→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1776, 08-09
Taille
14.50 Mo
Format
Nombre de pages
447
Source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES:
AOUST, 1776.
val Mobilitate
viget. VIRGI
CHATEA
XRV71
-057
897VL
ab
BLIOTHE
Slot asab famiglov supedo ob g
moglo of PARIS , olu
abunods not sup
Chez LACOMBE , Libraire , rue Chriftine ,
près la rue Dauphine. T
Avec Approbation & Privilége du Roi.
FOR
LIBRARY
ASTO
NEW
-YORK
borg
AVERTISSEMENT.
C'EST an Sieur LACOMBE libraire , à Paris, rue
Chriftine , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les ef
tampes , les piéces de vers ou de profe , a mufique
, les annonces , avis , oblervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peur inftruire ou amuſer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à fa perfection
; on recevia avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront mêine un titre de
préférence pour obtenir des récompenfes fur le
produit da Mercure .
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour ſeize volumes rendus
francs de port.
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour ſeize volumes rendus francs de
port par la pofte.
On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols pour
seux qui n'ont pas loufcrit, au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés .
On fupplie Melfieurs les Abonnés d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la pofte , ou autrement , au Sieur LACOMBE,
Libraire, à Paris , rue Chriftine.
par an , à Paris ,
JOURNAL DES BEAUX-ARTS ET DES SCIENCES , 24 cahiers
Ontrouve auffi chez le même Libraire les Journaux
Juivans , port franc par la Pofte.
JOURNAL DES SAVANS , in- 4°. ou in- 12 , 14 vol.
Paris ,
Franc de port en Province ,
16 live
201. 4 f.
En Province ,
121.
151-
24 1.
32 1.
BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE DES ROMANS , Ouvrage
périodique , 16 vol. in- 12. à Paris ,
En Province ,
30 liv.
LA FRANCE ILLUSTRE OU LE PLUTARQUE FRANÇOIS ,
13 cahiers in-4° . avec des Portraits , par M. Turpin ,
prix ,
GAZETTE UNIVERSELLE DE LITTÉRATURE , à Paris
port franc par la poſte
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart ,
14 vol. par an , à Paris ,
Et pour la Province , port ftancpar la pofte ,
18 1
91. 16 f
14L JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in - 12 par an,
à Paris • 18 10
241.
Et pour la Province ,
JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
cahiers par an , à Paris & en Province , 181 .
LE SPECTATEUR FRANÇOIS , 15 cah. par an , à Paris , 91
Et pour la Province , 1216
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an , pour
Paris & pour la Province , 12 1,
SUITE DE TRÈS -BELLES PLANCHES in -folio , ENLUMINEEST
ET NON ENLUMINÉES , des trois règnes de l'Hiftoire
Naturelle , avec l'explication , chaque cahier broché,
prix ,
JOURNAL DES DAMES , 12 cahiers , de chacun s feuilles
par an, pour Paris,
Et pour la Province,
L'ESPAGNE LITTÉRAIRE , 14 cahiers par an, à Pari , 181.
En Province ,
FOURNAL LITTÉRAIRE de Berlin , 6 vol . in - 12 . par an
à Paris ,
15 lo
JOURNAL DE LECTURE , ou choix de Littérature & de
Morale , 12 parties in 12. dans l'efpace de fix mois,
franc de port à Paris & en Province , prix par abonne◄
ment ,
30
rel.
241
I liv
TABLE GÉNÉRALE DES JOURNAUX anciens & modernes ,
12 vol, in-12 , à Paris , 24 1. en Province ,
21 .
A ij
301.
Nouveautés qui fe trouvent chez le même Libraire,
Dictionnaire Dramatique , 3 vol. gr . in 8 ° . rel .
Di&t . de l'Industrie , 3 gros vol. in - 8 " . rel.
11.
1811
Dictionnaire hiftorique & géographique d'Italie , 2 vol.
gtand in-8°. rel . prix 121.
liftoire des progrès de l'efprit humain dans les ſciences
naturelles, in 8. rei.
Autre dans les fciences exactes , in - 8 ". rel .
Preceptes fur la fauté des gens de guerre , in 8 ° . rel .
De la Connoiffance de l'Homme , dans fon être &
rapports , 2 vol. in- 8 °. rel .
5 liv.
S 1.
5 liv.
dans
121.
fes
Traité économique & phyfique des Oiseaux de baſſecour
, in-12 br.
Dict . Diplomatique , in - 8° . 2 vol.avec fig, br .
Dict. Héraldique , fig. in- 8° . br.
Révolutions de Ruffie , in- 8 ° . rel.
Spectacle des Beaux - Arts , rel .
Diction . Iconologique , in 8 °. rel.
ģ
Dict . Ecclef, & Canonique , 2 vol . in- 8º , rel.
Pict . des Beaux-Arts , in-82. rel.
-
6
2.1.
12 1.
3
2 1. 10 f,
21. 10 fr
3 J.
91.
4 1. 10 fa
Abrégé chronol. de l'Hift du Nord , 2 vol in -8 ° . rel. 12 !.
de l'Hift . Eccléfiaftique , 3 vol : in-8 ° . rel . 18 1.
→→→→ de l'Hiſt. d'Efpagne & de Portugal , 2 vol. in-8 °
rel.
——— dé l'Hift . Romaine , in-8 °• rel.
Théâtre de M. de Saint- Foix , nouvelle édition ,
brochés ,
Théâtre de M. de Sivry , vol. in- 8 °. br.
12 1.
61.
; vol.
61.
21.
Bibliothèque Grammat . in-8?. br. 21. 10 f
Lettres nouvelles de Mde de Sévigné , in 12 br. 21. 10.f.
Les mêmes, pet. format , 11. 16 f.
Poëme fur l'Inoculation , vol . in-8 ° . br. 31.
Traité du Rakitis , ou l'art de redreffer les enfans contrefaits
, in- 8 ° . br . avec fig.
1 41.
2 t 11.4f
1. 16f
Eloge de la Fontaine , par M. de la Harpé , in-8° . br.
Les Mules Grecques , in-8 ° .br.
Les Odes Pythiques de Pindare , in-8 °. br.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , & c .
in fol. avec planches br . en carton, 241 .
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architecture
, in-4° avec fig. br. en catton ,
Les Caractères modernes , 2 vol. br.
121.
31.
Mémoire fur la Mufique des Anciens , nouvelle édition ,
71.
in 4°. br.
L'Agriculture réduite à fes vrais principes , vol . in-12 .
broche
A Lo
MERCURE
DE FRANCE.
AOUST , 1776.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE,
ORVAL & LISE.
Conte moral,
ORVAL &Life , au printemps de leurs jours ;
Brûloient tous deux de l'ardeur la plus tendres
Mais , fans fortune , Orval n'ofoit prétendre
A iij
MERCURE DE FRANCE .
De voir l'hymen couronner leurs amours.
La Belle étoit fous la férule auftere
D'un vieux Barbon , entier dans fes deffeins ,
Traitant toujours la vertu de chimere ,
Et par l'or feul eftimant les humains :
Ce pere avare alarmoit leur tendrefle.
Quand le vautour fe fufpend dans les airs ,
Semant par- tout la crainte & la triftefle ,
Tous les oifeaux finiflent leurs concerts
Pleine d'effroi , la tendre tourterelle
Ne fonge alors qu'au péril qui la fuit :
Au bois en vain fa compagne l'appelle ,
L'amour le tait & l'inftinct la conduit.
Le pere infpire une même épouvante ;
Le jeune couple à peine ofoit le voir :
Mais , dans l'excès de fon vif défeſpoir , "
La raifon vint au fecours de l'Amante.
a Pourquoi , dit- elle , en effuyant fes pleurs ,
Nous pénétrer d'un chagrin inutile ?
L'Amour me dicte un remede facile ,
Propre fans doute à finir nos malheurs.
T
သ Qu'oppofet on au penchant qui nous lie ?
»Le feul défaut d'un bien trop inégal ?
»Combattez donc cette avare folie ,
En devenant plus riche qu'un rival ?
Quittez ces lieux témoins de l'injuſtice
Que la fortune envers vous a commis ;
Cherchez au loin un deftin plus propice a
20
さん
A O UST. 7 1776 .
»De vos travaux ma main fera le prix.
» Un luftre au plus fuffit à l'entrepriſe :
» Ce terme échu , revolez fur ces bords ,
»De vos malheurs je répare la criſe ,
Ouje jouis du fruit de vos efforts.
Tant de dangers effluyés pour me plaire,
» Juftifiant l'excès de mon ardeur ,
» Défarmeront la rigueur de mon pere:
» Jai , malgré l'or , une place en fon coeur »,
De ce confeil , dicté par la ſageſle ,
Orval fentit l'utile vérité.
Le moindre avis que donne une Maîtreffe ,
Eft un arrêt toujours exécuté.
Il fallut donc foufcrite à cette abfence ,
Non fans gémir de fon fort odieux ;
Plus d'un foupir balança fa conftance,
Plus d'un baifer prolongea fes adieux .
Même on prétend que la Belle attendrie ,
Maudit fon zele au moment du départ ;
Elle eût voulu n'être pas obéic :
Mais , par malheur , ce regret vint trop tard.
Orval partoit : déjà l'onde écumante
Sous fon vaiffeau s'ouvroit en gémiflants
L'espoir d'aller mériter fon Amante ,
Rendit enfin fon chagrin moins preffant.
Il aborda dans ces riches contrées
A ir
3 MERCURE DE FRANCE,
Où le travail eft fûr d'un prompt fuccès ;
Soins affidus , démarches mefurées ;
Il n'omit rien pour hâter ſes projets.
L'événement furpalla ſon attente ;
Au bout du terme il devint opulent.
Hélas ! malgré fa fortune brillante ,
On lui jouoitle tour le plus fanglant.
Fille à vingt ans , auffi riche que belle ,
Ne manque pas de Galans empreffés ;
Plus d'un s'offrit : mais Life étoit fidelle ,
Et repouffoit leurs voeux intéreflés .
Cette conduite ouvrit les yeux du pere.
Un bon Mentor n'eft pas long temps furpris.
réfléchit fut l'horreur finguliere.
Que Life avoit contre tous les maris,
Du coin de l'oeil il obferve fa fille ,
Il interroge& Suivante & Valet :
Bref, le peu d'or que notre homme éparpille
(En foupirant ) arracha leur fecret.
Il apprit donc que la fenfible Life
Du tendre Orval attendoit le retour ;
Et que la Belle alors s'étoit promife
De voir céder la nature à l'amour.
Notre Vieillard goûta peu la promeffe :
11 réfolut d'éteindre leur ardeur.
AOUST. 1776.
2
D
71
02
Mais contre Life, objet de fa tendreffe
Comment pouvoir employer la rigueur ?
De quel Tyran , au coeur dur & farouche
N'eût elle pas obtenu des égards ?
La vertu feule animoit les regards ,
Et la railon s'exprimoit par la bouche.
D'un pere âgé , les reftes languiflans
N'avoient d'appui que cette main chétie
Ce pere enfin pe tenoit à la yie
Que par la fille & fes foins careffans.
Tous ces motifsl'armoient contre lui- même :
Life à les yeux faifoit un mauvais choix :
Plus (atendre le étoit pour elle extrême ,
Moins il devoit relâcher de fes droits..
Mais l'amitié par la crainte s'altere ,
Autre danger pour fon coeur alarmé :
En exerçant fon pouvoir trop féverę,
Il avoit peur de n'être plus aimé.
Il crut enfin qu'un léger artifice
L'affranchiroit de ce double embarras ;
Que , fans preferire un formel facrifice ;
Life à fes voeux ne réfiſteroit pas.
Ce deffein pris , il n'eft befoin dedire T 1.
Que notre Argus eat foin d'intercepter
Αν
to MERCURE
DE FRANCE
.
Tous les billers qu'Orval pouvoit écrire ;
Il fut plus loin : il fut les imiter.
Le cendre Amant , dans fes lettres à Life ,
Parlant d'amour & cachant fon état ,
Vouloit jouir de toute la furprife ;
I cût mieux fait d'être moins délicat
Plus de candeur eût détrompé le pere :
Un fimple mot l'eût rendu fon appui.
eur
Tant il eft vrai que le moindre myſtere
Traîne toujours le malheur après lui.
Life bientôt reçur plus d'une épître , 210 25
Dont aisément on devine l'auteur :
Toutes rouloient fur le même chapitre,
Et n'annonçoient qu'inconftance & froiden .
Le faux Orval y mandoit fans fcrupule ,
Que du deftin conftamment maltraité ,
I renonçoit à l'efpoir ridicule
De voir finir leur hymen projettée
Que déteſtant le lieu de fa naiflance ,
Où du malheur il fis l'effai cruel ,
Il abjuroit une folle conftance ,..
En s'impolant un exil éternel,
: I
Que devient Life à ce contrafte horrible
Ledéfelpoir formente dans fon (ein..so
Pour elle Orval cefle d'être fenfible ,
La mort peut feule adoucir ſon deſtia..
2
A O UST.
II
1776 .
Elle veut fuir dans la retraite auftere ,
Y confacrer le refte de fes jours.

Quel autre , hélas ! pourra jamais lui plaire,
Après qu'Orval a trahi ſes amours ?
D'un pere aimé l'image renaiffante,
De cet arrêt fufpendit la rigueur.
La fille enfin triompha de l'Amante,
Et l'amitié défarma la douleur.
Par ce motif tendrement afſervie ,
Dans fon projet Life n'inſiſta pas :
Son coeur lui dit que l'auteur de fa vie
Avoitle droit de mourir dans fes bras.
Pointde foupçons ; Life franche & naïve
N'en refpira jamais le fouffle impur.
C'eft la noirceur qui rend l'ame craintive ;
La bonne foi ne trouve rien d'obſcur.
D'ailleurs la rufe étoit trop bien tiffue
Pour que la Belle échappa de l'erreur.
Life dès lors croit fa flamme déçue ,
Et del'amour elle pafle à l'horreur.
Mais quels regrets à fa vive tendreffe
Ne coûta pas cet affreux changement ?
Son perê même , ému de la trifteffe ,
Fut prêt vingt fois d'excufer fon Amant.
L'oubli cruel de fes bontés paffées
Rendit enfin le calme à fes efprits."
Life rougitde fes larmes verfées
Avi
12. MERCURE DE FRANCE .
Pour un ingrat, objet de les mépris.
Elle voulut , par un aveu fincere ,
De fon amour réparer tous les torts;
Son coeur s'ouvrit entre les bras d'un pere ,
Dont les bontés augmentoient les remords.
Lorsqu'un rocher , luttant contre Neptune,
Sufpend le cours d'un fleuve impétueux ,
Pour renverser cette mafle importune,
L'eau réunit fes flors tumultueux.
En vains efforts le torrent fe confume ;
Il eſt forcé de divifer ſes eaux,
Qui , s'échappant fous fon épaiffe écume,
S'en vont au loin former divers uilleaus.
Mais l'onde livre un aflaut plus utile ,
En fouminant le roc de toutes parts :
La mafle tombe , & le fleuvetranquille
Regagne alors tous fes ruilleaux épars.
Orval éprouve un traitement femblables
Long- temps du pere il brava le pouvoir ;
Mais l'art furvient ; l'impofture l'accable,
Et fon malheur rendir Life au devoir .
Malgré le tour que prenoit l'aventure,
Notre Vieillard n'étoit pas fans effroit
Un rienpouvoit découvrir l'impoffures
La craintenaît de la mauvaife -foi.
llen veut donc preffer la réuffice
AO UST. 1776. 13
Et , furchargé du foin qui l'agitoit,
Il aflocie au projet qu'il médite
Un vieux Richard, gendre qu'il convoitoit.
Mondor (c'étoit le nom du perſonnage)
Poflédoit moins de talens que d'écus ;
Mais le Vieillard l'en aimoit davantage:
Il mettoit l'or au - deflus des vertus.
Le Confident le rendit chez la Belle,
Sans que fon rôle offrit rien d'affecté :
Là , d'un air fimple , il porte pour nouvelle
Qu'Orval mandoit fon hymen arrêté ;
Qu'il époufoit une riche héritiere ,
Bonheur réel pour un homme fans bien ;
Mais , qu'en dépit d'une allégrefle entiere,
Tous regrettoient ce charmant Citoyen,
Des fens alors prête à perdre l'ulage ,
Life ne put dévorer fa douleur :
Des pleurs amers inondent fon vifage ,
Tautle coeur tient à ſa premiere ardeur.
Mondor feignit d'en être inconfolable ;
Il condamna fon propos indifcret :
Puis , faififlant le moment favorable,
Il avoua qu'il brûloit en fecret.
Life reçut l'aven fans répugnance :
Soit par égard pour l'auteur de les jours,
14 MERCURE DE FRANCE .
Soit qu'elle crut devoir à la prudence
Le choix d'un homme inftruit de fes amours.
Le fourbe obrint l'efpérance formelle
De voir un jour récompenfer fes feux :
Mais à la foi Life toujours fidelle ,
Lui prefcrivitun terme pour leurs noeuds.
( Délai dicté par la délicatelle ) .
Orval romport en vain l'engagement ;
Un luftre entier enchaînoit leur promefle ;
Life voulut acquitter fon ferment.
Le temps s'écoulé , & la moiffon fertile
Avoit cinq fois enrichi les mortels :
Epoque fixe , ou Life trop facile.
Flatta Mondor de le fuivre aux autels.
De fa parole efclave infortunée ,
Et de fon pere exauçant le defir ,
Life confent à ce trifte hymenée ,
Où la raisou tenoit lieu du plaifir.
Le pere actif précipite la fête ::
Life en tremblant va nommer fon époux;
Sa bouche s'ouvre ... Un bruit confus l'arrête...
Orval s'élance & tombe à fes genoux..
Sur le rivage it defcendoit à peine ,
Il nomme Life , il s'inftruit de fon fort :**
Il va la perdre ; il court tout hors d'haleine
Chercher au Temple ou fa main ou- la mort.
AOUST . 1776 . Is
Dès ce moment la fêre eft fufpendue :
Mondor honteux , le pere confterné ,
Orval en pleurs , fon Amante éperdue ,
Rend à la fois tout le cercle étonné.
On fe fépare ; & , dans tout ce murmure ,
Jufques à Life Orval parvient encor.
«Volez , dit- il , dans les bras de Mondor ;
"Si c'eft l'amour qui vous force au parjure.
» Plein de refpect pour l'objet de mes feux ,
» J'excuſe tout: le ferment qui nous lie
»N'eft plus un droit , fi votre coeur l'oublie
»Je ne me plains que d'être malheureux.

»Mais fi quelqu'un a lancé dans votre ame
»Des traits cruels qui noirciffent mon coeur
Que le reproche accable ici ma flamme ,
Dites le crime , ou connoiflez l'erreur.
:I
Orval prouva qu'il fut toujours fidele ;
Life au pardon recourut à fon tour ;
Life l'obtint , & leur tendre querelle
Finit bientôt par un furcroît d'amour.
Sûr de la fille , Orval courut au pere,
Qu'il trouve en proie au plus mortel ennui :
Hélas ! dit- il , que de vous aujourd'hui
»J'obtienne au moins un regard moins févere !
Tant qu'il languit fans bien & fans efpoir ,.
»Vous réprouviez Orval pour votre gendre j
»A vos refus Orval devoit s'attendre ::
16 MERCURE DE FRANCE.
Votre rigueur devenoit un devoir.
Life & l'amour m'ont valu l'opulence :
» De leurs confeils ma fortune eft le prix ,
Partagez- là: la trifte jouiflance
35
» N'eft rien pour moi , fans être votre fils ».
Un parte-feuille inftructif & folide ,
Acheve alors de gagner le Vieillard.
Il le parcourt d'un avide regard;
Sa crainte paffe & fon front fe déride ;
Maisce tranfport fait place à l'embarras.
Le fouvenir du paflé le défole.
Il balbutie une excufe frivole ,
Qu'Orval étouffe en volant dans fes bras.
Orval enfin eft déclaré fon gendre ;
Lejour d'après vit cimenter ces nouds :
Et l'on conçoit qu'une Amante fi tendre
Rendit Orval l'époux le plus heureux,
Par M. Routhac de Cluzeau ,
à Limoges.
AOUST. 1776. 17
ÉPITRE adreffée à l'Auteur du Philofophe
fans prétention , par un Dervis fans
prétention.
TAA morale philofophique ,
Cher Ormafis , plaira toujours :
Quand on voit les tendres Amours
En folârrant parler phyſique ,
Diflerter fur le phlogistique ,
Oublier leurs arcs , leurs flambeaux,
Pour décomposer un fluide ,
On cefle alors d'être timide :
On s'approche de leurs fourneaux .
Ici , braqué fur la lunette ,
L'un fuit les pas d'une comète ;
Là , tenant Géber à la main ,
L'autre explique fon art divin ;
Quand on les voit , je te le jure ,
On veut s'enrôler avec eux
Pour étudier la nature
Et l'art de devenir heureux.
Comme ce Sangiac aimable ,
On devient bientôt avec toi
Philofophe doux & traitable,
18 MERCURE DE FRANCE.
Et l'on fait fon acte de foi :
J'aimeDieu , mon Prince & les femmes.
Pour toi , c'eft fort bien dit ; pour moi ,
On m'interdit les douces flammes.
On défend à mes yeux de voir.
Mon coeur , il faut être infenfible
Plus qu'un tigre , dur , inflexible ;
Il lefaut : c'eft votre devoir
Vous raifonnez... Qui vous écouté }
Vous l'avez promis autrefois.
Si maintenant il vous en coûte,
De la plainte étouffez la voix.
Il me faut , cher D. L. F.,
De ta douce philofophie
Oublier les premiers feuillets.
Cependant ton charmant ſyſtême
Paroît deffiné pour qu'on l'aime ;
Que dis -je ? il eft rempli d'attraits.
D'ailleurs il eft des points de fcience
Qu'on ignore fi l'on n'eft deux
Puis l'infaillible expérience
Dit que pour produire des feux ,
Il faut deux corps en concurrence .
Je voudrois donc être Nadir ;
Mais , hélas ! Nadir fans Perfanne !
Regret fuperflu ! vain foupir !
Point de Mirga , tout m'y condamne..
A O UST. 1776
Eh bien ! Cenfeurs trop rigoureux ,
Ilfaut relpecter votre envie.
Je n'aurai point de douce Amie ,
J'aurai des Amis généreux.
Exilé loin de ma patrie ,
Placé dans de nouveaux climats ,
Sur la route de ton génie
Voudrois-tu conduire mes pas a
D'une ameje fens l'exiftence :
Tu la démontres clairement.
De plufieurs corps en mouvement
Ce n'eft point une effervefcence.
Ce n'eft point I air en s'agitant
Qui me fait , dans ce même inftant ,
Te marquer ma reconnoiflance.
ParM. D. M. B.
VERS à Madame DE T... fur l'origine
des plumes.
Au retour d'un pélerinage,
Sous un berceau de fleurs l'Amour dormoit en
paix ,
Une Nymphe du voisinage
Sous le même berceau venoit chercher le frais :
Le bel enfant , dit- elle ; approchons... Il fommeille
! ..
20 MERCURE DE FRANCE .
Elle avance un pied doucement ,
Pofe l'autre légerement ,
Dans la crainte qu'il ne s'éveille :
La feuille qu'agitoit l'haleine du zéphir
Faifoit un bruit infupportable :
Son fommeil eft fi doux ! fi cet enfant aimable
Entre les bras pouvoir ainfi dormir ;
Eflayons... D'une main elle foutient la tête ,
Et de l'autre , en tremblant , elle va l'enlever ,
Quand tout à coup elle s'arrête :
Une aile , qui s'étend , l'a faite fritlonner.
Ah ! c'est l'Amour ; que de peines cruelles
Vont être , hélas ! le fruit de mon erreur !
L'Amour auffi peut faire mon bonheur...
Pour le garder, fi je coupois les ailes ,
Si je pouvois... Je les tiens : les voilà.
L'Amour alors le réveilla ,
Menace , voit Zulmé , ſe calme & lui pardonne.
Prens mes aîles , dit- il , je te les abandonne ,
Je ne les chériffois que pour luivre tes pas :
Viens , ma Zulmé , je veux que ma main t'en
couronné ;
Soyons unis , ne nous léparons pas.
De les plumes auffi tôt il décora fa tête ;
Zulmé , depuis , s'en para chaque jour ,
Ce fut le prix de la conquête
Et l'étendart que fe choifit l'Amour.
A O UST. 1776. 21
RONDEAU à Monfieur ...fur la Ville
de Dijon.
Quej'aime , Ami , cette charmante Ville !
Dans fon enceinte en grands hommes fertile
Eft il un art aujourd hui négligé ? **
* Dijon eft la patrie des Saumaife , Fevret , Auteur
du Traité de l'abus , de Bofluet , Crébillon , Rameau ,
Piron , Bouhier , la Monnoic ; elle a encore eu des
hommes qui ont paru avec diftin&tion dans le genre
qu'ils cultivoient ; Michel , , pour la mufique d'Eglife ;
Dubois , pour la fculpture ; Vennevault , pour la
peinture ; & plufieurs célébrés Avocats , MM. Varenne ,
Melenet , Davot , Bannelier.
** Il fe trouve actuellement à Dijon , en 1776 ,
une Faculté de Droit en corps d'Univerfité , un Collége
où l'on enfeigne les humanités , où fe trouvent des
Chaires de philofophie , de phyſique , de mathématiques
, de théologie , des Profeffents en långue grecque
& allemande. Il y a une Académie des Sciences
& des Arts , où l'on a fondé des prix de morale ,
de phyfique & de médecine . Pour fuppléer au défaut
d'une Faculté en cette ſcience , on y jouit de l'avantage
que procure un cours d'anatomie & un autre d'accouchement,
remplis par des Chirurgiens dont l'habileté eſt
éprouvée ; d'un cours de botanique qui fe fait dans un
très-beau jardin de plantes ; & enfin d'un cours de chimie
dans un laboratoire magnifique , où rien n'eft X22
MERCURE DE FRANCE.
Le goût ailleurs , à fixer difficile ,
Aime y paroître & s'y voit protégé.
Plus d'un beau lieu de verdure ombragé *
Y fait trouver à mon ame tranquille
La folitude , un air pur , dégagé
Que j'aime.
defirer pour remplir les opérations fi variées de cette belle
fcience. On y a joint un cours de matiere médicale & une
démonftration adaptée d'une collection complette de
minéraux , partie d'un cabinet d'hiftoire naturelle qui
appartient à l'Académie , & que vient encore d'enrichir
S. A. Monfeigneur le Prince de Condé.
Enfin , pour les Arts agréables , Dijon poffede une
Ecole de deffin , protégée par la Province ; une Ecole
de mufique dans un Concert public , & deux excellens
Organistes.
* Il n'y a peut-être point de Ville en France où il
y ait des promenades en plus grand nombre , & des
dehors où le champêtre offre plus de diverfité ; parmi
ces derniers , il y a fur-tout à remarquer le vallon de
Plombiere , la côte & le parc naturel de Gouxville ;
mais dans les ouvrages de l'art & d'une nature cultivée ,
on y diftinguera toujours le parc de la Colombiere ,
un des plus beaux lieux qu'ait créé la main du fameux le
Nôtre ; il eft précédé d'un cours qui y conduit . On
regrettera long- temps le Château & les Jardins de
Montmufard , dont un Particulier eft devenu l'acquéreur
, & qui les a fermés pour jamais au Public ; il ne
refte plus que les avenues , qui font plufieurs cours
magnifiques.
A O UST. 23 1776.
Si la fagefle y rencontre un aſyle ,
Le gai plaifir s'y trouve auffi logé *.
L'efprit s'y montre agréable & facile ;
Et fes Beautés ? Ah ! le coeur partagé
Y dit fans cefle : « Il en eft mille... mille
>> Que j'aime ».

LUCILE. Conte moral.
ANS cet âge où la raifon devient une
néceffité , & fait éprouver à une jolie
femme tous les défagrémens que laiffe
après foi la perte des grâces , que d'inutiles
regrets voudroient envain rappeler ,
& qui fuyent fur l'aîle légère du plaifir ,
la Marquife de Béreinville ne poffédant
plus ces moyens de plaire , fi flatteurs
pour la vanité , forma la généreufe réfolution
de quitter un monde qui ne lui
offroit plus que le vuide & l'ennui , &
de donner tous les foins à l'éducation
d'une fille charmante qu'elle ne connoiffoit
point encore , mais qu'elle alloit apprendre
à connoître ...
* Une Salle de Comédie , un Waux-Hall,
14 MERCURE DE FRANCE.
La jolie Lucile avoit quinze ans . : la
fraîcheur du printenis , les grâces du
premier âge , une de ces phyfionomics
enchanterelles qui peignent aux yeux le
bonheur , & en offrent au coeur la puilfante
image ; l'enſemble le plus féduiſant,
une taille divine , & qui ne laiffoit rien
à defirer ; des yeux que le fentiment
même animoit ; une bouche rofée , qu'embelliffoit
le plus féduifant fourire ; tels
étoient les charmes dont fe paroit l'aimable
Lucile , & qu'un preftige encore
plus grand furpaffuit & fembloit effacer :
un feul mot prononcé de cette voix touchante
faifoit difparoître tous fes agrémens
; le coeur voloit au devant de ce
qu'elle difoit , oublioit fa figure , & ne
fongeoit plus qu'à l'aimer . Le moindre
de fes mouvemens étoit une grâce ; elle
faifoit une impreffion vive que le coeur
aimoit à conferver , & dont il faifoit fes
délices.
Lucile à cinq ans perdit fon père, Ce
moment fit époque & décida fon fort :
la Marquife encore jeune , réuniffant la
folie des plaifirs aux prétentions les plus
décidées , ne pouvant foutenir la gêne la
plus légère , le mot même de contrainte ,
s'abandonna à toute l'ardeur de fon imagination.
A O UST. 1776. 25
gination. Lucile devint bientôt un objec
importun : fon éloignement fut décidé
&malgré tous les chagrins que fon abfence
alloit caufer au coeur d'une mère , on fe
détermina à la mettre dans l'Abbaye de
Sr. *** maifon célèbre , où il étoit du
bon ton d'avoir reça fon éducation . On
donna à la jeune Lucile une Gouvernante
qui n'avoit aucune des qualités néceflai
res pour bien remplir cet emploi ; mais
elle étoit exempte des défauts qui trop
fouvent les accompagnent. Simple , fans
prétention , elle aima fon élève fans ambitionner
de la conduire . Ce choix fut
heureux , il préferva Lucile d'être affujettie
au caprice d'une femme peu faite
pour former une âme délicate , un coeur
fenfible. L'ufage vouloit une foule de
Maîtres ; Lucile eur tous ceux qui peuvent
donner des talens brillans , elle les
aima malgré l'ufage , voulut & fut en
profiter ; & fon goût aidé d'heureufes
difpofitions , lui fit acquérir de nouveaux
moyens de plaire , & des reffources dans
tous les temps . L'enfant tient à tout ;
le déplacet l'afflige ; Lucile plus fenfible
, für plus vivement affectée qu'une autre:
elle ne quitta pas fans regret la famille
& ces lieux qui l'avoient vu naître , Elle
B
26 MERCURE DE FRANCE .
entra dans fa nouvelle demeure les yeux
gros de larmes qu'elle verfoit ; fa fenfibilité
prévint en fa faveur ; & elle lui dût
l'avantage d'intéreffet une femme charmante
que la perte d'un mari adoré avoit
conduit dans cette retraite. L'enfance intéreffante
de Lucile la toucha : elle voulut
la confoler , calma fes pleurs , fe promit
de l'aimer toujours & de lui être utile.
Cette bonne volonté fut une faveur pour
Lucile , dont le tendre naturel confirma
& rendit fes premières impreffions chères
à fa protectrice, qui devint fon amie , &
ne s'occupa que des moyens de la rendre
heureufe . Madame de Célicourt , d'une
figure agréable , du caractère le plus
aimable , avoit eu l'éducation la plus
foignée de la douceur , une fenfibilité
extrême l'avoient rendue chère au Chevalier
de Célicourt , jeune homme ,
dont la délicateffe & le fentiment formoient
le caractère . Il plût , & bientôt
leurs coeurs fe cherchèrent , s'aimèrent
& formèrent une union qui pût aflurer
leur bonheur. Ils en jouiffoient depuis
cinq ans , quand la mort du Chevalier,
de Célicourt le troubla , & le fit fuir,
pour jamais du coeur de la plus tendre
époufe. Ce moment fut affreux pour
:
A O UST. 1776. 27
l'âme fenfible de Madame de Célicourt :
Elle éprouva tous les déchiremens d'un
coeur qui fe voit enlever tout ce qu'il
aime.
Revenue des premiers momens du défefpoir,
ayant repris la liberté de penſer,
elle fe détermina à quitter un monde ,
où elle ne pouvoit plus trouver le bonheur
, & qui lui rappeloit fans ceffe le
fouvenir accablant de celui dont elle avoit
joui , & qu'elle avoit perdu pour toujours.
Six années s'étoient écoulées ; Madame
de Célicourt les avoit employées à s'inftruire.
L'étude étoit le feul adouciffement
à fes peines ; elle allégeoit fes maux ,
ornoit fon efprit , formoit fa raifon , &
donnoit à fa mélancolie cette teinte douce
qui difpofe le coeur à la tendreffe , &
devient un attrait fi puiffant pour tous les
êtres fenfibles . Telle étoit la fituation de
Madame de Célicourt , quand l'innocente
Lucile offrit à fa vue l'image touchante
de la fenfibilité. Les ames tendres ne
font vraiment heureufes qu'en aimant .
Madame de Célicourt faifit avec empref.
fement l'occasion qui fembloit lui être
offerte ; Lucile étoit faite pour intéreffer
un coeur comme le fien ; elle l'aima ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
comme elle eût fait fa fille , lui prodigua
les mêmes foins , & connut encore
le charme d'exiſter en jouiflant de celui
d'aimer. Ce fut cette femme eſtimable ,
cette amie de Lucile , qui fe chargea "du
foin d'éclairer fon efprit & de former fon
coeur ; fouvent elle fut effrayée de le
trouver' fi tendre : cette femme ſenſible
étoit perfuadée que du coeur feul dépend
le bonheur ; mais combien cette grande.
fenfibiliténe lui caufe - t- elle pas de maux!
Madame de Célicourt vouloit en préfer
ver fa jeune amie , lui former du moins
une ame forte qui lui apprit à les fuppof
ter. Déjà elle s'applaudiffoit du fuccès.
Lucile étoit charmante , fon bonheur
étoit tout dans fon amie.. Comme elle
favoit aimer , & comme elle peignoit fa
rendreffe! Mon coeur , difoit certe aimable
enfant , mon coeur , ma bonne amie , n'a
pás un fentiment qui ne foit à toi , pas
une pensée qu'il ne te doive. Me promets-
tu de l'aimer toujours , d'avoir toujours
cette bonté touchante qui fait fon
bonheur ? Ah ! fi ta Lucile ceffoit de
' être chère , fi jamais tu pouvois oublier
combien fon coeur t'aime ; fonge , ma
bien aimée , fonges que le plus léger
changement dans ta façon de penfer,ferois
AOUST. 1776. 29
fon malheur. Et tu es fi bonne que tu
l'aimeras toujours . C'est ainsi que , fans
le fecours de l'autorité , fans jamais s'être
prévalu de la moindre fupériorité , cette
femme charmante étoit devenue le meilleur
ami de Lucile , le dépofitaire de
tous fes fecrets , & le maître de tous fes
vouloits, Souvent elle rappeloit à fa
jeune élève le fouvenir d'une mère qu'elle
devoit toujours aimer. Cette idée arra
choit des larmes à Lucile ; elle les répandoit
dans le fein de l'amitié . Madame de
Célicourt confoloit fa douleur & plaignoir
la Marquife d'avoir pu abandonner
des jouiffances fi pures , & que nous offre
la nature , pour courir après ces chimères
que nous décorons du faux nom de plaifrs.
Lucile, en fortant des bras de fon
amie où elle avoit goûté tous les charmes
de la confiance , reçut l'ordre d'aller trou
ver la Marquife. Je ne dépeindrai point
fes chagrins on la connoît fenfible , on
fent affez tout ce qu'elle dût éprouver.
Elle alloit perdre la plus tendre , la meit
leure des amies , le feul être qu'elle eût
aimé; fe tranfporter dans une fphère nouvelle
, trouver une mère qu'elle ne connoifoit
point , & fur la tendreffe de
laquelle elle n'ofoit pas compter. Cepen-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
dant il étoit nécellaire ce facrifice douloureux
: il fallut y foufcrire ; & la triſte
Lucile baignée de larmes , quitta fon amie
après lui avoir promis de lui écrire , &
avoir reçu l'affurance de lui être toujours
chère. Lucile arriva bientôt chez la Marquife
; un cercle nombreux l'y attendoit;
elle en devint plus trifte : le chagrin veut
être partagé; l'oeil fatisfait qui le contemple
l'augmente & en rend le fentiment plus
vif. Lucile eût voulut trouver la Marquife
feule , fa tendreffe en eût été plus libre ;
la vue des indifférens l'embarraffoit. Sa
mère étoit l'objet de fes fentimens : elle
feule devoit les partager , les contempler;
& puis il falloit renoncer à ces épanchemens
que fon coeur s'étoit promis , &
avoit regardé comme l'adouciffement &
l'oubli de fes peines. Lucile ne parvint à
l'appartement où elle étoit attendue ,
qu'avec la plus grande agitation ; elle
étoit tremblante & fe foutenoit à peine.
Une grande femme féche s'avança
pour la recevoir ; elle devoit paffer pour
fa mère , tandis que la Marquife , tranquille
fpectatrice , fe réfervoit la jouiffance
d'un fpectacle qu'alloit lui ména
ger la fenfibilité de fa fille. La pauvre
Lucile effrayée de l'air froid de la pié
1
A O UST. 1776. 31
-
tendue Marquife , s'écria , Maman , &
perdit connoillance. La beauté ne perd
point fes droits. Lucile étoit touchante ;
la Marquife , pour la première fois , fut
émue , l'embiaffa & lui prodigua les
noms les plus tendres. Les foins les plus
empreffés rendirent bientôt à Lucile le
mouvement qu'elle avoit perdu ; les
bontés de la Marquife la fattèrent . —
Que je fuis fenfible , Madame , à l'intérêt
que vous me témoignez ! Mais je
ne vois plus Maman : aurois - je eu le
malheur de lui déplaire ? Non mou
enfant , confole- toi , & pardonne à la
mère la plus tendre , fi elle a trop expofé
ta fenfibilité . Je vous aime Lucile reconnoiffez
votre mère , & ne lui refufez
pas un nom fi doux , & dont elle s'eft
vue privée fi longtemps. Ah ! dit Lucile,
avec toute l'expreffion du fentiment , fi
vous ne me trompez pas , que mon
coeur eft heureux , & qu'il aime à trouver
en vous l'objet qu'il aima & refpecta li
long temps fans le connoître! Ce difcours,
que la tendreffe feule avoit dicté , parut
un reproche à la Marquife , lui dépluc
dans fa fille , & diffipa bien vîte l'étincelle
du fentiment qu'un premier mouvement
avoit fait naître. On donna à
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
Lucile quelque moment pour fe remettre ;
enfuite chacun voulut la regarder , examiner
fon air de couvent. Les hommes
applaudirent à fes grâces ; les femmes
enragèrent , & la Marquife triompha en
voyant le dépit de toutes ces agréables ,
qui le moment d'auparavant fe plaifoient
'hamilier. Lucile étoit on ne peut plus
déconcertée : l'incarnat des rofes embel
liffoit fes joues , & lui prêtoit de nouveaux
agrémens .
1
>
Mais bientôt tout le monde eut jugé
la jolie reclufe ; on voulut bien lui faire
la grâce de l'oublier . On fit des parties
& Lucile commençoit à penfer & mettre
un peu d'ordre dans fes idées ; quand
un très- jeune homme , qui feul n'étoit
pas occupé , approcha d'elle. Il avoit cet
air doux , honnête que Lucile aimoit , &
qui la prévint en fa faveur. Pourrois- je ,
Mademoiſelle , lui dit- il de ce ton fenfible
, fans m'expofer à vous déplaire ,
jouir du bonheur de vous entendre ? Tant
que j'ai craint d'augmenter votre embarras
, j'ai fu réfifter au defir de mon coeur ,
& refpecter la plus touchante timidité :
mais , Mademoiselle , votre ame , qui
dans tous vos mouvemens fe montre fi
délicate , ne fautoit- elle point diftinguer
A O UST. 1776. 33
le defir qui naît de l'intérêt , & que le
coeur infpire , de celui qui n'a que la
curiofité pour objet ? Lucile embarraffée
& preffée de répondre , le fit d'une manière
Gimple , modefte , mais qui n'étoit
pas prude. Elle avoua avec ingénuité que
cette honnêteté la flattoit plus que tous
les éloges qui lui avoient été prodigués ;
• qu'elle y trouvoit une certaine délica
teffe qui lui rappeloit celle d'une amie
qu'elle aimoit beaucoup . En parlant de ce
qu'on aime , on eft fi vîte à l'aife ! Lucile
P'éprouva : elle parla avec cette aifance &
cette grâce que donne le defir de
plaire , quand un fentiment plus noble
que la vanité l'infpire . Lucile trouva
le foir beaucoup moins long qu'elle ne
l'eût imaginé , & vit avec regret venic
l'inftant où il fallut quitter un objet qui
déjà l'intéreffoit ; elle ignoroit fon nom ,
& c'étoit une grande affaire que de s'en
inftruire ; la moindre queftion péfoit à
Lucile ; heureufement, qu'une femme en
appelant le Comte de Lozane , la farisfic
fans l'embarrafler. Il fortit , prit congé de
Lucile , lui dit des chofes honnêtes , qu'il
accompagna de cet air trifte de quelqu'un
qui regrette , en s'éloignant , la perre du
bonheur dont il a joui. Reftée feule avec
BV
34
MERCURE DE FRANCE.
+
- >>
la Marquile , Lucile eut à effuyer tous
les avis , toutes les réprimandes dont le
tour froid l'intimidau point qu'elle
n'ofait déjà plus careffer la mère , qu'on
lui ordonna d'appeler Madame ; rien
n'étant fi gauche que d'entendre toujours
ce nom de Maman. Lucile fut
défolée ; elle fentit bien que ce
n'étoit pas une amie qu'elle étoit venu
trouver elle alloit fe retirer , quand on
lui dit de faire préparer fes malles , &
d'être prête pour partir le lendemain ;
elle hafarda une fimple queſtion fur l'objet
du voyage. Eft - il befoin de vous.
l'apprendre ? Vous êtes fi gauche , qu'il
faut bien aller à la campagne travailler
à vous former ; à Paris vous me feriez
honte. Retirée dans fon appartement ,
Lucile s'occupa à écrire à fon amie ; elle
lui rendit la converfation qu'elle venoit
d'avoir avec la Marquife , la crainte
qu'elle lui infpiroit , & les chagrins
qu'elle prévoyoit ; elle lui demandoit fes
confeils ; fa lettre fut courte. Lucile defiroit
d'être libre de fe livrer à fes pensées.
Elle étoit agitée d'un nouveau trouble ,
& fon coeur lui fembloit plus plein : mais,
fans vouloir l'interroger , Lucile imagina
que rien n'étoit plus fimple , après l'agi.
tation qu'elle avoit éprouvée .
A O UST. 1776. 35
Le lendemain , Lucile en ayant reçu
la permiffion , palla dans l'appartement
de la mère . Un bonjour froid , quelques
mots à demi prononcés fur la mal - adrefle
de fa coëffure , fut la feule diſtraction
dont pût être fufceptible la Marquife ,
que l'objet intéreffant de fa toilette occupoit
toute entière . Il étoit tard : l'heure
du départ approchoit , Lucile regrettoit
Paris , il lui fembloit préférable à la
campagne ; & fans vouloir fe rendre
compte des motifs de cette préférence ,
elle imagina les connoître aflez , puifqu'elle
s'éloignoit de Madame de Célicourt
, & perdoit l'efpoir de la voir.
Lucile ne conferva pas long - temps une
erreur qui lui étoit chère : on vint annon .
cer le Comte de Lozane. L'émotion la
plus vive , une rougeur fubite , cette agitation
violente du coeur , qui femble
s'élancer au - devant de ce qu'il aime ; tout
fut un trait de lumière pour Lucile , &
l'éclaira fur le véritable objet de fes regrets
, de fes inquiétudes ; elle en gémit :
craignit d'être feule à aimer , & fe promit
bien de cacher à tous les yeux un
fentiment qu'elle chériffoit déjà , &
dont elle eût regretté la perte : heureufement
pour fon fecret la Marquife
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
fe trouva d'humeur à caufer. D'honneur,
Lozane , vous êtes charmant , & votre
exactitude m'enchante. Comment
Madame , m'en feriez- vous un mérite ?
Cela feroit bien généreux ; car il m'en
eût fûrement beaucoup coûtépour y manquer
, & vous n'en doutez pas. Honmête
, aimable , délicieux , & vous confentez
donc à partager , avec quelques
amis , l'ennui de ma folitude ? L'ennui ,
Madame , hé , ne favez vous pas qu'il
n'eft plus cù vous êtes ; on eft fi fûr de
n'y trouver que le plaifir , que fi -vous me
Le permettez , je ne quitterai le charmant
féjour que vous allez habiter , que pour
vous ramener à la Ville .: Et mais on
vous prendroit bien vite au mot ; on
vous aime , on eft beureux de vous pofféder.
Mais vous ignorez toute l'étendue
de l'engagement que vous femblez prens
dre. Ce pauvre enfant , montrant Lucile ,
eft fi gauche ! Il y auroit de la cruauté à
la laiffer ainfi expofée aux critiques de ce
Paris. Il faut bien la tenir éloignée , &
je me doute que cela pourroit bien être
un peu long. Quoi , Mademoiselle !
dit-il vivement , convenez donc , belle
Dame , que ce titre de Maman impofe
fouvent des loix coûtenfes. It n'est pas
A O UST. 37 1776.
poffible qu'avec le goût exquis qu'on vous
connoît , vous ne fentiez tout le prix des
charmes de l'aimable Lucile , & vous
craignez d'en convenir ! Pour moi , j'oferois
vous l'affurer ; huit jours paffés fous
l'oeil d'un auffi bon Maître , & la charmante
Lucile réunira toutes les grâces à
tous les moyens de plaire.: En vérité ,
dit la Marquife , en fe levant , vous avez
ce matin un fi joli caquet , qu'on ne fe
laffe point de vous entendre. Mais j'ai
une toilette à finir ; tenez , lifez cette
brochure pendant que je ferai dans mon
cabinet ; car pour Lucile , tout votre
efprit la déconcerte , & je prévois qu'elle
ne fauroit pas y répondre . Voyez comme
vos honnêtetés la font rougir. La Marquife
avoit raifon ; le moindre regard ,
le plus petit mot dit en faveur de Lucile
lui caufoit une émotion que fon ame
fimple & vraie ne favoit pas diffimuler.
La Marquife fortit , & Lozane s'approcha
de Lucile avec ce tendre embarras
Aatteur pour l'objet qui l'infpire. Il
s'informa de fa fanté , de ce ton tou
chant qui femble nous faire une loi
d'y répondre. Lucile étoit tremblante , le
fouffle feul de fon amant fuffifoit pour
la faire friffonner , & bientôt elle n'eus
3.8 MERCURE
DE FRANCE
.
plus la force de cacher des larmes que
de pénibles efforts retenoient depuis long:
temps . Les pleurs font le langage de la
tendreffe. Quelle impreffion ne font -elles
pas fur le coeur qui fait aimer ! Lozane ,
né fenfible , fentoit depuis long-temps
ce befoin d'aimer ; mais délicat , il ne
trouvoit point l'objet qu'il cherchoit avec
ardeur . La première vue de Lucile lui
avoit caufé cette joie vive du coeur qui
voit fes defirs remplis. Il reconnut
l'image qu'il chériffoit ; il fe trouva l'habitude
de l'aimer , & connut dès-lors
que fans Lucile il ne pouvoit plus être
heureux . La converfation qu'il eut avec
elle , fon efprit délicat & fin , cette fenfibilité
qui paroît la moindre de fes actions
; tout corfirma Lozane dans fes
fentimens , & plaire à Lucile , ou trouver
le bonheur , ne fut plus pour lui
qu'une même chofe . Il eft aifé d'imagi
ner combien fes pleurs le touchèrent , il
ne fut pas réfifter aux mouvemens de fa
tendreffe. Que je fuis malheureux , dit- il ,
avec cet élan de l'ame ! Vous fouffrez ,
Mademoiſelle , vous avez des peines ,mon
coeur les fent , il en eft accablé , & il ne
peut pas prétendre de les partager, au bonheur
de les adoucir . Pourquoi , charmante
A O UST. 1776. 19.
Lucile , pourquoi ne connoillez vous pas
toute la fincérité de mes fentimens ! Vo-.
tre ame fenfible fe laifferoit toucher , ellene
me refuferoit pas le titre de votte,
ami . Mais vous ne me repondez pas ,
ma jeuneſſe vous intimide , & vous ne
voyez en moi que l'homme trompeur
qu'on vous apprit à craindre .
Peut être l'aveu de ma tendreffe vous
déplaît ; la condamneriez - vous ? .....
Oui , votre filence me le confirme , &
j'y vois mon malheur ; mais , Lucile
je fuis vrai , & ce n'eft pas vous , le feul
objet que j'aie aimé , que je voudrois
tromper. Ne me le donnez pas ce titre ,
que j'ofai demander : il eſt trop foible
pour mon coeur , il ne fauroit pas s'y bor.
ner : il veut vous aimer , vous adorer
comme le plus tendre des amans. Que,
cet aveu ne vous effraye pas , divine
Lucile , je fautai me fouftraire au malbeur
de vous déplaire , diffimaler mes
fentimens , & ne vous laiffer voir que ceux
de la fimple amitié ; mais , par pitié ,
cachez- moi ces pleurs , ils coulent dans
mon coeur , & il n'a pas la force de les
ſupporter. Je puis être malheureux ; mais
votre bonheur m'eft nécefaire . Si mon
voyage vous déplaifoit , fi vous fouffriez
.
40 MERCURE DE FRANCE:
de me voir , dites un mot , Lucile , &i
je peux l'éviter . Il me femble , dir.
rendrement Lucile , qu'on me blâmera
de ne pas condamner ce que vous venez
de me dire ; les préjugés font contre moi ;
mais mon coeur ne les connoît pas , & il
fent au contraire tout le prix d'une tendreffe
vraie. Si la vôtre eft fincère,fi vous
aimez Lucile , qu'a- t- elle befoin de fe
parer d'une faufle délicateffe , & de faire
valoir un aveu que fon coeur conſent à
vous faire? Mais Lozane , fi vous avez
le moindre des fentimens que j'aime à
vous fuppofer , fongez que ce coeur fenfible
mourroit de douleur fi vous pou
viez le tromper. N'augmentez pas mon
embarras ; laiflez - moi fuir & cacher un
fecret que vous feul devez connoître ,
& duquel va dépendre tout mon bonheur.
Lozane refté feul fe livra à tout le
charme de fes idées . Lucile aimoit : c'étoit
lai qu'elle aimoit . Combien il alloit être
heureux Quelle fenfibilité , quelle dé
licateffe dans l'aveu qu'elle lui avoit faict
Lozane étoit délicat , & il fentit bien
tout le prix d'un cant fufceptible d'une
pareille conduite. Qu'elle lui parut fupérieure
à toutes ces minauderies qu'emA
O UST. 1776 . 41
ployent les femmes , & qu'elles croyent
néceffaires pour fe faire valoir ! comme
fi le fentiment étoit fufceptible d'une par
rure étrangère . Lucile m'aime , fe difont
Lozane;c'eft ainfi qu'eft la vraie tendreffe.
L'honnêteté , la vertu lui font chetes ,
mais elle méprife également , & le manége
de la coquette , & la faulle modeftie
de la prude . Et quel coeur eft plus modefte
, plus vertueux que celui de ma
Lucile ; un feul mot la fait rougir ; mais
l'amour est un fentiment qu'elle embellit
'de tous les charmes de la vertu. Quelle
nobleffe dans cette manière fimple &
vraie de dire qu'elle aime ! Quelle ame
feroit affez barbare pour ofer la trahir ?
Non , Lucile , ne le crains pas , ne le
crains jamais. Toujours chérie de ton
amant , tu feras fa divinité . C'est dans
fon coeur qu'eft ton image , & c'eſt là
que tu recevras l'hommage d'une ame
qui ne fait plus que t'aimer , qui ne
veut vivre que pour toi . La Marquife en
rentrant priva Lozane d'une folitude précieufe.
Hé bien , Comte , vous me fem.
blez trifte , vous repentiriez - vous ... =
Peut-on jamais fe repentir de ce qui nous
rend heureux ? -. Bien , bien , je fuis
contente , & je vous ménage une ſurpriſe
42 MERCURE
DE FRANCE.
charmante . Vous êtes feul dans votre
voiture , laiffez la pour mes femmes , &
prenez place dans la mienne ; j'y ferai
feule avec Lucile. Que Lozane fe fût
trouvé heureux d'accepter cet arrange
ment ! Mais Lucile en eût fouffert , il
fut ménager fa délicateffe & lui facrifier
fon plaifir. Lucile en partant entendit fes
excufes , elle en devina le motif , & lui
en tint compte : rien n'eft perdu avec de
certaines ames.
La terre de la Marquife étoit un lieu
délicieux des eaux , du couvert , le plus
joli petit reduit. La fociété y fut nombreufe.
Lucile s'en occupa peu : elle la
quitta bien vite pour aller s'entretenir
avec fon amie , lui peindre fes nouveaux
fentimens , & lui rendre un compte
exact de fa conduite. Elle attendoit depuis
ce moment une lettre & des confeils
de l'amitié. Lucile apprenoit tous les
jours à connoître Lozane & à s'applaudir
de fon choix. Depuis fon féjour à la
campagne , elle ne l'avoit pas vu feul ;
ce n'eft pas qu'elle l'évitât ; elle l'eftimoit
trop pour le craindre , mais le
grand monde avoit toujours fait obftacle.
Un matin , Lucile entra dans un cabi
net de compagnie , Lozane y étoit
AOUST. 1776. 43
feul ; il avoit un gros paquet de lettres
-qu'il lifoit avec intérêt . Mon Dieu ! lui
dit Lucile , que vous êtes heureux de
recevoir des lettres ! J'en attends depuis
huit jours , & c'eft huit fiécles pour l'ami .
tié . =
Hait fiécles pour l'amitié , adorable
Lucile ! Comment les compteriezvous
pour l'amour ? Hé ! mais , dit- elle ,
baiffant les yeux ; c'eſt à - peu près le même
calcul ; il eft mille façons de plaire , il
n'en eft qu'une de bien aimer . Aufli
comme je la fais ! Avoir la meilleure des
àmies , un amant dont mon coeur eft
content .... Sans ce filence je ferois heureufe
. Vous feriez heureufe ! Ah !
foyez- le , Lucile , & laiffez moi jouir du
charme inexprimable d'affurer ce bonheur
pour lequel je donnerois mille vies ;
prenez cette lettre , elle m'eft adreflée
pour vous être remife avec fûreté. Ah !
Lucile , fi j'en crois mes preffentimens ,
que nous allons être heureux ! Lucile lut
cette lettre avec un battement de coeur
continuel : elle étoit de Madame de Célicourt
quelle tendreffe dans fes reproches
, quelle bonté dans fes avis ! Elle ne
défapprouvoit pas la conduite de Lucile ,
mais elle lui démontroit les rifques
qu'elle eût courus fi fon coeur fe fût laiffé
44 MERCURE DE FRANCE.
30
furprendre à des apparences d'honnêteté ,
de délicateffe . Quelle émotion n'éprouva
pas Lucile en lifant cet endroit de la
lettre , où après lui avoir peint les malheurs
auxquels elle s'étoit expofée , Ma
dame de Célicourt dit , avec toute . la
vivacité de l'amitié : « Heureuſement ,
» ma Lucile n'éprouvera pas ces maux !
» Son amant m'eft connu ; il eft digne
» d'elle , il faura l'aimer , & déjà je
tiens de fa tendreſſe l'aveu des fentis
» mens qu'elle lui infpire. Heureux aveu !
» quelle joie pure tu me fais goûter!
» Lucile , ma chère Lucile , oublie , s'il
eft poffible , que tu es amante , & peinse
toi le bonheur de ton amie , fielle peut
ste nommer fa fille , en tonifiant ad
Comte de Lozane , au fils le plus ten-
» dre & le plus foomis . »
emportée par le fentiment ,
vous , fon fils ! Elle fe tot , & bientôt
des larmes innondèrent les joues.
Lozane vouloit la calmer , effuyer fes
pleurs. Ah ! laiffez - les couler , lui ditelle
, ces larmes précieufes ! Elles font
douces comme le fentiment qui les infpire.
Mais lfons cette lettre , que je
m'inftruife des circonftances de mon
bonheur, Madame de Célicourt juftifioir
les motifs de fon fileace . Son fils devoit
Lucile ,
s'écria ,
A O UST . 41 1776.
être peu riche , & fa délicateffe eût fouffert
d'infpirer à fon amie des fentimens
qu'eût défapprouvé fa famille ; le bonheur
de Lozane exigeoit cette précaution. Il
n'eût pu la connoître fans l'aimer , &
cette tendreffe eût fait fon malheur ;
mais la mort d'un oncle qui lui avoit légué
tous les titres & fes biens , lui donnoit
l'espoir de le faire agréer à fes parens , &
remplifoit tous les voeux de fon coeur
puifque Lozane favoit également &
l'aimer & lui plaire , Madame de Célicourt
l'inftruifoit des moyens qu'elle
alloit employer pour le fuccès d'un projet
qui devoit affurer leur bonheur . Ces
deux amans fe livroient à toutes les douceurs
de l'efpérance , quand ils entendirent
le bruit d'un équipage . C'étoit Madame
de Célicourt ; elle venoit avec un
parent de la Marquife , lui demander
Lucile . Le défintérellement de Madame
de Célicourt , joint au defir qu'avoit la
Marquife de fe défaire d'une fille , que
des attraits touchans pouvoient rendre
une dangereufe rivale , fit difparoître
toutes les difficultés ; leur hymen fut
arrêté , & le jour fixé pour la célébration .
Cette nouvelle tranfporta Lozane ; la
joje de Lucile fut plus modérée, fans être
46 MERCURE DE FRANCE .
moins fentie . Cette nuance délicate plut
à Madame de Célicourt . L'heureux amant
de Lucile fut fe prêter à fon modefte embarras
, & l'en aima davantage. Lucile
devint la femme de Lozane , fans ceffer
d'être fon amante ; ils s'aimèrent toujours ,
& leur union fut celle de la vertu & des
grâces. Madame de Célicourt vécut avec
eux. Lucile eur des enfans auffi bons que
leur père ; elle les nourrit , les aima ,
s'en occupa uniquement , & connut tout
le bonheur d'être époule & mère.
Par Mademoiselle Nély, de Nantes.
LE PHILOSOPHE SYRIEN.
BAGDAD
AGDAD étoit foumis au Trône des Califes :
Malec- Azor , au rang de fes Aïeux ,
Comptant plufieurs Vifirs de ces Princes Pontifes ,
Lui même étoit pourvu d'emplois très - glorieux .
Sa prudence infinie & fon efprit fublime ,
L'avoient fait , tour à- tour , Miniftre , Ambafladeur.
Turcs , Perlans , Syriens , d'une voix unanime ,
Offroient à fes vertus l'encens le plus flatteur.
Sur les bords enchantés du Tigre & de l'Euphrate ,
A O UST. 1776. 47
Malec fuyant le fracas de la Cour ,
D'un champêtre palais élifoit le féjour ;
Sans s'aflervir aux dogmes d'Hippocrate ,
Sans fupporter le joug d'une Maîtrefle ingrate ,
En d'innocens plaifirs il y pafloit lejour.
Par fon afpect la campagne embellie ,
S'orne d'attraits nouveaux pour flatter ſes defirs ;
Les côteaux décorés d'orangers , d'ambroifie ,
Le concert des oifeaux , le parfum des zépbirs ,
Charment fes fens des douceurs de l'Afie.
Ici paroît le Tigre impétueux ,
D'une flèche , en ſa courſe , imitant la viteſſe ;
Et là , l'Euphrate , au cours majestueux ,
Semblant quitter à regret ces beaux lieux ,
Pour les mieux contempler ferpente avec mollefle.
Deux canaux détachés dans des boſquets charmans
,
Après s'être joués fur la verte prairie ,
Courent dans la riviere , ainfi que deux enfans
Cherchant le fein d'une mere chérie .
Virgile harmonieux qui chantas autrefois.
L'Hèbre & le Simoïs , ou l'Oronte & le Gange ,
L'Euphrate vagabond dans les prés & les bois ,
Mieux que l'Hèbre & qu'eux tous méritoit ta
louange.
Malec en fes jardins , digres d'Alcinoüs ,
Cultive de fes mains l'oeillet , la tubéreuſe ,
48 MERCURE
DE FRANCE
.
Taille des efpaliers les rameaux fuperflus ,
Et la plante qu'il foigne en eft plus vigoureufe.
Parmi ces doux travaux , il avoit chaque jour
Des légions d'amis accourans de la ville ,
Pour goûter avec lui la paix de fon afyle.
Fuffe t- il dans un antre , un riche auroit fa cour :
Malec apprécioît un encens fi futile.
Il faifoit , tous les foirs , un mémoire fecret
D'amis ou gens liés au char de fa fortune ;
Aux loix de l'amitié fi quelqu'un dérogeoit ,
Sans lui marquer ni chagrin , ni ranculie ,
Malec du livre auffi - tôt l'effaçoit.
Muzul , fon Intendant , fer la lifte nombreuſe,
Jetait par fois un coup d'oeil en paffant:
Serviteurs font de race alerte & curieufe ;
Ce travail fingulier offufquoit l'Intendant ;
Du defir d'être inftruit il fuoit fous le linge.
Il faut , dit -il en foi , qu'Azor foit bien conftant !
Ecrire & puis rayer , c'eſt'ouvrage de finge.
Cédant unjour au tranſport curieux ,
Seigneur , s'écria - t- il , des humains le plus fage ,
Vous , dont le temps eft précieux ,
*
Qui ne vous occupez qué d'objets glorieux ,
Pourquoi biffer ce livre à chaque page ?
Cet immenfe recueil , lui répondit Azor ,
Formé depuis dix ans ,d'amis offre un regître.
ption
-Que
A O UST. 49 1776 .
Que vous êtes heureux !
tréfor
-
Oui , fi ce vain
Ne m'offroit pas des noms biffés à juste titre.
Tel que je crus un ami généreux ,
Me prenoit pour la dupe , il fallut le profcrire ;
Tel avoit de l'humeur & vifoit au délire ;
L'un m'a ravi l'objet dont j'étois amoureux :
L'autre , mon protégé , trompa ma confiance ;
Difcret Muzul , pouvois - je en conſcience
Profaner mon recueil de leurs noms odicux ?
Je crus que ma famille offroit plus de reflource ,
Et que le fang cimentoit l'amitié :
De mes proches , hélas ! moins chéri qu'envié ,
L'un convoitoit mes biens , l'autre épuifoit ma
bourfe ;
BATH
Prefque tout cet effain de ma lifte eft rayé.
Il n'eft donc , dit Muzul , plus d'amis fur la terre ?
Tujuges mal ; il s'en préfente affez ,
Qui femblent même auffi francs qu'empreffés :
Mais , légers comme vent , que verre ,
Au moindre choc leurs liens font brifés .
Tel ami nous retrace une terre mouvante
auffi frêles
Que les Chaffeurs n'ofent prefque effleurer ,
Tant ils ont peur d'y demeurer ;
Sa bienveillance eft aflez engageante ,
Mais gardons- nous de trop la pénétrer,
Deux amis que pour moi je crus remplis d'eftime ,
C
MERCURE DE FRANCE.
Se trouvoient dans un cercle où l'on me déchiroit ;
L'un ſouffroit la ſatire & l'autre ſourioit.
Dans l'un c'eſt lâcheté , dans l'autre c'eſt un çrime.
Des deux amis l'un doit être rayé ,
Reprend Muzul , & le fecond noyé.
Apprends un trait plus cruel & plus traître ;
Olman que , par malheur , j'ai tiré du néant ,
Qui ſembla ſi zélé tant qu'il fut mon client ,
Fait Bacha par mes foins , ofe tout le permettre.
Lui de qui je crus faire un ami bien conſtant ,
Envieux de mon poſte , altéré de mon fang ,
Aigrifloit contre moi le Calife , mon Maître.
Im'a fallu dévorer mon chagrin .
Pour m'amufer , j'ufai d'un ftratagême :
Depuis vingt ans je cultivois Sélim ,
Et le traitois comme un autre moi même.
Je feins un jour de verfer dans ſon coeur
Le poids cruel d'une affreuſe diſgrâce.
« J'ai perdu , m'écriai-je , une éminente place ;
Sans appui , fans argent , je péris de langueur ».
Je vis foudain s'allonger fon vilage ;
Des rides fillonnoient (on front de toutes parts ;
Il dit , en me lançant de farouches regards :
« Le ciel , en les arrêts , ne peut qu'être fort ſage ;
Ton inconduite a caufé ton naufrage ; 32
Je ne puis rien pour toi , je te blâme & je pars »
L'épreuve , cher Muzul , ainfi fut bien cruella .
A OUST. ST 1776 .
Un autre cût immolé cet homme au coeur d'acier
D'un ftoïque mépris j'aimai mieux le payer:
Combien d'amis font faits fur fon modele !
Beaucoup d'humains font des loups dangereux ;
Je crains , je fuis leurs traits ; mais je vis avec eux.
Il me refte , au furplus , trois amis pleins de zele ;
L'un , que j'aimai dès mes plus jeunes ans ,
Après quarante hivers eft demeuré fidele ;
L'autre , dans un combat embraſſa ma querelle ;
E: l'autre enfin , comblé de mes préfens ,
Loin de vouloir , par une lâche abſence ,
Brifer le joug de la reconnoiffance ,
Pour moi s'épuiſe en foins très - obligeans.
Mais qui peut pénétrer le caprice des hommes !
Peut être ce trio , dont j'ofai me flatter ,
Si mon crédit vacille , eft prêt à me quitter.
L'attrait feul nous conduit , aveugles que nous
[ommes !
Enfin le voile tombe , il nous faut décompter.
Parmi les noms rayés de ma légende ,
Il en eft un d'un équivoque ami ;
N'ayantpour le bannir nulle caufe aflez grande ,
Il n'eft encor effacé qu'à demi .
Fait Vifit depuis peu , fans un rare mérite ,
Il laide voir un air froid envers mois
Peut être auffi n'eſt- i! pas lans effroi
Que de fon poste on ne le précipite.
Cij
52
MERCURE DE FRANCE,
De fon emploi l'éclat trop radieux ,
Intercepte à les yeux le profane vulgaire ;
Il croit qu'un air abſtrait , un ton mystérieux ,
Doivent marquer fon nouveau caractere :
Mais s'il cefloit un jour d'être Vifir ,
A nos antiques noeuds il pourroit revenir ;
La difgrace aux gens fiers eft par fois falutaíre.
Tel ami trop connu , nous oblige ſouvent ,
Si nous voulons conferver la tendreſſe ,
A lui defirer tout , excepté la richeffe ;
Nous le perdons , s'il devient opulent
Par M. Flandy:
TYRCIS & ÉGLÉE.
Idylle.
LE foleil ſe plongeoit au vaſte ſein des mers ;
Du tranquille Océan la furface brillante
Réfléchifloit au loin la lumiere éclatante ;
Et le calme régnoit fur l'onde & dans les airs.
Une antique forêt , non loin de ces rivages ,
Etend aux environs fes fortunés ombrages.
Une grotte , en ce lieu charmant ,
Offre un afyle frais , tapiflé de verdure ,
AOUST. 1776 , 53
D'où l'oeil , admirant la nature ,
S'égare avec plaifir fur l'humide élément.
Là , près de fon Eglé , guidé par fa tendrefle ,
Tyrcis , qui redoutoit le plus grand des malheurs ,
L'inconftance de la Maîtreffe ,
Exprimoit en ces mots les naïves douleurs.
TYRCI S.
Le Seigneur du canton vous offre fon hommage :
Je n'ai pas , comme lui , l'art de féduire un coeur z
Mon amour est timide ainfi que mon langage...
Mais Eglé d'un regard peut faire mon bonheur.
ÉG LÉ.
Il est vrai que Lindor auprès de moi s'empreffe ;
Dans les yeux j'ai lu fon amour :
Et
Mais croyez- vous qu'il m'intéreffe ,
que fes voeux enfin foient payés de retour ?
TYRCI S.
Lindor eft riche , il eft aimable ;
C'estun jeune Seigneur , je ne fuis qu'un Berger ;
Lindor n'eft -il pas préférable ?
Dis -moi , le vois - tu fans danger?
Je connois bien ton coeur ; mais ...
ÉG LÉ.
Crains de l'outrager
Ciij
14 MERCURE DE FRANCE.
La douce égalité , la paix & la tendrefle ,
Des vertus & de la candeur ,
Bien mieux que l'or & la grandeur ,
Feroient ma gloire & ma richeſſe.
Mon coeur ne le vend point : mais le tien , ah !
Tyrcis !
Entre l'amour & l'or refteroit indécis.
TYRCI S.
Pardonne , je me fuis défié de moi- même ;
Sans doute j'ai dû m'alarmer.
Eglé , tu fais combien je t'aime !
Que ne puis -je auffi te charmer !
Le vain éclat de l'or ne fauroit me (éduire ;
Ton coeur eft tout pour moi c'eſt le bien où
j'afpire.
Sous ces feuillages toujours verds ,
Du fond de cette grotte où l'Amour nous attire ,
Que j'aime à contempler , dans un tendre délire ,
Le charme de tes yeux & la plaine des mers !
ÉG LÍ.
Ne m'offenfe donc plus par tes injuftes plaintes ,
Et bannis à jamais les foupçons & les craintes .
Près de toi qu'il eft doux de voir dans ce lointain ;
Sur le bord des rochers nos chevres fufpendues !
Regarde nos brebis enfemble & confondues ,
Errer parmi l'herbe & le thim!
A O UST. 1776 . SS
TYRCI S.
Ces objets font charmans ; que la natute eft belle !
Mais mon Eglé lui prête encore des attraits ;
Tesgraces , tes vertus , ton coeur tendre & fidele ,
De ces rians tableaux animent tous les traits.
ÉG LÉ .
Tyrcis , quand je te vois près de ton digne pere ,
Lui prodiguer tes foins , confoler fes vieux ans ,
Heureufe , dis je alors , heureuſe ta Bergere!
Tous les brillans parfums qui parent le printemps ,
La fraîcheur d'un beau foir flattent bien moins
mes fens ,
Que mon coeur n'eft charmé de ta vertu fincere.
Près de la grotte affis , dans ce bois folitaire ,
J'écoutois à loifir les difcours raviflans
De Tyrcis & d'Eglé , qui ne s'en doutoient guère ;
Tandis que les échos , trahiflant le myftere ,
Attendris , enchantés , répétoient leurs accens.
Par M. Marteau.
Civ
56
MERCURE
DE
FRANCE
.
LA VERTU TRIOMPHANTE DE L'ENVIE.
FILL
Poëme.
ILLE de Jupiter , la Vertu fur la terre
Defcendit autrefois du féjour du tonnerre ;
Et guidant les mortels à la félicité ,
Devint bientôt l'objet d'un culte mérité .
L'Univers la voyoit du vrai fage adorée ;
Et même du pervers , malgré lui révérée ,
Loin de s'approprier leur encens précieux ,
Avec lon propre encens , le renvoyer aux Dieux.
Au milieu des travaux , des foins , des facrifices ,
Combler les fectateurs d'innocentes délices ,
Du timide indigent prévenir les fouhaits ,
Sur les ennemis même étendre ſes bienfaits ;
Et l'oeil toujours fermé fur fa gloire fuprême ,
Applaudie en tous lieux , s'ignorer elle- même.
Son éclat , que ne peut contenir l'Univers ,
Pénetre un antre obfcur & voifin des enfers ;
Er frappe d'une atteinte accablante & fubite ,
Et les yeux & le coeur du monftre qui l'habite.
Dieux ! quel monftre ! fon corps livide , décharné ,
Son front pâle , hideux , de ferpens couronné ,
A O UST. 57 1776.
Ses cheveux hériffés , fon oeil fombre & farouche ,
Le venin qui toujours diftille de fa bouche ,
Son immortel ennui , que la lumiere aigrit ,
Tout marque en lui le fiel dont fon coeur le nourrit.
Jamais des noirs foucis la troupe meurtriere ,
Ne permit au fommeil de fermer la paupiere.
Il Toupire à l'aspect des ris & des plaifirs ,
Et lorsqu'il voit pleurer , il fufpend fes foupirs.
Le ciel , par un arrêt auffi jufte que fage ,
Lui laifle en châtiment (a malice & fa rage... Il en connoît
la honte & cherche
à la voiler ;
Mais les maux font trop grands pour pouvoir
les fcéler.
Au maintien confterné dont fa peine eſt ſuivie ,
Les yeux les moins perçans reconnoiflent l'Envic.
Au lumineux aſpect de la Fille des cieux ,
Une nouvelle rage étincelle en les yeux.
Les ferpens ranimés fur fon front le hériffent;
Dans fon coeur ulcéré d'affreux tranſports fe
gliflent.
Quoi ! jufques dans ce gouffre où me cache la nuïr,
Trop odieux objet , ta gloire me pourfuit !
Ç'en eft trop : à l'affront mefurons la vengeance.
Frémifante à ces mots , du gouffre elle s'élance ,
Sous un mafque impoſteur déguiſe ſon courroux
Cv
58 MERCURE
DE FRANCE
.
(Et quel mafquejamais déguiſa l'oeil jaloux ! )
Suit , prefle , perfécute , obfede l'Immortelle ,
La frappe chaque jour d'une atteinte cruelle.
Témoin lâche & malin de l'éclat glorieux
Qui fur les actions attire tous les yeux ,
Dans fes fougueux accès fans relâche « lle exhale
Contre ce viféclat fon haleine infernale ;
Si l'on croit les difcours , par la haine dictés ,
D'un fantôme brillant nos yeux font enchantés ;
La Vertu doit la gloire à l'art qui la déguife ;
C'eft le mafque impoſteur qui feul la divinile ;
Le génie & l'efprit , les plus rares talens ,
Ne font dans fon rival que des dons apparens :
Le zele , la douceur , la bonté , la droiture ,
Qu'humeur , que trahiſon , qu'amorce , qu'impoſture.
1
Ainfi parle l'Envie ; ainfi dans fes portraits ,
Dont l'Enfer lui fournit les couleurs & les traits ,
L'Immortelle eft noircie avec tant d'artifice ,
Qu'à peine l'oeil humain la diftingue du vice.
Grands Dieux ! de vos autels fes autels fontl'appui :
Son culte va s'éteindre & le vôtre avec lui .
Vain effroi : Jupiter , fon vengeur & ſon pere ,
Lance fur l'Euménide un regard de colere ,
La foudre de les mains eſt prête à s'échapper....
Non, detes propres coups j'aime mieux te frapper,
A O UST.
59 1776 .
Celle que tu pourfuis eft ma vivante image.
Tremble , monftre , dit- il ; qui l'outrage m'ou
trage.
Dans l'éternelle nuit tu voudrois la plonger.
Ta rage à mon courroux fuffit pour la venger.
Tu leras à jamais , te trahiflant toi - même ,
Le miniftre forcé de la gloire fuprême.
Il dit : l'Olympe tremble , & l'Envie en fureur ,
Du fupplice nouveau reflent toute l'horreur.
Contre l'augufte objet de fa coupable haine ,
Plus acharnée encor fa rage le déchaîne ;
Imprudente faveur , aveugle acharnement ,
Qui , d'un nouveau triomphe , eft pour lui l'iņftrument.
D'un plus brillant éclat , la Vertu couronnée ,
La traîne fur fes pas en eſclave enchaînée :
Tel tu vis tes Héros , maîtreſſe des cités ,
Trainer après leur char leurs ennemis domptés.
La modefte Vertu (ouvent marche voilée.
Son voile à nos regards l'eût peut- être célée :
L'Univers l'a connoît au monstre frémillant ,
Qui dévore à les pieds fon courtoux impuiffant.
Lâche Fille d'Enfer , tes attentats damnables ,
Tes affauts , auffi vains qu'ils femblent redoutag
bles ,
Ajoutent chaque jour à ſọn fort glorieux ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
L'honneur de pardonner , vrai partage des Dieux
De ton cil attentif l'inflexible cenfure ,
Affermit tous les pas que ta haine melure ;
Et fi quelque furprife un inftant l'égaroit ,
Soudain ton ris amer de l'erreur l'inftruiroitz
Enfin ce fouffle infect , cette vapeur fatale ,
Que contre elle ta rage inceflamment exhale ,
Ces nuages impurs , fans cefle renaifans ,
Les Dieux , les juftes Dieux les changent en eucens.
Raflurons- nous , mortels , des fureurs de l'Envie :
La Vettu (ans relâche eft en vain poursuivie.
Le Héros vertueux eft toujours respecté :
Il court , malgré l'Envic , à l'Immortalité.
Par M. l'Abbé Amphoux , de Marfeille ,
Aumônier des Galeres du Roi . Il eft l'Auteur
de l'Ode intitulée la Sageffe , inférée
dans notre premier Mercure d'Avril 1776.
LE
mot de la première Enigme du
volume précédent eft Coq ; celui de
la feconde eft Souris ; celui de la
troifième et l'Enfeigne. Le mot du
premier Logogryphe eft fon ( de farine) ,
où le trouve on ; celui du fecond eft
A O UST.
GI
1776.
Cordeau , où le trouvent cor & eau ; celui
du troiſième eft Broffe , où on trouve
roffe.
ENIGM E.
Je fuis long chez la jeune Iris ,
JE
Et beaucoup plus court chez Damis :
Mon frere en tous points me reflemble ;
Nous voyageons prefque toujours enfemble ,
Tantôt vuides , tantôt remplis :
La farouche Clarice avec nous eft traitable ;
Nous careflons fa belle main ; -
Elle nous eft fi favorable ,'
Qu'elle nous place fur fon fein.
Elle nous mene au bal : mais nous quitte loudain ,
Quand elle veut le mettre à table :
Nous n'avons ni foif , ni faim ,
Nous devons même fuir le vin , la bonne chere :
Car une fois fommes nous gras ,
Adieu Philis , adieu Glicere ,
Nous ne voyons plus ves appas :
Et la vieille fle avançant à grands pas ,
Nous enfonce dans la mifere .
Alors on nous fépare indignement ;-
62 MERCURE DE FRANCE.
On nous traite cruellement ;
Nous fommes battus comme plâtre :
Couverts de pus , couverts de fang ,
Notre corps n'eft plus qu'un emplâtre ...
Mais , chut.... Enfin , Lecteur , peut- être qu'à
l'inftant
Tu me tiens , même en me cherchant.
Par Mademoiſelle Namys de Saint- Aubin.
AUTR E.
Nous fommes , cher Lecteur , deux foeurs en
tout pareilles ,
Si bien qu'en notre choix on fe trompe ailément ;
Et quoique nous n'ayons point d'yeux & point
d'oreilles ,
On nous confulte aflez fouvent.
Nous fommes toutes deux d'une structure ronde ,
Notre ufage eft connu prefque de tout le monde.
Nous fervons de (ymbole à la Divinité
Qui , pour guide , eut toujours la fimple vérité.
Commence , Ami , par nous fufpendre ,
Si tu veux de nous te fervir ,
Et... Mais il eft temps de finir ,
Gar c'e auffi te faire trop attendre.
Par M. L. D. M. , de Nantes,
A O UST. 1776. 63
AUTRE.
A Madame B... en fon Château d. B…..
A DEVINER le mot de mainte énigme obſcure ,
Vous trouvez donc quelques plaifirs ?
Permettez qu'avec le Mercure
Je partage l'honneur d'amufer vos loifirs .
Vous trouverez aux champs , & jamais à la ville ,
Ce dont je vous cache le nom :
Souvent dans un terrein fertile
On le détruit avec raifon ;
C'est donc qu'il eft nuifible ? Non :
Mais c'est qu'il eft fort inutile ,
Et qu'un cultivateur habile
Chez lui ne veut rien que de bon.
De fleurs allez fouvent la nature le pare ,
Et quoique ces fleurs foient fans prix ,
La nature en paroît avare :
Car fiquelqu'imprudent bruſquement s'en empare,
Par mille traits piquans il le trouve furpris .
C'eft-là que le gibier ſouvent trouve un alyle
Contre les armes du Chafleur ;
Mais , hélas ! de ce lieu tranquille
Le terrible Briffaut vient troubler la douceur.
64 MERCURE DE FRANCE .
Aux traits déjà tracés , vous connoiffez peut - être
Ce queje cherche à vous cacher.
Quoi ! vous prenez encor la peine de chercher ?
Ç'en eft trop , en deux mots faifons - le donc cennoître
:
C'eſt le nom d'un féjour que le ciel a béni ,
Séjour heureux , digne d'envie ,
Où des Sages ont réuni
Tout ce qui peut former le bonheur de la vie .
Par M. D. St. G. Chevalier de Saint
Louis.
LOGO GRYPH E.
JEE fuis doublement néceflaire ,
Pendant ma vie , après ma mort ;
Sur la terre j'ai plus d'un frere
Qui doit fubir mon trifte fort.
Sans refpecter mon innocence ,
On m'aflomme cruellement ,
On me déchire impitoyablement :
De mes travaux paflés voilà la récompenfe.
Cinq pieds forment mon tout , Lecteur :
Si tu coupe mon chef, je t'offre de bon coeur
Un aliment fort en uſage ,
A O UST. 65 1776.
Facile à digérer ; l'oppofé du mot fage ;
Tu trouveras de plus dans ma combinaiſon
Un élément chéri dans la froide ſaiſon ;
Enfin mon exacte analyſe
Te fourniras , charmante Life ,
Ce qu'en hiver , chemin faifant ,
Sous tes pas tu foules fouvent.
A Angers. Par M. Lepiniere.
AUTR E.
UTILE à tes jardins , fouvent dans fon loifir ,
Le fage fait de moi fon unique plaifir.
Six pieds armés de dents font toute ma ſtructure .
Ne mets pas ton efprit fi fort à la torture ,
De mon tout fais deux parts , réfléchis un inftant ,
L'une offre un animal qui va toujours rongeant ;
L'autre , d'un grand buveur n'a jamais fait l'envie.
T'en dire plus , Lecteur , ce feroit bien folie .
ParM. Langlet , petit Clerc de Notaire.
***
66 MERCURE DE FRANCE.
AIR des Mariages Samnites .
UNE JEUNE SAM NITE.
POUR les pla- cer dans mes cheveux
, Zéphir , je te vo- le ces
ro- fes ; Je les dé- robe à
peine é- clo fes , C'eft un emblê- me

