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1776, 11-12
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MERCURE
840 DE FRANCE ,
In558
177DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES .
NOVEMBRE , 1776 .
Mobilitate viget. VIRGILE.
L
Beugnce
A
PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , rue Chriſtine ,
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AvecApprobation & Privilégedu Roi,
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sliv.
& dans
121.
de baiſe-
21.
121.
31. 15 fo
2.1. 10 1,
21. 10f.
31.
-
4110f.
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1el. 121
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broché 21
Annales de l'Impératrice-Reine , in-8°, br. avec fig. 41.
Popillo
MERCURE
DE FRANCE .
NOVEMBRE , 1776.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ODE A LA BEAUTÉ.
Don céleste! attrait invincible!
Toi qui maîtriſes tous les coeurs ,
Qui ſur l'homme ,même inſenſible ,
Lances des traits toujours vainqueurs ,
Beauté ! je chante ta puiflance ,
Etje ne veux pour récompenſe
A iij
MERCURE DE FRANCE
1
Qu'un doux ſourirede tes yeux.
Peut- on réſiſter à tes armes ,
Quand on voit, vaincus par tes charmes,
Les Sujets, les Rois & les Dieux ?
Oui , je fens que mon coeur s'enfiamme.
Quel feu circule dans mes ſens !
11 élève, il ravit mon ame ,
Un Dieu préſideà mesaccens .
Dans l'Olympe éclatant degloire ,
La Beauté ſur un char d'ivoire
Marche ſur l'aile des zéphirs ;
L'Univers l'attend en filence,
Elle defcend ,& ſa préſence
Donne l'être à tous les plaiſirs,
Quelle lumierevive &pure
Eclatte & brille dans ſes yeux.t
Est- ce l'aſtre de la nature
Qui leur communique les feux?
Quel coloris ! à peine éelofe
Non, jamais la plus fraîche roſe
N'eût ce coup-d'oeil délicieux
Le vêtement qui ladécore
Ale viféclat de l'aurore
Nuancé de l'azur des cicux.
Elle parle, ſavoix puiſſante
NOVEMBRE. 1776. 7
Perceauxdeux houts de l'Univers.
Près de la déité naiſlante ,
Tout mortel eft chargé de fers.
Sous le jougde leur Souveraine
Les eſclaves bailent leur chaîne ,
Leur main allume un même encens;
Elle ſoumet la terre & l'onde :
L'idole regne ſur le monde ,
Et ſon regne eſt celui du temps.
Beauté! ſans toi l'homme ſauvage
Etoit un être infortuné ;
Sous les chaînes de l'eſclavage ,
Ilgémilloit abandonné;
Froide , inſenſible créature ,
Les merveilles de la nature
N'opéroient rienpour ſonbonheur...
Tu parois , déitéfuprême,
L'homme , qui s'ignore lui-même ,
Reconnoît qu'il poſlede un coeur.
Je le vois , d'une main hardie ,
Déchirer le fatal bandeau ;
Déjà , ſur l'aile du génie ,
Il a pris un çſlor nouveau.
Quellenoble& fublime courſe!
Desbeaux- arts tudeviens la ſource ,
L'homme, à son tourest créateur.
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
Prépare une palme immortelle ,
Il ne foupire qu'après elle ,
Et tu la dois à ſon labeur.
Pourfuis , acheve ta carriere ,
Mortel , enfante ton bonheur :
Sonde de la nature entiere
Les ſecrets & la profondeur ;
Mais , après un travail pénible ,
Obéis à ton coeur ſenſible ,
Jouis du calme & du repos ;
Près de la Beauté qui t'enflamme ,
Ranime , réchauffe ton ame ,
Et pourſuis tes nobles travaux.
Sij'oſe du berceau du monde
Lever le voile reſpecté ,
Par-tout , en merveilles féconde ,
Je vois triompher la Beauté.
Hercule tombe aux pieds d'Omphale ,
Théſée entre dans le Dédale :
Il doit ſa victoire à les feux ;
Athènes admire & contemple ,
-Au Héros elle éleve un temple ,
Le mortel eſt au rang des Dieux .
Quel bruit affreux ! quels coups de foudre
Portent l'effroi dans l'Univers !
NOVEMBRE. 1776. १-
Les aſtres vont- ils ſe diſſoudre ?
Tout brûle du feu des éclairs.
Jupiter s'arme du tonnerre ,
CeDieu puiſſant montre à la terre
Son impoſante majeſté.
De l'amour devenu victime ,
Il cede à l'ardeur qui l'anime ,
Et facrifie à la Beauté.
Odéité ! fois d'âge en âge
L'objet du culte des mortels !
Que l'encens du Héros , du Sage
Fume toujours ſur tes autels ;
Mais , pour mieux fonder ton empire ,
Beauté ! rejette un vain délire ,
Sur tes Sujets fixe ton choix .
Détruis l'erreur , confonds les vices ,
Et ne reçois les ſacrifices
Quedes coeurs foumis à tes loix,
D
Envoi à Mademoiselle V***
Hébé , lorſquede nos deineures ,
Cédant aux volontés des Dieux ,
La Beauté , ſur l'aile des heures ,
Prit ſon vol , s'enfuit dans les cieux .
La terreen deuil & conſternée,
:
1
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
Succombant fous fa deſtinée,
Poutla mille cris de douleur.
Tout retentit de fes alarmes;
Mais les Dieux , touchés de feslarmes,
Teformerent pour lon bonheur.
ParM.Guittard cadet , de Limoux.
TRADUCTION en vers ducommencement
du Livre VIII de l'Iliade.
L'AAUURROORREE au teint vermeil chaſſoit la nuit
obfcure,
Etſes raïons naiſſans éclairoient la nature:
Quand fur un trône d'or le Monarquedes cieux,
Au fommetde l'Olympe aſſembla tous lesDieux.
Ils admirent l'éclat de ſa vafte puiſſance ;
Et frappésdereſpect l'écoutent en filence :
Déeffes de l'Olympe , & vous , Dicux immortels,
Reſpectez , leur dit-il , mes décrets éternels.
Si quelqu'un parmi vous , à mes ordres rebelle,
DesGrecs ou desTroyens embraſſe la querelle,
Vous leverrez , en proie àmon juſte courrous ,
Honteuſement percé d'inévitables coups ,
Et teprécipitant aux flammes du Ténare ,
Mes mains l'enchaîneront dans le ſombre Tartas,
NOVEMBRE. 1776. 11
Danscesgouffres dairain , ces cavernes defer ,
Epouvantables lieur , plus profondsque l'Enfer.
Alors ceDieu frappédes traits de ma vengeance,
Parfon cruel tourmentconnoîtrama puiſſance.
Pourmicuz faireéclater mon pouvoisimmortel ,
Attachezune chaîne à la voûte du ciel :
Vous, Déeffes&Dieux , la tirant vers laterre,
Nem'ébranlerez point au ſéjour dutonnerre.
Mais ſi j'étends monbras , cebras victorieux
Enlevera ſanspeine& la terre &les cieux;
Et liant cette chaîne à mon trône terrible,
Tout ſera ſuſpendu par ma force invincible.
Jupiter parle ainſi. Troublés & frémiſlans ,
LesDieux n'oſent répondreà ces mots menaçans.
La prudenteMinerve enfin rompt le filence :
PeredesImmortels, nous craignonstavengeance,
Hélas ! pleurant lefostdesGrecs infortunés,
Auxplaines d'Ilion par le fer moillonnés ,
Nous n'oſonspas, inſtruits deton ordre ſévere ,
En combattant poureux , allumer ta colere.
Qu'aumoinsdenos conſeils lelecourable appui,
Duglaive desTroyens lesdéfende aujourd'hui.
Jupiter ſouriant conſole la Déeffer
Sage Pallas , dit-il , tu connois ma tendrefle.
Cen'est pas contre toi qu'éclate ma fureur,
Etbannis de ton ammeune injuſte frayeur..
T
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
Le pere des Dieux dit ; & ſes courſiers agiles
Se rendent ſous lejoug à ſon ordre dociles.
Ils bondiflent couverts d'un orfétincelant;
Et de leurs pieds d'airain frappent le firmament.
Jupiter , revêtu d'armes éblouiſſantes ,
Prenddes fougueux courſiers les rènes éclatantes.
Le ciel s'ouvre , & fon char , auſſi prompt que
l'éclair ,
Traverſe en un moment les campages de l'air.
Par M. l'Abbé Potet , Profefſfeur au Collège
Mazarin.
L
SONNET.
E plusjeune des Rois , que par-tout on admire,
Pratiquant toutes les vertus ,
Tient dans ſes ſages mains les rênes de l'Empire ,
Comme les Henri , les Titus.
Fermedans ſes deſſeins , quand il le faut ſévère ,
Tout ce qu'il fait eſt pour lebien,
Il eſt de ſes Sujets moins le Roi que le Pere ;
De leur bonheur dépend le fien.
Un prudent miniftere honore ſon grand coeur ;
Tout à l'envi ſeconde avec ardeur
CeMonarque fublime.
NOVEMBRE. 1776. 13
Puiflent les voeux ardens que forment les Français,
Étreremplis , &que regne àjamais
Louis le magnanime.
ParM. de la Fontaine.
:
LISETTE & SON LINOT .
Fable.
Aux BELLES.
LISETTE , gentille bergere ,
Defiroit avoir un oiſeau.
Au ſein d'un paiſible hameau
Elle pouvoit ſe ſatisfaire;
Oui: mais tous les oiſeaux ne ſavoient pas lui
plaire.
Au ſerin même aux ailes d'or ,
Lifette préféroit encor
Un linot joli , doux & tendre ;
Un linot feroit un tréfor :
Où le trouver ? comment le prendre ?
La petite friponne imagine un réſeau
Si ſolide & fi fin , faitde telle maniere,
Qu'il devoit arrêter le plus fubtil oifean.
74 MERCURE DE FRANCE.
Le réſeau fabriqué , la maligne bergere
L'étendparmi les fleurs au bordd'un clair ruiffean,
Et ſe promet une voliere.
En effet nombrede moineaux
Yſont pris. Vint enfin le plus beau des linots.
Apeine eſclave , il cherche à ſortir d'eſclavage.
Lifette accourt , le prend , le baiſe... Ah ! quel
dommage
S'il ſe fût envolé ! qu'il eſt doux! qu'il eſt beau ! ...
Liſerte en eût dit davantage ,
Maisde ſesjeunes mains le ruté ſedégage ,
Et s'envole ſur un berceau.
LaBelle enpleurs des yeux ſuit en vain le volage;
Il ritde ce piége nouveau.
Caché lous un épais feuillage ,
Ilobſerve : & penſant au perfide réſeau ,
Il dit : Liſette eſt fine ,& Lifette eſt peu lage:
Quand on veut avoir un oiſeau ,
Ondoit ſe munir d'une cage.
Belles , ne riez point, Lifette eſt votre image.
Vous avez des attraits , des charmes enchanteurs;
Mais , hélas ! ce brillant partage
D'unbien tropdefiré n'eſt pas le plus fûr gage;
Il peutvous coûter biendes pleurs !
Ces artraits fi vantés , ſi chers , ſi ſéducteurs,
Ce fugitiféclat des graces du bel âge ,
Pourroit- il captiverun coeurt
NOVEMBRE. 1776.
Il faut, il fautbiendavantage !...
Lesgraces del'eſprit,la modeſte douceur ,
Exl'heureute innocence , & l'aimable candeur,
Ah! voilà cequi nous engage.
Laraifon , la vertu, Phonneur ,
Sont les dignes objets d'un éternel hommage;
Vous êtes belle, ſoyez ſage ,
Etjevous réponds du bonheur.
ParM. Drobecq.
LA MAUVAISE MERE PUNIE.
D
Conte moral.
e tous les malheurs qui affiègentl'hamanité
, celui d'être forcé par des parens
barbares à s'enſevelir dans un cloître
eſt ſans doute le plus terrible & le ſeul
où l'ame accablée n'a plus cette frêle eſpérance
qui la ſoutient dans l'adverfité.
Il ſemble qu'on ait pris plaisir à raffembler
toutes les rigueurs de cet état fur
un ſexe dont nous devons ménager la
délicateffe. Si nos regards pouvoient pénéster
au fond des cloîtres , combien
n'y versions nous pas de malheureuſes
1
16 MERCURE DE FRANCE.
victimes de l'ambition ou de l'inexpérience
! Pâles , défigurées , & telles que
des roſes arrachées du ſein de la terre ,
le chagrin a flétri ſur leur viſage les
fleurs de la jeuneſſe ; on reconnoît le
déſeſpoir à travers la fauſſe tranquillité
qu'elles affectent ; & le ſourire amer
qui vient expirer ſur leurs lèvres , eſt
chez elles l'expreſſion de la douleur.
Leur lit eſt tout baigné de larmes , &
leurs membres , débiles & chancelans
annoncentles approchesde la mort qu'elles
appellent à grands cris , & qu'elles
regardent comme le terme de leursmaux .
La plume me tombe des mains , & fe
refuſe à tracer un tableau auſſi effrayant.
Que ne puis-je faire naître la pitié dans
le coeur de ces parens dénaturés qui voudroient
raſſembler tous leurs biens fur
une ſeule tête , en mettant ſous les yeux
l'hiſtoire de l'infortunée Sophie !
M.de Prévalle devoit les biens immen.
fes dont il jouiſſoit , à la fortune qui
avoit ſecondé tous ſes projets. Il eût pu
vivre heureux au milieu de l'abondance,
avec une compagne douce & ſenſible ;
mais il eut la folle ambition d'épouſer
une fille de qualité , qui ne lui apporta
qu'un goût décidé pour le faſte , & beauNOVEMBRE.
1776. 17
coup de mépris pour ſa naiſſance. Le
repentir ſuivitde près cette union ; l'humeur
impérieuſe de madame de Prévalle,
&les chagrins qu'elle lui caufa , contribuèrent
à abréger ſes jours ; il mourut
dans un âge qui lui promettoit encore
une longue vie.
M. de Prévalle ne laiſſa que deux filles
pour héritières de ſa fortune . L'aînée
dont l'humeur fière & hautaine plaiſoit
à ſa mère , gagna toute fon affection ,
& la jeune Sophie fut miſe dans un
couvent , où on n'épargnatien pour lui
donner le goûtde la retraite, Madame de
Prévalle avoit de grandes vues ſur ſa
fille aînée : elle vouloit , diſoit - elle
publiquement, la faire rentrer dans le
rang dont elle étoit fortie ; & pour
mieux réuſſir dans ſes deſſeins , elle exigeoit
que ſa ſoeur prit le voile.
L'eſprit de Sophie ne s'ouvrit pas à
la perfuafion ; ſon caractère vif& enjoué
ne pouvoit ſe plier à l'austérité de la
vie religieuſe ; & ſon jeune coeur , dont
la ſenſibilité commençoit à ſe développer
, lui diſoit qu'elle ne trouveroit pas
le bonheur dans le cloître , Parmi un
grand nombre de penſionnaires qui habitoient
la même retraite , elle choifit Ma
18 MERCURE DE FRANCE.
demoiſelle de Floricourt pour en faire
ſon amie & la confidente de fes peines.
Juſqu'alors , elle ne s'étoit arrêtée que
légèrement ſur les vues de ſa mère ;
mais le moment étoit venu où elle
alloit ſentir le prix de la liberté.
Mademoiselle de Floricourt avoit un
frère qu'elle aimoit beaucoup , & qui
venoit ſouvent la voir ; elle prefla un
jour Sophie de venir à la grille où ce
frère l'attendoit. Mademoiſelle de Prévalle
ne ſavoit rien refuſer à ſon amie;
elle s'y laiſſa conduire. Le Chevalier
fut frappé de ſa beauté & de ſes grâces
nailfantes. Ce je ne ſais quoi , dont on
reſſent ſi vivement les effets , triompha
du jeune Floricourt ; la douceur &
la gaieté de Sophie , qualités qui annoncent
un caractère heureux , achevèrent ſa
défaite. Ses yeux furent fans ceffe attachés
ſur elle. Un plaifir ſecret l'enchaînoit
à la grille ; mais le déclin du jour
l'obligea de ſe retirer : il promit à ſa
ſoeur de partager ſouvent ſa ſolitude ; &&
j'eſpère , dit- il , en regardant Mademoiſelle
de Prévalle , que votre ai.
mable amie ne me fera pas repentir
de l'avoir connue , en me refuſant le
plaifirde la voir encore.Ce compliment
NOVEMBRE. 1776. 19
fit rougit Sophie; mais il ne lui déplut
point. Le Chevalier joignoit une taille
élégante à la plus jolie figure. Il avoit
un air de ſenſibilité qui inſpiroit la tendreſſe
, & fon ame répondoit à ſa phifionomie.
Mademoiselle de Prévalle ſentit
, en le voyant , une émotion juſqu'alors
inconnue ; ſon ſommeil fut agité : elle
s'endormit en penſant au jeune Floricourt,
& le retrouva à fon réveil. Dans le
même moment , elle craignoit& defiroit
ſa préſence ; mais elle ne confia point a
ſa ſoeur ce qui ſe paſſoitdans ſon ame.
Ces deux amies étoient enſemble lorfqu'on
vint annoncer l'arrivée du Chevalier.
Sophie voulut feindre un mal de
tête , afin de reſter dans ſa chambre ;
mais elle céda autant à ſes defirs , qu'aux
instances de Mademoiselle de Floricourt.
Le Chevalier avoit un air trifte &
abattu , qui donna de l'inquiétude à ſa
foeur. Mon cher frère , lui dit elle , vous
me paroiſſez changé,auriez- vous quelque
chagrin? Vous favez combien je vous
aime: me ſera til permis de le partager ?
Ce n'eſt rien , ma chère Lucile , répon
dit le Chevalier ; j'ai été un peu incommodé
, mais cela va beaucoup mieux.
Sontrouble démentoit ſes difcours , &
7
20 MERCURE DE FRANCE.
ſes yeux diſoient à Sophie qu'elle fenle
pouvoit le difliper. Il garda quelque
temps le filence; mais le ſentiment l'em
portant ſur ſa timidité : ſeroit- il vrai ,
Mademoiselle , lui dit-il , que vous
foyez deſtinée à paſſer vos jours dans un
cloître ? Quoi! tant de beauté ſeroit enfevelie
dans ces murs ! M. ie Chevalier ,
répondit Sophie , en rougifant , je ſuis
ſenſible à l'intérêt que vous prenez à
mon fort ; mais je dois ſuivre la volonté
de ma mère ; je n'attends que le moment
de prendre le voite : on dit que mon
bonheur en dépend. Elle ne put pronon .
cer ces mots fans émotion ; quelques
larmes vinrent mouiller les paupières.
Ces marques non équivoques de la douleur
de Sophie, augmentèrent les regrets
du Chevalier. Les amans font toujours
extrêmes dans leurs projets. Ah ! Mademoiſelle
s'écria t- il avec tranſport ,
vous n'acheverez point ce ſacrifice ; permettez
moi devoir Madame de Prévalle;
je me jeterai à ſes genoux , & je ne les
quitterai que lorſqu'elle m'aura promis de
vous laiſſer libre. Vous gardez le filence ;
me refuſez vous votre aveu ? Hélas !
répondit Sophie , il ne vous feroit d'aucune
utilité. Je connois ma mère ; elle
NOVEMBRE. 1776. 21
eſt inflexible. Votre démarche ne ſerviroit
qu'à l'irriter contre moi. Il m'en
'coûtera ſans doute; mais...... N'achevez
pas , cruelle Sophie. Quoi ! ne vous
aurois -je connue que pour être le plus
malheureux des hommes ? Pardonnez à
la crainte de vous perdre , l'aveu de la
plus vive paffion. Jen'ai pu vous voir
ſans vous adorer . Ma chère Lucile ,
ajouta-t-il , en parlant à ſa ſoeur , à qui
cette ſcène arrachoit des larmes , joignez.
vos prières aux miennes. Sophie ne put
réſiſter à ces preuves de tendreſſe ; fon
coeur ignoroit l'art de feindre ; elle laiſſa
entrevoir au Chevalier qu'il augmentoit
le deûr qu'elle avoit de conſerver ſa
liberté.
Lucile qui voyoit les choſes avec
plus de fang-froid , jugea que ſon frère
devoit confier ſes ſentimens à madame
de Floricourt , & l'engager à parler à
la mère de Sophie. La vivacité du Chevalier
fut obligée de céder à la ſageſſe.
du conſeil ; mais il demanda à Mademoiſelle
de Prévalle s'il lui ſeroit permis
d'adoucir les peines de l'abſence
par de fréquentes viſites. Vous aimez
trop Lucile , répondit Sophie avec une
douceur charmante , pour l'abandonner
21 MERCURE DE FRANCE..
dans ſa retraite , & nous ne nous quittons
jamais.
Ces deux jeunes coeurs furent bientôt
d'intelligence . Mademoiselle de Prévalle
oublia toutes ſes inquiétudes , pour ſe
livrer au plaifir d'aimer & d'être aimée ;
mais ce ſentiment ne ſervira bientôt qu'à
dévoiler à ſes yeux toute l'horreur de ſa
ſituation. La Marquiſe de Floricourt
rappela ſa fille auprès d'elle; cette ſéparation
imprévue renouvella les chagrins
de Sophie. Lucile étoit ſa ſeule
amie ; avec Lucile , elle pouvoit voir
de Chevalier , ou parler de lui ; cette
confolation alloit lui être refuſée. Pourquoi
! diſoit- elle à Mademoiſelle de
Floricourt , vous ai je ſuivie au parloir ?
Si je n'avois pas vu le Chevalier , ſi ſa
tendreſſe n'avoit pas fait naître lamienne,
mon fort me paroîtroit moins affreux.
Je ne connoiffois point l'amour & fes
surmens. Hélas ! devois-je eſpérer d'être
jamais heureuſe ! Raſſurez-vous ,
chère Sophie , lui dit Lucile , en la preffant
entre ſesbras; mon frère vous adore;
il perdra plutôt la vie que de vous abandonner.
Ces deux amies ſe tinrent longtemps
embraſſées en verſant des larmes;
mais enfin il fallut faire violence à l'amima
-
NOVEMBRE. 1776 . 23
tić. Lucile partit, & la triſte Sophie reſta
ſeule dans la chambre , livrée à toute
ſadouleur.
La folitude eſt la mère des réflexions ;
tous les preſtiges qui nous taſcinoient les
yeux difparoiſſent; l'ame rentre en elle.
même , & juge plus ſainement de tout
ce qui l'intéreſſe. Juſqu'alors Mademoiſellede
Prévalle avoit eſpéré ; mais depuis
ledépart de ſon amie , tout ſe peignit en
noir à fon imagination.Achaque inſtant,
elle trembloit que ſa mère n'arrivat , &
ne ſe ſervît de fon autorité pour la
forcer à prendre le voile. Le Chevalier
n'étoit pas dans une ſituation plus tranquille.
Il fit à ſa mère l'aveu de ſa tendreſſe;
il ſe jeta à ſes pieds , pour la
conjurer de ne pas remplir ſes jours d'amertume,
Lucite joignit ſes prières aux
fiennes, & fit le portrait de Sophie. La
Marquise de Floricourt avoit la plus vive
tendreffe pour ſes enfans. Levez vous ,
mon fils , lui dit- elle; auriez- vous dû
penſer un moment que je m'oppoſerois
à votre bonheur ? Je n'ai d'autre deſir
quede vous voir heureux. LeChevalier,
au comble de ſa joie , embraſla mille
fois la meilleure des mères ; il ne prévoyoitplus
aucun obſtacle : les amans ſe
24 MERCURE DE FRANCE.
font toujours illuſion ſur l'avenir. La
Marquiſe connoiſſoit peu Madame de
Prévalle ; mais elle croyoit que toutes les
mères avoient fon coeur. Le lendemain ,
elle ſe fit conduire chez elle , & avec
une noble franchiſe , elle l'inſtruifit du
moment où ſon fils avoit vu Sophie, &le
defir qu'ils avoient d'être unis . Si la main
de mon fils , ajouta- t- elle , vous eft agréa
ble , nous aurons le plaiſir de faire deux
heureux . Madame de Prévalle étoit bien
éloignée de conſentir à cet hymen. Elle
diffimula , & répondit à Madame de
Floricourt que ſa demande la flattoit infiniment
; mais que ſa fille avoit toujours
fait paroître un goût décidé pour
la retraite , & qu'un changement ſi ſubit
avoit beſoin d'être éprouvé. Les véritables
ſentimens de Madame de Prévalle
n'échappèrent pas à la Marquiſe ; elle ſe
retira peu fatisfaite de cette réponſe , &
remplie d'une tendre inquiétude pour fon
fils. L'événement juſtifia ſes craintes.
Le Duc de ... dont les affaires étoient
en mauvais ordre , cherchoit une femme
qui pût relever ſa fortune. On lui parla
de Mademoiselle de Prévalle ; il ſe fit
préſenter chez elle , & parut lui rendre
des ſoins ; mais il attendoit , pour ſe déclater,
NOVEMBRE. 1776. 25
clarer , qu'elle reſtât ſeule héritière. Madame
de Prévalle le ſoupçonna. Une
alliance auffi brillante flattoit trop fon,
ambition pour qu'elle ne s'intéreſfat pas
vivement à ſa réuſſite. La viite de Madame
de Floricourt lui ouvrit les yeux
fur les difficultés quelle y trouveroit , G
elle ne prenoit une prompte réſolution ;
& la Marquiſe ne l'eut pas plutôt quirtée
, qu'elle ſe fit amener des chevaux de
poſte , & ſe rendit au Couvent de ...
Sophie ſeule dans la chambre , pleuroit
fur fon fort , lorſqu'on lui annonça que
Madame de Prévalle venoit d'arriver
avec le deſleinde la faire fortir. Cente
nouvelle lui cauſa des tranſports de joie :
elle crut que l'autore du bonheur ſe levoit
enfin ſur elle. Mais , hélas ! que fon
erreur fut de peu de durée ! L'air févère
de Madame de Prévalle la glaçad'effroi ,
& l'avertit de ſon malheur. Cette mère
inſenſible pouſſa la dureté juſqu'à refuſer
les careſles de ſa fille. Elle la fit monter
dans ſa chaiſe , &, fans lui dire un ſeul
mot , elle la conduifit à l'Abbaye de...
où , le lendemain de ſon arrivée , elle
fut forcée de prendre le voile.
Quelle fut la douleur de Sophie lorfqu'elle
porta ſes regards ſur l'avenir ;
B
1
26 MERCURE DE FRANCE.
elle defcendit au fond de fon coeur ,&
le trouva brûlant d'un amour ſans eſpoir !
C'eſt donc- là , diſoit- elle , en fixant
triſtement les murs de ſa cellule , c'eſt-là
qu'il fautm'enſevelir , c'eſt- là que je fuis
deſtinée à verſer des larmes de fang.
Mère cruelle ! ne m'avez-vous donné le
jour que pour me ſacrifier! Momens terribles
! vous ferez les derniers de ma
vie! Le ſilence qui règne dans les cloîtres
plaît à ces filles innocentes qui ſe font
conſacrées volontairement à Dieu ; mais
il augmente les tourmens d'un coeur
amoureux ; rien ne le diſtrait ; toutes fes
penſées ſe tournent vers l'objet aimé . La
tendre Sophie ne voyoit que fon Amant;
fon image s'attachoit à fes pas & la fuivoit
juſqu'aux pieds des autels. Elle
n'avoit pas même une amie à qui elle
put confier ſes peines. Une pitié généreuſe
habite rarement dans les cloîtres .
On y frémit au ſeul nom de l'amour.
Une jeune Religieuſe nommée Cécile ,
fut la ſeule qui parut s'attendrir ſur le
fort de Mademoiselle de Prévalle. Elle
n'étoit point de ces femmes qu'un excès
de zèle rend inſenſibles aux malheurs des
paſſions; elle avoit elle-même éprouvé
Jeur pouvoir. Sur le point d'être unie à
NOVEMBRE. 1776. 27
un homme qu'elle aimoit autant qu'elle
en étoit aimée , elle avoit eu la douleur
de voir le nom de fon Amant fur la
liſte des Officiers tués dans une action
où il s'étoit trouvé. L'ennui qu'elle
éprouva dans le monde après cette perte ,
la conduifit à l'Abbaye de ... où elle venoit
de faire profeſſion .
L'air trifte & languiſſant de Sophie ,
des larines toujours prêtes à couler , des
ſoupirs à demi étouffés , touchèrent vivement
la vertueuſe Cécile. La véritable
piété eft compâtiſſante; elle voulut partager
les chagrins de Mademoiselle de
Prévalle; & la ſurprenant un jour dans
un moment où elle ſe croyoit ſeule : Aimable
Sophie , lui dit elle , vous changez
àvue d'oeil ; le poidsde la douleur vous
accable. Il eſt doux quelquefois de pouvoir
dépoſer ſespeinesdans le ſein d'une
amie; fi elle ne peut en faire ceſſer la
cauſe , elle fait au moins les adoucir en
les partageant. Regardez - moi comme
une autre vous même , & non comme
une de ces femmes curieuſes par oiſiveté.
Le malheur rend ſenſible ,& je ne l'ai
que trop connu avant de trouver dans
cet aſyle le repos dont vous ne jouiſſez
pas. : :
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Sophie ne put réſiſter à ces marques
d'amitié ; ſon coeur étoit plein : elle le
foulagea en l'ouvrant à Cécile , qui la
ferroit entre ſes bras , & mêloit ſes larmes
aux fiennes , fans avoir la force de
la confoler. Hélas ! dit Mademoiselle de
Prévalle , vous gardez le filence ! vous
voyez qu'il n'eſt point de remède à mes
maux. Eſt- il un fort plus affreux que le
mien ? Je n'ai plus de mère , ou , li j'en
ai une , elle me plonge un poignard
dans le ſein. J'avois une amie , elle
m'abandonne, Ah ! fans doute ,, mes
pleurs coulent pour un ingrat; s'il m'aimoit
encore , n'auroit-il pas trouvé le
moyen de m'écrire , de me parler , de
parer le coup qui me menace ? Qui l'auroit
cru perfide ? Ma Sophie , difoit- il ,
je ne reſpire que pour vous ; fi je vous
fuis cher , ne prononcez pas des voeux
qui feroient le malheur de ma vie. Le
cruel! que ne me laiſſoit-il mon indifférence
! Vous vous affligez peut- être trop
tôt , lui dit Cécile ; ſi le Chevalier eſt
tel que vous me l'avez dépeint , il n'eſt
point ingrat. Sans doute il ignore en
quels lieux vous êtes; il eſt, comme vous ,
plongé dans la douleur & l'incertitude.
Le feul moyen de confoler les inforNOVEMBRE.
1776 . 29
tunés eſt de s'affliger avec eux , &de
rallumer dans leur coeur l'eſpérance prête
às'éteindre. Sophie ſe plut à croire qu'elle
étoit encore aimée , & ſes inquiétudes
diminuèrent lorſqu'elle vit ſon année de
noviciat écoulée , & qu'on ne la preſſoit
pas de prononcer ſes voeux. La joie de
Cécile étoit égale à la fienne. Je l'avois
bien prévu , ma chère Sophie , lui diſoitelle,
qu'on ceſſeroit de vous perfécuter.
La nature a des droits qu'elle abandonne
rarement. Votre mère ſe laiſſera fléchir.
On aime à fe perfuader ce qui flatte les
defirs. La douleur de Mademoiselle de
Prévalle ſe calma : les fleurs de la jeuneffe
commencèrent à reprendre leur
éclat; mais elles étoient déſtinées à parer
la victime; l'orage alloit éclater.
La tendreſſe que la Marquiſe de Floricourt
avoitpour fon fils, l'état languifſant
où elle le voyoit, l'engagèrent à
faire de nouvelles démarches auprès de
Madame de Prévalle; mais rien ne puc
émouvoir ſa pitié : elle fut inflexible ;
l'ambition l'aveugloit. Le Duc de....
venoit enfin de ſe déclarer , &le mariage
de Mademoiselle de Prévalle devoit fuivre
le facrifice de ſa ſoeur.
Déja Sophie oſoit eſpérer que le voile
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
qui la couvroit ſe changeroit en bandeats
nuptial , lorſque l'arrivée de Madame de
Prévalle vintjeter l'alarme dans ſon ame.
Ce moment alloit décider de fon fort .
Cécile fut obligée de la foutenirjuſqu'au
parloir. Elle entre en tremblant, & apperçoit
ſa mère qui s'entretenoit avec
l'Abbeſſe . Elle ſe précipite à la grille , &
prenant la main, elle y colle ſa bouche
ſans pouvoir dire une parole. Mais que
ce langage eût été expreſſif pour une mère
tendre! Madame de Prévalle lui fit quelquescarelles
d'un air contraint , & adreffant
la parole à l'Abbeſſe : Puis je eſpérer,
lui dit-elle , que ma fille ſe rendra à nos
defirs? Est-elle décidée à terminer ſon
noviciat? Je la crois, répondit l'Abbeſſe ,
trop raifonnable pour s'oppoſer à la volonté
d'une mère qui ne veut que fon
bonheur. Madame de Prévalle affectoit
de ne point regarder Sophie ; & fans
attendre qu'elle ouvrit fon coeur , elle
parla des préparatifs néceſſaires pour la
cérémonie.
L'infortunée Sophie étoit pâle & prête
à s'évanouir; mais le déſeſpoir lui donna
des forces. Madame , s'écria-t- elle , en
ſe jetant aux pieds de ſa mère , fi j'ai
perdu votre amitié, par pitié du moins
NOVEMBRE. 1776. 31
ne ſacrifiez pas votre malheureuſe fille.
Dieu ne vent que des coeurs purs & tout
à lui , & je ferai facrilege & parjure .
Donnez tous vos biens à ma ſoeur; laifſez-
moi dans cette retraite , je ne m'en
plaindrai pas ; mais ne me forcez pas à
me lier par des noeuds éternels ; qu'il
me reſte encore l'eſpérance de regagner
un jour votre tendreſſe. La nature étoir
muette chez Madame de Prévalle; cette
femme dure & inpitoyable ne fut point
touchée des larmes de fa fille : voilà
donc, lui dit-elle, les ſentimens que
l'exemple a dû vous inſpirer dans le ſéjour
de l'innocence. Je rougis de votre
égarement. Jugez du péril où vous êtes ,
par les progrès qu'une paſſion téméraire
adéjà fait dans votre ame. Le monde eſt
rempli d'écueils , & cet aſyle eſt le ſeul
à l'abri de l'orage. Confiez- vous , ma
fille , à l'expérience d'une mère qui defire
votre repos ; préparez- vous à faire profeffion
dans huit jours ,& n'eſpérez plus
aucun délai. Cet ordre fatal fut un coup
de foudre pour Sophie. Ah! mon père !
s'écria t- elle , que jeſens vivement votre
perte! Vous aimiez également vos enfans;
& fi vous viviez encore , vous ne
forceriez pas l'une de vos filles à defcen
}
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
dre dans le tombeau , pour faire briller
l'autre fur la terre. Ces reproches , dictés
par la douleur , irritèrent Madame de
Prévalle . Elle ordonna à ſa fille de ſe
retirer , & Sophie fortit le déſeſpoir dans
le coeur.
Je ſuis perdue , dit-elle à Cécile , qui
J'attendoit avec impatience ; l'arrêt eſt
prononcé , il faut renoncer à ce que j'ai
me, Encore huit jours, & je ſerai liée
pour jamais ; pour jamais , grand Dieu !
je n'y ſurvivrai pas. Calmez-vous , ma
chère Sophie , lui dit Cécile , les remords
agiront fur le coeur de votre mère.
Ah! vous ne connoiſſez pas ſa dureté;
je n'eſpère plus rien. Je me fuis jerée à
ſes genoux; je l'ai conjurée de ne pas
faire le malheur de fa fille : rien n'a pu
la faire changer de réſolution. Dans le
moment on vint annoncer à Mademoifelle
de Prévalle que le peu de temps qui
Jui reſtoit , avant de ſe conſacter à Dieu ,
devoit être paflé dans la retraite , &
quellene pourroit voir perſonne pendant
les huit jours qui alloient précéder la cérémonie.
Eh bien! vous l'entendez , dit
Sophie , on m'enlève juſqu'à la confolation
de verſer des larmes dans votre ſein.
La fource en ſera bientôt tarie; les bar
NOVEMBRE. 33 رغ . 1776
bares ne jouiront pas long-temps de ma
douleur.
Le plus violent déſeſpoir s'empara de
Sophie , lorſque la nuit eut mêlé ſes ombres
à fes larmes. Vingt fois elle fut fur
le point d'attenter à ſa vie. Cher Floricourt
, s'écrioit-elle , que fais-tu maintenant
? Pourquoi n'es tu pas ici ? Viens
ſauver ton Amante de ſa propre fureur;
elle eſt prête à ſe jeter dans tes bras.
Pardonnez , grand Dieu ! je m'égare ;
mais votre bonté ne veut pas que des
parens inhumains forcent leur fille de
prononcer des voeux que ſon coeur déiment.
Nous ſommes tous vos enfans ;
vous êtes dans l'Univers ; par tout on
peut vous fervir & vous adorer. L'eſpérance
de finir des jours remplis d'amertume
, fit fuccéder à ces tranſports une
douleur morne & réfléchie .
-Lorſque le moment fatal fut arrivé ,
Sophie ſe laiſſa conduire à l'égliſe ſans
proférer une parole : elle trouva ſur ſon
paſſage Cécile qui fondoit en larmes :
Réſervez vos pleurs pour la mort de votre
amie , lui dit-elle en l'embraffant , & elle
s'avança vers le lieu du ſacrifice. Sa beauté ,
ſa démarche noble & majestueuſe excitèrentun
murmure d'applaudiſſemens , qui
By
34 MERCURE DE FRANCE.
fe changèrent bientôten regrets. Lapâleur
de Sophie annonçoit le trouble de fon
ame : on voyoit ſur ſon frontles traitsdu
déſeſpoir. Tous les yeux ſe tournerent
fur Madame de Prévalle , & fembloient
lui demander grâce pour ſa fille ; mais
rien ne parut l'émouvoir : cette femme
inſenſible vit la cérémonie d'un oeil ferein.
Déjà la victime avoit été couverte
du drap funèbre : elle venoit de dire au
mondeun adieu éternel , lorſqu'on entenditungrand
bruit vers la porte , & auffitôt
on vit paroître un jeune homme cou
vert defueur &de pouffière , qui perçant
la foule , ſe précipita vers la grille , en
criant , n'achevez pas , Mademoiselle
Sophie , arrêtez . Mademoiselle de Prévalle
en proie aux réflexions les plus
amères , ne voyoit rien de ce qui ſe paſſoit
dans l'aſſemblée. Ce fon de voix va juſqu'à
fon coeur , & la tire de l'accablement
où elle étoit plongée. Elle lève les
yeux , & apperçoit le Chevalier qui lui
tendoit les bras. Juſqu'alors , elle avoit
eu affez de fermeté pour foutenir l'appareil
lugubre de la cérémonie; mais fon ame
ne peut réſiſter à tant de ſecouffes : elle
jette un grand cri , & tombe mourante
dans les bras de Cécile.
NOVEMBRE. 1776. 35
Le Chevalier ignoroit encore ſi le
ſacrifice étoit conſommé. Il interroge
tous ceux qui font autour de lui: on
ne lui répond que par des larmes. Ce
triſte langage lui en diſoit aſſez; il fortit
déſeſpéré , après avoir ſuivi des yeux
juſqu'à la porte du choeur l'infortunée
Sophie qu'on emportoit. Une ſcène G
touchante ne fit aucune impreſſion ſur
Madame de Prévalle. Cette mère dénaturée
voyoit avec une joie cruelle que la
victime ne pouvoit plus lui échapper .
Elle ſe déroba à l'indignation de l'affemblée
, & partit pour Paris, ſans s'infor
mer de l'état de ſa fille.
On parvint à rappeler Sophie à la
lumière; mais il lui reſta une fièvre
brûlante , dont les premiers ſymptômes
annoncèrent le plus grand danger. C'en
eſtdonc fait , dit elle à Cécile : Floricourt
étoit fidèle , & je le perds pour
jamais. J'ai vu ſes larmes & ſon défefpoir;
le ſort me réſervoit ce dernier coup.
Hélas! mes malheurs vont finir : le drap
funèbre ſous lequel j'ai déjà été enfevelie
, me couvrira bientôt. Que ditesvous
, ma chère Sophie , s'écria Cécile ;
vivez du moins pour votre amie , & ne
répandez pas l'amertume fur le reſte de
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
,
mes jours . La bonté de Dieu est infinie :
il rendra le calme à votre ame agitée :
ne l'irritez point par un excès de douleur.
La mienne , répondit Sophie , n'offenſe
point l'Etre ſuprême : il lit au
fond de mon coeur : il fait que la vertu
n'en eſt point bannie ; mais ne peut-on
le ſervir que dans cette enceinte ? Et
faut- il , pour lui plaire renoncer aux
-bienfaits qu'il répand ſur les humains ?
Non , ma chère Cécile , une femme
vertueuſe , qui faitle bonheur d'un époux ,
une mère tendre au milieu de ſes enfans ,
trouve grâce aux yeux de l'Eternel : mon
ſeul regret eſt de vous quitter ; mais fi
je vous fuis chère , ma mort vous affligera
moins. Je n'aurois traîné que des
jours languillans : je ne ſuis point encore
coupable , je la deviendrois peut être.
La foibleſſe l'empêcha de continuer. Sa
fièvre augmenta pendant la nuit ,& le
lendemain les Médecins déclarèrent qu'i's
n'avoient plus d'eſpérance.
Sophie reçut cette nouvelle avec tran-
-quillité ; & lorſqu'elle fentit que la mort
approchoit , elle pria toutes les religieuſes
qui étoient autour de ſon lit de fe
retirer , & ne retint auprès d'elle que
fon amie . Ma chère Cécile , lui dit-elle
NOVEMBRE. 1776. 37
d'une voix éteinte , ma mère viendra
peut-être un jour pleurer fur ma tombe ;
dites lui que ſa dureté m'a donné la
mort; mais queje la lui pardonne. Le malheureux
Floricourt , ajouta-t- elle , en
verſant quelques larmes: que va-t- il devenir
? Si du moins il voyoit ma douleur ,
la certitude d'être aimé l'aideroit à ſup.
porter la ſienne; mais le fort nous refuſe
cette confolation. Il demandera peutêtre
à vous parler: dites lui que je meurs
victime de notre amour : dites- lui combien
je defirois faire fon bonheur & le
mien. Adieu , ma chère Cécile , embraſſez
votre amie : mes yeux s'obſcurciffent.
Puiſſe ma mort ſervir d'exemple
aux mères qui voudraient forcer la volonté
de leurs enfans. Un moment après
cette infortunée expira dans les brasde
Cécile.
Le Chevalier n'avoit encore pu s'arracher
des lieux que Sophie habitoit ,
lorſque la cloche funèbre fit entendre
ſes fons plaintifs. Il frémit : fon coeur
eſt glacé par la crainte. Il veut interroger;
la voix lui manque. Enfin il fait
un effort pour demander ce que cette
cloche annonce.On lui répond que la
jeune perſonne qui a prononcéſes voeux....
38 MERCURE DE FRANCE.
Sophie eſt morte s'écrie-t-il douloureuſe,
ment ! & il tombe ſans connoiffance ,
L'expreſſion ne peut rendre ſon déſeſpoir.
On fut obligé de veiller à ſés
démarches , pour l'empêcher d'attenter à
ſa vie. Lorſqu'une fituation auſſi violente
fat un peu calmée , il s'informa des derniers
momens de ſon amante : il décou
vrit qu'elle avoit une amie qui ne l'avoit
point quittée pendant ſa maladie. Les
malheureux aiment à nourrir leur dou
leur , en parlant de l'objet qui la cauſe.
Le Chevalier ſe traîne au couvent , &
demande Cécile.
Cette vertueuſe file venoit de rendre
les derniers devoirs à Sophie: elle arrive
au parloir , & reconnoît le Chevalier à
fon air abattu. Vous êtes fans doute M.
de Floricourt , s'écria-t elle tile ne put
en dire davantage. Ses yeuxde couvri
rent de larmes. Madame , i GitleChe.
valier , vous étiez la feulerarre de Mademoiselle
de Prévalle : avez été
témoin de fes derniers moms. A-t- elle
paru ſe reſſouvenirdemor? Azile plaint
l'état où ſa mort alloit me taiffer ? Ah !
Monfieur , répondit Célve , & quelque
choſe peut vous confole
dre que le chagrin de
7
c'eſt d'appren
pouvoir être
NOVEMBRE. 1776. 39
à vous , a conduit ma malheureuſe amie
au tombeau : elle n'a pu réſiſter à une
ſéparation éternelle : elle s'eſt occupée
de vous juſqu'à ſon dernier ſoupir. Ce
récit augmenta les regrets du Chevalier.
Plus il avoit été cher à Sophie ,plus ſa
perte l'accabloit. Ilne quittaCécile qu'avec
peine : il vouloit même reſter quel
ques jours pour s'entretenir avec elle ;
mais la Marquiſe de Floricourt vint l'arracher
de ces lieux , & le conduiſit dans
la capitale , où elle fit tous ſes efforts pour
mettre ſon eſprit dans une ſituation plus
tranquille. Rien ne put le diſtraire : l'image
de Sophie mourante pour l'avoir
trop aimé, le ſuivoit par-tout. Il parut
defirer d'aller à Malthe : la Marquiſe
jugeant que le temps & l'abfence calmeroient
fon chagrin , fit violence à fa
tendrelle & lui permit de faire le
voyage.
د
La mort imprévue de Sophie caufa
quelque émotion à Madame de Prévalle.
elle ne put ſe diſſimuler qu'elle en étoit
P'auteur; mais il falloit une ſecouffe
plus violente pour faire naître les remords
qui devoient bientôt la tourmenter.Elle
éloignatoutes les réflexions , pour fe livrer
au plaifir de voir ſa fille chérie épouſer
-
:
40 MERCURE DE FRANCE .
-
:
le Duc de ... Rien ne s'oppoſoit plus
à cet hymen; & la mort de Sophie, loin
de le troubler, en preſſa l'exécution .Déjà
les préparatifs ſe faifoient avec tour l'é
clat que permet l'opulence : la pompe
funèbre alloit être ſuivie des fêtes &des
plaiſirs ; mais que les projets des hommes
font légers! Leur eſprit avide du
nouveau , ſe tranſporte dans l'avenir ,
& croit déjà ſaiſir des objets flatteurs . Le
fouffle de la mort a pallé , & tout eft
difparu.
Mademoiselle de Prévalle paroiſſoit
jouir d'une ſanté brillante , mais cette
maladie cruelle , ce fléau deſtructeur de
la beauté , vint jetet l'alarme dans le
coeur de ſa mère. On eut recours aux
plus célèbres Mèdecins. Les commencemens
de la maladie firent beaucoup
eſpérer; mais le neuvième jour les acci.
dens devinrent dangereux ; & le lendemain,
Madame de Prévalle perdit cette
fille pour laquelle elle avoit tout facrifié.
Elle donna les marques de la plus
vive douleur. Ce ſentiment étoit juſte ,
ſans doute , ſi la tendreſſe qu'elle avoit
pour ſa fille , en eût été le ſeul objer.
Elle voyoit en un moment tous fes
projets ambitieux s'évanouir ; & le fort
1
NOVEMBRE. 1776 . 41
lui réſervoit encore d'autres coups. Elle
fut obligée de faire trève à ſes larmes ,
pour défendre ſes droits. Les parens de
M. de Prévalle indignés de ſa cruauté
pour Sophie , lui firent rendre un compte
exact: Elle ſe vit dépouiller de la plus
grande partie des biens dont elle jouiſſoit ,
& réduite aux ſeuls avantages accordés
par la loi . Quels furent fes regrets ! lorf.
que jetant les yeux autour d'elle , elle
ne trouva plus qu'un vide affreux dans
la nature . C'eſt alors que le voile tomba,
& que ſa conduite barbare envers
l'infortunée Sophie , livra ſon ame aux
remords vengeurs. Pendant la nuit, des
fonges effrayans lui faifoient pouffer de
grands cris: ſouvent elle croyoit pourfui.
vre Sophie , & malgré fes plaintes , la
forcer, le poignard à la main , de defcendre
vivante dans le tombeau. La
frayeur l'arrachoit au ſommeil; & alors
elle verſoit des torrens de larmes . Cette
malheureuſe mère traîna , dans des tourmens
continuels , le reſte d'une vie languiſſante.
42 MERCURE DE FRANCE.
VERS.
ARAMINTE diſoit un jour àfon Amant:
D'où vientque vous parlez de moi fi rarement?
Craignez- vous m'offenſer , que vous n'oſez rien
dire?
Notre ſexe , Damis , a cette vanité ,
Qu'il y perde ou qu'il ygagne , il veut être cité.
Parlez , parlez de moi , duſſiez- vous en médire.
RÉPONSE de la plus aimable des
Estampoises aux coupletsdeM. Baugin ,
inférés dans le Mercure de Septembre.
AIR: Dans ma cabane obfcure.
Sois für d'une Bergere
Qui t'a donné la foi ;
Le defir de te plaire
Eſt mon unique loi .
Le ſoir quand je ſoupire;
Te voyant près de moi ,
1
1
NOVEMBRE. 1776. 43
Faut- il toujours t'inſtruire,
Ingrat , que c'eſt pour toi ?
Des Bergersdu village
Jemépriſe l'ardeur.
Cher Damon , ton hommage
Peut ſeul Hatter mon coeur.
En vainde leur martyre
Ils viennent m'aſſurer :
Ilsont tous l'art de dire...
Et toi l'art d'inſpirer.
On me vois d'un air triſte
Souvent ſuivre tes pas;
J'ignore fi j'exifte
Quandjene te vois pas:
Ah ! maplusdouce envie
Eſt de bien t'enflammer :
Quem'importe la vie ...
Si ce n'eſt pour t'aimer ?
44 MERCURE DE FRANCE.
MADRIGAL
A Madame la Baronne de ***.
MILLE
1
ILLE cygnes fameux par leurs brillans
accords,
Nobles enfans del'Elbe , ont illuftré ſes bords.
Mais quand on voit les jeux voltigeant ſur vos
traces ,
S'unir avecl'eſprit , les talens , la beauté
Ondevine aisément qu'Apollon& les Graces ,
Sur ces bords enchanteurs ont toujours habité.
ParM. Cardonne, Premier Commis de la
MaifondeMADAME.
Mes idées sur le célibat ; par unejeune
Provinciale.
QUEL préjugé tyrannique s'empare de
tous les coeurs ! d'où vient que l'amour
fuit l'hymen & redoute ſes douces chaînes?
Je vois par-tout unefoule d'êtres iſolés
NOVEMBRE. 1776. 45
que l'inconſtance accompagne , que l'ennui
pourfuit , que les dégoûts atliégent ;
le ſentiment n'eſt plus qu'une erreur ,
l'amour conſtant une chimère , & le plaifir
un délire paſſager . :
Je trouve à chaque pas des coeurs fermés
à la tendreſſe , des vieillards qui
n'ont vécu que pour s'étourdir ou s'égarer;
des femmes que le ſouvenir d'avoir
éré , pouſſe avec effort dans la retraite
où de longs chagrins les attendent.
C'eſt vainementque je cherche l'image
du bonheur au milieu de ces objets qui ,
en formant des liens faciles à rompre ,
veulent conferver la liberté dans les bras
de l'amour ; je ne vois autour d'eux que
trouble , vanité , folle diffipation , perfidie
& déshonneur.
Mais ſi je porte mes pas au ſein d'une
famille heureuſe , où les noms ſacrés de
père , de mère & d'époux ne ſe prononcentjamais
ſans émotion , où la pratique
des devoirs eſt un délaſſement , où la
vertu n'eſt pas un vain titre.... Ah ! combien
mon ame est délicieuſement affectée !
Je trouve l'honnêteté douce & prévenante
aſſiſe à la porte; la liberté me prend
par la main & me conduit par tour ;
La vérité me découvre les différentes
46 MERCURE DE FRANCE.
ſcènes de ce tableau raviſſant; je vois la
férénité peinte ſur le front des maîtres ,
&la gaieté dans leurs yeux ; un grouppe
d'enfans ſe livre devant moi aux folâtres
jeux de l'innocence ... Je fors de cet aſyle
de la paix & du bonheur , & les voiſins
me parlent avec vénération de tout ce
que j'ai vu.
Siècle des premiers âges ! toi dont on
ne conſerve qu'un ſtérile ſouvenir , ah !
renais encore , s'il eſt poſſible ! renais
pour faire aimer de nouveau la vie domeſtique
, la ſociété conjugale , les plaifirs
de la raifon , de la franchiſe & des
moeurs : que la jeuneſſe ne perde plus fes
beaux jours à la pourſuite d'un fantôme
de bonheur; que le luxe qui corrompt
toutes les jouiſſances , qui éloigne le plus
ſouventdes coeurs faits pour s'unir , dif.
paroiſſe de nos climats pour faire place à
la fimplicité... & fi mon voeu n'eſt qu'une
chimère , qu'elle foit celle des Peuples
&des Rois; il ſera bientôt accompli .
NOVEMBRE. 1776.
CHANSON nouvelle en réponse à celle
contre les plumes des Dames.
AIR: Réveillez- vous , belle endormie.
Ovous, conteur acrabilaire
De l'innocente volupté,
Ceffezde blåmer l'art de plaire
Que l'Amourdonne à la Beauté.
Loind'êtreun appareil ſauvage ,
Laplume annonce la candeur ,
Denotre ſexeelleeſt l'image
Par la fouplefic & la douceur.
Dans l'Olympe& même ſurterre,
De cette mode on eſt épris.
Sans caſque ni plume guerriere,
Mars pourroit-il plaire à Cypris ?
LeDieuqui nous charme au belâge ,
En beauté l'Amour ſi complet ,
S'il neportoit point de plumage ,
Letrouveriez vous plus parfaite
Jupin, cet immortel infigne,
4S MERCURE DE *FRANCE.

Ce Roi des Dieux ſe transforma
Sous le plumage d'un blanc cygne
Quand il voulut plaire à Léda .
Qui jamais porteroit envie
Auxdélices des Mahomers ,
Si les Sultans de Turquie
N'avoient ni croitlans , ni plumets ?
Des plumes la mode nouvelle
Aujourd'hui brille chez les Grands :
Ala Cour il n'eſt point de Belles
Sans porter panaches flottans.
D'Henri marchant à la victoire ,
Laplume au vent flottoit toujours.
Elle est l'emblême de la gloire
Comme l'ornement des Amours.
ParM. B. D.
:
LE ZEPHIR & LA SENSITIVE.
Fable.
UN Zéphire fur unerive ,
Ceſſant de careſſer les Nymphes & les ficurs ,
Dans les éternelles langueurs ,
De
NOVEMBRE. 1776. 49
Del'amour veut encor eſſayer les douceurs :
Il s'adreſle à la Senfitive;
Mais cette fleur , tremblante &fugitive,
Echappe à ſes funeſtes traits ;
Elle craint trop que ſes attraits ,
En proie à cet Amant volage ,
Neperdent tout leur prix par ſon cruel hommage.
Ainfi , jeunesBeautés , des Zéphirs amans
Craignez le perfide langage ,
Et le poiſon de leur encens .
LES SENSIBLES REGRETS .
Anecdote.
DEVANT moi , dans un cercle , une femme
pleuroit ,
Répandoit un torrentde larmes ,
Se lamentoit , le défoloit.
Jeune&belle, ſes pleurs ajoutoient à ſes charmes,
Ettout chez elle intéreſloir .
Je me difois , hélas ! dans ma douleur amere ,
Peut- être elle regrette un pere , un tendre pere ?
C'étoit lui qui la contoloit.
Auroit-elleperdu l'époux qu'elle adoroit ?
C
٢٥
MERCURE DE FRANCE.
D'un air triſte& rêveur ſon époux auprès d'elle
Attentivementl'obſervoit.
Gage heureux d'un amour fidele ,
Son'fils ſeroit il mort? Non; loin d'elle il dormoit.
J'interroge à la fin cette épouſe éperdue :
Vous paroiflez jouir du deſtin le plus doux ;
Madame , quelie cauſe affligeante , inconnue ,
Fait donc couler des pleurs dont mon ame eſt
émue.
Un perequi vous aime , un ſage& tendre époux ,
Un fils aimable & cher qui vous réunit tous ;
Vous poffédez ces biens : quel bien regrettezvous
?
Votre amieàvos yeux eſt-elle deſcendue 7
Dans l'affreuſe nuitdu tombeau ?
L'avez - vous pour jamais perdue ?
Ah ! dit en ſanglottant cette femme ingénue ,
Monfieur ! .. j'ai perdu... mon oiſeau.
ParM.Drobecq.
NOVEMBRE. 1776 . I
51
ODE A TELEPHE.
Horace , Ode XIX. Livre III.
Quantum diſtet ab Inacho , &c.
De l'antique. Inachus vous nous faitesl'hiſtoire; E
Vous deſcendez juſqu'à Codrus ,
..
Couvert par (on trépas d'une immortelle gloire ;
DesGrecs ſur les Troyens vous contez la victoire,
Et les fils de Pélops & le ſang d'Eacus ,
Rien n'échappe à votre mémoire.
Et vous ne parlez point de boire?
Les bons vins deChio nous coûteront- ils cher ?
Chezqui de nos Amis faut-il demain nous rendre ?
Qui chauffera nos bains ? Et comment nous défendre.
Contre les rigueurs de l'hiver ?
Buvons , & n'ayons pas d'autre ſoin qui nous
prefle :
Voyonsà qui le vin ſied mieux dans un repas.
Neuf rafades n'effrayent pas
Celui qui des neufScoeurs connoît l'aimable ivreſſe;
Maiscelui qui ſuitvos loix ,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
Grâces, douces immortelles ,
Comme vous , craint les querelles ,
Et n'en boit pas plus de trois,
Vive , vive un peu de folie !
Pourquoi des flûtes ,des hautbois ?
N'entendons-nous plusl'harmonie?
Que par mille plaiſirs nos ſens ſoient ranimés ,
Que de nouvelles Aeurs nos lits foient parfumés :
Etonnons les voiſins du bruitde notre orgie.
Rhodé , qui touche à l'âge où l'on cherche un
vainqueur ,
Admirant vos cheveux , votre belle fraîcheur ,
De vous , Télephe attend ſa premiere défaite ;
Moi , je ſens pourGlicere une flamme ſecrette
Qui brûle &deſſeche mon coeur.
ParM. L. R.
Le mot de la première Enigme du
volume précédent eſt Tour; celui de
la ſeconde eſt Ruiſſeau; celui de la
troiſième eft Chapeau. Le mot du premier
Logogryphe eſt Mercure ( Dieu de
la Fable ) où se trouve ré , mur , mère ,
mer, cure (terme de Médecine) , Mercure;
NOVEMBRE. 1776 . 53
celui du ſecond eſt Fange , où l'on trouve
Ange ; celui du troiſième eſt Cordeau , où
ſe trouve cor & eau .
DEVINE ,
ÉNIGME.
EVINE , cher Lecteur , un être original ,
Peu docile&peu libéral :
Étre qu'on nomme corps , mais corps inconce
vable.
Sesmembres font- ils difperſés ?
Riende plus agréable!
Maisfont- ils rahemblés?
!
Ah! pour lors , c'eſt le diable !
Par M. R ** , Chanoine
AUTRE.
COMME tout est soumis auxtemps !
Que d'uſages ſi différens !
Je fusjadis du ſexe la parure ;
Sa plus ancienne & plus noble coëffure :
Bientôt après l'ornement d'un Prélat ,
Ciij
54
MERCURE DE FRANCE.
D'un Abbé , du Cardinalat ,
D'un membre de primatiale ,
D'un Tréſorier chefde Collégiale ,
Du ſouverain Pontificat ;
Enfin lebonnet d'un ſoldat ;
Dans quelque ville Germanique ,
Celui d'une fille publique;
Dans les Voſges, chez les Lorrains ,
Celui du dernier des humains ,
(Même ſon nom dans toute une Province) .
Plus d'un Souverain , plus d'un Prince
Me porte en ſon armotial ;
Je figure au deſlous du caſque Impérial;
Plus d'une Maiſon d'Allemagne
Me porte en cimier. En Elpagne
Je couvre unhérétique , un impie , un Hébreu
Qu'on vientde condamner au feu ;
Et lorsque les Normands , de mémoire éternelle ,
Conduiſoient au bûcher la célèbre Pucelle ,
Enfignedehonte & d'affront ,
Je m'élevois fur ſon pudique front.
ParM. de Boufſanelle , Brigad.
desArméesduRoi.
NOVEMBRE. 1776.55
A
AUTRE.
Ce quej'oſe déclarer ,
Jugez de l'état de mon ame ;
L'objet qui me fait ſoupirer
N'eſt jamais celui quej'enflamme.
ParM. JacquesPiron.
LOGOGRYPH Ε.
Du bien-être commun, ſources toujours aimables,
Nous avons le talent d'éblouir tous les yeux ;
Nous faiſons des heureux , quelquefois des coupables:
Nous ſubjuguons la terre &fléchiſlons les cicux.
Huitlettres compoſent mon être
Ami Lecteur , en combinant ,
Tu verras auſſi- tôt paroître
Le miniftre d'un élément ;
Le ſymbolede la ſageſle;
Le refuge du Nautonnier ;
Le vrai trônede la molleſle ;
Cequi ſoutient le monde entier ;
Civ
$6 MERCURE DE FRANCE.
Un légume très -ordinaire ;
Un poiſſon de mer bien goûté ;
De riviere un autre vanté ;
D'un homme d'eſprit le contraire ;
Une ville dans la Tolcane ;
Un meuble qu'on trouve par- tout ,
Dans la plus chétive cabane ;
Des quadrupedes le ſurtout;
Cequi ſoutient le méchanique
Detous les corps organilés ;
Enfin deux notes de muſique ;
La pertedes gibiers chaflés.
AUTRE.
QUOUIOQIQUUEE d'un nonbreux régiment,
Je ne porte pas l'uniforme,
Dans l'exercice ſeulement ,
Je parois aux autres conforme.
Onmetaxe, chez bien des gens ,
De légéreté , d'inconſtance :
Hélas ! fans ſortir de la France ,
Je n'ai que trop de partifans .
Déjà , Lecteur , tu me devine:
Qu'importe allons juſqu'à la fin .
Pour t'éclairer dans ton chemin ,
VERS
Pour un mariage .
LesParoles de M.Droüet ;
La musique deM.Benaut .
Aimable et charmante
jeunesse Vous que le
Dieu de la tendres::
se Range pour jamais
sous ses loix Puissies vous
do = cile a sa vorx
+
$
Toujours époux ,
+
jours amants, Gouter
plaisirs du bel a
toules
:ge , Et voir dans votre
heureux mé = na = =ge ,
e
l'Union jointe aux sen
timents .
NOVEMBRE. 1776 . 57
Surhuit pieds toujours je chemine.
Les combinant , d'abord tu vois
UnDieu célebre en Arcadie ,
Qui le premier tira d'unbois
Des accords & de l'harmonie ;
Plus, une conftellation ;
Un chef d'oeuvre de la nature ,
Qui, dans ſa brillante parure ,
Nous dénote une paffion;
Un légume fort uſité
Chez lesPeuples de laGaronne;
De la bienfaiſante Pomone ,
Un fruit d'une rare beauté.
Enfin je ſuis fi néceflaire ,
Que fans moi tout va triſtement :
Cependant il eſt ordinaire
De rougir en me demandant.
Cv
رال
MERCURE DE FRANCE .
1
)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les Courtiſannes , ou l'École des moeurs ,
Comédie , avec cette épigraphe tirée
du ſecond acte de la Pièce :
Ne remarquez- vous pas qu'on nous reſpecte ?
nous !
