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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES;
ΜΑΙ , 1777.
Mobilitate viget. Wa
ILE.
f
RIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , rue de Tournon,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi
AVERTISSEMENT.
CESicu: LACOMBE libraire , à Paris , rue de
Tournon ,que l'on prie d'adreffer , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obſervations , anecdores
, événemens finguliers , remarques fur les
ſciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
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; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
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JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in- 12 par an ,
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Et pour la Province ,
18 1.
24 1.
18 1.
91.16 f.
JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
cahiers par an , à Paris & en Province , 181.
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an, pour
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TABLE GÉNÉRALE DES JOURNAUX anciens & modernes ,
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LE COURIER D'AVIGNON ; prix ,
24 .
301.
181 .
A ij
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Euvres complettes de Démosthène & d'Efchine , traduites
en françois , vol . gr . in-8 ° . rel.
Les Incas , 2 vol. avec fig. in-8 ° . br .
Dictionnaire Dramatique vol. gr. in-8 °. rel. "
Dict . de l'Induſtrie , 3 gros vol . in- 8 ° . rel .
25 1.
181.
15 1 .
18 1.
Hiſtoire des progrès de l'eſprit humain dans les ſciences
naturelles, in- 8° . 1ei .
Autre dans les fciences exactes , in-8 " . rel.
Autre dans les ſciences intellectuelles , in- 8 ° . rel .
Médecine moderne , in- 8 ° . br .
5 liv.
5 1.
5 1.
21. 10f.
Traité économique & phyſique des Oifeaux de baffecour
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Dict. Diplomatique , in- 8° . 2 vol . avec fig. br.
Revolutions de Ruffie , in-8° . rel.
2 1.
12 1.
2 1. 10 f,
Spectacle des Beaux- Arts , rel . 21. 10 f.
Dict. des Beaux-Arts , in-8°. rel. 41. 10f.
Théâtre de M. de Sivry , vol . in- 8 ° . br. 21.
Poëme fur l'Inoculation , vol . in-8 ° . br. 3 1.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , & c .
in- fol. avec planches br. en carton , 241 .
ture , in-4 ° . avec fig. br . en carton , 12 1.
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architec-
L'Efprit de Molière , 2 vol. in 12 br. 1.
Tableau politique & littér . de l'Europe , an. 1775 , br . 2 1.
Dict. des mots latins de la Géographie ancienne , in-8 ° ,
broché
Les trois Théâtres de Paris , in- 8 ° . br.
L'Egyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br ,
31.
2 1. 10 f.
11. 10 fa
il 4f.
MERCURE
DE FRANCE:
M A I ,
1777.
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE .
Suite de L'AUTOMNE , Chant troiſième
du Poëme des Saifons ; imitation libre
de Tompfon.
APPROCHES DE L'HIVER .
MAIs dans les airs les vapeurs s'épaiſſiſſent ;
L'année enfin commence à décliner :
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Sous les brouillards les collines gémiſſent ;
L'hiver s'annonce & va bientôt régner .
Tout fe confond : ces montagnes énormes ,
Qui de leur fein vomiffent des torrens ,
Perdent l'éclat qu'elles ont au printemps ,
Et n'offrent plus que des maffes informes.
La nuit s'étend & s'empare des bois ;
Elle engloutit , elle abforbe la plaine :
Le fleuve altier , que l'on diftingue à peine ,
Roule à pas lents fes flots bruïans & froids :
Des feux du jour la lumière incertaine ,
En plein midi , verſe un foible raïon ;
Un rouge obfcur embraffe l'horifon :
LeVoyageur, égaré dans fa route,
Erre , fans guide , à travers les côteaux :
La nuit le gagne , & la terreur ajoute
A fes tourmens & redouble fes maux.
L'obfcurité fe condenſe & fe ferre ;
Le jour pâlit ; un gris informe , épais ,
Dans fes replis enveloppant la terre ,
Confond enfin & mêle les objets :
Telle cahos , avant que la lumière
Sur la nature eut verfé fes bienfaits.
FORMATION DES RIVIERES.
Ces noirs brouillards entaffés dans les plaines ,
M A I. 1777 . 7
Des plus hauts monts pénètrent les caveaux :
C'eft du milieu des roches fouterraines ,
Qu'on voit jaillir les fources des ruiffeaux ,
De ces ruiffeaux , qui , des tributs de l'onde
Enrichiffant leur courfe vagabonde,
Vont à la Mer précipiter leurs flots :
C'eft-là , c'eft-là que cette fource immenfe ,
Dont l'origine eft cachée à nos yeux ,
Accumulant fes trésors précieux ,
Sur l'Univers épanche l'abondance.
O toi, dont l'al pénètre les fecrets
Qu'à nos regards déroba la Nature ,
Viens , ô Génie ! & des plus hauts femmets.
Dévoile-moi l'étonnante ftru &ture !
Offre à ma vue & l'Olympe & l'Hémus :
Viens , de fes bois , qui couronnent l'Afie ,
Viens avec moi dépouiller le Taurus ;
Découvre- moi le fein de l'Imaüs ,
Dont les forêts bornent la Tartarie :
Les Monts d'Offrin , qui , des fombres climats
Où l'Aquilon déchaîne les frimats ,
Voyent languir la trifte Laponie ,
A ton afpect s'ouvriront fous mes pas.
Efcaladons les roches de Riphée ,
Dont les fommets , hériffés de glaçons ,
De la Ruflie embraffe les vallons ;
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Et que des Monts l'orgueilleux Coryphée *,
Nous laiffe voir fes abyfmes profonds.
Paffons enfuite au- delà des campagnes
Où l'Abyffin élève les troupeaux ,
Et de la Lune obfervons les montagnes :
Que l'Apennin , le Caucafe & l'Athos ,
Que tous ces monts , fiers enfans de la terre ,
Dont le fommet eſt voifin du tonnerre ,
S'ouvrent enfemble à ta voix ... Avançons...
Tout obéit... Quelle immenfe carrière
A parcourir ! quel coup- d'oeil ! ... Contemplons.
Ici je vois le berceau des rivières ,
Je les entends chercher leur liberté ,
Et, s'épurant par d'immenfes filières ,
Puifer la vie & la fécondité.
Là j'apperçois ces fources tranfparentes ,
Ces réfervoirs , ces tréfors cryftallins ,
Qui , s'échappant par les côteaux voisins ,
Offrent à l'oeil cent cafcades charmantes .
L'aftre du jour les élève en vapeurs ;
L'air les condenfe & les réfout en pluies ,
Chaque colline en recueille les pleurs ,
Et les difperfe au milieu des prairies .
Ainfile bras qui régit l'Univers ,
* L'Atlas , célèbre montagne d'Afrique , qui , fuivant
les Poëtes , foutenoit le Ciel ,
MA I. 1777 . 9
Fait circuler l'onde qu'il vivifie,
L'enfevelit dans l'abyfine des mers ,
A gros flocons la répand dans les airs ,
Et , de fes loix maintenant l'harmonie ,
La laiffe libre ou lui donne des fers.
ÉMIGRATION DES HIRONDELLES.
Quand le Soleil , du haut de fa carrière ,
Ne jette plus qu'une foible lumière ;
Quand les côteaux , menacés des frimats ,
Voyent jaunir leur parure éphémère ,
Progné , dans l'air , prend fes derniers ébats ,
Et va chercher , fous un autre hémisphère ,
Un ciel plus pur & de plus doux climats.
Là , dans la paix , fous de rians ombrages ,
Elle voltige ; & lorfque le printems
A de fa foeur ranimé les accens ,
Elle revient habiter nos rivages.
OISEAUX DE PASSAGE.
Dans la contrée où le Rhin moins fougueux
Perd fon courroux ; dans les plaines Belgiques ,
Où , diffipant les ligues tyranniques ,
La liberté lève un front glorieux ,
Combien , combien de nations ailées
A v
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
Pour voyager en troupes raſſemblées ,
En s'élevant obfcurciffent les cieux !
C'eft à regret qu'elles quittent ces plages ;
Pendant long-tems leur vol eft incertain :
Le froid les chaffe ; elles partent enfin
Et dans les airs ſe mêlent aux nuages.
ÉLOGE DE LA PROVENCE .
Climat où règne un éternel printems ,
Séjour charmant qu'embellit la Nature ,
Quand les frimats defcendent fur nos champs ,
Tes Habitans , fur la fraîche verdure ,
Soignent encor leurs troupeaux bondi fans !
Lorfque nos bois , privés de leur feuillage ,
Du trifte hiver offrent l'affreuſe image ,
De toutes parts tes forêts d'orangers
Au Voyageur préfentent leur ombrage ,
Et mille fleurs embaument tes vergers !
Par M. Willemain d'Abancourt.
MAI. 1777. IB
VERS
Mis au pied d'un Bufte de Louis XVI.
CESSE de nous vanter ces Héros fanguinaires,
Dont le bras meurtrier recula tes frontières ,
O Rome, que leur gloire a fait de malheureux !
Que leurs triftes exploits ont fatigué la terre !
Louis eft bien plus grand & bien plus glorieux ;
Louis , de fes Sujets eft moins Maître que Père.
Par le même.
LA VISITE DU MATIN.
Conte.
LE galant Fontenelle , au déclin de ſes ans ,
Il pouvoit avoir vu quatre-vingt -dix printems )
Un beau matin fut voir une Comteffe
Qui dormoit encore ; il attend
Qu'il foit jour : la jeune Déeffe
se réveille en furfaut : elle fonne , elle apprend
Que c'eft Fontenelle , & s'empreffe
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
De fe lever. « Au moins , lui dit-elle en entrant,
» Vous excuferez ma pareſſe :
Je me lève pour vous. - Je fens
Leprix de vos bontés , reprend le bon Apôtre ;
» Vous honorez mes cheveux blancs ;
» Mais vous vous couchez pour un autre
Que n'ais-je que quatre- vingt ans ! »
Par le même.
*
ODE SUR LA RELIGION .
Oui , je UI ,je ne peux le méconnoître
Sans un funefte aveuglement !
Il exifte fans doute un Être
Qui n'a point de commencement.
Auteur de tout , être fuprême :
Grand Dieu ! je t'adore & je t'aime,
Je fens que c'eft- là mon devoir :
Mais mon hommage eſt - il ſtérile ?
N'ai -je qu'un defir inutile ?
Dois- je périr fans nul eſpoir ?
Né dans un état déplorable ,
Et fans ceffe en butte à la mort,
Hélas ! que l'homme eft miférable
MA I. 1777 . 13
S'il n'attend pas un autre fort !
Incertain fur fa deſtinée ,
De fa raiſon foible & bornéc
Que peut- il apprendre de sûr ?
Ah ! dans la nuit qui l'environne ,
Le flambeau de la foi raïone ;
Sans la foi tout feroit obfcur.
Non, Dieu n'a point dans les ténèbres
Expofé l'homme à s'égarer :
Par des inftructions célèbres
Il a pris foin de l'éclairer.
Dès le moment qu'il le fit naître ,
Dès ce tems il s'en fit connoître ;
Il le fait encore aujourd'hui.
Malgré fes crimes , d'âge en âge,
Il a tranſmis le témoignage
De fon alliance avec lui.
Le plus ancien Peuple du monde ,
Errant parmi les Nations ,
D'un livre où la fageſſe abonde
Leur porte les traditions.
Ce livre par-tout l'humilie ,
Et cependant il le public ,
Il le reconnoît pour divin :
Mais ,filong- tems après le terme
14
MERCURE DE FRANCE .
Des prédictions qu'il renferme
Qu'attend-il donc toujours envain.
Juifs ingrats , l'état où vous êtes
Ne l'a que trop vérifié !
Ce Chef, prédit par vos Prophêtes ,
Vos Pères l'ont crucifié !
Dans l'Europe entière on l'adore ,
L'Afie elle -même l'honore
Comme l'Envoyé du vrai Dieu ;
Il eſt ſervi dansl'Amérique ,
Il a des Temples en Afrique ,
Des Adorateurs en tout lieu .
Sur un gibet Jéfus expire ;
Ses Difciples font conſternés :
Il reffufcite & leur infpire
Un zèle , un courage obſtinés ;
Il n'eft plus rien qui les arrête ;
Ils font prêts à donner leur tête
Pour affirmer la vérité.
On les croit , on renonce aux vices ,
On brave comme eux les fupplices ,
On force l'incrédulité .
Par quelle connivence infigne ,
Sur ce feul point d'accord entre -eux ,
Taut de Peuples ont- ils pour figne
MA I. 1777. 15
L'inftrument d'un fupplice honteux ?
Par quelle baffeffe infinie
Cet inftrument d'ignominie .
Couronne- t -il le front des Rois ?
Que vois-je? quel ſpectacle étrange ?
Se peut- il qu'à ce point l'on change
Des hommes embraſſant la croix !
Ce qui répugne à la nature ,
Ce qui la révolte à l'excès ,
Peut-il devoir à l'impoſture
De fi prodigieux fuccès ?
Détracteur du Chriftianifme ,
Dis-moi comment du Paganiſme
Il a renversé les autels ?
Avec les loix les plus auftères ,
Avec les plus fombres mystères ,
Il foumet l'orgueil des mortels.
Tout paroît prendre une autre forme
Le vrai Dieu par- tout eft connu :
Le monde apprend , par ſa réforme ,
Que fon Rédempteur eft venu.
En vain contre lui tout confpire,
Tout fe founet à ſon empire ;
Tout fe rend aux loix qu'il prefcrit ..
Rome , fière de fes conquêtes ,
16 MERCURE DE FRANCE.
Ne femble enfin les avoir faites ,
Quepourles rendre à Jésus -Chrift .
Ils font accomplis les oracles
Qui prédirent ce changement!
L'Evangile , de tous les obſtacles
Triomphe univerſellement :
Que fon auteur eft magnanime !
Ah ! que fa morale eſt ſublime !
Que de leçons en peu de mots !
L'inventeur d'une telle hiftoire ,
Si l'on refuſoit de la croire ,
Surprendroit plus que le Héros.
A Meffieurs GRAND- JEAN, Oculiftes du
Roi.
LA CATARACTE.
Fable Allégorique.
UN jour Jupiter en fureur
Contre la téméraire audace
De notre criminelle race ,
MA I. 1777. 17
De fes reffentimens peignit ainfi l'aigreur :
Jufques à quand ce Peuple de coupables ,
Ennemis de tout bien , & de tout mal capables ,
Dont je règle à mon choix & la vie & la mort ,
Oferont- ils braver l'arbitre de leur fort ?
Peu fatisfaits de règner fur la terre ,
Rivaux du ciel , ils lancent le tonnerre.
Les métaux , par ma main preſque aux Enfers
cachés ,
De ces gouffres profonds par eux fon arrachés.
*
De mon frère en courroux les ondes mugiffantes
Leur oppofent envain des bornes menaçantes ,
Leurs profanes efforts ont fu dompter les flots ,
Et des vents mutinés méprifant les complots ,
Franchiffent fans pâlir les écueils , les abyfmes.
Tant d'infolens fuccès n'ont pu borner leurs
crimes.
Aidé du frêle appui d'un verre audacieux **,
Leur oeil , nouveau géant , eſcalade les cieux ,
Envahit mes Etats , veille & fuit dans leur route
Les habitans nombreux de ma brillante voûte.
Neptune , Dieu de la Mer.
** Le
Télescope.
18 MERCURE DE FRANCE.
Diſtance, ordre, grandeurs , phaſes , orbites , poids,
L'homme a tout calculé , tout foumis à fes loix ;
Et ni moi , ni les Dieux ( fi l'on croit fes paroles)
N'oferions faire un pas contre les loix frivoles .
C'en eft trop , vils mortels , votre témérité
Hâte les coups vengeurs de mon bras irrité.
Il dit : & d'une voix qu'entend le noir Tartare ,
Il fait fortir la Nuit des antres du Ténare.
A fon ordre elle accourt fur fon char étoilé ,
D'un crêpe à plis flottans elle a le front voilé.
Mère du jour , lui dit l'arbitre du tonnerre ,
L'homme fous vos drapeaux nous déclare la guerre ,
Sous vos voiles il lit ce qui fe paffe aux cieux ,
Et prend de- là le droit de maîtriſer les Dieux.
Si vous n'afpirez point au nom de fa complice ,
Croyez- moi , chargez -vous du foin de fon fupplice
;
Iln'eft que ce moyen qui puiffe nous prouver
Que c'eftfans votre aveu qu'il ofe nous braver .
Ce n'eft qu'aux effets feuls qu'on connoît le vrai
zèle :
Si vous n'ofez punir , vous êtes infidelle.
Mais n'allez pas lancer de ces vulgaires coups
Que l'homme fait guérir ou fe rendre plus doux ;
Frappez, mais en des lieux où les fucs de la terre
MAI. 1777.
th
19
Ne puiffent faire agir leur vertu falutaire ;
Et qu'au fein de fes maux , fans efpoir , fans
fecours ,
L'homme n'ait que la mort pour en rompre le
cours.
Vous voyez l'attentat , vous tenez la victime ,
Lavez-vous du loupçon & vengez-nous du crime ;
Déeffe , ces humaias (s'ils vous font odieux )
Ne font que des mortels, & nous fommes desDieux,
Il la quitte à ces mors. La Déeſſe outragée ,
Rougit , pleure; & jurant d'être bientôt vengée ,"
Se retire en courroux dans fes antres obfcurs.
Mille monftres hideux en infectent les murs :
La Crainte au pâle front , l'Envie au teint livide ,
Le Meurtre au bras fanglant , la Fraude à l'oeil
perfide ,
Le Vol , la Trahifon , les Complots , les Fureurs ,
Et tout ce que la Nuit peut enfanter d'horreurs.
Seule affife au milieu de cette race impure ,
Elle obferve leurs traits , leur regard , leur figure,
Recherche en chacun d'eux ce qu'il a de noirceur ,
Et fonge à leur donner une nouvelle foeur .
Penfive , elle imagine , approuve , hélite , ajoute ,
Sonfang bouillonne & s'ouvre une nouvelle route;
20 MERCURE DE FRANCE.
Elle frappe fon front , pâlit , fait un effort ,
De fon front entrouvert la Cataracte fort.
La Mère à peine voit ce fruit de fa tendreffe ,
Que laiffant éclater fa maligne alégreffe :
O ma fille ! dit-elle , en ton étroit contour ,
Que tu
porte de maux aux habitans du jour !
Mortels , redoutez moins les fléaux & la guerre ,
Une vivante mort va iégner fur la terre .
Quel fera votre effroi , lorſqu'à vos yeux furpris ,
Les cieux & l'Univers vont être anéantis ;
Qu'au fein de la lumière , crrans dans les ténèbres ,
Vous envierez le fort de mes oiſeaux funèbres ! *
Ai-je enfin , Dieux cruels , rempli tous vos projets ?
A vos lâches foupçons laiffai -je des fujets ?
Mais , hélas ! chère enfant , je tarde tes conquêtes :
Pars, frappe de tes coups les plus fuperbes têtes ;
Que letrouble & l'horreur accompagnent tes pas,
Qu'on te craigne en tous lieux à l'égal du trépas.
La fille , dans l'ardeur de ſe montrer fidelle ,
Lorſqu'elle parle encor , a déjà fui loin d'elle.
Elle vole par- tout , & par- tout à la fois
Les humains , à milliers , gémiffent fous ſes loix.
Le laboureur,fans pain , languit dans fa chaumière;
* Les Hiboux & autres Oifeaux nocturnes,
MA I. 1777.
21
L'artifan confterné cherche envain la lumière ;
Et jetant de dépit l'inftrument de fon art ,
Se rend à fon foyer , qu'il regagne au haſard,
Le Savant , pour jamais loin de fa chère étude ,
Croit que de tous les forts fon fort eft le plus rudes
Et le Monarque en pleurs au milieu de fa Cour ,
Paieroit de fes Etats le don de voir le jour,
Cependant Efculape arrive d'Epidaure *.
Frappé des cris plaintifs d'un Peuple qui l'implore ,
Voit le mal , l'examine , obſerve , réfléchit :
De fes foins inquiets fa rivale fe rit,
Tu crois donc , dit le Dieu , qu'en ta fombre
retraite
Tes mobiles remparts fufpendront ta défaite ;
Que tes fenfibles murs , ne pouvant rien ſouffrir ,
A tout remède humain font exempts de s'ouvrir ?
A l'abri , je le fais , des liqueurs & des plantes ,
Tu triomphes ; mais crains des armes plus puiffantes
:
On faura te ravir ces voiles meurtriers . .
A de plus jeunes mains je laiffe ces lauriers .
Les deux fils d'Efculape accompagnoient leur père;
Leurs yeux étinceloient d'une jufte colère ;
* Ville du Péloponèse où ce Dieu avoit un Temple,
22 MERCURE DE FRANCE.
Dignes fils d'Apollon , leur dit - il , c'eſt à vous
A faire fuccomber cette hydre fous vos coups ;
Craignez peu fon audace , & préparez des armes
Capables de changer les mépris en alarmes ;
Votreart près de Pallas vous donne un libre accès ,
Si vous la confultez , foyez fûrs du fuccès.
Quant à moi , j'ai fait voir à la terre étonnée ,
Qu'on peut entrer en lice avec la deftinée ;
Mais le ciel me défend de provoquer deux fois
La vengeance d'un Dieu dont la mort fuit les loix.
*
Les fils partent. Minerve à leurs voeux s'intéreffe ,
Anime leurs efforts , dirige leur adreſſe ;
Et déjà nos Héros , certains de leur pouvoir ,
Pour vaincre l'ennemi n'aſpirent qu'à le voir.
Leur rival ténébreux les voit venir fans crainte,
Dans fon étroit aſyle il ſe croit hors d'atteinte ;
Mais bientôt le mur s'ouvre , & le monftre étonné
De menaçantes faulx fe voit environné ..
De fes voiles obfcurs c'eft envain qu'il fe cache ,
Sous fes pas chancelans fon antre ſe détache ;
L'intelligent acier tranche de toutes parts
Les membraneux appuis de fes moites remparts ;
Ici tombe un lien , là fe brife une chaîne ,
Le Tyran pâle fuit fon trône qui l'entraîne ,
* Il avoit reffufcité Hyppolite.
MAI. 1777. 23
Il fort chargé de fers , & voit avec dépit
Briller à ſes côtés l'aftre du jour qu'il fuit
La lumière triomphe , & s'ouvrant une iffue ,
Frappe même des yeux qui ne l'ont jamais vue ; *
Saifi d'étonnement & l'oeil baigné de pleurs ,
Le Peuple élève au ciel ces nouveaux créateurs .
Tu crois peut-être ici , Lecteur , lire une fable
Faite pour divertir ta curiofité ;
Des illuftres Grand -Jean vois l'art inimitable ,
Et tes yeux te diront : C'eſt une vérité.
Par M. Poitevin Dulimon , Semipreb.
de la Cathéd. de Sens.
LUCIUS & ÉMILIE ,
Ou l'Innocenceperfécutée & couronnée.
Conte moral.
ÉMILIE , la charmante Émilie , étoit
feule admirée dans Rome. Son efprit ,
fa jeuneffe , fes grâces , fa beauté , tous
fes charmes enfin , joints à la vertu la
* Ler Aveugles-nés , dont on lève la catara&te.
24 MERCURE DE FRANCE .
mieux éprouvée , jetoient dans l'ame
de tous ceux qui l'enviſageoient , cette
vive & douce émotion qui flatte & qui
prévient. Celles de fon âge , qui pouvoient
le moins réfifter aux traits de l'envie
, lui rendoient juftice . Caton
Philofophe orgueilleux , ce Cenfeur impitoyable
, dont la févérité outrée n'admettoit
d'autre vertu que la fienne ,
louoit hautement la fageffe d'Émilie .
›
Une perfonne auffi aimable , faite pour
captiver tous les coeurs , entraînoit à fa
fuite , comme on fe le figure bien , une
foule de foupirans , qui tous s'en difputoient
avec ardeur la poffeffion . Il y en
avoit deux entr'autres qui affectoient
Emilie d'une manière bien différente :
l'un nommé Rufus , jeune homme riche
& de bonne naiffance , méprifoit tous
fes rivaux , & faifoit croire , par fes procédés
fiers & infoutenables , que c'étoit
le bonheur d'Émilie qu'il cherchoit , &
non le fien. L'autre, plus modefte & plus
tranquille , avoit le plus excellent des
caractères, Lucius , en un mot , aimoit
Émilie , & il étoit aimé. Ces deux coeurs
s'étoient laiffés unir par je ne fais quel
lien fecret dont le noeud indiffoluble eft
formé par une douce fympathie , une
analogie
M'A 1. 1777. 25°
analogie dans le caractère , une uniformité
d'humeurs , d'inclinations , de volontés,
&, ce qui contribuoit à le refferrer
encore plus étroitement , par la vertu qui
réfidoit dans une couple auffi heureuſement
afſortie.
Quand deux coeurs font rapprochés
de cette forte , rien pour eux de plus délicieux
que de fe découvrir mutuellement
les effets qu'ils éprouvent d'une
union aufli intime : mais il s'en falloit
bien qu'ils en fuffent à ce point. Voici
le fait. Favius , père d'Emilie , étoit
l'homme le plus dur , le plus auſtère
le plus farouche qui fût jamais : il avoit
un bon fonds dans le caractère , mais les
moeurs étoient fauvages ; il aimoit la
vertu ; & il eût été parfaitement ver→
tueux , s'il avoit fçu prendre pour modèle
celle de fa fille . Il étoit dans l'ordre
des Chevaliers Romains ; & , quoique.
fon nom ne faffe pas grand bruit dans
l'hiftoire , il avoit du courage. Il poftuloit
la charge de Prêteur : mais Caïus ,
le père de Lucius , qui étoit fon Compétiteur
, l'obtint. Depuis , la jaloufie
excita entre ces deux rivaux une haine
implacable , & telle qu'ils en vinrent un
jour aux mains : le combat fut fanglant ;
B
་
26 MERCURE DE FRANCE.
Caïus reçut une bleffure qui le mit en
danger de perdre la vie ; mais pour
vius , il n'en eut qu'une très-légère.
Fa-
Favius interdit pour jamais l'entrée
de fa maifon à Lucius , le fils de font
ennemi juré. Jugez de l'état d'Émilie
& de celui de fon amant ! Ils s'aimoient ;
mais ils n'avoient pu parvenir à fe le dire ,
tant la modefte timidité les avoit retenu ..
Maintenant ils en perdent pour jamais
l'efpérance. Ce n'eft pas tout ; quand l'adverfité
appefantit fa main fur nous , elle
ne la relève pas que nous ne foyons entièrement
terraffés.
Le père d'Émilie fe laffoit de voir tous.
les jours fa maiſon affaillie d'une foule
d'importuns qui l'obfédoient de toutes
parts : le remède , difoit- il , de les écar
> c'eft de procurer un établiſſement à
ma fille , & il avoit raifon ; mais celui
qu'il choifit pour cet effet , n'étoit pas le
poffeffeur du coeur d'Emilie. Il la fit venir
un jour dans fa chambre , pour lui
en faire part. -- Je veux , ma fille , vous
procurer un parti avantageux ; c'eft un
jeune homme riche , de grande famille
dont le père eft mon plus grand ami ; en
un mot , Rufus . Qu'en penfez- vous , ma
fille ? répondez. Émilie à ces mots reftę
›
M A I. 1777. 27
interdite : elle ne s'étoit jamais attendu
à un coup aufli accablant ce n'eft pas
Lucius qu'on lui donne ; elle s'en dou
toit : ce n'eft pas un de ceux qui lui
étoient indifférens ; mais c'eft Rufus ,
celui qu'elle déteftoit , celui dont la fierté.
& la préfomption lui étoient infuppor
tables. Quoi , ma fille , dit Favius avec
emportement , vous paroiffez mécontente
; eft-ce que ce parti ne vous conviendroit
pas ? Quelle est donc votre
ambition ? Mon tendre père , vous
qui m'êtes cher , je fuivrai en tout vos
volontés ; mais permettez -moi de vous
faire obferver que je fuis encore trop
jeune pour contracter cet engagement :
attendez , je vous en conjure , encore.
quelque temps , afin de pouvoir me confulter
dans une affaire auffi férieufe .
J'entends , ma fille , que cela foit
conclu au plutôt ; j'entends que Rufus
foit le réfultat de cette décifion . Ne
penfez pas à d'autre qu'à lui : vous favez
que j'ai défendu à Lucius de paroître
davantage chez moi , je me fuis déjà.
apperçu qu'il avoit fait impreffion fur
votre coeur ; mais fi vous avez encore
l'audace de garder la moindre affection
pour lui , foyez fûre de toute mon in-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
dignation. Émilie ne répondit rien à une
propofition & à une menace auffi accablantes
: elle prend congé de fon père ,
monte en gémiffant dans fa chambre ; les
forces lui manquent ; elle eft prête à fuccomber
fous le poids de la douleur qui
l'abat ; elle gagne fa retraite avec peine :
il étoit temps qu'elle y arrivât; fes genoux
tremblans fuccombent enfin : elle fe laiffe
tomber fur fon fauteuil ; une pâleur mortelle
fe répand fur fon vifage ; toutes les
facultés de fon ame l'abandonnent , tant
la crife étoit effroyable . Immobile , elle
fut quelque temps fans donner aucun
figne de vie. Corilla , fa fuivante , &
en même temps fa confidente , qui étoit
au fait de ce qui s'étoit paffé entre le père
& fa fille , entre dans la chambre d'Émilie,
pour la raffurer : mais quelle fut fa furprife
, quelle fut fa douleur , lorfqu'elle
vit l'infortunée Émilie refpirante à peine !
Elle accourt précipitamment , tire avec
empreffement un flacon de fa poche , &
fit tant par fes foins , qu'elle revint peuà-
peu . Emilie , fortie du fommeil léthargique
où elle étoit plongée , fixe Corilla
d'un oeil irrité. Pourquoi , cruelle ,
m'as-tu apporté un fecours dont je n'avois
pas befoin ? Que ne ne laiffois-tu
Span
MA I. 1777. 29
dans la fituation paifible où j'étois ? Tu
m'aurois épargné bien des foucis cuifans
qui vont me ronger le coeur. Oui , par tes
foins inutiles , tu m'as préparé une mort
lente. Elle n'en put dire davantage.
&
Corilla , pour compâtir à fa douleur
pour la partager avec elle , tantôt la
plaignoit , tantôt , pour lui donner de
'efpérance , lui faifoit entrevoir un avenir
plus heureux . J'ai bien éprouvé des
traverſes , lui dit- elle , & j'en éprouve
encore beaucoup. Je fuis perfécutée , je
fuis harcelée par un brutal qui me pourfuit
vivement : je lui ai témoigné mille
fois que j'avois pour lui une répugnance
invincible. En un mot , Emilie , plaignez-
moi à votre tour : je détefte plus
Roccius que vous ne déteftez votre Rufus.
Ce récit de Corilla appaifa un peu la
douleur d'Émilie , qui lui ouvrit à for
tour fon coeur , qui demandoit à être
épanché dans celui d'une perfonne qui
éprouvoit les mêmes revers qu'elle..
Que vais- je donc devenir , diſoit Émilie
à fa confidente ? Que va devenir Lucius
? Où eft- il ? Je ne puis vivre fans
lui , & mon père veut que je renonce à
lui : il defireroit , s'il étoit poffible , que
je le haïffe autant qu'il a en horreur fon
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
père. Si deux pères ont entr'eux une aver
fion la plus décidée , eft- il dit pour cela
que les enfans de l'un & de l'autre , qui
ont un penchant mutuel qui les rappro
che , & que la vertu ne défapprouve pas ,
eft- il dit pour cela qu'ils doivent , à leur
imitation , rompre les liens étroits qui
les tenoient attachés ? J'aime mon père :
j'ai pour lui la foumiſſion la plus entière ;
mais s'il veut , dans cette circonſtance ,
que je lui en donne des marques ; s'il
veut difpofer de mon coeur en faveur de
celui à qui il n'eft pas deftiné , qu'il me
donne la force de lui obéir. Ce qui me
défefpère , c'eft que , m'a- t-il dit , il prétend
que cela foit conclu au plutôt. La
feale efpérance qui me refte , c'eſt fa
bonté , que je ferai enforte de fléchir .
Ainfi parloit Emilie ; & Corilla , après
l'avoir engagé à prendre courage & à ne
fe
pas ainfi laiffer abattre par la douleur ,
fe retira dans fa chambre , qui étoit contigue
à celle de fa maîtreffe. Tel étoit
l'état d'une ame tendre & vertueufe qui
étoit faite pour avoir un fort plus doux
& plus tranquille.
Cependant Favius & le père de Rufus
étoient déjà d'accord entr'eux fur l'alliance
de Rufus avec Émilie , & préten¬
MA I. 1777 : 31
doient , par cet établiffement , cimenter
davantage leur union . Il donne fes ordres
pour les préparatifs de la noce , qui devoit
Le célébrer au bout de quelques jours .
La nuit fuivante , dans le temps le plus
calme & le plus paifible , un bruit fourd
vint frapper les oreilles de Favius : il fe
lève avec précipitation , & marche au
bruit qui l'appelle . L'obfcurité étoit trop
grande pour pouvoir difcerner les objets.
Il court à la lumière ; & , s'en faififfant
toujours avec la même ardeur , toujours
avec la même impatience , il vole dans
le lieu d'où il penfoit que le bruit pouvoit
provenir : il s'approche ; il apperçoit
une échelle qui gagnoit le balcon d'Émilie
, lequel balcon donnoit fur la partie
poſtérieure de l'appartement ; & , plus
loin , un homme qui prenoit la fuite :
mais il ne put le joindre ; car la crainte
avoit donné des aîles au fuyard , qu'il ne
put reconnoître. Favius abandonne donc
le deffein de le pourfuivre : il retourne
de nouveau dans l'endroit où étoient les
marques funeftes de fon ignominie ; il
examine ; il voit du fang répandu fur la
terre : ce qui lui fit juger que la chûte de
ce malheureux étoit la véritable caufe du
bruit qui l'avoit frappé. Favius ne fe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
poffédoit pas , tant ces objets l'avoient
rempli de fureur & de colère . Il n'a rien
de plus empreffé que de monter dans la
chambre de fa fille , qui ne dormoit déjà
plus , parce que le bruit de la chûte avoit
aufli interrompu fon fommeil : il la fixe
avec des regards foudroyans. Émilie , déconcertée
, lui demande la cauſe de fon
agitation. Quoi , malheureuſe , lui dit-il ,
as-tu bien l'effronterie de me faire une
queſtion auffi injurieuſe ? Lève -toi , approche
& viens voir les marques certaines
de ton opprobre & de ton infamie. Émilie
, perfuadée de fon innocence , fe lève
& marche au lieu que lui avoit indiqué
fon père . Sont-ce là , ma fille , dit le
père d'un ton ironique , des marques
équivoques de votre honneur & de votre
vertu ? Où prétendiez - vous donc aller
avec votre Lucius ? Que n'ai- je un poignard
pour te le plonger dans le fein
fille indigne d'un père qui a tant pris de
foins pour ton éducation. Emilie , à cette
vue & à ces mots , penfa mourir d'effroi ;
fes membres font glacés de crainte : elle
auroit expiré fur le champ , fi fon ame
n'eût pas effuyé déjà de pareilles révolutions
, & fi fon innocence n'eût pas
tempéré l'horreur d'une telle circonfMA
I. 1777 .
1
33
tance. Favius prit ce filence de fa fille
pour un aveu fincère de fon crime : il fe
retire , & la laiffe feule abandonnée à
elle -même .
Émilie fut long-temps fans faire aucune
réflexion fur la fituation critique où
elle fe trouvoit. Enfin , lorfque les ténèbres
épaiffes qui couvroient fon ame ,
fe furent diffipées , elle ne put jamais
trouver le noeud d'un tel événement. Je
fuis innocente , difoit- elle ; quel eft donc
le coupable ? Ce n'eſt pas Rufus , puifque
mon père , par une barbare deſtinée ,
avoit donné les mains à fa demande :
cependant je ne connois que lui feul
capable d'un deffein auffi téméraire . Seroit-
ce donc Lucius ? Non , je m'abuſe ;
je lui fais injure , en doutant ainfi de fa
vertu . Non , jamais il ne fut capable de
penfer à un tel moyen , qui bleſſe fa
fageffe & fon innocence , & encore
moins de l'exécuter. Quel eft donc ce
malheureux , difoit elle , en répandant
des larmes , qui attente ainfi à mon repos
& à mon honneur ? C'est moi qui fuis
l'infortunée , fur qui l'adverfité fe plaît
à décharger tous fes coups. Que n'avoitil
, mon père , un poignard dans le temps
qu'il en defiroit un pour me le plonger
By
$
34 MERCURE DE FRANCE.
1
dans le fein ! Non , je ne pourrai jamais
furvivre à une telle difgrâce.
Favius , irrité du crime de fa fille ,
avoit déjà donné fes ordres à fes gens
pour préparer tout ce qui étoit néceffaire
, afin de tranfporter fa fille dans
une maifon qu'il avoit à deux lieues de
Rome , où il vouloit l'enfermer pour le
refte de fes jours. Il étoit dans une colère
& dans une fureur étrange ; il exhaloit
mille injures atroces contre Lucius
& fon père. L'aurore commençoit à
peine à paroître , qu'il demanda à fes
gens fi tout étoit prêt , comme il leur
avoit ordonné ; & voyant qu'ils ne s'étoient
pas mis en devoir de lui obéir , il
vouloit les congédier tous . Alors ils répandirent
des larmes , & le conjurèrent
de différer un ordre auffi févère ..
Favius fut pourtant attendri ; mais il ne
laiffa pas de réitérer fes ordres pour le
départ de fa fille. Ils difpofent donc tour
avec regret ; les chevaux font attelés , &
femblent , par leurs henniffemens , témoigner
leur répugnance . La voiture eft
prête , la porte s'ouvre : Favius fait defcendre
Émilie , & la fait monter dans
l'équipage i en fait autant ;
il commande
enfuite au Cocher de les emmener
en diligence.
MA I. 1777 . 35
Cependant le bruit de cet événement
avoit tranfpiré , je ne fais comment , &
la renominée à cent bouches , avoit
déjà publié cette nouvelle dans tous les
quartiers de Rome. A peine la voiture
avoit-elle avancé , qu'un homme vint fe
jeter avec impétuofité devant les chevaux
, pour s'oppofer à leur paffage : la
voiture s'arrête. Alors adreffant la parole
à Favius , lui dit : C'eſt moi , c'eſt moi
qui fuis coupable , & non pas Émilie :
c'eft à Corilla que j'en voulois , & non-àvotre
fille. Roccius que Vous voyez , eſt
le plus criminel des hommes : vous devez
punir en lui un raviffeur , un cruel qui
trouble votre repos , & fait éprouver
tant de peine & d'amertume à une perfonne
vertueufe qui le méritoit le moins .
Corilla m'avoit témoigné tant de dédains
& de rigueur , que je réfolus d'employer
la rufe & la violence. Je tramai ce deffein
; mais le ciel m'arrêta dans l'exécu
tion , en permettant que je me laiſſaſſe
tomber , parce que je montois avec trop
de précipitation . C'eft dans ce moment ,
Monfieur , que vous accourûtes au bruit
de ma chûte , & que je m'échappai de
vos mains ; mais mes forfaits font trop
grands pour être impunis ; frappez , je
Bovj
36 MERCURE DE FRANCE.
ne mérite plus de vivre . L'ame de Favius ,
pendant ce récit , étoit partagée entre la
joie & la douleur : les ténèbres épaiffes
qui couvroient fon efprit , fe diffipèrent ,
& fes terreurs s'éclipsèrent auffi-tôt. La
préoccupation ne lui avoit pas fait envifager
, jufqu'ici , que le balcon où tendoit
l'échelle du raviffeur , étoit commun
à la chambre d'Émilie & à celle de Corilla.
: Il ordonne donc à fes gens de rebrouffer
chemin & de le remmener chez lui ,
& dit à Roccius de le fuivre , afin que ,
confrontaħt ce qu'il venoit de dire avec
ce que diroit Corilla , il pût éclaircir entièrement
fes doutes.
A peine Favius fut-il arrivé , qu'il fit
venir Corilla qui étoit au défefpoir , lorfqu'elle
eut appris les revers de fa maîtreffe
, convaincue qu'elle étoit de ſon
innocence. Favius lui demande donc
quelle étoit la correfpondance qu'elle
avoit avec un homme nommé Roccius :
les réponſes de Corilla le fatisfirent à un
tel point , qu'il renvoie fur le champ
Roccius en lui pardonnant fa faute , qu'il
avoit déjà expié par l'aveu qu'il en avoir
fait , & le repentir fincère qu'il avoit rémoigné.
MAI.1777 . 37
r
Favius , pleinement convaincu de l'innocence
de fa fille , étoit dans la plus
grande agitation. Il la va trouver ; & , les
larmes aux yeux , lui témoigne le défefpoir
où il étoit d'avoir taxé injuſtement
fon innocence . Je fuis , lui difoit- il , le
plus coupable des pères : oui , je fuis un
père indigne de pofféder une fille auffi
vertueufe. Émilie fe jetant à fes pieds
pour les embraffer , le conjure de ne point
tenir un difcours qui l'offenſe . Elle effuie
fes larmes. Je fens , mon père , en
cet inftant redoubler l'amour que j'ai
toujours eu pour vous : c'eft à vous à qui
je dois le foin que vous avez pris de
ma vertu. La punition que vous m'impofiez
étoit encore trop légère , & votre
rigueur étoit fort au-deffous du crime
dont vous me croyiez coupable . Les larmes
de Favius & d'Emilie coulèrent en cet
inftant avec plus d'abondance , & ils fe
les effuyoient mutuellement.
-
Pendant ces entrefaites , on vint annoncer
à Favius qu'un jeune homme
demandoit à lui parler en particulier,
Il ordonne qu'on le faffe venir dans fa
chambre il fut bien étonné de voir
Lucius fe jeter à fes pieds . C'eft Lucius ,
dit ce jeune homme en pofture de fup-
::
38 MERCURE DE FRANCE .
pliant ; c'eſt Lucius que vous allez rendre
tout-à-l'heure le plus heureux ou le
plus infortuné des hommes . Lifez ceci ,
en lui remettant un papier , & prononcez
ma fentence. Favius fe fentant l'ame
attendrie , dit à Lucius de fe relever . Il
le fixe avec un oeil moins menaçant qu'au
paravant , & lui demande ce que c'eſt
que cet écrit . C'eft , dit Lucius humblement
c'eft la charge de Prêteur que
mon père remet entre vos mains , pourvu
qu'il foit le prix de notre réconciliation
mutuelle. A ces mots , Favius ſe ſent
l'ame foulagée . Le fiel qu'il avoit gardé
jufqu'ici contre Caïus , fait place tout-àcoup
à l'affection la plus tendre. Où eſt
votre père , dit- il à Lucius , en l'embraffant
? Où est-il que je l'embraffe aufſi ?
و
Caïus , qui étoit dans l'antichambre
& qui avoit tout entendu , paroît auffi-tôt ..
Favius vole au- devant de lui , & ils fe
donnent réciproquement les marques les
plus fenfibles de l'amitié la plus tendre.
Oublions , dit Caïus , nos inimitiés , &
qu'elles ne fervent qu'à nous attacher.
plus fortement l'un à l'autre. Je confens
à cela , répliqua Favius , fous les conditions
que vous reprendrez la prêture que
wous. m'avez , offerte par votre fils. Ce
MA I. 1777 . 39
:
trait d'un coeur généreux m'a accablé.
Reprenez votre charge , c'eft vorre ami
qui vous en fupplie : mon honneur , joint
à l'amitié qui nous lie , y eft intéreffé ; je
ne veux pas qu'il foit dit que l'ambition
ait eu part à notre réunion. Pendant ces.
débats tendres & affectueux , on apporte
une lettre à Favius de la part du père de
Rufus il la lit à part ; & , après l'avoir
lu , il jette un cri de joie : me voilà , dit
il , aujourd'hui au comble de mes defirs.
Il appelle auffi tôt Émilie. Qu'on juge de
fon étonnement , en voyant fon cher Lu
cius ! Qu'onjuge de fon raviffement , en
le voyant lui & fon père amis de Favius ,
autant qu'ils avoient été ennemis aupa
ravant ! Rufus, dit Favius à fa fille , Rufus.
ne fera point votre époux non , il eſt
indigne de vous pofféder. C'étoit par une
baffe jaloufie contre Lucius qu'il vous rendoit
des foins , & non par amour pour
vous ; car fon père me marque qu'il avoit
cherché un établiffement ailleurs , dès
qu'il eut appris la difgrace de Lucius que
vous voyez mais je veux le mortifier &
me fatisfaire moi- même ; je veux réparer
aujourd'hui tous les torts dont je fuis cou
pable envers Lucius & mafille : & puis-je
mieux le faire qu'en les uniffant à jamais
40 MERCURE DE FRANCE .
par
des liens folennels ! Le coeur de ces
époux futurs fe dilata autant que l'angoife
l'avoit refferré auparavant. Caïus ne pou
voit répondre à toutes ces démonftrations
de bonté de la part de Favius , que par le
filence énergique de l'extafe. Favius fait
faire auffi-tôt les préparatifs de la noce
pour le lendemain . L'innocence & le bonheur
de ces époux causèrent dans Rome
une joie univerfelle. Ainfi fut perfécutée
& couronnée l'innocence d'Émilie.
Par M. S. C. à Auxerre.
O D E..
Prima quæ vitam dedit hora , carpit,
SENEC ,
QUEL Spectre menaçant fort de la nuit profonde ,
Et, le bras teint de fang, donne des loix au monde !
Son trône eft un cercueil , fon fceptre eft une faulx.
O Mort ! c'eſt toi... De tes ravages
Traçons les funèbres images ;
De tes noires couleurs viens charger mes pinceaux.
L'homme , par l'Éternel créé dans l'innocence ,
Du malheur & du tems eût bravé la puiffance ,
MAI. 1777. 41
Si , formé vertueux , il l'eût été toujours .
O douleur ! il connoît le crime ;
Sous les pas s'entrouvre l'abyſme ,
Et la mort a coupé le tiffu de fes jours .
Dès-lors tout dur périr : l'enfant , fous l'anathême ,
Fils d'un père profcrit , hélas ! profcrit lui-même ,
Vient , foumis au trépas , pleurer dans fonberceau.
Avant qu'il ait vu la lumière ,
Il touche au bout de la carrière ,
Et le fein de fa mère eft fon premier tombeau.
Nous mourons tous les jours : périffables atômes ,
Le Très-Haut devant lui voit paffer nos fantômes,
Sous le chaume ou le dais tout fuit la même loi.
La mort frappe , le fceptre tombe ;
Et , dans les horreurs de la tombe ,
Le Sujet qui n'eft rien eft l'égal de fon Roi.
L'homme à tous les inftans éprouve la foibleſſe .
Les maux , de fon deftin l'avertiffent fans ceffe .
La douleur le conduit où le trépas l'attend .
Notre vie eft un jour d'orage ,
Où le foleil , dans le nuage,
De l'aurore à la nuit brille à peine un inſtant .
Ces biens que l'on pourfuit toujours fans les
connoître ,
42
MERCURE DE FRANCE.
L'on n'enjouit jamais qu'aux dépens de fon être.
Tout eft mortel pour nous , tout hâte notre fort
Par quel aveuglement extrême
L'homme , en abufant de lui-même ,
Jufques dans fes plaifirs s'apprête- t- il la mort?
Les fièvres de fon coeur , que de faux biens
allument ,
De fes goûts corrompus les befoins le confument }
Du poiſon deſtructeur ils attirent le cours.
Ainfi la folle Créature
Force elle-même la Nature
A brifer les refforts de fes fragiles jours.
Où voles -tu , cruel ? Quelle noire Euménide
Vient d'armer ta fureur d'un glaive parricide ?
Quoi ! dans le fang d'un frère ofer tremper les
mains !
Va , la mort punira tes crimes ;
Ses inftrumens font des victimes
Qu'elle immole bientôt au repos des humains.
L'homme affaffin de l'homme !... Eh quoi !... que
vois-je encore ?
Un peuple contre un peuple... Et quel monftre
dévore
Ces féroces mortels l'ún
par
l'autre écrasés ?
Sa voix a l'éclat du tonperre,
ر
MA I. 1777 . 43
Ses traits enfanglantent la terre ;
Il vomit mille morts de fes flancs embrafés.
O démon de la guerre ! ainfi, fous ta loi dure ,
Comme l'affreux hiver dépouille la Nature ,
Le carnage brûlant dévaſte les Érats.
Ces humains , qu'on ne peut comprendre ,
S'étoient unis pour le défendre ,
Et pour s'entrégorger ils vont liguer leurs bras.
Le ciel noir des vapeurs d'une flamme ſanglante ,
Sur un champ qui frémit l'humanité fouffrante ;
Des trônes engloutis dans le fang des fujets ,
Dieux! quels objets épouvantables ?
Ah ! que de maux inexprimables
Fondront fur les auteurs de ces affreux forfaits !
Non , non , la renommée , en erreurs fi féconde ,
Pour prix de ces forfaits offre l'encens du monde
Au coupable Héros , aveuglé par l'orgueil .
Mais , fous les ailes de la gloire ,
Du char même de la victoire ,
La mort , la jufte mort va lui faire un cercueil.
Ce valeureux guerrier, quel que foit fon langage ,
En volant aux écueils , redoute le naufrage
Dansfon coeur qu'étourdit l'ivreffe des tranfports.
Et qu'aucun péril ne l'étonne
1
44
MERCURE
DE
FRANCE
.
Que la fortune le couronne ,
Entendra- t-il fon nom dans l'empire des morts ?
Qu'il entre dans ces lieux où l'horreur des ténèbres
Nous voile des humains les dépouilles funèbres ,
Dans l'abyfme profond qu'ont creufé les exploits ...
Tu frémis ! ... c'eft- là ton ouvrage ,
Ce fera là ton
apanage.
Voilà l'homme & fa gloire, & fes biens & fes droits.
De membres féparés un aſſemblage informe,
Le filence régnant dans un chaos énorme ,
Des offemens poudreux étonnent mes efprits...
J'arrofois ces cendres de larmes...
Ma pitié fe change en alarmes .
Je les vois fe lever & m'adreffer leurs cris.
"Cendre animée ! ici le Roi de la Nature
» A la corruption vient fervir de pâture .
» Vivans , ſur ces tombeaux nous marchions fièrement.
» Sous nos pas ces tombeaux s'ouvrirent ;
» Les flots du tems nous engloutirent.
»Nul bras ne nous foutient hors de cet élément.
»Coloffes de grandeur, vous qui lancez la foudre,
»Un fouffle du trépas va vous réduire en poudre ;
»Dieux de la terre , ofez réſiſter à fes
coups.
MAI.
1777. 45
33
»Monarque , gardes & barrière ,
» Tout cède à la faulx meurtrière .
Qui rend les Rois fi fiers , s'ils meurent comme
» nous ? »
J'admirerois les noms & de Roine & d'Athênes ,
Et l'ame d'Ariftide , & l'art de Démosthènes ,
Et le bras de Céfar , & le coeur de Titus ! ...
J'irois encenfer leurs vains buftes !
Non , non , mais fous leurs noms auguſtes ,
Célébrer les talens , honorer les vertus.
Ne dites point , mortels infenfés que vous êtes ,
Bons ou méchans , la mort doit fondre fur nos
têtes ; -
La volupté nous rit , cédons à ſes attraits.
Ignorez -vous donc que la vie ,
Du prix de nos oeuvres ſuivie ,
Eft l'aurore d'un jour qui ne finit jamais ?
Quand de nos jours mortels le trépas rompt la
Il ne fait
trame ,
que brifer la priſon de notre ame ;
Le corps meurt , l'ame vit , libre de fes liens,
Criminelle dans les fupplices ,
Vertueuse dans les délices ,
L'éternité meſure ou fes maux ou fes biens.
46 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffons notre fort : la terre eft une arêne
Où les foibles humains luttent contre la peine.
Le prix fuit le combat que la mort vient finir.
C'est pour l'avenir qu'il faut vivre ;
La règle que l'homme doit fuivre ,
Eft que , pour fon bonheur , il n'ait plus qu'à
mourir.
Par M. de Trefféol.
LEPROCUREUR QUI TIENT PAROLE.
UN Plaideur fe plaignoit de ſa Partie adverſe
Cet homme , diſoit- il , en tous lieux me traverſe :
Il a de la malice ; il voudroit mon malheur ;
Je le crains; je ne puis exprimer ma douleur.
Son Procureur honnête auffi- tôt le confole :
Il ne faut pas, dit- il, que cela vous défole .
Il veut votre malheur ; mais je veux votre bien .
Il fut tenir parole , & ne lui laiffa rien.
Par M. Jacques Piron.
MA I. 1777 . 47
LE DONNEUR de ConsEIL ou LE NEZ
DE CIRE.
Fable imitée de l'Allemand.
DE la main d'un Houfard , un brave Militaire ,
Le jour d'une bataille eut le nez abattu ;
?
On peut être fort bien reçu
Sans un bras , fans un oeil ; on peut même encor
plaire :
Mais , fans nez , comment fe montrer ?
Heureuſement que l'art en créa de poftiches.
Notre homme y recourut : il alla vifiter
Les Marchands de nez les plus riches ;
Il en vit de toute façon ,
En bois , en ivoire , en carton ,
En or , en argent, en porphyre ;
Car l'homme induftrieux femble avoir mis fes
foins
A prévenir tous les beſoins ;
L'Enfant de Mars , par goût , choifit un nez de
cire :
Un Peintre fut chargé d'imiter la couleur
De l'ancien , tranché d'un coup de cimeterre ;
On s'en fouvenoit peu ; mais certaine Commère ,
48
MERCURE
DE
FRANCE
.
Qui favoit tous les nez par coeur ,
Et jufqu'à leur moindre nuance ,
Décida du défunt l'exacte reffemblance…..
De cette pièce de rapport
Notre homme ainfi muni , fe préfente d'abord
Aux yeux de toute fa famille :
«Tout fe porte- t -il bien céans ?
» Comment me trouves - tu , ma fille ?
"
Que vous en femble , mes enfans ?
養糖
»Ce nez me va-t - il bien ? » Au mieux , je vous
affure ,
Répond l'Aîné ; mais on diroit
Qu'il n'eft pas abfolument droit ;
Attendez... Le voilà placé d'après nature.
Ah ! mon frère , arrêtez , s'écria le Cadet,
Il penche trop à gauche... allez , laiſſez - moi faire ...
Confultez le miroir , & convenez , mon père ,
Que votre nez ainfi fait un meilleur effet.
Queles garçonssont peu d'adreſſe !
Pourfuivit , en riant , la Soeur ,
Dont l'oeil fin obſervoit la main du contrôleur ;
Permettez que je le redreffe ;
Je vous protefte, mon Papa ,
Qu'il n'eft pas bien comme cela...
Officieuse , elle s'avance ,
Le prend , le tourne , fait fi bien,
Que, malgré toute la ſcience ,
Le
MA I. 1777. 49
Le pauvre nez , en moins de rien ,
En vingt morceaux tombe par terre.
Pefte des redreffeurs & des avis divers ;
Au lieu de le brifer , dit notre Militaire ,
Ne valoit- il pas mieux le laiffer de travers ?
C
Par M. Houllier de Saint-Remy.
LES CRIMES & LE CHATIMENT.
Apologue.
Las Crimes échappés de leurs fombres cachots ,
Fondirent un jour fur la terre,
Dont ils troublèrent le repos ;
Avec moins de fracas s'annonce le tonnerre :
Sous leurs pas empeftés on vit l'herbe jaunir ,
De funeftes vapeurs les Villes fe remplir ,
Les forêts fe réduire en cendres ;
Et ce que , fans frémir , on ne fauroit entendre ,
Plus méchans qu'au fiécle d'airain ,
On vit les mortels fanatiques ,
Le fer homicide à la main ,
Se livrer aux fureurs des difcordes publiques...
Les monftres enhardis par ces premiers fuccès ,
Méditent de nouveaux forfaits :
C
So MERCURE
DE FRANCE
.
Dans leurs yeux effrontés la méchanceté brille :
Joyeux , fe tenant par la main ,
Ils marchoient triomphans , lorfqu'ils virens
foudain ,
Appuyé fur une béquille ,
Un Dieu , d'un pied boîteux , fe traîner fur leurs
pas ;
C'étoit le Châtiment : tu feras bientôt las ,
Dit la troupe infernale en éclatant de rire ;
Quel vain espoir vient te féduire ?
En marchant auffi lentement ,
De ton foible courroux nous n'avons rien à
craindre ;
Jamais , pauvre Eclopé, tu nepeux nous atteindre.
Oh ! tant qu'il vous plaira , reprit le Châtiment,
Que votre cohorte me raille ;
Courrez pour quelque tems vous pourrez
m'échapper ;
Mais tôt ou tard , vile canaille ,
Je faurai bien vous attraper.
蒸
Par lemême.
M. A I.
1777.
L'AMOUR OISEAU.
DAN
Imitation de Bion.
"ANS le fond d'un bocage épais ,
Un enfant jouillant dés plaifirs du bel âge ,
Perçoit les oiſeaux de fes traits.
A travers le fombre feuillage ,
Il voit voltiger fous l'ombrage ,
L'Amour fans carquois , fans flambeau.
Simple encor, fans expérience ,
Dans l'âge heureux de l'innocence ,
Le pauvre enfant le prit pour un oifeau :
Qu'il eft charmant ! dit-il , quel plaifir ! quelle
gloire
Si je puis le percer ! Ne faifons point de bruit.
Il approche , & déjà comptant fur la victoire ,
De fon bonheur il s'applaudit :
Mais lorsqu'à tirer il s'apprête ,
Le Dieu malin tourne la tête ,
Le voit , prend l'effor & s'enfuit.
L'enfant gémit , pleure , ſe déſeſpère ,
Jette fon arc , fes traits , & courant à ſon père ,
Lui montre en foupirant , l'auteurde fon chagrin ,
Qui , fuyant d'une aile légère ,
Cij
52. MERCURE DE FRANCE .
S'étoit allé percher fur un ormeau voiſin.
Le Vieillard reconnut fans peine
Le Dieu cruel . Ton eſpérance eſt vaine ,
Mon fils , dit- il en l'embraſſant ,
Vas , ceffe de pourfuivre un ennemi puiſſant.
Crains toi-même plutôt , crains cet oifeau perfide :
Il t'évite aujourd'hui que tu n'es qu'un enfant ;
Hélas ! le tems approche où , loin d'être timide
Et de fuir devant toi , comme il fait maintenant,
Il fondra fur ta tête & fera ton Tyran.
Par M. F. A.
Remerciment à Mademoiſelle B....
AMOUR , j'ai quelquefois recherché tes faveurs;
En tes bontés je n'ai plus d'efpérance :
L'amitié me confole , & fes dous plus flatteurs
de ton indifférence.
Vont me venger
De lajeune Zulmé je reçois chaque jour
De nouveaux traits de bienfaiſance ;
Mais , pour lui témoigner mon ſenſible retour ,
J'implore encor ton aſſiſtance :
Sois moi propice une fois , tendre Amour ,
Et daigne te charger de la reconnoiſſance.
Par M. Dareau.
MA I. 1777. 33
ÉPITRE à Monfieur ***
AIMABLE Ami , Philofophe , vrai Sage ,
Vous qui joignez les graces du bel âge
A l'auftère fagelle , aux vertus , à l'amour ;
Apprenez - moi dans quel heureux séjour
L'amitié fainte ira fuivre vos traces ;
Et tandis que fa voix vous dira mes difgraces ,
Et que vos yeux fe mouilleront de pleurs ,
Sa main vous couvrira de fleurs.
Conduit par la philofophie ,
J'erre de climats en climats .
Je cherche la raiſon ; mais c'eſt une folie.
Dans ce fiécle on ne la trouve pas ;
De fots encor la terre eft trop remplie ,
C'est aujourd'hui perdre les pas.
Tout Philofophe eft en butte à l'envie:
Une infolente & lâche calomnie
Le pourfuit par fes hurlemens .
L'hideufe & baffe jaloufie ,
Derrière lui grince les dents ;
Et leur fille , l'hypocrific ,
Sur fon coeur pointe une arme à deux tranchans .
Auprès de lui , d'un oeil louche & ftupide ,
Ciij
54
MERCURE DE FRANCE.
&
L'orgueil vient lorgner fes écrits,
Veutle juger ; & , fans l'avoir compris ,
Lui jure au fond de l'ame une haine perfide.
Sans doute de fon coeur il fonda les replis.
Même un effaim de Beaux- Efprits ,
Choqués de fes vertus & de fa patience ,
Cherchent, par quelque fourde offenſe ,
Afe venger un peu de fon mépris.
Mais de tant de fats ennemis ,
Le dépit & l'aveugle rage
Ne troublent point fon coeur ni fa raiſon.
C'est par la perfécution
Qu'un fage malheureux devient encor plus fage.
Il doit rire en fecret des efforts du méchant.
Plus on veut l'abaiffer , & plus il devient grand.
Par M. Caria.
素
Imitation de la IVe Ode
d'Horace ,
Livre I.
LE fouffl
E fouffle du zéphir a chaffé les frimats}
Le printems , de retour , embellit nos climats.
Le Dieu de l'élément perfide ,
Après avoir calmé les flots ,
A
MAI. 1777. 55
Engage le Marchand avide
A lancer en merſes vaiſſeaux.
Les troupeaux renfermés par la rigueur du froid ,
Da printems qui renaît fentent la douce loi
Et , quittant leur prifon obfcure,
Vont en bondiffant dans les prés
Pour y retrouver la verdure
Dont l'hiver les avoit fruftrés .
Le laboureur s'éveille , il quitte fon foyer ,
Va fillonner la terre ou tailler fon verger ;
Aux champs il devance l'aurore
Pour y commencer les travaux ;
Et le foir il a peine encore
•
A venir goûter le repos .
Quand Phébus fatigué , fe cachant à nos yeux,
A permis à la foeur de réfléchir les feux ,
Les Nymphes font des choeurs de danse ,
Sous la conduire de Cypris ,
Et frappent la terre en cadende
En foulant les gazóns fleuris.
Vulcain en ce moment allumant fes fourneaux ,
Fait retentir Etna du bruit de fes marteaux ;
Il forge l'horrible tonnerre
Civ
56 MERCURE
DE FRANCE
.
Dont Jupiter arme fon bras
Quand il veut effrayer la terre
Ou bien punir les fcélérats.
Couronnons-nous des fleurs qui viennent de
s'ouvrir ,
Ou du myrte amoureux que Vénus fait fleurir.
Immolons , fous le verd feuillage,
Au Dieu Faune un jeune chevreau ;
Ou , s'il en aime mieux l'hommage ,
Immolons le plus tendre agneau.
L'inexorable mort , fous fes coups affafſins ,
Fait tomber les Bergers comme les Souverains ;
Pour toi , qui , comblé de richeffes ,
Vit content , heureux Sextias ,
Crois-moi , profites des largeffes
Et des faveurs du Dieu Plutus.
Bientôt une nuit fombre obſcurcira tes yeux ;
Bientôt tu reverras tes illuftres Aïeux :
Lorfque du ténébreux empire
Tu prendras le trifte chemin ,
Le fort ne pourra plus nous dire
Quel fera le Roi du feſtin .
Par M. de R*** , de Péronne.
M A I. 1777. 573
Vers adreffés à M. le Lieutenant- Général
du Bailliage de Péronne , à l'occafion
de fa fête de Saint Louis.
LE Saint dont vous portez le nom
Fut ennemi de l'artifice ;
Comme votre auguſte Patron ,
A tous vous rendez la juſtice :
Si le ciel exauce nos voeux ,
Vous la rendrez encore à nos derniers Neveur.
Par le même,
QUATRAIN.
JULIE eft jeune & belle , elle fait raisonner ;
Nature a fait pour elle autant qu'il eft poffible ;
Elle a tout pour nous plaire , elle a tout pour
charmer ,
Que peut-il lui manquer? hélas ! un coeur fenfible
Par M. P. à Versailles.
CAV
58
MERCURE
DE
FRANCE
.
L'OISELEUR & LE MOINEAU.
UN jour
Conte.
N jour un Oifeleur vint tendre ſes filets
Aux bords fleuris d'une fontaine.
Gentil Moineau , courant la pretentaine ,
Se laiffa prendre dans fes rêts .
Notre Manant accourt , & déjà ſe diſpoſe
A couper le fil de fes jours.
Pour l'appaifer, l'Oifeau tremblant propofe
Deux Roffignols qui chantoient leurs amours.
Je fuis de mauvaiſe défaite ;
Que ferez-vous de moi , dit- il au Villageois ?
Laiſſez-moi , par pitié ! je ne ſuis bon qu'aux bois ;
Ne troublez point ma tranquille retraite ;
Ces Roffignols vous feront mieux profit :
Ah ! qu'ils feront charmans en cage !
Oui , la douceur de leur ramage
Saura vous procurer un plus heureux débit.
Taupe , répond le Manant : rufé Moineau s'envole
A tire d'aile en un bofquet charmant ,
Où l'Oiseau de Vénus ſoupire , ſe déſole.