de mes voeux : La pa- ru- re la
plus mo- defte parle mieux à
Mufique de M. Grétry.
A O UST. 1776. 67
l'oeil du dé- fir ; Aux fleurs je
puis joindre un fou- pir , Et mon regard
, Et mon re- gard di- ra le
ref- -
te. Choeur. Aux fleurs je
puis joindre un fou- pir , Et mon regard
di- ra le ref- - te.
Si jeune encor , comment favoir
D'où peut naître une heureufe flamme ?
J'entends déjà parler mon ame :
Le defir s'unit à l'efpoir.
Ne peut- on , coquette modefte ,
Kéunir tout ce qui féduit .
Formez mon coeur & mon efprit , (bis)
Mon jeune coeur fera le refte.
68 MERCURE DE FRANCE.
CEPHALIDE.
Toute fleur naît avec fon fard ;
Telle on doit être quand on aime ;
La Beauté , c'eft l'Amour lui -même ;
Aimer peut- il donc être un art ?
Le fentiment , ce don céleste ,
Suffit lui feul pour embellir ;
Si mon coeur m'apprit à fentir', (bis)
Le tendre Amour fera le refte ,
ELIAN E.
Si pour enchaîner des Guerriers ,
Il ne faut que l'oeil d'une Belle ;
Des myrthes font trop peu pour elle ,
Il lui faut encor des lauriers :
Notre fort eſt un joug funeſte.
Que n'avons nous l'honneur du choix ?
La gloire affureroit nos droits , (bis)
Et la beauté feroit le reſte.
AOUST. 1776. 69

NOUVELLES LITTÉRAIRES .
* Suite de l'Extrait des différens Ouvrages
publiés fur la vie des Peintres ; par
M. D. L. F. A Paris , chez Ruault ,
Libr. rue de la Harpe .
*
C'EST à la plus parfaite intelligence du
clair obſcur , à un pinceau moëlieux , &
à l'art d'unir favamment les couleurs , que
l'Ecole Flamande doit fa réputation .
On lui reproche une imitation fervile
dans les objets de fon choix , dont fou-
´vent la baffeffe exclurait les grâces , ſi la
naïveté ne les rappellait.
Rubens & Vandick font les principaux
foutiens & la gloire de l'école Flamande .
« Pierre- Paul Rubens , qu'on a nom-
» mé le Prince des Peintres Flamands ,
» naquit à Cologne, d'une famille noble ,
» en 1557. Sa première jeuneſſe fut foi.
gneufement cultivée, & il fit de rapides
progrès dans l'étude des belles - lettres .
H
"
* Article de M. dela Harpe,
70 MERCURE DE FRANCE.

وو
Après la mort de fon père , il fe li-
» vra à la forte inclination qu'il avait
» pour la peinture , & entra chez Adam
» Van-Oort , qu'il quitta peu de temps
» après , pour ſe mettre fous la conduite
d'Orto Venius , qui paffait alors pour
le Raphaël des Fiamands. Vers l'âge
* de 22 à 23 ans , Rubens fait con
» naître les talens qu'il avait acquis fous
" un auffi bon maître , l'Archiduc Albert
» l'envoya à Vincent de Gonfague , Duc
de Mantoue , qui le reçut
favorable-
» ment , & fe l'attacha en qualité de
» Gentilhomme ; il s'appliqua , pendant
» un féjour de fept années dans cette Cour,
933
"
"
ayant
à copier les ouvrages de Jules - Romain ,
» & à faire plufieurs grands tableaux de
»compofition , qui lui attirèrent l'eftime &
»l'amitié duDuc.Il fut nommé par ce Prin-
» ce fon Envoyé auprès de Philippell , Roi
'd'Efpagne , dont il obtint la bienveil
lance par les portraits qu'il fit de lui &
» des Seigneurs les plus diftingués de fa
» Cour. I y fit auffi plufieurs tableaux
» d'hiftoire , dans lefquels on connur
» fon érudition & fes talens pour la peinn
ر د
» ture .
» Le Duc de Bragance , depuis Roi de
» Portugal , & ami des arts , fit engager
A O UST. 71 1776 .
19 Rubens à le venir trouver à Villa - Vi-
» ciola , où il faifait fa rélidence ; & ce
» Prince fut aulli fatisfait de fa perfonne
que de fes talens.
"
De retour à Mantoue , le Duc l'en-
" voya à Rome pour étudier les ouvra-
» ges dés grand Maîtres ; il fe rendit
≫ enfuite à Venife , où les travaux du
Titien & de Paul Véronèse l'arrêtèrent.
Ce fut dans cette excellente école du
Coloris , qu'il a puifé les règles fures
» de cette partie , la plus agréable de la
peinture , & dans laquelle il s'eft mon-
» tré fi fupérieur . Il retourna à Rome ,
» où il fir plufieurs tableaux d'autels ,
» dans lefquels on remarqua les progrès
qu'il avait fait pendant fon féjour à Ve-
» nife . Il paffa à Gênes , où il fit pour
» les Jéfuites différens tableaux d'hif-
❞ toire.
ر د
"

n
» Une maladie qui furvint à fa mère ,
l'engagea à fe rendre à Bruxelles , &
» peu de temps après il forma le projet
» de retourner à Mantoue ; mais l'Archi-
,, duc informé de ce deffein , lui dit qu'il
» ne fouffrirait pas qu'on enlevât à la
» Flandre fon plus précieux Artifte . Tou-
» ché des bontés de ce Prince , il fe fixa
» dans fa Patrie , où il fit bâtir une belle
و د
72 MERCURE
DE FRANCE.
و ر
n
maifon , dans laquelle il fit une collec
>> tion de tableaux des plus grands Maî-
» tres des différentes écoles d'Italie , & une
» fuite confidérable de ftatues antiques.
»Rubens commença alors à jouir tranquil
» lement de fa réputation & defa fortune,
« continuant toujours de peindre pour fes
amis , avec la même affiduité qu'il
« avoit fait dans fes premières études .
»
09
ود
» La gloire de ce fameux Artifte parut
» dans tout fon éclat en 1620 , lorfque
Marie de Médicis , de retour à Paris ,
le choifit pour peindre, dans une gale-
» rie du Palais du Luxembourg, les princi .
paux événemens de fa vie , depuis fa
» naiffance , jufqu'à l'accommodement
qu'elle fit à Angoulême avec fon fils ,
Louis XIII .
»

"
و د »RubensvintàParis,compofales
efquiffes de ces différens fujets , & re-
» tourna à Anvers pour les exécuter , excepté
cependant deux tableaux qui furent
faits à Paris ; la Reine ayant marqué
autant de plaifir à s'entretenir avec
» lui qu'à le voir peindre ..
">
و د
و د
93
>>
و د
L'heureux fuccès de ce grand ouvrage
avait déterminé cette Princeffe à
faire repréſenter dans la feconde gallerie
, les événemens du règne de fon Augufte
époux ; mais les troubles furve-
>> venus
-
A O UST. 1776. 73
» venus en France empêchèrent l'exécu-
» tion de ce projet ; néanmoins il nous
» refte heureuſement les efquiffes que
» Rubens en avait faites par l'ordre de
» la Reine. Ce Peintre fit dans le même
» temps le portrait de cette Princeſſe.
"
» L'Infante Ifabelle voulut bien lui
» confier une négociation fecrette auprès
» du Roi d'Efpagne. Il eut plufieurs con-
» férences avec Sa Majefté , qui le fit
» traiter avec la plus grande diftinction ,
& loger au Palais de l'Efcurial , où les
" tableaux d'Italie fixèrent toute fon at-
» tention. Il copia , pendant fon féjour ,
les ouvrages du Titien . Quelque temps
» après le Duc d'Olivarez chargea Rubens
» de commiffions fecrettes , & lui donna
» de la part du Roi un diamant d'un
grand prix , fix beaux chevaux , & la
Charge de S. crétaire du Confeil privé,
" avec le Brevet de la furvivance de cette
» Charge pour fon fils .
33
"
»
» De retour en Flandre , il fut chargé
» par l'Infante Ifabelle d'une autre
commiffion particulière pour la Hol-
» lande.
Le Duc d'Olivarez fit entendre au
Roi d'Efpagne que
Rubens étoit propre
à traiter des conditions de la paix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
ןכ
2
"
» avec le Roi d'Angletere , par l'amitié
qui régnait entre lui & le Duc de
Buckingham ; il palla à cette Cour , &
» trouva le moyen de réuffir dans fa com-
» miffion . Le Roi d'Angleterre , à qui
fa négociation avait été très - agréable ,
» le décora , dans le Parlement, du Cordon
» de fan Ordre & d'un riche diamant. Il
» lui donna la même épée avec laquelle il
» avoit fait la cérémonie , & joignit à cette
» marque de diftinction le préfent d'un
» fervice complet de vaifelle d'argent ,
» de la valeur de 12000 florins , Pendant
» fon féjour à cette Cour , malgré les
» Occupations indifpenfables de fa négo-
» ciation , il ne négligea pas la peinture ;
» il fit nombre de plafonds pour Witchal,
» où il repréfenta l'hiftoire & l'apothéofe
» de Jacques I , & plufieurs tableaux
particuliers qu'il ne put refufer à la fol.
" licitation de fes amis.
"
"3
»
n Rubens de retour dans fa Patrie , au
» milieu des honneurs & des richeffes ,
fenfatigué
par fes nombreux travaux ,
» tit de bonne heure les infirmités de la
vieilleffe , & finit fes jours à Anvers
» en 1640 , âgé de 63 ans , également
>> regretté des Souverains qu'il avoit fervis
, des Artiſtes , dont il étoit le père,
AOUST. 1776. 75
l'ami & le bienfaiteur , ayant raffem-
» blé & formé dans fa nombreufe école
» tous ceux dont les commencemens annonçoient
des difpofitions pour la
peinture.
29
» Rubens a écrit plufieurs ouvrages en
latin , les uns fur les règles de fon arr ,
• d'autres far le coftume des anciens .
» Il parlait & écrivait fept fortes de lan-
» gues différentes . Il joignait l'étendue
» du génie aux plus vaftes connaiflances.
» dans l'hiftoire. Il fut , avec une imagi-
» nation auffi jufte que brillante , unir
l'allégorie à la fable.
"
23
" On ne peut trop admirer dans fes
compofitions , l'induftrie avec laquelle
» il a lié & diftribué fes grouppes ; il en
➡ a varié les attitudes , & les a rendues
quoique contraftées , auffi fimples que
naturelles. Exact dans les expreffions ,
» noble dans fes caractères , il a donné
» de la grandeur & de la dignité à fes
perfonnages , fuivant leur qualité & leur
caractère. S'il a quelquefois manqué
» au choix de la plus belle nature , & à
» une exacte correction , il y a été entraîné
par le goût de fon Pays ; & malgré
les études , il n'a pu entièrement
» le furmonter, Son coloris , qui a toujours
"
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
"
»
» fait la principale partie de fon talent, l'a
diftingué & élevé au - deffus de tous les
» Artiftes. On ne peut s'empêcher d'ad
» mirer la fraîcheur de fes carnations , la
beauté de fes teintes , où il femble
» que l'on apperçoive la circulation du
fang , à travers l'épiderme. 11 favait
donner la vie à fes ouvrages , par fa
» touche animée & pleine de feu ; une
» fonte douce & légère fans altérer fes
» couleurs , en conferve tout l'éclat & la
» vivacité .
>>
"
"
·
» Ses draperies font convenables aux
fujets; les étoffes font jetées avec art
» & fans affectation , les plis en font
amples , & l'oeil néanmoins y deffine
» aifément le nud . On y reconnaît dif-
» tinctement la foie & la laine . Le brocard
d'or & les pierreries y font autant
» d'effet qu'il eft poffible à la peinture
» d'en donner à leur éclat naturel.
» Tous ces talens réunis , qui diftinguaient
fi particuliérement Rubens dans
» les grands fujets d'hiftoire , ne lui
» avaient point fait négliger le portrait ;
» y excellait auffi bien que dans le
» payfage , les animaux , les fleurs & les
» fruits.
il
» Les ouvrages de ce célèbre Artiſte
AOUST. 1776. 77
"
"
font en fi grand nombre , qu'à peine
peuvent- ils être connus . La Flandre
» l'Italie & la France en font remplis.
» Anvers , fa Patrie , renferme nombre
» de fes chefs- d'oeuvres , entre leſquels
» font un crucifiement , & une defcente
» de croix , qui fixent toujours l'admira-
»tion des étrangers & des amateurs .
» La ville de Paris pofsède le plus
» grand objet de la gloire de cet Artiſte ,
» dans la nombreufe fuite de la gallerie
du Luxembourg , compofée de 24
» tableaux , repréfentans les principaux
» événemens de l'hiftoire de Marie de
Médicis. Les plus confidérables font le
» couronnement de la Reine , l'apothéose
» d'Henri IV , & fon gouverneinent pen-
» dant la régence. Un de ceux pour lequel
» on a toujours paru prendre un inté-
» rêt particulier , c'eft la naiffance de
» Louis XIII , où l'on admire fur le
vifage de cette Princeffe , la double expreffion
de la joie qu'elle reflent d'avoir
» donné le jour à un Dauphin de France ,
» & celle des douleurs indifpenfables des
» fuites de l'enfantement .
"
و د
39
» Ses tableaux font trop connus pour
qu'il foit befoin d'en répéter les éloges ,
tous répondant aux grands talens & à
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
la jufte réputation que ce grand Artifte
» a fi juftement méritée.
» Antoine Vandick , né à Anvers en
" 1599 , eut pour premier maître Van-
» Balen , bon Peintre Flamand , & ne
tarda guères à le furpaffer.
» Rubens le reçut enfuite dans fon
» école , & connut fi bien la fupériorité
» de Vandick far tous fes autres élèves ,
» qu'il ne fe faifait point de difficulté de
22
lui faire terminer des tableaux qu'il
» n'avoit fait qu'ébaucher , & de lui en
» faire recommencer d'autres qu'il re-
» touchait. Mais le bruit s'étant repandu
» que Vandick faifait la plus grande par-
» tie des ouvrages de fon maître , Rubens
détermina le jeune Artifte à quit
»ter fon école , en lui faifant néanmoins
" préfent de deux de fes meilleurs tableaux
, & du plus beau cheval de fon
» écurie.
"
"
» Le genre du portrait auquel Vandick
fe livra , lui fournit beaucoup
d'occupation. Rubens lui ayant con-
» feillé d'aller en Italie , il entreprit ce
» voyage à l'âge de 20 ans . Il refta longtemps
à Venife pour y étudier les ou-
» vrages du Titien & de Paul Véronèse.
Il pafla enfuite à Gênes, où il fut ex-
و
A O UST. 1776. 79
trêmement occupé ; de- là il fe rendit à
» Rome ; mais les Peintres de fon pays
» qui y éraient alors furent jaloux de fon
» mérite , & s'efforcèrent de décrier fes
» ouvrages ; c'eft ce qui le détermina à
» quitter cette Ville pour retourner à
Gênes & enfuite en Flandre , où l'amour
» de la Patrie le ramena . Le premier
» tableau que l'on vit de lui dans ce pays ,
»fic connaître combien l'Italie l'avait
"
»
perfectionné. Son goût s'était épuré ;
» il employait plus d'art , & terminait
davantage fes productions . Bientôt fa
réputation égala fes talens , Vandick
» fut furnommé le Prince de la peinture ,
particulièrement dans le genre du por-
» trait. Les grâces , l'expreffion , là ñ-
>> neffe , une touche légère & fpirituelle ,
» un pinceau plus coulant & plus fondu
» que celui de fon maître , des teintes
» tranſparentes , & qui femblaient laiffer
» appercevoir dans fes clairs le mouve-
« ment du fang , le firent regarder comme
39
fupérieur à tous ceux qui s'étoient exer-
» cés dans ce genre de peinture , aucun
n'ayant deffiné les têtes , & particulié-
» rement les yeux , avec autant d'efprit ,
» de fineſſe & de vérité . Ses ajuſtemens
» font grands & nobles ; il rend parfai-
Div
80 MERCURE DE FRANCE .
33
35
» tement la diverfité des étoffes . Ses
draperies font légères , vraies & faites
» avec une facilité qui annonce un Ar-
» tifte fupérieur à ces détails . Ses attitu
» des régulières & conformes au fujet
qu'il traitait , font reconnaître dans tous
» fes ouvrages les mêmes principes qu'il
» avait retenus de Rubens ; mais quoiqu'il
n'y mit pas autant de feu & de
chaleur
que lui , il n'en étoit pas moins
» propre aux grandes compofitions
» comme il l'a prouvé par plufieurs tableaux
que l'on admire dans les Eglifes
» de Flandre , dans les galeries & les
» plus beaux cabinets des Souverains de
l'Europe. On vante fut-tout fon Béli-
» faire.
و د
و د
ود
"
39
ود
" Il avoit voyagé en France & en An .
gleterrre , avant que fes talens fuffent
» affez connus ; il avoit eu même l'efpé-
» rance de peindre la grande galerie du
» Louvre , pour laquelle on avoit auffi
» fait venir Pouffin .
"
» Charles I , Roi d'Angleterre , entendant
vanter le mérite de cet Artifte ,
» eut regret de l'avoir fi peu connu , lorf.
qu'il vint à Londres. Il lui fit faire des
propofitions par le Chevalier Digby ,
qui l'engagea à faire un fecond voyage
و د
"
A O UST. 1776.
8x
dans ce pays. Le Roi le fit Chevalier
» du Bain , lui fit préfent de fon portrait
» enrichi de diamans , avec une chaîne
» d'or , lui donna une penfion confidé-
» rable & un logement . Ce Prince venait
fouvent le voir , s'affeyait auprès de
lui , & l'honorait d'une amitié fingu
» lière, Toute la Cour voulant l'imiter ,
les Dames & les plus grands Seigneurs
» fe difputaient le plaifir de lui faire des
préfens .
33
33
Il était dans l'ufage de commencer
» fes portraits le matin , & de les finir
» dans la même journée ; il retenait les
» perfonnes à dîner , & après il les retouchait,
& donnait à fes élèves à terminer
» fes ajuſtemens , & les draperies fur fes
» deffins .
» Vandick eût fait une fortune confi
» dérable , fi la grande dépenfe de fa
» table & de fes équipages , & même un
» nombre de muficiens qu'il tenait au
» tour de lui , n'eût abſorbé la plus grande
» partie de ce que lui produifait la peinture.
Il eut outre cela le malheur de fe
laiffer féduire par les vaines recherches
» de l'alchimie ; ce qui ne contribua pas
» peu à l'épuifement de fa fortune . 11
» répondit un jour au Roi, qui s'informoit
""h
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
» de l'état de fes finances , qu'un Artifle
s qui tient table pour fes amis , & qui a fa
» bourfe ouverte pourses maîtreffes , nefent
» que trop fouvent le vuide de fon coffie-
*9 fort.
» Ce grand homme mourut à Londres
en 1641 , âgé de 42 ans.
Les Hollandais , peuples flegmati
ques & laborieux , incapables de diftraction
dans ce qui les mène à leur
but , amateurs dès l'enfance de la plus
exceffive propreté , ont eu des Peintres
dont les ouvrages ont participé de toutes
ces qualités originelles.
Leur mérite le plus éminent, eft ce travail
opiniâtre qui leur a fait rechercher
avec une patience infatigable tous les
moyens que l'art emploie pour tromper
les yeux & les ravir par la magie du clairobfcur.
S Mais fans nobleffe fans dignité ,
fans fineffe , ils ont ignoré le grand fecret
de remoer l'ame , & de mettre en reffort
les paflions.
Ce font des défauts fans doute; cependant
on les oublie en voyant un tableau de
Rembran .
" Paul Rembran Van- Rin , fils d'un
Meunier , naquit en 1606 , dans un
A O UST. 1776. 83
village fur le bras du Rhin qui va à
Leyde. Il eut pour maître Jacob Vauz-
» Wanemburg , & fit des progrès éton-
» nans fous lui . Il paffa enfuite fix mois
"
à Amſterdam , chez Pierre Afteman ,
» Peintre d'hiftoire affez eftimé , & au-
» tant chez Jean Pinas ; mais il fe fraya
» une route toute différente de celle des
» Artiſtes de fon pays. Frappé de tout ce
qu'il voyoit , il devint grand Coloriſte
» & grand Peintre , fans fe mettre fort
"
en peine du beau idéal , & de la cor-
» rection du deffin. Il fe mocquoit même
» de ceux qui s'appliquaient à l'étude des
» ftatues Grecques & Romaines , & des
» grands- Maîtres d'Italie .
La manière de ce Peintre eft bien
» différente de celle des Artiſtes de fon
pays. Ses tableaux , touchés avec force
& peu agréables à regarder de près ,
» font foutenus par un coloris vigoureux
» & un ton fuave qui leur donne autant
» de relief de vérité. On lui repro-
>
que
» che d'avoir mis des fonds noirs à fes
» tableaux , pour éviter les défauts de
perfpective , dont il n'avait jamais
» voulu étudier les principes . Il était
peu correct & fingulier dans fes
» fées ; mais toujours original , fuivant
pen-
D vj
84
MERCURE
DE FRANCE
..
» une route particulière qui lui était pro
pre , & qu'il ne devait qu'à la nature &
» à fon génie.
"
و د
» Ses compofitions font auffi fimples
que vraies , & caractérifent finguliére-
» ment bien les fcènes qu'il a voulu repréfenter.
Chaque figure concourt à
l'action principale , autant par fon
» attitude que par fon expreffion . Il fut
>> par quelques uns nommé le Roi du co-
» loris ; il aurait dû l'être encore plutôt du
» clair- obfcur ; perfonne n'ayant entendu
» auffi bien que lui cette magie , qui
» doit être regardée comme une des pre-
» mières partie de la peinture .
" Rembran cherchait avec fcrupule
» l'imitation de la nature , fans vouloir en
» aucune façon l'embellir . Peu de Peintres
» fe font mieux pénétrés que lui de tout
» ce qu'un fujet peut fournir de vrai &
» d'intéreffant. Rembran excelloit dans
le portrait ; les fujets d'hiftoire qui
font fortis de fon pinceau font quel
que fois inférieurs à fes portraits , étant
trop fimples , & fouvent traités avec
» baffeffe ; mais fes têtes de vieillards te
» font toujours admirer.
"
"
99
» Ses premiers ouvrages furent plus
terminés que les derniers. L'amour
A O UST. 1776. 85
» du gain , & le defir de fatisfaire tous .
» ceux qui voulaient avoir de fes tableaux
, lui fit prendre une manière expéditive
, qui les rendit alors plus nom-
» breux & moins précieux .
"
» Amfterdam perdit ce grand Peintre
» en 1674 , âgé de 68 ans. Rembran a
beaucoup gravé , & fes eftampes font
>> autant d'honneur à fa mémoire que fes
» tableaux .
Y
3
"
13
» Gerard Dow fut le plus célèbre de fes
difciples . Philippe Wouwermans , qui
doit être regardé comme un des premiers
Maîtres de l'école Hollandoife ,
» né à Harlem en 1620 , apprit les principes
de fon art de Jean Winauts
Peintre célèbre de la même Ville . Il
prit toute la manière de fon Maître ;
99
ود
» mais il le furpaffa dans le deffin .

99
» Wouwermans a fu fe choisir un
» genre qu'il ne dût qu'à lui feul , &
» & qui lui devint particulier . Il prit fes
» fujets dans une claffe au - deffus de celle
qu'adoptaient fes contemporains Hollandais.
Il fit des altes , des chaffes &
» des foires . Il les ornait de figures riche .
» ment habillées , repréfentant de grands
Seigneurs, & des Dames de diftinction,
auxquelles il donnoit autant de grâces
MERCURE DE FRANCE.
» dans les attitudes , que de fineſſe dans
l'expreffion & dans le caractère des
» têtes.
» Comme il peignoit les chevaux
» mieux qu'aucun Peintre de fon temps,
il en a fait l'objet principal de fes tableaux
, fans que les figures qui les
» accompagnent en paraiſſent moins ter-
» minées. Son génie facile lui faifait éga
lement imaginer les plus grandes com-
» pofitions. On voit de lui des marches
» d'armées , des campemens , & princi-
» palement des batailles , où l'imagina
n

tion la plus vive exprime tout le feu ,
» dont ces fcènes font fufceptibles . La cou-
» leur de Wouwermans eft claire , légère
» & tranfparente ; fon pinceau , pour
» parler en termes de l'art , eft flou &
» moëlleux , & rend parfaitement le lui-
» fant des étoffes , & celui du poil des
animaux. La plus grande partie des
» fcènes de fes tableaux , fe paffe dans
>>
des payfages qu'il a toujours fa rendre
» intéreffans par le choix des fites , & par
» la variété des fabriques , auffi ingé .
nieufes que néceffaires à l'effet général
» de fes compofitions . On diftingue dans
» 'ce Maître deux manières ; la première
» eſt d'une plus belle couleur que la ſe-
*
A O UST. 1776. 189
conde , à laquelle on reproche d'être un
» peu grife & médiocrement coloriée . Il
» mourut à Harlem en 1668 , à l'âge de
8 ans. «
39
30
·
Harlem fut auffi la Patrie de Nicolas
» Berghem , né en 1624. Après avoir reçu
les premières leçons de fon père , Pierre
» Van-Haerlem , Peintre médiocre , il entra
fucceffivement chez Van Goyen , Ni-
» colas Mojaert , Pierre Grelber , JeanWils
» enfin chez Jean Baptifte Veeninx.
» Affidu au travail , Berghem fe fit une
» manière auffi expéditive que facile ; fes
ouvrages font de la plus belle exécution
, & d'une couleur fraîche & tranf
parente. On trouve autant de variété
» dans fes compofitions , que d'intelli-
" gence & de goût dans l'exécution .
Chaque chofe eft caractérisée par une
» touche ferme & fpirituelle , qui lui eft
propre. Ce Maître a excellé dans le
payfage. Il faififfoit avec fineffe le ca-
» ractère propre de chaque animal , &
particuliérement celui des vaches &
» des chevres qu'il a rendues plus parfaitement
qu'aucun autre Artifte.
39
>>
Ses tableaux fone confidêtés , à jufte
» titre , comme les premiers & les modèles
de ce genre de peinture.
88
MERCURE DE FRANCE.
" Il travailla long- temps dans le Cha
» teau de Bentheing , dont l'agréable fi-
» tuation , ainfi que les environs , ont
» fouvent fervi à orner les fonds de fes
>> tableaux .
"
Berghem mourut à Harlem en 1683 ,
âgé de près de 60 ans ,
L'école Françoife termine cet ouvrage,
& doit terminer cet article. La foupleffe
du génie des François les a rendus propres
à l'imitation , & capables de fe plier
à tous les genres.
La gaieté & les grâces qui , chez eux.,
font en quelque forte des qualités territoriales
, femblent avoir déterminé leur
goût vers les fujets agréables.
Ils ont néanmoins traité l'hiftoire avec
une gravité bien propre à démentir le carac
tère de frivolité qu'on a lieu de reprocher
à la nation en général , & ils ont
fait voir que l'éducation de l'Artifte peut
quelquefois effacer les impreffions de la
nature & de l'exemple .
En confidérant les ouvrages de le
Sueur & ceux de le Brun , on eft tenté
de croire que les bords du Tybre , ou
les rives de l'Arno leur ont donné la
naiffance.
Les Peintres Français raſſembent affez.
A O UST. 1776. 89
généralement les qualités qui diftinguent
ceux des autres nations ; leur deffin
eft correct , leur coloris eft vigoureux .
Ils ont une ardeur & une fécondité
qui affurent à l'école Françaife une réputation
durable,tandis que les autres écoles
paraiffent décheoir de l'eftime qu'elles
s'étaient univerfellement acquife.
On place ordinairement le Pouffin à la
tête de l'école Françaife.
לכ
Nicolas Pouffin , d'une famille no-
» ble , mais appauvrie par les fervices
» militaires , naquit à Andeli en 1594 .
» Il vint étudier à Paris fous différens
» Maîtres , auxquels il dût moins fes pre-
» miers fuccès qu'à fon heureux génie
» & aux difpofitions qu'il avait reçues de
» la nature. Il s'occupa long-temps à la
géométrie , à l'architecture , à la perſpective
& à l'anatomie.
و و
» Le defir de fe perfectionner le con-
» duifit à Rome. Entre tous les Maîtres
» Italiens qu'il fe propofa pour modèle ,
» le Dominicain fut celui qui le fixa da-
» vantage , quoiqu'il cherchất néanmoins
» à réunir ce qu'il trouvait de plus beau
» dans les autres grands Artiftes . Son heureux
difcernement en fut faire un fi
>> bon ufage , qu'il mérita d'être appelé
90 MERCURE DE FRANCE.
» par les Savans , le Peintre des gens d'ef
» prit , & les Italiens le nommèrent le
Raphaël des Français.
"
و و
Le Pouffin , en Artifte fublime anno
» bliſſait, par la grandeur de fes idées , tou-
»tes fes compofitions , & les traitait
n
toujours avec digniré . Son génie élevé
» fe portait naturellement à choisir les
» fujets héroïques les plus pathétiques &
» les plus fufceptibles de fentiment &
d'expreffion . Il réuniffait l'imagination
» la plus poëtique à la connaiffance la plus
» exate de l'hiftoire . Un jugement folide
éclairait & dirigeait fes travaux , ayant
» toujours eu pour maxime de méditer
long- temps avant d'exécuter.
» Le Cardinal de Richelieu engagea
» Louis XIII à faire venir le Pouffin &
" Paris , pour peindre la gallerie du Lou-
» vre. Il s'y rendit en 1640. Le Roi lui
» fit un accueil très gracieux , & lui
» donna peu de temps après la qualité de
fon premier Peintre , avec une penſion
» de trois mille livres , & fon logement
» au Louvre ; mais les tracafferies qu'il
éprouva par la jaloufie des Artiftes mé-
» diocres , lui firent regretter le féjour
» de Rome , où il retourna en 1642 ,
après avoir fait pour le cabinet du
3
ע
AOUST. 1776. 91
» Roi , un plafond repréfentant le temps
qui fait triompher la vérité.
» Perfonne n'a plus examiné que le
» Pouffin les différens effets de la nature ,
» n'a mieux reffenti & exprimé les paf-
» fions , les fentimens & les mouvemens
de l'ame , ni plus fçavamment difpofé
» les fcènes de fes tableaux . Fidèle ob-
» fervateur du coftume des anciens , il
» en a fidellement repréfenté les moeurs
» & les ufages , & il a fu faire dif
» tinguer les différentes nations qui ont
» ont été l'objet de fon pinceau.
"
L'étude particulière qu'il a fait des
figures & des bas - reliefs antiques , en
» lui acquérant un deffin très - correct &
» de beaux contours , lui en a donné le
» caractère & la févérité . Plus appliqué
» à cette première partie de la peinture
qu'à celle du coloris , fes ouvrages fe
» font quelquefois reffenti de cette préfé-
» rence , quoique fouvent ils puiffent
» être comparés à ceux des meilleurs co-
» loriftes.
*
» Il difpofoit chacune de fes compofitions
avec de petites figures qu'il
» modelait & qu'il drapait , & enfuite il
» les réuniffait enfemble , pour en ob
» ferver le clair- obfcur. Lorfque la
92 MERCURE DE FRANCE:
» fcène étoit intérieure , il avait foin de
» les couvrir , & de ne laiffer entrer la
» lumière que par les ouvertures qu'il
croyait convenables à leur effet. Les
» fonds de fes tableaux étaient ornés par
une architecture noble , ou par de
» riches payfages qu'il a toujours faits
» avec une fupériorité qui le diftingue
» entre les plus excellens artiftes de ce
» genre. Perfonne n'a donné plus de
grandeur à fes fires , & de nobleſſe à
fes fabriques ; ce qui a fait dire qu'elles
repréfentaient les temps héroïques ,
» comme celles du Titien repréfentaient
» les fiécles gothiques.
"9
»La réputation de ce favant Peintre
» le fir choifir pour faire un tableau dans
l'Eglife de Saint - Pierre de Rome , où
» il a repréſenté le martyr de St. Erafme,
» d'une manière digne de lui .
"
» Ce grand Artifte mourut à Rome
en 1663 , âgé de 69 ans .
Nous voudrions pouvoir nous arrêter
fur Claude le Lorrain , & Sébastien Bourdon
; mais nous nous hâtons de parler
d'Euftache le Sueur , l'un des grands
Maîtres de l'école Françaiſe , né à Paris
en 1617 .
» Ses parens
qui découvrirent
les heu
A O UST. 1776. 93
»

reufes difpofitions , les fécondèrent au-
» tant qu'il leur fut poffible , & le placèrent
dans la célèbre école de Simon
» Vouet. Né pour parvenir au rang le
» plus diftingué de fon art , il ne tarda
» pas à devenir l'émule de fon Maître ,.
» & à partager avec lui les entrepriſes
qui fe préfentoient alors. Il commença
» par huit grands tableaux , deftinés à être
» exécutés en tapifferies , dont les fujets
» étaient tirés des fonges de Polyphile .
» Ce premier ouvrage fit connaître l'éten-
» due de fon génie & la fageffe de fes
compofitions. Il lui procura fucceffive-
» ment des ouvrages confidérables , & le
fit nommer Peintre de la Reine - mère,
qui le chargea de faire les tableaux du
» Cloître des Chartreux , ouvrage im-
» mortel , & qui a mérité à cet Artifte ,
» l'avantage d'être comparé à Raphaël.
Quoique tous ces tableaux ne foient
» pas entiérement peints par lui , leur
» nombre étant trop confidérable pour
qu'il ait pû les faire feul , ils font tous
» exécutés fur fes deffins ; avantage cependant
qui ne peut les mettre en comparaifon
avec ceux qui font abfolument
de fa main , entre lefquels on remarque
particulièrement le feptième , le
"
»
"
»
و د
94
MERCURE DE FRANCE.
93 treizième , & la mort de St. Bruno ,
» dont l'expreffion & le pathétique font
» paſſer , à juſte titre , ce morceau pour
» une des plus belles productionss de la
2 peinture .
» Lors de la création de l'Académie ,
» il fut nommé un des douze anciens de
» cette Compagnie , & choifi pour pein .
» dre un des tableaux que les Orfèvres
préfentaient tous les ans à l'Eglife de
» Paris ; celui qu'il fit , eft St. Paul prêchant
& convertiffant à Ephèfe les
» Gentils , qu'il porte à brûler leurs
» livres,
» On voit aux Capucins de la rue
» St. Honoré, un Chrift expirant fur la ≫ croix.
» L'Eglife de St. Gervais poſsède plu-
» heurs de fes ouvrages. On y voit une
» defcente de croix , un portement de
» croix , deux fujets aux vitrages , repré-
>> fentans le martyre des Patrons de cette
Paroiffe , peints fur fes deffins par
» Perrin , & les mêmes martyrs conduits
» devant le Proconful pour adorer les
"Idoles. Ce morceau eft celui de ce
30
Maître , où l'on reconnaît plus parti-
» culiérement qu'il a imité l'école Ro-
» maine , & fur-tout Raphaël.
Y
A O UST. 1776.
95
" il
» Au petit Séminaire de St. Sulpice ,
y a une préfentation au Temple ,
» qu'on regarde comine un de fes plus
» beaux ouvrages..
» Dans la falle des Maîtres de St. Luc ,
on voit encore un beau tableau de le
» Sueur , repréfentant St. Paul entouré
» de plufieurs malades , & guériffant un
poffédé.
"
»
;
Dans le plafond de la troisième
» chambre de la Cour des Aides de Paris,
» cet Artiſte a peint quatre bas- reliefs
» l'un eft le jugement de la femme adul
» tère, celui de Suſanne & des deux vieil-
» lards, le jugement de Salomon & l'aveugle
de Jéricho,
१२
» Exact obfervateur du coftume & des
» actions des hommes, il fut rendre non-
» feulement les effets extérieurs , mais
» exprimer auffi les plus fecrets mouve→
» mens de l'ame.
» Le Sueur , rempli de la nobleffe &
» de la grandeur de fon art , s'était pé-
» nétré du beau idéal , de cette perfec-
» tion dont la nature préfente rarement
» les exemples , & que l'on remarque
» dans les ftatues antiques , Les Auteurs
१३ de ces chefs - d'oeuvres , par un choix
» jadicieux , raffemblaient les parties des
96 MERCURE
DE FRANCE
.
» corps les mieux formés , pour produire
par cette heureufe
réunion un enfemble
digne de caractériser
la majefté
des
Dieux & des Héros.
CC
» Sans avoir vu l'Italie , & les fameux
» exemples de l'antiquité , il fe forma
» fur les grands modèles. Il femblait que
Raphaël eût été fon Maître , & lui eût
» montré le chemin par lequel il eft par-
>> venu au fuprême degré de fon art . En
» effet , quoiqu'il n'ait point été fon
» élève , aucun Artifte n'a plus approché
de fa manière ; foit par le jet & les
plis de fes draperies , par le caractère
» de fes têtes & par leurs expreffions ,
» foit par la difpofition de fes figures &
» l'enſemble de fes compofitions .
39
" Son coloris eft clair & lumineux ,
fes teintes bien fondues , & la touche
» de fon pinceau ferme & variée , felon
» la forme & le caractère particulier de
» chaque objet. Il favait orner fes fonds
» de beaux payfages , & de morceaux
» d'une architecture auffi correcte que bien
"
imaginée . La perfpective linéale &
» aërienne eft dans tous fes ouvrages
» exactement obfervée . Aucune partie
» de la peinture n'aurait échappé à cet
habile Artifte , s'il avait pu joindre le
» coloris
AOUST. 1776.
coloris de l'école Vénitienne ou Flamande
, à toutes les autres parties qu'il
is poffèdoit au ſuprême dégré .
La France perdit ce grand Artifte
en 1655 , à l'âge de 38 ans.
35
*
Charles le Brun , l'un des excellens
Peintres Français , naquit à Paris en
1619. La vue des ouvrages de fon
" père qui était Sculpteur , lui infpira
» dès l'enfance une forte inclination pout
➜lele deffin. "
" Le Chancelier Séguier , protecteut
» des arts , le plaça à 11 ans dans l'école
de Simon Vouet , qu'il furprit par la
» rapidité de fes progrès. A 12 ans il fit
le portrait de fon aieul. On voit dans
la collection du Palais Royal , deux
» tableaux qu'il peignit dans fa quin
Szième année , l'un repréfente Hercule
domptant les chevaux de Diomède ,
» l'autre , le même héros vêta en facri
» ficateur.
ו נ
11
4
El copia à Fontainebleau plufieurs tas
bleaux de la collection du Roi , &
entr'autres la fainte famille de Raphaël,
dont M. le Chancelier fat fi fatisfait
5 qu'il l'envoya en Italie , & le mit en
» penfion chez l'illuſtre Pouffin , où if
☎ lè fixa pendant fix années.- --- * g
E
MERCURE DE FRANCE.
"
" Ce fçavant Peintre l'imita dans les
» plus fecrets mystères de fon att. Le
» Brun feul fut fi bien profiter de fes
leçons , qu'il fit , pendant fon féjour à
» Rome , plufieurs tableaux dans le goût
du Pouffin , dont quelques uns pafsèrent
» pour être de la main de ce grand Ar-
» tifte.
29
و د
» Le Brun ,de retour à Paris en 1648 , fic
connaître par plufieurs grands tableaux
qu'il expofa en public , combien il
s'était perfectionné dans fon voyage
d'Italie. La confidération & l'eftime
générale qu'il s'était acquife à la Cour,
» lui firent obtenir les Priviléges de l'Académie
Royale de peinture , & contribuèrent
à fon établiffement . Le Brun
» en fut élu le premier Directeur ..
29
"
92
f
Louis - le-Grand , dont l'hiftoire ne
pouvait être confiée qu'aux mains du
plus fçavant Artifte , choifit le Brun ,
» & le chargea de repréfenter les princi-
» paux événemens de fon règne : une
» diftinction fi flatteufe éleva fon génie ,
& le rendit digne de ce noble choix,
Sous d'ingénieufes
allégories il fut réqnir
la fable à l'hiftoire , & par cet affemblage
heureux , former une forte
» de poëme épique , des actions glorieus
A O UST. 1776. 99
fes de ce grand Monarque , dont il a
enrichi la fuperbe galerie de Ver-
» failles.
» Le Roi connoiffant les talens de
» le Brun propres à traiter les plus grands
» fujets , le chargea d'orner la galerie du
» Louvre des plus beaux traits de l'hif-
» toire d'Alexandre . Un heureux fuccès
» ayant couronné cette grande entrepriſe,
ce Monarque annoblit le Brun , le
nomma fon premier Peintre , & lui
donna fon portrait enrichi de diamans ,
» avec un logement & une penfion con
» fidérable .
» Perfonne n'a plus parfaitement poffédé
la poëtique de fon art , que
» Charles le Brun. Une étude fuivie de
» l'hiftoire , de l'allégorie & de la fable,
jointe à une recherche exacte du cof-
» tuine des anciens & des différentes
» nations , lui méritèrent , à jußte titre , la
» réputation d'un des plus grands Pein
tres de l'école Françaiſe..
.
?
» Les ſtatues antiques , autant que les
ouvrages de Raphaël , de Michel Ange ,
& des Carraches , furent les fources où
il puifa les profondes connaiffances
qu'il avait acquifes dans le deffin , &
dirigèrent cette intelligence avec la
Eij
doo MERGURE DE FRANCE.
ر و د
quelle il fut joindre la vérité & la
fimplicité de la nature , à la grandeur
» & à la majesté que l'on trouve dans
les monumens de la Grèce & de Rome.
La fécondité de fon génie , éclairée par
» fes lumières littéraires , produifit ces
fuperbes & riches compofitions , où
l'on reconnaît legrand Poëte autant que
le grand Peintre.
ي و
» Toujours attentif à mériter de nouveaux
fuffrages , il ne négligeait rien
de ce qui pouvait les lui faire accorder ;
foigneuxdans les moindres parties defon
» art , autant que dans les principales , il
en étudiait tous les détails , deffinant
toutes les figures fur le naturel , pour
en affurer la correction & l'enfemble ,
»avant de les draper & de les habiller.
Quoique très -grand admirateur de
as l'école Romaine , le Brun
parut s'attacher
au Carrache , & imiter la manière,
» autant dans la couleur ferme & vigoudans
le caractère du deffin . reufe , que
» Heureux s'il avait pu , par un plus long
féjour à Venife , réunir à tous fes talensles
beautés & la fraîcheur du coloris
de cette fameuſe école.
13
53
>
99
"
Après de long travaux , toujours coutonnés
, la France perdit ce grand PeinA
O UST. 1776. FOR
tre en 1690 , âgé de 71 ans . Il fut in-
» humé à St. Nicolas du Chardonner
» dans une chapelle qu'il avait conf-
» truite , où fa veuve fit élever un tom-
» beau , fur lequel eft placé fon bufte , de
la main de Coylevaux.
"Ses difciples ont été , fon frère , Ga
» brielle Brun , Claude Audran , Verdier,
Houaffe , Vernanfal , Viviani , Charles
» de la Foffe , & autres.
"
Parmi les ouvrages publics de Char
» les le Brun , l'on remarque une gloire
» très- lumineuſe , environnée de plufieurs
• Anges , au- deſſus du maître-autel de la
» Sorbonne. Entre fes plus beaux tableaux
» à Notre-Dame ,le martyr de St. Etienne ,
» & celui de St. André , font extrême
35
و و
ment diftingués , & peuvent être comparés
aux meilleurs ouvrages des pre-
» miers Peintres d'Italie . Les Carmélites
de la rue St. Jacques ont dans leur
Eglife plufieurs che d'oeuvres de ce
Maître , premiérement la Madelaine
» aux pieds du Sauveur , chez Simon le
» Pharifien : J. C. fervi par les Anges
» dans le défert ; une repréfentation de
» Ste. Geneviève ; & dans la chapelle de
» St. Charles , une Madelaine pénitente ,
dans laquelle ce célèbre Artifte s'eft fur
E iij
J02 MERCURE DE FRANCE.
"
paffé , autant par la nobleffe & la digni-
» té , que par la force du fentiment &
» de l'expreffion . La Paroiffe de St. Paul.
» à Paris , conferve avec foin un tableau.
» de fa main , qui eft connu fous le nom
de Bénédicte. La réfurrection de J. C.
» que l'on voit dans l'Eglife du Sr. Sépulchre
, rue St. Denis , eft encore de,
» fes meilleurs ouvrages . M. Colbert ,
» fon protecteur & fon ami , eft repré-
»fenté à genoux dans ce tableau . Les
» Capucins du Fauxbourg St. Jacques pol-,
» sèdent dans leur Eglife , une préfenta-
» tion au temple fort eftimée . Les Pères
» de Nazaret , rue du Temple , une annonciation.
La voûte de la chapelle du
Séminaire de St- Sulpice , eft regardée
2 comme un de fes plus beaux ouvrages .
» Elle repréfente l'Affomption de la Sainte.
Vierge élevée par les Anges dans la
gloire du Père éternel , qui lui tend les .
" bras pour la recevoir. Le Couvent des .
» Religieux des Picpus pofsède le fameux
» tableau où Moyfe préfente aux If-
و و
raëlites le ferpent d'airain . Le Brun a
» peint pour une des chapelles de Saint-
» Germain l'Auxerrois , un St. Jacques ;
" un St. Jean dans l'Ile de Pathmos , pour
le Collège de Beauvais , & une charité
A O UST. 1776. 103
perfonnifiée, pour les Frères de la Charité
dans le fauxbourg Saint - Germain .
A St. Nicolas du Chardonnet , il a re-
» préſenté St. Charles à genoux , implorant
la clémence divine pour la délivrance de
la ville de Milan ; le caractère de fer-
« veur & de piété qui diftingue ce grand
Saint , eft bien exprimé dans ce tableau
, qu'il a toujours été confidéré
» comme un de fes plus beaux ouvrages.
» Dans la troisième Chambre des Enquê
» tes du Parlement de Paris , on voit en
» core de ce même Artiſte , Suzanne de-
» vant fes Juges , & le jeune Daniel qui
» la justifie.
Le Brun a beaucoup travaillé , pout
» différens particuliers à Paris & dans les
» environs. Il a peint , pour M. Fouquer,
» Sur Intendant des finances , plufieurs,
» plafonds , & une galerie dans fon Châ-
"
tean de Vau- le - Vicomte . Pour le Préfi
» dent Lambert , l'Apothéofé & les travaux
» d'Hercule dans la voûte de la galerie
" de fon hôtel.
» L'Académie royale de Peinture con
" ferve un tableau de moyenne gran-
» deur , repréſentant la mort de Sé-
» neque.
""""
f
Le plafond de la grande galerie de
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
"
39
» Verfailles , qui eft de ce grand Peintre,
repréfente l'hiftoire de Louis XIV , depuis
la paix des Pyrenées, jufqu'à celle
» de Nimégue. Les différens fujets de
" cette hiftoire , repréſentés fous d'ingé-
» nieufes allégories , font renfermés dans
neuf grands tableaux , & dans dix- huic
petits. Cette galerie eft terminée aux
" deox bouts par deux fallons connus,
fous les noms de la guerre & de la paix ..
» Les quatre grands morceaux de l'hif-
» toire d'Alexandre, qui font dans la ga-
» lerie d'Apollon , à Paris , & le ta-
" bleau de la famille de Darius , qui eſt à.
Verfailles , font des tableaux générale ,
» ment admités , fur tout celui de la fa-
» mille de Darius , où il femble que le
Brun fe fort furpaffé dans l'expreffion &.
» dans la variété des caractères .
وو
"
"
1
» Le grand tableau de Porus fur un
éléphant , n'a pas été achevé de fa
» main. Il n'a auffi que deffiné la bataille.
» & le triomphe de Conftantin . Il a peiut.
» un grand portrait de Louis XIV , re-,
préfenté à cheval,
"
II y a encore quatre morceaux de.
lui au vieux Louvre , dans la galerie .
» d'Apollon , dont nous venons de par-
» ler ; l'un eſt le triomphe de Neptune &
vi d
AOUST. 1776. 105:
» d'Amphitrite ; les autres repréfen-
» tent le triomphe de Flore , celui de
Diane , & le Sommeil avec les at
» tributs.
» On voit encore de le Brun une def-
» cente de croix , dont les figures font de
» grandeur naturelle , Fentrée dans Jéru-
» falem , une nativité , St. Michel fou
droyant les Anges rebelles , & un por-
» tement de croix.
"
Nous étendrions trop cet article , s'il
fallait parler en détail des deux Mignard
, des de Troy , des Jouvenet
des Coypel , des Santerre , des l'Argillière
, de Nattier & de Rigaud , fi
renommés dans le portrait ; d'Oudery ,
de Jean Raoux , de Vateau , de Boucher
, des Vanloo , &c.; mais nous ne
pouvons pas nous difpenfer de tranf
crire ici les détails qui regardent le
célèbre & malheureux le Moine , l'un
de nos Artiſtes le plus remarquable
par fes talens & par les infortunes de
fa vie.
François le Moine , né à Paris en
1688 , travailla d'abord fous la con-
» duite de Robert Tournière , fon beau-
» père , enfuite chez Lonis Galoche ,
dom il fut mettre à profit les leçons ,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
*
» & fit connaître fes progrès par le prix
» du deffin qu'il remporta en 1707 ,
» & le grand prix de peinture , en
» 1711 .
"
" Il ne fut point envoyé à Rome, parce que
l'on fut dans ce temps quelques années
» fans y nommer de Penfionnaires ; il
» chercha particuliérement à étudier la
» fraîcheur & les airs de tête du Guide ,
» & de Carlo Maratti ; & fe propofa pour
» modèle dans fes compofitions , Pierre
» de Cortonne & Paul Véronèse.
» Ses talens s'étant développés , il fut
» reçu à l'Académie en 1718. Son tableau
» de réception , qui repréfente Hercule
"
combattant Cacus , eft regardé , à juſte
» titre , comme un des plus précieux de
» l'Académie , autant pour la fineffe du
» deffin , que pour la fraîcheur & la
» beauté du coloris. Le defir de faire pataître
fes talens par quelques grands
» ouvrages , lui fit chercher les occafions
» d'en avoir. Il entreprit de peindre la
» voûte du choeur des Jacobins de la rue
St Dominique , Fauxbourg St Germain ,
où il repréfenta la transfiguration de N.S.
>> fur le mont Tabor . Pendant qu'il était
occupé à cet ouvrage , un ami , grand
amateur de la peinture , lui propofa le
22
"
A O UST . 1776. 107
ود
voyage d'Italie ; il fit autant de progrès
» dans le peu de temps qu'il y fut , que
» s'il y eût employé plufieurs années. La
fupériorité de fes talens le mettait en
» état de diftinguer le mérite particulier
» de chacun des Maîtres des différentes
» écoles que l'on admire en ce pays . Il
» fit pendant le court efpace de ce voya-
» ge , qui dura fix mois , deux tableaux ,
33 auxquels il travailla dans les Villes cù
» il faifait quelque féjour ; l'un repré-
» fente Vénus defcendant dans le bain ,
foutenue par une des grâces , l'autre
» Hercule filant pour Omphale..
39
» Toujours occupé de fon art , il ne
» laiffoit échapper aucun inftant qui ne
» lui fût utile. I deffinait tout ce qui fe
préfentait à fes yeux d'intérellant.
Il faifait même arrêter quelquefois
» fa chaife dans la route , pour faifir
des points de vue dont il examinoit les
» fites.
» De retour en France , il termina le
» plafond qu'il avait commencé dans le
» choeur des Jacobins. Cer ouvrage peu
» chargé de figures , & ne repréfentant
» que la fiène du mont Tabor , avec quelques
grouppes d'Anges , produit le plus
grand effet par la couleur lumineufe du
1 C
Lvj
J08 : MERCURE DE FRANCE.