A Paris , chez Moutard , Libraire de
la Reine , de MADAME & de Madame
la Comtefle d'Artois. Prix liv. 106. *
LE premier devoir du Poëte comique
eſt de peindre les moeurs , & de tendre
à les rectifier. Il eſt moins fait pour étaler
une froide morale , que pour attaquer le
vice. Il eſt moins comptable au Public
du ſujet qu'il traite , que de la manière
dont il l'a traité. Il atteint fon but , lorf-
* L'abondance des matières ne nous ayant pas
permis de parler plutôt de cette piéce avec l'étendue
convenable , nous en avions différé l'analyſe
-juſqu'à ce moment.
NOVEMBRE. 1776 . 59
,
qu'il parvient à faire fentit le ridicule de
certains travers , ou le dangerde certaines
foibleſles. N'at il point choqué le bon
ordre dans ſon choix ? il n'a plus à répondrequ'au
tribunal duGoût. Il n'eſt point ,
ſans doute contre l'ordre public d'attaquer
une certaine claſſe de femmes qui
ſe piquent peu de le reſpecter. Tout ce
qu'on pourroit craindre ce ſeroit que ,
dans une matière auſſi délicate , les tableaux
ne devinflent preſque auſſi peu
décens que la choſe même ; mais ſi le
peintre eſt parvenuàfurmonter cet obitacle,
il faut lui tenir compre & de la difficulté
vaincue , & du talent qu'il a fallu
pour la vaincre.
La Comédie des Courtiſannes eſt en
trois actes. Dans le premier , on voit
d'abord paroître Roſalie , principaleAc.
trice de la Pièce , & Marton , fa confidente,
ou , pour mieux dire , fa complai -
fante. Rofalie eſt occupée à confidéret
différentes éroffes. Elle admire un Pekin ;
elle eſt épriſe d'un Quéſaco. Marton lui
montre un écrin qui paroît bien plus
digne d'attention à la Confidente. C'eſt
un préſentdu Financier Mondor. Rofalie
yjetie à peine un coup d'oeil , & s'écrie ,
en contemplant ſa coeffure :
Cvj
MERCURE DE FRANCE.
:
Alary * s'eſt , ma foi , furpaflée !
Regarde cette plume avec grace élancée...
Queje vais réuſſir au balde l'Opéra !
L'intéreſfée Marton lui montre une
boëte d'or bien fournie en matière . Rofaliequi
trouve ce lingot de mauvais goût ,
le lui donne ; elle ajoute , en parlant de
Mondor :
Avec les diamans ,
Dont la collection le ravit & l'enivre ,
Il devient chaque jour plus difficile à vivre.
De ſes chevaux anglois qu'il raffole chez lui ;
Mais qu'il ne vienne pas m'apporter ſes ennuis.
MARTON.

Apprenezque Mondor eſt un homme en faveur ,
Un hommeeſſentiel . Sa politique habile
Aux paſſions des Grands a ſu le rendreutile.
Ace titre- là ſeul il faut le conſerver.
ROSALIE.
Par de pareils emplois il croit ſe relevera
MARTON.
S'il lecroit ? Mais fans doute.Ignorez-vous encore
* Fameule Marchande de modes .
NOVEMBRE 1776 . 61
Que dans ce fiecle ci le caducée honore ,
Que c'eſt un ſur moyen de parvenir à tout,
Et qu'il n'eſt point d'état mieux accueilli par- tout?
C'est un art à la mode , & réduit en ſyſteme
Par plus d'un Important , par plus d'un Abbé
même.
Connoiflez donc nos moeurs & déſabuſez-vous .
Ne remarquez- vous pas qu'on nous reſpecte ?
nous!
A t- on beſoin d'aïeux alors qu'on eſt jolie ?
La France par degrés à tel point s'eſt polie ,
Quenousdonnons le ton à la ville , à la cour ,
Et qu'on pardonne tout aux erreurs de l'amour.
Fiez- vous là deſſus à mon expérience.
Tel aujourd'hui vous voit avec indifférence ,
Qui peut être demain mettroit tout ſon orgueil
A recevoir de vous la faveur d'un coup-d'oeil.
Il ſeroitdifficiledene pas ſentirlabeau
té , & malheureuſement même la vérité
de cette tirade. Le motde Caducéepourra
paroître un peu fort dans la bouche de
Marton , mais elle a été annoncée comayant
elle- même figuré autrefois dans le
monde , où elle a, comme tant d'autres ,
ſaiſi quelques termes qu'on eſt ſurpris de
de lui entendre prononcer.Vient enſuite
une énumération des captifs que Roſalie
62 MERCURE DE FRANCE.
traîne enchaînés à ſon char. Ils font peints
chacun à part , avec agrément & préci-
Gon. Voici comment la Confidente
parle de Gernance qui doit jouer un ſi
grand rôle dans la Piéce.
Romanelque , & voilà ce qui plaît à votre âge ,
C'eſt par vous que l'amour eut ſon premierhommage
;
Sa figure eft charmante ; elle a dû vous tenter ,
Et ce qu'il vous propoſe a droit de vous flatter ;
Mais avec lui , fur-tout , craignez d'être imprudente,
Etgardez , s'il ſe peut , une ame indifférente.
Ce jeune homme eſt décidé à épouſer
Rofalie.Un certain Sophinès , homme à
préceptes hardis , abuſe de ſa confiance ,
pour l'exciter à ce mariage. Il eſtlui même
très-lié avec Roſalte, à qui il veut
procurer certe bonne fortune par reconnoiffance.
Rofalie craint que Gernance
n'ouvre enfin lesyeux. Sophanès la raffure.
Cette première ſcène renferme une
expofition nette & pittoresque du fujer.
Elle eft , pour ainſi dire , toute en action.
Rofalie ne pouvoit mieux débuter que
pat l'examen de ſa parure. Sa frivolité eſt
une des vertus caractériſtiques de ſon état,
NOVEMBRE . 1776. 63
La troiſième ſcène ſe paſſe entre Marron
&Gernance. Il perſiſte à offrir ſa main à
fa maîtrelle , qui perſiſte elle- même à la
refufer , pour s'en aſſurer mieux. Voici
les motifs infidieux qu'elle emploie :
Je ne ſuis point , Gernance , inſenſible à l'amour ;
Maisje veux vous forcer à m'eſtimer un jour ,
Encombattant l'erreur dont votre ame eſt ſéduite.
Vous voyez à quel fort le malheur m'a réduire.
Je ne puis ſeulement ſuppoſer ſans effroi
Lemomentoù vos yeux , trop prévenus pour moi ,
Eclairés tout- à-coup, verroient le précipice
Où vous auroit conduit un amoureux caprice.
Croyez , quand je refuſe un partage auſſi doux ,
Que, peut être , je ſuis plus à plaindre que vous.
Ainſi que votre amour , ma foiblefle eftextrême;
Maisje veux vous ſauver , s'il le peut , de vousmême.
On préſure bien que Roſalie ne réſiſte
pas toujours. L'inſtart du mariage
eſt fixé au jour ſuivant. Rofalie quitte
Gernance pour aller , où? chez Mondor.
Scène entre Gernance & Marton qui
achève de l'aveugler par une fauſſe confidence.
Elle lui remet en même tempsune
faufle lettre de Milerd Carlinfort , qui
64 MERCURE DE FRANCE.
a , dit- elle , inutilement offert ſa fortune
&fa main à Rofalie.
Hélas ! de déſeſpoir il eſt parti pour Londres ,
Ajoute Marton, qui le croit effectivement
parti . Roſalie eſt dans la même
erreur , ainſi que Sophanès , fabricateur
de la lettre. Gernance eſt tranſporté d'admiration
& de reconnoiſſance ; mais une
viſite fâcheuſe vient troubler ſa joie. Il
voit arriver Lyſimon , ſon ancien ami
homme ſage, ami de l'ordre &des moeurs :
homine qui contraſte parfaitement avec
Sophanès , qui lui a cependant appris où
il pourroit , dans ce moment, trouver
Gernance. It vient pour le détourner du
parti ſcandaleux qu'il a pris. La morale
de l'ami ne corrige point le jeune homme.
Il plaide vivement la cauſe de ſon
amour & de ſa Maîtreſſe. Il ajoute ;
Croyez qu'à l'amour ſeul je ne me fierais pas.
Roſalie , à mes yeux , fans biens& fansappas,
Par d'autres qualités ſauroient encor me plaire.
(Il lui montre la lettre de Milord Carlinfort ).
Jugez ſi ce refus eſt d'une ame vulgaire :
Lifez.
,
NOVEMBRE. 1776 . 65
LYSIMON , après avoir lu.
Quoi ? vous croyez à ces ſottiſes- là ?
Mais , mon cher , il n'eſt point de filles d'Opéra
Qui ne ſache au beſoin ſe forger de ces titres.
Vous riez . Je n'en veux que vos yeux pour arbitres,
Et je vous prouverai ...
GERNANCE.
L'on ne me prouve rien.
Lyſimon fort , bien décidé à tout
mettre en uſage pour détromper Gernance
, & Gernance à ſuivre fon projer.
Dans la première ſcène duſecond acte ,
Marton entretient Roſalie des efforts que
faitLyfimon pour lui arracherGernance.
Roſalie ſe flatte que l'amour pourvoira à
tout L'intriguante Marton lui demande
ſi elle a quelquefois rencontré dans le
monde ce Lyſimon ſi auſtère : fort peu ,
répond Rofalie . Sur cette ſimple réponſe,
Marton projette une ruſe que la crédulité
de Gernance doit rendre efficace . On
parle de Mondor ; on admire un nouveau
brillantdont il adécoré la mainde Roſalie
, dans l'entretien particulier qu'elle
vient d'avoir avec lui .
66 MERCURE DE FRANCE.
ROSALIE. 1
A propos , mon Maître de guitarre
Devroit- être arrivé...
MARTON.
Qui ? votre Abbé Fichet !
Quediable faites - vous de ce colifichet ?
C'eſt bien- là le moment !
ROSALIE.
Que tu deviens ſévère?
Sais tu qu'on en raffolet Une voix ſi légère !
Des (ons i bien filés ! un timbre ſi brillant !
Cours vîteàmon boudoir, peut- être qu'il m'attend.
Mais , non , j'y vais moi-même. A moins que je
ne lonne ,
Abſolument , Marton ,je n'y ſuis pour perſonne.
MARTON.
Belle précaution ! pour qui ? pour un Abbé
ROSALIE.
QueMartin tienne ouvert l'eſcalier dérobé ,
Entends tu?
MARTON.
Je voudrois , morbleu , ne pas entendre.
Et fi Gernance vient ?
NOVEMBRE. 1776 . 67
ROSALIE.
Tu le feras attendre.
Ce dernier trait caractériſe encore
mieux Roſalie , que tous les précédens.
On n'ignore point que ſes pareilles facrifieroient
tout arrangement de fottune
plutôt que de ſe refuſer un caprice.
Gernancearrive en effet; ifparoît fort
ému; il voudroit ſur le champ parler à
Roſalie. Marton lui dit qu'elle n'eſt pas
encore de retour , mais qu'elle ne peut
tarder. Elle ſaiſit cet entretien pout
eſſayer de brouiller Gernance avec Lyſimon
, qu'elle ſoupçonne de vouloir éloigner
Gernance de Rofalie. Elle ſuppoſe
que Lyſimon a été vivement épris de
cettejeune perſonne; qu'il en a été mal
reçu , & que depuis ce moment , il n'échappe
aucune occafion de la décrier.
Il lui avoue que Lyſimon a tout employé
pour le guérir de ſa paſſion , pour
lui rendre ſa Maîtreſſe plus que ſuſpecte.
Sophanes ſurvient. Il s'excuſe auprès
de Gernance de lui avoir adreſſé dans
ces lieux le triſte Lyſimon . Marton lui en
fait un léger reproche , & l'inſtruit en
deux mots de la ruſe qu'elle emploie
68 MERCURE DE FRANCE.
pour combattre ce fâcheux cenfeur. Sophanès
appuie cette ruſe. Je l'avois bien
prévu , dit- il à Gernance :
Tu n'auras le (uffrage
Quedequelques eſprits à peine remarqués ,
Et toujours , à coup sûr , par l'envie attaqués.
Tu fais ce que tantôt j'ai cru devoir te dire .
Mais ſi de ta raiſon le ſouverain empire
Télève , en homme libre , au deſlus des clameurs.
De ce peuple indiſcret qui crie au nom des moeurs,
Moi - même aveuglément je t'invite à conclure.
Roſalie a l'eſprit , les talens , la figure ;
D'un honnête homme , au moins, je lui crois les
vertus :
Hé bien ? pour être heureux , que te faut-il de
plus?
GERNANCE.
Ahlje te reconnois à ce noble langage.
Que peut le préjugé contre lavoix du ſage?
MARTON.
Ma foi , le vrai bonheur eſt de vivre pour foi.
Ces vers font faits ſupérieurement. Le
dernier est peut être même trop bean
dans la bouche de Marton .
On annonce l'arrivée de Rofalie , &
NOVEMBRE. 1776 . 69
Sophanes ſe retire , après l'avoir ſaluée
reſpectueuſement. Scène entre elle &Ger.
nance; elle lui donne fon portrait; il en
faitune galante critique , & qui tourne
toute au profitde l'original. Enfin il annonce
à Roſalie qu'il ne la quitte que pour
allertrouver ſon Notaire.C'eſt aujour fuivant
que le mariage eſt fixé ; mais Gernance
doit revenir encore vers le foir.
MARTON.
Cetenfantvous aime à la folie ,
Et vous lui devez bien quelque tendre retour.
ROSALIE.
Tant d'amour , à la fin , doit inſpirer l'amour.
Je crois que par degrés ſa paſſion m'enflamme ,
Et ce n'eſt plus l'orgueilqui commande à mon ame.
Ce trait nous ſemble heureuſement
placé. Il adoucit la teinte ducaractère de
Roſalie. On fent qu'il n'étoitpoint néceffaire
de la rendre trop odieuſe ; le danger
que court Gernance eſt toujours allez
grand , pour que le but moral de l'Auteur
foit rempli. Quelque bruit ſe fait entendre
; c'eſt Mondor qui amène avec lui
Artenice , Erminie , Hortenſe. Elles viennent
féliciter Roſalie ſur ſa grandeur pro
1
70 MERCURE DE FRANCE.
chaine. Toutes pourroient jouer le même
rôle que leur anie , & mettre leur amant
dans le même péril. La converſation eſt
analogue aux Interlocuteurs. Les nouvelles
qu'on y débite , n'offriront point de
matériaux pour l'hiſtoire. Arſinoé vient
de quitter Clitandre ; d'Orval , Aglaé ;
Julie eſt devenue dévote , & trouve
unmari,
ROSALIE.
Vous ne me dites rien de l'illustre Arſénie ?
MONDOR.
Onprétendqu'elle mène une aſſez triſte vie
Avec fon Commandeur. Il en eſt ſi jaloux ,
Qu'on ne peut lui parler ſans le mettre en courroux.
C'eſt bien de tout Paris le duo le plus fombre ;
Aux ſpectacles , au bal , il la fuit comme une
ombre ,
Et ne s'apperçoit pas que c'eſt lui ménager
Ce ſuprêmebonheur qu'on goûte à le venger.
ARTÉNICE.
Qui peut la retenir dans ce dur eſclavage?
MONDOR.
L'avarice. Il lui donne unbrillant équipage , &c.
NOVEMBRE. 1776 . 71
HORTENSE.
Ledeſtinde ſa ſoeur eſt ,dit on ,plus heureux.
ERMINIE.
Alceſte eneſt , dit-on , toujours plus amoureux.
ROSALIE.
Elle a de bons garans , du moins , de fa tendreſſe.
ARTÉNICE.
Comment?
ROSALIE.
Il aquitté la petite Comtefle ,
Qui , le piquant d'honneur pour la première fois,
Affichoit la conſtance au moins depuis un mois.
On la dit furieuſe , outrée , inconfolable.
Il faut qu'Alceſte , au fond , foit un homme impayable,
Pour occafionner de ſi vives douleurs.
HORTENSE .
Dit-on qu'il gagne au change?
ROSALIE.
Oui, du côtédes moeurs.
L'Abbé Fichet vient auſſi figurer dans
72 MERCURE DE FRANCE.
cette ſcène , & chanter une ariette , après
avoir proteſté , felon l'uſage , que ſa poitrine
eſt fatiguée , qu'il eſt anéanti . Il
ajoute :
De mon talent , unjour , je ſerois la victime,
Et je vais , quelque temps , m'exiler par régime.
Nouvelle apparition de Gernance . On
le loue , on le félicite ſur ſon choix . On
a propoſé de ſe rendre au Wauxhal ; il
promet d'en être , & fort pour aller
changer d'habit. Cette ſcène termine le
ſecond acte.
Roſalie ouvre le troiſième avec Marton.
Le changement prochain de fon
état lui fuggère quelques réflexions. Elle
trouve qu'Hortenſe, Erminie , Arténice ,
ne lui conviennent plus. Je leur trouve ,
pourfurt-elle :
Je leur trouve , entre nous , un airbien peu décent.
N'as- tu pas , dans leurs yeux , chargés de jalouſic,
Vu le ſecret dépit dont leur ame eſt ſaiſie ?
Rien ne m'eſt échappé de leurs tons ricaneurs ,
De leurs propos légers , de leurs ſouris mocqueurs.
Je dois m'accoutumer , en épouſant Gernance ,
Amettre déſormais un intervalle immenfe
Entre ce monde & moi. Pourles humilier ,
F
Jc
NOVEMBRE. 1776. 73
Je veux avoir , Marton , un Suifle à baudrier ,
Le fac , une livrée , enfin tout l'équipage
Qu'aux femmes de mon rang peut accorder
lulage;
Et fi quelque haſard meles fait rencontrer ,
Je mettrai mon bonheur à les déſelpérer.
Sophanès reparoît. Il avertit Rofalie
que Lyfimon manoeuvre fourdement
contre elle ; mais il ajoute que quand
même elle perdroit Gernance , cette perte
peut ſe réparer.
SurvientGernance , & bientôt après
Lyfimon: ſcène vive entre les deux amis.
Sophanès y foutient ſon rôle de duplicité
avec affez d'adreſſfe. Il lui échappe cependant
ces vers , qui ledécèlent aux yeux de
Lyfimon :
Je fais quebiendes gens fronderont la manie s
Mais un zèle indiſcret deviendroit tyrannie.
Dailleurs , l'amitié même a ſes préventions.
Lebonheur , comme on fait , tient aux opinions :
La fienne eft de braver tout uſage incommode ;
Et chacun a le droit d'être heureux à ſa mode.
Lyſimonrejette & combat cette morale
dangereuſe. Gernance lui obſerve avec
le ton de l'ironie , que lui-même n'a pas
D
1
74 MERCURE DE FRANCE.
toujours été aufli rigide; que Roſalie avoit
trouvé grace devant ſes yeux , & qu'il ne
lui a manqué que d'être paye de retour.
Il traite cette fauſſe imputation de perfif.
flage. Rofalie paroît &la confirme avec
audace. Arténice , Erminie & Hortenfe
reparoiſſent aufli : elles déclatnent contre
Mondor , qui n'a point encore envoyé
ſa berline . Cette ſcène eſt un tableau
qui repréſente ces trois héroïnes dans
tout leur naturel . Roſalie ne ſe contraint
guere davantage. Lyſimon s'étonne
que cetond'indécence ne puiſſe défabufer
nami. On lui apporte une lettre . Elle
Milord Carlinfort , le même que
jr lui avoir été ſacrifié. Ce-
Co
voiture
ינ
cette lettre de quoi ſe
fuit , l'éclaire enemusnes,
au défaut de la
-un remife . U
avoient demandé
trouve point ; il faut
ſe réfoudre à ſe contenter d'un fiacre ;
mais le cocher eſt ivre. Il ſuit Marton
malgré elle , & monte pour faire fon
prix . On lui répond qu'il ſera content.
Il s'obſtine , regarde Roſalie avec artention
, & reconnoît en elle ſa ſoeur Javotte.
Cet incident eſt un coup de foudre & un
traitde lumière pour Gernance. Il voit
1
NOVEMBRE. 1776 . 75
l'abîme où il étoit prêt à deſcendre , &
quitte la ſcène , entraîné par le victorieux
Lyfimon. Sophanès la quitte luimême
, & conſole ainſi Roſalie :
Sans adieu , belle enfant :
Va , pour un de perdu l'on en retrouve cent.
Le but moral de cette comédie eſt
facile à ſaiſir . Son titte a pu d'abord alarmer
quelques Lecteurs ; mais chaque
ſcène a dû les raſſurer. On ne pouvoit
traiter avec plus de réſerve un ſujet qui
enpromettoit ſi peu; nulle expreſſion qui
puille bleſſer l'oreille la plus délicate ;
nulle image qui puiſſe choquer l'oeil de
la pudeur. Ce n'eſt pas un foible mérite
dans une entrepriſe de cette nature. L'Auteur
ne pouvoit jeter plus d'action dans
ſa Comédie , ſans friſer de trop près
l'indécence. Il eſt de ces objets qu'on
ne doit peindre que de profil ; & cette
méthode ſuffit pour les faire connoître.
La dernière ſcène eſt purement accidentelle
, mais , au moins , ne choque t elle
pas la vraiſemblance : plus d'une Nymphe
de nos jours pourroit retrouver fon
frère dans le cocher qui doit la conduire .
Cette rencontre égaye & anime le tableau.
t
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Histoire de Loango , Kakongo , & autres
Royaumes d'Afrique , rédigée d'après
les Mémoires des Préfets apoſtoliques
delaMiſſion Françoiſe , enrichie d'une
Carte utile aux navigateurs , dédiée à
Monfieur , par M. l'abbé Proyart ;
I vol . in- 12 ; prix 3 liv. relié en veau.
A Paris , chez C. P. Berton , Libraire,
rue Saint- Victor ; N.Crapart , Libraire ,
rue de Vaugirad ; & à Lyon , chez
Bruyſet Ponthus, Imprimeur-Libraire,
rue Saint-Dominique , 1776 .
CetOuvrage intéreſſant fait connoître,
d'une manière affez détaillée , une portion
de l'Afrique ſur laquelle les Voyageurs
n'avoient donné juſqu'à préſent
que des notions imparfaites & pleines
d'erreurs. M. l'Abbé Proyart l'a divifé
en deux parties. Dans la première , qui
contient proprement l'Hiſtoire naturelle
& civile des Royaumes de Loango ,
Kakongo , & des Etats circonvoiſins , il
décrit la fituation géographique des
lieux & la température du climat ; la
nature du fol , & ſes principales productions
dans le genre végétal & animal ;
le caractère , les moeurs & coutumes des
T
NOVEMBRE. 1776 . 77
1
peuples du pays ; leurs occupations ,
leur Gouvernement , leurs loix , leur
commerce , leurs guerres , leur langue
&leur religion. La ſeconde partie renferme
l'hiſtoire de la Miſſion Françoiſe
établiedans ce pays. Nous allons extraire
de la première partie quelques-unes des
obſervations les plus curieuſes .
>> Le Bananier eſt moins un arbre
qu'une plante , & ſe porte pourtant jufqu'à
la hauteur de douze à quinze pieds ,
fur un tronc de huit à dix pouces de diamètre.
Le fruit fort du milieu de ce
tronc en forme de grappe , que nous
appelons régime . Ce régime porte depuis
cent juſqu'à deux cens bananes , & la
banane eſt de huit à dix pouces de longueur
, fur environ un pouce de diamètre
, de forte qu'une bonne grappe fait
la charge d'un homme. Un bananier n'en
porte jamais qu'une , & il meurt dès
qu'on l'en dépouille ; auſſi a t-on coutume
d'abattre l'arbre pour avoir ſon fruit;
mais, pour un pied qu'on coupe , il en
renaît pluſieurs autres. Le tronc du bananier
eſt revêtu de pluſieurs couches d'une
eſpèce de tille avec laquelle les Nègres
font des cordes. Ses feuilles ont fept à
huit pieds de longueur , ſur dix-huit à
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
vingt pouces de largeur ; elles ont prefque
autant de conſiſtance que notre parchemin
: elles ſe plient & ſe replient
en mille manières ſans ſe caffer. On
peut en faire des parafols ; on s'en fert
fur tout pour couvrir les pots & les
grands vaſes " .
>>Quelques uns des arbres des forêts
de Loango font tendres & ſpongieux ;
ils réſiſteroient à la hache , comme l'écorce
du liége ; mais on les couperoit
facilement avec un ſabre bien affilé.
D'autres font d'un bois très-dur; il s'en
trouve un qui , au bout de quelques
mois qu'il a été abattu , durcit au point
qu'on en fait des enclumes pour battre
le fer rouge : on tenteroit vainement d'y
faire entrer un clou à coups de marteau » .
» Le coucou de ce pays eſt un peu
plus gros que le nôtre ; il lui reſſemble
pour le plumage , mais il chante tout autrement.
Le mâle commence à entonner
cou , cou , con... en montant toujours
d'un ton , avec autant de juſtelle qu'un
Muficien chante la gamme. Quand il en
eſt à la troiſième note , la femelle reprend
& monte avec lui juſqu'à l'octave , &
ils recommencent toujours la même
chanfon ».
NOVEMBRE. 1776. 79
« Il ſe trouve dans cette contrée un
infecte de la groſſeur d'un hanneton ,
qui eſt de la plus grande utilité dans un
climat chaud. Il eſt le boueur & le
vuidangeur de tout le pays. Il travaille
avec une afliduité infatigable à ramaffer
toutes les immondices qui pourroient
corrompre l'air ; il en fait de petites
boules qu'il cache fort avant dans des
trous qu'il a creuſés en terre. Il eſt aſlez
multiplié pour entretenir la propreté
dans les villes & les villages » .
• Les Miſionnaires ont obſervé , en
paſſant le long d'une forêt , la piſte d'un
animal qu'ils n'ont pas vu , mais qui
doit être monstrueux ; les traces de ſes
griffes s'appercevoient fur la terre , &
y formoient une empreinte d'environ
trois pieds de circonférence. En obfer .
vant la diſpoſition de ſes pas , on a reconnu
qu'il ne couroit pas dans cet
endroitde ſon paſſage , & qu'il portoit
ſes partes à la diſflance de ſept à, huit
pieds les unes des autres » .
« Il y a ſur les côtes de Loango , une
eſpècede poiſſon malfaiſant,qui cauſe ſouvent
beaucoupdedommage auxCapitaines
Européens. Il a la tête trois fois groffe
comme celle d'un boeuf. Sa manie eſt
L Div
80 MERCURE DE FRANCE .
de défoncer les barques & les canots. II
s'approche des endroits où les vaiſſeaux
font à l'ancre ; il lève le cou au-deſſus
de l'eau , & s'il apperçoit un canot , il
s'élance par- deffous avec impétuoſité ,
il le défonce du premier coup de tête ,
& il prend la fuite. Il dédaigne les pirogues,
jamais il ne les attaque ».
Lespeuplesde ces contréesne comptent
point le nombre de leurs années ; « ce
>> feroit, diſent- ils, ſe charger la mémoire
>>d'un calcul inutile, puiſqu'il n'empêche
>>pas de mourir,& qu'il ne donne aucune
» lumière ſur le terme de la vie » . lls
enviſagent la mort comme un précipice
vers lequel on s'avance les yeux bandés ,
en forte qu'il ne ſert de rien de compter
ſes pas , puiſqu'on ne fauroit appercevoir
quand on approche du dernier , ni l'éviter.
La manière dont ils font la converfation
, eſt ſingulière. Ils font aſſis par terre
en rond , les jambes croisées ; la plupart
ont la pipe à la bouche. Ceux qui ont
du vinde palmier, en apportent avec eux ;
&de temps en temps , on interrompt la
ſéance pour boire un coup , en faifant
paſſer une calebaſſe à la ronde. Celui qui
entame la converſation , parle quelques
NOVEMBRE. 1776. 81
,
fois un quart-d'heure de ſuite. Chacun
l'écoute dans un grand filence: un autre
répond , & on l'écoute de même ; jamais
on n'interrompt celui qui parle.A voir
le feu qu'ils mettent dans leur déclamation
on croiroit qu'ils diſcutent les
affaires les plus épineuſes ou les plus
importantes ; & l'on est tout furpris ,
quand on prête l'oreille , de reconnoître
qu'il n'eſt queſtion que d'une méchante
plume d'oiſeau , ou de quelques obfervances
ridicules& fuperftitieuſes. Lorfqu'on
afſiſte à leur converſation , fans
entendre la langue , on pourroit la prendre
aisément pour un jeu. Il y a chez
eux un uſage bien fingulier & fort bien
imaginé , pour foutenir l'attention des
auditeurs , & donner du reffort à des
conversations i fades par elles mêmes.
Lorſqu'ils parlent en public , ils défignent
les nombres par des geſtes. Celui,
par exemple , qui veut dire ; " J'ai vu
>> fix perroquers & quatre perdrix » , dit
fimplement; « J'ai vu † perroquets &
† perdrix »; & il fait en même temps
deux gedes , dont l'un répond au nombre
fix , & l'autre au nombre quatre. Alt
même inftant , tous ceux de la compagnie
crient ,fix , quatre;& le difcoureur
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
continue. Si quelqu'un paroifloit embarraflé
, ou prononçoit après les autres ,
on jugeroit qu'il fommeilloit , ou qu'il
avoit l'eſprit ailleurs , & il paſſeroit pour
impoli.
Ces peuples font humains & obligeans
euvers tout le monde. Les hôtelleries
ne font point en uſage parmi eux.
Un voyageur qui paſſe par un village à
l'heure du repas , entre ſans façon dans
la première cafe , & y eſt le bien venu :
le maître du logis le régalede ſon mieux ,
& après qu'il s'eſt repoſé , le conduit
dans ſon chemin. Quand un Nègre s'apperçoit
que ſon hôte ne mange pas
d'aſſez bon appétit , il cherche le meilleur
morceau du plat , mord dedans
& lui préſente le reſte ; en difant :
> mangez fur ma parole » .
Comme la plupart de nos maladies
font occafionnées par des excèsde table ,
les Nègres , qui mènent toujours une vie
également ſobre & frugale , font rarement
malades ; & un grand nombre parmi
eux parviennent à une extrême vieillefle.
Le Roi actuel de Kakongo , nommé
Poukouta , ett âgé de cent vingt- fix
ans. Il s'eſt toujours bien porté , & ee
ne fut qu'au mois de Mars de l'anné-
,
NOVEMBRE. 1776. 83
dernière , qu'il ſe reſſentit , pour la première
fois , des infirmités de la vieilleſle ,
& que la vue & ſes jambes commencèrent
à s'affoiblir ; mais il a encore toute fa
tête , & il emploie habituellement cinq
ou fix heures par jour à rendre la juſtice
à ſes ſujets.
Il n'y a point de priſons publiques.
Lorſque le Roi juge à propos de furſeoir
à l'exécutionde quelques criminels ,
on leur attache au cou une pièce de bois
fourchue , longue de huit à dix pieds , &
trop pefante , pour qu'ils puiffent la
foutenir avec les mains, de forte qu'ils
ſe trouvent captifs en pleine campagne.
On en voit quelquefois qui , ne pouvant
marcher en avant, parce que la pièce
de bois leur couperoit la reſpiration ,
tâchent de ſe traîner à reculons ; mais
on ne court pasaprès eux, parce qu'on fait
qu'ils ne fauroient aller bien loin. Ces
priſonniers vagabonds n'ont de nourriture
que celle qu'on leur donne par com.
paffion. Perſonne ne penſe à les délivrer ;
celui qui le feroit ſeroit mis à leur place ,
s'il étoit découvert .
Par un uſage fingulier , le Roi de Kakongo
eft obligé de boire un coup à
chaque cauſe qu'il juge , & quelquefois
1
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
il en juge cinquante dans une ſéance.
S'il ne buvoit pas, le jugement ſeroit illé.
gal. Il tient tous les jours ſon audience
depuis le lever du ſoleil , c'est-à- dire ,
environ fix heures , juſqu'à ce qu'il n'y
ait plus de cauſes à juger. Il eſt rare
qu'il ſoit libre avant onze heures ou
midi.
Ce petit nombre d'articles , pris au
hazard , doivent faire juger de l'intérêt
répandu dans ce volume.
L'Amour accufe, Poëme en quatre chants,
traduit de l'Allemand de M. Wieland;
troiſième Poëme des ieux de Calliope ,
ou Collections de Poëmes Anglois ,
Italiens , Allemands & Eſpagnols , en
deux , trois & quatre chants. A Londres;
& ſe trouve à Paris , chez
Ruault , Libraire , rue de la Harpe
1776 , in- 80. Prix 1 liv. 4 f. broché.
Ce Poëme eſt dans un genre tout-àfait
agréable & badin , & la fable en eſt
ſimple & ingénieuſe. Minerve , l'Hymen&
pluſieurs autres Dieux accufent
l'Amour devant la Cour céleste , & fe
plaignent des déſordres que ce petit dieu
cauſe dans l'Olympe. L'Amour paroît
NOVEMBRE. 1776 . 85
devant le tribunal , accompagné des Ris ,
des Graces & de toute ſa ſuite en deuil.
Réduit à avouer ſes fautes , il ſe jette ,
en pleurant , aux pieds de Jupiter , &
prévient fon jugement , en annonçant
qu'il va ſe bannir lui nême: en effet ,
il s'envole auſſi tôt , ſuivi de ſon cortège.
L'ennui ſaiſit bientôt les Immortels , &
les force enfin à rappeler l'Amour parmi
eux , & la joie & les plaiſirs avec lui.
Quelques traits que nous allons rapporter
du premier chant , donneront une
idéedu ton de ce petit Poëme Les animaux
que la Fable donne pour attributs
aux différentes divinités , s'amuſent dans
l'anti - chambre de Jupiter , à réformer
le monde. « Que les hommes font
>>> fous ! dit un pallereau. Pourquoi font-
>> ils malheureux ? N'ont'ils pas des orga-
>> nes pour ſentircomme nous ? Si Jupiter
>> vouloit me confulter , je lui dirois en
>> toute humilité : Ote , ô grand Jupiter ,
>>à la foible créature qui vient le milieu
>>>entre le paffereau & la divinité , le
>>>pouvoir de ſe tourmenter ſoi- même ;
>>donne- lui l'eſprit léger du brillant papillon
; donne lui encore une chofe....
>> J'entendis un jour dansun boisun ſage
>>parler du fortd'une taupe ;& il en paze
86 MERCURE DE FRANCE.
>>>loit avec une forte d'envie. Accorde à
» l'homme ce don précieux qui le
>> tend jaloux du bonheur de la taupe ;
» & tes oreilles , ô Jupiter, ne ſeront plus
• importunées de ſes plaintes.... ».
>> Moi , dit l'âne de Silène , enbâillant,
>>& en ſe ſecouant , ce n'eſt pas que je
>>m'eſtime plus qu'un autre; mais , grace
» àJupiter qui me fit âne , toujours fidèle
>> à ma vocation , je ne trouve jamais à
» quoi penſer ; c'eſt , ſelon moi , une
>> bonne recette pour ne s'affliger de
» rien. Je porte mon maître , & je man-
>>ge mes chardons dans la plus grande
>> fécurité; fans trop d'examen , je crois
>> toujours que le meilleur eſt ce que j'ai
>> devant moi ; & nul animal de mon
» eſpèce , que je ſache , n'a jamais aimé
» ni haï juſqu'à l'extravagance. Mes
>>>oreilles font d'une longueur honnête ;
>>mais je préfère une vielle & un cha-
>>lumeau aux ſymphonies deJomelli &
>> aux chants du chevalier Gluck , quoi-
» qu'il ne faille pas diſputer de goûrs ,
>> quand on aime la paix. Enfin tout m'eft
>> affez égal ; cependant je crois , ſauf
> meilleur avis , que ſi Jupiter vouloit
>>changer toute la gent humaine en celle
>>de mon eſpèce , le dommage ne feroit
NOVEMBRE 1776. 87
*pas conſidérable , & le profit , clair
> comme le jour pour le plus grand
>> nombre....
→ Tandis qu'on philoſophoit avec feu
> dans l'anti- chambre , la paone de Junon
>> étoit mollement couchée ſur un car-
» reau , vis- à- vis la plus grande glace de
>>la falle , & s'amuſoit à confidérer l'i-
>> mage qu'elle y réfléchiſſoit . Le Cygne
>>d'Apollon , élevé parmi les Muſes , &
>>le plus tendre qui chanta jamais ſur les
>>bords du Srymon , étoit couché aux
>> pieds de cette belle , qu'il careſſoit en
>>allongeant fon long cou voluptueux .
>> Que le monde , ô ma charmante , aille
>> comme il pourra ; les projets réuſſiſſent
> rarement ; & en vérité je n'y trouve
>>pas beaucoup à redire. Dans le temps
>>des roſes , quelquefois au clair de la
>> lune , ce monde que l'on calomnie , ne
>> me paroît pas ſi mal ; mais pour le ren-
>>dre , à mon gré , le meilleur des mon-
> des poffibles , je n'aurois qu'une grace
> à demander à Jupiter ; ce ſeroit , ma
>> charmante , de te voir toujours , de
>> te contempler éternellement avec au-
>>tant d'yeux qu'on en admire dans ta
>> queue , & de puiſer dans tes regards la
>> mort la plus donce » .
88 MERCURE DE FRANCE.
La traduction de ce Poëme paroît
faite avec exactitude ; elle eſt écrite avec
agrément. Il eſt cependant échappé
quelquefois aux Traducteurs des négligences
de ſtyle. Nous avons remarqué
une faute contre la langue dans le ſecond
chant , cù Minerve dit , « les
» Muſes ſe deshonorent & moi , depuis
> qu'elles ont pris l'Amour pour leur
>> guide » . L'exactitude demandoit au
moins : " les Muſes deshorent elles & moi »;
mais pour traduire élégamment , il falloit
dire : les Muſes me deshonorent , &
>> ſe deshonorent elles- mêmes n .
LeMature Toscan , ou Nouvelle Méthode
pour apprendre la langue Italienne ,
contenant les élémens généraux de
toute langue , les principes de la langue
Toſcane , développés d'une manière
concife & facile ,les règles de la ſyntaxe
Italienne , & douze dialogues familiers
très- intéreſſans pour ceux qui
ſouhaitent de parler correctement PItalien
en très peu de temps ; par M.
l'Avocat Marcel Borzacchini , Profeffeur
de langues Italienne & Angloiſe ,
à Paris. A Londres ; & ſe trouve à
Paris , chez d'Houry , cue de la vieille
NOVEMBRE. 1776. 89
Bouclerie , & Molini , rue de la Harpe ;
1776. 1 vol . petit in-8° .
Ces nouveaux élémens nous ont paru
beaucoup plus propres que tous ceux
qui avoient paru auparavant , à faciliter
l'étude de la langue douce & harntonieuſe
des Pétrarque , des Dante , des
Arioſte & des Tafle. M. Borzacchini s'eſt
attaché , avec encore plus de ſuccès que
ſes prédéceſſeurs , à en ſimplifier les principes.
La grammaire de Vénéroni , l'ane
des meilleures & des plus uſitées , &
dontM. Borzacchini faiſoit uſage avant
de compoſer la ſienne , quoique digne
de ſa réputation , à quelques égards , contient
beaucoup de règles vicieuſes , de
termes impropres &de manières de parler
furannées , malgré les corrections
ſucceſſives d'un grand nombre d'Editeurs.
On y defiroit d'ailleurs , avec raiſon ,
plusd'ordre & moins de prolixité , ces
confidérations ont déterminé l'Auteur
de l'Ouvrage que nous annonçons , à
rédiger & faire imprimer les nouveaux
élémens qu'il avoit composés pour ſes
écoliers , & qu'il employoit depuis longtemps
dans ſes leçons .
M. Borzacchini a diviſé ſa Méthode
१० MERCURE DE FRANCE.
en trois parties. La première contient des
principes généraux applicables à toute
Jangue ; la ſeconde renferme les principes
particuliers à la langue Italienne ; & la
troiſième , la ſyntaxe de cette langue.
Cette dernière contient , ſuivant l'uſage
le plus moderne de l'idiome Tofcan ,
tout ce qui a rapport à la conſtruction &
à l'élégance . Douze dialogues Italiens &
François , propres à faciliter l'intelligence
de la converſation Italienne , forment ,
en quelque forte , une quatrième partie.
Toutes les règles, renfermées dans
cette nouvelle Méthode , font de la plus
grande clarté , & accompagnées d'un
grand nombre d'exemples. Nous nous
ſommes convaincus , par la comparaiſon
que nous en avons faite nous- mêmes ,
des avantages qu'elle a, à cet égard ,
ſur celle de Vénéroni. Un autre avantage
très-précieux , c'eſt celui de la plus parfaite
pureté du langage , M. Borzacchini
étantde Sienne en Toſcane , c'est -à-dire,
de la ville & de la province où l'on écrit
& l'on parle l'Italien le plus pur & le
plus élégant.
Une différence remarquable que nous
avons apperçue en parcourant cet Ou
vrage , entre M. Borzacchini & Véné
:
NOVEMBRE. 1776. 91
roni , & qui tient apparemment à la
pureté de la langue Toſcane , c'eſt que
le premier termine en o la première perſonne
de l'imparfait de l'indicatif de
tous les verbes ; comme avevo , ero , cantavo
, &c. au lieu que Vénéroni les
termine en a ; aveva , era , & c . Il paroît
hors de doute que la terminaiſon en o
doit être préférée.
Le Maître d'Histoire , ou Chronologie
élémentaire , hiſtorique & raiſonnée
des principales hiſtoires ; diſpoſée pour
en rendre l'étude agréable & facile à la
jeuneſſe; Ouvrage qui peut ſervir de
fuite aux principes d'inſtitution . A Paris
, chez la veuve Defaint , Libraire ,
du Foin- rue Saint-Jacques ; 1776.
in- 12 .
1
Ces élémens de Chronologie préſentent
l'Hiſtoire univerſelle diviſée en époques
dans ſon enſemble & dans ſes différentes
parties , & réduite aux faits principaux
. La récapitulation des douze chapitres
ou parties dont l'Ouvrage eſt compofé,
en indique la diviſion . Le premier
contient l'Histoire univerſelle depuis la
création du monde , juſqu'à nos jours ,
92 MERCURE DE FRANCE .
diviſée en quinze époques. L'Hiſtoire
Sainte , partagée en ſept époques , depuis
la création du monde , juſqu'au premier
voyage de S. Paul à Rome , eſt contenue
dans le ſecond chapitre. Le troiſième
renferme l'Histoire Eccléſiaſtique diviſée
en ſept époques , dont la première commence
à la fin de la dernière époque de
l'Hiſtoire Sainte , & la ſeptième ſe termineà
l'extinction de l'Ordre des Jéfuites,
en 1773. Le quatrième chapitre comprend
l'Histoire Ancienne , en cinq époques
, depuis la fondation du premier
empire des Affyriens , juſqu'à la réduction
de l'Egypte en province Romaine
par Auguſte. Le cinquième , l'Hiſtoire
Romaine , en cinq époques , depuis la
fondation de Rome , juſqu'à la bataille
d'Actium . Le ſixième , l'Hiſtoire des Em.
pereurs Romains , en ſept époques , depuis
la bataille d'Actium,qui mitAuguſte
en poffeſſion de l'Empire , juſqu'à la
fondation de Conſtantinople par Conf.
tantin. Le ſeptième , l'Hiſtoire du Bas-
Empire , en huit époques , depuis la fondation
de Conſtantinople juſqu'à la priſe
de cette ville par les Tures en 1453. Le
huitième , l'Hiſtoire de France en cinq
époques , depuis Pharamond , juſqu'à
NOVEMBRE. 1776. 93
Louis XVI . Le neuvième , l'Hiſtoire d'I .
talie , en neuf époques , depuis la fin de
l'Empire d'Occident , juſqu'au règne de
Ferdinand IV, Roi de Naples & de
Sicile , actuellement régnant. Le dixième
renferme l'Hiſtoire d'Allemagne , en huit
époques , depuis la bataille de Tolbiac ,
gagnée en 496 par Clovis , contre les
Allemands ou Souabes , juſqu'à l'avenement
de Joſeph II au trône impérial.
Le onzième , l'Histoire d'Eſpagne ,
en ſept époques , depuis Ataulphe , Roi
des Visigoths , vers l'an 412 , juſqu'à
CharlesIII, Roi d'Eſpagne actuellementré
gnant.Ledouzième enfin, l'Hiſtoire d'Angleterre,
en ſeptépoques, depuis Egbert ,
premier Roi d'Angleterre , en 800 , jufqu'à
Georges III , actuellement regnant.
On a ajouté à la fin du volume , quelques
Obſervations , & deux Supplémens
au chapitre de l'Hiſtoire Sainte , renfermant
le précis de deux périodes de
l'Hiſtoire des Juifs, qui ne ſe trouvent
pointdans l'Ecriture Sainte , dont le premier
comprend 251 ans , depuis Néhé
mie ,juſqu'aux Macchabées ; & le ſecond,
135 ans , depuis la fin de l'Hiſtoire des
Macchabées , juſqu'à la naiſſance de J. C.
Toutes ces différentes époques d'Hiftoire
94
MERCURE DE FRANCE.
font développées avec netteté & précifion
, & l'on doit regarder comme trèseſſentiel
de mettre entre les mains des
enfans , un Ouvrage ſi propre à graver
facilement dans leur mémoire , les principes
d'une Science qui eſt la baſe néceſſaire
de l'étude importante de l'Hiftoire.
Médecine moderne , ou Remèdes nouveaux
& autres récemment uſités pour
le traitement des maladies les plus
dangereuſes & les plus funeſtes à
l'humanité , par M. Buchoz , Médecin
Botaniſte & de quartier Surnuméraire
de Monfieur , ancien Médecin
ordinaire de Monſeigneur le Comte
d'Artois ; de feue Sa Majesté le Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de
Bar ; Docteur agrégé du Collége
Royal de Nancy , & de la Faculté de
Médecine de la même ville ; & par
feu M. Marquet , fon beau père
premier Doyen du Collége Royal des
Médecins de Nancy , Médecin ordi.
naire & Botaniſte de feu S. A. R.
Léopold I , Duc de Lorraine & de
Bar , Médecin conſultant de l'Hôtelde-
ville. A Paris , chez Lacombe ,
NOVEMBRE. 1776. 95
Libraire , 1777. Avec approbation&
permiffion.
L'Auteur a raſſemblé , dans le Traité
que nous annonçons , une partie des
remèdes nouveaux qu'il a publiés dans
ſes différensOuvrages , ou qu'il a renouvelés
, & qui étoient ignorés . On y
trouve jointes la plupart des découvertes
médecinales de M. Marquet , & différentes
formules de ce Médecin , qui font
réellement de vrais préſensà faire à l'humanité.
Ce qui a engagé l'Auteur à mettre
au jour ce Recueil , c'eſt , dit- il dans ſa
préface , pour deux raiſons. La première ,
que la plupart de ces remèdes ſe trouvent
épars en une infinité de volumes qu'il
faudtoit parcourir pour les retrouver ; &
la feconde , parce que différentes perſonnes
s'en font appropriés pluſieurs ,
dans l'eſpérance ſans doute qu'on ne les
réclameroit point.
Tout l'Ouvrage eſt diviſé en 21 chapitres.
Le premier traite de la phtyſie pul .
monaire : l'Auteur y développe tout au
long la nouvelle méthode qu'il a publiée ,
pour traiter cette maladie par les fumigations
, qui ont réuſſi en pluſieurs cas ,
ſuivant les obſervations rapportées dans
96 MERCURE DE FRANCE.
ce chapitre : on y trouve gravées les différentes
machines propres à faire les
fumigations . La plupart des Univerſités
les ont adoptées : on a foutenu en Allemagne
pluſieurs thèſes à leur ſujet ; &
même encore tout récemment , dans
la Faculté de Médecine de Nancy. Il
en eſt auſſi fait mention dans le cinquième
volume des Mémoires de l'Académie
Royale de Chirurgie. Ce Recueil
peut faire date de l'année où M. Buchoz
les a mis en uſage à Paris. Le ſecond
chapitre concerne le bois de quaffi. M.
Buchoz eſt le premier qui l'a fait connoître
à Paris ; actuellement ce bois eſt
très-en uſage par toute la France , dans
la Suiſſe & ailleurs. Il eſt infiniment
ſupérieur , pår ſes qualités , au quinquina.
Dans le troiſième chapitre , l'Auteur rapportedifférentes
obſervations qui conſtatent
l'efficacité de certaines plantes pour
le traitement de la pierre , de la gravelle
&de la colique néphrétique. Le quatrième
chapitre eſt encore plus intéreſlant : il
renferme pluſieurs remèdes nouveaux
pour les maladies les plus déſeſpérées ,
&dont l'efficacité ne peut être conteſtée.
Dansle chapitre ſuivant , on expoſe une
méthode pour traiter l'aſthme.
Tout
NOVEMBRE. 1776 . 97
Tout le monde ſait que le cancer ,
le charbon & la gangrenne font des
maladies d'autant plus déplorables , qu'il
ne ſe trouve preſqu'aucun remède dans
la Médecine pour les guérir ; cependant
dans le chapitre fixième , l'Anteur offre
à ſes concitoyens , dans une petite plante
mépriſée , un remède ſpécinque dans ce
cas , remède qu'un particulier de Franche-
Comté s'eſt voulu approprier , au préjudice
de l'Inventeur qui l'a publié depuis
fort longtemps. Dans le chapitre ſeptième,
l'Auteur réclame le nouveau remède
pour détruire le ver ſolitaire , qui n'eſt
compoſé que de racines de fougère mâle ,
&de remèdes draſtiques , & qui eft précifément
le même que M. Marquet a
publié en 1750 , à quelques minuties
près ,& qui ſe trouve encore rapporté
dans le Manuel médical & ufuel des plantes
, par M. Bachoz , en 1770. Cet
Auteur donne dans le chapitre ſuivant ,
une defeription d'une nouvelle machine
pour les fumigations dans les maladies
de matrice ; cette machine y eſt gravée.
Le neuvième chapitre concerne l'inoculationde
la petite vérole : le parallèle de
cetteméthode avec la greffe , y est trèsbien
développé. Dansle dixième & l'on,
E
i
98 MERCURE DE FRANCE.
zième chapitre , on rapporte des métho
des pour éviter les maladies convulfives
& les fièvres intermittantes. Dans le
douzième , on fait voir de quelle utilité
eſt la muſique pour la connoillance du
pouls. Dans le treizième , on indique les
végétaux propres àremplacer l'ipécacuana
dans la dyfenterie. La quatorzième renferme
une obſervation ſur la guériſon
d'une hydropiſie de poitrine. Le quinzième,
le ſeizième & le dix- ſeptième traitent
de l'arnica , du trèle aquatique &
du creſſonde roches , qui font autant de
plantes dont on ne peut affez accréditer
l'uſage dans différens cas. Dans le dixhuitième
chapitre , on trouve une énumé
ration des plantes propres à remplacer le
mercure dans les maladies vénériennes ;
&dans le chapitre qui fuit , M. Buchoz
fait connoître l'utilité de l'aimant dans
la Médecine , principalement contre les
tremblemens. Il ne rapporte ici que ce
qu'il en a dit en 1770 , pour faire voir
à ſes lecteurs qu'on connoiſſoit même
antérieurement avant ce temps ſon efficacité
, & que c'eſt mal-à-propos que
quelqu'un s'en eſt voulu approprier la
découverte. Le chapitre vingtième renferme
quelquesguériſonsde ſcorbutiques.
NOVEMBRE. 1776. 99
a
Perſonnen'ignore qu'il ne s'eſt trouve',
juſqu'à ce jour aucun remède fûr pour
guérir la teigne , ſi on en excepte l'emplâtre
de poix navale , quoiqu'on en ait
annoncé dans les papiers publics un avec
la poudre de crapaud ; cependant le Docteur
Marquet a découvert deux remèdes
de la plus grande efficacité contre cette
maladie. Ce ſont ces remèdes dont M.
Buchoz gratifie le public dans le vingtunième
& dernier chapitre. M. Carrere ,
Cenſeur royal , dans l'approbation qu'il
a donnée , ditque cet Ouvrage renferme
des vues nouvelles , qui ne peuvent que
le rendre utile.Au furplus , l'Auteuraſſure
avoir faituſagede la plupart des remèdes
indiqués , avec le plus grand ſuccès ; &
cet Auteur eſt d'autant plus croyable ,
que l'Hôtel de ville de Nancy lui en a
rendu témoignage par une atteſtation
authentique qui ſe trouve à la fin da Recueil
que nous annonçons.On ne peuc
donc affez marquer de reconnoiflance à
M. Buchoz de publier gratuitement de
pareilles découvertes , & de ne chercher
encela qu'à ſe rendre utile à ſes conci
toyens. Il mérite à tous égards toutes for
tes d'encouragemens , tant pour la publication
de ces remèdes , que pour les
Eij 1
100 MERCURE DE FRANCE.

1
différens Ouvrages qu'il fait paroître
journellement , fur l'Histoire Naturelle
&économique de la France.
Eſſai chronologique , historique &politique
fur l'Isle de Corſe , avec des notes
importantes ſur lesdroits de la France ,
relativement à cette poſſeſſion , prefqu'auſſi
anciens que la Monarchie
enſemble l'origine de ces Peuples ,
leurs moeurs , leurs caractères , la deſcriptionde
ſon ſol , & fes différentes
révolutions juſqu'à ſa réduction aux
armes du Roi ; par M. FerrandDupuy,
Conſeiller de Confiance de la Maiſon
Souveraine de Naſſau. A Paris , chez
Baſtien , rue du Petit Lion , F, St G,
vol. in- 12. br. 24 f.
M. Dupuy , après nous avoir préſenté
an précis chronologique de l'Histoire des
Corſes , & des droits anciens& primitifs
de la France ſur cette Ile , nous fait une
defcriprion abrégée de ſon ſol & de ſes
produits ,& nous donne une légère efquiſe
des moeurs & du caractère de ces
Infulaires.
L'Ile de Corſe eſt ſituée entre lequarantième
& le quarante deuxième degré
NOVEMBRE. 1776. 101
réde
latitude ; elle a cent cinquante lieues
françoiſes de tour , environ quarante
lieues de longueut fut quinze à vingt de
largeur. Des Géographes peu exacts ont ,
fur la foi de leurs prédéceſſeurs ,
pété que la température de cette Iſle
mauvaiſe , & que ſon terroir eſt ingrat
& fterile . M. Dupuy ſoutient au contraire
que jamais fituation ne fut plus
heureuſe que celle de l'lfle de Corſe .
L'air y eſt pur & ſain dans les lieux élevés
, où les naturels parviennent à la plus
grande vieilleſſe. A l'égard des endroits
plus rapprochés de la mer, il ſe trouve ,
comme par-tout ailleurs , des lieux où
l'air eſt plus groſſier , & ſujet ſouvent à
être corrompu par des exhalaiſons d'eaux
croupiſſantes , que la pareſſe & l'indolence
des Infulaires ont laiffés fans écoulement;
mais les moindres travaux leur
rendroient cette falubrité , qui du temps
des Carthaginois & des Romains, faifoir
regarder la Corſe comme une riche poffeffion
, néceſſaire même à la puiſſance
de ces deux Nations ; auſſi ne ceflèrentelles
de diſputer cette conquête , juſqu'à
ce que le génie tutélaire de Rome l'emportât
à la fin fur celui de Carthage , &
aſſervit cette Ifle fars retour. Les Ro-
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
mains lui avoient impoſé un tribut annuel
de deux cents mille livres de cire .
La cire & le miel ſont encore aujourd'hui
une des grandes richeſſes de la
Corſe. Cette production , qui eſt de la
meilleure qualité en Corſe , pourroit devenir
une branche conſidérable dé commerce
, par l'établiſſement de blanchifferies
& de manufactures de flambeaux
& de bougies. M. Dupuy propoſe de
faire fabriquer de ces bougies , où lọn
feroit entrer des parfums. Ce luxe , adopté
par certains Peuples de l'Afrique & de
l'Inde , pourroit tenter nos riches conſommateurs
, & procurer beaucoup d'argent
aux Corſes , qui s'occuperoient de
cegenredecommerce. Sénèque & Tacite
parlent des vins de cette Iſle , qui étoient
fervis fur les tables les plus ſomptueuſes
de Rome. Ils alloient même de pair avec
les vins de Falerne , de Chypre , de Syracuſe
& de Malaga. Il feroit peut-être
facile de leur rendre cette qualité ſupérieure
qui les faifoit rechercher autrefois
par les Lucullus , en faiſant paſſfer en
Corſe quelques vignerons de France les
plus expérimentés , qui étudieroient le
terrein , & enſeigneroient aux Corſes la
méthode de culture qu'il faudroit adop
NOVEMBRE. 1776. 10%
ter. Les huiles de cette Iſle n'ont également
beſoin que d'une culture ſuivie ,
pour approcher de la fineſſe des nôtres ,
les ſurpaſſer même , & devenir une branche
conſidérable de conſommation . Le
premier aſpect de la Corſe n'eſt point
agréable , à cauſe des hautes montagnes
qui en maſquent le coup-d'oeil , & n'offrent
à la vue qu'un amas de rochers ,
que l'on ne ſuppoſeroit jamais contenir
un ſol ſuſceptible de culture ; cependant
ces montagnes forment, de diſtances en
diſtances , de petites plaines très-fertiles ,
plantées , dans les endroits habités , de
toutes fortes d'arbres fruitiers , orangers ,
bergamotiers , citronniers , châtaigniers ,
oliviers . Celles qui ont été dévaſtées par
les calamités de la guerre , offrent partout
le même fol & les mêmes avantages
pour les défrichemens ; on pourroit y
planter des mûriers blancs pour les vers
à foie ; alors on y éléveroit ces inſectes
précieux qui , ſans beaucoup de ſoin ,
fourniroient des alimens aux manufactures
de France dans les années de difette,
& procureroient aux Corſes induſtrieux
une branche féconde de commerce,
fur- tout ſi l'on élevoit des fabriques
pour les préparations de ces ſoies.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Les figues dont le pays abonde , & les
diverfes eſpèces d'orangers & de citrons ,
productions naturelles à la Corſe , &
qui , dans de certains cantons , ont la
fineffe & la bonté de celles de Malte &
de Portugal , pourroient encore fournir
une branche utile de commerce . La Corſe
a auſſi des mines de fer , d'or , d'argent
d'une exploitation facile; des falines qui
étoient autrefois d'un rapport confidérable
pour le commerce qui s'en faiſoit
chez l'étranger. Cette Iſſe eſt également
pourvue de plantes médicinales , de végétaux
, d'arbuſtes , d'aromates odoriférents
, de racines , de fleurs qui , en
France , flatteroient les curieux , & entreroient
dans l'ornement & la culture
des jardins.On trouve dans les montagnes
, entre Vivario & Borgagnano , une
forêt de pins de toute beauté , par leur
groffeur& hauteur, avec quantité d'autres
arbres , auxquels les Corſes mettent le feu
pour les abattre. Ils ne font uſage de ces
pinsquepour en tirer quelques parties propres
à les éclairer, & laiſſent enfuite pourrir
le reſte , ne ſachant comment lestranfporter.
Ces arbres , & d'autres propres à
la marine , dont la Corſe abonde , attendent
des chantiers de conſtruction pour
NOVEMBRE. 1776: 1ος
être employés utilement. La Corſe a
toutes les eſpèces d'animaux connus en
terre-ferme , excepté les carnaſſiers , les
nuiſibles & les féroces. Les ſangliers ,
les porcs , les chèvres , ſont d'une venaifon
& d'une chair exquiſe. Ce pays
nourritbeaucoup de renards , dont la peau
bigarrée & plus belle que celledes renards
de France , pourroit être employée dans
la pelleterie. On rencontre encore dans
les montagnes une petite chèvre nommée
maffoly ou muffoly, mouchetée & variće
de couleurs qui la font rechercher ; elle
ſe retire dans les rochers de l'Iſle , où
elle paroît ſe plaire , ſans être abſolument
farouche : il eſt facile de l'approcher , &
elle ſe prive facilement. L'eſpèce des
chiens font des dogues affez doux , de
bon ſervice pour la fidélité , la garde &
la fûreté des beſtiaux ; enfin les lièvres y
multiplient beaucoup & font très bons.
On n'y voit aucuns lapins. Les montagnès
, les vallées , les marécages offrent
par tout une multitude d'oiſeaux propres
pour la table & la chaffe. Les merles furtout
font très recherchés & d'un manger
exquis. Les chevaux multipliroient beaucoup
dans cette Iſſe , s'ils étoient foignés,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
La population de cette Iſle en 1740 ,
ſuivant le dénombrement qui en avoit
été fait , montoit à cent-vingt& un mille
habitans. Les guerres en ont emporté
plus d'un tiers ; mais depuis que l'Iſle eſt
paſſéeſousla domination duRoi de France
&qu'elle jouit d'un calme plus conftant ,
on peut affurer que ſa population s'eſt
accrue d'un ſoixantième. On peut même
eſpérer que ce Peuple éclairé par les inftructions
de ceux qui le gouvernent ,
& animé par leurs récompenſes encourageantes
, connoîtra bientôt tous les
avantages qu'il peut retirer de la fertilité
de fon fol . Différens Hiſtoriens ont employé
les plus noires couleurs pour nous
peindre les Corſes , parce que cette Nation
a toujours refuſé de reconnoître des
maîtres impérieux & cruels , qui la traitoient
en eſclaves. Mais fi ces Infulaires ,
excités par la vengeance, ſe ſont portés
aux plus terribles excès , ils n'ont jamais
éré féroces par choix & par aucun caraczère
décidé. On les a vu reſpecter les
droits de l'hoſpitalité , accueillir ſouvent
dans leurs montagnes l'être fouffrant , ou
l'étranger qui avoit beſoin de leurs fecours
, s'empreffer de le ſervir, partager
avec lui leur ſubſiſtance,s'en priver même
NOVEMBRE. 1776. 107
pour adoucir ſa ſituation & ſes infortunes.
Quoique M. Dupuy ſe ſoit aſſujéti
auxbornes d'une ſimple eſquiſſe , il nous
dit un mot de quelques coutumes &
uſages de ces Peuples. " S'il meurt quel-
>>> qu'un , les habitans envoyent leurs
ود femmes viſiter le mort &lui porter
>> des préſens , qui conſiſtent en vin ,
>>châtaignes & tabac. Après avoir beau-
>>>coup gémi & lamenté auprès du corps ,
>> fait diverſes queſtions d'uſage aux per-
> ſonnes qui paroiſſent l'avoir le plus ap-
> proché dans ſes derniers momens , elles
>> lui parlent directement , lui deman-
>> dent pourquoi il a quitté ſa famille ,
>> ſon village , où il étoit conſidéré &
>> eſtimé? Quel motif ? S'il y avoit eu
>> quelque chagrin ? Pendant ce temps ,
>> elles le retournent de côté & d'autre ,
>> l'examinent & lui parlent, comme s'il
>> pouvoit répondre; le pincent, le mor-
> dent , redoublent leurs cris & queſtions
>> extravagantes; ſouvent le tirent de def-
>>ſus ſa paillaſſe , le mettent dans une
>>>couverture , le ſecouent & l'agitent
>> violemment. Voyant que leurs peines
>> ſont perdues , qu'il eſt toujours infen-
>> fible à leurs clameurs & à leurs foins ,
4
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
>> elles le reportent à ſa place , redou-
>> blent leurs cris & leurs gémiſſemens
>> effroyables ; une eſpèce de rage fuc-
>> cède ; malheur à la veuve qui auroit
>> attendu la fin de la ſcène ; alors bat-
» tue , égratignée , meurtrie , ſouvent
>> même défigurée, ſes enfans partageant
» ces mauvais traitemens , tout fuit ou
ſe cache aux derniers accès de la fu-
>> reur de ces Bacchantes , qui ſont beau-
>> coup louées & applaudies de la vigueur
>>qu'elles ont fait paroître dans cette
» violente excursion » . Les Corſes conviennent
du ridicule de cet ufage ; mais
quand ont leur en parlent , ils répondent
que c'eſt une ancienne coutume de leurs
pères , qu'ils fe gardent bien d'abolir ,
par reſpect pour leur mémoire . On peut
croire qu'ils tiennent ces uſages des Sarrafins.