Il écoute , il entend un fon de voix touchant ;
C'étoit un Tourtereau qui peignoit fa tendreffe .
MA I. 1777. 19
Son chant àpeine étoit fini ,
Moineau s'approche & dit : Votre fort m'intéreffe ,
Croyez les confeils d'un ami ;
Fuyez avec votre compagne ,
Craignez de demeurer dans ces bófquets fleuris ;
Fuyez , errez dans la campagne :
Le plus cruel de tous nos ennemis
" Près de ces lieux , pour nous furprendre ,
A tendu fes filets : je viens d'en échapper ;
Le fubtil Oifeleur avoit fu m'attraper ;
Craignez donc , comme moi , de vous y laiffer
prendre.
C'eft ainfi que, fouvent , pour vouloir trop prétendre
On fe laiffe aifément tromper ;
Gardons -nous de trop entreprendre ,
Dans le fort du Manant évitons de tomber.
S'il fe fût contenté d'une feule capture ,
Il n'auroit pas perdu tout fon profit ;
L'appas du gain l'a trop féduit ;
Il n'a pas lu prévoir une heureuſe impoſture.
Pour éviter un pareil cas ,
Suivons le cours de la nature :
Untien , dit - on , vaut bien deux tu l'auras ,
Le proverbe nous en affure .
Par M. Dufaufoir.
C vj
во MERCURE DE FRANCE.
VERS
Mis au bas du Portrait de Mademoiselle
DE C ***
PLUS brillante que Philomète ,
C** a d'Orphée & la lyre & lavoix ;
La toile s'embellit fous fes magiques doigts ;
Son art fait oublier les chef-d'oeuvres d'Apelle .
Que de talens ! c'eft trop pour notre hommage,
Et fa beauté fuffit pour la faire adorer.
Laiffons, laiffons aux Dieux le foin de la chanter,
Contentons - nous d'admirer fon image .
Par M. d'Elmotte..
Explication des Enigmes & Logogryphes
dufecond volume d'Avril.
Le mot de la première Enigme eft
la Puce ; celui de la feconde eft la Lune ;
celui de la troifième eft la Nuit. Le mot
du premier Logogryphe eft Seringue ,
où fe trouvent finge , ferin , firène ;
celui du fecond eft Couronne dans
•
AIR
Par Mademoiselle ClaireFille deM.
Alexandre, Bibliothequaire deMle
Duc d'Aumon
JeuneFlore a lamour vous a :
6
ver donne la naissance ;
4x
Ce jeune Dieu pour recompen:
6 6 4x
-ce Vous em : bel .....lit a.
84x 6
chaque instant du jour etpar
te
plus charmant retour
6
ilpar:
-tage a: vec vous sa plus
6
douce existance sa plus
douce existan : ce
MA I. 1777.
6I
lequel fe trouvent or , urne , cor , cure ,
cône , coeur , rue , cour , Nonce ; celui
du troisième eft Campagne , où l'on
trouve ame , Aman , cap , nape , Mage ,
camp , Page.
ENIGM E.
Nous fommes l'ornement du champ où nous.
naiffons ,
Champ dont le fein ignore la charrue ,
Et qui , quoique jamais le foc ne le remue,
N'en rapporte pas moins d'abondantes moiſſons ;
Chez qui, bien plus , par un fort tout contraire ,
Les fillons,font , pour l'ordinaire ,
Avant- coureurs de la ftérilité.
Mais qui le maintient donc dans fa fertilité ?
Las ! je crois , un peu la nature..
Léger engrais eft toute la culture ;
Encor... engrais , façons , torture ,
Qu'il endure journellement,
N'êtes-vous pas plutôt pour l'ornement ?:
Par M. P **..
62 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
FAIT de
différentes façons ,
Je fers à différens ufages :
Néceffaire dans les maiſons ,
Dans les Villes , dans les Villages ,
Chacun a foin de fe munir de moi ;
Mais le fexe toujours me donne double emploi.
4
Un élément terrible ,
Pour moi fans animofité ,
Loin de m'être auifible ,
Me rend ma première beauté. )
Bientôt placé par les mains d'une Belle ,
Qui cherche encore à s'embellir ,
De mon devoir je m'écarte pour elle ,
1
Et je fais tout pour la fervir.
Enfin , fans être moins docile ,
Souvent je me nourris des pleurs
Quelleverfe dans fes douleurs ,
Alors ma cruauté lui devient très - utile .
Par M. le Roux,
MA I. 1777.
63
J'ai
AUTR E.
MESSE
ESSIEURS , je ne veux point ici
Jouer la petite Maîtreſſe ;
Comme elle , comme vous auffi ,
pourtant des vapeurs , mais de toute autre
efpèce .
Lorfque l'accès lui prend , l'Amant le plus chéri ,
Grondé , traité comme un Mari ,
De fon humeura tout à craindre ,
Et de la mienne il n'a point à fe plaindre.
Son coeur en eft plus attendri
S'il m'entend murmurer , ce qui par fois m'arrive.
Lecteur , concevez - vous comment
Je fuis dans le même moment
Et très -flegmatique , & très- vive ?
Des Coquettes qui , par degrés ,
Ammènent à leur but l'Amant encor novice ,
De Tantale lui font éprouver le fupplice ,
Meffieurs , je n'ai point l'artifice.
D'un defir très ardent vous fentant dévorés ,
Lorfque fur l'herbette fleurie
Près de moi vous ferez à l'ombre d'un ormeau ,
Je n'aurai point la barbarie
De vous tenir le bec à l'eau.
64 MERCURE
DE FRANCE .
Pour qui m'aime , je fuis & très- douce & très- -
bonne.
Coquettes (foit dit entre-nous)
Qui n'êtes bonnes que pour vous ,
Belle leçon que je vous donne !
Par M. Dul**.
LOGO GRY PH E.
QUOIQUE
je fus jadis le tréſor d'Abraham
Et de maint autre Patriarche ,
La plupart des Enfans d'Adam ,
En s'éloignant des tems du Déluge & de l'Arche ,
Ont craint de s'avilir en vivant dans mon ſein :
Que feroient-ils fans moi, malgré tout leur dédain??
Lecteur , fans partager leur erreur , leur injure ,
Partagez- vous mon nom ": je fuis une ouverture ,,
Une carrière , un puits , une retraite , un creux ,
Ou bien , fi vous voulez , ce qu'il eft très-fâcheux
De ne point rapporter d'une déconfiture ,
De ces endroits malancontreux.
Par M. de Bouffanelle , Brigad
des Armées du Roi..
M A I. 1777 • 65
AUTRE.
Tour le monde , ô Lecteur ! fait mon utilité ,
Et mes qualités eftimables.
On n'eft
pas
moins inftruit de ma frivolité
Et de mes tons fouvent défagréables.
Au refte on vit par moi dans la poftérité.
Si l'on coupe mon chef, je deviens inutile
A celui qui s'offre à tes yeux.
Hélas , fon air eft bien d'un imbécile.
De ce mot-ci
Retranche auffi
Le chef, tu va trouver , fans être trop habile,
Des infectes rampans , l'infecte le plus vile.
Et bien qu'il foit l'objet d'un regard dédaigneux ,
C'eft de mes ennemis le plus pernicieux.
Et fans la fage prévoyance
Du Philofophe inftruit qui me tient fous fa loi ,
Ce feroit bientôt fait de moi ,
Car le bourreau détruiroit ma ſubſtance.
Par un bien bon avis finiffons ce propos .
Lecteur, qui de m'avoir veux te faire une gloire ,
Fais un bon choix ; alors tu peux m'en croire ,
Ton ame y trouvera le calme & le repos.
Par M. Vincent , C. de Q.
66
MERCURE DE FRANCE.
•
UNE allian
AUTR E.
NE alliance intime , un accord merveilleux ,
M'unitavec ma four par les plus tendres noeuds.
Avec elle je fuis en tout point fort femblable.
Ma forme affez bifarre eft fouvent agréable.
Je naquis avec toi ; en fept pieds feulement
Décompose mon être , & tu veiras fans peine
Ce Dieu qu'on invoqua fur la liquide plaines;
Un précieux métal ; un ancien inftrument ;
Un Prophête annoncé , une plante ordinaire ;
Ce que font les mortels en ce monde pervers ;
Un Monarque honoré dans les Etats divers.
J'offre un guide à tes pas utile & néceffaire ;
Un oifeau de tous tems que l'on
connut ; enfin
Un jeu que tu jouas en ton âge enfantin ;
Un fleuve très-rapide ; un ville de Flandre.
J'en ai bien dit aflez , Lecteur , tu peux m'entendre.
MAI.
1777.
61
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Hiftoire générale de la Chine , ou Annales
de cet Empire , traduites du Tong
Kien - Kang - Mou , par le feu Père
Jofeph-Anne- Marie de Moyriac de
Mailla , Jéfuite François , Millionnaire
à Pékin, publiées par M. l'Abbé
Grofier , & dirigées par M. le Roux
des Hautesrayes , Confeiller-Lecteur
du Roi , Profeffeur d'Arabe au Col-
: lége Royal de France , Interprête de
Sa Majesté pour les Langues Orientales
; Ouvrage enrichi de figures &
de nouvelles Cartes géographiques
de la Chine ancienne & moderne ,
levées par ordre du feu Empereur
: Kang Hi , & gravées pour la première
fois. Tomes I & II in -4° . à Paris ,
chez Ph. D. Pierres & Cloufier , Imprimeurs
, rue S. Jacques.
•
e
DEPUIS
EPUIS la fin du quinzième fiècle
que les Chinois , dérogeant à leurs vues
politiques , permirent enfin l'entrée de
leur Empire aux Européens , il eft fans
68 MERCURE DE FRANCE .
par
doute furprenant qu'aucun Écrivain ne
fe foit occupé à nous en donner l'hiftoire :
mais il falloit la puifer dans les annales
authentiques de cette Nation ; & les
difficultés de la langue chinoife d'un côté ,
& la longueur de l'entrepriſe de l'autre ,
ont été autant d'obſtacles qui nous ont
privé depuis fi long-temps de ce grand
corps d'hiftoire qui manquoit à notre
littérature . On s'étoit contenté d'un abrégé
fort court , extrait de ces annales
le P. Martini , qui ne defcend que juf
qu'à notre Ere , & des tables chronologiques
du P. Couplet , d'après lefquelles
le P. du Halde a compofé fes faſtes :
voilà à quoi fe réduifoient nos connoiffances
fur l'hiftoire de la Chine. Le P.
de Mailla , mort à Pékin en 1748 , après
un féjour de quarante- cinq ans en Chine ,
Savant à qui on eft redevable en partie
de la grande & magnifique carte de cet
Empire , & de la Tartarie Chinoife ,
levées par ordre de Kang-Hi , eut affez.
de courage pour entreprendre la traduction
entière de ces annales authentiques ,
& affez de connoiffance dans les langues
Chinoife & Tartare Mantcheoux , pour
s'en bien acquitter. C'eft cette traduction
dont les deux premiers volumes paroiffent
aujourd'hui.
MAI. 1777. 69
M. Freret , Secrétaire Perpétuel de
l'Académie des Belles- Lettres , dont les
favantes differtations fur la chronologie
chinoife doivent leur exiſtence au commerce
de lettres que cet Académicien entretenoit
avec le P. de Mailla , eut communication
de cette traduction des annales.
Il fit des démarches pour la faire.
imprimer au Louvre , & voulut en être
l'Éditeur ; mais le peu de temps qui lui
reftoit après les travaux particuliers , &
la direction des Mémoires de fon Académie
dont il étoit chargé , ne lui per
mirent pas de s'y livrer en entier.
D
Le manufcrit de cette traduction , qui
avoit été déposé dans la bibliothèque du
grand College de Lyon , a depuis paffé
entre les mains de M. l'Abbé Grolier
qui en a acquis la propriété par acte paffé
par-devant Notaires le 3 Août 1775 ; &
c'eſt à fon zèle que nous devons la publication
de cet important Ouvrage. Il en
a dreffé un Profpectus qui a été trèsbien
accueilli , & dont la fubftance eft
réimprimée dans le premier volume de
cette hiſtoire , fous le titre de Difcours
Préliminaire. M. G. y réfute les affertions
de l'Auteur des Recherches Philofophiquesfur
les Egyptiens & les Chinois ;
70 MERGURE
DE FRANCE
.
affertions qui ne méritoient peut- être pas
une réfutation , à la tête fur- tout d'une
hiftoire authentique qui les détruit toutes.
M. G. nous avoit promis , dans ce même
Profpectus , de commencer cette grande
hiftoire par un tableau général de l'Empire
Chinois. Mais il a penfé que cetre
defcription préliminaire de la Chine re
culeroit trop loin le récit hiftorique , qui
n'auroit pu commencer qu'au fecond vo
lume. Il a donc réformé cette partie de
fon plan , & rejeté , à la fin de l'Ouvrage ,
ce tableau qui contiendra une defcrip
tion topographique des quinze Provinces
de la Chine , celle de la Tartarie , des
Inles & autres pays tributaires qui en dépendent.
Le nombre & la fituation de
fes villes , foit du premier , foit du fecond
& du troifième ordre , y feront indiqués.
L'Auteur donnera , dans ce même tableau
, un état de la population de la
Chine , des tributs de chaque Province ,
des richeffes générales de l'Empire , & il
y raffemblera tous les détails qui nous
font parvenus jufqu'ici , fur les trois rè
gnes de fon hiftoire naturelle . Cette def
cription fera fuivie d'un précis de nos
connoiffances fur la Religion , le Gouvernement
, la difcipline militaire , les
, y
MA 1. 1777. 71
moeurs , les ufages , les arts & les fciences
des Chinois . Ces différens tableaux , le
dernier fur- tout , ne peuvent manquer
d'intéreffer tous les Lecteurs , ceux prin
cipalement qui s'occupent moins des révolutions
du Trône , que des découvertes
que l'efprit hunain a faites pour le bonheur
de la fociété , & pour accroître nos
jouiffances.
Nous devons auffi à M. G. la publication
des lettres du P. de Mailla fur la
chronologie chinoife , adreffées à M.
Freret , pour fervir de réponfes aux differtations
de cet Académicien , inférées
dans les tomes X , XV & XVIII des
Mémoires de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles - Lettres. Ces répon
fes , qui n'avoient point encore été rendues
publiques , font imprimées dans le
premier volume de cette hiftoire géné
rale , & peuvent lui fervir d'introduction .
Une autre obligation que nous avons
encore à M. G. , eft d'avoir engagé M.
des Hautestayes , très - verfé dans la littérature
orientale , à veiller fur l'édition
de ces annales , & à y porter une critique
fage & févère en même-temps , afin que
les grands traits de cette hiftoire ne foient
pas défigurés, comme tant d'autres , par
2 MERCURE DE FRANCE.
!
des préventions , des préjugés ou un efprit
fyftématique . '
Lorfque le P. de Mailla commença
cette traduction , il y avoit déjà près de
trente-fept ans qu'il réfidoit à Pékin ,
où , occupé du Chinois & de la langue
des Mantcheoux , il avoit , pour ainfi
dire , oublié le génie & le goût de la
fienne , comme il a la candeur de le
marquer lui- même dans fes lettres . M.
des Hautesrayes a donc été obligé de
retoucher ſon ſtyle en grande partie , mais
il l'a toujours fait avec la plus fcrupuleufe
difcrétion , & de manière à ne jamais
altérer le fens . M. D. a cru devoir encore
répandre dans le cours de l'Ouvrage un
affez grand nombre de notes qui paroiffoient
néceffaires pour l'intelligence du
texte . Nous devons de plus , aux recherches
du favant Editeur , des remarques
hiftoriques & critiques , imprimées en
tête du premier volume fous le titre
d'Obfervations.
Ces Obfervations font fuivies de la
Préface du P. de Mailla , qui entre dans
un grand détail fur les fondemens de
l'hiftoire chinoife , & appuie beaucoup
fur la fidélité & la critique des Hiftoriens
quiont recueilli ce grand corps d'hiſtoire .
Cette
MA I. 1777. 73
Cette difcuffion doit être lue dans l'Ouvrage
même.
Lorfqu'on jette les yeux fur l'hiftoire
des deux premières dynafties , on y remarque
une forte de féchereffe , mais qui
prouve affez la véracité des Hiftoriens
qui ont rédigé le Tong-Kien- Kang-Mou ,
ou les annales chinoifes. Ces Hiftoriens
n'ayant pas trouvé de morceaux authentiques
pour remplir les grandes lacunes
qui s'y rencontrent , ont mieux aimé
garder le filence , que de tranfcrire des
fables ou des faits incertains.
Cette hiftoire générale fait mention
de plufieurs Princes qui régnoient en
Chine avant l'Empereur Yao . Mais c'eft
à cet Empereur , qui monta fur le trône
l'an 2357 avant l'Ere Chrétienne , que
commence l'hiſtoire authentique des Chinois.
C'eft auffi le premier Empereur dont
il foit parlé dans le Chou-King , le plus
ancien & le plus refpectable monument
de l'antiquité chinoife. Ce monument
fut recueilli par Confucius dans des temps.
de trouble & d'ufurpation , où les Princes
Tributaires ne cherchoient qu'à faire oublier
la fageffe & les maximes de l'ancien
Gouvernement. Le but du Philofophe
Chinois étoit de leur en rappeler les
D
74 MERCURE DE FRANCE .
principes ; auffi a - t -il rapporté dans le
Chou- King , plufieurs fages difcours de
Yao , Chun & Yu fes fucceffeurs.Comme
ces difcours renferment les maximes fur
lefquelles eft fondé le Gouvernement pa
ternel dont les Empereurs de la Chine
fe font rarement écartés , le Lecteur les
avec fatisfaction , dans le cours de verra ,
cette hiſtoire,
Les Hiftoriens Chinois ont toujours
évité d'ajouter aux faits hiftoriques de
ces détails , ou de ces agrémens qui peu
vent les rendre plus intéreffans , mais qui
donnent lieu de fufpecter la bonne -foi
de l'Écrivain. Leur narration eft grave
& févère. Ce n'eſt pas cependant qu'on
ne rencontre dans ces annales des morceaux
très -attachans. L'hiftoire , par exem
ple , de Chao-Kang eft remplie d'intérêt,
On admire la prudence avec laquelle cet
orphelin remonta fur le trône ufurpé par
Han - Tfou , événement qui paroît avoir
été mis en Drame par un Auteur Chinois .
Sa Tragédie , que l'on ne peut comparer
à nos Tragédies modernes , mais qui
eft bien fupérieure aux farces des Troubadours
, de la Bafoche , des Enfans fans
fouci , a été traduite par le P. Bremare ;
& elle fe trouve dans le recueil donné
u public par le P. Duhalde ,
MA I. 1777. .75
Les Chinois ne font pas cruels , comme
on en peut juger par le Code de l'Empereur
Mou-Ouang. Ce Prince y paroît
toujours plus enclin à la clémence qu'à
la févérité. « Tout criminel , divil dans
» un endroit de ce Code , quoiqu'il n'ait
» pas commis un crime capital , fe trouve
dans un état trifte & pénible : il ne
faut point lui donner de ces Juges qui
ne favent terminer une affaire qu'en
ufant de paroles artificieuſes ; il faut
choifir des gens pleins de droiture , qui
» ne cherchent que la vérité. Soyez atten-
» tifs à ceux qui refufent d'avouer leurs
crimes. Souvent ce qu'on n'obtient pas
d'abord , on l'obtient enfuite : que la
» crainte & la bonté foient les fidelles
» compagnes de vos jugemens ; faites voir
» à tout le monde que vous vous atta-
» chez à l'efprit des loix écrites dans nos
livres , & alors vous ne vous écarterez
pas des règles de la vraie juftice » . པ .
L'Empereur Hiao Ouen-Ti , de la Dy-
-naftie des Han , donne aufſi , dans cette
hiftoire , un bel exemple de cette tendre
compaffion pour les malheureux. La loi
de mutiler les criminels , felon la nature
da délit , établie fous l'Empereur Chun ,
m'avoit point encore été exécutée fous
Dij
46 MERCURE DE FRANCE .
ود
la Dynaſtie des Han . Hiao- Ouen-Ti la
remit en vigueur à l'occafion de Chun-
Yu, Gouverneur d'une ville dans la principauté
de Tfi , dont il commua la fentence
de mort en celle d'avoir les membres
mutilés. Ce Gouverneur avoit une
fille unique encore jeune , qui ne voulut
point l'abandonner , & le fuivit jufqu'à
Tchang-ngan , où il devoit être mutilé.
Cette jeune fille eut le courage d'aller
fe jeter aux pieds de l'Empereur , & de
fui dire , les larmes aux yeux : « Les
peuples de Tfi n'ont jamais porté aucune
plainte contre mon malheureux
père ils fe louoient au contraire de
» fa droiture & de fon défintéreffement .
Il a long-temps fervi Votre Majefté avec
» zèle . Le crime dont il a eu le malheur
» de fe rendre coupable , mérite la mort
» fuivant les loix par un bienfait par-
» ticulier , vous lui accordez la vie ;
mais vous avez changé fon fupplice
» en une mort continuelle . Dans l'impoffibilité
de s'aider tant qu'il refpirera
, quel fpectacle déchirant pour fa
» fille infortunée , de le voir fouffrir fans
» le pouvoir foulager , ni lui procurer
» de nourriture ! Je fuis une portion de
» lui- même , & par-là je deviens cou-,
و د
"
رو
ود
:
M A I. 1777. 77
"
ર
» pable comme lui : je demande à Votre
Majefté, comme la plus grande grâce,
» de faire tomber fur moi la peine , &
» d'être mutilée à fa place ». L'Empereur
touché de la générofité de cette
fille , & de fa piété envers fon père , lui
accorda fa grâce , & abolit la loi barbare
de mutiler les criminels. Ce Prince ex->
pliqua les motifs qui l'y déterminoient
par l'ordre fuivant : « Lorfque quelqu'un
» commet une faute , ou fe rend coupa
» ble d'un crime , on le mutile avant
que de l'avoir exhorté à fe corriger ,
& fans même lui en donner le temps.
» L'humanité réclame contre une loi
>> auffi rigoureufe. Ne devons - nous past
» avoir de l'indulgence & de la compaf-
» fion les uns pour les autres ? L'amour
» de père & de mère qu'un Prince doit
» avoir pour fes Sujets , ne voit qu'avec
» horreur les effets de cette loi révol-
» tante & cruelle . Ma volonté eft qu'elle ›
» demeure à jamais abolie . J'ordonne
» au Tribunal des crimes , de déterminers
» quelqu'autre peine pour les cas où l'on
» ufoit de ces fortes de fupplices » . Le :
Tribunal s'étant affemblé , arrêta que
cette mutilation feroit changée en peinest
pécuniaires , en coups de bâton , ou en
و د
Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
corvées aux travaux publics : le nombre ,
des coups , la fomme ou le temps , étoient.
réglés fuivant la nature du crime. L'Empereur
ratifia cette nouvelle loi par fa
fanction , & la fit promulguer dans tout
l'Empire.
>
L'agriculture , que l'on peut regarder
comme une des mammelles de l'État
eft en très-grande recommandation en
Chine ; & , de temps immémorial , il y
a une Coutume qui fubfifte encore aujourd'hui
, par laquelle l'Empereur , tant
pour donner l'exemple au peuple , que
pour marquer l'estime que l'on doit faire
du labourage , eft obligé de travailler luimême
à la terre. Les grains qu'il récolte
ne peuvent être employés qu'à honorer
le Chang-Ti , ou le Souverain Créateur..
Voici comme la defcription de cette cérémonie
eft rapportée dans ces annales .
Neuf jours avant le premier de la lune
où commence le printemps , l'Intendant.
de l'aftronomie avertit le Mandarin qui
a l'infpection générale fur les grains , que
les froids font celfés , & que le printemps
approche . Ce Mandarin en donne avis
auffi-tôt à l'Empereur par un placet , où
il lui expofe que l'Intendant de l'aftronomie
lui fait favoir que dans neuf jours on
MA Í. 1771 .
entre dans la lune où toutes chofes vont
commencer à prendre une nouvelle faces
& qu'ainfi il prie Sa Majeſté de difpofer
tout pour labourer la terre, L'Empereur
mande au Tribunal qui a foin des corvées
, d'avertir les Grands , les Manda
rins & le peuple , de fe difpofer à cultiver
la terre. Il ordonne au Tribunal
qui a foin des ouvrages de l'État , de
faire préparer le lieu & les inftrumens
néceffaires. Après quoi , cinq jours avant
la cérémonie , l'Empereur fe retire dans
l'appartement du jeûne , & fait fufpendre
toute affaire dans les Tribunaux pendant
les trois derniers jours que dure le
jeûne . Le jour arrivé , l'Empereur fe purifie
le corps : au fortir du bain , on lui
donne , dans une coupe d'or , du vin fait
de bled : il le boit , & fe rend enfuite ,
accompagné des Grands , des Mandarins
& du peuple , dans le champ qu'il doit
labourer. L'Intendant des grains examine
fi rien ne manque , & le principal Officier
de juftice place chaque inftrument
en fon lieu. Alors l'Intendant prend la
charrue , & la préfente à l'Empereur , qui
la reçoit avec refpect , & laboure d'abord
un fillon. Après avoir conduit la chartue
aux trois quarts du fillon , l'Intendant gé-
Div
80 MERCURE DE FRANCE
néral des grains le prie de la céder à fes
gens , qui achèvent de labourer jufqu'à
mille arpens , qui font un terrein de
$ 400000 pieds quarrés , l'arpent Chinois
étant de $ 400 pieds quarrés . Quand tout
ce terrein eft labouré , l'Intendant des
grains en avertit l'Intendant de l'aftronomie
, qui l'examine , & en fait fon rapport
à l'Empereur . Alors l'Intendant de
la bouche préſente à ce Prince un repas
champêtre , préparé par l'Impératrice
même , dont le principal fervice confifte
en un boeuf tué la veille. L'Empereur en
mange un morceau , & diftribue le reſte
aux Grands , aux Mandarins & aux gens
qui l'ont aidé à labourer . Ce repas fini
l'Intendant général des grains fait un
difcours au peuple , dans lequel il relève
beaucoup la condition du Laboureur , &
fait fentir l'importance de s'appliquer à
l'agriculture . Il appuie fur l'obligation
indifpenfable d'y veiller , pour tous ceuxqui
font en charge , depuis les moindres
Officiers des bourgs & des villages , jufqu'à
l'Empereur même , dont un des
principaux devoirs eft de cultiver la
terre .
Les annales de la Chine offrent , comme
toutes les hiftoires , des traits de barMA
I. 1777 .
81
barie & d'atrocité , & des exemples de
vertus patriotiques & fociales qui confolent
un peu le Lecteur des crimes dont
l'Hiftorien n'a pu ſe diſpenſer de l'entretenir.
On lira , par exemple avec un tendre
intérêt , ce trait d'amitié de deux
frères concurrens au trône. Siuen Kong ,
Prince de Ouei , ayoit époufé Y Kiang ,
dont il eut un fils appele Ki. Ayant enfuite
appris que le Prince de Ti avoit
une fille d'une grande beauté , il la demanda
en mariage , & l'obtint. Cette
Princeffe lui donna deux fils qu'il nomma
Cheou & Cho . Ki , comme l'aîné , devoit
fuccéder à la principauté. Mais l'amour
que Siuen-Kong avoit pour ſa ſeconde
femme , le fit condefcendre à
déclarer Cheou fon héritier ; & , pour
cet effet , il commença par faire reconnoître
la Princeffe de Tf pour fa première
& légitime époufe , & Y-Kiang
pour la feconde : en conféquence , Cheou
fut regardé comme l'héritier immédiat
de fa couronne , Ki ne pouvant plus y
prétendre qu'à fon défaut. Y Kiang , mécontente
d'une pareille difpofition , fe
plaignit hautement de l'injuftice ; mais
voyant qu'on n'avoit aucun égard à ſes
plaintes , elle fe pendit de défefpoir.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
Siuen-Kong , pénétré de cet accident ;
tomba dans une profonde trifteffe , &
commença à tout craindre de la vengeance
du fils qu'il avoit eu de cette infortunée
Princeffe. Ces penfées funeftes
ne l'abandonnoient point , & le fuivoient
par-tout : rien ne pouvoit l'en diftraire.)
Une vie fi trifte & fombre , lui infpira
à la fin des fentimens criminels &
barbares contre Ki. L'amour paternel ,
& les belles qualités de ce fils , combattirent
ces fentimens ; mais ne trouvant
$ ;
aucun repos , & fe fentant encore plus
troublé à fa vue , il réfolut enfin de s'en
défaire fecrettement. Siuen - Kong prit
des précautions pour commettre & couvrir
fon crime ; il prétexta qu'il avoit
' une affaire de conféquence à communiquer
au Prince de Tfi , fon beau père ,
dont il chargea le jeune Prince , & pofta
fur fon pallage des fcélérats qui devoient
l'affaffiner. Ki & Cheou , quoique con
currens à l'héritage & au trône de leur
père , avoient l'un pour l'autre une véritable
amitié. Cheou , à la première nou
velle de ce voyage , frémit pour fon frère
& fon ami : il fut le trouver fur le champ ,
pour lui communiquer fes juftes foupçons
& fes craintes , & lui perfuader de
M. A 1. 1777. 83
fe fauver.
33
"
Siuen-Kong lui répondit ,
» Ki eft mon père & mon Prince : quand
» il n'auroit que l'une de ces deux qua
» lités , je devrois facrifier ma vie pour
peu nomfon
fervice ; ainfi , il eſt inutile de m'en
» détourner : s'il m'envoie à la Cour du
» Prince de Tfi , foyez fûr que j'irai ».
Le Prince Cheou ne pouvant venir à
bout de le diffuader de partir , réfolut
en lui -même de ne pas le quitter. Le jous
du départ arrivé , Cheou s'empara du
petit étendard que portent ceux qui font
chargés de quelque commiffion importante
, & dit à fon frère qu'il vouloir
l'accompagner, du moins , pendant une
journée ou deux . Les deux Princes fe
mirent en route avec une fuite
breufe. Après avoir marché prefque tout
le jour , Ki fut obligé de s'arrêter un
moment , & fon frère Cheou continua
fon chemin ; mais à peine eut - il fair
quelques pas en avant , que les fcélérats
qui attendoient Ki , voyant le petit éten
dard entre les mains de Cheou , ne dou
tèrent point que ce ne fût celui qu'ils
avoient ordre d'affaffiner ; & , fans d'autre
examen , ils tombèrent fur lui , &
le poignardèrent. Son frère , qui s'en
apperçut , courut auffi tôt , mais trop
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
tard , pour fauver Cheou , en criant dé
toutes les forces : « C'est moi que vous
» avez ordre de tuer , & non pas lui ;
» c'est moi qui fuis le Prince Ki » . Ces
fcélérats reconnoiffant alors leur méprife,
fe jetèrent fur le Prince Ki , & le maffacrèrent
inhumainement . Cette aventure
touchante , qui fe répandit par-tout , rendit
le Prince de Quei odieux à tout le
monde , & fit admirer la générosité , la
candeur & l'amitié de ces deux frères
infortunės.
Un trait encore plus frappant , & qui
femble particulier à cette hiftoire , eft
celui d'un Général qui livra fa tête pour
faciliter la vengeance de fes père & mère.
Le Prince Tan , héritier de la principauté
de Yen , s'étoit rendu à la Cour du Prince
de Tfin , qui lui fit peu d'accueil , & ne
lui rendit pas les honneurs dûs à fon
rang. Un jour même il le traità avec
mépris. Tan en fut fi piqué , qu'il réfolut
de s'en venger. Dans ce deffein , il fe
fauva de cette Cour , & fe retira dans
les États de fon père . Fan-Yu-Ki , un
des Officiers- Généraux de Tfin , vint l'y
joindre , pour fe fouftraire au châtiment
que méritoit un crime qu'il avoit commis.
Le Prince Tan lui donna une maiſon , &
MA I.
1777. 85
lui affigna des revenus. Ce Prince , livré
tout entier à fon reffentiment, invita King-
Kou, de la principauté de Ouei , ennemi
juré du Prince de Tfin , à fe rendre à la
Cour de Yen , & accompagna cette invitation
de riches préfens King-Kou ne
put s'y refufer. Dans l'entretien qu'ils
eurent enſemble , Tan lui peignit la tyrannie
& l'ambition de Tfin , qui venoit
de détruire deux puiffantes principautés ,
Han & Tchao , dont il avoit fait inhumainement
mourir les Souverains avec
leurs familles. Il lui dir : « Que le même
» fort menaçoit Yen ; qu'on ne pouvoit
» éviter ce coup , qu'en trouvant un
» homme déterminé à fe facrifier pour
» le bien de l'Empire , qui intimidat le
» tyran au point de le forcer à laiffer les
» autres Princes en paix , & à leur refti-
» tuer les terres qu'il leur avoit enlevées ,
» ou bien de le punir en lui donnant la
» mort. Cette commiffion eft digne
» de vous , ajouta le Prince ; vous mé-
» riterez le titre glorieux de Libérateur
» de l'Empire , & vous rendrez votre
nom immortel ». King-Kou , échauffé
par l'enthouſiaſme le Prince lui comque
muniquoit , accepta cette dangereufe
commiffion ; mais craignant de n'avoir
-
86 MERCURE DE FRANCE.
1
pas un libre accès auprès de Tfin ; il ,
imagina que s'il lui portoit la tête de
Fan-Yu -Ki , qu'il avoit mife à prix , les
portes lui feroient ouvertes . Il propofa
cet expédient au Prince Tan , qui ne pur
confentir à facrifier un homme qui étoit
venu ſe jeter entre fes bras comme dans
un afyle facré. King-Kou n'inſiſta point ;
mais il fut trouver Fan-Yu-Ki lui- même ,
& lui dit : « Vous voyez combien vous
» êtes déchu du crédit & du rang que
» vous aviez autrefois . Un homme de
"
» coeur n'eft pas fait pour vivre dans la
crainte & dans l'humiliation
. Quelles
» reffources , quels honneurs pouvez-vous
efpérer ici ? Le Prince de Tfin a exter-
» miné toute votre famille , & il promet
» de donner mille livres pefant d'or ,
» avec une ville de dix mille familles ,
» à quiconque lui portera votre tête , &
" vous êtes dans l'impuiffance
de vous
» venger » ! Fan - Yu - Ki pouffant un
grand foupir , King- Kou continua : « Si
39
je pouvois porter votre tête au Prince
» de Tfin , je la lui préfenterois d'une
» main , & de l'autre je lui enfoncerois
le poignard dans le fein : fa mort vous
vengeroit de la cruauté qu'il a exercé
» envers votre père , votre mère & toute
93
MA I. 1777 187-
» votre famille , & je fauverois les États
» de Yen , qui font en danger de tomber
» fous fa tyrannie . Fan-Yu-Ki , le regard
fombre & farouche , s'écria : « Je ne ref
pire que la vengeance , && je n'ai point » de "
repos ! Je ne puis l'obtenir , & je
» vis eencore »> !! A ces mots , il fe coupe
la gorge , & tombe aux pieds de King-
Kou , qui l'achève & emporte la tête .
A cette vue , le Prince Tan verfa des
larmes , & rendit à l'infortuné Fan- Yu-
Ki les derniers devoirs felon le rang qu'il
avoit tenu. King Kou partit pour la Cour
de Tfin avec la tête de ce Général . Il ſe
munit d'un poignard à l'épreuve , qu'il
trempa dans du poifon , afin que fi le
coup portoit à faux , la bleffure en fût
mortelle . Il parvint , fans difficulté , auprès
de Thin ; & , tout en lui préfentant
la tête de Fan-Yu -Ki , il voulut tirer fon
poignard ; mais au mouvement qu'il fit ,
le Prince fe leva brufquement & s'enfuit.
King -Kou le pourfuivit . Le Prince armé
de fon fabre , lui porta , au hafard , un
revers qui lui coupa la jambe , & le fit
tomber. Cet homme , furieux d'avoit
manqué fon coup , lança fon poignard
contre le Prince , qui fut affez heureux
pour l'éviter. On l'arrêta , & ce malheu
88 MERCURE DE FRANCE.
reux finit fa vie dans les tourmens & les
fupplices les plus cruels .
On auroit defiré que les Hiftoriens
Chinois fe fuflent plus étendu fur les
Généraux d'armées , fur les Miniftres &
fur les grands hommes dont ils ont occafon
de parler. Ces annales néanmoins
font mention , en plufieurs endroits , du
célèbre Confucius , le Prince des Philofophes
de la Haute- Afie. Si l'on en croit
les Généalogiftes de la Chine , il tiroit
fon origine de Hoangti , qui régnoit
en Chine l'an 2000 avant notre Ere
Chrétienne ; mais ce qui paroît plus certain
, nous dit l'Editeur dans une note ,
c'eft que depuis l'an 55 avant l'Ere
Chrétienne , jufqu'à la préfente année
1777 , c'eft-à- dire , pendant 2328 ans ,
fes defcendans peuvent prouver une filiation
non interrompue. L'aîné de fa famille
jouit d'un titre honorable ( de
Comte ) & eft exempt de tribut . Confucius
enfeigna la morale la plus pure
& la plus fublime , & eut jufqu'à trois
mille Difciples , qu'il partagea en quatre
claffes. 11 mourut âgé de foixante &
treize ans , l'an 479 avant notre Ere
Chrétienne . Les lettrés de la Chine le regardent
comme leur maître , & lui font
MA I. 1777. 89
hommage avec des cérémonies fembla
bles à-peu près à celles que les Empereurs,
pratiquent à l'égard de leurs ancêtres .
Le Philofophe Meng-Tfé , dont il eft
auffi parlé dans ces annales , étoit Difci
ple de Tfé- Sfé , petit-fils de Confucius.
L'Éditeur cite de lui cette réponſe. Meng-
Tfé s'entretenoit un jour avec Suen - Kong ,
Prince de Tfi , dont le règne commença
l'an 455 avant Jeſus-Chrift. Ce Prince
lui dit : « Le parc de Ouen-Ouang avoit
foixante & dix ly quarrés d'éten-
≫ due en convenez - vous ? On le
» croit ainfi , felon la tradition , lui répondit
Meng-Tfé. Si cela eft , reprit
» le Roi , il étoit fort grand. - Le pea
ple cependant le trouvoit trop petit ,
» dit Meng - Tfé. Comment cela
39
ود
"
"
-
-
-
ajouta le Roi ? Mon parc n'a que qua-
» rante ly , & mon peuple le trouve en-
» core trop vaſte . Prince , lui dit le
Philofophe , le parc de Ouen- Ouang
» avoit foixante & dix ly d'étendue , &
fes Sujets le trouvoient trop petit ,
» parce qu'il leur étoit commun avec
» ce Prince , & qu'ils y alloient faire du
fourage , couper du bois , & prendre
» du gibier. La première fois que je mis
» le pied dans vos États , je m'informai
و د
90 MERCURE DE FRANCE.
» des principales ordonnances , pour m'y
» conformer. J'appris qu'entre le Kiao
» & le Koan , étoit un parc de quarante
» ly de circuit , & que fi quelqu'un s'avi-
» foit d'y tuer un cerf , il feroit puni auffi
» févèrement que s'il avoit tué un hom-
" me. Je compris de- là que c'étoit com-
» me une grande foffe creufée au mi-
>> lieu de votre Royaume , & un piége
» tendu à vos Sujets . Eft - il extraordi-
» naire qu'ils le trouvent trop grand » ?.
Le fecond volume de cette hiftoire
générale , va jufqu'à l'an 141 avant Jefus-
Ct. Les deux volumes fuivans ne tarderont
point à être publiés.
Dictionnaire des Artiftes , ou Notice hiftorique
& raifonnée des Architectes
Peintres , Graveurs , Sculpteurs , Muficiens
, Acteurs & Danfeurs ; Imprimeurs
, Horlogers & Méchaniciens ;
Ouvrage rédigé par M. l'Abbé de Fontenai
. A Paris , chez Knapen , Imprimeur-
Libraire , au bas du pont Saint-
Michel,
Les efprits foibles & frivoles répètent
fans ceffe , comme le remarque un PhiMA
I. 1777 . 91
lofophe moderne , que les beaux Arts ne
font deſtinés qu'à nos amuſemens ; que
leur but ne va pas plus loin qu'à récréer
nos fens & notre imagination . L'obfervation
de la nature fuffit feule
pour nous
empêcher de refferrer dans des bornes
étroites , toute l'étendue de leurs avantages
réels , & de leur vrai but. Tous ces
merveilleux arrangemens qu'on admire
dans la nature , nous indiquent tout ce
qui peut élever au plus haut point , le
prix & la perfection des beaux Arts . Elle
ne fournit tant d'objets propres à procurer
les fenfations agréables , que pour
exciter & fortifier en nous une douce
fenfibilité , capable de tempérer la fougue
des paffions & la rudeffe de l'amourpropre.
Ce n'eft point à des fenfations groffières
, communes à tous les animaux
que doit fe terminer le fpectacle des
beautés répandues dans l'univers ; il doit
fervir plutôt à augmenter l'activité de
l'efprit & du coeur , & à nous élever
jufqu'à la fource univerfelle & unique
de tout ce qui eft beau. C'eft avoir une
bien petite idée de l'homme & de fa
deftination , que d'imaginer que les créa
tures vifibles ne doivent fervir qu'à fatif '
92
MERCURE
DE
FRANCE
.
faire fes befoins phyfiques , comme
l'Auteur fuprême n'avoit eu en vue que
ce qui a rapport à l'animal . Une plus faine
philofophie nous enfeigne au contraire
que tout ce que nous voyons dans la
nature , doit fervir à élever notre être à
un état plus noble , à conduire à l'auteur
de toutes chofes , & à produire des jouif-"
fances plus délicates.
plus
Les beaux Arts , qui imitent les procédés
de la nature , doivent également'
nous faire arriver au même but. Il faut
qu'ils concourent à donner un caractère
plus élevé à notre efprit , à notre coeur ; &
c'eft cette activité fi noble & fi utile à nos
facultés , que doivent produire les impref
fions de tout ce qui eft beau , harmonieux
, convenable. Les beaux Arts ont
été deſtinés , dès leur naiffance , à porter
les hommes à la vertu , & à leur préfenter
les inftructions les plus touchantes
avec des charmes innocens . Confentir à
recevoir , par leur moyen , toutes les
fenfations agréables , & en bannir l'utilité
réelle , c'eft féparer deux objets qui
doivent y être perpétuellement unis , &
tourner à notre perte tout ce qui eft fait
pour nous perfectionner & nous rendre
heureux. Cicéron fouhaitoit de pouvoir
MA I. 1777. 91
›
préfenter à fon fils une image de la vertu ,
perfuadé qu'on ne pourroit la voir fans
endevenir éperduement amoureux . Voilà
le fervice inestimable que les beaux Arts
peuvent nous rendre. Ils n'ont pour cet
effet qu'à confacrer la force magique de
leurs charmes , aux deux biens les plus néceffaires
à l'humanité , la vérité & la
vertu. Une fi belle deftination répond
parfaitement à leur origine. Nés prefque
tous dans le fein de la Religion , ils furent
confacrés , dès le commencement
à l'utilité publique ; & leur état , dans
les premiers temps , eft une réclamation
perpétuelle contre l'abus qu'on en a pu
faire dans la fuite des fiècles . L'architecture
éleva des temples avant de bâtir
des palais. C'eſt dans des affemblées de
Religion qu'on entendit les premiers fons
de la mufique . Nous devons le premier
Poëme au premier Hiftorien des oeuvres
du Seigneur. C'eſt au Peintre & au Sculpteur
que fut confié le foin de tranfmettre
à la postérité les traits des grands hommes
, avec le fouvenir de leurs belles
actions. Le marbre & la toile ne nous
parlèrent que pour nous inftruire de nos
premiers devoirs .
Cette origine des Arts , & leur noble
94 MERCURE DE FRANCE.
deftination , doivent nous pénétrer d'admiration
& de reconnoiffance pour tous les
Artiftes célèbres qui n'ont perdu de vue
ni l'une ni l'autre dans leurs ouvrages.
Mais , pour leur rendre ce tribut avec connoiffance
de caufe , & profiter de leurs
exemples , il faut connoître & leurs ouvrages
, & la marche qu'ils ont tenue
pour arriver à leur but. Il faut fur- tout
fe fixer fur les productions de leur génie ,
qui renferment le plus de traits capables
d'élever l'ame , d'enflammer l'imagination
, & de donner des aîles au génie.
C'eſt à l'aide de ces exemples lumineux
& frappans , que nous perfectionnerons le
goût avec lequel nous apprécierons les
ouvrages des meilleurs Artiftes de l'antiquité
, & que ceux d'aujourd'hui nous
donneront à leur tour de pareils chefd'oeuvres
, & pourront reculer , s'il fe
peut , les bornes où leurs maîtres fe font
arrêtés. Tels font les avantages du Dic
tionnaire des Artiftes , où l'on retrace
l'hiftoire de chaque Art en particulier ,
en le préfentant d'abord au berceau , &
en indiquant la fuite , les progrès fuc
ceffifs qui l'ont conduit au plus haut degré
de fplendeur. La lecture de cet Ouvrage
apprend de quelle manière cette progref
MA I. 1777 . 95
fion s'est faite ; & , en rapprochant les différentes
découvertes des génies de tous
les fiècles , on pourra toujours connoître
aifément quelle a toujours été la marche
de l'efprit humain . On ne s'eft point borné
à parler des Architectes , des Peintres ,
des Graveurs , des Sculpteurs , des Muficiens
, des Acteurs , des Danfeurs ; en
un mot , de tous ceux qui ont cultivé les
Arts agréables. Mais on a réparé l'omiffion
qu'on trouve dans plufieurs ouvrages
fur les Artiſtes , en faifant connoître les
Imprimeurs , les Horlogers , les Machiniftes
; enfin , tous ceux que l'on entend
par le nom de Méchaniciens. Sans parler
des fervices réels que ceux-ci rendent à
la fociété , combien de chef- d'oeuvres
n'ont-ils pas exécutés ? Combien d'ouvrages
finguliers , prodigieux même , qui
méritent toute la reconnoiffance & l'admiration
éternelle des hommes ! L'Auteur
du Dictionnaire a puifé dans les
meilleures fources , tout ce qu'il dit fur
les Arts & fur ceux qui les ont cultivés ?
Il a femé fon Ouvrage d'anecdotes piquantes
; & , par ce moyen , il y a répandu
les charmes de la variété . On ne trouve
dans ce Dictionnaire , ni cette brièveté
qui n'apprend rien , ni cette prolixité qui
ne fait que rebuter,
96 MERCURE
DE FRANCE.
!
Effai fur le Récit , ou Entretiens fur la
manière de raconter , par M. l'Abbé
Bérardier de Bataut , ancien Profeffeur
d'Eloquence en l'Univerfité de
Paris. A Paris , chez Berton , Libraire ,
rue Saint-Victor.
En général , le but de celui qui raconte
, eft d'inftruire & de plaire , c'eſtà-
dire , de faire bien connoître la chofe
dont il s'agit , & de le faire avec agrément
& intérêt. Il faut , pour cela ,
repréſenter exactement l'objet à l'efprit
par une peinture fidelle de tout ce qui
appartient , & employer avec diftinction
les ornemens dont il eft fufceptible.
Un Hiftorien qui me dit fimplement
telle Ville fut prife & ruinée ,
me rapporte , à la vérité , la choſe toute
entière. Les parties principales du fait,
font renfermées dans le petit nombre
de paroles qu'il emploie. Mais je n'en'
fuis pas frappé ; ce n'eft , dit Quintilien
, qu'un Courrier qui , dans la rapidité
de fa courfe , me jette comme
en paffant cette nouvelle. Mais fi cet
Hiftorien entre dans des détails & dé
veloppe toutes les parties principales
de
MA I. 1777 . 97
de ce fait. Alors , continue Quintilien ,
je vois les Temples & les maiſons en
proie aux flammes ; j'entends le bruit
des toits qui s'écroulent , & le mélange
confus de mille cris divers. Je vois les
uns avec un vifage égaré , prenant la
fuire fans favoir où ils vont ; les autres
entre les bras de leurs proches , ſe difant
mutuellement un éternel adieu .
J'entends les gémiffemens des femmes,
les cris des enfans , les plaintes des
vieillards qui reprochent à Dieu, de les
avoir trop long - temps confervés . Ici
fe préfentent à mes yeux des Soldats
avides qui courent au pillage , fans
épargner même les Autels des Dieux .
Là , ce font de malheureux Captifs ,
qui , chargés de chaînes , marchent trif
tement devant leur vainqueur. Plus loin,
c'eft une mère défolée qui s'efforce
d'arracher fon fils des mains de ceux
qui le lui enlèvent. Voilà ce que l'on
appelle les détails qui font , pour ainfi
dire , l'ame du récit. Mais rien n'eft
fi difficile que de faire ces détails d'une
manière agréable & intéreffante.
La première qualité que doivent
avoir les circonstances que l'on choifit ,
c'eft la jufteffe & la vraiſemblance. On
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ne doit point donner aux Acteurs qu'on
introduit , des fentimens & des actions
contraires à leurs moeurs & à leur caractère
particulier , à leur âge & à
leur dignité. Caton & Néron fe tuent
l'un & l'autre pour ne point tomber vifs
au pouvoir de leurs ennemis ; mais leur
mort doit naturellement avoir des circonftances
différentes , à raiſon de leur
différent caractère . On ne violeroit pas
moins la vraisemblance , en donnant du
courage & de la réfolution à Néron ,
lors même qu'il fe tue , que fi on donnoit
de la timidité à Caton .
Il faut que les circonftances que l'on
choifit pour remplir le récit , foient
utiles , c'est - à - dire , qu'elles doivent
toutes contribuer à peindre le fait en
queſtion , ou concourir au deffein de
celui qui raconte , puifque le récit eſt
une espèce de peinture. Il faut auffi que
tous les traits qu'on y emploie , ne
faffent qu'un feul & unique tableau
c'est-à-dire , que tout ce qui entre dans
le récit , doit avoir un rapport naturel
au récit principal . C'eft pécher contre
cette règle , que d'inférer, dans un récit ,
des chofes qui y font étrangères , &
qui ne fervent fouvent qu'à faire per-
?
MA I. 1777. 99
dre de vue l'objet principal . Plufieurs
admirateurs d'Homère avouent que ce
grand Poëte n'eft pas entièrement exempt
de ce défaur. Il eft effentiel de commen
cer le récit précisément ; on commence
le fait que l'on a deffein de raconter .
en fuppofant le Lecteur ou l'Auditeur
inftruits de tout ce qui précède . Les
jeunes- gens reprennent fouvent de trop
haut la matière de leur récit , & chargent
le début de beaucoup de chofes
tout-à-fait inutiles. Parmi les chofes
fenfibles qui frappent les yeux , & qui
font comme le corps du récit , on doit
ne pas omettre les fentimens & les
penfées de ceux qui ont part à l'action
principale. Tite-Live , dans le combat
des Horaces & des Curiaces , repréfente
d'une manière admirable ; nonfeulement
l'air de ces Guerriers fi généreux
, leur démarche , leur contenance
, & généralement tout ce qui
paroît à la vue ; mais il repréſente
encore leurs fentimens cachés , & ceux
des fpectateurs.
Parmi les ornemens qui doivent accompagner
le récit , les defcriptions ,
& ce qu'on appelle portraits , tiennent
la première place. Viennent enfuite les
Eij
100 MERCURE DE FRANCE
penfées , & ces traits frappants qui faififfent
l'efprit , & qui font comme les
réſultats du fait que l'on décrit . C'eft
fur- tout le ftyle qui rend ces defcriptions
intéreffantes , & qui donne aux
penfées cette énergie qui les imprime
dans la mémoire . On convient unanimement
, que c'est le ftyle coupé qui
s'adapte le mieux au récit , que les
phrafes trop périodiques ne font propres
qu'à y jeter de la confufion , & que
la fimplicité & le naturel font préférables
à la pompe & à l'enflure. On
regarde auffi la variété comme l'ornement
le plus néceffaire au récit ; &
rien ne rend une narration plus infipide
& plus languiffante , qu'une répétition
monotone des mêmes tours de phrafes
& des mêmes expreffions. Le fujet
qu'on traite eft- il pathétique , il faut
que le ftyle le foit aufli. Le fujet eftil
riant , le ftyle doit l'être également.
En un mot on doit fe monter au ton
du fujet , & ne pas employer des expreffions
fublimes dans un récit familier
& naïf.
و
Voilà quelques- unes des règles que
les Rhéteurs nous ont donné fur la
manière de raconter. Mais comme tout
MA I. 1777 . 101
annonçons ,
ce qui eft précepte à toujours un air .
auftère , l'Auteur de l'Effai que nous
a cru devoir égayer la
marche didactique , en employant les
agrémens d'une converfation dont le
ftyle familier & fans appareil , loin
d'avoir rien de rebutant , intéreffe &
attache. Ce genre entraîne néceffairement
des digreffions qui donnent de la
variété , fans cependant faire perdre de
vue le fujet , & fourniffent en mêmetemps
l'exemple & le précepte . Toutes
les réflexions de l'Auteur font le réfultat
d'un goût épuré , plutôt que des
obfervations sèches & didactiques fur
les règles . Il appuie tout ce qu'il dit
des différens genres de narration,fur un
grand nombre d'exemples bien choisis ,
& qui font propres à former le goût
du Lecteur , fans caufer la moindre
contention. On arrive au but par un
chemin femé de fleurs .
<
On ne fauroit trop tôt mettre cet
Ouvrage entre les mains des jeunes
perfonnes de l'un & de l'autre fexe.
On eft dans le cas de raconter à tout
âge , ou d'entendre les autres faire des
récits ; il eft effentiel de remplir certe
tâche d'une manière utile & agréable,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
& de favoir apprécier au juſte le mérite
de ceux que nous écoutons ou que nous
lifons.
Éloge de Marie de Rabutin - Chantal ,
Marquife de Sévigné ; par M. Sabatier
de Cavaillon ancien Profeffeur
d'Eloquence au Collège de Tournon .
›
C'eft la grace naïve unie au fentiment.
COLARDEAU , les Hommes de
Prométhée.
A Avignon , chez François Ager ,
Libraire , Place du Change , au Magafin
littéraire.
M. Sabatier , en compofant l'Éloge
de Madame de Sévigné , a partagé fon
fujet en deux Parties , qui embraffent
les talens & les vertus de cette femme
célèbre . Elle a , dit l'Orateur , illuftré
fon fexe par fes talens , & fes talens
par l'accompliſſement de tous fes devoirs.
Ce plan, beau par lui -même, nous a
paru bien rempli , & le ftyle y répond .
Voici un morceau de la première Partie.
" Tout eft fi facile dans fes écrits
MA I. 1777. 103
"
"
99
38
» qu'on diroit que la gloire ait voulu
» la difpenfer des peines qu'elle coûte.
» Comment eût- elle defiré fes faveurs ?
elle n'écrivoit que pour foulager fon
» ame.... Si le génie guide fa plume,
elle ne fait pas à qui elle en doit le
» mouvement. C'eft Pfyché qui vit
» avec Cupidon fans le connoître . Cetteignorance
de fon mérite , elle la por-
» toit dans la fociété , où les plus beaux
génies ceffent fouvent d'être eux-
» mêmes, pour vouloir trop répondre à
» l'idée que leurs écrits en donnent ,
» où ils paroiffent plus attachés à leurs
» titres que les grands à leurs préféan-
» ces . Elle favoit briller dans les cer-
» cles fans éblouir , y plaire fans do-
» miner ; elle s'y montroit avec le ta-
» lent rare de parler à propos , & le
» talent encore plus rare d'écouter avec
intérêt . Son efprit qui étoit , pour
» ainfi dire , l'auteur de celui des au-
» tres, abandonnoit le ton de la difpute
» à ces mortels aigres & préfomptueux ,
qui renverfent les opinions qu'on leur
objecte , fans établir les leurs ; fem-
» blables à des affiégeans téméraires, qui
» cherchent plutôt à détruire les ouvra-
» ges qu'on leur oppofe , qu'à garantir.
"
30
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
» ceux qu'ils conftruiſent » . Nous allons
paffer a un morceau de la feconde
Partie .
"
>>
« Loin de ces femmes dont les jours
fe perdent à penser à leur parure , à
briguer des hommages , & à pro-
» mener de cercle en cercle les charmes
qu'elles fe donnent , elle ne tenoit
» à la fociété que par l'envie d'y être
» utile. N'y trouvant que des mortels
oppreffeurs ou opprimés , elle faifoit
rougir les premiers & confoloit les
» feconds. La haute naiffance qui ne
» devroit être que la vertu décorée &
» bienfaifante , & qui n'eft que trop
» fouvent l'enfeigne du vice , de la
»
>>
و د
baffeffe & de la tyrannie , n'étoit à
» fes yeux que l'image de fes obliga-
» tions , & un appui pour les malheu-
» reux. Les fecours qu'ils attendent ,
»lui paroiffoient les dettes des riches.
» Elle eût , fi elle l'avoit pu , ôté les
» titres à ceux qui les fouillent , pour
» les tranfporter aux vertueux obfcurs
qui les auroient honorés . Éloignée
» d'afficher cet extérieur févère qui maf-
» que plutôt la corruption des moeurs
qu'il n'annonce leur pureté , fa fageffe
attiroit comme fes appas. C'étoit
."
و د
MA I. 1777. 105
.
» le refpect accompagné par l'amour ,
» & qui n'en prend que les grâces
» naïves. Ne voyant les plus belles qua-
» lités que dans les autres , elle ne les
» loua fi bien dans Turenne , que
» parce qu'elle les poffédoit toutes ; em-
» braffant les caufes & les effets , &
n'envifageant ceux - ci que fous leur
» rapport avec le bien public , elle n'eftimoit
le génie que par les fervices
qu'il pouvoit rendre ; le génie qui
» abandonnant la gloire pour l'intérêt ,
eft comme la nobleffe qui fe mé-
» fallie ». Nous ne tranfcrirons pas le
récit de la mort de Madame de Sévigné,
qui eft peint avec les couleurs les plus
touchantes. Ce difcours eft accompagné
de notes intéreffantes , & précédé d'une
Epitre dédicatoire aux Dames . Elle ft
en vers , que nous allons rapporter.
"9
ןכ
Le portrait d'un Guerrier fameux
Doit des Héros avoir l'èftime :
J'ai tracé le tableau d'une femme fublime ,
S'il fixe vos regards , je monte au rang des Dieux.
Le plus foible talent , lorfque votre oeil le guide ,
De fes efforts atteint le prix ;
La Colombe tendre & timide ,
Qui ſe joue , en volant , fur des côteaux fleuris ,
EV
106 MERCURE DE FRANCE .
Attachée au char de Cypris ,
S'élève , & , d'une aile rapide ,
Va fixer le foleil aux céleftes lambris ,
A côté de l'Aigle intrépide ;
Le Temple des Beaux-Arts eft le Temple de Gnide ,
Et leurs Dieux font vos favoris.
Dans ces jours fortunés de la Chevalerie ,
Où l'amour reffembloit à la vertu chérie ,
Les Guerriers n'enfantoient des exploits que pour
vous :
Un Auteur qui prétend aux palmes du génie ,
Doit fe dire à lui- même , en bravant les jaloux :
Si je puis mériter un fourire des Grâces ,
Apollon m'ouvrira fes plus fecrets fentiers ,
Les fleurs qu'on cueille fur leurs traces ,
Soudain fe changent en lauriers.
Précis
d'Aftronomie , à la portée des
jeunes gens de l'un & de l'autre fexe ,
& de tous ceux qui veulent s'initier
dans cette fcience en peu de temps
& fans beaucoup de peine , à l'ufage
des Colléges & des Penfions des deux
fexes ; par M. l'Abbé Sauri , Docteur
en Médecine , & Correfpondant de
l'Académie Royale des Sciences de
Montpellier ; avec figures. A Paris ,
chez Valade , Libraire , rue S. Jacques ;
MA I.
1777 . 107
Froullé , Libraire , pont Notre-Dame ;
Laporte , Libraire , rue Saint-Jeande-
Beauvais , 1777 .
Tous les hommes admirent le brillant
des étoiles , l'éclat du foleil , fes éclipſes ,
celles de la lune , fes phaſes , les phenomènes
finguliers des comètes , & les
fcènes fi variées de ce tableau mouvant
que le ciel offre continuellement à nos
yeux. L'aftronomie nous fait connoître
les caufes de ces phénomènes admirables
, & le méchaniſme qui régit
cet univers viſible . Convenons cependant
que les ouvrages qu'on a publiés jufqu'ici
fur cette matière , fuppofent des
connoiffances mathématiques plus ou ...
moins profondes ; mais celui de M.
l'Abbé Sauri eft fi clair , que des demoifelles
& des garçons de douze à treize
ans l'ont compris , fans le fecours de
perfonne. Voici le plan qu'il a fuivi .
L'Auteur donne d'abord une petite
introduction qui contient quelques notions
géométriques à la portée de tout
le monde . Il entre enfuite en matière
parle des cercles de la fphère & de fes
différentes pofitions , du mouvement du
foleil , du moyen de connoître les étoi
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
les , du fyftême du monde , & principalement
de celui de Copernic , dans lequel
la terre tourne autour du foleil . Il rend
raifon des phaſes de la lune , des éclipfes
de cette planète & de celles du foleil ,
& prouve , par des raifonnemens trèsvraisemblables
, que les planètes & les
comètes ont des habitans comme la terre ,
& que les étoiles fixes font autant de
foleils , autour defquels des planettes &
des comètes habitées font leur révolution
.
L'Auteur du Précis paffe enfin à l'aftrologie
judiciaire , & ne manque pas de
fe moquer de l'extravagance des Aftrologues
, qui affurent que les aftres ont
une grande influence , non-feulement fur
les plantes , mais encore fur le corps
humain , & fur les actions qui dépendent
de la volonté de l'homme. Il remarque
que les différens Aftrologues ne s'accordent
pas entr'eux , l'un regardant comme
chaud ce que l'autre regarde comme froid.
Mais fi vous leur demandez , ajoutet-
il , les raifons de leur opinion , vous
» trouverez qu'ils n'en ont pas d'autres
que leur caprice & le délire de leur
imagination ». Ce Précis d'aſtronomie
, par fa clarté & par fon exactitude ,
»
>>
MA I. 1777.
109
mérite d'être bien accueilli de tous ceux
qui font chargés de l'éducation de la
jeuneffe.
Proverbes Dramatiques , mêlés d'Ariettes
connues , dédiés à S. A. S. Madame
la Ducheffe de Bourbon ; par Madame
de Laiffe , Auteur des nouveaux Contes
Moraux , & d'un Ouvrage fans
titre , dédié à la Reine . A Amfterdam ;
& fe trouve à Paris , chez la veuve
Duchefne , Libraire , rue St-Jacques ,
au Temple du Goût ; & chez l'Auteur ,
au Luxembourg , cour des Fontaines ,
1777. Un volume in-8°.
Ces amuſemens dramatiques d'une
femme d'efprit , font au nombre de quatorze
, dont voici les titres : L'Innocence
éclairée : A l'Amour tout eft poſſible :
Qui pofsède uunn ami ami , n'a rien à defirer :
La Grandeur ne fait pas le bonheur : Les
Ridicules : Si Jeuneffe favoit , fi Vieilleſſe
pouvoit L'Or fait tout : Le Fat puni :
La Vanité trompée , ou le François à
Paris : Le Bonheur échappe à qui croit le
tenir : La Bonne Mère : L'Heureux déguifement
: L'Apparence eft trompeufe :
Le Hafard fert mieux quelquefois que la
Prudence.
IIO MERCURE DE FRANCE .
Il y a des détails ingénieux & pleins
d'agrémens dans ces petits Drames , qui
réuniffent prefque tous , à ce mérite
celui d'une grande fimplicité d'intrigue : le
ftyle en général en eft coulant & facile ;
on trouvera peut-être feulement que Madame
de Laiffe fe permet trop fouvent
d'employer dans fa profe les cadences &
les inverfions de la poéfie , ce qui eſt
contraire à la fimplicité du Dialogue.
D'auffilégères négligences , ne diminuent
en rien le mérite de ces Proverbes . L'Auteur
y a adapté , avec beaucoup d'art , aux
différentes fituations , plufieurs Ariettes
d'Opéra-Comique & d'Opéra.
On trouve , à la tête de l'Ouvrage , une
Épître à Madame la Comteffe de Beauharnois
, que nous tranfcrirons ,› pour
mieux faire connoître le ſtyle de Madame
de Laiffe. « Vous adreffez à notre fexe ,
» Madame , les vers les mieux faits ; on
» y reconnoît le pinceau des graces : je
» vous réponds au nom de toutes les
femmes , que l'on peut être très-aimable
, avoir beaucoup d'efprit , & cependant
être injufte .... Pardon , Madaine ;
mais il faut nous juftifier à votre tri-
» bunal.
"
»
›
» Vous , l'ornement & la gloire de
"
MA I. 1777. III
"
ود
"
la
» notre fexe , vous pouvez imaginer que
quelquefois , jaloux des avantages frivoles
, il ne rende pas juſtice à tout ce
qui doit plaire & charmer dans vos
«écrits ; cela pprroouuvvee ,, Madame , que
perfonne la plus parfaite tient encore
» à l'humanité par quelques petits coins.