" ciel , & la légèreté des nuages . Lese
" figures y font dans une action qui ca-
" ractérise parfaitement la dignité du
"
fujet.
ayant » En 1727 , le Roi
ordonné un
" concours
à plufieurs
Peintres
d'hiftoire-
» de l'Académie
, le Moine choifit la
» continence
de Scipion
, qui lui fit métirer
le premier
prix , quoiqu'il
ait été
partagé
avec M. de Troy .
"
"
» Il fut élu dans ce temps , par l'Aca--
" démie , Adjoint à Profeffeur , & chargé
par M. le Duc d'Antin d'un tableau pour
» le dôme de l'Alfomption . Ce morceau
» eſt un de ceux où ce Maître a le plus
fait fentir la grande manière qu'il avait
acquife dans le court efpace de fon
» voyage d'Italie.
93
335
" » En 1727 , M. le Duc d'Antin le
chargea encore de faire un tableau pour
» le fallon de la Paix , qui termine la
» gallerie de Verfailles , du côté de l'ap
partement de la Reine . Ce morceau
» qui eft placé au- deffus de la cheminée ,
» & dont les figures font de grandeur na
» turelle , repréfente le Roi donnant une
» branche de laurier à l'Europe , caracté ..
»,rifée par fes attributs .. Minerve qui eft
audeffus , donne ordre à Mercure de
33
A O UST. 1776. 109
chaffer la Difcorde , & de fermer le
» Temple de la Paix ; la Piété préfente à
» l'Europe deux enfans que la Fécondité
» tient dans fes bras , fymbole analogue
» à la naiffance des deux Princeffes , filles.
» aînées de Sa Majefté ; le devant du
» tableau eft occupé par les génies des
» arts , enfans de la Paix .
» Au commencement de 1731 ge
" M. Languet , Curé de St Sulpice ,
» chargea le Moine de peindre la coupole
» de la chapelle de la Vierge de
fon Eglife. Il y repréfenta fon Af-
»,fomption. La Vierge s'élève au Ciel ,
" foutenue fur un nuage , & environ-
» née d'Anges & de Saints , dont les
"uns portent les attributs , & les au-
" tres forment des concerts de fes louan-
» ges ; St Pierre eft du côté droit , &
» St Sulpice à gauche. Ces beaux grouppes
, qui font compofés d'un grand
» nombre de figures , font des mieux
contrastés , & réuniffent tous leurs ac-
»itions vers le principal objet. D'un au-
>> tre côté font les pères de l'Eglife &
» les chefs d'ordres , qui publient les
>>-louanges de Marie ; & fur un autre
les Vierges qui font fous la protection ,
reçoivent des palmes de la main d'un
110 MERCURE DE FRANCE ,
Ange. Le peintre , par une multitude
» de peuple à genoux , qu'il a placée fur
» un des bords du plafond a voulu repré
» fenter les Paroiffiens avec leur Pasteur ,
qui les recommande à la Sainte Vierge;
» les figures de ces grouppes font très-
» belles & très- variées . Ce morceau , quie
» l'occupa pendant trois années , mit le
» comble à fa réputation , & lui mérita
» l'honneur d'être choifi par le Roi pour
ور
peindre le grand fallon de Verfailles ,
» qu'on nomme aujourd'hui le fallon
» d'Hercule. Le Moine ayant été chargé
d'y repréfenter l'apothéofe de ce Héros,
» cet Artifte donna l'effor à fon génie ,
& fit voir l'affemblage de la plus pré-
» cieufe machine qui fe foit faite dans
>> ce genre.
» Čette grande & magnifique compofi .
» tion , raflemble plus de 140 figures
» foutenues d'un focle , dans le milieu
duquel font placés les principaux tra-
" vaux d'Hercule , repréfentés par des
figures feintes en ftuc .Tou : l'ouvrage eft
» diftribué en plufieurs grouppes.
33
Dans la partie fupérieure , Jupiter
» & Junon affis fur leur trône , préfen-
» tent à Hébé , Hercule pour être fon
époux. A côté et Bacchus , appuyé fur
39
AOUST. 1776 , LII
>>
» le Dieu Pan , accompagné de deux
Sylvains. Amphitrite , Mercure , Vé-
» nus , avec les trois Grâces & l'Amour ,
» ornent ce grouppe. Mars , Vulcain
» & des génies qui tiennent des armes ,
» forment celui qui lui eft oppofé. On
» voit fous le char d'Hercule l'envie , la
و د
for.
colère , la haine & la difcorde per-
» fonnifiées & terraffées par ce Héros .
» Cybèle paraît fur fon char , traînée par
» des lions ; Minerve & Cérès , Neptune
» & Pluton , avec leurs attributs
» ment un autre grouppe. D'un autre
» côté , Eole , Zéphire & Flore badinent
» avec des fleurs , tandis que la Rofée
» verfe fon urne fur Morphée endormie.
» Iris s'élève fur l'arc - en - ciel , avec l'Au-
» rore entourée de quatre étoiles perfon .
» nifiées. Apollon avec les mufes , diftinguées
par leurs attributs , occupent
» la partie oppofée à celle de Jupiter. Le
» temple de mémoire s'élève au- deffus
» & paraît ouvert ; des génies y fufpen-
» dent les médaillons des grands hom-
» mes . A côté paraît la conftellation de
» Caftor & Pollux , au deffus de Silène ,
» qui conduit une troupe d'enfans & de
» femmes , formant une fête bachique
» en l'honneur d'Hercule , tandis que
""
و د
ود
12 MERCURE DE FRANCE,
"3 l'Histoire & la Peinture s'occupene
» à éternifer les traits & la vertu des
» Héros.
» En 1736 , après quatre années d'un
» travail affidu , cet ouvrage fe trouva
» terminé. Il doit être regardé comme le
plus grand qui foit en Europe , &
» comme un monument éternel des ta
" lens de fon Auteur , ainfi que des pro
grès de la peinture en France fous le
» regne de Louis XV.
» La première fois que le Roi vit ce
fallon , il en parur fi content , que pour
témoigner fa fatisfaction à fon Auteur,
» il le nomma fon premier Peintre , &
» lui accorda une penfion de 3500 livres.
33
» La jaloufie de quelques- uns de fes
» confrères , qui cherchaient toutes les
» occafions de le chagriner depuis qu'il
» était premier Peintre, dérangea ſa ſanté,
"
"
& alluma en lui une fureur intérieure
» qui paraiffait très peu au dehors. Cependant
fes amis s'en apperçurent;
» mais par une condefcendance & un mé
»nagement peu raifonnables , ils n'ofè-
" rent affez- tôt en prévenir les funeftes
effers. M. Berger , avec qui il avait été
en Italie , & qui le voyait tous les
jours , Bavait déterminé à paffer quel ➡
AOUST. 1776. IF
ود
que temps à la campagne , pour le faire
» traiter d'une manière convenable à fon
n étar . Le Moine avait déjà préparé plu-
» fleurs chofes pour fon départ , quand il
" entendit arriver fon ami Troublé alors
» par le fentiment fubit de la crainte
qu'il avait depuis long temps , qu'on
» ne cherchâr à le faire enfermer , il pré
féra la mort à la perte de fa liberté ;
» & s'étant frappé de plufieurs coups
d'épée , il vint lui même , en expirant
, ouvrir la porte à M. Berger.
» Ce fâcheux événement termina fa belle:
carrière le 4 de Juin 1737 , dix mois
» 2après qu'il eut été nommé premier
» Peintre du Roi , ayant alors 49 ans.
"
ر و
Ce célèbre Artifte , dont les ralens
» feront toujours honneur à l'école Françaife
, réuniffoit à la couleur la plus
fuave & la plus harmonieufe , les grâ
» ces & la fineffe du deffin , & un pin--
>> ceau tendre & moelleux , auffi léger
que fpirituel; fes compofitions font
» nobles & ingénieuſes , & auffi bient
imaginées qu'elles font réfléchies.
د و
و د
Traité théorique fur les maladies épidé
miques , dans lequel on examine s'il
eft poffible de les prévoir , & quels 2
114 MERCURE DE FRANCE,
feroient les moyens de les prévenir &
d'en arrêter les progrès ; par M. le
Brun , Docteur en Médecine à Méaux
en Brie.
Spes incertafuturi.
Z
VIRG. Æn. Lib. VIII . v . 580,
Volume in- 8°. 1776. A Paris , chez
Didot le jeune , Libraire de la Faculté
de Médecine , quai des Auguftins .
La Faculté de Médecine de Paris
chargée de la diftribution d'un prix fondé
par M. Cuvilliers de Champoyaux , Mé
decin de Melle en Poitou , avoit propofé
l'année dernière , la queftion fuivante :
»
Savoir s'il eft poffible de prévoir les
» maladies épidémiques , & quels fe-
» roient les moyens de les prévenir &
» d'en arrêter les progrès ? La Compagnie
a trouvé dans plufieurs des Mémoires
qui lui ont été adreffés , des vaes
fages , des réflexions utiles & des recherches
précieufes , ce qui lui fair eſpérer
que cet établiffement deviendra de plus
en plus avantageux aux progrès de l'art
& au bien de l'humanité. Le prix a écé
adjugé dans le mois de Novembre 1772 ,
C:
A OUS P. 1776. 115
1
au Mémoire que nous venons d'annoncer.
Depuis cette époque , l'Auteur a ajouté
à fon Traité théorique quelques obfervations
relatives à la pratique. Ce bon
Mémoire eſt divifé par paragraphes ; la
grande queftion qui en et l'objet , a été
traitée d'après les principes les plus lumineux
de la phyfique , de l'obfervation , de
la chimie & de la politique. C'est le juge.
ment qu'en ont porté les Commiffaires
mêmes de la Faculté , nommés pour examiner
le manufcrit .
?
1
Lettre de Frère François , Cuifinier da
Pape Ganganelli , fur les Lettres de
ce Pontife , à un Parifien de fes Amis.
Brochure in 12. Prix 12 f. A Paris ,
chez Monory , Lib . rue & vis - à - vis la
Comédie Françoife .
Comme il n'y a point à Rome de
maîtrife , & que chacun peut y exercer ,
fans payer , le métier qu'il veur , Frère
François , depuis la mort du Saint Père ,
de Cuisinier qu'il étoit , s'eft fait Littérateur.
« Ces deux profeffions , ajoute- t - il
» au commencement de fa Lettre , ne
» font pas fi oppofées qu'on le croiroit
» bien , Elles exigent également du goût ,
116 MERCURE DE FRANCE.
» & l'on retire de l'une & l'autre beau
» coup de fumée » . Dans la faite de cet
écrit , Frère François , ou celui qui en
prend le nom , répond à quelques objec
tions faites par ceux qui foutiennent les
Lettres de Clément XIV fuppofées ; &
fe plaint de ce qu'il y a à Paris plus de
conteftations à ce fujet , plus de chaleur
dans les efprits qu'il n'y en a jamais eu
dans les cuifines de Ganganelli. Si des
calembours ne font pas des raifons , on
ne fera pas toujours fatisfait des réponſes
du Frère François ; mais on approuvera du
moins leconfeil qu'il donne à ceux qui ſe
font intéreffés à la lecture de ces Lettres
d'agir comme celui qui mange d'un bon
plat, fans aller aux enquêtes pour ſavoir
d'où il vient & comment on l'a fait.
Satires de Perfe , traduites en françois ,
avec des remarques ; par M. Sélis , ancien
Profeffeur d'Eloquence , Docteur
aggrégé en la Faculté des Arts de
l'Univerfité de Paris , de l'Académie
des Sciences , Belles- Lettres & Arts
d'Amiens. A Paris , chez Antoine
Fournier Libr. rue du Hurpoix ;
I vol. in- 8°.

>
Tous ceux qui ont approfondi l'étude
A O UST. 1776. 117
des Auteurs anciens , connoiffent l'obfcurité
de Perfe , & favent que c'eſt peutêtre
, de tous les Ecrivains Latins , le
plus difficile à bien traduire. Ce n'eft
pas feulement le tour fingulier de fon
tyle , remplis d'hellenifmes , d'ellipfes ,
de tranfitions brufques & ſouvent imperceptibles
, de métaphores & d'images
recherchées , qui produit l'extrême difficulté
qu'on a fouvent à l'entendre , &
qui a tant rebuté plufieurs de fes Lecteurs;
c'est encore l'obfcutité volontaire fous
laquelle il a pris foin d'envelopper les
traits de fes fatires qui regardoient Néron
, & qui a donné lieu à plufieurs Ecrivains
de croire que Perfe n'avoit jamais
eu ce Prince en vue , opinion que M.
Sélis s'attache particulièrement à combattre
; c'est encore l'éloignement des
temps où il écrivoit , & la licence avec
laquelle le texte de fon Ouvrage a été
traité dans les premières éditions imprimées.
Le nouveau Traducteur examine , dans
fa préface , les traductions de Perle qui
ont précédé la fienne. Prefque toutes ces
traductions , au nombre de vingt , étoient
très-peu propres à faire bien connoître
Perfe. On en publia , en 1765 , à Berne
118 MERCURE DE FRANCE.
une traduction très élégante ; mais quelqu'un
qui ne connoîtroit Perfe que par
elle , le regarderoit commeun Poëte élégant
& fleuri juſqu'à l'affectation . Les
idées poëtiques les plus bardies font mifes
au ton de la profe : le ſtyle a partout
de la rondeur , de la facilité , de la
grâce même. Ce n'eft pas- là Perfe.
M. Sélis diftingue avec raifon la tra
-duction de M. l'Abbé le Monnier , qui
parut il y a environ trois ans , & fut juſtement
accueillie . Ce nouveau Traducteur
s'étoit attaché à rendre Perfe tel
qu'il eft , en donnant une verfion exactement
littérale . M. Sélis adopte fon fyftême
, mais avec des modifications ; il
reproche à M. le Monnier d'avoir toujours
été littéral , pendant que dans bien
des endroits , & fur tout dans ceux où
le texte eft métaphorique , il falloit ceffer
de l'être fous peine d'être quelquefois
inintelligible. M. Sélis s'eft attaché à
éviter cet écueil ; & ayant ainfi profité
habilement des fautes de ceux qui l'ont
précédé , paroît enfin avoir faifi par tout
le vrai fens de fon Auteur. Nous croyons
pouvoir aflurer , d'après l'examen que
nous avons fait de plufieurs endroits ,
même des plus difficiles , que toute perAOUST.
1776. 119
fonne un peu verfée dans l'étude des
Auteurs Latins , pourra facilement , à
l'aide de cette traduction , 'parvenir à la
parfaite intelligence de Perfe. Pour
mieux convaincre nos Lecteurs de ce que
nous avançons , nous allons les mettre
à portée de comparer quelques morceaux
du texte & de la traduction . Nous commencerons
par le Prologue ; Y
"
Necfonte labra prolui caballino,
Nec in bicipitifomniaſſe Parnaſſe
Memini , ut repentè fic Poeta prodirem.
Heliconiadafque , pallidiamque Pirenen
Illis relinquo , quorum imagines lambunt
Hedera fequaces : ipfefemi Paganus
Adfacra vatum carnemaffero noftrum .
Quis expedivit pfittaçofuum Kaipe ?
Corvos quis olim concavum falutare ,
Picafque docuit noſtra verba conari ?
Magifterartis , ingenique largitor
Venter, negatas artifex fequi voces.
Quod fi dolofi fpes refulferit nummi
Corvos poetas , & poetrias picas ,
Cantare Pegafeium melos credas.
el
Je ne me fuis point abreuvé à la
fource qu'un cheval a fait jaillir ; je
120 MERCURE DE FRANCE.
» ne me fouviens pas de m'être endormi
fur le mont à double cême , pour me
trouver Poëte à mon réveil . J'aban-
» donne & les Habitantes de l'Hélicon
» & la pâle Déïté de Pirêne à ceux dont
un lierre flexible careffe les images.
" Je ne fuis qu'un demi Villageois ; &
pourtant j'ofe apporter auffi des vers
» dans le fanctuaire des Poctes .
33
å
Qui a pu apprendre au perroquet
» prononcer facilement bon jours aux
» corbeaux à dire du fond de leur golier
» enroué je vousfalue ; aux pies à contre-
» faire la voix humaine ? C'eſt un grand
» Maître , un Maître qui donne de l'ef-
» prit aux bêtes , & fait les faire parler
» en dépit de la nature, la faim. Que
dis je ? Si l'efpoir d'un or féducteur
» brille à leurs yeux , corbeaux & pies
deviendront Počtes; & vous enten-
» drez , foyez - en fûr , des chants mélo-
O dieux
">
Voici un autre morceau dont la traduction
renfermoit bien plus de difficultés.
Scribimus inclufi , numeros ille , hic pede liber,
Grande aliquid, quod pulmo anima pralargus
Vanhelet.
Scilicet
A O UST. 1776. 121
Scilicet hac populo pexufque , togâque recenti ,
Et natalitiâ tandem cum fardonyche albus
Sede leges celfa , liquido cum plafmate guttur
Mobile collueris , patranti fractus ocello?
Hic neque more probo videas , neque voce ferenâ
Ingentes trepidare Titos , cum carmina lumbum
Intrant , & tremulo ſcalpuntur ubi intima verſu♫
Tun' , vetute , auriculis alienis colligis efcas ?
Auriculis , quibus & dicas , cute perditus , ohe !
« Nous nous enfermons , nous écris
» vons , l'un en profe , l'autre en vers ,
» des chofes d'un fublime ! ... des chofes
capables d'effoufler les plus larges pou-
» mons. Ainfi donc , bien peigné , habillé
» de neuf , rubis au doigt , comme au
» jour de votre naiflance , vous lirez
"
votre oeuvre , dans un fauteuil élevé ,
» à un peuple d'auditeurs . Mais vous
aurez pris foin auparavant de rendre
» votre voix flexible , en vous humectant
» le gofier d'un doux firop ; & pendant
» cette lecture vous promenerez ſur l'af-
» femblée des yeux chargés de volupté.
Qu'il fait beau voir là nos Grands de
» Rome s'agiter de lafcive manière , &
» murmurer d'une voix tremblante , lorf
que ces vers libidineux pénètrent juf
qu'au fiége du plaifir , & qu'une molle
"
"
F
122 MERCURE DE FRANCE .
»
" prononciation chatouille leurs fens !
Eft ce donc un emploi qui vous con-
» vienne , vieux barbon , de chercher
» ainfi de quoi repaître les oreilles d'au-
» trui ? ( Quelles oreilles encore ! ) & cela
pour avoir des éloges jufqu'à la fariété ,
jufqu'à être obligé de dire vous même ,
» n'en pouvant plus , affez , affez ! »
"
»
و د
Pour fentir le mérite de la verfion de
M. Sélis , il fuffit de la comparer , dans
ce morceau , à celle de tous ces anciens
Traducteurs , qui ont fi horriblement défiguré
le fens de l'original . Nous avons
dans ce moment fous la main une de ces
traductions faite dans le fiécle paffé . Les.
deux derniers vers du morceau que nous
venons de tranfcrire , Tun' , vetute , &c.
У font rendus ainfi : « O vieillard décré-
" pit ! veux-tu prendre tes repas du plaifir
» d'autrui ? Les veux- tu prendre avec ta
vilaine peau ,
des oreilles de ceux à
qui tu dis , &c. » En jetant les yeux
fur ces verfions barbares & hériffées de
contrefens , on eft étonné qu'il fe foit
écoulé tant de temps avant qu'on commençât
à fe douter de l'art de bien traduire
, & on connoît mieux tout le prix
du travail des Traducteurs tels que M.
l'Abbé le Monnier & M. Selis.
و د
"3
A O UST. 1776. 123
Épître en vers fur différens fujets ; par
M. Sélis . A Paris , chez Antoine Fournier
, Libr. rue du Hurepoix ; 1776.
3
Si M. Sélis a donné une preuve dif
tinguée de fon goût & de fon érudition
dans fa traduction de Perfe , fes Epîtres
annoncent un talent marqué pour la
poësie . Elles font au nombre de cinq .
On y voit par - tout l'empreinte d'un
efprit facile & enjoué , d'une imagination
agréable , & d'un caractère honnête
& fans fiel ; qualités dont la réunion devient
tous les jours moins commune . Ce
qui eft tour au moins auffi rare , c'eft la
modeftie avec laquelle l'Auteur parle
de fes poëfies dans une courte préface,
" Deux de ces Epîtres , dit- il , ont été
imprimées... Quant aux autres , il y
• a long- temps que je les tiens renfermées
dans mon porte -feuille . Le Publig
eft fir raffafié des bons Poëtes & fi dégoûté
des mauvais , qu'il ne faut rien
moins que des chefs - d'oeuvres aujourd'hui
, pour le faire fortir de fa dédaigneufe
indifférence . J'ai craint ſes mépris.
J'ai travaillé mes opufcules. Si je
me détermine enfin à les faire paroî-
"
39
"
39
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
" tre , c'est que je défefpère de les rendre
» meilleurs ». Nous espérons que nos
Lecteurs , d'après les morceaux de ces
Epîtres que nous allons leur metrre fous
les yeux , jugeront plus favorablement
du talent de M. Sélis , qu'il ne paroît le
faire lui - même.
Dans la première de fes Epîtres , il
défend les Gens de Lettres contre le reproche
d'orgueil qu'on leur fait . Bien
différent de ces avortons fatiriques dont
l'envie feule conduit la plume , il rend
hommage aux grands Hommes qui ont
illuftré ce fiécle,
Nature , à l'homme en vain tu eaches tes fecrets ,
Buffon lève ton voile & define tes traits ;
Crébillon , dans Atrée , étonnant Melpomene ,
De cris plus douloureux fait retentir la fcène ::
Au Confeil , au Barreau , Montefquicu cité ,
Jufques chez les Anglois voit fon nom refpecté.
Le Précepteur d'Emile eft celui de l'Europe:
Piron nous amula. Dalembert nous inftruit.
Yous infultez au fiécle où Voltaire naquit.
·
3
L'Auteur exprime d'une manière qui
fait l'éloge de fon coeur , fa reconnoiffance
des bienfaits qu'il a reçus , dans
A O UST. 1776. 125
Finfortune , de plufieurs Gens de Lettres
illuftres . Non , dit-il ,
Non , ces Peintres fameux de l'humaine mifere ,
Ne ferment point l'oreille aux plaintes de leur
frere.
Ah ! croyez en mon coeur atteftant leurs bienfaits ,
Qui connut mieux leur ame & les vit de plus près ?
Hélas ! j'étois en proie à d'horribles alarmes !
Thomas fur més deftins daigne verler des larmes :
Il accourt , il m'embrasle ; il offre à mes befoins
Son tréfor indigent , & fon zele , & ſes ſoins ;
Il fut me ranimer au fort de ma détreЛle.
Barthe tendit les bras à ma foible jeunelle.
Arnaud m'ouvrit un port. Vatelet aujourd'hui
Veut combler monbonheur , veut m'approcher de
luf.
Et toi , tendre Delille ! ô mon ami fidèle !
O mon cher compagnon ! ô mon parfait modèle !
Combien de fois ta bouche a plaint mon fort
affreux !
Va , puifque tu m'aimas , je fus toujours heureux.
Puifles tu , fans revers , couler des jours paisibles !
Mes maux n'ont donc trouvé que des mortels
fenfibles,
Et fi chez les Auteurs il eft des coeurs ingrats ;
S'il en eftfans pitié , je ne les connois pas.
Dans l'Epître intitulée : Que l'envie
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
3
n'eft pas fi commune qu'on le dit , dans
l'Epitre à mon Chien , & dans l'Epître
fur les Pédans de fociété , l'Auteur badine
avec autant de légèreté que d'agrément.
La dernière de ces Epîtres fur- tout , renferme
des portraits remplis de vérité &
de gaîté. Nous en rapporterons quelquesuns.
L
Ce Financier , qui las de n'être riep ,
Depuis deux jours s'eft fait Phyficien ;
Qui , dès qu'il voit entrer la compagnie ,
Un livre en main , rêve profondément ;
Et dans un coin laifle négligemment
Appercevoir fon Encyclopédie , 1
Tout jufte ouvert à l'article Chimie :
Cet Amateur à qui , dans fes
repas ,
Un Maître apprend l'hiftoire naturelle ,
Qui , fans fortit de fon fauteuil à bras ,
Commodément décide tous les cas "
Et l'an pallé , pour fignaler fon zele ,
A tant coupé , dans la faiſon nouvelle ,
De limaçons .. qui n'en revinrent pas :
Ce trifte Abbé , le donnant pour un fage ,
Depuis qu'à Londre il a fait un voyage ;
Rare génie & fin obfervateur
Vous racontant les dangers du paflage ,
Et comme en mer il eut un mal de coeur ;
Comme de punch les Anglois font ulage ;
AOUST. 1776. 127
Comme il dina chez notre Ambafiadeur :
Ce vieux Rentier , (quelette octogénaire ,
Malgré la toux , fidèle à l'Opéra ,
Se fufpendant aux cordes du parterre ,
Depuis trente ans , & vous jugeant de-là
Pièces , Acteurs , ballets , & cætera.
L'on trouve d'autres portraits non
moins agréablement tracés dans une Epitre
à M. Greffet.
Peins Créfus à l'ame maffive
Qui perdantpar degrésfesfens ,
De la volupté fugitive
Cherche à tâtons les pas errans ;
Qui tâche , dans fon ame ufée ,
De trouver encor un defir ,
Er meurt d'une froide naufée ,
En payant l'apprêt d'un plaifir,
Peins - moi les comiques difgraces
De ces Rimailleurs bour foufflés ,
Qui , par Melpomène fifflés ,
Viennent fur de longues échaſſes ,
Boîter triftement furfes traces ,
Et fe fatiguant en faux pas ,
Font rire de pitié les graces
Qui contemplent leur embarras.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Peins ces Folles impétueules ,
Ces Petits-Maîtres en jupons
Qu'on voit , de leur fexe honteufes ,
Du nôtre prendre tous les tons ,
Afficher des airs foldatefques ,
Siffler , lorgner, brufquer leurs voix ,
Et rendre hagards leurs minois ,
Et s'affubler d'habits grotesques.
Peins nos frondeurs réglant l'Etat ,
Et criant contre tout Miniftre ,
Occupés dans leur vieux Sénat
A quelque gageure finiftre ,
Bien moins méchans que babillards ,
Et , par amour pour la patric ,
Dérailonnant toute leur vie
Sur la paix , la guerre & les arts ;
Affurant que la politique
En France va de mal en pis ,
Et plaignant fort ce beau pays
Réduit à l'Opéra - comique.
Peins nos Médecins élégans ,
Bien corrigés du pédantifme ,
Ne prononçant plus d'aphorifme ,
Conteurs légers , parleurs brillans ,
Toujours piqués contre Moliere ,
AOUST.
129 1776
Guériffant peu , mais fachant plaire
Et récréer du moins les gens.
Nous pourrions rapporter plufieurs
autres morceaux , également propres à
justifier ce que nous avons dit du talent
de M. Sélis , talent fait à tous égards
pour intéretfer.
Oraifon Funèbre de très haut & trèspuillant
Seigneur Louis Nicolas Vicctor
de Félix , Comte du May , Maréchal
de France , Chevalier des Or
dres du Roi , Miniftre & Secrétaire
d Etat au département de la guerre ,
ci devant Menin de Monfeigneur le
Dauphin , Directeur & Adminiftrateur
de l'Hôtel Royal des Invalides ;
prononcée dans l'Eglife de cet Hôtel ,
le 24 Avril 1776 , par Meffire Jean-
Baptifte - Charles- Marie de Beauvais
Evêque de Senez . A Paris , chez le
Jay , Libr. rue St Jacques , in- 12 . Prix
1 l . 4 f. br.
1
Ce Difcours éloquent eft également
digne du Miniftre vertueux qu'on y célèbre
, & de l'illuftre Orateur chargé de
Fiv
130 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
ود
rendre cet hommage à la mémoire. Ecou
tons M. de Sénez lui même tracer le
plan de fon Oraifon funèbre , en faisant
le détail des vertus qui caractérifoient
fon Héros. Je viens , Meffieurs , célé
» brer un homme que vous avez procla-
» mé vous mêmes comme le Jufte de
» votre fiécle , un homme qui a fu planer
» au deffus des vices & des illufions de
» fes Contemporains ; un homme qui
joignoit à l'honneur françois la magnanimité
romaine , & les lumières de
» fon fiécle à la franchife & à la vail-
» lance de nos anciens Chevaliers . Je
» viens célébrer une probité inaltérable
» au milieu des dangers de la Cour; une
pureté incorruptible au milieu de la ,
contagion des nouvelles moeurs , une
foi , une piété inébranlable au milieu
des ravages de l'incrédulité ; un homme
» également vénérable , & par fes vertus
civiles , & par les vertus morales & par
fes vertus religieufes » . Cette diftincrion
conduit naturellement l'Orateur à
divifer fon Difcours en trois parties.
Dans la première , il rappelle les fervices
que feu M. le Maréchal du Muy a rendu
à l'Erat ; il peint la droiture , la probité , le
défintéreflement avec lefquels il a rem
»
"
»
39
A O UST. 1776. 131
pli les plus grandes places ; il trace dans
cette même partie la peinture touchante
de l'amitié qui attachoit M. du Muy à
feu Monfeigneur le Dauphin.
La feconde partie eft confacrée à célé.
brer les vertus morales de M. le Maréchal
du Muy ; & la troisième , à peindre
fes vertus religieufes . Sa piété n'étoit
point , fuivant l'Orateur , cette piété qui
fe laiffe aveugler par les préjugés de la
fuperftition , cette piété fombre & inquiète
qui defféche les ames & qui les
trouble par de vaines terreurs : c'étoit
cette piété fage , noble & fimple , dont
M. de Sénez préfente un tableau propre
à la rendre auffi intéreffante qu'elle eft
fainte & refpectable, « Monde profane ,
» ajoute -t- il , à ces traits céleftes recon-
» noiffez vous cette piété dont on vous
» avoit tracé un portrait fi lugubre ? Fan-
» tôme odieux , auffi contraire à l'efprit
» de l'Evangile qu'aux principes de la
» raifon ! Difons-lui nous mêmes , anathême
. Oui , anathême à la fuperftition,
» comme à l'impiété même ! Anathême
à la faufle piété , comme à la faufle
» philofophie ! Qu'elles foient des enne
» mis irréconciliables ; nous les abandonnons
à leur fureur ; & puiflent elles
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
1
fe détruire & fe confumer mutuelle-
·
ment , & délivrer enfin la raifon hu-
» maine de leurs funeftes délires ! Divine
» Piété , fille du Ciel , nous ne vous de-
» mandons point , comme les enfans du
» tonnerre , que vous écrafiez les enne .
» mis de votre gloire : paroiffez à leurs
» yeux ; montrez vous telle que vous
» êtes , telle que vous paroiffiez aux yeux
» de ce pieux Héros que vos ennemis
» vous voyent & qu'ils rougiffent de vous
» avoir outragée ; qu'ils vous voyent ,
» & qu'ils fèchent de douleur de vous
» avoir abandonnée ». On ne pouvoit
placer plus heureufement l'idée que renferine
ce beau vers de Perfe :
Virtutem videant , intabefcantque relicta.
Cette Oraifon funèbre ne pourra qu'aug
menter la grande opinion qu'on a juſtement
conçue des talens oratoires de M.
l'Evêque de Sénez , qui marche d'un pas
rapide fur les traces des Boffuet & des
Fléchier.
Flora Parifienfis , ou defcriptions & figures
des plantes qui croiffent aux environs
de Paris, avec les différens noms ,
A O UST. 1776. 133
claffes , ordres & genres qui leur con
viennent , rangés fuivant la méthode
fexuelle de M. Linné , leurs parties
caractéristiques , ports , propriétés
vertus & dofes d'ufage en médecine ,
fuivant les démonftrations de botanique
qui fe font au Jardin du Roi ; par
M. Bulliard : Ouvrage orné de plus de
600 figures coloriées d'après nature.
Tome 1 , in 8° . A Paris , chez Didot
le jeune , Libraire , quai des Auguftins ;
1776 ; avec approbation & privilège
du Roi.
Cet Ouvrage , qui fe trouve fans préface
, n'eft pas propre à être analyſe ;
nous ne pouvons préfenter ici à nos
Lecteurs que la defcription d'une des
plantes qui y font inférées , prife au hafard.
« Claffe , Tetradynamie . Ordre , fili-
» queufe. Genre de Linæus Cheiranthus.
» Nom françois , giroflée rouge ou vio-
» lier ; latin , latin , Cheiranthus annuus vel
» cheiri. Lin . Vulgaire quarantaine dans
tous les environs de Paris , quarantaine
» dans un grand nombre d'endroits , fur-
» tout en Champagne.
"
134 MERCURE DE FRANCE.
و د
« Detail des parties caractéristiques. 1º .
» une fleur (repréfentée) de grandeur na-
» turelle ; 2. un des quatre petales qui
» la compofent , repréſenté de même ;
» 3 ° . fix étamines , quatre grandes & deux
petites , qui font oppofées ; 4°. un
» pyftil en forme de prifme ; 5 °. un
calice quadriphylle , dont les fleurs
» tombent bientôt après l'effloraiſon ou
chûte des petales ; 6°. une filique ; 7 °.
les femences. Port. Ses tiges s'élèvent de
» deux pieds environ ; à mefure que les
» feuilles fe développent , les tiges s'allongent
, les feuilles font alternes ;
» cette plante fleurit toute l'année . On
» la cultive dans les jardins parce qu'elle
a une odeur agréable. La culture la
» rend double , c'eft en quoi conſiſte ſa
beauté. On ne fe fert pas de cette
plante en médecine » .
33
"
»
99
Toutes les autres defcriptions de cet
Ouvrage font faites à l'inftar l'une de
l'autre à l'égard des figures coloriées ,
elles font faites avec foin.
Sermons du Père de Neuville , en 8 vol.
in 12. rel. prix 30 1. chez Mérigot le
jeune , Quai des Auguftins .
AOUST. 1776. 13.5
La Religion ne fe conferve que par
les mêmes moyens qu'elle s'est érablic
. Elle a commencé par la prédication
, & elle ne peut continuer que
par la prédication. Le peuple ne devient
fidèle que parce qu'il eft inftruit . Et
comment fera- t-il inftruit ? Comment
croirat-t- il , fi perfonne ne lui prêche ?
C'est le moyen que le Chef de la Religion
Chrétienne a établi pour la perpétuer.
Malheur à la préfomption humaine
, qui fe fiant à fès lumières , prétendroit
le fuffire à elle même. Dans tous
les temps la caufe de Dieu fe lie à des
hommes que la vérité affecie à fes épreuves
, à fes combats , à fes victoires .
Mais quelles font les qualités les
plus néceffaires au Miniftre de la parole
de Dieu , quels font les devoirs
qu'il doit remplir avec le plus d'exactitude
pour atteindre fon but ? Le premier
devoir du Prédicateur eft de ne
rien établir , que ce qui eft vrai &
conforme aux divines écritures & à la.
tradition. L'Inftituteur de la Religion.
Chrétienne a fixé immuablement tout ce
que nous devons croire & faire pour
marcher dans les voies qui feules conduifent
au bonheur éternel . Il l'a enfei
136 MERCURE DE FRANCE.
gné à fes Apôtres , & ceux - ci à leurs fuc
ceffeurs , fans qu'il fût permis dans la
fuite des temps de rien introduire de nou
veau , & d'inventer une nouvelle doctrine
qui n'auroit point d'autre fonde
ment que les lumières de la raifon humaine.
« Si l'on doit éviter la nouveauté,
» dit Vincent de Lerins , on doit s'atta-.
» cher à l'antiquité ; & fi la nouveauté
» eft profane , l'antiquité eft facrée . C'eft
"
aux Prédicateurs que s'adreffe cette pa-
» role de l'Apôtre , gardez le dépôt. »
Qu'est-ce que le dépôt ? continue Vincent
de Lerins , « c'eft ce que l'on
» vous a confié, non ce que vous avez inventé
; ce que vous avez reçu , non ce
» que vous avez imaginé : non les pro-
» ductions de votre efprit , mais la doc-
» trine que l'on vous a enfeignée : nonce
» que vous aurez pris de votre propre
» fond , mais ce que vous aurez fu par
» tradition ; ce qui vous aura été tranf
» mis , non ce que vous aurez avancé de-
» vous - même , de forte que vous n'en
» foyez pas l'Auteur , mais le gardien . »
Le fecond devoir , fans lequel l'Orateur
facré ne pourroit pas atteindre fon but
eft de rendre claires & fenfibles les véri -s
tés les plus fublimes de la Religion , en y
A O UST . 1776. 137
préparant les efprits , & en les conduifant
par degrés, en les faifant entrer par ce qui eft
plus clair dans ce qui eft inconnu , d'aider les
efprits lents & tardifs par descomparaifons
quiaienten même temps de la juftefle & de
la dignité , & de laiffer dans l'efprit de
ceux qui l'écoutent un grand nombre de
vérités dites avec ordre , folidement prouvées
, & qui ne foient pas étouffées par un
tourbillon de paroles , dont il ne refte
aucun fouvenir. Pour produire cet heureux
effet, l'Orateur doit annoncer l'Evan
gile d'une manière intéreffante , qui ne
foit ni lente ni froide , qui laiffe des aiguillons
dans le coeur , & qui porte l'auditeur
à s'affliger de ce qu'on ne lui parle
pas plus long - temps , & de ce qu'on
l'abandonne , lorsqu'il étoit prêt d'aller
auffi loin qu'on l'auroit voulu .
Rien n'eft plus propre à donner à cette di
vine parole toute fon efficace , que l'exemple
du Prédicateur , qui eft vivement pénétré
lui même de ce qu'il dit , & qui éprou
ve le premier les fentimens qu'il veut
infpirer. On ne peut retenir fes larmes ,
en voyant celles que le Prédicateur s'efforce
de cacher , & qui lui échappent
malgré lui . Le Prédicateur qui commence
par faire tout ce qu'il enfeigne , fait bien
138 MERCURE DE FRANCE.
.
mieux les chemins qui vont au coeur . Il
n'ignore point que la verité , pour y pénétrer
, a befoin de quelques ornemens ;
qu'on n'arrive d'ordinaire au coeur que
par l'efprit , & que pour remuer l'un , il
faut plaire à l'autre . Il en eft de la parole ,
comme de la nou riture , qui doit être
affaifonnée pour être reçue avec plaifir .
Mais en cherchant à rendre la vérité plus
aimable aux hommes , & à les engager
par cette eſpèce d'appas innocent , à
en goûter plus volontiers la fainte douceur
, l'Orateur n'en aura pas moins d'at
tention à éviter tout ce qui pourroit faire
dégénérer l'augufte éloquence de la chaire
en une vaine pompe de paroles , capable
tout au plus d'exciter quelques légers ap
plaudiffemens. Il joindra auffi à la clarté
& aux ornemens du difcours , tout ce qui
eft propre à toucher. C'eft dans ce pathétique
fur cout , que confifte l'éloquence
facrée , qui n'eft autre chose que l'art de
peindre fi bien , & les beautés de la vertu ,
& la difformité du vice , avec les fuites
de l'une & de l'autre , que l'ame ne puiffe
envifager ces images , fans être remplie
d'amour pour la vertu , & d'aver.
fion pour le vice. » Tout difcours qui
laiffe l'auditeur tranquille , qui ne le
A O UST. 1776. 139
"3
» remue & ne l'agite point , & qui ne va
» pas jufqu'à le troubler , l'abattre , le
renverfer & vaincre fon opiniâtre ré-
» fiftance , quelque beau qu'il paroiſſe ,
» n'eft point un difcours véritablement
éloquent. » C'eft ainfi que s'exprime un
célèbre Profeffeur d'éloquence. Un Oraeur
peut fe contenter d'inftruire & de
plaite , quand il ne s'agit que de vérités
Spéculatives qu'il fuffit de croire , qui ne
demandent que notre confentement , &
qui regardent plutôt l'efprit que le coeur,
Il n'en eft pas de même à l'égard des vérités
de pratique, qui mettent nos paffions
à l'étroit. L'éloquence humaine ne peut
pas feule diffipper le charme féducteur
qui aveugie la plupart des hommes , les
forcer d'ouvrir les yeux , leur faire haïr
ce qu'ils aimoient , & aimer ce qu'ils
haïfoient. Auffi le Prédicateur pénétré
de cette vérité , ne manque jamais de
lever les mains au ciel , & de demander
avec inftance à l'Aureur de tout bien , tout
ce qui eft néceffaire pour rendre fa parole
efficace .
On s'eft plaint dans tous les fiécles de
la rareté des Orateurs Evangéliques , &
l'on a également attaqué les différentes
méthodes qui ont été fucceffivement
adoptées.
140 MERCURE DE FRANCE.
au
Il y a euun temps où l'on donnoit trop
raifonnement , & pas affez à la morale,
& où l'on reprochoit aux Orateurs de compofer
des difcours fecs & décharnés , où
l'on fe renfermoit dans les maximes générales
, fans faciliter aux auditeurs l'appli
cation ; où l'on fe contentoit de pofer
des principes , fans tirer aucune conféquence
; où l'on croyoit devoir négliger
tout ce qui pouvoit flatter l'oreille & remuer
l'ame ; où fous prétexte d'écarter
des ornemens ambitieux & recherchés ,
on ôtoit à la vérité fes véritables charmes.
Dans la fuite on a pris une route
oppofée , & l'on n'a cherché qu'à éblouir
l'efprit par des penfées brillantes , à lui
offrir une multitude inutile d'images
agréables & de portraits ingénieux , à
l'étonner par des faillies vives , par
des figures hardies , à le flatter par un
ftyle harmonieux & fleuri , à l'accabler
d'une érudition faftueufe & fuperflue.
Et l'on n'a pás fenti que ces ornemens
déplacés , ne conviennent nullement
à des difcours où l'on traite les matières
les plus graves & les plus effrayantes.
Au milieu des vérités les plus fublimes
, un Orateur eft- il excufable de ne
s'occuper qu'à faire briller fon efprit , à
A O UST. 1776. 141
arrondir des périodes , & à entaffer de
vaines figures qui ne font propres , le
plus fouvent , qu'à faire perdre de vue ce
que l'on fe propofe d'établir. A- t -on
bonne grâce de faire le beau parleur , dans
un temps où il ne faut que tonner , toudroyer
& employer les mouvemens les
plus vifs & les plus animés . On ne doit pas
oublier , comme l'a obfervé fi judicieufement
un célèbre Académicien , » que
plus un fujet eft grand , plus on exige
de ceux qui le traitent . Les loix de
l'éloquence de la chaire , compenfent par
leur rigueur les avantages de l'objet; pref
» que tour eft écueil en ce genre ; la diffi.
» culté d'annoncer d'une manière frap-
"
ور
pante , & cependant naturelle , des vé-
» rités que leur importance a rendues
» communes ; la forme féche & didacti
» que , fi ennemie des grands mouve-
» mens & des grandes idées ; l'air de pré-
» tention & d'apprêt qui décèle un Óra-
» teur plus occupé de lui - même que du
» Dieu qu'il repréfente ; enfin les orne-
» mens frivoles qui outragent la majeſté
du fujet ». Auffi a - t- on vu plufieurs
Orateurs bannir de leurs difcours le faux
bel - efprit qui tient à la barbarie, pour n'y
admettre que les motifs intéreffans &
142 MERCURE DE FRANCE .
les vérités folides. On a préféré d'y répandre
ce fentiment , cette vie , cette
ame , qui ne fe trouvent que dans le naturel
. On a compris que fe borner à peindre
les moeurs extérieures & fi différentes
felon les états , c'étoit mettre hors
d'intérêt une partie de ceux qui écoutent
; au lien que cette expreffion vive &
tendre du fentiment commun à tous ,
rend l'attention plus générale , & plus
foutenue . Enfin on a préféré aux Orateurs
qui parlent à l'imagination , ceux qui
parlent au coeur ; car c'eft- là où nous
fommes , c'eft où la parole , toujours
fubordonnée à l'impreffion divine , doit
nous chercher , nous combattre , nous
vaincre , nous rendre bons , fages
réglés , juftes , vertueux ; en un mot ,
tout ce qui n'eft pas le coeur en nous
n'eft pas nous- mêmes. Or , quiconque
a le fecret d'aller au coeur , & poſsède
l'art d'intéreffer par le fentiment , ne
peut qu'exercer avec fuccès le ministère
de la parole. Le Père de la Neuville's
à qui perfonne ne pourra reprocher
d'avoir copié aucun modèle , a-t-il eu ce
talent dans un dégré fupérieur ? Il femble
que les fuffrages qu'il à fu fixer conftam .
ment, & les applaudiffemens qu'il a tout
A O UST. 1776 . 143
jours reçu dans le cours de fon miniftère,
malgré le défaut d'action , & la monoto.
nie de ſa voix , ne permettent pas d'en
douter. Les fuccès foutenus ont toujours
été regardés comme le préjugé le plus
décifif en faveur de ce genre d'ouvrage;
voici comment s'en explique l'Editeur
qui vient de donner au public la collec
tion entière des Sermons de cet Orateur .
» On peut dire dire , que , que fans trop s'écarter
» des grands modèles , il a un genre à
» lui , que fa manière eft originale , &
» que s'il tient aux Orateurs du dernier
» fiècle par l'ordre , la méthode , la force
» & la clarté ; il a , je ne dis pas , plus
» de génie , mais plus d'efprit , un coloris
plus brillant , quelque chofe de plus
» neuf, de plus hardi dans l'invention ,
» une tournure , en un mot , fi ce n'eft
» plus frappante , du moins plus éblouif-
» fante.... On ne peut auffi difconvenir
qu'il n'eût de quoi plaire , & même
» de quoi étonner par l'abondance &
» l'éclat de fon tyle , par la profondeur
» de fes raifonnemens , par la belle or-
» donnance de fa compofition , par la
» jufteffe & la vérité de fon pinceau.
» Mais quand l'admiration , ce fentiment
prefque involontaire & forcé, eût fair
"
رد
"
"
144 MERCURE DE FRANCE .
H
n
» place au defir trop naturel de blâmer
» & de critiquer , ce fut par ces endroits
» mêmes qu'on l'attaqua. On lui repro-
» cha une fymmétrie monotone , plus de
luxe que de vraies richeffes , des portraits
trop chargés , de la prétention ,
» de la recherche , un ton plus Académi-
» que que Chrétien ». L'Editeur eft
perfuadé que la feule lecture de l'Ouvrage
fuffira pour juftifier notre Orateur
fur la plupart de ces imputations . On
ne peut cependant pas fe diffimuler
qu'on trouve quelquefois dans fa compofition
une prodigieufe abondance d'expreffions
, fouvent fynonymes , qui ne
choquoient point ceux qui l'entendoient ;
il est vrai que la manière rapide avec
laquelle il prononçoit ces difcours , &
à laquelle il avoit un peu trop plić
fon ftyle , le mettoit à l'abri de la critique.
Mais trop d'ornemens , dira- t - on , s'entrenuifent,
& caufent la même confuſion que
la trop grande multitude de perfonnages
dans un tableau; ce font comme des éclairs
qui peuvent nous éblouir quelques inftans
, & qui nous laiffent bientôt dans
les ténebres. Les beautés de l'art Oratoire
font- elles prodiguées avec profufion
elles
>
A O UST. 1776. 14
elles ne font que nous rallafier , & nous
deviennent faftidieufes. Rien ne déplaît
plus à la longue , que d'entendre un Orateur
qui rebat trois ou quatre fois la même
penfée , lorfqu'il ne devroit l'exprimer
qu'une feule fois avec énergie. Cette fécondité
d'expreffion n'eft que trop fouvent
la preuve de la difette d'idées . Elle
n'étoit dans M. de la Neuville qu'une
fuite de la facilité de fon génie , & de
fa manière d'envifager les objets dans
tous leurs points de vue. Rien n'étoit chez
lui l'effet du travail. Tout coule de fource ,
& a l'air facile. Fourniffons en la preuve,
en mettant fous les yeux du lecteur plu
Geurs endroits de fes Sermons . (Sermon
fur le refpect humain ) . « Folie du refpec
humain , qui nous fait craindre ce qu'il y
de moins redoutable dans le monde :
» on veut plaire au monde; à quel monde
» ſe propofe-t-on de plaire ? A ce qui ! y
» a de plus corrompu , de plus vicieux
» dans le monde , de moins eftimable &
» de moins eftimé dans le monde . Qu'à la
» Cour , ou dans une Ville , fe trouvent
"
3D a
cinq ou fix prétendus efprits forts , dont
» toute la fçience fe réduit à infulter, par
» de froides railleries , par de vains fophifines
, par des déclamations
vagues ,
G
#46 MERCURE DE FRANCE.
à la Religion , dont ils n'eurent jamais
ni la droiture d'examiner les pensées ,
ni l'équité de confulter les monumens,
ni lacapacité de fonder les profondeurs;
qui pour toute étude ne peuvent citer
que leur attention à écouter des maî-
» tres d'impiété , & encore plus à écouter
leur coeur , le premier , le grand, & à
proprement parler l'unique maître de
libertinage . Qu'à la Cour , ou dans
» une Ville , fe trouvent cinq ou fix femmes
mondaines , ennemies de toutes
les vertus qu'elles n'ont pas , objet
éternel de médifances , & éternelle-
» ment médiſantes ; auffi jalouſes de la
réputation des autres , que prodigue de
» leur propre réputation ; intérellées à
couvrir l'irrégularité de leur conduite ,
par la cenfure de toute conduite plus
régulière qui les condamne ; que dans
les Sociétés les plus faintes , il fe trouve
un petit nombre d'ames diffipées , qui
traitent de fcrupule toute délicateffe de
confcience qu'elles ne fentent pas . Je
» n'ai pas befoin de le dire , ce font là
les Divinités que le refpect humain
force d'adorer.....Folie du reſpect hu-
» main , qui nous fait craindre ce que
nous n'avons point à redouter dumonde!
AOUST. 1776. 147
"
"
» Vous que le refpect humain précipite
en tant de défordres , fouffrez que prenant
le parti du monde contre le monde
même , je vous demande quels font
donc les vices que ce monde confacre
s par fon fuffrage? Sont- ce les débauches
de l'intemperance , les excès du jeu ,
» les folles dépenfes de la prodigalité ,
les épargnes fordides de l'avarice, l'ani
mofité de la haine , les fureurs de la vengeance
, les profufions du luxe , les dé-
» tours de la mauvaiſe foi , les impoftures
de la calomnie , les fatyres de la
médifance , les attentats de l'ambition,
» les hauteurs de l'orgueil , les baffelles
» de l'adulation , l'indolence de la mollefle
& de l'oifiveté , l'yvreffe de la volupté
, les fcandales de l'impiété ? J'ai
nommé tous les vices ; or de ces
» vices
nommez - moi celui qu'il
ne faut pas cacher , qu'il ne faut pas
» dérober aux regards du monde , quand
» on veut s'avancer dans le monde ? Sont-
» ce des hommes chargés du poids de
» ces vices , que le monde tirera de la
» foule , que la voix publique appelera
» à prendre en main les rênes des Empi-
» res , & le maniment des grandes affaires?
Des crimes heureux peuvent
39
"3
»
"
>
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
و د
pas
approcher du trône un Aman , livrer
à Jehu une couronne teinte du fang
» de fes Maîtres , placer à la tête d'I
» raël des Juges corrompus ; alors n'en
tendra - t-on le monde indigné , re-
» procher à la fortune fon injuftice ; &
» la première maxime des politiques ,
lorfqu'ils afpirent aux honneurs , n'eſt-
» ce pas d'enfevelir leurs vices dans les
» ténèbres d'une profonde diffimulation,
» & d'attendre du fuccès de leurs intri-
>>
» gues , la liberté de ſe démaſquer.
» Foibleffe d'autant plus injurieuſe à la
» Religion, qu'ordinairement nous n'en
» fommes fufceptibles que par rapport à
» la Religion ; & que ce refpect humain
qui nous paroît tout , lorſqu'il s'élève
» contre Dieu , nous favons dire & pen-
» fer qu'il n'eft rien , dès- là qu'il s'élève
contre les paffions . En effet , que par
33
-
les rufes & les monopoles de fon in-
» duftrieufe cupidité , jointes à l'oftenta-
»tion de fon luxe ; que par fon activité
» à accumuler , & fes fureurs à répandre,
» un vexateur avide , également avare &
» prodigue , devienne la fable & l'exé-
» cration du peuple , victime de fes injuf-
» tices , & indigné de l'infolence de fon
fafte ; que l'ambitieux fe couvre de
A O UST. 1776. 149
"
"
l'opprobre des baffeffes les plus humi-
» liantes , des détours les plus honteux ,
des trahifons & des perfidies les plus
» noires ; que tout un public allarmé dé
» voir les deftinées remifes en des mains
incapables de foutenir l'autorité des
loix , gémiffe de l'indolence , de l'inapplication
, de l'oifiveté , de l'ignorance
» d'un Juge fans lumières & fans probité.
Que par la licence de fes débauches,
une jeuneffe bouillante & fougueufe ,
imprime au nom le plus illuftre un ca
ractère d'ignominie , que les vertus,
» d'un autre âge ne pourront effacer.
Qu'une femme mondaine réuniffe for
elle les regards , les foupçons de toute
» une Ville , par l'étalage odieux d'un
luxe que la fimplicité Chrétienne lui
défend , & que fa condition ne lui per-
» met pas ; qu'elle fcandalife le monde
» par l'éclat de tant d'intrigues , par l'in-
"
décence de tant de familiarités , par les
» apparences de tant de liaifons & d'affiduités
; on entend les clameurs du
» monde, on les méprife ; on voir fes foupçons
, fes ombrages , on n'en eft point
» allarmé ; on effuie fa cenfure , on n'en
» eſt point intimidé ; on fe met alors au
» deffus du monde & des difcours du
19
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
20
monde. Mais s'agit- il de réformer la
conduite ; s'agit il de rentrer dans les
bornes de la modeftie , de la fimplicité,
» de la pudeur ! Auffi- tôt le monde re-
» prend fon empire ; le fantôme du refpect
humain fe reproduit ; on hélite ,
» on balance , on fuccombe , on céde au
monde une victoire bien fétriffante
pour la Religion , puifque le refpect hu
» main n'a de force que contre elle , &
» que n'étant rien , il peut tout contrê
elle..... ( Sermon fur l'éducation ) :
Permettez-moi de citer un Auteur pro-
» fane ; ( Quintilien ) il parle fur ce fujet
avec une force , une énergie qui vous
» toucheront : il voyoit la licence , l'ava-
» rice , la volupté introduites dans Ro-
» me ; il préfageoit la chûte prochaine
» de ce grand Empire , qui après avoir
» foumis par la force de fes armes tant
de peuples & tant de Royaumes , alloit
tomber fous le poids de fes vices. O
» Romains , s'écrioit- il , vous ne trou
» vez plus dans vos enfans le courage
de vos ancêtres ! Quels foins prenez-
" vous de leur tranfmettre ce précieux
héritage ! Qui de vous s'applique à
» former leur efprit & leurs moeurs !
99
» Que dis - je ? Plût au Ciel que les paAOUST.
1776. 1-54
·
rens ne fuffent pas eux mêmes les cor-
» rupteurs de la jeuneffe ! Plûr au Ciel
35% que la vertu des enfans n'eût rien à
» redouter des vices des pères ! Utinam
» liberorum mores ipfi non perderemus
» Nous laiffons languir leurs premières
» années dans le fein des délices ; infan-
» tiam ftatim deliciis folvimus : quelle
< pudeur devons nous attendre d'une
» fille qu'on accoutume à fe parer avang
» qu'elle fe connoiffe ; à qui l'on vante
la beauté , comme l'unique ornement ,
» le talent de plaire , comme l'unique
» mérite de fon fexe & de fon âge? Quelle
» fera un jour l'avidité infatiable pourl'or
» & l'argent , dans le fils auquel on loue
» fans ceffe les richeffes plus que l'équi
» té , l'opulence plus que la probité , les
biens plus que les vertus ?
و و
»
و و د
Malheureux enfans ! Ils voient les
folles allarmes , l'intempérance ou
trée , les haines fanguinaires d'un père:
» impie ; ils entendent les chanfons dif
folues qui font la joie de nos repass
» convivium obcanis canticis ftrepit. Ils
» apprennent à être vicieux , avant que
» l'âge ait pu leur apprendre ce que c'eft
» que le vice ; ils s'y accoutument avant
» que de le connoître , & ils le connoif-
Giv
152
MERCURE DE
FRANCE.
"
pourfent
fans
efpérance ,
prefque fans
» voir de s'en corriger , après s'y être ac-
»
coutumés de fi bonne heure
difcunt
» hæc miferi,
antequamfciunt vitia effe .
» Enfuite Rome
demande des Juges in- •
» tégres , des foldats
intrépides , des ci-
» toyens vertueux : elle eft indignée de
» ne pas voir renaître les beaux jours
• de fa gloire & de fes
triomphes. Non
» ce n'eft point ainsi que fut élevée cette
»
vaillante
jeuneffe qui fonda la puif-
" fance
Romaine fur les débris des nations.
Que les pères nous
retracent les moeurs
» de Rome
naiffante , les enfans nous
» rendront les jours de Rome
triomphante.
Ah Chrétiens ! en faifant le
portrait de fon fiécle , ne repréfente- t- it
» pas le nôtre ? Sous le plus grand de
» nos Rois , fous
l'immortel
Henri, nous
» vîmes cer Empire
chancelant , prêt
» d'être
enfeveli fous fes ruines ,
» trouver que de foibles &
impuiffans
»
défenfeurs , dans une jeuneſſe
amollie
» par les délices.
Pourquoi
m'arrêter
à citer un Auteur
profane ,
l'Apôtre
» ne le dit- il pas : fi radix fana , ramifa-
» ni ; fi la tige étoit faine , les bran-
» ches ne feroient point viciées : d'enfans
libertins, on n'en peut faire que des Ma
.
»
---
ne
A O UST . 1776. 153
giftrats vendus à l'iniquité , des maris
» débauchés , des époufes infidèles , des
» Prêtres fcandaleux ; mais écoutez , pères
» & mères , ce que Dieu vous dit par la
» bouche du Prophète : numquid fuper
» his non vifitabo. Toutes les injuftices
» de ce fils avide & puiffant , toutes les
» débauches de ce fils fenfuel & volup-
» tueux , tous les fcandales de cet indi-
» gne Miniftre de mes Autels , tous les
» crimes de cette fille mondaine & fans
pudeur , tous les outrages faits à ma
Religion, à mon Eglife , tous ces amas
» d'iniquités retomberont fur vous ; tous
ces péchés deviendront vos péchés pro-
» pres & perfonnels , parce que vous avez
" pu , parce que vous avez dû les préve-
» nir. Numquid fuper his non vifitabo .
Obfervations fur les épizooties contagieufes,
particulièrement fur celle qui a
régné en Champagne , préfentées à
l'Académie Royale des Sciences , Arts
& Belles-Lettres de Châlons ; par M.
Grignon , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Correfpondant de l'Académie
Royale des Belles Lettres , & de celle
des Sciences de Paris , Affocié de celle
de Châlons. A Londres; & fe trouve à
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
3
Paris , chez Delalain , Libraire , rue
& à côté de la Comédie Françoife ;
1776.
Parmi le nombre d'écrits publiés fur
Tes maladies épizootiques , il faut diftinguer
celui de M. Grignon . La defcrip
tion fymptomatique & comparée qu'il
donne de l'épizootie de Champagne ,
est très-inftructive . Notre Auteur divife
fon Ouvrage en quatre parties : la première
eft l'hiftoire de la maladie contagieufe
qui s'eft déclarée au hameau de
la Neuville , en Champagne ; la feconde
eft l'expofition des fymptômes extérieurs
généraux , qui fe préfentent d'abord , &
par lefquels on connoît le premier pas
de l'invafion de l'épizootie contagieufe ,
fymptômes communs à prefque toutes
les maladies inflammatoires du bétail ;
1 ;
la troisième traite des précautions à prendre
pour détruire la contagion ; & le
quatrième enfin donne les moyens de
définfecter les lazarets & les étables.
infectés ; après quoi notre Auteur combat
dans un Poft fcriptum le ridicule
d'un Chirurgien , qui prétend que les
vers qui fe trouvent dans la tête des
animaux infectés , font les caufes de
AOUST. 1776. 155
Pepizootie ; l'hypothèfe gratuite de ces
vers , n'eſt , dit M. Grignon , qu'une
erreur renouvellée par des obfervateurs
impatiens , & qui haſardent avec précipitation
leur jugement , fans confulter la
nature & les Auteurs célèbres qui l'one
précédés .
Hiftoire & phénomènes du Vefuve , expofés
par le P. Dom Jean- Marie de la Torra
Clerc Régulier Sommafque , Garde:
de la Bibliothèque & du Cabinet du
Roi des Deux Siciles , & Correfpondant
de l'Académie Royale des Sciences
de Paris ; traduit de l'Italien par
M. l'Abbé Piton . A Paris , chez Eugène
Onfroy , Libraire , quai des Auguftins
, près le Pont St Michel , 1776.
Avec approb. & privil . du Roi,
Les feux continuels da Mont Véluve
ont exercé depuis long temps les Philo
fophes : autli , depuis le terrible incendies
de 1631 , nous avons été inondés d'une
infinité d'écrits fur cet objet, Mais parmii
rous ces écrits , on diftingue par préfé--
rence ceux qui ont été publiés par less
Savans de Naples ; ils étoient plus à pos
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
tée que les autres d'en obferver les phé
nomènes cependant prefque tous les
Auteurs fe font contentés de publier une
relation particulière des éruptions dont
ils ont été témoins. Il nous manquoit
donc une Hiftoire générale & raifonnée
du Mont Véfuve : le P. de la Torra s'eft
chargé de la rédiger ; il s'eft fervi de tous
les matériaux qu'il a pu trouver , & il
y a joint les propres obfervations . Après
avoir expofé , fur l'autorité des plus anciens
Hiftoriens , l'état du Véfuve depuis
l'an 150 avant Jésus - Chrift jufqu'à la
fameule époque de l'an 79 de l'ère chrétienne
, il parcourt toute la fuite des
éruptions jufqu'à l'an 1760 , rapportant
fur chacune ce qu'il y a eu de particulier ,
& fur- tout fur celles qu'il a obfervées
lui - même ; enfin on peut dire de cet Ouvrage
qu'à chaque inftant l'intelligence
& l'exactitude de l'Obfervateur s'y font
remarquer. Il a d'abord été publié en Italien.
C'eſt fa traduction en François que
nous annonçons : elle avoit été publiée ,
il y a quelques années , chez Hériffant.
Onfroy , Libraire , quai des Auguftins ,
qui a fait l'acquifition du fond de cet
Ouvrage , fe propoſe de le donner juſ,
A O UST. 1776. 157
qu'au premier Janvier 1777 , à 1 l . 10 f.
broché.
I
Difcours fur quelques opinions du Public
concernant la Médecine , prononcé au
mois de Mars 776 , devant le Collégé
des Médecins de Limoges , par M.
Boyer , Aggrégé à ce Collége , &
Docteur de la Faculté de Médecine
de Montpellier. A Limoges , chez
Martin Barbour , Imprimeur du Roi;
& fe trouve à Paris , chez Barbou , rue
des Mathurins.
L'Autear divife ce Difcours en deux
parties ; dans la première il traite des
opinions du Public qui paroiffent intéreffer
l'art de guérir ; & dans la feconde ,
de celles qui concernent ceux qui exercent
cet art ; il difcute la fauffeté de ces
opinions , & fait voir que malgré les
rêveries populaires & la vaine conféquence
des jugemens qu'on en tire , l'art
de guérir , ou pour mieux dire , la médecine
n'eft pas moins refpe &té. Cet art , dit
notre Orateur , ifolé dans le fein de quelques
fociétés répandues dans l'Univers , ne
tenant effentiellement à aucune de leurs
158 MERCURE DE FRANCE.
inftitutions , aidé de fes feules forces,
conferve néanmoins toute fon influence ,.
malgré l'audace de la myfantropie , le
poifon du ridicule , & , on peut le dire ,
le peu d'adreffe de fes Difciples. A la
fin de ce. Difcours fe trouvent des notes
très-favantes de l'Auteur , qui fervent de
preuve à ce qu'il avance dans fon Dif-
Cours.
Eloge hiftorique de M. Winflou , par
M. C.... Docteur en Médecine .
L'Auteur commence l'éloge du célèbre
Winflou par l'expofition courte & précife
de l'état de l'anatomie à la fin du
fiécle de Louis le Grand : & en faifaut le
portrait de l'homme néceflaire alors aug
progrès de cette fcience , il trace ingénieufement
le caractère de fon héros...
Né (en 15 69) en Danemark , à Oden •
fée , dans la Scanie , & fe deftinant à pro
feffer la Théologie Luthérienne , il paroiffoit
bien éloigné de la carrière qu'il
avoit à remplir un jour.
Les conférences inftructives qu'il avoit
avec un de fes amis , qui s'appliquoit à
la Médecine ; les converfations de
A O UST. 1776. 159
M. Rugfch qu'il connut en Hollande
fon voyage en France , la connoillance &
l'intimité de M. Duverney, l'inftruifirent :
à fond dans la ſcience qu'il devoit éclairer .
D'un autre côté , la droiture de fon
coeur qui l'avoit attaché à la religion de
fes ancêtres , le conduifit infenfiblement
vers la vérité qu'il cherchoit avec ardeur ..
Les ouvrages du grand Bofluet lui défillè
rent les yeux ; il fit bientot abjuration
entre les mains de cet illuftre Prélat..
De fages confeils , le fecours & la
protection de l'Evêque de Meaux , qui
sépara l'injustice de fes parens ; le déterminèrent
à entrer ( en 1702 ) dans la Faculté
de Médecine , où il avoit déjà pour
amis MM . Tournefort & Dodart , Lorfque
la mort lui enleva M. Boffuet , cette
Compagnie répara une partie de fa perte
en lui remettant tous les frais de fes actes;
elle refufa enfuite d'en recevoir le prix ,
fe croyant affez payée par l'illuftration
que lui donnoient les cours de M.Winf❤-
lou .
Deux ans après il fut reçu à l'Acadé--
mie des Sciences , fous les aufpices de-
M. Duverney. On trouve dans cet éloge
une énumération & une expofition rapide
d'une partie des ouvrages pár lefquels.
160 MERCURE DE FRANCE.
M.Winflou répondit au choix de l'Acadé
mie , tels que fes Mémoires fur le coeur ,
fur la polition naturelle des vifcères de
l'homme vivant , fur l'action des muſcles
; fon expofition anatomique ; fon
Mimoire fur le danger des corps de baleine
qu'on fait porter aux enfans , &c.
Et ne diffimulant pas quelques légers défauts
qu'on reproche à M. Winflou , il
les fait tourner à fon avantage , en joignant
le mérite de l'impartialité aux talens
du Panégyrifte .
M. Winflou fuccéda à M. Hunault
dans la chaire d'anatomie du jardin du
Roi; & M. Winflou , quoique moins
brillant , ne perd point au parallèle
comme le panégyrique le prouve fi ingénieuſement.
La vertu , la fcience & les moeurs de
M.Winflou font dignement célébrés dans
cet éloge. Parcourons quelques traits pro
pres à faire connoître , & le mérité de cet
habile Anatomiſte & l'habileté de
l'Orateur.
" La marche de l'efprit humain , ditil
, eft lente ; le développement de fes
» connoiffances n'eft pas le même dans
» toutes les fciences. Il en eft auxquelles
A O UST. 1776. 161
"
on ne peut plus rien ajouter , lorfque
» d'autres ne font que d'éclore . Le fiécle
» de Louis XIV avoit vu ces beaux-arts ,
» enfans du luxe & de la magnificence ,
» parvenir à leur perfection , & la chi-
» mie n'étoit encore qu'à fon aurore ; à
peine l'Hiftoire Naturelle commençoit
» elle à fortir des ténébres de l'ignorance.
» L'Anatomie , quoique déjà floriffante ,
" n'avoit pas acquis cet éclat dont nous
" la voyons briller de nos jours.... Cette
» fcience attendoit une révolution . Il
» falloit pour l'opérer un homme qui
❞ fans être doué d'un génie créateur , eût
" un efprit jufte & droit , fût exact dans
»les obfervations , fidèle dans fes détails,
و د
peut-être minutieux , & joignit à une
» étude immenfe une patience plus gran
» de encore. Toutes ces qualités fe trou-
» voient réunies dans ce Médecin célèbre
" dont nous entreprenons d'écrire l'éloge
hiftorique , Jacques- Benigne Winſloy ,
» Docteur- Régent de la Faculté de Mé-
» decine de Paris , interprête de la langue
Teutonique à la Bibliotheque du Roi ,
" ancien Profeffeur d'Anatomie & de
Chirurgie au jardin Royal , de l'Acadé-
» démie Royale des Sciences de Paris , &
» de cellede Berlin ».
"
162 MERCURE DE FRANCE.
Voici le parallèle entre M. Vinflow
& M. Hunault . « Jamais deux hom-
» mes parcourans la même carrière
» n'eurent une marche plus différente.
» M. Hunault étonnoit par la magnificence
, & même le luxe de fon
élocution ; M. Winflou attachoit par la
» netteté & la précifion de la fienne. L'un
joignoit au favoir les qualités extérieu-
» res , la manière habile d'en tirer partie;
» l'autre réduit aux qualités effentielles
» de fon art , ſe renfermoit dans une fé-
» vère exactitude des faits. Le premier
employant les grands moyens de l'Ora-
» teur , favoit donner aux objets les plus
» déſagréables la parure du ftyle ; le fe-
» cond préfentoit la vérité fans aucun
» ornement , & elle plaifoit ainfi. On
» eût pu les comparer à deux Peintres de
» mérite égal , mais d'un genre différent.
» Les figures de l'un féduifoient par la
» icheffe & l'éclat des draperies ; l'oeil
des connoiffeurs admiroit dans les fi
gures de l'autre des mufcles fortement
» prononcés , des parties bien enſemble,
» des attitudes vraies , en un mot toutes
» les proportions de la belle nature.
M. Hunault , fait pour les gens de
Cour, & les perfonnes qui n'appren
A O UST. 1776. 163
A
nent que par air , devoit produire des
enthoufiaftes ; M. Winflou fuffifoit à
ceux qui veulent fimplement s'inftruire ,
& formoit des favans .
Nous terminerons cet extrait par un éloge
édifiant que notre Panégyrifte , également
éloquent & ingénieux ,fait de la décence de
M. Windou. « Ses cours avoient un avan
33.
tage de plus , ils furent toujours une
» école de décence & de pureté . On lui
a reproché d'avoir fur ce point pouffé
trop loin la délicateffe. Des Anatomiftes
, peu fcrupuleux fur la manière
» de s'attirer l'attention de leurs auditeurs ,,
» ont prétendu qu'il avoit jeté de l'obf
curité dans fes démonftrations , dans
fes livres mêmes , en fubftituant des
» expreffions nouvelles aux dénomina
tions qui pouvoient prêter au jeu de
» mots , & faire naître dans l'efprit des
» jeunes gens des idées de libertinage .
» Mais méritoit il d'être traité avec auffi
» peu de ménagement qu'on l'a fait ? Ne
» devoit on pas lui faire grace en faveur
» du motif? Et puifqu'il eft rarement
» donné aux hommes de favoir fe con.
» tenir dans un jufte milieu , ne vaut- il
» pas mieux donner dans l'excès des vertus
, que dans celui des vices ? Si dans.
#
"
و د
-
164 MERCURE DE FRANCE.
">
» fes cours il avoit foin de jeter un voile
épais fur les objets qui pouvoient exci
» ter ou réveiller les paffions des jeunes
" gens , c'eft qu'il favoit refpecter les
» moeurs , ce dépôt facré dont nous
» fommes tons comptables envers la fo-
» ciété ; c'eft qu'il étoit perfuadé qu'un
» Etat eft près de fa ruine, lorfque la jeu-
» neſſe en eft corrompue . Rome touchoit
» au moment marqué pour fa décadence ,
"
ر د
lorfque Clodius troubloit les mystères
» de la bonne Déeffe . Peut on en effet at-
» tendre des eaux pures & falubres d'une
» fontaine dont la fource eft empoiſon-
» née? Nous exhortons l'Auteur de confacrer
fes momens de recréation à l'étude
des belles-lettres . La fcjence longue &
pénible de la médecine ; la contention
qu'exigent les foins dûs aux malades ,
femblent exiger une forte de diverfion.
A O UST. 1776. 16s
ANNONCES LITTÉRAIRES.
L'Art de s'enrichir promptement par
l'Agriculture , prouvé par des expériences ;
par M. des Pommiers , Gouverneur de la
Ville de Cheroy ; avec figures , in- 12 .
prix 2 1. 19 f. A Paris , chez la Veuve
de Levaque , cloître des Jacobins , près
la rue de la Harpe,
Le Maitre d'Hiftoire , ou chronologie
élémentaire , hiftorique & raifonnée des
principales hiftoires , difpofée pour en
rendre l'étude agréable & facile à la jeuneffe
: Ouvrage qui peut fervir de fuite
aux principes d'inftitution ; in- 12 . rel .
21. 10 f, A Paris , chez la veuve De
faint , Libr. rue du Foin St Jacques .
Connoiffance des Temps pour l'année
commune 1777 , publiée par l'ordre de
l'Académie Royale des Sciences , & calculée
par M. Jeaurat , de la même Académie
; in- 8°. A Paris , à l'Hôtel de
Thou , rue des Poitevins.
166 MERCURE DE FRANCE.
!
L'Artillerie raifonnée , contenant la
defcription & l'ufage des différentes
bouches à feu , avec le détail des principaux
moyens employés ou propofés
pour les perfectionner; la théorie & la
pratique des mines , du jet des bombes ,
& en général l'effentiel de tout ce qui
concerne l'artillerie depuis l'invention de
la poudre à canon ; par M. le Blond ,
Maître de Mathématiques des Enfans de
France , Cenfeur Royal. Nouvelle édition
, revue & corrigée. C'eſt la troisième
en comptant celle de la première édition
de la guerre des fiéges ; & la quatrième
en y comprenant la traduction qui en a
été faite en Italien chez les Frères Reycends
, Libraires à Turin . a Volume ,
grand in- 8 ° . A Paris , chez Cellot &
Jombert fils jeune , Libraires , rue Dauphine.
Le Clerc , Libraire , grand'Salle du
Palais à Paris , ayant acquis le reftant
de l'édition de différens Ouvrages , dont
quelques uns étoient difficiles à trouver
complets , étant parvenu à en completter
AOUST. 1776. 167
un certain nombre , les offre à un rabais
de plus de moitié.
1º. Lettres critiques ou analyſe & réfutation
des divers écrits modernes contre
la Religion , par M. l'Abbé Gauchat ;
19 vol. in 12. br. 15
1.
Les perfonnes qui auroient négligé de
completter ledit Ouvrage , ou à qui il
manqueroit quelques volumes , les paye.
ront chaque i liv.
2°. Accord du Chriftianifme & de la
Raiſon , par le même ; 4 vol. in- 12 . br.
3 1.
3. Rapport des Chrétiens &. des Hébreux
, & un Difcours préliminaire fur
la loi de Nature ; 3 volumes in 12. br.
3 liv.
4º. La fpiritualité & l'immortalité de
l'ame , avec le fentiment de l'antiquité
tant facrée que profane , par rapport à
J'une & à l'autre , par le Père Hubert
Hayer; 3 vol. in- 12 . br . 3 l.
5°. Catéchisme Evangélique par demandes
& réponſes , pour faciliter l'intelligence
de plufieurs textes de l'Evangile
& des Actes des Apôtres , avec la
vie de N. S. J. C. , rangée fuivant l'ordre
168 MERCURE DE FRANCE .
chronologique & la concorde ; par le P.
Placide Olivier; 3 vol . in- 8°. 3 1.
6°. Plaidoyers & Mémoires , contenant
des queftions intéreſſantes tant en matières
civiles , canoniques & criminelles ,
que de police & de commerce , avec les
jugemens & leurs motifs fommaites ; &
plufieurs Difcours fur différentes matières
foit de droit Public , foit d'hiſtoire ; par
M. Mannory , ancien Avocat en Parle.
ment ; 18 vol . in - 12 . br. 18 ! .
Les perfonnes qui auroient négligé de
compléter ledit Ouvrage , ou à qui il en
manqueroit quelques volumes , payeront
chaque volume br . 1 1. 4 f.
79. Conférences de l'Edit de la Jurif.
diction Eccléfiaftique de 1695 , avec les
Ordonnances précédentes concernant la
même matière , où l'on voit ce qu'il en
a pris & ce qu'il y a ajouté ; enfemble
les Arrêts & Jugemens rendus en conformité
dans les Cours Supérieures du
Royaume ; par Jean - Pierre Gibert ; 2
vol. in-12 . br. 2 1 .
8 ° . Inſtruction pour les Seigneurs &
pour les Gens d'affaires ; par M. Rouffel ,
Avocat au Parlement ; 1 1. 16 f.
9°. L'Eloquence du corps dans le miniftère
de la chaire , ou l'action de l'Orateur
A O UST. 1776. 169
teur & du Prédicateur : Ouvrage également
utile aux Avocats dans le barreau ,
aux Profeffeurs dans les Colléges , & généralement
à tous ceux qui parlent on
qui fe difpofent à parler en public ; par
M. l'Abbé Dinouart ; in 12. 18 f.
10°. Le Chanfonnier François , ou recueil
de chanfons , ariettes , vaudevilles
& autres couplets choifis ; 16 vol . in - 12 .
181.
110. Le génie de la Littérature Italienne
; par M. de San Séverino ; 2 vol .
in-12. 11. 10 f.
120. Recueil A jufques & compris & ;
24 vol . in 12 , 18 l.