En effet , on trouve en Afrique &
chez les Nègres de la Côte d'Or , & jufques
dans l'ifle de Madagascar , à- peuprès
la pratiquedes mêmes extravagances ;
mais ces Peuples en donnent pour raifon
que ſouvent cet uſage a ſauvé la vie à
de prétendus morts, qui n'étoient que
tombés en léchargie , & que ce cérémonial
a rappelé à leur état naturel. Voilà
du moins un motif; & peut- être que
NOVEMBRE. 1776. 109
d'autres uſages nationaux , que nous
jugeons encore plus ridicules , nous le
paroîtroient moins, fi nous avions également
interrogé ſur leur origine les gens
éclairés du pays.
Ces uſages bizarres n'ont plus lieu aujourd'hui
que parmi les Montagnards de
Corfe. Ces Montagnards , comme tous
les Peuples ſauvages , ne connoiffant
d'autres loi que la force , tiennent leurs
femmes dans une forte d'aviliſſement &
de fervitude. Ce font elles qui font tous
les travaux & les gros ouvrages. Un
Corſe s'amuſe à fumer, va à la chaffe ,
laiſſe le gibier qu'il a tué ſur le lieu ,
revient chez lui , indique en peu de mots
l'endroit où il a laiſſfé ſa proie. Sa femme
quitre tour , court ſur ſes traces , & revient
avec ſa charge pour apprêter à
manger. Le mari ſe met ſeul à table ,
fans s'occuper de fa famille , laiſſe ſes
reſtes qu'elle mange à part , s'endort ou
fume. Les habitans des villes avoient
auffi retenu quelque choſe de ces moeurs
agreſtes des Montagnards; mais depuis
le retour des François dans l'ifle , ces
moeurs font bien adoucies. Une jolie
Corſe , qui ignoroit autrefois le prix de
ſescharmes , qui étoit même auſſi indiffé
IIO MERCURE DE FRANCE.
rente que ſon triſte & fombre époux ,
eſt aujourd'hui ſenſible à la louange ; fe
met avec goût ; cherche à s'attirer plus
d'égards & d'empreſſement de la part des
hommes , & par les qualités aimables
qui lui font propres , & par l'amusement
que l'on trouve dans ſa ſociété,
M. Dupuy termine ſon Eſſai ſur l'Hif
toire de Corſe , par nous donner une
notice ſur différens objets d'hiſtoire natutelle
, ſur quelques monumens hiftoriques
particuliers à cette Ifle , & fur les
progrès de ces Infulaires dans les arts :
progrès qui , comme on le penſe bien ,
ont dû ſe reſſentir de l'ignorance d'un
Peuple , long-temps occupé de la guerre
& de la chaffe , & qui borné aux beſoins
phyſiques , négligeoit les richeſſes qu'il
pouvoit retirer de ſon ſol .
Discours fur les Monuments publics de
tous les âges & de tous les Peuples
connus , ſuivi d'une deſcription de
projet de Monument à la gloire du
Roi régnant Louis XVI , & de la
France , avec les gravures au premier
trait , des principales faces de ce Monument;
terminé par des obſervations
fur les principaux Monuments de la
L
NOVEMBRE. 1776 . III
Capitale de la France : dédié au Roi ,
par M. l'Abbé de Luberſac , Vicaire-
Général de Narbonne , Abbé Commendataire
de Noirlac , & Prieur de
Brive , in -fol. A Paris , chez l'Auteur ,
rue de l'Univerſité , contre les Écuries
de MONSIEUR ; chez Lacombe ,
Libraire rue Chriſtine ; & chez
Cloufier , Imprimeur Libraire , rue
S. Jacques .
La ſouſcription autoriſée par le Roi,
que l'Auteur propoſa pour cet Ouvrage
--l'année dernière , a deux objets : l'un eſt
le Difcours ſur les Monuments publics ,
&c. cet Ouvrage paroît ; l'autre , deux
gravures repréſentant les deux faces principales
duMonument projété par l'Auteur
, à la gloire du Monarque régnant
&de la France. Ces deux Eſtampes feront
de trente-cinq pouces chacune de
hauteur , fur vingt-deux de largeur; elles
feront gravées par M. Laurent, élève du
célèbre Balechou. Sa Majesté , la Famille
Royale , les Miniſtres , les Puiſſances
Étrangères ont ſouſcrit , tant pour le
Difcours que pour les Estampes. On eſt
le maître de ſouſcrire pour lesdeux objets
àla fois . LeDiſcours ſur les Monuments
112 MERCURE DE FRANCE:
publics in-fol. enrichi d'un ſuperbe frontifpice
& de différentes gravures au premier
trait , ſe trouve aux adreſſes ci-deſfus
, au prix de 24 liv. impreffion du
Louvre , & de 18 liv. impreſſion de
Cloufier. Le prix de la ſouſcription des
deux gravures pour leſquelles on a fait
fabriquer un papier particulier , eſt de
48 liv. dont on paie 12 liv. en ſe faiſant
infcrire , & 36 liv. en les retirant. Ces
deux gravures auroient dû paroître dans
le mois d'Août ; mais la rigueur de
l'hiver obligea l'Artiſte de ſuſpendre ſes
travaux , ce qui en a retardé la livraiſon
juſques vers la fin d'Octobre . On ſouſcrit
pour les gravures , au Bureau de Correfpondance-
générale , rue des Deux-Portes-
Saint-Sauveur ; chez Clouſier , Imprimeur
Libraire , rue S.-Jacques ; ' chez
Lacombe , Libraire , rue Chriſtine ; &
chez le ſieur Pierre Laurent , Graveur ,
rue & porte S.-Jacques , maifon d'un
Apothicaire. Ceux qui ſouſcrivent pour
l'ouvrage , ou Difcours fur les Monuments
publics & pour les gravures en
même temps , paient , en recevant le vol.
36 liv.; & les 36 liv. reſtantes , à la
livraiſon des gravures.
Les éloges dont la France retentit à
NOVEMBRE. 1776. 113
Pavénement du Roi au Trône , donnèrent
à M. l'Abbé de Luberſac l'idée d'un
Monument tel qu'il n'en avoit point
trouvé de modèle chez aucune Nation ,
&qui , n'anticipant ni fur le temps , ni
fur la reconnoiſſance ; n'exprimant que
les ſentiments actuels des François , les
vertus & les actions du Monarque , confacrés
par ſes Édits & par la voix publique
, ne pût être ſuſpect de prévention
ni de flatterie. Par la manière dont ce
Monument eſt compofé , il laiſſe de la
place pour les actions qu'annonce le commencement
d'un fibeau règne. Ce projet
eſt le ſujet des deux belles gravures ,
dont nous parlons .
M. l'Abbé de Luberſac , lorſqu'il conçut
cette idée , s'occupoit du projet de
tracer , fous un ſeul point de vue , l'Hiftoire
générale des Monuments publics ,
depuis le premier qui fut érigé juſqu'à
nos jours ; projet immenſe qui demandoit
du courage , de la patience & des
talents. Il voyagea , établit des correfpondances
, ſe procura une collection
immenſe de deſſins, de mémoires & d'obſervations
, tant ſur les reſtes des Monuments
de l'antiquité , que ſur les Monuments
poſtérieurs. Pour déterminer les
époques de leur érection , il mit à con
114 MERCURE DE FRANCE .
tribution la Littérature grecque & latine ,
les Ouvrages de nos Savants & ceux des
Savants étrangers. Avec ces fecours , il
compara les ruines de ceux que le temps
&la barbarie ont détruits avec ce qu'en a
dit l'Histoire ; & parvenu de proche en
proche à l'origine des Arts , il trace l'hiftoire
de leurs progrès en faiſant celle des
Monuments ; & comme , dans tous les
temps , les Arts portent l'empreinte des
moeurs & des caractères des Peuples qui
les cultivent , on peut regarder ce Difcours
comme l'abrégé d'une Hiſtoire univerſelle
du goût , de la religion& de la
philofophie de tous ces Peuples. L'Auteur
s'eſt plus attaché à l'hiſtoire qu'à la
critique , excepté lorſqu'il parle des Monuments
modernes de laCapitale , élevés
ſous les deux derniers règnes , au ſujet
deſquels il dit librement ce qu'il penſe.
Les monuments offrant un ſpectacle
de ſcènes variées à l'infini, plus ou moins
impoſantes , plus ou moins majestueuſes ,
à meſure que le génie qui les a projetés
étoit plus ou moins excité , & que les
Arts qui les ont exécutés étoient plus ou
moins perfectionnés ; leurs deſcriptions
faites avec ſoin par une eſprit éclairé , capable
d'en faifir toutes les beautés , ont
NOVEMBRE. 1776. 115
jetédans le ſtyle de ce Diſcours une plus
grande variété.
L'Auteur diviſe ſon difcours , & diftribue
tousles Monuments en trois âges ,
foit qu'ils aient eu pour objet l'utilité
publique, ou la décoration , ou la récompenſedu
mérite.
Dans le premier âge , il trouve Babylone
&fa fameuſe Tour , Monumentdu
ralliement & de la diſperſion des Peuples.
Cet âge comprend tous les Monumens
de l'Affyrie , de la Perſe , de l'Égypte
, de la Paleſtine & de la Chine.
Le ſecond âge offre à M. l'Abbé de
Luberſac, les Monumentsde la Grèce , où
tant de circonſtances heureuſes concoururent
à la perfection des Arts ; ceux de
Rome ancienne, ſi féconde en tous genres
de productions du génie ; & ceux des
autres Villes d'Italie.
Le troiſième âge a encore pour objet
l'Italie , ou les Monuments de Rome
moderne , de Veniſe. L'Auteur parcourt
enfuite la Turquie , l'Afrique , l'Eſpagne
, l'Amérique , l'Angleterre , la Suède ,
la Ruffie , & généralement tous les lieux
où les Arts ont pénétré. Il conſidère dans
tous ces pays les Monuments anciens &
les modernes. Les Gaules , ſous la do
116 MERCURE DE FRANCE.
mination des Romains , & après la conquête
des Francs , lui offrent le plus vaſte
theatre : il finit par la France , qu'il diftingue
en ancienne & moderne.
Il donne la deſcription de la ſtatue
unique & hardie de Pierre le Grand ,
par le célèbre Falconet. Il faut lire dans
l'ouvrage même ce qu'il dit , en connoiffeur
& en Hiſtorien , des plus célèbres
capitales du monde , dont- il caractériſe
les beautés , &dont- il décrit les principaux
Monuments .
L'Auteur , après avoir parlé des Monuments
de la Capitale , élevés ſous le
règne de Louis XIV & de ſon Succefſeur
, ſuppoſe un voyage entrepris par
notre jeuneMonarque , qui , pour connoître
tout parlui- même, &tirer de cette
connoiſſance les moyens de rendre ſes
ſujets heureux , parcourt ſes États. L'Auteur
le fuit dans cette tournée. Le Prince ,
en admirant les établiſſements fans nombre
qu'il rencontre dans les Provinces ,
rend justice au génie des grands hommes
qui en font les Auteurs, & des Miniſtres
qui les ont protégés ; il examine les fortifications
, les arſenaux , les ports , la
marine militaire & commerçante , la
construction & la manoeuvre des vaiſ
NOVEMBRE. 1776. 1117
ſeaux ; il ſe pénètre d'eſtime pour le cultivateur,
Les principales Villes des Provinces
méridionales , Bordeaux , Toulouſe
,Montpellier , Nîmes , Arles , Marſeille
, Lyon , offrent à ſes regards un
canal digne des Romains , des atteliers ,
des manufactures , & les plus beaux Monuments.
Enfin , après avoir parcouru le
Royaume , il le ramène dans la Capitale.
Là, il compare ce qu'il voit à ce qu'il
a vu; la porte S. Denis , les Boulevards ,
les Gobelins , le Cabinet d'Histoire Naturelle
, la Sorbonne , &c. Là le Prince
découvre d'une main hardie l'urne qui
renferme les cendres du Cardinal de Richelieu
. Cette cendre s'anime , & du
fond deſon tombeau , Richelieu raconte
les merveilles de ſon Miniſtère. Le difcours
que l'Auteur prête aux mânes de
ce Miniſtre , eſt digne du Prince, du Miniſtre
& de l'Écrivain. Le Monarque
jette les yeux fur d'autres Monuments ,
tels que les Académies , la Bibliothèque
Royale , la nouvelle Égliſe de Sainte-
Geneviève , l'Hôtel des Invalides , les
Statues de Henri IV , de Lopis XIII ,
de ſon Succeſſeur , & du feu Roi , &c.
On trouve dans ce morceau les ſcènes
les plus intéreſſantes , telles que le Roi
118 MERCURE DE FRANCE.
à S. Denis ; les acclamations du Peuple
ſe mêlant au choeur des acteurs , dans un
ſpectacle où l'on repréſente une jeune
Princeſſe recevant de ſes Peuples les témoignages
de leur tendreſſe. Enfin l'Auteur
accompagne le Roi à fon Sacre ; il
entre dans les détails les plus touchants ,
& c'eſt par-là que ce Diſcours eſt terminé.
On fent bien que l'Auteur parcourt
trop d'objets , pour pouvoir s'arrêter également
fur tous : il fait de quelques- uns
des tableaux très- agréables.
Voici le Projet qu'il trace du Monument
à ériger dans une Place Publique
, à la gloire deLouis XVI & de
laFrance.
Du ſommet d'un rocher eſcarpé , &
environné de profondes cavités , d'où
ſortent des torrents d'eau qui tombent
avec fracas , & vont ſe perdre dans des
abysmes, s'élève un Obéliſque de marbre
blanc , dont la hauteur répond à la magnificence
des édifices qui l'environnent
terminé à ſa cîme tronquée d'un globe
d'azur , parfemé de trois Fleurs de Lys ,
& furmonté d'un coq de bronze doré ,
agitant fes aîles. La Renommée , les
aîles déployées , ſuſpenduevers le milieu
du Monument , embouchant la trom-
د
NOVEMBRE. 1776. 119
pette , invite les peuples à ſe réunir pour
célébrer les vertus du Roi ; le Temps ,
armé d'un marteau , fixe à coups redoublés
le Médaillon du Prince à l'Obéliſque
; les Heures & les Siècles , après
avoir enchaîné , par le bas , le Médaillon
autour de l'Obélifque , briſent la faulx
du Temps , repréſenté ſous les traits du
ſage Coopérateur que le Roi s'eſt choiſi .
Au-deſſus du Médaillon ſont deux Génies
; l'un poſant ſur le Buſte du Roi la
Couronne de l'Immortalité ; l'autre préſentant
une tige de Lys à la Renommée.
LeBuſte , pofé ſur le Médaillon de porphyre
, eſt d'or , entouré de rameaux de
chêne , de palmier , de laurier & d'olivier.
Une grande Médaille de bronze
rouge , repréſentant deux Buſtes accolés ,
avec cette deviſe , Concordia Fratrum ,
qui défigne Caftor & Pollux , & avec la
légende , MONSIEUR , & M. LE COMTE
D'ARTOIS , eſt aſſujétie au côté de l'Obélifque
oppoſé au Médaillon du Roi ,
par la même chaîne qui fixe ce Médaillon.
Sur un des angles du focle , la Vertu ,
à demi - voilée , & débour , fymbole des
Princeſſes Filles du feu Roi , le bras
droit élevé , indiquant de la main au
120 MERCURE DE FRANCE.
Peuples , l'Inſcription votive de l'Obéliſque
, REGI BENEFICO , eſt couverte
d'une large draperie , a les aîtes à demidéployées
, & une flamme ſur la tête.
LaFrance , ſous les traits de la Reine ,
aſſiſe ſur le milieu du focle , couverte de
fon Manteau Royal , la Couronne fur la
tête, foutenant du bras gauche , un faifceau
, ſymbole de la force & de la puifſance
réunies , portant à ſa droite le
Sceptre , ayant à ſes pieds les caractères
diſtinctifs de la Couronne , les marques ,
les attributs , & les récompenfes de la
naiſſance , de la valeur & du mérite ,
encourageant leGénievengeurdu Prince
& le ſien , à terraſſer les monftres qui
ont défolé les Peuples par leur rapacité ,
leurs intrigues & leur audace , eſt aſſiſe
à côté & aux pieds de la Vertu.
L'unde ces Génies , menaçant&dans
l'attitude la plus animée , eſt encore armé
des foudres dont il vient de frapper les
monſtres ; l'autre Génie , celui de la
France & de la Reine , a pris la forme
d'un aigle ; ſes aîles ſont déployées , ſa
tête menaçante , ſon plumage hériſfé de
fureur ; il eſt encore prêt à s'élancer fur
le monſtre qu'il vient de déchirer. Ces
deuxGénies font grouppés ſur le bord
du
NOVEMBRE. 1776. 121
du précipice où tombent les montres
abattus , en tournant leur rage contre
eux-mêmes , ſe ſervant, pour leur ruine
mutuelle , des torches , des ferpents , des
poignards dont leurs mains étoient armées
pour le malheur de la France.
Cette Scène animée est contraſtée par
les figures de Pallas &de laPaix , témoins
du triomphe de la France : l'une , ſous
les traits de MADAME , le caſque en tête ,
eſt fièrement aſſiſe ſur un lion ; fa main
droite repoſe ſur la crinière de cet animal
, qui tourne ſa tête vers la France ,
dont il lêche les pieds; le bras gauche
eſtappuyé far fon bouclier ; elle eſt ſuivie
de pluſieurs Génies qui , après avoir
traîné un canon ſur ſon affut, jouent avec
leurs armes & un drapeau. Au milieu de
ces grouppes , paroit une figure repréſentantle
Commerce , ſous l'habit d'un Nattonnier
françois , entouré de toutes les
productions de la terre , de la mer & de
l'air , en indiquant de la main le mot
protectio écrit ſur unballot.
En face de Pallas eſt la Paix , dans un
char , ſous les traits de Madame LA
COMTESSE D'ARTOIS , préſentant fon
rameau d'olivier, d'une main , & de
l'autre , montrant au Prince les fruits
F
122 , MERCURE DE FRANCE.
qui fortent de la corne d'abondance,
verfée par un Zéphyr. Cette Scène occupe
la face de l'Obéliſque oppofée à
celle où se trouve le canon.
A l'extrémité du char , vis-à vis du
Commerce , paroît un Laboureur appuyé
fur un joug , un foc renverſé à ſes
pieds& un chien de Berger à fes côtés ,
montrant de la main , le mot libertas
écrit ſur un boiſſeau. Ce Cultivateur ,
fous la figure du Citoyen , connu ſous le
nom de l'Ami des Hommes , eſt dans le
coſtume ancien des Gaulois.
Au-bas du rocher , au côté oppofé à
la principale face de l'Obéliſque , eſt une
large voûte de rochers d'où fort un vaiffeau
, fur la proue duquel la Déeſſe de
la Seine eſt aſſiſe , recevant les hommages
& les tributs de la Déeſſe de la Marne
, fortant des eaux , & fuivie de Naïades :
l'une eſt ſous les traits de MADAME CLOTILDE
; & l'autre , de MADAME ELISABECH.
Neptune , armé de ſon trident, guide
le vaiſſeau des Déeſſes , que précèdent
des ſyrènes , des dauphins , & un Triton
fonnant de la trompe. Ce vaiſſeau
caractériſe les Armesde la Ville de Paris,
&c.
NOVEMBRE. 1776. 123
Sur une des quatre faces du piedeſtal
de l'Obéliſque , eſt un bas-relief repréſentant
la Séance du rétabliſſement du
Parlement, tenue par le Roi , le 11 Novembre
1774 .
Les trois autres faces ou cartels , attendront
de nouveaux événements du
règne de Louis XVI , dignes de faire
époque dans l'Hiſtoire.
Ce Monument , érigé ſur le bord de
la rivière , entre le Pont-neuf & le Pontroyal
, à l'extrémité de la Place de la
Colonnade du Louvre , & fur une Place
dont M. l'Abbé de Luberfac a donné
le projet , ſeroit vu à de très grandes
diſtances , tant au-dedans qu'au-dehorsde
la Ville , & ne coûteroit guère plus que
la Statue équestre de LOUIS XV , & la
Place où elle eſt érigée .
C'eſt ce Monument que M. l'Abbé de
Luberſac fait graver en deux planches
de trente-fix pouces de haut , ſur vingtdeux
de large , par le ſieur Pierre Laurent
, Delfinateur-Graveur , & de l'Académie
de Peinture & Sculpture de Marfeille.
Elémens de Tadique pour la Cavalerie;
par M. Mottin de la Balme , Capi-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
taine de Cavalerie , ancien Officier-
Major de la Gendarmerie de France
A Paris , chez Jombert fils aîné , rue
Dauphine; & chez Ruault , rue de la
Harpe ; vol. in- 8 ° . br. 3 1.
La tactique , partie de l'ast militaire
la plus étendue , & à laquelle toutes les
autres tiennent , ayant pour objet , nous
dit l'Auteur dans l'introduction de cet
Ouvrage , les loix du mouvement , celles
de l'équilibre , le choc des corps , la for .
mation , l'ordre , les armes , les exercices&
les motions des troupes , eſt vrai.
ment fufceptible de principes démontrés.
Il s'agit d'appercevoir les rapports de
toutes ces choſes , eu égard auxtemps , aux
lieux , aux circonstances , à la vigueur ,
à la diſpoſition & au caractère des individus
qui compoſent les armées. Ce n'eſt
pas d'après le nombre, les grands mouvemens
des troupes , qu'il faut d'abord -
compter , combiner & rechercher la cauſe
des déſordres , du ſuccès ou des revers ;
mais c'eſt d'après la méchanique & l'organiſation
de toutes les parties qui com .
poſent les diviſions , dont l'action & la
volonté unanime , pouffées à un certain
degré & ſecondées de la ſcience , triomNOVEMBRE.
1776 . 125
phent conftamment de la valeur , de la
force mal employée , du nombre & des
obitacles Poury parvenir , on doit choifir
avec difcernement les combattans ; les
former & les ordonner de la manière la,
plus avantageuſe , enforte qu'ils puitlent
ſe ſecourir mutuellement fans ſe nuire.
Il faut endurcir les corps par de continuels&
violens exercices ; multiplier la
force par l'adreile , ainſi que la maffe par
la vîteſſe : il faut armer , difcipliner ,
exciter & diriger les paſſions , pour les
faire tendre à d'heureuſes fins. Voilà ,
continue l'Auteur , le point unique , la
vraie baſe d'où ſont partis tous les ſuccès
que de foibles diviſions ont eus fur des
armées innombrables . Voilà ce qu'ont
ſenti d'heureux Génies , qui voient les
choſes dans leurs cauſes & dans leurs
principes ; dont l'eſprit vaſte , profond
& courageux , dédaigne de penſer d'après
autrui. Voilà enfin ce qui a occaſionné,
ſous divers horizons , ces révolutions paf.
ſagères , ſi glorieuſes à quelques Peuples
& fi funeſtes à d'autres. Mais les connoiſſances
militaires , perfectionnées ſur
pluſieurs points , ne l'ont point été généralement
ni également. Parmi les différentes
armes employées à la défenſe ou
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
à l'agrandiſſement des Etats , la cavalerie
, quoique la plus propre aux grands
& rapides exploits , l'a été , de tous les
temps , le moins avantageuſement, faute
d'avoir fu choiſir , difpofer , affouplir ,
foumettre , aguerrir les chevaux , les diriger
avec art. Nous sommes , à cet
égard , ſupérieurs aux anciens en Europe
, particulièrement en France ; cependant
, ajoute l'Auteur , par une lingulière
fatalité, cet avantagetourne enpartie contre
nous , parce qu'on apprend une infiniré
de choſes inutiles à la guerre , fouventmême
nuiſibles , & qu'on ignore la
plus grande partie de ce qu'il faudroit
ſavoir; d'où il eſt réſulté néceſſairement
une foule de fautes & d'abus . C'eft ce
que l'Auteur a cherché à démontrer par
des preuves & par des exemples. Des
obfervations ſuivies ſur la cavalerie &
beaucoup de réflexions fur ce corps , l'ont
fait remonter aux cauſes de ſes fuccès ou
de fa défaire dans les batailles . Tous fes
foins ont été de les faire connoître , afin
d'engager les perfonnes qui dirigent les
exercices , à employer , dans l'inſtruction
des troupes , des principes plus conformes
à l'intérêt de la Nation& à la gloire
des armes Françoiſes. La lecture de cer
4
NOVEMBRE. 1776. 127
Ouvrage ne poutra d'ailleurs qu'augmen
ter l'eſtime qu'on doit avoir pour un
corps qui n'a été que trop ſouvent expoſé
aux jugemens de perſonnes peu inſtruites
, & contre lequel des Offi iers d'infanterie
ſe tontmême quelquefois permis
desdéclamations& des épigrammes.C'eſt
avec les armes , que l'Auteur s'eſt forgées,
c'eſt - à-dire avec ſes principes , qu'il combatles
idéeserronées, inférées dans quelquesOuvrages
fur l'art militaire. Comme
ces principes font contraires à d'autres
principes reçus , l'Auteur s'eſt permis
quelques explications , indiſpenſables
d'ailleurs dans un Ouvrage didactique.
Ces élémens de tactique méritent
d'autant plus d'être accueillis , que nous
'n'avons point d'écrits fur la Cavalerie
qui traitent de la tactique. Ce genre de
travail demande beaucoup de connoifſances
& même de zèle patriotique ,
fur-tout lorſqu'il eſt queſtion , comme
dans l'Ouvrage de M. de la Balme , d'attaquer
de front des idées adoptées depuis
long temps, & auxquelles la plupart
des hommes tiennent toujours par pareſſe
& même par amour-propre.
Lejeu de Trictrac , ou les principes de
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
1
ce jeu éclaircis par des exemples , en
faveur des commerçans; avec l'explication
des termes par ordre alphabétique
, & une rable des chapitres fervant
de récapitulation générale. Par
M. J. M F. vol. in 80. prix sliv. rel.
A Paris , chez Nyon l'aîné , Lib, rue
St Jean de Beauvais.
Le jeu de trictrac tient le premier
rarg parmi ceux qui dépendent du calcul
& du hafard. Il occupe agréablement
l'attention du Joueur , par la variété des
combinaiſons , & tient toujours fon ef
poir en fufpens par les coups inattendus
du dé qui commande , en quelque forte ,
dans ce jeu. Mais ces coups peuvent être
calculés ; & c'eſt ſur la juſteſſe de ce calcul
,& la connoiſſance des combinaiſons ,
plus ou moins favorables , qui entéfultent
, qu'eſt fondée la ſcience de ce jeu ,
qui laiſſe d'ailleurs toujours au Joueur la
douce confolation de rejeter ſur les dés
la perte d'une partie qu'il aura ſouvent
très-mal conduite.
Comme les règles de ce jeu , font
connues depuis très-long-temps & expoſées
dans plufieurs Traités , on ne doit
pas s'attendre à trouver quelchoſe de
NOVEMBRE. 1776 . 129
:
neuf dans l'Ouvrage que nous annonçons.
L'Auteur ne s'eſt propoſé d'autre but que
de faciliter aux commençans la pratique
de ce jeu , par une expoſition ſimple ,
claire & méthodique des règles , & par
des exemples , des calculs , des éclairciſſemens
indiſpenſables pour en donner
l'intelligence. Ces exemples & ces calculs
, qui appartiennent à l'Auteur , &
doivent faire distinguer ſon Traité des
autres écrits fur le même objet , demanderoient
des planches pour pouvoir être
ſaiſis facilement par les commençans ;
mais il leur ſera facile de ſuppléer à ces
planches qui manquent dans l'Ouvrage ,
par un trictrac où ils placeront les dames
d'après les exemples cités par l'Auteur.
Les caractères du Meſſie vérifiés en Jésus
de Nazareth ; 2 vol. in 80. ARouen ,
chez Laurent Dumeſnil , Imprimeur-
Libraire , rue de l'Ecureuil .
L'Auteur de cet Ouvrage , qui a déjà
donné des preuves de ſon habileté dans
ſa défenſe des Livres de l'ancien Teſtament
, ne pouvoit que réuſſir dans le
Traité ſavant & méthodique que nous
annonçons aujourd'hui. Nul autre qu'un

Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Ecrivain profond dans l'intelligence des
Ecritures , ne pouvoit donner des notions
claires & préciſes des principaux
caractères du Meffie ; afſigner avec jufteſſe
les prophéties ,dont leTens littéral
le regarde; comparer ces prophéties avec
les faits , & rendre ſon avénement ſenfible
, foit au Juif plongé dans un aveuglement
inconcevable , par ſa dureté,
foit à l'incrédule qui s'obſtine à fermer
les yeux fur toutes les preuves qui atteſ.
tent la vérité & la divinité des Ecritures .
S'il eſt des caractères diſtinctifs auxquels
on puiffe reconnoître , dit l'Auteur , le
libérateur annoncé par les Prophètes ; fi
ces caractères ſe ſont exactement vérifiés
en la perfonne de Jéſus, les Prophètes
n'auront pas parlé au hafard ; ils auront
été inſpiré pour le prédire , & Jeſus ,
qu'ils auront prédit , fera véritablement
l'Envoyé de Dieu ; enforte que , par
cette ſeule preuve , la divinité des deux
Teſtamens ſe trouvera démontrée . Qu'op .
pofe-t-on à cette vérité? Tantôt on foutientqu'il
n'y eut jamais de Meffie promis
; tantôt on dit que les prophéties
font obfcurcies , ou l'on en détourne le
fens à pluſieurs objets étrangers. M. Clémence
, Chanoine de l'Egliſe de Rouen ,
NOVEMBRE. 1776. 131
fait diſparoître toutes ces objections furannées
, en démontrant d'abord que le
Meſſie eſt l'objet unique que les Ecritures
nous préfentent par-tour , & que nonſeulement
le Meſſie eſt venu , mais encore
qu'il a dû paroître dans les temps qui fe
font écoulés entre la naiſſance de Jésus-
Chriſt & la derniète ruine de Jérusalem .
On ne peut rien ajouter au développement
des prédictions de Jacob , de Daniel
, de Zacharie , d'Agée & de Malachie;
la matière y eſt épuisée. Cet Auteur
applique enfuite à Jésus-Chrift les
caractères du Methe, & justifie , par des
faits notoires , tirés d'Auteurs contemporains
, ſouvent même de nos ennemis ,
qu'en lui & en ſes Diſciples font accomplies
toutes les prédictions qu'il a prouvé,
dans les deux premiers livres , appartenir
au Meſſie. La réponſe aux principales
objections des Juifs & des incrédules
rermine cet Ouvrage, qui renferme une
démonstration lumineuse de la divinité
de Jéfus Chrift .
Défense des Livres de l'Ancien Testament
contre l'écrit intitulé : La Philofophie
d'Histoire; par le même Auteur .
Cet Ouvrage , qu'on doit joindre à
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
ceux de MM. Guenet & Bullet , fur les
difficultés tirées des Livres Saints , éclair.
cit plufieurs points importans. Authenticité
des Livres de l'ancien Testament ,
antiquité des Livres de Moyſe comparées
à ceux des autres Nations; miracles
prophéties , doctrine des Juifs ; antiquités
Chaldéennes , Egyptiennes , Chinoifes;
état primitif du genre humain , étas
du premier homme , durée de la vie des
premiershommes. Quelqueſyſtême qu'on
ait adopté , on s'intéreſſe toujours à la
diſcuſſion d'une matière qui touche de ſi
près à notre origine & à notre deſtination.
Il n'eſt réſervé qu'aux eſprits frivoles
de ne prendre aucune part à des
difputes auſſi ſérieuſes que celles qui regardent
la divinité des Ecritures , qui
nous ont été tranſmiſes pour notre inf
truction & notre confolation .
LaMorale du Citoyen du Monde , on
la Morale de la Raifon , formant la
troiſième partie d'un Cours de Philoſophie
, par M. l'Abbé Sauri , Cor.
reſpondant de l'Académie des Sciences
de Montpellier. A Paris , chez Froullé,
Libraire , pont Notre Dame , vis-àvis
le quai de Gêvres.
NOVEMBRE. 1776 . 133
On defiroit depuis long-temps un
Coursde Morale qui méritât d'être adopté
par les différens Colléges , & qui pût
fervir d'introduction à l'étude de la
Religion. La plupart de ceux qu'on a
donnés juſqu'ici , étoient un peu fecs
&trop courts .Celui que nous annonçons,
réunit à-peu- près , tout ce qu'il eſt le plus
eſſentiel de ſavoir ſur cette partie importante
de la Philofophie. L'Auteur y a
joint des articles intéreſſans qu'on a trop
long temps regardés comme étrangers à
la Philofophie : Agriculture, population ,
Manufactures , Commerce , Marine ,
Guerre , &c. tous ces objets influent
fur le bonheur de la Société & des Citoyens.
Ils font donc liés eſſentiellement
à la Philofophie , qui n'eſt autre choſe
que la ſcience du bonheur. Peut- on
atteindre cette fin que nous deſirons tous ,
ſans commencer àfe connoître ſoi-même,
en apprenant quels font nos devoirs ?
N'est- ce pas de toutes les ſciences la
plus néceſſaire & la plus utile ? La
première étude de l'homme n'eſt elle
pas l'homme même ? On ne ſauroit le
nier. Ce n'eſt qu'après cette étude, que
nous pouvons nous livrer à celle des
objets étrangers. Envain ferons- nous pro
134 MERCURE DE FRANCE.
fonds théologiens , habiles phyſiciens ,
poëtes fublimes ; nous ne ferons rien ,
il faut l'avouer , fi nous ne nous connoiffons
pas nous-mêmes. L'étude des
moeurs doit donc être notre première
& notre principale étude. Les Républiques
ſubſiſteroient ſans éloquence , a-t-on
dit plus d'une fois; fans fcience, on verroit
des ſociétés ; on n'en verroit point
ſubſifter long temps fans moeurs ; &rien
n'eſt plus propre à perfectionner les fociétés
, que la tradition des ſaines maximes
fur la Morale. On ne fauroit trop
les inculquer & les répandre. On a beau
dire que notre fiècle eſt très-éclairé ; il
n'en elt pas moins vrai , (vérité trifte &
humiliante ) que norte fiècle , malgré le
progrès des lumières , ne paſſe que pout
être un frècle corrompu.
On est obligé d'avouer que la raiſon
humaine , livrée à elle-même , n'a pas
pu nous fournir un corps complet &
ſuivi d'une Morale ſaine fur tous les
points; & que les vérités ſur cet objet
n'ont jamais été qu'éparſes , fans être
liées & réunies dans un ſyſteme dont
toutes les parries ſe ſoutiennent. Il étoit
réſervé à la Religion chrétienne de nous
faire connoître la chaîne entière de tous
NOVEMBRE. 1776. 135
1
ود
nos devoirs , & fur tout notre origine &
notre nobledeſtination. Mais en avouant
l'excellence de la Morale évangélique ,
ne pourroit on pas foutenir que certains
Moraliſtes ont trop fait dépendre les
moeurs de la révélation . « Quelque foin ,
ditunjudicieux Littérateur * , que l'on
> prenne d'inſpirer desſentimens de reli-
>gion aux enfans , il vient un âge où la
>> fougue des pafſions ,le goûtdes plaiſirs ,
> lestranfportsd'une jeuneſſebouillante,
> étouffent ces ſentimens. Si on leur
>> avoit dit que les moeurs ſont de tout
>> pays & de toute religion ; que l'on
>> entend par ce mot les vertus morales
>>que la nature a gravées dans le fond de
>> nos coeurs , la justice , la vérité , la
bonne foi , l'humanité , la bonté , la
>> décence ; que ces qualités font auffi
>> effentielles à l'homme que la raiſon
» même , dont elles fontune émanation ;
» un jeune homme ſecouant peut-être le
>>joug de la religion , ou s'en faifant une
>> à fa mode , conſerveroit au moins les
» vertus morales , qui dans la fuite ,
>>pourroient le rapprocher des vertus
* Gédoin , Auteur de la traduction de Quintilien.
1
136 MERCURE DE FRANCE.
>> chrétiennes : mais parce qu'on ne lui
» a prêché qu'une religion auſtère , tout
>> tombe avec cette religion .
Cours de Physique Expérimentale & Théo .
rique, formant la dernière partie d'un
Cours complet de Philofophie , précédé
d'un précis de Mathématiques qui
lui ſert d'introduction ; par M. l'Abbé
Sauri , Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Montpellier.
4 vol. in - 12 . A Paris , chez Froullé ,
Libraire , pont Notre- Dame , vis-àvis
le quai de Gêvres .
La Phyſique a toujours été regardée
comme la ſcience la plus digne de l'homme.
Quiconque a des yeux attentifs
ne peut qu'admirer le ſpectacle magnifique
de l'Univers , & ſe livrer avec plaiſir
à l'étude des loix ſimples , mais fécondes
que la divine Sagelle s'eſt preſcrites ,
&qu'elle fuit librement dans la confervation&
la reproduction de tous les êtres
qui nous environnent. Avec quelles
richeſſes & quelle profuſion , le Créateur
n'a t-il pas répandu cette foule de merveillesdontnous
ſommes à chaque inſtant
les témoins ! Quels attraits ne doit point
NOVEMBRE. 1776, 137
avoir l'étude de chacune de ces merveilles
, fur tout depuis les découvertes que
les nouvelles expériences & la multitude
d'inſtrumens ont occafionnées. Rien n'eſt
plus fatisfaifant pour l'eſprit humain ,
que de connoître avec un peu plus de
certitude tous les phénomènes qu'on
croyoit expliquer autrefois par des mots
vides de ſens. La matière première , les
formes substantielles , les qualités occultes
ſont rentrées dans l'oubli , pout n'en
fortir jamais ; & l'on doit avouer
qu'il vaudroir encore mieux avouer fon
ignorance , que de recourir , comme on
l'a fait pendant long temps , à des explications
qui n'expliquent rien , & de fub .
Aituer des chimères à la réalité . On n'eſt
point philoſophe , parce qu'on a ſuinven.
ter des mots énigmatiques ; mais on l'eft
devenu , lorſqu'on a pu , à l'aide des expériences
, multiplier des découvertes
utiles. On fait aujourd'hui par quelle
route les rayons , partis du Soleil , vont
ſe rompre & ſe réfléchir dans les nuées ,
pour venir offrir à nos regards les plus
belles couleurs; de quelle façon la terre
échauffée ſe couvre de fleurs au printemps
, & envoie dans les airs les vapeurs
& les exhalaiſons ; les nuages , & dans
138 MERCURE DE FRANCE.
ces nuages , le tonerre & la foudre. Nous
pouvons à préſent pénétrer dans le ſein
de la terre , & y déceler comment la
Nature s'y prend à former le diamant ,
l'argent , l'or & les autres métaux. L'origine
des vents & des feux fouterrains ne
nous eſt pas entièrement inconnue. On
apperçoit la force qui fait monter leseaux
par mille canaux inſenſibles , juſqu'à la
cime des montagnes , pour y former des
fources fi propres à nous rafraîchir . A
l'aide des réleſcopes & des autres inftrumens
d'Optique , nous pouvons nous
élever juſqu'aux planètes , & nous élancer
de tourbillons en tourbillons , jufqu'aux
extrémités du monde. Nous avons
découvert cette circulation rapide qui
portele fang & la vie dans toutes les
parties du corps humain ; & cette connoiſſance
a perfectionné la Médecine qui
ne marche plus tant à tâtons. Nous ne
poufferons pas plus loin l'énumération
de toutes les queſtions que la phyſique
moderne nous explique. L'Auteur de
l'Ouvrage que nous annonçons , donne
dans ſa préface une juſte idée de toutes
les parties qui y font traitées ; & a trèsbien
rapproché les principales obfervations
& expériences qui font répandues
NOVEMBRE. 1776, 139
dans une infinité de volumes & de
mémoires. Ce n'eſt point ici un compilateur
qui copie les pensées des autres ;
c'eſt un Ecrivain qui entend parfaitement
la matière dont il parle. Son Cours
de philofophie qu'il a déja publié , &
qui ne contenoit que la Logique & la
Métaphysique , a mérité d'être bien
accueilli. Les deux derniers Ouvrages
que nous annonçons , & qui complettent
fou travail , ne peuvent être que trèsutiles
à ceux qui ne veulent pas croupir
dans l'ignorance.On a toujours defiré de
bons élémens fur la phyſique , où l'expérience
ſuivroit de près la ſpéculation ;
où les démonstrations mathématiques ,
clairement préſentées , ferviroient à nous
faire connoître les phénomènes de la Nature
, où toutes les matières ſeroient
traitées avec un ordre lumineux , & où
toure la Nature feroit préſentée à nos
yeux d'une manière intéreſfante & fenfible.
Le Cours de phyſique de M. l'Abbé
Sauri réunit tous ces avantages ; & no
paroît mériter d'être adopté par tous ceux
qui préfident à l'important ouvrage de
l'éducation de la Jeuneſſe.
neus
Nouveau Dictionnaire pourfervir defup140
MERCURE DE FRANCE .
1
plément au Dictionnaire raisonné des
Sciences , des Arts & des Métiers ; par
une Société de Gens de Lettres; mis
en ordre & publié par M. ***. in fol.
Tomes I & II ; 1776. A Paris , chez
Stoupe , Imprimeur- Libraire , rue de
la Harpe .
SECOND EXTRAIT.
Nous n'avons rapporté dans le premier
extrait de ce Dictionnaire , que la première
partie de l'article BEAU , c'eſt àdire
, ce qui concerne le beau naturel ;
nous allons faire connoître la feconde
partie , qui regarde la beauté artificielle ,
celle que produiſent les arts portés à un
certain degré de perfection .
>>Le principe du beau naturel une fois
reconnu , il eſt facile de voir en quoi
conſiſte la beauté artificielle : il eſt aiſé
de voir qu'elle tient , 10. à l'opinion que
l'art nous donne de l'ouvrier & de loimême
, quand il n'eſt pas imitatif: 2º. à
l'opinion que l'art nous donne &de luimême
& de l'artiſte & de la Nature
ſon modèle, quand il s'exerce à l'imiter ».
>> Examinons d'abord d'où réſulte le
ſentiment du beau dans un art qui n'imite
:
,
NOVEMBRE. 1776. 141
point ; par exemple , l'Architecture.
L'unité , la variété , l'ordonnance , la
ſymmétrie , les proportions & l'accord
des parties d'un édifice , en feront un tout
régulier ; mais fans la grandeur , la richeſſe
ou l'intelligence , portées à un
degré qui nous étonne , cet édifice ſerat-
il beau ? & fa fimplicité produira-t- elle
en nous l'admiration que cauſe lavue d'un
beau temple , ou d'un magnifique palais ?
>> Au contraire ; qu'on nous préſente
un édifice moins régulier , tel que le Pan.
théon ou le Louvre ; l'air de grandeur &
d'opulence , un enſemble majestueux ,
un deſſin vaſte , une exécution à laquelle
a dû préſider une intelligence puiflante ,
l'homme agrandi dans ſon ouvrage ,
l'art raſſemblant toutes ſes forces pour
lutter contre la Nature , & furmontant
tous les obſtacles qu'elle oppoſoit à ſes
efforts; les prodiges des méchaniques étalés
à nos yeux dans la coupe des pierres ,
dans l'élévation des colonnes & desentablemens
, dans la ſuſpenſion de ces voûtes,
dans l'équilibre de ces maſſes dont
le poids nous effraye , & dont la hauteur
nous étonne: ce grand ſpectacle enfin
nous frappe ; nous nous écrions , cela eft
beau ! La réflexion vient enſuite : elle
142 MERCURE DE FRANCE .
examine les détails: elle éclaire le ſentiment
; mais elle ne le détruit point.
Nous convenons des défauts qu'elle obferve
: nous avouons que la façade du
Panthéon manque de ſymmétrie; que
les différens corps du Louvre manquent
d'enſemble & d'unité. Plus régulier ,
cela feroit plus beau , fans doute. Mais
qu'est- ce que cela ſignifie ? Que notre
admiration, déjà excirée par la force de
l'art & ſa magnificence , ſeroit à fon
comble , ſi l'intelligence y régnoit au
même degré » .
>>Je ne dis pas qu'un édifice , où les
forces de l'art & fes richelles ſeroient
prodiguées , fût beau , s'il étoit monftrueux
, ou bizarrement compoſé. L'intelligence
y peut manquer au point que
le fentiment de beauté ſoit détruit par
l'effet choquant du défordre : car il n'en
eſt pas ici de l'art , comme de la nature.
Nous fuppofons à celle-ci des intentions
mystérieuſes. Accoutumés à ne pas pénétrer
la profondeur de ſes deſſeins , lors
même qu'elle nous paroît aveugle ou
folle , nous la fuppofons éclairée & fage;
& pourvu que , dans fes caprices &dans
fes écarts , elle foit riche & forte , nous
la trouverons belle ; au lieu qu'en inter-

NOVEMBRE. 1776 . 143
rogeant l'art, nous lui demanderons pourquoi
, à quel uſage il a prodigué ſes
richeſſes , ou épuisé ſes efforts ; mais en
cela même nous sommes peu ſévères ;
& pourvu qu'à l'impreſſion de grandeur,
ſe joigne l'apparence de l'ordre , c'en eſt
-affez: la force & la richeſſe ſont , ducôté
-del'art ,les premieres fources du beau » .
>> Du reſte , il ne faut pas confondre
l'idée de force avec celle d'effort : rien
au monde n'eſt plus contraire. Moins il
paroît d'effort , plas on croit voir de force
; & c'eſt pourquoi la légèreté , la grace ,
l'élégance , l'air de facilité , d'aiſance
dans les grandes chofes , font autant de
traits de beauté ".
>>Il ne faut pas non plus confondre une
vaine oftentation avec une ſage magnificence
: celle-ci donne à chaque choſe la
richelle qui lui convient; celle-là s'empreſſe
à montrer tout le peu qu'elle a de
richeſſes , fans difcernement ni réſerve ,
&dans ſa prodigalité , décèle ſon épuifement
.
>>Ces colifichets dont l'architecture
gothique est chargée , reſſemblent aux
colliers & aux bracelets qu'un mauvais
peintre avoit mis aux Graces. Ce n'eſt
point-làde laricheſſe; c'eſt de l'indi144
MERCURE DE FRANCE.
1
gente yanité. Ce qui eſt riche en architecture
, c'eſt le melange harmonieux
des formes , des ſaillies &des contours;
c'eſt cette belle étofte d'acanthe qui
entoure le vaſe de Callımaque ; c'eſt une
friſe où rampe une vigne abondante ,
ou qu'embiaffe un faifceau de chêne ou
de laurier. Anti l'air de timplicité &
d'économie ajoute à l'idée de force &
de richeſſe , parce_qu'il en exclut l'idée
d'effort & d'épuiſement. Il donne encore
aux ouvrages de l'art , comine aux effets
de la nature , le caractère d'intelligence .
Unamasd'ornemens confus ne peut avoir
de raiſon apparente;une variété bizarre &
fans rapport ni ſymmetrie , comme dans
l'Arabeſque ou dans le goût Chinois ,
n'annonce aucun deſſein » .
>>L'intention d'un Ouvrage, pour être
ſentie , doit être ſimple ; & indépendamment
de l'harmonie , qui plaît aux yeux
comme à l'oreille , ſans qu'on en ſache
la raiſon , une diſcordance ſenſible entre
les parties d'un édifice , annonce dans
l'Artiſte , du délire & non du génie.
Ce que nous admirons dans un beau
deſſin, c'eſt cette imagination réglée &
féconde , qui conçoit un enſemble vaſte ,
& le réduit à l'unité ».
» On
NOVEMBRE. 1776. 145
>>On voit par- là rentrer dans l'idée du
beau , celle de régularité , d'ordre , de
ſymmetrie , d'unité , de variété , de
proportion , de rapports , deconvenance ,
d'harmonie ; mais on voit auſſi qu'elles
ne ſont relatives qu'à l'intelligence ,
qui n'eſt pas la ſeule ni la première
cauſe de l'admiration que le beau nous
fait éprouver ».
>>Ce que j'ai dit de l'architecture ,
doit s'appliquer à l'éloquence , à la Muſique
, à tous les arts qui déployent de
grandes forces & de prodigieux moyens.
Qu'un Orateur , par la puillance de la parole
, bouleverſe tous les eſprits , rempliſſe
tous les coeurs de la paſſion qui
l'anime , entraîne tout un peuple , l'irrite
, le ſoulève , l'arme & le déſarme à
ſon gré : voilà dans le génie & dans
l'art , une force qui nous étonne
induſtrie qui nous confond. Qu'un Muſicien
, par le charme des fons , produiſe
des effets ſemblables , l'empire que fon
art lui donne fur nos fens , nous paroît
tenir du prodige ; & de-là cette admiration
dont les Grecs étoient tranſportés
aux chants d'Epimenide ou de Tyrtée ,
&que les beautés de leur art nous font
éprouver quelquefois » .
G
و
une
146 MERCURE DE FRANCE.

» Si
au contraire l'impreſſion eſt trop
foible , quoique très-agréable , pour exciter
en nous ce raviſſement , ce tranſport ,
comme il arrive dans les morceaux d'un
genre tempéré ; nous donnons des éloges
au talent de l'Artiſte , & au doux preftige
de l'art ; mais ces éloges ne font
pas le cri d'admiration qu'excite en nous
un trait fublime , un coup de force &
de génie » .
Paflons aux arts d'imitation . Ceuxci
ont deux grandes idées à donner , au
lieu d'une ; celle de la nature imitée ,
& celle du génie imitateur » ,
>>En ſculpture , l'Apollon , l'Hercule ,
l'Antinoüs , le Gladiateur , la Vénus
la Diane , antiques : en peinture , les
tableaux de Raphaël , du Correge &
du Gnide , réuniſſent les deux beautés. Il
en eſt de même en poësie , quand la
nature , du côté du modèle , & l'imitation
, du côté de l'art , portent le caractère
de force , de richeſſe ou d'intelligence
au plus haut degré. On dit à la
fois , du modèle & de l'imitateur :
cela est beau ! & l'étonnement ſe partage
entre les prodiges de l'art , & les prodiges
de la nature » .
On doit ſe rappeler ce que nous
NOVEMBRE. 1776. 147
avons dit du beau moral ; la force en
fait le caractère. Ainſi le crime même
tient du beau dans la nature , lorſqu'il
ſuppoſe dans l'ame une vigueur , un
courage, une audace , une conſtance , une
profondeur , une élévation qui nous frappe
d'étonnement & de terreur. C'eſt
ainti que le rôle de Cléopâtre , dans Ro
dogune,& celui de Mahomet ſont beaux,
conſidérés dans la nature , abſtraction
faite du génie du peintre , &de la beauté
du pinceau ».
>> Une idée inſéparable de celle du
beau moral & phyſique , eſt celle de la
liberté ; parce que le premier uſage que
la nature fait de ſes forces , eſt de ſe
rendre libre. Tout ce qui ſentl'eſclavage ,
même dans les choſes inanimées , aje ne
fais quoi de triſte & de rampant , qui
l'obfcurcit & le dégrade. La mode , l'opinion
, l'habitude ont beau vouloir altérer
en nous ce ſentiment inné , ce goût
dominant de l'indépendance ; la nature
à nos yeux n'a toute ſa grandeur , toute
ſa majesté , qu'autant qu'elle eſt libre
ou qu'elle ſemble l'être. Recueillez les
voix fur la comparaiſon d'un pate magnifique
, & d'une belle forêt; l'un eſt la
priſon du luxe , de la molleſſe & de
د
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Tennui ; l'autre eſt l'aſyle de la méditation
vagabonde , de la haute contemplation
, & du ſublime enthouſiaſme. En
voyant les eaux captives baigner ſervile.
ment les marbres de Versailles , & les
eaux bondiſſantes de Vaucluſe, ſe précipiter
à travers les rochers , on dit également
, cela est beau ! Mais on le dit des
efforts de l'art , & on le ſent des jeux
de la nature : auſſi l'art qui l'aſſujétit ,
fait- il l'impoſſible pour nous cacher les
entraves qu'il lui donne ; & dans la
nature , livrée à elle-même , le peintre
&le poëte ſe gardent bien d'imiter les
accidens où l'on peut foupçonner quelques
traces de ſervitude ».
» L'excellencede l'art , dans le moral ,
comme dans le phyſique , eſt de ſurpaſſer
la nature , de mettre plus d'intelligence
dans l'ordonnancede ſes tableaux ,
plus de richeſſe dans ſes détails , plus
de grandeur dans le deſſin , plus d'énergie
dans l'expreſſion , plus de force
dans les effets , enfin plus de beauté
dans la fiction , qu'il n'y en eut jamais
dans la réalité. Le plus beau phénomène
de la nature , c'eſt le combat des pafſions
, parce qu'il développe les grands
refforts de l'ame , & qu'elle-même ne
NOVEMBRE. 1776. 149
reconnoît toutes les forces , que dans
ces violens orages qui s'élèvent au fond
du coeur. Auſſi la préſie en a-t- elle tiré
ſes peintures les plus fublimes. On voit
même que pour ajouter à la beauté phyſique
, elle a tout animé , tout paffionné
dans ſes tableaux ; & c'eſt à quoi le merveilleux
a beaucoup contribué » .
>>Voyez combien les accidens les
plus terribles de la nature , les tempêtes
, les volcans , la foudre , font
plus formidables encore dans les fictions
des poëtes . Voyez la terreur que
porte dans les enfers un coup du trident
de Neptune ; l'effroi qu'inſpire aux vents
déchaînés par Eole , la ménace du dieu
des mers; le trouble que Tiphée , en
Coulevant l'Etna , vient de répandre chez
les morts , & l'effroi qu'inſpite la foudre
dans la main redoutable de Jupiter
tonnant du haut des cieux ».
» Quand le génie , aulieu d'agrandir
lanature , l'enrichitde nouveaux détails ,
ces traits choiſis & variés , ces couleurs
fi brillantes & fi bien aſſorties , ces tableaux
frappans & divers , font voir en
un moment , & comme en un ſeul point ,
tant d'activité , d'abondance , de force
&de fécondité dans la cauſe qui les pro
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
duit , que la magnificence de ce grand
ſpectacle nous jette dans l'étonnement ;
mais l'admiration ſe partage inégalement
entre le peintre & le modèle , felon que
l'impreffion du beau ſe réfléchit plus ou
moins fur l'artiſte ou fur fon objet , &
que le travail nous ſemble plus ou
moins au-deſſus ou au-deſſous de la
matière ».
>> En imitant la belle nature , ſouvent
l'artiſte peut l'égaler; mais de la beauté du
modèle , & du mérite encore prodigieux
d'en avoir approché , réſulte en nous le
ſentiment du beau. Ainsi , lorſque le pinceau
de Claude Lorrain ou de Verner,
adérobé au ſoleil fa lumière ; qu'il a
peint le vague de l'air ou la fluidité de
l'eau; lorſque dans un tableau de Van-
Huifun , nous croyons voir , fur le
duvet des fleurs , rouler des perles de
rofée : que l'ambre du raiſin , l'incarnat
de la rofe y brille preſque en ſa fraîcheur
, nous jouiſſons avec délices &
de la beauté de l'objet , & du preſtige
de l'imitation » .
>>La vérité de l'expreffion , quand
elle eſt vive , & qu'on ſuppoſe une
grande difficulté à l'avoir ſaiſie , fait dire
encore de l'imitation , qu'elle est belle !
NOVEMBRE. 1776. 151
quoique le modèle ne ſoit pas beau.
Mais ſi l'objet nous ſemble ou trop
facile à peindre , ou indigne d'être imité ,
le mépris , le dégoût s'en mêlent ; le fuccès
même du talent prodigué ne nous
touche point ; & tandis que le pinceau
minutieux de Gérard Dow nous fair
compter les poils d'un lièvre ſans nous
cauſer la moindre émotion , le crayon
de Raphaël , en indiquant d'un trait
une belle attitude , un grand caractère
detête, nous jette dans le raviſſement » .
J
» Il en eſt de la poëfie comme de la
peinture. Quel effet ſe promet un pénible
Ecrivain qui pâlit à copier fidèlement
une nature auſſi froide que lui ?
Maisque le modèle foit digne des efforts
de l'art , & que ces efforts foient heureux ,
les deux beautés ſe réuniffent , & l'admiration
eſt au comble. L'Ouvrage même
peut être beau , fans que l'objet le ſoit ,
l'intention eſt grande , & le but important
: c'eſt ce qui élève la comédie au
rang des plus beaux poëmes , & ce qui
mérite à l'apologue le ſentiment d'admiration
que le beau ſeul obtient de nous » .
• Que Molière veuille arracher le
maſque à l'hypocrifie , qu'il veuille lancer
ſut le théâtre un cenſeur âpre & ri-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
goureux des vices crians de ſon ſiècle;
que la Fontaine, ſous l'appât d'une poëfie
attrayante , veuille faire goûter aux hom
mes la ſageſſe & la vérité , & que l'un
& l'autre aient puiſé dans la nature les
plus ingenieux moyens de produire ces
grands effets , tout occupés du prodige de
l'art & du mérite de l'artiſte , nous nous
écrions : cela eft beau ! & notre admiration
ſe meſure aux difficultés que l'artiſte
a dû vaincre , & à la force de génie
qu'il a fallu pour les ſurmonter » .
>>De là vient que dans un poëme ,
des vers où l'énergie , la précifion , l'é.
légance , le coloris & l'harmonie ſe réuniſſent
ſans effort , ſont une beauté de
plus , & une beauté d'autant plus frappante
, qu'on fent mieux l'extrême difficulté
de captiver ainſi la langue , & de la
plier à ſon gré » .
>>De-là vient auſſi que ſi l'art vent
s'aider de moyens naturels pour faire
fon illufion , & pour produire ſes effets ,
il retranche de ſes beautés , de ſon mérite
& de ſa gloire. Qu'un décorateur
employe réellementde l'eau pour imiter
une caſcade , l'art n'eſt plus rien ;
je vois la nature en petit , & chetivement
préſentée. Mais qu'avec le pinceau
NOVEMBRE. 1776. 15 ;
ou les plis d'une Gaze , on me repréſente
la chute des eaux de Tivoli , ou
les cataractes du Nil , la diſtance du
moyen à l'effet , m'étonne & me tranf
porte de plaifir ».
>>Il en eſt de même de l'éloquence.
Il y a de l'adreſſe , ſans doute , à préſenter
àſesjuges les enfans d'un homme accuſé ,
pour lequel on demande grâce , ou à
dévoiler à leurs yeux les charmesd'une
belle femme qu'ils alloient condamner ,
& qu'on veut faire abfoudre. Mais cet
art eſt celui d'un adroit corrupteur , ou
d'un folliciteur habile; ce n'eſt point
l'art d'un orateur. Les dernières paroles
de Céſar , répétées au peuple Romain ;
font un trait d'éloquence de la plus rare
beauté ; fa robe enſanglantée , déployée
fur la tribune , n'est rien qu'un heureux
artifice. A ne comparer que les
effets , un charlatan l'emportera ſur l'orateur
le plus éloquent; mais le premier
emploie des moyens matériels , & c'eſt
par les fens qu'il nous fappe ; le ſecond
n'emploie que la pundance du
fentiment & de la raiſon; c'eſt l'ame
& l'eſprit qu'il entraîne; & fi on ne
dit jamais du charlatan qu'il fait de belles
chofes, quoiqu'il opère de grands effets ,
Gv
154 MERCURE DE FRANCE
c'eſt que ſes moyens trop faciles , n'annoncent
, du côté de l'art & du génie ,
aucun des caractères qui diſtinguent le
beau , tandis que les moyens de l'orateur
, réduits au charme de la parole ,
annoncent la force & le pouvoir d'une
ame qui maîtriſe toutes les ames par l'afcendant
de la penſée , afcendant metveilleux
, & l'un des phénomènes les
plus frappans de la nature ».
,
>>Le pathétique , ou l'expreſſion de la
fouffrance , n'eſt pas une belle chofe
dans ſon modèle. La douleur d'Hécube ,
les frayeurs de Mérope , les tourmens
de Philoctère , le malheur d'Edipe ou
d'Oreſte , n'ont rien de beau dans la réalité
, & c'eſt peut-être ce qu'il y a de plus
beau dans l'imitation . Beauté d'effet
prodige de l'art de ſe pénétrer avec tant
deforcedesſentimens d'un malheureux ,
qu'en l'expoſant aux yeux de l'imagination
, on produiſe le même effet , que
s'il étoit préſent lui-même , & que par
la force de l'illuſion , on émeuve les
coeurs , on arrache des larmes , on rempliffe
tous les eſprits de compaſſion ou
de terreur » .
» Ainſi , ſoitdans la nature , foitdans
'les arts , ſoit dans les effets qui réſaltent
NOVEMBRE. 1776. 155
de l'alliance & de l'accord de l'art avec
la nature , rien n'eſt beau que ce qui
annonce, dans un degré qui nous étonne ,
laforce, la richesse ou l'intelligence de l'une
ou de l'autre de ces deux cauſes , ou
de toutes deux à la fois » .
> On peut dire qu'il y a du vague
dans les caractères que nous donnons
au beau ; mais il y a auſſi du vague dans
l'opinion qu'on y attache. L'idée en eſt
ſouvent factice , & le ſentiment relatif
à l'habitude & au préjugé. Par exemple ,
la même couleur qui eſt riche & belle
aux yeux d'une claſſe d'hommes , n'eſt
pas telle aux yeux d'une autre claſſe ,
par la ſeule raiſon que la teinture en eſt
commune & de vil prix. Pourquoi ne
dit- on pas du lever du ſoleil ou de ſon
coucher , qu'il eſt beau , quand le ciel
eſt pur ou ſerein ? Et pourquoi le dit- on
lorſque ſur l'horizon , il ſe rencontre
desnuages ſur lesquels il ſemble répandre
la pourpre & l'or ? C'eſt que l'or
& la pourpre font dans nos mains des
choſes précieuſes ; qu'à leur richelle , nous
avons attaché le ſentiment du beau par
excellence ; & qu'en les voyant briller
d'un éclat merveilleux ſur les nuages que
le ſoleil colore , nous les comparons à ce
,
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
1
que l'induſtrie , le luxe & la magnificence
offrent de plus riche à nos yeux. Adesidées
invariables , il faut des caractères
fixes ; mais à des idées changeantes , il
faut des caractères fufceptibles , comme
elles , des variations de la mode & des
caprices de l'opinion ».
Cet article fuffit pour indiquer la manière
dont la littérature eſt traitée dans
ce fupplément à l'Encyclopédie. Les
Sciences y font développées avec la même
attention ; & l'on a eu particulièrement
le ſoin de marquer les progrès que
l'eſprit d'obſervationyfait tous les jours.
Journal des Causes célèbres , curieuſes &
intéreſſantes de toutes les Cours Souveraines
du Royaume , 12 volumes
in- 12 par an ; 18 liv. pour Paris , &
24 liv. franc de port pour la Province.
On foufcrit chez M. Déſeffaris , Avocat
au Parlement ; & chez Lacombe
Libraire , au bureau des
Journaux .
Le vingt- deuxième & le vingt troi
fième volume de cetOuvrage périodique
viennent de paroître. Le premier renferme
deux caufes :celle d'une fille accuNOVEMBRE.