» Vous y tenez par une injufte défiance
» de vous-même & des autres.
99
» Je défie à l'être le plus envieux , de
» ne pas lire avec admiration , avec un
plaifir vraiment fenti , l'Épître charmante
que vous adreffez aux hommes.
» Même effet doit produire votre Mar-
» motte parlant raifon , tenant dans fes
» mains le grelot de la folie. Pour moi ,
qui n'ai l'honneur de vous connoître
Madame , que d'après vos écrits , je
» vous vois douée de l'ame la plus fenfible
; & je crois que ce qui fait fi bien
parler votre efprit , c'eft cette vive fenfibilité
qui nous rapproche de l'être dont
- nous fommes les triftes & malheureux
» enfans. Préfent funefte , dit-on , pour
» le bonheur , que cette fenfibilité ; mais
» je ne crois pas cela un jour heureux
» pour une ame de feu , vaut mieux que
» dix années d'indifférence . Malheur à
» ces ames infortunées , pour ne fentir
و د
»
"
>
112 MERCURE DE FRANCE .
"
>>
ود
"
qu'à demi & la douleur , & le plaifir.
Vous , Madame , à qui la nature ac-
» corda tout , jouiffez de ces brillans
» avantages , jouiffez encore de la con-
» fiance flatteufe & méritée , que qui-
» conque a lu vos Ouvrages , non-feu-
» lement les admire , mais fe fait de
» vous , Madame , le portrait le plus en-
» chanteur . Ce n'eft point un compli-
» ment que je vous adreffe : non ; car fi
j'ofois , je vous dirois : je me peins vos
» traits auffi agréables que l'eft votre
efprit ; je dirois qu'ils ont dû prendre
l'empreinte de vos fentimens
» habituels . Tout cela eft auffi fincère ,
que fi j'écrivois à M. D *** , vos
» vers m'enchantent. Je ne connois point
❤de Verfificateur plus brillant vous
cachez fi bien votre efprit , que l'on
imagineroit votre coeur dictant feul
» ce que vous écrivez. Il eſt auffi
» vrai , Madame , que les femmes vous
» louent avec enthoufiafme : la prude
» fourit en vous lifant ; la coquette ou-
» blie le foin de fa toilette ; la femme raifonable
lit , & veut les lire encore , ces
peintures fraîches & riantes des ridicules
du fiècle. Je n'ai jamais regardé l'ef-
» prit comme un don très- heureux , juſ-
"
ود
39
»
MA I. 1777 . 113
39
qu'à l'inftant où je l'ai vu paré par vous
» du coloris du fentiment
Hiftoire du Cardinal de Polignac , Arche
vêque d'Auch , Commandeur de l'Or
dre du Saint-Efprit , Ambaffadeur de
France en Pologne , en Hollande &
à Rome , des Académies des Sciences ,
Françoife , & des Infcriptions & Belles-
Lettres ; par le Père Chryfoftôme Fau-
M cher , Religieux de Saint - François ,
Auteur de l'hiftoire de Photius & des
Obfervations fur le fanatifine , deux
volumes in- 1 2. A Paris , chez d'Houry ;
Imprimeur - Libraire de Monfeigneur
le Duc d'Orléans & de Monfeigneur
le Duc de Chartres , rue de la Vieille-
Bouclerie , au Saint-Esprit , 1777.
Le Cardinal de Polignac a été inconteftablement
un des plus grands hommes
de fon temps. Il a réuni le mérite d'habile
Politique & de grand Négociateur ,
à celui d'un Prélat diftingué , d'un Philofophe
, & même d'un Poëte. Mais ce
fut à la défenfe de la Religion qu'il confacra
fa Mufe , fonction bien digne d'un
Prince de l'Églife . Cet homme célèbre
n'avoit pas encore d'Hiftorien. Le Père
114 MERCURE DE FRANCE.
Chryfoftôme Faucher , plein d'admiration
pour fes grands talens & pour fes
vertus , entreprend aujourd'hui de réparer
cet oubli . Le jufte enthoufiafme que
fon Héros lui a infpiré , répand beaucoup
de chaleur dans le récit qu'il fait
de fa vie.
Un avantage de la plus grande importance
pour cet Ouvrage , & qui en augmente
beaucoup l'intérêt , c'eft qu'il a
été permis à l'Auteur de pénétrer dans
le dépôt des affaires étrangères , & d'y
puifer toutes les notions néceffaires à la
partie de fon hiftoire qui concerne les
négociations du Cardinal , tant pour
l'État que pour l'Églife. Auffi entre- t- il
dans les détails les plus curieux à ce
fujet. Le premier volume eft rempli
entièrement par l'hiftoire de l'Ambaffade
du Cardinal de Polignac , alors
Abbé , en Pologne. Dans le fecond ,
on voit fucceffivement Polignac d'abord
exilé , rappelé enfuite , chargé à Rome
d'une négociation importante avec le
Cardinal de la Trimouille Auditeur
de Rote , enfuite Cardinal , Plénipotentiaire
au Congrès d'Utrecht en 1713 ;
enfin , Ambaffadeur à Rome , où il fe
rendit , en 1724 , pour le Conclave ,
,
MA I. 1777 . 115
après la mort d'Innocent XIII , & où il
demeura chargé des affaires de France
jufqu'en 1732 , qu'il revint dans fa patrie
, où il mena une vie tranquille jufqu'à
fa mort , arrivée en 1741 .
>
Le Père Faucher s'étend particulièrement
fur l'Anti - Lucrèce , production
qui feule auroit pu immortalifer le Cardinal.
Il rapporte , à la fin du premier
volume , une anecdote très- peu connue
fur ce qui donna naiffance à ce Poëme.
L'Abbé de Polignac s'étant arrêté à Rotterdam
à fon retour de Pologne en
1698 , y eut plufieurs entretiens avec
le célèbre Bayle. Les argumens d'Epicure
, de Lucrèce & des autres fceptiques
, qui venoient d'être pouffés trèsloin
dans le Dictionnaire critique , le
furent encore davantage dans les converfations
entre l'Abbé de Polignac &
lui . L'Abbé profita de cet entretien
pour lui demander ce qu'il penfoit fur
certaines matières , & à laquelle des
fectes , qui avoient le plus de vogue en
Hollande , il s'étoit particulièrement attaché
. Bayle éluda d'abord la queſtion :
preffé de nouveau , il fe contentà de dire
qu'il étoit bon Proteftant. L'Abbé de
Polignac , peu fatisfait de cette réponſe ,
›
116 MERCURE DE FRANCE.
H
"
> le preffant plus vivement encore il
répondit avec une forte d'impatience :
Oui , Monfieur , je fuis bon Protef-
» tant , dans toute la force du terme ;
» car , dans le fond de mon ame , je
proteste contre tout ce qui fe dit &
tout ce qui fe fait » . Cette déclara
tion fingulière fut accompagnée d'un
paffage énergique de Lucrèce . Polignac ,
frappé du ton & des circonftances , fe
remit à la lecture des Ouvrages du Chantre
d'Epicure : il conçut que la réfutation
de fon fyftême feroit utile à la Religion
& à l'humanité , & l'entreprit dans fa
retraite .
Inftitutions Mathématiques à l'ufage des
Univerfités de France , Ouvrage dans
lequel on a renfermé l'arithmétique ,
l'algèbre , les fractions ordinaires &
décimales , l'extraction des racines quarrées
& cubiques , le calcul des radicaux
& des expofans , les raifons , proportions
& progreffions arithmétiques &
géométriques , les logarithmes , les
équations , les problêmes indéterminés
, la théorie de l'infini , les combinaifons
, la géométrie & la trigono .
métrie , la méthode de lever les plans ,
MA I. 1777 . 117
la meſure des terreins , la divifion des
champs & le nivellement ; les fections
coniques , les ufages des fections coniques
pour le jet des bombes , le calcul
des voûtes , les échos , les miroirs
& les verres brûlans , & la dioptrique ;
la théorie des forces centrales , les principes
du calcul différentiel & du calcul
intégral , & toutes les connoiffances
Mathématiques dont les Militaires &
les Phyficiens peuvent avoir befoin.
Les matières font traitées clairement ,
& mifes à la portée des commençans ;
par M. l'Abbé Sauri , Correfpondant
de l'Académie Royale des Sciences de
Montpellier , troiſième édition revue ,
corrigée & augmentée par l'Auteur.
A Paris , chez Valade , Libraire du
Roi de Suéde , rue Saint-Jacques , vis
à-vis celle des Mathurins , 1777 ; avec
approbation & privilége du Roi. Prix
4 liv. 10 fols broché.
Le fuccès des éditions précédentes ,
le cas qu'ont fait de cet Ouvrage tant
d'habiles Profeffeurs de philofophie , foit
en France , foit dans les pays étrangers ,
qui l'ont adopté dans leurs claffes , ont
engagé l'Auteur à faire des efforts pour
118 MERCURE DE FRANCE .
rendre fon Livre d'une utilité plus géné
rale. Il a ajouté plufieurs beaux problêmes
qui manquent dans les autres éditions
, entr'autres , un fur les loteries , à
la page 138 ; un autre , pour déterminer
la hauteur de l'atmosphère , à la page
335 , & plufieurs autres chofes dont le
détail nous méneroit trop loin . Cette
édition eft d'ailleurs très-bien exécutée ,
& plus correcte que la précédente qui
a été contrefaite en Province , mais fi
mal adroitement , qu'elle fourmille de
fautes d'impreffion. Il eft facile de la diftinguer
de la nouvelle édition de Paris ,
dont tous les exemplaires font fignés par
l'Auteur ; car dans celle - ci toutes les
notes font indiquées par des étoiles , tandis
qu'elles le font prefque toutes par
des lettres dans l'édition contrefaite , dans
laquelle la géométrie finit à la 262 ° page ,
au lieu qu'elle eft terminée à la page
240 ° dans la nouvelle édition de Paris .
Voici en peu de mots le plan qu'a ſuivi
M. l'Abbé Sauri.
Il commence d'abord par développer
les opérations ordinaires de l'arithmétique
, d'où il paffe à celles de l'algèbre ,
à l'extraction des racines , au calcul desradicaux
& des expofans , au fameux biMA
I.
1777 . 119
nome de Newton , aux raifons , propor
tions & progreffions , à la règle de trois ,
de compagnie , de fauffe pofition , aux
logarithmes , aux équations , aux problêmes
qu'on nomme femi - déterminés , aux
équations qu'on réfout par les Divifeurs
du premier degré , à celles qui n'ont que
deux termes , à celles qu'on peut réfoudre
par la méthode du fecond degré . Il
n'oublie pas de parler de l'infini , & il
réfute les fentimens de MM. Lacaille ,
Mazeas & Euler. Il paffe enfuite aux
combinaiſons , & réfout pluſieurs beaux
problêmes qui en dépendent .
Il traite auffi-tôt après la géométrie de
la manière la plus fimple ; il apprend à
mefurer la largeur d'une rivière qu'on ne
peut paffer , la hauteur d'une tour & celle
d'une montagne , foit acceffibles , foit
inacceffibles , la diftance d'un nuage à la
terre , à lever une carte géographique ,
à meſurer un terrein , & c. Les fections
coniques & leurs ufages pour le jet des
bombes , l'excavation des mines , la conftruction
des porte- voix , des verres brû¬
lans , la théorie des forces centrales , la
théorie des courbes , les principes & les
ufages du calcul differentiel & du calcul
intégral , font développés de la manière
120 MERCURE DE FRANCE.
la plus fimple ; de façon qu'on chercheroit
en vain un Ouvrage plus élémentaire
, & plus propre à avancer les progrès
des Mathématiques.
Didon à Énée ; par M. Cerceau . A Paris,
chez Dufour , Lib. quai de Gêvres , au
Grand Voltaire.
•
Tout le monde connoît le beau fujet
des Amours malheureux de Didon pour
Enée , fi fupérieurement tracé par Virgile
dans le quatrième Livre de l'Enéide ,
& qui a fourni à M. le Franc de Pompignan
, celui de fa Tragédie de Didon ;
c'eſt la même fource qui a produit l'Héroïde
que nous annonçons M. Cerceau
fuppofe que cette Pièce n'eft qu'un
affemblage de plufieurs Lettres écrites
confécutivement par Didon , pour attendrir
Enée , encore à Carthage ; que cette
Amante abandonnée eft occupée à écrire
pour la dernière fois , lorsqu'on lui annonce
le départ du perfide , & que ,
dans cet inftant déplorable , elle continue
de confier au papier fes terribles imprécations
, & qu'elle les termine par fe
donner la mort.
Nous nous bornerons , pour donner
une
MAI. 1777.
121
une idée du talent naiffant de M. Cerceau
, á rapporter les dernières paroles
de Didon , qui terminent cette Héroïde .
Ceux de nos Lecteurs qui aiment les
comparaifons , pourront rapprocher ce
morceau des endroits de l'Enéïde & de
la Tragédie de Didon , qui y ont rapport.
On trouvera dans les vers de M. Cerceau
de la facilité , de la verve même
mais auffi quelques fautes contre la
langue & le goût.
Aftre éclatant du jour qui , du milieu des airs ,
Promènes tes regards fur ce vafte Univers ,
Toi qui vois , fans pâlir , cette horrible contrée
Rappeler en ce jour tous les forfaits d'Atrée ;
Junon , qui contemplez de vos affreux bienfaits
La fuite déplorable & les triftes effets ;
>
Hécate que le monde , au milieu des ténèbres ,
Invoque en frémiffant par des clameurs funèbres ;
Barbares fours ; vous Dieux , miniftres de Pluton ,
Exaucez tous les voeux qu'en mourant fait Didon :
Vengez , vous le devez , une Amante trahie ;
S'il faut que le perfide aborde en Italie ,
Que fa flotte échappée aux tempêtes des mers ,
Débarque en Aufonie un peuple de pervers.
Si tel eft du deftin l'arrêt irrévocable ,
Que battu , repouffé par un peuple intraitable ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
Mandiant des fecours , féparé de fon fils ,१
Il éprouve par-tout la honte & le mépris !
Que les vils Compagnons , refte impur de
Pergame ,
>
Expirent fous les yeux , victimes de la flamme !
Qu'un vainqueur infolent , arbitre de fon fort
L'empêche de chercher ſon ſalut dans la mort ;
Et , foumis aux traités qu'on voudra lui prefcrire ,
Qu'il rampe aux pieds du trône où fon orgueil
afpire !
Que mes derniers fouhaits ne foient pas impuiffans
:
Dieux , qui les entendez , je vous en fais garans !
1
Et vous , mes Tyriens , Nation fi fidelle ,
Sans ceffe harcelez fa race criminelle ,
Faites paffer ma haine au coeur de vos enfans ;
Que par vous , excités contre fes deſcendans ,
A la voix de la paix ils refuſent d'entendre.
Leur fureur fervira d'hécatombe à ma cendṛe .
Vous , ma foeur , qui , croyant foulager mes
ennuis ,
Avez creusé l'horreur de l'abyſme où je fuis ,
Puiffiez- vous , acceptant le fceptre de Carthage ,
Vous rappeler Didon & venger fon outrage !
Qu'il naiſſe de ma cendre un Héros dont l'ardeur
MA I. 1777. 123
Sur les Troyens vaincus venge mon déshonneur ;
Ou puiſſe je moi - même , implacable furie ,
Perdre , en les immolant , une feconde vie ;
Que ma fureur tranſmiſe à mes derniers ſujets ,
Se porte dans la fuite aux plus affreux excès ;
Que les deux Nations , l'une à l'autre opposées ,
Par la noire difcorde à jamais divifées ,
Au milieu des combats fe difputent l'honneur
De s'effacer en crime & Le vaincre en horreur ;
Et qu'enfin mes foldats , affurés de leur proie ,
Du nouvel Ilion faiſant une autre Troie,
Sousfesdébrisfumans étouffent leurs mépris.
Lamort n'a rien d'affreux ; je m'y plonge à ceprix.
Il eft prefque fuperflu de remarquer
qu'on ne dit point entendre à la voix de
lapaix , mais entendre la voix de la paix;
qu'on dit creufer un abysme, mais non
pas creufer l'horreur d'un abyfme ; qu'on
peut encore moins dire fe plonger dans
la mort ; & qu'il eft difficile de comprendre
ce que c'est que des mépris qu'on
étouffefous des débris fumans.
Du Pronostic dans les maladies aiguës ;
par M. le Roy , Profeffeur.en Médecine
en l'Univerfité de Montpellier ,
Membre de la Société Royale de la
Fij
# 24 MERCURE DE FRANCE.
même Ville & de celle de Londres ,
&c. A Paris , chez P. F. Didot le
jeune , Lib. quai des Auguftins ; 1776,
Avec approb. & privil . du Roi. i vol,
in- 8 ° . prix 3 1 , br ,
Ce volume forme la feconde partie
des Mélanges de Médecine de M. le
Roy; il s'agit dans celui - ci du pronof
tic dans les maladies aiguës, On entend
en général par pronoftic , une connoiffance
exacte de ce qui doit arriver ; le
mor eft fpécialement adopté pour la
Médecine ; c'eft précisément la connoiffance
anticipée des événemens auxquels
la fituation du malade donne lieu de
s'attendre , & on appelle fignes pronoftics ,
tous ceux qui peuvent fervir de fondement
à une pareille connoiffance . La
réputation d'un Médecin dépend beaucoup
de l'art du pronoftic ; quand les
pronoftics fe trouvent confirmés par les
événemens , rien n'augmente plus la con
fidération qu'on a pour lui ; mais , pour
exceller dans cet art , il faut être confommé
dans la pratique de la Médecine
& être bon obfervateur. Au furplus , un
Médecin prudent & confommé , dit
Hippocrate , ne doit prédire que trèsz
M A 1. 1777. 126
peu ; mais auffi a- t- il rarement le défagrément
de voir fes prédictions contredites
par l'événement. Perfonne n'a mieux
écrit fur les pronoftics qu'Hippocrate ;
auffi M. le Roy prend pour Mentor le
vénérable Vieillard ; cependant , malgré
le refpect qu'il a pour ce grand homme ,
il fait remarquer ce qu'il y a eu de dé
fectueux dans quelques-uns de fes pronoftics
, en les comparant avec fes propres
obfervations. L'Ouvrage de M. le
Roy , que nous annonçons actuellement ,
eft exécuté fur le plan du Livre des
Pronostics d'Hippocrate , le meilleur
peut-être , au moins le plus exact , le
plus foigné de ceux qui nous reftent de
luis il fera de la plus grande utilité aux
jeunes Praticiens ; il ne contribuera pas
peu à accélérer leurs progrès dans l'art du
pronoftic , & à leur faciliter l'intelligence
des Ouvrages d'Hippocrate. Perfonne
n'étoit plus capable que M.le Roy pour
publier un pareil Ouvrage , étant égale
ment verfé dans la théorie & la pratique.
Nous ne pouvons afez en confeiller da
lecture aux jeunes Médecins.
Morceaux choifis des Prophètes , mis en
François par M. l'Abbé Champion
'
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
de Nilon ; 2 vol . in- 12 . A Paris , chez
Moutard , Libraire , Quai des Auguftins
.
Les Prophéties font ce qu'il y a de
plus intéreffant dans les Livres Saints.
Tous les Myftères de la Loi nouvelle
Y font prédits. C'est l'hiftoire paffée ,
préfente & future de la conduite du
Seigneur. On n'y voit que des traits
frappans & des événemens mémorables.
Des châtimens de Rois , des deftructions
des Peuples , des renverſemens
d'Empires , des armées d'infectes dévorans
, des ravages , des mortalités , tous
les fléaux de la vengeance Divine . Mais
ces images terribles font toujours mêlées
d'objets confolans . On y découvre , dans
un beau lointain, l'exécution parfaite des
promeffes du Très - Haut. L'avénement
du Meffie , la rédemption du Genre humain
, la converfion des Juifs , le renouvellement
de l'Eglife , le triomphe de la
Jérufalem céleste , l'exaltation des juftes,
le bonheur des Élus . Telle eft la manière
dont les meilleurs interprètes des Livres
Saints , nous préfentent cette portion de
l'Écriture-Sainte. Quant à l'éloquence de
ces Auteurs infpirés , voici comme s'en
M A I. 1777 : 127
explique le nouvel Interprète , d'après
tous les Écrivains qui ont parlé de l'élequence
des Livres Saints. Il m'a ſem-
"
و د
و د
» ques ,
blé , dit-il , que les Prophéties , ces
» compofitions toutes divines , remplies
» d'idées fi grandes , d'images fi magnifiques
, de figures fi hardies , de ta-
» bleaux fi frappans , de fentimens fi
» tendres , de mouvemens fi pathétide
traits fi brillans en tout
» genre , & fi fupérieurs à tout ce que
» les Poëtes profânes ont de plus parfait
; il m'a femblé , dis-je , que ces
productions admirables de l'Efprit hu-
» main , éclairé , échauffé par l'Efprit
» Divin , devoient être interprétées
» d'un ſtyle noble , élevé , touchant ,
qui répondît , autant qu'il eft poffible,
» à la majefté , à l'énergie , à l'onction
qui régnent dans le texte original » .
Le nouveau Traducteur a trop vivement
fenti les beautés fublimes des Écrivains
facrés , pour les avoir dégradées dans
la traduction libre qu'il nous en donne.
و د
و ر
و د
Nous n'avons rien dans l'Écriture ni
dans la belle Antiquité profâne , qui
foit plus achevé que ces morceaux des
Prophètes que M. l'Abbé Champion
de Nilon a raffemblés , & qu'il déve-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
loppe par fon Commentaire abrégé , &
par de courtes obfervations dans lefquelles
on trouve indiqué l'objet de ces
différentes Prophéties . Il pouvoit y join
dre , ( & cette addition peut faire la matière
d'un autre volume ) tant d'autres
morceaux également fublimes , tels que
la defcription du paffage de la mer rouge
, dans le Cantique de Moïfe & de
Marie , de celle du Léviathan dans Job,
de celle d'une tempête, dans le Pfeaume
XVIII , & de tant d'autres endroits où
l'on trouve ce mélange heureux, & jamais
interrompu, de grandeur , de fimplicité
, de force , & même d'agrémens ,
qui met les Livres Saints , confidérés du
côté de l'éloquence , fi fort au- deffus des
plus magnifiques productions de l'Efprit
humain. Pour comble de perfection ,
un de leur caractère propre eft d'émouvoir
, d'intéreffer l'ame , & de parler
toujours au coeur. Y a-t- il , par exemple,
dans l'Antiquité profâne , un Cantique
lugubre qui puiffe être comparé aux lamentations
de Jérémie ? Il femble que
Dieu ait permis que Jérémie ait été un
homme de douleurs , afin de lui infpirer
ce Cantique de deuil & d'affliction , re-.
gardé à juste titre comme un chef- d'oeuMAI.
17775 * 129
vre de fentiment ; de même que Dieu
avoit choifi auparavant Salomon , le plus
heureux de tous les Rois de la terre
pour lui infpirer le Cantique des Cantiques
, c'est-à-dire, un Cantique, nuptial
qui ne refpire que la joie fainte, produit
par un amour contschafte & tout divin.
Les Orateurs & des Poctés trouveront
dans le Recueil que nous annonçons ,
des traits admirables de l'éloquence la
plus parfaite , de la Poéfie la plus fublime
, comme on trouve auffi une noble
fimplicité dans les narrations hiftoriques,
& un ton d'autorité & dé dignité dans
tout ce qui a rapport à la doctrine, On
peut donc dire que la lecture des Livres
Saints , dont le but principal eft de nous
rendre meilleurs , fert encore à perfectionner
notre efprit.
Etat actuel de la France, confidérée dans
ce qu'elle offre de plus curieux & de
plus intéreffant , avec la diſtance de
Paris aux Villes importantes ; celle de
ces mêmesVilles , ainsi que de toutes les
autres , aux Capitales des Gouvernemens
où elles font comprifes ; leurs
longitudes & latitudes exactes d'après
les obfervations de MM. de l'Acadé-
Fy
S
130 MERCURE DE FRANCE .
mie Royale des Sciences , avec une
defcription abrégée des endroits les
plus remarquables qui fe trouvent fur
les routes de Paris aux Villes & Bourgs
du Royaume , vol. in- 16 , avec des
Cartes , & un papier préparé pour
écrire. A Paris , rue S. Jacques , chez
Defnos , Libraire , & Ingénieur-Géographe.
On trouve chez le même Libraire, le
Souvenir du Voyageur , avec beaucoup
de feuillets en blanc de papier préparé.
La cinquième partie des Etrennes de
Minerve aux Artiftes , vient aufli d'être
publiée à l'adreffe ci -deffus. Ces Étrennes
raffemblent différens procédés curieux
ou utiles , relatifs à l'Agriculture ,
aux Arts , aux Métiers , & c.
Elémens de Tactique , démontrés géométriquements
Ouvrage Allemand ,
orné de Planches , compofé par un
Officier de l'État- Major des Troupes
Pruffiennes ; traduit en François par
M. de Holtzendorff , ci - devant au
fervice du Roi de Pruffe. A Paris ,
chez Nyon aîné , Libraire , rue Saint-
Jean-de-Beauvais ,
MA I. 1777 . 131
La difficulté d'une Science, prend en
partie fa fource dans le défaut de Principes
élémentaires , bien démontrés : dela
les fentimens fophiftiques qui les rendent
informes : de-là , la complication de
Principes erronés ; & enfin la fauffeté des
opérations décifives.
Tel a été très-long- tems , & eft encore
de nos jours , l'état de la Tactique
chez les Nations où cette Science eft établie
fur de faux Principes , ainsi qu'un
édifice qui manque de fondemens folides.
Les Principes fondamentaux de la Tactique
, doivent être fondés fur l'évidence
mathématique , afin qu'ils foient perma,
nens. Telle eſt la nature de ceux propofés
par l'Auteur Allemand, dont les fuccès
dans l'Empire , juftifiés par la pratique
, ont donné lieu à cette traduction.
La Géométrie lear fert de bafe , depuis
les premières notions , jufqu'aux connoiffances
néceffaires pour faire mancuvrer
avantageufement de grandes ar
mées.
-
Dès lors les Militaires , en général ,
feront d'accord fur les mêmes points.
L'uniformité des évolutions ou mancuvres
, fera la fuite de cet accord fixé irrévocablement
; & le fuccès des armées
Fvj
232 MERCURE DE FRANCE. †
deviendra , finon infaillible , du moins
plus affuré qu'il n'étoit auparavant .
Unique en fen genre , cet Ouvrage
Didactique , divifé en deux Parties , ne
peut qu'intéreffer les Militaires ftudieux,
par l'analyse des Principes les plus fimples
, démontrés évidemment . Il paroît
même être la baſe de l'inftruction d'après
laquelle les Troupes Françoifes mancuvrent
aujourd'hui . L'Auteur y traite à
fond les divers objets , comme il les a
long - tems médités .
La première Partie comprend , en dix
Chapitres , dont le premier fert d'introduction
, les Principes généraux des points
de vue , ceux de l'alignement ; les mouve
mens de converfion , la divifion intérieure
de la Troupe , les quatre ordres de mar
che généraux, & les évolutions moins habituelles
& plus particulières à la guerre.
La feconde Partie , en fix Chapitres ,
donne en grand l'application de ces Principes
lumineux à des armées . Cet Ouvrage
contient plus de vingt Planches , afin
que le précepte foir toujours appuyé de
Fexemple , qui en conftate la preuve.
"
Le mérite particulier de cet Ouvrage
important , c'eft qu'il peut être entendu
MAI. 1777. 13
de tout le monde , même du fimple
Soldat ; & que les Principes qui y font
développés peuvent être adaptés à toutes
fortes d'ordres de bataille , & pratiqués
fur tous les terreins poffibles.
On donnera l'attention la plus fuivie
à l'exécution typographique de cet Ou
vrage , actuellement fous preffe , conte
nant deux volumes in- 8 °. même format
papier & caractère que le Profpectus.
Le prix fera de dix livres en brochure,
pour ceux qui n'auront pas foufcrit , &
de huit livres pour les Soufcripteurs , à
qui on ne demande par avance que leur
engagement par écrit , de prendre l'Ouvrage
lorfqu'il paroîtra . La lifte des Soufcripteurs
fera imprimée à la fin du fecond
volume.
On fouferit à Paris , chez Nyon l'aîné,
Libraire, rue Saint- Jean- de- Beauvais, où
fe délivreront les Exemplaires aux Soufcripteurs
.
On eft prié d'affranchir le port des
lettres.
Euvres de Bernard Palify , revues fur
les exemplaires de la bibliothèque du
Roi , avec des notes par MM. Faujas
134 MERCURE
DE FRANCE .
de Saint Fond , & Gobet. Vol. in-4®.
Prix 12 liv. broché.
Les OEuvres de Bernard Paliffy , auffi
grand Phyſicien , a dit Fontenelle , que
la nature feule puiffe en former , étoient
devenues fi rares , que la plupart des Naturaliſtes
, des Phyficiens & des Chymiftes
, à qui elles font néceffaires , ne les
connoiffoient que de nom , ou d'après
les extraits qu'en ont donnés MM . de
Fontenelle , de Juffieu , de Buffon
Venel , &c. Depuis plus de deux fiècles ,
les différens Traités de cet Auteur n'avoient
point encore paru réunis en un
feul corps d'Ouvrage ; car il ne faut pas
compter l'édition de 1636 en deux volumes
in- 8 °. Robert Fouet , qui la publia ,
lui avoit donné le titre ridicule de Moyen
de devenir riche , &c. titre qui n'eſt point
celui de l'Auteur . Cette édition d'ailleurs
eft mutilée en plufieurs endroits : il étoit
réfervé à notre fiècle , que l'on peut appeler
le fiècle des connoiffances , de donner
une édition complette & correcte des
OEuvres de cet homme unique qui , de
fimple Potier de terre , étoit devenu un
des favans les plus diftingués de la Nation
. Nous avons l'obligation de cette
MAI. 1777. 135
édition à MM. Faujas de Saint Fond ,
& Gobet. Le premier de ces Éditeurs
voyage depuis fort long-temps dans le
Dauphiné avec M. Guettard , pour en
publier l'hiftoire naturelle. L'édition des
OEuvres de Bernard Paliffy a été revue
fur les originaux de la bibliothèque du
Roi , imprimés du vivant de l'Auteur en
1557 , 1563 , 1564 & 1580. Les Éditeurs
fe font attachés particulièrement à
conferver l'Ouvrage entier de Paliffy ;
ils fe font même ab ftenus d'altérer fon
ftyle , fes expreffions & fon ortographe :
mais ils onteu foin d'expliquer & d'éclaircir
, par des notes , les mots qui pour
roient embarraffer , & fe font appliqués à
développer les théories neuves & ingénieufes
que Paliffy avoit imaginées , fans
cependant oublier de faire entrevoir fes
erreurs. Chaque Traité eft précédé d'un
fommaire ; & l'on trouve , à la tête du
volume , des recherches fur la perfonne
& les Ouvrages de Bernard Paliffy. Cet
homme , d'un génie obfervateur & vraiment
fingulier , qui , fimple Potier terres'éleva
au- deffus de fon fiècle par fes recherches
& fes connoiffances , étoit natif
du Diocèfe d'Agen en Aquitaine , fuivant
Lacroix Dumaine , fon contempo136
MERCURE DE FRANCE .
CC
rain. L'Hiftorien d'Aubigné , dit que Pa
Jiffy mourut l'an 1589 , âgé de 90 ans ;
ainfi , il feroit né en 1499. Lacroix Dumaine
affure que Paliffy , Philofophe
» naturel & homme d'un efprit mer-
» veilleufement prompt & aigu , Aorit à
» Paris l'an 1584 , âgé de 60 ans & plus ,
» & fait des leçons de fa fcience & pro-
» feffion ». En fuppofant,avec cet Auteur,
que
ue Paliffy avoit alors plus de 60 ans ,
il pourroit être né depuis 1514 à 1520%
Cet homme, fimple Ouvrier, fans lettres ,
montre , dans fes différens écrits , une
fagacité peu commune , une imagination
heureufe, un efprit droit , laborieux & naturellement
porté à l'obfervation . La for
me de fes Ouvrages annonce elle-même
un génie original . Ce font des Dialogue's
entre Théorique & Pratique ; & c'eſt toujours
Pratique qui inftruit Théorique ,
écolière indocile , ignorante ; &, par
cette raifon même , grande difcoureufe.
Les Éditeurs n'ont point , dans cette
édition des OEuvres complettes de Bernard
Paliſfy , obſervé l'ordre des éditions
originales pour l'arrangement des Livres ,
parce qu'ils ont préféré , avec taifon , de
rapprocher les fujets les plus analogues.
Le premier Traité qui fe préfente dans
MA I. 1777. 137
cette édition , eft celui de l'Art de terre.
Ce Traité a principalement pour objet la
fabrication de la fayence. Paliffy , à force
de recherches & d'expériences , parvint
à créer cet art , dont il n'avoit d'autres
connoiffances que celles que pouvoit lui
procurer l'infpection d'un vafe de terre
émaillé. L'art de la fayence étoit cultivé
en Italie , mais n'étoit point connu en
France du temps de Paliffy. Il travailla ,
pendant plufieurs années , pour décou
vrir les moyens de faire de pareils vaſes.
Il étoit fans fortune & privé de tous fecours
étrangers ; auffi eut- il bien des malheurs
à vaincre & des obftacles à furmon
ter. Il nous en fait , dans fon Traité , un
tableau pathétique , & qui peut fervir à
faire connoître la trempe de ce génie
laborieux .
Palily a fait un Traité fur les terres
d'argille. Il les défigne très - bien ; il les
regarde comme des terres tenaces qui fe
délayent dans l'eau , & décrépitent au feu
quand elles ne font point parfaitement
féches . Il entre dans des détails intéref
fans fur les différentes efpèces d'argille ,
fur leurs qualités réfractaires ou fufibles
& leurs autres propriétés bonnes ou mauvaifes
, relativement à l'ufage qu'on peut
138 MERCURE DE FRANCE.
en faire dans la compofition des poteries.
Son Traité des pierres eft très- curieux
& très-favant. Beaucoup de fes idées ,
fur leur formation & les différentes caufes
qui concourent à leur décomposition
& à leur renouvellement , ont été adoptées
par de célèbres Naturaliftes de nos
jours. Il nous entretient fur la production
du cryftal de roche , dont il compare
ingénieufement la théorie avec celle
du fel de nitre ; il croit qu'il s'eft formé ,
comme lui , dans un liquide en repos ,
ainfi que toutes les autres efpèces de cryftaux.
Il examine enfuite , avec cette fagacité
qui lui étoit familière , la caufe de la
Rétrification des coquilles , celle de la formation
des pyrites , ftalactites , &c.
>
Paliffy , dans fon Traité fur la marne ,
ne donne point une définition de cette
terre. Les Chymistes de nos jours la dé
finiffent un mélange de craie & d'argille ,
dont les proportions varient. Paliffy recommandoit
, de fon temps , la marne
pour fertilifer les terres. L'expérience a
confirmé la bonté de cet engrais . On a
reconnu cependant que la marne ne peut
fervir à fertilifer les terres trop fortes ,
c'est -à-dire , trop argilleufes. Paliffy penſe
que la marne étoit originairement une
MA I. 1777. 139
terre argilleufe , & qu'elle tend à devenir
de la craie . Il eft au contraire reconnu
que la craie eft une terre compofée , qui
eft le produit de la déformation des coquilles
, & qu'elle devient , par la fuite ,
marne & argille .
Paliffy , dans ce même Traité , fait
mention d'argilles blanches , trouvées
dans des fouilles , lefquelles font bonnes
à faire des vafes. Ces argilles cependant
n'étoient point connues en France avant
M. Pott. Il faut donc croire que les Naturaliftes
François & étrangers n'avoient
point fçu profiter des lumières de Paliffy .
Depuis Pott , on a fait des recherches
fur les argilles , & on en a découvert , en
France , de parfaitement blanches , &
avec lefquelles on fabrique les plus belles
porcelaines qui aient jamais exifté , ſans
en excepter même les anciennes porcelaines
du Japon. Telle eft la belle terre
à porcelaine de Limoges , que l'on pourroit
regarder comme le Kaolin des Chinois
, & qui eft même meilleure pour
l'emploi , parce qu'elle n'eft pas remplie
de mica.
Paliffy , après avoir parlé des terres
marneufes & crétacées , dit un mot des
différentes terres fi fort ufitées autrefois
140 MERCURE DE FRANCE.
en médecine , telles que celles de Lem
nos , d'Arménie , &c. Il eft le premier
qui ait fait voir que les différentes terres
figillées , employées dans le commerce ,
étoient des marnes ou des argilles.
Ce Phyficien Naturalifte établit pour
principe général , dans fon article fur les
fels , qu'il n'eft nulle chofe fans fel , &
qu'il y a une multitude infinie d'eſpèces
de fels. Mais fes divifions font trop générales.
Elles ne donnent point une dif
tribution nette que l'on puiffe faifir . Les
Chymiftes modernes ayant reconnu que
parmi les matières falines , il y en a qui
ont des propriétés communes , & d'autres
des propriétés oppofées , en ont fait
une diftribution d'autant plus lumineufe ,
qu'elle eft fondée fur les propriétés mêmes
de ces fels .
Paliffy confacre , à la fuite de ce petit
traité fur les fels , un chapitre entier &
féparé fur le fel commun , & fur la manière
dont on fe le procuroit dans les
Iles de Xaintonge . Il démontre très bien
l'avantage de faire le fel dans les marais
falans , où l'on n'a pas beſoin de confommer
du bois pour l'évaporation des eaux.
Il compare ce travail à celui pratiqué dans
lés falines de Lorraine , travail beaucoup
MAI. 1777. 145
plus difpendieux , parce que l'on fait évaporer
les eaux falées des puits dans des
chaudières de tôle , échauffées par un
feu qui ruine les forêts de Lorraine &
de Franche - Comté. Un Écrivain moderne
, qui nous a donné , il y a huit à
dix ans , dans un très- bon Mémoire , le
détail des falines de Caftiglione , a confirmé
, par les calculs , la jufteffe des remarques
de Paliffy. Lorfque la Lorraine
& la Franche-Comté étoient couvertes
de bois , il auroit été fans doute alors
très difficile d'établir des marais falans,
La trop grande quantité de bois d'ailleurs
dont on vouloit fe débarraffer , pouvoit
juftifier l'emploi que l'on en faifoit pour
l'évaporation des eaux falées . Mais aujourd'hui
que ces Provinces font moins
garnies de bois , & que les forêts font
éloignées des villes de cinq à fix lieues &
même davantage les obfervations de
Paliffy , & celle de l'Auteur du Mémoire
que nous venons de citer , méritent une
attention particulière .
>
Les réflexions de Paliffy fur le fel
commun , font fuivies , dans cette édition
, d'un traité fur les eaux & fontaines.
Ce traité contient plufieurs détails ,
& présente une théorie qui confirme que
142 MERCURE DE FRANCE.
ce fimple Potier de terre étoit un Phyficien
éclairé , & qui favoit mettre à profit
les obfervations que fes recherches pratiques
lui avoient fuggérées.
On penfe bien que cet Artifan Philofophe
n'étoit pas homme à être la dupe
des Alchimistes & de ces prétendus Adepres
, qui errent , fans principes & fans méthode,
dans une carrière d'opérations auffi
chimériques que périlleufes . Ses remarques
fur l'Alchimie , fur le grand-oeuvre ,
fur l'or potable , forment plufieurs articles
deſtinés principalement à démontrer
l'abfurdité des prétentions des Alchimiſtes
, & le ridicule de leurs pratiques.
Paliffy ne fe moque pas avec moins de
fuccès , dans fes Obfervations fur les abus
de la Médecine , du charlataniſme de cerrains
Médecins de fon temps , ou plutôt
de la fimplicité des malades qui fe foient
aux promeffes emphatiques de ces Empyriques.
Il rapporte cette petite rufe d'un
Sébastien Colin , Médecin d'une ville de
Poitou , qui a publié , en 1558 , un Livre
fur les urines avec ce titre : Bref Dialogue
, contenant les caufes , jugemens , couleurs
& hypotafes des urines , lesquelles
adviennent le plus fouvent à ceux qui ont
lafièvre. « Il y avoit , dit Paliffy , en une
MA I. 1777 . 143
37 petite ville de Poitou un Médecin
» auffi peu favant qu'il y en eût en tour
» le pays , & toutefois , par une feule
» fineffe , il fe faifoit quafi adorer. Il avoit
» une étude fecrette bien près de la porte
» de fa maiſon ; & , par un petit trou ,
"
"
ود
38
voyoit ceux qui lui apportoient des
» urines ; & , étant entrés en la cour , fa
femme , bien inftruite , fe venoit affeoir
» fur un barc près de l'étude , où il y
» avoit une fenêtre fermée de chaffis , &
interrogeoit le Porteur d'urines d'où
» il étoit , lui difoit que fon mari étoit
» en la ville ; mais qu'il viendroit bien-
» tôt ; &, le faifant affeoir auprès d'elle ,
» l'interrogeoit du jour que la maladie
print au malade , & en quelle partie du
» corps étoit fon mal , & conféquem-
» ment de tous les effets & fignes de la
» maladię ; & , pendant que le Meffager
» répondoit aux interrogations , Mon-
» fieur le Médecin écoutoit tout , & puis
»fortoit par une porte de derrière , &
» rentroit par la porte de devant , par où
» le Meffager le voyoit venir. Lors la
» Dame lui difoit : voilà mon mari
parlez à lui. Ledit Porteur n'avoit pas
fitôt préfenté l'urine , que Monfieur
le Médecin ne la regardât avec fort
»
144 MERCURE DE FRANCE.
» belle contenance ; & , après , il faifoit
» un diſcours fur la maladie , fuivant ce
» qu'il avoit entendu du Meffager par
» fon étude ; & quand ledit Meffager
» étoit retourné au logis du malade , il
» contoit , comme un grand miracle , le
favoir de ce Médecin , qui avoit connu
» toute la maladie foudain qu'il avoit vu
l'urine ; & , par ce moyen , le bruit de
» ce Médecin augmentoit de jour en
jour
כ
» 13.
Le premier Ouvrage que Paliffy avoit
rendu public , étoit un traité fur l'agriculture
: nos Agriculteurs y trouveront
quelques idées hafardées ; mais ces traités
leur offriront auffi des obfervations trèsjuftes
& fondées fur la pratique.
Un goût décidé pour l'étude de la nature
, & le defir de mener une vie douce
& tranquille , avoient inſpiré à Paliſſy
l'idée d'un jardin délectable . Ce jardin
raffemble , fuivant fon plan , l'utile &
l'agréable : le fite de ce jardin eft rempli
de montagnes , dont les côteaux offrent
des points de vue très- variés . Paliffy y a
diftribué des terraffes , des grottes , des
falles de verdure qui forment autant de
retraites délicieufes. Le goût de fon fiècle
étoit de mutiler les arbres , pour en former
MAI. 1777 . -145
mer des ornemens d'architecture ; & on
ne doit point être furpris qu'il ait adopté
ce genre de décoration dans plufieurs endroits
de fon jardin . On conviendra cependant
que cette manière de décorer
eft préférable à celle qui a été depuis en
vogue , & qui confiftoit à tailler les ifs
les buis , les romarins & autres arbriffeaux
en forme d'animaux : la nature fe prête
difficilement à ces bifarreries , qui d'ailleurs
ne peuvent jamais être d'une grande
élégance .
Paliffy , après avoir fini la defcription
de fon jardin , donne un nouvel elfört
à fon imagination , & emprunte le voile
d'une fiction enjouée , pour cenfurer des
moeurs de fon fiècle. Lots , dit -il , je
» voulus favoir quelles efpèces de folies
» eftoient en l'homme , qui le rendoient
auffi difforme & mal proportionné :
» mais ne le pouvant favoir ni connoître
par l'art de la géométrie , je m'adviſai
de l'examiner par une philofophie alchi
miftale , qui me fit ériger foudain plu
» fieurs fourneaux propres à cette affaire ;
» les uns pour putréfier , les autres pour
» calciner ; aucuns autres pour examiner ,
>> aucuns pour fublimer , & autres pour
diſtiller. Quoi fait , je prins la tête
»
»
G
146 MERCURE DE FRANCE .
"
➜
» d'un homme ; & , ayant tiré fon effence
par calcinations , diftillations ,
fublimations & autres examens faits
» par Matras , Cornues & Bains - marie ,
& ayant féparé toutes les parties ter-
» reftres de la matière exalative , je trouvai
que véritablement en l'homme
il y avoit un nombre infini de fo-
» lies ; que quand je les eu apperçues , je
» tombai quafi en arrière comme paſmé ,
à caufe du grand nombre de folies que
j'avois apperçu en ladite tefte. Lors
» me print foudain une curiofiré & envie
» de favoir qui étoit la caufe de ces
grandes folies ; & , ayant examiné de
» bien près mon affaire , je trouvai que
» l'avarice & l'ambition avoient rendu
» prefque tous les hommes fols , & leur
» avoit quafi pourri toute la cervelle ,
» &c. » Il analyſe enſuite la tête d'un
fripon de Marchand , celle d'un jeune
étourdi , celle d'un Officier de Robe
Longue , celle de la femme de cet Offi
cier , qui étoit glorieufe & coquette ,
&c. Ces analyfes n'apprendront vraiſemblablement
rien à la plupart des Lecteurs .
Ils fe convaincront feulement que les
moeurs du dix- huitième ſiècle ne diffèrent
point de celles du quinzième , &
"
MA 1. 1777. 147
qu'il n'y a que quelques ufages qui on :
changé.
Paliffy , après s'être égayé fur un
fujet de philofophie & de morale , fe
rappelle , avec amertume , les malheurs
occafionnés par les troubles de Religion
dont il avoit été témoin. Il étoit de la
Religion Proteftante , & avoit été , fous
le règne d'Henri III , expofé lui même
plufieurs fois au fer homicide des Ligueurs.
D'Aubigné , dans fon hiſtoire
rapporte de lui ce trait qui peut fervir
à faire connoître la vigueur de caractère
& la fermeté d'ame de ce fimple Potier
de terre. Les Ligueurs l'avoient fait enfermer
à l'âge de 90 ans , dans la Baſtille.
Henri III l'ayant fait venir , lui dit un
jour : «" Mon bonhomme , fi vous ne
» vous accommodez fur le fait de la
Religion , jefuis contraint de vous laif-
:99
fer entre les mains de mes ennemis.
» Sire , lui répond Paliffy, j'étois bien
» tout prêt de donner ma vie pour la
gloire de Dieu. Si c'eût été avec quelque
regret , certes ! il feroit éteint en
ayant oui prononcer à mon grand
» Roi , je fuis contraint : c'est ce que
yous , Sire , & tous ceux qui vous contraignent
, ne pourrez jamais fur moi ,
parce que je fais mourir »."
"
Gif
148 MERCURE
DE FRANCE
.
Paliffy , ainfi que
que nous l'apprend l'Auteur
des recherches fur la vie de cet hom-
' me célèbre , eft le premier qui ait formé
à Paris , un cabinet d'hiftoire naturelle
où il faifoit des démonftrations publiques.
Nous avons , dans la collection de
fes OEuvres , un écrit intitulé : Cabinet
de Palify. Son intention , comme on
peut s'en convaincre par cet écrit , étant
de rendre fa collection propre à répandre
un jour favorable & prompt fur la fcience
, il avoit placé chaque morceau d'hiftoire
naturelle , une étiquette raiſonnée ,
qui donnoit fur le champ une idée claire
& diftincte de l'objet . Cette méthode ,
toujours avantageufe , obfervent les Éditeurs
, étoit effentielle dans un temps où
l'hiſtoire naturelle étoit encore dans fon
berceau .
Le recueil des écrits que nous venons
d'annoncer , eft terminé une table raipar
fonnée de tout ce qu'il y a de plus carieux
& de plus inftructif. Cette table
offre une fuite d'axiômes , que l'on peut
regarder comme le réſultat des principes ,
des obfervations & des expériences du
Philofophe Agénois . Les Éditeurs n'ont
point fur-tout omis d'y rappeler le cinquième
élément de Paliffy. Cette eau
MA I. 1777 .
149
·
>>
>
» générative , claire ou candide , fubtile
" entremêlée , & , parmi les autres eaux ,
indiftinguible , laquelle eau étant apportée
avec les autres eaux communes ,
elle s'endurcit & fe congèle avec les.
» chofes qui y font entremêlées .... Par
tel moyen , les cailloux , pierres & carrières
font formées , &c . » Ce cinquième
élément étoit , pour nous fervir
de l'expreffion des Éditeurs l'enfant
chéri que Paliffy fe plaifoit à montrer
à tout le monde . Les Amateurs de la phyfique
& de l'électricité , ajoutent- ils
reconnoîtront , dans ce cinquième élément
, leur fluide igné , leur feu électrique
; les Chimiftes , le Phlogistique , l'air
fixe , l'acidum pingue ; mais tous ne pourront
s'empêcher d'admirer le génie heureux
& clairvoyant du Potier de terre .
ANNONCES LITTÉRAIRES.
1 COURS d'Architecture , ou Traité de la
décoration , diftribution & conftruction
des Bâtimens ; commencé par J. F. Blondel,
Architecte du Roi , & Profeffeur
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
de l'Académie Royale d'Architecture ;
& continué par M. Patte , Architecte de
S. A. S. Monfeigneur le Prince Palatin ,
Duc Régnant de Deux Ponts . Tomes V
& VI , in- 8 ° . de 5 à 600 ppages chacun ,
fans compter un volume de figures de
136 planches. Prix 18 liv. A Paris , chez
la Veuve Defaint , Libr . rue du Foin
Saint Jacques.
Nous ferons connoître particulièrement
cet Ouvrage intéreffant dans le
Mercure prochain.
Traduction de différens Traités de morale
de Plutarque ; par M. ** . in- 12 . A
Paris , chez les Frères Debure , Lib. quai
des Auguftins.
La Cyropédie ou Hiftoire de Cyrus ,
traduite du grec de Xénophon ; par M.
Dacier , de l'Académie des Infcriptions
& Belles-Lettres ; 2 vol . in - 12 . A Paris ,
chez les Frères Debure , Libr. & Moutard
, Imprim.- Lib. de la Reine , quai
des Auguſtins .
-
Inftitutions Phifico Méchaniques , à
C
MAI. 1777.
Fufage des Ecoles Royales d'Artillerie &
du Génie de Turin ; traduites de l'Italien
de N. d'Antoni , par M. ** , Chevalier
de St Louis , & Major- Chef de Brigade
du Corps Royal de l'Artillerie ; 2 vol.
in - 8 °. A Strasbourg , chez Bauer &
Treuttel , Lib. A Paris , chez Durand
neveu , Lib. rue Galande.
Amuſemens d'us Philofophe folitaire ,
ou choix d'anecdotes , de dits & de faits
de l'Hiftoire ancienne & moderne , de
fingularités remarquables , d'obfervations
curieufes & utiles , de defcriptions ,
de récits , de portraits , de réflexions,
morales , de faillies & de bons mots
de penfées férieufes & Badines , & généralement
de tout ce qui peut nourric
Fefprit , exercer la mémoire ; 3 volumes
in-8°. br.
& les
Les Hommes comme il y en a peu,
Génies comme il n'y en a point ; Contes
moraux Orientaux , Perfans , Arabes ,
Turcs , Anglois , François , &c. les uns
pour rire , les autres à dormir debout ;
3 vol. in- 8°. A Bouillon , de l'Imprimerie
de la Société Typographique . On
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
trouve des exemplaires de ces deux Ouvrages
à Paris , chez Lacombe , Lib. rué
de Tournon .
Fables par M. Boifard , de l'Académie
des Belles- Lettres de Caën , Secrétaire:
du Confeil & des Finances de MONSIEUR ,
Frère du Roi . Seconde édition ; 2 vol..
grand in- 8 °. avec figures. A Paris , chez
Lacombe , Libr. rue de Tournon ; &
Efprit , au Palais Royal .
Les trois Théâtres de Paris , ou abrégé
hiftorique de l'établiffement de la Comédie
Françoife , de la Comédie Italienne
& de l'Opéra , avec un précis des
loix , arrêts , réglemens & ufages qui
concernent chacun de ces Spectacles ; par
M. Défeffarts , Avocat au Parlement ;
prix 2 liv . 10 f. A Paris , chez Lacombe ,
Lib. rue de Tournon , 1777 .
MA I. 1777 . 153
ACADÉMIES.
PARIS.
I.
Academie des Infcriptions & Belles- Lettres ,
DANS la féance publique de l'Académie
des Infcriptions & Belles-Lettres ,
on a lu plufieurs Mémoires dont nous
avons déjà expofé les fujets , & que nous
allons reprendre fucceflivement , pour
donner des analyfes plus étendues de ces
objets intéreffans.
PREMIER MEMOIR E.
M. l'Abbé Ameilhon a fait lecture
d'un premier Mémoire fur l'état de la
métallurgie chez les anciens.
C'eft le début d'un travail très - étendu ,
lequel a pour objet d'examiner , dans le
plus grand détail , la manière dont les
anciens exploitoient les mines , & travailloient
les métaux . Ce premier Mé
G
154 MERCURE DE FRANCE.
moire roule fur l'or , qui eft auffi le premier
des métaux. Il eft divifé en cinq
articles ou fections. Dans la première
fection , l'Auteur expofe les travaux des
anciens , foit pour ouvrir le terrein aurifère
, foit pour en extraire le minerai.
Il fait voir comment ils établiſſoient leurs
galeries , & comment les Mineurs atta
quoient le filon . Dans la feconde ſection ,
il détaille les diverfes préparations que
les anciens donnoient au minerai , pour le
difpofer à la fonte . D'abord ils grilloient
la mine , enfuite ils la concaffoient dans
des mortiers , puis ils la réduifoient en
poudre fous des meules de moulin , &
enfin ils la lavoient. Pline dit que quel
quefois on faifoit venir de l'eau de plus
de trente lieues par des canaux , pour le
fervice des mines. Le lavage n'étoit pas
le feul moyen que les anciens connuffent
pour féparer l'or des matières étrangères ,
avec lequel il pouvoit être mêlé . Ils favoient
que le vif-argent fournit auffi un
excellent moyen de purifier ce métal , par
la propriété qu'il a de s'y amalgamer ;
ided & optimè purgat , cateras ejus fordes
exfpuens , dit Pline. Dans la troisième
fection , M. l'Abbé Ameilhon traite de
la fonte & de l'affinage de l'or fuivant la
MA I. 1777 . 153
méthode des anciens . Il fait voir qu'ils
employoient , ainsi que nous , le plomb
comme intermède , pour purifier les métaux
parfaits. Comme ce procédé n'eſt
pas capable d'enlever à l'or la portion
d'argent qui y eft toujours uni , l'Auteur
penfe que les anciens , pour féparer ces
deux métaux , avoient recours à la cémen
tation . Il croit appercevoir des traces de
cette opération dans un paffage de Stra
bon , qu'il explique à la faveur d'un autre
texte de Geber , Chymifte Arabe du neuvième
fiècle. « Puifque les anciens , dit- il
» à ce fujet , ne connoiffoient pas nos
» eaux de départ , il étoit néceffaire qu'ils
» euffent un autre moyen auffi fûr que
» facile , pour féparer l'or de l'argent.
» Autrement les Souverains n'auroient
»»ppuu rendre des ordonnances pour fixer
» le titre de l'or , & obliger ,fous lespeines
les plus grièves,foit les Monétaires , foit
» les Orfévres , à n'employer que de l'or ,
qui quelquefois devoit être porté à un
degré de fin très-haut , & qu'on appe
» loit alors aurum obryfum ». L'Auteur
rappelle ici ce que les anciens ont dit de
cette espèce d'or : il parle auffi de ce métal
mixte , connu dans l'antiquité fous le
nom d'électrum , & auquel on attachoit
>>
Gvj
116 MERCURE DE FRANCE .
un grand prix , quand il étoit natif ou
vierge. C'étoit , comme on fait , un mêlange
d'or & d'argent. M. l'Abbé Ameilhon
croit que la prodigieufe difficulté
que les anciens auront éprouvée dans les
premiers temps , pour dégager ces deux
métaux l'un de l'autre , leur aura fait
prendre le parti de regarder comme un
métal particulier , l'or auquel fe trouvoit
uni naturellement une certaine portion
d'argent. Dans la quatrième fection , cet
Académicien fait connoître les diverfes
claffes d'Ouvriers employés chez les anciens
à l'exploitation des mines . Il décrit,
autant qu'il lui eft poffible de le faire ,
les outils , inftrumens & machines néceffaires
aux différentes opérations métallurgiques
, tels que les pics , les coins ,
les marteaux pour entamer la mine , les
lampes que les Mineurs portoient attachées
à leurs bonnets pour s'éclairer dans
les galeries , les pompes pour épuifer les
eaux qui fouvent inondoient les travaux ,
les mortiers , les pilons , les moulins , les
creufets , les foufflets , les fourneaux ,
&c. Dans la cinquième & dernière fection
; M. l'Abbé Ameilhon a recueilli
les plus curieufes obfervations des anciens
fur les principales propriétés de
.
MA I. 1777 . 157
l'or , & il s'eft attaché principalemei t
à ce qu'ils ont dit fur fa ductilité. Il montre
que les anciens avoient fçu profiter
de cette propriété pour le filer & le tiffer
comme la laine : netur & texitur lana
modo & fine land. D'où il conclud qu'il
falloit qu'ils euffent des filières à- peuprès
femblables aux nôtres ; car on ne
voit rien qui puiffe fuppléer à ces inftrumens
pour produire le même effet.
" Pline , pour nous donner une idée de
93
l'extrême extenfibilité de l'or , nous
apprend qu'une once de ce métal battu
» peut fournir au- delà de 750 feuilles ,
» ayant chacune quatre doigts en quarré.
» Or , en fuppofant , d'après l'évaluation
» de Frontin , que le doigt étoit la fe: -
» zième partie du pied Romain , il fuivra
» de ce calcul que les 750 feuilles d'or
» donneront un total de 187 pieds. &
» demi Romains , ou d'environ 172 de
» nos pieds de Roi en quarré ; d'où il
» réfulteroit que les Batteurs d'or Rc-
» mains auroient été plus habiles que é
l'étoient les nôtres en 1713 , puifque
» fuivant M. de Réaumur , une once
» d'or n'acquéroit alors , fous le marteau
» de ces derniers , qu'une extenfion de
146 pieds & demi quarrés . Ce Savant
»
58 MERCURE DE FRANCE.
»
» remarque qu'on regardoit avec furprife
, du temps du P. Merfenne , que
» d'une once d'or on put tirer un affez
grand nombre de feuilles pour couvrir
» une furface de 105 pieds quarrés. Ce
» qui étoit certainement beaucoup au-
» deffous de 172 pieds quarrés , où nous
» avons vu que les Artiftes Romains
portoient leur opération ».
"
Dans le Mémoire fuivant , M. l'Abbé
Ameilhon examinera comment les anciens
exploitoient l'argent & le mercure
& il traitera en même- temps des arts
dépendans de ces métaux .
I I.
à
Séance publique de l'Académie Royale de
Chirurgie , le Jeudi 10 Avril 1777 ,
laquelle a préfidé M. de la Martinière,
Confeiller d'Etat , premier Chirurgien
du Roi.
M. Louis , Secrétaire perpétuel , a ou
vert la Séance par l'expofé des travaux
qui ont concouru pour le Prix . L'Académie
avoit propofé pour cette année 1777 ,
le ſujet fuivant :
Expofer les règles Diététiques relatives
MA I.
159
1777.
aux alimens dans la cure des maladies
chirurgicales.
Les Auteurs anciens & modernes ayant
mis l'ufage & le choix des alimens au
nombre des principaux moyens de guérir
, on devoit trouver dans leurs Ouvrages
des reffources pour réfoudre avantageufement
la queftion . Cependant l'Académie
n'a reçu que dix Mémoires , parmi
lefquels trois feulement lui ont paru, mériter
attention.
Le n°. 3, qui a pour devife un aphorifme
d'Hippocrate , bien adapté au fujet....
non puera corpora quantò plus
metries, eò magis lades , a traité avec une
grande fupériorité la partie phyfique , relativement
à la matière nutritive L'Auteur
de ce Mémoire a fait fur cela , des
expériences qui réuniffent l'agréable à
l'utile ; mais il s'eft trop peu occupé de
la queftion chirurgicale . Il a examiné le
rapport & l'analogie de la fubftance amylacée
, avec nos humeurs , & les propriétés
des alimens en général. Il s'eft fort
étendu fur les connoiffances fondamentales
du fujet qu'il a à peine effleuré. Les
fondemens ne font pas l'édifice , quoiqu'ils
en foient la bafe & le foutien :
enfin , on fait que l'art de guérir com160
MERCURE DE FRANCE.
mence où finit la Phyfique : Ubi definit
Phyficus , ibi incipit medicus. L'Académie
demandoit qu'on appliquât fpécialement
à la cure des maladies chirurgicales
, les connoiffances capables de perfectionner
la pratique fur cet objet intéreffant
; elle s'en étoit expliquée dans
le Programme , en termes formels ; &
c'eft avec peine qu'elle n'a pas admis au
concours un Mémoire qui a d'ailleurs un
mérite très-diftingué.
L'Auteur du nº . 1 , qui a pour qui a pour devife
ce paffage de Fernel : Una gula omnium
propè morborum mater , etiam fi alius
genitor, a bien faifi l'état de la queftion ,
& n'eft pas forti de l'enceinte affez vafte
qu'il a tracée. Il a divifé les maladies
chirurgicales en aiguës & en chroniques;
& c'eft d'après cette diftinction générale,
qu'il a traité de l'influence du régime
dans la cure de ces maladies. On voit
par ces recherches , qu'il a profondément
étudié fon fujet. C'eft plus l'amas
des matériaux propres à faire un excellent
Mémoire , qu'il a préfenté , qu'un
ouvrage tel qu'on pouvoit l'efpérer. Les
détails multipliés montrent un Praticien
réfléchi : mais les chofes ne font pas allez
digérées , & on les trouve trop fouvent
MA I. 1777 .
161
telles que les Auteurs les ont fournies .
Le Mémoire n° . 6 , eft écrit avec
beaucoup de clarté & de méthode. Il a
pour divife cette propofition de Celfe :
Summa Medicina non uti medicamentis.
L'Auteur auroit réuni tous les fuffrages ,
s'il eût étendu fes vues fur un plus grand
nombre d'objets relatifs à la queſtion .
Les matériaux du n° . 1 , employés par
l'Auteur du n° . 6 , auroient pu former
un ouvrage qui laifferoit peu à defirer .
D'après ces confidérations , l'Académie
a décidé qu'elle, remettroit le Prix fur les
règles diététiques , relatives aux alimens ,
dans la cure des maladies chirurgicales 3
pour l'année 1779. Le Prix fera double,
une médaille d'or de 500 liv. fuivant la
fondation de M. de la Peyronie ; & une
feconde médaille , ou fa valeur en argent.
L'Académie a propofé pour le Prix de
l'année prochaine, le fujet fuivant :
Expofer les effets du mouvement & du
repos , & les indications fuivant lefquelles
on doit en preferire l'ufage dans la cure des
maladies chirurgicales.
Les Anciens étoient fort inftruits fur
les avantages & les inconvéniens refpectifs
du mouvement & du repos. Jérôme
162 MERCURE DE FRANCE.
"
Mercurial , dans fon Art Gymnaſtique ,
a approfondi cette matière avec une
grande érudition. Il feroit poffible de
traiter , d'une manière auffi curieuſe
qu'utile , des différens exercices , & de
faire connoître comment ils agiffent fur
le corps en général , & en particulier
fur différentes parties , relativement au
temps , au lieu , à la nature de l'exercice ,
à fon degré , à fa durée ; & quelles précautions
il faut prendre pour en aſſurer
le fuccès. Cette partie de l'Hygiène n'a
été confidérée jufqu'ici , que par rapport
à la confervation de la fanté : mais l'Académie
Royale de Chirurgie, qui a la perfection
de l'Art pour objet effentiel , demande
que les connoiffances acquifes fur
cet objet, & les nouvelles vues qu'il peut
offrir , foient appliquées fpécialement à
la cure des maladies chirurgicales.
Parmi les Chirurgiens Regnicoles ,
celui qui a donné les marques de la plus
grande émulation , dans le courant de
l'année précédente , eft M. Chauffier ,
Maître- ès-Arts & en Chirurgie, à Dijon,
& Correfpondant de l'Académie : elle
lui a adjugé la médaille d'or de la valeur
de 200 livres , & qu'on nomme le Prix
d'émulation.
M A 1. 1777: 163
L'Académie récompenfe annuellement
, par une médaille d'or du Prix
de 100 livres , le zèle de cinq Chirurgiens
, qui lui ont envoyé , dans le cours
de l'année précédente , des Obfervations
atiles. Ceux qui fe font diftingués , font
M. Bonnet , Chirurgien en Chef de
l'Hôtel-Dieu , à Clermont en Auvergne.