Nota . Les perfonnes qui voudront avoir
les livres contenus dans lapréfente notice ,
pourront fe les procurer dans l'infant tous
reliés , fi elles le jugent à propos.
ACADÉMIES.
I.
COPENHAGUE.
LE 25 Avril 1776 , la Société des Scienees
s'aflembla pour examiner les écrits fur
H
170 MERCURE DE FRANCE.
les fujets propofés pour l'année paffée.
La Société trouva le problême mathéma
tique , concernant l'invention d'une machine
propre à ôter le limon , à extirper
les plantes aquatiques des lacs , & c,, le
plus folidement traité par M. Henri
Gerner , Capitaine de Marine du Roi , à
qui le prix fut décerné en conféquence .
Le prix fur la deuxième queftion mathématique
, touchant la courbure de la
bafe de la carène des vaiffeaux , qui ont
flottés quelque temps fur l'eau; fut adjugé
au Mémoire fatisfaifant , compofé par
M. Erneft Stibolt, Lieutenant - Capitaine
de Marine.
Leproblême phyfique concernant l'ana
lyfe des métaux dans leurs parties conftitutives
, n'a pas été pleinement réfolu
dans le Mémoire de M. Charles - Frédé
ric Wentzel à Drefde; cependant eu
égard à la difficulté de ce problême , la
Société a adjugé le prix à ce Savant, nonfeulement
parce qu'il a plus fait en cette
matière qu'aucun autre Chymifte avant
lui , mais encore pour l'encourager à continuer
fes recherches fur cet objet impor
tant.
Sur la deuxième queftion phyfique ,
comme auffi fur le fujet hiftorique , la
Société n'avoit rien reçu qui répondit à
fes vues .
A O UST. 1776. * 71
Dans la même affemblée du 26, il fut
réfolu de propofer pour l'année 1776 les
fujets faivans.
EN MATHÉMATIQUE .
Globorum extormentis & mortariis prejectorum
femimitam , dum per aërem feruntur,
methodo expeditiori & clariori
quam hucufquefieri potuit determinare.
EN PHYSIQUE
Genefin acidi nitrofi exquifitis experimentis
explicare.
EN HISTOIRE.
>
An numerus incolarum in Dania &
Norwegia unquam ante horridam peftem
quam atram mortem yocant , & quæ circa
medium feculi XIV, graſſabatur , major
fuit , quam qui recentioribus temporibus
extitit ?
- Les Savans , tant étrangers que Danois,
excepté les membres de la Société , font
invités à concourir pour ces prix , & vou
dront bien écrire leurs mémoires en
françois , latin , danois ou allemand , les
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ouvrages en d'autres langues étant exclus
du concours
.
f
Le prix que la Société décernera à
celui qui , à fon jugement , aura le mieux
Traité chaque fujet , confifte en une médaille
d'or de la valeur de cent écus
Rixdalers , argent de Danemarck.
Les concurrens adrefferont leurs Mémoires
écrits d'un caractère lifible , &
franc de port , au Secrétaire perpétuel ,
& actuellement Président de la Société ,
M. de Hielmftierne , Chevalier de Dannebrog
, & Confeiller de conférence du
Roi. Aucun écrit ne fera reçu au concours
, paffé le dernier Mai 1777.
Les Auteurs de fe feront point connoître
; ils mettront une devife à la tête
ou à la fin de leur Mémoire , & y joindront
un billet cacheté qui contiendra la
même deviſe , avec leur nom & le lieu
de leur réfidence .
La diftribution fe fera vers la fin du
mois d'Octobre 1777 ; & le jugement de
la Société fera public incontinent après.
Ceux qui fouhaiteront que leurs ouvrages
qui ont concourus pour le prix de
l'année 1775 , leurs foient rendus , font
priés de s'adreffer à M. de Hielmstierne
avant la fin de l'année courante .
A O UST. 1776. 173
I L
CHRISTIANIA.
LAcadémie des Sciences de Norwege
propofe un prix de cent rixd. pour le meil
leur Mémoire qui lui fera remis dans le
courant de l'année , fur la meilleure manière
d'établir une forge de cuivre dans la
partie Septentrionale de ce Royaume . Un
particulier propofe un autre prix de cinquante
rixdales , que la Société adjugera
à l'Auteur du meilleur écrit fur la manière
la plus profitable & la plus utile de
tirer des productions du pays , le parti le
plus favorable au Cultivateur , au Négociant
& au Navigateur.
SPECTACLES.
OPERA.
L'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
fe propofe de donner le vendredi 2 Août
la première repréſentation des Romans ,
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
Ballet héroïque en trois entrées , compo
fées des actes de la Bergerie , de la Chevalerie
& de la Féerie, Bonneval eft Auteur
des paroles , & Niel Compofiteur
de la musique des Romans , Ballet formé
de quatre entrées & d'un prologue , &
joué en 1736. M. Cambiny a remis en
mufique les trois premières entrées que
nous annonçons.
Ier. ACTE. La Bergerie. L'Amour
triomphant du Maître du tonnerre , vient
fe venger des coeurs infenfibles. Il vole
dans un boccage & réveille Arcas , vieux
Berger , qui va publier l'arrivée de ce
Dieu. Les Bergers & les Bergères s'empreffent
de rendre hommage à l'Amour ,
excepté Iphis & Doris , qui mettent le
bonheur dans l'indifférence. Lorsqu'ils
s'en félicitent , ils entendent des plaintes
fous le feuillage ; auffi tôt un enfant
paroît leur demander du fecours. Ces
Bergers , qui fe croyent infenfibles , tombent
dans les piéges de l'Amour ; ils
calment fes douleurs , & l'engagent à
prendre du repos . L'Amour feint de s'endormir.
Les jeunes imprudens jouent ,
durant fon fommeil , avec fes armes ; ils
en font bleffés. Ils s'inquiètent. L'Amour
A O UST. 1776. 175
fe réveille , & leur dit d'un ton ironique
:
Ne craignez rien , ce mal n'eft point funefte ,
L'on enguérit trop ailément.
DORIS.
Quefaut-il faire , hélas !
L'AMOUR .
Vous aimer feulement :
L'Hymen fera le refte.
Ces Amans & les Bergers chantent la
préfence & les bienfaits de l'Amour.
II. ACTE . La Chevalerie . Marfize , fille
de Roger , amante de Léon , poffède un
cafque enchanté , & elle fe déguiſe , par
fon moyen , fous la figure de Ferragus ,
Prince de Caftille . Elle veut faire l'épreuve
du coeur de fon Amant. Roger favo
rife le projet de fa fille ; & lorfque Léon
l'engage à lui accorder la Beauté dont
fon ame eft éprife , ce père déclare que
Ferragus s'eft armé pour lui difputer fa
conquête . Léon s'en offenſe ; il ofe braver
Marfize , qu'il croit être Ferragus .
-Leur courroux éclate; Roger les excite
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
à fe rendre au Champ de Mars , & d'y
combattre pour l'honneur & l'amour.
Cependant ce Père craint que l'enchan .
tement ne fuffife pas pour garantir les
jours de fa Fille ; mais Méliffe l'Enchantereffe
, la rend victorieufe , & l'on entend
célébrer le nom de Ferragus . Léon ,
humilié de fa défaite , déplore fon deftin.
Marfize , tenant l'épée à la main ,
lui dit :
Léon , adoucis tes alarmes ;
Tune connois pas ton vainqueur :
Sans honte un fier Guerrier peut me rendre les
armes ,
Il n'en aura pas moins d'éclat & de valeur.
Elle jouit de fon embarras ; mais ôtant
enfuite fon cafque enchanté , elle fe fait
connoître pour Marfize , & s'écrie :
Ç'en eft trop , cher Léon , jouis de ta tendreffe :
Je ne veux que ton coeur , je te rends ta Maîtreſſe.
LÉON.
Que vois-je ? Jufte ciel ! Est- ce un enchantement ?
MARFI Z E.
Le ſujet de tes maux n'eſt qu'un déguiſement.
A O UST. 1776. 177
Un Palais magnifique s'élève à la voix
de l'Enchanterelle Méliffe ; & les Plaifirs
& les Jeux viennent animer le Peuple &
célébrer le bonheur des Amans.
III. ACTE. La Féerie. Démogorgon ,
Roi des Fées , eft amoureux d'Eglantine ,
jeune Princeffe élevée en fecret dans des
lieux enchantés , où elle n'a vu encore
aucun mortel . Les Fées s'empreſſent de
prévenir les voeux , & de raffembler autour
d'elle les Plaifirs. Eglantine leur dit
de ceffer leurs jeux , & que fon coeur eft
trop préoccupé de l'image d'un objet
charmant qu'elle a vu en fonge. Les Fées
font éloignées ; Démogorgon paroît avec
un éclat qui jette de la furprife dans
l'ame de cette Princeffe ; mais il là raffure
bientôt par la douceur de fon langage
, & pat l'aveu d'un amour qu'elle
ne tarde point à partager . Ces Amans
font troublés par le pouvoir fupérieur
de la Fée Lagiftille , qui fait enlever
Démogorgon . Eglantine fe plaint de
tant de rigueur. La Fée lui répond que
le Deftin ordonne qu'elle partage l'ardeur
& la couronne da grand Démogorgon.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
L'éclat d'une brillante cour
Doit l'emporter fur le charme frivole
Que promet un tendre retour ;
Il faut que la grandeur confole
Des maux que fait l'amour.
ÉGLA GLANTINE.
L'éclat fuprême
Ne fait point mon bonheur.
Je fuis fidelle à ce que j'aime ,
Le Maître du Ciel même
Ne lui raviroit pas mon coeur.
Le Palais du Roi paroît environné d'un
grand éclat de lumière. Eglantine reconnoît
l'Amant à qui elle a donné fon
coeur. Démogorgon , rival heureux de
lui-même , jouit de la furprife & de la
conftance de cette Princeffe. Un chaur
de Génies & de Fées célèbrent l'hymnen
de ces Amans par des chants & par des
danfes.
*
Nous rendrons compte dans le Mercure
prochain , da fuccès de cet Opéra.
A O UST. 1776.
179
COMÉDIE FRANÇOISE.
Il n'y a rien de nouveau ſur ce Théâtre ;
mais on y prépare beaucoup de nouveautés
. C'est un Spectacle fi riche en Pièces
anciennes en tout genre , qu'il néglige ,
en quelque forte , d'en publier de nouvelles
. Cependant on efpère que le
voyage de la Cour à Fontainebleau en
fera éclore plufieurs ; & l'on annonce
pour l'automne trois Tragédies nouvelles ,
trois Comédies en cinq actes , & trois
petites Comédies.
On doit donner d'abord Coriolan ,
Tragédie de M. Gudin .
DEBUT.
M. VERTEUIL a débuté le Jeudi 18
Juillet par le rôle de l'Avare , & celui
de Lucas dans l'Eſprit de contradiction ;
le Vendredi 19 , Orgon dans le Confentement
force; le Samedi 20 , le Baron
dans le Somnanbule , Cet Acteur a montré
des difpofitions & du talent.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON continue de donner à ce Théâtre
les Samnites , fpectacle intéreffant &
varié , quoiqu'en difent les prétendus
Critiques , qui veulent que l'on n'ait du
plaifir qu'à leur gré. Ils s'accordent du
moins à regarder la mufique de cette
Pièce comme des plus excellentes , des
plus expreffives , des plus brillantes qui
aient encore été faites.
On prépare à ce Théâtre, Fleurd'Epine,
intermède nouveau de feu M. l'Abbé
de V *** , mufique de Madame L....
célèbre Virtuofe pour le clavecin , femme
d'un Architecte célèbre.
DEBUT.
Le Lundi 29 Juillet , M. N. a débuté
par le rôle de Sylvain. Il n'avoit encore
para fur aucun Théâtre . Il met de l'intelligence
dans fon jeu ; il a une voix fonore
; & l'exercice & l'étude pourront
former fon talent.
A O UST. 1776. 181
ARTS.
GRAVURES.
I.
Recueil des coquilles fluviatiles & terrefires
qui fe trouvent aux environs de Paris ,
deffinées , gravées & enluminées d'après
nature , par Duthefne , Peintre d'hif
toire naturelle . Prix des planches ent
luminées , 3 liv . A Paris , chez l'Au
teur , rue des Marmouzets , maifon
d'un Chandelier ; & chez Mufier fils ,
Libr . rue du Foin .
CES coquilles font diſpoſées ſuivant
l'ordre que leur a donné M. Geoffroy,
Docteur- Régent de la Faculté de Méde
cine , dans fon petit Traité des coquillages
des environs de Paris , publié en
1767 , chez Mufier , Libraire . Ces coquilles
, au nombre de quarante-fix , font
divifées en deux familles , celle des univalves
, qui eft la première , & celle des
bivalves, qui eft la feconde.
182 MERCURE DE FRANCE:
I I.
Portrait de MONSIEUR , Frère du
Roi , d'après un tableau de Drouais
gravé en grand médaillon , & préfenté à
MADAME par A. F. David. Ce portrait
eft retſemblant & traité avec délicatelle ;
il fe trouve à Paris , chez l'Auteur , rue
des Noyers , au coin de celle des Anglois.
Prix 2 liv . On lit autour du médaillon
ces vers de M. Collon :
Des talens , des vertus l'heureux aflortiment ,
Font adorer ce Prince & chérir fon image ;
De tous les arts il s'attire un hommage ,
De tous les coeurs un fentiment.
I I I.
Deux portraits de jeunes Filles , gravés
d'après M. le Clerc , dans la manière du
crayon , avec une bordure & des ornemens
en or , imprimé fuivant la méthode
de Louis Marin. Prix 3 1. chaque
Portrait , chez Bonnet , rue St Jacques ,
au coin de la rue de la Parcheminerie,
A O UST. 1776. 183
I V.
Une Veftale & un Lévite , d'après deux
tableaux de M. Vien , gravés avec beaucoup
de talent par M. Marchand ; prix ,
chaque Portrait , 24 fols. A Paris , chez
l'Auteur , rue Mazarine , la feconde porte
cochère à droite en entrant par le carre
four de Buffy.
V.
La Complaifance maternelle , eſtampe
d'environ 15 pouces de hauteur & 11 de
largeur , gravée d'après le deffin de Freudeberg
, par M. de Launay .
Certe eftampe eft agréable ; elle repréfente
la fcène intéreffante d'une jeune
femme avec deux enfans , dont elle en
fait promener un qui eft à la lifière.
V I.
Le Four à chaux , eftampe de 18 pouces
de largeur & 13 de hauteur , gravée
d'après un tableau de même grandeur ,
de Loutherbourg , Peintre du Roi , par
M. de Launay ; compofition charmante ,
184 MERCURE DE FRANCE.
& parfaitement rendue par le Graveur .
Ces deux Eftampes fe trouvent à
Paris , chez l'Auteur , rue de la Buchela
porte-cochère après la rue des
rie ;
Rats.
MUSIQUE.
I.
Six quatuor pour le clavecin , avec IX
accompagnement de deux violons &
baffe , dédiés à Madame la Comrelle de
Stroganoff , par M. Piozzi ; Op. 1. prix
21. A Paris , chez M. Piozzi , rue du
Colombier , à l'Hôtel du Parc- Royal , F.
St G.; & M. Venier , rue St Thomas du
Louvre ; & aux adrefles ordinaires .
La réputation de M. Piozzi , le choix
& le goût qu'il met dans les airs qu'il
exécute avec tant de diftinction & de
fupériorité ; fon talent pour le clavecin ,
dont il s'accompagne , ces qualités atteltent
la bonté de ces quatuors de fa compofition
, dans lefquelles on doit trouver
le chant agréable uni à une harmonie
pure & expreffive,
A O UST. 1776. 185
I I.
Airs des Ballets de Sabinas , arrangés
pour le clavecin , le forte - piano , ou la
harpe , avec accompagnement de violon ,
dédiés à M. de Chabanon compofés
par F. J. Goffec , prix 9 liv . Se vendent à
Paris , chez l'Aureur , rue des Moulins ,
Butte St Roch , & aux adreſſes ordinaires
de Mufique.
I I I.
Recueil de Romances, Brunettes , & autres
petits airs avec accompagnement de guitarre
, la mufique & les accompagnemens
par M. Coulon , Maître de chant & de guitarre
, prix 7 livres 4 fols. A Paris , chez
l'Auteur , rue du Chantre , chez le Serrurier
du Roi ; & Bignon , place du Louvre,
à l'Accord Parfait.
IV..
Six fonnates pour la Harpe , avec accompagnement
d'un violon , ad libitum ,
dédiées à Madame la Comtefle de Bouflers,
compofées par M. Hochbrucker ;
186 MERCURE DE FRANCE.
oeuvre fixième. A Paris , aux adreffes or
dinaires de Mufique.
Cet Artifte eft connu par fes talens ;
il va faire un voyage en France pour ſe
faire entendre de la Harpe ; il commencera
par Nantes , Poitiers , Angoulême ,
Bordeaux , Bayonne , Touloafe, Montpellier,
Nîmes , Avignon , Aix , Marſeille ,
Grenoble , Lyon & Genève.
V.
Nouvelle Mufique chez le fieur Siebert , rue
St. Honoré, à l'Hôtel d'Aligre , ancien
Grand- Confeil.
Six quatuors concertans à deux violons ,
alto & bafle , composés par J. C. Bach ,
oeuvre quatorzième , prix 9 liv . Nota , le
premier violon peut fe jouer fur la flûte
ou hautbois.
Six trios concertans pour flûte , violon
& baffe , compofés par G. Weifs , oeuvre
deuxième , prix 7 liv. 4 ſ.
Six fonnates pour violon & baſſes ,
compofées par Schevindel , oeuvre onzième,
prix 7 liv. 4 f.
A O UST. 1776. 187
Trois fymphonies à deux violons , alto
& balfe , deux hautbois & cors , compofées
par Charles Stamitz , oeuvre quinzième
, prix 7 liv . 4 f.
SAA MAJESTÉ voulant remédier aux
abus & accidens qui arrivent journellement
, par les fouilles que font les Carriers
fous les grands chemins & habitations
, a nommé , par Arrêt de fon Confeil
, te fieur Dupont , Profeffeur de
Mathématiques , Vifiteur & Infpecteur
des carrières à pierre & à plâtre ; & permet
Sa Majesté au fieur Dupont d'en
lever géométriquement les plans fouterrains
& inftruire fes Elèves , fans être
aucunement troublés de la part defdits
Carriers , fous peine de défobéiflance . Sa
Majefté ordonne au fieur Dupont , dans
le cas de contravention defdits Carriers ,
d'en dreffer procès- verbal , & de rendre
compte des délits , pour être par Sa Majefté
ordonné ce qu'il appartiendra.
188 MERCURE DE FRANCE.
VERS adreffés à M. de Voltaire par
Mademoiselle Adélaïde de Nar....
LE Dieu de l'harmonie eft ton Dieu tutélaire ;
Il veille fur tes jours , ô fublime Voltaire !
Il t'infpira ce goût , ce talent enchanteur
Qui charment mon efprit & fubjuguent mon
coeur.
Je cède aux doux accens de ta Mule chérie ;
Et , dans l'émotion de mon ame attendrie ,
Je t'adrefle , en ce jour , mon hommage & mes
voeux :
Atoi qui nous appris les moyens d'être heureux.
De ton rare génie une feule étincelle ,
De la plus noble ardeur enflammerait mon zèle ;
Je toucherais ce luth , dont les divins accords
Portent dans tous mes (ens l'ivrefle & les tranfports
:
J'oferais célébrer tes fuccès & ta gloire ,
Et ton nom toujours cher aux Filles de Mémoire.
De ton Adélaïde on partage l'amour;
Tu nous la peins fenfible & fière tour à tour ,
Et tu la rends par- là bien plus intéreflante ,
Plus honnête , plus vraie , & fur tout plus touchante.
A O UST . 1776. 189
Réponse de M. de Voltaire.
7 Juin 1776, au Château de Ferney.
Un Vieillard accablé d'années & de maladies ,
a reçu deux lettres fignées d'une Demoiselle de
dix - huit ans , accompagnées d'une pièce de vers ,
qui feroient beaucoup d'honneur à un homme de
lettres dans la maturité de ſon âge & de fon talent.
Ce Vieillard n'a pu , juſqu'à préſent , marquer fon
étonnement & fa refpectuenfe reconnaiflance . Il
profite d'un moment de relâche que les douleurs'
lui laiflent , pour féliciter les Parens de cette
jeune Demoiselle d'avoir une fille fi au- deflus de
fon âge. Il lui préfente fon refpect & la jufte
douleur de ne pouvoir lui faire une réponſe digne
d'elle.
LETTRE de M. d'Alembert à l'Auteur
du Mercure.
A Paris , ce 25 Juillet 1776.
On vient encore , Monfieur , d'imprimer dans
les Gazettes étrangères une nouvelle lettre que
j'ai eu l'honneur , dit - on, de recevoir du Roi de
Prufie , far les Ordonnances militaires que le
Ministère de France a publiées depuis quelques
mois. Je protefte encore que cette nouvelle lettre
eft abfolument fuppofée , comme celle que j'ai
190 MERCURE DE FRANCE.
défavouée il y a peu de temps dans votre Journal
, & j'ajoute que ce Prince ne m'a jamais écrit
un feul mot fur ces Ordonnances , ni fur rien de
ce qui peut y avoir rapport . J'espère que ceux
qui fabriquent de pareilles lettres , & qui abuſent
ainfi du nom refpectable d'un grand Roi , fe lafferont
enfin d'une licence fi puniffable .
J'ai l'honneur d'être , & c.
D'ALEMBER T.
QUATRAIN adreffé à M. le Comte de
Nofière , ci devant Général des Isles du
Vent de l'Amérique , maintenant de
retour en France.
Des vertus de fon Prince imitateur fidele ,
Ilfut le faire aimer au bout de l'Univers.
L'augufte Souverain qu'il prit pour fon modele,
Saura mettre le prix à fes talens divers.
Par M. F. D. F. , Officier d'Art.
E
COURS DE LANGUES.
Le fieur d'Eberdths enfeigne les Lamgues
Latine , Italienne , Françoife , AlleA
O UST . 1776. 121
mande , & autres. Sa méthode n'eft point
diffufe , compliquée ni rébutante , elle eſt
d'autant plus facile , qu'elle eft claire ,
précife & fimple ; de forte que les perfonnes
qui ne peuvent employer beaucoup
de temps à l'étude de ces langues ,
ne feront point privées de l'avantage de
les apprendre , pourvu qu'elles aient
l'aptitude néceffaire pour travailler avec
fruit.
On s'adreffera à M. Ouffer, Marchand
Mercier , aux armes Impériales & Roya
les , rue Galande , à Paris .
Maifon d'éducation , rue Monceaux , visà
vis lesjardins de Monfeigneur le Duc
de Chartres , entre les deux barrières du
Roule, à Paris.
M.NICOLEAU , connu par festalens pour
l'éducation de la jeuneffe , à laquelle il
Confacre tous fes foins & fes travaux depuis
plus de vingt- cinq ans, & non moins
connu par fes ouvrages de littérature &
d'Algèbre , & par les prix d'éloquence &
de poéfie qu'il a remportés en différentes
Académies , a transféré à Paris , au mois
192 MERCURE DE FRANCE.
de Mars dernier , l'établiſſement qu'il di •
rigeoit à Angers , depuis environ 8 ans.
Tous les élèves qui l'ont fuivi , font autant
de témoignages de la confiance dont
MM. les parens l'honorent. On trouvera
dans le profpectus qu'il diftribue , tous les
détails que les bornes de cet ouvrage ne
nous permettent point d'inférer ici.
La maiſon qu'il avoit priſe en arrivant
à Paris , étoit à côté d'un cimetière , cachée
d'un grand mur. Il en a pris une autre ,
fituée dans le meilleur air qu'il foit poffible
de refpirer. Les appartemens en font
très - bien diftribués. Il y a un grand &
beau jardin , pluſieurs allées bien couvértes
, & un très - joli bofquet .
Il a réduit le prix de la penfion le plus
qu'il a été poffible . Le nombre des Penfionnaires
eft borné à 24.
#
TRAIT DE GÉNÉROSITÉ.
faifoit en Poitou , vers la fin
d'Avril dernier , le tirage de la milice .
Deux veuves des Paroifles de Voulême
& de St. Macoux avoient chacune , entr'autres
enfans , un fils aîné d'âge & de
taille
A O UST. 1776. 193
*
taille à tirer , mais dont elles ne pouvoient
fe paffer pour la culture des fonds
qu'elles faifoient valoir. Les jeunes - gens
des deux Paroifes voyant le trifte état de
ces femmes , qui craignoient que le fort
ne tombât fur leurs fils , en furent touchés .
Ils courent de concert chez le Commiffaire
, & le fupplient de vouloir bien
exempter deux de leurs camarades , fans
toutefois contrevenir à l'Ordonnance .
Le Commiffaire leur repréfente que la
chofe eft difficile : point du tout , Mor.
fieur , reprennent - ils , mélez enfemble les
billets blancs & le billet noir , & nous.
ferons notre affaire. Ils tirent deux billets
blancs , & les donnent aux fils des deux
veuves. Allons , Monfieur le Commiffaire,
continuent-ils du ton le plus gai , à nous
à préfent : la bonne oeuvre eft faite , nous
voilà contens.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
1.
LE fiear Defroches , Armurier , demeu .
rant à Courtenay , près de Sens , a fair