1776. 197
ſéed'inceſte ſpirituel, & celle d'un homme
mis en priſon par ordre du Roi. La première
de ces deux cauſes contient les
détails les plus piquans.On trouve , dans
le vingt- troiſième volume , quatre cauſes
également curieuſes & intéreſſantes. La
première eſt le procès du fameux rebelle
Pugatchew condamné en Ruſſie , & exécuté
à Moſcou en 1774 ; la ſeconde ,
l'affaire des Libraires ſur le commentaire
de la Henriade de M. de Voltaire , publié
par M. Fréron après la mort de M.
de la Baumelle. La queſtion que cette
cauſe préſente , intéreſſe les gensde lettres
& les Libraires. Il s'agit de ſavoir ſi ,
fous prétexte d'un commentaire , on peut
faire imprimer le texte de l'ouvrage commenté.
Les détails de cette affaire la
rendent très- piquante. Le Redacteur y
a infére un avertiſſement de M. de Voltaire
, fur l'édition de ſon théâtre faite
au Temple-du-Goût , qu'on lira certainement
avec le plus grand plaifir , &
qui répand le plus grand intérêr ſur cette
cauſe. Elle est d'ailleurs écrite avec pureté,&
ne peut manquer de plaire à toutes
fortesde Lecteurs. La troiſième ,préſente
une queſtion importante fur l'état des
Juifs , jugée par le Parlement deNancy.
158 MERCURE DE FRANCE.
M. Déſeſſarts eſt le Rédacteur de ces
trois cauſes . La quatrième eſt un procès
criminel ſur des couplets faits contre
l'honneur & la réputation d'une femme
de qualité. Cette affaire renferme les
circonſtances les plus fingulières . Un
Journal auſſi piquant, mérite le ſuccès
qu'il a. Il formera dans la ſuite un des
recueils les plus intéreſſans que nous
ayions fur la Jurisprudence. Pour le rendre
plus utile , les Rédacteurs viennent
d'annoncer qu'ils donneront au public
une table raiſonnée des matières de tous
les volumes qui auront paru juſqu'au
premier Janvier 1777. Ils expliquent
les motifs qui les déterminent à faire
imprimer cette table ſéparément , dans
un avertiſſement qui ſe trouve au commencement
du volume qui vient de pa .
roître , & que nous allons copier *.
Pluſieurs de nos Souſcripteurs (difentils)
nous ont demandé une table alpha-
* MM. les Avocats des Parlemens de Province
qui voudront faire inférer dans ce Journal des
affaires , dans leſquelles ils auront fait des Mémoires
imprimés , font priés de les envoyer ,
francs de port , à M. Déſeſſarts , & d'y joindre
une copie des Arrêts qui les auront jugés. Les
Rédacteurs s'empreſſeront d'en rendre compte.
NOVEMBRE 1776. 159
1
bétique & raiſonnée des matières contenues
dans les volumes quiont parus jufqu'ici
. La variété & l'importance des
queſtions répandues dans notre ouvrage ,
exigent ce ſecours. Nous aurions prévenu
le defir de nos Souſcripteurs , ff
nous n'avions été arrêtés par les conditions
que nous nous ſommes impoſées
dans notre Prospectus , de fournir douze
"volumes de cauſes par an. Nous leur
propofons donc de leur donner la table
de tout ce qui aura paru juſqu'au premier
Janvier 1777. L'abondance des matières
ne permet pas de la renfermer dans un
volume moindre que dix , douze à quinze
feuilles , & d'un caractère beaucoup plus
fin que celui du corps de l'ouvrage . Ainfi
ceux qui voudront ſe procurer ce volume
ſéparé , auront la bonté d'en prévenir M.
Déſeſſarts en renouvelant leur foufcription
,& de lui faire tenir la ſomme de
3 livres pour ce volume ,& il leur parviendra
franc de port dans le courant du
mois de Juin 1777 .
MM. les Souſcripteurs font également
priés de renouvelerleur ſouſcription dans
le mois de Décembre , afin de fixer le
tirage des exemplaires , & d'en donner
l'avis , franc de port , à M. Déſeſſarts ,
160 MERCURE DE FRANCE ,
Avocar au Parlement , rue de Verneuil ,
la troiſième porte cochère avant la rue de
Poitiers; ou au ſieur Lacombe , Libraire ,
aubureau des Journaux.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
ESSAIS hiftoriques fur les modes & fur
le coftume en France ; nouvelle édition ,
pour ſervir de ſupplément aux Effais hiszoriques
fur Paris , par M. de Saint Foix .
A Paris , chez Coſtard , rue Saint Jeande-
Beauvais ; 1 vol. in-12 br. 1 1. 10 f.
Le petit Magasin des Enfans , ou les
étrennes d'un père , &c. contenant un
cours complet& précis d'éducation , mis
à la portée des enfans des deux ſexes ,
avec les notions les plus exactes & les
plus lumineuſes ſur la religion , la géographie
, l'hiſtoire , la morale , l'hiſtoire
naturelle , &c. fuivi d'un abrégé de l'hiftoire
des Dieux & des Héros de la Fable;
3 vol. in 24 br. chez le même .
NOVEMBRE. 1776. 161
ACADÉMIES.
I.
BSANGON.
L'ACADÉMIE des Sciences , Belles-Lertres
& Arts de Beſançon a tenu ſa ſéance
publique le 24 Août 1776 , au palais de
Grandville pour la diſtribution des prix .
M. l'Abbé Talbert , Préſident de l'Académie
, ouvrit la ſéance par un beau difcours
où il rappelle la gloire de la province&
de la capitale de Franche Comté ,
par les Grands-Hommes qui en font fortis
, qui ſe ſont diſtingués dans tous les
genres de mérite. M. le Préſident fit enſuite
la réception annuelle des Académiciens
; de M. le Comte de Scey , Maréchal
de Camp , &de M. Clerc , ci-devant
Médecin des Armées du Roi , en Allemagne
, &c. Enſuite , on rendit compte
des Ouvrages qui ont concourru pour les
prix. Depuis deux années , l'Académie
demandoit aux Orateurs de développer
cette importante vérité : Combien le refpectpour
les moeurs contribue au bonheur
1
162 MERCURE DE FRANCE.
des Etats. Trente cinq concurrens font
entrés dans la carrière , mais un ſeul a
remporté les deux prix deſtinés à l'éloquence
, qui devoient être réunis ou diviſés
, ſelon le mérite des Ouvrages. Le
diſcours de M. l'Abbé de Moï , Grand-
Vicaire de Verdun , Curé de S. Laurent ,
à Paris , laiſſoit trop de diſtance entre lui
& ſes rivaux , pour que l'Académie pûc
lui en afſimiler aucun. Son diſcours , fuivant
le témoignage de ſes Juges , offre
à la fois une expreſſion préciſe & forte ,
le coloris le plus brillant , un ſtyle animé
par les images , une chaleur foutenue ,
& cette heureuſe variété de tours , fans
laquelle les plus grandes beautés languif
ſent . L'Acceffit du prix d'éloquence a
été accordé au P. Prudent , Capucin .
M. le Préſident a enfuite annoncé que
le prix de differtation avoit été adjugé à
Don Vincent de l'abbaye de S. Remi ,
à Reims . Il s'agiſſoit de montrer quelle
a été l'autorité des Empereurs dans les
Gaules, après l'établiſſement des Barbares ?
L'Académie avoit proposé pour ſujet
des Arts en 1774 : La poſſibilité d'établir
des moulins à vent , ou des moulins
à bateaux dans les environs de Besançon ,
eu égard à l'impétuofité des vents , & à la
NOVEMBRE. 1776. 163
lenteur de la riviere. Un Auteur anonyme
a obtenu un des prix réſervés,&
l'autre a été partagé entre le ſieur Puricelli
, & le ſieur Loiſeau , Architecte de
Paris . Enfin , l'acceffit a été défére au plan
d'une roue horizontale de moulin à vent ,
propoſé par le ſieur Leguin , originaire
de Franche-Comté , & réſident à Paris.
La féance a été terminée par l'annonce
des ſujets des prix pour 1777.
Le premier , fondé par M. le Duc de
Tallard , conſiſte en une médaille d'or
de la valeur de 350 liv .
Le diſcours aura pour objet d'établir
comment l'éducation des femmes pourroit
contribuer à rendre les hommes meilleurs ?
L'étendue de l'Ouvrage doit être d'environ
une demi-heure de lecture .
Le ſecond prix , également fondé, par
M. le Duc de Tailard , conſiſte en une
médaille d'or de 250 liv. & eſt deſtiné
àune differtation littéraire . Il ſera donné à
la meilleure Notice des monumens Romains
qui exiftent dans le comté de Bourgogne.
Les Auteurs ſe diſpenſeront de traiter
la partie des voies anciennes , for lefquelles
l'Académie a des éclairciflemens
fuffifans. La diſſertation ſera d'environ
trois- quarts- d'heure de lecture , fans y
comprendre les pauſes.
164 MERCURE DE FRANCE.
Le troiſième prix , fondé par la ville
deBesançon , conſiſte en une médaille
d'or de la valeur de 200 liv. deſtiné à un
Mémoire ſur les Arts .
L'Académie a déjà démandé : Quelles
font les caufes & les caractères d'une mala
die qui commence à attaquer pluſieurs vi.
gnobles de Franche Comté , les moyens
de la prévenir ou de la guérir.
Les Ouvrages feront adreſſes , francs
de port , à M. Droz , Conſeiller au
Parlement , Secrétaire perpétuel de l'Académie
, avant le premier Mai 1777.
Pour faciliter les recherches & les expériences
des perſonnes qui ſe livrent à
la partie hiſtorique & aux arts , l'Académie
propoſe les ſujets ſuivans pour
l'année 1778 .
Le prix des Arts ſera donné au meil.
leur Mémoire fur la Minéralogie d'un
Bailliage de la Franche- Comté.
Pour l'Histoire , on demande : Quelle
eſt l'origine des droits de main moriedans
les provinces qui ont composé le premier
royaume de Bourgogne.
Les Auteurs font invités d'indiquer
exactement les lieux dans lesquels ſe
trouvent les ſubſtances minérales ou
fofliles dont ils parlent , d'aviſer aux
moyens d'en tirer le parti le plus avanNOVEMBRE.
1776. 165
:
tageux , & de joindre à leurs Ouvrages
des échantillons bien étiquetés de ce
qui pourra mériter une attention plus
particulière,
I I.
NISMES.
L'Académie de Nîmes a tenu ſa ſéani
ce publique le 14 Juin 1776.
M. de Vallongue , directeur , en a fait
l'ouverture , par un diſcours dans lequel
il a prouvé , par le tableau des progrès
des Sciences & des Arts , depuis leur
première invention , juſqu'à nos jours ,
que le principe qui agit dans l'homme ,
eſt eſſentiellement différent du principe
qui agit dans les autres animaux ; & que
la perfectibilité indéfinie dont la raiſon
humaine eſt douée , oblige de la placer
dans un ordre ſupérieur à celui de l'inftinct
aveugle & borné qui anime les
brutes.
M. de Génas , Chancelier , a rendu
compte des divers ouvrages de profe &
de poéfie , qui ont été lus , pendant le
cours de l'année , dans les féances parriculières
de l'Académie , dont les principaux
font :
166 MERCURE DE FRANCE.
Unmémoire fur l'analogie des fluides
nerveux , électrique & magnétique , par
M. l'Abbé Paulian .
Une diſſertation ſur les cauſes du
froid que l'on reſſent ſur le ſommet des
Montagnes , après avoir éprouvé le
chaud dans les vallons qui font à leur
pieds ; par le même.
T
Une fable allégorique , de M. de
Neuvillé.
Divers morceaux de poéſie italienne
de M. de Verot .
Diverſes piéces de poéſie françoiſe ,
de M. Imbert.
Obſervations ſur la diſtribution des
eaux de la fontaine de Nîmes , & fur
les moyens de remédier à quelques inconvéniens
, par M. de Génas .
Un mémoire fur les communaux du
Diocèſe de Nîmes , par le même.
L'Eloge hiſtorique de Queſnay , par
M. le Comte d'Albon .
Une lettre du même à M. de B ... fur
le commerce , les fabrications & la conſommation
des objets de luxe ;

Un dialogue entre un Economiſte &
un Fabriquant de Lyon ; pour ſervir de
réponſe à la lettre de M. le Comte
d'A à M. ... de B ... ſur le commerce ,
NOVEMBRE. 1776. 167
les fabrications & la conſommation des
objets de luxe , par M. Vincens.
Des obſervations ſur les loix de Lycurgue
, par M. Lecointe de Marcillac.
Un drame intitulé Arétine , par le
même.
د
Des obſervations ſur l'inoculation
Sutonienne , par MM. Nicolas de
Grenoble & Razoux , Docteurs en
Médecine.
Des notices, & un extrait de l'Hiſtoire
de la Ville de S. Gille , par M. Razoux.
Une differtation ſur les voeux des
Romains , par M. Meynier .
L'Eloge de M. Berard de l'Académie
de Nîmes , par M. Girard.
Réfléxions ſur le projet de faire un
nouveau cadaftre en Languedoc , par M.
deVallongue.
Un Mémoire fur le projet d'un canal
de navigation de Nîmes au rhône & à
la mer , par M. Tempié.
M. de Génas a analyſé la plupart
de ces ouvrages : en faiſant l'extrait du
dernier , il a parlé de la commiffion
nommée par le gouvernement , pour
l'examen des canaux qu'il feroit utile de
conſtruire dans le royaume ; il a fait
l'éloge du Roi ; celui des Miniſtres , de
168 MERCURE DE FRANCE.
M. l'Archevêque de Narbonne , Préſident
des Etats de Languedoc ; de M.
le Comte de Périgord, Commandant, &
de M. de S. Prieſt, Intendant de la même
Province ; & celui de M. l'Evêque de
Nîines , comme chefde l'adminiſtration
politique de ſon Diocèſe.
Après le réfumé de M. de Génas , M.
Seguier, ſecrétaire perpétuel, a proclamé
l'Ouvrage qui a remporté le prix de
cette année , & annoncé le ſujet de celui
de l'année prochaine , par le programme
ci-joint.
La ſéance a été terminée par la lecture
de l'ouvrage couronné.
A la ſuite dela ſéance de l'Académie,
M. l'Evêque de Nîmes préſidant , comme
protecteur , a diſtribué divers prix que le
ſieurMaumenet, Maître d'Ecriture, avoit
propoſés à ſes Elèves , au jugement de
l'Académie.
L'Académie avoit propoſé pour le ſujet
du prix de l'année 1776 , l'Eloge d'Efprit
Fléchier Evêque de Nîmes. Elle l'a
décerné à l'Ouvrage qui a pour deviſe :
Perfonne ne favoit mieux estimer les chofes
louables , ni mieux louer ce qu'il estimoit
. Fléch. Orais. Funéb. de Mont. dont
l'Auteur eſt M. Trinquelague , Avocat
en Parlement , réſident à Nîmes.
Parmi
MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES;
DÉCEMBRE , 1776 .
Mobilitate viget. VIRGILE .
A PARIS,
Chez LACOMBE , Libraire , rue Chriſtine ,
près la rue Dauphine.
AvecApprobation & Privilége du Roi.
AVERTISSEMENT.
C'E'ESSTT au Sieur LACOMBE libraire, à Paris, rue
Chriſtine , que l'on prie d'adreſſer , francs de port,
les paquets & lettres , ainſi que les livres , les eftampes
, les pièces de vers ou de profe , la muſique
, les annonces , avis , obſervations , anecdotes
, événemens ſinguliers , remarques ſur les
ſciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inſtruire ou amuſer le
Lecteur. On prie auſſi de marquer le prix des livres,
eltampes & pièces de muſique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourirà ſa perfection;
on recevia avec reconnoiſſance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront mêine un titrede
préférence pour obtenir des récompenſes ſur le
produit du Mercure .
L'abonnement du Mercure à Paris eſt de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour ſeize volumes rendus
francsde port .
L'abonnement pour la province eſt de 32 livres
pareillement pour ſeize volumes rendus francs de
port par la poſte.
On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eſt de 36 ſols pour
ceux quin'ont pas ſouſcrit,au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés.
On ſupplie Meſſieurs les Abonnés d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la poſte , ou autrement , au Sieur LACOMBE,
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1
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JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart ,
14 vol . par an , à Paris , 91. 16 .
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JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES, 12 vol in- 12 par an ,
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cahiers par an , à Paris & en Province , 181.
LE SPECTATEUR FRANÇOIS , IS cah. par an , à Paris , 9 !.
Etpour la Province , 121.
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• Province , 24 1.
JOURNAL DES DAMES , 12 cahiers , de chacuns fenilles ,
par an, pour Paris , 121
Et pour la Province , 151.
L'ESPAGNE LITTÉRAIRE , 24 cahiers par an, à Pari , 181 .
En Province , 241
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Spectacle des Beaux-Arts , rel . 21. 10 f
Diction. Iconologique , in- 8 °. rel. 31.
Dit. Ecclef. &Canonique , 2 vol. in-88. rel. 9.1.
Dit, des Beaux-Arts , in-8 , rel. 41.10f.
Abrégéchronol. de l'Hift du Nord , 2 vol in-89. rel. 12 1.
de l'Hift . Eccléſiaſtique , 3 vol. in-8 °. rel. 18 1.
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Théâtre de M. de Sivry , vol. in-89. br. 21.
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Lettres nouvelles de Mde de Sévigné , in- 12 br. 21. 10f.
Les mêmes , pet. format , 11. 16f.
Poëme fur l'Inoculation , vol. in-8 ° . br. 31.
Traitédu Rakitis , ou l'art de redreſſer les enfans contrefaits
, in- 8º . br. avec fig. 41.
Elogede la Fontaine, par M. de la Harpe , in-8 ° . br.11.4f.
Les MuiesGrecques , in-8 ° . br. 1.16f
LesOdes Pythiques de Pindare , in-8° . br. 5.1 .
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , &c .
in- fol. avec planches br. en carton , 241.
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architecture
, in-4º . avec fig. br. en carton , 12.1.
Les Caractères modernes , vol . br . 31.
Mémoire ſur la Muſique des Anciens , ouvelle édition,
in4º, br. 71
L'Agriculture réduite à ſes vrais principes, vol. in-12.
broché 21.
Annales de l'imperatrice-Reine , in-8 °, bravec fig. 41.
MERCURE
DE FRANCE.
DÉCEMBRE , 1776.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
TRADUCTION en vers libres d'un Poëme
Anglois intitulé : Amurat & Théana ,
ou les Amans malheureux .
Nonloin d'une célebre ville * ,
Le trône des beaux- arts & des Savans l'aſyle,
*Oxford,où ilya une célebre UniverſitéenAngleterre.
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
Où cent dômes hardis s'éleventjuſqu'aux cieux ,
Où , ſur un bord délicieux ,
On voit du fleuve Iſis rouler l'onde argentée ;
Eſt un vallon couronné de forêts :
La natureydéploie une ſcene enchantée:
Le bonheur y préſide avec l'aimable paix . -
Làvivoient deux Amans à la fleur de leur âge;
La belle Théana , le ſenſible Amurat .
On voyoit fur leur teint ce divin incarnat
Dont la brillante Aurore embellit ſon viſage ,
Lorſqu'elle nous paroît , au bord de l'Orient,
Sourire à la nature , & d'un roſe charmant
Colorer le nuage.
1
La voix de Théana pénétroit juſqu'au coeur;
Son air étoit modeſte & fon rire enchanteur ;
La vertu lui prêtoit ſon efprit & les graces;
Les ris & les plaiſirs s'empreſſoient ſur ſes traces,
Et ſon langage aimable & ſenſé tour- à tour ,
Plaiſoit à la raison & féduifoit l'amour.
Sous un mouchoir de gaze tranſparente ,
Où l'on voyoit des bouquets nuancés ,
Que ſa main avec art avoit entrelacés ,
S'agitoit doucement une gorge naiflante ;
Et le coeur qui faiſoit palpiter ce beau ſein ,
S'attendriſloit ſur la foule indigente. 1.0+
!
DÉCEMBRE. 1776. 7
Un coup- d'oeil tendre , une bonté touchante ,
Donnoient le plus grand prix aux bienfaits de ſa
main.
Dans les beaux yeux brilloient , fans ſo contraindre
,
Les innocens deſirs d'un coeur pur & fans fard;
Et ce coeur ingénujamais ne connut l'art
De tromper ou de feindre.
Amurat , ſon amant ,jeune , bienfait & beau ,
Avec un regard doux portoit une ame ardente ;
Sur fon front paroilloit la vertu triomphante ;
Pour lui le crime étoit étranger & nouveau.
La voix de l'amitié d'abord ſe fit entendre
A fon coeur ſimple & ſans détour ;
Bientôt elle lui fit comprendre
:
Que ce coeur tendre étoit fait pour l'amour.
Deſtinés pour jouir , pour s'aimer& pour plaire ,
Aquels heureux tranſports leurs coeurs vont ſe
livrer !
Mais leur bonheur fut trop grand pour durer ,
Et la fortune à l'amour fut contraire.
Le pere d'Amurat , homme vain , ſans pitié ,
Qui n'eſtimoit que l'opulence ,
Qui ne connut jamais la douce jouiflance
Aiv
MERCURE DE FRANCE
De l'amour ou de l'amitié ;
la rompre lachaîne on ſon coeur eſt lié.
approuva long-temps leur innocente flamme;
Mais bientôt ſe livrant à l'orgueil de ſon ame,
Afon fils trop heureux un jour il ordonna
De ne plus voir, aimer , ni plaire à Théana.
Pour Amurat quel coup de foudre !
Envain voudroit- il obéir !
Comment pourroit-il s'y résoudre ?
• Il ne fait qu'aimer ou mourir.
Il tâche, hélas ! de conjurerl'orages
Alapriere ilmêlele reſpect,
D'un amour éloquent il parle le langage:
Mais l'intérêt l'emporte , il n'a que le regret.
Otoi ! s'écrioit- il , ma plus chere eſpérance!
>>>O toi que j'aimerai toujours !!
>> Théana , mes fideles amours !
Pourquoi ſuis -je privé de ta douce préſence ?
>>D'un trouble violent je me ſens agité ;
>>D>espleurs inondentmonviſage ,
Chere Amante ! aimable beauté!
Fille charmante , auſſi tendre que ſage !
Vain difcours ! .. c'en eſt fait.. je ne la verrai plus..
D'undéſeſpoir affreux mon coeur eſt la victime...
DÉCEMBRE. 1776.
J'éprouve des tourmens qui ne ſont dus qu'au
>>>crime.
>>Mes plaiſirs font paflés , mes beaux jours font
*perdus.
Olune ! reine des ténebres !
>>Tandis qu'autourde moi mille ſpetres funebres
Viennent en voltigeant ſous ces triſtes lambris ;
>>Tandis que la chouette , en flottant dans tes
»ombres,
Fait retentir par-tout ſes lamentables cris :
-Arrête... que je puifle , errant dans ces lieux
fombres ,
>>Meplaindre de mes maux, te raconter mon forts
-Tedire madouleur , & te la dire encor.
1
>>> Je vous ſalue , ô ſcenes magnifiques ,
→Cortége de la nuit , aftres mélancoliques ,..
>>Qui fuyez à l'aſpect du jour !

Tandis que moneſprit , plongé dansla triſtefle ,
>>Médite ſur les maux que lui cauſe l'amour ;
•Devos feux pâliſſans éclairez ma tendreſſe ;
Régnez ſur ce ſombre ſéjour.
Funeſte ſoit ! ta barbarie
>>M'impoſe la plus dure loi!..
>>Cette vallée , autrefois ſi chérie,
N'est qu'un affreux déſert pour moi...
Av
10 MERCURE DE FRANCE...
-O Théana ! fille accomplie !
>>P>uis-je vivre ſanstoi!
ur...
>>>Le coeur d'un pere a-t- il donc pu s'éteindre ?
>> L'intérêt à ce point a-t- il pu l'endurcir ?
>> Pas une larme... Non; pas même un feul fous
>>pir...
10
>>Ah ! peut- être jamais il ne daigna meplaindre ?
•Dieutout-puiſſant , qui faifois mon eſpoir !
>>> Amour ! maître de la nature !
>>>Je reconnus ton ſouverain pouvoir ,
> Et tu caufas tous les maux que j'endure.
>> Dis-moi , dis moi , cher tyran de mon coeur,
Où puis-je retrouver ma liberté chérie ?
>>N'étoit- ce pas aſſez de me l'avoir ravie ?
>> Faut- il troubler encor ma paix & mon bonheur ?
>>Charmant eſpoir ! tréſor de ma penſée!
> Douce félicité paſſée !
>> Tu diſparus en unmoment.
>Ah ! fans doute le coeur qui brila potre chaîne,
DÉCEMBRE . 1776 . 11
>>> Eſt plus dur que lediamant ...
»O funefte décret! tu cauſes notre peine ,
>>Tu troubles nos plaiſirs.
>>L>e ſouvenir chérides plus tendres délices ,
>> Me fait ſouffrir mille ſupplices :
>>Mes deſirs innocens font changés en ſoupirs ».
Ah ! trifte Amant ! ah ! ceſſe de te plaindré !
Revois l'objet qui t'a charmé :
Dans ce moment , que ton coeur ranimé ,
Puiſſejouir ſans ſe contraindre !
Théana vient ; mais , quoi! ton oeil ſe mouille
encor...
Ellen'entend que trop ce fureſte langage ,
Etdans ces pleurs qui baignent ton viſage ,
Elle a lu les arrêts du fort .
Combien le deſtin eſt funeſte
A ces Amans infortunés !
Pour le bonheur ils étoient deſtinés.
L'eſpoir fuit , la douleur reſte .
Omaudit or ! qui fais leur déplaiſir ,
Puifle -tu pourjamais te fondre & t'engloutir
Dans le ſein entr'ouvertde la terre profonde ,
D'où tu ſortis pour le malheur du monde.
Le coeur de Théana vivement allarmé ,
De ſon amant voit la langueur mortelle.
Avj
高2 MERCURE DE FRANCE.
Elle la ſent : « Hélas! s'écria-t-elle,
Cher Amurat , mon bien-aimé ,
Nem'abandonne pas dans ma douleur cruelle;
Puiſque tu m'as promis ta foi ,
>Tu ne dois vivre que pour moi.
>>J>uſqu'à la mort je te terai fidelle.
Ah! chere Théana , dit-il en cemoment,
Rien ne pourra jamais ébranler ma conſtance !
•De mon pere & du fort je brave la puiſſance ;
►Tu régneras toujours ſur le plus tendre Amant.
Mais l'intérêt a cauſé mes alarmes.
On me défend , hélas ! de t'adorer ;
>>J>'emploie envain la priere&les larmes:
•C'eſt pour jamais qu'on veutnous ſéparer.
Maisenvain les ſaiſonscouronnerent l'année ,
>>Envain ſoupirons- nous fur notre deſtinée ,
-L'écho le joue en paix de nos triſtes clameurs ;
•Belle campagne autrefois fortunée ,
-Nous t'arroſons aujourd'hui de nos pleurs.
Les plaiſirs de l'amour , comme une ombre legere,
>>Sont échappés à mes deſirs ;
Maisje ne perdrai point de fi chers ſouvenirs ,
Et juſques à l'heure derniere ,
Qui doit terminer mon tourment,
DÉCEMBRE. 1776. 13.
Je ſerai tendre... amoureux ... & conftant.
>>>Beaux jours qui fuyez commeun fonge ,
>>> Quoi ne reviendrez-vous jamais?
>>>Monbonneur fut-il un menſonge ?
>>Dois je expirer dans les regrets ?
Odouleur ! oh ! combienje ſens ton amertume!
Répete ſon Amante alors ;
>>>L'amour envain fait ſes efforts ;
>>Lepoiſon dans mon ſein s'allume ,
>>E>t le noirchagrinme confume.
>>Par-tout, dans ces lieux égarés,
Où je vais te chercher ſansceffe,
20Tout offre à mes yeux éplorés
L'affreux néant de la triſteſſe.
>>H>élas! un implacable fort
>>Sans pitié m'a donc condamnée,
>>>Fidelle Amante , Amante infortunée,
>Detepleurerjuſqu'à la mort !
>>O>ui , notre ame doit ſe joindre
>>Dans le ſommeil du trépas ;
>>Ce trépas n'eſt point à craindre ,
Si j'expire dans tes bras.
>>C'eſt à l'amour à nous plaindre ,
L
14 MERCURE DE FRANCE.
A célébrer nos malheurs ,
>> Aux Amans à verſer des pleurs.
>> Mais d'un moment ſije te dois ſurvivre ,
>> A te pleurer je paſſerai ce temps.
>> Mon ame alors , prête à te ſuivre ,
>> Soupirera les plus triſtes accens :
- Aux oiſeaux de ces bois j'apprendrai notre hif
>> toire;
>> Sur le chêne & l'ormeau je graverai ton nom ;
>> Et mes cris en frappant l'écho de ce vallon ,
>>Retentiront au Temple de mémoire.
>>>Pour la derniere fois j'irai ſous ces berceaux ,
>>>Qui virent naître un innocente flamme;
»Un inſtantj'entendrai murmurer ces ruiſſeaux ,
>>Qui répétoient les ſoupirs de notre ame;
>> Je leur ferai les plus tendres adieux :
>>>Puis prononçant le nom de celui que j'adore ,
>>>L'amour & ladouleur me fermeront les yeux >>>>
Leur teint de roſe où brilloit la jeuneſſe ,
Où l'on voyoit les leurs de la ſanté ,
Où l'amour avoit peint ſes traits & ſa beauté ,
Eſt par-tout fillonné des mains de la triſteſſe.
Dans ce moment funeſte accablé de remords ,
Le pere invoque envain le ciel inexorable.
Il s'attendrit ; il voit les torts;
DÉCEMBRE. 1776. 15
Mais le mal eſt irréparable .
Vers lui ſon fils tourne un regard mourant :
> Il n'eſt plus temps, dit-il,en ſa douleur extrême;
>>Je vais mourir ... En ce dernier moment ,
>>>Laiflez-moi voir encor une fois ce quej'aime...
> Je vous pardonne... & je mourrai content.

Sur l'aile de l'amour , ſon Amante alarmée ,
Vole ... Un torrent de pleurs coulant de les beaux
yeux ,
Arroſe d'Amurat la main inanimée.
Hélas ! la mort va tromper tous leurs voeux !
Un froid mortel vient deglacer ſon ame...
Adieu , s'écria- t- il.Auſſi-tôt il ſe pâme...
SonAmante en frémit... O cruel déplaiſir !
Elle perd tout eſpoir & n'a plus qu'à gémir.
1
Opere infortuné! le chagrin qui t'égare
Ajoute au trait fatal qui lui donne la mort.
Laiſſe l'amour le maître de ſon fort :
De ſes beaux jours il ſera plus avare.
Pourquoi de Théana contraindre les douleurs .
Ah ! permets- lui de dire à celuiqu'elle adore :
« Regarde ton Amante & vois couler ſes pleurs ,
>>>O mon cher Amuiat! pour elle vis encore.
Théana retournoit chez elle inconfolable.
LeNord ſouffloit faglaces un accent lamentable,
16 MERCURE DE FRANCE.
Sorti du fond des bois , vient frapper ſon eſprit.
Les triftes oiſeaux de la nuit
Chantent pour ſon Amant leurs complaintes funebres.
Egarée, incertaine , au milieu des ténebres ,
Achaque pas elle frémit ,
Et croit par-tout entendre Amurat qui gémit.
:
Ainfi , tremblante & désolée ,
Son ame demeure accablée
Dans cette affreuſe vifion ;
Lorſqu'hélas! un lugubre fon
Frappefon oreille troublée ...
De fon Amant... 6 coup fatal !
Laclochede la mort ſonne la derniere heure... :
Soncorps friffonne à ce triſte ſignal ..
(Deſa mere elle allout atteindre la demeure
«C'en est fait ! il n'eſt plus.O funeste moment!
>>> S'écria t -elle : Amurat ! .. cher Amant!
>Attends moi.. je te fuis.. On! .. mon coeur ſe
>>déchire :
1
Je meurs. Am... En diſant , elle tombe; elle
>>expire.
ÉPITAPHE.
Muſes , en traçant cette hiſtoire ,
Soupirez ſur votre pinceau ;
3
:
DÉCEMBRE. 1776 . 17
Que l'Amour porte le tableau
Lui- même au Templede Mémoire.
Tandis qu'auprès de ce tombeau
L'Amitié ſainte exprime ſes alarmes ,
Que lavertu leur rende un hommage nouveau,
Que la pitié verſe des larmes.
ParM. Carra.
IMITATION de la Préface du Premier
Livre de l'Enlèvement de Proferpine ,
Poëme Latin de Claudien.
CELUI qui le premier , inventeur des vaiſſeaux ,
D'une ramegroffiere oſa fendre les eaux ,
Quides vents incertains mépriſant le murmure ,
Dût à l'art un chemin fermé par la nature,
N'oſa pas confier , aveugle en ſon deſlein ,
Ades flors mugiſlans ſon fragile ſapin ;
De ſon vailleautremblant le flanc cncor timide,
N'affronta que la paix de la plaine liquide ;
Bientôt creuſant l'horreur des humides déſerts,
Sa voile, loindes bords , le vit ſourire aux mers
Quand inſenſiblement , dépouillant toute crainte,
Dudangerdu trépas ſon coeur perdit l'empreinte;
8 MERCURE DE FRANCE.
Il vogue ſur les flots , l'oeil fixé vers les cieux ,
Et dompte le courroux de Neptune& des Dieux.
ParM. le Méteyer.
AUX SALANCIENS.
L'INNOCENCE & la modeſtie ,
Dans un coin de la terre obtiennent les honneurs.
Loin du luxe & loin de l'envie ,
Ce paisible (éjour est l'aſyle des moeurs.
Douze ſiecles ont vu paſſer de race en race
La candeur & la probité ,
Et du crime jamais n'ont appercu la trace
Chez ce Peuple trop peu vanté ,
Où regnent le bonheur & la fimplicité.
Douze ſiecles ont vu cette fête touchante ,
Cette folennité qui fait couler des pleurs ;
La pudeur y paroît timide & triomphante ,
Et fa couronne ſont des fleurs .
Leprix de l'innocence en eſt auſi l'image.
Tous les ans ce ſpectacle embellit un village,
Et faitpalpiter tous les coeurs.
Sur ton front , jeune Eglé, cette roſe qui brille ,
Semble parer le frontde tes aïeux charmés ;
Ton triomphe eſt celui d'une honnête famille ,
Ses titres de vertus ſont par toi confirmés.
:
DÉCEMBRE. 1776 . 19
Et toi , qui pleures de tendreſſe ,
Que la roſe en ce jour orne tes cheveux blancs,
Ovieillard fortuné ! la roſe eſt ca nobleſſe.
L'éclat des dignités , des rangs
Ne peut éclipſer la ſageſle,
Qui , mieux que nos écrits , honore tes vieux ans?
De tes enfans chéris partage l'allégreſſe ,
!
Et reçois leurs foins conſolans .
Vois leurs jeux ingénus , parcours ces lieux tranquilles
;
Lebonheur t'environne en ce charmant ſéjour.
La mort porte l'effroi dans le ſeinde nos villes ,
Elle ſera pour toi le déclin d'un beau jour.
Peuple juſte& chéri , recevez mon hommage ;
Jouiflez des bienfaits dont vous comblent les
cieux.
Quene puis-je fouler vos prés délicieux !
De la félicité j'embraſle au moins l'image.
Je vois vos jours fereins ſe lever ſans nuage ,
Vos plaiſirs innocens , & voscoeurs vertueux.
Tout le reſte n'eſt rien; vous avez en partage
Ceque ne donnent point les palais ſomptueux.
Dans le fondde ſon coeur eſt le tréſor du ſage.
ParM. Marteau.
:
?
20 MERCURE DE FRANCE.
VERS à Madame la Comteſſe DE CH...
Vous avez vu le jour près de ces bords fleuris
Où Céladon bleflé des traits de ſa Bergère ,
Lasd'ennuyer les échos attendris ,
Se précipita , pour lui plaire ,
Dans le profond de la riviere *
Etne toucha queles poiflons ſurpris .
Je ſuis plein de foi pour Aſtrée , :
De les appas je ſuis le partiſan ;
Mais fon hiſtoire en ces lieux avérée ,
Depuis que je vous vois me paroît un Roman.
Eût- elle comme vous cet eſprit agréable
Qui fait avec les jeux badiner la raifon?
Connut-elle cet art aimable
De rimer&de plaire avec une chanson ?
Vous recevriez bien plus d'hommages ,
Si vous vouliez comme elle étourdir ce canton ,
Oui , bientôt renonçant àtous ſes goûts volages,
L'homme le plus coquet deviendroit Céladon .
*Le Lignon.
ParM. Sabatier de Cavaillon , ancien
Profeffeur d'Eloquence au Collège de
Tournon.
DÉCEMBRE . 1776. 21
ADINE , ou la Bergère des Pyrénées.
Anecdote Gauloise *.
L'ESPAGNE eſt ſéparée de la France par
une longue chaîne de montagnes qu'on
nomme Pyrénées : elles offrent de temps
entemps des vallons allez agréablement
fitués, mais qui ſont preſque inhabités,
On y trouve à peine quelques hameaux
à des diſtances fort éloignées. Des chau-
* Le fond de cette hiſtorierte eſt tiré de l'Anglois.
M. de L. P paroît avoir puiſé dans la même
ſource l'idée d'une de ſes plus jolies tomances.
Le ſujet m'a paru heureux , & je n'ai pu me refufer
au plaifir de le traiter , même après M. de L.
P. Je me flatte qu'on me ſoupçonnera d'autant
moins de vouloir lui dérober un fleuron de la
couronne qu'il a ſi juſtement méritée , que la
concurrence ne pourroit que m'être déſavantageuſe
: d'ailleurs le plan que j'ai ſuivi n'est pas
le même. Si cette bagatelle , toute foible qu'elle
eft, pouvoit obtenir grace aux yeux de l'indulgence,
j'en ferais d'autant plus volantiers hommage
à M. de L. P que je trouverois l'occaſion
de lui rendre publiquement le tribut qu'il eſt en
droit d'attendre de tous ceux quicultivent& ché
rifßent les lettres .
22 MERCURE DE FRANCE.
mières informes , & dégradées en partie
par les injures des ſaiſons , fervent de
retraites aux pauvres habitans de ces
vaſtes déſerts , qui font preſque tous
paſteurs , & qui , pour la plupart , vivent
&meurent ſans fortir des limites étroites
où la nature ſemble , pour ainſi dire , les
avoir reſſérés .
Dans une de ces cabanes ſolitaires ,
vivoit une femme reſpectable par ſon
âge & les belles qualités de ſon ame ;
Brigitte ( c'étoit fon nom) quoique peu
favorisée de la fortune , trouvoit dans
ſes épargnes de quoi ſoulager les mal.
heureux qui venoient implorer ſon ſecours.
Toute ſa richeſſe conſiſtoit dans
un petit troupeau que conduiſoit au pâturage
une jeune Bergère qu'elle appeloit
ſa fille , & dans un verger qu'elle cultivoit
de ſes mains. Elle alloit toutes les
ſemaines vendre , dans une petite ville voifinede
fonhabitation, les fromages qu'elle
titoit de fon troupeau , les fruits de fon
verger , & de petites corbeilles d'ofier
que la jeune Adine ( ainſi s'appeloit l'aimable
fille de Brigitte) treſſoit avec
beaucoup d'art & de goût. Le produit de
la récolte & de ces petits ouvrages étoit
plus que fuffifant pour leur entretien ,
DÉCEMBRE. 1776. 23
qui n'étoit pas fort difpendieux. Elles
vivoient exemptes de foucis & d'inquiétudes
; contentes de peu, elles ne deſiroient
rien&jouiſloient du bonheur pur
qui accompagne toujours la ſageſſe & la
vertu. La connoillance particulière que
Brigitte avoit de la vertu des ſimples ,
& l'heureux emploi qu'elle en faifoit
tous les jours , l'air de propreté qui régnoit
ſur toute ſa perſonne , une converſation
qu'elle foutenoit avec eſprit , pluſieurs
talens que n'ont point ordinairement
les gens d'une condition bornée ,
les agrémens de l'eſprit , qui ſemoient
ſur l'hiver de ſa vie les roſes du printemps
, tout enfin donnoit une haute
idée de l'éducation qu'elle devoit avoir
reçue , & laiſſoit même foupçonner
qu'elle cachoit ſa naiſſance. Quoique
ſimples & même groſſiers , les habitans
de ſon hameau la regardoient comme
une perſonne au deſſus de ſon état , la
reſpectoient& ſe contentoient de l'admirer
, ſans vouloir détacher le voile épais
qui la déroboit à leurs yeux .
Paſſons maintenant au portrait de la
fille de Brigitte. Jamais , ſous des ajuſtemens
auſſi ſimples que les ſiens , on
n'avoit vu une figure plus intéreſſante :
24 MORCURE DE FRANCE.
les graces l'accompagnoient ſans ceſſe ,
&ſembloient ſe diſputer à l'envi le ſoin
de la rendre encore plus aimable. Un port
majestueux , une taille ſvelte & bien
proportionnée , une peau d'une fineffe
& d'une blancheur éblouiſſante , des
traits nobles& réguliers , une gorge plus
éclatante que la neige des montagnes ,
une jambe plus fine que celle du monarque
léger de nos forêts , mille charmes
enfin que l'art ne fauroit décrire , l'euffent
fait paffer dans les ſiècles fabuleux
pour la Déeſſe de la Beauté , dont elle
auroit mérité les autels; mais l'heureuſe
trempe de fon caractère , la douceur &
l'égalité de ſes moeurs , ſes talens naturels
& la ſagacité de ſon eſprit , que la
bonne Brigitte avoit autant perfectionnés
que fa fituation pouvoit le permettre ,
étoientbien au-deſſus des agrémens de ſa
figure. Sa mère , qui n'avoit pas toujours
vécu dans les gorges des Pyrénées , n'avoit
rien négligé pour former le coeur de la
jeune Adine , & orner fon eſprit de toutes
les connoiſſances dont une femme
pouvoit avoir l'idée dans un ſiècle où la
ſtupidité & la barbarie appeſantiffoient
leur joug odieux fur le monde enſeveli
dans les ténèbres de l'ignorance. Adine
chantoit
DÉCEMBRE. 1776. 25
chantoit avec tout le goût imaginable :
les charmes de ſa voix faisoient l'ornement
de ces déſerts ; & quand elle conduiſoit
fon troupeau dans les pâturages
qui avoiſinoient ſa retraite , elle fufpendoit
, par ſes chanſons , les travaux des
ruſtiques habitans de cette contrée , qui
s'arrêtoient pour l'écouter.
L'aimable Adine paſſoit ainſi ſes plus
beaux jours ; & tandis que fon troupeau
paiffoit ſous la garde d'un chien fidèle &
capable de le défendre des attaques du
loup ravifleur , elle entrelaçoit le flexible
oſier ; & le jonc , fous ſes doigts , prenoit
les formes les plus agréables. Adine
n'ambitionnoit point les richeſſes , parce
qu'elle n'avoit ni deſirs , ni beſoins . Elle
ne recherchoit point les honneurs , parce
qu'elle ne comprenoit pas comment un
homme pouvoit valoir plus qu'un autre ,
ſi ce n'eſt par la vertu , le mérite ou les
talens , & qu'elle avoit ſouvent oui dire
à ſa bonne mère que la vertu n'étoit pas
toujours la compagne de la grandeur.
Adine enfin étoit heureuſe , parce qu'elle
ſavoit ſe contenter de fon forr. Cependant
elle avoit ſeize ans , & fon coeur
commençoit à ſoupçonner qu'il lui manquoit
quelque choſe. Sans connoître
B
26 MERCURE DE FRANCE .
l'amour , elle reſſentoit déjà fon pouvoir ;
mais ce n'étoit point au milieu des Pyrénées
, qu'un coeur comme le ſien pouvoit
s'abandonner à ſes douces impref--
fions.
La tranquillité dont jouiſſoit Adine
&ſa vertueuſe mère , ne fut pas de longue
durée; un accident imprévu traverſa leur
bonheur.
L'illuſtre fils de Charles Martel , Pepin
, Roi de France , avoit envoyé une
armée formidable contre les Sarrafins
d'Afrique , qui , au mépris d'un traité
qu'ils avoient conclu , ravageoient l'ECpagne
où régnoit Rodrigue , fon allié.
Odon , Maire du Palais de Neuſtrie , auquel
il avoit donné le commandement
de ſes troupes , n'ayant point répondu à
la confiance dont il l'avoit honoré , fut
rappelé en France ; & Mainfroi , le fier
Mainfroi , frère de la Reine Berthe , fut
nommé pour le remplacer.
Mainfroi avoit un de ces naturels heureux
qui prennent facilement toutes les
impreſſions qu'on leur donne ; mais
qu'une éducation négligée & les flatteries
infidieuſes des courtiſans avoient corrompa
de bonne heure. Imbu, dès ſa
tendre jeuneſſe , des principes les plus
DÉCEMBRE. 1776 . 27
faux & les plus pernicieux , il ne connoi
foit d'autre loix que ſes deſirs , d'autre
divinité que ſes penchans , d'autre frein
que l'impoffibilitéde les fatisfaire. Taillé
comme un héros , il en avoit le courage
& le fang-froid; perſonne enfin ne méritoit
mieux que lui la confiance de
Pepin.
Mainfroi quitta la Cour & partit pour
l'Eſpagne , avec un équipage conforme à
fa naiſſance & au titre dont il venoic
d'être revêtu. Arrivé dans les Pyrénées ,
la chaleur l'obligea de s'arrêter ; & pendant
que ſa ſuite ſe livroit au repos dont
elle avoit beſoin pour réparer ſes forces
épuiſées , il s'écarta dans un vallon entrecoupé
parun petit bois, qui formoit un
ombrage délicieux. Le ſoleil étoit dans
toute fa force, & Mainfroi , parcourant
ce labyrinthe enchanteur , bravoit la rage
dumidi: là , reſpirant le frais ſur le bord
d'un ruiſſeau qui ferpentoit avec un
doux murmure , & dont les rives émaillées
de fleurs champêtres offroient le
ſpectacle le plus varié ; il admiroit la
beauté de la nature dans un climat auffi
ſauvage , & goûtoit un plaiſir inconnu
dans cette douce contemplation.
C'étoit non loin de ce même vallon
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
que Brigitte avoit fixé ſa demeure , & fur
la litière du petit bois où Minfroi ſavoutoit
la fraîcheur de l'ombrage , que paiffoit
le troupeau d'Adine , ſimple comme
elle , & comme elle ignorant l'artifice &
les détours. Aſſiſe au pied d'un chêne
touffa , dont le feuillage épais invitoit
au fommeil , Adine , ſe repoſant fur fon
chiende la garde de ſon troupeau , s'étoit
afloupie , & la chaleur ajoutoit encore à
l'éclat de ſa beauté.
Mainfroi paffe auprès d'elle , & reſte
comme pétrifié à ſa vue : « Dieux !
» s'écria til , quel objet charmant ! quoi ?
> ce climat ſauvage... veillai-je ?.. Jamais
>> Vénus dans les boſquets d'Idalie n'of-
>> frit plus de charmes aux regards du
>> jeune Adonis... Je ne ſuis point le
>> jouet d'un vain ſonge ... Avançons... »
Mille penſées confuſes s'élèvent dans
ſon ame , & les paſſions ſe réveillant
tout à coup dans ſon coeur indompté , il
n'eſt plus le maître de les réprimer. Hors
de lai même , tout lui devient étranger ;
il ne voit que l'objet qui le frappe , &
ſe livre tout entier à l'impreſſion brûlante
dont ſes ſens ſont agités. L'habitude
cruelle qu'il s'étoit faite de contenter fes
penchans à tel prix que ce fût , ne lui
DÉCEMBRE. 1776 . 29.
laiſſa pas le pouvoir d'y mettre un frein.
Ce n'eſt plus un homme , c'eſt un monstre
féroce , un tigre écumant de rage , qui
s'élance avec fureur ſur une proie qu'il
craint de voir échapper. Il vole , il ſe
précipite dans les bras de la malheureuſe
Adine , n'écoute ni ſes cris , ni ſes pleurs ,
force ſa réſiſtance , aſſouvit ſa brutalité ,
s'échappe , diſparoît & rejoint ſa troupe ,
qui n'attendoit que lui pour ſe remettre
en marche .
Cependant Adine , s'abandonnant au
déſeſpoir le plus amer , erroit à l'aventure
, & rempliſſoit le bois de ſes cris
douloureux. Elle apperçoit un Etranger ,
qu'elle juge , à ſes vêternens , de la fuite
de ſon infâme raviffeur , s'informe du
nom de fon Maître , qu'elle lui dépeint
autant que fon trouble peut lui permettre
de s'expliquer , frémit en apprenant le
fort qui la menace; & laiffant à fon
chien le ſoin de ſon troupeau , qui paiffoit
paiſiblement dans la campagne , va
fondre en larmes auprès de ſa mère ,
qu'elle oſe à peine inſtruire du ſujet de
ſes pleurs .
" Eh bien ? ma fille, qu'avez -vousréſo-
>> lu ? lui dit Brigitte fons lui donner le
>> temps de nommer le coupable : qu'avez
?
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
>> vous réfolu ?- Ce que j'ai réſolu ! Eh !
>>que fais-je dans le trouble où je ſuis ?
Connoiffez- vous au moins le traître
... Hélas!... -Parlez... quel eſt-
» il?
- ود
- Le frère de la Reine .- Main-
>> froi ! ... Qu'importe? il faut nous aller
>> jeter aux pieds de Pepin , lui deman-
>der vengeance ... - Moi!-Pepin eſt
>> bon, il nous écoutera; il eſt Roi , il
>> doit la juſtice à ſes moindres ſujets ;
>> il la doit même aux dépens de fon
>>propre fang : il eſt juſte , il eſt géné-
>>reux , & nous n'avons rien à crain.
>> dre ... Demain nous partirons ; je r'ac-
>>compagnerai : vas chercher ton trou-
>> peau ; je vais de mon côté prendre les
>> arrangemens néceſſaires pour notre
>> voyage ... Conſole-toi , ma fille , &
>> fèche tes pleurs : tu n'en es pas moins
>> pure aux regards de l'Eternel » .
Cependant Mainfroi , le criminel
Mainfroi étoit en proie aux remords les
plus cuifans. Il n'eut pas plutôt commis
le crime odieux dont il s'étoit rendu
coupable , que le repentir entra dans fon
ame agitée . Mainfroi n'étoit point méchant
par caractère ; né pour aimer la
vertu , ſi ſon éducation avoit été confiée
à des mains plus habiles , il ne ſe fût
DÉCEMBRE. 1776. 31
jamais abandonné aux excès honteux qui
dégradèrent ſa jeuneſſe ; mais dès ſa plus
tendre enfance , élevé dans les camps &
nourri parmi les horreurs de la guerre ,
il ne connoiffoit que la loidu plus fort ;
lci ſouvent injuſte , mais qui fera toujours
la plus reſpectée , parce qu'elle eſt
fondée ſur l'amour de la proie , que
l'homme , le plus féroce de tous les animaux
, apporte en naiſſant , & dont il
ne ſe dépouille qu'à regret.
Cédant à la pitié , dévoré de remords ,
& brûlant d'un feu ſecret qui s'allumoit
dans ſes veines , vingt fois Mainfroi
voulut retourner ſur ſes pas pout confoler
Adine , lui prodiguer fes tréfors , &
foulager , autant qu'il étoit en ſon pouvoir
, l'amertume de ſa ſituation ; vingt
fois ſon humeur altière & farouche le
retint. Surpris du changement qui s'opéroit
en lui , il chercha vainement à
s'étourdir fur l'énormité de ſon forfait .
Sableſſure étoit profonde , & le ferpent
du remord ne faiſoit qu'irriter les plates
de ſon coeur. Il connut pour la première
fois qu'on ne peut point être heureux
dans le ſein du crime ; & l'amour qu'il
reſſentit pour l'objet charmant dont il
venoit de faire le malheur , livra fon
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
(
ame à des tourmens qu'il n'avoit jamais
éprouvés.
Ce fut dans ces ſentimens qu'il rejoignit
fa troupe ; il en étoit attendu avec
impatience , & fon retour fut le ſignal
du départ . A peine eut-il pris le commandement
de l'armée de Pepin , qu'il y fit
régner l'ordre & rétablir la difcipline ; il
s'attacha à réparer les pertes dont la foibleſle
d'Odon avoit été cauſe , & parvint
en peu de temps à ſe rendre redoutable .
Les Sarrafins cherchèrent à le ſurprendre;
mais il prévint leur deſſein , & les enfermant
dans une plaine dont ſes troupes
tepoient les hauteurs , il les défit en bataille
rangée , prit leur Général , les rendittributaires
, délivra Rodrigue de leur
oppreffion , & repatfa les Pyrérées , aux
acclamations d'un Peuple nombreux qui
s'empreſſoit fur les traces de leur libérateur.
Ni les plaiſirs , ni les fêres , ni
la pompe de la Cour de Rodrigue ne
purent le retenir. Accablé fous le poids
de l'ennui qui l'affiégeoit ſans ceſſe , il
cherchoit envain le repos , & feul au
milieu de l'alegreſſe commune , il étoit
rongé de foucis & dévoré de chagrins.
Ce ne fut pas ſans l'émotion la plus
vive , qu'il revit le boſquet témoin de
DÉCEMBRE, 1776 . 33.
ſon crime : il fit , mais envain , toutes
les perquifitions poſſibles pour découvrir
l'infortunée victime de ſa brutalité ; mais
il ne put apprendre autre choſe , ſinon
qu'elle étoit diſparue depuis pluſieurs
mois , & qu'on ignoroit ſa deſtinée .
Cependant Adine & Brigitte , après
avoir foutenu avec une conſtance héroïque
tout ce qu'une longue courſe & difficile
a de périls & de déſagrémens ,
étoient enfin arrivées à Paris , où Pepin
tenoit alors ſa Cour. Mais qui les introduira
auprès du Monarque ? Quelle voix
affez généreuſe ofera s'élever en leur faveur
, & plaider la cauſe de l'innocence
opprimée ? A qui s'adreſſeront elles ?
Adine est belle , * Adine pleure ; chacun
s'intéreſſe à ſon fort: on s'empreſſe de
l'introduire auprès du Roi , qui l'accueille
avec bonté , & ſe fait inſtruire du ſujet
de ſes larmes .
Adine lui raconte en pleurant le ſujet
de fes peines; & ſa beauté , que relève
encore ſon innocence ,lui gagne tous les
coeurs. « Soyez tranquille, lui dit Pepin :
>> je veux qu'on vous rende juſtice , &
*Cette penſée charmante appartient àM. de
L. P. &je m'empreſle de lui reftituer forbien.
By
34 MERCURE DE FRANCE.
" je vais de ce pas... Mais j'allois prononcer
fur un crime dont la connoif-
" ſance ne m'appartient point. Allez
" trouver la Reine Berthe , ma femme ;
" elle aſſemblera la Cour d'Amour , & le
>>coupable ſera jugé ſuivant la rigueur
> des loix ; allez , jeune Bergère , & ne
> craignez tien : je vais voir la Reine &
>> la prévenir en votre faveur ».
La Reine Berthe , Princeſſe d'une
haute vertu , &digne par les qualités de
ſon ame , autant que par ſa naiſſance , du
rang élevé où le deſtin l'avoit placée ,
tenoit , ſous les aufpices du Roi fon
époux , une Cour Souveraine , compoſée
ſeulement de femmes , toutes recommandables
par leur ſageſſe&diftinguées
par la conduite la plus irréprochable ; ce
Tribunal s'appeloit la Cour d'Amour ,
parce qu'on y jugeoit en dernier reffort
tout ce qui concernoit la galanterie &
l'amour des Dames.
Pepin ne manqua pas d'inſtruire la
Reine de la nouvelle cauſe qui pendoit
à fon Tribunal , & de l'intérêt qu'il prenoit
au fort de la jeune Adine. Berthe
foudain afſembla le Confeil , & la jeune
Bergère introduite , fit le récit de ſes
infortunes. L'horreur & l'indignation
DÉCEMBRE. 1776. 35
qu'il excita dans l'aſſemblée , troubla
tellement les eſprits déjà prévenus en
faveur d'Adine , qu'on oublia de demander
le nom du coupable. Soit par
timidité , ſoit par crainte , ſoit enfin
pour que le nom du coupable n'étouffat
point la voix de l'équité , Adine avoit
eu la précaution de ne point le nommer;
& Berthe , dans le premier mouvement
de fon juſte courroux , receuillit les voix
&prononça cette ſentence :
ee Si le Raviſſeur eſt garçon ,
>>P>our époux la Cour te l'accorde :
>> S'il ne l'eſt , quelque ſoit ſon nom ,
Il mourra ſans miséricorde ».
Auſſi tôt un murmure confus s'élève
dans l'aſſemblée , & l'on applaudit à
haute voix au jugement de Berthe; mais
lorſqu'on entendit prononcer le nom de
Mainfroi , un filence profond fuccéda
tout-à- coup , ce qui fit craindre à l'infortunée
Bergère la révocation du jugement
qui venoit d'être rendu en ſa faveur;
mais Berthe rompant enfin le filence :
« Je ſuis fâché , s'écria- t- elle , que le
>>coupable foit mon frère; mais la fen-
>> tence n'en ſera pas moins exécutée :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
>> vous ferez traitée , en attendant fon
» retour , avec tout le reſpect & les
» égards dûs à votre vertu & au rang où
vous allez monter... »
Des cris de joie & des chants de
triomphes ſe font entendre , & Mainfroi
paroît aux portes du Château , chargé des
dépouilles qu'il avoit enlevées aux enne .
mis, & qui étoient deſtinées au Roi . Berthe
ordonne auffi-tôt qu'on s'aſſure de ſa
perſonne; & s'adreſſant à Adine, qui pâliſſoit
de frayeur : " Raſſurez vous, jeune
» Bergère , lui dit-elle ; demain le fier
>> Mainfroi ſera votre époux. Je vais don-
>> ner les ordres néceſſaires pour cette
» augufte çérémonie ; ſuivez mai ; &
> vous , Gardes , vous ne répondrez de
>>>Mainfroi ; allez .
Les ordres de Berthe furent exécutés
fans délai , & le ſuperbe vainqueur des
Sarrafins retenu prifonnier , de peur que
par une fuite précipitée, il ne ſe dérobât à
la vengeance des loix. On fit préparer un
riche appartement pour Adine , qu'on
revêtit des habits les plus magnifiques .
Quelque temps avant que la cérémopie
commençât, Mainfroi demanda la
permiffion d'entretenir Adine en particulier,
ce qui, lui fut accordé. On le
DÉCEMBRE. 1776. 37
conduifit à fon appartement , où les femmes
qui la paroient s'éloignèrent par
reſpect. Seul avec elle , il tenta , par des
promeſſes éblouiſſantes , de la faire renoncer
à ſes droits; il employa même
les menaces les plus terribles ; & paſſant
tout-à- coup aux offres les plus féduiſantes
, il tâcha de l'éblouir par une brillante
perſpective ; mais rien ne fut capable de
l'ébranler : elle tint ferme , & l'heure de
la cérémonie arrivée , on conduifit à la
Cathédrale les futures époux , pour recevoir
la bénédiction nuptiale des mains
duPrimar.
Adine étoit conduite par Pepin , &
Mainfroi , l'air fombre & confus , donnoit
la main à Berthe. La bonne Brigitte
marchoit ſur les pas de la jeune épouſe ,
en verſant des larmes dont perſonne ne
devinoit la caufe , ou qu'on attribuoit à
la joie de voir ſa fille monter à un rang
pour lequel elle n'étoit pas née.
Arrivés au pied de l'autel, le Primat ,
revêtu de fes habits pontificaux , commença
la cérémonie. Mainfroi venoit de
prononcer le ferment folennel qui l'enchaînoit
pour toujours , lorſqu'Adine interrompant
le Prélat : «Je ſuis contente ,
>>dit- elle à fon époux : vous m'aviez
-38 MERCURE DE FRANCE.
>> ravi l'honneur ; votre ſoumiffion &
» votre repentir ont tout réparé : je vous
>>>rends à vous même , & je retourne
» dans mon hameau , où je conſerverai
>juſqu'à la mort la mémoire de vos bien.
>>faits & le ſouvenir des bontés de la
>> Reine » .
-
Tant de généroſité , tant de grandeur
d'ame touchèrent le coeur de Mainfroi ;
& la flamme éphémère dont il avoit
brûlé pour Adine ſe rallumant tout- àcoup
, il ſe précipite à ſes genoux : « Je
>> ne ſuis pas digne de toi , s'écrie til :
» ange du bonheur , tu me fais connoître
>> l'amour & reſpecter la vertu. Il n'ap-
>> partient qu'à toi d'éputer mon coeur;
> daigne être ma femme..... Ames
>> pieds ! vous , Seigneur ! - Je veux ,
>>je dois y refter. Relevez vous ... -
>> Non ... daigne combler mes voeux . -
>>Je ne ſuis qu'une ſimple Bergère , &
>> je ne veux pas vous expoſer au repentir
>>de m'avoir épousée : le mépris feroic
>> tôt ou tard la juſte récompenſe de mon
> ambition. - Moi! te mépriſer! Ah!
> que plutôt... Non , Seigneur...
» Au nom de l'amour le plus tendre...
Je ſuis pénétrée de vos bontés ;
>> mais le deſſein en eſt pris , & mon coeur
>>ne changera jamais ».
-C
-
DÉCEMBRE. 1776 .
39
Toute la Cour fut ſaiſie d'étonnement
& ravie d'admiration : ce noble procédé
intéreſſa tout le monde en ſa faveur . En
vain Pepin & Berthe même la conjuroit
de ne plus oppoſer de réſiſtance ; envain
l'orgueilleux Mainfroi la preſſoit de ſe
rendre; Adine étoit inébranlable , & fe
diſpoſoit même à ſe retirer , lorſque Brigitte,
qui n'avoit point encore parlé ,
s'avance , & ſe tournant vers ſon ainable
fille : « Il faut céder , Adine , il eſt temps
>> de vous rendre , lui dit-elle; & fi ce
>> n'eſt que la crainte d'être mépriſée de
>> votre époux qui vous retient , apprenez
>>que vous fortez d'un fang , qui , s'il
>> n'eſt égal à celui de Mainfroi , du
>> moins ne le cède qu'à lui ſeul ; &
>>vous , Sire , pourſuivit elle , en s'adref-
>> fant à Pepin , daignez me permettre de
>> m'expliquer plus clairement.
• Théoderic , dernier rejeton de la
>> célèbre Maiſon de Saxe , mort à la
>> guerre que Charles Martel , votre il-
>> luftre père , termina ſi glorieuſement ,
>> étoit uni fecrétement à l'adorable Ed
» wige , que le Duc de Saxe fon père ,
>> n'avoit jamais voulu accorder à fes
>> voeux; il périt , comme vous le ſavez ,
> à la fameuſe bataille qui décida du fort
40 MERCURE DE FRANCE.
>> de la Saxe ; il n'eut pas même la con-
>> ſolation de rendre les derniers foupirs
>> dans les bras de fon épouſe , qui mou-
>> rut en mettant au monde une fille ,
>> unique fruit de fon hymen. Dépoſitaire
de ſes moindres ſecrets , elle la
» confia à mes ſoins , & m'ordonna de
>> lui laiſſer ignorer à jamais ſa naiſſance ,
» à moins qu'elle ne ſe vît à portée de
>> rentrer dans l'héritage de ſes pères : elle
>> me remit en même-temps une boëte
>> qui contenoit ſes diamans , fon por-
>>>trait ,& une lettre écrite de ſa main :
>>j'ai conſervé toujours avec le plus
>> grand ſoin ce dépôt précieux , Sire , &
>> je vais le remettre en vos auguſtes
» mains ».
