'aide
dans cette circonftance , elle faccombera
H. Vol D
7+ MERCURE DE FRANCE.
infailliblement dans le travail de la coction.
Ces cas font rares , comme l'obferve
Hyppocrate ; mais , quoique rares ,
ce grand homme a fenti qu'ils étoient
réels , & n'a pas voulu qu'on les perdît
de vue . Aufli , plufieurs habiles Médecins
, dans les maladies où les fignes de
putridité étoient frappans, après avoir mis
en ufage les délayans pendant 24 heures ,
& la faignée , s'ils la jugeoient néceffaire ,
aidoient par un doux vomitif les efforts
de la nature qui fe fortifioit alors en fe
déchargeant d'un fardeau infupportable.
La maladie fe terminoit plus promptement
, plus facilement , plus heureuſement.
On a vu des Épidémies putrides
enleyer dans une fauffe crife , prefque
tous les malades qui n'avoient pas vomi
le fecours de l'Art , durant les premiers
jours , tandis qu'un doux vomitif
fauva la vie de prefque tous ceux qui
l'avoient pris dans les premiers temps de
la maladie .
par
L'Auteur du Mémoire eft entré dans
prefque tous les détails dont le fujet
étoit fufceptible , & n'a omis aucune des
loix générales qui peuvent fervir de guides
dans les circonftances différentes .
Entre la médecine agiffante & la médeJUILLE
T. 1777 . 75
cine expectante , la faine raifon ne fe
décide point pour une préférence exclufive
, comme l'obferve l'Auteur ; l'expectation
ne feroit plus que ftupidité ; l'activité
ne feroit plus que turbulence ; elle
leur affigne à chacune leur place & leurs
momens ; mais elle veut qu'elles marchent
toujours enſemble , prêtes à ſe ſecourir
mutuellement , & qu'elles concourent
à l'envi pour le falut du malade .
›
Lettres fur les Spectacles , avec une Hiftoire
des Ouvrages pour & contre les
Théâtres ; par M. Defprez de Boiffy.
Sixième édition confidérablement
augmentée par l'Auteur ; 2 vol. in- 12 .
Prix 6 liv. rel. A Paris , chez Boudet
& Morin , rue SaintJacques ; la veuve
Defaint , rue du Foin ; Nyon l'aîné ,
rue St Jean-de - Beauvais ; & Froullé ,
Pont Notre- Dame.
Cer Ouvrage reçut , dès fon origine ,
l'accueil le plus favorable ; on vit même
des Gens de Lettres les plus intéreffés à
la caufe des Théâtres , louer l'intention
de l'Auteur & la manière dont il l'avoit
remplie. Ils entrevirent qu'il attaquoit
moins l'art dramatique , que les abus
Dij
76 MERCURE
DE FRANCE
.
qu'on faifoit de cet art , & qui leur paroiffoient
en effet mériter les plus vives
cenfures.Tel fut entre - autres le jugement
qu'en porta un célèbre Poëte Dramati
que , qui étant alors chargé du Mercure
de France , annonça cette production
dans le mois de Mars de l'année 1756 .
La notice qu'il en donna fut terminée
par l'obfervation fuivante : Comme la
différence des fentimens ne doit pas nous
rendre injuftes , nous ajouterons , à la
louange de M. Defprez de Boiffy , que
fon Ouvrage nous a paru très-bien écrit.
Un autre Journaliſte obferva : Qu'il étoit
honorable à la vérité & aux moeurs , qu'un
pareil Ouvrage eut été réimprimé; & que,
vu fa bonne tournure , il le feroit plus
d'une fois. Le voilà en effet parvenu à fa
fixième édition . Chacune a eu fes accroiffemens
; mais cette dernière eft augmentée
de plus de cinq cents pages . Le
premier volume contient deux Lettres ,
dont l'objet eft de combattre le préjugé
de ceux qui prétendent que notre Theatre
eft l'école des moeurs & une eſpèce
de cenfure publique . M. Defprez de
Boiffy attaque cette affertion de toutes
fes forces ; & comme dans une queſtion
de cette nature , l'expérience doit fortiJUILLE
T. 1777. 77
fier la théorie des principes , l'Auteur
cite en preuves les autorités les plus perfuafives.
Les Défenfeurs des Théâtres s'y
trouvent combattus avec leurs propres
armes , & par des témoignages tirés des
écrits faits même en faveur des Spectacles
. Cette nouvelle édition contient de
plus , à la fuite des deux Lettres , un
choix judicieux de différentes Pièces ,
relatives à l'objet que l'Auteur s'eſt fait
un devoir d'approfondir.
Le fecond volume renferme l'Hiftoire
des Ouvrages pour & contre les Théâtres .
Elle eft précédée de notices préliminaires
, beaucoup plus étendues que dans
l'édition précédente. Elles offrent une
hiftoire abrégée de l'art dramatique
depuis fon origine jufqu'à notre tems ;
& il y eft parlé incidemment des Romans
, avec des réflexions fur ce genre de
productions .
>
Cet Ouvrage eft devenu , par les augmentations
qu'on y a faites , un Livre
intéreffant pour la Littérature. Il eſt enrichi
de plufieurs anecdotes curieufes , &
de plufieurs obfervations qu'on lit avec
plaifir , & qui forment une variété
agréable. L'Univerfité de Paris & les
bons Inftituteurs de la jeuneffe , tant de
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
la Capitale que des Provinces , ont penfé
que les lettres de M. D. de B. devoient être
mifes entre les mains des jeunes gens
prêts à entrer dans le monde. En effet ,
J'Auteur ne cherche dans fon Ouvrage
qu'à rétablir la pureté des moeurs , le
vrai fondement de la profpérité des Empires.
Il ramène tout à cet objet important.
On ne peut pas fe diffimuler que
l'amour effréné des Spectacles , ne fut
une des principales caufes de la perte de
plufieurs floriffantes Républiques de la
Grèce , & que Rome ne refta vertueuſe
que tant qu'elle ne fe livra pas à ce
genre de plaifir , fi propre à faire naître
l'amour du merveilleux , & à dégoûter
de la medefte fimplicité , cette compagne
inféparable des bonnes moeurs. Auffi
Caton , le plus fage des Romains , crut
devoir s'expofer fortement à l'établiffement
d'un Théâtre fixé , & prédire que
ce feroit pour Rome une Carthage plus
redoutable que celle que l'on venoit de
détruire. Les événemens ne prouvèrent
que trop combien cette prédiction étoit
pleine de fageffe .
L'Auteur des Lettres , animé de ce
même zèle , ne s'eft pas borné à expofer
les principes d'une faine morale ; mais il
JUILLET. 1777. 79
cite encore , pour appuyer fon opinion ,
plufieurs noms célèbres dont l'illuftration
eft due autant à leurs vertus qu'aux talens
éminens qui les ont diftingués ; &
dans ce nombre on y diftingue avec
plaifir les Pontchartrain , les d'Agueffeau ,
les d'Ormeffon , dont les noms font f
chers à la Nation .
La quantité de perfonnes & d'objets
dont il eft parlé dans cet Ouvrage , exigeoit
encore plus dans cette nouvelle
édition , une Table des matières ; on
l'a placée à la fin du fecond volume.
Chaque Tome a de plus un Avertiffement
, qui contient des preuves de l'intérêt
que des perfonnes diftinguées ont
pris au fuccès de cet Ouvrage , qui a été
également bien accueilli dans les Pays
étrangers , puifque les Lettres y ont été
traduites en latin & en italien.
Pratique moderne de la Chirurgie , par
M. Ravaton , Chirurgien- Major de
l'Hôpital Militaire de Landau , Infpecteur
des Hôpitaux de Bretagne
Chevalier de Saint- Roch , & Penfionnaire
du Roi ; publiée & augmentée
par M. le Sue le jeune , ancien Prévôt
du Collège de Chirurgie , &c. A Paris ,
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
chez Didot le jeune , Lib . quai des
Auguftins ; 4 volumes in-12 . Prix rel.
12 liv.
On voit paroître beaucoup de Traités
fur les maladies chirurgicales , mais on
en voit peu d'auffi utile que celui ci ;
Il eft compofé d'après l'expérience de M.
Ravaton , qui a travaillé pendant cinquante
ans à mettre en pratique ce qu'il
y preferit ; & il n'eft pas moins théorique
& méthodique par les foins que M. le
Sue le jeune s'eft donné pour le rédiger.
Il renferme un traité des tumeurs , qui
mène à la connoiffance de prefque toutes
les maladies de caufe interne ; un traité
des maladies des yeux , des oreilles , des
dents , des maladies vénériennes ; un
précis fur les accouchemens, fur les maladies
des os , les opérations de chirurgie ;
& la defcription de nombre d'inftrumens:
& machines nouvelles , pour l'extirpation
du polype du nez , pour la réduction de la
mâchoire inférieure , & la réduction du
bras & de la cuiffe , à leur articulation fupérieure;
pour contenir la luxation du condyle
inférieur du péroné , les luxations
& les fractures de la clavicule , celles du
bras , de la cuiffe , de la rotule & de la
JUILLET. 1777 .
jambe ; pour rapprocher & contenir les
bouts caffés du tendon d'Achille ; un lit
avec fa bottine , pour les fractures des
jambes qui font accompagnées de plaies ;
une autre bottine propre à faire marcher
les bleffés après l'amputation du pied
près les malléoles. Un moyen affure &
fouvent éprouvé pour la guérifon des
pertes involontaires d'urine ; un peffaire
d'une nouvelle invention , pour empêcher
la chûte de la matrice ; un bandage
pour contenir les hernies ; un inftrument
pour rompre dans l'eftomach la chaîne du
ver folitaire ; un autre pour tirer les gros
graviers du canal de l'urèthre , & les corps
étrangers des oreilles ; deux bandages
pour comprimer les tumeurs anévrismales
des artères fous- clavières , & du
pli du coude ; un ferre ligature pour
étrangler les tumeurs enkiftées , qui ,
par leur volume , font craindre que l'extirpation
ne foit accompagnée d'hémorrhagie
dangereufe ; un tourniquet poI
arrêter le cours du fang pendant l'ampatation
des extrémités : tous ces inframens
,toutes ces machines font repréfentés
dans l'Ouvrage par autant de planches
, pour qu'on puiffe les concevoir plus
facilement.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
De la compofition des Payfages , ou des
moyens d'embellir la nature autour des
habitations , en joignant l'agréable à
l'utile . Par R. L. Gérardin , Meftrede
Camp de Dragons , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de Saint-
Louis , Vicomte d'Ermenonville . A
Paris , chez Delaguette , Inp.- Lib. rue
de la Vieille Draperie.
On ne peut pas toujours changer les
fituations ; mais on doit au moins chercher
à les embellir & tirer parti du terrein
qu'on occupe , en faifant tous les
efforts poffibles pour y joindre l'utile &
l'agréable . Rien ne s'oppofe plus à cette
union que cette régularité trop méthodique
, qui ne laiffe appercevoir que l'art
& la violence qu'on a faite à la nature.
Cette forte d'harmonie que l'on exige ,
ne doit pas détruire cette négligence que
la nature femble affecter dans fes productions
; & l'art qui dirige la décoration
des jardins , ne doit pas s'y trop
montrer auffi l'Auteur de la compofi
tion des payfages , pénétré de ces vérités
, ne peut pas voir de bon oeil que le
fameux le Nôtre ait introduit cet art
JUILLET . 1777. &;
deftructeur de la nature , qui affujétit
tout au compas de l'Architecte . Il fe
plaint que l'on a réduit tout l'efprit dans
ce genre , à tirer des lignes & à étendre
le long d'une règle , celles des croifées
du bâtiment ; auffi- tôt la plantation ,
dit-il , fuivit le cordeau de la froide fymmétrie
; le terrein fut applati à grands
frais par le niveau de la monotone pla
nimétrie ; les arbres furent mutilés de
toute manière , les eaux furent enfermées
entre quatre murailles ; la vue fut emprifonnée
par de triftes maffifs , & l'afpect
de la maifon fut circonfcrit dans un
plat parterre découpé comme un échiquier
, où le bariolage de fable de toutes
couleurs , ne faifoit qu'éblouir & fatiguer
les yeux auffi la porte la plus
voifine , pour fortir de ce trifte lieu ,
fut -elle bientôt le chemin le plus fréquenté.
On n'avoit point un parc pour s'y
promener, & l'on s'entouroit à grands
frais d'une enceinte d'ennui , on fe fe
paroit , par un obstacle intermédiaire ,
de la campagne , tandis que, par un
inftinct fecret , on s'empreffoit d'aller
la chercher , quelque brute qu'elle pâr
être , de préférence à toutes les allées
Dvj
84
MERCURE
DE
FRANCE
.
1
bien droites , bien ratiffées & bien ennuyeufes
.
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, cherche à faire éviter tous ces
défauts , & nous indique les moyens de
développer , de conferver ou d'imiter la
belle nature. C'eſt par cet art qu'on
réalifera ces defcriptions & ces tableaux
enchanteurs , dont les Poëtes de tous les
âges & les Peintres de tous les fiécles
nous ont offert le modèle . Cet art , qui
peut devenir un des plus intéreffans ,
produira des ouvrages , dont l'effet fera
de charmer l'oeil , & de répandre la férénité
dans l'ame. C'eft le moment de
revenir , dans tous les arts , au vrai goût
dont on s'écarte ; & l'Auteur , par fes
-préceptes judicieux & par fa manière:
d'écrire qui plaît & intéreffe , ne peut
que contribuer à hâter cette heureufe
révolution .
Hiftoire de Rhedy, Hermire du Mont
Ararat , Conte Oriental , traduit de
l'Anglois ; 2 parties in- 12. A Londres ;
& fe trouve à Verfailles , chez le Févre
, Libr. rue Satory.
Amur - Affan- Kan , Gouverneur da
JUILLE T. 1777. 85
Ghylan , Province de Perfe , homme
jufte & bienfaifant , eft accufé auprès du
Sophi par des ennemis envieux , que
Féclat de fes vertus lui a fufcités. Obligé
de fuir pour dérober fa tête au danger
qui la menace , il fe met en chemin avec
fa femme , fon fils encore enfant , un
Ami qui l'accompagne , & deux Efclaves.
Dans fa route , il voit encore aug
menter fes malheurs par la perte de fon
fils , qu'une bête féroce dévore prefque
à fes yeux. Il arrive , accablé de douleur,
chez un vieux Hermite retiré au pied du
Mont Ararat. Cet Hermite eft Rhédy
qui cherche à confoler Amur de fes
infortunes , en lui faifant le récit de
celles dont fa vie a été remplie.
2
Fils d'un des principaux Seigneurs de
Perfe , Rhédy , au fortir de l'enfance ,
étoit allé parcourir les Pays étrangers
fous la conduite d'un- fage Gouverneur ,
qu'il perdit dans le cours de fes voyages.
Il revient en Perfe avec une jeune &
belle Géorgienne , à laquelle il a donné fa
foi , & trouve fon père mort. Après lui
avoir rendu les derniers devoirs , il fonge
à époufer fa chère Sélima , lorfque Savi
Muftapha , Pun des principaux Béglierbegs
de la Province , fondé fur des pro86
MERCURE DE FRANCE
pofitions antérieures de fon père , lai
offre fa fille en mariage ; &, fur fon
refus, devient fon plus mortel ennemi, &
trame fa perte avec le Grand-Vifir Ainan
Ola. Ce Miniftre ,homme injufte & cruel,
commence par dépouiller Rhédy de fes
biens. Le plus précieux de tous , fa chère
Sélima , lui reitoit encore ; mais l'abominable
Vifir ne tarde pas à la lui enlever.
En voulant faire réfiftance aux
ravifleurs , çet Amant infortuné eft pris
lui-même & jeté dans un cachot , d'où
il parvient heureufement à fe fauver. Il
fe rend à Ifpahan , s'y déguife en Marchand
Mogol , pour n'être point reconnu
, & loue une boutique . Quelques'
tems après il eft reconnu par Obéid ,
Intendant des Eunuques du Harem du
Sophi , ancien Efclave affranchi de fon
père , & qui eft attaché au fils de fon
bienfaiteur par l'amitié & la reconnoiffance.
L'honnête Eunuque apprend à
Rhédy que Sélima eft dans le Harem
& que le Sophi , devenu amoureux
d'elle , n'a encore fait que de vains efforts
pour réduire fa conftance. Il procure
une entrevue aux deux Amans , & s'oc
cupe des moyens de les faire évader.
Dégoûté de fa place , il eft réfolu de fe
1
JUILLET . 1777. 87
fauver avec eux , & d'aller vivre dans fa
retraite . Il exécutent tous trois leur projet
; mais après bien des contre-tems , &
à travers une foule de périls qui paroiffoient
inévitables , ils fe rendent au Mont
Ararat , auprès d'un vénérable Hermite ,
ami d'Obeid , qui fert de père aux
Amans & les unit. Rhédy vit heureux
pendant quelques années , avec fa chère
Sélima ; fon bonheur eft encore augmenté
par la naiffance d'un fils & d'une fille.
Mais le refte de fa vie n'eft plus qu'an
tiffu d'infortunes. Il perd d'abord pref
qu'à la fois le vieux Hermite & fon
fidèle ami Obéid. Bientôt après , fon
Epoufe périt miférablement par une
chûte , en tombant dans un ruiffeau , &
fe brifant la tête contre le roc. Enfin
une troupe de Brigands , paffant dans les
environs de fa retraite , enlève fa fille &
maſſacre fon fils. La piété à laquelle il
fe livre dans fon hermitage , l'empêche
feule de fuccomber à tant de malheurs.
Une vifion céleste achève de remettre le.
calme dans fon ame. Enfin il éprouve
encore un raïon de joie , en revoyant fa
fille qui a été délivrée des mains des
brigands , par un jeune Perfan de diftinction
, qui eft devenu amoureux d'elle,
83
MERCURE DE FRANCE.
& lui a infpiré les mêmes fentimens.
Rhédy confent avec joie à leur union ;
mais il refufe , malgré les inftances de
fa fille & de fon gendre , de quitter fa
folitude , & s'y enfevelit pour le refte de
fes jours.
Il y a beaucoup d'intérêt dans ce
Roman , où l'Auteur Anglois a très -bien
fuivi le coftume oriental.
État de la Médecine , Chirurgie & Phar
macie en Europe, & principalement
en France , pour l'année 1777 ; par
une Société de Médecins ; volume
in- 1z. A Paris , chez la Veuve Thibouft
, Imprimeur , place Cambray s
prix 3 liv. br.
Cet Ouvrage eft divifé en plufieurs
parties ; les Auteurs ont d'abord fait
précéder un effai fur la manière dont les
Allemands pratiquent la médecine , relativement
à leur climat , à leur nourriture
, à leurs habitudes , & à leur conftitution
primitive & acquife , compa
rée à celle qui eft en ufage en France.
Après cette differtation préliminaire
ils commencent le catalogue des Méde
K
JUILLET. 1777. 89
cins , Chirurgiens & Apothicaires du
Royaume & des Pays étrangers. La première
partie renferme la lifte des Médecins
de la Cour , des Chirurgiens & des
Apothicaires employés au fervice du Roi
& de la Famille Royale ; on y voit en
tête une lifte chronologique des premiers
Médecins , depuis 1461. A l'article de
chaque Médecin fe trouve le catalogue
des Ouvrages qu'il a faits. La feconde
partie concerne la Faculté de Médecine
de Paris , le Collége Royal de Chirurgie
on y trouve auffi une lifte des
Sage-Femmes & des Apothicaires , avec
leur demeure ; on a joint à cette partie
tous les établiffemens faits à Paris , qui
ont rapport à l'art de guérir. La troiſième
partie regarde la Médecine , la Chirurgie
& la Pharmacie dans les différentes Provinces
du Royaume ; on a divifé cette
partie par l'ordre alphabétique des Provinces.
La quatrième partie eft deſtinée
aux Hôpitaux Militaires de terre & des
armées ; & la cinquième enfin traite de
l'état de la Médecine , Chirurgie &
Pharmacie dans les différens Royaumes
de l'Europe . On finit enfin ce recueil par
une notice des Ouvrages qui ont paru
en 1776 , touchant les objets dont ik
90 MERCURE
DE FRANCE .
s'agit dans cet état. Il auroit été à fouhaiter
que les Auteurs euffent donné une
table raifonnée du contenu de ce catalogue
, pour le rendre plus facile à parcourir
& en faciliter l'ufage , & qu'ils euffent
mis un peu moins de partialité
dans certains détails , & un peu plus
d'exactitude ; mais il n'eft pas douteux
qu'ils le perfectionneront de plus en plus
toutes les années cet Ouvrage ; il en eft
d'autant plus fufceptible , que , dans le
cours d'une année , il arrive beaucoup
de changemens ; au furplus , il eft déjà
infiniment fupérieur à celui de 1776.
Le Congrès de Cythère , du Comte Algarotti
, traduit en françois , fur la
feptième & dernière édition . A Florence
; & fe trouve à Paris , chez Dorez
, Libr , rue St Jacques , près St
Yves , 1777. Prix 1 liv. 4 f. br.
Le dix-huitième fiécle venoit d'éclore
, lorfque les plus belles contrées de
l'Europe furent privées pendant quelque
tems , de la préſence de l'Amour , les
Poëtes ne les voyoient plus fe nicher
entre deux beaux yeux , & vuider en
tous lieux fon carquois : les Amans fouJUILLE
F. 1777.
piroient feulement par habitude , ou par
réminifcence de leurs anciennes bleifures
. On portoit divers jugemens fur la
caufe d'une nouveauté auffi étrange. Les
uns imaginoient que le fils de Venus fe
tenoit caché , fans pouvoir deviner en
quel lieu , attendant peut être l'occafion
de fe venger d'une Belle , infenfible à
fes traits ; d'autres , qu'il s'étoit endormi
à la repréſentation d'un Drame , où à
une affemblée d'Académie , & que le
fommeil l'y retenoit encore. Ailleurs ,
on le croyoit occupé à troubler le Confeil
des Rois , ou bien , infpirant à quel
ques Poëtes le fujet d'une églogue ou
d'un madrigal. Enfin , des efprits plus
profonds prétendoient qu'il s'étoit retiré
du monde avec une nouvelle Pfyché , &
qu'il s'enivroit auprès d'elle de ce nectar
, dont il réfervé quelques gouttes aux
mortels ..