M. Lambron , Lieutenant de M. le premier
Chirurgien du Roi , à Orléans . M.
Lombard , Correfpondant de l'Acadé
mie , & Chirurgien-Major de l'Hôpital
Royal Militaire , à Dole en Franche-
Comté. M. Thomaffin , Maître en Chirurgie
à Rochefort près Dôle , & M.
Ellevion , Maître en Chirurgie à Rennes.
M. de Saúlt a lu enfuite un Mémoire
fur la luxation du Radius , à fa partie
inférieure. M. Faguer, une Obfervation
fur la guérifon d'une plaie confidérable
à la poitrine , par le jeu d'une mine. M.
Pipelet fecond , un Mémoire fur les
moyens employés en différens cas pour
faciliter l'action de marcher. M. Dufouart
le jeune , une Differtation fur les
effets de l'imagination des femmes enceintes
. M. Louis a terminé la Séance
par la lecture d'un Mémoire fur la Bru
lure.
164 MERCURE DE FRANCE.
II-I
き
C
Prix propofé par l'Académie des Sciences,
Arts & Belles Lettres de Châlons-fur-
Marne , pour l'année 1778 .
L'Académie des Sciences , Arts &
Belles- Lettres de Châlons -fur- Marne ,
propofe pour fujer du Prix qu'elle adjugera
dans fon Affemblée du 25 Août
1778 :
Les moyens les moins onéreux à l'État
& au Peuple , de conftruire & d'entretenir.
les Grands- Chemins.
Tous les amis de la Patrie & de l'Humanité
font invités à travailler fur ce fu
jet, Le Prix fera une médaille d'or de la
valeur de 300 liv .
Les pièces feront écrites en . François
ou en Latin , & elles feront envoyées ,
franches de port , à M. Sabbathier , Secréraire
perpétuel de l'Académie , trois
mois avant la diftribution du Prix.
Les Auteurs ne fe feront point connoître
; ils mettront feulement une de-,
vife à la tête ou à la fin de leur Mémoire.
Ils y joindront un billet cacheté qui conMA
I. 1777.
165
tiendra leur nom , qualités & demeure'
s'ils veulent fe faire connoître ; & la de
viſe fera répétée ſur ce billet.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
a continué les repréſentations d'Orphée,
d'Iphigénie , d'Alcefte , Opéra de M. le
Chevalier Gluck ; du ' Devin du Village,
& de l'Acte de la Danfe , avec le Ballet
Pantomime des Rufes de l'Amour.
M. de Beauval , qui avoit débuté avec
fuccès par le rôle d'Orphée , a joué auffi
avec applaudiffement le rôle de Colin ,
du Devin du Village . Mademoifelle de
Champleu , Actrice de Marfeille , âgée
de dix - huit ans , a débuté dans le même
Intermède par le rôle de Colette , qu'elle
a joué avec intelligence & chanté avec
goût. Cette jeune Actrice , d'une taille
élégante & d'une figure intéreffante ,
166 MERCURE DE FRANCE.
peut être utile à ce Théâtre , pour les
rôles qui ne demandent point une grande
étendue de voix. A
On s'occupe de la repriſe de Céphale
&Procris, Ballet héroïque en trois actes,
retardée par les répétitions de Caftor &
Pollux , demandé pour Verfailles.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Les Comédiens François ont remis
fur leur Théâtre l'Anglois à Bordeaux,
Comédie en un acte , en vers , avec fes
agrémens , de M. Favart. On a revu
avec un nouveau plaifir cette Pièce ,
dont les caractères font variés & foutenus
, le dialogue très - fpirituel , les
fentimens heureufement exprimés , &
les fcènes bien amenées .
DEBUT.
Le fieur DOISEMONT a débuté fur ce
Théâtre , par le rôle d'Augufte dans
Cinna. Cet Acteur s'eft étudié à mettre
beaucoup de vérité , de fimplicité & de
naturel dans fon jeu & dans fon débit ;
MA I. 1777 . 167
:
que la mais il faut qu'il faffe attention.
déclamation comme les autres arts
d'imitation , doit être d'une vérité un
peu exagérée ; & que le Poëte devant faire
parler fes Perfonnages avec dignité ,
l'Acteur doit auffi les repréfenter avec
les convenances théâtrales.
COMÉDIE ITALIENNE,
LES Comédiens Italiens ont commencé
les répétitions d'un nouvel Intermède
intitulé les trois Fermiers , paroles de M.
Montvel , mufique de M. Défaides.
DÉBUT.
M. GUICHARD a débuté par les rôles
du Huron , de Sylvain , de Blaife , dans
Lucile , du Père dans l'Ami de la Maiſon.
Cet Acteur , jeune , d'une figure théâtrale
, & d'un talent rare & déjà bien
connu , a été très-applaudi pour l'intelligence
de fon jeu , & pour la fenfibilité
& la vérité qu'il met dans fon expreffion .
La beauté de fon organe , la perfection
168 MERCURE DE FRANCE..
de fon chant , la pureté de fon goût
ne laiffent d'ailleurs rien defirer pour la
mufique qu'il exécute . Il n'eft point douteux
que cet Acteur deviendra de la plus
grande utilité à ce Théâtre , dont il fera
un des principaux appuis .
ARTS.
GRAVURES.
I.
La Fuite en Égypte , Eftampe d'environ
dix pouces de large fur huit de haut ,
gravée d'après le Tableau original de
David Teniers , par G. Weisbrod ;
prix liv. 10 f. A Paris , chez l'Auteur
, rue des Cordeliers , vis-à- vis la
rue de Tourraine .
CETTETE Eſtampe , terminée au burin par
M. Dauder , eft agréablement compofée .
Teniers y a repréſenté la Sainte Famille
qui traverfe une rivière dans un bateau ,
où font des Paffagers , des moutons &
Autres animaux. Le fite eft pittorefque
&
MA I. 1777. 169
& traité, ainfi que les figures , avec l'intelligence
néceffaire pour donner à l'enfemble
l'effet harmonieux du tableau .
I I.
Sacrifice à Cérès , Eftampe haute de
huit pouces , large de fix pouces ; par
F. N. D. Martinet , Graveur & Ingénieur
du Roi , rue Saint-Jacques. La compofition
de cette Eftampe eft riche , agréable
& ingénieufe. La gravure en eft
pittorefque , très- nette , & très- bien exécutée.
Les plans font artiftement ménagés
; les figures y font en grand nombre
fans confufion , & toutes ont leur expreffion
& leur caractère .
I I I.
On trouve à la même adreſſe
La Récréation du Philofophe , fujet
galant , bien compofé & bien gravé.
Ces deux Eftampes font dédiées à M.
Béguillet , Avocat & Notaire des États
de Bourgogne , Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , de
celle des Infcriptions & Belles - Lettres
H
170 MERCURE DE FRANCE.
de Dijon , Honoraire de Bologne , des
Arcades de Rome , des Académies de
Florence , Marfeille , Montpellier , Auteur
du Traité de la connoiffance géné→
rale des grains & de la mouture par économie
, & de plufieurs autres Ouvrages
utiles & intéreffans.
IV.
Deux têtes d'expreffions , gravées en
manière de crayons; par Madame Lingée,
d'après les deffins originaux de M, Greuze ,
Peintre du Roi, Ces études feront fuites
à celles que Madame Lingée a précédemment
gravées , d'après le même Auteur.
Prix 16 fols chacune . A Paris , chez
Lingée , Graveur , rue des Maçons , près
l'Hôtel des Quatre - Nations ; & chez
Chereau , rue des Mathurins , près celle
de Sorbonne.
MA I. 1777- 171
MUSIQUE.
I.
TREIZIÈME Recueil d'Ariettes choifies
arrangées pour le clavecin ou le fortépiano
, avec accompagnement
de deux
violons & la baffe chiffrée , dédié à Mademoiſelle
Lenglé de Schoebéque ; par
M. Benaur , Maître de clavecin de l'Abbaye
Royale de Montmartre , Dames de
da Croix , &c. Prix 1 liv. 16 f. A Paris ,
chez l'Auteur rue Dauphine , portecochère
près la rue Chriftine ; & aux
adreffes ordinaires de mufique.
2
I I.
Pièces d'orgues. Meſſe en ut mineur ;
dédiées à Madame de Montmorency-
Laval , Abbeffe de l'Abbaye Royale de
Montmartre. Prix , 3 liv. 12 fols
même , & aux mêmes adreffes.
; par
le
I I I.
On trouve à Paris , chez M. Bouin ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Marchand de mufique & de cordes d'inftrumens
, rue Saint- Honoré , près Saint- .
Roch , au Gagne- Petit ; & en Province ,
chez les Marchands de mufique ,
Le huitième Recueil d'Ariettes , avec
accompagnement de guitarre , dédié à
Madame la Comteffe de Pont de Rennepont
, Chanoineffe d'Epinal ; par M.
Vidal , Maître de guitarre, Prix 3 liv.
12 fols.
Recueil d'airs connus , variés pour la
guitarre , par M. Vidal . Prix 4 liv . 16 f.
Six trios dialogués d'Ariettes de la
Colonie , la Belle Arfenne , & des Femmes
Vengées , arrangés pour un violon ,
alto -viola & un violoncelle ; par M.
Mahon y le Breton , Ordinaire de la Comédie
Italienne . Prix 7 liv. 4 fols.
>
Concerto à flûte principale , premier
& fecond violon , alto , baffe & deux
cors ; par M. Toefchy . Prix , 4 liv . 4 f.
I V.
Onzième Recueil de Pièces Françoiſes &
M A I.
1777. 173
Italiennes , petits airs , brunettes , menuets
, & c. avec des doubles & variations
, accommodés pour deux flûtes
traversières , violons , par - deffus de
viole , & c.; par M. Taillart l'aîne : le
tout recueilli & mis en ordre par
M *** . Prix 6 liv. A Paris , chez M.
Taillart l'aîné , rue de la Monnoie ,
la première porte - cochère à gauche ,
en defcendant du Pont-Neuf , maifon
de M. Fabre ; & aux adreffes ordinaires
de mufique.
M. Taillart l'aîné , eft en poffeffion
depuis long-temps de procurer aux Amateurs
de la mufique inftrumentale , le
choix le plus intéreffant & le plus varié
des airs , ariettes , menuets , &c. qu'ils
ont applaudi dans les concerts ou fur le
théâtre. Son nouveau recueil fait fuite à
ceux qu'il a publiés précédemment , &
ne peut manquer de recevoir un accueil
également favorable , puifque c'eft le
même goût qui y a préfidé. Ce Virtuofe ,
bien connu par fes talens fupérieurs fur
la flûte , qu'il continue d'enfeigner avec
le plus grand fuccès , a mis , dans fon
onzième recueil , des doubles & des variations
très-propres à faciliter l'exécution
de l'inftrument , & à la faire briller.
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
TOPOGRAPHIE.
NOUVEAU Plan d'Orléans , augmenté
de fes fauxbourgs ; levé d'après les obfervations
des plus habiles Géographes fur
fa fituation actuelles préfenté à M. de
Cypierre , Baron de Chevilly , Intendant
de la Généralité d'Orléans ; par Couret
Le jeune , Imprimeur-Libraire à Orléans.
Ce plan eft gravé avec beaucoup de
fpin , & donne l'idée la plus exacte de la
ville d'Orléans . Il feroit à defirer que
toutes les villes principales de la France
fuffent ainfi repréfentées , & puffent être
réunies en forme d'atlas. Cette feuille fe
vend liv. 4 fols . A Paris , chez M.
Lattré , Graveur Géographe du Roi , rue
Saint-Jacques ; Nyon , Libraire , rue S.
Jean-de- Beauvais ; Efprit , Libraire , au
Palais Royal ; Jaillyor , Libraire Géogra
phe , quai des Anguftins ; Lepere , Avaulez
& Megret , Marchands d'Eftampes ,
rue Saint-Jacques.
MA I. 1777. 175
CHOROGRAPHIE.
Carte nouvelle des poffeffions Angloifes
en Amérique , dreffée pour l'intelligence
de la guerre préfente , & divifée
fuivant lesprétentions des Anglois ;
traduite de l'Anglois d'après Thomas
Gefferys , Géographe du Prince de
Galles , revue & corrigée par M.
Moithey , Ingénieur - Géographe du
Roi. Prix 1 liv. 4 fols. A Paris , chez
l'Auteur , rue de la Harpe , vis - à - vis
la Sorbonne ; & chez Crépy , rue S.
Jacques, près celle de la Parcheminerie,
M. MOITHEY , dans la vue de donner
aux divifions de cette Carte toute l'exactitude
poffible , a confulté différentes
relations , & les voyages faits dans cette
partie du nouveau monde. Des notices
hiftoriques fur les poffeffions Angloifes
pourront intéreffer. L'Auteur y a joint
un petit plan de l'océan occidental , στ
font marquées les routes que les vaifſeaux ,
qui partent des différens ports de France ,
fuivent pour fe rendre dans l'Amérique
Septentrionale.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
VERS fur l'arrivée de L'EMPEREUR
Q
en France.
UEL beau jour éclaire la France !
Jofeph , dont l'augufte alliance
A mis le comble à nos defirs ,
Vient encor parmi nous enchaîner les plaifirs ;
Nous les devons à fa préfence.
Envain , pour tempérer l'éclat de fa naiſſance ,
Paroît-il à nos yeux fans fafte, fans grandeur ,
Mille rares vertus nous dévoilent fon coeur ;
Il nous eft doux de reconnaître ,
Grande Reine , à ces traits , un Frère tel que vous,
Digne du fang des Dieux dont le ciel vous fit
naître.
Du fort de fes Sujets on nous verroit jaloux ,
Si nous n'avions Louis pour Maître.
ParM. Olivier.
MA I. 777. 177
Lettre de M. de Mandre , à M. Marand
· Docteur en Médecine , & de l'Académie
des Sciences , fur la population de
la Ville de Paris , comparée à l'état
où elle étoit ily a unfiécle.
Vousavez trouvé , Monſieur, dans le Livre intitulé
: Mémoires , Conférences & Obfervationsfur
les Arts& les Sciences , par Jean- Baptifte Denis ,
Médecin ordinaire du Roi , imprimé à Paris, in-48 .
en 1682 , page 35 , qu'il y avoit eu dans Paris,
en 1670 , 16810 baptêmes & 21461 morts , &
en l'année 1671 , 18532 baptêmes & 173.98
morts. On eft affuré , par les érats qui s'impriment
tous les ans , à Paris , chez Latour , Imprimeur
de la Police , que le nombre des baptêmes
de la Ville de Paris a monté , pendant l'année
à 19549 , celui des morts à 18719 ; &
qu'en 1771 le nombre des baptêmes a mouté à
18941 , & celui des morts à 20685. Vous avez
penfé qu'en comparant ces deux époques , on
pouvoit fe former une idée exacte de l'accroiffement
de la population de Paris , dans l'efpace
d'un fiécle. Pour mieux faire cette comparaifon
vous avez joint les deux années du fiécle dernier
& celles du fiécle préfent. L'année commune ,
prife fur 1670 & 1671 , a fourni le nombre de
17671 baptêmes & de 19429 morts ; l'année
commune , prife fur 1770 & 1771 , a fourni
1770,
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
19245 baptêmes & 19702 morts . Pour rendre
cette comparaifon jufte , il faut obferver que M.
Denis a compofé fon Ouvrage fur la fupputation
générale des feuilles des années 1670 & 1671 ,
imprimées in- folio , & mois par mois , chez
Frédéric Léonard , rue Saint Jacques. J'ai cherché
à me procurer ces feuilles , que je n'ai pu
découvrir dans aucune Bibliothèque , pas même
dans celle du Roi. M. Poulletier , Maître des
Requêtes , a , dans fa Bibliothèque , un recueil
de plufieurs pièces détachées , parmi lesquelles.
on trouve la feuille imprimée pour le mois de
Janvier 1672 , chez ce Frédéric Léonard , Imprimeur
ordinaire du Roi , & une pareille feuille
pour le mois de Décembre 1679 , imprimée chez.
Thierry, Imprimeur ordinaire de la Police . Ces
feuilles , toutes deux détachées , font à la fuite
d'un frontifpice imprimé in folio fous le titre :
Etat général des Baptêmes , des Mariages & des
Mortuaires des Paroiffes de la Ville & Fauxbourgs
de Paris , pour l'année 1679 , chez Denis Thierry,
Imprimeur ordinaire de la Police , rue St Jacques.
La feuille du mois de Décembre 1679 , contient.
une récapitulation générale de l'année , & porte
le nombre des baptêmes à 17257 , celui des ma ..
ages à 3881 & celui des morts à 27100.
En comparant l'année commune , priſe fur
1770 & 1771 , avec celle prife für 1670 & 1671,
il fembleroit , au premier coup - d'oeil , que les
deux années du fiécle préfent ont fourni 1574
baptêmes de plus que celles du fiécle paffé , &.
273 morts de moins ; mais les feuilles détachées
, confervées dans la Bibliothèque de M..
Poulletier , m'ont appris qu'en 1679 , & par
.
MA I. 1777. 1,9
conféquent dans les années précédentes , les états
qui s'imprimoient annuellement , ne comprenoient
pas les Paroifles de Saint Philippe du Roule ,
Saint Denis de la Chapelle, Saint Jacques de la
Villette , Saint Jean- Baptifte de Belleville , No
tre- Dame de Délivrance au Gros - Caillou , & St
Louis des Invalides , lefquelles Paroiffes , au
nombre de fix , font compriſes dans les états de
1770 & 1771 ; il faut donc , pour établir une
comparaifon jufte , diftraire des états de 1770 &
1771 , le nombre des baptêmes & des morts de
ces fix Paroiffes. J'ai trouvé , par le relevé que:
j'en ai fait , qu'en 1770 il y avoit eu dans ces
fix Paroiffes, 556 baptêmes & 897 morts , & dans
le cours de l'année 1771 , 515 baptêmes & 819:
morts . Il est néceffaire , pour que la comparaiſon
foit exacte , de diminuer de 535 , name
bre moyen des baptêmes des deux années 1770)
& 1771 des fix. Paroiffes , les 19245 baptêmes
qu'ont fourni les états généraux de 1770 & 1771,
& les réduire à 18710. Les morts de ces fix Paroiffes
des mêmes années 1770 & 1771 , donnent:
le nombre moyen de 858 , qu'il faut pareillement
diftraire des 19702 morts qu'ont fourni les
états généraux de 1770 & 1771 , ce qui les réduite
à 18844
De ce calcul ', il'en résulte que dans les Paroiffess
qui étoient comprifes dans les feuilles imprimées :
en 1670 & 1671' , il y a eu dans ces deux années :
1039 baptêmes de moins , & 585 morts de pluss
que dans les deux années 1770 & 1771 ..
Ces résultats préfentent plufieurs obfervations :
qui paroiffent conftantes : 1. en 1678 les Paroi
Hvjj
180 MERCURE DE FRANCE
fes du Roule , de la Chapelle , de la Villette , de
Belleville & du Gros - Cailloux , qui font préfen
tement une partie confidérable de Paris &
> dont elles augmentent la population
étoient, fans doute , trop peu peuplées pour en
être regardées comme des Fauxbourgs. 2 °.
La population de Paris , en la calculant par les
baptêmes , s'eft accrue dans les autres Paroifles ,
qui formoient pour lors la Ville de Paris , d'environ
un dix-septième dans le courant d'un fiécle.
3. Le même espace de tems , qui fournit une
augmentation de naiffances d'environ un dixfeptième
, préfente une diminution de morts.
d'environ un vingt- deuxième , ce qui forme une
apparence de contradiction ; le nombre des morts
dans une Ville telle que Paris , devant toujours
être proportionné à celui des naiſſances . Je crois
cependant que cette différence peut provenir ,
de ce que les habitans de Paris envoient hors
de cette Ville plus d'enfans en nourrice qu'il n'y
en envoyoient autrefois , & le plus grand nombre
de ces enfans périffant dans les premières
années de la naiflance , il en résulte néceffairement
que le nombre des morts doit être moins
grand dans la ville de Paris. 2 ° . De ce que les
établiſſemens de charité fe font fort multipliés,
dans Paris depuis un fiécle. La bienfaiſance y eft
plus générale , les aumônes plus abondantes , &,
les pauvres malades reçoivent dans les Paroiffes
plus de fecours qu'on ne leur en procuroit autrefois.
M. Denis n'a pas fait mention dans fon Ouvrage
du nombre des mariages célébrés dans la
ville de Paris ; mais j'ai trouvé dans la feuille
MA I. 1777 .
!
181
détachée du mois de Décembre 1679 , conſervée
dans le cabinet de M. Poulletier , que les mariages
y font portés au nombre de 97 ; & que dans
cette même dernière feuille , qui contient la récapitulation
générale de l'année 1679 , les mariages
y font portés au nombre de 3881. On peut
fuppofer qu'il ne devoit pas y avoir grande différence
entre l'année 1679 , & les années 1670 &
1671 ; mais pour comparer le nombre des mariages
de cette époque , avec celui des années
1770 & 1771 , il faut faire une opération femblable
à celle qui a été faite pour les baptêmes
& pour les morts , c'est - à - dire , en diftraire les
fix Paroiffes qui ne font pas compriſes dans les
feuilles de 1679.
Les mariages faits à Paris en 1770 , ont monté
à 4775 , & en 1771 à 4452 ; le total eſt par conféquent
de 9227, & l'année commune ou le nombre
moyen , de 4613. Les fix Paroiffes dont j'ai
fait ci-devant mention , ont fourni , pour 1770 ,
116 mariages , & pour 1771 , 122 , ce qui donne
Four le nombre moyen 119 , lequel , ôté de
4613 , réduit les mariages , durant ces deux années
, à 4494. Il y a par conféquent dans la dernière
époque , 613 mariages de plus que dans la
précédente ; mais cette comparaiſon ne peut
jamais être auffi jufte que celle des baptêmes &
des morts , attendu qu'elle n'a pour bafe que la
feule année 1679 , & qu'en général il ſe trouve
plus de variations d'une année à l'autre , par rap
port à ces fortes d'actes , que dans ceux des bap
têmes & des morts.
Enfin , Monfieur , cette même feuille de 1.679
préfente une différence bien plus extraordinaire
182 MERCURE DE FRANCE .
fur le nombre des morts , puifqu'il y eft marqué
que dans le cours de l'année ils ont monté à
27100 , quoique , comme je vous l'ai obfervé , on
comprit dans ces feuilles fix Paroiffes de moins
que dans celles qu'on publie préfentement ; que
ces fix Paroiffes aient donné pour 1770 & 1771
le nombre moyen de 858 , & qu'enfin je fois
affuré que depuis 1720 jufqu'à préfent , l'année
1740, ou on a compté 25284 morts , ait été la
plus mortelle ; il faut donc que quelque raifon
phyfique ait diminué la mortalité dans Paris depuis
un fiécle ce qui eft très - confolant pour
Thumanité , & feroit defirer que les perfonnes
qui exercent un art , auquel on doit fans doute
unegrande partie de cet avantage inappréciable ,
cherchallent à en découvrir la caufe.
, י
Vous m'objecterez peut - être , Monfieur , que
l'ufage où font les mères de nourrir leurs enfans.
vous paroît plus commun préfentement qu'il ne
Fétoit il y a quelques années , & que par conféquent
la différence des morts ne peut pas provenir
de ce qu'il y avoit plus d'enfans nourris par
leus mères il y a un siécle , qu'il n'y en a préfentement
; mais il fautobferver que ce font quelques
perfonnes riches & aifées qui ont donné , depuis
peu d'années , le bon exemple de noutrif
elles -mêmes leurs enfans , & que cet exemple
n'a pas influé fur le peuple , qui eft peut - être
plus occupé par les ouvrages d'induftrie qu'il ne
l'étoit il y a un fiécle , & eft , par cette raifon ,
moins à portée de vaquer aux foins qu'exige la
nourriture & la première éducation des enfans ;;
peut-être auffi le Peuple ayant plus d'aifance:
qu'autrefois , le trouve- t - il plus en état de payer
MAI. 1777. 183
des mois de nourrice & de fevrage à des étrangères
qui élèvent des enfans dans les campagnes..
Ce font des obfervations qui méritent d'être
approfondies , & fur lefquelles vous êtes plus en
état que tout autre de faire des réflexions , qui
ferviront de fuite à celles que vous avez inférées
dans les Mémoires de l'Académie des Sciences ,
imprimés en 177 1. La récapitulation des baptêdes
mariages & des morts de Paris , depuis
1709 jufqu'en 1770 , que vous avez configné dans
cet ouvrage , fervira à notre poftérité de bafe
authentique pour connoître les accroiffemens ou
la diminution future de la population de la Capi
tale du Royaume..
mes ,
Dictionnaire Univerfel des Sciences Mo
rales , Économiques & Politiques , ou
Bibliothèque de l'Homme d'État & du
Citoyen.
CONTENANT
I. LE. Droit naturel , fes principes ,
fes conféquences & leur application ; ce
qui comprend toute la feience des Droits.
& des Devoirs de l'Homme confidéré
comme tel..
II. Le Droit civil , qui règle les affai
res particulières des citoyens entre eux
184 MERCURE DE FRANCE.
On donne une idée jufte & préciſe du
Droit civil des Nations anciennes & modernes
; mais dans l'immenſité des loix
que préfentent leurs codes différens , on
s'eft contenté d'infifter fur les plus fages ,
les plus utiles , les plus dignes d'être
adoptées ; on en a développé l'efprit ,
difcuté les effets , examiné jufqu'aux
formes pour en tirer un fonds d'inftruction
propre à perfectionner les ſyſtèmes
actuels de légiflation.
III. Le Droit public , qui traite des
Droits & des Devoirs réciproques des
Souverains & des Sujets ; du Commandement
& de l'Obéiffance ; de la Souveraineté
conſidérée dans fon origine, & les
diverſes manières de l'acquérir & de la
perdre ; de fa nature , des pouvoirs qui
la conſtituent , de la proportion de ces
pouvoirs & de leur action réciproque ;
de fes caractères & de fes fonctions , de
fes charges & de fes prérogatives; des rapports
du Souverain à l'Etat , & de l'Etat au
Souverain , fous quelque forme de gouvernement
que ce foit ; des Loix fondamentales
de chaque fociété politique, &c.
IV. Tout ce qui concerne la Politique
intérieure , l'Adminiſtration & fes
différents Départements ; les Confeils ,
MA I.
1777. 189
les Miniftres , les Magiftrats , les divers
Ordres des citoyens , la Police des Villes
& des Campagnes , l'Education civile ou
l'art de donner des moeurs aux Peuples ,
celui de faire régner l'ordre , d'affurer
les propriétés , de maintenir la fûreté ,
de faire fleurir l'Agriculture , & de procurer
la plus grande abondance des denrées
de toute eſpèce , de porter la Population
à fa jufte proportion avec l'étendue
des poffeffions & les moyens de
fubfiftance ; l'adminiftration de la Juſtice
civile & criminelle ; la diftribution des
peines & des récompenfes , des honneurs
& des emplois ; les Finances &
leur régie , les Impôts & leur perception
; le Commerce intérieur & extérieur
; l'encouragement aux Sciences qui
rendent l'homme meilleur , & aux Arts
qui ajoutent à l'agrément de la vie .
V. Le Droit eccléfiaftique , qui régle
les affaires de la Religion. Il traite des
Systêmes Religieux envifagés du côté
politique , de la Difcipline en tant qu'elle
appartient à l'Adminiſtration civile ; de
l'Autorité eccléfiaftique refferrée dans
fes juftes bornes ; des libertés & des
ufages des différentes Eglifes , & c.
VI. Le Droit des gens & générale186
MERCURE DE FRANCE.
ment tout ce qui regarde la Politique extérieure.
Le Droit des gens uniffant les
nations malgré l'indépendance où elles
font les unes des autres , les gouverne
comme une grande République compofée
d'autant de familles qu'il y a de peuple
ples fur la terre ; il donne des loix à
la guerre même , établit les principes des
traités , ménage les négociations , régle
les ambaffades , ainfi que les fonctions
& les priviléges des différents ordres de
Miniftres publics , & c.
VII. L'Hiftoire de la fondation des
Empires , de leurs principales révolu
tions , de leur élévation & de leur décadence
; des plus célèbres conjurations
& des autres grands événements qui
font époque dans les annales du monde.
L'Hiftoire eft la meilleure école de l'Hom.
me d'Etat. Elle inftruit les âges futurs
par les fiècles paffés, & nous rend maîtres
de ce qui fera par l'expérience de ce qui
a été.
VIII . Un Tableau politique de chaque
Etat , de fa conftitution & des altérations
qu'elle a fouffertes ; de fon Adminiftration
, de fes richeffes , de fon
commerce , de fa marine , de fes colonies
, de fon militaire , de fon éconoMA
I. 1777. 187
mie ruftique , de fa population , de fes
forces abfolues & relatives, de fes intérêts ,
en un mot de fon exiſtence politique fous
fes différens rapports. En comparant les
Gouvernements anciens aux modernes,
& ceux-ci entre eux , en calculant leurs
avantages & leurs inconvénients , on découvre
le degré de leur influence fur le
fort des peuples , & les moyens de parvenir
au grand but de toute fociété civile
, la félicité publique.
IX. L'Hiftoire des négociations , des
traités de paix , d'alliance & de.commerce
, les traités même en entier depuis
la paix de Weftphalie . On s'eft borné
à cette époque , parce que cette paix
fert de bafe au fyſtême politique actuel
de l'Europe ; cependant on a rappellé
les traités précédens toutes les fois qu'ils
peuvent être utiles dans la difcuffion des
intérêts préfens des Puiffances.
X. La Vie abrégée des plus grands
Homme d'Etat , Monarques & Miniftres,
avec un examen critique de leur rè
gne ou de leur miniftere. On y a joint une
notice des favoris & favorites dont le
pouvoir a eu une influence marquée ſur
le fort des Etats .
XI. Des Analyfes raifonnées des meil188
MERCURE DE FRANCE.
leurs ouvrages fur toutes les matières
d'Adminiſtration , & les opérations du
Gouvernement. Ces analyfes , qui complettent
cette Bibliothèque , en font un
réfumé de ce que les plus habiles politiques
ont écrit de plus fenfé fur les objets
énoncés ci- deffus , & un dépôt précieux
de la fageffe de tous les âges.
On peut juger, d'après cet expofé fuccinct
, qu'on a tâché de ne rien omettre
de tout ce qu'il importe à l'Homme d'État
de favoir , de tout ce qui peut inftruire
les Chefs des Nations & leurs Miniftres ,
les Directeurs , Préfidens , Confeillers ,
Affeffeurs & Commis des différens Départemens
; les Gouverneurs , les Intendans
des Provinces & leurs fubdélégués ;
les Juges des divers Tribunaux , les Magiftrats
& Officiers Municipaux , les
Gens de Loix , en un mot tous ceux qui
font employés ou appelés au maniement
des affaires publiques , dans quelque
charge ou emploi que ce foit , & même
tous les Citoyens qui , fans avoir part à
l'adminiſtration , aiment à approfondir
des objets qui , influant d'une manière
directe fur le fort des hommes réunis en
fociété , les touchent de fi près.
Pour former ce corps de fcience poliMA
I. 1777 . 189
tique , le plus complet que l'on puiffe
fouhaiter dans l'état actuel des connoiffances
humaines , il a fallu extraire , analyfer
, traduire , dépouiller plus de fix
mille volumes Anglois , François , Allemands
, Italiens , & c. Mais cette vafte
compilation , fruit d'une lecture immenfe
, commencée il y a plus de quinze
ans par plufieurs Gens de Lettres , &
continuée avec autant de choix que d'affiduité
ne fait qu'une partie de l'Ouvrage:
l'autre eft compofée de morceaux
neufs , Obfervations , Difcours , Mémoires
, Projets , Differtations fur des
points d'Hiftoire , de Morale , de Droit,
de Légiflation , de Commerce , de Finance
d'Économie , de Police , & c.
non-feulement par des Savans de profeffion
, mais auffi par des perfonnes qui ,
ayant par à l'Adminiftration , ont un titre
particulier pour en difcuter les matières.
Ces difcuffions , foit hiftoriques , économiques
ou politiques , font marquées au
coin de l'impartialité la plus inviolable.
Les Rédacteurs de cet Ouvrage ne font
d'aucune Nation , d'aucune Secte , ni
Anglois ni François , ni Wighs ni Torys,
ni Economiftes ni Anti - économistes ,
ni Enthoufiaftes ni Frondeurs ; ils aiment
190 MERCURE DE FRANCE.
N
tous les hommes , ils haiffent tous les
vices ; mais ils favent compatir à la foibleffe
humaine , & ne propofer que le
bien poffible.
Ce grand & important Ouvrage , dont
nous rendrons compte à mesure que les
volumes nous parviendront , ne pouvoit
paroître dans un temps plus favorable.
Graces aux progrès de la raifon & de la
Science du Gouvernement , les Roispeu
vent entendre & goûter des verités utiles.
Perfuadés que jamais leur puiſſance n'eſt
mieux affermie , & leur bonheur plus
complet , que lorſque l'un & l'autre font
fondés fur la bafe de la felicité publique,
ils font difpofés à embraffer ardemment
tous les moyens propres à contribuer au
bien- être des peuples : ils accueillent , ils
encouragent tout ce qui peut conduire à
cette fin , où tendent tous leurs voeux.
Le Manufcrit entièrement fini
permet d'ouvrir une foufcription aux
conditions fuivantes .
Conditions de la Soufcription.
L'Ouvrage fera compofé de 30 Vol.
in-4to . d'environ fept cents pages chacun ,
du même caractère & format que le prof.
MAI. 1777. 191
pectus. Le premier Volume paroîtra au
1er.jour du mois de Juin de l'année 1777;
& comme le Manufcrit eft entièrement
fini , les Volumes fe fuccéderont tous
les trois mois , ou même plus rapidement.
On foufcrit dès -à-préfent :
A Londres , chez Elmily.
A Paris, chez Panckouck , à l'Hôtel de
Thou , rue des Poitevins .
A Liége , chez Plomteux , Imprimeur
des Etats.
A Amfterdam , chez Van- Harrevelt.
A Lyon, chez Roffer,
Et chez les principaux Libraires de
l'Europe.
On paie 24 liv. argent de France en
foufcrivant , & l'on payera 10 liv. en re
cevant chaque Volume , à l'exception
des Tomes X , XXe , XXXe , qui feront
délivrés gratis aux Soufcripteurs.
La foufcription ne fera ouverte que
jufqu'au 1er. Juin 1777. Ceux qui n'auront
pas foufcrit , paieront chaque Volume
12 liv, & n'en auront aucun gratis.
192 MERCURE DE FRANCE.
COURS DE BELLES-LETTRES .
M. L'ABBÉ de Perravel de S. Beron
recommencera , le 12 Mai , depuis neuf
heures jufqu'à onze du matin , fon cours
de géographie aftronomique , naturelle
& politique , avec fon cours de langue
Françoiſe , par une méthode philofophique
, également curieufe & favante , où
les loix de la phrafe & les règles de la
ponctuation font géométriquement démontrées.
Le même jour , depuis cinq heures
jufqu'à fept , il recommencera le même
cours de géographie , avec fon cours de
langue Italienne , où , en fuivant l'ordre
des leçons & des principes , tant généraux
que particuliers de la Grammaire
Italienne , il montre , dans le fait &
dans un tableau de trente -fix doubles
thêmes , compofés dans chacune des
deux langues , leur différent génie , &
leurs différentes règles de fyntaxe ou de
conftruction .
Son prix pour les deux genres d'exercices
du matin , comme pour les deux
du
MA I. 1777 . 193
du foir , n'eft que de 18 liv. chez lui ,
& du double en ville.
On le trouve tous les matins jufqu'à
onze heures chez lui , rue S. Honoré ,
vis -à-vis la rue du Four , l'allée du Foureur
, au premier , au fond de la cour.
COURS DE MATHÉMATIQUES .
M.
DUPONT , nommé
par Sa Majesté
Infpecteur
des carrières
pour la fûreté
des rues & maifons
de Paris , remplit
cette place
avec zèle & diftinction
, à
la fatisfaction
du public , fous les ordres
de M. le Lieutenant
Général
de Police..
Malgré
ces occupations
, M. Dupont
continue
fes cours
de Mathématiques
fur les élémens
& fur la haute
géométrie
, ainsi que des leçons
de pratique
qu'il fait à la campagne
, & un cours
gratuit
qu'il donne
aux Ouvriers
tous
les
Dimanches
. Sa demeure
eft toujours
rue Neuve
S. Médéric
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
LES vertus effentielles renfermées dans
le Gayac , ont paru fixer l'attention de
plufieurs perfonnes qui , dans le traitement
de la goutte , fe font fervi de la
teinture réfineufe du Gayac , extraite par
le moyen du tafiat. Comme ce menftrue
fpiritueux pourroit ne pas convenir également
à tous ceux qui en feroient ufage ,
M. Martin , Apothicaire , rue Croix-des-
Petits - Champs , a trouvé le moyen de
préparer avec le végétal un remède favonneux
, duquel on peut retirer le plus
grand fuccès dans le traitement de la
goutte . En voici la préparation.
Prenez écorce & bois de Gayac , de
chaque
deux livres .
Eſprit de-vin rectifié , fix pintes,
Lebois doit être choifi compacte , brun
ou noirâtre , l'écorce unie , pefante , difficile
à rompre de couleur grife en
MAI. 1777. 195
dehors , blanche en dedans , & d'un goût
amer.
On concaffe d'abord le bois de Gayac ;
on le met dans un matras avec deux pintes
d'efprit-de - vin . On fait digérer , pendant
trois ou quatre jours , au bain de fable ,
à une chaleur très-modérée ; enfuite on ;
décante la teinture dans un vafe convenable
, & on ajoute fur le marc deux
pintes efprit- de vin : on fait digérer de
nouveau , & on décante la liqueur ; enfuite
on ajoute la dofe prefcrite ci - deffus
d'écorce de Gayac , avec les deux autres
pintes d'efprit-de -vin. Cette quantité paroît
fuffifante pour extraire totalement la
réfine contenue dans le Gayac , & le peu
que paroît renfermer l'écorce . Après avoir
fait digérer , on décante la liqueur , &
on exprime le marc fortement. On filtre
ces trois teintures que l'on aura mêlées ,
& on diftille au bain-marie , jufqu'à ce
que l'on ait féparé , à un demi-ſetier près ,
les fix pintes d'efprit de-vin. On conferve
à part la partie réfineufe , qui fera
lors en confiſtance de fyrop épais .
pour
D'autre part , on fait bouillir le réfidu
dans fuffifante quantité d'eau ; on paffe
la liqueur , & on ajoute de rechef une
fuffifante quantité d'eau , afin d'épuifer
1 ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par-là le bois de Gayac & fon écorce , de
leur principe extractifgommeux. On évapore
la liqueur à une très-douce chaleur ,
jufqu'à confiftance d'extrait mou ; on le
mêle avec l'extrait réfineux ; on continue
de le faire évaporer au bain-marie , & on
le defféche pour le réduire en poudre.
·
Cet extrait gommeux , réfineux , de
Gayac , s'emploie à la dofe de vingtquatre
grains divifés avec le fucre , &
on boit par-deffus une légère infufion
de geneft .
I I.
Cléograme , ou méchanique propre à
fermer porte -feuille , coffre - fort &
fecrétaire.
Cette machine s'adapte dans l'épaiffeur.
du bois ou du carton , & contribue beaucoup
à l'ornement de l'objet fur lequel
on l'applique. Quoique par la combinaifon
multipliée des lettres de l'alphabet
, on puiffe former plufieurs millions
de mots , & en toutes fortes de langues ,
on ne peut l'ouvrir que fur un feul ; &
ce mot , à la volonté du poffeffeur de la
machine , peut fe changer toutes les fois
qu'il voudra , & le dernier mot choifi
aura feul le pouvoird'ouvrir.
M A I. 1777 . 197
Les curieux pourront voir cette mé
chanique chez M. François, l'Auteur, rue
de Seine Saint - Victor , maiſon de M.
Lappe ; ou chez M. Ravier , Marchand
Bijoutier de Monfeigneur le Comte
d'Artois , rue de l'Arbre- fec , Croix-du-
Trahoire.
ANECDOTES:
I.
STILLINGFFLEET , un des plus grands
Prédicateurs Anglois , du fiècle dernier,
lifoit toujours fes Sermons devant le Roi
Charles II , quoiqu'ailleurs il prêchât de
mémoire. Le Roi lui en demanda un
jour la raifon . Il lui répondit , « que de-
» vant un Auditoire fi grand , fi majef
» tueux , où fur tout la préfence d'un fi
་
grand Roi faifoit fur lui une vive im-
» preffion , il n'ofoit ſe fier à fa mémoire » .
Charles fut très - fatisfait de cette réponſe.
Mais , ajouta le Prédicateur , Votre
Majefté voudroit- elle me permettre
» auffi une queftion ? Pourquoi lit -Elle
fes Difcours au Parlement ? Elle n'a
»
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
» pas les mêmes motifs que moi .
» Vous avez raiſon , Docteur , repliqua
» le Prince , votre question eft jufte ,
» & ma réponſe ne le fera pas moins :
» c'eft que j'ai demandé à mes Audi-
» teurs tant d'argent , & fi fouvent , que
» je fuis honteux de les regarder en
face » .
I I.
Un bouffon ayant offenfé fon Souverain
, le Monarque le fit amener devant
lui , & prenant le ton de la colère , lui
reprocha fon crime , & lui dit : malheureux
tu vas être puni , prépare toi
à la mort. Le coupable effrayé fe prof
terne par terre , & demande grâce. Tu
n'en auras point d'autre , dit le Prince,
finon que je te laiffe la liberté de choifir
la manière dont tu voudras mourir,
& qui fera le plus de ton goût. Décide
promptement , je veux être obéi . Puif
que vous me laiffez le choix , Seigneur,
répondit l'Hiftrion , j'adore votre Arrêt,
& je demande à mourir de vieilleffe .
I I.I.
Après la mort de fon mari , décapité
MA I. 1777. 199
驀
fur un échafaud , Madame de Barneveld
alla fe jeter aux pieds du Prince d'Orange
, pour implorer la grâce de fon fils .
Quel peut être le motif de vos inftances
, lui demanda ce Prince , vous qui
n'avez jamais voulu folliciter en faveur
de votre époux ? C'eft , répondit cette
illuftre Dame , que mon mari étoit in
nocent , & que mon fils eft coupable .
V I.
Une fille encore jeune avoit eu
l'imprudence d'écouter l'amour. Elle
ne tarda pas à reconnoître fa faute ,
& à s'alarmer , comme de raiſon , fur
fes fuites. Elle réfolut à en faire l'aveu
à fa mere , dont elle connoiffoit la prudence.
Après les réprimandes convenables
, la Dame feignit d'être au point
où en étoit fa fille , & obtint de fon
mari la permiffion d'aller avec elle paffer
quelque temps à la campagne . Ce fut
રા
que la petite mère mit au jour fon
chef-d'oeuvre , qui fut trouvé affez bien
pour que fa protectrice voulût s'en faire
honneur. L'une eut ainsi la peine d'être
mère , & la joie de n'en être pas foupçonnée
: & l'autre en eut le nom & les
complimens.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
V.
Floris , fameux Peintre Flamand du
quatorzième fiécle , furnommé le Raphaël
de la Flandre , avoit la réputation
d'être le plus grand buveur de fon
temps . Six des plus déterminés buveurs
de Bruxelles , vinrent exprès à Anvers ,
pour lui propofer un défi. Quoique la
partie ne fût point égale , il accepta
bravement ce fingulier cartel , foutint
le choc avec courage , & mit cinq des
athlètes hors de combats le fixième lui
tint tête quelques momens de plus , &
finit par s'avouer vaincu. Floris fe leva
de table aufti - tôt , pa dans la cour
du cabaret , où fes Elèves lui tenoient
un cheval. Avant de le monter , it
voulut témoigner tout le courage qu'il
avoit encore , il vuida , d'un feul trait
un broc de vin , en fe tenant fur un
pied , & fauta légèrement fur fon che
val , qu'il fit caracoller jufques chez
tui.
MA I. 1777.
201
AVIS.
1.
LE Public eft averti qu'il n'eſt pas vrai que M.
le Chevalier de la Pleigniere ne prenne plus de
Penfionnaires à fon Académie à Caen ; c'eft un
faux bruit , qui ne doit fon origine qu'à la cupi
dité de ceux qui veulent les attirer chez eux , &
c'eft un larcin qu'ils veulent faire à un établiſſe--
ment qui fait depuis long- tems leur avantage ,
& dont la régle & le bon ordre , fuivis au gré des
parens & felon leurs intentions , fera toujours
-honneur à cet Ecuyer du Roi , & fatisfera les
parens qui voudront lui confier leurs enfans. Son
expérience & fa réputation , que des gens mal-intentionnés
cherchent à détruire , en font de fûrs
garans; en outre , il n'en coûte pas plus à l'Aca--
démie qu'en Ville , & on eft bien plus à portée
d'y bien faire tous les exercices , par l'émulation
qui y règne. M. de la Pleigniere prie qu'on
s'adreffe à lui directement , & que ceux qui veulent
venir penfionnaires à l'Académie , y peuvent def
cendre en droiture , ils diminueront leurs frais ,,
& y trouveront des chambres toutes prêtes à les
recevoir.
LI
Rouge,
La veuve Mercier , fabricante de Rouge
1. v.
202 MERCURE DE FRANCE.
1
l'ufage des Dames , connue depuis trente ans, a
trouvé le fecret d'un nouveau Rouge , composé
de fimples , qui a la vertu de conferver la peau
dans fon naturel , vu & approuvé ; elle en fait
des envois en Province & dans les Pays étrangers
: le Public en trouvera à 12 liv. à 6 liv . & à
3 liv. Elle demeure rue de la Comédie Françoife ,
Fauxbourg Saint Germain , chez M. Roux , Marchand
Bijoutier , à l'enfeigne du Château de Verfailles.
II I.
On trouve chez Lauraire , rue des Prêtres S.
Germain l'Auxerrois, trois médaillons en plâtre
fin,fous glace , repréfentans l'Empereur , l'impératrice-
Reine & l'Împératrice de Ruſſie.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Larnaca , le 31 Janvier.
DYEZZARD AKMET PACHA , Commandant de
Seyde,a envoyé pendant ce mois , & en deux différentes
fois , à la Porte , foixante têtes Drufes
environ ; ce Pacha eft en guerre avec cette
Nation depuis le départ du Capitan- Pacha , au
mots de Septembre dernier ; & , à la tête de ſes
Maugrebins , il s'eft emparé , en Décembre , de
Baruth , pour forcer les Emirs à lui accorder les
fommes confidérables qu'il exige d'eux , & que
la plupart lui refuſent. On écrit de cette ville que
MA I. 1777. 203
la Soldatefque indifciplinée y commet tant d'excès
, que l'on conjecture qu'il en résultera , dans
cette contrée , un foulèvement général .
Du Caire, le 31 Décembre.
Le 26 de ce mois il y eut au château de cette
ville un grand Divan , auquel affiftèrent les principaux
Beys du Pays. On y a fait lecture de plufieurs
Commandemens de la Porte , & notammentde
celui qui confirme pour l'année prochaine
l'Ex- Vifir Ifet Mehemet dans le Gouvernement
de l'Egypte. Ce l'acha , à fon arrivée au Caire ,
avoit demandé , de la part du Grand- Seigneur ,
fix mille bourfes d'Egypte , faifant environ dix
millions de France , pour la fucceffion de feu
Mehemet Bey Aboudaab , dont ſes Beys s'étoient
emparés ; mais , après un délai de plufieurs mois ,
il n'avoit pu en obtenir qu'environ le quart , &
on affure qu'il a reçu ordre d'exiger le furplus ,
& qu'il a déclaré que le Grand- Seigneur defiroit
favoir fi les Beys obéiffoient à fes ordres ou le déelaroient
rebelles , étant réfolu , dans ce dernier
cas, de les foumettre par la force. Les recrues que
Gezzar Pacha continue de faire à Acre , inquiètent
beaucoup les Grands du Caire ; on dit que les
Troupes qu'il a fous fes ordies fe montent déjà
à quatorze mille hommes , & l'on craint qu'il ne
fe joigne au Capitan - Pacha , pour venir en
Egypte au printems prochain.
De Copenhague , le § Avril:
L'épizootie qui avoit commencé à ravager la
I vj
-204 MERCURE DE FRANCE .
partie méridionale du Duché de Slefwig , paroît
s'être calmée dans les Seigneuries d'Eiderſtadt ,
de Stapecholm , & dans le Bailliage de Hufum.
Ce fléau fe fait cependant fentir encore à Elfdorf,
dans le Bailliage de Gotters ; mais on a recouru
de bonne heure à l'expédient le plus fûr , celui
d'exterminer toutes les bêtes attaquées de la
contagion.
De Vienne , le 9 Avril
Dans le courant du mois dernier , on a fait à
Melines , petite ville des Pays - Bas , à deux lieues
d'Ypres , l'ouverture folennelle de la fondation
pieufe de l'Impératrice - Reine , pour l'éducation
& l'inftruction des enfans des bas - Officiers & des
Soldats de fes Troupes. L'Evêque d'Ypres & les
autres perfonnes nommées pour compofer l'adminiftration
de cet utile établiſſement , s'étant
rendus à Meffines , firent affembler la nouvelle
Communauté d'Hofpitalières , prefque toutes
filles d'Officiers , chargées de l'inftitution des
enfans des deux fexes , depuis l'âge de deux ans
jufqu'à douze . Lecture faite des titres & des ftatuts
de cette fondation , on fe rendit à l'Eglife ,.
où le Te Deum fut chanté après la grand'meffe..
A ces pratiques religieufes, fuccéda ce qui carac-.
térife ordinairement les réjouiffances publiques..
Cet établiffement remplace le Monaftère de l'ordre
de Saint- Benoît , fondé à Meffines par Baudouin
V, comte de Flandre , & Adèle , fille de
Robert , Roi de France , pour trente Religieufes
d'extraction, noble . Ce Monaftère s'étant trouvé ,
à la mort de la dernière Abbeffe , dans le cas de
MAI. 1777. 205
a fuppreffion , attendu le petit nombre de Religieufes
auquel il étoit réduit , l'Impératrice-
Reine , après avoir pourvu à la ſubfiftance de ces.
dernières Religieufes , a réuni à la fondation dont
on vient de parler , & qu'elle a d'ailleurs enrichie
par d'autres dons dignes de fa bienfaisance , les
biens du Monaftère fupprimé. Il étoit difficile:
d'en faire un ufage plus intéreffant pour Phumanité,
& plus utile à la Religion & à l'Etat..
De Rome , le 4 Avril. le 4
Le Pape ayant reconnu l'abus des priviléges
exclufifs , fur- tout relativement aux Arts & aux
Manufactures , dont les progrès dépendent d'une
libre concurrence , vient de fupprimer le privilége
qu'avoit obtenu Louis Tabarin , fous le Pon
tificat de Clément XIV , d'employer feul dans:
l'Etat Eccléfiaftique, les inftrumens de fon invention
, pour tirer & filer la foie , & pour faire:
mourir le ver dans le cocon ; mais ce Souverain
a dédommagé l'Inventeur avant tout , en le
laiffant le maître de l'indemnité qu'il defiroit ;
enforte qu'il eft libre aujourd'hui à tout Particulier
, Sujet de Sa Sainteté , de fe fervir des inftrumens
qu'il jugera les plus propres à la même
opération.
De Gênes, le 24 Mars.
Le Roi de Sardaigne ayant permis l'extraction
des grains , il en eft arrivé ici de les Etats une:
grande quantité , ce qui a fait diminuer le prix.
de cette denrée..
106 MERCURE DE FRANCE:
De Londres , le 15 Avril.
Si l'on en croit les papiers publics Américains
qui circulent ici en abondance , & qu'une Gazette
extraordinaire peut feule démentir , le Général
Howe a fair propofer une fufpenfion d'hoſtilités
au Géneral Washington juſqu'au mois d'Avril ;
mais ce dernier n'ayant entrevu , dans la demande
de cette fufpenfion , que le befoin où ce
Chef de l'Armée Royale étoit des renforts qu'on
doit lui expédier , a refufé de ſe prêter à cet
arrangement. Les mêmes papiers ajoutent que
dans plufieurs efcarmouches entre les corps détachés
des deux Armées , pendant le mois de Janvier
& jufqu'à la moitié de Février , les Américains
ont toujours cu de l'avantage fur nos
Troupes , bien moins en état qu'eux de réfifter à
la rigueur de l'hiver dans ce Pays . On y voit auffi
une lettre du Général Washington , en date du
22 Janvier , au Congrès de Baltimore , par laquelle
ce Général donne avis que le Général Dickenſon
, à la tête de quatre cents hommes de
milice , a attaqué un nombre égal d'Allemands ,
auquel il a pris trois piéces de canon , plufieurs
charriots , près de cent chevaux de fomme , &
beaucoup de bétail . Cette affaire , dit-il , où la
précipitation de la fuite des Allemands étoit fi
grande , qu'on n'a pu leur faire que peu de prifonniers
, s'eft paffée auprès de la rivière de
Millftone , que le Général Dickenfon , à la tête de
fes Américains , encore peu difciplinés , a traverfée,
ayant de l'eau jufqu'à la ceinture , quoique les
ennemis fiffent jouer contre eux les trois piéces
de canon qui leur ont été priſes.
M A I. 1777. 207
Parmi les bruits divers qui fe répandent , il en
eft un dont la confirmation feroit très - intéresfante;
l'attention , entièrement fixée ſur ce qui
fe paffe dans les deux Jerfeys , ne fe portoit point
fur le Canada , & l'on dit que le Général Carleton
& le Colonel Frafer ont tout - à coup traversé
le lac Champlain fur les glaces ; qu'il fe font
emparés du Fort de Ticonderago , que la garnifon
de cette place , confiftant en quatre mille
hommes , a fait peu de réfiftance , & s'eft rendu
à difcrétion . Si ce bruit a de la réalité , quelque
invraisemblable qu'il foit , l'efpérance qu'il nous
donne de la jonction de nos deux Armées par
la rivière d'Hudſon , fufpend toutes les craintes
que les bruits antécédens avoient répandues
ici .
Le plan de la campagne vigoureufe qu'on eft
déterminé à ouvrir ce printems en Amérique , eft
entièrement réglé , & les inftructions envoyées
récemment aux Commandans de nos Troupes,
font une continuation du fyftême adopté de réduire
les Colonies à la foumiffion , avec ordre
néanmoins de profiter de toutes les occafions
qui fe préfenteroient pour une réconciliation
poffible.
De Verfailles , le 19 Avril.
M. le Comte de Falckenftein , à fon arrivée
iei , aujourd'hui au matin , s'eft rendu chez Leurs
Majeftés.
La Reine l'a conduit enfuite chez les Princes
& Princeffes de la Famille Royale.
208 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même matinée , il a été rendre vifite
aux Miniftres . Le Comte de Merci étant malade ,
il s'eft fait accompagner par le Comte de Belgiofo
, Envoyé extraordinaire de Leurs Majeftés-
Impériales à la Cour de Londres.
De Paris , le 21 Avril.
Le fieur Gremont Crinais , Gendarme de la
Garde , mort le 4 de ce mois , à la Terre de Cri--
nais , a laiffé pour héritier un frère abſent depuis
plufieurs années , & dont on a reçu des nouvelles
il y a trois ans environ , fans qu'on ait
pu
découvrir d'où venoit fa lettre. Les fcellés ont
été appofés par M. le Procureur du Roi de Domfrond
, pour la confervation des droits de l'abfent
ou de fes ayant caufe , qui font invités à le préfenter
pour recueillir une fucceffion qu'on dit être:
de près de cent mille livres.
PRESENTATIONS.
Le 19 avril , le comte de Marboeuf , comman--
dant de Corfe , a pris congé de Sa Majeſté pour
fe rendre dans cette île .
Le même jour , le fieur de Boucheporne , intendant
de Corfe , a également pris congé de Sa
Majefté , à laquelle il a été préfenté par le fieur:
Taboureau , contrôleur - général des finances.
Le fieur Hurfon , ancien intendant de la marine
&.des colonies , parti dans le mois de novembres
MA I. 1777. 209.
dernier , en qualité de commiffaire du Roi , pour
aller établir dans les ports la nouvelle conftitution
donnée à la marine par les ordonnances du 27
feptembre précédent , a eu ', à ſon retour ici , le
7 de ce mois , l'honneur d'être préfenté au Roi
par le fieur de Sartine , Miniftre & Secrétaire
d'État au département de la marine , & Sa Majefté
a bien voulu lui témoigner fa fatisfaction .
! 3
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 13 avril , les fieurs de Caffini , Montigny &
Peronet , ont eu l'honneur de préfenter au Roi ,
à Monfieur & à Monfeigneur le Comte d Artois ,
les cinq nouvelles feuilles de la carte de France ,
contenant Montauban , Toulouſe , Rieux , Saint-
Martori , Narbonne & Clermont en Auvergne.
Le même jour , les fieurs Née & Maſquelier ,
que Leurs Majeftés , ainſi qu'à la Famille royale ,
ont honoré de leurs foufcription pour un ouvrage
intitulé : Tableaux pittorefques , phyfiques,
politiques & littéraires de la Suiffe , ont eu
l'honneur de préfenter à Leurs Majeftés & à la Fa
mille royale la troisième fuite des eftampes des
ques de la Suiffe.
Le fieur Lemoyne , maire de la ville de Dieppe
a eu l'honneur de préfenter au Roi & à la Famille
royale , le 7 avril , les idées préliminaires & Prof
pectus d'un ouvrage projeté fur les pêches mariti
mes de France. Ces idées premières ont été imprimées
par ordre & aux frais du Gouvernement ,
210 MERCURE DE FRANCE.
pour être diftribuées dans tous les ports , par
ordre du fieur de Sartine , miniſtre & ſecrétaire
d'état au département de la marine , afin que les
perfonnes les plus inftruites en cette matière ,
pouvant communiquer au fieur Lemoyne les réflexions
& les faits concernant chaque lieu &
chaque pêche différente , le mettent , par ces
fecours , en état de donner à fon ouvrage toure
l'étendue que requiert l'utilité générale dont il
doit être.
Le fieur Buc'hoz , médecin botaniste & de
quartier de Monfieur , a eu l'honneur de préfenter,
le 22 avril , au Roi , à Monfieur & à Monfeigneur
le comte d'Artois , les IV , V & VI
tomes de difcours formant la première partie de
T'hiſtoire universelle du règne végétal .
NOMINATIONS.
Le Roi a accordé au fieur d'Afnieres , chevalier
de l'ordre 1oyal & militaire de Saint Louis ,
fous- lieutenant au Régiment des Gardes -Fran
çoifes , le tre de marquis. Sa Majeſté a bien
voulu a ffi ériger les terres de bas- Poitou en
marquifat , fous le nom d'Afnieres - la - Chataigneraye.
Lebaron de Gallatin , capitaine au régiment Suiffe
d'Albonne , qui avoit eu l'honneur d'être préfenté
au Roi & à la Famille royale , au dernier
voyage de Fontainebleau , a eu celui de monter
dans les carroffes & de chaffer avec Sa Majeſté
le 14 avril.
MA I. 1777. 211
Le Roi a donné la place de commandeur , vaeance
dans l'ordre de Saint Louis par la mort du
marquis d'Aubigny , au marquis de la Grange ,
maréchal-de -camp.
Sa Majesté a difpofé en même- tems du gouvernement
de Maubeuge , vacant par la mort du
comte de Graville , en faveur du marquis Deffalles
, lieutenant-général ; & du gouvernement de
la citadelle de Marfeille , vacant par la mort da
maréchal de Nicolaï , en faveur du comte du
Luc , lieutenant- général .
Le fieur Lalive de la Briche ayant remis entre
les mains de la Reine fa démiſſion de la charge
de fecrétaire de fes commandemens , le fieur Augeard
a prêré ferment en cette qualité entre les
mains de Sa Majeſté , qui a bien voulu conferver
au fieur Lalive les honneurs du ſervice.
MARIAGES.
Le 20 avril , Leurs Majeftés , & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du comte
de Ségur , meftre-de-camp , lieutenan en fecond
du régiment d'Orléans , dragons , avec demoifelle
d'Agueffeau ; & celui du comte de Mouftier ,
capitaine au Régiment Dauphin , dragons avec
demoiſelle Millet.
2272 MERCURE DE FRANCE.
•
MORTS.
Charles-Louis de Preiffat Fezenfac de Maref
tang , comte d'Efclignac , eft mort à Paris le 14
avril.
Le fieur Guillaume de Villefroy , prêtre , docteur
en théologic , cenfeur royal , ancien fecrétaire
du duc d'Orléans , lecteur & profeffeur royal
d'Hébreu au collégé royal , abbé commendataire
de l'abbaye royale de Blafimme, ordre de Saint
Benoît , diocèse de Bazas , fous doyen des abbés
commandataires de France , & fort connu dans
la république des lettres , eft mort à Paris ,
87 ans paffés.
•
âgé de
Françoife - Charlotte de Langhac , veuve de J.
B. François du Cugnac , marquis de Dampierre ,
meftre- de-camp de cavalerie , eft morte au châ
teau d'Hiffeau , près d'Orléans , le 31 mars.
La dame André- Agnès de Saint - Blimont ,
veuve de François - Alexandre de Forge , comte de
Coullière , lieutenant-colonél du régiment Royal-
Pologne , cavalerie , chevalier de l'ordre royal.
& militaire de Saint Louis , eft morte au château
'de Coulliere en Picardie , le 'ı avril .
Le nommé Gilbert Guillaumier eft mort en la
paroiffe de Lorige , généralité de Moulins , le 13
mars dernier , âgé de 103 ans ; il étoit laboureur,
& n'avoit ceffé de travailler qu'un an avaat
fa mort.
MA I. 1777. 213
N. Boudart de Couturelle , à qui le Grand-
Maître de l'ordre de Malte avoit accordé le droit
d'en porter la croix , même dans l'état de ma¬
riage, fils unique de Meffire Boudart , chevalier ,
marquis de Couturelle , ancien député de la nobleſſe
des états d'Artois vers le Roi , chevalier de
l'ordre de S. Louis , & de Charlotte de Wigna
court , dame de l'ordre de la croix étoilée de S.
M. I. & R. , eſt mort au château de Couturelle ,
le 18 avril dernier , âgé de 22 ans.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 16 Avril 1777 .
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
24 , 47 , 52 , 68 , 40 .
Du 2 Mai.
Les numéros fortis de la roue de fortune lont:
2,90 , 32 , 10 , 17.
A
}
214 MERCURE DE FRANCE.
PIÈCES
TABLE.
IÈCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , P. S
Suite de l'Automne ,
Vers mis au pied d'un bufte de Louis XVI ,
La vifice du matin ,
ibid.
II
Ode fur la Religion ,
La Cataracte ,
Lucius & Emilie ,
Ode ,
Le Procureur qui tient parole ,
Le Donneur de confeil ,
Les Crimes & le Châtiment ,
L'Amour oifeau ,
Remercîment à Mlle B ...
Epître à M. *** >
Imitation de la 4° Ode d'Horace ,
ibid.
12
16
23
40
46
47
49
SI
52
53
54
57
ibid.
58
60
Vers à M. le Lieutenant- Général du Baillage
de Péronne ,
Quatrain,
L'Oifeleur & le Moineau ,
Vers mis au bas du Portrait de Mlle de C.
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
61
64
67
Hiftoire générale de la Chine , ibid.
Dictionnaire des Artiſtes,
Effai fur le récit ,
Eloge de Marie de Rabutin- Chantal ,
90
96
104
MA I.
1777. 215
Précis d'Aftronomie , 106
Proverbes Dramatiques , 109
Inftitutions Mathématiques ,
Hiftoire du Cardinal de Polignac ,
Didon à Enée ,
Du pronoftic dans les maladies aiguës,
Morceaux choifis des Prophètes ,
Etat actuel de la France ,
Elémens de Tactique
OEuvres de Bernard Paliffy,
Annonces littéraires ,
ACADÉMIES ,
Paris ,
Châlons -fur-Marne ,
113
116
120
123
125
129
130
133
149
153
ibid.
164
SPECTACLES. 165
Opéra ,
ibid.
Comédie Françoiſe, 166
Comédie Italienne 167
ARTS.
168
Gravures ibid.
Mufique.
171
Topographie, 174
Chorographie,
175
Vers fur l'arrivée de l'Empereur à Paris , 176
Lettre de M. de Mandre à M. Morand , 177
Diction. des ſciences économiques, 183
Cours de Belles-Lettres , 192
-- Mathématiques ,
Variétés , inventions , &c.
Anecdotes.
193
194
197
Avis ,
201
Nouvelles politiques ; 201
Préfentations , 208
d'Ouvrages ,
209
219 MERCURE DE FRANCE .
Nominations,
Mariages ,
Morts ,
Loterie ,
210
211
212
213
ΑΙ
APPROBATION.
JAI lu , par ordre de Monſeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France ,
pour le mois de Mai , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris, ce 3 Mai 1777. ”
DE SANCY,
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
près Saint Côme
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES;
ΜΑΙ , 1777.