Enprononçant ces dernières paroles ,
Brigitte tira de ſa poche la boëte d'Edwige
, dans laquelle on trouva tout ce
qu'elle avoit annoncé. Adine , reconnue
Princeſſe de Saxe , épouſa Mainfroi dont
elle fit le bonheur. Brigitte ne la quitta
pas,& mourut dans un âge fort avancé ,
après avoir élevé ſes enfans , qui furent
latige d'une longue fuite de Héros & de
Rois. Adine & Mainfroi vécurent toujours
heureux , & firent pendant longtemps
l'ornement de la Cour de Pepin ,
DÉCEMBRE. 1776 . 41
qu'ils ne quittèrent que pour monter fur
le Trône d'Ecoſſe , dont Mainfroi hérita
par la mort de fon frère.
Par M. Willemain d'Abancourt .
SILVIE
IDYLLE.
ILVIE aimoit Hylas , Hylas ainoit Silvie :
Unjour par les deſtins l'amoureux Paſtoureau
Fut appelé loin du hameau.
S'il en a pris mélancolie,
Autant en fit ſa douce amie;
Bienje le ſais: caché par un buiſſon ,
Je l'ai vu ſoupirer ſur ſa peine ſecrette ,
Et voici la triſte chanson
Que diſoit alors la pauvrettes
Sur le penchant de ces côteaux
J'arrive dès l'aurore ,
Et ne vois point ces feux fi beaux
Dont le ciel ſe colore :
Ce que je vois , hélas !
C'eſt l'absence d'Hylas.
Je ne vois point mes doux agneaux
Paiſſant dans la prairie ;
42 MERCURE DE FRANCE.
Jen'apperçois point les barbeaux
Dont elle est si fleurie :
Cequeje vois , hélas !
C'eſt l'absence d'Hylas .
Je ne vois pointde ces ruiſſeaux
Couler les ondes claires ,
Nonplus que tous ces francs- moineaux ,
Sautant dans la bruyere :
Ce queje vois , hélas!
C'eſt l'absence d'Hylas.
Je ne vois ni cesarbriſſeaux ,
Pleins des dons de Pomone;
Nices blonds épis en faiſceaux
Qu'aujourd'hui l'on moiſſonne :
Ce que je vois , hélas !
C'eſt l'absence d'Hylas.
Les Bergers, fous ces frais ormeaux ,
Amuſent les Bergeres ;
Je ne vois ni leurs jeux nouveaux,
Ni leurs danſes légeres :
Ce queje vois, hélas !
C'eſt l'absence d'Hylas.
Voilà qu'ici des tourtereaux.
Suivent leurs tourterelles ;
DÉCEMBRE. 1776. 43
Encontemplant ces vrais tableaux
De nos amours fideles ,
Ce que jevois , hélas !
C'eſt l'absence d'Hylas .
Ainfi d'une voix douce & tendre
Chantoit Silvic ; & moi , tout ému de l'entendre ,
Al'inſtant je demande aux Dieux ,
Par une priere touchante,
De rendreHylas promptement à ſes voeux:
Etpour être moi-même heureux ,
Demedonner une auſſi tendre Amante.
Par Mile Coffon de la Creffonniere.
LE MALADE.
Fable.
La peſte ſuccédoit à la guerre civile ,
Et changeoit endéſert une ſuperbe ville ,
Où les morts depuis peu de temps
-Ne laiſſoient plus que des mourans.
Onvoyoit la ſoeur& le frere ,
Apeine au fortir du berceau ,
Précéder le pere& la mere
Qui les ſurvoient dans le tombeau.
44
MERCURE DE FRANCE.
Les Prêtres ne pouvoient ſuffire
Aconſoler les malheureux ,
Qui ſortantde ce monde affreux ,
Craignoient de paſſer dans un pire .
Ce fut alors qu'un Capucin ,
Faiſant ſa ronde un jour dans un hameau voiſin ,
Viſita par halard une pauvre chaumiere :
Il y trouve un vieillard à ſon heure derniere ,
En proie à la contagion
Quidéfoloit au loin toute la région.
Dès le premier coup - d'oeil , le charitable Pere
Voit un ſpectacle qui confond ;
Les attributs de la miſere ,
Autourdu lit du moribond...
Son lit , c'eſt une ſimple natte ;
Sa couverture , des haillons ;
Un vieux pot de terre , une jatte
A prendre de méchans bouillons :
Une hache avec une ſcie ,
Débris de ſa fortune , instrumens de la vie,
Pendoient aux murs depuis deux jours ,
Etn'étoient plus d'aucun ſecours.
:
Le Pere à cet aſpect , compoſant ſon viſage :
Mon bon ami , dit-il , il faut prendre courage ;
Encore un peu de temps , vous ne ſouffrirez plus ,
Et les biens d'ici -bas vous feront ſuperflus :
Vous allez fortir de ce monde ,
Qui n'eſt rien , croyez-moi , qu'une priſon profonde
,
DÉCEMBRE. 1776 . 45
Où l'homme le plus fortuné
Abien peu de plaiſirs & des chagrins ſans nombre.
Heureux celui qui meure au moment qu'il eſt né !
Ce n'est qu'un ſonge que la vie,
Mais ſi pénible , quelquefois !
Si vous ſaviez comme on s'ennuie
Au Couvent même & chez les Rois ?
Eh mais ! pas tant , dit le bonhomme ,
En élevant un peu la voix ;
Je ne ſais comment font les Rois ,
Mais j'ai fait un aſlez bon ſomme;
Et je me fuis fort bien trouvé
D'avoir auſſi long- temps rêvé.
Je me ſouviens qu'en ma jeuneſſe
J'avois bien peu de peine &beaucoup de plaiſir ,
Dont même encore en ma vieilleſle
Je chériſlois le ſouvenir.
Ma priſon me ſembloit fort bonne ,
Etle foir, au matin m'y paroiſloit égal .
On ne m'a jamais fait de mal ,
Et je n'en ai fait à perſonne .
Les dehors de la pauvreté
N'ont jamais rebuté monhôte;
Je n'ai jamais rien emprunté,
Et jamais rienne m'a fait faute.
Les outils que vous voyez là ,
Me fourniſſoient le néceſſaire,
Quelquefois même par de-là,
46 MERCURE DE FRANCE.
Etje ſavois toujours qu'en faire.
J'ai joui de la liberté ,
De la paix & de la ſanté.
Si c'eſt un ſonge que la vie,
Pourquoi voulez-vous qu'il ennuie ?
Je ne crois pasque Capucin
Aitjamais vu pareille fête.
Celui- ci rêvant dans fa têre ,
Trouve dans fon malade un bon ſens qui l'arrête.
Avec un mourant aufli ſain,
Il ne peut trouver rien à dire ,
Etc'eſt une choſe à décrire
Que l'embarras du Médecin.
Ala fin toutefois il fallut ſe remettre;
Cependant, reprit-il , ſongez , mon cher enfant ;
Que vous n'avez plus qu'un inſtant ,
Et qu'il eſt temps de vous foumettre
ADieuqui vous appelle , &de faire un effort
Pour vous réſigner à la mort.
Sans effort , mon Révérend Pere ,
Ditcet homine extraordinaire ,
Ne lais-je pas qu'il faut mourir
Aumomentqu'on ne peut plus vivre?
J'ai vu tous mes parens partir ,
Et je vois bienqu'il fautles ſuivre.
Le Pere en moins de rien fut tiré d'embarras ;
Ilacheve fon miniſtere ,
DÉCEMBRE. 1776 . 47
Et s'en revient au Monastere ,
En répétant à chaque pas :
Je n'ai vu de ma vie une mort ſi facile ! ..
Oh! c'eſt apparemment , dit- il entre ſes dents,
Que les enfans ſont à la ville ,
Et que les hommes ſont aux champs.
Par M. ***.
VERS.
L'HOMMAGE DU CITOYEN .
BÉNISSEZ , heureux Français ,
UnMonarque auguſte & ſage ,
Quichaquejour encourage
Les talens par ſes bienfaits.
Sur les rives de la Seine
Brillent les talens enchanteurs ;
Paris rivale d'Athêne ,
Sait enchaîner tous les coeurs.
Tantôt un Héros ſur la ſcene ,
Enm'amuſant vient m'arracher des pleurs ;
Tantôt le doux ſon de la lyre
Enivre & féduit mes ſens ;
Tranſporté d'un heureux délire ,
Je me ſens agité de mille ſentimens :
Qui , c'eſt à toi que je dois mon ivreſſe,
48 MERCURE DE FRANCE.
Aimable Roi que je ſers ,
Sans tes bienfaits , ſans ta ſageſſe ,
Tous ces tréſors nous ſeroient - ils ouverts ?
Par M.de Campagne , Sous -Lieut. au
Régiment de Breffe.
IMITATION en vers libres de l'Ode
d'Horace , Tyrrhena regum progenies ,
&c.
DANS le réduit le plus aimable,
D'où l'ennui n'approcha jamais ,
Un repas frugal , un vin frais ,
Cher Mécène aujourd'hui t'attendent à ma table.
Quitte , pour un moment, le faîte des grandeurs ,
Ce ſuperbe éclat , ces honneurs ,
Qui t'environnent à la ville ;
Et loindu bruit & des flatteurs ,
Viens goûter ici les douceurs
D'une joie aimable & tranquille.
Sous le toît orgueilleux des Rois ,
Lesſoucis font leur domicile ;
C'eſt dans les champs , c'eſt dans les bois
Que le plaifir a fixé ſon aſyle.
Déjà le foleil de les traits
Embrâle nos arides plaines ;
Le
DÉCEMBRE. 17763 49
Le zéphir retient ſes haleines ;
Et le Berger , loin des guérêts ,
Cherche la fraîcheur des fontaines ,
Et l'ombre épaiſſe des forêts .
Ami *, dans ces rians boſquets ,
Près de cette onde enchantereſſe ,
Viensdans les bras de la pareſſe
Dépoſer l'ennui de la Cour ;
Etque Bacchus & la ſageſle ,
Charmant nos loiſirs tour-à-tour,
Nefouffrent pas que la triſteſſe
Ofeapprocherde ce ſéjour.
Dans une nuit impénétrable
L'avenir eft caché pour nous ;
Mais que le ſort lui ſoit contraire oufavorable,
Le ſage , au - deſſus de ſes coups ,
Voitd'un efprit inaltérable
Ses carefles & fon courroux.
Augré de fon léger caprice ,
La fortune éleve ou détruit ;
Jejouis de ſes dons tant qu'elle m'eſt propice;
* Ceux qui ne liſent pas Horace enoriginal , croiront
que c'eſt pour la meſure du vers que je me ſers du moe
Ami. Ils ne pourront pas comprendre qu'un Poëte , fils
d'un Affranchi , s'aviſe de parler ainſi au premier Mi
niftredu plus puiffantEmpire qui fut jamais
C
so
MERCURE DE FRANCE.
Mais ſi la volage s'enfuit ,
Je me ris de ſon inconſtance ,
Et ferme dans l'adverſité ,
Dans le ſein de ma pauvreté
Je rentre avec indifférence .
Que les vents en courroux déchaînés ſur les flots ,
Troublent l'Empire de Neptune ,
Qu'ils briſent les mats des vaiſſeaux;
Je ne crains pas que ma fortune
Faſſe nauffrage dans les eaux .
Tandis que de ſa plainte amere
L'Avare fatigue le fort ,
Aſſis dans ma barque légere ,
Je gagne heureuſement le port.
Par M. de L. Lieutenant au Régim .
de Limofin.
Vers à Mademoiselle DOLIGNY.
PRÊTER aux paſſions lavoix du ſentiment,
Et même à la pudeur donner de nouveaux charmes;
Emouvoir , attendrir , faire couler nos larmes ,
Doligny, mieux quetoi, qui connois ce talent ?
Lavertu ſous tes traits eſt ſage ſans rudeſle ,
Et l'amourdans tabouche eſt tendre ſans foiblefle.
ParM. Herou d'Agirone.
DÉCEMBRE . 1776. SI
Pourle Portrait de M. le Comte DE
I
COUTURELLE , Chambellan de LL. A.
S. E. P. & Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis .
Leſt né pour les arts , les vertus & la gloire ;
Son eſpriteſt fécond en vers ingénieux ;
Sonbras fut quelquefois l'appui de la victoire ,
Et ſon coeur en touttemps le fut des malheureux.
Par un Abonné au Mercure.
Sur l'Air du Comte Almaviva , dans le
Barbier de Séville.
JAAMMAAIISSd'aimer fije fais la folie,
Et que je fois le maître de mon choix ;
Connois , Amour , celle qui ſous tes loix
Pourra fixer le deſtin de ma vie.
Je la voudrois moins belle que gentille,
Trop de fadeur ſuit de près la beauté;
Yeux languiſſans peignent la volupté,
Joli minois du feu d'amour pétille.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE:
1
Je la voudrois de ſeize ans affligée ,
Sans être Agnès ayant peu de deſirs ,
Sans les chercher ſe livrant aux plaiſirs ,
Par la gaieté tous les jours animée.
Je la voudrois ſans goût pour la parure ,
Sans négliger le ſoin de ſes appas ;
Quelque peu d'art qui ne s'apperçoit pas ,
Ajoute encoreun prix à la nature.
Je la voudrois ſans avoir d'autre envie ,
D'autre deſir que celui de m'a imer :
Si cet objet , Amour , peut se trouver ,
A l'adorer je patierai la vie.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du Mercure de Novembre.
Le mot de la première Enigme du
volume de Novembre eſt Chapitre ; celui
de la ſeconde eſt la Mitre , qui étoit originairement
une coëffure de femme ;
mitre d'Evêque , d'Abbé : les Cardinaux
portoient des mitres avant que de porter
un chapeau , qui leur fut accordé en
1245 au Concile de Lyon. Les Comtes
DÉCEMBRE. 1776 . 53
de Lyon portent des mitres dans leur
Eglife. Les Papes ont accordé à quelques
Chanoines de Métropole & de Cathédrale
, le privilege de porter la mitre. Il
y a des Tréſoriers de Chapitre & des
premiers Dignitaires qui portent la mitre.
Le Pape a quatre mitres plus ou moins
précieuſes , ſelon la folennité des fêtes.
Les bonnets de grenadier & même des
foldats dans les Troupes étrangères , par
ticulièrement dans celles de l'Electeur
Palatin , ſont de véritables mitres. A
Strasbourg , & dans quelques Villes d'Allemagne
, on promène les filles de mauvaiſe
vie , coëffées d'une mitre de papier.
Dans le pays de Voſge , en Lorraine ,
lesBourreaux portent des mitres.En Normandie
, mitre ſignifie Bourreau : le Peuple
appelle le Bourreau mon doux mitre.
On appeloit mitre le bonnet qui eſt audeſſous
de la couronne de l'Empereur &
de quelques autres Souverains : en Allemagne
, pluſieurs Maiſons portent la
mitre en cimier , pour montrer qu'ils font
advoués ou feudataires des anciennes Abbayes
: la mitre des patiens qu'on exécute
par jugement de l'Inquifition : les Normands
mirent une mitre ſur la tête de la
Pucelle d'Orléans ,ſur laquelle ils avoient
Ciij
54
MERCURE DE FRANCE .
écrit , lorſqu'ils la firent brûler le 30Mai
1431 : Hérétique , Relapse, Apostate , Idolátre.
Le mot de la troiſième Enigme eſt
le Soufflet. L'explication du premier Logogryphe
eſt Pistoles , dans lequel ſe
trouve Pilote , fel , Isles , tit , Pôle, pois ,
fole, lote , fot , Pije , pot , poil , os , fi ,
fol, piste. Le ſecond eſt Papillon , dans
lequel ſe trouve le Dieu Pan, le Lion ,
conſtellation ; paon , ail, api , pain.
ÉNIGME.
T01 , qui plus d'une fois maudis mon exiſtence,
Ame chercher ici tu n'as rien à riſquer :
Pour m'éviter ailleurs , écoutes la prudence
Et ta fatale expérience.
De cet avis au moins ne vas pas te piquer ,
Car mon deſlein n'eſt pas de te faire une offenfe.
Bref, mécontent ou non , veux-tu t'alambiquer
Lis , cherches; me trouver ſera ta récompenſe.
Je ſuisdans tous les temps ; on m'annonce en tous
lieux ;
Et toujours précédé d'un titre glorieux ,
J'habite les cités , les boungs & les villages.
DÉCEMBRE. 1776. SS
Je ſuistoujours le même en monacoutrement.
Je plais allez à tous les âges.
Quoique ſouvent très faux , on me trouve coulant
;
On me place en un lieu : je ne dis mot , j'yreſte,
Je ſuis toujours béant. J'avale ſans apprêts
Une matiere indigeſte ,
Que je rends & reçois quelques momens après.
Je travaille ſans goût; le deſtin trop funeſte ,
En naiſlant m'abandonne aux enfans du loiſir ;
Tantôt je ſers Plutus & tantôt le plaifir ;
Eſclave du premier , dans mes gouffets abonde
D'or & d'argent une mine féconde ;
De métaux monnoyés je parois tout brillant ;
Lors , près de moi ſe forme un rempart ambulant,
Qui , tranquille un moment , bientôt ſe meut ,
s'élance ,
M'accable & me maltraite avecque violence ;
Pour me venger , du moins , que n'ai-je le pouvoir
D'abſorber les tréſors qu'en moi l'on fait pleuvoir!
Souvent je duperois des artiſans de dupes;
Mais Plutus m'a cédé ; toi , plaiſir , tu m'occupes :
Lesbiens ſontdiſparus ; il ne me reſte rien
Que mon ſalaire , échu de droit à mon ſoutien.
Je reçois rarement les faveurs d'une belle,
Etjamais l'intérêt ne me brouille avec elle.
ParM. Lap. fils , de Lyon.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
CHASSEUR HASSEUR adroit , même au coeur de laville
Voilà quel est mon principal métier ;
Plusje te détruis de gibier ,
Lecteur , plus je me rends utile :
L'hiver , l'été , l'automne & le printemps,
:
Je ſuis fourré dans tous lestemps ,
Et je n'en fuis pas moins agile :
C'eſt preſque toujours en grondant
Que faborde & je fais carefle ,
Même en amour ; l'objet de ma tendrefle
Alieu de redouter ma dent.
Dans la gaieté l'on me trouve charmant ;
Mais quand quelque choſe m'irrite ,
On voit alors groffir ma ſuite ,
Et ſedonnerdu mouvement.
Bref, voici le plus étonnant ,
Quand la nuit a tendu ſes voiles ,
Dans le cachot le plus obſcur ,
Viens me flatter , & fois bien für
Que tu pourras voir des étoiles .
ParM. d'Avefns
ROMANCE
ParM. Berquin
MusiqueparM.Cailteau ordinaire)
de l'academie demusique).
Andantino Affettuosissimo.
4
Dors mon enfant, Clos
ta pau piere tes cris me dé:
chirent le coeur.Dors mon en:
fant, Ta pauvre me : re
FIN.
Abien asser de sa douleur.
Lors que par de douces ten :
-dressesTonPe:re m'adon
nésafoi Il me
sembloit
dans ses caresses Nazif
innocent comme toi Je le
crus; oùsont ses promes =ses
Il oublie et son fils et
moi . Dors & c
DÉCEMBRE. 1776653
AUTRE.
JzEfuis enfantde lagaieté ,
Et pourtant j'ai l'ennui pour pere;
Ami Lecteur , dans ce myſtere ,
Tu trouveras la vérité.
C'eſtbien paraventure
Si je luis mafculin :
Carj'ai des freres , je te jure ,
Qui ſontdu ſexe féminin.
De toi je tiens mon existence ,
Etje te fais la loi ;
Je tecommande en Roi ,
Tu m'obéis fans réſiſtance.
Dufles- tu m'accuſer
De fortilége ou de magie ,
Sache que contre ton envie
Je puis te contraindre à danſer ,
Chanter , courir, parler , te taire,
Que fais-je? mais il faut finir :
Cherche ; ce n'est petite affaise
Que de me découvrir..

C
58 MERCURE DE FRANCE,
LOGOGRYPHΗ Ε.
DIEU , fans doute , pour l'homme a fait les
élémens ;
L'Océan n'eſt pour lui qu'une foible barriere :
Il dévoile des cieux les ſecrets mouvemens ;
L'homme commande à la nature entiere :
Il aſſouplit le fer , taille les diamans ,
File l'or & le plie à ſes goûts différens.
D'une puiſlante main m'arrachant à ma mere ,
Il va faire de moi ſes Dieux ou leur tonnerre ;
C'eſt par moi qu'il aſſemble un peuple de croyans;
C'eſt par moi qu'il abat les plus fiers combattans.
Je puis auffi des Rois éternifer la gloire ,
Et de leurs traits chéris conferver la mémoire.
Pour parvenir , hélas ! à ces emplois brillans ,
Je fus ſouvent en proie àdes feux dévorans !
J'ai fubi mainte épreuve avant de pouvoir plaire :
Il m'a fallu plier , ſemblable aux Courtiſans ,
Aux volontés d'autrui mon altier caractere .
Cedébut ampoulé vous intrigue , Lecteur ?
Vite , décompoſons mon être ,
Bientôt vous m'allez reconnoître.
Je vous offre d'abord la moitié du bonheur ;
Unmétal précieux , objet de votre envie ,
DÉCEMBRE. 1776 . 59
Un nombre ; un vêtement ; un Prêtre de l'Afie ;
Ce qui fixe les droitsentre chaque Seigneur ;
Un mot des plus connusdansla géographie ;
Je pourrois au beſoin vous montrer une fleur ;
Et ce qui faute aux yeux de maint& maint viſage,
Et que nous portons tous... En faut- il davantage ?
Ce qui de rouge empreint vous annonce un
buveur ,
Ceque deflous vos yeux vous voyez ,cher Lecteur .
ParM. de W. C. A. M. au R. R P. С.
AUTRE.
SOUVENT, mon cher Lecteur ,j'ai charmevos
loiſirs ,
Souvent j'ai prolongé vos veilles.
Sans coeur , j'enchante vos oreilles ;
Sans chef, jepeins Bacchus fatigué de plaifurs.
Parleméme.
Cvj
MERCURE DE FRANCE,
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Mémoires concernant l'histoire , les ſciences
, les arts , les moeurs , les uſages ,
&c. des Chinois ; par les Miſſionnaires
de Pékin . Tome premier, in- 4 ° . Prix
8 liv. 12 f. br. & 12 1. rel. A Paris ,
chez Nyon , Lib. rue St Jean-de- Beauvais
, vis- à- vis le Collége .
Le recueil des Mémoires de la Chine ,
qu'on préſente au Public , fur différens
objets qui intéreſſent les ſciences & les
arts , eſt , nous dit l'Editeur dans la Préface
de ce premier volume , le fruit d'une
correſpondance qu'on entretient depuis
dix ans avec les Miſſionnaires dela Chine
, & avec deux Chinois que l'envie de
ſe rendre utiles à leur patrie en fit fortir
à l'âge de dix- neuf ans , pour apprendre
en France les langues & les ſciences de
l'Europe. Ils y apprirent le françois , le
latin , y étudièrent les humanités , la
philofophie , &c. Leurs études étoient
déjà fort avancées , lorſque les événemens
qui firent affez de bruit en 1763
DÉCEMBRE. 1776. 61
les obligèrent de ſortir de la maiſon où
ils étoient , & de chercher ailleurs un
aſyle & des ſecours. Le Supérieur de la
Miffion de Saint Lazare les reçut avec
amitié , en attendant qu'on eut rendu
compte au Roi de leur ſituation. Sa Majeſté
leur accorda une penſion qui leur
fournit les moyens de continuer leurs
études : elles ſe trouverent finies au commencement
de 1764. Le defir de revoir
leur patrie, les détermina alors à demander
leur paſſage ſur les vaiſſeaux de la
Compagnie des Indes , qui devoient
mettre à la voile; il leur fut accordé.
Mais il parut que ce ſeroit rendre un
fervice à l'Etat que de prolonger le ſéjour
de ces Etrangers en France , au moins
pendant une année , qui ſeroit employée
à leur faire parcourir ce que nos arts ont
de plus facile à ſaiſir & de plus intéreſfant
; afin que de retour en Chine , ils
puſſent comparer ceux qui fleuriflent dans
cet Empire , en obferver les différences
avec les nôtres , & entretenir avec nous
une correſpondance , qui deviendroit
avantageufe réciproquement aux deux
Nations. Ce projet fut accepté par les
deux Chinois ; & en conféquence deux
Membres de l'Académie Royale des
62 MERCURE DE FRANCE.
Sciences , MM. Briffon & Cadet , furent
chargés, l'un, de leur faire des expériences
de phyſique ; l'autre de les inſtruire des
principes de la chimie , & de leur donner
des leçons de pratique dans cet art.
Les progrès des deux Elèves étonnèrent
leurs Maîtres : ils faiiffoient facilement
l'explication des phénomènes de la nature
; & leur dextérité fingulière dans
les manipulations de la chiunie , furprenoitl'Artiſte
qui travailloit avec eux . On
crut enfuite qu'il étoit important de leur
faire prendre quelque teinture de deſſein
&de l'art de graver; puiſque dans l'éloignement
d'une correſpondance aufli intéreſſante
que celle dont on jetoit les
fondemens , le deſſein d'une machine ,
d'un métier d'étoffe , d'un inſtrument ,
d'une plante , devoit ſuppléer ce qui
manque aux deſcriptions les plus détaillées
, & les furpaſſer infiniment. Au
bout de quelques mois , ils furent l'un&
l'autre en état de graver eux mêmes , à
l'eau fore , des vues de payſages chinois.
On jugea auſſi convenable de les
faire voyager dans nos Provinces méridionales.
Ils partirent pour Lyon , bien
recommandés , &y prirent connoiſſance
des manufactures d'étoffes de ſoie , d'or
DÉCEMBRE. 1776 . 63
&d'argent. C étoit la ſaiſon de la récolte
des foies; ils pallerent en Dauphiné , où
ils virent les opérations les plus eſſentielles
de l'art de tirer la foie des cocons.
De là , ils ſe rendirent à Saint-Etienne
en Forez , où ils apprirent tout ce qu'on
peut favoir, en peu de jours , fur la fabrication
des armes à feu , & virent la
trempe & l'emploi de l'acier. De retour
à Paris , ils ne leur reſtoit plus que quelques
leçons à prendre de l'art d'imprimer.
Ils s'eflayèrent ſur une petite Imprimerie
portative , qui faisoit partie des préfens
que le Roi joignoit à ſes bienfaits. Le
moment de partir artiva : ils employèrent
les derniers inſtans de leur ſéjour à
mettre en ordre & à revoir les journaux
qu'ils avoient tenus exactement pendant
leur voyage.On leur remit des mémoires
& des queſtions fur tous les objets dont
on defiroit d'avoir des éclairciſſemens.
Enfin ils partirent pour l'Orient , où ils
s'embarquèrent au mois de Décembre
1765 , emportant l'eſtime & l'amitié de
tous ceux qui les avoient connus . Arrivés
en Chine , ils y ont été accueillis par
nos Mifſionnaires, qui ſe ſont en même
temps portés avec le plus grand zèle aux
travaux.longs & pénibles qu'exigeoient
64 MERCURE DE FRANCE.
les inſtructions dont les deux Chinois
étoient porteurs ; & depuis 1766 , ils
n'ont pas laillé paſſer une ſeule année
ſans envoyer quelques mémoires pour
ſervir de réponſe à ceux qu'on leur avoit
remis , ou aux queſtions dont on peut
dire qu'on les avoit accablés. On a déjà
donné au Public , en 1772 , l'art militaire
des Chinois avec figures , imprimé
chez Didot ; un petit traité de la
confervation des grains , avec des figures
très bien deſſinées; il fait le ſixième chapitre
du traité de la mouture économi
que , imprimé chez Simon , in-4°. qui
vient de paroître. Comme le nombre de
ces mémoires eſt devenu affez conſidérable
, & qu'on en attend chaque année
de nouveaux , on a cru qu'il feroit utile
de les raſſembler ſous un même titre , &
de donner au Public ceux qu'on a & ceux
qui arriveront , ſans autre ordre que celui
de leur arrivée , & fans distinguer les
genres , comme cela ſe pratique dans les
mémoires de nos Académies.
Le premier volume de cette collection
préſente d'abord un mémoire aſſez étendu
fur l'antiquité de la Nation Chinoise. La
queſtion ſur l'origine de cette Nation ,
que quelques Savans avoient prétendu
DÉCEMBRE. 1776. 65
n'être qu'une Colonie d'Egypte , s'étoit
renouvelée en France pendant le ſéjour
de nos deux Chinois. Les partiſans de ce
ſyſtême ſe fondoient ſur une reſſemblance
qu'ils appercevoient dans l'ancienne
écriture chinoife & dans celle des
Egyptiens. Nos Chinois eurent des entretiens
à ce ſujet avec M. de Guignes ,
de l'Académie des Belles- Lettres , &
avec M. des Hauterayes , Interprête da
Roi , Profeſſeur en langue orientale au
Collége Royal . L'un & l'autre étoient
d'un avis oppofé ſur cette queſtion ; mais
nos Chinois n'étoient pas en état de prendre
aucun parti ; il ne leur reſtoit pas ,
depuis neuf ans qu'ils avoient quitté leur
patrie , des notions aſſez préciſes de
P'écriture chinoiſe , pour en juger avec
exactitude. Ils parurent dans leurs premières
dépêches , après leur retouren Chine ,
approuver le ſyſtême de M. de Guignes ,
croyant en trouver la preuve dans la comparaiſon
qu'ils firent des extraits que M.
de Guignes leur avoitremis de l'écriture
égyptienne , avec quelques morceaux
d'ancienne écriture chinoiſe , qu'ils eurent
occaſion d'examiner. Mais revenus
fur leurs pas , ils ont , de concert avec
nos Miſſionnaires , rédigé le mémoire en
66 MERCURE DE FRANCE.
queſtion , qui développe leur ſentiment
d'une manière ſenſible ,& détruit la première
opinion. Ce bon mémoire eſt di.
viſé en deux parties. Le Miffionnaire
Chinois , le Père Ko , qui l'a rédigé , ne
peut s'empêcher de marquer d'abord fon
étonnement de ce qu'en Europe des Savans
, qui avoienttantd'utiles recherches à
faire fur l'hiſtoire certaine de leur patrie ,
l'ayent laiſſée épatſe & enſevclie dans
les anciens monumens , pour s'appliquer
avec un foin infatigable à épuifer
juſqu'aux plus petits détails des fables an.
tiques & des romans des Nations étrans
gères .
Les Chinois n'ont jamais eu ce goût
d'érudition ; & quelque intéreſſans que
foient pour eux les événemens qui fixent
les premières époques de leur monarchie ,
la génération préſente en eſt ſi peu touchée
, qu'elle daigne à peine lever fes
regards vers la haute antiquité. Le Père
Ko entre dans quelques détails qui en
font fentir la raifon. Notre gouverne.
>>>ment , dit il , a toujours voulu avoir
>> des Savans & des ſciences , depuis plus
> de trente ſiècles , mais à ſa manière &
>>ſelon les vues de ſa politique ; c'eſt à-
>>dire , pour conſerver dans l'Empire la
DÉCEMBRE. 1776. 67
>> pureté de l'enſeignement public , pout
>> maintenir les règles de la morale , pour
>> fixer les découvertes des arts de beſoin
>>o>u utiles ,, pour élever la jeunelle dans
>> la connoiffance & la pratique de ſes.
>> devoirs , enfin pour diftinguer dans la
>>foule , ceux qui ont des talens pour
les affaires , & tenir occupés ceux qui
>> n'ont que de l'eſprit. En vertu de cette
>>façon de penſer , qui a préſidé à toutes
>>les loix qui concernent les ſciences&
les Savans , il faut que toutes les études
>>des écoles , tous les examens qui cons
>> duiſent aux degrés , toutes les récom-
>>penſes qui encouragent ou illuftrent
*les talens, le rapportent à la fin qu'on
» s'eſt propoſée. Dès-là les petites Villes
>> ne peuvent admettre qu'un certain
» nombre d'étudians au premier degré de
>> la littérature ; les Capitales des Pro-
>>vinces ont ſeules le droit d'accorder le
>ſecond degré à un allez petit nombre
>>de Bacheliers; & il n'appartient qu'à
>>la Capitale de l'Empire d'élever au
Doctorat , & encore de trois ans en
>>>trois ans. Autant le Gouvernement eſt
■ attentif à applanir & à ſemer de ré-
>compenfes le chemin qui conduit aux
>>connoiffances qu'il veut étendre oucon
68 MERCURE DE FRANCE:
>> ferver , autant il laiſſe croître d'épines
>> dans ceux qui mènent vers celles qu'il
> dédaigne ou qu'il rejette. Notre Mi-
> niſtère n'a d'autre cri que le bien public;
>> il ne veut que les Gens de lettres dont
>>il a beſoin pour la choſe publique , &
>> les plus beaux Génies n'attirent ſes re-
> gards qu'autant qu'ils ſe rendent utiles :
>> il eſt ſi fingulier à cet égard , que tan-
>> dis qu'il fait nommer dans toutes les
>>gazettes un ſimple ſoldat qui a reçu des
>>bleffures à la guerre , il ne permettroit
>> pas de dire un mot en cent ans fur.
>>mille faiſeurs de ſyſtèmes. Le ſavoir
»& le talent ne font que des mots pour
>>lui , quand l'Etat n'en retire aucune
>> utilité réelle » .
>> Les ſciences ont ici une athmofphère
>> beaucoup plus étroite qu'en Europe ,
» & la Nation en générale ne s'intérefle
>> guère à ce qui s'y paſſe. Point de jour-
» naux littéraires , point de papiers pu-
>> blics qui annoncent les Ouvrages des
» Savans & leurs ſuccès. La gazette de
» l'Empire ne parle que des grandes com.
>>pilations , des éditions , ou nouveaux
>> livres dont la Cour a chargé les Lettrés
▸ du Collége Impérial. Les femmes font
•fermées dans leur appartement , où
DÉCEMBRE. 1776. 69
elles ne voient que leurs époux , leurs
>> enfans , & par fois quelques amies.
>> Elles ſont auſſi peu curieuſes de litté
>>rature & d'hiſtoire, que celles d'Europe
>> de morale & d'algèbre : leur domef
>> tique eſt leur Univers. Plus elles s'oc-
>> cupent à bien gouverner , plus elles
> font heureuſes & eſtimées . On aime .
>> roit preſqu'autant leur voir prendre un
>>fabre qu'un pinceau *. Pour leur en
>>ôter l'envie , on ne leur apprend pas
» même à lire. Il en eſt de même des
Artiſans , des Marchands , des Domef-
>>tiques , & de preſque tous lesCitoyens
>> qui ne font pas lettres ou dans les em-
>>plois. On feroit vingt journées de che .
>> min dans nos plus belles Provinces ,
>> fans trouver un homme du Peuple qui
>> fût parler philoſophie , ou difcourir fur
>>>l'adminiſtration des finances , ſur le
>> meilleur plan d'éducation , &c. Les
> Mandarins de robe & ceux d'épée paf-
>> fent leur vie à faire leurs emplois : ils
>> n'ont pas le loiſir de lire des brochures
, & encore moins d'en compoſer
» eux-mêmes. On en ſera moins furpris
*On fait que les Chinois écrivent avec un
pinceau.
70 MERCURE DE FRANCE .
>>>pour les premiers , ſi on fait attention
» que quoique leurs emplois réuniſſent
>> la geſtion des affaires & l'adminiſtra-
» tion de la juſtice, ils font en beaucoup
>>plus petit nombre , proportion gardée ,
» que dans aucun Royaume de l'Europe .
> Leursoccupations ſonttrop eſſentielles ,
>> trop multipliées & trop continuelles ,
» pour qu'ils puiſſent ſuivre les événe-
>> mens de notre monde littéraire. Le
>> glaive du Prince n'eſt ſuſpendu ſur leur
» tête que par un cheveu ; ils ont beſoin
>> de tout lear loiſir & de toutes leurs
» réflexions , pour éviter des négligences
>> qui les perdroient. Puis les cérémonies
>>de l'Empire , les étiquettes du cérémo-
>> nial , les devoirs de la politeffe , le
> ſoin de leur domeſtique , le patfage des
>> étrangers , les voyages qu'ils font obli-
» gés de faire à la Cour , les tiennent en
>> haleine d'un hiver à l'autre. Quant aux
>> Mandarins de guerre , leurs livres font
>> leurs armes , leurs foldats & leurs pof-
> tes. Voici ce qui eſt plus étonnant : à
» Pékin même , ce qui n'a trait qu'aux
<>> ſciences n'eſt pas un objet : la Cour ,
>>les affaires & le commerce abſorbent
>> tour. Le plébiſciſme littéraire y eſt
>>auſſi inconnu que dans les Provinces.
DÉCEMBRE. 1776 . 71
» Nos Lettres même ſont tellement ſub-
>>jugués par le ton du Gouvernement ,
>> qu'ils laiſſent jouer des Pièces qui ont
>plus de mille ans ,& ne fongent pas à
>> en rajeunir le ſtyle ſuranné.
>>La gloire des ſuccès littéraires de-
» vient en Europe une gloire nationale ;
→ les Savans , les Beaux-Elprits , les Hom-
» mes de génie ſe ſuivent& ſe meſurent
» des yeux d'un Royaume à l'autre. Les
>> Nations font auſſi flattées de la ſupé-
>> riorité des talens que de celle des ar-
> mes. Notre Chine eſt privée de ces
> avantages : elle n'a autour d'elle que
-des Barbares. Il eſt vrai qu'étant auſſi
>>grande & auſſi peuplée que l'Europe ,
>>il lui feroit facile de trouver dans ſon
>> ſein toutes les reſſources de l'émulation.
» Ses Provinces ont été des Royaumes :
>> elle pourroit les mettre aux priſes les
>> unes avec les autres ; la politique du
> Gouvernement s'y oppoſe. Les annales
» à la main , elle prouve que la rivalité
>> des talens corrompit l'ancienne doc-
>>>trine ſous la dynastie des Tcheou , en-
» fanta mille erreurs , ſema l'eſprit de
>> révolte , & changea en problêmes les
>> vérités les plus utiles & les devoirs les
- plus eſſentiels. A l'en croire , il ne
72 MERCURE DE FRANCE.
>>>faut autoriter dans les Gens de lettres
>> que l'émulation des ſervices. Aufli ,
>> bien loin de mettre les premiers Let-
>>>trés en concurrence les uns avec les
» autres , elle les force de travailler à
> frais communs aux Ouvrages dont elle
>> les charge » . Le Père Ko entre encore
dans quelques autres détails qui , en nous
préſentant un tableau intéreſſant de la
poſition desGens de lettres en Chine ,
nous font connoître toutes les raiſons qui
ont dû les détourner de l'étude de l'antiquité.
Il nous donne enfuite une courte
notice des monumens & des livres anciens
qui ont échappé au naufrage des
temps. Il fait connoître les Hiſtoriens
poſtérieurs qui ont écrit l'hiſtoire des
premiers temps , & nous entretient des
temps fabuleux par où des Ecrivains ont
voulu faire remonter l'hiſtoire des Chinois
juſqu'à la création du monde. Enfin
il examine à quel temps à-peu près on
peut fixer la fondation de la monarchie
Chinoiſe, & le commencement de l'hiſtoire
des Chinois. Ce dernier article ,
dont les autres ne doivent être regardés
que comme les préliminaires , remplit la
feconde partie.
Les recherches , l'érudition & la critique
DECEMBRE. 1776. 73
tique de la plupart des Hiſtoriens , ont
échoué contre la vanité de s'illuftret en
flattant l'orgueil de leur Nation par une
haute antiquité. Ils ont mieux aimé débuter
par des fables obſcures & ridicules
pour reculer cette antiquité , que de ſacrifier
un petit nombre d'années. Le Père
Ko eſt bien éloigné de les imiter , & de
ſuppléer aux faits par des prodiges & des
conjectures . Ce ſavant Miſſionnaire ,
après avoir , dans la première partie de
ſon mémoire, établi l'authenticité&l'autorité
du Chou-King , le plus précieux ,
le plus ancien , & le plus reſpectable
monument de l'antiquité chinoiſe , s'appuie
ſur ce monument pour faire voir
que c'eſt à l'Empereur Yao que commence
l'hiſtoire authentique desChinois.
Ce Prince, qui eſt le premier Monarque
dont il foit parlé dans le Chou King ,
régnoit en Chine environ deux mille ans
avant notre ère chrétienne. Tout ce que
les Hiſtoriens racontent des livres antétérieurs
à Yao , eſt un tiſſu de fables;
-mais depuis ce Prince, l'hiſtoire parle le
langage de la vérité. Qui oferoit le nier ?
* Pour nous , ajoute l'Auteur du Mé-
» moire , qui connoiſſons les défiances
>de l'Europe ſur tout ce qui vient des
D
74 MERCURE DE FRANCE.
> pays étrangers , autrement que par la
>>>Grèce & le Latium , nous fentons à
>> merveille qu'il faut ici des raifons , des
>> preuves & des détails aux Savans. Cela
>> ne fera pas difficile ; & quelque reſpect
>> que nous ayons pour les lumières des
>>Savans de l'Europe , quelque défiance
>que nous ayons des nôtres, nous leur
>> demandons pour toute grâce de voir
>> s'ils pourroient fournir , pour ce qu'ils
→débitent ſur les Babyloniens , les Aſſy-
>> riens , les Egyptiens , les Phéniciens &
>> les Grecs , des particularités auſſi con-
> cluantes que celles que nous allons leur
>> préſenter ». Le Père Ko , pour mieux
ſe placer au point de vue des Savans de
l'Europe & rapprocher d'eux la Chine ,
examine ſucceſſivement la géographie ,
le gouvernement , les moeurs , la population,
les ſciences & la religion des
temps de Yao , de Chun & d'Yu , ſes
fucceſſeurs , telles que les repréſentent le
Chou-King & les autres anciens livres
chinois. Si ces différens articles concourent
également à montrer que le règne
de ces trois Princes fut en quelque forte
l'enfance de la Monarchie Chinoise &
de la Nation ; ſi tout y annonce , comme
on eſt obligé de l'avouer , un Peuple nouDÉCEMBRE.
1776. 75
veau & un Empire qui n'a pas encore
pris ſa conſiſtance , il eſt évident qu'on
ne peut pas faire remonter l'origine de
la Nation Chinoiſe beaucoup au-delà de
Yao. Les premiers chapitres du Chou-
King font le centre & le point d'appui
de cette diſcuſſion ; mais l'Auteur fait
auſſi uſage d'autres livres. « Il faut choiſir
>> les pierres pour paver le chemin & en
> conſtruire les ponts , dit un ancienAu
>> teurChinois; mais tout , juſqu'aux dé
>> combres , eſt bon pour les applanir ».
Cet excellent mémoire préſente fur
l'origine des Chinois , leurs caractères ,
leurs livres , leurs Hiſtoriens , &c. des
connoiſſances , des faits & des détails
d'autant plus intéreſſans , qu'ils ont été
puiſés dans les ſources mêmes, & traités
par un Savant qui a porté dans toutes ſes
recherches le flambeaudela critique & de
l'érudition.Qui pourroitrefuſer à ceSavant
ledroit de ſe moquer un peu de la partie
de l'Histoire générale des Voyages qui concerne
la Chine ? Il regarde ce qui eſt dit
dans cette compilation , comme un chaos
& une eſpèce d'amphigouri. Ce que des
Hiſtoriens compilateurs nous racontent
des Egyptiens & des autres anciens Peuples
, mérite-t-il plus de croyance ? Car
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
1
enfin, les mémoires ſur leſquels ces Savans
travaillent , font aſſurément moins
clairs , moins détaillés, moins nombreux
&moins authentiques que ceux qu'avoit
en main le Rédacteur de l'Hiſtoire géné
rale des Voyages. Si cependant ce Rédacreur
n'a pu éviter des erreurs fans nome
bre , & de nous donner bien des fables
pour des vérités , ne doit- on pas ſe méfier
un peu des recherches de nos Erudits
dans les matières fur tout, qui,demandant
de ladiſcuſſion & du choix , exigent de
celui qui les traite , des connoiſſances
pratiques &de détail ?
Cemémoire fur l'antiquité desChinois
eſt ſuivi d'une lettre du Père Amiot fur
les caractères chinois. Cetre lettre a été
imprimée pour la première fois à Bruxelles
en 1765 , avec les inſcriptions chinoiſes
des différens âges qui l'accompagnent.
Comme elle eſt devenue rare ,
on a cru devoir rendre aux Savans le ſervice
de la faire réimprimer dans ce recneil.
C'eſt le ſecond morceau de ce premier
volume.
Le troiſième morceau eſt l'explication
d'un monument en yers chinois , compofé
par l'Empereur Kien Long, actuellement
régnant , pour conſtater à lapoſté
DÉCEMBRE. 1776 . 77
rité la conquêtedu Royaume des Eleuths ,
faite vers 1757. Le Père Amiot a ajouté
quelques notes utiles à la traduction de
ce morceau , qui eſt auſſi un monument
du génie de ce Prince , qui réunit les
talens de l'homme de lettres & la ſcience
du gouvernement. Le portrait de cet Em.
pereur décore le frontiſpice du premier
volume de cette collection . Il a été defſiné
d'après nature , par le P. Panzi , &
gravé en France par le ſieur Martinet.
Nous croyons devoir rappeler ici à nos
Lecteurs que cet Empereur a fait deſſiner
toutes ſes campagnes par les Miſſionnaires
, & a voulu quelles fuſſent gravées
en France par les plus célèbres Artiſtes.
Ces gravures ont été vues à Paris dans
le Sallon du Louvre, & elles ont été envoyées
en Chine , il y a environ trois
ans , au nombre de ſeize planches.
Le quatrième morceau de ce recueil
eſt le monument que le même Empereur
Kein Long vient de faire élever pour
conſacrer à la poſtérité le mémorable
événement de l'émigration des Tourgouths
en 1771 , leſquels , au nombre de
cinq cents mille , ont quitté les bords de
laMer Caſpienne& les rives du Volga ,
pour aller ſe ranger ſous la domination
de l'Empereur de la Chine.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Enfin , le volume eſt terminé par la
traduction de deux Ouvrages anciens ,
intitulés : l'un , Ta Hio , ou la Grande
Science ; l'autre , Tsong-Yong , ou le Jufte
Milieu , avec un préface & des notes .
Chaque Nation a ſa politique ; celle des
Chinois a toujours été de favorifer ce
qui peutconſacrer la piété filiale , comme
on peut le voir dans les livres canoniques
dont les Miſſionnaires nous donnent ici
la traduction. Des Empereurs récompenfent
les grands Miniſtres , les grands Généraux
, &c. en anobliſſant leurs ancêtres.
Les fondateurs de nouvelles Dynafties
en font de même pour les leurs.
N'euſſent- ils été que des Citoyens obfcurs
, ils leur décernent les titres les plus
auguſtes , ornent magnifiquement leurs
maufolées , & font comme refluer ſur
eux toute leur grandeur & leur gloire.
Indépendamment de ces exemples de
reſpect pour ſes ancêtres , ces livres anciens
font remplis de maximes & de
réflexions les plus propres à développer
dans le coeur de l'homme les tendres ſentimens
qu'il tient de la nature , & qui le
portent , quand il n'eſt pas dominé par les
paffions , à ce que la piété filiale , l'amour
fraternel, la bienfaiſance ontde plus tou
DÉCEMBRE 1776.79
chant & de plus aimable. Ces deux livres
de morale peuvent encore être regardés
comme le cathéchiſme des Souverains,
Les inſtructions qu'ils contiennent , tendent
toutes à nous faire voir que le gouvernement
paternel , dont les Empereurs
de la Chine ſe ſont rarement écartés
eſt celui qui produit le plus fûrement
le bonheur des Peuples & la vraie gloire
des Monarques .
,
L'Editeur de ce premier volume deMémoires
fur les Chinois nous annonce, pour
les volumes ſuivans, de nouveaux éclairciſſemensoudenouvelles
preuvesrelatives
à l'antiquité & l'origine des Chinois;des
mémoires fur la petite vérole , ſur quelques
parties de la police chinoiſe , fur les
arts utiles , fur des objets d'hiſtoire naturelle
, comme les abeilles , les vers à foie
dedifférentes eſpèces , furle bambou , le
cotonier , &c. fur des plantes& des fleurs
particulières à la Chine . Il a des notices
fur les pierres rares , fur les pierres fo
nores , &c .; il a auſſi les portraits ou
vies abrégées des Chinois illuftres , Empereurs
, Généraux d'armée , Philofophes
, Légiflateurs , Poëtes , &c. par le
Père Amiot , depuis l'origine de la Nation
Chinoiſe juſqu'au dixième ſiècle ,
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
&dont on attend le reſte incellamment;
car il n'eſt point d'année qui n'apporte
fon tribut. Cette correſpondance va rapprocher
la Chine del'Europe . Elle ne peut
manquer d'intéreſſer les Gens de lettres ,
les Savans , les Philofophes. La Chine ,
pour nous fervir ici de l'expreſſion du
Père Amiot , eſt le Pérou & le Potofi de
la République des Lettres. Mais pour
porter les ſavans Miſſionnaires à exploiter
des mines fort difficiles à fouiller ,
ayons égard à leur poſition dans un pays
tel que la Chine , poſition dont on ne
peut avoir d'idée en Europe; témoignons
toute la reconnoiſſance due à leurs travaux
, & cherchons plutôt à profiter de
leurs veilles qu'à les chicaner , s'il leur
arrive de varier entre-eux fur quelques
faits . Si vous voulez qu'un chou pom-
>> me , dit le proverbe chinois , ne lui
» ôtez pas le coeur » .
Lettre d'un Amateur de l'Opéra à M.
de *** , dont la tranquille habitude eft
d'attendre les événemens pour juger
du mérite des projets. Brochure in- 8 ° .
A Paris , chez Couturier père , Imprimeur-
Libraire , aux Galeries du Lou
vre.
DÉCEMBRE. 1776. 8r
Un célebre Ecrivain avoit coutume
avant de livrer ſes Ouvrages à l'impreſſion
, de les lire devant un certain nombre
de perſonnes ; c'eſt ce qu'il appeloit
effayerSes Livres.L'Auteur de la Lettre que
nousannonçons, voudroit que l'on eſſayât
pareillement les Opéra avant de riſquer
les dépenſes néceſſaires pour la repréſentation,
dépenſes ſouvent très-conſidérables
, & dont il ne réſulte quelquefois
que de l'ennui pour le Public. Mais les
répétitions qui ſe font des Opéra ſur le
Théâtre même de l'Académie, devant un
certain nombre de perſonnes convoquées,
ne peuvent- elles pas tenir lieu des eſſais
projettés ? L'Auteur répond à cette objection
, & fait très bien voir dans ſa
Lettre que les jugemens d'une pareille
affemblée ne ſont pas, à beaucoup près ,
ceux du Public : or , nul juge que le Public
ne peut décider ſûrement des moyens
qui feront imaginés pour l'amuſer & le
fixer. C'eſt d'après ce principe que l'Amateur
adreſſe la parole aux perſonnes chargées
de la direction de l'Opéra , & qu'il
leur dit : « Conſtituez le Public lui-
> même juge en premier refſſort de toutes
» les nouveautés que vous diſpoſez pour
>> ſes plaiſirs ; que lui - même metre la
Dv
$2 MERCURE DE FRANCE.
>>couronne fur la tête des talens qu'il
>>daignera approuver & encourager ; que
>> ces talens auſſi dans tous les genres
>> n'aient que le Public pour juge &
>> pour appréciateur ; donnez- leur fur-
>>tout un vaſteThéâtre ; qu'il ſoit dreffe
>> ſous les yeux de la Capitale entière ,
» & que la Capitale entière puiſſe s'y
>>réunir pour y voir les talens aux priſes
>>les uns avec les autres , & s'y difputer
>>>les palmes de la victoire ; alors pro-
>> mettez-vous des prodiges , & le public
>> qui les aura fait naître , les verra de
>même ſe multiplier ſous ſes yeux ; &
>> les ſuccès de l'Opéra feront conftans.
>> Plus de doute ſur les nouveautés qu'il
>> perfectionnera pour l'hiver;. plus de
>>dépenfes énormes & inutiles pour des
>> ouvrages écraſés avec fracas dès leur
>>>naillance ; enfin plus d'études ingrates
>& fans profit ». On s'imagine biens
que l'Amateur rejette pour ces eſſais tout
Théâtre privé , dont l'aſſemblée des
ſpectateurs ne pourroit être compofee
que d'amis ou de citoyens convoqués
par billets , & portés à l'indulgence par
Je choix même que l'on auroit fait d'eux..
Il ne veut pas même pour ces eſſais,du
Théâtre de l'Opéra , où le Pablic eſt ac 4
DÉCEMBRE. 1776. 83
coutumé à voir , & où il ne veut voir
que des chefs d'oeuvre. Quel ſera donc
le Théâtre qu'il adoptera de préférence ?
Or , voici fon idée ſur ce choix. Il defireroit
que ce vaſte Théâtre , néceſſaire
aux eſſais de l'Académie Royale de Mufique
, fûr dreſſe ſous les aufpices de
cette même Académie au Colifée. Cet
emplacement eſt vaſte , commode , & le
Public de Paris, preſſé du plaiſir de voir &
d'être vu , ne demande que le prétexte de
quelques fêtes ou de quelques amuſemens
pour s'y raſſembler pendant les ſoirées
d'été. Nul doute par conféquent que ces
fortes de ſpectacles , où l'on feroit les répétitions
du chant , de la ſymphonie des
ballets d'un Opéra deſtiné à être repréfenté
l'hiver ſuivant , n'attiraffent beaucoup
de monde au Colifée . Un pareil
projet ne peut donc manquer d'être utile
aux Propriétaires de ce monument.
L'Amateur , dans la ſuite de ſa Lettre
fait voir que par les arrangemens qu'il
propoſe , l'Académie pourroit ſe trouver
dédommagée des dépenses qu'un pareil
établiſſement exigeroit ; mais un avantage
plus conſidérable qui en réſulteroit,
c'eſt l'émulation qu'il feroit naître parmi
les Artiſtes & les différens ſujets de
F'Opéra..
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Il ſeroit peut être poffible de donner
par la fuite plus d'extenſion à ce projet ,
&de permettre aux Auteurs dramatiques
de faire voir leurs eſſais ſur le même
Théâtre , qui pourroit encore être occupé
par la lecture de différens Ouvrages en
vers ou en proſe , deſtinés à l'impreſſion.
Sidans toute une pièce de poësie un Poëte
n'avoit fait que deux ou trois bons vers ,
il auroit du moins la fatisfaction de les
voir applaudir ; il pourroit d'ailleurs profiter
des remarques qu'il auroit entendues
, pour corriger ſon Ouvrage avant
de le livrer au grand jour de l'impreffions.
Suppofons , par exemple , que la
Lettre d'un Amateur dont il eſt ici queftion
, eût été lue en public, les Auditeurs
n'auroient pas manqué d'applaudir aux
vues utiles qu'elle contient ; mais peutêtre
auſſi auroient-ils marqué par un ris
énergique , le ridicule de ce ſtyle figuré
qu'emploie l'Auteur pour défigner la difficulté
qu'il y a de maintenir l'ordre parmi
les ſujets qui compoſent l'Opéra de Paris.
« Perſonne , dit- il , ne diſconviendra
>> que le Théâtre de l'Opéra de Paris ne
>> foit vraiment, en cette Capitale,le plus
>> difficile à conduire & à diſcipliner ,
>> par le nombre des Sirènes qui y domi-
1
DÉCEMBRE. 1776. 85
» nent , & dont les promontoirs feront
>> toujours d'une approche périlleuſe pour
> les vaiſſeaux les mieux conditionnés ,
>>& les pilotes les moins faits pour faire
>des fautes , &c. » .
Au reſte , le projet que donne l'Amateur
dans ſa Lettre , de faire du Coliſée
une eſpèce de Lycée où les arts viennent
tour-à-tour mériter les fuffrages encourageans
du Public , a été exécuté cette
année , du moins en partie. On y a vu
différens Peintres , Sculpteurs , Graveurs
& autres Artiſtes , prouver , par l'expo.
ſition volontaire de leurs Ouvrages , l'eftime
qu'ils faifoient des fuffrages du
Public. Leur exemple ne manqueroit
pas d'être ſuivi tous les ans par les Artiſtes
plus renommés , s'il n'avoient pas
plus de délicateſſe ou d'amour-propre que
les Peintres & les Sculpteurs Grecs. On
fait qu'Apelles & Praxiteles vouloient
que le Public fûr juge de leurs travaux.
Cachés quelquefois à l'ombre de leurs
tableaux ou de leurs ſtatues , ils écoutoient
tranquillement les remarques des
ſpectateurs; & que faifoient alors ces
hommes ſi jaloux d'atteindre à la perfection
de l'art &de mériter les ſuffrages de
la poſtérité ? Ils retouchoient leurs Ou$
6 MERCURE DE FRANCE.
,
vrages , ils les finiſſoient &c'eſt dans
cette vue qu'ils mettoient au bas de leurs
productions faciebat , ſans doute pour
faire entendre que durant l'expoſition le
pinceau ou le ciſeau teſtoit comme fufpendu
, & qu'ils attendoient , pour donner
les dernières touches , que le Public
eût prononcé.
Quoique l'expoſition faite cette année
dans une des Salles du Colifée , des peintures,
ſculptures , gravures & autres productions
de l'art , n'ait pas été auſſi riche
& auſſi intéreſſante qu'elle auroit pu
T'être , ſi nos plus célèbres Artiſtes y
avoient concouru ;il paroît cependant
qu'elle a attiré beaucoup de monde au
Colifée ; & c'eſt une raiſon de plus pour
bien augurer des nouvelles vues expoſées
dans la Lettre de l'Amateur , qui ne s'eſt
pas diſſimulé les objections que l'on pourroit
lui faire. Il y a répondu ; mais il
reſte toujours la plus grande difficulté à
lever , celle de concilier tous les intérêts:
particuliers , difficulté qui empêche ordinairement
la réuſſite de la plupart des
projets , de ceux même qui ſeroient le
plus agréables au Public.
Effais historiques fur les modes & fur te
DÉCEMBRE. 1776. 87
coftume en France; nouvelle édition ,
pour ſervir de fupplément aux Effais
historiques fur Paris, par M. de Saint-
Foix. Vol. in- 12 br. prix 2 liv. 10 f
A Paris , chez Coſtard, Lib. rue Saint
Jean-de-Beauvais .
2
Cet Ouvrage a été publié pour la pre
mière fois en 1773 ,ſous le titre d'Histoirs
des modes Françoises , ou Révolutions du
Costumeen France. Nous avons , dans le
volume du Mercure du mois de Juin
1773 , donné un extrait de cet écrit. Il
ne paroît pas que l'on ait fait des augmentations
dans l'édition qui en paroît
aujourd'hui ſous le titre d'Effais hiftoriques
fur les modes . An refte ces Ellais
peuvent ſervir de ſupplément à ceux
de M. de Saint Foix fur Paris . On y
trouve le même eſprit de recherches , le
même goût pour les anecdotes piquantes
& curieuſes . Cet écrit d'ailleurs peut devenir
utile aux Artiſtes & à tous ceux
qui font obligés d'étudier le coſtume. Il
n'eſt cependant queſtion dans cet Ouvrage
que de la coëffure des hommes ;
celle des Dames fournira pluſieurs volumes
, fi le même Ecrivain veut nous en
donner l'hiſtoire..
88 MERCURE DE FRANCE:
Tableaux topographiques , pittoresques ,
physiques, historiques , moraux , politiques,
littéraires de la Suiffe & de l'ltalie;
6 vol. in fol . imprimés fur papier
grand raiſin fin , & ornés d'eſtampes ,
faites par les meilleurs Graveurs ,
d'après les deſſeins de MM. Robert ,
Pérignon , Fragonard , Paris, Poyet ,
Raymond , le Barbier , Barthelemy ,
Ménageot , le May , Houel , &c. &
des plus habiles Maîtres de l'Italie.
Le premier vol. concernera la Suiffe ,
&contiendra environ 200 eſtampes ,
& chaque volume formera un Ouvrage
complet; Ouvrage propoſé par ſoufcription.
Il ne paroît encore que le Prospectus
de ce grand Ouvrage , dont l'objet, eſt- il
dit dans ce Prospectus , eſt de préſenter
l'hiſtoire la plus fidèle de tout ce qui
s'eſt paflé de remarquable en Suiffe &
en Italie ; le tableau le plus vrai du gouvernement
, des moeurs , uſages , coutumes
, religion , cérémonies , monnoies
&ſciences de leurs habitans; & la defcription
la plus exacte , ſoit des merveilles
que la nature étale dans ces deux conDÉCEMBRE.
1776. 89
trées, ſoit des chef-d'oeuvres dont les
arts les ont enrichies .
Au détail &à la date des faits mémorables
, l'Auteur joindra la defcription
des lieux dans lesquels ces mêmes faits
feront arrivés ; il offrira au Le teur le plan
& l'élévation des monumens antiques ,
dont il reſte quelques veſtiges ; il lui déſignera
les endroits où étoient ceux que
le temps ou la barbarie ont détruits ; il
lui parlera des édifices modernes , des
fêtes & des ſpectacles , des médailles &
des inſcriptions , des tableaux & des ftatues
, & furtous ces objets , il lui mettra
ſous les yeux des eſtampes repréſentarives
, dont il garantit l'exactitude & la
fidélité.
En faveur des Gens de lettres & de
ceux qui aiment les grands Ecrivains de
l'antiquité , l'Auteur citera les paſſages
des Orateurs , des Poëtes & des Hiſtoriens
les plus célèbres , quand ces paſſa .
ges ſe trouveront relatifs aux ſujets dont
il ſera queſtion.
La réunion de ces différens objets , qui
juſqu'ici n'ont été préſentés que ſéparé.
ment , formera , ajoute l'Auteur du Profpectus,
le tableau le plus riche & le plus
varié que l'on puiſſe avoir en ce genre ;
१० MERCURE DE FRANCE.
l'Auteur n'a rien épargné pour l'embellir
, & les Artiftes , ainſi que les Amateurs
, trouveront également de quoi fatisfaire
leur curiofité dans cette collection
, qui n'eſt ni une compilation , ni
un réfumé des voyages que l'on connoît.
L'Auteur a vu par lui -même ; & à l'égard
de l'hiſtorique , il indiquera fidèlement
les ſources dans lesquelles il a puifé ,
pour la perfection de cetOuvrage , qu'il
annonce comme abſolument neuf , foit
pour le fond, foit par la richeſſe & l'exécution
de ſes ornemens.
Comme le premier volume ne parlera
que de la Suiffe , l'Auteur du Prospectus
a cru ne devoir s'étendre que ſurles avantages
que le Public pourra retirer d'un
Ouvrage fait , avec le plus grand foin ,
dans cette contrée auſſi intéreſſante qu'inconnue
à ſes voiſins. Iljette un coup-d'oeil
fur l'antiquité de fon origine , ſur l'ancienneté
de ſes liaiſons avec la France
fur la folidité de ſes engagemens , &
nous annonce que cet Ouvrage offrira ,
dans ſes diverſes parties , l'exacte topographie
de ce pays ; le précis de ſes antiquités
; les faits les plus remarquables de
l'hiſtoire Helvétique , tant ancienne que
moderne ; les limites fubdiviſées des
,
DÉCEMBRE . 1776 . 21
deux religions dominantes ; l'état civil &
politique ; la milice ; les ſervices étrangers
; l'économie rurale ; le commerce ;
la monnoie ; le tableau des moeurs ; celui
des uſages ; le ſpectacle de l'hiſtoire naturelle
, & les progrès des ſciences , des
arts & de la littérature : on y trouvera
auſſi un grand nombre d'anecdotes .