Mais rien de tout cela ne çaufoit
l'abfence de l'Amour ; une affaire d'Etat
occupoit fortement ce Dieu , & le retenoit
dans l'Ile de Cythère . Il s'étoit
élevé entre plufieurs Nations de l'Europe
une grave conteftation , fufceptible de
beaucoup de difficultés , & dont la décifion
appartenoit à l'Amour. Le Dieu ,
92 MERCURE DE FRANCE.
irréfolu , prend le parti d'affembler fon
Confeil. Il appelle donc l'Efpérance ,
» aimable Déïté , dont le regard toujours
» ferein attache à la vie les plus mal-
» heureux , par la douceur de fon in-
» Aluence ; un vaſe eft dans fes mains
" à
qui contient une nourriture propre
>> fatisfaire tous les goûts, & un remède.
» pour tous les maux. Il appelle la Té-
» mérité , à l'air vif & petulant , qui
plaît d'autant plus aux jolies femmes
" qu'elle paroît les offenfer davantage ;
qui ne perd jamais l'occafion de vue ,
» & faifit la Fortune par les cheveux.
» La Jaloufie , cette Divinité fombre
» qui empoifonne tous les plaifirs , ne
» fe nourrit que de foupçons , digne
compagne de l'Envie , avec laquelle
elle habite dans le fond du Tartare ,
» n'ofa point fouiller , par fa préfence ,
» le féjour fortuné de l'Amour . Le Dieu ,
qui ne peut échapper à fa pourfuite fur
» la terre , fait lui défendre l'entrée de
fon Ifle. Mais il n'eut pas befoin de
» mander la Volupté , fidelle compagne
» de fes traces ; fes lèvres font vermeilles
» comme la rofe , fes dents blanches
» comme l'ivoire ; elle a le front petit ,
» les yeux bruns ; fes cheveux de même
"
"
»
JUILLE T. 1777 93.
و د
conleur , & légèrement parfumés ,
» tomboient , d'un côté , fur l'épaule
gauche en boucles ondoyantes , & de
» l'autre , étoient relevés par derrière en
» forme de noeuds : fa robe légère , qui
» laiffoit entrevoir les charmes de fa
perfonne , étoit élégante fans être trop
» parée , & fa ceinture étoit celle de
» Vénus même. Tels furent les Con-
» feillers de l'Amour : les Jeux & les
» Plaifirs les accompagnèrent en qualité
» de Miniftres inférieurs » .
2
L'Amour fe plaint à fon Confeil des
défordres arrivés dans l'Empire Amoureux
; il ya , dit- il , parmi les Nations
autant de fectes en amour , qu'il y a de
manières de vivre & de formes de Gouvernement.
Celle- ci fait des fentimens
du coeur un objet purement intellectuel ;
celle - là veut les affujétir aux caprices de
la mode ; & cette autre affecte de confondre
les appétits charnels avec les impulfions
les plus délicates de la volupté.
Cherchons donc les moyens de concilier
les différens partis , & de prévenir de
plus grands défordres .
Après différens débats , on réfout ,
d'après l'avis de la Volupté , de convoquer
un Congrés de diverfes Nations à
94 MERCURE DE FRANCE .
Cythère , afin de connoître la fource du
mal; & que chaque Nation de l'Europe ,
intéreffée dans la difpute , y enverroit
une Ambaffadrice. Les Jeux & les Plaifirs
vont aufli-tôt annoncer la volonté de
l'Amour aux mortels . L'Angleterre députe
Milady Graveli ; Madaine de Jafy
eft élue par la Nation Françoife ; & le
choix de l'Italie tombe fur la Signora
Béatrice . Les trois Dames abordent à
Cythère.
93
Milady Graveli avoit une robe de
moire blanche , parfaitement adaptée
» à fa taille , avec des manches courtes
» & larges , un tablier dont le tilfu étoit
transparent , & une coëffure pyramidale
fur la tête ; elle étoit accompagnée
» d'un jeune frère qui , durant le voyage ,
» s'étoit toujours tenu à l'écart pour lire
» le Tacite de Gordon , & le voyage en
» Grèce , de Spon. Avant d'aborder à
Cythère , il avoit voulu , à quelque
prix que ce fût , vifiter le Promontoire
d'Actium , & les ruines de Nico-
» polis.
99
"
19 Madame de Jafy avoit tant de rouge
» fur les joues , que les habitans de Cy-
" thère fe la montroient comme un objet
» extraordinaire ; elle étoit parfumée
JUILL E T. 1777. ༡༨
" .
» d'ambre & d'autres fenteurs. Sa robe
» de taffetas couleur de paille , brodée en
argent , & fon court jupon , n'empêchoient
pas d'appercevoir une jambe
de la plus jolie forme qu'on ait vue
depuis la charmante Gabrielle . Elle
» étoit environnée de trois ou quatre
» Galans , pofant la main fur le bras de
» l'un , fouriant à l'autre , & agaçant
» celui-là ; ils marchoient autour d'elle
» en fautillant , & en entrelaçant leurs
pas, Ils trouvoient , pendant la route ,
que les habitans de Cythère étoient
» étrangers à leur propre pays ; & à
» mefure que les délicieux bocages de
» cette Ifle s'offroient à leur vue , ils ne
manquoient pas de leur oppofer les
» Jardins de Sceaux & de Marly.
·">
»
›
» Le Vertugadin de la Dame Béatrice
» étoit d'une coudée plus ample que
» celui de Madame de Jafy ; fa coëf-
» fure étoit ornée de rubans très - riches ;
» fes cheveux , artiftement bouclés
» étoient couverts de pierreries . Néan-
» moins elle étoit encore belle avec tant
» d'ornemens . Une troupe nombreuſe
» de Sigisbés formoit fon cortége ; les
>> uns marchoient devant , les autres
» derrière , & tous envioient le fort de
96 MERCURE DE FRANCE .
"
».celui qui étoient élevé à la dignité
d'Ecuyer. On voyoit marcher gravement
parmi eux un feptuagénaire par-
» fumé , tenant d'une main un léger
rofeau , & de l'autre , une paire de
" gants que la Dame lui avoit donnés à
» garder ».
Les trois Ambaffadrices font chacune
un difcours conforme au caractère de
leur Nation . Madame de Jafy fait l'apologie
du culte qu'on rend en France à
l'Amour , & demande qu'il foir adopté
& fuivi par toutes les Nations. Milady
Graveli fe plaint au contraire de la froideur
& de l'indifférence des Anglois . La
Dame Béatrice ne fe plaint pas moins
des défordres & des fcandales de toute
efpèce , qui fe font , dit- elle , introduits
en Italie dans l'Empire Amoureux . Elle
fait là-deffus une complainte affez longue
, & ne manque pas d'y mêler fréquemment
des pallages de Pétrarque &
autres Poëtes Italiens . La Volupté , chargée
par l'Amour de remédier à tout ,
fait entrer dans le Temple les Chevaliers
des trois Dames , qui n'avoient point
affifté à la féance , & leur ordonne
d'écouter les Loix que l'Amour veut
qu'on obferve dans fon Empire. Ces Loix
font
JUILLE T. 1777.
97
*
font des préceptes fur l'art d'aimer ,
renfermés dans un difcours que la Volupté
prononce. Au fortir du Temple,
l'Amour fait préparer un feftin des plus
exquis aux trois Dames & à leur fuite ,
dans lequel on fert aux François , du vin
mêlé avec de l'eau de la Fontaine de
Vauclufe ; on y verfe aux Italiens du vin
de Champagne ; & aux Anglois , du vin
clairet , avec quelques gouttes dè népenthès
anti- politiques.
Cet ingénieux badinage eft accompagné
d'un Jugement de l'Amour fur le
Congrès de Cythère. On y trouve trois
Lettres des trois Ambaffadrices à l'Hiftorien
du Congrès , où elles fe plaignent
qu'il a falfifié leurs difcours. L'Amour
ordonne en conféquence à l'Hiftorien de
leur en faire une humble réparation.
Effai fur les Machines Hydrauliques
contenant des recherches fur la manière
de les calculer , &-de perfectionner
en général leur conftruction ; une
Méthode nouvelle pour conftruire les
vaiffeaux ; la defcription de plufieurs
machines nouvelles , propres à porter
l'hydraulique à un haut point de perfection
, & le détail d'un grand nom
II. Vol.
E୨୫
MERCURE
DE
FRANCE
.
* །
bre d'expériences très intéreffantes.
Dédié à S. A. S. Monfeigneur le Duc
d'Orléans , Premier Prince du Sang.
Par M. le Marquis du Creft , Colonel
en fecond du Régiment d'Auvergne.
A Paris , chez Efprit , Libr . de S. A.
S. Monfeigneur le Duc de Chartres ,
au Palais Royal ; in- 8 °. · ·
Cet Ouvrage eft plein de recherches
& de vues intéreffantes , propres à perfectionner
la partie de la méchanique
qui traite du mouvement des machines ;
l'Auteur s'eft borné aux machines hydrauliques
; mais fes obfervations l'ont
conduit à des découvertes , & de pareilles
obfervations , appliquées à d'autres
parties de la même fcience , peuvent les
mener auffi à un plus haut degré de perfection.
L'expérience , appuyée fur de
bons principes , eft le moyen que M. le
Marquis du Creft confeille , & qui lui
a paru très-négligé jufqu'ici : on y a
fuppléé par des hypothèſes ; mais elles
n'ont fait que multiplier les erreurs.
Dans prefque toutes les méthodes , on a
voulu réfoudre les queftions relatives au
mouvement des fluides , par les principes
du mouvement des corps folides.
JUILLE T. 1777 : 99
par
On a regardé en conféquence la réfiftance
des premiers comme une percuffion
, tandis qu'elle n'eft réellement
qu'une prellion . Toute percullion , dit
M. du Creft , fuppofe une vîteffe plus
grande dans le corps choquant que dans
le corps choqué ; & fon effet ne fe calcule
que dans l'inftant même du choc.
La réfiftance des fluides n'offre rien de
pareil. Dès qu'une fois le mouvement
eft arrivé à l'uniformité , les parties font
fans ceffe contigues les unes aux autres ,
& on ne peut plus fuppofer que le corps
réfiftant foit continuellement atteint
le corps pouffant . Après avoir établi la
différence prefque infinie entre la percuffion
& la preffion , l'Auteur effaye de
réfoudre la queftion d'une manière nouvelle
; il avoue qu'il n'entreprend la
folution que d'un feul cas ; mais c'eſt
beaucoup , puifque fa méthode l'a conduit
à prouver que dans tous les autres
cas , la théorie ordinaire eft la fource
d'une multitude d'erreurs . En combattant
les Géomètres qui ont trouvé des
réfultats différens des fiens , & même
entièrement oppofés , il le fait avec les
égards dus à fes Maîtres. Un Ouvrage
chargé de problèmes & de calculs , ac-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE .
compagné de planches qu'il faut avoir
fous les yeux en le lifant , n'eft pas fufceptible
d'extrait ; nous nous contentons
de l'annoncer , & d'en recommander la
lecture.
De la Senfibilité, par rapport aux Drames
, aux Romans & à l'Education ;
par M. Mifteler. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Mérigot jeune ,
Lib. quai des Auguftins , au coin de la
rue Pavée ; in.80.
L'Auteur de cet Ouvrage paroît y
avoir entrepris en général , la défenfe
de tous les Ouvrages qui portent l'empreinte
de la fenfibilité ; mais il s'eft
attaché particulièrement à défendre les
Drames , ou Comédies larmoyantes. Il
commence par fe plaindre du déchaînement
général d'une partie des Gens de
Lettres contre ce nouveau genre . « Le
» genre des Drames , dit -il , eft en proie
» aujourd'hui à cette animofité , à cet
» acharnement , fruits ordinaires de l'envie
, qui cherche à détruire ce qu'elle
n'a pas créé. Auteurs Tragiques , Comiques
, tout eft contre lui ; tout fe
laiffe entraîner au torrent de la fatire...
"
20
JUILLET. 1777. 101
"
"
"
98
» Pour moi qui , cédant bonnement aux
impreffions que je reçois , fans cher→
» cher à les détruire par des raiſonne-
» mens captieux , par des idées de mode ,
» de caprice ; pour moi , dis- je , qui
adopte , fans balancer , un genre quelconque
, dès qu'il me fait plaifir ,
» j'avoue que j'aime beaucoup une bonne
Tragédie , une Comédie gaie & bien
faite , un Drame touchant & bien con-
» duir ». En effet , tous les genres font
bons , pourvu qu'ils foient bien traités ;
c'eft l'opinion , connue depuis long- tems ,
d'un très - célèbre Ecrivain vivant , & M.
Mifteler auroit pu s'appuyer d'une autorité
auffi refpectable en littérature . Il
fonde encore fon plaidoyer en faveur
des Drames fur un autre argument , qui
n'eft pas moins fans réplique , fur la
différence des goûts . Un homme dont le
coeur eft froid , mais l'efprit vif & pétil
lant , s'attachera plutôt à un Ouvrage
léger & frivole , ou dont le but moral
ne porte que fur quelques légers ridicu
les , qu'à un Ouvrage de fentiment
;
pendant que ce même Ouvrage agréable
& fuperficiel ne fera que peu d'impreffion
fur l'homme dont le coeur fenfible ,
l'ame profonde & énergique , exigent
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des peintures fortes & touchantes , propres
à le remuer & à l'attendrir .
ל
و د
C
Suivant M. Miftelet , une ame fenfible
ne peut trouver , dans la Tragédie ,
l'aliment qui lui eft propre ; il trouve
que ce genre n'a pas un but moral déterminé
, ce n'eft , felon lui , qu'un tiffu
d'événemens romanefques , plus propres
à nous amufer qu'à nous inftruire , ou
que la peinture de vertus féroces , qui
ne font point dans nos moeurs , & que.
la faine raifon ne permettra jamais
d'adopter. De quelle utilité peut être ,
ajoute t- il dans une note , pour la plus
grande partie des hommes , tout l'héroïfme
répandu dans nos Tragédies ;
» héroïfme fouvent porté à l'excès , &
approchant plus de la férocité que de
» la vertu ? Mais quel Particulier ne fera
» pas touché du perfonnage de l'honnête
» Notaire dans l'Indigent , Drame de M.
» Mercier. Les vertus qu'il offre , les le-
» çons qu'il donne , intéreffent la fociété
» entière : ceci nous regarde , ceci eft dans
» nos moeurs . On ne fauroit trop mettre
» fous nos yeux toute l'étendue des de-
» voirs de notre état » .
»
19
"
Tout ce que M. Miftelet dit en faveur
des Drames , il l'étend enfuite aux
JUILLE T. 1777. 103
»
·
Romans & aux autres Ouvrages de fentiment
; il infifte beaucoup , dans cette
partie de fa Differtation , fur l'utilité
dont pourroit être , dans l'éducation , la
lecture des bons Romans ; & fur les
bons effets qu'une fenfibilité bien dirigée
fruit de cette lecture , pourroit pro
duire dans le coeur des jeunes gens. Les
pères & les mères , dit-il , ne fauroient
» trop cultiver la fenfibilité dans leurs
» enfans des deux fexes , la leur infpirer
» par la lecture des Ouvrages qui en
» font une peinture intéreffante , qui
» nous enſeignent les écarts où elle peut
nous jeter , quand elle eft mal dirigée ,
» & qui nous préparent à la connoiffance
» du coeur humain , partie trop négligée
» de l'éducation ».
La conclufion de l'Ouvrage de M.
Miſtelet , en eſt en quelque forte le réfumé.
J'ai voulu prouver , dit-il , aux
Détracteurs des Drames & des autres
Ouvrages de fentiment , qu'ils avoient
» tort de profcrire an genre qui , en nous
> offrant la peinture touchante de l'in-
» nocence malheureufe , le tableau effrayant
du crime & des remords , pé-
» nètre , attendrit notre coeur , & nous
porte néceffairement à la vertu ; que
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
» c'est l'égoïfme qui engendre tous les
» maux dont la fociété eft affligée ; qui
» nous rend durs , injuftes , cruels , &
que la fenfibilité de l'ame en eft le
» remède , lorfqu'elle est éclairée par la
raifon que cette même raifon , fans
la fenfibilité , eft toujours imparfaite
ود
"
puifqu'elle ne fent pas tous les rap-
» ports qui exiftent entre les hommes ;
» comme la fenfibilité , fans la raifon
peut être la fource d'une infinité d'er-
» reurs , puifqu'elle n'a point de guide
» affuré pour le conduire ; mais que c'est
de l'affemblage de la fenfibilité & de
» la raifon , c'est-à-dire , de l'énergie , du
» feu de l'une tempéré par la prudence ,
» & l'efprit de difcuffion de l'autre
» que naît la vraie vertu & le vrai
» génie
336
Flora Parifienfis ou deſcriptions &
figures des plantes qui croiffent aux
environs de Paris ; par M. Bulliard.
A Paris , chez Didor le jeune , Libr .
quai des Auguftins. Tome II.
Le Cahier que nous annonçons ici , eft
le premier du Tome II , & le cinquième
de la collection . L'Auteur & le Libraire
JUILLE T. 1777. 105
ne négligent rien pour fatisfaire le Pu
blic , tant par l'exactitude avec laquelle
les Cahiers fe fuccèdent les uns aux autres
, que par la perfection qu'ils tâchent
d'apporter à cet Ouvrage.
Journal des Caufes célèbres de toutes les
Cours Souveraines du Royaume , & c.
pour lequel on foufcrit chez M. Deseffarts
, Avocat, rue de Verneuil , la troifième
porté - cochère avant la rue de
Poitiers ; & chez le fieur Lacombe
Lib. > rue de Tournon › près le
Luxembourg. 12 vol. in-12 . par an.
Prix de la foufcription , 18 liv. pour
Paris ; & 24 liv. pour la Province.
Franc de port.
Nous avons rendu compte des trois.
premiers volumes de ce Journal , qui ont
paru en Janvier , Février & Mars de cette
année. Depuis , il a paru quatre volumes,
qu'on nous fauta gré fans doute de faire
connoître. Ils contiennent des cauſes trèspiquantes
, & qui ne peuvent qu'aug
menter le fuccès de cet Ouvrage périodique
.
Le Volume du mois d'Avril renferme
deux cauſes très- intéreffantes . La pre-
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
mière eft une queftion d'État ; & la feconde
eft le Procès du fcélérat qui a été
rompu depuis peu à Orléans , pour avoir
fabriqué une machine infernale , & s'en
être fervi pour faire périr le mari d'une
femme dont il étoit amoureux .
- Pour donner une idée de l'intérêt de
la première de ces caufes , les Rédacteurs
du Journal l'annoncent ainfi : « Cette
» affaire ( difent- ils ) eft une des plus
» curieufes qquuee nnoouuss aayyoonnss inférées dans
» notre recueil . Les Orateurs auxquels
» elle a donné lieu de faire briller leurs
>>
» talens la préfentoient
eux - mêmes
» comme digne d'occuper l'attention du
public , & capable d'exciter le plus
grand intérêt. Il eft des événemens
,
difoit le défenfeur de l'enfant dont
l'état étoit compromis
; il eft des évé-
» nemens dont le tiffu paroît fi extraor-
» dinaire qu'ils reffemblent
prefque
» à ces fictions ingénieufes
, ouvrage
68
و ر
d'une imagination qui fe plaît à s'éga-
» rer. C'eft ainfi qu'il caractérifoit l'hif-
» toire fingulière qui avoit donné lieu à
»cette conteftation.
י - כ
Que d'intrigues il faudra dévoiler
» difoit fon antagoniſte ! Les grandes
paffions paroîtront fucceffivement fur
» la fcène. Nous découvritons , tour-à-
و و
JUILLE T. 17774 107
» tour, les fautes de l'ambition; celles de
» la haine ; celles de l'amour ; celles auffi
de la cupidité. Ces tableaux triſtes &
»fombres feront par- tout éclairés par
quelques vertus. Du fein des torts &
» des foibleffes , fortiront des traits éclatans
de courage , de bonne foi , de
grandeur d'ame & de conftance " .
و د
:
ཝཱ
Le Volume du mois de Mai contient
trois cauſes .
La première eft un rapt de féduction.
La feconde eft l'affaire de la Gourdan ;
& la troisième , eſt le Procès qui a étéfait
récemment à des Ufuriers. La caufe de
rapt eft on ne peut pas plus fingulière ;
elle préfente un aflemblage de circonftances
plus bizarres les unes que les autres.
On peut dire qu'elle réunit l'inté
rêt du Roman à celui de la vérité ; ainfi
elle ne peut être lue qu'avec le plus grand
intérêt .
Le nom de la Gourdan fuffit, pour faire:
naître la curiofité , & pour faire defirer
de connoître les détails de la feconde
caufe . Cette femme étoit accufée de faire
le commerce honteux de proftitution
dans la Capitale. Les circonftances de
cette affaire font très- piquantes.
Le Volume du mois de Juin eſt com
pofé de trois caufes .
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
La première est celle d'un vieux Médecin
, accufé d'avoir fait un enfant à une
jeune Sage -femme. La feconde eft une
queftion d'Etatfur la légitimité d'enfans
nés & baptifés pendant la durée d'une
union criminelle , déguifée fous la forme
refpectable d'un mariage ; & la troifième
préfente une queſtion importante fur les
effets de la mort civile. La condamnation
par contumace , d'un Curé aux Galères à
perpétuité , pour avoir féduit & enlevé
une femme , a donné lieu à cette affaire.
Les Rédacteurs annoncent ainfi la
caufe du vieux Médecin.
» Si la caufe , difent- ils , dû vieillard
» amoureux d'une jeune fille , que nous
» avons inférée dans un de nos précédens
Volumes , eft une preuve que l'amour
» eft de tout âge , la caufe dont nous
allons rendre compte , offre un nou-
» vel exemple de cette vérité.
»
Elle préfente un tableau également
curieux & bizarre . D'un côté, c'eft une
jeune fage-femme qui accufe un Mé-
" decin fexagénaire de l'avoir féduite
» en l'affurant qu'elle deviendroit un
» jour fon époufe , quoiqu'il fût marié
» & qu'il eût une femme & des enfans.
» De l'autre , c'eſt un Médecin confulJUILLET
. 1777. 109
» tant du Roi , un Médecin des Ar-
» mées , & un ancien Docteur de la
» Faculté de Médecine de Paris
» avoue avoir eu une foibleffe
5
qui
pour une jeune fille complaifante
, & veut bien » fe charger
de la nourriture
de l'enfant
» né de fon concubinage
, mais qui refufe » de payer des dommages
-intérêts
à la » mère , fous prétexte
que fa conduite
» & fes moeurs
font bien éloignées
d'être » pures
.
La nourriture de l'enfant eft une
» dette à laquelle je ne prétends point me
» fouftraire , ( difoit le vieux Docteur ; )
» mais la Juftice ne doit point de récompenfe
au libertinage ; & ce feroit en
» accorder une , que de donner des dom-
» mages-intérêts à la fille avec laquelle
j'ai eu commerce .
La feconde caufe eft préfentée fous
un point de vue qui annonce fon importance
& le
ture doit exciter .