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f
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Chez LACOMBE , Libraire , rue de Tournon,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi
AVERTISSEMENT.
CESicu: LACOMBE libraire , à Paris , rue de
Tournon ,que l'on prie d'adreffer , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obſervations , anecdores
, événemens finguliers , remarques fur les
ſciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à fa perfection
; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
atiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenſes fur le
produit du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour ſeize volumes rendus
francs de port.
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour ſeize volumes rendus francs de
port par la pofte .
On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols pout
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JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in- 12 par an ,
à Paris ,
Et pour la Province ,
18 1.
24 1.
18 1.
91.16 f.
JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
cahiers par an , à Paris & en Province , 181.
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an, pour
Paris & pour laProvince , 12 1
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12 vol . in-12 . à Paris , 24 l. en Province ,
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24 .
301.
181 .
A ij
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en françois , vol . gr . in-8 ° . rel.
Les Incas , 2 vol. avec fig. in-8 ° . br .
Dictionnaire Dramatique vol. gr. in-8 °. rel. "
Dict . de l'Induſtrie , 3 gros vol . in- 8 ° . rel .
25 1.
181.
15 1 .
18 1.
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naturelles, in- 8° . 1ei .
Autre dans les fciences exactes , in-8 " . rel.
Autre dans les ſciences intellectuelles , in- 8 ° . rel .
Médecine moderne , in- 8 ° . br .
5 liv.
5 1.
5 1.
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Traité économique & phyſique des Oifeaux de baffecour
, in- 12 br.
Dict. Diplomatique , in- 8° . 2 vol . avec fig. br.
Revolutions de Ruffie , in-8° . rel.
2 1.
12 1.
2 1. 10 f,
Spectacle des Beaux- Arts , rel . 21. 10 f.
Dict. des Beaux-Arts , in-8°. rel. 41. 10f.
Théâtre de M. de Sivry , vol . in- 8 ° . br. 21.
Poëme fur l'Inoculation , vol . in-8 ° . br. 3 1.
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L'Efprit de Molière , 2 vol. in 12 br. 1.
Tableau politique & littér . de l'Europe , an. 1775 , br . 2 1.
Dict. des mots latins de la Géographie ancienne , in-8 ° ,
broché
Les trois Théâtres de Paris , in- 8 ° . br.
L'Egyptienne , poëme épique , br.
Hymne au Soleil , br ,
31.
2 1. 10 f.
11. 10 fa
il 4f.
MERCURE
DE FRANCE:
M A I ,
1777.
PIÈCES FUGITIVES.
EN VERS ET EN PROSE .
Suite de L'AUTOMNE , Chant troiſième
du Poëme des Saifons ; imitation libre
de Tompfon.
APPROCHES DE L'HIVER .
MAIs dans les airs les vapeurs s'épaiſſiſſent ;
L'année enfin commence à décliner :
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Sous les brouillards les collines gémiſſent ;
L'hiver s'annonce & va bientôt régner .
Tout fe confond : ces montagnes énormes ,
Qui de leur fein vomiffent des torrens ,
Perdent l'éclat qu'elles ont au printemps ,
Et n'offrent plus que des maffes informes.
La nuit s'étend & s'empare des bois ;
Elle engloutit , elle abforbe la plaine :
Le fleuve altier , que l'on diftingue à peine ,
Roule à pas lents fes flots bruïans & froids :
Des feux du jour la lumière incertaine ,
En plein midi , verſe un foible raïon ;
Un rouge obfcur embraffe l'horifon :
LeVoyageur, égaré dans fa route,
Erre , fans guide , à travers les côteaux :
La nuit le gagne , & la terreur ajoute
A fes tourmens & redouble fes maux.
L'obfcurité fe condenſe & fe ferre ;
Le jour pâlit ; un gris informe , épais ,
Dans fes replis enveloppant la terre ,
Confond enfin & mêle les objets :
Telle cahos , avant que la lumière
Sur la nature eut verfé fes bienfaits.
FORMATION DES RIVIERES.
Ces noirs brouillards entaffés dans les plaines ,
M A I. 1777 . 7
Des plus hauts monts pénètrent les caveaux :
C'eft du milieu des roches fouterraines ,
Qu'on voit jaillir les fources des ruiffeaux ,
De ces ruiffeaux , qui , des tributs de l'onde
Enrichiffant leur courfe vagabonde,
Vont à la Mer précipiter leurs flots :
C'eft-là , c'eft-là que cette fource immenfe ,
Dont l'origine eft cachée à nos yeux ,
Accumulant fes trésors précieux ,
Sur l'Univers épanche l'abondance.
O toi, dont l'al pénètre les fecrets
Qu'à nos regards déroba la Nature ,
Viens , ô Génie ! & des plus hauts femmets.
Dévoile-moi l'étonnante ftru &ture !
Offre à ma vue & l'Olympe & l'Hémus :
Viens , de fes bois , qui couronnent l'Afie ,
Viens avec moi dépouiller le Taurus ;
Découvre- moi le fein de l'Imaüs ,
Dont les forêts bornent la Tartarie :
Les Monts d'Offrin , qui , des fombres climats
Où l'Aquilon déchaîne les frimats ,
Voyent languir la trifte Laponie ,
A ton afpect s'ouvriront fous mes pas.
Efcaladons les roches de Riphée ,
Dont les fommets , hériffés de glaçons ,
De la Ruflie embraffe les vallons ;
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Et que des Monts l'orgueilleux Coryphée *,
Nous laiffe voir fes abyfmes profonds.
Paffons enfuite au- delà des campagnes
Où l'Abyffin élève les troupeaux ,
Et de la Lune obfervons les montagnes :
Que l'Apennin , le Caucafe & l'Athos ,
Que tous ces monts , fiers enfans de la terre ,
Dont le fommet eſt voifin du tonnerre ,
S'ouvrent enfemble à ta voix ... Avançons...
Tout obéit... Quelle immenfe carrière
A parcourir ! quel coup- d'oeil ! ... Contemplons.
Ici je vois le berceau des rivières ,
Je les entends chercher leur liberté ,
Et, s'épurant par d'immenfes filières ,
Puifer la vie & la fécondité.
Là j'apperçois ces fources tranfparentes ,
Ces réfervoirs , ces tréfors cryftallins ,
Qui , s'échappant par les côteaux voisins ,
Offrent à l'oeil cent cafcades charmantes .
L'aftre du jour les élève en vapeurs ;
L'air les condenfe & les réfout en pluies ,
Chaque colline en recueille les pleurs ,
Et les difperfe au milieu des prairies .
Ainfile bras qui régit l'Univers ,
* L'Atlas , célèbre montagne d'Afrique , qui , fuivant
les Poëtes , foutenoit le Ciel ,
MA I. 1777 . 9
Fait circuler l'onde qu'il vivifie,
L'enfevelit dans l'abyfine des mers ,
A gros flocons la répand dans les airs ,
Et , de fes loix maintenant l'harmonie ,
La laiffe libre ou lui donne des fers.
ÉMIGRATION DES HIRONDELLES.
Quand le Soleil , du haut de fa carrière ,
Ne jette plus qu'une foible lumière ;
Quand les côteaux , menacés des frimats ,
Voyent jaunir leur parure éphémère ,
Progné , dans l'air , prend fes derniers ébats ,
Et va chercher , fous un autre hémisphère ,
Un ciel plus pur & de plus doux climats.
Là , dans la paix , fous de rians ombrages ,
Elle voltige ; & lorfque le printems
A de fa foeur ranimé les accens ,
Elle revient habiter nos rivages.
OISEAUX DE PASSAGE.
Dans la contrée où le Rhin moins fougueux
Perd fon courroux ; dans les plaines Belgiques ,
Où , diffipant les ligues tyranniques ,
La liberté lève un front glorieux ,
Combien , combien de nations ailées
A v
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
Pour voyager en troupes raſſemblées ,
En s'élevant obfcurciffent les cieux !
C'eft à regret qu'elles quittent ces plages ;
Pendant long-tems leur vol eft incertain :
Le froid les chaffe ; elles partent enfin
Et dans les airs ſe mêlent aux nuages.
ÉLOGE DE LA PROVENCE .
Climat où règne un éternel printems ,
Séjour charmant qu'embellit la Nature ,
Quand les frimats defcendent fur nos champs ,
Tes Habitans , fur la fraîche verdure ,
Soignent encor leurs troupeaux bondi fans !
Lorfque nos bois , privés de leur feuillage ,
Du trifte hiver offrent l'affreuſe image ,
De toutes parts tes forêts d'orangers
Au Voyageur préfentent leur ombrage ,
Et mille fleurs embaument tes vergers !
Par M. Willemain d'Abancourt.
MAI. 1777. IB
VERS
Mis au pied d'un Bufte de Louis XVI.
CESSE de nous vanter ces Héros fanguinaires,
Dont le bras meurtrier recula tes frontières ,
O Rome, que leur gloire a fait de malheureux !
Que leurs triftes exploits ont fatigué la terre !
Louis eft bien plus grand & bien plus glorieux ;
Louis , de fes Sujets eft moins Maître que Père.
Par le même.
LA VISITE DU MATIN.
Conte.
LE galant Fontenelle , au déclin de ſes ans ,
Il pouvoit avoir vu quatre-vingt -dix printems )
Un beau matin fut voir une Comteffe
Qui dormoit encore ; il attend
Qu'il foit jour : la jeune Déeffe
se réveille en furfaut : elle fonne , elle apprend
Que c'eft Fontenelle , & s'empreffe
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
De fe lever. « Au moins , lui dit-elle en entrant,
» Vous excuferez ma pareſſe :
Je me lève pour vous. - Je fens
Leprix de vos bontés , reprend le bon Apôtre ;
» Vous honorez mes cheveux blancs ;
» Mais vous vous couchez pour un autre
Que n'ais-je que quatre- vingt ans ! »
Par le même.
*
ODE SUR LA RELIGION .
Oui , je UI ,je ne peux le méconnoître
Sans un funefte aveuglement !
Il exifte fans doute un Être
Qui n'a point de commencement.
Auteur de tout , être fuprême :
Grand Dieu ! je t'adore & je t'aime,
Je fens que c'eft- là mon devoir :
Mais mon hommage eſt - il ſtérile ?
N'ai -je qu'un defir inutile ?
Dois- je périr fans nul eſpoir ?
Né dans un état déplorable ,
Et fans ceffe en butte à la mort,
Hélas ! que l'homme eft miférable
MA I. 1777 . 13
S'il n'attend pas un autre fort !
Incertain fur fa deſtinée ,
De fa raiſon foible & bornéc
Que peut- il apprendre de sûr ?
Ah ! dans la nuit qui l'environne ,
Le flambeau de la foi raïone ;
Sans la foi tout feroit obfcur.
Non, Dieu n'a point dans les ténèbres
Expofé l'homme à s'égarer :
Par des inftructions célèbres
Il a pris foin de l'éclairer.
Dès le moment qu'il le fit naître ,
Dès ce tems il s'en fit connoître ;
Il le fait encore aujourd'hui.
Malgré fes crimes , d'âge en âge,
Il a tranſmis le témoignage
De fon alliance avec lui.
Le plus ancien Peuple du monde ,
Errant parmi les Nations ,
D'un livre où la fageſſe abonde
Leur porte les traditions.
Ce livre par-tout l'humilie ,
Et cependant il le public ,
Il le reconnoît pour divin :
Mais ,filong- tems après le terme
14
MERCURE DE FRANCE .
Des prédictions qu'il renferme
Qu'attend-il donc toujours envain.
Juifs ingrats , l'état où vous êtes
Ne l'a que trop vérifié !
Ce Chef, prédit par vos Prophêtes ,
Vos Pères l'ont crucifié !
Dans l'Europe entière on l'adore ,
L'Afie elle -même l'honore
Comme l'Envoyé du vrai Dieu ;
Il eſt ſervi dansl'Amérique ,
Il a des Temples en Afrique ,
Des Adorateurs en tout lieu .
Sur un gibet Jéfus expire ;
Ses Difciples font conſternés :
Il reffufcite & leur infpire
Un zèle , un courage obſtinés ;
Il n'eft plus rien qui les arrête ;
Ils font prêts à donner leur tête
Pour affirmer la vérité.
On les croit , on renonce aux vices ,
On brave comme eux les fupplices ,
On force l'incrédulité .
Par quelle connivence infigne ,
Sur ce feul point d'accord entre -eux ,
Taut de Peuples ont- ils pour figne
MA I. 1777. 15
L'inftrument d'un fupplice honteux ?
Par quelle baffeffe infinie
Cet inftrument d'ignominie .
Couronne- t -il le front des Rois ?
Que vois-je? quel ſpectacle étrange ?
Se peut- il qu'à ce point l'on change
Des hommes embraſſant la croix !
Ce qui répugne à la nature ,
Ce qui la révolte à l'excès ,
Peut-il devoir à l'impoſture
De fi prodigieux fuccès ?
Détracteur du Chriftianifme ,
Dis-moi comment du Paganiſme
Il a renversé les autels ?
Avec les loix les plus auftères ,
Avec les plus fombres mystères ,
Il foumet l'orgueil des mortels.
Tout paroît prendre une autre forme
Le vrai Dieu par- tout eft connu :
Le monde apprend , par ſa réforme ,
Que fon Rédempteur eft venu.
En vain contre lui tout confpire,
Tout fe founet à ſon empire ;
Tout fe rend aux loix qu'il prefcrit ..
Rome , fière de fes conquêtes ,
16 MERCURE DE FRANCE.
Ne femble enfin les avoir faites ,
Quepourles rendre à Jésus -Chrift .
Ils font accomplis les oracles
Qui prédirent ce changement!
L'Evangile , de tous les obſtacles
Triomphe univerſellement :
Que fon auteur eft magnanime !
Ah ! que fa morale eſt ſublime !
Que de leçons en peu de mots !
L'inventeur d'une telle hiftoire ,
Si l'on refuſoit de la croire ,
Surprendroit plus que le Héros.
A Meffieurs GRAND- JEAN, Oculiftes du
Roi.
LA CATARACTE.
Fable Allégorique.
UN jour Jupiter en fureur
Contre la téméraire audace
De notre criminelle race ,
MA I. 1777. 17
De fes reffentimens peignit ainfi l'aigreur :
Jufques à quand ce Peuple de coupables ,
Ennemis de tout bien , & de tout mal capables ,
Dont je règle à mon choix & la vie & la mort ,
Oferont- ils braver l'arbitre de leur fort ?
Peu fatisfaits de règner fur la terre ,
Rivaux du ciel , ils lancent le tonnerre.
Les métaux , par ma main preſque aux Enfers
cachés ,
De ces gouffres profonds par eux fon arrachés.
*
De mon frère en courroux les ondes mugiffantes
Leur oppofent envain des bornes menaçantes ,
Leurs profanes efforts ont fu dompter les flots ,
Et des vents mutinés méprifant les complots ,
Franchiffent fans pâlir les écueils , les abyfmes.
Tant d'infolens fuccès n'ont pu borner leurs
crimes.
Aidé du frêle appui d'un verre audacieux **,
Leur oeil , nouveau géant , eſcalade les cieux ,
Envahit mes Etats , veille & fuit dans leur route
Les habitans nombreux de ma brillante voûte.
Neptune , Dieu de la Mer.
** Le
Télescope.
18 MERCURE DE FRANCE.
Diſtance, ordre, grandeurs , phaſes , orbites , poids,
L'homme a tout calculé , tout foumis à fes loix ;
Et ni moi , ni les Dieux ( fi l'on croit fes paroles)
N'oferions faire un pas contre les loix frivoles .
C'en eft trop , vils mortels , votre témérité
Hâte les coups vengeurs de mon bras irrité.
Il dit : & d'une voix qu'entend le noir Tartare ,
Il fait fortir la Nuit des antres du Ténare.
A fon ordre elle accourt fur fon char étoilé ,
D'un crêpe à plis flottans elle a le front voilé.
Mère du jour , lui dit l'arbitre du tonnerre ,
L'homme fous vos drapeaux nous déclare la guerre ,
Sous vos voiles il lit ce qui fe paffe aux cieux ,
Et prend de- là le droit de maîtriſer les Dieux.
Si vous n'afpirez point au nom de fa complice ,
Croyez- moi , chargez -vous du foin de fon fupplice
;
Iln'eft que ce moyen qui puiffe nous prouver
Que c'eftfans votre aveu qu'il ofe nous braver .
Ce n'eft qu'aux effets feuls qu'on connoît le vrai
zèle :
Si vous n'ofez punir , vous êtes infidelle.
Mais n'allez pas lancer de ces vulgaires coups
Que l'homme fait guérir ou fe rendre plus doux ;
Frappez, mais en des lieux où les fucs de la terre
MAI. 1777.
th
19
Ne puiffent faire agir leur vertu falutaire ;
Et qu'au fein de fes maux , fans efpoir , fans
fecours ,
L'homme n'ait que la mort pour en rompre le
cours.
Vous voyez l'attentat , vous tenez la victime ,
Lavez-vous du loupçon & vengez-nous du crime ;
Déeffe , ces humaias (s'ils vous font odieux )
Ne font que des mortels, & nous fommes desDieux,
Il la quitte à ces mors. La Déeſſe outragée ,
Rougit , pleure; & jurant d'être bientôt vengée ,"
Se retire en courroux dans fes antres obfcurs.
Mille monftres hideux en infectent les murs :
La Crainte au pâle front , l'Envie au teint livide ,
Le Meurtre au bras fanglant , la Fraude à l'oeil
perfide ,
Le Vol , la Trahifon , les Complots , les Fureurs ,
Et tout ce que la Nuit peut enfanter d'horreurs.
Seule affife au milieu de cette race impure ,
Elle obferve leurs traits , leur regard , leur figure,
Recherche en chacun d'eux ce qu'il a de noirceur ,
Et fonge à leur donner une nouvelle foeur .
Penfive , elle imagine , approuve , hélite , ajoute ,
Sonfang bouillonne & s'ouvre une nouvelle route;
20 MERCURE DE FRANCE.
Elle frappe fon front , pâlit , fait un effort ,
De fon front entrouvert la Cataracte fort.
La Mère à peine voit ce fruit de fa tendreffe ,
Que laiffant éclater fa maligne alégreffe :
O ma fille ! dit-elle , en ton étroit contour ,
Que tu
porte de maux aux habitans du jour !
Mortels , redoutez moins les fléaux & la guerre ,
Une vivante mort va iégner fur la terre .
Quel fera votre effroi , lorſqu'à vos yeux furpris ,
Les cieux & l'Univers vont être anéantis ;
Qu'au fein de la lumière , crrans dans les ténèbres ,
Vous envierez le fort de mes oiſeaux funèbres ! *
Ai-je enfin , Dieux cruels , rempli tous vos projets ?
A vos lâches foupçons laiffai -je des fujets ?
Mais , hélas ! chère enfant , je tarde tes conquêtes :
Pars, frappe de tes coups les plus fuperbes têtes ;
Que letrouble & l'horreur accompagnent tes pas,
Qu'on te craigne en tous lieux à l'égal du trépas.
La fille , dans l'ardeur de ſe montrer fidelle ,
Lorſqu'elle parle encor , a déjà fui loin d'elle.
Elle vole par- tout , & par- tout à la fois
Les humains , à milliers , gémiffent fous ſes loix.
Le laboureur,fans pain , languit dans fa chaumière;
* Les Hiboux & autres Oifeaux nocturnes,
MA I. 1777.
21
L'artifan confterné cherche envain la lumière ;
Et jetant de dépit l'inftrument de fon art ,
Se rend à fon foyer , qu'il regagne au haſard,
Le Savant , pour jamais loin de fa chère étude ,
Croit que de tous les forts fon fort eft le plus rudes
Et le Monarque en pleurs au milieu de fa Cour ,
Paieroit de fes Etats le don de voir le jour,
Cependant Efculape arrive d'Epidaure *.
Frappé des cris plaintifs d'un Peuple qui l'implore ,
Voit le mal , l'examine , obſerve , réfléchit :
De fes foins inquiets fa rivale fe rit,
Tu crois donc , dit le Dieu , qu'en ta fombre
retraite
Tes mobiles remparts fufpendront ta défaite ;
Que tes fenfibles murs , ne pouvant rien ſouffrir ,
A tout remède humain font exempts de s'ouvrir ?
A l'abri , je le fais , des liqueurs & des plantes ,
Tu triomphes ; mais crains des armes plus puiffantes
:
On faura te ravir ces voiles meurtriers . .
A de plus jeunes mains je laiffe ces lauriers .
Les deux fils d'Efculape accompagnoient leur père;
Leurs yeux étinceloient d'une jufte colère ;
* Ville du Péloponèse où ce Dieu avoit un Temple,
22 MERCURE DE FRANCE.
Dignes fils d'Apollon , leur dit - il , c'eſt à vous
A faire fuccomber cette hydre fous vos coups ;
Craignez peu fon audace , & préparez des armes
Capables de changer les mépris en alarmes ;
Votreart près de Pallas vous donne un libre accès ,
Si vous la confultez , foyez fûrs du fuccès.
Quant à moi , j'ai fait voir à la terre étonnée ,
Qu'on peut entrer en lice avec la deftinée ;
Mais le ciel me défend de provoquer deux fois
La vengeance d'un Dieu dont la mort fuit les loix.
*
Les fils partent. Minerve à leurs voeux s'intéreffe ,
Anime leurs efforts , dirige leur adreſſe ;
Et déjà nos Héros , certains de leur pouvoir ,
Pour vaincre l'ennemi n'aſpirent qu'à le voir.
Leur rival ténébreux les voit venir fans crainte,
Dans fon étroit aſyle il ſe croit hors d'atteinte ;
Mais bientôt le mur s'ouvre , & le monftre étonné
De menaçantes faulx fe voit environné ..
De fes voiles obfcurs c'eft envain qu'il fe cache ,
Sous fes pas chancelans fon antre ſe détache ;
L'intelligent acier tranche de toutes parts
Les membraneux appuis de fes moites remparts ;
Ici tombe un lien , là fe brife une chaîne ,
Le Tyran pâle fuit fon trône qui l'entraîne ,
* Il avoit reffufcité Hyppolite.
MAI. 1777. 23
Il fort chargé de fers , & voit avec dépit
Briller à ſes côtés l'aftre du jour qu'il fuit
La lumière triomphe , & s'ouvrant une iffue ,
Frappe même des yeux qui ne l'ont jamais vue ; *
Saifi d'étonnement & l'oeil baigné de pleurs ,
Le Peuple élève au ciel ces nouveaux créateurs .
Tu crois peut-être ici , Lecteur , lire une fable
Faite pour divertir ta curiofité ;
Des illuftres Grand -Jean vois l'art inimitable ,
Et tes yeux te diront : C'eſt une vérité.
Par M. Poitevin Dulimon , Semipreb.
de la Cathéd. de Sens.
LUCIUS & ÉMILIE ,
Ou l'Innocenceperfécutée & couronnée.
Conte moral.
ÉMILIE , la charmante Émilie , étoit
feule admirée dans Rome. Son efprit ,
fa jeuneffe , fes grâces , fa beauté , tous
fes charmes enfin , joints à la vertu la
* Ler Aveugles-nés , dont on lève la catara&te.
24 MERCURE DE FRANCE .
mieux éprouvée , jetoient dans l'ame
de tous ceux qui l'enviſageoient , cette
vive & douce émotion qui flatte & qui
prévient. Celles de fon âge , qui pouvoient
le moins réfifter aux traits de l'envie
, lui rendoient juftice . Caton
Philofophe orgueilleux , ce Cenfeur impitoyable
, dont la févérité outrée n'admettoit
d'autre vertu que la fienne ,
louoit hautement la fageffe d'Émilie .
›
Une perfonne auffi aimable , faite pour
captiver tous les coeurs , entraînoit à fa
fuite , comme on fe le figure bien , une
foule de foupirans , qui tous s'en difputoient
avec ardeur la poffeffion . Il y en
avoit deux entr'autres qui affectoient
Emilie d'une manière bien différente :
l'un nommé Rufus , jeune homme riche
& de bonne naiffance , méprifoit tous
fes rivaux , & faifoit croire , par fes procédés
fiers & infoutenables , que c'étoit
le bonheur d'Émilie qu'il cherchoit , &
non le fien. L'autre, plus modefte & plus
tranquille , avoit le plus excellent des
caractères, Lucius , en un mot , aimoit
Émilie , & il étoit aimé. Ces deux coeurs
s'étoient laiffés unir par je ne fais quel
lien fecret dont le noeud indiffoluble eft
formé par une douce fympathie , une
analogie
M'A 1. 1777. 25°
analogie dans le caractère , une uniformité
d'humeurs , d'inclinations , de volontés,
&, ce qui contribuoit à le refferrer
encore plus étroitement , par la vertu qui
réfidoit dans une couple auffi heureuſement
afſortie.
Quand deux coeurs font rapprochés
de cette forte , rien pour eux de plus délicieux
que de fe découvrir mutuellement
les effets qu'ils éprouvent d'une
union aufli intime : mais il s'en falloit
bien qu'ils en fuffent à ce point. Voici
le fait. Favius , père d'Emilie , étoit
l'homme le plus dur , le plus auſtère
le plus farouche qui fût jamais : il avoit
un bon fonds dans le caractère , mais les
moeurs étoient fauvages ; il aimoit la
vertu ; & il eût été parfaitement ver→
tueux , s'il avoit fçu prendre pour modèle
celle de fa fille . Il étoit dans l'ordre
des Chevaliers Romains ; & , quoique.
fon nom ne faffe pas grand bruit dans
l'hiftoire , il avoit du courage. Il poftuloit
la charge de Prêteur : mais Caïus ,
le père de Lucius , qui étoit fon Compétiteur
, l'obtint. Depuis , la jaloufie
excita entre ces deux rivaux une haine
implacable , & telle qu'ils en vinrent un
jour aux mains : le combat fut fanglant ;
B
་
26 MERCURE DE FRANCE.
Caïus reçut une bleffure qui le mit en
danger de perdre la vie ; mais pour
vius , il n'en eut qu'une très-légère.
Fa-
Favius interdit pour jamais l'entrée
de fa maifon à Lucius , le fils de font
ennemi juré. Jugez de l'état d'Émilie
& de celui de fon amant ! Ils s'aimoient ;
mais ils n'avoient pu parvenir à fe le dire ,
tant la modefte timidité les avoit retenu ..
Maintenant ils en perdent pour jamais
l'efpérance. Ce n'eft pas tout ; quand l'adverfité
appefantit fa main fur nous , elle
ne la relève pas que nous ne foyons entièrement
terraffés.
Le père d'Émilie fe laffoit de voir tous.
les jours fa maiſon affaillie d'une foule
d'importuns qui l'obfédoient de toutes
parts : le remède , difoit- il , de les écar
> c'eft de procurer un établiſſement à
ma fille , & il avoit raifon ; mais celui
qu'il choifit pour cet effet , n'étoit pas le
poffeffeur du coeur d'Emilie. Il la fit venir
un jour dans fa chambre , pour lui
en faire part. -- Je veux , ma fille , vous
procurer un parti avantageux ; c'eft un
jeune homme riche , de grande famille
dont le père eft mon plus grand ami ; en
un mot , Rufus . Qu'en penfez- vous , ma
fille ? répondez. Émilie à ces mots reftę
›
M A I. 1777. 27
interdite : elle ne s'étoit jamais attendu
à un coup aufli accablant ce n'eft pas
Lucius qu'on lui donne ; elle s'en dou
toit : ce n'eft pas un de ceux qui lui
étoient indifférens ; mais c'eft Rufus ,
celui qu'elle déteftoit , celui dont la fierté.
& la préfomption lui étoient infuppor
tables. Quoi , ma fille , dit Favius avec
emportement , vous paroiffez mécontente
; eft-ce que ce parti ne vous conviendroit
pas ? Quelle est donc votre
ambition ? Mon tendre père , vous
qui m'êtes cher , je fuivrai en tout vos
volontés ; mais permettez -moi de vous
faire obferver que je fuis encore trop
jeune pour contracter cet engagement :
attendez , je vous en conjure , encore.
quelque temps , afin de pouvoir me confulter
dans une affaire auffi férieufe .
J'entends , ma fille , que cela foit
conclu au plutôt ; j'entends que Rufus
foit le réfultat de cette décifion . Ne
penfez pas à d'autre qu'à lui : vous favez
que j'ai défendu à Lucius de paroître
davantage chez moi , je me fuis déjà.
apperçu qu'il avoit fait impreffion fur
votre coeur ; mais fi vous avez encore
l'audace de garder la moindre affection
pour lui , foyez fûre de toute mon in-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
dignation. Émilie ne répondit rien à une
propofition & à une menace auffi accablantes
: elle prend congé de fon père ,
monte en gémiffant dans fa chambre ; les
forces lui manquent ; elle eft prête à fuccomber
fous le poids de la douleur qui
l'abat ; elle gagne fa retraite avec peine :
il étoit temps qu'elle y arrivât; fes genoux
tremblans fuccombent enfin : elle fe laiffe
tomber fur fon fauteuil ; une pâleur mortelle
fe répand fur fon vifage ; toutes les
facultés de fon ame l'abandonnent , tant
la crife étoit effroyable . Immobile , elle
fut quelque temps fans donner aucun
figne de vie. Corilla , fa fuivante , &
en même temps fa confidente , qui étoit
au fait de ce qui s'étoit paffé entre le père
& fa fille , entre dans la chambre d'Émilie,
pour la raffurer : mais quelle fut fa furprife
, quelle fut fa douleur , lorfqu'elle
vit l'infortunée Émilie refpirante à peine !
Elle accourt précipitamment , tire avec
empreffement un flacon de fa poche , &
fit tant par fes foins , qu'elle revint peuà-
peu . Emilie , fortie du fommeil léthargique
où elle étoit plongée , fixe Corilla
d'un oeil irrité. Pourquoi , cruelle ,
m'as-tu apporté un fecours dont je n'avois
pas befoin ? Que ne ne laiffois-tu
Span
MA I. 1777. 29
dans la fituation paifible où j'étois ? Tu
m'aurois épargné bien des foucis cuifans
qui vont me ronger le coeur. Oui , par tes
foins inutiles , tu m'as préparé une mort
lente. Elle n'en put dire davantage.
&
Corilla , pour compâtir à fa douleur
pour la partager avec elle , tantôt la
plaignoit , tantôt , pour lui donner de
'efpérance , lui faifoit entrevoir un avenir
plus heureux . J'ai bien éprouvé des
traverſes , lui dit- elle , & j'en éprouve
encore beaucoup. Je fuis perfécutée , je
fuis harcelée par un brutal qui me pourfuit
vivement : je lui ai témoigné mille
fois que j'avois pour lui une répugnance
invincible. En un mot , Emilie , plaignez-
moi à votre tour : je détefte plus
Roccius que vous ne déteftez votre Rufus.
Ce récit de Corilla appaifa un peu la
douleur d'Émilie , qui lui ouvrit à for
tour fon coeur , qui demandoit à être
épanché dans celui d'une perfonne qui
éprouvoit les mêmes revers qu'elle..
Que vais- je donc devenir , diſoit Émilie
à fa confidente ? Que va devenir Lucius
? Où eft- il ? Je ne puis vivre fans
lui , & mon père veut que je renonce à
lui : il defireroit , s'il étoit poffible , que
je le haïffe autant qu'il a en horreur fon
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
père. Si deux pères ont entr'eux une aver
fion la plus décidée , eft- il dit pour cela
que les enfans de l'un & de l'autre , qui
ont un penchant mutuel qui les rappro
che , & que la vertu ne défapprouve pas ,
eft- il dit pour cela qu'ils doivent , à leur
imitation , rompre les liens étroits qui
les tenoient attachés ? J'aime mon père :
j'ai pour lui la foumiſſion la plus entière ;
mais s'il veut , dans cette circonſtance ,
que je lui en donne des marques ; s'il
veut difpofer de mon coeur en faveur de
celui à qui il n'eft pas deftiné , qu'il me
donne la force de lui obéir. Ce qui me
défefpère , c'eft que , m'a- t-il dit , il prétend
que cela foit conclu au plutôt. La
feale efpérance qui me refte , c'eſt fa
bonté , que je ferai enforte de fléchir .
Ainfi parloit Emilie ; & Corilla , après
l'avoir engagé à prendre courage & à ne
fe
pas ainfi laiffer abattre par la douleur ,
fe retira dans fa chambre , qui étoit contigue
à celle de fa maîtreffe. Tel étoit
l'état d'une ame tendre & vertueufe qui
étoit faite pour avoir un fort plus doux
& plus tranquille.
Cependant Favius & le père de Rufus
étoient déjà d'accord entr'eux fur l'alliance
de Rufus avec Émilie , & préten¬
MA I. 1777 : 31
doient , par cet établiffement , cimenter
davantage leur union . Il donne fes ordres
pour les préparatifs de la noce , qui devoit
Le célébrer au bout de quelques jours .
La nuit fuivante , dans le temps le plus
calme & le plus paifible , un bruit fourd
vint frapper les oreilles de Favius : il fe
lève avec précipitation , & marche au
bruit qui l'appelle . L'obfcurité étoit trop
grande pour pouvoir difcerner les objets.
Il court à la lumière ; & , s'en faififfant
toujours avec la même ardeur , toujours
avec la même impatience , il vole dans
le lieu d'où il penfoit que le bruit pouvoit
provenir : il s'approche ; il apperçoit
une échelle qui gagnoit le balcon d'Émilie
, lequel balcon donnoit fur la partie
poſtérieure de l'appartement ; & , plus
loin , un homme qui prenoit la fuite :
mais il ne put le joindre ; car la crainte
avoit donné des aîles au fuyard , qu'il ne
put reconnoître. Favius abandonne donc
le deffein de le pourfuivre : il retourne
de nouveau dans l'endroit où étoient les
marques funeftes de fon ignominie ; il
examine ; il voit du fang répandu fur la
terre : ce qui lui fit juger que la chûte de
ce malheureux étoit la véritable caufe du
bruit qui l'avoit frappé. Favius ne fe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
poffédoit pas , tant ces objets l'avoient
rempli de fureur & de colère . Il n'a rien
de plus empreffé que de monter dans la
chambre de fa fille , qui ne dormoit déjà
plus , parce que le bruit de la chûte avoit
aufli interrompu fon fommeil : il la fixe
avec des regards foudroyans. Émilie , déconcertée
, lui demande la cauſe de fon
agitation. Quoi , malheureuſe , lui dit-il ,
as-tu bien l'effronterie de me faire une
queſtion auffi injurieuſe ? Lève -toi , approche
& viens voir les marques certaines
de ton opprobre & de ton infamie. Émilie
, perfuadée de fon innocence , fe lève
& marche au lieu que lui avoit indiqué
fon père . Sont-ce là , ma fille , dit le
père d'un ton ironique , des marques
équivoques de votre honneur & de votre
vertu ? Où prétendiez - vous donc aller
avec votre Lucius ? Que n'ai- je un poignard
pour te le plonger dans le fein
fille indigne d'un père qui a tant pris de
foins pour ton éducation. Emilie , à cette
vue & à ces mots , penfa mourir d'effroi ;
fes membres font glacés de crainte : elle
auroit expiré fur le champ , fi fon ame
n'eût pas effuyé déjà de pareilles révolutions
, & fi fon innocence n'eût pas
tempéré l'horreur d'une telle circonfMA
I. 1777 .
1
33
tance. Favius prit ce filence de fa fille
pour un aveu fincère de fon crime : il fe
retire , & la laiffe feule abandonnée à
elle -même .
Émilie fut long-temps fans faire aucune
réflexion fur la fituation critique où
elle fe trouvoit. Enfin , lorfque les ténèbres
épaiffes qui couvroient fon ame ,
fe furent diffipées , elle ne put jamais
trouver le noeud d'un tel événement. Je
fuis innocente , difoit- elle ; quel eft donc
le coupable ? Ce n'eſt pas Rufus , puifque
mon père , par une barbare deſtinée ,
avoit donné les mains à fa demande :
cependant je ne connois que lui feul
capable d'un deffein auffi téméraire . Seroit-
ce donc Lucius ? Non , je m'abuſe ;
je lui fais injure , en doutant ainfi de fa
vertu . Non , jamais il ne fut capable de
penfer à un tel moyen , qui bleſſe fa
fageffe & fon innocence , & encore
moins de l'exécuter. Quel eft donc ce
malheureux , difoit elle , en répandant
des larmes , qui attente ainfi à mon repos
& à mon honneur ? C'est moi qui fuis
l'infortunée , fur qui l'adverfité fe plaît
à décharger tous fes coups. Que n'avoitil
, mon père , un poignard dans le temps
qu'il en defiroit un pour me le plonger
By
$
34 MERCURE DE FRANCE.
1
dans le fein ! Non , je ne pourrai jamais
furvivre à une telle difgrâce.
Favius , irrité du crime de fa fille ,
avoit déjà donné fes ordres à fes gens
pour préparer tout ce qui étoit néceffaire
, afin de tranfporter fa fille dans
une maifon qu'il avoit à deux lieues de
Rome , où il vouloit l'enfermer pour le
refte de fes jours. Il étoit dans une colère
& dans une fureur étrange ; il exhaloit
mille injures atroces contre Lucius
& fon père. L'aurore commençoit à
peine à paroître , qu'il demanda à fes
gens fi tout étoit prêt , comme il leur
avoit ordonné ; & voyant qu'ils ne s'étoient
pas mis en devoir de lui obéir , il
vouloit les congédier tous . Alors ils répandirent
des larmes , & le conjurèrent
de différer un ordre auffi févère ..
Favius fut pourtant attendri ; mais il ne
laiffa pas de réitérer fes ordres pour le
départ de fa fille. Ils difpofent donc tour
avec regret ; les chevaux font attelés , &
femblent , par leurs henniffemens , témoigner
leur répugnance . La voiture eft
prête , la porte s'ouvre : Favius fait defcendre
Émilie , & la fait monter dans
l'équipage i en fait autant ;
il commande
enfuite au Cocher de les emmener
en diligence.
MA I. 1777 . 35
Cependant le bruit de cet événement
avoit tranfpiré , je ne fais comment , &
la renominée à cent bouches , avoit
déjà publié cette nouvelle dans tous les
quartiers de Rome. A peine la voiture
avoit-elle avancé , qu'un homme vint fe
jeter avec impétuofité devant les chevaux
, pour s'oppofer à leur paffage : la
voiture s'arrête. Alors adreffant la parole
à Favius , lui dit : C'eſt moi , c'eſt moi
qui fuis coupable , & non pas Émilie :
c'eft à Corilla que j'en voulois , & non-àvotre
fille. Roccius que Vous voyez , eſt
le plus criminel des hommes : vous devez
punir en lui un raviffeur , un cruel qui
trouble votre repos , & fait éprouver
tant de peine & d'amertume à une perfonne
vertueufe qui le méritoit le moins .
Corilla m'avoit témoigné tant de dédains
& de rigueur , que je réfolus d'employer
la rufe & la violence. Je tramai ce deffein
; mais le ciel m'arrêta dans l'exécu
tion , en permettant que je me laiſſaſſe
tomber , parce que je montois avec trop
de précipitation . C'eft dans ce moment ,
Monfieur , que vous accourûtes au bruit
de ma chûte , & que je m'échappai de
vos mains ; mais mes forfaits font trop
grands pour être impunis ; frappez , je
Bovj
36 MERCURE DE FRANCE.
ne mérite plus de vivre . L'ame de Favius ,
pendant ce récit , étoit partagée entre la
joie & la douleur : les ténèbres épaiffes
qui couvroient fon efprit , fe diffipèrent ,
& fes terreurs s'éclipsèrent auffi-tôt. La
préoccupation ne lui avoit pas fait envifager
, jufqu'ici , que le balcon où tendoit
l'échelle du raviffeur , étoit commun
à la chambre d'Émilie & à celle de Corilla.
: Il ordonne donc à fes gens de rebrouffer
chemin & de le remmener chez lui ,
& dit à Roccius de le fuivre , afin que ,
confrontaħt ce qu'il venoit de dire avec
ce que diroit Corilla , il pût éclaircir entièrement
fes doutes.
A peine Favius fut-il arrivé , qu'il fit
venir Corilla qui étoit au défefpoir , lorfqu'elle
eut appris les revers de fa maîtreffe
, convaincue qu'elle étoit de ſon
innocence. Favius lui demande donc
quelle étoit la correfpondance qu'elle
avoit avec un homme nommé Roccius :
les réponſes de Corilla le fatisfirent à un
tel point , qu'il renvoie fur le champ
Roccius en lui pardonnant fa faute , qu'il
avoit déjà expié par l'aveu qu'il en avoir
fait , & le repentir fincère qu'il avoit rémoigné.
MAI.1777 . 37
r
Favius , pleinement convaincu de l'innocence
de fa fille , étoit dans la plus
grande agitation. Il la va trouver ; & , les
larmes aux yeux , lui témoigne le défefpoir
où il étoit d'avoir taxé injuſtement
fon innocence . Je fuis , lui difoit- il , le
plus coupable des pères : oui , je fuis un
père indigne de pofféder une fille auffi
vertueufe. Émilie fe jetant à fes pieds
pour les embraffer , le conjure de ne point
tenir un difcours qui l'offenſe . Elle effuie
fes larmes. Je fens , mon père , en
cet inftant redoubler l'amour que j'ai
toujours eu pour vous : c'eft à vous à qui
je dois le foin que vous avez pris de
ma vertu. La punition que vous m'impofiez
étoit encore trop légère , & votre
rigueur étoit fort au-deffous du crime
dont vous me croyiez coupable . Les larmes
de Favius & d'Emilie coulèrent en cet
inftant avec plus d'abondance , & ils fe
les effuyoient mutuellement.
-
Pendant ces entrefaites , on vint annoncer
à Favius qu'un jeune homme
demandoit à lui parler en particulier,
Il ordonne qu'on le faffe venir dans fa
chambre il fut bien étonné de voir
Lucius fe jeter à fes pieds . C'eft Lucius ,
dit ce jeune homme en pofture de fup-
::
38 MERCURE DE FRANCE .
pliant ; c'eſt Lucius que vous allez rendre
tout-à-l'heure le plus heureux ou le
plus infortuné des hommes . Lifez ceci ,
en lui remettant un papier , & prononcez
ma fentence. Favius fe fentant l'ame
attendrie , dit à Lucius de fe relever . Il
le fixe avec un oeil moins menaçant qu'au
paravant , & lui demande ce que c'eſt
que cet écrit . C'eft , dit Lucius humblement
c'eft la charge de Prêteur que
mon père remet entre vos mains , pourvu
qu'il foit le prix de notre réconciliation
mutuelle. A ces mots , Favius ſe ſent
l'ame foulagée . Le fiel qu'il avoit gardé
jufqu'ici contre Caïus , fait place tout-àcoup
à l'affection la plus tendre. Où eſt
votre père , dit- il à Lucius , en l'embraffant
? Où est-il que je l'embraffe aufſi ?
و
Caïus , qui étoit dans l'antichambre
& qui avoit tout entendu , paroît auffi-tôt ..
Favius vole au- devant de lui , & ils fe
donnent réciproquement les marques les
plus fenfibles de l'amitié la plus tendre.
Oublions , dit Caïus , nos inimitiés , &
qu'elles ne fervent qu'à nous attacher.
plus fortement l'un à l'autre. Je confens
à cela , répliqua Favius , fous les conditions
que vous reprendrez la prêture que
wous. m'avez , offerte par votre fils. Ce
MA I. 1777 . 39
:
trait d'un coeur généreux m'a accablé.
Reprenez votre charge , c'eft vorre ami
qui vous en fupplie : mon honneur , joint
à l'amitié qui nous lie , y eft intéreffé ; je
ne veux pas qu'il foit dit que l'ambition
ait eu part à notre réunion. Pendant ces.
débats tendres & affectueux , on apporte
une lettre à Favius de la part du père de
Rufus il la lit à part ; & , après l'avoir
lu , il jette un cri de joie : me voilà , dit
il , aujourd'hui au comble de mes defirs.
Il appelle auffi tôt Émilie. Qu'on juge de
fon étonnement , en voyant fon cher Lu
cius ! Qu'onjuge de fon raviffement , en
le voyant lui & fon père amis de Favius ,
autant qu'ils avoient été ennemis aupa
ravant ! Rufus, dit Favius à fa fille , Rufus.
ne fera point votre époux non , il eſt
indigne de vous pofféder. C'étoit par une
baffe jaloufie contre Lucius qu'il vous rendoit
des foins , & non par amour pour
vous ; car fon père me marque qu'il avoit
cherché un établiffement ailleurs , dès
qu'il eut appris la difgrace de Lucius que
vous voyez mais je veux le mortifier &
me fatisfaire moi- même ; je veux réparer
aujourd'hui tous les torts dont je fuis cou
pable envers Lucius & mafille : & puis-je
mieux le faire qu'en les uniffant à jamais
40 MERCURE DE FRANCE .
par
des liens folennels ! Le coeur de ces
époux futurs fe dilata autant que l'angoife
l'avoit refferré auparavant. Caïus ne pou
voit répondre à toutes ces démonftrations
de bonté de la part de Favius , que par le
filence énergique de l'extafe. Favius fait
faire auffi-tôt les préparatifs de la noce
pour le lendemain . L'innocence & le bonheur
de ces époux causèrent dans Rome
une joie univerfelle. Ainfi fut perfécutée
& couronnée l'innocence d'Émilie.
Par M. S. C. à Auxerre.
O D E..
Prima quæ vitam dedit hora , carpit,
SENEC ,
QUEL Spectre menaçant fort de la nuit profonde ,
Et, le bras teint de fang, donne des loix au monde !
Son trône eft un cercueil , fon fceptre eft une faulx.
O Mort ! c'eſt toi... De tes ravages
Traçons les funèbres images ;
De tes noires couleurs viens charger mes pinceaux.
L'homme , par l'Éternel créé dans l'innocence ,
Du malheur & du tems eût bravé la puiffance ,
MAI. 1777. 41
Si , formé vertueux , il l'eût été toujours .
O douleur ! il connoît le crime ;
Sous les pas s'entrouvre l'abyſme ,
Et la mort a coupé le tiffu de fes jours .
Dès-lors tout dur périr : l'enfant , fous l'anathême ,
Fils d'un père profcrit , hélas ! profcrit lui-même ,
Vient , foumis au trépas , pleurer dans fonberceau.
Avant qu'il ait vu la lumière ,
Il touche au bout de la carrière ,
Et le fein de fa mère eft fon premier tombeau.
Nous mourons tous les jours : périffables atômes ,
Le Très-Haut devant lui voit paffer nos fantômes,
Sous le chaume ou le dais tout fuit la même loi.
La mort frappe , le fceptre tombe ;
Et , dans les horreurs de la tombe ,
Le Sujet qui n'eft rien eft l'égal de fon Roi.
L'homme à tous les inftans éprouve la foibleſſe .
Les maux , de fon deftin l'avertiffent fans ceffe .
La douleur le conduit où le trépas l'attend .
Notre vie eft un jour d'orage ,
Où le foleil , dans le nuage,
De l'aurore à la nuit brille à peine un inſtant .
Ces biens que l'on pourfuit toujours fans les
connoître ,
42
MERCURE DE FRANCE.
L'on n'enjouit jamais qu'aux dépens de fon être.
Tout eft mortel pour nous , tout hâte notre fort
Par quel aveuglement extrême
L'homme , en abufant de lui-même ,
Jufques dans fes plaifirs s'apprête- t- il la mort?
Les fièvres de fon coeur , que de faux biens
allument ,
De fes goûts corrompus les befoins le confument }
Du poiſon deſtructeur ils attirent le cours.
Ainfi la folle Créature
Force elle-même la Nature
A brifer les refforts de fes fragiles jours.
Où voles -tu , cruel ? Quelle noire Euménide
Vient d'armer ta fureur d'un glaive parricide ?
Quoi ! dans le fang d'un frère ofer tremper les
mains !
Va , la mort punira tes crimes ;
Ses inftrumens font des victimes
Qu'elle immole bientôt au repos des humains.
L'homme affaffin de l'homme !... Eh quoi !... que
vois-je encore ?
Un peuple contre un peuple... Et quel monftre
dévore
Ces féroces mortels l'ún
par
l'autre écrasés ?
Sa voix a l'éclat du tonperre,
ر
MA I. 1777 . 43
Ses traits enfanglantent la terre ;
Il vomit mille morts de fes flancs embrafés.
O démon de la guerre ! ainfi, fous ta loi dure ,
Comme l'affreux hiver dépouille la Nature ,
Le carnage brûlant dévaſte les Érats.
Ces humains , qu'on ne peut comprendre ,
S'étoient unis pour le défendre ,
Et pour s'entrégorger ils vont liguer leurs bras.
Le ciel noir des vapeurs d'une flamme ſanglante ,
Sur un champ qui frémit l'humanité fouffrante ;
Des trônes engloutis dans le fang des fujets ,
Dieux! quels objets épouvantables ?
Ah ! que de maux inexprimables
Fondront fur les auteurs de ces affreux forfaits !
Non , non , la renommée , en erreurs fi féconde ,
Pour prix de ces forfaits offre l'encens du monde
Au coupable Héros , aveuglé par l'orgueil .
Mais , fous les ailes de la gloire ,
Du char même de la victoire ,
La mort , la jufte mort va lui faire un cercueil.
Ce valeureux guerrier, quel que foit fon langage ,
En volant aux écueils , redoute le naufrage
Dansfon coeur qu'étourdit l'ivreffe des tranfports.
Et qu'aucun péril ne l'étonne
1
44
MERCURE
DE
FRANCE
.
Que la fortune le couronne ,
Entendra- t-il fon nom dans l'empire des morts ?
Qu'il entre dans ces lieux où l'horreur des ténèbres
Nous voile des humains les dépouilles funèbres ,
Dans l'abyfme profond qu'ont creufé les exploits ...
Tu frémis ! ... c'eft- là ton ouvrage ,
Ce fera là ton
apanage.
Voilà l'homme & fa gloire, & fes biens & fes droits.
De membres féparés un aſſemblage informe,
Le filence régnant dans un chaos énorme ,
Des offemens poudreux étonnent mes efprits...
J'arrofois ces cendres de larmes...
Ma pitié fe change en alarmes .
Je les vois fe lever & m'adreffer leurs cris.
"Cendre animée ! ici le Roi de la Nature
» A la corruption vient fervir de pâture .
» Vivans , ſur ces tombeaux nous marchions fièrement.
» Sous nos pas ces tombeaux s'ouvrirent ;
» Les flots du tems nous engloutirent.
»Nul bras ne nous foutient hors de cet élément.
»Coloffes de grandeur, vous qui lancez la foudre,
»Un fouffle du trépas va vous réduire en poudre ;
»Dieux de la terre , ofez réſiſter à fes
coups.
MAI.
1777. 45
33
»Monarque , gardes & barrière ,
» Tout cède à la faulx meurtrière .
Qui rend les Rois fi fiers , s'ils meurent comme
» nous ? »
J'admirerois les noms & de Roine & d'Athênes ,
Et l'ame d'Ariftide , & l'art de Démosthènes ,
Et le bras de Céfar , & le coeur de Titus ! ...
J'irois encenfer leurs vains buftes !
Non , non , mais fous leurs noms auguſtes ,
Célébrer les talens , honorer les vertus.
Ne dites point , mortels infenfés que vous êtes ,
Bons ou méchans , la mort doit fondre fur nos
têtes ; -
La volupté nous rit , cédons à ſes attraits.
Ignorez -vous donc que la vie ,
Du prix de nos oeuvres ſuivie ,
Eft l'aurore d'un jour qui ne finit jamais ?
Quand de nos jours mortels le trépas rompt la
Il ne fait
trame ,
que brifer la priſon de notre ame ;
Le corps meurt , l'ame vit , libre de fes liens,
Criminelle dans les fupplices ,
Vertueuse dans les délices ,
L'éternité meſure ou fes maux ou fes biens.
46 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffons notre fort : la terre eft une arêne
Où les foibles humains luttent contre la peine.
Le prix fuit le combat que la mort vient finir.
C'est pour l'avenir qu'il faut vivre ;
La règle que l'homme doit fuivre ,
Eft que , pour fon bonheur , il n'ait plus qu'à
mourir.
Par M. de Trefféol.
LEPROCUREUR QUI TIENT PAROLE.
UN Plaideur fe plaignoit de ſa Partie adverſe
Cet homme , diſoit- il , en tous lieux me traverſe :
Il a de la malice ; il voudroit mon malheur ;
Je le crains; je ne puis exprimer ma douleur.
Son Procureur honnête auffi- tôt le confole :
Il ne faut pas, dit- il, que cela vous défole .
Il veut votre malheur ; mais je veux votre bien .
Il fut tenir parole , & ne lui laiffa rien.
Par M. Jacques Piron.
MA I. 1777 . 47
LE DONNEUR de ConsEIL ou LE NEZ
DE CIRE.
Fable imitée de l'Allemand.
DE la main d'un Houfard , un brave Militaire ,
Le jour d'une bataille eut le nez abattu ;
?
On peut être fort bien reçu
Sans un bras , fans un oeil ; on peut même encor
plaire :
Mais , fans nez , comment fe montrer ?
Heureuſement que l'art en créa de poftiches.
Notre homme y recourut : il alla vifiter
Les Marchands de nez les plus riches ;
Il en vit de toute façon ,
En bois , en ivoire , en carton ,
En or , en argent, en porphyre ;
Car l'homme induftrieux femble avoir mis fes
foins
A prévenir tous les beſoins ;
L'Enfant de Mars , par goût , choifit un nez de
cire :
Un Peintre fut chargé d'imiter la couleur
De l'ancien , tranché d'un coup de cimeterre ;
On s'en fouvenoit peu ; mais certaine Commère ,
48
MERCURE
DE
FRANCE
.
Qui favoit tous les nez par coeur ,
Et jufqu'à leur moindre nuance ,
Décida du défunt l'exacte reffemblance…..
De cette pièce de rapport
Notre homme ainfi muni , fe préfente d'abord
Aux yeux de toute fa famille :
«Tout fe porte- t -il bien céans ?
» Comment me trouves - tu , ma fille ?
"
Que vous en femble , mes enfans ?
養糖
»Ce nez me va-t - il bien ? » Au mieux , je vous
affure ,
Répond l'Aîné ; mais on diroit
Qu'il n'eft pas abfolument droit ;
Attendez... Le voilà placé d'après nature.
Ah ! mon frère , arrêtez , s'écria le Cadet,
Il penche trop à gauche... allez , laiſſez - moi faire ...
Confultez le miroir , & convenez , mon père ,
Que votre nez ainfi fait un meilleur effet.
Queles garçonssont peu d'adreſſe !
Pourfuivit , en riant , la Soeur ,
Dont l'oeil fin obſervoit la main du contrôleur ;
Permettez que je le redreffe ;
Je vous protefte, mon Papa ,
Qu'il n'eft pas bien comme cela...
Officieuse , elle s'avance ,
Le prend , le tourne , fait fi bien,
Que, malgré toute la ſcience ,
Le
MA I. 1777. 49
Le pauvre nez , en moins de rien ,
En vingt morceaux tombe par terre.
Pefte des redreffeurs & des avis divers ;
Au lieu de le brifer , dit notre Militaire ,
Ne valoit- il pas mieux le laiffer de travers ?
C
Par M. Houllier de Saint-Remy.
LES CRIMES & LE CHATIMENT.
Apologue.
Las Crimes échappés de leurs fombres cachots ,
Fondirent un jour fur la terre,
Dont ils troublèrent le repos ;
Avec moins de fracas s'annonce le tonnerre :
Sous leurs pas empeftés on vit l'herbe jaunir ,
De funeftes vapeurs les Villes fe remplir ,
Les forêts fe réduire en cendres ;
Et ce que , fans frémir , on ne fauroit entendre ,
Plus méchans qu'au fiécle d'airain ,
On vit les mortels fanatiques ,
Le fer homicide à la main ,
Se livrer aux fureurs des difcordes publiques...
Les monftres enhardis par ces premiers fuccès ,
Méditent de nouveaux forfaits :
C
So MERCURE
DE FRANCE
.
Dans leurs yeux effrontés la méchanceté brille :
Joyeux , fe tenant par la main ,
Ils marchoient triomphans , lorfqu'ils virens
foudain ,
Appuyé fur une béquille ,
Un Dieu , d'un pied boîteux , fe traîner fur leurs
pas ;
C'étoit le Châtiment : tu feras bientôt las ,
Dit la troupe infernale en éclatant de rire ;
Quel vain espoir vient te féduire ?
En marchant auffi lentement ,
De ton foible courroux nous n'avons rien à
craindre ;
Jamais , pauvre Eclopé, tu nepeux nous atteindre.
Oh ! tant qu'il vous plaira , reprit le Châtiment,
Que votre cohorte me raille ;
Courrez pour quelque tems vous pourrez
m'échapper ;
Mais tôt ou tard , vile canaille ,
Je faurai bien vous attraper.
蒸
Par lemême.
M. A I.
1777.
L'AMOUR OISEAU.
DAN
Imitation de Bion.
"ANS le fond d'un bocage épais ,
Un enfant jouillant dés plaifirs du bel âge ,
Perçoit les oiſeaux de fes traits.
A travers le fombre feuillage ,
Il voit voltiger fous l'ombrage ,
L'Amour fans carquois , fans flambeau.
Simple encor, fans expérience ,
Dans l'âge heureux de l'innocence ,
Le pauvre enfant le prit pour un oifeau :
Qu'il eft charmant ! dit-il , quel plaifir ! quelle
gloire
Si je puis le percer ! Ne faifons point de bruit.
Il approche , & déjà comptant fur la victoire ,
De fon bonheur il s'applaudit :
Mais lorsqu'à tirer il s'apprête ,
Le Dieu malin tourne la tête ,
Le voit , prend l'effor & s'enfuit.
L'enfant gémit , pleure , ſe déſeſpère ,
Jette fon arc , fes traits , & courant à ſon père ,
Lui montre en foupirant , l'auteurde fon chagrin ,
Qui , fuyant d'une aile légère ,
Cij
52. MERCURE DE FRANCE .
S'étoit allé percher fur un ormeau voiſin.
Le Vieillard reconnut fans peine
Le Dieu cruel . Ton eſpérance eſt vaine ,
Mon fils , dit- il en l'embraſſant ,
Vas , ceffe de pourfuivre un ennemi puiſſant.
Crains toi-même plutôt , crains cet oifeau perfide :
Il t'évite aujourd'hui que tu n'es qu'un enfant ;
Hélas ! le tems approche où , loin d'être timide
Et de fuir devant toi , comme il fait maintenant,
Il fondra fur ta tête & fera ton Tyran.
Par M. F. A.
Remerciment à Mademoiſelle B....
AMOUR , j'ai quelquefois recherché tes faveurs;
En tes bontés je n'ai plus d'efpérance :
L'amitié me confole , & fes dous plus flatteurs
de ton indifférence.
Vont me venger
De lajeune Zulmé je reçois chaque jour
De nouveaux traits de bienfaiſance ;
Mais , pour lui témoigner mon ſenſible retour ,
J'implore encor ton aſſiſtance :
Sois moi propice une fois , tendre Amour ,
Et daigne te charger de la reconnoiſſance.
Par M. Dareau.
MA I. 1777. 33
ÉPITRE à Monfieur ***
AIMABLE Ami , Philofophe , vrai Sage ,
Vous qui joignez les graces du bel âge
A l'auftère fagelle , aux vertus , à l'amour ;
Apprenez - moi dans quel heureux séjour
L'amitié fainte ira fuivre vos traces ;
Et tandis que fa voix vous dira mes difgraces ,
Et que vos yeux fe mouilleront de pleurs ,
Sa main vous couvrira de fleurs.
Conduit par la philofophie ,
J'erre de climats en climats .
Je cherche la raiſon ; mais c'eſt une folie.
Dans ce fiécle on ne la trouve pas ;
De fots encor la terre eft trop remplie ,
C'est aujourd'hui perdre les pas.
Tout Philofophe eft en butte à l'envie:
Une infolente & lâche calomnie
Le pourfuit par fes hurlemens .
L'hideufe & baffe jaloufie ,
Derrière lui grince les dents ;
Et leur fille , l'hypocrific ,
Sur fon coeur pointe une arme à deux tranchans .
Auprès de lui , d'un oeil louche & ftupide ,
Ciij
54
MERCURE DE FRANCE.
&
L'orgueil vient lorgner fes écrits,
Veutle juger ; & , fans l'avoir compris ,
Lui jure au fond de l'ame une haine perfide.
Sans doute de fon coeur il fonda les replis.
Même un effaim de Beaux- Efprits ,
Choqués de fes vertus & de fa patience ,
Cherchent, par quelque fourde offenſe ,
Afe venger un peu de fon mépris.
Mais de tant de fats ennemis ,
Le dépit & l'aveugle rage
Ne troublent point fon coeur ni fa raiſon.
C'est par la perfécution
Qu'un fage malheureux devient encor plus fage.
Il doit rire en fecret des efforts du méchant.
Plus on veut l'abaiffer , & plus il devient grand.
Par M. Caria.
素
Imitation de la IVe Ode
d'Horace ,
Livre I.
LE fouffl
E fouffle du zéphir a chaffé les frimats}
Le printems , de retour , embellit nos climats.
Le Dieu de l'élément perfide ,
Après avoir calmé les flots ,
A
MAI. 1777. 55
Engage le Marchand avide
A lancer en merſes vaiſſeaux.
Les troupeaux renfermés par la rigueur du froid ,
Da printems qui renaît fentent la douce loi
Et , quittant leur prifon obfcure,
Vont en bondiffant dans les prés
Pour y retrouver la verdure
Dont l'hiver les avoit fruftrés .
Le laboureur s'éveille , il quitte fon foyer ,
Va fillonner la terre ou tailler fon verger ;
Aux champs il devance l'aurore
Pour y commencer les travaux ;
Et le foir il a peine encore
•
A venir goûter le repos .
Quand Phébus fatigué , fe cachant à nos yeux,
A permis à la foeur de réfléchir les feux ,
Les Nymphes font des choeurs de danse ,
Sous la conduire de Cypris ,
Et frappent la terre en cadende
En foulant les gazóns fleuris.
Vulcain en ce moment allumant fes fourneaux ,
Fait retentir Etna du bruit de fes marteaux ;
Il forge l'horrible tonnerre
Civ
56 MERCURE
DE FRANCE
.
Dont Jupiter arme fon bras
Quand il veut effrayer la terre
Ou bien punir les fcélérats.
Couronnons-nous des fleurs qui viennent de
s'ouvrir ,
Ou du myrte amoureux que Vénus fait fleurir.
Immolons , fous le verd feuillage,
Au Dieu Faune un jeune chevreau ;
Ou , s'il en aime mieux l'hommage ,
Immolons le plus tendre agneau.
L'inexorable mort , fous fes coups affafſins ,
Fait tomber les Bergers comme les Souverains ;
Pour toi , qui , comblé de richeffes ,
Vit content , heureux Sextias ,
Crois-moi , profites des largeffes
Et des faveurs du Dieu Plutus.
Bientôt une nuit fombre obſcurcira tes yeux ;
Bientôt tu reverras tes illuftres Aïeux :
Lorfque du ténébreux empire
Tu prendras le trifte chemin ,
Le fort ne pourra plus nous dire
Quel fera le Roi du feſtin .
Par M. de R*** , de Péronne.
M A I. 1777. 573
Vers adreffés à M. le Lieutenant- Général
du Bailliage de Péronne , à l'occafion
de fa fête de Saint Louis.
LE Saint dont vous portez le nom
Fut ennemi de l'artifice ;
Comme votre auguſte Patron ,
A tous vous rendez la juſtice :
Si le ciel exauce nos voeux ,
Vous la rendrez encore à nos derniers Neveur.
Par le même,
QUATRAIN.
JULIE eft jeune & belle , elle fait raisonner ;
Nature a fait pour elle autant qu'il eft poffible ;
Elle a tout pour nous plaire , elle a tout pour
charmer ,
Que peut-il lui manquer? hélas ! un coeur fenfible
Par M. P. à Versailles.
CAV
58
MERCURE
DE
FRANCE
.
L'OISELEUR & LE MOINEAU.
UN jour
Conte.
N jour un Oifeleur vint tendre ſes filets
Aux bords fleuris d'une fontaine.
Gentil Moineau , courant la pretentaine ,
Se laiffa prendre dans fes rêts .
Notre Manant accourt , & déjà ſe diſpoſe
A couper le fil de fes jours.
Pour l'appaifer, l'Oifeau tremblant propofe
Deux Roffignols qui chantoient leurs amours.
Je fuis de mauvaiſe défaite ;
Que ferez-vous de moi , dit- il au Villageois ?
Laiſſez-moi , par pitié ! je ne ſuis bon qu'aux bois ;
Ne troublez point ma tranquille retraite ;
Ces Roffignols vous feront mieux profit :
Ah ! qu'ils feront charmans en cage !
Oui , la douceur de leur ramage
Saura vous procurer un plus heureux débit.
Taupe , répond le Manant : rufé Moineau s'envole
A tire d'aile en un bofquet charmant ,
Où l'Oiseau de Vénus ſoupire , ſe déſole.