Chacune des vues gravées ſera plus
amplement décrite dans le texte de cet
Ouvrage , qu'on diftribuera gratis à la
dernière livraiſon d'eſtampes. Parmi ces
vues , feront aufſſi les champs de bataille
célèbres par les victoires des Suiffes ,
Morgarten , Laupen , Sempach , Neffels ,
Granfon , Morat , Dornach. L'hiſtorique
a été puiſé non ſeulement dans les livres
qui ont paru ſur la Suiffe , mais encore
dans les relations générales & particulières
qu'on doit à des Connoiffeurs
reſpectables. « M. Henin , Réſident de
>> France à Genève , ajoute l'Auteur du
Profpectus , a bien voulu nous diriger
>> dans tout ce qui concerne l'hiſtoire de
>> cette République. Mais c'eſt à un Suiffe
>> militaire que nous devons le principal
> mérite de la partie hiſtorique de cer
» Ouvrage, à M. le Baron de Zur-Lauben
, Maréchal de-Camp ès armées du
92 MERCURE DE FRANCE.
» Roi , & Capitaine au Régiment des
>>>Gardes- Suifles. Nous avonsla confiance
>> d'eſpérer que le Public partagera avec
>>nous notre reconnoiſſance. Affurément
>> nous ne pouvions deſirer un meilleur
> guide que l'Auteur de l'Histoire mili-
» taire des Suiffes auſervicede France ».
Comme cette édition ſera exécutée ſur
le plus beau papier , avec des caractères
d'imprimerie fondus exprès ; que les defſins
ſont des meilleurs Maîtres , & que
l'on n'épargne rien pour la gravure , les
frais en feront très conſidérables. Cependant
comme les Editeurs connoiffent
l'éloignement du Public pour les ſouſcriptions
, éloignement juſtifié par les fraudes
ou les lenteurs qu'il éprouve fréquemment
en ce genre , ils ont pris le partide
propoſer les conditions ſuivantes.
L'Ouvrage fera diviſé en fix volumes
grand in- folio.
Le premier contiendra laSuiſſe.
Le ſecond , Rome & les Etats du
Le troiſième , 5 Pape.
Le quatrième , Naples & une partie
de ſon Royaume .
Le cinquième , la Toſcane , les Etats
de Lucques , ceux de Gênes , de Modène
&deParme.
مت
DÉCEMBRE. 1776 .
93
Le ſixième , les Etats de Veniſe , le
Duché de Milan , les autres Etats de
l'Empereur dans l'Italie, le Piémont &
laSavoie.
La première livraiſon d'eſtampes , qui
compoſera le premier volume , ſe fera
chez les fieurs Née & Maſquelier , le r
Janvier 1777 , & les autres fucceffivement
de mois en mois .
Ces eſtampes ſe diſtribueront fix par
fix, de mois en mois , à raiſon de 9 liv.
pour les Souſcripteurs , que l'on ne recevra
qu'à chaque livraiſon, & de 12 liv.
pour ceux qui n'auront pas fouſcrit.
A la dernière livraiſon des eſtampes
de chaque volume, le texte ſe diſtribuera
gratis chez Ruault , Libraire , rue de la
Harpe , près la rue Serpente. Il ſe chargera
auſſi de recevoir les ſouſcriptions &
dedélivrer les estampes aux Souſcripteurs .
On pourra même lui adreſſer les manufcrits&
remarques ſur les différens objets
de la partie hiſtorique.
Les Amateurs qui deſireront voir quel.
ques uns des deſſins deſtinés à cet Onvrage
, pourront ſe tranſporter chez les
Graveurs ci-deſſus indiqués : ils ſe feront
un plaifir de fatisfaire leur curiofité.
Pour fixer la ſouſcription , on ne ſera
54
MERCURE DE FRANCE.
admis à ſe faire inſcrire pour le premier
volume , que depuis le premier Octobre
1776 , juſqu'au preniier Octobre 1777 .
La ſouſcription , pour le ſecond volume
, ſera ouverte le premier Octobre
1777 , & l'on pourra ſe faire infcrire
juſqu'au premier Octobre 1778 , & ainſi
de ſuite d'année en année ,juſqu'au fixieme
& dernier volume, On donnera à la
tête de chaque volume les noms des Soufcripteurs.
On ſouſcrit à Paris , chez les ſieurs
Née & Maſquelier , Graveurs , rue des
Francs-Bourgeois , Porte St Michel ; &
chez Ruault , Libraire , rue de la Harpe.
A Lyon , chez Roffet;&dans les autres
Villes de l'Europe , chez les principaux
Libraires ,
On ſera librede ne ſouſcrire que pour
un volume , deux , trois , quatre , &c.
On trouvera dans chaque volume du
texte , une table qui indiquera les endroits
où les estampes doivent être placées.
Discours prononcé à la Fête des Bonnes
Gens , inſtituée à l'occaſion de la naifſance
de Monſeigneur le Duc d'Angoulême
,dans les Paroiſles de Canon ,

DÉCEMBRE. 1776 . 95
Meſidon & Vieux-Fumée , en Normandie.
Brochure in- 80. A Paris ,de
l'Imprimerie deLouisCellot , rueDau:
phine.
L'aſſociation qui vient de ſe former
pour l'encouragement des arts ; pluſieurs
prix fondés à l'imitation de celui de Salenci
, & la Fête des Bonnes Gens , dont
les papiers publics de l'année dernière ont
rendu compte , doivent écarter le reproche
que nous faisoit un Cenſeur de nos
moeurs &de nos uſages , que nos inſtitutions
avoient plutôt pour but de former
debeaux diſcoureursquede bons citoyens,
& qu'il y avoit pluſieurs prix fondés pour
l'éloquence & pas un pour la vertu. Les
trois Paroiſſes de Canon , Meſidon &
Vieux- Fumée , aſſociées pour célébrer
une fête religieuſe & champêtre , où le
prix eſt aſſigné folennellement aux différentes
vertus de chaque âge & de chaque
fexe , ont couronné cette année un bon
pèrede famille , nommé Charles Duret ,
âgé d'un peu plus de trente ans , qui avant
celui de quinze , s'eſt trouvé chef de ſa
famille & en eſt devenu le père. La
bonne mère eſt une femme de ſoixante
& quelques années , eſtimée pour la pureté
de ſa vie& la douceur de ſes moeurs ;
96 MERCURE DE FRANCE.
mais connue fur-tout par une ſuite de
belles actions envers un enfant fans parens,
Elle a été mère dix fois & a nourri
neuf. Pendant quelle nourriſſoit , ſa fervante
devint groſſe. Elle en eut pitié ,
reçut l'enfant , lui donna pluſieurs fois
de ſon lait , l'éleva avec le ſeul fils qui
lui eſt reſté , ne l'informa point du malheurde
ſa naiſſance , qu'il n'a appris qu'à
douze ans , par l'indifcrétion ou la malignité
de quelques voiſins, lui donna un
état, un commerce & une épouſe ; elle
l'aime comme ſon fils , & eft adorée de
tous deux. Quand on n'a vu que des
Villes , des affemblées folennelles , des
Orateurs préparés pour prononcer avec
artun compliment délicat , reçu avec une
modeſtie non moins apprêtée , on ne ſe
figure point la férénité , l'air du bonheur
modeſte avec lequel ces gens ſimples
reçoivent en public , fans s'humilier &
fans rougit , l'hommage dû à leurs vertus.
L'eſtimable Ecrivain qui nous fait
part de cette obſervation , avoue qu'il ne
put s'empêcher de la faire , en voyant
de quel air la bonne mère reçut une
bourſe de cent écus , & la donna auffitôt
aux pauvres. Ce fut avec la même
tranquillité qu'elle demanda enſuite que
l'on
DÉCEMBRE. 1776. 97
l'on réſerva cinquante écus pour fon fils.
C'eſt lui , dit-elle , qui m'a valu la
>>>couronne. Il eſt juſte qu'il partage ; ces
>>cinquante écus lui porteront bonheur ».
Ces mots font fimples , mais ils partent
de l'ame. La cérémonie fut interrompue
par une ſcène non moins touchante : un
riche Fermier , nommé Charles Briere ,
envoya fon fils avec cinquante louis , &
un écrit par lequel il demandoit que les
trois Paroiſſes ordonnaſſent de l'emploi
de cette ſomme, & daignaſſent l'affocier
& l'affilier , defirant l'honneur d'appartenir
à defi honnêtes gens. Les Electeurs
ruſtiques , qui affignent les couronnes ,
s'aſſemblent & aggrégent Briere , & refuſent
ſon or , ne voulant point que leur
affiliation fût vénale. Sur cela nouvelle
demande du Fermier de payer la taille des
pauvres du pays , à la ligne de cent fols &
au-delfous : cette nouvelle demande fut
octroyée . L'Orateur fait alluſion à ce trait
dans ſon diſcours , qui fort de la claffe
ordinaire de ceux qui ſont prononcés
dans la chaire de vérité ; les Orateurs
évangéliques n'y montent ordinairement
que pour ſévir contre les foibleſles humaines
, & exhorter les hommes à la
pratique des vertus; mais dans le diſcours
E
98 MERCURE DE FRANCE.
que nous annonçons , l'Orateur félicite
les hommes& loue des vertus. «O vous !
• dit- il , en adreſſant la parole aux chefs
»& mères de familles couronnés , qui
>>ne cherchâtes point les regards des
>> hommes; qui fûtes bons & généreux
>> fans témoins , ſans intérêt , ſansgloire ,
»& pour le ſeul amour du bien; hum-
» bles héros de cette fête , qui n'aviez
>>pas prévu qu'en ce jour un éloge public
>>>vous attendoit dans ce Temple , dans
ce même Temple où vous ne veniez
>>quepour vous confondre& vous avouer
>>pécheurs , recevez un honneur que nous
>>> n'accordons ni aux grands , ni aux puif-
> fans , ni aux vainqueurs ; mais que nous
>>décernons avec joie à vos vertus igno-
>>>rées ; recevez des louangesqui ne font
>>pas feulement l'hommage de nos ames
>> attendries, mais l'exercice confolant de
- notre miniſtère , & le plus noble em-
>> ploi de la parole ſacrée. Votre éloge
>> en ce jour , ſera ſubſtitué à l'inſtruc-
» tion , ou plutôt devient l'inſtruction
même , & il n'en eſt pas de plus tou-
> chante : car que pouvons-nous dire de
> ſimple , de convainquant&de ſenſible,
» que vos exemples n'apprennent? Qui
n'y retrouve la confolation ou le repro
DÉCEMBRE. 1776. 99
>che de ſes moeurs , & l'avertiſſement de
❤ ce qu'il peut faire ? »
L'Orateur , dans la ſuite dece difcours,
félicite la contrée où l'on pratique de
pareilles vertus;& ceux qui , par leurs
inſtructions , les ont fait naître ; & ceux
qui , par une ſage inſtitution , les ont
honorées. Le langagedu ſentiment eſt ici
employé. Il eſt celui qui convenoit le
mieux pour célébrer des actes de piété
filiale , d'amitié fraternelle , de bienfaifance
pratiqués par des ames ſimples ,
qui ne ſe glorifioient de rien & ne fongeoient
qu'à bien faire. Cet éloge , pour
cette raiſon , eſt moins un difcours étudié,
qu'une eſpèce de cantique de joie
&d'alegreſſe approprié à la fête qui en
eſt l'objer.
L'Ami des Arts , ou juſtification de plu
ſieurs grands Hommes.
Summa petit livor , perflant altiſſima venti.
Broch.in- 12. On en trouve des exemplaires
à Paris , chez Lacombe , Libr.
tue Chriſtine .
Les Anciens avoient dreſſé des autels
aux Muſes. Ils les faiſoient préſider aux
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
beaux arts , qu'ils appeloient les bienfaiteurs
du genre humain. En effet , la poëfie
, la muſique , la peinture , par les images
du beau qu'elles nous préſentent , élèvent
notre ane , annobliſſent notre penſée
& nous dérobent aux ennuis de la
vie. L'Auteur de l'écrit que nous annonçons,
nous rappelle ces bienfaits des Mu--
fes ; & foit ſenſibilité de ſa part , ſoit
reconnoiffance , il prend en main la dé
tenſe de pluſieurs Gens de lettres & Artiſtes
célèbres , qui n'avoient peut-être
pas beſoin d'être défendus; mais l'Ami
des arts remplit la fonction la plus chère
à fon coeur. Il ſe plaint dans ce même
écrit de l'abus qui règne dans la République
des Lettres. « La littérature Fran .
çoiſe , dit il , offre aujourd'hui le ſpec .
>>tacle d'un Empire déchiré par des guerres
inteſtines ; cent petites factions s'at-
>> taquentavec fureur , & ne ſe réuniſſent
» que pour combattre l'autorité de leurs
>>légitimes Maîtres. Le chant mélodieux
>> des Favoris d'Apollon , ajoute t il dans
> un autre endroit, eſt preſque étouffé
> par les cris de l'envie ». Eſt- ce bien
l'envie qui fait prendre la plume à quelques
déclamateurs ſatiriques contre les favoris
d'Apollon , pour nous fervit ici de
DÉCEMBRE. 1776. 101
l'expreſſion de l'Ami des Arts ? Non , ils
favent bien qu'ils n'ont rien de commun
avec les hommes célèbres qu'ils attaquent;
mais ils veulent jouer un rôle
dans la République des Lettres , & ils
choiſiſſent le plus aiſé , celui qui peut leur
procurer quelques partiſans & les faire
remarquer , n'importe à quel titre.
Manière de rendre toutes fortes d'édifices
incombuftibles , ou Traité ſur la conftruction
des voûtes faites avec des
briques & du plâtre , dites voûtes plates
,& d'un toit de brique , ſans charpente
, appelé comble briqueté , de l'invention
de M. le Comte d'Eſpie ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de St Louis , ancien Commandant
d'un bataillon d'Infanterie , Chevalier
de l'Ordre de la Fidélité de S. A. S.
le Margrave de Bade-Dourlach & Baden
, Colonel breveté par ledit Prince;
avec les plans gravés en taille- douce ;
broch . in - 12 . A Paris , chez la veuve
Ducheſne , Lib . rue St Jacques. 3
Ce Traité a été publié , pour la première
fois , en 1754 ; & depuis cette
époque M. le Comte d'Eſpie a fait quel.
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
ques obſervations économiques qu'il nous
communique aujourd'hui . Il s'acquitte
autli de la promeſſe qu'il avoit faite en
1754, de donner les moyens de conſtruire
fes combles briquetés dans une vieille
maiſon , avec peu de dépenſes , & de façon
qu'il n'y eût que le toit à changer ,
fans rien détruire des planchers ou plafonds.
Héliogabale & Alexandre Sévère , Hiſtoires
Romaines; précédées d'une explication
de quelques antiquités Romaines;
par M. Mayer ; brochure in-89.
de 142 pages. A Paris , chez la veuve
Duchefne , Lib. rue St Jacques.
L'objet de M. Mayer, en nous don
nant les vies d'Héliogabale & Alexandre
Sévère , a été de mettre en parallèle le
vice& la vertu , d'oppoſer au plus méchant
, au plus fou & au plus abſolu des
Empereurs , l'un des plus ſages , des plus
humains & des plus juſtes , & de rendre
par ce moyen les leçons de l'hiſtoire plus
efficaces . Alexandre Sévère étoit libéral
par caractère & économe par principe ;
affable dans ſes manières , frugal dans
fon genre de vie , & fimple dans fon
DÉCEMBRE. 1776. 163
ود
Ce
extérieur : « La majesté de l'Empire ſe
foutient , difoit- il , par la vertu & non
>> par l'oftentation des richeſſes » .
Prince ne ſouffrit jamais que les Offices
qui donnoient pouvoir & jurifdiction
fuffent vendus : " C'eſt une néceſſité , di-
>>foit il , que celui qui achette en gros
>>>vende en détail ». Il étoit ſibienfaiſant,
qu'il prévenoit même les deſirs de ceux
que la timidité retenoit. " Pourquoi ne
» me demandez -vous rien , leur diſoit-
>>il ? Aimez- vous mieux vous plaindre
>> en ſecret , que de m'avoir obligation ? »
Un de ſes premiers ſoins étoit de pourvoir
aux beſoinsde ſes Troupes. Sa maxime
étoit que « le Soldat ne craint
>> point ſes Chefs , s'il n'eſt bien vêtu
>> bien nourri , & s'il n'a quelque argent
>> dans ſes poches ». Il distribua aux
Officiers & aux Soldats des terres limitrophes
de celles des Barbares , & voulur
qu'elles ne paſſaſſent des pères aux enfans
que ſous la condition expreſſe que ceuxci
ſerviroient dans les Troupes. On a
regardé cet établiſſement d'Alexandre
comme l'origine des fiefs , dont la condition
eſſentielle eſt le ſervice militaire .
Ce Prince , élevé ſur le premier Trône
de l'Univers, ne ſe regardoit néanmoins,
,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
au milieu de ſes ſujets , que comme le
premier parmi ſes égaux. Il viſitoit ſes
amis malades , même ceux d'un tang
médiocre. Il alloit manger chez eux ; &
il y en avoit toujours quelques- uns à ſa
table , qui y venoient familièrement ſans
invitation exprefle. Ces procédés ſi ſimples
, fi populaires annonçoient dans
Alexandre la bonté de ſon coeur; ils
déplaiſoient néanmoins à la Princeſſe ſa
mère , qui , par un goût naturel à fon
ſexe , recherchoit le faſte & l'éclat . Pre-
» nez y garde , lui dit-elle un jour , vous
>> avilillez votre autorité , & vous la
>> rendez mépriſable . Je la rends , lui
→ répondit il, plus exempte d'inquiétude
» & plus durable » . Des Négocians , ſous
fon règne , voulurent enlever aux Chrétiens
une place deſtinée à une Eglife ;
il la leur fit rendre. • Il eſt plus impor-
» iant , dit- il , dans le reſcrit publié à
>> ce ſujet , que Dieu ſoit adoré de quel-
>>que façon que ce ſoit, qu'il ne l'eſt ,
» que des Négocians avent plutôt un lieu
>> qu'un autre pour la facilité,de leur
» commerce .. Ces différens traits , rapportés
par Lampride , Hiſtorien Latin ,
qui nous a donné les vies de pluſieurs
Empereurs , peignent mieux Alexandre
DÉCEMBRE. 1776. 105
Sévère que tous les éloges qu'on pourroit
en faire. Ces traits neſe trouvent cependant
point dans l'écrit de M. Mayer , ce
qui indique allez qu'il n'a pas rempli fon
objet. Cette Hiſtoire & celle d'Héliogabale
ne préſentent d'ailleurs aucune re
cherche , & ne contiennent aucune réflexion
neuve ou piquante , qui puiffe
juſtifier l'Ecrivain d'avoir entrepris de trai .
ter'de nouveau des morceaux d'hiſtoire
fi connus. Une explication de quelques
antiquités Romaines fert d'introduction
al'Ouvrage , & remplit les trois quarts
du volume. Cette explication paroîtra
ici d'autant moins néceſſaire , qu'elle
n'est qu'un extrait de ce que l'on trouve
dans les Dictionnaires ,
Les Bienfaits du Sommeil, ou les quatre
rêves accomplis. A Paris, chez Brunet
, Lib. rue des Ecrivains , cloître
Saint Jacques de la Boucherie ; 1776 ;
in- 8° . avec fig.
Ce petit Ouvrage conſiſte en quatre
fonges allégoriqes en vers , dont le ſujet ,
cher à tous les coeurs François , n'eſt pas
difficile à ſaiſir. L'Auteur , pour rendre
P'allégorie claire aux Lecteurs les moins
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
pénétrans , en ajoint l'explication au bas
de chacun des quatre Songes qui accompagnent
les quatre eſtampes. Il voit
dans fon premier rêve paroître fur
tône d'or :
un
UnRoi chéri du Peuple &craint des Courtiſans ,
Et qui ſembloit cacher , en Roi digne de l'être ,
La raiſon d'un vieillard ſous un frontde vingt ans,
Et le coeur d'un ami ſous l'appareil d'un maître.
Henri IV paroît affis ſur un nuage ,
&montre d'une main à Louis XVI M.
de Maurepas , & de l'autre , Sully , placé
auprès de lui fur une tombe.
Dans le deuxième ſonge , Louis XVI
eſt aſſis ſur ſon trône. Vis-à- vis eſt un
temple magnifique couvert d'un voile
que le Temps entr'ouvre avec ſa faulx.
M. de Maurepas levant le voile , fair
voir au Roi la vérité : cette Déeffe montre
au Roi M. de Miromeſnil , foutenant
une colonne qu'il embraſſe. Dans la troiſième
, l'Auteur voit laSageſſe ſoutenant
le bras de Louis XVI , qui porte pour
ſceptre la matfue d'Hercule. M.de Miromeſnil
& M. de Maurepas écraſent
ſous leurs pieds l'hydre de Lerne , tandis
que la France , proſternée aux pieds des
DÉCEMBRE. 1776. 107
-
autels , fait des voeux pour le nouveau
règne. Dans le quatrième & dernier , la
Parque filelesjours de M. de Maurepas ,
au milieu d'un Temple gardé par le
Temps ; la quenouille qu'elle tient eſt
foiblement garnie ; mais Louis XVI Parrête
, & lui en préſente une nouvellebien
enflée d'or & de ſoie. Le ſonge finit par
le réveil du Narrateur, qui trouve ces
mots écrits ſur ſon pupitre:
Tel qui , bien éveillé , ne voit quedes erreurs ,
Voit lavéritédans ſes ſonges.
Cette production d'un Poëte Citoyen ,
fait honneur à ſon eſprit & à fon coeur.
Les quatre eſtampes ſont très- agréables
& fort bien gravées , & l'impreſſion de
l'Ouvrage eſt un petit chef-d'oeuvre typo
graphyque.
Hiftoire des Inaugurations des Rois & des
Empereurs , & autres Souverains de
l'Univers , depuis leur origine juſqu'd
préſent; ſuivie d'un précis de l'état
des arts & des ſciences ſous chaque
règne ; des principaux faits , moeurs ,
coutumes & uſages les plus remarquables
des François, depuis Pepio juf
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
qu'à Louis XVI . Par M. ***. A Paris ,
chez Moutard , Libraire de la Reine ,
rue du Hurepoix ; 1776 ; 1 vol. grand
in-8°. avec fig.
La plus grande partie de cet Ouvrage
conſiſte dans l'inauguration des Rois de
France , l'hiſtoire de chaque règne , &
celle des variations des moeurs , uſages
&habillemens . L'inauguration des autres
Souverains del Univers , tant modernes
qu'anciens, à commencer par les Rois
d'lſraël & de Juda , n'occupe que les
foixante premières pages du voyage. Parmi
cesdifférentes cérémonies , toutes plus
ou moins fingulières , nous en avons furtout
diftingué deux , uſitée dans le moyen
âge , & très remarquables par leur bizarrerie.
La première , eſt l'inauguration des
Ducs de Carinthie , dont les Etats font
aujourd'hui partie de ceux de la Maifon
d'Autriche. Nous allons la rapporter en
entier. Auprès de la Ville de Saint
>> Veit , eſt une vaſte plaine où l'on voit
> encore les veſtiges d'une ancienne
>>>Ville ; & dans les environs , au milieu
>>d'une prairie , eſt une grande pierre de
>> marbre , élevée d'environ deux coudées.
:
DÉCEMBRE. 1776. 109
» Un Payſan qui , par ſucceſſion , avoit
>>le droit de préſider la priſe de poffef-
>> fion du Duc , montoit fur cette pierre ,
»& avoit auprès de lui à ſa droite , une
> vache noire qui venoit de mettre bas ,
»& à ſa gauche , une jument extrême-
> ment maigre & decharnée ; les Bour-
>> geois de Saint-Veit ,& une multitude
>> de Payſans ſe raſſembloient autour de
»lui .
>>Le Duc , couvert d'un bonnet de
>> Payſan , chauſſe de ſouliers de Pâtre ,
>> tenant une houlette à la main , s'avan-
» çoit en cet équipage , accompagné des
>> Sénateurs vêtus d'écarlate , & des Offi
>>ciers portant les enſeignes du pays .
>>Celui qui étoit ſur la pierre ,voyant le
>>cortége s'avancer , crioit en langage
>>Sclavon : Qui est celui qui marche avec
> tant d'appareil ? Le Peuple répondoit :
» C'est le Prince du Pays. Le Payſan ré-
>> pliquoit : Eft il Juge ? Cherche- t il le
>> falut de l'Etat ? Eft il defranche condi-
» tion , digne d'honneur , obfervateur des
» Loix & defenseur de la Religion Chré-
» tienne? La multitude lui répondoit : Il
l'eft , lefera. Alors le Payſan ajoutoit :
→Je demande par quel droit il m'otera
d'ici? Le Maître de la Cour du Duc
110 MERCURE DE FRANCE.
» répondoit : Ce lieu est acheté du Roi
>pour soixante deniers; ces bêtes feront
» tiennes. Etendant alors la main fur la
>>vache & la jument , il diſoit : Tuferas
» revêtu des habillemens que le Duc dé-
* pouillera , & feras franc de tribut , toi
n & toute ta maison. Enſuite le Payſan-
>>deſcendoit de ſa pierre , donnoit un
> léger foufflet fur la joue du Prince , &
>> commandoit au cheval d'en être le
» Juge. Après cette cérémonie , il rece-
> voitune ſomme d'argent & s'en alloit.
>>Le Prince reprenoit ſa place fur la
>>même pierre , agitoit fon épée nue , ſe
>>>tournant de tous côtés , & diſant au
>>Peuple qu'il le jugeroit avec équité ; on
>>lui préfentoit un chapeau de Payſan
> rempli d'eau , où il étoit obligé de
>>boire , pour marquer qu'il feroit tou-
> jours fobre. On le conduiſoit de- là à
>>l'Eglife , où il aſſiſtoit au ſervice divin ,
>> après lequel il ôtoit ſes habillemens
>>de Payfan , pour ſe revêtir de l'habit
>Ducal ».
Les circonstances de l'inauguration da
Duc de Brabant ne font pas moins piquantes.
Ce Duc , après avoir fait fon
entrée à Anvers , capitale de fon Duché ,
faifoit fermentde conſerver les droits de
DÉCEMBRE. 1776 . 112
Clergé & de la Nobleſſe , & de rendre
la justice au Peuple ; on lui apportoit le
chapeau Ducal de velours cramoiſi . Un
des Principaux du Pays lui mettoit le
manteau ; en ferrant l'agraffe , il lui di .
foit : Monseigneur , il faut bienferrer cette
agraffe , afin que personne ne puiſſe arracher
le manteau à Votre Alteſſfe. Il ajoutoit
, en lui mettant le chapeau fur la
tête :Monseigneur, je prie Dieu que vous
puiffiez bien garder cet habit ; à préſent
vous pouvez éire affſuré d'être Duc de
Brabant.
L'Auteur donne une courte deſcription
du ſacre de tous nos Rois , à l'article
de chaque règne. Il rapporte , ſous
celui de Louis le Jeune , le détail des
cérémonies qui s'obſervent à cette inportante
folennité , telles qu'elles ont été
ordonnées par ce Prince ,& fuivies jufqu'à
préſent. Il a paſſé légèrement ſur les
faits dans le précis chronologique qu'il
donne de l'Histoire de France ; mais le
Lecteur y verra avec plaiſir , & enmême
temps avec une forte de ſurpriſe , les
variations multipliées du costume dans
les habillemens de la Nation Françoiſe ,
décrites règne par règne avec le plus
grand foin , & accompagnées d'eſtampes
112 MERCURE DE FRANCE.
qui les repréſentent. Les François confervèrent
affez conſtamment la même
forine d'habits pendant plus de fix cents
ans, juſqu'au temps de Philippe-Auguſte ;
époque à laquelle l'introduction des
Etrangers dans le Royaume , les Croifades
& la connoiſlance des arts , leur infpirèrent
tant de goût pour le luxe , que
depuis les parures des deux ſexes n'ont
cellé juſqu'à préſent de changer& d'éprouver
les révolutions les plus bizarres ,
comme l'on pourra s'en convaincre par
cet Ouvrage , dans lequel on verra auffi
l'état des arts & des ſciences , & leurs
progrès ſous chaque règne ; la manière
de lever les troupes & les impôts ; l'ordre
de bataille , la forme des armes & des
enfeignes ; les époques des nouvelles
découvertes ; les differens jeux & la variété
des divertiſlemens .
Journée de l'Amour , ou Heures de Cythère
; 1 vol, in-8 °. avec fig. AGnide ,
1776 ; & ſe trouve à Paris , chez les
Libraires qui vendent les Nouveautés.
*
Cet Ouvrage galant , mêlé de profe &
de vers, fera lu ſur tout avec plaifir par
les Amans ſenſibles & délicats. Il eſt diDÉCEMBRE.
1776. 113
viſé en huit parties on heures. La pre.
mière eſt intitulée : Néceſſité d'aimer ; la
ſeconde , l'Imagination ; la troisième ,
l'Absence ; la quatrième , la Jalousie ; la
cinquième , le Caprice & les Epargnes de
l'Amour; la fizième , les Repriſes ou Souvenir
du premier moment heureux; la ſeptième
, plus étendue que les autres , renferme,
ſous le nomde Leçons , pluſieurs
petits tableaux voluptueux . Nous citerons
le ſuivant.
2
« Un ſimple bavolet , une collerette
>> bien blanche un corſet déjà trop
» étroit , une jupe légère , voilà l'accou-
>> trement de Nicette : elle n'avoit pas
>> d'autre parure ; mais elle avoit quinze
>> ans; & dans ce petit attirail , elle s'en
>> alloit , tout en rêvant , vendre des fleurs
aux belles Dames du Château. Elle
>> étoit plus fraîche que ſa marchandise;
→& Bouquetière du Village , elle avoit
» l'air d'un échantillon du printemps.
>> Il m'eſt échappé de dire que Nicette
>> rêvoit; mais à quoi rêvoit elle ? Une
>> fille à quinze ans rêve preſque toujours
»& ne convient jamais de ſon objer. Ce
>> que je fais , c'eſt que l'inſtant de la
>rêverie eſt ſouvent favorable aux im-
> portuns , quand ils ont l'eſprit de l'être
114 MERCURE DE FRANCE.
>> à propos . Nicette l'éprouva. Je ne fais
>> fi elle s'en repentit; j'ai peine à le
>> croire ; mais le charmant importan s'en
>>>félicite encore. Où allez vous , ma belle
>> enfant ?- Vendre mes fleurs.- Vous
>> en aurez du débit ; n'offrez-vous que
>> celles qui font dans la corbeille ? -
>> Je n'en ai pas d'autres .
>>devine de bien plus belles.
>> vous entends pas.-Laiſſez moi m'ex-
> pliquer. O! ma mère défend qu'on
>> m'embraffe . Vous avez un viſage
» qui le commande , & j'aime mieux
>> lui obeir qu'à votre mère.
-
-
- Jevous en
Je ne -
-
Non ,
laiflez-moi.- Je ne veux qu'un ſeul
» bouquet ; vous en avez tant ! il n'eft
>>pas permis d'être fi riche & fi avare.
ود-Ils font tous promis.-Je ne vous
>> laiſſe pas échapper que je n'en aie ob-
>> tenu un , au moins un .- Je vais crier
"- Perfonne n'entendra que les oiſeaux,
>& les oiſeaux n'en diront rien. J'ai lu
> quelque part que l'Amour avoit placé
>>l'occaſion tout à côté du myſtère. Ni-
>> cette, tout en défendant fon petit par-
>> terre , fit un faux pas ,& perdit la plus
>> belle de ſes rofes» .
La huitième heure a pour titre les
Glanes. L'Ouvrage eſt terminé par uns
DÉCEMBRE. 1776.
Dialogue des Amans heureux, qui eſt une
forte de petite Paſtorale en proſe , dont
pluſieurs Bergers & Bergères ſont les
Acteurs ; & par des ſtances intitulées :
Codede l'Amour.
Les différentes pièces de vers qui compoſent
la plus grande partie des fleurs de
cette eſpece de parterre , font en général
agréables; mais la verſification en eſt
quelquefois un peu négligée.Nous allons
rapporter une des meilleures. L'Auteur
l'a déſignée par le titre des Epargnes de
l'Amour.
mes amis! ſoyons prudens ;
Dans l'âge heureux de la folie ,
Ménageons pour un autre temps;
Uſons avec économie
Des beaux jours de notre printemps ,
C'eſt la ſaiſon la plus jolie ,
Les plaiſirs y ſontplus rians;
Mais lorſque leur ſource eſt tarie,
L'ennui , qui les ſuit à pas lents ,
Enfant de la monotonie ,
Vient , ſur l'automne de nos ans ,
Verfer ſa funeſte apathie.
Quand lecoeur ne dit rien aux ſens
Etlorſquenotre ame engourdie
N'a que des defirs impuiſſans ,
116 MERCURE DE FRANCE.
Hélas! que faire de la vie ?
De cette affreuſe léthargie
Craignons les effets malfaifans ;
Gare qu'un jour à nos depens
Nous ne prêchions l'économie.
Ecoutons l'Amour qui nous crie :
Vous n'aurez pas toujours vingt ans.
Stancesfur la mort de Colardeau , ſuivies
de fon Ombre aux Champs Eliſées ;
par M. Vigée . A Paris , chez Leſclapart,
Libraire , quai de Gêvres , 1776 ;
brochure in- ১০ . de 22 pages.
:
Ce monument élevé à la mémoire de
M. Colardeau , eſt précédé d'un précis
très court de la vie & des Ouvrages de
ce Poëte aimable. Les ſtances ſur ſa mort ,
qui ne font qu'au nombre de ſept , an.
noncent dans M. Vigée du talent pour
la poësie. Il y a du naturel & de la facilité.
Voici les deux dernières , qui nous
ont paru les plus correctes. La verſification
en eſt coulante , & ſemble indiquer
que l'Aureur s'eſt proposé pour modèle
celle de l'Ecrivain qu'il célèbre.
Ah! ſi les juſtes Dieux , témoins de nos alarmes ,
DÉCEMBRE. 1776. 117
Vouloient prêter l'oreille à nos triſtes accens ...
Mais Orphée a-t- il ſu les fléchir par ſes larmes?..
Hélas ! ils feront fourds à mes cris impaillans.
O toi ! qui maintenant au ténébreux empire ,
Affis près de Chaulieu , partages ſon bonheur ;
Pardonne , Colardeau , j'ai cru prendre ta lyre ,
J'ai voulu te chanter ; j'ai conſulté ton coeur.
>
L'Ombre de Colardeau aux Champs
Eliſées , eſt un dialogue entre cette Ombre
& celles d'ovide & de Chaulieu .
Les trois Poëtes , après quelques complimens
& éloges mutuels , s'entretiennent
de l'état actuel de la littérature, Ils paffent
en revue pluſieurs brochures éphémères
que le fleuve Léthé , ſuivant Chaulieu
vient d'engloutir. Colardeau fait l'éloge
de Crébillon & de M. de Voltaire.
Ovide témoigne ſes regrets de ce que
l'Auteur de la Henriade , de Zaïre & de
Mahomet ne s'est pas livré entièrement
aux poësies légères , & fur tout de ce que
l'Auteur du Poëme de la Déclamation &
du Célibataire , qui fait , dit il , l'honneur
de la France , n'y a pas consacréfon loiſir.
Colardeau affure le judicieux Ovide que
dans le cas qu'il ſuppoſe , cet Auteur eût
égalé M. de Voltaire. Mais , ajoute t- il ,
118 MERCURE DE FRANCE.
il s'eſt laiſſé entraînerparson génie, des
Succès l'ontféduit: quipourroity réſiſter!
Chaulieu interrompt ce panégyrique , en
faiſant obſerver à Ovide & à Colardeau
qu'ils ont oublié de faire mention de
l'Auteur de Vert Vert, de la Chartreuſe
& du Méchant. Le dialogue ſe termine
par le couronnement de Colardeau , dont
Ovide & Chaulieu lui ceignent le front
de myrthe& de laurier.
Combien le respect pour les moeurs contribue
au bonheur des Etats; par M. de la
Croix , Avocat. A Bruxelles ; & fe
trouve à Paris , chez Ruault , Lib. rue
de laHarpe.
Il étoit difficile d'offrir un ſujet plus
intéreſſant que celui-là , & plus digne
des richeſſes de l'éloquence. Lorſque
l'Académie de Besançon le propoſa pour
la première fois , M. de la Croix étoit
occupéde la cauſe même des moeurs dans
l'affaire de la Rofière de Salency. Depuis ,
il a eſſayéde le traiter ; mais ſondiſcours
n'étoit point achevé , lorſque le temps limité
par l'Académie expira. Il l'a completté
, & il le donne aujourd'hui au
Public , qui ſera ſon Juge.
DÉCEMBRE. 1776 . 119
Ce diſcours eſt diviſé en deux parties.
Dans la première , l'Auteur trace les
moeurs publiques , & prouve combien ces
moeurs influent ſur le bonheur des Etats.
Dans la ſeconde , il confidère l'homme
retiré dans ſes foyers ,& démontre combien
ileſt eſſentiel que cet homme ait les
moeurs privées.
" Avant , dit-il , de parler du pouvoir
>> des moeurs , &de leur influence ſur le
>>bonheur des ſociétés humaines , fixons
>> le ſens que l'on doit attacher à ce mot
» de moeurs , qui a été tant de fois & i
>> vaguement prononcé. Les moeurs font
> l'accompliſſement des devoirs impoſés
>> à l'homme ſocial. Il ne faut pas con-
>> fondre les moeurs avec la vertu. Les
-moeurs font les fruits de la ſageſſe , & la
» vertu , celui du courage. Les moeurs ſe
»plaiſent dans le calme , la vertu ſe dé-
>> veloppe au milieu des orages. Socrate
>> ſupportant en ſilence l'humeur irrafci-
>> ble de Xantipe , & préférant la laideur
>>de ſa Compagne à la beauté des Courtiſannes
, avoit des moeurs . Mais lorf-
» qu'il aimoit mieux mourir d'une mort
>> injuſte que de fuir lâchement d'une
» prifon où la loi le fixoit , il avoit de la
» vertu ».
120 MERCURE DE FRANCE,
Parmi les différens tableaux que l'Auteur
a peints , pourdonner une idée des
moeurs publiques , nous avons diftingué
ceux du Pontife, du Traitant & de l'homme
de Lettres .
Voici comme l'Auteur parle du dernier.
Il eſt une claſſe d'hommes illuf-
» tres , dont les moeurs font bien impor-
> tantes pour la ſociété qu'ils honorent ;
>> c'eſt celle des Gens de lettres. Placés.
>> au milieu d'une Nation pour l'éclairer ,
• la nature ſemble avoir mis la vérité
> ſous leur fauve garde. Cette vérité eſt
>> le feu ſacré dont ils doivent entretenir
" la précieuſe lumière ; bientôt cette
>> flamme céleste s'obſcurcit & s'éteint ,
>> ſi de viles paſſions en approchent; ſi ſes
>>gardiens font détournés de leur auguſte
>>emploi par la flatterie , par l'ambition ,
>> par le defir honteux de s'enrichir , par
» la crainte de déplaire à des Courtiſans
>>>vicieux . Ah ! ſi les Hommes de lettres
>>avoient une juſte idée de leur ſupério-
■ rité , s'ils en portoient toujours le ſen-
>timent dans leur ame , combien ils
>> craindroient de ſe dégrader en ſe mêlant
dans la foule ! Comme il ſe tien-
>> droientàune noble diſtance des plaiſirs
>> vulgaires ! Satisfaits de leur propre
>>grandeur ,
DÉCEMBRE. 1776. 121
>> grandeur , ils dédaigneroient celles qui
>> ne font point offertes au fublime mé
» rite , aux talens diftingués.On les ver-
> roit dominer dans les cercles par un
>>extérieur de ſageſſe & de modeſtie ,
>> plus impoſant que les dehors de l'orgueil.
Onles écouteroit avec attention, "
>>parce que leurs paroles ſeroient rares&
>>pleines de ſens. Leur gaieté ſeroit celle
» de la fineſſe , leur politeſſe , celle du
>> goût ... Peut- être ſuis-je dans l'illufion ;
>> mais il n'y a point d'homme ſur la
terre plus grand à mes yeux qu'un Phi .
» loſophe modeſte dans le ſein d'une
>> immenſe érudition; filentieux avec le
>> talent de la parole , doux dans la prof-
→ périté, courageux dans la perfécution ,
>> ſenſible avec ſes amis , ſes proches , ſes
>> égaux , & toujours fier avec ceux qui
>> voudroient dominer ſur lui. » .
Après avoir marqué ce qui caractériſe
eſſentiellement les moeurs publiques des
principaux états , l'Auteur ajoute : « On
> voit maintenant que le meilleur , le
>> plus grand , le plus juſte des Princes ,
>> eſt celui dans lequel brillent davantage
>> les moeurs du Souverain ; que le Guer-
>>rier qui ſe dévone le plus utilement
>> à la gloire de fon Pays, eſt celui qui
F
122 MERCURE DE FRANCE.
>>poſſède à un plus haut degré les moeurs
>>militaires ; que les Magiſtrats les plus
>>éclairés , les plus intègres , ſont ceux
>> dans leſquels font réunis les moeurs de
>> la magiftrature ; que les Négocians qui
>>inſpirent le plus de confiance à l'Ettan-
» ger , ſont ceux qui ont donné le plus
>> ſouvent des preuves de probité conf-
>> tante , que j'appelle les moeurs du com-
>> merce; que le pays où la terre eſt le
>> mieux cultivée , où l'humanité indi-
>> gente fouffre le moins des variations
> auxquelles la denrée depremière nécef-
>> fité n'eſt malheureuſement que trop
> ſujette , eſt celui où les grands proprié
>> taires , où les riches laboureurs ont ce
» que j'ai nommé les moeurs du cultiva-
>> teur ; que le Peuple qui eſt le moins
>> tourmenté de la perception de l'impôt ,
» & qui éprouve le moins de vexations
>> de la part des Traitans , eſt celui où
>> ils ont cette fidélité , cette douceur , ce
>> reſpect pour les droits de l'humanité ,
» qui doivent être regardées comme les
» moeurs de la finance ; enfin , que la
>> Nation la plus conſtamment éclairée ,
>> où la tyrannie fera le moins de progrès ,
• où le fanatiſme trouvera le plus d'obf-
» tacles , où le dépôt précieux de la jub
DÉCEMBRE. 1776. 123
tice & de la vérité ſe conſervera le
>> plus long- temps , eſt celle où ſes Let-
>> trés reſſembleront davantage au portrait
>> que nous venons de tracer.
>> Mais , pourfuit- il, le Monarque ,
>>le Guerrier , le Magiſtrat , ne font pas
» ſeulement Prince , Militaire , Homme
>> de loix; ils ſont encore époux , père de
>> famille. Il faut donc qu'ils rempliffent
>> les devoirs que ces différens titres leur
>> impoſent , ſans cela ils n'auront pas
» les moeurs privées; & quoique celles-
» ci ne luiſent , pour ainſi dire , que
>> dans l'obſcurité , elles n'en ont pas
>>moins une très-grande influence,& fur
>>>le bonheur des individus , & fur celui
>>des Etats.
» L'homme n'eſt jamais plus grand
> que lorſqu'il eſt retiré dans ſes foyers ;
>> c'eſt là qu'eſt le ſéjour de ſon empire.
>>Il eſt plus le Roi de ceux qu'il nour .
>> rit , qui font à ſes gages , & qu'il re-
>> tient ſous l'empire du reſpect , que le
> Prince qu'ils ne voyent jamais , & dont
>> ils entendent à peine prononcer le
>>>nom. Que l'on juge maintenant com-
» bien les vices ou les vertus de cet hom-
• me puiſlant influent dans l'étendue de
>> ſon domaine ».
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
Nous voudrions pouvoir citer tout ce
morceau , qui eſt plein de force & de
juttelſe.
L'Auteurdémontre par l'Histoire , qu'il
n'y a eu de Peuples vraiment grands ,
vraiment heureux , que ceux chezleſquels
les moeurs ont été en honneur ; & que
l'inſtant où ils ont ceſſé de les reſpecter ,
a été l'époque de leur décadence & de
leur malheur.
• Si pendant pluſieurs fiécles les Egyp-
>> tiens ont eu l'Empire le plus dorilfant ;
>> fi l'abondance , les douceurs de la paix ,
>> la lumière des ſciences, une réputation
>> de ſageſſe qui s'étendoit ſur toute la
>> terre , ont affermi leur bonheur ; ils
>>>>n'ont dû cette glorieuſe & durable
>> existence qu'aux moeurs de leurs Sou-
>>>verains & à celles de tous les ordres
* de Citoyens qui, en rempliſſfant les
> devoirs que la loi leur impofoit ,
>>concouroient à la proſpérité de l'Em-
>> pire , & ſembloient être les roues d'une
• ſuperbe machine , dont le mouvement
• majestueux attiroit les regards de l'Uni-
>> vers , & frappoient les Sages d'admi-
> ration ».
M. de la Croix termine aing fon difcours
: « Si nous chériſſons notre patrie ,
DÉCEMBRE. 1776 . 125
>> fi nous defirons qu'elle ſurvive aux
>> Nations qu'il l'environnent , ne for-
>> mons point de voeux pour que le pays
>> qui nous a vu naître s'agrandiffe , éten-
>> de ſes poſſeſſions , parce qu'il impri .
» me au loin la terreur; confolidons tous
>> ſa puiſſance par nos moeurs. Au lieu
>>de mettre tout notre art , au lieu d'em-
>>ployer une adreſſe perfide à relâcher les
>> noeuds de l'hymen , que nos homma-
> ges , que notre reſpect retiennent dans
>>la fidélité la jeune épouſe qui ſemble
>>> vouloir ſe livrer aux attraits de l'in-
>> conſtance. Admirons la beauté , mais
>>n'honorons que la ſageſfe. Et vous !
>>êtres féduiſans , fur leſquels la nature
» n'a répandu tant de charmes que pour
>> vous rendre un prix plus digne de la
>> vertu , que vos regards ne s'arrêtent
>> jamais avec complaiſance ſur le vice ,
>>de quelque état qu'il brille ; que votre
>> fourire n'enhardiſſe pas une jeuneſſe
>> frivole. Réſervez toutes vos louanges ,
>> & les plus doux plaiſirs pour les hom-
>> mes qui ont des moeurs; l'Etat vous
>> devra ſes plus braves Défenſeurs , fes
>>plus grands Magiſtrats , ſes Citoyens
>> les plus zélés . La juſte diſtribution de
>> votre eſtime , de vos éloges , fera au-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCÉ.
>> tant pour le foutien & la proſpérité
» de la patrie embellie par vous , que la
>> vertu de ceux qui protégent ſes limites
>> ou font reſpecter ſes loix » .
La divine Comédie de Dante Alighierri ;
l'Enfer : Traduction Françoiſe , accompagnée
du texte , de notes hiſtoriques ,
critiques , & de la vie du Poëte ; par
M. Moutonnet de Clairfons. A Paris ,
chez leClerc & le Boucher , Lib. quai
des Auguſtins; in- 8 ° .
Ovoi , ch' avetegl'intelletti ſani ,
Mirate la dottrina , che s'aſconde
Sotto' l velame degli verſi ſtrani .
DANTE , Inferno , cant. IX.
Ces vers , qui ſervent d'épigraphe a
la traduction que nous annonçons , paroiffent
avoir guidé la plupart des Commentateurs
& des Interprêtes du Dante,
qui ont cherché des allégories myſtiques
dans ſon Ouvrage , & lui ont prêté , peut.
être , une intention qu'il n'a point eue.
Unbut auffi ridicule & auſſi faſtidieux que
leur travail , eſt certainement fort audeſſous
de ſon génie .
Le Poëte égaré dans une forêt obſcure,
DÉCEMBRE. 1776, 127
atrivé au bas d'une montagne , fur laquelle
il ſe propoſe de gravir , dans l'ef
pérance de reconnoître ſa route , effrayé
par des bêtes farouches , raſſuré par Virgile
qu'il rencontre , & qui le faiſant
paſſer par un autre chemin , le conduit
en Enfer , d'où il fait enſuite un voyage
dans le Purgatoire & dans le Paradis ,
peut très bien n'avoir pas mis dans ce
plan général , toutes les petites fineſſes
qu'on lui ſuppoſe. Ce n'eſt pas lui faire
tort que de douter qu'il ait entendu par
le Voyageur égaré , qui eſt lui-même ,
les ſens ou la vie animale & ſenſuelle ;
par Virgile , la raiſon humaine , qui ne
nous éclaire que juſqu'à un certain point ;
& la lumière divine , par Beatrix , nom
d'une femme qu'il avoit aimée dans ſon
enfance.
Né au milieu des troubles que caufèrent
les factions des Guelfes & des Gi .
belins , des Blancs & des Noirs , Dante
fut malheureux & perfécuté. Il compoſa
ſon poëme pendant ſon exil ; & il eſt
vraiſemblable qu'il n'eut pas d'autre vue
que celle de ſe venger des auteurs de ſes
infortunes & de celles de ſa patrie . Le
reſſentiment échauffa ſa muſe; & pour
nous ſervir de l'expreſſion d'un Ecrivain
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
de ſa Nation , ( Paul Jove) il trempa éga.
lement ſa plume dans le fiel de la colère &
dans les fources de l'Hélicon . Son exil ,
ſelon le même Auteur, fit plus pour fa
gloire que n'auroit fait la Souveraineté
de la Toscane , parce qu'il enflamma fon
génie, & donna naiſſance à la divine
Comedie , qui n'eut jamais exiſté , s'il
n'avoit fenti l'ardeur & le beſoin de la
vengeance. Il ne manqua pas de placer
en effet dans les différens cercles de l'Enfer
tous les perſonnages dont il avoit à
ſe plaindre. Il les fait paſſer en revue
devant lui dans cette eſpèce de ſatire ,
d'un genre au moins fingulier. Tous les
détails de fon poëme ont donc trait à
des anecdotesbienconnuesde ſon temps ;
ce mérite feul eût ſuffi pour lui procurer
alors le plus grand fuccès . Le travail des
Commentateurs auroit dû ſe borner à
rappeler ces anecdotes oubliées , & confondues
aujourd'hui dans la foule des
événemens qui ſe ſont ſuccédés. C'eſt un
des objets principaux de la Chaire fondée
à Florence pour l'explication de ce poëme
, qui jouit de la plus grande réputa
tion en Italie , & qui , par tout ailleurs ,
eſt plus admiré que lu & connu. Dante
eſt en effet un de ces Auteurs , dont la
DÉCEMBRE. 1776. 129
plupart des Etrangers ne parlent que
d'après ce qu'ils ont entendu dire ; il faut
convenit auffi que cent chants à lire font
une entrepriſe difficile ,dont peu de per.
fonnes font capables . On ne peut que
ſavoir gré à M. M. de C. d'avoir eu ce
courage; il en a été dédommagé par le
plaiſir que lui a procuré ce Poëte , dès
qu'il en a eu l'intelligence. Il met le
Public en état de partager avec lui ce
plaifir ; il a traduit la divine Comédie
toute entière. La première partie qu'il en
donne aujourd'hui , ne tardera pas fans
doute à être ſuivie des deux autres , la
Purgatoire & le Paradis , puiſqu'il n'at
tend que des encouragemens , qu'il ne
pent manquer de recevoir.
Ce poëme mérite abfolument d'être lu ;
c'eſt la première production du génie ,
lorſqu'il a pris fon premier effor vers
l'Occident , après la chûte de l'Empire
Romain& les invafions des Barbares . Son
Auteur est regardé comme le père de la
poësie italienne.C'eſt à lui que la langue
doit les premiers progrès qu'elle a faits
vers la perfection ; & il eſt mis à la tête
du Triumvirat poërique qui la polit . On
le nomme avant Pétrarque & Boccace ,
&il ne doit pas moins cethonneur à fon
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
mérite qu'à l'avantage de les avoir précédés.
L'Arioſte & le Taſſe , qui font
venus après lui , ne l'ont point fait oublier
; l'imagination brillante de l'un &
de l'autre , celle ſur-tout du premier , quí
eſt ſi riante , ſi originale , ſi neuve , ſi variée
; cette égalité foutenue , cette richeſſe
d'expreſſion , toujours convenable , toujours
propre à tous les tons qu'il a pris
ſucceſſivement , n'ont point diminué la
réputation du Dante. Il avoit fourni luimême
à ſes ſucceſſeurs cette richeſſe &
cette énergie d'expreffion ; il leur avoit
facilité les moyens de les furpaffer. II
avoit enrichi la langue d'une multitude
de mots & de tours qu'elle ne connoifſoit
pas , & qui font reſtés ; il fait encore
autorité aujourd'hui . " L'Italien , dit
» le Génie fublime & fécond dont la
> France s'honore , prit ſa forme à la
>> fin du treizième ſiècle , du temps du
» bon Roi Robert , grand- père de la malheureuſe
Jeanne . Déjà le Dante , Flo-
>> rentin , avoit illuſtré la langueToſcane
>> par ſon poëme bizarre , mais brillant
» de beautés naturelles , intitulé Comédie;
> Ouvrage dans lequel l'Auteur s'éleva
>>dans les détails au-deſſus du mauvais
goût de ſon ſiècle &de ſom ſujer , Sc
DÉCEMBRE. 1776 . 131
> rempli de morceaux écrits auſſi pure-
> ment que s'ils étoient du temps de
>> l'Arioſte & du Taſſe » .
Il faut ſe tranſporter au temps du
Dante , pour l'apprécier comme M. de
Voltaire l'a fait, & lui rendre la juſtice
qu'il mérite. On ne peut qu'être étonné
de voir un Génie original & fublime ,
s'élever au milieu d'un ſiécle barbare &
célèbre par les querelles malheureuſes de
l'Empire & du Sacerdoce ; on ne peut pas
ètre ſurpris qu'il ait reſſenti à un haut degré
les influencesdece ſiécle; ondoit l'être
ſeulement qu'elles ne l'aient pas étouffé.
Dans un autre temps , l'Enfer , le Purgatoire
& le Paradis n'auroient pas été le
ſujet qu'il eût choifi; & ce n'eſt pas le
titre de Comédie qu'il eût mis à ce
poëme ou à cette fatire; titre qu'il paroît
avoir voulu juſtifier par celui de Tragédie
qu'il a donné à l'Enéïde , comme
Ariſtote a donné celui de Tragique à
Homère. Dans la première enfance des
lettres , les dénominations étoient moins
multipliées ; on ne diſtinguoit les différens
genres que par celles que l'on avoit.
L'antiquité avoit fourni de grands modèles
des récits des actions héroïques : elles
n'en avoit pas fourni de ceux de la vie
Fvj
:
132 MERCURE DE FRANCE.
privée. Celui qui en fourniſſoit le premier
exemple , ne pouvoit le diſtinguer
& le faire connoître qu'en lui appliquant
une dénomination générale &
connue.
,
on
Parmi les autres défauts qu'il faut rejeter
encore ſur le ſiècle du Poëte
doit remarquer le mêlange monstrueux
qu'il fait de la fable & de l'hiſtoire facrée.
Les meilleurs Poëtes Italiens , bien
poſtérieurs fans doute , tels que le Taffe ,
Sannazar , &c . n'en font pas exceptés , &
font moins excuſables que le Dante. Du
temps de ce dernier, laſcience des choſes
faintes étoit d'un uſage général parmi les
perfonnes inſtruites ; les Eccléſiaſtiques
s'y livroient par devoir , & les autres
pour pouvoir communiquer avec eux.
Les circonstances forment ainſi l'efprit
général d'un fiécle; celui du Dante ſe
peint dans ſes écrits: il étoit à la fois
Théologien & Poete , genres oppofés ,
comme les connoiffances qu'ils fuppofent,
&qui ne pouvoient , fur-tout alors ,
ſe réunir fans ſe nuire.
Ces incoérences ne laiſſeront pas d'offrir
des obfervations intéreſſantes à quiconque
lira le Dante avec attention. En
peignant l'eſprit de fon fiécle, elles font
DÉCEMBRE. 1776.
133
voir combien il s'eſt élevé au-deſſus du
fien, & des opinions vulgaires & dominantes.
La diviſion qu'il fait de l'Enfer
en neuf cercles , où les degrés de peine
ſe trouvent variés & moindres ſuivant
la nature des crimes qui y conduifent ,
n'a pu être imaginée que par un homme
fenfible , qui cherche à concilier la juſtice
& la bonté de Dieu , & qui étoit à peu
près pénétré de cette vérité confolante ,
exprimée d'une manière ſi ſublime :
Il ne fait pointpunir des momens de foibleffe ,
Des plaiſirs paflagers pleins de trouble & d'ennui ,
Pardes tourmens affreux , éternels comme lui.
Le premier cercle , eſt ce que nous
appelons les limbes ; il y place , avec les
enfans morts ſans baptême , les Sages &
les grands Hommes de l'antiquité qui ont
vécu fans crime. Leur unique fupplice
eſt de defirer le ciel fanseſpèrer d'y entrer .
Leguide du Poëte , Virgile , eſt au nombre
de ces infortunés habitans des limbes .
Grand Duol mi preſe (dit le Dante) allor quando
lointefe,
Però che genti di molto valore
Counobi che'n quel limbo cran foſpeſi.
:
134 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir eſſayé de faire connoître
leDante en général , nous devons dennerun
eſſai dela manière dont il eſt traduit.
Nous ne citerons pas l'épisode d'Ugolin ,
qui eſt très connu ; nous nous arrêterons
à celui de Françoiſe, qui l'eſt moins, & qui
offre , pour nous fervir des expreſſions de
M. Moutonnet deClairfons , la critique
>> la plus forte de la lecture des Romars ,
»& de nos brochures éphémères , qui
>> gâtent l'eſprit, énervent l'ame , fouil-
> lent l'imagination , corrompent le
» coeur , & caufent les ravages les plus
> funeſtes dans la ſociété » .
Françoiſe interrogée par le Dante , lui
raconte ainſi ſon aventure & celle de
fon Amant.
Siede la terra , dove nata fui ,
Sù la marina , dove'l Pò difcende ,
Per aver pace co' ſeguaci fui.
Amor , ch' al cor gentil ratto s'apprende,
Preſe coſtui della bella perſona ,
Che mi futolta , e'l modo encor m'offendes
Amor , ch' a null' amato amar perdona ,
Mi preſe , del coſtui piacer , ſi forte ,
Che , come vedi , ancor non m'abandonas
DÉCEMBRE. 1776. 139
Amor, conduce noi ad una morte :
Caina attende chi 'n vita ci ſpenſe :
Queſta parole da lor ci fur porte ,&c.
« Le pays où j'ai pris naiſſance , eſt
>>ſitué fur les bords du goife dans lequel
> ſe précipite le Pô , avec les autres leu-
> ves qui groſſiſſent ſon cours. L'amour,
>>qui naît ſi promptement dans un jeune
>> coeur , enflamma l'ame tendre & fen-
>> fible de l'homme aimable qui m'a été
> ravi d'une manière ſi barbare : combien
>> ce ſouvenir m'eſt encore douloureux !
» L'Amour , qui ne lance jamais envain
>> ſes traits , m'inſpira pour mon Amant
>> une paſſion violentee ,, qui , comme
> vous le voyez , dure encore. L'amour
> nous fit périr tous les deux du même
coup ; & le gouffre où ſont plongés
>> les fratricides , attend le monſtre qui
>> nous a immolés à ſa jalouſe fureur.
» Les deux ombres prononcèrent en
>> même temps ces dernières paroles . Dès
>> que je les eus entendues , je baiſſai le
» visage , & je m'inclinai ſi profondé-
>> ment que mon guide me dit : A quoi
>> penſez-vous ? Hélas ! lui répondisje ,
> quel doux penchant ! quel vif amour !
136. MERCURE DE FRANCE
> quels entretiens touchans les entraînd-
>> tent dans l'abyſme funeſte ! Je levai
>> enfutte mes regards vers les deux om-
>> bres , & je m'exprimai ainſi : Françoiſe
, vos malheurs m'attendriffent, &
m'atrachent des larmes. Racontez-moi
>> comment & auquel de vous deux
>> l'Amour découvrit d'abord votre flam-
>> me ſecrette , dans le temps que vous
»n'étiez encore livrés qu'à de tendres
> ſoupirs ? La douleur la plus amère , me
>>tépondit Françoiſe , c'eſt de ſe rappeler
>> dans l'infortune un bonheur qui n'ett
>>plus ; ton guide inſtruit le fair. Cepen
>>dant ſitu asun ſi grand defir de connoî
❤tre l'origine de notre amour , je vais te
>> l'apprendre , & le récitde mes malheurs
>> ſera interrompu par mes larmes. Un
>> jour , pour charmer nos loiſirs , nous
lifions l'Histoire de Lancelot , & com-
> ment l'Amour enchaîna ſon coeur; nous
>>étions ſeuls & fans défiance . Cette lec-
» ture nous fit lever pluſieurs fois les
>> yeux; nous nous regardons mutuelle-
» ment; notte viſage pâlit , & un feul
>>paffage triomphe de notre foibleſſe.
>>Ce livre & fon Auteur furent pour
>>nous un nouveau Gallehaut , & nous
* quittames auffi-tôt cette lecture n .
DÉCEMBRE. 1776. 137
17
Il y a fûrement des négligences dans
cette traduction ; pour n'en citer qu'un
feul exemple , les derniers mots que nous
avons foulignés, ne rendent pas quelgiorno
piùnon vi leggimo avente. Cela n'empêche
pas que le ton général de cet Ouvrage
ne mérite des éloges , & qu'on ne
doive engager M. M. de C. à faite préſent
au Public de la traduction entière du
Dante.
:
Le tendre Ami des Mères Nourrices , ou
voeux patriotiques & intéreſſans adref.
fés au Gouvernement , en faveur des
femmes qui allaitent leurs enfans; par
M. de la Fortette. Petite broch , in-12.
ſe trouve à Paris chez les Libraires qui
vendent les nouveautés .
L'Auteur , après avoir intéreſſé les
mères à remplir l'heureuſe tâche d'allaiter
leurs enfans, annonce un remède certain
& éprouvé pour guérir radicalement , &
en très-peu de temps , les maux qui furviennent
au ſein des Nourrices , foit par
l'abondance du lait, foit par la preffion
des lèvres & des gencives de leur nour-
Fiffon.
138 MERCURE DE FRANCE.
Ce petit Ouvrage annonce des vues
vraiment patriotiques , & un zèle dégagé
d'intérêt. L'Auteur , avec raiſon , l'a jugé
digne de l'attention protectrice du Gouvernement
; auſſi lui eſt-il préſenté comme
devant connoître de tout ce qui peut
tendre à la conſervationde l'humanité &
à la population.
Introduction à l'histoire naturelle & à la
géographiephysique d'Espagne , traduite
de l'original Eſpagnol deGuillaume
Bowles , par le vicomte de Flavigny.
A Paris , chez L. Cellot & Jombert
fiis jeune , rue Dauphine , la deuxième
porte cochère à droite par le Pont-
Neuf , au fond de la cour ; 1776.