> d'intérêt
genre que
la lec-
» De toutes les queftions qui s'agitent
» dans les tribunaux , les plus importan
» tes , fans doute , font celles qui ten-
» dent à compromettre l'état des hommes.
Depuis que nous fommes réunis en fociété
, notre exiftence civile eft deve-
» nue , en quelque forte , auffi précieuſe
ود
"
110 MERCURE DE FRANCE.
» que notre exiftence naturelle . De- là
» l'intérêt général qu'ont excité , dans
» tous les temps , les réclamations d'état .
» Il femble , lorfqu'une pareille queſtion
» s'élève , que chacun craigne pour foi ,
ou pour les fiens , la même contefta-
» tion . Chaque individu compare en fe-
» cret les preuves qu'il a lui- même de
l'état dont il jouit dans la fociété
avec celles qui font adminiftrées par le
» réclamant ; & le jugement qui admet
» celui- ci dans un famille , ou qui l'en
rejecte , femble être un lien univerfel
qui refferre toutes les familles en rapprochant
chaque membre du tronc où
» il s'efforce de demeurer invinciblement
> attaché .
»
55
و د
>
Plus ces queftions font importantes ,
plus les règles établies pour les décider
devroient être claires , lumineufes &
» exemptes de toute équivoque ; mais
» comme la malice humaine eft plus ingénieufe
que la loi , il n'en eft peut-
» être pas où l'application des règles pré-
» fente plus de difficultés .
ود
Enfin , le Volume qui a paru. le premier
de Juillet , contient trois caufes.
La première eft une accufation de parricide
; la feconde eft une demande en
JUILLE T. 1777 .
nullité de mariage , formée par une danfeufe
de la Comédie Italienne ; & la troifième
, la radiation d'un Avocat du Bailliage
, confirmée par un Arrêt récent du
Parlement de Paris .
Voici de quelle manière le premier
tableau de la première de ces cauſes eft
préſenté .
Un fils & fa femme ont été accufés
» de parricide. Un journalier , qui les
» accompagnoit
a été arrêté comme
و د
complice de ce crime. Les premiers
Juges avoient condamné les accufés
» à la queſtion ordinaire & extraordi
» naire, Ceux- ci ont interjetté appel de
» cette Sentence au Parlement de Paris ;
» leur défenfeur préfentoit ainfi cette
affaire également importante par fon
objet & par la bizarrerie des événe-
» mens qui ont traîné trois citoyens dans
» des cachots.
و د
.33
و د
ود
» Tandis , difoit-il , que , dans la capitale
, un monftre , teint du fang
» de fon père , expioit fon crime. en pu-
» blic , d'autres enfans , à Mont-Brifon ,
Le nommé Chaber. L'hiftoire du procès &
du fupplice de ce ſcélérat , eft inférée dans le volume
publié au mois de janvier 1775.
f12 MERCURE DE FRANCE .
étoient pourfuivis pour un attentat anffi
horrible Si l'indignation publique eur
»befoin , pour être foulagée , de voir un
» monftre expirer dans les flammes , au
jourd'hui la pitié s'armera pour les
» malheureux enfans que nous allons
» défendre.
>>
و د
» Leur père eft mort cependant , après
» avoir fui devant eux ; il eft mort après
» avoir appelé à fon fecours. Difons plus :
fon fils infortuné , à qui les circonftan-
» ces faifoient une néceffité de fuivre fon
père , avoit un bâton à la main ; fa
jeune époufe fe traînoit après lui . En-
» fin , un journalier , que ces malheureux
époux occupoient dans leurs pof
feffions , les accompagnoit auffi : docile
» à la voix de ceux pour qui il travailloit
, il avoit volé à leur fecours.... Le
père s'arrête , chancèle , tombe .... On
» approche , il avoit rendu la vie.
59
"
رد
Quel affreux préjugé contre les en-
» fans ! .... Dangereux caprices du fort ,
» jeux incompréhenfibles du hafard
combien vous avez mis l'innocence en
péril !
"
ود
>
Malheureux enfans , à quel fort
» étiez- vous donc réfervés ! .... Si le par-
» ricide eft le plus exécrable de tous les
JUILLE T. 1777. 113
forfaits , le plus grand des malheurs eft
» d'en être accufé injuſtement ».
"
Les deux autres caufes qui fe trouvent
dans ce volume , méritoient d'occuper
une place dans la collection de toutes
les affaires curieufes & intéreffantes
qui fe jugent dans les différens Tribunaux
du Royaume. Ce Recueil devient
de jour en jour plus piquant. La
variété qui y règne , & le choix des affaires
dont il eft compofé , affurent de
plus en plus le fuccès de ce Journal ,
qui formera dans la fuite une collection
également précieufe , pour les perfonnes
attachées au Barreau , & pour toutes
fortes de Lecteurs . Les Volumes de cet
Ouvrage périodique paroiffent tous les
premiers de chaque mois avec la régularité
la plus fcrupuleufe .
La foufcription eft ouverte en tous
temps pour chaque année , qui commence
au premier Janvier. On délivre tous les
Volumes qui ont paru jufqu'ici au prix
de la foufcription ; mais on ne vend
aucun Volume féparé.
Il paroîtra , dans le mois de Septembre
prochain , une Table raifonnée des
matières contenues dans les Volumes.
qui ont paru jufqu'au mois de Janvier
114 MERCURE DE FRANCE.
1777. Cette Table fera vendue féparément.
Le prix de la foufcription pour
le Volume , eft de 3 liv. , & il parvien
dra , franc de port , aux Soufcripteurs.
Lettre de M. de Treffeol à M** . Directeur
de l'Ecole Militaire , fur l'éduca
tion Militaire. A Paris , chez Colas
Libraire , Place de Sorbonne.
Le but de l'Auteur , dans cet Ouvrage
, eft de montrer ce qui concourt à la
perfection d'une École Militaire. Montagne
dit qu'il n'y a pas Maire, que deux
fois au moins par jour , le befoin ne chatouille
de faire un tour à l'École. M. de
Trefféol commence par l'établiffement
d'une Bibliothèque où les Maîtres puiffent
aller chercher l'inftruction . Il faut
les mettre à portée de travailler pour
l'oeuvre , pour le Public & pour euxmêmes
; l'on devroit , dit- il , s'il eft poffible
, les entourer de leur bonheur. Eh !
le travail n'eft-il pas un de nos grands
befoins ? C'eft bien l'ami des hommes
c'eft leur confolateur. L'Auteur voudroit
que cette Bibliothèque fût à l'ufage des
Elèves, & que l'établiſſement s'en fît avec
une forte de folennité. Il faut qu'on
JUILLE T. 1777. 115
voie dans leur berceau les établiffemens
utiles croître & s'élever pour le bien de
l'État.
L'Etude des Langes eft indifpenfable a
un Officier qui fe trouve obligé de voyager
& de vivre chez l'Étranger. M. de
Trefféol eft d'avis de ne les faire apprendre
aux Élèves d'une École Militaire
que dans un Auteur utile à étudier en
lui - même,dans des Selecta qui foient mis
à leur portée , & relatifs à leur deſtination.
גכ
39
"
ر
» Les moeurs militaires font , par elles-
» mêmes féroces , & il ne faut pas faire .
des fanatiques , comme l'ancienne Che;
valerie , fi utile à certains égards . Qn
doit tempérer l'aprêté des armes ,
calmer le ferment de la bravoure par
des principes d'humanité la
par politeffe
, les Lettres & les Arts . Lorf
» qu'un célèbre Philofophe répète indé-
» finiment à chaque page , que Lycurgue
» avoit banni les Arts de fa République ;
lorfque fes adverfaires le laiffent en
poffeffion d'une autorité qui peut fervir
» à l'écrafer ; je me convaincs que les
» gens à fyftême voient par- tout ce
qu'ils ont intérêt à y voir & que
plupart des hommes n'ont pas la force
"
ود
" ,
la
116 MERCURE DE FRANCE.
» de douter de ce qu'un ton affirmatif
» leur attefte. Lycurgue n'avoit fermé les
» portes de Lacédémone , qu'à des Arts
qui euffent été de pur luxe , ſi je
و د
puis ainfi dire , dans fon état , aux
» Arts qu'il n'auroit pas pu animer
» de l'efprit militaire , & qui n'euf-
» fent fait que nuire dans un camp tel
» que
35
l'étoit Lacédémone. C'étoient des
étrangers qui ne devoient point communiquer
avec le Citoyen . Les Arts ,
» amis de l'Art militaire , ce grand Légiflateur
les reçut. La Poéfie , la Mufique
, la Danfe furent en honneur dans
» fa République. La Philofophie (j'en ai
Platon pour garant ) y étoit mieux culti-
» vée qu'en aucun autre lieu du monde :
» ces Arts & ces Sciences étoient fubordonnés
, & adaptés au Génie de l'Art
و د
» national.
M. de Trefféol prend de- là occafion
de tracer plufieurs plans d'Ouvrages qui
prouvent dans lui l'homme de goût , &
font defirer qu'il les rempliffe lui-même.
Les élémens du droit de la nature & des
gens , fonr abfolument néceffaires . Il faut
qu'un Militaire connoiffe l'ufage moral
qu'il doit faire des armes . Il ne lui fuffit
pas de plonger fon épée dans le fein de
JUILLE T. 1777. 117
>
fon ennemi ; il faut encore qu'il en retire
fa main pure. Des élémens de Litté
rature , des élémens d'Histoire , tant générale
que particulière , font du nombre
de ces Ouvrages, M. de Trefféol préfente
Lacédémone pour modèle d'Ecole Militaire.
Ce qu'il dit , eft fage , bien penſé ,
écrit avec force & nobleffe . « L'unité
dans la variété , voilà le principe fon-
» damental de la bonne éducation
» comme la fource du beau dans de cer
» tains Arts. Il ne faut pas préfenter aux
» enfans un feul & unique objet , mais
» il faut que tous les objets que vous
» leur préfentez , tendent & entraînent
» leur efprit vers un même but L'édu
cation ordinaire eft fauffe & nulle
parce que tous les moyens ne s'engrai-
» nent pas les uns dans les autres , fe
» croiſent , fe combattent, ſe détruiſent ,
» ne fe réfèrent point à la deſtination par-
» ticulière des Élèves. Chaque profeflion
doit avoir fon éducation propre ,
» comme elle a fon efprit & fon objer
particuliers. Il y a fans doute des principes
communs dans la fcience de for-
» mer les hommes dans tous les états ;
» mais il ne faut pas , autant qu'il eſt
≫ poffible , féparer l'institution da
"
"
MERCURE DE FRANCE.
» l'homme de celle du citoyen , de
>> celle du fujet , de celle de l'homme
» de telle profeffion ; il faut que I'É-
» lève d'une École Militaire , interrogé
s'il eft citoyen , réponde qu'il
» eft foldat. L'efprit d'Etat fe prend
» mieux dans une École commune . J'éleverai
donc enfemble des militaires ,
comme à Sparte ; une partie de leur
» éducation ne peut même être donnée
"3
99
» autrement.
"
و د
"
ود
» Il étoit impoffible que Lycurgue ne
réufsît point à former une république
» guerrière ; il avoit , pour ainfi dire ,
incorporé l'efprit militaire dans toutes
» les parties & phyfiques & morales de
l'Etat ; c'étoit l'ame univerfelle de La-
» cédémone . Là , tous les Dieux étoient
» armés ; les ftatues des Héros , glorieu-
» fement élevées dans les lieux publics ,
» exaltoient l'ame d'un citoyen ; la gloire
» des armes retentiffoit dans toutes les
bouches ; les Arts difpofoient , ani-
» moient aux combats ; les exercices , les
fpectacles , les jeux ; les jeux , cette
partie de l'éducation , fi utile dans les
mains d'un Philofophe , étoient le cri
» l'effai , l'image de la guerre ; la ville
» étoit un camp ; le citoyen devoit , pour
D
93
"
"
JUILLET. 1777. 119
» ainsi dire , naître foldat » . L'ame des
Elèves , en fuivant ce modèle , prendra ,
d'elle- même fa direction vers les armes.
Dans une Ecole Militaire , tous les objets
, tous les arts , tous les jeux , doivent
refpirer la guerre . Il faudroit que ces jeux
fuffent tous marqués de l'empreinte militaire
; qu'on imitât les Grecs , dont la
Gymnastique peut beaucoup fervir pour
les exercices du corps . On néglige trop
cette partie de l'éducation ; on ne fait pas
attention que c'eft bien fouvent à la vigueur
du corps qu'on doit de très -belles
actions ; & voilà pourquoi Homère exalte
tant le bras vigoureux de fes Héros.
»
M. de Trefféol parle enfuite des punitions
qui doivent accompagner les fautes
des Élèves. Le reffort de l'Etat militaire
eft l'honneur. Une École militaire doit
être celle de l'honneur. Les coups font
des punitions ferviles , « qui aviliffent
l'ame , lors même qu'ils corrigent
» les défauts , fi toutefois ils en corrigent
, car leur effet ordinaire eſt d'en-
» durcir à force de frapper... Au Japon ,
on ne bat jamais les enfans , quoiqu'on
les accoutume à de violens exercices ;
» & ils font de bonne heure excellents
»foldats. Les enfans de Sparte fouffroient
23
120 MERCURE DE FRANCE.
» fur l'Autel de Diane , jufqu'à expirer
» fous les verges ; mais c'étoit une épreu
» ve volontaire & glorieufe de leur magnanimité.
Cet objet eft, dans l'éduca-
» tion , de la plus grande importance ,
» même pour toute la vie » . M. de Tref
féol paffe enfuite aux récompenfes ; &
partant du principe qu'il a établi , fait
voir qu'elles doivent être des honneurs
& des diftinctions militaires. Nous ne
fuivons pas ces détails ; il faut les voir
dans l'ouvrage même , qui renferme des
vues très- utiles . On a fait beaucoup de
livres fur l'éducation en général , & l'on
n'a prefque point écrit fur l'éducation
militaire. Traiter des matières auffi effentielles
, c'eft mériter la reconnoiſſance
publique.
M. de Trefféol va faire imprimer
une édition complette des OEuvres de
M. Definahis. On a fort peu de pièces
de cet agréable Auteur. On nous fait
efpérer une augmentation de deux tiers
de fes Ouvrages , qui n'ont jamais vu le
jour. Le goût & les talens de l'Éditeur
font préfager de fon travail un heureux
fuccès.
Mémoire fur les travaux qui ont rapport
a
JUILLET. 1777. 121
Tà l'exploitation de la mâture dans les
Pyrénées , avec une defcription des
manoeuvres & des machines employées
pour parvenir à extraire les mâts des
forêts , & les rendre à l'entrepôt de
Bayonne , d'où enfuite ils font diftri
Ibués dans les différens Arfenaux de la
Marine. Par M. le Roy , Ingénieur des
Ports & Arfenaux de la Marine. A
Paris , chez Couturier père , Imprim.-
Libr. aux Galleries du Louvre ; &
Couturier fils , quai des Auguftins .
Cet Ouvrage , très- curieux , fera lu
avec plaifir ; l'Auteur qui a dirigé luimême
les travaux faits dans les forêts
d'Iffaun , de Pact & de Benoux , qui
font encore actuellement en exploitation ,
rend compte des opérations & des manoeuvres
qu'il a été obligé d'imaginer &
d'exécuter , pour fe frayer une route à
travers les forêts , en faciliter l'entrée
aux Ouvriers , & leur procurer les
moyens de tranſporter les arbres immenfes
qu'ils abattoient , & qui , fans ce
moyen , auroient été condamnés à refter
toujours dans ces forêts , fans pouvoir
être jamais d'aucun fervice aux hommes .
Ceux qui ont vifité les lieux , ont vu
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
avec un étonnement mêlé d'effroi , leur
fituation , & n'ont pu refufer leur admiration
à la hardieffe des hommes qui
out entrepris d'y pénétrer , & à l'induſtrie
avec laquelle ils y ont pratiqué des routes
sûres & commodes ; elles font conftruites
, dans quelques endroits , à travers
des précipices , formés par des
rochers qui ont jufqu'à 600 toifes de
hauteur , prefque à pic , éloignés fouvent
સે
les uns des autres de cinquante pieds ,
& entre lefquels roulent des torrens
rapides. L'un de ces chemins , pris fur
l'une des côtes de ce précipice , eft raillé
en entier dans le marbre , fur toute fa
largeur , & une grande partie eft en
demi - voûte de 12 pieds de hauteur ;
cette partie même a près de 800 toifes
de longueur. Une chofe , ajoute M. le
Roy, rend effrayant l'afpect de ce chemin
qu'il décrit ; il eſt tracé à la moitié
de la hauteur du rocher , de forte que
d'un côté il y a un abyfme très-profond ,
de l'autre un rocher à-plomb , dont on
n'apperçoit pas toujours le fommet. Outre
les difficultés naturelles qui naiffent du
concours des circonftances , on doit
compter celles qui naiffent de l'horreur
du lieu , de la néceffité de n'employer
>
JUILLET. 1777. 123
que des Ouvriers qui y foient familiarifés.
Les fpectacles effrayans qui fe
multiplient dans ces lieux fauvages
donnent aux travaux qu'on y exécute
un air de grandeur , qu'ils méritent fans
doute par les obftacles qu'ils ont donné
à furmonter.
L'Auteur commence par décrire fommairement
la partie des Pyrénées qui
avoifine les forêts de fapin , qui font
actuellement en exploitation . Ce tableau
eft vafte & impofant ; la chaîne de ces
montagnes offre , dans fon enfemble , le
fpectacle le plus propre à étonner l'imagination
par fa grandeur. La variété des
afpects , la magnificence des décorations,
quelquefois le filence & l'horreur de ces
lieux fauvages , plus fouvent le bruit des
torrens ; tout concoure à y mettre l'ame
dans un état extraordinaire. Le Naturalifte
, dans fes recherches , y trouve beaucoup
de richeffes de détails ; mais il ne
faut qu'ouvrir les yeux pour être frappé
& faili de la majefté de la Nature , qui
paroît les y avoir amoncelées avec une
profufion digne d'elle .
Parmi les forêts qui couvrent les
montagnes , l'Auteur ne décrit que
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
celles qui ont été l'objet de fes travaux
. Celle d'Iffaun contient en fuperficie
3500 arpens , l'arpent a 100
perches quarrées , & la perche a 22
pieds de Roi : cette fuperficie étoit couverte
de fapins ; ils étoient fi épais , fi
ferrés avant qu'il fut queftion de les
exploiter , que l'on y prit , il ya environ
30 ans , une jeune fille fauvage de 16 à
17 ans. Il y en avoit fept à huit qu'elle
habitoit ces bois. Elle y avoit été laiſſée
» par une troupe d'autres filles , qui y
» furent furprifes par la neige , & obli-
59
gées d'y paffer la nuit ; le lendemain
, elles cherchèrent leur camarade , la
cherchèrent inutilement , & l'abandondonnèrent.
Cette fille , arrêtée enfuite
» par des Paſteurs , ne fe reffouvenoit de
» rien , avoit perdu l'ufage de la parole ,
» & ne vouloit manger que des herba-
» ges ; elle fut conduite à l'Hôpital de la
Ville de Moléon , où elle a vêcu long-
« temps , dévorée de chagrin , regrettant
toujours fa liberté , ne parlant
» jamais , & reftant prefque immobile
» toute la journée , la tête appuyée fur
les deux mains. Elle étoit d'une taille
» ordinaire , & avoit quelque chofe de
" dur dans la phyfionomie
JUILLE T. 1777. 125
-55
En 1774 , on découvrit un autre Sau
vage dans ces environs ; les Pafteurs voifins
de la forêt d'Yvaty , près de Saint-
Jean-Pied-de -Port , le découvrirent les
premiers ; il habitoit les rochers voisins
de cette forêt . « Cet homme étoit de la
plus grande taille , velu comme un
ours , & alerte comine les Hifars , d'une
» humeur gaie , avec l'apparence d'un
» caractère doux , puifqu'il ne faifoit de
» mal à rien. Souvent if vifitoit les caba-
» nes fans rien emporter. Il ne connoif-
» foit ni le pain , ni le lait , ni les fro-
» mages ; fon grand plaifir étoit de faire
courir les brebis & de les difperfer ,
en faifant de grands éclats de rire,
» mais fans jamais leur faire de mal.
» Les Paſteurs mettoient fouvent leurs
» chiens après , alors il s'enfuyoit comme
» un trait , & ne fe laiffoit jamais approcher
de trop près . Une feule fois il
» vint un matin à la porte d'une cabane
» d'Ouvriers qui faifoient des avirons
» & qu'une grande quantité de neige
» tombée pendant la nuit , retenoit ; il
» fe tint debout à la porte , qu'il tenoit
» des deux mains , & regardoit les Ou-
→ vriers en riant . Un de ces gens fe gliſſa
doucement pour tâcher de le faifir par
»
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
*
ود
» une jambe ; plus il le voyoit approcher,
plus fon rire redoubloit ; enfuite il
s'échappa. On a jugé que cet homme
pouvoit avoir trente ans . Comme cette
» forêt eft d'une grande étendue , &
» communique à des bois immenfes appartenans
à l'Espagne , il y a à préfu-
» mer que c'étoit quelque jeune enfant
qui s'y étoit perdu , & qui avoit
» trouvé le moyen d'y fubfifter avec des
" herbes 39.
»
14
Après la defcription des Pyrénées ,
l'Auteur parle des fapins que fourniffent
les forêts qu'il exploite ; il en fait connoître
la qualité , entre dans les détails
de la coupe , indique les routes conftruites
pour les tranfporter , les décrit , fait
connoître la manière dont on porte les
arbres coupés jufqu'au chemin , & de là
jufqu'au port où on les fait flotter ; la
manière dont on les charge fur les traits ,
celle dont on les décharge. Il détaille
toutes les parties des différens travaux
relatifs à la flottaifon , la conftruction
des radeaux , la manière de flotter ; & il
termine fon Ouvrage par la defcription
des différens établiſſemens relatifs à cette
exploitation. Il a joint à fon Ouvrage
plufieurs deffins qui étoient indifpenfaJUILLE
T. 1777. 127
bles , & qui mettent fous les yeux une
multitude d'objets , que l'on ne peut
decrire qu'imparfaitement : on ne peut
le lire fans admirer la vigueur , l'activité
, l'induſtrie & l'intelligence des Directeurs
de l'entreprife ; & il eft fait
pour éclairer & guider ceux qui en
feront chargés après lui.