Il écoute , il entend un fon de voix touchant ;
C'étoit un Tourtereau qui peignoit fa tendreffe .
MA I. 1777. 19
Son chant àpeine étoit fini ,
Moineau s'approche & dit : Votre fort m'intéreffe ,
Croyez les confeils d'un ami ;
Fuyez avec votre compagne ,
Craignez de demeurer dans ces bófquets fleuris ;
Fuyez , errez dans la campagne :
Le plus cruel de tous nos ennemis
" Près de ces lieux , pour nous furprendre ,
A tendu fes filets : je viens d'en échapper ;
Le fubtil Oifeleur avoit fu m'attraper ;
Craignez donc , comme moi , de vous y laiffer
prendre.
C'eft ainfi que, fouvent , pour vouloir trop prétendre
On fe laiffe aifément tromper ;
Gardons -nous de trop entreprendre ,
Dans le fort du Manant évitons de tomber.
S'il fe fût contenté d'une feule capture ,
Il n'auroit pas perdu tout fon profit ;
L'appas du gain l'a trop féduit ;
Il n'a pas lu prévoir une heureuſe impoſture.
Pour éviter un pareil cas ,
Suivons le cours de la nature :
Untien , dit - on , vaut bien deux tu l'auras ,
Le proverbe nous en affure .
Par M. Dufaufoir.
C vj
во MERCURE DE FRANCE.
VERS
Mis au bas du Portrait de Mademoiselle
DE C ***
PLUS brillante que Philomète ,
C** a d'Orphée & la lyre & lavoix ;
La toile s'embellit fous fes magiques doigts ;
Son art fait oublier les chef-d'oeuvres d'Apelle .
Que de talens ! c'eft trop pour notre hommage,
Et fa beauté fuffit pour la faire adorer.
Laiffons, laiffons aux Dieux le foin de la chanter,
Contentons - nous d'admirer fon image .
Par M. d'Elmotte..
Explication des Enigmes & Logogryphes
dufecond volume d'Avril.
Le mot de la première Enigme eft
la Puce ; celui de la feconde eft la Lune ;
celui de la troifième eft la Nuit. Le mot
du premier Logogryphe eft Seringue ,
où fe trouvent finge , ferin , firène ;
celui du fecond eft Couronne dans
•
AIR
Par Mademoiselle ClaireFille deM.
Alexandre, Bibliothequaire deMle
Duc d'Aumon
JeuneFlore a lamour vous a :
6
ver donne la naissance ;
4x
Ce jeune Dieu pour recompen:
6 6 4x
-ce Vous em : bel .....lit a.
84x 6
chaque instant du jour etpar
te
plus charmant retour
6
ilpar:
-tage a: vec vous sa plus
6
douce existance sa plus
douce existan : ce
MA I. 1777.
6I
lequel fe trouvent or , urne , cor , cure ,
cône , coeur , rue , cour , Nonce ; celui
du troisième eft Campagne , où l'on
trouve ame , Aman , cap , nape , Mage ,
camp , Page.
ENIGM E.
Nous fommes l'ornement du champ où nous.
naiffons ,
Champ dont le fein ignore la charrue ,
Et qui , quoique jamais le foc ne le remue,
N'en rapporte pas moins d'abondantes moiſſons ;
Chez qui, bien plus , par un fort tout contraire ,
Les fillons,font , pour l'ordinaire ,
Avant- coureurs de la ftérilité.
Mais qui le maintient donc dans fa fertilité ?
Las ! je crois , un peu la nature..
Léger engrais eft toute la culture ;
Encor... engrais , façons , torture ,
Qu'il endure journellement,
N'êtes-vous pas plutôt pour l'ornement ?:
Par M. P **..
62 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
FAIT de
différentes façons ,
Je fers à différens ufages :
Néceffaire dans les maiſons ,
Dans les Villes , dans les Villages ,
Chacun a foin de fe munir de moi ;
Mais le fexe toujours me donne double emploi.
4
Un élément terrible ,
Pour moi fans animofité ,
Loin de m'être auifible ,
Me rend ma première beauté. )
Bientôt placé par les mains d'une Belle ,
Qui cherche encore à s'embellir ,
De mon devoir je m'écarte pour elle ,
1
Et je fais tout pour la fervir.
Enfin , fans être moins docile ,
Souvent je me nourris des pleurs
Quelleverfe dans fes douleurs ,
Alors ma cruauté lui devient très - utile .
Par M. le Roux,
MA I. 1777.
63
J'ai
AUTR E.
MESSE
ESSIEURS , je ne veux point ici
Jouer la petite Maîtreſſe ;
Comme elle , comme vous auffi ,
pourtant des vapeurs , mais de toute autre
efpèce .
Lorfque l'accès lui prend , l'Amant le plus chéri ,
Grondé , traité comme un Mari ,
De fon humeura tout à craindre ,
Et de la mienne il n'a point à fe plaindre.
Son coeur en eft plus attendri
S'il m'entend murmurer , ce qui par fois m'arrive.
Lecteur , concevez - vous comment
Je fuis dans le même moment
Et très -flegmatique , & très- vive ?
Des Coquettes qui , par degrés ,
Ammènent à leur but l'Amant encor novice ,
De Tantale lui font éprouver le fupplice ,
Meffieurs , je n'ai point l'artifice.
D'un defir très ardent vous fentant dévorés ,
Lorfque fur l'herbette fleurie
Près de moi vous ferez à l'ombre d'un ormeau ,
Je n'aurai point la barbarie
De vous tenir le bec à l'eau.
64 MERCURE
DE FRANCE .
Pour qui m'aime , je fuis & très- douce & très- -
bonne.
Coquettes (foit dit entre-nous)
Qui n'êtes bonnes que pour vous ,
Belle leçon que je vous donne !
Par M. Dul**.
LOGO GRY PH E.
QUOIQUE
je fus jadis le tréſor d'Abraham
Et de maint autre Patriarche ,
La plupart des Enfans d'Adam ,
En s'éloignant des tems du Déluge & de l'Arche ,
Ont craint de s'avilir en vivant dans mon ſein :
Que feroient-ils fans moi, malgré tout leur dédain??
Lecteur , fans partager leur erreur , leur injure ,
Partagez- vous mon nom ": je fuis une ouverture ,,
Une carrière , un puits , une retraite , un creux ,
Ou bien , fi vous voulez , ce qu'il eft très-fâcheux
De ne point rapporter d'une déconfiture ,
De ces endroits malancontreux.
Par M. de Bouffanelle , Brigad
des Armées du Roi..
M A I. 1777 • 65
AUTRE.
Tour le monde , ô Lecteur ! fait mon utilité ,
Et mes qualités eftimables.
On n'eft
pas
moins inftruit de ma frivolité
Et de mes tons fouvent défagréables.
Au refte on vit par moi dans la poftérité.
Si l'on coupe mon chef, je deviens inutile
A celui qui s'offre à tes yeux.
Hélas , fon air eft bien d'un imbécile.
De ce mot-ci
Retranche auffi
Le chef, tu va trouver , fans être trop habile,
Des infectes rampans , l'infecte le plus vile.
Et bien qu'il foit l'objet d'un regard dédaigneux ,
C'eft de mes ennemis le plus pernicieux.
Et fans la fage prévoyance
Du Philofophe inftruit qui me tient fous fa loi ,
Ce feroit bientôt fait de moi ,
Car le bourreau détruiroit ma ſubſtance.
Par un bien bon avis finiffons ce propos .
Lecteur, qui de m'avoir veux te faire une gloire ,
Fais un bon choix ; alors tu peux m'en croire ,
Ton ame y trouvera le calme & le repos.
Par M. Vincent , C. de Q.
66
MERCURE DE FRANCE.
•
UNE allian
AUTR E.
NE alliance intime , un accord merveilleux ,
M'unitavec ma four par les plus tendres noeuds.
Avec elle je fuis en tout point fort femblable.
Ma forme affez bifarre eft fouvent agréable.
Je naquis avec toi ; en fept pieds feulement
Décompose mon être , & tu veiras fans peine
Ce Dieu qu'on invoqua fur la liquide plaines;
Un précieux métal ; un ancien inftrument ;
Un Prophête annoncé , une plante ordinaire ;
Ce que font les mortels en ce monde pervers ;
Un Monarque honoré dans les Etats divers.
J'offre un guide à tes pas utile & néceffaire ;
Un oifeau de tous tems que l'on
connut ; enfin
Un jeu que tu jouas en ton âge enfantin ;
Un fleuve très-rapide ; un ville de Flandre.
J'en ai bien dit aflez , Lecteur , tu peux m'entendre.
MAI.
1777.
61
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Hiftoire générale de la Chine , ou Annales
de cet Empire , traduites du Tong
Kien - Kang - Mou , par le feu Père
Jofeph-Anne- Marie de Moyriac de
Mailla , Jéfuite François , Millionnaire
à Pékin, publiées par M. l'Abbé
Grofier , & dirigées par M. le Roux
des Hautesrayes , Confeiller-Lecteur
du Roi , Profeffeur d'Arabe au Col-
: lége Royal de France , Interprête de
Sa Majesté pour les Langues Orientales
; Ouvrage enrichi de figures &
de nouvelles Cartes géographiques
de la Chine ancienne & moderne ,
levées par ordre du feu Empereur
: Kang Hi , & gravées pour la première
fois. Tomes I & II in -4° . à Paris ,
chez Ph. D. Pierres & Cloufier , Imprimeurs
, rue S. Jacques.
•
e
DEPUIS
EPUIS la fin du quinzième fiècle
que les Chinois , dérogeant à leurs vues
politiques , permirent enfin l'entrée de
leur Empire aux Européens , il eft fans
68 MERCURE DE FRANCE .
par
doute furprenant qu'aucun Écrivain ne
fe foit occupé à nous en donner l'hiftoire :
mais il falloit la puifer dans les annales
authentiques de cette Nation ; & les
difficultés de la langue chinoife d'un côté ,
& la longueur de l'entrepriſe de l'autre ,
ont été autant d'obſtacles qui nous ont
privé depuis fi long-temps de ce grand
corps d'hiftoire qui manquoit à notre
littérature . On s'étoit contenté d'un abrégé
fort court , extrait de ces annales
le P. Martini , qui ne defcend que juf
qu'à notre Ere , & des tables chronologiques
du P. Couplet , d'après lefquelles
le P. du Halde a compofé fes faſtes :
voilà à quoi fe réduifoient nos connoiffances
fur l'hiftoire de la Chine. Le P.
de Mailla , mort à Pékin en 1748 , après
un féjour de quarante- cinq ans en Chine ,
Savant à qui on eft redevable en partie
de la grande & magnifique carte de cet
Empire , & de la Tartarie Chinoife ,
levées par ordre de Kang-Hi , eut affez.
de courage pour entreprendre la traduction
entière de ces annales authentiques ,
& affez de connoiffance dans les langues
Chinoife & Tartare Mantcheoux , pour
s'en bien acquitter. C'eft cette traduction
dont les deux premiers volumes paroiffent
aujourd'hui.
MAI. 1777. 69
M. Freret , Secrétaire Perpétuel de
l'Académie des Belles- Lettres , dont les
favantes differtations fur la chronologie
chinoife doivent leur exiſtence au commerce
de lettres que cet Académicien entretenoit
avec le P. de Mailla , eut communication
de cette traduction des annales.
Il fit des démarches pour la faire.
imprimer au Louvre , & voulut en être
l'Éditeur ; mais le peu de temps qui lui
reftoit après les travaux particuliers , &
la direction des Mémoires de fon Académie
dont il étoit chargé , ne lui per
mirent pas de s'y livrer en entier.
D
Le manufcrit de cette traduction , qui
avoit été déposé dans la bibliothèque du
grand College de Lyon , a depuis paffé
entre les mains de M. l'Abbé Grolier
qui en a acquis la propriété par acte paffé
par-devant Notaires le 3 Août 1775 ; &
c'eſt à fon zèle que nous devons la publication
de cet important Ouvrage. Il en
a dreffé un Profpectus qui a été trèsbien
accueilli , & dont la fubftance eft
réimprimée dans le premier volume de
cette hiſtoire , fous le titre de Difcours
Préliminaire. M. G. y réfute les affertions
de l'Auteur des Recherches Philofophiquesfur
les Egyptiens & les Chinois ;
70 MERGURE
DE FRANCE
.
affertions qui ne méritoient peut- être pas
une réfutation , à la tête fur- tout d'une
hiftoire authentique qui les détruit toutes.
M. G. nous avoit promis , dans ce même
Profpectus , de commencer cette grande
hiftoire par un tableau général de l'Empire
Chinois. Mais il a penfé que cetre
defcription préliminaire de la Chine re
culeroit trop loin le récit hiftorique , qui
n'auroit pu commencer qu'au fecond vo
lume. Il a donc réformé cette partie de
fon plan , & rejeté , à la fin de l'Ouvrage ,
ce tableau qui contiendra une defcrip
tion topographique des quinze Provinces
de la Chine , celle de la Tartarie , des
Inles & autres pays tributaires qui en dépendent.
Le nombre & la fituation de
fes villes , foit du premier , foit du fecond
& du troifième ordre , y feront indiqués.
L'Auteur donnera , dans ce même tableau
, un état de la population de la
Chine , des tributs de chaque Province ,
des richeffes générales de l'Empire , & il
y raffemblera tous les détails qui nous
font parvenus jufqu'ici , fur les trois rè
gnes de fon hiftoire naturelle . Cette def
cription fera fuivie d'un précis de nos
connoiffances fur la Religion , le Gouvernement
, la difcipline militaire , les
, y
MA 1. 1777. 71
moeurs , les ufages , les arts & les fciences
des Chinois . Ces différens tableaux , le
dernier fur- tout , ne peuvent manquer
d'intéreffer tous les Lecteurs , ceux prin
cipalement qui s'occupent moins des révolutions
du Trône , que des découvertes
que l'efprit hunain a faites pour le bonheur
de la fociété , & pour accroître nos
jouiffances.
Nous devons auffi à M. G. la publication
des lettres du P. de Mailla fur la
chronologie chinoife , adreffées à M.
Freret , pour fervir de réponfes aux differtations
de cet Académicien , inférées
dans les tomes X , XV & XVIII des
Mémoires de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles - Lettres. Ces répon
fes , qui n'avoient point encore été rendues
publiques , font imprimées dans le
premier volume de cette hiftoire géné
rale , & peuvent lui fervir d'introduction .
Une autre obligation que nous avons
encore à M. G. , eft d'avoir engagé M.
des Hautestayes , très - verfé dans la littérature
orientale , à veiller fur l'édition
de ces annales , & à y porter une critique
fage & févère en même-temps , afin que
les grands traits de cette hiftoire ne foient
pas défigurés, comme tant d'autres , par
2 MERCURE DE FRANCE.
!
des préventions , des préjugés ou un efprit
fyftématique . '
Lorfque le P. de Mailla commença
cette traduction , il y avoit déjà près de
trente-fept ans qu'il réfidoit à Pékin ,
où , occupé du Chinois & de la langue
des Mantcheoux , il avoit , pour ainfi
dire , oublié le génie & le goût de la
fienne , comme il a la candeur de le
marquer lui- même dans fes lettres . M.
des Hautesrayes a donc été obligé de
retoucher ſon ſtyle en grande partie , mais
il l'a toujours fait avec la plus fcrupuleufe
difcrétion , & de manière à ne jamais
altérer le fens . M. D. a cru devoir encore
répandre dans le cours de l'Ouvrage un
affez grand nombre de notes qui paroiffoient
néceffaires pour l'intelligence du
texte . Nous devons de plus , aux recherches
du favant Editeur , des remarques
hiftoriques & critiques , imprimées en
tête du premier volume fous le titre
d'Obfervations.
Ces Obfervations font fuivies de la
Préface du P. de Mailla , qui entre dans
un grand détail fur les fondemens de
l'hiftoire chinoife , & appuie beaucoup
fur la fidélité & la critique des Hiftoriens
quiont recueilli ce grand corps d'hiſtoire .
Cette
MA I. 1777. 73
Cette difcuffion doit être lue dans l'Ouvrage
même.
Lorfqu'on jette les yeux fur l'hiftoire
des deux premières dynafties , on y remarque
une forte de féchereffe , mais qui
prouve affez la véracité des Hiftoriens
qui ont rédigé le Tong-Kien- Kang-Mou ,
ou les annales chinoifes. Ces Hiftoriens
n'ayant pas trouvé de morceaux authentiques
pour remplir les grandes lacunes
qui s'y rencontrent , ont mieux aimé
garder le filence , que de tranfcrire des
fables ou des faits incertains.
Cette hiftoire générale fait mention
de plufieurs Princes qui régnoient en
Chine avant l'Empereur Yao . Mais c'eft
à cet Empereur , qui monta fur le trône
l'an 2357 avant l'Ere Chrétienne , que
commence l'hiſtoire authentique des Chinois.
C'eft auffi le premier Empereur dont
il foit parlé dans le Chou-King , le plus
ancien & le plus refpectable monument
de l'antiquité chinoife. Ce monument
fut recueilli par Confucius dans des temps.
de trouble & d'ufurpation , où les Princes
Tributaires ne cherchoient qu'à faire oublier
la fageffe & les maximes de l'ancien
Gouvernement. Le but du Philofophe
Chinois étoit de leur en rappeler les
D
74 MERCURE DE FRANCE .
principes ; auffi a - t -il rapporté dans le
Chou- King , plufieurs fages difcours de
Yao , Chun & Yu fes fucceffeurs.Comme
ces difcours renferment les maximes fur
lefquelles eft fondé le Gouvernement pa
ternel dont les Empereurs de la Chine
fe font rarement écartés , le Lecteur les
avec fatisfaction , dans le cours de verra ,
cette hiſtoire,
Les Hiftoriens Chinois ont toujours
évité d'ajouter aux faits hiftoriques de
ces détails , ou de ces agrémens qui peu
vent les rendre plus intéreffans , mais qui
donnent lieu de fufpecter la bonne -foi
de l'Écrivain. Leur narration eft grave
& févère. Ce n'eſt pas cependant qu'on
ne rencontre dans ces annales des morceaux
très -attachans. L'hiftoire , par exem
ple , de Chao-Kang eft remplie d'intérêt,
On admire la prudence avec laquelle cet
orphelin remonta fur le trône ufurpé par
Han - Tfou , événement qui paroît avoir
été mis en Drame par un Auteur Chinois .
Sa Tragédie , que l'on ne peut comparer
à nos Tragédies modernes , mais qui
eft bien fupérieure aux farces des Troubadours
, de la Bafoche , des Enfans fans
fouci , a été traduite par le P. Bremare ;
& elle fe trouve dans le recueil donné
u public par le P. Duhalde ,
MA I. 1777. .75
Les Chinois ne font pas cruels , comme
on en peut juger par le Code de l'Empereur
Mou-Ouang. Ce Prince y paroît
toujours plus enclin à la clémence qu'à
la févérité. « Tout criminel , divil dans
» un endroit de ce Code , quoiqu'il n'ait
» pas commis un crime capital , fe trouve
dans un état trifte & pénible : il ne
faut point lui donner de ces Juges qui
ne favent terminer une affaire qu'en
ufant de paroles artificieuſes ; il faut
choifir des gens pleins de droiture , qui
» ne cherchent que la vérité. Soyez atten-
» tifs à ceux qui refufent d'avouer leurs
crimes. Souvent ce qu'on n'obtient pas
d'abord , on l'obtient enfuite : que la
» crainte & la bonté foient les fidelles
» compagnes de vos jugemens ; faites voir
» à tout le monde que vous vous atta-
» chez à l'efprit des loix écrites dans nos
livres , & alors vous ne vous écarterez
pas des règles de la vraie juftice » . པ .
L'Empereur Hiao Ouen-Ti , de la Dy-
-naftie des Han , donne aufſi , dans cette
hiftoire , un bel exemple de cette tendre
compaffion pour les malheureux. La loi
de mutiler les criminels , felon la nature
da délit , établie fous l'Empereur Chun ,
m'avoit point encore été exécutée fous
Dij
46 MERCURE DE FRANCE .
ود
la Dynaſtie des Han . Hiao- Ouen-Ti la
remit en vigueur à l'occafion de Chun-
Yu, Gouverneur d'une ville dans la principauté
de Tfi , dont il commua la fentence
de mort en celle d'avoir les membres
mutilés. Ce Gouverneur avoit une
fille unique encore jeune , qui ne voulut
point l'abandonner , & le fuivit jufqu'à
Tchang-ngan , où il devoit être mutilé.
Cette jeune fille eut le courage d'aller
fe jeter aux pieds de l'Empereur , & de
fui dire , les larmes aux yeux : « Les
peuples de Tfi n'ont jamais porté aucune
plainte contre mon malheureux
père ils fe louoient au contraire de
» fa droiture & de fon défintéreffement .
Il a long-temps fervi Votre Majefté avec
» zèle . Le crime dont il a eu le malheur
» de fe rendre coupable , mérite la mort
» fuivant les loix par un bienfait par-
» ticulier , vous lui accordez la vie ;
mais vous avez changé fon fupplice
» en une mort continuelle . Dans l'impoffibilité
de s'aider tant qu'il refpirera
, quel fpectacle déchirant pour fa
» fille infortunée , de le voir fouffrir fans
» le pouvoir foulager , ni lui procurer
» de nourriture ! Je fuis une portion de
» lui- même , & par-là je deviens cou-,
و د
"
رو
ود
:
M A I. 1777. 77
"
ર
» pable comme lui : je demande à Votre
Majefté, comme la plus grande grâce,
» de faire tomber fur moi la peine , &
» d'être mutilée à fa place ». L'Empereur
touché de la générofité de cette
fille , & de fa piété envers fon père , lui
accorda fa grâce , & abolit la loi barbare
de mutiler les criminels. Ce Prince ex->
pliqua les motifs qui l'y déterminoient
par l'ordre fuivant : « Lorfque quelqu'un
» commet une faute , ou fe rend coupa
» ble d'un crime , on le mutile avant
que de l'avoir exhorté à fe corriger ,
& fans même lui en donner le temps.
» L'humanité réclame contre une loi
>> auffi rigoureufe. Ne devons - nous past
» avoir de l'indulgence & de la compaf-
» fion les uns pour les autres ? L'amour
» de père & de mère qu'un Prince doit
» avoir pour fes Sujets , ne voit qu'avec
» horreur les effets de cette loi révol-
» tante & cruelle . Ma volonté eft qu'elle ›
» demeure à jamais abolie . J'ordonne
» au Tribunal des crimes , de déterminers
» quelqu'autre peine pour les cas où l'on
» ufoit de ces fortes de fupplices » . Le :
Tribunal s'étant affemblé , arrêta que
cette mutilation feroit changée en peinest
pécuniaires , en coups de bâton , ou en
و د
Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
corvées aux travaux publics : le nombre ,
des coups , la fomme ou le temps , étoient.
réglés fuivant la nature du crime. L'Empereur
ratifia cette nouvelle loi par fa
fanction , & la fit promulguer dans tout
l'Empire.
>
L'agriculture , que l'on peut regarder
comme une des mammelles de l'État
eft en très-grande recommandation en
Chine ; & , de temps immémorial , il y
a une Coutume qui fubfifte encore aujourd'hui
, par laquelle l'Empereur , tant
pour donner l'exemple au peuple , que
pour marquer l'estime que l'on doit faire
du labourage , eft obligé de travailler luimême
à la terre. Les grains qu'il récolte
ne peuvent être employés qu'à honorer
le Chang-Ti , ou le Souverain Créateur..
Voici comme la defcription de cette cérémonie
eft rapportée dans ces annales .
Neuf jours avant le premier de la lune
où commence le printemps , l'Intendant.
de l'aftronomie avertit le Mandarin qui
a l'infpection générale fur les grains , que
les froids font celfés , & que le printemps
approche . Ce Mandarin en donne avis
auffi-tôt à l'Empereur par un placet , où
il lui expofe que l'Intendant de l'aftronomie
lui fait favoir que dans neuf jours on
MA Í. 1771 .
entre dans la lune où toutes chofes vont
commencer à prendre une nouvelle faces
& qu'ainfi il prie Sa Majeſté de difpofer
tout pour labourer la terre, L'Empereur
mande au Tribunal qui a foin des corvées
, d'avertir les Grands , les Manda
rins & le peuple , de fe difpofer à cultiver
la terre. Il ordonne au Tribunal
qui a foin des ouvrages de l'État , de
faire préparer le lieu & les inftrumens
néceffaires. Après quoi , cinq jours avant
la cérémonie , l'Empereur fe retire dans
l'appartement du jeûne , & fait fufpendre
toute affaire dans les Tribunaux pendant
les trois derniers jours que dure le
jeûne . Le jour arrivé , l'Empereur fe purifie
le corps : au fortir du bain , on lui
donne , dans une coupe d'or , du vin fait
de bled : il le boit , & fe rend enfuite ,
accompagné des Grands , des Mandarins
& du peuple , dans le champ qu'il doit
labourer. L'Intendant des grains examine
fi rien ne manque , & le principal Officier
de juftice place chaque inftrument
en fon lieu. Alors l'Intendant prend la
charrue , & la préfente à l'Empereur , qui
la reçoit avec refpect , & laboure d'abord
un fillon. Après avoir conduit la chartue
aux trois quarts du fillon , l'Intendant gé-
Div
80 MERCURE DE FRANCE
néral des grains le prie de la céder à fes
gens , qui achèvent de labourer jufqu'à
mille arpens , qui font un terrein de
$ 400000 pieds quarrés , l'arpent Chinois
étant de $ 400 pieds quarrés . Quand tout
ce terrein eft labouré , l'Intendant des
grains en avertit l'Intendant de l'aftronomie
, qui l'examine , & en fait fon rapport
à l'Empereur . Alors l'Intendant de
la bouche préſente à ce Prince un repas
champêtre , préparé par l'Impératrice
même , dont le principal fervice confifte
en un boeuf tué la veille. L'Empereur en
mange un morceau , & diftribue le reſte
aux Grands , aux Mandarins & aux gens
qui l'ont aidé à labourer . Ce repas fini
l'Intendant général des grains fait un
difcours au peuple , dans lequel il relève
beaucoup la condition du Laboureur , &
fait fentir l'importance de s'appliquer à
l'agriculture . Il appuie fur l'obligation
indifpenfable d'y veiller , pour tous ceuxqui
font en charge , depuis les moindres
Officiers des bourgs & des villages , jufqu'à
l'Empereur même , dont un des
principaux devoirs eft de cultiver la
terre .
Les annales de la Chine offrent , comme
toutes les hiftoires , des traits de barMA
I. 1777 .
81
barie & d'atrocité , & des exemples de
vertus patriotiques & fociales qui confolent
un peu le Lecteur des crimes dont
l'Hiftorien n'a pu ſe diſpenſer de l'entretenir.
On lira , par exemple avec un tendre
intérêt , ce trait d'amitié de deux
frères concurrens au trône. Siuen Kong ,
Prince de Ouei , ayoit époufé Y Kiang ,
dont il eut un fils appele Ki. Ayant enfuite
appris que le Prince de Ti avoit
une fille d'une grande beauté , il la demanda
en mariage , & l'obtint. Cette
Princeffe lui donna deux fils qu'il nomma
Cheou & Cho . Ki , comme l'aîné , devoit
fuccéder à la principauté. Mais l'amour
que Siuen-Kong avoit pour ſa ſeconde
femme , le fit condefcendre à
déclarer Cheou fon héritier ; & , pour
cet effet , il commença par faire reconnoître
la Princeffe de Tf pour fa première
& légitime époufe , & Y-Kiang
pour la feconde : en conféquence , Cheou
fut regardé comme l'héritier immédiat
de fa couronne , Ki ne pouvant plus y
prétendre qu'à fon défaut. Y Kiang , mécontente
d'une pareille difpofition , fe
plaignit hautement de l'injuftice ; mais
voyant qu'on n'avoit aucun égard à ſes
plaintes , elle fe pendit de défefpoir.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
Siuen-Kong , pénétré de cet accident ;
tomba dans une profonde trifteffe , &
commença à tout craindre de la vengeance
du fils qu'il avoit eu de cette infortunée
Princeffe. Ces penfées funeftes
ne l'abandonnoient point , & le fuivoient
par-tout : rien ne pouvoit l'en diftraire.)
Une vie fi trifte & fombre , lui infpira
à la fin des fentimens criminels &
barbares contre Ki. L'amour paternel ,
& les belles qualités de ce fils , combattirent
ces fentimens ; mais ne trouvant
$ ;
aucun repos , & fe fentant encore plus
troublé à fa vue , il réfolut enfin de s'en
défaire fecrettement. Siuen - Kong prit
des précautions pour commettre & couvrir
fon crime ; il prétexta qu'il avoit
' une affaire de conféquence à communiquer
au Prince de Tfi , fon beau père ,
dont il chargea le jeune Prince , & pofta
fur fon pallage des fcélérats qui devoient
l'affaffiner. Ki & Cheou , quoique con
currens à l'héritage & au trône de leur
père , avoient l'un pour l'autre une véritable
amitié. Cheou , à la première nou
velle de ce voyage , frémit pour fon frère
& fon ami : il fut le trouver fur le champ ,
pour lui communiquer fes juftes foupçons
& fes craintes , & lui perfuader de
M. A 1. 1777. 83
fe fauver.
33
"
Siuen-Kong lui répondit ,
» Ki eft mon père & mon Prince : quand
» il n'auroit que l'une de ces deux qua
» lités , je devrois facrifier ma vie pour
peu nomfon
fervice ; ainfi , il eſt inutile de m'en
» détourner : s'il m'envoie à la Cour du
» Prince de Tfi , foyez fûr que j'irai ».
Le Prince Cheou ne pouvant venir à
bout de le diffuader de partir , réfolut
en lui -même de ne pas le quitter. Le jous
du départ arrivé , Cheou s'empara du
petit étendard que portent ceux qui font
chargés de quelque commiffion importante
, & dit à fon frère qu'il vouloir
l'accompagner, du moins , pendant une
journée ou deux . Les deux Princes fe
mirent en route avec une fuite
breufe. Après avoir marché prefque tout
le jour , Ki fut obligé de s'arrêter un
moment , & fon frère Cheou continua
fon chemin ; mais à peine eut - il fair
quelques pas en avant , que les fcélérats
qui attendoient Ki , voyant le petit éten
dard entre les mains de Cheou , ne dou
tèrent point que ce ne fût celui qu'ils
avoient ordre d'affaffiner ; & , fans d'autre
examen , ils tombèrent fur lui , &
le poignardèrent. Son frère , qui s'en
apperçut , courut auffi tôt , mais trop
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
tard , pour fauver Cheou , en criant dé
toutes les forces : « C'est moi que vous
» avez ordre de tuer , & non pas lui ;
» c'est moi qui fuis le Prince Ki » . Ces
fcélérats reconnoiffant alors leur méprife,
fe jetèrent fur le Prince Ki , & le maffacrèrent
inhumainement . Cette aventure
touchante , qui fe répandit par-tout , rendit
le Prince de Quei odieux à tout le
monde , & fit admirer la générosité , la
candeur & l'amitié de ces deux frères
infortunės.
Un trait encore plus frappant , & qui
femble particulier à cette hiftoire , eft
celui d'un Général qui livra fa tête pour
faciliter la vengeance de fes père & mère.
Le Prince Tan , héritier de la principauté
de Yen , s'étoit rendu à la Cour du Prince
de Tfin , qui lui fit peu d'accueil , & ne
lui rendit pas les honneurs dûs à fon
rang. Un jour même il le traità avec
mépris. Tan en fut fi piqué , qu'il réfolut
de s'en venger. Dans ce deffein , il fe
fauva de cette Cour , & fe retira dans
les États de fon père . Fan-Yu-Ki , un
des Officiers- Généraux de Tfin , vint l'y
joindre , pour fe fouftraire au châtiment
que méritoit un crime qu'il avoit commis.
Le Prince Tan lui donna une maiſon , &
MA I.
1777. 85
lui affigna des revenus. Ce Prince , livré
tout entier à fon reffentiment, invita King-
Kou, de la principauté de Ouei , ennemi
juré du Prince de Tfin , à fe rendre à la
Cour de Yen , & accompagna cette invitation
de riches préfens King-Kou ne
put s'y refufer. Dans l'entretien qu'ils
eurent enſemble , Tan lui peignit la tyrannie
& l'ambition de Tfin , qui venoit
de détruire deux puiffantes principautés ,
Han & Tchao , dont il avoit fait inhumainement
mourir les Souverains avec
leurs familles. Il lui dir : « Que le même
» fort menaçoit Yen ; qu'on ne pouvoit
» éviter ce coup , qu'en trouvant un
» homme déterminé à fe facrifier pour
» le bien de l'Empire , qui intimidat le
» tyran au point de le forcer à laiffer les
» autres Princes en paix , & à leur refti-
» tuer les terres qu'il leur avoit enlevées ,
» ou bien de le punir en lui donnant la
» mort. Cette commiffion eft digne
» de vous , ajouta le Prince ; vous mé-
» riterez le titre glorieux de Libérateur
» de l'Empire , & vous rendrez votre
nom immortel ». King-Kou , échauffé
par l'enthouſiaſme le Prince lui comque
muniquoit , accepta cette dangereufe
commiffion ; mais craignant de n'avoir
-
86 MERCURE DE FRANCE.
1
pas un libre accès auprès de Tfin ; il ,
imagina que s'il lui portoit la tête de
Fan-Yu -Ki , qu'il avoit mife à prix , les
portes lui feroient ouvertes . Il propofa
cet expédient au Prince Tan , qui ne pur
confentir à facrifier un homme qui étoit
venu ſe jeter entre fes bras comme dans
un afyle facré. King-Kou n'inſiſta point ;
mais il fut trouver Fan-Yu-Ki lui- même ,
& lui dit : « Vous voyez combien vous
» êtes déchu du crédit & du rang que
» vous aviez autrefois . Un homme de
"
» coeur n'eft pas fait pour vivre dans la
crainte & dans l'humiliation
. Quelles
» reffources , quels honneurs pouvez-vous
efpérer ici ? Le Prince de Tfin a exter-
» miné toute votre famille , & il promet
» de donner mille livres pefant d'or ,
» avec une ville de dix mille familles ,
» à quiconque lui portera votre tête , &
" vous êtes dans l'impuiffance
de vous
» venger » ! Fan - Yu - Ki pouffant un
grand foupir , King- Kou continua : « Si
39
je pouvois porter votre tête au Prince
» de Tfin , je la lui préfenterois d'une
» main , & de l'autre je lui enfoncerois
le poignard dans le fein : fa mort vous
vengeroit de la cruauté qu'il a exercé
» envers votre père , votre mère & toute
93
MA I. 1777 187-
» votre famille , & je fauverois les États
» de Yen , qui font en danger de tomber
» fous fa tyrannie . Fan-Yu-Ki , le regard
fombre & farouche , s'écria : « Je ne ref
pire que la vengeance , && je n'ai point » de "
repos ! Je ne puis l'obtenir , & je
» vis eencore »> !! A ces mots , il fe coupe
la gorge , & tombe aux pieds de King-
Kou , qui l'achève & emporte la tête .
A cette vue , le Prince Tan verfa des
larmes , & rendit à l'infortuné Fan- Yu-
Ki les derniers devoirs felon le rang qu'il
avoit tenu. King Kou partit pour la Cour
de Tfin avec la tête de ce Général . Il ſe
munit d'un poignard à l'épreuve , qu'il
trempa dans du poifon , afin que fi le
coup portoit à faux , la bleffure en fût
mortelle . Il parvint , fans difficulté , auprès
de Thin ; & , tout en lui préfentant
la tête de Fan-Yu -Ki , il voulut tirer fon
poignard ; mais au mouvement qu'il fit ,
le Prince fe leva brufquement & s'enfuit.
King -Kou le pourfuivit . Le Prince armé
de fon fabre , lui porta , au hafard , un
revers qui lui coupa la jambe , & le fit
tomber. Cet homme , furieux d'avoit
manqué fon coup , lança fon poignard
contre le Prince , qui fut affez heureux
pour l'éviter. On l'arrêta , & ce malheu
88 MERCURE DE FRANCE.
reux finit fa vie dans les tourmens & les
fupplices les plus cruels .
On auroit defiré que les Hiftoriens
Chinois fe fuflent plus étendu fur les
Généraux d'armées , fur les Miniftres &
fur les grands hommes dont ils ont occafon
de parler. Ces annales néanmoins
font mention , en plufieurs endroits , du
célèbre Confucius , le Prince des Philofophes
de la Haute- Afie. Si l'on en croit
les Généalogiftes de la Chine , il tiroit
fon origine de Hoangti , qui régnoit
en Chine l'an 2000 avant notre Ere
Chrétienne ; mais ce qui paroît plus certain
, nous dit l'Editeur dans une note ,
c'eft que depuis l'an 55 avant l'Ere
Chrétienne , jufqu'à la préfente année
1777 , c'eft-à- dire , pendant 2328 ans ,
fes defcendans peuvent prouver une filiation
non interrompue. L'aîné de fa famille
jouit d'un titre honorable ( de
Comte ) & eft exempt de tribut . Confucius
enfeigna la morale la plus pure
& la plus fublime , & eut jufqu'à trois
mille Difciples , qu'il partagea en quatre
claffes. 11 mourut âgé de foixante &
treize ans , l'an 479 avant notre Ere
Chrétienne . Les lettrés de la Chine le regardent
comme leur maître , & lui font
MA I. 1777. 89
hommage avec des cérémonies fembla
bles à-peu près à celles que les Empereurs,
pratiquent à l'égard de leurs ancêtres .
Le Philofophe Meng-Tfé , dont il eft
auffi parlé dans ces annales , étoit Difci
ple de Tfé- Sfé , petit-fils de Confucius.
L'Éditeur cite de lui cette réponſe. Meng-
Tfé s'entretenoit un jour avec Suen - Kong ,
Prince de Tfi , dont le règne commença
l'an 455 avant Jeſus-Chrift. Ce Prince
lui dit : « Le parc de Ouen-Ouang avoit
foixante & dix ly quarrés d'éten-
≫ due en convenez - vous ? On le
» croit ainfi , felon la tradition , lui répondit
Meng-Tfé. Si cela eft , reprit
» le Roi , il étoit fort grand. - Le pea
ple cependant le trouvoit trop petit ,
» dit Meng - Tfé. Comment cela
39
ود
"
"
-
-
-
ajouta le Roi ? Mon parc n'a que qua-
» rante ly , & mon peuple le trouve en-
» core trop vaſte . Prince , lui dit le
Philofophe , le parc de Ouen- Ouang
» avoit foixante & dix ly d'étendue , &
fes Sujets le trouvoient trop petit ,
» parce qu'il leur étoit commun avec
» ce Prince , & qu'ils y alloient faire du
fourage , couper du bois , & prendre
» du gibier. La première fois que je mis
» le pied dans vos États , je m'informai
و د
90 MERCURE DE FRANCE.
» des principales ordonnances , pour m'y
» conformer. J'appris qu'entre le Kiao
» & le Koan , étoit un parc de quarante
» ly de circuit , & que fi quelqu'un s'avi-
» foit d'y tuer un cerf , il feroit puni auffi
» févèrement que s'il avoit tué un hom-
" me. Je compris de- là que c'étoit com-
» me une grande foffe creufée au mi-
>> lieu de votre Royaume , & un piége
» tendu à vos Sujets . Eft - il extraordi-
» naire qu'ils le trouvent trop grand » ?.
Le fecond volume de cette hiftoire
générale , va jufqu'à l'an 141 avant Jefus-
Ct. Les deux volumes fuivans ne tarderont
point à être publiés.
Dictionnaire des Artiftes , ou Notice hiftorique
& raifonnée des Architectes
Peintres , Graveurs , Sculpteurs , Muficiens
, Acteurs & Danfeurs ; Imprimeurs
, Horlogers & Méchaniciens ;
Ouvrage rédigé par M. l'Abbé de Fontenai
. A Paris , chez Knapen , Imprimeur-
Libraire , au bas du pont Saint-
Michel,
Les efprits foibles & frivoles répètent
fans ceffe , comme le remarque un PhiMA
I. 1777 . 91
lofophe moderne , que les beaux Arts ne
font deſtinés qu'à nos amuſemens ; que
leur but ne va pas plus loin qu'à récréer
nos fens & notre imagination . L'obfervation
de la nature fuffit feule
pour nous
empêcher de refferrer dans des bornes
étroites , toute l'étendue de leurs avantages
réels , & de leur vrai but. Tous ces
merveilleux arrangemens qu'on admire
dans la nature , nous indiquent tout ce
qui peut élever au plus haut point , le
prix & la perfection des beaux Arts . Elle
ne fournit tant d'objets propres à procurer
les fenfations agréables , que pour
exciter & fortifier en nous une douce
fenfibilité , capable de tempérer la fougue
des paffions & la rudeffe de l'amourpropre.
Ce n'eft point à des fenfations groffières
, communes à tous les animaux
que doit fe terminer le fpectacle des
beautés répandues dans l'univers ; il doit
fervir plutôt à augmenter l'activité de
l'efprit & du coeur , & à nous élever
jufqu'à la fource univerfelle & unique
de tout ce qui eft beau. C'eft avoir une
bien petite idée de l'homme & de fa
deftination , que d'imaginer que les créa
tures vifibles ne doivent fervir qu'à fatif '
92
MERCURE
DE
FRANCE
.
faire fes befoins phyfiques , comme
l'Auteur fuprême n'avoit eu en vue que
ce qui a rapport à l'animal . Une plus faine
philofophie nous enfeigne au contraire
que tout ce que nous voyons dans la
nature , doit fervir à élever notre être à
un état plus noble , à conduire à l'auteur
de toutes chofes , & à produire des jouif-"
fances plus délicates.
plus
Les beaux Arts , qui imitent les procédés
de la nature , doivent également'
nous faire arriver au même but. Il faut
qu'ils concourent à donner un caractère
plus élevé à notre efprit , à notre coeur ; &
c'eft cette activité fi noble & fi utile à nos
facultés , que doivent produire les impref
fions de tout ce qui eft beau , harmonieux
, convenable. Les beaux Arts ont
été deſtinés , dès leur naiffance , à porter
les hommes à la vertu , & à leur préfenter
les inftructions les plus touchantes
avec des charmes innocens . Confentir à
recevoir , par leur moyen , toutes les
fenfations agréables , & en bannir l'utilité
réelle , c'eft féparer deux objets qui
doivent y être perpétuellement unis , &
tourner à notre perte tout ce qui eft fait
pour nous perfectionner & nous rendre
heureux. Cicéron fouhaitoit de pouvoir
MA I. 1777. 91
›
préfenter à fon fils une image de la vertu ,
perfuadé qu'on ne pourroit la voir fans
endevenir éperduement amoureux . Voilà
le fervice inestimable que les beaux Arts
peuvent nous rendre. Ils n'ont pour cet
effet qu'à confacrer la force magique de
leurs charmes , aux deux biens les plus néceffaires
à l'humanité , la vérité & la
vertu. Une fi belle deftination répond
parfaitement à leur origine. Nés prefque
tous dans le fein de la Religion , ils furent
confacrés , dès le commencement
à l'utilité publique ; & leur état , dans
les premiers temps , eft une réclamation
perpétuelle contre l'abus qu'on en a pu
faire dans la fuite des fiècles . L'architecture
éleva des temples avant de bâtir
des palais. C'eſt dans des affemblées de
Religion qu'on entendit les premiers fons
de la mufique . Nous devons le premier
Poëme au premier Hiftorien des oeuvres
du Seigneur. C'eſt au Peintre & au Sculpteur
que fut confié le foin de tranfmettre
à la postérité les traits des grands hommes
, avec le fouvenir de leurs belles
actions. Le marbre & la toile ne nous
parlèrent que pour nous inftruire de nos
premiers devoirs .
Cette origine des Arts , & leur noble
94 MERCURE DE FRANCE.
deftination , doivent nous pénétrer d'admiration
& de reconnoiffance pour tous les
Artiftes célèbres qui n'ont perdu de vue
ni l'une ni l'autre dans leurs ouvrages.
Mais , pour leur rendre ce tribut avec connoiffance
de caufe , & profiter de leurs
exemples , il faut connoître & leurs ouvrages
, & la marche qu'ils ont tenue
pour arriver à leur but. Il faut fur- tout
fe fixer fur les productions de leur génie ,
qui renferment le plus de traits capables
d'élever l'ame , d'enflammer l'imagination
, & de donner des aîles au génie.
C'eſt à l'aide de ces exemples lumineux
& frappans , que nous perfectionnerons le
goût avec lequel nous apprécierons les
ouvrages des meilleurs Artiftes de l'antiquité
, & que ceux d'aujourd'hui nous
donneront à leur tour de pareils chefd'oeuvres
, & pourront reculer , s'il fe
peut , les bornes où leurs maîtres fe font
arrêtés. Tels font les avantages du Dic
tionnaire des Artiftes , où l'on retrace
l'hiftoire de chaque Art en particulier ,
en le préfentant d'abord au berceau , &
en indiquant la fuite , les progrès fuc
ceffifs qui l'ont conduit au plus haut degré
de fplendeur. La lecture de cet Ouvrage
apprend de quelle manière cette progref
MA I. 1777 . 95
fion s'est faite ; & , en rapprochant les différentes
découvertes des génies de tous
les fiècles , on pourra toujours connoître
aifément quelle a toujours été la marche
de l'efprit humain . On ne s'eft point borné
à parler des Architectes , des Peintres ,
des Graveurs , des Sculpteurs , des Muficiens
, des Acteurs , des Danfeurs ; en
un mot , de tous ceux qui ont cultivé les
Arts agréables. Mais on a réparé l'omiffion
qu'on trouve dans plufieurs ouvrages
fur les Artiſtes , en faifant connoître les
Imprimeurs , les Horlogers , les Machiniftes
; enfin , tous ceux que l'on entend
par le nom de Méchaniciens. Sans parler
des fervices réels que ceux-ci rendent à
la fociété , combien de chef- d'oeuvres
n'ont-ils pas exécutés ? Combien d'ouvrages
finguliers , prodigieux même , qui
méritent toute la reconnoiffance & l'admiration
éternelle des hommes ! L'Auteur
du Dictionnaire a puifé dans les
meilleures fources , tout ce qu'il dit fur
les Arts & fur ceux qui les ont cultivés ?
Il a femé fon Ouvrage d'anecdotes piquantes
; & , par ce moyen , il y a répandu
les charmes de la variété . On ne trouve
dans ce Dictionnaire , ni cette brièveté
qui n'apprend rien , ni cette prolixité qui
ne fait que rebuter,
96 MERCURE
DE FRANCE.
!
Effai fur le Récit , ou Entretiens fur la
manière de raconter , par M. l'Abbé
Bérardier de Bataut , ancien Profeffeur
d'Eloquence en l'Univerfité de
Paris. A Paris , chez Berton , Libraire ,
rue Saint-Victor.
En général , le but de celui qui raconte
, eft d'inftruire & de plaire , c'eſtà-
dire , de faire bien connoître la chofe
dont il s'agit , & de le faire avec agrément
& intérêt. Il faut , pour cela ,
repréſenter exactement l'objet à l'efprit
par une peinture fidelle de tout ce qui
appartient , & employer avec diftinction
les ornemens dont il eft fufceptible.
Un Hiftorien qui me dit fimplement
telle Ville fut prife & ruinée ,
me rapporte , à la vérité , la choſe toute
entière. Les parties principales du fait,
font renfermées dans le petit nombre
de paroles qu'il emploie. Mais je n'en'
fuis pas frappé ; ce n'eft , dit Quintilien
, qu'un Courrier qui , dans la rapidité
de fa courfe , me jette comme
en paffant cette nouvelle. Mais fi cet
Hiftorien entre dans des détails & dé
veloppe toutes les parties principales
de
MA I. 1777 . 97
de ce fait. Alors , continue Quintilien ,
je vois les Temples & les maiſons en
proie aux flammes ; j'entends le bruit
des toits qui s'écroulent , & le mélange
confus de mille cris divers. Je vois les
uns avec un vifage égaré , prenant la
fuire fans favoir où ils vont ; les autres
entre les bras de leurs proches , ſe difant
mutuellement un éternel adieu .
J'entends les gémiffemens des femmes,
les cris des enfans , les plaintes des
vieillards qui reprochent à Dieu, de les
avoir trop long - temps confervés . Ici
fe préfentent à mes yeux des Soldats
avides qui courent au pillage , fans
épargner même les Autels des Dieux .
Là , ce font de malheureux Captifs ,
qui , chargés de chaînes , marchent trif
tement devant leur vainqueur. Plus loin,
c'eft une mère défolée qui s'efforce
d'arracher fon fils des mains de ceux
qui le lui enlèvent. Voilà ce que l'on
appelle les détails qui font , pour ainfi
dire , l'ame du récit. Mais rien n'eft
fi difficile que de faire ces détails d'une
manière agréable & intéreffante.
La première qualité que doivent
avoir les circonstances que l'on choifit ,
c'eft la jufteffe & la vraiſemblance. On
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ne doit point donner aux Acteurs qu'on
introduit , des fentimens & des actions
contraires à leurs moeurs & à leur caractère
particulier , à leur âge & à
leur dignité. Caton & Néron fe tuent
l'un & l'autre pour ne point tomber vifs
au pouvoir de leurs ennemis ; mais leur
mort doit naturellement avoir des circonftances
différentes , à raiſon de leur
différent caractère . On ne violeroit pas
moins la vraisemblance , en donnant du
courage & de la réfolution à Néron ,
lors même qu'il fe tue , que fi on donnoit
de la timidité à Caton .
Il faut que les circonftances que l'on
choifit pour remplir le récit , foient
utiles , c'est - à - dire , qu'elles doivent
toutes contribuer à peindre le fait en
queſtion , ou concourir au deffein de
celui qui raconte , puifque le récit eſt
une espèce de peinture. Il faut auffi que
tous les traits qu'on y emploie , ne
faffent qu'un feul & unique tableau
c'est-à-dire , que tout ce qui entre dans
le récit , doit avoir un rapport naturel
au récit principal . C'eft pécher contre
cette règle , que d'inférer, dans un récit ,
des chofes qui y font étrangères , &
qui ne fervent fouvent qu'à faire per-
?
MA I. 1777. 99
dre de vue l'objet principal . Plufieurs
admirateurs d'Homère avouent que ce
grand Poëte n'eft pas entièrement exempt
de ce défaur. Il eft effentiel de commen
cer le récit précisément ; on commence
le fait que l'on a deffein de raconter .
en fuppofant le Lecteur ou l'Auditeur
inftruits de tout ce qui précède . Les
jeunes- gens reprennent fouvent de trop
haut la matière de leur récit , & chargent
le début de beaucoup de chofes
tout-à-fait inutiles. Parmi les chofes
fenfibles qui frappent les yeux , & qui
font comme le corps du récit , on doit
ne pas omettre les fentimens & les
penfées de ceux qui ont part à l'action
principale. Tite-Live , dans le combat
des Horaces & des Curiaces , repréfente
d'une manière admirable ; nonfeulement
l'air de ces Guerriers fi généreux
, leur démarche , leur contenance
, & généralement tout ce qui
paroît à la vue ; mais il repréſente
encore leurs fentimens cachés , & ceux
des fpectateurs.
Parmi les ornemens qui doivent accompagner
le récit , les defcriptions ,
& ce qu'on appelle portraits , tiennent
la première place. Viennent enfuite les
Eij
100 MERCURE DE FRANCE
penfées , & ces traits frappants qui faififfent
l'efprit , & qui font comme les
réſultats du fait que l'on décrit . C'eft
fur- tout le ftyle qui rend ces defcriptions
intéreffantes , & qui donne aux
penfées cette énergie qui les imprime
dans la mémoire . On convient unanimement
, que c'est le ftyle coupé qui
s'adapte le mieux au récit , que les
phrafes trop périodiques ne font propres
qu'à y jeter de la confufion , & que
la fimplicité & le naturel font préférables
à la pompe & à l'enflure. On
regarde auffi la variété comme l'ornement
le plus néceffaire au récit ; &
rien ne rend une narration plus infipide
& plus languiffante , qu'une répétition
monotone des mêmes tours de phrafes
& des mêmes expreffions. Le fujet
qu'on traite eft- il pathétique , il faut
que le ftyle le foit aufli. Le fujet eftil
riant , le ftyle doit l'être également.
En un mot on doit fe monter au ton
du fujet , & ne pas employer des expreffions
fublimes dans un récit familier
& naïf.
و
Voilà quelques- unes des règles que
les Rhéteurs nous ont donné fur la
manière de raconter. Mais comme tout
MA I. 1777 . 101
annonçons ,
ce qui eft précepte à toujours un air .
auftère , l'Auteur de l'Effai que nous
a cru devoir égayer la
marche didactique , en employant les
agrémens d'une converfation dont le
ftyle familier & fans appareil , loin
d'avoir rien de rebutant , intéreffe &
attache. Ce genre entraîne néceffairement
des digreffions qui donnent de la
variété , fans cependant faire perdre de
vue le fujet , & fourniffent en mêmetemps
l'exemple & le précepte . Toutes
les réflexions de l'Auteur font le réfultat
d'un goût épuré , plutôt que des
obfervations sèches & didactiques fur
les règles . Il appuie tout ce qu'il dit
des différens genres de narration,fur un
grand nombre d'exemples bien choisis ,
& qui font propres à former le goût
du Lecteur , fans caufer la moindre
contention. On arrive au but par un
chemin femé de fleurs .
<
On ne fauroit trop tôt mettre cet
Ouvrage entre les mains des jeunes
perfonnes de l'un & de l'autre fexe.
On eft dans le cas de raconter à tout
âge , ou d'entendre les autres faire des
récits ; il eft effentiel de remplir certe
tâche d'une manière utile & agréable,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
& de favoir apprécier au juſte le mérite
de ceux que nous écoutons ou que nous
lifons.
Éloge de Marie de Rabutin - Chantal ,
Marquife de Sévigné ; par M. Sabatier
de Cavaillon ancien Profeffeur
d'Eloquence au Collège de Tournon .
›
C'eft la grace naïve unie au fentiment.
COLARDEAU , les Hommes de
Prométhée.
A Avignon , chez François Ager ,
Libraire , Place du Change , au Magafin
littéraire.
M. Sabatier , en compofant l'Éloge
de Madame de Sévigné , a partagé fon
fujet en deux Parties , qui embraffent
les talens & les vertus de cette femme
célèbre . Elle a , dit l'Orateur , illuftré
fon fexe par fes talens , & fes talens
par l'accompliſſement de tous fes devoirs.
Ce plan, beau par lui -même, nous a
paru bien rempli , & le ftyle y répond .
Voici un morceau de la première Partie.
" Tout eft fi facile dans fes écrits
MA I. 1777. 103
"
"
99
38
» qu'on diroit que la gloire ait voulu
» la difpenfer des peines qu'elle coûte.
» Comment eût- elle defiré fes faveurs ?
elle n'écrivoit que pour foulager fon
» ame.... Si le génie guide fa plume,
elle ne fait pas à qui elle en doit le
» mouvement. C'eft Pfyché qui vit
» avec Cupidon fans le connoître . Cetteignorance
de fon mérite , elle la por-
» toit dans la fociété , où les plus beaux
génies ceffent fouvent d'être eux-
» mêmes, pour vouloir trop répondre à
» l'idée que leurs écrits en donnent ,
» où ils paroiffent plus attachés à leurs
» titres que les grands à leurs préféan-
» ces . Elle favoit briller dans les cer-
» cles fans éblouir , y plaire fans do-
» miner ; elle s'y montroit avec le ta-
» lent rare de parler à propos , & le
» talent encore plus rare d'écouter avec
intérêt . Son efprit qui étoit , pour
» ainfi dire , l'auteur de celui des au-
» tres, abandonnoit le ton de la difpute
» à ces mortels aigres & préfomptueux ,
qui renverfent les opinions qu'on leur
objecte , fans établir les leurs ; fem-
» blables à des affiégeans téméraires, qui
» cherchent plutôt à détruire les ouvra-
» ges qu'on leur oppofe , qu'à garantir.
"
30
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
» ceux qu'ils conftruiſent » . Nous allons
paffer a un morceau de la feconde
Partie .
"
>>
« Loin de ces femmes dont les jours
fe perdent à penser à leur parure , à
briguer des hommages , & à pro-
» mener de cercle en cercle les charmes
qu'elles fe donnent , elle ne tenoit
» à la fociété que par l'envie d'y être
» utile. N'y trouvant que des mortels
oppreffeurs ou opprimés , elle faifoit
rougir les premiers & confoloit les
» feconds. La haute naiffance qui ne
» devroit être que la vertu décorée &
» bienfaifante , & qui n'eft que trop
» fouvent l'enfeigne du vice , de la
»
>>
و د
baffeffe & de la tyrannie , n'étoit à
» fes yeux que l'image de fes obliga-
» tions , & un appui pour les malheu-
» reux. Les fecours qu'ils attendent ,
»lui paroiffoient les dettes des riches.
» Elle eût , fi elle l'avoit pu , ôté les
» titres à ceux qui les fouillent , pour
» les tranfporter aux vertueux obfcurs
qui les auroient honorés . Éloignée
» d'afficher cet extérieur févère qui maf-
» que plutôt la corruption des moeurs
qu'il n'annonce leur pureté , fa fageffe
attiroit comme fes appas. C'étoit
."
و د
MA I. 1777. 105
.
» le refpect accompagné par l'amour ,
» & qui n'en prend que les grâces
» naïves. Ne voyant les plus belles qua-
» lités que dans les autres , elle ne les
» loua fi bien dans Turenne , que
» parce qu'elle les poffédoit toutes ; em-
» braffant les caufes & les effets , &
n'envifageant ceux - ci que fous leur
» rapport avec le bien public , elle n'eftimoit
le génie que par les fervices
qu'il pouvoit rendre ; le génie qui
» abandonnant la gloire pour l'intérêt ,
eft comme la nobleffe qui fe mé-
» fallie ». Nous ne tranfcrirons pas le
récit de la mort de Madame de Sévigné,
qui eft peint avec les couleurs les plus
touchantes. Ce difcours eft accompagné
de notes intéreffantes , & précédé d'une
Epitre dédicatoire aux Dames . Elle ft
en vers , que nous allons rapporter.
"9
ןכ
Le portrait d'un Guerrier fameux
Doit des Héros avoir l'èftime :
J'ai tracé le tableau d'une femme fublime ,
S'il fixe vos regards , je monte au rang des Dieux.
Le plus foible talent , lorfque votre oeil le guide ,
De fes efforts atteint le prix ;
La Colombe tendre & timide ,
Qui ſe joue , en volant , fur des côteaux fleuris ,
EV
106 MERCURE DE FRANCE .
Attachée au char de Cypris ,
S'élève , & , d'une aile rapide ,
Va fixer le foleil aux céleftes lambris ,
A côté de l'Aigle intrépide ;
Le Temple des Beaux-Arts eft le Temple de Gnide ,
Et leurs Dieux font vos favoris.
Dans ces jours fortunés de la Chevalerie ,
Où l'amour reffembloit à la vertu chérie ,
Les Guerriers n'enfantoient des exploits que pour
vous :
Un Auteur qui prétend aux palmes du génie ,
Doit fe dire à lui- même , en bravant les jaloux :
Si je puis mériter un fourire des Grâces ,
Apollon m'ouvrira fes plus fecrets fentiers ,
Les fleurs qu'on cueille fur leurs traces ,
Soudain fe changent en lauriers.
Précis
d'Aftronomie , à la portée des
jeunes gens de l'un & de l'autre fexe ,
& de tous ceux qui veulent s'initier
dans cette fcience en peu de temps
& fans beaucoup de peine , à l'ufage
des Colléges & des Penfions des deux
fexes ; par M. l'Abbé Sauri , Docteur
en Médecine , & Correfpondant de
l'Académie Royale des Sciences de
Montpellier ; avec figures. A Paris ,
chez Valade , Libraire , rue S. Jacques ;
MA I.
1777 . 107
Froullé , Libraire , pont Notre-Dame ;
Laporte , Libraire , rue Saint-Jeande-
Beauvais , 1777 .
Tous les hommes admirent le brillant
des étoiles , l'éclat du foleil , fes éclipſes ,
celles de la lune , fes phaſes , les phenomènes
finguliers des comètes , & les
fcènes fi variées de ce tableau mouvant
que le ciel offre continuellement à nos
yeux. L'aftronomie nous fait connoître
les caufes de ces phénomènes admirables
, & le méchaniſme qui régit
cet univers viſible . Convenons cependant
que les ouvrages qu'on a publiés jufqu'ici
fur cette matière , fuppofent des
connoiffances mathématiques plus ou ...
moins profondes ; mais celui de M.
l'Abbé Sauri eft fi clair , que des demoifelles
& des garçons de douze à treize
ans l'ont compris , fans le fecours de
perfonne. Voici le plan qu'il a fuivi .
L'Auteur donne d'abord une petite
introduction qui contient quelques notions
géométriques à la portée de tout
le monde . Il entre enfuite en matière
parle des cercles de la fphère & de fes
différentes pofitions , du mouvement du
foleil , du moyen de connoître les étoi
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
les , du fyftême du monde , & principalement
de celui de Copernic , dans lequel
la terre tourne autour du foleil . Il rend
raifon des phaſes de la lune , des éclipfes
de cette planète & de celles du foleil ,
& prouve , par des raifonnemens trèsvraisemblables
, que les planètes & les
comètes ont des habitans comme la terre ,
& que les étoiles fixes font autant de
foleils , autour defquels des planettes &
des comètes habitées font leur révolution
.
L'Auteur du Précis paffe enfin à l'aftrologie
judiciaire , & ne manque pas de
fe moquer de l'extravagance des Aftrologues
, qui affurent que les aftres ont
une grande influence , non-feulement fur
les plantes , mais encore fur le corps
humain , & fur les actions qui dépendent
de la volonté de l'homme. Il remarque
que les différens Aftrologues ne s'accordent
pas entr'eux , l'un regardant comme
chaud ce que l'autre regarde comme froid.
Mais fi vous leur demandez , ajoutet-
il , les raifons de leur opinion , vous
» trouverez qu'ils n'en ont pas d'autres
que leur caprice & le délire de leur
imagination ». Ce Précis d'aſtronomie
, par fa clarté & par fon exactitude ,
»
>>
MA I. 1777.
109
mérite d'être bien accueilli de tous ceux
qui font chargés de l'éducation de la
jeuneffe.
Proverbes Dramatiques , mêlés d'Ariettes
connues , dédiés à S. A. S. Madame
la Ducheffe de Bourbon ; par Madame
de Laiffe , Auteur des nouveaux Contes
Moraux , & d'un Ouvrage fans
titre , dédié à la Reine . A Amfterdam ;
& fe trouve à Paris , chez la veuve
Duchefne , Libraire , rue St-Jacques ,
au Temple du Goût ; & chez l'Auteur ,
au Luxembourg , cour des Fontaines ,
1777. Un volume in-8°.
Ces amuſemens dramatiques d'une
femme d'efprit , font au nombre de quatorze
, dont voici les titres : L'Innocence
éclairée : A l'Amour tout eft poſſible :
Qui pofsède uunn ami ami , n'a rien à defirer :
La Grandeur ne fait pas le bonheur : Les
Ridicules : Si Jeuneffe favoit , fi Vieilleſſe
pouvoit L'Or fait tout : Le Fat puni :
La Vanité trompée , ou le François à
Paris : Le Bonheur échappe à qui croit le
tenir : La Bonne Mère : L'Heureux déguifement
: L'Apparence eft trompeufe :
Le Hafard fert mieux quelquefois que la
Prudence.
IIO MERCURE DE FRANCE .
Il y a des détails ingénieux & pleins
d'agrémens dans ces petits Drames , qui
réuniffent prefque tous , à ce mérite
celui d'une grande fimplicité d'intrigue : le
ftyle en général en eft coulant & facile ;
on trouvera peut-être feulement que Madame
de Laiffe fe permet trop fouvent
d'employer dans fa profe les cadences &
les inverfions de la poéfie , ce qui eſt
contraire à la fimplicité du Dialogue.
D'auffilégères négligences , ne diminuent
en rien le mérite de ces Proverbes . L'Auteur
y a adapté , avec beaucoup d'art , aux
différentes fituations , plufieurs Ariettes
d'Opéra-Comique & d'Opéra.
On trouve , à la tête de l'Ouvrage , une
Épître à Madame la Comteffe de Beauharnois
, que nous tranfcrirons ,› pour
mieux faire connoître le ſtyle de Madame
de Laiffe. « Vous adreffez à notre fexe ,
» Madame , les vers les mieux faits ; on
» y reconnoît le pinceau des graces : je
» vous réponds au nom de toutes les
femmes , que l'on peut être très-aimable
, avoir beaucoup d'efprit , & cependant
être injufte .... Pardon , Madaine ;
mais il faut nous juftifier à votre tri-
» bunal.
"
»
›
» Vous , l'ornement & la gloire de
"
MA I. 1777. III
"
ود
"
la
» notre fexe , vous pouvez imaginer que
quelquefois , jaloux des avantages frivoles
, il ne rende pas juſtice à tout ce
qui doit plaire & charmer dans vos
«écrits ; cela pprroouuvvee ,, Madame , que
perfonne la plus parfaite tient encore
» à l'humanité par quelques petits coins.
» Vous y tenez par une injufte défiance
» de vous-même & des autres.
99
» Je défie à l'être le plus envieux , de
» ne pas lire avec admiration , avec un
plaifir vraiment fenti , l'Épître charmante
que vous adreffez aux hommes.
» Même effet doit produire votre Mar-
» motte parlant raifon , tenant dans fes
» mains le grelot de la folie. Pour moi ,
qui n'ai l'honneur de vous connoître
Madame , que d'après vos écrits , je
» vous vois douée de l'ame la plus fenfible
; & je crois que ce qui fait fi bien
parler votre efprit , c'eft cette vive fenfibilité
qui nous rapproche de l'être dont
- nous fommes les triftes & malheureux
» enfans. Préfent funefte , dit-on , pour
» le bonheur , que cette fenfibilité ; mais
» je ne crois pas cela un jour heureux
» pour une ame de feu , vaut mieux que
» dix années d'indifférence . Malheur à
» ces ames infortunées , pour ne fentir
و د
»
"
>
112 MERCURE DE FRANCE .
"
>>
ود
"
qu'à demi & la douleur , & le plaifir.
Vous , Madame , à qui la nature ac-
» corda tout , jouiffez de ces brillans
» avantages , jouiffez encore de la con-
» fiance flatteufe & méritée , que qui-
» conque a lu vos Ouvrages , non-feu-
» lement les admire , mais fe fait de
» vous , Madame , le portrait le plus en-
» chanteur . Ce n'eft point un compli-
» ment que je vous adreffe : non ; car fi
j'ofois , je vous dirois : je me peins vos
» traits auffi agréables que l'eft votre
efprit ; je dirois qu'ils ont dû prendre
l'empreinte de vos fentimens
» habituels . Tout cela eft auffi fincère ,
que fi j'écrivois à M. D *** , vos
» vers m'enchantent. Je ne connois point
❤de Verfificateur plus brillant vous
cachez fi bien votre efprit , que l'on
imagineroit votre coeur dictant feul
» ce que vous écrivez. Il eſt auffi
» vrai , Madame , que les femmes vous
» louent avec enthoufiafme : la prude
» fourit en vous lifant ; la coquette ou-
» blie le foin de fa toilette ; la femme raifonable
lit , & veut les lire encore , ces
peintures fraîches & riantes des ridicules
du fiècle. Je n'ai jamais regardé l'ef-
» prit comme un don très- heureux , juſ-
"
ود
39
»
MA I. 1777 . 113
39
qu'à l'inftant où je l'ai vu paré par vous
» du coloris du fentiment
Hiftoire du Cardinal de Polignac , Arche
vêque d'Auch , Commandeur de l'Or
dre du Saint-Efprit , Ambaffadeur de
France en Pologne , en Hollande &
à Rome , des Académies des Sciences ,
Françoife , & des Infcriptions & Belles-
Lettres ; par le Père Chryfoftôme Fau-
M cher , Religieux de Saint - François ,
Auteur de l'hiftoire de Photius & des
Obfervations fur le fanatifine , deux
volumes in- 1 2. A Paris , chez d'Houry ;
Imprimeur - Libraire de Monfeigneur
le Duc d'Orléans & de Monfeigneur
le Duc de Chartres , rue de la Vieille-
Bouclerie , au Saint-Esprit , 1777.
Le Cardinal de Polignac a été inconteftablement
un des plus grands hommes
de fon temps. Il a réuni le mérite d'habile
Politique & de grand Négociateur ,
à celui d'un Prélat diftingué , d'un Philofophe
, & même d'un Poëte. Mais ce
fut à la défenfe de la Religion qu'il confacra
fa Mufe , fonction bien digne d'un
Prince de l'Églife . Cet homme célèbre
n'avoit pas encore d'Hiftorien. Le Père
114 MERCURE DE FRANCE.
Chryfoftôme Faucher , plein d'admiration
pour fes grands talens & pour fes
vertus , entreprend aujourd'hui de réparer
cet oubli . Le jufte enthoufiafme que
fon Héros lui a infpiré , répand beaucoup
de chaleur dans le récit qu'il fait
de fa vie.
Un avantage de la plus grande importance
pour cet Ouvrage , & qui en augmente
beaucoup l'intérêt , c'eft qu'il a
été permis à l'Auteur de pénétrer dans
le dépôt des affaires étrangères , & d'y
puifer toutes les notions néceffaires à la
partie de fon hiftoire qui concerne les
négociations du Cardinal , tant pour
l'État que pour l'Églife. Auffi entre- t- il
dans les détails les plus curieux à ce
fujet. Le premier volume eft rempli
entièrement par l'hiftoire de l'Ambaffade
du Cardinal de Polignac , alors
Abbé , en Pologne. Dans le fecond ,
on voit fucceffivement Polignac d'abord
exilé , rappelé enfuite , chargé à Rome
d'une négociation importante avec le
Cardinal de la Trimouille Auditeur
de Rote , enfuite Cardinal , Plénipotentiaire
au Congrès d'Utrecht en 1713 ;
enfin , Ambaffadeur à Rome , où il fe
rendit , en 1724 , pour le Conclave ,
,
MA I. 1777 . 115
après la mort d'Innocent XIII , & où il
demeura chargé des affaires de France
jufqu'en 1732 , qu'il revint dans fa patrie
, où il mena une vie tranquille jufqu'à
fa mort , arrivée en 1741 .
>
Le Père Faucher s'étend particulièrement
fur l'Anti - Lucrèce , production
qui feule auroit pu immortalifer le Cardinal.
Il rapporte , à la fin du premier
volume , une anecdote très- peu connue
fur ce qui donna naiffance à ce Poëme.
L'Abbé de Polignac s'étant arrêté à Rotterdam
à fon retour de Pologne en
1698 , y eut plufieurs entretiens avec
le célèbre Bayle. Les argumens d'Epicure
, de Lucrèce & des autres fceptiques
, qui venoient d'être pouffés trèsloin
dans le Dictionnaire critique , le
furent encore davantage dans les converfations
entre l'Abbé de Polignac &
lui . L'Abbé profita de cet entretien
pour lui demander ce qu'il penfoit fur
certaines matières , & à laquelle des
fectes , qui avoient le plus de vogue en
Hollande , il s'étoit particulièrement attaché
. Bayle éluda d'abord la queſtion :
preffé de nouveau , il fe contentà de dire
qu'il étoit bon Proteftant. L'Abbé de
Polignac , peu fatisfait de cette réponſe ,
›
116 MERCURE DE FRANCE.
H
"
> le preffant plus vivement encore il
répondit avec une forte d'impatience :
Oui , Monfieur , je fuis bon Protef-
» tant , dans toute la force du terme ;
» car , dans le fond de mon ame , je
proteste contre tout ce qui fe dit &
tout ce qui fe fait » . Cette déclara
tion fingulière fut accompagnée d'un
paffage énergique de Lucrèce . Polignac ,
frappé du ton & des circonftances , fe
remit à la lecture des Ouvrages du Chantre
d'Epicure : il conçut que la réfutation
de fon fyftême feroit utile à la Religion
& à l'humanité , & l'entreprit dans fa
retraite .
Inftitutions Mathématiques à l'ufage des
Univerfités de France , Ouvrage dans
lequel on a renfermé l'arithmétique ,
l'algèbre , les fractions ordinaires &
décimales , l'extraction des racines quarrées
& cubiques , le calcul des radicaux
& des expofans , les raifons , proportions
& progreffions arithmétiques &
géométriques , les logarithmes , les
équations , les problêmes indéterminés
, la théorie de l'infini , les combinaifons
, la géométrie & la trigono .
métrie , la méthode de lever les plans ,
MA I. 1777 . 117
la meſure des terreins , la divifion des
champs & le nivellement ; les fections
coniques , les ufages des fections coniques
pour le jet des bombes , le calcul
des voûtes , les échos , les miroirs
& les verres brûlans , & la dioptrique ;
la théorie des forces centrales , les principes
du calcul différentiel & du calcul
intégral , & toutes les connoiffances
Mathématiques dont les Militaires &
les Phyficiens peuvent avoir befoin.
Les matières font traitées clairement ,
& mifes à la portée des commençans ;
par M. l'Abbé Sauri , Correfpondant
de l'Académie Royale des Sciences de
Montpellier , troiſième édition revue ,
corrigée & augmentée par l'Auteur.
A Paris , chez Valade , Libraire du
Roi de Suéde , rue Saint-Jacques , vis
à-vis celle des Mathurins , 1777 ; avec
approbation & privilége du Roi. Prix
4 liv. 10 fols broché.
Le fuccès des éditions précédentes ,
le cas qu'ont fait de cet Ouvrage tant
d'habiles Profeffeurs de philofophie , foit
en France , foit dans les pays étrangers ,
qui l'ont adopté dans leurs claffes , ont
engagé l'Auteur à faire des efforts pour
118 MERCURE DE FRANCE .
rendre fon Livre d'une utilité plus géné
rale. Il a ajouté plufieurs beaux problêmes
qui manquent dans les autres éditions
, entr'autres , un fur les loteries , à
la page 138 ; un autre , pour déterminer
la hauteur de l'atmosphère , à la page
335 , & plufieurs autres chofes dont le
détail nous méneroit trop loin . Cette
édition eft d'ailleurs très-bien exécutée ,
& plus correcte que la précédente qui
a été contrefaite en Province , mais fi
mal adroitement , qu'elle fourmille de
fautes d'impreffion. Il eft facile de la diftinguer
de la nouvelle édition de Paris ,
dont tous les exemplaires font fignés par
l'Auteur ; car dans celle - ci toutes les
notes font indiquées par des étoiles , tandis
qu'elles le font prefque toutes par
des lettres dans l'édition contrefaite , dans
laquelle la géométrie finit à la 262 ° page ,
au lieu qu'elle eft terminée à la page
240 ° dans la nouvelle édition de Paris .
Voici en peu de mots le plan qu'a ſuivi
M. l'Abbé Sauri.
Il commence d'abord par développer
les opérations ordinaires de l'arithmétique
, d'où il paffe à celles de l'algèbre ,
à l'extraction des racines , au calcul desradicaux
& des expofans , au fameux biMA
I.
1777 . 119
nome de Newton , aux raifons , propor
tions & progreffions , à la règle de trois ,
de compagnie , de fauffe pofition , aux
logarithmes , aux équations , aux problêmes
qu'on nomme femi - déterminés , aux
équations qu'on réfout par les Divifeurs
du premier degré , à celles qui n'ont que
deux termes , à celles qu'on peut réfoudre
par la méthode du fecond degré . Il
n'oublie pas de parler de l'infini , & il
réfute les fentimens de MM. Lacaille ,
Mazeas & Euler. Il paffe enfuite aux
combinaiſons , & réfout pluſieurs beaux
problêmes qui en dépendent .
Il traite auffi-tôt après la géométrie de
la manière la plus fimple ; il apprend à
mefurer la largeur d'une rivière qu'on ne
peut paffer , la hauteur d'une tour & celle
d'une montagne , foit acceffibles , foit
inacceffibles , la diftance d'un nuage à la
terre , à lever une carte géographique ,
à meſurer un terrein , & c. Les fections
coniques & leurs ufages pour le jet des
bombes , l'excavation des mines , la conftruction
des porte- voix , des verres brû¬
lans , la théorie des forces centrales , la
théorie des courbes , les principes & les
ufages du calcul differentiel & du calcul
intégral , font développés de la manière
120 MERCURE DE FRANCE.
la plus fimple ; de façon qu'on chercheroit
en vain un Ouvrage plus élémentaire
, & plus propre à avancer les progrès
des Mathématiques.
Didon à Énée ; par M. Cerceau . A Paris,
chez Dufour , Lib. quai de Gêvres , au
Grand Voltaire.
•
Tout le monde connoît le beau fujet
des Amours malheureux de Didon pour
Enée , fi fupérieurement tracé par Virgile
dans le quatrième Livre de l'Enéide ,
& qui a fourni à M. le Franc de Pompignan
, celui de fa Tragédie de Didon ;
c'eſt la même fource qui a produit l'Héroïde
que nous annonçons M. Cerceau
fuppofe que cette Pièce n'eft qu'un
affemblage de plufieurs Lettres écrites
confécutivement par Didon , pour attendrir
Enée , encore à Carthage ; que cette
Amante abandonnée eft occupée à écrire
pour la dernière fois , lorsqu'on lui annonce
le départ du perfide , & que ,
dans cet inftant déplorable , elle continue
de confier au papier fes terribles imprécations
, & qu'elle les termine par fe
donner la mort.
Nous nous bornerons , pour donner
une
MAI. 1777.
121
une idée du talent naiffant de M. Cerceau
, á rapporter les dernières paroles
de Didon , qui terminent cette Héroïde .
Ceux de nos Lecteurs qui aiment les
comparaifons , pourront rapprocher ce
morceau des endroits de l'Enéïde & de
la Tragédie de Didon , qui y ont rapport.
On trouvera dans les vers de M. Cerceau
de la facilité , de la verve même
mais auffi quelques fautes contre la
langue & le goût.
Aftre éclatant du jour qui , du milieu des airs ,
Promènes tes regards fur ce vafte Univers ,
Toi qui vois , fans pâlir , cette horrible contrée
Rappeler en ce jour tous les forfaits d'Atrée ;
Junon , qui contemplez de vos affreux bienfaits
La fuite déplorable & les triftes effets ;
>
Hécate que le monde , au milieu des ténèbres ,
Invoque en frémiffant par des clameurs funèbres ;
Barbares fours ; vous Dieux , miniftres de Pluton ,
Exaucez tous les voeux qu'en mourant fait Didon :
Vengez , vous le devez , une Amante trahie ;
S'il faut que le perfide aborde en Italie ,
Que fa flotte échappée aux tempêtes des mers ,
Débarque en Aufonie un peuple de pervers.
Si tel eft du deftin l'arrêt irrévocable ,
Que battu , repouffé par un peuple intraitable ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
Mandiant des fecours , féparé de fon fils ,१
Il éprouve par-tout la honte & le mépris !
Que les vils Compagnons , refte impur de
Pergame ,
>
Expirent fous les yeux , victimes de la flamme !
Qu'un vainqueur infolent , arbitre de fon fort
L'empêche de chercher ſon ſalut dans la mort ;
Et , foumis aux traités qu'on voudra lui prefcrire ,
Qu'il rampe aux pieds du trône où fon orgueil
afpire !
Que mes derniers fouhaits ne foient pas impuiffans
:
Dieux , qui les entendez , je vous en fais garans !
1
Et vous , mes Tyriens , Nation fi fidelle ,
Sans ceffe harcelez fa race criminelle ,
Faites paffer ma haine au coeur de vos enfans ;
Que par vous , excités contre fes deſcendans ,
A la voix de la paix ils refuſent d'entendre.
Leur fureur fervira d'hécatombe à ma cendṛe .
Vous , ma foeur , qui , croyant foulager mes
ennuis ,
Avez creusé l'horreur de l'abyſme où je fuis ,
Puiffiez- vous , acceptant le fceptre de Carthage ,
Vous rappeler Didon & venger fon outrage !
Qu'il naiſſe de ma cendre un Héros dont l'ardeur
MA I. 1777. 123
Sur les Troyens vaincus venge mon déshonneur ;
Ou puiſſe je moi - même , implacable furie ,
Perdre , en les immolant , une feconde vie ;
Que ma fureur tranſmiſe à mes derniers ſujets ,
Se porte dans la fuite aux plus affreux excès ;
Que les deux Nations , l'une à l'autre opposées ,
Par la noire difcorde à jamais divifées ,
Au milieu des combats fe difputent l'honneur
De s'effacer en crime & Le vaincre en horreur ;
Et qu'enfin mes foldats , affurés de leur proie ,
Du nouvel Ilion faiſant une autre Troie,
Sousfesdébrisfumans étouffent leurs mépris.
Lamort n'a rien d'affreux ; je m'y plonge à ceprix.
Il eft prefque fuperflu de remarquer
qu'on ne dit point entendre à la voix de
lapaix , mais entendre la voix de la paix;
qu'on dit creufer un abysme, mais non
pas creufer l'horreur d'un abyfme ; qu'on
peut encore moins dire fe plonger dans
la mort ; & qu'il eft difficile de comprendre
ce que c'est que des mépris qu'on
étouffefous des débris fumans.
Du Pronostic dans les maladies aiguës ;
par M. le Roy , Profeffeur.en Médecine
en l'Univerfité de Montpellier ,
Membre de la Société Royale de la
Fij
# 24 MERCURE DE FRANCE.
même Ville & de celle de Londres ,
&c. A Paris , chez P. F. Didot le
jeune , Lib. quai des Auguftins ; 1776,
Avec approb. & privil . du Roi. i vol,
in- 8 ° . prix 3 1 , br ,
Ce volume forme la feconde partie
des Mélanges de Médecine de M. le
Roy; il s'agit dans celui - ci du pronof
tic dans les maladies aiguës, On entend
en général par pronoftic , une connoiffance
exacte de ce qui doit arriver ; le
mor eft fpécialement adopté pour la
Médecine ; c'eft précisément la connoiffance
anticipée des événemens auxquels
la fituation du malade donne lieu de
s'attendre , & on appelle fignes pronoftics ,
tous ceux qui peuvent fervir de fondement
à une pareille connoiffance . La
réputation d'un Médecin dépend beaucoup
de l'art du pronoftic ; quand les
pronoftics fe trouvent confirmés par les
événemens , rien n'augmente plus la con
fidération qu'on a pour lui ; mais , pour
exceller dans cet art , il faut être confommé
dans la pratique de la Médecine
& être bon obfervateur. Au furplus , un
Médecin prudent & confommé , dit
Hippocrate , ne doit prédire que trèsz
M A 1. 1777. 126
peu ; mais auffi a- t- il rarement le défagrément
de voir fes prédictions contredites
par l'événement. Perfonne n'a mieux
écrit fur les pronoftics qu'Hippocrate ;
auffi M. le Roy prend pour Mentor le
vénérable Vieillard ; cependant , malgré
le refpect qu'il a pour ce grand homme ,
il fait remarquer ce qu'il y a eu de dé
fectueux dans quelques-uns de fes pronoftics
, en les comparant avec fes propres
obfervations. L'Ouvrage de M. le
Roy , que nous annonçons actuellement ,
eft exécuté fur le plan du Livre des
Pronostics d'Hippocrate , le meilleur
peut-être , au moins le plus exact , le
plus foigné de ceux qui nous reftent de
luis il fera de la plus grande utilité aux
jeunes Praticiens ; il ne contribuera pas
peu à accélérer leurs progrès dans l'art du
pronoftic , & à leur faciliter l'intelligence
des Ouvrages d'Hippocrate. Perfonne
n'étoit plus capable que M.le Roy pour
publier un pareil Ouvrage , étant égale
ment verfé dans la théorie & la pratique.
Nous ne pouvons afez en confeiller da
lecture aux jeunes Médecins.
Morceaux choifis des Prophètes , mis en
François par M. l'Abbé Champion
'
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
de Nilon ; 2 vol . in- 12 . A Paris , chez
Moutard , Libraire , Quai des Auguftins
.
Les Prophéties font ce qu'il y a de
plus intéreffant dans les Livres Saints.
Tous les Myftères de la Loi nouvelle
Y font prédits. C'est l'hiftoire paffée ,
préfente & future de la conduite du
Seigneur. On n'y voit que des traits
frappans & des événemens mémorables.
Des châtimens de Rois , des deftructions
des Peuples , des renverſemens
d'Empires , des armées d'infectes dévorans
, des ravages , des mortalités , tous
les fléaux de la vengeance Divine . Mais
ces images terribles font toujours mêlées
d'objets confolans . On y découvre , dans
un beau lointain, l'exécution parfaite des
promeffes du Très - Haut. L'avénement
du Meffie , la rédemption du Genre humain
, la converfion des Juifs , le renouvellement
de l'Eglife , le triomphe de la
Jérufalem céleste , l'exaltation des juftes,
le bonheur des Élus . Telle eft la manière
dont les meilleurs interprètes des Livres
Saints , nous préfentent cette portion de
l'Écriture-Sainte. Quant à l'éloquence de
ces Auteurs infpirés , voici comme s'en
M A I. 1777 : 127
explique le nouvel Interprète , d'après
tous les Écrivains qui ont parlé de l'élequence
des Livres Saints. Il m'a ſem-
"
و د
و د
» ques ,
blé , dit-il , que les Prophéties , ces
» compofitions toutes divines , remplies
» d'idées fi grandes , d'images fi magnifiques
, de figures fi hardies , de ta-
» bleaux fi frappans , de fentimens fi
» tendres , de mouvemens fi pathétide
traits fi brillans en tout
» genre , & fi fupérieurs à tout ce que
» les Poëtes profânes ont de plus parfait
; il m'a femblé , dis-je , que ces
productions admirables de l'Efprit hu-
» main , éclairé , échauffé par l'Efprit
» Divin , devoient être interprétées
» d'un ſtyle noble , élevé , touchant ,
qui répondît , autant qu'il eft poffible,
» à la majefté , à l'énergie , à l'onction
qui régnent dans le texte original » .
Le nouveau Traducteur a trop vivement
fenti les beautés fublimes des Écrivains
facrés , pour les avoir dégradées dans
la traduction libre qu'il nous en donne.
و د
و ر
و د
Nous n'avons rien dans l'Écriture ni
dans la belle Antiquité profâne , qui
foit plus achevé que ces morceaux des
Prophètes que M. l'Abbé Champion
de Nilon a raffemblés , & qu'il déve-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
loppe par fon Commentaire abrégé , &
par de courtes obfervations dans lefquelles
on trouve indiqué l'objet de ces
différentes Prophéties . Il pouvoit y join
dre , ( & cette addition peut faire la matière
d'un autre volume ) tant d'autres
morceaux également fublimes , tels que
la defcription du paffage de la mer rouge
, dans le Cantique de Moïfe & de
Marie , de celle du Léviathan dans Job,
de celle d'une tempête, dans le Pfeaume
XVIII , & de tant d'autres endroits où
l'on trouve ce mélange heureux, & jamais
interrompu, de grandeur , de fimplicité
, de force , & même d'agrémens ,
qui met les Livres Saints , confidérés du
côté de l'éloquence , fi fort au- deffus des
plus magnifiques productions de l'Efprit
humain. Pour comble de perfection ,
un de leur caractère propre eft d'émouvoir
, d'intéreffer l'ame , & de parler
toujours au coeur. Y a-t- il , par exemple,
dans l'Antiquité profâne , un Cantique
lugubre qui puiffe être comparé aux lamentations
de Jérémie ? Il femble que
Dieu ait permis que Jérémie ait été un
homme de douleurs , afin de lui infpirer
ce Cantique de deuil & d'affliction , re-.
gardé à juste titre comme un chef- d'oeuMAI.
17775 * 129
vre de fentiment ; de même que Dieu
avoit choifi auparavant Salomon , le plus
heureux de tous les Rois de la terre
pour lui infpirer le Cantique des Cantiques
, c'est-à-dire, un Cantique, nuptial
qui ne refpire que la joie fainte, produit
par un amour contschafte & tout divin.
Les Orateurs & des Poctés trouveront
dans le Recueil que nous annonçons ,
des traits admirables de l'éloquence la
plus parfaite , de la Poéfie la plus fublime
, comme on trouve auffi une noble
fimplicité dans les narrations hiftoriques,
& un ton d'autorité & dé dignité dans
tout ce qui a rapport à la doctrine, On
peut donc dire que la lecture des Livres
Saints , dont le but principal eft de nous
rendre meilleurs , fert encore à perfectionner
notre efprit.
Etat actuel de la France, confidérée dans
ce qu'elle offre de plus curieux & de
plus intéreffant , avec la diſtance de
Paris aux Villes importantes ; celle de
ces mêmesVilles , ainsi que de toutes les
autres , aux Capitales des Gouvernemens
où elles font comprifes ; leurs
longitudes & latitudes exactes d'après
les obfervations de MM. de l'Acadé-
Fy
S
130 MERCURE DE FRANCE .
mie Royale des Sciences , avec une
defcription abrégée des endroits les
plus remarquables qui fe trouvent fur
les routes de Paris aux Villes & Bourgs
du Royaume , vol. in- 16 , avec des
Cartes , & un papier préparé pour
écrire. A Paris , rue S. Jacques , chez
Defnos , Libraire , & Ingénieur-Géographe.
On trouve chez le même Libraire, le
Souvenir du Voyageur , avec beaucoup
de feuillets en blanc de papier préparé.
La cinquième partie des Etrennes de
Minerve aux Artiftes , vient aufli d'être
publiée à l'adreffe ci -deffus. Ces Étrennes
raffemblent différens procédés curieux
ou utiles , relatifs à l'Agriculture ,
aux Arts , aux Métiers , & c.
Elémens de Tactique , démontrés géométriquements
Ouvrage Allemand ,
orné de Planches , compofé par un
Officier de l'État- Major des Troupes
Pruffiennes ; traduit en François par
M. de Holtzendorff , ci - devant au
fervice du Roi de Pruffe. A Paris ,
chez Nyon aîné , Libraire , rue Saint-
Jean-de-Beauvais ,
MA I. 1777 . 131
La difficulté d'une Science, prend en
partie fa fource dans le défaut de Principes
élémentaires , bien démontrés : dela
les fentimens fophiftiques qui les rendent
informes : de-là , la complication de
Principes erronés ; & enfin la fauffeté des
opérations décifives.
Tel a été très-long- tems , & eft encore
de nos jours , l'état de la Tactique
chez les Nations où cette Science eft établie
fur de faux Principes , ainsi qu'un
édifice qui manque de fondemens folides.
Les Principes fondamentaux de la Tactique
, doivent être fondés fur l'évidence
mathématique , afin qu'ils foient perma,
nens. Telle eſt la nature de ceux propofés
par l'Auteur Allemand, dont les fuccès
dans l'Empire , juftifiés par la pratique
, ont donné lieu à cette traduction.
La Géométrie lear fert de bafe , depuis
les premières notions , jufqu'aux connoiffances
néceffaires pour faire mancuvrer
avantageufement de grandes ar
mées.
-
Dès lors les Militaires , en général ,
feront d'accord fur les mêmes points.
L'uniformité des évolutions ou mancuvres
, fera la fuite de cet accord fixé irrévocablement
; & le fuccès des armées
Fvj
232 MERCURE DE FRANCE. †
deviendra , finon infaillible , du moins
plus affuré qu'il n'étoit auparavant .
Unique en fen genre , cet Ouvrage
Didactique , divifé en deux Parties , ne
peut qu'intéreffer les Militaires ftudieux,
par l'analyse des Principes les plus fimples
, démontrés évidemment . Il paroît
même être la baſe de l'inftruction d'après
laquelle les Troupes Françoifes mancuvrent
aujourd'hui . L'Auteur y traite à
fond les divers objets , comme il les a
long - tems médités .
La première Partie comprend , en dix
Chapitres , dont le premier fert d'introduction
, les Principes généraux des points
de vue , ceux de l'alignement ; les mouve
mens de converfion , la divifion intérieure
de la Troupe , les quatre ordres de mar
che généraux, & les évolutions moins habituelles
& plus particulières à la guerre.
La feconde Partie , en fix Chapitres ,
donne en grand l'application de ces Principes
lumineux à des armées . Cet Ouvrage
contient plus de vingt Planches , afin
que le précepte foir toujours appuyé de
Fexemple , qui en conftate la preuve.
"
Le mérite particulier de cet Ouvrage
important , c'eft qu'il peut être entendu
MAI. 1777. 13
de tout le monde , même du fimple
Soldat ; & que les Principes qui y font
développés peuvent être adaptés à toutes
fortes d'ordres de bataille , & pratiqués
fur tous les terreins poffibles.
On donnera l'attention la plus fuivie
à l'exécution typographique de cet Ou
vrage , actuellement fous preffe , conte
nant deux volumes in- 8 °. même format
papier & caractère que le Profpectus.
Le prix fera de dix livres en brochure,
pour ceux qui n'auront pas foufcrit , &
de huit livres pour les Soufcripteurs , à
qui on ne demande par avance que leur
engagement par écrit , de prendre l'Ouvrage
lorfqu'il paroîtra . La lifte des Soufcripteurs
fera imprimée à la fin du fecond
volume.
On fouferit à Paris , chez Nyon l'aîné,
Libraire, rue Saint- Jean- de- Beauvais, où
fe délivreront les Exemplaires aux Soufcripteurs
.
On eft prié d'affranchir le port des
lettres.
Euvres de Bernard Palify , revues fur
les exemplaires de la bibliothèque du
Roi , avec des notes par MM. Faujas
134 MERCURE
DE FRANCE .
de Saint Fond , & Gobet. Vol. in-4®.
Prix 12 liv. broché.
Les OEuvres de Bernard Paliffy , auffi
grand Phyſicien , a dit Fontenelle , que
la nature feule puiffe en former , étoient
devenues fi rares , que la plupart des Naturaliſtes
, des Phyficiens & des Chymiftes
, à qui elles font néceffaires , ne les
connoiffoient que de nom , ou d'après
les extraits qu'en ont donnés MM . de
Fontenelle , de Juffieu , de Buffon
Venel , &c. Depuis plus de deux fiècles ,
les différens Traités de cet Auteur n'avoient
point encore paru réunis en un
feul corps d'Ouvrage ; car il ne faut pas
compter l'édition de 1636 en deux volumes
in- 8 °. Robert Fouet , qui la publia ,
lui avoit donné le titre ridicule de Moyen
de devenir riche , &c. titre qui n'eſt point
celui de l'Auteur . Cette édition d'ailleurs
eft mutilée en plufieurs endroits : il étoit
réfervé à notre fiècle , que l'on peut appeler
le fiècle des connoiffances , de donner
une édition complette & correcte des
OEuvres de cet homme unique qui , de
fimple Potier de terre , étoit devenu un
des favans les plus diftingués de la Nation
. Nous avons l'obligation de cette
MAI. 1777. 135
édition à MM. Faujas de Saint Fond ,
& Gobet. Le premier de ces Éditeurs
voyage depuis fort long-temps dans le
Dauphiné avec M. Guettard , pour en
publier l'hiftoire naturelle. L'édition des
OEuvres de Bernard Paliffy a été revue
fur les originaux de la bibliothèque du
Roi , imprimés du vivant de l'Auteur en
1557 , 1563 , 1564 & 1580. Les Éditeurs
fe font attachés particulièrement à
conferver l'Ouvrage entier de Paliffy ;
ils fe font même ab ftenus d'altérer fon
ftyle , fes expreffions & fon ortographe :
mais ils onteu foin d'expliquer & d'éclaircir
, par des notes , les mots qui pour
roient embarraffer , & fe font appliqués à
développer les théories neuves & ingénieufes
que Paliffy avoit imaginées , fans
cependant oublier de faire entrevoir fes
erreurs. Chaque Traité eft précédé d'un
fommaire ; & l'on trouve , à la tête du
volume , des recherches fur la perfonne
& les Ouvrages de Bernard Paliffy. Cet
homme , d'un génie obfervateur & vraiment
fingulier , qui , fimple Potier terres'éleva
au- deffus de fon fiècle par fes recherches
& fes connoiffances , étoit natif
du Diocèfe d'Agen en Aquitaine , fuivant
Lacroix Dumaine , fon contempo136
MERCURE DE FRANCE .
CC
rain. L'Hiftorien d'Aubigné , dit que Pa
Jiffy mourut l'an 1589 , âgé de 90 ans ;
ainfi , il feroit né en 1499. Lacroix Dumaine
affure que Paliffy , Philofophe
» naturel & homme d'un efprit mer-
» veilleufement prompt & aigu , Aorit à
» Paris l'an 1584 , âgé de 60 ans & plus ,
» & fait des leçons de fa fcience & pro-
» feffion ». En fuppofant,avec cet Auteur,
que
ue Paliffy avoit alors plus de 60 ans ,
il pourroit être né depuis 1514 à 1520%
Cet homme, fimple Ouvrier, fans lettres ,
montre , dans fes différens écrits , une
fagacité peu commune , une imagination
heureufe, un efprit droit , laborieux & naturellement
porté à l'obfervation . La for
me de fes Ouvrages annonce elle-même
un génie original . Ce font des Dialogue's
entre Théorique & Pratique ; & c'eſt toujours
Pratique qui inftruit Théorique ,
écolière indocile , ignorante ; &, par
cette raifon même , grande difcoureufe.
Les Éditeurs n'ont point , dans cette
édition des OEuvres complettes de Bernard
Paliſfy , obſervé l'ordre des éditions
originales pour l'arrangement des Livres ,
parce qu'ils ont préféré , avec taifon , de
rapprocher les fujets les plus analogues.
Le premier Traité qui fe préfente dans
MA I. 1777. 137
cette édition , eft celui de l'Art de terre.
Ce Traité a principalement pour objet la
fabrication de la fayence. Paliffy , à force
de recherches & d'expériences , parvint
à créer cet art , dont il n'avoit d'autres
connoiffances que celles que pouvoit lui
procurer l'infpection d'un vafe de terre
émaillé. L'art de la fayence étoit cultivé
en Italie , mais n'étoit point connu en
France du temps de Paliffy. Il travailla ,
pendant plufieurs années , pour décou
vrir les moyens de faire de pareils vaſes.
Il étoit fans fortune & privé de tous fecours
étrangers ; auffi eut- il bien des malheurs
à vaincre & des obftacles à furmon
ter. Il nous en fait , dans fon Traité , un
tableau pathétique , & qui peut fervir à
faire connoître la trempe de ce génie
laborieux .
Palily a fait un Traité fur les terres
d'argille. Il les défigne très - bien ; il les
regarde comme des terres tenaces qui fe
délayent dans l'eau , & décrépitent au feu
quand elles ne font point parfaitement
féches . Il entre dans des détails intéref
fans fur les différentes efpèces d'argille ,
fur leurs qualités réfractaires ou fufibles
& leurs autres propriétés bonnes ou mauvaifes
, relativement à l'ufage qu'on peut
138 MERCURE DE FRANCE.
en faire dans la compofition des poteries.
Son Traité des pierres eft très- curieux
& très-favant. Beaucoup de fes idées ,
fur leur formation & les différentes caufes
qui concourent à leur décomposition
& à leur renouvellement , ont été adoptées
par de célèbres Naturaliftes de nos
jours. Il nous entretient fur la production
du cryftal de roche , dont il compare
ingénieufement la théorie avec celle
du fel de nitre ; il croit qu'il s'eft formé ,
comme lui , dans un liquide en repos ,
ainfi que toutes les autres efpèces de cryftaux.
Il examine enfuite , avec cette fagacité
qui lui étoit familière , la caufe de la
Rétrification des coquilles , celle de la formation
des pyrites , ftalactites , &c.
>
Paliffy , dans fon Traité fur la marne ,
ne donne point une définition de cette
terre. Les Chymistes de nos jours la dé
finiffent un mélange de craie & d'argille ,
dont les proportions varient. Paliffy recommandoit
, de fon temps , la marne
pour fertilifer les terres. L'expérience a
confirmé la bonté de cet engrais . On a
reconnu cependant que la marne ne peut
fervir à fertilifer les terres trop fortes ,
c'est -à-dire , trop argilleufes. Paliffy penſe
que la marne étoit originairement une
MA I. 1777. 139
terre argilleufe , & qu'elle tend à devenir
de la craie . Il eft au contraire reconnu
que la craie eft une terre compofée , qui
eft le produit de la déformation des coquilles
, & qu'elle devient , par la fuite ,
marne & argille .
Paliffy , dans ce même Traité , fait
mention d'argilles blanches , trouvées
dans des fouilles , lefquelles font bonnes
à faire des vafes. Ces argilles cependant
n'étoient point connues en France avant
M. Pott. Il faut donc croire que les Naturaliftes
François & étrangers n'avoient
point fçu profiter des lumières de Paliffy .
Depuis Pott , on a fait des recherches
fur les argilles , & on en a découvert , en
France , de parfaitement blanches , &
avec lefquelles on fabrique les plus belles
porcelaines qui aient jamais exifté , ſans
en excepter même les anciennes porcelaines
du Japon. Telle eft la belle terre
à porcelaine de Limoges , que l'on pourroit
regarder comme le Kaolin des Chinois
, & qui eft même meilleure pour
l'emploi , parce qu'elle n'eft pas remplie
de mica.
Paliffy , après avoir parlé des terres
marneufes & crétacées , dit un mot des
différentes terres fi fort ufitées autrefois
140 MERCURE DE FRANCE.
en médecine , telles que celles de Lem
nos , d'Arménie , &c. Il eft le premier
qui ait fait voir que les différentes terres
figillées , employées dans le commerce ,
étoient des marnes ou des argilles.
Ce Phyficien Naturalifte établit pour
principe général , dans fon article fur les
fels , qu'il n'eft nulle chofe fans fel , &
qu'il y a une multitude infinie d'eſpèces
de fels. Mais fes divifions font trop générales.
Elles ne donnent point une dif
tribution nette que l'on puiffe faifir . Les
Chymiftes modernes ayant reconnu que
parmi les matières falines , il y en a qui
ont des propriétés communes , & d'autres
des propriétés oppofées , en ont fait
une diftribution d'autant plus lumineufe ,
qu'elle eft fondée fur les propriétés mêmes
de ces fels .
Paliffy confacre , à la fuite de ce petit
traité fur les fels , un chapitre entier &
féparé fur le fel commun , & fur la manière
dont on fe le procuroit dans les
Iles de Xaintonge . Il démontre très bien
l'avantage de faire le fel dans les marais
falans , où l'on n'a pas beſoin de confommer
du bois pour l'évaporation des eaux.
Il compare ce travail à celui pratiqué dans
lés falines de Lorraine , travail beaucoup
MAI. 1777. 145
plus difpendieux , parce que l'on fait évaporer
les eaux falées des puits dans des
chaudières de tôle , échauffées par un
feu qui ruine les forêts de Lorraine &
de Franche - Comté. Un Écrivain moderne
, qui nous a donné , il y a huit à
dix ans , dans un très- bon Mémoire , le
détail des falines de Caftiglione , a confirmé
, par les calculs , la jufteffe des remarques
de Paliffy. Lorfque la Lorraine
& la Franche-Comté étoient couvertes
de bois , il auroit été fans doute alors
très difficile d'établir des marais falans,
La trop grande quantité de bois d'ailleurs
dont on vouloit fe débarraffer , pouvoit
juftifier l'emploi que l'on en faifoit pour
l'évaporation des eaux falées . Mais aujourd'hui
que ces Provinces font moins
garnies de bois , & que les forêts font
éloignées des villes de cinq à fix lieues &
même davantage les obfervations de
Paliffy , & celle de l'Auteur du Mémoire
que nous venons de citer , méritent une
attention particulière .
>
Les réflexions de Paliffy fur le fel
commun , font fuivies , dans cette édition
, d'un traité fur les eaux & fontaines.
Ce traité contient plufieurs détails ,
& présente une théorie qui confirme que
142 MERCURE DE FRANCE.
ce fimple Potier de terre étoit un Phyficien
éclairé , & qui favoit mettre à profit
les obfervations que fes recherches pratiques
lui avoient fuggérées.
On penfe bien que cet Artifan Philofophe
n'étoit pas homme à être la dupe
des Alchimistes & de ces prétendus Adepres
, qui errent , fans principes & fans méthode,
dans une carrière d'opérations auffi
chimériques que périlleufes . Ses remarques
fur l'Alchimie , fur le grand-oeuvre ,
fur l'or potable , forment plufieurs articles
deſtinés principalement à démontrer
l'abfurdité des prétentions des Alchimiſtes
, & le ridicule de leurs pratiques.
Paliffy ne fe moque pas avec moins de
fuccès , dans fes Obfervations fur les abus
de la Médecine , du charlataniſme de cerrains
Médecins de fon temps , ou plutôt
de la fimplicité des malades qui fe foient
aux promeffes emphatiques de ces Empyriques.
Il rapporte cette petite rufe d'un
Sébastien Colin , Médecin d'une ville de
Poitou , qui a publié , en 1558 , un Livre
fur les urines avec ce titre : Bref Dialogue
, contenant les caufes , jugemens , couleurs
& hypotafes des urines , lesquelles
adviennent le plus fouvent à ceux qui ont
lafièvre. « Il y avoit , dit Paliffy , en une
MA I. 1777 . 143
37 petite ville de Poitou un Médecin
» auffi peu favant qu'il y en eût en tour
» le pays , & toutefois , par une feule
» fineffe , il fe faifoit quafi adorer. Il avoit
» une étude fecrette bien près de la porte
» de fa maiſon ; & , par un petit trou ,
"
"
ود
38
voyoit ceux qui lui apportoient des
» urines ; & , étant entrés en la cour , fa
femme , bien inftruite , fe venoit affeoir
» fur un barc près de l'étude , où il y
» avoit une fenêtre fermée de chaffis , &
interrogeoit le Porteur d'urines d'où
» il étoit , lui difoit que fon mari étoit
» en la ville ; mais qu'il viendroit bien-
» tôt ; &, le faifant affeoir auprès d'elle ,
» l'interrogeoit du jour que la maladie
print au malade , & en quelle partie du
» corps étoit fon mal , & conféquem-
» ment de tous les effets & fignes de la
» maladię ; & , pendant que le Meffager
» répondoit aux interrogations , Mon-
» fieur le Médecin écoutoit tout , & puis
»fortoit par une porte de derrière , &
» rentroit par la porte de devant , par où
» le Meffager le voyoit venir. Lors la
» Dame lui difoit : voilà mon mari
parlez à lui. Ledit Porteur n'avoit pas
fitôt préfenté l'urine , que Monfieur
le Médecin ne la regardât avec fort
»
144 MERCURE DE FRANCE.
» belle contenance ; & , après , il faifoit
» un diſcours fur la maladie , fuivant ce
» qu'il avoit entendu du Meffager par
» fon étude ; & quand ledit Meffager
» étoit retourné au logis du malade , il
» contoit , comme un grand miracle , le
favoir de ce Médecin , qui avoit connu
» toute la maladie foudain qu'il avoit vu
l'urine ; & , par ce moyen , le bruit de
» ce Médecin augmentoit de jour en
jour
כ
» 13.
Le premier Ouvrage que Paliffy avoit
rendu public , étoit un traité fur l'agriculture
: nos Agriculteurs y trouveront
quelques idées hafardées ; mais ces traités
leur offriront auffi des obfervations trèsjuftes
& fondées fur la pratique.
Un goût décidé pour l'étude de la nature
, & le defir de mener une vie douce
& tranquille , avoient inſpiré à Paliſſy
l'idée d'un jardin délectable . Ce jardin
raffemble , fuivant fon plan , l'utile &
l'agréable : le fite de ce jardin eft rempli
de montagnes , dont les côteaux offrent
des points de vue très- variés . Paliffy y a
diftribué des terraffes , des grottes , des
falles de verdure qui forment autant de
retraites délicieufes. Le goût de fon fiècle
étoit de mutiler les arbres , pour en former
MAI. 1777 . -145
mer des ornemens d'architecture ; & on
ne doit point être furpris qu'il ait adopté
ce genre de décoration dans plufieurs endroits
de fon jardin . On conviendra cependant
que cette manière de décorer
eft préférable à celle qui a été depuis en
vogue , & qui confiftoit à tailler les ifs
les buis , les romarins & autres arbriffeaux
en forme d'animaux : la nature fe prête
difficilement à ces bifarreries , qui d'ailleurs
ne peuvent jamais être d'une grande
élégance .
Paliffy , après avoir fini la defcription
de fon jardin , donne un nouvel elfört
à fon imagination , & emprunte le voile
d'une fiction enjouée , pour cenfurer des
moeurs de fon fiècle. Lots , dit -il , je
» voulus favoir quelles efpèces de folies
» eftoient en l'homme , qui le rendoient
auffi difforme & mal proportionné :
» mais ne le pouvant favoir ni connoître
par l'art de la géométrie , je m'adviſai
de l'examiner par une philofophie alchi
miftale , qui me fit ériger foudain plu
» fieurs fourneaux propres à cette affaire ;
» les uns pour putréfier , les autres pour
» calciner ; aucuns autres pour examiner ,
>> aucuns pour fublimer , & autres pour
diſtiller. Quoi fait , je prins la tête
»
»
G
146 MERCURE DE FRANCE .
"
➜
» d'un homme ; & , ayant tiré fon effence
par calcinations , diftillations ,
fublimations & autres examens faits
» par Matras , Cornues & Bains - marie ,
& ayant féparé toutes les parties ter-
» reftres de la matière exalative , je trouvai
que véritablement en l'homme
il y avoit un nombre infini de fo-
» lies ; que quand je les eu apperçues , je
» tombai quafi en arrière comme paſmé ,
à caufe du grand nombre de folies que
j'avois apperçu en ladite tefte. Lors
» me print foudain une curiofiré & envie
» de favoir qui étoit la caufe de ces
grandes folies ; & , ayant examiné de
» bien près mon affaire , je trouvai que
» l'avarice & l'ambition avoient rendu
» prefque tous les hommes fols , & leur
» avoit quafi pourri toute la cervelle ,
» &c. » Il analyſe enſuite la tête d'un
fripon de Marchand , celle d'un jeune
étourdi , celle d'un Officier de Robe
Longue , celle de la femme de cet Offi
cier , qui étoit glorieufe & coquette ,
&c. Ces analyfes n'apprendront vraiſemblablement
rien à la plupart des Lecteurs .
Ils fe convaincront feulement que les
moeurs du dix- huitième ſiècle ne diffèrent
point de celles du quinzième , &
"
MA 1. 1777. 147
qu'il n'y a que quelques ufages qui on :
changé.
Paliffy , après s'être égayé fur un
fujet de philofophie & de morale , fe
rappelle , avec amertume , les malheurs
occafionnés par les troubles de Religion
dont il avoit été témoin. Il étoit de la
Religion Proteftante , & avoit été , fous
le règne d'Henri III , expofé lui même
plufieurs fois au fer homicide des Ligueurs.
D'Aubigné , dans fon hiſtoire
rapporte de lui ce trait qui peut fervir
à faire connoître la vigueur de caractère
& la fermeté d'ame de ce fimple Potier
de terre. Les Ligueurs l'avoient fait enfermer
à l'âge de 90 ans , dans la Baſtille.
Henri III l'ayant fait venir , lui dit un
jour : «" Mon bonhomme , fi vous ne
» vous accommodez fur le fait de la
Religion , jefuis contraint de vous laif-
:99
fer entre les mains de mes ennemis.
» Sire , lui répond Paliffy, j'étois bien
» tout prêt de donner ma vie pour la
gloire de Dieu. Si c'eût été avec quelque
regret , certes ! il feroit éteint en
ayant oui prononcer à mon grand
» Roi , je fuis contraint : c'est ce que
yous , Sire , & tous ceux qui vous contraignent
, ne pourrez jamais fur moi ,
parce que je fais mourir »."
"
Gif
148 MERCURE
DE FRANCE
.
Paliffy , ainfi que
que nous l'apprend l'Auteur
des recherches fur la vie de cet hom-
' me célèbre , eft le premier qui ait formé
à Paris , un cabinet d'hiftoire naturelle
où il faifoit des démonftrations publiques.
Nous avons , dans la collection de
fes OEuvres , un écrit intitulé : Cabinet
de Palify. Son intention , comme on
peut s'en convaincre par cet écrit , étant
de rendre fa collection propre à répandre
un jour favorable & prompt fur la fcience
, il avoit placé chaque morceau d'hiftoire
naturelle , une étiquette raiſonnée ,
qui donnoit fur le champ une idée claire
& diftincte de l'objet . Cette méthode ,
toujours avantageufe , obfervent les Éditeurs
, étoit effentielle dans un temps où
l'hiſtoire naturelle étoit encore dans fon
berceau .
Le recueil des écrits que nous venons
d'annoncer , eft terminé une table raipar
fonnée de tout ce qu'il y a de plus carieux
& de plus inftructif. Cette table
offre une fuite d'axiômes , que l'on peut
regarder comme le réſultat des principes ,
des obfervations & des expériences du
Philofophe Agénois . Les Éditeurs n'ont
point fur-tout omis d'y rappeler le cinquième
élément de Paliffy. Cette eau
MA I. 1777 .
149
·
>>
>
» générative , claire ou candide , fubtile
" entremêlée , & , parmi les autres eaux ,
indiftinguible , laquelle eau étant apportée
avec les autres eaux communes ,
elle s'endurcit & fe congèle avec les.
» chofes qui y font entremêlées .... Par
tel moyen , les cailloux , pierres & carrières
font formées , &c . » Ce cinquième
élément étoit , pour nous fervir
de l'expreffion des Éditeurs l'enfant
chéri que Paliffy fe plaifoit à montrer
à tout le monde . Les Amateurs de la phyfique
& de l'électricité , ajoutent- ils
reconnoîtront , dans ce cinquième élément
, leur fluide igné , leur feu électrique
; les Chimiftes , le Phlogistique , l'air
fixe , l'acidum pingue ; mais tous ne pourront
s'empêcher d'admirer le génie heureux
& clairvoyant du Potier de terre .
ANNONCES LITTÉRAIRES.
1 COURS d'Architecture , ou Traité de la
décoration , diftribution & conftruction
des Bâtimens ; commencé par J. F. Blondel,
Architecte du Roi , & Profeffeur
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
de l'Académie Royale d'Architecture ;
& continué par M. Patte , Architecte de
S. A. S. Monfeigneur le Prince Palatin ,
Duc Régnant de Deux Ponts . Tomes V
& VI , in- 8 ° . de 5 à 600 ppages chacun ,
fans compter un volume de figures de
136 planches. Prix 18 liv. A Paris , chez
la Veuve Defaint , Libr . rue du Foin
Saint Jacques.
Nous ferons connoître particulièrement
cet Ouvrage intéreffant dans le
Mercure prochain.
Traduction de différens Traités de morale
de Plutarque ; par M. ** . in- 12 . A
Paris , chez les Frères Debure , Lib. quai
des Auguftins.
La Cyropédie ou Hiftoire de Cyrus ,
traduite du grec de Xénophon ; par M.
Dacier , de l'Académie des Infcriptions
& Belles-Lettres ; 2 vol . in - 12 . A Paris ,
chez les Frères Debure , Libr. & Moutard
, Imprim.- Lib. de la Reine , quai
des Auguſtins .
-
Inftitutions Phifico Méchaniques , à
C
MAI. 1777.
Fufage des Ecoles Royales d'Artillerie &
du Génie de Turin ; traduites de l'Italien
de N. d'Antoni , par M. ** , Chevalier
de St Louis , & Major- Chef de Brigade
du Corps Royal de l'Artillerie ; 2 vol.
in - 8 °. A Strasbourg , chez Bauer &
Treuttel , Lib. A Paris , chez Durand
neveu , Lib. rue Galande.
Amuſemens d'us Philofophe folitaire ,
ou choix d'anecdotes , de dits & de faits
de l'Hiftoire ancienne & moderne , de
fingularités remarquables , d'obfervations
curieufes & utiles , de defcriptions ,
de récits , de portraits , de réflexions,
morales , de faillies & de bons mots
de penfées férieufes & Badines , & généralement
de tout ce qui peut nourric
Fefprit , exercer la mémoire ; 3 volumes
in-8°. br.
& les
Les Hommes comme il y en a peu,
Génies comme il n'y en a point ; Contes
moraux Orientaux , Perfans , Arabes ,
Turcs , Anglois , François , &c. les uns
pour rire , les autres à dormir debout ;
3 vol. in- 8°. A Bouillon , de l'Imprimerie
de la Société Typographique . On
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
trouve des exemplaires de ces deux Ouvrages
à Paris , chez Lacombe , Lib. rué
de Tournon .
Fables par M. Boifard , de l'Académie
des Belles- Lettres de Caën , Secrétaire:
du Confeil & des Finances de MONSIEUR ,
Frère du Roi . Seconde édition ; 2 vol..
grand in- 8 °. avec figures. A Paris , chez
Lacombe , Libr. rue de Tournon ; &
Efprit , au Palais Royal .
Les trois Théâtres de Paris , ou abrégé
hiftorique de l'établiffement de la Comédie
Françoife , de la Comédie Italienne
& de l'Opéra , avec un précis des
loix , arrêts , réglemens & ufages qui
concernent chacun de ces Spectacles ; par
M. Défeffarts , Avocat au Parlement ;
prix 2 liv . 10 f. A Paris , chez Lacombe ,
Lib. rue de Tournon , 1777 .
MA I. 1777 . 153
ACADÉMIES.
PARIS.
I.
Academie des Infcriptions & Belles- Lettres ,
DANS la féance publique de l'Académie
des Infcriptions & Belles-Lettres ,
on a lu plufieurs Mémoires dont nous
avons déjà expofé les fujets , & que nous
allons reprendre fucceflivement , pour
donner des analyfes plus étendues de ces
objets intéreffans.
PREMIER MEMOIR E.
M. l'Abbé Ameilhon a fait lecture
d'un premier Mémoire fur l'état de la
métallurgie chez les anciens.
C'eft le début d'un travail très - étendu ,
lequel a pour objet d'examiner , dans le
plus grand détail , la manière dont les
anciens exploitoient les mines , & travailloient
les métaux . Ce premier Mé
G
154 MERCURE DE FRANCE.
moire roule fur l'or , qui eft auffi le premier
des métaux. Il eft divifé en cinq
articles ou fections. Dans la première
fection , l'Auteur expofe les travaux des
anciens , foit pour ouvrir le terrein aurifère
, foit pour en extraire le minerai.
Il fait voir comment ils établiſſoient leurs
galeries , & comment les Mineurs atta
quoient le filon . Dans la feconde ſection ,
il détaille les diverfes préparations que
les anciens donnoient au minerai , pour le
difpofer à la fonte . D'abord ils grilloient
la mine , enfuite ils la concaffoient dans
des mortiers , puis ils la réduifoient en
poudre fous des meules de moulin , &
enfin ils la lavoient. Pline dit que quel
quefois on faifoit venir de l'eau de plus
de trente lieues par des canaux , pour le
fervice des mines. Le lavage n'étoit pas
le feul moyen que les anciens connuffent
pour féparer l'or des matières étrangères ,
avec lequel il pouvoit être mêlé . Ils favoient
que le vif-argent fournit auffi un
excellent moyen de purifier ce métal , par
la propriété qu'il a de s'y amalgamer ;
ided & optimè purgat , cateras ejus fordes
exfpuens , dit Pline. Dans la troisième
fection , M. l'Abbé Ameilhon traite de
la fonte & de l'affinage de l'or fuivant la
MA I. 1777 . 153
méthode des anciens . Il fait voir qu'ils
employoient , ainsi que nous , le plomb
comme intermède , pour purifier les métaux
parfaits. Comme ce procédé n'eſt
pas capable d'enlever à l'or la portion
d'argent qui y eft toujours uni , l'Auteur
penfe que les anciens , pour féparer ces
deux métaux , avoient recours à la cémen
tation . Il croit appercevoir des traces de
cette opération dans un paffage de Stra
bon , qu'il explique à la faveur d'un autre
texte de Geber , Chymifte Arabe du neuvième
fiècle. « Puifque les anciens , dit- il
» à ce fujet , ne connoiffoient pas nos
» eaux de départ , il étoit néceffaire qu'ils
» euffent un autre moyen auffi fûr que
» facile , pour féparer l'or de l'argent.
» Autrement les Souverains n'auroient
»»ppuu rendre des ordonnances pour fixer
» le titre de l'or , & obliger ,fous lespeines
les plus grièves,foit les Monétaires , foit
» les Orfévres , à n'employer que de l'or ,
qui quelquefois devoit être porté à un
degré de fin très-haut , & qu'on appe
» loit alors aurum obryfum ». L'Auteur
rappelle ici ce que les anciens ont dit de
cette espèce d'or : il parle auffi de ce métal
mixte , connu dans l'antiquité fous le
nom d'électrum , & auquel on attachoit
>>
Gvj
116 MERCURE DE FRANCE .
un grand prix , quand il étoit natif ou
vierge. C'étoit , comme on fait , un mêlange
d'or & d'argent. M. l'Abbé Ameilhon
croit que la prodigieufe difficulté
que les anciens auront éprouvée dans les
premiers temps , pour dégager ces deux
métaux l'un de l'autre , leur aura fait
prendre le parti de regarder comme un
métal particulier , l'or auquel fe trouvoit
uni naturellement une certaine portion
d'argent. Dans la quatrième fection , cet
Académicien fait connoître les diverfes
claffes d'Ouvriers employés chez les anciens
à l'exploitation des mines . Il décrit,
autant qu'il lui eft poffible de le faire ,
les outils , inftrumens & machines néceffaires
aux différentes opérations métallurgiques
, tels que les pics , les coins ,
les marteaux pour entamer la mine , les
lampes que les Mineurs portoient attachées
à leurs bonnets pour s'éclairer dans
les galeries , les pompes pour épuifer les
eaux qui fouvent inondoient les travaux ,
les mortiers , les pilons , les moulins , les
creufets , les foufflets , les fourneaux ,
&c. Dans la cinquième & dernière fection
; M. l'Abbé Ameilhon a recueilli
les plus curieufes obfervations des anciens
fur les principales propriétés de
.
MA I. 1777 . 157
l'or , & il s'eft attaché principalemei t
à ce qu'ils ont dit fur fa ductilité. Il montre
que les anciens avoient fçu profiter
de cette propriété pour le filer & le tiffer
comme la laine : netur & texitur lana
modo & fine land. D'où il conclud qu'il
falloit qu'ils euffent des filières à- peuprès
femblables aux nôtres ; car on ne
voit rien qui puiffe fuppléer à ces inftrumens
pour produire le même effet.
" Pline , pour nous donner une idée de
93
l'extrême extenfibilité de l'or , nous
apprend qu'une once de ce métal battu
» peut fournir au- delà de 750 feuilles ,
» ayant chacune quatre doigts en quarré.
» Or , en fuppofant , d'après l'évaluation
» de Frontin , que le doigt étoit la fe: -
» zième partie du pied Romain , il fuivra
» de ce calcul que les 750 feuilles d'or
» donneront un total de 187 pieds. &
» demi Romains , ou d'environ 172 de
» nos pieds de Roi en quarré ; d'où il
» réfulteroit que les Batteurs d'or Rc-
» mains auroient été plus habiles que é
l'étoient les nôtres en 1713 , puifque
» fuivant M. de Réaumur , une once
» d'or n'acquéroit alors , fous le marteau
» de ces derniers , qu'une extenfion de
146 pieds & demi quarrés . Ce Savant
»
58 MERCURE DE FRANCE.
»
» remarque qu'on regardoit avec furprife
, du temps du P. Merfenne , que
» d'une once d'or on put tirer un affez
grand nombre de feuilles pour couvrir
» une furface de 105 pieds quarrés. Ce
» qui étoit certainement beaucoup au-
» deffous de 172 pieds quarrés , où nous
» avons vu que les Artiftes Romains
portoient leur opération ».
"
Dans le Mémoire fuivant , M. l'Abbé
Ameilhon examinera comment les anciens
exploitoient l'argent & le mercure
& il traitera en même- temps des arts
dépendans de ces métaux .
I I.
à
Séance publique de l'Académie Royale de
Chirurgie , le Jeudi 10 Avril 1777 ,
laquelle a préfidé M. de la Martinière,
Confeiller d'Etat , premier Chirurgien
du Roi.
M. Louis , Secrétaire perpétuel , a ou
vert la Séance par l'expofé des travaux
qui ont concouru pour le Prix . L'Académie
avoit propofé pour cette année 1777 ,
le ſujet fuivant :
Expofer les règles Diététiques relatives
MA I.
159
1777.
aux alimens dans la cure des maladies
chirurgicales.
Les Auteurs anciens & modernes ayant
mis l'ufage & le choix des alimens au
nombre des principaux moyens de guérir
, on devoit trouver dans leurs Ouvrages
des reffources pour réfoudre avantageufement
la queftion . Cependant l'Académie
n'a reçu que dix Mémoires , parmi
lefquels trois feulement lui ont paru, mériter
attention.
Le n°. 3, qui a pour devife un aphorifme
d'Hippocrate , bien adapté au fujet....
non puera corpora quantò plus
metries, eò magis lades , a traité avec une
grande fupériorité la partie phyfique , relativement
à la matière nutritive L'Auteur
de ce Mémoire a fait fur cela , des
expériences qui réuniffent l'agréable à
l'utile ; mais il s'eft trop peu occupé de
la queftion chirurgicale . Il a examiné le
rapport & l'analogie de la fubftance amylacée
, avec nos humeurs , & les propriétés
des alimens en général. Il s'eft fort
étendu fur les connoiffances fondamentales
du fujet qu'il a à peine effleuré. Les
fondemens ne font pas l'édifice , quoiqu'ils
en foient la bafe & le foutien :
enfin , on fait que l'art de guérir com160
MERCURE DE FRANCE.
mence où finit la Phyfique : Ubi definit
Phyficus , ibi incipit medicus. L'Académie
demandoit qu'on appliquât fpécialement
à la cure des maladies chirurgicales
, les connoiffances capables de perfectionner
la pratique fur cet objet intéreffant
; elle s'en étoit expliquée dans
le Programme , en termes formels ; &
c'eft avec peine qu'elle n'a pas admis au
concours un Mémoire qui a d'ailleurs un
mérite très-diftingué.
L'Auteur du nº . 1 , qui a pour qui a pour devife
ce paffage de Fernel : Una gula omnium
propè morborum mater , etiam fi alius
genitor, a bien faifi l'état de la queftion ,
& n'eft pas forti de l'enceinte affez vafte
qu'il a tracée. Il a divifé les maladies
chirurgicales en aiguës & en chroniques;
& c'eft d'après cette diftinction générale,
qu'il a traité de l'influence du régime
dans la cure de ces maladies. On voit
par ces recherches , qu'il a profondément
étudié fon fujet. C'eft plus l'amas
des matériaux propres à faire un excellent
Mémoire , qu'il a préfenté , qu'un
ouvrage tel qu'on pouvoit l'efpérer. Les
détails multipliés montrent un Praticien
réfléchi : mais les chofes ne font pas allez
digérées , & on les trouve trop fouvent
MA I. 1777 .
161
telles que les Auteurs les ont fournies .
Le Mémoire n° . 6 , eft écrit avec
beaucoup de clarté & de méthode. Il a
pour divife cette propofition de Celfe :
Summa Medicina non uti medicamentis.
L'Auteur auroit réuni tous les fuffrages ,
s'il eût étendu fes vues fur un plus grand
nombre d'objets relatifs à la queſtion .
Les matériaux du n° . 1 , employés par
l'Auteur du n° . 6 , auroient pu former
un ouvrage qui laifferoit peu à defirer .
D'après ces confidérations , l'Académie
a décidé qu'elle, remettroit le Prix fur les
règles diététiques , relatives aux alimens ,
dans la cure des maladies chirurgicales 3
pour l'année 1779. Le Prix fera double,
une médaille d'or de 500 liv. fuivant la
fondation de M. de la Peyronie ; & une
feconde médaille , ou fa valeur en argent.
L'Académie a propofé pour le Prix de
l'année prochaine, le fujet fuivant :
Expofer les effets du mouvement & du
repos , & les indications fuivant lefquelles
on doit en preferire l'ufage dans la cure des
maladies chirurgicales.
Les Anciens étoient fort inftruits fur
les avantages & les inconvéniens refpectifs
du mouvement & du repos. Jérôme
162 MERCURE DE FRANCE.
"
Mercurial , dans fon Art Gymnaſtique ,
a approfondi cette matière avec une
grande érudition. Il feroit poffible de
traiter , d'une manière auffi curieuſe
qu'utile , des différens exercices , & de
faire connoître comment ils agiffent fur
le corps en général , & en particulier
fur différentes parties , relativement au
temps , au lieu , à la nature de l'exercice ,
à fon degré , à fa durée ; & quelles précautions
il faut prendre pour en aſſurer
le fuccès. Cette partie de l'Hygiène n'a
été confidérée jufqu'ici , que par rapport
à la confervation de la fanté : mais l'Académie
Royale de Chirurgie, qui a la perfection
de l'Art pour objet effentiel , demande
que les connoiffances acquifes fur
cet objet, & les nouvelles vues qu'il peut
offrir , foient appliquées fpécialement à
la cure des maladies chirurgicales.
Parmi les Chirurgiens Regnicoles ,
celui qui a donné les marques de la plus
grande émulation , dans le courant de
l'année précédente , eft M. Chauffier ,
Maître- ès-Arts & en Chirurgie, à Dijon,
& Correfpondant de l'Académie : elle
lui a adjugé la médaille d'or de la valeur
de 200 livres , & qu'on nomme le Prix
d'émulation.
M A 1. 1777: 163
L'Académie récompenfe annuellement
, par une médaille d'or du Prix
de 100 livres , le zèle de cinq Chirurgiens
, qui lui ont envoyé , dans le cours
de l'année précédente , des Obfervations
atiles. Ceux qui fe font diftingués , font
M. Bonnet , Chirurgien en Chef de
l'Hôtel-Dieu , à Clermont en Auvergne.
M. Lambron , Lieutenant de M. le premier
Chirurgien du Roi , à Orléans . M.