L'Eſpagne eſt un des Royaumes de
l'Europe les plus riches en productions
naturelles , principalement en minéralo .
gie ; depuis long- temps les Savans deſiroient
connoître l'hiſtoire naturelle de ce
pays ; mais perſonne , avant Bowles ,
ne s'y étoit ſpécialement appliqué. Barba
nous avoit bien laiſſé quelques notices
fur les mines d'Eſpagne dans ſa minéra
logie , qui eſt actuellement fort recher
DÉCEMBRE. 1776, 139
chée ; mais ces notices étoient ſi ſuperficielles
, qu'elles ne pouvoient ſervir
tout au plus qu'à donner une idée vague
des mines de cet Empire ; les plantes n'en
font pas plus connues ; tout ce que nous
avons de plus étendu ſur cet objet , eſt
renfermé dans les plantes du Père Barrelier
, & dans le voyage d'Eſpagne par
Laffing. Nous ne citetons pas ici le Flora
Espagnola de Quer; les Savans même
du pays le regardent comme un très-mauvais
Ouvrage, fort incomplet , & qui
ne répond pas à ſon titre. La zoologied'Eſpagne
eſt encore moins connue,
quoi qu'elle foit cependant très intéreſſante;
par conféquent , les Naturaliſtes
ont encore bien des choses à découvrir
dans ce Royaume ; c'eſt un champ vaſte
qui eſt offert à leurs recherches; Bowles
eſt le premier qui a franchi le pas , en
publiant l'Ouvrage que nous annonçons.
Cet Ouvrage , tout eſſai qu'il foir , eſt
plein d'excellentes recherches , & ne
contribuera pas peu à engager les autres
Naturaliſtes à les continuer . Ce que Bow.
les a écrit fur l'hiſtoire naturelle & les
mines d'Eſpagne , n'eſt , ſuivant lui , que
la plus petite partie de ce qu'on en peut
dire. Quelle moiſſon abondante reſte
140 MERCURE DE FRANCE.
donc à faire pour un Scrutateur de la belle
nature? Il feroit à defirer que quelques
perſonnes zélées , telles que M. Buchoz,
qui a parcouru à pied une partie de la
France pour en connoître les productions
naturelles , vouluſſent bien ſe charger de
cette beſogne. Des pareils voyages pédeſtres
, entrepris par un Naturaliſte dans un
pays qui est encore à défticher pour la
partie de l'hiſtoire naturelle , feroient ,
fans contredit, de la plus grande utilité
pour l'avancement des ſciences.
Traité des mauvais effets de la fumée de
la litharge; par Samuel Stockhofen ,
Médecin des Ducs de Brunfw c & de
Lunsbourg , & de la Ville Impériale
de Goflar ; traduit du latin , & commenté
par J. J. Gardane , Docteur-
Régent de la Facultéde Médecine de
Paris, Médecin de Montpellier , & c .
pour fervir à l'Histoire des maladies des
Artisans. A Paris , chez Ruault, Libr.
rue de la Harpe ; 1776. Avec approb .
& privil. du Roi .
Stockhuſen eſt de tous les Auteurs
celui qui a le mieux écrit fur les mauvais
effets de la litharge, & fur les mala-
A
DÉCEMBRE. 1776. 141
dies qu'elle peut occaſionner ; mais fon
Ouvrage, tout bon qa'il étoit , reſtoit
inconnu en France. M. Roux fut le ſeul
qui en porta unjugement favorable. M.
Gardane , qui depuis long-temps s'attache
aux maladies des Artiſans , a cru
rendre ungrand ſervice à ſesConcitoyens,
que de leur faire connoître cet excellent
Ouvrage. Il vient de publier la traduction
que nous annonçons , & il y a ajouté
quelques obfervations qui n'ont pas peu
contribué à le rendre intéreſſant. M. de
Laffone , premier Médecin de la Reine ,
dans l'approbation qu'il en a donnée , dit
que c'eſt un des meilleurs qui exiſte ſur
la maladie principale dont il traite : on
peut bien s'en rapporter au jugement
d'an Médecin auſſi célèbre .
Obſervations ſur l'Air; par M. Bertholet,
Docteur en Médecine. A Paris , chez
Didot le jeune , Lib. quai des Auguf.
tins ; 1776 .
Cette petite brochure nous a paru intéreſſante
; elle renferme quelques vues
neuves fur la nature de l'air , qui la rendent
digne d'être confultée.
142 MERCURE DE FRANCE.
Bibliothèque littéraire , hiſtorique & critique
de la Médecine ancienne & moderne
, &c. par M. Joſeph Carrere ,
Médecin du Garde-Meuble de la Couronne
, Cenfeur Royal , &c. Tome II.
in-4°. AParis, chez Ruault , Lib. rue
de la Harpe ; 1776 .
Nous avons rendu compte , dans le
temps , du premier volume ; celui que
nous annonçons actuellement eſt encore
plus intéreſſant & rédigé même avec plus
de foin : l'Ouvrage entier mérite ſans
contredit d'être placé dans les Bibliothèques
parmi les meilleurs de Bibliographie
, & même d'être confulté par les
Savans : il pourroit y avoir cependant
quelque omiffion ; mais où eſt l'Ouvrage
en ce genre qui en ſoit exempt ? Il peut
même s'y être gliſfé quelques fautes ; M.
Carrere , homme actif & vigilant , ne
manquera pas de les rectifier dès qu'elles
pourront parvenir à ſa connoiſſance : on
rend aſſez de juſtice à ce Médecin pour
en être perfuade. On ſouſcrit actuellement
chez Ruault pour le troiſième volume
; le prix eſt de 7 liv. pour les Soufcripteurs
, & 10 liv. pour ceux qui n'aucontpas
ſouſcrit.
DÉCEMBRE. 1776. 143
-
Réponse de M. Maury , Oculiſte , aux
lettres & obfervations anatomiques ,
phyſiologiques & phyſiques ſur la vue
des enfans naiſſans , avec un Mémoire
fur l'établiſſement du prix médaillique
; par M. l'Abbé Deſmonceaux. De
l'Imprimerie de Michel Nicolas. A
Londres ; & ſe trouve à Paris , chez
Morin , Imprim.-Libr. rue St Jacques ;
1776.
Le but de l'Auteur , par la publication
de cet Opufcule , eſt de prémunir le Public
contre les fauſſes infinuations dont
il eſt ſuſceptible, lorſqu'elles font voilées
du biende l'humanité. M. Maurydifcute,
en homme éclairé ſur ſa partie , les ſentimens
de M. l'Abbé Deſmonceaux , &
il l'invite en même temps de publier ſes
découvertes ſur les maladies des yeux,
Discours en forme de Diſſertationfur l'état
actuel des Montagnes des Pyrénées , &
fur les causes de leur gradation ; par M.
Darcet , Docteur-Régent de la Faculté
de Paris , Lecteur & Profeſſeur Royal ,
pour fon inſtallation & l'inauguration
de la Chaire de Chimie au Collége
144 MERCURE DE FRANCE.
de France; vol. in-80. de 134 pag .
A Paris , chez Cavelier, Libr. rue St
Jacques.
En faiſant l'extrait de ce diſcours , on
courroit riſque de le muriler ; c'eſt fur
ces montagnes qu'il faut ſe tranſporter ,
ſi on veut les étudier & prendre pour
maître & pour obfervateur un Savant
aufli diſtingué que M. d'Arcet. L'Auteur
a joint à cette brochure des expériences
&des obfervations curieuſes ſur les variations
du baromèrre , ſur le thermomètre
& autres morceaux de phyſique ,
d'hiſtoire naturelle & de chimie , avec
une note de M. Monnier ſur l'aiguille
aimantée.
Lefeul préſervatif de la petite vérole , ou
nouveaux faits & obſervations qui
confitment qu'un Particulier , un Village
, une Ville , une Province , un
Royaume peuvent également ſe préſerver
de cette maladie en Europe .
Troiſième Mémoire , pour ſervir de
ſuite à l'Histoire de la petite vérole ,
dans lequel on répond à toutes les
objections faites à ce ſujer. Par M.
Paulet , Docteur en Médecine des
Facultés
DÉCEMBRE. 1776. 145
Facultés de Paris &de Montpellier ,
de la Société &Correſpondance Royale
de Médecine. A Amſterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Ruault , Lib, rue
de la Harpe ; 1776 .
Tandis que les Médecins ſont partagés
entr'eux fur les avantages & les déſavantages
de l'inoculation de la petite vérole
, & qu'ilsſe diſputent ſur ſon admiſſion
ou ſon exclufion , M. Paulet
porte ſes vues plus loin; il veut anéantic
la maladie même : il a déjà publié différens
Mémoires àce ſuiet; celui que nous
annonçons eſt le confirmatifdes autres.
CetAuteur prétend prouver par de nouveaux
faits & de nouvelles obſervations ,
qu'un particulier, qu'un vill ge,une ville,
une Province, unRoyaume peuvent également
ſe préſerver de cette maladie.
Tout bon Ciroyen doit deſirer la réuſſite
de ſon projet. Il ſera même un jour bien
flatteur à M. Paulet, s'il peut y réuſfir ,
de démentit le Poëte qui , en parlant de
la mort, dit ce qu'on pourroit appliquer
à la petite vérole :
Lepauvreen ſa cabane ,ou le chaume le couvre,
Eſt ſujetà les loix.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
Etla garde qui veille aux barrières du Louvre,
N'en défend pas nos Rois.
Réflexionsfurla mauvaiſequalitéduplâtre
& fur la caufe & les moyens pour
parvenir à une meilleure fabrication ;
par M. Ferrouſſet de Caſtelbon , Architecte
, ancien Inſpecteur des bâtimens
& fermes de S. A. S. Mgrle
Prince de Conti. A Paris , chez Lottin
l'aîné , Imprim. Libr. rue St Jacques;
I vol . in-8 °,
Le plâtre eſt d'une néceſſité abſolue
pour la réunion des pierres & des moëllons
, dont il eſt le lien ; la qualité de
cette matière , d'où doivent réſulter la
dutée de nos conſtruction & la ſûreté pue
blique , dans laquelle néanmoins l'infidélité
eſt preſque univerſellement pratiquée
, fait le ſujet de la brochure que
nous annonçons. L'Auteur s'y eſt propoſé
deux objets : le premier eſt de faire connoître
les vices de la cuiſſon du plâtre ,
& les mixtions qui en altèrent la qualité ;
le ſecond , eſt de donner les moyens de
faire une cuiſſon plus économique , &
qui conſerve au plâtre fa pureté & fa
Deur. Les réflexions de l'Auteur ſur les
DÉCEMBRE. 1776. 147
cauſes qui contribuent à détruire la force
& les bonnes qualités du plâtre , nous
ont paru très-juſtes; & les moyens que
l'Auteur propoſe pour fabriquer un plâtre
toujours égal & de bonne qualité , ne
nous ont pas paru moins intéreſſans . Cet
Ouvrage eſt ſans contredit de la plus
grande utilité pour les Entrepreneurs de
bâtimens , ainſi que pour les Propriétaires
& Locataires qui font bâtir par économie,
& pour les Juges qui enconnoif
fent.
Lettre de M. *** , Etudiant en Chirurgie
à Paris , à M. *** , Maître en Chirurgie
& Accoucheur à R*** en P*** ,
fur un nouvel Ouvrage intitulé : La
pratique des accouchemens . A Amſterdam
; & ſe trouve à Paris , chez Clou
fier , Impr. - Libr. rue Saint Jacques ;
1776.
En rendant compte de la Pratique des
Accouchemens dans cet Ouvrage périodique
, nous avions pris la liberté d'obſerver
à l'Auteur que fon Ouvrage pourroit
un jour lui ſuſciter quelque critique.
La brochure que nous annonçons en eſt
une. Comme notre plan n'eſt pas d'entrep
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
dans les diſputes polémiques des Au
teurs , nous laiſſions à M. Alphonſe le
Roy le ſoin de répondre à fon Critique ,
auſſi l'at il déjà fait. On trouve cette
réponſechez le Clerc , Libraire , quai des
Auguſtins , ſous le titre de M. Alphonse
le Roy, Profeffeur en Médecine , à fon
Critique. Ceux de nos Lecteurs qui voudront
ſe mettre au fait de la diſpure , la
trouveront tout au long dans ces deux
brochures. Nousne pouvons nous difpenſer
de rendre juſtice ici à M. le Roy , fur
le ton modéré avec lequel il combat fon
Adverſaire.
ΑΟΓΓΟΥ ΠΟΙΜΕΝΙΚΩΝ ΤΩΝ ΚΑΤΑ ΔΑΦΝΙΝ
ΚΑΙ ΚΛΟΗΝ ΛΟΓΟΙ ΤΕΤΤΑΡΕΣ. Recenfuit
Ludovicus Dutens. Parifiis , è
Typographia Fr. -Amb. Didot; proſtat
quoque apud Guillel. deBure; 1776.
in- 12 . br. prix 4 1.
Cette édition grecque des Aventures
deDaphnis & Chloé, eſt remarquable par
la correction du texte , par la beauré des
caractères , par la pureré de l'impreſſion,
Ondoity remarquer même , commeune
perfection de la Typographie , que les
lettres majufcules grecques portent avec
DÉCEMBRE. 1776. 149
1
elles leurs accens , ce qui rend la lecture
plus facile & moins douteuſe.
:
Longus , Auteur de ce Roman, eſt
peu connu. On croit pourtant qu'il a
écrit après la mort d'Héliodore ; enforte
que l'on peut dire , avec aſſez de vraiſemblance
, qu'il publia fon Ouvrage au
commencement du cinquième ſiècle. II
étoit du nombre des Sophistes connus
autrefois par leur érudition & par leur
goût pour les ſciences &les beaux-arts,
fur toutde la dialectique.
Il y a eu quelques éditions grecques
de ce Roman ; mais aucune n'approche
de l'exactitude de celle que l'on préſente
aujourd'hui au Public. Pluſieurs Savans
ſe ſont empreſſes de contribuer à ſa perfection
, parmi leſquels on doit citer
M. Dutens & M. Danſe de Villoifon .
ANNONCES LITTÉRAIRES.
OEUVRES complettes de Démosthène &
d'Efchine , traduites en françois , avec
des remarques ſur les harangues & plaidoyers
de ces deux Orateurs ,&desnotes
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
critiques & grammaticales en latin , fur
le texte grec ; accompagnées d'un Difcours
préliminaire ſur l'éloquence & autres
objets intéreſſans ; d'un Traité de la
jurifdiction & des loix d'Athènes ; d'un
précis hiſtorique ſur la conſtitution de la
Grèce , fur le gouvernement d'Athènes
& fur la vie de Philippe , &c . Par M.
l'Abbé Auger , de l'Académie des Sciences
, Belles Lettres & Arts de Rouen ,
ancien Profeffeur d'Eloquence dans la
même Ville ; s vol . in-8°. br, 20 liv. A
Paris , chez Lacombe , Libraire , rue de
Tournon, près le Luxembourg ; 1777.
Nouvelle Table des articles contenus
dans les volumes de l' Académie des Sciences
de Paris , depuis 1666 juſqu'en 1770 ;
dans ceux des Arts & Métiers , publiés
parcetteAcadémie, & dans la Collection
Accadémique . Tome IV ; 1 vol . in 8 ° .
br. 12 liv . A Paris , chez Ruault , rue de
la Harpe.
Etrennes galantes , ou l'inſtant heureux
de Cythère ; dédié aux deux Sexes. A
Paris , chez Deſnos , Ingénieur Géographe
& Libraire , rue Saint Jacques. Ces
Etrennes contiennent une ſuite d'eſtam
DÉCEMBRE. 1776. 158
pes galantes ; des tablettes pour la perte
&le gain; & pluſieurs feuillets de papier
préparé , ſur lequel on peut écrire
avec une pointe de métal .
Eſſaisfur la vie de Pline lejeune , dans
une Lettre du Lord Comte d'Orery ,
Pair d'Itlande , au Lord Charles Boyle ,
ſon fils ; 1 vol. in-89. A Nancy , chez
Pierre Barbier.
Lettres intéreſſantes du Pape Clément
XIV(Ganganelli) ,traduites de l'Italien
&du Latin. Quatrième édition , exactement
revue , corrigée , augmentée de la
traduction des pallages latins , & d'une
ample table alphabétique des matières ;
2 in- 12. per. format, en feuilles , 21.10
f. rel . 3 1. 10 f. A Paris , chez Lottin le
jeune , Lib . rue Saint Jacques.
On trouve à la même adreſſe ,
L'Année Sainte , Ouvrage inſtructif
fur le Jubilé , fuivi de la paraphrafe de
pluſieurs pſeaumes & cantiques choiſis ;
par l'Editeur des Lettres du PapeClément
XIV ; nouv. édit. exactement revue &
corrigée ; 1776. Vol. in- 12. orné d'une
planche en taille douce , br. 2 1. 5 f. rel ,
en veau 3 1.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Dictionnaire du Jardinage , relatif à
la theorie & à la pratique de cet art ,
avec figures en taille douce , deffinées
&gravées d'après nature , par M. D***.
Vol. in 80. rel . 31. 12 f. A Paris , chez les
Frères Debure , Lib. quai des Auguſtins ;
1777-
Les malheurs de lajeune Emilie , pour
ſervir d'inftruction aux ames vertueuſes
& fenfibles ; par Madame la Préfidente
d'Ormoy; 2 in- 12 .A Paris, chezDufour,
quai de Gèvres; la veuve Duchefne ,
rue St Jacques ; Nyon , rue St Jean-de-
Beauvais ; & Ruault , rue de laHarpe.
Les Aventures plaisantes de Gusman
d'Alfarache , tirées de l'hiſtoire de ſa
vie , & revues ſur l'ancienne traduction
de l'original Eſpagnol ; 1777 ; 2 in- 12 .
AParis , chez la veuve Ducheſne , Libr.
rue StJacques.
La vie & les opinions de Tristram
Shandy; traduites de l'Anglois de Stern ,
par M. Frenais ; 2 vol. in-12. br. prix 3
1. A Yorck; & ſe trouvent à Paris , chez
Ruault , Lib . rue de la Harpe , près la
rue Serpente ; 1776 .
;
DÉCEMBRE. 1776. 253
On trouve à la même adreſſe ,
Fo-Ka , ou les métamorphofes , conte
Chinois , dérobé à M. de V*** . 2 in- 12 .
Théorie des Traités de Commerce entre
les Nations ; par M. Bouchaud , de l'Académie
Royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres , Docteur-Régent de la Faculté
des Droits de Paris , Lecteur & Profeffeur
Royal du droit de la Nature & des
Gens , & Cenfeur- Royal ; in- 12 . 1777.
'Avisfur l'édition des grandes Annales de
la Chine.
Des retards imprévus mettent l'Editeur
de l'Hiſtoire générale de la Chine , dans
le casd'en différer les livraiſons . Les oc
cupations nouvelles de M. l'Abbé Grofier
ne lui permettant plus d'y donner tout
fon temps , M. des Hauterayes , Profeffeur
en Langues Orientales au Collége
Royal , veut bien le ſeconder : l'édition
ne peut qu'y gagner. M. des Hautetayes
a fait ſes preuves en littérature , & l'on
fait qu'il eſt particulièrement très-verfé
dans la connoiffance de l'Hiftoire Chinoife.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
L'accueil que le Public a fait à cet
Ouvrage , a engagé l'Editeur à donner
encore plus de perfection à ſon édition ;
mais pour y parvenir & dédommager en
quelque forte les Souſcripteurs du recard ,
il a fait fabriquer exprès un papier plus
beau & plus cher que celui qu'il avoit
annoncé par ſon Profpectus. Cette opération
a dû néceſſairement retarder la première
livraiſon : c'eſt pourquoi les deux
premiers volumes promis en Octobre
1776 , ne feront prêts que le premier Février
1777. La deuxième livraiſon ſe fera
en Juin , la troiſième en Octobre 1777 ;
la quatrième en Février , la cinquième
en Juin , & la ſixième & dernière en
Octobre 1778. A dater du premier Février
prochain , il n'y aura plus d'interruption
; celle- ci n'ayant été occaſionnée ,
en partie , que par le deſir de rendre
l'édition encore plus belle par la qualité
du papier ; ce qui n'augmentera cependant
pas le prix de la ſouſcription ni de
l'Ouvrage , qui eſt actuellement ſous
preffe.
On pourra voir chez Pierres & Cloufier
, Imprimeurs , rue Saint Jacques , les
bonnes feuilles au fur & à meſure qu'elles
feront tirées.
DÉCEMBRE. 1776. 155
N. B. La ſouſcription ſera prolongée
juſqu'au premier Février 1777 , l'Editeur
étant jaloux de prouver au Public qu'il
préfère ſa fatisfaction à ſon intérêt perfonnel.
Le Nécrologe des Hommes célèbres de
la préſente année , ( Tome XII ) paroîtra
en Février prochain ; il contiendra les
Eloges deMM. le Duc de Saint-Aignan ,
le Père Neuville , Colardeau , Saint- Foix ,
la Grange , Bauvin , Manaury , Fréron ,
Roux , Dupré , & c . & c .
On pourra foufcrire au Bureau Royal
de Correſpondance , rue des deux Portes
St Sauveur , juſqu'à la fin de Janvier prochain.
Le prix de la ſouſcription eſt de
3 1. franc de port , pour Paris ; & 3 liv.
12 f. pour la Province .
Depuis 1766 que cet Ouvrage a commencé
, il en a paru régulièrement un
volume chaque année. Les onze premiers
vol . ayant été réimprimés l'année dernière
, le Bureau de Correfpondance peur
fournir quelques collections complettes
qui lui reſtent , au même prix de 3 liv.
par volume.
On ſouſcrit au même Bureau pour les
annonces des deuils de Cour , que l'om
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
reçoit franc de port pour Paris,moyennant
3 liv. par année , & 6 liv . pour la
Province.
MM. les Abonnés font priés de faire
renouveller leur ſouſcription avant la fin
de Décembre , s'ils veulent être ſervis
exactement au premier deuil.
S'adreſſer à M. Comynet, l'un des Intéreſlés
, & Directeur Général dudit Bureau.
ACADÉMIES.
I.
PARIS.
Académie des Infcriptions &Belies-Lettres.
L'ACADÉMIE Royale des Inſcriptions &
Belles Lettres , fit ſa rentrée publique le
12 Novembre .
M. Dupuy , Secrétaire perpétuel , ou
vrit la féance par l'annonce du ſujet du
prix que l'Académie doit diftribuer à
Pâques 1773 , ſavoir : Quelle a été l'adminiftration
municipale des Villes de
DÉCEMBRE. 1776. 157
France depuis Clovis jusqu'au temps que
le Gouvernement féodal commença à s'introduire
? Quelle fut , depuis cette époque
jusqu'à l'établiſſement des Communes,
l'administration des Villes qui furent fe
défendre des entrepriſes des Seigneurs ?
Quels ont été , durant ces deux périodes ,
les différens titres , les fonctions , le pouvoir
des Officiers préposés à l'adminiftration
, & de qui ces Officiers tenoient leur
autorité?
Le prix eſt une médaille d'or de la
valeur de 400 liv. Les pièces , affranchies
de tout port , doivent être remiſes , avant
le 1 Décembre 1777 , entre les mains du
Secrétaire perpétuel de l'Académie .
M. Dupuy lut l'Eloge de M. le Duc
de Saint-Aignan.
-
Enfuite M. l'Abbé Batteux fit part de
fes obfervations ſur l'Edipe de Sophocle.
Il s'attacha fur tout à analyſer cette
pièce , à difcuter quelques règles de la
poétique , & à établir contre le ſentiment
de quelques modernes , que 'e ſujet
d'Edipe fournit des ſcènes de terreur &
de pitié , & qu'il n'y en pas de plus pro
pres à la Tragédie .
M. le Beau donna la ſuite de ſes recherches
ſur la légion : ce Mémoire , qui
138 MERCURE DE FRANCE.
eſt le vingt-cinquième , concerne la dif
cipline militaire.
M. de Guignes communiqua ſes recherches
hiſtoriques ſur l'établiſſement de
la religion Indienne dans la Tartarie, le
Thibet , la Chine , &c. & fur les livres
fondamentaux de cette religion , qui ont
été traduits en chinois .
Le temps ne permit pas à M. Anquetil
de lire fon Mémoire ſur les nouvelles
connoiffances géographiques de l'Inde ,
fur le cours du Gange , & de quelques
rivières qui ne nous ſont pas encore connues.
M. Anquetil a reçu deux cartes de
quinze à vingt pieds de long , du Père
Tiffentaller , Miſſionnaire Apoftolique
dans le Nord du Bengale .
L'une de ces cartes préſente le cours
complet duGange , avecles quatre- vingtſept,
tant rivières que torrens , qui y
réuniffent leurs eaux , depuis ſon entrée
dans l'Inde à Gangotri , où il fort de la
bouche de la vache , à 33 degrés enviro.n
de latitude ſeptentrionale , & 73 de longitude
juſqu'à Gangoſagar , où il ſe jette
dans l'Océan Indien , eſpace d'environ
700 lieues communes.
L'autre carte offre le cours du fleuve
Gagra , dansprès de 400 lieues d'étendue,
DÉCEMBRE. 1776. 159
avec les ving-neuf rivières & torrens
dont il reçoit les eaux. Ce fleuve , qui
n'eſt pas connu en Europe , change de
nom dans ſon cours : il fort du lac Lanka
fous lenomde Sardjou , & ſe jette dans le
Gange à Falepour , à environ trente-huit
lieues à l'Eſt de Benares. Il porte le nom
de Dehra .
II.
Académie des Sciences..
L'Académie Royale des Sciences , pré
fidée par M. le Cointe de Maillebois ,
Lieutenant-Général des Armées du Roi ,
a fait ſa rentrée publique le 13 de Novembre
. M. le Marquis de Condorcet ,
Secrétaire- perpétuel , a annoncé que M.
le Moine , célèbre Sculpteur , ancien Directeur
& Tréſorier de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture , avoit fait préſent
àl'Académie du buſte de Dominique
Caffini ; il a lu enſuite le projet de l'Hiftoire
des correspondances de l'Académie ,
& les éloges de Gaspard Bartholin & du
Père le Seur. M. de Laſſonne fit la lecture
d'un Mémoire intitulé : Notice d'unefuite
d'expériences qui font connoître la nature
J
160 MERCURE DE FRANCE.
&la propriétédepluſieurs émanations aëriformes,
extraites , par diverſes voies , d'un
grand nombre de ſubſtances. M. Beaumé
lut des Obfervationsfur les thermomètres ,
&fur la comparaison dufroid de 1709 à
celui de t'hiver dernier.M.le Roy fitlecture
d'un Mémoire deM. Deſmarets fur
le mouvement progreſſif de la glace dans
les Glacières de Faucigni. Le temps n'a
point permis à M. Lavoifier de faire la
lecture de ſon Mémoire fur la décompofition
de l'air dans les poumons , &fur un
des principaux effets de la reſpiration dans
l'économie animale. Le Public a été de
même privé , par le défaut de temps ,
de la lecture d'un Mémoire fur les longues
abstinences , par M. Portal ; & de la
Préface d'un Ouvrage fur les Hôpitaux ,
par M. le Roy.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert donné au Château des
Tuileries , le premier Novembre, jour
DÉCEMBRE . 1776. 161
de la Touſlaint , a commencé par une
nouvelle ſymphonie à pleine orchestre ,
de M.Stamitz l'aîné. La Signora Georgy
a chanté deux airs italiens : on ne peut
entendre une voix plus brillante , plus
agréable , plus parfaite , & qui parcoure
tous les intervalles du chant avec autant
de légéreté , de facilité & de goût. Elle
a été applaudie avec tranſport, Le célèbre
M. Jarnovick a joué un concerto de
violon de ſa compoſition . M. Guichard
a chanté un air italien. Les autres morceaux
exécutés dans ceConcert , fontune
belle ſymphonie concertante , à deux violons
, de M. d'Avaux ; une ſymphonie à
deux orchestres ; le De profundis , motet
à grand choeur de M. Langlé.
Nous réparons ici l'omiffion que nous
avions faite de parler de M. Triklio ,
très-habile violoncelle , qui eſt venu à
Paris pour ſe faire connoître , & qui ,
dans les Concerts du is & du 26 Mai
dernier , a exécuté des concerto de ſa
compoſition avec des applaudiſſemens
mérités.
162 MERCURE DE FRANCE.
OPERA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue les Jeudis Euthyme & Lyris ,
nouveau Ballet héroïque en un acte;
Arueris , des Fêtes de l'Hymen , & Vertumne
& Pomone , avec le Ballet pantomime
d'Apelles & Campaſpe.
On a remis pour les autres joursAlceste,
Tragédie- Opéra en trois actes ; en atten,
dant Orphée& Euridice.
Le Public a vu avec plaiſir les Caprices
deGalathée, nouveau Ballet , très- ingénieux
& très-galant , de M. Noverre. Ce
Ballet a été exécuté principalement par M.
Picq , célèbre Danſeur , plein de grâces ,
&du plus rare talent , & par Mademoiſelle
Guimard, Danſeuſe toujours agréable
& féduisante.
Parmi les jeunes Sujets qui ſe diſtinguent
dans leur art, nous ne devons pas
oublier Mademoiselle Aſſelin , Elève de
Mademoiſelle Allard, juſtement applaudie
, foit qu'elle exécute des danſes vives
ou des entrées du grand genre , comme
dans la chacone d'Arueris.
On répète l'Olympiade , Opéra de M.
7
DECEMBRE. 1776. 163
Sacchini ; & on prépare les Horaces ,
nouveau Ballet pantomime de la compoſition
de M. Noverre.
DÉBUTS.
Mademoiſelle DUMONTIER , élève de
l'Ecole de muſique de l'Opéra , a débuté
le 27 Octobre dernier par le rôle de
l'Amour dans l'acte d'Euthyme. Sa voix
eſt plus étendue que ne l'exige ce genre
de rôle , & avec de l'habitude elle pourra
acquérir un peu plus de légéreté.
Mademoiselle DE SIVRY , Actrice des
choeurs , a débuté le 15 Novembre par
le rôle d'Orie dans l'Acte d'Arueris , des
Fêtes de l'Hymen. Elle a un jeu facile ,
de la grâce dans ſes geſtes , de l'aſſurance
dans fon chant , & la cadence aiſée. Le
genredefon talent paroît la deſtiner àjouer
très bien la ſoène , & à ſe rendre utile à
ce Spectacle dans les premiers rôles.
Mademoiselle JOINVILLE , élève de
l'Ecole de Muſique , a débuté le même
jour par une ariette. Sa voix eſt brillante
& érendue ; elle a beaucoup de légéreté
dans fon chant , la prononciation facile,
164 MERCURE DE FRANCE.
(
la cadence d'une belle qualité . Elle peut
devenir une excellente Cantatrice , lorfque
l'étude & l'exercice lui auront donné
de l'atlurance.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont repréſenté
le 23 Novembre , la Rupture ou le Mal
Entendu, Comédie en un acte , en vers ,
de Mesdames de l'H** .
Deux Vieillardsont , le premier , deux
Neveux , le fecond , deux Nièces. L'un
de ces Vieillards, fort bavard, mais bonhomme
, ſe réjouit avec ſon ami de la
double alliance qu'ils doivent contracter ,
ſans ſavoir le choix que leurs jeunes pa
rensontfait, voulant leur donner toute li
berré. Les Amans ont chacun leur inclination
, qu'ils tiennent ſecrette & qu'ils
n'ofent déclarer; leurs Maîtreſſes font
dans le même ſentiment. Ce défaut de
s'entendre fait toute l'intrigue entre les
Oncles, les Nièces & les Neveux. Les
Amans ne veulent point auſſi ſe faire
confidence , craignant de ſe rencontrer
dans leurs amours; les Nièces agiffent de
même entre elles , ce qui occafionne des
DÉCEMBRE. 1776. 165
ſcènes d'embarras affez plaiſantes. Enfin
un des Oncles voulant débrouiller cette
intrigue , dit aux Nièces de s'expliquer ,
& ſe charge de leurs lettres ; mais comme
ces lettres ſont ſans adreſſe , il les
confond , & donne à l'un ce qui eſt pour
l'autre. Ce quiproquo augmente les difficultés
en contrariant les goûtsdesAmans.
Ces miſſives mal adreſſées , attirent des
réponſes oppoſées aux voeux des deux
Nièces. Entin les Amans & les Oncles
font en préſence , & une explication que
l'on exige des Amans , fait connoître
leurs ſentimens & les fatisfait tous. Cet
imbroglio n'a pas eu le fuccès qu'il auroit
pu avoir avec plus de développement , &
des caractères plus foutenus. Nous avons
obſervé que le ſtyle eſt en général affez
facile&dans le ton de la Comédie ; mais
le ſujet de l'action eſt ſi foible, & fondé
fur un mal entendu fi facile à réfoudre ,
qu'il n'eſt pas étonnant qu'il ait été mal
reçu.
DÉBUT.
M. DAZINGCURT, jeune Acteur, d'une
figure agréable &d'un talent exercé , fore
eſtimé ſur le Théâtre de Bruxelles , où il
a ſon emploi , a débuté à la Comédie
166 MERCURE DE FRANCE .
Françoiſe le Jeudi 21 Novembre , par le
rôle de Criſpin des Folies amoureuses ; il
a joué ſucceſſivement Jaſmin de l'Enfant
Prodigue, Charlot du Mari retrouvé , Lubin
dans la Surprise de l'Amour, Sofie
dans Amphitrion , deux fois Criſpin rival
defon Maitre, le Ménechme brutal , Crif
pin Médecin , le Valet de l'Homme à
bonnesfortunes, deux fois Ruſtaut dans le
Galant Coureur. Il doit auſſi jouer ſur le
Théâtre de la Cour. Cet Acteur a un
talent formé , un jeu raiſonné , beaucoup
d'intelligence , de fineſle & de vérité. Il
eſt bon Comédien, ſans être farceur , &
plaiſant ſans être outré. Il eſt à defirer
qu'il ſoit fixé dans la Capitale , pour faire
les plaiſirs des Amateurs &des Partiſans
de la bonne Comédie.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens préparent quelques
nouveautés ; en attendant, ils jouent
toujours , avec beaucoup de ſuccès, leurs
anciennes Pièces .
DÉCEMBRE. 1776. 167
DÉBUT.
Mademoiselle Bussia débuté ſur
ce Théâtre dans pluſieurs rôles , où elle
a eu occaſion de développer un bel
organe , qui ne demande que plus d'exercice
& d'habitude. Elle a chanté ſucceffivement
les rôles d'Agathe dans l'Ami
de la Maiſon , & de Colombine dans le
Tableau parlant.
BRUXELLES.
ON a donné pluſieurs fois au commencement
de Novembre, ſur le Théâtre de
Bruxelles , les Mariages Samnites , qui
ont eu le plus grand fuccès .
Ce ſpectacle a été fort brillant , par
les foins des Directeurs. Toutes les Filles
Samnites & les Acteurs étoient habillés
en Sauvages , ce qui formoit un tableau
convenable à l'action & aux intentions
des Auteurs. La ſuperbe muſique de cette
Pièce , d'un caractère mâle & guerrier ,
a été ſentie comme un nouveau chefd'oeuvre
du génie fécond de M. Grétry.
168 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiselle Angelique d'Annetaire ,
qui a le plus grand talent, & qui jouit
de la réputation la mieux méritée , s'eſt
diſtinguée dans le rôle ſi ſaillant& fi martial
d'Eliane. Elle a goûté le plaifir de
rendre une muſique expreſſive , d'un nouveau
genre , & d'enchanter les Spectateurs
par fon rôle , par ſon jeu & par ſon
chant.
ARTS.
GRAVURES.
I.
La Mort d'Abel , prima mors , primi
parentes , primus luctus. Cette eſtampe eſt
dédiée à MADAME , & gravée avec beaucoup
d'art , de delicateſſe , de foin & de
talent , d'après un beau tableau d'Adrien
Vaderweff , par M. Porporati , Graveur
&Garde des deſtins de S. M. le Roide
Sardaigne , & de l'Académie de Peinture
&S ulpture de Paris; Artiſte que cette
eſtampe , ainſi que la Susanne, placent
déjà au premier rang. Le prix de certe
nouvelle
DECEMBRE. 1776. 169
de
nouvelle eſtampe , haute d'environ 20
pouces & large de 15 & demi , eſt de
16 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue
Cléry , la 2º porte cochère à droite en
entrant par la rue Montmartre.
I I.
Le Philofophe charitable , estampe d'en
viron 14 pouces de haut , fur to de
large , gravée d'après le deſſin de Ph.
Carême , Peintre du Roi , par Voyez ,
l'aîné. Prix 5 liv . A Paris chez le Père"
& Avaulez , marchands d'estampes ,
rue St Jacques , à la ville de Rouen.
La ſcène de cette eſtampe repréſente
un homme bienfaiſant , qui vient procurer
des ſecours d'argent à un père
defamille dont la femme eſt en couche.
Ce pere de famille & fes enfans ſe réuniſſent
pour marquer de la reconnoifſance
à leur bienfaiteur. L'Artiſte , M.
Voyez , l'aîné , a mis de la couleur &:
du moëlleux dans ſon burin ; & cetre
eftampe peut fervir de pendant à celle
que le même Artiſte a gravée précédemment
d'après la compoſition de M.
Eiſen. Elle eſt intitulée la Dame de
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Charité , & ſe trouve chez le même
Marchand.
III.
Liſon dormoit . C'eſt le titre que l'on
a donné a une autre estampe , qui ſe
diſtribue à la même adreſſe. On y voit
un jeune homme qui vient ſurprendre
une jeune fille endormie. Cette jolie
eſtampe , de 12 pouces de haut , fur 9
de large , a été gravée par P. H. Triere ,
d'après le deſſin de M. Freudeberg. Prix
2 liv. 8 f.
I V.
Profpectus .
Il paroît un ouvrage important , qui
peut tenir lieu de la complication des
livres que l'on a en France fur le commerce
, en ce qu'il repréſente fans aucunes
recherches , tous les renſeignemens
qu'on peut avoir beſoin fur le fait
du commerce.
Cet ouvrage eſt intitulé : Tableau
unique , ou la principale ſcience du commerce
François , où l'on trouve fous
un même coup d'oeil. 19. La dénomiDÉCEMBRE.
1776. 171
nation de toutes les eſpèces de monnoies
étrangères , tant réelles , que de
change & de comptes. 2 °. Leur valeur
numéraire en argent du pays , & 3 °.
leur réduction en argent de France. 4 ° .
L'égalité des changes étrangers avec
celui de Paris. 5°. Les places par lefquelles
Paris change avec les villes étrangères.
6° . La comparaiſon des poids ,
mefures & aunages étrangers à ceux de
France . 7 °. Le départ des couriers de
Paris pour chaque ville étrangère . 8 °.
Leur diſtance de Paris . 9° . La manière
dont chaque ville étrangère tient ſes écri
tures de commerce ; & 10°. le détail des
principaux objets de commerce intérieur
des places les plus conſidérables de l'Europe
, l'Afie , l'Afrique & l'Amérique.
Le tout rangé par ordre alphabétique
pour la facilité des ſpéculateurs.
Cet ouvrage eſt, à proprement parler ,
un tableau qui contient toute la ſurface
du papier grand aigle ; il eſt gravé en
taille douce , orné d'une bordure & d'un
frontifpice , & traité avec tant de foins ,
que l'Auteur oſe ſe flatter d'y avoir réuni
l'utile à l'agréable , en ce que pluſieurs
perſonnes de haute conſidération ſe propoſentd'en
décorer leurs cabinets & leurs
bibliothéques.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
La vente s'en fera à Paris , chez Mr.
Deville , rue St. Denis , vis-à- vis les
Filles -Dieu , & commencera le Décembre
1776 .
Nota. L'Auteur déſavouera tous les
exemplaires qui ne feront pas revêtus de
ſa ſignature au revers ,
V.
1º. Arrivée de Telemaque dans l'ifle de
Calypso . 2 °. Termofiris enſeigne à Télemaque
qu'il doit ſuivre l'exemple d'Apollon,
Ces deux eſtampes,d'après F. Boucher,
gravées par Martiny & Patas , font de
forme oblongue , & ſe vendent les deux
3 liv.AParis chez de Mouchy , Graveur ,
cloître St. Benoît.
On trouve à la même adreſſe , la Parure
naturelle , eſtampe en hauteur , gravée
d'après un tableau de Netscher , par
L. Anfelin. Prix 1 liv. 1o f.
V I.
Traité des édifices , meubles, habits,
DÉCEMBRE . 1776. 173
4
machines , & uſtenſiles des Chinois , gra
vés ſur les originaux deſſinés à la Chine
par M. Chambers , Architecte Anglois ,
compriſe une defſcription de leurs temples
, maiſons , jardins : ouvrage trèscurieux
, in- 4º . avec beaucoup de planchesgravées.
Prix 15 1. rel. Chez le ſieur
leRouge , Ingénieur-Géographe du Roi ,
rue des Grands-Auguftins.
VII.
Clavicule du Cheval , ou tableau des
connoiſſances relatives à cet animal ; par
M. la Foſſe , Hippiatre célèbre. 2. Edition
, corrigée & augmentée.
Cet ouvrage,utile& néceſſaire à tous
ceux qui ontdeschevaux, ainſi qu'aux ma.
réchaux , marchandsde chevaux , maîtres
depoſtes &c .&c . eſt diviſé en deux grands
tableaux, Le premier donne la connoifſance
exacte de la ſtructure du cheval ,
tant externe , qu'interne ; ainſi que de
toutes ſes parties anatomiques,qui y font
développées d'une manière très-méthodique
, & à la portée de toutes fortes
de perſonnes. On y trouve les moyens
de connoître ſes différens âges , depuis
ſa naiſſance , juſqu'à 30 ans.
Hij
176 MERCURE DE FRANCE.
ſera miſe en vente dans les derniers jours
de ce mois de Décembre , chez les neuf
Libraires de Paris indiqués ci devant ,
lors de la première livraiſon .
GÉOGRAPHIE.
ATTAQUE de l'armée des Provinciaux
dans Long Island , du 27 Août 1776.
Deſfin de l'lfſle de New-Yorck & des
Etats , publié à Londres par un Officier
de l'armée. A Paris , chez M. le Rouge ,
Ingénieur Géographe , rue des Grands-
Auguſtins.
II.
Les environs de New- Yorch , avec le
planducombat de Brooklin , du 27 Août
dernier , par un Officier de l'armée ; à la
même adreſſe : prix 3 liv. lavé.
III.
On publie la troiſième ſection de l'Atlas
Itinéraire portatif de l'Europe , par
DÉCEMBRE. 1776. 177
M. Brion , Ingénieur Géographe du Roi .
A Paris , chez Langlois , rue du Petit-
Pont.
MUSIQUE.
I.
LES Mariages Samnites , Drame-lyrique
, en trois actes & en profe , repréſenté
pour la première fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le
12 Juin 1776. Dédié à fon Alteſſe Celfiffime
Monſeigneur l'Evêque & Prince
de Liège. OEuvre XIII , par M. Gretry ,
fon Confeitter intime , & de l'Académie
des Philarmoniques de Boulogne en Italie
, prix 18 livres. Les parties ſéparées
pour les accompagnemens 9 livres , gravé
par J. Dezauche .AParis , chez M. Houbaut
, rue Mauconſeil , près la Comédie-
Italienne , & aux adreſſes ordinaires. A
Lyon , chez Caſtaud , vis- à-vis la Comédie.
II.
La partition d'Alceste , muſique par
Hv
178 MERCURE DE FRANCE:
M. le Chevalier Gluck, prix 24 livres ,
au Bureau d'abonnement Muſical , rue
du Hazard Richelieu.
III.
Sixième recueil d'ariettes d'Opéra-
Comique , & autres jolis airs avec accompagnement
de guittare , mennets variés
, allemandes& pièces pour le même
inſtrument ; par M. Vidal , Maître de
Guittare ; oeuvre XII , mis au jour par
M. Bouin , prix 6 livres . A Paris , chez
M. Bouin , Marchand de Muſique & de
cordes d'inſtrumens , rue Saint Honoré ,
près Saint Roch , au Gagne- petit , chez
lequel on trouvera tous les autres ouvrages
du même Auteur.
I V.
IV. recueil d'ariettes d'Opera- comique
&autres , avec accompagnement de guit
tare, & autres airs conmus puur la guittare
ſeule , par M. Tiffier , de l'Académie
Royale de Muſique ; oeuvre VIII , prix
4 livres 4 fols. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint- Honoré , près l'Oratoire , à la
Gerbe d'or. Madame Tarade , Marchande
L
DÉCEMBRE. 1776. 179
de Mutique, rue Coquillière ; Mademoi.
felle Castagnery, rue des Prouvaires , &
aux adreſſes ordinaires de Muſique.
V.
La vieille Coquette , ariette avec accompagnement
de clavecin ou pianoforté
, par M. Albaneſe , Muſicien du
Roi. Au Bureau du Journalde Muſique,
rue Montmattre, vis à-vis celle des Vieux-
Auguſtins , prix 1 liv. 4 f.
VI.
Trois Divertiſſemens pour deux vio
lons & violoncelle , par J. B. Wanhal ,
OEuvre Posthume , prix 6 liv. , gravée à
Bruxelles , chez MM. Van-Ypen & Pris ;
& fe vend à Paris , chez M. Cornouaille
, montagne Sainte Geneviève , maiſon
de M. Foli , vis-à vis le Collège de la
Marche , & au Bureau du Journal de
Muſique , rue Montmartre .
VII.
Trois Sonates pour le clavecin ou de
piano-forté , avec accompagnement de
1 Hvj
30 MERCURE DE FRANCE .
violon & de violoncelle , ad libitum , par
T. Brodsky , OEuvre III, prix 7 liv. 4
f. , aux adreſſes ci-deſſus.
VIIL
- Premier recueil de Romances , avec accompagnement
de harpe ou de clavecin
& la baſſe chiffrée , par M. de Charly ,
Maître de Muſique à Valencienne ; prix
1 liv. 10 f. A Paris , au Bureau du Journal
de Muſique .
Ces Romances, au nombrede ſix , font
d'un choix heureux & d'un chant agreable.
I X.
L'Almanach Muſical de l'année 1777 ,
aété mis fous preſſe le 20 Novembre.
MM. les Muſiciens & les Marchands
de Muſique ſont priés d'envoyer avant
le 15 de ce mois , les notes qui les concernent
, au Bureau du Journal de Muſique
, rue Montmartre. Les Marchands
&les Libraires de Province qui ſouhaiteront
des exemplaites de cet Almanach ,
écriront au Directeur de ce Bureau , ou
s'adreſſeront à Delalain , Libraire , qui
pourra les leur expédier du 15 au 20
DÉCEMBRE. 1776. 181
Décembre. L'édition de l'Almanach de
1776 étant épuisée , on vient de la remettre
ſous preffe , pour pouvoir fournir
la ſuite complette à ceux qui la defireront.
Χ.
Sei Quintetti per due violini alto , e
due violoncelli concertanti ; Compoſti
Dall Signor Luigi Boccherini , Virtuoſo
di Camera& Compoſitor di Muſica di S.
A. R. Don Luigi , Infante di Spagnia .
Opéra XX. Libro terzo di Quintetti, nuovamente
ſtampati a ſpeſe di G. B. Venier.
Prix 12 liv . N. B. Les parties de
violoncelle font faciles pour l'exécution ,
& la feconde pourra s'exécuter ſur l'alto
ou un baſſon . A Paris , chez M. Venier ,
Editeur de pluſieurs ouvrages de Muſique
, rue Saint Thomas du Louvre , vis- àvis
le Château d'eau , & aux adreſſes ordinaires
. A Lyon , chez M. Caſtaud, vis-àvis
la Comédie. En Province , chez tous
les Marchands de Muſique.
On trouve chez le même Editeur ,
onze OEuvres de cet Auteur , fans ceux
qu'il ſe propoſe de donner encore.
:
182 MERCURE DE FRANCE.
ÉTRENNES.
LE Sieur Desnos , Libraire & Géogra-
⚫phe, rue St Jacques, à Paris,annonce qu'il
vient de mettre en vente , pour l'année
1777, la plus jolie collection d'Almanachs
, bijoux d'Etrennes , &les plus rares
que l'on puiſſe defirer : comme le nombre
en eſtgrand,nous n'en déſignerons qu'une
vingtaine des plus intéreſſans. Almanach
Géographique , ou petit Atlas élémentaire
, dédié au Roi de Danemarck.
L'idée de la Géographie de l'Hiftoire
Moderne . L'indicateur fidèle , qui enfeigne
généralement toutes les routes de
Ia France . Petit Atlas de la France, diviſé
en ſes Gouvernemens Militaires. L'Inocologie
Hiſtorique & Généalogique des.
Rois de France. Le parfait Modèle , enrichi
de la partie de chaſſe d'Henri IV.
LesEtrennes patriotiques & anniverſaires
des époques de Louis XVI. L'Oxologie
de Cythère, avec diſcours à la gloire & à
l'honneur dû aux Femmes. Le Porte-
Feuille d'une jolie Femme. Les quatre-
Saiſons & les quatre Heures du jour ; en
tête eſt le portrait de Madame la DauDÉCEMBRE.
1776. 18
phine. Les Délices de Cérès , de Pomone
&de Flore, ou la Campagne utile& agréable
, ornés de douze Estampes relatives
aux amuſemens de chaque mois de l'année.
Opufcules poétiques , petit Recueil
de pièces fugitives de M. de Voltaire. Le
petit Rameau , ou principes courts & faciles
pour apprendre foi-même la mufique
, avec de nouvelles Ariettes & Eftampes
relatives, orné du portrait de l'Autent.
Le Courtiſan ſans art , ou les Complimens
fans fard L'Almanach des trois
Fortunes. L'Onirrofcopie, ou application
des Songes aux numéros de la Loterie
Royale de France. Le Secrétaire des Dames
, avec les promenades des environs
de Paris . Le Secrétaire économique des
Meſſieurs. Les Etrennes à la plus digne
de plaire. Les voeux de la nature , oit
Phommage dû aux Femmes. Le Tribut
payé aux Graces. Le Coucher & le Lever
de la Mariée. Le Néceſſaire duVoyageur.
Les Tablettes à la Royale. Les Heures
& le Moment de Cythère. Le Joli Pot-
Pourri. Le MémorialdesGens d'affaires.
Les Etrennes des Saifons, avec un Poëme
connu furles Saifont.Les Etrennes de l'Amour&
celles du Sentimens. Les Etrennes
de Minerve , aux Artiſtes : Encyclopédie
184 MERCURE DE FRANCE .
économique , ou l'Alexis moderne , contenant
huit cens différens fecrets ſur l'Agriculture
, les Arts & Métiers , extraits
de plus de mille Auteurs & des meilleures
recettes, en 4 vol. in- 24,brochés 4 liv.
Le Calendrier perpétuel , avec l'explication
de ſes uſages.
Toutes ces Etrennes réuniſſent le néceſſaire
&l'agréable ; elles méritent encore
l'accueil le plus favorable à cauſe des
tablettes , avec perte & gain , & du papier
nouveau de la compoſition du fieur
Deſnos , qui réunit tous les avantages de
celui de Hollande , & qui peut être employé
à toutes fortes d'uſages , pour écrire
& deffiner , au moyen d'une ſtilet minéral
fans fin , enjolivé de toutes les façons
, adapté à cet Tablettes , qui tient
lieu de plume , d'encre & de crayon , &
qui fert long-temps , fansqu'on foit obligé
d'en tailler la pointe.
Le ſieur Deſnos , qui n'a d'autre but
que la ſatisfaction du Public , a décoré
ces Almanachs de reliures les plus élégantes
en maroquin , veau & carton ,
avec fermeture, de manière àne pas s'ou
vrir dans la poche. Ces Almanachs font
enrichis d'Eſtampes , qui les diftinguent
des autres , & font de différentes gran
DÉCEMBRE. 1776. 189
deurs , & de prix différens, depuis 3 liv. ,
12. 4 liv. 10. 6, 7 liv. 4 f. 10 & 13 1.
ſuivant les reliures , brodées d'un goût
nouveau. Il en diſtribue le Catalogue gratuitement
à ceux qui defireront en avoir
connoiffance , avec celui de Géographie,
desGlobes , Librairie & d'Histoire Naturelle
, &c.
د
COURS D'HISTOIRE NATURELLE.
M. VALMONT DE BOMARE , Démonf
trateur d'Hiſtoire Naturelle avoué du
Gouvernement , Cenſeur Royal , Membrede
pluſieurs Académies de l'Europe,
&c. ouvrira deux Cours d'Hiſtoire
Naturelle concernant les minéraux , les
végétaux , les animaux , & les principaux
phénomènes de la nature, en fon Cabinet,
rue de la Verrerie, vis à-vis celle des deux
Portes ,le Vendredi ſix Décembre 1776,
à onze heures très-préciſes du matin, Les
ſéancesdu premier Cours feront continuées
les Lundi , Mercredi & Vendredi
de chaque ſemaine à la même heure ; les
féances du ſecond Cours feront continuées
les Samedi , Mardi & Jeudi de
186 MERCURE DE FRANCE.
,
chaque ſemaine , à onze heures & demie
très-préciſes du matin. Il n'y a aucune
différence entre ces deux Cours
quant àla manière de traiter les objets ,
& à leur expofition; la différence des
jours eſt uniquement pour faciliter des
momens aux perſonnes qui deſireront
prendre part aux leçons de ce Profeſſeur.
On invite ceux qui voudront fuivre l'un
ou l'autre Cours , d'entendre le discours
fur le Spectacle & l'étude de la Nature,
qu'on prononcera à l'ouverture générale ,
le Vendredi fix Décembre .
COURS DE LANGUE ALLEMANDE .
LE SIEUR FRIEDEL , Profeffeur de Langue
Allemande , connu par fa méthode
nouvelle& facile d'enſeigner cerre Langue
, recommencera fon Cours Lundi
16 Décembre. On pourra ſe faire infcrire
tous les jours de 2 à 4 heures , chez lui ,
rue de Seine , Fauxbourg Saint-Germain:
la porte cochère à côté de M. Guillor ,
Marchand de Papier , au premier ſur le
devant. Il continue de donner des leçons
en ville.
DÉCEMBRE. 1776. 187
Cours de Physique Expérimentale.
M. SIGAUD DE LA FOND , Profeſſeur de
Phyſique Expérimentale , Démonſtrareur
en l'Univerſité , de la Société Royale
des Sciences de Montpellier , des Académies
de Bavière , d'Angers , de Valladolid
, de Florence , &c. &c . commencera
un Cours de Phyſique Expérimentale
, le Mercredi onze Décembre , à
midi , dans ſon Cabinet de Machines ,
rue Saint - Jacques , près Saint-Yves
maiſon de l'Univerſité. Il le continuera
les Lundi , Mercredi & Vendredi de
chaque Semaine , à la même heure.
Il ajoutera cette année aux Expériences
qu'ils a coutume de faire fur l'Electricité
, celles qu'on a publiées depuis
quelques temps ſur l'Electrophore , &
dont les Phénomènes finguliers méritent
toute l'attention des Phyſiciens & des
Amateurs en ce genre .
Il ajoutera encore aux expériences
qu'il fait ordinairement ſur l'air, une ſuite
aufficurieuſe que ſurprenante, de nouvelles
expériences fur différentes eſpèces
188 MERCURE DE FRANCE.
d'air , telles que l'air fixe, l'air nitreux ,
l'air inflammable, l'air déphlogistiqué, &c.
Il démontrera la manièrede ſe procurer
ces différentes eſpèces d'air , & de les
combiner ſuivant des proportions données.
Il fera voir , en traitant de l'air
fixe , comment on peut parvenir à fabriquer
, par fon moyen , des eaux minérales
dont la bonté ne le cède en rien à celle
des eaux qu'on prendroit à la fource.
Il démontrera de quelle manière on peut
employer favorablement ce fluide ,pour
s'oppoſer aux progrès de la putridité ,
&c.
En parlant de l'air nitreux , il confirmera
par expérience ,que ce fluide nous
fournitle moyen le plus ſimple& le plus
aſſuré de juger de la falubrité de l'air que
nous reſpirons , & de meſurer ſes différens
degrés de falubrité , &c.
En traitant de l'air inflammable , il
fera voir que c'eſt à ce principe , quis'engendre
naturellement dans les entrailles
de la terre , qu'il faut rapporter les Phénomènes
ſurprenans qu'on obſerve en
différens endroits du Globe , &c .
Il démontrera , en analyſant les propriétés
de l'air déphlogeſtiqué, que cet
air eft , fans contredit ,le plus pur & le
DÉCEMBRE. 1776. 189
plus falubre qu'on puiſſe reſpirer , &que
l'air de l'atmosphère eſtd'autant plus pur
qu'il eſt moins phlogiſtiqué , &c .
,
Ses appareils font ſimples,& réuniſſens
à l'exactitude la plus préciſe toute
l'élégance qu'on puiſſe defirer pour l'ornement
d'un Cabinet. Il en fournira de
ſemblables à ceux qui voudront ſe livrer
à ce genre de recherches. En général, il
fournira aux Amateurs toutes les machines
dont ils auront beſoin ; & fon neveu
M. Rouland , bien habitué à faire des
Expériences & à manier des machines ,
ſe fera un plaiſir de montrer , à ceux qui
le defireront , la manière de s'en ſervir.
Il commencera un ſecond Cours le
Jeudi douzeDécembre, àfix heures dufoir,
& il le continuera les Mardi , Jeudi &
Samedi à la même heure .
Il ſuivra , pour l'ordre de ſes Séances
& de ſes Expériences , l'ouvrage qu'il
publia l'année dernière , intitulé : Defcription
& uſage d'un Cabinet de Physique
expérimentale, 2 vol. in-8 . On le trouve
chez Gueffier , Libraire - Imprimeur , au
bas de la rue de la Harpe .
Ses Elémens de Phyſique-Théorique
Expérimentale , font actuellement fous
preſſe. 4vol. in-8 ° . avec figures.
190 MERCURE DE FRANCE.
COURS DE CHIMIE.
LE fieur Mitouard , Apothicaire , fera
cethiver un Cours de Chimie , dans lequel
il analyſera diverſes ſubſtances des
trois régnes de la Nature , &c. Ce Cours
ſera augmenté de nouvelles expériences
fur les différentes eſpèces d'air. Il a commencéle
Jeudi , 14 Novembre , à quatre
heures de relevée , en ſon Laboratoire ,
rue du Beaune , & continuera à la même
heure les Lundis, Mardis, Jeudis & Vendredis.
COURS DE PHYSIQUE .
Le ſieur Briffon , de l'Académie Royale
des Sciences , Maître de Phyſique &
d'Hiſtoire Naturelle des Enfans de France
, & Profeffeur Royal de Phyſique Expérimentale
au Collége Royal de Navarre
, commencera le Lundi 2 Décembre
1776 , à 11 heures du matin, ſon Cours
de Phyſique Expérimentale , dans fon
DÉCEMBRE. 1776. 191
Cabinet de Machines , à l'ancien Hôtel.
de Conti , rue des Poulies. Les Perfonnes
quivoudront ſuivre ce Cours , ſe feront
infcrire chez lui .
Cours théorique & pratique des Maladies
des Yeux.
M. BECQUET , Membre du College &
de l'Académie Royale de Chirurgie ,
ouvrira le Lundi 2 Décembre 1776 , à
midi & demie , un Cours particulier de
Maladies des Yeux , qu'il continuera en
faveur des Elèves & des Amateurs , les
Lundi , Mardi , Jeudi & Vendredi. Il
expofera préliminairementla ſtructure de
cer organe ; traitera des Maladies qui
l'affectent , & fera en même temps connoître
les moyens relatifs à leur guérifon .
En ſa demeure, rue de la Grande-Truanderie
, même maiſon que celle de feu
MonfieurDESHAIS Gendron, ſon Oncle .
166 MERCURE DE FRANCE .
Françoiſe le Jeudi 21 Novembre , par i
rôle de Criſpin des Folies amoureuses ;
ajoué ſucceſſivement Jaſmin de l'Enfant
Prodigue, Charlot du Mari retrouvé , Lu
bin dans la Surprise de l'Amour , S.!
dans Amphitrion , deux fois Crispin rival
defon Maitre, le Ménechme brutal , Crif
pin Médecin , le Valet de l'Homme à
bonnesfortunes, deux fois Ruſtaut dans le
Galant Coureur. Il doit auſſi jouer fur le
Théâtre de la Cour. Cet Acteur a un
talent formé , un jeu raiſonné , beaucoup
d'intelligence , de fineſle & de vérité. Il
eſt bon Comédien, ſans être farceur , &
plaiſant ſans être outré. Il eſt à defirer
qu'il ſoit fixé dans la Capitale , pour faire
les plaiſirs des Amateurs & des Partiſans
de la bonne Comédie .
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens préparent queiques
nouveautés; en attendant, ils jouent
toujours , avec beaucoup de ſuccès , leur
anciennes Pièces.
DÉCEMBRE. 1776 .
193
parun heureux choix & digne de ſa gloire ,
is Seize appela Saint-Germain à ſa Cour.
mat-Germain! que cenom me cauſe d'alegreſſe !
quel noble tranſport il anime mes ſens !
Muſe, pourſuis , que tes accens ,
Te fois répétés avec la même ivrefle ,
tent dans tous les coeurs l'ardeur que je reſſens .
sal'Univers qu'en cejour mémorable ,
ulté, la valeur rentrerent dans leurs droits ;
Que fous leplus jeune des Rois , и
Vrai Sage, un Héros eut un deſtin ſemblable
or qu'éprouva Bélıfaire autrefois.
rertout paroît ſervir ici d'emblême ; and
dans cette faifon , conſacrée à Bacchus ,
Que Saint-Germain , par ſes vertus ,
ta les honneurs & la gloire ſuprême
tre admis près d'un Roi digne du diadême.
ParM. Darnault , Bas Officier
Invalide.
I
H
192 MERCURE DE FRANCE.
PRIX DES ARTS.
La Société libre d'émulation pour l'encouragement
des arts , métiers , inventions
utiles , outre les trois prix qu'elle
ſe propoſe de diſtribuer fur la conftruction
d'une voiture ou charriot le plus propre
à transporter de gros fardeaux , annonce
qu'elle en diſtribuera deux autres
dans fon aſſemblée publique de la micarême
prochai'n,furla meilleure manière
de pourvoir au nétoyement des rues de
Paris , aux conditions qui feront indiquéesdans
un programme qu'elle va publier
inceſſamment.
VERS préſentés à Monseigneur le Comte
DE SAINT- GERMAIN , à Fontainebleau,
le 27 Octobre 1776 , fur l'anniver
faire defon avénement au Ministère.
Oui , je veux , devançant les faſtes del'hiſtoire, UI ,
Conſacrerà jamais l'inſtant de ton retour.
C'eſt en ce lieu , c'eſt en cejour
Que
DÉCEMBRE. 1776 . 193
&
Que , par unheureux choix & digne de ſa gloire ,
Louis Seize appela Saint-Germain à ſa Cour.
Saint-Germain ! que cenom me cauſe d'alegreffe!
Dequel noble tranſport il anime mes ſens !
Muſe , pourſuis , que tes accens ,
Mille fois répétés avec la même ivreſſe ,
Portent dans tous les coeurs l'ardeur que je reſſens .
Redis à l'Univers qu'en ce jour mémorable ,
L'équité , la valeur rentrerent dans leurs droits;
* Que ſous le plus jeune des Rois ,
Un vrai Sage , un Héros eut un deſtin ſemblable
Acelui qu'éprouva Béliſaire autrefois .
En effet tout paroît ſervir ici d'emblême ; ...
C'eſt dans cette ſaiſon , conſacrée à Bacchus ,
Que Saint-Germain , par ſes vertus ,
Mérita les honneurs & la gloire ſuprême
D'être admis près d'un Roi digne du diadême.
ParM. Darnault , Bas Officier
Invalide .
194 MERCURE DE FRANCE.
VERS à M. le Chevalier DE JUILLY
DE THOMASSIN , ancien Baron ,
Maréchal -des- Logis des Gardes-du-
Corps du Roi , & Membre de plusieurs
Académies ,fur fon Catinat.
ENN offrant aux Guerriers un modèle ſi beau,
Tudonnoisde ton coeur un fidèle tableau ;
Autant queGatinat l'on t'admire & l'on t'aime :
Pour bien peindre un Héros, il faut être foimême.
Par M. dela Mothe Dubreuil , ancien
Coloneld'Infanterie.