Traité fur les Coutumes Anglo- Normandes
, qui ont été publiées en Angleterre
depuis le onzième jufqu'au quatorzième
fiécle , avec des remarques
fur les principaux points de l'Histoire
& de la Jurifprudence Françoife , antérieures
aux établiſſemens de Saint-
Louis ; par M. Houard , Avocat en
Parlement , Correfpondant de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles
- Lettres. Tome II . A Paris , chez
Saillant , Nyon & Valade , Libraires ,
rues Saint-Jean-de-Beauvais & Saint-
Jacques.
Le Jurifconfulte profond à qui nous
devons cet Ouvrage , s'eft livré à l'étude
des Loix Angloifes , & a obfervé qu'il y
avoit une grande conformité entre les
Loix de l'Heptarchie Angloife , & celles
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
qui ont régi la France fous la premièrė
race de nos Rois , & jufqu'à la fin de la
vie de Charlemagne. L'Hiftoire nous
apprend que la féodalité qui a été établie
en France par la postérité de ce grand
Prince , fut portée chez les Anglois par
Guillaume le Bâtard , Duc de Normandie
, & le Conquérant de l'Angleterre;
& l'on trouve dans les monumens de ces
tems antiques , une multitude de preuves
qui rendent fenfible le rapport qu'il y
a eu autrefois entre les Loix qui régif
foient ces deux Peuples. Mais les différentes
révolutions qu'éprouvent les
Royaumes qui ont une longue durée ,
caufent néceffairement des altérations ,
foit dans les Loix , foit dans les moeurs
& ce font ces viciffitudes qui doivent être
remarquées par les Jurifconfultes & par
les Hiftoriens . C'eft en fuivant cette méthode
que M. Houard explique l'origine
& les progrès de plufieurs Loix , qui
ont été autrefois communes aux deux
Peuples.
Le fecond volume que nous annonçons
, renferme les remarques fur les Loix
attribuées à Malcome , fils de Kenneth ,
& le texte de ces Loix avec des remarques
qui les éclairciffent . Les JurifconJUILLE
T. 1777. 129
à
fultes & les Publiciftes ne peuvent que
bien accueillir un Ouvrage fi propre
leur faire connoître les divers principes
de legiflations , qui ont été fucceffivement
adoptées en ce Royaume depuis fa
naiffance.
La Cyropédie ou Hiftoire de Cyrus , traduite
du Grec de Xénophon ; par M.
Dacier, de l'Académie Royale des infcriptions
& des Belles - Lettres. 2 vol.
in 12. A Paris , chez les frères Debure ,
à l'entrée du Quai des Auguftins , &
Moutard , Imprimeur - Libraire de la
Reine , Quai des Auguftins , près le
Pont Saint-Michel . 777 .
Il paroît étonnant que , depuis 1659',
temps où Charpentier publia fa foible
traduction de la Cyropédie , aucun homme
de Lettre n'eût encore fongé à donner une
meilleure verfion de cet Ouvrage ; le
chef d'oeuvre de l'Écrivain peut-être le
plus agréable & le plus élégant de toute
l'antiquité , & celle de fes productions
qui lui a le plus juftement acquis les titres:
d'Abeille ou de Mufe attique. M. Dacier
vient enfin de réparer cet oubli , & l'a fait
d'une manière qui ne laiffe rien à defirer.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Il a fçu allier une élégance foutenue à la
fidélité la plus fcrupuleufe , & conferver
dans fa traduction , une partie des grâces
enchantereffes de l'original , autant que
le pouvoit permettre un idiome auffi inférieur
à celui de Xénophon , qui a été le
modèle le plus parfait de la pureté , de
la clarté , de la douceur & du charme
de la Langue Grecque.
peu
Perfonne n'ignore que les Auteurs
originaux , qui ont écrit l'hiftoire de
Cyrus , diffèrent à un point fi étrange
dans leur manière de la raconter , qu'on
tenteroit inutilement de les concilier.
Créfias, dont Diodore de Sicile, & Trogue
Pompée , abrégé par Juftin , ont adopté
la narration › a eu fort de Sectateurs.
Mais les Savans font particulièrement
partagés entre Hérodote & Xénophon.
M. Dacier traite , dans fon Difcours préliminaire
, la queftion fouvent agitée ;
quel eft celui de ces deux Hiftoriens , au
recit duquel on doit donner la préférence.
« Il ne s'agit , dit- il , que de com
" parer la tradition adoptée par Hérodote ,
» avec celle que Xénophon a préférée.
» Pour décider entre deux récits oppofés ,
» dont les Auteurs également gravee
ont été auffi également à portée d
JUILLE T. 1777. 131
s'inftruire ; la vraifemblance, au défaut
» de preuves pofitives , eft la feule règle
qu'on puiffe confulter » . M. D. donne
donc un précis des deux narrations ; &
le parallèle qui en réfulte eft abfolument
décifif en faveur de Xénophon , chez
qui les détails de la vie de Cyrus font
auffi fimples & auffi naturels qu'ils font
romanefques & invraisemblables chez
Hérodote. « On objecteroit en vain ,
» ajoute M. D. , pour affoiblir l'avantage
qui réfulte de la comparaifon , en
» faveur de la Cyropédie , que fi les faits
» y font plus vraisemblables , les difcours,
foit politiques ou moraux , foit mili-
» taires , qui s'y trouvent répandus , le
» font affez peu , pour donner lieu à de
juftes foupçons fur la vérité du fond
» de l'hiftoire. Perfonne n'ignore que la
plupart des harangues qu'il plaît aux
» Hiftoriens de prêter à leurs principaux
» perfonnages , ont été compofées à loi-
» fir dans le cabinet : les difcours dont
» Thucydide , Tite - Live , Sallufte ont
» embelli leurs recits , ne leur ont rien
» fait perdre de la réputation d'Ecrivains
» exacts & véridiques. Xénophon voulant
» faire fervir l'hiftoire de Cyrus à l'inf-
» truction des Princes , a donc pu , fans
ود
"
"
"
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
» bleffer la vérité , mettre dans la bouche
» de fon Héros , fuivant les diverfes cir-
» conftances de fa vie , des leçons de
» courage , de tempérance , de modéra-
» tion , de juftice , de bienfaifance , d'hu-
» manité , de refpect envers les Dieux
en un mot , de toutes les vertus qui
font la vraie grandeur des Rois , & le
• bonheur des Peuples
<
19.
Pour donner une idée de la verfion de
M. Dacier , nous citerons quelques morceaux
d'un des endroits les plus agréables
du premier livre , où fe trouve l'hiftoire
de l'arrivée & du féjour de Cyrus à la
Cour de fon grand- père Aftyage . Ceux
de nos Lecteurs qur ont fous les yeux
le traité des études de Rollin , où les
mêmes morceaux , à- pen- près , fe trouvent
traduits , pourront fe donner le plaifir de
la comparaifon.
Cyrus fut élevé jufqu'à l'âge de
» douze ans & un peu plus , fuivant les
» coutumes des Perfes . Aucun des enfans
» de fa claffe ne lui pouvoit être comparé,
foit pour la facilité à faifir ce qu'on
» leur enfeignoit , foit pour l'adreffe &
» l'activité dans l'exécution de ce qui leur
» étoit preferit. Lorfqu'il eut atteint l'âge
que je viens de dire , Aftyage invita
JUILLE T. 1777. 133
>>
» Mandane à fe rendre auprès de lui avec
» fon fils , qu'il defiroit de voir , fur ce
qu'il avoit ouï dire de fa beauté & de
» fes excellentes qualités La Reine par-
" tit pour la Cour de Médie , accompagnée
de Cyrus. Dès le premier abord ;
»
& à peine inftruit qu'Altyage étoit père
» de Mandane , ce jeune Prince , natu-
» rellement carreffant , l'embraffa d'un
» air auffi familier que s'il eût embrallé
» un ancien camarade , ou un ancien ami ;
» mais ayant remarqué qu'Aftyage avoit
les yeux fardés , le vifage peint , & une
chevelure artificielle : ( c'eft la mode
en Médie ) . Oh ! ma mère , dit il , que
mon grand- père eft beau ! Lequel , re-
» prit la Reine , trouvez-vous le plus
» beau de Cambyfe ou d'Aftyage ? Mon
» Père , répondit-il , eft le plus beau des
» Perfes , & mon grand-Père le plus beau
» des Mèdes que j'aie vus fur la route &
» àlaCour.
Lorfqu'Aftyage foupoit avec fa fille
& fon petit-fils , qu'il vouloit difpofer
» par la bonne chère , à ne pas regretter
la Perfe , il faifoit fervir , dans différens
plats , des mets & des ragoûts de
toute efpèce. A la vue de cette profufon
Cyrus dit un jour au Roi : Si
134 MERCURE DE FRANCE.
"
» vous êtes obligé de porter la main à tous
» ces plats, & de goûter de tous ces mets,
» le fouper doit être, pourvous , bien fatiguant.
Eh quoi ! dit Aftyage , ce fouper
» ne vous ſemble- t- il pas plus agréable
» que ceux qu'on fait en Perfe? Non, répli-
» qua Cyrus : en Perfe , nous parvenons
» à appaifer la faim parune voie beaucoup
plus fimple & plus courte ; il ne nous
» faut pour cela que du pain & de la
» viande fans apprêt ; au lieu que vous ,
99
>>
"
qui tendez au même but , vous vous
» égarez en chemin , par des détours fans
» nombre , & vous n'y arrivez qu'avec
peine , même long- temps après nous.
Mais , reprit Aftyage , nous avons du
plaifir à nous égarer, & vous connoîtrez
» ce plaifir quand vous aurez goûté de
» nos mets. Cependant , répliqua Cyrus ,
je vois qu'ils vous caufent à vous- même
» une forte de dégoût . A quoi , dit Aftya
" ge , le voyez-vous ? C'eft que j'ai remarqué
, répondit l'enfant, que quand
» vous avez touché à ces ragoûts , vous
effuyez promptement vos mains avec
» une ferviette comme fi vous étiez
fâché de les voir pleines de fauce ; ce
» que vous ne faites pas quand vous n'a-
» vez pris que du pain . Je ne prétends
ور
>
JUILLE T. 1777. 135
" pas , mon fils , dit Aftyage , vous gê-
» ner dans votre façon de vivre ; uſez ,
puifque vous l'aimez mieux , d'alimens
» fans apprêt , afin que les Perfes vous
» revoient fain & vigoureux.
»
"
"
»En même- temps il fit fervir , devant
» le jeune Prince , un grand nombre de
» plats , tant de venaifon , que d'autres
» viandes. Alors , Cyrus lui dit : toutes
» ces viandes , me les donnez- vous , &
puis- je en faire ce que je voudrai ?
» Oui , mon fils , répondit Aftyage : elles
» font à vous . Sur cette réponſe , Cyrus
les diftribua aux principaux Officiers de
» fon grand- Père , en ajoutant un petit
mot pour chacun. Je vous fais ce pré-
» fent , difoit- il à l'un , parce que vous
» me montrez avec affection à monter à
» cheval à un autre , parce que vous
» m'avez donné un javelot , & je l'ai en-
» core ; à un troisième , parce que vous
» ſervez fidèlement mon grand Père ; à
» un quatrième , parce que vous révérez
» ma mère ; & ainfi de fuite , jufqu'à ce
qu'il n'eût plus rien à donner. Pourquoi
, lui dit Aftyage , ne donnez - vous
→ rien à mon Echanfon Sacas
› que je
» confidère beaucoup ? Sacas étoit un
» très-bel homme , chargé d'introduire
ท
"
:
136 MERCURE DE FRANCE.
»
» chez le Roi , les perfonnes qui avoient
» à lui parler , & de renvoyer ceux qu'il
" ne croyoit pas à propos de laiffer entrer.
» Au lieu de répondre à la queftion
d'Aftyage , Cyrus ,, comme un enfant
qui ne craint pas encore d'être indifcret
, répartit par une autre : Pourquoi ,
» lui dit il , avez- vous tant de confidé
>> ration pour Sacas ? Ne voyez- vous pas ,
répliqua le Roi en plaifantant , avec
» quelle grâce il fert à boire? Eh bien , dit
le jeune Prince , commandez , je vous
prię , à Sacas de me donner la coupe 3
» en vous fervant d'auffi bonne grâce que
» lui , je mériterai auffi de vous plaire.
?
n
Aftyage y confentit Cyrus s'empare
» de la coupe , la rince proprement ,
» comme il l'avoit vu faire à Sacas ;
puis compofant fon vifage , prenant un
air férieux & un maintien grave , il
» la préſente au Roi , qui en rit beau-
» coup , ainfi que Mandane. Cyrus fai-
» fant lui-même un grand éclat de rire
» fe jettė au cou de fon grand père ,
» & dit en l'embraffant : Ah ! pauvre
» Sacas , tu es perdu ; je t'enleverai ta
charge , & j'en ferai mieux que toi
» les fonctions.
»
ود
Aftyage continuant de plaifanter :
Pourquoi , mon fils , dit- il à Cyrus ,
JUILLET. 1777. 137
ود
dès que vous vouliez imiter Sacas ,
» n'avez-vous pas , comme lui , goûté
» le vin ? J'ai craint , répondit le jeune
» Prince , qu'on n'eût jeté quelque poifon
dans le vafe : car , au feftin que vous
» donnâtes à vos amis , le jour de votre
» naiſſance , je vis clairement que Sacas
» vous avoit tous empoifonné . Comment
» vîtes- vous cela , dit le Roi ? C'eſt ,
répartit Cyrus , que je m'apperçus d'un
dérangement confidérable dans vos ef-
» prits & dans vos corps . Je vous voyois
faire des chofes que vous ne pardon-
» neriez pas à des enfans ; crier tous à la
» fois , fans vous entendre , puis chanter
tous enfemble , de la façon la plus ridicule
; & lorfqu'un de vous chantoit
» feul , vous juriez , fans l'avoir écouté ,
» qu'il chantoit admirablement bien.
» Chacun de vous vantoit fa force ; mais
lorfqu'il fallut fe lever pour danfer ,
» loinde pouvoir faire un pas en cadence ,
» vous ne pouviez pas même vous tenir
fermes fur vos pieds . Enfin , vous aviez
» oublié, vous , que vous étiez Roi ; eux ,
qu'ils étoient vos fujers . Ce fut pour
» moi le premier exemple d'une affemblée
, où chacun ayant la liberté de
parler , tous en uferoient à la fois : car ,
و د
138 MERCURE DE FRANCE.
» c'eft précisément ce que je vous voyois
» faire. Mais , votre père , dit Aftyage
ne s'enivre-t- il jamais ? Non , jamais ,
» répondit Cyrus. Que lui arrive - t - il
donc , quand il a bu , pourfuivit le
Roi ? Il ceffe d'avoir foif , répliqua
» l'enfant.
M. Dacier , plus judicieux que la plupart
des Traducteurs , n'a pas furchargé
fa traduction d'un trop grand nombre de
notes . « J'ai mieux aimé , dit -il , à ce
» fujet , paroître moins érudit , que de
répéter , fans utilité , ce qu'ont dit
» tant de Savans dont les Ouvrages
T
,
" font entre les mains de tous les Gens
» de Lettres . Je ne me fuis guères per-
" mis que les remarques qui peuvent
» être néceffaires pour faciliter l'intelli-
» gence du récit de l'Hiftorien , ou pour
juftifier l'interprétation que je donne à
quelques paffages obfcurs , fufceptibles
» de différens fens
19
99
?
Tréfor généalogique , ou Extrait des titres
anciens qui concernent les Maiſons &
Familles de France , & des environs
connues en 1400 & auparavant ; par
Don Caffiaux , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de Saint-Maur ,
JUILLE T. 1777. 139
réfidant en l'Abbaye Royale de Saint-
Germain-des-Prés , à Paris ; Hiftoriographe
de Picardie , Honoraire de l'Académie
Littéraire d'Amiens , Archivifte
employé pour le Roi à la Collection
des Monumens hiftoriques. Ouvrage
dédié à la Reine , & propofé
par foufcription ou infcription, en dix
volumes in-4°.
,
>
Nous avons annoncé précédemment
le Profpectus de ce grand ouvrage . Le
Public l'a reçu avec un accueil très-favorable
, & c'eſt ce qui a mis l'Auteur en
état de commencer l'édition de fon Tréfor
généalogique , au premier Mars dernier
terme prefcrit dans le Profpectus.
Mais l'Auteur n'avoit ofé fe flatter que
les Étrangers s'emprefferoient ,
ainfi que
les Nationaux à fe procurer ce Tréfor
Généalogique & c'eft en faveur de ces
Etrangers , & de ceux qui n'ont point eu
connoiffance du premier avis , que Don
Caffiaux a cru devoir prolonger le temps
des foufcriptions & infcriptions jufqu'au
premier Septembre de la préfente année
1777. L'Auteur , cependant , ayant mis
fous preffe le premier des dix volumes
annoncés , & ne faifant tirer que cent
exemplaires au- deffus du nombre retenu ,
140 MERCURE DE FRANCE.
il fera contraint de faire réimprimer le
premier volume , pour pouvoir le fournir
à ceux qui fouferiront jufqu'au premier
Septembre prochain . Ce premier
volume fera achevé en même- temps que
le fecond , vers la fin du mois de Mars
1778 ; & par cette raifon , les nouveaux
foufcripteurs font priés de faire les avances
, pour cette fois feulement, de 16 liv.
pour les deux premiers volumes , qui
leur feront délivrés au temps marqué
ci- deffus .
L'intention de l'Auteur , ainfi qu'il le
déclare par fon nouveau Profpectus , eft
de comprendre , dans fon Ouvrage ,
toutes les Maifons de France , depuis
la plus haute antiquité jufqu'à l'an 1400 ,
de quelques Provinces qu'elles puiffent
être , & d'en completter autant qu'il
eft poffible les filiations , foit dans le
préfent Ouvrage , foit dans le fupplément
qui le fuivra dans le même ordre ,
& fera du même prix.
Plufieurs perfonnes éloignées de la capitale,
ont trouvé qu'il étoit embarraffant
pour elles de foufcrire à chaque volume
& ont defiré de foufcrire pour plusieurs
volumes à la fois . L'Auteur flatté de leur
confiance , n'a pu fe refufer à leurs defirs
on exprimera , dans les quittances ,
JUILLET . 1777. 141
la fomme reçue , & le nombre des volumes
rerenus.
Nous rappellerons ici que l'Auteur
dans fon premier Profpectus , n'a exigé
que huit francs d'avance de chaque foufcripteur
, & rien des infcripteurs , finon
leur foumiffion & leur engagement de
prendre les volumes à mesure qu'ils paroîtront
; mais ils paieront chaque volu
me dix livres. De forte que tout l'Ouvrage
en dix volumes , ne coûtera que
quatre-vingt livres aux premiers , & cent
livres aux autres .
59
وو
Le jugement du Cenfeur Royal , ( M.
Philippe de Prétot , ) rapporté dans le
nouveau Profpectus , peut donner unc
légère idée de l'Ouvrage.Le Tréfor Généalogique
, ou Extraits des titres anciens
qui concernent les Maifons & Fa-
» milles de France & des environs , con-
» nues en 1400 & auparavant , par Don
Caffiaux , de la Congrégation de Saint-
» Maur , m'a paru , dit le Cenfeur
» très - bon Juge en cette partie , devoir
être régardé comme un Ouvrage pré-
» cieux , fur-tout pour la plus ancienne
» Nobleffe de ce Royaume. Je dois , à
» la confiance dont m'honore Monfei-
" gneur le Garde des Sceaux , rendre té-
"
33
ود
>
-
142 MERCURE DE FRANCE .
و د
"
moignage aux lumières fupérieures de
l'Auteur , dans une matière qui a exigé
» de fa part une conftance inépuisable ,
» un travail d'une longue fuite d'années ,
» des recherches immenfes , un choix
judicieux dans les preuves , de l'ordre
» dans la difpofition des fujets qui en
reçoivent la plus grande clarté , & une
» abondance qui contribuera à conferver
» des titres que le temps pourroit faire
égarer , & àindiquer des milliers d'au-
» tres , dont il donne les renfeignemens ,
» & qui pourront être confultés par des per
» fonnes intéreffées à la fplendeur de leurs
» maifons. Voilà l'impreffion que m'a laif-
» fé la lecture du premier tome in-4° . de
» 800 pages de ce Tréfor généalogique .
» Fait à Paris , le 25 Février 1777 ".
"
"
Signé , PHILIPPE DE PRETOT.
C'étoit dans la feule vue de faciliter aux
Amateurs les moyens de foufcrire ou de
s'infcrire , que Don Caffiauxavoit marqué
dans fon premier Profpectus , que les foufcriptions
ou infcriptions feroient reçues
dans toutes les maifons de la congrégation
de Saint Maur ; mais comme on
lui a repréfenté que cette difpofition étoit
contraire aux droits de MM . les LibraiJUILLET.
1777. 143
res, il déclare que M. Pierres, Imprimeur,
rue St Jacques , à Paris , recevra , feul ,
les foufcriptions & infcriptions .
Le premier volume eft fous preffe . On
peut en voir les feuilles chez l'Imprimeur
ci-deffus nommé .
On publie trois petites brochures fur
la mufique & l'Opéra , dont nous allons
rendre compte
.
L'une ayant pour titre : Réflexions fur
l'Opéra , environ de 60 pages in- 8 °. fe
trouve à Paris , chez Delormel , Impr.-
Lib. rue du Foin St Jacques.
L'Amateur éclairé , qui paroît beaucoup
s'intéreffer au fuccès de notre Opéra
, donne les moyens qui lui femblent
les plus convenables pour foutenir &
pour enrichir ce Spectacle.
L'Opéra François eft fans doute le
Spectacle le plus varié , le plus noble , le
plus magnifique qu'ait jamais offert aucun
Peuple. La France peut l'appeler un
Spectacle National : comparé à celui
d'Italie , il doit remporter l'avantage ; &
l'on cite à cet égard une anecdote remar-.
144 MERCURE DE FRANCE .
quable. Deux Etrangers de la première
diftinction , & d'une des plus brillantes
Cours de l'Europe , étoient en France.
On donnoit un Opéra-Ballet , & conféquemment
un Ouvrage qui n'offroit pas
cette variété , cette magnificence dont le
Théâtre Lyrique eft fufceptible . J'étois ,
obferve l'Amateur , avec ces Etrangers
au Spectacle. Eh bien ! dirent-ils en fortant
, fi nous n'étions que d'hier à Paris ,
&fi nous allions actuellement par le Boulevard
au Colifée , nous croirions que c'eft
aujourd'hui le mariage de votre Souverain.