I
194 MERCURE DE FRANCE.
une horloge perpendiculaire , très - folide ,
qui fonne les demi- heures , & dont le
cadran marque les minutes ; il a inventé
des roues particulières pour les détentes ,
qui en diminuent la longueur , & en affurent
le travail. Cette horloge ne fe
montera que tous les huit jours , placée
à 24 pieds de hauteur.
II.
Le fieur Eckermann , Fabriquant de
Stockholm , a inventé des inftrumens &
des outils , au moyen defquels il travaille
le fil d'archal , de fer & de métal , det
manière à le rendre fouple & fin comme
du fil de lin ou de foie . Cet Artiſte porte
des habits de cette nouvelle étoffe , qui
paroît cependant plus propre à la tapifferie
& aux tapis . La Cour de Suéde a accordé
à l'Inventeur une prîne de 25
pour 100 fur l'exportation de ces étoffes.
I I I.
Induftrie.
M. de Crofne , Intendant de Rouen
vient de faire placer aux cafernes de cette
A O UST. 1776. 195
Ville une pompe à incendie , de la fabri
que du feur Thillaie , père , Pompier privilégié
du Roi . Cette pompe de nouvelle
conftruction , dont on a fait l'expérience
avec le plus grand fuccès , vers la fin du
mois de Juin dernier, a des avantages qui
doivent la faire préférer aux pompes ordinaires.
Son produit eft au moins d'un
muid par minute , & l'élévation du jer va
de 90 à 100 pieds , fans l'aide des boyaux.
Trois ou quatre hommes , fur chaque
bras de levier , la mettent en action .
I V.
Phyfique.
Le 25 Mars dernier , trois enfans de
James Buckley , Laboureur à Long- Sight,
près Mancheſter , en Angleterre , furent
empoifonnés par une très petite quantité
de feuilles d'If. L'aîné de ces enfans avoit
cinq ans , le fecond quatre , & le plus
jeune trois. On crut qu'ils avoient des
vers, & un Charlatan confeilla la feuille
d'lf, comme un puiffant vermifuge. A
fept heures du matin ' on leur donna à
chacun une cuillerée de feuilles féches
dans un peu de callonade , & à huit heu-
Tij
196 MERCURE DE FRANCE.
res un petit potage de lait de beurre. Ce
remède ne fit ni bien ni mal ; deux jours
après , la mère cueillit des feuilles fraîches
, & leur en donna une pareille dofe
à la même heure , avec un potage de
gruau , une heure après. A neuf heures
ces enfans éprouvèrent un malaife ; ils
ne ceffoient de bâiller ; l'aîné ſe plaignoit
de la colique , & les deux autres nedon .
noient aucun figne de douleur ; le fecond
mourut à dix heures du matin , le plus
jeune à une heure après- midi , & l'aîné à
trois heures. Tous les trois ont péri fans
convulfions & fans enflure ; même après
leur mort , il n'y avoit point de pâleur ;
ils avoient l'air de n'être qu'endormis.
ANECDOTES.
I.
UN homme ayant prêté une fomme
confiderable à un de fes amis , qui n'étoit
pas exact à la lui rendre, & qui le fuyoit
depuis ce temps - là , le rencontra , & lui
dit : rendez-moi mon argent ou mon ami.
A O UST. 1776. 197
I I.
Un jour que Louis XIV avoit donné
audience aux Députés des Etats de Bourgogne
, le Cardinal Mazarin dit à M. de
Villeroi : M. le Maréchal , avez vous pris
garde comme le Roi écoute en Maître ,
parle en père ?
III.
Un Gentilhomme Napolitain faifoit
voir une belle montre à un Gentilhomme
François , que celui- ci trouva admirable.
Le Napolitain l'offrit par honnêteté ; &
comme le François l'acceptoit : ah que
faites vous , Monfieur , lui dit- il , vous
allez bannir du monde la politeffe.
I V.
Lorfque les Tartares élifent un nouveau
Kan , les Electeurs prennent le Candidat
& le plaçent fur un feutre pofé par
terre; on lui adreffe enfuite ce difcours.
Si tu gouvernes bien tes États , tout te
» reuffira felon tes defirs ; mais fi tu es
parelleux , & que tu préfères tes plaifits
99
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
ود
» à ton devoir , to feras tellement dégradé
& avili , que tout le monde t'aban-
» donnera , & qu'il ne te reftera plus que
» ce feutre pour te fervir de fiége
V.
L'Empereur Frédéric IV , ayant été
couronné à Rome , alla rendre visite
Alfonce , Roi de Naples , furnommé le
Sage & le Magnanime. Comme on n'ap
prouvoit pas cette démarche ; il eft vrai ,
dit- il , que le rang d'Empereur eft au- deffus
de celui de Roi , mais Alfonce eft plus
grand que Frédéric.
V I.
Le grand Condé ayant démandé quelqu'un
qui pût lui rendre compte de la fituation
des ennemis ; on lui amena un
foldat de fort mauvaife mine : le Prince
le rebuta , & en demanda u autre. On
en fit venir deux autres de bonne façon ,
qui furent choifis , & qui s'aquittèrent
mal de leur commiffion ; il fallut avoir
recours au premier , qui rendit un compte
fi exact , que le Prince fatisfait s'engagea
de lui accorder la grace qu'il defireroit.
A O UST. 1776. 199
Le foldat demanda Ton congé . Le Géné
ral étonné , offrir de le faire Capitaine.
Monfeigneur, lui répondit le foldat , vous
m'avez méprife , je ne puis plus vous
fervir. Le Prince de Condé , efclave de
fa parole , fatisfit avec regret à la demande
du foldat.
AVIS.
I.
Le Tréfor de la Bouche.
Le fieur Pierre Bocquillon , Marchand Gantier
Parfumeur à Paris , à la Providence , rue St Antoine
, entre l'Eglife de St Louis de MM . de Sainte
Catherine & la rue Percée , vis à vis celle des
*Ballers , annonce au Public qu'il a été reçu & ap.
prouvé à la Commiffion Royale de Médecine , le
11 Octobre 1773 , pour une liqueur nommée le
tréfor de la bouche , dont il eft le feul compofiteur
. Ses admirables vertus la font préférer , en
lui établiſſant une très grande réputation. La propriété
de fa liqueur eft de guérir tous les maux de
dents quelque violens qu'ils puiffent être , de purger
detout venin , chancre , abfcès & ulcères , enfin de
préferver la bouche de tout ce qui peut contribuer
à gâter les dents ; elle les conferve même quoique
1 AV
200 MERCURE DE FRANCE.
a
gâtées. Cette liqueur a un goût très - agréable.
L'Auteur en reçoit tous les jours de nouveaux
fuffrages par des certificats que lui envoyent fans
ceffe les perfonnes de la premiere diftinction.
L'Auteur à des bouteilles à rol . 5 l. 3 1. & 1 1 4 f.
Il donne la manière de s'en fervir , fignée & paraphée
de fa main ; il met fon nom de baptême & de
famille fur l'étiquette des bouteilles , ainfi que
fur le bouchon , marqué de fon cachet , & un tableau
au deffus de fa porre , pour ne pas fe tromper.
Il vend auffi le véritable taffetas d'Angleterre
, propre pour les coupures & brûlures , approuvé
par MM. de la Commiffion de Médecine ,
le 31 Juillet 1773. L'Auteur prie de lui affranchir
le port des lettres.
I I.
Le fieur Rouflel , demeurant à Paris , rue Jeande
l'Epine , chez l'Epicier en gros , laporte cochère
à côté du Taillandier , au deuxième appar
tement fur le devant , près de la Grêve , donne
avis au Public qu'il débite , avec permiffion , des
bagues dont la propriété eft de guérir la goutte.
Les perfonnes qui en font fort affligées doivent
porter cette bague avant ou après l'attaque de la
goutte ; en la portant toujours au doigt , elle
préferve d'apoplexie & de paralyfie .
Le prix des bagues montées en or , eft de 36
liv . & celles en argent , de 24 1 .
Le fieur Rouflel coupe les Cors , les guérit avec
un peu d'onguent , & coupe les ongles des pieds.
Le prix des boîtes à douze mouches eft de 3 liv.
Celui des boîtes à fix mouches eft 1 1. 10 f
A O UST.
201
1776.
Il a une pommade pour les hémorrhoïdes , les
foulage & les guérit.
Les pots de pommade font de 3 liv. & 11.
4f.
Il a une cau pour guérir les brûlures , approuvée
par M. le Doyen & Préfident de laCommiffion
Royale de Médecine.
a
Le prix des bouteilles eft de 3 liv. & de 1 1.4f.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le 3 Juin 1776.
Le fieur de Stakeyeff , Envoyé extraordinaire
de Ruffie , a cu •
il y a quelques jours , une .
audience du Reys- Effendi . On fait que ce Miniftre
s'occupe principalement aujourd'hui des
moyens de faciliter la navigation Ruffe , qui
éprouve quelques difficultés relativement au
tranfport des denrées depuis la Mer Noire jufqu'à
la Mer Blanche.
De Pétersbourg , le 11 Juin 1776.
1
Le départ du Prince Henri de Pruffe eft fixé au
24 de ce mois. Le Grand - Duc de Ruffie le précédera
de deux ou trois jours , & l'attendra à Riga.
Le Prince Henri prendra alors les devans &
fe rendra le premier à Memel , où le Grand- Duc
Le rejoindraj pour arriver avec ce Prince
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
1
Berlin. La Princefle de Wirtemberg , deftinée au
Grand- Duc , fera pour lors arrivée dans cette
capitale de la Pruffe.
Du 25.
Le Grand- Duc de Ruffie eft parti hier au foir
avec le Maréchal de Romanzow , le Comte de
Soltikow , le Prince Kourakin & le fieur Nariskin
pour la capitale de la Praffe , où l'on dit que la
Princefle de Wuftemberg , fa future époule , doir
fe rendre auffi . Le Prince Henri de Prufle , auquel
I'Impératrice a fait préfent de beaucoup de bijoux
enrichis des plus belles pierres , part ce foir , &
rejoindra , dit -on , le Grand Duc à Memel , pour
arriver le 1 Juillet à Konisberg , où ces Princes
s'arrêteront trois jours : ils arriveront le 20 à
Neuftade- Eberswalde , & ils en partiront le len
demain pour faire leur entrée à Berlin.
L'Impératrice fe rendra le 6 Juillet à Pétershoff,
d'où Elle ira , quelques jours après , voir la Flotte
qui doit croifer dans la Baltique , & à laquelle
Elle a fait donner ordre de fortir. Les fept vaiffeaux
qu'on attend de Riga , & qui doivent faire
" partie de cette flotte , font arrivés à Kronstad.
De Copenhague , le 28 Juin 1776.
On annonce dans cette Ville une Zoologic on
Hiftoire des animaux de ce Royaume , qui fera
écrite & imprimée en Danois , en Allemand & en
François , avec des gravures & des enluminures
de tous les animaux compris dans cette defcription
, qui doit être tres - intéreflante pour les Naturaliftés
de l'Europe.
A O UST. 203 1776.
De Warfovie, le 29 Juin 1776.
Les Autrichiens ont évacué Cafimir , fitué fur
la Viftule de l'autre côté de Cracovie , ce qui eft
un commencement d'exécution du dernier Traité
des limites conclu entre les Cours de Vienne & de
Warfovie : les Troupes Rufles les y ont rempla
.cés auffi -tôt.
Les négociations relatives à la démarcation
Pruffienne , éprouvent toujours beaucoup de lenteur.
Le fieur Benoît , dans la conférence qui s'eft
tenue en dernier lieu , a fait de nouvelles propófitions
qui n'ont point été acceptées , & l'on s'eft
féparé jufqu'à de nouveaux ordres que ce Mini tie
attend de la Cour.
DeBonn ,le 15 Juillet 1776.
Hier , le Prince Guillaume Florentin de Salm .
Salm , Duc de Hoog- Straten , Chanoine Capitufaire
des Chapitres de Strasbourg & de Cologne ,
mommé depuis quelques temps à l'Evêché de
Tournay, a été facré dans la Chapelle Electorale
par l'Electeur Archevêque de Cologne , aflifté du
Comte Charles - Louis de Konig Segg - Aulendorft ,
Evêque de Mirenne , Suffragant & Grand Doyen
de la Métropole de Cologne , ainfi que de l'Evéque
d'Ypres.
De Londres , le 3 Juillet 1776.
On vient d'être inftruit par une lettre du ro
Juin , que le Lord Howe , avec un grand nombre
de vaiſleaux de tranſport , eft arrivé à Halifax ,
21
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE:
enforte qu'on ne tardera pas à recevoir des nouvelles
de l'expédition projetée fur la Nouvelle-
Yorsk , défendue par Wafington à la tête de
vingt mille hommes qui détruiront la ville , à
ce qu'on dit , s'ils ne peuvent pas la défendre , &
qui iront à peu de diſtance de- là attendre les forces
du Roi dans un camp retranché qu'ils le font préparé
, & dont ils efperent qu'il fera difficile de
les challer .
Différens Particuliers de Boston , en vertu d'un
ordre du Congrès , ont été mis en prifon pour
avoir refufé de prêter ferment , & de livrer les
armes & les provifions qu'ils pouvoient avoir ,
ainfi que de figner un acte d'aflociation qui leur
a été préfenté & par lequel ils fe feroient engagés ,
comme tous les autres Citoyens , à défendre ,
autant qu'il feroit en leur pouvoir , la caufe
des Colonies contre les prétentions de la Grande-
Bretagne.
La défenſe que le Congrès- Général a faire de
rien exporter des Colonies pour les befoins des
Domaines de la Couronne , a fur- tout été funefte
aux Bermudes. Avant cette prohibition , ces Iſles
recevoient avec tant d'abondance & à fi bon marché
tout ce qui étoit néceflaire à leurs befoins ,
qu'on y avoit difcontinué d'occuper les Nègres
à la culture des denrées les plus néceflaires . Dans
les mois d'Octobre & de Novembre derniers , on
fe vit forcé de femer des grains pour ſuppléer aux
fecours dont on alloit être privé , mais les ouragans
auxquels ce Pays eft malheureusement trop
expofé chaque année , ont privé les habitans de
ces Ifles des fruits de leurs travaux , & la famine
y défole aujourd'hui un grand nombre d'habi
A O UST. 1776. 205
1
tans ; les fâcheux effets de cette prohibition
s'étendent fur beaucoup d'autres endroits.
Les Provinciaux paroiflent déterminés à ufer
du droit de repréfailles de toutes les cruautés
qu'on pourroit exercer contre eux , & les Virginiens
ayant entre leurs mains le foldat qui avoit
fi inhumainement aflaffiné le Docteur Warren ,
viennent de le faire pendre . 1
Le 18 Avril , un bâtiment qui avoit à bord des
paflagers Ecoflois , fut arrêté fur les côtes de la
Virginie. On prit à ces Paffagers des fommes
confidérables dont ils étoient porteurs , & plufieurs
d'entre eux , acculés de correſpondance
avec le Lord Dunmore , furent mis en prifon .
Cette affaire doit le juger à Williamsbourg.
Une lettre de la Jamaïque fait mention de la
découverte dernierement faite de trois mille fufils
cachés , à ce qu'on croit , par les Nègres du Pays ',
p.ès de la montagne bleue.
De Rome, le 3 Juillet 1776.
Le Pape eft venu habiter fon Palais à Monte
Cavallo depuis Dimanche au foir . On commenc
à abattre les maifons qui fe trouvent dans l'emplacement
destiné pour la nouvelle facriftie que
le Pape veut faire conftruire à Saint - Pierre .
De Paris , le 27 Juillet 1776.
Sa Majesté vivement occupée de ce qui peut
encourager les arts , a chargé le Comte d'Angi
villier , Directeur & Ordonnateur général de fes
Bâumens , de faire faire chaque année un certain
206 MERCURE DE FRANCE.
nombre de tableaux & de ftatues par les Peintres
& les Sculpteurs de fon Académie Defirant de
plus rendre les arts utiles & les rappeler à leur
ancienne deftination , en les employant à confacrer
les actions & les images de ceux qui ont
illuftré la Nation par leurs vertus , leurs lumières
ou de grands fervices rendus à l'Etat ,
Elle a voulu pour cet effet que plufieurs des
tableaux compofés par fon ordre , repréfentallent
des fujets tirés de l'Hiftoire de France , & qu'on
exécutât en marbre chaque année les ftatues de
deux hommes choifis parmi les plus célèbres de
la Nation. On a commencé par celles du Chancelier
de l'Hôpital , de Defcartes , de Sully & de
Fénélon , auxquelles différens Artiſtes travaillent
dès-à-préfent par ordre du Roi. Sa Majesté vou .
lant encore offrir anx Artistes de grands modèles
& affurer à la Nation la jouiflance des chefd'oeuvres
qui ont illuftré l'Ecole Françoiſe , vient
'd'autorifer le Comte d'Angivillier à acquérirpour
Elle les tableaux dont le célèbre le Sueur avoit
orné l'Hôtel Lambert , fitué dans l'Ile Saint-
Louis les Propriétaires fe font fait un devoir
de facrifier à des vues fi dignes de Sa Majesté
le defir qu'ils avoient de garder ces Tableaux.
Les Révérends Peres Chartreux de Paris ;
inftruits des motifs qui ont déterminé le Roi
à cette acquifition , ont réfolu , dans une affemblée
capitulaire , de faire à Sa Majeſté l'hommage
des tableaux précieux que le Sueur a peint dans
leur petit cloître . En conféquence Dom Hilarion
Robinet , Prieur de cette Maifon , & Dom Félix
de Nonan , Procureur-Général de l'Ordre , conduits
par le Comte d'Angiviller , ont été admis,
A
AOUST. 1776. 207
le 25 , à l'audience de Sa Majefté , & l'ont (uppliée
, au nom de leur Communauté , de vouloir
bien réunir ces Tableaux à fa magnifique
collection . Sa Majefté , en acceptant cette offre ,
a chargé les Députés de témoigner à leur Communauté
toute la fatisfaction qu'Elle a du zele
de ces Religieux & de leur amour pour le bien
public.
Les marbres deftinés pour le Maufolée du
Maréchal de Saxe font arrivés à Strasbourg. Le
fieur Pigalle s'y eft rendu & va s'occuper d'élever
dans l'Eglife Luthérienne de Saint Thomas , lieu
de la fépulture du Maréchal , le montrent que
la France devoit à ce Héros Le grand nombre
d'habitans qui a été au - devant du dernier convoi
de ces marbres , & la fatisfaction qu'on a
témoignée , prouvent combien la mémoire de
ce Général y eft chère , & l'idée avantageufe
qu'on y a des talens de l'Artifte chargé de l'exécution
de cet outrage.
Le 19 Mai dernier , le Grand Maître de
Malte aujourd'hui régnant , voulant honorer la
mémoire & le nom de fon prédéceffeur , a fait
expédier au Marquis de Ximenez , ancien Sous-
Lieutenant des Gendarmes de Flandres , un Bref
par lequel il lui fera permis de porter la Croix de
F'Ordre.
PRESENTATIONS.
Le Baron de Tott , Brigadier des armées , à
208 MERCURE DE FRANCE.
fon retour de Conftantinople , a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi , le 14 Juillet , par le
comte de Vergennes , miniftre & fecrétaire d'état
au département des affaires étrangeres.
Le même jour , le Chevalier du Tillet , Brigadier
des armées , a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi , & de lui faite fes remerciemens du
commandement d'une des Galeres de la Religion,
que le Grand Maître de l'Ordre de Malte a bien
voulu lui confier fur la recommandation de Sa
Majefté.
Le même jour , le Marquis d'Abos , qui avoit
prêté ferment , quelques jours auparavant , entre
les mains de Monfieur , pour la place de premier
Chambellan de ce Prince , vacante par la démiſfion
du Marquis de Bouillé , a eu l'honneur d'être
préfenté , dans cette qualité , par Monſieur ,
Leurs Majeftés.
à
Le 20 du même mois , les Députés des Etats
de Bourgogne curent l'honneur d'être admis à
l'audience du Roi. Ils furent préfentés à Sa
Majefté par le Prince de Condé , Gouverneur de
la Province , & par le fieur Amelot , fecrétaire
d'état au département de cette Province , & conduits
par le fieur de Nantouillet , maître des cérémonies
, & par le fieur de Watronville , aide des
cérémonies. La Députation étoit composée , pour
le Clergé , de l'abbé de la Goutte , abbé de Belleville
, doyen de l'Eglife cathédrale d'Autun , qui
porta la parole ; pour la Noblefle , du marquis
de Damas d'Antigny , brigadier des armées du
Roi ; pour le Tiers- Etat , du fieur Maufoux ,
maire de Beaune ; du fieur de Saint-Martin
premier fyndic général , député de la Province
AOUST. 1776. 209
de Breffe ; & du fieur de Combert , premier fyndic
général , député de la Province du Bugey & du
Pays de Gex ; ils eurent l'honneur d'être admis
à l'audience de la Reine & de la Famille Royale.
L'après-midi du même jour , la marquife de
Matignon , la marquife d'Arbouville , la dame
Amelot & la dame de Clugny eurent l'honneur
d'être préfentées à Leurs Majeftés & à la Famille
Royale , la première , par la marquife de la
Vaupaliere , la feconde , par la comtelle de
Montmoria , la troifieme , par la marquise de
la Force , & la quatrieme , par la marquile de
Sennevoy.
Le 21 du même mois , la ducheffe de Chartres
, de retour du voyage qu'elle vient de faire
fous le nom de Comteffe de Joinville , eut l'honneur
de faire la Cour à Leurs Majeſtés & à lá
Famille Royale. Elle préfenta auffi la marquile
de Polignac en qualité de fa dame d'honneur ,
fur la démiffion de la comteſle de Blot.
Le 28 juillet , la marquife de Doria eut l'honneur
d'être préfentée à Sa Majeſté & à la Famille
Royale , par la vicomtefle de Damas .
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Dom Coutans , bénédictin de la congrégation
de Saint Maur , a eu , le 14, l'honneur de
préfenter à Leurs Majeftés & à Monseigneur le
comte d'Artois , la cinquieme fuite de , lon Tar
210 MERCURE DE FRANCE.
bleau topographique des environs de Paris juf
qu'aux extrémités du Diocefe , & c. Leurs Majeftés
, ainfi que Monfeigneur le comte d'Artois ,
qui avoient accueilli les premieres feuilles , ont
reçu cette fuite avec bonté.
Ce jour , le fieur le Blond , maître de mathé
matiques des enfans de France , a` eu l'honneur
de préfenter au Roi , une nouvelle édition revue
& corrigée de fon Ouvrage fur l'artillerie , intitulé
: Artillerie raisonnée , &c.
Le fieur Jeaurat , membre de l'académie royale
des Sciences , ancien profefleur & penfionnaire de
l'école royale militaire , chargé par l'Académie
de calculer chaque année la Connoiffance des
Temps , a eu auffi l'honneur de préfenter , le
même jour , à Sa Majefté le volume de l'année
prochaine
Le 16 , le fieur Dubaume , docteur en medecine
, des Facultés de Montpellier & de Paris ,
a eu l'honneur de préfenter à Leurs Majeſtés
trois Ouvrages , le premier ayant pour titre :
Traité de la petite vérole , tiré des commentaires
de G Van Swieten fur les aphorifmes de Boerhaave
; le fecond , Mémoire fur les diffolvans de
la pierre ; & le troifieme , Lettre d'un Médecin
de Paris à un Médecin de Province ,fur le traitement
de la rage.
Le 20 , les Agens généraux du Clergé de France
eurent l'honneur de préfenter au Roi , à Monfieur
& à Monfeigneur le comte d'Artois le procèsverbal
de l'aйemblée du Clergé , année 1770.
Le fieur de Rofoi , citoyen de Toulouse , membre
de plufieurs Académies , eut auffi , ce jour ,
A O UST. 1776. Ó
211
l'honneur de préfenter à Leurs Majeſtés & à la
Famille royale le quatrième volume des Annales
de Touloufe , dédiées à Sa Majesté .
Le 21 du même mois , le fieur Moithey eut
l'honneur de préfenter à Monfieur & à Madame
un Ouvrage intitulé : Recherches hiftoriques fur
la ville d'Angers , avec le plan affujéti à fes
accroiffemens , embellitlemens & projets. La demoifelle
Moichey , fille de l'auteur , eut celui de
préfenter à Monfieur le même plan de la ville
d'Angers , lavé fur le fatin , fuivant la méthode
des Ingénieurs.
Le 28 , le fieur Moutonnet de Clairfons a eu
l'honneur de préſenter à Monfieur & à Madame
un Ouvrage ayant pour titre : la divine Comédie
de Dante Alighieri , l'Enfer , traduction françoile
, accompagnée du texte iralien , de notes
hiftoriques , critiques & de la vie du poëte , Ouvrage
dédié à Madame.
MARIAGES.
René-Alphonfe Paulin , marquis de Graffe-
Briancon , enfeigne des vaiffeaux du Roi , a
époufé , le 12 de juin , à Aix en Provence ,
demoiselle Marie- Marguerite Alexandrine Maxime
de Graffe , fille unique du comte de Grafle du
Bar. La bénédiction nuptiale leur a été donnée
par l'évêque de Sifteron .
Le 28 juillet , le Roi , la Reine & la Famille
232
MERCURE
DE
FRANCE
:
21
Royale ont figné le contrat de mariage de fieur
Léon , capitaine de dragons au régiment de la
Reine , avec demoiſelle de la Morliere.
1
MORTS.
Jofeph Tourcas , invalide , mourut le 23 juin ,
à Neuf- Château en Lorraine , âgé de 102 ans . Il
avoit fervi dans la marine de 1692 , jufqu'en
1695. Il entra alors dans un régiment de cavalerie
dont il ne fortit qu'en 1730. Né fain &
robufte , il n'a fenti aucune des incommodités de
la vieilleЛle.
Charles - Gilbert de May de Termont , ancien
aumônier du Roi , évêque de Blois , eft mort en
fon palais épifcopal , le 22 juillet , dans la 64º
année de fon âge.
Marie- Thérele Paliffot , foeur du célebre homme
de lettres de ce nom , fille de Meffire Hubert
Paliflor , chevalier , confeiller d'état de S. A. R.
Léopold, duc de Lorraine , & femme de Louis
Poinfinet de Sivry , écuyer , ancien commenfal
& penfionnaire actuel de la maison d'Orléans ,
membre de la fociété royale des fciences & belleslettres
de Nancy , & c. eft morte à Argenteuil près
Paris , le 17 juillet , dans la 37° année de ſon âge.
Meffire Auguftin Blondel de Gagny , Chevalier,
Seigneur de Bonneuil en France & autres Lieux ;
Tréforier Général de la caifle des AmortilleAOUST.
1776. 213
mens , eft décédé le 9 Juillet dernier , place Vendôme,
dans la 82 année de fon âge.
Cet excellent citoyen étoit connu par mille
bonnes qualités du coeur & de l'efprit , & par
fon goût & fon amour pour les Arts , dont
il a raflemblé tant de merveilles dans fon Cabinet
, fi riche en tous genres : Cabinet qu'il avoit
la complaifance d'ouvrir aux Amateurs & aux
Artiftes , & qui leur étoit infiniment utile pour
ranimer en eux le fentiment du beau & l'émulation
des talens .
LOTERIE.
Le cent quatre -vingt - feptième tirage de la Lote
rie de l'Hôtel- de - Ville s'eft fait , le 26 du mois
de juillet , en la manière accoutumée . Le lot de
cinquante mille liv. eft échu au No. 84366. Celui
de vingt mille livres au N ° . 87561 , & les deux
de dix mille liv. aux numéros 90999 & 98641 .
FAUTES à corriger dans le fecond Volume
du Mercure de Juillet 1776.
Pag. 145 , lig. 6 , par M. Dazolle , lifez par
M. Dazille.
Idem , lig. 12 , prix 3 1. br . lifez 3 liv. 12 f.
Page 146 , ligne 29 , M. Antoine . père , lifez
M. Antoine Petit.
214 MERCURE DE FRANCE .
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe , page s
Oival & Life ,
Epître adreflée à l'Auteur du Philofophe fans
prétention,
Vers à Madame de T.
Rondeau à M. *** ſur la ville de Dijon ,
Lucile , conte ,
Le Philofophe Syrien ,
Tyrcis & Eglée , idylle ,
La Vertu triomphante de l'Envie ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
Air des Mariages Samnites ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Suite de l'Extrait des différens Ouvrages publiés
fur la vie des Peintres ,
ibid
17
19
21
23
46
52
56
60
61
644
66
69
ibid.
113
IIS .
116
Epîtres ca vers fur différens fujets, 123
Traité théorique fur les maladies épidémiques
,
Lettre du F. François , Cuifinier du Pape Gan-
-ganelli ,
Satires de Perfe ,
A O UST. 1776 . 215
Orailon funèbre de Louis - Nicolas - Victor
de Félix , comte du May ,
Flora Parifienfis ,
Sermons du P. de Neuville ,
129
132
134
Obfervations fur les épizooties contagieuſes , 153
Hiftoire & phénomènes du Véſuve ,
Difcours fur quelqus opinions du Public concernant
la Médecine ,
Eloge hiftorique de M. Winslou ,
155
157
156
Annonces littéraires , 16.5.
ACADÉMIES. 169
Coppenhague ,
ibid.
Chriftiania ,
1173
SPECTACLES. ibid.
Opéra ,
ibid.
Comédie Françoife ,
179
Comédie Italienne
ibid.
ARTS. 181
Gravures ,
ibid.
Mufique.
184
Vers adreflés à M. de Voltaire , 188
Réponſe de M. de Voltaire ,
189
Lettre de M. Dalembert ,
ibid.
Quatrain adreflé à M. le Comte de Nofière , 190
Cours de Langues,
ibid.
Maifon d'éducation 191
Trait de générofité ,
192
Variétés , inventions , &c. 193
Anecdotes. 196
216 MERCURE DE FRANCE,
Avis , 199
Nouvelles politiques ;
201
Préſentations , 207
d'Ouvrages, 209
Morts ,
Loteries ,
212
213
APPROBATION.
J'AI lu par ordre de Monſeigneur le Garde des
ΑΙ
Sceaux le volume du Mercure de France pour
le mois d'Août , & je n'y ai rien trouvé qui m'ait
paru devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 4 Août 1776.
DE SANCY
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
près Saint Côme,
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
SEPTEMBRE , 1776.
Mobilitate viget. VIRGILE .
Beugnar
A
PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , rue Chriftine ,
près la rue Dauphine.
AvecApprobation & Privilége du Roi,
AVERTISSEMENT.
C'EESSTT au Sieur LAGOMBE libraire , à Paris, rue
Chriftine , que l'on prie d'adrefler , francs de port ,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eltampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obfervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amuſer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique.
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent , ils font invités à concourir à fa perfection
; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le permettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront mêine un titre de
préférence pour obtenir des récompenfes fur le
produir du Mercure .
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
francs de port.
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour feize volumes rendus francs de
port par la pofte .
On s'abonne en tout temps.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols pour
ceux qui n'ont pas fouferit, au lieu de 30 fols pour
ceux qui font abonnés .
On fupplie Meffieurs les Abonnés d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement franc de port
par la pofte , ou autrement , au Sieur LACOMBE,
braire , à Paris , rue Chriftine.
Ontrouve auffi chez le même Libraire les Journaux
Juivans , port franc par la Pofte.
JOURNAL DES SAVANS , in- 4° . ou in- 12 , 14 vol . à
Paris ,
Franc de port en Province ,
JOURNAL DES BEAUX-ARTS ET DES SCIENCES , 24 cahiers
par an , à Paris ,
En Province ,
En Province ,
16 liv .
20 1.4 f.
12 1.
151
24 1.
32 1.
BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE DES ROMANS , Ouvrage
périodique , 16 vol . in- 12 . à Paris ,
30 liv.
LA FRANCE ILLUSTRE OU LE PLUTARQUE FRANÇOIS ,
13 cahiers in-4°. avec des Portraits , par M. Turpin ,
prix ,
GAZETTE UNIVERSELLE DE LITTÉRATURE , à Paris
port franc par la pofte , 18 I.
JOURNAL ECCLÉSIASTIQUE , par M. l'Abbé Dinouart ,
14 vol. par an , à Paris , 91. 16 f.
14 l.
Et pour la Province , port ftanc par la pofte ,
JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in- 12 par an ,
à Paris
18 1.
241.
12
Et pour la Province ,
JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
cahiers par an , à Paris & en Province , 181
LE SPECTATEUR FRANÇOIS , 15 cah . par an , à Paris , 91
Et pour la Province ,
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an , pou.
Paris & pour laProvince , 12 1 .
SUITE DE TRÈS -BELLES PLANCHES in- folio, ENLUMINEES
ET NON ENLUMINÉES , des trois règnes de l'Hiftoire
Naturelle , avec l'explication , chaque cahier broché ,
prix ,
JOURNAL DES DAMES , 12 cahiers , de chacun 5 feuilles ,
par an , pour Paris ,
Et pour la Province ,
30 1
131.
151.
› 181.
241
L'ESPAGNE LITTÉRAIRE , 24 cahiers par an, à Pari
En Province ,
TOURNAL LITTÉRAIRE de Berlin , 6 vol. in-12 . par ans
à Paris , 15 10
JOURNAL DE LECTURE , ou choix de Littérature & de
Morale , 12 parties in 12. dans l'efpace de fix mois,
franc de port à Paris & en Province , prix par abonne◄
ment ,
1 liv.
TABLE GÉNÉRALE
DES JOURNAUX
anciens
& modernes
,
12 vol. in-12, à Paris , 24 1. en Province
,
30 1.
A ij
Nouveautés qui fe trouvent chez le même Libraire .
Dictionnaire Dramatique , 3 vol. gr. in- 8 ° . rel.
Dict . de l'Induſtrie , 3 gros vol. in-8° . rel .
15 1
18 1.
Dictionnaire hiftorique & géographique d'Italie , 2 vol.
gtand in-8°. rel . prix
12 1.
Hiftoire des progrès de l'efprit humain dans les fciences
naturelles, in 8°. rei .
Autre dans les fciences exactes , in -8 ^. rel.
Preceptes fur la fanté des gens de guerre , in- 8 ° . rel .
De la Connoiffance de l'Homme, dans fon être &
fes rapports, 2 vol. in -8° . rel.
Traité économique & phyfique des Oiseaux
cour , in-12 br.
Dict . Diplomatique , in-8 °. 2 vol . avec fig. br .
Dict. Héraldique , fig. in-8 ° . br .
Révolutions de Ruffie , in-8 ° . rel.
Spectacle des Beaux - Arts , rel.
Diction. Iconologique , in- 8 ° . rel .
5
liv.
51.
liv.
dans
12 1.
de baffe-
31.
2 l.
12 1.
15 f.
1. 10 f,
21. 10f.
3 1.
1.
41. 10f
Di&t . Ecclef. & Canonique , 2 vol . in- 8°. rel .
Dia. des Beaux-Arts , in-8 , rel .
Abrégé chronol. de l'Hift du Nord , 2 vol in-8° . rel . 12 1.
de l'Hift. Eccléfiaftique , 3 vol . in -8 ° . rel. 18 l.
de l'Hift . d'Eſpagne & de Portugal , 2 vol. in-8 °.
rel.
----
de l'Hift . Romaine , in-8 °. rel .
Théâtre de M. de Saint Foix , nouvelle édition ,
brochés ,
Théâtre de M. de Sivry , vol. in -8°. br.
Bibliothèque Grammat . in-8° . br .
Lettres nouvelles de Mde de Sévigné , in 12 þr.
Les mêmes , pet . format,
Poëme fur l'Inoculation , vol. in-8° . br.
12 l.
61.
3 vol .
61.
21,
21. 10f.
2 1. 10 f.
i l. 16 f.
31.
Traité du Rakitis , ou l'art de redreffer les enfans contrefaits
, in-89 . br . avec fig. 41.
Eloge de la Fontaine , par M. de la Harpe , in-8°. br.
Les Mules Grecques , in-8° .br,
Les Odes Pythiques de Pindare , in-8°. br.
11.46.
vl. 16 f
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV , & c.
in- fol . avec planches br. en carton , 241 . Mémoires fur les objets les plus importa is de l'Architec
ture , in-4° . avec fig. br. en carton , 12 1.
31.
ouvelle édition,
71.
Les Caractères modernes , 2 vol . br.
Mémoire fur la Mufique des Anciens ,
in 4. br.
L'Agriculture réduite à fes vrais prxcipes, vol. in-12.
broche ali
MERCURE
DE FRANCE.
SEPTEMBRE , 1776.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE
SONNE T.
EXALTE qui voudra ces Princes dont la gloire
S'achete au prix du fang & des biens des Sujets ,
Qui prétendent le faire un grand nom dans l'hi
toire ,
En les failant fervir à de vaftes projets !
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Moi , je ne veux louer que ceux dont la mémoire
A mis leurs noms chéris au Temple de la Paix ,
Qui n'ont point préféré l'éclat d'une victoire
Au plaifir de compter leurs jours par des bienfaits.
Louis eft mon Héros : ce Salomon moderne
Eft plus pere que Roi des Peuples qu'il gouverne :
Un Sage eft fur le Trône & non un Conquérant.
Ses armes font les Loix , les coeurs font les
conquêtes ;
Maurepas , fous tes yeux fa bonté les a faites ,
Et le meilleur des Rois eft pour toi le plus grand.
ParM. Cavalies , Avocat à Montpellier.
L'OMBRE DE SALOMON.
Imité de l'Allemand.
OUR cultiver le petit héritage
Qu'il tenait de fes bons Aïeux ,
Un Vieillard , du midi bravait l'ardente rage ,
Lorfque , fous un riant ombrage ,
Un fantôme célefte apparut à fes yeux :
«Ne crains point , bon Vieillard, lui dit l'ombre
»facrée ,
SEPTEMBRE . 1776.
»Je fuis Salomon ... Que fais-tu ? -
»Je travaille ; autrefois ma jeuneſle égarée
» Ne connut point le prix de la vertu ,
»Et du travail : j'ai lu tes préceptes fublimes ;
» Je les ai lus , bientôt j'ai rougi de mescrimes .
Ne confeille-tu pas d'aller à la fourmi ? *.
» J'y ſuis allé ; j'ai fait comme elle ; mon attente
» N'a point été trompée ; & plus j'ai recueili ,
L'ami , » Plus je veux receuillir.
» Ou ta pauvre cervelleeft bien inconféquente ,
» Ou tu n'as pris la leçon qu'à demita
Une feconde fois retourne à la fourmiş
30
Obferve-la mieux ; apprends d'elle
Que l'hiver de la vie eft fait pour le repos 3
» Et que , loin d'aflouvir une foif criminelle ,
» Il faut jouit alors du fruit de fes travaux
* Allez à la fourmi , pareffeux ; conſidérez ſa conduite
, & apprenez à devenir fage , puifque n'ayant ni
Chef, ni Maître , ni Prince , elle fait néanmoins fa
proviſion durant l'été , & amaſſe pendant la moiſſon
dequoi fe nourrir l'hiver . PRO V. DE SAL. Chap. VI ,
Verf. 6 , 7 & 8. 21
Par M. Willemain d'Abancourt.
A iv
MERCURE DE FRANCE .
COUPLETS.
A1 : Desfimples jeux defon enfance.
LAS Las de chanter envain les Belles
Et de courir après leur coeur :
Las de rencontrer des cruelles
Qui s'amuloient de ma candeur ,
J'avois juré que fur ma lyre
Je ne formerois plus de fons ;
Mais dans nos champs j'ai vu Thémire
Et je reviens à mes chanſons.
Thémire eft la fleur des Bergeres
Et l'ornement de nos cantons ;
Thémire joint à l'art de plaire
Tous les talens & tous les dons :
Je ne connoiflois pas Thémire ;
Thémire eft le fouverain bien ;
Mais je l'ai vue , & je peux dire
Qu'on ne devroit jurer de rien.
Thémire, au printemps de fon âge,
Dans les regards peint la candeur ;
Thémire eft la vivante image ,
La douce image du bonheur :
SEPTEMBRE. 1776.
Les Amours menent fur les traces
Les jeux & les ris ingénus ;
Thémire a dérobé les graces-
Et la ceinture de Vénus.
Déformais je veux que Thémire
Soit le fujet de mes chansons ;
Si dans mes mains je prends ma lyre ,
Je lui confacrerai mes fons :
Je veux écrire à chaque page
Le nom de cet objet vainqueur ;
Je veux qu'elle ait tout mon hommage
La voir, l'aimer , c'eft le bonheur.
Par le même.
LA PREUVE D'AMOUR.
DIUX
Conte.
UX Voyageurs cheminoient vers Pontoiſe
;
Querelle advint ; l'hiftoise ne dit point
Sur quoi l'un deux à l'autre chercha noiſe ş
Et mes Lecteurs me paleront ce point.
Bref, l'un étoit comme on nous peint Sofiez
L'autre d'humeur chatouilleuſe & hardie ,
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
Jurant toujours , toujours la dague au poing:
Un brave enfin . Il veut à toute outrance
Du pauvre here éprouver la vaillance.
Mefler Armand le jetant à genoux ,
Lui dit : Hélas ! que me demandez - vous ?
Si de mes jours vous pourfendez la trame ,
Mes deux enfans avec ma pauvre femme
Reftent privés de leur unique appui .
Penfez y bien, & laiffez dans votre ame
Quelque pitié s'élever aujourd'hui.
« Relevez- vous ; je fuis bon dès qu'on tremble ,
Repart le brave avec un fouris fier ;
00
DJ
Je vous pardonne. Ains ne veux plus , mon
» cher ,
» Car , à
Que déformais cheminions par enſemble :
Coup für ,les gens de ce canton
» Diroient entr'eux , nous voyant camarades :
» Ces deux Meffieurs font fort fains de raiſon ,
» Fort fains de corps , mais de coeur très-
Soit.
» malades » -
Au revoir . Sur-tout plus d'amitié.
Au premier bourg Mefler Armand bien vîte ,
En écrivant à fa chere moitié ,
Lui détailla l'aventure (ufdite.
Elle en gémit ; puis , après quelques jours ,
De fon époux rencontrant l'adverfaire ,
Se plaint à lui , s'emporte en grands difcours.
Mais de lang-froid envifageant l'affaire ,
SEPTEMBR E. 1776. fr
C
11 lui répond : A quoi bon tant tonner ?
Il me tardoit que vous devinffiez veuve .
En bonne foi , pouvois- je vous donner
De mon amour une plus forte preuve ?
Par M. D. L. P.
EPIGRAM ME.
MALIGNITÉ , jaloufe humeur ,
Audace , pauvreté , folie ,
Dettes enfin , pour faire un bon rimeur ,
Chérile a tout , excepté du génie.
Par le même.
L'ÉPREUVE D'UN MOMENT.
Anecdote morale & courte.
MADEMOISEL ADEMOISELLE CHARLOTTE DE M....
avoit été élevée par une aïeule dont la
bonté facile auroit pu devenir très-nuifible
à cette jeune perfonne . Cependant
fon excellent naturel ayant furmonté
tous les penchans qui entraînent au mal ,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE,
lorfqu'ils ne font pas arrêtés par les bornes
d'une fage éducation , elle devint
l'oppofé des enfans gâtés ; c'eft à - dire ,
qu'elle fut douce , complaifante , réfervée
, ſtudieuſe , & même plus favante
qu'on ne l'eft à quatorze ans , & cet âge
étoit le fien . Seulement elle avoit contracté
une forte d'habitude de raifonner
fur le fentiment , qu'on auroit pu prendre
pour une forte de délicateffe minutieufe
, ou pour trop d'attachement à
fes idées. Par exemple , on voulut la
marier ; fon Aïeule la preffoit de former
un engagement indiffoluble , avec un
homme qu'elle avoit peu vu ; l'aimable
Charlotte oppofoit de fages raifonnemens
à cette propofition trop précipitée.
Mais voyant que , pour la première fois ,
fa bonne maman refufoit de fe rendre à
fes defirs , elle lui demanda pour dernière
grâce la permiffion de mettre fon époux
futur à quelques épreuves. On ne ceffoit
de le peindre comme l'amant le plus
épris , l'homme le plus doux , & qui
feroit le mari le plus tendre ; hé bien !
dit Charlotte , je ne lui demande qu'une
des qualités de Zizi ( c'étoit fon petit
chien ) ; s'il y reflemble en une chofe
feulement , je l'époufe fans hésiter . La
SEPTEMBRE. 1776. 13
maman , & les intérellés au mariage ,
rirent beaucoup d'une propofition qui
leur paroiffoit enfantine ; mais ils confentirent
à l'épreuve , & le même jour
Charlotte la fit. Elle étoit affife fous un
berceau de chevre feuille , fon Amant étoit
à fes pieds & Zizi fur les genoux ; l'un
lui juroit un amour inaltérable , l'autre
la regardoit & lui careffoit les mains à ſa
manière fi douce . Charlotte feint d'avoir
été mordue par Zizi ; elle le gronde , le
bat , le chaffe d'auprès d'elle avec courroux
: le fidèle Zizi rampe aux pieds de
fa maîtreffe , cherche à appaifer une colère
qu'il n'a cependant pas méritée
aucun murmure , aucune humeur ne paroît
en lui ; toujours foumis , iill peint
l'attachement parfait. Damis , époux fu
tur , fourioit du dépit de Charlotte , &
applaudiffoit beaucoup au caractère pacifique
de Zizi ; les comparaifons les plus
avantageufes à la propre façon de penſer
ne furent point omiſes , & Zizi n'étois
sien moins que le fymbole de fa tendreffe
; c'est ce que Charlotte fe promit
bien de vérifier . En attendant le moment
propice , elle rappelle fon fidèle toutou ,
qui , tranfporté de joie de retrouver les
faveurs de fa chère maîtreffe , fautoit ,
14 MERCURE DE FRANCE.
s'élançoit , aboyoit , enfin exprimoit for
plaifir par tout ce que peut permettre un
inftinct auquel la nature a mis des bornes.
La paix eft faite entre Zizi & Charlotte ;
Zizi eft dans les bras , Damis applaudit
de nouveau & croit bien faire ; mais fa
Belle ( capricieufe par raifon ) lui reproche
fa complaifance , lui fait un crime
d'avoir approuvé fa colère qui étoit injufte
, & finit par lui dire les chofes les
plus dures fur ce qu'elle appelle fon adu
lation déplacée. Damis prend pour un
badinage les reproches qu'il reçoir ; il
redouble d'enjouement & de propos
agréables ; Charlotte au contraire fe dépite
, veut fuir , & fait paroître dans fes
regards une froideur dédaigneufe. Notre
Amant ceffe pour lors d'être tendre ; une
rougeur fubite décèle un orgueil qui fe
révolte : il répond froidement , peu-à peu
devient plus févère en fes repréfentations,
& finit par éclater en marmures & même
en menaces. Charlotte feint d'être affligée;
Damis croit ce moment décifif pour
prendre le ton de cenfear & de maître ;
il penfe que cette jeune perfonne corri
gée de fes caprices par la fermeté dont
il venoit de faire ufage , connoîtroit
quelle étoit la conduite qu'elle avoit à
SEPTEMBRE. 1776. IS
tenir avec lui , étant devenue fon époufe .
Qu'il fe trompoit ! Mais fuivons Charlotte
; cette aimable fille vouloit ellemême
pouffer fon épreuve jufqu'au bout :
elle adoucit fes regards , les fixe d'un air
timide & charmant fur le froid Damis
; celui - ci , au contraire , conferve
une phyfionomie auftère ; il dit en lujmême
Bon ; elle fe radoucir , foyons
très- difficile à nous rendre : je veux qu'elle
Aléchiffe ; fon fexe eft fait pour nous être
foumis ; & fi la douceur d'un vil animal
a pu lui faire penfer que c'eft ainfi qu'agit
l'amour , il faut qu'elle apprenne que
l'être raisonnable connoît une autre manière
d'aimer , & qu'il ne perd jamais de
vuefa fupériorité. L'imagination parle plus
vite que la bouche ne prononce . Ce foliloque
, peut- être plus étendu , fut pourtant
très- court. Charlotte quitta fa place
qui l'éloignoit de Damis , pour s'en rapprocher
fans affectation ; mais pourtant
de façon à ce qu'il ne pût fe méprendre
fur le motif qui la guidoit. Damis ne
bougeoit , & fredonnoit une ariette d'un
air indifférent ; Charlotte applaudit à la
chanfon , le pria , avec douceur , de la
chanter entièrement ; Damis refufa avec
le ton d'un homme excédé d'une fcène
16 MERCURE DE FRANCE.
qu'il vient d'avoir , & paroillant même
vouloir retourner au Château . L'aimable
affligée fit de nouvelles avances pour
amener la paix ; mais notre époux futur ,
guidé par fon fyftême abfurde , redoubla
de févérité & de froideur . Charlotte
alors quitta le berceau ; & marchant lenrement
les yeux baiffés , elle ne fut fuivie
que da fidèle Zizi , qui voulant égayer
fa maîtrelle , fautilloit autour d'elle , la
précédoit , & revenoit enfuite plus joyeux
fur fes pas. Damis fuivoit auffi , mais de
très - loin , & comme un homme occupé
de tout autre objet . Charlotte entra dans
le fallon du Château avec l'air le plus
trifte & le plus penfif; vainement elle
fut careffée de fes parens & de fes amis ,
de qui elle étoit chérie : fes foupirs , fes
yeux humides de pleurs annonçoient que
fon jeune coeur étoit oppreffé de quelque
chagrin ; on lui fit beaucoup de queftions :
mais tant qu'elle ne vit point Damis ,
fes réponſes furent vagues. Il rentra enfin ;
& joignant la diffimulation à la dureté qu'il
venoit d'avoir , il fourit à tout le monde
voulut faire l'aimable auprès de Charlotte,
& jouer l'amant paffionné. Ah ! traitre ,
s'écria cette belle fille , c'eft- là où je vous
attendois ; c'est ce dernier trait de votre
SEPTEMBRE. 1776. 17
caractère qui devoit me le faire juger tel
qu'il eft ; & alors regardant Paflemblée
qui paroiffoit dans l'étonnement de cette
apostrophe inattendue , elle leur raconta
tout ce qui venoit de fe paffer dans le
jardin entre elle & Damis , l'épreuve où
elle l'avoit mis , tout ce qu'elle avoit
fait pour réparer le tort volontaire qu'elle
avoit eu , l'inflexibilité de l'homme qui
difoit l'aimer jufqu'à l'excès . J'ai pénétré
dans fon coeur , ajouta- t elle , j'ai vu par
quel principe il agiffoit ; le fentiment
s'oppofe aux fyftêmes de préjugé , & s'il
m'eût aimé , j'euffe bientôt été juſtifiée à
fes yeux. Mon repentir , mes procédés
envers lui l'auroient ramené plus tendre
auprès de moi ; mais ce que je ne puis trop
lui reprocher , c'eft de vouloir en impofer
à ceux de qui il attend ma main.
S'il avoit été affecté par délicateffe ou
par trop de fenfibilité d'ame , l'impreffion
ne s'en feroit pas fitôt effacée , vous lui
auriez vu un air contraint , embarraſlé &
un fond de trifteffe : au contraire , vous
avez dû le juger comme un amant heureux
& digne de l'être . Ah ! ma chère
maman , fauvez - moi de l'horreur de
vivre avec un homme qui n'a point d'indulgence
pour mon fexe , & qui vent
diffimuler les défauts du fien .
18
MERCURE DE FRANCE.
On donna raifon à la fage Charlotte
& Damis fut chercher une femine plus
crédule ou moins délicate .
Par Madame de Montanclos.
IL NE FAUT PAS JUGER SUR
L'APPARENCE.
Pour s'endurcir aux travaux militaires ,
Et mettre un intermede aux intrigues de Cour ,
Dom Blas, jeune Seigneur, alloit au point du jour,
Des daims & des fangliers dévafter les repaires.
Nouvel Hercule , il metroit , au retour ,
Des monftres abattus les dépouilles (anglantes
Aux pieds de fes amantes ,
Fêtant Diane & Cypris tour-à- tour.
Le foir on le voyoit , en caleche dorée ,
Le coeur épris de gloire & de fracas ,
De la figure élégante & parée ,
Aux fpectacles divers étaler les appas .
Un jour d'automne , où l'Aurore indolente
Sortoit des bras de l'Amant de Procris ,
Dom Blas renouvellant la tâche fatiguante ,
Animant fes Piqueurs & les chiens par les cris ,
Près de Madrid chafloit en un taillis.
SEPTEMBRE . 1776. 19
Le Seigneur du canton , Dom Rodrigue de Lune ,
Vieux Officier , tenant de fes Aïeux
Franchife , honneur & modique fortune ,
Sur les droits féodeaux étoit fort pointilleux .
Le vieux Guerrier , de taille & de figure
Mal partagé , mais terrible eferimeur ,
Sur un rouffin de chétive encolure ,
Loin de la terre expulfoit tout chaffeur.
Il rencontre Dom Blas , poliment lui déclare ,
Que ne challant jamais fur les plaiſirs d'autrui ,
Il n'entend pas que l'on chaffe chez lui .
Dom Blas trouva l'avis aflez bizarre .
Sur un brillant courfier , foudain caracolant ,
Et lançant à Rodrigue un coup d'oeil infultants
L'ami , dit-il , vous me bravez je penfe ?
Savez -vous qui je fuis ?
Grand
Qui ; vous êtes un
Dont j'honore le nom , le crédit & le rang ;
Pour moi, Noble ignoré , je végete en filence.
Si mes plaifirs font fimples & communs ,
J'en fais du moins jouir fans importuns :
Vaut mieux obfcure paix qu'inquiette opulence.
Sauriez-vous , dit Dom Blas , une épée à la main ,
Bannir de vos halliers un chaffeur téméraire ?
J'en viendrois là , non fans chagrin ,
Répondit le vieux Militaire ;
Mais il faudroit m'y réfoudre à la fin ,
Ne pouvant d'un fâcheux autrement me défaire.
20 MERCURE DE FRANCE.
Corbleu , notre ami , dit l'adoleſcent brutal ,
Peut-on voir de quel air vous favez vous y prendre?
Il faut , répond Rodrigue , à vos voeux condelcendre
:
Et , l'épée à la main , defcendant de cheval ,
Il s'offre à l'ennemi d'un air très -martial.
Dom Blas rioit au nez de fon émule antique ,
Comptant le défarmer foudain comme un enfant ;
Mais bientôt au bras droit bleffé cruellement ,
Il perd avec le fang le ton fier , ironique.
Un fuppôt d'Efculape , ainfi d'un frénétique
Ouvrant la veine , en calme l'accident.
Dom Blas hors de combat & plein de vaine rage,
Pique auffi- tôt , vers Madrid , for courfie ;
La troupe fouriant d'un fait fifingulier ,
Au fage Dom Rodrigue en fecret rend hommage.
La railon , la juftice ont des droits fi lacrés ,
Que Fefprit le plus lourd ne peut les méconnoître
Tel eft l'éclair , dont la lueur pénetre
Les antres les plus noirs & les plus ignorés.
Dom Blas , d'un Gentilhomme , apprend fur fon
pallage ,
Que le noble vieillard , habile à châtier
Les airs fougueux & le propos altier ,
En cent combats fignala fon courage :
Qu'il eft d'un fang illuftre & fertile en guerriers ;
SEPTEMBRE. 1776. 21
Mais que content d'une aifance commune ,
Il vit en philofophe à l'ombre des lauriers ,
Dugrand monde fuyant la fplendeur importune,
Dom Blas fentit fa faute , il blâma ſa hauteur ;
Et du vieillard admirant l'humeur franche ,
L'efprit judicieux , l'adrefle & la vigueur.
Il abjura tout projet de revanche ,
Et députa deux Pages au vainqueur
Pour le prier d'honorer une fête
Où les amis feroient le lendemain.
Dom Rodrigue enchanté de le voir plus honnête ,
Promit d'accroître un fi joyeux eflaim.
Dom Blas à fes amis contoit (on aventure ,
Au milieu des apprêts d'un fuperbe repas ;
Quand Dom Rodrigue arrive au petit pas ,
Sur fa chétive & fidele monture .
Dom Blas accourt & lui fert d'écuyer.
Amis , s'écria- t-il , le vaillant Dom Rodrigue
Eft un fage parfait , un illuftre guerrier ;
Mais de l'efcrime il apprend le métier
Atout chafleur qui chez lui le fatigue .
Chez moi , dit le vainqueur , vous pouvez en ufer
Dans les forêts & par - tout en vrai maître ;
Mon portrait trop flatté , qu'on ne peut recon
naître ,
Et le feul point qui peut m'indifpofer.
22 MERCURE DE FRANCE .
Ma victoire , Seigneur , eft due à la fortune ;
Votre mérite , aux grâces , au brillant
Uniflant le réel , ne peut qu'être éminent ,
Quand l'âge aura calmé cette fougue importune ;
Et le peu que je vaux s'efface en vieilliſlant ,
Mais j'appris de bonne heure à prifer la louange.
Telqui pafloit pour un être accompli ,
Démentit fon renom par la conduite étrange ;
Dans la difgrace il eft mis en oubli.
Réfervons donc notre encens au vrai fage.
Par foiblefe ou furprife il ne fait point plier ,
Il abjure la fraude & tout vain étalage ,
Et lon régime en tout eft régulier :
Encor l'Etat doit- il bien l'effayer
Avant qu'il lui décerne un jufte & pur hommage
,
Ou d'éminens emplois doive lui confier ,
Pour ne jamais gratifier
Du même honneur le mafque & le vifage.
Par M. Flandy
SEPTEMBRE. 1776. 23
AMINTAS , ou le Cantique du matin,
STANCES Couronnées à Rouen en 1774.
A LOUIS XVI, fur fon avénement
au Trône.
LESEs prés font embellis des larmes de l'Aurore ;
Je vois briller au loin la pourpre des côteaux ;
De Gillons lumineux l'Orient fe colore ,
Et tout fort du cahos.
La nature s'éveille & s'arrache au filence ;
L'haleine des zéphirs rajeunit l'Univers ,
Et le pere du jour paroît , brille & s'élance
Sur le trône des airs.
Le fouffle du matin ranime ma vieillefle ;
Que mon ame eft émue au spectacle des champs !
Un air pur & tranquille augmente mon ivrefle ,
Et pénetre ines fens.
Là, tantôt m'afleyant au penchant des montagnes ,
Joffre mes voeux au Dieu qui préfide aux faifons ;
Et plus loin mes regards planent fur les campagnes
-Et fixent les moiſſons.
24 MERCURE DE FRANCE.
Deux fois quarante hivers , en variant l'année ,
Depuis que je refpire ont terminé leurs cours ;
Ce long âge a pallé comme une matinée --
Du printemps de mesjours.
Hélas ! tout m'avertit que ma tâche eſt remplies
J'ai dece terme affreux de fûrs preſſentimens :
Mais l'efpoir de renaître au fortir de la vie ,
Soutient mes pas tremblans.
O toi qui , d'un feul mot , allume le tonnerre ,
Et dont la main gouverne & foutient l'Univers !
Toi qui vois du même oeil tous les Rois de la terre
Et les êtres divers !
Grand Dieu ! dont j'ai fouvent éprouvé la clémence
!
Duvre pour lesFrançais le Temple du Bonheur ;
Que d'un Roi citoyen la tendre bienfailance
Annonce la grandeur.
De ton trône immortel , reçois mon pur hommage,
Confacre fa puiffance & fon autorité ;
Sur fon front vertueux fais éclater l'image
De ta Divinité .
Mes voeux font accomplis... Du fiecle heureux
d'Aftrée
Ceux en qui je zenais vont goûter les douceurs ;
Antoinette
SEPTEMBRE. 1776. 25
Antoinette & Louis , de la France éplorée
Réparent les malheurs.
Dans l'âge où tout mortel s'ignore encor luimême
,
Leurs mains vont diriger le vaiffeau de l'Etat ;
De l'immortel Henri le facré diadême
A repris fon éclat.
ALLUSION.
Louis , en écoutant l'amour de la patrie ,
Protégera les moeurs & remplira nos voeux :
Ainfi , Vierge fans tache , en nous donnant la vie ,
Tu nous rendis heureux .
Par M. Daubert , de Caën.
JEANNE D'ARK à CHARLES VII. *
HÉROÏDE .
PARMI VOS ennemis , au bord de mon tombeau ,
Jé fens le prix , l'honneur d'un trépas auſſi beau.
* Jeanne d'Arkĉeft fuppofée écrire cette Lettre dans
fa priſon , un moment après avoir fubi fon jugement , &
dans l'inftant qui précède le départ pour fon fupplice.
B
26 MERCURE
DE FRANCE
Des barbares Anglois je mépriſe la rage :
Leur opprobre eft certain , ma mort en eſt le gage.
Dunois dans Orléans * , à Patai Richemont ** ,
* Tout le monde fait le malheureux étát dans lequel
étoit la France , lorfque Charles VII parvint à la cougonne
; la démence de Charles VI , l'efprit de faction ,
l'indépendance des Grands,tout avoit appelé les Anglois
en France.
Charles VII , que la plupart des Hiſtoriens nous repréfente
comme un homme qui ſe laiſſoit gouverner ,
eut tout au moins l'avantage d'avoir de grands Géné
des Miniftres habiles , une jolie Maîtreffe , qui
tous concoururent , par goût autant que par devoir , રે
chaffer les Anglois du Royaume , à le rétablir fur le
Trône ébranlé de fes Pères,
raux,
Charles VII aimoit la gloire , il aimoit les plaifirs ; le
Héros difparut quelquefois , mais l'homme voluptueux
ne régna pas toujours : tel eft le caractère national ; le
vrai François fe livre au plaifir ; Sibarite dans la profpé .
rité , au moindre revers c'est un Spartiate.
Ce fut en 1427 que le célèbre Bâtard d'Orléans , âgé
de 23 à 24 ans , fe diftingua , pour la première fois ,
devant Montargis , dont il fit lever le fiége aux Anglois.
Il étoit fils de Louis Duc d'Orléans , affaffiné rue Barbette
, & de Mariette d'Anguien , femme du Seigneur
de Cani de Varennes.
En 1429 ( aidé de la Pucelle d'Orléans , fille que le
plus heureux hafard ou la politique la plus fine conduifit
à la Cour ) il fit lever le fiége d'Orléans , & ce fut le
premier pas de Charles VII vers le Trône..
** Après la levée du fiége d'Orléans , le point capital
étoit de faire facrer Charles VII à Reims : il falloit tras
SEPTEMBRE. 1776. 27
De l'Empire des Lis ont réparé l'affront ;
D'un impuiflant courroux mon Roi n'a rien à
craindre ,
Les François font heureux... Je ne fuis plus à
plaindre :
Je ne vois que la France en ces affreux momens :
Mon ame eft fatisfaite à l'aſpect des tourmens ;
Quepuis je defirer ? J'ai vu vaincre mon Maître ,
Dans tous les Citoyens le courage renaître ,
Les Anglois repouflés , votre trône affermi ,
C'étoient-là tous mes voeux en quittantDouremy**
fecondé
verfer quarante lieues de pays ennemi . Charles ,
de fes Généraux , & fur-tout des femmes , prit plufieurs
places , Gergeaux , &c . Il fit le fiége de Beaugency , ca
qui occafionna la bataille que le Connétable Artus de
Bretagne , Comte de Richemont, donna à Patai en
Beauce , où les Anglois furent abfolument défaits ; le
fameux Talbot y fut fait priſonnier. Le facre du Roi
Reims fut la fuité de cette bataille .
Ce Connétable de Richemont avoit l'audace & la
fierté des Grands de ce temps-là ; il fit affaffiner le Camus
de Beaulieu trancher la tête , fans aucune forme
de procès , au Seigneur de Giac , Gentilhomme d'Auvergne
: ils étoient les favoris & les flatteurs de Charles
VII.
Richemont devint Duc de Bretagne après la mort de
fon frère il fe tint honoré du titre de Connétable ,
tout Souverain qu'il étoit.¸ ‚“
* Tout le monde connoît le Village de Deuremy,
Bij
18 MERCURE DE FRANCE.
Tout paffe : mes bourreaux , mon fupplice funefte ,
Tout finit , tout s'éteint , la feule vertu refte .
Qu'importe des Anglois les infolens diſcours ,
Terniront- ils l'éclat dant brillerent mes jours ?
Un jufte à l'échaffaut monte & meurt avec gloire :
San nom ne périt point , on bénit ſa mémoire.
Puiflent nos defcendans , au récit de ma mort ,
Sentir pour la patrie un noble & faint tranſport ;
Puiflent nos ennemis éprouver leur vaillance ,
Succomber fous leurs coups , implorer leur clé
mence.
François , foyez vainqueurs , mais fachez pardonner.
J'entends du bruit ; on vient : je pars fans m'étonner...
Je pars... fans regretter & ma mort & ma vie :
J'ai combattu pour vous , je meurs pour la patrie..
fur les frontières de Lorraine , lieu célèbre par la naiffance
de Jeanne d'Ark, cette fille fameufe chantée d'une
manière bien différente par deux Poëtes qui ne ſe reffemblent
guère.
35, 21) ParM.A.P de Verdan , ancien Officier
des Harasdu Roi.
SEPTEMBRE . 1776 . 29
COUPLETS à la plus belle des

Eftampoifes.
AIR : Dans ma cabane obfcure.
AIMEZ , aimez Bergere ,
Aimez d'autres Amans ,
Qui , defirant vous plaire ,
Vous font mille fermens .
-Leur adrefle eft extrême
Pourparoître charmans :
Pour moi je dis que j'aime...
Voilà tous mes fermens..
Lorsqu'ils vantent fans cefle
Vos graces , vos appas ,
Ils offrent leur tendreffe
Et ne la donnentpas.
A Life ils font encore
Les aveux les plus doux :
Pour moi je vous adore...
Et ne le dis qu'à vous .
Craignez ; jeune Bergere ,
Leur efprit féduifant ;
Sur-tout dans l'art de plafre
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Redoutez leur talent.
Ils ont un doux langage ,
Un langage flatteur :
Ils ont tour en partage...
Mais ils n'ont pas mon coeur.
Par M. Bougin , Bachelier en Droit.
O D E.
Dialogue entre Lydie & Horace.
QUA
Donec gratus eram tibi , &c.
HORA C .
UAND j'étois chéri de Lydie ,
Et qu'un autre Amant plus heureux
Ne lavourait point l'ambroifie
De fes bailers délicieux ,
Oui, vous pouviez , Rois de l'Afic
De mon bonheur être envieux.
ail alon
LY DIE.
Avant qu'une volage ivrefle
Eût à Chloé livré ton coeur ,
Mars m'eût envain de fa tendreffe
SEPTEMBRE. 1776. 3x
Offert le féduifant honneur ;
Ingrat , le nom de ta maîtrefle
Faifoit ma gloire & mon bonheur.
HORA CE .
Puifque vous fûtes infidelle ,
Chloé fixera mes amours ;
Sa voix , fl touchante & fi belle ,
Jufqu'à mon coeur ira toujours ;
J'aime tant Chloé , que pour elle
Je donnerois mes plus beaux jours.
LY DIE.
Calais regne fur mon ame ;
L'amour nous offre (on carquois ;
Nous nous lançons des traits de flamme ;
Nous y puifons à notre choix ;
De les jours , pour fauver la trame
Je perdrois les miens mille fois,
HOR A C Е.
Ainfi , loin de notre mémoire ,
Nos premiers feux ont difparus :
Mais fil'Amour mettoit la gloire
A referrer des noeuds rompus !...
Ah ! ma Lydie ! ah ! dois-je croire
Quenous ne nous chériſſions plus ?
Biv
-3.2 MERCURE
DE FRANCE
.
LYDIE.
Va ! la folle ardeur qui m'enivre ,
Toi feul me la fais reflentir;
Inconftant ! je fuis , pour te fuivre ,
Un coeur qui fait mieux me chérir s
Avec toi contente de vivre ,
Contente avec toi de mourir.
Par M. L.R.
L'AMOUR PRISONNIER.
V ous voulez , févere Julie ,
Que dans un noir cachot l'Amour foit refferré ; 27 2001
C'eft , dites-vous , le Dieu de la Folie :
Ce Dieu pourtant eft par tout adoré,
Il fait le charme de la vie
by
On pourroit vous paffer cette mauvaiſe humeur ,
Si vous n'ériez pas fijolie ;
Mais pourquoi ; s'il vous plaît , cet excès de rigueur
?
Vous en fûtes fi bien fervie !
C'est être ingrate envers fon bienfaiteur.
Contre l'Amour vos raifons font frivoles ,
N'efpérez pas nous le rendre odieux ;
Vous l'attaquez par vos paroles ,
SEPTEMBRE . 1776. 33
Vous le défendez par vos yeux .
Si cependant vous gagnez votre cauſe
Au Tribunal de la Raifon ,
Et que , pour le bien de la chofe ,
Vous voulez en lieu fûr enfermer le frippon ,
Mon coeur feroit bien votre affaire :
Illui fervira de prifon ,
Et vous en ferez la Géoliere .
Par M. de N. de Péronne.
Le mot de la première Enigme du
volume précédent eft Gants ; celui de
la feconde eft Balances ; celui de la
rroisième eft Buiffon . Le mot du premier
Logogryphe eft Bauf, où le trouve
auf, fou , feu , boue ; celui du ſecond
eft Rateau , où on trouve rat & eau.
ÉNIGM E.
S'il faut en IL faut en croire l'Alcoran ,
Je naquis du lion, j'en ai les yeux , la patte ,
La dent , la langue ; & vers l'Euphrate
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
J'eus plus d'un Temple & d'un Iman.
Mon poil eft un poiſon , jadis connu dans Rome ;
Mon haleine eft infecte & mon corps venimeux.
Quelque beau que je fois , je fuis toujours hideux ;
Cependant d'une femme ou de quelque bonhomme
Je fuis le pafle-temps , letoutou merveilleux.
Par M. de Bouffanelle , Brigad.
des Armées du Roi.
A UTR E.
Tor qui voudrois , Lecteur Ꭲ , connoître qui je
fuis ,
Apprends d'abord combien ma forme eft finguliere,
Mon dos & mes côtés fon toujours très - unis :
Mais mon ventre au contraire , *
De pointes par tout eft armé.
C'eſt un gros animal qui porte la matiere
Dont , pour le plus fouvent , un ouvrier habile
Forme mon petit corps & ma dent meurtriere,
Aux deux fexes je fuis également utile ;
Et fi quelqu'un enfin veut de moi ſe ſervir ,
Par le dos il doit me tenir.
Par M.L. D. M. de Nantes.
A
SEPTEMBRE. 1776. 35
E
AUTR E.
I fuis la modeſtie & l'auſtere pudeur ;
Mon trône eft fur un front où regue la pâleur ;
Où croiffoit le vaciet , je fais naître les roles ,
J'opere fans efforts mille métamorpholes.
Je plais à l'oeil trompé qui ne me connoît pas ;
Reconnu , je perds tout , mes graces , mes appass
Cyprine, dont les pleurs avoient terniles charmes,
Jamais aux yeux de Mars n'eût ofé le montrer ,
Si mon aimable pere , attendri par fes larmes ,
Dans les trésors d'Iris n'eût fe me retrouver.
Par M. l'Abbé S**, Vic. de B.
LOGOGRYPHE.
SEPT pieds , mon cher Lecteur , compoſent ma
ftructure ,
Et cependant un ſeul me fuffit , je vous jure ;
Quand vous me commandez , trop jufte fans rai❤
fon ,
Je vous tiens , malgré moi, durement en prison.
Si ces traits par hafardne me font pas connoîre ,
Ouvrez mon ſein fécond & vous verrez paroître
B vj
36
MERCURE
DE
FRANCE
.
Trois notes de mufique ; une très belle fleur ;
Ce métal précieux qui fait notre bonheur ;
D'un indigne affaflin le gibet effroyable ;
Quand on eft le moins fort , un fecret fecourable;
Un fleuve très -marchand ; ce qui tient un cerceau;
Ce quirefte au fond d'un tonneau ;
Une graine de l'Inde ; un animal horrible ;
Une matiere combuftible ;
Un endroit qui toujours eſt bordé de mailóns .
Voilà qui doit fuffire à vos combinaiſons ;
Si vous voulez enfin dévoiler le myftere ,
Regardez à vos pieds , vous me verrez par terre.
ParM. Bouchet , à Paris.
ON
A UTR E.
N me joue , on ne chante , ou bien je ſuis
danée ;
En trois mots , cher Lecteur , voilà mon premier
fort :
On me garotte & puis je ſuis brûlée ;
En deux , c'eſt le fecond. Lecteur , crois- tu qu'à 3
tort
De deviner mon nom jiengage le plus fort ?
Par M. Huet de Longchamp.
SEPTEMBRE. 1776. 37
* ARIETTE pour la convalefcence de
Monfeigneur le Comte D'ARTOIS .
Largo gratiofo.
LE chê - ne brave Po- ra- ge .
2-
Et la noirceur des frimats
; Vainqueur d'un épais nua-
ge , Le So- leil re
E
И
38 MERCURE DE FRANCE.
s'é- teint
pas. Ra- ni-
ΘΕΣ
mez-vous , ma patri-
e ,
Bril- lez d'un nou- vel éclat
, D'ARTOIS , cet- te
SEPTEMBRE . 1776. 19
fleur ché- ri- e , A reris
fon in- car- nat .
Les Dieux fenfibles protégent
La jeunefle d'un Héros ,
Si les triſtes maux l'affiégent ,
Les plaifirs chaffent les maux .
La gloire ou l'amour l'appelle
De la victoire au combat :
C'est le pere & le modele
Des défenfeurs de l'Etat.
Par M. L. B. de W.
40 MERCURE DE FRANCE,
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
* Théorie des Jardins ; par M. M *** .
A Paris , chez Pillot , Libraire , quai
des Auguftins, près la rue Gît- le- coeur.
IL'paroît d'abord étonnant que l'homme
ait été fr lent à perfectionner ce qui
femble fi près de lui , le plaifir ; & que
les arts , dont ce plaifir eft le but , ayent
été fi fouvent écartés de leur objet . Mais
en réfléchiffant , on s'apperçoit que quoique
nos idées naillent de nos fenfations ,
le raifonnement qui les compare n'eſt
pas toujours jufte ; & pour peu que dans
la première création des arts imitateurs
de la nature , il fe foit gliffé un principe
d'erreur , l'empire de l'habitude & de
l'opinion , fi puiffant fur tous les hommes
, confacre & perpétue cette erreur
pendant des fécles , & ne permet , que
bien tard , à la vérité & à la nature de
reprendre tous leurs droits .
* Article de M. de la Harpe.
SEPTEMBRE. 1776. 41
On peut appliquer cette réflexion à
l'art des jardins , foumis fi long temps à
des régles qui devaient lui être étran
gères. L'Auteur de la Théorie que nous
annonçons , combat cette tyrannique
fymmétrie , dont on fait fi mal -à- propos
la bafe d'un art agréable qui devait
retracer , en quelque forte , l'heureufe
liberté de la nature . Vivement touché
de fes beautés , M. M ** paraît avoir
puifé dans une fenfibilité très exercée ,
les principes qu'il développe avec autant
de clarté que d'intérêt . Tous fes tableaux
font tracés par cette imagination ardente
fans laquelle on Artifte ne conçoit jamais
rien de grand . Il a répandu dans fon
Ouvrage tout l'agrément dont fon fujer
était fulceptible ; & le mérite du ftyle fe
joint fouvent à celui des connaiffances.
19
I remonte d'abord à la première
fource du préjugé qui a préfidé fi longtemps
à la formation de nos jardins.
On prit le change fur les véritables
principes . On voulut les emprunter des
» formes géométriques , quoique la géo-
» métrie , cette fcience utile & profonde ,
» la bafe de toutes les autres , foit abfo.
lument étrangère à ce fentiment fin &
délicat , le vrai guide dans la carrière
49
93
"
42 MERCURE
DE FRANCE
.
39
ود
» des beaux - arts ; cependant tel fút l'éga-
» rement général , que par tout la froide
fymmétrie de fes figures , fut préférée
» aux beautés fublimes & variées , fimples
& touchantes dont le fpectacle de
» la nature nous offre de fi féduifans
» modèles ; & qu'au trait facile & libre
» du crayon on fubftitua la féchereffe de
» la régle & du méthodique compas ....
» Dès que l'Architecte fe fut emparé de
» la conduite des jardins , on dût s'at-
»tendre que confondant les principes
» des deux arts , & trop accoutumé aux
» formes régulières , il chercherait à lier ,
» par une mutuelle correfpondance , le
» bâtiment , dont il fit l'objet principal ,
» au jardin , qui ne lui parut que l'accef-
» foire... Il compofa un jardin comme
» une maison ; il le compartit en falles ,
» en cabinets , en corridors ; il en forma
» les divifions avec des murs de char-
33
» mille , percés de portes , de fenêtres ,
» d'arcades , & leurs frumeaux furent
chargés de tous les ornemens deſtinés
aux édifices . Par une fuite de cette
» fauffe analogie , les Architectes don .
nèrent à ces pièces , ainsi qu'à celles de
» leurs bâtimens , des formes rondes
" quarrées , octogones ; ils les décorèSEPTEMBRE
. 1776. 43
» rent , comme un appartement , avec
» des vafes , des niches , des guaines ; ils
»y logèrent des ftatues , habitans infen-
» fibles , bien dignes d'un ſi triſte ſéjour ;
ils les meublèrent , comme des cham-
» bres , avec des tapifleries de verdure ,
» du treillage , des perfpectives peintes ,
des lits , des fiéges de terre couverts de
gazons ; ils édifièrent ainfi jufqu'à des
» falles de théâtre , des dortoirs , & imaginèrent
enfin le minutieux labyrin-
>> the » .
30
Faut-il s'étonner fi les propriétaires ha
bitent fi peu ces demeures , fi triftement
magnifiques , dont on peut dire ce que
la Bruyère difait de l'Opéra ; qu'il était
impoffible d'ennuyer à plus grands frais .
Cet effet infaillible eſt très naturellement
peint dans le morceau fuivant .
و د
« C'est à cette faftueufe monotonie
qu'il faut attribuer cet inftinct naturel
qui force le propriétaire même de fortir
de fes jardins factices , & les lui
» fait traverfer par la voie la plus courte ,
» pour aller fe promener le long des
» haies de fon village , & dans les fen-
» tiers raboteux qui partagent les champs
» de fon canton , pour gravir les côteaux
» du voifinage par des chemins obliques
22
44 MERCURE DE FRANCE.
ود
- 93
fon
ر و د
"
» & tortueux. Attiré par les beautés na-
» turelles qui l'environnent , autant que
repouffé par l'uniformité faftidieufe de
parc , il préfère les bords d'une
rivière , dont les eaux claires & libres
dans leur cours , ont façonné fes rives
inégales & variées ; il cherche à s'en-
» foncer dans un bois négligé , que la
main de l'homme n'a pas gâté , où les
" grouppes d'arbres & les maffifs , entrecoupés
de clairières , laiffent jouer la
» lumière & l'ombre par leur heureufe
difpofition . Entraîné par un charme
» toujours nouveau , il parcourt cette
» vafte peloufe , entretenue & animée
par les beftiaux de la commune , ou
» bien il defcendra dans ce vallon enri
chi d'une prairie , que rafraîchit fans
» ceffe le ruiffeau qui en fait librement
la pente & les détours .
-99

19
Ces obfervations font juftes ; cependant
je crois que par elles- mêmes , elles
prouveraient peu contre les jardins particuliers.
Fuffent - ils auffi parfaits qu'ils
font communément éloignés de l'être , le
Propriétaire les quittera toujours quand
il fera queftion de fe promener . Il en
fortira , ne fût- ce que pour fortir , parce
qu'il regarde fon jardin plutôt comme
SEPTEMBRE. 1776. 45
une poffeffion que comme une promenade
, plutôt comme un objet de foin &
d'entretien , que comme un objet d'amufement.
Il en fortira , parce que l'habitude
de la propriété éloigne l'idée du plaifir ,
que l'on croit toujours trouver ailleurs
que chez foi ; enfin , parce qu'en effer ,
quelle que foit la beauté d'un jardin ou
d'un parc, la campagne eft toujours infiniment
plus belle , l'art ne pouvant jamais
imiter qu'en petit ce que la nature produit
en grand.
Malgré l'averfion fondée que montre
l'Auteur pour la fymmétrie , il l'admet
dans les jardins publics , & dans ceux qui
font une dépendance des Palais & des
Hôtels . Voici fes raifons , qui paraiffent
folidement établies. « La forme , prefque
toujours régulière du terrein , fon peu
» de furface , l'importance du bâtiment ,
» dont l'influence doit fe faire fentir dans
» l'étroit efpace qui l'environne , tout
» concourt à foumettre un pareil local
» à des diftributions fymmétriques ; &
» pour celui qui ne fe laiflera pas abufer
> par le mot , il ne verra dans ces fortes
» de jardins que des cours décorées , dont
» le premier objet eft de donner de la lumière
& de l'air à l'habitation de la ville,
46 MERCURE DE FRANCE .
»
"
"
» que
»
précaution fans laquelle fon féjour eft
peu falubre. La fymmétrie s'applique
» encore avec fuccès à la compofition
des jardins publics. Ceux- ci ne font
des places plantées d'arbres fituées
» dans l'enceinte des villes , où les Ci-
» toyens fe rendent , non pour jouir du
» fpectacle de la nature , mais pour pren.
» dre un exercice momentané , où ils fe
» raffemblent pour étaler leur luxe & :
» fatisfaire leur curiofité. Le plus grand
ornement de ces lieux exifte dans le
» concours général ; l'ennui qu'ils font
éprouver , quand ils font peu fréquentés,
en eft la preuve. C'eft là qu'il·
» faut un terrein bien de niveau , des
arbres bien alignés , un marcher facile
» en tout temps ; c'eft - là qu'il faut appe
» ler à fon fecours tous les arts d'imita-
» tion & de décoration ; c'eft - là enfin
qu'il faut que la difpofition foit telle ,
» que les promeneurs de l'un & de l'autres
fexe , dont le bur eft de fe montrer
" voyent tout du même coup d'oeil &
paraiffent avec avantage , parce qu'ils
» font tout à- la - fois & fpectateurs &
fpectacles ».
"9
"
و د
Il fuit que l'Auteur établit une diftinction
très-fenfée entre le féjour des villes
SEPTEMBRE, 1776. 47.
& celui des campagnes , & en déduit
les différences effentielles qui doivent fe
remarquer dans la manière d'orner l'un
& l'autre. Il veut que les principes qu'on
fuivra dans l'embelliffement d'une habitation
champêtre , foient analogues à
l'efpèce de plaifirs & de jouiffances que
l'on va chercher à la campagne .
" Indépendamment de toutes les beautés
de la nature & de fes charmes , la
» campagne , théâtre de fa magnificence
» & de fa liberté , offre à fes heureux
» habitans des reffources fans nombre.
» La vie y coule fans inquiétude & fans,
» remords , dans des occupations agréa-
» bles & fructueufes. L'ame y eft faine ,
» & le coeur en paix . Son féjour calme
» la violence des paffions deftructives &
» malfaifantes , & entretient . par une
» doucefermentation , les fentimens hon-
» nêtes, L'homme débile & malade y
» recouvre les forces & fa fanté; l'hom
» me vigoureux & fain les y conferve.
» Elle procure un délaffement au Citoyen
laborieux ; une retraite au Militaire ,
qui a rempli fa périlleufe carrière . Elle.
» eft l'afyle de la médiocrité & la ref-
» fource plus aflurée du pauvrè. Le philofophe
l'aime , la contemple & s'en
و د
"
99
95
48 MERCURE
DE FRANCE
.
23
occupe ; le fage en connoît le prix &
» en jouit ; le riche détrompé , y trouve
» le vrai bonheur , que lui promirent
envain les faveurs menfongères de la
» fortune . Elle fait les délices de la vieil
» leffe & l'efpoir des jeunes gens . Les
" Puëtes la chantent , les Peintres l'imi-
» tent. Son attrait fe fait fentir à tous les
» coeurs ; il eft indépendant des caprices
» de la mode & de la variation des opi-
» nions. En un mot , elle a eu & elle
» aura des admirateurs dans tous les
pays
» & dans tous les fiécles ; & plus les
» moeurs feront fimples & pures , moins
» le goût fera corrompu & plus fes plai-
» fits feront recherchés » .
Après ces notions préliminaires , l'Auteur
comprend , fous quatre efpèces générales
, tous les jardins qui ont la nature
pour modèle & fes beautés pour objet ;
le parc , le jardin , proprement dit , le
pays & la ferme. « Ces quatre eſpèces
»renferment tous les genres , par les modifications
infinies dont elles font fuf-
» ceptibles. Le caractère particulier &
» diftinctif de chacun , eft la variété pour
» le pays , la nobleffe pour le parc , l'élé-
» gance pour le jardin , la fimplicité
» pour la ferme » .
Le
SEPTEMBRE. 1776. 49
Le Lecteur a pu obferver que des efpèces
ne pouvaient pas renfermer des
genres. C'eſt un contrefens dans les termes
, l'espèce étant fubordonnée au genre,
Nous avons marqué quelques autres incorrections
auffi faciles à appercevoir
qu'à corriger, & qui n'empêchent pas
que le ftyle n'ait en général de l'intérêt
& de l'agrément.
Pour affeoir ces différentes habitations,
il faut fe déterminer par la nature du
terrein ; & cet examen engageant l'Auteur
dans des détails defcriptifs , lui
donne occafion de développer fon talent
pour faifir les grands tableaux de la nature
. Voici entre-autres un morceau fur
les montagnes qu'on lira avec plaiſir.
Tranfportez-vous d'un autre côté ,
& vous ne verrez qu'avec admiration
» la majesté impofante des montagnes.
» De loin elles ne fe font appercevoir
» que par des traits à peine fenfibles
"
que leurs diftances & des tons vape-
» reux lient avec l'horifon ; mais , con-
» fidérées de près , ce font des males.
énormes qui compriment & foulent.
» les entrailles de la terre. Une fuite de
" monts accumulés les uns fur les autres ,.
» fe perdent dans les nues , & leurs cîmes
My
C
30 MERCURE DE FRANCE.
bleuâtres fe confondent avec les cieux ;
» des vallons profonds & refferrés , dont
» les côtes dures & efcarpées forment
autant de précipices continus , les par-
» tagent & les féparent . Dans leurs bruf-
» ques & fréquens détours , ils forment
3
des angles faillans & rentrans , prefque
» toujours correfpondans . Leurs divers
afpects préfentent à la fois tous les cli
» mats & toutes les faifons . Des neiges
» éternelles couronnent les fommets les
plus élevés , & y entretiennent un froid
» vif & conftant . Plus bas règne le prin-
» temps , la fraîcheur & fes charmes ,
tandis que les fonds font brûlés
» feux du foleil renfermés entre les gor-
» ges. Ses rayons , cent fois réfléchis par
» les plans prefque verticaux du terrein ,
>> entretiennent une chaleur rarement
tempérée par le zéphir. D'un côté , le
fol eft fertile & animé par la plus ac-
» tive végétation ; de l'autre , ce ne font
"
39
»
par
les
que rochers arides & bruyères parfe-
» mées de quelques buiffons fauvages &
» rampans. Ici des maffes fufpendues
» femblent détachées de la maffe géné-
" rale ; affifes à peine fur les bafes frêles
» & étroites qui les portent , entourées
as d'abyfmes profonds , que l'oeil le plus
SEPTEMBRE. 1776. St
*
""
»
ferme n'ofe fonder , la hardieffe de
» leurs faillies , leur hauteur inacceffible
infpirent la terreur , & en impofent au
fpectateur étonné . Là , ce font des ro-
» chers merveilleux , des cafcades bruyan
» tes , des torrens impétueux . C'est dans
» les sîtes de ce genre qu'on rencontre
» ces accidens finguliers & prefque fur-
» naturels , tels que les antres fauvages ,
» les ténébreuſes cavernes , les précipices
effrayans. C'eft- là que la nature auda-
» cieufe & bouleverfée affecte de fe
» mettre au-deffus des loix de la phyfi-
» que , auxquelles elle ne fautait pour
» tant fe fouftraire . Fière de cette appa-
» rente indépendance , il femble que
» dans fes écarts elle ait dédaigné fa mar-
» che ordinaire , qu'elle ne connaiffe de
" bornes que celles de fes caprices , ou
» que laiffant fon oeuvre imparfaite , elle
» n'ait voulu produire qu'une ébauche
informe , pour nous montrer dans fon
fublime défordre le fpectacle rare &
frappant d'une belle horreur » .
"
"
Peut- être dans ces fortes de defcriptions
oratoires & poëtiques , y aurait - il
quelques délicateffe de goût à exclure les
mots techniques , tels que les angles faillans
, renirans , correspondans , &c. dont
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
la féchereffe s'accorde mal avec les expreffions
figurées qui les fuivent & les
précèdent.
L'Auteur caractériſe les différentes
fortes de beautés qui conviennent aux
quatre eſpèces de jardins que nous venons
de diftinguer. Ses idées font dirigées
par un goût exquis. Il veut que par- tout
on obéiffe à la nature , & qu'on ne la
tourmente nulle part ; que tous les genres
d'embelliffemens foient toujours fabordonnés
. Il condamne les imitations mefquines
& forcées , & la prétention de
tranfporter de grands objets dans un petit
terrein , de faire des montagnes avec
quelques pelletées de terre , & des rivières
avec un petit réfervoir, Ce talent de
peindre que nous avons déjà loué , ſe
retrouve fur- tout dans la deſcription des
effers fi prodigieufement variés que produifent
les eaux dans un pays . Nous n'en
citerons qu'un endroit pour terminer cet
article.
" Outre les effets réfultans de leur
maffe , de leur bruit & de leur mouvement
, les eaux acquièrent encore
» d'autres caractères par leur couleur &
» leur fituation . Elles rendent une perfpective
plus fombre & plus myſtéSEPTEMBRE.
1776. 53
3
"
39
rieufe , quand elles coulent fans bruit
" & fans effort entre des arbres touffus
qui les ombragent . Leur tranfparence
» donne de la légèreté & de l'éclat au
payfage , & leur limpidité eft le char
» me des yeux . Un ravin déjà excavé
devient tous les jours plus déſaſtreux ,
» par le dégât qu'occafionne leur activité
prodigieufe. Un abyfme ténébreux
» femble plus horrible par les eaux terries
qu'il renferme dans fon fein , par les
» fourds mugiffemens que leur chûte fait
entendre , & que , dans fes cavités pro
fondes , les échos redoublent encore &
»portent au loin . L'afpect d'un lac , dont
» les eaux font épailles & fangeuſes ,
augmente la trifteffe d'une perfpective
fauvage . Enfin une rivière indolence
» dans fa marche , enveloppée de côtes
efcarpées & hériffées d'arides rochers ,
qui fe laifle à peine appercevoir à tra-
» vers les vapeurs groffières & mal faines
qu'elle exhale , nous préfente un afpect
» mélancolique & dégoûtant qui nous
» repouffe " .
ود
""
"
"
"
L'Auteur oppoſe à cette impreffion fi
trifte , celle que fait fur nos fens la vue
d'un ruiffeau qui ferpente dans une belle
prairie , & il conclut ainfi : « Quoiqu'on
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
» puiffe fe paller d'eaux dans la compo
» ition d'un jardin , quoiqu'elles n'y
» foient pas abfolument néceffaires , il
» faut avouer qu'on les y regrette tou-
» jours , & que celui qui en manque
» perd non feulement la variété qu'elles
و د
و د
33
y jettent , mais eft encore privé d'an
» des plus beaux objets , d'un des plus
précieux effets de la nature. Il n'eft
point de fcènes fi petites où elles foient
déplacées , & auxquelles elles ne prêtent
» des graces ; il n'en eft point de fi gran-
» des où elles ne figurent avec avantage ,
» qu'elles n'embelliffent , & dont l'expreffion
ne puiffe en emprunter plus
» de force & de vivacité ; il n'en eft pas
» même de fi brillantes auxquelles elles
» ne puiffent encore ajouter de l'éclat.
» Enfin , indépendamment des impref-
»
fons qu'elles nous font éprouver , les
» eaux plaifent par elles mêmes . On aime
» à les voir , on recherche les lieux où
elles fe trouvent elles répandent une
» fraîcheur voluptueufe for tout ce qui
» les environne , quand elles font bien
placées ; mais elles n'ont de la grace
» que lorfqu'elles font libres , c'eft à - dire
» que quand , hors de toute contrainte ,
» du moins apparente , elles fe trouvent
"
SEPTEMBRE. 1776. 15
» dans les lieux où la pente du terrein a
» dû les conduire. La liberté fait leur
» premier agrément , après la fimpli-
» cité ».
Cet Ouvrage estimable & l'Effai fur
les Jardins , par M. Vatelet , font , fans
contredit , ce qu'on a écrit de meilleur
fur cette matière . Elle eft ici plus métho •
diquement développée ; mais la diction
eft quelquefois incorrecte , & il ne faut
pas s'étonner que l'Artifte n'écrive pas
toujours avec autant de goût que l'Académicien
. On eft fâché de trouver dans
un bon Livre des rochers qui fe coëffent
de plantes , des canaux qui fe ramitient
& le bifurguent , des fleurs qui font la
coquetterie de la nature , & c. Mais ces
légères taches ne peuvent nuire au mérite
de l'Ouvrage , & n'empêchent pas qu'on
ne doive favoir beaucoup de gré à l'Auteur
d'avoir prouvé un talent très - rare ,
dans les Artiftes même diftingués , celui
de favoir écrire fur fon art .
Volfidor & Zulménie , conte pour rire ,
moral i l'on veut , & philofophique
en cas de befoin ; par Madame la
Comteffe de *** ; volume in 8º. A
Amfterdam ; & fe trouve à Paris ,
Civ
MERCURE DE FRANCE .
»
و د
chez Delalain , Libraire , rue de l'ancienne
Comédie Françoife.
Au temps fameux des illufions
» d'une jeuneffe éternelle , & même des
Génies , le plus aimable de tous , celui
qui régnoit fur les autres , s'appeloit
» Volfidor. Les voeux unanimes l'avoient
» élevé à la puiffance fuprême : il y étoit
» maintenu par des droits , & , ce qui
» vaut encore mieux , par des agrémens.
» Il avoit l'air de Mats & les traits de
» l'Amour ; tout l'efprit qu'un Génie
» peut avoir. Son ame étoit noble , fenfible
; fon imagination ardente ; fes
idées vives ; fes fentimens profonds.
» Son empire dût être doux , indulgent
» & jufte c'étoit celui de la fupériorité.
> On dit qu'il parloit peu , & ce fut le
» malheur du monde : il l'auroit inftruit
fans l'affliger. On lui foutenoit qu'il
» n'avoit point de défauts ; des Flattcurs
» alors entouroient les Souverains : mais.
» il les laiffoit dire , & ne les écoutoit
pas. Quelquefois il prenoit fes goûts
» pour des fentimens . Né avec des paffions
impérieufes , il eut befoin de
» toute la force de fon caractère pour fe
commander toujours. Jamais il ne par:
SEPTEMBRE. 1776. 57
"
n
domoit ; c'étoit par orgueil qu'il ne
» ſe vengevit point. Quoi qu'il en foit ,
» l'Univers l'adoroit ; & l'Univers gou-
» verné par lui fe croyoit heureux . C'étoit
» un Génie unique : beaucoup de jolies
» femmes l'en aflurèrent ; il reçur auffi
» des complimens de celles qui ne
» l'étoient pas. Il crut les aimer toutes ,
» & fut , pendant quelque temps , trèsléger
dans fes amours ». Vingt-fix
Maîtreffes qu'il s'amufoit à tromper ,
s'étoient apperçues qu'il trouvoit fort
plaifant de l'être ; elles lui faifoient ce
plaifir là . On ne chantoit plus à fa cour
que les charmes de la légèreté . Les Génies
font plus courtifans que d'autres , lorf
qu'ils s'en avifent , & tout contribuoit à
entretenirVolfidor dans fon erreur. Mais ,
malgré l'adulation , les faux préceptes ,
les froids exemples , le joug de l'ufage ,
il fut éclairé par fon ame & rendu à des
voeux délicats : il n'étoit pas digne encore
de s'en applaudir . L'Amour fe vengeoit
du Génie. Maître de l'Univers , la cour
la plus brillante , le fafte , la magnifila
gloire l'environnoient ; & tour
cela ne rempliffoit point le vuide de fon
coeur. Toujours diftrait , jamais confolé ,
poffédant tout , il ne tenoit à rien. En
Су
cence ,
58 MERCURE
DE FRANCE.
nuyé du préfent , inquiet fur l'avenir ,
mécontent de lai même , foupirant après
un bien dont il fe faifoit la plus douce
image , & qu'il n'efpéroit pas ; il avoit
des Sujets , des Maîtreffes , le pouvoir
abfolu , & point de bonheur . Eafin Volfidor
, pour fe dérober à tout ce qui l'affligeoit
, chercha des diftractions dans les
voyages. Depuis des fiécles le Génie
Puce l'invitoit à venir le voir. Sa cour
étoit célèbre par fa prétendue gaieté , fon
incroyable galanterie & fes plaifirs multipliés
, ou du moins ces diftractions tumultueufes
, que quelquefois on prend
pour eux . Volfidor crut qu'il y charmeroit
fon ennui . Le jour du départ eft
fixé mille chars auffi brillans & plus
légers que celui du foleil , s'élançent à
travers des flots de lumière , fur des nua
ges tranfparens , & des chevaux aîlés
entraînent le Génie & fa fuite dans le
vague des airs , qui ouvrent fous leurs
pas des routes inconnues. L'or , les pierreries
, les diamans étinceloient de toutes
parts . Le cortège étoit magnifique ; mais
le Génie n'en étoit pas plus heureux . Il
fit le trajet , qui étoit de fix mille lieues ,
en quatre minutes ; & le chemin lui
parut long. Arrivé dans les Etats de Puce ,
SEPTEMBRE. 1776. 59
"
13
"
il éblouit , il fixa tous les yeux ; il far
reçu en Souverain du Monde . Puce
n'épargna point les démonflrations . « 11
navoit le ton affectueux , des manières
» affez agréables , un luxe défordonné ,
» un jargon découfu , quelquefois brillant
; de l'aifance , une forte de gaieté.
» Sa figure , très - inférieure à celle de
» Volfidor , ne laiffoit pas que de plaire.
Ses yeux étoient vifs comme fes geftes .
» On appercevoit dans fa taille quelques
irrégularités ; mais il avoit des graces.
» Il étoit bon Prince , un peu colère , très-
» obſtiné , d'une humeur inégale . Per-
» fonne n'étoit plus fémillant ; il ne mar-
» choit guère , il fautoit prefque toujours ;
» cela faifoit grand plaifir à fes Sujets.
» Par exemple , le jour de l'arrivée de
» Volfidor , il ne fe fentoit pas de joie ;
» il danfa quarante chacones , plufieurs
» allemandes , une entre - autres lorsqu'il
" le conduifit dans fon appartement ; &
» il retourna dans le fien en daufant des
périgourdines. Quand fon Confeil pa-
» toiffoit embarraffé , il le faifoit danfer
» à n'en pouvoir plus ; & après cela il
opinoit à merveille. Ce n'est pas que
» Puce n'eût de la fagacité. Son travail
» étoit facile & fa pénétration furpre-
"
"
"
"
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
» nante. C'étoit lui qui inventoit toutes
» les modes ou qui les perfectionnoit ;
» fes Miniftres en raiſonnoient avec lui
99
»
lorfqu'il ne danfoit point. Il fuffifoit à
» cet important détail ; mais , à ſes bon-
» nes fortunes , il n'y pouvoit fuffire . Le
» charme d'une élégance qu'on s'efforçoit
» envain d'imiter , tournoit toutes les
têtes ; néceffairement on devoit l'ai-
» mer à la folie ; & l'on n'y manquoit
» pas. Une Fée adorable , la feule qui lui
» tint rigueur , étoit la feule qui lui eût
infpiré de l'amour . Elle régnoit fur un
Peuple charmant , dont elle étoit la
gloire & les délices . Jolie & fraîche ,
» comme l'eft une Fée à vingt ans , par
» fes grâces , fon efprit , fa bonté , elle
» enchantoit l'Univers. Sa figure & fon
» ame l'avoient fait nommer Célefte. Puce ,
conféquent une fois , l'avoit vue &
» l'avoit adorée . Il ne celloit point de
changer de Maîtreffes. Il ne portoit
» que fes couleurs. Elle avoit adopté la
» couleur puce , & , par galanterie , il en
» avoit pris le nom. Il ne fortoit qu'avec
» un noeud d'épaule , un noeud d'épée &
une écharpe de diamans puce. Malgré
toute la recherche de fa parure , il
» n'étoit fait pour lui plaire . L'Hy
و ر
"
و د
pas
SEPTEMBRE. 1776. 61
» men venoit d'enchaîner cette Fée char-
» mante avec un Génie , l'amour & l'ad-
» miration de fes Sujets . Il ne fe connoif-
» foit point en pompons ; mais il avoit
» toutes les vertus : le coeur de Céleſte
» en étoit la récompenfe » .
Céleste étoit arrivée prefque auffi tôt
que Volfidor à la cour de Puce. On vit
auffi venir dans cette cour le Prince Doguincourt
fous une métamorphofe un
peu étrange , mais qui ne doit pas furprendre
dans le pays des Fées . Ce Prince ,
accablé de douleurs & de chagrins , les
confia au Génie Puce qui , comme on
s'attend bien , propofa à Doguincourt ,
pour diffiper fes ennuis , de danfer un
menuet. L'imagination enjouée de l'Auteur
de ce Conte ajoute plufieurs autres
traits finguliers pour achever la peinture
ou , fi l'on veut , la charge d'un ridicule ,
qu'il ne feroit peut- être pas difficile de
rencontrer dans la fociété. Pope , dans
fes Epîtres morales , nous cite le Lord
Lanefbrow , qui étoit fi paffionné pour la
danfe , que l'âge & la goutte ne purent
lui ôter ce plaifir. A la mort du Prince
de Danemarck , époux de la Reine Anne
d'Angleterre , il demanda à cette Reine
une audience particulière : c'étoit pour
61 MERCURE DE FRANCE.
lui repréfenter qu'elle feroit très - bien de
danfer , afin de conferver fa fanté & diffiper
fon chagrin . Cette anecdote & d'autres
que nous pourrions rapporter , mais
que le Lecteur fe rappelera , rendent
plus intéreffans les traits allégoriques ,
critiques ou moraux dont eft femée la
relation des voyages du Prince des Génies
. Ce Prince qui voyageoit pour trou
ver ce qu'il n'avoit pu rencontrer dans
fes propres Etats , une Epoufe franche ,
fenfible , qui l'aimât pour lui- même , &
mit fon bonheur dans la pratique de fes
devoirs , féjourna d'abord dans les régions
aëriennes : fes recherches ne furent
pas heureufes. C'étoit par tout de l'art
des prétentions , peu de fenfibilité , point
de franchife . « Suis - je donc condamné ,
» s'écrioit il dans l'amertume de fon chagrin
, à former des voeux éternels pour
» un être imaginaire ? Quoi ! toujours
» des vifages fi bien arrangés , que pref-
» que tous fe reffemblent ; un maintien ,
des propos qui n'appartiennent qu'à
l'ufage ; un bon ton , qui fais qu'on
» n'en a point à foi ; des geftes étudiés ,
» des careffes fauffes , des complimens
fades , des gens d'efprit qui s'écoutent ,
» des fots qui parlent , des raiſonneurs
לכ
SEPTEM BR E. 1776. 63
93
99
» que l'on n'entend jamais ! Je n'ai cui
» dire à des Sylphides , qui paffent pour
» être inftruites , que du mal les unes
» des autres : elles fe piquent de délicareffe
, même de générofité . Cependant
» enlever un Sylphe à une jolie Maî
» treffe , eft un triomphe . On ne fe fou-
» cie pas de lui ; il ne s'apperçoit pas de
» cela . On eft barbare pour fatisfaire fa
» vanité. Defcendons chez les mortels » .
En un clin d'oeil il s'y tranfporta . Il avoit
éré bien lorgné , bien fêté , bien agacé
parmi les Sylphides ( plus encore pour
fon rang , peut être que pour fa perfonne )
la même chofe lui arriva fur le globe
terreftre. Quelquefois il y voyageoit incognito.
Alors , malgré l'extérieur le plus
féduifant , malgré les qualités, quoi qu'il
s'exprimât avec grace , quoi qu'il n'hu •
miliât perfonne , & que l'on fe crût de
l'efprit toutes les fois que l'on caufoit
avec lui , les envieux n'en convenoient
point. Beaucoup de femmes prenoient fa
modeftie pour de l'embarras . On ne le
citoit guère . Les petites Maîtreffes foutenoient
que fes habits & fes voitures
étoient trop fimples ; les Pédantes trouvoient
fa converfation trop naturelle.
Quelques Précieufes lui reprochoient de
64 MERCURE DE FRANCE.
n'avoir point de jargon . Les Savans hauſfoient
les épaules , parce qu'il n'avoit
point de morgue ; les Philofophes , parce
qu'il n'affichoit aucun fyftême. Les Beaux-
Efprits , dont il ne mendioit point les
fuffrages , n'avoient garde de l'admirer.
Paroiffoit- il environné de la fplendeur de
fon rang ? les femmes lui faifoient bien
des mines ; les hommes lui difoient bien
des fadeurs . Les Académies venoient le
fupplier de leur faire l'honneur d'accepter
une place parmi elles : mais ce que l'on
n'auroit point offert au Génie dépourvu
de titres , le Souverain du monde le dédaignoit.
On lui amena des Sages qui
ne croyoient à rien , pas même aux
vertus ni à l'amour. Après qu'ils eurent
bien differté , il les plaignit & ne les revit
plus . Plufieurs Fous triftes , qui n'avoient
de Maîtreffes que par air , ne le réjouirent
pas davantage . La fociété , qui pardonnoit
tout , hors les ridicules , le fentitiment
devenu un mot de perfifflage , le
caprice faifant loi , & le mépris des préjugés
le furprirent. Il y avoit des vices
de bonne compagnie. Ceux là étoient les
bien venus ; & les deux fexes en général
lui parurent inconféquens , frivoles , plu-
Lôt foibles que méchans. Sans principe,
SEPTEMBRE. 1776. 65
ils faifoient le bien ; le mal , fans éner
gie ; l'amour, fans être fenfibles , & par.
fois des noirceurs fans remords . Le Génie
devenoit mifantrhope . Souvent il cherchoit
à s'abuſer : cela lui étoit plus difficile
qu'à un autre . Lorfqu'il fe rendoit
invifible , il perdoit jufqu'au doute , jufqu'à
l'erreur , & fe trouvoit plus malheureux
. Combien de prudes qui n'étoient
pas fages ! de coquettes très ennuyeuſes !
Combien d'êtres factices ! & qu'il en vit
peu d'aimables ! Un très- petit nombre
d'hommes lui femblèrent dignes d'en
porter le nom . Ceux qui l'honoroient le
plus , vivoient la plupart ignorés , obfcurs
, fans diftinction & fans fortune.
Volfidor révolté , ému profondément
les combla de fes dons . Certain qu'ils
avoient préféré le malheur même aux
baffeffes de l'intrigue , il les deftina à
occuper de grandes places ; & ils furent
plus touchés encore de fon eftime . Voilà ,
ajoute l'Auteur de ce Conte , ce qu'un
Monarque ne rencontre pas fouvent ;
auffi voyageoit- il . Quelques femmes que
l'on calomnioit avec fureur , l'enchantèrent.
Indulgentes , fans affectation
courageufes en amitié , conféquentes ,
nobles , défintéreffées dans leur conduite ,