VERS à Mademoiselle COLOMBE ,
Actrice de la Comédie Italienne.
HEUREUX qui , dans ſes chants , pour charmer
notre oreille ,
Ainſi que toi , Grétry , ſait plaire , intéreſſer !
Trop heureux qui fait y verſer
Ce preſtige enchanteur qui touche ou qui réveille ;
Mais quand je voisColombe avec tantd'agrément,
DÉCEMBRE. 1776. 195
Avec tant d'ame&de noblefle ,
:
M'égayer , m'attendrir , paſſer rapidement
Du badinage au ſentiment,
Et du plaifir à la triſteſſe ,
Avos talens , Grétry , j'applaudis tour-à-tour ;
Mais en applaudiſlant , ma ſurpriſe ſe paſle.
Il eſt bien juſte qu'une Grâce
Nous rende tous les ſons que t'a dictés l'Amour.
AVersailles. Par M.C***.
VERS en formede Rondeau pourMadame
DUGAZON , ci devant Mademoiselle
le Févre , jeune Actrice & Cantatrice de
la Comédie Italienne.
VOTRE petit nez retrouflé ,
Dugazon , vous ſied à merveille;
Je me ſens ſouvent empreſſé ,
Soit que je dorme ou que je veille ,
De longer au nez retrouſſé
Qui vous fied toujours à merveille.
Non , vous n'avez point de pareille
Dans cet art vraiment enchanteur
De vous emparer de l'oreille
Erde l'ame du ſpectateur.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Je ſuis la vigilante abeille ,
Dugazon , vous êtes la fleur ,
Et dès que le jour me réveille ,
J'éprouve un beſoin dans le coeur
D'aller ſur ſa bouche vermeille
Voler quelque douce faveur...
Je fais taire ici ma vielle ,
Qui vous chante , en mourant de peur
De vous donner un peu d'humeur
Par cette longue kyrielle ;
Et j'en termine la fadeur
Enrépétant maritounelle...
Votre petit nez retrouſlé ,
Dugazon , vous fied à merveille;
Etje ſuis ſouvent empreſſé ,
Soit que je dorme ou que je veille ;
De ſonger au nez retrouffé
Qui vous fied toujours à merveille.
ParM. leComte de L. T. au Palais
Bourbon.
1
DÉCEMBRE. 1776. 197
INOCULATION.
OBSERVATIONS fur les maladies de
Turquie , par M. Paris , Docteur en
Médecine de la Faculté de Montpellier.
Monfieur ,
D'Arles , ce 6 Octobre 1776.
L'inſertion ou inoculation de la petite vérole
étoit pratiquée dans les Villes de la Grèce , avant
qu'elle fût connue en Angleterre & en France. Les
Mémoires publiés ſur cet article , les obſervations
beureuſes qu'ils contenoient , les ſuccès conſtans
de cette opération , déterminoient les vrais amis
de l'humanité à la pratiquer. Malgré le zèle bien.
faiſant qui les animoit &les lumières qui les guidoient
, ils eurent encore à lutter contre les préjugés
, la jalouſie & l'ignorance. On regarda le
zèle coinme une cruauté; cette opération , comme
le fruit d'une imagination qui ſe laiſſe entraîner
par l'idée du merveilleux. Bien loin de favoriſer
les progrès de cette nouvelle découverte , on
s'éleva pour la condamner ; on employa tous les
refforts imaginables pour proſcrire l'inoculation.
L'opiniâtreté ſe refuſa à l'évidence des faits ; inutilement
quelques Ecrivains voulurent éclairer le
Peuple , diffiper les nuages qui obſcurciſloient la
raiſon , déchirer le voile de l'incrédulité; notre
Nation , malgré ſon amour pour la nouveauté ,
I tij
مول MERCURE DE FRANCE.
ſe refuſoit conſtamment à accepter le bienfais
qu'on lui préſentoit.
On pleuroit les victimes que la petite vérole
avoit immolées; mais on continuoit à les facrifier à
Vidole de l'ignorance & de l'opiniâtreté; tandis
que des Peuples , qui ne connoîfloient pas même
le nom de vertu , employoient journellement
cette opération bienfaiſante. Des mères barbares ,
guidées par des motifs honteux , arrachoient leurs
enfansdesbras de la mort; & la tendreſſe la mieux
caractériſée , ſe contentoit chez nous de gémir fur
leurs cercueils. Quelle inconféquence! quelleobfrination
! Heureuſement il a paru un Souverain
jaloux de régner par la bienfaiſance : il a encousagé
les Peuples par fon exemple, ſe ſoumettant
lui-même à cette opération avec confiance. Il a
diſſipé les ténèbres de l'erreur , affoibli la voix de
l'incrédulité obſtinée . Les Sujets encouragés par
des fuccès auſſi éclatans , ne craindront plus , en
fuivant l'exemple d'un Prince fi chéri : la reconnoiffance
gravera dans le coeur des enfans lenom
de notre auguſte Monarque , le père de la patrie ;
ceux-ci le tranſmettront à la poſtérité ſous la
gardede la tendrefle.
Heureuſement les Médecins n'auront plus à
lutter contre les préjugés; les mères de famille
ne s'oppoſeront plus aux avantages que leurs enfans
retireront de l'inoculation ,& la faufle prudence
ne le glorifiera plus de mettre des entraves
àl'amour du bien public. Si cependant il ſe trouvoit
encore quelqu'un qui ne fût point perſuadé ,
près trente ou quarante années d'obſervations ,
dont aucune n'invalide l'inoculation ; qu'il voyagedans
les pays de la Grèce , qu'il examine par
DÉCEMBRE. 1776 . 199
lui-même les faits , qu'il ſoit le témoin des ſuccès
éclatans de l'inoculation , il ne pourra ſe refuſer à
l'évidence,
Que l'Anonyme qui aécrit contre l'inoculation,
dans un extrait d'un Ouvrage intitulé le Guériffeur,
cefle ſes plaiſanteries & ſes ſarcalmes-contre
des Médecins amis de l'humanité ; il ne fauroiť
perfuader par ſes raisonnemens , qu'il appelle
démonstraufs ; qu'il ne diſe plus : « Je ſuis dans
>>>la ferme perfuafion que l'inoculation propage
>>tous les virus , qu'elle abrége & empoilonne
>> ſouvent la vie des Citoyens quis'y loumettent ,
>>& qu'elle nuiteſſentiellement à la population ».
On voit en Turquie des enfans inoculés ſans
crainte & fans préparation . Les femmes ellesmêmes
font cette opération avec ſuccès ; lesenfans
continuent toujours àjouer dans les rues .
La petite vérole bénigne paroît & parcourt les
différens périodes, ſans cauſer le moindreravage.
Elle ne laiffe aucune victime languiflante , mutilée,
couvertede cicatrices , ou privée de la vue&
de l'ouie.
Je ne penſe cependant pas que dans d'autres
contrées on dût traiter la choſe auſſi légèrement.
La vie ſimple& frugale des Grecs eſt un régime ,
notre vie ordinaire eſt un excès. Les Anglois
avoient fait cette remarque judicieuſe, & nous
devons , dans la pratique , faire attention à ladifférence
du climat , des moeurs & des alimens . C'eſt
à cette erreur qu'on doit attribuer bien des acci
dens, qui ont fait mettre injustement ſur le compte
de l'art les fautes de l'Attiſte.
Je n'écris rien de nouveau ſur cette matière ;
les Savans ont allez prouvé les avantages &
200 MERCURE DE FRANCE .
1
néceſſité de l'inoculation. On trouvera dans plufieurs
Mémoires les détails qu'on peut defirer ſur
cette opération. Mon deſſein eſt ſeulement de diffiper
quelques craintes , s'il en refte encore , en
aflurant que l'inoculation eſt ſans danger , &
qu'elle est très- commune en Turquie.
En prenant des informations à Enos ſur l'inoculation
, j'appris qu'on inoculoit les enfans en
perçant un bouton de petite vérole avec un petit
morceau de bois pointu : ordinairement c'eſt avec
unegroſle épine , avec laquelle étant humectée de
pus variolique,on perce l'enfant fain entre le pouce
& le doigt index : on applique une légère comprefle
fur cette piquure & un léger bandage par
deflus. Sans préparation antérieure , ſans régime ,
Ja petite vérole paroît , parcourt heureuſement
fes différens périodes : les enfans jouent toujours
dans la rue , & il est très- rare que ſur cent il en périfleun.
Les enfans au-deſlous de l'âge de quatre
ans , ne fortent point de la maiſon pendant les
premiers périodes de la maladie , & c'eſt la ſeule
précaution. Quelquefois on inocule 150 enfans
parjour.
J'ai demandé s'il arrivoit quelquefois que quelques
années après l'inoculation , la même perſonne
'eût une ſeconde fois la petite vérole ; on m'a
répondu unanimement que jamais cette obſervation
n'avoit eu lieu .
1º La petite vérole eſt un obſtacle à la propagation
du virus peſtilentiel. La peſte ne peut infecter
ni une perſonne attaquée de la petite vérole,
ni même ceux qui ſoignent le malade.
2º. Lorſque la petite vérole règne , la peſte ne
faitaucun ravage, S'il arrive un peſtiféré dans le
DÉCEMBRE. 1776 . 201
temps d'une épidémie variolique , il eſt certain
que la peſte ne s'étend pas au- delà du quartier où
ce peſtiféré ſe loge.
3. Si le peſtiféré vient loger dans une maiſon
où il ſe trouve des enfans attaqués de la petite
vérole , la peſte finit , & le venin peftilentiel difparoît
ſans infecter d'autres perſonnes .
4°. Dès que la peſte a ceflé dans ce pays , la
petite vérole commence & fait pour lors de grands
ravages: preſque tous les enfans meurent s'ils ne
font pas inoculés.
sº. La petite vérole paroît régulièrement à
Enos de ſepten ſept ans : cette époque eſt ſûre , &
les habitans ne ſont jamais trompés dans ce
calcul.
Le virus variolique eſt un obſtacle à la propagation
du virus peftilentiel Le Médecin d'Enos
m'a expliqué cela par l'odeurforte qui émane du
virus variolique , & dont les miaſmes pénètrent
les habits des perſonnes qui ſoignent les enfans
attaqués de la petite verole.
Il faudroit connoître la nature des deux virus
pourdonner une explication ſatisfaiſante ſur c
phénomène que l'expérience ne permet pas de révo
quer en doute; je me contente de détailler les faits
&je ne ſuis point aſſez hardi pour en expliquer
les cauſes . Je laiſle ce travail à ces Génies rares ,
vaſtes & pénétrans qui connoiflent les reſſorts de
lanature.
J'ai vu dans unVillage près de Conſtantinople ,
des enfans inoculés au printemps , au nombre de
300 : je ſuis retourné fur les lieux , j'aiexaminé
avec attention les ſujets foumis àl'opération ,j'en
202 MERCURE DE FRANCE.
ai ſuivi les ſuccès , ils ont été journellement heureux
: il n'est pas mostun enfant; pas un n'a reſté
couché : ils ont tous paflé les différens périodes
de la maladie en jouant dans les rues;& les parens
, qui ne regardent cela dans le pays que
comme une précaution , étoient furpris de voir
ma follicitude à m'informer des moindres détails ;
ils ne pouvoient comprendre comment , en France,
cette pratique n'étoit univerſellement reçue ,
d'après les ravages que la petite vérole fait partout
Ces obfervations me paroiffent auffi lumineuſes
que précites : je termine cet article fur l'inoculation
, parce que je penſe que tout ce que je pourrois
dire n'auroit pas un plus grand degré de conviction
, après l'expérience des Anglois , l'autorité
de Boherhaave, Hofman, Heiſter & autres.
Je ne parlerai pas des heureux ſuccès cités par
Haller & Werlof. Les argumens invincibles & favans
écrits des célèbres MM. Jurin , Kirpatrix ,
Burget, Tiflot , Tronchin , Butiri , la Condamine
, &c. fuffiſent pour démontrer les avantages
de cette méthode.
J'ai l'honneur d'être , avec les ſentianens d'une
confidération diftinguée , Monfieur ,
Votre très-humble , &c.
PARIS , Med.
N.B. Nous avons fait ufage de cette lettre
avec d'autant plus de plaifir , qu'elle nous paroît
contenir des obſervations nouvelles & très-utiles,
principalement ſur les maladies peftilentielles &
epidemiques : nous engageons M. Paris denous
DÉCEMBRE. 1776. 203
communiquer les autres recherches ſur ces fortes
demaladies; nous rendrons hommage à fon zèle ,
&nous nous empreſſeronsde les publier pour le
bien de l'humanité.
LETTRE à l'Auteur du Mercure , fur
l'accident de M. J. J. Rousseau.
Il y a quelques années , Monfieur, qu'un Ci
toyen honnête & ſenſible s'éleva , avec toute la
force & le courage de la vertu , contre les malheurs
caufés par le grand nombre des voitures,
l'imprudence & la barbarie de leurs conducteurs.
Le dernier deshommes qui en eſt la victime , méritefans
doute ce vif intérêt ; &, pour le Philoſophe
, il n'eſt pas de circonſtance plus intéreſſante
de montrer ſes talens , que de les confacrer
àladéfenſe de l'humanité , & à la faire reſpecter
dans tous les coeurs : mais c'eſt ſur tout lorſque
des hommes de génie , qui l'éclairent par leurs
ouvrages & qui l'honorent par leurs vertus ,
font les victimes de l'étourderie de nos jeunes
gens , que l'on doit s'élever avec force contre des
abus auffi funeftes .
Vous êtes fürement inftruit de l'accident arrivé
à M J. J. Rouſlau ; votre ame honnête & ſenfible
en a été à la fois attendrie & indignée. Ce
Philofophe reſpectable venoit de goûter le plaiſir
de la promenade , qu'il a toujours aimé. Sur la
route , un danois , qui précédost une voiture ,
felon l'élégant ulage, l'a ienverſé avee violences
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
la chûte a été terrible , fes deux lèvres ont été
fendues , la mâchoire fupérieure prefque britée.
A lon âge , & avec ſes infirmités , on doit craindre
les ſuites. Quel uſage plluuss outrageant pour
les hommes , que de faire courir ainſi devant les
voitures un gros chien , qui peut renverſer les enfans
, les vieillards , dont les chûtes ſont toujours
dangereutes ! Faut-il les traiter comme des bêtes
féroces? ... A la vue d'un pareil mépris pour l'humanité
, mon coeur ſe ſerre d'indignation.
J'ai vu , Monfieur , avec attendriſſement , le
rendre intérêt que ce Philoſophe inſpire. Que n'en
eft- il le témoin ? Il ſentiroit que s'il a à ſe plaindre
deshommes , il eſt encore une foule de coeurs honnêtes
& ſenſibles quil'aiment, quilereſpectent ſans
leconnoître. Ah je me trompe , n'a- t- il pas peint
ſon amedans tous ſes écrits ? Et qui pourroit ne
pas le chérir , après les avoir lus? Comme ilrend
la vertu refpectable ! Tout , juſqu'aux moindres
détails , s'anime ſous ſon pinceau divin. On y
reconnoît à chaque page l'homme de génie'& le
Philofophe ſenſible; les erreurs mêmes portent
l'empreinte d'une belle ame. Qu'ils font vils à
mes yeux ces calommateurs qui , jaloux de la réputation
de ce grand homme , ont voulu la flétrir
,& qui le la font à peine jouir , dans ſa vieillefle
, de l'innocent plaifir d'arsanger des plantes
dans un cinquième. C'eſt donc là l'aſyle de l'ami
de l'humanité Mais ſes malheurs ne font qu'ajou .
ter à ſa gloire ; & fi la Nation qu'il honore de ſa
préſence, ne lui a pas élevé des monumens que la
reconnonlance devoit à ſes écrits & à fes vertus ,
tous les hommes honnêtes lui en élèvent dans leurs
coeurs , que l'envie & la haine des méchans ne
-
DÉCEMBRE. 1776. 205
pourront jamais détruire. Pardon , Monfieur ,
ma lettre devient longue; mais je n'ai pu réfifter
au plaifir de rendre ce foible hommage à M. J. J.
✔ Rouſſeau , qui n'aura jamais d'autres ennemis que
ceux de l'humanité & de la vertu,
LETTRE de M. de Voltaire à M. des
Effarts, Avocat en Parlement.
Le vieux Malade , Monfieur , a qui vous aviez
eu la bonté d'envoyer , il y a quelques mois ,
votre éloquent Mémoire * , étoit alors aux eaux ,
& il en eft revenu plus malade encore. Son triſte
* M. des Effarts a fait paroître cette année pluſieurs
Mémoires imprimés , qui ont eu un ſuccès mérité.
Nous avons rapporté , au commencement de l'année ,
une lettre que M. de Voltaire lui avoit écrite ſur un
Mémoire qu'il avoit fait pour un malheureux injuftement
accusé d'affaflinat , & fur la cauſe des Calas ,
qu'il avoit rédigée dans le Journal des cauſes célèbres,
dont il eſt un des Auteurs . Les Mémoires de M. des
Effarts annoncent beaucoup de talent Ils font écrits
avec intérêt & avec pureté. Les queſtions qu'il y traite
ne ſont point légèrement difcutées. Il les approfondit ,
ſans furcharger ſes raiſonnemens d'autorités , & fans
cependant rien négliger qui ſoit utile à ſa défenſe . Audi
fes Mémoires font lus avec le même plaiſir dans la
partie hiftorique , & dans celle où il difcute les moyens
defa caufe,
206 MERCURE DE FRANCE.
érat ne lui a pas permis de vous remercier plutôt.
Il vous fait ſon compliment ſur le gain de votre
procès. Il ne doute pas que votre ſage éloquence ,
&votre attention à ne foutenir que de bonnes
cauſes , ne vous faffent une grande réputation , &
ne contribuent à la gloire d'un ordre auſſi eſtimable
que libre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
LE VIEUX MALADE DE FERNEY.
AFerney, le 18 Octobre 1776.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
CARRÉ , Emailleur de S. A. S. Mgr. le
Prince de Condé , ci-devant à Vermanton
en Bourgogne , prévient les
Amateurs des beaux Arts , qu'il demeure
préſentement à Paris chez monfieur
Cheret , marchand de vin en gros , rue
Regratière , ifle St. Louis. Il travaille
l'émail fans outils , ſans moule , ni
modèle , en relief, pour garnir plateau ,
cheminée , cabinet , encoignure ; il fait
DÉCEMBRE. 1776. 207
des figures & des animaux de toute efpèce
pour lesgrottes , des fleurs & autres
bijoux dans le même genre. Il ſe fera
un vrai plaifir de travailler devant les
perfonnes qui lai feront l'honneur de le
venir voir. C'eſt un genre de travail qui
lui eſt particulier , & qui eſt très-curieux.
II .
Plume Économique.
Observations de MM. Arnoux & Compagnie,
au sujet de la Plume économique
annoncée , & qu'on trouve à la manufacture
des mécaniques , rue des Juifs
au Marais , à l'hôtel de Chiffreville.
Il a été dit dans le profpectus , que la
ſeule attention qu'on doit avoir pour
conſerver la plume économique , étoit
de l'eſſuyer fur-tout , mais avec du crêpe
& autre matière ſemblable : on a oublié
d'ajouter qu'il eſt utile de la tremper
par fois dans l'eau , fur-tout fi on fait
uſage d'encre forte , & lorſqu'on a
manqué de l'efſuyer , ou que la plume
refuſe de donner ſon encre à l'ordinaire.
Mrs. Arnoux & Compagnie , avoient
208 MERCURE DE FRANCE.
promis , dansle proſpectus, de donner un
billet de garantie à chaque particulier ;
mais l'exécution de la promeſſe devenant
tres- difficile par la multitude des acquéreurs
, ils font , une fois pour toutes ,
promeſſe publique de garantir les pluîmes
pendant trois ans , à condition toutefois
qu'elles ne feront endommagées
que par le travail de l'écriture.
la
Pour avoir des plumes de différentes
groſſeurs pour toutes fortes d'écritures ,
ronde , bâtarde , coulée , &c . on enverra
, comme on l'a déjà annoncé , une
plume ordinaire taillée à ſa main , ſi
mieux on n'aime venir à la manufacture
en choiſir une qui convienne ; mais
par la ſuite lorſqu'on defirera en avoir
d'autres de différentes groſſeurs , on ſe
contentera d'envoyer le numéro qu'on
trouvera fur la plume dont on ſe ſera déjà
ſervi , avec une lettre indicative de la
groffeur dont on la voudra : ſavoir , un
A , pour marquer la groſſe écriture ; un
B , pour la demie groſſe ; un C , pour
celle d'au-deſſous , & fucceſſivement un
D, un E , ou une F, qui déſigne la
plus fine écriture , ce qui détermine fix
différentes grofleurs d'écriture par gradation.
DÉCEMBRE. 1776. 209
On conſeille de ne prêter ſa plume
pour écrire qu'à ceux qui auront le même
numéro , parce qu'une différente poſition
de la main peut la déranger. Ceux
qui defireront en tirer des lignes , la
tiendront à l'oppoſé de l'écriture.
On pourra ſe préſenter à la manufacture
tous les jours ouvrables , depuis
huit heures du matin , juſqu'à une heure .
III.
Horlogerie.
La Reine d'Angleterre vient de faire
préſent à l'Univerſité de Gotthingue ,
d'une magnifique Pendule , imaginée
par Mr. Villiams & très- commode
pour toutes fortes d'obſervations . Il y a
quatre aiguilles ſur le cadran ; un petit
marteau frappe les quarts de ſeconde.
Lorſque la machine eft en mouvement ,
il ne faut , fi l'on veut arrêter les aiguilles
l'une après l'autre , que preffer
avec le doigt un petit pignon ; & fi l'on
defire de les arrêter toutes à la fois , il
fuffit de toucher le pignon qui correfpond
à la quatrième aiguille. La boëte ,
faite de bois de Mahagon , a quatre pieds
210 MERCURE DE FRANCE .
de haut , & eſt aſſujettie par des vis , tel-
* lement diſpoſées, qu'on peut la placer où
l'on veut , fans craindre que la Pendule
penche d'aucun côté. Il y a fur le devant
une glace , au travers de laquelle on voit
une partie du méchaniſme & du mouvement
de cette curieuſe pièce d'horlogerie.
IV.
Le ſieur Dubois , Maître Relieur &
Doreur de livres , poſſéde le fecret de
laver & dégraiſſer les livres , de blanchir
le papiet roux. Il vend auffi une eau
pour enlever les taches d'encre , fans altérer
le papier , ni l'impreſſion. Il blanchit
auffi les eſtampes , & généralement
tout ce qui eſt en papier.
Les perſonnes qui vondront éprouver
fon fecret , pourront s'adreſſer chez lui ,
rue des Amandiers , la quatrième boutique
à droite , en entrant par la rue des
Sept-Voies. Il n'avance rien qu'il ne
puiffe exécuter à la fatisfaction du public.
V.
Le ſieur François Pierre Hauſler , fils
DÉCEMBRE. 1776. 211
d'un Relieur de Strasbourg , a inventé
de nouvelles pompes pour les incendies ,
qui ont, fur les anciennes, les avantages
ſuivans. 1º . Trois hommes ſuffiſent pour
les conduire à l'endroit où elles font
néceffaires. 2°. On peut les employer
dès l'inſtant de leur arrivée ſans les ôter
de leurs affuts. 3 °. Quoiqu'elles ſoient
moins volumineuſes que celles dont on
s'eſt ſervi juſqu'à préſent , elles produifent
beaucoup plus d'effet , parce qu'elles
lancent avec plus de force , par deux
conduits différens une plus grande
quantité d'eau. 4º. Elles n'exigent point
de porteur d'eau , pourvu qu'elles foient
placées près d'un puit , d'une rivière ou
d'un ruiſſeau : alors elles ſe rempliſſent
d'elles mêmes , au moyen d'un tuyau
afpirant. 5º . Si les circonstances ne permettoient
pas de profiter de cet avantage
, on pourroit y ſuppléer par une
cave ou autre grand vaiſſeau rempli
d'eau , placé à la diſtance de quarante
à cinquante pas , avec lequel le tuyau
afpirant communiqueroit.. Suppofé
que le tuyau ſe trouvât bouché accidentellement
par des ordures , il fufbroit
d'y verſer de l'eau pour faire jouer la
pompe. Le ſieur Hauſler a auſſi imaginé,
212 MERCURE DE FRANCE.
afin d'éteindre les incendies dans des
rues étroites ou dans des appartemens ,
de petites pompes de dix à douze pouces
en quarré ſur dix-huit pouces de hauteur
, qu'un ſeul homme peut aifément
porter , & qui produiſent autant d'effet
que les plus grandes machines du même
genre connues juſqu'ici.
VI.
Industrie.
lé-
Le ſieur Hémon , Sculpteur & Menuifier
à Avalon en Bourgogne , a inventé
une petite voiture ſimple
gère , qui n'a dans ſon mécanisme , ni
poids , ni refforts , ni denticules , ni
baſcule , & qu'un enfant qui s'y place ,
peut mettre en mouvement ſans la moindre
gêne , & fans le ſecours d'aucun
animal . Sur un ſol uni , elle va une fois
plus vîte qu'un homme à pied , & au
pas de ce dernier , ſi le terrein eſt montueux.
Au moindre vent favorable , le
conducteur peut déployer une voile attachée
à cette voiture , & dans ce cas ,
elle fait une lieue de Paris en un quart
d'heure.
DÉCEMBRE. 1776. 213
T
VII.
Moyen de rendre plus forte & de meilleure
qualité les fils , cordes & toiles groffières.
Ce moyen conſiſte à tremper dans la
leſſive de mottes de tan les fils , filets ,
ficelles , cordes & toiles groſſières : elles
en deviennent infiniment meilleures &
plus durables . La raiſon en eſt ſimple ;
les toiles de chanvre & de lin contiennent
beaucoup de gomme , de réſine , de
particules inflammables , & par conféquent
beaucoup de principes de corruption
. Or , il eſt incontestable que la principale
propriété de la leſſive de tan , eſt
de diſſiper , en pénétrant la toile , ces
matières inflammables , & ces principes
de corruption. Il faut laiſſer tremper la
toile pendant huit ou dix jours , alors
elle devient brune : on la retire , & de
temps en temps on réitère cette opération,
à meſure que l'on voit la toile
blanchir. On en uſe de même pour le
fil , qui devient très fort.
214 MERCURE DE FRANCE.
VIII.
Le ſieur Pavier , de Montpellier , a
trouvé une manière de préparer le bled
qu'on deſtine à être ſemé , par laquelle ,
en ſemant moins , on en recueille beaucoup
plus qu'à l'ordinaire. On écrit de
Montpellier , qu'en 1774 il pria un de
ſes amis de ſemer dans un champ une
certaine quantitéde bled qu'il avoit ainſi
préparé ,& que la récolte de ce bled douna
cinquante fois la même meſure; l'année
dernière , deux ſeptiers de bled préparé
de même, en ont produitvingt fix.
Les frais de la préparation du grain ne
reviennent qu'à 12 fols le ſeptier , &
un ſeul homme en peut préparer quatrevingt
par jour. Si après l'avoir préparé on
ne vouloit pas le ſemer, on peut s'en fervir
comme de tout autre , après l'avoir
lavé & fait fécher, Pour ôter toute idée
de charlatanerie , le ſieur Pavier offre
d'en donnergratis à ceux qui lui en demanderont,
DECEMBRE. 1776.
215
D
TRAIT DE GENEROSITÉ.
ANS les guerres de l'Angleterre avec
les anciens peuples de l'Amérique , le
célèbre Penn , confirmé par Charles II
dans la propriété de la partie de l'Amétique
Septentrionale , appellée de fon
nom , Pensylvanie , fit priſonnière une
jeune Américaine d'une grande beauté ,
qui avoit promis ſa foi à un jeune guerrier
de ſa Nation. Ce dernier ne fut pas
plutôt inſtruit du malheur de ſon amante
, qu'affrontant tous les dangers , il courut
ſe précipiter dans ſes bras. Après une
Scène muette de pleurs & de ſoupirs , ils
réſolurent , puiſque le deſtin leur ôtoit
l'eſpoir de vivre enſemble en liberté , de
partager au moins les horreurs de la fervitude.
L'aſpect de deux infortunés , embraſſant
les genoux de Penn , & lui demandant
des fers , fit verſer des larmes
àce vainqueur humain & généreux : Ah !
mes enfans , leur dit-il , c'eſt aſſez que
vous portiez les chaînes de l'amour ; je ne
vous ferai jamais porter celles de l'esclavage
. Levez- vous ; vous êtes libres , Penn
J
216 MERCURE DE FRANCE.
,
ne vous impose d'autre loi , que de vous
aimer toujours . Ces amans pénétrés de
reconnoiffance , ne voulurent jamais ſe
ſéparer de celui qu'ils appeloient leur
père ; & fe trouvèrent heureux de vivre
ſous les Loix d'une nation qui uſoit ſi
noblement de la victoire .
IENFAISANCE .
I.
Le Duc de Charoft , Pair de France ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi,
Lieutenant-Général pour Sa Majesté, des
Provinces de Picardie & de Boulonnois ,
Gouverneur des Ville & Citadelle de Calais
& du Pays reconquis , ſenſible aux
dommages qu'a cauſés dans ces Pays l'épizootie,
renouvellée pluſieurs fois depuis
trois ans ; perfuadé que la connoiffance
des caractères de cette maladie des bef--
tiaux & de toutes ſes circonstances , pour
roit conduire à trouver le moyend'en elcigner
ou d'en prévenir le retour ; voulant
fur-tout feconder les vues bienfaifantes
que Sa Majesté s'eſt propoſées par l'établiſſement
DÉCEMBRE. 1776 . 217
bliſſenent de la Société & Correſpondance
Royale de Médecine , a réſolu de faire
à ſes dépens diftribuer une Médaille d'or
de la valeur de 300 liv. au Mémoire qui
ſera jugé avoir déterminé le mieux , par
une deſcription exacte des ſymptômes , à
quel genre de maladie on doit rapporter
l'épizootie de 1774 , 75 & 76 dans
la Flandre , l'Andreſis , le Calaiſis , le
Boutonnois & l'Artois; en quoi cetre maladie
diffère de celles de ce genre qui ont
regné depuis dix ans ; quelle a pu enêtre
la fource& par quelle voie elle s'eſt communiquée
; s'il y a des faits conftatés qui
prouvent que l'air ait contribué à ſa propagation
, & quels font les moyens curatifs
qui auroient le plus de ſuccès. Les
Mémoires feront adreſſés francs de port
à M. Vicq d'Azyr , premier Corref-.
pondant de la Société Royale de Médecine,
rue du Sépulchre , avant le 1 Septembre
1777 , dans les formes uſitées
pour les Prix des Académies . La diftribu
rion du Prix ſe fera dans la féance que
la Société Royale de Médecine tiendra le
premier Mardi après la Saint Martin
777-
I I.
Le ſieurd'Eſcures , JugeRoyaldeGon-
K
218 MERCURE DE FRANCE.
taud en Agénois , écrit qu'un Bienfaiteur
qui reſte inconnu, a fondé entre les mains
de la Dame d'Eſcures, Supérieure des
Dames de la Charité , une eſpèce de loterie
au profit de cinq pauvres filles reconnues
pour être les plus vertueuſes. Le
fonds eſt annuellement de 300 liv. , diftribuées
en cinq lots , l'un de 100 , &
les autres de so liv. Le premier tiragede
cette loterie pieuſe s'eſt fait le jour de la
Touſſaint après Vepres , dans la maiſon
du Juge Royal ei-deſſus , en préſence de
la Supérieure , de l'Aſſiſtante , de deux
Daines de la Charité , & pardevant le
ſieur Campmas , Notaire Royal, qui en
a rédigé l'acte , ſous les yeux des Habitans
les plus diſtingués de la Ville , empreſſés
de rendre hommage à la pauvreté & à la
vertu. En nommant ici ces cinq filleshonnêtes&
pauvres auxquelles les lots font
échus on ajouteroit aux prix que leur
ſageſſe a mérité. Le lot de 100 liv. eſt
échu à la nommée Dubos , les quatre
autres de so liv. aux nommées Pinaſſeau,
Thomas , Doumax & Marc.
د
III.
UnMarchandde la Ville de Warafdin,
enHongrie , ayant perduparun incendie
-
DÉCEMBRE. 1776. 219
toutes ſes matchandises & ſes papiers ,
& n'ayant pu obtenirde fa famille aucun
fecours pour lui aider à relever ſon com
merce, ſe détermina à aller chez un
correfpondant qu'il avoit à Agria , Ville
voifine , pour lui demander du travail
dans ſes Manufactures ; mais quelle fut
ſa ſurpriſe en le rencontrant à peu de
diſtance de la Ville encore fumante ! Ils
s'embraſfèrent les larmes aux yeux. Je
t'apporte , dit le généreux Marchand ,
la quittance de ce que tu me dois : voilà
cinq- cent ducats , prends& diſpoſe de mon
magasin. Tu étois un honnête homme ,le
feu n'a pas brûlé cet effet , c'est mon gage,
& je n'en veux pas d'autre.
I V.
Par un acte paſſé à Nîmes , le 23 Mai
dernier , M. Jean- Louis dela Cointe de
Marcillac , Ecuyer , Seigneur Haut- Jufti
cier de Marcillac & de la Coſtille , an
cien Capitaine de Cavalerie & Gentil
homme de Monſeigneur le Prince de
Conti , a renoncé en faveur de ſes Vaffaux
, &dans la vue de ſeconder les vues
bienfaiſantes du Roi , à l'égard des
pauvres agriculteurs, à tous droits de
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
cenſives , rentes Seigneuriales , droits de
lods &autres droits onéreux, de quelque
nature qu'ils puiffent être.
ANECDOTES.
I.
Un Abbé appelé Mouton , fit affigner
différentes perſonnes pour reconnoître les
redevances dûes à ſon Abbaye. Un Villa .
geois vintle trouver,&lui demanda pourquoi
il en agidoit ainſi : C'eft , dit l'Abbé ,
pour me défendre du loup. Cette réponſe
offenfa le Payſan , qui repartit : Plût à
Dieu que le loup vous eût mangé étant
agneau , & que vous ne fuffiez jamais
venu mouton dans notrepays.
II.
On a beaucoup écrit pour faire voir
les maux que produit l'eſprit de perſécution;
mais tous les traités publiés pour
recommander la tolérance , ne lui font
peut être pas ſi favorable que cette
réponſe attribuée à un Monarque du
DÉCEMBRE.. 1776 . 221
Nord Ce Prince avoit ſouvent vu ſes
Villes peuplées , ſes Manufactures perfectionnées
, ſes armées fortifiées par une
foule de Sujets perfécutés. Un jour que
l'Ambaſſadeur d'un Roi Catholique lui
demandoit en quoi ſon Maître pourroit
l'obliger ? Encore une petite persécution ,
lui dit ce Prince.
III.
Deux cavaliers Anglois, qui ſervoient
dans le même eſcadron , & étoient amis
inſéparables , devoient paſſer une rivière ;
l'un deux ſe mit dans un bateau avec
pluſieurs autress,, pendantque ſon camarade
attendoit ſur l'autre bord , avec le
reſte de la troupe , le retour de ce même
bateau : bien-tôt après on entendit quelque
bruit cauſé par un cheval , qui venoit
de ſauter dans l'eau avec ſon cavalier;
auffi-tôt celui des deux amis qui ſe
trouvoit à terre, cria à haute voix : " Ho-
>> la, ho! qui s'eſt noyé ?-Votre ami
>> Henri Tompſon , » lui répondit- on
fur le champ; à quoi il répliqua de ſang
froid & fort gravement : Ah ! le pauvre
diable , il avoit un cheval bien fougueux.
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
AVIS.
I.
L'Ekmecq , ou Pâte orientaledepropreté.
Le moindre des ſecrets propres à conferver la
beauté ou à lui porter un nouvel éclat , nous
paroît digne d'être diftingué parmi les recettes
préſentées auxDames.Celui que nous leur offrons
eſt dans les harems des Orientaux & des Levantins,
très-recherché des femmes , finon plus belles
que les côtres , au moins également jalouſes de
l'éclat de leurs attraits ; la compoſitionque nous
leuravons annoncé déjà les années précédentes
'appelleGuzettik ou Ekmecq , nom arabe qui lui
vient de l'uſage que la propreté en fait au ſerrail
&dans toute l'Afie : elle est fort au-deſſus de la
pâte d'amande deſtinée ſeulement à ſe laver les
mains , le reſte du corps méritoit bien l'attention
dubeau fexe,&par conféquentdes artiſans duluxe.
Cen'eſt point affezde ſe nettoyer. Blanchir, adoucir,
raffermir les chairs &parfumer lapeau, font
des foins importans qu'il ſeroit ſouvent dangereux
de négliger ,s'il est vrai qu'en quelque forte ils
puiſſent relever des charmes ſéduiſans que la nature
donne avant l'art à cette moitié chérie de l'efpèce
humaine, L'Ekmecq a toutes les propriétés les
plusdefirées. il ſuffit, pour s'en frotter, de l'avoir
faittremper un inſtant dans l'eau, laquelle fert
Point
DÉCEMBRE. 1776. 223
enfuite à ſe laver : lorſquelle eſt tiéde, l'effet en
devient plus prompt ..
C'eſt le ſieur Fagonde, Marchand de Parfums ,
qui la débite ſeul. 11 demeute rue Saint Denis ,
près la rue des Lombards , à la Toflette ; tour
ce qui s'achette ailleurs eſt abſolument contrefait.
Les pains valent 24 fols pièce. Ils ont une odeur
très- agréable & qui s'évapore peu ; mais pour la
conferver toujours , il faut les ferrer dans un
perit coffret doublé d'étain qui ſe trouve auffi
chezle même Marchand. Uu pain dure trois mois,
fi l'on n'en fait nuſage que pour les mains;&le pain
&le coffre ne coûtent enſemble que 48 ſols,
Des perſonnes dignes de foi, qui avoient le teint
échauffé & pleinde boutons , après s'être ſervis
dedivers pommades indiquées & fans fuccès, ont
faituſagede cette pâte, en en faiſant fondre dans
de l'eau de rivière , juſqu'à ce que l'eau ſoit un
peu épaiſſe , & s'en font humecté le viſagetous les
ſoirs: celaaproduit le meilleur effet,& a fupprimé
entièrement les boutons.
11.
Plans en relief.
Le fieur de Préville, Ingénieur-Géographe, &
ancien Officier , rue des Folles Saint Jacques ,
Maiſon de Madame Villemont, eft fuccefleur de
feu M.Baldugny dans l'exécution de toutes forzesdeplans
en relief, ayant eu l'honneur de travailler
avec lui pour MM. le Marquis de Damas
, Duc d'Eſtiſſac de Liancourt , le Comte de la
Rochefoucault , le Marquis de Surgere , & autros
Seigneurs .
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
III.
,
Chocolat.
Le ſieur Rouſſel , Marchand Epicier , dans
PAbbaye St Germain des Prés , en entrant par
la rue Sainte Marguerite , attenant à la Fonzaine;
conſidérant que l'utage du chocolat devient
ordinaire tant pour la ſanté que pour l'agrément
; afſluré d'ailleurs de la bonté de la fabrique,
par les témoignages & les applaudiſſemens
de pluſieurs perſonnes de diſtirction & de goût ,
quilui ont conſeillé de le faire connoître , il donne
avis au Public qu'en qualité de Citoyen qui veut
être utileà fesCompatriotes , & pour éviter toute
ſurpriſe , il fait mettre ſur chaque pain de chocolat
fortant de ſa fabrique , l'empreinte de ſon
nom & fa demeure .
- Le prix du chocolat de ſanté de la meilleure
qualité , eſt de 3 livres ;avec une demie vanille
3 livres ; celui à une vanille ,4 livres ; & s liv.
pour celui qui eſt à deux vanilles .
Tant pour la facilité que pour l'avantage des
perſonnes de Province , le fieur Rouflel prévient
qu'il fera tous les envois aux mêmes prix ci deffus,
francs de port , pourvu qu'on lui faffe remettre
les fonds & que l'envoi ſoit de douze li
vres au moins , avec l'adreſſe exacte de la deſtination.
Le ſieur Rouffel annonce qu'il vend auffi en
liqueur la véritable crême royale de fleur d'orange,
à 4 l. la bouteille.
DÉCEMBRE. 1776. 225
I V.
Le Trésorde la Bouche.
Le ſieur P. Bocquillon , Marchand Gantier-
Parfumeur à Paris , à la Providence, rue StAntoine
, entre l'Egliſe de St Louis de MM. de Sainte
Catherine & la rue Percée , vis à-vis celle des
Ballets , annonce au Public qu'il a été reçu & approuvé
à la Commiſſion Royale de Médecine , le
Octobre 1773 , pour une liqueur nommée le
trésor de la bouche , dont il eſt le ſeul compofiteur.
Ses admirables vertus la font préférer , en
lui établiſlant une très grande réputation. La propriété
de ſa liqueur eſt de guérir tous les mauxde
dentsquelque violens qu'ils puiſſent être,de purger
detour venin , chancre , abſcès &ulcères , enfin de
préſerver labouche de tout ce qui peut contribuer
àgâter les dents; elle les conſerve même quoique
gâtées. Cette liqueur a un goût très-agréable.
L'Auteur a des bouteilles à 101.51. 31.& 11 41.
Ildonne la manière de s'en ſervir , fignée & paraphée
de ſa main ;il met ſon nom de baptême &de
famille ſur l'étiquette des bouteilles , ainſi que
fur le bouchon , marqué de ſon cachet , &un tableau
au deſſus de la porte , pour ne pas ſe tromper.
Il vend auſſi le véritable taffetas d'Angleterre
, propre pour les coupures & brûlures , approuvé
par MM. de la Commiſſion de Médecine ,
le 31 Juillet 1773. L'Auteur prie de lui affranchir
le port des lettres.
116 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
D'Oran , le 24 Septembre 1776.
0Ndit ici publiquement que l'armée de l'Empereur
de Maroc doit paroître dans le voiſinage
de cette place , quoique les Maures qui viennent
du camp n'en failent aucune mention. Dans ce
cas, le Commandanta ordre , dit-on , de la faire
tenir hors de la portée du canon , & à cela près ,
de lui faire donner en tous genres les ſecours dont
elle pourroit avoir beſoin ,
DeWarsovie, le 19 Octobre 1776 .
Parun diſcours du Roi auxEtats, imprimé&
traduit en françois , il paroît que l'intention de
Sa Majesté eſt daſſimiler la nouvelle forme de
Gouvernement à celle de l'adminiſtration d'Angleterre
Il y eft dit que le Roi de la Grande-Bretagne
jouifloit d'une prérogative encore plus
étendue que la fienne , & que cependant la liberté
du Peuple Anglois ne faifloit pas d'être auffi
grande qu'elle pouvoit l'être.
Une partie des Troupes Rufles qui ſe trouvoit
encore ici , s'eft retirée , & le reſte doit bientôt les
fuivre pour être réparti en Ukraine , dans la
Grande-Pologne & en Lithuanie , où l'on juge
leur préſence néceſlaire pour maintenir la tianquillité
& appuyer le nouveau Gouvernement.
DÉCEMBRE. 1776. 217
De Stockholm , le 11 Octobre 1776.
Il ſeroit difficile depeindre le frémiſſement patriotique
qu'ont éprouvé tous les Citoyens , en
apprenant que la voiture de Sa Majesté , qui revenoit
de Carlſcrone , avoit verlé entre Norkoping
&Gripsholm , à côté d'un précipice , & n'avoit
été retenue que par iin pin qui ſe trouvoit ſur la
pente de la colline , ſans lequel les jours de cé
Prince chéri de ſes Sujets , touchorent immanqua
blement à leur terme.
De Lisbonne , le 15 Octobre 1776.
Quoiqu'il y ait trois frégates Angloifes qui
eroiſent dans ces parages , un nouveau Corfaire
Anglo Américain , armé de huit canons & de
foixante - douze hommes d'équipage , vient de
prendre ces jours derniers , à lahauteurdu Cap la
Roque , un vaifleau Anglois venant de Londres ,
chargé de riz & de farine ,&deftiné pour cette
capitale. Cetévénement a fait monter les affurances
à 12 pour 100.
De Gênes , le 7 Octobre 1776.
On apprend que la Cour de Naples , inſtruite
que pluſieurs barbareſques couroient les mers de
Sicile , a fait partir un armemert pour croifer
contre-eur , &que la Religionde Malte a envoyé
pour le même objet un vaitleau de guerre & quatre
galiotes.
:
Un bâtiment venant du Levant a rapporté que
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
la Régence de Tripoly faiſoit préparer deux chebecs
& deux galiotes pour aller en courſe.
De Rome, le 23 Octobre 1776.
On travaille avec la plus grande activité à la
conſtruction de la nouvelle ſacriſtie que le Pape
fait faire à l'Egliſe de Saint-Pierre. Lorſque cet
édifice ſera terminé, on dit qu'on ouvrira une
rue qui aboutira à une des portes de la ville , qui
ſera nommée alors la Porte de Saint- Pierre .
De Londres , le 1 Novembre 1776.
En conséquenced'une proclamation de SaMajeſté
du 26 octobre , qui promettoit une gratification
à ceux qui voudroient , en qualité de matelots,
prendre parti à bord des vaiſi aux du Roi ,
on avoit ouvert , dans tous les ports des trois
Royaumes , des maiſons de rendez-vous pour la
réception de ces Mariniers de bonne volonté;
cette proclamation paroiſloit devoir rafluter contre
tout moyen de coaction , lorſque deux jours
après il partitdes Bureaux de l'Amirauté des ordres
de forcer à ce ſervice ceux des Citoyens qui
y ſembleroient propres , & fur- tout les matelots
de la marine marchande.
Cesordres , que la néceſſité d'accélérer l'armement
depluſieurs vaiſſeaux a fait ſigner au lerd
Sandwich , qui s'eſt long-temps défendu de recourirà
ces moyens de rigueur , ont cauſé des déſordresdans
pluſieurs endroits .
Le Bureau de l'Amirauté a reçu une lettre du
Lord Howe , imprimée dans la gazette extraorDÉCEMBRE.
1776. 229
dinaire de la Cour. Cette lettre donne les détails
de ce qu'ont fait les forces de mer pour concourir
àla prite de pofleſſion de New Yorck par les Troupes
de Sa Majesté.
Les levées pour la flotte d'obſervation qui a oc
caſionné la preſſe , ſe continuent avec beaucoup
d'ardeur , & ce moyen de rigueur , devenu néceffaire
, a déjà procuré , à ce qu'on dit , plus de ſept
mille hommes ; nais malheureulement juſqu'à ce
qu'ils puiflent être répartis ſur les différens vailleaux
, un nombre de ces hommes preſſes eſt retenu
à fond de cale du Conquestadore , & l'on craint
qu'ils n'y contractent des maladies qui puiſſent
arriérer les ſervices auxquels on les deſtine. Les
expériences qu'on a déjà faites d'un pareil inconvénient
, n'ont encore ſuggéré aucun moyen
d'empêcher que l'Etat n'ait ainſi fait violence à
des hommes en pure perte.
La proclamation qu'ont fait publier le 19 Septembre
dans l'île de New- Yorck le Général Howe
& le Lord fon frere , en qualité de Commiflaires,
eſt aujourd'hui dans la Chambre des Communes
le ſujet des débats les plus graves. On s'y plaint
de ce qu'elle n'a pas été imprimée dans la Gazette
extraordinaire publiée à l'occaſion de la priſe de
New Yorck. Le Lord Jean Cavendish , appuyé
du ſieur Fox , a demandé hautement que la Chambre
nommât un comité pour délibérer fur la réviſion
de tous les actes du Parlement dont les
Américains croient avoir droit de ſe plaindre , &
pour ſe conformer en cela aux aflurances que venoit
de leur donner la proclamation dont il s'agit;
mais cet avis a été rejeté par cent neuf voix contre
quarante-lept,
166 MERCURE D
Françoiſe le Jeudi 21
rôle de Criſpin des For
ajoué fucceflivement
Prodigue, Charlot du
bin dans la Surprise de
dans Amphitrion , deux
defon Maitre , le Ménec
pin Médecin , le Valet
bonnesfortunes , deux for
Galant Coureur. Il doit a
Théâtre de la Cour. Co
talent formé , un jeu raifo
d'intelligence , de finefle
eſtbon Comédien, fans &
plaiſant ſans être outré.
qu'il foit fixé dans laCapit
les plaiſirs des Amateurs &
de la bonne Comédie.
COMÉDIE ITAL
LES Comédiens Italiens p
ques nouveautés ; en atten
toujours , avec beaucoup
anciennes Pièces .
23
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1776.
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à Sa
ant en couon,
& qui
utres cou230
MERCURE DE FRANCE.
Desnouvelles récentes , apportées à Douve par
le vailleau la Bonne-Espérance, dilent que les
Troupes du Roi avoient paílé tes lacs avant qu'il
eut quitté la rade de Québec; & dans ce cas les
Américains doivent ſe trouver actuellement dans
la pofition la plus critique , puiſqu'ils voyent
defcendre du Nord de nouveaux ennemis qui
viennent les repouffer vers ceux qui les ont refferrés
au Pontdu Roi , après leur avoir fait évaeuerNew-
Yorck. La ſuſpenſion des opérations du
GénéralHowe pourroit encore appuyer ces bruits,
qui le répandent du paſſage des lacs par le Général
Burgoyne; mais comment ignore-t- on encore
tous les détails de ce paſſage à travers la
flotte nombreuſe des Américains , qui avoient
fait deti grandes diſpoſitions pour s'y oppoler ?
Le nouveau Lord- Maire a donné des ordres
aux Maréchaux de la Cité d'en parcourir , avec
leur Troupe , tous les lieux de débauche & de
publicité, de s'emparer des gens qui les fréquentent
, de les lui amener , afin qu'il les interroge ,
&qu il obligetous ceux qui ne pourront lui rendreunboncompte
de leur conduite , à fervir dans
les vaiſſeaux du Roi. Ce Magiftrat eſt dans l'opinion
que , par cet expédient , il ſuppléera à la
preſſe , dontil a refolu d'empêcher tous les excès
dans lereflort de la Jurisdiction,
De la Haye, le 25 Octobre 1776 .
La République arme actuellement pluſieurs
vaifieaux deguerre,, dontle Stathouder , Amiral-
Général , a été prié de nommer fans délai les Capitaines.
Cet armement actuel doit être ſuivi d'un
autre , qui ſera prêt de bonne heure l'année pro-
:
DÉCEMBRE. 1776. 23
:
chaine , & dont les Etats ont également prié le
Prince de nommer les Chefs.
C'eſtſansfondement qu'on a répandu en Angleterre
le bruit d'une réconciliation des Provin
ees Unies avec le Roi de Maroc. Le Contre-
Amiral Hollandois Pichot doit avoir mis à la
voiledu port deGibraltar , pour croifer fur Modagor
avec quatre vailleaux de guerte,
L'Académie de Bruxelles , dans une aflemblée
du 14 Octobre , a propoté pour les prix de l'année
prochaine , deux ſujets différens , pour chacun
deſquels elle deſtine une médaille d'or de 25
ducats. Le premier doit être un précis des émigrations
des Belges , depuis les temps les plus reculés ,
julqu'aux Croiſades , & de leur influence ſur les
moeurs de la Nation. Le fecond fera une defcriptionde
la température des faiſons dans lesPays-
Bas , avec l'indication de leurs cfters relatuis à
Féconomie animale & végétale , à quoi on joindra
les moyens jugés propres à en prévenir les
fuites ,qui feroient fâcheuſes. Les Mémoires ſeront
envoyés avant le 16 Juin prochain.
De Fontainebleau , le 6 Novembre 1776.
Le ſieur Etienne Cayrol a cu l'honneur d'offrir
au Roi , le 29 du mois dernier , les prémices de la
Manufacture de draps , établie à Paris fur la riviere
des Gobelins, par Arrêt du Conſeil d'Etat dú
Roi , du 12 Sept. 1775: Parmi les diverſes qualités
qu'il y fait fabriquer , il a préſenté à Sa
Majesté pluſieurs draps de vigogne , tant en couleur
du quadrupede qui fournit la toiſon , & qui
donne fonnom à cette étoffe, qu'en autres cou
232 MERCURE DE FRANCE.
leurs. Sa Majeſté a honoré l'Artiſte de ſon ſuffrage
& des marques de ſa ſatisfaction.
Le Baron de Blome , Envoyé extraordinaire de
Danemarck , a eu l'honneur d'offrir au Roi les
gerfaux d'Iſlande , préſent que le Roi de Danemarck
eſt dans l'uſage d'envoyer tous les ans à Sa
Majeſté. Ces oiſeaux ont été reçus par le Marquis
d'Entragues , grand Fauconnier de France en (urvivance
duDuc de la Valliere , & par le Marquis
de Forget , capitaine du vol du cabinet.
PRÉSENTATION .
Le 31 octobre , le comte Duchaffault , chef
d'eſcadre , a eu l'honneur d'être préſenté au Roi
par le ſieur de Sartine, miniſtre & fecrétaire d'état
au département de la marine , & de prendre congé
de S. M. pourle rendre à Breſt le 7 , & prendre le
commandement del'eſcadre qu'on y arme .
Le 7 novembre, le comte de Flavigny, miniſtre
plénipotentiaire du Roi près l'Infant duc de Parme
, de retour ici par congé , a eu l'honneur .
d'être préſenté à Sa Majesté , par le comte de
Vergennes , miniſtre & fecrétaire d'état au départementdes
affaires étrangeres .
La comteffe de Coigny ayant obtenu ſa retraite
de la place de dame de compagnie de Madame
Victoire de France , la vicomteſle de Bernis a eu
l'honneur d'être préſentée au Roi par cette Princefle
, en qualité de dame pour l'accompagner.
DÉCEMBRE. 1776. 233
NOMINATIONS.
Le 14 du mois de ſeptembre , fête de l'Exal
tation de la Sainte Croix , l'impératrice Reine
conféra les marques de la Croix étoilée à pluſieurs
Dames de qualité , dont trois Françoiles , qui
font la comtelle Marie Gabrielle de Fuligny-
Rochechouart , née comtefle de Pons Praflın ; la
marquise Marie Anne de Clermont- Tonnerre',
née comreflede Lanthilhac ; & la conteſle douairiere
Charlotte de Montezun , née comtefle de
Montrichier. ;
Le 28 octobre , l'évêque de Saint-Papoul prêta,
pendant la meſſe du Roi , ſerment de fidélité entre
les mains de Sa Majeſté.
Sa Majeſté vient de nommer le ſieur Dumont
de Valdagou, chirurgien renoneur de ſes camps
&armées , & lui accorde , par le méme brevet,
le citre de démonstrateur à Paris , en cette qualité
, pour y faire des éleves dans ſon art.
Les novembre , le prince de Montbarrey a
prêté ferment entre les mains du Roi , pour la
charge du lecrétaire d'état au département de la
guerre , en ſurvivance.
Le Roi a nommé , le 9 du même mois , chefs
d'eſcadre en remplacement , les ſieurs de la Prévalaye,
Guichen , de Sade , commandeur Deſnos ,
laTouche Treville , de Lacarry , des Hayes de
Cry , Faucher d'ifle Beauchaine , le chevalier
du Dreſnay des Roches , le chevalier de Forbin ,
le chevalier de Forbin d'Oppede , le chevalier de
234 MERCURE DE FRANCE.
4
Fabry , le vicomte de Rochechouart & le chevalierd'Artac
de Ternay.
Sa Majesté a de plus nommé le fieur de la Porte,
ci devant ordonnateur à Bordeaux , à l'intendance
de Brest , & le fieur Prevoſt de la Croix
également ordonnateur à l'Orient , à l'intendance
de Toulon.
Le Roi a accordé les entrées de ſa chambre au
marquis de Sainte-Hermine,gentilhomme d'honneur
de Monſeigneur le comte d'Artois , premier
écuyer de ce prince , en ſurvivance , & colonel
enſeconddurégimentd'Artois dragons.
Le Roi vient d'accorder l'Evêché de Bayeux,
vacantpar la démiſſiondu ſieur de Rochechouart,
à l'évêque de Cahors , & celui de Cahors à l'abbé
de Nicolai , vicaire-général de Bayeux
Le Roi a accordé l'abbaye de St Julien d'Auxerre
, ordre de St Benoît , à ladamede Galardde
Bearn, prieure des Bénédictines de Boran , diocele
de Beauvais; celle de la Jois , ordre de Citeaux,
dioceſede Vannes ,àla dame de la Bourdonnoye
, abbeſle de Saint-Sulpice , dioceſe de
Rennes,celle de Saint-Sulpice , ordre de Saint-
Benoît,dioceſe de Rennes, à la dame de Verdiere
, abbeflede Notre-Dame de la Joie , drocefe
de Vannes.
MARIAGES.
Le 3 novembre, Leurs Majestés & la Famille
royale ont ſigné le contrat de mariage du mar
DÉCEMBRE. 1776. 235
quis de Crevecoeur , fils du prince de Maceran ,
ambafladeur du Roi d'Eſpagne près le Roi d'Angleterre
, avec demoiselle de Béthune de Pologne.
MORTS. 1
:
Céſar- François de Guines Moreton, marquisde
Chabrillant , maréchal des camps & armées du
Roi , eſt mort le 27 ſeptembre dernier, àMonte-
Jimard en Dauphiné , dans la 76° année de fon
âge.
Marie - Renée - Henriette de Saint- Germain,
veuve de Claude René Robin de la Tremblaye,
marquis d'Aligny , oft morte à Pans le 18 novembre
, âgée de 52 ans.
ClaudeGreen de Saint-Marſeault , vicomte du
Verdier , eſt morten fon château du Verdier, en
Limoufin , le 2 novembre , âgé de 76 ans .
Claude Boucher , prêtre , doyen des confeillersclercs
du Parlement de Paris , chantre endignité
de l'égliſe collégiale & paroiffiale de St Honore,
eſtmort enfa maiſon, le 13 novembre , âgé de
88 ans .
,
Amédée - Claude - Guillaume Roſalie Teſtu
marquis de Balincourt , capitaine au régiment
d'Artois , dragon , eft mort le 9 du même mois ,
àNancy , dans la 24º année de ſon âge .
Marguerite- Françoiſe Megret d'Erigny , marquiſe
deCrevolle , eſt morte à Paris le 18 , âgée
de31ans.
236 MERCURE DE FRANCE
LOTERIE.
Les cinq tirages de la loterie royale de France
ont été exécutés publiquement dans la grand'-
falle de la Compagnie des Indes , en préſence du
Lieutenant -Général de Police , le 31 octobre
conformément à l'arrêt du Conſeil du 30 juin
dernier Les nombres fortis de la toue de fortune
font les extraits fuivans , pour le premier tirage ,
qui est celuides lots : 54 65,20 , 89 , 90. Second
tiragede la premiere claſſe des primes : 4,20.72 ,
44 , 85. Troisieme tirage de laseconde claffe des
primes 77,745,903 Quatreme tage de
latroisieme claſſe des primes : 64,73 , 18 , 37 ,
31. Cinquieme & dernier tirage de la quatrieme
claſſedes primes: 89 , 31 , 40 , 79 , 20.
La même Loterie s'eſt tirée le 16 novembre.
Les numéros fortis au tirage des lots font 77,83 ,
32.41 , 44 au tirage de la premiere clafle des
primes: 62 , 29,852,57 : à celui de la leconde
: 75 , 36,63,56.35 : à celui de la troiſieme :
4.90,26,57 , 59 , & à celui de la quatrieme :
42 , 17 , 44, 22 , 37 Les cinq prochains tirages
feront exécutés le lundi 2décembre.
DÉCEMBRE. 1776 . 237
TABLE.
PIEICEECESS FUGITIVESs envers&en proſe ,pages
Traduction d'un poëme Anglois intitulé :
Amurat & Théana ,
Imitationdela préface du I' livre de l'enlévement
de Proferpine ,
ibid.
17
Aux Salanciens , 18
Vers à Mde la Comtefle de Ch . 20
Adine , Anecdote Gauloile , 21
Idylle , 41
Le Malade , fuble , 43
L'Hommage du Citoyen , 47
Imitation d'une ode d'Horace , 48
Vers à Mile Doligny , so
Pour le portrait de M. le Comte de Couturelle
, SI
Couplets ſur l'air du Comte Almaviva , dans
le Barbier de Séville , ibid.
Explication des Enigmes & Logogryphes , 52
ENIGMES , 54
LOGOGRYPHES , 58
Romance , 59
NOUVELLES LITTÉRAIRES , 60
Mémoires concernant l'hiſtoire , les ſciences ,
&c. de la Chine , ibid.
Lettre d'un Amateur de l'Opéra , 80
Ellais hiſtoriques sur les inodes &fur le coſtume
en France, 87
Tableaux topographiques de la Suiffe & de
* I'Italie , 88
238 MERCURE DE FRANCE.
Difcours prononcé à la fête des Bonnes-Gens , 94
L'Ami desarts ,
Maniere de rendre toutes ſortes d'édifices incombustibles,
Héliogabale & Alexandre Sévere ,
Les bienfaits du ſommeil ,
99
for
102
105
Hiſtoire des inaugurations des Rois & des
Empereurs, 107
Journée de l'Amour , 112
Stances fur la mort de Colardeau , 116
Combien le reſpect pour les moeurs contribue
au bonheur des Etats , 118
La divine Comédie du Dante , 126
Le tendre ami des meres nourrices , 137
Introduction à l'histoire naturelle &à la géographie
phyſique d'Eſpagne , 138
Traité des mauvais effets de la fumée de la
litharge, 140
Obſervations ſur l'air , 141
Bibliothèque littéraire , de la médecine an- :
cienne& moderne , 142
-Réponſe de M. Maury , 143
Discours fur l'état actuel des montagnes des
Pyrénées, ibid.i
Le ſeul préſervatif de la petite vérole , 144
Réflexions fur la mauvaiſe qualité du plâtre ,146
Lettre de M. *** à M. *** Maître en Chirurgie
, 147
AvanturesdeDaphnis &Chloé , 148.
Annonces littéraires ,
1
149
ACADÉMIES, 156.
-des Inletiprions &Belles lettres , ibid.
des Sciences , 159
SPECTACLES 160
Concert Spirituel , ibid.
DÉCEMBRE. 1776. 239
Opéra , 162
Débuts , 163
Comédie Françoiſe , 164
Début , 165
Comédie Italienne , 166
Début, 167
Bruxelles, ibid.
ARTS. 168
Gravures , ibid.
Géographie , 176
Muſique. 177
Errennes, 182
Cours d'hiſtoire naturelle , &c. 185
-- de Langue Allemande , 186
de Phyſique expérimentale , 187
- de Chimie , 190
de Phyſique , ibid.
-des maladies des yeux , 191
Prix desArts , 192
Vers à M. le Comte de Saint-Germain , ibid.
à M. le Chev. de Juilly-Thomaſſip , 194
àMile Colombe , ibid.
àMdeDugazon , 195
Inoculation , 197
Lettre à l'Auteur du Mercure , 203
Lettre de M. de Voltaire , 205
Variétés , inventions , &c. 203
Trait de générosité , 215
Bienfaiſance. 216
Anecdotes. 220
AVIS , 222
Nouvelles politiques ; 226
Préſentations , 232
Nominations , 233
240 MERCURE DE FRANCE.
Mariages ,
Morts ,
Loteric ,
234
235
236
APPROBATION.
J''AAII lu , par ordredeMonſeigneur leGarde des
Sceaux , le volume du Mercure de France pour
le mois de Décembre , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion.
AParis , ce 3 Décembre 1 75.
DI SANCY,
-
De l'Imp. de M. LAMBERT, rue de la Harpe ,
près Saint Côme.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque

La numérisation de la livraison de novembre est incomplète.

Soumis par lechott le