L'Amateur approuve l'ufage de tenir.
les Spectateurs debout dans le Parterre ;
il en donne quelques raifons , dont la
meilleure eft , que les Spectateurs du
Parterre de l'Opéra , fi on y étoit aflis ,
perdroient une commodité très-attrayante
, celle qui les ramène à ce Spectacle ,
lorfqu'ils l'ont vu trois ou quatre fois ;
celle de pouvoir changer fréquemment
de place pour ne voir ou n'entendre que
les chofes qui leur ont plu davantage ,
& pour fe réunir , dans les intervalles ,
avec les perfonnes qu'ils ont quelqu'intérêt
de rencontrer. Nous penfons au
contraire que cet ufage de tenir une multitude
de Spectateurs debout , entraîne
beaucoup
JUILLET . 1777. 345
! beaucoup
d'inconvéniens
: il occafionne
le tumulte
, & favorife
le défordre
d'une
cabale ameutée
pour ou contre un Ou
vrage nouveau .
L'Auteur defire que l'Adminiftration
de ce Spectacle ait une autorité fuffifante
pour maintenir une difcipline févère , &
qu'elle fe faffe aider d'un Confeil compofé
d'Artistes & de Gens de goût. Il
regrette fur-tout qu'on n'ait pas encore
établi ce qui doit faire la bafe de la
conftitution de l'Opéra , une Ecole de
chant. Il eft encore d'autres parties négligées
, quoique très - effentielles au Théatre
de l'illuſion ; favoir la peinture , l'architecture
& la méchanique . Il fait d'excellentės
réflexions fur le poëme lyrique ,
fur la mufique , la danfe & fur les
accelfoires. Il indique , comme une reffource
de ce Spectacle fi difpendieux ,
d'y adopter quatre fois la femaine
l'Opéra-comique à ariettes ; & d'exciter
la concurrence de différens Compofiteurs
de mufique fur le même poëme. Il confeille
l'économie dans l'acquifition des
chofes néceffaires à ce Théâtre . Enfin il
regarde Quinault, comme le modèle des
Poëtes Lyriques ; & il defire de voir fes
poëmes reproduits fur la Scène , avec
II. Vol. G
d
145 MERCURE DE FRANCE.
quelques légers changemens , & des retranchemens
devenus néceffaires par les
progrès du goût & de la mufique.
La feconde Brochure , de 8 pag. in-8°.
a pour titre : Lettre à M. le Baron de la
Vieille - Croche , au fujet de Caftor &
Pollux , donné à Verfailles le 10 Mai
1777.
C'est un Amateur inftruit qui dit ,
en riant , fon fentiment fur un genre
de mufique qu'il a raifon d'aimer , & le
bon efprit de préférer à celui que l'on
veut nous forcer , en quelque forte ,
d'adopter.
»
Il écrit à M. le Baron : « Que diront
nos Concertomanes, qui prétendent que
Rameau ne favoit pas la mufique , fi
» par défoeuvrement , ils ont été témoins
» de l'impreffion générale qu'a produite
l'Opéra de Caftor & Pollux fur tous
» les Etrangers , & fur toutes les perſon-
» nes de la Cour?
"
» Le ciel me préſerve , ajoute-t- il , de
» vouloir heurter de front les intrépides
Sectateurs de M. le Chevalier G... ni
» même de faire de la peine aux fanatiques
JUILLE T. 1777. 147
» de bonne-foi , qui veulent tout facrifier '
» aux mufettes étrangères , en foulant
» aux pieds les Mufes patriotiques ; mais
j'ofe élever ma foible voix au milieu
de ces réformateurs indécens , pour
» dire , qu'à mérite inférieur , je donnerois
encore la préférence aux Artiſtes
» Nationaux , pour les avertir d'égaler
» leurs Emules.
">
"
"
» Il eft conftant que la mufique a fait
» des progrès , fur tout dans la partie de
l'harmonie , qui foutient & anime les
» effets du récitatif & du chant en général
; mais n'a-t-on pas un peu trop
» abuſé de ces moyens utiles & dangereux
, en chargeant de notes parafites
» des motifs fouvent dénaturés par le
» tapage des accompagnemens , à -peuprès
comme une fuite d'adjectifs affoiblit
l'énergie naturelle d'an fubftantif
» purement néceffaire ; de forte qu'à la
place d'une fcène paffionnée , l'oreille
» ne reçoit que du bruit , que le Peuple
» du Parterre prend pour de la mufique
» neuve ; un Clabaudeur enchanté ou
» mercenaire crie : Bravò , & voilà toute
» la colonie en convulfion ? ,,
و د
و د
Cet Amateur defire que l'on conferve ,
autant qu'il eft poffible , la fublime fim-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plicité de la déclamation de Lulli , en
la débitant davantage , & en y ajoutant
des traits d'accompagnement fobrement
appliqués , à la place des balles-continues :
on rendroit par là le récitatif plus précis
& plus intéreflant , au lieu qu'aujour
d'hui on fait fouvent oublier le motif
du chant , à force de fredons chromatiques
.
La troisième brochure eft intitulée
Effai fur les révolutions de la Mufique en
France , in-8 ° . de 38 pages. A Paris ,
chez les Marchands de nouveautés .
On ne peut defirer plus de connoiffance
, plus de raifon dans tout ce que
l'Auteur ingénieux de cet Ouvrage
nous dit fur l'état actuel , fur les progrès
& le génie de la Mufique . Il faut
la vérité fe montre avec toute fa que
force dans cet écrit , puifque l'enthoufiafme
& l'efprit de parti n'ont pu l'affoiblir
,
malgré les efforts journaliers
de leurs attaques , malgré les traits acérés
de leurs critiques , & les plaifanteries de
leurs parodies . Jamais , peut- être , les
combattans n'emploïèrent tant de petites
JUILLE F. 1777. 149
rafes , que dans cette guerre d'opinions ,
où les rieurs ne font pas toujours du
côté de ceux qui veulent faire rire.
Eh ! comment n'être pas du fentiment
de l'homme de goût qui demande
? Pourquoi ne feroit on pas en
"
"
mufique ce qu'on a fait en poefie ?
» Avec des cris , des hurlemens , des
» fons déchirans ou terribles , on expri-
» me des paffions ; mais ces accens ,
» s'ils ne font pas embellis dans l'imita
tion , n'y feront , comme dans la na-
» ture , que l'impreffion de la fouffran-
» ce. Si l'on ne vouloit qu'être ému , on
» iroit entendre , parmi le peuple , une
» mère qui perd fon fils , des enfans qui
» perdent leur mère : c'eſt- là , fans doute ,
que l'expreffion de la douleur eft fans
» art ; c'eſt-là aufli qu'elle eſt très- énergique.
Mais , quel plaifir nous cauferoient
ces émotions déchirantes ? 11
» faut que la pointe de la douleur , dont
» on eft atteint au fpectacle , laiffe du
» baume dans la plaie . Ce baume eft le ,
plaifir de l'efprit , ou celui des fens ;
& la caufe de ce plaifir eft , en poćfie ,
» la fublimité des penfées , des fentimens
» & des images , la noble élégance de
» l'expreffion , le charme des beaux vers.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
وو
» En mufique , la même volupté doit fe
» mêler aux impreffions douloureufes ; &
» la caufe en eft dans l'Art du Muficien
» comme dans celui du Poëte ; dans cet
» art de donner à l'expreffion muſicale
» un charme que n'ont point , dans la
» nature , les cris , les plaintes , les ac-
» cents funeftes ou douloureux des paſ-
» fions. C'est donc une idée auffi étrange ,
» de vouloir bannir du Théâtre Lyrique
» le chant mélodieux , que de vouloir
» interdire les beaux vers à la Tragédie .
» Mais une idée encore plus bizarre , c'eſt
» d'entremêler la déclamation de frag-
» ments d'un chant mutilé. Pourquoi
» ne pas finir un chant que l'on commen-
» ce ? Ou , pourquoi commencer un chant
qu'on ne veut pas finir ? Qu'est- ce
qu'une déclamation intermittente , qui
» femble prendre un élan rapide , &
qui tout- à- coup retombe , & fe traîne
»avec pefanteur ? Il n'y a qu'une feule
» excufe pour l'imitateur qui s'éloigne de
» la nature : c'eſt de nous procurer les
plaifirs de l'art.
»
"
و د
ود
ر
» En deux mots la mélodie fans
» expreffion eft peu de chofe ; l'expreffion
fans mélodie eft quelque chofe ,
» mais n'eſt pas affez . L'expreffion
JUILLET. 1777 . 1st
& la mélodie
, l'une & l'autre au
» plus haut degré où elles puiffent s'é-
» lever enfemble : voilà le problême de
» l'art. Il reste à voir qui nous donnera
» la folution de ce problême.
"
» Les Italiens l'ont cherchée : ils ont
» commencé comme nous . Leur mufique,
du
" temps de Lully , étoit la même que
» la fienne . Ils travaillèrent à lui donner
plus de force & d'expreffion ; mais le
» vrai moment de fa gloire fur celui où
» Vinci traça le premier cercle du chant
périodique , de ce chant qui , dans un
» deffein pur, élégant & fuivi , préfente à
» l'oreille , comme la période à l'efprit ,
» le développement d'une penfée com-
» pletternent rendue. Ce fut alors que
» le grand mystère de la mélodie fut
» révélé.
"
و د
" Les Grecs , après avoir inventé la pé-
» riode oratoire , fentirent , qu'au- delà de
» cette belle forme , il n'y avoit plus rien
» à defirer leur émulation fe borna à la
» rendre , de plus en plus , élégante &
» harmonieufe. Les Italiens , après avoir
trouvé la période muficale , s'y atta-
» chèrent de même , comme à la forme
la plus parfaite qu'on pût jamais don-
» nerauchant; & non- feulement dans les
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
» airs , mais dans les duos , les trips ,
» les morceaux de grande harmonie , tout
» ce qu'il y a eu de Muficiens célèbres en
Europe , Leo , Pergolefe , Porpord
Buranello ; Jomelli , Majo , Haffe
Perès , Traietta , Sacchini , Piccini
» Gretry, Anfoffi, & c . Tous, à l'exception
» de G**
ont regardé le chant périodi
»
כ כ
ود
que comme le chef- d'oeuvre de la mélodie
, & comme fon plus haut degré
» d'élégance , de correction & de beauté.
» La queftion fe réduit donc aujourd'hui
à favoir s'il faut renvoyer
» cette forme de chant à la mufique de
» concert , & l'exclure de la fcène lyri
que , comme les partifans de M. G.
» nous le confeillent , où fr , à l'exem
» ple des Italiens , nous devons l'admet-
» tre fur le Théâtre .
»
19
>
Qui la décidera cette queſtion ? L'expérience
. Tout le refte peut nous trom-
» per. Les autorités font fufpectes , les
exemples font équivoques , la raifon
» même a fouvent deux faces , & chacun
5 croit l'avoir de fon côté. Détions - nous
» de tout cela , & commençons par ne
» compter pour rien le fuffrage de l'Italie
» & de l'Europe entière , en faveur de
» cette mufique , qui , depuis cinquante
JUILLE T. 1777. 153
+
သ
ans , les enivre & les tranfporte de
plaifir . L'Italie & l'Europe entière
» peuvent avoir été féduites , & tenir à
» leur préjugé. Mais , avec la même bon-
» ne foi , convenons que l'autorité de
» M. G. & de fes partifans , n'eft pas
plus décifive ».
37
Il eft difficile , fans doute , de répondre
à ces bonnes raifons , & de ne pas
adopter les principes de goût & de faine
critique , répandus dans cet ouvrage .
Profpectus des Analectes Politiques , Civiles &
Littéraires : Ouvrage périodique , pour fervir
de fupplément aux Annales de M. Lingnet. (
Tu cave defendas , quamvis mordebere dictis.
Sen. C. ult. de Tranquil.
A Bruxelles , 1777.
↑
Ce n'eft plus dans un Journal , mais dans des
Annales , dont la réunion doit former une Hiftoire
Univerfelle , que M. Linguet fe propofe
de venger déformais l'humanité des outrages qui
la flétiiffent , d'éclairer la taifon fur les écarts qui
la déshonnorent , & de fixer le jugement de la
poftérité fur les événemens , les loix & les moeurs
de notre fiécle.
« Il n'y a pas , dit- il , de décifions de Tribunaux
, que le Public n'ait droit de revoir ».
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
-
Mais les fiennes feroient elles fans appel ?
L'amour de la vérité nous fera fuivre ce nouveau
Salufte dans fes récits , comme dans fes raiſonnemens
;& toutes les fois qu'il empruntera le tonnerre
de Démosthène , nous faifirons la hache de
Phocion. La difcuffion peut feule affurer un caractère
d'équité aux jugemens du tribunal que
M. Linguet préfère aujourd'hui à celui de Thémis.
L'Hiftoire fur-tout ne peut être la leçon des
fiécles à venir , fi l'Hiftorien n'eft impaffible comme
elle. La fcène du monde fe remplit fans ceffe
d'Acteurs & de Juges nouveaux , & l'impartiale
poftérité ne flétrit pas du nom d'oppreffeurs ,
tous ceux contre lefquels des Contemporains inquiets
ont élevé le cri de l'oppreffion .
Graces au goût du fiécle pour tout ce qui a
un air de nouveauté & d'audace , dès qu'on dé-·
clamateur hardi fe croit poffeffeur de quelques
grandes vérités , parce qu'il a des opinions bizarres
, il monte impunément dans la tribune , où ,
s'admirant avec complaifance , pour avoir eu la
force de fecouer quelques préjugés , & s'applaudiffant
de fes découvertes , il s'érige en génie tutélaire
de l'humanité & de la raifon .
Heureufement pour l'une & pour l'autre , ces
fages éphémères n'en in pofent qu'aux ignotansi
& aux étourdis , qui croient ridiculement que
tout eft faux , lorsqu'on leur a perfuadé que tout
n'eſt pas vrai.
Ce qui étoit fage dans l'ancienne Grèce , où
l'on vouloit être libre , eût été vicieux dans la
Perfe , où l'on aimoit une tranquille foumiffion.
Une guerre ouverte entre les politiques empyriques
& les méthodiques , peut être utile à Londres;
JUILLE T. 1777. ISS
& une inquifition cenforiale , fagement exercée ,
être néceffaire à Paris.
peur
Cependant , malgré la liberté que les moeurs
actuelles comportent en Angleterre , nous ne
confeillons pas à l'Avocat de l'humanité & de la
raifon , d'y prêcher la tolérance en faveur de
ceux qui ont le malheur de tenir au Papiſme ; la
Cour du Banc- du- Roi le déclareroit bientôt coupable
de grande inconduite , & lui prouveroit , par
plufieurs bonnes raiſons , qu'il n'eſt pas l'homme
qui manquoit à l'Angleterre.
Tout homme qui ne tient ni à Apollon , ni à
Céphas , ni aux Torys , ni aux Whigs , fera fufpect
aux deux partis , lorfqu'il voudra s'érigeren
déclamateur ; & les Coroners font auffi inquiétans
à Londres , pour la fecte nouvelle des infaillibles ,
que le Lieutenant de Police à Paris .
La politique , bien différente de cette inquiétude
qui égare les hommes dans une courfe incertaine
& trompeufe , doit les rendre Citoyens .
Qu'on interroge ceux- là même qui rougiffent des
moeurs domeftiques , & qui traitent la modeftie
de baffefle ou de rufticité , s'il leur eft indifférent
que leurs valets foient des voleurs ; leurs
voifins, des frippons ; leurs confeils , des traîtres ;
leurs femmes , des proftituées ; & leurs enfans ,
des monftres ?
Or l'homme qui ne fait être ni mari , ni père ,
ni voifin , ni ami , ni fujet , ni client , ni patron ,
ne faura pas être Citoyen.
C'est donc fur les moeurs privées que la politi
que doit veiller , parce qu'elles décident à la fin
des meurs publiques.
G vj
156 MERCURE DE FRANCE,
A quoi ferviroit en effet de donner la conftitution
la plus fage à des hommes corrompus , done
on ne corrigeroit pas d'abord les vices ?
Lorfqu'une fois les courtifannes font devenues
les arbitres du goût , que les fophiftes , fous le
titre impofant de philofophes , proftituent leurs
leçons mercénaires au fervice des paffions ; le
moyen que les Magiftrats craignent les regards
& le jugement d'une multitude plus vicieufe
qu'eux ! le moyen que ceux qui gouvernent , plier t
fubitement à la réforme un fiécle , qui croiroit
qu'on veut lui arracher fon bonheur avec fcs
vices !
Ainfi le pompeux étalage des idées de M. Linguet
fur une légiflation univerfelle , & fur la
formation d'une code commun & raisonnable , re
nous touchera , qu'autant qu'il nous fera voir
que l'art de tromper les hommes n'eft pas l'art
de les rendre heureux ; que la politique eſt là
médecine des Etats , & qu'elle ne doit pas être
un recueil de charlataneries ; que l'art de gouverner
a des principes fixes & déterminés , &
qu'il ne doit varier que dans la manière de les
appliquer.
Notre but à nous fera de montrer en politique
, comme en jurifprudence & en littérature ,
qu'il exifte entre la politique & la morale une
liaifon intime & néceffaire ; nous compterons les
vertus & les vices des différens Peuples , & nous
faurons les biens & les maux auxquels ils doivent
´s'attendre ..
C'eft fous ce double, rapport que nous obferverous
la marche des Etats, qui s'éloignent ou
JUILLE T. 1777. 157
s'approchent du but , fuivant leur négligence ou
leur attention à épier les occafions de réprimer
le luxe , ce monftre à deux têtes , composé d'avarice
& de prodigalité , qui traîne à fa fuite millè
fources de dépériffement ; de faire difparoître ,
dans la fortune des Citoyens , une difproportion
révoltante , qui les corrompt tous par des voies
différentes ; de réveiller dans les coeurs l'amour
de la gloire , feule vertu qui peut se montrer à
découvert au milieu de la corruption ; de corriger
, s'il eft poffible , les loix de fang , qui rendent
la populace féroce , faus rendre le Citoyen
meilleur ; de dompter enfin ce goût dominant
des Théâtres , qui amollit les hommes , remplit
de délires la tête des femmes , & crée dans l'Etat
un ordre nouveau , qui ne peut fonder fon importance
que fur la décadence des moeurs.
La légiflation qui , la première , faura fe fervir
des paffions mêmes , pour affoiblir peu - à - peu &
ruiner leur empire , c'eft celle-là que nous propoferons
pour modèle aux autres .
Ces Analectes fuivront exactement , de mois
en mois , les Annales de M. Linguet , & elles fer
ront difpofées , pour le format , à leur fervir , f
l'on veut , de fupplément .
Comme nous avons auffi confacré une partie
de notre vie à l'étude de l'Hiftoire & de la Jurif
prudence , fur lesquelles nous avons raffemblés
des matériaux de toute eſpèce , nous ferons en
état d'apprécier les raifopnemens & les idées de
M. Linguet , tant fur les conftitutions des différens
Peuples , que fur les conteftations fameufes
qui naîtront parmi les Particuliers.
158 MERCURE DE FRANCE.
Nous nous ferons d'ailleurs un devoir de
publier
tous les Mémoires intéreffans , que daigneront
nous adreffer ceux qui voudront concourir
avec nous à la recherche du vrai , du jufte & de
l'honnète , dans tous les genres. Ils voudront bien
feulement affranchir le port de leurs lettres &
paquets.
Le prix de l'abonnement fera d'un louis d'or de
France.
On pourra s'abonner , en tout tems , à Paris ,
chez M. Batilliot , Banquier , rue Saint Jacques ,
chargé de la correfpondance générale , & qui aura .
dans les principales Villes , tant de la France que
des autres Pays , des Correfpondans particuliers ,
chargés de répandre ce Profpectus , & de recevoir
les abonnemens & les Mémoires.
On pourra s'abonner pour fix mois comme pour
un an.
Le premier numéro paroîtra le 10 Août prochain.
On a pris ce tems pour donner aux Soufcripteurs
celui de fe faire connoître , & déterminer
le nombre "des exemplaires à imprimer.
Ceux qui n'auront pas le premier numéro , le
recevront avec le fecond .
Voyage en Sibérie , fait par ordre du Roi , en
1761 , par M. l'Abbé Chappe d'Auteroche , de
l'Académie des Sciences de Paris ; contenant
les moeurs , les ufages des Ruffes , l'état actuel
de cette Puiffance & de fon commerce : la
defcription géographique & l'hiftoire naturelle
de ce Pays : avec le voyage de Kamtchatka
, &c. 3 vol. in-4 ° . très-grand papier , hanJUILLE
T. 1777. 159
teur d'in- folio , accompagné d'un Atlas auffi
très grand papier , formâ Atlanticâ .
Les deux premiers volumes de cet Ouvrage
font divifés en fix parties . Dans la première on
trouve des remarques fur le climat , le gouvernement
, la religion , les moeurs , les ufages & les
coutumes de la Ruffie ; fur différens animaux
domeftiques & fauvages , fur les oifeaux , les
poiffons & les infectes ; fur le progrès des fciences
& des arts, fur le génie de la Nation , l'éducation
, les loix , les fupplices , l'exil , la population ,
le commerce , l'état militaire , &c. fur les Calmoucks-
Zongores , leur religion & leur mythologic,
•
La feconde partie a pour objet la géographie ,
& l'on y trouve des obfervations propres à perfectionner
cette fcience.
La troifième traite du nivellement de Paris à
Breft , & à Tobolsk en Sibérie .
La quarrième préfente des obfervations miné
ralogiques faites en France , en Allemagne & en
Ruffie , pour fervir à l'hiſtoire naturelle du globe
terreftre .
La cinquième a pour objet l'aftronomie , &
principalement l'obfervation du paffage de Vénus.
La fixième partie contient une fuite d'expériences
fur l'électricité naturelle , faites à Tobolsk
, & comparées à celles que l'Auteur avoit
précédemment faites à Bitche en Lorraine.
Le troisième volume contient , 1º. les moeurs
& les coutumes des habitans de Kamtchatka .
160 MERCURE DE FRANCE.
2º. La géographie de ce pays & des circonvoifins.
3°. Ses avantages & défavantages , où l'on
traite de fon fol , de fes productions , de l'air qui
y règne , des volcans , des fources d'eau bouillantes
, des métaux & des minéraux , des arbies
& des plantes , des animaux terreftres & marins ;
des poiffons , des oifeaux matins , d'eau douce &
terreftres ; des infectes & vermines ; du flux &
reflux de la mer de Pengina , & de l'Océan oriental.
4°. La découverte du Kamtchatka & la manière
dont les Ruffes s'y font établis ; la façon de
vivre des Cofaques , les revenus de la Ruffie au
Kamtchatka , le commerce de ce pays , & les différentes
routes pour y aller.
Tout l'Ouvrage eft enrichi de cinquante - huit
planches , dans lefquelles font repréfentés les
ufages & les habillemens des Ruffes ; ceux des
Tarcares Caimouks & des Kamtchadals , avec les
Divinités fingulières de ces deux Nations. Ces
planches , dont nous devons les deffins à M. le
Prince, fi juftement eftimé en ce genre , ont été
gravées fous fa direction , par MM. le Bas , Prévolt
, Duclos , Tilliard & autres Artiſtes célèbres .