Lombard , Correfpondant de l'Acadé
mie , & Chirurgien-Major de l'Hôpital
Royal Militaire , à Dole en Franche-
Comté. M. Thomaffin , Maître en Chirurgie
à Rochefort près Dôle , & M.
Ellevion , Maître en Chirurgie à Rennes.
M. de Saúlt a lu enfuite un Mémoire
fur la luxation du Radius , à fa partie
inférieure. M. Faguer, une Obfervation
fur la guérifon d'une plaie confidérable
à la poitrine , par le jeu d'une mine. M.
Pipelet fecond , un Mémoire fur les
moyens employés en différens cas pour
faciliter l'action de marcher. M. Dufouart
le jeune , une Differtation fur les
effets de l'imagination des femmes enceintes
. M. Louis a terminé la Séance
par la lecture d'un Mémoire fur la Bru
lure.
164 MERCURE DE FRANCE.
II-I
き
C
Prix propofé par l'Académie des Sciences,
Arts & Belles Lettres de Châlons-fur-
Marne , pour l'année 1778 .
L'Académie des Sciences , Arts &
Belles- Lettres de Châlons -fur- Marne ,
propofe pour fujer du Prix qu'elle adjugera
dans fon Affemblée du 25 Août
1778 :
Les moyens les moins onéreux à l'État
& au Peuple , de conftruire & d'entretenir.
les Grands- Chemins.
Tous les amis de la Patrie & de l'Humanité
font invités à travailler fur ce fu
jet, Le Prix fera une médaille d'or de la
valeur de 300 liv .
Les pièces feront écrites en . François
ou en Latin , & elles feront envoyées ,
franches de port , à M. Sabbathier , Secréraire
perpétuel de l'Académie , trois
mois avant la diftribution du Prix.
Les Auteurs ne fe feront point connoître
; ils mettront feulement une de-,
vife à la tête ou à la fin de leur Mémoire.
Ils y joindront un billet cacheté qui conMA
I. 1777.
165
tiendra leur nom , qualités & demeure'
s'ils veulent fe faire connoître ; & la de
viſe fera répétée ſur ce billet.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
a continué les repréſentations d'Orphée,
d'Iphigénie , d'Alcefte , Opéra de M. le
Chevalier Gluck ; du ' Devin du Village,
& de l'Acte de la Danfe , avec le Ballet
Pantomime des Rufes de l'Amour.
M. de Beauval , qui avoit débuté avec
fuccès par le rôle d'Orphée , a joué auffi
avec applaudiffement le rôle de Colin ,
du Devin du Village . Mademoifelle de
Champleu , Actrice de Marfeille , âgée
de dix - huit ans , a débuté dans le même
Intermède par le rôle de Colette , qu'elle
a joué avec intelligence & chanté avec
goût. Cette jeune Actrice , d'une taille
élégante & d'une figure intéreffante ,
166 MERCURE DE FRANCE.
peut être utile à ce Théâtre , pour les
rôles qui ne demandent point une grande
étendue de voix. A
On s'occupe de la repriſe de Céphale
&Procris, Ballet héroïque en trois actes,
retardée par les répétitions de Caftor &
Pollux , demandé pour Verfailles.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Les Comédiens François ont remis
fur leur Théâtre l'Anglois à Bordeaux,
Comédie en un acte , en vers , avec fes
agrémens , de M. Favart. On a revu
avec un nouveau plaifir cette Pièce ,
dont les caractères font variés & foutenus
, le dialogue très - fpirituel , les
fentimens heureufement exprimés , &
les fcènes bien amenées .
DEBUT.
Le fieur DOISEMONT a débuté fur ce
Théâtre , par le rôle d'Augufte dans
Cinna. Cet Acteur s'eft étudié à mettre
beaucoup de vérité , de fimplicité & de
naturel dans fon jeu & dans fon débit ;
MA I. 1777 . 167
:
que la mais il faut qu'il faffe attention.
déclamation comme les autres arts
d'imitation , doit être d'une vérité un
peu exagérée ; & que le Poëte devant faire
parler fes Perfonnages avec dignité ,
l'Acteur doit auffi les repréfenter avec
les convenances théâtrales.
COMÉDIE ITALIENNE,
LES Comédiens Italiens ont commencé
les répétitions d'un nouvel Intermède
intitulé les trois Fermiers , paroles de M.
Montvel , mufique de M. Défaides.
DÉBUT.
M. GUICHARD a débuté par les rôles
du Huron , de Sylvain , de Blaife , dans
Lucile , du Père dans l'Ami de la Maiſon.
Cet Acteur , jeune , d'une figure théâtrale
, & d'un talent rare & déjà bien
connu , a été très-applaudi pour l'intelligence
de fon jeu , & pour la fenfibilité
& la vérité qu'il met dans fon expreffion .
La beauté de fon organe , la perfection
168 MERCURE DE FRANCE..
de fon chant , la pureté de fon goût
ne laiffent d'ailleurs rien defirer pour la
mufique qu'il exécute . Il n'eft point douteux
que cet Acteur deviendra de la plus
grande utilité à ce Théâtre , dont il fera
un des principaux appuis .
ARTS.
GRAVURES.
I.
La Fuite en Égypte , Eftampe d'environ
dix pouces de large fur huit de haut ,
gravée d'après le Tableau original de
David Teniers , par G. Weisbrod ;
prix liv. 10 f. A Paris , chez l'Auteur
, rue des Cordeliers , vis-à- vis la
rue de Tourraine .
CETTETE Eſtampe , terminée au burin par
M. Dauder , eft agréablement compofée .
Teniers y a repréſenté la Sainte Famille
qui traverfe une rivière dans un bateau ,
où font des Paffagers , des moutons &
Autres animaux. Le fite eft pittorefque
&
MA I. 1777. 169
& traité, ainfi que les figures , avec l'intelligence
néceffaire pour donner à l'enfemble
l'effet harmonieux du tableau .
I I.
Sacrifice à Cérès , Eftampe haute de
huit pouces , large de fix pouces ; par
F. N. D. Martinet , Graveur & Ingénieur
du Roi , rue Saint-Jacques. La compofition
de cette Eftampe eft riche , agréable
& ingénieufe. La gravure en eft
pittorefque , très- nette , & très- bien exécutée.
Les plans font artiftement ménagés
; les figures y font en grand nombre
fans confufion , & toutes ont leur expreffion
& leur caractère .
I I I.
On trouve à la même adreſſe
La Récréation du Philofophe , fujet
galant , bien compofé & bien gravé.
Ces deux Eftampes font dédiées à M.
Béguillet , Avocat & Notaire des États
de Bourgogne , Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , de
celle des Infcriptions & Belles - Lettres
H
170 MERCURE DE FRANCE.
de Dijon , Honoraire de Bologne , des
Arcades de Rome , des Académies de
Florence , Marfeille , Montpellier , Auteur
du Traité de la connoiffance géné→
rale des grains & de la mouture par économie
, & de plufieurs autres Ouvrages
utiles & intéreffans.
IV.
Deux têtes d'expreffions , gravées en
manière de crayons; par Madame Lingée,
d'après les deffins originaux de M, Greuze ,
Peintre du Roi, Ces études feront fuites
à celles que Madame Lingée a précédemment
gravées , d'après le même Auteur.
Prix 16 fols chacune . A Paris , chez
Lingée , Graveur , rue des Maçons , près
l'Hôtel des Quatre - Nations ; & chez
Chereau , rue des Mathurins , près celle
de Sorbonne.
MA I. 1777- 171
MUSIQUE.
I.
TREIZIÈME Recueil d'Ariettes choifies
arrangées pour le clavecin ou le fortépiano
, avec accompagnement
de deux
violons & la baffe chiffrée , dédié à Mademoiſelle
Lenglé de Schoebéque ; par
M. Benaur , Maître de clavecin de l'Abbaye
Royale de Montmartre , Dames de
da Croix , &c. Prix 1 liv. 16 f. A Paris ,
chez l'Auteur rue Dauphine , portecochère
près la rue Chriftine ; & aux
adreffes ordinaires de mufique.
2
I I.
Pièces d'orgues. Meſſe en ut mineur ;
dédiées à Madame de Montmorency-
Laval , Abbeffe de l'Abbaye Royale de
Montmartre. Prix , 3 liv. 12 fols
même , & aux mêmes adreffes.
; par
le
I I I.
On trouve à Paris , chez M. Bouin ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Marchand de mufique & de cordes d'inftrumens
, rue Saint- Honoré , près Saint- .
Roch , au Gagne- Petit ; & en Province ,
chez les Marchands de mufique ,
Le huitième Recueil d'Ariettes , avec
accompagnement de guitarre , dédié à
Madame la Comteffe de Pont de Rennepont
, Chanoineffe d'Epinal ; par M.
Vidal , Maître de guitarre, Prix 3 liv.
12 fols.
Recueil d'airs connus , variés pour la
guitarre , par M. Vidal . Prix 4 liv . 16 f.
Six trios dialogués d'Ariettes de la
Colonie , la Belle Arfenne , & des Femmes
Vengées , arrangés pour un violon ,
alto -viola & un violoncelle ; par M.
Mahon y le Breton , Ordinaire de la Comédie
Italienne . Prix 7 liv. 4 fols.
>
Concerto à flûte principale , premier
& fecond violon , alto , baffe & deux
cors ; par M. Toefchy . Prix , 4 liv . 4 f.
I V.
Onzième Recueil de Pièces Françoiſes &
M A I.
1777. 173
Italiennes , petits airs , brunettes , menuets
, & c. avec des doubles & variations
, accommodés pour deux flûtes
traversières , violons , par - deffus de
viole , & c.; par M. Taillart l'aîne : le
tout recueilli & mis en ordre par
M *** . Prix 6 liv. A Paris , chez M.
Taillart l'aîné , rue de la Monnoie ,
la première porte - cochère à gauche ,
en defcendant du Pont-Neuf , maifon
de M. Fabre ; & aux adreffes ordinaires
de mufique.
M. Taillart l'aîné , eft en poffeffion
depuis long-temps de procurer aux Amateurs
de la mufique inftrumentale , le
choix le plus intéreffant & le plus varié
des airs , ariettes , menuets , &c. qu'ils
ont applaudi dans les concerts ou fur le
théâtre. Son nouveau recueil fait fuite à
ceux qu'il a publiés précédemment , &
ne peut manquer de recevoir un accueil
également favorable , puifque c'eft le
même goût qui y a préfidé. Ce Virtuofe ,
bien connu par fes talens fupérieurs fur
la flûte , qu'il continue d'enfeigner avec
le plus grand fuccès , a mis , dans fon
onzième recueil , des doubles & des variations
très-propres à faciliter l'exécution
de l'inftrument , & à la faire briller.
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
TOPOGRAPHIE.
NOUVEAU Plan d'Orléans , augmenté
de fes fauxbourgs ; levé d'après les obfervations
des plus habiles Géographes fur
fa fituation actuelles préfenté à M. de
Cypierre , Baron de Chevilly , Intendant
de la Généralité d'Orléans ; par Couret
Le jeune , Imprimeur-Libraire à Orléans.
Ce plan eft gravé avec beaucoup de
fpin , & donne l'idée la plus exacte de la
ville d'Orléans . Il feroit à defirer que
toutes les villes principales de la France
fuffent ainfi repréfentées , & puffent être
réunies en forme d'atlas. Cette feuille fe
vend liv. 4 fols . A Paris , chez M.
Lattré , Graveur Géographe du Roi , rue
Saint-Jacques ; Nyon , Libraire , rue S.
Jean-de- Beauvais ; Efprit , Libraire , au
Palais Royal ; Jaillyor , Libraire Géogra
phe , quai des Anguftins ; Lepere , Avaulez
& Megret , Marchands d'Eftampes ,
rue Saint-Jacques.
MA I. 1777. 175
CHOROGRAPHIE.
Carte nouvelle des poffeffions Angloifes
en Amérique , dreffée pour l'intelligence
de la guerre préfente , & divifée
fuivant lesprétentions des Anglois ;
traduite de l'Anglois d'après Thomas
Gefferys , Géographe du Prince de
Galles , revue & corrigée par M.
Moithey , Ingénieur - Géographe du
Roi. Prix 1 liv. 4 fols. A Paris , chez
l'Auteur , rue de la Harpe , vis - à - vis
la Sorbonne ; & chez Crépy , rue S.
Jacques, près celle de la Parcheminerie,
M. MOITHEY , dans la vue de donner
aux divifions de cette Carte toute l'exactitude
poffible , a confulté différentes
relations , & les voyages faits dans cette
partie du nouveau monde. Des notices
hiftoriques fur les poffeffions Angloifes
pourront intéreffer. L'Auteur y a joint
un petit plan de l'océan occidental , στ
font marquées les routes que les vaifſeaux ,
qui partent des différens ports de France ,
fuivent pour fe rendre dans l'Amérique
Septentrionale.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
VERS fur l'arrivée de L'EMPEREUR
Q
en France.
UEL beau jour éclaire la France !
Jofeph , dont l'augufte alliance
A mis le comble à nos defirs ,
Vient encor parmi nous enchaîner les plaifirs ;
Nous les devons à fa préfence.
Envain , pour tempérer l'éclat de fa naiſſance ,
Paroît-il à nos yeux fans fafte, fans grandeur ,
Mille rares vertus nous dévoilent fon coeur ;
Il nous eft doux de reconnaître ,
Grande Reine , à ces traits , un Frère tel que vous,
Digne du fang des Dieux dont le ciel vous fit
naître.
Du fort de fes Sujets on nous verroit jaloux ,
Si nous n'avions Louis pour Maître.
ParM. Olivier.
MA I. 777. 177
Lettre de M. de Mandre , à M. Marand
· Docteur en Médecine , & de l'Académie
des Sciences , fur la population de
la Ville de Paris , comparée à l'état
où elle étoit ily a unfiécle.
Vousavez trouvé , Monſieur, dans le Livre intitulé
: Mémoires , Conférences & Obfervationsfur
les Arts& les Sciences , par Jean- Baptifte Denis ,
Médecin ordinaire du Roi , imprimé à Paris, in-48 .
en 1682 , page 35 , qu'il y avoit eu dans Paris,
en 1670 , 16810 baptêmes & 21461 morts , &
en l'année 1671 , 18532 baptêmes & 173.98
morts. On eft affuré , par les érats qui s'impriment
tous les ans , à Paris , chez Latour , Imprimeur
de la Police , que le nombre des baptêmes
de la Ville de Paris a monté , pendant l'année
à 19549 , celui des morts à 18719 ; &
qu'en 1771 le nombre des baptêmes a mouté à
18941 , & celui des morts à 20685. Vous avez
penfé qu'en comparant ces deux époques , on
pouvoit fe former une idée exacte de l'accroiffement
de la population de Paris , dans l'efpace
d'un fiécle. Pour mieux faire cette comparaifon
vous avez joint les deux années du fiécle dernier
& celles du fiécle préfent. L'année commune ,
prife fur 1670 & 1671 , a fourni le nombre de
17671 baptêmes & de 19429 morts ; l'année
commune , prife fur 1770 & 1771 , a fourni
1770,
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
19245 baptêmes & 19702 morts . Pour rendre
cette comparaifon jufte , il faut obferver que M.
Denis a compofé fon Ouvrage fur la fupputation
générale des feuilles des années 1670 & 1671 ,
imprimées in- folio , & mois par mois , chez
Frédéric Léonard , rue Saint Jacques. J'ai cherché
à me procurer ces feuilles , que je n'ai pu
découvrir dans aucune Bibliothèque , pas même
dans celle du Roi. M. Poulletier , Maître des
Requêtes , a , dans fa Bibliothèque , un recueil
de plufieurs pièces détachées , parmi lesquelles.
on trouve la feuille imprimée pour le mois de
Janvier 1672 , chez ce Frédéric Léonard , Imprimeur
ordinaire du Roi , & une pareille feuille
pour le mois de Décembre 1679 , imprimée chez.
Thierry, Imprimeur ordinaire de la Police . Ces
feuilles , toutes deux détachées , font à la fuite
d'un frontifpice imprimé in folio fous le titre :
Etat général des Baptêmes , des Mariages & des
Mortuaires des Paroiffes de la Ville & Fauxbourgs
de Paris , pour l'année 1679 , chez Denis Thierry,
Imprimeur ordinaire de la Police , rue St Jacques.
La feuille du mois de Décembre 1679 , contient.
une récapitulation générale de l'année , & porte
le nombre des baptêmes à 17257 , celui des ma ..
ages à 3881 & celui des morts à 27100.
En comparant l'année commune , priſe fur
1770 & 1771 , avec celle prife für 1670 & 1671,
il fembleroit , au premier coup - d'oeil , que les
deux années du fiécle préfent ont fourni 1574
baptêmes de plus que celles du fiécle paffé , &.
273 morts de moins ; mais les feuilles détachées
, confervées dans la Bibliothèque de M..
Poulletier , m'ont appris qu'en 1679 , & par
.
MA I. 1777. 1,9
conféquent dans les années précédentes , les états
qui s'imprimoient annuellement , ne comprenoient
pas les Paroifles de Saint Philippe du Roule ,
Saint Denis de la Chapelle, Saint Jacques de la
Villette , Saint Jean- Baptifte de Belleville , No
tre- Dame de Délivrance au Gros - Caillou , & St
Louis des Invalides , lefquelles Paroiffes , au
nombre de fix , font compriſes dans les états de
1770 & 1771 ; il faut donc , pour établir une
comparaifon jufte , diftraire des états de 1770 &
1771 , le nombre des baptêmes & des morts de
ces fix Paroiffes. J'ai trouvé , par le relevé que:
j'en ai fait , qu'en 1770 il y avoit eu dans ces
fix Paroiffes, 556 baptêmes & 897 morts , & dans
le cours de l'année 1771 , 515 baptêmes & 819:
morts . Il est néceffaire , pour que la comparaiſon
foit exacte , de diminuer de 535 , name
bre moyen des baptêmes des deux années 1770)
& 1771 des fix. Paroiffes , les 19245 baptêmes
qu'ont fourni les états généraux de 1770 & 1771,
& les réduire à 18710. Les morts de ces fix Paroiffes
des mêmes années 1770 & 1771 , donnent:
le nombre moyen de 858 , qu'il faut pareillement
diftraire des 19702 morts qu'ont fourni les
états généraux de 1770 & 1771 , ce qui les réduite
à 18844
De ce calcul ', il'en résulte que dans les Paroiffess
qui étoient comprifes dans les feuilles imprimées :
en 1670 & 1671' , il y a eu dans ces deux années :
1039 baptêmes de moins , & 585 morts de pluss
que dans les deux années 1770 & 1771 ..
Ces résultats préfentent plufieurs obfervations :
qui paroiffent conftantes : 1. en 1678 les Paroi
Hvjj
180 MERCURE DE FRANCE
fes du Roule , de la Chapelle , de la Villette , de
Belleville & du Gros - Cailloux , qui font préfen
tement une partie confidérable de Paris &
> dont elles augmentent la population
étoient, fans doute , trop peu peuplées pour en
être regardées comme des Fauxbourgs. 2 °.
La population de Paris , en la calculant par les
baptêmes , s'eft accrue dans les autres Paroifles ,
qui formoient pour lors la Ville de Paris , d'environ
un dix-septième dans le courant d'un fiécle.
3. Le même espace de tems , qui fournit une
augmentation de naiffances d'environ un dixfeptième
, préfente une diminution de morts.
d'environ un vingt- deuxième , ce qui forme une
apparence de contradiction ; le nombre des morts
dans une Ville telle que Paris , devant toujours
être proportionné à celui des naiſſances . Je crois
cependant que cette différence peut provenir ,
de ce que les habitans de Paris envoient hors
de cette Ville plus d'enfans en nourrice qu'il n'y
en envoyoient autrefois , & le plus grand nombre
de ces enfans périffant dans les premières
années de la naiflance , il en résulte néceffairement
que le nombre des morts doit être moins
grand dans la ville de Paris. 2 ° . De ce que les
établiſſemens de charité fe font fort multipliés,
dans Paris depuis un fiécle. La bienfaiſance y eft
plus générale , les aumônes plus abondantes , &,
les pauvres malades reçoivent dans les Paroiffes
plus de fecours qu'on ne leur en procuroit autrefois.
M. Denis n'a pas fait mention dans fon Ouvrage
du nombre des mariages célébrés dans la
ville de Paris ; mais j'ai trouvé dans la feuille
MA I. 1777 .
!
181
détachée du mois de Décembre 1679 , conſervée
dans le cabinet de M. Poulletier , que les mariages
y font portés au nombre de 97 ; & que dans
cette même dernière feuille , qui contient la récapitulation
générale de l'année 1679 , les mariages
y font portés au nombre de 3881. On peut
fuppofer qu'il ne devoit pas y avoir grande différence
entre l'année 1679 , & les années 1670 &
1671 ; mais pour comparer le nombre des mariages
de cette époque , avec celui des années
1770 & 1771 , il faut faire une opération femblable
à celle qui a été faite pour les baptêmes
& pour les morts , c'est - à - dire , en diftraire les
fix Paroiffes qui ne font pas compriſes dans les
feuilles de 1679.
Les mariages faits à Paris en 1770 , ont monté
à 4775 , & en 1771 à 4452 ; le total eſt par conféquent
de 9227, & l'année commune ou le nombre
moyen , de 4613. Les fix Paroiffes dont j'ai
fait ci-devant mention , ont fourni , pour 1770 ,
116 mariages , & pour 1771 , 122 , ce qui donne
Four le nombre moyen 119 , lequel , ôté de
4613 , réduit les mariages , durant ces deux années
, à 4494. Il y a par conféquent dans la dernière
époque , 613 mariages de plus que dans la
précédente ; mais cette comparaiſon ne peut
jamais être auffi jufte que celle des baptêmes &
des morts , attendu qu'elle n'a pour bafe que la
feule année 1679 , & qu'en général il ſe trouve
plus de variations d'une année à l'autre , par rap
port à ces fortes d'actes , que dans ceux des bap
têmes & des morts.
Enfin , Monfieur , cette même feuille de 1.679
préfente une différence bien plus extraordinaire
182 MERCURE DE FRANCE .
fur le nombre des morts , puifqu'il y eft marqué
que dans le cours de l'année ils ont monté à
27100 , quoique , comme je vous l'ai obfervé , on
comprit dans ces feuilles fix Paroiffes de moins
que dans celles qu'on publie préfentement ; que
ces fix Paroiffes aient donné pour 1770 & 1771
le nombre moyen de 858 , & qu'enfin je fois
affuré que depuis 1720 jufqu'à préfent , l'année
1740, ou on a compté 25284 morts , ait été la
plus mortelle ; il faut donc que quelque raifon
phyfique ait diminué la mortalité dans Paris depuis
un fiécle ce qui eft très - confolant pour
Thumanité , & feroit defirer que les perfonnes
qui exercent un art , auquel on doit fans doute
unegrande partie de cet avantage inappréciable ,
cherchallent à en découvrir la caufe.
, י
Vous m'objecterez peut - être , Monfieur , que
l'ufage où font les mères de nourrir leurs enfans.
vous paroît plus commun préfentement qu'il ne
Fétoit il y a quelques années , & que par conféquent
la différence des morts ne peut pas provenir
de ce qu'il y avoit plus d'enfans nourris par
leus mères il y a un siécle , qu'il n'y en a préfentement
; mais il fautobferver que ce font quelques
perfonnes riches & aifées qui ont donné , depuis
peu d'années , le bon exemple de noutrif
elles -mêmes leurs enfans , & que cet exemple
n'a pas influé fur le peuple , qui eft peut - être
plus occupé par les ouvrages d'induftrie qu'il ne
l'étoit il y a un fiécle , & eft , par cette raifon ,
moins à portée de vaquer aux foins qu'exige la
nourriture & la première éducation des enfans ;;
peut-être auffi le Peuple ayant plus d'aifance:
qu'autrefois , le trouve- t - il plus en état de payer
MAI. 1777. 183
des mois de nourrice & de fevrage à des étrangères
qui élèvent des enfans dans les campagnes..
Ce font des obfervations qui méritent d'être
approfondies , & fur lefquelles vous êtes plus en
état que tout autre de faire des réflexions , qui
ferviront de fuite à celles que vous avez inférées
dans les Mémoires de l'Académie des Sciences ,
imprimés en 177 1. La récapitulation des baptêdes
mariages & des morts de Paris , depuis
1709 jufqu'en 1770 , que vous avez configné dans
cet ouvrage , fervira à notre poftérité de bafe
authentique pour connoître les accroiffemens ou
la diminution future de la population de la Capi
tale du Royaume..
mes ,
Dictionnaire Univerfel des Sciences Mo
rales , Économiques & Politiques , ou
Bibliothèque de l'Homme d'État & du
Citoyen.
CONTENANT
I. LE. Droit naturel , fes principes ,
fes conféquences & leur application ; ce
qui comprend toute la feience des Droits.
& des Devoirs de l'Homme confidéré
comme tel..
II. Le Droit civil , qui règle les affai
res particulières des citoyens entre eux
184 MERCURE DE FRANCE.
On donne une idée jufte & préciſe du
Droit civil des Nations anciennes & modernes
; mais dans l'immenſité des loix
que préfentent leurs codes différens , on
s'eft contenté d'infifter fur les plus fages ,
les plus utiles , les plus dignes d'être
adoptées ; on en a développé l'efprit ,
difcuté les effets , examiné jufqu'aux
formes pour en tirer un fonds d'inftruction
propre à perfectionner les ſyſtèmes
actuels de légiflation.
III. Le Droit public , qui traite des
Droits & des Devoirs réciproques des
Souverains & des Sujets ; du Commandement
& de l'Obéiffance ; de la Souveraineté
conſidérée dans fon origine, & les
diverſes manières de l'acquérir & de la
perdre ; de fa nature , des pouvoirs qui
la conſtituent , de la proportion de ces
pouvoirs & de leur action réciproque ;
de fes caractères & de fes fonctions , de
fes charges & de fes prérogatives; des rapports
du Souverain à l'Etat , & de l'Etat au
Souverain , fous quelque forme de gouvernement
que ce foit ; des Loix fondamentales
de chaque fociété politique, &c.
IV. Tout ce qui concerne la Politique
intérieure , l'Adminiſtration & fes
différents Départements ; les Confeils ,
MA I.
1777. 189
les Miniftres , les Magiftrats , les divers
Ordres des citoyens , la Police des Villes
& des Campagnes , l'Education civile ou
l'art de donner des moeurs aux Peuples ,
celui de faire régner l'ordre , d'affurer
les propriétés , de maintenir la fûreté ,
de faire fleurir l'Agriculture , & de procurer
la plus grande abondance des denrées
de toute eſpèce , de porter la Population
à fa jufte proportion avec l'étendue
des poffeffions & les moyens de
fubfiftance ; l'adminiftration de la Juſtice
civile & criminelle ; la diftribution des
peines & des récompenfes , des honneurs
& des emplois ; les Finances &
leur régie , les Impôts & leur perception
; le Commerce intérieur & extérieur
; l'encouragement aux Sciences qui
rendent l'homme meilleur , & aux Arts
qui ajoutent à l'agrément de la vie .
V. Le Droit eccléfiaftique , qui régle
les affaires de la Religion. Il traite des
Systêmes Religieux envifagés du côté
politique , de la Difcipline en tant qu'elle
appartient à l'Adminiſtration civile ; de
l'Autorité eccléfiaftique refferrée dans
fes juftes bornes ; des libertés & des
ufages des différentes Eglifes , & c.
VI. Le Droit des gens & générale186
MERCURE DE FRANCE.
ment tout ce qui regarde la Politique extérieure.
Le Droit des gens uniffant les
nations malgré l'indépendance où elles
font les unes des autres , les gouverne
comme une grande République compofée
d'autant de familles qu'il y a de peuple
ples fur la terre ; il donne des loix à
la guerre même , établit les principes des
traités , ménage les négociations , régle
les ambaffades , ainfi que les fonctions
& les priviléges des différents ordres de
Miniftres publics , & c.
VII. L'Hiftoire de la fondation des
Empires , de leurs principales révolu
tions , de leur élévation & de leur décadence
; des plus célèbres conjurations
& des autres grands événements qui
font époque dans les annales du monde.
L'Hiftoire eft la meilleure école de l'Hom.
me d'Etat. Elle inftruit les âges futurs
par les fiècles paffés, & nous rend maîtres
de ce qui fera par l'expérience de ce qui
a été.
VIII . Un Tableau politique de chaque
Etat , de fa conftitution & des altérations
qu'elle a fouffertes ; de fon Adminiftration
, de fes richeffes , de fon
commerce , de fa marine , de fes colonies
, de fon militaire , de fon éconoMA
I. 1777. 187
mie ruftique , de fa population , de fes
forces abfolues & relatives, de fes intérêts ,
en un mot de fon exiſtence politique fous
fes différens rapports. En comparant les
Gouvernements anciens aux modernes,
& ceux-ci entre eux , en calculant leurs
avantages & leurs inconvénients , on découvre
le degré de leur influence fur le
fort des peuples , & les moyens de parvenir
au grand but de toute fociété civile
, la félicité publique.
IX. L'Hiftoire des négociations , des
traités de paix , d'alliance & de.commerce
, les traités même en entier depuis
la paix de Weftphalie . On s'eft borné
à cette époque , parce que cette paix
fert de bafe au fyſtême politique actuel
de l'Europe ; cependant on a rappellé
les traités précédens toutes les fois qu'ils
peuvent être utiles dans la difcuffion des
intérêts préfens des Puiffances.
X. La Vie abrégée des plus grands
Homme d'Etat , Monarques & Miniftres,
avec un examen critique de leur rè
gne ou de leur miniftere. On y a joint une
notice des favoris & favorites dont le
pouvoir a eu une influence marquée ſur
le fort des Etats .
XI. Des Analyfes raifonnées des meil188
MERCURE DE FRANCE.
leurs ouvrages fur toutes les matières
d'Adminiſtration , & les opérations du
Gouvernement. Ces analyfes , qui complettent
cette Bibliothèque , en font un
réfumé de ce que les plus habiles politiques
ont écrit de plus fenfé fur les objets
énoncés ci- deffus , & un dépôt précieux
de la fageffe de tous les âges.
On peut juger, d'après cet expofé fuccinct
, qu'on a tâché de ne rien omettre
de tout ce qu'il importe à l'Homme d'État
de favoir , de tout ce qui peut inftruire
les Chefs des Nations & leurs Miniftres ,
les Directeurs , Préfidens , Confeillers ,
Affeffeurs & Commis des différens Départemens
; les Gouverneurs , les Intendans
des Provinces & leurs fubdélégués ;
les Juges des divers Tribunaux , les Magiftrats
& Officiers Municipaux , les
Gens de Loix , en un mot tous ceux qui
font employés ou appelés au maniement
des affaires publiques , dans quelque
charge ou emploi que ce foit , & même
tous les Citoyens qui , fans avoir part à
l'adminiſtration , aiment à approfondir
des objets qui , influant d'une manière
directe fur le fort des hommes réunis en
fociété , les touchent de fi près.
Pour former ce corps de fcience poliMA
I. 1777 . 189
tique , le plus complet que l'on puiffe
fouhaiter dans l'état actuel des connoiffances
humaines , il a fallu extraire , analyfer
, traduire , dépouiller plus de fix
mille volumes Anglois , François , Allemands
, Italiens , & c. Mais cette vafte
compilation , fruit d'une lecture immenfe
, commencée il y a plus de quinze
ans par plufieurs Gens de Lettres , &
continuée avec autant de choix que d'affiduité
ne fait qu'une partie de l'Ouvrage:
l'autre eft compofée de morceaux
neufs , Obfervations , Difcours , Mémoires
, Projets , Differtations fur des
points d'Hiftoire , de Morale , de Droit,
de Légiflation , de Commerce , de Finance
d'Économie , de Police , & c.
non-feulement par des Savans de profeffion
, mais auffi par des perfonnes qui ,
ayant par à l'Adminiftration , ont un titre
particulier pour en difcuter les matières.
Ces difcuffions , foit hiftoriques , économiques
ou politiques , font marquées au
coin de l'impartialité la plus inviolable.
Les Rédacteurs de cet Ouvrage ne font
d'aucune Nation , d'aucune Secte , ni
Anglois ni François , ni Wighs ni Torys,
ni Economiftes ni Anti - économistes ,
ni Enthoufiaftes ni Frondeurs ; ils aiment
190 MERCURE DE FRANCE.
N
tous les hommes , ils haiffent tous les
vices ; mais ils favent compatir à la foibleffe
humaine , & ne propofer que le
bien poffible.
Ce grand & important Ouvrage , dont
nous rendrons compte à mesure que les
volumes nous parviendront , ne pouvoit
paroître dans un temps plus favorable.
Graces aux progrès de la raifon & de la
Science du Gouvernement , les Roispeu
vent entendre & goûter des verités utiles.
Perfuadés que jamais leur puiſſance n'eſt
mieux affermie , & leur bonheur plus
complet , que lorſque l'un & l'autre font
fondés fur la bafe de la felicité publique,
ils font difpofés à embraffer ardemment
tous les moyens propres à contribuer au
bien- être des peuples : ils accueillent , ils
encouragent tout ce qui peut conduire à
cette fin , où tendent tous leurs voeux.
Le Manufcrit entièrement fini
permet d'ouvrir une foufcription aux
conditions fuivantes .
Conditions de la Soufcription.
L'Ouvrage fera compofé de 30 Vol.
in-4to . d'environ fept cents pages chacun ,
du même caractère & format que le prof.
MAI. 1777. 191
pectus. Le premier Volume paroîtra au
1er.jour du mois de Juin de l'année 1777;
& comme le Manufcrit eft entièrement
fini , les Volumes fe fuccéderont tous
les trois mois , ou même plus rapidement.
On foufcrit dès -à-préfent :
A Londres , chez Elmily.
A Paris, chez Panckouck , à l'Hôtel de
Thou , rue des Poitevins .
A Liége , chez Plomteux , Imprimeur
des Etats.
A Amfterdam , chez Van- Harrevelt.
A Lyon, chez Roffer,
Et chez les principaux Libraires de
l'Europe.
On paie 24 liv. argent de France en
foufcrivant , & l'on payera 10 liv. en re
cevant chaque Volume , à l'exception
des Tomes X , XXe , XXXe , qui feront
délivrés gratis aux Soufcripteurs.
La foufcription ne fera ouverte que
jufqu'au 1er. Juin 1777. Ceux qui n'auront
pas foufcrit , paieront chaque Volume
12 liv, & n'en auront aucun gratis.
192 MERCURE DE FRANCE.
COURS DE BELLES-LETTRES .
M. L'ABBÉ de Perravel de S. Beron
recommencera , le 12 Mai , depuis neuf
heures jufqu'à onze du matin , fon cours
de géographie aftronomique , naturelle
& politique , avec fon cours de langue
Françoiſe , par une méthode philofophique
, également curieufe & favante , où
les loix de la phrafe & les règles de la
ponctuation font géométriquement démontrées.
Le même jour , depuis cinq heures
jufqu'à fept , il recommencera le même
cours de géographie , avec fon cours de
langue Italienne , où , en fuivant l'ordre
des leçons & des principes , tant généraux
que particuliers de la Grammaire
Italienne , il montre , dans le fait &
dans un tableau de trente -fix doubles
thêmes , compofés dans chacune des
deux langues , leur différent génie , &
leurs différentes règles de fyntaxe ou de
conftruction .
Son prix pour les deux genres d'exercices
du matin , comme pour les deux
du
MA I. 1777 . 193
du foir , n'eft que de 18 liv. chez lui ,
& du double en ville.
On le trouve tous les matins jufqu'à
onze heures chez lui , rue S. Honoré ,
vis -à-vis la rue du Four , l'allée du Foureur
, au premier , au fond de la cour.
COURS DE MATHÉMATIQUES .
M.
DUPONT , nommé
par Sa Majesté
Infpecteur
des carrières
pour la fûreté
des rues & maifons
de Paris , remplit
cette place
avec zèle & diftinction
, à
la fatisfaction
du public , fous les ordres
de M. le Lieutenant
Général
de Police..
Malgré
ces occupations
, M. Dupont
continue
fes cours
de Mathématiques
fur les élémens
& fur la haute
géométrie
, ainsi que des leçons
de pratique
qu'il fait à la campagne
, & un cours
gratuit
qu'il donne
aux Ouvriers
tous
les
Dimanches
. Sa demeure
eft toujours
rue Neuve
S. Médéric
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
LES vertus effentielles renfermées dans
le Gayac , ont paru fixer l'attention de
plufieurs perfonnes qui , dans le traitement
de la goutte , fe font fervi de la
teinture réfineufe du Gayac , extraite par
le moyen du tafiat. Comme ce menftrue
fpiritueux pourroit ne pas convenir également
à tous ceux qui en feroient ufage ,
M. Martin , Apothicaire , rue Croix-des-
Petits - Champs , a trouvé le moyen de
préparer avec le végétal un remède favonneux
, duquel on peut retirer le plus
grand fuccès dans le traitement de la
goutte . En voici la préparation.
Prenez écorce & bois de Gayac , de
chaque
deux livres .
Eſprit de-vin rectifié , fix pintes,
Lebois doit être choifi compacte , brun
ou noirâtre , l'écorce unie , pefante , difficile
à rompre de couleur grife en
MAI. 1777. 195
dehors , blanche en dedans , & d'un goût
amer.
On concaffe d'abord le bois de Gayac ;
on le met dans un matras avec deux pintes
d'efprit-de - vin . On fait digérer , pendant
trois ou quatre jours , au bain de fable ,
à une chaleur très-modérée ; enfuite on ;
décante la teinture dans un vafe convenable
, & on ajoute fur le marc deux
pintes efprit- de vin : on fait digérer de
nouveau , & on décante la liqueur ; enfuite
on ajoute la dofe prefcrite ci - deffus
d'écorce de Gayac , avec les deux autres
pintes d'efprit-de -vin. Cette quantité paroît
fuffifante pour extraire totalement la
réfine contenue dans le Gayac , & le peu
que paroît renfermer l'écorce . Après avoir
fait digérer , on décante la liqueur , &
on exprime le marc fortement. On filtre
ces trois teintures que l'on aura mêlées ,
& on diftille au bain-marie , jufqu'à ce
que l'on ait féparé , à un demi-ſetier près ,
les fix pintes d'efprit de-vin. On conferve
à part la partie réfineufe , qui fera
lors en confiſtance de fyrop épais .
pour
D'autre part , on fait bouillir le réfidu
dans fuffifante quantité d'eau ; on paffe
la liqueur , & on ajoute de rechef une
fuffifante quantité d'eau , afin d'épuifer
1 ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par-là le bois de Gayac & fon écorce , de
leur principe extractifgommeux. On évapore
la liqueur à une très-douce chaleur ,
jufqu'à confiftance d'extrait mou ; on le
mêle avec l'extrait réfineux ; on continue
de le faire évaporer au bain-marie , & on
le defféche pour le réduire en poudre.
·
Cet extrait gommeux , réfineux , de
Gayac , s'emploie à la dofe de vingtquatre
grains divifés avec le fucre , &
on boit par-deffus une légère infufion
de geneft .
I I.
Cléograme , ou méchanique propre à
fermer porte -feuille , coffre - fort &
fecrétaire.
Cette machine s'adapte dans l'épaiffeur.
du bois ou du carton , & contribue beaucoup
à l'ornement de l'objet fur lequel
on l'applique. Quoique par la combinaifon
multipliée des lettres de l'alphabet
, on puiffe former plufieurs millions
de mots , & en toutes fortes de langues ,
on ne peut l'ouvrir que fur un feul ; &
ce mot , à la volonté du poffeffeur de la
machine , peut fe changer toutes les fois
qu'il voudra , & le dernier mot choifi
aura feul le pouvoird'ouvrir.
M A I. 1777 . 197
Les curieux pourront voir cette mé
chanique chez M. François, l'Auteur, rue
de Seine Saint - Victor , maiſon de M.
Lappe ; ou chez M. Ravier , Marchand
Bijoutier de Monfeigneur le Comte
d'Artois , rue de l'Arbre- fec , Croix-du-
Trahoire.
ANECDOTES:
I.
STILLINGFFLEET , un des plus grands
Prédicateurs Anglois , du fiècle dernier,
lifoit toujours fes Sermons devant le Roi
Charles II , quoiqu'ailleurs il prêchât de
mémoire. Le Roi lui en demanda un
jour la raifon . Il lui répondit , « que de-
» vant un Auditoire fi grand , fi majef
» tueux , où fur tout la préfence d'un fi
་
grand Roi faifoit fur lui une vive im-
» preffion , il n'ofoit ſe fier à fa mémoire » .
Charles fut très - fatisfait de cette réponſe.
Mais , ajouta le Prédicateur , Votre
Majefté voudroit- elle me permettre
» auffi une queftion ? Pourquoi lit -Elle
fes Difcours au Parlement ? Elle n'a
»
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
» pas les mêmes motifs que moi .
» Vous avez raiſon , Docteur , repliqua
» le Prince , votre question eft jufte ,
» & ma réponſe ne le fera pas moins :
» c'eft que j'ai demandé à mes Audi-
» teurs tant d'argent , & fi fouvent , que
» je fuis honteux de les regarder en
face » .
I I.
Un bouffon ayant offenfé fon Souverain
, le Monarque le fit amener devant
lui , & prenant le ton de la colère , lui
reprocha fon crime , & lui dit : malheureux
tu vas être puni , prépare toi
à la mort. Le coupable effrayé fe prof
terne par terre , & demande grâce. Tu
n'en auras point d'autre , dit le Prince,
finon que je te laiffe la liberté de choifir
la manière dont tu voudras mourir,
& qui fera le plus de ton goût. Décide
promptement , je veux être obéi . Puif
que vous me laiffez le choix , Seigneur,
répondit l'Hiftrion , j'adore votre Arrêt,
& je demande à mourir de vieilleffe .
I I.I.
Après la mort de fon mari , décapité
MA I. 1777. 199
驀
fur un échafaud , Madame de Barneveld
alla fe jeter aux pieds du Prince d'Orange
, pour implorer la grâce de fon fils .
Quel peut être le motif de vos inftances
, lui demanda ce Prince , vous qui
n'avez jamais voulu folliciter en faveur
de votre époux ? C'eft , répondit cette
illuftre Dame , que mon mari étoit in
nocent , & que mon fils eft coupable .
V I.
Une fille encore jeune avoit eu
l'imprudence d'écouter l'amour. Elle
ne tarda pas à reconnoître fa faute ,
& à s'alarmer , comme de raiſon , fur
fes fuites. Elle réfolut à en faire l'aveu
à fa mere , dont elle connoiffoit la prudence.
Après les réprimandes convenables
, la Dame feignit d'être au point
où en étoit fa fille , & obtint de fon
mari la permiffion d'aller avec elle paffer
quelque temps à la campagne . Ce fut
રા
que la petite mère mit au jour fon
chef-d'oeuvre , qui fut trouvé affez bien
pour que fa protectrice voulût s'en faire
honneur. L'une eut ainsi la peine d'être
mère , & la joie de n'en être pas foupçonnée
: & l'autre en eut le nom & les
complimens.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
V.
Floris , fameux Peintre Flamand du
quatorzième fiécle , furnommé le Raphaël
de la Flandre , avoit la réputation
d'être le plus grand buveur de fon
temps . Six des plus déterminés buveurs
de Bruxelles , vinrent exprès à Anvers ,
pour lui propofer un défi. Quoique la
partie ne fût point égale , il accepta
bravement ce fingulier cartel , foutint
le choc avec courage , & mit cinq des
athlètes hors de combats le fixième lui
tint tête quelques momens de plus , &
finit par s'avouer vaincu. Floris fe leva
de table aufti - tôt , pa dans la cour
du cabaret , où fes Elèves lui tenoient
un cheval. Avant de le monter , it
voulut témoigner tout le courage qu'il
avoit encore , il vuida , d'un feul trait
un broc de vin , en fe tenant fur un
pied , & fauta légèrement fur fon che
val , qu'il fit caracoller jufques chez
tui.
MA I. 1777.
201
AVIS.
1.
LE Public eft averti qu'il n'eſt pas vrai que M.
le Chevalier de la Pleigniere ne prenne plus de
Penfionnaires à fon Académie à Caen ; c'eft un
faux bruit , qui ne doit fon origine qu'à la cupi
dité de ceux qui veulent les attirer chez eux , &
c'eft un larcin qu'ils veulent faire à un établiſſe--
ment qui fait depuis long- tems leur avantage ,
& dont la régle & le bon ordre , fuivis au gré des
parens & felon leurs intentions , fera toujours
-honneur à cet Ecuyer du Roi , & fatisfera les
parens qui voudront lui confier leurs enfans. Son
expérience & fa réputation , que des gens mal-intentionnés
cherchent à détruire , en font de fûrs
garans; en outre , il n'en coûte pas plus à l'Aca--
démie qu'en Ville , & on eft bien plus à portée
d'y bien faire tous les exercices , par l'émulation
qui y règne. M. de la Pleigniere prie qu'on
s'adreffe à lui directement , & que ceux qui veulent
venir penfionnaires à l'Académie , y peuvent def
cendre en droiture , ils diminueront leurs frais ,,
& y trouveront des chambres toutes prêtes à les
recevoir.
LI
Rouge,
La veuve Mercier , fabricante de Rouge
1. v.
202 MERCURE DE FRANCE.
1
l'ufage des Dames , connue depuis trente ans, a
trouvé le fecret d'un nouveau Rouge , composé
de fimples , qui a la vertu de conferver la peau
dans fon naturel , vu & approuvé ; elle en fait
des envois en Province & dans les Pays étrangers
: le Public en trouvera à 12 liv. à 6 liv . & à
3 liv. Elle demeure rue de la Comédie Françoife ,
Fauxbourg Saint Germain , chez M. Roux , Marchand
Bijoutier , à l'enfeigne du Château de Verfailles.
II I.
On trouve chez Lauraire , rue des Prêtres S.
Germain l'Auxerrois, trois médaillons en plâtre
fin,fous glace , repréfentans l'Empereur , l'impératrice-
Reine & l'Împératrice de Ruſſie.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Larnaca , le 31 Janvier.
DYEZZARD AKMET PACHA , Commandant de
Seyde,a envoyé pendant ce mois , & en deux différentes
fois , à la Porte , foixante têtes Drufes
environ ; ce Pacha eft en guerre avec cette
Nation depuis le départ du Capitan- Pacha , au
mots de Septembre dernier ; & , à la tête de ſes
Maugrebins , il s'eft emparé , en Décembre , de
Baruth , pour forcer les Emirs à lui accorder les
fommes confidérables qu'il exige d'eux , & que
la plupart lui refuſent. On écrit de cette ville que
MA I. 1777. 203
la Soldatefque indifciplinée y commet tant d'excès
, que l'on conjecture qu'il en résultera , dans
cette contrée , un foulèvement général .
Du Caire, le 31 Décembre.
Le 26 de ce mois il y eut au château de cette
ville un grand Divan , auquel affiftèrent les principaux
Beys du Pays. On y a fait lecture de plufieurs
Commandemens de la Porte , & notammentde
celui qui confirme pour l'année prochaine
l'Ex- Vifir Ifet Mehemet dans le Gouvernement
de l'Egypte. Ce l'acha , à fon arrivée au Caire ,
avoit demandé , de la part du Grand- Seigneur ,
fix mille bourfes d'Egypte , faifant environ dix
millions de France , pour la fucceffion de feu
Mehemet Bey Aboudaab , dont ſes Beys s'étoient
emparés ; mais , après un délai de plufieurs mois ,
il n'avoit pu en obtenir qu'environ le quart , &
on affure qu'il a reçu ordre d'exiger le furplus ,
& qu'il a déclaré que le Grand- Seigneur defiroit
favoir fi les Beys obéiffoient à fes ordres ou le déelaroient
rebelles , étant réfolu , dans ce dernier
cas, de les foumettre par la force. Les recrues que
Gezzar Pacha continue de faire à Acre , inquiètent
beaucoup les Grands du Caire ; on dit que les
Troupes qu'il a fous fes ordies fe montent déjà
à quatorze mille hommes , & l'on craint qu'il ne
fe joigne au Capitan - Pacha , pour venir en
Egypte au printems prochain.
De Copenhague , le § Avril:
L'épizootie qui avoit commencé à ravager la
I vj
-204 MERCURE DE FRANCE .
partie méridionale du Duché de Slefwig , paroît
s'être calmée dans les Seigneuries d'Eiderſtadt ,
de Stapecholm , & dans le Bailliage de Hufum.
Ce fléau fe fait cependant fentir encore à Elfdorf,
dans le Bailliage de Gotters ; mais on a recouru
de bonne heure à l'expédient le plus fûr , celui
d'exterminer toutes les bêtes attaquées de la
contagion.
De Vienne , le 9 Avril
Dans le courant du mois dernier , on a fait à
Melines , petite ville des Pays - Bas , à deux lieues
d'Ypres , l'ouverture folennelle de la fondation
pieufe de l'Impératrice - Reine , pour l'éducation
& l'inftruction des enfans des bas - Officiers & des
Soldats de fes Troupes. L'Evêque d'Ypres & les
autres perfonnes nommées pour compofer l'adminiftration
de cet utile établiſſement , s'étant
rendus à Meffines , firent affembler la nouvelle
Communauté d'Hofpitalières , prefque toutes
filles d'Officiers , chargées de l'inftitution des
enfans des deux fexes , depuis l'âge de deux ans
jufqu'à douze . Lecture faite des titres & des ftatuts
de cette fondation , on fe rendit à l'Eglife ,.
où le Te Deum fut chanté après la grand'meffe..
A ces pratiques religieufes, fuccéda ce qui carac-.
térife ordinairement les réjouiffances publiques..
Cet établiffement remplace le Monaftère de l'ordre
de Saint- Benoît , fondé à Meffines par Baudouin
V, comte de Flandre , & Adèle , fille de
Robert , Roi de France , pour trente Religieufes
d'extraction, noble . Ce Monaftère s'étant trouvé ,
à la mort de la dernière Abbeffe , dans le cas de
MAI. 1777. 205
a fuppreffion , attendu le petit nombre de Religieufes
auquel il étoit réduit , l'Impératrice-
Reine , après avoir pourvu à la ſubfiftance de ces.
dernières Religieufes , a réuni à la fondation dont
on vient de parler , & qu'elle a d'ailleurs enrichie
par d'autres dons dignes de fa bienfaisance , les
biens du Monaftère fupprimé. Il étoit difficile:
d'en faire un ufage plus intéreffant pour Phumanité,
& plus utile à la Religion & à l'Etat..
De Rome , le 4 Avril. le 4
Le Pape ayant reconnu l'abus des priviléges
exclufifs , fur- tout relativement aux Arts & aux
Manufactures , dont les progrès dépendent d'une
libre concurrence , vient de fupprimer le privilége
qu'avoit obtenu Louis Tabarin , fous le Pon
tificat de Clément XIV , d'employer feul dans:
l'Etat Eccléfiaftique, les inftrumens de fon invention
, pour tirer & filer la foie , & pour faire:
mourir le ver dans le cocon ; mais ce Souverain
a dédommagé l'Inventeur avant tout , en le
laiffant le maître de l'indemnité qu'il defiroit ;
enforte qu'il eft libre aujourd'hui à tout Particulier
, Sujet de Sa Sainteté , de fe fervir des inftrumens
qu'il jugera les plus propres à la même
opération.
De Gênes, le 24 Mars.
Le Roi de Sardaigne ayant permis l'extraction
des grains , il en eft arrivé ici de les Etats une:
grande quantité , ce qui a fait diminuer le prix.
de cette denrée..
106 MERCURE DE FRANCE:
De Londres , le 15 Avril.
Si l'on en croit les papiers publics Américains
qui circulent ici en abondance , & qu'une Gazette
extraordinaire peut feule démentir , le Général
Howe a fair propofer une fufpenfion d'hoſtilités
au Géneral Washington juſqu'au mois d'Avril ;
mais ce dernier n'ayant entrevu , dans la demande
de cette fufpenfion , que le befoin où ce
Chef de l'Armée Royale étoit des renforts qu'on
doit lui expédier , a refufé de ſe prêter à cet
arrangement. Les mêmes papiers ajoutent que
dans plufieurs efcarmouches entre les corps détachés
des deux Armées , pendant le mois de Janvier
& jufqu'à la moitié de Février , les Américains
ont toujours cu de l'avantage fur nos
Troupes , bien moins en état qu'eux de réfifter à
la rigueur de l'hiver dans ce Pays . On y voit auffi
une lettre du Général Washington , en date du
22 Janvier , au Congrès de Baltimore , par laquelle
ce Général donne avis que le Général Dickenſon
, à la tête de quatre cents hommes de
milice , a attaqué un nombre égal d'Allemands ,
auquel il a pris trois piéces de canon , plufieurs
charriots , près de cent chevaux de fomme , &
beaucoup de bétail . Cette affaire , dit-il , où la
précipitation de la fuite des Allemands étoit fi
grande , qu'on n'a pu leur faire que peu de prifonniers
, s'eft paffée auprès de la rivière de
Millftone , que le Général Dickenfon , à la tête de
fes Américains , encore peu difciplinés , a traverfée,
ayant de l'eau jufqu'à la ceinture , quoique les
ennemis fiffent jouer contre eux les trois piéces
de canon qui leur ont été priſes.
M A I. 1777. 207
Parmi les bruits divers qui fe répandent , il en
eft un dont la confirmation feroit très - intéresfante;
l'attention , entièrement fixée ſur ce qui
fe paffe dans les deux Jerfeys , ne fe portoit point
fur le Canada , & l'on dit que le Général Carleton
& le Colonel Frafer ont tout - à coup traversé
le lac Champlain fur les glaces ; qu'il fe font
emparés du Fort de Ticonderago , que la garnifon
de cette place , confiftant en quatre mille
hommes , a fait peu de réfiftance , & s'eft rendu
à difcrétion . Si ce bruit a de la réalité , quelque
invraisemblable qu'il foit , l'efpérance qu'il nous
donne de la jonction de nos deux Armées par
la rivière d'Hudſon , fufpend toutes les craintes
que les bruits antécédens avoient répandues
ici .
Le plan de la campagne vigoureufe qu'on eft
déterminé à ouvrir ce printems en Amérique , eft
entièrement réglé , & les inftructions envoyées
récemment aux Commandans de nos Troupes,
font une continuation du fyftême adopté de réduire
les Colonies à la foumiffion , avec ordre
néanmoins de profiter de toutes les occafions
qui fe préfenteroient pour une réconciliation
poffible.
De Verfailles , le 19 Avril.
M. le Comte de Falckenftein , à fon arrivée
iei , aujourd'hui au matin , s'eft rendu chez Leurs
Majeftés.
La Reine l'a conduit enfuite chez les Princes
& Princeffes de la Famille Royale.
208 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même matinée , il a été rendre vifite
aux Miniftres . Le Comte de Merci étant malade ,
il s'eft fait accompagner par le Comte de Belgiofo
, Envoyé extraordinaire de Leurs Majeftés-
Impériales à la Cour de Londres.
De Paris , le 21 Avril.
Le fieur Gremont Crinais , Gendarme de la
Garde , mort le 4 de ce mois , à la Terre de Cri--
nais , a laiffé pour héritier un frère abſent depuis
plufieurs années , & dont on a reçu des nouvelles
il y a trois ans environ , fans qu'on ait
pu
découvrir d'où venoit fa lettre. Les fcellés ont
été appofés par M. le Procureur du Roi de Domfrond
, pour la confervation des droits de l'abfent
ou de fes ayant caufe , qui font invités à le préfenter
pour recueillir une fucceffion qu'on dit être:
de près de cent mille livres.
PRESENTATIONS.
Le 19 avril , le comte de Marboeuf , comman--
dant de Corfe , a pris congé de Sa Majeſté pour
fe rendre dans cette île .
Le même jour , le fieur de Boucheporne , intendant
de Corfe , a également pris congé de Sa
Majefté , à laquelle il a été préfenté par le fieur:
Taboureau , contrôleur - général des finances.
Le fieur Hurfon , ancien intendant de la marine
&.des colonies , parti dans le mois de novembres
MA I. 1777. 209.
dernier , en qualité de commiffaire du Roi , pour
aller établir dans les ports la nouvelle conftitution
donnée à la marine par les ordonnances du 27
feptembre précédent , a eu ', à ſon retour ici , le
7 de ce mois , l'honneur d'être préfenté au Roi
par le fieur de Sartine , Miniftre & Secrétaire
d'État au département de la marine , & Sa Majefté
a bien voulu lui témoigner fa fatisfaction .
! 3
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 13 avril , les fieurs de Caffini , Montigny &
Peronet , ont eu l'honneur de préfenter au Roi ,
à Monfieur & à Monfeigneur le Comte d Artois ,
les cinq nouvelles feuilles de la carte de France ,
contenant Montauban , Toulouſe , Rieux , Saint-
Martori , Narbonne & Clermont en Auvergne.
Le même jour , les fieurs Née & Maſquelier ,
que Leurs Majeftés , ainſi qu'à la Famille royale ,
ont honoré de leurs foufcription pour un ouvrage
intitulé : Tableaux pittorefques , phyfiques,
politiques & littéraires de la Suiffe , ont eu
l'honneur de préfenter à Leurs Majeftés & à la Fa
mille royale la troisième fuite des eftampes des
ques de la Suiffe.
Le fieur Lemoyne , maire de la ville de Dieppe
a eu l'honneur de préfenter au Roi & à la Famille
royale , le 7 avril , les idées préliminaires & Prof
pectus d'un ouvrage projeté fur les pêches mariti
mes de France. Ces idées premières ont été imprimées
par ordre & aux frais du Gouvernement ,
210 MERCURE DE FRANCE.
pour être diftribuées dans tous les ports , par
ordre du fieur de Sartine , miniſtre & ſecrétaire
d'état au département de la marine , afin que les
perfonnes les plus inftruites en cette matière ,
pouvant communiquer au fieur Lemoyne les réflexions
& les faits concernant chaque lieu &
chaque pêche différente , le mettent , par ces
fecours , en état de donner à fon ouvrage toure
l'étendue que requiert l'utilité générale dont il
doit être.
Le fieur Buc'hoz , médecin botaniste & de
quartier de Monfieur , a eu l'honneur de préfenter,
le 22 avril , au Roi , à Monfieur & à Monfeigneur
le comte d'Artois , les IV , V & VI
tomes de difcours formant la première partie de
T'hiſtoire universelle du règne végétal .
NOMINATIONS.
Le Roi a accordé au fieur d'Afnieres , chevalier
de l'ordre 1oyal & militaire de Saint Louis ,
fous- lieutenant au Régiment des Gardes -Fran
çoifes , le tre de marquis. Sa Majeſté a bien
voulu a ffi ériger les terres de bas- Poitou en
marquifat , fous le nom d'Afnieres - la - Chataigneraye.
Lebaron de Gallatin , capitaine au régiment Suiffe
d'Albonne , qui avoit eu l'honneur d'être préfenté
au Roi & à la Famille royale , au dernier
voyage de Fontainebleau , a eu celui de monter
dans les carroffes & de chaffer avec Sa Majeſté
le 14 avril.
MA I. 1777. 211
Le Roi a donné la place de commandeur , vaeance
dans l'ordre de Saint Louis par la mort du
marquis d'Aubigny , au marquis de la Grange ,
maréchal-de -camp.
Sa Majesté a difpofé en même- tems du gouvernement
de Maubeuge , vacant par la mort du
comte de Graville , en faveur du marquis Deffalles
, lieutenant-général ; & du gouvernement de
la citadelle de Marfeille , vacant par la mort da
maréchal de Nicolaï , en faveur du comte du
Luc , lieutenant- général .
Le fieur Lalive de la Briche ayant remis entre
les mains de la Reine fa démiſſion de la charge
de fecrétaire de fes commandemens , le fieur Augeard
a prêré ferment en cette qualité entre les
mains de Sa Majeſté , qui a bien voulu conferver
au fieur Lalive les honneurs du ſervice.
MARIAGES.
Le 20 avril , Leurs Majeftés , & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du comte
de Ségur , meftre-de-camp , lieutenan en fecond
du régiment d'Orléans , dragons , avec demoifelle
d'Agueffeau ; & celui du comte de Mouftier ,
capitaine au Régiment Dauphin , dragons avec
demoiſelle Millet.
2272 MERCURE DE FRANCE.
•
MORTS.
Charles-Louis de Preiffat Fezenfac de Maref
tang , comte d'Efclignac , eft mort à Paris le 14
avril.
Le fieur Guillaume de Villefroy , prêtre , docteur
en théologic , cenfeur royal , ancien fecrétaire
du duc d'Orléans , lecteur & profeffeur royal
d'Hébreu au collégé royal , abbé commendataire
de l'abbaye royale de Blafimme, ordre de Saint
Benoît , diocèse de Bazas , fous doyen des abbés
commandataires de France , & fort connu dans
la république des lettres , eft mort à Paris ,
87 ans paffés.
•
âgé de
Françoife - Charlotte de Langhac , veuve de J.
B. François du Cugnac , marquis de Dampierre ,
meftre- de-camp de cavalerie , eft morte au châ
teau d'Hiffeau , près d'Orléans , le 31 mars.
La dame André- Agnès de Saint - Blimont ,
veuve de François - Alexandre de Forge , comte de
Coullière , lieutenant-colonél du régiment Royal-
Pologne , cavalerie , chevalier de l'ordre royal.
& militaire de Saint Louis , eft morte au château
'de Coulliere en Picardie , le 'ı avril .
Le nommé Gilbert Guillaumier eft mort en la
paroiffe de Lorige , généralité de Moulins , le 13
mars dernier , âgé de 103 ans ; il étoit laboureur,
& n'avoit ceffé de travailler qu'un an avaat
fa mort.
MA I. 1777. 213
N. Boudart de Couturelle , à qui le Grand-
Maître de l'ordre de Malte avoit accordé le droit
d'en porter la croix , même dans l'état de ma¬
riage, fils unique de Meffire Boudart , chevalier ,
marquis de Couturelle , ancien député de la nobleſſe
des états d'Artois vers le Roi , chevalier de
l'ordre de S. Louis , & de Charlotte de Wigna
court , dame de l'ordre de la croix étoilée de S.
M. I. & R. , eſt mort au château de Couturelle ,
le 18 avril dernier , âgé de 22 ans.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 16 Avril 1777 .
Les numéros fortis de la roue de fortune font :
24 , 47 , 52 , 68 , 40 .
Du 2 Mai.
Les numéros fortis de la roue de fortune lont:
2,90 , 32 , 10 , 17.
A
}
214 MERCURE DE FRANCE.
PIÈCES
TABLE.
IÈCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , P. S
Suite de l'Automne ,
Vers mis au pied d'un bufte de Louis XVI ,
La vifice du matin ,
ibid.
II
Ode fur la Religion ,
La Cataracte ,
Lucius & Emilie ,
Ode ,
Le Procureur qui tient parole ,
Le Donneur de confeil ,
Les Crimes & le Châtiment ,
L'Amour oifeau ,
Remercîment à Mlle B ...
Epître à M. *** >
Imitation de la 4° Ode d'Horace ,
ibid.
12
16
23
40
46
47
49
SI
52
53
54
57
ibid.
58
60
Vers à M. le Lieutenant- Général du Baillage
de Péronne ,
Quatrain,
L'Oifeleur & le Moineau ,
Vers mis au bas du Portrait de Mlle de C.
Explication des Enigmes & Logogryphes , ibid.
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
61
64
67
Hiftoire générale de la Chine , ibid.
Dictionnaire des Artiſtes,
Effai fur le récit ,
Eloge de Marie de Rabutin- Chantal ,
90
96
104
MA I.
1777. 215
Précis d'Aftronomie , 106
Proverbes Dramatiques , 109
Inftitutions Mathématiques ,
Hiftoire du Cardinal de Polignac ,
Didon à Enée ,
Du pronoftic dans les maladies aiguës,
Morceaux choifis des Prophètes ,
Etat actuel de la France ,
Elémens de Tactique
OEuvres de Bernard Paliffy,
Annonces littéraires ,
ACADÉMIES ,
Paris ,
Châlons -fur-Marne ,
113
116
120
123
125
129
130
133
149
153
ibid.
164
SPECTACLES. 165
Opéra ,
ibid.
Comédie Françoiſe, 166
Comédie Italienne 167
ARTS.
168
Gravures ibid.
Mufique.
171
Topographie, 174
Chorographie,
175
Vers fur l'arrivée de l'Empereur à Paris , 176
Lettre de M. de Mandre à M. Morand , 177
Diction. des ſciences économiques, 183
Cours de Belles-Lettres , 192
-- Mathématiques ,
Variétés , inventions , &c.
Anecdotes.
193
194
197
Avis ,
201
Nouvelles politiques ; 201
Préfentations , 208
d'Ouvrages ,
209
219 MERCURE DE FRANCE .
Nominations,
Mariages ,
Morts ,
Loterie ,
210
211
212
213
ΑΙ
APPROBATION.
JAI lu , par ordre de Monſeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France ,
pour le mois de Mai , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris, ce 3 Mai 1777. ”
DE SANCY,
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
près Saint Côme
Qualité de la reconnaissance optique de caractères