66 MERCURE DE FRANCE.
:
confervant un caractère au milieu du
tourbillon , malgré la mode , en dépit de
tout , de l'injustice qui ne les affectoit
point , des méchans qui ne parvenoient
point à les aigrir , de la fauffeté à qui
elles n'oppofoient que de la franchife ,
& des égoïftes qui les trouvoient roma .
nefques elles durent l'intéreſfer . Cependant
ce n'étoit point encore ce qu'il cherchoit.
Il parcourut les campagnes . Elles
lui offrirent des tableaux bien touchans ,
des amours fidèles , des amitiés fincères ,
des coeurs appartenans à la nature , une
joie vraie , une expreffion naïve , des
plaifirs purs. Mais , vifitant tous ceux qui
habitoient ce féjourtranquille , il apperçut
trop fouvent la beauté & la vertu au ſein
de la plus affreufe indigence . Ses bienfaits
les rendirent à la vie : des larmes
de reconnoiffance l'en payèrent. Il fit des
heureux & crut l'être .
Un jour les réflexions le conduisirent
au bord d'une forêt ; un fommeil magique
vint l'y furprendre , & des fonges
plus magiques le prolongèrent . Mais
quel fut fon réveil ! quel moment ! quelle
furprife ! A travers les feuillages entrelacés
, il apperçoit une jeune mortelle
qui reffembloit à une Déeffe . La fimpli
SEPTEMBRE. 1776. 67
cité de fa parure ajoutoit encore à fes
charmes . Un taille de Nymphe , un teint
éblouiffant , nul apprêt , de la beauté ,
des graces , cet embarras , qui en eft une
de plus , des traits fins , réguliers , un
fourire céleste , le regard le plus touchant
, des yeux bleus , des paupières
noires , des cheveux blonds - cendrés , rattachés
avec des treffes de rofes ; telle eft
la foible image de Zulménie , de celle
qui enivra tout- à- coup l'ame & les fens
de Volfidor . Il faut voir dans l'Ouvrage
même la peinture touchante de fon coeur,
de fa fenfibilité , de fes vertus . Le Génie
Volfidor , qui avoit éprouvé que la fouveraine
puiffance , les richeffes , la gloire ,
l'amitié même ne peuvent fuffire à notre
ame , goûta , après bien des recherches
des peines & des foupirs , le bien qu'il
fouhaitoit le plus , & qu'il n'avoit jamais
ofé efpérer , cette ivreffe réciproque , cet
entier abandon , ce trouble , ces craintes ,
ces peines qui font des plaifirs , la fatiffaction
d'animer feul ce qu'on idolâtre ,
le bonheur de faire le fien , le premier
de tous les biens pour un coeur amoureux
& fenfible . Ces peintures variées
d'un véritable amour , font ici accompagnées
de deſcriptions riantes , de criti
68 MERCURE DE FRANCE.
ques fines de quelques- uns de nos tidicules
, & d'une certaine philofophie de
moeurs du goût de notre fiécle . C'est par
tous ces moyens que l'ingénieux Auteur
de ce Conte a fu racheter le merveilleux
de la Féerie , dont la plupart des Lecteurs
de Romans paroiffent aujourd'hui un peu
revenus.
Le volume qui renferme le Conte de
Volfidor & de Zulménie , eſt ſuivi d'un
autre volume intitulé : Mélange de poëfies
fugitives & de profe fans conféquence . L'aimable
gaieté a préfidé à ce recueil de
poëlies . Sa flamme légère en anime tous
les accens & le communique au Lecteur
qui , perfuadé que la gaieté eft le baume
de la vie , eft très- difpofé à mêler fa voix
à celle du Poëte , pour chanter l'éloge de
la Folie.
Charme des mortels & des Dieux ,
Folie , aimable enchantereffe ,
Tu fais même embellir les jeux :
Le plaifir naît de ton ivrefle .
Je medonne à toi pour toujours ;
Je te prefère à la tendrelle.
Répands la gaieté fur mes jours ,
Et j'aurai plus que la lagefle.
C'eft en attendant ton retour
SEPTEMBRE. 1776. 69
Que les pauvres Amans fommeillent.
La raifon feule endort l'amour :
Ce font tes grelots qui l'éveillent .
Plufieurs Lecteurs François ne voudront
peut être pas fe reconnoître au
portrait que le Poëte a fait des François ;
mais tous applaudiront du moins a l'enjouement
& à la légèreté des traits .
Tous vos goûts font inconféquens :
Un rien change vos caractères ;
Un rien commande à vos penchans.
Vous prenez pour des feux ardens ,
Les bluettes les plus légères.
La nouveauté , fon fol attrait,
Vous enflamment juſqu'au délire:
Un rien fuffic pour vous féduire ;
Et l'enfance eft votre portrait.
Qui vous amule , vous maîtriſe :
Vous fait- on rire ? on a tout fait ,
Et vous n'aimez que par furpriſe.
Vous n'avez tous qu'un feul jargon ,
Bien frivole , bien incommode :
Si la raison étoit de mode ,
Vous auriez tous de la raifon,
Deux Féeries en dialogue fuivent ce
72 MERCURE DE FRANCE.
» fuccès ne vous foient pas permis. Quand
il vous plaira , vous aurez les forces
» néceffaires pour égaler le fexe dont
» les premières années ne font pas per-
» dues pour l'étude . Vous arrivez au but
" pendant qu'il calcule les diftances ; &
» le terrein qu'il fillonne avec effort
» vous le parcourez légèrement. Prefque
» tous vos défauts font le crime des hom .
» mes , de ce fexe vain , qui prend fon
» ufurpation pour des droits , & votre
» bonté pour de la foibleffe . Ce font vos
» charmes qui l'attirent ; ce ne font point
» vos qualités & c'est vous qu'il accufe
» d'être frivoles . Il vous condamne à
l'ignorance , fous peine du ridicule . Il
» calomnie la fagelle qui lui réfiſte , fait
» feindre des fentimens ; & fi vous y
» croyez , le mépris , l'ingratitude font le
»prix du bienfait . Il vous redemande
» l'honneur dont il vous a privées , ce
dépôt qu'il vous confie & qu'il vous
» arrache ; & penfe ne vous rien devoir ,
quoiqu'il vous ait tout ravi. Votre con
fiance , vos facrifices & fes fermens ne
l'engagent pas envers vous . Il n'oferoit
» tromper un être de même fexe que
» lui . Mais vous n'oppoſez à la mauvaiſe
»foi que l'honnêteté , les larmes , le malheur;
"
25
"
>>
SEPTEMBRE. 1776. 73
"
heur ; & ce fexe cruel , s'il eft für de
l'impunité , ne connoît même pas le
» repentir. L'union , qui devroit être la
» plus délicieufe , devient la fource de
» vos peines ; j'oferai le dire , de vos
» fautes. La nature en gémit , la raifon
s'y oppoſe , & l'Être Suprême n'a pas
» pu le vouloir. Il donna une compagne
» à l'homme ; il fe plut à l'embellir , & ce
» fut le préfent d'un Dieu. Il ne dit point :
je te livre une eflave ; tu ne pourrois
la mériter , je te permets de l'affervir.
Il dit je t'affocie une créature
digne de moi ; je n'ai plus rien à faire
» pour ton bonheur , ni même pour ma
gloire.... Et il ne fit plus rien ».
20
""
">
Les Rêveries d'un Amateur du Colifée ,
ou les Femmes fans dot.
O moeurs du fiécle d'or ! ô chimères aimables !
Ne pourrons-nousjamais réaliſer vos fables ,
Et ne connoîtrons- nous que l'art infructueux
De peindre la vertu fans être vertueux !
L. C. D. B.
Broch. in 8°. A Paris , chez Ruault
Lib. rue de la Harpe.
D
72
MERCURE DE FRANCE.
» fuccès ne vous foient pas permis . Quand
» il vous plaira , vous aurez les forces
» néceffaires pour égaler le fexe dont
»
ود
"
و د
les premières années ne font pas per-
» dues pour l'étude . Vous arrivez au but
» pendant qu'il calcule les diftances ; &
» le terrein qu'il fillonne avec effort ,
» vous le parcourez légèrement . Prefque
» tous vos défauts font le crime des hom .
» mes , de ce fexe vain , qui prend fon
ufurpation pour des droits , & votre
» bonté pour de la foibleffe . Ce font vos
» charmes qui l'attirent ; ce ne font point
" Vos qualités & c'est vous qu'il accufe
» d'être frivoles. Il vous condamne à
l'ignorance , fous peine du ridicule. Il
» calomnie la fagefle qui lui réfifte , ſait
feindre des fentimens ; & fi vous y
» croyez , le mépris , l'ingratitude font le
» prix du bienfait. Il vous redemande
» l'honneur dont il vous a privées , ce
dépôt qu'il vous confie & qu'il vous
» arrache ; & penfe ne vous rien devoir,
quoiqu'il vous ait tout ravi. Votre con
» fiance , vos facrifices & fes fermens ne
» l'engagent pas envers vous. Il n'oferoit
» tromper un être de même fexe que
» lui . Mais vous n'oppoſez à la mauvaiſe
»foi que l'honnêteté, les larmes , le mal-
» heur;
·99
09
ןכ
35
SEPTEMBRE. 1776. 73
»
heur ; & ce fexe cruel , s'il eft für de
l'impunité , ne connoît même pas le
» repentir. L'union , qui devroit être la
» plus délicieufe , devient la fource de
» vos peines ; j'oferai le dire , de vos
» fautes. La nature en gémit , la raifon
» s'y oppofe , & ll''ÊEtrrree Suprême n'a pas
" pu le vouloir. Il donna une compagne
» à l'homme ; il fe plut à l'embellir, & ce
» fut le préfent d'un Dieu. Il ne dit point :
je te livre une eflave ; tu ne pourrois
la mériter , je te permets de l'affervir.
Il dit je t'affocie une créature
digne de moi ; je n'ai plus rien à faire
» pour ton bonheur , ni même pour ma
gloire.... Et il ne fit plus rien ».
"" :
Les Rêveries d'un Amateur du Colifée ,
ou les Femmes fans dot.
O moeurs du fiécle d'or ! ô chimères aimables !
Ne pourrons-nousjamais réaliſer vos fables ,
Et ne connoîtrons-nous que l'art infructueux
De peindre la vertu fans être vertueux !
L. C. D. B.
Broch. in 8. A Paris , chez Ruault ,
Lib. rue de la Harpe.
D
74
MERCURE DE FRANCE.
Cet écrit a deux objets , le premier de
faire connoître les avantages qui réfulteroient
pour le bonheur public , fi l'on
publioit une Loi qui ordonnât que les
femmes déformais n'apporteroient aucune
dot à leurs maris , & qui permit à
tous les Citoyens , & même aux Nobles ,
de choisir leurs époufes dans telle claffe
qu'ils jugeroient à propos , & cela dès
l'âge de 21 ans , fans pouvoir jamais être
traversés par aucune espèce d'autorité,
Un des premiers fruits de cette loi feroic
de rendre la population plus active , &
de contribuer au bonheur du père de
famille qui auroit plufieurs filles . Il ne
feroit plus inquiet fur leur fort ; il les
éléveroit avec foin ; il les carefferoit avec
tendreffe ; & il verroit avec la joie la plus
douce , dans les charmes naiffans de fes
enfans , le gage affuré de leur prochain
établiffement , & les reflources les plus
heureufes pour fon crédit , pour fa fortune
& pour la vieilleffe. Il n'y auroit plus de
parens affez injuftes & affez cruels pour
forcer des filles , & fouvent des filles
comblées de grâces & de charmes , de fe
faire Religieufes . On ne peut s'empê
cher de frémir ici , avec l'Auteur de cet
écrit, quand on fonge qu'il y a dans le
SEPTEMBRE. 1776. 75
Cloître des filles charmantes qui meſurent
avec des yeux égarés la hauteur des
murailles où elles font enfermées ; qui
verfent un torrent de larmes ; qui tombent
dans des douleurs muettes & ftupides
, & qui , pour fortir de leur état
violent & cruel , n'ont d'autre iſſue
le tombeau .
que
Dans le fyftême où les femmes n'apporteroient
d'autre dot à leurs maris que
de la beauté & des talens cultivés , les
jeunes filles jolies auroient un très - puiffant
motif d'être fages. La beauté feroit
pour elles un des dons les plus précieux
de la nature ; au lieu que dans nos moeurs
actuels c'eftfouvent un préfent très -funefte.
Dans les rangs inférieurs de la fociété , la
beauté engage un très-grand nombre de
femmes dans le défordre. Perfuadées que
fans fortune les agrémens de la figure ne
font bons à rien pour le mariage , les jolies
filles de nos Artifans ne réfiftent point
aux jeunes féducteurs qui ſe préfentent .
Le premier pas franchi , elles ne favent
plus s'arrêter; bientôt elles difparoiffent
de la maifon de leurs pères , & viennent
dans les grandes Villes augmenter le
nombre des Courtifannes. Dans les rangs
fupérieurs de la fociété , la beauté eft
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
encore un préfent funefte . Rarement une
jolie fille époufe l'homme qu'elle aime
le plus ; c'eft toujours au plus tiche de
fes Amans qu'elle eft livrée . Avec un
mari qu'elle n'aime point , une femme
peut- elle avoir des moeurs ; & quand
elle ne peut s'eftimer elle - même , peutelle
être heureufe ? Cette loi des femmes
fans dot feroit donc un moyen de réconcilier
les moeurs & la beauté . De plus ,
dans ce fyftême enchanteur , où il feroit
permis à un jeune homme de choisir de
bonne heure celle qu'il fe deftine pour
époufe , la beauté deviendroit la gardienne
des moeurs . Un jeune homme qui
commence ſes relations avec les femmes ,
par le commerce des Courtifannes , vainement
formeroit enfuite une inclination
: il eft totalement perdu pour les
bonnes moeurs. Au lieu que celui qui
commence ſes relations avec les femmes
par l'inclination la plus tendre pour une
fille de fon âge , fe refpecte autant qu'il
la refpecte elle même Entouré en quelque
forte par tous les charmes de fa maîtreffe
, il eft défendu par eux de la féduction
des autres femmes. Quel empire
d'ailleurs un père n'auroit- il pas fur fon
fils par l'entremise d'une maîtreffe ! Tous
SEPTEMBRE. 1776. 77
les Citoyens , pères de familles , qui
habitent la même Ville , pourroient le
rendre mutuellement les plus grands fervices
, en chargeant leurs filles d'avertir
leurs amans des torts qu'on leur reproche.
Les réprimandes des pères font pour
Pordinaire fi dures , fi violentes , que rarement
elles obtiennent des fils ce que
les pères voudroient ; mais s'ils employoient
l'organe d'une maîtrelle pour
propofer à leurs fils les réformes qu'ils
defirent dans leur conduite , ils réuſſiroient
infailliblement.
L'hypothèſe de la loi ici propofée ,
en dépouillant toutes les femmes des
biens de la fortune , les réduit , fans diftinction
, à la poſition laborieuſe du jeune
Artifte qui a une fortune à faire . Mais
en forçant les femmes d'acquérir des talens
, on augmente leur bonheur , on
étend l'empire de leurs charmes , on leur
affure des confolations & des douceurs.
dans leur vieilleffe .
Nous fommes d'accord avec vous ;
dira- t- on à l'Auteur du projet , que dans
votre fyftême toutes les filles qui auront
de la beauté feront affurées d'être établies
, & cet avantage confidérable eft un
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
motif très preffant pour que votre fyftême
foit admis : mais que ferez vous
des laides ? L'Auteur répond que fon
fyftême une fois établi , il n'y aura plus
de laides femmes. « Quoique je four-
» niffe , dit - il , aux jolies filles un motif
très preffant de fe perfectionner , les
laides auront un motif encore plus
preffant de s'inftruire ; il fera queftion
» pour celles ci de faire oublier quelques
» traits défagréables qu'elles auront dans
la figure , par la fapériorité des talens
» & des grâces. On s'accoutume au vifage
le plus beau. Mais , dans une femme,
» l'art de fe faire admirer par une démarche
noble , de prendre dans toutes
les pofitions une attitude gracieufe , de
» n'avoir rien de gauche dans le mouve-
» ment des bras , de fourire à propos , de
» fe taire avec efprit , de parler avec
» agrément , de montrer un intérêt flat-
» teur à tout ce qui fe dit autour de foi ,
» de développer enfin toutes ces grâces
fans affectation , cet art charmant , di-
""
vin , & qui eft fi rare , exerce fur les
hommes un enchantement continuel &
toujours nouveau. Une laide qui auroit
toutes les grâces dont je viens de parler
, dont l'efprit feroit encore nourri
SEPTEMBRE. 1776. 79
و و
par la lecture , & qui fachant la mufique
parfaitement , chanteroit & s'accompagneroit
elle même , d'une manière
» fupérieure , avec le clavecin ou la gui-
95
ود
tarre , une laide auffi intéreffante , auffi
» charmante , feroit certainement oublier
» les imperfections de fa figure , & trou-
» veroit encore plus d'admirateurs que
» la plus belle femme qui ne feroit
point ornée , comme elle , de la fé
»duifante parure de tous ces talens en-
» chanteurs 13.
"
L'Auteur de la loi propofée prévient
ici une grande objection , en faisant voir
que de toutes les filles du Royaume , ce
feroit les filles de qualité à qui fon
fyftême feroit le plus favorable. Les
grands Seigneurs n'ayant plus à prétendre
, en fe mariant , aucune augmentation
dé fortune , épouferoient prefque toujours
une fille de leur claffe . Où trouveroientils
une demoiſelle mieux élevée & plus
aimable qu'une fille de qualité ? En fuppofant
d'ailleurs que cette liberté eût
quelques inconvéniens , comme les bonnes
moeurs doivent être préférées , fans
ménagemens , à tout autre motif , il vaut
beaucoup mieux qu'une femme de baſſe
extraction & d'une beauté extraordinaire
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit l'époufe d'un Grand , que de voir ce
Grand vivre publiquement avec cette fem
me , en qualité de maîtreffe , tandis qu'il
a une épouſe chez lui . Il y a plus ; pour
le bonheur public , beaucoup plus digne
de confidération que l'orgueil des Grands,
il feroit fort à defirer que les très - belles
femmes qui naiflent dans les claffes inférieures
, fuflent mariées toutes de manière
à contenter leur vanité , afin de
fauver à la fociété le mal qu'elles y
feroient en qualité de courtifannes.
L'Auteur n'ignore pas toutes les objections
que l'on pourroit faire contre
les loix qu'il propofe , & n'entreprend
point de les réfuter , cela le conduiroit
trop loin ; il confent même qu'on le con
fidère comme un Prédicateur qui fe fati
gue fans fruit ; & , dans cette fuppofition,
il continue de faire voir les avantages
multipliés de fon nouveau fyftême de légiflation
, dans l'efpérance peut être que
dans deux ou trois mille ans d'ici , le
luxe étant moins actif , & le tribunal de
l'opinion ayant enfin perdu un peu de
fon autorité, on pourra adopter les réformes
qu'il propofe.
Dans la feconde partie de ce même
SEPTEMBRE . 1776. 81
Ouvrage , l'Amateur du Colifée décrit
les amuſemens du genre le plus intéreffant
& le plus noble qu'on pourroit donner
à la Nation , dans le Colifée . Toujours
échauffé par l'amour du bien public,
il change cet édifice , aujourd'hui le rendez
vous des oififs & des courtifannes ,
en un temple de la vertu. Ily fait prononcer
par le Magiftrat l'éloge de ceux qui
ont bien mérité de la patrie ou de la
fociété. Cet éloge , dans lequel l'Ecrivain
nous rappelle avec fentiment plufieurs
belles actions de nos Concitoyens , ne fait
pas moins d'honneur à fon coeur qu'à fon
efprit . Il nous donne enfin à la place de
ces niaiſeries offertes à la curiofité du
Parifien , le fpectacle enchanteur de la
vertu honorée par des hommages publics .
Il eft fâcheux que tout ceci ne foit qu'un
beau fonge.
·
Guillaume de Naffau , ou Fondation des
Provinces-Unies ; par M. Bitaubé , de
l'Académie Royale des Sciences & 30
8130
Belles Lettres de Berlin . Nouvelle
édition , confidérablement augmentée
\ & corrigée. Volume in 8 ° . très- bien
imprimé , & orné d'un frontispice
deffiné & gravé par J. M. Moreau le
Dv
32 MERCURE DE FRANCE.
jeune. A Paris , chez Prault , Imprim .
quai de Gêvres.
L'action que M. Bitaubé s'eft propofée
dans ce poëme en profe , divifé en dix
chants , eft Guillaume fondant la République
des Provinces Unies . Cette action
fe termine à l'union d'Utrecht . Tout ce
qui eft au-delà n'entre dans le plan que
comme en perfpective. L'Ecrivain s'eft
placé au milieu de l'action ; le noeud eft
en récit ; les obftacles & le dénouement
arrivent à peu près dans le cours d'une
année .
La première édition de ce poëme a été
publiée en 1773 , & on a rendu juſtice
au choix du fujet , qui a cette grandeur
digne de l'épopée & cette importance
indépendante de tout intérêt , de tout
fyftême , de toat préjugé national . En
effet , la haine de la tyrannie eft fi généralement
enracinée dans les coeurs , que
le fpectacle d'une Nation qui la combat
& qui en triomphe , ne peut être étranger.
L'Auteur , écrivain laborieux & qui
ne néglige rien de ce qui peut lui mériter
de plus en plus l'eftime des Gens de
lettres , a fait dans cette nouvelle édition
des changemens & des corrections
SEPTEMBRE. 1776 . 83
qui contribueront à rendre la lecture de
fon poëme plas intéreffante. L'hiftoire
lui a fourni de nouveaux matériaux , &
il a mis à profit de nouveaux embelliffemens
que lui préfentoit l'imagination .
M. Bitaubé a fur-tout réuſſi à jeter plus
d'action dans le poëme . Une partie confidérable
de fes corrections regarde le
ftyle , qui , en plufieurs endroits , paroiffoit
trop coupé & chargé d'inverfions
peu naturelles.
Un dialogue eft ici fubftitué à la préface
de la première édition . Dans ce dialogue ,
qui eft fuppofé être entre l'Auteur & un
Journaliſte , M. Bitaubé fe fait faire les
principales objections ou critiques , dont
le fond & la forme de fon Ouvrage pouvoient
être fufceptibles. Eft ce une hiftoire
, un roman , ou un livre d'un genre
nouveau ? lui demande le Journaliſte.
L'Auteur répond qu'il n'en fait rien , que
c'est au Public à le nommer ; d'ailleurs
qu'il s'embarraffe peu du genre , & qu'il
eft de l'avis de celui qui a dit qu'il n'y
avoit de mauvais que le genre ennuyeux.
Alors , réplique le Journaliſte , on dira
que c'est un poëme en profe , ce qui
amène des difcuffions fur ces fortes de
poëmes. Il en résulte que M. Bitaubé
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
prétend feulement avoir écrit en profe
poëtique. " Cette profe , continue til ,
eft auffi noble & quelquefois plus har-
» die que la profe oratoire : fes inverſions
» peuvent être plus fréquentes & plus
audacieufes ; fes épithètes plus nom-
» breufes & plus pittorefques . Elle n'a
pas befoin , autant que le ftyle oratoire
, de cacher l'art : cependant il
»> ne lui conviendroit pas de revêtir tous
» les ornemens de la poëfie ; elle fortiroit
» de fon genre & deviendroit ampoulée .
» On pourroit la placer entre la poëlie
» & le genre oratoire , puifqu'elle em-
» prunte quelque chofe de l'une & de
» l'autre . Malgré le fentiment de ceux
qui veulent que l'on traduife les Poëtes
» en vers , on lit avec plaifir les bonnes
» traductions en profe. Il ne feroit donc
pas impoffible d'écrire un Ouvrage original
, dans le ftyle que d'habiles Ecrivains
ont employé avec fuccès pour
ස traduire les Poëtes ».
"
Les poëmes en profe ont été inconnus
aux Anciens. « Cette objection , répond
» M. B. eft elle bien philofophique ? Ne
» nous fera til jamais permis de nous
écarter de la route qu'ils nous ont tra
» cée ? Sommes-nous dans les mêmes
SEPTEMBRE . 1776. 85
"
»
» circonſtances ? Avons - nous la même
langue ? N'eft- il pas au moins proba-
» ble que fi les anciens avoient eu ,
» comme nous , le joug de la rime , il fe
» feroit trouvé plufieurs Ecrivains qui ,
fur tout dans des Ouvrages de quelque
» étendue , auroient cherché à s'en affranchir
? Quand ils ne l'auroient pas
tenté , leur exemple eût- il été une loi
inviolable ? Ils n'ont point eu de comé-
» dies en profe & nous en avons . Mais
» que voulez-vous dire? Platon ne prendil
pas quelquefois le ton élevé de la
poële , & ne l'a t- on pas regardé com-
» me le Poëte des Philofophes ? On
» doute fi nos poëlies facrées , ces odes
>>
"
dont aucun Poëte n'a pu égaler l'éléva-
» tion , font écrites en vers ; & il femble
» que le langage de David eft , comme
» celui de Job , le langage d'une profe
» mefurée , qui , par rapport au nôtre ,
» tient le milieu entre la profe ordinaire
» & la verification, mais qui, par la gran
» deur des idées , peut fuppléer à ce quit
» lui manque. Ceux qui vantent le plus
» les Anciens , ne fauroient fe fatter de
» les avoir étudiés avec plus de goût que
» Fénélon ; & cependant , en imitant les
» beaux endroits d'Homère , de Sopho
1
86 MERCURE DE FRANCE.
:)
"
"
сс
13.
» cle & de Virgile , il écrivit en profe
On objecte à M. Bitaubé que Fénélon ne
prétendit pas faire un poëme. « Que nous
importe , répart l'Ecrivain , pourvu
qu'en s'abandonnant à fon génie il ait
» fait un Ouvrage qui reffemble , non à
» un poëme médiocre , mais au plus ex-
» cellent des poëmes ; tandis qu'on dif-
» pure dans quel rang on le placera , on
» le lit plus que bien des poëmes épi-
» ques. La profe poëtique ne pourroit-
"
»
elle pas fuppléer aux vers blancs , qu'on
» n'oferoit actuellement introduire dans
» notre langue , & que poffèdent la plupart
des Nations modernes qui cultivent
les lettres , enforte que leurs
» Poëtes peuvent , fuivant la pente de
leur efprit , recevoir ou rejeter la
» rime ».
M. Bitaubé fe fait faire encore quelques
objections , auxquelles il répond ;
mais fes réponſes ne font point toujours
fans réplique . On aura de la peine à fe
perfuader qu'un Ecrivain qui veut compofer
un poëme épique en françois , dans
une langue par conféquent d'une profodie
peu fenfible , & privée des inverfions
& autres avantages que poflédoient les lan.
guesgrecques & latines , puiffe fe paffer de
SEPTEMBRE. 1776. 87
l'harmonie réfultante de la mefure & du
retour des mêmes fons. L'épopée étant
le récit d'une action héroïque & merveilleufe
, fuffit- il que le langage que
l'on emploie s'élève au deffus du langage
ordinaire ? Ne faut- il pas qu'il foit encore
le plus pittorefque & le plus harmonieux
que l'on puiffe prendre , puifque le but
des beaux-arts eft de nous dérober , en
quelque forte , à la foule des objets qui
nous environnent , & de nous préfenter
l'image de la perfection ? Il femble donc
aujourd'hui décidé qu'un poëme épique
françois écrit en profe , & privé par conféquent
des attraits de la verfification ,
doit être relégué dans la claffe des Romans
ou des fictions hiftoriques ; &
l'Ouvrage de M. Bitaubé obtiendra , fous
ce titre , un rang diftingué dans cette
claffe .
..
2
Don Quichotte femelle ; traduction libre
de l'Anglois ; 2 vol . in- 1 2. prix 2 ) . 8 f.
br. A Lyon ; & fe trouve à Paris , chez.
Lacombe, Lib . rue Chriſtine.
Le Don Quichotte femelle eft une jeune
Angloife de qualité , née & élevée à la
campagne , éloignée de toute eſpèce de
88 MERCURE DE FRANCE.
fociété , qui n'ayant , pour charmer fon
ennui , que les Romans héroïques de
Mademoifelle de Scudéry , traduits en
Anglois , & autres femblables , en fait
fon unique étude , les regarde comme
des tableaux vrais de l'humanité , & fe
fait un fystème d'héroïfme fur les por
traits outrés qu'ils renferment . Une différence
entre Arabella , l'héroïne de ce
Roman , & Don Quichotte , c'eft que la
jeune vifionnaire intéreſſe par fa beauté ,
fa jeunelle & fa candeur , en même
temps qu'on s'amufe de la peinture de
fon ridicule. Faifant , comme fon modèle
, des raifonnemens très - fages fur
toute autre matière , elle eft de même
entêtée des idées chimériques qu'elle a
puifées dans fes lectures , & les applique
à toutes les circonftances. Sa façon de
voir, de penfer , d'agit , font également
romanefques. On fent que ce caractère
une fois établi , l'Auteur a fu en tirer
parti dans les différentes circonftances où
il place Arabella . La tête remplie d'idées
d'enlèvemens , elle prend tous les jeunes
gens qui l'approchent & cherchent à lui
faire leur coor , pour des ravifleurs prêts
à l'enlever. Elle va même jufqu'à prendre
un garçon jardinier d'affez bonne mine,
SEPTEMBRE. 1776. 89
pour un Amant déguifé. Enfin fe promenant
un jour fur le bord d'une rivière ,
elle fe perfuade que quelques hommes
qu'elle voit venir du côté où elle eſt ,
font dans le deffein de l'enlever , & fe
jette dans la rivière pour la paſſer à la
nage , afin d'échapper à leur prétendue
pourfuite. Elle eft fur le point de fe
noyer. On la retire de l'eau , & on la
ramène chez elle malade , & en trèsgrand
danger. Elle en réchappe cependant.
Un Prêtre refpectable , qu'on avoit
appelé auprès d'elle , parvient , pendant
fa convalefcence , à diffiper , par des raifonnemens
fages , les chimères de fon
imagination & à guérir entiérement fa
manie. Arabella , doublement rétablie ,
finit par donner la main à un homme aimable
auquel elle étoit deftinée , & dont
le bonheur dépendoit de fa guériſon .
Malgré les changemens avantageux
que le Traducteur a fait à ce Roman ,
qui , traduit littéralement , n'auroit guère
pu réuffir dans notre langue ; on trouvera
peut être encore que l'Auteur a quelquefois
trop outré le ridicule de fon Héroïne .
Quoi qu'il en foit , on lit cet Ouvrage
avec intérêt & avec agrément.
90
MERCURE
DE FRANCE
.
L'Excellence de la méthode Sultonienne
d'inoculer la petite vérole , ou Réponſe
aux objections faites contre cette méthode,
& recueillies dans la Diflerta
tion de M. Preflavin , Maître en Chirurgie
à Lyon ; par Michel ô Ryan , D.
M. de
Montpellier .
Quifragili quærens illidere dentem ,
Offendit folido.
HOR.
Brochure in 12. A Avignon ; & fe
trouve à Paris , chez Didot jeune ,
quai des Augufins.
Cette Réponse doit être jointe à la
Differtation de M. Preflavin contre l'inoculation
angloife . C'eft par de pareils
écrits contradictoires que celui qui , étranger
à tout fyflême , cherche fincèrement
le vrai , peut s'inftruire & s'éclairer .
Coup d'Effai d'un Ecolier , ou poëfies de
M. d'Efpi***. A Paris , chez Vincent
Impr. - Libr. rue des Mathurins , hôtel
de Clugny , 1775 ; in 8º .
Ce Recueil eft compofé d'odes , d'épîSEPTEMBRE.
1776. 91
tres , d'épigrammes & de poëties diverfes.
Toutes ces pièces annoncent de la
facilité , de la fécondité & un vrai talent
pour la poësie , fi l'on confidère fur -tout
l'extrême jeuneffe de l'Auteur , qui ne
paroît pas avoir plus de quinze a feize
ans , s'il faut s'en rapporter à la lettre
d'un Académicien de Marfeille , imprimée
à la tête du volume , & à une note
dont elle eft accompagnée , fuivant laquelle
l'Auteur n'a pas encore achevé fes
études. Auffi les fruits de la veine paroîtront-
ils en général un peu précoces . On
y trouve , comme on peut bien le penfer,
des traces fréquentes du Poëte adolefcent
. Ils annoncent des difpofitions heureufes
, mais qu'il faut laiffer mûrir. Nous
allons rapporter quelques ftrophes d'une
odefur la Mort , qui nous ont paru trèspropres
à donner une idée favorable de
ces difpofitions.
Toi queje dois attendre, & dont l'afpect m'étonne ,
Qui foumets à tes loix la chaumière & le trône ,
O mort! terrible mort ! fléau de l'Univers !
Accablé fous le poids des maux où je fuccombe ,
J'ole , au bord de la tombe ,
Elever jufqu'à toi mes accens & mes vers.
Des volontés de Dieu , miniſtre redoutable
92 MERCURE DE FRANCE.
Quelle eft de ton pouvoir l'étendue incroyable? .
Sommes-nous tous entiers en butte à ton courroux
?
Au-delà de nos corps n'eft - il point de limites ,
Par Dieu même prefcrites ,
Qui puiffent arrêter la fureur de tes coups ?
En ouvrant au foleil nos paupières craintives ,
Jetés , abandonnés fur une mer fans rives ,
Es-tu cet heureux fort que notre coeur attend ?
Ou bien , fans nous offrir que l'horreur du naufrage
,
Vils jouets de ta rage ,
Nous dois-tu replonger aux gouffres du néant ?
Non , je ne le crois point. Non , malgré l'étendue
De ce doute effrayant dont mon ame eſt émue , "
O mort ! mon front ferin jamais ne pâlira.
Quoi ! d'un Dieu bienfaisant la fageffe infinie
M'auroit donné la vie
Pour me rendre au limon d'où fa main me tira !
L'ame , effence d'un Dieu , peut-elle être matière ?
C'est d'un coeur empefté que part ce ſentiment.
Al'aspect des forfaits dont tu fouilles la terre ,
La crainte du tonnerre
Te fait feule , ô mortel , defirer le néant,
SEPTEMBRE 1776. 93
Tremble, ton heure approche & ton fort fe prépare.
La mort , qui fur ton front lève fa faulx barbare ,
Va tirer le bandeau dont tes yeux font couverts.
Le temps fuit; elle avance , & fon bras invifible
Montre , au moment terrible ,
Ta fombre vérité cachée à l'Univers.
Ces vers ne font pas , à beaucoup
près , exempts de détaurs ; mais de pareils
Coups d'effai de la part d'un Ecolier ,
fur tout dans un genre auffi difficile ,
promettent certainement beaucoup pour
l'avenir.
Molière , Drame en cinq actes , en profe ,
imité de Goldoni , par M. Mercier ;
prix 3 liv . A Amfterdam ; & fe trouve
à Paris chez les Libraires qui vendent
les nouveautés ; 1776 , in 8º .
Ce Drame eft imité d'une pièce italienne
de Goldoni , intitulée , il Molieré.
« J'ai pensé , dit M. Mercier dans fa
» préface , que cette pièce pafferoit avec
avantage fur notre ſcène , parce que le
» fujet étant national & rappelant la mémoire
d'un de nos grands hommes,
94 MERCURE
DE FRANCE.
» devoit nous plaire & nous intéreffer
» de préférence L'on ne verra pas , je
» crois , fans quelque plaifir , le père de
la Comédie Françoiſe monter à fon
» tour fur ce même Théâtre qu'il a rendu
99
fi illuftre , & figurer parmi les perfon-
» nages enfans de fon génie . Il paroîtra
>> revivre fous de fidèles crayons , &
» d'ailleurs il offrira , par fes moeurs pein-
» tes au naturel , un tableau de la vie
privée de l'homme de lettres ; ce point
» de vue n'eft point à dédaigner. 11 de-
» vient fut-tout très- piquant , lorfqu'il
s'agit d'un de ces Ecrivains célèbres
dont la curiofité publique aime à s'en
» tretenir ; la curiofité alors devient inépuifable
, tant fur les traits de leur
caractère que fur les aventures parti-
» culières de leur vie » .
»
»
Avant de rendre compte du Drame
de M. Mercier , nous allons rapporter
quelques- unes de fes obfervations fur le
génie de Molière. « Molière eft parmi
» nous le Poëte qui ait confulté davan
» tage la nature , & qui ait mis fur notre
» fcène le plus d'expreffion & de vérité.
» Peintre fidèle & franc , il a caché l'art
que
les autres montrent trop ; chez lui
on ne voit , on n'entend que fes
perSEPTEMBRE.
1776 . 95
@
"
»
fonnages , & le tableau ne patoît
jufte que parce que fa manière eft ingénue.
Auffi conferve - t - il parmi les
» Poëtes dramatiques la phyfionomie que
» La Fontaine a parmi les Fabuliftes ; &
» l'homme inftruit qui , vers fa quaran
» tième année , fe dégoûte ordinairement
» de la Tragédie françoife , qu'il apperçoit
peuplée d'êtres factices , découvrę
» une certaine profondeur dans les Piéces
» de notre Poëte ; il quitte volontiers le
» romanefque pour porter fon attention
» fur des paffions plus naturelles & des
» caractères qu'il peut retrouver dans le
» monde.... Vu du côté du génie , dit
» plus bas M. Mercier , c'eft certainement
» le premier des Dramatiftes , en ce qu'il
eft original & naïf; cette dernière qua .
» lité eft fi rare & fi précieuſe , c'eſt un
caractere fi frappant , & diftinctif qu'il
» fait tout-à- coup d'un Auteur un homme
à part , & l'on compte au premier
d'oeil les rares Ecrivains doués de
ce talent fuptême : il ceffe alors d'être
» foumis à la difcuffion qui tyrannife
les renommées fubalternes. D'ailleurs
enjoué & profond , philofophe aimable
, plein de graces & de force , en
» frondant les travers de l'homme , il le
»
30 coup
29
6 MERCURE DE FRANCE .
» confole , & fouriant le premier à fes
» foiblefles , il lui en fait goûter la fatire
».
La fcène du Drame eft à Paris , dans
la maifon de Molière. On fait que ce
grand homme avoit traduit Lucrèce en
entier , & qu'il avoit beaucoup travaillé
fa traduction , qui lui étoit plus chère
qu'aucun autre de fes Ouvrages . Un jour
un Domestique en prit par mégarde un
cahier pour en faire des papillotes . Molière
en fut fi ému , que dans fa colère il
jeta le reste au feu & ne tarda pas à s'en
repentit. Cette anecdote eft mife en action
dans les fix premières fcènes du premier
acte. Dans la feptième , on voit
paroître Chapelle , dont le caractère gai
& léger , contrafte parfaitement avec
celui de Molière . Cette fcène renferme
l'expofition de la pièce , dont le fonds
roule fur deux circonftances de la vie
de Molière qu'on a rapprochées : la repréfentation
du Tartuffe , à laquelle les
faux dévots apportèrent des obftacles ,
qui furent levés par l'ordre exprès du
Roi ; & l'amour de Molière pour la fille
de la Béjart , Comédienne , qu'il époufa ,
& qui paroît ici fous le nom d'Ifabelle .
Elle furvient dans la fcène neuvième , au
moment
SEPTEMBRE. 1776. 97
moment où Chapelle vient de quitter Mo
lière & s'entretient avec ce dernier de leur
mutuel amour , & des craintes que lui
caufent la jaloufie & les violences de
fa mère. Ils feignent de répéter des rôles
en appercevant la Béjart , qui , après
avoir fait fortir fa fille , s'efforce de fonder
les difpolitions de Molière qu'elle
vou droit époufer , mais dont elle fo- p-
Conne l'inclination . Molière clade adroi
tement toutes fes questions , & le voit
tirer d'embarras par l'arrivée de la Thorilliere
, Comédien de fa Troupe , & fon
ami , qu'il avoit dépêché vers le Roi ,
& qui apporte l'ordre de laiffer jouer le
Tartuffe . Molière tranfporté de joie à
cette nouvelle , ordonne qu'on aille arracher
fur le champ les affiches , qu'on en
fubftitue de nouvelles , & qu'on annonce
pour le même foir la
repréſentation de
l'Impofieur.
Dans le fecond acte , Pirlon , faux
dévot , ennemi de Molière , fe gliffe
dans fa maiſon en fon abfence , & parvient
à mettre le trouble dans fon ménage.
Il commence par féduire fa fervante
la Forêt , en lui
promettant une
meilleure condition , &
s'introduit auprès
d'Iſabelle & de la Béjart. Il allure à
E
98 MERCURE DE FRANCE.
la première que Molière eft infidèle , &
perfuade à la feconde qu'il doit enlever
fa fille après le fpectacle ; fe propofant
par cette impofture de les empêcher de
jouer , & de faire manquer la repréfentation
de la piéce . Cette fourberie lui
réuffit , fur- tout auprès de la mère , qui
eft furicufe. Molière arrive ; la Béjart le
reçoit très mal , & lui déclare que ni
elle , ni fa fille ne joueront dans la pièce
nouvelle. Molière refte ftupéfait mais
fon ami la Thorillière fe charge de faire
entendre raifon aux deux femmes & fort
dans ce deffein .
Au troisième acte , la Thorillière revient
. Il a déterminé , non fans peine ,
les deux femmes à jouer. Il découvre à
Molière la fourberie de Pirlon ; il en a
tiré l'aveu de la Forêt , qui , féduite par les
promeffes de l'hypocrite , avoit d'abord
demandé fon congé ; mais qui fe répent
d'avoir ajouté foi aux difcours de ce méchant
homme. Molière imagine , pour
fe venger , de tâcher de fe procurer le
manteau & le chapeau de Pirlon , pour
jouer le rôle du Tartuffe. La Forêt fe
charge d'exécuter ce projet. Pirlon vient
elle le fait affeoir en l'affutant qu'il n'y
a perfonne dans la maifon , & lui fait
SEPTEMBRE.
1776. 99
quitter fon chapeau & fon
manteau , fous
prétexte de la trop grande chaleur. On
entend du bruit , la Forêt ,
feignant qué
c'eft
Mclière qui revient , fait cacher
Pirlon à la hâte dans un petit cabinet ,
où elle le ferme à clef, & où il reſte fort
mal à fon aife; & porte le
chapeau &
le manteau à Molière , qui s'en affuble
avant de partir pour la Comédie.
La piéce fe joue dans
l'intervalle du
troisième au
quatrième acte , & va aux
nues. La Forêt délivre Pirlon , qui a reſté
enfermé pendant tout le temps du fpectacle
, & lui rend fon manteau & fon
chapeau en fe moquant de lui. Il fort
furieux & rentre un
moment après
priant la Forêt de le cacher encore , parce
qu'il a été reconnu , en fortant , par plu-
Geurs
perfonnes , qui ont
commencé à
s'attrouper autour de lui & à le pour fuivre
avec des huées . Après quelques diffi
cultés , elle le fait cacher dans une
chambre voifine . On revient de la Comédie
.
Molière voit avec peine les mauvais
traitemens que la Béjart ,
toujours
jaloufe , fait fouffrir à fa fille. La Thorillière
paroît furpris qu'un fi grand hom
me , dans un
moment où il ne doit s'accuper
que de la gloire ,
s'abandonne aux
Eij
100 MERCURE DE FRANCE .
foins d'une paffion amoureufe. Mon
ami , répond Molière , la gloire eft belle ,
mais elle altère & ne rafraîchit point.
Le quatrieme acte fe termine par la fcene
d'un Marquis & d'un Comte que Chapelle
amène chez Molière , qu'ils viennent
complimenter fur le fuccès de fa
pièce. Ce font deux ignorans du bel air
qui fe piquent de juger de tout fans fa
connoître à rien , & qui font gauchement
à Molière des éloges ridicules de fa
piéce , dont ils n'ont vu que la dernière
fcène , le Comte ayant pallé prefque tout
le temps de la repréfentation au foyer ,
auprès d'une petite Danfeufe , & le Marquis
dans la rue à prendre l'air. Molière
les retient à fouper avec Chapelle .
Au cinquième acte , Molière , qui s'eft
levé de table avant les autre convives ,
paroît travaillant dans fon cabinet . Une
jeune perfonne honnête , preffée par le
malheur , vient fe préfenter à lui avec
une lettre de recommandation , pour le
prier de la recevoir Comédienne dans fa
Troupe. Il la détourne de cette réfolution
, & lui donne une lettre pour le
Chef d'une Manufacture , qu'il charge
d'en avoir foin , & de lui apprendre un
métier. A peine remis à fon travail , il
SEPTEMBRE. 1776. 101
*
eft interrompu une feconde fois par Ifabelle
, qui vient implorer fa protection
contre les violences de fa mère , qui veut
la faire partir dès le lendemain. Elle eft
réfolue de tout ofer pour le fouftraire à
cette tyrannie ; mais Molière , loin de
fe prêter à aucune démarche irrégulière ,
l'exhorte à ne pas manquer à ce qu'elle
doit à fa mère & à elle même. On en.
tend du bruit : Molière veut fait cacher
- Ifabelle dans la même chambre, où la
Forêt avoit déjà fait cacher Pirlon , qui
eft découvert , & auquel Molière fait les
reproches les plus fanglans , croyant qu'il
s'eft gliffé furtivement dans fa maison.
pour épier fa conduite. La Béjart entre
furieufe au même inftant , & accufe Mo.
lière d'avoir féduit fa fille . Pirlon démentant
fon caractère & fe repentant de fa
conduite , rend hommage à la vérité , &
juftifie Molière en racontant ce qu'il
vient d'entendre , pendant qu'il étoit caché.
Toute la compagnie qui étoit à fouper
chez Molière , montre une grande
furpriſe de tout ce défordre. Molière
leur en ayant expliqué la caufe , chacun
preffe la Béjart de ne plus s'oppoſer au
bonheur de fa fille & de l'illuftre Poëte
dramatique. Elle fe rend enfin , & confent
à leur union.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Tel eft ce Drame , qui fait honneur
à M. Mercier , & qui eft un hommage
de fa part à la mémoire de Molière.
Recherchesfur la nature de l'homme, confidéré
dans l'état de fanté & dans l'état
de maladie ; par M. Fabre , Maître en
Chirurgie , Profeffeur Royal du Collége
de Chirurgie. A Paris , chez Delalain
, Libraire , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Cet Ouvrage , rempli d'obfervations
de phyfiologie , de phyfique & même
de métaphyfique , a pour but d'expliquer
les principaux phénomènes du corps humain,
& de comparer quelquefois , en
réfutant les fyftêmes qui font relatifs aux
différens objets dont l'Auteur entreprend
l'examen. L'Auteur regarde la fenfibilité
phyfique comme le principe de l'exiftence
qui nous eft commune avec les
bêtes , & qui fuffit feule pour exécuter
les principales fonctions de l'économie
animale , fans le concours d'aucun être
intelligent. Il n'en foutient pas moins.
la fpiritualité de l'ame comme un dogme
généralement avoué des Sages , auquel
SEPTEMBRE . 1776. 103
la pratique même & l'exercice journalier
de l'art de conferver & de rétablir la
fanté , doit ramener à tout moment.
Tout ce qu'il obferve fur les fonctions.
vitales , naturelles & animales ne le conduit
nullement à adopter l'opinion de
ceux qui ont recours , foit au fyftême
des nerfs , foit aux mouvemens volontaires
des mufcles , foit au cours des efprits
animaux , pour expliquer toutes les
actions de l'homme même les plus fpirituelles
. Les obfervations anatomiques ,
loin de détruire l'importante vérité de
la fpiritualité de l'ame , nous montrent
au contraire qu'il eft impoffible que les
fenfations , les actions de l'homme &
les mouvemens de fa machine , ayent
pour caufe phyfique une ame matérielle .
Comment pourroit - on prouver qu'un
être auffi limité fuffiroit à cette variété
infinie d'actions & de mouvemens de
tout genre ? Cet être feroit agir phyfiquement
tous les nerfs , & il en ignoreroit
totalement la ftructure intérieure &
le jeu qu'il y déploie . Il feroit mouvoit
tous les muſcles du corps , malgré la variété
infinie des plans divers , felon lefquels
leurs fibres charnues font difpofées;
il feroit tout , il régleroit tout. Et
"
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
néa moins cette espèce de divinité n'anroit
point la plus fombre connoiffance
des merveilleux refforts qu'il feroit jouer.
Voilà les abfurdités qu'il faut dévorer
en admettant une ame matérielle . La
méchanique des fonctions vitales , & de
toutes celles qu'on remarque dans l'homme
, n'a point conduit notre Auteur à de
pareilles conféquences . C'eft faure d'avoir
connu , dit il , la ligne de féparation ,
que le Créateur a tirée entre l'ame & le
corps , que l'on eft tombé dans une foule
d'erreurs fur la nature de l'homme. Tous
les vifcères & toute leur force motrice ,
combinés enfemble , ne fauroient remplir
l'intervalle immenfe qu'il y a entre
la penfee & le fentiment , entre l'homme
& la bête.
L'Auteur des Recherches s'explique
non feulement avec exactitude & avec
clarté fur ces vérités importantes ; mais
il en tire auffi les conféquences les plus
utiles pour la même pratique . En effet ,
les premières vérités de la métaphyfique
font effentiellement liées aux premières
notions de la morale. Dans une analyſe
philofophique , comme on l'a judicieufement
obfervé , on ne fauroit les fépaauffi
cet Ecrivain fe fait un devoir
rer ;
SEPTEMBRE. 1776. 105
d'infifter fur les puiffances impérieufes
de notre ame , fur les organes des mouvemens
foumis à la volonté . Elle a ainfi
le pouvoir de régler la conduite de
l'homme , fuivant les principes de la
'morale & de la religion , malgré le vice
de la conftitution naturelle , malgré l'in-
Aluence d'une mauvaiſe éducation , du
climat , de l'exemple , & c . Quoi qu'elle
ne puiffe pas changer la nature de l'impreffion
que ces objets extérieurs font fur
les fens , elle eft la maîtreffe d'en arrêter
les effets ; & c'eft ainfi , dit l'Auteur ,
qu'elle dompte , quand elle veut , les
paflions les plus effrénées. « Que l'homme
fe connoiffe donc enfin ; qu'il ne
» fe réduife point à la condition des
» animaux , dont les actions font nécef-
» fairement déterminées par le mécha-
>>
nifme de leur organisation. Oui , je
» me fens au- deffus de cette fatalité ,
ajoute ce Philofophe ; j'ai le fentiment
» intime d'une volonté libre ; & fi je
n'agis comme les bêtes , que par l'impulfion
de mes fens , je fuis un lâche
qui dégrade la nobleffe de mon être ».
C'est ainsi que s'exprime cet Auteur
qui nous a déjà donné un autre Ouvrage
intitulé : Efais fur plufieurs points de
و د
و د
.
Ev
TOS MERCURE DE FRANCE,
philofophie , de pathologie & de thérapeu
tique , où fe trouvent plufieurs articles
rélatifs à l'Ouvrage clair & méthodique
que nous annonçons.
Lettres de quelques Juifs Portugais &
Allemands, à M. de Voltaire; quatriè
me édition . A Paris , chez Moutard ,
rue du Hurepois .
«
Nous ne pouvons que foufcrire au
jugement du Cenfeur Royal , M. l'Abbé
du Voilin , Docteur de Sorbonne , « Une
» érudition , dit- il , profonde & variée
des vues neuves , une critique toujours
» décente , un développement heureux
» des loix de Moyfe , ont affuté le fuccès
» & la réputation de cet Ouvrage ». Les
Juifs , Auteurs de ces Lettres , réuniſſent
à beaucoup de connoiffances & de recherches,
une manière d'écrire agréable &
intéreffante. Ils réfutent folidement l'Ecri
vain célèbre qu'ils combattent ; mais
c'est toujours avec une modération , une
honnêteté & une politefle rares dans les
Ouvrages polémiques. Ils comblent leur
Adverfaire de tant d'éloges , qu'on a ofé
la leur reprocher. Mais , difent agréable
ment les Editeurs , en répondant dans
SEPTEMBRE. 176. 107
2
30
leur avertiffement à un Ecrivain pério
dique qui a fait le même reproche aux
Auteurs , « s'il eft aifé à des Chrétiens ,
» dans des pays chrétiens , de s'aban-
» donner à l'ardeur de leur zèle , des
Juifs opprimés , profcrits , livrés au
mépris & à la haine des Peuples , doi-
» vent être plus circonfpects. La critique
» la plus douce paroît toujours fi amère !
11 eft fi dur d'être obligé de dire à
quelqu'un (fur- tout à un homme célèbre
) qu'il a tort , de le lui prouver ,
» & de l'en convaincre au point qu'il
» ne peut fe le diffimuler à lui même !
Qu'eft il befoin d'ajouter la vivacité à
» la démonſtration ? Des fentimens fi
honnêtes devroient être ceux de tous les
Critiques : ils feroient honneur à la litté
30
"
rature .
Cette quatrième édition eft augmentée
d'un volume. On y trouvera , outre les
diverfes réponſes éclaircies & fortifiées ,
plufieurs additions intéreffantes faites
aux articles circoncifion , langues , Salomon
, & c.; une lettre fur la croyance
de l'immortalité de l'ame chez les anciens
Hébreux ( nous y avons remarqué
des idées juftes & neuves ; ) enfin plufieurs
nouvelles Lettres fur la légiflation
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
Mofaïque. Parmi le grand nombre de
fujets importans favamment difcutés par
les Juifs , celui- ci eft un de ceux qu'ils
paroiffent avoir traité avec plus de foin
& avec plus de complaifance. Ils avoient
déjà donné la plus haute idée du Légiflateur
Hébreu , ils l'augmentent encore
par leurs nouvelles oblervations fur les
loix politiques , militaires & civiles .
Loix Politiques. Après avoir développé
ce plan de gouvernement conçu par ce
grand homme , & en avoir montré la
force , la folidité , combien il devoit
être cher au Peuple , les précautions prifes
pour maintenir l'union entre les Tribus
, &c. nos Auteurs font remarquer la
fageffe dans le choix des frontières du
pays qu'il promet aux Hébreux , & la
fixation de fes limites. « Ce font , difent-
» ils , des bornes naturelles , par confé-
» quent moins fujettes aux conteftations
» & aux guerres avec les Nations voifines.
Au couchant , c'eft la grande
» mer ; au midi & au levant , la rivière
d'Egypte , le golfe Elanitique & l'Euphrate
, des montagnes & des déferts.
» Au nord , les vallées profondes & les
» rocs escarpés du Liban jufqu'au pays
d'Emath. Ces frontières , auffi difficiles
"
*
SEPTEMBRE. 1776. 109
» à franchir qu'aifées à défendre , for-
» moient une barrière puiffante contre
» les incurfions étrangères ; elles renfer-
» moient d'ailleurs un pays affez fpacieux
» pour y élever un grand & puillant
» Etat...... Et elles prouvent bien que.
» l'efprit de conquête n'étoit point du
» tout l'efprit de fa légiflation ; & que
» loin de vouloir faire de nos pères un
» de ces peuples ambitieux , fléaux des
» autres Nations , il ne cherchoit qu'à
» leur affurer , par de bonnes frontières ,
» la jouiffance tranquille du pays où ils
» alloient s'établir » .
La fageffe du Légiflateur n'éclate pas
moins dans la diftribution qu'il leur fait
des terres , & dans la loi qui rendoit
ces terres & ces fermes néceffaires à leur
exploitation , abſolument inaliénables.
« La plus fage diſtribution , difent nos
Juifs , n'eût été qu'un bien de peu de
» durée , fans l'inaliénabilité ; & l'inalié
» nabilité fans la fageffe de la diftribu-
» tion , n'eût fait que perpétuer le défor
» dre. La réunion de ces deux loix fut
» le coup de génie qui devoit afflurer
» pour toujours le bonheur de notre République.
Quand le Légiflateur Juif
n'auroit fait que ce bien à fon peuple ,
و د
108 MERCURE DE FRANCE .
Mofaïque. Parmi le grand nombre de
fujets importans favamment difcutés par
les Juifs , celui - ci eft un de ceux qu'ils
paroiffent avoir traité avec plus de foin
& avec plus de complaifance. Ils avoient
déjà donné la plus haute idée du Légiflateur
Hébreu ; ils l'augmentent encore
par leurs nouvelles oblervations fur les
loix politiques , militaires & civiles .
Loix Politiques. Après avoir développé
ce plan de gouvernement conçu par ce
grand homme , & en avoir montré la
force , la folidité , combien il devoit
être cher au Peuple , les précautions prifes
pour maintenir l'union entre les Tribus
, & c. nos Auteurs font remarquer la
fageffe dans le choix des frontières du
pays qu'il promet aux Hébreux , & la
fixation de fes limites. « Ce font , difent-
» ils , des bornes naturelles , par confé-
» quent moins fujettes aux conteftations
» & aux guerres avec les Nations voi
"
fines. Au couchant , c'eft la grande
» mer ; au midi & au levant , la rivière
d'Egypte , le golfe Elanitique & l'Euphrate
, des montagnes & des déferts.
Au nord , les vallées profondes & les
» rocs efcarpés du Liban juſqu'au pays
» d'Emath. Ces frontières , auffi difficiles
SEPTEMBRE. 1776. 109
ود
»
و د
» à franchir qu'aifées à défendre , for-
» moient une barrière puiffante contre
» les incurfions étrangères ; elles renfer-
» moient d'ailleurs un pays affez fpacieux
» pour y élever un grand & puillant
Etat...... Et elles prouvent bien que.
l'efprit de conquête n'étoit point du
» tout l'efprit de fa légiflation ; & que
» loin de vouloir faire de nos pères un
» de ces peuples ambitieux , fléaux des
» autres Nations , il ne cherchoit qu'à
» leur affurer , par de bonnes frontières ,
» la jouiffance tranquille du pays où ils
» alloient s'établir »>.
La fageffe du Légiflateur n'éclate pas
moins dans la diftribution qu'il leur fait
des terres , & dans la loi qui rendoit
ces terres & ces fermes néceffaires à leur
exploitation , abfolument inaliénables.
« La plus fage diſtribution , difent nos
» Juifs , n'eût été qu'un bien de peu de
» durée , fans l'inaliénabilité ; & Pinalié-
" nabilité fans la fagefle de la diftribu-
» tion , n'eût fait que perpétuer le défor
» dre. La réunion de ces deux loix fut
» le coup de génie qui devoit affurer
» pour toujours le bonheur de notre République.
Quand le Légiflateur Juif
n'auroit fait que ce bien à fon peuple ,
110 MERCURE DE FRANCE. 窗
» il mériteroit d'être mis à la tête des
"
» plus habiles politiques » . La loi jubilaire
venoit à l'appui de ces admirables
difpofitions. Par cette loi , toute aliénation
, même de l'ufufruit des terres , expitoit
de cinquante en cinquante ans.
Dès ce moment , tout propriétaire rentroit
de plein droit dans fon patrimoine
, franc & quitte de toute hypothè
que. Ainu , difent nos Auteurs , par
» une feule loi , de demi-fiécle en demi-
» fiécle tout rentroit dans l'ordre primi-
««
tif. Sans ces demandes féditieufes de
» nouveaux regiſtres & de nouveaux par-
» tages , fi fréquentes dans la Grèce &
» dans Rome , tous les cinquante ans la
» diftribution étoit rappelée la Républi-
» que recouvroit des membres perdus
» pour elle dans l'efclavage ; & ces infor
tunés , rendus à la patrie & rétablis dans
leurs poffeffions , en reprenant le titre
» de Citoyen , fe trouvoient à portée d'en
» remplir les fonctions & d'en fupporter
» les charges : loi fingulière qui réaliſoit
» dans l'Etat Hébreu le fyftême focial le
» plus digne d'envie , cherché en vain
par tant de Législateurs , & regardé par
la plupart des politiques comme une
» belle chimère.
SEPTEMBRE. 1776.
Cette Lettre finit par une expofition
éloquente des vues de Moyfe fur les
vraies richeffes des Nations , fur le com .
merce , la population , les arts , &c.
« Voulez vous favoir quelle étoit à fes
so yeux la véritable opulence des Nations ?
»C'étoient les fubfiftances , le bled ,
39:
و د
"
le
vin , les fruits , les beftiaux , tout ce
» qui fert à nourrir & à vêtir l'homme .
» Voilà les richeffes qu'il ambitionne
» pour fon peuple , les biens qu'il lui
» annonce & qu'il veut lui procurer....
» Le commerce intérieur et l'ame des
» grands Etats. Il leur eft néceffaire , &
prefque toujours , ou du moins trèslong-
temps , il leur fuffit. Ce fage Légiflateur
le favorife , l'anime , & par
» l'entière liberté qu'il lui laiffe , & par
les routes commodes qu'il lui ouvre ,
» & en taffemblant trois fois par an , ſous
30 les yeux de toute la Nation , des mon-
» tres au moins & des effais de différen
»tes productions du pays ... Il n'interdit
» pas les arts à fes Concitoyens , comme
firent quelques Légiflateurs ; mais dans
l'efprit de fa légiflation , ce devoit être
plutôt l'occupation des étrangers & des
efclaves. Il leur laiffe ces profeffions
qui attachent l'homme fur la fellette ,
"
"
"
32
MERCURE DE FRANCE.
"
» ou le renferme dans l'air infalubre des
" atteliers & des fabriques . L'agriculture
» eft l'art auquel il veut que les Hébreux
s'appliquent. C'eft à l'air libre & pur,
» aux travaux fortifians , à la vie faine
» de la campagne qu'il les appelle . Les
Légiflateurs de Rome & de la Grèce
» pensèrent de même , & c . »
"
"
Loix Militaires. Cet article eft augmenté
de quelques obfervations fur l'âge
fixé par la loi pour les enrôlemens ; fur
le foin qu'elle preferit d'entretenir dans
les camps la propreté & d'en bannir les
défordres ; fur les défenfes faites aux
Troupes de caufer aucun dommage dans
les terres des Citoyens ou des Alliés , &
aux Généraux de s'engager dans le pays
ennemi fans avoir pris des guides & les
renfeignemens néceffaires , & c.
Loix Civiles. Nos Juifs traitent ce fujet
avec beaucoup plus d'étendue qu'ils
n'avoient fait. Ils y confacrent neuf Lettres
, & il n'y en a aucune où l'on ne
trouve beaucoup de chofes bien vues . Le
détail de tous ces objets feroit infini .
Nous ne pouvons qu'en indiquer rapidement
quelques - uns.
Dans les Lettres IV & VII , on voit
le Législateur affurer la vie , la liberté ,
SEPTEMBRE. 1776. 113
les biens des Hébreux par de fages loix
contre l'homicide & les violences , contre
le vol d'hommes , de fonds , d'effets mobiliers
, &c. & par des réglemens pleins
d'équité fur les faux poids & les fauffes
mefures , les dépôts , les chofes trouvées ,
les dégâts & les dommages. La cinquiéme
le montre occupé du foin de conferver
la fanté de fon Peuple. Dans cette vue ,
il leur défend les viandes groffières , indigeftes
ou dangereufes ; le fang , les
graiffes , la chair des bêtes fuffoquées ou
mortes de maladie. Il les précautionne
contre les endémies régnantes , & les
oblige à la plus grande propreté fur leurs
perfonnes , dans leurs maifons & dans
leurs villes . La fixiéme Lettre a pour
objet les loix qui tendoient à procurer
aux Hébreux l'abondance : l'agriculture en
eft la mère. Le Légiflateur Hébreu en infpire
le goût à fon peuple. La fage diftribution
des terres , la ftabilité des propriétés
, la préférence qu'il donne aux
biens de la campagne for ceux de la
ville , font les moyens qu'il emploie
pour les y attacher. Et les loix du repos
des terres , du triage des femences , du
ménagement des beftiaux , de la confervation
des arbres , & les priviléges im
114 MERCURE DE FRANCE.
portans qu'il accorde aux plantations
&c. contribuent à en affurer le fuccès.
Nous remarquons à la fin de cette Lettre
une note qui paroît s'éloigner de la façon
de penfer de bien des gens , & qui n'en
eft peut être pas moins vraie. On y donne
les grands fermages comme « un vrai
» défordre politique , également deftruc-
» tif de l'agriculture & de la population.
» Divifer les fermes , multiplier les atteliers
ruftiques , c'eft le feul moyen de
peupler les campagnes & même les
» villes. C'étoit le principe de Moyfe. Il
eft d'une vérité politique inconteftable.
» On aura beau s'agiter , calculer , fyf-
» têmatifer , il faudra toujours en revenir
là ». Une critique affez vive du peu
de foin qu'on a de l'agriculture en certains
Etats , amène cet éloge du Roi.
Heureufe votre patrie , Monfieur , fous
» un jeune Roi jufte & ferme ! Que n'a-
" t- elle point à fe promettre d'un Mo-
" narque qui , à la fleur de l'age , dédai-
" gne le faſte & tourne fes vues vers
» l'utile. Le premier des arts attirera
» fans doute fes regards bienfaifans ; & ,
» par les foins d'une adminiſtration
éclairée , la France verra l'agriculture
refleurir , l'abondance] renaître
»
»
&
SEPTEMBRE. 1776. 115
» un peuple content fe multiplier ".
Nous voudrions fuivre nos Auteurs
dans ce qu'ils difent Lettres VIII & IX,
& c. des foins du Légiflateur Hébreu pour
lever les obftacles ordinaires de la population
, la misère , le luxe , l'efclavage ,
la guerre , & c .; & des moyens qu'il prend
pour l'augmenter , en encourageant les
mariages , & en profcrivant tous les délits
qui nuifent à leur bonheur & à leur
fécondité ; l'adultère , le viol , la proftitution
, les défordres contre nature , les
mariages entre proches parens , & c. toys
ces objets font très - intéreffans. Et l'habile
Interprête de MM. les Juifs les difcute
avec goût & avec cette érudition
exquife , qui fera rechercher avec avidité,
tout ce qui fort de fa pluine. L'élégance
de fon style & la modération de fa critique
, lui ont concilié tous les fuffrages,
& le rendront le modèle de tous les Ecrivains
polémiques.
Commentaire fur l'Edit du mois de Mai
1768 , ou Traité des portions congrues ,
conformément à la Jurifprudence actuelle
des différentes Cours du Royaume;
par M. Camus , Avocat au Parlement
; 2 vol. in- 12 . A Paris , chez
116 MERCURE DE FRANCE.
la veuve Defaint , Libr. rue du Foin
St Jacques.
La Jurifprudence moderne , fur ce
qui a rapport à la portion congrue , n'eſt
nullement conforme à l'ancienne ; &
l'Edit de 1768 a apporté des changemens
confidérables aux loix , d'après lefquelles
avoient travaillés un petit nombre de Jurifconfultes.
Un nouveau Traité fur la
matière devenoit donc néceffaire . Perfonne
n'étoit plus capable de la bien dif
cuter que M. Camus , qui a été fi fouvent
dans le cas d'examiner & de réfoudre les
difficultés que l'on a élevées fur l'Edit de
1768. Ce Jurifconfulte, qui s'eft livré aux
matières canoniques , & qui a puifé dans
les bonnes fources les principes d'après
lefquels il difcute les affaires , à fuivi dans
ce nouvel Ouvrage la méthode de M.
Jouffe dans fes commentaires fur nos
principales Ordonnances. Il a diftribué
fon Ouvrage conformément à l'ordre de
l'Edit , & l'a fait précéder par une introduction
hiftorique , où font exposés tous
les ufages de la difcipline eccléfiaftique
dans les différens fiécles , foit par rapport
à la defferte des Eglifes Paroiffiales , foit
par rapport à la fubfiftance des Pafteurs
SEPTEMBRE. 1776. 117
du fecond ordre . Le célèbre Dumoulin a
fouvent remarqué dans fes Ouvrages que
l'on negligeoit trop la partie de l'hiftoire
relative à l'étude dufdroit , quoiqu'elle
fût fi néceffaite pour l'éclaicir. L'Auteur
du nouveau Commentaire , d'après cette
obfervation ſi judicieuſe , examine com
ment, dans les differens âges de l'Eglife ,
les Eglifes Paroillales ont été deffervies, &
comment ,à ces mêmes époques fucceffives,
on a pourvu à la fubfittance des Paſteurs.
Rien n'étoit plus propre que cette introduction
, à répandre la lumière fur cet
objet , que l'Auteur traite d'abord d'une
manière générale , & qu'il difcute en
détail , en fuivant les termes de chaque
article de l'Edit. Cet Auteur , loin de ſe
borner à la jurifprudence particulière du
Parlement de Paris , a cru devoir faire
connoître aulli les ufages des autres Cours,
en remarquant les différences qu'ils pou
voient occafionner dans l'application des
textes de l'Edit. Et pour completter cet
Ouvrage , où toutes les queftions font
approfondies , on a joint aux Arrêts d'enregistrement
de l'Edit de 1768 , le texte
entier des loix relatives à la ſubſiſtance
des Curés , & l'on n'a point omis les
Déclarations interprétatives de l'Edit de
118 MERCURE DE FRANCE.
1768 , données en la même année 1768 ,
en 1771 & en 1772. Il ne manquoit plus
que de pouvoir joindre à ces loix la
Déclaration que le Clergé , affemblé en
1775 , a demandée au Roi pour que
la
portion congrue des Vicaires amovibles
foit portée à 250 livres . Rien n'eft plus
propre à augmenter le refpect dû aux
premiers Pafteurs , que leur zèle & leur
follicitude paternelle pour tout ce qui
peut concourir à adoucir les peines inféparables
des Miniftres de l'Eglife .
Lettres fur la profeffion d'Avocat , & fur
les études néceffaires pour fe rendre
capable de l'exercer ; avec un catalogue
raifonné des livres utiles à un Avocat.
A Paris , chez Méquignon le jeune ,
au Palais Marchand , perron Saint
Barthelemi , vis-à-vis la Salle Dauphine.
Cet Ouvrage, qu'on a attribué à l'Auteur
duCommentaire dont nous venons de par.
let , eft également utile aux Juges & aux
Avocats. Un jeune Magiftrat qui connoît
toute l'étendue des obligations que lui impofe
fon nom , a prouvé , avec éloquence ,
dans fon difcours prononcé à la rentrée
SEPTEMBRE. 1776. 119
du Parlement , que ce ne feroit pas avoir
une jufte idée des qualités de la profeſfion
d'Avocat , que de mettre des bornes
à la fcience qu'elle exige néceffairement.
Il a exhorté le barreau à faire revivre ces
temps fi glorieux à l'ordre , où le mérite
diftingué de plufieurs de fes Membres les
enlevoit à leurs travaux , pour les appeler
aux délibérations les plus importantes;
où l'étendue & la profondeur de leur
fcience leur faifoit fouvent quitter leur
profeffion pour les élever à la dignité de
Législateur ; & où l'on empruntoit le
fecours de leur plume pour perfectionner
ces conftitutions refpectables , qui ne fortoient
de leurs mains que pour devenir
des loix publiques du Royaume.
Réflexions fur la Peinture ; par M. de
Hagedorn ; traduit de l'Allemand par
M. Huber ; 2 vol . A Léipzick , chez
Fritfch .
Il y aura dans tous les temps des ames
fenfibles pour les chef d'oeuvres de la
peinture. La fenfibilité des Anciens pour
tout ce qui conftituoit la perfection dans
les beaux - arts , a été remarquée par tous
les Ecrivains qui nous ont fait connoître
120 MERCURE DE FRANCE.
les grands hommes de l'antiquité . Paufanias
ne parcouroit les Villes de la Grèce
que pour contempler les tableaux & les
ftatues , & pour en faire l'hiftoire . Pline
paffoit infenfiblement des pierres précieufes
& des marbres , aux Artistes célèbres
qui ont mis en oeuvre ces riches
matières , & n'oublioit rien pour faire
connoître les plus excellens Peintres.
Enfin Homère & Virgile s'attachoient par
préférence aux magnifiques cizelures des
boucliers de leurs Héros , & fixoient le
Lecteur dans la contemplation des ces
figures , tracées avec autant de goût que
de génie. Plufieurs Auteurs modernes ont
auffi imité cet enthouſiaſme , & n'ont
parlé qu'avec tranfport des beautés de la
peinture. Voyez la foule qui ſe preſſe
tous les ans pour comparer & admirer
tous les tableaux de différens genres qu'on
expofe publiquement. Combien de Peintres
viennent incognito entendre tous les
difcours des fpectateurs , & ne dédaignent
pas
de retoucher leurs ouvrages , en mettant
à profit des obfervations judicieufes
qui s'y font à chaque heure de la journée.
Appelle & Praxitèle vouloient que le
Public fut juge de leurs tableaux . Mais
pour avoir droit de juger de la beauté
d'un
SEPTEMBRE. 1776, 121
d'un tableau , il faut être inftruit des
véritables régles de la peinture , avoir
étudié les meilleurs morceaux , & s'être
rendu fur-tout familières les excellentes
réflexions des bons Auteurs . Telles font
celles de M. Hagedorn , qu'un habile Tradacteur
( M. Huber ) vient de donner au
Public. Nous ne pouvons mieux faire
connoître cet Ouvrage qu'en rapportant
les propres expreffions d'un Critique judicieux
& d'un philofophe profond , M.
Mosès Mendelfon . « Ceux , dit- il , qui
» aiment à fe repréfenter les beaux - arts
» dans cette liaiſon étroite formée par
» la nature , ne peuvent qu'applaudir aux
recherches d'un connoiffeur éclairé qui
» répand un nouveau luftre fur un de ces
» arts. C'eft fous ce point de vue que
j'envifage les Réflexions fur la peinture
» de M. Hagedorn . Qu'on ne s'attende
point de me voir entrer dans une ample
» difcuffion fur le mérite de cet Ouvrage.
» Je l'étudie pour moi comme un livre
» élémentaire qui , à chaque pas que je
fais , étend mes vues , & qui promène
» tour- à- tour mon efprit de l'attelier du
» Peintre dans les cabinets de peintures.
» Je dis que j'étudie cet Ouvrage , car
celui qui fe borneroit à n'en faire qu'une
"
>>
39
"
F
122 MERCURE DE FRANCE.
"
» lecture rapide , courroit rifque de man.
» quer le but de l'Auteur , & même de
» ne pas l'entendre. Rebuté par quelques
» difficultés , il pourroit porter un juge-
» ment moins favorable de fon vérita-
» ble prix . Le champ qu'il cultive eft
n
trop vafte pour l'einbraffer dans toute
» fon étendue ; il veut un homine qui
» l'ait déjà parcouru . Il fuppoſe un At-
» tifte , l'efprit nourri des régles , & un
» Amateur capable de fentir les diffé-
>> rentes applications des préceptes . L'Auteur
, familiarifé avec les ouvrages les
plus célèbres de l'art , demande un Lecteur
déjà au fait des belles chofes , &
» en état de s'orienter , lorfqu'on lui cite
» pour exemple quelques compofitions
» d'un grand Maître . Quiconque fera
entièrement novice dans ces chofes ,
trouvera fon ftyle embarraffé , & ne
» faura jamais fa façon de penfer . De- là
nous plaignons certains Artiftes , trop
faciles à rebuter de : peur de trop apprendre
dans cet Ouvrage , ils n'y vou-
» dront rien apprendre du tout.
» Pour le peu que j'ai lu de ce livre avec
» attention, je vais rapporter quelques re-
» marques générales que j'ai faites durant
la lecture. Il eft certain qu'à l'égard des
"
&
SEPTEMBRE. 1776. 123
"
principes univerfels du fentiment , M.
Hagedorn dit des chofes capables d'éten
dre les réflexions de l'Artifte & de for-
» mer, fi jepuis m'exprimer ainfi , fon goût
théorique. Mais je ne crois pas qu'il
» ait tellement épuifé cette matière pour
»le Philofophe , qu'il ne lui laifle plus
"
» rien à defirer. De ce nombre font les
99
chapitres qui traitent du beau & de la
» grace. Pour ceux qui ont pour objet
» l'union du poétique & du méchanique
» dans la peinture , je voudrois bien les
recommander à certains Littérateurs ,
qui aiment fi fort à philoſopher à priori,
fans fe mettre en peine des bornes &
» des reflources de l'art , la tête remplie
" d'une cetaine chimère idéale , ils font .
» aux Artiſtes des demandes que ces derniers,
qui connoiffent intuitivement
» les limites & les refources de leur profeffion
, doivent trouver très - juftes.
» L'inconvénient qui en réfulte , c'eft
que l'Artiste prend occafion de là d'en-
» durcir fon efprit contre les avis les plus
judicieux des Gens de lettres .
22
30
»
Il fuffit de dire que l'Auteur n'a négligé
aucune partie de la peinture . Il
donne d'excellens préceptes au Peintre
» d'hiſtoire ; mais fon goût particulier
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
pour le payfage perce dans tout le cours
de l'Ouvrage , & ce genre y eft traité
» avec prédilection. A l'article des ta-
" tableaux de converfation , il ouvre une
» nouvelle carrière aux fpéculations de
» l'obfervateur & aux conceptions du
» Peintre ; il tâche d'élever ce genre à
» un plus haut degré de perfection . Dans
les parties méchaniques de la peinture ,
» dans fes divifions concernant le deffin ,
le clair- obfcur , le coloris , on voit
» conftamment l'homme capable de donner
des inftructions aux élèves . Enfin
» je regarde les reflexions de M. Hagedorn
comme l'Ouvrage le plus complet
que nous » ayons fur la peinture33.
C'eft ainfi que M. Mosès , ce profond
Philofophe , apprécie les deux volumes
que nous annonçons. L'efprit philofophique
, comme l'obferve fi judicieufement
M. d'Alembert , eft utile dans
les matières même de goût , quand il
remonte à leurs vrais principes. Il n'eft
dangereux que lorfque égaré par une fauffe
métaphyfique , il analyfe froidement ce
qui doit être fenti .
Exercice des Commerçans , contenant des
affections confulaires fur l'Edit du
SEPTEMBRE. 1776. 125.
mois de Novembre 1563 , le Titre
XVI de l'Ordonnance du mois d'Avril
1667 ; enfemble fur l'Edit du mois.
de Janvier 1718 , portant établiffement
d'une Jurifdiction Confulaire
en la Ville de Valenciennes ; avec les
Déclarations interprétatives , & des
Arrêts de Réglemens. A Paris , chez
Valade , Lib . rue St Jacques , vis -à-visi
celle des Mathurins.
On doit avouer que de toutes les par
ties de la jurifprudence , celle qui a rapport
au commerce a été la moins culti
vée. Cependant
rien de plus propre à
augmenter la fplendeur & la profpérité,
d'un Empire , que de faciliter les opérations
du commerce , en confervant l'exécution
des loix qui y ont rapport . Rien
de plus néceffaire au bonheur des Sujets,
que de faire une jufte application
des
loix qui doivent décider de leurs fortunes
, de leurs prétentions , de leurs enj
gagemens. Or , pour produire ces heureux
effets , on doit établir l'uniformité
de la Jurifprudence , éclaircir toutes les
difficultés , diffiper tous les fophifmes
que la cupidité fuggère pour éluder la
loi. L'ignorance des principes & de la
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
légiflation relatives au commerce , eft une
fource intariffable d'abus , de procès &
de chicanes , qui gênent le commerce ,
qui retardent les paiemens , qui mettent
des obftacles aux entreprifes , qui multiplient
fans néceffité les procédures , &
qui rendent tous la bonne - foi victime
de la friponnerie & de l'avarice .
A mefure que le commerce eft devenu ,
par les richeffes qu'il procure , la fource
de la fplendeur des Empires , & qu'il s'eft
étendu dans les différentes Provinces du
Royaume , il a fallu multiplier les loix
& les Tribunaux ; & ce font ces mêmes
loix qu'on a obfcurcies par de fauffes interprétations
. On a cherché auffi à décliner
les Jurifdictions qui ont été établies
pourjuger les conteftations . L'ouvrage que
nous annonçons a pour objet d'éclaircir
tout ce qui a rapport aux loix du commerce
, & de rétablir une jurifprudence
uniforme qui , feule , peut produire des
déciñons équitables . Il eſt divifé en deux
parties . La première contient des affertions
confulaires , très étendues , fur
l'Edit de 1963 , portant création des
Juges -Confuls à Paris par le Roi Charles
XI , les Edits & Déclarations de nos
Rois fur les Jurifdictions Confulaires ;
·
SEPTEMBRE. 1776 . 127
les Arrêts du Parlement fervant de Régle.
ment; de nouvelles obfervations fur le
Titre XVI de l'Ordonnance de 1657 ,
& des affertions & remarques fur l'Edit
du mois de Janvier 1718 , portant établiffement
d'une Jurifdiction Confulaire
à Valenciennes . La feconde , beaucoup
plus confidérable , eft partagée en deux
paragraphes ; le premier traite , avec la
plus grande étendue & avec clarté , de
tout ce qui concerne les lettres - de-change
& billets de commerce.Le fecond paragraphe
eft une collection précieufe de parères
fur les queſtions de commerce les plus
épineules ; & la diverfité & l'oppofition
qu'on remarque dans plufieurs avis , prouvent
combien il feroit néceflaire d'établir
une Jurifprudence uniforme , d'étendre
& de rendre commune à tout le Royaume
une partie des fages difpofitions qui
font particulières à quelques Villes , &
fur- tout plufieurs des règles établies par
l'Edit de 1718 pour Valenciennes.
Cet Ouvrage fi utile , foit aux Magif.
trats & Avocats , foit aux Commerçans ,
a déjà été bien accueilli du Public . La
plupart des morceaux qui le compofent
ont paru fucceffivement dans le Journal
du Commerce , & c'eft un fervice rendu
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
an Public de les avoir réunis en un feul
& même corps. Ce font autant de Differtations
fuivies auffi complettes qu'inftractives
, fur les matières les plus intéreffantes
, lefquelles forment comme une
efpèce de nouveau Code Marchand , qui
fera également utile au Royaume & aux
Pays étrangers , où l'on a adopté une partie
des loix de France fur le commerce .
C'eft aux travaux & aux lumières de M.
P. J. Nicodême , Négociant à Valenciennes
, que le Public eft redevable de cet
exercice des Commerçans , qui pourra
être regardé comme le livre claffique de
ceux qui fe deſtinent au commerce.
L'accord de la Philofophie avec la Religion
. A Paris , chez Moutard , Lib . de
la Reine , quai des Auguftins.
L'Auteur entreprend d'abord de dévoiler
les démarches de l'incrédulité
fes variations fyftématiques dans les combats
qu'elle ne cefle depuis long-temps
de livrer à la Religion . On s'eft laffé ,
dit il , de former des attaques directes ;
& l'on a fenti qu'une répétition faftidieufe
des mêmes objections , avoit enfin
émouffé le goût des Lecteurs. On a done
SEPTEMBRE. 1776. 129
pris une nouvelle route ; on s'eft enfoncé
dans les profondeurs de l'érudition ; on
a cherché dans l'hiftoire des révolutions
du globe , de quoi ébranler , s'il étoit poffible
, la certitude des Livres Saints . On
a fouillé dans tous les anciens monumens ,
& dès qu'on a rencontré un événement
qui avoit un faux air de reffemblance
avec ceux qui font l'objet de la foi , l'on
n'a pas manqué d'en conclure que toutes
les Religions avoient eu également leurs
miracles , leurs oracles , leurs martyrs ; &
l'on s'eft repofé fur le Lecteur du foin
d'en faire les applications & d'en tirer
les conféquences. L'incrédulité a employé
, pour fapper le Chriftianifme , un
autre moyen qui lui a paru également
efficace , ç'a été de mettre en oppofition
P'hiftoire naturelle avec la révélation , &
d'infinuer que toutes les révolutions dur
globe , dont on réuniffoit les prétendus
indices , ne s'accordoient pas avec le récit
de Moyfe , & devoient néceffairement
en affoiblit l'autorité . C'eft encore une
des maximes de l'incrédulité, que tout fair
qui fuppofe une infraction inutile aux
loix fixes & conftantes de la nature , doir
être réputé fabuleux ; elle infifte Beancoup
fur ce prétendu principe , parce
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle y voit le renversement de tous
les miracles . Elle emploie auffi la méthode
injufte & déraisonnable de foumettre
la certitude des faits aux régles
de la vraisemblance : & elle s'en eft fervie
pour nier plufieurs faits favorables à
la caufe du Chriftianifme , & pour fe
retrancher dans un Pyrrhonifme qui
anéantit les preuves les plus décifives de
la Religion . On convient qu'une Religion
qui contrediroit l'Histoire , qui ne
préfenteroit dans fes monumens que des
chofes faulles ou abfurdes , ne peut être
vraie. La raifon & la révélation ne fau
roient être contraires.Ce font deux canaux
différens , mais qui ne doivent nous tranfmettre
que les eaux d'une même ſource.
Au refte , l'expérience nous prouve fenfi
blement que la raifon , obfcurcie comme
elle eft par les paffions , eft plus propre à
.
détruire qu'à édifier ; qu'elle eft infini
ment féconde en difficultés , & très-foible
pour les réfoudre & pour fe fixer immuablement
au vrai. Sous prétexte de
faire valoir les droits de la raison , on
en a méconnu les bornes & perverti
l'ufage. A une critique judicieufe , qui
n'admet dans le genre extraordinaire que
ce qui eft bien prouvé , a fuccédé une
SEPTEMBRE. 1776. 131
critique hardie , qui rejette ce qu'elle
n'entend pas , par cela feul qu'elle ne le
peut comprendre . Elle mefure la certitude
des faits non fur le nombre , la gravité
, la fidélité des témoins , mais far la
poflibilité ou l'impoffibilité apparente de
la chofe, Au lieu de dire : Ce fait eft
poffible , puifqu'il eft conftaté , elle décide
qu'il n'eft point arrivé , parce qu'il lui
plaît de le juger impoffible. Mais Dieu
ne fe manqueroit-il pas à lui même , &
l'ordre naturel ne feroit -il pas entièrement
renversé , s'il exiftoit un fait miraculeux
? Crainte frivole : Dieu , en preſcrivant
des loix à la nature , n'a pas
renoncé au pouvoir de les changer & de
les fufpendre dans les occafions qu'il jugeroit
importantes. Ces exceptions rares
aux loix conftantes de la nature , ne
troublent point l'harmonie univerfelle ;
elles n'annoncent aucune variation en
Dieu , parce qu'elles font entrées dans
fon plan , & qu'elles font , auffi bien que
les événemens ordinaires , l'exécution de
fes deffeins . Certains Philofophes , fans
attaquer la poflibilité des miracles , prétendent
qu'ils font inutiles , & que le
difcernement d'avec les phénomènes naturels
en eft impoffible , à caufe , difent-
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
ils , que nous ne connoiffons ni toutes
les loix de la nature , ni les forces des
êtres malfaifans appliqués à féduire les
hommes . Mais il eft aifé de détruire ce
fyfteme. Quoique le miracle ne foit pas
la feule preuve de la Religion , on ne
doit pas conclure qu'elle foit inutile :
elle eft au moins néceffaire à ceux qui
n'ont ni affez de loifir , ni affez d'intelli
gence pour fuivre de longs raifonnemens
ou pour fe livrer à de hautes fpéculations .
Il y a d'ailleurs , pour difcerner les miracles
d'avec ce qui n'en auroit que l'apparence
, des principes fûrs & avoués par
les vrais Apologiftes de la Religion Quoi
qu'il en foit des loix inconnues de la
nature , il n'eft pas moins certain qu'il
y a des loix fixes & conftantes qui nous
font clairement connues . Or c'eſt la fulpenfion
de ces loix conftantes qui forme
proprement le miracle. L'ordre de la
nature eſt , à la vérité , le réſultat de plufieurs
loix qui fe modifient les unes
les autres . Il ne fe manifefte que par
degrés ; nous ne le connoiffons pas tout
entier. Un Phyficien peut , à l'aide de
l'expérience & de la réflexion , démêler
de nouvelles propriétés dans les corps ;
mais à mefure que ces nouveaux effets
SEPTEMBRE. 1776. 133
fe manifeftent , ils viennent fe ranger
fous cet ordre uniforme & invariable de
la nature. Quant aux miracles de Moyfe ,
de Jéfus Chrift , des Apôtres & de tous
les autres Thaumaturges , ils font évidemment
contraires aux loix connues de
la nature , & appartiennent par conféquent
à un ordre de chofes tout- à- fait
différent .
On fe fert encore de la puiffance des
êtres malfaifans pour infirmer & obfcur
cit , s'il étoit poffible , la grandeur &
l'éclat des vrais miracles ; mais le langage
des divines Ecritures & de la tradition
fur cet objet , eft également clair
& unanime. Elles nous enfeignent que
les miracles qui ne peuvent fe faire que
par la puiffance de créer , ou en s'élevant
au- deffus des loix impofées à la nature ,
ou en opérant quelque chofe de réel
contre l'ordre primitif & permanent qui
régit les effets des êtres matériels , font
fupérieurs au pouvoir de tout être créé .
Les Pères , d'après les Livres Saints , ont
toujours foutenu que le pouvoir des Démons
, quoique plus étendu que le nôtre ,
n'en étoit pas moins limité par des loix
prefcrites par la Providence , & qu'il
n'étoit réfervé qu'à l'Auteur des loix de
134 MERCURE DE FRANCE .
la nature de pouvoir les renverfer à fon
gré. Les Apologistes de la Religion Chrétienne
, ont tous déclaré aux Payens qu'ils
confentoient à reconnoître leurs Dieux
pour de vrais Di.ux , s'ils pouvoient
prouver qu'ils euffent jamais rendu la vue
à des aveugles , ou opéré quelque autre
miracle. Les Juifs d'Antioche , pour attirer
les Chrétiens dans leurs Synagogues ,
fe vantoient qu'ils s'y opéroit des miracles
de guérifon , Saint Chryfoftome pré ,
'vint le Peuple contre tous ces piéges , en
lui prouvant dans fes difcours que les
Synagogues des Juifs n'étoient plus que
des demeures de Satan , & que Satan
n'avoit pas le pouvoir de guérir nos
maladies Ils peuvent nous tendre des
embûches , dit ce Saint Docteur , & nous
nuire , mais jamis nous guérir.
:
>
On a trouvé un autre moyen pour
éluder l'autorité des miracles , en foute .
mant que le difcernement en étoit trèsdifficile
; & l'on a oublié que les miracles
étoient effentiellement preuve de la vérité
& fondement de la révélation , &
que ce feroit leur ôter toute force perfuafive
que de prétendre qu'il falloit ,
avant de les croire , être en état de difcuter
tous les points de la doctrine , perSEPTEMBRE.
1776. 135
eer les mystères de la nature , apprécier
fes opérations , calculer fes forces , entrer
en compte avec l'Eternel , afin de favoit
s'il a voulu , par les miracles , nous inftruire
ou nous tenter , nous éclairer ou
nous aveugler. La preuve de la vérité
doit être plus préciſe , plus palpable &
plus à la portée de toutes fortes d'efprits.
Jamais elle ne dépendra de difcuffions
métaphysiques , de l'examen de points
obfcurs & cachés . Les miracles ont toujours
été regardés comme l'argument des
fimples , l'alphabet des ignorans ; on ne
doit donc pas les repréfenter comme un
figne équivoque & comme une voie
hériffée de difficultés & d'épines . C'eft
un fentiment gravé dans tous les coeurs ,
qu'un prodige eft la voix d'un être fupérieur
qui nous parle. Avant toute ré
flexion , le premier mouvement eft de
s'y rendre attentif & de demander ce
qu'il fignifie . Qu'on ne déprife point
la valeur des miracles par le motif que
le Peuple s'y laiffe plus facilement entraîner
; c'est l'éloge du People , & la
preuve qu'il y a moins de malice que
de foiblefle dans fon coeur ; qu'il peche
avec moins de réflexion , & qu'il n'emploie
pas fa raifon à faire taire fa conf136
MERCURE DE FRANCE.
cience . Heureux qui eft Peuple en ce
point , & qui ne cultive pas fon efprit
aux dépens des fentimens de religion
qui nous font reftés après notre ruine !
C'eft ainfi que s'expriment les Apologiſtes
de la Religion Chrétienne .
L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
, après avoir vengé la caufe de
la Religion , en confervant aux miracles
& aux prophéties toute leur force &
tout leur éclat , fait également fervir à
fon triomphe les événemens principaux
de l'hiftoire , les diverfes opinions des
Philofophes de chaque fiécle , en un
mot, tout les progrès de l'efprit humain.
Les différentes époques qu'il fe propoſe
de parcourir , & la diverfité des matières
qui entrent dans fon plan , rendront l'Ouvrage
également intéreffant & folide,
Ce fera une manière neuve de préfenter
la Religion & de la concilier avec la faine
philofophie , qui ne pourra que piquer
la curiofité des Lecteurs , & raffermir
ceux que les fophifmes ont ébranlés.
Panegyrique de Saint Amé , l'un des Fon
dateurs du Chapitre de Rémirémont.
Difcours prononcé devant le Chapitre
de cette Eglife , le 20 Septembre 1775x
SEPTEMBRE . 1776. 137
par M. l'Abbé Remi , Vicaire de Rémirémont
.
Saint Amé comptoit parmi fes Ancêtres
des Sénateurs & des Confuls Romains :
il ne fe crut pas pour cela difpenfé d'ac
quérir une nobleffe perfonnelle :
" II
» favoit que l'homme élevé par fa naif-
» fance au - deffus du vulgaire , contracte
» avec fa patrie l'engagement tacite de
» faire revivre en lui la grandeur de fes
» aïeux ..... Le Noble héréditaire reçoit
» d'avance le prix des fervices qu'il doit
» rendre un jour à la fociété ; le refpect ,
la confidération publique viennent le
» chercher jufqu'au fein maternel ; ils
» environnent fon berceau , l'accompagnent
dans tous les périodes de fa vie.
Mais , parvenu à l'âge mûr , s'il mé-
» connoît les engagemens , alors , & les
» hommages qu'il reçoit & ceux qu'il a
» reçus , font des hommages ufurpés ; il
» fait chaque jour un vol à fes Conci-

»
ر د
toyens , puifque chaque jour il en reçoit
» un tribut fans jamais s'acquitter envers
» eux ....
28
» La nobleffe héréditaire appartient à
la fociété ; elle la denne ou la refufe
quand il lui plaît : la nobleffe perfon138
MERCURE DE FRANCE.
و د
29
"
» nelle appartient à l'individu qu'elle
décore : il la tire en quelque forte de
» fa propre fubftance, Devant Dieu , la
» nobleffe perfonnelle eft feule quelque
chofe , parce que Dieu n'apprécie
» l'homme que par les oeuvres & non
par celles d'autrui ; parce que les vertus
» de chaque homme peuvent feules conſ
» tituer le mérite & obtenir les récompenſes
. Ainsi , Mefdatnes , vos bonnes
» oeuvres feront les feuls titres de no-
» bleffe que l'Eternel inferira dans le
» livre de vie ; & fa juſtice inexorable
» en éloignera ces chartres , ces diplô-
"mes , ces généalogies , monumens d'une
» illuſtration factice ; vains fimulacres qui
» s'évanouiffent comme l'ombre , dès
qu'on arrive aux portes de l'éternité ».
Lorfque Saint Amné naquit , l'Empire
Romain fubfiftoit encore : mais il n'étoit
plus tel qu'on l'avoit admiré fous les premiers
Cefars. « Ce géant formidable ,
99
" qui avoit enchaîné les Rois à fon char
» & foulé aux pieds toutes les Nations ,
» étoit , à fon tour , abattu fous le fer des
» Sauvages du Nord ; ils déchiroient à
» l'envi fes entrailles palpitantes , & s'en-
» tregorgoient pour le partage de fes mem-
» bres épars. Déjà les Gaules avoient
"
SEPTEMBRE . 1776. 139
changé de Maîtres ou plutôt de Tyrans;
» tout étoit bouleverfé dans les loix ,
» dans les opinions , dans les propriétés ,
» dans le gouvernement. Les Gaulois
» venoient de perdre jufqu'à leur nom ,
» ce nom fi célèbre dans les faftes de
» l'héroïsme à la corruption Romaine ,
» ils avoient réuni tous les vices des
» Francs , qui n'avoient brifé leurs chaî-
» nes que pour leur en donner de plus
accablantes ود . 19
:
Le Cloître alors étoit prefque la feule
école où l'homme pût fe former aux
fciences & à la vertu . Saint Amé reçut
fa première éducation dans le Monastère
d'Agaune. « Le Cloître , afyle de l'indi-
» gente nobleffe , formoit des Héros à
» la patrie , des Apôtres à la Religion
» des hommes utiles pour tous les états .
» Parmi cette multitude de Religieux
qui compofoient ces maifons fameufes ,
» les uns s'occupoient à recueillir l'efprit
de la Grèce & de Rome enseveli fous
» les ruines de la barbarie , les autres raf-
» fembloient les arts fugitifs dans leurs
» retraites , qu'ils embelliffcient des ouvrages
d'une innocente induftrie. Un
grand nombre partageoient avec les
ferfs les pénibles travaux de l'agricul-
» ture , defféchant les marais , défrichant
25
ود
39
59
"
140 MERCURE DE FRANCE.
» les déferts , réparant par leur conftance
» les dévastations de la guerre. Tous ces
» hommes , ennemis du luxe & de la
» molleffe , fuyoient l'oifiveté & le com-
» merce d'un monde corrompu , vivoient
» fans intrigues & fans autre ambition
» que celle d'être utiles . Tous enfin , ani-
» més par l'efprit de l'Evangile , fervoient
& la patrie & la Religion avec ce
zèle , avec ce défintéreffement que les
» Chrétiens de nos jours ont mieux loué
» que fuivi ».
"
Saint Amé parut tour- à- tour dans la
lice des Théologiens & dans la chaire
de vérité. Dans l'une on croyoit voir un
Jérôme , un Auguftin ; dans l'autre , un
Prophète , un Apôtre. « La morale & la
» controverfe lui font également fami-
» lières ; & foit qu'entouré d'une foule de
Peuples , il verfe dans leur àme les
paroles confolantes de l'Evangile , foit
qu'au milieu d'un cercle de Théologiens
, il approfondiffe une queſtion
dogmatique , Amé réunit toujours les
fuffrages ; il les réunit d'autant plus
» fûrement , qu'il paroît moins les ambi-
99
و د
»
وو
و د
tionner ».
Après avoir pallé plufieurs années dans
le défert , il l'abandonne à la follicitation
de l'Abbé de Luxeul. Les Vofges fons
SEPTEMBRE. 1776. 141
ི་
"
le premier théâtre de fon apoſtolat ;
mais à l'afpect des rochers , des préci-
» cipices & des torrens qui forment cette
» contrée fauvage ; à la vue de ces hom-
» mes plus féroces que les animaux auxquels
ils difputent une nourriture auffi
brute qu'eux , tout autre qu'Amé auroit
fenti chanceler fon courage. Courage
de la foi ! quelle eft donc ta puiffance ?
Tout cede à ton action mystérieufe ;
les Rois & leurs ouvrages , la nature &
» les Empires. Par toi l'homme timide
,, & foible commande aux élémens , diffipe
les orages , éteint la foudre mena-
» çante , fufpend les vagues de la mer &
s'ouvre un paffage à travers fes abysmes ;
» arrête le foleil au milieu de fa courfe ,
difperfe les armées comme l'aquilon ,
diffipe la pouffière & les nuages. Par
toi l'homme obfcur devient tout- à-
» coup l'oracle des Nations : il s'avance
» comme un conquérant au milieu des
"
""
cités , & à fa voix les idoles chancellent
, les temples de l'impofture tombent
, la croix s'élève jufques fur le
" trône des Maîtres du Monde. Armé
» de ton céleste flambeau , l'Apôtre de
» l'Auftrafie pénètre au milieu des plus
épaiffes ténèbres de la barbarie , réunit
» en fociété des brigands ennemis de
142 MERCURE DE FRANCE:
"
» toute fubordination , & donne enfin
» des moeurs & l'efprit de fraternité à
» des hordes de fauvages , que ni la for
» ce , ni le beſɔin , ni la politique des
» Rois n'avoient pu jufqu'alors huma-
20
» Difer ».
Il étoit difficile de traiter ce fujet avec
autant d'intérêt ; il fuffit pour prouver
que M. l'Abbé Remi a tous les talens ,
& tous les avantages propres à le faire
diftinguer dans la carrière qu'il veut pat
courir.
Journal hiflorique & politique de Genève ,
compofé de trente-fix cahiers par an ,
paroît exactement trois fois par mois ;
favoir le 10 , le 20 & le 30 , On ſoufcrit
en tout temps & à telle époque
que l'on veut , à Paris , chez Lacombe ,
Libraire , rue Chriftine . Le prix de la
foufcription , pour une année entière ,
eft de 18 liv . franc de port. MM . les
Soufcripteurs font priés d'affranchir le
port de leurs lettres d'avis & de leur
argent, & d'envoyer leur nom & leur
adreffe écrits lifiblement.
Ce Journal jouit de la réputation la
mieux méritée. Exactitude dans les faits ,
fimplicité élégante dans le ftyle , attention
SEPTEMBRE. 1776. 143
>
fingulière de recueillir tout ce qu'il y a
de nouveau , de curieux & d'intéreffant ;
l'art de préfenter les principaux événemens
& de donner à penfer au Lecteur ,
des réflexions peu prodiguées mais
lumineufes , tout concourt à faire regarder
ce Journal comme l'hiftoire la plus
fidèle & la plus complette du temps ;
hiftoire bien importante dans la crife
actuelle des affaires , & qui mérite d'être
confervée , parce qu'elle embraffe nonfeulement
les grands intérêts des Nations ,
mais encore les intérêts particuliers des
hommes qui figurent fur le théâtre du
monde , ainfi que tout ce qui eft remarquable
dans l'ordre civil , politique , phyfique
& moral . On doit auffi avertir que
les Rédacteurs fe font fait , depuis quelques
mois , un devoir de rapporter en
entier les Edits , Ordonnances , Arrêts ,
Manifeftes & autres pièces relatives aux
Gouvernemens , & qu'ils augmentent
même , dans certaines circonftances , leur
Journal pour prévenir la curiofité & les
befoins de leurs Lecteurs . Nous avons fait
connoître plufieurs de ces difcours éloquens
& remplis de grandes vues , qu'ils
placent , dans certaines époques , à la tête
de leur Journal , pour raffembler & rapprocher
les grands éyénemens , pour en
144 MERCURE DE FRANCE.
ouvrir le fpectacle aux Hommes d'Etat
& aux Politiques , pour faire connoître
les caufes de ces grands accidens , les
effets qu'ils ont produits , & les préfages
de ce qu'ils peuvent faire craindre ou
efpérer. Enfin ce Journal a l'avantage
d'être confacré tout entier aux faits , &
de publier dans des périodes très courts ,
tout ce que l'on cherche à connoître dans
les divers papiers publics.
Une justice particulière que le Public
rend au Directeur , c'eft que dans aucune
circonftance , l'expédition des cahiers n'a
été retardée d'un feul jour , exactitude
unique & qui mérite d'être remarquée .
ANNONCES LITTÉRAIRES .
LETTRES intéreſſantes du Pape Clement
XIV (Ganganelli) , traduites de l'Italien
& du Latin ; nouvelle édition ( c'eſt la
troisième ) exactement revue , corrigée ,
augmentée de la traduction des paffages
latins , d'une table alphabétique des matières
, & ornée d'une nouvelle planche
en taille douce , où eft le portrait , fort
reffemblant , de ce Pape ; 2 vol . grand
in- 12.5 liv. br. 6 liv . reliés en veau . A
Paris ,
SEPTEMBRE. 1776. 145
Paris , chez Lotin le jeune , Lib . rue St
Jacques , vis- à vis celle de la Parcheminerie
; à Lyon , chez Roffet , Lib .; à
Rouen , chez Bénitier .
On ne peut trop répandre ces Lettres
édifiantes , ingénieufes & variées , où la
raifon , la morale & le bon efprit parlent
un langage que l'on aime à entendre , &
dont le coeur fe pénètre avec délices.
Affaires de l'Angleterre & de l'Amérique.
N. VI
On fouferit pour cet Ouvrage , imprimé
à Anvers , à Paris , chez Piffot , Lib.
quai des Auguftins. Les Perfonnes qui
ont déjà des premiers Numéros , en diminueront
le prix en foufcrivant. La foufcription
eft de 24 livres pour les vinge
Numéros.
Les diminutions confidérables accordées
fur les Ordonnances , II volumes
in fol.; l'Académie des Infcriptions , 74
vol . in 12. à 129 l . au lieu de 222 1 .; la
Collection Académique , 17 vol . in - 4°.
à 119 liv. au lieu de 204 liv. , n'autont
plus lieu à la fin de Septembre prochain .
Il faut s'adreffer à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins .
G
446 MERCURE DE FRANCE.
La Fortification perpendiculaire , ou
Effaifur plufieurs manières de fortifier la
ligne droite , le triangle , le quarré &
tous les polygônes , de quelqu'étendue
qu'en foient les côtés , en donnant à leur
défenſe une direction perpendiculaire ; où
l'on trouve des méthode d'améliorer les
Places déjà conftruites , & de les rendre
beaucoup plus fortes , & c . Ouvrage enti
chi d'un grand nombre de planches ,
exécutées par les plus habiles Graveurs ;
par M. le Marquis de Montalembert ,
Maréchal- des- Camps & Armées du Roi ,
Lieutenant Général des Provinces de
Saintonge & Angoumois , & c. Tome I.
in- 4°. gr. pap. br . 28 liv. , rel . 30 liv.
Les perfonnes qui defireroient avoir les
planches enluminées , payeront le volume
relié 96 liv . A Paris , chez Pierres ,
Imp.- Lib. rue St Jacques .
Nous rendrons compte de cet Ouvrage
très important dans le Mercure prochain .
Nouvelles Hifloriques , par M. d'Arnaud
, Tome 1 ; troisième Nouvelle : Le
Sire de Créqui ; avec fig. in- 8 ° . A Paris ,
chez Delalain , Lib . rue de la Comédie
Françoife , 1776.
Le Sire de Créqui eft la troifiéme Nouvelle
Hiftorique , & complette le premier
SEPTEMBRE. 1776.
147
volume. Le fecond volume de cette collection
fera
compofé de même de trois
Nouvelles ,
lefquelles vont
paroître inceflamment.
Le quatriéme volume in - 12 de ces
Nouvelles vient de
paroître chez ce Libraire
. Cette édition eft propre aux perẻ
fonnes qui
trouvent celle de l'in- 8 ° , trop
chère .
Nous
parlerons de cette
troifiéme Nou
velle dans le
prochain Mercure.
Le Maître
Tofcan , ou
nouvelle méthode
pour
apprendre la
langue Italienne
,
contenant les
élémens
généraux
de toute
langue , les
principes de la lanë
gue
Tofcane ,
développés d'une
manière
curieufe & facile ; les règles de la
fyntaxe
Italienne , &
douze
dialogues
familiers
trèsintérellans
pour ceux qui
fouhaitent
de parler
l'Italien
correctement en trèspeu
de temps ; par M.
l'Avocat
Marcel
Borzacchini ,
Profeffeur de
langue Italienne
&
Angloife à Paris. A
Londres ;
& fe trouve à Paris , chez
l'Auteur , aux
Boulevarts , rue Balfe , Porte St
Denis ,
maifon de M.
Blondeau ,
Sculpteur ; chez
d'Houty ,
Imprimeur , rue de la vieille
Bouclerie ; &
Molini ,
Libraire , rue de
la
Harpe.
Gij
143 MERCURE DE FRANCE.
Anecdotes des Beaux- Arts , contenant
tout ce que la peinture , la fculpture , la
gravure , l'architecture , la littérature , la
mufique , & c. , & la vie des Artiftes ,
offrent de plus curieux & de plus piquant
chez tous les Peuples du monde , depuis
l'origine de ces différens arts jufqu'à nos
jours ; Ouvrage qui facilite d'une manière
auffi inftructive qu'amufante , la connoiffance
des arts , & c .; avec des notes hiſtoriques
& critiques , & des tables raifonnées
, &c. & c . Par M. *** . Tomes I
& II. in- 8° . rel . 12 liv . A Paris , chez
Bastien , Lib. rue du Petit Lion , Fauxb,
St Germain ; à Strasbourg , chez Petit ,
Lib...
La Bonne Femme ou le Phénix , parodie
d'Alcefte , en deux actes , en vers ,
mêlés de vaudevilles & de danfes ; prix
24 chez la veuve Duchefne , rue Saint
Jacqués, VAT
>
; Mes Bagatelles ou les torts de ma jeuneffe
, recueil fans conféquence , contenant
une nouvelle édition du Phacton
poeme héroï- comique en fix chants , imité
de l'allemand de M. Zacharie , avec des
changemens confidérables ; d'autres poëmes
& des piéces fugitives ; par M. FalSEPTEMBRE.
1776. 149
let , Auteur de la traduction des Aven ,
tures de Chorée & Callithoé ; in - 8 ° ;
avec fig . A Londres ; & à Paris , chez
Coftard , Lib . rue St Jean de Beauvais .

Recueil de divers Ouvrages relatifs à
l'agriculture & à la médecine domestique
& vétérinaire ; favoir : Méthode pour
bien connoître la nature de chaque eſpèce
de terres & les façons les plus fûres pout
les rendre fertiles . Pharmacopée des pau ,
vres , contenant les recettes les plus fimples
pour les différentes maladies . Médecine
des chevaux , tirée des écrits des
meilleurs Auteurs & confirmée par l'expérience
, avec des obfervations fur la
clavelée des bêtes à laine ; avec fig.in 12.
prix rel. 2 liv . 10 f. A Paris , chez Nyon
aîné , Libraire , rue St Jean- de- Beauvais .
Examen analytique des eaux minérales
des environs de l'Aigle , en haute Normandie
, avec leurs propriétés dans les
maladies ; par M. Terrede , Docteur en
Médecine , Médecin ordinaire de la ville
de l'Aigle. A Amfterdam ; & à Paris ,
chez Vincent , rue des Mathurins...!
Lettre de l'Ami des François à M.
Groubert de Groubentall , Ecuyer , Avog
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
cat, & c.; contenant quelques queſtions
fur fa Brochure intitulée La Finance
Politique. A Londres.
Nouvelles Espagnoles de Michel de
Cervantes , traduction nouvelle , avec
des notes , ornée de figures en tailledouce
; par M. le Febvre de Villebrune.
Théodofie & Léocadie , Nouvelle III . A
Madrid; & fe trouve à Paris , chez Coftard
, Lib. rue St Jean - de- Beauvais.
Hiftoire de Loango , Kakongo & autres
Royaumes d'Afrique , rédigée d'après les
Mémoires des Préfets Apoftoliques de la
Miffion Françoife ; enrichie d'une carte
utile aux Navigateurs : dédiée à MONSIEUR
par M. l'Abbé Proyart. Prix 3 1.
rel. en veau. A Paris , chez C. P. Berton ,
Lib. rue Saint Victor ; N. Crapart , Lib.
rue de Vaugirard . A Lyon , chez Bruyfer
Ponthus , Imp. -Lib. rue St Dominique.
Les Bienfaits du Sommeil ou les quatre
rêves accomplis . A Paris , chez Brunet ,
Lib. rue des Ecrivains , cloître St Jacques
de la Boucherie .'
Les Jeux de Calliope ou collection de
poëmes Anglois , Italiens , Allemands &
SEPTEMBRE. 1776. 151
Efpagnols , en deux , trois & quatre
chants. Première partie. A Londres ; & à
Paris , chez Ruault , Libraire , rue de la
Harpe.
Traité de l'ufure & des intérêts , augmenté
d'une défenfe du traité & de diverſes
obfervations fur les écrits qui l'ont
combatta. A Lyon , chez Pierre Bruyfet
Ponthus , rue St Dominique , près du
cloître des RR. PP . Jacobins , 1776. Avec
approb. & privilége .
Géographie de Bufching , abrégée dans
les objets les moins intéreffans , augmentée
dans ceux qui ont paru l'être , retouchée
par -tout , & ornée d'un précis de
l'hiftoire de chaque Etat ; par M. Berenger.
Tome I , qui comprend le Danemarck
, la Norwége , l'Iflande , le Groenland
, la Suède , la Ruffie , la Pruffe , la
Pologne & la Hongrie . A Lauſanne ,
chez la Société Typographique , 1776 .
.. Mémoires concernant les Chinois . Prix
8 liv. 1 2 1. br. & 12 1. rel . A Paris , chez
Nyon , Lib. rue St Jean- de Beauvais.
Obfervations fur les maladies épidémia
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
ques. Année 1770. A Paris , de l'Impr.
de Vincent , rue des Mathurins , Hôtel
de Clugny.
ACADEMIES.
I.
ACADÉMIE FRANÇOISE.
L'ACADÉMIE
FRANÇOISE a
T
tenu fa
féance publique
le 25 Août jour de Saint Louis. M. le Chevalier
de Chafteilux
, Directeur
, a fait un difcours
éloquent
, dans lequel
il démontre
principalement
la néceffité
de rappeler
les jeunes gens
à l'étude
des grands
modèles
de l'antiquité
; c'eft dans cette vue que l'Acadé
mie avoit propofé
pour fujet du prix de poëfie une traduction
en vers d'un mor . ceau choisi d'Homère
. Ce prix a été partagé
entre MM. Gruet & André de Murville
; ils ont traduit
l'un & l'autre
les Adieux
d Hector , dont les jeunes
Poëtes ont imité & tranfporté
dans notre
langue
les beautés
. Ces poëmes
ont été lus par M. de la Harpe & ont été fort applaudis
. M. Doigni
du Ponceau
a obSEPTEMBRE.
1776 . * 53
tenu l'acceffit par fon Poëme intitulé à
Priam aux pieds d'Achille .
L'Académie a cité avec éloge une
piéce de M. de Saint - Ange .
L'Académie a annoncé pour le fujer
du prix d'éloquence de l'année prochaine
, l'Eloge de Michel de l'Hópital
Chancelier de France,
M. l'Abbé Arnauld a lu des obfervations
für la richeffe de la langue grecque
& fur le génie d'Homère : On ne peut
donner une idée plus grande & plus ap
profondie , foit de la langue , foit du
Poëte Grec , que celle tracée dans cer
écrit , plein de goûr , de fagacité & d'érus
dition . M. d'Alembert a lu enfuite une
lettre fort érendue que M. de Voltaire
adrelle à l'Académie , au fujet de Shakefpear
, que les nouveaux Traductears
ont annoncé comme le génie par excellence
du Théâtre , & que M. de Voltaire :
remet à fa place , en faisant voir que fi
le Poëte Anglois s'eft élevé au deffus des
la barbarie de fon fiècle , il n'a pu fe
défendre dans fes compofitions dramatiques
, du mauvais goût & de l'oublides
règles & des bienféances théâtrales . Enfin
M. d'Alembert a lu l'Eloge de Néricaults
Deftouches. Cet Eloge , en faifant cond
noître les talens , les moeurs & l'hiftoire
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
privée du Poëte Comique , donne en
même temps des principes de goût , des
obfervations très- fines fur l'art dramatique
, & fur les différens genres de Comédies.
I I.
LA ROCHELLE.
L'Académie Royale des Belles Lettres
tint fon affemblée publique le 24 Avril
dernier. M. l'Abbé Gervaud , Profeffeur
de Rhétorique au Collège Royal , Directeur
de l'Académie , en fit l'ouverture
par un précis des événemens rélatifs à l'Académie
pendant l'année dernière . Il fie
l'Eloge de M. Mefnard de la Garde , ancien
Directeur de la Monnoie, & de M.
Boutiron , Avocat , tous deux Académi
ciens , décédés depuis la dernière féance
publique ; & il n'oublia pas M. Arcere ,
de l'Oratoire , ancien Secrétaite Perpétuel
, qui venoit d'obtenir un acceffit de
l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres.
M. le Chevalier de Lonchamp, Chancelier
de l'Académie , lur enfuite l'Epithalame
de Stella & de Violentille , traduit
de Stace.
M. le Chevalier de Malartie , Major
SEPTEMBRE . 1776. 155
du Régiment Provincial de Montauban ,
& de l'Académie de la même ville , lut
une differtation fur ce fujet : fans les
maurs & fans la vertu , il n'eft point dé
véritable Philofophie.
M. Dupaty de Clam , Chevalier d'honneur
au Bureau des Finances , continua
la féance par la lecture d'obfervationsfur
la vraie Philofophie.
M. Martin de Chaffiron , Tréforier
de France , lut un Difcours fur les avan-
Lages des Académies pour le jeune homme
qui s'adonne aux lettres , & fur leur agrément
pour l'homme de goût.
M. le Chevalier de Malartie termina
la féance par une pièce de vers fur le
Triomphe de la Conftance.
L'Académie n'a reçu qu'après la féance,
un ouvrage de M. Jougneau Defloges ,
Avocat à Poitiers , nouvel affocié.
II I.
LY ON.
L'Académie des Sciences , Belles- Lettres
& Arts de Lyon , diftribuera cette année
deux Prix , dont l'un a pour Sujet les
découvertes les plus importantes dans le
règne végétal , relativement à la matière
Gyj
156 MERCURE DE FRANCE.
médicale ; & l'autre la queftion de fça
voirfi l'Electricité de l'atmosphère a quel» ,
qu'influencefur le corps humain , & quels
feroient les effets de cette influence ? La pro
clamation de ces prix devoit être faite
dans le courant du mois d'Août ; mais le
nombre des Mémoires envoyés au concours
, la néceffité de répéter des expériences
, & l'indifpofition de deux des
Commiffaires chargés de l'examen des
Mémoires , ont engagé l'Académie , far
le rapport qui lui en a été fait , de renvover
la diftribution ci- deffus à la féance
publique qu'elle tiendra à fa rentrée après
les Fêtes , le 3 Décembre prochain .
I V.
La Société & Correfpondance Royale
de Médecine , établie à Paris par
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi du 29
Avril dernier , & présidée par M. de
Laffone , Confeiller d'Etat , premier Médecin
de la Reine & du Roi en farvivance,
a tenu fa première féance le Mardi
13 Août , dans laquelle , après avoir déterminé
la forme de fes travaux , elle a
annoncé le fujet d'un prix de la valeur de
300 liv . qui fera diftribué dans la féance
du fecond Mardi d'Août 1777 , à l'Au
?
SEPTEMBRE. 1776. 157
teur du Mémoire qui fera jugé avoir le
mieux répondu à la queftion fuivante :
déterminer dans les fièvres exhanthématiques
les circonftances dans lesquelles le rés
gime rafraichiffant eft préférable à celus
qui eft échauffant , & celles où il faut em
ployer une méthode contraire. Les Mé-.
moires feront adreffés, francs de port ,
avec des billets cachetés , contenant le
nom des Auteurs , avant le premier Juin
1777 , à M. Vicq d'Azyr , Médecin-
Confultant de Monfeigneur le Comte
d'Artois , premier Correfpondant avec
les Médecins du Royaume , demeurant
rue du Sépulcre .
}
SPECTACLES.
OPER A.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
a donné quatre repréfentations des Ro
mans , ballet héroïque en trois entrées !
On a applaudi à l'ouverture , qui eft
d'un ſtyle agréable , à pluſieurs morceaux
de fymphonie bien deffinés , & à quel
ques airs de chant & de danfe . Mais le
défaut d'intérêt & d'action dans les poëmes
, a fans doute nui au Muficien , qui
8 MERCURE DE FRANCE.
n'a pu employer qu'une expreflion vague
fur des paroles qui ne lui offroient ni
fentiment énergique à peindre , ni paffion
vive à rendre. Cependant ce fpectacle
étoit étayé par de longs ballets , dans
lefquels les grands talens de la danfe &
furtout celui de Mlle Allard , charmante
Danfeuſe & plus excellente Pantomime ,
ont fait beaucoup de plaifir ; on a fur - tout
applaudi la marche des Chevaliers & de
leurs Dames , dans le ſecond acte .
On a remis à ce Théâtre Alcefte &
l'Union de l'Amour & des Arts , qui
font joués alternativement , en attendant
des Fragmens anciens & des Ballets Pan
tomimes de M. Noverre , qui doit d'abord
faire repréfenter (on ballet des Horaces
& des Curiaces , enfuite la Toilette de
Vénus. Ce Maître , plein de génie , doit
donner des fpe &tacles d'autant plus attrayans
, qu'ils parlent aux yeux , qu'ils
font entendus de la multitude , qu'ils
offrent une fucceffion de tableaux animés
, qu'ils excitent la curiofité fans l'al
térer , & foutiennent l'attention fans la
fatiguer . C'est ce même genre de ſpectacles
qui étoit fi recherché par les Grecs
& par les Romains , mais qui parvint à
dominer , & enfuite à éclipfer tous les
autres arts d'amufemens .
SEPTEMBRE. 1776. 159
COMÉDIE FRANÇOISE.
EES Comédiens François ont donné ,
le 14 Août , la première repréſentation
de C. Marcius Coriolan , Tragédie nouvelle
en quatre actes de M. Gudin .
Le fujet de cette Tragédie eft fimple ;
Coriolan , maltraité par le Sénat & les
Tribuns Romains , chaffé de fa patrie
injuftement , fe retire chez les Volfques ,
les foulève contre Rome , & leur fait
remporter plufieurs victoires. Il éprouve
bientôt de la part des Chefs des Volfques
l'ingratitude & la jaloufie , qui accompagnent
prefque toujours la gloire
des fuccès. Les Romains profitent de ces
difpofitions de l'ennemi pour faire conf
pirer contre Coriolan. Ils envoyent des
Sénateurs propofer la paix aux Volfques
, & en même temps engager les
Chefs à leur livrer Coriolan. Cependant
ce Général reçoit les Députés avec la
fierté d'un vainqueur , rejette leurs foumiffions
& leurs propofitions. Après
avoir ainfi parlé en maître , il retient un
des Sénateurs Romains , fon ami ; ib
160 MERCURE DE FRANCE.
épanche dans fon coeur tous les fentimens
qui agitent le fien ; cet ami veut en vain
lui perfuader de rendre un Héros à fa
patrie ; il perfifte dans fon reffentiment.
Sa mère , zélée Républicaine, vient livrer
à fa tendreffe l'allaut le plus terrible ;
elle le précipite au - devant de fon - fils :
elle le conjure , par tout ce qui peut
l'émouvoir d'oublier fon reffentiment
Sa haine contre les Romains l'emporte
encore fur la piété filiale : mais lorsque
, tranfporté par l'amour & l'inté
rêt de la patrie , cette mère lui donne fa
malédiction , Coriolan ne peut réſiſter à
cette imprécation foudroyante ; il s'abandonne
à tout ce qu'une mère qu'il aime
exige de lui . Les Chefs des Volfques
également furieux de fa gloire & de fa
défertion , confpirent contre Coriolan ,
& le percent de leurs javelots. Les Romains
font vainqueurs ; & Coriolan
vengé des traîtres qu'il a fervis , & tél
moins de la gloire de fon pays lorfqu'il a
ceffé de l'attaquer , détefte les emportemens
de fa haine & de fon reffentiment ;
il expire entre les bras de fa mère & de
fon ami.
.
M. Gudin a faifi les beautés de fon
fujet ; il a traité fupérieurement , & avec
SEPTEMBRE 1776. 161
le plus grand pathétique , la fuperbe
fcène de Coriolan avec fa mère ; mais
trop refferré par fon plan , il n'a pu développer
un grand intérêt , ni foutenir
quatre actes fans fe répéter.
Mademoiſelle Sainval l'aînée , MM .
Molé & Monvel , ont rempli leurs rôles
avec beaucoup d'applaudiffemens.

DÉBUT.
M. VALVILLE a continué &
fini avec fuccès , fes débuts for le
Théâtre de la Comédie Françoife . Il a
joué les rôles de Philidor dans les trois
Frères Rivaux , d'Orgon dans le Tartuffe
d'Oronte dans Crifpin rival , de Thaler ,
dans Démocrite , de Comte dans l'Impromptu
de campagne , d'Orgon dans le
Confentement forcé , de Baron dans le
Diffipateur , de Francaleu dans la Métromanie
, de Lucas dans l'Efprit de
contradiction , de Géronte dans le Philofophe
marié , de Piétremine dans la Fa
mille extravagante , de Géronte dans le
Méchant , & de Guillaume dans l'Avocat
Patelin.
Nous avons rendu compte , dans le
premier volume du Mercure de Juillet,
des talens de cet Acteur.
162 MERCURE DE FRANCE
COMÉDIE ITALIENNE.
LIS Comédiens Italiens ont donné
le Lundi 19 Août , la première repré--
fentation de Fleur d'Epine , Opéra comique
en deux actes , mêlé d'ariettes . Les
paroles font de feu M. l'Abbé de Voifenon
, & la mufique de Madame Louis ,
célèbre Virtuofe , femme de l'habile Architecte
de ce nom .
Le fujer de cet Opéra comique eft tiré
d'un conte bien connu de Hamilton, C'eft
une Fée malfaifante qui tient dans l'efclavage
Fleur d'Epine , jeune beauté ,
qu'elle fe plaît à tourmenter , & dont elle
fe fait aider dans la préparation d'un phil .
tre magique. Fleur d'Epine aime le Prince
Tarare , protégé par une Fée bienfaifante ,
qui vient éprouver ces Amans fous la
figure d'une vieille , & ayant connu leur
charité & leur humanité , elle leur fait
des préfens utiles contre les enchantemens
de fa rivale. La méchante Fée furprend
le Prince Tarare avec Fleur d'Epine
, & a la vanité de croire qu'elle l'a
enchanté. Alors elle deftine Fleur d'Epine
au Prince fon fils. Elle affemble même
SEPTEMBRE. 1776. 163
fa famille , compofée de Fées & de Génies
tous contrefaits . Le Prince Tarare
laiffe dans fon illufion la Fée perfécutrice ,
& en profite pour traverfer fes mauvais
deffeins. Son pouvoir confifte principale
lement dans la confervation de deux talifmans
, qui font la jument fonnante &
le chapeau lumineux . Elle entend les
fonnettes de fa jument , qui l'avertiſſent
qu'on l'emmène ; avant de courir après
elle confie la garde du chapeau lumineux
à fon fils , & lui attache une clef à fon
habit mais cet imbécille ne s'amufe de
rien & la mufique l'endort. Fleur d'Epine
profite de ce fecret pour l'affoupir. Alors
le Prince Tarare, éveillé comme l'Amour,
vient doucement lui dérober la clef , &
ya ravir le chapeau lumineux . Le charme
ou le pouvoir de la Fée malfaifante eft
détruit. Fleur d'Epine eft délivrée de fa
fervitude , la Fée bienfaitrice reprend fon
afcendant elle paroît dans toute fa
gloire , & vient combler les voeux des
deux Amans.
:
Il y a de la gaieté dans cette piéce ,
quelquefois un peu forcée par les jeux
de mots. La mufique en eft agréable ;
plufieurs morceaux ont été fort applau
dis, tels qu'un écho en dialogue intrigué ,
164 MERCURE DE FRANCE.
un air du fommeil , un grand air d'exé
cution . Mefdames Trial & Moulinghen ,
MM . Trial , Julien & Michu y rem .
pliffent les principaux rôles avec beaucoup
de talent.
-
REPERTOIRE des Pièces qui doivent être
jouées à Fontainebleau devant Leurs
Majeftés.
Jeudi to Octobre . Zema , Tragédie
nouvelle de M. le Fevre . Les Curieux de
Compiègne , de Dancourt.
Vendredi 11. Fleur d'Epine , Opéra
Comique , paroles de M. l'Abbé de Voi
fenon ; Mufique de Madarne Louis. La
Soirée des Boulevards , de M. Favart .
Mercredi 15. L'Avare Faflueux , Co.
médie nouvelle , de M. Goldoni . Le Cha
rivari , de Dancourt.
Jeudi 17.Wenceslas , Tragédie de Ro
tron. Le Dramomane , Comédie nouvelle
de M. le Chevalier de Cubières.
de Vendredi 18. La Nouvelle troupe ,
Meffieurs Favart & Anfeaume. L'aveugle
de Palmire , paroles de M. Desfontaines ,
Mufique de M. Rodolphe..
SEPTEMBRE. 1776. 163
Mardi 22. Le Malheureux imaginaire ,
Comédie nouvelle de M. Dorat . Lefou
per mal apprêté , d'Autroche .
Vendredi 24. Warwick , Tragédie de
M. de la Harpe. Le retour imprévu , Comédie
de M. Renard .
Samedi 25. Le Mort marié , Comédie
nouvelle de M. Sedaine . Mufique de
M. Bianchi . Achmet & Almanzine , de
le Sage , revue par M. Anfeaume , malique
de M. Dorneval.
Mardi 29. Beverley , de M. Saurin .
Le Procureur arbitre , de Poiffon,
Jeudi 31. Muftapha & Zéangie , Tra
gédie nouvelle de M. de Champfort . Le
Préjugé vaincu , de Marivaux .
Lundi 4 Novembre. Théodore , Acte
d'Opéra , mufique de M. Floquet , La
Provençale , mufique de Mouret & Trial.
Mardi 5. Le Philofophe marié , de Def
touches. Le Fat puni , du Marquis Pontle-
Vel .
Jeudi 7. Sémiramis , Tragédie de M.
de Voltaire. Le Veuvage trompeur , Comédie
nouvelle de M. de la Place .
Vendredi 8. La fauffe délicateffe , Comédie
nouvelle de M. Marfolier , mufique
de M. Hinner. L'Inconnu perfecuté ,
Parodié par M. Moline , mufique de
M. Anfoffi.
166 MERCURE DE FRANCE.
Mardi 12. La Coquette corrigée , de la
Noue. La Coupe enchantée , de la Fontaine
.
Jeudi 14. Gabrielle de Vergy , Tragédie
nouvelle de Belloy . Le Sicilien.
Samedi 16. Les Sultanes , de M. Favart.
Églé , Acte d'Opéra de M. Laujon ,
mufique de M. la Garde .
Mardi 19. L'Egoïsme , Comédie nouvelle
de M. Cailhava. La Rupture ou le
mal entendu , Comédie nouvelle de Madame
de Lorme.
Jeudi 21. Bérénice , Tragédie de Racine.
Crifpin Rival , de le Sage.
Samedi 23. Les trois Fermiers , Comédie
nouvelle de M. Monyel , mufique de
M. Dezaides. Le Devin du Village , de
M. Rouffeau.
VERS de M. de Voltaire à M. le Kain.
ACTEUR fublime & foutien de la feène ,
Quoi! vous quittez votre brillante Cour ,
Votre Paris embelli par La Reine !
De nos beaux- arts la jeune Souveraine
SEPTEMBRE. 1776. 167
Vous fait partir pour mon trifte féjour !
On m'a conté que fouvent elle- même ,
Se dérobant à la grandeur fuprême ,
Séche en fecret les pleurs des malheureux.
Son inoindre charme eft , dit - on , d'être belle.
Ah ! laiflons- là les Héros fabuleux ;
Il faut du vrai : ne parlons plus que d'elle.
ARTS.
GEOGRAPHIE.
་ ་ ་་་
DEUXIÈME SECTION en 12 feuilles de
l'Atlas Itinéraire portatif de l'Europe ,
adapté pour la France , aux Diligences &
Mellageries Royales ; par M. Brion ; Ingénieur
Géographe du Roi : prix , 3 liv .
chaque Section ; à Paris , chez Langlois ,
Libraire , rue du Petit- Pont , près la rue
S. Severin , & chez l'Auteur , même maifon
, au premier.
168 MERCURE DE FRANCE.
ARCHITECTURE
1 .
L'on diftribue préfentement chez le
fieur le Rouge , Ingénieur Géographe du
Roi , rue des Grands Auguftins , la deuxième
partie du quatrième Cahier des
Jardins Chinois , 1s planches ; prix 61.
Ce Cahier entier compofé de 30 Planches
: 12 livres .
,
Plas, up Traité
des Edifices
, Kiofques
,
meubles
, machines
, uftenfiles
& habillemens
des Chinois
en 20 planches
, avec
da defcription
par Chambers
, Architecte
Anglois
, qui a demeuré
à Canton
, traduit
en notre
langue
; vol . in- 4° , 18 liv .
relié , 15 liv, broché
.
Chambers parle beaucoup des Jardins
de la Chine , ce qui rend ce livre analogue
à la conftruction de nos Jardins modernes.
L'Amérique Angloife en 8 feuilles ,
traduite en François , 9 liv . Il reste un
exemplaire de l'Original , imprimé à
Londres , pour le Docteur Mitchel qui
en eft l'Auteur , prix 72 livres.
Tableau
SEPTEMBRE. 1776, 169
PEINTURE.
Tableau allégorique de l'Amour Conjugal ,
préfenté au Roi & à la Reine , le Meccredi
, 14 Août , veille de la fête de
la Reine .
M.DE
MONTPETIT ayant eu pour but
de mettre la Peinture au rang des Arts
utiles , s'eft appliqué depuis plus de 30
ans à en perfectionner le phyfique ; la
conftance de fes travaux & fon zèle patriotique,
l'ont engagé à foumettre le fruit
de fes expériences à l'examen de MM . de
l'Académie Royale des Sciences . L'approbation
qu'ils en ont donnée, affure à l'Auteur
le mérite du procédé par lequel il
eft parvenu à faire paffer la Peinture à
l'huile avec toute fa fraîcheur , aux fiècles
à venir : il en confacre les prémices
à perpétuer les portraits de l'Augufte Famille
qui nous gouverne , en remontant
jufqu'à François premier , & au-delà , s'il
eft poflible.
Il ne fuffit pas de tranfmettre à la pof
térité les feuls traits d'un Monarque ; fes
vertus qui doivent, du trône , éclairer &
H
170 MERCURE DE FRANCE.
inftruire les humains , fourniffent des
exemples qui font d'autant plus féduifans
, qu'ils frappent les fens. Or , la
Peinture eft un grand Orateur qui parle
à toutes les Nations , par l'organe de la
vue. Dans cette idée , le premier exem
ple de Morale que le fieur de Montpetit
a voulu perpétuer , eft l'Amour - Conju◄
gal , vertu fi rare dans ce fiècle . Pour
ne point fuivre un chemin trop rebattu.
d'allégories prefque toujours froides , tirées
de la Fable , il a choifi une compofition
fimple , galante & agréable , dont
le fujet eft pris dans les propres vertus
des deux Auguftes Epoux qui occupent
glorieufement le Trône de la France.
Defcription.
Un amour vêtu d'une gaze légère , le
front ceint d'un bandeau gris de- lin , fur
monté d'une plaque d'or , repréfentant
dans une gloire deux cours couronnés ,
fur l'un defquels eft une L. & fur l'autre
une M. , lettres initiales des noms des
deux Majeftés Royales .
Cet Amour eft dans une attitude active
, étendant un de fes bras en avant
pour exprimer fon empreffement , portant
de l'autre un fagot de rofes mêlé de
mirthe & de lys ; dans un de ces lys le
SEPTEMBRE. 1776. 171
plus apparent , fe voit un portrait du
Roi , grandeur de bracelet , le tout entrelacé
négligemment d'un ruban bleu ,
dont un bout flottant par deffus le bras ,
annonce , par une infcription , que ce
bouquet fimple & fans art eft envoyé à la
Reine par fon Augufte Epoux .
Les rofes font fans épines & fans Alétriffures
; ce qui ajoute à la petfection de
l'allégorie, ainfi que les gouttes d'eau qui
peignent la fraîcheur voluptueufe des
fleurs.
L'amour court fur un tapis de velours
pourpre , pour faire entendre que c'eft
fur le Trône que règne l'amour - conjugal
, & fert d'exemple à toutes les familles
, dont la
tranquillité , la profpérité
&
l'honnêteté dépendent de cette
vertu fans laquelle toutes les autres font
affoiblies .
Ces deux Auguftes Epoux fourniffent
journellement à l'Auteur bien d'autres
traits vertueux à immortalifer ; il tâchera
d'en faire pafler quelques -uns à la poftérité
, autant que fa fanté & la longueur
de
l'exécution le lui
permettront .
Ce Tableau intéreſſant , a été accueilli
par Leurs Majeftés , & eft placé dans le
cabinet de la Reine . Ce morceau eft le
plus grand que l'Auteur ait fait en ce
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
gente ; il a tâché de réunir le plus précieux
fini , & la fraîcheur de la couleur ,
à la folidité de fon procédé , qui rend la
peinture inaltérable .
GRAVURES.
1 .
Portrait de Jean- Georges Wille , Graveur
du Roi , de leurs Majeftés Imp. & R. ,
de S. M. le Roi de Danemarck , des
Académies de Paris , Vienne , &c ;
Gravé d'après le tableau original de J.
B. Greuze , Peintre du Roi , par J. G.
Muller , Graveur du Roi , & Penfionnaire
de S. A S. Mgr. le Duc de Wittenberg.
Prix , 3 liv . , à Paris , chez
les princiaux Marchands d'Eftampes ,
& à Stutgard , chez l'Auteur ,
CE PORTRAIT, de format in- 4° , eft vu
des trois- quarts. Il nous rappelle avec fatisfaction
les traits d'un Artifte , que la
Gravure met au nombre de ſes plus chers
favoris. Ce portrait ne peut donc manquer
d'être accueilli des Amateurs & des
Artistes. Ils applaudiront à la beauté du
caractère de tête , à la foupleſſe du buSEPTEMBRE.
1776. 173
rin de M. Muller , à la pureté de fes
travaux , & à l'intelligence avec laquelle
il a fu les varier , pour rendre les étoffes
du Portrait , & faire valoir avec plus
d'avantage les précieux détails de la tête,
I I.
La Jardinière en repos . Eftampe agréable
d'environ 19 pouces de hauteur , &
13 de largeur , gravée avec beaucoup de
talent , d'après un tableau de M. Peters ,
par M. J. Ch. le Vafleur , Graveur du
Roi ; prix , 2 liv . 8 f.; à Paris , chez
l'Auteur , rue des Mathurins.
I II.
Portrait en petit médaillon , d'Armand
de Bourbon , Prince de Conty , mort à Pezenas
, le 20 Février , 1666 , âgé de 37
ans ; gravé d'un travail précieux & fini
par M. Vangelifty , rue & près S. Jacques
, maifon de Madame Ogiers , Apothicaire.
I V.
L'occupation du Ménage. C'eſt une jeune
femme qui fait la leffive , & un enfant
qui fouffle des boules de favon ; eftampe
d'un bon effet de couleur , & trak
H Hj
174 MERCURE DE FRANCE.
tée artiftement , de 18 pouces de hauteur ,
entre 14 de largeur , gravée d'après un
tableau de M. Aubry , par M. Blot , &
dédiée à M. Blondel d'Azaincourt ; prix ,
3 liv.; à Paris , chez l'Auteur , rue de la
Juiverie , maiſon du Batteur d'Or .
V.
Quatre têtes de femmes en médaillon ,
gravées en couleur , avec une bordure
imprimée en or imitant le nouveau procédé
de Louis Marin ; chacune du prix
de 31. A Paris , chez Bonnet, Graveur ,
rue St Jacques , au coin de celle de la Parcheminerie.
V I.
M. David , Graveur , rue des Noyers ,
vis -à - vis celle des Anglois , annonce
que la première impreffion de l'eftampe
du Médecin aux Urines , d'après M. le
Prince , étant toute diftribuée , il vient
d'en faire faire une feconde , & fixe le
prix de ces dernières épreuves , à 8 I.
Le plaifir interrompu , d'après Oftade ,
I l. 4 f.
Portrait de Mademoiselle , née le s
Août 1776 ; gravé fous la direction de
M. David , prix , 12 f.
SEPTEMBRE. 1776. 175
On lit au bas ces vers de M. Maréchal.
François, de jour en jour s'accroît notre espérance,
Nous en avons pour gage un rejeton nouveau :
Sous l'aile de l'Amour & l'oeil de la Prudence.
Comme va s'embellir cette Grace au berceau !
MUSIQUE.
I.
TROIS MESSES à quatre parties , fons
les titres : Latamini in Domino . Nos qui
vivimus benedicimus Domino , & Lumen
ad revelationem gentium ; de la compofition
du fieur Rouffeau , Maître de mufique
de la Cathédrale de Tournay , connu
avantageufement par fes talens dans ce
genre. Ces trois pièces recueillies & pu
bliées par le fieur Quignon , Maître de
Chant , à Beauvais , réuniffent au mérite
de la gravure , celui d'une mufique noble
& touchante , analogue au fujet , &
faire pour être exécutée avec autant de facilité
que de fuccès.
Les Exemplaires fe trouvent à Paris ,
chez le fieur le Gros , l'un des membres
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
de l'Académie Royale de mufique . Prix ,
36 liv . pour les trois Meffes.
II.
Recueil de Romances , Brunettes &
autres petits airs avec accompagnement
de Guittare ; la mufique & les accompagnemens
, par M. Coulon , maître de
Chant & de Guittare . Prix , 7 liv. 4 f.
à Paris , chez Bignon , place du Louvre ,
à l'Accord Parfait chez l'Auteur , rue
;
du Chantre , chez M. Feuillet , Serrurier
du Roi,
I I I.
Six Sonates pour la Harpe , avec ac²
compagnement d'un Violon , ad libitum ,
dédiées à Madame la Comteſſe de Bouflers
, compofées par M. Hochbrucker®,
oeuvre VI . Prix , 12 liv. , aux adreffes
ordinaires de muſique.
COURS public de Géométrie pratique.
M. DUPONT , Ingénieur du Roi , Profeffeur
de Mathématique , nommés
Par
Sa
SEPTEMBRE . 1776. 177
Majefté pour faire la vifite des fouilles
& Carrières tendantes à la sûreté des rou.
tes publiques & habitations , continue dans
fon Ecole , rue neuve S. Médéric, fes Cours
fur les Elémens & für toutes les parties
de la haute Géométrie. La protection que
le Miniftre & le Gouvernement ont bien
voulu accorder au fieur Dupont , le met
à portée de faire des leçons de Géométriepratique
, des plus complettes , ( joint à
une des plus belles collections d'inftrumens
néceffaires qu'il a acquis ) . M. Dupont
donnera pour cet effet une lecon à
la campagne une fois par femaine , & il
vifitera avec fes Elèves déjà inftruits , l ∙´s
Arteliers , les ouvrages de Méchaniques
& d'Hydraulique . Ceux qui fe détermi
neront aux Arts avec un peu de théorie ,
trouveront ces leçons très-avantageufes.
M. Dupont recommencera dans le courant
de Septembre prochain , fes Cours
fur les Elemens & fur les autres parties ,
ainfi que fes leçons gratuites , qu'il don-
.ne aux ouvriers les Dimanches. Il a
chez lui un des premiers Maîtres de Deffin
pour la Carte & le paysage.
On trouve chez M. Dupont , plufieurs
jolies chambres toutes meublées .
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
COURS DE LANGUE , D'HISTOIRE , & C.
M.CARPENTIER Maître
ès Arts de
l'Univerſité
de Paris , Profeſſeur
public
de Langue
Françoife
, de Géographie
,
d'Hiftoire
& de Belles-
Lettres , avoué
par le Gouvernement
, a recommencé
le
18 du mois d'Août 1776 , fes leçons graris
de langue , d'ortographe
, de ponctua
tion & de conftruction
Françoiſe , pour
les perfonnes
de tout âge & de tout fexe.
Il n'épargne
ni étude ni travail
pour fe
rendre de plus en plus utile à fa Nation.
Il donne auffi des leçons non gratis , & plus
de vingt années
de pratique
, le mettent
dans le cas de s'annoncer
comme
en état
d'enfeigner
toutes les différentes
parties
de l'éducation
, tant chez lui qu'en Ville,
11 eft Auteur
d'une nouvelle
Grammaire
Françoife
, d'un nouveau
Plan d'éducation
, d'une Hiftoire
Univerfelle
& d'une
Didactique
générale
où fe trouvent
toutes
faites les leçons des différentes
parties qui
peuvent
entrer dans le Plan d'éducation
le plus étendu. Il enfeigne
tous les calculs
de Commerce
, par une Méthode
trèscourte.
SEPTEMBRE. 1776. 179
COURS DE LANGUE ITALIENNE .
M..L'ABBÉ FONTANA , reprendra fon
cours de Langue Italienne , le 10 Septembre
, & le continuera tous les Mardis
& Samedis , depuis fix heures du matin ,
jufqu'à dix. Les perfonnes qui voudront
le faivre , font priées de fe faire infcrite
de bonne heure en fa maiſon , rue Montorgueil
, à côté de la rue Pavée . Il donne
auffi des leçons particulières chez lui &
en Ville .
LETTRE au Rédacteur du Mercure , fur
un prétendu remède contre la pierre.
Vous avez annoncé , M. , dans le fecond volume
du mois de Juillet , un remede que M. le
Chevalier de la Porte a trouvé pour fondre la
pierre dans la veffie . Depuis long temps les plus.
grands Médecins ont fait des recherches à ce
Lujet ; mais , julqu'à préfent , fans aucun fuccès.
Saus doute M. le Chevalier de La Porte a été plus
heureux qu'eux dans cette découverte ; mais en
le publiant par la voie des Nouvelles & d'autres
Ouvrages périodiques , il auroit dû expliquer ce
1
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
qu'il entend par fleurs de luna major mâle , & par
racine de luna major femelle : car je vous avoue
qu'on ne connoît pas ces plantes , ni parmi les
Botaniftes , ni parmi les Herboristes , ni même
parmi les Villageois , fous ce nom ; on ne fait pas
ce qu'il entend par flocellis. Avant de publier une
pareille recette , il étoit donc à propos d'expliquer
les termes dont il fe fert pour pouvoir rendre
cette recette plus à la portée du Public ; d'ailleurs
elle ne paroît pas avoir la prétendue propriété
que lui attribue M. le Chevalier de la Porte , fi
on en juge par les drogues connues qui y entrent.
En attendant que M le Chevalier nous ait donné
des preuves plus authentiques de l'efficacité de fon
remede , & nous l'ait fait connoître plus particulierement
, nous vous prions , M. , même au
nom de l'humanité , de défabufer le Public fuf
de pareilles recettes , qui loin de fondre la pierre ,
ne ferviroient qu'à occafionner des irritations
confidérables , Les remedes trop irritans dans ces
fortes de maladies font plus dangereux qu'effi
caces . On ne peut trop fe tenir en garde contre
les difpenfateurs de recettes , qui ne font, hélas !
de nos jours que trop communs , & qui font plus
à craindre que le fer. La plupart de ceux qui les
indiquent n'en connoiflent ni la nature , ni les
effets ; & fouvent ils ne le font ou que pour fe
donner un ton & en impoſer au Public , ou par
la manie de fe donner pour Médecins , tandis
qu'ils n'ont pas même la moindre connoidance de
sette ſcience.
SEPTEMBRE . 1776. 181
-LETTRE de M. Framery à l'Auteur
du Mercure.
Monfieur , je ne lais fi vous avez quelque con
noillance d'une petite brochure intiulée : La Soirée
perdue à l'Opéra . On y trouve une phrafe qui
paroît avoir attiré l'attention du Public. C'eft la
feule qui m'intéreffe , & la feule à laquelle je m'attacherai
; la voici :
55
«Voilà un choeur agréable ( dit un Interlocuso
teur ) mais il eft pillé de l'Opéra de Golconde,
→- Attendez , Monfieur ; il y a à la fin du fecond
acte un des plus beaux airs qu'on n'ait
jamais entendu fur aucun Théâtre lyrique , &
dans cet air , l'inflexion la plus pathétique & la
plus heureuſe l'art ait encore empruntée à que
» la nature , eh bien ! ce même accent , ce même
» trait le rencontre dans l'Olympiade de M. Sacchini
. Mais il faut que vous fachiez que longtemps
avant la naiflance de l'Olympiade de
M. Sacchini & de l'Opéra de Golconde , celui
» d'Alceſte avoit vu le jour & le grandjour ; c'eft-
» à-dire qu'il avoit été repréſenté , gravé , publié .
Oh ! vous ne connoiflez pas tous les vols qui
» ont été faits à ce pauvre Chevalier Gluck : on
trouvoit , avec railon , qu'il étoit bien plus ailé
de le piller que de l'imiter , &c. »
N'est- il pas vrai , Monfieur , que quand on
accufe fi ouvertement un homme comme M. Sacchini
, de plagiat envers un homme comme M.
Gluck , il faut être bien für de fon fait?
J
182 MERCURE DE FRANCE.
Je fais que l'Alcefte italien a été repréſenté, il
y a une douzaine d'années , fur le petit Théâtre
de Bologne . J'ignore , avec toute l'Italie , fi cet
Opéra eft gravé , ce qui n'eſt pas d'ufage dans ce
pays : mais s'il l'eft , ou fi feulement il eft publié ,
rien n'eft fi facile que de convaincre M. Sacchini
du crime qu'on lui reproche . Que l'on publie en
France l'air original de M. Gluck , ( je paierai , fi
l'on veut , les frais de gravure ) & alors il fera
démontré que M. Sacchini , oubliant la réputa
tion ſolidement établie dans toute l'Europe , s'eft
donné fauffement pour le créateur d'un trait d'expreffion
qui appartenoit à un autre Opéra joué
dans une petite Ville.
Un léger expofé hiftorique éclairciroit peutêtre
bien des choſes . Sur la fin de la faifon de
1773 , M. Sacchini étant à Londres , fut chargé
d'arranger un pafticcio de l'Olympiade , c'eft àdire
, un Opéra composé de morceaux de différens
Auteurs. M Millico , qui jouoit le rôle de Mégacle
, pria le Maître de lui donner un air de lui
fur ces fameules paroles : Se cerca , ſe dice , &c.
M. Sacchini avoit déjà fait une Olympiade à
Rome , & une autre à Milan ; mais comme les
Compofiteurs Italiens ne font pas dans l'ufage de
garder leur mufique ( encore moins celle des autres
) M. Sacchini fit exprès l'air en queſtion
lequel eft écrit d'un ( tyle clair , fimple , touchant ,
en un mot d'une facture entierement différente de
celle de l'air d'Alcefte : mais le trait reproché s'y
trouve.
M. Millico , enchanté de cet air & de fon
fuccès , vient à Paris , loge avec M. Gluck fon
ami , chante cette fcene par- tout où M Gluck le
mene , la fait chanter par Mile Gluck , & part
avec eux pour Vienne.
.6
SEPTEMBRE . 1776. 183
Or , il faut que vous fachiez , Monfieur , que
l'Alcefte François eft entierement différent de l'Alcefte
Italien pour la mufique. Prefque tous les
airs font refaits à neuf. L'Alcefte ne peut donc
plus dater de long-temps avant la naiſſance de
l'Olympiade.
Tout Ouvrier le connoît aux ouvrages de fon
métier. Je parodie des aus , & j'ai la prétention
de m'y connoître. Je puis donc avancer , fans
crainte d'être démenti , que bair en queſtion eft
fait fur des paroles . Un air parodié n'a point cette
coupe , cette tournure : il eſt preſque impoſſible
de s'y tromper.
Veut - on me confondre ? J'en ai donné le
moyen ; qu'on falle graver l'air original , s'il
exilte.
Si M. Gluck eft le héros de l'Anonyme , M.
Sacchini eft le mien ; c'eft à moi de prendre fa défenfe
, quand il n'eft pas à portée de la prendre
lui- même ; fa gloire me coûte affez pour continuer
de la foutenir J'y ai facrifié mes veilles & le
peu de prétention que f'aurais pu avoir au mérite
littéraire dans la Colonie : le facrifice que je fais
aujourd'hui dans l'Olympiade à tous égards. On
ne peut fe faire une idée de la difficulté du travail
que j'ai entrepris ; & quand cette difficulté fera
vaincue , j'aurai tout fait pour la réputation de
M. Sacchini & rien pour la mienne. J'efluierai
toujours des reproches , fur- tout à l'égard du
style ,, parce que toute la peine que j'ai priſe d'ailleurs
fera comptée pour rien . Mais je m'en cololerai
en comptant pour beaucoup le plaifir d'avoir
fait entendre de véritable mufique fur notre grand
Théâtre.
184 MERCURE DE FRANCE.
Il n'eft donc pas généreux à l'Anonyme de chers
cher d'avance à prévenir le Public fur un ouvrage
qui n'eft pas encore foumis à fon jugement.
J'ai l'honneur d'être , & c.
FRAMERY.
BIENFAISANCE.
I.
La Reinetraverfant, ily a quelquesjours ,
le village de S.Michel , apperçut une vieille
femme infirme qu'entouroient plufieurs
petits enfans. Ce tableau , qui offroit à
T'aime compatiffante de Sa Majefté , ce que
la nature humaine , dans fes deux extrêmes
, offre de plus intéreſſant , l'émut auffitôt
, & lui fit fufpendre fa marche. Sa Majefté
s'approcha de la vieille , l'interrogea
avec autant de douceur que de bonté , &
apprit que cette femme , grand'mère des
enfans qui l'environnoient , étoit , dans
fa caducité , & malgré fa misère , l'unique
appui de ces orphelins de père & de
mère. Ce ne fut point affez pour cette
Souveraine , fi digne d'être chérie , de
SEPTEMBRE. 1776. 185
lai faire diftribuer fur le champ des fe
cours d'argent , Elle jeta des yeux atten
dris fur le plus jeune de ces orphelins
âgé de trois ans , & déclara qu'Elle fe
chargeoit de lui , & qu'Elle en feroit
prendre foin.
I I.
Un Marchand de Carlfcrone, qui avoit
mal fait fes affaires , & qui depuis trois
ans fubfiftoit avec beaucoup de peine à
Stockolm , où il s'étoit réfugié avec une
femme, quatre enfans de l'un & de l'autre
fexe , & une fervante que le malheur de
cette famille n'avoit pu détacher de fon
fervice , y mourut an commencement de
ce mois. La veuve fans argent , fans appui
& n'ayant pas même de quoi faire enterrer
fon mari , en gardoit chez elle le cadavre
mais le Grand Gouverneur , averti
par les voisins qui étoient allé fe plaindre
de l'infection du corps mort , le fit enterter,
& après s'être affuré de la pauvreté
de la veuve , à laquelle il donna de l'ar
gent pour fon deuil & celui de fa famille ,
il lui confeilla de venir au camp de Ladugard
, fe préfenter avec fes enfans à
la tente du Roi , & lui indiqua le jour &
186 MERCURE DE FRANCE.
l'heure où il feroit plus facile d'avoir ac
cès auprès de Sa Majefté . Le Roi , inftruit
par le Crand Gouverneur de la fituation
déplorable de cette famille , l'accueillit
avec une bonté paternelle la Reine fa
mère , témoin de cette fcène attendriflante ,
fe chargea de l'éducation de l'aînée des
filles , les deux garçons furent auffi - tôt
incorporés par le Roi dans le Régiment
de fes Gardes, avec la paye de Bas Officier,
& au fouper qui fuivit ce premier acte de
bienfaisance , Sa Majefté fit une collecte
au milieu de fa Cour en faveur de la veuve,
fur la tête de qui Elle a placé, en outre une
fomme de 6000 dalers de cuivre dans la
caiffe de la maifon des veuves : ( le diler
de cuivre vaur 18f. )
Le compte qu'on avoit rendu au Roi
de l'attachement & de la fidélité de la
fervante de ces infortunés, qui, pour foutenir
fes Maîtres , avoit vendu juſqu'à la
dernière de fes hardes , avoit frappé l'ame
de Sa Majefté ; & pour perpétuer la mémoire
d'un défintéreffement fi noble & fi
rare dans cet ordre de Citoyens , Elle ordonna
an Grand Gouverneur de délivrer ,
dans l'Hôtel de Ville , à ce fidèle Domeftique,
la médaille en orde Vafa, avec cette
légende pour l'humanité & la fidélité ;
SEPTEMBRE . 1776. 187
ce qui fut exécuté au nom du Roi par
le Magiftrat qui harangua publiquement
cette fille. A cette marque de diftinction ,
le Roi ajouta 1 200 dalers de cuivre , placées
fur la Maifon de Ville, à 6 pour 100
d'intérêt, & une pareille fomme comptant
pour qu'elle pûr fe vêtir fuivant ſon état.
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
LES
I.
Clavecin perpendiculaire.
ES Facteurs de clavecins ont renté dif
férentes fois de faire des clavecins perpendiculaires
, qui puſſent ſe placer commodément
dans un appartement , & être
fubftitués aux clavecins dont la forme
eft peu régulière , & demande un emplacement
étendu ; mais la quantité de refforts
qu'on a été jufqu'ici obligé d'y em
ployer , ayant rendu ces nouveaux inftrumens
durs à toucher , les Maîtres de l'art
les ont défapprouvés avec raiſon , & ont
douté de la poffibilité de leur parfaite exé188
MERCURE DE FRANCE.
cution. Le fieur Goffet, Luthier à Reims,
tue des Fusiliers , déjà connu à l'Acadé
mie des Sciences par une graduation géométrique
, appliquable à tous les manches
d'inftrumens de mufique , vient
d'exécuter un clavecin perpendiculaire à
deux uniflons & à grand ravallement ,
dont le méchanifme eft très simple &
fans aucun reffort . Tous les gens de l'art
qui l'ont touché & entendu , conviennent
de la bonté & de la folidité de cet
inftrument , dont le clavier eft auffi doux
au toucher qu'aucun autre . Ce clavecin
eft en forme de buffet ; fa dimention eft
de fix pieds & demi de hauteur , fur
trois pieds deux pouces de largeur. Il eſt
porté fur un pied qui lui donne une hauteur
totale de huit pieds neuf pouces. Le
fieur Goffet n'a rien négligé pour décorer
cet inftrument , & lui donner une
perfection à laquelle perfonne n'avoit
atteint jufqu'ici.
III.
Batelets infubmergibles & inchavirables.
Le premier d'Août , on a fait au Port
des Invalides , en préfence du Prévôt des
SEPTEMBRE . 1776. 189
Marchands & du Corps de Ville , ainſi .
que d'un nombreux concours de Spectateurs
de tous états , l'expérience d'un batelet
de Saint Cloud rendu infubmerfible
par un procédé de l'invention du fieur de
Bernières , l'un des quatre Contrôleurs-
Généraux des Ponts & Chauffées , Membre
de plufieurs Académies , &c.
On a mis en comparaifon ce Batelet
avec un autre Batelet ordinaire de Saint-
Cloud , d'égale grandeur , tous deux ayant
été conftruits il y a dix ans , & leur forme
extérieure paroiffant exactement la même.
Cependant on a vu que huit hommes feulement
étant fur le fecond Batelet qu'ils
faifoient balancer & pencher d'un côté ,
l'ont bientôt rempli d'eau & fait couler à
fond , enforte que ces hommes ont été
obligés de regagner la rive à la nage ,
tableau de ce qu'on peut redouter dans un
Batelet ordinaire , foit par l'imprudence
de ceux qui font dedans , foit par la force
des vagues & du vent , foit par un choc
violent & inattendu , foit par toute eſpèce
de furcharge.
Les mêmes hommes échappés du Batelet
(ubmergé , fe font mis fur le Bateau
du feur de Bernieres , l'ont balancé &
rempli d'eau comme le premier ; mais au
190 MERCURE DE FRANCE.
lieu d'aller au fond , ce Batelet eft resté à
fot , quoique l'eau y fût bord à bord ; &
ainfi chargé d'hommes & du volume d'eau
qui le remplitfoit , on l'a vu fe promener
à force de rames fur le baffin de la rivière
fans aucun rifque pour les perfonnes qu'il
contenoit.
Le fieur de Bernieres a porté l'expérience
plus loin ; il a fait établir un mât
fur ce Batelet rempli d'eau , a fait attacher
au haut du mât une corde , qui a été tirée
jufqu'à ce que le bout du mât rouchât la
furface de la rivière , enforte que le Batelet
fe trouvoit tout - à- fait fur le côté ,
pofition que les vents ni les vagues ne
peuvent lui donner ; & dès que les hommes
qui l'avoient fait incliner à cet excès
eurent lâché la corde, le Batelet & le mât
ſe redreſsèrent en moins d'un quart de feconde
, ce qui prouve que ce Batelet joint
à l'avantage d'être infubmerfible , celui
d'être encoré inchavirable , & de réunic
conféquemment toutes les sûretés poffibles
.
Ces expériences ont paru faire d'autant
plus de plaifir au Public , que les avantages
de cette découverte font fenfibles & de la
première importance pour l'humanité.
Un pareil Batelet avoit déjà été éprouvé
SEPTEMBRE. 1776. 191
le 11 Octobre 1771 , à Choify, en préfence
de Sa Majesté Louis XV, de Monfeigneur
le Dauphin , aujourd'hui le Roi
régnant , & de Monfeigneur le Comte de
Provence , aujourd'hui Monfieur , auxquels
le fieur de Bernieres , auffi conna
dans les Arts par fon génie inventif, que
par
fon défintéreffement & fes vertus cicitoyennes
, remit le Mémoire de les
épreuves.
III.
Manufacture de Sparterie.
On vient d'établir , rue de Popincourt ,
Fauxbourg S. Antoine , une Manufacture
de Sparterie. Cet établiffement précieux
par le nouveau genre d'induftrie , & par
l'ufage de divers objets d'utilité qu'il introduit
en France , a mérité la protection
du Gouvernement , & peut auffi fixer l'at
tention des Médecins , relativement aux
objets de falubrité qu'il offre,
Ce mot Sparterie , vient de Spartium .
Genit. Il y en a de plufieurs efpèces. Le
Genêt d'Espagne ; Genista juncca , aut
Spartiumjunccum linnei , eft celui qu'emploie
fi utilement pour les Arts , M. Gavoty
de Berthe , à qui l'on doit cette entrepriſe
intéreffante. Le Spart fupplée avec
192 MERCURE DE FRANCE.
avantage au Chanvre dans nombre de circonftances
, & fur-tout pour la fabrication
des cordages ; en forte qu'il va rendre au
Commerce des Toiles , la quantité de
chanvre employé dans les Corderies , &
dont on exige , pour cet effet , l'efpèce la
meilleure .
Il économifera la laine & la foie , qu'il
peut quelquefois remplacer .
Mais des avantages multipliés qu'on
peut retirer de cette nouvelle invention ,
celui qui eft le plus propre à fixer l'attention
du Médecin , c'eft la falubrité qui
réfulte de cette découverte .
Nous ne connoiffons guères pour nous
préferver de l'humidité , que des peaux
d'animaux ou tapis de laine & des paillaffons
; moyens qui joignent à l'inconvénient
des vers & des mittes , ceux de
conferver une partie de l'humidité contre
laquelle on les emploie , ainfi que de
ne pouvoir fe nettoyer par l'eau , & conféquemment
de fe pourrir affez fouvent.
Les tapifferies & les tapis de Spart , au
contraire , font fufceptibles de fe laver.
L'eau leur rend même le luftre qu'ils ont
dans l'origine ; preuve que cette fubftance
réfifte à l'humidité. Cela eft fi vrai , que
Pline , liv . 19 , ch . 2 , dit en parlant de
cette
SEPTEMBRE. 1776. 193
cette matière : Le Spart fe nourrit dans
l'eau , comme pour ſe dédommager de la
Joif qu'il a foufferte dans le terroir aride
où il eft né.
Ces tapis font de divers efpèces , &
peuvent fervir à nombre d'ufages domeftiques.
Il y en a à peluches & fans peluches
, propres aux falles à manger , bureaux
, fecrétaires , galeries , chambres ,
cabinets , aux équipages , &c. Ils gagnent
au fervice , c'est à-dire , qu'ils deviennent
plus beaux , plus fins , & conféquemment
plus chauds à mesure qu'on les lave &
qu'on les peigne.
On en fait également des nattes & des
tapifferies fufceptibles de faire ornement.
M. de Berthe , au moyen des procédés
dont il fe fera , fans doute , un plaifir de
rendre compte , eft parvenu à faire faire
des cordages élaftiques , qui n'ont pas ,
comme le chanvre , l'inconvénient de tacher
les corps mouillés qu'on y étend ,
tels font le linge , le papier , les étoffes
nouvellement teintes , qu'il s'agit de faire
fécher.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
1
I V.
Obfervation de M. Martin , Apothicaire ,
rue & près la Croix des Petits Champs
fur la découverte d'une Pâte & couverte
analogue , propre àformer la Porcelaine.
Tout le monde voit aujourd'hui , avec
la plus grande admiration , nos Manufac
tures de Porcelaine , compofer des ouvrages
fupérieurs en tous genres , à ceux
du Japon , de la Chine , de Saxe & des
Indes . La Chimie , qui porte fon flambeau
par - tour , vient de procurer les
moyens de compofer une pâte & couverte
analogue , dont les effais ont été
faits fous les yeux des chefs de nos meilleures
Manufactures , avec tout le fuccès
qu'on avait lieu d'attendre. Cette décou
verte paroît d'autant plus intéreffante
pour toutes les Manufactures , qu'elles y
trouveront un avantage réel , tant pour
prix que pour la perfection de leurs ouvrages
. La couverte qui eft réfultée des dif
férentes analyfes qu'on a faites , furpaffe
de beaucoup celles qui ont pu être compofées
jufqu'ici ; en un mot , il en ré
le
SEPTEMBRE. 1776. 195
fulte une Porcelaine dure , allant au feu ,
dont la blancheur & le brillant , effacent
tout ce qu'on peut
lui comparer en
ce genre .
2
ANECDOTES.
I.
IL arriva une aventure aſſez plaifante &
certain Peintre Européen qui voyageoit
dans les Indes ; cette aventure pourra
prouver jufqu'à quel point les Orientaux
pouffent la jaloufie . Un Gouverneur de
Surate avoit une femme charmante , pour
laquelle il négligeoit toutes les beautés
renfermées dans fon férail . Ayant entendu
dire qu'il y avoit dans fa ville un
Etranger qui favoit parfaitement bien.
peindre , & rendoit au naturel la reffemblance
de tous les objets , il réſolut de
faifir cette occafion pour fe procurer le
portrait de celle dont il étoit fi paffionné ,
fe flattant que cette image adouciroit fes
chagrins , lorfqu'il feroit forcé de s'éloi
gner de fa bien aimée. Il manda le Pein
I ij
198 MERCURE DE FRANCE:
une maison de campagne : fes mefures
étoient prifes , l'Architecte avoit fait tous
les plans , & les Ouvriers étoient déjà au
travail . Les habitans d'Hampstead le
font avifés de trouver mauvais , parce
que Miftriff Leffingham eft une Actrice ,
qu'elle fit bâtir une maifon de campagne
, & n'ont pas voulu permettre que
l'ouvrage fe continuât . " L'argent , ont-
» ils dit , qu'elle doit dépenfer à cet ouvrage
, eft un argent qu'a fourni le
» Public ; ils fe font permis toutes les
réflexions qu'on peut attendre de la liberté
Angloife ; & paffant des difcours
aux effets , ont chaffé les Ouvriers avec
violence . Quelques uns de ces malheureux
ont été battus ; il y en a même eu
de bleffés . Cette affaire aurà vraifémbla.
blement des fuites ; les Tribunaux ont
déjà reçu les plaintes de l'Actrice , & les
oppofitions des habitans d'Hampſtead.
V.
Lorfque Cromwel fe décida à faire
battre monnoie , il fit faire un échantil
lon de guinée , fur lequel on avoit empreint
d'un côté , Dieu , & de l'autre ,
l'Angleterre. Il demanda à un vieux Of
SEPTEMBRE. 1776. 199
ficier fon avis fur cette infcription . Par
ma foi, répondit le vieux Militaire , il
n'y a rien à dire , finon que Dieu tourne
le dos à l'Angleterre.
V I.
Un Prêtre Anglois ayant été interdic
de tout bénéfice , parce qu'il étoit Non-
Conformiste , dit à fes Juges que le traitement
qu'on venoit deflui faire , coûteroit
la vie à plus de mille perfonnes . On l'arrêta
fur cette menace , & on lui en demanda
l'explication . Rien de plus fimple,
répondit il , en m'ôtant la faculté de jouir
d'aucun bénéfice , vous ne me laifferèz d'autre
reſource que de me faire Médecin.
VII.
Fait remarquable.
Une jeune fille de Geffenay , dans le
canton de Berne , âgée aujourd'hui de 14
ans , fut privée de la parole dans une maladie
qu'elle effuya il y a ſept ans , mais
ne perdit pas pour cela l'ufage de l'ouie .
Ses parens l'ayant depuis envoyée à l'école',
elle y apprit à écrire , & participa
I iv
198 MERCURE
DE FRANCE
:
une maiſon de campagne
: fes meſures
étoient prifes , l'Architecte
avoit fait tous
les plans , & les Ouvriers étoient déjà au
travail. Les habitans d'Hampſtead
le
font avifés de trouver mauvais , parce
que Miftriff Leffingham
eft une Actrice ,
qu'elle fit bâtir une maison de campagne
, & n'ont pas voulu permettre
que
l'ouvrage
fe continuât . « L'argent, ontils
dit , qu'elle doit dépenfer à cet ou- »
vrage , eft un argent
qu'a fourni
le
» Public ; ils fe font permis
toutes les réflexions
qu'on peut attendre
de la li- berté Angloife
; & paffant
des difcours aux effets , ont chaffé les Ouvriers
avec
violence
. Quelques
- uns de ces malheu- reux ont été battus ; il y en a même eu de bleffés. Cette affaire aurà vraisembla
blement
des fuites ; les Tribunaux
ont déjà reçu les plaintes
de l'Actrice
, & les
oppofitions
des habitans
d'Hampſtead
.
V.
Lorfque
Cromwel
fe décida
à faire battre monnoie
, il fit faire un échantil
lon de guinée
, fur lequel
on avoit em- preint
d'un côté , Dieu , & de l'autre , P'Angleterre
. Il demanda
à un vieux Of
SEPTEMBRE. 1776. 199
ficier fon avis fur cette infcription . Par
ma foi, répondit le vieux Militaire , il
n'y a rien à dire , finon que Dieu tourne
le dos à l'Angleterre.
V I.
Un Prêtre Anglois ayant été interdic
de tout bénéfice , parce qu'il étoit Non-
Conformiste , dit à fes Juges que le traitement
qu'on venoit deflui faire , coûteroit
la vie à plus de mille perfonnes . On l'arrêta
fur cette menace , & on lui en demanda
l'explication . Rien de plus fimple,
répondit il , en m'ôtant la faculté de jouir
d'aucun bénéfice , vous ne me laifferèz d'autre
reffource que de me faire Médecin.
VII.
Fait remarquable.
Une jeune fille de Geffenay , dans le
canton de Berne , âgée aujourd'hui de 14
ans , fut privée de la parole dans une maladie
qu'elle effuya il y a ſept ans , mais
ne perdit pas pour cela l'ufage de l'ouie.
Ses parens l'ayant depuis envoyée à l'école,
elle y apprit à écrire , & participa
I IV
200 MERCURE DE FRANCE .
;
aux autres inftructions. On lui avoit donné
une ardoife , fur laquelle elle écrivoit
& communiquoit ainfi fes penfées à fes
parens , & à fes frères & foeurs . Il y a
quelque-temps , que fe trouvant avec ſa
mère, & fe fentant plus agitée qu'à l'ordinaire
, elle écrivit fur l'ardoife : ma
mère , j'espère de recouvrer bientôt , par la
grâce de Dieu , l'ufage de la parole. Peu
de jours après , cette fille s'étant couchée ,
fentit une émotion extraordinaire , & ne
put fermer l'oeil de toute la nuit. Son
père s'étant levé de grand matin pour
aller vaquer à fon travail ordinaire , elle
fit des efforts incroyables pour prononcer
le mot de père , & ne pût y réuffic
qu'à l'inftant où il venoit de partir. Elle
appela alors fa mère , & tout le refte de
la famille , dont on peut fe figurer la furprife
& la joie. Depuis ce temps , elle
parle très - diftinctement. Cette fille eft
grande & bien faite , a beaucoup d'intelligence
, & s'eft trouvée parfaitement
inftruite de tout ce qu'on avoit enfeigné
en fa préſence aux autres enfans .
SEPTEMBRE . 1776. 201
A V I S.
Savonnettes légères & incorruptibles , de
pure crême de favon & aux fines herbes
, du fieur Ferron.
L Iz eft le feul poffeffeur du fecret de la veuve
Bailly ; il continue avec fuccès. Sa fabrique eft
à Paris , dans l'Abbaye Saint - Germain , près la
Boucherie ; & au Palais du Luxembourg , vis- àvis
le Café. Ces favonnettes durent plus que
les lourdes ; elles ne fe mettent point en poulfiere
ni en bouillie dans le baſſin ', `& ne tachent
point le linge. L'on vend de ces favonnettes
fous la voûte du Louvre , du côté de Saint- Germain
; au Palais Royal , fous la voûte de la cour
des fontaines , rue neuve Notre Dame ; Verfailles
, au haut de l'efcalier de marbre ; à Compiégne
, à côté de la chapelle du Roi ; à Fontainebleau
, galerie de François Premier ; à Rennes ,
chez le fieur Guillot ; à Rouen , fur le port , chez
le fieur Guédra , Marchand d'eftampes ; à Caen ,
chez le fieur Guyot , place royale .
Il fait auffi les pains de pâte de la Reine , qui
font d'une bonté admirable pour les mains . I
fait des envois pour la province . Les prix font
toujours les mêmes.
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Conftantinople , le 3 Juillet 1776.
>
N a publié fucceffivement dans les différens
ports de cet Empire le firman que la fublime Porte
a donné , portant défenfe , fous peine de mort
à tous les Mufulmans de fervir à bord d'aucun
vaiffeau étranger , en qualité d'écrivain , de pilote
oude matelot.
Il y a eu une espece de rébellion à Erzerom
( dans la Turquie Afatique ) ; la foldatefque y a
refulé de marcher, à moins qu'on ne lui donnât de
l'argent , & l'on le difpofe à lui en envoyer.
De Sainte- Croix de Ténériffe , le 21 Mai 1776.
La flotte Espagnole , deftinée pour la Vera-
Cruz , a paſlé avanthier à la vue de cette Isle .
Elle eft compofée de dix - neuf vailleaux , & commandée
par Don Antonio de Ulloa.
De Warfovie, le 9 Juillet 1776.
Le comte de Stackelberg vient d'envoyer à
toutes les Diétines , par des Officiers Ruffes , une
lettre circulaire qui contient les intentions de
l'Impératrice (a Souveraine pour l'entière liberté
de la Noblefle dans l'élection des Nonces. Elle
profcrit toute violence à cette liberté , & tout
efprit de domination qui tenteroit de prévaloir
SEPTEMBRE . 1776. 203
ou d'opprimer. Les Officiers chargés de ces lettres
affilteront aux Diétines pour rendre compte
de ce qui s'y paflera , & pour prévenir les querelles
& les défordres qui pourroient s'élever.
Dans plufieurs autres Diétines tenues dans la
Grande Pologne , il a été fait de doubles élections
: un petit nombre de Gentilshommes choi
fifloit à part les Candidats de la Cour , tandis que
la multitude procédoit légalement à l'électiondes
Nonces.
De Copenhague , le 16 Juillet 1776.
Le Gouvernement , attentif à réprimer l'abus
qu'on fait du pouvoir qu'il eft obligé de confier
pour l'administration de la Juſtice , a privé de
leurs emplois quelques Baillis qui , au lieu de
protéger les Peuples , les fouloient par des violences
& des concuffions.
De Stockholm , le 18 Juillet 1776.
Le 28 du mois dernier , la cérémonie de l'inftallation
du nouveau Parlement de Vafa ſe fit
dans la plus grande repréfentation . Après une
courte harangue de la part du Roi , & lecture
faite par le Chancelier des Inftituts de ce nouveau
Parlement , tous les Membres , ayant leur Préfident
à leur tête , allerent fuivant leur rang au
pied du trône, prêter au Roi le ferment de fidélité.
On a donné fur le Théâtre de l'Académie
royale de mufique , Lucile , opéra comique , traduit
du françois par la demoiſelle Malmstedt .
I
vj
204 MERCURE DE FRANCE .
L'auteur de cette traduction a confervé la mufiqué
françoife. Cette demoiselle , âgée de 22 ans ,
fait le latin , l'allemand , le françois , l'anglois &
le fuédois , qu'elle parle & écrit correctement :
Elle eft fille d'un Profefleur de théologie à Upſale.
Les ballets font du fieur Gallodier. Cette piéce a
généralement été bien jouée par les Acteurs de
l'Opéra , & a eu beaucoup de fuccès.
De Lisbonne , le 16 Juillet 1776.
On vient de publier ici un édit qui défend à
tout vaifleau Anglo - Américain d'entrer à l'avenir
dans les ports du Portugal, & qui ordonne à tous
ceux qui peuvent y être , d'en fortir fous huit
jours , après avoir été préalablement vifités ; &
dans le cas où les Commiffaires examinateurs y
trouveroient de la poudre ou des munitions de
guerre , dont l'exportation a été prohibée par
ordonnance du 21 octobre dernier , les déclare
fujets à confifcation . Le même édit ordonne de
faire retirer ceux qui , par la faite , voudroient y
aborder , & défend de leur prêter aucun fecours ,
de quelque nature que ce foit ,
De Trieste, le 15 Juillet 1776.
Un Juif qui toutes les femaines touchoit de
très -grofles fommes & faifoit à Vienne une dé--
penle confidérable , après avoir été obligé de
modérer fon fafte , vient de recevoir ordre de
fortir en vingt - quatre heurs des Etats de l'Impératrice
Reine : il le nomme Freftachof. Il avoit
abjuré le Judaïfme dans le Levant , s'étoit fait
baptifer & a renouvellé l'ancienne fecte nommée
SEPTEMBRE . 1776. 205
Zevi ; il a été retenu quelque temps prifonnier
en Pologne , & s'eft fait un grand nombre de
profélites , dont les contributions formoient de
très-gros capitaux.
De Londres , le 23 Juillet 1776.
Une lettre de Saint -Vincent , du 13 mai , rapporte
que les vivies y font montés à un prix
énorme , & qu'il y a tour à redouter , fi on n'envoie
pas plus régulierement des proviſions dans
cette Isle , que les Négres qui fouffrent depuis
long- temps de la cherté , ne fe révoltent enfin .
On parle déjà d'un plan préfenté au Roi &
agréé par Sa Majefté , fur les moyens de contenit
par la fuite les Américains , lorfqu'on les aura
contraints à rentrer dans leur devoir . Par ce projet
du général Harvey , le Gouvernement y entretiendroit
dix mille hommes d'infanterie , y compris
deux bataillons d'artillerie & deux mille dra
gons ; mais on ne parle point encore des lieur
particuliers où ces troupes feroient cantonées &
réparties ; & comme on penfe que la chaleur immodérée
des Prédicans Presbytériens a beaucoup
contribué au foulevement des efprits , le même
plan propofe d'ériger dans le continent deux Evêchés
, dont les Titulaires feroient les protecteurs
de l'Eglife Anglicane , & modéreroient par l'exer
cice de leur miffion , l'effervefcence du Clergé non
conformifte.
On raconte un trait qui fait beaucoup d'honneur
à un des Lords de l'adminiftration ; c'eft
qu'ayant appris dernierement qu'un Tréforier des
Colonies du Nord de l'Amérique avoit emporté
206 MERCURE DE FRANCE.
l'argent qui lui avoit été confié & s'étoit venu
rendre au parti du Roi , il a été d'avis que le Gouvernement
, loin de profiter de cette lâcheté du
Tréforier , devoit , à la premiere occafion , le
renvoyer à fes Commettans , & que les Anglois ,
quoiqu'engagés dans une conteftation fur dЯférens
points de conftitution , dont il eft fort à
defirer de voir la fin , devoient fur tout redouter
de pafler auprès des Américains pour les fauteurs
de femblables brigandages .
Plufieurs familles Ecofloifes chaffées de la Virginie
pour s'être jointes aux amis du Gouvernement
, fe font retirées avec leurs effets à Saint-
Domingue , en attendant qu'elles aient trouvé un
pays où elles puiflent s'établir en fûreté ,
Si l'on en croit une lettre d'Halifax , depuis
l'arrivée du Lord Howe & des troupes Angloifes
qui font venues avec lui , le Congrès femble pencher
vers la paix , & les conteftations entre la
Mere-Patrie & fes Colonies pourroient fe terminer
bientôt à l'amiable.
Il s'eft répandu un bruit à Saint - James que le
Lord Howe fera de retour ici avant la fin de ce
mois , d'où l'on préfume qu'il fera porteur de
quelques ouvertures d'accommodement que les
Provinciaux auront faites & qu'il aura approuvées
. Quelques perfonnes croient qu'il ne revient
que parce qu'il quitte le commandement de la
Aotte,
On lit dans une lettre d'Halifax du 12 juin ,
que le Colonel Harvey , à la tête de quatre mille
Provinciaux & de quelques Sauvages , s'eft retranché
affez près de cette ville qu'il menace de
détruire , & qu'on y a vu un Chef des Sauvages
SEPTEM BR E. 1776. 207
qui rapporte que plufieurs Tribus fe font révol
tées pour le joindre à l'armée des Infurgens , difpofées
à les venger cruellement de tous les partifans
de l'adminiftration qui tomberont entre leurs
: mains.
Suivant des lettres particulieres , le Congrès-
Général , inftruit de la quantité de prites que
faifoient les vaifleaux royaliftes fur les Américains
, a publié des ordres pour rappeler les petits
corfaires dont le fervice eft peu avantageux , au
. lieu que les vailleaux de trente à quarante canons
peuvent le foutenir contre les frégates du Roi.
On a répandu ici une lettre du général Lée ,
adreflée au général Wafingthon à Bofton , & dont
voici la fin : « Je luis actuellement devant la
» Nouvelle- Yorck avec dix huit mille hommes
de bonne troupes . A cinq milles d'ici , il y a une
» forte batterie où font neuf cents Indiens & feize
» cents Provinciaux . Ce fera pour moi une ré-
» ferve en cas de néceffité . Les Indiens font
répandus dans le pays où ils forment diverfes
embulcades , & fi je prenois le parti de me
retirer & que les Royaliftes voulußlent me pourfuivre
, je crois qu'il en reſteroit peu pour rap.
» porter des nouvelles de leur cxpédition ».
30
De la Haye , le 4 Août 1776.
On vient d'apprendre qu'il eft arrivé ici un
courier de l'Impératrice de Ruffie , apportant
T'ordre de Ste Catherine à la princefle de Pruile ,
époufe du Stathouder, avec une lettre de Sa Ma
jefté Impériale.
208 MERCURE DE FRANCE.
Le Miniftre des cours de Bade , d'Anspach &
de Darmstadt a notifié aux Etats - Généraux que
la Princefle héréditaire de Bade étoit accouchée
de deux Princefles , bâtilées le 14 juillet fous les
noms de Catherine-Amélie- Chriftine- Louife, & de
Frédérique- Guillelmine- Caroline .
De Verfailles , le 24 Août 1776.
Le duc de Chartres , de retour du voyage qu'il
vient de faire , a eu , le 21 de ce mois , l'honneur
de faire fa cour à Leurs Majeftés .
La fievre tierce furvenue à la Reine au château
de Choifi , a accéléré le retour de Sa Majeſté ici ,
où Elle eft arrivée le 20 de ce mois . Cette incommodité
ne donne heureufement aucune inquiétude
fur une fanté fi précieule.
De Paris , le 19 Août 1776.
L'Académie royale des Sciences , dans fon affemblée
du 7 de ce mois , a élu , d'une voix unanime
, avec l'agrément du Roi , le marquis de
Condorcet pour remplir la place de fecrétaire
perpétuel de cette Compagnie , vacante par la
démiffion du fieur de Fouchy , qui a demandé &
obtenu la vétérance .
Dans l'affemblée générale du Corps de Ville ,
tenue le 16 de ce mois , le fieur de la Michodiere
a été continué dans la place de Prévôt des Marchands
, & les fieurs Levé , quartinier , & Cha
pus , ancien négociant , ont été élus échevins .
Le Prévôt des Marchands & le Corps de VilleSEPTEMBRE
. 1776. 209
de Paris viennent , dans leur aflemblée du mardi
20 de ce mois , de permettre au ficur de Bernieres
d'établir des bâteaux infubmergibles fur la ri
viere au port qui eft près du Pont Royal , & ont
promis à l'Inventeur de ces bâteaux toute la protection
& les facilités qui dépendent de leur
miniftere . Au moyen de cette permiffion , le fieur
de Bernieres fera tous les efforts pour que le
public puiffe commencer à jouir d'un certain
nombre de batelets avant la fin de l'année prochaine.
Le duc régnant de Saxe - Weymard - Eifnack ,
a envoyé ici fon portrait fur une boîte d'or au
fieur d'Anile de Villoifon , membre de l'Académie
des infcriptions & belles - lettres.
PRESENTATION.
Le 4 de ce mois , le fieur le Preftre de Châteaugiron
ancien des préfidens du Grand- Confeil , a eu
l'honneur de remettre au Roi le procès - verbal de
la perte de la bibliotheque considérable de cette
Cour , enveloppée dans l'incendie du Palais , du
11 janvier dernier,
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES .
Le 10 août , le fieur le Pecque de la Clôture ,
210 MERCURE DE FRANCE.
docteur-régent de la faculté de médecine de
Caen , médecin à Rouen , & adjoint à la fociété &
correſpondance royale de médecine établie principalement
pour les épidémies , a eu l'honneur de
préfenter au Roi un ouvrage de la compofition ,
vol. in-4°. intitulé : Obfervations fur les maladies
épidémiques , ouvrage rédigé d'après le modele
des épidémies d'Hipocrate , & publié pat ordre du
Gouvernement .
Les fieurs Macquer , chevalier d'Arcy , Lavoifier
, Sage & Beaumé , commiffaires nommés par
l'Académie royale des Sciences pour le pris du
falpêtre , ont eu l'honneur de préfenter au Roi
le recueil des ouvrages publiés jufqu'à préfent fur
cet objet , & des procédés ufités dans les différens
Etats de l'Europe pour la fabrication de ce fel ,
Ouvrage qu'ils viennent de faire imprimer par
ordre de Sa Majesté .
Les fieurs Potier & Paillaflon , anciens profeffeurs
de l'Académie royale d'écriture & écrivains
du cabinet du Roi , ont eu l'honneur de préfenter
à Leurs Majeftés , le 11 août , un tableau en
traits d'écriture , en architecture , & c. repréfentant
le commencement des faftes du Roi & de la
Reine . Ce tableau , où la Famille royale eft repréfentée
, a paru fatisfaire toute la cour.
NOMINATIONS.
Le 23 juillet , l'évêque de Sagone , chargé de
la procuration du fieur Doria , nommé à l'évêché
SEPTEMBRE. 1776. 211
d'Ajaccio , prêta , pendant la mefle du Roi , ferment
de fidélité entre les mains du Roi pour cet
évêché.
Le Roi vient d'accorder l'évêché de Blois à
l'abbé de Lauzieres -Thémines , aumônier de Sa
Majefté & vicaire générale de Sealis , l'abbaye
d'Hérivaux , ordre de Saint - Auguftin , dioceſe de
Paris , à l'abbé d'Albignac de Caftelnau , vicaire ,
général de Bayeux , aumônier du Roi , & la place
d'aumônier du Roi , à l'abbé de Vintimille , vicaire
-général de Soiffons.
Le Roi vient d'accorder au duc de Chartres le
gouvernement du Poitou , vacant par la mort du
prince de Conti .
Sa Majefté a permis au comte de la Marche de
prendre le titre de prince de Conti.
Le Roi a difpofé de la dignité de commandeur
de l'ordre de Saint - Louis , vacante par la mort du
fieur de Villars de la Broffe , chef d'efcadre , en
faveur du comte de Breugnon , autre chef d'elcadre.
Le Roi a accordé les entrées de fa chambre au
marquis de Sérent.
Le Roi vient d'accorder l'abbaye de Flines ,
ordre de Cîteaux , diocefe d'Arras , à la dame
de Sainte-Aldegonde , religieufe de cette abbaye.
MARIAGES.
Le 4 août , Leurs Majeftés & la Famille royale
212 MERCURE DE FRANCE.
ont figné le contrat de mariage du vicomte de
Sefmaifons , fous- lieutenant des Gardes du corps
du Roi , avec demoiſelle de Laverdi .
Le 10 du même mois , Leurs Majeftés & la
Famille royale ont figné le contrat de mariage du
marquis de Vallan , meftre de camp de cavalerie ,
capitaine des levrettes de la chambre du Roi, avec
demoifelle Legendre d'Ons - en - Bray,
Le lendemain 11 , le Roi & la Famille royale
ont figné le contrat de mariage du marquis de
Bauflet , capitaine au régiment du Commiflairegénéral
, cavalerie , avec demoiſelle de Bom
Belles .
NAISSANCE.
Les août , à une heure du matin , Madame la
comtefle d'Artois est heureusement accouchée
d'une princefle que le Roi a nommée Madémoifelle.
Elle a été ondoyée par l'évêque de Cabors ,
premier aumônier de Madame la comtefle d'Artois
, affifté du fieur de Broqueville , curé de la
Paroifle.
MORT S.
Louis - François de Bourbon , prince de Conti ,
grand- prieur de France & généraliffime des trouSEPTEMBRE
. 1776. 213
pes
eft mort , le 2 août ,
du Roi ,
à
quatre heures
& demie
après- midi , âgé de 58 ans 11 mois
& 20
jours
.
Le fieur René Villars de la Broffe - Raquin ,
commandeur de l'ordre royal & militaire de Saint-
Louis , chef d'efcadre des armées navales , eſt
mort à Rochefort , le 19 juin dernier , dans fa 71°
année. Depuis ce jour il ne s'eft préſenté aucun
héritier paternel ou maternel . On a découvert
dans quelques papiers , lors de l'appofition des
fcellés de la marine , que fa famille étoit originaire
de la Palice en Bourbounois ; que cette famille
avoit des alliances avec la maifon de Saint Geran ,
& qu'une dame de la Broffe - Raquin avoit fondé
un annuel pour le repos de fon ame au couvent
des Religieufes hofpitalieres de l'ordre de Saint-
Auguftin dans la petite ville' de la Palice. La fuc
ceffion mobiliaire peut être de 20 à 24 mille liv. ,
& l'on n'a connoiſſance d'aucun immeuble. On
peut s'adrefler au fieur Daubenton , intendant de
la marine à Rochefort .
LOTER I E.
Le tirage de la loterie de l'Ecole royale militaire
s'eft fait les Août . Les numéros fortis de
la roue de fortune , font 87 , 9 , 50 , 20 , 61. Le
prochain tirage le fera le 5 Septembre.
214 MERCURE DE FRANCE .
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe , pages
Sonnet ,
L'Ombre de Salomon ,
Couplets ,
La preuve d'Amour , conte ,
Epigramme ,
L'Epreuve d'un moment ,
Il ne faut pasjuger fur l'apparence .
Amintas ,
Jeanne d'Arc à Charles VII ,
Couplets à la plus belle des Eſtampoiles ,
Ode d'Hrace ,
L'Amour prifonnier ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
Air ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Théorie des Jardins ,
Volfidor & Zulmenie ,
Les rêveries d'un Amateur du Colifé ,
Guillaume de Naſſau ,
Don Quichotte femelle ,
ibid.
6
8
9
II
ibid.
18
23
25
29
30
32
ibid.
L'excellence de la méthode Sultonienne d'ino .
culer la petite vérole ,
Coup d'eflai d'un Ecolier ,
Moliere , drame ,
Recherches fur la nature de l'homme ,
ibid.
ཚས༤བཡཨེ
90
ibid.
SEPTEMBRE. 1776. 215
Lettres de quelques Juifs Portugais & Allemands
à M. de Voltaire , 106
1768 ,
Lettres fur la profeffion d'Avocat ,
Exercice des Commerçans ,
Annonces littéraires ,
Paris ,
La Rochelle ,
Lyon ,
SPECTACLES .
Opéra ,
Comédie Françoife ,
Commentaire fur l'Edit du mois de Mai
Réflexions fur la peinture ,
L'accord de la philofophie avec la religion ,
Panégyrique de Saint Amé ,
Journal hiftorique & politique de Geneve ,
ACADÉMIES.
115
118
119
124
128
136
142
144
152
ibid.
154
155
157
ibid.
159
Comédie Italienne
Répertoire des pieces qui doivent être jouées
à Fontainebleau ,
Vers de M. de Voltaire à M. le Kain ,
ARTS.
Géographie ,
Architecture ,
Peinture ,
162
164
166
167
ibid.
168
169
Gravures 172
Mufique. 175
Cours public de géométrie pratique , 176
Cours de Langues, 178
Lettre à l'Auteur du Mercure , 179
Lettre de M. Framery ,
181
Bienfaifance. 184
Variétés , inventions , &c. 187
Anecdotes. 198
216 MERCURE DE FRANCE.
Avis ,
Nouvelles politiques ,
Préſentations ,
d'Ouvrages ,
Nominations ,
Mariages ,
Naiflances ,
Morts ,
Loteries ,
201
202
209
ibid.
210
211
212
ibid.
213
APPROBATION.
J'AI lu par ordre de Monfeigneur ΑΙ le Garde des
Sceaux le volume du Mercure de France pour
le mois de Septembre , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce I Septembre 1776.
DE SANCY.
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe
près Saint Côme,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le