L'Atlas , compofé de trente - deux planches ,
tant fimples que doubles , contient une très - belle
fuite de cartes fur l'Empire de Ruffie , la Sibérie
& le Kamchatka , avec les vues , plans , coupes
& profiis de différentes mines d'or & d'argent.
On les trouvera de la plus grande netteté , &
tout à fait propres à faire connoître ailément cés
Pays-immenfes, qui étoient prefque inconnus à
JUILLET . 1777 .
161
l'Europe au commencement de ce fiècle , & qui
deviennent de jour en jour plus intéreffans pour la
politique & le commerce. La carte de Kamtchatka
, faite fur une grande échelle , repréfente tout
le détail de l'original : c'eft une partie de géographie
abſolument neuve.
Ceux qui ne connoiffent pas cet Ouvrage ,
pourront fe convaincre de fon importance & de
fa beauté , chez M. Batilliot , Banquier , rue St
Jacques.
Le prix de cet Ouvrage , qui étoit ci- devant
de 180 liv . relié , ne fera plus que de 96 liv, en
feuilles ; & ce feulement jufqu'à la fin du mois
de Février 1778 : paífé lequel tems , s'il en reftoit
par hafard quelques exemplaires , ils feront
vendus felon l'ancien prix.
2
ANNONCES LITTÉRAIRES .
Anatomie de Vinflow , nouvelle édition,
4 vols in-12 : A Paris , chez Didot le
jeune , Libraire , Quai des Auguftins .
LE fort de cet Ouvrage eft décidé de
puis très-long-temps ; la multitude d'éditions
& de traductions dans les différentes
Langues de l'Europe, prouvé le cas
qu'on en a fait ; c'est l'anatomie la plus
favante que nous ayons , celle qui mérite
le plus d'être confultée .
162 MERCURE DE FRANCE.
›
On a publié le Profpectus d'une nouvelle
édition des OEuvres de Saint Grégoire
de Nazianze , dont St Bafyle a fi
bien fait l'éloge en peu de mots en difant.
« Qu'il étoit un Vafe de gloire &
» d'élection par l'innocence de fes moeurs;.
» un puits profond , par la vafte étendue
» de fes lumières ; la bouche même de
"J. C. , par la force & la fublimité de
» fon éloquence » . Cette nouvelle édition
, en 3 vol. in- fol. , eft le fruit du travail
de plufieurs Savants Bénédictins . On
peut affurer qu'elle eft , à tous égards
fupérieure à toutes les précédentes , foit
pour l'exactitude & la rareté du texté
Grec & Latin , foit pour la partie Typographique
, qui eft parfaitement exécutée.
La Veuve Defaint , remplie de zèle
pour tout ce qui peut contribuer au progrès
de la Religion , n'a rien négligé
du côté de la dépenfe , pour la perfection
de cette nouvelle édition. Le Profpectus
renferme les conditions avantageufes
pour les foufcripteurs.
"
Euvres du Révérend Père Labethonie,
de l'Ordre des Frères Prêcheurs , pour
la défenſe de la Religion Chrétienne ,
contre les Incrédules & contre les Juifs.
JUILLE T. 1777. 163
3 vol. in- 12 . chez la Veuve Defaint ,
Libraire , rue du Foin.
On trouve actuellement à Paris , Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , G. Vanswieten
Commentaria in Hermani Boerhaave
, Aphorifmos de cognofcendis & curandis
morbis , 5 vol . in- 4° . Parifiis
1771 , 1773. Les 5 vol . en feuilles
32 liv. 10 f.; reliés , 60 liv.
2
Les vol . fe vendent féparément ; favoir,
tom. 1. , relié , 12 liv . 5 f.; tom. 2 ,
10 liv. 5 f.; tom . 3e , 10 liv. 5 f.; tom.
4€ 12 liv. 5 f.; tom. 5 , 15 liv.
Il y a trente fols à diminuer pour les
volumes pris en feuilles .
Ce commentaire de Vans wieten , fur
les ouvrages de Boerhaave , eft regardé
comme un des livres fondamentaux de
la Médecine ; c'eft un Ouvrage ufuel ,
dont la réputation eft établie par 20 éditions
; & celle ci , imprimée à Paris, paſſe
pour une des plus correctes & des mieux
exécutées .
Dans un Ouvrage de cette impor
tance , comme les fautes font capitales ,
& peuvent avoir des conféquences funeftes
, le Public doit être en garde contre
les éditions contrefaites quien fourmillent
ordinairement.
164 MERCURE DE FRANCE.
Vocabulaire des termes de Marine Anglois
& François , in- 4° . Imprimerie
Royale ; 31 Planches ; 12 liv . br .; 14 liv.
relié .
Table générale des matières contenues
dans le Journal des Savans , depuis l'année
1665 jufqu'en 1750 .
Table générale des Matières contenues
dans le Journal des Savans , avec les noms
des Auteurs , les titres de leurs Ouvrages ,
& l'extrait des jugemens qu'on en a
portés.
Barrois aîné , ayant acquis les exem→
plaires de ce livre , offre de les donner ,
jufqu'au mois de Mai 1778 , au prix de
100 liv. les dix volumes en feuilles , au
lieu de 150 liv. que M. Briaffon les a toujours
vendus ; paffé ce temps , ceux qui
lui refteront , feront remis à l'ancien
prix .
Ha auffi quelques volumes féparés depuis
le fixième . Les perfonnes qui auront
négligé de le completter , trouveront
les volumes au prix de 10 liv .
Cette Table n'eft pas une fimple nomenclature.
On peut la regarder comme
JUILLE T. 1777 , 165
un très-bon abrégé qui peut tenir lieu de
ce grand Ouvrage difficile à trouver complet.
Hiftoire de l'Eglife & des Evêques-
Princes de Strasbourg , depuis la fondation
de l'Évêché jufqu'à nos jours , par
M. l'Abbé Grandier , Secrétaire & Archivifte
de l'Évêché de Strasbourg . A
Strasbourg , 1776. in 4º . tom. 1er ; & fe
trouve à Paris , chez Barrois l'aîné , Libraire
, Quai des Auguftins , du côté du
Pont St Michel.
On peut encore foufcrire jufqu'au mois
d'Octobre prochain , pour cet Ouvrage ;
le prix de chaque volume eft de 7 liv.
rendu franc de port à Paris , & de voliv .
pour ceux qui n'auront pas foufcrit . La
foufcription ne confifte qu'en une promeffe
de prendre les volumes à meſure
qu'ils paroîtront.
165 MERCURE DE FRANCE .
ACADÉMIES.
COPENH A G U E.
I.
LA Société des Sciences de cette Ville
propofe pour l'année 1778 , les fujets
fuivans
EN MATHÉMATIQUES .
Cum noftris temporibus varia inftituerint
Methodi , diftantiam non nimis magnam
ex unaftatione , ope unius vel duorum tuborum
opticorum & fpeculorum menfurandi
; defideratur optima & commodiffima
talis inftrumenti difpofitio &pracifionis gradus
ejus fubfidio obtinendus.
EN PHYSIQUE.
Utrum alcali vegetabile fixumfal fimplexfit
, an ex aliis fubftantiis compofitum ,
experimentis efficere.
JUILLE T. 1777. 167
EN HISTOIRE,
Quaritur , quo tempore Danorum imperium
in Oftonia coeperit , quanam incrementa
quafque mutationes habuerit à
Valdemaro II , ad Valdemarum ufque
III. Quandò penitus defierit , quis fub eâ
'poteftateftatus hujus regionis fuerit Politi
cus & Ecclefiafticus , & quanam legum Danicarum
veftigia ibi adhuc reperiantur.
Le Prix que la Société décernera à celui
qui aura le mieux traité chaque fujet ,
confifte en une Médaille d'or , de la valeur
de cent écus , argent de Danemarck .
Les Savans, tant Étrangers que Danois,
excepté les Membres de la Société , font
invités à concourir pour ces Prix , & voudront
bien écrire leurs Mémoires en
François , Latin , Danois ou Allemand.
Les concurrens adrefferont leurs Mémoires
francs de port à Son Excellence
M. de Hielmftierne , Confeiller Privé
du Roi , Chevalier de l'Ordre de Danebrog
, & Président de la Société ; aucun
écrit ne fera seçu au concours paffé le
dernier d'Août 1778,
La diftribution des prix fe fera vers la
fin du mois d'Octobre , & le jugement
168 MERCURE DE FRANCE .
de la Société fera publié incontinent
après .
Les Auteurs font priés de ne fe point
faire connoître.; mais de mettre une devife
à la tête , ou à la fin du Mémoire
& d'y joindre un billet cacheté avec la
même devife , qui contiendra leur nom
& le lieu de leur réfidence .
I I.
MARSEILLE .
L'Académie des Sciences & Belles-Lettres
de certe Ville , propofe pour Prix
les fujets fuivans :
و د
. و د
Pour 1778.
S Quels font les divers
engrais que la Provence peut fournir ;
quelle eft la manière de les employer
» fuivant les différentes qualités du terrein
. Prix double.
ر د
"
Pour 1779. Quels font les moyens
» les plus propres à vaincre les obftacles
» que le Rhône oppofe au Cabotage ,
entre Arles & Marfeille , & à empê-
» cher qu'il ne s'en forme de nouveaux .
Prix double.
Pour 1780. « Quels font les avantages
& les inconvéniens de l'emploi du
» charbon "
JUILLET . 1777. 169
charbon de pierres , ou de bois , dans
» les fabriques ; la defcription des différentes
mines de charbon qui font en
» Provence , & leurs qualités Prix
double.
"
Pour 1781. Comme la profondeur
» de tous les Ports peut diminuer par la
" vafe & le fable que les eaux pluviales ,
les courans peuvent y charrier , & c.
» L'Académie demande quelles font les
» caufes qui pourroient coucourir à com
bler infenfiblement le Port de Marfeille
; quels font les moyens d'en prévenir
les effets , & d'y remédier .
30
Ces Prix font , chacun une médaille
d'or, de la valeur de 300 liv .; ils feront
diftribués chaque année le premier mercredi
après la quinzaine de Paques .
On adreffera les ouvrages à M. Mourraille
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
; ils ne feront reçus que jufqu'au
premier Janvier de chaque année .
III.
Prix de l'École - Pratique de Chirurgie.
M. Houfte , Directeur de l'Académie
Royale de Chirurgie , Aggrégé au Col-
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
·
lége de Montpellier , & charge de l'infpection
des Écoles , a fondé à perpétuité
quatre Médailles d'or , de cent livres
chacune , pour être diftribuées annuellement
à quatre Étudians , qui , parmi
les vingt-fix , nombre fixé pour concou
rir , auront le plus profité des exercices
& des inftructions anatomiques & chirurgicales
de l'École- pratique ; établiffemment
utile & patriotique. Ces Médailles
ont été adjugées , cette année , aux fieurs
Rober- Hubert Devefigneux , de Pontrallain
, Diocèfe du Mans; Jean la Portère ,
d'Auga , Diocèfe de Lefcar ; Antoine-
Pierre Louis Reyne , de Metz ; &
Eymond Durand , de Créon , Diocèfe
de Bordeaux .
-
Les quatre acceffit confiftant en quatre
Médailles d'argent , pareillement fondés
par le fieur Houfte , ont été accordés aux
fieurs Antoine Sain , du Boisdoingt
Diocèfe de Lyon ; Gilbert Tardif , de
Maufun , Diocèfe de Clermont ; Pierre
Jacoupy-Lafond , de Dijon , & Jacques-
André Balloffet , de Villefranche , Diocèfe
de Lyon.
JUILLE T. 1777. 171
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
á donné , le mardi 8 Juillet , la première
repréfentation de la repriſe d'Ernelinde
Tragédie lyrique en cinq actes ; le poëme
eft de feu M. Poinfinet , la mufique eft
de M. Philidor.
Cette Tragédie , repréſentée pour la
première fois en Novembre 1767 , en
trois actes , a été remife en cinq actes ,
par les foins de M. S. qui a donné plus
de développement & de vraisemblance
à ce poëme : il y a eu auffi des augmentations
heureufes dans la mufique. L'Adminiſtration
de l'Opéra n'a rien négligé
pour donner à ce fpectacle toute la pompe
dont il eft fufceptible.
On fe rappelle qu'Ernelinde , fille de
Rodoald , Roi de Norwége , avoit été
promiſe à Sandomir , Prince de Danemarck.
Ricimer , Roi de Suède , vient
attaquer Rodoald dans fes Etats : Sando
mir le fait triompher. Ricimer reclame
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
comme le plus digne prix de la victoire,
la main d'Ernelinde . Sandomir eft offenfé
de cette injuftice ; il défend fes droits.
Ce malheureux Amant eft inis dans les
fers ; mais il en eft délivré par Rodoald ,
qui triomphe à fon tour de Ricimer .
Sandomir a la générouité de lui faire
rendre fa liberté & fa puiffance. Ricimer
vaincu par tant de bienfaits , ne met
plus d'obſtacle à l'amour d'Ernelinde &
de Sandomir.
Il faut avouer que le fujet de cet
Opéra n'eft pas aufli favorable pour le
Théâtre Lyrique que ceux d'Iphigénie
Alceste , d'Orphée , d'Armide , de Caf
tor, &c. Ces poèmes auroient autant , &
peut-être plus de fuccès , comme on l'a
déjà éprouvé , avec la fimple déclamation
fans mufique , qu'avec la mufique
même la plus favante ; c'eft donc le
plus grand avantage qu'un Compofiteur
puiffe avoir , que de traiter ces fables
fi connues & fi intéreffantes , dont la
réuffite a toujours été affurée. Mais les
Connoiffeurs applaudiront aux efforts
qu'un homme de génie fait dans un fujet
ingrat , pour en couvrir les défauts par
les beautés de fon art , &. pour faire
Qublier quelquefois les vices de l'action
JUILLE T. 1777- 173
par le charme de la mufique. M. Philidor
a mérité les fuffrages des vrais Amateurs
& les acclamations du Public , dans les
morceaux d'enſemble & dans les airs ,
où il fait toujours allier un chant fuivi &
heureuſement modulé, à l'énergie & à la
vérité de l'expreffion . C'eft-là fans doute
ce qui caractérife le grand talent en mufique
, d'approprier au fentiment ou à la
paffion , un chant toujours pur & fenfible
; & c'eſt ce qui fera toujours diftinguer
l'Opéra d'Ernelinde , où M. Philidor
a développé les richeffes de l'imagination
& de toutes les connoiffances de fon art.
Beaucoup de morceaux feront recherchés
& feront plaifir dans les concerts ,
où l'on n'admet que la véritable mufique
, celle qui a un caractère & une belle
modulation.
Les Ballets de cet Opéra font agréables
& bien deffinés. La danfe pantomime
des Lapons y fait une variété piquante .
Les premiers talens de la danfe , Mefdemoifelles
Heynel , Guimard , Allard ,
Peslin , MM. Veftris , Gardel , & c . y
font très- applaudis. Ces Ballets ont été
compofés par M. Noverre & par M.
Gardel , & leur font honneur.
Mademoiſelle le Vaffeur , Actrice fu-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
périeure & excellente Muficienne , a
joué & chanté avec beaucoup d'intelligence
& d'expreffion le rôle d'Ernelinde.
M. Larrivée a bien repréfenté Ricimer.
M. Gelin a rendu avec nobleffe & avec
force Rodoald ; & M. le Gros s'eſt diftingué
par fon jeu , & par la beauté de
fon chant & de fon organe , dans le rôle
de Sandomir.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Les Comédiens François ont donné
le famedi 12 Juillet , la première repréfentation
de Gabrielle de Vergy, Tragédie
de feu M. de Belloi .
On n'avoit encore ofé expofer fur la
Scène Françoife une action auffi terrible ,
& exprimée par le Poëte avec autant
d'énergie.
Le Comte de Faïel , l'homme le plus
jaloux & le plus emporté , a des foupçons
contre Gabrielle de Vergy , fa
vertueufe époufe. Il accufe Raoul de
Coucy.
Trop ingrate Vergy , qui me fait réunir
JUILLE T. 1777. 175
7
A la douceur d'aimer le tourment de haïr,
Toique ma bouche accufe & que mon coeur adore ,
Que j'admire & flétris , que j'offenſe & j'implore ;
Plein des feux dévorans qui m'embrafent pour
toi ,
Que n'ai-je ton amour pour garant de ta foi !
Mais tu hais ton époux : vérité trop funeſte !...
Et ce jour accablant m'éclaire fur le refte .
Il lui dit que fon père & fon Roi
exigent qu'ils aillent enfemble à Paris
au - devant de Philippe - Augufte ; Gabrielle
obtient la permiffion de refter
dans le Château d'Autrey ; elle appréhende
trop de revoir Coucy , & de ranimer
le feu du fatal amour qui la confume.
Cependant Faïel fait arrêter Monlac
, l'Ecuyer de Coucy, qui a été furpris
près du Château ; il le croyoit un ſéducteur
; ' il apprend au contraire que
cet Ecuyer venoit annoncer au père de
fon Maître la mort de Coucy. Cette
nouvelle infpire de la joie à Faïel , tandis
que Gabrielle tombe évanouie &
mourante tant de douleur aigrit encore
la jaloufie de Faïel.
:
Monlac inftruit Gabrielle de l'amour
& du défefpoir de Coucy. Il s'eft jeté
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans un affaut devant le coup que Philippe
, fon Roi , alloit recevoir , & dont
il l'a fauvé aux dépens de fa vie. Coucy
croyant fa bleffure mortelle , écrit à Gabrielle
, & charge Monlac de lui porter
fes derniers adieux & fon coeur. Ce fatal
billet finit
par ces mots :
Adieu. Mon ame fuit , emportant ton image 3
Mon coeur eft plus heureux , il refie auprès de toi.
7
Monlac n'a pu remplir les ordres de
fon Maître , & l'a laiffé mourant au mihieu
du carnage. Gabrielle repaît fa douleur
de la lecture de la lettre de fon
Amant. Elle eft furprife par Farel , qui
s'empare de la lettre. Il efpère que la
mort de fon rival lui rendra la rendreffe
de fon époufe ; mais le bruit de cette
mort eft bientôt détruit . Alors Faïel croit
que la fauffe nouvelle de ce trépas & le
billet , font des piéges concertés par les
deux Amans , pour tromper fa crédulité.
I médite de cruels projets de vengeance.
Raoul de Coucy vient , fous un nom
inconnu , jufques dans le Palais de la
Comteffe de Vergy , pendant l'abfence
de Faïel , pour une commiffion importante
dont Rhétel , fon
l'a charparent
,
JUILLET . 1777 177
gé. Il rencontre Monlac , étonné de revoir
fon Maître. Gabrielle , qui n'a pu
être prévenue , eft effrayée & charmée
de retrouver fon Amant ; mais l'époufe
de Faiel craint la préfence de l'objet de
fa paffion. Faïel arrive furieux , lorfqu'il
fait le retour de fon rival . Il veut le
combattre , & , retenu par Monlac , il
L'attaque & le perce de fon épée. H
ordonne en même-tems à fes Gardes de
chercher & d'arrêter Coucy. Il infulte à
l'inquiétude de Gabrielle , & la laie
dans le doute le plus affreux fur ce qu'elle
doit craindre. Cependant Faïel doit s'être
rendu à la Cour de Philippe , & fon
abfence raffure un peu Gabrielle fur le
fort de Coucy . Cer Amant vient encore
parler de fon amour à Gabrielle , mais
c'eft pour en faire le facrifice à fon devoir
, & pour l'engager à l'imiter. Leur
paffion fe ranime par les efforts même
qu'ils font pour l'éteindre.
Prêts à fe féparer ,
Nos coeurspar plus de noeuds femblent ferefferrer,
Triomphe douloureux , plein d'horreurs & de
charmes !
C'est dans ce moment que Faïel , qui
avoit été retenu par fa jaloufie , poursuit
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Coucy & le fait arrêter par fes gardes ,"
& lui reproche les plus noirs complots.
Coucy ofe le démentir , & reclame la
Loi des Chevaliers pour la défenſe de
l'honneur de Gabrielle . Faïel , en acceptant
le défi de Raoul de Coucy , lui
dit :
Qu'on lui donne une armure : allons au champ
d'honneur ;
Ma juſtice y remit un glaive à ma valeur.
Je pourrois te punir : j'en ai le droit , fans doute ;
Tu croirois , en mourant , que Faïel te redoute.
Non; François comme toi , l'honneur de me venger
M'offre un plaifir de plus à l'afpect du danger.
En vain Gabrielle s'oppofe à leur fureur.
Faïel menace fon époufe de l'entraîner
dans le tombeau , quand même il
fuccomberoit fous le fer de fon rival.
Gabrielle eft enfermée dans un cachot ,
où elle attend avec terreur la nouvelle
du combat. Albéric , Ecuyer de Faïel ,
vient lui dire qu'il a vu tomber fon
maître fous les coups de Raoul . Gabrielle
écoutant alors la voix du devoir , pleure
la mort de fon époux , & refufe de revoir
Raoul. Faïel revient bleffé , & foutenu
par des foldats ; il donne des ordres pour
que fa vengeance foit exécutée ; il fait
JUILLE T. 1777 . 179
emmener Gabrielle , en lui difant qu'elle
fera fatisfaite. Faïel a tué Raoul ; il veut,
que Gabrielle , en croyant que fon amant
triomphe , ait fon coeur devant elle . On
apporte le vafe où ce coeur eft renfermé ,
& goûte avec une joie horrible , la vengeance
qu'il prépare à fon époufe.
Il fait pofer le vafe & la lettre de Raoul
fur une table , & dit :
Tout eft prêt... repaiffons mes yeux de fes tousmens...
J'en contemple à loifir les premiers inftrumens.
(Il reprend la lettre & là montré à Albéric).
Reconnois le billet où leur lâche impoſture
M'enfeigna l'art cruel de venger mon injure.
(Mettant la main fur le vafe).
Tu recevras ce don par Raoul inventé :
Ce don devient affreux par mes mains préſenté.
(Découvrant le vafe).
Sur ce coeur tout fanglant qu'ici ton coeur gémiffe.
(Le recouvrant).
L'objet de ton amour en fera le fupplice.
(A Gabrielle ),
( En lui donnant la lettre) . (En lui montrant le vaſe).
Tiens , voilà ton arrêt.... & voici ta vengeance.
Prend... juge & Raoul doit encor m'alarmer.
H vi
180 MERCURE DE FRANCE.
Gabrielle feule , relit le billet de fon
amant ; & après en avoir répété les derniers
mots :
Moncoeur eft plus heureux , il reſte auprès de toi,
Elle faifit le vafe ; & , prête à prendre
le poifon qu'elle croit qu'il renferme ,
elle apperçoit le coeur de fon amant ; elle
jette un cri terrible , elle tombe évanouie ;
&, reprenant fes efprits, elle donne tous
les fignes d'une douleur profonde ; elle
vent parler , & ne rend que des accens
plaintifs : fa vue eft égarée ; un délire
affreux trouble fes fens ; elle croit voir
encore ce coeur lorfqu'il eft fouftrait à
fes yeux. Faïel défabufé , mais trop tard ,
fe fait traîner auprès de Gabrielle ; il
abhorre fon erreur & fon crime . Gabrielle
, dans fon égarement , croyant
que c'eft fon père , fe jette dans les bras
de fon époux ; & le reconnoiffant à fa
voix , s'en arrache avec fureur : elle
expire. Faïel livré à fon défefpoir , veut
ôter l'appareil de fa bleffure ; mais inpatient
de mourir , il faifit un poignard ,
ilfe tue, & tombe aux pieds de Gabrielle.
Cette Tragédie eft conduite avec beau
coup d'art. Il y a de très-beaux vers , &
de grands fentimens heureufement expriJUILLET.
1777. 181
més. On a remarqué qu'il y avoit quelques
longueurs à corriger. Elle a eu le
plus grand fuccès ; mais ce Spectacle fait
frémir ; & l'on peut à peine en foutenir
la vue. Madame Veftris eft fublime dans
le rôle de Gabrielle. Il n'eft point poffible
de jouer avec plus de fenfibilité , de vérité ,
& d'énergie , ni de foutenir la fcène auffi
long- temps , ni aver autant d'intérêt . My
Molé jone le rôle de Coucy , avec l'intel
ligence & la chaleur qui caractérisent les
grands talens de cet Acteur. M. Larive
s'eft furpaffé dans le rôle de Faïel , dont
il a faifi & rendu parfaitement la paffion
:& la fureur.
DÉB T.
Le Sieur VANHOVE , Acteur de
Bruxelles , a débuté fur le Théâtre de
Paris , le 2 Juillet , par les rôles d'Augufte
dans Cinna , de Baliveau dans la
Métromanie , d'Euphémon dans l'Enfant
Prodigue , de M. d'Orbeffon dans le Père
de Famille , de Danaus dans Hyperméneftre.
Cet Acteur a beaucoup d'ufage du
Théâtre ; il a un bel organe , & met dans
fon jeu beaucoup d'intelligence , de fen182
MERCURE DE FRANCE .
fibilité & de vérité. Il lui fera facile de
corriger quelques légers défauts de prononciation
, & de ne point affecter trop
de fimplicité dans fa déclamation .
•
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens continuent
avec fuccès , les repréſentations des trois
Fermiers , fpectacle agréable , & rendu
par les Acteurs avec beaucoup de vérité
& d'intérêt.
On ſe diſpoſe a donner inceffamment
Erneftine , Comédie nouvelle , en trois
actes , mêlée d'ariettes ; & Laurette , Comédie
en un acte , avec de la mufique.
•
ART S.
GRAVURES.
I.
LES COUSEUSES , Eftampe d'environ
21 pouces de largeur & 17 de hauteur ,
deffinée & gravée par J. Beauvarlet ,
JUILLE T. 1777 . 183
Graveur du Roi , d'après le Tableau original
du Guide ; tiré du Cabinet de
I'Impératrice Catherine II , Souveraine
de toutes les Ruflies . Prix 16 liv. A Paris ,
chez l'Auteur , rue du Petit-Bourbon
attenant la Foire Saint-Germain. Compofition
agréable , & gravée d'un burin
précieux & pittorefque . C'eft un des
morceaux effentiels de l'oeuvre de M.
Beauvarlet , dont les Amateurs recherchent
& confervent les Ouvrages.
I I.
Portrait de feu C. P. Colardeau , gravé
, par Madame Lingée , à l'imitation
du crayon , dans la manière angloife ,
format in - 4 . d'après le deffin de L. R.
Trinqueffe . Prix i liv . 4 f. A Paris , chez
M. Lingée , Graveur , rue des Maçons
près l'Hôtel des Quatre - Nations ; & chez.
M. de Saint- Aubin , Graveur du Roi ,
rue des Mathurins , au petit Hôtel de
Clugny . Ce Portrait eft très- reffemblant ,
& gravé avec beaucoup de foin & de
talent .
184 MERCURE DE FRANCE .
MUSIQUE.
1.
Projet d'un Confervatoire François &
Italienpour la Mufique Vocale.
LES Confervatoires de Naples font fapar
meux ; les Amateurs admirent les avantages
qui en résultent pour le progrès des
Arts , & l'avancement des jeunes Elèves ;
ils font en même- temps furpris , que
dans une Capitale célèbre
fon goût
pourles talens , on n'ait pas fongé à former
un pareil établiffement ; le Sieur BIANCHI,
Compofiteur tralien , jaloux de mériter
l'eftime & la bienveillance des François,
ofe l'entreprendre , & il fuivra en tout la
méthode des Confervatoires de Naples ,
où il a été élevé.
Le Sieur BIANCHI , donnera fon cours
quatre fois la femaine ; deux jours feront
destinés aux Dames , & deux aux hommes
; il enfeignera à vocalifer fur toutes
les voyelles , pour que la prononciation
ne fe trouve pas refferrée , & que l'on ne
perde pas en chantant , les paroles .
JUILLET. 1777. 185
Il donnera l'art de prendre la refpiration
, pour éviter au Chanteur la néceflité,
où il fe trouve fouvent, de couper un mot
en deux , & d'en interrompre lefens, faute
de favoir mefurer fon haleine à la Mufique
& aux paroles.
Il apprendra à augmenter & diminuer
les fons infenfiblement , fans altérer l'in
tonation ; par-là , on évitera la monotonie
, les cris aigus , nazillards , &
ceux qui partent de la gorge , & c.
Il fera un choix des meilleurs Solfèges
Italiens , pour donner à la voix cette égalité
dans les fons , qui eft une des chofes
les plus effentielles ; on chantera à fes
Cours des Duos , des Trios , & des mor
ceaux d'enfemble , foit Italiens ou François
, pour accoutumer l'oreille à l'harmonie
; de plus , le Sieur Bianchi aura
quelques Muficiens d'orchestre , pour familiarifer
fes Elèves avec l'accompagnement
; chofe effentielle pour ne manquer
ni la mefure , ni l'à- plomb , & pour ac
quérir de l'affurance , avantage dont jouif
fent tous les Elèves des Confervatoires .
& qu'ils ne doivent qu'à l'habitude & à
la néceffité de chanter enſemble .
Le Cours du fieur Bianchi fera ouvert ,
pour les Dames , les Mercredi & Samedi,
186 MERCURE DE FRANCE.
depuis dix heures jufqu'à midi ; & pour
les hommes , les Lundi & Jeudi , aux
mêmes heures , & il commencera ces
Cours le 21 du mois de Juillet : il donnera
auffi des leçons particulières en ville , ou
chez lui . Les perfonnes qui voudront
l'honorer de leur confiance , auront la
bonté de s'adreffer , rue de la Grande-
Truanderie , vis à-vis la rue Verderer ,
depuis neuf heures jufqu'à midi .
Ceuxqui voudrontapprendre à chanter
des ariettes Italiennes , trouveront chez
lui un habile Profeffeur de Langue , qui
leur apprendra , en peu de temps , la vraie
prononciation , pour bien articuler les
paroles Italiennes .
1. L.
Six trios pour la Guitarre , avec plufieurs
airs variés ; violon , baffe , ou
Alto Con fordini, dédiée à Mademoiſelle
de Noyan Defcouars ; compofés par M.
Montaur. OEuvre premier . Prix , 9 liv.
A Paris , chez Madame Berault , Marchande
de Mufique , rue de la Comédie
Françoife , Fauxbourg St Germain
Dieu de l'Harmonie , & aux adreffes ordinaires.
>
au
JUILLE T. 1777. 187
III.
Quatorzième Recueil d'Ariettes choifies,
arrangées pour le Clavecin ou le Forté-
Piano , avec accompagnement de deux
violons & la baffe chiffrée , dédiées à
Mademoiſelle Lenglé de Schoebeque
par M. Benaut , Maître de clavecin de
l'Abbaye- Royale de Montmartre , Dames
de la Croix , & c. &c. Prix , 1 liv . 16 f.
A Paris , chez l'Auteur , rue Dauphine ,
près la rue Chriftine , & aux adreffes ordinaires.
GÉOGRAPHIE.
CARTE
ARTE de l'Amérique Septentrionale ,
pour fervir à l'intelligence de la guerre
entre les Anglois & les Infurgens , dédiée
à Monfeigneur de Sartine , Miniftre de
la Marine ; par M. le Chevalier de Beaurain
, Géographe du Roi , & fon Penfionnaire
. Prix , 6 liv. Chez l'Auteur ,
rue Gît-le- coeur.
188 MERCURE DE FRANCE.
1.
ARCHITECTURE.
M. DUMONT Architecte & Profeffeur
d'Architecture , qui a donné au Public
plufieurs volumes de Gravures de
St Pierre de Rome , du Vatican & des
Théâtres , &c. , vient d'ajouter à ſa ſuite ,
fur la nouvelle Eglife de Ste Geneviève
de Paris , une cinquième Planche. Cette
fuite eft préfentement compofée d'un Plan
géométral , d'une vue perfpective de l'in
térieur de cet Edifice , & de trois façades
de la principale entrée à périftile, qui font
terminées avec différentes penfées de
dômes octogones & circulaires ,
reffauts & fans reffauts.
avec
Ces cinq Planches font exactement
gravées d'après les deffins de M. Soufflot ;
elles font,actuellement enfemble , du prix
de 6 liv .
JUILLET. 1777. 189
POUR ET CONTRE , ou Réponse à des
IL
Critiques .
L EST fans doute intéreffant , qu'un Auteur
attaqué puiffe quelquefois repouffer
les traits d'une critique injufte ou haſardée .
C'estpourquoi nous nous ferons un devoir
de raffembler dans un article particulier
les réponfes qui nous feront envoyées ,
en demandant la permiffion de réduire
la queftion à fon point effentiel , & d'écarrer
tout ce que l'humeur , l'amour .
propre voudroient dire d'étranger ou
d'offenfant. Il n'y a pas de meilleure réplique
que celle de la raifon ; & il n'y a
aucun Ecrivain qui doive s'en plaindre .
Voici une de les obfervations qu'on
nous a engagé de propofer.
On lit , dans le Journal de Politique
& de Littérature , duas Mars , page 426 ,
que , par fombres jaloufies , dans fon
conte Arabe , M. Dorat entend apparemment
les jaloufies qu'on met aux fenêtres
; car , dit le Journaliſte , je n'en
connois point d'autres au pluriel . Mais
cette critique eft-elle bien fondée , lorf
190 MERCURE DE FRANCE.
que cette expreflion a été confacrée par
les meilleurs Ecrivains ?
1°. Confultez St Evremont :
•femme n'a point de ces jaloufies chagrines
contre toutes les vertus.
2º. Ecoutez Defpréaux :
Fuyez fur-tout , fuyez ces baffes jalousies ,
Des vulgaires efprits malignes frénéfies .
3. Fontenelle nous dit : La bienséance
ne veut pas que les femmes faſſent paroître
certaines jaloufies qui font un peu
trop engagées dans les fens .
4. Enfin , Fenélon s'exprime ainfi :
» Nilesjalouloufies, ni les défiances , ni ia
crainte , ni les vains defirs , n'approcheront
jamais de cet heureux féjour de la
paix. » Le Journaliſte, après une critique
auffi mal fondée , ajoute : « Il est donc
» vrai qu'on peut , pendant long- temps
remplacer le talent d'écrite par celui
» de faire parler en fa faveur toutes les
voix que l'on peut gagner » . Nous demanderons
à notre tour , quelle eft cette
mauière de s'exprimer , faire parler toutes
Ise voix ?
»
Autre Obfervation. Dans le même
Journal , No. 10. à l'article de l'analyſe
JUILLET. 1777. 191
du difcours de M. l'Abbé de Müi , Curé
de Saint Laurent .
On voit , dit M. de L. H. , que l'Au-
» teur a du ftyle. C'eft dommage qu'il
pèche trop fouvent contre le goût . S'il
parle des loix , c'eſt une barrière étendue
devant la Société contre les fougues de
» la licence & de l'audace ; ce font des
» chaînes jetées au méchant pour
l'empêcher de devenir criminel ;
93
39
font des roues ajoutées à la grande ma-
» chine de l'économie politique. Il eft clair
que les loix ne peuvent pas être à la
"fois des barrières , des chaînes , des
» rouès.
Sans doute le Journaliſte a cru faire
rire fes lecteurs par cette plaifanterie.
Mais , doit- elle faire rejeter du difcours
ces grandes & belles images qui en font
l'ornement ? Lorfqu'Homère compare
Ajax & Diomède à deux géniffes attelées ,
à deux courfiers fougueux ; lorfque Lucain
compare Rome affoiblie , à un vieux
chêne chargé de dépouilles , à un coloffe
prêt à tomber , quel Lecteur ne s'élèveroit
pas contre un critique qui diroit
froidement : Il eſt clair qu'Ajax & Diomède
ne peuvent être à la fois deux boeufs
& deux chevaux , Rome un arbre & une
192 MERCURE DE FRANCE.
ftatue. Qu'on life Boffuet ; qu'on life les
ouvrages de tous les hommes véritablement
éloquens ; leur imagination brillante
leur préfente les objets fous toutes
les faces , & fous leurs différens rapports,
Ils ne racontent pas ; ils peignent ; ils
font tableau ; & ils ne parviennent à nous
émouvoir , à nous entraîner , à exalter
nos têtes , pour ainfi dire , que par les
grandes images qu'ils préfentent à notre
efprit. Sans doute les loix ne font pas
phyfiquement des barrières , des chaînes ,
des roues , mais elles font tout cela dans
leurs différens rapports . Elles produifent
l'effet d'une barrière oppofée à la licence
& à l'audace ; elles ont la force des chaînes
jetées au méchant pour l'empêcher
de devenir criminel ; & dans la grande
machine de l'économie politique
elles font comme de nouvelles roues
ajoutées à celles qui la font mouvoir.
L'Orateur ne pouvoit entrer dans ce
froid commentaire pour expliquer fa penfée
; mais il mérite fans doute des éloges ,
& non des critiques , pour s'être livré aux
élans de fa riche imagination , & pour
avoir ufé du droit accordé au genre ora→
toire , fi voifin de la poésie.
Trait
JUILLEA 1777. 193
LE
Spectacle pittorefque.
E Sieur Joly , Peintre & Architecte
du feu Roi de Pologne , Duc de Lorraine
, vient de terminer un Spectacle
pittorefque , auquel , depuis plufieurs
années , il confacre tous fes momens de
loifir. Auteur de tous les fujets qu'il a
peints & exécutés, il réunit tout ce que l'art
peut offrir de plus féduifant , la correction
du deffin , la magie du clair obſcur ,
l'illufion de la perfpective , la richeffe &
la majefté de l'architecture ; les effets les
plus piquants de la nature , l'élégance & le
naturel des figures ; le beau choix des fujers
, & l'agrément du coloris concourent
à occafionner , dans les Spectateurs , P'illufion
& la furprife la plus agréable.
Ce Spectacle intéreffera également les
connoiffeurs , les Artiftes , les amateurs
& tous les curieux.
On pourra le voir tous les après- midi
jufqu'au foir. Il y a place pour dix à douze
perfonnes , mais l'on ne peut éclairer
pour moins de trois ou quatre.
Le prix eft de 3 liv. par perfonne.
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le Sieur Joly demeure , en attendant
une place plus commode , rue de la Morsellerie
, fur la petite Place , près la
rue des Barres , au Dauphin de pierre ,
au premier,
Traité d'amitié & de dévouement.
Il ya quelque temps qu'un pauvre journalier
, habitant d'un village appelé la
Croix- Rouffeau , eft resté veuf avec quatre
enfans en bas âge ; fa foeur , qui peut
avoir vingt-deux ou vingt-trois ans
étoit en fervice , & fort bien placée .
Cette fille a quitté fa condition pour venir
demeurer avec fon frère ; elle l'aide du
travail de fes mains , & fert de mère aux
quatre enfans . Il lui reftoit quarante francs
de fes gages; elle en a acheté une yache ,
qui contribue à la ſubſiſtance de toute la
faniille,
JUILLE T. 1777. 195
ANECDOTES.
I.
LE titre de Prince de Galles , que
porte le fils aîné du Roi d'Angleterre
héritier préfomptif de la Couronne , eft
fort ancien , & fut donné pour la première
fois par Édouard I Édouard I , à fon fils
aîné , d'une manière affez fingulière . Ce
Prince faifant la guerre aux Gallois , qui
ne pouvoient le réfoudre à fubir le joug
des Anglois , s'avifa , pour les foumettre ,
de leur propofer un accommodement.
Il leur demanda s'ils vouloient s'affajétic
à un Prince de leur Nation , dont la
vie étoit fans reproche , & qui ne parloit
pas un mot d'Anglois . Les Gallois
ayant déclaré qu'ils l'accepteroient , le
Roi leur préfenta fon fils , dont la Reine
venoit d'accoucher dans le Château de
Caernavan , fitué dans la Province dé
Galles ; le peuple lui prêta fur le champ
ferment de fidélité.
Iij
1.96 MERCURE DE FRANCE.
I 1.
Deux Seigneurs Anglois , élevés enfemble
dans le même Collége , & ne
s'étant point vus depuis qu'ils en étoient
fortis , fe rencontrèrent un jour . Après
les complimens réciproques : Milord
dit l'un , ne vous fouvient - il pas que
vous me devez dix mille livres ſterling?
Je ne me le rappelle pas . « Lorf-
» que nous étions au Collége
» jouâmes à croix ou pile pour le mon-
» tant de cette fomme , & vous la perdîtes
». C'étoit une plaifanterie.
Non , Milord , cela étoit férieux.
» Si vous m'affurez fur votre parole
» d'honneur que la choſe eſt ainfi , cela
» me fuffit . Le gagnant donna cette
parole , & le perdant paya la fomme.
"
I I I.
nous
Charles- Quint demandant un jour à
Michel- Ange quelle eftime il faifoit d'Albert
Dure , habile Peintre Allemand ,
& Littérateur eftimable ; il lui répondit
fur le champ , avec la franchiſe d'un
homme de génie qui fait s'apprécier :
JUILLE T. 1777 . 197
f
Te l'eftime à tel point , que fi je n'étois
pas Michel- Ange , j'aimerois mieux être
Albert Dure , que l'Empereur Charles-
Quint.
I V.
Un jeune Etranger fe préfenta au
Wauxhall de la Foire St Germain , avec
un chien , auquel on refufa la porte ; il
le mit au Corps de garde , & entra ;
mais à peine fut - il dans le Wauxhall
qu'on lui vola fa montre. I defcendit
au Corps- de-garde pour faire fa déclaration
, & dir au Sergent que s'il vou
loit lui permettre de rentrer avec fon .
chien , il découvriroit bien le voleur.
On le lui permit ; le maître indiqua par
fes geftes ce qu'il avoit perdu , le chien
fe mit en quête , & s'attacha au voleur ,
qui fut fouillé & convaincu . Mais il fe
trouvoit fix montres dans fes poches ;
l'inftine du chien ne fut point en défaut
; il choifit , parmi les fix , celle de
fon maître , & la lui rapporta.
Liij
198 MERCURE DE FRANCE.
AVIS.
I.:
Pommade pour les hémorrhoides.
CETTE pommade guérit radicalement les hémorrhoïdes
internes & externes , en peu de jours ,
fans qu'il y ait rien à craindre de retour de cette
maladie , ni accidens pour la vie en les guériffant
; prouvé par nombre de certificats authentiques
que l'Auteur a entre les mains , & par
un nombre infini de perfonnes dignes de foi ,
de tout âge & de tout fexe , guéries radicalement
depuis plufieurs années , & c. par l'uſage
qu'elles ont fait de cette pommade , inventée &
compolée par le fieur C. Levallois , ancien Herborifte
, pour la propre guérifon à lui- même ,
au mois de Mai 1763 .
Cette pommade fait fon opération avec une
douceur & une diligence furprenantes , en ôtant
d'abord les douleurs dès fes premières applications.
> Elle eft divifée en deux fortes
pour agir
enfemble de concert : F'une eft préparée en fuppofitoires
, pour être infinuée &amollir les hémor
thoides internes par une douce tranſpiration ;
l'autre eft applicative fur les externes , pour fondre
& diffoudre , avec la même douceur , les
groffeurs externes & recevoir au dehors la
tranfpiration qui fe fait intérieurement,
JUILLET . 1777. 199
L'on diftribue cette pommade avec appro
bation & permiffion , chez l'Auteur , Vieille rue
du Temple , maifon de M. Barnoult , en face
de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie ; & à les
dépôts , ue de Richelieu , au galant Ruſſe ; chez
M. Deloche , Marchand Limonadier , au coin de
la rue de la Perle , à Paris . A Sens , grande rue
chez M. Evrac , Marchand Chaudronnier.
"
Pour les hémorroïdes nouvelles , les deux demi
boîtes , avec trois fuppofitoires , font de 3 liv.
joint à un imprimé qui indique la manière de
s'en fervir.
Le prix des doubles boîtes , avec fix fuppofitoires
, pour les hémorrhoïdes anciennes , eft de
6 liv. quant aux invétérées de io , 20 à 30 ans ,
il faut redoubler l'ufage de la pommade , & il
s'enfuit toujours le bien- être defiré.
Les perfonnes de Province qui defireront le
procurer de cette pommade , font priées d'affran
chir leurs lettres , & d'indiquer leur meſſagerie.
I I.
Le fieus Rouffel , demeurant à Paris , rue Jeande
l'Epine , chez l'Epicier en gros , la porte- co
chère à côté du Tourneur , au deuxième appar
tement fur le devant , près de la Grêve , donne
avis au Public qu'il débite , avec permiffion , des
bagues dont la propriété eft de guérir la goutte.
Les perfonnes qui en font fort affligées doivent
porter cette bague avant ou après l'attaque de la
goutte ; en la portant toujours au doigt , elle
préferve d'apoplexie & de paralyfic.
Liv
MERCURE DE FRANCE,
..
Le prix des bagues montées en or , eft de 34
liv. & celles en argent , de 24 1 .
Le fieur Rouflel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds.
Le prix des boîtes à douze mouches eft de 3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches eft 11. 10 f.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes , les
foulage & les guérit.
Al
.
Les pots de pommade font de 3 liv. & 11
Il a une eau pour guérir les brûlures , approu
vée par M. le Doyen & Préfident de la Commiffion
Royale de Médecine.
Le prix des bouteilles eft de 3 liv . & de 1 1. 4 f.
NOUVELLES POLITIQUES .
De Conftantinople , 2 Mai.
ON dit que le Gouvernement a reçu des
nouvelles qui lei apprennent la mort du Régent
de Perfe , & les difpofitions ou le Pacha , qui
commande l'armée Ortomane dans la Province
de Bagdad , eft de faire évacuer inceflamment
Baffora par la garniſon Perlane .
Les Ruffes répandus dans toutes les places &
dans tous les ports de la Prefqu'île , y retiennent,
à ce qu'on dit , plus de deux cents bâtimens du
pays , & n'ont laiffé fortir que le Kan DewletJUILLE
T. 1777. 201
Guerai & fa fuite. Il paroît que cette détention
eft une espèce de repréfaille , pour obliger la
Porte à fe relâcher fur le paffage des fiégates
Ruffes qui font ici.
De Varfovie , le 14 Juin.
La réponse qu'on attendoit ici de Pétersbourg,
relativement aux différends de la démarcation
Pruffienne , eft enfin arrivée . Elle porte que Sa
Majefté Impériale , prête à faifir toutes les
occafions où elle pourroit témoigner à la République
fes bonnes intentions , & fa fincère
& conftante amitié , employeroit fes bons offices.
pour engager le Roi de Pruffé au défiftement que
l'on defire de la part de ce Prince ; qu'indépendamment
des démarches directes qu'elle faifoit ,
cHe envoyoit ordre à fon Ambaſſadeur à Varſovie
, d'y entrer en négociation avec le Réſident
de la Cour de Berlin.
On ne peut guerre fe flatter que cette affaire
ait une heureule iffue , d'après la déclaration que
le fieur Blanchot , dans une première conférence ,
a faite à l'Ambaſſadeur de Ruffie , qu'il ne pouvoit
fe relâcher en rien des prétentions du Roi .
fon Maître..
Indépendamment des Troupes Ruffes entrées
en Pologne par Kiew , & qui ont filé le long du
Borifthème , il eft entré récemment un autre
Corps par la Lithuanie , qui dirige également fa
route vers le Niefter. Ces différentes Troupes :
forment environ 40,000 hommes ..
$
202 MERCURE DE FRANCE.
De Stockolm, le 4 Juin..
Le Roi a notifié dernièrement la réfolution où
il étoit de faire un voyage à Pétersbourg , dont
il a fixé le jour au 9 de ce mois. On a fait venir
en conféquence de la Finlande un Chébec , qui
conduira Sa Majefté à Abingfors , où elle s'embarquerafur
une Galère qui la tranfportera jufqu'à
Pétersbourg. La Suède fera privée , dit- on , jufqu'à
la fin de Septembre , de voir fon Koi , dont
la fuite , peu nombreuſe , ne fera compofée que
des Sénateurs Comte Ulric - Scheffer , & Poffe , &
de deux Chambellans. Ce voyage inopiné a fait:
fufpendre les difpofitions qui le faifoient pour un
camp dans les environs de certe Ville ; & le Duc
de Sudermanie , qui doit y refter pendant l'abfence
du Roi fon frère , ne fera point cette an¬
Bée fon voyage de Scanie..
De Rome , le 18 Juin.
Le 6 de ce mois , vers les quatre heures aprèsmidi
, on reffentit ici une fecouffe très -légère de
tremblement de terre ; mais on apprend qu'elle ."
a été plus fenfible à Naples ..
Il y aura Confiftoire lundi prochain, & l'on
affore que le Pape y feta quatre Cardinaux , les.
feurs Salviati , Auditeur de la Chambre Apoſto--
tique ; Pallota , Tréforier - Général de cette même
Chambre ; Onerati , Secrétaire de la Congréga
hon des Evêques & Réguliers ; & Marcolini ,
Préfident d'Urbia,.
JUILLET. 1777. 203
De Ragufe , le 17 Mai.
La République fe trouvant privée , depuis
plus de deux mois , de la Felouque Napolitaine ,
chargée d'apporter & de reporter les paquets
publics , ainfi que l'argent & les effets du commerce
, prend aujourd'hui le parti d'expédier une
Barqne nationale à fon Conful à Barlette , pour
fe
faire donnerdes éclairciffemens fur cette privation .
Le retard de la Felouque fait craindre qu'elle
n'ait été prife par des Forbans , ou qu'elle n'ait
péri.
De Malte , le 30 Mai.
La Frégate Françoife l'Athalante eft arrivée ici
le 26 de ce mois , après avoir laiffé à Palerme le
Duc d'Ayen , ainfi que le Comte & la Comteffe
de Teffé, qui avoient deffein de s'y arrêter. Cette
Frégate travaille à réparer quelques dommages
qu'elle a effuyés , pour remettre inceffamment a
la voile. >
De Londres , le 15 Juin
Il résulte du rapport de quelques Bâtimens ,
qui ont quitté New- Yorck les 12 & 15 Mai dernier,
qu'à ces dates différentes tout y étoit encore
dans le même état qu'auparavant ,, qu'on y
paroiffoit feulement occupé des difpofitions né
ceffaires à la campagne la plus importante de
cette guerre ; puifque c'est une opinion affez
générale que , files Américains ne font pas vaincus
cet été, il faudra renoncer au projet de les
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
a
réduire par les forces de terre , & fe borner à une
armée navale , qui les amène à l'obéiffance par la
chûte de leur commerce , & le défaut de toute
importation & exportation .
2.
Le Général Howe avoit , dit- on , écrit d'une
manière très- preffante , bien avant l'ouverture
de la campagne , qu'on lui envoyât le plus de
Troupes qu'on le pourroit , & la réponse qu'on
lui a faite a été, qu'il étoit trop tard pour fe
procurer encore des Troupes auxiliaires chez
P'Etranger , & qu'il étoit impoffible de lui en
envoyer un plus grand nombre de Nationales.
D'après ce fait , & fur- tout d'après les inftructions
du Lord Percy à ce fujet , quelques amis
même de l'Adminiftration commencent à redou-.
ter que notre armée ne foit pas affez confidérable
pour terminer la guerre cette année.
Si l'on en croit un Particulier nouvellement
arrivé de nos Colonies , on a mis les fortifications
de Philadelphie dans un tel état de défenfe ,
qu'il n'eft pas étonnant que le Général Howe ait
changé fa marche & fon projet. Les Penfilvaniens
, dit ce Particulier , ont élevé un fort défendu
trois retranchemens & par un foffé large
& profond. Une batterie de 120 pièces de canon
borde le parapet , & plufieurs petits forts ,
bâtis fur les rives de la Delawatte , fuffifent pour
empêcher que de petits bâtimens de tranfport ne
puiffent faire aborder des Troupes .
du
par
On lit dans une Gazette du Nouvel- Hampfire ,
31 Mai , une lettre de Morris Town , du 17 ,
par laquelle on apprend que quelques jours auparavant
, il y eut une affaire affez vive entre les
JUILLE T. 1777. 205
Troupes du Roi & les Américains , près de Pifcataway
; que les premiers furent d'abord repou
fés , & qu'étant venus à la charge une feconde
fois , ils avoient encore été mis en déroute ; que
ces deux actions , au rapport de quelques déferteurs
, leur ont coûté près de deux cents hommes
tant tués que bleffés , tandis que les Infurgens
n'en avoient perdu que la huitième partie . On
ajoute qu'on vient d'être informé que , depuis.
peu , il eft arrivé de l'Ifle - Longue au Quartier,
Général des ennemis à Brunſwick , deux cents
charriots , deftinés vraisemblablement pour reti
rer de cette Ville leurs gros bagages. *
On lit dans une Gazette de la Virginie du 26
Mai dernier , que le 19 le Général Putnam , ayant
fous les ordres cinq mille honimes , fut attaqué
à la pointe du jour , près de Prince Town , par
un Corps à -peu - près égal forti de Brunfwick.
L'action dura jufqu'à fept heures du foir , & les
Troupes du Roi fe retirèrent en défordre , &
laifsèrent fix cents prifonniers & beaucoup de
morts . On a fu des prifonniers que le défaut de
fubfiftances avoit forcé le Lord Cornwallis à rffquer
cette action , dont le fuccès n'a pas répondu
à fes efforts.
Les Américains fe vantent d'être en état de
faire face aux forces réunies du Général Howe ,
& annoncent qu'il y aura dans peu vingt mille
hommes raffemblés à Ticondérago pour défendre
cette place , qu'ils regardent comme la clef de
leur pays ; mais s'il eft vrai que les Généraux-
Anglois faffent remonter la rivière d'Hudfon par
leurs Troupes , celles- ci auront précédé les ren206
MERCURE DE FRANCE.
forts Américains , qui ont un trajet beaucoup
plus long & plus pénible à faire . Selon ces difpofitions
refpectives , les nouvelles prochaines
doivent être du plus grand intérêt.
Une lettre d'Ecoffe dit qu'on eft inftruit dans
ce pays que le Congrès a équipé une flotte deftinée
à venir infulter leurs Villes maritimes. Cette
nouvelle a déja jeté l'alarme aux environs du
golfe de Clyde , où l'on a envoyé de Dunbriton
vingt caifles d'armes pour en armer le Peuple de
Greenock. Les Magiftrats de Glafgow prennent
auffi leurs précautions .
De Paris , le 27 Juin.
Monfieur , frère du Roi, à fon paffage par la
Ville de Tours , a fait l'honneur au Chapitre de
La noble & infigne Eglife de Saint - Martin , dont
nos Rois font depuis huit fiécles Abbés féculiers,
Chanoines & Protecteurs , de s'y faire recevoir
Chanoine d'Honneur ,fuivant le droit des Princes
de fon Sang, Cet événement a répandu la joie la
plus vive dans le Chapitre , la Ville & la Pro
wince.. I
La Chambre du Commerce de Nantes , pour
donner une fuite plusétendue aux fêtes que Monfeigneur
le Comte d'Artois a bien voulu accepter
de la part , vient de former le projet d'en fonder
une , qui fera célébrée à perpétuité , le 24 Mai
de chaque année , fous le titre de la Rofière
d'Artois. On y mariera une fille pauvre , mais
reconnue pour fage & vertueufe , à laquelle on
donnera une dot de 4 à 500 liv .. Le, choix de
JUILLE T. 1777. 1.07
cette fille a été remis unanimement à la Dame
Drouin , femme d'un Commerçant de cette Ville,
& après la mort les Juges du Confulat feront revêtus
de cet honorable emploi.
On mande du Puy en Velay que l'Evêque de
ce Diocèfe a reçu le Pallium des mains de l'Evêque
de Clermont , nommé à cet effet par Sa Sainteté.
Ce droit , attaché depuis plufieurs fiécles à
cet Evêché , & notamment conféré en 1445 à
Jean de Bourbon , Evêque du Puy , avoit été négligé
par les derniers Evêques ; celui d'aujourd'hui
l'a fait revivre en fa faveur. Cette cérémonie
s'eft faite le 8 de ce mois , dans l'Eglife Cathédrale
du Puy , avec beaucoup de pompe , au
fon de toutes les cloches. Les Corps de Juſtice
les Officiers du Régiment de Bourbon & toute la:
Nobleffe y ont affiſté .
"
Le Chapitre , en reconnoiffance des foins que
ce Prélat s'eft donnés pour faire revivre ce droit
ancien , a , par une délibération , fondé à perpétuité
une grand meffe folennelle pour fa confer
vation , & une meffe de Requiem après la mort..
Le Grand-Maître de Malte ayant permis au
Comte de Bofredont , Sous- Lieutenant des Gardes-
du-Corps du Roi , de porter la Croix de
Malte , en confidération du grand nombre de
Chevaliers de fon nom qui font actuellement
dans cet Ordre , & de tous ceux que fa Maiſon a
fournis depuis fon etabliffement , Sa Majesté a
bien voulu lui.accorder la permiffion de porter
cette Croix avec celle de Saint - Louis.
Le fieur de la Peyre , Chirurgien-Major , anciens
Prévôt pour les diffections & préparations anato
208 MERCURE DE FRANCE.
miques du Collège de Chirurgie de Montpellier,
alu , dans féance de la la Société royale de Médecine
de Paris , tenue le 1 juillet, trois Mémoires
qui ont mérité l'attention de cette Compagnie ; l'un
fur les moyens de conferver l'eau douce fur mer ,
& de la rendre inaltérable & potable pendant les
voyages de long cours ; l'autre fur la guérifon
des ulcères par le mouvement vacillatoire du verre
ardent ; & le troifième , fur les moyens de traiter
& de prévenir le fcorbut en mer..
PRÉSENTATIONS ..
Le 22 juin , la marquife de Montaigu ar
eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés &
à la Famille Royale , par la ducheffe de Béthune.
Le 6 juillet , le fieur Guyot , avocat -procureurgénéral
du Roi en fon confeil-fupérieur de Corfe
a eu l'honneur d'être préfenté à Sa Majesté par
le fieur de Miromefnil , Garde des Sceaux , &
enfuite à la Reine & à la Famille royale.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Les feurs Née & Mafquelier , graveurs , que «
Leurs Majeftés ainfi que la Famille royale , ont
honoré de leurs foufcriptions pour un ouvrage
intitulé : Tableaux pittoresques , politiques , phy
JUILLET. 1777. 209
fiques &littéraires de la Suiffe , ont eu l'honneur
de préfenter à Leurs Majeftés & à la Famille
royale , le 21 juin , la cinquième fuite de cet ou
vrage.
Le même jour , le fieur Sage , des académies
royales des Sciences de Paris , de Stockholm , &
des académies impériale & électorale de Mayenee
, cenfeur royal , a eu l'honneur de préfenter au
Roi la feconde édition de fon ouvrage intitulé :
Elémens de minéralogie docimaftique, en 2 vol.
Le fieur Jeaurat , de l'académie royale des
Sciences , ancien profeffeur de mathématiques &
penfionnaire de l'Ecole royale Militaire , chargé
par l'Académie dont il eft membre , de calculer
chaque année la connoiffance des tems , ou celle
des mouvemens céleftes , pour l'uſage des Aſtronomes
& des Navigateurs, a eu l'honneur de préfenter
, le 6 juin , à Sa Majefté , le volume de
l'année, 1779 ; ce volume eft le cent unième depuis
que l'Académie a entrepris cet ouvrage , qui
n'a fouffert aucune interruption , & que les différens
Membres de l'Académie ont fuccellivement
enrichis des productions les plus utiles aux progrès
de l'aftronomie & de la navigation .
NOMINATIONS.
Le 22 juin , le fieur le Goutz de Saint- Seyne
a prêté ferment de fidélité entre les maius du Roi ,
en qualité de premier préfident du parlement de
Dijon.
210 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a nommé le fieur Necker directeurgénéral
des finances ; & Sa Majesté a choifi , pour
remplir les trois places du comité contentieux de
ce département , le fieur de Beaumont , confeiller
d'état ordinaire , & confeiller au conſeil
royal des finances , & les fieurs de Fourqueux &
de Villeneuve , confeillers d'état .
Le 6 juillet , le duc d'Aubigny , pair de France ,
duc de Richemond & de Lenox , a eu l'honneur
de faire les remerciemens au Roi , au fujet de fa
duché- pairie , euregiftrée au parlement le 1 du
même mois fur lettres d'érection de janvier
1684.
Le Roi a donné la place de meftre- de- camp ei
fecond du régiment Royal - Pologne cavalerie ,
vacante par la mort du comte de Vogué , au
comte Louis de Durfort , colonel en fecond du
régiment de Champagne.
Sa Majefté a auffi difpofé de la place de coloneljen
fecond du régiment de Champagne , en
faveur du comte de Bryas.
Le chevalier de Monteil , capitaine des vaiffeaux
du Roi & brigadier des armées navales , a
eu l'honneur d'être préfenté à Sa Majefté par le
fieur de Sartine , miniftre & fecrétaire d'état au
département de la marine & des colonies , &
de faire fes remerciemens de la place de commandant
des Gardes de la marine à Breft , qu'elle
bien voulu lui confier.
JUILLET. 1777. 211
MARIAGES.
Le 6 juillet , le Roi & la Famille Royale ont
figné le contrat de mariage du comte de Simiane ,
lieutenant de Roi de la province de Xaintonge ,
avec la comteffe de Damas , dame de Remirémont.
Le 13 juillet , Leurs Majeftés & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du comte
de Choifeul-d'Aillecourt , capitaine au régiment
des Cuiraffiers , avec demoiſelle Ducray ; celui
du comte d'Avaux , colonel en fecond du régiment
de Berri , gentilhomme d'honneur de Monfeigneur
le comte d'Artois , avec demoiſelle de
Bourbonne .
MORT S.
Nicolas Cailloux , natif de Metz , eft mort le
7 juin, à l'Hôpital Saint-Julien de Nancy , âgé
de 108 ans & 5 jours . Il a joui , jufqu'au dernier
moment , de fa mémoire & de fa raifon , & deux
ans avant la mort , qui n'avoit été précédée d'aucune
infirmité , il avoit fait à pied un voyage de
So lieues.
Charles-Louis-Henri d'Appelle - Voifin , fils du
marquis de la Koche - Dumaine , eft mort le ia de
212 MERCURE DE FRANCE.
juin , au château Dufou , près de Châtelleraut ,
dans la 11 ° année de fon âge.
La dame de Château - Morand , Abbeſſe de
Fontaine - Guerard , eft morte en fon Abbaye , le
29 du même mois.
Claude Bourachot , prêtre , docteurதde Sorboune
, abbé commendataire de l'abbaye royale
de Saint Pierre de Neaulphe - le -Vieux , ancien
ordre de Saint - Benoît , diocèfe de Chartres , &
fupérieur- général du feminaire de Saint- Sulpice ,
eft mort à Paris audit féminaire , dans la 8o année
de fon âge..
Claude Comte de Beffe de la Richardie , cidevant
chef de brigade de gendarmerie , meftre
de- camp de Cavalerie , chevalier de l'ordre royal
& militaire de Saint- Louis , eft mort en fon
château d'Auliac en Auvergne , le 13 du mois
dernier , âgé de quarante fix ans.
>
Marguerite- Félicité de Conflans , Dame de
Mefdames de France veuve du Comte de
Maulde , Marquis de la Bullière , eft morte à
Paris le 7 Juillet.
Marie -Geneviève de Viennay de Lucé , épouse
de Michel Roland , Comte des Ecotais de Chantilly
, eft morte en fon château des Ecotais en
Touraine , le premier du même mois , dans la
foixante-huitième année de fon âge.
•
Françoife -Thomas de Pange , épouſe du fieur
de Saint - Simon grand - d'Efpagne de la première
claffe , brigadier des armées du Roi , colonel
du régiment de Touraine , & dame pour
accompagner Madame la Comteffe d'Artois , cft
2
JUILLE T. 1777. 213
aorte au château de Songy , près Vitry -le- François
, le premier du même mois.
Antoine-Arnaud de la Biiffe -Damilly , premier
Président du Parlement de Bretagne , eft
nort à Rennes le 7 Juillet , dans la 79 ° année
de fon âge .
Guillaume Couftou , chevalier de l'ordre du
Roi , digne du nom célèbre qu'il portoir , Sculpteur
, Recteur & Tréforier de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture , Garde de la Salle
des Antiques , eft mort à Paris , le 23 Juillet ,
dans fa foixante- troifième année.
Tirage de la Loterie Royale de France,
du 1 Juillet 1777 .
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
22 , 17 , 31 , 33 , 32 .
Du 16 Juillet.
Les numéros fortis de la roue de fortune font
64, 40, 73 , 63 , 36.
214 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
PIÈCES FUGITIVES ENVERS ET EN PROSE , p . 5
Les Plaifirs champêtre ,
Epître à M. ***.
ibid.
Imitation du premier livre de l'Enlèvement de
Proferpine ,
Lificas & Cécile ,
Philémon ,
La Femme favante ,
Vers chantés lors du paffage de Monfieur
à Saint - Papoul ,
Réponse aux Vouloirs de M. de ***.
Moralité pour les Amans ,
Imitat. d'une Epigramme de Martial ,
Ode à M. l'Evêque de Saint- Flour ,
Vers à Madame la Princeffe de Monaco ,
Impromptu ,
Madrigal ,
Epithalame ,
AM. Caiihava ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
L'Odyffée d'Homère ,
Diction, hiftor. bibliographique , portatif,
Mémoire fur la médecine agiffante ,
Lettre fur les Spectacles,
Pratique moderne de la Chirurgie ,
14
16
34
37
38
39
40
4I
ibid.
43
44
45
ibid.
46
47
ibid.
50
54
ibid.
61
86
75
79
JUILLE T. 1777 .
215
De la compofition des payſages ,
Hiftoire de Rhédy ,,
Etat de la Médecine , Chirurgie & Pharmacie
en Europe ,
Le Congrès de Cythère ,
Effai fur les Machines hydrauliques,
De la Senfibilité ,
Flora Parifienfis ,
Journal des Caufes célèbres ,
Lettre de M , de Trefféol ,
82
84
88
୨୭
97
100
104
105
114
Mém . fur les travaux qui ont rapport à l'exploitation
de la mârure dans les Pyrénées , 121
Traité fur les coutumes Anglo-Normandes , 127
La Cyropédie ,
Tréfor
généalogique ,
Réflexions fur l'Opéra ,
Lettre à M. le Baron de la Vieille-Croche ,
Effai fur les révolutions de la Mufique en
France ,
Profpectus des Analectes politiques , civiles &
littéraires ,
Voyage en Sibérie ,
Annonces littéraires ,
ACADEMIES ,
Copenhague ,
Marſeille
>
Ecole pratique de Chirurgie ,
SPECTACLES.
Opéra ,
Comédie Françoiſe,
179
138
143
146
148
153
- 159
161
166
ibid.
168
169
171
ibid.
174
Comédie Italienne
ARTS.
Gravures
Mufique,
•
182
ibid.
ibid.
184
216 MERCURE DE FRANCE.
Géographie ,
18#
Architecture ,
188
Pour & contre 189
Spectacle pittorefque ,
193
Trait d'amitié ,
194
Anecdotes.
AVIS ,
195
198
Nouvelles politiques , 206
Préfentations , 208
d'Ouvrages ,
ibid.
Nominations,
209
Mariages
211
Morts ,
ibid
Loterie ,
213 .
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le fecond volume du Mercure de France
pour le mois de Juillet , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcherl'impreflion.
"
A Paris , ce 20 Juillet 1777 .
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe,
près Saint Côme.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères